(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]"

IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-S) 




1.0 



l.l 



1.25 



:,f^ 1^ iiiiM 

'" '^ IIIIIM 
- lis ilio 



1.8 



L4 IIIIII.6 



V] 



<? 



/} 



°^' 



e. 



àl 



!^i 



O 



^. 



'^ dfW /; 




/ 



Vf 





M 




Photographie 

Sciences 
Corporation 




'Q".^^ "*f^<^ 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N Y 14580 

( 716) 872-4S03 






t^ 



o 



Va 



CIHM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CIHM/ICMH 
Collection de 
microfiches. 




Canadian Institute for Historical Microreproductions / Institut canadien de microreproductions historiques 



#qV 





Technical and Bibliographie Notes/Notes techniques et bibliographiques 



The Institute has attempted to obtain the best 
original copy available for filming. Features of this 
copv which may be bibliographicall / unique, 
which may alter any of the images in the 
reproduction, or which may significantly change 
the usual method of filming, are checked beiow. 



n 



D 



D 

D 



D 



□ 



Coloured covers/ 
Couverture de couleur 



I I Covers damaged/ 



Couverture endommagée 



□ Covers restored and/or laminated/ 
Couverture restaurée et/ou pelliculée 

□ Cover title missing/ 
Le titre de couverture manque 

I I Coloured maps/ 



Cartes géographiques en couleur 

Coloured ink (i.e. other than blue or black)/ 
Encre de couleur li.e. autre que bleue ou noire) 



□ Coloured plates and/or illustrations/ 
Plane 



iches et/ou illustrations en couleur 



Bound with other material/ 
Relié avec d'autres documents 

Tight binding may cause shadows or distortion 
along interior margin/ 

La reliure serrée peut causer de l'ombre ou de la 
distortion le long de la marge intérieure 

Blank leaves added during restoration may 
appear within the text. Whenever possible, thèse 
hâve been omitted from filming/ 
Il se peut que certaines pages blanches ajoutées 
lors d'une restauration apparaissent dans le texte, 
mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont 
pas été filmées. 

Additional comments:/ 
Commentaires supplémentaires: 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire 
qu'il lui a été possible de se procurer. Les détails 
de cet exemplaire qui sont peut-être uniques du 
point de vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une image reproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dans la méthode normale de filmage 
sont indiqués ci-dessous. 



I I Coloured pages/ 



D 



Pages de couleur 

Pages damaged/ 
Pages endommagées 

Pages restored and/or laminated/ 
Pages restaurées et/ou pelliculées 

Pages discoloured, stained or foxed/ 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 

Pages detached/ 
Pages détachées 



Showthrough/ 
Transparence 

Quality of print varies/ 
Qualité inégale de l'impression 

Includes supplementary matbrial/ 
Comprend du matériel supplémentaire 

Only édition available/ 
Seule édition disponible 



Pages wholly or partially obscured by errata 
slips, tissues, etc., hâve been refilmed to 
ensure the best possible image/ 
Les pages totalement ou partiellement 
obscurcies par un feuillet d'errata, une pelure, 
etc., ont été filmées à nouveau de façon à 
obtenir la meilleure image possible. 



This item is filmed at the réduction ratio checked below/ 

Ce document est filmé au taux de réduction indiqué ci-dessous. 

10X 14X 18X 22X 



y 



26X 



30X 



12X 



16X 



20X 



24X 



28X 



32X 



The copy filmed hère has been /eproduced thanks 
to the generosity of: 

Library of the Public 
Archives of Canada 



L'exemplaire filmé fut reproduit grâce è la 
générosité de: 

La bibliothèque des Archives 
publiques du Canada 



The images appearing hère are the best quality 
possible considering the condition and legibility 
of the original copy and in keeping with the 
filming contract spécifications. 



Original copies in printed paper covers are filmed 
beginning with the front cover and ending on 
the last page with a printed or illustrated impres- 
sion, or the back cover when appropriate. Ail 
other original copies are filmed tieginning on the 
first page with a printed or illustrated impres- 
sion, and ending on the last page with a printed 
or illustrated impression. 



The last recorded frame on each microfiche 
shall contain the symbol — »> (meaning "CON- 
TINUED"), or the symbol V (meaning "END "). 
which3ver applies. 



Les images suivantes ont été reproduites avec le 
plus grand soin, compte tenu de la condition et 
de la netteté de l'exemplaire filmé, et en 
conformité avec les conditions du contrat de 
filmage. 

Les exemplaires originaux dont la couverture en 
papier est imprimée sont filmés en commençant 
par le premier plat et en terminant soit par la 
dernière paye qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration, soit par le second 
plat, selon le cas. Tous les autres exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration et en terminant par 
la dernière page qui comporte une telle 
empreinte. 

Un des symboles suivants apparaîtra sur la 
dernière image de chaque microfiche, selon le 
cas: le symbole — ► signifie "A SUIVRE", le 
symbole V signifie "FIN". 



.-'•'..;. olates, charts, etc., may be filmed at 
/'^«irent réduction ratios. Those too large to be 
ent.iely included in one exposuro are filmed 
beginning in the upper left hand corner, left to 
right and top to bottom, as many frames as 
required. The following diagrams illustrate the 
method: 



Les cartes, planches, tableaux, etc., peuvent être 
filmés à des taux de réduction différents. 
Lorsque le document est trop grand pour être 
reproduit en un seul cliché, il est filmé à partir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche à droite, 
et de haut en bas, en prenant le nombre 
d'images nécessaire. Les diagrammes suivants 
illustrent la méthode. 



1 


2 


3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 



MÉMOIRES 



Ml 



PIERRE DE SALES 



LATERIUÊRE 



IT 



DE SES TRAVERSES 



KDÎTÎON TNTFMK 



I>B L'IMPRIMERIE DE ^EVENEMENT 



1873 



pfifip 



^^ 




MEMOIRES 



DR 



P. DE SALES LATERRIÈRE 



■T 



J)E SES TIUVEHSKS 



>' 



•'-"'S^', ^-- 



MÉMOIRES 



DB Jk 

P. DE SALES LATERRIÈRE 



KT 



I>K 8Eb T HAVE USES 



Quoi(jm luii vir n'ait ôti- qu'un tissu t(»ntinurl ilr tm- 
viTHts loniiqu' "! ft tmgi«iu<!H depuis <nu' J'ai quitté 1h nuii- 
son patenulif, ji- n'uurois jimiais voulu eu «K-ruptr lo 
pulilir, lUuto df tuli'us suffinants ft n'éttint point t-crivain 
ni historien : nmis nus tlicrs enfans me deniaïuK'nt que jo 
leur laisse des mémoires qui les instruisent de (1) 

Il nie paroSt raisonnable di- diviser pur (•hai>itr<.s 1<; rorprt 
d<! nu'S notes afin (pie, si ipi(-I(|u'un <it' mes fils veut h'A 
«ommenter en vue do les livrer à rimpressi«»n, il puisse les 
disposer plus aisément dans un meilleur ordri- : il s'agimdo 
laits bien divers, dont le ramassis sans clu>ix ne peut «tre 

(1) Le paiûer déchiré ne penr.ot pa? de voir la laitc. A. 0. 



— 6 — 

Mon n'ffiiîl'T ni KJiftÎKAïuuu'iit miRoniu*. Mph (hors onfiins 
iu'«'X(Us«'nl «ruvaiii'c ; il ne me rcHtc (lu'à prier !<■ Icrtrur 
ctmnK«r «le vouloir |»uitei- lu grnéroHitû ju««iii«".h\ <mo d't'U 
t'iiirc uiiitiiit. 



CHAriTHK rilEMlKU. (1) 

Qufllf. «»t l'i/omUU (te l'auteur H lùtn» qutlle unn/e U t'en e«t 

téporé. 

\a\ iiiiiison (le Salrs. <]«' 1h faïuilU* (|ui porte it* nom, cHt 
< lilo à laqnolh; J'Hppnrti<>)H. l'hin; d«' Snlts. mi^niur «In 
fti'f «'t fhûtcuu (l«; SjiIt'H, ti'I «|U«' mon i-xtmit li»ipti«fuir«.' If 
«K'siyn»', «'Ht nnjn père. (V fi«*f rt ce* (hat«'au Kont KituéH Hnr 
W Ht»inni«'t «l'un»; ni«>ntH^ai«î jwiintui' dann K'di«HèKt* d'Alhy, 

Kiir 1',^ Tarn, pftrois8«> «U' Bonncval , provin««' d«^ I<an- 

j4nf<l<x'. Il y avoit pr«'s du cliatcati nnt' «''Kli>>»' di-iliéf à saint 
Salvi, qui t't<»it une annexf d«' Uonmval, «-t où «fini «pii 
«k'Hservoit Vfn«)it «lire la uifKHf toUK 1«'k niercrifliK ; hou 

salaim étint «!«• livrt'H «le \'\\\\i,t soIk par un, à mu 

int'illt'ure «•onnnissance. ('omm«' j'étoiH l)i«'n j«'unf alorH et 
ftux ceolt's, je cMtnnaiHKoÎH p<'u I<k détails sur ma famille : je 
r«'nv«>i«' ni«'K enfan» »ui Iwiptihtairt! qui finit. tmiiKcrit m«jt 
p«)nr mot : 

" ^|V 2'.\ Heptl>r«', 1747 — nrt«|uit ri<rr«' <!•' Sales, lils l«Vi- 
time «ît natnn-l du HÏenr J«'an Pierre d«^ Sales et de demoi- 
Kelle Mari*' «*t mHriée de St. Salvy, et fent Imptisé le î«'n«le- 
nuiin — «lans ««m «''jrlise pHr«)isKiale de St. Sjdvv, ann«'xe «le 
llonnevul; le parrain font l'iern' «le Sal«'s et la niarrain»' 
l{(KloKnn<' (?) D«»Vim«i"Kn»'. «''ponno de «iein- Ant«.»ine «!<• 



(1) Los M/iiioireu «oflt Imprîtn^'^R trar !o mA'ntiscrit cnp\6 (i'af>rSJ» 
l'original par M. AltVod Uarni-at», qui n tait los notes et rectifié le^i 
inoorrectJon.s do liinnfit«e. La taiiiilio «le Lsterrière ii«' roserro tout 
druit (lo rtîpi'oductiun, u)«}mo purliulle, de ces Mi'inoirev, 



ifel40rfnieH, et t-^tt*^ fén'>monit* fut txorvév on prAHOin-o du 

<h"Vftli<'r fit' la ('Klmo t't do , n\arriuii< <iu 

PnmItT, qui (I). 

( ^\^n{' ) Blayac, prêtre." 

— lloffÎHtrt' «loK liHpt(Mn<'H «1»' liontiovHl, au dio- 

rvHi' d'Alhy duipu'l ]i' j>n'Hrnt a «té tiré mot 

à mot, par noiin curô lo 20 mars iTîo. 

( Si^iô ) Faobs, t uré de Uonueval. 

Nous. VH-airo );cnôral do S. Kmo«v Monsoljf. lo (^dinKl 
do H<'niis, ('voniir d'AlItv. attcKtoiiH <iik' Mn*. Kajj^i'K, «|ui a 
oxp<'!<lio et si)fno l\'xtmit ci-ili'KHUs, «'«t t<d (ju'il se qualitii; 
lit quu foi doit ùtro uj^jutéc à Non suiu^. AII)>, ce 2^ mare 
1770. 

( HÎKUw ) I^K rojcBBTTTO, Vr<'. G en. 
( 'avasiks, Siirôtairc. 

" NouH François df (Ioi'sho foiimillor du Ko!, son viguier 
de lu ville et vijfuerie royale d'Allty et du pais dAll»iKeoi«, 
eapne. dt? la captnerie do liriatento, hcuI nardv et conserva- 
teur <lu Hcel, ma^e royal, ri^'oiueux et authiati(jue d«; la 
ville et vi^ucrie et des privjlègt'S dtis hHl>it4iriR dic<'lle, oer- 
tifious et attestons à tous ceux <jii'il api»ttrtieadra que Mr, 
Fages, prêtre et curé de réj^lise imruiHsiale SHint-Salvy 
di- HoiiMi-val, di(H'èsc d'Alby, et que le seiim ai)poKé siu' in 

ImptiHtaire ei-<lernier est son **('i"g, aucjuel dÀ 

doit être ajoutin; tant eu jug<'ment que liors. lui témoin d« 
(pioi nous avons donné le présent eertiticat, que nous avons 
siffué et tait coutre-siguer pir notre jçreffier, après y avoir 
fait mettre le sceau de nos armes. A Alby, le 26 -, 

( Si^rné ) GoiujôK, \ i^uier royal dAlby et 
du liais d albigeois. 
iior.sgi'KT, Secrétaire.'' 

Ce Imptistnire donnera à mes enfans une clef avtn; 
liuluelU' ils découvriront le restt». Tout ve que je me rap- 



(1) L« papier est déchiré. 



8 



piillc nvitir t'iiU'iidii dire à mou |t«ri', «'«-Ht «|uu i-utU- tHiuillo 
vtoit trÙH-m*iul>i'fUK(; duiiM cutU! jMirtiu du 1h France, 
(!t uiK'dcHuncii'nncK ft iioMi'H faniilh'H : <|U(' Miiut Fi'aii<,-oiH 
df ShIi'h en tiiu hou oriffini; ; 4|u«> k<'h niûlt'M ont tivfuré diuiH 
toUH h'H t< mpH et étatH de lu vie, soit dunH Ih toIk*, le ^énie» 
il" niilitairt! oti la niiirine, kouh h-ur diflférenH jionis tech- 
ni»nu'H, (l.) loninie les nolilen linnçois en prenoitiit en 
niUKKiint — exrepté l'aine (jui eonservoit toujours celui «lu 
pèro "ct de l'Iiérita^e, Dnns la suito et à mesure je ferai 
connoîtru eu que je ^wiH dert uomM et Mumoins de uieH 
parens. 

La )<neiTe allumée en i755 entre la France et la ni-Hn4le- 
Mretu^iie, éteint finie, la i)erte du Caniula uv(»it fait revenir 
chez eux. tous les officiers françois. Vu de mes onchs 
connu sous le nom de capitaine de Jhistan, étoit du 
nombre, et arriva chez m<m père en semestre le printemps 
de 1705 (2); il passa l'été à Haies. A l'automne, étant 
oMi^é de retourner à Paris, comme je lui avois plu ainsi 
(pi'un de mes ((uisinK j^ennains, tils d»; Fahre de la Dn'sto 
8on frère, il k'I)^'^"' ''">* <l''ux frères a nous laisser «lier avec 
lui, j)ro)nettant (ju'il nous préscntemit au niinistre. Mou- 
seijrneur le duc de rnisliu. (;{) pour ohti-nir des connnissions 
dans la lésion de IJourhon, où étoit major mon frère; 
le comte de Sales, croix de S. Louis. Quehjue seuhible (piu 
fût i\ la famille notre Kéi)amtion, elle s'y prêta cependant : 
les f<entilshommes fmn^'r)is, dans tous les temps nés 
I»oiir les armes, entnnt le |)lus tùt (ju'ils petivent au service 
de leur souviiniin et y remplissent ce devoir inné et 
sacré (4) 

Le jour tant désiré at.iva, c' étoit à la fin d'oetohru 



(1) C'o.«t-à-diro nom» df terre ou de fief par upposition aux «<;»«« 
dc/ainilU. A. H. 

(2) Voir note (1) de la pnife suivanto. Dans le manjsorit le chitTre 
5 e«t fort nettement formc^. A. (}. 

(3) Le duc de Praelin, pair de France, ministre «t secrétaire 
d'Etat, ayant le d<^partemont de la marine- A. G. 

(4) Inintelligible. 



^9 — 

(1)* J^' l>artiH (liuiH 1h iM-rliiu* di* mon uiulc, Hit<-I(H' 
tic deux excell«!utH clu'vaux. Que Ioh odii'ux furent trint»-» 
ix>ur (K'ux j«*unfH enfanH 4|ni no H'6ti»ifnt fnror»' éloi^rnÔH «lu 
k'«n*K foy<Tt* »|iif |K»ur iilh'r hux iVoIi-k! Qufll»' (i(»ul<'ur 
do «luittcr Hiurtl tin Wm pèn-, un»' lM»nni' nù-n", di-u 
tiint«H, (k'K ('«)UNinH nvi'i* qui uouh otioUK intitncnicnt lient 
TMuHirurs vinn-nt noUH iu-(-oni]>H|^n<-r juMpi'it TouIouhc ; là 
i'iit lirii l'cttt* Hé|>Hniti«)U iiunucun de uouh ne c-r(>y<»it huhh! 
l<»UKU«i (|u'<'IU? devoit l'ôtr»!; pour moi, je n'en hï JanmiK 
revu juu un dt'puiw, «'t j'écris on 1812, ce qui fuit 47 (2) hum 
trnbscucc, Sûrcnicjit, n'ayunt alon* que IH ans, (:i) je hiuk 
une fuis i'i dcuiif |>Iuh ( 'aniulicn-Anitlais qu»' Kmnçois* 
NoUK arrivâmes de lH»nn'.' heure !•; même jour ù Alby, 
où nouH si'-joumàmeH H jourH clu-z noH parens et ainis^ 
jhacun s'éten<lant sur notre couropre et le bonheur que 
nous avions d'avoir pour protecteur un oncle qui nouH 
étoit tant uttuché: aussi riumions nous de tout notre 

cœur Ici encore beaiu (>u|> de mt's 

couKJiis et cousines vinrent no\is jwcompa^ncr jus^pià 
Uuiliac, petite ville ù 4 lieues d'AlHy ; de là jusqu à 
'i'oulouse n<ms n'eûmes d'autres compii^nons (jue ceux <|ui 
vcijoicnt avci- nous de Sabs, d'Alluui et de Carmenel. 
Nous arrivâmes à Toubuise la deuxième journée, chez une 
tante, sœur de mon père, d«r mon oncle et la plus 
jeune, mariée au cbevulicr de S^vint-Hostesy, ( duquel 
est issu un fiar<;on, qiii étoit déjà cai)itaiu<' dans l'annt'c de 
lifçne, en j^arnisoii en Albnuif^U' en IHttd, ù t-e ipic me 
dit Lévôque, TavtKat, dans nuju voyage îi Oporto en 
Portugal, au mois de 8ei)tembre 1808, (4) m'assumi.t 



(1) Co n'o«t pas en 176r>, mais bien en l'Cxl, qu'il quitt;i le cltûtunu 
de Saies, i-oinmc il est aio*^ de s'en ;i.Si<iirer en pifniint |M>ur ljni<c de 
cnloul la date juste de son arrivée i yu^-bce, troiu ans aiirvï", 
en 17ti<' A. U. 

(2) 40. A. G. 

(S) U <'tHit dans sa l^e anné«. A. Q. 

(I) ISIT, cotiiuio un le verra .\ l'endroit du téait d« ce voyago. 
At Cit 



— 10-^ 

l*«ivolr t»rH-l>i«'n t-onnu.) JnpfPK finclb' j«»ie [x>w «lie de roj 
voir un fnNro abKont «Icpuis 15 ans, et rlcK nevi-tix quV'lle 
urtVDit viiH qu'au 1>. rcfHiu I Ainsi fêtés, nous ixiRHftmoH 

10 join-K dan« la joie et les plaiwirs, que nou« prix-iimiont (^t 
ma tanti; et se» amis. Son mari, capitaine d'un rétriment 
de grenariiers, étoit encoi-e en Allemagne avec ramié»' 
en 17<)'). (1) 

ApnV ce temps Hcconlé k lamitié fmt<Tn<'ll«', ccUv. 
fhère tante nou« laissa imrtir. Ce ne fut i>aK sans pleurs «-t 

«anH pfémiKSeraentK réripnxjueH Klle avoit toujours 

été attaclu'-e au rlievalier surtout dans le temps 

qu'il étoit au collège des Jésuites »\ Toidouse, où il eHpéroil 
devenir membre do l'onlre, jusqu'A sou ..... avec U 

jeun»' miinjuise de , i>ar suite de quoi il fut foné 

d'Hl>anfi()un('r la minoration pour l'Aniéfique septentrionale 
en î]UHli<c <1<; militaire. Eîi 4 jours et demi nous arrivùmes 
ù liordeaux. Si j'avois Journalisé dans le tenii<s, je rap- 
pelierois quelques particularités des différentes villes 
que nous nneontrAmes en g:!-and iiomhre sur notn? route. 
Champs, vi^uolihts et jardins pamissoient plus beaux 
encore dans le climat si ])eau et sj doux du Lan^u'Mlo»^ <'t de 
la (Tuieiine. (Jepeu'lant voici ce qui marriva ù l'auberge de 
(Jonilom, à quatre lieues de Bordeaux, et cela doit mettre 
Kur ses gardes un jtuue homme qui n'a jamais sorti ...,,» 

11 y avoit sur la corniche dans la chanil»re oh nous 
couehious une fiole d'eau-forte que je pris pour une d'odeur, 
et «fins en connoitre le mélange, j'i'ii versai sur mes 
grandes munclu-ttcs ( alors ù la nxnle ) et les bn'dai, ainsi 
que la chair de mes bras, si fort, (jue j'y eus Ix'aucoup de 
jual pendant longtemi)s. Mais ee fut une le<;on {xinr moi, 
si bien imprimée que je n'ai touché ù rien dautrui 
depuis ; mon cousin SMis être endommagé, se sentit 
de la môme imiuession, ù savoir de ne jamais dôsiivr 



(1) l'IÔS. A. U. 



— 11 — 



co qui n'est pa« îi Roi, surtout ce dont on n«; conuoit pw U 
nature, 

Lojçés i\ P Hâtei'ffe-Rich&lieu, nxmd ftmcH connaiiwftmT «Ip 
MM. (It'K pluH aifré«l»lcB en «o< iôtô, itxni \ tiil»l»> qu'à ]n 
lonvvirtation. (^ue pouvoitnt fain- deux jiMint's jr<'ns tout- 
à-fait nf.'ufs sinon courir les rues, Uh iilncos publiipu's, 
la bourse royale et la nwle, qui pamiRsoit eonteuir do fjOO à 
700 vaiBKeuux dv, toute espèt;e, à destination ou venant de 
toutes les parties du monde? Que nous étions étonné» ! 
Fort peu de choses rcsseînl>l«>ient à ce «pu; nous avions vu 
dans l»'s villes d'Alby et de To«do\ise, quoiipie fort g^randes 
et i)ien i>ein)lées. L<' commene niaritinir- en taisoit toute 
la dilTén-nee, qtii étoit, en misou d un Kian<l concours 
détrangers de diverses nations, très-* (tnsidérable. iMus 
cette nie on parloit lK)rd('lrtiSj plus loin fninçois, sur l'aliét^ 
de» (Jhartrons, tout à la fois, anglois, fn»n<;oiR, Iwntlrlai», 
suédois, allemand, russe, itniien, 4c.; ce qui me rappeloit la 
tour de Ikbel. N'iujpoi-tel tout' les jours nous rentrions de 
< lii'Z i^.os part Ms et amis, siu'pris, enthousiasmés, saisih 
d'admiration, au point dr ne plus j^enser »\ nos pères 
ni à nos mères. Ce cher ourle avoit lM>aueoup daflaiivs qui 
«•xig<M)ient sa prés(;nce ; cependant malgi'é ses «x-cupations, 
il nous introduisit r]vx notre cousin, M. de Hustan, (?) 
commissaire-ordonniitcur de la marine, et chez un grand 
nonibn; d'autres jtei-simnes, «jui nous accueilloient di^ 
leur mieux. Mais n'»tre plus grand plaisir étoit daller 
visiter les églists, et h's bijoux et autres < uriosités 
commerciales de la IJourse royale (h-and Dit-u! (pielles re- 
nmniues et (pu-lIes réflexions p«.»uvions-nous fnirc ù la 
vue de toutes ces licautés, provinciaux, jeunes et m>- 
vices qtie nous étions, et f(»rt [>eu édaitvs I 

Le temps de nt>tredéj)art arriva ; mais il fallut me séparer 
de m(»n <her cousin. Il fut embanjué dans nu viiisseau de la 
Martiui(iue,avec une place au bureau de la marine ; je ne l'ai 
pab revu depuis et u'ai plut cntcudu jmrler de lui 






Nous pai'tîiiKK. mon ondo et moi. imhii' Piu'îh. Airivé 
i\ Anpoiilôim-, mou oik le voulant faire df mol un marin, 
m'envoya ù LalUMln'lle pour y étudier les matliématiques, 
et stutout les parties d<; la nautiqtie, on attendant qu'il 
obtînt pour moi du ministre une commiHhion sur uu des 
vaisK(;aux du roi. 

Il mudrcrtHa à un p:rand n.aître appelé Matlnen Mounier, 
memltro de l'Académie fran(;aiKe. Ainsi nous nous (piit- 
tiui es aveo regret, lui continuant son voyage ù l'aris, 
et moi dans un bateau descendant la Cbarentf! pour 
Rochcfort, d'«)ù je me rendrois }>ar t(;rr(î i\ I^aRochelle, (îo 
l)remier moment dans le bateau avec des gens dont 
le langage et les usages me pamissoient si peu ccmfoniies 
aux miens ne m'atlecta pas beaucoup, L'éloignemi lit de la 
maison paternelle et la i>rompte et inattendue sépamtion 
«l'avec mon oncle, à ipù je métois vite et sincèrement 
attaclié, occupoient seulM mon esprit et mon cœur, avec le 
cliiigrin dt' me voir seul et m'en allant chez tles étrangers 
de qui j'jgnorois roinment je serois reçu; cetti; dernière 
pensée augmentoit ma mélancolie. J'arrivai à la petite 
ville de T<mnay-Charente un jour de grande cérémonie, 
jiarci' (pi'on y enteiToit un général d(^ cavalerie dans l'église 
principale, al)J)elé^' Saint-l'ierre. Les nautonniers ayant 
déchargé les ed'et:; qu'ils avoient pour cette ville, con- 
tinuèrenf leur route juscpi'à Rochel'oit, où nous arrivâmes 
le lendemain ; je pris mon logement au Umnd-Café, et j'y 
restai <leux jours tant pour me reposer que pour voir cette 
ville marKime d" guerre. 

Les rues y sont belles et largos, les é<iitices magnifiques 
et les magasins royaux très-vastes ; les vaisseaux do 
guerre jinxiuiscnt une fort jolie perspective. Cej»endant, 
c est un puis bits et vi,.seux. 

Tout nouveau dans ce café plein d'étrangi-rs, j'y faisais, 
en jeune homme sans expériente, avec l'ennui de mes 
parons, une Tguie bien triste. Aujs^ii.uen ne m'amusvit 



13- 



ot Ki le «hcval et l'homirn' nnv javois t'n^^\lrcs JuKqii'ù La 
R<Klielli' eussont été prêts, j'en HcroÎH parti tout de Htiito. 
Une aventure, «pii arriva à la iuaitri'8se du tafé, me tira un 
pi'u de mon iU( aliU'nu'ut. KIU" avoit un sui»''rlKi pi'rnKpift 
parlant trc's-|)i«.'u. In pamsitc- étnin^^'r pn'uoit mou café vn 
considérant co petit animal. Tout-;Woiip il «Ut à la 
maîtresse: — H est beau cet oiseau, il dcvroit être par- 
faitement lK)n h manj^er. Elle lui répomlit : — Oui, hé, lié. 
Combien coùtr-roit-il ? ajouta cvi être. — (.'eut écus, pour- 
suivit-elle. — Jîun, dit-il, (ju'on le fasHO cuire. 

Cela l'ait et exécuté, on le hd servit en présence de beau- 
coup d'autres «pii refi,ard(>ient son cyniHnie avec ét(nine- 
mejit. Une fois 1<- i)lat (le\ant lui, il apix-ia la niaitresKc, et 
ordonna de lui en l'air»' servir pour un sol. Cela (xcasionna 
un éclat <lo riie et une «juerelle oxtraortlinaire. Deux 
]»artiH pour et contre s'élevèrent d'abonl. Les uns soute- 
noicnt que, puisqu'il avoit fait tuer le pernxpK't, il devoit 
oayer le prix convenu. Les autn'S suivoient la qiK-stion: 
Combien est-ie qu il «oûteroit? — C'ent écus, — et préten- 
doiont «jue et la ne voiiloit pas din; ni s'enlcndrc. de tout 
prendre. Et la disjnite auKm<'ntant, quelques coups suivi- 
rent ; et la maréchaussée vint finir le bruit en se saisissant 
des principaux, le champion du perrot^uet étiuit du 
nombre. Heureusement qu étant dans un coin et ayant 
olkservé le plus parfait silence, puis »\ cnuse de l'apparence 
de ma jeuni'sse aussi sans doute, aucune question ne mo 
fut faite, et je me loutentai de me joindre à i'hôlcsse 
pleurant son peinxjuct et faistiut le panéLfyricjuc d(! ce 
pauvre oiseau : (Quelle perte! (^omlùtn il amiiKiât tout le 

monde 1 Étant parti le lendemain matin, je n'ai 

jamais entendu parler di l'issue de cette difficulté 

N'ayant que 5 lieues de chemin !\ taire, nou« arrivàmert 
de bonne heure ù Lailochelle, et j'allai pren«lre mou loge- 
mont dans le faubourg îSaint-Nicolas, proche du i)ort. 



1'* 



CHAPITRK DEUXIÈME. 

JJu Hé.jouv de l'auteur à LaRochMe -:< de se» proarin pendant un on. 
De »on voyuffejutKiu'à Paris jtur lu Mesaoïitrie à chnal, 

Qnoifiue fatigué de ce voyage à dieval, et dan» une noxi- 
volle auberge^ je ne me repowii pas bcaneoup, tant nuui 
roonr étoit agité. Comment trouveroi^-Je ce monsieur 
(jui devoit me Hontenir et me protéger? M'ét^mt liiiMUé le 
plus déremrncnt ptiH^ible, je me fis accompagner chez lui 
par un jeune honmu;. Sa résidcm-e étoit à un des angles de 
la Pla<e «l'armes api)t,Iée le lk)i.'i-saris-B<>ut. Ici le comlm- 
teur me quitta à la p<n'te, dont je venois de lainHcr 
retoniher 1*; battant. Une .st-rvante parut et me fit les 
«picstions ordinaires :— (jue dt'niandcz-vous, monsieur? 
A parler h monsieur Mathicxi Mounier, j)our <iui j'ai ieH 
lettres. — M'ayant annoncé, je fus intrtKluit dans sa grande 
blbliothcMiue, on il étoit seul. Il me tit as.^coir, et prit 
lecture des lettres de mon oncl<!, son grand ami. se leva, 
me sen-a la main en me disant : — Soyez b bienvenu, 
nous allons faire poin- le mieux. Avez-vous déjeuné? <'on- 
tinua-t-il. — Je répondis (pic non. — Eh bien, je .ais vous 
prési'uter à madame de (Ouagnes et aou.s dé- 
jeunerez avec nous. Descendus au iiarloir, cette dame 
arriva et m'accueillit très-poli ment. M. Mounier i)asRa 
dans une autre pièce )>oin- mettre uti habit, et revint nous 
trouvir. l'endajit ce temps, t ette dame m'avoit demandé 
où j'avols quitté mon oncle, et pourquoi il n'avoit pas fait 
le tour par I,aHo<liclle, cela leur auroit procuré lo plaisir 
de le revoir ; qu'il parraissoit s'étn bien amusé au païs 
natal, jiuisqu'il y avoit passé la belle saison de l'été. Je ré- 
pondis qu'il avoit été absent si lonii^tcmps, et (pie la 
fajuille n'avoit guère joui de lui, vu que chacun s'étolt 

'upressé de le retenir autant (pie po.s«ible. — C'étoit bien 



P-2&Û 



■TïtTiiïïrw*-- 



— 16 - 



nftturel, me répondit-elle. M. Monnior rentra en mo 
(Usant • — Il veut fuire un marin royal do vous, uvoz-vona 
du goût iK>ur (et état? — - Je l'ei-ai (ie mou mieux, répondis* 
jo. Il ajouta encore : — Revem'z déjeuner demain avec 
nouB : v«)U« trouveroz lo profesneur do nuithématiquoa 
Guilloton. Je voudrol» qu'il «c diarj^eàt do vouh pour 
cette étude, ut pour votre logonieut et iieuHion, ayant déjàl 

beaucoup de measieuro Hit6t lu déjounor 

fini, de crainte de le gêner, jo le priai de me ponnettro do 
me i-etirer, — A demain donc, mo dit.il. 

Fort content do l'accueil généreux de mon protecteur, 
jo me mi8 en devoir ili- leffagner mon aiiberKe, h (pioi 
jo i)arvinH sans difficulté ; mai» craintf df me penln*, jo no 
considérai pas Ijoaucoup la ville ni mm bcautén, excepté lo 
port. Comme jo logeoi» proche t^t que j<' vImoIm à jicveniv 
marin, jo douimi une couple «l'ium'oa à l'examen don 
vaissc aux, qui étolent en ^^rand nombr»', et den < bantierK do 
tout genre, que je me promi» de venir visiter cliaiiue fois 
que nus études m'en luiHHcroient le loisir. 

PUin d'aUHsi HatteuseH idées, je rentmi d;in8 nm chambre, 
non sims i»eine, parce que la fille do l'aidM'rginU' — nuiiiét* 
deituJK 3 moirt «eidement, venoit de pertlre son mari, et la 
maison étolt remplie de voimins et do voinine» t'aiHant tous 
leurs efforti* i)()ur la connoler «ans jxuivoir y réussir. 
Le lendemain, jour de l'enteriement, suivant le corps 
au (imetière, comme c'est la coutume, elle m? jeta 2 
fois dans lo trou, sur )<:■ < erciieil, pour y <$tre enterrée avec 
son mari : on eut mille peines h I'oUt et h larumener t hea 
elle, et il fallut même la gardei «juchpies j«)urH. Cependant 
cette folle étoit remariée H mois aprèn ; i)ar là on peut 
juger aisément de son ituonstante et de «on [uii de 
sincérité .... 

Je ne manqua) pas de me rendre aux ordres de moîi 
protecteur. Je trouvai bV efïcu tivement ce M. Uuilloton : 
m'ayant vu et entendu [nuler, jo {Hinu lui plaire, et après 



— 16 — 



déjoùnor. RauR fpic je <oiimiRR<' lo« lUTnnpomons qu'il avoii 
faitH av(!c M. Monnier, il me «lit (!<• !*• siiivir. Arrivé < ln'Z 
lui, il me prÔHcnta h madame, et touH trois msemMc, 
un instant H[)rt'^s, uoiik utontrnu'K au tri)iRièmo ; non» 
traversAmes sa ( hambit* h coucher et entrAnu^R <lan*« im 
«aliiuct, où il y avoit un lit, une table et un miroir. Une 
|)('tit(! fenêtre faisant fa<o sur une «.our de derrière. Lo 
mari «-t sa «lame mv dirent : C'est ici votre appartement. 
Notre maison est si pleine de penKi(»nnairt;s, maiw \)onv 
olilij^^er votre proteeteur nous vous avons m-eepté <— 
(|uei(jue vous soyez obliiçé de passer dans notre chambre 
i\ eouehcr pour aller ù Ui vAtre. Voyez le sacrifiée cpie 
nous faisons et la confiance que nuwlame va mettr«î 
eu vcuis. — Je r^'pondis que j'y ctois des ]»lua sensibles, 
fpie ma conduite et mon res))eet pour elle et pour lui les 
lonvaincroicnt «juilH ne s'étoient pas trompés à mon 
éjrard. De Iji noiis passâmes à la salle d'étude, où il 
m'assifçnii mon numéro à la liKième place (car tout y étoit 
trés-bi(ai réglé) pour le lendemain. 

II permit à un étudiant a})pelé Maudis «le m'ivccom- 
j>ajj:nfr ù mou logement pour aller chercher mon porte- 
niauteau. L'hotc j>ayé, Je m'en revins avec mm « ouduit* ur, 
qui est dev<nn mon bon ami, clicz notre maître, et pris 
possciHsion de n»on ixtit cabinet. La maison do ce 
niatliématicien étoit sitiu^e Canton des Flamands, rue du 
J'orche, No. 37, prcxîhe du Théâtre it de la Forte de 
la Grosse-Horloge. 

Ici je fus mathématiquenn'nt et classiquement observé 
par tous nii's camarades — moi noiiveau, venant de 130 
lieues, Langue«l«»ci''n et d'apparen«'e et d'ac« ent ; mes 
gestes, mon accent jirovincial étoient examinés et tournés 
sur tous les sens, Trois ou «piatre joms après avoir 
fait connaissance, étant un peu leur risée, mais riant tou- 
jours avec eux, ils se dédai'èrent tous mes amis, surto«it 
MaUiiis <'t T ou H autres grands ; soutenu iitu" eux. cela me 



— 17 



nivlit r«ïKj)0'table h tous Ion autres, et chtuun fut l)itMitôt 
iW ma KOi.'iété ; d'al)or(i ceux qui étoii-nt étmngers h la 
vill<f de Lalldchcllc vi veuoient coinim' moi do lt»in, 
i-n {Kéiii'ral cTittinH de lamille ; mou >:^oût pour l'étude 
et mes «uccèH KurprenantK m'attirèrent ennuiti' la «iK'iété 
des écoliers HKheloiK, «urtout <l.i tils de M. de Saint- 
Sauveur, (jui, fort intime avec num Mau^iw, uouk attim 
chejc mm père, rue du Temple, chez (jui nous étioii» reçus 
amicalement. Son père et na mère étoi«'nt Imiuh et lai- 
moient tant cpie tout ce (ju'il faisoit étoit jiarfait à leurs 
yeux, et ù ceux d'une sœur, à (jui il avoit montré les 
humanités en langue latine tout comme il les avoit faite» 
lui-même au collège de cette ville, et dans le temps dont 
nous parlons, il l»n faist)it faiiv les mêmes cours de 
mathématiipies et de géographie (jue lui et mms. Presijuo 
totis les jours de congé nous faisions avec elle double 
iJevoir. 

(!e fut dans le mois d'o<;tol)re que j'arrivai li\, temps oh 
les poires de hon-chrétien s'y récoltent; et quoiqu'il n'y 
eût encore que (jiiehjues jours (jue J'y fusse, je me trouvai 
mêlé dans \me curieuse av<'nture. Nous avions dans notre 
classe un tils d'apothicaire, placé en ce lieu j)ar son tuteur, 
— son i)ère et sa mère étoient morts depuis peu. Ils 
n'étoient (jue deux frères, et le cadet ( qui étoit celui qui 
nainioit pas la profession de son père, mais aimoit 
la marine ), im jour, en parlant de fruits, nous annonça 
que son frère et lui avoient un beau jardin dans Saint- 
Nich')!as, plein de helhs poires (jU'il dépeignit si mûres et 
si lionnes, tju'un complot ue tanla pas à se faire par 
les pliiîi forts et les plus grands d'entre les étudians pour 
alh-r les enlever une honiu^ nuit. liCs plus rusés proj»o- 
sèrent de se déguiser tous en reveiums, de se pro<:urer «les 
échelles et de pénétrer dans le janlin en criant ; où vas-tu, 
nui pauvre Ame? Elle devoit répon<lre : Droit à la cal>ane 
( oh étoit le frèiv gardien avec ui\ fusil t<»ut«'s les nuits. ) 



— 18 — 



Cet appareil ont l'offet «Hpi-ré. l'emluut <|u'uiu' troupo 
eriuit dans K*k ullôt'N: Oii vun-tii. mu piiin n* âiur ? et 
ipi'unc Hiitro ri'poiidoit : Droit à lu cultiinc ! l<-s uiitrcrt 
aVHÏi'iit «li'jà «'Kt-uliMli'. «'t «.'ulcvr «les pttirit-rs tout U- tiiiit. 
J^(^ pii'ilifii saiKi (ré|H*uvuiitf laiHKu toinlH'i koii fusil, 
«'t pH;nu lu port)- «-t uui* HUtrc ruo uu Miut et ù lu 
4'OUi'Kc. I^i rhoHf K'au-i-oniplit i-ii p<'u de luiiiutts tant 
1<; nombre drs voleurs (!«' poiivn t'toit f^rniiKi : et huuh uviùr 
i-té MurpriH, n<»UK rcntràuu*H clic/. u<»trc nuiitrc dcpoKcr les 
ptiircs SHUS qu'il le sût ni personne clic/ lui, (pic i.ouisc, 
son Hîncc, tpii nous uidu à It-s ciulicr. Puillusscs, valises, 
coins et recoins, t«»ut tut employé, et avec 1<' plus 
inviolahle Kecret. (^in* vinies-nouM le lendemain? notre 
camarmie «l'étud»' l'apothicaire, stupéfait et <lia^;rin (le ce 
qui étoit arrivé à son frère le «Intf^uistc", la unit ptécédentc 
un jardin : tout<'s h-H p«»iri'K avoient été <'nle\ées par uu tel 
HoulèvcuK'iit de reveiians, qin' son frère cmytut de Imuiiic 
f»»i (pie tous les morts du cimetière de Saint-Nicolas avoient 
été de la partie pour voler et man^«'r les |)oircs — (juc sou 
frère en étoit maltule au lit, et étoit à moitié fou par suite 
de la triste catastrophe ; que, <le la caltane il avoit vu 
venir cette procession dûmes avec tant d'onlre, ii\u: 
l'épouvante le prit tiuit de suite; ({lie depuis le matin, la 
jtolice av(»it fait des recherches sans oinltr*' <le succès. 
(^uinKc jours après, l'histoire étoit devenue pulili(pu', et si 
drtMe, (jue partout où vous allie/,, V(MIs n'entendiez point 
d'autre conversation. 

Pendant ce temjis, n(»uH tremblions d'ôtre découverts, 
mais heureusenn'ut, nous n'en et'nnes «pie la peur. La chose 
à la tin se calma, si bien (pie sonvi-nt nous faisi(uis juirt 
des poire8 à ce pauvn; diable (|ui disoit ingénument : 
Voilji d'aussi belles poires (pie celles qui étoient dans 
notre jardin ! Nous les disions venir du c('»té d'An^ciUiléme, 
par In t'hiirente, » i.»(Koehe||e. «'nvov(M>s par nos pareus. 

( 'i-st HNhey. |>arler |«>iri'. (<\ • ihhi." îhix jtio^iès «|< mo 



-19 — 



étu<l<'H, ù int'H oMi^iitions cnviTM mon proUvtonr «'t h vno» 
iioiivi'IK'K connaiHsjiiH-cs «jiiuiul j'étois j)arti <K* vhvx M. 
M«»iinit'r JiviT mon |»rt''cf|»tt'ur, lui ft niiuliinu' dv C'oua^m'rt, 
muvoirnt n'oonimandt- dullfr les voir trôs-Houvent, ajou- 
tant (jUf mon fiiuvcrt nt-roit mis ù li-ur tul»!»' tous U'K 
«linmn<'h<'H et fêtes, rt <|n'<'il«' futcudoit me faire faire 
I -onMHissanre avti- su Hlle, — nuiriée à M. 'l'aihé, manlmnd 
«le «lm|t«. .Juvois répondu i|Ue ri«'n n<' jtouvoit êtro j>Ius 
Hatteiir i»<mr moi, et que j«' ne mantiuerois pas d'ju-eeptiT 
«laussi iionorul>!eH et ^énén'tises invitations. A ees mots 
javois enten«lu la fille «lire à sa mère : Il est jeune, maÎR 
il deviendra aussi calant «(ue son aimaMe oncle de llustan, 
et nous voilà, maman, un «avalier pour noiis accompagner 
à la conuMiie. puisque M. Muimier et M. Taché se trouvent 
W plus souvent occui>és ces jours-h'i. l'iui à «es asi^embléfs 
académiques «*t mon époux à son <'ommerce. 

Le <linuin<-lr.- n'étoit )>as loin, et je n'oubliai i>as l'ordre 
ni rinvîtution de ce» dames, .fe ne trouvai pas «l'autre 
ciunpimnies qu'elles, M. Taché «-t M. Mcumier. On parla 
fort «lu Canada, où elles avoicnt pris naisstince et <»ù 
étoient h'urs pari-ns, ensuite «le mon (»u<'le, «le nuui père, 
«•t «lu chagrin <jue tt»ute ma faniill" avoit eu <h' me quitter. 

Los ayant satisfaites de njon mi«'ux, il fallut leur pro- 
nu'ttrc «le l«'s a«'compa^nicr le luiuli au Thi-âtre, païH 
«•ntièr«Mnent nouv«'au pour moi. .le leur dis (|Ue j'étois à 
leur disposition, mais «pi'il falloit en informer mon pré- 
cepteur et ohti-nir son asH«-ntiment. «•«> qu'un l»illi;t «le M, 
Mounier m'obtint bi«'ntôt. l,c soir «h* «liaiiiu- lundi «-t «le 
«liiMlUf jeu«li, j'ét«»is à b-in-s or«lr«'s, touj«)urs prêt à n)«>nter 
en car«»«sc pour les tu-iMuapa^ner à «-ette salle d'exhibi- 
tions «Iramatiqucs. 

l>i!K personm-s riclu's coninu- M. M«)unier, ét^ûent p«uir- 
vues des |«>n:«'s l«'s plus chèri-K, les pltis ji^iréaldes, preK«iUc 
les premier*»» «'utin; j'av«»is «loue le nuiven d«> bien ol>- 

*iTN<'r I'.» JHl''MI> ''I \<:s .•(Ct riet», 



— 20 — 

C«» «olr-li\ — la proiniôiv foÎH «Ir ma vIo — on donimit 
Annette et Lubin, ((Uc je troiivHÎ kj aiuUK^uit < t hï drôle (|Ue 
je ne fais4»iH (ju y rêver. Le jeudi d'eiiKiiit»' on donna 
1a: Roi et Ir Fermitr ; j'en fus ni entlianté «|Ue, kï j'iivoin eu 
ti8He;s d'tilutution et muinK de ^o(it pour i r i^iie j'(-tndi«>iH 
v]\v7. mon préeepteiir (iuilloton, je me Kentois une in< 
elination à me taire conitHlien. 

N'in»|M>rt«', ne pouvtint o\d>lier «-e «jUe j'avoÎH prttmiN :\ 
mes (XirenH, iivei- le ^oût et It; soin tjue j'upportolK ù liien 
apprendre je fuisidn di-s projrrèK surprenants, à re point 
que mon prtHCptenr n»' put s'empôclier d"»-n parier à niou 
proteit«*ur, et quoique le dernier entré en classe pour 
ainsi dire, je méritiii (|U'il me dunm'it (« k inanjueM 
ela«si(|Ues distinetives qui eneounifrent. t'es dames «lont 
l'estime pt)ur moi au^'meutoit de jour en jour piquoient 
eiut)re par l<urs témoi^rnaff» s d'estime mon andtition 
de mettre à Vtiin m'acquitter de tout vu j;énéral mou 
iiouneur de gentilhomme. 

PlUK meH eonnoissames au^mentoi^nt. plus j'o\«)is do 
notivelle» pensées et de nouveaux désirs. Jusqualor» 
la ville où j'étois ne m'avoit pas plus intéressé (ju'un 
simple lieu de retirante. Les l)eaux ouvmges érudits 
et hiKtoriiiues «pie j'eus occasion de lire dans la b<'lle 
bil)liothè«|U«î di' nion protecteur, én»oustillèreiit tellement 
moii génie inexpérimenté et flottant, que le dessein d'exa- 
miner et de commenter entra pour la première fois dans 
nia fort jeune cervelle. Je me mis ù observer la ville, son 
l>eau port et sa nule ; ce fut mon premier essai méthodique. 
Tout ce tjue je voyois me donnoit sujet à réfléchir, et les 
pourquoi s«» présentoient sjins cesse en foule »\ mon 
inuigination. Surtout un jour qiu- j'avois été invité à 
accompagner les «Uimes à un diner ù la belle villa de 
Lafon, hors la ville, proche de la Porto-Royale, — appar- 
tenant ù M. Meunier. Voici la triste et fort curieuse 
aventure du pernxpiet <héri de M. Motuiier, qui ne faisoit 



-21- 



i|U(> Vo\tiKi'i', votiiiit (!)■ son |i«-tit |>iiliii»( hii «Htiinct <•( hUX 
rarrAK df ce jardin : l«'rt*'Ui-, vouk vt'rn'i mî ce petit aniiiial 
rtvoit d<' r«'»prit et s'il n'avoit pas birn profita d<'S le<;ons 
tptr SOI) iiiaitr(> rH)'H<ii>nn<-i<>n lui uvoit doiinêrs. Nous 
t'ti<»ns dans (•«•culiiiH't de plaisance, nu niiliru du diner ; un 
l»ruit extriiordinair.' se fît dans un rarré de ehoiix, qui 
nous attira tous dans le tnonH>nt. Oh I que vimes-n«>us? 
I." |Miu\ Tc pit'rrot, à ntoitii' plumé it t-nsiinj^lanté, aux 
|)riscs avec un espî-ee d'oiseau de proie ap|>e1é énu'-rillon, 
»|ui ne If lâiha et s'enfuit qu'à notre approche. Aussit«'tt 
notre pauvre pierrot alMujdonna sa retraite — la ti^1■ d'un 
ihmi — pour aller tout droit ù son nmitre, en sec4Uiant sji 
misère et en criant: Ha! !«• Istujçr»', comme il m'a pluiuél 
Il ;riiKna l'épaule d<' son nuiitre et n<; quittai plus ce i>OHte. 
Cela nous amusa intiniment le reste du dîner. ¥.n mon 
|>arti<'ulier, j'étois dans un»' surprise «lont je ne pouvois 
reveiùr : un si petit aninml si savant I ('onil)ien moi, 
qui étois plus irros, je pouvois devenir intéressant par une 
appliciition wins relâche à toute espne d'étude ! 

Te trait du i>erro<|Uet et lattjwhe de M. Moiujier pour 
lui, me firent penser sérieusement (jue je ne jMUivois 
devenir cher i\ mes parens et estimé de mes s«'ml>lal»hs 
«jue [»ar la carrière des talens, (pie c'ét«>it donc elle setde 
«ju'il falloit sans cesse fouiller. Je fis le projet d'étudier 
d'alK>rd LaRochelhî et ses éilifices, et «l'observer ensuite 
les personnes et les plaisirs (ju'elles m'y procuroient. 

liU Place d'armes y est si>acieuse et belle, et ce (jui la 
rend remanpuible c'est — situé à son extrémité, du côté du 
fossé, allant aux Capucins — le Uois cT a mou retint. Tout 
j)roche de la porte de M. Mounier, se voit le lioi»- tant- Bout . 
JiCS rues sont assez U'ikh el .ar;;es, et seroient encore 
pl'is larjfes sans les porches. Saint-lJurthélemi, la cathé- 
drale, est sup'-rl» • et fort vaste : tontes les autres éj^IfSes 
ont bouu" iippHri'iice et sent foit ri' h"s (• n 17*>(»). (1) 

H) 17'M. A. G. 



-22 



Lv poit eut pftit, iiuiiM trt'fMoluiiKKl»' ; oit n'y «'ntn- 
(|iiu ]>Ar le ilôtroit de 1h Tour, oii i|«'k rtiHiiu'N (|UÎ fcniicnt 
le p*iH<4at;i', Hv haiiHHfiit l't m- lmiNH«-nt >i (iriiiandc. I.11 riwU' 
ent f;nunlt', elle va juMtin'ii ia «II^'IK- i\v Ui«-h(>li<-ii, taiMaiit 
fitce Hiix MiiiiincK. Le» proincniMicH hv tout |*iir lu Porte- 
Hoyah',('cl!f<I«' Saiiit-Ni<'olah.f«'lh' «Ir la (troKM«'-H<trIop', !«• 
lou^ (lu port ; par la tour tlv la r.atit-<-rii)-, pour aller à la 
porte i\vn l)«Mix-Moulins et liors de la vill»-, et par la porte 
(1«' la l'oudrière. Il y a évéché «'t <-o|lé^<', avee t\v iK'lles 
(•a«erneK, eaiHilde» de lojfcr 2,00(» hoiuiues. Le« ruoK «ont 
l)ien pavt'OK, 

Ma scM'iété avee nies<laines Taelu'' et «n mère nie pr<Kiira 



heaiR-oup de eolnlaiH^ 
de lionneinore, très-sM 
demie, curieux ati poit 

iilIlUHer S4i feJiiltte, tort 



mnees, t 


vaut ho 


it davoi 


i«'Utie «'t 



■ntre autres eelle de M. 
>nitue et Ulelitlire de l'Aea- 
r un théâtre elie/ lui poiir 
aitualile. ayniit eoninie lui 
un p«.*neliant à la diflatuatioti, et une trèK-ri«-he luéutoh-e. 
Il etoit »i a non aiH«' (pie d'en faire U'h frais une loin par 
semaine »|uaud leH jM'teurK du théi'itre piililie ne jouoient 
pas, c'est-ii-<lir«' les niardis ou h's itterere<liN. S<'k repréNenta- 
tions étoient toujours i-ondttites par lui et trois 01. ipintie 
des prin<*ipaux lu teurs ; le r<'8te de la troupe se <'oniposoit 
de j<'une8 ntessieitrs de ses antis ou de eeux de sa fentiiie. 
Je fu« invité une di/.ainede fois à prendiv un iVde : la pr«:- 
mièro fois, «-e fut dans Zà/re et Ehire. ha pativic Mtul. de 
Bunneinoro, enci'inU' de six mois, peidit In vie vu jouant 
la ])ièee Le Roi et !'• Fermier, au eoiip th' théâtr»'. Kl le 



faisoit le rôle de la l>clle .lennv. Au trait 



\iV milord 



ui'oflfre des riehesses ! sut ma table il uK-t un trésor! I>c 
l'orl de l'or! de l'or!" — '' Jentiy ! .Jenny ! helle .lentiv ! 
voudrois-tu memhrjisser'? " — " Non, niilonl. j(!,veux m'en 
aller : " en disant cela avee la p-ât-e <pti lui étoit naturelle, 
elle tottiba m<»rte. Les ritl<'aux se feriuèrent pour toujtairs, 
• •t la si'ène fut elose pur elle. .fiiUDiis je ii"- vis coup 
de tlié.'itic ciiiist-r Isint d'- itriii' m tous les assistatts 



|'rrH|iir ti»nt I«* nioiiflr plnim wiiv In-IIr <•( ihnruiunto 
friniiif : M. «!«' Hitiint-inon'. «|ni lujnioit nii (l«'|i\ di* toutt- 
«'xpri'Hsiitn titinlxi iiialu<ii>. nmn«|UH <l'<'n iii<»iirir et r«-Hti\ 
tort loiiirtrnifw «tiiiiH III) im'chMi nient in<li(ihl«> ; un filx 
ipril Hvnit «Ihiih notn* rlaKN«-, h^i'* <|i- |«) huh, toiiil>H «hiiiH un 
rtitt <i'iiiilH'<-iIitt'* )|iii HiiKHiditoit toiiM 1«'n jours, {'a'h 
lu-citicns iri'HvrH iliiniiiiirrrnt iM-iiiiruup I«-h plniHJrN «If iim'n 
pr«»t«>«'trl<TK, i|iii fin'ut vuiii t\r ii«' plus voir jouer t\v 
tout riiivcr. vi nos miiuncinciiH hv x'-iiuiHin-iit îi îles tourK 
(If proiiit-niulr tV»''<|iH'nts in <-iiroK.s«'. vt » «Irs p^irtios «ir 
iurt«'N an JfU de la .V^uch^, tort ù lu iiH»«lr. oii j»* joiirti trèx- 
souvrnt pour le couipto lir iiiH4l<iiur TjwIk'', u'Hyunt p«iiut 
ilur^'ciit à prriln- pour je mien, fur mon oncle ne nie fonr- 
nisHoit (|iu' le néeeHKuin'. 

f,e «'oiirM de mes étiuli-h ét«»it Men avancé ; le tenis 
iipproclioit où je (levois nller à Ilreict ou à Lorient, inont<'r 
en ipiaiitt'* (le ^^Hnle-niiirine sur un viiisM-iiu eoiniiiHiidé ]mr 
le eapjtnine ( 'linon: initis les iiavireH iimn-liunds tpi<' 
je voyois entrer, tort Houv«-iit déluhrés, dans le port, 
IcN tristes n''eits des ottteiers et des (>(jiiipH^es, les vœux 
ipiils venoient offrir vu action «le j^râees nn Très-fiant 
dans les «Vlii^es p«tur avoir «!'«'lmpp«' au naufni)^»', «-t surtotit 
un cMpiipa^e <|iii av«»it niaïupié d«' vivres et <|ui d('-Iiari|un 
a^ <•«• lin (piartit-r «le eliair liuinaine «piil avoit eu de n-ste, 
pour l'enterrer et en mèine temps n-mlrc j^râec au ei«'l, 
m»' tirent tain- de si f«»rtes r«''rt<'xionK «jue je nu* «léj;«tutai 
«le «-«'tte pndession. J'en int«M°mai mes jiarens, et imniiL-- 
diatemeiit je fus appeN'* à l'uris. 

Oui, luttre cours classique finit le 1er juin lïttU, (1) «d 
j'«d>tins ipiinxe jours <!«' nuui prote«'teur pour alli'r reiner- 
( ier toutes l-s personnes chez «|ui j'avois i'U- H«lnns et «lire 
adii'U à t<»UK mes amis. Mon cIht MaUfris et de Saint- 
Sauveur. av«'e rpti j'av<»is toujourf» ét«j l'urt lié, en eurent du 



(1) Non vas l?»'*, mais 17»»4. A. 0. 



— 24 — 

clmj^riu, et jusqu'à mon (lépurt |>ar la iin-KHaucric. la; 
in'al>ftn<l()nnèrent paH ; aussi fûmoH-nous partout l^nijfuirs 
on8em))lc. M. de Saint-Sauveur père me fit promettre de 
leur écrire et me charj<ea de lettreH pour «es amÎH de 
PariK, ainHÎ que M. de Honncmore h l'Académie et i\ hck 
amÎH particulierH, avec de» recommendationH dÎHant com- 
ment Je ni'étoi« comporté »i Lallochelle. et <iue j'y avoin 
eié adraiH dans la bonne compagnie et les bonnes maisons. 
Mon prot(X'teur en fit autant, et surtout envers mon oncle 
de llustan. Ainsi d'une maison à l'autre, j'égrenai le peu 
de temps (jui m'étoit assigné, dont la fin arriva sans quv 
j'y eusse pens6. Je ne pouvois pas reculer d'une heure, 
ayiuit fait mes sincères adieux. M. Guilloton, Maugis, et 
5 autres ctudians m'accompagnèrent ai.i bureau, et à 5 
heures «îu nuvtin, j étois monté j\ cheval et séparé de mes 
amis, (]ui avoient paru fort peines de notre séparation, 
surtout Maugis, dont les yeux se remplirent deau et <|ui 
tturoit bien voulu me suivre et être de la j)Hrtie, 

En passant la Porte-Royale avec 40 atitres cavaliers, 
je dis à haute voix : Adieu, Ix'lh^ Rochelle 1 

Mon l)on protecteur ayant donné mon i orte-manîeau au 
maitre-mossager. à qui il m'avoit expressément recom- 
mandé «\ cause de ma j<'Uuesse, je n'eus d'autre soin «pie de 
me l>ien tenir ù cheval, ce que je fis ù mon aise les 
premiers jours, qxw mes fesses n'étoient pas fatiguées. Il 
n'est pas Ujaluisé d'imaginer «jue notre com|>«gnie se com- 
posoit de gens de tous U^s état.-*, juscpi'à des nxHnes et dc« 
.prêtres, «piî s'en alloient comme moi ù la capitale de 
l'empire fmnçois. (1) 

Aj)rès force marches et fatigues, nous arrivânus à Or- 
léans, où fut la 6me ccmchée, sans rien d'extraordinaire, si 
ce n'est un père (!arme et un père Récollet (pii ne 
jtouvoicnt pas hv souflrir et étoivnt toujours aux prises 



(1) Il l'an» ?e rapiMDlcr ici quo Je? M/inotnii fitrenf ^'criti on 1K12. 
A. Q. 



26 



aver litituiit (le fiiriu que ilenx iHUHtiqiics t[v rn»yaiJ«rK 
diffcrontos. L'huImm-^' de (-«'tte couchôo t'-tunt fort (infom- 
bnV, noii^ scrrAim-K nos nm^rfi. Il fallut coucher deux diiiis 
chaijuc chiini]»rc, mais ccpcrulunt «lims des lits sépr.rés ; <•«• 
qui ni'cirriviv avec un dv notrt' troupe, ,out-à-fuit inconnu 
et mms mitre rec()innien<iation <iu" le fuit qu'il avoit payé 
comme Ic'K RutrcK nu bureau. Je me couchai vite, car j'étois 
hien las, et le 8<«nimeit s'cmpani dans l'inHtant de tous mes 
sens, aussi je n'eus au<-unement connoissance (h- mou 
«•anianide, quan*! il se cotu-ha, ni de ce <ju'il fit. Mais de 
ceci on fut certain le niutin. Comme nous allions inonU'r à 
cheval, la servante cria à In maîtresse «ju'il munquoit un 
chandelier (i»ins la (•hanihre où j'avois couché avec cet 
être! La plainte est connue, on clierche, on examine «lie/. 
moi, ce fut '.(ientot fait, puis((uc n>ou porte-manteau 
n'avoit pas cessé d'être si^us hi khi*'!"' du messager. Celui 
de l'autre fut examiné [tar lui ordre exprès, malgré (|u'il en 
eût, et on trouva detlans un morceau du chandelier et 
le reste converti en faux louis d'nr, avec tous les outils 
d'tm chimiste faux-monnayeur. On m'arrêta avec lui, et je 
fus conduit chez h' Juj,'*' <l*' {xdice avec mon maitre- 
n\essager ; je fus intern>j;é sous Kerment, jiinsi que le 
messager, mon port<'-manteau fut visité, après cjuoi l'on 
me relâcha connue innocent et non complice. Lui fut 
conduit au cachot pour subir son procès, et totite notr»' 
troupe! se remit en selle et continua sa route. L'histoire de 
cet alchimiste nous oecu}>a au point cjue nous arrivâmes 
au hurtîau rue Saint-Hon<»ré, à Paris, sans nous en aperce- 
voir. Aussitôt arrivé, j'écrivis à mon oncle, rue du (îrand- 
Uurleur, (|ui m'envoya mi fiacre, et à ô heure» du i*oir, 
j'eus la joie et le plaisir de l'emltnisrtcr. 

Chose surprenant^', on y savoit déjàraBnire d'Orléans. — 
Tu as été iirrè:ô a Vr\(.'i\\\\ sou;>(.-onn.'' dêlr' ((»m;>lir'' d'un 
faux-monnayeur. me dit mon oncle; le juge de police M. 
de Martine m'a envt»yé chercher ii M heures hier matiiif 



— ^6 — 

)»oiii' sHvuir kI )<• t'atti'iKloÎH et kî tu «'fois mon n»'V«'n ; tout 
tut nrmn.m'' (Ihiik U- moinrnt. Tu ili-fliinttion » OrltwjH est 
chez lui. et dcniiiin j«; t'y conduiiiii pour (pic tu lui rrmlrs 
«•«»iiipt<^ (\v tout !•<• (pitf tu suis toucliiint «-et lioiuiuc — J«' 
n<' sjiis pas ^:minr«-hos<', irpondis-jc. tj<' lui Jiyiiut parU'- «pu* 
trois ou ipmtiv f»>is drpnis l,iiUo<lM'llc : J'aî «•ouclu'* à 
Orlc'mns (liiMH \v inôuH' iippin't«'ni<'ut (pir lui umiK il iio fut 
pîis (lit six jtarolrs, parc»- ipic je n'en pouvois plus «If 



lassitud»' 



Koit Iticu. ui»' «lit nioii on<l<*. As-tu dfs 



lettres d»' nos amis «U' J>all(»elKlJc ? connncnt se port»!lit- 
îIk? — Tvt'S-l>i«'u, et voilà leurs lettres 



• •••■• 



La Koiré*' se passa, «oinnie il est naturel d«; le penser, à 
n(»ns entretenir de mm |»ère et de tout<' la taniille. Oh, 
«|ue les lettres de co pauvre pôro me fin-nt plaisir! Je n'en 
avois pas vu d<'i>uis ujon départ de la inais«»n paternelle ; 
tout (•<' (pi'il uTt-erivoit étoit adressé à son frèn*. n^on oncle, 
l'ar il i;.;noroit «)u<' ee dernier m'eut <'nvoyé à La1{»Klielle. 
Je lui lis réponse, et je eontinuai de » orrespondre réjrulière- 
njent jivee hii, jusciu'à mon départ de Paris pour l'Anf^K'- 
(erre et l«^ Canada. 

A 7 heures iln matin, mon oncle et moi nouR étions 
rendus chez le ju;;e de «police, M. de Sartine. — Ah! r'v»i 
là, M. de lîustan, votre neveu? — Oui, monsieur. — Com- 
ment Vous app<'le/.-vous, nionsicnr?— I*i<rre île Sales l,a 
'l'i'rrièrt', monsieur. ~ Vous At-ne/. de Lalhtchello ? — Oui, 
monsieur. — Ouy aviez-vous été faire"? — Etudi«'r et taire 
un cours <le nuithémati«|ucs nautit|u<'s che/, M. Guillotoib, 
professeur, rue Canton des l'"laman<ls. — Citmment êtfK- 
\ ous venu en cette <-apitale ? — A cheval, mossujrerii'. — 
'^ui étoit avec vous? — (^uaranti cavaliers, y compris le 
maitre-messHyer, et toutes personnes paraissant de <liflé- 
rents états; un moine et un récollet. — Keconnaissez-vouî* 
la déclaration (pie vous ave/. <h»nnée devant le jnf^e (U* 
poli<'e d'Orléans ? — Oin', monsieur, pour être la inômc et 
vniio déclanition faite par moi. — Ponvez-voiis m'infornier 



> ■- 



— 27 — 



de <jHflqur flioM- <le pUiM purticiilitT t(iii<-luuit <•«• f*anx- 
jiioniiu.N > iir, t'f Irtiirii-z-vous vu tniviiillrr ? — Mt'taiit 
(•«(iH'lu'' !<• pn-tiiicr. à cans»* «le la irniiidc fiiti^nir tiur 
jr n-ssentois. jir in't'iKlonnis aussitôt et n'rus connaisKaiirr 
(te ricu ((Uc le matin, «juhikI la Kcrvaut*- m laïua sitii 
thainh'IJt'r junlu. — Panit-il cliii^M'in dv s<' voir découvert 
rt arrûté? — .!»• ne le fixai point; je l'»''t«MS nioi-nuîni<* 
Urmicoup. ((uoiquv purfiiitfnM'ut iniUMcnt. — (''«-st l'onli- 
naiiv aux âmes piin's, me ri-pondit M. i\v Sartinc : ail»'/., jr 
Kuis satisfiiit. Nous If saluiUiKs r«'spc(tu<'UScnM'nt et 



SOI 



tinu's iM^rlicmiu, mon oncio nie ( 



lit 



ous vovc/. 



rluT neveu. U; contmste d<' la vertu ave»- le viiM'. Ce juj;»- 
sait tout ; avant (ju'aueini de vtitre troupe partit de l^i 
Roclu-llo. il vous eonnaissoit tous et vos affain-s à Paris. 
Vous êtes iu'«pntté «'t lihre, parée t\w vous étiez inn«M-ent. 
<,>uoiqiril le sut, la t'oniH' vouloit que vous et le niessaj^er 
Vous tussiez entendus ; l'équité et la justice ne punissi-nt 
qU'- les eoupaldes. Ijiu- ce tniit. cher )ieveu, Vous s<t\ <• 
d'exemple tluns v«>tre carrière! Cette ville, encore qu'elle 
soit Kiirvoillét' nuit et jour, est si »orronipue. qii'im Jeune 
homme inexpérimenté y est toujours vu danger. <^ue >os 
seules s<Miétés y soient vos par«'ns et leui-s amis <'t ci'ux à 
qui je v<uis présenterai ou recomnuindenu. surtout notre 
cousin*' la c«»nttt;sse de Gmmniont, «jui désin- tant vous 
voir ....' J'allai îa voir deux jours après mon arrivéi ; 
cette respectahU' protectrice et parent*' me re(;utavec joie, 
et uiO- fit toutes sortes de (ptestions — sur h'S dames de 
LaUochelle, et l'espère de connaissan<-es (pH' j'avois p^-n- 
tlant mes études. L'ayant satisfaite sm* tout elle passa à 
nuin dégoût pour la nuirine, ajoutaiit en riant <|u'elle aiu'oit 
pourtant voulu taire de moi un aussi Ihui marin que 
htijinay-Trouin ; que si. j'avois persisté, mon avancement 
étoit (crtain ; qu'étant dani'- d'atonr et ami" de la r<ine, 
rien à cet égard ne lui auroit été refusé. Que veux-tu donc 
être? as-tu quelque goût d'aller ji>iiidre le comt<' Josejdi de 



— 28^ 

Sh1«'s, ton tVî'n-, major île lu lotion ù BourUm ? — J»' 
répoinlin »|ue j'ac<'ej)tor(>iH avec respect tout ce qu'elle 
feroit pour moi, «pie toutes ses lH)ntés et sa pr<»te<'tion 
in'étoient sacrées. Elle m'emUraswi, et m'onloiitia <le dire à 
mou oncle (le passer ù son palais. — Adicti, mon petit 
méchant ; écris à ton papa, et vi<'ns me voir souvent. — 
Jf revins vite trouver mon cher oncle au l'alais-Iloyal, et 
lui fis part de tout ce <|uj sétoit passé ciiez madame la 
«•ouitesse. IVmu- le moment, je laissai là mon avancement 
pour contempler Paris et «es heautés. Mon cmcle me mena 
vlniter le Louvre et tout ce «luc l'on pouvoit y voir ; par- 
tout ma surprise étoit inconcevable, et mon enthousijiHme 
aussi : J etois vraiment devenu Ixulaud de Paris, et j'étour- 
dissois mon oncl« et ci'u.v qui se promenoitiit avec nous 
de mes questions. I^'enchainenient des (piatre Rois, sur la 
phwje de la Victoire ni" désoloit, parce qu'il ne pouvoit 
pas ni'entrer dans l'idée <pie l'on osât enchaîner un roi l 
Mais je raisoimois en novice de' mon Aj^e, sans réflcchir 
que le st>rt de ces j^rands personnaj^cs a ses caprices et ses 

riguetu's comme celui du reste de l'Innuanité 

Quiu/iC jtturs me suffirent i)our voir Paris et ses beautés; 
les amis de ma famille et les nouvelles (jue je recevois de 
mes parens du Languedm-, m'occuixtient assez pour (pie je 
ne pensasse pas à autre chose ; quand tout-à-coup mon 
oncle, ([ui avoit vu notre respectable parente, ma protec- 
trice, me dit un samedi au mv„i : ''Lève-toi lundi bon 
matin; va-t-en chez M. du Mény (1), plénipotentiaire du 
lloi de Prusse, il a promis à notre cousin • de te pr(''8enter 
ù Monseigr. le duc de Prasiin, à cpii elle a parlé pour 
t'avoir une commission de lieutenant sous ton frère à 
liourlKm.'' Nouveaux intértîts, nouveaux soins et nouvelles 
appréhensions. N'importe, (pichiuc déplaisir (pie cet* paroles 
éveiller -nt dau' mon .an", <pii n* s; « ntoit j)as guerrière, 
il fallut !ue [tréparer pour ii" pas faire attendre ce res- 

(I) M. l>Mm»>.snil. A. (i. 



I 



— 29 — 



pectilde inonKiiui ; je me rendin ihoz lui, il no m'atirmloit 
]>H8 enfort» ; je ni'aKsiK. Il parut, ot aprèw <iuol(iu«'s parole», 
son (•an»sKo l'taut i)rêt, m»U8 montâmes en voitim^ et «'n 
l)t'U de minutes nouh étions rendus a«i bureau gouverne- 
mental. Ii[. du Mény, me dis«int de le suivre, pénétra, à 
travtrs de HO ou 10(t seerétaires, juK<pi'au premier, qui 
étoit M. de la H(Hpie, à (jui il souJjaita W Wmjour et me 
présenta par mon nom, en ajoutant : " Je viens pour le 
présenter à Mon8t'ip:ueur le due ; voudriez-vous nout* 
annoneer, s'il v»)us plait? — Avec plaisir, monsieur, on ne 
peut rien refuser au serviteur et ami fidèle du ^rand 
Fiéiieric. — Ils i-ntrèrent tous les deux, et un iust4int 
après, y., d' la R<H|Ue vint me ehereher, et me présenta au 
ministre d'Etat, »|ui étoit encore au Ut, mais (pii en sortit, 
et, quoi<jue en chemise, me i)arla en ces termes : Qui ét'*»- 
VOU8 ? — Monseigneur, je suis im de Sales, frère du major 
comte de Sales, de la léj^ion de BourlH)n ; je suis aussi 
neveu de M. de Ilustan, et parent de miulame la comtesse 
de Gmmnumt. — Que voulez-vous ? — Entrer au service 
de m<m roi. — Alors d'un ton dm- et l»urles«pj«', il me de- 
nmnda ( tomme s'il n'i-ût point connu ma famille ) : Ktes- 
VOU8 gentilhomme ? — Tout ce que je sais, monseigneur, 
c'est que Noé avait trois fils, Sem, ('ham et Japhet ; j'ij^nor*' 
positivement duquel je descends. — Il rit iK'aucoup ave»- 
M, <iu Mény de ma réponse, et reprit : — Quel Ajfe avez- 
vous?.— Dix-huit ans, monseijrmnir. ~ C'est assez, je 
m'entendrai avec votr*' onch' et M. du Mény pom- votn; 
«ommissi(»n et votri' fiassage dans le navire le Jirisnon, 
armant actuellement ù lircst ))our l'Inde. — Je remerciai 
SH seigneurie, la suj)pliant d'être assurée «le mon très- 
profond respect, et sortis, ayant aussi sjilué mon {)rotecteur 
(|ui resta avec le ministre. En passant, j'en tis autant à M. 
de la H«M|ue, <jtii m'apprit (pi'il était l'ami de mon oncle. 

J'informai m«»n onch^ et Mnie de (îrammont des (pu'S- 
ti»»ns dr«M«'s d»i duc. ils me dirent (piils s^ivoient t«>ut et 



<l 



— 80 — 

que ce Koij^in'iir n'avoit ufçi de In norU' que inmr voir «i 
j'auii>is du l'ouniK».' et <ni«' mes rî-poiiKcs lui avoient hruu- 
i'«)U|) i>lu. Tmii<|uiilr à t-c sujet, je n'avois (juà létaldir ma 
Kant<i, uu iM'U déranj;ée |»ar )*• eliau^ciuent de pais et dlia- 
liitudet*: le dévoieineiit no . ,e laissait presque plus. Ma 
eousine livaiit eousidté le Dr. de la ïtiK'haiiilK-aii, il ordontia ' 
un voyage en liourifoirne. pais fort saiu. Kn eonséquent-e, . 
ni«>n onele m'envoya che/, h* numpiis de la Motlie, sei^jneur 
du Buisson-Souët', pn»<lie de .Ioij;ny-le-Roi, me n'eommiiu- 
dant e.xpressément à ixn méflecin de ses amis app<"lé M. 
Hyver, de .J«>i^ny-le-Roi. Je jwirtis à la tin «le juin par le 
coche d'eau ; J'arrivai <leu.\ jours après chez M. Hyver. tjui 
me lit le meilleur accueil p<»ssiMe et me >;arda deux jours^ 
jus<iu'à ce «|ue M. le marquis vint à Joigny-U'-Roi lui-même 
avec son can>sse. Je le vis et lui remis les l»-ttres de nn's 
parent*, il ne voulut pas «|Ue j'eusse d'autre voiture (pie la 
sienne, traînée juir «juatre t hevaux, n'ayant avec lui que 
son tilH, s'ijié de i> ans. (Jomni<' u ;iteau n'étoit (|u'à une 
lieue et demie, nous y fumes bientôt rendus ; je fus très- 
bien reçu de nuulaine la nuir(|Uise et de niiulame Delport, 
sa su;ur, femme d'un trésorier des amortissemens. 

On m'assigna mon appari». vient dans une des t()urs du 
château faisant faci- à un Iwau j adin et à des vignes, et • 
on nu' laissa un donH'sti(|Ue et une servante pour nie 
donner le néci'ssaire, à cause «le r>i.piM*H'lie du tliner, «lii je 
fus aiqieléi' environ un»' heure après notre arrivé»? .'" 

il ne se trouva à tsible (pie la famille du nuinpùs et sa 
iK'lle-saur Delport. l^a conversation y fut gaie, et on y tit 
la l'ompaniison d'une vie de cami)agne ti-an(piille avec le 
fracas dune ville comme Paris. J^i-s «leux (himes Ct le 
martjuis connaissoient bien amicaU'ntent mou oncle et ■. 
utjflamc de (Jrammont, et à leur considération, on eut - 
p»uir moi tout»- sorti- d'éganls. (.hûcc au lait pur <l»- c«' li»'U 
i'i )Mix Soins «le M. Hyver. 'v fus bient('it. rétnbli : et 
I<',N )>r<>i«e'i|it<l<> [uir !<• ]*nr>-. hi jMi'bi iImii> {• vi\ i<-i, hi > 



mmmm 



— 81 — 



C'lia«Ht', ctf., uchi'ViTont tic iiir tnin' i>ul>Iifr t«>UK mes 
nmiix. lit'iir rompKxni»', «uit<»ut vi'lU- dv nuulaiiK' Dt'Iport. 
i]in i'titït ,j(^Miu'. iiiHiiniHoit infiiiiincnt : j'uuroiH liim voulu 
«|iu' fct H^mihh' si'jour l'ût pu «lun-r lttii;;t(-inpK ; ujiiis, 
aprèH ({ilutn- Kciuiiincs, f<'tt«' uinmlilr «Iuiim- s'i-n ivtournaà 
Paris suivant If «lôsir vi roitiri* «!<' sou »'p<»u\. *•<■ (|ui alti'-ni 
un |)<Mi nii-H lmliitu<i«'s. (|uoi<|)u>, sans aurun doutf, M. 
et Madame (U* la Motlic tissent tout en leiu' piiuvoir p4»ur 
nie rendre des plus heureux. ( 'onnne rien n'est parlait sur 
notre >flol»e. ee iMiniienr devoit finir. 

, M. de Saint-tiennain, eaniulien <1<' nation, revenant <l(f 
l'iiris pour prendre ]to8session d«' la ternie des biens de iv 
sei^jneur, arriva au Ituisson-Souët', et m'appttrtu des h-ttres 
de nu>n oncle, aver (pii il étoit tort lié du ttins niûnie 
(|u'ils étoient un service du roi ensemble au Canada. .le 
pastijii encore ini mois en sa compa^iiit'. M<»it oncle m an- 
non(,oit IN'.vptHlition dv mon brevet jMmr IJourlsin. et »|ue 
le vaisseau se nu'ttroit bient«'»t en <har^e. »|U<' dès lors 
Je st-rois obligé de li' rejoindre, et »pril falloit nie «lépê«lier 
t\v rétablir ma sjinté pour ce voyait- en nier de six 

mois 

Nouveaux amis, nouveaux plaisirs. ('elin'-<i étoit musi- 
cien. Iiomme du monde, .savant et des plus aimabbs. Notre 
S(M-iété du château avoit beauccuip augmenté depuis 
t|uel<j[ue tems. Ce irét«»it tpie festins et promeniulesl Cjuand 
tout-à-i'oup m'arriva par la p«>st«' la nouvel!»' (pie le navire 
i|ui devoit partir pour l'Inde étoit condamné comme pourri. 
Ne siu-hant 4|uand il p«>urroit en partir un autre à «anse de 
la sHis(,n. le dépuit me rejuit enc(»re pour la mer. l't je 
visai à un autre état plus (ont'orme à nnai pemhant. .le 
rem<'r«.iai h-s amis ijui m avoient si bien accueilli, surtout 
M. et Mde. de la Mothe. t't l'ami Saint-tJermain. sans 
oublier le niiVlecin «le .loi^iiy-Ie-ltoy. M. Hvvi-r, et je m'en 
rctonniHi à Paris. .Mou oncb'. fort peiné de ee dés;«ppointe. 
III' lit. ne i\\i d idi'i \"ii lu e..iiil< s-' . ijiii, li.ii joiir.» f- rtil- 



^ 



— 82 — 

fil nioy<;n« et lions coiiRcilH, m'flHsiKtt*rolt de 80« uvîh; «o 
que je ûh un lundi, (\\xi me fat trèK-favoniMe. cur je In 
trouvai touto nnipiio d'un son^*' (in^He avoit fait. Klle 
me crovoit encore au Buinson-Souëf. ri eu me voyant : 
" Voilà, dit-i'Ut'. j)etit lutnliaut, mon rêve aceompli, «'t je 
devoix te voir auj»)ui-d'hui. (jue vas-tti faire? Le Brixxou 
est j)Ourri et fondamné, "t !«' tem» de la niouMson «•iujxhIm' 
t|u'il n'y en ait d'autn's d'exj>t'<liôK d<' sitôt. Il faut i>(»ur- 
tant tNK'Ciiper ; je vai» t'olttcnir une place à l'école militaire^ 
à miJÏns (jue ce ne soit pas hi ton îj;oût? — Je me KcntiroÎH 
de l'inclination pour la médecine et l'hintoire de la nature» 
— Eh bien, dit-elle, si < 'est \h ton penchant, il est ftirt aisé 
de te plmer chez le mé«leiin d<! la reine M. de la IUm'Iuhu- 
kiux (1). Un médecin expert est ausKi utile à l'Etat que le 
meilleur ffénéral d'armée. Soi« constant dans cette i)ro- 
leRsion, c'est celle «jui est appelée rami des dame». Je ne 
doute nullement que tu ne t'y distingues. Va en infonner 
ton oncle, et je vais t'assurer cette jdace avant peu de 
jours. Demain, je verrai le mé<lecin ....'■ 

l)e retour chez mon oncle, je lui fis i)art i\v tout ce (pii 
iivoit été dit et décidé par madame la comtesse. Il approuva 
heaucoup mon dernier choix, puis(|Ue c'étoit mon penchant ; 
n»ais avant tout il falloit en écrire à mon père i-t sav(»ir ce 
<|u'il en penseitût et sil s'opposeroit à avoir un niMecin 
dans su famille, ayant déjà son fils aîné dans le militaire, 
La réponse ne tarda [)as. M(m père laissoit au choix (fe 
mes prot'.'cteurs de m<' faire entn'r dans la carrière que je 
l»référerois, comme le seul moyen de fair<! de moi un 
homme de conséipu'î.ee. Madame la comtesse et mon 
t>ncle re<;urent des h'ttres de lui exprimant la même ( hose. 
Il ne fut donc plu» «juestion de I In<h', et je me tournai 
tout entier à l'étude de la médecine. Déjà notre cousine 
m'avait phué et avoit <»htenu de M. de la Hothamlwix 



(1) Hic. M. de liochainbeaii. A. G. 



— sn — 

fjuo j'irois chez lui j»ar brcvtt. à r^uoi mon omit- conHcntit, 
Htwn Hiitif ié«('rvt* <iuf (rasBiKtor un théàtiv Uc Suint-t 'r»mt» 
t't. tuix panHt-'nn'Us iniportunts à l'Hotcl-DiiMi. J'ontrui 
v\n"/. M. «Iv la llocliainbaux le 20 août J 700. (1) 

Lecteur, voici un.; cH;|iiisse do Hun iMntmit un nioml et 
an i»liy8i<|nt'. M. tlt la llcH-hanil'aiix ét(»it lonilc de laniinil 
de ce même nom, et nié<lecin de la nine; cétoit ini 
lioninie tl*; moyenne taille, tort doux, Tufé de H<) ans et tort 
liWéralenn'nt instruit, surtout dans sa profi'ssion, mai.s 
)<nind partisJin tin système des urines ; charita1)le et f^éné- 
r-îux. 

Je ne me Hontois an< nnemeiii {^éné avec lui, et je pra;?nai 
liientôt son estime entière, lavois le ]dns libre accès à 
t«)ute sa maison et à sa bibliotliè^uc surtout, (jui étoit 
vaste et biiii choisie et me iut d'un ki'iu"! se< ours. 11 eût 
été à souhaiter pour moi <ine cet excellent homme eût 
vécu encore lonj^temps ; cai- pendant 1» s ]H mois «ju'il 
vtVut après mon entrée chez lui, je livun «pi'à étu<lier, 
à aller visiter les malades avec lui et ù écrire ses ordon- 
nances. Ses visites réji^lées se faisoicnt tous les jours à jo 
lienres, et les cxtruonlinaires en tout t<'nis. à pieil ou en 
carosse. Les lectures et les démonstrations ù Saint-Cûme 
avoient leurs «lisons. Depuis IJ heures jusqu'à 1 heure 
avoient lieu U rHotel-|)ieu la visite il le panscn»ent des 
malades; tous les étudians y assistoient suivant leurs 
^trades, et les priviléj^iés y étoient adnn's à piwter le tablier 
pour opérer. A la recomniandation de madame la comtess»-, 
j'avois obtenu ce droit, qui mv lit taire nombre d'amis 
panni les étudians ; il y avi.iit un jeune ;int;l<)ih, entre 
autres, aviM- qui je c»mtract«i une liais(>n intime, sûre et 
sincère, et avec qui je devois ])asser à Londres, nos eours 
d'études finis, comme on le verra dans bi suite de cet 
ouvrait.'. 



(1) 1764. A. G. 



34 — 



: ( 



Tout, allait à îTierveillo. Je faisoi» des prop-(^R, je fuinois 
(Us (onnjiiKwvnct's, en accompaiirimnt un pciHonnaf^'f wi 
cHtimftl>i<' «'t Kl t'stinit', i-t pnr iuvh uuinifT' s in'surtH's, 
doiu vs et polî»'s ; ciuoiipu' J<:une, (juainl nn>n iiiaitiv n'y 
^•toit pjiH ou (jn'il ne ponvoit i)ftK K'almtntor. j'alloin no\\\ 
h su jilatM-; sur mon rapport ou l'»'xun)ou «l'uiu' fiole 
il'iirinc (lu nidlad»'. ««^ sago mé(l<.'(.'iu faisoit h«tn onlonnainM', 
ci il r^UKSÏKSoit toujours, l)i<n qu'aujourd'hui ou n'ait plus 
(onâanc*! dans ce système (pic les contcinponiins rruanlt-nt 
comnu' i>ur rharlatanfrie. .J>; ni'' rujij) lli' (|U'il lui \ cnoit 
(les fiolt s d'uriu" en posti' de toutes les parties de Vi lupini 
fran(,'oiK et des autres Ktiits, surtout d'Espagne ft d'Italie. 
L'homme 6iuit on si giaride nuonimée à l'ariK <_!i(; l'on 
n'y rtiuoit pas fait une consultation «ai)S hii, et il y al loi t 
avec une .«ravité telle «(u'elle surjjrcnoit touit)urs ses <(»n- 
frères. l'n jour, passant ensenible de\ ant le cime^iôre tic 
Saint-Ffonoré, et lui tenant n»on hras ( eonimi- il laisoit 
souvent ). il le serra < n mi; tU.sant ; '' Courons vite et 
passons ce lieu, o\i reposent tous ceux que nioi et bien 
d'autn H nous iivons tués! ' Ses confrèroK l'ayant rejoint et 
lui d'tiuiniia'.it ce qui 1<; faisoit ainsi courir la poste : 
" Hélas! mes rhers contrèros, je pensois que si ceux, ipie 
nous avons tués, vous et nioi, et <pà re}»ose)jt dans ce 
cimetière, alloirnt se lever avec chacun mie canne, ils nous 

f une tière dégelée, et cett ' itensée nie lait tr. ni- 

bler ! . . . .' llepurtie (jui les lit beaucoup rire, jusque cbt /*. 
la comtesse; Saint-.Jean, taulK)ur|; Saint-Germain, oii ils 
alloient consulter. 

Il étoit' toujours aimable et amusant, aussi avoit-il un 
noiu])re prodi^itîux d'amis de la plus haute volée. 

•l'avois beaucouj) de joie de ce ipie, dans leurs lettres, 
nu)n pèrv' et toute, la famille se montioient contents do 
ma persévérance et tle mes [>rogiès dans ce dernier état 
([ui avoit été (le mon choix. Mon maître, où plutôt mon 
ami cl profect ur. ne ccssoit de dire ii notre ( ousiu»' mille 



i 



— m — 



(•h«>H«'s H^miMfK (le intii, <\\\(' je t'rnds un sujrt «le luéiitc 
•iuiiH une larrièro usi*t'7. aride, pur «■llc-mênie, vt qiio I»' 
Kiiiiul jittiwln iiK'tit (jue j'avois à touti-H les paiticH de cette 
t'tude étoit ce <|ui le faisoit anuun r si tavoraMeiiient sur 
mon compte. 

Le «VHtème de la tmnsftiHion étoit alors en vojrne^ 
qiioi<|ne des pluK clilniériiiueH. La tjuultc ol»tint jiei'- 
mission d'<'n taire l'expérienee ( qui fut la première et la 
dernière ) h rH6tel-l)itnj, Kur un criminel, que le ministre 
d'Ktat, d'ordre du roi, lui al>andonna. M. Denis, qui étoit ii 
la tête dv'H franiffusionhte.H^ la fit en préwen^-e tlu ministre 
A m«'8ure <iii"on ôtoit du san.n artériel t-t que M. DeniH 
insinuoit à la place du san^^ <le veau, la vi( tini'* Ixiissoit 
et If sun^" étranger ho coa^^uloit da)i« sch veincK. Ce pauvre 
malheureux périt, ecunme eliacun l'avoit prévu. J'étois 
|>rés -nt et proche (puind l'expérience, permise par arrêt du 
j>arlement, eonjmença à 11 heures; et à midi arriva un 
ordr»' (lu roi défendaiit au médecin Denis de la januiis 
répéter, ni lui ni d'autres, dans ses états sous peine de 
mort, et lui ordonnant al>s<»lunient de s»>rtjr du nnaume 
dans les 2+ heuri'S. Ainsi le menu- jour vit la naissance et 
la nu)rt siins résurrection de cette int'àme transfusion, qui 
devoit suivant les ftius et des spéculatt-urs en délire, éter- 
niser la vie humaine ! 

l'ertuinement, rien ne m'intéressoit autant (pie les essais 
de toutes sortes tendant au bien et à rau;i-mentation des 
connaissHuces de l'homme ; mais aucune ()i>ération ne 
m'avoit tant répugné à cet iM^pital (pu* la tmnsfusion, où 
je ne voyois jxis de sens commun. Comment le sang 
humain et \v sanj; auiuuil, d'une liétérogénéité certaine et 
Itieii connue, pourroient-ils se trouver h«tmt»f;énisi''s dans 
les veines sans a\oir subi la tninstV»ruuktion ordinaire de 
la sanguifii ation par tous ces couloirs jusijuau cœur? . , , . 
J'en i»arlai à mon protecteur, qui avoit aussi assisté à co 
ni'uvtre, il en rit et approuva mes iil»''es, qui lui parun nt 



86 



I ' 



juHtfH, ((uoiriiie «l'un jtuiio Ikonmu!. J'en Ah le détail i\ mon 
oiicl»' et ù ma fOiiKine ; cette «h-riiière me <lit quo W roi, lu 
nine et toute la tour »'ii avoient eu horreur. 

Mes étu'li'H He Koute)ioieut bien «luue «'X|térience ù lUie 
autre, parée (jue je prétois un«; exacte attention à truite 
clioM'. Avant «l'aller pluH loin, je vain vouh faire part dun 
autre acte d'écervelé; car il faut donner ù la nation fran- 
çoim; cet CKprit <rinvention (|ui lui apjtartit'nt, et ipu' I«h 
autres nati<inH achèvent de perfectionn<'r et parlaire. 

l'n certain ^énie dt; l'Académi»; voulant prouver (pu* la 
joie de la vie et le ( ha>irin de la mort loi^coli-nt digis le nens, 
(jue l'on pouvoit en faire rexpérience Hur un criminel, ni le 
roi vonloit en accorder un ; ce (pi'ayant obtenu et lu f^râee 
pour la victime si elle n'en niouroit pas, .1 Hôtel-Dieu fut 
encore ch<>iHi |»our cet CHHai, «pli «e lit devant la faculté. 
Le m«'uitri«'r arrive, »pii annonce «pie le criminel d«»it 
ni«<urir de peur. iMi plac«' «•«•lui-ci sur une ber^rère, les 
y«'ux bamlés, et l'a itre lui dit d'une voix de bournau «pie 
sa «entenc«' p«)rt«' «juil «l«»it m«>urir pa'' p«'rte «U- tout ««m 
sang aux (piatr«! veines. Huit satellites de l'art niédi< ai 
tiont occupés, «piatre à faire semblant de lui pitpier et 
ouvrir les veines tout d'un tems, et les quatre autres ù 
verser de l'eau chaude sur les prét«"ndues ouvertures, <r«)ii 
elle coule dans les jxtôlettes, jusipi'à suffisante exécution. 
T«)Ut finit tel (jue prédit au bout de 25 minut«'s par le de- 
litpiium et la mort de la victime, sans «pi'au« un des 
m«>yeus de résurrection qu<? r«m emi)loya dix minutes 
ai)rè8 avec tous les soins possibles ( comme on les admi- 
nistre aux noyés ) i»ut la faire revtnir. (Je fut le premier 
et dernier essai de ce genre, le roi ayant répondu «lue 
c'étoit assez. J'y étois aussi proche qu'à 1 expérience de la 
transfusion «lu sang, jabhorrois la dureté et rinhuinanité 
de l'opérateur, <'t je finis par avouer en moi-même «pie 
notre vie est bi«'n peu de chose. 

Tout est transitoire en ce monde. Mes études se troiu 



--87 — 



vAh'ilt tont-iMoup urrôtéuH par la inalmlie de mon Umi 
ftini, (|Uiiii(l il y avoit IH inois ft pcinr <(iio je I'a<'«'om- 
pamiois iMinim! l'Ii'Vi'. Criu'lli- maladif ! ('•• lut on >aiii<|iu' 
j«' lui donnai tciiiH U'« HoinH, ainsi t\tw. Ick iiuHlicinK, i hirur- 
jfit'nH t'i ai»ntlii<ain'H de Parin, h«'m amis i-t ((mnai^Nanct^n. 
Kitri nc! fut par aucun d'eux néfflixt', «'t je dirai ménu' qur 
Kl par trop do soins <m peut abréjjffr hvh jours, vr tut le 
laK pour lui. FI se Hépara ih' hoh amis aprt'.s 50 jours de 
maladie cln-otiitiue ; il mourut entre nus l»ras ou parlant 
i'i tous jusqu'au moment de itndri' li' dmiier Muupir. l'ne 
remannie, leeteur, (jui ne m'est januiiK sortie di- la mémoin : 
Voyant autour du lui ses amis, tous ^^l'^s de l'art, qui n*' 
l'altandonnoient pas d'un instant dauH l'espéninee ipril 
leur fi-roit part <l<' ijuehpie secret, dix minutes avant de 
iKht la si'ène, il les ai>j)ela te us et leur dit : " Mes ehers et 
ti<lèles amis, je vous recemnnindc; le jeune hoimiK- dans les 
liras d»' qui je suis, et je vous fais témoins (ju'en raison d<' 
ses ;;rands soins pour moi, je lui fais [)rt'scnt et un d<»n 
parfait d»- toute ma l)il)liotiiÎM(Ue ; il la mérite .... Vous 
1»' <lirez il nu>n neveu l'amiral, et quoi(iue rela ne soit pas 
dans mon testjimont, il respect»!m trop ma mémoire pour 
s'v refus'T. Et vous, mes amis, vous attemlex t(uiK de moi 
quelque ;rran(le révélatitm, pareo cpie j'ai lonK't<'mj)8 prati- 
(|ué avce suceès et honneur .,.. Kh hien ! écoutez avec la 
mèn»'- attention (pic vous m'avez, toujours prêtée. Pre- 
mièrement, je vous rem<'rciu de tous vos soins et de toiiteK 
vos grandes preuves d'obligeance ; et ensuite appr«;neic do 
moi que ce que je suis seulement et bien réellement pau'- 
venu il savoir et connaître, c'est (jue je ne savois rien ! ....'' 
Kt il tourna la tête : tous les médecins claquèrent des 
mains et dirent que c'étoit beaucotq) (ptc de s'ôtrc connu 
et d'ètie assez honnête <|U'' d'en faire l'aveu .... M. de la 
Kochaml>aux fut universellement regretté, liorscpiil ferma 
les yeux pour toujours, l'amiral étoit ii Brest: il vint bien"' 
tôt après k Paris et prit possession de toub ses biens sans 






— SB — 

fjiin plus dattcution à moi (|n'j\ un ihiiii. .I<; |>v'nlis lu l>i- 
Mi()tliè<]Ut', hon-soulomcnt co (|iii ôtoit à mon bon ami, 
innis encore ce (jni m appartinoit à moi-même ; car, h «on 
arrivée, il m'ôtaluilef et 8'emi)am <le tout sans vouloir 
rien écouter. 11 ne paya même pas les pages des «knneis- 
tiques ; il mit tout le )n<m(le dehors le même jour et lenna 
les portes avec autant d'inhumanité (pie ("romwell <lijissant 
U' [)arlement d'Aiiirlt terre. Ainsi tinirent nus étud'S en 
médecine, dans la capitale de la France, chez, le nnilleur 
de» liommes, oncle d'un l»ar1»are amiml <le marine ! . . . . 

(Jet aeci<lent inciuiéta nu's amis, vu que mes cours né- 
toient pas entièrement terminés. Mon oncle et moi en 
ayant conféré avec la comtesse, qui étoit hien ehajriini' (h- 
cette mort, ainsi que la reine, parce que M. de Piocli.niilii'au 
avoit été lonictemps leur médecin, Mme. de Grammont nie 
conseilla d'étudiei à force, de suivre les hôpitaux, (ju'il ne 
tarderoit pas ù se j)résentcr (pielque txcasion d'oittenir 
une place de chirurfiien dans Tarmée ou la marine ; elle 
me dit aussi d'alh r la voir .souvent, -le lui témoitrnai 
t'omhion j'étois sensil)le à ses lK)nnes grâces, et la priai <1<: 
mo les continuer. Mon oncle prit con^é d'elle, e*^ nous 
yagnâmes le Palais-Royal, où je trouvai mon Inm nmi le 
jeune anglois Laython. (jiii avoit fini sis cours et s(.' prépa- 
roit sous JK'U de jours à ref;agner l'Anf^leterre et Lomh-es, 
où il avoit sa famille. Nome prit-îl pa8 envie d'aller avec 
lui, avec l'idée |>ourtant, si l'Angleterre ne me plaisoit pas, 
de m'en retomiier à l'aris immédiatemejit .... Il fit tant 
aujnès de mon onde, à moi tant de i)roinesMes et offres de 
service, (jue j( hrulois du désir de voyager. J'en parlai à 
la comtesse, qui nppn uva ce dessein et me dit que sitôt 
qu'il s'oflriruii luic place, elle m'en feroit donner avis, et 
(pi'elle me recomman<leroit n l'anilMinsafleur. J'écrivis à 
mon père poru' lui demander son consentement: il me le 
donna avec plaisir et m envoya des fonds pour fortuer ;{00 
Hvrcs sterlitjg afin (pie je n'en mantpiassc point, n)ais avec 



i 



l'WMiiriWT l ir B 



- 39 — 

strictt! n-voniiimiidiitioii détiulier ma proti-ssieii à Londres 
cominc HilU'iiiR, atti-ndu que l'on ne ponvoit que ga^i»''!' ù 
vo.va;,'»'!- (lie/ une nation wivante et éelairée connue l'An- 
fflctene, suit(»nt en nié<leeine, et que le» willes classiques 
et IcH hôpitaux y dévoient être bien organisés. Voyant 
ri'ucouragiment q»i"un consentement genênil de mes 
piiniiK ni(! prunicttoit, je me munis de lettres <le recom- 
maudation et de kttr(\s de cré<lit sur jilusieur» personnes 
et en particulier sur la niaisou Itashly, Bunot et com- 
jiagnio .... 

. Nous partîmes Laythun et nu)i en chaise de pohte le 1 4 
août 170G (l) de Paris, et la deuxième journéi' nous étions 
ron<lus h Calais. Nous n'arrôtilmes nulle part (ju'à Aniiens ; 
nous examinâmes cette ville, et les aïitiijuités do sa 
maison de ville, ipii nous parut la plus nnianjualile de ses 
édifices, l^a scène (pii s*.' passa à la dinée à lanhergc où se 
trouvoit toute la messagerie, mérite que j'en fasse part au 
lecteur. Nous étions au moins HO i)ersonnes à table, quand 
tout 'onp un de la compagnie, joli gar<;ou, poli, homme 
d'espru", aimant à taire des farces, se déchaussa et se mit à 
se déshabiller. On lui demanda ce <piil vouloit faire, il 
s'écria : " C'ourir i\ la nage dans ce grand plat a))rès les 
petits morceaux de civet (pii y flottent! ,..." On rit 
l)eaucoup, et à un autre bout de la table voilà (|u'<)n se met 
à examiner do plus près le fricot, (]ui avoit grise mim . 
" Un civet de lièvre, messieurs ! reprit un autr< convive 
avec mi air de surprise; estn-e que le» 08 des lièvres (u 
iMcardi»' sont l»lancs? .... " Ouihiius-uns dirent: Qm-llo 
reminqni- ! .... D'autres répondirent: N<m, ils sont noirs 
lors(prils sont cuits! — Hé I ceux-ci sont gros, ronds et 
trop bhuKsl .... JJ autres se hasardèrent de dire «pic 
cétoit un civet dv. (.luit. De parole en j)arole, on en 
demeura convaincu ; h s plus délicats vomissent tripes 



(1) U août, (lato orron<?o, 



40 



l't l)oyaux. On appelle raubertçisti-, vt Tayalit cOnvaiiuu 
(riinpoKliuc, on lui demande «n autre dîner, ou KÎnon, 
qu'on le jettera par la fenêtre. Plutôt qxw. de subir ce 
procédé, il répondit (ju'oui ; tous les cuisiniers d'Amiens 
furent ap|)eléH, et nous eûmes, deux heures après, un 
excellent dîner. Cela nous amusa beaucoup, et pendant 
rintervalle des deux «liners, en riant ù ^oig»' déployée, 
nous fûmes tous encliambb! ( sic ) faire un tour de ville, 
car il faut savoir ipu' voyageurs comme soldats, sans 
se connoitre, sont lès le ])remier moment tous amis et 
frères. 

("est à Calais, ville de guerre, que nous prîmes le 
paquebot pour Douvres, en AnglctiîiTC, — autre ville de 
giu'rre. Je ne puis rien dire di- la première, n'y ayant 
séjourné ijuc du soir au matin. Notre traversée uv fut que 
de 4 heures; partis le matin avec lion vent, nous arrivâmes 
il Douvres avant dini-r : car j'eus le tems d'aller avec m(u» 
bon ami visiter le château et la couleuvrine de 18 verges 
de long. A n<»tre retour, le dîner étoit s*'rvi et nous nous 
mimes ù table. (Jest ici «lue jt^ fus surpris, l'oint de ser- 
viette il tabli' devant soi ! et on ne nmngeoit quavec une 
fourchette ù deu.\ fourchons! .... Cela me mppela les 
paysans <hi (sic) (jui vivoient de même. — Mais, dis-je à 
mon ami, est-ce là l'usage dans toute l'Angleterre? — Oui, 
m< dit"il, vous n'en verrez i»as d'autres. Ne croyez pas que 
les ustiges des <leux nations se ressemblent en tout ; je 
crois (pi'il est de leur orgueil de diflérer au moral comme 
au physique. — Et (juelle en ]ieut être la raison ? — Au- 
cune autre que l<i rivalité. Ka{>pelez-\ous ce qu'a dit 
Voltiiire, (juc sitôt que la France se feroit protestante, 

l'Angleterre se fem catholiqu»; romain-- I^'tidant que 

nous discourions ainsi, on vint n(Uis avertir que la voitur • 
nous attemloit pour continuer notre route vers l^ondres. 
Nous descendîmes à Canterlau'V, où je \ is pour la pre- 
mière fois un évêqui- anglois olHcier sui\ant le rite 



— 41 — 






^»:* 

" :'.l 



protestant, ot dans cette cathédmle (jui ]>oite encore 
l'empreinte vivant»; du catholicisme, oii cette religion 
s'exerça avec toute sa pompe jus<|iran i-hanj^ement 
(l'Henri VIII. De là uons gagnâmes Londres 1(; lendemain. 
Je n'allai remettre mes lettres d'.; crédit que le surlende- 
main: ceux à (jui j'étois adressé eurent pour moi toute 
sortiî ilégards : les parens tie mon ami me témoignèrc nt pa- 
reillejneiit que leur maison me seroit coniuiune avi'c eux et 
lui,et J'eus tout lien de ni'- louer d^'Ux jxndant le séjour (jue 
je fis à cette capitale <le lAngleterre. l'ni^ lois un p<'U 
reposé, je priai mon ami (!<■ m'accompuguir j)our voir 
Londres et s;s beautés, tant anti<pies (jue modernes; <t 
notre premiéri' visite fut à la cathédrale de Saint-l'aul, 
grande et magnirique, montrant encore ;)artout «(u'elle 
avolt été l»àtie ])ar des catholiqui-s romains. Tuis à l'aiibavi! 
de Westminster, édifice antique, renfermant hs rois défunts 
et toute la famille royale, ainsi qu" les monumens et 
statues de tous les grands hommes. SaJnt-.James nt; pré- 
sente <pie des constructions anciennes et peu intéri-ssantes ; 
lii, Iloursi'-MoVHle e8t spacieuse et l»cll<( ; la 'r{)Mi n'amionc»- 
rien d'extraordinaire. Tout ce qu'on appelle Srjuorcii <^t 
Itien biltic dans le goût moderne. Kn fait de commerce, 
rien au monde n'y est comparable: toutes les ru( s, n'étant 
<]U'' magasins, montrent une inunense richesse. Cette ville 
est vaste et fort peuplée ; en général les nuiisons y «ont 
fort irrégulières, chaque propriétaire ayant bâti suivant son 
goût et ses fort-es, et il est rare de voir deu.x anglois 
penser de la même numiéri' par rapport aux maisons. La 
ville de Londres généralenu-nt est bien inférieure à i-et 
égard à celle de Paris. 

(^lumt »i ses habitans, ils sont tous rtluqut's ( ils ( iit buis 
docles et leurs savants ) naturellement doux et fort 
obligeants envers les étrangers. On voit Ici des hommen 
de toutes les nations du globe. Albz à la Boursi- aux 
heures d'aflaire» et voub entendez parler toutes Icb langue»* 



^!-1 



T!-B-!KSHBIBHHK 



10 _ 

L'unnncs sur la terre, suivants ]vh différ» us intcMéts t-om- 
morciaiix qui «'y tmitent ; car ("est d<; cette partie de son 
industrie, siipérieurcnii'nt pr}iti(i!ir'e, que dt'^oulent les 
ricli(ss"s <Ie l'An.^:l<^terr(^ Son ttMritoire, point ,u;rand, «ous 
un climat médiixre et in<onstjint, sou territoire, di«-je, 
cidtivé par des mains hal)il<"s, pnxiuit les mêmes douceurs 
dont <»n jouit dans lefs climats les plus favorisés. Uien 
dans le nicmde connu n'égale l'art et le labeur de cette 
nation ; elle cultive avec i)r<)fit l<'s rochers et même 
les niontajiïnes de sable, enj^raissés par toute sorte de 
moyens; et si raf;ri<ulture y est <'ncoura.j<ce, on peut 
en dire o/;//";«<-' et au superlatif; car je n'ai point vu de plus 
beaux jardins <'n aucun autre pays, ni de [)lus beaux 
léirumcs de toutes sortes. dieux ! jtisqn'ù des janlins 
d'hiver des mieux créés ! . . . . I es inventions di' veiTc n'y 
niiinquent pas. Kn janvier, jai mangé à Lon<bvs «le belles 
aspernes. et fort bonnes. 

Les pùtura^'cs .s*int sup<'rbcs, aussi les vinndes sont 
tfrass's « t des |)lns succidentis ; le mouton et le bu'uf 
y st»nt supérii'iu's à ec qui- j'ai nuin^é ailleurs. Je m'é- 
lendrai un peu plus 1ji-<Ii'nsus dans mon voyag^e eu 
rortutcal. 

Je ;is part à mes amis et itarens de Paris et dti Langue- 
doc du i>laisir que j'avois à l.i»ndres, et du ravissement oii 
j'étois de voir à quel point tous les arts libéraux y étoient 
( «Utivés : je nr^\ ]>onvois pas revenir, snrtout «[uand je 
•t<>U-<i<lérois que le cliniat en diflèn; (k- celui du Lan/^uedoc 
connu" la nuit du jour. Je leur parlois aussi de )na joie d'y 
voir <les eanadiens et des sauvages et du désir (pi'ils me 
donnoient par leurs récits, de taire un voyage à liuir pays 
avant de retourner en Fninei-, et que j'attendois si ect 
égard leur agrém 'ut, 

<iu<'lques seînaincs après, mon om le De Kustan ni'écri- 
\ it (pi'il av«»it communiqué à notre eousinc mon dessein 
et qu'elle l'avoit fort uiiprouvé, «lUe mou yi:iv eu étoit 



— 48 — 



Aussi satisfait. • t q\n- (luaiit h lui il r<''toit <l(tul)loiu''nt \>ut 
1h mison (juc son épouser, ma tant»' do Kustan, ôtoit r'iitore 
îiu Canada, qtu' j'«.'Usso à nie prôpar.r tt (pic dans peu de 
jours il in'envi'rroit ses lottr.'s à ««n 6p<>«sc et drs U-ttrcs 
ù t<nis SCS amis du Canada, particnliôrpment à M. Alvxandrt- 
Dumas, négociant à Qu»'-)«u', avec qui il étoit en liaison 
d'afTaîn'fi touchant le papier du Canjula. 

1 "viant ic t('ni])s mon Itou ami Lavtlmn, i-onnoissant 
m<»n dossrin de vovjiger en Améri(|ue, soli<it(>it la mëiiic 
pennission de ses parens, qui ne \oulurent pas <(»nsentir, 
lui ayant obtenu déjà un'- plaee <le premier chiiurgien 
à bord d'un vaisseau de gu<'rre. Je tus obligé de continuer 
tout seul mon entreprise, «-t je me liai à cet efl< i avec 
deux MM. de (juébee nonniiés, lun l'hililiot ( t l'autre le 
capitaine Voyer. .lintoiinai mes com spondans de moir 
nouveau prt>jet. et les jiriai de m'indi<juer (juebjue navire 
commode ; deux ou trois jours après, ils m"annonrèren< à 
la iîourse ipie le Lotidon, cHi)itainc Kdouard Davis char- 
gcoit pour QuélK.r et(|u'il [urndroit beaucou[)de |)assiigcrs, 

li ne me restoit qu'à attendre nm- réponse de FrnM<c 
avec les dépùelies de num oncle; elles arrivèrent peu <|e 
j(>in's après (•lu/, MM. Rasbly. lîouot et <.'o.. avec de mou- 
velhs recon. mandations à leurs amis ù Québec. 

Alors il ne lut plus question (pu- d'aller retenir et payer 
ni(;n passage, et marquer ma cliandav m bord, le vaissiau 
étimt à Wapping. ce <|ue je fis h- b'udc inaii!. Jiceompagné 
<le mon ami I.aytiion et d'un eomuiis de la maison < i- 
dessiis. Mon |)uswige me coûta li") gui nées, h<»nnète 
logement et table de capitaine, avec un mf'usse pour me 
servir à bord. Mes deux amis can*idiens y avoit nt déjà 
retenu leurs places. Le capitaine m'apprit avoir environ 
4."> passagers, parmi lesijuels étoient le lieut< nimt-jiouvc r- 
neur de Québec M. Cranialié (1), un ministre, un jésuite, 

(1) Il était alors irembro du conseil. Il devint administrateur ds 
la province en 1770, en l'absence de Guy Carleton. A. 0. 



^mmami^tmsmmB^ 



II 



— 44 — 

qui étoit arrive' la vcillo de Parin, des f>fficii!rK ot dvH 
inarciiands, ce qui feroit une ooin])H.u;j)i(' apfrénble pendant 
la traversée. 

Le 15 de juillet étoit le jour précis où le vaisseau devoit 
Itjver l'ancre ; il ne devoit arrêter à Gravesend qut.' pour 
recevoir tous iC-" paNSagers. 

J'écrivis en f rance à tous nies amis et parens, et <'n 
particulier u ce bon ':t cher père que je n'ai pas r<vn 
»lei>uis et h qui je ne pense pas sans nie fondre de peine. 
Mes préparatifs faits et jus(iu'à un petit coifre de inédecims 
que j'envoyai »• bord, ,"> jours avant le déjiart, j'employai le 
r<'st<! de mon ti-ms .-i ♦'.«ire mes adieux à tous m<'s amis et 
les remeiv'ier de leiu^ '.ttcnti<ms. Le jour du déi)art, mon 
ami Laytiion et sa sœur \ iurent m accompagner en fi?M.Te 
jus(ju'au vaisseac. à raritré .': Gravesend, où nous no\is 
quittumes les larmes ui'v veux rr. in-onu ttant de corren- 
j>ondre, j)romesse dont iKKir i..a paît je me sm's accpiittt' 
sh:is avoir de réponse vt sans avoir entendu i>arler de lui 
depuis, hors deux mots de son i)ére m'ann(m(,'unt (pie 
h' viiisseau sur letpii'l il étoit avoit fait voile pour l'Inde, 
Chacun des passagers en fit autantavec ses amis et parens ; 
toute cette après-midi fut triste à bord, peu de passiigers 
sortiri'ut de leurs ihaml)res pt)ur le thé, pas la moitié, tant 
ils étoient atlectés des <linéientes séparations, sutout ceux 
qui av'oicnt dis femmes; car mms en avions 4 ou ."i et ;'i 
ser>antes. Le lendemain, au déjeuner ie- tables n'étoient 
])as mal itleiiies. IVtit \ eut favorabbi |)ermcttoit à tous de 
se montrer, et les cuunaissjmces sociales ^■e formèx'nt tout 
«loucenunt ; les portes des chambres étant les unes vis-à- 
vis des autres, les passtmers en vis-à-vis furent Us 
premiers familiarisé^, et au bout de huit jours tous m; 
pan issoient taire ipiune même ftimille. J'avois à nia 
gauche M. Warton et sa dame, canadienne née à Montréal, 
tous les deux fort aimaltUs; à ma droite, le ministre 
Delisle, né à Anduze en Fraucc et ayant été jésuite j eu 



— 45-. 



face de moi, le lient 'imnt-gouvernour, enRiiito sou secr^- 
taire, et ensuite M. le jÔHuite I^ Jonqualre, de Montréftl, 
résidant à Tarin, mais qui alloit voir «es parrns en Canmla ; 
il côté de lui, M. Moutgommerv, qui a été tué au siè^e de 
Quéliee, généml des AniéricaiuH, et qui étoit alors lieu- 
tenant du :î8« réjjfiment l»ritannique ; et ensuite dans une 
ehambre seuls MM. Philibot et Voyer. Quant aux autres, 
je ne me mppelle i>as leurs noms. D'ailleurs, quoi<|ue 
nian^^eant tous aux mêmes taltUs, la sympathie naturelle 
et le voisinage nous divisèrent en petites sociétés ,ilus 
familières q^ie la générale, et oii régnoient la décence ( t la 
politesse. I*resqu(^ tons les passagers, le cnpitaine excepté, 
j)arloient françois, et M. h' lieutenant-gouverneur, (pii se 
plaisoit fort ù parler cette langue, surtout av<,>c le prêtre et 
le ministre, prenoit plaisir à aniener des sujets de c(mver- 
sation satirifpies, touchant soit ù la scii'nce, soit ù l'histoire, 
soit t\ la critique, et à mettre ces deux messieurs aux 
prises; ils amusoient infiniment la compagnie, ]>rincipale- 
ment le jésnit»^ qui eût battu dix Delisles j>iir sa logique, 
t'es discussions faisoient bcmicoui> rire le lieutenant- 
gouverneur, I ar fût-ic aux cartes ou ailleurs, sur le pont, 
t 'étoient toujours quebpie débat nouveau, quelque nouvelle 
comparaison des anciens avec les nu)dernes, et les /wj/r^wo» 
ne tinissoient pas. L'art militaire, l'histoire, la robi'. la 
politicpie, les connaissances géographi(iues nationales, 
étoiciit sans cesse jiar voie et par chemin afin d'émoustilb'r 
les gens et «l'occuper le teins «'t l'empêcher d'être ennuyeux 
et ass(»upissant, |)endant (pje le na\ ire voguoit vers l'ouest 
sur difi'érens bords, au travers des vagues de l'océan. Pour 
faire «li version, nous examinions les astres, la couleur 
de l'eau, les poissims et les oiseaux se jouant dans leurs 
élémens : le soir, surtout lors(jue le vent fraîchissait, notre 
plaisir étoit grand ù c<msidérer les phosjthores occasi«mnés 
par h' frottement du \aisseau en traversant les rotations 
dos courants qui se croisoient dans tous les sens, ou bien 



il 



46 — 



i\ plonger «Ii-h V)Oittoillî.'S 1»ien l)oiuhéoH îi 15 ou 20 brauKos 
IKUir iivoir de l'euii doiicc : cxpérienc».! 4111 <'Kt de néci'HHitô 
(pmnd nii l>âtimtii< )iiiiii(|iu' do i-f Huidc non sale'* .... 

Le i")»' jour, on (lia: ti'rr.' ! C'étoii-nt les ih's i)ortngai.s«'H 
dos Açores. Jiîi distraction de la i)é(.li'', la cajttine do 
<juolque8 thons, aida lu-ndant (judcpios jours à nous taire 
oublier eu ])ai-tie uos misères. Le ciel et l'eau étoient nos 
«euloB perHi>octiveK, et nous soupirions après le (h'ond 
Banc. Nous reueoutrâuies mie couple de navires allant m 
Kurope et dont nous n'obtiiinns (pie des renscit^m'Uients 
sur la latitudt^ et lu IdUj^itude. Au bout de à-t jours, nous 
erfinies être sur le ( } lund-iJane ; sondes et lijiues dt; péeluî 
turent mises dehors. C'étoit l>ien le » us, et nous primes 
dis morues en (juantiti-; cela (b)una l'cspcninie de voir 
liientôt la terre. Grand Dieu ! (jUe nous en étions Ut . 1 , . , 
ITu coup sid)it de vent de noroucst, d'une furie, <-t d'une 
lorce inecmeevables, nous rejeta sur les tucores de ce ^ran<l 
baiU', où la njer, cpiaud elU: est grosse, surpasse eu nxi'- 
ehaueeté tout ce (pie l'homme en pourroit imuginer. Notre 
vaisseau avoit son lest en sel, et parle roidis fut 'ellement 
aliaitu sur le (ôté de tribord, ([u'une nuit nous troyionsà 
tout moment tourner sous voiles; ( haloupe, vache et 
moutons furent emportés d'un coup de mer. Nous fûmes 
obligés de eou|>er ut»tre grand mût : les passagers comme 
r(''(piipage pelletoient le sel à bâl«>rd pour redresser le 
navire, ce à (pioi nous parviunu's. Jamais je n'ai entendu 
tant de cris de mort: Grand Dieu! .... Hélas! nous 
sommes perdus ! . . . . Dans ce moment terrible chacun .se 
recommandcit à Dieu : madame Warton demandoit l'ali- 
solutiou au père jésuite ; Delisle, se croyant perdu, en faisoit 
autant ; entin, soit par la vertu de nos prières, soit (juo 
Dieu le vouliit ainsi, le jour arriva sans plus grand 
accident, la mer s'apaisa, b' veut tourna au suroit; nous 
r primes notre route et regagnâmes le milieu du banc, oii 
luuis péchâmes encore de la morue. A peu de jours de li\ 



47 — 



iu)U« i>asrtûmos la Imio Boule, bien prt^« <le toiT»', à tmv«'r8 
ime brunit' t'pais.st' ; puis, le vunt étant fsworabb', nous 
utt MjîuinicH bientôt W Baiu -jWcrt. sur h'<|U('l jjiiHuiité «b' 
Itrij^iuitins et ;;<»ël«'tt(.'s {miiçuisrK faisoicnt la jxéch»' ; nous 
parlàuKis à plusi -iirH, l'ou «lu jouru après, nous nous 
troiivânus, un bniu matin, parmi un tas fU* chalonpi'K ib; 
Saint-Piirrr (!(■ Miqucbnj, taisant au-ssi la pérbi' mu- b' 
i«in»' (pli portt! ce nom. Notn; t-nnui n'oxistoit tb'-jà pUi«<. 
parvi- ,pie nous voyions sans cesKC la tcrr<' et ûvs btitimcnts. 
l'în trois jours, nous nous rondiuicH au «olfc Salnt-Laurtut» 
(.'ôtoyant les Jbîs-iUix-Oiseaux, de Saint-l'aiil, »b' bi Wa<b'- 
b'ino ; nous allâmes iveounaître sans aeeidenl le (.'ap-<leK- 
Ijosiers, où les vents d'ouest nous l"or(,èr(nt de courir au 
nord-est, vers la pointe d'en bas d Anticosti, (pie nous 
vîmes le lendi-main : un *ent de nord-nonl-est nous permit 
de longer Vile au plus près, d'assex pr<K'be pour la trouver 
tort agréable ti la louguevue, <pioit|Ue le sol, dit-on. ne s«>it 
(jue rmbes et sables; aussi n'y avoit-il encore iiiieun 
babitant. Le mênie vent nous iK)UHSii justju'au.x Sejit-lles, 
— bon ancrage, d'où nous nous rendîmes à terre, au nonl 
du tleuve, [>our clmsser « t nuuiger des bluets «-t des petito- 
p(>ires, fruit rare et délicieu.x, tpii ni' i roit pas en K>u"o]>e. 
Ce poirier a effectivement la feuilb- de l'autri' ; son l'ruit 
est gros comme une cerise, mais fait exa< tement en poire, 
cuulem' de vin. tirant 8ur le noir (piand il est mûr, < t ab»rH 
le goût en e8t supérieurement tin. Le sol (b- ce pais nie 
parut être de sable, gras et Jaune, couvert dt; sapinages» 
noisetiers, bouleaux, trenddes «-t cèdres, <l'ime espè«-e 
rabougrie, et peu i>ropres à bâtir, si c<.' n'est des clmloU[)es, 
Le vent s'étiint langé au N. K., le vaisseau leva l'ancre 
et continua sa i"oute. Beau temps, (pii permettoit ù cbacuu 
•V(jbserver les côtes nord et Hud du fleuv<-, et de fain^ sfs 
remarques selt>n son goût et «es tab'nw. Une du»' qui un' 
frappa fut la comparaison qut' je faisois Ui's terres de 
l'Améritpii', galonnées <b vcrdur< s nuancés par les forets 



— 48 



de t<>nto8 OKpèccK, (lotit pIIor t'toiont tonvortcs, avw ci*lht\ 
<io rKun>i)c, liit'n cniltivces, nmis qui mo paroJKsoicnt écor- 
cluM'K <(nmm' nu l)tt'uf aiii|ii('I un l)()Ti(li«'f a K'vô la prau! 
Lt'H |)i< iniÎTfs, cxaniinHH :ivcc la lonjitK'vuc, «1an« tonti,'^ 
h'uv naturel)!' JM-auté. laissoicnt liii'ii voir ({u'illcs sortoicnt 
«leK mains d'iui «a^'o, parfait et divin ouvrier ; je n'en pouvoin 
rien attribuer au liawxrd, qui travaille sauH ordre ni régula- 
rité I 

Tout d'un tmit, nf»u8 gagnâmes le mouillagi' du Bie, 
entre Tile et la terre du Sud, où le vent du Kud-ouest noUH 
arrêta. A la rhasse ! à la ])é< he ! passagers! .... A l'ile, 
OU à la gmnde terre ! . . , . Comme on peut le penser, je ne 
f'uK pas des derniers à lever jjied : jeune, ayant la jaml>e 
alerte^ j'étois toujours le premier rendu dans la el)aloui)e. 
A terre, sur le rivag(^ et dans les bois, je ne faisois qu'un 
saut. Mêmes ajiparenees ici qu'aux Scpt-Iles: le termin 
roeheux, plus élevé, nntntagneux, t'aisoit la seule «lillérenee. 
(.'eux qui avoient des amies tuoient des nluuettes, des 
])luviers de mer, des eanurds ; lirs péeheurs i)renoient au 
sud, dans la rivière, de l'anguille et du saumon, «-t s'en 
procuroient par troc de boucanés «les Sauvages. C'est it i 
(|ue je vis les premiers saiiviiges dans leur pays, ceux «pie 
j'avoÏK vus ù Londres y paroissoient .«ous un bien diflérent 
costume. •■ Voilà donc, me disois-je, les êtres (pii sont 
ré'llemeut les légitimt\s haltitans de l'bémispbère américain 
et. dans toutf la J'«rce <lu terme, ent'ans de la naturtf 
et i»ropres ent'ans de ce sol qui me paroît si vierge! ...." 
(^l'ils dévoient être heureux, ne ccmnoissant pas, tant s'en 
falloit, titus les besoins des baliituns de l'Etn'oi)e, insa- 
tinbles toujours et partout au point niême d'avoir cmtr 'pris 
de priver de leur bonheur si simple c<s pauvres malheureux 
iM<iigèi\es! .... 

.le les visitai dans leurs calwmes : ils entendent et parlent 
le françois et sont élevés dans la religion catholique 
et ronuiine ; ils errent siins cesse suivant le» saisons, l'été) 



49 



Kiir IfH l»(mls d«'« riviwrort poui- fuir»' la pêoho, ot l'iiiver, 
«luris les bois, où ils vivi-nt de leur ( lias««" t;t du jioiKrtOîi 
(in'ils ont JiOMcaué, Lt.'ur uyiuit dcmiindé do qu»ll'' tiibii 
ou imtioD ils étoicnt, ils répondirent : dt- ctdl»' dv.» MioniacH. 
Ils mc! "parun'ut très-doux et honnêtes; petits do corps, 
yeux et cheveux noirs, peau couh'Ur de cuivre. Leurs 
teniuies sont plus jolies qu'eux, de niéuie couleur et fort 
industrieuses en toutes les espèces «l'ouvraffes (}tii leur 
sont pvoj>res: c(ï sont elles (pii allument le feu, font 
l'ordinaire et le ménaj^e ; elles p«)rtent l»;urs enfans sur 
leur dos, leurs hommes ne devant ètr»; <m.( ui>és qu'il pécher, 
h chasser et i\ porter leur» calMines et leurs (janots. 

Cimi à 8ix jours après, h; vent étjint redevenu favorable, 
nous levâmes l'ancre et nous rendîmes au mouilla^o de 
l'Ile aux Coudres, c'est-jWliro au ln>ut d'en l>as du nord de 
cette île. 'i'ous les ji>urK nous allions ù terri-, soit sur l'ile 
ou aux habitations tlii n^rd ; ]ilusieurs fois nc)us y bûmes 
du lait et v-n achetâmes pour les autre;» passafj;ers qui 
n'avoient } iut déL>ar(pu'. Cette îli est plate, habitée par 
une soixantiiine de familles, i^ui } vivent bien et élèvent 
beaucoup d'animaux, par l'abondance tant des foins, pailles 
et j^rains que des pr(xluits du jardinage et de la pèche. Lo 
sol y est plat et riche. Du côté du nord le i)aïs est 
Ibrt montagneux, — oîi le froment vi tous les autres 
grains poussent très-beaux et très-m-ts ; dans les Ixmues 
aunées, il u'étoit })as rare de voir h* froment y peser GO Ibs 
de ] 6 onces, meeme de Paris, Le» pommes, les cerises 
et les prunes y viennent en grande (juantité, et surtout les 
navets et choux de Siam. 

Dès que l'on eût s\i îi Qxiébec les noms des ])HSsagers (^t 
(pie le vaisseau ( on étoit en srpteml)re ) attendoit un bon 
vent, des chaloupes venoient tous les jours réchuuer 
quelqu(îs-im« d'entre nous et les emmenoient. (Juaut à 
moi, entièrement étranger dans ces régicms Je fus obligé 
d'attendre le L)On vent, qui arriva enfin, et une journée et 



i| 



50 — 



flomie nouM suffit i>o\ir venir tn travers on nido de Québec, 
le ï Moptombre. (1) 

.)(; fus H terre j\ 9 lieuroK <lu «oir. avec un noniiné 
Quenou, etunnus do M. Ferras. néK<H iaiit, à (jui ayant dit 
que j'avois de» lettres jinur M. Ah'xandre l»uinns, auKsI 
négociant, et que je lui ét(»is jiarticnlièrernent adressé, il 
m'acc'onii)aKnii jiis(jue vhcy. lui. M. Dumas ne sv trouva 
\)RH^ îiiaiH niadaine son épous»* me reijut des plus poliment 
et ni'ai>pnt (|Ue l'on matten«ioit, d< s lettres d'avis de Taris 
et de liondrt s m'ayant ih' vîuk é. l'ne belle ehanilire )n'ét(>it 
prépurée, oh on «léposa mon sae portatif et «l'c.ii je ne 
sortis mie di-mi heure après que pour soujter. M. Dumns 
étoit alors rentré; la réeejitiori «ju il me lit tn^ aussi 
(•ordialo (jue eelle de madame. ''Soyez !•• bieux ( riii, (t 
faites de ma maison et (!<• nu-s faeultés b s \ ôtres. " Nors 
nous mimes à table, où je ne vis iju" Al. et Mud. l)nmjis et 
deux commis (jue j'appellerai Pieard >-i Cawitbe. I.a ( on- 
versation roula lon;i:t*i)ips surin lonj^iieurde notre passai^e, 
la quantité de passagers, surtout b-s genres d'HUiusi-mens 
(pie nous avions «'US à liord; i'' jis 1i< b.aueoiip lire des 
différentes sociétés et divisions formées en si peu de temps 
dans notre républi<iue iiuntique. Les disputes snvjuites de 
l'abl>é de Jou(|Uair<' et <iu ministi" Delisle ne furent pas 
oubliées, ni le ])lMisir (piVu-oit eu b- lieuti n>!nt-f.'('Uv<'naMn' 
h les aninu r eu toute occasion. Je leur i;arhii de mon 
ét(»nnenu'ut en montant le fleuve et de tout ci; (|ne j'y 
avois vu (jUi ne ressembloit n ri' ii de riMirojK' ; de l'im- 
pression qu'avoit faite sur moi hi \ ue des sauvages ; de la 
différence de ces hommes avec les Canadiens que je cr(»yois 
tout comme eux, créoles, laids, affreux. — Mais, ma<lame, 
ayant vu en bas de l)!'Iles Caua<lieimrs it vous voyant 
vous stu'tout, madame, je \ois conibi'ii étoit fausse mon 
opinion ! ô voyageurs, que les ( hoseît vous appa- 



(1) Lo 5 septembre, puivant la <fnxeHe do Qu^lx^r. Ju 8 soptembre 
1766. A. G. 



51 



misHcnt Houvcnt tout aiitn'M, Utrstnic votn; ii^nomuc») cni 

vtt'iM'v.v pur (les coniiuissMini.'» s ndrvn et vmifKl J'étois 

jc'um.', j'étois iii^éiui, IVjuk- coiiiuk! la nation h \nq\ii'\h^ 
i'iipj»artii»ois ; iiii's i''''t1txionK faisolt-nt rir<'. La K<)iri';<; Ht* 
|iassH tort auri'iilh'ni" nt. |>>'i))lant «|iir M. ])innus lisoit Ich 
Ifttrt's <|iii' je lui uvois ai'|u)rtôe)s d Eiiropr. Je nii' « royois 
III panuUs, tant !♦; Canada étoit a^mililc ù mes l'Hpcmnce». 
Sons Uf ( liarnic, Ji- tus nu; < <>iu hcr, aprèn quatre nioin de 
branli', dans nu Imn lit, qui ne reninoit pas. \ 

.Je uic l'-vai Imn mutin, tt, n'ay«"i* vu Québec que de 
nuit, on att iidant le déjeuner, j'examinai de mes fenétrot 
la rue <ît h's maisons. <|ui nu- parurent duliord aussi lùeii 
hi'ities qu'il l'aris. Ou sonna, et je parus à la salle à manger. 
Aiuès des saints réi ipn.ques, M. Dumas m'annom.'a une 
bii'n aise que mon oik le, «on bon ami. vécut content, — et 
(pril étoit fort satisfait di-.s autres lettres. En prenant ce 
repas frugal du matin, il me parla beaucoup de rKuroi)e, 
de Montaultan «1 de Négrepelisse, petite ville <jni etoit le 
lien de sa naissance. L'ayant «ontenté de mon mietix, il 
me demanda à quelU^ heur. ,>■ iroyois que le capitaine 
voudroit nn' li\rer nion bag.ig» Je répondis n'en rien 
savoir en raison d» s formalités de douane niais que vers 
midi vraisemblablenu'ut je v»!rrois le capitaine. — Fort 
bien, entri'Z dans mon bnrean, ajoutji-t-il, et nous jaserons. 
Vos b'ttres, après vous être reposé, vous les remettrez 
denniin en faisant vos visites. — D'aei ord. — Tendant (pj* 
ji' me reposois, il envoya à la douan'- avec mu dé( laration, 
et mon bagage arriva, sans que j'i n eusse connaissance. 

Un instant après être entrés dans son cabinet, il nu- 
tint ce discoiu's : Il parait par (i que \<ttre oncb- me 
manpie, que vous av( / d'abonl étudié li-s nuithénuitiques 
à LaKochelle, ( où j'ai fait apprentissage du «•omnierce )^ 
et II Paris la, médecine; mais vous êtes bien jeune jtonr 
prati(juer <lans ce j)aïs une telle prof* ssion. N'auriez-vous 
pa^ quelque goût pour le commerce, plus pvolitable dans 



"vm^BiMWV 



— 52 



i; 



ce pai8 commerçant? — Je ne suis venu duns cette partie 
de l'Améri(iuc, lui <lis-je, qu«i pour y voyager. Cepemituit 
si j'y prendH goût pour vouloir m'y fixer, il faudra bien 
m'adounor à quch^ue chose. — Eh bien! ajouta-t-il, ai>rè8 
que vous comioitrez ces lieux, vous i)ounei! von» décider^ 
et quand vous étudieriez 1« commerce, cela ne vouk em- 
pochera j)aH de vous mcler de médeeine. — Lorsque j'a'.iv.ji 
vu ma tante de Montréal, je vous rép«)ndrai ; j'aurai p' ut- 
étre alors changé d'idée; pour le présent J'aime bien la 
médecine.— Très-bien, voyez, vos amis, je vous introduirai 
cas jours-csi dans les meilleures maisons. En attendant, 
remette/j toutes vos lettres de recommendation, et amusez- 
vous. 

Monseigneu Bryan. madame Decheneaux, Papin Barol- 
let, le curé Itiché, la famille Bjusin, outre M. Dumas, étoiint 
i\ Quélx'e les j)ersonne8 à qui j'étois ])arti(tilit'rement 
recommandé. Dans mon voyage d«' Montrénl. je dirai «luels 
y étoient ceux à qui je l'étois pareilUment. Dans dc-ux 
jours j'eus fini ces visites d'obligation ; on me traita et 
a<'cueillit avec la j)lus grande aflabilité. Je fus introduit 
chez tous leurs amis, et au bout dt* (juehpies semaincîs, on 
auroit juré que j'étois Canadien, tant y' me fai8»)is aux 
usages du païs. et l'empressement (pie j'avois ù les coj)ier, 
me méritoit l'estinie de tous leux (]ui me eonn(»issoient. 
.1(> passa' l'automne et une partie de l'hiver dans la joie, 
les bals et les plaisirs, 

.11 faut avcuer que le sexe canadien est l>eau, et (ju'en 
général, recevant jtlus de connoissances jiar le m(»yen des 
é<'v>les et communautés que les hommes, 1 1 par une dispo- 
sition naturelle, il surpasse de beaucoup l'ewpèce ma^iculinc 
en finesse, eu douceur et en grâces. Peu .vigeantes, elles 
ne se prévalent point de cette supériorité, ce qui leur 
attiiche les liommes ii ce point «jue même Us étrangers 
sont forcés de les mériter. En généml. les femmes du 
Tanada sojit très-éc(»Jiomes et de tendres et fidèU's épouses. 



.10 




Miwwiwmi'iii'' nT 



— 5â — 

Il cHt bien diflicilo ù quitont[Ui; passera ici quelque année, 
(l'éviter d'y faire alliance. Les Anfeiois ont senti cet asocn- 
(lant après leur conquête ; beaucoup d'entre eux s'y sont 
mariés, et h présent le nombre en est terriblement aug- 
menté. 

On me parla de liorette, village de sauvages irociuois 
élevés dans la saint<* religion catholique et desservis par 
les Jésuites, i\ 2 lieues de Québec, et où les sauvages ont 
une église, comme étant fort curieux i\ voir : cela excita en 
moi 1(^ désir d'y faire une viinte. M. L. Picard, commis de 
M. Dumas et déjà mon ami, m'y conduisit dans la voiture 
de la maison un samedi soir pour y entendre la messe, le 
lendemain, en chant de la langue de ces sauvages, et 
K' sermon prêché de même. Le caef Athanase, chez qui 
nous arrivâmes, nous reçut fort civilement, nous servit un 
excellent souper et nous dcmna de bons lits à la françoise, 
pendant (jue lui et toute sa famille couchoient i\ leur jnodo 
sur des nattes. Ïjvh hommes de cette nation sont bien 
faits, obligeants, vifs et l)raves. Le père (îharlevoix et le 
baron de La Hontau en ont fait le vmi portmit, je ne 
pourrois que répéter ce qu'ils ont écrit. Cependant je ne 
puis laisser ce chapitre sans dire que leurs voix et chants ii 
l'église m'étonnèrent extrêmement, tant la mélodie en 
est sonore et musicale. Les hommes chantres commen- 
çoient l'antienne, et les femmes, qui étoicnt seules d'un 
côté, réj)ondoient rlans l'église, dont la voûte retentissoit 
d'une manière admirable, (le retentissement échoïque stu-- 
passoit tout ce ([ue j'avois oui dans les j)ln8 belles 
cathédrales d'Europe, car il y avoit ausbi des orgues. 
L'enthousiasme, l'extase où je me trouvois, me faisoit 
dire et i)cn]er en moi-même : Pourquoi ne suis-je pas né 
Inxjuois? 

L<Mus femmes ne le cèdent pas en beauté aux Cana- 
diennes ; toutes brunettes, teint espagnol ou portugais, les 
yeux et les cheviuix noirs ; tlles aiment fort les étrangers. 



— 54 



it * 



Il ; 



Ce généreux chef iiou^ Un(,}i cîc ùm«'r cluz lui, et nous 
jnéseuta ensuite ù toutes Ich Imnilles du village, qui nous 
rtceueilliient avec le même esprit Hoeial, nous sollieitant 
beamoui) de retourner souvent les voir, lis nie rendirent 
)jia visite en ville, ainsi (|Ue leurs tennnes et filles. 
Quelques ])résens de rassade de diverses couleurs leur 
firent nn sensible plaisir. Ces lumnes gens, ces enfans de 
la nature n'ont Jamais montré (jue de la dél)onnaireté ; l'art 
de tromper et la duplieité ne sont point eonnus chez eux. 
Leur somme de besoins est bien inférietire à la notre ; 
conséquemment peu de ress<»urees leur sultisent, et si ce 
n'était cet intérêt, vil et sordide, des Kuroj)éens à leur 
fournir de l'eau-de-vie vi du rbuni, (pii les enivrent et les 
rendent presqiu; fous, ees sauvages nous surjiasseroii-nt eu 
simplicité, étant naturellement ingénus et b<ms. D'indus- 
trie, ils n'en manquent {)as, puisipu- le ntst que d'elle et 
])ar son moyen qu'ils vivent; cependant je dois dire (pie la 
facilité qu'ils ont h se jinn-urer de ees esprits-poisons est 
cause que leur po]>idation diniinue visil>|enient, d'autant 
ipie la politique européeiuie n'ji jamais cbercbé aucime- 
ment ti les civiliser. La petit nomltre cpii teste mène la 
même vie errante qu(^ menoient leurs ancêtres lors de la 
première api)arition des Franç»>is il y a 3(Ki ans .... 

Lecteur, puisque je te parle ici des in(iigènes du ('aniui»i, 
il ne faut ])as que j'oublie de te dire nn mot de l'assemblée 
qu'ils font tous les ans « la l'ointe de Lévi aux tins de 
recevoir leurs présens d«' la ('<>uro!ni<'. Me promenant un 
jour sur la grès»' du port, (piclle fut ma suiprise d'aperce- 
voir de l'autre cf>té du fleuve quantité de cabanes, (jui de 
loin ressembloient à des tentes, mais en réalité c'étoit tout 
éeorce de bouleau. Je demandai a <(Uclqu'un (jui. comme 
moi, se i)r()menoit, <juel étoit le nombre des calwines de 
)>éelie <)U(; la ville o(;cu[>oit? Cette jx-rsonne surprise m • 
regarda en me «lisant: Je ne crf»is pas me méprendre, 
monsieur, vous êtes étranger et uouvi'llement arrivé eu ee 



— 55- 



I>;iis, puisque vouK lue ùxïUa une pjireilU; qufHtion. VoUs 
voyi'z lii un cuniin-'iuent d^^ Kuuvagos do toute« les iintionn 
v(»isiii"s (U; la t-apiUilo, qui vienrujjit i-haque atinée recevoir 
«les prés'jns du roi. — De» Sauvages ! di.s-jo ; je ne me l».- 
seroi« jamais ima^itié, parée «lue ces cabjuies me rappellent 
les pauvres [xîeheur.s qu'on voit on PJurope, ù toutes les 
/grandes villes f)ii i»assent d(îs rivitMvs poissonneuses, et 
les lavanilières ! — lei, ajouta-t-il, ce sont des Sauvjiges.— 
(Jela exeita ma curiosité et je formai le dessein, quatre 
jours aj)rès, de visit^a* leur camp et tirer de eetto visite 
(pL-lques connoissanees. J'y allai avec mon ami Picard, 
c'étoit un dimanche. La première cabane où nous nous 
rendini -s lut celle du chef des Abenakis, car il faut re- 
maniuer qw chaque nation <lan8 le camp a son «piartier 
particidier. Le nom de ce chef ét>it Joseph-Louis, ancien 
lu-isonier américain-ant^lois (ju'ils avoient adopté et natu- 
ralisé et (jui, i)our son ^a-nie, étoit parfaitement bien 
estimé d'eux ; il pailoit amçlois, françois et abenaki, et 
étoit ^^raud [trotecteur de la reli^i«m catholiciue, ayant été 
l'élève du pèri! Germain, jésuit • desservant leur village. 
Il nous ac •ompa;.^-na de chef en chef i»ar tout le camp, où 
il compta (juatr;' nations, l'iro^juoise, la monta^nais't', la 
micmaqii ■ et l'abénakis •. Q.ioique de langu -s différentes 
elles s.' joignent ensemble et font cause commune pour, 
recevoir les dits présens, (pii consiste en drap, couvertes, 
ras.sades, fusils, etc. Les présen^5 veçun, chu un retourne 
vers les siens, content de bagat :■ s. Il arrive [iresque 
tous les ans (ju'mi'' pareille r.^n contre pHnluit beaucouj» 
de maria>,'es entre les di'ïérentes tribus. J'y ai été 
ax'ou -h 'r bmu.-oup d; sauvajçe.sses, hMU" dé;;enie surpasse 
tout ce que l'on jK'ut imaginer. Ces malad .s sont séparées 
du ^.^ste ju-^qu'à parfaite guérison ; celui qui voudrait faire 
insuit'! ù <-es f'mmes ainsi retirées, ou même les visiter, 
seroit rigoureusement puni. 

En général, la femme, chez ces [xuples, est très-labo- 



l 



'M 



IJ 



,1! 



-50 — 

rknisc, fait le tV'ii ot l'ordinaire, porte sttr son dos ot élevé 
les enfants, etc.; Ihomme fait les canots, les ealwvnes, pèehe 
et thasKi . Pour et; qui eut do la navij^ation, l'un et l'autn' 
y est éffaleiucijit adroit ; ([uant à la^^riciUture, la femme 
Heiile s'en mêle, Lourn lois pour la ))liipart tirent li'tir 
prineipe et leur force de la paternité ; femmes et enfans 
H'y Honmettent et la respectent. Dans leurs conseils, il est 
bien rare que l'on demamle l'opinion d'une femme. (J'est 
absolument le desi)otism(^ paternel. Cependant, les femmes 
y sont fort attacbécs i\ kurs pères, maris, frères et sœurs, 
Kn fj^énéral, elles ne sont i>()int libertines, craifj^nant sans 
doute le méi)ris qu'elles savent que l'on auroit dans leur 
villap:e pour celles <pii tondjeroient en faute. H n'est pas 
impossilde d'en dcluiucher ])ourtant. Les séducteurs sont 
surtout des ^ens de la ville ! . . . . 

M'étant ainsi reposé et délassé à Québec, je me prépjn'ai, 
suivant le désir (pie j'en avois, ù aller visiter Montréal et 
surtout madame d(î llustan, ma tante, ([ui faisoit sa rési- 
dence à <leux li(Uies de cette ville à la Lonf;ue-Pointe, et 
vers la fin d'octobre, je m'endianjuai '^nr une froolette pour 
m'y rendn;. J'arrivai h la Lonj,^ue-Pointe après une navi- 
f^atum de liuit jours. Partout oîi le Imtiment ai)pr(Kboit 
des bords, j<^ faisois me» observations ; l'aspect de toute 
cette cote m'em^liantv»it, les agriculteurs n'ayant encore 
ôté les riclies «ialons de la nature que i)ar endroits, pre8«pie 
imperceptibles dans l'ensemble. Les défrichements, (pie 
l'Europe appelle un perfectionnement, me paroissoient laids 
comme un aidmal écorché. nature, ta virginité est 
]>art()ut préférable, et c'est un crime de déchirer ainsi ton 
sein ! . . . . 

On jeta l'ancre dans l'anse de Descbambaidt, je pus 
de.scendre à terre et visiter les beautés du lieu, surtout la 
pointe où est l'éj^lise, et ce bois que Von y voit de s! 'oin. 
Vn ancien curé appelé Uué desservoit cette paroisse, je 
fus le saluer. Il eut la bonté de me faire tout voir, et en 



'1 t 

.t • 



— 57 — 



partifnli'T mm verger, (juVn H'iiniuwint il avoit dos Ini- 
nicm<' d'un mur de pierres. Le boni du lleuve eonsidéré 
du nord au sud, avec le rai)idc ou nault de Richelieu, me 
fit ressouvenir tt)Ut à coup <îu détroit et du pas8a>;c des 
Tlierniopyles. Assurément, s'il y étoit fait (juelques ou- 
vrages du tréuie, pers(mne ne pourroit v monter, ou fmnchir 
ce point sans p(!rniission, pour deux misons bien naturelles: 
le pa-isage, entre deux chaînes de roches, est fort étroit, et 
le courant y a une torce extrême. Tour le remonter il faut 
nécessairement l'aide d'un fort vent de nord-est. Lch 
navigateurs ont bien le soin de ne pas tenter de le franchir, 
wins être twssurés de ce secours et de la mer montante. Le 
iw>l eu cet endroit, est riche, (juoique pierreux. 

De lii nous fûmes favorisés du vent juHfpi'aux H Rivières. 
Partout même p'rsix-ctive, plutôt mejUture. Le pais, plus 
plat, est plus beau. Tous les bas fonds et les bords du 
fleuve, di' (Tcntilly et Bécancour, étoient couverts d*; bois 
de toute sortes et de haute futaie — surtout l'isle de 
Bécancour, (jui est devenu»^ ma i)ropriété i)ar la suite, et 
dont je fc'mi la topographie en temps et lii'u. 

La ville d»'s ;i Rivières est située au sud-ouest de |u 
rivière des Forges, appelée; rivière Noire à cause vrai- 
seuildablement qu'une vase noire, au fond, la fait paraître 
telle. Klle tire sa source de plusieurs lacs dans le nord et 
le noni-ouest, principab'ment du lac nommé Ténnsca- 
mingue )>ai' les Têtes-de-Boule, (pii sont des Sauvages 
ayant elTectivement la tête grosse et tout-ù-fait ronde, ce 
(jui leur a mérité sans doute ce nom : ils sont grands, et 
gros à proportion, nuiis stupidi's, sans aptitu«les si ce n'est 
pour leur chasse et leur [lyche, dont ils >ivcnt; d'jwUeurs 
IxaiH et fort humains; ils nu sont pas nombreux, à cause. 
Je pense, de leur misère. 

Le terrain des 3 Rivières est |»lat, le sol de sable jaune, 
gras; tout y pousse fort bien, surtout les melons de toute 
espèce. Cet établissement, (pioicpie centnil et fort ancien, 



I 



1 ,; 

'h 



— 58 — 

n'a i»aH fait «le progrès coiuiiie (Jnéhoc et Montréal; il ost 
toujrmrs rv-sté luiuvrc. Je puis donnt'r (iiU'lqut'H-nnes des 
laiKoiis (jui ont coneonru îi ce triste état. Les eyelopes (]ui 
sont étiiMis à trois lit-ucs jiu nord <'t (jui possèdent (piutre 
lieues <}irrés, ont empê(l)é d'}' établir des jwiroisses ; le pais 
plus liaut il piiru inipralicaMc aux lialiitans des environs: 
la i)oi>uÎMti('n de celte liourgade et des alentours n'a pas 
cru jiouvoir niiinx l'aire j>our sa sul)sistanee que d'aller 
tnvvailler <iatis irs diiTénns ateliers, ee <jui a fait négliger 
longtemps le sud (iu fleuve, quoicpic le sol y soit des pîts 
riches. Mais je ne raeonte iei (pu; mon voyage à Montréal : 
plus tard, eoninie j'ai été directeur d( s forges, j'cnti\'rai 
flans des détails intéressants. 

L'ancre levée, nous gagnâuies le lui' Saint-Fii-rre. ijui a 
7 li(Mies de long < t 4 lieues de large où il a li' plus de 
largueiu'. Son entrée, au bout du nord-est, se trouve entre 
la l'ointe-du-Lac et renibouchure de la rivière Kicolet. A 
cette pointe étoit autrefois un village sauvage ; les Fran- 
i;ois y avoi nt un fort, on en voit enci»re les vestiges. 
Tout autour du hc, s'étendent de hautes forêts et de belles 
prairies i\r grèv. Les [>aroisses de Maehiche, de la Rivière- 
du-Lou|>, au nord, de 8aint-Nieolas, de la BaiiMlu-Febvre 
et de SainUKrançois, au sud, — <(id l'entourent — sont 
fort riches pane (pie le sol l'est, ("e lac fournit beaucoup 
de bons poiss«)ns, surtout d- l'éturgeon, — ressource assurée 
pi>ur les habitans du voisinage. 

Nous arrivanu'S dans les Isles, (erri'S dis plus f<Mtiles, 
oîi il y a de billes f ruies. Klles sont sujettes à l'inonda- 
tio»i dans l 'S printemps où il se fait des digues de glaces. 

Sorel, au bout d'en haut de. ces isles, ne tarda pas à se 
montrer. Quoitpu! cet endnùt ait le nom de ville, qu'il soit 
port de rivière, cpie la vi\ière ('hand>ly y passe, il n"a pas 
fait de grands progrès. Le terrain y est bas et saliloiuieux, 
et le sol sabl'.mni'ux exigi' beaucoup d'engrais. On nn- dit 
(juc ee pais, au nord et au sud, jusqu'au lae Chuniplain, 



— r,9 — 



6toit lial)ité, ai bien qu'if étoit <oiihi<lî-ré cominn le gvonicr 
«le tout le Ctinada. et ((Uc tous les Imhitans étt>ient fort 
«iclies. 

(jepeu<lant I • veut luMis approchoit ^h' Montréal, (.'oinme 
j'avois ma tant*' ù Vi,sil<r et «jU'i-IK Jaisoit sa réhi«l<'iiee à 
<leux lifui's plus Itas (pir cette \ illcj je priai le capitaine 
<|e nie mettre ù terre vis-à-vis la maison de son père, M. 
lii'Hi)éni.nee, capitaine de milic»- de la liOnm^ne-rointe. J'ar- 
ri\ai chez M. Lesjtéranc'' ra|)rès-midi, sans être attendu. 
Ma tante y étoit et tonte sa famille. Oh! quelle fut sa 
sur|)rise d-- voir un jetm'' françois, âgé seulement de ]H 
ans, et le [iropre neveu de M. de Knstan, son époux, ([Ue 
Javtds laissé le 22 mai précédent à Paris ! . , . . 

Après lotirs lettres lues, nous nous mîmes à tahle pour 
souper, et la conversation y fut infiniment ai^réable. ()n 
me «lenianda comment javois tiouvé Québec, et surtout 
ies Canadiennes. Ma tante étoit jeune et jolie, ainmnt bien 
à se l'ententlre dire. 

J'eus beaucoup de plaisir dans cette aimable famille, 
ainsi qtie par la connaissance «jue je lis, à leur recoujinan- 
dation, de M. It; curé Curateau. am icu sulpi'ien françois. 
IMusieurs jours déjà s'étoient écoulés, (pie je n'avois comptés 
que pour d^s heincs ; il falloit cependant aller à Montréal : 
ma t^uit ' m'y aeconipajiîia. Nous allànu'-* loyer che/, son 
oneb- M. de La( 'ote, vieux gentilhomme. Lui, su <lame, sa 
famille nous accueillirent <le lem* mieux. 

M. Mon^oltier, supérieur, et ton-; les .MM.<lii séminair' 
poin- (pli i'avois des lettres (comme pour bi n diuitrv's ) 
furent charmés (!■ me voii- — principalenient Al, ih- Jon- 
quièn-, avi'c (pii javois passé la mer d.Vnfili'tt rir iiii 
( 'anada. 

11 ne devrait [las être hors de jiiopos de rjK'Hiter, en 
iwssunt, l'aventure arrivée au ministre Delisle pendant le 
coup de vent que nous essuyâmes sur le }i,;and kiuc ; 
aventure que je devrois avoir déjà rapportée ; nmis elle 



->6Ô 



, 



m'étoit ÎH happée de la mùiiiuiiv. Dans ]v moment ( ritiqiu" 
oh, le vaiHKcan étant toml)é sur le côté, chacun piioit Dien 
de tout son cœur, et i)cndant que M. de la JoUiiuière dis- 
trihuoit hcs absolutions, ce mèni'' ministre (Delisle) ne 
se jftn-t-il jtas ù ses s^i'uoux pour obtenir aussi l'ubsobition 
de lui, n'ayant pu oublier <juil avoit été Jésuiti!! Ctîla fut 
su à Québec, et le fi:ouvenieur Carleton nous <'nvoya 
duTcher, moi et un autre jeune homme, commis de Drum- 
uumd, pour lui dire si e'étoit vrai, et si nous en avions eu 
conuoissancc. Notis ne pûmes le nier. Cela fut cause (jue 
ce pauvre })rètre reçut ordi-e de se reml)arqu<.'r ininiédiate- 
m<'nt pour l'Europe I . . . . 

.le tus très-chajiiin de ce tU''part inatten<lu : à peine 
»'us-je le temps et hi permission d'écrire à mes parens et 
amis i\o Paris par lui ; car ce fut à Paris <ju'il s'en retourna. 
Il vut un heureux pas8aj.!:e, c<mime je raj)pris par s»tn 
ac<-usé de réc<îption de mes lettres, l'année suivante. 

Le temps des visites passé, je retournai avec ma tante 
chez elle, à hi campajine di' son pèn-, où je restai juk«)U'hu 
re(,'U d'une lettre de M. Dinuns, ipii me i)rio't d'aller aider 
à son commis Calville à tenir la maison de commerce de 
M«intréal. Quoi»iuc sans gH»ût pour cet état, ne voulant [uis 
le désoblif(<'r, j'y consentis — bien déterminé cependant h 
Ml' pas né;.;lijj:er mes études et connoissances en méd«.clne, 
dont j'avois uiie intière habitude ; mais, jeune et incon- 
sUint, je ne savois pas me ti.xer. Quehpies jours après, 
j'<illai assist(M- ce commis nuMchand. Notre nuigusin étoit 
installé chez un nommé Bernard, proche le marché de hi 
basse ville ; la vente s'y faisoit en gros et en détail. 

Ce (Calville étoit françois. a*igé d'environ 30 ans, fier de 
SIS connoissances (■»)mmercialeK et du nom de premier 
commis ; il étoit à gages. Moi, je n'a\()is ni ces connois- 
sanc<'s ni ce nom ; neveiulr l'associé de M. Dumas dans la 
spéculation du paiùi-r du Cauiwla seulement, élevé dans la 
médecine, science plus libémlc, je fuisois ce que je pouvois 



— 61 



Hponttvaoïut'Ut, maiii, sans t'Hitcrance de devenir janiuis coin- 
ini;r<;Hnt coasoninié -, je no. ni'étoîs soumis i\ cet emploi qne 
\ntm plaire à M. Dunuis dans \in temps où le» jennes ;xens 
étoi(;nt tti rares dans un païs n<tuvt'II<-ment conipiis ! Mon 
amour delà liberté ne ])ouvoit pas s'accommoder lontrtemps 
d'un»' dépend(inr(; servile et di- <iure digesîion pour un 
trcntilliommc nori r<)mj)U ni destiné à un tel état, d'autant 
plus que et; Calvili»', (pioique honnête, étoit exigeant à 
l'excès .... Les samedis soir et les dimanches j'allois cher- 
cher des adouc'ssemens h cette existence ti la campagne de 
nui tante et de sa famille, et je passois, on ville, mes soi- 
rées avec<le8 connoissances aimal)lt's. Je tin» bon jusqu'en 
février, «{Ue d.; plus insuiqinrtahles kniit<'mens me firent 
écrire ù M. Dumas; je lui fis aussi écrire |»ar son cousin 
M. St. Martin qui connoissoit tout. Je ne fus pas long- 
temps sans recevoir l'ordre de descendre ù <.J"iél»ec, chez 
M. Dmnas lui-même, où j'allois être traité comnu' sou 
propre enfant. . 

Avant de (juitter Montréal, il me paroît convenahlc d<' 
parler des ainiables familles et personnes que j'y ai < mi- 
nues, et de mes amusemens ])endant mon séjour au l'ai is 
du Canada. Oui. on le compan^ en petit k «''tte i^randr 
\ ilU' fmnçoise ! Tout est sur le haut ton à Montréal, (pii 
est fort riche en raison de son commerce et de la tnute 
«vec les snuvaf,as. Les pays d'en haut, h la distance de G h 
800 lieues, y api)ortent hnus pelUteries, cpii y sont embar- 
quées pour Londres et de là répamhu's j)ar tout l'univers. 

Jamais je n'ai i onim nation aimant plus à danser (pie 
les Canadiens; ils ont encore les contre-danses fran(;oisi s 
et les menuets, (pi'ils entre-mélent de danses an^doises. 
Les nuits, durant l'hiver, qui dure S mois, se passent en 
fricots, soupers, dîners et ImiIs. Les dames y jotient bejui- 
c<>up aux cartes avant et aj)rés les danses. Tous les jeux 
se jouent, mais le favori est un jeu anglois appelé Wink. 
Le jeu de billard e^t fort à h\ UKxle, et plusieurs s'y 



62 






' i ■ 



minent. J<î rnimols l)ien, mai» je n'y jouoin janmis à l'ar- 
'f!;*'ni, par prudence. DanK t<<iitc8 Ie8 smiétés, en mon nou- 
veau ])etit l'mis américain, M f:illoit commenrcr par là ( par 
!«• jeu) ; c'est ce ([Uc leH daniis appcloieiit le bon ton. 

Le sexe y est très-licau, poli et furt insinuant. Ma j( ii- 
nenHe et les manièrcH «'uroi'éfnnes du dernier goût <lont 
j'ôtois entièrement pétri, me taiKoient désirer j)artout ; «t, 
si j'avoÎH pu résister à la fatigue do tous ee« plaisirM, Ki nui 
Uouvt'lli' oeeu}>Htii»u ne m'en avoit pas empèilié, j'auroÎH 
été dans les fêtes les jours et les nuits ! 

Ti'époque de montlépart approdioit. j'allai reniereier mes 
amis et les prier il*' \oidoir im- continuir leuis liontés 
épistolairement ; je me lerois un plaisir <ie correspondre 
avoc eu.x de Québec J'en tis autant à ma tante < t à toud- 
H(Mi aiu)abie famille, qui anroit bien voulu lue garder. J(! 
serois bien resté, mais je n'étois pas tout à fait juon maître 
et i)uiK, pensant toujo'us l'i la médecine, je ne pou vois 
guère; la ))rati(iuer que dans une ville. Ayant été très- 
souvent avec 1(.' Dr. Badelar, né fram^ois, très-bon opér:i- 
t'.'ur, je désirois m'en fiiire un ami, et il m'encomageoit 
fort à ne [)as négliger nies coinutissauc» s dans cette pro- 
fession M. Dunuis. d'un antre côté, me nourrissoit des 
idées di' eommenc ; il faisoit son eonanene fort régulière- 
ment, et je tenois ses livres en partie doul)le, ce è (juoi j«; 
me pldisois beaucoup. Ainsi, (lottHut duiu' |>rofession à 
l'autre, et (|Uoi(jue sans ai>pointeniens, je restai trois uns 
avec lui. Il étoit, ainsi (pu- toute sa famille, si aimable, qu<: 
je ne pouv(tis pas me résoudre à le quitter, i)arce (jm: 
j'élois, dans t(»ute la force ibi terme, regardé comme son 
fds. [I est vrai que jamais rien ii'a pu enae<'r en moi je 
sentiment de riioiiU'iir : ma prol'ité luc nu-rita d'avoir 
cbe>5 M. Dumas tout sous mes soins, jusiju'ù la caisse. Si 
le [lapier du Canada et le commère»^ que M. Dumas avoit 
( ntre|)ris siu un vaste i>lan, n'avoit ut pas nuin»iué, <'ett(î 
nuiison seroit devenU'.' une des plus riches ; au lieu <|u'ello 



V 

! 



J."> . . - ■ ■ ■■■*■■*■ ,*1^-* 



— 63 ~- 

.nanqHa en 1769, et ntcrnioyii pour :^3 inillo livroH Ktorlin^. 
Cela changea totalement ma situation, car, ayant lUjh, ou- 
hlic l'Euroj)o et mes i>ar<'ns, je désirois faire mon elumin 
'•n Canada. Pour lui, ee pauvre monsieur, ayant remis ses 
affairt>H ù Ki^s eréaneiers, il se fit notaire. 

.\[oi, je retournai à la mé(it'<in«'. .T'avois fait tonnois-, 
sitnei' avec 1»' iJr. DuJJergès, de St. Thomas, en has de 
Québec ; je fus le voir, et il m'engagea à rester avec lui en 
H«»cicté, ce que je fis pendant deux ans. 

Al»rès un h)nK 8iéf<e et tout le pays ayant eu outre beau- 
coup Souffert parla gui-rre, le Canada ne i»ouvoit se relever 
ijuavec le temps. La contiance indispensable «-ntre Wh 
«onquis et les conquérans avoit bien de lu, peiiuM'i s'établir. 
Soit préiuf!,é ou non, la distanci: <iui iliacun paroissoit mettre 
de son côté étoit si grande, que ce ne seroit |>as de sitôt que 
ces deux peuples ne feroient (pru»). FiCS places n'étoioit 
données <pi'à des Anglois de naissance, les Canadiens îi a- 
voient pas besoin d'y penser, ce (pii ne jionvuit que b-s 
rendre indilh'rens. 

Quoi qui! en soit, pendant cet intervHlle, il se fonna. un(! 
compamiie ])our rétal»lir les forges St. Maurice : Dumas et 
tni autre de mes ainis en étoient, et avoient méiue été 
ehoisis pour en diriger les travaux. Connoissant mon hon- 
nêteté, ils nie ]»n'ssérent d'abandonner < n.eore la médecine 
l)our être b' commissionnaire de la compagnie à Québec, 
Ma société à la campagne avec M. I)ubargès rapportoit si 
peu, que j'aceej)tai, sans cejiendant dire mVn n à irui jn-o- 
fessi(m, (jue j'entendois exercer en ville pour eeux qui vou- 
droient m'etn[>loy«'r. Les rttvenus t lairs et nets de cette 
nouvelb,' iliarge ))ouvoient monter à 3(iO louis par an, et 
j'avois en outre la perspe(>tive de )>énétrer tluîis ( e mcnd<! 
nouveau avec plus d'avantages : il n ■ falloit plus (pie <le 
l'ordre et de l'éconc'mie. 

Je dois dire (jue je ne me sépand pas de Dubergès en 
mauvais termes ; au ( ontraire, il vovoit bien lu nécessité 



— 64 — 

de mon départ, t>t «'il lu'avoit amxié à h»'h iatôrotn, ç'avoi. 
(Hé |)luU>t ix'ur m'oliliucr »|iMUitnnM nt. Auhhj tïiim»-iunih 
toujours lunis iutinirs juscprù wi un»rt. Il (toit d'un larac- 
tèrt' l.on, honnête, doux et fort oMlRcant — et par-tU ksuk 
tout Ijoniiuc d('«lu( iiiiiu», ayant vi(' y:riului' à Montpt Hier. 
S'il M' fût i>talili (M villo, ses tiilmts y aur(»i('nt fait du 
(licniin : nmlH l'iioninu' t'toit j»!iiloho|»hc ij|»icuilen, ci pré- 
féra scH jtlaiHirK à toute anil)iti(»n. 



CHAPITRE TROISIÈME. 

('ftmnn' 'jvui ff tnondf eni un véritable théAtrf> oii fhat^n fig^tm 
nvef iteê rhnngtnn ni» de décoration. 

Xé >;t'ntilli<inmi<-, tlchtiné (l'alKnd ù ontror dans la ma- 
rine <U' innii roi. {mis aprÙK un <«»in.mf'i..cmont d'étudi*» 
iiiHt)u''muti<ni<'H à LaR<Kh«'ll(-. onnuyi' t-t appolr h Paria 
jioiir entrer dans l'uriiu'<'j où l'-loit mon frère, je me suis 
dt^oûtt' Itientdt de cette e»rri«>re, l't j'ai choisi l'étude do 
la nuMlerine ; mon teni« fait à St. C«*»nic et à l'Hôtel-Diou, 
1 1 eln-*'. M. le nTt'dtH-in de ta Koehamhean, i\ Parin, on m'a 
vu, j)ar ineonstHnce de J«'ime8He, passer en Angleterre ; 
enKnite, «éxlijit par des eppéranees illusoires, je suis venu 
t'U (.'anjMla. l( i, mon premier dessein est d'exercer mon 
état. eept'n<lan't je nie laisse j<agner à le négliger pour le 
eomnierce. pnis je n tonrne à la nu'fdecine avec Pubergès, 
et enfin me voi( i, en 177], devenu commissionnaire à 
(Juél)PC de la (ompagnie des forges Saint-Maurice. 

Je suis logé ù loyer dans une maison appartenant à 'tS.. 
.\miot, citoyen, <'n face du marché de la liasse-ville, où je 
re(;ois et vends les i>ro(hiits de mes <yclope8 ; j'expédie 
pour LondrtîK Icrs fers en gneusets, je potirvois aux besoins 
d«'^s associés, <;nfin j'exécute leurs ordres de point en point. 
On est trés-content de moi. De d«Kteur à commissionaire, 
le iHis est grand ; n'imi>oitc, il faut être de tous les états 
dans cette vie — états himnétes, s'entend. 

J'engage iwi gar(,«m. et ne vcmIù pour la première fois 
en ménage et à îa téti d'une maison qui va devenir de 
conun<'ree. Lv» lial>itans des cfiuipagnes, les citoyens et 
forgivrons des villes, en raison des fers, m'eurent bientôt 
achalandé et fuit connoitre. Ma profession médicale m'ai- 
doit un peu encore : mais à m<'sure que l'on me connoissoit 
davantage dans mon nouvel état, on oublioit que j'étois 



— 66 — 



i ! 



«lofteiir en méiU <-in<' : mu pratique i(»miui<' tr) se nMiiisit 
au traitornont des jtuncs ffcns atta<|U('8 «U- la syphiliK. "1 
jf n<' repris fntièrcmcnt ma profossidn <pn- (|UHn<l \v 
(loni'Urai aux For^^( 8. 

L'hiv<'r arriva sans autre aventure ou nialenoontre pour 
rnoi (pie la suivant; au comujeni enient de lu suisfin d«'s 
luJs, <pii s'ouvre d'ordinaire aux jtrennèrcB neip-s. Cette 
année-là, hivernoit, dans le liavre du C\il-<lc-Sar. une irv- 
^rixic appelée le T ritmi, eoniniandéc! par !<■ capitaine I,a<- 
H'itrh (?), avec t<»ut son équii»ape et son cf>niplément de 
frurdes-marine, (]iii ne demandoicnt pas !ni<'ux que de 
courir l'S bals et .... le reste, f'étoit justement chez mi 
nommé Crépin, atiliergiste, proche de la tVénatc, et non 
p>in du nïarehé, où je demeurois, que se donnoit un de ces 
h.alK et fricoteries tout«'S les semaines. Mon voisin le jemic 
Simpson et moi étant tin <le ceg soirs-là au l»al, nous v res- 
tâmes plus tard que l)ien d'autres. Quatre des ofïî<i< rs de 
cette frégate votilurent nous eherelier (|uerelle, ils furent 
bientôt mis dehors ; mais nous en voulant Iteaueoup. sur- 
tout à moi (iv.'ils appeloient Frvneh Poff, ils se cacliérent 
sous la galerie du côté du l)ord de l'eau, [)ar oîi nous 
devions sortir, dans le dessein de nous tu<'r et jeter dans 
le chenal, à ce que mon camarade leur entendit dire en 
ftuglois, conune nous passions la porte. N'entendant paH 
cette langue, si j'eusse été s-^ul, ils auroient hien cfTectué 
leur mauvais dessein. Mon ami m<' cria en françois : Dé- 
f.niîons-no\is et crions; cpioiqu'il soit tird. peut-être 
quelqu'un viendra-t-il i\ notfe secours! ....Je n'avois 
potir me défendre (]U'un«; Uiguette de jonc ; j«' me réfugiai 
dans un angle, ati rez-de-< haussé»!. Leurs épées se nui- 
soient, car ils auroiexit [)Xi me tuer de la première attaque ; 
prie de vin, ils ne savoient pas trop ee qu'ils faisoient. 
Mon ami étt)it d»; l'autre côté de la rue, je lui criai d'aller 
vite chercher chez moi deur sabres qui ét^neiit sur la cor- 
niche de la cheminée de la cuisine.— r,«^ garçon m'attend, il 



— 67-^ 

t'ouvrim la port*? «laus l'iu.-^tjuit I .... Il y courut t^t revint 
eu peu de ininutoH, — (Jouiuiont to le donner ? me dit-il. — 
Avance, ne \>vï(\f< point d<' teins, je suiw peité et bleSKé 
l)artout de la pointe de leurs épéc h. Ah! si Je pui« tenir uu 
de ees w»i>r<'8, tu verras un Iniiu jeu. — Il eu jeta un 
aussitôt, qui toiulta derrière moi, à «Iroite^ et que je pus 
Hjiisir iininédiateuient sans nii'.vposer. Le prenii'.u' eoup 
atteint et eoupe l'oreille U I un duu.x et lui t'ait une bles- 
sure profonde à lépaule. Le ideissé cria: "lani woinuled 
and most di'ud ! thedivil is at our h'-els !" Moneouipaunon 
en avoit pareillement enpmé deu.x ; 't les miens se \o\ant 
Hervis îi la frHU(,'oisi', pi;;nèrent la tVé>;ate en criant de 
tout»; leur force, ce qui réveilla tout le monde à boitl. 
Ni>us fîmes uu détour [mmu- ne pas être i»ris; rentrés cbe/, 
nioi, nous barricadantes bs porti s tt b s fenêtres avec dt;« 
barrew de fer et des pbiques de poëb's, nous mim»:s un 
buril de ImiIIcs sur b' cul, de même (pi'un b\ril de poudn; ; 
nous avioUh ciu(| Ixmis fusils que mon j;;ar(;ou et unm 
eanuiuule de\(iient reiharficr au fur et à mesure pour 
notre défense, eu rus ilattmpu'. Heureusement personne 
u'aiq»r<Hba <b- la maison. Il n'y eut pas môuu' de plainte 
le lendemain, pane qu'ils avoicut tort, et que du monde 
au.\ fenêtres les avoit entendus fr)rmer le complot tle nous 
tui:r et de iKUis jeter à l'eau, (Jependant, tout le restant de 
rbivi>r, il nous fut pr(\squo impossible de sortir la nuit et 
môme le jour ; il nous falloit évitt-r de nous trouver dan» 
b-s lieu.\ fréquentés par ces quatr-' gardes-mari uck et buirs 
uniis, (jui s'étoient vantés qu'ils ne sortiroient pH>* du Ca- 
nailrt avant de nous avoir exterminés, surtout b; Frf.nch Dog . 
balVain' fit Iteaucoiip de bruit en ville. L'oreille coupée 
fut trouvée le matin sur la ueijre par \\\\ eummit» de M. 
Frenjont. L- ;;uuvtrneiir en fut aussi informé; mais pas 
• !c plfiiiit'' régulier'': eliacun nst« avec ms bb-ssureh et 
guérit t;omnu- il put; pour ma part, j'en «voIm re^^u sept, 
ruais pas iiangi-reuses. 



. V );->i**!»'''Mpifv,* 



î 'i 



CfJft me fit grand bien de deux façons : je uiénageai mft 
bourse, et je me eonservai «âge, en ne eonmnt plwR ceK 
«ortes d'unuisements, souvent pleins de ri«<jue8. Je paKsj»! 
danH le public \Hnir un modèle de snfi:e8«(\ Il fut heurtmx 
l»our moi, «-n oette ocensioii (juc Je pusse nie soigner et 
traiter moi-môme, t^râce à m(;s connoissanees en raéd« « ine. 
Eu devisant avec «iueb]ues amis de cette aventure, je nie 
rappelai <|ui' dans les écoles en Angleterre il était en- 
seigné (lu'uii anglois pouvoit liattre généralement dix 
tVançoÏK ou ckiens de/rançoi,f comme le jK-uple les appelle. 
Ces quatre gardes-marine n'avoient pu pourtant venir à 
iKjut de moi, avec leurs éjiées croisées contre ma luiguette. 
Et comnit^ je leur avois fait tourner le dos, une fois armé 
d'un sabn; tcossois de grande mesure l Ensscnt-ilH été dix, 
je crois qu'armé ainsi j'en eusse fait autant, t^mt les petites 
épées ont peu d'avantage contre d'aussi grands bougres de 
sabres ! , . . . 

Le printems si cïésiré arriva donc, «'t les occi^pations du 
eomwtftsionarùit me fir<'nt oublier le tems passé: contenter 
la compagnie des forges étoit alors toutt^ mon ambition 
afin de faire mon chemin. Pélissier, qui étoit le dirc<.teur 
de la comiiagnie, fut tt:llement convaincu de l'intérôt réel 
(|ue je prenois à tout«'s leurs opémtions, qu'il voulut que 
je devinsse un doB intéressés et de plus inspecteur d«s 
travaux avec lui. A la tin j'y consentis, et le 25 février 
1775, ayant n'çu ordre en consé(iucnce de remettre tontes 
len affaires dont j'étois <hargé à M. Cuenond, mivr<lMind h 
QuélK^e, je montai aux forg<^s Saint- Maurice, n-mlis compte 
de ma gestion au directeur et pris possession de ma nou- 
velle charge (finspceteur, avec permission d'exerctT la 
médecine pour assister les travailleurs des ateliers «t 
inâme les amis du voisinage «jui voudroiiint m'employi^r. 
Je ne tardai pas ù établir doublement ma réputation, sur- 
tout comme môiieoin, e^ir j'enteiulois parfaitement la 
médecim^. 



— 69 — 

Ainrf, .,. ,.,,ti,„o .I„ p„bli, A ,,„,. „„ ,„,.^_^^^_^^ ^ 
toute la co>.,|,„K„a., je muuhai ,i'«„ s„ocè. à un autre 

1« i e„ubl„,ue dAméri^u.., ,.., ir;« et ,777, ,|„e ,e» i„„„r 



; , 



rS-i 



!■ l 



j 
[') 

: I 
■ i 



THAPTTRK QTTATKIE 

Àarémau, nvetUui'es et contre-itma que ,rij»rouv<n c» ville: lini- 
toni <\vt:r (7Ue/(/tt<?« amien ; e)Hi'i(te»ieiit <('• ruHravr MadfinolHellfi 
Catherint: Delzène, r/ui, iiiafij-/. dit, devient l'époui' de l'ilinnier : 
circonitance^ triiten nul me Vont rendue : eflt- devient enjin imm 
ép'ttme. 

Jfune, (le lîjiiii»' f'aili- ptnir plain-, uNuiit dv. l»<;lli's ina- 
nièrcH, avec un g-oût |mssi<>un('' iiour lu duiiM', je n« 
manquois pas d'aïunKemciis. li- s jctnits dmioïKcllcs se 
|)lais()i<-nt tort à ma coiiipa^ni»'. Oii LaTirrièn' n'ôtoit paw 
\r vide Hv tiuNoit sentir, à et' (iircllcK inc «lisoit-nt Houvcut. 
«;<'pcudaiit ;. lie |Miuv«»ih >i|»pHrt<-nir à toutes qu'cti Kociété ; 
entre celles dont je trouvois la physionomie eliarniunte, je 
i)(^ s( iitois réelh-nient une tendre alîei tioi, (jjie j)our trois 
seulement, An;.'éli»iU'' iMiiwiniei, Josette Uonssel, et nni- 
<lenM)iselle iJeizènc. et eutore ees amitiés étoient-tljes 
diriérent<'s ei^ inépdenicnt vives. Un jour, je demandai à 
mon Won ami Alex. l>nmas ee que Ion penseroit si je nu; 
nuiriois avec la pr<'mière, a\ <'e qui j'étois lié d'ann>urs plus 
t|ni' idatonniiiues depuis lon<rtems : il répondit que <:«• 
s<roit tblie. vu num extrême jeunesse, nn>n crédit, men 
ressources tort légère, qu»' Je penlrois Tanutié et l'estime 
d(! la eompa|rni<', que la n)éde( ini- n'alloit point .... je me 
verrois avec ma lamill» réduit à la misère. (V.la m fît tant 
<1«; i>eur, (pie (]Uel(pK's a\anc*'S que j'eiissi' déjà faites, il 
me fallut l(!s al>andonner. non sans une douleur, un regret 
des plus st nsihk's, tant l'habitude dinie sincérité (|ui 
m'esi naturelle m'avoit attaché à une ainuihle enfant, 
digne d'un meilhur sort (]ue c<'lui qu'elh «mi avec le laid 
•jt méchant hijou qu'elle fut tor(,é» de prendre pour mari 
par son père, marin au earactcre dur; !<• désespoir et sa 
situation, voyant que Je pouvois pas l'cpousor, «chevèn'ut 



71 



i 



«le 1h (IcHhtcr, et je ia perdis, mais non «on flmiti(;, <ar 
lions étant jnré mu* amitié éternelle anx pieds du Bonlu'ur, 
n-la ne [»onvoit plus jamais s'tîffacer ! D'ailknirs elle étoit 
1>-II(;, de ii«h<' taille et lii^ n faite — hé! eomnunt l'ou- 
Mier! .... 

.F'avois fait la connoissaiice de Mlle. Roussel dans le 
même tems <{ue eelle de ma présente éfionKe Marie 
Catherine Delzén»' 'Quoique fort jolie et spiritu<lle, «die 
ne poiivoit etïaccr l'imiircssion plus forte que j'avois re(;in> 
de mademoiselle I)«'lzène, plus jeune <'t plus jolie. C'ett«i 
dernière m'aimoit heaucouj), mais son jière et sn nière lu 
réservf)ient en sccri-t au vieux v.uf Pélissier. homme U)it 
riche, de qui ils csju'-roient de ^rrands secours. De !son ef'té, 
Pélissier, â/ié alors de 6() ans, n'osant pas se remarier à 
ime nymphe de 1 4 ans, avoit eonçti le dessein de m'enfrager 
ù l'éi)Ouser, et pour eela de m'appehr auprès de hii aux 
forfres afin do m'y faire «• .... ! Ce beau résidtat n'ét<»it 
pns imposKJlde, mais pas bien proltahle vn raison de la 
différence dâge. l'endant lonfitems ma chère prétendue et 
moi ( prétt'm/uf', de commim accord entre nous <leu.\ ) nous 
ne nous vîmes qu(; sur ce pied, parce qu'elle m'avoit eontîé 
les desseins de ses père et mère et (;eux d(; PélisKier lui- 
même, qui d<'Voit même lui faire un don d<' 500 louis HUr 
notre l'ontrat de mariage si <dle se nmrioit avec moi. 

Pendant cet espace de tems, nous ne nous vovions 
j.ruère qu'en la présence de Mlle. Koussel, que les honJieH 
Kens croyoieTit que je reclierchois et à (jui il nje le fHiloit 
réellentent faire accroire, sans (pioj leur maison m'auroit 
été interdite. Parc»- moyen, constaniment ménagé, je fré- 
«pientois et vovois ma chère Catiche, espérHiit qjie Pélissier 
n'iroit pas se mettre en tête de l'épons<;r i\ ma place. 

L'homme propose; et Dieu dispose. M. Delzène, pressé 
pour dettes vt i venant de Montréal, passa aux Forgts «'t 
emprunta 300 louis ù son ami Pélissier. A i e voya^^e, tout 
changea à mon égard, tout fut arrêté entre eux pour 1« 



m^ 



72 — 



V 



'5i. 



Tiiariago «It- ( cttc enfant ( qui m'étoit promise d'honneur et 
d'aniitié ) au vieux PélisRier lui-mômc. Dispense (.ntièrc 
fut obtenue pour faire faire <'e nuvriage à Béoaneour jtar le 
Père Récollet Théodon- isatiR aucune publication de bans. 
Elle fut menée à cet endroit par son père (juehjueK jour» 
après, 8()UH prétexte d'aller en visite cIick leur cousin 
l'ouget, curé à Berthier ; PélisHier arriva bientôt en carriole 
conv<'rte, accompagné seulement de son domestique. Le 
fait iKt qut! cette chère enfant, ne Radiant rien de cette 
affaire, ne devoit nuimpur d'être extrêmement surprise, et 
de faire la résistjince à laquelle l'exiitoit la i-épugnance 
d'Age, ayant toujours cru jusque-là que c'étoit de LaTerrière 
«lu'elle devoit devenir l'épouse, et cela du goût mémo do 
celui (jui la forçoit de se marier avec lui. Refus, pleurs, 
gémissemons, rien ne peait attendrir ces tyrans. Le père 
lui ordonne absolument d'y consentir. Ainsi, de nuit, sans 
autres téuioins (jue des gens gagnés par argent, elle est 
trainé<' à l'autel, où les céréra()ni<'s sont commencées et 
tini< s Mans qu'elle en ait presque connoissance. J)e \ky on 
TeuilMuque tout de suite ilans la carriole couverte, et elle 
est amenée sans bruit et sans que [«-rsonne l'ait vue, aux 
Forges. Klle y ilvint presque folle, ne se croyant pas 
nuiriée avi-o Pélissier et ne voulant pas demeurer avec lui. 
Le i)èri; et ce mari essayèrent tous les moyens pour 
lapaiser. EftVa} é, craignant de la perdre, sentant que ma 
présence seul lui fi loit du bien et qu'il n'j' a voit point 
d'autre remède, Pélissier m'appela aux Forges; c'est ce 
«pli m'y valut la place d'insjKïctcur. Je fus assev; fou d'y 
aller, alors (pie cela ne pouvoit que me devenir nuisible à 
cause du manqtie de parole du dit Pélissiir et de mon at- 
tachement à cette jeune femme qui n'étoit plus ù moi, 
jMiisque maintenant la loi siurée du maritige, malgré le 
fait de la violence, s'opposoit à mes espérances, et qu'à 
moins «l'avoir la vertu il'un saint, ma présence aux Forges 
ne pouvoit qu'*'nfauter de fùcluuwcs «;ons{HiU!,'nces. Mais le 



— 73 — 

désir (lo von>;<'anc'0 ot un ix'ncluint, toujours le pltis fort, 
m'entraînèrent, et j'accoptiù tout, promis tout au ri8<iuo do 
ne tenir (|ue ee «^juc je iiourroiH. purée que Texistence ne 
me |>aroissoit de nul prix, si je no ponvois plus Aoir ma 
(hère et bonne amii;. J'étois sur qu'elle m'ainioit si sin- 
cèrement qnc (le tout entreprendre, tant elle se (U'-plaisoit 
avec son vieux, (juoique au comble de toutes douc(!Uis : car 
il ne lui refusoit rien, et elle avoit de l'or tnnt (iu'ell(! en 
vonloit. Le eaiu-, comme l'âme, ne se plait qu'à ee qui a 
im rapport 8ympiithit|ue avec ce qu'il aime, soit illusion 
ou autrement. Il n'y uvoit (|Ue nui présence qui la calnuU 
et lui fit supporter son nuilheur, au moins (^ui remj)échut 
de fiiire (pubpio esclandre. Si je un' levois ù la fine pointe 
du j»Mn', je la trouvois sans y manrpuîr sur le pas de la 
porte; un l>aiser scelloit nos continuelles |)romesses l't ré- 
solutions de nous aimt'r jus(pi'à la mort! Mille fois je la 
reneontrai dans les cliaml) es de l'atelier, accomiiagnée 
d'une demoistdle Mailler, rpi il avoit appeltîc là pour l'ob- 
Herv(.'r sans doute ; 7nais la constante et sincère amitié 
surmonte tout, et trouve toujours des moyens de consola- 
tion. Nous vécûmes ainsi, justpi à ce (jue les Américains 
ayant ])énétré en ('ana('a et ayant été ensuite forcés de 
s'en retotnner entraînant avec eux tous ceux qui avoient 
pris leur parti, Pélissier (pli étoit du nombre, laissa sa 
jeune femme maîtresse (^hez lui et au pouvoii- de l'amitié, 
un peu m(^ins gunée, et moi directeur des travaux: toutes 
les portes pour nous aimer nous restèrent ouvertes .... 
nous nous abandonnâmes à notre jx'nchant, et le fiMiit de 
tant d'amour fut une jj;rossesse (pu' a produit notre cbèrtî 
Dorothée le 4 janvier 17T8. 

La gnierre entre les deux nations étoit si forte (pi'aucmuî 
nouvelle de Pélissier ne nruis parvint ([iie vers le prin- 
tems par la voie d'An^deterre ; il envoyoit une pnKnn-ation 
poiu" vendre l(^s forges et en remettre le produit de <<• (pii 
lui a])i>ai-tenoit ù M. Perras, sou ami, à Québec, qui avoit 



m 



— 74 — 



l'i 



onh'v (\v faire [«isscv en Kuropt- madame et l<-s deux fils 
t|U'il nvoit eus de son |>remiei' maria^^', Jean et Mamiie 
Pélissier. Kn conKtMinenre ot suivant ses onlres tout l'nt 
vendu 11 M. (fUfry, et !e jnoduit d" la vente remis lionnét*'- 
inent h M. IVrras ; ses eni'ans prirent passjif^e sur un navire : 
• [uant ;'i son éiMmse, à eause d«' ce ([ui lui étoit arrivé, elle 
ne le p()uv«)it ni ne le devoit, ('étoit trop riscpié. D'aiJUurs 
son imlination n'étoit pas de ee côté : elle n» voulut pas 
laisser so'> uni, soji enfant en nourrice, passer la mer pour 
aller rejoindre un homme à qui dans sa conseienei' elle ne 
HO rroyoit liée <|ne de forme <■( (pij pourroit la maltraiter : 
dès lors, elle me força d'avoir soin d'elle et de lui donner 
des preuves de ma sincérité ])\iis([u'elle avoit tout sacrifié 
]>our moi, et qw n'ayant rien conservé de la fortune de ce 
mari, c'étoit ù moi de faire voir (pu» j'étois lionnôte 
homme, et de la soutenir avec sa chère enfant. Dès ce 
moment, son sort et le mien n"en firent cpinj), et je fis de 
mon mieux pour la rendre heiireuse. Je n'eus ])as j^rand 
)>eine i'^ cola, car son caractère riche et doux, avoit do 
l'analo^ic' avec le mien. 

Malgré la vente des forges et (jtuiitpu' son hon ami 
Perras lui eût t'nvoyé à Lyon ses fonds restés au Canada 
et ses deux oTifans, Pélissier ne njan(pia pas de revenir à 
la paix au Canaihi, sous la protection du générai Huldi- 
mand, de mo demander une révision de comptes et de vou- 
loir poursuivre <'elle (pj'il dis<»it être son épouse, et (|u'il 
avoit al>an<lonnée. 

Mes affaires réylées a^'ec le dit siem* PtUTas et le reste 
de la société, je nu' retirai sur l'isle de Hécaneour, <jue 
j'avois achetée de mon bon ami Saint-Martin et de sa 
sivur pour environ 250 louis : les hiens alors étar.t à bas 
])vix. J'y vivois tmmjuille, de ce que cette ferme pouvoit 
me donner, et tout aux plaisirs de la chasse et de la pêche. 
Cette fortune étoit bien peu do chose, et sfirtment ne nous 
frtJRoit pas ro\iler carrosse, mais j'étois on paix sur mon 



— 75 — 

ialc iivoc iiiH Ih>iiiic et tciuiiv aiuic rt notre ciUaut — tila 
MOUS suttinoit ù toiiH iliux. IVutout l'on eut heureux lor«- 
iju'on croit I être, miiiie uiorule «le totw lew ti'ilips et de toU» 
les lieux. 

C'est «ur eette \nW ipril nous trouva à sou arrivée. Ou 
lui avoit t'ait euteudn', soit en Kiuupe ou à Quelle, (juc j'y 
<-tu.-hoiH mes trésors : certaineuuiit, ma l)<>uu<' auiie en étoit 
un et mon meilleur. Il nous expi^lia un nommé Dunms. 
courrier, avec <leux invitations ; l'une me tlemaudoit «l'aller 
à Quéhec avoc compte» et livres poiu' ri;-<.'xamiuer nos 
i«)mptes, et l'autre, en ch« «te relus, étoit une prise «le corps 
pour m'y contraMuhe «le f«»rce. 

Ayant su «l'avance l'arrivée «U- l'élissier à la « apitale tl 
l'espèce «l'iiommi' «pii venoit m'arrêter, et me méliaiit «le 
tout étranger, sititt «|Ue ce Dumas s<; m«)ntra, je le tins ù 
distance au 1>out de mon fusil, et je lui iriai d«r s'urrôter et 
de laisser à terre les lettr«;s ou autres pajders «|u'il avoit 
p«>ur moi. puis de se reciiler le l«»nf< «le la rivière, et «pie 
mon deniestiipu; ;i,lloit lui porter «le ipioi Intire et manircr. 
Aj)rès avoir pris eomniiinicati«»u «le tout, j fnvoyai chercher 
une taille, du pa|»i(r et <[e l'eni r«', <'t lis réponse' «pie sims 
«leux t'ois li i luuris ]<• senûs m Quél»«'c à ses t>r«lr«ïs : j'or- 
doiuiai au eourrier de repartir sans exiger plus. Il le lit, 
porta ma répons«', et, au temps dit, j'i'tois v«u«lu. 

Cei»endîUil, avant de (piitter mon isle, il c«iuven«>it «le 
midtre tout en ordre. Laisser ma «'hère amie au ii«)Uvoiv 
du jtreuuei venu, je ne pouvoi.- y c«ins«'ntir ; l'emmeuei 
avec nmi et la pr«)téger moi-mènt<', me parut le ]»arti li- 
[dus sage. N«nis partîmes donc avec le «les.sein d'aller loger 
che/ uni- aune (h- «oniiance aiipidée la veuve Duhamel : le 
lend«;maiu de notre arrivée, je lus chez M. Terras, cùi 
logeoit Pélissier. A ma premièri' visite, il me remit des 
Utttres de mes parens de Paris, ipii m'apiuenoieut la uiort 
«le m«»n père, (d, pour ctmihle de malheui', il me tit des 
reproches me tuisaul seutii iju il u«' pouvoit ratifier mes 



»»' 



mmmm 



76 — 



i 
> 



comptoH KanH U'h avoir icprtHsés lui-iuônu-. — Kl» liirn, mon- 
sictir, lui diH-jc, demain je lo» renuttmi à M. Cnp^ict sur 
votro reçu, et touis le» matiriK, je vieiulnii trjiviuller avec 
lui JMMU- l'intelligence <le ee (lu'il n'eutendruit pas. Main 
avant d'y toucher, c(»nvem>n« «pie la Iwilance ru difTéreuce 
qui 8era due j\ l'autre, «era li';,dtinienient })aycH'. — Il en 
convint avec un peu d'" peine ; ce n'étoit pas à ce point 
ipi'il en votiloit venir, parce ([ue dans le fond il me cc»n- 
noisKoit aHsez pour croire nu'S comptes justes; ce (pii 
l'aisoit hon principal souti c'étoit de savoir où étoit celUr 
«pi'il api>eloit sa femme ; ses inforinatt-urs d'en haut lui 
avoient ai)priK ipi'(dle étoit descendue avec moi. 

Que les humains sont peu sincères! Cette ami(î chez 
(lui je '(tgeois Mi'avoit ))roniis de K'i'der .le secret si 
soij^^neuseiiîcnt que personne au montle w la découvriroit, 
et pour cela je la payois luen. Hélas! <jue l'or est ten- 
tateiu! A force de liû en offrir, Télissier l'ébranla, elle se 
hiissa u^ii'fner, et il fit enlever ma chère amie ainsi, par 
trahison, en calèche, un jour, pendant que je travaillois 
avec lui à ses comptes, (lui n'étoient (lu'une linesHt; et un 



prétexte. 

Grand Dieu! ... 

sim-ère l't tendre ! 



quel coup de foudre pour un ca: 



w 



. s(! voir ainsi séparé de ci' «pi'il 
avt)it de plus chei! .... J'eus beau menacer cette hinnu' 
t(iiu"l»(! et mercenaire, je n'en pus rien tirer de consolant. — 
Où est nia boujK! ami»;? où l'a-t-ou menée? oîi la-t-on 
mise? — Je n'en sais rien. — Poun^uoi m'avez-vous trahit . 
et l'avez-vous livrée? Personne ne pouvoit forcer sa 
chamhri', si vous nr laviez pas exposée. — Ils ont forcé la 
porte, et l'ont enlevée. — Je num(|Uai d'en devenir fou. je 
pensais à ma chère Doiliée, qui n'avoit j>Ius de n)ère. 
Héhis ! que jallois être maiheunMix! jamais, jamais je ne 
m'en consolerois ; j'étois sur de sa sincérité, (luelque jtart 
qu'elle fût, jamais son ami ne pourroit s'etl'acer de sa mé- 
moire ; que mes plus mortels ennemis ne la pourroient 



~T7 — 



«•Imnj^cr à mou préjiulicr, (im- J»; l'jivoiM trop bien tmitéf 
l't aiméo trop Biticèronimt, (lu'cllo no l'oulilicroit point; jo 
ik'vois |)our h' prôsont ni(>nj<iit m'urmcr di; rôsolntiou 
pour caclMr int's peines (ît fon.«r mon nuta^ituisiv à liuir 
utts HtljurcM au plu« vite ; mais daui> nu-s instants <lo hiisir 
Je paHscroiH dan» toutes k-H nwH, un niiraelc peut-être me 
la feroit retrouver par (piel<iue si^^ne, un eri, cic .... 
Dieu ! ([Ue je la connoismàs bienl Huit à dix Jours de ^ol» 
eujprisounement eliez Iti geôlière Uenvoisé l'avident 
pre.s(|ue rendu»' folle, parce (jue les ordres du tyran élt)ient 
de ne la laisser se montrer ni ])arler ù personne, ni mC-mr 
approcher des t'enôtres. Malgré tous ci* l«irbares soins, un 
Hoir, entre chien et U>up, qxm Je passois près de ciitte 
maison, wins «avoir qu'elle y étoit si strictement gardée 
prisonnière, (pielqae those tonil>u devant moi et ime voi.\ 
dit eu chantant : — Kamasse ! ramasse ! Il taisoit si noir (jue 
Je ne i)us tromer l'objet, mais sans nu- démonter, J'entrai 
chey, un ami demander ini l'anal, disant que j'avois laissé 
écliapi»er (pu-Kiue chose de ma poche; ayant vitiincnl 
regaf,M)é l'endroit, soudain J'ai>er(,;us un nuMichoir contenant 
(le la cendre pour le rendre i)lus pesant et un papiti 
parmi. Je rendis le tanal et courus d'un sauK à nui 
chambre du Ciil-ile-sac de la Basse-Ville, •)ti à mon aise ji- 
pris mon tems pour dé<.hitl'ri'r l'écriture tracée avec ht 
pointe d'une épinj;l<' sm des marges blanches d'un livre 
coupées par rihandt'lU:». Là Je lus l'histoire de sj.-s suut'- 
Iranees, comme on étoit après elle po\n' lui fain; prêt» i 
nerment (pie je lavois prise de force; prêtres, réet.llels et 
autres, par la peur superstitieuse des peine s de l'inier, la 
tourmentoient sans cesse, la nicnaçoieiit, lui (lisuiuit 
qu'elle n'auroit sji liberté qu'après cet acte et qu'elle ic- 
toinneroit alors avec son l.\r;in, [)our ne jdus le ()ui<lei' — 
justement i-e qu'elle ne vouloit pas, aimant mieux leourii 
que de m'abandonne)' et son enfant. — .V vouez, lui «lis^iit 
un rceoUet, qu'il vous a prise de force ; tlitei->ie, déclarez- 



— 78 — 



V l 



le Nciilt-tiu'iit, «t voiiM t'iti's liliif, — .k' vouK rî-|)<iii(lH (jut' 
c'i'Ht moi qui l'ai l'-tô trouvai |»lurti»ur8 iuiK ilariK sii clminln» > 
ji; l'ai f<»R«' di' m'iroutei. E8t-(c lui qui (Ht coupuMi"? Si 
(iucl(iu un l'oHt. c'fKt moi Hiulc Et pourquoi t v. tyniii m'ti- 
t-il IftiHHÔo avoc lui ? .... Ou plutôt (piaïul il lu'i-ut dit : je 
Vois {[iw tu aimc'8 LuTcnicrc : uiurit'-t(>i avic hii, je ti' 
donnnai r»00 louin — poimpioi lu: m'a-t-il |)aN tenu parole? 
Il n'i.uMoroit juis ma t'oihksKe, mon amitié |)our LaTerrière. 
Sa premier».' foli»-, ('«-Ht de l'avoii luit montei aux Forges; 
t[uand j'étitiK devenue folle d'étri! Héparée de lui wuih 
«spémnee ; c'est là le grand m 1 de mes tyninh. Dieti y a 
p(turvn (il le vouloit ainsi) p,vr les sentimentH Hineères et 
purs que LaTerrière a toujours eus pour moi, et j'i'spère 
que, si j'ai le l)oiilieur de le rejctindre. il aura jusqu'au 
tomlx'aii la môme ten<lresse et la même sincérité. Kn aU 
icndant, laissez-moi seule y songer. Allez rapporter à 
celui (jUi vous paie si bien tout ce (pie je vous dis. 

Pélissicr II Cn fut j)as surpris.— Je connois son caractère, 
dit-il, c'est bien elle. Il l'a i-nsoreelé*', elle nv dira jamais 
autre chosi' ; c'est tems penhi. 

Nos comptes finis, il se tiouxH nje d«voir une htilance 
de 40(1 louis. mais excepté (j'K Irxiis qn'il me i ompta, le 
reste iiassa pour la i)ension de ^Ule. J.)eizène. Puiscpie 
i'iivois vécu avec elle, il étoit bien juste de me chargiM' de 
sa nourriture. Viai, lui lépcnidis-ji-, ha c( plaisir, je r{M.-ecpte, 
«•est la taire niit propriété. Ainsi noJis nous séparâmes, lui 
bien déterminé à me faire tout le mal qu'il iiourroit, et 
nn>i à rejoindre an plus tôt ma cliére et boiine anne. Je lis 
mettre nos quittances rcs])ectives dans les pa]iiers [)id»liçs, 
ce qin arrêta singuliènnu-nt son caquet. N'inant plus 
alViiirc en ville ( si <■(• n'est .jue mon tlier trés(»r y étoit 
irnfernié) mes aniis me conseillèrent fie méloigni-r 
comnu un moyen de lui i»r(>ciMer peut-être sa liberté, 
•luavul hii SiiiMoit qu«.' Ji- suis parti. Kn conséquenc*.', je 
laissai nu's ordres et de rjuyeiit pour -mu bcsoiTi Ce que 



— 79 



l'on av.iit prôvii nrriva. IiOrKf|n«' je fnn pmti, tllo fut 
moins p;f'n(V, hc fit hiiltilhi- it (((inmt'nt ? v\i hubit «U- 
«Ituil, pfint' <|u't'11<' iivoit Hu qiK' j'uvoiK ou la nouvtlh- do 
la mort d»' mou pcn- pnr P(>Iissi<'r liii-mômo, au printcms. 
à «ou anivôc ; et c't'Ht ce qui athova df rendre le tyran iu- 
couKolablc, do lui voir tant di' coiiKt^iutT, do résolution <'t 
di- frumhisc, qucliju»' »ho«o qu'on «'mplovAt i>our la d^^-- 
ta<'ht'r de moi. 

Qu(d(iu»'R Jour» uprt'K, hou tyran, la croyant j/fuirif. imrtit 
l>oui \0H ;î Uivi»>n's pour aller [)reHHUrer son père. Deiix 
jours aprf'H, dans le teias (pi'on n(^ s'attendoit i\ rien, i'ilc 
voyant passer W j;refifier Lind, lui «leinan<la si on pouvoit 
tenir qtielquMui renfermé sans ordre d'un jvijro? Il Uti ré- 
ptuidit que non et qu'elle étoit libre. Sa geôlière avoit été 
témoin de la (onversation et ne la ^ùna pltiH tant, de 
erainte d'être poursuivie, ee qui eut un ex<'ellent résultat; 
car sous prétexte daller chez «pielciue amie en ville, avoe 
mon R<?<()urs elle prit la poste et vint me rejoindre Hin* 
notre isle chérie, où j'étois retourné et oîi tout nv parois- 
fioit monotone sans sa piésence : j'avois beau parcourir 
tous les lieux de nos promenades communes, l'anse, l'allée 
des noy<.!rs, tout étoit vide ; sans cesse présente à ma mé- 
moire, je ne la voyois nulle part réellement. J'avois ])aKRé 
ainsi Imit jours, inconsolable, <piand tout-iWouj) madame 
de Linctôt, .irouvein;inte au presbytère, me fit dire le st>ir, 
t«ut tard, (pi'une dame au presl)ytère vouloit me parler. 
Dans l'ennui où j'étoi.s, je ne fns pas long i\ n»'y rendre. 
Cv soir-là justement, le grand vicaire Saint-Onge, notre 
ennemi, s'y trouvoit et étoit à sou))ei- avec le récollet 
Théodore. Je frappe à la porte, madame JjnctAt paroît et 
me fait entr'r dans une p<îtite clmml)re oii étoit mu l>onne 
amie, qui venoit d'arriver et rpr<lle navoit i)a8 voulu 
annoncer au grand vicaire avant de m'avoir vu. Sans 
perdre de tems et sans me montrer à cet étmnger, je i)ris 
ma bonne amie par le hms et l'entraînai dehoi-s en lui 



80 



t 



disant ; — Quittons vite ce lion infecté par la présoncc «l'cn- 
minirf 'jui t«' livn'roJent an tyran avant 24 honns! Puis- 
i}> il OKt aux \) Jliviùrcs et «ju'il te croit encore en prison, 
|)rofit()ns (lu uionient poiu' uaj'iu r l'isle et t'y m<'ttre eu 
Mireté ( riritrv toute rechcrchi; <'t toute poiu*suite. 

D'un SHult ' ou» nous rendîmes au lojris de mon l><^>n 
ami Saint-MariM, (|ni vint avec non;? j\ l'isle. Je la fis 
entrer dans ma chnmitre et la cacliai dans une valise à 
l'inKti de la ft^rniièie et de sa f/<.mille; je la tins là huit 
jours, pendant 'C tejus mou ami et moi nous culbutions 
7 à H mille lK)ttert de 'oiij, au c< iitro d'une ;zmnj;i' é<artée, 
|)our lui faire une jK'tite -•liamlire secrète, afin qu'elle pût 
y rester eacliée jus(|irau reUibarquement de son niiri poiu' 
l'Enntpe, le gouvernement ne jMjuYaut souflVir qu'il résidât 
danh In irniviiuc. Nois réussîmes à nicrveille, et un soir 
nous '"y couduisîuu's. (^ut lie fut sa siuprise d«' se voir 
descemuv daus un rarré de lo pieds tapi.^sé (ît ne recevant 
le jour (pi'à trav rs des pièces d'(ntouni{i:e, par de k trous 
de tjuière. 

Je ne dois pas oublier d" dire q\u', dès le b'ndemain 
sans «loute de r.on arrixée. le !4rau<l vicaire ;. "ant su qu'elle 
étoit «ian.'i l'isle, en nvoit averti lo mari, <|Ui envoya le 
père et la mère chv/. moi pour hi demasiiier. 71fi K'apsirent 
dans ma chambre sur la valise oii olK éloit ctîchée, et nu • 
('tirent de leur ai)prendre où ét<nt leur fille, qu'ils venoient 
la chercher Je leur répondis qu'en effet elle éttiit vnue, 
uwu.j (jue, de peur de ne pas être en sûreté chez moi. elle 
s étoit fait conduire plus haut par les deux, iumimes qui 
l'avoicnt anu'uée de chez Jiacvcux, de la poste du norfl : 
(ju'en chemin faisant, ehc/. le iiusscxu- d( vani:- la ville, elle 
m'avoit écrit un billet ( <]ue je leur nuuitrai ) dans le.|.icl 
elle me confioit l'on dessein d'aller se cncher, ne \«)idjmt 
jamais r« uumicr avec Pélissier. Je les fis dincr le mieux 
que je pus; san.-. en avoir appris davauta;;<', ils r.intinuèrent 
leur route jusiju'aii presbytère et de là en ville. 



I 



— SI — . 



t 
\x 



I 



Do cminto de snrpriHc et <liinc vivo rtHh<.*ix.4H', le snr- 
Icndt'inain mon ami ft moi nous étions dont' ftHés la 
mener dans ku retraite niciiér dans le foin, après avoir Init 
noH prépamtifs \>imv lui pnx uvcr tout <•(; ijcrelh! dcsirfixùt. 
S'il nit' survt'uoit quchpic emlwirras ou ai;ci<lent, cet ann 
m'avoit [U'omis et juré <lc la sec-ourir : et je le dt^-lare à sa 
Itntange, quoique souvent seul avec «die, à la dmiteuse 
clarté d'une cliandelle ( il y en avoit toujours une <iui 
l)rùloit ). jamais il ne porta le» yetix sur elle <{u'avec 
lioiniêteté et respect; aussi l'ai-j*' touj^mrs t« mi <lepuis 
pour un homme plein d'honneur. 

Il n'y ont pas d'autres recherch«*K; seulement il se ih un 
espionnufre secret, qui n'alnnitit à rien. Lois/pie rélissicr 
fut remlwirqué, mes amis d«' QiiéWec me l'ayant mandé, 
Saint-Martin prit sa voiture et mena de nuit ma chère 
amie devant la ville ; elle entra dans la maison dn passeur 
et lui ensuite, comme par pur hasard et comme s'il fût 
venu de Nicoht po\u- voir sa cousine Houtcdas, tandis 
qu'elle disoit arriver d'en haut, étant descendue la rivière 
eu canot, Saint-Martin lui olfrit place dans wi voiture 
jus<jue chez moi :\ l'isle. où elle se i)résenta avec deux 
témoin» pour que je la reçusse »/u lui payasse \uw pension, 
vu (luelle étoit à cause de moi sans ressources et sans se- 
coxus. Mon ami et les deux téjnoins drcissent leur procès- 
veil)Hl, le signent et m'en reniettent copie. — Entrez, 
madamCj tjint quv. j'aura.i un sol, je le partagorai avec vous. 
Je suis trop h<mnct(i i)our aKÎr autrement à l'éf^ard d'une 
1^ Tsonne que j'ai toujours considérée comme ma vérit4d)le 
éjxMise! Vous êtes ici chez vous, madame, ordonner.— liO 
Mrmier et sa fimillc i\ (jui je dis de lui obéir, ne savoient 
il (]uelle Siitice numirer le poisson. 

Son père et sa mère, après !<■ iléi>art de l'élissi« r, sont 
venus la voir trè» -souvent a l'isle . ils se montraient très- 
contents, ne s c-ant jamais beaucoiq) souciés de la voir 
passer en Europe avec un homme qui auroit fini par la 

G 



1 



T. I 



taire rtiittriuer dans un couveut, tuiunu' il l'avoit dit 
souvent. 

Mon islc étoit des plus agi-wibleB ù cause de «es pronie- 
muk'H et par di;s><us tout d'une belle \\:g sur le fleuve; les 
fruits, I(;s poissons y étoient abondants. Sa grandeiu' est 
de 5-4 do lieue de bout en bout, et d'une lieue et demie de 
cireonféri;nee. Elle (!st entièrement i)late ; elle produisoit 
environ 500 minots de tous grains et beaucoup de foin de 
la bonne espèce ; il y avoit en outre une sucrerie d'érables 
de conséquence. Si je n'avois pas été si jeune et si en- 
thousiasmé dos forges, je l'aurois encore, et j'en serois venu 
à en connoître l;eaucoup mieux la valeur (jue les deux 
fermiers qui l'ont achetée ot (pii ne voudroient jms la 
laissi^r sortir de lem-s mains pour trois mill(.' louis. C'est 
fait ; il faut se consoler do tout. 



I 



CHAl'ITIlE CINQUIÈME. 

^ Caractère (l<: l'éUnxivr. Les forops S'tiiit-Mnvrice. Ici conimcHcent 
men nialheitm. Je rarht^tf! le» foriien «rec Dumun. Mimrtrrfjitation. 
Je »«»'« jtriaonnirr d'Etnf, Mon innocence et le peu de justice du 
gouverneur Frédéric Haidimand. 

Avant d'aller plus loin, Je crois néc''?:»{iiro de parler 
d'!ii)ord du directi-ur PélisKicr, de faire son portrait moral, 
physique et politiquej en toute vérité et au mieux de ma 
eonnoissance. ^ " • 

Il étoit né François et possédoit une excellente éduca- 
tion. Honnt't(! 1 1 lil)éral, pensant fort juste, mais grand 
partisan de .luhn Wilkes et de son .système de liberté, 
partant intlui'ncé ( omnio les troi^-quarts des lialiitans nés 
suj«'ts anglois en faveur des Anglo-Am«'-rieains révoltés. 
Cependant encore fort réservé, il n'assista aux assemhlécH 
et conseils des nouveaux venus, <pfà l'arrivée du général 
Wooster aux '.i Rivières en ipiartier d'hiver. Ces nouveaux 
venus lui ayant connu de grands talents, l'engagèrent à 
ttlha faire uu'; visite au général Montgonury, à la maison 
dllolland, iM-o.he Québec. Depuis ce moment, il fut re- 
connu et dénoncé par les espions du général Carleton 
comme acquis aux Améritains et par conséquent coitime 
un dangereux enuiini de la (îrande-liretagne. Les autres 
officiers des Cyelopes t Is que moi inspecteur, Picard le 
teneur de livres, Voligni le contre-maître ( quoique bons 
sujets et fort innoi-ens ). nous fûmes dénoncés aussi, 
par<H^ qu'on supposoit natiir< llement qu»^ nous buvions le 
même poison de la réi)elliuu ù la ménie tasse ; un scélérat 
(ît fourbe cic juge Ilonville, nn Tonnancour, un Gugy, un 
grand vicaire îSaint-Onge, pour faire leur chemin, nous 
ivoittnt signalés coninu! tels! V^t un ramoneur, notaire 
■ifUcici (te inilici' et inHpecti'cr dcK cheminées, H. Gultf 



84- 



«• 



\ I 



Proust au88i, tous nuiit liandw (U- chair liuinaine : pour 
avoir des pUvccH, ils av seroiout faits liourreaux! .... Ces 
soupçons, ct'S fausses dénoiuiations <l('voi<'ni né<essairc- 
mcut prcxiuirc ila forts nianvui.s rôsultats. 

(lomiue je l'ai <lit (•i-<lfvaut, je ui(/ntai aux Forgt-s ou 
février 177'» en ([ualité (rin8i)t'<tt'ur(l('s travaux :jetoucli<>is 
125 livre» courant par an «le salaire, j'étois logé, nourri et 
éelairé, et j'a\'ois en outre un intérêt d'un neuvième tbins 
le bénéfioe total — le tout ensemble pouvoit mu valoir 
entiv 4 et 000 louis. Les forfj;o.s Mont à trois lieues îles 3 
Rivières : e'esi. un fief de <|Uatre lieues (juarréos, .situé le 
Ions de la rivière Noir»', et appelé fief Saint-Maurice. Le 
pajH est ])lat, le terrain ( un sol jaune et sablonm-ux ) est 
{•lein de savanes et de brûlés, où se trouve la niuie par 
veines, tpie l'on appelle mine en .irmins ou en galets, 
d« cotilour bleue; (puiiciue le minénii (ontienno du soufre 
et des luatières terreuses, il rend en ginéral 33 pour luo 
de i)ur et excelb-nt fer. 

On n'y chauffe les fouineaux et les affineries qu'avec du 
charbon de l)ois qu'il faut dioisir: pour les fourneaux, on 
ae fait usage (|ue de charlton tic l>ois dur et fi-aue, et pour 
les affineries qnt', de charbon de liois mou, comme la juuchi;, 
le tremble, et<?. 

Une telle exploitation nécossitoit l'emploi de 400 à 800 
P'jrsoinies tant dans l'atelier <pie dans les bois, les carrières, 
U's mines et pour les charvoîs ; i; honnnes att'ichés au 
fourneau 2 arqueurg de cliarbou, 1 fondeur, 8 nutuleurs et 
îiutant de servants, (J hommes à chaque chaufiferie, 2 
aripieurs, 4 cluvrrons, 4 Ju<'nuisiers, 16 journaliers, 8 bate- 
liers, 4 cheix'heins de mine, 40 charretiers, et les autres 
t'Uiployés aux ventes, charbons, dressages, ou coii»me mi- 
netu's. charbonniers, faiseurs de chemins, garde-feux, 8 au 
moulin ù s«ier, etc., etc. Pour le soutien de tout ce monde, 
on posstsloit uji nuiKusin de nuirchandises et dv. provi- 
Hif>iis, 



! 



— S6 — 



Le (lireoteur avoit la vue sur tout, rinfjpootour paivilU-- 
luent ; celui-ci étoit obligé de paHucr do demi-henr<' en 
<lemi-heure à tons les chantiers pour voir si tout y étoit 
dauH lOrdre, et onlomior ce (pii étoit néccssairo ; les rt*- 
mariiue» qu'il faisoit étoicnt Jounniliséeif au jour et à la 
minute, et le teneur de livre» les enrofristroit dunH chacun 
des comptes <pii étoient réglé» touM les mois. 

Le fourneau pro<lui8oit \\n jtrofit de 50 louifl \^m jour, 
dmque chaufferie 50 louis {lar semaine, la nioulene 50 
loui« |)ar couiajjc, •— en somme de If» ù IT) mille Ioujh i)ai' 
camim^ne de T mois; les frais en emportoient les ihnw 
tiers ; c'étoit donc le tiers net <iue les intéresséis avoient 
annuellement à partager. Ce fut l'apiuVt «l'un tel gain <jui 
m'attira à reprendre de nouveati une j)art dims cette ex- 
l>loitation, au préjudice de mon isle, justiuen 1779, que ne 
l)ouvant pas aller comlulre les travaux ujoi-même, tout y 
périclita. i^U mes espémnces furent peitlucis. 

L'endroit est certainement des plus jigréahles. On y 
voyoiL environ i;U) maisons bien nettes, bien logeables, 
aux ouvriers, de bons et beaux jardins et prairies et une 
l)elle et spacieuse maison ; on y faisoit un commerce de 
traite avec les sauvages, appelés Tètes-<le-Boule, qui des- 
cendoitînt la rivière depuis les Iacs Témiskamingue, etc. 
Le nom de Tète-de-lioule leur vient de ce qu'effective- 
ment ils ont la tête nmde comnc une Ijoule; d'ailb'urs ils 
sont bien faits, Irius et fort »lou>:. 

C'est dans ce dédale de devoirs .-t «('intérêts divers, 
d'agrémens et de fatigues, que je j)asHai ciis.j ans: deux 
connue iuhpecteur et, apr^M la guerre américaine, trois 
ct>mme directeur jusqu'à la vente des forges à M. (rugA, 
etc , <ti . Lis l)als, les danses dans la cour de l'établisse- 
ment amusoient beauf «uip ; les gens étoicnt bons, et lua 
qualité de mcHietin me faisoit du bien sous |c triple 
rapport physitpie, niom! et politi<pie. .fy étois donc très- 
heureiLX par toites sortes de causes; si ce iHUiheur eût 



■■W'* 



— 86 — 



' 



; : 



i 



duré, J■a^oiH trouvé lu le lieu des délioo8! Les étrangers y 
venoient de tous les i>hïw par curiosité; les habitans de la 
ville (k'B Trois-RivièrcB et des diflérentes paroisses du 
voisinage eu faisoient autant, et c'étoit joie et léte pour 
eux. Il étdit (l(! règle qu'auctni des oinriers uc retiroit iier- 
sonne ciicz lui sans venir au bureau en av«rtir et dejuandt-r 
la permission ; si bien (pi'il n'arri voit jamais rien d'indécent 
ni d'accident sans (pie nous en eussions connaissance ; 
nous étions informés même do leurs bals de leurs danses, 
de leurs festins. Cette petite peuplade vivoit heureuse 
ainsi aux Forges. 

A part les inquiétudes de la guerre américaine, je sentois 
irojtre mes espérances. Cjuoi(pie notre associé l'élissier 
eût emiHirté tout son or et son argent et un (X>mpte des 
avances faites à l'armée du Congrès, se montant h 2000 
louis, qu'il n'eût laissé (pienviron GOOO Iwirriques de mi- 
nerai, fort peu de fers dans les diftérens magasins, presipie 
))oint de ressoxin^es pour en taire ni d'autres moyejis, 
parce (pi'il croyoit tout perdu, je mis toutes mes facultés 
dehors et mes amis h réj)reuv(>, ])our la < amjjagnc! qui 
allait suivre; ji' dcuibiai les préparatifs partout et remplis 
les magasins de provisions et marchandises i)o(u- m'en- 
courager ji employer le plus de monde jiossible : car j)as de 
bras, pas d'espérances. D'ailleurs, comme je voulois prouv«'r 
:\ la compagnie que je méritois sa confiance, je mis eji 
œuvre tous mes talens, et j'eus le iMmluur de faire une 
brillante et protitable cami)agne, «pie l'on cite encore ttais 
les ans sous le nom de Pirmicir campat/ne dr LaTcniirc ! 
Dans le ctuirs de l'hiver suivant, je payai mis dettes ; le 
cotire-fort contenoit des moyens sutlisans pour pousser 
vigoureusement les travaux .... 

J'étois si content de moi-même, voyant cpio tout me 
rioit, (pu- je donnai plusieurs bals et dîners au général 
llidg/c'l, en garnison ab»rs a>ix Trois-ilivières. avec Hitn 
état-major et les respectables citoyens de cet endnùt et kU\ 



-87 — 



voisinagv, jiinsi qxih un officier fninçoiK api)t'lé le cotutu 
Saint-Aulaire^ m piniiKon à Béramour et au service l»ii- 
tannique, homme d'une rare éducation sociale et du plus 
ainuiMe camctère. J"en fis ma société et mon ami. II étoit 
brave, piudcnt, sincère. A ce propos, (piand cela ne feroit 
([U'amuser le le<'teur, je vais lui conter une historiette. 
Nous avions été invités par M. le < uré Pétrinionlx, de la 
Rivièrc-du-Loup, à aller passer quehpu!» Jours avec lui ; 
nous acceptâmes et huit jours après, un siimedi soir des 
Jours-Gras, nous nous rendîmes à sou lojris, où nous ri-n- 
contràmes sa Ixllc-sœur, son frère et ime j<'une (U-moiseiie 
appelée mademoiselle Falaise, Le régiment du colonel 
Prétorius, corps auxiliaire à la solde de l'Angleterre, étoit 
en quartier d'hiver dans cette pai-oissc. Vn ca])itaine dans 
ce corps avoit fait la connoissance de Mlle. Falaise, et ne 
la quittoit pas une minute. C'étoit son cavidirr, et il étoit 
si jaloux qu'elle ne pouvoit faire la partie de tartes qu'avec 
lui .... Un Soir, r» table de jeu étant dressé"-, nuulanie 
Pétrimouix tourna les cartes pour savoir avct (pii ««s 
dames seroietit associées: le sort donna Mlle. Falnisc p. .m 
partenaire au comte et madame Pétrimouix ù LaTeirii ic, 
c'est-i\-dire pour le premier rohre du xvixk. 

De Srtint-Aulairc et ce capitaine allemand se prirent 
doucement de parobM, ce dernier scmbloit être persuadé 
de nous épouvanter tous, et ne chenhoit (ju'à ravaler le 
nom l't l'honneur françois. J'<'us beau m'etîorrer de tout 
calmer, le moment crititpie arriva, et l'insulte nous fut 
jetée à tous les deux. — Tl est tems, dit le Comte, faisons- 
le sortir |»Hr la fenêtre, sans h- frapp<'r. — Aussitôt nous 
le 8iM8i88ons à nous detix et .... s^i tête lit dans la fenêtre 
vn trou net. Vn tas de neig(! en dehors le re^iit molle- 
ment. Pas de iii:il, rien (iUe la liojite! .... I/épouvanti: 
étoit irrand.' dans la maison; le ]iauvre curé et sa famille 
)*'att<'ii(loi(!nt à nous voir à tout moment assaillis par tout 
le corps det? «'ttitieis; personne ne so coucha, e\r<'pté le 



— 88--- 



r ] 



•t i 






comte ut moi, dtuiH lu mémo chamltiv pourtant, ayant à 
portée non î'pées et chacun une paire de pistolets, et bien 
réHoluH ù ne pas nous éloigner l'un de l'aiitre en cas 
<ratta(]ue. — Nous nous disions «(Ue des gentil shonunes 
ne (lo'vcnt ni veulent janmis prcndrir parti pour un 
polisson, et (jue d'ailleurs il étoit fort haï de tout !«• régi- 
ment à cause de son humeur insociahle. — N'importe, dit 
le comte, le vin est versé, il faudra le boire honnêtement, 
à la françoise ! — Et dt; paroles à sommeil, de t;e dernier 
au jour, du jour au déjeuner, il n'arriva rien de nouveau 
jusqu'au moment de nous mettre » talile (pie deux aides- 
de-<anip du (•oU)nel l*rét<»rius entrèrent, se présentèrent h 
nous et nous lirent, <le la part de ce colonel, cette commis- 
sion : — "Le colonel Prétorius fait ses comi)limenK à M. 
le comte de Baint-Aulain- et à M. LaTerrière, et les prie 
de vouloir faire cimnoitre les particularités des faits <|ui 
ont tlonné lieu à la sortie prompte et poliment forcée du 
(•apihiine un tel par les fenêtres de M. Pétrimoulx ....' 
liC c<inite laeoutii les choses en détiiil à ces deux messieurs, 
<'t en appela au témoignage du curé, de sa sœur et de 
mjwlemoiselU' Falaise, qui dirent et assurèrent tous que 
cétoit là la pure vérité, Jidoucie et i-accourcie. — A ces 
traits, répondirent les aides-<le-<'amp, nous rec(mnoissons 
l'homme. — Et, ù l'instant même, ils allèrent faire leur 
rapport. Nous étions encon- à table, lorscjue le coh»nci 
Prétorius renvoya les deux mêmes personnages avec une 
invitation d'accepter son diner. Nous acceiitames avec 
plaisir, ainsi que l'aimable famille Pétrimoulx. Nous nous 
amusi'imes de notre mieux à ce diner, oii se trouvoit tout 
l'état-major, à l'exceptiim de ce fou, qui étoit tux arrêts 
pour huit jours, (juehjues instances que nous finies, nous 
ne pûmes faire lever si-s arrêts. — li'ordre, la dé^-ence, la 
ilélieat<'sse, répondit le colonel, sont choses (pi'il ne faut 
jamais mettn» en oubli. — Notre j)rudence à l'éloigner de 
notre compiignie sans le frapper, avoit infiniment touché 



' 



\ 
i . 

1 5 



i 



— 8i> — 



noiiH regaguâmcj* les Forges avaut les neuf heure«. 

Autre aventure avei un fat, a|)j>elé le j»Uiyor de Benjer, 
logé militairement chez M. CJourval, un «les am iei»» iiobIeH 
et bon citoyen de cette ville. Un «oir. ijue j'y ùMn allé en 
visite, ( nous nous retirionn mênie dans ct'tte maison 
liospitalièn* *|iuui(l noux allions (^n ville ) nous étions assis 
dans la fijajuWre de c«>mpagnie avec les daiju'» ; eet être 
entra, i omme un butor, d'un air impoli,— salua les dames 
et me regarda la tête levée, et moi récipro«iuement. Cet 
égoïste bouffi de prétentions m'alM>rda sc)il, un instant 
apri'S, en me disjint : l'oiU(|uoi ne m'avez-vous pas salué ? 
Je répondis (jue jenecroyois pas y être obligé. — Ne savie/.- 
vous pas «jue je suis le major Berner et capable de vous 
foutre par les fenêtres? — (juatd vous seriez le diable! j«* 
ne suis qu'un gentilhomme françois, directeur des Forges, 
mais jtî ne vous crains pas. — Il appelle qiuitre domes- 
tiijues soldats allemands, qui étoient alors dans la cuisine, 
l)our l'aider. J'ai le temps et l'atlresse de me munir d'une 
vieille et graiule épée, appartenant à M. Courval, et de me 
mettre en «léfense. — Ai>i»r«Hliez, monsieur le nuijor Berner, 
lui triai-je ; je vais voUS servir h la françoise, vous et vos 
<juatre Siitellites, avec qui je n'ai démêlé (più m<m corps 
détendant i — Mais M. Courval s'étant rendu maître chez 
lui, le grand homme rentra ilans son cabinet, et non*» n'en 
entend inies plus parler. 

L'a'^aire sébruita cepemlant le lendemain. Mon ami 
St. Aulaire vint nie voir et s'offrit ù nie servir de second 
i!i cas d'appel. Personne ne iMU'ut, et nous fùnies coucher 
aux Forges, aj>rès avoir liien ri du tier niaj(»r, même avec 
«les officiers de son corps. Le général Ridzel \ oulut jne 
eonnoitre et m'invita h un bal «lu'il donna et où j'allai avec 
ma<lume. Dîner, et après le soir venu, danses et Iml. Je ne 
vis pas de Berner, il étoit allé à Montréal, oii on sa voit déjà 
notre affaire et où je passois pour l'avoir fait souffler daiiH 
la maiielie ; — «.>u le lui dit uiême à un diner public. 

H 



90 — 



C« 1»hI étoit tonné dt'H daiuc» vt uieMHieUn* iU' la vil h', 
deB ofîi('i»;rH de l'état-inajor, vi dv M. ot Madame d»- Rid/.d 
Mu tôt»', — Hur lu pluB haute étiquette. Mtisique excellente 
ot tables de jeu. (Ju()i([ue je ne fusse pan joueur, il me fallut 
entrer en lice au Vin^t-et-un ; je me vis au moment d'avoir 
perdu près de HOO louis; mais les cartes ayant cliangé, j'eus 
vinj^t-et-un d'emblée, et les fortes mises entnssées contre 
moi, jeune poulet, me relevèrent à ce point que la crai ite 
me vint de poursuivre le jeu et de retomber. Je pus soufti 'r 
à l'oreille de mon dom('sti(jue de venir me dire : Monsietjr, 
la voiture arrive de l'établissement ; le fourneau est tombé, 
les halles sont en feu. Vite, partons, on vous demande I. . . 
Laissant madame au bal aux soins d'amis, je ne fis (pi'un 
saut. C'est ainsi (pie je panii prudemment un mauvais coup 
du sort. Non-seulement j'avois rattnipé ce que j'avois perdu, 
mais j'cmportois encore 150 livres de gain, ce dont je ne 
me vantoi jamais ; je publiai même que je m'étois retiré 
avec perte, et je fus cru aisément. Exemple à la jeunesse ! 
Pour moi, je n'ai plus jinié d'argent depuis. . . . 

liCS invitations polies (jue j'avois rev,ues en ville, en par- 
ticulier du général, exigcoicnl la récijjnH-ité, et j'en étois 
capable. Je donnai donc, quelque temps après, un grand 
dîner et bal aux Forges, qui fut splendide et selon le der- 
nier goût ; j'avois loué la musicpie du régiment. La dam(! 
du général Kidzel ouvrit le bal avec mon épouse : à elles 
deux les honneurs. Tous les invités furent ai sntisfaits de 
cette fête, qu'il en fut parlé. Je n'eus garde de me mettre 
aux tables de jeu, prétextant que j'avois trop d'affaires ; 
car je n'avois oublié la dernière leçon chez le général. (1) 



(1) A propos de la maison des ForgcB oh résida M. de LaTerrière, 
M. Faucher de ISaint-Muurice écrivait dernièreineut à M. Jo80ph 
Marmotte : 

"J'arrive des Vieilles-Forges oîi je suis allé en excursion avec 
G<^rin et Buteau-Turcotto. Le manoir a été endommagé, il y a 
quelques années, par un incendie, mais il a été rei^tanré par son 
propriétaire actuel, M. Itobert McBougall avec un goftt que tous 
nos industrielii n'ont paw. Il lui a scrupuleusement conçoive ses an- 



I 



— î^l — 

\o\r\ lin niitn» cxeiuph' qiu- non plus jtuuais je nW 
oubliai, .h' n'allois jauiaÎK h (•«•tte petite ville, san» y rece- 
voir (juelipie invitation. Un jour, j'allai chez les aifletMle- 
eanii», (jiii me tirent tant Ixiire nialjrré moi. (jue, quand je 
jmrtiK, j'exif^euisde mon cIm'vuI (jn'il pliât I<'s j^enoux pour 
me rc'cc^voir sur son doK. Comment je me mis en selle, je 
n'en ai nulle souvenam-e. Je |)ri8 li- j,mvnd galop. (ît jus- 
qu'aux forges, distance de trois lieius, dit-tm, je ne ralen- 
tis pas. Ces messieurs et mes amis, craignant (pie je ne 
fisse une chute mortelle, ordonnèrent ùciuatre domestijiues 
l>ien nuMités de me Kuivre jus<ju'en lieude sûrtité, et ceux-ci 
arrivèrent l'n vue de la maison (omme je clierchois îi faire 
«•ntrer mon dieval, moi dessus, dans la porte du li>gis, où 
fort heureusement \ni domeHtiipie faisoit tous ses efl'orts 
pour me fuir" alxindonner la partie, me jurant que je cou- 
rois risipie de TJie tuer. Trop pris de vin, je n'entendois 
pas ; c«îpendant, ù la fin, il fallut céder et gagner ma 
ihamhr.' et mon lit. Je n'y fus pas longtemps siins faire 
du train, si bien (pion fut obligé de m'attacher. Le vin un 
peu cuvé, je me ressouvins «jue j'avois dans mes poches 
300 louis en or, (jue j'avois reçus par la poste de notre 
commissionnain.' de Montri'al ; mais nion épou.se avoit ru 
me les ôter finement. A mesure que je revenois il moi, le 
souvenir de cet or m'occupoit tant ([ue, croyant l'avoir 
l>erdu. j'ordoniuti d'envoyer à la recherche : on me tran- 
quillisa en me disant l'avoir fait, et là-dessus je m'endor- 
mis. Que l'on juge de mon chagrin au réveil, et de mon vif 
regret de mêt|e oublié ainsi et d'avoir exposé. mon carac- 



oienncs divisions, ainsi C[u'im(j lyrande partie des vieilles boiserie!» 
françaises. 

Rien de plus pittoresque et d<j plus antifjufiillo qne (;e8 salles im- 
menses, aux larges ûtros flanqués de pluquus de fer HeurdelysC-es 
et |)ortant le iiiiUV-sime de 1732, que ces c.iniders uu toiUe une eom- 
pagnio de reîtres et de iansquencta serait à l'aise. C'est à se croire 
dans la snllo d'armes du dernier de.-? IJun-khards, si l'hospitalité 
toute <?cos8aiso de M. McDougaU u'(>tait là pour nous faire songer 
nveo eoin plaisance aux doiu^eur.< du tomps prissent. " 




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




V 



^ 




/. 







y 



§ 



-^ '/^ 






w.. 






1.0 



M 



1.25 



28 



|50 '™^= 



,40 



1.4 



IIM 
M 

20 

1.8 



1.6 



m. 



& 



/} 



/a 



VI 



c-: 






# 



°% ;';> 







// 



y 






/«^ 




Photographie 

Sciences 
Corporation 





^^ 



^•v 



«V 



:>l>^ 





:\ 



\ 



<\? 



,v 





6^ 



^.Aj 



% 



^^ 



<^ 



33 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N. Y 14580 

(716) 872-4503 






h 



/j 







?> 



-92- 



UH' éii pnW(\ Q«« tùti dîrolont 1^« rt8A<K-îé«? Hélas î .... 
rt'ïa me M. \rt«' si profomlo impresftlmi <p»e jMimiK flep»ri« 
j^ ù'tti pris nri cotip de plnx que j»- w dr^fjîK. Je pTw donc 
inftttriRoi rttiKf»! (cft*- f«tiiï<' pHHfioî», «|nl h mni»* tant df 
pomrrtfl(*« h ma cOTiuoiKKamo, moTtet» «*n «mtre trt«8-ni i *»«'•- 
mttl<'8. Kxemplft encore à mvn cnfAnfl qni linmt te ré<jt 
deH folief* d^ jeiinoHHc <le leur pi-re ! . , . . 

AJnrt dlin« lOB <li«n»e8 et Irt jriie «'wîievii l'hîver mnn 
f(ne l'enWe «mMlé les Kran<]8 préparatifs d'nne (Hinpaffne 
dottt fui dit déjh <|U'îl en fut jinrlf. [,e f<'n fut min en 
avril au totifneail, et tont latelier hc iroiivn oiciipé tant 
dahfi les Ijois qu'A l'éfaldiHRenient <'t aux environs, Df'H 
lors, je no pen^sai pluK ù autre (hose. 

Vefs le mois de inai, le jfçonvernetir Carleton, alors Rir 
(Jny loi-d Dorcliofiter, envoya aux ForureK le capitain»* 
La^" poin falrt' faire des rames, ou plutôt pour espionner. 
Jo le reçns fort poliment; il juishm (h'Ux moi» av<'c nous, 
îi'honime étoit Um et fort oMif^eant : les rapports qu'il fit 
Hireiit favorables. L'automne d'ensuite, étant allé >i (fxu'U'r 
pour les affaires de rétablissement, j'en rei;as un excellent 
aicUeil, ainsi <jtie du Dr. Foot, j\ qui il me présenta. Son 
excellence me panit charmée de la visite que je lui fis, et 
la Cycloiiie f^rruç/innii»' aussi. Un tort préjugé cependant 
e:.istoit toujours dans le public à savdir (jue j*a^ois été, 
c'tmnm Pélîssierj influencé par les républicains lK>stonnois, 
et ce faux ])réjujçé a tonjoui"S fo»md A mes jaloux ennemis 
des moyens de me nuire auprès d<'s différons pniverneurs : 
ces diniiers ne m'ont pas »'xactement fait du mal, mais je 
n'en ai janmis pu obtenir ni l)ien, ni faveur. 

Ma constie ue étant juire, n'ayant trahi ni voulu trahir 
d'amum* façon un gouvernement qui nio protégeoit, j« 
n'étols jçuèrc éniu de la mauvais»? mine que d'aucuns me 
faisoieut |>our mieux taire leur ihemin, suivant la cou- 
tUMM* onlinaire des lAches ; Je n'en prî$ d'atttn» souci t^uo 
d'éviter ces ijens-U arec le plus jrrand soin. Comme U» 






96 



lectettr lo verm partent <!iin« «•♦»t mivrApre, je m'attAihni 
tii)i({nement h me« propre» «fTaircfi, et mnM p<»ttet loi» 
mon ambition, .j>r?onomii«ai Knrt4)nt autant i{uc la raimin 
ponvolt le permettre. Me» approvinionnementM fiiitu à 
QuélMT, J«' remontai aux For^re»! pour y Hon([f<'r i\ «ffettuei 
arec* tt>ute l'at'tivlté possible Ivh pvéïMirali Tk th* 177« n 
1777, partout deux fois plus (tuiKidémbleH, puinque }es 
Forjf^'^ dévoient <5tre A-emlue»». Tout l'biver ao paK8a ainfH 
et gauH )»eaiu*oup de pUlxir i\ eauHC de la urotmi^ninv de nui 
chf'n' ami»', qui ulM»utit, <>ouinie je l'ai dit au rhapitiv pré- 
eé<lent, le » janvier 1778, événement qui eut d«'K linon- 
ntHnceH HnnvA Mn^dlèreH pane «pie ma femme avoit été 
oblijfé*' de Hjtlweuter <juelqueR mol». Personne ne Kavoit 
le lien de sa rénHlenrv que moi et le comte de 8t. Aulaire; 
tant il est vrai qu'au lienoin le« malheureux trouvent des 
aluiK Hincér«^H partout. <h', à la forjfe lianse, j'avois jw>ur 
marîeleurH d<'ux Aii^loiN — deux trèren, <pii avuient jxrtn 
méfHijUfèn* une veuve apinlée Montour. l'étoient de Inm»* 
«'ufauH, iuHtruit»», pb*in» d«' bon» Rentimen», de dincrétion 
et de <léli(al«HHe. qui métoient (>(mnuN. C'e«t daiiR leur 
malKon que j'euK une ebambre pour elle à l'époitue d«' Ken 
<'(tuelie»«, et lîk ma rbère Dorothée ( aujourd'hui mon fidéb' 
biiton de viellb'MHe) vit i)0«jr la pivmière foi» le jour — 
fille d'une mère et d'un père malheuntix, main lié» jnmin'ù 
la mort de la plus sineère et tendn' amitié. I<e Dr. KimlMU, 
d«'M TroÎR-KiviAi •«, amené par un l<»nir détour, en aeeret, ù 
eette nmixon, iit l'opéintetir, vht je ne voulus iwm jmr 
déli<'ateKrte faire nud-mème l'a^-couchement. (Vt opérateur, 
après avoir déponé la malmie dans 8on lit, niMii-tit avec 
les nuMucs précautions. Il n»' s'.'i^issoit plus *juc de placer 
cette cbèn' enfant cher, une nourri<'e, «juc le Père Théo- 
dore, ««collet, avoit en^aKè*' «ian» kh parois»»-. Je ne 
pouvoia conrter cet enflint i\ personne, ù cauw de la 
ftainon et du «langer du voyajre, et il m'en coùtoit l>eau- 
coup de quitter ma ebère amie. quoi«)U'elle fftt bien. 



94 — 



D'ailNurK, toufi«'r l'rnfant ù d'autn^s, r'rùt i'ié cxpowr lo 
Hcrn't. Kn6n, après mûm réflexion, je me dét<>rmiiiai «\ la 
trannporter inoi-iuême dan» ma voitur<>, et comment ? 
danK le «offre de ma carriole, bien hahillée et Mon altritée. 
A.viUit pris mou meilleur rlieval, j'embraHsai ma bonne 
amie et je déponai la chère petite danH le coffre, et me 
v(»ili\, rapide comme l'éclair, dévorant re8pa<'e Kur la Khivo 
de la rivière Noire, ù la uarde de Dieu, espérant qu il n«' 
m'arriveniit aucun acci<lent, Hela»! Rh hommeK pro- 
)M>8ent et Dieu dinpoKc. Comme je faisoiH le tour de la 
pointe aux Pommes, la jçlace enfonça et j(î me troiivai 
avec le cheval dans environ six pie<Is deau ; j'eus le Imn- 
heur de saut<'r sur la ^lace ferme, et je saisis le cheval par 
la bride pour lui aider ; d'un saut, il parvint à poser set* 
pattes de devant sur la K'tt*-"*') ^'t avec mon aide, il se rt-niit 
sur ses quatre pieds. Durant tout ce temps, la «-arriolt; 
avec ma chère enfant avoit flotté sur l'eau vive. Juge/, 
lecteur, si je jtenlis du tems t\ ouvrir le coffre! Jy vis h* 
petit anp' sain et sauf et les joues colorées: l'eau n'étoit 
pas même entrée dans <ette cachette. Dieu! quelle lut ma 
joie! .... lU<ii moins «|u'um miracle l'avait sauvé, je le 
crois. Je continuai mon voyage, nutis uvec un soin «-x- 
trême. et en me tenant toujours ilelKmt sur le devant «le 
la voiture. Je me rendis ainsi au cf»té sud du fleuve chez 
le i»ère récollet, à Bécancour, où je confiai mon bijou, bien 
portant et i liaudement emmaillotté entre les mains de 
nuulame de Linctôt; je repartis après aouper, à travers 
tous les mêmes dangers, de nuit, pour revenir auprès d<f 
MUi chère amie : <'t j'arrivai ave»- l'aide de Dieu, sans aucun 
a<-cidcut. 

A ce p o|>os, je dois dire qiie ce curé connoissoit alors 
]>arfaitemcnt les eft'orts qui avoient été employés d(!vaut 
lui et chek. lui au mariage de ma chère amie avei- Pélissier, 
et ipi'il reganloit ce maritige comme nul, vu qu'il avoit 
•té absolunu-nt contriwté «le for(<* par l'une des parties, «lo 



— 05 — 

l'ult, l<f8 port<*K lie I e^Iifie étant forméoH ««t vn présemo ii^ 
deux téinoinH Kcuhtncnt, ii <|ui <m avoit dit de rt'Ktt'r danH 
le Imih do ré^Iist* innir (|>i'ilH n'euKR»nt pan <-onnuiHKanco 
des détailH de la wène. Sa <'on8fi<'nce lui fainoit repnx-he 
( .juoiquMl eût i^'noré, le jour iiiénie du HmrlHce, les vrai» 
en),'afçeinenH de la v'etinu* avee moi ), et il voulut de lui- 
luênio noUK favoriser, et nuu8 oMIk»'»" en tout ce «jui étoit 
en Bon pouvoir; ce (|u'il fit réellement, dalH)rd en s'oft'rant 
i\ prendre partout non intérêts, et en se ehar^'eant de notre 
rhère enfant, «pi'il pla«;a au Petit-Ijm; en nourrice ehez 
l'i<!rre Ajaw, trè8-h«>nn«te fermier et HiHé, dont la femnu', 
jeune et jolie, avoit une ftanté parfaite, et ne pouvoit 
avoir (pie de lM)n lait. Aunsi l'enfant en profita l»ien, ainni 
que <leH Moins (pii lui furent pnKligués pendant les dejix 
ans (lu'elle passa \h\ le pèr<' rwollet et madam»- «le Linetot 
la voyoient tous les jours, et par «mix seuls ijous avions de 
se8 nouvelh'S et nous ftiuruissions à ses 1»esoins. 

Je pro<Iiguai les soins les plus tendres ù ma lN»nn<' amie, 
qui He rétaltlit promptement, et reprit le timon de koh 
ménafre. Le printemps revint et rendit à la natun- i*a 
l»i'auté a//Uré<' vi fleurie. Nous ne nous tK-eupilmes plus 
qu'à jardiiM'r et à faire marrher les trava>ix de l'atelier 
avet une a<tivité i na<"< -ont u niée pour la dernière campagne 
de la soriété. Le suct-ès fut e«>mplet. Il étoit l»ien triste 
il'ètre obligé de vt^ndre rétablissement, lorscpie les choseK 
alloient si bien ; mais ti'lles sont les destinées des 
lioniiues. Ma position r«-Iativement à ma bonne amie et à 
celui qui sappeloit son époux, ne me i)ermettoit d'ailieter 
les Forges moi-même ; d<'s étrangers seuls le p(»uvolent 
faire. Vers 1«' njois d'o< tobie tout fut < oinlu et exécuté m 
faveur <1(! M. Alexandre Dumas pour Jusqu a la fin du l»ail 
avec le roi. Lorsque ces afi'aires lurent tenniné«'s ( et M. 
Dumas prit iinnuKliatement possessiitn ), mes remises 
faites et mes comptes rendtis à chaque intéressé, j'achetai 
eett« ile dont j'ai <léjà parlé, dans ta môme paroisae de 



^«(■«ntxxi)' où im, cher» un^uit Dorotli^' était on nourricu ; 
j'allni en pirudn; poÉW«^b«ioii tt j'y demeurai dopuiH Ior« 
jiUHju u mon eiupriMumeuifiit, que je mpportemi eu temii 
et lieu, .le fis uue iécolt«i de foin et de bled, et je ganiiH 
\n terre (Ittuimaux. Je cumnien^iK d'y mener une vie 
tranquille et IjeureuHe ,,,, 

Main U'H honuuoH ne «ont jamais contenti. JI arriva «jue 
Uumati, ne pouvant tirer aucun parti avantageux de Ha 
nouvell»' t'urme eyciopétume, car il eonnoisHoit fort peu 
eet état, ne me laisua plus en paix qu'il ne m'eut cédé la 
moitié dvH For^eti. Je n'bÔMitai i)aM à accepter 8e8 oSreti 
K«»U8 la condition que j'iroi», au printemps <le 1779, 
prendre la (conduite de toux lt:ti travaui^. I/acte (mstié, il 
ue K'iigisHoit pluH (pie de trouver \vn 2000 loui» né<-eiiwiire« 
p»>ur nui part. lia vente des pr<KluitH de ma « ultiirc, foin, 
])tiiUe, Ided. avoim-, et de ni<-s animaux, m'en procui^H unv 
l>oiine i^artie: je reventlis mon ifsli'. et j,jar lu je Immai la 
(lomme. Je fib cet acliat l'u janvier, et je devois, a l'ouver- 
ture de la navigHtion en uàai, me rendre aux Forges pour 
eu prendre posKCfinion aux conditions <le notre acte, mMi« 
mon emprisonnement en décida autrem«.-nt. 

pendant tout ce irm». j ignoit)is les manœuvres décrètes 
lie PéliKsi«'r auprès d»- son ami le ^fénéral Hahlimaml pour 
Uic faire arrêter. I.a principale partie du clergé étoit de 
ce ci>njpl<»t, avec tous ceux dt>nt l'enragée politique favori- 
Koit lea idées, — me taxant, (juoitjue à faux, (l'avidr trahi 
les intérêts fin roi en faveur des Bostonnois, et on ne 
parloit de moi un Château Saint-Louis que comnu- tl un 
tmitn- qui a\ oit fait faire des houlets et des ]Ȏtards pour 
l>iiser, disoit-on, les portes <h' la ville de (^néhec, Ihiver 
du blocus par les Américains. — Hé! poursiiivoitntn, ne 
iavons-nous [tas vu venir etfrontément à (Juéiw'c après la 
levée du hUn us? Oui, mais il fut hien servi en arrivant à 
la {Htrte du I*alaif^, à cheval : il fut arrêté et cunilnlt à la 
gnind' gaixle. Comme il passoit sur la j>l»w.e darmes, le 



•^ î)7 — 



^éHÔi-at M««l«'au lui < rirt • ~ Kl» ! yomh vAi-s <lo <■«•« meMieurK 
iU'H Forir«>? .... Tn-HH-lianm'' «!»• voiim voir. Il y a tlo« 
1,'HiitH 1 1 «IfK HuiilitiH II Ih ik>uv«-1Io moU' «le prépar^M ici 
pour voiiK. K«i i ttfmiHiit, ulUz ù la ^rand' K^rdo ..,, 
NoUK \oiulrioiis liiiii Unir i<i l'élinHior avot- vuUtt! .... 

I<c leiKlcumiu, vein k'8 lo henr*», j»' !'uh conduit «-ii Ir 
pivm'ii»»' d«i |ur<i r><»r(h«»t«'r, qui m<! fit le« fpiOHlloim Kui- 
\anU'K. — VoiiH vrn»'» «Ium FortffM? — OtU, nionMeur. — 
«iu'oU>s-v(niH vrnu taire ici avtv bmt do hât»-? — VoiH, 
ttum gonvinuMir, un».' U'Hv d«' P., (jiii montre qut je ««Jh 
venu pour a<heUr dt;N iMoviKtonM, dont uuuh nianquoni^ h 
l'étahlifiKenient. — Où hvi'Z.\«>uk pusKé leK AuiérieaiuH? — 
A DeHihuniliHuIt. — ( c«nuueut av«'z-vou8 pu jmMwr ? — 
Avec un i>HSt<e-por* du ;;énérHl WooHter ; le voilà. — 
AvfK-vou!^ reufontré Ik'hui'ouj» d'AniériraJuM de DewliHUi- 
lM«ult »\ «.Hu'Im»? — Knviron deux à trui-* mille, par petit*» 
partis df MHt, ijou t-t -^oo ù pt-u prèn. — Voum ont-ila «jueK- 
tionni'? — Oui, mais le pasue-imrt niouvroit le» eheminn. 
— Paroi s»oient-i lu vouloir résiHtiM aux Troi.n-Kivièreu? — 
Je n<; eonnoiK point leiirn <leKxeinH ; main iU y sont uoui« 
l>reux. — réli»i*ier ua,-t-il pu** été à leurs aifseinblées ? — 
Oui. nmiK j'en ignore les eHU^en et les minon». — N'étoit- 
il puM venu voir le j^éneral Montgontérv à In maison 
dHolhijid? — Oui, il nous a dit y avoir été .... Kamvneïi- 
I»' à la {îardf, et qu'on le traite l»i«'n ! , . . . 

.J'y avoJH (léjà eouelié, tout lialtillé, sur le lit de Iwis, h 
roté du eapitain*' Mal<o|m Fraser, capitaine du jour, avce 
qui je many:eai et qui en ana trén-polinient onverM moi. 
j^e lendemain, ii la garde montante, je fus eonduit à Ih^»»! 
d<- lu Irégat»! Tn'toh, capitaine Latwit<h. M. l'ernis m'en- 
voya Kon eonnuin <^ut n(»n pour s informer de mes besoins 
çt re<'«unman<ler a» capitaine de n<' mv lainser manquer d<; 
rieti et l'assurer qu'il répondoit de ma déponse. Je puin 
dire à la louange des gardes-marine «t des autres oflluierH 
du vaisseau,. (jue chacun d'eux •^empressa do ino traiter 
ooiuiutî un gcutilhoutme. 



il 



— 98 — 



Trol» oa quatre jonrH apr^H, vinrvut iik* joiiuliv MM. 
Lopït^uKt «*t B«l)y, inJHoimit'i M. ( 'oimoiHiMiiit 1<'Uim prio- 
cip«'H, MiK'haiit l^u■il^ •'■(oiriit vnms HMportfr <1«'h I« Awh lU- 
TomiHiuonr, du ^miMl-viiairc Saint-Onjc*- et i|«' (hii^y nu 
gouvtrneur, j<' fii» niirpriH »n^iI^i rt(;iiHH«'nt W iiioiiu- trait» - 
irieiit i\\iv moi ; (•«■(H-ndHiit >'u «'•««ni à in roiijoiift-ur«' 
ilcIit-Ht»', <|(i4>i)|U ils «*nMH«'iit viv tvlreHnirt* au rJn-f. loiimu' 
«U'H Hinitf, lin»' (**v«' iimautioii voiiloit «luilK lusM-nt iuik 
fià lù'M (l- HÙrt'to A Inir tour. Wh tuniit fort sur|»rih de 
iiM' tnmvt'i |>rii!iuiiiii«M- à lK>i>i <l<' r<^ vaisM-uii. Nouk |»h^- 
KituifH un iiKiiH »iu»*i shiih v«»ir pcrKonn*' «l«' I»» vill»'. Dhiih 
Kj temn où Je oapitHim' rrovoit étr.' «'xp('<lit' «^n »l«'Ktii»H- 
lion pour LoudroK, il it'(;ut lorvln- <!«• niontir hu pi««l lîii 
Riili(!ii(Mi, et \h iW iu»nH iiu-ttre t'i ifoM <lu «-oi-wHii*' fom- 
m>iii<ié jMir llipiK>lvt«- LiiKoi» f, potii mu; <■« «l«'nii«M iioiiri 
tit lucttir il tirrrc «'t t-ii lilM-rtV- h I«i |H»iiit<' de Dcstltaiii. 
hflnit. 

ficKiliiM ioi ()it(i (lit Uivii<-li<-)i, un lit'uti nant vint iioiim 
Ail'.' «.l'eiiil»Hn|iM*r «Uiih le fnti avec notn' I>kk»k*': " peine 
•;C)UU>H-aous 1)' tfiuH <(e iviiMM-fit'i' le cHpitHitie et toun ceux 
«i»' qui noiiH AvioiiM eu «len |Mi|it<-HHfs *-t «les nlHl'(|uel^ 
<! hauiHititt'-; Hh iiouh Koiiiuiit^'rctit mi)«- mmii' partHitc <•( 
pi"oaiir<'ut (h- venir dimik \ <»ir kî lu iVéjxrtt*' niontuit uux 
Tri)iH-liivii.v»i*<. l'iif lois KUf le IhhvI du «tapitMinc l-HFon-e, 
luou ancien ami, il nuiis tallut liiuer tous ciiMcuit^le et 
•lovei le verre. «Vuï «1*^ la tivcHte K'en retoiuuèn'ut. main 
le uHpitaiue KaKince ne voulut pan uouh <lei«'en<lre à tcriv 
co Moir-lti, parce (u'il étoit trop tard, et nous puKhaiiics lu 
nuit à |>arler et Ja>*er de uotn- cmpiisonncnicnt lu-urtug ! 
'^uol ! HiNTittra tHUi, «-Ht-il possil>lc ilctac heureux j'ii 
(uiwni '' .... (.eut V mi qu'il c.xintc den niaii.x cvcr-lIcntH : 
du iitoiiiH on 11' dit, et e'eist Imj»u t't Ikmi »i dire. .M'eut a\ jm 
ijU'il faut > jfotiter [mur eu être Ijo» jtiji'c. 

Ntww voilA donc i» terr»'. N'oitH >illùincr< aux uuii'*oii« 
pour nv^Hr une voittiri': nous n'cumcH (nu» de peitiv à i»n 



^♦H — 



tnîuvjrr m\C on pntAnt. Oh ! lc<t**ur, avec quoi plid«lrnenii 
nous ' lui;^'ufuu«'i» (ic cch vaiHHeaux (|ui n(»UM Hvoieut t^nun! 
A iu«'HUrf (|m' j Hj»pro<'hoiH (Un 'jn^ÏH-Rivièn-H, ( » luun' qn»? 
IcK HoKlonnoiH y fuMM-ni ) ma jui<- HiiKiiu-nhiit. A FoimK 
• l«'-V«'HU oii luMift Hrriviiiuet!i vf.> \v noir, k'8 habiUinH m*UH 
ilirfitt qu'il étoit itii{H»«*r4iM<' «If pénétrer en villo, «m m6in«* 
luix cnviroiiH, nhii^ ùtr<- prin. Jci «Iihcuii iI<; iioiih prit hou 
parti : pour moi. qui avoÎH Ih»iiii«- ,|«tmlM-, ctiaixé «le (l«^nx 
pi«««'H «If toile «rirlaiMle, j«> payai mou |)AHhaffe et me un 
i«'f«'i- «lo l'autre IkjhI «1«' la rivièr*- N«»ire, ilu c(*>t«'» île In 
Ville, ù (leKK«;iu «!«• Huivre la riv«* <|U«-l«pie tcinpfs. pui» <lc 
<«>u|K'r par !«• pltiM «Iroit, à mon eHtiuie, jiour K^Kn^'i* le 
4-liemiu d«*8 Ftupes à travers le lioiH. Cela alla bie» le 
louK <le l'eau, mais i^uaml Je fiiM monté Kur la hauteur, 
(|ue vi8-je? uu«; sentinelle )Hr<lue «n l'action, qui m'ajuHtA 
«ve«' MOU fusil «n m«' «riant: (^ui va là? — Ainil ré|H>iMlis- 
i<'. — lii point «l'ami! .... AHueyez-vous. et ne Inaige» 
|»an .ius<|u'à «e <(U«>n vii nne me relever, ou je vous tue! — 
•J<' lui asKurai «pM' j'alloin rester tran<iuille ; il ajouta en 
me tenant t«>uj«>urh eu joue. ÊteH-von» seul ? — Oui. — 
Où alliez-vouK? — Aux Koix«*«. — D'où venez-vous ? — 
!>«• <vuélM'< . Sentinelle, 8'il vouh plaît, laisHez-inoi conti- 
nuer mou «heniin! — Je ne Iv puis, hou« peine clo la vie. 
Mi le laporal qui va ino rehrver veut le faire, j«t no m'y 
«•pp«»s«' pas, mais j'en «loute. 

Jl«ureUHement que c étoit «laiiH la l»ell«' wtison <lu nioin 
«le mai; qu«)iqu à 10 heures du 8<»ir, je ji'avols paa troid ; 
j'éttùs si fatigué, que je iu'en«lormis la tct«; sur nue de 
m«M pièces de toile, (.'e fut le caporal qui me réveilla. -— 
ll,tJlo«! ho! y^l ufi! Qui «Heh-v«ms? — V. LaTen-ièrej in- 
8p«'<-ti'ur «U's Forges. — I>'i»ù n <mi«-z-vouk ? — De (Jiiu''hec. «^ 
t >ù all«'/,-v<»us ? — Aux Forges. — Venez-vous-<.'n avec nous 
j'> la gar«l«'. M, l'élissieiest en ville ; si vous dites vrai, vous 
s«,'rez relJM hé. A H h«^ures, l'elis^iier et un lieutenant vin- 
inn.t m«' r«'«;onnoîti-e, et m'acconn>a^èiCût jusque chez 



100 — 



M.'Deîzène. J'ttVOÎH une permission d iiller où je vou<lroÎH. 
J'étoin 8i fiiii^ué «nie je me lOuchai, «i»rè8 «|Uel«iue8 «.tmi- 
plinu'iiH KlmiifféH avM'c M. »'t M<lo. D ^zvuv. Le l«')i(UMuaiii, 
l'OTMine j«' ll'H^ois pan <!«! lianlfs cKiivrimMeH, ayant <l«'- 
j<iin«' »'t rendu t(»ni|)t(' (W mon vovajjcc »\ IVliKHit-r, je partis 
]>our leH Korgt'H. A la p«»rt<' (l«* la ^^randc* mainon, la prr- 
miôre iterwutn»' à qui je |)arlai, fut ma lK»nne amie, (pii me 
dit: — N<»us vouH croyionK prnlu, et PôliMMicr voun avoit 
cnvnyé exprès dans un moment ni critiipte pour t«^ «acrlrter, 
M. (JuKy» M"' ''"* ''■' «"Hehé, et moi lui en avouH fait do vifn 
reproche»; il n'a ri'-n réponilii. — -Jt- n»* m'on t-tonn<' ]»ln>t. 
lui di^-Je, <pi'il ait paru pein»'- t-n nu' \oyant. (,h veut dire 
»(U il «rtt jaloux. 11 faut être f<»rt prMd<)it «t sr défier de Itii 
et de «eB espion». — (Mii. répondit ma lM>nn«* ami»' : nous 
s<>mm<'^< observés de jtrés et <-ontiuut||«'m»'nl par Ih VoII- 
jjni et ses créatures. Faire semMiint d«' rien est le plus 
sa^'e parti. Montroim-Iui et à tous se» satelliteH 'beaucoup 
de <-onfianee 1 . . . . .le l'emluiissai de Imui eu-ur, elle me 
rendit la pareille, avec promesse de souffrir la mort phd/>t 
que de se trahir. 

Nous nous vîm«'S ïouk au diner, ou Pélissier m'exprima 
le regret qu'il avoit eu de m'avoir exposé : cela n'avoit pas 
été à mauvaise intenti<ui, nuiis le iK'soin urgent de nmr- 
chaudises et de provisions lui avoit inspiré «-e «lessein, 
<lont il ne croyoit pas Tt-xiM-ution si danger<'us«'. M. (lnjr\ 
lui repartit que s'il eût e»ft^i»' un |>e»i plus longtemps, I s 
'■ choses eussent paru phis natiu'elles ; que me faire passeï, 
avec un passeport, h travers les Hostonuois, encore j\ l>es- 
chamliault, c'étoit provcMpier les 8oup(;ons, surtout quand 
lui, l'élissier, ét(»it connu otivertement pour être de leurs 
«mi» ; que tout autre que le général Carleton, dont l'hu- 
manité pour les (,'an«'*diens étoit connue, auroit sacrifié 
M. de LaTerrière. ( ehil-cj ne dt)lt donc la vie qu'à la dou- 
ceur de ce généî-al. Main le voilà «vpc nous! oublions le 
pdMMé, et htn'ons i\ na 8anté et t\ non retour 1 . . . . lVrw)nn« 



— 101 — 

f\e i-i^nx qui étoient à Ubl»' ne n^prit \v propos, car M. Gop)' 
i*n avoit dit imjh»'». De «'»* moment, PélÎHMiiT et moi regt&m*^ 
ricipriHincment Mur lii limite d«« la bicnH^wnce. » 

liO» AméricainN, M'étant touM ramaMCH aux Troin-RivièrcK, 
y tinrent jusqii à l'arrivée de la t1oit<'anf<loiHe,ave(> le géné- 
ral Carletod i\ la tête. Voyiuit i inipoSHibilité de rénititer, 
ilH H'«>nf;iirent h Son'l, et len HretonH reprirent poHMfXMion 
den 'l>oiM-I{ivi('n*K et h'\ forti fièrent ; voiri en partie |K»ur- 
(pioi. liaroMc, liahitant de Macliiehe, t|ui avoit joint lett 
lioKtoiuioiK, leur avoit fourré daitH la tête «ju'en «-eniaiit leM 
Hntanni(|UeM |Mir l'an^b* de^ lM>ig ««t len For^feu, à leur iu»u, 
ilK [K>urroient h roup miu les détruire ou W'h pn-ndr»-. JU 
donnéreut aveuglément daiiN le |>anneau : re corpH de 4000 
IU»it4>nuoii4 )»artit de la Pointt'-du-I^ar, conduit ]mi liai'ottt* 
et «Himnie aHHuré du Huceén. Le général anKl<>>x eonnoiwHoit 
b'Ur dt^Hnein et leH attendoit de pi«'d fenn«' et hifu n'tr»»- 
rlié.Kurtout 11 la Cruix-MIf^'on, hauteur <|ui <-<ininiund)> toute 
la ville et HOH t'uvirouH. Eflfertivrniriit, iU arrivénut un 
uuitin, mal eonduits et ]eH uuk après les autres, de tell*; 
façon qu'ils furent Imttus, tués ou pris pirsque tous ; il s'en 
sauva un (•♦•rtain nombre dans les iMtis d«*s Kor^fes ; plu- 
sirurs s'y pt*niirent et y niourun-nt, rar, |M-ndaut tout l'été, 
mes clH'relM'urs «b- minerai en «lécouvriri'nt «k* petits 
ffnHiiH'S, morts «-t pourri». 

he leiKb'main d«* i^ette ai'tion, Son Kxr<'llene«? m'envoya 
l'onire d*- fain' Itattre le Istis i»ar mon mon<li' p<»ur les i-h- 
masser et de les traiter le plufi humainement {Njsiùbh;. 
li(»rsqui' cet ordre arriva, j'en laisois mener dans dix voi- 
tures soixante qui s'étoient rendus «l'eux-mém«'s. Ji<: 
Iend<'maiu, mes «hereheurs «t rhanstrurs en trouvèrent 
soixante-«;t-dix ; je fi^ d<.' lUtrr à manuel ù «es prisonniers 
et le» envoyai aux Trois-Rivièr^^s. Son Kxeellenee le géné- 
ral tîarleton approuva ma eonduite, «;t le général américain 
Bmith mo remercia de mon humanité. Eh ! voilà «omme 
dans tous les tem» j'ai clierché à être utile à me» «em- 
blableR et h faire mon devoir 1 



— lOÎ — 



lin»! Unit la folio atUqae i\v lAvroit- jinr ?•« UiilU-tie» 
d««B TroiiuKivlrn'H ; !«•« ItimionnoiH Hvoiont p«'nM*' mnn 
«lontf trtmvPf \vm tn*tip<>H hritHniii<jM«-H «'iMlonnû'N. 

IjH veill»' dti .j«»ur «m»" liM-titui •*<• donna. W'linMicr nymit 
«•n HviH (lu nnw\ virain- SninUOnK»- «jni- mu txwWvncv 
tir »er»»it pHM clmnué»- tW le nnrontH'i- KUr «on |>hhhh^«-, il 
4-n Hvoit été HÏ tort éitouxanté «jn'ii «'toit monté <>n mnot 
-«t M'étoit fait ni«'U«'r |«r «Unix lioinnn'M Mf(rèt«inent ù 
H«>i«'lj J'étoÏH n*Hté HenI, «oniin»- j»- lai déj» dit. ii la tôt»- 
d« J'étaltliHtM'nu'nt. 

Lormim» i«' viKf»oiiox*-<'II<'m'<-.«dI«* m«' «Kt : — PéllMMior «'Ht 

don«' parti ? — Oui. mon )f""vt*rneiir. — <^n tHt-*»' (jui la 

fait (juittcr ainsi m laniillc ft l«'RtorK«*H? — Autant i(ii<' 

>• jmÎK U' Navoir, r«^Ht un ltill«*t du jrrand vi^-nirt' Hnint- 

Ofïp-i-. Il qui il |ianiiMH(»it qm- vntn' «'xct'lhMH'»» avoit onlon- 

né (!•• Invri-tir dt* n«' |»aH w trouvi-r t*iir f«<»n i>a»HaK«*. -^ 

•<'«'1h, fit h' >fouv<»m«ur, n«' voidoit paH din* t\v Unit Hltan- 

donn«'r p«»ur Hll<r n-joindn: i>uv«Ttfniont IVuni-nii. S'il 

(•toit rchtV' paisililrnu-nt r]w/. lui vt in'av<»it é'/rit un mot 

*\*' juMtitinition. rcJH auioit «ufti. — Il crai^noit la maUir 

iU'n taux <lélat«'urs. dont il «-onnoît h- venin. — Tout r«*la 

. n"' lui «'ût paH ôté nn «'iH'Vt'u. et )«• KuiK fàvhv dr Ha foli«*. 

Kit! quel mal vouh «irrivr-t-il » a-ouk et aux autn-n offiirierK 

d«' vvH Forjft'K? -^ Au«'un. mon frénéral. Nouh Koinnics 

prôts à vouK olK'ir n votre pn-mivr oi-dr«'. — Continuez d»- 

s«»ut('nir (•<•< atf'litT dan^ tout(! non a«'tivité |>our les 

U'fmiuH rt h' liirn <lt' la provitHf, d<' l'État, «•'vHt In tout or 

-jfuo jVxijrt* à i>n«Kt'nt do vous, .te ]v romoroiai ot le priai 

•d'* vouloir ♦'ontitîMer à nous protéiror. Avant do partir d*- 

la vill«? doK 'l'nïix-liivivroK. i«' vrénôrrtl «-t tout hou état- 

' nHij|f»r ntuiH iionorm-nt d'uno vixito des Foruon. et J4' nVn 

roçuK «juo do8 <-4>D)pltinoi)H. ' 
A l'elinHior navoit <juii donvuror tranquillo <hoi! lui et à 
no pas Me luoiitrer, il no lui auroit rion vti' fait: il aima 
DÛoMx ttiut «Itamkuiuor, preiulrt* jduBÏcur» millo louis 



1 



— 108 — 



«|u'il iivoit •■Il UMMMf . 2(MMi IouIk d'àviiaccM i>n tore. (M>êl»*M 
i^t autrcM iirti«-lrH t'aitM uiix Aiiu-rintiit»*, «t iMtUH Uii»H4-r ti 
iioti'- inuuvHÏH sitrt. il MO rt'tiiH diitMini h Son-I, \um k 
SHiut-.J<-uii •■( ù ('Hi'ilioii, Hiir li'H \i)CH*:n : ù fvtU' «Ifriih'-n- 
|»lii<.-i> il lit l<- nMi- 4riiiK<'iii''ii'' U>iniU-ui\>i*, iiiaiM m Ui 6ii, m- 
|Miiivaiit \mn k'v ciit't.'iHlrc nv<-< l'iliuoiiifiir «si rlwt', il n'en 
l'ut Hii CoiiKi'*'^, i|iii lui im.vn i<-H ^imm* livrrH. et iiahkii cii- 
>*uiU- vu Friiiii-*-. )t Lvoii, oii il Hxoit hh iHinill*- •■! li uii il 
i«\ int H\«'< If yfrnrmi llHliliiiiHlMl, lois<|iif h- iféiiéml C'iir- 
!*-tiMi tut l't'lcvt-, HnliliiiiHud étoit dun (Hi-Hrt«M-«- «lui, 
HVHrt', viiidirHtil'. «a h** plHi^aut n tuirt- Hourtnr ritunmiiiU' : 
HUHMi >i-t-il tnit vu truiHaiiK uit<- K>'Hii<i*' i<»rtnu<',*'t lOdiMlilc 
Il {tri'Hcut hVii <loit-il rt'jouir livri- lui. Ku rit* ontaiU itlu^ 
loin tWK houtlntni'CK ««iuk hi-h ;rriiffs j'*-ntr«'mi ((hii'< <ir 
l>luH Kmn«i ilt'tMilK. 

liétt' Hf |>HHH«t «Il HU»<r^ |iHr<-ih. iliun«t» «lu (!>«•( ; «-Mf 
♦*|uv^ r«*i.liHu9<>iiit'<' «le Lhiow Io Aiii«*ri<Hiu>« Ki'-iirt îti'H n( 
ù<^i'ill<Mi xiiii»i )i;u<-iToy«-r <|u«- |>t»iir «<'> ilct«*ii«ir<' .jum|u'ii Ih 
|MU.\ «'uti'<- k> <I«.'U.\ uou\ erncUM'UK. Alltr pluH nvaiit dr 
»•(' côtt' lu WurtiToit »l' UKUi siij«t, t t jf r<-|*i\'ii<lK \v til ilc 
iiiou 1iiM<*»ir«' |M)ui' in riicioHiti- <{<' uio i-nlau^ <-t iI<'k 
U-«-t4-ui>> <|Ui lUHUi'ont louiiu «Ml )iiir<>n( < n1< iiWu |n(I'I« r tl*- 
luoi «t *|Ui xouiiruut iM<' lin'. 

Iwi In'xHlf l«" TiUnii. oii ia\l»i^ ft«' <l*'t«-uu ui» nn»iH, 
uiMiirH uvtfr r«-\|»(iliti<>ii iiis<|ii>- <l»-vHiit Ih ville. <-t.j'iUMlf 
IflHÏHir il<- iwuit' (nuN l«'K ollii irrs <ir uutriu*- <!<■ i|ui i'HVMt»i 
i'f(;u, Im-ikIhkI iikiii hiéjuur l'i iNtpl. txiit •!■' liuiiqu'h (i bmi. 
uOt*ttc et «l'Hlti-ntituiH. I,(; wiitiuunt tl uth n'«'«»unHis"<«rnr«' 
|)hilHiitltiM|)i«{Uc lit i|Uc.ijc It-N invitai 41 venir iij<- vi>ir h 

rétitlriissciiitrit, <*il i<- les ImitHi «le llioll Ulii-UV, lUMtjUjt IcK 
«•MVu.xer *lni<}\(r duns ji<»s Nuituph •!»• |M»st» à luoii 
i-UIU|>t<' : ilK < Il tut* ut HJ s«-|irtili|i-UM'U( (ollcllt'fi <|U i)^« 

aui'uieiit l'ait t4^u( poui immin <-ii pi'ouvn It-ur uciatKutJk^ ; 
«K'K tilK «le IohIh d'Anirl'tei I»' \\\v loivèreut «le n^tî^'voir de»* 
lettreH 8Ui leuru pHreim et luniH. eu «.*»* «^ue «quelque cir- 



^■^ 



104 



cotifitautH' me forçât (laiiH un temps si oiAKt^ux d'y avoif 
rwourH. VoHK n<>u« <iuitti'im<*s aiiiKi, et la tié^atc repartit, 
son temp« do station étant expiré. 

Jo revieiiH au temps où, lieureux sur mon isie, J'atteii- 
doin le cher print» mps pour rentrer aux Forces aux con- 
ditions de mon aete ( <lej»» mentionné) avec Alex. DnmaH, 
[tour y tenter d'aujfmcnter ma fortune. Les désirs des 
hommes sont presque toujours fort contrariés et traversés; 
en voici lu preuve. V\\ jour de février, étant allé de mon 
i«lo au.x Trois-Hiviéres pour mes atfaires et pour y voir 
mes amis, j'y fus arrêté juisonnicr d'Ktat ttx fihiUf>îo et 
mené » la gardt; ave.e <léfense de parler à p<'rsomie. l'our- 
<|Uoi ? je n'en savois rien, sinon ([u'il avoit i»lu au général 
Ualdimand d'en «lonner l'ordre à M. Tonnancour, au ju^^f 
Uouvillf «t à M. («uj.'-y. Ma iKOine amie fut aussi arrêtée, 
<Hi prit tous njes efîV-ts et pa|>ierH à lisle ; toute nut pro- 
priété, mobilière et innuohiliéiv, fut <lès < <^ moment une 
proie; un»' p<'tite formalité eut lieu : on établit ^^ardicn u»i 
de mes domesti(pies, qui m'a tmlii et a diverti tout ce «pie 
je posst-dois. 

TiMit ce (|ue ji^ siis nu moment de mon arrestation me 
fut dit en contîdt-nce par mon bon ami Saint-Martin, avee 
<(ui je dînai à raul»er;:e de Hills. En m'aci'cunpajinant 
jusipi'à la ;;arde, il me dit <ju'il venoit d'ap[>rendre que le 
ju««! Kouvilb', Toimaneour et le jxrand vieaire Saint-Ong»; 
rtvpienl tlepuis longtemps des ordrt's du gouverneur Haldi- 
nuiud de me guetter et de profiter du moindn", du plus spé- 
citrux prét^exte pour m'arrèter, et que les déj)ositions de M. 
Del/.cne, de son fils Michcd et de John Oakes, déserteur 
do (^uélK'i, hvoit nt sinvi «h; base et de «anse. Toujours 
(onl«)rmi-ment ;i la promesse «pi'il avoit faite, «'(«t-jMlin' 
Haldimand, ;» Péiissier <i«^ me faire périr dans bs prisons 
sitôt qu'il <ai auroit le pouvoir. li«.'s beaux et hunminrt 
sentinu'ns ! , .. , 
- II mo parait nécessaire d'esquisHor ici, au mieux de me» 



— 106-- 



connoÎHsancM, les portndto de tovm oee irikiiiMt «olotiT* qtle 
cet HaldinMind «voit chowis pour joaer le r61e ée neii 
poursuivuns et dénonciateurs, et de faire «onuottre leurs 
dififércns motife pour catwer ma perte. 

D'abord Rou ville n'avoit été &it juge que par ôiveur, «t 
il étoit naturelh^ment dur, vindicatif et méchatft ; pour «e 
Houtenir dan« cette place, il étoit cai^able de tofltt «aciiftet*. 
D'ttilleurB, 11 m'en vouloit à la tnoit d'avoir jeté hors de« 
ForgoH Bon fils bâtard Voligni, qui y avoit la place de 
contre-maître. 

Le père Tonnancour étoit un génie é touteê fareei. Il 
avoit l'ait fortune, selon le rapport public, avec le Wen du 
roi d(î France, et 8e prêtait à tout pour conserver son bien. 
Le» AngloÏM en firent quelque cas, et il en sut tirer parti 
par n'importe quel moyen. Étant l'ennemi de Pélissier et 
le mien, il suivit son penchant on nous trahi«sant sous 
main : lortKpi'il nous i>arloit, vous aurien juré que c'étolt 
le meilleur «uni <iue noue (Missions, Il avoit toujours été 
pk'ifi il'envio contre Pélissier parce qu'il étoit directeur et 
propriétaire des Forges, qu'il auroit voulu avoir pour iui- 
luônio, une pwrtio des mines de fer étant sur ses terres, 
contre le Hcl Saint-Maurice. Tonnancour étoit encore un 
homme illibéral, sans éducation, jésuite} comme un chien 
et ne pardonnant jamais. Malgré sa richesse, il n'a pas fait 
grand" chose de ses enfans, <|ui étoient nés avec des dis- 
positions. Vivant et tenant son magot en Har|>agon, il ne 
donna, d'état de < loix ù aucun, tel que le vouloit sa 
fortune. 1/alné qui n'a pénétré qu'au rang de colonel do 
milice, eilt montré du génie, Qotlefroi auroit fait un bon 
médecin; Labidie un bon agriculteur; le chevalier s'est 
ruiné ù la traite avec les Tôtes-dc-Boule, tandis qu'il 
auroit été bon avot^it. Avec toutes ces aptitudes, ils n'ont 
été que ce quils se sont faits eux-ni(âmes, et presqiie tous 
sont morts pjiuvres, excepté l'ahié qui vit encore et est 
seigneur de Maska. Ils avoient bon cœur, cela «fit sûr, et 



— 106 — 



les ûiémens dé rhabileté de leur père. Quoique ce Retond 
Harpiigon ait laissé un million en mourant, sa rieheKse ne 
l'empôcha paH d'envoytr par un de ses fils au camp l»<>8- 
tonnois d'Holland plusieurs tonnes de runi dansde tems 
même (pi'iî gervoit ou faisoit semblant ô." servir les Au- 
glois et d'être leur ami. Partout où il pou voit leur donner 
des marqu -s de cet atttichement, il le faisoit; et je lui 
fournis une o<'casion mémorable, oii il n'épariu:na rien, de 
concert avec ce marcliaud de chair humaine Rouvillc ^'t le 
grand vicaire Saint-Onsc. pour kc défaire, diKOient-ilts, d'un 
mauvais sujtît. l'cmlant ce tems, pour (jue Je n'eusse pas 
de soupçon, il m'envoyoit le vieux notaire Maillet et sob 
valet de Ixiurreau Leproust pour s'informer à la garde de 
ma santé, m'assurer qu'il n'avoit aucune part ù mes Mal- 
heurs, <pie le seul juge Kouviîle avoit tout fait, nuilgré 
lui, vt qu'il ne voyttit pas nuitière suflisante à me priver 
<le ma liberté. Le connoissjint pour un parlait tartuffe, 
plus il.jiaroissoit s'intéresser à mon sort, plus je le voyois 
s'intéresser à me ])erdre, et je ne doutai pas que cette 
caliale ne m'eût noircie le plus possible aux yeux de a- 
cheval de général llaldimand : en effet, les suites me l'ont 
bien fait voir. 11 est mort: si le diable s'empan^ de» 
homuK's faux, Tonnanconr est bien avec lui. Les incidents 
de ma détention prouveront (pie je ne l'accuse pas à faux. 
Le grand vicaire Saint-Onge, homme éducpié, amltitieux 
et rusé ( (juoiqu'il n'ait Jamais pu être évêcpie, quelques 
tentjitives et ettorts (ju'il ait faits, à cause de Mlle.Cabana, 
qu'il n^a Jamais voulu alwindonner ), faisoit tout ce qu'il 
pouvoit pour être remarqué du gouvernement. Lui aussi 
en vouloit h rélissier à ne Jamais lui i»anlonner, et sans 
autre cause "coiuiiie, à tous ceux qui étoient attachés à 
l'établissement ; ils étoient de sa luiint , surtout ce pauvre 
LaTerrière, i\ cause de sa bonne amie. Aussi profita-t-il de 
ce que J'étois arrêté prisonnier d'Ktat pour me dillauu'r, 
d'aut^int que dans les lutes d'État januiis les dénonciateurs 



— 107 — 



ne sont connus. Il avoit ( ù l'exempU» do l'abbé Sieyès qni 
80 tenoit san» cesHc derrière le rideau ) la liberté de tout 
dire t-t d'écra«er chrétiennement qui il vouloit ; et c'est un 
grand malheur qu'il ait eu t»int d'influenct; en Canada. 
(4uoi(iu'il ne se 8oit pas montré îi découvert, il m'a porté 
leH coups les plus traîtres dans l'esprit de l'évéqtie fjriand 
et d'Haldimand, — toujours au nt>m dune famille qm lui 
faisoit pitié, c'est-îmlire de celle de ma Iwnne amie, qui, 
disoit-il, avoit tant droit de se plaindre de moi, puis4{ue je 
vivois avec elle en dépit des lois. Et mille autres moyens 
d'irritation <|u'il mettoit en avant, ayant avec les autres et 
plus qu'eux promis îi Pélissier de se joindre ù l'inhumain 
général Haldimand pour me faire périr. 

Le père de ma bonne amie, honnête homme, étoit sans 
éducation et très-crédule. On lui pcrsuadoit qu'il étoit de 
son honneur de se joindre ù irette clique de map-hands do 
chair humaine pour 8<î venger de l'afifront qu'il prétendoit 
(pie j'avois fait îi sa famille ; il oublioit le tort qu'il avoit 
eu du marier sa tille de force, les diflérens services de con- 
8é<iuence que je lui avois rendus depuis (ju'elle étoit avec 
moi, son aveii que sa fille étoit bien avec moi, qu'il savoit 
que de cœur et d'âme elle étoit mon épouse ; il oublioit 
<pM^ la propre mère de ma bonne amie, non épouse îi lui, 
me l'avoit amenée îi l'isle avec son fils Michel, h qui on 
faisoit jouer maintenant comme à Oakes le rôle de déla- 
teur .... Plusieurs fois M. et Mad. Del/.ène étaient venus 
voir leur fillt; chez moi à l'isle, et s'en étoient retournés 
contens et t barges de présens. Cet hiver-lù même, je leur 
avois envoyé en ville tout leur bois de chauffage. Rien no 
ptmvoit les contenter, et en ce moment ils visoient en 
espérance à mes dépouilles. Si loin qu'ils aient porté leur 
nuilice, après le dépait de Pélissier de ce païs, ils nous ont 
suivis partout; j'ai été hiimainement obligé (aimant ma 
boimc amie ) de les secourir, en santé comme en maladie, 
de mon inieux, jusqu'à ce qu'il ait plu i\ Dieu de leur 
fermer les yeux. Voilà comment je me suis vengé d'eux , , , , 



— 108 



Mon Mti étoit flctile, éloi^éo «le» AutreH habitation» «le 
clmni-llene; on liiver, phisionrs chemin» de travprHo sur lo 
fl«nve glacé «'y croisoient. Un aoir, au ooniniei cemont de 
janvier ITTO, qu'il neigeoit boaucoup, le fermier vit pa. 
roîtïe tm étranger (l'aaRez luauvaiKe mine et prt^Kqne niul, 
qni lui demanda l'hoHpitalité ; ve fermier, dont le nom e8t 
Bergeron, envoya sa fV^nimt; iM)nr «avoir ni on le reoevroit. 
•— ' Cuiiaineinent) c'est un homme et Kam» doute un chrétien. 
Qu'on le réchauflFo et lui donne »\ manger! après <(u'il aura 
pria dea foreea, il dira plUH t\ Hon aim- .ini il est, d'où il 
vient eice qu'il (îberche danw un endroit auRsi éeaité. Ayant 
ordonné au fermier de le faire entrer dans ma t:haml)re, Je 
lui ftg les questions mii vantes; — Qui éte».vous? — John 
0»ketf. — D'oh vones-vons? — Des casernes des loyalistes 
de Maehiche, et j'en suis un, — Que cherchex-vous ? — 
De l'ouvrage. — Quel genre d'onvrage ? avcB.vuus une 
profbMion? — Non, mais je travaille ù la journée, soit à 
bûcher ou i\ faire tout autre ouvrage. Je suis venu ici, 
iwree qtie j'ai ouï dire que vou» faisiejs bûcher pour en- 
voyer du boi» en ville, — 8i vou» Ates honnête, je vous 
donnerai un (»helin par jour, ave<^ la nourriture, et je voua 
fbnraimi do haches. — J'acoepte de bon oeeur, pourvu que 
vou» me tiastie» des avance» en cliausaures et bardes de 
oori>». — C'est bon. Il se reposa une journée et fut ensuite 
au bois avec mes autres engagés : tous le» st^ra^ sans mya- 
t^ et sana gène, il alloit veiller dans la |)armsae ave(> les 
autre», e^ surtout ohes le capitaine do milice Thonnt^tttt 
Leblanc, qui étoît mon plus proche voiun. S<ut» cette 
couleur^ il reatn jnsqnV^n janvier; pendant (xt tems, 
trompant ma l»©nne fbi, peu ^ pew et secr^temtmt il avoit 
(léltaïK^hé le fr^re «le ma >)onne amie, que Kon père et sa 
mère avoient placé ohea moi potir l'hiver, ou d'un commun 
acoorri' âiit' avee lui le complot de déserter aux Roaton» 
noi»: )» tout av^it été arrangé avec nos mantbands de 
chair humaine et M. Delséne, {>our que cette désertion, 



x* 



— 109 — 



ifjiiini«s«nt sur moi, vùi l'eflfot (jn'ell»! a wi. Qti© rot 
Oakes ait été do leur (^oiuplot aviv counoittMuiee de cmwte 
ou non, jo n'ai jamais pu m'en Mlaircir ; Tnais j«^ Kttis gûr 
de wd, qu'une nuit ïIm me volèrent dan» La laiterie (lain 
et viande tant (juIIh en voulurent emporter, et partirent 
avee mew raouettes par la rivière Héeamour, jçajfnèrt'nt 
oelle de îfitrolet, vinrent w faire prendre priaonnierw )H»r 
lo l^pne. Pellarmin et furent amené» aux Tmii^-Sivièreg, 
devant leH auteur» de la luarotO' ( artifice, stratajçème? ) qui 
a^iHaoient comme commiRKaireg. Dan» l'examen (|ue fln>nt 
(•©UX-4M, ils trouvèrent, à ee qu'ils dirent, a«Mez de matière 
p(vur m'arréttT, i^an-e (lue le« deux prisonnier» préten- 
doiont être i>arti8 de chez moi avec me» provision» et me« 
i*a<iuetteft, encoumgés en outw; j>»r moi, i)our aller porter 
<leK nouvelU'8 aux ennemin, et* qui étoit alM«>lument fanx| 
car j'iffnoroiK tout.iV4fi&it leuru criminelle» intriguei^. lU 
avoient, dinoient-ils, trouvé la clef j\ m«^ faire jvcndn* : eux 
et leurs |>«rti8an8 s'en réjouisftoient d'a\"ant« ; tandiR (jne, 
eu8Ré-j<' même été vx>u|>able de la faute wupposée par eux, 
Huivant la loi du paï», e'o«t-iUlir*^ les ordonnam^eK du 
conseil et du nonverneur, je n'êtoi» iMHwible que de M moi» 
de i>ri8«>n et crnne amende de 3 guinée» : mais le deBpo- 
tique et dur Haldimaml, i>our la forme, ordonna une en- 
quête et en clmi-gea les mêm»'8 individuH, qui cmpêchoient 
nms ami» de venir me voir ; et pour donner à cette en- 
quêta' plus de )M)îd8, ce chet ajouta i\ la <'on)nuK«ion M. 
Baby, un des memhit)s et créatures de son conseil, qui 
arriva aux Trois^illvières le Ih'cme jour de ma rigoureuse 
ilôtentlon ik la garde, et ordonna (Munme président que, le 
18 man^ ITY», Pierre de Sales LaTerrière et s»s témoins 
seroîent examinéa et enteiMlus. Le fourlx» do Tonnancour 
me Ht annoncer ««t^tte nouvelle par l'officier du jour; il 
m'eji t^icitoit, car comme il n'y avoit <}ue «les mensonges 
contre moi, il lui |)arc»i88oit impossible que l'on pût me 
retenir. Dans le tems même, î! s;;voii le contraire, et que 



lia — 



i I 



je devois êtir envoyé <n prison à Québi'f sous le i)On 
plaisir de son excellen(;e l'infernal général Haldimand. 

En attendant que Je paroisse devant ce corps contraire 
à ma paix et tranquillité, parlons un peu de l'endroit où 
j'étois gardé et de ceux (^ui m'y gai-doicnt. 

Le service du roy ayant nécessité des troupes auxi- 
liaires, un corps du général Pretorius, du Brunswick, étoit 
là, en gainison. Ce fut i)ar ces hommes ijue je fus gardé; 
nuit et jour je respirois la fumée infecte de quatre 
boucaniers de nicotiane pourrie ou mal prépurée, dont je 
liaïssois l'odeur 1 .... me plaindre des pauvres machin*'»- 
soldats ([ui m'entouroient, J'aurois eu tort, car, tout alle- 
mands (]u'ils étoient, ils connoissoient assez mon inno- 
cence par ouï dire pour me prendre en pitié, et ils 
m assistoient de leur mieux : leurs officiers, je le sais, hutr 
disoient secrètement de le faire, me sachant victime d'une 
cal)ale de marchands de chair humaine, qui cherchoii'nt 
des ])lac^e8 auprès du méchant suisse Haldimand. .Je ne 
puis passer sous silence un trait d'envie qut; ces égards 
pour un prisonnier innocent suscitèrent dans l'esprit d« 
ces monstres. Ils dirent (jue j'étois si hien avec ce cori)S 
de tr<»upes que j'avois conçu le desstsin de me mettre ù sa 
tête et de déserter et que quantité d'officiers étoient com- 
l)romis dans ce complot. Tout cela étoit faux et anhifaux : 
)ii moi ni personne autre n'y a voit même pensé. Heureuse- 
ment que le jour de l'enquête, ceux qui avoient le plus 
d'intérêt i\ soutenir un mensonge si infâmi;, ne purent 
jamais la faire admettre, ni même lui donner quehjue 
semblant acceptable; et l'on en revint aux premiers chefs 
d'accusation. Les charges, quoiqu'elles ne fussent point 
prouvées, av<»ient été représentées au cruel Kildimand 
avec toute la noirceur dont une forte haine est c ipable ; 
le lecteur peut imaginer la mauvaise impression qu'elles 
durent faire dans l'esprit d'un homme si dur et si porté 
d'imlinatiou à tenir parole à Pélissier, au clergé et aux 



m 



autn-K fymiiK «jui méditoiciit ina pcrtt; |H»ur fairt- un 
excmph' néct-ssain' au [)h\h. 

Le 18 de niart*. Je \in pH88<'r devant ma tVuétrc Dclzène 
et OakcH, s'en allant à la cour d'»'n»|uéto acconipauni'H de 
deux KoIdatK anj)és. On me dit que mun douiestique i.ouis, 
le fermier lieijtçeruu et «a femme avoit été aussi entenduH. 
Sur leis 11 heureK, mon toiw vint: eseorté par les quatre 
grena<lierH qui me j,'ardoient, J'entr«' et monte (liez AI. 
de 'J'urumucoiir, dans une salle connue' de tout t^ina p<»ur 
la elianilire de danse, ol> je vis, assis autour d'une graudt! 
table en qualité de eommissaires, de Tonnaneour, Conrad 
Gugy, seigneur <le Ma< lii( he. le juge Kouville et M. llahy, 
de (Québec. C'e di'rnier jirit la parole et ord(»nna à la garde 
d'aller m'att^/ndre à la portt-, puis, d'un «lir gravi- et rél^ir- 
batif, il me <lit : — Prisonnier Pierre <le Sales LaTerrière, 
avez-v<»u8 (onnu un nommé .btlin Oakes, déserteur dew 
pris<tns de (juébct ? — 11 est venu à mon isle, un soir, en 
jttnvi<'r, un Inumn" mal vêtu (jui m'a tlit s'appeler de • «• 
mmi, qu'il venoit <le Maehieli»'. qu'il étoit un des loyalistes 
caHeniés là. et (pi'il chereluùt de louvruge. — Vouw suiviez 
(|U'il étoit déserteur? — Non. du tout. ; je laurois arrêté et 
fait eimdiiire aux Trois-Uivièrts. — Il ne votis Hv<iit jias 
dit qu'il étoit Améiieain'' — i'uifioii, oui. qu'il éttùt Anié- 
rii.Hiu, main aussi (ju'il étoit b)yHli.ste et qu<- sa famille 
logeoit à Macliiebe, dans les easernesque le roi leur avoit 
fait bâtir. — Lui aviez-vo\j8 t>u à Me. Delxèue, fourni d«s 
provisions et des ra(]Uette8 jutur leur voyjige ehez l'enne- 
mi? ~ Non ils eu ont volé (ians ma laiterie. — Vou.s n'tn 
biiviez riiii? — Non, très-sùrtiuent, je n'en .><a\ois rieji: on- 
sur le ujoindro soui»(;on, jy les «untis l'ait un ttie < u sûre- 
té. — Kst-il possilile (ju<- eette désertion de eliez vous uil 
ou lieJi «ius <iut' vous ni aucun de votre maison ou de 
la ferme on ayez eu eonnoissauee ? — (^uaut à jimm. je 
l'ignorois absolument; si <tihl(]tu' autre le havt>it cela 
u'eht point venu h nui counuissuiiee. Lv fermier ii<U"gerun, 



-m- 

*i f(.inm<' ot 8»'» «nfariH ponvfnit Mn' enttndufi, la «œnr 
de Mr. D(!l7.i>no t't mon donu'^tiquo I.onÏK (lussi : je \e* 
croih (ouM (l'iionuétt's jf«*nH; <•<• qu'ilH diront hoiih «ermcnt 
Hc»rH la vérité. — Vouh 6t<H accusé d'HVoIr voulu d(1)an»her 
la ^fvrniMorï. — Oh ! pour !<• coup, Je ne pcuHoin pan qu'il y 
«•l'it tant (|(! njjdicc, d»' fausKcté et «rinfjiun'c chv?. uvh en- 
nemis. Je It'H défie de ])rouv'r cela, n'ayant JHmaÎH «u tollo 
intention. On ni en veut donc lii< n pour nu- cliarj.ç«q- d'une 
8i horrible fausK(î1é! Je denumde qu« le frénénd Iron 
Cr<K>k tiitsse la question ^'énénde à tous hok p^enH, officiew 
comme goldatK: il** ont trop dlionneur pom accrwliter une 
ti!ll<; imposture. — Retournez à la y^arde Jut'qu'à ce que 
HOU excellontt.' le général Haldinmn<l vouk mette <n 
Hl»(!rté, ce qu'il n<' manquera paK d( tair . ajouta M. Bahy, 
aprÔH avoir pris i onnoi>Hance (1<- mou nipjHrrt, ainsi que 
<ie8 avis de c-ch nicHKicurK, <|ui toun comme moi s'inté- 
ressent pour voUH. 

Ainsi finit cett. enquête. L<' gmnd vicaire Saint-Onge 
et le liourreau LepnnjKt étoient dans la chambre drmiut 
l'examen. J^es quutir wit-Uites militiiire^ me reprirent i» 
In porte et nie ranienènnt h Tnon trèi^-puant loj;in pour 
Jus(juau 20. Dès cet instant même on dit que jallois des- 
cendre à (.^uéhec ; cependant on voulut en«uit(! nie faire 
atrcroire <|ue »on excellence n'avoit onlonné mon déjiart 
que le »oir du même jour par le courrier; ce que j'ai su 
depuis être tiiux. Fruit excpiis de leur recommandation ! . . . 
Huns en avoir eu aucunement avis, je iiartis donc, prompte- 
inent, pour «,)uét«ec, nccompjitrné d'un ofiicier avec huit 
soldatH annés, en (arriolen. D.ft uses i^trictesde me hiisser 
jmrler ù personne sur la route. Ainsi CHC(.rté et traité in- 
huniaim inojit ( par un froid extrême j'étois vêtu à la 
légère), je fun tiinsporté en dtiux jours à la gmnde garde, 
au ChAteau, ainsi que I)ç|»èn< et Oïd^es, que je n'avois jws 
encore revu», et à 2 hi.'uivs de l'après-midi, j'étois logé pur 
le prév.ùt Prenti(e <l{uis la i)rison d'État, l>atteric du 



rmwvHv wi« 



(linblu, où jf (IcvoÏM ri'Btcr trois hiis «-t <l«'mi à HouRVir hhhk 
être tntcmlu .... 

R<'tourn(inH n ma iiiiiisoii de l'i^lf. .l'i-toin ù |><'inc juirti 
«Ii'K Trois-HivitTcrt. «|iic les inènicK gninds iK-rsuuna^»'» 
cuvoyèrt'nt Ioh IiIh tle 'J'ummiicour avec ce LojjniiiKt ihi'!! 
moi, il ^i^4l(', enfonc<T »'t touiller partout où Un croiinit'nt 
pouvoir trouver <lt'« <-onvKpontl;incTf« on cU-k papiers coni- 
pronu!ttant« : IIk burent et luau^èrent à ^tfio lundant 
trois ou quatre jours que dura cette perquisition. — Le 



\X 



)Uj(re, se uiK<u(!nt-iis, va «^tre pendu, il n'aura donc plus 
lu-soin de rien: divertissous-uous ii ses dépens. I.rnr 
piraterie tinie, ils oniitortèrent en ville les valisi-s de mu 
lM)nne amie ; elle-même, fut censée arrêtée, et tut ndse 
chez son père sous la pu*de «lu k''^"'' vicaire ( le voilà 
jiçeôlii'i ! ) : le reste d'un beau ménage fut laissé au.\ soins 
de mon domestiipie ; les gninK^'t^ pleines de grains et de 
foin, les étabb-s pleines d'animau.x, aux soins de ce fermior 
Bergeron. l)e tous ces biens, j»- n'ai rien retrouvé à ma 
sortie de prison. Les animau.x étoient morts, et le fermier 
s'étoit emparé du reste pour [)ri.\ de ses prétendus soins. 
Sans exagérer, je puis dire (pie ma perte réelle de ce côté 
a été de ;^()0 ii 4iMt louis. Mon menafi'', » la garde d'tin 
co»iuin <le dom«'stique, avoit fondu dans ses mains; Il 
l'avoit tout fait vendre, disant «|u'il avoit des ordres de 
moi ; juscprà iwto guiné;'s (pie j'avois de cachées en es[)('ces 
dans la cave, sons la [loutre, tout m'a été pris et gaspillé 
par lui ou par d'autres. L" onpiin s'en est carré pendant 
deux ans: étant venu ,"i <J(uébec, vétti de mes hanU's et de 
mes l»as de soi»!, soti audace pi(iua tellement mes aniis 
iju'ils allèrent trouver le lieutenant-gouverneur Craunilié 
et rinf(»rmer dv la Iriponnerie de mon doTnesti(ine, (jui 
avoit fait vendre mes beaux lits de pliune ii l'encan à 
<juélKT. M. Cramabé me fit d'uiander par b- [u'évôt Pren- 
tiee si j'avoin donné oi-dii- à ce (iomestit|Uc de vendre mes 
etl'ets: je répondis que tion, que je ne connoissois rien «le 



— 114 — 

sa conduiie, que ceux qui l'avolcnt établi jjjardien devotont 
être rt'HponWihlt'S df hch lulioufi, que s'il tigissoit de la 
sorte, c'étoit un \ oleur, <t que l'autorité devoit le, faire 
arrêter, (|ue quoi(jtie je fusse accusé, je n'étois pas convain- 
cu, et que ix'rsdtint! n'avoit le dro"t de toucher à ma pro- 
priété. Huit jours après, j'appris qu'il étoit enfermé dans 
la prison commune pour ces choses: il y resta un an, 
pendant <|ue j'étois prisonnier d État, après quoi, faute de 
preuves, il fut élargi ; mais «ix mois après on le pendit ù 
Halifax pour d(! nouveaux méfaits. A ma sortie de prison, 
je n'ai pas trouvé pour la valeur de six sols d ; ce «pie mes 
mJirchands de chair hinuaine lui avoient contié, et j'évalue 
cette perte sans exa^ératicm à fiOO ou 700 louis. Pourtant, 
en conscience, quel(|u'uu devroit me dédonmiager! .... 
Les valises de ma bonne amie lui aviut nt été rendties au 
bout de trois mois par ordre de cet humain gouverneur le 
Suisse }{aldimand .... 

Il y a trois mois que je suis logé datiK un bas de prison, 
fort n)alsaiii, de 3;} pieds carrés. Je couche sur une vilaine 
couchette, sur une dure paillasse ; je n'ai pas d'autres 
hardes que celles (jui ma cou\reut ; je suis sans chemise, 
car celle «pie j'avois est tombée de mon corps par mor- 
ceaux (!t pourrie. Je n'avois pour toute compagnie qu'un 
chien fidèle, (pli n'avoit pas voulu m'abandonner. Un jour 
• qu'il étttit sorti dehors pendant que le tourne-clef faisoit 
la visite de ma chambre, où je ne voyois le jour (pie par 
quatre carreaux de vitre, devant lesquels on avoit placé 
une sentinelle, lorsqu'il voulut r<'ntrer, trouvant la porte 
fermée, le pauvre aninuil hurla un i)eu ; ce cru<.'l monstre 
le tua sous mes yeux d'un coup de sa Iwiïoiuïette, (j 'il lui 
plongea dans la tête. Je lui criai : Pounpioi avez-voiis l'ait 
cela ? Il me répondit qtie si je ne me rotirois de la fen(5tre, 
il m'en feroit autant, c'est-jwlire qu'il me tueroit de la 
Imlle (pie eontenoit son fusil. Ce n'étoit pas assez d'être 
détenu comme Je l'ctois, il me falloit encore craindre d'étro 



-115- • 



u8KaAHin(^ on fiiHillO: j»' m<' ntirui pmir gémir vi ploiiror. 
A quoi «icvoÏK-jf nratttruln' aprèw cr t\\U' ji- voyoin ! ,,.. 
Hôlufll jo n'avois plus pour mt' tenir cnnipagnir (pic i\vn 
Hoin-is, en ouavz grand nonibn;. On se faïuiliaiirtc avoc 
tout. J'en apprivoisai un<', (pu* j'attelai p«nir la rcconnoitrt? 
à un petit tnurgon Iég«'r, qne je lui fin avec un canif, le 
Hcui instrument cpie mes geôliers i\v. m'eussent pas ôté • 
elle s'y accoutuma et devint si tamiliere «pie lien ne 
j'efl'rayoit, hors le bruit foudroyan' des verrous de la porto 
aiupiel elle ne put jamais fi'iwroutumer pendant les treize 
mois que je fiiH seul dans ce vllu a appartenu-nt. Pour sa 
eomiiuxlité afin «{u'elle jnit venir prendre ses re{)as avec 
moi »i tnlile, j'avois tait un petit [»ont incliné de planche ; 
deux p<'tits gr-lots tixés ji sa voiture nraiinonçoient où 
elle étoil, son éloigncment «;t son approche. Elle fut re- 
marquée par les gardes, le toiirne-elef et le prév»')!, et l'on 
commeni;a de parler d'elle vn ville et au châtiau, si bien 
(ju'un jour rrentice i fin porta avec lui au lever; Haldi. 
mand, (pielque dur qu'il fût, eut <iésir de m'en priver pour 
l'envoyer ù la tille d'un de S(!s protecteurs, miss Wymoutli. 
Avant qu'elle me fût rendue, il me la fit demander. Si je 
lui refusois, je ne la reverrois plus; il me parut plus sage 
de répoudre : Avpc plaisir, Ji: roiis prie de racceptcr .... 
Cette séparation me rendit fort mélancolique, Si on n'avoit 
pas mis dans ma t'iuimhre deux nouveaux prisimniers, un 
aviKîat de Montréal appelé Jotard, et Fleuiy Mesplet, 
imprim<;ur, j'ignore quel temps s" siToit écoulé avant de 
m'en consoler. 



n 



i 



I : 



CHAIMTHK SIXIÈME.' 

Ct </«» arriv*- à Vavirur jht-ndant noit empri«onnfmeiit . S'* ejtt'ortt 
inmr prouvr mm innoct-nee, et (e ihu de oa» qur l*<nt eu /ait. Sa 
ran'- €t untvliiif ifjH-i'gfiittauf Ira h'<n-fieM fl tontex h» .l'ortirifntion» 
lie (jfu^her. fJitt/iiiiiMe dm nnlreii iirinoniiir-rM, 

Me voyant Hctil eu oc viltiiii lo<;iH, nyunt Ih Kurih- ù ma 
Kuiu-Ik* et iiit autre iniKoiuii* r — un < ^|»ion, <liHoit-«ui — 
pour \oi8in, je ne khvoîh où purtrr nicn pensécK. Tn inHtin, 
HUx portas onverteM, i-e runuiaulr priK<»nnier ««• préncnta à 
moi et me <iit ex abrupto ipn- nous |tourrîonH fain* con- 
noÎNsanc^' par !<* moyen <ie Ih niuraill*' où ôtoit le poult'di- 
fcr, et sans qu*' le jicolicr s'en ap»'n;u(, que nous jtourrions 
ncMiR éi-rire et nous parler par la porte ouverte <!«' (•«• |K>el«' ; 
1<' plus (lifticile lui paroi8«<»it (\v convenir d'un mot pour 
nouH avertir «luand il y auroit <piel<|Ue ct-rhère suH|»e<'t 
clan« l'un»' de noH ehamhres. .le choisin le mot /<<// à Iran 
pour «iifual «l'aller érouter au po6l«', (pii nous 8er\oit ausni 
de p<'tite poste, par où les l)illets s'inlianneoient au liout 
dun liâton mince et fendu. Son mot à lui étoit witxi ou 
vent. De «etto nmnière, pen<lant le temps que nous fûmes 
seuls, notre corresp(»ndanee marcha librement : sur «pioi ? 
sur ce «jue le tourne-ilefs, ceux qui étoient avec lui ou le 
prévôt Prentiee lui-même avoient <lit <»u mp porté ; car 
pour d'autres nouvelles, il n'en venoit point à notre con- 
noissance, attendu que nous ne pouvions correKp<)ndre 
avec personne, si ce n'est par la permission du lieutenant- 
gouverneur ("ramahé, sous les yeux d»; qtû tout devoit 
passer. <Hi, Dieu! «[uelk- ^êne ! .... ("étoit lj\ le seul 
commerce que nous pussions avoir avec le» mortelH 
libres! ..... 

Enfin je reçus une valise contenant des hardes et du 
linge; il étoit tems, rien ne nu' tent»it plus sur le corps, vt 
je pcuivois exciter la pitié d«! l'être même le plus in- 
sensibb'. 



-117 — 



Ct! fut (hin8 i'v trmH i\\u- J«' vIk anivo» ce |>»u> n- M. 
DnCiilvi't, soU|>(;«t)ui<- «riiiiinifii- i-t jwmhh^, Jo (Toîk, faMHN«-< 
in«'nt d'avoir «U-h IntvIli^fi'iirfK nwr Vvuwmi: non |iIiik 
^raiid tort. l'toJl <|'HV<»ir, ù Montrnil, le jnp:<' Fnwcr^ Itou- 
\i\\o vi trois o\\ (|iiHtr! Hutnn pour Sli.vI<H'kH, nymit (-iv en 
cMnino livre ni\ iii'pni>< |i!iiHt«-iir.«* hmihm-.*, «t ayant «ouni 
|i|(iHifiir8 tnis !•' <iiiii);i-i- «Ivtrf axsaMHim'' par «mix. A n- 
propos, je renvoie le lecti-nr à un uiéinoire tie justiti» atioii 
(lu «lit Hieur. imprimé h l<(»ii«lreH, où le «létnii tir touH een 
faits «'st trèM-Hiipérieuremeut iiieonté. Ou lo^t-a iMiCaiv.-t 
daiiK une \ilaiii( ehamUre iW rancienue prison, appi'iéc 
]iriH«»n lie la reiri'- du tems du ;4:ouveriiement Cnuit.-oiH, oii 
il étoil h! mal «(u'à forée d<' pétitioiin<T !<• dur Haldimand. 
il fut transféré, six niois afirès, prisormier aux Kéroljcts, 
et \o supérieur, je J'éie lière. ( di' lien y ), «levint son ifar- 
ditii. Ce M. DtiOah et étoit un >;»ntilliomme fran(,ois «|ui 
avoit vendu wh jjrojtriétés «-n >'r»Mee pour venir n'étahlir 
eu ('aiiada, odxiniste de eroyariee. tort honnête l)omn»e, 
ju^e de paix île S. M., mais ju^^e sévère et juste, sei^ieur 
danK la rivière ChamM\', et t<'uant une tVute nuvison d<' 
commerce en .i;ros à Montréal. I! n péri vn mer. entière- 
nn-nt ruine- sii mort a été un mystère, et ses tynuis ont 
été soupçonnés de lavoir fait jeter à la mer. not^miment 
<t surtout le j;énénd Haldimand, contre ipii il éttiit en 
instance pour emprisonn(!m<*nt arhitraire | 

QueI<|Ues Jours après que ce <lespotc de liouverneur 
HaUiimand, nudj^-ré la unijeure partie de son conseil et 
roj>ir)i(>n du ju^t' l'u cle'f Livius. lumime vertueux et juste. 
vl Augloi» dans toute la ton e du ternie, eut pris sur lui 
d<' pi>rter atteinte a«t\ privilèges du sujet, je vis airiver 
dans ma cliaudire, comme prisonniers d'Ktai aussi, im 
avfKat appelé Jotard et un imprimeur appelé Kleury Mes- 
plet, in<ulpé» le prenner détrc rédacteur et le second 
imprimeur d'un paider <onnu sous le nom d»' 7ant fti»/, 
tant vii''iii\ du j.renre lil>enir|tic. (pii st- permettoit d'attaipu-r 



— 118 — 

la sjif^o politi<jue du j::ouvtrnt'iu<^nt «iniïlois et surtout do 
(omlMittro le «lespotiHiiie du Suisse Haldiinand. 

L'éducation de ^•^^ Jotard t't(^it «olide sans être accom- 
plie. H étoit Kiitiriiinc et !SO|)|iisti(|U(' comme \ni avocat, 
avec un front d'airain que rien uï'tonnoit, ivro.mic, faux et 
menteur comme le diable et jjjrand é|ti<urien; il haïHKoit 
tout ce qui étoit anjjclois. pour «luclle raison? je ne la' 
jamais \n\ savoir. En outre;, il étoit plein d<? préjugés, 
jésuite surtout et fort mauvais ami. Mesplet ditl'éroit de 
.lotard i)ar léelncation : i<on talent, <■ étoit d'être «luvrier 
imprimeur; il avoit des coiuioissances iiourtaut : nuiis il 
s'en faisoit accroire, et ne parloit (pie d'après son réda< - 
tejn" ; «railleurs fourbe et menteur presque autant qui' 
celui-ci, et d'un génie mécbant ; si son épouse, ijui étoit 
très-resiH'ctnble, ne l'avoit pas adimci, il auroit été cou- 
])hI»1c de bien <les choses inflignes d'un honnête homme. 

l'ne couple de mois après, on amena encore dans ma 
chambre un Keossois, du non» de (Jharh^s Hay, maitre- 
tonnejier de Québec, accusé, disoit-on, de correspondaucc 
avec rcnnend. Il avoit été bien éduqué au ciîllègt! d'Kdin- 
liourg (<pioi(|uil exirc.'At la tonnellerie); il étoit doux, 
sobre et fort obligeant, père d'une nombreuse familli' et 
époux (Itme très-jolie et respectable femme, mais très- 
ambitieux et homme à hauts sintiments. S'il visoit au- 
dessus de Son état, c'étt»it bien panlonnablo ; cependant, je 
erois qu'il étoit inno<i'}it de ce <lu:it on l'accu-soit, ear, 
pendant les trois ans qjie nous avons vécu ens«'mble, j(ï 
ne m'aperçus jajuais de rien qui indiipuU qu'il «voit des 
desseins contre sa patrie. 

Me voilà donc obligé de vivrti avec trois étrangers, 
buvant à la même tasse de prisonnier d'État. Je ne fus 
pas longtemps sans donner la piéféreuce à M. Hay, à <'ause 
i\v sa sobriété et dv. l'égalité de son hunii'ur, ce ([ui causa 
de la jalousie au.v deux autres ; des disputes s'ensuivirent, 
et i\ la fin des coups. J'étoi» Jeune et vigouriuix ; bien 



.lAMA^iii* ta A, ..^(L. 



--Î10 



Kouv«'iit Hay nouK séparoit, «m le tninic-cIt'fK f*t la pinl(!, 
étoit'iit olilifJTÔs <le venir. .T'avois alTaire h Jotanl et à M<'h- 
ph't cnKombU', l'un n',' ni'attaqnoit pas sans l'antre, «>u saiiH 
M[»prl»'r l'aiitro à son secours: heurensenient <]ue je les 
rossois tous les deux à mou aise, et Je n'a vois lusoin (pic 
ilu i-émoignag»! <le Hav. <pii eonnoissoit leur tort: ils m* 
m'insultoient d'ailli-urs que (juand ils étoient ivres, r't-st- 
M-(lirr pn'sipie toutes les après-midis, tirant sur le s<jir. i',c 
témoig^iifiiie inii^artial nie niettoit à l'aliri; ils avoient 
l»eau taire et écrire au f^ouverneur, j'avois toujours raison, 
puisque je me battois à mon eorps détendant. — (jue 
taire? disoit le gouverneur. Le nu-ttre en prison! il y est 
d(!JiY; qu'il y reste donc! — Et e'étoient là toute la satis- 
faction qu'ils recevoient. 

Voyant cela, ils tirent jouer d'autres ressorts. Comme les 
é|)ouses de Hay et de Mosplet avoioit obtenu permissi(»n 
de venir voir leurs maris, ma bonne amie et ma chère 
entant Dorothée venoient pareillement. Je peux dire 
qu'avec la cbd" d'argent on ouvre bien des i)ortes. (Jette 
clef faisoit entrer mon anue avec mon enfant, et la femme 
de Hay, tous les soirs. Jotard et Mesplet s'en plaignirent 
HU gouvernement, auprès de qui ils n'eurent cette fois 
encore aucun succès. Alors ils voulurent se vi'ng<r par la 
séduction, en se couvrant des ai>))ari'nces de l'amitié. Ma. 
b(ume amie, à (pii j'avois acheté exprès une maison, près 
d<' la porte do notre prison, faisoit faire chez elle mon 
ordinaire : ma petite tilb; ni'ai)portoit le déjeuner, une 
servante le dîner et le tea, et ma bonru- amie pHssoit 
souvent la nuit avec moi : car nous avions divisé ce gmrui 
appartement cm (piatre cabiiuts, outre une t hambre com- 
mmti^ de c!omi)agnie. et chacun avoit fait fernicr son 
cabinet, et y faisoit comme eh •/ lui ce (ju'il vouloit. 
J'étois voisin de Jotard, (pii prolitoit souvent de ce voisi- 
nage pour li-'r conversation avec ma lM)nne amie, ce dont 
je ne me fornialisois pas. Le fourbe fit part à Mesplet «( 



-120 



11 Ih Iciiimr (Ir ii-l>ii-<i de l'intrij^tH' «jU'il tramoit, rt so mit 
«•Il camitagin! <lrtn« \v i)liis j^nuui secret. 

Vn soir, il s'ouvrit enfin de cette sorte: — Vous notes 
point mariée uvee LaTerrièie ; pouniuoi ne l'étes-voiis 
pus? Il vouK trompera à la fin. Si vous vouliez suivre 
n)on conseil .... — Ma honne et sini-ère amie, en femme 
cuiieiise cl rnsée. lui dit: — Kh l»ien. Jf. Jotard, qu'avez- 
vousi II m'.'ft'rii <;ui .soit faisalile et mieux? Voyons, ikî me 
dt'.yuise/, rii'ii. — .T'avois, rép(.)ndit-il, diarj^é madame Mvn- 
plet de vous en parler, mais puisipio les circonstane(is me 
proeur<nit à moi-mt*me ce ])laisi:-, je m'ouvrirai à voiis 
iivec votre iK'rmission. Je vous aime à la folie : ])uis<|ue 
les choses ne pernx-ttent pas à LaTerrière de vous é|>ouHer 
si vous voulez me donner votr(^ main, nous notis maricromT 
tout de suite devant un ministre; mais anparavant, 
connue haTcirrière st'ra enra>;é c<ujtre v»tus, saisissez-vous 
d<' tout ce qu'il a de nienblcs, |iar<l(!S et argent, et f .... 
vous de lui ! Jr \tiiis jine de vous rendre heureuse. — 
Kst-ce In votre conseil ? Il est honihie. et je ne suis pas 
f-mme à le suivre! ( >nliliez-moi I votn' projet me fait 
horreiu'. Vous dites (pic vous lei'ez mou honhcu!, mais 
c'est nn c(eur faux «pii me l'assure. Mon âme <'st juste et 
lecotniaissante envers celui (pli a tout t'ait })oin- moi et 
pimr mon «Mifant. .Jamais il )ii' nu''rita d'être tnmipé! Au 
le (I de le priver du bien (pi'il m'a conrn''. je vendrois 
plulAt jns(pi'à lua chemise pour adoucir f»es malheurs, 
(prit II" mérita jamais. .Te vous le dis de cieur l't d'âme: 



tinisscz vos iuj^iats et taux procédés 



.Fc veux bien lui 



cacher votre efironterie, votre scélératesse .... .le le con- 
nois, ici môme, dans cette pris(n). il vous nuttroit en 



pièces ! 



Dieu ! j'aimerois mieux pt^rdre la vie (pie di' 



l'aftli^for par un tel trait d'inuratitude ! car je nui ipi'à me 
louer <le sa conduite. Si je ne jouis juis du Itonheur (pi'il 
me Houhait" sans cesse, ce u'est pas sa faute : la force et 
l'injustice qui l'écrasent, l'emj)èchent de m(.' le donner : et 



— 1-21 



je int' t'aÏK hoiineni- de partttjicr kok pcintis : D'u:xi nous ïvn 
fom oulilicr. i-n ramenant le» beaux jours et un nouveau 
et rayonnant soleil! .... Allez, monsieur, et ue m'en 
l)arle/. j)lu8, parée que Ji's conHéquences en «eroient atili- 
jfeanti's, t'unestes pour \oum .... — Aussi vite (ju'elles 
av()ient roinimncé, finirent les amours d'un fourbe et 
méchant homme .... Il < han^'ea «le kitttrje, et trouva 
(lautrrs ruses, <(iu' sa lâcheté et les riuçude* que jt; lui 
donnai de tems à autre remj)èehèront de mettre à exécu- 
tion. ,' , . . . : <' 

Le printems nous amena «ix autres prisonniers d'État 
du Détroit et un <lc Montréal, appelé M. C'azeau, tous 
soupçouués di- cornsiioudances avec rennemi, — ■ et les 
officiels et soldats ;iniéiicHins i»ris t'n différens endroits, de 
sorte que cette partie de la prison étoit pleine; il n'y avoit 
qu'une cour de moyenne -grandeur pom" leur faire prendre 
l'air depuis 7 heures du matin jus(pi'à 7 heuri's du soir. 
Nous n'avions i>as (uicore Joui de cette faA'eiu", mais nos 
chamlires étant n-mplies, on fut ohliKÔ d<r nous l'accorder: 
nous re<;umes lonln? dur et strict de ne pas nous nuïler 
aux militaires américains, < -dre qui fut exécuté, surtout 
lorsqu'il y avoit garde allemande; la garde angloise n'y 
faisoit pas attention. Dans ces promenades <'t communi- 
cations, les prisonniers se contioi<'nt récipro<piemt^nt l^urs 
peines, et <eu.v (pii ne pouvoient pas («msommor leur 
nition la donnoient aux autres, dont le nombre étoit 
graïui, parce i(ue Haldimand avoit diminué les rati«ms des 
prisonniers d'un «luart. Ils en pAtiBsoi«ait beaucoup, et uu 
jour (pie le gouverniîur traversoit la lour avec ses aides- 
ile-i-amp, tous les piisonniers se mirent à lui crier: B*r- 
liare ! puisque tu nous a enfermés, au moins «lonue-nous 
de tpioi manger! remets à nos rations ce que tu nr)us a 
(Sté pou; ton protit! '. 

C'est ainsi (pie s'éi-oulèrent «lualre années environ, sau»" 
qu'aueiin de nous put obtenir m liberté. 'J'ous les huit 



XMMMMMII 



kMm 






jours nr>U8 atrablions «et homme au»Hi <Iur que l'Hiram, de 
pétitionH, (lemamlant qu'on nouH Jugeât ou qu'on noUM 
admit à caution, l'oint de réponses. Nos justes deman<leii 
étoient miBex dans la pothe pour servir (.nsuite de papiers 
de commotlités ; t'étoit tout w. nnt: nous en apprenions du 
prévôt seul. Nous avions la perspective consolante dêtn^ 
détenus jusqu'à ce que la guerre américaine prit tini N'ini- 
p(»rte, Dieu ayant donné la raison à l'honnue, il imi>ortoit 
d'en faire usage pour employer le tems à ffuchpie chose 
d'utihï, afin de ne pas tomber dans l'abrutissement oii la mé- 
lancolie conduisoit natmellenjeut, ou de ne {)hs fain? pis en 
a'adoimant à la l>oi8s»»n, comme plusieurs tin-nt, surtout 
le vilain Jotard et Me8i)let, qui bientôt ne furent plu» 
Supportables. 

Vers la fiiu du premier autoujnej voyant <iue tout espoir 
d'élargissement étoit évanoui, ne voulant timiber dans 
aucun des vices <1<! l'inaction, comm<! j'avois vu travailler 
tout l'été les ouvriers artificiers, lïdée mt^ vint de con- 
struire UJie machine qui représentât les fortiflcations et 
batteries de la ville, ainsi que les forges de Saint-Maiaice, 
on petit et le tout manhant par le moyen de roues et de 
poids, ou d'un chat dans une grande roue. Pour cela j'avois 
Ixîsoin de bois, de plomb, de cuivre, de fer, d'ivoire, d'outils 
et d'un tour ; avec de l'argent je me ])rocurai toutes ce»« 
choses «les artificiers ; elles me coûtèrent dix louis el 
quelques shillings. Je mis trois ans à faire ma machine ù 
mon goût, et j'eus la satisfaction de fairt; partir dans l'es- 
pm.'C de dix minutes, 76 pièces de canon, servies par des 
hommes qui alloient de l'une à l'autre njettre le feu à la 
lumière, par l'action de roues, d'échelles et de poids. Au- 
dessus, étoit la représentation des Forges, fourneaux, 
diattfferies et de la martellerie qui frappoit sur l'enclume 
60 fois par minute ; il y avoit jusqu'à un mouliii à farine 
«tt un à scier, marchant trùs-bieu. Je no m'aperçus du 
Mérite de mon ouvrage que quand il fut fini et tjfue tout 



12S — 



le monde l'admira ; jo ne l'avois entrepris que pour m'a- 
muser sans gmiulc espérance de réussir. Je puis dire qu'il 
en fut parlé au Château rnAme, au dur Haldimand, et quo 
<elui-<.:i ordonna au prévost Prentice d<' lui apporter la 
machine au premier lever. Un peu de joie, un peu do 
{H-'iae. Je vis partir le fruit de trois an» de travaux, «ans 
savoir si je le reverroiR jamais — et en effet je ne 1« revis 
plus. Ce despote se contenta de me faire demander com- 
bien je le voulois vt'ndre. J'en fus trè8-<hajifri», I»rce que 
j'étois attaché h t^fiutes ces i)etiteg choses qui m'avoient 
distrait et désennuyé : consentir gracieusement ou refuser, 
je n'HVfûs pas d'autre alternative, et refuser pouvoit prok. 
(hiire des <(»nsé<iutnoes quuu prisonnier <le quatre ans 
n'aime pas à voir renaître. Mou ami Hay et le prévost 
lui-m4me me firent entrevoir que je j)ourrois tirer de là 
ma lilKTté ; le dernier ajouta que le général, après avoir 
vu la machine en mouvemnit, s'étoit écrié: — «Quel dom> 
miij^e qu'un tel génie soit enfermé! S'il étoit notre ami, il 
pourn>it être très-utile, — Tout considéré, je lui fis dir» 
que U'K ialens d'un gentilhomme n'étoieut pas ti vendre, 
que j'H>ois travaillé ù ma machine pendant quatre aas 
[Kiur mon plaisir, et (jue de ma lihre volonté, bien que 
inon eor\)fi. ne fut pas libre, j'offrois le fruit de mon travail 
11 «on exci'llence. Elle l'accepta et me fit demander si je 
n'av<»is quelque désir que je voulusse a oir accomplir. Je 
répondis que je serois charmé <jut! mon pro<;ès se fit ou 
qne lùa liberté me fût rendue. Son aitb -de-camp Mathis 
niiapportn une lettri-, qui maccordoit la liberté, en 
qut'lque i>ais que je voulusse aller, jusqu'à la paix, et disoit 
que i»oti ex«ellence ne pouvoit pas me faire juger. , 



OHAPTTllE SEPTTÈMK. 

Sortif f/f pn'uon d< fant^ur. Son voynge à l'ixh d^ Tfn-eumvf. Son 
rrtour linnn lu j/rovinfr ; r& quii n fait juHqu^à l'i iniuni <lva f/ii- 
rurtiirnii, et non dfimrt intur VvniTtmité dr f.'amhridu''^ prf'< de 
Hotton. 

Ce qu'ayint vu, ot omiKultTant l'iiiccrtituck' d'une ])lux 
lon£,Mi(-! j^uern'. et que j'étois Jeuucj il tiio jmiut wige d<' 
Hortir de ju-ison et d'alh'r voya/L^rr pour rétaltJir ma KantV-, 
qu'une: si lou^u»' et ngourcuKO détention avùit aUéréc. 
C"«''toit en autunin»', ot tous Ifs hâtiiucns ju»ui- 1 p',uro]>e 
t'taient partis ; j<; nio rÔBolus de pivndrf paKKuge pour l'isje 
de Terreueiive. Hur un l»riek (pii alloit au Hàvre-<lt'-Grâee, 
h 16 lieiies de Saint-Jean — commandé ]>iii' le capitaine 
Fall, natif dt! GuerncHcy. Le navire devoit Jtl>ar<juer à vv 
]>ort sa eaixaison de farine et df pois et se ixM'liarjrer de 
morue. Je n'eus «pu- vinKt-«]natre beiu'i s pour me décider 
i'X faire mes pré]>aratifs ; je préfcmi partir plutôt «ju»- de 
rester en prison. Ma l»onne amie t'toil allée voir son j>ère 
aux Troio Uivières: je ne pus emmener que mon enfant 
Dorothée, (ju: étoit restée avee moi jx-ndant celte abHencre. 
Je lui fis faire des habits d'Jiomme. et je l'emliarquai dé- 
f^ruisée do eette façon; personne à liord ne savoit (pie 
c'étoit nn( petite fille, n'étant connue (jue sous le nom de 
.ïnchy ù non pn/xt. Je dis, je I'eml»ar(piai : nous sortîmes (ie 
prison mi matin et lûmes dîner à lauher^e de la Basse- 
viile avec le p évost Prentice, (pli vint ensuite nous ae- 
compaj;uer jns»|U'à la chaloupe. C'étoit celle des (Jourdeau 
et elle alloit ù 1 isle. Le bâtiment étoit déjà au Trou de 
Siùnt-Fatri( ", où nous le rejoijrnimes. Deux ou trois jours 
après, nous atteijfnimes le détroit de Belle-Isle, et au bout 
de on/iï j(turs comptés, nous jetions l'ancre dans le Havre- 
de-Grâee, au port, devant le quai et la maison d»; M. John 
Thomy, marchand, ù (|ui le bâtiment étoit adressé. 



125 



Je (lestoiulis ù torre ot fu« bien reçu des citoyens de 
l'endroit. Je résoluH d y rester tout l'hiver ; ma .^anté l'exi- 
jreoit al»s<»l liment et les invitations pressantes des princi- 
paux haliitans aehevèrent de my décider. Le jujfe t'harles 
(rarland masKundt (ju'il me rendroit tous les services en 
son pouxoir tant par s(»n inHu»nce (jue personnellement, 
et d'autres personnes dont je parlenii me donnoient les 
môm«;s assurane<s. Le troisième Jour, je débaniuai et fus 
btifer diez Molher Vuoh\ en attendsint qu'une couple de 
chaml>re8, dans le comptoir d'un snarchand guernesioib, 
me fussent livrées. Le con signataire du capitaine Fall, 
JeHD Thomy, étoit lrlan<lois, l>«»n, poli, libérul et f<énéreux 
k ce point (ju'il voulut absolument (pie j'allasse dîner chez 
lui, tous les jours, avec mon petit Jacky ; et je n'y man- 
quois pas, excepté b-s jeudis, (pie nous allions dîner chex 
le juge Garland, à sa villa appelée le Grore. 

Ce poste du Ha\ re-de-Urûce est un très-joli en<lroit. 
Les j»remiers qui l'établirent étoient î''rançoiK, et il appar- 
tint d'abord au fjouvernement franc^ois. 11 est sis et situé 
dans le fond de la baie de la Conception, qui a neuf lieues 
dans son entrée et neuf de profondeur; cette l»aie, «lans le 
fontl, se {lartage en deux. Le côté nord fut étaltli, c«)mme 
je l'ai dit, par les Fran<;ois, et le sud, appelé baie des Es- 
pagnols, par (b'S gens de cette nation; cette dernière porte 
encore le nom de Spanish Ihnj. Ce n'est qu'un lieu dv 
pêche et de chasse ; cependant, mou opinion est que les 
grains de toutes sortes, y réusslroient ; les patates et le 
janlinage y viennent fort bien. J'y ai vu ce (jiii m'a paru 
être un débris ou une masure »ie moulin ii farine : «lonc les 
|)remiers Imbitans y sejuoient des grains; ils abandon- 
nèrent ensuite la culture pour la ])éehe. La|)etite ville «lu 
Havre étoit des mieux situées, et n-nfermoit, outre ses 
échafauds de pêche, de fort belles nmisons. Ses primipaux 
citoyens étoient le ministn^ Defort, la famille Garland, vi 
une vingtaine de gros n»archan<ls on facteurs de eompa- 



— isr, 



i!;nn'H tVAn^Yt'ivrvv, dlrlamlr, d»^ Ji'i*8oy vi do (inenieni'V, 
u. outre (\vnx chirur^ricnfl. Lm» dt'ux étoit un Fiunçoin, 
appelé LeBreton, lioinnu* d'î'diuHtioii, qui s'étoit réfufjié 
là avec un«* n'IiyiruMt' (pi'il nvoit l'nh'Vt'c » un r<»uvt'nt de 
NaJiteK et HVoit »''j»<»u8éf : ils uvoient un»' iiomltrcune 
tamille et vivoiont aH.si-z hii-u. siuik êtro tortuuéH. L'autre 
chirurgien étoit un Italien, ai)pel6 Fery», qui vivoit 
r-omrae époux avec une jeune marquise, q\i'il avoit auswl 
••nh'vée en KHi>H^:n«'; il tcnoit une maiHon somptueuse, " 
Une |>etite distjince du havre, appidée la villa de la Car- 
iKmuière. Sans être meilleur praticieu <iue LeBreton, il 
avoit plus de pmti<iues et, ayant par conséqucînt plus de 
rereniis, faisoit plus de déjx'n8<'s. 

Après que j'euB répondu aux Iwinnes et aimables invita- 
tic ms de rt'H f'amilh'R respectables, je me Jetai aux l">rome- 
natlcs. Je purcouruH les lieux souvent en oompagnio d'un 
luinistrc niétluMiiste, M. Stratton, honurtc poli, smialvle et 
bon, de n^éme que Hon épouse, et «ans enfans. Je leur 
<-ohftai plus tard mon ]»etit .ÎHcky, dont Je leur «léconvHn 
coufidehinient le sexe. 

' La navitnition fermée à la j)éche d<' lon^ cours, il n'y 
avoit ]»lus (pie les cab(»tiers ([ui allassent encore d'un 
|i<>f<te ù l'autre. Ces petits i)08tes tirent leurs approvi- 
stonn<'menR pour l'hiver des grandes jdaccs comme Saint- 
Jonn, (jui est la capitale. Mon Ixm ami Thomy m'engagea, 
vers le 10 de Janvier, ù aller avec lui et plusieurs mossieurH 
ù c<'tte ville, par terre, d>i côté de Belie-Tsle — trajet 
d'environ «luinze lieiies par un chemin <le pied; il ne 
falloit ( (»ucher (juime nuit dehors, et, pour le retour, si le 
vent étoit favorable, nous reviemhions en quatre hennis 
dans sa goelett*'. Ayant dit oui, nous coiivinrneH di' partir 
<lans trois Jours, avec des hommes pour porter du l>agage 
et des provisions, l^ne chaloupe nous traversa de l'autre 
« oté de cette partie de la baie ju8<|u'à ce chemin de pied^ 
Je ni' m'étois ;»<« allonifé les jambeR en pri«<m. loi il me 



-I2t 



liillut \tien le ïnm\ i'c (juc .}«• vi» «Ihiik <■»' vuyjifro m'inté- 
ressa IxHiU'oup ; 1«' pnys étoit pittun'sinn', garui «le forètn 
(jXii le faisoicut rfHKombU'r à plu» d'une hwalité dans le 
nord du L'ana^la. Sapinn, épinettcK, lM»id»;aux, nu''iit*if;rif, 
aniu's nuirt's, etc., en faisoient la rieliess<'. Le .sol, qm- 
J'exanànai en plusieurs endroits, me |>arut h(»n et même 
riche, H trop de roches j»rès ; ce (pii mt^ t'aisoit penser au 

système <le et autres, d'après lequel wHc 

isle ne iteruit )»hs absolument ancienne, au-<l<'ssus dc>i 
eaux, le détritus des feuilles et la forêt n'ayant pas 
encore couvert tous les rochers lavés autrefois par h-s 
eaux de la mer. Il me paroissoit aisé d'y faire de belles 
jtrairies. — Eh ! tUsois-je à mes eomi.Mijin'>ns de voyM;;e, 
qu'est-ee qui peut eik empocher l'essai '.' — liien, me ré- 
pundirent-.il8, si ce n'est la pc'ch<', qui rapporte plus (jue 
ne le feroit la culture. — Kn nous entretenant du iwïs et 
de son climat, nous arrivâmes sur la hauteur oii est la 
cita<lelle, toujo»n-s jiardce par 4t)(M) houimes. (''éti>it le 
colonel l'ringle qui avoit le c«>mmandem<-nt de cette 
place et de toute l'isle en ITh;{, 

Nous donuàmiis nos noms à la garde, après quoi il nous 
fut permis de desc^endre »i la vill»'. Nous l'examinàuLcs à 
notre aise, ainsi que su rad»* et le (létroit par où entrent 
les ua vires arrivant de la mer. Je crois (|Uc c'est la plus 
b(!lle rade du monde. Je ne vis sur le pt>rt ((Uune frégate 
et un vieux vaisseau servant de l'rimn-Shii>. Nous nous 
rendîmes ensuite chez un lrlan<lois catholique, appelé 
<Jantion, «^ui tenoit auberge, et je m'y n-posai jusqu'au 
lendeniain. 

Mon nom étant parvenu 'i lu forteresse et dcM nu pul>lic, 
un ami que j'avois connu à (jiuébec, qui y étoit conimis- 
saire — .ban Kee — vint me faire \\v bon mutin une 
visite, que je lui rendii» toute chaude en allant chez U: 
commandant, h qui il me présenta et dont je re^us toutes 
sortes <l'é^ards. M» visite d'État faite, il voulut m xcconi- 



— 128 



pagiiei', <!t DiéiiK' «linor avec hohh à notre auberge ; Imîii* 
«lant mon Héjonr <'n cette ville, il ne nie quittai i)ai». Son 
pluH K''a"<l plaisir, diBoit-il, étoit de ni<' voir, de nie re- 
l'omiiuui 1er et de ni'introdiiip' dans les nit'illenr s niai«<)n«. 
Ayant ku ni(»n injuste t-t <lur<.' détention, il faistiit trojihéc 
d«' niiinnon* er comnu' une victime inaltiaitée. Il étoit 
ponrtjint i-oyalinte et dans le service, ainsi <|ue ceux à ((ui 
il a[»|)renoit nies infortunes, nuds c'étoit justement ce ijui 
leur faisoit prtn<lre plus de part à ma sittiation ; ils me 
disoient t<ius: llestez jmnni nous! Voilà comment l'on 
traitoit les malheunux à Saint-Jean. 

Couimc c'étoit le tems des !)als, diners et tricots, il ne 
«e passoit j»as de joins i[ue je ne tusse invité. 

La cour du hanc du roi se tenoit aloi-s, etitn Ht le pntcès 
d\m marchand de la Carbonière, accusé d'avoir tué sa 
t'cDune par jalousie, (lett.e affaire intéressoit beaucoup de 
monde : In famille de la fennne étoit de la ville et deman- 
doit ven;;«>ince avec ses amis ; de «on côté il avoit aussi 
d<f nomltrcux amis qui vouloient le l'aire trouver innocent. 
Le proccs dura (piatrt^ jours entiers. Les circonstafices, les 
témoigna>;es, les indices, paroissoient forts contre l'accusé, 
et ceux qui prenoient intérêt jxmr la femme s'en réjouis- 
Hoient, disant: Ce vieux laid de veuf sera pendu! .... 
Kntin, après des plaidoiries vives c't savantes des avocats 
pour et contre, le jury rendit le verdict, iio/i-<'<>it/>iih(i\ 
J'avois suivi W procès, et il me paroissoit imjK>ssii>le, et 
à bien d'autres spectateurs impartiaux de même, (pie lac- 
cusé fut trouvé innocent. La cour avoit i)rononcé, plus 
de réflexions! .... Nous dînâmes h 7 heures, à cause d<- 
cette aflaire, et au nombre d'environ l'on personnes, di 
bonoe it moyenne éducation, et tenant les unes pour le 
mari les antres ponr la femme. Jl se dit qu'elle étoit res- 
pectable et de gnind mérite, et ipie lui étoit homme 
d'esprit, mais vieux, laid it jalonx même de son ombre. 
II n'*'st pas impossible i-ependant <ju'elle eut en «pichpic 
intrigue pour eet< trois causes. 



-129 — 



l'armî ces bon» oitovens, il 8%»n trouva un — tin mar« 
clmnd — que ma situation intéressa i>articulièreracnt. M. 
Buffet étoit né ji Watcrtonl, Causant un jour av»!c moi, il 
me demanda ce que je me propusois de faire, pendant 
l'hiver, dans un lieu de eommercc Rien, lui réi>ondi8-je. 
Alors il s'offrit à me procurer des marchandises, en me 
faisant entendre <£uc je f^agnerois la moitié, et sans en 
savoir plus lonj», je me chargeai <le rhums et autres effets 
pour une assez joli»; somme. Cela ne produisit que des 
créances (ju en partant je laissai pour lui aux soins de M. 
Garland. Les a-t^il fait rentrer? Les a-t-il transmises à 
mon l>on ami en poissons, huiles, etc? Je l'igDore; J'ai 
seulement api>ris depuis que cet ami étoit mort. 

Notre tems de réjouissance fini, j'allai remercier tous 
ceux qui m'avttient si bien «ucueilli sur la recommanda- 
tion de mon ami Thoniy et smtout de Lee. Le premier, 
qui avoit terminé ses affaires et dont la goélette étoit 
prête à partir, me dit un soir ([u'il falloit faire nos adieux 
au plur, vite et embanpier sitôt que le vent le pennettroit. 
— (juand il vous plaira, lui répondis-je, et je vais de ce 
pas à la citadelle saluer le commandant et mon l>on ami 
Lee, prends- leurs ordres et les remercier de toutes leurs 
bontés. — Ma conduite leur plut l)eaucoup et ils m'of- 
frirent de m'écrire à l'anivée du vaisseau de guerre atten- 
du d'Europe de moment en moment, s'il y avoit quelque 
chose qui pût me regarder, comme (juelque mesure poli- 
tique. Je redescendis à mon auberge. Que vis-je arriver 
un instant après ? Mon ami Lee, qui venoit dîner avec 
nous et nous passâmes le reste de la journée ensemble. 
Le lendemain, vers le jour, une voix de tonnerre se fit 
entendre. — M. Thomy, levez-vous ! Embarquons, le vent 
est bon! — Au Innit de quelque minutes, nous étions à 
boni. Nous y trouvâmes onze passagers, avec des vivres 
et de l'eau pour 24 heures seulement, le trajet avec bon 
vent d'un poste à l'autre n'étant que de 4 heures. 



— 130 — 

Le vent nous servît bien pour sortir du détroit ; dihU 
dans cette saiHon il («t varia]»le, et il Ke jeta tout à coup 
au nord-oucKt avec \uio tfllc violence, (|u'il nouK repoussa 
plus de cent lieue» en ph'ine nier, (|uel<|ues nianœuvrcH 
que nous HKsions p(»ur nous rapprocher de terre. I,a 
Bcptiônie et la huitcnii! journécH, nous nous trouvâmes ré- 
duits à mander nos souliers «.'t nos bottes et à boire notre 
urine, parce que le vin, Iv- rhum et la morue salé*? qui 
étoient à bord reridoicnt t"us Ir^ passagers fort nuilades. 
Notre situation étoit critit|Uc. J'avois luau, m ({Ualité <ie 
médecin, leur recommander de ne pas pertlrc une goutte 
de leur urine, ils ne m»* crurent ?ioint, a l'exjeption de 
Thomy et d'un matelot nommé. John, qui, nous voyant faire, 
suivit notre exemple. Par cet heureux nioyen, (juoi(jUe 
très-iilîaiblis, nous nous soutenions encore, tandis (]ue nos 
compagnons etitient étendus à f«ind de cale et à demi- 
morts. Nous étions en ce triste éUit. lorsijue tout-iW;oup 
John prit la pan;l'î. — Je vois bien, dit-il. rpi'il nous faut 
tous mourir : le vent ne dian^e pas et nous sommes bien 
loin do terre! Il ne; nous reste plus «piun moyen de i)ro- 
longer nos jours. — Quel est-il ? demanda Thomy. — Tous 
nos j^ens sont pres(pie morts, répondit cet homme; il y a 
parmi enx uji boulanger qui est vieux et fort gras. Plutôt 
que de mourir de faim, si nous lachevicms? .... Avec 
des morctîanx du doublage du bûîiment nous ferons du 
f.u et en ferons cuir'! — Quoiiiuo cette idée nous parut 
a reuse, nous ne dîmes i)as grand'chose ; nous le calmâmes 
cependant en lui disant : — Patiente jusquà minuit on de- 
main matin. Hélas! si Dieu ne nous envoie pas d'autre 
vent, MOUS y consentirons .... Avec bien de la jM'ine il 
nous écouta, tant la faim le dévoroit. Ventre eumgé n'a 
point d'oreill s. John étoit \in Irlandois catholique, et 
notre divin' religion toucha son cœur ; il pria i'ieu comme 
nous de chang r le tems, et le Tout-Puissant eut pitié de 
nous; car une couple d'heures avant le jour, le 22 janvier» 



— 181 — 



It^ vent paHKH tout A coup au Kud-est avec la même force. 
Maigt'û la Kro****^' nu;T, nous mim«>8 touti' voihi dehors et 
voguâmes veut arrière. Kt notre eK|)<»ir de revoir la terre 
de reoaitr»', ({(i(ii((ue nous ne HtisHionH point exactement 
où nouH iriouH atterrir, n'ayant i)as d'instrumens pour 
prendre hauteur ni un cai»it«ine ai'Hez intelligent pour 
cela. Tout ce que noUH saviouK, c'étoit qu'en faisant route 
vers l'ouent-nord-ouest, nous ne pouvions manciuer de 
prendre terre, mais où et quand? Si la c6te n'étoit [tas 
habitée, nous xw serions guère mietix vu notre extrême 
détresse. N'importe ! «'njtérons ! . . . . Vers les (juutre Iieureg 
de l'après-midi, nous vîmes une grande noirceur à l'ouest, 
au niveau de l'horizon, ce qui nous encouragea. J'avois 
encore (juchpies ril>andelles de mon capot de loup-marin, 
je les fis griller an feu et j'en mangeai ; mon ami et le 
matelot en mangèrent aussi. Nous étions déterminés ù 
courir toute la nuit, vent arrière, vers cette noirceur. Au 
point du Jour, nous nous en étions b-aucoup appnK-hés, et 
sur les onze heures, il n'y avoit plus à s'y tromper, nous 
reconnûmes la terre. La joie et le lourage nous étoient 
revenus d'une manière surprenante ; mais pour nos mori- 
bonds, dans la cale, rien ! . . . . Nous n'osions pas descendre, 
craif^nant de les trouver morts, parce que nous n'entendions 
plus aucun bruit. Ainsi poussés par un vent favorable, 
nous arrivâmes ù la baie de la Trinité, habitée heureuse- 
ment pour nous. A notre arrivée à l'échafaud du principal 
marchand de ce lieu, ayant fait signe de détresse, dans 
l'instant nous fûmes secourus. Le marchand lui-même, 
appelée Walker, vint à bord entrer notre goélette dans le 
havre, et fit porter vitement tous nos gens dans une 
maison, où j'oidonnai ( il avait été pris un caribou ) de 
faire du bouillon, d'y joindn- un peu de farine, et d'en 
faire prendre à tout notre monde. Et point d'autre nour- 
riture jusqu'à ce que les intestins se fussent remis ù fonc- 
tionner! Grâce à ces soins prudens, dix jours sutiireut 



Mpa 



132 — 



pour nous létaMir tous. Ce Walker étoit juge de paix, 
excellent homme et philantrope ; il n'épargna rien pour 
notre bien. Mon bon .irai Thomy et lui ét^)i<'nt (Irtncieiint' h 
fOnnoissanceh .... Cliacun, ôtant rétabli, pt'nsa au départ, 
et quoi(iU'il y eût 30 lieues par terrr et point dv eliemin 
autre qu'im sentier de pied, presque inipratiealtle dauK 
cette Haison ù cause de la neige, tou8, d'un commun 
accord, préférèrent faire le trajet i\ pied plutôt (pie par eau. 
La goélette fut laissée lii en bivernage Jusciu'en mars. 

Deux jours suffirent pour les i)répamtifs de ce voyjig»- ; 
nous nous munîmes notamment de raquettes de bois, né- 
cessaires pour passer les l)as-fonds surtout, où le vent 
avoit amassé plus de neige. Quatre guides, lotU'S par nous, 
portoient notre Imgage et nos prctvisi.ons. Lorsque nous 
voulfimes payer M. Walker, il nous ush^urn qu'il n'avoit 
fait que ce que lui-même désireroit (pion lui fît dans un 
semblable accident, et qu'insister seroit l'ofienser et h- 
rendroit de fort mauvaise humeur. Il nous ihargea d<'s 
meilleures provisions (pi'il eût et avec abondanc(! ; aussi 
le quittâmes-nous et sa famille entièrement pénétrés de 
leurs bienfaits. Je le revis au mois de mai suivant, ji 
Saint-.Tean, et je dînai avec lui, lecteur, juge avec (pielle 
joie ! 

Lui ayant fait nos remerciements, nous filâmes vers 1«; 
sud-«8t et fîmes un(! lieue sans rien dire tant cet homnu! 
généreux avoit touché notre âme. Lors(iiie nous ouvrîmes 
la l)0uche, ce fut pour parler de lui et du besoin «jue nous 
arions eu do rencontrer uii être ni hosi)italier et si bon I 

Comme de coutume, je ne man(juai pas d examiner et 
observer attentivement l'aspect de ce i)ais, aj>p<'lé Côte du 
nonl de l'ile. Les bois francs et mous in'annon(;oient (jue 
lâ aussi le sol pouvoit être cultivt>, et répondroit j\ l'idée 
favorable (jue j'avois de tout le littoral. Les patates et les 
autres légumes récoltés à la baie de la Trinité prou voient 
(•ette opinion. Qu'est-ce qui empôchoit donc que cette 



— 133 — 



côte ne fût établie et cultivée? La pêche, le manque de 
bras, et l'insouciance pour l'ugriculture. La première nuit, 
nous nous anétàmcs au bas <l'uno montîif,'nc, à labii de 
l)re8quc tou« bs vents, au boni d'un»' livicre. La rive 
étoit un Hol d'aliuviou, trcK-ricbc : il y avoit dom; de bonne 
teiTC dans les environK puis((ue les eaux «n charrioitînl 
dans leurs lits ' Le lendemain et le reste du voyajçe, qui 
fut de si.v jours, ce fut le même aspect — <\v bel les plaines 
oïl vraisemblablement le foin pousse en aliondance l'été. 

En arrivant au Havre, nous apiu'îmes (jue l'on nous 
croyoit perdus, car on nvt>it su par d'autns personnes 
j)arties nprès nous de Saiut-.K'an, le jour «le notre départ 
dans la goélette de Thomy. Jnge/i combien les par<'ns et 
les amis d(.' nos comj)aKnons de voyance ge réjouirent de 
nous recevoir; ce ne fut que fêtes partout p<'nda)ii 
• pudques semaines. 

Les effets que num ami Buffet m'avoit confiés étoient a 
terre depuis dix ii douze jours, dîins tine u»ais<»n que le 
jufîc lîarlaud m'avoit })r<)<»u"ée. .le pris possession et j'éta- 
blis mc>n i>etit ménage pour Tbiver. Le capitaine Fall 
m'avoit laissé un de ses nui.tclots pour me servir, mais il 
ne répondit pas à et; que j'en attendois et je le congédiai ; 
puis je m'arrauficai avec ime vieille veuve — Jb)ther Ray 
— et S(m garçon, qui étoient déjà dans la maison: elle 
devoit faire ma cuisine et mon petit nséikag**. lui <levoit 
me fournir de Ikus. Je passai ainsi l'biver, recevant les 
amis qui venoient me visiter et allant chez eux ; Ils en 
usèrent si poliment que dv m'inviter à tous leurs festins, 
liais et fricots. .J'avoue ([U'ils m»; firent tant danser (liez 
la veuve Socklin, oii il y avoit assemblée tous les jeudis, 
que j y attrapai une pleurésie, dont je m»; guéiis avec 
l'aide du Dr. LcHreton, mon confrère, qui n\e visitoit tous 
les jours, ce qui nc<'ru. lotre intimité à ce point que je ne 
pouvois passer deux jours sans aller chez lui. La société 
de son époui^e, femme tle grand nxérite et très-sj>iritueUe, 



iiiKiipmHiiiiMamm 




— 134 






r- 



m'y attiroit hoanconp, et mou ]>etit Jacky Jouoit av«;<: tous 
«es enfants ; il n'y avoit que M. et Madame Lefirefon qui 
sussent son dépiisement. On a ber.u dire, la sympathie 
nationale a partout K(»n influence ; car J(î me pl.iisois 
mieux avec eux (lu'avee mes autres amis, quelques éf^ards 
alî'ectueux qu'ils eussent pour moi; il en paroissoit aatant 
de leur côté : pendant ma maladie^ ils eurent tous les 
soins pour moi, et après, quand ils ne me voyoient pas, 
leur in(Hii«''tude étoit frappante par les exprès qu'ils en- 
voyoient pour s'informer de ma santé, en quelque part 
(]uo je fusse. 

Cette respect}d)le famille Garland ne leur en cédoit pas, 
surtout M. David Qarlnnd, frère du Juge. Enfin, tous les 
citoyens (le l'endroit rivulisoient cnseml)le a qui m'ohlif^e- 
roit le mieux. Je répondois à tant de nmniues d"estime en 
étmnger sensilile et plein de reconnoihsance .... Ils 
auroient bien voulu me garder eu ma (|ualitê de médecin, 
après le trait suivant, que je vais rapporter sans m'en 
donaer louange, 

lia femme du juge civil, étant enceintt^ de huit mois, 
tomba dans des spasmes nerveux, qui amenèrent ime perte 
avec convulsion dont rien ne pouvoit triompher. Sa 
taibless<! devint ttdle tpi'on ]>erdit toute espérance. Son 
médecin étoit le Dr. Ferries, (jui l'avoit déjà accouchée. 
. IjcHr» ton fut appelé, uuiis la malade continua de s'en 
aller en |)oste : et l'on vint me ciu-rcher pour consult<'r en 
ce moment critique. En présence d'une nombreuse famille, 
qui s'attendoit si la voir ternier les yeux, je denuindai aux 
d 'ux praticiens si, n cli.uiui- grossesse, la. malade avoit 
a >iM(,u de pareils sif^nesï Ferries répondit (jue non. — 
Quelle est doue selon > ous la cause de la perte? — 
Quelqu'- vaisseau rompu in utfm — N'admettez-vous pas 
d'autres causes? — Non, — Et vous, M. Lelketon? — Je 
sjiis de l'opinion du Dr. Ferri<'s — Comment regardez- 
vous la malade ? — Comme étant dans le plus grand 



ir>5 — 



danger. — Vous ne trouvez aucun autre moyen ù tenter ? 
— Non, et vous M. le Dr. LaTerrière? ajoutèrent-ils d'un 
ton goguenartl. — Messieurs, je nuis éti-auger ici ; je ne 
viens assister la malade ([u'au <lésir dv. Ha respectai de 
tjimille. Je resi>ecte vos opinions, (|ui sont fort sages : 
mais une spécialité de notre profession qui m'est bien 
familière est celle d'accoucheur, et j'ai rencontré plusieurs 
cas semblables à celui-ci, dans différentes villes et pâ- 
lisses du Canada. Voici la métlunle (jue j'ai employée 
dans ces cas déscsjjérés : je m'assurois si les pertes vcnoicnt 
de, ce que le plac«'nta étoit devant l'enfant h l'orifice du 
gravide utérus ; cet état d'inertie et d'irritation, avec la 
pression de l'enfant, cause les t;onvulsions et en est la 
consé<iuence. De pareils accidents n'admettent (jue deux 
moyens, Vixn curatif et l'autre palliatif. I. humanité exige 
que nous les employions ici, car ils pourroicmi sauver la 
vie ù la malade et à son fruit. ^Ahandonner la malade 
seroit cruel, (piand c(!tte espérante itromet une ombre de 
succès. — Ferries s'y opposa en hoiniiie irrite ; LeBreton 
partageoit son opinion, QueUjue danger «pj'il y eut pour 
cetttï victime (.ondamnée, ne falloit-il pas tenter les 
moyens proposés'? A l'instant même, il fut décidé par 
répou.x et toute la famille en jeteurs d'essayer l'impossible 
et Dieu feroit le reste. — Je n'ai l»esoin ((Ue de deux 
femmes et du Dr. LeBreton, ûis-je, et qu'on uw donm; de 
l'huile d'olive! . . . 

r/attouchement me convain(iuit que le Dr. Ferries avoit 
fait (piehiue tentative, car les parties étoient tuniéfiées et 
un coin du placenta étoit sorti et bien égratigné. ce qui 
devoit produire les convulsions et l'hémorragie. Je dis à 
LeBreton de donner h la malade deux cuillerées de vin et 
d'eau et 20 gouttes de «astoréum ; pendant ce tems de la 
fomenter avec- di; l'eau tiède huileuse. (Juand i! eut lini, 
je lui demandai (juclle heure il étoit. — Deux heures pré- 
cises. — J'introduisis toute ma maiu dans le vagin pour 



*- 136 — 



m'aRsurcr do l'éUt (radhéivncc du plttctîuta. lîne tranchée 
que la titillation de nui main lui donna, amena l'entière 
«ortie d»* cet or^:anc. Glorieux de ce «uccèw, je le cadiai, et 
viteiiient j'inisinuai la main in vtrro poin* rom|>re les mem- 
hranes dcK fiuix : même siicccs. Depuis plusieurs Jours <iue 
cet entant soutVroil, faute d'une main haMle, je ne lui eus 
pas phitôt ouvert cette voie, (ju'il présenta une main et 
l'épaule ; je les fis rentrer et Je Tamenai suivant l'ordre 
«les choses, sans autre jucident qu'une extrême faiblesse. 
Ii"hémorrai;ie et les convulsions cessèrent, et furent 
•suivies d'une failvlessc de dr/it/tninn animi pendant trois 
jours. ,',v mis la malade dans son lit avec (»rdre de lui faire 
avaler une ciùllerée «le luiuillon toutes les minutes, la 
première heure, en auj^^mentjint par degrés. On s'aitercevoit 
i|u'ellc n'étoit pas morte, mais c'étoit t«mt. Pùlle revint ft 
la vie, et l'enfant aussi ; ils vivoient encore toîis les deux 
au printems. lorsque je quittai le havre ! . , . . 

Ce succès ramena le Dr. Fcrri^^-s, mais l'oreille basse. 
P<'rsonne ne donnoit une goutte d'eau à la malade sans 
(|Ue J«' l'eusse ,ipprou\é. .liCpreton m avoua n'être pas ac- 
coucheur et (jue le Dr. F\Mrie'i n'étoit qu'tm intrus en mé- 
decine. Ciie pai'ille cin-e nu; recommanda jusqu'à Saint- 
Jean même, et on auroit hit n v<iulu (|ue Je restasse au 
Havrtf pour y ]irati(|U<n- (omnie accoucheur. Hélas! la 
destinée me désir, it ailleurs. 

Le luivire de guerre, si lungtemi»s attendu d'Eurcqie, 
arriva le 20 février: il ap{>ortoit effectiAcment la nouvelle 
de la paix, et mon hou ami l,ee me l'écrivit tout de suite. 
«>n pei't naturel l«-ment juger de la joie que j'en eus: mes 
espénmces d un prompt retour au Canjula renaissoient, 
avec le tlésir d' revoir ma honn«' amie, qui me rendoit le 
récipr«»qui-, je n'en doutois pas un mou. eut: (|uant » mes 
autres amis, cela alloit sans dire ; pour les tyrans (pu" m'y 
avoient tant persécuté, je ne me faisois pas scrupule de 
croire qu'ils ue désireroient aucunement me revoir, De ce 



— 1.^7 



tiiniiioiit, jo m- (léHirai quii l'arrivé».' du pvinteuiH. Que lf« 
mois, It's jour» nu; panufiit longn, si bien tniité que je fugue 
pnr nuH luniK «le rette pHrtit; du monde I .Je ne penHOÎK 
•|U'hu ('auHda. Au <;oiiunenc«'nu'nt de mai, Je ré^^lai ettimi 
meK «onipteH aA ec mcK <iôl»iteiirs et aver vv.ux » qui je 
de Vois: la pacotillt* (pii m'avoit été confiée étoit vendue, 
Il peu de rliOHcH près, <t nies eréanee» ne montoient nu 
desKUN de lu lialanee que j«' «kvois à M. iiuffet, que je fuH 
voir nuù-méme à Saint-Jean pour le prévenir que je len 
nniettroiH en l)on ordre jV notre commun ami 1<î juge 
Ourland ; celui-<'i en retireroit le montant en morue ou 
liuile à l'autonine et le lui enverr«>it. M. Hurtet fut content 
de lua con<lui((! et m'cncuuraf;<a à regaji;ner le Canada au 
plUH tôt. .J'euK aussi 1c plaisir <lc revoir et remerciai mou 
Imui ami Lee, ainsi «(ue M. le commandant Tringle. 

Ktivenu au Hjivre, je nren(}ui8 «lune occasion, qui me 
|>ar«.»iH,soit diffii-ile à trouver à cause «le la saison «|ue toute 
cette pcuplad*' employoit à pécher. Ma dernière resHOurce 
étoit de mcnilmnimr à Saint-Jean. Comme Dieu n'a1)ah- 
«lonne jamais st-s cnfans, arriva au Havre, en piu-otille, un 
nommé W m. Hanly. Voyant que le i»oHte n'étoit uulle- 
jueut favomMe il la réalisation de ses espérances, le chagrin 
le prit, et s'i-n étant ouvert au juge Garland, celui-ci lui 
conseilla de me voir, <ju'il auroit peut-être plus de chance 
de succès au Canada. Har«ly vint me voir, et me fut pré» 
«enté par mon iimi. J examinai la facture de ses effets et 
n y vis rim qui ne dût être d'une prompte défaite h Québec, 
hormis que la nouvelle do la paix n'eût amène, une trop 
^raiulc aliondauie. Je lui dis qu'en ajoutant du tea, du 
su<'re et de la ni«'lassc i\ ses autres marchandiscH, uout» 
pi»urrions louer la gran<le chaloupe «le Kuarisln^rough, et 
en n«>uK retulant au Canatla, faire le «.'oUimerce côtier dan» 
totiH les postes habités de Tisle, sur le «létroit de Bello 
Isle, «^t v«Midrc ou é«;hanger nt)H denrées pour ce que nou« 
troMv<Tions, poisson, huile et peU«'t4Tie+*. L'idée ^mrut 



TfPTIPWBRipp 



mm 



— liiH — 



hoiuie et lut iiiiHê à exéciitioti. liii h»n<u«' tut ioitw- \mr 
uotiK et miHC <•» clrtwst*' au«Hit«)t, et le 10 juin ihmjk ôtiiHis 
îi lu voUel 

l*e JMU «le jtMiriH t|lU' J eus lureiil »iii|>|(»\ tk. ii tiiin' MM'k 
julieiix et reiiiereiniens ii tout !<• 1»i«>imI»' el Niirt«Mit à mes 
boiih îiiuih. jii fjnuill"- tiaihiiHl. I<' l>r. hilUi ton, U- miiiistie 

Deltol't «t Stmttoa L'es res|M'(tHl>lt s «;< ns vinnnl 

IXMIH aeeoiiipH^'iier à Inud. e-t lioilM Mniliaitènnt Imhi \ ovrtge. 
Me voUà eiu'ore une foin en nier! .... miuïk >u loiielmiU 
«!<' liHvre en liuv»»-. les liitiyucN <le la iiaviy;iti<>n l'urenJ 
Itit-n u«loU(ieK, et noUK (\li»uiyi;ain«'s <ie nus nianliMiKlisi-s, 
si)rt.»it iluaH la lutie <li' T«>i)linK<i<-t i|iii est l»i* ii lialiité<-, :t 
l.j lieu»-s îi l'est «le U'ii'l"»' '• '■"' l'eu ''st Itran. nirieux <1 
(tifjt à Jiîit pittoresque : lis hultittins — «1rs irlaruloin, i|<s 
f''«'<»8»<>JH <-i <1<'K Au^l«*is — sont lK»ns <t polis. l'eiMlani 
UoÎK j ,ui's que nouH y séjournanK's. ils nous inontrèrenl 
totite sorte (Vépivtls ( t uoiis otlVirent »!<• i-e <(U"iis avoi^'lit 
de nicilleur. D<' là nous jnni^urtnits «Jiuirpon. lVé<piinté par 
«les nuvir«'s tVaneois «l»- St)int-Mat<>. In- ville s«-ni l»i«n là 
plus tarfl ; l«* li«\re est sur, al»rit«' eontrr t«»us \vs v«>n|s: 
e'est un«' Ik'II»' < t [iroliaHl'' ri\ ièr<' ipii sort à r< nlr«''«' «l'un*- 
p«'tite Imie «n forme «l' «linii-lun'', |iis|>'ni<'nt à l'opposiif 
<!u détroit «!«• Iî<-Il( -|s|r. parée tju«' ce «.Miirpon proJ<*ll<' 
l>«;HH«'«>up en nier, ci «pii lui aura t'ait iioiiii< r h' nom hn ton 



il.- 7 



trijmii. 



l>i' sol aiitiiiir ilit liavr< isi jaiiif- et t'rrtilc, les 



prairies sont liillrs et !•• jur«linji;^i' y iviis>it liirii. à ee tpii' 
iu«' <lir«*nt les na\ i<;utrurs i-t |i<';i||i-uis i'ruiieois. a vi-e «pii 
nous e«>uimci\'ànii-s pciulant .*i à «i fours ipii- le xnit «on- 
tniiri.' nous retint à eet «-iidroit. «Jlnirpon et la hai«; d»- 
Touliu/iUet m'avoii-nt eliarmé, et >j j'avois été mal re<;ii ;"i 
'.►uébee, j«: Ki.'idis r«'t«iurné à lune ou l'autre de ees duux 
jdnees ; eai je m'y «roynis eii' vu rraiiee. || n est point 
d'timis «|ui ne Ke (piitteitt: !<■ \ent s'élant mis à souiller de 
lest, uouK eu proiitiimes p«tur mnis ren«lre en tr«)iH j«mrK 
i/kna. IhU;« rtux Oiseaux, au a«tnl «l'.An(ie«.»sti, et i»ù uout» rw- 



!.*HI 



Vent fiivoiiiltlf iKiiis (Inia Jiis«nriiu\ S«'|tt-rHli'8 : lA l\eH vents 
i'(tntniins n<»iis icHiin-iit pliiKli-nrH |nui"H : n<>»iK ff(tti«'s à lu 
|)ê<"h<' »'t il lu iliiiKsc ;ihiHl*MtrK fdis. Avant i'«MriiH à lu voil»*. 
iiOiiK irntt»'rr.init'N plus (lu'iin lUc, oli houk <l<-Mccn<iim«-s: :'i 
terre du enté du sud Je fus surpris tjUf critr ifilo ne (M 
plis hîdtTfée. oMrell.' ()onvott iOiKsI Hh-n ^*- ciïltîvcr qu«' !♦'« 
antres piirtn s du ( unada. l'ounpioi u'itoît-i'llc pas cnltl- 
v»'f? Faute d'uiie plus n<uui>reuse population sans dotitc, 
ou pjir dôy<'t'it d'être luil*ttnnt Insulaire, .fe fus aUHHi tontr 
<le venir ui'étaMir dans (>e lieu : tout n>e fftisoit env^^, 
tant jne>* nudheurs et nies voyaocs m'avofent n'tldti l'esprit 
ine*»nf(tant et flottant! .... Voiis reiinitinies ;N la faveur 
eneore (l'iMi Iton vent, et en eonipa^nie de plUMloifrft 
i;o6fettes et hateativ. entre autres «1u bateau de tuoti ah- 
ilen ami 'l'rudelle, loniuiis au srmnd Mekatina. Trndtïle 
étoît lul-m/ïme il t»ord ; eonune notre kateau ôtoît pins 
rnpfdi; que le sien et tpn- nous avions bexoln, d'aillem'H 
d tin pilote, nous le sniviineK d'assez près potlr ponroh 
lions parler. Siti'it tfu'll m'eut reeonnu. il envoj'a h» cha- 
jt^tipe nie eJK'reher. et )<• restai avec lui jnK«prà risle d't>r- 
iéans. Il me donna sa parole de piloter notre einlmreatlon 
eè ([lu- je criai à noM «reiiK, leur disant d'ijtre attentifs à 
suivre et qu'/» la nuit on m<'ttrolt exprès un fanal à In 
tHc du mât: ils répondirent «qu'ils ét<ïîent bien reconnol»- 
sans «t iptils n'y manqn<roient pas. Ponr moi je rao fis 
de.<i<'cndre elie/. (lourdeau -. je le priai d'aller voir rald*»-de- 
canip Mathis ponr le (urvenlr et le uouverneuv de mon 
retour, la paix étant faite, d (pie je n'asois pas voulu ren- 
tnr <n ville sans i ctte marr|ue (!<• déférence. Le mômr- 
soir, je reçus réiionne qne je fiouvois [mrottre m ville sans 
aucun oliKtaole. qne son cxeelleuee me doniioit pn.<<se pow 
aller mettre onlre à mos affaires et réelamer mon bien é*n 
quelques mains qu'il fût. Je fus loger dans In Sault-an- 
Matelot. ehe/. un nommé Dntnas. «tirlon courrier, flans l« 



— 140 — 

lum^ar do «jui Utwa l«'« effets de nui wx-i^tV' iiv^m; Manl> 
furent «lépoHés pour être vendus. 

Mes aniiK, heunux de mon retoiu-, viuii*nt nu- voir, vt. 
ni'iiKsistrrenl d<- Irurs Ix^mn scrvif-es. (\'i\\ i|ni n'jivoicnt 
]^M oHé !<' foire pendant nui détention, nn' donnrrrnt leurs 
raisons. (|ui étoient lK>nnc«: le tyran yucttoit fuiit l'- 
inonde ; mais que le teni« de sa «ruuuté étant passé et la 
paix ayant (;inenté la tranquillité de tons les citoyens, ils 
ne traipnoient plus de; nra|)pro< lur ])our \nv ténioiiin«'r 
combien ils av«>ient souffert i»our tous les prisonnierK 
d'Ktat i't pour moi eu purtictdifr ; (pi'il ny avoit plus 
i|U'i\ s«' réjouir, «pu: le pauvre M. I>u('alvet av»tit fuit re- 
lever le tyran ut que 1 hunu^'n lonl Dor«h«sti r nvcnojt 
gouverner le ('anada. 

Il me falloit renvoyer la l»m»pu' <t mon ass4Kié au Havre 
et lui pnKUrer une earj^aison <|e farine. Je lui «n formai 
une, avec l'aide »ie ce mêmi; Dumas, dans l'espace de huit 
jours, et il repartit ave<- l'intention. récipr»K|Ue de ma part, 
de continuer notre coninn-ree, lui à Terreneuve et nu»i <'n 
Canada. Mais ce genre d'affaires ctoit tcuit-à-fait nouveau 
pour, nous, et mes amis me tirent voi- <jue si j'avois 
qtudque chose, j'aurois hientôt tout perdu, qu<^ t<l et tel 
qtii faisoieut le même cojinnerce sur un ^'''"id pian s'y 

étoient ruinés l'avois presque niuis à ce Hanly la 

ludance <l'imp«)rtation par l'exportation, et je ne craigiu^is 
a'tu'un»! mauvais*' conséqm'uce, je chan^reai donc d'idée. 
Les affaires iirovinciales n'offrant rien d«' fa\oral»le, je ni*' 
hornai, en attendant mi»ux, à me munir d'une petit»- [»har- 
macie et à acheter im fonds de c<»mmerc<- assorti (|Ui étoit 
à vendre par suit<; «lu dé-oès d'un marchand-tailleur, jiuquel 
je joindrois l'invt^ndu de ma, société avec ifardy, tlans le 
dessein il'aller m'étahlir à Hé(-ancour, où, av<'c ces deux 
états de médecin «-t de niarc>hand. eu vivant avec éc«»no- 
mie, si je ne faisois pas fortune, je vivrois du moins, et au 
milieu de mes amis. Aussitôt projeté, aussitôt exécuté; et 



'/^^•■N 



— 141 — 



j'y l'itolw ftiiltli <^t lofïô chez. DéHiletu, trois ««tiiiAÎuOK tiprùn. 
.laKqu'ici J'étois suuh nouvi*lIi'« <l(! la iHiniuo, que jr 
«loyoÎK rendue à kh «ItHtiiiatioii. HC-Ihk î tout «-n rc Ims 
îii«tn«l«i w Vil pHH au >rit' de iu>k (lésirK, umix à celui i.[v. lu 
l'r<»vid«'iU'e, l'u nuitin. e8t-«'e (jue je ne vîk pnn arriver 
devant uta porte ce mêuie Hanly. que je «-rovoin déjà au 
Havr»\ — <^iu>i, cher ami, vous voilà! (Jjue votiH oKt-il 
arrivé? — Nnufrairï»! au KanuMu-anka, mais suns anrune 
perte, horiuiH du retanl et dew fraiw i>our le pr«»priétaire 
du Itateau. rendant la r«'- parât ion, je stjis rev< nu à <J(uél»e«., 
où j'ai a|»|)riH v<»tre n<»uve||e denieur»', et v(»tre ehau^e- 
nient «ridé** par rapport à notre IminclK' de eoinnieree. 
<^ti'e«t-<'e done qui voum a tait «•liani'er? — Les <-ons«-ils d<: 
tous mes amis qui K<»nt devenus les votr<'s. (^tiand nous 
avons arrêté ensemlile de taire ce ^^eure de rommorce avee 
l'isle «l<i Terreneuve, nous y étions v<mis et moi parfaite- 
ment étrangers .... Nos aniis ayant su unirjiarti»' de nos 
dess(!ins, m'ont blAmé vt tait voir <pi<! nous nous y ruine- 
rions, pan-e que les maisons antsloist-s les mieux fondées 
n'y faisoientque liattre l'eau: emignant alors d« s reproches 
d<! vo^r*' [»art. je réfléchis et me dis : Ce «jue M. Wm. Hardy 
emporte, [tayera à l)«'U ile elu»s« s près ou peut-être jiu- 
delà, sji i)art de; notre mise, v,n sorte (|u'il ne perdra rien ; 

— et j'allois vous informer <le tout par la voi<î de Saint- 
Jean : nu's lettn'S écrites et prêtes à partir me justitieront 
«'t vous convain<-rout de ma lionne foi. Mais ])uisi|Ue vous 
êtes revenu, s'il y a un moyen honnête de mettre lin à 
notre siH-iété, je suis tout prêt à l'employer. — C'est, nu- 
répondit-il, ce qui m'a ramené, et je pense à cet éptnl 
comme nos amis et vous .... l.«s etlets s*»nt-ils vendus'.' 

— Il n'en a pas été vemlu pour un sol depuis vi»tre dé- 
IHvrt : l'alKUidanc»' du pnxlnit des Isles a tout arrêté et a 
chanjjé les anciens pri.v i-n nr»»<h''' pertes, comme vous 
devez. <ii avoir été informé à Québec. Si cela continue, jt; 
me trouverai en arrière pour le ])aiement des farines ù 



14S 



il 



)HtT(} ilv h\ )>fir(|m', ^t c'owt ce qui rii'itii|ii)(*t«-. .U> \<iiHlr<>is 

t't voiiM {'ifi* \>\cn fuMin-iix que votrv noiii ne s»iit j>ns 
n0frf)', f/vi><>*|ii(' «hi f»H\«'iii«'rit iKt (Il <M't<»l»r«'. et il n».' faut 
|»ns pcrtlrc un UMunt-nt |M»ur fiiir»' tWn r«|>r«'fH. ou !«• f«'nii 
oliHKt' (l'onvovcr tuut ii I <n«»in. 

l/ftviirit hnsHé tout*' la Journôi- ri'tléchir. !«• londt-uiatu M 
um (Ut: (Vuuuuiit iTKlciouK-nouH ■' — . Je ne «hIhj lui n'- 
[»on«llK-j<-. .Ir II'' vol« (|irmi uu>yoM.<'<'«t (K* iHirc un Invou- 
latn' nux prix ii«tu«ilK »lt; <^ut'lt<'r. puîx raUittro »Hx pour 
ct'Ut, «Ur «•(' <|Ui rrsti'iH, nous conipom mn»* à tout ris«pi<î : 
voUH frti moi rKMis <ii charycroiiK. — r<'Ni juKir^ dit-il, on 
11» ptut tain' «iitnuHiit. — \a- coiiiptc roiirHut fut. o» 
nonRtVpicn»*'. (IrcsKé. et il se (roura uru- potltc ImlaiH-*' âv 
.") poinuh <-t <|U<'Itni<'H HhUltHf/!*. XoUH nouK uiiincH à tablo 
|M>ur (liluT: au <l«'«H«'rt \v iWa: Eli hW\\\ qui nr ilmiycra de 
iiotn.' mauvaise ctitropiiKi' ? — Jf n«' voialcfiiK pus iii>>ii 
ohaf«!<'i'. npoiidit Hardy, vu mvn autn-s affnirt-s à I'Imî*' et 
:'i rauHr d»' la ir<»«'l<'tt<'. — A croix ou pli»', si vouh vouIch? 
— Non. J'airepte l«' eoiiipt»! coumiit. l'ay*'»! moi la l(alaiK:«, 
et dé<)iar««'oiiis-noui< récifu'oqiU'nK'id. (.'ela \yû l'ait dans 
rinHtatit. Il vouloit repartir tout de suite ; main je lui Us 
tant <1'iiiHt«n('e«, qu'il resta hIx jour», pendant lesquel»» je 
l« nw'uai visiter les Trois-RivifTeH, oh je le préwntnl à 
tous mes amis. Ce tenm <'xitlré, iiojis nous quittâmes amiK 
et fort i-ontens l'un de Tautre, vi d'avoir vu et reconnu 
notre erreur quuiid il eti étolt ene(»re teiiis ; et je restai 
seul cliariié de ti»ut. J'a\ ois des eff"ts solides pour fain; 
face iV nies i'ii);ai;('Ui:'iis : d'ailleius. Duuuis iHoit presque 
pavé [tour les farines pjn- d'autres m«)yens qui m'étolent 
personuelm. .... 

I.Vh i^e moment Je n'eus rien de plus (iressé (pie àa 
mettfe toutes voiles deliors. e'est-n-rlire m«'S facultés, tant 
médicales (jue mercantiles. .Ma iKinne amie étnnt venu»* 
mi^ rejoindre, je la plnt,'rtl, avec son frère Michel, ù Aaint- 



~ U.i - 



lM«T»'«'-i«'MU'«l|M«'tM. >l Ih UH«' «lUH lH»ti( IIIHJj^HHIH. *»MK ln 

k'e<-<>liiiHHiKi»tii>ii (lu |N-rc liOiiis, mi»ll<'i; li« «iifitH<i<-<' ti'oîi 
.K iii«' tiou\«M!« nVtoit (jur «Ir )»i.\ litMU-s. vt j«v<iis {Niv l« 
ro4-«-iiHioii (|«> Ih Voir tivH-honvt'iit, uiuHJ mu- um rlii'-n* vn- 
laiil. Nos intri'i-Ls •■\ipH)i«>iit <|ii<- u<iuti nK°i(«MioiiK dv |m 

La iiMM|»?riM<' ni'jiiiloit (oit l»ini, !•• l'omuii'iT»- «i |m-»i qiir 
pour nin* lioiiixiir m toiito uu'n oMi^Htioiis. .i«> nw jct«i 
aux rntrcitriKrs «le Immu «!«' nuitur«'rt «l<<hHuftH.«f. .f'ii<-h«!t«i 
<i»uis <iculii|\, uur ti'iTf »!•• urut' iujx'iis «!<• iVout d'un 
nomuu' AuK*'. <i'«'>>-1h'U avaum'. uihI Initie, niais. Itii^i 

l'uisrr <r«'HS«MH*ch »|iviM'»i«'K. Au Iwillt <l<' tl'-UX Hll», j«' fus 

i»l>ligr lit' (juittrr Bn-aïK-our » t df nie triiiis|H>rt(*r à (»«|i- 
tillv |M>ur l'air»' niarrhrr mv.h «'iitrrpriKOM, cf quf.jf fis. «ver 
«u« Wonuc auit". au petit priiit<îms «li- lîHt. 

Mais f4>uuin' il ni*- n>toit "-ikoit Itcaucoup <U' luarcliHii- 
(Ijses qui pi'oUil>lcui*-rit se v*'i)ilr*iiint i'i ictic nouvelle n- 
si«U'»U'«'. Je mis il cxéi-utioh un nouviau piojei tians lliivc-r 
<le I7H4. 'l'ont e. \ t l'a oi'ii inaire qu'il ait paru, il ne iviHMxlit 
pas ;i UM'S espémnees. Voici ee que l'est ; Je lis t'ail'e (Ullls 
l'autonine un trtiineau de vinut pieds de nienilms snr 
l'ordinaire largeur des eheniin^ au < anada. tonvert et Itien 
s(»lid<' : daus le devant étoit un niat^itsin assorti : an milieu 
et en tra>ers. uii" armoire pour v uu'ttre nue api>t}ii<>aire- 
rie el des instrumens de ehirurnie : sur le denii-n;. une 
pi'tite eiianilire oii étoient un pot le e( des . otlres renler- 
inant lit. vaisselle e» pi'o> isions ptnir \ivre sims (-(l'e 
ol>li(;é daller aux maisons. Telt" eurieuse unu-liint' étoit 
renuiée pai deux liievmix, qui u'<'ii sort<»ient |)oiut; <;»r 
uno tente loidée sur le sièyt dti eoeliei. étendue, t'aisojt 
leur é uiie — il ralloit seiilem'iit aelieler nu t'ur .t à nie- 
siir : ! lu nourriture partout: des s.-atix pour l<'s lidre Ixiire, 
un>' luM'liv. une [tille, une étrille, et» ., étoient peuducH aux 
côtés d' lu eiiUmi-. Ainsi installé, iu<' voilà i^arti de Suiut- 
Vi«»T.vli!s-nei quels par un b«'»u ymv et un bimu oheinio, 



— 144 — 

Xotn- pi't'mlôro coiirhtV w lit i\ Oi'iitilly, IrKrhcviuix hoUh 
Wuv tcntti. «t moi i-t le ;far<,'on «Ihiih notrt' iimixon iiinhiU". 
f.'rtnin^c «HjHTt «I'uim- trllr voitur»', la t'uincc du ikhjIc, 
attiroiciit tiitit ]«■ iiioihIc aux rlicmiiiH: pour ve i i du 

«■«•lai uoUM n'aviouN ]mH ^ihikI |M-inf, uuùa \vh ]h- hh tU-n 
rr^'anlaiitK im- n'-pondoit'ut |>aH à non «'HpiTaTircH ,.,, ï,v 
l<-ii<|i>iiiuiii. iioiiK nouH rciidiincN au villa^t! Sainto-Mar;xiH'- 
riU\ p<'U|t|r<' d'Aradifiis : là uiixni forer, riiricux «'t \n:n d<' 
iM'soiii de iiiarcluiiKliKcs et do médecines! .... Si Icw 
«■liose» ne Vont part ndenx, uw dinoin-je, Jo n'irai pa» loin. 
<'epc-ndant. ee jonrdà, iioim «airnnmeH la i>aroihHe de la 
Hai<'-4ln-Kel>vn', oi» je rentai ipiatir J()ui's. d<>vaiit elu'7. lo 
nommé .loseph HouU'. à l'ontré»* «l'un»' ronti'. Le dimanelu* 
nous pnH-ura l>eaueoup de enrioux niais fort peu dv profit. 
Il arriva an ^areon un aeeident <pn itcnwi toJit ruiner. 'Le 
soir, «'oninn' il avoit placé ses lianIt'K froi» près 'u pool»', 
le feu y prit, et, ma foi. la nntison <'t tiuit»' ' eotilU- 

lindoient si le pie«l droit du jcav^ou iri'avoit p„. _■ «In la 
jtar(ie. La sensation de la brûlure, réveilla num eonipu- 
«non: W f< u fut éteint, et, le nnitin, j'en fus (juitte pour 
lui donner de nouvelles hanles. 

Mon peu de snecè» m'avoit «lécoinaj;é ; nmis l'or^in-il, 
par défaut d'i'xpérience, n'ét(»it pas encore Itattu et con- 
leiit ; je rés<»luK de )»onrsni\ re uni route et de visiter la 
paroisse Sainl-b'ran(,(>is : j'y eus un peu plus de ehaïu-e. 
ho là, j'allai à Manka, où je séjournai ehe/ M. «l** la Keuil- 
lîide plusieurs jours. J'y ris M. de Tonnancour et mon 
pats le Dr. llotiue, «lit l.u Lancette. J'aiJpris à cet endroit 
ime jiouvelle ipu m'efiraya : nu volenr [>ul>lii-, appelé 
Mon.l»»n, échappé des pris«,tns. étoif dans le laint i\v la ri- 
\ ière, i|in' me ^iiettoil, avec (Un\ atitres, <lis«»it-imj et tous 
les trois arniés, pt>ur voler ma pacotille, l'oiu' les armes. 
je n'en mantpiois pus non plus, ayant trois fusils et un 
sjdm'. et des Ixilles et de la j>oudr«' Kuftlsanunent. Cepen- 
dant, j'i'tois un jHMi découeerté} que faire? M'en retourner 



Î45 — 



<»« (Oiitinu^r mon cii'itiin ? T^ut, ln<*n ron«rid«i^, j'Apt>olai 
le ^rçon. jo l'arnmi «'t i<i lui fi» Ih Itîçon de ti« pou ahnn- 
donnor !<• (I<vant do lu voiture »'t d'étr* tonjoui-H prêt k 
i'nÏYc tell »« pn'mit'r appel ; m<»i je luHrchHmÎK denièrr, 
iUm\ fiiHilH fn hon étiit tioiroohéK aux côtéH d« la voituro. 
J'étois liit'ii détermine ù mo iléfetidro. Je ne vig ii«n j«k- 
qn'h l'endroit où on di»oit oex voleuru caihés ; mai» en 
approchant, un hoinmo ^-rtn en habitant «•♦ |)réMenta de- 
vant nouH, un moyen bâton h la main dont il M'aidoit \uy\iv 
marcher. Loruqti'il fut auBt» pr^», .>e lui <riai d« |)aHHGr K 
<lroit« ou à fifauche loin <U' noUK, ou quo non» tinîrioiia hiii' 
lui. DanK le moment ne montrèrent deux autrcH hommeu, 
dont l'un étoit Mondon. .Pavois reçu du colonel de Ttm- 
lUMicour, juge de [)uix, l'onlre d(! tirer Hur ce miséinhle, ot 
uon vaincu, d'aprÔH le «ignalement «jui m'en avolt inU' donné, 
que je l'avoiH là <levant moi, dauK un lieu 8UHpeet, Htmn 
lml>itans, je ne l)alanc^ti jïa« à leur dire (pie je le» connolK- 
sois pour être de la Itfinde de Monde i, etqiM^ j'avoiei onlre 
du ïiiH' Htrat de tirer sur eux, s'ilB ix*tu8oient de BÔloijfner 
de ina voiture. Au premier avertinKement, il» ne répon- 
tlirent rien t au second, iIh crièrent, .Jean F^outre ! (piilH 
étoient armés auHHi, mai» je ne vis que dcM pintoletH <lanH 
leurH mainn. Je tind à Italie et i\ mitraille danw le» jambe» 
«le Mondon : m<m garçon m imita. AuH«itot ïIh «'enfuirent 
par l'atitre rivière. Nouh rechargeâmes prompttîment not» 
armes, et notre voiture s'ébranla de nouveau pour monter 
cette rout« à travcrn boin : non» avioniii de gmndH yetix et 
nous tenions nos fusilH arméx, prêt» »\ Iniiv feu, Henreuwu 
ment, uouk n'HperçfimeH perwmne, et une heure aprtw, noi'H 
ôtionHmin^etwiut's h 8aint-Hyacinthe,che!fi Madame veuve 
Delonne, i^igneui-eBHe. La prcmièr<j question qu'elle me fit 
fut : D'où vene'/i-vou8 ? — Du Grand-Magka.— Et Momloii, 
comment l'avez-vous évité? — Je lui racnmtai la reneontw 

* 

et <x>mmeut il avoit pris la fuite à notre décharge de fu8i!« 
iwiv eux.— Il frtut, rtjout«-t-(^'i?, que vouh en ayiez blew^ 



nr 



— 146 






quelqu'un. — Je n'en Bui8 riei., répondÎ8-je ; mais j'étois 
dôteniiiné n le tuer, et ses assoeiés aussi, s'ils n'avoieut 
pas pris la fuite. — Foiitre I dit-elle, vous avez été brave et 
résolu, — On se tire, Madame, comme on peut d'un mauvais 
pas, — Je couchai chez elle, et le lendemain. Je fus chez 
mon bon ami Deberges, son iieveu, où je demeurai trois 
jours ; j'y fis assez bien en échangeant de mes marchan- 
discj contre <ies pelleteries. Je gagnai ensuite la rivière 
Cbambly, à Saint-Ours, où je n'eus aucun succès; de ma- 
nière* que, le jeu ne valant pas la chandelle, je rebroussai 
clierarn, et trois jours, par Sorel, me ramenèrent auprès de 
mon épouse à Belle-Vue, à Gentilly, guéri de ce nouveau 
projet et l)ien fatigué, avec beaucoup plus de frais que de 
profits Mais si je n'en avois pas fait l'essai, j'aurois cru 
avoir manqué une chose de consé(pi».'nce I . . . . Mainteuuit, 
m'atiMcher à mon établissemei.t et y épuiser toutes lu 'S 
ressources, c'étoit ce qui me paroissoit de plus sage, et c'est 
ce que je fis le printems de ) :ft4, 

J'étois le dernier habitant buv la côte sud de la rivière 
(rcntilly, ù demi-lieue du fleuve Saint-Laurent, Ma maison 
— une petite maisoji de V)ois di; 24 pieds carrés — étoit 
asmise hxw une haute éminence, dont elle faisoit l'oniement ; 
à notre arrivé*;, ce lieu champêtre et pittoresque fut nommé 
le chateau-villa de Belle-Vue ; en efltrt, de ma porte, on 
découvroitcomplètem'^rit toute la paroisse, le fleuve, Cham- 
plain et Batiscan I 

C'est en ce lieu isolé que ma bonn«î amie, num enfant 
DôthAe et moi nous avons vécH cinq ans. Par u^tre éco- 
nome industrie, nous y récoltions toutes les douceurs (ie 
l'agréable nécessité sans yemer l)oaucoup ; nous récoltions 
assez de grain pour la famille, qui n'ôtoit composée que de 
quatre ou cinq ])ersonne8, et pour deux vaches, un cheval, 
dfis cochons, des moutons, des dindes, des oies, des poules 
et des canards, qui tous étoient toujours très-gras. Une 
sucrerie d'érables nousdounoit do 400 à OOO livres de sucre, 



147 



HF^ 



et sttns peine, é' \nt i\ notre porte. Les fruitages al)ondoieiit 
tout l'été; j'avois fait une plantation de pommiers, qui 
promettoient de récompenser mes peines. Le sol, sans être 
des plus riches, y nourrissoit toutes les graines que le culti- 
vateur lui confioit, — jujkiuaux melons, qui y venoient en 
toute beauté. A mesure que j'en avois le moyen, j'agran- 
dissois l'établissement .... Mes entreprises de bois en- 
traînèrent un grand capital, — fausse spéculation où j'avois 
cru réussir. Il est certain que tous mes bois avoient été 
Solidement encagés ; mais je n'a vois pas assez tenu compte 
de la longueur du flottage sur un fleuve plein d'écueils, et 
de l'incertitude des vents. Sur 6000 cordes, je n'en vendis, 
à la capitale, qne 69 cordes, le reste fut égrené et entière- 
ment perdu. Je n'eus pas plus de succès avec les mâtures : 
elles n'avoient alors aucune valeur. Bref^ je restai endetté 
et tout ù fait ruiné, n'ayant plus que cette petite terre pour 
y végéter en agriculteur du petit ordre. Si je n'avois pas 
été méiiecin, j'y aurois crevé de faim ; mais cette profession 
valoit pour moi une vingtaine de semblables terres I . . . . 
Cependant, je l'avoue, nous étions heureux à Bellevue ; 
les voisins et les habitans des deux paroisses qui m'em- 
ployoient avoient toute sorte d'égards pour nous, et l'abon- 
dance régnoit dans la maison. Souvent je me disois : 
Arrive qui plante 1 nous ne serions jamais mieux ail- 
leurs ! 

Pendant tous ces changements dans notre existence, le 
père et la mère de ma l)onne amie s'étani retirés à la Baie- 
du-Febvre, sur une mauvai»^ terre qu'ils y avoient achetée 
pour boime, nous eûmes l'occasion de connoître cet en- 
droit, et aa pratique médicale y ayant pris racine, j'y étois 
fort souvent, teiiement qu'à la fin j'y tichetai moi-mijmo 
une autre petite mauvaise terre, proche de l'église et sur 
laquelle je finis par butir une belle maison. Lorsque j'aban- 
donnai le château de Bellevue, j'y plaçai un des frères de 
ma bonne amie, qui naturellement fort paresseux, n'y fit 



■fP^^PHPBWI 



— 148 — 






.1 - 



•4 



rien et AbftndonnA aniisi t\ «on totu rc lien <'hAnipétrc : la 
moiMtm rt^Riti un hivc^r «an a habitann. 

Me» anui« <U' la liai*; KÏ'tant hlen trou\ ps do ma manière 
de Imiter les maladof), )a renommé»' s'en étublit ù Saint- 
Françoin, au villafcc Mativa^e «t à Maska, et j'y étoln a))peK) 
Nftnn cesse. J'y fis la eonnoi «fiance intime des personneg len 
plus coMhidéniMeH comme M. le < nié Lenoir, M.d'EKtimaiu 
rllle, a^ent de« Haiivajçe». M. Gainelin. interprète,' Madame 
UabeigeK. f I. rie Saint-François, etc. J'y pragnois lieaiuoup 
(l'aident et tout ce dont j'avoJH lx;noin pom- ma nmison ; 
mai» ma nialwon do eonflanee dan» cette paroins»' et oii 
j'ftri*êtoii«i toujoui'H, que j'y cuhhc affalr<' ou non, étoit celle 
de mon ami d'EstimauvIlle : c'étoit là (pie le» gen» venoicnt 
nie cher<'her et nie mmenei*. 

]>a&H cPK entrefaites, la mère de ma bonne amie tomlwi 
malade, et f|Uelque cIiobc tjue je lluse pour la c(m»«erver, 
j'eus le chagrin do la voir mourir entre me» bi-an, contente» 
fi me ivcommandant sa fille, «on mari et tous hcs entan». 

A la Baie, j'av«4K au«Ki })(>ur ami intime le curé Areham- 
biiUlt, homme d'cMprit et ami de« homme». 

La mauval«o tVntune me rénervolt d'autres peine». La 
t'handu'c il'.Ar.Kemblée pa^na une loi qui oi-donnoit atout 
praticien en niédecine do ko présenter à I examen ou de 
montrer et taire enreulKtier nos diplonieu ou lettres chirur- 
j^icales, sous de grièves peines. Javois perdu mes ccrtilicatii 
de KaintHVMao et mon acte d'appretdiii«aKe à Paris ; mais 
•je me connolnw)!» anHe» do talons pour subir un examen, 
Je f\M le pi-emier i\ nu* présenter devant le bi.ivau méfli<nl 
Je paru» {^ S lioure» du matin en prértenco de 4 praticienH 
ot 4 conseillers et d'une trèii-nonibrou«o aKuemblée, que la 
curlonité y avoit attirée, imrce que c'étoit chos^; nouvelle 
eu ce i>H\s. L'examen dura junquà 4 heure» de raprè«-midi. 
Vtï^ question nattendHlt pas l'autre. Quehiuo ju«te« que 
fufMent meii réponHe», nicK exaiuinatouiM, taute |>ar luoi de 
leur rt<pré»enter men lettre», ni' voulurent pas me p4<r- 



— Ud — 



mettra» de continuer à pratiquer : il me ûUloit rcptuncr ù 
un nouveau eolléK<' |Kmr ol>t<.nir d'»utre« lettrcH. Ltîwr p»r- 
Ualiti'. leur durvtt', leur lurtlice étoient. ni visilths, qu« 
l»lu«ioiu-s Hini8, Him|>l«»8 sjwvtHtems, mo dirent; Pariejs 
IJour Cambrldgo, \niiH Bonton, où duus [mw de t^ius, m\ev 
les connoi8i^au<-('N que vous ave» déployées i<'i, %'ouh olv 
tiendrez ce qui vous manque. Mes ex. minatem*» ayant vu 
cela, et le» repr<Hlie.s que le j>ul>Uc leui laiRoit, plnt^tt par 
)iont<^ que jmu" HJnilié, ne mirent à <ijiv ; Oui, que le eandi- 
tUit aille iï i'amhridxe f)U ailleurs, noub allons lui dt>ow?r 
un <ertificat très-favorable des taieus et <le.H eounoittHaui^^^ 
qu'il u luoutréM. -^ Je leur demandai : <^is*nd est-ite qw; je 
l'aurai, uiesHieurH ? — D<*nmiu, à 10 lieures. —Je ne man- 
querai pas de ra4eepter, et d'alU'r tout d<' «uite uiérit»^- 
d'avoir oe qu»' vcm» tiXMive» qui me manque. Le jd<iK diffi- 
cile étoit de me procurer de l'ai^çeiit |»our uue {jareille 
entrepri8<' : métant ouvert à im *mi m 1»ouim> fut mine à 
mon service, et huit jours après, le 7 »ej^>teuihre I 78G, je f 
partois de 8aint-FrHU4^)is av(X' deux «huvi^s, par <*t-t*' 
rivièiv et le lac Mara ou Megoi k. 

Je niontHi à la Baienlu-Febvre informer me« aniiit de 
ma situation et de nui résolution. T<»ute peinée »|«e fut 
ma lionne «unie, elle cotu»entit ù ce dé{»art, et je me déter- 
minai a envoyer ma cUère l'utant Jfotfi/e k Québec chex 
mon lion umi Dumas pour lu l'aire; instruiir et la mettre 
en «ûreté, <ij qu'il nj'arrivsU quelque aivi Jent «laus mon 
voyage. Je partie doue avec nta bonne amie pour Saint- 
Fmu<;oi<i, oii je la vouloir laisser sous la protection de 
ni^iv aati d'Estimauville jutiqu'ù mon retoui, et le même 
jotir nxa chèn* fille }>artit pom- QuélK'c fians un canot ave<,' 
deux liommen. 

M'étant muni de jw n, viaiwle, et<-.. poudre, ploml>, et 
d'un turtii avec une 1 »une pair»- de pinudets, outre moji 
btigage, je me mis, à la ^;arde de i>ieu, «iuum la conduite 
d'un Sauvage nommé César, que d'KHtimauviiie m'avoit 



— 150 



t 



procuré pour me menor avec mes effets, en canot d'écorce, 
jusqu'aux premières maisons américaines. Comme j'allois 
partir, il prit envie » un frère de ma ]»onne amie de m'fte- 
eompagncr, <!t d'alltT rejoindre son frère Joseph, |)arvenu 
au poste de capitaine ingénieur !\ la solde des Etats-Unis. 
Le Sauvage consentit avec plaisir ii le recevoir ii condition 
qu'il travailleroit dans le voyage, ce (jui fut accepté. Le 8 
septembre, au matin, d'Estimauville fit transporter par ses 
voitures tous nos effets au canot : lui, sa famille et ma 
bonne amie, qui fondoit en larmes, vinrent jusqu'il r<!m- 
l>arquement et nous dirent adieu, puis chacun au plus vite 
s'éloigna vers sa destination. En peu de minutes, nous 
perdîmes les habitations de vue, et aussitôt la scène chan- 
gea : je 8(!nti8 tout le regret d'être séparé, bien que pour 
un tems, de ce que j'avois de plus cher dans mon pais 
d'adoption — mon épouse, mon enfant, mes amis, 

J'avois du papier et de l'encre, et quoique le Imron de 
La Hontan eût déjà fait la description de cette rivière, 
— n'ayant rien à faire dans le canot et dans les portages 
qu'il observer de tous côtés, je ne m'occupai que de ce soin. 
Mon journal, bien circonstancié, fut oublié par moi, à mon 
départ de Boston, dans une petite cassette, chez le Dr. 
Warren, notre professeur d'anatomie. Je vais y suppléer 
autant que ma mémoire me le permettra après un aussi 
long espace de tems. 

L i rivière Saint-François se jette, au village de ce nom, 
dans le lac Saint-Pierre. Vis-ù-vis, du cùté du nord, se 
trouve la Rivière du Loup et Macbiche. Le chemin d'hiver, 
d'une rivière à l'autre, ù travers le lac, court exactement 
du sud au nord. Elle est très poissonueuse, surtout dans 
la iMiie où elle se verse, en éturgeons, en anguilles, etc. 
Les rives sont plates, et les prairies y sont belles et riches. 
Le sol est très-pnxluctif jusqu'au village sauvage, oii des 
indigènes, de la nation des Abénakis, ont une centaine de 
maisons, avec une église, fondée par les Jésuites et soute- 



— 151 — 



nue, depuis l'extinction de cotte société, par l'évêque et le 
clergé catholique du Canada. Los environs de ce village 
sont plein» d'ilos, appartenant à ces Sauvages et entière- 
ment cultivées par eux : ils y sèment du bled d'Inde, des 
citrouilles et des fèves. 

A juger de cclt'.' population par la douceur de sa langue, 
par sa police et par ses conseils, on croiroit que ces enfans 
de la nature sont les desccndans dégénérés d'une i\atiou 
qui a fleuri dans son tems. J'ignore s'ils avoient quehjue 
croyance ou religion avant d'être chrétiens cathidiqueg, 
mais je suis certain de ceci, c'est qu'ils sont religieux et 
qu'ils chantent supérieurement les hymnes d'église en leur 
langue, qui sonne ù l'oreille d'une manière fort inusicale, 
au point d'étonner tout étraugtjr. 

Ils sont doux, très-hospitaliers ; vous jurcrie/i en enten- 
dant leurs femmes causer entre elles, et surtout narrer, que 
la chose qu'elles racontent, se paisse ù l'instant menue, tant 
l'expression est naturelle. 

Je les ai souvent traités dan>- leurs maladies, et j'ai mènie 
suivi, l'été, leurs docteirsses dans les bois. Ils m'ont toujours 
paru trafics, de l»onne foi, et, pour ce (pii est de la connois- 
sance des plantes, dont toute leur médecine est formée, 
l)ien supérieurs aux Européens. Cette connoissance lenr 
sufïisoit anciennement pour le soulagement de leurs mala- 
dies ; n'ayant pas autant de besoin (jue nous, la somme de 
leurs maux étoit en proportion fort moindre, (juant à la 
chirurgie opératrice, ils n'y entendent rien. 



■*M 



CHAPITRE HlTITIÈMI-l. 

Jidatym duvni/«(fe d« l'autmtr defnti« le vUlagr ahémiki» jtisqfi^h 
Boston. Set ^tudet en médecine à V Univarnté de Camliridif«, Son 
retour «■n f^anada tnir le Inr Chamidain, et non ré-examen par le 
buredu de médecine, à Quéhec, ou il obtient Ha licence pour tira- 
tiquer dann la province du noble et généreux Inrd Dorehenter, (ton- 
verneur. Il rttoui'ne à la liaie-du- Febvre. Changement rfe ile- 
rneure. Il n'établit enfin à Québec pour mettre «eitjU» <iu collège. 

C'est de mémoire, vingt-trois ans après, »|ue j'écriH l'hiB- 
toire (le mon voyag*^ aux Ktatn-Uuis, en ea« qne Ja vcri- 
talde relation oubliée en 1 7HH, chez le Dr. Jr. Warreii. à 
HoKton, soit pei'due ; elle vaut la peine que mes enfantH la 
rôrhuiient pour la joindre au i>réHent réeit et rectifier le» 
iiie\-H<'titudeK qui pouiTout k(^ glisser 8ouw ma plume. 

Onnme je l'ai déjà dit, on quehpu'S minutcH nous [)er- 
dîmes fie vue los nuiisouH cauadienneH <'t «auvageK. Ce 
joiir-ià, iiout» lûmes couclier H la Ke<loute, liûtie par Tordre 
du général Haldimand, à environ trois lieue» du village, vX 
oîi il y avoit eu un moulin ù scier, car tous les écores sont 
hauts et bien lioisés de pins l»laiics. I^a terre est jaune et 
légère. 

Kn bien des eiidroits, sur la rive ou grève, on vovoitdes 
veines de mines de fer. Mêmes aspects pendant i ou 5 
jours, saut' des /dati'nn et des jjointes basses, «jui étoient de 
t^'rres d'alluvioï», et tous couverts de Jtuis francs de haut<! 
iutaie. Tous les soirs, notre (^auvagc calmnoit et t<;ndoit 
des pièges ; il étoit sûr de prendre du gibier. En marche, 
s'il entendoit des perdrix, il mettoit son canot ù terni et 
alloit les tuer; aussi en avions-nous ù tous les re[)as. 

Nous arrivàmcK au grand port^ige ou sault, qui re(,oit la 
rivière en deux branches, l' une du Mégantick. E.-NT.-K., i-t 
l'autic du lac Mara ou Mjigock, Ouest, Pendant (pu; le sau- 
vage portoit le canot et le bagage, Je m'amusai à lire les 
noms, écrits sur des pierres et sur de» bois équarris, de ceux 



— 15;^ — 

»pii avoient éti' envoyés là eu (léi(»uvfi'te, et les iioiiiri, iTèii-" 
noiuldvux, (1rs étmu^errt (jui y «ivoient passé depuifi la «lé- 
cou Vfrte (If (• -s réj;ions. Un jour h venir, cet endroit S(nH 
bien étalili et de eonsé(iuence, parce (lu'il sera rentrcp(')t 
d'un lieu oit tout va. Nos petits entans et nos arrière- 
neveux Vv'nont (H'Ih ! Le sol y est bon : les raisins et autres 
fruits sauvajfes que j'y vis annoncent que toute culture y 
fructifiera connue ailleurs. Tous les environs sont pais 
plat, à ([uelques e(*»t(;aux et ravines près, \yant couché 
en cet endrîùt, nous nous niinjcs, le niatiti, à franchir le 
sault Kijiidfiij vn canot. Arrivés au grand lîl de l'oau, un 
içrand coup d'aviron j)ensa nous faire perdre la vie ; le 
eanot vint de travers, vira bout i)our bout et pencha si 
twt que le sauvage, aleite, se jeta i\ la nage (^t avec ses 
dents traîna sa voiture hors du danger. Jl en fut (juitte 
|)our la perte (ie son fusil, et nous pour la peur. Je ne crois 
pas avoir été jamais si proche de la mort, et Dieu, qui m'a 
toujours préservé, lit alors im minicle. Le sauvage nous dit 
(^ue bien des canots d écorce avc>ient déjà eu le même acci- 
dent, que ceux (|ui étoient dedans avoient toujours péri, 
ot<iue les débris de leurs voitures avoient seuls été retrou- 
vés ! . . J'en fus si aft'eeté (|Ue, pendant plusieurs jours, 
le frisson me prenoit au moindre bouillonnement d'eau que 
j • voyois. Partout, ju8(|U'au lac, se rencontrent de belles 
isles, des vives couvt'^tes de noyers. 11 y a un endroit, 
appelé le Camp-(les-Fran(;ois. iiui sera un jour ville ou vil- 
lage, à cause de la l)onté du sol. Nous gagnâmes les prai- 
ries, oii je vis potu' la ptemière fois un troupeau d"orignau.\, 
(pli, sit('>t (pi'ils eunmt eonnoissance de notre approche, 
s enfuirent dans le bois avec un bruit de tonneiTc. 

I)i' % quatre jours nous suffirent pour atteindre notre 
dernière couchée, sur le bord nord du lac Mara ou Megock, 
Cette route est si fre(;uentée par les sauvages, (]ne, de (lis- 
tance en distance, ils y ont des cabanes faites, ([ue chacun 
ré[mr« et (•ntr(?ti(ïnt à sou tour : elles servent à tout /trimo 



1 , 

i : 



lâ4 



u: 



can^n. Ainsi, lorsque nous arrivâmes à la deuxième o<ni- 
chét', une famille de oett«'. nation occupoit déjà la calttim-, 
et il nous fallut faire «ommc ceux qui arrivent à une au- 
berge trop tard, c'est-ii^irc nous tabaner ù côté i)our pjisner 
la nuit. Nous n'y peniîmes rien : le chef de famille vonoit 
de la pêche au saumon et de la <;ha«se à l'orij^nal, et il étoit 
chargé de ses prises ; quelques coups de rhum nous procu- 
rèrent assez de chair et do poisstm bien boucanés pour le 
reste de notre voyage. Le la<! est gmnd et vaste, la rive 
plate pre8«]ue partout. Le matin, après le soleil levé, je fis 
mes observations. Le lac resHemble à x\n entonnoir. Le sol 
me parut excellent et couvert di; l)ois de toutes sorte». 
Depuis mou passage, <;ette localité s'tst peuplée d'habitan*» 
américains, qui, tlit-<^»n, y vivent à leur aise. Nous arrêtâmes 
pour dîner sur l'Ile des Noyers, au milieu du lac, ù 8 ou y 
lieues de notre dernière couchée. Cette isle e.sit plate, et 
probablement très-fertib;, car les arbres y croissoient hauts 
et gros ; le rivage étoit garni de bonne herbe et de quan- 
tité d'arbres et arbustes à fruits. Nous eûmeH le temps 
avant le soir «le gagm'r l'isle où est la ligne de séparation 
entre les deux provin<;es, tracée par Stimuel Holland : et 
justement nous calculâmes là où la ligne commence. Menu; 
terrain qu'à l'isle de« Noyers ; Neulement la i>remière est 
un peu montagneu.se, iit, le matin, métant avancé dans l'in- 
térieur, j'y vis mie couple de châtai^iiers, que je reconnut* 
i\ leurs pi(iuants. Je n'en avois encore vu nulle pai*t depuis 
q^ie j'étois parti de l'Europe. Cette journée nous suffit pour 
atteindre l'embouchure de la rivière Noire, à l'extrémité 
sud du lac, Ici, nous trouvâmes encore un sauvage avec sa 
famille, qui dépé(,oit un orignal qu'il avoit tué la veilb'. 
C'étoit uu ami <le mon (ésar, et celui-ci voulut passer la 
journée dans ce lieu, ce qui mi; permit de visiter les alen- 
tours. Le paùj ressembloit à celui que j'avois vu, excepté 
q,ue le climat m'y paroissoit bien pliw doux, et toute la 
végétation s'cu n'.8sent*)it. Ce p<'int aussi me sembla fait 



— 156 — 



ptti' Itt imtiin! pour S'nvir tftt ou riird dN-mplacement à un 
bourg on une villf ; — tout y étoit do toute beauté I 

Lu lendf'main, un tema clair nouB invita ù nous i' mettre 
en chemin. Nous avançâmes rai)idement dans cette rivière 
Noire, dont les bords ou accores .s'élèvent à meHure qu'on 
s'approche du chemin Dazen ; son nom de rivière Noire lui 
vient de la hauteur de ses rives et des grands arbres fort 
branchusqui la couvrent presque. Son cours est en général 
sud-stid-est, et le chemin Dazen, au pont, ouest-nord-ou '»t. 
Nous mîmes deux jours pour franchir la distance de 1-5 
lieues environ, du bout du lac d'où nous étions partis jus- 
qu'au pont. Ici, un mauvais temps neigeux nous retint 
deux Jours, cabanes avec des sapinages seulement, C'étort 
ii ce lieu que le sauvage devoit laisser son canot, pour tran»- 
porter nos effets sur son dos jusqu'aux maisons on Ahfaham*» 
Plaim. (.'omme il ne put totit porter dans un voyage, mon 
lieau-frère resta, et je me mis en marche ; je marcliai une 
journée et demie pour arriver à la première maison, oti je 
me reposai en attendant le reste du bagage. 

Le particulier chea qui nous logeûmes étoit généreux, 
poli, et ù son aise, ayant un moulin h farine, un moulin à 
scier <. t beaucoup d'animaux. Son nom étoit Welch. Ayant 
appris que j'étois médecin, il m'invita à rester quelques 
jours chez lui ; son meunier étoit bien malade, et il désiroit 
que je le visse pour lui sauver la vie, s'il étoit possible .Je 
me tisavec plaisir conduire auprès du malade, que je trou- 
vai atteint d'une vraie pleurésie avec tous les symptômes 
d'inflammation. Quoique ce fût sa cinquième journée, je 
crus sage de le saigner trois fois et lui mettre les mouchec' 
sur le cùté. Au bout de trois fois 24 heures, il étoit mieux ; 
ce n'est qu'au bout de 9 jours, lorsque je le vis hors de 
danger, que je l'abandonnai. Cette cure me donna beaucoup 
de ré[>utation dans l'endroit, à ce point que l'on m'engagea 
h m'établir parmi cette nouvelle popxdation. Ne sai.hant 
pas comment mes affaires tourneroient en Canada, je ae 



— ir)rt — 



V 



1 : 

( » 



(lin ]>fiH non, mais je Ah entrevoir ù M. Weleli (pu- j'uvoln 
lie pamlt'H HltuircH à arranger et (|'ie je nt^n piévtnoiK paw 
lissué. .l'ftvoiH rcnvoyô mon Kanvaifc, avec «les lettres, — 
fort contient de nous avoir reiuhiK aux liahitations lioston- 
n<»isc'«, sainH ot fiiaul's. Après avoir guéri le nieiujier, je 
ti-nioi^nai à mon lutte mon intenti<m de continue' mon 
voya/^e jnH<(U'}i Boston ; jtoiir tiH rendre iKctte. ville, j'avois 
encore ()(» lii;m-s i\ faire. 11 mOtlrit sa voiture et nous lit 
conduire' avec nos effets à 20 lieues, lu'aucoui» [dus bas 
{[W'Ilaiwrhill Bujilt, <lte/, im noimné Sniitli, <lont il s»* 
trouva que j'avois bien comui le frère au ('anada. sous lo 
nom de colonel loyaliste Smitli : tous les jours cet olHcier 
venoit voir ses païs. b s ofiiciers américains prisonniers 
comme moi à (Juél»ec. ( e Sn)itli nous tmit» très-bien ; il 
imroissoit vivre comme il laiit, (jUo<|uil iVit établi dans la 
partie <léclive de llnn^rhill Mimnltiin. Il nous en\<)ya me, 
ner jfénéreusement die/, un Caniidien, appelé Maillonx. î\ l! 
lieues «le lu, «lans la plaine de riym<jutli. ('«• «lernier jxous 
re«;ut aussi fort polim«;nt et avec cette sympatlii(; «jne r«»n 
ressent poui' «les pais. Sa famille habitoit Herthier; son 
frère ét«)it nnirié à une so-iu' «lu curé r«»Ufj«'t, cousin de mttn 
é[)ouse, en sorte «|u«' nous n«»us trouvi'mKs patents j)ar 
allianc<'. Ici encore je traitai et mis hors de danger tm 
j«'unc homme de ((ui l'on déses])éroit, «pie «leux « harlatans 
de l'endroit traitoient et à «[ui ilsav«)ient tout fait. < xcepté 
la suigTièe. Je le trouvai «lans le délin- inflammatoire : ils 
le tiuaent avec le (|uin(]uina et la cr«}nie de tartre. Jamif 
ayant demandé pour(]Uoi la saignée n"Hvoit ]>(«s été prati- 
quée et répétée jnéuie. ils nn; réi)ondir< nt (ju'ils n'avoient 
]>as coutume de saigner, qu'ils avoiont vu ce remède f)ro- 
«luire tant de mauvais ellets qu'ils ne s'en servoient «jue 
fort rarement. — <^uoi ! jamais dans les synoques, le tyj)hus ? 
— Non, n<ms ne savons pas ce que c'est. Un ministre mé- 
thotliste, qui exhortoit le malade à la mort, ayant dit i\ 
Mailloux (pril étoit iru«'l de iHisser mourir cet lionune 



- 157 — 

sans avoir ossayô tous les movoiis (urolVioit !«■ véritnbh' mt 
i»(''<li<al, lis i>aront.s du moiimnt, »jui ruimoitnt iMWUoup, 
lircnt faire une ahK.'inblét' oii il lut rt-solu <|uc le nonvraii 
inoyt'U scroit tcntr, pui«(|U»' los «Itiix thirurj^icnK n'avoit-ut 
plus d'espoir; <'t jt' fus iippclé siir-lc-clianii). \a- iiuiladc 
dt'liroit si fort ((ii'il fallut le tenir j)oui' le saigner; la sai- 
gnée? rendit copieusement, et le soulagea tout de suite, l'ne 
liiuire apri's. sans je repiquer, par la même ouverture, je lui 
tinii autant de suu>^, pendant ipe' nus deux (•|larlatan^ 
erioient (|ne le malade u'avoient (jue pvU de miuuti'H à 
vivre. Ce pauvre niallicureux, déharnissé de- ses spasmes 
dél'vans, se calmoit. alloit di- mieux ( a mieux. Une tisane 
de graines de eitroullle, de milh'-feuilles «t de nitre, dont 
on lui lit l)(»ire toute la nuit, a«lieva de le tranipiilliser. 
Après <juoi. des prises <le talomel avec de la crème «le 
tartre, {jUe je lui donnai pendant (piatre ij cinq jour» que 
je restai là, le mirent tout à fuit hors de danger, à la grande 
surprise <les sjtectateurs, <(ui portèrent aux nues le h'reiich 
Ihctor. 1,1's deux «liarlataus auroit'nt voulu, eux, me voir 
à tous les dialdis. Cette (;ure nous valut d'être menés ù la 
distanei- «Vune vingtaine de lieues. II ne restoit plus que 
20 autres lieu''s à faire jusqu'à Boston, et, avant laissé nos 
efl'etsau Ituvi-au de lestage, nous entreprînu.',s de les fuire à 
])ie<l tout diMieemeiit. 

Depuis (liez Weleh, le sol étoit le même i)artout ; terre 
légère et jamie, <'ontemint Iteaticoup de sable, la plaine de 
rivnioutli exceptéi' qui me parut d'un sol fort rielie. 'l'ont 
ce pais, depuis les hautes montagnes que nous avions pas- 
sées jusqu'à la mer, présente ^énéral'nient la niéme décli- 
vité ; il est donc fort salubre, car il n'y existe (jui; très peu 
de niarais. (Quoique la culture n'y dntat pas de loin, <;||e 
étoit partout bi«m ét*iblie: les vergers et les cham|)s, «ur- 
tout les champs de ble<l d'Inde, surpassoient tout ce (jUe 
j'avois encore vu iiillenrs, et témoign<)ient de l'industrie 

. des habitans. pour la plupart d'origine hollandoisc. 



^16ft 



A mt'Hiirc (pie noiis iippnMhions df la ^:mnd«' ville de 
Boston, It'H conKlructionK dcvenoicnt pIiiH élô^'untcH. 

Une clKtB<! curicus*', une j'iii oublié de rapporter, noUH 
étolt arrivée rntn' IMyiiiouth et Concord. Un dimanche 
tnatin, on nouH arr(?trt sur le chemin et on nous m<*na de- 
vant un tffutra ou lungislrat, qui n<»us dtinnnrlH i»f»un|Uoi 
nous voyaj^nons It* Subfnfh Jh»/. Nous répondinicK ijUf 
nous étions Canadit-ns, étranp:("rs, (jin' nous allions ù I'.oH(on 
et que notre bourse iiouh contraiunoit de fain- «lili^cnee. 
Eh I en l'honneur de quel préjnf^é, dans un paï« républicain, 
nn tel <le«potiBn»e se faiHt)it-iI donc Kctitir, qiuuid dans 
runiver8 entier on ne Hentoit, nulle autre part, une pa- 
reille tïéne ? Le Hipiirr, n'ayant que de puérilvH miKouH à 
donner, finit par dire ; Soycx les bien venus chrz moi. Je 
préfère vous bien traiter que de vouk laisser aller et de 
vous voir arrêter îi tout moment.,.. C'est une de non 
faibles8<'K, dans ce district, et qui a passé en force de loi ! . . . , 
Nous restâmes chez lui, bien nourris, bien couchés ; et il 
vint lui-même nous ramener au chemin public, et il nous 
80uhaila un heureyx voyag<\ Bon homme, mais attaché au 
fanatisnu^ méthodiste. 

A la vue de Cauibridfçe et <le Boston, nous fîmes halte 
pour décider où nous irions d'abord. Réflexion faite, nous 
nous dirigeâmes vers Cambridge;, oti nous allâmes des- 
{•eiidre dans une auberge. Informations pristîs, il se trouva 
là un étudiant du collège d'Harvaix1,qui nous dit -. La seule 
porsonn<' qui vous puisse renseigner sur ce qu'il faut faire 
est M. W illard, i)résident, à qui je vous pvéser ., 

le désirez. — Je vous en serai infinin 
(jig.je. — Ce jeun'- lnunme obligeant *o ipj 1- 

dent qu'un de deux étrangers arrivan iu Cw». i désiroit 
beau<ou[) lui parler. — Dites-lui de venir me r>ii- quand il 
le voudra, dit-il ; voici justement le momf^nt où je vais 
donner audience. L'autre ne fit qu'un saut à notre auberge, 
et nous partîmes ensentble. Il m'accompagna jusqu'à la 



— 159 -» 



)port«, où il frappa, ci je fas intnxlitit. MoriAÎcnr, diM-jr Atl 
pré«ifl< lit du collé^i', je MiiÏM iiii aiu-ioM |)ruti( icti m luéUv 
t;in<', uù FrciiK.'iÙH, t'iùvc «Irw écoJfH iiu'-(ti( nlcM d<' l*ai'.«. 
M'rtrtut trau.sporté au CaïuvJn rn 17^»», j'y ai n-Hté dfpuiM 
ut J'y ai prati()ué. J^ t'atallté dv lu k'^^^^'I'I'^ entre Icit Etats 
aniérirains t:t la Cri'aad^-.-Br<.-tajk;n(; a ciifantù bien (K>m ani- 
m<Mitu^«, et It'M mijKnoivH ou protÛKÔH, (ianx ni>tro puin, nu 
t(Hit un pUviHir (l'ai-tapair-'r tout ce (jui peut Ii'h Hvantaf;^ci'. 
L'ordonnai»' r Kur la niétlcciiu;, ou la loi ijui vient d'étn* 
reiKlut' louchant cctti' protVsHion, conun<* vous en |K)urn/ 
jnjrer par l'cxtmit (iu<' je vou» Moumots, ne voas laitjweia 
aucun lioule à et't égard. Touh ceux <(ui n'ont paH Hurvi 
dans l'aiiné • et (pii n'avoient pas «le diplAmci*, ont été 
obligés de Kuhir un examen. N'ayant p»iH prévu la nôcfs- 
Hité de rei>réHenter ce» actes, et ayant pvrdu le» unen« <le- 
puiH lonuti'UiH, j'ai dû aller les nuiins vides devant des 
examinateurs durs et ri<;ide>, et <jucii(pi ■ mou examen, de- 
vant une nomltieuse eompaifuie, ait duré huit heures, — 
<;omme je portt»is la tache d'avoir ;'-té quatre ans prisonnier 
«l'Fitat pour avoir été s<Mipi;onné d'être l'ami des Améri- 
cains, j'ai été refuHé, et vuici un certirtcat d en\ ! ... Je 
n'ai pis voulu eu démordre toutefois, [HUve que je me cruis 
<'apahle de pratiquer aussi hononihl.-ment tjii aU( un de ces 
médecins ; et jiuisqu'il ne falloit (pie méiit -i- un «liidôuie. 
écoutant h-s intérêts de ma tamillc (t me sentant as.scz de 
sang dans les vcin's, j'ai formé h.' dessein de recommencer 
uu nouveau cours, suivant le système anglois, au lieu le 
plus proche. L'n M. Coftin, né et élevé à Camiiridge, cpii 
ëtoit à mou examen comme simple spectateur, peiné de 
me voir traité si strictement, n«' j>ut s'empéch'r de dire 
tout haut «lue h cumlidat rav<»it belle, qiK- l'université de 
Cambridge ét.>it proche. ()ue là il niéritcroit bientôt et ol»- 
tiendroit sûrement ce (jui lui manquoit. Un cri général se 
fit entendre, et les examinateur» «e virent obligés de m of- 
frit K présent certiftcat. Lor^iue voms a ure» démêlé leurs 



— 160 — 

Miti'iitions (laiiH cet trrit, je iiio flutto, inoiiMiciir, »|iù' vous' 
:\n\v/. i«>j;ttnl à nui situation et tut (l('Kir(|iu' j'ai d'ôtn' iuItuIh 
«onuiu: fiiijii/ h (\' vnUC^v [tour le teins <ju il iiu' scm strie- 
ti'nunt u«''eessaire d'y rester. Mu funiille. uns amis et moi 
nous NOUS en aurons une entière reeonnaiKs>uu r. — i^ais- 
se/,-nu)i vos papiers, nu' répon<lit-ii : je vouh enverr.'i à 
votre anberge une I<>ttre adresséi' an protensenr d'anatomie, 
M. VVarren. à Moston, (juo vous in'/i voir, .le vais euatten- 
«l'iut prévenir la eorporation, et manli vous serez averti <le 
I e qu'il vous taudra taire. L<' Dr. V/arren est m» ami des 
iioïumeh, et, pour moi, soyez assuré de nia proU-etion. J<' 
vois «pli' vousHve/ été fort nuvltraité ; mais vous trouvou'st 
ici des amis. 

Kn eonséqueiue, nioii heati-tVèri' et \mH nous |)artîmes 
imnu'diatement pour Boston, oîi nous allâmes prendn' 
notre logement du côté nonl du lieau pont, chez un nom- 
mé David Bnidley, à reusci<ine du ("lu'val HIanc. L'a[»rès- 
midi du même jour, je m<' lis mener die/, le Dr. Warren, 
(pie j'euis 1»' liouheur de trouver; Je lui remis la lettre, du 
préBiùent tiu collège, et l'ayant lue, il me [»ria de lui répé- 
ter toute» les particularités de nn>n atiiiire, t'c (pie je tis. H 
parut sintéresser extrêmement à net situation, et il meii- 
couragt'a eu me disant : Vous serez adniis. et vous verri'Z 
ijut. des inionnns \oUt- traiteront cti ann. Où ètes-\«)ns 
logé? — A renseigne du W/n'h^ Jloin. , lUadley.— C'est bien. 
Vdus V recevrez avis de ce <pii aura été décidé à votr<» 
égaixl. Je le saluai et m'en revins au logis. 

Le lendemain, dans l'après-mitli, M le Dr. Warren, en 
rewnant di- Candaidge, vint m<' voii et nie dit daller 
(lie/ lui le lendemain, à *J heures, (pie toute la corporation 
di'voit .s'ass^'inliler pour me faire passer l'examen d'adnns- 
siiai. et (piil m'introduiroit tn su prési'nce. ^e lus exact. 
I,(iih»(ue je parus deN.int rassemblée, cbacun me salua trés- 
èonlialement. I,e président ouvrit ensuite la séance : Nous 
sommes réunis ici, dit-il, pour rendre justice à un candidat 



161 



i-tmiiifer (Hil 80 prAscnto pour faîro nés com» en niédcciiu} 
» notre rniverHité. l'onvonH-nous lui fain- Ii'k (jucKtionH 
ordinairoH j«>iir ronn(Mf re s'il en cKt (li;;Tio ? Touk répon- 
«ircnt fpiooui. — Qui ètru-vous ? où avcz-voUH rcgii votre 
tducation ? — Je suis né Fmn(;oiH. .l'ai fait mes ^«tiules j)ri- 
iiuiin-K ù Allty, ville du Tian^iiedoc, et mes hnnuinitéH ù 
TouloiiKe ; j'ai finit en ontit un courH de nmtlié!nati(pieM ù 
La Kochelle. ? — Eten-vous praticien en niéderine ? où 
iiven-voij.s ét\i<lié la niédceiiic ? — A Paris, chvx le J>r. Do 
lu l{o< haniltCHU, niédrein de la li<*ine, en 1 7<ir> «-t ] 706 • 
j'ai fait nies «ours i\ Saint-rnuic, sous DionÏH, et assisté ù 
l'Uôtel-Dieu. — FaiteK stinient de ces ehCHes. 

Ils fureiii unanimcnK'nt d'aviK que j<î pouvois et devoir 
être tidniis îi mériter un diplôme dan» nui i)rofeHsion, et à 
jouir des mêmes privilèges (pie tous les autres 6tu<lians. 
Je les renicnciai, et ni'tn retournai avec le Dr. Warnn, qui 
me promit de ne placer chez M. EhineKCT Sewtdl, profes- 
seur de langues orientales et docteur en tliéolojLfic, qui de- 
meure auprès du ooUéf^e. Demain, ajcnjtfi-t-il, en revenant 
de Cambridge, je vous ferai connoitre sa rép<m8e. Aujour- 
d'hu venez dîner avec moi. Je fus reçu ])ar madame 
VVarren et toute la famille avec la plus grande, politesse ; 
la conversation roula sur le" Canada et sur la France. Il 
estimoit beaucoup les Fran(;ois : un ehinu'tiien de cette 
nation (dont l'ouvrage anatomi(|ue étoit au muséum do 
Cambridge) lui evoit rendu de grands services, et il vou- 
loit en faire autant pour moi. Je fus touché de ces p.voles, 
je l'en remerciai et lui promis de conserv(;r un' éternelle 
reconnoissanee de ses bonté». 

U m'aipritqm^ lcv< leçons et démonstrations d'accouche- 
ment se feroient chez lui, et me montra non cabinet de 
préparation. Je revins à l'auberge, content- de ma journée. 
Comme il me l'avoit prorais, il vint lui-même me faire 
part, le lendeinain, de hi réponse de M. îSewell. — Voug 
aurez, me dit-il, votre logement avec la funsion chez le 



_ 102 — 

p«>if Sewcll pour Hts. \m' ^s'iui^hiv ■ Vous i»Murn/ allfi- 
pi<-mlrc poHSCKsion (|iiii!ul il aoiis pluim. Jr vous invirai 
lu. — Ji' lu y rendis dans l'après-iuidi. J^JLos mo)«'nis uc mti 
pôiiuclUiut puftdfntrcU-nir njon Ikuiu-Irti' pliw l<mMt''Uis, 
je lui donnai qu<il.qut' iir}»t'nt <t lui tonsoillai d'alh'r ii-- 
ii»in,(Uo «on frère ù West-Point. ce (luil fit, l,e piiuvn; jouni* 
honini<-, Jiï ne lui plus rv\\\ jamiiis : il troJivu son Win-, avcr 
qui il pai*8)i un iisKt-/ lonji; tiins. et c'oKt tout iv tjue j"«m\ ai 

su. 1a- jicri' , lioniMX' d,0(L-t(' <.•]! des plus respee- 

tii)ijK-8. tenoit maison avec deux niècH'H ; Je vécus d'eu.x le 
hou accueil et les soins nue luou excellent protei-ieur 
M. Warren mavoit «lit (pic jeu i cvrois. 

L«' |)r. Waterhouse, proles-icu^- eu ni«kioeine, vint un- 
luire visite, et je lui rendis sa vit^ite le lend<n»ain : de chez 
lui il lu'acconàpa^nu elu-z l<- président, me promena dauf? 
tout li^ colléj^e, l'I iu<- i>résenUi au liil)liotlié( aire le niinistre 
Snûili C'est «le ce|.ù-<-i (pie j'ai reçu ensuite Us livres et 
\i}^ iustruuK'n!* uéceysaires à mes étud<!S, (pi'il nie li\roit 
sur »in reçu (ju'il tallpit rapjturti-r le samedi. 

Sans penire aucun tenis, dès le len<le)uain. j'assistai aux 
démonstrations, ijui se tout à des heurce» diftéreatcs p»,iur 
<pi<- le même étudiant i>uiss • s'\ tiouvei-. Voii-i les nouil 
dos proles^fc-urs ; M. Benjamin \Vaterla»u.se, pour la luéde- 
ci^ie ; il ijuiv it le sy.stùuie iolini<'n dans touti- mi no.Mflogie,^ 
<*t ri);ppli(][Uuit à l'appui ou contre tous le» i|'UU'<'ii uuteufS... 
-^ Jean Warrep, prot'essjeur de eliinn-^ie et d'auj^t^mie, sni- 
vait le sy^Jtème de Halletetde Winslow et [iell en ehirur- 
'.^M'.-:- Aa"on Dexler prot'e)>i;;ioit la clduiie et la njatière mé- 
dicale, siiivant le Hvstèiiie de Foureroy. 

M Uie fut urdoi.né de iu'cn<li'i.- des notetj dus lectures 
théitritiuem de dtucun d't-ux. et de me servir, iMDUr in'aider 
dauii ec travail, ùi > autenrn» ipii ituieut dunii la bibliii- 
thècjue. J'eu;: ainsi Wientot de l'ouvrage taillé. sn,n.s compi 
ter les panseiuens à l'hôpital Uarnjhon><e, pour les<|Ui'U 
i'HV(»ii} mon loin' t<tus les n^ireredi.»» et ji'Udii. 



ftï) outn^, je JiuivorH un (.omsdf ph.vftiquf ex|)érîni»'utAlt' 
par (■IeT»er, qijî étoit trt'S-savîint en cette Hoience. 

Ptiîsqiie frtvoÎK framlii h'n montagiK's qui Hépairnt (•• 
Cnftada des Ktats-Cnis uiiiqiKiiu-iit pour obtenir un <li- 
pl«')ïn»', jétoÎN Itien ithoIu de protît<r de tous len nionicjit.>>, 
aflft de m- pus ftianquer mon coup à ï'exjuuen, quand le 
temps de mes «'tudew Kcvoit fini ; car il n'en est pas de cet 
état comme de l)eaucouj> d'autivn ; dans celuini, pas de 
faveurs ; il faut ai)prendrc ù guérir dViirès de» p'inoipe« 
ronuùs, <'t Kavoir l»îcn entendre e«'K principes, pour passer 
ù l'examen devant un cor[iis de suvatis, par qui la moindre 
liésitation e>st tenue pour ignorance, et (|ui en i>areil cas 
recule d'un an le oandi<lat — un an à ajouttir aux deux 
années aTtSolument requises. Aussi ma dovise fut-elle : 
Èéuuir un .... moui'ir ! 

Toutefois, je \ais me délasser un tant soit peu en par- 
courant Hoston, ses envinuis. Cambridge, etc., en disant ce 
<|ui m'aura frappé. 

Boston <'st certainement une belle ville tnaritimt , dont 
la population, à ce (|ui me fut rapporté, s élevoit alors i\ 
environ ■.'2,000 «mes. 8on port, avec son long quai, est 
trè8-<-ommo<lo : il y a sur c<i quai une rangée de nuiisons 
ou magasins. Les Boucberies et WHxchunge sont aussi fort 
(•(mnnodes. Les promenades <bi < ôté de P>oacon-Hill sont 
très-jolies. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est le Xnrth- 
Hridijc^ garni de lampes. 

fje sex<' y surpasse et) beauté tout ce qut- j'ai vu en 
Amérique. Oji i»Urle à Boston un atjglois très-pur. 

Tous IcM cbemins qui altoutissent à cette ville sont 
beaux et trèK-bi<n entretenu.s. Il } a de fort In-lles églises 
<le toutes les sectes ; les ùiétb<MliHte.H cependant y sont en 
plus grand nombre. 

.l'y vis a\e«' étounement b' bnril au lirai «l'alarme, .sur mi 
haut n)nt planté à IJeacon-Hill, «t le lutril au goudron, dont 
où s'était servi pour eraphun( i le luemier coujuiissaire 



164 — 



anglois qui avoit été porteur du papier timbré. Je vis de 
beaux jardins, des ccnleries bien et artistement conduites 
et nue verrerie au sud de la ville, et des m(Ailins à fariue 
5 lu, grande chaussée, mus par la marée, du côté de St. 
Charlen-River lorH(jue la mer monte, et du côté contraire, 
lorsqu'elle l)ais8e. Les prairies et les champs, entre Boston 
et Cambridge, étoient tous bordés de haie» en épines- 
vinettcs. 

Cambridge est l>Ati sur une plate-fonue. Il y a de belles 
maisons, mais sou phis bel édifice est le collège, formé de 
trois corps-dtvlogis disposés eu rectangle, sur trois faces ; 
la (piatriéme est la cour. Il est entouré de murs, sauf le 
devant, sur la grande j)l}ice de la ville, qui est garnie d'um; 
clôture à barreaux. Lessalh^s d'étude y sont vastes, com- 
modes et nombreusii.s ; la l»i1)liotlu''que est belle, le musée 
et le cabinet de physique aussi ; la salh^ de physi(iue expé- 
rimentale ne peut être surpassée. La grande salle à man- 
ger est faite pour 600 étudians ; et les voûtes qui servent 
de cuisine et de laboratoire sont s|)a<;ieuseH en proportion, 
ainsi <[ue les amphithéâtres de dissection et des diiférentes 
sciences. Au-dessus, sont les cellu!<'S et chambres d<'s étu- 
dians, qui logent deux euseiiihle seulement par apparti'- 
meut!,... Enfin, il y a le jaidin et le pare, pour l'amuse- 
ment des étudians, avec deux luaisons de vivandiers, ayant 
tout ce que les étudians p<!uvent désirer, d'après lems 
moyens. La pension est fixée à 10s. par semaine. 

('omme Cambridge est dans une plaine, les belles prai- 
ries, remplies «le jardins et d'arbres fruitiers, qui le bordeul 
iît l'entourent, font son principal ornement, avec le pont 
de piern.' sur petite rivière. J'ai mangé lt\, en juin, 
d'excellentes cerises, et je bu vois, pour ma boisson ordi- 
naire, du cidre très-bien fait. Le t<.'rrain est pourtant gra- 
veleux. 

Peu de semaines me firent faire connoissance avec tous 
meH camarades d'études, et avec ce qu'il y avoit de mieux 



parmi les cîtoyous do cotte potite ville : c'étoit h qitî Mo 
rechen-heroit clavautaf^c ft «ruuo manière pluK affable, 
.l'étois (l(''jà lié avec plusieurs Français, ijni demcuroiciit à 
Boston, et plus partienlii'reinont avoc M. Josepix (\v \au- 
ered, qui étoit professeur <le langue trançois»' au eollégf, H 
que j'invitois fort souvent à dint.'V à ma }>enKion ; il nu', 
rendoit le réeipHMiue tons les Jeudis à Boston, .le nie mis 
avec lui dans une étroite intimité, parce qu'il étoit esti- 
mable : il m'a rendu de grands s<!rvices : aussi [>artout où Je 
serai ou quriqu'un de mes tils. sou\<;nons-noiiK en. Il étoit 
marié avee une fort Jolie femme. Je me liai aussi d'intimité 
avec un prêtre. M. de la Poterie, homme d'une gmnde é<lu- 
eation : c'est lui (|ui a fondé l'église catliolii|ue françoise. 
siu" r<!mplacement et les fondations menues d'une église 
françois»' ealviniste, dont le titre (c'est-;Mlire \n donation 
(hi fonds) étoit (ju'elle ne tomlKroit Jamais ipiVutre les 
mains de F?-am;ois. sans (;.\pli(i>iei de ((Uelle iiovance, Klle 
a été érigée sous l'iiivoeittion de la Sainte-Croix, et Je suis 
\\n des sotLscripteurs poiu' sa construction, ('onune je sou- 
scrivis à mon arrivé»' à l$ostt»n, Je dois à ce bienfait d'avoir 
sauvé le peu d'argent que Je possédois : ce fut vérifable- 
meut im niiraeb'. .l'ai dit (ju'i-ii arrivant à |U»ston, J'allai 
loger <'lie/ Ibadley. ( 'royant ce pi.'U d'argent en sûreté avec 
mes eftets daiis la cliainbi' ipii m'y a voit été donnée, l'ati- 
gué d'ailleurs d'avoir. de|)uis mon dé|>art du Cauiida, porté 
toutes mes espèees sur ma [jeau, qui s'étoit écorebéi; à e( 
dur eoutiwt, Je eoiitiai le tout ù une petitt; <»i,ssetti', tani 
aussi Je la ( royois en lien sur dans une maison, ((ont Ions 
|t's luibitans me paroissoient honnêtes. I,a maisiunu'"- ne 
se composuit «pie ilu mari, de la femme et d'un" ibinoi- 
sellc, et p«'rsoinu' aidrc que cette Jernièn' n'alloit dans nia 
chambre. Lorsque Je revins ave» M. de hi Poterie pour lui 
comiiter iua sotiscri[)tion, je tnuivai ma cassett»- ouverte 
et diMix portugaises de moins. Je remerciai bien Dieu tic 
ce que toute nui ceinture de cuii, ou tonte ma ressource, 



h»; fût f>HK fwrfle ! .T(î n'en f!i« rjcn flan» la niulsmi, omfntc 
<l«* piro, et M. de ift Pot<'rio, h (jui seul je rf>Titai tnn poi'te, 
me recofiiiTirtTuIft <Vrn fnin' le Hacriflce, ce que je fis. Peut- 
être (jiic si je fiHVois pan cm ainxi l'ofcaRion <le participer 
à une «i f»on»ic œuvre, je n'eimse j>as risité uia «'assette de 
l»luKieufH jours, et ïrton petit trésfir eût été déniché ! Je rue 
seroist trouvé ruiné, Karis amin, et hors d'état »it fain: nres 
("•tudeH H <'«inl»r»«lfre ; il Mi'aufirit fallu imrtir. ... Cette 
aventure fait voir que, nurt et jour, il faut être Kur le quî- 
vive, eu quelfjue ]>arl fjue l'on «oit. TMuh tard. la servante 
me dit vu riant : Vous avez donc lait ^fa^n^'f ""<' i"*>''<' ■< 
Mlle. Bradiev ? Par In je ne doutai plus quc ( e ne tût elle 
qui rneùt vfrié. De Nanered la eounoi««o!t pf>ur tine rien- 
(pii-vaille : il tne fit porter mon argent >i ïn Irtimpiej qui 
m'en doîirm un petit intértH. 

lii- eHmat de fkwton. de Canilirld^c et des environs, est 
fort sain : les vt'nts de mer. les veuts d'ouest ■ t de nf»rd- 
tiuest, qui s'y font sentir presque co!itinnell''ment, en 
éloijfnefit les fièvres et autres nuiladi<'s. L» sjduhrité, «ii 
liÎNer cfuniue en été, n'y laisse subsister que les indispusi- 
tious inllauimatoires, nerveuses, hilieiises, et. coninu- ail- 
N'urs. celles (prautèue rinteuipérame. A ce sujel. je ntp- 
porterai un fait tlutteur. (\\i\ mr fut raconté par d'anciens 
prof''sseurs de ri'uiversité : <''est tun- observation (pie le 
pul.ilic avoit faite. I,<»rs(pie l«urs villes étoieut eu la pos- 
scRsiitu de larniée aufiloisi', il uv se passiiît pas de nuit (j<ic 
la police ne raniassi'it des soMnts, îles ort?.»'iers uiêine, ivres 
morts dans les mes : tandis (pie l'hiver que les trou[)<'S 
fran(;oiHes v furent en quartiers, jamais on n'eu trouva un 
«•n état rlivrissi' .... 

«Ouime ou peut partout faire le mal et le hieu ! .... 
l'aïuii ces François ,ivee (|ui j'étois lié, il y en a voit iiii de 
la Martinifpu-, f(<rt riejie <t petit maître jusquau buut dcM 
onjrles. Il «voit été ivcoUUUfMulé à un des pre niei-s uégo- 
eian» de Ht>8toti, ehe/, (pil il étoit ciwiriuc lenfant de la 



wwm 



— 167 ^ 



Uiaismi, al lu'cii (|iril ung-mfltfa une dd m^k ^]li'». Tt (Un<»i( 
uv«-(' iiioj tous les (iiiiiHiu'hcs, et me t'ainoit rcnt otlV*'*^ iH>Ui' 
iii'cnjiiu^t r à allci' lu établir uvoc lui à lu AlHi'tiaiqiH' ; i>Hi 
Kl il ( to.voit me tenir, lu joui, Itit ItiriUfS uiix yeux, U 
m'iivoim tout W laystèn-, et nu^ lui», nvfr pioiuesKe tle fairo 
luti fortnae, de lui cuiuiKuitM' des reiut'deh p<jur pim-urei- uu 
jivoiti'Uieut à eette dem<»iiii!l)e, winou tju'jl alluit ilécinui'er, 
et <ju'il étoit riioinnii' h', plus inullieur««ux du monde. »»— ,|«t 
le iToig, vouti dis-je. Je \ ous entinie lHUiU('«>Ail>, nmin HAehe;^ 
4Ue je hiÙH né gcutillioninM', et que je suis iiunpnMe «le 
eoijiniettre uu eriiue. Il tVnoit hetiu voir que .jV'hhki- piMwé 
de France en Angleterre et d'An^^leterre rtu ( juuuU, |m>»u- 
venir du CamuLi. lue faire jundre à Hotiton !.... l'our tout 
ivutre .serviet'j honnête et eunvenable, je suis prêt..,., 
I'uis(|m! la faute est fait»', voiei mon eou»eil ; d<' deux 
I hoses l'une, ou uiariez-vout» tout de suite, nu décampe»? 
secrètement par le pn-niier tuttiment <pii partira. — Kt je 
vjuii prendre ce dernier iMuti, .s'éeriii-t-il. .[unuiis son pîu'e 
ni 1(! mien, pour des ntiisuns de relij;;;lon, m- eonwentiroient 
à notre mariage !■— Huit jouru après, jj^ppriK qu'il étoit 
|tarti. Kt cependant. <pu>i«ju'il uy fût plus, <lix ou »{uin/.e 
jours plus tard, on trouva un matin, vis-ù-vi^dc la mait^tai 
do ee marchand, uu <'ntant nouveau né dans le milieu de 
la rue. .le u'«us aucun «loute touchunt h' njystèrc. uiaix ce 
n'étoit pas à moi de parler. . . . 

Mes étiules avançoient, et de lu nudlleuiv ta<,'on. Nidt et 
jour, je renn»lis8ois ma mémoire du fruit de mes le(,'ons à 
l'école et de mon expérience à rhôii)ital. IMusieur» fois, j»> 
priSj pour les pajisemens, la phu(î d'autres dans l'esprit dt; 
<[UJ b'K plaisirs jirépoiuléroienv, ( e (|ui me rendoit ces «oins 
plus familiers et me rendoit moi-niûme plus reiomniHUt 
«.lubie aux yeux de nos pr«)fesseurs ; à ce point «pie «juand 
il se faisoit «piehjue opérati«>n soit dans l'une «lU l'autre 
ville, le umlmle ét«)it laissé à mi>n soin. Lecteur, ju»çe» du 
Ihhi eftVt ! Ma réputatitm v Muwua teUeuM'ut, «pn* uoti-«j 



^1H8 



l>roi«'HKem' ftviuit été appelé à riymoutli, un jour, pour fain» 
lOpémtion iU- la piorro au 6ln d'un conliiT. âné (i«* 1 4 aiiK, 
il m'y «nunena avoc lui et me fit faire la taille, eu jiréHciu*' 
de pluHieurs [tratieitaiK du lieu : Je réussis h nier\'eille à 
trxtniire une fiierre qui pesoit !} oz. Il repartit pour Hoston. 
après m avoir ordonné (le rester jours auprès <lu malade. 
Au Unit des neuf jours, je eonfiai eelui-fi aux soins du 
eUirurffien de la maison. 

.fe puis dire avec vérité <jue ie fus fêté pendant tout ce 
tinns par nus confrères et tous P's l>ons citoyens de ce 
petit port de mer américain. Je me faisois un plaisir daller 
avec eux visiter lein"s nudades. J'en connus un assez inti- 
mement po»u' lenpi^er à venir à notre; examen : il y vint 
en effet, et je lui fis toutes les politesses d<mt j'étois ca- 
paMe. 11 fut si ét(»nné de nies réiKUises à Vrrhibfti'on, qu'il 
m'otlrit et me donna une lettre des jdus favorables au Dr. 
Nootli, le premier mwlecin anjilois de «Québec, avec qui il 
Hvolt servi dans la yuerre américaine, en (pialité de chirur- 
i^ieu. à Halifax et à New-Vork. — lettre (|ui, ciunmo je \o 
dirai par la suite, me fut bien utile à mon retom*. 

Uevenu à l'université, je fis nu>n ra]»pf>rt i\ notre i)rofes- 
seur. qui en fut très-salisfait. et je repris le fil de mes 
exercices. 

Quatre pendus nous fournirent ampK' niatière à dissec- 
tion, .le n'en |>erdis ]»as un cheveii : j'analysois cliatiue 
pièce à ram]tliithéi'itre, et je l'emportois dans ma chambre 
pour la dé]H'indre sur le papier. Le cours de nosolof^ic co- 
liiiienne par M. Waterhouse, et celui de matière médicale 
<lans les laboraloires j ar M. Di'xter m'occupoient aussi 
l.M-aucoup ; je «rardois une exacte copie de toutes mes ré- 
dactions alln d'y avoir recours au besoin, ce que je pouvois 
faire menu; en me promenant dans ma chatnbre. car les 
cloisons étoient tapissées de c»!s écritures. 

Il mourut de mort subite, à Host«m, une vieille fille, 
grosse et ffraj*se. Sur l'avis qin nous en fut immédiatement 



— un — 



•«louné par ' le bedeau de l'éjçUse du Ciirist, nous fùuum 
riuhet^r secrètemtat do lui. vt il ne mit pas ^'i-and'tei-w 
<K'8«u«, ot non» luitiHii uue im'IIu ferréi". I^u nuit suivante 
— nuit noire — trenti; de nou« enh'vèrcnt le <or[)H «.laïui 
une j^tHnde poeJie. Quelqu'un nouK avuit a()ei-(;ii, -jumn 
Hvtiut que lu polict! Hit pu s'api)rO(lK-r hhhv/. poiu- K'inf4»r- 
luer de ce qui se pasHoit, nou« gaguûmcH la eliauMnée de» 
mouliuK à farine ; les c-iu<| ou six cMtatierK qui Me présen- 
tèrent les pr<'U»i*'r8 fun-nt si l>i( n prévenus d'avoir à nous 
laisser passej'. <{ur, voyant nutrt- uonibn' Hupériour au leur 
et eraignaut pour l*'ur peau, ils ne fur«;nt pas inerédiiles. 
Nous uims rendiinew doue ii bon port, Le lendemain matin, 
lu nouvelle de ce coi-p» enlevé se répiuidit dans le« deux 
villes : le« pai'ens demandèrent un u;arr<tnt de reehorche 
au gouN'orneur, mais étant lui-njéme membre de la iorpo- 
ration du collège, il le lefusu, et le bruit qm* cela avoit 
-«ausè 8'appaisa pevi à peu. Nous diKsè<iuàiueH la vieille fille, 
seiiètement et ù notre aise ; ce fut un sujet superbe !. . . . 
Moi et un camarade, «jui [«lus tard sem grafluè à mes côtés, 
nous eûmes la permission de tmvailler la nuit au théâtre 
anatomi(|ue ; nous ne perdîmes jias un moment pour C4:«n- 
pléter notre étude de la physiologie, et le travail myolo- 
gitiU'; que nous oflrimes à ht corporation, le jour de Yexhi- 
/jt'tion, it qui l'ut déposé au muséum, fera toujt)urs honneur 
à Pierre de Sales La Terrière et Wm. Pearson. Ci' n'est li\ 
que le fruit des travaux et des dénuuistrations de l'au- 
tomne : ceux du printeij'ps, je l'espère, nous serout aussi 
profitables. L'étude des théories et des pratiques et la 
rédaction de nos notes vont nous occuper au point de ne 
nous laisser seulement que le tems d'assister au cours de 
l>hysique expérimentale j)ar le professi ur Welister, qui ne 
fait que d'arriver de Londres, Saiut-Petersbourî^: et Paris, 
oii il a fait des cours suivant le nouveau système. 

Sa première lecture fut sur le pouvoir d'attiuction des 
corps. Il nous développa, en en faisant l<s expérience», 



— 170 



toute» k'K (UMH)Uvt'rti^K iiuxIt'rncH, et nouw indiqua la «lis-* 
tance oii iiouh iiouh ti*ouvionH «Ion auciouH, tant «ouh W 
mpport dt'H idéi'H, dcK IjiltK, (|u<' d»'K prin<"i|K'H. Il nou8 
(■xpoMi U' «VMtèuïe ni'wtonii'n, »'t ronihicn D^scArtos ctoit 
inférieur à Newton. iiv<T son s\ stènu- «le lu presHion. Je ne 
pus le laisser ulier pins loin sans lui «lenuiuder le(|iu>l de 
i;«;8 deux grands hommes avoit mis sa pensée au Jour le 
premier? Il nie répondit : l)es<!artes. — (jui wiit,ajo»itai-je, 
si NtMvton ei"it trouvé le systèmo tle l'attraetion s'il n'avoit 
|ms eu devant les yeux les travaux de Desiiutes. Ji hon- 
neur en i>r<'niier lieu iii r<'vi<'nt à eelui-<i ; ear, pour ee 
i|ui est (le la vérité. p<'ut-éhe n'en sont-ils p vs plus prés 
r«Mi tjue laiitre. Il iHlloit un systènu' «pii |>i"it contenter le 
yenre humain : eelui de Newton paroit mieux ^c^nplir eet 
objet, eu attendant d'autres (U'fouvertes plu» frappiintew 
touchant l'uni v«;rsalité «les mondt:s, —d'autres systèmes 
aussi l»ien établis et eonwtitués (|ue les nôtres, aussi eoni'i- 
liables avee les règles du bon sens Mais t«)Utcela ne pourra 
se pnaiver (|iie <[Uand nos déroiivieurs aérostatitpw-s auront 
inv(U»té un mod<; de navi,ua<ion siu" des Hottes aérimm'S, 
pour voyager dauH les «lirtérentes régions di- ratmosphère. 
Des l>allons solides et bien xoilés, armés d'un gouvernail 
<le ga/if, pourroient suppléer ce «jui manipie à d'ausui HU- 
blinies déeouvertfs 1 . . . . 
.Dans .sa deuxième leeture, il nous expli<|Ua le système 

planétaire sur Il notis dtunia une idée de la tor- 

uuition de l'univers et nous dit e()mment les ditïérens 
globes, dans le vuidi'. s'attirctient ou «e repoussoient. Il 
notjs permettoit de raisonner avec lui. — <^ne pense/.-vous 
de notre globe ? — .le lui réi)ondis que je le eonsidérois 
eomme un at«"»me eu raison de ri<lée «jue je me fais<)is du 
reste de l'univers. — Eh I eouiment pouviuis-nous tenir sur 
tui atome ? — ( "est parée <|ue nous sommes d'autres atomes 
des milliards de fois idus petits — Avec vos yeux imper- 
ceptibles r<!lativ«'inent que voytïx-vouK ?— Vn vante vuide, 



171 



■X 



une larr, lu ciel, lu liim-, le Kolcil «t une ininiense quuuiitè 
«rôtf)il<'H. — (J!ue vouH HOiulth- «le Ih jurjo ? — 'iu'ello est 
liM'ngmndf et liimiiioum;.' — .Sach»'/, tju ello n'i'Ht luniincuHc 
<|U<' ]mr un»' réticxion du soleil ; m Hn|terfleie vmt treize foin 
nioin«ire (|ue celle de lu terre ; kh Koli<lit^- 4H foÎH, et Kon 
«liamètre n'est «jne le (juart d<! eehil de lu terre, r'«;8t-à-<lîre 
de, 7r»0 liencH. KI1«î n'est éloiniu^' «le nouH que de M) tois le 
diamètre «le notre gl«»lMi, ou «le |(M(,t)0() lieues ; elle fuit par 
jour «lans su <onrH«3 r>4(),oo<) lieuen seulenumt, ou par heure 
'_"_', lOO Iieu«>H et par minute IKU li«ues ; elle vu par eons«'i- 
(juent r),(>00 ibis plus vite qu'uM elic val (|ui feroit 4 lieues 
|>ar lietir*' ; «die «loit vtder HO fois plus vite «)ue le son du 
tonnerre ou «l'iui eun»)n, (jui pureourt 270 lieues pur hetu'*?. 
—- La <;roye7i-vouH peuplée ? — ( >ui, ce seroit choquer le l)on 
sons et fuire injure à l'Ktre Supr(Mne, <(u«Mle croire le con- 
traire. Ce grund Ktrc se seroit-il «lonc an)UK«S i\ peuphu- «l«« 
préférence notr»- petitt^ terre, tutulis tju'il aurait laissé «lé. 
sorts le soleil, lu lune «'t des milli«)nB et «h-s inillianlK 
«l'autres planètes, beaucoup plus vastes qu'elle? Quelle 
alisunlité l D ailKairs, M, le professeur, vous nous faites 
voir avec le télescope «tes bois, des montagnes, de» vallon» 
et «les rivièrew dans la lune, j)ourqu«>i cette végétation, rt 
rtrterOf si elle est sitns habitans ? .le la crois aussi bien 
lialiitée que la terre^ et pe«it-ètre gouv«rrnée plus sagement. 

— V a-t-il (|u<d(iue comparaison à faire entre la lune et l«» 
soUiil pour leur gnindeur, Kn.r éloiunennmt et leur cour»c f 

— Il ne dcvroit y en avoir aucïinc,— Puisque la terre a 
HOOO lieues «le diamètre, et que le «liamètre du soleil est 
f-ent fois plus grand, il en résulte «lonc que «;elui-ci est do 
;i()0,000 lieues : i-i c'est \h la largeur du soleil en tout «ens, 
quelle on peut être la superficie et Ih solidité ? — Je com- 
jMeixds qu il faudrait un million de t»Mrcs «omme la nfttro 
pour égaler la grosseur du soleil, — Que direz-vous «le ««m 
éloigo«^uient ? — A en juger par l'appareuce, il est pr«xii- 
gieui;. Vous ho»ih démontreis iju'il y a do nous au soleil 



— 172 — 



10,000 «JiHinètros teirestn'n, ou 30,000,000 <ic lieues : maiH 
peut-être y en a-t-il (piatrc, six ou dix foi» dnvHntage, 
|)uifM|ue voUH fititos obwM'ver «jue l'on n'a eneore trouv»'' 
aucune méth<Kle ((Ttaine |»our clétiTininer rettc diKtam-e ? 
— Pour aider votre imagination par tuie liypotliôKC, suppo- 
ser une în<'Ule de ui<mlin touïltHUt du M»l«'il vers In trrre 
aver Ih plus active vitcHse, rlinons à raison <le If) tois*:» par 
sec(m<le, ou d<! \U)() toises par minute, pour que re «oit 
[dus aisé, mettons h raison de 1000 toises ou d'un<- demi- 
lieue commune, «pud rn sera l'effet ? -— Kn une heure <'lle 
ter» :)0 lieues, et en un Jour 720 lieues. — >f'a-t-^dle )>a8 )• 
traverser ''.o,00().000 de lieues avant d arriver h terre? — 
Oui, «'t il lui t'audm 1.1 (;0 jotus, — Ne tous «'flrnvez pus. 
vous aile/, avoir li(Mi d'otre surpris. La distance de la t(!rrc 
à Saturne est au moins douhle de c(dle de lu terre au soleil. 
(pi'est-c;e à dire? — C'est nous dire «|u'elle est de ;M)0,00U,0UU 
de lieues, et (pi'un<' ineuïe mettroit |)ius de 1 10 ans à arri- 
ver de SHturn<^ ù la teue. — Par ctte élévation, pouvey,- 
voOs iinaiîiner le <lieniin fpi'il parcourt clia<|ue jour au- 
dessus de nos têtes ? — DilUftilcment. Saturne ii dOO mil- 
lions tle li(!u<'s par heure, courroit U0,.'i4H ans pour aci;(>m- 
plir ce vovayx'. — Kt croyez-vous tout («onnoitre sur <•(! mi- 
nicle du monde visihlc'' <>onn<»itrc toutes les merveilles 
du hasard que vous admette» pour (hus(; juemièie des 
choses ?— Non ; il est un ouvrier plus admirable que vous 
ne pensez : ne donne" au ii.isard qu»; cç «juj lui apj»»nti»:nt ! 
Allez plus loin, <!t vous verre/, la puissance de Dieu. — Su- 
vez-voufl (pie cette distance de la terre au soleil, de la tiire 
à Haturne. n'est rien eu ( oniparaifion de réloiftnement des 
étoiles? — Quelle proportion iteut-il y avoir de ce qui est 
mesurable à e«^ qui ne l'est pas? — Aucime. On ne emmoit 
pas la hatiteur des ét(»iles, (jui me paroissent incommt;n- 
surables, parce <|u'elles n'o)it ni anulos, ni sinus, ni paral- 
laxes, — Si un homme phu é i\ l'aris et un autre [au .Fapofi 
obwetroient nue étoile, où leurs» re^aitl*i se joindroient-il* ? 



- m - 



— îiOiiM r«';^Rnl« w ft'roi»'nt «in'un, hjuih «nifl»', tant Ib trrro 
«•nti6r« est peu ('tcndiu! par rapport A cvi éloigin'int'nt. — 
L«'« ("toîk'K nnt-»*neH rien do roininun Bvec Hiiturnr <!t !<• 
soleil? — Mi doux olmervatciirH, Vnu «ur la t«'iTe vt l'autn^ 
fin »«»I<m|. (»imcivoî«'nt en iii<*tnie tetu« tme ^'tcùle, HttivHiit 
i)«»tiv« pnn(î|>c, les lij,'ueH «le leurH fcjranlH îie /(rrrniroierit 
|»a< d'tin^le KenHlMe— ( 'oiitu>it-on la distanee «'ntre lex • 
étoileH? — N«»ii. (|ne|(|iie pnK'In'H <»n yrtinineH qu'elles iiotis 
parolsHent. — Voit-<»»i toutes les étoiles ? — Nous iieti 
voyons |ms la niillièine juirtie. — (.Hielle est lY'ti-ndiie di' 
rimiuensité <(U'ellfs n-ujpHssent ? et le cerrle «le leur dia- 
mètre?— î| vaiidroit autant sonder les »l»in»e» «|Ui' d'iina- 
nitier lin tel <<'rele. — Nest-Mf |»i« une chos*' adiuiniMe 
<|trel|(s eouser\ eut <|ilel<|iir iipparence ii iurs y<'ii\ ? — ( Mil, 
d'iiiM^ liaiitt'ur si prodigieuse (|iie lesprit yiunuiin s'y perd. 

— <jiie pense/.-vous de <-elleH «pli toruuMit la voi«' la<ttie, 
«•«'tt^! trac«' liiiiiiiKMise ? — Il est l»i«-ii iiiipoHsil.le «l'en ri«'ii 
<liro «pu; de «•<»nje<tnrRl. car nous ne voyons <|U une IiImii- 
«•lieiir «pli forme un elieniin ? •— Nous souïnies «l«uje sur lu, 
terre conniie sur un uiain d<' -^aiile t|iii ne tient à rien ? — 
Oui. suspendu an r ilieii des airs, et environné d'un noniln'f 
iiirtni <le jrl«i|»es inetunuiensiirMldoinent j;ian<ls. tournant et 
roulant t«»us les jours autour de «-o .irraln de smI»I«'. |)|eu 
seul K»iit «lepuis (piaiid, dans les espaces iniiiienses «1«'S 
«•ieux. 

TiioisiKMK i,K<'Tif!K. — X'est-il pas inerv«'illfu.\ «le savoir 
la terre emportée nwr une rapidité ineoiH-ev(il>l<' autour 
«lu soleil, dans le eentn- de I univers ? — Oui. je lue repré- 
sente tous «es ulohi'S en luar» lie : e«'st un iitlraele qu'ils 
ne M't'uiltarrassent jamais -. car un d'eux (pii se dévoyeroit, 
<lUf «loviendfoit la t«-rre ? 'J'ous me par«>issent à leur plaee, 
suivant r«M-«lre (pie leur a |)r«serit U' maître, «t si |.aisil»|e- 
mx'nt à notre i'y;fird, «pie nos oreilles n'en s«»iit p»»iiit oft'en- 
sé«*t«. — (V'tie CM-onomi<' si m«'rveil|euse n'esf-elle pas l'ou- 
vrage du hasard ?— .Von, mai»* d un Etre tout puissant. — 



■5BST5S-!!5S!;^!Will«|Pii 



•-174 



^it ce petit atiiintil »|ui a iioiu Vh'nume n'a-t-il pas l'aiulitt^e 
«Ir i)mliro (lo8 pliAseM, «les pliéiioiiK'iies de l'.ur «ourHC à 
80,000 aiiM j\ ravaiKc ? — < )iii : si Im luiKard avoit tout fait» 
ijnol oxlrc atiroil-i! jm t'tahlir? Caret; Imsard est-il corps 
ou esprit ? Kst-ec uu être distiiut, ayant son exist«!U(M; 
propre, <!t (pii soit partout ou ((uel(,iie part? l'our moi V) 
l>n>.ard <f)i a créé vi dispose'' 1 univers je l'appelle l>ieu. 

fi( reste du (((urs roula sur eos wienees en< y<loj)i'Mli<pi(!K ; 
r»'l<Ttri(ité positive et népitive. du moins ee (]Ui a rnpjtorl 
aux difiérens tluides, vi riiydniuli([Ue, Le démonstrattuir 
t<'rn»ion ses lectures expérimentales \m\ un aper(;u de l'aé- 
rostation et souhaita (pie de uoiiveHes découvertes fissent 
de la UK'r atn.osphériipi.' une mer navi<,'aMe, et rendissent 
ainsi |>oS!-ilile aux liabitHUS des différeus ;;iol><s un eoni- 
nuTce réeipro<iue. social et utile !.... 

Le piinteius. cejtendant, approclioit à ^^rauds pas de 
l'époque de l'cxanu'u. Cliaque can<li<lat reçut ordn- <]'évrirc 
une «lisKcrtation sur \u\ sujet choisi poui' lui par h;» meiu- 
hres <ie 1 inspoetiua collégiale, <^t de se préparer à la sou- 
ti'uir à son <'xaniei>. .I'imis pour sujet fa ji^f>>' ptcr/i/nr/e. 
• pieje traitai et défendis pul<l!<|Ueiueut de iniuiière ù nu' 
l'aire li;uin<'ur et h mériter l'ai>pri»lKilion ile i «■ dij^ne eoip» : 
je fis imprinjer ù mes frais àOO <'xemplair<ïs de ma thèse, 
ipi': je distrihuai gratis aux étudians le jour <le la réceptitui 
des f;nides et des di])lonies. 

(■et (îxameu eut liui le i<'r nuii. Siu- 20 aspinins en mé- 
«leciue. il n'y e»d (pie moi» lK)n ami PearH(»n et moi (lui 
|)a«snnus; les 24 ae.treR tmeni renvoyés à iainiéc suivante. 
1,'exainin [)ar ]<4 professeurs fut i>shurénu'nt sérieux, car il 
se Ht «levant t<Aite hi corjtoration <!t t(Uis les praticiens de 
la ville d(.' lî<»stou, dont eluu uu a voit < <>H de faire km 
( audidat deux (p(<stions, outre < nvirou I. '►((.) faites par les 
] rofesseurs. lu surtout, ptnsaut urcmliio' s^er iM^iueoup^ 
mi\ demanda d'un air bien emphati((ue re (pu' c'étoit ipi'uu 
sudoritjque. et quel etoit le i>lus efticace ? ~ I a sudori- 



fiiiuc, i»'|ioi«1is-jo, ont tout <'v, <)iii |)mv<KjU(; la sueiii ot le 
m»iilleur des Hiuloriri<j«îoH, v'\'M puroitie (Jovnnt uik: hussî 
jj:mn<li' "t n'spv ctiililt' coinimuiii»' «jnc (rUc-(M pour ir- 
j»(>ndft' s(irutili(|ii(Mn"'iit t-t m uropos ! ... Ou flaqiia «Ifs 
mains ; hicji téjM>ii<lu I !<■ caiidulat iju-rit<} son tliploim-, 
<'t«*., l'ti,, ctr. l^uiuul vint le tom"(U' mon «'onlViTc, «jui étoit 
à côte (If nini, parce <juf l'on nous c»-"- înoit dftix à «loux, 
il répondit tort juste et fort Kpiritm-luincnt. Il fut iiUKK.i 
applaudi, et lis cxaininutcurK dit.ut : le canilidat niérit*' 
stiu diplnnic !. , . . 

Lc8 viniit-^iuatic uiitiTs curent (ics ((unplinicus poiu' Ick 
tak'u.s ([U'ils uvoicut ujontréSj mais (jui ne turent pas Juncs 
suffisKus i>our qu'ils puSHcnt jvttein<ht; au dijdônîc. Donc 
ruatic.ated pour un an encore !. . . , 

Il ne salissait plus pour moi <j\K' de faire et liien limer 
tuui disHcrtation. pouvant se soutenir en puldic, à ce ((uils 
ai-pcUent //('' l'omine.nctment Jfaif. Colunic je l'ai dit le 
>.ujt-t, (jiie javois à traiter «'-toit la fièvre puerpcrale. l.v 
ntanutii-rit fini, le le soumis aux professt'urs-exaJiiinat«»n"K. 
(jui trtmvcrent mon travail nenfi-t de leur jfoùt,cequi me 
}néritu leur certificat ])oiir le taire mettre sous presine à 
1 imjiriineri*.' du colline. Le jour «i impatiemment attendu 
de l'exhibition put>l!<|uc étant arrivé, je Uic revêtis de la 
rol>e, avec le petit collet et le Imnnot ù (piHt»-e cornes et ix 
<ilan«l <U' soie, et je me rendis ai. théâtre, oii je rcMSai assis 
lians la dinire «l'Iioiunur jumpià ce qu'un auditoire dcn- 
virou trois mille persormes eut pris plac<' et que h' prési- 
dent «'Ut dit tux 'andidals de s'avaneer avec onlre et /race 
pour ortrir leur» d'SsertHti«»ns au p'<lt|l<- « t les défendre 
l,rs mi*ilccins eurent 1< pas -nr les autres fxcHltéM, et en 
]na qualité d'élran^« r. on me rit l'iioiinenr de me dire de 
conimencer. Ayant salu» M. le président cl tinite ras^'-m- 
l.léc. je les suj)pliui d être indui^* '>h vu que j'jil lois uiex- 
piim«'r dfuvs une ItinKUe qui a'étoit pas la mienne: |i«iiH|e 
iuti avec lu plus grande aisauce < i !<' plus um>.d calme m<k 



y. M- 



17i0 ^ 



di)iK<(t«U4ou feur la fièviv pucrpéi-ale ; ]« reni&i «iiKuite <lo 
)M»iit.. forme t't roHpt'ctut'Ux. l^lusiour» i)mtici<!HH lU^ Hoston. 
usaijt de l<uu' droit, ciitivvi'iit daii.s la tvilmnc opponéo, et 
mirt'iit Kophisticiiuiueut t'ii <<jnti(»vt'isi' avfc jiioi («m tains 
poiiitK pniti<|U('H df inoii t*uj«'t ; mais javois \iin' conuois- 
Man<e, thtK>ri<jUc et pmti(|U(', ni iauiilièro de cctU^ brauchc, 
«jW j'avoiH pratiijiiéf l< iigteiriH au Canada, avant wt ;'SKai 
ria8isi(|iu', (juo je l*'ur rt'pon<loi8 «aiiK ptiiic et leur faiisoi» » 
njoîi tour doH qui-HtiouH, ])»r rapport aux climats et aux 
lialiitud<"S, (pji les eiiihai rassoient tort. Les o)>tùit)t de la 
eor|K)ration, et les ap)»lau«Ussenit'iiK de l'auditoire, dé<<>i|. 
certèrfut mes ;<upliis((S jusqu'à les oblijii-r à céder, et ft 
re<-oniM>itre Je >]uérite dont je vem>in de faii'' preuve. — A 
un autre candidat! cria le pré«ideut. Et ce fut au tour de 
mon confrère ffolm l'earrt<»u à soutenir sa tliènetjui traitoit 
<le la-fièvr<' nudée. Il s <'u acquitta av<-c autant d'honneur. 
Kassis sur nos hancs. nous attetidînics que lc« as[)iranKdes 
«ntn'S facultés eussent suUi leur épr( u^ e. Knsuite, l'ordre 
du joiu' fut ilaller, deu.x pur deux, eu j)r<K-es.si(>n, devant le 
juésidt'nt et la cf»rpt»ratjou. ret-evoir du gixjftier. par leur 
orilre, |t^.dii)lom«; et de jurer là de rendre la m éuie justice 
à t/ouK les hommes, sans exeejdioix, qui soumettroient leurs 
infirmités à notre scit'Uce, iuiis, après avoir fait ce serment 
;;rHve. de remercier à hauti' vtax le prési<ient. la corpom- 
tion et toute rassistance, et de sortir dans le même ordre 
et décorum. Après quoi, des |)cr»j«)niies placées aux portes 
distribuèrent les :>oO exemfilaires de non thèses à t<»us 
ceux qui en \oul»nent, comme lUHnjuc de re'.'onnois.sHmHi 
dcK candi«lat8 envers leurs auditeurs. Ainsi tiidt cette 
au.nust<- eéréinonii' . . . . 

UejHiis le 1er juii jusqu'au 11, (juc je quittid (tctle viUe 
iH)ur m'en revenir au Canada, j'emplovai mon tems à voir 
et remercier tous mes aïuis. J'achetai un cheval pour faire 
mon voynji»' i»' I^r. Warivn. professeur dauatomic et mon 
♦Mni, eut bi'utôt j^xH cette attiftire, eu «'j^lreastiat k mx tuH- 



177 — 



•inhîrinn, tnii Knlidiit rte trois jrturs nic-pnx'Jim un grand 
fhenil. d'uhediTinine'd'jinnéeK, ni trop ^ms ni trop nmigr^, 
laid, rcssemMiint de corps à nn ori^nul, mais nmniieur 
(•>{rf;l!orit Pt trottt'Ur sans pareil : ilans nn'h voyag^'S <^n 
CanHHa, fîUlttiiOccasion di- imrl.'r <le lui. 

A'Mltrt répondu aux lettres (jue j a\ois reçues de mes 
(^OtiSiris De'Brtloji, menihrcs du e()nseil su|)érieur à l'i ilo de 
la Martinique, avec (|ui j'étois en eorresptuidanee, et in'étant 
intini de k'ttros de me» protectetirs do la corporation du 
cidlé^e, je fus dire adieu à M. le pré«ideni Willard, MM. 
Fîcrijamin Watorhonse, médecin. Warren et Dexter, leur 
téiiibijjrnMHt ma idus vive gratitude poin- leurs hontes et 
les priant de nu; permettre de c-orresjvondre avec eux et de 
leur maiider tout ce qui potnroit me Remlder digne de ks 
intéresser. Oux dont les manpies «l'amitié me touchèreiit 
II! plus, fincTlt le père Sewell et ses ^\vl\x nièces, chez, qui 
Je Irtgebis et de (|Ui j'avois été traité avec !«'» plus gninds 
soins. Ce jx'^re Sewell étoit membre <iu collég;^' et professeur 
d'ifttignes étrangères, rlocte, hon. et qui me tut extréine- 
inent utile pendant tout mon lours d'études ; s-s deux 
tliècea, «sins être helles ni jeunes étoient aimables, i)leines 
detîilents, et aVoient été d'un ■ rar. Ixmté pour moi . , . . 

Le 1 f) juitî, rtu matin, avec mon Pégase, c'est-ù-dire mon 
nouveau cheval, ayant une charge d'environ 200 livrtp, 
outre ma p 'rsohjie, je «piittai ce li.'U charmant de Cam- 
bridge et tous ces chers amis, pour me r.iidre à Con-.ord, 
éloigné de 10 lieties, et oii je <l"scen<lis chez, le père d'un 
de mes camarades d'études appelé Walki r, qui avoit été 
ro-tju avocat; j'eus de cette famille la plus généreuse ht>s- 
pitallté, et je me rei^o^ai chez lU' *Uux jo'irs. L'endroit 
n'i'St pas gmud, est sur des coteau s <t possède un s<>! de 
sable imine. Deux rant^ét's de niuisons, bien bâti; s, tor- 
moient le bourg ou la ville : le M^etiiHj-IIonxe, ajqielé 
église |Mir les catlioli<|U's. est ime ( «instruction con)mur»<>. 
m. Walker m'intr«MluiMit «iuus plusieurs muisons, oî» l'on 



;i '■ 



^178 — 

«•n usa fort coidialeiiient à laon égard. Il n'y a guère de 
distinctions et de rangs dans ces intérieurs^ et maîtres et 
domestiques y mangent à la même table. 

Je re|iartis de Concord d».' grand matin afin île faire une 
bonne Journée et d'atteindre Plymotitb, s'il étoit])o8si]i|(!, et 
(|Uoi(|ue j'eusse mnrebé tard, je ne pus y arriver, .le dus m'ar- 
réter ù une méehante auberge : encore avoit-il failli m ar- 
river malheur. La nuit étoit noire, et point ('e nuiisons 
dans le voisinage. .T'étois armé de mon lusil. bien chargé. 
<i^uelque clio'^e me pari'.t gêner la marelie de mon cheval, 
même l'arrêter : Je criai : Qui va là ? l'as de réitonse. Alors 
Je me déterminai ù lâcher mon coup : iieureusement il n'y 
eut que l'amorce qui prit f<'u, dont la iu<'in- me fit voir 
(pK- c'étoit vm Ito'ufqui manhoit d<'vaut mon dieval. Le 
lectcm- peut Juger de ma Joie (jue ce ne fut i»as un homme ! 
Si Je l'avois tué, cependant, Je me serois trouvé dans l'em» 
barras, J'arrivai peu <le tcn!i»s après à cette chétive au. 
berge, oii Je couchai, sans rien dire de ma peur !. . , . 

Le lendcniidn, vers midi, J'étois rendu chez mo' ami 
Maillonx, ù Plyinonfli, où Je restai trois Jours. J'ai déjà 
parlé de ce IM.vmontli et <les nmlades qu<' 'f\ avois traités, 
lois de mon premier passage, en me rendant à B<»st(»n — 
de l'un d'eux surtout (|Ui étoit alors bien mal. A mon retour, 
il vint me voir et remcrciir lui-même ; il étoit entièrement 
rétabli, et il s'offrit, «juand Je j)artirois, de m'a*x'ompagner 
Ju.S(iu'à Haver-Hill avec son cheval pour porter mon Im- 
gage, ce qui soulageroif d'autant le mien, à raison des mon- 
tagnes qu'il falloit fraïubir jiar de très-mauvais chemins. 
J'acceptai faeilement sot. ofire. Mon ami AlaiUoux vint 
avec nous Jus(pi'à la ( ojuIu'm chez le frère du ct)lon<'I Smith, 
que j'avois \ ii aUKsi en descendant, et où nous novis sépa- 
rAraes après qiiil m'eut donné des lettres pour sa farsiiJle 
à Berthier, au Canada. J»' rend>ras.sai et le quittai le matin 
pour poursuivre Uion voyage. C«' Jour-là, notre couchée fut 
à Haver-Hill, chez b paKseur <pii tenoit le bac sur la rivière 



i 



m — 



(|in vient du lac M<'i,aii)ti(k et pas.se m tine vill»? appcléf 
NumlKT-Four. (.'ette jmrtio de pais me parut bt'IU*, bien 
cultivée, et les maisons des habitauH bien bûticB. 

Au lieu de revenir par Abraham- 1*1 aine (tt le chemin 
I )a/.en jus^^u'au lac Mam ou Magock, et de là par la rivière 
Saint-François, trajet ({ui ne pouvoit se faire ù cheval, je 
pris la route (pii conduisoit à la terme du colonel David, 
dans le liaut de la rivière Hurlington, — tmversatit les 
■folinaton'MounUiinii, ({ui étoi<H\t bien hai)itées par des Amé- 
ricains : sans être aisés, les habitans y [)aroi«soient bi«;u 
vivre. J'y fis manger mon cheval en plusieurs endroits et 
j'y couchai une ntnt, car je mis deux jours pour me rendre 
jusi^ue chez l'hospitaHer colonel David, »pii tenoit une 
grande auberge, oii. pour mon argent, Je fus bien traité. Le 
lendemain, je parvins A Hurlington, om je restai cinq jours 
poiu' attendre une o<;easion i)ar eau jusqu'à Saint->Iean. 
Depuis ce colondat jusipi'ii la ville, le pais étoit encore 
inhabité. Bois de haute t'utaie, sol plat et riche le long de 
la rivière. 

Hurlington ne se composoit que d'une vingtaine de mai- 
Hons, dont les principales vtoient le Court- Hokih, W Meeting' 
JloHse et une grande auberge. Ave<' le tems cet endroit 
devieivdra important : sa vue sur le la*- Champlain est 
superbe, son havre est excellent, et il n'est distant que de 
25 lieues du fort Saint-Jean, Les étiiblissemens qui se 
feront par la suite le long du Uic, enrichiront cette vilh? 
naissante ei tout ce pais. 

Lorsque le pa(|Uebot pour St. J<::an 'ut prdt ù partir, mon 
Pégase! et moi y prîmes jiassage ]»our 8e]>t piastres, Mttu 
cheval avoit toujours été si chargé <lepuis sou <lépart de 
Cambridge, «lue sa selle n'avoit pu suffire pour protéger 
son dos, et le pauvre diable étoit si blessé que le maîtr<< du 
hu: m'en offrit les sept piastres de mon passage, ajoutant ; 
Quoi ! menerez-vous une telle charogne au Canwla, où il y 
« d<' si beaux <iievatix? — A votre aise. VI, le l>Hielici ! .le 



im 



rohnois mon ch.t\al„qiU m'a biçn soiyi d<;p.uji8 mundéi^nl : 
il mf-ritç un mt."iIU'Ui: sovt (luc dq vous ctvç hussr. fimV"ttv- 
quoz-le, ayoz-on bien suiu, et, je vont;! ptiyer>ii l>i«n. le \}rXx- 
(lout nous sommes convonu». — Il l'emlunyua, mnis ioju.tre 
Hon cœur, t'i\ (Usant <(u'il puoit et (lUc li'« tHoi^s et uutiCVK 
mpuuhcH le mang«'oient. .fe le tijs (.ouviii; avet; uu,o tpilv et 
on no B'aixnçut de rwn. Le vent était 'x)n <;t fort, et no«iH 
airivùme8 à Sjùut-Jyaii vers le sqù:, assez tOt.ee pencUtnt 
pom* pouvoir donner nos non^s à la douane, <iuj se, tcou>a 
Ufoclio d« l'uubergc où tous les pfissagers d«^8cciyiiiHin.t. 

Il étoit temps (pie j'approeluisse (l(; (jusl(jue ami< car il 
ne me restoU plus qu'un écu tmnçol» et um compas d« 
poche, ([u«! je cédfti le njatli^ ù l'aubergiste pour ,ma coucijjiée 
et celU) d«j mon Pégase estropiô. -Je partis do ce Vmn. saiwi. 
tkire de nnianiues, nje trouvant, trop n^d, dauw mes 
fittHUcos, et vuidant gagner chez mon l)on ami LUimont,, 
(^int-l'(iarles, du.tort Ohambly. Les rives d*! ifti»; rivière 
me parurent bien étabjiiis. N'.Hvant plus un iieul w>l dans 
ma ])och(.'. tout me dt'plaisoit, et dans cette triKtesse. jar- 
rivai enfin à la maison dtj mon aipi, à midi environ. Lui 
et ses soiurs m'accueillirent de leur mieux, — Ah 1 vous 
arrivez des Ktats-Unis ? — Oui. me voihi, Ditu merci! — 
M.on Ittigi'ge fut descendu, et l'égasc bien tcaitt'. Je restai 
jusqti'au lejidemain av«;c ("ux à deviser de choses et autres. 
Ils voulurent me retenir plus longtemps, mais je brùlois 
d'tnvie de revoir mon épouse, et je le« remerciai. Cejt umi 
vint m'accompagncr en calèche l'espace de six lieues, mon 
cheval ne portant rien et ne faisant que ux^rcher à côté du 
sien. Enfin Duniont et moi nous nous dimes jwliiJU. (Jiuoique 
j'eusse désir, d'arrétci ch^'z mon ami Laparre, ùSaiut-0«us, 
je continuai mon ( hcnijn stius mettre pied à terre, tunt 
mon ûmc pressoit de se voir auprès de celle (|ni faisait 
tout son souci. Jo voulois jmsser à Sorel de jour, je uv. le, 
pus pas. La nuit n(Mr(^ éteint venue, et voulant cacher la 
mi-nèit; de ma l^ourse, je dtî»cendi»*.d<j ch«?val «Ihûb un '«»- 



— IKI — 



t'uuU pl.eia, <l,'Jicrl>p ; 'n; dfklmïgna^ mon .)iH;k, ïen/pr^cai 
nyvv ime coixle, et le Ittisj^t^i manger iine bomie partie du 
la unit. IX'ux ivro;Lcui;H» «iw P»w>«À*i»'at,,d^Wî> K'.cb^'miq, en 
iT^aut et chaMUi-nt . à tuc"-t«tc', me ryvcUlèicnt. J'étuiti à 
côtç (lu fheniiii, ( jiché, ainsi t|uu nion l»aK!Vge, dans «les 
fredochef. Mon. pauvre cUcA'al, apl•è^s Kctre soùlé, s'était, 
aiujKÏ coucUé à Ittl^ri <lu veut. lit voyant ti;aaquUie, .je lo 
law^^i là jimiu.'ù l'aurojv. Un instjfut u^e suffit po^f ; le 
selleç, bvider^ iharKgv.et rymettcc en. eht'mii^ ayec uhlC 
ainjauee telle (pie lo^i um^iit dit <p4'' je «wtuis de I^ lueil-i 
ieurv auberge. Jt^ passai eu delvors de la ville de Sorel,, 
comme ie Hvl<jil.«e levojit, [lour prendre lechemiade Maska, 
oii j'esppn»!'* arrêter (•he/4 iiion Vvu ami le Dr. llu^ue, la 
Umcette, uu.de nxf 'S imn. 

J<f ne puis donc pas dire giand'ebose de Sortil. Le tlehorw 
m en parut tt'fi-ind{(}'fient. Le syl y est tout sjible, te ([ul 
sera cause (pie Sorel progressera et s'agrandira leuteuient, 
(pioi(pril soit le i)ort d'i:ntrée et l'entrepôt de toute la 
rivici ; Cbambly. O^i comptiL' de Sorel à Maska. (juatrc 
lieues par le l'ot-^iu-Beurre. l'aïti i»as aux eu^ irons du hu . 
sol riclie^ bois de toute espèce et de baute futaie. Nul liabi- 
tjuit, îi l\'xe(;ptiou d'un Américain, établi à mi-c;bemiti. le 
lui vis de belles praijies, oii le foin poussoit à verse. .J'ar- 
rivai à midi il la maison de mon pais, où je me reposai 
jus(p»'au lendemain. La joie, «pi'il eut de me revoir, et gia- 
dué dans ma profession, fut extrême. Il m'ofîVit sa boui-se 
de bon caîur sitôt (jue, [)ai' niou bistoire, il me vit uu«î>» 
court d'argent, et sijt que c'étojt là la ralsijn de ma. [tromp- 
tihido à (juitter Saiut-.Jean et à descendre la longue rivière 
C;bambly, et m<}me de cette nuit passée par moi a lu belle 
étoile. A(jni!ml>le de courage! s'écvia-t-il. .le le remerciai 
(le son oiVre, |)arce .jiu; j'étoi.s procbe de la demeure <le niuii 
autre ami l>'K.><tiniauville, amnt des Abénakis de Suint- 
Fraji^ois. Nuub pasbàmes le reste de la journée cbez le 
*-''JHSg» .VVi^îAM*. .*^^ r'^A'^J^'^s p(ju£lc cgycUei'. Le lenUemuiu.,. 



— 182 — 



tipr^H le «léjeûnor, je coîitinimî ma route juKqtrù S. Fmii- 
(;ois. Mon ami <l('m<'iiroit de l'autre côté d(! hi rivière, 
e'fst-iwlire du côté 8ud. A travers les prairies, j'appelai ; il 
u'étoit i>aH clie/ lui ; «on épouse, notre bonne amie, m'ayant 
reconnu, (;nvoya son domesti<(ue me chercher en canot 
avec mon Imp^K^' : 1'- trajet fut vite fait, mon cheval sui- 
VHîït à la na<j:e. J'embrassai cette ainiabb- dame et ses 
enfans, et cette aflectueuse cérémonie étoit à peine finie, 
que D'Estimutiville arriva. Notre joie fut récipro<iue et 
bien vive, surtout lorsqu'il m'annonça que j'étois père d'un 
joli garçon qui étoit venu pendant mon absence, qu'il n'y 
avoit (pi'un instant qu'il en avoit eu des nouvelles ainsi 
que de sa mère, toute rétablie et bien portante. II m'apprit 
aussi que M. Del/ène avoit donné à sa fille sa terre, qu'il 
avoit changée pour ci'lle de Costel, et «ju'ils demeuroient 
en bas l'iisemblc, en m'jitten<lant. — Il y a chez Charlotte 
un liomme de la Baie : je vais lui dire (ju'il entre, vu pas- 
sant chez vous, appi-endre votre arrivée j\ votre femme. — 
Ajoutez, cher ami,<iue je suis bien fatigué, mais (pie je me 
r<'ndrai aui^rès d'elb; demain.... — (^u'il ne partira que 
quan<l nous le lui permettrons, reprit madame I)'Estimau- 
villf. Si elle est ])ressée, ell»' peut venir le rejoindre ici ! — 
Naturellem«'n(. puis(|ue j'étois sur les lieux, je devois une 
visite ù mes bons amis le curé liCnoir, (iamelin, Roliin, 
nuula'me la seigneuresse Deberges et autres, qui ni'avoient 
tant favorisé avant mon voyage ar.x Ktats-Unis. Mon retour 
4\v. fut pas plutôt connu dans la paroisse, «(ue l'on vint mo 
cherclmr pour des mala«les : refuser c'eût été perdre ces pra- 
ti«|ues et me nuire dans une localité où j entendois m'éta- 
blir... , 

'1\>UK ces amis furent grandement joyctix de me re\ oii' : 
nouvelles marques d'amitié et instances de ne bs ima 
aliandonner, parce (pie toute lern- confiance étoit en moi. 
Je leur pronns »pie je sacrifierois tout pom- eux. puisqu'ils 
me promettoient la préférence ; je leur dis que j'nll(»is dva- 



— 188 — 

•t-emlre i\ Québec imnitHliatoment pour avoir ma lict'iic<?, 
luain (iu(" f»' ne «eroit pas long, que j'avois t'ait de grandeH 
<iép4'nK<'8 et que j'avois Ijien besoin de tm\ ailler, (pie b'K 
malades (jui m'avoient appelé dr-puis mon arrivée u'étoit'ut 
point dans un état jriave, et qtien leur laissant des remèdeH 
,et mes ordonuanees, j'aurois le tems de revi'uir de Québee. 
Je partis donc le lend<'main pour aller v<»ir mon époune 
avec mon ami D'Kstimauville et dans sa calèche, mon 
pauvre Jack étant trop blessé au dos pour porter la selle. 
Chemin iainant, luus ceux de la IJaie et des paroiss«'S 
Voisines (pli nous rencontroient. ne cessoient de nie félici- 
ter sur mon lieureux retour, et de me dire comme t( tit le 
mon<le m'avoit regretté, mil y avoit eu beaucoup de ma- 
lades par suite <le la grande misère et (pie chacun s'étoit 
écrié : où est le Dr, La derrière ? s'il étoit auprès do moi, 
je ïw mnurrois pas ! . . . . D'un compliment à un autre, m)us 
arrivâmes an but chéri de mes souhaits. Enfin, je pressai 
dans mes l»ras cette chère épouse, (pii me présenta dabord 
mon tils ain»'- né en juin 1T8H ; je les enjbrasxai tous deux 
de tout mon. cœur! Mon beau-père en tit autant et je U^ 
lui rendis bien sincèrement, en lui témoignant toute ma 
reconnoissance pour ce qu'il avoit fait pour sa fille pen- 
dant mon altsence et en cas (pi'il m'arrivât (jnehjue acci- 
dent. Je lui dis (jue mes intentions à l'égard de mou épouse 
et de ce (jui lui iippartenoit avoient touj(»urs été droites et 
loyales, et (jue dans mon voyage Dieu niavoit visiblement 
•pris sous sa s<iint«' garde. Ma Itonne amie m'apprit (pi'elle 
avoit eu bien du ciuigrin dans une année d'extrême njisère 
c(jmme celle que le Canada venait d'essuyer, où les trois 
(piarts de la population avoient été oldigés de vivn' «le son, 
de bled bouilli et de racines des champs ! — Ç.' fems-lù est 
passé, ma chère : oul»lie/-en les tristes inonieiis. Si vous 
nunujuez de pain et d'autri's douccins, voici six louis, aclu-- 
ti'/-vous le nécessaire. Je suis arrivé à Saint-François sans 
le iiol ; trois jours de st>ins portés ji des membres :vU)UÛ'rans 



^ i 



=-47<l^:^ 



rt<' '.I/-«ii«*-('hrirtt, tti'rttit j)m( lirt' cercle je vmiH rtjiprtrtt' pbiir 
ôhAMfr H'id l'in<Hgem«'. En p^^n di! jf>tlf^ j'ntinti pytp^i' n\i- 
trtnt, et re p:nln Totis doniK'iii 1I<mi de voiîk lonor de mon 
jùriv^c, et de voHs convaincre de la «inc( rite de l'rtflFeetion 
i|ne fai totijotiix v.w au ca-tir pour voUs . . . . ('(ttiimerit «e 
portent n«)K UJilîs le bon curé Anhaniliault, ('re«si' ot le 
père Hrasftlnl ? Sont-Ils toujours deniiMnés mes atnis ? -^ 
'Oui, et m'ont ol)li^^6e. surtout Archumhault. — Je lés verrai 
tons et leur en témoifrnerrti ma vivi- reeotlnaif<sance. 

Ce cher fil« est blen'tnaigre ; est^e j|u'n ^)fltit ? -^ Non, 
clier artii, non : il est venti an njonde n'avaiit qtie la peàn 
<»t les o8, tant ton al)8ence m'a ^té sensiMe. — As-tii v\\ des 
iiouvelles de notre chère Dorothée et de la fiiîMilU' de n(ttre 
«mi Dumas? — Cet hiver, <'lle et toute la famille ont joili 
•4l'inie parfaite santé. C\'st par eux <jue j'ai eu de tes noll- 
•i-elles dejiuis ton départ, et par la lettre que tu donnas ù 
fésar, le sauvage, sur les Uj/rles ; voilà tdtit ce que j'Hi Hti 
do ton existencM'. Celle (liie j'ai nienée après ton départ, je 
vais te la dire : Je restai un certain tems avec ilos bOris 
amis de Saint-Friih(JoÎH, et après, comme ils te l'auront dît, 
je revins ]irendre mon ménage chez le i)èr(! Houle. Dalis 
le cours de l'hiver, mori i)ère, ([iii ne pouvoit plus tenir 
chez pépin, s'arrangea avec (,'(^stel pour et har/ger sa terre 
contre la siertne, dont il me fit ensuite donation, et nous 
nous sommes mis cnKeniTde. Il s'est attaché si fortement ù 
ton fils qu'il ne l'abandonne pas \m instant. 

Tous les voisins me visitèrent, ce cher curé .Archambault 
le premier, qui dîna avec notis. Leotiur, vous pensez bleti 
que la conversation fut animée et changea souverit de 
sujets ! . . . . Le b<m curé, D'Estiniauville et moi ne faisions 
qu'un. Je vécus plusieurs jours ainsi, allant de chez le c uré 
chez le capitaine Lafon, de chez celai-.i chez d'onin, etc , 
et jouissant de nous revoir en véritablis amis. Kt les iria- 
lades qu'il falloit visiter? et mon voyage à QuéT>ec pour 
ma li<'ence ? Vif et diligent, }<> pr>urvus à tout J'avcyîs m's 



— tfctrô-. 

luuii <;)i<'valtl(i<,k,duu(!i im bon ciuN puiir qiu- hou tU^ WIimmû 
«c ^«é»it : .«{t j«' ftw le voyage do VJuôbc<'.avc«- !<• uhnvfti 
(lu capitniiic Houle, «.inq jouik après mon atrivée Uot* J«]|«tH, 
i'artont où je |>a8wn*. éu»nt fort eonnu. Je ru4;uH,(luH <-oiupli- 
inoiix (le f4]!|i<iUitJon Nurnion rctotn. Un»- journée, otdtsaiie 
nie Hutlit p«ni nu* rendre à la capitale, « liez nit>n U>n ani' 
le Dr. I^iparre, oii ma chère. Uorotlnie. dîtH i|ti't)Ue-«iut iinon 
arrivée, vint n»e sauter au cou on ph.'umnt de joie 'al en 
me disant : Cher ,papJi, je ue veux idun te ipiittur : mon 
eninii dui)niH notr«' héi»arrttion à GentUlv, a «té t\xkùn»e 
pour hien des raùtons . ... — Je vis bien iiue, conimcmou 
ami I^parre nu- t uvoit dit, iinvdame iiiitnas uudtraitoit lua 
elièri' eulant. ('epenibint, sans hii faire connoiire uutrt(> 
poiukje, je hi care8«ai et hii iUh toutes sortes. de u))0«es 
eonsobmtwH et 8urtout ({ue je renintùneroix avec nioi.ii^- 
Ah'l quelle joie I je ne veux plus rewter avec dv^ «tmuffetH, 
<|iii Hbu«ent du non» d'ami. •—Chut, ma chère entant! ne 
l"ait<'s pas de ces rétlexions : vous êtes trop jeune eneore 
pour .sentir hi mauvaise fortune, et laisse/ ù votre pî^re et 
à votre mère, vos fidèles amis et protecteurs, le ¥ointl<^ 
Vous protéger .... Agissez poliment : aile/ siouluiiter le 
Uni soir n M. <t Mtubime Duuum th- nui |>art. Demain 
matin. ,i-'imi l«jur ûilre ma visite, et ne leur (niU'A entendre 
ni il personne autre que je veux vous emmener. -^iMon 
cher papa, je serai très-exacte ù t'oUéir en tout. 

Ma première visite fut chez mon ami Dumas, et la 

-w»eonde chez le gouverneur, pour «pu j avois des dép6clK>«. 

.Je déportai en même tems au bureau ma refjuét<* pour moii 
<xamen ; il y fut répondu tout de suite et onlre fut d<niné 
aux MM. de la commission en médecine de m'examiner le 
meivrerii. C'étoit un lundi que je j>étiti()nimi Son Excel- 
lence lord Dorchester, et j'eus le t'.'uis de U:s voir tous, aiuai 
(pie le Dr. Nooth. pom- qui j'avois un«' lettre particulière 
de recommau(iation du Dr. Penson, chirurgien à Halifos. 
Quoiqu'il ue fît pas partie de la commission, uàmmoiue, 



■T^" 




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




u. 



o 












(i. 




<' 



i/j 



'm 



1.0 



l.l 



1.25 



" IIIM lilM 
IIM 

12.0 



Mi 

,3 b 



IIIM 

U 11.6 






Va 



Vi 



S 



^c3 



^ 



^^ ;> 



^. ^ o>. 






/; 







O 



7 






///, 




Photographie 

Sciences 
Corporation 





îv 



■■^ 



A? 





<> 







ô^ 



«^ 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N. Y I4S80 

( 716) 872-4503 



% 










h 




— 186 — 

éUuii médeitu k^i><^'|'hI, il luo prumii qu'il mc reiidruit au 
bureau pour empécIuT qu'aucune injunic quoHtion ne me 
fût faite ; et il s'y rendit effectivement. 

Me voici donc encore devant (|iwtrc perwonnugeH, et deux 
conseillers. Les premier» m'avoiont toujours été «-on traire». 

— Mettox vos impierH, certificntH et diplOme devant la 
commission, me dit le Dr. Foot, — Les voili», monsieur.— 
Votre diplôme étant d'une î ' ni versité étrunKère i\ lu (J rande- 
Hn^tajçne, nous ne TtulmettonK, avec vos lettres rU- recoui- 
mamlation et les certificats des professeurs, <iue comme 
simple certificat d'6tude, et nous ne pouvons vous n'cevoir 
que si vous vous soumettez ù rexanien. — Si j'entemis V»ien 
l'orrlonnance, répondis-ju, il y est «lit : Tout candidat di- 
fdùm^ dont une UniveriiU o»V hi m^tUeiur, Hoil enttign^e ; ci 
un tel diplômé n'est tenu qn"i\ faire enref>;istrer ses patentes. 
— Main ils firent tous la sourde «treille, parce «[u'à leurs 
yciuc ce qui n'étoit pas s«»rti «l une école angloise ne valoit 
|>as la lM)ue. J'aj«>utai «(ue les connoisHanc(!s, quel que fût 
le lieu de leur «trigiiie on provdiance — «jue ce fût Paris, 
liondres ou i Jkin. dev«e)i«uit être nspectées. Kux-niémes n«! 
vouloient-ils jtas (jUe les autrcM nati«)ns respectass«nt les 
leurs ? Mais ils ne ni'ik'outèreut |>as, \ni\i'i^ que leur desfiein 
était de me faire subir un rigoureux examen. II fallut m'y 
soumettre, et eti dépit «le la l«»i. Alors je pris la parole, «< 
«l'un ton grave «'t neveu-, je leur dis : — Messieurs, la crainte 
de ne pas répoutlre convcnahleux'nt à vos questions n'est 
point ce «jui m'émeut : je martllgi' «lu peu d'éganls que vous 
nv<?z pour les témoignages d'hommes estimables et just^'s 
autant qut; savans. J» ct>nsens maintenant avec plaisir h 
suV)ir un exaim'n «jul vous prouvera leur é<|uité, et qu'ils ne 
ctiufèront de degréK qu'ii Ik>u «'«cient. — lj«' Dr. >r«M>th n«» 
l«'\ji, et di* liauttinent, «leviint un i>ul»li< nombreux, que 
ma résolution me teroit jdus d'h«>nneui (|ue ni je m étois 
refusé à passer à r«'x*)nt*'n. L<:s tissistaus, qui sentoicnt la 
partialité, tirent signe qu«wettc renmrqiic étoit juste. 



^187 — 

Le Dr. Font mo queBilonna mir lu système musculaire 
ft la circulation du sang. Je répondis sans hésitor. 

Le Dr. Fishcr me fit sur les maladies certaines questions 
«l'ime mauièn' étninpère i\ une saine nosologie, exprès pour 
m'cmljarrasseï*. Je répon<Iis que je saisissoiK très-bien co 
qu'il pou voit <lirc, c^t que mcK réponses étoicnt prêtes, mais 
que je denmmlois que les questions fussent posées suivant 
les règles de la 8<>ience, et j'en appelai ii l'équité de toute 1a 
cour et RU Dr. Nooth. Celui-ei se leva encore et dit que 
j'avois raison : qu'on pouvoit être stricte, inais suivant les 
formes toujoutt*. Alors h; Dr. Fishcr me dit : Puisque vous 
m'entendes, i)osez les questions vous-même. — Je le fis de 
la manière la plus ferme et la plus aisée. 

Après ce fut au Dr. Oliva. Quelle différence y a-t-il entr» 
un malade dans un livre et im malade dans son lit? — J« 
répondis que la ilifférencc est la même qu'entre la théorie 
et la pratiqui^... 

Enfin le Dr. r^ajust me demanda : De quels instruraens 
xe sert-on pour faire l'opération du tréi^an ? — Les anciens, 
rtpondis-je, en employ oient beaucoup ; les modernes n'en 
eicploicnt «lue rin<i ; tréphine, st^alpel, rugine, aiguilles 
années, emplâtre agglutinatif et lioiulage. 

Foot se leva, me H un conipliment au nom de toute la 
four et me «lit que j'étois re<;u à pratiquer en mé<lecine, en 
«hirurgie et en l'art des accouchcmens, et que leur certift- 
«at me peroit envoyé dans la journée. Je les remerciai 
uiii i qui! le Dr. Nooth. A la porte les assistans me eom- 
l'I .1 iitèrent et nie donnèrent la main. Je fis mes prome- 
iiiules en ville chez mes amis avec plus de satisfaction, 
car il étoit déjà connu que j'avois passé avec honneur pour 
moi et potir ceux qui m'avoient gradué, et chacun m'en 
félicita chaleureusement. 

Quelques amis jmrticuliers me conseillèrent de m'éta- 
lai ir \ QuélK'c ; j'eusse bien fait de les écouter ; mais j'y 
a vois tant de jaloux auxquels ma prospérité eût porté om- 



-l^fr— 



bmge; c|iie omi^itnt tVv ftvoir de là mig^re, j«« préférai r<»- 
inoDter (Iaum ie» phkmimmni- où me» talens éloient connuB, et 
ot( l'on ni'attenduit ù onnH«<le )im proinomK* : j't«U>iit certain 
i|ue Ht }h tw tkiHoiN piM t'ur<4int< lt\ j'y vivroiii du inoiuM 
l'oinïii»* il faut. Pl«'in de ««ette oHp(»r»n«w, Hitftt.qiie j'eiig.nmt 
Uoimiîe de Hou K}{<*i*llonoe,je ropartiH-avecinAolière ))«ttite- 
Ucirothée. 

t,"e«t iti 1»* Hou de tranit'rlre ces pi<xK)a et titn«»; je 
«mninence par ceux (iui se rapportant ù mon xnvd de 
mWet'in l»a«htllei ù Cambridge, (pie j»< vain oit«r MH>t àt 
mot dantt.|eH lunjrues f»rt^naie8 : 

" W'horeas M. La Terrière hath diSirentlj* att«nded our leeture»< 
" (in Anatoniy and Surgery, Theory aod l'raotiie of Pliysio, 01m- 
" HÙêUv andtMateria Mediea, in this Unircrsity, and wherea« w«, 
" thtt Moilical ProlcAsors hâve strictly examined hini in tlie aliore 
*' bruncbee of our Art, and liuve read and approved hit disnertatiun 
'• on tUe Pdori)oral Forer, wc do horeby eertifj* that>we liave l'ound 
'' hini 8(1 far «jualitied in his iirofension as to retiotninond to the 
*' rovwrond.and Itontu-aUc CoriMwatiuii »nd Ovcrecen, as wurtby ot* 
*' adeffreciof liaclittloi- in medieine. 

** ll0Uv£fëUv s lu teatimony whereof wo hâve liereuntu i(uWcril><'<l 
<>/ i'ainbrùlin^. < onr nam(>8 tins Uth day ot* Jnly 1TR9. 
(.^iftmsd) 

" J. \^'ABRrs, Mi Bi, AtmUJ^if*/.. 

" W>. HMv WaA-KBUOUMC, m. />., 77*«»r. und Fittx. Pro/tmt, 

" A(. D^:XTKR, M, /A, Cfum. and MutUf. Mfil. Pro/ei». " 

DtPj/>MH AVBt' l.K (iRAKO HcKAl' Kcdexùt Cum CfilÙlo 

'^ S«n»tu» unirortUatiiJuurrardiaiMft^ 0«ntabrtten«is inKepubliuA 
" Mtt««aehu(>«t«iiur— 

'* OmnibuB ud quus littoni' présentes pervenerint salutcm in Do- 
'' inino senipiternam. 

" Nûtnni dito quud PetriM d« ^alM La 'l*6rrière, Canadenois, ?ir 
" ilwenio tauMt w scieotia'Utili taorhui que iirobis omatiu 

*' poatauaia luultuui teuiporis, — medioiuu' studio et praxi dedisaet 
" pra-lootionibus uniniuni in niedicina hujusof! UniversitatiA lurofet*- 
'^ Horum uj>8idue intvrfuit, et examine publirè hablio et- diraertn-- 
" tione 8ua de Min puorperali ooram enuneiata, — otmiee jm^u- 
" soree 8aprànemin»ti eani laudabileui in urte laiedendi prugrewuiu 
" «fiMiMa invea»>'nnt, et testinioniom «cripluni dederunt. iduneum 
'• ewo qni ad gradinn in medîoina Uaccalaorealem adhiittatttr. 






— 180 — 






B 



^ Qoa |wopt«rTto»: ptnwM et'Roaii oewenHentlbu^ honorandi Mt 
inuduiu ao rererendia univereitatU ante dlotM inutieetoribuBo iui^ 
luiHfliiuui P«train de Sales L» Terri <^re ud graduin in iiiedicinn 
fiai;calaumilein, eiqao dediinu» et coiice!>!>imuH potcfltatew d» 
inedicina coneiiltnndi pnix in ua>toraqae exorcendi <|uk> medicint» 
Hac'oalàureali c ;en-eni{itilent,etoiiiniainMt(|uiH juraet privil<|iria 
ditcnitatiM ad hi*nor«s quibu8 ad i0tiii8m(H|i gradinn 
icentiuin ev ornuntur vel ornarî dcbvut. 

*' In cujuR rei testimoiiiuni littoris hisce nostro coniniini i<i/ill<) 
ranniti* die julti XV iinno ^alutis MDGCLXXXIX, reiqnepu- 
blicH* ainerioMiui' XIV ap|>osuilnu^ ctiinifrraiiiia. 

idignô) " Joawm!» Wjli.ard. .V. T, Jf., J'ntinii. 
" EvKR Undkll. 

'* JOANU LoVKLL. 

" B. WlOLKSMORTH, *V. T. IK rt S. /'. T. ff. 

'* (lUuihle) 

«' Jm CuNHWAUD, s. T. D. 

" .TOANES Lathkoim'. S. T. D. 

" BBF.XKZKaSToKKU, Thtnouiiut. " 






" \Ve, the examininir C'oHHiiifMtinerfi uï Mis E.\c«nenry tlio Rixlit 
" Honorable (luy Lonl Dondicsler, (1) that purgeant to Hi» Kxcel- 
" lency'9 Commission uwdcr nn Ordioancooi' the Province intituled : 
'• An Ordinance to prcvont iKM^sens praclifiinK phj^ic and suricery 
" within the Province ot'Queboo or midwifery in tiie Towns ofQiio- 
" bee and Montréal. wiUiotit a iifeiwe": that Peter de Sal<>r< l,i\ 
" Terrière, late oitho Parish oi' (tentiibs in tho Di«itriot of QiitJuAe, 
" (Icntlcmon. appeared thid diiy bel'oro un, and proiiueud a l>a- 
'• cbelor'fl degree in physic from the Univorsity of CaiiihrtdK<'. in 
" the State of MassachuMets Uay, very ample ccrtiflcato.s of bis 
" Kroat exerlion» in ntudy and a rcrsomranndatien from th«? [*ro- 
" testiors of thosaid l'oiverfity, h1.«o h nniou)n;andntor>- letter froiM 
" l>oct«)r Pain, late phy^icinn to îlie Uiitith Huepital at Halifax, in 
" the Province uf Nova Sootia ; U|>on exaiuination we fonnd hiui 
" de?erving thcrcof, and coïKn-ivc (bat he niny be licen»od to prac- 
'• tile in Phyi»ip. Surgery and IMiarniaej'. 

(.Si(Cm'd( '• .loHK Fu«»TB. Prietf», 

".IaMKS PigMKK, 

•' Jamrr Daviosun, 

" F. LajI;st. 
" (jueb«*. 19 AuKU»t 178^. 



(1) SIè. 



— 190 — 



'* We oertit'y that wor« présent at the examination oi' the nbove 
'" nained Peter de Sales La Terrière. 

(SiKne<l) " ?. Pajikt, T. V. J'., 

"Th. DuKx, T.C. P. 



♦' (Hi.'l»eo. 19 aouBt 178!». " 



*' J. Ch. DR Lf.RY J , .„ 

" F. BaHY j ion^'-ilUn 



Leitcin, iniiiitt4>tiuiit(|ii<' vouh nvcy. prii* cumioiMHHiut' If* 
ÏH iiatiiH' »'t «In M0118 (!«• im'8 |»iitiiit<;8, mvof toute riiupur- 
tialitr imcuivllc à iiii eH|uit libônil «t justr, dit4'K-inoi, U'k 
i»Wj«'«'tions fuitvK par Irn mcKHicnr» do lu coiinninHÎon ♦■n 
iiiwitTiiu' n't'toicnt-t'Kt'M jmfi nml foiMlécs ? . . . . N"étoit-«H< 
pHH. «le Ii'iir jMirt, vouloir lof^er toute» W^i. «.-onnoisHaucef» 
ItumHiiK'K dauH lo tréHor de rorKUt-illouno luitioii anjfloÏHo 
;iu itréjudici' d«n nutns natioiiK?.... KhI-i»' génért-ux '' — 
Non. certeH. et il «'en faut de iM'tiucotip «|U0 ton» les AugloÎH 
liien în'-H purta)j;ent ee» idf'ew faUKHes : ilx sttveut rendre ju«- 
tu'i' t\ qui elle appartient, et mon lilAnie ne tombe ({U<? Hur 
une cMptM-ed'tjro*'**^'" ''''""• •'»*^^'Hi**, '"'x prétentiouH les plu8 
suhlimcN. (juc Terreur de (m-k derniern oHt grande ! . . . . 

.l'aelietai dt'S nn''<lleainenR JW«R«»rtis. et, après avoir t'-té 
srrrer la main ii Jues amiM, je partin de QuélK-»- pour Saint- 
NirohiH avce nui elière tille, J'avoÏK laissé là nion ehevwl 
rhe/. une anrii-nne connoisHaneo, .lean iK-mers, Nouh y 
fûmen i'ou«"lier ««t le leiulcmain, noiis n'piimes la i*<>ute «le 
lu Haie-du-Kebvn' ; de jmroiKsi* en paroisKt-, d'un ami 4 
l'autre, nous tunes le voyage heureusenu'nt. (^ue ma ehèn.- 
t-nluut étoit ( oiit«'nte <r('tii' avec moi et d»- i-etounitr au|»rAs 
df sa m«*rf. pour n'< ii plus «''(ri- st''[inrt'e de sitôt ! Lf ^nind- 
père, lit nu-re et jus<prà m<>u prtit j;an;on nous tirent fùte : 
Imn au;;ure I c'est di>nf «piils étoient heureux de nous 
revoir. Les m(dH<les le furent eneore 1)1uh, et ù pt-ine arriv'6, 
ju n'eus plus de repos ni le jour ni la nuit, tant Je fus 
«)ecupé tians les «piatre paroisses avoisinantes. J'étois bien 
avec les nnés, v\ c'est tout dans ces lieux, où un seul 
homme >f«»uv<'rne les autr<'s, surtout à la faveiir »ie préju- 






— 191 



;^'>M religieux fuimtîqtiOM, vxtrHoitliimin'iiicut imiKwnK <iip/. 
un iK-npIe chrétien, bon, mai» mal inHtruit. Cotte iMilitiquf, 
']v l'ai toujourH trt«8-«tri«'tem<'nt uhHorvK* avov cok mrHKicnn*, 
tpii 8(»nt (lo iMinncK kvuh |)ourvii ({uc l'on faMHt* aveuglément 
à h'ur tantaiMif. Si vous n'en faiteg rien, vouh ôteK alor» un 
lioninic KHnx religion : point «le PAqu<>H ! . . . . Damné ! . . . . 
V«»ilà juntenient oii en »Mmt rétlttittu feu honnèteH «t Ikjiih 
CRumliniN faute <rinHtru<tion. Et leur itaricr d'èc'oleH, c'eKt 
se montrer du eonp leur ennemi : iU Koutienneni «jue les 
ignorauH «ont plus honuôt»» et phis dévotn «pie li » horamos 
«jul ont dcH eoniuiÎHKaneeH. Tout» loi» eela n'est ]mn géné- 
ral ; il y en a qui sont infiniment estimahles fmv leur mé- 
rite et leur st-ience, en mOmc temn (|Ue <leH hommes dévouée 
à Dieu. 

.retendis maiHalique juNjuauxTroiH-lJi\i*>res^'t n touu^H 
les paroisses du nonl du lac Saint>-rj<Tre. J'y fis de iMill^ h 
«uros. Cette grande elientèle, en peu d'aimées, nméliorn 
sensiblomeni ma <-on<lition : je \t\(iis ù mou aise, et J'em- 
ployois le surphjh de mon gain ù des terres. 

Cependant mon Jaek sétoit guéri et bien n-ngruisKé. 
Mon Imui ami le capitaine Lnt'ou. clans le clos d<' r|Hi il 
éloit, me lavant remis un dimanche, je lus U ht nu-H^e 
avec. .lamais ch<\al ne s«; montra plus alert»- et plus 

vlt<*! l'avois acheté deux lièvrvs à la porto d<! l'églixc, 

« t. pour m'eu aller, je les (tendis à son col ; il en eut tant 
de p«MU' «ju'il prit le mors aux dents. Jl courut sans rjue je 
pusse t'arioter, sautant les ponts et les cbjtures sans y ton» 
cher, et hi je ne l'avoÎR pas tourné tout court dans uuo 
«ôto à pic. j'étois un homme mort, .jeus bientôt j«dc lc>* 
r|eux lièvres à terre ; alors il reclevint tranciuille ; je des<;en- 
dis ot je |e menai doucenient par la brid< jumjii<' chez moi. 
t ■<• me tut une cxc'cllent»» le»;(in pour \'n\ enii". • t him néeeh- 
s«ir<!, car si, par exemple, quelque chien abuyoit autour «le 
lui, il en avoit souleur ; l'œil vif, sur h qui^vive, il étoit 
prêt ù juendre le g»Uqt. 1 ai toujours cru qu'il y uvoit en 



lui iii> 1 oriKiml, attuiuUi <(ue cHtlui «{iii iik' K' vuudit, vuiM»il 
«loH ni(>iit4^niuH, t»t (|uo 9v chovAl y étoit né d'uin' jum«*nt 
i-uteriiiûu i\nnH un cIoh «mi aucun mal*' donK'Htiquc de non 
oupèfo no.pouvoit pénûtn-r. Il ruKKeniItloit do poil tît d'en- 
coluro à l'itriffuiil, dont il avoit ausni la niai'(.'h<' ut W'h 
rapri«'«'J4, cciiui, <ln t«'n«H i|u'il t«tî)it |»otilin. Hv«tit fait jugor 
au niaUi'o ut à tout !«■ vuiKint^c*' •)*«' Ih Jinncnt avoit (Ho 
«■ouverte iHir un de eux animaux ManvagoH, accouidcnicnt 
dont on a vu l»ion dcH <!xcinpiuii au Canadii eumnie de 
l(Mi|»«-«M>rvierK avec dcKi/ldcnntw canadienncK. ijuoi ([U'il en 
hoit, i'étoiK tVnt content davoir un dos nkeilleuth irotteuiN 
du iMiis, (|ui avoit i'c(;ii dc8 lialûtaïkM de in |>aroiKHe et des 
voisiner le nom île l)ioblf. On ne lait. diKoit-on,<ju<' laper- 
ccvoir ot li; voilù qui arrive l'i nous, snrtout kî cent sur un 
cliuniin ferme et uni ou «me ^lace vive ! Je puiM dire ijn'il 
ne .Ini nmni|U<>it que .... la parole. Si jallois à un ma- 
lade, en inrivant je nntttoi^i pied à terre ut il K'aniu«oit n 
liroiiter l'IierUe et ù aller et v«'nir, maix |nw4 loin : la négli- 
^en<e dfK jrriis avoit-elle lainKc le nian;rer des roclton'^ on 
autres animaux à sii portée. 'I luvoit vite tiéeonvert et en 
iaif^'it Non profit, inanueant lutin, tlitntm: et ton( ee qu'il 
tnmvoit KjukN se faire prier, et l»uvoit munie «lu Nin!.... 
De tonl<!K Kvs perfeeti«»n!S, la pins |»tn'tienlière. la plu*t 
uiuialile, e'ëtoit de hc mettre à gen^ni.v puur nie faciliter la 
niMnt«''e A ces nn»t>i : Jock, «>ye//o«< .' il \ étoit dans l'in- 
stant ntéuie — poiM' nu»i «uil cependant, tant riial*itnde a 
«le p(tiiv<iii' sur t(His les êtres. 

M«'KOCCU{k<iti<UlS connue nie<ieein éloient Mi c(»nsi4iemMeK 

H11X 'rriiis-Uivières et daiM< tiMit le nord du lac, cl mes(uniM 
m ,v <-n<'<>uni;;«'oi<tnt si fort, que je nie déteiininai. an l^ud 
de deux ans, :i y aclieler une innisoii (1). l'ii)' autri t.iinjic 
«le ct'tle réKolution, c'étoient les dangers coutJiuieiK que je 
courois en traversinit le lac Saiiit-l'ierie. lété, en canot, et 



(1 ) C'eut-à diry auA Troi*«Kiviéi«w. «mi.>« doute A. G, 






— 193 — 

l'hivt'r, sur la glace : et tutie autres, \\\i mv'uWni qui m'ur- 
riva en faisant, en janvier, la tmversc «U- Saini-FmnçoJH & 
la Kivière-(lu-Ii(»up. Ce jour-là, un toup do poudrorie nio 
surprit au ht'ati milieu, avfc tant d«* vjtdenro que jr fuK 
contraint d«' détt'.tr mon (lu-val, d«' lui totnner Ir derrièr« 
au vrnt, tt l'aliri d»- ma «arriole «ur Iv côlé — failtk- al>ri. 
Deux ou trois luuns aprt-K il étoit nuit et il y avuit t^uatri^ 
ù cinq pieds de n»>ij;«' parnlcssus moi. Mon ilu'val m étoit 
recouvert, et heureuKcmrnt, pan»- qu'autrement il auroit 
gelé tout roide mort. Je m'étois enveUqqté dans nui robe 
de hœuf illinois et ta|)i au fond de ma carriole ; je passai 
la nuit entière dans cet état. Le lendemain, comme il fui- 
solt calme, je me (léneigeai de mou mieu.x, avec mon pau- 
vrv .îack, et je continuai ma route juK<iu à la Uiviôre-tlu- 
l.oup, oh j'arrivai prcs^pie mort de faim, ainsi qiie mon 
cheval. Je des(>cndi.s chez mon conslunt et simèi-e ami 
Saint-Martin. Ayant visité tous mes malades, je fis le tour 
par les Trois-Kivièrcs pour passer l'act»- dm liât de la mai- 
son, que j'avois a<quise de M. f.iiluidic de Tonnancoiir, et 
tlont je vonlois venir prendre poH.session un printenis. 
Je my transportai en efl'et alors avec ma famille, après 
avoir mis un fermier sur ma propriété de la Riiie-du- 
Febvre. 

Cet éloignement du sud m'y fit perdre des pmtiqueg- 
j'en gagnai au nord et du côté de (îentilly et de lîécan- 
cour : le mal ne fut donc pas gmnd. .J'.ivois été fait méile- 
cin des prisons, .l'eus lonnue tel occasion d'assister une 
femme condanmée à la mort jutur le ciim»' île complicité 
dans un meurtre ; et le juge m'en fit remettre 1«' corps 
jMHir en faire la dissection publiquement ; ce que je fis en 
présence de treize de mes confrères. Il ariivadtin.s un pais 
plein <le préjugés, «pie cet acte au lieu de me recommander, 
juoduisit l'elïet contraire et éloigna les pratiques, du moins 
les personnes ignorantes et foibles, (pii sont b's plus nom- 
breuses au Catiada et qui .sont soutenues dans leurs préju- 

V 



— 194 — 



IçéK iNir (les K*'n» de nmuveuHe foi ei par un (Ict^t' faiiaticitie 
qui n'attend non lN>nli<'ur que de l'ignorance. 

Cette dissection hc fit en octobre, teras où les maladies 
donnent l»eaurou|> d'iKt-upatiouH. Je mis les débrÎH du ca- 
davre danM une cHiHHc, que jt; Hm dépoHer dans ma ^lAeière 
pour reprendre en janvier cch études anatoniiques ; mai» ma 
inniHon «e trouvant alorH petite pour les (-ontinuer et le 
préjujjfé ayant fait btuiucoup de prf)>ifr»«H, je me vis fon-é de 
faire tranHporter lu caixMe Kecrètenient et de nuit i\ Ma- 
cliiche, dans une iimiNon vuide ati lK»rd du lac, (4 qui appar- 
tenait à mon Imui ami le colonel Dunièr**. Celui (|ui la 
transporta crovoit être <-lmrp;é de vaisselle. Lors(}ue le 
caïuUiine de milice l'eut rui;ue ci mise dans cette maison 
inhahitée, il denuuida a l'autre en riant : Que croyez-vous 
avoir apporté? — Tne charge de meubles de ménage, et 
mn; caisse de vaisselle.— Oui, la pendue Marie BriHel)oiHl 
-^ Oh, non ! — Eh, oui ! — II décloue la caisse pour l'eu 
«Hinvaim re. A cette vue, et se rappelant qu'il lavoit ame- 
née de nuit, la surprise H lu peur saisirent le |)auvre 
honmie tellement, qu'il se trouva mal I. , . , Heunmsement 
la (^isse étoit rendue. 

J)eux ou trois jours apixs, ma tille, mon beau-frère et 
moi, nous vînmes i)rendre possession de la maison ; et sans 
l)lus perdre de tems. dans les loisirs que me laissoient les 
visites aux malades, j<! me remis ù m<m travail anatomique, 
qui étoit terniiné au lx)ut d'un nmis. 

Voyant le mauvais effet dt; la dissection de la pendue 
sur Tesprit d'un puldic foihle, et ])artant sur ma pratique, 
« raignant en outre de déplaire ù mes amis d»i sud (de 
quatre a cinq paroisses), j'attendis que le printems fût 
venu pour regagner ma <;hère msison de la Baie-du-Febvre, 
et retourner auprès de mon Iton ami le curé Archaml)ault, 
qui Kouffn»it continuellement dune jambe. Je revendis 
ïa maison de ville à un nommé Bellerive ; et, en atten- 
dant la saison de traverser le lac Saint-Pierre par eau, je 



— V,)o 



• 'OIltillIlHÎ <le ri<»ig-|U'r h't> IUhIiuIi'M <faillM rott<* «.-tilIllMl^lM' lin 

nord. 

J'avoïh t'ait lu (liMHei-tion o\prî*rt iIhiik U'r lUHnvitiH teiiiM 
•I»! janvier, pun-f )|u'Hl<>rK il y a iiioImk li'allaiiM rt vfiiaiHl, — 
>'iu*()r(f HUv. la luaiikm fi\i (M-art<H> et Hvn\p au Ixtnl «lu Im- 
Salut-Piorrt". Vue aprt'H-niidi. ri'pi'iHlant, tlanw \o |tluN tristf 
de notr»' travail, iiouh vîineK venir un vendeur de morne, 
(\\ie le capiUiine do uùlire menvoyoit pour me jouer un 
tour, fl entre en disant: — Avex-voUH tie^oin de morue 
vert<' ? — Oui. répondin-jc ; pasKe/ «irvant la eheniinée et 
entivz «lauH cette chanibre : une jeune dame qui y vnt voui» 
dira eombien elle en prendra de poijfinVw. Condden la 
vendez-vous ? —(Quatre shelins la poign«'e.— lion, ce u'ent 
pas cher. — Or, devant un grand feu, «ur lequel Umilloit 
du leM»t$, tme grande porte eou<hée à plat étoit eliargée de« 
jambes, euisses, bran et de la tète du «quelette. en pleine 
lumière. Le pauvre honnne livra vitemeni «a mortie et. 
sortit, (.'omme le tenis étoit extrêmement niauvuix, nous 
pen.HùmeH (ju'il étoit allé mettn* s<m cheval ù l'al^i. et quil 
rentreroit ensuite pour recevoir son argent ; nous att<.'n- 
diiues longteniH sans en prendre autrement souci, pensant 
qu'il étoit allé jusque cbe/- le «-apitalne. mon plus prts-be 
voisin. Une heure, puis deux pasMÙes. je lus exprès chez le 
capitaine : p<>int de nouvcllen du marclinnd de morue l il 
ne Tavoit pas môme vu. Le pauvre diable avoit gagné a 
toute bride le village, et s'étoît jeté devant la porte d'un 
ral)aretier facétieux, sans avoir arrêté sa béte.qui continua 
sa course. En entrant dans la maison, il dit : l'n coup de 
rhum, s'il vous plait! et dans le mênir instant se trouva 
mal. Lorsiju'il fut revenu u lui. Ilinti lui demanda : IToù 
veue/.-vouK? et quest-i-e iju'on vou> a lait? — Ahl je vais 
vous raconter au juî'te la caun" i|iii me jette dans l'état où 
vous me voyez ; mais auparavant, «litet>-njoi, s'il vous plaît» 
quels sont les gens «pi'il y a dan» cette maison seule au 
l>ord du Ikv. et qu'est-ce qu'ils y font ? — Quoi ! vous aveai 



— Vm\ — 



été là, c;t voiiH ''Il ÔU'H Horti?— l/ttomiiu' retuiiilNi huua 
<jonnr)i«8iim*o, on lui fit P'pn'ndrL' kch cHpritK ; à nu-Hiin- 
qiM' «t'H ft>rceH «'t Ma rHÏKou n'vi'iiMi«'nt, !»• inHitn'dii cHÏturrt 
lui Rjjpif'nolt (pif ('t-toiciit «li'H gfHK (lu rt»i <nii fHiM«ii«>iit 
<lcH HrifttniiiicN i\v tmiH I fiix fiu'ils poiivni nt Hiiisir. H»' I 
r}i<'r ami. {\\\\' vouk nvrz (•(<• )u-iitnix ! mais iiir(»n5U'/--ui()i 
par <j»i«'l IuihhihI v<»iik avez été juhiju»' là ?— Hé I iiK»n»i<'Ur ! 
j'étoiH allé i h<z le < a|iitain«' do inilico : (««t lui \\\\\ ma 
(Mi^ra^é à nlU'r «\ «•«.•ttc nminon ortVir il»' ma moiuc. .l'ai «'iitré 
«M (Icinandant h'IIk en vouloieiit, t-t jai vu, «ur une tal>l<- 
I>ar terre, «ifs «uisKeH. ... dcN liras.... de chrétien !... , 

M«»n l>ieii.(|ne] métier lotit (•e^ deux lioiumeH? le in<* 

HtÙK <lépét;hé de livrer fuiatre poi^néeK de montes, et de 
partir au pluK vite de la maison, sans penser j\ l'argent, 
que je nauroÎK pas vimlu pr.'ndre d'eux. J'ai totielié fort 
uum cheval, et n>e voilà ! . . . . Tour mon «heval, il man h»- 
toujours! ....— (^iie voiin l'avez paré liejle, lui dit l'au- 
berpiste ! . . . . Il iKtus rnMnf|U«' un j<'une homme depuis 
sept à huit Jours, iioiis (raiLTUons (pi'ils s'en «oient empa- 
rés. — Mais (•■'•st tel riltle, t'est horriltle <|U'(»i h'ur )M'rmette 
de juireilles choses ! — V\\ peu plus remis, il s'en fut iiprè.s 
Hon clieAal. Plusieurs heme« après, je fus moi-nicme. avec 
le montant convj'uu, diez l'anhergistc. oii j'cspéruis je 
trouver ; il n'y étoit plus. Le récrit d<' la gi-ando pour qu'il 
nvoit eue et de son méjiris de l'argent ijue je lui devois 
pour sa morue, me fit hien rin-, vi le conteur aussi. .Je 
déposai entre les mains <ie cet aulieririste lOs., prix du 
poisson, pour qu'il h-s lui rtinit (piand il ilescetidroit. 
Jamais il ne le revit, ni moi non plus ; il me rendit bien 
longti'inps après mon argent ; :*t voilà l'effet de l'igno- 
ranco et de la peur. Cette histoire auïu.sji le public, et 
nt>tamment les voyageur» à (jui la chose étoit contée : elle 
se répandit au loin. 

La saison printanière ayant redonné an hu- sa fluidité, je 
me prépami pour partir, l'nc r|i/.ain<' de mes ami» shuijo- 



— iu7 — 

cièi'fiit pour vt'uir iii«- tmverMer av«H- iik'u iiiéuagc et iiiom 
HiiitQHiix i\ niH ( liiTt; llHi(?-du-Fe)ivrr; un juiir fut fixé |HMir 
charger un n;mn<l Imlt-uu. Toum mcH effrtt» ôt«»ivnt r<>ti<|uH !\ 
Uinl, (juiiMiI lo vent «le Hii<l-<'Ht t'muhit tout-iiH-oup <>t H«-i(iiit 
unt! ti'llt' furie «{U'ù tout moment, même lUnn l'Hltri oii IIm 
étoi«>nt..j<'cnnVnoi8<|u'ilKne tû^Ht-nt (wnliinou jfâtéH. CIiomi- 
extmonlimiire I la caiHMe <l«'s oh île la HriHelHiin «rrive et «'kI 
mJMr à Itoril : à ritiHtant niêm*' le enlm*- x>' tait < onniie |>ar 
mirarle. Xoum i-tions prètn et noiiK partinn-K pour 1» rivière 
Xieob't.iKjiiatre lieueK<|c «elle île Maeliielie, oii nous étioiiH. 
Lo calme se nuiintint juvquù notre enti-éedanH l** Niroii-t. 
I.à, le même coup île vent reprit avec une n\ grande vio- 
li'iirenue wi nou-s avions étédehorM, Ir liateau rliar^é eomuii! 
il r<''toit, nous anrioiii^ inl'aillilili'ment péri rorpH et Iiienn. 
Cettf trmpi'tr diini cinij jours et linq nuits shuh n làrlie, 
))endant |rsi|Ui'|K mes amis ne trouvèn-nt lUt/nidr* au sud : 
iU étoient perKUudés qu'ils dévoient It'ur Hiilut à un mimile 
qui sétoit o|>éré par la vertu du «quelette de la îîrisehois, 
qu'ils re^Hrdoifut comme ujie sainte, (^'c qu'il y a ilc cer- 
tain, c'est que depuis qu'elle i-st en uiu possession, il lie 
m'est arrivé aucun accident : ma situation s'est soutenue et 
les moyens w m'ont manqué ni pour mon néiM-ssaire ni 
pour l'éducation de mes enfans : ce pauvre cadavre sec a 
servi j\ leur inHtru.-tion. Moi et eux l'avons fait voir à tous 
ce'ix qui l'ont demandé, à la ciuidition dr prier pour son 
âme. Si les prières ont l'effet (|uy attribui'nt |c« saintes 
KcriturcB, cette victime, morte en se repentant de son 
crime, a obtenu son pardon du l'ère de toute miséricorde t 

.!<' fis déUirquer mes eOcts ehez mon ami Laflèdie • ijh-k' 
V(>itures e( celles de mes amis les ■•(uent liient/tt trans- 
portés (lie/ moi le lendemain. Ce retiuir au «ud du lleuve 
se fit en juin. 

Je repris nia carrière de campagne au niiijeii de nie» 
anciens et bons amis : cela ne m'emi>ècl»oit ])as daller 
soigner au nord, où beaucoup de personnes uvoicut une 



--Î98 — 



gtHiule (oiiâance en moi pour les opérationfl et Kurtout 
l>our les ai'couchemens. La paroisHe de Saint-François et 
le village HaMVi^2^e alK'nakJH otcupoit-nt pret^^ue tout mon 
tems, parce qu'il y avoit toujourn j>lii8 <le malade» lu 
qu'ailleurH. 

Au88i, Diou aidant, leH choHeH nie prospéroient. J'avoin 
maintenant troin enfan>« — denx gnrçonH et une fille -> qui 
^andisBc-ient. 

: Vn joxir vintqttf je dus penser »\ leur avenir. Le lieu oii 
J'étois n'offniit au(>un moyen d'édueution : si je les y lain- 
«ois, ils ne pourmient prétendre qn'ù l'état dh(»unèteK liabi- 
t*nH terriens. Que faire ? Je lis part de ma i)réoeeupatlon 
à de sincèreK amis à Québec et ailletu'H. Un turent d'opinion 
(car il n'y avoit paw encore de eolléffe à Nicolet) (pie je 
luisKe mcH ^arçons au colléffe de <juélM'( , et (pie je le» Hui- 
visse 11 cett(! ville, parce ([u'ils iroient aloi-s aisément au 
collège et à toute autre école, et (pie moi-nième je m'y 
ferois l)ient(»t une excelltnite clientèle, par la Inmiie renom- 
mée (jue j'av<Ù8 et avec le secours de la divine providence, 
(4ui snvoit pour (]uels motifs j'agirois ainsi. 

Peu iuiiédiile de nui nature, et ••ntièrenicrit dévoué à 
l'intérêt (le mes ciifans. jt? me scrois fait de farauds reproches 
si je n'avois pas tout sacrifié pour leur inlucation : je devois 
faire pour eux u cet «'«gard tout ce que je pouvois,ù l'exemple 
de mcH |>arens d'Kurope qui n'avoient rien épargné pour 
me faire instruire. D'ailleurs, j'avois toujours espérance de 
rctcuirner Hnir mes jouis dans ma patrie avec eux, et s'ils 
!*Uoient rester sjiiis éducation, j(! ne le pourrois pas abso- 
lument. Mon épouse pensoit comme moi. Je mandai la 
léHolutioa (pie nous a\ ions prise à mes amis de Québec, et 
ils s'en réjouirent. Ils m indi(pièrent une maison qui étoit 
justement à vendre h Uni marché dans la côte, prtK-lie de 
l'évèché, appartenant à M. CrtUe. et sans pei-dre de teni» 
je fus racheter : 190 louis me la pr^Kurèrent. Me voilù 
donc citoyen de la capitale, et pour un glorieux motif, 



mÊÊÊÊ 



199 — 



c«'lui d*' rélévrttîim et de l'tklucation d« mcg cheis cnfuiiK. 
Ce fut en hiver que jo Ah cet achat, et à la fin «le mai sui- 
vant j'étoÎH rendu et établi <lanH nm nouvelle demeure, et 
j'y tenoi» déji\ une pharmacie publique «ur le meilleur 
pied qu'il m'étoit poKsilde eu éganl j\ uies moyens et aux 
TCHBourccH de la ville. Ma chère ftUe Dorothée et nioi 
tenions ce ménaj;»' : mon AIk aine alloit au petit séminaire 
en qualité d'externe, et mcm épouse, restée à la Baie-<lu- 
Febvre. achevoitd'y réfflor nos afifaircH. Mch pratique» des 
différente» paroisHc», mes voisiuH et mes ami» particulier», 
eurent un chagrin infini de mon départ ; mais reccmnnrent 
la nécessité de l'éducation de mes onlans, puisque je n'en 
voulois pa» faire des terriens. 

Je n'eus pas i\ me repentir de ma nouvelle résolution : 
mt^s (;onfrère8 ne me montrèrent pas de jalousie et m'as- 
sistèrent même ; je Mue de mon coté m'assurer leur sym- 
pathie dans nos consultations, où nous nous marquions 
récipnxjuement beaucoup de dét'énMM-e. J'eus surtout ù me 
louer des Drs. Ka<Ilar, Kisher et Lonjçmorc, qtii uj'en- 
voyèrent même des pratiques, particulièrement de la cam- 
pague, pan;e «pje je connoissois bien les usages des habi- 
tans dans les accotichemens. Je fis preuve d'habihîté, et en 
peu de mois, je fus aussi connu i|u'aucun de mes c<mfrères : 
il ne se passoit pas de jours ni de ntiits (|ue je ne fusse 
appelé. 

Ma chère épouse vint nous rejoindre dans les derniers 
jours de l'autornne, elle s'étoit si jx-n ménagée, que lu ma- 
ladie ne la quitta i>as de l'hiver. KUe étoit affectée de 
l'asthme, et quand quelque accès la prenoit, et cela arri- 
voit souvent, c'étoit de manière ù faire craiudre pour ses 
jours; mais la saignée, un vomitif ou une purgation, du 
parégori<iue, des mouches employés à tems, la mettoient 
vitt; hors de danger. Heureuse si je me trouvois alors auprès 

îssans ! 



po 



po 



prei 



Jusqu'ici tout m»- Hourioit. Ma chère tille, déjh grande, at, 



m 



— 200 — 

jolio, étoit réinité<t excellente fille de méuage ; tna maison 
étoit trc'H-fréquoutt'<i jwr toux le« g(^n8 d'homn'ur et de 
bien, (jui faisoient connoitre au dehors tien mérites. Klle 
avoit déjà bien des Houpinuis^ mais ù l'cxoeptiurt d'un pluH 
défidé, la craint*? d'un refun les cuipêrlioit de s'avanci-r. 
Tour celui-iù ses intentions turt-nt bientôt viKJbieH, «t mon 
épouse ot moi nous nous attendions à ce qu'il viendroit un 
jour m»uK faire la demand<' ; nous n'en parlions (ju'en trem- 
blant, parce qu'étant tout-à-fait nouveaux dans la Aille 
noua ignorions absolument les «léfauts, les vertus et leH 
ressources de c«'ux (jui recherch«»ient notre chère et ver- 
tueuse entant. La donner h qucbin'iin sans moyens, c'étoit 
la plonger dans la misén; ; nous étions malades et intîrmes, 
antre sujet de chagrin. A part d'elle, nous avic»ns deux 
autres enfans, Pierie, laine, (pii nétoit encore qu'en se- 
conde au collège, et Paschal, qui étoit encore enfant. Ces 
préoccupations furent cause ijui' nous man((uûmes de pa- 
tience. C'est ce qin nous lit écouter trop vite les proposi- 
tions d'im homme indigne, que nous ne connoissions jtas. 
Sans «esse aui»rèsdç mon épojise, couvert du mas<|ue <le la 
vertu, il lui répétoit à clm(iue minute: Ali! niadame, si 
j'avois le bonheur d'être aimé de nja<lemoisolle Dorothée, 
totit mon lM>nheur seroit de la rendre heureuse 1. ... Je ne 
stiis pas pativre : nvec moi elle n'auroit rien à penser et h 
faire (ju'ii désir«'r et plaire. .. . (!es discours faux, joints i\ 
une inerv<illense atlVctation de constance, gagnèrent l'iimo 
de mon épouse .... Ce f<»url)ej qui a épousé notre fille j«.' no 
Siiis par quel mirftele, se nonnne Fiant;ois Lehoulier. 



r-:T-'--r.-r 



\tjt^ f-'t\i''^f'. tAÂj'f'JliM^M.'. 



t HAI'ITKK NKIVIKME. 






St^jonr ilr VuuhHr l'f QiirJ»': Il mniie mu filU à Ltihouliff. /*(»#•- 
trm'f (fe <;*/ ilrr,iler. f.v n>fnf/if tiniii>e. /•'"Mrlu'rir <h- vit htmttti''. 
,S!fi iowlin'te lu/diite »:Ht>»;rit no ./>-/«'««. //aMttfUr n'flnitme ut v*t 
itnHeurr.r nur TroiM-fiivifrfi. /^houtifr *i' rmd voufitthle tir #/. 
%ûi;-H nitu/tinftlfi. UctOUi- ttç' l'antini' ti i^nfUti'. S» ,^7/« nhtiiHt 

lif lcet<Mir a vu »|U«* inu t'iiniiili* so coinpoMiiit iiloix (iaO(») 
<!«' mon ipouHc *'t de tn>iK onfann : iiiu' flll»- do dix-huit 
uns, un garçon do dix ans «'t un autn* de Ho\^i. C«Mix-»-i, vifs 
!•( d»' i»!iysiononii(' <|ui nu' j>aroissoit prouu'ttrt' iM'auruup, 
«Mcupoit'ut depuis qiulipu' tt'UiK tr«'s-««*'ri«'UKt*mfnt niou 
iitti'ution, comm»' jo l'ai déjà «lit : i<* pcn^ois ù I«mu' (•<iu«-a- 
liiin. Comnicnt In l«-ur donner .lanK une eanipa>;ne, où il 
n'y avolt pa« seulement trace d'érole priniaii-e ?. . . . Kn 
outre, nta Hlle, déjù }j:rand«*, i-onunençoit ù ho disposer à 
ée«iU(<'r lex fleurettes <les cavaliers de ces endroits ; et je 
iTaurois pas désiré d'en faire réponse d'un ?<in»phi hn\>i- 
tant. — i|Uoii|ue le sort d'une t'enune de la campagne soit 
en réalité li- meilleur dans ce païs. L'haltitante tut par- 
faitement maîtresse et gou\erne la <-(»mniunauté sans 
réplitpje et ctmime il lui plait. ha femme, dans les ^ illes 
possède fort mrement ce pouvoir. 

Il falloit donc gagner la capitale, quitter cett«; existence 
eliampêtre et douce que je menois depuis I7 7"i, ou nu' 
résoudre à voir um's enfans grandir «Lins l'ignorance d 
touilter ainsi dans une sorte de dégénémtion. Le sm-rifu-e 
ét4)it ctu'iteux : j'aurois à clierclu'r d<' nouveaux moyens de 
suKsistance, et à vendre peut-être iiieg pro|»riétés à jterto ; 
mais ma voloidé ferme d'accomplir mon «lessein pour le 
liien d«' mes enfans me Ht puMKcr par-<lessns toutes cew con- 
sidérations. 

Kn cliJince ineertiiine d lup' clientèle dans la capitale ne 



— 202 — 

m'inquiètoit pas ; pondant «(iic plus il y a iritotunu'rt daiiii 
un endroit pltict aiiHHi lu Koinuif {\en )H'M<>ing y e»t ionnUU- 
mblc, que le uololl «e K-ve pour tout U; monde, que, «pioi> 
(|u'il y eût «ix ou wpt ronpeeta)>leK praticienN, j'y trouve, 
l'oi^s ma place, et qu'il ne falloit qu'un )>on poHte danx un 
bon quartier, de la vijçilHU<<', de l'»'uipreHHeiin-nt et thn 
HoinK attentifH et prudeîw*. 

Plein de mon idée, je deHi-endiK à Qiu'Ik.'»- dann le prli». 
tfUjK de IHOO, j'y aehetai. eounne on l'a vu, luie niaiHon. et 
à la fin de mai j'avoiM établi un«* apotlileaii-fTie, niirs ui«-m 
Pfarçond au eolléj^e à l'étudi- de la InUKue latine, et jt« 
n»'efl"or<;oi8 de nn'rit<'r reneouraxenient de mex amis. 

Ma maison fut ouverte à tontrw lis personneK d'une 
certaine fa<;on qui voulun-nt »>tre di- notre KocR'té, l'ue 
Jeune et aininble denjoinelle en falsolt les honneurs. 

8anK <*tre belle, ma tille «voit un»' d** ces physiononiieN 
qui plalHent l'i tout le monde ; e|l<- a^'oit une brillante 
santé, et étoit grosse et grasue, Hes ronnoissancs éti»i<-nt 
(•«'Ibs qu'elle avoii pu acquérir dans une («mptigne hoKk' r 
son camctér»' ét<»it «lou.v ; aimant l'ordre. iH>iiiic ména^ère^ 
el|«- mettolt dans sh ciUKluite une réserve, une prud«-u<(« 
qui annonçoit une raison «Iroite et nous d<uinoit bi 'n du 
lontentement. en nous faisant «'spérer pour elle un h<-ur(>ux 
aveidr. Aunsi soula^eoit-i'lle gran(?ement t»a mère dans les 
soins du ménag«', et l'Iiurmiuiie et Im joie iégnoi«'nt-<'lles {\ 
notre foyer. 

'l'tint d'aiuiables quahtés qui sortoient d'un eœur ni ver. 
tueUN, hn attirèrent aussitôt l'estime de ceux et de celles 
qiii la coniuu'cnt : chacun s(»ubaitoit sa s<K'iété. Il y avoit 
Il peine »Jx mois cjue nous étion» à Québec, «pie <léjù plu- 
MleufK cavaliers la rech<'rchoient dans l'espérance «le l'avoir 
pour épouse, entre autres celui qui devoit être préféré et 

M l'a rendue si maîlienreuse. 

M*'Hut-il fftire connoitre les nuiyens insidieux tpie François 
liehoulier em|doya constHiument, sa duplicité, son hypo- 



— 20^ — 

criiûr noire ?. . . , J«i le doÎH pour int: juMtiftcr luu y<;ux du 
{Mihlk-, i'ii )(ûivKnil prévenu coaire Ioh (larenii (|Ut lUHrieui 
lifUiK tîlU'H NatkM pimebAut ou cllutt. 

Notre tante, r'eNt dv. mm» être trop proMtié* : aq lieu de 
KÏx nuMK, |K;u«lHut leK4|U4>lH ee Her|M'nt parvint. ù itoiw en- 
eliiuiter |ttir Hi^M nouf>/f»M;in-inii\ihiinHntvM et hch liirti tic l»ou- 
lioniniie, une annéi! auroit été néi-eMiiiaire pour débrouiller 
HeH ruKeH. Ou noUK eut nverti, eomnio plua d'une purnonne 
n-MpectaMe Ih fait (|UeK(UeH jtkurH aprèn le mariiige ; bien 
t|u'il eût alorH un*- |itii-ti«' du publie eu sii Invour, 8itluil 
)'4»ninie uuux |>ur \vs n\énieM dehcM'K, )|UelqueiuiniH eepcudaut 
Me Reroient riM«|uéK à nom* avertir librement (le Hé» q^ualitÛM 
tuorabtd et physi^iueM, bien <-OHUUt;H d'aueunii. 

l'ct luunnu! étikit ram(>ant auprès de nous austii bien que 
de notre fille ; il n'oubltoit pa*i un iuNttuit de venir nous 
offrir Kt^H »ervi«'<'K. et «-eux «l'un de «en neveux d«i»it il wni 
parlé par la suite. ( Vnt t'ois )>Mr Jour il rediK4»it à ma tîli<* 
«(Utîlle travailk>it trop.— Vouk ser*'/. l>ien beureuse (^uand 
vt>UH Kere/. (tartie <le «lu^z votn* pèrt- et rendue dan» votre 
IM'opre uiéna^°e, r»ù vouH ent^)Urem de HoiuH eclui qui aura 
MU voUK niéritor ! . . . . 8i j'avoin ce lH)ubeur. il n'y auroil 
j>aM d'instant que jr u'eniployaMHe à rendre voUe félieité 
plus parfaite I.... 

A ((U(-b|ue teniK»!»' b», il eut Une iKviiHion i\n «expliquer 
pluH irit<-llii(ibicuient. Mon épouse étant tom)>ée nialadet 
il sollicita d«'ll«' la pi-nuission d*- rester auprÙH d'elle jour 
et nuit, pour <pt «Ile ne nmuquAt de rien. ... et (pie ma^ie- 
ujniselle LaTerrière et le d«x'teur, fatigué de «en eournes 
en ville, pussent se rtqKMier. Dans les niomentu de relâehe 
i|Ue lui laissoit le tuai, elle le voyoit ftapprcN-b^r d'elle 
pour lui parUr de su lille, — Oui, madame, elle est la muU' 
i|ue j'aie aimée de ma vie! .Te voUs prie d'entrer dans m<s 
intérêts .... Mon dessein est, si Mes pai'onH ne s'y opp<.»»Hnt 
paM, et qu*' je lui sois anréable, de la reelierei,?»' PQUi en 
îivirc mon éjK)UHe , , , , Si je m'u; a««e» heureux que de m'en 



— 304 — 



fHÎrr iiinuT, i'Ilc un-» piirtoiit et tuu.joiirK ho. |»n>|»r»' nuti* 
twHHf; Hle n'Hiim «ju'îi tVirmcr «le» dé>'ir»4 pour »|Ihî je vole 
rMimne lé<'lHir ù leur H'-eoiuplitsM-nient. \.v tlo^-teiir, ni 
vuiiH. iiimiiiiiie. n'en unrez reifiet.... 

In (lir (h' LK>nne foi. tniit do petite tutiuH nttnn HVoi«-n( 
nijh» un Iwiide^ii Kur leH yeux, qui ne toniUi «(ue )|iiel<pi«'>' 
jirtii'H aprw le mariage. iihiKion t'iinente ! 

(rtand l>ien 1 nous «U'toux rinieH trop tard «jue notre chrrf 
enfatit non»» avoit et»- mvi»- par un intVinie. et «pie re nial> 
lieiir éloit sans remède, puisipi'il sétoit iuronipli suivant 
les l<»ih et <'omuuie»s, MUietionnant le plus ^nuid des vols 
«lans loixlre «le la nature. Hélas! !<• <'rinie auroit été liien 
nioin<lre de ni'avoir privé «le tout<> niu tortun»' (ear, «-n tra- 
vaillant, je me Hei-oii* relevé) que «le ni'avoir volé ainsi l< 
Itonlieurde nu»n entant, eri nie mille tois plus ^rnnul. piiisipie 
la d«>uleur (pie j eu rennens »t> porte au tonilM'an .... 

< '«uiiment no« yens ne nous avoient-ils pas prévenus ?. . . 
Cett»; liffun- plate, re teint ploniWé, e«'s <l«'lior>' qui a««iisenl. 
I«'s loiblesses les plus otlieuses I, . . , A «juellew Ihissi sses il 
pouvojt <le)<e«-n(lre pour en inip«»serl on le vov«)it sans eessr 
«lans les (''^lises, pharisi ti Irénétique, n'ayant d«' la relijjiuu 
«piuno «»ml>re impure. Il étoit eiàtièrement dépour^ u dé«lij- 
l'ution; né «lans une abjecte lange, il en étoit sorti nienteicr. 
lourlie, irnlie, avare et ennemi seen-t d'un sexe ainuiltle r( 
<l)eri de t«»ut l'univers. Kt tous «".'S \ iei's étoient fiM-liés 
stms le masqutî le jdus tanlé 1. . . . Voilà pourtant riionimo 
«pU! nous avons préfcVé a tant d'aïutres, si empressés! 
riii>nime »pie notre elièr«' enfant t\ é[»ousé sans amour et 
^y^^■UH y êtr«' l'oreée I . . , . 

Av«h; quel artifi«-e il soulenoit kou i«de ! avee quelle 
e«>nstHn«M' auprès «le H«»tre enfaiit «'t de n«>us-niémes !. . . . 
ses lit t^-ut ions eontinuelles, s«'s eoniplaisanees si mMripi«'>es, 
nous inspirèrent de la reeiuinaissanee, et une estime piirli- 
t ulière p«>ur lui. et nous en arrivnmes inseiisililement -a le 
lisgulmiter puur imni ù ui'trc ehcru ^viotlià'. Nuiik iiou^ 






*»- 205 -^ 

iiisioitH : Vois lus' peinrs |tulM's iiii'il m« «lonnc f»our «'11»' ri 
|M>iirni»Ms. Ah I !•' \t*m iimri <|u'il tVm!..., Xxvv lui, ui*itv 
riitHiit M«'n»it licuu'usi' «omiiic ri>iK«'nu ({hiin liiir!.... 

Ce fut ri'H|)érHiU'f flntt«;uw' «iii lii«'n-«tr«' dont M«>trr Itllv 
jniiîruitj H\t'v la Im»hih' rrnoiiiiïHH' <i'h«iitiiii*> iimnillHiit, 
iiK'iiiivr'T, ran>i»i «|u'il avoit, qui nonx |)«»rtH h |«*n«rhrr |»*»ur 
lui. vi à «'Il parler i< (•«•tt»- cli»-!'*' (>iitai)t. Sant» ««n vtw J'olJ»', 
à raUMt; «le «|U(.'I(|U(; choK»' «rrxtnionlinHiri* «(U>'1l<' im' |mmi- 
voit iIcMui'It'r «'H lui, r\W |u'nsnit r<>|M'n<iHnt roininf u<mim, 
• •t lui iUToi'doit la prôtYM-cncr, Et connut'; oulrr [«-k raixotis 
i|Ur )<■ viiMiK <lc ilirc. il avoit di' lu t'ortutit', ntuiK ininx.s 
iivoir att<-iiit It^itut tir uoh (li-Hii-K, (pli ûtoit <l«- la i)i«'U rta- 
l.lir. 

Lorsqu'il si> haasinlii <l«- lui pHrl<*r d<; uiai-iav<-, rllr lui 
lôporuiit ipu- sur uu<; chost! aussi sérirusf, flU' vouloit (.-oui- 
Miltrr sou |>î;r«* rt sa uiôro. Kll»; h'«mi ouvrit dour ii nous.— 
l,;iinir-/,-vous. fliî-nt onfant, au pcdiit don tain- vohT ruari ? 
— Il «Ml est nu aiitrt' qur j'aiuuTois ndi-ux. n''poudit-4||«'. . , 
M. h'-lioulirr u'a ri«Mi d'attmyjuit, t't il v a vu lui. pr«>s i\vn 
jcunrs filles, uiH' froideur ijui nlacT.... l'\*t nu hsw/. Im(|| 
parti, luais pour Je pr{'n<lre il faut se faire imm- ^iiueide nii» 
!»ou . . .. — VA elle dis4»it à sa inèn- : Papa est uialude et 
nous pourrions le iierdre. Sans soutien dans «ntte ville oh 
nous \»'uoMs d'arriver, et oii les feiunii's jeu plus verltieuse» 
même, si elles ne sont pn»tet>eeK. sont exposées à toniliei- 
dans i|uel<|Ue pié«i'e suhtil <pie U'ur tendent des ;iens d'un 
eerlain ordre : mes frère» ene-tre très-jeunes, et n«>tre fof^ 
Inné Uien UitHlioere. quelle existence inquiète scr<''* 'a 
notre! Te dois lui doum r la préférence!.. .. 



.\«Mis la pressâmes d<ï faire l«-s plus profondes réllexions*, 
— Il n'y a que le toinheau. chère enfant, qui puisse t\is- 
soudre (c nntria^c, qiiil soit licin<'nx ou nialhemenv. ("est 
un pense/,-y-i)ien. X'ous êtes aujourd hui entièrcmctit lil»re, 
vous OtcH niaitresHc de votre cu'ur. .. hcH Ikius partis sont 
rares. Si M. lAliwuIier (.untiuuyit d'cta' tel t|ii'il a'ebt luyu- 



— 206 



l'I 



trv »ii(rtiH juH4|u'ici HHHH ne dénxMitir, uouk ur puiiriioiiK i|iir 
vniM foiitM'iHt-r (lu no puH le rebuter ; inaiH loin <io ikmih hi 
)H'iiSiHf (lit v(HiH «.'oatmindrtt <>u forcer uiiouneiiient à fornirr 
iM*tt«- union. Le lionheitr du in(u*iafif(' dépend HbKi>luni(Mit 
d<. l'untitié récipnxjHc ([\ii unit Ick ('œurs. . . . Noun n'avoiit» 
|>HK d'nutre vœu (jiiv d«î v<mH voir piu't'aitcuitint heun-n. r 
»«■«;<■ m» nuiri h«ii« cohim' occupé à t'air»* votix- Im>uIicui;. 
N4-»aH (jonnolKHouH voh ttentinitinH vertiKMix: noUK ne ,lou- 
t^uiRiiuUt^nu'iikde votre perHévémnce à remplir di^ncmenl 
lu tik-he gi honoriiltie du uiéuH^e et dtt la t'antillo. .. . 

<,hi('l«p>es jouru apièH, je la trouvai Ich yeux rempli»* de 
Inruien. — (Ju'ave/.-voUK, nm fille? lui diK-;ie..— « Je vieuh. 
lépoudit-cllc, d'engager uui lilM-rté, <•» conHeiitaiit à me 
mûrier avec I.ehoulier, ce mariage avant paru voum l'air»' 
plHJHir. En v** mon^'Ut il a ma parole.-— V(»tre wk-rifice me 
pénétre le (îteur. chère enfant. l,i: bonlnMirdauK le maria^'- 
e*4t toujoiu-») incertain : une Hlle, c(»mme HeH porens. ne ditil 
cttnwufir »|U'en tremblant k cet acte. Vouk pouvez retir«'r 
v<,»ti'e iMirole honorablement. £<:« nutmenti nont prt'cieux ; 
liiitf's («.■ ntûrcK réflexioim. -»- (.'est fait, ivpondit-el|i'. .j'ai 
donné ma parole ; à la ^i'iu.-t' de Dieu ! . . . . 

(;;ette réKolution «i ferme uouk causa une ^l'Hiide sur- 
j»risc; (tint de force desprit et de vertu nou« émut jus«^uau.v 
liM-tneM'. ... 

Arriva le joui oii le notaire M. Alexandre I.Minuis (A ))ui 
le futur marié »'voit jiarlé pour le contmt) n'en vint a\ec 
Us convicH pour la cérémonie ordinaire. Cet interprète de 
lu loi lui tint ce discours; Mtulemoiseiie Dorothée, je vous 
ai vu nuitre et je vous ai vu élever. Je connais votre cjmim-- 
t.«ru vertueux et votre franchine : je connais la droiture th- 
v«»trc péiT (>t d<! votre mèi«, et leurs Hcntimentti ù It-Kind 
d« «f j(»nr..., V(uui sHve» pouniuoi nouH w>tume8 af»Kcm- 
l»lés ici?— Klle répondit <|ue oui. — Avesi-vous promis ii 
•U. Kmn(;oin Lehoulier d'être non époune ? — <Mii. — Vous 
V étets-vou» en^Hgée pa»' toute antre riu8on (|ue votre pi-oprc 



-âw — 



jtOÛt ? ^ fVtto fhère Alki HMmm que rit»n ii«î l'y «voit 
induii«' que Hon propre pencliunt. '— S'il vn étitit «uirt* . 
ment, reprit l'oflicier, un voiih inHriHiit wurH être Hpp<4«tf ti 
i-i^iU' union \v^r l'Hinitié ot Ih imturu, vouh Heriex nmlkou- 
rcuM*. '— giuiml j'ai (l(tnn<-> mu iMirole. j'nvoiri tout prévu ; vt 
Je n'i^rnore ptut que j«' huîh libre onoor»*. — Puisqu'il <m «-M 
itiMci, pourfuiivit le notnire, {inxMtutM nux r«>nveiiti<inK. 

I/H<'te tut dressé et ertntiontî hbus HU<>une t>(>nt*»HtHthHi, 
«le la luanière la |)lu« <-onveiml>le, et, (-eux qui y anMintèrent 
nt^ IM'uvent diiv Autrement. «Ihah la pluK entière kionnetoi 
r«'ejpn>4|ue. AprèK la Hi^naturt-, le prétt^ndu ne (Ntrut ni 
pluH chaud ni plUH froid auprèn de («elle qui Kllt»>i Mn' mh 
i'emnie. <"e (jue nou< eroyionK tonjouru M^fre l'effi*t «|i> lu 
timidité. 

Cependant le n'mria^e faillit ne pnw «e tkire. Ta* I<»ikI«'^ 
mai h, Leliouli«!r pn>vo(|ua un<* explionthut pnérlle en di* 
Mant à «H préti'udiie qu'on lui avoît mpptkrté rt axHurù 
«prelle ne niartoit avee lui contre «on jrré et-HaiiH incHiM* 
tion. Klle n-purtit : Vous avex cru et^ln?.... Wuih me 
v<»y«z l»ien «Urprine de cch rHpportt< : je n'ai K<->ntMé mot de 
mcH Intpri'HMionH t\ votir égard, et personne au monde ne 
peut lire danH mon Ame.... Vouh êtw* bien hanli ci bleu 
imprudent de vouh présenter « moi avec <-eH choses ù lit 
iMMiche .... VoiiK nie rap(M'leK que je huih en« ore libn^ .... 
YAï bien ! «pie je le re«tv donc t. . . . J«' vous prie de ne idns 
ri'venir dans la maison «pu- (*oinme simple ami «h* mon 
père. Qu'il n'en soit ni plus ni moins!.. .. ■ 

Klle lui (huma ainsi son c<mgé in^énitment et avec la 
plus jfmmle sérénité. Tout autn* à sa place eût senti s«>u 
in«lifféren«'«' pour lui : d«' «leux choses l'une, ou il s«* si'n^it 
retiré et «'ourroit «Mu-ore (connut* il |''ir«>it «pi'ellc 1«' s<»u- 
haitoit), ou il aundt rac«-omni(Hlé sa sottisi* par «piebpic 
tendre excuse, seule excuse naturelle d'un honunetjui v^mi- 
da»it se faire uimer^I'une jolie temme. Au eontrairu, on ne 
vit sur s<»n visape que ^hu^e, hont« «t eont'ïjsion ; il s« 



mn 



t«?tfm >/»nt ]M'iiKiul . . . . NoiiK rrûmcH Taffiifre Anio, vt \i\ 
joh' «|iio nous en i"«'Knentiiin'H nV'tolt-<»ll(' i>a8 riii»<<mnftl»I«'?.... 
<^n<»llo l'ut donc iM»trr Murprln»- !•• li-ntlcniain malin <!«• 
voir nrrivj-r un«» U'ttr»' «{«MUHudnnt uu' «'ntrcvu»' et l«* 
ptirUon «II' la tant»'. Il rt'(<>nnoiKH<»it sa >;ainh<'iit^, ««t, ton- 
'nnisHHitt la In'iTiti' «h* niadnnoiHcHc DorutlMM', csixToit 
4uVl'l<''oul>li('r«»it It* jvimr»'. Fille n-noua avec lui. Il obtint 
|i<'milrtRlf>n «h* nu'ttn- Wn iianfl à l'cVIis^' I»' diniam-he sui- 
vaut. 

A nn'KUrc <|Uc- le ^rand jour a|»i>r«><-lioit, un (-«'itain air 
in«|ui('t <'t jila<'t' se laisKoit voir sur Ir viRiij^f «U- vrt 
homme — prc^uiogtic d'un trinte avenir. — T'ne telle tVoi- 
deur, mé dît un jour mon épouse, ne présaife rien de Ihm». 
■ii*».re ne sain, lui réponilis-je, (|u'en peuKrr. il in<' wemlile 
«|U'un voile tombe peu h |>eu de mes yeux, «-t que j»- vois 
■Jielioulier avec iK'aueoup moins d'affei-ti^m qu'HYant. Kn- 
voie-nioi ma tille. (^;iel«jue i-liose uie répuyin- <lanK <■•■ uia- 
riatie. .Il' ne désire pas nie séparer «le Dorothée si ee n"« .st 
ultKolument pour son lN>nheur. 

Klle vint, et comme je la priois de «'tuivrir -"i moi, et si 
oll'c ne se sentoit pas d'inclination iwuir Li'houlicr. de 
rompre avec lui; elle tondit dans l'instant en lanncs. — 
Cher papa, me dit-<'lle, je lie l'aime pas comme j'aime .... 
Diicliesnav : cependant, je lui ai donné ma pai°ol<>, et je 
.suis fille d'un père qui ne revient jamais sur ce qu'il a 
promis. Si Lch«Mdier se comporte aussi )»ien qu'il .<<'v «-n- 
ujm»-, ma coiuluite lui prouvera que «'elle dont il ji taH 
choix étoit din'.i'- d'un honnèt»' homnx'..., 
I he jour du sacrifice, h* oui fatal tut prononcé, avec les 
cérémonies af<outumées, u cinq ht'urcs <|u matin, dans la 
sacristie do la «•athinlmle ; le nniriao»' fut fait par le «oad- 
juteur iui-mènic 

Presque aiU4Kit«'it le marié |>arut ou))lier son nmriaKe. Au 
midi, la dîner étMut servi et tout le monde ù table, on fut 
ohliiçé d'aller l'en faire souvenir: il employa le tems, toute 



V 



^209 — 

la journi'O, à »ck oorui>ationB ordinaires. Il n'approclui do 
son »'|K>n«i' ni no lui parla. Alors la jMmvrf victime touilia 
rlauH inie Hi grande mi-lancolic qu'elle tut romarquét- de 
tous IcB convives. Il se fit entre eux de tristes pronos- 
tics. Ils eurent iK^au faire pour la distraire, rien n'y put 
parvenir non plus qu'a rendre cet étrange mari au sen- 
timent de ses devoirs ....-<- Elle est belle comme un 
ange, se disoicnt-ils, «t la froideur de cet homme est sans 
excuse. 

Cette scène tirant à sa fin, il fallut que les conviés 
allassent mener la mariée chea son nmri et la coucher, 
(oiume on dit au Canada. Ici, la pauvre enfant se trouva 
mal, de la douleur d'abandonner la maison de ses parens, 
ù qui elle étoit attachée on ne peut plus.... Cependant 
ses compagnes l'ôtèrent, ù force de raisons persiuisives, 
d'entre les bras de sa mère, et elles l'accompagnèrent jus- 
([u'h la demeure de son mari et h hh chambre .... J^ 
(rliambrt; ui le lit n'étoient encore faits ! Elles se hâtèrent 
de réparer ce grave manquement, lui dirent adieu, et des- 
« tendirent annoncer au mari que la mariée l'attendoit. Il 
répondit qu'il ne pourroit l'aller rejoindre de sitôt, vu que 
des affaires de conséciuence l'en empêchoient. Croiroit-on 
qu il ne fut se coucher qu'une heure environ avant le jour ? 
et qu'il en usa ainsi trois ou quatre jours, se donnant bien 
garde d'éveiller sa fenime ! . . . . 

Notre fille venoit nous voir, — Oh ! disoit-ellc ù sa mère, 
chère maman, si ce mariage étoit encore à faire ! , . . . Il au- 
roit gros comme la cathédrale d'or massif, que je ne vou- 
di-ois pas de lui .... Hélas ! pourquoi s'est il marié ? . . . . 
— Dieu y mettra bon onlre, chère enfant. — Dieu le refera 

donc .... 

Ija propre mère de Lehoulier avoua ensuite ingénument 
qu'il étoit à craimlre que son fils n'aimeroit jamais sa 
femme autant qu'il avoit aimé Mr. D.. . . et d'autres de la 
même espèce, pour qui il se levoit la nuit, pour leur don- 

Y 



X 



— 2îd — 



nâr à liMiiig<n' et leur fhire du honillon, li>rtqn'flft ▼(>Mol«ni 
trop tard: 

Il ne 8'Molt marié (]Utt pour fairs lio m ftfiniive une 8Acte 
de menocnaire, (i'efM-lHve, enchatnét' aux tminn (luuu'HtiqnttK, 
f>t aatiH auenn^ 4h*H jouidRancen de répoti«t>. U ne douiuk 
jamaif) d'anire raiso» dt^ Hon inariaKu sinon 4*ril avoii cédé 
aux instencefl de ra m^rt», qu'il n «voit juirnÎM t^u aucuiL 
penchant & cet acte, et quii avoit préféré ti»fert; fllli' ù 
CAUSC de Hon excell<>nte renommée, pasHant pour éivtt tcéii- 
travainante et tréH-adroite, ut qu'ayant été éluvée d'aiUeurK 
sans désira à la («mpagm*, elle ne dcvn>it étnt CMcupét; 
qu'il fhire briHer Mon menante de ville. . . . 

ApréK «en entrctienu ave<' «a "inérw, mttre chère enfant 
«'en retonrncHt le cœur nAvré piw la c(»nviction «jtt'ellt? 
avoit que oa .situation étoit HauH l'emwie, et que mm mal- 
heur pouvoi* nouH précipiter danH le tom))eau .... Toutcn 
ueH douces cspéninces avoient disparu ! 

Joseph Mathon, neveu de Lchoulier, demeuroit a!\'e<; lui. 
Il ne tarda iww » être indigné de la conduite de son oncle, 
et j'appris de lui combien LuhouUer aimoit peu sa. femme, 
qu'il n'alloit coucher dans le lit nuptial que quand il y 
avait des étrangers dans 1h maison, qu'il m'appeluit) jiffur^ 
de pendu, et (Hsoit : .le les hais mnintenant tou* les deux : 
jamais je ne ««msommemi le manage, imrce «[U'il on. nal<> 
troit (juelque monstre qui leur i^'ssemhleroit. 

Alors j'envoyai, un niatin, chercher LehouHer, et étant 
dans mon apothicaii-eri*' ^etil avec lui, je lui di8^: Mon 
gendre, j'ai du fortes raisons de croih* que vous faites un 
biste nH'Uage avec m» Hlle. Avck-vous ù vous plaindre 
d'elle ? — N^on ; mais quel«nrun vous auroit-il dit que nous 
vivons mal, et mon épouse s'est-elle plainte ? — CertAÎnc- 
ment non.. .. On vous rtccu»«i de mener une vie infAmc, 
que TOUS préférez à votre devoir d'ép<mx. J'ai su aussi «jne 
vous tenez de mon enfant' et? de moi des^ propo» indignes 
d'un homme d^honuenr.... Peut-être tous cm rappwte 



1 



2iî — 



H(>n(4tH iWiix. o( je IK- v«uic j^nmi ^K(H^ y oinire. Je voufl 
ronH4-ill«; «-«'pt'iuUnt du {trier hiuu iji- \oiik iu*-Hrc> danx k 
)»on cbeiutn. TiwU*'^, par v«>h KoiuH «vt viiM iMMitluitt^ cU' 
(Mmvainrro votre t'eiiiuie «|iie, ni voiim l'Hvex iu|uri«e «t 
név'liffée, voua reve^wy. (I<* voirt^ «erreur. Ueitd«:K-ilH Iiuh> 
rmiHe.. . . Mou époitiK' (^«t. fort irrité*^ <H>ntr<^ v«mm. . . . Qu'il 
iKiit tout (le Ktiite vÏNihlt; «|Ue voui* vivt^E luitMtx duiitt votre 
uiîniaKt', >i*rtr<>iaeiit il eu jHMiri'n*t ivKu44«*r4«î wfrHVot* rouMé» 
((iieiiecK, (Mirée i|Ue j<- ne Houffrinii (Mh que mon «ntHiii Moit 
liiiiitniitée .... Il rternit iiinrtiliant pour voiui <'t tort pénible 
pour liioi t(iie votre eoiiduite Hiiieiiiit un ct^eliiiidre . ... — 
Il me pn)iiiit (prifl v nitroit noiw (teu iin elitUL^eiut^nt viMÏMe 

Dmm ce iiitMueut il eHHHVH lou« U-« re^Htu-tH pour loiwwer 
\*> iippHrenc4-H ù non HVNiiptAj^o, jusqu'il ht*liitri lu lit uupt'iiil 
(plMtoniqueiiient i<»ut4-fuiK) poureoiiVHJucMf le )»viu,ia luAre 
et le puMie (|U<' eela alloit lijen «>t qu'un tmdKe. rHceotn- 
iiiod<'ment avHÏt !>iuivi H«m indift'éronee : Wot, il afi'eetiiit 
«leH é^anli* pinis art'e<ti(»nné« pour ma till''. Croj'aivt que son 
neveu «»t<»it dann sen tTlet^ pan-e qu il lui av«ùt promis de 
lui d(umer H«»n ctalilinHement, (maiK «-ttluWi le eoniioi8(Mj)it 
trop hwu pour nv fier à nés diren), il ne dtv))HrraKH<tit d« Ht>n 
ui»»<que devant lui. — Je la détegte, lui dÏHuii-il eu [mrkutt 
de. Ku teninie. et januiiK, q»jeh(Ue rl»o«e que, la ftyur^. fir 
l*enil'i fa>«8<', il n'«n nera ni |>lu»* ni uuanK.... Il faut que 
j«' nie «-ontrefanse vi»-!i-vi« du doeteur; aid(.^*moi ; la -Xni^v 
ira hien. — Elle e«t latnue et Rdle, et de» plUH éeonomo» . . . 
Ptnirquoi d<»i»e voun «ten-voui* marié? — Hé! c'est ma inèro 
q-ui l'a voulu .... — Prenez garde, mou on«4e ; htn MHten 
pourront étn- fntalen pour voum..., Vouh avez l>«'iau la 
hatr et la nsnltraiter, <'ile ent toujourK votre épouwc..., — 
Tu es un w>t. Jii lerai wi Uieii qu a la tin il faudra (ju'elle 
ij'on aitk" !, . . . 

Tout eela tjous ét4»it rapporte par \v neveu, et nou« ren- 
dit m. mallKMueux que la ville noOH devint insupporteWe, 
et que je uégligejd nv^ affaireK. Alors |o dé»*ir de m'en 



m 



2.12 — 



r ) 



i ; 



retourner aux Trois-Rlvièrew me reprit encore : je Voulus 
m'éloigner de ee lien d'ftfHietionH, oii je eraij<nois d'ail I»^nr.s 
de me porter ù quejqne extrémité jhmii venger ma fille : 
»non épotiHe appwnva mon dessein. JuHt,«'ment Thérean, 
lialtitant d\\ bord l'eau, danw la dite ville, étoit à (Jiuéltee, »t 
<lan« de mauvaises «fi'airt'i*. Il avoit un*: maison tonte 
neuve, dont jt^ eoimoissoi^ la position. Je lui demandai de 
me la vendre, et nous concIfimeH le nmrehé à 3<Ht louis, .le 
lui donnai gnr-le-iliami) 25 loniii d'arrhes. — Demain Adré 
Dumas nous passera Taete. 

Mh fille et funi mari, en apjinnant cette nouvelle, pa- 
rurent en »>tre fnchC'H, elle Kineèr<*ment et lui avec «ou 
l>vpocri8ie ordinain'. — Je n'ai pris ce parti désespéré, 
M, mon »^endre, lui dis-je, que pour voir si vous w>re/ 
aHsez honnête (jue de t'ain-, moi absent, une meilleure exis- 
tence s\ ma fille, (pie vous aimez si peu .... l'otir von« y 
solliciter d'avantage, je voiis cwle et fais présent de cette 
mairt<m oii je demetin', à la condition que vous ne laisserex 
ma fille manquer de rien de «e qu'elle pourra désirer, afin 
de la distraire de la peine de notre altsente. . . . et à (Hïtte 
autre condition encore, eelUMi jdus rigoureuse, rpie je 
vcdeseendrai vous lôter à vtdri' honte, si vous vous rendez 
coupable de mauvais tnutemens, foi de geritilhomme !. . . . 
Je laisse ici assez de sin( ères amis pour être infornn <le 
vos raetions, 8i ma fille m'é«'rit qu'<'lle est contente, tout 
m«>n ressentinn-nt tom)»era et joublieriu le passé. . . . 

Vers l'automne, je me trouvai rendu et établi de nou- 
veau aux Trois-HiA ières, dans ini<' funison plus grande cpie 
l'ancienne, et située au liord du Heiive, lu où se taisoienl 
tons les débarqm'mens. .l'y fus bien aeeueilli [>ar Ut\\» mes 
amis, et ma pratique [•rotessi*>nnel|e niar<hH bi<'ntôt on ne 
peut nneux. Mais i>ouvoiK-je être heureux ? A chaque poste . 
les nouvelles que je reciîvois de Québec n)'atHige<»ient. Ma- 
fhon ni'éerivoit (pie Lehoulier étoit Uiurru, brutal envers 
notre enfant, et qu'il ne j»on\oit sftuffiir l'ainé de mes gar- 



ÎS 



I 



— 213 — 

çortfi, i\nc j'avois laÏHséH nu séminaire sous le« Poin« <K' léiii* 
sœur; les chaffrinH de ma ohéie fille no faisoierit qu'Mi|ç« 
nn*nfcer, et uoh amis, <[ix\ s'en ap'^roevoiefit. me rwiivireiit. 

An milieu de l'hiver, ce raaitTe fourbe m'apprit vouloir 
vi'?iir nouK faire une visite et h un. de seH cousins «lemoti- 
rant ù l'AsMimption. Je l'y encourageai, lui promi'ttant d«' 
le conduire h l'Assomption dans ma voiture et de lui pro- 
curer tous le» plaisirs possibles. Qtielques joui-s aprèfs, nous 
le vîmes arriver. Le pensant alors |)lii8 honnête ave** ma 
fille, et sat^hant, au surplus, qu'elle souhaitoit que nous 
fisnions h; bien pour le mal, nous raceueillimes de n(»trc 
mieux. .1»; l'introduisis dans des mai8<»ns respectal»b's. Il 
se rencontra justement qu'il y eut assemblée' et gmnd t»il. 
Il eut uu<' carte, et fut traité très-poliment. Après ce tenis 
d'a)nuscnien8 aux Trois-Rivières, nous partîmes |M>ur l'As- 
somption. A Berthicr, je le menai chess notre cousin le 
curé Ponget, de qui il reçut un fort Ixm ac<;uei|, qu'il re- 
connut bien mal ; car étant allé faire visit»' chez M. Olivier, 
il oublia sa parob- en;i"airée au digne curé »'t s'invita chez. 
ce dernier. Il fallut b' faire demander, et l'attendri' : rc)>en- 
dnid il n'y vint pas. Notre cousin. i(ui avoit ^rnin<te com- 
pagnie, s'en fncha avec raison, et, quand iautre vint me 
ri'Joindre pour continuer notre route, il ne le manqua pas 
et pnbli<|Uement : J'en fus mortifié pour lui, mais il le nté- 
ritoit bien .... 

Ktîint remontés en voiture, nous demeurâmes, l'espace 
d'ejiviron une lieiie et demie, sans échanger enseml'le une 
seule parole. Il rompit b' silenei; le prenner, en me disant : 
rher d<Htcur, vous pHrijissejc peiné. — l'ît comment ne b' 
serois-je pas après la conduite si inconvenante (pie \ ous 
Hver. tenue h |iertbi<;r ?. . . . Avex-vouH senti aussi bien que 
moi ce (jui vous a été dit à votre anlv<v'?.... Tâcliez au 
moins d'«'n faire votre profit, et c(»nduis<'/,-vous mieu.v à 
1 avenir. — Je lui fis ei»suite des repriMhes de ce qu il mitU 
traitoit ma fille et lui taisoit un crime même de mon nom ; 




^14 — 



«•i la rmiTorsMtiytn h'k'liattff» tellement que je \o |>ri8 vi h 
jetai liorn de iBa voiture. Nuuh inri> it>n« dans le bois «4e 
IjHnoraie. H (<<mtintiii »on cliemin en pleurant, «e tfui, mal- 
;.Mv t4»nt, me fit pitié, et je rattendi>« pour le reprendr»',— 
Kétf'H-vous {liiJ* un nialheUreUx ? lui dis-je alor«. 11 y K 
•fuatrr «nn que vouk êtes marié avec ma fill»^, et elle ii'etit 
rmore votre iemîue que de nom, comme kusqu'elle eMt 
rntrée jxiur la i)''einière foin dauK votrr maiHon ! . . . . Quell»' 
l'wiide intiulte !.. ., Ne vous méritt^'oit-cUe pa«i nti<' Imllf 
dans la t«He ?. . . . Ft>tre «conduit*' Han« exeuKe amèm'va de« 
HuitiiK lionteuHeK pour vouk.,.. 

Ce vovugf étoit eomin»'nré, il t'jiilloit le fijiir. Nout; arri- 
vi'inie»» sur le mûr chez non cousin, un autre homme t(.«tt- 
»-t'ait que Lehoulier. 11 avoit eu son éducation à Pari» ; m\, 
c«MiverHati<H» et nés manières agréalile*^ me Hrent momen- 
tanément oublier la tri«te*Shie (jiti me rongcoit. De là uoms 
alh'uncK viwter non amis de Montréal, qui eurent po^u" nous 
toutcK leK attentioiiK possibles : liah, m>upers, diners, uv 
luaiiquén'nt \u\iH. Noub n'pHrtiUHH, conti'ntw, par le hH{\ ; 
partout nièuie bienvenue et niêiHcs plainirs : tuais uioJi 
âme ])ré<»<eupée y fnenoit peu di- part. J*- le ramenai «hez 
moi apreK rav<tir convaincu que mes amis avoient eu au- 
t'int d'éKHrds pour lui que pour moi. Il rejiartit j»our 
<iuél»ec en uouK promettant plus «piil ne junivoit tenir et 
en nous avouHut qu'il étnjt cont'us de notre manière d'agir 
Il son é);ard. 

Lu poste d'ensuite nous a|»prit sou beinruse arrivée, et 
que KM cottduite ét^oK toujoius tortut.'usc ; à «a fenim»' il 
navoit rapporté autn- chose sinon qu'il avoit été fêté par- 
ttuit, mais à hou neveu et i\ (juelques amis parti<'tdi<'rs il 
t'aisoit voir hi n)éme aigreur. siirt^»ut contre Ih n'f/nrr th 

ï/été arriva, et notre ebère entiott, à in>n tour, vint no«N 
XiÀx et imwsa trois mois aux Trois-Kiviéres, sans (ju'il la 
désirât ou j>Hittt «'en tunuitr, iSoii neveu nous é<nvit qu'il 



I 



— 215 -- 



tigii 



ne la »eileïnftiul«'iv*h |MWnt, ets qu«; fr'U avoii ((nol*|iU' pvin»', 
«•e Meroit lorsïi^u'elU' r<*viemlr«»it. Pemlwnt ces ti-rtÏH nioit», il 
lui û<Tivit UDf foin et <roinmo ua iiOmmi* cnU^rré du<iH dcx 
i'«l>uniti«>nH t't«rn«'lh'*iile la tnaim-n, Comnu' ii i;on)iueii(*«*it 
h se t'ftiie tIrM rt-flexi^n» dan» le piiblif nur ee «|Ue Madame 
Lehoulier dttineui'oit huhhî icHt^tempH éloi^nît dt* tiou nmvi 
et dii iHMj meuHge. elle résHdnt dr- «'eu a41ei' rtjprendw >m'k 
ehtiiiu;». L'^o .i<>nr, le« larmeH aux yeux, elle muiH dit : l*a|)t» 
ut iiiHiniin, je wiin init^ux avec vous (jti'avee peî^onno }uur«) 
Htir )h terre ; nmis mon hoiiiieur m'o)>li)Ç(> do (MWtir {hmii- 
aller vers ijueli|n un qui me huit, mnitrHit4> et mépriHe. .. . 
Ah I eette pnuvre vie ! et ( <»mme na y est tnmiité ! . , . . M<»n 
«ort ent ftxé, Je m«> r«-met» ù In ^aixle de Dieu. 

Dauî* eeM i«entimenH. elle M'emliaixjuiv Hur une gooletti» 
pour UtiélM'e, oit elN- ariiva heui-euHement au quai <U' 
Hreahaut, au point <lh jour. Klle tit aveitir mm m»ri de 
Hon. retour, maia l'infâme ne lui fit rien dire que ver» le 
Hoir, qu'il lui envoya son neveu, avee qui ellu tut obllg-e»* 

de HO ren«li-e à pied à la mais4»n Et conunent tut-elle 

tvçue ? Avec inditléix'uee et t'nWdeur. — -.le ne t'atti-ndoii* 
paH, lui dit Lehoulier: lu muisou ont- i»eu8 dewtuK dt>Nrtous. 
— Qu'importeroit la mainon. lui fépondit-«'lle. m j'ét^iis 
attemhie par la tendre«He «l'un ép<»ux juste etgénéwux !. . . 

Klle trouva eluz elle de nouvelIcH l^^u^>e>», et RapeiH;ut 
bientôt <|u'il a voit do nouveaux plann, diriiféH contre sen 
intérèt»^ et même contre sa vertu. Le neveu et elle m'é<'ri- 
virent p»)ur nie denumder ronaeil. Je fin réjionHt' h n)a tille 
d'être sann < esne sur wh jjfaitU-H ; car le luit de l'infinne 
étoit de la jterdre, jiuiK de la chasHer de chox lui déshono- 
rée, .le nu-omnmnditi au neveu «h- veilh-r wir elle Hoij4n«Mi- 
xenient : il me le promit <'t tint fiande. 

Au milieu de l'hiv^-r, je dOKcendiN à Quéhei- j>onr êtn* 
pluH certain.de la véritt' den t'aitH, et l'un Itt^er vha Lehou- 
lier, oii je n-Htai huit jourH, t*(nïK plus <jue KuffiHant poin* 
«tre convaintm de mui int'tune conduite envera ma- Aile. 



216 — 



Son neveu m'apprit quo ce malheureux avoit fait un patte 
avec un D.... pour qu'il la séduisit, (jue celui-ci avoit 
toute liberté d'entrer à n'importe quelle houre, lorsqu il 
étoit absent, et (pie st;s absences étoieiit fréquentes, so'-s 
prétexte de voyager à l'isle d'Orléans ou ailleurs. Je fus 
bieji prutlent dans mes avis îl ma ehère enfant sur un point 
si délicat. Elle avoit su la trame par Mathon, et suivoit 
le» choses d'un œil attentif: le jeune homme n'avoit pas 
«•neore osé dévoiler la moindre intention de séduction ; 
se^dement, i)lus d'une fois il lui avoit dit que son mari 
étoit le plus ^runil cnnenn <|U'eiJe efit, et de s'en méfier. 
— Je crois, cher papa, (ju'il est tcms que tu viennes à mon 
secours. Cet infâme a juré ma perte : sans ajouter foi aux 
discours de son engagé, j'en vois assez pour juger où il 
veut pc)rter ses injustices. Au moins, si tu étois ici, «'cla 
le retiendroit, c)U, si j'y étois forcée, j'irois chercher refuge 
auprès de t «i. Tiens ! Delaniarre connoit ojes peines, il m'a 
(►Jlert la ni'us()n du capitaine lluelle, qui est à vendre, et 
(pie tu |)eux avoir tout de suite. — C'est assez, chère en- 
tant : pour te protéger contre l'inji:stiee, j'irois au liout du 
nuuide. — J allai trouver immédiatement Delanuirre ; il me 
fit communiquer avec le propriétaire. Invités l'un et l'autre 
!i prendre le tea chez madame Doucet, nous y parlâmes de 
l'affaire et conclûmes p(uu- TOO louis. Le lendemain, à 
midi, l'acte étoit signé et j'étois encore mie fois citoyen de 
(juébec et propriétaire, dans cette ville, d'une maison située 
juiK'he du nuirché de la iJassc-Ville, dans une des m<'il- 
leures situations pour une apothicaire rie. 

Mon gendre n'en savoit encore rien, I^e soir, en me reti- 
rant vers 11 heures, j'entmi dans son magasin et lui an- 
m>n(,ai ([Ue javois acheté la maison de Htielle et (lue l'acte 
étoit passé. Cette; nouv( lie le frappa si fort qu'il en faillit 
se trouver mal, et d'une voix ))asse il me dit : — Vous ne 
ferez pas graud'chose en cette ville, il y a déj»» trop de |>ra- 
tieiens. — Jts lui ré|K)ndis (jue le triste sort de celle que la 



I 



H 



-- 217 — 



■ti- 
tiii- 

te 

Uit 



loi appeloît son époiifio étoit l'uhique motif qui m'y ràme- 
noit : q»n», Bans ('ett(' malh(Mirense circonstnnoe, je n'y au- 
rois jamais pensé; que j'étois troj) bien instmit de «fn 
menéoe (;t dcHaeins, pour no pas venir veiller aux intériGts 
et à l'honnenr de ce que javois do ])!«« oh<T au monde ; 
que s'il ne mottoit, avant mon départ, M. D.... îiora de 
chez lui, j'allois l'y contraindre en découvrant Ma j'tstice 
lu turpitude de sa vie. Il se trouva mal, tt fit \f fou. Vers 
minuit, il se mit à crier que je le tnois Heureusement que 
le neveu étoit couché dans la même chambre que moi, (!t 
je lui dis d'aller voir ce que son oncle avoit. — Laissesr-le 
ftiire, me répondit-il. Il écume de nige par suite des vifs 
reproches que vous lui ave^ faits... . • Mv.-! <> 

Mes affaires étant 'erminée», je pai'tis de ce triste îîoii 
après avoir recommandé ma fille à ce neveu et à d'autres 
amis sincères et puissans, et avoir prévenu Lohoulier que 
s'il arrivoit accident à mon enfant, sa Vie m'en répon- 
droit.... 

Pendant le reste de l'hiver, ses méchancetés secrètes 
n'eurent pas de bornes. Il u'avoit pas chassé son engagé 
D...., disant qu'il étoit maître chez lui, que fia femme 
d<!Voit plaire à tous ses amis, quels qu'ils fussent, qu'elle 
étoit sa pro[triété et qu'il pouvoit la vendre et la donner. 
Le mois de mai arriva enfin, et je pus aller prendre pos- 
session de ma nouvelle demeurt!.... Notre chère enfant 
eut dès lors (pielqne soulagement à ses peines: elle venoit 
passer avec iious des heures ])lus heureuses .... 

Un dimanche, vers l'automne, Mathon vint m'avertir 
que son oncle étoit allé à l'isle, et que sa tante lui avoit 
fait sijtpie de venir m'avertir que D.... j)arois8oit être 
dans le dessein de coucher chez elle. J'envoyai sur-le- 
champ chercher nui fille, et elle ne s'en retourna que le 
lendemain. Dès que son mari fut de retour, j»; lui repro- 
chai «on peu d'honneur d'exposer son épouse avec un 
liomme que je lui avois dit de ne plus recevoir chez Itti.— 



"MM* 



— 218 — 



* I 



Ne comptez pas réussir ù déBhonoivr ot peith'C le caraitèro 
de ma fille ; toutes vos * nœuvrcH ino nont «onmieH, ot je 
suis li\. 

Lu «urveillunce iucoKwintc' exenéo [>ar moi et par meH 
auiis, «urtout Mathon, déi-onccrta «es pluuH ; <le8 MemaincR 
et des mois ho pjwsèri'nt sans eschindre. Un soir, verK 
l'heure de minuit, la patrouille, » utciulant un ^laml bruit 
chejî lui, entra en forynut la p»>rt<'. pour voir h\ on no tuoit 
pas quelqu'un (lann tctte maison. \'(»iti <e (pii étoit arrivé, 
et qui prouve, d»' la part île liCliouHcr. un dessein évident 
et bien jm-médité détraufiiei' nui tille, t.'e soir-là. dis-je, il 
avoit envoyé sa servante »(»uelin' au l»Md>oiug eliez sa 
mère, et le matin, son noveu ù l'isb'. lUsté seul avec sa 
femme, il monte vers 1 1 heiu'os et dende, entre dans la 
< liauibre où elle étoit (•<»uehée, et, tout d'un eoup ouvre les 
riileau.x au pied du lit, m disant : Dors-tu, jtueuse ? — Par 
lionlietn- i)our elle, elli' avoit vu les précautions prises par 
lui pour être seul, tt avoit eu soup<;on de ce (pi'il nié<li- 
toit ; aussi ne tut-elle pas prise au dépoiu-vu. 8e siuhant 
phis forte qmi lui. quand elle le voit faire le tour jtour la 
saisir à la K*^)rjne, elle s'élanee à t<'rre du côté opposé en 
«riant, au meurtre 1 et tondie sur lui avee un gointlin, 
Aussitôt il prend la fuite et va se rétu^i^'r <lans la ehamlae 
de son neveu, oii il aveii, coutume de eoudier. ... La pa- 
trouille monta oii elle étoit et lui deujanda ce qu'elle 
avoit. —-Mon mari, dit-elle, a ouloit, suivant toute ap]>a- 

renee, Ui'étran}4ler ! Je »».e trouve seule; il a envoyé 

la tille ehe/i sa mère, et sou neveu à lisle. ... 11 est heu- 
reux que je sois plus forte (pie lui, car je serois étouûée à 
présent.... Je vous prie de laisser quelqu'un ici pour me 
protéger le reste de la nuit. — Lehoulier s'étoit renfermé 
et Ijarriciulé dans ce cabinet si bii'ii (pie la patrouille n'y 
put pénétrer. Cette patrouille bourgeoise étoit d«^ ses amis, 
ils gagnèrent ma tille à ne jxis faire d"esclan«lre. Par déli- 
tîtttesse, et vu qu'il n'y avoit pas certitude entière à l'égard 



,i«if. „«.- 



(lu dcHHfiii de son inari, il fut convenu de cmdver la 1I1080, 
00 que fapprouvai le nmtin, (juand (die vint »\ la matNoii 
m'en instruire. .If l'enu^ayeai à jnendre les idu« gnindès 
Itré<'auti<>nK. à taire couelier la servante danx xa chaïubre, 
afin rl'avoir toujours un témoin ave»- (lie. »t à ètn- sails 
eesse sur le ((ui-vivi- 

Notre héroB fit le fou. Son neveu, ù ,son arrivée, fut le 
voir dans le «(renier où il s'étjùt retranché ; lautre lui < onta 
qu'on vouloit le tuer, (jue sa feunne étoit à la tête dc« 
assassins et mille autres cxtravaf^anci-s. Mathoi» dit à «a 
tante : N'en soyez, pas en p<'ine. C'est im rôle <{u'il joue 
l)our vous éi)ou vanter, et pai <•<• uu>yeu votis faire al«n- 
«louner la uutisou .... 

[Jn nuiiin, Leliouli<'r .s'en vint cIh'/, uioi coniuie un fou 
furieux. — M. le docteur, uie dit-il, jr viens vous remettre 
votre tille, je n'en veux plus. — Kt connue je lui d<'mandai 
s'il men feroit ai»andou par écrit, — Oui, répouditr-il. Il 
partit, et envirou une heure après, il revint avec cet écrit 
portant <|iril ne voiduit plus de sa femme. 

Je consultai lavocat-yéuén»!. que j'instruisis de mon 
mieu.v de tout ce qui s'étoit passé déjà. Sa réponse ftit • 
l'reney. pati<'nce. L'Iuunuie est en voit; de se porter aux 
extrémités. Dites à madan <; \ otre fille do se l»ien jçx'd'i' 
et d'avoir toujcuu's la servante avec elle. Knvoyeî?-moi le 
neveu, que je ]\\\ parle. 

l'ne gouvernante du curé Gatien étant venue rhes', elle 
n\\ jour ave«- la sceur d'ini nommé Crête, )narchand<' à 
SHiut-.Jcau, «dh-s se mirent à' parler nuHh-s ; ma fîll<' dit que 
la plus nouvelle étoit tellt- (jui- sa rol»e. Aussitôt le traître 
la lui déchira sur le (•or[ts en criant ; Oui, vous l'ave/- faite 
ainsi contre mon j,aMH !.. .. Il pous.sa hrubUement m» filh' 
contre la muraille, lui porta des coups, la maltiaita à ce 
point qu'il lui dishniua deux doigts. J,es <Icu.k étrangèreH 
rffmyées s'enfuirent en criant, au nuurtrel Sitôt que nul 
ftlle put é<'hapi"''"; '1'*' ^ '"^ " ''' 'uaison dans h- triste état 



I 



"W^F 



220 — 



' i 



n 



oh rc monstro l'avoit l»ù«s(*e, Jo fus immédiatcmont cheiS 
ravcM-at-frénéral ; main il étoit allé i\ Montréal et aux Tiois- 
KivîéroK pour los cours : il falloit attendre'. 

Notre chère enfant ne vouloit i»lu8 s'en aller. — Il mo 
tueni, mon père ! — Non, ma lill ; n'ayez crainte ; il n'cHt 
pas si fou .... 

Qiielque tenis après, dans les plus mauvais tems <le jan- 
vier, le misémbie, qui depuiH huit jours se tenoit renfermé 
et faisoit encore le fou, — un soir tard, au moment où sa 
f<'mme alloit faire sa prière pour se mettre au lit, descendit 
tout nud dans la chambre oii elle étoit avec la servante et 
la 7nère de celle-ci, et se mit à pousser des luirh-'iuens et 
d<^s cris sauvafi:e!S de n»<'nace si eflVayans que niafill' c«'ttc 
vieille et Sa fille se sauvèrent de la nuiison en pleurant, 
toutes les trois presque (h'shabillées, et déchaussées, et ma 
rhèrc enfant malade. Elles arrivèrent ainsi chez moi d<!mi- 
mortes. Jl se trouva (pie j'avois alors la com{)agnie de deux 
«le mes amis, MM. Delamavrc et Rhepperd,<iui furent énius 
de pitié — l'apa, (lier puiia, s'écriolt rinft>rttmée, je ne veux 
pins retourner là : il veut me faire mourir !. . . . — .le de- 
mandai consi il à CCS deux messimirs ; ils furent d'opinion 
q 1 j-.: ramenais m;i IL- chez •■lie, et s'oùrirent à m'y 
' "m <îvgu>'r ; (Ml l'y la-swroit sous la garde de la servante 
Il u vtii, (| lo ]'..\u) at-géiiéral avoit chargé de ce soin. 

• Le but di; L houli -r, diivnt-iis, est de pouvoir dire 
qu'elle s'est absenté' de chez elle, (,'ertainement qxie. 
M. l'avocat-général n'en demandera pas davantage pour 
qu'elb^ obtienne un ordre l'autorisant à se séparer de ce 
monstre, sans que son honneur ni ses droits en souffrent. 

N(ms refonduisiuies chez elle ma tille avec les <1 ux 
autres f luui s, après leur avoir fait m.ttre des chaussti os 
et d'auti s vêtemens. Nous trouvâmes la porte fermée. 
NdiH frn, pâmts fort (;t longti'ms, en rrinnf (pii nous éf if>ns 
et que nous allions enfoncer. Le neveu vint ouvrir et nom* 
dit : II m'a empêché de venir plus tôt sous les plus ter- 



T r;r.ï"„-iyr»,r-.!?Mpîr,'r'"' 



— 221 — 

lubies menmeH. Il ont dans 1h trrandVlMimbre tout nuii 
«oinmc un sauvage, ot il en a toute la contename.-- Allex 
lui dire, M. Mathon, (jne je suis venu lui ramener ma lillo, 
qu'il a forcée d»; «e «aiiver deh(»ri>, maljule, jwr im tejun 
affreux. Qu'il paroisse «t entende ce (jue j'ai à lui dire en 
présence de témoins. — MHi^* il ne tint renfermé et n» vou- 
lut rien entendre. 

A la pointe du jour, j'allai informer des choHes l'avtKat- 
géncml, (lui me ré|)()ndit : — Nous en avons a.s*(V, pour 
obtenir la séparation de lorps.... Soyez trantpiille, et ^ue 
madame ne sorte paH dv, chez elle. Touten met. démarclien 
vont tendre à la mettre liors du pouvoir de ce ItHrljtur. 

Lehoulier partit, <|Uel<iue8 jours après, pour aller voir 
Sii mère à Batiscan, où il resta ime semaine. A son retour, 
ma fille étoit chez moi sous la protection de la loi, h tut 
plac; il trouva un ordre «lu jujçe-en-'hef, oîi il étoit fort 
chargé. Il prit M. l'.iin't pour son avocat : nuii» avant J'i?i- 
tro<luction de laction. bs avocats des deu.'c parties con- 
seillèrent à celles-ci et à leurs parens de leur laisser 
arranger cette aflairc, dt; mauière à ce que réi>ouse fût 
sépaiée de corps, avec une i)eu8ion, et confiée ù son père, 
qui seroit chargé de sti protection ; de quoi il seroit passé 
acte devant notaire, sous un fort «ledit payable par le con- 
treveniiut. Quehiues semaines après, «•( t acte fut fait et 
signé par les parties. Lehoulit-T paye la rente en deux 
termes par an. 



fihit'fi/ufs fvti'vioiyt de l'uuto.Uf touchant lu xitwOion </t najiUe. hca 
inlMunn ixnir fnif/ve/ltn il nf lU.cide h J'alrr vu iioi/nne m Entnite. 
H Ht !•< nd ail /'Difiit/nf, ft< jxittie de là ni A'H/l'tcrn'. «S'y» rittimr eu 
Ciiiiiidn. 



J 



AiuNi t^^' tci'iiiiiiM l'i runiiiilth- \\w. iiffain' t|Ui, si «lU- cii) 
«'•<(• |>orti'(; m «oiir, amoit cxt ité nue rist*^ nioitifmntc ))<,>ur 
!<•» int('rt'Hfi«'H vi Kin-tout ponr mu- tViuiiic <l»'Iifnto et vor- 
tucus*'. Avant son tiÎHti; înaria;;*', clh' taisoit iM)t'*! Iion- 
Im'iii- et /■'toit le piller de la ïiiaiNon ; elle reprit w inoîfrùr. 
Anjfnivfrhui eneore elle ^^oiiveme le ménage <|e Kes frèrcx, 
i|iii l'aiment et restiinent an-<lelà <l«' tcmte expicHKion. 
Klh^ H tonjourK été l'oltiet de nos plus tendres sollii ituden ; 
il n'y aura »|Ue la mort «pii désunira nos exist^Tices. ou 
l'onlre di- Dieu permettant un eliaiifremi-nt à .son sort, ([»<•. 
nous désirouH avec elle de (ont notre r<eur. 

Cette sép-nation fit déelarer deux j>artis. Celui fpu étoit 
pour J.i'lionlier, le <()nnoissaht mal. disoit : Il paroit bon 
et d<uix, et gland and du ( lergv : il est toujours ii l église. 
F<st-(*<' (pie la «onduite d»- sa fVmm<' . . . . ? 1-e parti df 
eel|«'-ei étoit le plus nondireiix, étant eouiposé tunt de 
e<u\ qui eojinoissoieiit K-s \ iees de s<.tn mari <iuo de i-eux 
(pli hi t»(iu\t»ient l)eilf. l>onue et sagv . , . . 

I/ehonlier reprit librement ses habitudes, le jeune P. . . . 
et aiitres nugnons en sont la preuve. Pour nn« fille, elle 
r<'\int eliesî nés jière et nun'c par la porte «le probité. Par 
là. dis(»it-elle, Je montrerai (pie je surs vertueuse et sans 
antre taelie ([ne d ua oir eu pour mari Tliomme (pii ne l'est 
»|Uaux yeux de Im. morale it des lois trop rigi«leK en pareil 
cîis. Il t;iudi)i (pie je porte son noin jusqu'au tonil»eau, 
luiis(|Ue je ne pourrai obtenir un ueti juste de divoree. 

Eu eÛet, ceux <|ui ont ruutovité en eette nuitière letuhcnt 
d'admettre le divorce dans ee pais, rempli do fanutisnie et 



— 223 



(le prtgufïéH, vt hùnneni p«rh- \on innooons faute <lo lenr 
a<«'Oi"<l<'r ( (' pnuli'nt rt h»ijj«' sorour«. <jin' (rumen, un con- 
truin-, Wh mrttroifnt par lu i-n panulix, <|iii vont irniplir 
l'i'.nfer ! 

DanM oc t«îins-là, y' rcçun une lettre d'un <l«' mon cousin" 
tic France numini- l{ons<(uet : on m'avoit cru nmrt depuis 
28 ans, (pi'on niivoit i>()int eu de mes notivelles. I^'intérôl 
tle cott»' lettrt^ <'t le mu-t de ma tanulle, surtout de u»a ehère 
fille, (jue son inariH^e ne eessoit pan de <léHespérer. nie 
tléeidèrent tout d'un ec»up à passer au pais natal, <»ù d«'s 
raisons imi»ortantes inappeloient, suivant «-e que m'éeri- 
voit mou cousin. J'en parlai ave<- ma f«;uinie et nu's en- 
fans, et ils y eonsentiii-nt dans Pespéranee que nous pt»ur- 
rions nous retirer ensuite parmi des parons et des umis ne 
counoissjint rien (le nos malheurs. Je présentai en lontM'-- 
queuce une re(|uête au conseil, que présidait l'honomlde 
Dunn, et une passe et permission me fut accordée u\e«- 
faculté de nutrcr dans lu province (juand je voudrois, 
comme Uiétant conformé aux lois. 

II ne fut plus question que d'arrauKer mes att'aires et d»- 
laisser une procuration à mon éimuse. M«u» tils aine reste- 
roit avec sa m.'re, ayant déjà tini ses humanités au sémi- 
naire et son apprcntissivfi»' en nu'decine. Je me déterniinai 
il emmener avec moi le cjwh't, alin, si je i-éussissois à ren- 
trer lieureusenient dans tous mes droits, d»' le faire n'< on- 
noitre par mes pari'UH et de le placer à l'université *le 
Montpelli«'r pour accomplir ses études en méde<ine. Toutes 
ces choses étant urranjrées, je j)riK pour nuui tils et i>oin- 
umi un passage tlans un vaisseau qui s'en aUoit à Oporto au 
Portugal, ai>l>elé le Janc^ capitaine ('n>sl»y. Nous parlimes 
le 2tJ juillet 1807 et arrivâmes liitu-eu.senu nt ù Oporto le 
28 septembre, sans (jue j'eusse eu occasion de l'aire aucune 
observation digne de mention ici, étant infirme et ayant 
été fort souvent malade, (juant ii mou fils, il se porta l»ien 
pendant toute la traversée. Le seul ihcident notabli' fut 



-224 — 



qn'en arrivant tlatifl le hftvrt^, nouK fûmes mr lo point d'ôtre 
prit* par un corKnire franco!». 

Le» premier» qui vinrent ^ bord, dans de» chaloupeu 
pêcheuêr», me rapp<'lèrent tout de suite les ^ciis <lr Sorcl, 
au (Canada, ayant le m^^mc costume qu'eiix, 1*k pi<'d« nus 
et l'air effronté. Leur langage {«toit un mélange d'cHpajfnol, 
de moresque et d'itali<'n. lis avoient fhaeun une bout<MHe 
de vin dans leur mandel...,, et nous offrirent un coup, 
comme les sauvages du Canada, à titre d'amitié, diitant, 
uno copo delbine tantat amico ; puis nous présentèrent des 
raisins et des viguas, <'n nous demandant du l)iKcuit et de 
In viande. Nous aeceptftnies ces rafraîchisseniens avec 
])laisir, en faisant notre chemin Jusqu'il la barre. l)e ce 
point, nous aperçûmes la liasse-ville et sur une montagne 
ime sorte de porte de pierre qui sert à indiquei aux navires 
l'entrée du chenal de la l)arre. Nous fûmes j>iloté dans ce 
chenal et conduit i\ la quarantaine par d'autres gens qui 
s'étoient jetés i\ bord et s'étoient emparés du navire avec 
de grands cris confus, en langue portugaise. A la (juaran- 
taine, ils nous quittèrent, excepté le maître-pilote, laid et 
pnroiHsant vieux comme Mathusalem, qui n'eut la permis- 
sion de s'en aller (|u'aprèR la venue des visiteurs, deux 
jours après. Dans l'intervalle, plusieurs commis douaniers 
vinrent nous faire force quegtitms, entre autres, ((Uel étoit 
le chargement du navire et à qui il étoit adressé? lis écri- 
voient les répcmses. Après quoi, ils nous di.soient : N'au- 
riez-vous pas de la poudre et quelques aiticles de contre- 
bande ? Donnez-nous quelque chose et nous vous les sau- 
verons par pm^uets de 5 livres dans nos poches, et i\ votre 
départ nous vous les rendrons.... Si vous nous faisiez 
présent de biscuit et de viande, vous n'en auriez pas 
regret !. ... On dpit penser (pie des diables semblables ne 
doivent i>as être méprisés, 

MM. Page et Noble, ù qui le navire étoit adressé, ayant 
été informés de son arrivée, leur commis vint le long du 



2Ô6 — 



1)ord noiiB parler, et iH'ndant qwe qneK]|ii')m funiwKvli ]o 
pilote, noiiH lui jotAmes les l«*t.treB. CV>iuine j'ét«iH re«x)ni- 
mandé îi 808 patronw, mes lettreR n«; furent piM d»'8 d«!r. 
nières ^ s'AchapixT. il promit d<' non» «mvoyer des vivre» 
t't des fruits , mais rim tic vint, ]\m(v (|U H H4i\i intc^nilt, 
pour la Hi'jreté pnl»liqtie, d<' (•om»ïuni(iu''r nvi'r !<•« Hrrivang 
liviint lu viHit«* df l'officirr <hi jK^rt. Il fallut nous consolnr 
l)ar rf8pérancn que cf* puissant jHîi'sonna^» vicndroit bien- 
tôt Av«'(.' SA Htiite, nouH autoriKor h nous ivndrp an port 
«levant la ville. Enfin, le surlrndrmain, vers les 1 1 heure» 
du matin, le pilote t»ouH dit : — Voih\ le bateau du grand 
viniteur qui va de vai«Keati en val»Heau !. . .. Noun royions 
ceux qui Hvoient p«Tjiji«nion «ravaneer, appareiller «ur-le- 
rliamp ; e»'ux tYmduninés iujuarantaine ne lK)upeoicnt pa«. 
Knfln I»' bateau portant Imtulerolle aux arme» royuleg do 
Pt>rtu|?al arriva h nous. Je vis deux magistrat», deux serré- 
taires, deux aides, monter sur notre navire «^t le vi8it«r, 
pendant que le gnuid visiteur ivstoit asFÏii dans «on (tmliar- 
ration, sous un dais, ayant devant lui une table, eouvertfi 
d'un tapis vert, sur hwiuelle frtoit un Evangile, <lu papier, 
d«^8 plumes et de l'e'ncre. Le eapitiiine reçiit l'ordre de 
descendre dansée Itateau. — (Jommt'nt vous nommez-vous ? 
— James Oosby.— D'oii venez-vous ? — De Québec. — T)e 
qui'lles marchandises étes-vous chargé? montrer vf)8 pn- 
piers. — Les voiliY, voih\ Tétat de charge. — Combien avess- 
vous d'hommes & bord ? y eu ti-t-il de malade» ? — J'ai 13 
hommes et 2 passagers. — Fuites monter tous vos hommes 
d'éipiipagc dans les haul>ans. — Montez tous dans les hau- 
l)ans, mes enfans. — Qua vos passagers se i>ré8entent avec 
leurs pjisseports. — Dr. Latenière, venez avec M. votre 
tils, parler j\ ces mt'ssieurs, et apportez votre passeport. 

Lorsque je fus descendu dans son bateau, le grand visi- 
teur me dit : — Donnez-nous votre passeport, monsieur. — 
Voici, messieurs. Ils en prirent lecture et l'enregistrèrent 
comme ils avoient enregistré les réponses du eaintaine.— . 



M ^ 

M • 



^! 



M 

-:'■ 'î-./i ■ 



ri:- 



41^ 



— 226 — 

_ Je me rend» en 1 «nce P» informeront di» 

p„e rt Noble, il qui )" »"" "''"■ ""■ _ ^es réponse» ay»t 
!ae. et v*pondr..ntae m— ^ ^^„,, ,,„ „ 

Ji;.^ en ;.o.r »vec 'l'»"''';=,^*^;'lv«- une goélette de 
Bo«ton,,«rtiedepu|S ,6 ou.» ^.^_^^^ ^^ .,^. ,„„„„._ 

l.„vWot,s. Je >••>««* ';^'^";.„it»i„c dépende. 
Vlle..vou.-n,et.,nele u«^ 1 ^^.^_^^.^^ . 

I„ firent à .eluw. '^ ""^^^..vUt avee eelle»d.. eap - 
„ ne «■«-'"'>-«tu la mortlftcation de voir par .r 
U. AU«. --^^'^l'tnHe «.n. rieu non, dir^v U 
notre P'^""""'*". "''t «, dit au oapitaine ; - ^ o"» 
pilote, qui eonno««o.t lu»ag ^^^^^^^_ ,^^ ^^^ ^„,„, ,„^ 

«t„» en quamotame l. . . ^ .^^^.^ j,„,„i, a„ con,- 

,Irni., .,«i, a-me B~«^e d^tanç _^_^^_^^_^._^^^ ^,^ ,^^, .,^ 
,„a..tte étoitc«u»=de no re ^^^^^ ^^ , „,. 

^„l,ér«ient foire védmre-^- -«^,^ ,^ ^„,,„i. ,„„ 

t„„r repa-seroit "l»^/ J^' „^. 3, jevoi» être tranquille ; 
,e monter au port ; ,jn 1 >» » ;^^^ .^ ,„,^„ „,.p,H de M. le 
<jueM.P»ge»vo.tt«'c q ^^ ,„ ,„,ete 

L,»ul angloi» et de M. 1 J ^ ,,t„.uhi»--«"« q>"= '« 
„„Wique. ^oUK ne '" f»';» ^^ ^us navion. que 1» vue 

dernier jour. ^"^'' :^Z^tZXni, plein- d'I.onrme» et 
.le, tateanx, montent et de e ,^ ^^ _^^^,^ j,„ 

de .fen,nre,, .,ui ""«"'î^^'^'^page et Koble, le pilote vit 



227 — 



M. 

ait 

m- 

in 

'de 



» re- 

>urtir 

L\ Le 

YOUB 

i cUtt- 

; COIU- 

pn»vi- 

di, un 
|uc> la 
t <iu'il« 

e visi- 
inUsiou 
iKluiUe ; 
le M. le 
i sûreté 
(jue le 

e la vue 
luinos et 

mer. Au 

)ilote vit 
tugal. Le 
vomme» ît 

file «lues- 



tîon. — Avoz-vons quelqu'un de malade ? — Non.— Vous 
pouvez monter au port. 

liorsque nous fûmes dans le port à l'ancre, des eommÎH 
(h' douane, aux yeux d'Argus, s'en emparèrent pour ainsi 
dire. Une personne, envoyée par MM. Page et Noble, ar- 
riva avec un ordre de délwnjuer, du juge de i)oliee. Fille 
tenoit un café, et m'offrit sa iTmison ; j'allai lo^er clio» elle, 
(''étoit le lieu où loiçeoient tous les eapitHines angloix. 
A l heure, notre capitaine vint me prendre pour aller faire 
tuie visite aux marchandH à qui il étoit adressé et tnol 
recommandé, (pi! nous réunirent bien. M. Noble nous ra- 
conta la peine que lui et le consul avoient eu»; à faire 
abréger notre «piarantaine. 11 nous invita à <lîner, pour le 
lendemain, a sa quinte de campagne. 

Nous trouvâmes chez lui grande compagnie. Madame 
Noble, jeune, parlant bon frauçois, nous accueillit fort hou- 
nétemeut. Ce lieu de plaisance s'appelle quinte à Oporto, 
et t. * homme aisé en posHè<le une. Les quintes de M. Page 
et du consul anglois M. Howard, voisini^s l'une de l'autre, 
étoient extrêmement bien situées ; les termins étoieiitrem- 
l»lis de vignes, d'orangers, de citronniers et de toutes sortes 
d'autre» arl»res fruitiers. Avant le dîner, la compagnie iwr- 
couiut tous les caiTés, allées et coins, tant do la quinte de 
M. Page (pie de celle de M. le consul, avec qui J'eus l'hon- 
neur de dîner ce jour-li\. M. N«)ble m ayant, en maichant, 
tiré à l'écart, me tint ce discours ; — J'ai montré les lettn^s 
i\ M. le consul, et l'ai pleinement instruit de ce qui vous 
amène à Opoito. Il m'a répondu qu'il fera tout ce qu'il 
pourra pour vous (Hre utile ; que d'après les dernières nou« 
velles de la i>uix de Tilsitt, (pi'il a eues de Lornires, detf 
commissain^s sont atttmdus à Paris pom- signer les préli-» 
minidres d'une piii.x générale; que d'iui njouu'ut à l'antro 
on «ttend la e<mHrma<ion de ces nouvelles, paf terre, do 
l'aris , que vous ptuivez vous préparer, «i VOUS Vollless, & 
partir pour France ; qu'étant ami avec lo cOQijiil françoii^ 



2â6«ir 






t i 
I i 

I ^ 



1 .1 



h ' 



à le^r première renrcmtre, il contéreroit avec lui <le oe qu'il 
faudra faire à votre occhbiom ; que, lor^juil m'en auroit 
fut avertir, vous eussiez à aller avec moi en visite <;hez 
ce M. k chargé d'afi'ain'» de la iiatitm françoine, mais pa« 
avant, tle voiis-méme. 

L'occasion de faire cette visite s'offrit trois jours aprèn. 
Le Sis de M, le consul françois étoit danx la société intime 
des demoiselles de M. Howard ; pendant une promenade, 
celui-ci lui demanda s'il m'avoit vu : il ré|>omiit que non. 
:&lors M. Howard lui apprit jua longue rési<leuco au Canada, 
le l>ut de mc«i voyage et que j'avois un fils avec moi ; il 
lui dit qu'il seroit charmé d'avoir im mot d'entretien là- 
dessus avec monsieur son père, et <ju'au théâtie, ou à la 
factoierie, ou peut-être che/i lui il ainrtit ce plaisir. M. (rui- 
nebau, fils, lui répondit (ju'il en informeroit son père. Le 
lendemain, ce consul rttdire^ par sou fils à M. Howard qu'il 
se sentoit toujoure disjwsé à l'oVtlifi^er. et surtout au sujet 
de la personne qui lui étoit recomuiandée, et dont le voya^fc 
lui paroissoit juste. Le lendemain, M. Noide eut ordre de 
M. le consul Hni;loi« de me prùstiiff-r au consul françois. 
Ce respe<-tablo vieillard me rc'çtit très-poliment. — Ktes- 
vous né François? me dit-il, .le répondis i\nr oui.— Dans 
quelles province et ville ou diocèse V — Dans la province 
du Languedoc, Ixnirm d«' CarmencI, tliocèstî d'Alhy. — De- 
puis quand étes-vous abst-nt fie Fmnce ? — Depuis 12 ans. 
— Oii avez-vous résidé depuis ? et oii ètes-vous établi ? — 
Au Catiada : je rériide A Québec avec mon éf>ou8e et mes 
enfans. dont vous voyez le i»lus jeune. — Quelles affaires 
avex-vouseu France?— Voici b's h'ttres de mes cousins 
qui m'y ap[)ellent pour empêcher la lucscriptioud'un l;eri- 
bHçe que les droits de nature m'y doivent [uo^urcr.— NOii- 
lfi»"V0U8 y aller d'ici — Oui, si je puis le faire prudemm.m. 
— -Nous atU'udons t\ cha<iue instant la nous'elle <luue 
fténwiftttoii signée; entre les <leux nations, et je conférerai 
d«i ee vONTige avec M. le consul emplois. 



mm 



— 22Ô — 



■A 

r«'S • 

i>n- 

nl. 

mto 



L'ajant «iliié, nons ik>\j8 en r^îtouroAmos p)<:!Îu« do l'eK- 
pérauce <U.' lecevoir la nourellt! agrt«aWe dont «;f s coiMuLi 
m'avoieut parlé ; et je uie préjMiiai pour <outiinu;v mon 
voya^o par tcrru juw^n'à Kayoïtuo ; je rotiiiK mi-uK', mir 
cette proliuhilité, une litière. Hélas 1 eoiuiiu! je l'ai dit <léJM, 
riiomme propose et Dieu dispose : après mètre «ix jt>un» 
durant hercé de cette eupérance, je m'étois rendu ù la fac- 
torerie angloi8e. M. Nol)le, que j'y rencontmi, me dit vn me 
voyant: MaiivaiscM nouvelh-s. docteur! votre voyagv eu 
France est tait. L'est en Angleterre (ju'il tkut (jue \unw 
allio)is tous d'iti au 20 oct«:)|ire, avec toute» les propriétcH 
l»rititnui<pies ni nous {wuvons les 8*uiver. M. le couhuI dit 
que les uéje^ociationK i<ont roiu])ueK ; ii ne peut plu» qiïv 
vous oft'rir un jtasfK'port pour telle partie do. l'Angleterre 
oii il vous plaira d'nller; il HJoute même qu'étant au 
nonilire des sujet» anglois, votre nom et celui de votre fils 
st-ront sur la list»^ tiénérale dt; retour en x\ngleterre, «-t 
(|u'il Keroit imiirudent de votre fuu't d-atteiw're i<'i h'» évé- 
neuients, pui8<(U<', comme dit Bonaparte, twit sujet nuglois», 
quelle <(Ue soit Sii nationalité, «jui sera trouvé au Portugal, 
sera arrêté. Il m'a dit d<! vous conduire chez un vieillunl 
resp(;ctalil(', autictois a\ ocat au parlement de Toulouse, et 
depuis +0 ans citoyen <r()porto, pour (piil vous conseille 
sur ce que vous «levez faire dans le présent cas (•.••itj«|uc. 
Voulez-vt»us y aller tout île suite? — Oui. Nous le trou- 
vâmes che/. lui et très-liien disposé à nous et otiti r. M. 
Nohli? lui ayant «lit combien je leur étois recommandé et 
lobjet de mon voyage, et combien lui et le consul anj^dois, 
lui seroient obligés <le ses bous avis, il me demanda de lui 
laisser mes papiers. — Venez me voir demain matin.-— 
('"est ce que je fis. — .lui totjt examiné, un- dit-il, et voici 
ce qu'il faut faire ; 1" Faiie viser une ri^\nv r-xacti' de vo« 
preuves d'identité par l«;s »leu\ consul 4 et pji«r le * on»ul 
françois de l'enregistrer; 2" Tasser chez un tel, notaire, 
uue procuration (dont voici les chefs), à laquelle scrout 



p s 



mmmmmmmmt 



— 230 — 

.„„,,,. ,1e mon frire ik T»"- 
^.t^ .0. .«te» P'*;f,^XJ: , UvouH représenter a;,x 
,„,„e, eette l''--"'**'"' , "" rproeMnre», et de von» ta « 
«... .l'arr«ter V«-^"f'"^;'Jl„, enfan., -Want a Un ; 
entrer .lan» vo. .Iro.t» on t ^_ _^,_^^,„ ,„,, 

.,„ Il ta la«.lra faire v,«e. '«^^Ti^ .j,™ qu'il le fa»-'. 
:„i,. I, e». u,o» i>on '«'" .;^^,.„ „, ,„ „,„n.ent-. .l"»"'' 
se pense» l^» !> »""> <=" ^ »^ , ,,.nKte,np» ,« la poUce 
;,,„',„ vo.,« n.. »-<■'■ '- » "^ :„:. ,.err«i..nt ,« «vee 
ae l'empire, V> 1"" ' ^ j„„^„^,,, ,„„tre von» et 

,,,ai»ir, P"n«'--"' 1"^ ^ "'"; ,„..,, pas in.p.iet, j'""'"'""- 

;r;i:;:-. ="-■■■■ «•""■'"■■"■ 

.erie/, pas en sf.rete. ^ . j,,„.,.j,„i ,„„n pas- 

Kn six jonrs t<.nt f"t ".' p„.„ >.omman.1e pa. 

Je ..ans «^^'"'^^ :''^Z^'^^^'''- ""' ""' " 
,., ,ap»aino fi""™."^--:''^, •,«';. ('.■rire à n.es .•.."«."«. ■' 
,,, ,,,e resta plus r.™j-^-;'^ .,«i n,'> .-..1™. "■•" 
visiter la ville et l.'s -»^' ^^j ..j , „,cn,lre m..n 

„,,„eilli, i> »""■'■'•'""' '''.■ 

j,a-sep.,vt P..«r '■*"'^";7: ;,„i„„„ r„is par l- respeetal.le 
.rai été invité « .ime. P us , ^ _^. ^^_ ^^ j_,,_,„,„,,j ,,„„, 

M. l),-l«r et el.e^'. "" *• """J ...ii^es frans'ois émigrés, .,... 

..„He vill.^ .U- '■'«"" ;Va.". lu» .■nri.."x à Oporto. m^ 
,„,..„,, fait voir <•.; .1» 1 ;f ,,'.,„^„e .l'Aine î. l'univers.te 
„„e visite -ine je t» '"^e U , ,^ ^_.,.^ .,„„, 

V.,MaplusWlle.« '-^^^^^^ 

,.,, ,,.. eoUége 7 , ;';;,„„,. le snp..rl.esj..r.lins. ..n 

é'"«--. " >■ " "r ,1, ..."tes sei.n..s. ("est ,U- li. .P"' 



" 



— 281 — 



lége étant loin de» deux villeg et le païH chaud. I« l)otH- 
nique y est enseignée par un homme fort Bavant. Les fon- 
dateurs de cette institution furent des médecins arabe». 

En revenant t\ Oporto, je remarquai que l'agriculturt» 
étoit extrêmement négligée par où nous passions ; les habi- 
tans se fient sur letirs arbres fruitiers et leurs vignes. Ils 
ne font en réalité (jne i'-ratU^r la terre, (jui prtxluit miséi-a- 
blement ; aussi paroissent-ils totis pauvres, l^a plupart 
portent en tems de pluie des cabans de jonc si bien entre, 
livcé que la pluie ne les pénètre point. J'y rencontrai des 
charrettes en ruelles, dont l'essieu fixé au roues, roule 
sous le bnmcard, avec un tel bruit que le diable en soulève. 
Les mules sont sellées et attelées à l'antique, ainsi qtie les 
ânes. Très-peu de chevaux, quehiues bidets nuugres et 
petits. C'est en faisant ces observations que je regagnai la 
ville. 

Oporto est divisé eu haute et liasse-vilks. L«;s maisons 
y sont belles, hautes de sept ù huit étages, et en pierres de 
taille blanches ; les rues sont bien alignées. Cette ville 
possède le plus bel opéra que j'aie jamais vu, plusit-urs 
magnifiques hôpitaux ; les églises sont riches et tenues 
proi)rement, anti([ues mais belles. Le palais «le réviujue 
est un édifice remarquable. Mais ce qui surpasse tout est 
la factorerie angloise. Le port s'étend devant toute la ville. 
Une gmnde curiosité est une communauté, appelée la Serre, 
(pli est sur ime montagne, et dont la maison, léglisi', les 
jardins et les champs sont sans pareils. M. Pnnil, prêtre 
françois éuiigré qui y résidoit, me fit tout voir. M. Outliner. 
chef du génie, me fit visiter tous les travaux de son ressort. 
Les habitans, de toutes les classes, sont fort avenans et 
polis. Les prcnluits des arts et des métiers se veudi-nt ù 
trèii-bas prix : les lH)tte8 lOs., les s»)uliers 2s. à 2s. «itl. la 
paire, les chapeaux 58., le vin 2 }>ence lu bouteille ; aux 
auberges on a chambre, etc., pour 5s. par joiu-, et on y est 
très-bien. 



— 282 — 



l'î 



t,c romnicrcc dn Canada avec cette ville et aussi avec 
Llshonnc, qtrîl faiidroit y faire on jnillet, devroit consister 
en biscuit, farine, pois, bled, bled-tl'Inde, bœuf salé, mo- 
rne, vergue», m.«tnre«, avirons, barres d'anspec, merrain, 
planches ci niar iiers, qui pourroient se transporter cloués 
en forme de boites longues remplies de bled-d'lnde, tt 
pouiTolent é re soit de merisier ou autre bois franc, soit do 
Ix)!» mou. Toutes ces marchandises trouveront toujours là 
des prix avantageux. On peut tirer de ces villes de l'or, 
de» vins, des i>Hux-<ie-vie, des soieries, des articles de cor- 
donnerie et des har.i -I*, etc., à ba« prix, des fruits de 
dîverscii espèces, et des huiîes d'olive. 

IjCS circonsta'^'cs gou v en • Miental es étoient si pres- 
fiantes^, que notre nolte, 'omposé' de 50 voiles, fut prête i\ 
partir le ÎO octobre ; nous prî aes k*, mer sous l'escorte de 
doux bf imens de guerre: 19 jours nous suffirent pour 
nous rendre en Angleterre, ù Dartmouth. J'arrivai dans 
cette ville en assez bonne santé, et j'y passai huit jcnirs 
pour me reposer et faire blanchir notre linge. Pcmiant c«^ 
tems j'écri' iH mon arrivée en Angleterre à mon bon ami 
Bulmer, de Londres, le priant de me proctirer un api)arte- 
ment dont je pourrois i)rendre jwssession en descendînit 
de coche ; il m'en procura un dans une de ses maisons, 
dans le Strand, No. 284, i\ 30 ou 40 verges de chez lui. 
Sitôt (pie j'eus sa réponse, je payai mon hôte, pris un 
bateau pour monter la rivière jusqu'à Paunton, oii passoit 
le coche venant de Falmouth. 

Cependant, avant do passer outre, il me paroît raison- 
nable de dire que Dartmouth est une jolie petite ville, de 
difficile entrée, fortifiée et gardée par des montagnes. Son 
Sol est pauvre et rocheux, mais si bien cultivé que la 
nature y est forcée de réconnjcnser le cultivateur. En 
remontant la rivière, je vis avec plaisir la même perfec- 
tion de cultuiv, et de belles maistms, des bourgs, et, i)ar la 
cauipagne, une immense quantité d'animaux de toutes 



--288 — 



sertefl, Rnrtmit de mouioMy tous btone» et tan» qnene. Je 
ne crois qii'il exisie un autre ym'iii où 1» viiuide soit pins 
graciHe et mieux jnréparée \mt les bottcherM. Mai» eHo y e»t 
chère ; le» i)auvres gen» n'y peuvent acheter qu« du bWMf, 
4u mouton et du \H>rc ; les volailles, le» lièvres, etc^ étant 
fcrt)p cher», la première ca»te «'«n procure i\ sa fantaisie, la 
deuxième rarement, et la troisième jamais. 

Nous arrivâmes à Taunton deux heures avant le coch«, 
ce qui nous permit de dîner et de voir ce grand bourg. Le 
cor du coche sonnant, il fallut nous remettre en route ; en 
deux jours et demi nous parvînmes m la capitale des troil 
royaumes unis. Partout je vis la même cuUure, une terre 
sablonneuse, graveleuse, »èt-he, et beaucoup de bruyères, 
d'arljres et d'arbustes d'espèces rabougries, presque partout 
les mêmes plantes qu'au Otnada, le genêt, le lierre et le 
houx-frelon exceptés. 

Toutes les villes où nous passâmes me parurent com- 
merçantes, industrieuses, mais empreintes d'une profonde 
mélancolie par les inquiétudes politiques du tem». Les 
maisons y sont belles, bâties en briques et couvertes en 
ardoises et tuiles. Les églises méritent bien l'atteutioii, 
surtout les plus anciennes. Les habitans de ces villes ont 
l>eau être anglicans, méthodiste», presbytériens, etc., etc., 
etc., ces monumens majestueux témoignent de leur incon- 
stance, car ils ont été élevés pur le» catholiques romains ; 
plusieurs de ce» temples renferment encore les autels qui 
servoient autrefois au saint sacrifice ; à Exetcr, on voit, 
par exemple, les »tatue8 des saints et saintes honorés au 
tems passé .... 

Ce fut un dimanche, vers les 7 heures du «oir, que nous 
entr»*ime« dans Londres, Ayant gagné le postillon à me 
mener dans îe Stiand, chez mon ami Bulmer, au No. 273, 
la première personne qui m'y accueillit fut ce même ami, 
qui m'attendoit. Pn'sque aussitôt, son aimable demoiselle 
lit w-Tvir, et nous mangeâmes moi et mon fil» de bon 

b2 



^mmm 



- 234 — 



appétit, car nous n'avions pas encore dîné. Après des coin- 
plimenR réoiprwjucK et de lon^K dinoowrs sur le peu de 
succès que j'avois ù Oporto, il me dit m'avoir trouvé une 
chambre près de chez lui, ci» je seroi» bien, qu'il ferpit de 
son mieux, avec M. liutterfield, Kon successeur en méde- 
cine, pour me rendre Londres si agréable que de me faire 
oublier an moins en )tartie les misères de mon voyance et 
l'ennui d'être éloigné de ma familb;, — <lont lui et sadem»)i- 
«elle s'étoient particuliérennmt informés. Le temps d'aller 
8© coucher étoit arrivé, nous leur souhaitâmes le l>onsoir : 
il nous fit accompagner par son commis J<»s<'ph îi notre 
appartement, q«i se trouvoit dans une de si-s maisouK, i\ 
40 verges de chez lui. Au premier étage logeoit sop frère 
alveoïia famille ; au second, une vieille fille avec sit mère 
^éé de 88 ans : c'est elle de qui nous tenons nos (•ham}>res 
et qui va être notre factotum. Nous nous (.'oucbftmes très- 
fatigués de notre voyage de Dartmouth, que nous avions 
fait Aans nous coucher ni dormir. 

Le lendemain, lorsque nous fûmes levés, la femme entra 
nous demander comment nous avions passé la nuit, et ce 
qwe nous vouli(»ns avoir pour notre déjeuner. — Quel est 
Ptisago ici ? lui dis-je. Faites-vous l'onlinaire pour les per- 
soitntjs^ui louent vos chambres ? — Elle répondit que non, 
et ajouta <lo (luelle façon voulez-vous vivre ? — Hé, par la 
l>ouc4i«, C(mi«ft« les autres. — Après avoir ri, elle s'étendit 
s«r \ë» ipfmtmne», et sur les commodités que Londres oflfroit 
atttx étrango^»^fe passage ; il y avoit près de lu des cafés 
0t>do8 «ati^ff A<ïM«*», qu'o* appelle traiteurs à Paris; il y en 
avoit un j\ coté, qui p,voit le nom d'honnête, oii alloient 
iitm 1«8 jours (iUantité de moésieurs. — Pour le déjoimer et 
le'«o«pi5r ou j!<fd, inc dit-elle, c'est lu coutume de les prendre 
4âiea 80Î ? ellfe nous achètwoit ce qu'il nous faudroit pour 
0«« repas i<;t 1* chai<l»on pottr le fru, nous fourniroit les 
«Istessireg do culmine nôéeàsaiifès, ^t feW)it nos chambres. 
(Jo'luî'doniiai'de rarg?n*îpo»«»ifalné 1** ïweniifrs achats, et 












— 286 — 

le déjetiner de ce matin-là fut notnv coup d'essai de mé- 
nage;. ' -i 

J'étois iiivitô ;'i diiicr chez notre ami, avec mon flls. J*cm- 
j)loyai ia matint*o ù visiter Veattnt^'houge.qnv, je vais appeler 
traiteiu-, pour ronnoîtro «e que l'on pouvoit y avoir, Ich 
prix, les ^vnn qui la frwiuentoient, et les heuren auxquclle» 
on pouvoit y être nervi. Le maître se fit un plaisir de 
m'expliquer toute chone. trt me donna une eart^ deH j rix 
de ehacjUf? espèce d'aliment, par plat et demi-plat ; de 
sorte qu'avant de demander nne chose, je pouvoi» voir 
d'<m eouiMloeil ee (prelle eoûteroit. A l'aide de cette 
carte, je pus calculer ma dépense et celle de mon fils : 
semaine commune, elle s'élèvera t\ 528. wl. st<;rling. 

Au bout de trois à «piatre jours, je fus voir MM. Page, 
Noble k Cie., chez qui étoient mes fonds. De retour an 
logis, pour profiter du départ prochain du paqnelwt do 
«lécembre, pour écrire )\ ma famille ; j'avois déjà écrit do 
Dartmouth. Je n'avois aucune nouvelle de mon aflfaire de 
succession en France ; aucune communication n'étoit ^km-- 
mise ou possible d'Angleterre en France, que par la voie 
de quelque ambassmleui, et d'ordinaire ces fonctiounaires 
ne «e méloient d'au(!ime autre affairi; que de celles de leur 
nation, l'oint d'espérance de négo<'iations, t«int ia haine et 
l'orgueil des peuples étoient moutés haut ! , . . . Bien m'en 
avoit valu « Oporto d'avoir pti envoyer une procuration 
en règle poiu- emi>C(her la |)re8cription, et d'avoir pu 
ensuite m'en venir en Angleterre I.. . . 

N'ayant pas accotitumé de marcher beaucoup au Canada, 
oii je ne sortois guère qu'en voiture, et me trouvant, après 
le repos du voyage, transporté tout-t\-co«p dans mie ville 
où les distances sont si bien mesurées (jue la marche à 
pied d'une rue h une autre ne paroit rien d'abord, quoiqu'elle 
soit souvent fort longue, la visite que je fis de mes con- 
iioissames et des lieux curieux t\ voir, m'occasionna un si 
grande intlammatiou alKlominule avec constipation, qu'un 



1^ 



— 2«« — 



«oîr ma nipturo «orilt, dure oomu)« fer, et, conirt? l'onli- 
riHÎre, en me couchant )<* ne pus lu remettre. ('onnoiAHant 
le danger, éUAi^né de <»<! que j'avoi» de plu«i eh«'r au momie, 
mon ép<Mi«<' et mew enfan», je fi» dt^mamier M. Hulmer et 
M. Butt^rfteld. (Vux-*'i envoyèrent ehercher ehanin le» 
m«<lecln« tm «nii iie avoi^^nt confiance* et \vê plus procheH, 
Quatre «• pré^ent^Mcnt «pii, en me voyant Hi mal, ne ea- 
voient trop eomnwnt K'y jM-t-indre pour me »M>uIaffer. Je leur 
dÎH que j'étoJH méde^Hii, (|ue je juinsoÏH qu une intlammatiou 
{nteKtinal*^, av«e itn*t conKtipHtion de 4 «\ 5 j<»urH, avoit 
caiwé la «ortie de 1h rupture et l'eiidurt-ww^nent. Baïui 
l»eauo<>«p taire attention à ce que je disoît», il« ewwyèrent en 
tûtant de la réthiire, ee qui me faiKoit emiurer dew douieura 
morttîlles. Ce moyen ne faisoit que me précipiter verh un 
dangt^r irrémédialile. je leur di« : Mt*K>*ieurH, la ré<luetion 
danK le présent moment me paroit absolument imposHible 
mu*i meurtrir le« partie» et l'épiploon, et partant amener 

, la jÈfKngrène et la mort, inévitablement. Je délire 

absolument d'être «aigné, de la quantité de s^u»^: qui pourra 
m'étre tirée gaiiK que j'aie de Hym;o|H^, de reiîevoir un ou 
]tlu8ieMrH lavemenB érojtrntiquea avec une médecine com- 
posée de tels remé<les (pi'il vous j)hur:i. fis y <'oii»entirent 
aprà» g'ètre retirée dan« la chambre voisine »*t y avoir 
<lécidé que, mUii que je me trouveroi» mal, ils réduiroi(!nt 
foixiément la rupture. Woi qtii nentendois dire qu'une forte 
«Hif^née, dès que ji^ vi« environ den.K livres de «ang, dési- 
rant que l'on mo baaidàt le liras, je mis l'index sur l'ouver- 
ture de la veine et les pri»ii d'api)iiquer le lianda^^e. 11h le 
firent, tout étonnés de ce ({««' je ne fus8< i)aH tombé en 
syncope, et a«doptèr<!nt ma pnqjowition de hiv<'menis et 
d'une mé<ie<:'ine, ainsi qtie le« tunu'ntation»* chaudes, sui- 
vant mon désir ; mais ju«<iu au lerMlemain seulement et ii 
étoit minuit. Oh secours me turent administrés iuuuédia- 
temeut j»ar M. liutterftelil, et mou fils, à tout*- minute, lùe 
1H dots iottientutions, Veitj 6 liemv», ayant évacué de deux 



— 287 — 



laVc'MienH, je pUti rûiiiirc avec atMO<-« la rUptare, et appii- 
«pier tr«'i«-g<^rré mon baïuia^f, ar«c qiieUc joie, on le |m."uI 
{niHKim*r. J'en fts informer mes coni'r<>r<'4i, qui a«nu' vinnmt 
voir (ju'à î» licuntK. Uh avoitmfc <tu me trouver à la derniôre 
aKoni*', «juell»' fut l«*ur «urprjw I Hh uriivouônmt fraiK-ht'> 
ment que j'avois mieux connu ma iiialaiiie qu'eux. Il eut 
certain (|ue si je Iom eusHC IpÏMtéH faire, iln auroiont hitié 
lua mort, parce qu'il n'étoi;> pa*^ d'uaage k Londnt» <le 
>fHignnr. Dèwce moment j'allai «le mieux en mieux; cepeu- 
«lant ilK continuèrent de me viaiter et de me couHeiller de 
l<'ijr mieux, Hurt<jut le Dr. TatonioBter, chirurgien de 1h 
garde de la reine, (jui est devenu mon 1»on ami. Si une toux 
catarrheiMe ne ni'avoit point fatigué junwiu'à nie taire gortij* 
mon interépiploc«l<e à cha({ue accèw, i'euHtic ét(> bientôt 
rétabli iHU-faitumeut. Je gardiu ma cluunlMu 27 joui». 
Héliw! où étolent mon époiiK*- et uxen enfan« pendaat ce 
tems-lik? A douxe c<?ntH lieues. .ravoiH me» douceur» ut 
mcM beHoins au Itout d'une fourche : me» houilloux étoient 
tuit« H langhiiKC : cette ptuivre fdle alloit m'aciicter tout 
ce que je dé^iroin et l'apprétoit de non mieux ; maib «tif» 
iKtuilloiis ne pouvoient faire de bien ù un malade «pii étoit 
ac<!outumé à ceux faits par fa chère épouse avec art et 
quelle lui pré-Kcntoit « tout moment. AuK«i pni«-je dire 
qu'un grave amaigri8Hem"nt, joint ù de grandes pein- m«v 
mle*i, m'a conduit alors bien prè» du t<)mb(;au. 

8i IcK réflexion» que je faÏKois u'eu«M<'nf pax < jour l»a«e 
rcHiM'raîKc de i-cvoic fivant de mourir cck pi rsonn'.fl si 
cbèrcH à mou (;ft!ur, jauroln perdu coumge : mais nui situa- 
tion en Angleterre, la pensé*' de mon fils al>an(iouné à lui- 
même, nayant qu'une couple de vrais amin nur (|ui il put 
«onipf^r, me firent prier Dieu de tout mon coeur de me 
eon»erver encore quelques année* h ma tiiniilb-, qui avoit 
tant Ixjwùn de moi. Je m'aper<;u*i viniblement de l'atihi»*- 
tance du divin protecteur, 

Dè« que je puM «ortir, je coutiniuii de duuuer mou att^it» 



— 238 



tîoii rtilx étudcft, tant den arts que do la mWcciiie. Je fus 
irtfonné qu'il devoity avoir une grande séame aux Arts et 
<(U<' ma piï'sonce en (qualité d<' membre y ét<iit requise. .le 
fUH fort surprix d(! ma ré(;epti()n : je réi)on<liH j\ la polittîHwc 
(lu secrétaire que j'aurois llionnt'ur de me trouver n la 
séance. Eu attendant, il eat nécessaire «jue je dise ce «jui 
m'avoit mérité cet honneur. 

Qu«;Kjues jours après mon arrivée, mes amis m'avoient 
beaucoup parlé de cette académie, et m'avoient appris qu(! 
dt;8 ducs en étoient présidents et un médecin trés-savant 
et de leurs amis socrétaire, qu'ils y alloicnt (juand il y 
avoit quelque chose d'intéressant, (pi'à la prot-hai ne séance 
oh devoit s'occuper principaloment du life-preserver de 
Daniel, et que je devrois y alhu' avec eux, et qu'ils me pré- 
sentoroient â leur ami le secrétaire. J'allai donc pour la 
première fois à cett*? occasion, i\ cette grande et respectable 
académie de la Grande-Bretagne («mnue sous le nom d<' 
VAflefp/ii, où je vis environ 400 membres, et une gran<le 
salle aN ce l'olympe entier en décomtious. Le duc de Norfolk 
6c(;upoit la chaire ce soir-lîi. JiC registre ouvert, les ré/é- 
renrra lu(!s, on passa aux lettres, Cn<vde ces lettres, du Dr. 
Silby du {'anatia, touchant l'encouragement de la culture 
du chanvre, frappa l'assemltlée, et fit demander ce (^u étoit 
ce M. Silby et (juelle toi on pouvoit ajouter à sa lettre. Lo 
secrétaire à (jui j'avois été présenté «-omme méilecin cana- 
dien, se leva et dit an président qu'il devoit y avoir dan» 
la salle un docteur du Canada, (jui tonnoissoit peut-être 
l'auteur de la lettre. — Qu'cm le prie de s'approcher, dit le 
président. Dans l'instant un sous-secrétaire vint au l»anc 
oii j'étois assis me répéter l'ordre du président, je le suivis. 
Le juésident me demanda si j'avois entendu la lecture de 
la dernière lettre, lue par lui, et si je, connoissois le d«x;t(in" 
Silby. .le répondis , .h- eounois le Dr. Silby d»' renommée 
i^oUr une personne respectable.— La lettre fut lelue et je 
ifuJi prié de dire ce que j'en pensois. L'ayant trouvée très- 






--289 — 



}»ien (K'The et vralo relativement aux rcHBOUrtres qn'll troii- 
voit ilMïK h' haut gouvcruoiucnt puur une cultur<> avanta- 
X«MiHe du chanvre, je m'étendix de njou luU-ux Hur ce sujet 
pour épauhr Fauteur, ce «jui plut au préHident ù ce p4>int 
que de me prier de d«mner mon avi» sur le guccè» que 
cettir culture pourroit avoir dauH tout le (.'anada, et <!«• 
faire connoitre hi topo^rraphie de ce jtaïH, ne» i)nHiuitK v% 
leurH egpèccH. Je répondiu que, n'étant pan préparé, je ne 
pourroi» qu'ennuyer l'asHenihiée, (|ue c'étoit me iiiire Uau^. 
coup d'honneur, et (jue si l'on vouloit m'accorder huit 
jourH, je t'erois mes etfortH pour expOHer ce que je croiront* 
de pluH vmi. Le noble corp» applaudit, et on me dit que 
je pouvois faire cet f crit en françois, si je le jugeois » pro- 
pOH, prc8<iue touH les académiciens parlant cette laïque. 
Je me rassiB, et on pa««a aux mérites de la ja<|uette in» per- 
méable de cuir de Daniel pour «ervir dans les naufrages, 
Le mercredi suivant, comme je 1 avois promi», je parus 
à l'acwlénue avec un mémoire que J'avois conmiuniqué 
d'avance au secrétaire M. T.ivlor. Le président, après avoir 
annoncé ce travail, me prin d'avanctr et d'en f^iire la lee- 
tur<', en l'appuyant d'explications, s'il en étoit besoin, ('ette 
lecture avec les explications, tantôt en anglois tantôt eu 
frHn(;ois, dura depuis 8 hcmres du soir jusiju'ji 2 heures 
après minuit. Ils étoient tous surpris de ne pas plus et 
mieux connoitre, sous auciui rapport, un aussi vaste et im- 
portant i)al8. Je fus remercié et applaudi généralement. 
Le président, après que j'eus été me rasseoir, dit qu'une 
personne (jui les avoit si bien renseignée méritoit qu'on lui 
offrit de la recevoir membre correspondant honoraire. Je 
fus rappelé et prié de vouloir accepter. Je répondis que je 
ne méritois pas une telle marque de faveur, qui ne devoit 
être conférée qu'au talent. L'assemblée s'ajourna ù hui- 
taine. J'avois parlé si Ipugtems à cette séance que j'en eu» 
un rhume inflammatoire semblable à celui dont je fus si 
malaile à yuél)ec ; il dura quarante jours, pendar,; lesipiels 



sesp 



H 



MHMI 



240 



je rfOHAÎ guerre Itànmef lïjon Ht et tnA chambre. ,Ttiain d'une 
niAijçr«*tir k fatre pitié ; le »pa«nie »ufro<]tiant et l'opprcB- 
gion (le la i*mx n<- me laÏRKoient pa» «ne minute. J'avoi» 
une ciianibre h (•< ucher fort froide, et une autre aiant un 
feu à l'angloise, c'est-jMUre que j'y l«'ûloi8 pafr devant et 
goloi» par derrière. Je portois constamment la flanelle, 
habitf) et re<lingote. 4 paires de 1>&8, des «ouliers dan» 
lesqiielH j'avoi» mis une semelle de liège et de flanellt*, 
enftn des guêtres de dmp. Voilà comment j'ai essuyé me» 
maludii'B et i»a»8ê l'hivtr h I^mdres dans mes chambres, sur 
Une des rue» les plus iK'lles, les plus marchandes, les J)1uh 
passante, de cett<^ ville, Je Strand, près de la rue de Norfolk 
ou demeu.oit mon b<)n ami le savant Dr. Paternoster. 

Quand je fus mieux, je recommen(;ai à suivre les séance» 
aux théâtres d'auutomie, de médcrine, de chirtirgie, dW- 
coiuhenjent, de chimie, et les lecture» du Ï)t. Haus, con- 
frère, membre et président de la société de seeoiU'S pour 
les noyés et les asphyxiés, et ù aller surtout aux Arts n 
l'académie d'Adelphi, dont j'api)ri8 avec ourprise et joie 
que j'avoi» été élu membre honomire. Le secrétaire de la 
société «les arts m'écrivit cett^? lettre ; — 

SOCIETY OV AR?a, AT THE AUELPHI. 

Londo-n,2ith. X):,-im 
A" BtR, — I hâve the honour to address this letter to you acquuinting 
you tha.' on Ibe 16th. instant, you were eleoted a corre8i>on(lingr 
laeinber o^ tins Kouiety instituted at Londun for the cnci>urageniont 
of Arts. Manufactures and Commerce ; and in coûformity to aa 
e^tiiblLshod ruie and ordcr, I am to inform you that no niember of 
this So(Mety shall hercafter be a candidate for or ontitjed to recelve 
any premlum bounty or roward, except the honorary medals of the 
iSocitity ; and that tho corre^pondiug nicmbera are requested as 
oftcn as shnil be convonieut, to favour the yocioty with aocounts 
of sue'.i useful discovories or improvoments! in any of the polite art» 
ur commercial, ao may corao to thcir knowledge. 

I am, 8ir, your obod. serrant, 

(ëisned) Ch. Tatlob, Sccretnri/. 
Dr. LaTkrbièrk, M- D. — No. 284, Strand. 

Québec. Society of Art». 



I 



-. 241 *-* 



J'assistai k titif aîianoe «le la société, où l'on reptit ï'exz- 
men du air life-preterver de Daniel ; !t' débat 8e prdlonjjfOH 
jusqu'après mimiit, et j'y pagnai une rechute do mA nm- 
ladie, qui me tiiit ^1 jours dans l'état le phis triste (ît le 
pins dangereux, et i)endant lesquels je n'eus comme h. 
l'ordinaire que Pascal auprès de moi et quatre, ou. cinq 
amis qui venoient me voir. 

Mars appro<hoit, et me «entiint encore bien malade, jo 
me disois mille fois à moi-même : (Jomment sortiral-je 
d'Angleterre ? Mon ami me dit que si j'y restois encore un 
mois, j'étois mort. Je le gentoie comme lui, et je ne von- 
lois pas être la proie des si^éléruts de marchands de chair 
himiaine appelés Rp»urrection Men, qui m auroient vendu 
pour être disséqué après que j'aurois eu reçu les prières de 
l'enterrement dans rna chambre d'un prêtre et que j'anrois 
été repris par un ministre, et conduit dans le charriot noir 
au cimetière dans la forme de sa paroisse, afin que ce mi- 
nistre ne perdît pas son droit. Un ôvêcjue, le pape Ini- 
même raourroit en cette isle <|U'il ne seroit pjis enterré 
autrement. Tille est sur ce point la tolérance fl'un païs 

oui se vante d'être si libre! Dieu me présiîrve de ce 

gnind malheur. Je préférerois mourir en mer \ là point de 
distinction : elle reçoit tous les morts dans son sein. 

Quoi qu'il en soit, ayant su qu'il y avoitdes bâtimens en 
charge pour le Canada, je forçai maladie et nature, et vou- 
lus retenir mon passage et ceh,, de mon fils. Mais je 
rechutai, la fièvre, la toux et l'opprcKsion ni" '•ej)rirent 
pins fort qu<; jamais : et il me fallut garder la chambre et 
le lit Ifr à H) jours. Lorsque je me sentis mieux, je me 
rendois au commencement chez l*age & Noble < n fiacre, 
ne ]>ouv.int mareh(^r, tant j'étois maigre et foible. Enfin le 
paawvge fut retenu. Un jour que je me cnis plus fort, et le 
tems pressant beaucoup, je hasardai d'aller voir le capi- 
taine pour marquer ma chambre j\ bord ; je n'avois pas fait 
deux milles que des coliques terribles m'empoignèrent 

c2 



— 242 — 



avec tant de furie quo je revins sur mes i)as au plus vite, 
.l'eus beau demander des lieux en ehemin, car je nie trou- 
vols mal, on me rioit au nez. Belle humanité de Londres !.... 
Les spasmes et le Ix'soin d'aller à la selle étoient si vio- 
teus, qu'à environ deux arpens de mon logis, je laissai tout 
aller. . . . dans mes culottes. Heurcuseinent que j'en avois 
alors deux paii-es, et doublées. La plus proehede ma peau, 
Il mon anivée ù la port<^ étoit toute crémeuse. Imaginez 
les souffrances que j'avois endurées et nm joie de me voir 
sur mon pot, à mou aise, dans ma chambre, sauvé du 
danger de mourir dans la rue comme un chien. Mais, grand 
Dieu ! je fus si malade pendant jdusieurs jours de mètre 
retenu que je croyois à tout monient (jue jallois rendre 
l'ûme : je n'avois ([n'h me rejjrésenter que je ne voulois 
point mourir sans avoir vu ma chère épouse et mes en- 
fans, ce courage d'espéranec me ranimoit. Si je ne l'eusse 
point eu, certainement que les monstres de In résurrection 
m'auroient enlevé. 

Enfin je fus mieux. .Je pressai mes marchands et apo- 
thicaires d'envoyer mes effets à bord, ce qu'ils firent exju^- 
ten)ent. ToTit fut bien assuré, jusiprà «non petit bagage, 
que M. Butterfield fit assurer pour cent livres sterling, eu 
cas de perte du iiavire ou de sa capture par î'ciniemi. 

Tous ces messieurs Page, Bulmer et Jiutteifield se sont 
bien conduits avec moi, ayant fait de leur mieux de toute 
façon. Tous les huit jf»urs nous dinions, et pr< nions le iea 
en d'autres tcms avec eux. 

Je signai les comptes avec mes corres|>ondans, M. Page 
m'invita ù dîner pour le lendenuiin, ù .") heures ; je m y 
rendis avec mon fils, il y avoit nombreuse t ompagnie. ,) y 
hus de bon vin. — Jai envoyé uue caisse de ce même vin 
\{ bord pour votre voyage, me dit M. Page ; je vous prit? 
de l'accepter. — 11 est excellent, lui dis-je, je vous remercie 
do votre politesse, que je n'oublierai point. — Etant resté 
depuis 5 heures jusqu'à 1 1 sans uriner, par une honnêteté 



— 243 



mal calculée, ù ma sortie j'essayai 50 Ibis d'uriner depuis 
le FouwUinif Hos/ntal jusqu'il ma demeuie. Je 80uffrol« 
beaucoup ; tspénmt (jue la chaleur du lit y apporteroit 
aisance, je me couchai. M<'k (louleurs ne firent qu'aug- 
menter à tel point (jue je réveillai tout le mon<le pour 
aller me chercher M. Bulmer, M. Bntterfield et le Dr. 
Paternoster. Je no. pus avoir que Butterfield, que je priai 
de me donner un lavement. J'en reçus deux, qui me sou- 
lagèrent un peu, mais je ivavois pas uriné et j'avois le Ivts- 
ventre entié d'une manière très-inquiétante. Je réstdus 
d'abord d'attendre justju'au jour potn m'envoyer acheter 
une sonde p(»ur me vuider la vessie moi-même. Tout le 
monde s'étoit recouché et dormoit profondément. .Te me 
levai, n'en pouvant plus, pour envoyer Paschal chez Wiss, 
fabricant d'instrumens, à deux milles. Il y alla et revint 
le plus vite qu'il put, «ans avoir pu se faire ouvrir la porte. 
Je le renvoyai, avec onlre de dire (pie ma vie en dépendoit, 
et que si on nétoit pas levé chez Wiss. daller ailleurs, 
mais de n(^ j»as revenir sans cet instrument. Il revint 
j)ronii>tenient avec ce sauveur dangereux ; dans l'instant 
je me l'enfonçai dans la vessie et en tirai juNpi'ji la der- 
nière goutte. Quel soulagement ! Je crus être en paradis!.... 
Plus tard, je me servis encore de la sonde. Le Dr. Pater- 
noster arriva très-peiné de me voir dans cette nécessité, 
et plus encore de ce ((Ue M. Bu ner n'eût point sonné la 
lumnc ilochctte, 11 me demiuu : ce que j'avois fait et ce 
que je pcnsois être la cause d'une aussi vive rétention, et 
si j'étois sujet i» (pielque symptôme graveleux. Je répondis 
que non, et il en vint à penëer comme moi (pie de m'dtrc 
retenu si longtemps chez, Page étoit cause de ma rétention, 
et ((U'il y «voit intlammation (i*; la vessie. Il promit de 
venir le soir me sonder ; il me sonda en effet avec beau- 
coup de srtreté et de légèreté de main. Il espéra qu'au 
l>out de 8 jours j(! seroifl mieux. Sur les entrefaites, me 
trouvant obligé d aller rejoindre le vaisseau h Portsmouth, 



244 — 



je laisfiai Londres très-attiigé, car l'incommodité, au lieu 
de diminuer, étoit augmentée à toi point, que si je n'avois 
pas eu une thaise de poste pour moi et mon fils seuls, je 
«erois mort, parce <ju'ù chaque instant jétois obligé d'uriner 
goutte à goutte, avec effort, ce {juc je u'aurois pas \n\ faire 
dans le staffe ù cause du monde qu'il y a dedans. 11 m'en 
coûtA plus cher, je payai G guinées, tandis (ju'il ne m'en 
auroit coûté (jue deux et demie en coche. Malgré mon mal, 
je quittai avec regret niim bon ami Butterfield, qui étoit 
venu m'accompugner six milles hors de; Londres ; il mérite 
assurément ainsi (jue J3ulnu'r ma gratitude, et celle de ma 
famille. Ceux dis miens qui liront ces mémoires ne de- 
vront pas manijuer, si l'occasion s'en présentoit, de leur 
rendre ce qu'ils ont fait peur moi, particulièrement au Dr. 
PiiternoBtcr, Norfolk strept, No. 30, Stnwid. 

if'arrivai h 5 heures, le ménje soir, à Portsmouth, épuisé 
de fatigue et si malade <}ue je croyois mourir. MM. Page 
6i Noble m'avoicnt favorisé d'une lettre adressée ù leurs 
corrcspondans M. Coshier à Cie. : il se rencontra que le 
postillon les connoissoit et, comme ils demeuroient sur 
son chemin, il arrêta à leur porte. Je sortis vite et remis 
la missive à l'associé, lui disant (jue j'étois dangereusement 
malade et le priant de me procmer tout de suite une 
chambre dans ((uclquc famille particulière. Il revint au 
bout d'un quart d'heure, il en avoit trouvé une pour 388. 
par senwiini.', nourriture et domestique à f)art. Ayant trouvé 
ce prix trop déraisonnable, qiiuiqiu; bien malade, je le priai 

de venir avec moi u . . . . , que vraisemblablement à 

l'auberge du Rebu(]ue, où étoit notre rendea-vous avec l.; 
capitaine, nous pourrions moi et mon tils nous loger ce 
soir-lù. Dans rin«tant et par le plus court chemin, notis 
passumes la traverse du havre, environ un mille et demi. 
A 150 verges (lu bord, étoit c It aub. rge : ayant demandé 
ù l'aubergiste t i le capitaine S(.o(t étoit arrivé, il répondit 
que non. — Je suis fort malade comme vous voyez, lui 



— 245 — 

dii-je ; pourriez-vons m'accommoder d'une chambre ou il 
y auroit du feu ? — Non. — ConnoisHea-vous quoiqu'un qui 
puirise m'en fournir une tout do suite ? — Non. — Démonté 
et mourant, Dieu m'innpira le souvenir d'un prêtre (.hea 
qui M. Lanaudière avoit été, et parf-iternent bien, au dire 
du capitaine. Regardant l'aubergiste les larmes aux yeux : 

— Connoîtriez-vou8 ici un i)rétre ? — A dix portes d'ici. — 
Quel est son nom ? — Son nom est le révérend Lymphris, 
prêtre romain. — Allons, diK-jc à ras8<x:ié de M. Cashier, 
sans le connoître, en deux mots je le convaincmi que je 
mérite d'être secouru. — Nous frappûmes à sa porte, son 
domestique parut. — M. le curé est-il ch<:z lui ? peut-on 
lui parler ? — Oui. — Le domestiiiue nous fit entrer. — Bon- 
soir, monsieur, dis-je au révérend M. Lyniphris. je suis 
M. Laterrière, du Canada, et bien malade, comme vous 
voyez. Votre générosité envers une personne de ma con- 
noissance et mon état m'ont fait pitndre la liln'rté de 
m'twlresser à vous [jour avoir un logis. — Oui, monsieur. 
J>ai88('z-moi, dit-il à mon compagnon, ce monsieur ut son 
fils ; je leur trouverai dans rinq minutes ce qu'ils cherchent 

— une chaml>rc convenable h un mahulc. — .le ne pus rete- 
nir mes larmes; je le priai de me faire monter le néces- 
saire, que j'essayerois de faire de l'eau, et que c'étojt la 
principale incommodité de mon état. Après ce lu^soin 
satisfait, le domestique me mena chez une veuve, mais sa 
servant^^ l'avoit laissée le matin, et je ne pus avoir un loge- 
ment là. — Voyez, nous dit-elle, chez Wakins, <le l'autre 
côté, ils feront votre affaire. — Mrs. Wakins, en effet, pou- 
voit disposer de chambres moyennant 18 shillings par 
semaine, nos vivres ù j)art, qui nous seroient fournix au 
prix du marché, ainsi que tout ce dont nous avions besoin. 
Le marché fut conclu sur-hM-hamp, et nous prîmes pos- 
session de deux chambres. Je fis souhaiter le l)onsoir au 
respectable M. Lymphris par son domestique. Je me mis 
à prendre du tea ; car une soupe à l'oignon que j'avuii» 



— 246 — 

demandée se tiouva être un plein LaH^in d'oignons bouillis, 
<|ue l'on me servit ainsi in puro, avec de la sauce au beuiTe 
séparée. N'importe ! j avois tant de confiance aux oignons 
«pi'en leg mangeant avec quelque apprêt (pie ce fût, j'en 
espéroi» un bon effet. Ils en eurent im étonnant : les 
coliques venteuses et l'envie d'uriner furent si fortes qu'à 
<"liaque moment j'étois au pot, je m'aperçus (pie l'eau sor- 
toit phis facilement. J'en pissai ainsi juscju'à 10 heures du 
matin!.... Dois-je attrilmer ce mieux aux oignons, à un 
lavement que j'avois [)ris, ou à la 9e journée de l'attaque 
inflammatoire ? Les sentimens peuvent être divisés, mais 
pour moi, je crois que ce bien vint des oigmms et d'un 
changement d'air plutôt ([Ue de toute autre cause ; car 
depuis mou arrivée au Canada, j'ai bien mangé et bu sans 
autre effet qu'une grande; lil)erté de ventre et cœtera.—' Le 
matin, étant encore malade, mon bon ami le prêtre I^ym- 
phris vint me voir; je lui dis que j'avois un extrême désir 
de me confesser, <[ue je devois prendre tous les moyens dr 
remercier Dieu de la gnk-e qu'il me faisoit à mes maux, 
d'une e8j)éce si dangereuse. Sa charité fut si grande qu'il 
voulut n'cevoir dans ma chambre It; dépôt de mes peines. 
Je me troiivai aussitôt l'esprit si soulagé par le bonheur 

que jépiouvai, (pie je uic vis pre8<im! guéri! T'avois 

beaucoup désiré faire cet acte de religion ù Ijondres, mais 
les prêtres y étoi(mt fort occupés, et je n'en avois pu avoir 
un. Le respectable M. Lymphris, voyant ma situation cri- 
ti([ue, ne m'a pas abandonné pendant les quinze jours (pie 
j'ai passés à l'ortsmouth, et j'ai eu le bonheur de recevoir 
lie sa main la communion pascale. Mon tils a rempli aussi 
ce devoir d(! tout cntholi(iue. Depuis ce précieux et sacré 
moment, j'ai été de mieux en mieux. J'informai mes amis 
ù Londres de ce changement favorable, et ils m'en m»ir- 
ipièrent leur joie dans leurs réponses ; car, lorsque j'étois 
parti de la capit<ile, ils croyoient bien «pie je ne pourrois 
pas aller loin. Je les ai trompés, j'ai trompé la mort, et 



tJM^i-^'^ii.^kh^Ê.-^-'i-m, il. -m^i 



— 247-. 

j'ospèrc, S0118 la stuivogarde de Dit^u, la tromper longtenis 
encore. 

J(.' ne me plaisois qu'en la compagnie du bon ministre 
de révanKÎlt: de Jésu.s-ChriHt ; si je n'eusse pas craint do le 
gêner, j'aurt)i8 été sans cesse chez lui. J'y vis i)lu8ieurrt 
prêtres, aussi nimaldes et des idus zélé». Il me mena un 
jour en visite chez une dame veuve, demeurant ù deux 
milles, à la caujpaM»*^» <*t qui nous reçut avec iK'Rucoup df 
]>olite8se. Mère de quatre tnfans, catholique, riche, trés- 
helle et jeune, elle avoit résidé très-Iongtems en Fmn<;e 
avec son mari, homme riche, trèsH-haii table, «jui étoit mort 
d<pui8 peu .... Dos colonels et d'autrcis se suut présentés, 
mais rien n'a pu effacer de son cœur le souvenir de ce 
mari, non-i>lus que le souvenir de la France, oh elle espère 
se retirer à la paix. 

Trois ù quatre joura après notre arrivée ù Portsmouth, le 
cai)itHine de notre vaisseau étoit venu et s'étoit rendu ti 
renseigne du Rebuke pour s'informer oii nous étions. L'au- 
bergiste lui uiontmit la maison où nous logions. Kn ce 
moment même, mon lils, (jui alloit lui-même s'assurer s'il 
ne seroit pas venu, le vit, le reconnut et me l'amena. .I'ai>- 
pris que la frégate N^ménis, qui d<'voit convoyer la flotte 
navoit pas encore reçu d'*>rdre. Notre taïutaine nous dit 
de nous amuser, et qu'il nous avertiroit. 

J'en inolitai pour parcourir les rues de Portsmouth; 
elles ressemblent, connue les magasins, i\ ce qui s<' voit ù 
Londres, car ici comme h\ ce ne sont <|ue marchands et 
marchandises. Cette ville est certainement jolie, avec ses 
rues larges et bien alignées, et ses maisons de bri(iu«'s, 
«ju'un Anglois (jui n'en a point vu de pierres de taille, cmit 
les i>lus l)elle8du monde. Son port et sa rade sont toujours 
remplis de navires de toutes sortes, à cause dt; leur ct)m- 
modité. Les officiers et les passagers de fi ttc^s qui j)artent 
de Londres, pendant qu'elles font le tour, s'en viennent j)ar 
terre les attendre ici ; beaucoup de milliers de livres sterling 



^ki^ 



«e répandopt UanB ce traj«t et jusqu'au jour de î'enil)«rquo- 
ment, qui, si cet em])arquement sv, faisoit i\ Londres, ne 
çeeteroient p»iH eu Angleterre. Voilà \mo. sage politi(iiK\ 
[" Knlin arriva le teins de nous embarquer i)our le Canada, 
ce qui eut lieu le 16e d'avril 1808, dans l'après-midi, et 
toute la flotte leva l'Micre ce join--là. 

Je mets ici le joimial <iue j'ai tenu pen<lant tv voj'age, 
qui fut fait sous l'escorte de la irégate Némésis^ capitaine 
Sujumervilltf. 

€ette 1ère nuit, petit vent. —'Le I7, également. Nous 
gagnons vers l'ouest. Apparence d'un coup de vent ; là 
frégattt fait signal de relâche à la rade de Weymouth, oh 
nous arrivons vers la nuit. — T/C 18 au matin, vent N.-N.-E. ; 
reprenons notre route v<'rs les 10 heures ; vent tourne au 
S.-PÀ Obligés de tenir près du vent toute la journée. — Le 
19, toute, la journée employée à battre la mer pour gagner 
Plymonth. Vers e heures, menace d'un grain et coup de 
vent ; signal (ie relAciier à Torbay, où nous sommes à 
l'ancre. Dien sait quand nous en sortirons. Dans le mo- 
ment que je journalise, six beaux vaisseaux de ligne 
Jiiienneut de la côte de France se mtittre à l'abri. 

Le 20, le 21 et le 22, nous sommes encore h, l'ancre; 
bourrasques et vent de N.-O. se hidant vers le nord. Vers 
midi, la frégate fit signal à tous les capitaines de navires 
d'aller j\ son bord ; notre capitaine n'est pas encore de 
retour, j'ignore s'il y a de n<niveau.K ordres .... J'apprends 
que l'on a reçu ordre de se tenir le plus près possible du 
convoyeur. — Li<' 24, sur le midi, le vent passe au N.-N.-E. 
Signai d'api)areiner, (pii est exécuté par toute la flotte. 
Mais le vent ne tenant pas et revenant au N.-N.-O., avec 
une nuiuvaise mine, le commodore fait signal de rentrer et 
remettre ù l'ancre. — Le 25, à 4 heures du matin, le vent 
étant repassé au N.-E., nous mettons à la voile pour Ply- 
raouth. Vent petit et incertain, mer unie. Ayant compté 
ce matin les navires de la flott.e, j'en ai trouvé 54. 



Ri 



— 249 — 



Le 2C, calrao devant Plymouth. Avons passé la journée 
vent dessus vent dehors, entre les light houtet N.-E. et 
8.-0. de PlymoutL, à environ mi-distance de l'un et de 
l'autre, estimée à 4 milles et demi de chacun. Vers le soir, 
la frégate fait le signal de petite voilure afin d'être à Fal- 
mouth sur le matin pour recevoir les navires de ce port. 
— Le 27, 11 heures, vent nord. Nous faisons route au 
O.-N.-O. Nous estimons être & 6 milles des deux ligfU 
houies 0. Vent modéré. JjSl frégate est au centre de la 
flotte, un sloop of war to the head. 7 heures du soir, nous 
sommes en travers des isles de Silly, distance de 30 milles 
de Lands- £■«</, que nous avons dépassé à 3 heures, que le 
vent s'est rangé au N.-E. Nous courons 0. et O.-N.-O, et 
même '. ,>rd pour approcher de Cork, où la frégate doit 
touche! . 

Aujourd'hui, 28 avril, à 8 heures dii matin, nous sommes 
d'après l'estime à 15 lieues loin des isles Silly. Vent d'est. 
Calme. Cap au nord : faisons environ 2 milles j\ l'heure. 
J'ai compté 50 navires, il en manijue 14. La frégate et le 
sloop sont proches de nous. Toute la nuit du 28 et le 29, 
jusqu'à midi, avons fait de 4 j\ 5 milles à l'heure. Vent 
E,-N.-E, ; mer un peu grosso. Estime de la distance à Cork, 
îi midi, 30 m. 

Le 29, à midi, je remarque que la flotte est trés-éoartée : 
les navires sont loin les uns des autres, au point que si un 
corsaire paroissoit, il en prendroît autant qu'il voudroit. 
A tout moment nous espérons de voir la terre irlandoise : 
il y a déjà 12 jours que nous sommes à la voile, mais nous 
avons été retardés par les difl^érentes rt^lâches et la visite 
des ports pour prendre les navires qui doivent grossir notre 
flotte, \a\ nuit s'est pansée jnesque en calme. Même vent 
E,, revenant souvent au N.-E, 

A 6 heures du mat n, le 30, la terre est à bûhord à 4 ou 
5 milles. 9 heures, des chaloupes pêcheuses ont visité plu- 
sieurs bûtimeus et leur ont vendu du poisson sans doute. 

^2 



Notre difltAnoe de Cork, oîi la politîqu»' ministéricUo non» 
forqe d'aller, nous a pani ôtre de 30 milh'8 uu N.-N-T5. 
pieu seul ^ît le temps (j^ue nou« perdrons dans le cHiml 
Irlandois appelé <Si^ George Channel^ avci- (î\ bâtiiu«>ns. 
Etant partis de Londi-es le 2f) mars et n'étant encore qu'ici, 
il paroit probable que le ('ommo<lore n'a oitlre d'aller de 
havre en havre jusqu'ù Oork, avec une aussi grande flotte', 
et au milieu do tant de danger», (jiK; par des raî«onK poli- 
tiques des autorités, pour avoir des noiivellcH de bi uiiorre 
ou de la paix avec l'Amérique ; mai^ le tcms nous l'iip- 
piendra, La tlotte de mai pour Québee, ce semble, sera pluK 
tôt, ou au moin» aussitf^t arrivée que celle de mars ; parce 
que, suivant touti» apparence, nous ne sortirons point de 
ce trou avant le 10 de mai peut-ôtre. Le vin est versé ; 
doux ou amer, il faut le boire. Tout niou rej^rét est d«' 
n'avoir imis suivi Bernard par Bristol /// a niiuiing rem-f. 

Aujourd'hui, 'M)^ ealnu;, vont dessus vent d«'<lanH, vent 

N.-N.-O, Nous attendons les bàtimens de <Jork, ayant in- 

voyô un sloop de guerre les avertir de joindre la flotte. 

Nous sommes au large et, au matin, ne voyons point la 

terre. Dieu veuille nous rassembler tous et nous favoriser 

d'un bon vent pour continuer notre course. Il vint hier un 

. petit Itateau pêchom* irlandois, qui nous dit être de à7////'j» 

Ifead; il n'avoit que quelques patates, qu'il échangea avt'c 

nous pour du rhum. J'écris, comme les autres messieurs : 

.j'étais à liutterticUl, de Londres. Dans le cours de la jour- 

uèe, le sloop de guerre fit sortir de Cork les navires (lui 

dévoient jjindie lu flotte. Le veut passa au S.-E. et E. 

; Avoua tait petite route, le cap à l'O. i N.-O. t^t O. i S.-O. 

Le 1er mai, taiBous route à l'O. ; 4 milles ù Thème ; nous 
ne voyons plus la terre d'Ivlaode, qui nous reste au N. i 
. N.-E. J'ai oompté GG vaisseaux. Mer douce ; vent d'est. 

liC 3 mai, même vent et. petit. Même route, La tlotte est 
Aiisuz rumasgée autour des frégttteK par la peur que nous 
«vous eue hier au soir à la vue, au loin, dans le N.-O., de 



— 2Ô1 — 



4 VHi88eaux de ligue ut 2 frégates, ignorant à quelle nation 
cette escadre appartenoit. 

4 mai. Mtîmu vent N.-E. ; route 0. i N. ; 6 il 7 milles à 
l'heure. Latitude oltstTvée 51.7'. Beau tenvs ; iner pas trop 
liouleuHe. On ni'u dit (ju'il ne manque aux navires de Ift 
flotte (ju'un ptitit l>atiîwi, et qu'on a vu beancouj) de pois- 
sons qui Hc dirigeoicnt vers le N.-E. Je ne pui.s monter sin- 
le pont, étant tombé, comme je desoendois l'escalier, le côté 
sur le bord d'un panier de ferblanc ; je crois avoir deux 
i'ôttîH cassées. Je mange mes douleurs daiui ma cabane. 
Dieu ait pitié de moi! Je vois que je m'en sentirai tout le 
voyage, si j'y résiste, ce qui n>e paroit douteux, à cause 
diine gramle inflammation qui s'étend du bas-ventie au 
creux «le l'e.stgmac et au.v reins et aux hauehes. 

5 mai. A midi, vent N.-N.-O. et N.-O. ; mer paisible. Oap 
à !'( ). i S.-O. et 0. i S.-O. ; environ 2 milles à l'heure. Lan 
navires autour de nous, avec les frégates. 

(j mai. Veut N.-O. ; «lepuis minuit nous portons vers 
0. i tS.-O. 4 milles ù l'heure. Mer houleuse, fort veut, tems 
un iK'u plu\ ieux. La flotte est très-répandue autour de 
nous. H lieureH ;) minutes, rencontre avec un bâtiment et 
elioc à nous écraser. (.!ela ne ma fait aucune impression 
par la coniiauce que j'ai en la garde de Dieu. Ce vent nous 
est contraire. Vers le soir, est des plus forts et passe au N. 
Mer houleuse. Je fatigue Ix'aucoup et mon côté me fait 
t«;rribleiui'iit tîoufVrir . . . . 

7 mai, au matin. Avons le cap ù l'O. J S.-O. Vent N.-N.-O. ^ 
Hier fort hérissée. Pa»>sagers malade» et tristes. On ne voit 
plus que 50 voileis, et loin de nou.x, Je n'en suis pas fâché 
}>ur m\ tem.s si l»uurru. Amure sur bâbord nous Jette bien 
un Hud. J'ai souiïert extrêmement de mon côté, cette uuit^ 
l>Hr le roiilis, j'y sens un gmnd feu, ce qui m'épouvante^ 
imrce que le foie peut être affecté. Le peu de secours que 
je renvois sur mer et lu fatigue continuelle que uie cause le 
ti«ngatj-e du navire, m'en fout craindre les suites. J'ai recours 



— 252 — 

à Dièù Reul, qiii est ma setile rosRourcc : sa wiintc majegtô 
fera ce qu'elle voudra de moi, j'adore en silence ses très- 
sacrées volontés et m'y soumets avec joie, bien convaincu 
que les biens et les plaisirs de la terre ne sont que de 
pures illusions, de dangereuses amorces. Ce qui m'afflige, 
c'est d'avoir pensé de m<?me si tard .... 

Le 8, mer fort houleuse : cap 0.-8,-0. ; latitude observé*? 
46<>. La flotte est bien dispersée, et avec peine on peut 
compter 40 voiles. Le cabin boy s'est brûlé la cuisse avec 
dé l'eau bouillante. Mes souflFrances sont les mômes. Nous 
faisons 5 milles et demi K l'heure tonte la nuit. 

Le 9, vent O. ; cap au S. \ S. O. ; p lit vent ; flotte ras- 
semblée ; mer radoucie. N'ayant pas été à la selle hier, je 
souff're d'avantage. Mon mal de langue, qui m'avoit quitte 
à terre, me reprend avec plus de force que jamais. Vers H 
heures, vent 0. Nous avons viré de bord, et nous courons 
N.-N.-O. Mer pas houleuse. Aujourd'hui est la 8e journée 
de ma chute ; je me sens plus mal qu'à l'ordinaire. Compté 
ce soir 67 voiles très-écartées les unosdes autres. Il manque 
sept navires et le sloop de guerre, Sont-ils ensemble ? Le 
sloop s'en est-il retourné ? Distance des Açore8 au N.-N.-O , 
30 à 40 lieues. Dieu veuille, s'il lui plaît, nous donner du 
vent. Ce qui est consolant, c'est que notre bfitiment est 
bon, ne fait point d'eau, et est léger et rapide comme un 
oiseau (quoique chargé aux deu.\ tiers) : notre capitaine 
est très-prudent. Le i)lus affligeant est d'être en flotte ; 
pressés ensemble, pour ainsi dire, que d'iiccideuts peuvent 
arriver ! . . . . 

10 mai. Même vent et petite mer. La flotte est visible 
et disséminée. Cap au N., ce qui nous vaut variation N '^ 
N. \ N.-O. Dieu ait pitié de nous ! Mon f'^té me fai< 
mal et m'inquiète. A 1 heure, le vent a passé à 8.-0. * 
au N.-O. \ 0. Faisons quatre milles à l'heure. Mer houleuse. 

11 mai. Mer houleuse. Vent S.-S.-O. ; cap au N. J 0. 4 
thtllès :\ rheiiro. Latitude le^ilong. 19°, Flotte fort ccartèic. 



i 

i 



~25S-~ 



13 mai. Vent 8.-0. fort; mor houleuse. Né voyons que 
15 navlren. Avonn fait souvent le N.-N.-O. pour rejoindre 
la flotte. Cette route nous rapproohit do Green-Land, mais 
pas iK'aucoup du Canada. Telle ent roN'iHHanci- que 64 
vaiflfAeaux doivent avoir pour une fréjjfate! Trois ou quatre 
corsaires pourroiont nous ramasser, au mointi pour la plu- 
part .... 

13. A 8 heures du matin, même vont. Nous avons la 
flotte MOUS le vent — 52 voiles. Vers midi signal d'en ap- 
pro<;her. Vont de N.-N.-E. a fraichi ; mer grosse. Nous fai- 
sons route au N.-N.-O. Estime : 25 degrés de longit. : ten»H 
sombre ; point d'o))s«'rvation8, Mon côté me fait plus msl 
<juo de coutume, et je suis constipé. Ai révc aux oui*s ; je 
voulois en tirer un, t;t je ne le pouvois pas. t'est signe 
d'ennemis (|ui mobservent. Dieu V(!uille nous continuer 
ses grâces!.... Vers les 3 heures la Prince nie de (ialfct, 
)«rque qui étoit sous le vent, a tait signe de détresse. Les 
plus proch<'S ont couru h son secours, et ensuite la frégate, 
La Isirque faisoit eau ; nous attendons, et prrrlons ainsi «m 
bon vent. Toute la flotte est autoiu- de nous. A îa nuit, ta 
barque a tait voile ; la voie d'eaii est bouchée. 

14. Calme, puis vent d'E. jusque (5 heur<'s. Nous faisons 
2 m. à l'heure. Mon chapeau et di.ux pcnu<jues tombèrent 
s\ la mer par une corde que le roulis me renvova derrière 
la tôte. Je ne pus les sauver, et le capitaine qui l'auroit 
pu, n'en fit aucun cas. Voilii la générosité d'un Anglois l.„. 

15 mai. 8 luiures, vent N.-E. ; bonne brise ; « niillea n 
l'heure. 54 navires do la flotte nous suivent. Mon cOté me 
fais bien mal ; je sens une des fau8S<'s côtes craquer lors^fuo 
je tousse; ce qui me cause de l'inquiétud*', parc<; «|u'un 
roulis continuel i-mpéche la réunion. Dieu me préKcrvu 
d'un abcès j\ cet endroit ! . . , . J'ai été îi la selle hier et u<: 
niAtiu ; mais la selle de ce matin nétoit que le fruit, de 
deux pilules que j'avois lyrtses 
•'16 mai, lundi. Calme de veut d'E, Toute la Hotte aut<jui* 



-264 



(iw nov i, .î(5 n'Ai pas ])'Baucoup dormi. Latitude 46 ; longi- 
tude 2y. NotiH ♦'Btimons être à 270 du Banc. J'ôcrii» k 9 h. 
du mutin. A 8 lieures, le vent a Houfflé du S.-S,-(). Tem» 
modéré. 

■"■■ 17, nianli. Vont S.-S.-^). Cap N,-N.-0. Nous taisons a m. 
et demi. Mer «nie. .î'ai eompté 54 voile«. Les deux goé- 
lettes nouK ont iuiHséH lûer dans la nuit. 

18. Vent ().-S.-(). ; calme; nous n'avançoris point; cjip 
au N.-N. i N.-O. Brunie ôpaisse. Mou coté uje fait moins 
Jual, nmis je désiieroiw l>eaucoup d'aller j\ la «elle. 

ll>, jeudi, Vent N.-N.-O. ; cap à l'O.-S.-U. ; nou» faisons 
I mille et demi à l'heure. Mer calme. Flotte autour dc« 
MOiw : 44 voiles. Vu une grande quantité de marsouin» 
noirs allant au N.-N.-O. Il n'y a plus de brouillard. La fré- 
,!.:;ate ft tiré du «-anoii ù toutes les demi-heure ^. Je n'ai pa*! 
enetrt-e été ii la selîe, ((Uoicpie j'aie pris hier soir deux lave- 
nicns d'huile d'amande douce et sel de (jjlauher. (je matin, 
j'ai avalé uiuî dose d'huile de l'Hlma et calomel ; jeu espère 
snr le soir un bon <'rt"et avec l'aitlc de Dieu, ({ui est nia 
scide consolation. 1 ''s honnnes qui m'etitourent daJis le 
navire sojit aussi tristes que raoi à cause du vent contraire. 
Ma famille est toujours présenta' devant mes yeux, et je 
n'ai d'autre désir que de la voir en réalité au plus tôt. Si 
nous n'allnns i)as mieux, ce ne sera (|u'en juin, et vers la 
fin. Ils croiront ((ue nous avons été pri-*, par les avis dont 
j ai charjié lîarnard de notre clépart avec le New/oundland 
Jlcfi.. Ma médecine a opéré vers les f» h. de rupiès-midi et 
ma donné seiit selles, (pii mont heaucoup allé^jé et sou- 
tane. Ce soir, je dormirai tnui«|uille avec i'aide de Dieu, 
i<e vent ayant sauté au îS.-S.-(>., nous a\nns viré de Und 
• •t mis !<■ cai» à i'().-.V.-0. Jl pleut île <c vent. Avons \\\. 
pliisit-urs balein«-K et nuiisouins iioirs. 

Jf» nuii, v.ndredi. Vent tS.-S.-O. ; cap au N.-N.-O. Mer 
;:rosse, tinis bnune'tv. Observations d'hi( r ; 47.oIat. ; .'$4.45 
long. J ai iMissé une nuit plus tranquille^ Le nMé me fuit 



enoon» bien mal; ooj)OTulant, (juand je to«8«o, lo dodaafl du 
(Kwps no me fait pas uutflnt «ontVrir. PIiH« touto la jour- 
née, 

l'I n»ii. Vent N. : < aj» ft l'O, J N.-O. ; vent de^sn», vent 
(U'dans, poui attmdtv h'8 navin'H part^sscux. Chose Hiu^w- 
liî'if ! avant ((ii»' nous puissions tiror avantat^o du ptui <U' 
ÏKM1 v<mt qu'il plait à t)ieu <lo nous o^ivoyer, la W'giitO' lo 
pei-d j\ ftttendr« ot h rassembler le convoi. J'ai compté 48 
bâtiimns, biiii épars. Je n'ai pas bien (loi*mi, j\ rauso do 
" mon côt«';, qui me fait mal, ot d'mie petite «lisposition à la 
totix. (jui m»' fait peur. P<Msonn«' de malmle ù l>ord qu«> 
moi. Hier au soir, il y ( ut une jfraude diwaission toucbaut 
1(1 |>opulatiou de la Chine, on dedans de la ^nuide nuu 
raille. .l'avunçai «lu'ello étolt de 5."» k (JO millions; le eapi- 
taine et deux passaj^ers soutenoient «ju'elle étoit de 331 
millions : j«î n'ai pas pu l'mlnn-ttre. Ttonv(»yé aux auteurs 
i\ Québec; I . . . . 

1,2 mjil, dimanche. Vent !:f.-N.-0. oior très-grosse : <aj) à 
10. depiiis environ minuit. Klotte autour do nous, asse/, 
dispersée. I^at. 4t. 7 ; lonjr. A'yAi*. 

2M. Veut N,-N.-(). ; à la cape depuis 24 lie mes ; eup à 
îÔ.-N.-O. Flott toute di«i)ersée ; nous ne voyons (|ue la 
frégate avec une dizaine de voiles. Le roulis me fatijine 
beaucoup. Le tea est h la veille <le nous mampier. Midi, lo 
vent est au N.-N.-K. ^ même o(»urse. Les houles ont din»i- 
nué. 

24 mai. Vent moyen de N -N.-(> ; nier douce ; cap sur 
l'O. i B.-O. Nous falHourt 2 milles et demi à l'heur»'. :u 
Voiles et la frégate près de nous. Pas «lormi. J'ai mal <li- 
géré après mou diner d'hier, n'ayant pas eu de /i»o, |H>«r 
faire pasat^r le lard niai cuit et le bœuf salé que nous nmn- 
geons. Depuis mou accident, j'avois obtenu de manger du 
pain frais, nmis la gourmandise d'un passager m'en a privé. 
Le capitaine s'étant aperçu (pie ( e pain passoit vite, il en 
ftt reproche. L'autre qui {"toit \m fils de meunier «tevenu 



•■'• .-.iJE." 



iPM 




— 256 ~ 

commis de mai-chaud, répondit qu'il avoit autant de droit 
que moi d'en muDfçer,— Oui, mait pas en cachette. — Par 
l'estime, nou« sommes encore i 120 lieues du banc 

25 mal. Renouveau d<; la lune à 11 h. du matin. Vent 
N. ; cap O.-N.-O. ; mer unie. Nous faisouK, sous petite voi- 
lure, 3 milles et demi à l'heure. 34 vaisseaux de la flotte 
avec nous. Le côté, à l'articulation xyphiude me fait mal, 
ainsi que la rénale ; je men sentirai longtemps. Sur le soir, 
par tems calme, avons essayé de descendre à 50 brasses 
une bouteille pleine d'eau douce et lx>u( hée hermétique- 
ment avec du liège et de la eire ; l'eau est revenue salée* 
Le sidin nitrique marin, par la pression de la surface 
cubique, a forcé l'eau de mer d'entrer dans la bouteille. 
Nou8 avons ensuite descendu celle-ci vuid<', le goulot le 
premier, et nous l'avons retirée pleine, le bouchon ayant 
été par la même cause enfoncé dedar.s. Nous la bouchâmes 
une troisième fois avec du ver.-e ; elle revint vuide, ou 
plutôt presque vuide, car il s'y étoit introduit im peu d'eau, 
que nous jugeâmes avoir pénétré par quelques pores de la 
cire ou quelque petit vuide entre le bouchon et le col 
interne de la bouteille. Nous projetons de renouveler un 
autre jour l'expérience avec de meilleures précautions. J'ai 
mangé du bœuf salé et bu beaucoup d'eau. 

'id. La langue me fai' mal. Calme; vent de N. ; pluie. 
Trente-cnnti bûtimens de ht flotte en vue, allant comme 
nous au gré des flots. Espérons du )x>iï vent ! Que Dieu 
sous la garde de qui nous sommes veuille nous l'aecorder !.... 

Je ne dois pas omettre de parler de la privation de thé 
le soir. Hier, comme le capitaine arnonçoit le sotiper, je 
lui dis qu'à mon âge je ne pouvoif pas digérer deux fois 
par jour du bœuf, quoiqu'il fût fort b<»n, et (jue je préférois 
une tasse d'eau bouillie avec du sucre. Il répondit qu'il n'y 
avoit point de (vu. Cej endaut trois quarts d'heure après, 
l'eau pour le grog, dont je ue bois jamais, arriva bien 
chaude ; je demandai du sucre et je pris deux tasses d'eau 



267 — 



stK'réo, qni ont farilHé )« digestion de mon dinor. Je tue 
porte Men mi^ux ce m»tin. Di«^u aeul tuiit ni je pourrai 
obtenir môme ce moyen «k dl>»«^«tlon ciWitre l'opinion dHm 
homme qui ne veut rion au gré des |)aaRt^jfer8, se» ordres 
de despote devant K'(^xécute^ de préfércnee. Le pauvre 
M. PorteouB, presque toujours maliwle du mul de mer, ftu- 
roit h4'8oin de thé léger, le *dr; il y eu a pourtant enccvre 
ïi Ixird trente-huit livres, e'e«t-ji-dire plu»* qu'il u'tm faudrolt 
pour notre oonsommntion. Qu'en veut taire ee cftpitainc 
HNiire, nous n'en savons rien. Pour n^oi, peu m'import<t, si 
je puis avoir de l'eau chaude, qui tient le eorpn lil>re et 
relaetie, ee dont j'ai <onst«m«ient l>eti<ùn, et le thé resserre. 
Oela ne nuit donc qu'aux partisans du thé, 

27 mai. Vent N.-N-(). ; calme; eap il ro.-?^..0. Fai84m8 
environ un mille. Hier nous étions par 4ft.30 lat., et 39.7 
loniu:. 44 navires et la frégate autour de nous. Le capitaine 
Smith, du Lefth, est venu à bord ; il a pris une groase 
tortue jaune qui dormoit sur l'eau. 

28 mai. Vent N.-N.-O. ; mp O. è N.-O. ; .3 milh s à l'heure. 
Mer un peu houleuse. Mon côté me fait mal, aux feusscs 
côtes ; il paraît y «voir une dureté en de<lans : j'ai mis, ce 
matin, les mouches dessus. Je n'ai i>aH pu me coucher sur 
m côté deptiis l'a<cid(;nt, et oela m'in«iuiôte. Toujours 
vent (•ontraii-<', r4»ndant w, voyage long et pénible pour 
un homme do mon Age. Je n'ai r;ompté <'e matin que 38 
voiles ; il en manquerait G. Le soir, pris mon eau, tiède à 
l'ordinaire, mais bien éjMiisse de vaso : j»? la lis voir au 
capitaine, qui fit une petite réprimande. 

29, dimanche. Vent ().-N..O.; cap au 8.-S.-0, Compté 38 
voiles. D<*puis que j'y ai appli(iué Us mouches, mon côté 
nu' fait moins souffrir. A midi, vent N.-O. ; cap au N.-N. è 
N.-E. ; 3 milles ji l'heure. Apparence de gros ^ent. Dieu 
nous en préserve, pour le peii «pi'il nous vaut !.... 

:jo nmi. Au matin, vent S.-S.-O. : j)r»!S(iue calme; i;ttp 
«u N.-N.-O. J'iii compté 39 voiles. Je n'ai pr<s<iue point 



— 268 



dormi ; j'ai beaucoup rêvé. " Mon esprit inquiet est sans 
cesse agit/;".... Lat. 4H.31 ; long. 43. Le capitaine Smitb 
est venu à boni. Nous faisons 3 m à l'heure. J'ai ôté mes 
guêtres, perruque» et souliers épais, parce qu'il fait chaud, 
et pour m'accoutvimer. Je suis niincement vêtu. 

31 mai. Vent /ort 8.-S.-0. ; mer grosse ; cap au N.-O. { 
O. Nous faisons 6 à 7 noeuds. J'ai compté 22 voiles, le 
tems étant brumeux. Peu dormi et beaucoup iC^vè. Hier 
nous estimions n'être qu'il 8.5 lieues du grand V>anc. Nous 
avons tué im cochon. 

1er juin. Vent 8. ; cap. O.-N.-O. ; calme. Nous faisons un 
mille à l'heure. J'ai compté 22 voiles, bien éparses ; la fré- 
gate est derrière nous, distant*- de 3 milles. Pas dormi» 
l)eaucoup rêvé Le ventre est tendu ; le c6té me fait tou- 
jours mal, ({uand je me tourne. Lat. 46 ; long, 4G. La fré- 
gate, (^omme à son ordinaire, a gagné sous le vent et fait 
signal de faire ijetite voile et de joindre le convoi. Une 
brume s'est répandue. Cet arrêt nous fait perdre 8 lieues ; 
inf.is c'est peut-être le dernier qu'elle fera. 

2 juin, jeu<ii. Grosse mer ; vent ().-S.-0. ; (lap au N,-0. et 
N.-O. i O. 4 milles. Nous ne voyons qu'un uavire, ù cause 
de la brume, très-épaisse. «> heures du soir : même vent. 
Changement dans la couleur de l'eau ; ijuehjues eanards 
plongeuirf. Nous avons sondé : fond par 56 brasses ; gra- 
viers. Pawal a un de ces graviers. Nous n'avons pas en(;ore 
pris de morues, la mère étant trop grosse. Le froid est aussi 
vif ([U'en novembre à Québec, parce (ju'il vente, pleut et 
bnime. Toute la nuit, même vent, à faire 6 »i V nœuds. 

3 juiu. Matin, vent S.-S.-O. et fort ; mer grosse ; brume 
épaisse. ( 'ap à l'O. i N.-O, Rencontré une goélette, qui au- 
roit bien voulu nous parler, ) heures -. tems un peu éclairci. 
Vu au vent un trois-mâts, faisant même route <iue nous. 
J'ai peur que nous passions le luiuc sans goûter à une mo- 
nte. 

4 juin, Fête du roi. Vent 0. fort ; mer houleuse. Cou- 



— 259 



rons S.-S.-O. Hier, lat. 45.22 ; long. 49. Vu, ce niatîn, uû 
bâtiment courant N.-N.-()., que nous suppoBon» cependant 
«le la flotte . , . , Il fait très-grand froid. Comme nous lon- 
geons le Imnc, si le calme i)rend, nous capturerons vrai- 
semblablement des morues. Essayé hier par 46 brasses» 
mais elles ne mordoient pas. 

5, dimanche. Vent O. Viré de l>ord et mis cap au N. 
Petit vent, m(!r moins houleuse qu'hier. Nous avons fêté 
la fête du roi ; nous étions tous en tnûu. N'avons ])W 
prendre do morue par 45 brasses. Il fait froid • je tousse. 
Pas de bâtimens en vue. Après-midi, vent 8.-8.-0, ; cap à 
ro.-N.-O. Demain soir, nous verrons peut-être le cap 8tç. 
Marie. 

6 juin. D(q)uis ce matin, vent O.-N.-O. ; noue portons au 
N.-N.-E. Vent mtKléré, ainsi (jue la mer. Vu 3 goélettes. 
Dieu veuille changer le vent I Froid. J'ai mal aux dents ; 
j'ai la lèvre supérieure et la joue enflées. Côté toujours 
douloureux : j'y tiens sans cesse les mouches éteintes en 
forme de cirouene et je m'aperçois que cela nie soulage. 
Nous prenons f) morues, assez seulement pour y goûter. 
Sous le vent, 3 voiles, et derrière 1. 3 heures : vent N.-E. 
Cap N.-O. Tems clair. 

- '• 1 juin, Tems calme ; vent N.-N.-O. ; cap à 0. et 0. k de 
uonl. Hondé, 48 brasses. Estimé être sur le banc à Vert. 
Lat. 44,30 ; long. .■)3.30. Le mal de dents m'a laissé à mi- 
nuit , des mouches que j'avois mises sur ma gorge ont 
fait leur eff"et. Vu au vent deux voiles faisant même route 
(jue nous, et 3 autres sous le vent. 5 heures : calme ; vent 
N.-N.-E. Un brick venant des côtes d'Halifax, chargé de 
bois, nous a parlé, et notre capitaine a écrit en Angleterre» 
Le capitaine du Leith a dit au nôtre avoir laissé la flotte 
2 jours avant nous et que le Mary-Ann l'a passé sur le 
grand ban<^ 4 jours après, de sorte qu'il doit être aujour- 
d'hui dans le golfe et qu'il arrivera avant nous. Je compte 
sur de» barges pour informer ma famille de ma prochaine 



— 260 — 



c 



arrivée. Atî rent & nous est une jçoëlettc noire. Soroft-clle 
t;elle de M. 8hcntk venant de St. Jean ? Le //«<;</«„ capitaine 
Smith, doit être avec le Jlfarp-Atm. 3 heuwH : luêine calnu*. 
sang apj>arencc d'aucun vont. Le capitaine a rt;tK)mniencc 
à nouR donner dn thé. 

8 juin. Plein de la lune. Ver» 8 h. du matin, vent N.-K. 
petit ; cap à 0.-N.-(). ; toute» voiles dehors. Vu 2 batimens. 
8 heures du soir : vent S.-O. ; cap t\ N. i N.-K. 1 1 bâtimens 
autour de nous. Pris un j^ros flétan i)e8ant 1<M) livres. 
Froid de gIao«. Le matin, à 6 heures, aperçu la terre au 
nord!.... 

9. Cette terre se trouve être les isles Miquelon ; distance 
24 milles. Vent N.-E. ; cap à N.-N.-O. Sondé, pas de fond. 
J'a i>an8c mes mouches. Il n'est pas étonnant que les na- 
tions aient entre elles des différends : dans notre petit 
royaume, nous sommes forcés à tort et à travers de tout 
déférer à Sji Majesté, qui a ses mignons ; de sorte (juc nous 
voilÀ, exposés aux sophismes conti-adictoires, ou il faut 
nous taire. C'est ce dernier parti que je prends comme le 
plus sage Viré de bord i\ 8 heures et mis cap îi O.-S.-O. ; 
vent O. è N.-O. Mangé du flé^n l>ouiUi, k la sauce au 
beurre : bon, mais pesant sur l'estomac. 

10 juin. Vent S. ; cap N.-O. ; toutes voiles dehors. Nous 
espérons d'approcher du golfe: 5 v^oiles en vu(^ Le flét«n 
m'est resté sur rostonmc plus longtems que la morue. Ma- 
lade toute la nuit, peut-otie pour en avoir trop mangé. 

11 juin. 6 heures du matin, ii^le Saint-Paul distante de <j 
lieues, reste à S.-S.-O. Vent E,, calmo ; cap à N.-O. i N., 
pour éviter les isles aux Oiseaux. 5 voiles en vue autour 
de nous. Dormi passablement. Vu hier matin des ImUiucs 
allant dans l'est, et le soir des veaux marins cH)u«uit à 
l'ouest. Betiucoup de goémons que le » ourant et les vents , 
entraînent. Quoique ce soit ici une place à mfu[uereftux, 
nous n'en prenons pas ; sans doute que ce nest pas leur 
«aisou. Le v^t, ttur le âoir, passe au N.-N.-E., et nous met- 



-M- 



tons le cap à N,-N.-0., cgpttrant voir lo Rmher appcdé islw 
aux Oi«o«ux, mais vainement. Nouk faÎMon» H milieu K 
l'heure. 

1 2 juin, dimanche. Veut N.-E, fort; mer houleuse ; beau- 
coup de plui<'. Cap à N.-O. ; 5 millett à l'heure. Kxceilcnt 
vent, Dieu iiicnù. J'ai bien dormi, I^es bàtinieus<le la flottt; 
<|ui nouK précèdent, ayant déjà atteint le Bie, arriveront 
aujourd'hui à Québec. Le Derbis en est un ; j'e»père que 
ma famille aura de mcH nouvelle»*. Dieu veuille le» avoir 
conservés et que nouM puissions noUH revoir tous ensemble 
encore une fois pour ne plus nous quitter qu'au tombeau ! 
Vu Antieosty «i 3 heures, vis-à-vis le cap des Uosictrs. Vent 
N.-N.-K. ; c-ap au S. Nous sommes tous conten». l'as de 
initimens eu vue. 4 heures : vent d'ouest ; nous lioulinons 
du nord au sud. Ce soir, nous sommes au bout <le l'isle 
d'Anticosti. 

13 juin. Vent O.-S.-O. ; cap à N. i N.-O. ; calme ; avons 
reculé près de ô lieues par les courans. L<' second a pris û 
morues ce matin ù 4 heures, ce qui va nous donner un bon 
dîner. Autour de nous, 5 bûtimens. J'ai ùté mon li*inda>f<', 
et je puis me coucher sur le côté droit mvcc piiécautit)n. 
Vers le bout d'en haut d'Anticosti, ù environ 3 lieues au 
sud, il y a trois maisons dans la Itaie ; (;clle d" milieu pa- 
roît la plus grande ; elles sont blanchies à la chaux. Vu 
beaucoup de Imleines allant vers l'est et soufHant 1 eau en 
l'ail, et un bâtim<'nt venant de <^uél>ec, aut|uel nous n'a- 
vons pas pjirlé, ét«nt près de la terre du sud. 

14 juin. Calme; petit souffle de vent de sud; (ap à 
(), 4 N.-O. Pris ce matin un»' petite morue, vis-ù-vis dv la 
Madeleine, oh nous estimons être. Derrière nous un navire, 
et un autre devant. J'ai pris deux pilules. Vu dans l'obli- 
quité nord de la terre du sud de la neige en plusieurs en- 
droits. Anticosti est derrière nous ù 10 ou 12 milIcH. Vu 
encore des bal<'in<'8 et un certain poisson à nageoires lon- 
gues qui imroissoit se btittre avec elles. J'ai suppoué que 



-262 — 



c*étoit celui qui les tue, parce que l'eau fumoît en l'air avec 
d'horribles ronflemens de la lialeine. 4 henr^-s ; vent E.-S. ; 
calme. Faisons petite route. Nous sommes vis-à-vis les 
Sept-Isles, 20 bfttimens autour de nous. 

15 juin. Vent N. ; cap i\ O.-S.-O. ; petite brise Cette nuit, 
avons couru au nord. Vu un biUiment. Le tems est bru- 
meux. 3 heures de l'après-midi : cap sur le cap H, Nicolas, 
cAtc du nord, dette c6te n)'a paru Iwhsc, bien Ixiisée de gros 
lK)iK francs et mous ; petite rivière au-tlessus de la pointe. 
Les terres doivent y être bonnes. Cap »i S.-S.-E. sur les 
terres du sud, le vent étant S.-S.-O. 

10 juin. Vent 0. ; nous boulinons avec im moyen vent- 
Hier au soir, le pilote Ross vint ;\ 1)ord avec son fils, et le 
pilote Lavoie et son apprenti. Ross est resté, et Lavoie a 
été h \)on\ d'un atitre. Ce matin, vu la pointe des Monts à 
notre arrière. Cap ù S.-S.-O. Ils nous ont régalés d'un sau- 
mon. Lavoie et lui m'ont dit uvoir été h l'apothicairerie, 
que mofi fils avoit grandi et grossi, qu'il se portoit bien et 
toute la fijniilUe, et ipie l'on m'attendoit tous les jours. Ces 
nouvelles m'ont n'^oui si fort, que je n'ai pu fermer l'œil 
de la nuit. 

17 juin. Vent N.-E. ; <;-ap 0. i S.-O. ; l»onne brise. Nous 
faisons 7 milles j\ l'heure. Nous sommes vis-îi-vis de Ma- 
tane, on il paroît y avoir G maisons. Terrain en amphi- 
théâtre, et bon, au dire des pilotes. Ils comptent 12 lieues 
jusqu'à Métis, et G de là au Bic. Le pilote Ross dit que 
l'isle du Bic et la seigneurie vis-à-vis sont à vendre, et 
qu'on peut avoir le tout pour cent cinquante^ louis. Avan- 
t»ig<!8 actuels ; pêche à morue au bas de l'isle, rhasse aux 
loups-mnrins, terre de q loi semer 30 m. de tous grains, et 
Ixmne terre, bons bois, beaucoup de mâture s, beaucouji de 
foin. Sur le front de !« seigneurie, beaucoup de foin, sur la 
j>etite rivière, et trois habitivns, 7s. 6d. chacun. Pèche au 
saumon moyenne ; pêches à l'anguille, au hareng, à la sar- 
dine, excellentes. On peut prendre des marsouins à l'anse 



— 268 



an Coq. Comme tous les bâtimens, en montant ou en des- 
ceudant, mettent j\ l'ancre dans la rade du BU', ce poste 
geroit avantageux pour y tenir des animaux et den provi- 
sions, vins et caux^ie-vie. En biUissant sur la grande tcrrtr, 
ù la petite rivière, un moulin ù farine et à scier, on y atti- 
reroit les habitans dos tiefs voisins qui en man«|uent et les 
habitans du Bic même. Objet ù considérer k Québec. Un 
bâtiment tirant ju8<iu'à 15 pieds d'eau peut entrer à uier 
haute dans la rivière Matane. 

18 juin. Rendus aux Pèlerins. Vent N.-E. ; cap 0.-S.-8. 
J O. Nous vîmes un brick échoué sur la batture du haut 
de l'isle aux Lièvres ; dans la matinée, 5 autres sur l'isb; 
Eougo, et un sur l'ïsle Blanche. Si le veut tient, nous ver- 
rons, avec l'aide de Dieu, Québec et ma chère famille, objet 
de mes jilus ardens désirs, et mes amis. On voit Kamou- 
raska. Le bon vent continue .... 

Le 19 juin (dimanche), au matin, nous étions à l'ancre 
devant la ville. Nos voiles à peine étoient serrées que la 
chaloupe du capitaine de port M. Bouché, mon ami, avec 
\\n officier de la douane, arrivèrent à bord pour prendre 
connaissance du navire ; ils me mirent avec plaisir à terre. 
Oui, je volai vite avec mon fils entre les bras de mon 
épouse et de toute la famille. Quelle joie pour nous, et 
pour meK ami.s, qui ne cessèrent de me venir visiter toute 
la journée ! 

Un peu remis le lendemain, je fis ma visite respectueuse 
au gouverneur, de qui je fus fort civilement re<;u. 

Mon absence n'avcit aucuriement nui aux intérêts de la 
maison. Au contraire mes amis s'étoient fait un plaisir 
d'encourager mon fils en tout ce qui concernoit sa profes- 
sion. On avoit su par mes lettres qui! je navois pu pénétrer 
en France h cause de la guerre. 

Me voici encore une fois à la tête de mes aft'aires de 
médecine et de commerce. J'avois ii bord du Jane^ sur 
lequel j'étois revenu, pour 3000 livres sterling de nuirclian- 



— 264 — 



dlws diverses. Comme tre nMivpau commerce ètoit étr*ii- 
ger à mon étiit et que je ne pouvoÎM pu» l'exereer, je le fin 
faire souk le nom de ma rhère fille madame Lehonlfer 
daiM« un beau magasin, dans le Ims de la moitié de ma 
jçrande maison. Je devois li Ixrtidres, outre njes fonds, looo 
livres, que je remis en mlobre à MM, Irvine à Mapnet, 
pour Noble k Cie. ; je payai le reste en trois ans. Ma fille 
tira de ses marchandises le meilleur parti (K)ssible ; les 
bénéfices nous ont mis en état d'envoyer mon atné en 
Angleterre pour se faire graduer dans son état, et le cadet 
aux Etats-Unis d'Amérique, et d'mheter la seigneurie des 
KlMMilemens, sans toucher k mes propriétés de Québec et 
des Trois-Rivièros. 



CHAPITRE ONZIÈMK. 



Jiniëonê 7W1 ni'ont induit à acKcter la êeiyneurie det Ehoulrinen» M 
à laiater à met deux fil» la matto» de Québec. Jt vait habiter le* 
Eboulemem, 6V qu'étoit le eurf Marcketeau. 

J'étois nminienant vieux et infirme. Cependant jv per- 
sistai à suivre mes nAFaires jusqu'au retour d«' mon fils 
aîné, h qui je remis tout \ «on arrivée. Mon rôle étoit flîii. 
Les papiers publics annoncèrent ce changement, uu non) 
rie Pierre de Sales Im Terrière, arrivé nouvellement des 
(ollégcH et hôpitaux d'Angleterre, annonce qui priKluisit 
l'effet désiré. 

A son tour son frère Paschal partit pour l'université de 
Philailelphie pour y être gradué aussi en médecine. A son 
retour, les deux frères sont entrés en société enseuiMe, et 
les mêmes affaires se continuent au nom de Paschal de 
Sales La Terrien? à Cie. 

Ija guerre étant déclarée avec- les Etats-Unis, mon aîné 
a été nommé premier chirurgien «les Voltigeui-s, et le cadet 
]»remier chirurgien du Oe bataillon de la milice sédentaire 
de Qué)>ec. 

Si j'ai acheté les Eboulemens, ce n'est pas que le nom 
de De Sales, qui égale ceux des familles au premier rang 
par la naissance en Europe, fût méprisé, ni que j'aie voulu 
donner un nom de seigneur h mes enfans. Leur position 
matérielle, morale et politique étoit élevée dan»* le [>ai>» dt; 
leur naissance, d'autant plus qu'ils descendoient d'une 
famille noble au sang pur, qu'aucune mauvaise action n'a 
fait dégénérer depuis que son chef a le titre de comte, titre 
qui fut sans doute la récompense de l'honnetir et de la 
vertu. 

Je n'achetai cette seigneurie que par une découverte de 
pur hasard ; car je ne savois pas qu'elle fût à vendre, lors- 

f2 \ 



— 266 — 



qu'un jour la sceur du curé Marchutcau vint au magasin de 
ma fille, ot en p*rlMit 4b ohoRes et d'amircs et de hou en- 
droit, isolé et éloigné, dit que la soigneuiie étoit à vundn^ 
et <ttie «on frère VHSudr^it bien qu'elle toral>At <n de lionneB 
mains avec qui il |)ût lairc société.— Est.! 1 vrai qu'elle 
Boit à vendre ? lui dit ma fille. Restez à dîner avec nous. 
Mon père ayant trop de fati/.rue8 «-n ville »\ cause de son 
{îgc et du ses infirmités, cherche un endroit à la caini)Agne 
(|Ui lui plaise jiour s'y retirer. Hûremeut vous lui fere» 
plaisir : ou dînant nous lui en parlerons. — Elle accepta 
l'offre, et pendant le dîner, noun discourûmes longuement 
de cette découverte. Cette fomme me dit ; — Ecrive» im« 
médiatement à mon frère. Lui seul est capable de vous 
donner là-dcsus Ick éclaire issemens désirables. 8oyex sûr 
que je nu le laisserai paK trautiuille qu'il uait réussi ; et 
il a tant de pouvoir sur l'esprit du vieux seigneur, que 
l'afl'aire sera bientôt dans le sac et à votre satisiactiou.-— 
Effectivement, hiùt jours après je reçus de lui la réjtonse 
fastueuse du ^> dé<;enibre 1809, folio 1er de ses lettres, oii 
il a'étoit question que de mettre en lui une confiance sans 
borne j je le fis trop malheureusement et lut pris au piège. 
Les réflexions vraies que j'ai faites dans la table des faits 
d» toutes ses lettres, qui suivent cet ouvrage (l), prouve- 
ront amplement mes assertions, et que si ^e n'ai pas été 
entièrement leurré par ce fourbe, c'est qufi j'ai été plus fin 
que lui, l'ayant découvert et vu venir partout. »--M-f 
»>:' Je ne pus taire cet achat moi.méme, parce que l'ancien 
seigneur étoit trop vieux pour venir en viUe^ il falloU 
biieu me servir d'un procureur, ou, sinon, abandonner la 
partie» Les lettres si flatteuses de ce curé devant moi, je 
n'hésitai point, persuadé qu'un homme de Dieu eat inca- 
pable d'aucune at^tion injuste et l»as8e. Voyant donc son 
caractère sacré, et ses offres de service chaletu-euses et réi* 
'iMè.4iiiii-iL-t Ai^mi •♦.1 ,1 ,,. 
(l| Elles manquent'— A. Q, 



* 



— 267 — 



téréeg, pouvoiu-jo, devois-je môiuc ponsor à d'autreu que 
lui pour me repréHcntor ? Non, saUH dotitc. Je Itrt «ionnai 
ma procuration, et avec wm aide je devins propriétaire (Je 
Ift st'îjjnt'urio dcn Kl)OulemenH, dont M ro«ta cnHuitc l'agent 
Heipnf'urîiil jienjlant 18 mois, nu l»oiit dos^iuels )<.• fus y 
réhidei' moi-môme, ("est aiorH, on cmlKuant de lui avoir 
donné Ixiaucoup de troulile, que je prig le timun dt» racs 
iiflFairoK, sans lui demander aucun compte (io sa gestion de 
peur de l'offenser. D'ailleurs, je le savoiB pauvre, lui-mémo 
me l'avoit dit, un jour, on me priant do ne pa»? faire prendre 
mouture Kur K»m bled, ce que je |)romi8 et exécutai ; et à 
mon exemple le meunier en fit autant. Cette iK)litcs8e 
charitable dum environ deux ans et demi. Or, lu mouture 
de GOO rainots, au 14e, ne fait pas moins de 50 minots par 
an, ou pour tout le tems, 125 minots, et î'if^ minots à dix 
chelins donnent XG2 - 10 -0 .... Le compte qu'il m'a 
rendu de se, gestion étoit de 25 minots de bled, qu'il avoit 
même prêtî;» t\de pauvres gens, qui me K'S doivent encore. 
Le reste de mon revenu a passé à faire des charités pour 
effacer mes vieux péchés. La chose me parut toujours si 
drôle, (jut je ne dis rieo et me trouvai content, remerciant 
Dieu de la grâce qu'il m'avoit faite de m'avoir enseigné si 
vite le moyen daller en paradis ; je me crus absous de 
tout le passé, l)ien résolu cependant de ne plus pécher 
comme je l'avois fait, parce que tout le reste de mes reve- 
nus y passeroit .... 

J'ai gouverne depuis ma l>ar(jue siins prendre les avis de 
mon bon apôtre ; c'est ce qui est cause qu'il enrage do 
dépit 1 . . , . 

Je ne m'en suis pas trouv-é plus mal, si co n'est du côté 
de la médecine, dont il s'est emparé à l'aide de quelque 
charme du Dr. Agronome^ vi»ux bouquin. On ne lui ôtvroit 
pas de la tête «ju'il ne surpasse |)a8 ' Esculape en couuuis« 
nancc« médicales. Pour moi, je ne conuuis pas une plus 
grande bête en médecine que ce nouvel Agronome, empi- 



'-■■-' ^ / 



— 268 — 

nquft, charlatan, du système de Vincitahilité et de Vaithérie, 
Sans avoir jamais disséqué imc souris, ni l'avoir vu faire, 
il tranrho et coupe, partcat : c'est, de son vrai nom, le 
matiL-niatriccs de ces paroisses. Aussi ses cures sont-elies 
promptes ](0'ir l'éternité. Une nouvelle accomhée, qui a 
une hémorragie, prenant de aon plantain, enflf <'t est guérie 
en 24 heures I . . , . J) dit que c'est un crime de faire sotiffrir 
hmgtems une pauvre malade, et que les médecins de tous 
lestems cui été d s fous avec leurs pilules dorées et leur 
régime. Cela, avec l'assurance qu'il donne à s^s patiens 
(ju'il les envoie en paradis comme i)rètre de Dieu, fait qu'il 
a toujours ime foule de ces imbéciles à ses trousses ; c'est 
de l'enchantement, du fanatisme. S'il n'a pas prononcé, le 
monde do son voiiùnage va s'écrouler!.... Cette nJracu- 
leu^j réputation ne se soutient que par les femmes, deve- 
nues entièrement ses a^ «xavcs à cause de son principe de 
VincitabiliU' n' éniqv!. îl a pour doctrine que, physique- 
ment parlant, il n'y a pas de crime ii faire avorter une 
femme ; que l'on ne commet pas de meurtre puisqu'il s'agit 
d'uji corps que l'on ne /oit, ni ne sent, ni ne cnn prend. 
Son remède opère en deux fois 24 heures. On a beau lui 
dire ((ue dès l'instant de la création de l'être, il e«t tout ce 
qu'il doit ôtre (pioiqu'en embryon, ({u'il est organisé, et 
qu'eu déranger l'ordre et l'existence, c'est meurtre, suivant 
tous les honnêtes gens ; ce n'est point sou se'^^timent à 
lui ; ce n'est, selon aon système, que redonner cours maté- 
riellemeni, par des excitans, i\ des corpuscules (|ii se sont 
8pont/*nément arrêtés danf^^ le passage <lcs fl;i! ! s. Exé- 
crables |)rîucipes I. . . , 



'■) '\ 



l'-.-U. 



• .'.. 






FIN DES MEMOIRES. 



.t - 
t 



f^t» 



rjnii 



TA.BLE. 



-'>i<S^- 



iNTRODrCTIOX •'> 

CHAPITRE T. 

'Juelle oht la famille du l'autour el dans 4Ucllc annw 
il h'oij C8t séparé .....•*.... *i 

CHAPITRE II. 

Du Kcjour de l'autour ù Lallochelle et d« hvh proJçrc^ 
pendant un an. — De son voyage jusqu'à Paris par 
la Messagerie i\ cheval 14 

. •' - ' "- CHAPITRE m. 

Coniin(i ijuoi ce monde est un véritable théâtn- uii 
ehacun figure avec des cliangemenH de décoration . , tîT) 

'■■••' CHAPITRE IV. 

AgrémenH, aventtires et contre-tenis que j'éproUvai en 
.viJlo ; liaison avec <|uel(iues amies ; engagenient de 
cœur avec MiidemoisciUe Catherine Delzéne, <|Ui. 
maltçré elle, devient 1 éi>oU8e de Pélissier ; <ircon- 
.sta,nces tristes <pii m*- l'ont rendu»' ; elle devient ' 

enfin mon épous»' , , Vo 

CHAPITRE V. 

Camctèie do Pélissier — ^ I.«s forf^es Saint-M«urii • — ' 
Ici (.'ommencent mes malheurs. — .le ra< héte les 
tbi'gcs livvc Diiums, — Mon arrestation. — Je «ui» 
prisonnier d Etat. — Mon innocence et le peu de 

' justice du gouverneur Frédéric HttlUiinaud 83 




■i-'^ 



— â70~ 

CHAPITRE VI. 

Ce qui arrive àrauteiu- pendant son emprisonnement. 
— St'K efforts pour prouver son innocence, et le peu 
do cas que l'on en fait. — Sa cage ''t machine repré- 
sentant 1<'8 forges et toutes les fortifications de 
Québec. — Esquisse des autres prinonniers 116 

CHAPITRE VII. 

Sortie de prison de l'auteur. — Son voyage à l'isle de 
Terrencuvp.— Son l'etour dans la province ; cequll 
y fait jusq'Và l'examen des chiniriafiens, et son départ 

. . pour l'université de Cambridge, près de Boston .... 124 

CHAPITRE VllI. ,• i - 



Relation du voyage de l'auteur depuis le ^■i liage abé- 
nakis jusqu'il Boston. — Ses études en raMecine i\ 
Tuniversité de Cambridge. — Bon retour au Canada 
par le Ijic Champlain, et son ré-cxamon par le bu- 
reau de médecine, à Québec, où il ol)tiC'nt sa licence 
pour piatiqufîr dans la i>rovince du noble et géné- 
re\ix lord Dorchester, gouverneur. — Il retourne à 
la Baie-du-Febvre — Changen)cus de demeure. — Il 
s'établit cntin à Québec pour mettre se» fils au coï- 
le 



légt 



CHAPITRE IX. 



162 



Séjour do l'auteur à Québec. — Il marie sa fille à Le- 
boulier. — Portrait de ce dernier. — îiC masque 
tf»nd»c. — Fuurlierie de cet bomme. — Sa conduite 
infâme envers sa femme, — L'auteur s'éloigne et va 
d«'meurer aux Trois-Rivières. ~ jChoulier se rend 
l'Mupable de sévices intolérables. — Retour de Tau* 
t«'Ur I» «Québec, — Su fille obtient une séparation de 
corpn «,.........> '201 



— 271- 

C'HAPITRE X, 

Quelques réflexions de l'auteur touchant la situation 
de sa fille. — Les rainons pour lesquelles il se di-eide 
à faire un voyage eu Europt', — Il se rend au Por. 
tugal, et passe de là en Angleterre. — Sou retour au 
Canada , 228 

CHAPITRE XI. 

Raisons qui .n'ont induit h acheter ia seigneurie des 
Eboulenitns et à laisser à mes deux fils la maison 
de QuélMîc. — .îe vais habiter les Eboulomens. — Ce 
^u'étoit le curé Marchetei^u 2^5 

■ \