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Full text of "Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne [microforme]"

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IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




1.0 



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Sciences 

Corporation 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTEKN.Y. 14SS0 

;/t6) 873-4503 






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CIHM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CIHM/ICMH 
Collection de 
microfiches. 




Canadian Instituts for Historical Microreproductions / institut canadien de microreproductions historiques 





Technical and Bibliographie Notes/Notes techniques et bibliographiques 



Thei 
toth 



The Institute has attempted to obtain the best 
original copy available for filming. Features of this 
copy which may be bibliographically unique, 
which may alter any of the images in the 
reproduction, or which may significantly change 
the usual method of filming, are checked below. 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire 
qu'il lui a été possible de se procurer. Les détails 
de cet exemplaire qui sont peut-être uniques du 
point de vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une image reproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dans la méthode normale de filmage 
sont indiqués ci-dessous. 



Thei 
possi 
of th 
fiimii 



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Coloured covers/ 
Couverture de couleur 



I I Covers damaged/ 



□ 



D 
D 
D 
D 



D 



Couverture endommagée 



Covers restored and/or laminated/ 
Couverture restaurée et/ou pelliculée 



I I Cover title missing/ 



Le titre de couverture manque 



□ Coloured maps/ 
Cartes géographiques en couleur 



Coloured ink (i.b. other than blue or black)/ 
Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 

Coloured plates and/or illustrations/ 
Planches et/ou illustrations en couleur 

Sound with other matériel/ 
Relié avec d'autres documents 

Tight binding may cause shadows or distortion 
along interior margin/ 

La re liure serrée peut causer de l'ombre ou de la 
distortion le long de la marge intérieure 

Blank leaves added during restoration may 
appear within the text. Whenever possible, thèse 
hâve been omitted from filming/ 
Il se peut que certaines pages blanches ajoutées 
lors d'une restauration apparaissent dans le texte, 
mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont 
pas été filmées. 



D 
D 
D 

D 

D 
D 
D 
D 



Coloured pages/ 
Pages de couleur 

Pages damaged/ 
Pages endommagées 

Pages restored and/or laminated/ 
Pages restaurées et/ou pelliculées 

Pages discoloured, stained or foxed/ 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 

Pages detached/ 
Pages détachées 

Showthrough/ 
Transparence 

Quality of print varies/ 
Qualité inégale de l'impression 

Includes supplementary matériel/ 
Comprend du matériel supplémentaire 

Only édition available/ 
Seule édition disponible 

Pages wholly or partiatly obscured by errata 
slips, tissues, etc., hâve been refilmed to 
ensure the best possible image/ 
Les pages totalement ou partiellement 
obscurcies par un feuillet d'errata, une pelure, 
etc., ont été filmées à nouveau de façon à 
obtenir la meilleure image possible. 



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Additional comments:/ 
Commentaires supplémentaires: 



This item is filmed at the réduction ratio checked below/ 

Ce document est filmé au taux de réduction indiqué ci-dessous. 

10X 14X 18X 2X 

I I I I I I I I l/l I I I I 



26X 



30X 



12X 



lex 



20X 



24X 



28X 



32X 



The copy ffilmad hero ha* baan reproducad thanks 
to tha ganarotity of : 

University of British Columbia Library 



L'axamplaira filmé fut raproduit grflca à la 
généroaité da: 

University of British Columbia Library 



Tha imagaa appaaring hara ara tha baat quality 
poaaibla conaidaring tha condition and lagibility 
of tha original copy and in kaaping with tha 
filming contract «pacifications. 



Las imagas suivantes ont été raproduitas avac la 
plus grand soin, compta tanu da la condition et 
da la netteté de l'exemplaire filmé, et en 
conformité avec les conditions du contrat da 
filmaga. 



Original copies in printed papar covars are filmed 
beginning with the front cover and atiding on 
the lest page with a printed or illustrated impres- 
sion, or the back cover when appropriata. AH 
other original copies are filmed beginning on the 
f irst page with a printed or illustrated impres- 
sion, and ending on the lest page with a printed 
or illustrated impression. 



Les exemplaires originaux dont la couverture en 
papier est imprimée sont filmés en commençant 
par le premier plat et en terminant soit par la 
dernière page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration, soit par la second 
plat, selon le cas. Tous les autres exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration et en terminant par 
la dernière page qui comporte une telle 
empreinte. 



The lest recorded frame on each microfiche 
shall contain the symbol — »■ (meaning "CON- 
TINUED"), or the symbol V (meaning "END"), 
whichever applies. 



Un des symboles suivants apparaîtra sur la 
dernière image de chaque microfiche, selon le 
cas: le symbole — *> signifie "A SUIVRE ", le 
symbole V signifie "FIN". 



Maps, plates, charte, etc., may be filmed at 
différent réduction ratios. Those too large to be 
entirely included in one exposure are filmed 
beginning in the upper left hand corner, left to 
right and top to bottom, as many f rames as 
required. The following diagrams illustrate the 
method: 



Les cartes, planches, 'ableaux, etc., peuvent être 
filmés à des taux de réduction différents. 
Lorsque le document est trop grand pour être 
reproduit en un seul cliché, il est filmé à partir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche à droite, 
et de haut en bas, en prenant le nombre 
d'images nécessaire. Les diagrammes suivants 
illustrent la méthode. 



1 2 3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 



" 1 nr- 



11 



^ 



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ESSAI POLITIQUE 

SUR LE ROYAUME 



DE LA 



NOUVELLE -ESPAGNE. 



1 



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ESSAI POLITIQUE 



SUR LE ROYAUME 



DE LA 



NOUVELLE -ESPAGNE, 



PAR AL. DE HUMBOLDT. 



TOME TROISIÈME. 



m- 



A PARIS, 

Chez F. SCHOELL, Libraire, rue iîes Fosses- 
Saint- Gi;rmain-i.'Auxerrois, k." 3cj. 

1811. 



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miÊÊmmmiÊÊsi^ÊÊti^;. 




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LIVRE IV. 

Etat de l'Agriculture de la Nouvelle- 
Espagne. — Mines métalliques. 



CHAPITRE IX. 

Prodiictioîis végétales du territoire mejcicain. 
—Progrès de la culture du soi. — lîijiuence 
des mines sur le défrichement,— Plantes 
qui setvent à lu nourriture de llionune, 

IN ous venons de parcourir l'immense étendue 
de terrain que Ton comprend sous la déno- 
mination de royaume de la Nouvelle-Espagne. 
Nous avons décrit rapidement les limites de 
chaque province , l'aspect pLjsique du pays, 
sa température, sa fertilité naturelle, et les 
progrès d'une population naissante. Il est 
temps de nous occuper plus spécialement de 
l'état de l'agriculture et de la richesse territo- 
riale du Mexique. 

III. . 



'«.- 



MVIU. IV 



Un empire cpii s'iHcnd depuis le sei/ième 
jusqu'au Ireule-scptiènie dcf,^ré de lalilude, 



Oiire (IcjU , par sa |)osiliou geo;4ra[)lu([ne , 
tuules les uiodifîcalions de eliuiat que l'on 
Ifouveroit , eu se lransj)ortaul des rives du 
Séu('^^i;lcii Espa«^nie , ou des coles du Malabar 
aux s{( ppes de la Grande-Bucharie. Cette 
variété de cliuiats au«^uiente eneore par la 
consliluliou géolo<;ique du pays , par la 
niasse et la lorn»e extraordinaire des nion- 
lairnes mexicaines , dont le tableau a été 
tracé de' us le troisième chapitre. Sur le dos 
et sur la pente des Cordillères^ la lempéra- 
ture de chaque plateau est différente, selon 
qu'il est pUisou moins élevé. Ce ne sont pas 
des pics isolés dont lessouimets, rapprochés 
de la liniile des neiges perpétuelles , se cou- 
vrent de pins el de chèues. Des provinces 
entières produisent spontanément des plantes 
alpines, et le cultivateur habitant de la zone 
torride y perd souvent l'espérance des mois- 
sons; , par Teffet des gelées ou par l'abondance 
de la neige. 

Telle est l'admirable distribution de la 
chaleur sur le globe , que , dans l'Océan 
aérien, on rencontre des couches plus froides à 



CllAPITUi: IX. 3 

nipsure que l'on sVlcve ; tandis fjuc dans la 
profondeur des mers la tenipéiiilure diminue 
à mesure que l'on s'éloij^nc de la surface des 
eaux. Dans les deux élémens , une niénie 
latitude réunit , pour ainsi dire , tous les 
elimats. A des distances iné^^ales de la surface 
de l'Océan , mais dans le même plan vertical, 
on trouve des couches d'air et des couches 
d'eau de la même température. Il en résulte 
que, sous les lropi([ues , sur la pente des 
Cordillères, et dans l'abîme de l'Océan , les 
plantes de la Laponie , comme les animaux 
marins voisins du pôle , trouvent le <le^^ré de 
ohaleur nécessaire au développement deleurs^ 
or<^anes. 

D'après cet ordre de choses établi par la 
nature , on conçoit que dans un pa^s mon- 
tueux et étendu comme le Mexique, la 
variété des productions indij^ènes doit être 
immense, et qu'il existe à peine une plante 
sur le reste du globe qui ne seroit susceptible 
d'être cultivée dans quelque partie de la Nou- 
velle-Espagne. Malgré les recherches pénibles 
de trois botanistes distingués, MM. Sessé, 
Mociîïo et Cervantes, chargés par la cour 
d'examiner les richesses végétales du Mexi- 



I j 



( 



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4 T.iviii: îr, 

«jno, il sVn fiditdc !>Oim<Mnj|> que Ton piii'^se 
*(• I1;illcr (lo connoilro loiilos les pLiiiUs ([111 
se; troinciil on ôp^irscs sur dos rimes isoKcs, 
on prossL'Os les nnrs ronhc les anlres dans 
do v.Mslcs forèls an pied des Cordillères. Si 
l'on déeonvrr encore jonriiellenieiil de nou- 
velles espèces herbacées sur le plalean central, 
même <lans le voisina«^e de la ville de3Ic.\ico, 
fpie de plantes arborescentes ne se seront 
]>as dérobées anx yeux des botanistes, dans 
cette région liuuiide et clumdo qui s'étend 
le long des cotes orientales, depuis la pro- 
vince de Tabaseo et les rives fertiles du 
Gnasacualco jusqu'à Colipa et à Papanlla, le 
long des cotes oceidenlales , depuis le port de 
San Blas et la Sonora jusqu'aux plaines de 
la province d'Oaxaca ! Jusqu'ici aucune es- 
pèce de quinquina ( Ginchona ) , aucune 
mémo de ce petit groupe <pii a les étamines 
plus longues que la corolle , et qui forme le 
genre Exostema , n'a été reconmie dans la 
partie équinoxiale de la Nouvelle-Espagne. Il 
est probable cependant que celte découvert© 
précieuse sera faite un jour sur la pente des 
Cordillères , où abondent les fougères en 
arbre , et où commence la région des 



CIIVPITRr. T\. 



5 



vc'ritahlcs f[iiinquiiia l'ibrilii^'os à ctuiiiincs 
très-cou rlos^ et ù corolles >clucs'. 

]Nous ne nous jiroposous point ici de «Ic- 
crire l'iniiornlu'ahlc varicic tic Nc^claux dont 
lu nature a eniiclii la \asle clcndue de la 



* Voyez ma (h'-ographie dis pliiutcs , p. ()i — ()f> , 
et un ÎVli'iiioir»! ([uc j'ai {)ii1)llc en alliMiiaiid , coii- 
ttiinnl des obst rvalions physiques sur les ilivers(;s 
csp('C(!s «1<; (linclioiut t[iii croissent dans les deux con- 
tlnens. ( Afi-nioin's de la S iri îà d'/ils/oirc naturelle de 
Jii'i'lin , 1807, n. 1 el '2. ) On cioil au Mexique ([ue le 
Portlaiulia niexieana , dtcouvtit par Ai. Sf'SiC, pourruit 
remplacer le quinquina de l.oxa , comme le lont^ 
jii.s(pi'à im certain puint , le Portlandia hexandra 
(Coularea Aul)h;l ) à Tayenne, le Bonpiandia Irifo- 
llata Willd. , ou l«; Cusj»aié,au bord de l'Orôuoquo 
Cl le Switenia febriluiia Koxh. aux (Grandes Indes. 
Il est à dt'sirer que l'on examine aussi les vertus médi- 
cinales du Puïkneya pubens de Michaux ( Mussaenda 
bractcolata Barlram ) qui croît dans la (Icorgicj et 
c^ui a tant d'analogie avec lesCimhona. En Jetant le» 
yeux sur la propriété des genres Portlandia , Coutarea 
et lîonpiandia, ou sur l'airmilé naturelle que présente 
le véritable Cinchona épineux et rampant , «lécouvert 
à Guayaquil par M. Talalla , avec les genres Pa^deria 
et Danals, on reconnoit que le principe fébrifuge du 
quinquina réside dans beaucoup de rubiacées. Da 
même le Caoutchouc n'est pas seulement extrait iliJ^ 






il 



O LIVRE IV, 

JVoiivelle-Espagne , et dont les proprielés 
uliles seront mieux connues à mesure que 
la civilisation fera des progrès dans ce pays. 
Nous ne parlerons pas des divers genres de 
culture qu'un gouvernement éclairé pourroit 
introduire avec succès. Nous nous bornerons 
à examiner les productions indigènes qui 
fournissent en ce moment des objets d'expor- 
tation, et qui forment la base principale de 
l'agriculture mexicaine. 

Sous les tropiques , surtout aux Indes 
Occidentales, qui sont devenues le centre 
de l'activité commerciale des Européens , 
le mot agriculture est pris dans un sens 
bien différent de celui qu'on lui donne 
en Europe. Lorsqu'à la Jamaïque ou à l'île 
de Cuba, on entend parler de l'état floris- 
sant de l'agriculture , cette expression offre 
à l'imagination , non l'idée de récoltes qui 
servent à la nourriture de l'homme , mais 
l'idée de terrains qui produisent des objets 

l'Ilevea , mais aussi de l'UicpoIa clastica , tlu Com- 
niiphora maf^agascaicnsls, et d'un grand nombre 
d'avitrt'S planlos de la famille des euphorbes , des 
orti» s (Ficus Ceci opia), des cucurbilacées (Carica), 
€l descanipanulacées (Lobclia). 



CHAPITRE IX. -J 

iréchan^eau commerce, et des nialières brûles 
à l'iiuluslrie manufacturière. De plus, qucl<pie 
riche et fertile que S(nt la caîïipagne , par 
exemple la vallée des Guines, au sud-est de 
la Havane, un des siles les plus délicieux du 
Nouveau-Monde , on y voit des plaines soi- 
gneusement plantées en cannes à sucre et en 
café ; mais ces plaines sont arrosées de la 
sueur des esclaves africains! La vie des champs 
perd ses attraits, lorsqu'elle est inséparable 
de l'aspect du malheur de notre espèce. 

Dans l'intérieur du Mexique , le mot agri- 
culture rappelle des idées moins pénibles et 
moins attristantes. Le cultivateur indien est 
pauvre, mais il est libre. Son état est bien 
préférable à celui des paysans dans une 
grande partie de l'Europe septentrionale. Il 
n y a ni corvées, ni servage dans la Nouvelle- 
Espagne; le nombre des esclaves y est pres- 
que nul : le sucre, pour la plus grande partie , 
est produit par des mains hbres. Les objets 
principaux de l'agriculture n'y sont pas de 
ces productions auxquelles le bjxc des Euro- 
péens a assigné une valeur variable et arbi- 
traire : ce sont des céréales , des racines 
nourrissantes, etl'agave, qui est la vigne des 



I 



8 LIVRE IV, 

indigènes. La vue des champs rappelle an 
voyageur que le sol y nourrit celui qui le 
cultive , et que la véritable prospérité du 
peuple mexicain ne dépend ni des chances 
du commerce extérieur, ni de la politique 
inquiète de TEnrope. 

Ceux qui ne connoissent l'intérieur des 
colonies espagnoles que parles notions vagues 
et incertaines publiées jusqu'à ce jour, auront 
de la peine à se persuader que les sources 
principales de la richesse du Mexique ne 
sont pas les mines , mais une agriculture qui 
a été sensiblement améliorée depuis la fin 
du dernier siècle. Sans réfléchir à l'inmiense 
étendue du pays, et surtout au grand nombre 
de provinces qui paroissent entièrement dé- 
pourvues de métaux précieux, on s'imagine 
communément que toute l'activité de la po- 
pulation mexicaine est dirigée vers l'exploi- 
tation des mines. De ce que l'agriculture a 
fait des progrès très -considérables dans la 
capitanla gênerai de Caraccas , dans le 
royaume de Guatimala , dans l'île de Cuba, 
et partout où les montagnes sont censées 
pauvres en productions du règne minéral , 
on a cru pouvoir en inférer que c'est aux 



CHAPITRE IX. 



9 



travaux des mines qu'il faut attribuer le peu 
de soin donné à la culture du sol dans d' 'ulres 
parties des colonies espagnoles. Ce raison- 
nement est juste, lorsqu'on ne l'applique qu'à 
de petites portions de terrains. Sans doute 
dans les provinces du Ghoco et d'Antioquia , 
et sur les cotes de Barbacoas, les habitans 
aiment mieux chercher de l'or de lava<»'e 
dans les ruisseaux et les ravins , que de dé- 
fricher une terre vierge et fertile : sans 
doute au commencement de la conquête , les 
Espagnols qui abandonnoient la péninsule 
ou les lies Ganaiies pour s'établir au Pérou 
et au Mexique, n'avoient d'autre intérêt que 
celui de découvrir des métaux précieux. 
«< Juri rabida sitis a cultura Hisparws di- 
« vertu » j dit un écrivain de ce temps , 
Pedro Martyr ', dans son ouvrage sur la 
découverte du Yucatan et la colonisation 
des Antilles. Mais ce raisonnement ne peut 
aujourd'huiservir à expliquer pourquoi dans 
des pays qui ont trois ou quatre fois plus 
d'étendue que la France, l'agriculture est 



II 



' De însulis nuper repertis, et de moribus incolaruni 
carum. Grynœi novus Orbis , i555,^.5ii. 



! 



10 



LIVRE IV 



dans un état de langueur. Les mêmes cause» 
physiques et morales qui entravent tous les 
progrès de l'industrie nationale dans les 
colonies espagnoles , ont été contraires à 
l'amélioration de la culture du sol. Il n'est 
pas douteux que si l'on perfectionne les 
institutions sociales , les contrées les plus 
riches en productions minérales seront tout 
aussi bien , et peut-être mieux cultivées que 
celles qui paroisscnl dép airvnes de métaux. 
Mais le désir naturel à rhonui) ^ de rnuiener 
tout à des causes très-simples, a i;it>oduit 
dans les ouvrages d'économie politique une 
manière de raisonner qui se perpétue parce 
qu'elle flatte la paresse d'esprit do la mullilude. 
La dépopulation de l'Amérique espag'iule, 
l'état d'abandon dans lequel sV trouvent les 
terres les plus fertiles , le manque d'industrie 
manufacturière , sont attribués aux richesses 
métalliques , à l'abondance de l'or et de 
Taro^ent ; comme , d'après cette même logi- 
que , tous les maux de l'Espagne dérivent ou 
de la découverte de l'Amérique, ou de la vie 
nomade des mérinos , ou de l'intolérance 
reh«'ieuse du clero-é ! 

On n'observe guère que l'agriculture soit 



CIlAPITnE IX. 



lï 



plus négligée au Pérou qu'elle ne l'est dans 
la province de Cuinana ou à la Guayane , 
dans lesquelles cependant il n'existe aucune 
mine en exploitation. Au Mexique, les champs 
les mieux cullivés, ceux qui rappellent à 
l'esprit des voyageurs les plus belles cam- 
pagnes de la Fra..ce , sont les plaines qui 
s'étendent depuis Salamanca jusque vers 
Silao , Guanaxuato , et la Villa de Léon , et 
qui entourent les mines les plus riches du 
monde connu. Partout où des fdons métal- 
liques ont été découverts dans les parties les 
plus incultes des Cordillères, sur des plateaux 
isolés et déserts, l'exploitation des mines, 
bien loin d'entraver la culture du sol, la 
singulièrement favorisée. Les voyages sur le 
dos des Andes ou dans la partie montueuse 
du Mexique, oiï'rent les exemples les plus 
frappans de cette influence bienl'aisante des 
mines sur l'agriculture. Sans les établissemens 
formés pour l'exploitation des mines, que de 
sites seroient restés déserts , que de terrains 
non défrichés dans les quatre intendances de 
Guanaxuato, de Zacatecas, de San Luis 
Potosi et de Durango, entre les parallèles 
de 31 et de 25 degrés, où se trouvent réunies 



■' .p 



12 



LIVRE IV 



les richesses métalliques les plus coiisidcraliles 
de la JNouveile-Espagne ! La l'ondalion d'une 
\ille suit imniédialeuient la découverte d une 
mine considérable. Si la ville est placée sur 
le flanc aride ou sur la crête des Cordillères, 
les nouveaux colons ne peuvent tirer cjue de 
loin ce qu'il faut pour leur subsistance et 
pour la nourriture du grand nombre de bes- 
tiaux employés dans l'épuisement des eaux , 
dans le tira^ie et ramal;>amation du minerai. 
Bientôt le besoin réveille l'industrie : on com- 
mence à labourer le sol dans les ravins et sur 
les pentes des montagnes voisines , partout où 
le roc est couvert de terreau ; des fermes 
s'établissent dans le voisinage de la mine; 
la cherté des vivres, le prix considérable 
auquel la concurrence des acheteurs maintient 
tous les produits de l'agriculture, dédom- 
magent le cultivateur des privations auxquelles 
l'expose la vie pénible des montagnes. C'est 
ainsi que par le seul espoir du gain , par les 
motifs d'intérêt mutuel qui sont les liens puis- 
sans de la société, et sans que le gouvernement 
se mêle de la colonisation , une mine qui 
paroissoit d'abord isolée au milieu de mon- 
tagnes désertes et sauvages, se rattache en 



2S 

le 

le 
ir 

'y 

e 



ciiAriTRE r\. i3 

peu de temps anx terres anciennement la- 
bon rétîvS. 

Il y a pl.is encore; celte inflnence des nn'nes 
snr le dérrichemeiit progressif du pays est 
plus durable qu'elles ne le sont elles-mêmes. 
Lorscpie les fdons sont épuisés et qu'on ahan- 
doime lestiavaux souterrains, la popuL.tiou 
du canton diminue sans doute, parce que les 
«nneurs vont chercher fortune ailleurs; mais 
le colon est relenu par l'attachement qu'il a 
pris pour le sol qui l'a vu naître, et que ses 
pères ont défriché de leurs mains. Plus le site 
de la ferme est isolé, et plus il a d'attrait pour 
l'habitant des montagnes. Au commencement 
de la civilisation, comme vers son déclin, 
rhom.ne paroît se repentir de la génc qu'il 
s'est imposée en entrant dans la saciété. Il 
*ime la solitude, parce qu'elle le rend à son 
antique liberté. Cette tendance morale, ce 
désir de l'isolement, se manifeste surtout 
parmi les indigènes de la race cuivrée , qu'une 
longue et triste expérience a dégoûtés de la 
vie sociale, et particuhèrement du voisinacr^ 
des blancs. Semblables aux Arcadiens, les 
peuples de la race aztèque aiment à habiter 
les cimes et le fluuc de* montagnes les plus 



i!:' 



I 



l 






) 4 



i 



l4 LTVnE TV, 

cscarpcos. Celrail parlicnlicr do luurs mœurs 
conlrihiie slngnlicremeiit à éleiHlre la [)opu- 
lali(>n clans la rr^^ion luon laineuse du Mexi(|ue. 
Qu'il esl inlércssaul pour le voyageur de suivre 
tes conquèlcs paisibles de l'aj^riculturc, de 
voir ces nombreuses cabanes iudieimeséparses 
dans les ravins les plus sauvages, ces langues 
de terre cultivées, qui s'avancent dans un 
pays désert, entre des bancs de^ roc nus et 
arides ! 

Les plantes qui sont l'objet de la culture 
dans ces régions élevées et solitaires , dilTï'rent 
essentiellement de celles que Ton cultive sur 
les plateaux moins élevés, sur la pente et au 
pied des Cordilliîres. Je pourrois traiter de 
l'ag'icullure de la Nouvelle-Rspagne , eu sui- 
vant les grandes divisions que j'ai exposées 
plus haut , en ébauchant le tableau physique 
du tciritoire mexicain ; je pourrois suivre les 
lignes de culture qui sont tracées sur iwesprofiU 
géologiques, et dont les hauteurs ontété indi- 
quées en partie au troisième chapitre ' : mais il 
faut observer que ces lignes de culture, comme 
celle des neiges perpétuelles, à laquelle elles 



Voyez T. I , p- ajji j et T. H, p. Z^G* 



CHAPITRK IX. 

OS, s'aJ>iiissc'iU vers le 



iLf 



nord , ft 



sont parallèle 

que les inclines cé,ralescîui,s(,us la IalilM<|< 
des villes (K ) 



a 



Ijoiul 



nxaea et tie M 



ainment qu'à la liaiiteur <| 



v\Ho, ne vénv(eul 



seize cents n.èlies , se trouvent dans I 
vinc/cis inti^mas, sous la zone { 



e <|n!fi/v.' ou 



les i)| 



plaines les moins élew'es. La I 



es fjro' 
enipr''rée,'djns 



sol que requièrent les div 
tnre, dépend ei 



i.iuleur du 
ers o-eines de eul- 
. ^éfu rai de la latitude des 

-ux,. mais la ilevibilité d'organisation est 
^lle dans les plantes cultivées, cpi'aidées 
par le soin de l'Iiomme, elles IVanelussent 
souvent les limites que le plijsieicn a osé 
leur assigner. 

Sous lequateur , les phénomènes météoro- 
io8-.ques , connue cenv de la géographie des 
P':'"'*'^ et des animaux, sont assujétis à des 
lo.s numuables et lacilcs à reeo.moitre : le 
chmat n> est mo.lifié que par la hauteur ,ln 
•eu, et la température y est presque cons- 
tante, malgré la diflérence des saisons. En 
selo.gnant de l'équateur, surtout eniro le 
<IiMnz.èn,e degré et le tropique, le clin.at 
dépend d un grand no.nhre de cireonstances 
loeales; d varie à la n.émc hauteur absolue 
"""' '" '"'^•'"e latitude géographique. Celle 



îfi LIVRE IV, 

influence tics localilés, dont rélntlc est sî 
importante pour le cultivateur, se nianii'este 
bien plus encore dans rhéniisphcre bnrcal 
quç dans riicniisplièflic austral. La grande 
largeur du nouveau continent , la proximité 
du Canada, les vents qui souillent du nord, 
et d'autres causes qui ont été dcveloppces 
plus haut , donnent à la région équinoxiale 
du Mexique et de File de Cuba un caractère 
particulier. On diroit que dans ces régions, 
la zone tempérée , celle des climats variables , 
s'élargit vers le sud, et dépasse le tropiq»ie du 
Cancer. Il sufflt de rappeler ici que, dans les 
environs de la Havane (la t. 2o'^ 8') , à la pelile 
hauteur de 80 mètres au-dessu.-. du niveau de 
l'Océan , on a vu descendre le thermomètre 
jusqu'au point de la congélation ' , et qu'il a 

* M. Robrcdo a vu de la glace formée clans une 
auge de hois ^ au mois de janvier , au village d'Ubajas, 
ruinze milles au sud-ouest de la Havane, à 74 mètres 
l'élévation absolue. J'ai vu, le 4 janvier 1801 , le 
malin à huit heures , à Rio Blanco, le thermomètre 
centigrade à 7**, 5 au-dessous de zéro: penrlant la nuit, 
un malheureux nèçre étoit mort de froid dans une 
prison. C< pendant les températures moyennes des 
mois de déco!n!)re et do janvier sont, dans les plaines 



m A PUR K IX. l'j 

tombé de la neige pirsde Valladulid (latitude 
19*' /f2'), ù i9ooiuèlres de liauleiir absolue; 
tandis que, sous l'équateur, on n'obser>e ce 
dernier phénomène qu'à des élévations deux 
fois plus grandes. 

Ces considérations nous prouvent que vers 
le tropique, là où la zone loriide s'approche 
de la zone tenqiérée ( je me sers de ces noms 
impropres consacrés par l'usage) , les plantes 
cultivées ne sont pas assujéties à des hauteurs 
fixes et invariables. On pourroit être tenté de 
les distribuer d'après la tenq^érature moyenne 
des lieux dans lesquels elles végètent. On 
observe, à la vérité, qu'en Europe le mi- 
niffiu/n de la température moyenne qu'exige 
une bonne culture est , pour la canne à sucre, 
de 19^ à 20"; pour Je calier, de 18'*; pour 
l'oranger, de 17"; pour l'olivier, de i5",5 
à i4"; pour la vigne donnant du vin potable, 
de 10** à 11" centigrades. Cette échelle ther- 
mométrique d'agriculture es^ assez exacte, 
lorsqu'on n'embrasse les phénomènes que dans 
leur plus grande généralité : mais des excep- 

de l'ile de Cuba , de 17" et 18". Toutes ces détermi- 
nations ont été faites avec d'excelteas lhernïouiètr..'S 
do Nairne. 



fî 



m. 



[■(i 



18 Ï.TVr.E IV ^ 

lions nonibieuses so présciiteiU, si Ton con- 
Mclcie tics pa^'s dont la chaleur mo}t' iiiic «le 
l'année est la nienic , tandis que les lenipé- 
ratures movennes des niuis dilïï'rent hcaiinnip 
les unes des autres. (J'esl, coininc Ta très-J)i(Mi 
prouve M. Decandollc ', la répartition iné«^ale 
de la chaleur entre les dillcrentes saisons de 
l'année, qui influe principalement sur le genre 
de culture qui convient à telle ou telle 
latitude. Plusieurs plantes annuelles , surtout 
les graminées à semences farineuses, sont assez 
indifférentes aux rigueurs de l'hiver; mais, 
semblables aux arbres fruitiers et à la vigne , 
elles ont besoin d'une chaleur considérable 
pendant l'été. Dans une partie du Marv land , 
et surtout en Virginie ' , la température 
moyenne de l'année est égale , peut-être même 
su[)éricure a celle de la Lond^ardie; et ce- 
pendant les frimas de l'hiver ne permettent 
guère d'y cultiver les mêmes v égétaux dont 

* Flore française , troisième édition , T. II , p. 10. 

^A Umc5, eu Westro-Botuie (lat. 63*' '19' ) , les 
extrêmes du thermomètre centigrade étoient,eQ 1801, 
en été -f 35", en hiver — ^^j'*,?' M. Acerbi se plaint 
beaucoup des grandes chaleurs de l'été dans la partie 
ieptentrionalti de la Laponie. 



CHAPÎTRF, I\. If) 

s«>nl ornées le plaines du Milancz. Dans la 
l'ctjion é(|uinoxiale tlu Pérou ou du Mexique, 
le seiifle , et hicn moins eneore le froment, ne 
viennent point à maturité dans des plat(îaux 
de 35oo ou de ^|Ooo mètres d'elévati/>n, 
cjuoi(jue la elialenr movemie de ees eontrées 
alpines soit au-dessus tle eelle des parties de la 
Norwège et de la Sibérie dans lesquelles les 
céréales sont eullivées a\ ee succès. Mais pen- 
dant une trentaine de jours ^ rol>li([uité de la 
sphère el la courte durée des nuits rendent 
très-eoubi«léial)les les chaleurs estivales dans 
les pa_ys les plus voisins du j)ole ; tandis que, 
sous les tropiques, sur le plateau des Cor- 
dillères, le thernionièlre ne se soutient jamais 
un jour entier au-dessus de dix ou douze 
degrés cenlii''rados. 

Pour ne pas niélcr des idées théoriques et 
peu susceptibles d'une exaelilude ri^^oureuse, 
à l'énoncé des l'uits certains, nous ne divise- 
rons les plantes culli> ées d ins la Nouvelle- 
Espagne , ni d'après la hauteur du sol sur 
lequel elles N<'^ètcnt le plus abondaumient , 
ni d'après les de<;rés de température moyenne 
qu'elles paroisscnt exiger pour leur dévelop- 
pcmcjit : nous les rangerons plutôt d'après 



''■M 



il 



il 

^1 






20 



lAVVxT. IV 



rulilité qu'elles oll'ieiit à la société. Nous 
coimheneerons jjar les végétaux qui font la 
hase ])riuci})ale de la nouniluic du peuple 
rnexicaiu ; puis nous traittions de la culture 
des plantes qui j^iésmlent des jiiatériaux à 



rindustrie 



ifacti 



UKUisine nianuiaciin lere. iMous leinuiieions 
ces recherches en (h'criviuit les productions 
végétales qui sont l'objet d'un conuncrce im- 
portant avec la métropole. 

Ce que les graminées céréales, le froînent, 
l'orge et le seigle sont pour l'Asie occidentale 
et pour l'Europe ; ce que les nond>reuses 
variétés de riz sont pour les pays situés au delà 
de rindus, surtout pour le Bengale et la Chine, 
le BananierVefit pour tous les habitans de la 
zone torride. Dans les deux continens , dans 
les îles (pie renlerme l'immense étendue des 
mers équinoxiales ; partout où la chaleur 
moyenne de l'année excède vingt-quatre de- 
grés centigrades, le fruit du bananier est un 
objet de culture du plus grand intérêt pour la 
subsistance del'homuie. Le célèbre voyageur 
George Forster, et d'autres naturalistes après 
lui, ont prétendu que celte plante précieuse 
n'existoit point en Américjue avant l'arrivée 

mais qu'elle Y avoit ( 



Espagnols 



I* 



'V 



poj 



cHApnr.F. IX. -yi 

cîcs îles Canaries au commencement du sei- 
zième siècle. En effet, Ovledo, qui, dans son 
histoire naturelle des Indes, disting-ue avec 
soin les vccrétaux indio-ènes de ceux qui y ont 

été introduits, dilposili\euientquelespieiuiers 
bananiers ont été plantés en loiG, à l'ile de 
Saint-Domino'ue , par un religieux de l'ordre 
des frères prêcheurs, Thomas de Berlangas ". 
Il assure avoir vu lui-méine le Musa culti>^é en 
Espagne, près de la ville d'Arnieria , en 
Grenade, et dans le couvent des franciscains , 
à l'ile de /a Grau Canari a y où Berlangas 
avoit pris les drageons qui furent transpor-tés 
à Hispaniola, et de là successi\ement aux 
autres îles et à la Terre-Ferme. On pourroit 
rapporter à l'appui de l'opinion de M. Forster , 
que, dans les premières relations des voyages 
de Colond> , d'Alonzo Negro , de Pinzon ,'de 
Vespucci ^ et de Gortez , il est souvent ques- 

• Deplantis esculentiH vommentatio hotaniva, 1786, 
p. 28. IlhLoire naturelle el g -^m- raie des LUe^ H Terre- 
Ferme de la grande mer Océane, i^^ii,^. ii2-ii4. 

' Chrislopliori Coluaibi navigatio. De genlibus al> 
Alonzo repertis. De n..vigalione Pinzor.i socii admi- 
rantis. JN'avigalio Alhorici Vesputii. Voyez (hynœi 
Orbis nou. , ecliiio i555 , p. 64, 8i, 85 , 87 , 211. 



u 






22 LIVRE IV, 

lion du maïs, du papayer, du Jatroplia nia- 
iiiiiot et de l'agave, niijis jamais du bananier- 
Cependant le silenee de ces premiers voya- 
geurs ne prouv e que le peu d'attention (jii'ils 
portoient aux productions naturelles du sol 
de l'Amérique. ïlernandez , qui, outie les 
plantes jnédicinales , décrit un grand nofnbre 
d'autres végétaux mexicains, ne fait pas men- 
tion du Musa : or, ce botaniste vivoit un demi- 
siècle après Oviedo ; et ceux qui regardent le 
Musa conmic étranger au nouveau continent, 
ne mettent pas en doute que sa culture ne lût 
très-comniune au Mexi([uc , vers la fin du 
seizième siècle, à une époque à laquelle une 
ioule de végétaux moins utiles à l'honnne y 
avoient déjà été portés de l'Espagne, desilcs 
Canaries et du Pérou. Le silence des auteurs 
n'est donc pas une preuve suffisante en faveur 
de l'opinion de M. Forster. 

11 en est peut-être de la véritable patrie des 
bananiers comme de celle des poiriers et des 
cerisiers. Le nierisier ( Prunus avium ), par 
exemple , est indigène en Allemagne et en 
Fiance : il existe dans nos forêts , de toute 
antiquité , comme le chêne rouvre et le 
tilleul; tandis que d'autres espèces de cerisiers, 



CHAIMTI\F. IX. 



:..3 



que Ton regarde coinine des variétés devenues 
constantes , et dont les fruits sont plus savou- 
reux que ceux du merisier , nous sont venues, 
par les Romains, de l'Asie mineure ' , et par- 
ticulièrement du royaume de Pont. De même 
on cultive, sous le nom de bananiers, dans les 
Tct^ions équinoxiales , et jusqu'au parallèle de 
55 ou 54 degrés, un grand nombre de plantes 
qui diffèrent essenliellement par la forme de 
leurs fruits, et qui conslltuent peut-être de 
véritables espèces. Si c'est une opinion peu 
prouvée jusqu'à ce jour, que tous les poiriers 
cultivés descendent du poirier sauvage comme 
d'une souche commune, il sera plus permis 
encore de douter que le grand nombre de 
variétés constantes du bananier descend du 
Musa troglodytarum cultivé aux îles Mo- 
luques, qui, lui-même, d'après Gacrtner, 
n'est peut-être pas un Musa, mais une espèce 
du genre Ravenala d'Adanson. 
On ne connoît point, aux colonies espagnoles. 



^ Tii'sfoîitdinifs , Histoire des arbres et arbrisseaux 
€jui peuvent être ciiltiuc'H sur le sol de la France , iSoij . 
T. II, p. 208, ouvrage qui contionl «U- savantes et 
curieuses nîcherches sur la pairie tles végétaux utiles) 
€t sur l'époque Ue leur première culture enEuiopc. 



1 



s 






24 LIVRE IV, 

tons Ics^Insa ou Pistm^^ dccriis par Rumpliiii» 
et iUieede : on y tlislingiie cependant trois 
espèces, cpie les botanistes n'ont encore que 
très -imparfaitement cU'lemiinèes , le vrai 
Platano ou Arton ( Musa paradisiaca Linn.), 
le Camhuvi ( Musa sapientium Linn.) , et le 
Dominico (Musa regia Runiph.). J'ai vu cul- 
tiver au Pérou, une cpiatrièine espèce, d'un 
goût très-exquis, le Meiya'Ae la mer du Sud, 
qu'au marché de Lima on appelle Platano de 
J)////^ parce que la frégate Agiiila en a porté 
les premiers pieds de l'ile d'Otahiti. Or, c'est 
une tradition constante au Mexique, et sur 
toute la Terre-Ferme de l'Amérique méridio- 
nale, que le Platano arton et le Dominico y 
étoient cultivés long-temps avant l'arrivée des 
Espagnols, mais qu'une variété du Camhuri y 
le Guinco y comme son nom même le prouve, 
est venu des cotes d'Afrique. L'auteur qui a 
marqué avec le plus de soin les différentes 
époques auxquelles l'agriculture américaine 
s'est enrichie de productions étrangères, le 
Péruvien Garcilasso de la Vega ', dit expres- 

• Cojnentarios real's de los In cas, Vol. I , p. 282. 
lifl prtilc l)anane musquée , le Dominico , dont le fruit 
m'a paru le plus savoureux dans la province de Jacn 



CHAPITRK IX. 



25 



sèment que, du temps des Incas, le maïs, le 
quinoa, les pommes de terre, et, daus les 
régions chaudes et tempérées, les bananes 
faisoient la base de la nourriture des naturels: 
il décrit le Musa des vallées des Antis; il dis- 
tingue même l'espèce plus rare à petit fruit 
sucré et aromatique, le DoDiinico , de la ba- 
nane commune ou Avion. Le père Acosta ' 
affirme aussi, quoique moins positivement, 
que le Musa étoit cultivé par les Américains 
avant l'arrivée des Esyiagnols. La banane, 
dil-il, est un fruit que l'on trouve dans toutes 
les Indes , quoiqu'il y ait des gens qui pré- 
tendent qu'il est originaire d'Ethiopie, et 
qu'il est venu de là en Amérique. 8ur les 
rives de l'Orénoque, du Cassiquiaré ou du 



<lc Bracamorros , sur les rivrs de l'Auiaxono vX. tlu 
Chamttya , paroîl itlenlkjue avec le jMusa niaculaia tle 
Jacqiiin ( Ilortus scliœnbninnensis, Tab. 446), tl 
avec le Musa régla de Bumpliius. La dernière espèce 
n'est peut-èlre elle-nième r[u'une variété du INIusa 
mensaria. Il existe, et ce fuit est très-curirux, dans 
les forets d'Auàboine , un bananier saiivage dont le 
fruit est sans graines , le Pisang jacki. ( litimph. F, 
p. i38. ) 

^ Historia nalural de liidias ^ 1608^ p. 25o. 



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11 

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26 IIVRE IV, 

Béni , entre les montagnes de TEsmcraya et 
les sources du ileuvc Carony , au milieu de* 
forels les plus épaisses , presque partout où 
l'on découvre des peuplades indiennes qui 
n'ont pas eu desrelalionsaveclesétablisseniens 
européens, on rencontre des plantations de 
maniocs et de bananiers. 

Le père Thomas de Berlangas ne pouvoit 
transporter, des iles Canaries à S.-Doniingue, 
d'autre espèce de Musa que celle que l'on y 
cullive , qui est le Camhwi ( caule nigrescente 
striato, fructu minore ovato-elongato ) , et non 
le Pldtano avion ou zapalotc des Mexicains 
(caule albo-virescente Lnevi, fructu longiore, 
apicem versus subarcuato , acute trigono). Il 
n'y a que la première de ces deux espèces qui 
vienne dans les climats tempérés, aux îles 
Canaries , à Tunis , à Alger, et sur la côte de 
Malaga. Aussi , dans la vallée de Caraccas , 
placée sous les io<* 5o' de latitude, mais à 
900 mètres de hauteur absolue , on ne trouve 
que le Camhuri et le Dominico ( caule albo- 
virescente , fructu minimo obsolète trigono ) , 
et non le Platano arton , dont les fruits ne 
mûrissent que sous l'influence d'une tempé- 
rature très-élevée. D'après ces preuves nom- 






r V 



cHAPiiT.r: IX. 



37 



brcnses on ne peut douter ([uc le bananier, 
qno |>lMsieurs vovarreurs prétendent avoir 
trouvé sauvage à Andi(jina,à Gilolo et aux 
îles Mariaiies, n'ait été cultivé en Amérique, 
lon--ietnps avant l'arrivée des Européens. Ces 
flerniers n'ont fait qu'au-iuenter le nombre 
<îcs espèces indigènes. TouteCois on ne doit pas 
s étonner de voir qu'il n'existoil pas de Musa 
àJ'ile de Saint-Domino ue, avant l'année i5i6. 
Semblables à certains auimaux , les sauvages 
lie tirent le plus souvent leur nourriture que 
d'une seule espèce déplante. Les Ibréls delà 
Cuajane offrent de nombreux exemples de 
tribus dont les plantati(jns ( comicn.s ) ren- 
forment du manihot, des armu ou des dios- 
corca , et pas un pied de bananier. 

Malgré la grande étendue du plateau 
mexicain,, et la hauteur des montagnes qui 
avuisfncnî les cotes, l'espace dont la tempé- 
rature est fa>orable à la culture du Musa, est 
de plus de 5o,ooo lieues carrées, et habité ù 
]Hnj près par \m million et demi d'habitans. 
1> H)s les vallées chaudes et humides de l'in- 
tendance de Vcra-Cruz, au pied de la Cor- 
dillère <rOrizaba, le huit du Platmio arton 
e^Yccdc quelquehDis trois décimètres, souvent 



28 



LIVT.E IV 



W:, !i 



vin^i à vinivi-dcux cciilinu'lrrs (7 ;'i 8 poiirrs) 
de lon^iiCMii-. Dans ces rru-ions fcrlilcs, surloiit 
dans Icsonvimiis d Acapulco, de S.:ii Blas, et 
du Rit) Guasacuidco , un tvi^^iine de bananes 
contient de 160 à 180 lïuils, et pèse 5o à /|0 ki- 
logrammes. 

Je doule qu'il exisie une autre plante sur le 
globe, qui, sur un petit espace de terrain, 
puisse produire une masse de su])Slance nour- 
rissante aussi considérable. Huit ou 1 euf mois 
après que le drageon est planté, le bananier 
commence à développer son régime : le fruit 
peut être cueilli le dixième ou onzième mois. 
Lorsqu*on coupe la tige, on trouve constam- 
ment parmi les nombreux jets qui ont poussé 
des racines, un rejeton {pimpotlo) qui, ayant 
deux tiers de lahauteur delà plante-mère, porte 
du fruit trois mois plus tard. C'est ainsi qu'une 
plantation de Musa, que, dans les colonies 
espagnoles, l'on appelle /;/r//r//tV//(l>ananerie), 
se perpétue sans que riionime y mette d autre 
soin que de couper les liges dont le fruit a 
mûri, et de donner à la terre, une ou deux 
fois par an, un léger labour en piochant 
autour des racines. Iju terrain de i eut mètres 
carrés de surface peut renfermer au moins 



CHAPITRE IX. 20 

trente à quarante pieds de bananiers. Dans 
l'espaec d'un an, ce même terrain, en ne 
comptant le poid'> d'un régime f[ue d^ ([uiii/e 
à vin;^l kilogrannnes , donne plus de deux 
milles kilogrammes, ou quatre mille livres 
en poids, de substance nourrissante. Quelle 
diiïerence entre ce produit et celui des *^ra- 
minées céréales dans les parties les plus i'orliles 
de l'Europe! Le froment, eii; le supposant 
semé et non planté d'aprt'sla jnétliode chinoise, 
et en calculant sur la base d'une recolle dé- 
cuple, ne produit, sur un terrain decentjnètres 
carrés, quequinzekilo;L5*'rammes ou trente livres 
pesant de crains. En France , par exemple, le 
demi-hectare ou l'arpent lé;^al de i344-^ toises 
carrées, est ensemencé à la volée, en terres 
excellentes, avec iGo livres de qrains , en 
terres médiocres ou mauvaises, avec 200 ou 
22olivres : le produitvarie de 1000 à 2000 liv. 
Tarpent. La ponmie de terre, d'après M. Tes- 
sier, donne en Europe, sur cent mètres carrés 
de terre bien cultivée et bien fumée y une 
récolte de45liilog tmmes ou de goliNres de 
racines :onen compte quatre à six mille livres 
par arpent légal. Le produit des bananes est 
par conséquent à celui du froment comme 



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LIVRE IV 



133 : I ; à celui des poiiiiucs de Icrrc, roinnie 
4/i : r. 

Les personnes c|ui en Eurojie onl goùh'* des 
bananes njuries dans les sTMies, uni de la 
peine à eoneevoir cpi'un IVuit qui , |),ir sa 
grande douceur , ressend)le nn peu à une 
fig-ue scelle, puisse elre la l)îise de la nour- 
rilure de plusieurs millions d'honnnes «pii 
iiabitent les deux Indes. On oublie aisément 
cpie, dans l'acte de la véjt^étation , les mêmes 
élémcns, selon (pi'ils se combinent ou se 
séparent, forment des mélang-es chiniirpies 
très-did'érens. En eiîct, reconnoîtroit-on dans 
le mucilaj^e laiteux que renferrîient les graines 
des graminées avant que l'épi mûrisse, ce 
périsperme farineux des tîéréalcs, qui nourrit 
la plupart des peuples de la zone tempérée? 
Dans le Musa, la formation de la matière 
amylacée précède l'époque de la maturité. 
Il faut bien distinoucr entre le fruit du bana- 
nier cueilli vert et celui qu'on laise jaunir sur 
le pédoncule. Dans le second, le sucre est 
tout formé; il s'y trouve mêlé à la pulpe , et en 
telle abondance (pic si la canne à sucre n'étoit 
pas c(dli\ ée dans la région des bananiers , on 
pourroil, du fruit de ce dernier, extraire le 



CHAPITRE IX, 



3 



)liis d( 



>fit 



le fil 



sucre avec plus de prolit cju on ne le lait en 
Luropc , tk'H beltera\ es eldu raisin. La banane 
cueillie veile conlientleuiéinc principe nour- 
rissant que l'on observe dans le blé, le riz, les 
racines tubéreuses et le sa<^ou; savoir, la l'écuJe 
amylacée unie à une très-petite portion de 
gluten végéttil. En pétrissant sous l'eaii de la 
farine de bananes séchées au soleil, je n'ai 
pu obtenir que quelques atomes de cette masse 
ductile et visqueuse qui réside en abondance 
dans le périsperme, et surtout dans l'embryon 
des céréales. Si, d'un coté, le glutineux, qui a 
tant d'analogie avec les matières animales, et 
qui se boursoufle par la chaleur, est d'une 
grande utilité pour lu confection du pain; de 
l'autre, sa présence li'est pas indispensable 
pour rendre une racine ou un fruit nourris- 
sant. M. Proust a reconnu du gluten dans les 
ieves, les ponmies et les coings; il n'en a pas 
découvert dans la farine des ponnnes de terre. 
Les gommes, par exemple, celle du 3Iimosa 
nilotica ( Acacia vera Willd. ) , dont se nour- 
rissent plusieurs peuplades africaines pendant 
leur passage par le désert, prouvent qu'une 
substance végétale peut être un aliment uu- 



1 



ViM 



3a 



LIM\E IV 



I . 



Irilif, sans ronlcnir ni ^liucn, ni inalièic 
iunylacrc. 

il scruit <lirf:ri!o de dcrTirc 1rs nonihicMiscs 
prrpainlions par les(|nc'il('S les Anuricains 
rendtMîl le IViiil du Musa, soil a\anl, soil a]>rès 
sa iiiMlurilé, un niels sain el ai;iéal)le. J'ai vu 
souvent , en renionlant les rivièies, que les 
naturels, exposés à de lon«^ucs rali«^ues, font 
lin dùuT eoniplel a^ee une très-pelile portion 
de manioc et trois hananes {Plataiio di-ton) 
de la ;^randc espè(X\ Du temps d'Alcxandie, 
si toutefois l'on doil en croire les anciens, les 
philosophes de l'Indoustau étoienl jdus sobres 
encore. « Âvboii nomcn j)ahe, poino arienie, 
« aiio sdpicntcs hulonmi iu\'i(nt. Fructus 
« admlrahiUs siiccl dulci^dine iil iino (jua- 
« tcrnns satlet. » (Plin. XII. 12.) En général, 
dans les pavs chauds, le peuple regarde les 
substances sucrées non-seulement comme un 
mets qui rassasie pour le monjent, mais comme 
vraiment nutritives. J'ai obser\ é souvent que , 
sur les côtes de Garaccas, les muletiers qui 
conduisoient noë bagages, préléroicnt, pour 
leur dîner , le sucre brut ( papclun ) à la 
viande fraîche. 



i 



cHM'iii'.i; i\. 



.13 



Ta's j)îi^siul();^islcs ii'onl poini crirorc (It'lor- 
iiiiiH' jncc j)rt'ri>l()n cv. ([iii cafacU'iiso iiiuî 
siil)st;m('e cinincmiiinil noiiiiissanle. (Jalim;r 
1 .:i|)]>t lil en sliiniilaiil les neils du svslcme 
<^'asli icjuc. ou lournir au n»rps des niatière?* 
<[ui [)eu\ettl s'assimiler' raeilenieiil , sont des 
modes craelioii Irès-dilli'iens. Le tahae , les 
feuilles de ri']i'vlliro\vlon eoeea, mêlées à la 
eliaux \ive, ro[)iuui, doul les natifs du Ben- 
lyale se sonl souvonl sei •^ i avec sueeès pendant 
des mois cnlicrs, dans des Icmps de disette, 
appaisenl la ^iolenee de la daim ; mais ces 
suljslances agissent ])ien ijutix^ncnt que le 
pain de froment, la racine du Jalroplia, la 
j^(^nune arahirpie , le lichen d'Islande, ou la 
chair de poisson pourii, c[ui est la nourriture 
princijiale de plusienr^ tribus de nègres afri- 
cains. Il ne paroîl pas douteux ([u*à volume 
égal les matières si/nizntc'rs on animales nour- 
rissent mieux cpie les matières végétales : il 
paroit que, parmi ces dernières, le gluten est 
plus nourrissant ([ue l'amidon , et ramidoii 
plus que le muedage; mais il faut bien se 
garder d'attribuer à ces principes isolés ce 
qui, <lans l'aclion de l'aliment sur le corps 
vivant, dépend du mélange varié derhvdrc- 

JXT. 3 



IMi 



34 



LIVHE IV 



I ' 



^,''ène, du carbone et de l'oxigTiie. C'est ainsi 
qu'une niaticre devient éniinennnent nuuriis- 
sante, si elle renferme; connne la fè\e du 
cacoyer (Theobroma cacao), outre la matière 
amylacée, un piincipe aromatique qui excite 
et fortifie le système nerveux. 

Ces considérations , auxquelles nous ne 
pouvons donner plus de développement ici, 
serviront à répandre quelque joi:r sur les 
comparaisons que nous avons faites plus haut 
des produits de di/Térentes cultures. Si l'on 
récolte sur le même espace de terrain, en 
poids, trois fois autant de pommes de terre 
que de froment, il ne faut pas en conclure 
que la culture des plantes tubéreuses peut, à 
surface égale , nouirir trois fois autant d'indi- 
vidus que la culture des céréales. La pomme 
de terre est réduite au quart de son poids, 
étant séchée à une douce chaleur, et l'amidon 
sec qu'on séparerait de 2f\x^)o kilogrammes 
récoltés sur un demi-hectare de terrain, éga- 
leroit à peine la quantité de celui que [leuvent 
fournir 800 kilogranmies de froment. Il ta 
est de même du fruit du bananier , cpii , avant 
sa maturité , même à l'état dans lequel il est 
très-farineux, contient beaucoup plus d'eau 



CHAPITRE IX. 



3:1 



lent 
ea 

iant 
est 

leau 



et Je pulpe sucrée que les semences des gra- 
minées. Nous avons vu que la même étendue 
de terrain peut, sous un climat favorable, 
produire 106,000 kilogrammes de bananes, 
24.00 kilogrammes de racines tubéreuses, et 
800 kilogrammes de froment. Ces quantités 
ne sont pas proportionnelles au nond)re d'in- 
dividus qui pourroient se nourrir par ces 
différentes cultures sur le même terrain. Le 
mucilage aqueux que contient la banane ou la 
racine tubéreuse du Solanum, a sans doute 
des propriétés nutritives. La pulpe farineuse, 
telle que la nature la présente , offre sans doute 
plus d'aliment que l'amidon , qui en est séparé 
par l'art : ma's les poids seuls n'indiquent pas 
les quantités absolues de maîière nutritive; 
et pour faire sentir combien, sur le même 
espace de terrain , la culture du Musa u)urnit 
plus d'i liment à l'homme que la oulture du 
fiomeiit, on devroit calcule- plutôt d'après la 
niasse de substance végéiale nécessaire pour 
rassasier un individu adulte. On trouve, d'après 
ce dernier principe, et ce fait est très-curieux , 
(fue dans un pajs éminemment fertile , ua 
dcmi-liectare , ou un arpent légal , cultivé en 
b.-nanes de la grande espèce ( L^lala*io arlon)^ 



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livrj: IV 



pCMt nourrir plus de (.in([uanle ini 



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is qu en lliUrope le ni«jnie aipcnl ne don- 
iieioit j)aran, en supposant lehuiliènie ^rain, 
cpie .)yG kiloi.j'i'annncs dc^ fùiine defionient, 
quanlilé qui n'es! pas siilusanle pour lasuh- 
sistanee de dvirx indhidus ' : aussi rien ne 
frappe pins 1 européen rérennnent arrivé dans 
la zone torride, que l'exlrème pelilessc des 
lerriins eulliv/'s autour d'une cabine qui ren- 
ferjue une ransille nonibreuse d'ijidi^ènes. 

Le fruit inùr du Musa, lorsqu'il est exposé 
au soleil, se conserve connue nos fi«^ues; ii< 
peau devient noire, et prend une odeur par- 
ticulière, qui ressemble à celle du jamboa 
fume. Dans cet étal, le fruit s'appelle Platano 
passado y et devient un objet de com erce 
dans la piovinee de Alccboaciin. Celle banane 
sèclie est un aliment d'un goui a^-réable et , 
très-sain; mais les Européens nouvellement 
débarqués regardent connue très-indigeste le 

* On a calculé sur 1rs principes suivons : loo kilo- 
grammes (le froment doiuient iz kilogrammes tle 
fariue , et 1 6 kilogrammes de larine sl (H)riverlissent 
en 21 kilogrammes de paiii. La nourriture d'un indi- 
vidu est comptée en raison de 547 kilogrammes de 
pain par au. 






CHAPITP.E IX. 






fruit du Platano arlnn mur et fraîchement 
eueiUi. Cette opiiiion est très-ancienne, car 
PJine rapporte cprAlexandre ordonna à ses 
soldats de ne pas toucher aux IjcUianes qui 
eroissent sur les bords de riljphase. On 
extrait de la farine du Musa, en coupant le 
fruit vert en tranches, en le séchant au soleil 
sur des oîacis, et en le pilant lorscpi'il est 
devenu friiiblc. Celle farine, moins usilëe au 
Mexicfue qu'aux ilcs ' , peul servir aux mêmes 
usag-es que les farines de riz ou de maïs. 

La facilité avec laquelle le bananier renaît 
de ses racines, lui donne un avantage extraor- 
dinaire sur les arbres fruitiers , mcine sur 
l'arbie à pain, qui, pendant huit mois de 
l'année, est charo-é de fruits farin-^ux. Lorsque 
des peuplades se font la -uerre . et qu'elles 
détruisent les arbres, ce jualheur se fait 
sentir pendant Ion,; temps. Une olantation 
de bananes se renouvelle par dc^s ara-eons, 
dans respjiee de peu de mois. 

On entend souvent rcp(''(er dans les colo- 
nies espagnoles, que les habitans de la r^^ion 

» Voyez rintcressa.u Mêu.oiro de M. de Tussae 
dans sa Flore de^ Anùlks^ p. Go. 



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38 



LIVRE IV 



chmiclc (ticira calirnh') ne pourront sortir 
(le l\ial d'apalliie dans lequel ils sont plongés 
depuis des siècles, que lorsqu'une r<?V////r/'o^ y/ /<? 
ordonnera la deslruclion des banancries (plu- 
tanaj-es). Le remède est violent, et ceux qui 
Je proposent avec tant de chaleur, ne dé- 
ploient généralement pas plus d'activité que 
le has-peuple qu'ils veulent forcer au travail, 
en augmentant la masse de ses besoins. Il faut 
espérer r ^ 'industrie Fera <les progrès parmi 
lesMexicaii , sans qu'on emploie des movens 
de destruction. En considérant d'ailleurs la 
facilité avec laquelle l'iiomme se nourrit dans 
\\n climat où croissent les bananiers, on ne 
doit pas s'étonner que, dans la région équi- 
noxiale du nouveau continent, la civilisation 
ait commencé dans les montagnes, sur un sol 
moins fertile, sous lin ciel moins favorable au 
développement des êtres organisés , où le 
besoin même réveille l'industrie. Au pied cle 
la Cordillère, dans les vallées humides des 
intendances de Vera-Cruz, de Valladolid 
ou de Guadalaxara, un homme qui emploie 
seulement deux jours de la semaine à un 
travail peu pénible , peut fournir de la sub- 
sistance à une famille entière j et tel est 



CHAPITRE IX. 



.-io 






1 



cependant l'anionr du sol nalal , rpie l'iiabi- 
tant des nionla^nes , aiiquol la gelée d inie 
nuit ravit sc)n^ent l'espi^ir de 1. léeolte, ne 
descend pas dans ces plaines l'ertiles, niais 
dépeuplées, où la nature étale en vain ses 
bienfaits et ses richesses. 

La même région dans la(juelle le banj.nier 
est cultivé, pioduit aussi la plante précieuse 
dont la racine ofi'ie la laiine de manioc ou 
itKignoc. Le fruit vert du Musa se mange cuit 
ou rôti, comme le finit de l'arbre à pain , ou 
comme la racine tubéreuse de la pomme de 
terre. La farine de manioc et celle du maïs, 
au contraire, sont converties en pain; elles 
fournissent aux habitans des pays chauds ce 
que les colons espagnols appellent pan de 
tievra calicnte. Le maïs, comme nous le ver- 
rons bientôt, présente le grand avantage de 
pouvoir être cultivé sous les tropiques , depuis 
le niveau de IX^céan jusqu'à des élévations 
qui égalent celles des plus hautes cimes des 
Pyrénées : il jouit de celte flexibilité d'orga- 
nisation extraordinaire qui caractérise les 
végétaux de la famille des graminées ; il la 
possède même dans un plus haut degré que 
les céréales de Tancien continent, qui souIlVenl 



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!\0 LIVRE I\ , 

SOUS un ciel l^rùlanl, landis rjuc le maïs vr;j;x'le 
\i<^'OUJt'useuicnl dans les ]>iiNS les ])lus chauds 
de la terre. La plante dont la racine d(!inie 
la fécule nourrissante du indiiioc, est désignée, 
d'après un mot tiré de la langue à'Jhtïlj y ou 
de l lie de Saint-Domingue, sous le nom de 
Juca. Elle ne se cullive pas avec succès hors 
des tropiques; sa culture, dans la paitie mon- 
tagneuse du jMexi(jue , ne s'élève généralement 
pas au-dessus de la hauteur absolue de six ou 
huit cent mètres : elle est surpassée de beau- 
coup par celle du Camlniri ou Bananier des 
Canaries, plante qui se rapproche davantage 
du plateau central des Cordillères. 

Les Mexicains, comme les naturels de toute 
l'Amérique équinoxiale, cultivent, depuis la 
plus haute antiquité, deux espèces de Juca ^ 
que les botanistes, dans leur inventaire des 
species , ont réunies sous'le nom de Jatropha 
manihot. On distingue , dans la colonie espa- 
gnole , la Juca douce (dulcc) de la Juca acre 
ou amère {amarga), La racine de la pre- 
mière, qui à Gayenne porte le nom de cûnia- 
gnoc , peut être mangée sans danger, tandis 
que celle de l'autre est un poison assez actif. 
Les deux peuvent servir à faire du pain; 



CHAPITRE I\. 



4l 



cependant on n'emploie o'c'iiércilen.ont à eet 
usage que Ja raeine de Ja Jiiea aiiuMe, doni io 
sue vénéneux est sé])aié sui-neusenieul de Ja 
feeule avant de Taire le pain de inaniue , appelé 
cazini ou cassave. Celle s<''paralion s'upi«re 
eneompiiniant la raeine làpée dans le cihuvan, 
qui est une espèce de sae allonoé. Jl p.<roit, 
d'après un passaoe crOviedo (LiJ). Vil, e. 2 ), 
que la Juca dulee , qu'il appelle Boniuta , et 
qui cstIe//;/r/c^/wo^^'des:Mevieains, ne se hou- 
voit pas onoinaircnienl dans les îles Aniilles, 
et qu'elle j a été transplantée (\\\ eonlinent 
voisin. <c L(^Boniata, dit Oviedo, esl send)laljlc 
« à eelui de la Terre-Fenne; il n'est point vé- 
« néneux, et peut étremano-é avee son jus, soit 
« cru , soit cuit ou rôti. ^> Les naturels séparent 
avec soin, dans leurs champs {conucos) ,\q.% 
deux espèces de Jalropha. 

11 est très-remarquable que des piaules 
dont les propriétés chimiques sont si ^M^~ 
rentes , soient si diniciles à distinoucr par 
leurs caractères extérieurs, l^rown S dans 
son Histoire naturelle de la Jamaïque, a cru' 



^ Hist. ofJamaica, p. 3 '19 et 35o. Yojez aussi 
A.'osta, Lil). n^^ c. 17. 



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/| 2 I.IVKE TV , 

trouver ces caractères dans la découpure des 
feuilles. Il noinine la Juca douce, sn>ool cas- 
sada , Jalroplia foliis palruatis lobis, incerlis; 
cl la Jiica a mère ou acre , common rnssin'fi , 
Jalroplia roliispalmalis pentadactjlibus. Mais 
ayant examiné beaucoup de plantations de 
manihot y j'ai vu que les deux espèces de 
Jatropha, comme toutes les plantes cultivées 
à feuilles lobées ou palmées, varient prodi- 
gieusement dans leur aspect. J'ai observé que 
les naturels distinaruoient le manioc doux du 
manioc vénéneux, moins par la plus grande 
blancheur de la tige et la couleur rougeatre 
des feuilles , que par le goût de la racine, qui 
n'est point acre ou amère. Il en est du Jatropha 
cultivé conmie de Toranger à fruit doux, que 
les botanistes ne savent pas distinguer de 
l'oranger à fruit amer, et qui cependant, 
d'après les belles expériences de M. Galesio , 
est une espèce primitive qui se propage de 
graine comirie l'orangeramer. Quelques natu- 
ralistes, à l'exemple du docteur Wright, de la 
Jamaïque , ont pris la Juca dulce pour le vrai 
Jatropha janipha de Linné , ou le Janipha 
frutescens de LofHing ' : mais celte dernière 
* Rcza til Spanska Lœnderna , 1758, p. .^oy. 



ï 



CHAPITRE IX. 4^ 

rspèce , qui est le Jalroplia carflinf^inensis 
de Jaoqiiin , en diflere essentiellement par la 
forme des feuilles (lol)is iiliinque siniiatis), qui 
ressemblent à eellesdu Papajer. .le donle Tort 
que le Janipha puisse se transformer par la 
culture en Jatropha maniliot. Il paroît toit 
aussi peu probable que la Juea douce soit un 
Jatropha vénéneux , qui , par les soins de 
riiomme ou par l'ciret d'une lon^^ue culture» 
ait perdu peu à peu l'acreté de ses sucs. La 
Juca affiarqa des champs américains est restée 
la même depuis des siècles, quoiqu'elle soit 
plantée et soignée comme la Juca dulce. Rien 
n'est plus mystérieux que cette différence d'or- 
g-anisalion intérieure dans des végétaux cul- 
tivés, dont les formes extérieures sont presque 
les mêmes. 

Rajnal ' a avancé que le manioc a été 
transporté d'Afrique en Amérique pour servir 
àlar.ourriture des Nègres, et que , si toutefois 
il existoit sur la Terre-Fenne avant l'arrivée 
des Espagnols , les naturels des Antilles ne 
le connoissoient pas du temps de Colond^. 
Je crains que cet auteur célèbre , qui décrit 



* Histoire philosophique j T . III , p. 2 1 a- 2 1 4. 



;t; 



44 i.rvRi: IV, 

d'ailleurs assez cxacleincnl les oLjels d'Iiis- 
toiro natuielle, n'ait eoiilondn le manioc a\ te 
les ignames; e'esl-à-dirc , le Jalroplia iwcc 
une espèce de Dioscorea. .fe dcsiierois sa\()ir 
par quelle aiilorilc on pcul prouNCi" (|uc le 
manioc ait été eullivé en Guinée depuis les 
temps les ]>lus reculés. Plusieurs voJa^eurs 
ont aussi prétendu que le maïséloil sauvage 
dans celle partie de l'Afi iqne ; et cependant 
il est bien certain qu'il y a été trans|)Oi té par 
les PortUii'ais au seizième siècle. Rien n'est 
plus dillicile à résoudre que les problèmes 
de la migration des plantes uliles à l'iionnuc, 
surtout dc])uis que les comnumications sont 
devenues si Iréquentes entre tous les continens. 
Fernandez de 0\iedo, qui déjà en i5i5 avoit 
passéàl'iled'liispaniola ou de Sl.-Domingue , 
et qui, pendant plus de vingt ans, a^ oit habité 
différentes parties du nouveau continent , 
])arle du manioc comme d'une culture très- 
ancienne , et propre à rAmérique. Si, au 
contraire , les Nègres esckn es avoicnt porté 
le manioc avec eux , Oviedo auroit vu de 
ses yeux le commencement de cette branche 
iniportantc de l'agriculture des tropiques. 
S'il avoit cru que le Jatropha no Tût point 



riTAPÏTRE IX. /|5 

imligcuccn Aiik ricjjio, il iiiiroil cilrlVpoque 
à l.i<|iir!l(^ on j)lanla les premiers pieds do 
iiKiiiioe , eoiiimc il r.ipporlc, dans le pins 
grand dét.iil , la première inlrodiielic^n de la 
canne à snere , du l)[;nanicr des Canaries, 
de Tolixier et dn tlallier. Amerieo \ espneei 
rappoile, dans sa lellre adressée au due de 
l.orraine', (pj'il vil l'aire du pain de manioc 
sur la eolc de Paria , en i/njj. « Les nalifs, » 
dit cet avenlurier, d'ailleurs peu exact d.ms 
son récit, « ne eonnoisscnt pas notre l)lé et 
« nos grains fa rineuA'; ils lirent K'uv suhsis- 
« tance piincij)ale d'une laeine rpi'ils rédui- 
« sent en larinc , el qu'ils appcllenl, les uns 
« /urha , d'autres chambi y d'aulres ii^uame. » 
Il est facile de reconnoilrc ^e mot de iticca 
dans celui de incita j rpjant au mot i^j^iimnc ^ 
il désigne aujourd'hui la racine A\\ Dinscovca 
alata, que Colomb " décrit sous le nom à\i^vSj 
et dont nons parlerons plus bas. Les naturels 
de laCuajane espagnole, qui ne rcconnoissent 
pas la domination des Euiopéens, cultivent 
aussi le manioc, de toute antiquité. Manquant 



* Grynœus , p. 21 5. 



Ibid. 



66. 



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46 Mvnr: iv , 

tloNÎvros en rrpassanl les /v//>/V/o do rOré- 
i)()<]ii(* , lois (lo noire rcloiir du iUo No'^ro, 
nous nous adicssiuucs à la Irihu dis fudiens 
Piraoas , (jui \i>cul à l'csl do Mavpurôs, et 
ils nous fouinirenl du pain de Jalroplia. Il 
ne peut, par conséipient , rosier aucun d<»ulo 
que le manioc ne soit une piaule dont la 
cullurc est de beaucoup plus ancienne que 
l'arrivée des Européens et des Africains eu 
Auioiiquc. 

Le pain de manioc est très nourrissaul , 
pcul-otrc à cause du sucre qu'il conlieut, et 
d'une matière visqueuse qui réunit les nio- 
lécides Farineuses de la cassave. Cotte malièi c 
paroît avoir quelque analogie avec le caoul- 
cliouc , qui est si cojnmun dans toutes les 
plantes du groupe des Tithyinaloïdes. Ou 
doune à la cassave une forme circulaire. Les 
disques, qu'on appelle /«//^/a ou xaiixauy dans 
l'ancieime langue d'IIaïly, ont un diamètre 
de cinq à six décimètres sur trois millimèlros 
d'épaisseur. Les naturels , qui sont bien plus 
sobres que les blancs , mangent génc ralcmont 
moins d'un demi-kilogramme de manioc par 
jour. Le manque de gluten mêlé à la matioi e 
amv lacée, et le peu d'épaisseur du pain, le 



CHAPITRE IX. 



47 



rciuleiit lrôs-cass;mt et «lirruilcà liansporifr. 
(x'I iiiconvi'nienl se [\\h siirluiit sonlir diiiis 
de loM«^ues na\i;^^;jtinns. La i'éeule du manioc 
lapêe , séelire et boucanée , est j>re.s(|ue 
inallérable. Les iiiseclcs et les vers ne l'aUa- 
qucnt pas, et tous les voy.igeurs connoisscnt 
dans rAmcri(iuc équinoxiale les aNanla<^cs 

«lu i'OU(l(jUl\ 

Ce n'est pas seulement la fécule de la Jiica 
fi/mu'i^u (pii sert de nourriture aux ludiens; 
ils emploient aussi le suc exprimé de la ra- 
cine, qui, dans sou état naturel, est unpt)isoa 
actif. Ce suc se décompose par le léu. Tenu 
long-temps en ébullition , il perd ses pro- 
priétés vénéneuses à mesure qu'on l'écume. 
( )n l'emploie sans danger connue sauce , et 
moi-même j'ai pris souvent de ce suc bru- 
nâtre, qui ressendïleà unbouillon très-nour- 
rissant. A Gayenne ' on l'épaissit pour en 
faire le cabùni , qui est analogue au souy 
qu'on apporte de la Chine, et qui sert pour 
assaisonner les mets. Ils arrive de temps en 
temps des accidens très-graves , si le jus 



* Auhlet, Iliat. des plantes de la Guayane fraiiçohc , 
T. II, p. 72. 



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i\ la ('lial(Mir. (Tcsl un l'ail trôs-CDiinu .iux 

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sue non bouilli delà racine de V^iJncdanar^a. 
Oviedo rappoi'lc , connne kMuoin ocul ire, 
nue ces malheureux «jui, comme plusieurs 



tribus afr 



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âmes , prcieroieni 
travail lorec' , se rc^'unissoient par cin(]uan- 
taines pour avaler ensemble le jus vihii'uoux 
du Jatropha. Ce nu'pris extraordinaire de la 
vie , caracli^rise l'iiomme sauva«;'e dans l(\s 
parues les plus éloignées du «^lobe. 

En rcVflc'clùssant sur la rcMinion de circons- 
tances accidentelles ipii onl pu dt'lerminer 
les ])euples à se livrer à Ici ou tel gemc d^ 
culture , on est entonné de voiries A ni(^iicains, 
au milieu d'une nature si riche ^ chercher 
dans la racine vénéneuse d'un euphorbe 
( litlijmaloide) , cctl(; même substance amv- 
iîiece que d'autres peuples ont trouvée dans la 
famille des graminées , dans celles des bana- 
niers , des asperges (Dioscorca alata) , des 
aroides (Arum macrorrhi/on , Diacontiimi 
polvphvUum) , des solanées , des lizerons 
( Convolvulusbatalas , C. chrvsc>rhizus ) , des 



>: I 



CHAPITRE IX. 49 

narcisses (Tacca pinnatilidii) , des polygonces 
(P. fagopjrum), des orties (Artocarpus) , 
des légumineuses et des Ibuj^ères arbores- 
centes ( Cjcas circinnalis ). On se demande 
comment le sauvage qui découvrille Jatropha 
manihot, ne rejeta pas une racine dont une 
triste expérience de voit lui indiquer les 
propriétés vénéneuses , avant qu'il pût en 
reconnoître les propriétés nutritives? Mais 
peut-être la culture de la Juca dulco. , dont le 
suc n'est pas nuisible, a-t-elle précédé celle 
delà J ncu ai/LirgUy dont on retire aujourd'hui 
le manioc. Peut-être aussi le même peuple 
qui, le premier, eut le courage de se nourrir 
de la racine du Jatropha nuuiihot avoit-il 
auparavant cultivé les ])lantes analogues aux 
Arum et aux Diacontium ^ dont le suc est 
acre sans être vénéneux. Il étoit aisé de 
remarquer que la fécule extraite de la racine 
d'un aroïdc est d'un goût d'autant plus 
agréable qu'on la lave plus soigneusement 
pour la priver de son suc laiteux. Cette 
observation trcs-simple devoit conduire na- 
turellement à l'idée d'exprimer les fécules 
et de les préparer de la même manière que 
le manioc. On conçoit qu'un peuple qui 
m. 4 



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s.'iNoit (hilcipcr les i'.kmiu.s (Fiin iiroïdc ^ 
])<)H\(>il ( ii!i ( ^ïrcMîclrc (!c se nourrit* d'iinc 
pîtnJe (lu ^'»'rin!|)e ilt's euphorbes. Le passage 
est l'aeilc , (jur.iuiie le danger aille Iruijoui'S 
en aii.^tnenlanl. Vax elTel , les naturels des 
îles do la Soeiélé el des Mokujues, qui ne eon- 
noissenl pas le Jalroplta rnaniliot, cnlli>ent 
l'Arum niaerorriiizon el le l'aeeapinnalilida. 
La raeine de eelte dernière ])lanle néeer^silo 
les nicnies préeaulions que le nirnioe , et 
cependanllepaiiide taeeaiivalise, au inarelié 
de Banda , avee le pain du sa<;oulier. 

La ejdlure du nianioe néeessile plus de 
soin que eelle des l);??ianiers ; elle ressendjle 
à celle des poninies de Jerrc , el la réeolle 
ne se Tailquc sejfl à neuf mois après (jueles 
l^ouluies onl élé mises en lerre. Un ])euple 
qui sail [)lanler le Jairopha , a déjà l'ail un 
certain pas \ers la. i'i\ilisalion. 11 v a nième 
des variéks de nianioe, par exemple celles 
qu'à Cavennc on appelle nuuiiov hois hUiiic » 
et manioc inai-poiirn-roiti^c , dont les l'aeines 
ne ])euvenl être ariaehees (pj'au boul de 
quinze mois. I^c sau^a«;■e de la Nouvelle- 
Zélande n'auroit sans doule ]>as la patience 
d'altcndic une réeolle si tardive. 



niAPiTnr t\. 



:)r 



Dos ])lanloli<)ns de Jaliopha nuuilliot se 
Irouvciit anjoiird Imi le long* des cotes, depuis 
l'einhuuchiirc de la rivière de Guasaciialea 
juscju'au nord de Saiitaiider , et depuis Te- 
huantepee juscpi'à San J5las et Sinaloa , dans 
les ré«^ions basses et eliaudcs des intendances 
de\era-Cruz^ d'Oaxaca, de Puebla , de 
Mexico, de Valladolid et de Guadalaxara. 
Un botaniste judicieux , cpii lieureuserncnt n'a 
pas dédaigné dans ses voyages de s'occuper 
<le l'agriculture des tropiques , ]\[. Aublet , 
dit avec raison « que le manioc est une des 
« plus ])elles et uîiles pi'oduc lions du soi 
« aniéiiciùn ,et(pravec cette plante l'iiabitant 
w cie la zone torride pouri-oit se passer du 
« riz et de l(^ulcs sorics (\c IVoinens , ainsi 
« que de toutes lesra(Mn«^^ <•! (Vu ilscpii, servent 
« à nourrir rcspèco hum. m ne. » 

Le maïs occupe la méuie n ,.;ion que le 
bananier et le manioc; mais sa culture; est 
encore plus imporlaule et surtout plusétcn<lue 
que celle des deux plantes f\\\c nous vcions 
de décrire. Eu montant vers le plalcau central, 
on rencontre des clianqis de maïs d(^puis I* s 
côtes jusqu'à la vallée de Toluca , cpii a 
2800 mètres d'élévation au-dessus du niveau 



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52 



LIVRE IV 



derOccan. L'année où manque la réoolle '? J 
mais est une année de lamine et de uusère 
pour les habitans du Mexique. 

Il n'est plus douteux parmi les botanistes 
que le maïs ou blé turc est un véritable blé 
américain, et que c'est le nouveau continent 
qui l'a donné à l'ancien. Il paroît aussi que 
la culture de cette plante a précédé de beau- 
coup en Espagne celle des pommes de terre. 
Oviedo ', dont le premier essai sur l'iiisloire 
naturelle des Indes fut imprimé à Tolède 
en i525, dit avoir vu du maïs cultivé en 
Andalousie , et près de la chapelle d'Atocha , 
dans les environs de Madrid. Cette assertion 
est d'autant plus remarquable qu'un passage 
d'Hernandez (livre 7, cliap. 4o), pourroit 
faire croire que le maïs é^ii encore inconnu 
en Espagne du temps de Philippe 11, vers la 
fin du seizième siècle. 

Lors de la découverte de l'Amérique par 
les Européens, le Zea maïs (en langue aztèque 
tlaolli y en haïtien malnz , en quichua caru), 
étoit déjà cultivé depuis la partie la plus 



\W' 



* JXerum medicarum Novcc Hispaniœ thcaaurus, 
iC5i, Lil). Vil, c. 4o, p. ui/. 



CHAPITRE IX. 



53 



mérulionale du Chili jusqu'en Pensylvanie. 
D'aprcs une tradition des peuples aztèques, 
ce sont les Toultccpies qui , au septi ine sièele 
de notre ère, ont introduit au Mexique la 
culture du maïs, du coton et du piment. Il 
se pourroit cependant que ces difFérenles 
branches d'a^-Micnlturc existassent avant les 
Toullèques , et que cette nation, dont tous 
les historiens ont célébré la «grande civili- 
sation, n'eut Tait que les élendre avec succès, 
llernandcz nous a[)prend que les Otomites 
méiaes , qui n'éloient qu'un peuple nomade 
et barbare , plantoient du mais. La culture 
de celte «>'raminée s'étcndoit par conséquent 
jusqji'au delà du /i/o Oraiulc de Santiago ^ 
appelé jadis Tololotlan. 

Le maïs, introduit dans le nord de l'Europe, 
souflre du froid , partout où la tenqicraturc 
moyenne n'atteint pas sept ou huit degrés 
centigrades. J)e même, sur le dos des Cor- 
dillères, on voit le seigle et surtout l'orîje 
végéter vigoureusement à des hauteurs qui, 
à cause de rinlempérie du climat, ne sont 
pas propres à la culture du maïs. Mais en re- 
vanche , ce dernier descend jusqu'aux régions 
les plus chaudes de la zone torride , et jusque 






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54 LIVRE TV , 

dans des plaines où l'épi du froment , de 
l'orge et du seigle ne parviennent ])as à se 
développer. Il en résulte que sur l'éelielîe 
des différens genres de eullure , le maïs 
occupe aujourd'hui, dans la partie cqui- 
noxiale du Mexique , une étendue beaucoup 
plus considérable que les céréales de Tancien 
continent. Le maïs est aussi celle, de toutes 
les graminées utiles à riiomme , dont le péri- 
sperme farineux aie plus de volume. 

On croit communément que cetle plante 
est la seule espèce de blé que les Américains 
aient connue avant l'arrivée des Européens. 
Il paroît cependant assez certain qu'au Chili 
on culli\ oit , au quinzième siècle , et bien 
avant, outre le Zca maïs et le Zea curagua, 
deux graminées appelées mai^ii, et tuca , 
dont, selon l'abbé Molina, la première étoit 
une espèce de seiglt , et la seconde une espèce 
d'oj'ge. Le pain l'aii de ce blé araucain étoit 
désigné sous la dénominutinn de cokhjuc , 
mot qui a passé , dans la suite, o\\ pain fait 
avec le blé d'iiurope '. Hernandez prétend 
même avoir trouvé chez les Indiens de Me- 



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* lUoUnaj Ilintuire naturelle du, Chili j, p. 101. 



CIIAPITAE IX. 



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loacan une os]) 



)C(C de Irtîineni rnii , cl i\uns 



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su desciiplion U'ès-suriiiiclo, se rappruclie 
du ùle d\iù(>/i(fa/i((^ (Trillcuni coniposiliini ), 
que l'on croil originaire d'Iilgypte. 3Ial;j;Tt' 
toutes les infonnalions c[ue j'ai]iîiscs pendant 
mon séjour dans l inlendanee de V^alladolid , 
il m'a élé impossihje d'éelaii'cir ee poiîjt 



lut 



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ihisl. 



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one des eere. 



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sonne n'y connoit un IVomenl piopie a 
pajs, cl je soupeonne cpie llernandez a 



nomme 



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u'iini rmchiKuuuK'iisc 



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vai'iélé du l)lé (rEnrt)pe devenu sauvage, et 
croissant, sur mi sol lrès-f'Mlilv\ 

La freondilé du llaolli ou nîaïs mexicain , 
est au delà de tout eeque l'on v)eiit iinati'iner 
en Europe. La plante , l'avoriséepar de fortes 
elial( 
qui 



eurs et par beaneou 



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!rt une hauteur de deux à Irois mi'lt 



Dans les ]>e]!es plaines qui s'étendent depuis 
San Juan del \\\o à (^>uerelaro , [)ar exemple 



ms les terres lîe 



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ranza, une lanegue ae laais eu jirot 



ii'i-ande metaiiie de 

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quelquefois huit eenls ; des ter rains fertiles 
en dorment, aiuiéo commune, trois à (jualie 






* Ilôriiandez ,\i. 7 , 43. Clai^igero , 1 ^ p. 56 , uulc /'. 



56 



LIVRE IV 



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cents. Dans les environs de Vailadolitl , on 
regarde comme mauvaise une récolte qui ne 
donne que i5o ou i5o fuis la semence. Là 
où le sol est le plus stérile , on compte encore 
soixante ou quatre-vingts grains. On croit 
qu'en général le produit du maïs peut ctre 
évalué, dans la région équinoxiale du royaume 
de la Nouvelle - Espagne , à cent cinquante 
pour un. La seule vallée deToluca en récolle 
par an plus de 600,000 faneras ', sur une 
étendue de trente lieues carrées, dont une 
très-grande partie est cultivée en agave. 
Entre les parallèles de 18 et 22 degrés, les 
gelées et les vents froids rendent celte culture 
peu lucrative sur les plateaux dont la hauteur 
excède trois mille mètres. Le pr uit annuel 
du maïs, dans l'intendance de o^uadalaxara , 
est , connne nous l'avons obsc ^é plus haut , 
de plus de quatre-vingts millions de kilo- 
grammes. 

Sous la zone tempérée , entre les 00 et 58 
degrés de latitude , par exemple dans la 
Nouvelle-Calirornie^ le mais ne produit en 



' Une fanega pèse 4 arobcs ou 100 livres ; (îans 
quelques provinces 120 livres (5o à 60 kllograinnies). 



CHAPITRE IX. 



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% 



g'éiiériil, année coninjune, que 70 à 80 grains 
pour un. En comparant les niémoires ma- 
nuscrits que je possède du pore Fermiii 
Lassuen, avec les tableaux stalisliqut s publiés 
dans la relation liistoricjne du voyage de 
M. de Galeano , je serois en état d'indiquer , 
village par village, les quantités «le niaïssemécs 
et récoltées. Je trouve qu'en 1791 , douze 
missions de la Nouvelle-Californie ' récol- 
lèrent yQ2Ô Jhncgas sur un terrain ([ui avoit 
été ensemencé avec 96. En 1801 , la récolte 
de seize missions a été de 4^6 1 fancîrues , 
tandis que la quantité qu'on avoit semée ne 
montoitqu'à 66. lien résulte, pour la première 
année, un produit de 79, pour la seconde de 
70 grains pour un. En général , cette cote , 
comme tous les pays froids, paroît plusproprc 
à la culture des céréales d'Europe. Cependant 
les mêmes tableaux que j'ai sous les yeux , 
•ouvent que, dans quelques parties de la 
iNouvelle-Californie , par exemple, dans les 
champs qui appartiennent aux villages de 
San Buenaventura et de Capistrano , le maïs 
a donné souvent de i8o à 200 fois sa se- 
mence. 



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» Fnrgc ne la Sa/i/j p. 168. 



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Livnn IV 



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Quoique Ton rulûvc au Mexique une 
graudi^ (juanlilé de 1)1('' , le maïs duit èlie 
regardé couinie la uourrilurc priueipale du 
peuple : il est arssi eellc de la j)Iu|>arl des 
aniiiuuLvdoij.esliques. Le j)rix de celle denrée 
in(ulifie celui de lonlcslcs autres , dont il est 
])(.>ur ainsi dire la mesure naluielle. Lorsque 
la recolle est pauvre, soit par manque de 
pluie , soit par des j^elces précoces, la disclle 
est générale, et a les ellcls les plus funestes. 
Les ponles, les dindons cl même les grands 
l)csli;nixen soi!nVenlé<j;alement. L^n voyageur 
qui traverse une pro>ince dans laquelle le 
mi'/is, a gelé, ne lron\e ni (culs, ni ^olaille , 
ni pain tWu'rpa , ni l'aiine ponr Taire Vatolliy 
qui est une bonillie nourrissante et agréable. 
La cherté des vivres se fait surtout sentir aux 
CMn irons des nîines mexicaines; dans celles 
de Guanaxnato, par exemple, où quatorze 
lîiille mulets nécessaii'cs aux alcliers d'amal- 
gamation consonnnent amuielleinent une 
énorme quantité de maïs. Nous avons déjà 
cité plus liaiît rinfiuence que les disettes ont 
eue pé'iodiqnemcnt sur les progrés de la 
po|)ulation delà Nouvelle-Espagne. La disette 
affreuse de l'aniiéo 178/1 fut l'cliot d'une forte 



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1 se lit senlii' a une ('[kmjiic ou I ou 



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dovoille nioins s'v alleiulic sous la /oiic lor- 
ride, le 2S août, et à la IjauU-ui' peu eoubidc- 



ilile de hiv-liuil 



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raDie de iji\-liujt cents uicties au-dessus du 
niveau de l'i^ecan. 

De toutes les ^^r.iuiiuf-es cpie l'iiounne cul- 
tive , aucune u'est aussi im''^•.^le dans son 
produit. Cc])i'oduit, dans le inènie terrain, 
selon les cliangenieiis d'humidité et de tem- 
pérature moyenne de rarince , \arie de 4'> il 
200 ou 5oo grains pour un. Si la rc-colle est 
bonne, le colon Tait une Fortune ])lus ra[)ide 
avec le maïs qu'uACc le IVonieiit , et l'on peut 
dire que celle culture participe aux avantages 
et aux désa\antagcs de celle de la ^ignc. Le 
prix du maïs varie de 2 liv. 10 sous à 2S liv. 
\d faite i^iw. Le prix moyen est de cinq li\ res 
dans l'inléi'ieur du i)avs, mais le (Vèt 1 tiu*»- 
mente tellement que, pendmt mon séjour 
dans l'intendimce de Guaruixuato , \;\J(!;uy^{fcf 
coûtoit , à Salamauca (), à ()uerclaro 12, et 
à San Luis Putosi 22 livres. Diins un pays où 
il n'y a p;is de magasin , cl où les naturels 
ne vi\ent qu'au jour le jour, le pcuplesoud're 
immensément, lo.rs<|uc le maïs se soutient 
pendant lon^-temps au prix de deux piastres 






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LIVRE IV 



Oïl 10 livres la fanè^uc : alors les naturels se 
nourrissent de IfuiLs d'arbres non mûris , de 
baies de cartnsctde racines. Celte nianvaise 
nonrrilure fait naître elie/ eux des maladies; 
et l'on observe ({ue les disettes sont ordinai- 
rement accompaf;'nces d'une grande mortalité 
parmi les en fans. 

Dans les ré^^ions ehaudes et très-humides, 
le maïs peut donner deux à trois récoltes 
par an ; mais généralement on n'en fait qu'une 
seule : on le sème depuis la mi -juin jusque 
vers la iîn d'août. Entre les nombreuses va- 
riétés de celle graminée nourrissante, il y 
en a nue dont l'épi miuit deux mois après 
que le grain a été semé. Celle variété précoce 
est très-connue en Hongrie, et M. Parinentiep 
a essayé d'en propager la cul lu re en France. 
Les Mexicains qui habitent les cotes de la 
mer du Sud en préfèrent une autre que 
déjà Oviedo ' assuic avoir vue dans la pro- 
vince de Nicaragua , et qui se récolle en 
moins de trente à quarante jours. Je me 
souviens aussi de l'avoir observée près de 
ïomependa, sur les bords de la rivière des 



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» Lib. TII, c. 1 , p. io2f. 



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CMIAPITRE IX. 



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Anifizones : riKiis l(ju!cs ces v a ri i* tes de mais, 
doiil la véî^étatioii esl si rapide, [)aroissenl 
avoir le grain in(>iiisrarincii\ et ])resque aussi 
petit (jue le Zea eura;^na du Chili. 

L'utilité que les Aiiicricaiiis tirent du maïs 
est trop connue pour que j'aie besoin de 
m'y arrêter ici. L'usage du riz est à peine 
aussi varié en Chine et aux Grandes Lides. 
l)n mange l'épi cuit dans l'eau , ou rôti. Le 
grain écrasé donne un pain nourrissant (arcpd) 
(|uoique non fermenté et piileux, à cause de 
la petite quantité de gluten qui est mêlée à 
la fécule amylacée. La farine est employée 
comme le gruau , pour faire les bouillies que 
les Mexicains appellent atolli, et auxquelles 
on mêle du sucre , du miel , quelquefois 
même de la pomme de terre broyée. Le 
botaniste Ilernandez ' décrit seize espèces 
di atolli qu'il vit faire de son tem])s. 

Un chimiste auroit de la peine à préparer 
cette innombrable variété de boissons spiri- 
tueuses, acides ou sucrées que les Indiens 
savent faire avec une adresse particulière , 
en mettant en infusion le grain de maïs dans 






*■ Lib. yil, c. 4o, p. 244. 



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6?. LIVRE IV, 

dans lequel la nialicic sitcrée commence à se 
clcvclopj)er par la j^orniinalio^i. Ces baissons, 
que Ton clé>i^ne communément par le mot 
cliicha y ressemblent les mies à la bière , les 
antres au citlie. Sous le gouvernement mo- 
nastique (les Incns, il n'éloit pas permis au 
Pé»"oii de fabriquer des liqueurs enivraiilcs, 
surtout celles que l'on appelle rinapi( et sova^ 
Les despotes mexicains s'intéressoient moins 
aux nsœurs publiques et pri\ ('es ; aussi Tivro- 
gnerie éiGil-elle déjà très-commune parmi les 
Indiens, du temps de la dynastie aztèque. 
Mais les Européens ont mulliplié les jouis- 
sances du bas -peuple, en introduisant la 
culture de la canne à sucre. Aujourd bui 
chaque hauteur ofTre à l'Indien des boissons 
particulières. Les plaines voisines des cotes 
lui fournissent l'cau-de-vie de canne à sucre 
{p;i(arnpo ou agnardieute de caîia), et la 
clncha de manioc. Sur la pente des Cordillères 
abonde la tJiîclia de maïs. Le plateau central 
est le pays des vig-nes mexicaines : c'est là 
que se trouvent les. plantations d'agave qui 



^ Garcilasso, Llh. VIII, c. 9 (T. ï, p 277). JccsLa, 



I/ib. IV , c. i(.> 



238. 



CTIAPITUE IX. 



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fournissent la l)oisson ravoritc des n^ïtmcls, 
\ç. puhjuti de map;u(n\ L Indien aisé ajoule à 



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qui est ])lns chère et plus rare, l'eau-t!e-\ie 
de l'aisin ( agiuird'u'ulc da CdstilLi ) , (mi partie 
fourme par le coinuierce de TEuiope , en 
partie distillée dans le pays même. Voilà de 
nondireuses ressources pour un peuple (pii 
aime les liqueurs lorles jusqu'à l'excès. 

Avant l'arrivée des Européens , les Mexi- 
cains et les Péruviens exprimoient le suc de la 
tige du maïs pour en iaire du sucre. On ne 
se conlenloit pas <le concentrer ce suc par 
évaporalion; on savoit ])réparer le sucre hrut 
en faisant refroidir le siro}) épaissi. Cortèz, 
en décrivant a l'Enipereur Charles -(Juint 
toutes les denrées (uie l'on vendoit au «^-rand 
marclié de l'Ialeloico , lors de son entrée à 
Ténochlillau , nouiinc exprcssémeni le sucre 
mexicain. ^< On vend , dil-il, du miel d'abeilles 
« et de la cire , du miel de fii^es de niais , qui 
« sont aussi douces que les canues à sucre, et 
•f du miel d'un arbuste que le peuple appelle 
« maiiuey. Lv^s naturels Ibut du sircre de ces 
« plantes, et ce sucre ils le verKlcnt aussi. » 
Le chaume de toutes les ^raujinées contient 



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64 LIVRE IV, 

la matière sucrée , surtout près des nœuds. 
La quanlité de sucre que peut fournir le maïs 
dans la zone tempérée, paroît cependant très- 
peu considérable : sous les tropiques, au con- 
traire, sa tige fistuleuse est tellement sucrée, 
que j'ai TU souvent les Indiens la sucer, comme 
les Nègres sucent la canne à sucre. Dans la 
vallée de ïoluca, on écrase le chaume du njaïs 
entre des cylindres, et on pré])are, de son suc 
fermenté , une liqueur spiritueuse appelée 
puhjue de rnaliis ou de iLaoUl y liqueur qui 
est un objet de commerce assez important. 

Des tableaux statistiques dressés dans l'in- 
tendance deCuadalaxara , dont la population 
est de plus d'un demi-jnillion d'iiabilans, 
rendent probable, qu'année moyenne, la pro- 
duction actuelle du maïs est, dans toute la 
Nouvelle-Espagne , de plus de dix-sept mil- 
lions de fanègues, ou de plus de huit cent 
ïuillions de kilogrammes en poids. Ce grain 
se conserve au Mexique, dans les climats 
tempérés, pendant trois ans , dans la vallée 
de Toluca ; et dans tous les plateaux dont la 
tenrpérature moyenne est au-dessous de qua- 
torze degrés centigrades , pendant cinq ou 
six ans, surtout si on ne coupe pas le chauiiîe 



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CHAPITRE iX, 



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sec avant que le grain niùr ait été un peu 
frappé de la gelée. 

Dans les bonnes années , le royaume de la 
Nouvelle-Espagne produit beaucoup plus de 
maïs qu'il n'en peut consommer. Gomme le 
pays réunit dans un pelit espace une grande 
variété de climats, et que le mais ne réussit 
presque jamais à la fois dans la région chaude 
( ticrras calicntes ) , et sur le plateau central, 
dans les tierras jiias y le transport de ce grain 
vivifie singulièrement le commerce intérieur. 
Le maïs, comparé au blé d'Europe , a le désa- 
vantage de contenir une moindre quantité de 
substance nourrissante sous un volume plus 
grand. Cette circonstance, et la difficulté des 
chemins sur la pente des montagnes, s'op- 
posent à son exportation. Elle sera plus 
fréquente lorsqu'on aura terminé la cons- 
truction de la belle chaussée qui doit mener 
de Vera - Cruz à Xalapa et à Perote. En 
général les îles , et surtout celle de Cuba , 
consomment une énorme quantité de maïs. 
Ces iles en manquent soiTvent, parce que 
l'intérêt de leurs habitans est fixé presque 
exclusivemenv sur la culture de la canne à 
sucre et du Cifé; quoique des agriculteurs 
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GG LIVRE ÎV, 

iiislruits aient observé depuis long-temps qiie , 
dans le district contenu entre la Havane , le 
port de Batabano et Matanzas, des champs 
cultivés en maïs, et par des mains libres, 
donnent plus de revenu net qu'une plan ta lion 
de cannes à sucre : cette dernière culture' 
exige des avances énoniies pour l'achat des 
esclaves, leur entretien, et la construction 
des ateliers. 

S'il est probable qu'on semoit jadis au 
Chili, outre le maïs, deux autres granimées 
à semences farineuses , et qui appartenoient 
au même genre que notre orge et notre 
froment, il n'en est pas moins cerlain qu'avant 
l'arrivée des Espagnols en Amérique , on n'y 
connoissoit aucune des céréales de l'ancien 
continent. En supposant que les hommes sont 
tous descendus d'une même souche, on poui- 
roit être tenté d'admettre que les Américains, 
comme les Atlantes ', se sont sépaié's du reste 
du genre humain, avant que le froment fut 
cultivé sur le plateau central de l'Asie. Mais 
doit-on se perdre dans des temps fabuleux. 



* Voyez l'opinion énoncée par Diodore de Siciio, 
Xib. 111; p. Rhodoiu. 186. 



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CHAPITRE IX. G7 

pour expliquer d'anciennes communications 
qui paroissent avoir existé entre les deux 
conlinensV Du temps d'Hérodote, toute la 
partie septentrionale de l'Afrique n'olfroit 
encore d'autres peuples agritulteurs que les 
Egyptiens et les Carthaginois '.Dans l'intérieur 
de l'Asie , les tribus de race mongole , les 
Ilionji-nu , les Burattes , les Kalkas et les 
Sifanes , ont constamment vécu en nomades 
pasteurs. Or , si ces peuples de l'Asie centrale, 
ou si les Ljbiens de l'Afiique avoient pu 
passer dans le nouveau continent , ni les uns 
ni les autres n'y auroient introduit la culture 
des céréales. Le manque de ces graminées ne 
prouve donc ni contre l'origine asiatique des 
peuples américains , ni contre la possibilité 
d'une transmigration assez récente. 

L'introduction du blé d'Europe ayant eu 
l'inlluence la ])lus heureuse sur le bien-être 
des naturels du Mexique, il est intéressant de 
rapporter à quelle époque cette nouvelle 
branche d'aoricullure a commencé. Un nèore, 
esclave de Cortez, avoil trouvé trois ou quatre 
grains de froment parmi le riz quiservoil de 



* Jleiren ilber AJiica, p. 4i. 



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68 LIVRE IV ^ 

nourriture à l'armée espagnole : ces grains 
furentsemés, àeequiparoit, avant l'année i55o. 
La culture du blé est par conséquent un peu 
plus ancienne au Mexique qu'au Pérou. L'his- 
toire nous a conservé le nom d'une dame 
espagnole, Marie d'Escobar, femme de Diego 
de Chaves, qui porta la première quelques 
grains de froment à la ville de Lima , appelée 
alors Rimac. Le produit des récoltes qu'elle 
obtint de cts grains fut distribué pendant 
trois ans entre les nouveaux colons ; de 
manière que chaque fermier en reçut vingt 
ou trente grains. Carcilasso se plaint déjà de 
Tingratitude de ses compatriotes , qui con- 
noissoientàpeine le nom de Marie d'Escobar. 
Nous ignorons l'époque précise à laquelle 
commença la culture des céréales au Pérou: 
mais il est certain qu'en 1047 on ne connoissoit 
point encore le pain de Iroment à la ville de 
Cuzco '. A Quito, le premier blé européen 
a été semé près du couvent de Saint-François, 

> Comentarios reaies j IX, 24, T. II, p. ?>7>^. 
u Maria de Escohar , digna. de un gran estado , lleiKi 
« el tri go al Perîi. Par otro tan ta adoraron los Gen- 
« tilea a Ceres por Diosa y de enta matrona no hicieron 
u Gumita los de mi tierra, » 



i 



CHArrn\E ix. G<j 

par le P. JoseRixi, natif de Gand, en Flandre. 
Les moines y montrent encore avec intérêt le 
vase de terre dans lequel le premier froment 
est venu de l'Europe , et qu'ils regardent 
comme une relique précieuse '. Que n'a-t-on 
conservé partout le nom de ceux qui , au lieu 
de ravager la terre , l'ont enrichie les premiers 
de plantes utiles à l'honmie! 

La région tempérée, surtout les climats où 
la chaleur moyenne de l'année n'excède pas 
dix-huit à dix-neuf degrés centigrades, paroît 
le plus favorable à la culture des céréales , en 
n'embrassant, sous cetle dénomination, que les 
graminées nourrissanles connues des anciens; 
savoir : le froment, l'épcautre, Forge, l'avoine 
et le seigle ^. En effet , dans la partie équi- 
noxiale du Mexique, les céréales de l'Europe 



il 






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* Voyez mes Tableaux de la Nature , T. Il , p. \()f^, 

* Trilicum (Tvpoç) , Spolia {Isci) , Ilordcum (xf/Sfi;), 
Avena {f^^çaixos de IJioscoritle , et non le (tçoy.o^ de 
Théophrasle ) , et Secale (t/^»). Jo n'examinerai 
point ici si l'avoine et le seigle ont été vraiment cul- 
tivés par les Romains , et si Thcopliraste et Pline ont 
connu noire Secale céréale. Comparez Dioscor. , Il , 
ii6jIV,iio, pag. S;3racen. 12601294, avec Colu- 
mella,ll, io,etTéoplir.,\llI, i-4^ avecPlin, 11, 126. 



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■1 



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Livi\r, IV 



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no sonl nillivros nulle pari dans des ])latcaux 
donl l'élévalion est au-dessons de Iniilà neuf 
cents mètres ; et nous avons ohseivé plus haut, 
cpie sur la penle des Cordillères, entre Vera- 
Crnz et Aeapuleo , on ne voit généralement 
rommeneer celle culture quii la hauteur de 
douze ou treize cents mètres. Une longue 
expéiienec a pron>é aux hahilans de Xalapa, 
que le froment semé autour de leur ville 
\égèle vigoureusement, mais qu'il ne monte 
pas en épi. On le cullive parce que son 
cliaume et son feuilhiire succulens servent de 
fourrage (zi/ctilf) aux bestiaux. Il est très- 
certain cependant que , dans le royaume de 
Guatimala , et par conséquent phis près de 
Téquateur, le blé mûrit à des hauteurs qui 
sont beaucoup moindres que celles de la 
Aille de Xalapa. Une exposition particulière , 
des venls frais qui soufllent dans la direction 
du riord, et d'autres causes locales peuvent 
jnodiiicr rinlluence du climal. J'ai vu, clans la 
province de Caracas . les plus belles moissons 
de froment, près de la Victoria (lai. lo" lo') , ù 
cinq ou six cents mètres de hauteur absolue, et 
il paroît que les chanq)s de blé qui entourent les 
Qiuitro Villas, dans l'ile de Cuba (lat. 2 1"58' ) , 



^ 



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CHAPiinF, i\. 71 

ont !inc (léviilion encore iiionidre. A ITsle do 
J^'anec ( hit. 2u** xo' ) , 011 nilli\e du iVomcnt 
sui" un terrain qui Cbt presijue au niveau de 
l'Océan. 

Les eoliins européens n'oni jioint assez varié 
leurs expéi'ienees pour sa>oir cpiel est le iniiii- 
muni de hauteur à laquelle h:s eéirales peu\ eut 
venir dans la r(\.;ion écpiinoxiale du Mexiqjic. 
J^e manque ahsoln de phiie ])endant les mois 
d'été y est d'antani plus contraire au IVomenl, 
que la chaleur du climat est plus ^rande. Il est 
vrai que la sécheresse et les chaleurs sont aussi 
lri's-consid(''rai)h.'s en iSvrieetciéh];^jple; mais 
ce dei'iiier }>a^s, si riche en hic, a un climat 
qui dillcre essenlicllcmenl de celui delà zone 
torride: le sol y conserve (oujours im certain 
degré d humidité *[ui est du auK inondations 
bienfaisantes du Nil. D'ailleurs, les végétaux 
qui appartiennent aux mêmes genres que nos 
céréales, ne se trouvent sauvages que dans des 
climats tem])érés , et mémo dans ceux de 
l'ancien continent. A l'exception de ([uelqucs 
arundinacéesgiganlesques,quisonldes/>/^////r.v 
À'OdvV/A^f^ hîs graminées paroiss(;nt, en général, 
iniiniment plus raies dans la zone t(^)rride que 
dans la zone tempérée, où elles dominent pour 



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l 



'Jl LIVRE IV, 

ainsi dire sur les autres vro-claux. Nous ne 
devons donc pas nous étonner que les céréales, 
malgré la grande JlcjibUilé d'organisation 
qu'on leur attribue, et ([uileur est commune 
avec les animaux domestiques, viennent mieux 
sur le plateau central du Mexique , dans la 
partie montueuse où elles trou^ent le climat 
tle Rome et de Milan, que dans les plaines qui 
avoisinent l'Océan équinoxial. 

Si le sol de la Nouvelle-Espagne étoit ar- 
rosé par des pluies plus fréquentes, il seroit 
l'un des terrains les plus i'erliles que les 
hommes aient défrichés d.'ns les deux hémi- 
sphères. Le héros ' qui, au milieu d'une guerre 
sanglante, eut les yeux fixés sur toutes les 
branches de l'industrie nationale , Hernan 
Cortez, écrivoit à son souverain, peu après 
le siège de Ténochtitlan : « Toutes les plantes 
«* d'Espagne viennent admirablement bien 
« dans cette terre. Nous ne ferons point ici 
«c ce que nous avons fait aux îles, où nous 
«< avons négrlig^é la culture et détruit les 
«c habitans. Une triste expérience doit nous 
« rendre plus prudens. Je supplie votre majesté 

^ Lettre à V empereur Charles - Quint , datée de la 
grande ville, de Témixlilafi j le \5 octobre i524. 






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CIlAPriT\E IX. 






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[rordoni 



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(le Co 



de 



itvntacwn 
« 8éville, ({iraiicun baliiiuMil ne puisse mettre 
« à la voile pour ce pays, sans charger une 
« certaine quantité de yilanles et de graines. » 
La grande lerlilité du sol mexicain est incon- 
testable , mais le manque d'eau dont nous 
avons parlé au troisième chapitre, diminue 
souvent l'abondance des récolles. 

On ne connoît que deux saisons dans la 
région équinoxiale du Mexique, même jus- 
qu'au 28.'"' degré de latitude boréale : la saison 
des pluies ( estacion de las aguds ) , qui com- 
mence au mois de juin ou de juillet , et finit au 
mois de septembre ou d'octobre ; et la saison 
des sécheresses {cl cstlo) , qui dui e huit mois, 
dej)uis octobre jusqu'à la fin de mai. Les 
premières pluies se font généralement sentir 
sur la pente orientale de la Cordillère. La 
formation des nuages et la précipitation de 
l'eau dissoute dans l'air, commencent sur 
les cotes de Veia-Cruz. Ces phénomènes sont 
accompagnés de fortes explosions électriques; 
ils ont lieu successivement à Mexico, à Gua- 
dalaxara, et sur les cotes occidentales. L'ac- 
tion chimique se propage de l'est à l'ouest, dans 
la direction des vents alises, et les pluies 



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V 



71 LIVRE TV , 

toin])cnt quinze cm vin^l jours plnlol à Vcra- 
(auz une sur le plalcaii feutrai. ( )u('lMui;rois 
DU Mnl dans les uuuïlaiiiies el rurine au- 
dessous (le deux uiille mèlres de liauleur 
;il>S()lue, des pluies uièlées de ^^résil elde iieii;e, 
daus l(*s mois de novembre, de déceud)reetde 
uivier : uiais ees i)luies stmt très-eourtcs , 



]• 



I 



elles m; diiieul (|Uo qualre ii euKj nmis; et 
queicjue IVoitles cpielles soient, on les rei»arde 
couimc 1res -utiles pour la végétation du 
froment et pour les palura<;es. En *^énéral , 
au Mexique eomine en Europe , les pluies sont 
plus (Véqucutes dans la région mi)ntueusc , 
surtout dans ecttc partie des (Jordillères qui 
s'étend depuis le pie d'Orizaba, par Gua- 
iiaxuato, Sierra de Pinos, ZaeateeasetBolanos, 
jusqu' aux mines de G uarisamey cl du Rosario. 
La prospérité de la Nouvelle-Espague dé- 
pend de la proportion établie entre la durée 
des deux saisons de pluie et de sécheresse. Il 
est très-rare que Tagriculteur ait à se plaindre 
d'une trop grande humidité ; et si quelquel'ois 
le maïs et les eéiéales d'Europe sont exposés 
à des mondations partielles da^sles plii'.eaux , 
dont plusieurs forment des ba;vùiis eii ciilaires 
fermés par des montagnes, le blé semé sur les 



aiAI»ÎTl\F, T\'. 



'.') 



ponrrs (les rollinos en M'';;rlo avcr <1';nil;int 
phis de. vij^iioiir. Depuis le paiallèle iU' 2V* 
jusqu'à eeliii de ."(.>" les pluies smil plus rnres 
ri Irès-eourles. lïeureuscuienl les neiges, dont 
l'ahondanee est assez- eonsidiTahle depuis les 
20" de lalilude, suppléent à ee niancpie de 
pluie. 

L'extreuic séclieresse à laquelle este\]>osée 
la Nouvelle-l']spa;^ne, depuis le uiois <le juin 
jusqu'au nioisde septembre, loree leshahilaus, 
dans une ^lantle partie de ec vaste [>a} s, à des a 1- 
roseuïens arlifîeiels. 11 n'y a de lielies moissons 
de IVoment (pi'autant qu'on a fait des sai»^ru''es 
aux rivières, et qu'on a mené les eaux de 
très-loin par des eanaux d'iriii;'alion. Ce sys- 
tème de ri;iolcs est surtout suivi dans les belles 
plaines qui bordent la rivière de Santiago, 
appelée li/o (traudcy et dans eelles que 1 on 
trouve entre Salamanea, Irapuato et la Villa 
de Léon. Des canaux d'arrosenient(^/r^vyr/^/V/5), 
des réservoirs d'eau [pi'cstis), et des roues à 
godets {norias) y sont des objets de lapins 
grande importance pour ragrieullure mexi- 
caine. Semblable à la Perse et à la partie basse 
du Pérou, l'intérieur delà Nouvelle-Espagne 
est infiniment productif en graminées nour- 



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"I 



M! 



irUT 



^6 LIVRE IV, 

lissantes, partout où l'industrie de Hiomrae 
a diminnc la sécheresse naturelle du sol et 
de l'air ^ 

Nulle part aussi le propriétaire d'une <^'rande 
ferme ne sen". plus souvent le besoin d'em- 
plojer des ingénieurs qui sachent niv<.Ier le 
terrain , et qui ronnoissent les principes 
des constructions li^drauliques. Cependant^ à 
Mexico connue partont ailleurs, on a préféré 
les arts qui plaisent à l'imagination, à ceux qui 
sont indi pensables aux besoins de la \ ie do- 
mestique. On est parvenu à former des archi- 
tectes qui jugent savamment de la beauté et 
de l'ordonnance d'un édifice; mais rien n'y 
est plus rare enco: ? que des personnes ca- 
pables de construire des machines , des digues 
et des canaux. Heureusement le sentiment du 
besoin a excité l'industrie nationale et une 
certaine sagacité propre à tous les peuples 
montagnards, supplée en quelque sorte au 
manque d'instruclion. 

Dans les endroits qui ne sont pas arrosés 
artificiellement, le sol mexicain n'offre des 
pâturages que jusqu'au;: mois de mars et 



! Voyez T. II , p. ia8 et 253. 



CHAPITRE IX. 7*7 

d'avril. A celle époque, où souffle frcqucni- 
ment le vent de sud -ouest (incfifo du la 
mistcca ) , qui est sec et chaud , toute verdure 
disparoît, les graniinces et les autres plantes 
herbacées se sèchent peu à peu. Ce change- 
ment est d'autant plus sensible, que les pluies 
de l'année précédente ont été moins ubo i- 
dantes , et que l'été est plus chaud. C'est alors , 
et surtout au mois de mai, que le iVonient 
souffre beaucoup, s'il n'est point arrosé arti- 
ficielle nie o t. La pluie ne réveille la végétation 
qu'au mois de juin : aux premières ondées les 
champs te couvrent de verdure ; le TeniHage 
des arbres se renouvelle, et l'Européen, qui se 
rappelle sans cesse le climat de son pavs natal, 
se réjouit doublement de cette saison des 
pluies^ parce qu'elle lui offie llniage du 
printemps. 

En indiquant les mois de sécheresse et de 
pluie, nous avons décrit la marche que suivent 
communément les j)hénomènes météorolo- 
giques. Depuis quelques années, cependant, 
ces phénomènes ont paru dévier de la loi 
^'^énérale^ et les exceptions ont été malheu- 
rensemeni au désavantage de l'abri culture. 
Les pluies sont devenues plus raies et surtout 









t 



7» 



LIVRE IV 



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|)li!S lai'divcs. L'année où j'ai visilé le volcafi 
d(; .lonillo , la saison des pluies relaî'îa de 
trois mois entiers : elle comrnenea an mois 
de seplendiie, cl ne dura que jusque vers lu 
mi-noveml)re. On observeau Mexique , que le 
maïs, qui souffre des gelées de l'autoiiine bien 
plus (jue le froment^ a l'avantage de se rétablir 
plus (acilement après de lonj^ues sécheresses. 
Dans l'intendance de Yalladolid, entre Sala- 
nianca et le lae de Cuizeo , j'ai vu des clianqis 
de maïs que l'on crovoit perdus, végéter a\ec 
une vigueur étonnante après deux ou tiois 
jours de pluie. La grande largeur des l'euilles 
contribue sans doute beaucoup à la nutrition 
et à la force végétali\e de cette graniinée 
américaine. 

Dans les termes [hacieîidds de trigo) dans 
Jcsquelles le système d'irrigation est l)ien 
établi, parexenq)le, près de Léon, Silao cl; 
Trapualo, on arrose le i'roment à deux époques: 
la première fois, dès que la jeune plante sort 
de terre, au mois de jan\ier ; et la seconde^ au 
conmiencement de mars^ lorsque l'épi est 
près de se développer : quelquefois même 
Livant de semer on inonde le clianqi entier. 
Ou observe qu'en v laissant séjourner les 



"\wf 



CHAPITRE JX. 



79 



eaux pendant phisiouis semaines, le sol s'ini- 
])iè<^ne tellement criiumldilé, ([ne le froment 
résiste pins faeilement à de l(m;^nes scclie- 
rcsses. On sème à la volée, au moment même 
où Ton a fait éeonler les eanx en ouvrant 
les ri<(oles. Celte méthode rappelle laeultnte 
du froment dans la Hasse-Egyple, et ces 
inondations prolongées diminuent en même 
temps l'abondance des herbes parasites qui se 
mêlent à la récolte en fiuchant, et dont une 
partie a malheureusement passé en Amériqne 
avec le blé d'Europe. 

La richesse des récoltes est surprenante 
dans les terrains cultivés avec soin , surtout 
dans ceux ipjc l'on arrose , ou qui sont 
amen])]is par plusieurs labours. La partie la 
])!us fertile du plateau est celle qui s'étend 
depuis Quei'claro jusqu'à la ville de Léon. 
Ces plaines élevées ont trente lieues de lonj^- 
kur huit à dix de large. On y récolte en fro- 
ment 7)6 à /jo fois la semence ; j)lusieurs 
grandes feruics peuvent compter sur 5o ou 
(;o grains. J'ai trou\é la même fertilité dans 
les champs qui s'étendent depuis le village 
de Santiago jusqu'à Yurirapundaro, dans fin- 
tendunce de \ alladolid. Dans les cuv ironie de 



'Mi 

l'il 






8o 



IJVRE IV 



Piiebla, trAllisco cl deZelaya, dans une grande 
partie des ci\èeliés de Meelioacan et de (aia- 
dalaxara , le piodnit est de 20 à oo o-iainspoiir 
un. Un ehani[) y est considéré comme peu 
fertile, lorsqu'une fanègue de froment semée 
ne rend, année moyenne, (jue seize ranègues. 
A Cliolula , la réoohe (X)nunune est de .lo il 
4.0 grains; mais elle excède souvent 70 à 80. 
Dans la vallée de Mexico, on compte 200 grains 
pour le maïs , et 18 ou 20 pour le IVoment. 
J'ol)ser\e que les nond)res rapportés ici ont 
toute l'exactitude que l'on peut désii er dans 
un objet aussi important pour la connois- 
sance des richesses teriitoriales. Désirant 
vivement connoître les produits delagrieul- 
turc sous les tropiques, j'ai pris tous les 
rcnseignemens sur les lieux mêmes ; j'ai 
conl'ronté les données qui m'ont été l'ournies 
par des colons intelligens , et qui liabitoient 
des provinces très -éloignées les imes des 
autres. J'ai porté d'autant plus de précision 
dansée travail, que, né dans un pays oii le 
blé donne à peine le quatrième on le cin- 
quième grain, j'étois disposé plus qu'aucun 
autre à me méfier des exaspérations des ai'io- 
rlom<^s; exagérations qui sont les mêmes au 



CIlAPITr.K IX. 



8i 



^[exitjne , en Cliinc , el j),irloi]t où rjmoiir- 
pi'opic des lial)i(ans Nout profiler do la cié- 
diilité des ^^.)ya«^•eurs. 

Je irii^iioro pas (pi'à cause de la grande 
iné«^alilé avee hupiellc on sème daiis les dif- 
lercns pays, il auroil mieux valu coniparer le 
pioduil des récoltes à l'élcndue du lorrain 
ensenieiicé. Mais les mesures agraiiTs sonl si 
inexac^les, et il y a si peu do l'ernies au 
Mexique dans lescpielles on connoisse avec 
précision le nombre de toises ou de >ares 
carrées qu'elles embrassent, qu'il a fallu m'en 
tenir à la simj)lc comparaison du froment 
récollé a^ec le froment semc. Les Techerches 
auxquelles j(* m'étois li\ré pendant mon 
séjour au Mexique, m avoient donné poue 
résultat, qu'année coimnune , le produit 
moyen de tout le pays est de 22 à 25 grains 
pour un. llelourné en lilurope , j'avois 
formé de n(»uveau queUpies doutes sur la 
précision de ce rési.'llat imporlant, et j'aurois 
peut-être hésité de le pu1)lier, si je n'av«MS 
pu consulter sur cet objet, tout récemment, 
et à Paiis iiiéme, une personne respectable et 
éclairée qui h.J»ite les colonies espagnoles 
dcnuis Ironie ans, et qui > y est livrée avec 
li i. ^J 



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82 



ITVIΠIV 






heaiicoup tic succès à l'af;iiciilliirc. .^î. Ahnd , 
clianoinc de l'cglise niélropolitaine de / a/- 
ladolul de Mcchoiican , m'a assuré que, 
d'apiès ses calculs, le produit uioycu du 



1 



ronient mexicain , loin 



d'cl 



re au 



-d 



CSSOtlS 



do ^iu«^i-deux grains, est probahlcmcnt de 2;5 
à 5o; ce qui, d'après les calculs de La\oisicr 



l1( 



fois 1< 



(luit 



etdejNecker, exceci 
moyen de la France. 

Pics dcZelaya, les a^^Ticulleurs rn'onl fait 
voir la différence énorme de produit (pi il 
y a entre les terres arrosées arti'icicllemeut, 
et celles qui ne le sont pas. Lesprennères, < ui 
reçoivent les eaux du Rio Grande , distiibuées 
par des saignées dans plusieurs étangs , 
donnent l^o à 5o fois le grain semé; tandis 
que les champs qui ne jouissent pas du bien- 
fait de l'irrigation , n'en reitdcnt que quinze 
ou vin^'t. On a ici ie même défaut dont les 
Agronomes se plaignent dans presque toutes 
les pallies de l'Europe, celui d'cmplojer 
trop de se/uaille j de sorte que le grain se 
perd et s'étouflé. Sans cet usage, le produit 
des récoltes paroîlroil plus giaud encore que 
nous ne venons de liiKliqucr. 

Il sera utile de consigner ici une observa- 



il^ 



I'" 



CHAl>trl\E l\. 



8:î 



lion ^ laite près de Zclaya , par une personne 
diii'ne de confiance et trës-accoutiimce à des 
recherclies de ce ;^enre. M. Abad prit au 
hasard , dans une belle pièce de blé de plu- 
sieurs arpens d'clendue , quarante plant<îs de 
froment ( Trilicuni hybernum) : il plongea 
les racines dans l'eau pour les dépouiller de 
toute terre , et il trouva que chaque graine 
avoit de une naissance à quarante, soixante, 
et même à soixante-dix tiges ; les épis étoient 
presque tous également bien garnis : on 
compta le nombre des grains qu'ils conte- 
noient, et on trouva que ce nond^re excédoit 
souvent cent, et même cent vingt; le terme 
mojen parut de qjatre-vingt-dix : quelques 
épis contenoient jusqu'à cent soixante grains. 
Voilà sans doute un exenjple de Fertilité bien 
frappant ! On remarque , eu général , que le 
froment talle énormément djns les champs 
mexicains; qu'un seul grain y pousse un 
grand nondjre de chaumes, et que chaque 
plante a des raciiies extrêmement longues 



s :! 



* Sobre la fcrtilidad de las tierras en la Nue^'a 
Etipaha , pvr Don Manuel Abad y Queipo, (IN oie 
nutnuscritt'. ) 

G* 



84 



LIM.i: IV 



n 



el louiTues. Los colons cs[)aynols iippellciit 
cet cilel de la a i;^iicur de la vc*^élaUou , cl 
macoLiar dcl irino. 

Ali nord de ce district éinincnnnenl ier- 
tile de Zelaja, îSi;laiHaiicif et Léon, le pays 



es 



td' 



une aïK 



lité 



exliènie, sans ri\jcics, sans 



sources, etolljant, sur de vastes étend ue;i , 
des croûtes d'ari^ile endurcie (^ti'iK'tdtc) ^ îjiie 
les cnlti'. aleurs appellent des terrains dids et 
froids y et à lra>eis lesquels les racines des 
plantes herbacées pénèlient diliicilenient. 
Ces couches d'argile, cpie j'ai aussi retrouvées 
dai.b. le royaume de Ouito , ressendjlent de 
loin à des bancs de rochers dénués de toute 
végétation : elles appartiennent à h> for/fialio/i 
fm/tpcc/i/w , el accompagnent constannnenl, 
sur le dos des Andes du Lérou et du Mexi< jue , 
les basaltes, les grtinstein, les amygdaloïdes 
et les porphyres amphibuliques. Dans d'au- 
tres parties de la jN ou \ elle - Espagne , au 
contraire, dans la belle vallée de Santiago, 
et au sud de la \iile de Vidladolid, les ba- 
saltes et les auiygdaloïdes décomposés ont 
foriiié, par la suite des siècles, un terreau noir 
et très-productit": aussi les champs leitiles cpii 
entourent l'Alberea de Sauliago rappcllenl-ils 



ciiM'irr.r. ix. 



f^.-; 



les terrains basalliqiicstln '.[i!tcli^cl)i'ir^e de la 



]3<>l 



u'ine. 



Nons axnvs créeril plus liant ', en traitant 
(le la slalistirpie particnlière du ])ays, les 
déserts sans eau «jni sej)arent la JNouvelle- 
Biscayedn \()n\ean-\le\i(jne. Tont le plateau 



Icnd d( 



Sallilli 



qui s elend depuis ooinhrerefiî au oallilio , 
et de là vers la Pnnla de Lanipazos, est une 
plaine nue et ari(]e d.nis lacpielle ne végètent 
que des eaeluset d'autres plantes épineuses : 
il n'y a aiieun vestijic de cnlline , si ee n'est 
sur quelques points où , eonnne autour de 
la ville du Scdtillo , 1 industrie de rhoinnie a 
réuni un peu d'eau pour arroser les rliamps. 
Nous a\()ns éiralenient traeé le tableau de la 
Vieille-Calirornie % dont le sol est un roc 
dénué à la fois de terieau et de souree». 
Toutes ces considérations s'accordent à 
prouver ce que nous avons avancé dans lo 
livre précédent , qu'à cause de son extrénic 
sécheresse une paitie considérable de la 
Nouvelle - Espagne , située au nord du tro- 
pique , n'est pas susce])tibie' d'une grande 



^!si 



iiTî;-' 






»Cliap. VJJl, T. Il, p. 4o3. 
« Ibid. , p. 42^. 



I 



8r, 



Livrr ïv 



popnlntion : nnssi (jmcI contniste frappant 
rnhc la pli^sioiiomle de (îciix pji>s Noisins, 
rntrc le Mexique el les Ktaîs-liiis de l'Amé- 
rique septentrionale! Dans ecs deiïiiers, le 
sol n'est qu'iMie vaste lorèt sillonnée par un 
grand nond)re de rivières qui débouehent 
dans des «^j-oires spaeieiix. Le iMexique , au 
contraire , offre à l'est et à l'ouest un littoral 
boisé , et dans son centre un ni.issif énorme 
de montajines colossales^ sur le dos desquelles 
se prolongent des plaines déjioniv nés d'arbres, 
et d'autant plus arides , que la température 
de l'air ambiant y est augnjentée par la ré- 
\erbération des rayons solaires. Dans le nord 
de la Nouvelle-Espagne, comme au Thibet , 
en Perse , et dans toutes les régions mon- 
ILueuses , une partie du pajs ne sera rendu 
propre à la culture des céréales que lorsqu'une 
population concentrée et parvenue à un haut 
degré de civilisation aura vaincu les obstacles 
que la nature oppose aux progrès de l'éco- 
nomie rurale. Mais cette aridité , nous le 
répétons ici , n'est pas générale ; elle est 
compensée par l'extrême fertilité cjiie l'on 
observe dans les contrées méridionales , 
même dans cette partie des ptwi/icias iiUemas 



r!i\îMrnF. i\, 



8- 



qiî 



i nvoisînc les rivioics, tlaiis les bassins du 



J^u) (lel 'Notte, (lu Gila, de riîia([ijl, du 
]Mî»y() , du Ciuliaeaii , du Hio del Kosarit) , 
du JUo de Ctjuelius ^ du Kio de ^>anlallde^, 
du Ti,;rc , el des noudiicux lorrcns de Li 
pro\inec de Te\as. 

Dans rexlréiiiilé la plus septentrionale du 
rovaunic, sur les eûtes de la jNouvelle-Cali- 
furnie , le produit du IVoinent est de iG à 
17 g-rains ])(!iir un , en ])renant le ternie 
iDoyen entie les reeoltes de dix-liuît \illa;4'es 
peîïdant deux îuis. Je enns que les a;^Tonoines 
verront a^ec intérêt le détail de ces réeoUes 
dans un ]>ays silué sous le nièine parallèle 
qu' Vli^er , Tcuiis et la Palestine , entre les 
r>2" 59' el 37'» 48' de latitude. 



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Ptotpaphic 

Sciences 

Corporation 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N.Y. 14580 

(716) 872-4503 




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LIVRE IV , 



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N O Al S 
DES VILLAGES 

de la 
Nouvelle-Californie 



!San Diego 

San Li'is Rey nr, 

Francia 

San Juan Catistra- 

NO 

San Gauiuel 

San Fekna.ndo. . . . 
San Bl'enaventura 
Santa Raiii!aiia. . . 

La l'URlSSlMA CON- 
CEl'CION 

San Luis Onisi'o. . . 

San Miguel 

SoLEtiAD 

San Antonio de Pa- 

dua 

San Caulos 

San Juan BArTisTA. 

Santa Ckuz 

Santa Claka 

San José 

San Francisco. . . . 



1791. 

F A X k G U E s 

de froment. 



semé. 



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8u 



17.S 



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G.') 



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HG 



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Ile. 



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1802. 

r A N i; G i E s 

(le iVuuient. 



I K 1; C « J . T E 

CDii.'.iiliric 
( nmine iii'illiiilr 
(1,1 "IMlll ■ rlllr. 



seme. 



récolté. 



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1078 



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1200 

2(Jo8 

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2800 
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287G 

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4 000 

1600 

5oo 

1200 
210 

1200 
550 

2000 

1200 

2522 



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5559G 



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1802. 



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Il parojt que la parlie la })lus septentrionale 
de cette cote est moins favorable à la cullnie 



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j<St)?,. 



12 

28 A 

28 

5G .'- 

8. 



0^ 



CHAPITRE IX. 89 

du froment qnc celle qui s'élend depuis San 
Die^^^o jusqu'à San Miguel. D'ailleurs, dans 
dc5> terrains réeenniient dclrielus le produit 
du sol est plus inégal que dans des pa^^^s 
aneiennemcnt cultivés, <pioi(ju'on n'observe 
dans aucune partie de la Nouvelle - Espagne 
celte diminution progressise de lerlilitc qui 
alïlige les nou^eaux colons partout où l'on 
a abattu les forets pour les converliren terres 
labourables. 

Les personnes qui ont réfléchi sérieusement 
sur les richesses du sol mexicain , saM^Uquc, 
par le niojen d'une culture plus soignée, et 
sans supposer des travaux: extrac)rdinaircs 
pour l'irrigation des champs , la portion de 
terrain déjà défrichée pourroit fournir de la 
subsistance pour une population huit à dix 
fois plus nombreuse. Si les plaines l'ertiles 
d'Atliseo , de Cholula et de Puebla ne pro- 
duisent pas des récoltes plus abondantes ^ la 
cause principale doit en être cherchée dans 
le manque de consonnnaleurs , et dans les 
entraves que les inégalités du sol opposent 
au conmierce intérieur des grains, surtout à 
leur transport vers les cotes ([ui sont baignées 
par la mer des Antilles. jNous re\iendrons 



*4 



i 



90 T.IVRK IV, 

])lus hns sur ccl objet iiiUTCssnnl , C!i traitant 
de rc.\|)orlaliori de la Vera-(îiii/. 

(Quelle est aeliielleincnl la iceoliecn «^Taiii."* 
dans toute la NonvelJe-Mspa'rne V On sent 
combien ee problcMnc doit clie dillieile à 
résoudre dans un ])ajs où le ^•ou^el•neInent, 
depuis la mort du eomle de lle\illai;i^edo , 
a si peu favorisé les re<'lierehes sl.uislitpies. 
l^juFranee même, les eslimaiioiis de (JueNuay, 
de Lavoisieretd'Arihur Voun;parionldequa- 
r;mte-ein(Jeleinquanle,jns(p^às()i\anle-(|Min/e 
millions de seliers, à 117 kilo<;ra m nies pesant. 
Je n'ai pas de données j>osili>essnr les quan- 
lilés de seit^le et d'orge récoltés au Mexique, 
mais je crois pouvoir calculer approximali- 
\ement la ])roduction moyenne eu froment. 
En Europe, l'estimation la plus sure est celle 
qui se fonde sur la consonunatitîn évaluée 
de chaque individu : c'est le moyen employé 
avec succès par MM. Lavoisier et Arnould j 
mais celte méthode ne peut être suivie , 
lorsqu'il s'agit d'une population c. Mnoséc 
d'éléniens très - hétérogènes. L'Jndie- jt le 
ïTiétis , habitans de la campagne, ne se .su- 
rissent que de pain de maïs et de manioc. 
Les blancs créoles qui vivent dans les gL:iudes 



i! 



riIAPITRK ÎX. 



9> 



villes . ronsommciil hicii plus rlc pnin de 
frt>rii('nl <|ue ctiiix (|ii[ scjournciit Ihibitiiellc- 
rnciil dans les lernies. lj.'MM[)i(iil(\ c|iii rornptc 
pins de ^T),ooo Indiens, e\i;^e anniielleiiieiit 
]»rès de dix-neii( ntillions de kilo;^" ranimes 
de liirine. Celle eonsonnnalion est presque 
1(1 uiènie cpie eclle des villes tl'Kiiropc <"*:^a- 
lenienl penplécs; el si, tl^ipirs celle hase, 
on V(.)uloit ealeuler la eonsoinnialion de loul. 
le royainiic de la INOuvelle-Kspa^ne, cm par- 
viendroil à un résultat ([\n seroil plus <Ie cinq 
ft)is trop ;^rand. 

D'après ecs considérai ions , je préfère la 
mclh(jde qui se (onde sui* des eslinialions 
partielles. La quantité de froment récolte eu 
1802 , dans Tinlendance de Guadalaxara , 
éloit , selon le tableau stalisticpie cpie l'in- 
tendaut de cette province a conununupiéà la 
cliamhre de commerce de Vera-(^ruz, de 
43,000 carqns j ou de G,4«^o,ooo kiIo<;rammes. 
Or, la population de rinlcndancc de Guada- 
laxara est à peu pri's un neuvième de la 
population totale. Il J a , dans cette partie du 
Mexique , un grand nombre d'Indiens qui 
jiian«j;'enl du pain de mais ^ et l'on y coi.pte 
peu de villes populeuses habitées par des 






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LIVRE TV 



LLincs aisés. D'oprôs l'analoolo do celle ré- 
colle jiarlielle , la recolle ;^«"iic r;ile de la 
]Nouvclle-l^s|>a;^iie nesei'oitqne de ;k) millions 
de kilograiiuiies: mais en ajoutant 3() millions 
de kiloii'rannnes, à (*ause de Tiniluenee bien- 
faisante qu'a la coiisonniialion des villes ' de 

» Vojcz Cliap. \JII, T. H , p. iS3 et 279. J'ai 
forinù , il'après des uialérlaux exacts ([ue je possède , le 
tnbkau suivant , dans Icqiud la consonimalion en 
farine est conipan^e avec le uonibin des habilans. 



VILLLS. 

1 


CONSOMMATION 
de Caiiiie. 


Pf)PULATION. 


Mr.xico 

rui:i;L.v 

liA IIavank. . . . 
1 Paris 


k.logl. 
19,100,000 
7,790,000 

5,23o,ooo 
7 G, 000, 000 


hab. 

1.37,000 
67,300 
80,000 

547 ,000 











Sur les consommations de l\nris, voyez les recherches 
curieuses que M. Peuehet a co:r 'ailées dans sa Statis- 
tique élémentaire de la France, p. .'572. Le bas-peuple, 
à la Havane , njanj;c beaucoup de cassave et d'arepa. 
La consommation annuelle de la Havane est, en pre- 
nant le terme moyen de quatre ans, de 427,018 ar- 
robcs, ou de 68,899 batriles. [Papel periodico de la 
JLwana, 1801 , u. 12, p. 46. ) 



1^ 



m 



(:hapiti\e IX. r)3 

Mt'xico , tic rnel)la v[ de (ùian.ixuiilo , sur la 
culliire (iesdislrirls circonvoisiiis , et à cause 
des pnwincias intcrnds , tlonl les habikins 
vivent presque e\clu;,ivemcMt de pain de 
IVrnjient, un tiuuve , pour tout le royaume, 
près de dix millions de nivria;j;rainn;cs , ou 
plus de 8ooy.)oo sclicrs. Celle cslinialion 
donne un résultat trop loible, parce que, dans 
le calcul que nous \enons de ])résenler, on 
n'a pas séparé convena!)lenient les provinces 
septentrionales delà région équinoxiale. Cette 
séparation est cependant dictée parla nature 
de la population même. 

Dans les provtncius inierims , le plus grand 
nombre des habitans sont blancs ou réputes 
tels ; on en compte /|00,ooo. En supposant 
leur consonmiation en Croment proportion- 
nelle à celle de la ville de Puebla , on la 
trouve de 6 millions de myriagrannnes. On 
peut admettre , en calculant d'après la récolle 
annuelle de l'intendance de Guadalaxara , que 
dans les régions méridionales de la Nouvelle- 
Espagne, dont la population mixte est évaluée 
à 5,4^7,000, laconsonnnalion delromentdans 
lescampagiies,estdeo/Soo,ooomyriagrammes. 
En ajoulant 5,6oO;Ooo myriagrammes pour 



il 



C)\ LIVRE IV, 

laconsoiiiinatloii tlesuTaiules villes iiilci ieurcs 
de Mexico, de Pucbla et de Guanaviiiilo, 
on trouve, ])our la consoiiiniation totale de la 
IVouvelle - Kspat;nc, au delà de lo nûllions 
de iiijriagTanunes, ou 1^280,000 seliers de 
2/jo livres pesant. 

Onpourroit être étonné de trouver, d'après 
ce calcul , que les prosùncias internas , dont 
la population n'est qu'un quatorzième de la 
population totale, consonnnent plus que le 
tiers de la réculte du Mexique : mais i! ne 
faut pas oublier que , dans ces provinces 
Si'ptentrionales , le nombre des blancs est à 
la niasse totale des Espagnols ( ciéoles et 
Européens) comme 1 ù o, et que c'est piin- 
cipalement cette caste qui consomme les 
farines de froment. Des 800,000 blancs qui 
habitent la région équinoxiale de la Nouvelle- 
Espagne , près de i5o,ooo vivent sous un 
climat excessivement chaud , dans les plaines 
voisines des eûtes , et se nourrissent de 
manioc et de bananes '. Ces résultats, je le 
répète , ne sont que de simples approxima- 
tions; mais il m'a paru d'autantplus intéressant 



* Voirez plus liant, p. a6 



tlHAF'lTKi: 1\. 



9'ï 



cîc les publier, fjne^ tirjà peiwlanl mon séjour 
à Mexico, ils ont fixé ralieutioii du vrou- 
\ernemcnl. Ou est sur d exciter l'esprit de 
reolierehes , lorscpi'ou avance un fait qui 
interesse la nalion entière, et sur lequel on 
n'a point encore hasardé de calculs. 

1^11 France , la récolte totale en grains , 
c est-à-dire en froment, en seigle et en orge, 
ctoit, selon Lavoisier , avant la révolution, 
et par conséquent à une époque où la popu- 
lation du rojaiune niontoit à 20 niillions 
d'iiahitans , de 58 millions de scliers , ou 
de()78() millions de kilogrannnes.Or, d'après 
les auteurs de la Fcu/l/e dii, Cultivateur, le 
fromciit récollé est en France, à toute la masse 
<les grains, comme : 17. Il en résulte que le 
produit en froment seul étoil, avant 1780, 
tie ij millions de setiers , ce qui est, en 
s'arrèlant aux quantités absolues, et sans 
considérer les populations des dejix empires, 
à peu près treize fois plus que le froment 
récolté au Mexique. Cette comparaison s'ac- 
corde assez bien avec les bases de moa 
estimation antérieure; car le nombre d'ha- 
bltans de la Nouvelle -Espagne qui se nour- 
iissent habituellement de pain de froment, 



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nV'xrÎMh; p:is i ,.')4)(),(k>() ; cl il csl cIo plus 
conmi , (jiie les L'iancois coiisoinmeiit plus 
<le pain <|uc les ])(Mij)le.s <le race csjïa^nolc , 
surldut ceiiv ([iii liabilciit rVinéii<(uc. 

IMais à cause de rexlrènie l'erlililé du sol, 
les qunizc millions de nijria^ianinies de 
fronienl ([ue [>!'oduil annuellenieul la JNou- 
\clle-l*]sj).'.i;ne, sruîl rcci>lléssur une étendue 
de leirain ([uatre à cinq lois plus pelile cpie 
celle que la même récolle exi^eroilen France. 
On doit s'atlcndie , il est vrai , à niesuie <jue 
la popidalion mexicaine fera des pr()i>rès, à 
voir diminuer celle fcrlililc (jue l'on peut 
appeler moyciuic , et qui indiipie les a in<^t- 
quatre <;Tains pour un, comme le produit 
total des réeolles. Partout les lionunes com- 
mencent par cultiver les teVres les moins 
arides, et le produit ujoven doit diminuer 
naturellement , lors(pie Tagrieulture embrasse 
une plus grande étendue , et par conséquent 
une plus grande variété de terrains. Mais 
dans un vaste empire connue le Mexique , 
cet elTct ne se manileste que très-tard , et 
l'industrie des liabitans aui»nienle avec la 
population et avec le nombre des besoins. 
Nous allons réunir dans un même tableau 



cHApnnF. IX. 97 

los ooiim)issaiice.s cjiie nous avons acquises 
sur le produit luojen des céréales dans les 
deux conlinens. Il ne s'agit ici ni des exemples 
d'une ferlililé extraordinaire observée dans 
une petite étendue de terrain , ni du blé 
j)lanlé selon la pratique des Chinois. Le 
produit seroit à peu près le même sous toutes 
les zones, si, en (îhoisissant le terrain, oa 
cullivoit les céréales avec le même soin 
<pi'on donne aux plantes potagères. Mais en 
traitant de l'agriculture en général , il ne 
peut être question que de grands résultats, 
de calculs dans lesquels la récolte totale d'un 
pays est regardée comme multiple de la 
quantité de IVoment semé. On trouve que 
ce multiple , que l'on peut regarder comme 
un des premiers élémens de la prospérité 
des peuples , varie de la manière suivante : 



5 à 6 grains pour un , en France , d'après 
Lavoisier et Necker. On évalue, d'après 
M. Peuchet , que 4,/|.oo,ooo arpens semés 
en froment, donnent annuellement 528omil- 
lions de livres pesant , ce qui fait 1 170 kilo- 
grammes par hectare. C'est aussi le produit 
moyeu dans le nord de l'Allemagne , en 
111. 7 



98 



Lnnr. iv 






t 



PolDj^-nc, ot, selon M. lUilis , cii Suède. 
Eli l^'rancc , on compte, clans cfiiclqnes 
disU'icts éininoninient Ici lilcs clos dcparle- 
niens de l'Escaut et du Nortl, ui pou»' un; 
dans les bonnes terres de Picardie et de 
risle de France, 8 à lo pour un, et dans 
les terres les moins fertiles , 4 à 5 crains '. 

8 à lorrains pour un , en llotii^iic , en Croalic 
et en Kschwonie^ d'après les recherches de 
M. Svvarlner. 

12 grains pour un, dans le rojaunw de la 
Plat(( , surtout dans les environs de Mon- 
tevideo , d'après Don Félix Azara. Près de 
la ville de Buenos- Ajres, on coniple jus- 
qu'à i6 grains. Dans le Paraguay, la culture 
des céréales ne s'étend pas au nord, vers 
l'équateur, au delà du parallèle de 2/1 de- 
grés ^ 

17 grains pour un, dans la partie septentrionale 
du Mexique y et à la même distance de 
l'équateurque le Paraguay etBuenos-Ayres. 

24 grains pour un, dans la région équinoxiale 
du Mexique , à deux ou trois mille mètres 



* Peuchet, Statisiîque , p. 290. 

* Voyage d' Azara j T. J, p. i4o. 



1 



riFAPiTRr IX. 99 

de hauteur au-dessus du niveau de l'Océan. 
On y compte 5ooo kilogrammes par hec- 
tare. Dans la province de Pasto , que j'ai 
traversée au mois de novembre 1801, et 
qui fait partie du royaume de Santa-Fe , 
les plateaux delà Vega deSanLorenzo , de 
Pansitara et d'Alrnaj^uer ' produisent com- 
munément 25, dans des années très- fer- 
tiles 35 , dan« des années froides et sèches, 
12 grains pour un. Au Pérou, dans la 
hclle plaine de Caxamarca "^ , arrosée par 
les rivières de Mascon et Utusco , et cé- 
lèbres par la défaite de l'Inca Atahualpa, 
le froment donne 18 à 20 grains. 

Les farines mexicaines entrent en concur- 
rence, au marché de la Havane, avec les 
iarines dçs Etats-Unis. Quand le chemin que 
l'on construit depuis le plateau de Perote 
jusqu'à Vera-Gruz, sera entièrement achevé, 
le blé de la Nouvelle-Espagne sera exporté 
pour Bordeaux , Hambourg et Bremcn. Les 



* Lat. 1** 54' bor. Hauteur abolue , a3oo mèU'es, 
' Lat. 7° 8' austr. Hauteur absolue , '^86u nièu-es. 

Voyez mon Recueil d' Obseri^ations aatrononiiquas , 

VJ. I, p 3i6. 



ÏOO 



LIVRE IV 



Mexicains auront alors un douille avantage 
sur les habitans des Etats-Unis, celui d'une 
plus grande fertilité du terroir, et celui d'une 
main-d'œuvre moins chère. Il seroit bien inlé- 
ressantjsous ce rapport, de pouvoir comparer 
ici le produit moyen des différentes provinces 
de la confédération américaine avec les ré- 
sultats que nous avons obtenus pour le 
Mexique ; mais la fertilité du sol et l'industrie 
dçs babitans varient si fort de province à 
province, qu'il est difficile de trouver le 
terme moyen qui correspond à la récolte 
totale. Quelle différence entre la belle cul- 
ture des environs de Lancaster et de plusieurs 
partie de la Nouvelle-Angleterre , et celle de 
la Caroline septentrionale! « Un fermier 
« anglois >j, dit l'immortel Washington dans 
une de ses lettres à Arthur Young, « doit 
« avoir une opinion extrêmement désavan- 
« tageuse ( a horrid idea ) de l'élat de notre 
« agriculture, ou de la nature de notre sol, 
« s'il apprend qu'un acre ne produit chez 
« nous que huit ou dix Lusliels, IMais il ne 
« doit pas oublier que dans tous les pajs 
« où les terres sont à bon marché , et où la 
« main-d'œuvre est clièi e , on aime mieux 



1'^ 



CHAPITRE IX. lOt 

« cultiver beaucoup que cultiver bien. Ou 
•< n j (aitgénéraleuient quc^/wi^6v' la terre, 
« au lieu de la labourer avec soin. » D'après 
les recherches récentes de M. Blodget, que 
l'on peut regarder comme assez exactes , on 
trouve les résultats suivans ; 











Par acre. 


Par hectare. 


Dans les provinces 




atlantiques, à l'est 






des montagnes Al- 


- 




Icgljanys , 






en terres riches. 


32 Ijushels. 


i788kilogr. 


en terres mé- 






diocres 


9 


5o3 


Dans le territoire de 






l'ouest, entre les 




i 


Alléghanjs et le 






Mississipi , 






en terres riclics. 


4o 


2235 


en terres mé- 






diocres 


25 


i%7 









* « Much ground lias been scvatched over , and 
« none cultivaled as it ouglit to hâve b«en. » (]elte 
lettre iutéressaute a été publiée dans le StuLisUcul 



102 



LIVRK IV 



On voit par ces donnces, que dans les in- 
tendances mexicaines de PuehJa el de Gua- 
naxualo, où rè^^ne, snr le dos des Cordillères, 
le climat de Rome et de Naples, le lerroir 
est plus riche et plus productif que dans les 
parties les plus fertiles des Etats-Unis. 

Comme depuis la mort du général Was- 
hington les progrès de l'agriculture ont été 
très-considérables dans la région de Vouest^ 
surtout dans le Kentuckj, le Tennessee et la 
Louisiane^ je crois que l'on peut regarder 
i5 à i4 hushcls cojnme le terme moyen des 
récoltes actuelles, ce qui ne fait cependant 
encore que 700 kilogrammes par hectare , 
ou moins de quatre grains pour un. En 
Angleterre, on évalue communément larécolte 
en froment de 19 à 20 bushels par acre, ce 
qui donne 1100 kilogrammes par hectare. 
Cette comparaison _, nous le répétons ici , 
n'annonce pas une plus grande fertilité du 
sol de la Grande-Bretagne. Loin de nous 
donner une idée effrajante de la stérilité 
des provinces atlantiques des Etats-Unis, elle 

Manuel for tJie United States y 1806, p. 96. Un acre 
a 5368 mètres carrés. Un bushel de froment pèse 
3o kilogrammes. 



^ 



Il 



CTiAprrnr ix. 



o3 



prouve seulement que ]>artoiil où le colon est 
jiiaîlic d'une vasle étendue de terriiin, l'art 
de cultiver le sol ne se pert'eclionne cfu'avec 
une extrême lenteur. Aussi les mémoires de la 
Société d'a^FÎculture de Pliiladelpliie offrent 
différens exemples de récolles qui ont excédé 
58 à /|0 hitslirls par acre , chaque l'ois qu'en 
Pensylvatiic les cliiiinps ont élé labourés avec 
les mêmes s;)ins qu'en Irlande et en Flandre. 
Après avoir comparé le produit moyen des 
terres au Blexique, à Btienos- Ayres, aux 
Etals-Unis et en France , jetons un coup-d'œil 
rajiide sur le piix de la journée dans ces 
diffch'cns pays. Au 3Iexique, on la compte 
de deux rcales Je pltita ( de 26 s.)us) dans les 
régions froides, et de deux réaux et demi 
(de 02 sous) dans les régions chaudes, où 
l'on manque de bras et où les habitans sont 
en général très - paresseux. Ce prix de la 
main-do livre doit paroîlre assez modique, 
lorsqu'on considère la lichesse métallique 
du pays, et la quanlité d'ar^^ent qui y est 
constamment en circulation. Aux Etals-Unis, 
où les blancs ont repoussé la population 
indienne au delà de l'Ohio et du Mississipi , 
la journée est de 5 livres 10 sous à 4 fiiuics : 



[i 



104 LIVRE IV, 

en France , on peut IV'vahicr de ôo à /|0 sous ; 
el au Bengale, d'après M. Tilzini»-, à 6 sous. 
Aussi, malgré l'énorme différence du fret, le 
sucre des Grandes Indes est à meilleur marché 
à Philadelphie que celui de la Jamaïque. 
Il sésulte de ces données, qu'actuellement le 
prix de la journée, au Mexique, est au prix 
de la journée 

en France, ==^ 10 : 12 
aux Etats-Unis, = 10 : 23 
au Bengale, = 10 : 2 

Le prix moyen du froment est, dans la 
Nouvelle-Espagne, de quatre à cinq piastres, 
ou de 20 à 20 francs la charge (carga) , qui 
pèse i5o kilogranuiies. C'est le prix auquel 
on achète dans les campagnes, chez le fermier 
même. A Paris, depuis plusieurs années, 
i5o kilogrammes de froment coûtent 5o fr, 
A la ville de Mexico, la cherté du transport 
renchérit tellement le blé , que le prix or- 
dinaire y est de 9 à 10 piastres la charge. 
Les extrêmes , aux époques de la plus granc'^ 
ou de la moindre ferlililé, y sont de 8 et 
i4 piastres. Il est facile de prévoir que le 
prix du blé mexicain baissera considérable- 



CTIAPITT\r IX. 



iof> 



ment, lorsque les chemins serf)nt conslruils 
sur la pente des Cordillères, et qu'une plus 
grande liberté de eoinMicrcc linorisera les 
progrès de i'agrieulture. 

Le froment mexicain est de la meilleure 
qualité; on peut le comparer au plus heaii 
blé '''Andalousie : il est supérieur à celui de 
Montevideo, qui, selon M. A/ara, a le grain 
moitié plus petit que le blé rl'Iispagne. Au 
Mexique , le grain est très-gros, très-blanc et 
très-nourrissant, surtout dans les fermes où 
l'arrosage est employé. On observe que le 
froment des montagnes ( tn'^n de sierra ) , 
c'est-à-dire celui qui croît à de hvs-grandes 
hauteurs, sur le dos des Cordillères, a le grain 
couvert d'une pellicule plus épaisse , tandis 
que le blé des régions teujpérées abonde en 
matière glutineuse. La qualité des farint^s 
dépend principalement de la proportion qui 
existe entre le gluten et l'amidon ; et il paroît 
naturel que, sous un climat qui favorise la 
végétation des graminées, l'embryon et le 
réseau celluleux ' de l'albumen, quelesphy- 

* Mirhel , sur la gcrrninalion des grainint'<s. 
{^Annales du Muifeitm d'histoire naturelle , Vol. Xlll, 
p. i47.) 



W' 



loG 



iiVRi: IV 



H 



siolo^'islesieg-ardent comme le siège principal 
du gluten, de>iennent plus volumineux. 

Au Mexique, le blé se conserve diflicile- 
nicnl au delà de deux ou trois ans, surtout 
dans les climats tempérés , et l'on n'a point 
assez réfléchi sur les causes de ce phénomène. 
Il seroit prudent d'établir des magasins dans 
les parties les plus froides du pays. On trouve 
d'ailleurs un préjugé établi dans plusieurs 
porls de l'Amérique espagnole, celui que les 
farines des Cordillères se conservent moins 
long-temps que les farines des Etals- Unis. La 
cause de ce préjugé, qui a été surtout très- 
nuisible à l'agriculture de la Nouvelle-Gre- 
nade , est facile à deviner. Les négocians 
qui habitent les côtes opposées aux îles 
Antilles, et qui se trouvent gênés par des 
prohibitions de commerce , ceux de Car- 
thagène , par exemple , ont un grand intérêt 
d'entretenir des liaisons avec les Etats-Unis. 
Les douaniers sont assez indulgens pour 
prendre quelquefois un bâtiment de la Ja- 
maïque pour un bâtiment des Etats-Unis. 

Le seiiile et surtout l'or^je résistent mieux 
au froid que le froment : on les cultive sur 
les plateaux les plus élevés. L'orge donne 






CH\riTT\E 1\. 



107 



encore des récoltes abondantes à des hauteurs 
où le thermomètre se souliont rarement, de 
jour, au delà de quatorze dej^rés. Dans la 
Nouvelle -Galirornic, en prenant le terme 
moyen des récoltes de Ircizc villaacs, Force 
a produit, en 1791, vinql-cpiulre, en 1802, 
dix-huit g-rains pour un. 

L'avoine est très-peu cullivée au Mexique; 
on la voit même assez rarement en Espa«,^ne, 
où les chevaux sont nourris avec de l'orge, 
comme du temps des Grecs et des Romains. 
Le seigle et l'orge sont rarement attaqués 
d'une maladie que les Mexicains appellent 
chcujitistle , et qui détruit souvent les plus 
belles récoltes de froment , lorsque le prin- 
temps et le conmiencemcnt de l'été ont 
été très-chauds, et que les orages sont fré- 
quens. On croit communément que cette 
maladie du grain est causée par de petits 
insectes qui remplissent l'intérieur du chaume , 
et qui empêchent le suc nourricier de monter 
jusqu'à l'épi. 

Une plante à racine nourrissante , qui appar- 
tient originairement à l'Amérique, h pomme 
de terre ( Solnnwn tiiberosum ) , paroît avoir 
été introduite au Mexique , à peu près à la 



io8 



LIVRE IV 



même époque que les céréales de l'ancicii 
conlinenl. Je ne tlécideiai point ia question 
si les papas ( c'est l'ancien nom péruvien sous 
lequel les poumies de lerrô sont aujourtriiui 
connues dans toutes les colonies espagnoles ) 
sont venues au Mexique conjointement avec 
le Scliinus molle ' du Pérou, et par consé- 
quent par la voie de la mer du Sud; ou si 
les premiers conquérans les ont apportées des 
montagnes de la Nouvelle -Grenade. Quoi- 
qu'il en soit, il est certain qu'on ne les con- 
noissoit pas du temps de Montezuma, et ce 
fait est d'autant plus important, qu'il est un 
de ceux dans lesquels l'histoire des migra- 
tions d'une plante se lie à Tliistoire des 
migrations des peuples. 

La prédilection qu'ont certaines tribus pour 
la culture de certaines plantes, indique le plus 
souvent, soit une identité de race, soit d'an- 
ciennes connnunicalions entre des hommes 
qui vivent sous des climats divers. Sous ce 
rapport , les végétaux , comme les langues et 
les ti\iits de la physionomie des nations, 
peuvent devenir des monumens historiques. 

> Hernandezj Lit. lU; c. \5, p. 54. 



-I 



CHAPITRE IX. 109 

Ce ne sont pas scMileiucrit les peuples pasleiirs, 
on ceux qui vivenl uiiiqueineiil de lâchasse, 
qui, poussés par un cspiiliuquielel guerrier, 
ciitrcprenuent de lunjiÇS voja«^es : les hordes 
«l'oii^inc «germanique, cet essaim de peuples 
qui, de l'intérieur de l'Asie se porta sur les 
rives du Boryslhène et du Danube ; les san- 
vagesde la Guajane nous offrent de nombreux 
exemples de tribus qui, se (ixant pour 
quelques années , défrichent de petites éten- 
dues d^ terrain , y sèment les grains qu'elles 
ont récoltés ailleurs; et abandonnent ces cul- 
tures à peine ébauchées, dès qu'une mauvaise 
année ou quelque autre accident les dégoûte 
du site récemment occupé. C'est ainsi que 
des peuples de race mongole se sont portés, 
depuis le mur qui sépare la Chine de la 
Tarlarie, jusqu'au centre de l'Europe; c'est 
ainsi que, du nord de la Californie et des 
bords du fleuve Gila, des peuples améT-i- 
cains ont reflué jusque dans l'hémisphère 
austral. Partout nous voyons des torrens de 
hordes errantes et beHiqueuses se frayer un 
chemin au milieu de peuples paisibles et 
afjriculleurs. Immobiles comme le riva«^e, 
ces derniers réunissent et conservent avec 



I 



•H 



I 10 



LIVRE IV 



soin les plantes nourrissantes et les animaux 
doniesli(]ues qui ont aceonipii«^rné les tribus 
nomades dans leurs courses lointaines. Sou- 
vent la culture d'un petit nombre de végétaux, 
de même que des mots étrangers mêlés à des 
langues d'une origine différente, sert à dé- 
signer la route par laquelle une nation a passé 
d'une e-\tr(Mnité du continent à Fautre. 

Ces considérations, auxquelles j'ai donné 
plus de développement dans mon Essai sur 
la Géograj)hic des phintes , suffisent pour 
prouver combien il est important pour l'iiis- 
loire de notre espèce , de connoître avec 
précision jusqu'où s'étendoil primitivement le 
domaine de certains végétaux, avant que l'es- 
prit de colonisation des Européens fut parvenu 
à réunir les productions des climats les plus 
éloig-nés. Si les céré les, si le riz ' des Grandes 
Indes étoient inconnus aux premiers habitans 
de l'Amérique, en revanche, le maïs, la 
pomme de terre et le quinoa ne se trouvoient 
cultivés ni dans l'Asie orientale , ni dans les 

* Qu'est-ce que le riz sauvage dont parle M. Mac- 
lenzie , gramiiiée qui ne croît pas au Jeta des 5o" tic 
latitude , et dont les naturels du Canada se nourrissent 
pendant riûvcr? {Voyage de Mackenzie ,\j p. i56. ) 



I 



r.llAIM'mE IX. III 

lies de la mer du Sud. Le niaïb a clé liilioduit 
au Jiijxjii 'par lesCliiuuis, (|ui, selon l asser- 
tion de quelques auteurs, doi\eiil l'avoir 
connu depuis les temps les plus reeulés. 
Celle assertion, si elle étoit rondce, jelleioit 
du jour sur les anciennes eonuiiunieations 
que l'on suppose avoir ex-isté entre les liabitans 
des deux eonlinens. Mais où sont les nionu- 
mens qui attestent que le mais ait éli'^ cullivé 
en Asie avant le seizième siècle? i3'après les 
recherches savantes du père Gaubil \ il 
paroît même douteux que mille ans plutôt 
les Chinois eussent visité les cotes occiden- 
tales de l'Amérique, connue un historien 
justement célèbre, M. de Guignes, l'avoit 
avancé. Nous peisistons à croire que le maïs 
n'a point été transplanté du plateau de Li 
Tartarie à celui du Mexique, et qu'il est 
tout aussi peu probable qu'avant la décou- 
verte de l'Amérique par les Européens, 



i 



• 77iunbtrg , Flora Japoniva , p. ctj. Le maïs 
s'appelle en japonois Sjo Kuso , et Ton KlblL Le 
mot kuHo indique une plante herbaeée, et le mol too 
aunoDce une production exotique. 

'■' IManiuciils astronomiques des pères jésuites, 
couservés au bureau des longitudes, à P^ris. 



I 



1 11 



rivRff 



IV 



rcll*' ;;n»miiu'f |>r»'i'UMiso iiil ('le poflie du 
iioii\(Mii conrniciil en Asie. 

liii poiniiir lie li'i-rc nous pit'vsrnlc un aiili-(; 
nrohiriiic hTs-<'iii it'ux , si on IVin isjoc sons 
lin rapport liisloiicpie. Jl ]);it'oil ( iM-lain , 
conuno nons linons rapporté pins liant , (|nr; 
rcilc j)lanlo, dont la onitnic a en la pins 
Jurande iniliienee snr les pro;^ivs de la po|>n- 
lalion en hairope, n'étoit pas eonnne au 
IMexixpie avant l'airivée des l']s])ai;iio's. Mlle 
fut rulliM'e à celle époqne au (iliili, au 
J\'rou, à Quito, dans le royaunie di; la 
Nouvelle-Grenade, sur lonU; la (lordillère 
des Andes, depuis les /|(>'» de latitude australe 
juscpie vers les 5o*' de latitude boiéale. Les 
botanistes snpposent qu'elle eioît sjMnitané- 
uient dans la j>arlie numtueuse du Pérou. 
D'un autre coté, les savans (pii ont fait des 
reelicrchcs sur 1 inlroduetion des ponnnes 
de terre en Eurojîc, assnient qu'elle fut aussi 
trouvée en V infinie , paj' les preiuiers colons 
que Sir Walter Ralei«;'li y envoya en likS/,. 
()r_, eouîuient concevoir c[u'une plante qu'on 
dit appiirtenir orioinaireuient à riu'inisplièrc 
austral, se trouvoit cultivée au pied des monts 
AJléylianys , tandis qu'on ne la connoissoit 



r.iiwirnr. ix, 



til 



point an M(*xi(]no ri dans les r/'j^ions mou- 
tueuses cl UMiipcrces <les ilrs Aiiliiles? Ilsl-il 
prol>iil)le que «les Irihus p('*ru> i(>nnes îuent 
pénétré verslenor<l, jusqu'aux: rives du lla- 
paliannoe,en Vir«^iui(î , ou les pouinies do 
terre soiil-elles venues du nord au su<l, eonirne 
les peuples qui , depuis le seplièine siî'cle, ont 
))aru sueecssivemenlsur le|)laleau d \naliu;ie? 
Dans l'une el Taulre dtî ces hjpollièses, eoui- 
Dient celle cullure ne s'csl-elh; pas introduite 
ou conservée au Mcîxiquc? Voilà des questions 
peu agitées jusqu'ici, el cepeiidanl hien dignes 
de fixer l'allenlion du ])liysicien , qui, ca 
oi]d)rassanl d'un couj)-d'(eil l'iidluencc de 
riioinine sur la nature , el la réaction du 
mondes physique sur riioniuic, croil liie dans 
la dislrihulion des vt''«^élaux riiisloire des 
premières mi;^'rulions de notre espèce. 

J'o]>scrve d abord, pour ne consigner ici 
que des faits cxacls, *pi(; la ponmuî de terre 
n'est pas indigène au Pt'ron, et qu'elle ne se 
trouve nulle pail sauvage dans la partie des 
Cordillères ([ui est situt'e sous les tropiques. 
Nous avons, M. Jjonpland et moi , lierhorisé 
sur le dos et sur la pente des Andes, dej)uis 



1( 



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es :)" nord juscpiaux 12' 



sue 



1 



m. 



nous avons 
8 






1 1 \ i.îvnE IV , 

pris <!os infornuilions clie/ ck.'S personnes qui 
ont ( vaiifim'' celte cliaînc de înonlagnes co- 
lossales jusqu'à la Piî/ et k Oriiro, et nous 
sonnnes SUIS (pie, daiîs cette vaste éîenclue de 
terrain , il ne végète spontanénicnl aucune 
espèce de solanées à racines nourrissante^. Il 
est vrai qu'il y a des endroits peu accessibles 
et très-froids, que les naturels appellent Prt- 
ramos de las papas ( plateaux déserts des 
poiuiiies de terre ) ; mais ces dénominations , 
dont il est diificile de deviner l'orioine , 
n'indi(pient guère que ces grandes hauteurs 
produisent la plante dont elles portent le 
nom. 

En passant plus au sud , au delà du tropique, 
on la trouve , selon Molina ' , dans toutes les 
canqjagnes du Chili. Lcsnattirels y distinguent 
la pomme de terre sauvage, dont les tuber- 
cules sont petits et un peu amers , de celle qui 
y est cultivée depuis une longue se lie de 
siècles. La première de ces plantes ]iorte le 
nom de inai^lia , et la seconde celui àcpogiij. 
On cultive aussi , au Chili , une autre espèce de 
solanum, qui appartient au même groupe, à 

* Jliat. nal. du Chi'i , p. 102. 






\ 



i 






CHAPITRE IX. 



l\5 



ieuilles j^nnccs el non épineuses , et qui a la 
racine très-douce , et d'une forme cylindrique. 
C'est le Solatimn cari , qui est encore inconnu 
non-senlenient en Europe, mais même à 
Quito et au Mexique. 

On pourvoit demander si ces plantes utiles 
à l'homme, sont vraiment ori<i»inaircs du 
Chili, ou si, par l'eflet d'une longue culture, 
elles y sont devenues sauvages. La même 
question a été laite aux voyageurs qui ont 
trouvé les céréales croissant spontanément 
dans les montagnes de l'Inde et du Caucase. 
MM. Piuiz et Pavon , dont l'autorité est d'un 
grand poids, disent avoir trouvé la pomme de 
terre dans les terrains cultivés, in ciiltis, et non 
dans les forêts et sur le dos des montagnes. 
Mais on doit observer que chez nous, le 
Solanum et les dilïéren les espèces de blé ne se 
propagent pas d'elles-mêmes d'une manière 
durable , lorsque les oiseaux en transportent 
les graines dans les prairies et dans les bois. 
Partout où CCS plantes paroissent devenir sau- 
vages sous nos )eux, loin de se mnltiplier 
con)me l'Iilrigeron canadense , l'Oenothera 
biennis, et d'autres colons du règne végétal, 
elles disparoissent dans uu court espace de 

8* 






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ii6 



LIVRE IV 



temps. T.e lua'j^lia du Chili, le blé tics rives dn 
Teiek ' et le froment de montagnes i^Hlll- 
, wlwal ) du Bon tan , que M. Banks "' vient 
de faire connoîtrc, ne seroient-ils pas plutôt 
le type primitif du Sulanum et des céréales 
cultivées? 

Il est probable que des montagnes du Cliili, 
la culture des pommes de terre a avancé peu 
ù peu vers le nord, parle Pérou et le rojamne 
de Quito, jusqu'au plateau de Bogota, l'an- 
cien Cundinamarca. C'est là aussi la marche 
qu'ont tenue les Incas dans la suite de leurs 
conquêtes. On conçoit aisément pourquoi , 
long-temps avant l'arrivée de Manco-Gapac , 
dans ces temps reculés où la province du 
Collao et les plaines de Tiahuanacu étoient 
le centre de la première civilisation des 
hommes ^, les migrations des peuples de 
1 Amérique méridionale dévoient plutôt se 
faire du sud au nord , que dans une direction 
opposée. Partout dans les deux hémisphères, 
les peuples montagnards ont manifesté le 

* j\Iai\^c]iall dti Biheratein, sur les bords occldeniaiix 
de la mer Caspieiine , 1798 , p. 65 et io5. 
" Hibl. hriU. , 1809, "• ^22 , p. 8G. 
'^ Pedro C'u'çade Leou , v. io5. Garcildsso j III, i. 



CTIAl'ÎTRr 1\ 



I 1 



7 



111 



désir de se rapprocher de l'cqualenr, ou du 
moins de la zone torride, qui, à de grandes 
hauteurs, offre la douceur du clinial et les 
autres avantages de la zone tempérée. En 
longeant les Corddlères , soit depuis les boids 
du Gila jusqu'au centre du Mexique , soit 
depuis le Chili jusqu'aux belles vallées de 
Quito , les indigènes trouvèrent aux mêmes 
élévations , et sans descendre ve^s les piaines, 
une végétation plus vigoureuse, des gelées 
moins précoces, des neiges moins abondantes. 
Les plaines de Tiahuanacu (lat. 17» 10' sud), 
couvertes de ruines (Wme grandeur impo- 
sante, les bords du lac de Chueiiito, bassin 
qui ressejuble à une petite mer intérieure , 
sont l'Himala et le Thibet de l'Amérique 
méridionale. C'est là que les hommes , ««ou- 
vernés par des lois , et réunis sur un sol peu 
fertile, se sontadoimés les premiers à l'agri- 
culture. C'est de ce plateau remarquable , 
situé entre les villes de Cuzco et la Paz , que 
sont descendus des peuples nombreux et 
puissans, qui ont poi té leurs armes , leur 
lapgue et leurs arts jusque dans l'hémisphèie 
boréal. 

Les végétaux qui éloicnt l'oLjct de l'agri- 



ii8 



LIVRE IV 



culture (les Andes, ont rcfhié vers le norfî, 
de deux manières, on pnr les eonq'iètes des 
Incas, qui éloicnt suivies de rélaMisscuient 
de quelques eolnnie; périn ieniies dans le 
pays oceupé ., c.\i par les eoJî.nuniiealions 
lentes, niais paisibles, qui ont toujouis lieu 
entre des peuples voisins. Les souverains de 
Cuzco ne poussèrent pas leurs eonqujtes au 
delà de la rivière de Mayo (lat. i<* 34' bor.) , 
qui coule au nord de la ville de Pasto. Les 
pommes de terre , que les Espagnols trou- 
vèrent culliv/'es chez les penples ]Mi]yseas , 
dans le royaume du Zaque de Bogota ( lati- 
tude /|*» G' bor. ) , ne peuvent donc y être 
vennes du Pérou que p<ir l'efTet de ces rapports 
qui s'établissent peu à peu , même cTitre 
des peuples montagnards séparés les uns des 
autres par des déserts couverts de neige , ou 
par des vallées qu'on ne peut francLir. Les 
Cordillères, après avoir conservé une hauteur 
imposante, depuis le Chili jusqu'à la province 
d'Antioquia, s'abaissent tout d'un coup vers 
les sources du grand Rio Atraeto. Le Clioeo 
et le Darien ne présentent qu'un groupe de 
collines qui, dans l'isthme de Panama , a seu- 
lement quelques centaines de toises de hauteur. 



CTTAPÎTRE IX. 



ïiO 



La culture de lu poniiue de len o ne réussit 
bien entre les tropiques que sur des plaîeaux 
Irès-élevés , dans un clinial IVoid cl hrucneux. 
.L'Indien des pays chauds préfère le uiaïs , le 
manioc et la banane. En outre , le Gîioco , 
le Darien et Tistliine , couverts d é])aisses 
forets , ont été habités de tout temps par «les 
bordes de sauvages et de cliasseui\s, ennemis 
de toute culture. Il ne faut donc pas s'éionner 
que la réunion de ces causes physiques et 
morales ait empêché la pomme de terre de 
pénétrer jusqu'au jMexique. 

Nous ne cou Moissons j)as un seul fait par 
lequel Ihistoire de rAinéri<[iie méridionale 
soit liée à celle de l'Amérique septenlrioualc. 
Dans la Nouvelle - Espajvne , comme n<)us 
l'avons déjà observé plusieurs fois, le mou- 
vement des peuples va toujours du nord au 
sud. On croit reconnoître ' une gran(ie ana- 
logie de mœurs et de civilisation en lie les 
Toulléques, qu'une peste j)aroit avoir chass(\s 
du plateau d'vVnahuae, au miheudu douzième 

* J'ai disculé ccUe liypollièsc rurii-uso du c1u'vali( r 
Boluriiil jdaiis nn)n Mémoire sur les pnsuicrs liahitaiis 
<1e rAm«''ri(]uc. ( LùiT die ti\-'Ukei. ) Xcuf /i./iifi:. 
Monalac/uifl , 1806, p. 2o5. 






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120 



LIVRE IV 



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1 



siècle , et les Péruviens gouvernes parManco- 
Capac. Il se peut que des peuples sortis 
d'Aztlan se soient avancés jusqu'au delà de 
Fisthme ou du golfe de Panama; mais il est 
peu probable que , par des migrations du 
sud vers le nord, les productions du Pérou, 
de Quito et de la Nouvelle-Grenade, aient 
jamais passé au IMexique et au Canada. 

Il résulte de toutes ces considérations, que 
si les colons envoyés par Raleigh ont effec- 
tivement trouvé des pommes de terre parmi 
les Indiens de Virginie , il est difficile de se 
xefuser à l'idée que cette plante n'ait été 
originairementsauvage dans quelque? contrées 
de l'hémisphère boréal, comme elle l'étoit 
au Chih. Les recherches intéressantes faites 
par M3I. Beckmann , Banks et Dryander ' 
prouvent que des vaisseaux qui revenoient 
de la b.iie d'Albemarle , en i586, portèrent 
les premières pommes de terre en Irlande, 

* Bechinauns Griindacetze der teutschen Landwirth- 
scli afl , iHo6 , p. uHi). Sir Joseph Banks f an attempt 
to aster lain the tiine oflhe introduction ofpotatos, : 808, 
La pomme de terre est cultivée en grand dans î^. Lan-> 
caslïire, depuis 1 <'84 ; en Saxe, depuis 17 17 j eu£cosse, 
depuis 1728 j en Prusse, depuis 1738. 









i 



CHAPITRE IX. 



121 



et 



Thoiiiîis IL 



>t, nli 



Mi 



comme 

iiiulliématicien que comme na\i^aleur, dé- 
crivit cette racine nourii.ssaiile scms le nom 
d'opcnaw/i, GcrarJ, dans son 7A'/'///// publié 
en 1697, la nomme patate de Virginie , ou 
nore/ti6ega. On ponrroit être tenté de croire 
que les colons anglois ra\ oient reçue de 
l'Amérique espa;^nole. Leur établissement 
cxisloit depuis le mois de juillet de l'année 
i584. Les navigateurs de ce temps, pour 
attérir sur les cotes de l'Amérique septen- 
trionale , ne l'aisoient point roule dirccle vers 
l'ouest : ils étoient encore dans l'usaiie de 
suivre le chemin indiqué par Colomb, et de 
profiter des vents alises de la zone torride. 
Ce trajet facililoit les communications avec 
les îles Antilles, qui éloient le centre du 
commerce espagnol. Sir Francis Drake, qui 
\enoit de parcourir ces mêmes îles et les 
cotes de la Terre-Ferme , a voit touché à 
Roanoke ', en Virginie. Il paroît donc assez 



I! 



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* Roanoke el Albpiiiarle , où Antldas et Barlov 
avoirnt fait lour prtmiior élabtissemeut, apparlieunent 
au;Oiir(riiui à l'étal de la Caroline septentrionale. Sur 
la colonie de Ralci^h , consultez MarohaWa Life of 



122 



LIVRE IV 



I' 'k 



nalurcl de supposer que les An^lois ciix- 
nHjines avoientporlé les patjiles de rAiiiéri(|ue 
jiiériclionalc ou du Me.viipie vn Virginie. 
Lorsqu'elles fiirent envoyées âo, Vir«»iiïic en 
Angleterre , elles éloient déjà coinniunes en 
Espii^ne et en lUilie. 11 ne l'audroit donc pas 
s'élonner qu'une production qui avoit passé 
d'un conlinenl à l'autre, ait pu parvenir, en 
Amérique descolonies espagnoles aux colonies 
angloises. Le noin seul sous lequel Ilarriot 
décrit la pomme de terre paroit prouver son 
orioine virjTi-inienne. Les sauvay^es auroient-ils 
eu un mot pour une plante étrangère, et 
Ilarriot n'auroit-il pas connu le nom de 
Papas P 

Les cultures qui appartiennent à la partie 
la plus élevée et la plus froide des Andes et 
Cordillères mexicaines , sont celles de la 
pomme de terre, du ïropocolum esculentum '. 

* Celte nouvelle espèce de capucine , voisine du 
Tropaeoluni peregrinum , est cultivée, clans les pro- 
vinces de Popayan et de Paslo , sur dos plateaux de 
3ooo mètres de hauteur absolue. Elle sera décrite dans 
un ouvrage que nous publierons, M. Bonpland et 
moi , sous le titre de .Noi>a gênera et specles plantarum 
cL'quinocliaUum, 



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Cn\?ITl\F. 1\. 



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3 



et du Clienopodiiini qiiino.» , dont la ;;^raiiip 
est un aliment aussi agrr;il>l(! ([«m^ sain. Dans 
la Nouvelle - Kspagnc , la première» de ees 
cultures est d'autant plus importante et d'au- 
tant plus étendue , qu'elle ne doinamle pas 
un sol très-liumide. Les JMexieai'iS, comme 
les Péruviens , sa>ent conserver les pommes 
de terre pendant des années entières , en les 
exposant à la gelée, et en les séchant au 
soleil. La racine durcie et piivée de son eau, 
s'appelle cJiuiiii , d'après un mot de la langue 
quieliiia.il seroitsans doute Irès-ntde d'imiter 
cette préparation en Europe, où un commen- 
cement de germination Lit perdre souvent 
les provisions d'hi>er. Mais il seroit plus 
important encore de se procurer la graine 
des pommes de terre cultivées à (^)uiîo et 
sur le plateau de Santa-Fe. J'en ai vu d'une 
forme spliérique, de plus de trois décimètres 
( douze ù treize pouces ) de diamètre , et 
d'un goût beaucoup meilleur que celles de 
notre continent. On sait que certaines plantes 
herbacées qu'on a pendant long-temps mid- 
tipliées de racines, finissent par dégénérer, 
surtout lorsqu'on a la mauvaise habitude d« 
couper ces racines en plusieurs pièces. L'ex- 



II 






'. vM 



/fil; I 



I2/|. LIVRE IV, 

pt rience a prouvé, clans quelques parties de 
rAIlcnia«,nie, que, de toutes les pommes de 
terre, celles venues de graines sont les plus 
savoureuses. On parviendra à améliorer Tes- 
pcce , en faisant recueillir la graiue dans son 
pajs natal, et en choisissant, sur la Cordillère 
des Andes même, les variétés les plus recom- 
mandables par le volume et la saveur de 
leurs racines. Nous possédons depuis long- 
temps en Europe une patate que les agro- 
nomes connoissent sous le nom de patate 
rouge deBedrordsliire, et dont les tubercules 
pèsent aîi delà d'un kilogranmie ; mais cette 
varié le (^ con^lonicratedpotatoc) est d'un goût 
fade , et ne sert presque qu'à la nourriîure 
des bestiaux; tandis que \ixpapa de Bogota ^ 
qui L^rilicnt moins d'eau, est très-farineuse, 
légèrement sucrée, et d'une saveur infiniment 
agréable. 

Parmi le grand nombre de productions 
utiles que les migrations des peuples et les 
navigations lointaines nous ont fait connoître, 
aucune plante, depuis la décou^erte des cé- 
réales, c'est-à-diie , depuis un temps immé- 
morial, n'a eu une influence aussi marquante 
sur le bieu-ètre des haniuies , que la pomme 



'iî 



CHAPITRE IX. 



1:2:1 



de leiTC. Cette culliire, (raprès les eaKuiU 
de Sir Jolin SiiicLûr , pcul nourrir neuf in- 
dividus par acre de 5jGS mètres carrés, lîllle 
est devcuue couiniune dans la Nouvelle-Zé- 
lande ', au Japon, à l'ile de Java, dans le 
Boulan et au Bengale, où, selon le témoi- 
gnage de M. Bockford , les patates sont 
regardées connue plus utiles que l'arbre à 
pain introduit à Madras. Leur culture s'étend 
depuis l'eivlrémilé de l'AIrique jusqu'au La- 
brador y en Islande et en Laponie. C'est un 
spectacle bien intéressant que de voir une 
plante descendue des montagnes placées sous 
l'équaleur, s'avancer vers le pùle , et résister 
plus que les graminées céréales, à tous les 
frimas du nord! 

Nous venons d'examiner successivement 
les productions végétales qui sont la base de 
la nourriture du peuple mexicain , la banane , 
le manioc y le maïs et les céréales. Nous avons 
taché de répandre quelqu(^ intérêt sur cet 
objet, en comparant l'agricr-lture des région^ 
équinoxiales avec celle des climats tempères 
de l'Europe , et en liant l'histoire de la mi- 



■ o 



I •■ 4 



1 •« 



* JohnSavagsaccountof Ntii^v ZeaLanJ, 1807, p. 18. 



Il 



l'id 



LIVRE IV , 



^ration des vcgélaux aux évciicineiis qui ont 
fait rcHucr le yciirc humain d'une partie du 
^lobe vers l'autre. Sans entrer dans des détails 
Lotani<]ues ([ui scroienl élian^ers an but 
priui'ipal de cet ouvrage , nous terminerons 
ce cliapitre en indiquant sucrinetement les 
autics plantes alimentaires qui se cultivent au 
Mexique. 

Un <»rand nond)re de ces plantes a été 
introduit depuis le seizième siècle. Les Iwhilans 
de l'Kurope occidentale ont déposé en Amé- 
rique ce qu'ils a voient reçu , dcj)uis deux 
mille ans , par leurs communications avec 
les Grecs cl les Romains , par l'iriuption des 
]ior<lcs de l'Asie centrale , par les conquêtes 
des Arabes, ])ar les croisades et par les navi- 
gations des Portugais. Tous ces trésors vé- 
gétaux , accumulLS dans une extrémité de 
l'ancien continent, par le mouAcment constant 
des peuples vers l'ouest , conservés sous 
rinnuence heureuse d'une civilisation toujours 
cr(3issaiUc , sont devenus presque à la lois 
riicrilai^e du Mexique et du Pérou. Plus tard, 
nouslcsvo^y ODS augmentés par les productions 
de rAiîiéiique , passer plus loin encore, aux 
îles de la mer du Sud , à ces établissemens 



(.11 A PU ri: IX. li'j 

cuniii |)tMi[)lc puissant \i('iit dt; f<irin(.'r sur 
les colt's tic la ^cm^t•llo-IJ^^II;m(lc. C'tîsl ainsi 
tjno le plus pclit coin tic la Icric , s'jl<lc\icnl 
le tloniainc tics colons cnrtipccns , snilout 
s'il j)i cscnlc nnc «^lantlc variclc de cliinals , 
allcslc l'aclivilc tpic noire espèce a (hplovéc 
tlcpiiis tics siècles. Une colonie rcunil tlans 
ini espace c-lroil ce tpie l'honnnc crraut a 
dccouverl tic [)lus piccieux sur toute la sur- 
face du j^lobc. 

L'Ame rifpie est cxlrtjmenicnt riche en 
véj^ctaux à racines nourrissantes. Après le. 
manioc et les papas ou pommes de terre , 
il n'y en a pas de ])lus utiles pour la subsistance 
du pei]]>le tpie ïoca ( Oxalis tuberosa) , la 
hatdlr et ï/i^fi(t/no. La première de ces p" .- 
duclious ne vient ([ue tlans les pays Croitls 
et tempérés, sur la cime et la ])cnle des 
Cordillères; les deux autres apparliennent à 
la région chaude du Mexitpie. Les historiens 
espagnols qui ont décrit li découverte de 
FAniérinue , confondent ' les mots d'd.ic^s et 
de bâtâtes j quoique l'un désigne une plante 
du groupe des asperges, et l'autre un con- 
^olvulus. 

* Gufnara j Lib. 111, c. yi. 



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^1 



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128 LIVRE tV, 

JJigname ou Dioscorea alata y comme lo 
bananier , paroît propre à toute la région 
équinoxiale du globe. La relation du voyage 
d'Alojsio Cadamusto ' nous apprend que 
cette racine étoit connue des Arabes. Son 
nom américain peut même jeter quelque jour 
sur un fait très-important pour l'histoire des 
découvertes géographiques , et qui ne paroît 
pas avoir fixé jusqu'ici l'attention des savans. 
Cadamusto rapporte que le roi de Portugal 
avoit envoyé, en l'année i5oo, une flotte 
de douze vaisseaux autour du cap de Bonne- 
Espérance , à Galecut , sous les ordres de 
Pedro AHares. Cet amiral, après avoir vu 
les îles du cap Vert, découvrit une grande 
terre inconnue , qu*il prit pour un continent. 
Il j trouva des hommes nus, bruns, peints 
en rouge , a cheveux très-longs , s'arrachant 
la barbe , se perçant le menton , couchant 
dans des hamacs , et ignorant entièrement 
l'usage des métaux. A ces traits , on reconnoît 
facilement les indigènes de l'Amérique. Mais 
c£ qui rend surtout probable qu'Alia.^es a 

^ Cadamufttl Nawiijatio ad terras incogmtas. ( Gry- 
tiœus Orh. nov., p. 47.) 



a 



CHAPITRE IX. 129 

aborde, soit à lu cote de Paria, soit à celle 
de la Guajane, c'est qu'il dit j avoir trouvé 
cultivé UQC espèce de millet (du maïs) , et 
une racine dont on fait du pain , et qui porta 
le nom d'igname.. Vespucci , trois ans avant 
Aliares , avoit entendu prononcer ce méine 
mot par les habitans de la cote de Paria. 
Le nom haïtien du Dioscorea alata est axes 
ou ajes. C'est sous cette dénomination que 
QoXonih àécTÏiY igname y dans la relation de 
son premier voyage; c'est celle aussi qu'elle 
avoit du temps de Garcilasso , d'Acosta et 
d'Ovicdo ' , qui ont très-bien indiqué les 
caractères par lesquels les axes se distinguent 
des bâtâtes. 

Les premières racines du Dioscorea ont 
été transportées en Portugal, en 1596, de 
la petite île de Saint-ïhomas , qui est située 
près des cotes d'Afrique , presque sous lé- 
quateur \ Un vaisseau qui conduisoit des 
esclaves à Lisbonne, avoit embarqué ces 
ignames pour servir de nouriiture aux Nègres 

* C/u'istophori Columbi Navlgatio , c. 89. Comeri' 
tarios P^eaU's , T. I, p. 278. Historla natural de 
Jndias , p. 242. Oviedo , Lib. III, c. 7. 

^ Clusil rarioiitm plantarum hist. , Lib. IV, p. 77, 



lii. 



i'ti 



iir. 



9 



i3o 



LTVRK IV 



pendant la traversée. Par des circonstances 
senihlaLlcs , plusieurs plantes alimenlaires de 
la Guinée ont été introduites aux Indes occi- 
dentales : on les a propa^^jées avec soin pour 
fournir aux esclaves la nourriture a laquelle 
ils sont accoutumés dans leur pavs natal. On 
observe que la mélancolie de ces êtres 
infortiniés diminue sensiblement, lorsque, 
débarqués dans une terre nur.vcllc , ils re- 
connoissent les plantes qui ont entouré leur 
berceau. 

Dans les ré«^ions cliaudc^ c\ colonies 
espagnoles , les babitans distinguent Vajre 
des Tidmas de Guinea. Ces derniers sont 
venus des cotes d'Afi'i([ue aux îles Antilles , 
et le nom à' igname y a j^révab; peu à peu 
sur celui d'ri;re. Ces deux plantes ne sont 
peut-être que des variétés du Dioscorea alata, 
quoique Brown ait cbe cbé à les élever au 
rang d'espèces , oubliant que .la l'ornK- Jr s 
feuilles des ityiianies change sinyulicn ; fiiï 
par la culture. Nous n'avons nulle part trouvi 
la plante que Linné appelle D. sativa ' ; elle 



* Thunborg assure cepeiulant l'avoir vue cultivée au 
Japon. Il existe uue giaiicle coufusiuu dans le gcnr« 



la ta, 
au 

Jns 

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elle 
îe au 



CHAPITRE IX. 



i3 



n'existe pas non plus dans les îles de la nier 
du Sud, où la racine du D. alata, mêlée au 
blanc de la noix de cocos et à la pulpe de 
la banane , est le mets favori du peuple 
taïtieii. La racine de l'igname acquiert un 
volume énorme, lorsqu'elle se trouve dans un 
terrain fertile. Dans les vallées d'Aragua > dans 
la province de Caracas , on en a vu qui 
pesoient de 25 à oo kilogrammes. 

Les bâtâtes sont désignées au Pérou sous 
le nom à'apichu , iui Mexique sous celui de 
cnmotcs y nom qui est une corruption du mot 
aztèque cacamotic ' : on en cultive plusieurs 
variétés à racines blanches et jaunes; celles 
de Queretaro , qui croissent dans un climat 
analogue à celui de l'Andalousie , sont les 
plus recherchées. Je doute fort que les bâtâtes 
.aient jamais été trouvées sauvages par les 

Dîoscorea , et il seroit à désir ' qu'on en fit une mono- 
graphie. Nous avons rapporté un grand nombre de 
nouvelles espèces , qui se trouvent en partie décrites 
dans le Species plaritaruTti publié par M. WîUdenow, 
T. IV, P. I., p. 794-796. 

' * Le Cacamotic - tlanoquiloni ou Caxtlatlapan , 
figuré ^ans Ilernandez , c. 54, paroît être le Convol- 
vulus jalapa. > .. ,,• ^mx^, 

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LIVRE ÏV 



navigateurs espagnols, quoique Clusius Tait 
avancé. J'ai vu cullivé dans les colonies, outre 
le Coiwolvuhis hatatas y le C. platanifolius 
de Valil , el j'incline à croire que ces deux 
plantes, XUniuva de Tahiti (C clu'ysorrhizus 
de Solander ' ) et le C. ediilis de Thunberg , 
que les Portugais ont introduit au Japon , 
sont des variétés devenues constantes , et 
descendent d'une même espèce. Il seroit 
d'autant plus intéressant de savoir si les bâ- 
tâtes cultivées au Pérou , et celles que Cook 
a trouvées dans l'île de Pâques , sont les 
mêmes, que la position de cette terre et les 
monumens qui y ont été découverts, ont fait 
soupçonner à plusieurs savans qu'il apu exister 
d'anciens rapports entre les Péruviens et les 
habitans de l'île découverte par Roggeween. 
Gomara raconte que Colomb, après son 
retour en Espagne , lorsqu'il parut la pre- 
mière fois devant la reiri^ Isabelle, lui offrit 
des {j^rains de maïs , des racines d'ignames et 
des bâtâtes : aussi la culture de ces dernières 
étoit-elle déjà commune dans la partie mé- 
ridionale de l'Espagne , vers le milieu du 



* Forutar j Plantœ eseuîentœ , p. 5a. 



'! • 



! 



CHAPITRE IX. 



33 



ba- 



seizièine siècle ; en i%)i , on en vcndilnicine 
au niiircbc à Londres '. On croit conniiu- 
nénient que le célèbre Drake ou Sir John 
Hawkinsles ont Tait connoîlre en Angleterre , 
où on leur attribua pendant lon«^-tcm])s les 
propriétés mystérieuses pour lescpielles les 
Grecs reconimaudoientles or^nons de Méofare. 
La culture des halulcs réussit très-bien dans 
le midi de la France. Elle a])esoin de moins de 
chaleur que l'igname , qui d'ailleurs, à cause 
de l'énorme masse de matière nourrissante 
que fournissent ses racines , seroit de beau- 
coup préférable à la pomme de terre , si 
elle pou voit être cultivée avec succès dans 
les pays dont la température moyenne est 
au-dessous de dix-huit deicréscenli^rades. 

Il faut encore compter parmi les plantes 
utiles propres au Mexique, le Cacoiuite ou 
YOccloxocJiîll y espèce de Tigridia, dont la 
racine donuoit une faiine nourrissante aux 
habilans de la vallée tle Mexico; les nom- 
breuses variétés de ponmies d'amour ou 
Tofitdll ( Solanum lycopersicum) , que l'on 
semoit jadis entremêlées au mais ; la pistache 









ici 



* ciusiu^ , m, c 5i. 



i[^ 



l34 LIVRE IV 5 . 

de Icrrc, ou mani ' ( Aracliis hvpogca ), dont 
le fmit se eaclie dans la terre, et qui paroît 
avoir exisié en AlViqnc el en Asie , surtout 
en Coehineîiine % long-temps avant la dé- 
couverte de TAniérique ; enfin les différentes 
espèces de piment ( Capsieuni baecatum ^ 
C. annuum , et C. frulescens ) , que les 
Mexicains appellent chiUl j et les Péruviens 
itchii , et dont le finit est aussi indispensa- 
blement nécessaire aux indigènes , que le 
sel l'est aux blancs. Les Espagnols nomment 
le piment clu'lc ou a:ri ( ahi ). Le premier 
mot déri>e de (junnh-cJiilli , le second est 
im mot haïlicn qu'il ne faut pas confondre 
avec luvo , qui , comme nous l'avons observe 
plus haut, désigne le Dioscorea alata. 

.le ne me souviens pas d'avoir vu cultiver , 
dans aucune parlic des coloiiies espagnoles, 
les topincnihours ( ffelianllîus luberosus ) , 
qui . d'après j\[. Correa , ne se trouvent pas 
même au Brésil, quoique dans tous nos ou- 

* Lo mol tle INlani, comme la plupart tle ceux que 
les colons espagnols tlonneut aux plantes cultivées , 
csl lire tîc la langue (Vllaïll, qui csl aujounrhut une 
langue morte. Au Pérou, l'Arachis s'appela inchic. 

' Lvuniro , lïora Coc/ùnc/iitiehsiti ^ p. 522. 



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nKildll ou soleil à «îraiides llems ( lii^'liantlius 



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igne : on le seinoit )ailis dans jiiusieurs 
parties de l' Aniéricjiie espagnole , non-seu- 
Icnicnl j.'onr lirei* de 1 linile de ses «graines, 



mais ponr les rolir et en laire un nain Ires- 



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nourrissant. 



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u nouveau continent eonnne, aux: 



hahitans des îles de la mer du Sud. Chaque 
fois que les premiers historiens se servent de 
l'expression petit riz du Pérou ( arroz pc^ 
queno^) , ils veulent désigner le Chcnopodiiim 
(ji/ifioa ^ que j'ai trouvé très-conunun au Pérou 
et dans la belle vallée de J3ogota. La culture 
du riz, que les Arabes ont introduite en Eu- 
rope ', et les Espa«^*nols en Amérique , est de 
peu d'imporlanee dans la Nouvelle-Espagne. 
La grande sécheresse qui règne dans l'inté- 
rieur du pays, paioîl s'opposer à ce genre de 

* I^es Groos roiinoissoiciit le riz sans le cultiver. 
Arislobule (.lie/ Slrahun, IJ1).XV, pag. Ca^auh. lOii. 
— T'i.ophr., Lib. IV, c. 5. — Vioscur. , Lib. IJ, c. ii6, 
p. Sarac. i'Jlj, 



l i 



II 






l> 



l36 LIVRE IV, 

culture. On n'est pas d'accord à Mexico , sur 
l'utililé que Ton ])ourroit tirer de l'intro- 
duction du riz (le inoîitdgne y qui est commun 
en Chine et au Japon , et que connoissenttous 
les Espa«»'nols qui ont habité les îles Philip- 
pines. Il est certain que ce rh de montagne y 
tant vanté dans ces derniers temps, ne vient 
que sur la pente des collines qui sont arrosées 
ou par des torrens naturels , ou par des 
canaux d'irrigation ' creusés à de grandes 
hauteurs. Sur les côtes du Mexique, surtout 
au sud-est de Vera-Cruz , dans les terrains 
fertiles et marécageux situés entre les em- 
bouchures des rivières d'Alvarado et de 
Goasacualco, la culture du riz commun pourra 
un jour devenir aussi importante quelle l'est 
depuis long-temps pour la province de Guaja- 
quil, pour la Louisiane et la partie méridio- 
nale des Etats-Unis. 

Il seroit d'autant plus à désirer qu'on 

* Crescit Oryza Japonica in collibus et raontibus, 
artifuio singulari. Thunherg , Flora Japon, j-^. \k'j, 
M. Titzing , qui a vécu long- temps au Japon , et qui 
prépare une description intéressante de «son voyage, 
assure ausvi que le riz de montagne est arrosé , mais 
qu'il e*igc moins d'eau que le ri/ des plaines. 



on 



CHAPITRE IX. 1.37 

s'adonnât avec ardeur à celle Jiranche d'agri- 
culture , que de graudcs sécheresses et des 
gelées précoces font souvent niancjuer les 
récoltes du !)lé et du mais dans la rémon 
niontueuse, et que le peuple mexicain soufTrc 
périodiquement des suites funestes d'une 
famine générale. Le riz contient beaucoup 
de substance alimentaire dans un très-petit 
volume. Au Bengale , où l'on en achetle 
quarante kilogrammes pour trois francs , la 
consommation d'une famille de cinq individus 
consiste journellement en quatre kilogrammes 
de riz, deux de pois, et deux onces de sel '. 
La frugalité de l'indigène aztèque est presque 
aussi grande que celle de l'Hindou ; et l'on 
évileroit les disettes fréquentes au Mexique , 
en multipliant les objets de culture , et en 
dirigeant l'industrie sur des productions vé- 
gétales plus faciles à conserver et à transporter 
que le maïs et les racines farineuses. En 
outre , et je l'avarice sans toucher au fameux 
problème de la population de la Chine , il 
ne paroît pas douleu\ qu'un terrain cultivé 



ii 



I 



^ Bochford' s Indiau Récréations. Calcutta^ 1807, 
p. 18, 



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i38 



LIVRE IV 



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en riz nourrit un plus j^iand nombre de 
familles que Ja même étendue cultivée en 
froment. A la Louisiane, dans le bassin du 
Mississipi ', on compte qu'un arpent de terre 
produit comnuniément, en riz 18 barils , en 
Jroment et en ai>oine 8, en iiKtis 20, et en 
pommes de terre 26. En Virginie, on compte, 
d'après M. Blodget, qu'un arpent (acre') rend 
20 à 00 hiishels de riz, tandis que le froment 
n'en donne que iJ à 16. Je n'ignore pas 
qu'en Europe les rizières sont regardées 
comme très-nuisibles à la santé des habitans; 
mais une longue expérience faite dans l'Asie 
orientale seudjle prouver que leur effet n'est 
pas le même sous tous les climats. Quoiqu'il 
en soit, on ne doit pas craindre que l'irri- 
gation des rizières n'ajoute à l'insalubrité 
d'un pays qui est déjà rempli de marécages 
et de palétuviers ( Rliizophora mangle ) , -et 
qui forme un véritable Delta enlre^ les ri- 
vières d'Alvarado, de San Juan et de Goa- 



sacualco. 



* Note manuscrite sur ht valeur ch.'s terres dans la 
./yo///.s/n!Wé', qui m'a été coramuniquée par le gém'a'al 
NVilckinsoii, 



CHAPITRE IX. l39 

Les 3Iexicains possèdent anjourd'hui toiilcs 
\qs plantes polai^èrcs cl tons los nrhrcsjniiticrs 
de l'Enropc. Il n'est pas facile d'indiquer 
lesquelles de ces piennÏMcs c\isloient au 
nouveau continent avant l'arrivée des Espa- 
gnols. Cette jiiènjc incerlitude rèf^nc panni 
les botanistes, sur les espèces de navets, do 
salades et de choux qui étoient cullivcs par 
les Grecs et les Romains. Nous savons avec 
certitude que les Américains connoissoient 
de tout temps les o;^nons ( en mexicain , 
ciconacaif) , les haricots (en mexicain, ajacot/i, 
en péruNien ou en langue (pûcliua, /^///'«///), 
les calebasses (en péruvien, capallu)^ et 
quelques variétés de pois ihichcs ( Ciccr , 
Linn.). Corlez , en parlant des comestibles 
qui se vendoient journellement au mai clié de 
Fancien Ténochtillan, dit expressément qu'on 
y trouvoit toute espèce de légume, particu- 



, :».: 



^ Lorenzana , p. io3. Carcilas.so , p. 278 et 33G. 
Acostt, p. 245. Les ognons cloienl inconnus an Pérou, 
et les chochos <le l'Amérique n'étoicnt pas chs gar- 
vanzos ( Cicer ariclinum). J'ignore si 1rs fameux 
frisolitoH de fcra-Cniz , qui sont devenus un ol)j( t 
(l'exportation, (.lescevulout d'un P/ianeolus d'Espagne, 
ou s'ils sont une variélc dj Vayacolll nuxicuin. 







y. 



. . 



l/fO LIVRE IV, 

lièremcnt des oi;^nons , des porcaiix , <?« 
l'ail , du cresson aléiiois et du cresson de l'on- 
taine {luosluerzo j hciro) , de la bourrache, 
<le l'oseille et des cardons [cardoy Ids^arninas). 
Il paroîl qu'aucune espèce de clioux et de 
navels (Brassica etRaplianus) n'étoit cullivce 
en AuicF'ique, quoique les indigènes aimassent 
beaucoup les herlies cuiles. Ils mcloient en- 
semble toutes sortes de feuilles , et nicme de 
fleurs, et ce mets s'appeloit ivaca. Il paroît 
que les 3Iexicains n'ont pas eu on<^inairement 
des pois^ et ce fait est d'autant plus remar- 
quable , que l'on croit notre pisum sathiuii 
sauvage sur la côte nord-ouest de ' Vmérique '. 
En général , si l'on jette le ax sur les 
plantes potagères des A/.tèques , et sur le 
grand nombre de racines farineuses et sucrées 
qu'on cultivoit au Mexique et au Pérou, on 
voit que l'Amérique n'éloit pas, à beau- 
coup près , si pauvre en plantes alimen- 

* Aux îles (le la Reine Charlolle , et dans la haie de 
Korlolk ou Tchinkilané. ( Voyage de Marchand, T. I , 
p. 226 et 36o. ) Ces pois n'y auroient-i!s pas été semés 
par quelque navigateur européen? Nous savons que 
tlepuis peu les choux sont devenus sauvajjcs à la JNour 
vellc-Zéelande. 



CHAPITRE IX. 1 'l I 

taircs qu'un faux esprit de système l'a fait 
avancer à des savans, qui ne eonnoissenl le 
nouveau oonlinent que par les ouvraj;^es 
d'Herrera et de Solis. Le degré de civilisation 
d'un peuple n'est dans aucun rapport avec 
la variélc des productions qui sont l'objet de 
son agriculture ou de son jardinage. Cette 
variété est plus ou moins grande, selon que 
les conununications entre des récrions cloi- 
gnées ont été fréquentes, ou que des nations 
séparées du reste du genre liumain, dans des 
temps très-reculés , se sont trouvées , par leur 
situation loc; le, dans un isolement parfait. IJ 
ne faut pas s'étonner de ne point rencontrer 
chez les Mexicains, au seizième siècle, les 
richesses végétales que nos jardins d'Europe 
renferment aujourd'hui. Les Grecs et les 
Romains mêmes , ne connoissoient ni les épi- 
«ards, ni les choux-fleurs, ni les scorsonères, 
ni les artichauts , ni un grand nombre d'autres 
légumes. 

Le plateau central de la Nouvelle-Espagne 
produit, avec la plus grande abondance, des 
cerises, des prunes, des pèches, des abricots, 
des figues, des raisins, des melons, des pommes 
et. des poires. Dans les environs de Mexico , 



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1 4 ? LIVRE IV , 

les villaîrcs de San Anj^iislin de las Ciievris et 
de Tacubaja , le fameuse jardin du couvent 
des Carmes, à San Aiigcl , cl celui de la famille 
de Fagoaga , à Tanepantla , donnent aux mois 
de juin , de juillet et d'août, une innombrable 
quanlilé de fruits, et la plupart d'un goût 
exquis, quoique les arbres soient en général 
assez m;'l soignés. Le voyageur est frappé de 
voir, au Mexique comme au Pét.^u, et dans 
la Nouvelle-Grenade , les tables de l'iiabitant 
aisé, chargées à la fois des fruits de l'Europe 
tempérée , d'ananas ' , de grenadilles ( diffé- 
rentes espèces de Passijlova et Tacsonia ) de 
•sapotes , de mameis , de goyaves , d'anones , 
de cliilimoyes, et d'autres produc ions pré- 
cieuses de la zone lorridc. Cette variété de 

* Les Espagnols , dans leurs preraiôres navigations , 
nvoiont coiitmnn cVcmbarquerdes ananas , qui , lorsque 
la tiT.vcrsée éloil courle , éloient mangés en Espagne. 
On en présenta Jéjà à l'empereur Charles- Quint, qui 
trouA'a le fruit très-beau , mais ne voulut pas en goûter. 
Nous avons troi.vé l'ananas sauvag' et tlu goût le 
plus exquis , au pied de la grande montagne de Duida , 
sur les bords do l'Alto Oriiioco. Les graines ne sont 
pas eonstamment toutes avortées. En 1594, l'ananas 
l'ut delà cultivé en Chine, où il éloit venu du Pérou. 
\Kircher, China illisiraia, ^. 188.) 



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CHAPITRE IX. 



i43 



kl 1er. 
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fruits se trouve presque dans tout le pays, 
depuis Guaîiuiala jusrpi'à la ÎNouvelle-Cali- 
foriiie. En étudiant l'histoire de lu conquête , 
on admire l'aelivité extraordinaire avee la- 
quelle les Espai]fnols du seizième siècle ont 
répandu la culture des végétaux européens 
sur le dos des Cordillères, d'une extrémité 
du continent à l'autre. Les ecclésiastiques, et 
surtout les religieux missionnaires, ont con- 
tribué à ces progrès rapides de l'industrie. 
Les jardins des couvens et des curés ont été 
autant de pépinières d'où sont sortis les vé- 
gétaux utiles récemment -acclimatés. Les con- 
quistadores mêmes, que l'on ne doit pas 
regarder tous comme des guerriers barbares, 
s'adonnoient , dans leur vieillesse, à la Aie des 
champs. Ces hommes simples , entourés d'In- 
diens dont ils ignoroient la langue, cultivoient 
de préférence , comme pour se consoler de 
leur isolement, les plantes qui leur rappeloient 
le sol de l'Estrimadurc et des Caslilles. 
L'époque à laquelle un fruit d'S'lurope mû- 
rissoit pour la première fois, éloit signalée 
par une fête de famille. On ne sai-roit lire 
sans intérêt ce que l'Inca Gai cilasso rapporte 
sur la manière de vivre de ces premiers colons. 



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LIVRF IV 






Jl raconic, Jivec une naïvolé loiiclianle, ooiii- 
meiil son père, le valciacux yi mires de la 
}'('i>;iij rrimissoil lous ses vieux (•um])a<;n()iis 
cl'aiiiics pou r])a Plaider avec; eux trois aspei'i^es, 
les premières «pii lussenl venues sur le plateau 
du Couzeo. 

Avant l'aiiivée des Espa^j^-nols , le Mexique 
cl les Cordillères de l'Aïuériquc niéritliouah^ 
produisoient plusieurs IVuils (pii ont une 
grande analo|L;ie ave(! eeux «les (*linia(s leni- 
pérés de Taneien (H)uliuent. La pliysionoinie 
des végétaux olPre des liaits de ressenihlanee, 
partout où la tenr|jératine et l'huniidité sont 
lesniènies. La partie niontueuse de rAniéri(]ue 
é(|uino\iale a des ecrisieis ( l*adus eapjili), 
des nojers , des ponnniers, des mûriers, <les 
l'raisiei's, des lUibus, et des groseiMiers (pii 
]uisont ]>i'opres, et <jue nous ferons eonnoîtie, 
M. lîonpland et moi , dans la ])arlie l)otani(pie 
de nt)tie voyage. Corlez raeonle avoir vu, 
lors de son ariivée à Mexieo, outre les eerises 
indigènes, <pii sont assez aeidcs , des prunes, 
ciriK'ltis. \\ ajoute qu'elles resscnd)loient en- 
tièrement à eclles d'1'.spagne. .le doute de 
rexislenee deees pi unes nu'xieaincs, ([uoi([ue 
l'abbé Cluvi;:ero eu fasse aussi mention. 






CHAPITRE ÏX. 



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Pont-iHrc les preiniors l^spa^n()ls])rcnoiont-ils 
\v finit <lu S/io/if/ids , <|ni est un drupa ovoïde , 
pour (les prunes d'P^urope. 

Qnoi(|ue les rôles oeeidentales de la Nou- 
Velle-I^s[)ii^'ne soient baignées par le Grand 
Océan, el <ju»»;(pie IMendafia, Gaetano , 
(^)uiros, et(raiJlresnavit^''aleursespaj^''nolsaient 
été It.'s prcnniers à visllcM* les îles situées enlrc 
rAnieri(|ue et l'Asie les pi'o<luefions les [>lus 
utiles de ees eonirées, rarl)ie à pain , le lin de 
la Nouvelle-Zéel ande ( Phoriniuni tenax) et 
la eanno à sueie d'Otaliiti, sont restés incon- 
nus aux liahitans du IMexique. (]cs végétaux, 
après avoir presque fait le tour du ^lobe, leur 
arriveront jhmi à peu des îles Antilles. Déposés 
par le ca])itaine Bli«;li à la .laniaï(pic, ils se 
sont propai;és i;ipidenieiit à l'île de Cuba, 
à la Trinil et sut- la cote de (Jaraeas. 



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sur les cotes luinûdes et (^bandes de Tabasco, 
de Tuslla et de San JUas. Il est peu probable 
cependant que eetle cultures puisse; jamais 
faire abandonner aux naturel vclle des ba- 
naniers , tpii, sur la même étendue de terrain 






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LIVRE IV 



fournissent J)Ilis de siibsJance noiiriLssanlc. 
Il esl V rai que l'Ai tocarpus^ pendant huit mois 
de rannée, est conîinuclienieut chargé de 
li'uits, et que trois ai b* es suffisent pour nour- 
rir un individu adulte ' : mais aussi un arpent 
ou un demi-hectare de le nain ne peul contenir 
que oC à 4.0 arbres à pain ' ; car ils sont moi'.? 
charges de fruits lorsqu'on les phuilc trop 
près les uns des autres , et que leurs racines 
se rencontrent. 

L'extrciie lenteur a\ec laquelle se fait le 
trajet des iles Philippines et Mariaiics à 
Acapulco, la nécessité dans laquelle se trou- 
vent les galions de Manille de s'élever à de 
grandes latitudes pour, prcndie les vents 
nord-ouest, rendent très-difficile l'introduc- 
tion des végétaux de l'Asie orientale : aussi 
ne trou\e-ï-' .:, sur les cotes occidentales ^lu 
Mexique, aucune planîe de la Cline ou des 
îles Philippines, si ce n'est le Triplutsia nii- 
raniiola { Liinoniu irij'olinla ), arbiisseau 
élégant dont on confit les fruits, et qui, d'après 

* Geor^ Forster vom Brodhanme , fft'*, S. 23. 

* Comparez ce qui a été dit pins l)aiil tlu ]>roduit des 
bananes, du tVonient et des pommes de Itire, p. 28 
et 3'5. 



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CHAPITRE IX. 



47 



Lourciro , est idonliqiic avec le Gitrus trit'o- 
liala , ou Karatats-batiiia de Karnpfer. Quant 
aux orangers et aux citronniers^ cjui dans 
l'Europe australe suppoi tent, sans en souffrir, 
un TrOâd de cinq à six degrés au-dessous dezéro, 
on les cullive aujourd'hui dans toute la Nou- 
^elle-Espagne, même sur le plateau central. 
On a sou\ent agité la question si ces arbres 
ont existé dans les colonies espagnoles avant 
la déeouverle de l'Amérique , ou si les Eu- 
ropéens les ont portés des îles Canaries , de 
l'île S.-Tliomas ou des côtes d'Ai'rique. Il est 
certain qu'un oranger à fruit petit et amer, 
et un citronnier très-épineux, donnant un fruit 
vert, rond, à écorce singulièrement huileuse , 
et qui a souvent à peine la grandeur d'une 
grosse noix, est sauvage dans l'île de Cuba etsur 
les cotes de la Terre-Ferme. Mais malgré 
toutes mes recherches, je n'en ai jamais trouvé 
un seul pied dans l'intérieur des forêts de la 
Guayane , entre l'Orénoqiie , le Cassiquiare et 
les frontières du Brésil. Peut-rHre le citronnier 
à petit fruit vert {Limoncîto verde) étoit-il 
anciennement cultivé par les naturels, et 
peut-être n'est -il devenu sauvage que là où 
la population, et par conséquent l'étendue 

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l48 LIVRE IV, 

des terrains cultivés, étoient le plus consi- 
dérables. J'incline à croire que seulement le 
citronnier à grand fruit jaune {Limon sittil) 
et l'oranger à fruit doux , ont été introduits 
par les Portugais et les Espagnols '. Sur les 
rives de l'Orénoque , nous n'en avons vu que 
là où les jésuites avoient établi leurs niissions. 
L'oranger, lors de la découverte de l'Amé- 
rique, n'existoit même en Europe que depuis 
peu de siècles. S'il y avoit eu d'anciennes 
communications entre le nouveau continent 
et les îles de la mer du Sud , le véritable 
Citrus aurantium auroit pu arriver au Pérou 
ou au Mexique par la voie de l'ouest; car 
cet arbre a été trouvé par M. Forster aux 
îles Hébrides, où Quiros i'avoit vu long- 
temps avant lui '. 



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> Oificdo, Lib. VIII, c. i. 

^ Plantée esc Uentœ IriHularuin mistraliiim , p. 35. 
L'oranger coir iiiun des îles du Grand Océan est le 
Citrus decumana. Le manguier ( Garcbtia mangos- 
tana) , dont les innombrahlc^s "variétés sont cultivées 
avec tant de soin aux Grandes Indes et dans l'arcbipel 
des mers d'Asie , est très-répandu depuis dix ans dans 
les lies Antilles. Il n'es^istoit pas encore de mon temps 
au Mexique. 



CHAPlTBt IX. l49 

La grande analogie qu'offre le climat du 
plateau de la Nouvelle-Espagne avec celui 
de l'Italie , de la Grèce et de la France méri- 
dionale, devroit inviter les Mexicains à la 
culture de l'olivier. Cette culture a été tentée 
avec succès dès le commencement de la con- 
quéte;mais le gouvernement, parune politique 
injuste, loin de la favoriser, a cherché plutôt à 
rempêcher indirectement. Il n'existe pas , à ce 
que je sache, de prohilntion formelle, mais 
les colons n'ont pas hasardé de s'adonner à 
une branche de l'industrie nationale qui auroil; 
bientôt excité la jalousie de la métropole. La 
cour de Madrid a toujours vu d'un mauvais 
oeil la culture de l'olivier, du mûrier, du 
chanvre, du lin et de la vigne dans le nouveau 
continent. Si au Gliiïi et au Pérou elle a toléré 
le commerce des vins et des huiles indi^:ènes, 
ce n'est que parce que ces colonies , situées au 
delà du cap de Horn, sont souvent mal ap- 
provisionnées par l'Europe, et qu'on craint 
l'effet de mesures vexatoires dans des pro- 
vinces aussi éloignées. Le système de prohi- 
bition le plus odieux a été suivi avec ténacité 
dans toi.tes les colonies dont les cotes sont 
baignées par l'Océan Atlantique. Le vice-roi. 



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l5o LIVRE IV 5 

pendant mon séjour à Mexico , reçut l'ordre 
de la cour de faire arracher les vignes (arancar 
las cepas) dans les provinces septentrionales 
du Mexique, parce que le commerce de Cadix 
se plaignoit d'une diminution dans la consom- 
mation des vins d'Espagne. Heureusement cet 
ordre , comme beaucoup d'autres donnés par 
les ministres, ne fut point exécuté. Qn sentit 
que, malgré l'extrt^me patience du peuple 
mexicain , il pouvoit être dangereux de le 
réduire au désespoir, en dé stant ses pro- 
priétés, et en le forçant d'acLcter aux mo- 
nopolisles de l'Europe ce que la nature 
bienfaisante produit sur le sol mexicain. 

L'olivier est très-rare dans toute la Nouvelle- 
Espagne; il n'en f : iste qu'une seule plantation, 
mais très-bell , celle de Farchevêque de 
Mexico, siluée \ deux lieues au sud-est de la 
capitale. Cet oll\?ar ciel arzohispo produit 
annuellement 200 arrobes ( à peu près 
2000 kilogrammes) d'huile d'une très-bonne 
qualité. T^ous avons déjà parlé plus haut (T. Il, 
p. 441 ) de l'olivier cultivé par les mission- 
naires dans la Nouvelle-Californie , surtout 
près du village de San Diego. Le Mexicain , 
occupé librement de la cullure de son sol, 



CHAPITRE IX. 



K^I 



pourra se passer, avec le temps, del'liuile, 
(lu vin, du chanvre et dn lin d'Iùirope. L'olivier 
d'Andalousie, introduit par Corlez, souflVe 
(juchpiclois du IVoid sur le plateau central ; 
caries gelées, sans être forles , y sont fré- 
quentes et très-prcîionf^'ées. Il seroit utile de 
planter au Mexiqu? l'olivier de Corse, qui, 
plus qu'aucun autre, résiste à l intempérie du 
climat. 

En terminant la liste des plantes alimen- 
taires, nous jetterons un coup -d'œil rapide 
sur les végétaux qui rournisseiit des boissons 
au peuple mexicain. Nous verrons que, sous 
ce rapport, l'histoire de l'agriculture aztèque 
offre un trait d'autant plus curieux qu'on ne 
trouve rien d'analogue chez un j^^rand nombre 
de nations beaucoup plus avar^cées dans la 
civilisation que les anciens habitans d'Ana- 
huac. 

A peine existe-t-il une tribu de sauvages 
sur le globe , qui ne sache préparer quelque 
boisson tirée du rëj^ne vé^^étal. Les hordes 
misérables qui errent dans les forets de la 
Guayane, font, avec dilFérens fruits de pal- 
miers , des ém..lsions aussi agréables que 
l'orgeat que l'on prépare eu Europe. Les 



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1S2 LIVRE IV, 

habitans de Fîle de Paqiics , relégués sur un 
amas de rochers arides et sans sources , 
boivent, outre l'eau de mer, le jus exprimé 
de la canne à sucre. La plupart des peuples 
-civilisés tirent leurs boissons des mômes 
plantes qui l'ont la base de leur nourriture , 
et dont les racines ou les semences contien- 
nent le principe sucré uni à la substance 
am\lacée. Dans l'Asie australe et orientale, 
c'est le riz; en xifrique, c'est la racine des 
ignames et de quelques arums; dans le nord 
de l'Europe , ce sont les céréales , qui four- 
nissent des liqueurs fcrmentées. Il existe peu 
<le peuples qui cultivent de certaines plantes 
simplement dans le but d'en faire des boissons. 
L'ancien continent ne nous oflre des plan- 
tations de vignes qu'à l'ouest de l'Indus. Dans 
les beaux temps de la Grèce, cette cul- 
ture étoit même restreinte aux pays situés 
entre l'Oxus et l'Euphrate, à l'Asie mineure 
et à l'Europe occidentale. Sur le reste du 
globe, la nature produit des espèces de 7ntis 
sauvage, mais nulle autre part l'homme n'a 
tenté de les réunir autour de lui pour les 
améliorer par la culture. 
Le nouveau continent nous présente l'exem- 



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CHAPITr.K IX. 



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pic d'nn peuple qui ne reliroit pas seulement 
des boissonsde la subslaiice (Mil ylacce et sucrée' 
du maïs, du manioc et des hannnes , ou de la 
pulpe de quelques espèces de mimosa, mais qui 
cultivoit tout exprès une plante de la famille 
des Ananas, pour en convertir le suc en une 
liqueur spiritueuse. Sur le plateau intérieur, 
dans l'intendance de la Puchla et dans celle 
de Mexico^ on parcourt de grandes étendues 
de pays où l'œil ne repose que sur des champs 
plantés en pite ou magney. Cette plante, à 
feuilles coriaces et épineuses, qui, avec le 
Cactus opuntia , est devenue sauvage depuis le 
seizième siècle , dans toute l'Europe australe, 
aux îles Canaries et sur les cotes d'Afrique, 
donne un caractère particulier au paysage 
mexicain. Quel constrasie de formes végé- 
tales que celui qu'offre un champ de blé , 
une plantation d'agave , ou un groupe de 
bananiers dont les feuilles lustrées sont cons- 
tamment d'un vert tendre et délicat! Sous 
toutes les zones, riiommc, en multipliant 
certaines productions \égélalcs, modide à 
son gré l'aspect du pays soumis à la culture! 



* Voyez ci-dessus, p. Gi. 



p : 



1S4 LIVRE IV, 

Il existe, dans les colonies espagnoles, 
pinsienrs espèces <le rnnf*rirr (jui nicritcnt 
d'être examinées avec soin , et dont cjnelques- 
iines, à cause de la division de leur corolle, 
de la lonj:^nenr des ctaniincs, et de la i'ornie 
de leur stigmate , paroissent appartenir à des 
l^enres dilTérens. Les ntaguey ou metl que 
l'on cultive au Mexique, sont de nombreuses 
variétés de Yy^gm>e anwricana y devenu si 
commun dans nos jardins, à fleurs jaunes, 
fasciculées et droites , à étamines deux fois 
plus longues que les découpures de la corolle. 
Il ne faut pas confondre ce metl iwecVJ gave 
cubeîisis ' de Jacquin ( floribus ex albo viren- 
tibus , longe paniculatis , pendulis, slaminibus 
coroUa duplo brevioribus ) , que M. Laui.irok 
a appelé A. mexicana, et que quelques bota- 
nistes, j'ignore pourquoi , ont cru être l'objet 
principal de la culture des Mexicains. 

Les plantations du maguey de pnlciue 
s'étendent aussi loin que la langue aztèque. 

* Dans les pro\inccs do Caracas et de Cumana, 
l'Agave cubensis ( A. otlorala P» rsoon ) s'appelle 
Maguey de Cocuy. J'en ai vu des lianipi s cliargrrs 
de fleurs, de 12 a i4 mètres de hauleur, A Caracas, 
VjdjTava amerii'una est nommé Maguey du Cocuiza. 



CTIAPlTT^n IX. 



1 5.) 



Les peuples do nice oloinile, IdIo' upie et 
inislèipie ne sont pas adonnes à l'or///, <pii; Ks 
EspagJïoIs appellent /y///////r. Sur le plateau 
eenlral, on trouve à peine le nia«^uey ruilivé 
lin nord de Salanianea. l^es plus belles cul- 
tures (jue j'ai eu oeeasion de voir, sont dans 
la vallée de 'J'oluea et dans les plaines do 
Cholula. Les pieds d'agave y sont plantés par 
rangées, à quinze décimètres de disianieles 
uns des autres. Les plantes ne eoniniencent à 
donner le sue, que l'on désigne par le nom 
de miel j à cause du piincijîe sucré dont il 
abonde, que lorsque la lianipc est sur le 
point de se développer : c'est pour cela qu'il 
est du plus grand intérêt pour le cultivateur, 
de connoître exîictenic I l'époque de la flo- 
raison. Sa proximités'annonce parla direction 
des feuilles radicales, que l'Indien obserN e avec 
beaucoup d'attention. Ces feuilles, qui jusque 
là étoient penchées vers la terre, s'élèvent 
tout d'un coup; elles tendcfU à se rapprocher 
comme pour couvrir la hampe qui est prête 
à se former. Le faisceau des feuilles centrales 
{el coraznn) devient en même temps d'un 
vert plus clair, et s'allonge sensiblement. Les 
indigènes m'ont assuré qu'il est difQcile de 



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LIVRE IV 



se tromper sur ces sio-nes , mais qu'il y en a 
d'autres non moins iinportans qu'on ne peut 
rendre avee précision, parce qu'ils appar- 
tiennenl simplement au port de la plante. Le 
cultivateur parcourt journellement ses plan- 
tations d'agave , pour marquer les pieds qui 
s'approchent de la floraison : s'il lui reste 
quelque doute, il s'adresse aux experts du 
village, à de vieux Indiens, qui, à cause 
d'une longue expérience, ont le jugement ou 
plutôt le tact plus sûr. 

Près deCholula, et entre Toluca et Caca- 
numacan , un ?nagiiey de huit ans donne déjà 
des signes du développement de sa hampe. 
C'est le moment où commence la récolte du 
suc dont on fait le pulcjue. On coupe le 
corazon ou le faisceau des leuilles centrales , 
on élargit insensiblement la plaie, et on la 
couvre par les feuilles latérales, qu'on relève , 
en les rapprochant et en les liant aux extré- 
mités. C'est dans cette plaie que les vaisseaux 
paroissent déposer tout le suc qui devoit 
former la hanqie c(»îossale chargée de fleurs. 
C'est une véritable source végétale qui coule 
pendant deux ou Irois mois, et à laqueHe 
l'Indien puh>Q trois fois par jour. On peut 



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CHAPITRE TX. 



1^7 



juger du mouvemenl plus ou moins lent de 
la sève, ].;:r la quantité de miel que l'on tire du 
magiicj à différentes époques du jour. Com- 
munément un pied donne, en vingt-quatre 
heures, quatre décimètres cubes ou 200 pou ces 
cubes , qui égalent huit quartillos. De cette 
quantité totale, on obtient trois quartillos au 
lever du soleil , deux à midi, et encore trois à 
si.\ heures du soir. Une plante très-vigoureuse 
fournit quelquefois jusqu'à i5 quartillos, ou 
075 pouces cubes par jour, pendant quatre à 
^^ cinq mois, ce qui fait le volume énorme de 
plus de 1100 décimètres cubes. Celte abon- 
dance de suc , produite par im niui^ueY qui a 
à peine un mètre et demi de haut, est d'au- 
Idiit plus étonnante, que les phmtatious d'agave 
se trouvent dans les terrains les plus arides _, 
souvent sur des bancs de rochers à peine 
couverts de terre végétale. La valeur d'un 
pied de moguej qui est près de sa floraison , 
est, àPachuca, de 5 piastres, ou de 25 francs. 
Dans un terrain ingrat , l'Indien ne compte 
que i5o bouteilles par magiiey , et 10 à 
i?< sous la valeur du puhiuc l'ourni dans un 
jour. Le produit est inégal comme celui de la 
vigne, qui est tantôt plus, tantôt moins 



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chargée de grappes. J'ai cité plus haut, au 
sixième chapitre , l'excinple d'une Indienne 
tie Ghoiula, qui laissoit à ses enfans des plan- 
tations de maguey cpie l'on estimoit à soixante- 
dix ou quatre-vingt mille piastres. 

La culture de l'a^-ave a des avantag-es réel» 
sur la culture du mais, du blé et des pommes 
de terre. Cette plante, à feuilles roides et 
charnues, ne craint ni la sécheresse, ni la 
grêle, ni l'excès du IVoid qui règne en hiver 
sur les hautes Cordillères du Mexique. La 
tige périt après la Jîoraison. Si on lui a ôté le 
faisceau des feuilles centrales, elle sèche après 
que le suc que la nature paroissoit avoir des- 
tiné à l'accroissement de la hampe est entiè- 
lement épuisé. Une infinité de drageons 
naissent alors de la racine du pied qui vient 
de périr; car il n'y a pas de plante qui se 
multiplie plus racilement. Un arpent de terrain 
renferme douze a treize cents pieds de mûgiwr. 
Si le champ est d'ancienne culture, on peut 
estimer qu'annuellement un douzième ou un 
quatorzième de ces plantes donne du 7?ncL 
Un propriétaire qui plante 5o à 4o,ooo //ki- 
^Kc) y est sur de fonder la richesse de ses 
^urans; mais il faut delà paîience et du cou- 



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CHAPITRE IX. 



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rage pour s'adonner à une culture qui ne 
commence à devenir lucrative que dans 
l'espace de quinze ans. Dans un bon terrain , 
l'agave entre en floraison après cinq ans; dans 
un terrain très-maigre, on ne peut s'attendre à 
la recolle qu'au bout de dix-huit ans. Quoi- 
que la rapidité de la végétation soit du plus 
grand intérêt pour les cultivateurs mexicains, 
ils ne tentent cependant pas d'accélérer ar- 
tiQciellement le développement de la hampe 
en mutilant les racines, ou en les arrosant 
avec de l'eau chaude. On a reconnu que par 
ces moyens , qui aflbiblissent la plante , on 
diminue sensiblement l'alïluence du suc vers 
le centre. Un pied de magiiej est perdu, si, 
trompé par de fausses apparences , l'Indien 
fait la plaie long-temps avant que les fleurs se 
seroient développées naturellement. 

Le ffilcl ou suc de l'agave est d'un aigre- 
doux assez agréable. Il fermente facilement, à 
cause du sucre et du mucilage qu'il contient. 
Pour accélérer cette lérmentalion , on y ajoute 
cependant un peu de pulijiw vieux et acide: 
l'opération se termine dans l'espace de trois 
ou quatre jours. La boisson vineuse , qui 
ressemble au cidre, a une odeur de viande 



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pourrie, excessivement désagréable. Les Eu- 
ropéens qui sont parvenus à vaincre le dégoût 
qu'inspire cette odeur fclide^ préfèrent le 
ptilqiw à toute autre boisson : ils le regardent 
comme stomachique, fortiQanl, et surtout 
comme très-nourrissant. On le recommande 
aux personnes trop maigres. J'ai vu des 
blancs qui, comme les Indiens mexicains, 
s'abstenoient totalement de l'eau , de la bière 
et du vin, pour ne boire d'autre liquide que 
le suc de l'agave. Les connoisseurs parlent 
avec enthousiasme du puhiuc qu'on j)répare 
au villajre d'Hocolillan , situé au nord de la 
ville de Toluca , au pied d'une montagne 
presque aussi élevée que le Nevada de ce 
nom. Ils assurent que l'excellente qualité de 
ce fHilqiia ne dépend pas seulement de l'art 
avec lequel la l)oisson est préparée , mais 
aussi d'un goût du terroir que prend le suc , 
selon les champs dans lesquels la plante est 
cultivée. II y a près d'IIocolitlan des planta- 
tions de maguey ( haciendas de puhfue ) qui 
rapportent annuellement pkis de 4<),ooo livres 
de rente. Les hid)itans du pays sont très- 
partages dans leurs opinions sur la véritable 
cause de l'odeur fétide que répand le pidque. 



CHAPITRE IX. 



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On assure ^^cnéraleincnt que celle odeur, qui 
est analogue à celle des nmlières animales, 
est due aux outres dans lesquelles on renferme 
le suc Irais de l'agave : mais[)lusieurs personnes 
instruiles prétendent que le pulque prcj)aré 
dans des pois a la inemeodeui", et que si on 
ne la trouve pas dans celui de Toluca, c'est 
que le grand froid du ])laleau y modifie la 
inarclie de la l'ernientalion. Je n'ai eu con- 
noissance de celle derni(;rc opinion qu'à 
l'époque de mon d('j)art de Mexico; de sorte 
que je dois legreller de n'avoir pu éclaircir, 
par des expériences directes, ce point curieux 
de la (^liniie végétale. Peut-étie cette odeur 
provient-(,'lle de la décomposilion d'une ma- 
tière T'égélo-animale , analogue au glulen , 
conlenue dans le suc de l'agave. 

La cullure du maguey est un objet si im- 
portant pour le fisc , (fueles droits d'entrée 
payés d;msles trois villes de Mexico /J\>luca 
et Puebla, montèrent , en ijç)'^ , à la sonnne 
de 817,70^) piastres. Les frais de j)erceplion 
cLoient alors de ;)G,6o8 piastres ; de sorte que 
le gouvernement tira du suc d'agave un profit 
net de 7(1,131 piastres, ou de plus de 
5,800,000 francs. Le désir d'augmenter les 
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LIVRE IV 



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revenus delà couronne a fait, dans ces derniers 
temps , surcharger la l'abricalion du pulque 
d'unemanière aussi vexatoire qu'inconsidérée. 
Il est temps que l'on change de sjslènie à cet 
égard, sans cela , il est à présumer que cette 
culture , une des plus anciennes et des plus 
lucratives, déclinera insensiblement, mal'Te 
la prédilection décidée qu'a le peuple pour le 
suc fermente du maguej. 

On reùre du pulque, par distillation, une 
eau - de - vie très - enivrante , qu'on appelle 
mexical oti a^uardiente de nui^uey. On 
m'a assuré que la plante que l'on cultive 
pour en dis iller le suc, diffère essentiellement 
du maguej commun ou niagucj de pulque. 
Ella m'a paru plus petite , et à feuilles moins 
glauques : ne l'ayant pas vue en fleur , je ne 
puis juger de la différence des deux espèces. 
La canne à sucre présente aussi une variété 
particulière à tige violette, qui est venue des 
côtes d'Afrique ( Caha de Guniea)y et que , 
dans la province de Caracas , on préfère , 
pour la fabrication du rhum, à la canne à 
sucre d'Otahiti. Le gouvernement espagnol, 
et surtout la real hacienda , sévit depuis 
long-temps contre le mexical ^ qui est sévè- 



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CHAPITRE IX. 



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rement prohibé , parce que son usage nuit 
au commerce des eaux-de-vie d'Espagne. On 
fabrique cependant une énorme quantité de 
cette eau-de-vie de maguey dans les inten- 
dances de Valladolid , de Mexico et de 
Durango , si.rlout dans le nouveau royaume 
de Léon. On peut juger de la valeur de ce 
trafic illicite, en considérant la dii^proportioii 
qui règne entre la pup'jl.ilion dii Mexique 
et l'importation des eaux-de-v ie d'Europe , 
qui se fait annuellement par la Vera-Gruz. 
Toute celte importation ne s'élève qu'à 
52,ooo barils. Dans quelques parties du 
royaume , par exemple dans les pro\nncias 
internas , et dans le district de Tuxpan , ap- 
partenant à l'intendance de Guadalaxara , on 
a commencé depuis quelque temps à per- 
mettre la vente publique du niexical , en 
chargeant cette liqueur d'un léger impôt. 
Cette mesure, qu'on devroit rendre générale, 
a été profitable au fisc , en même temps qu'elle 
a fait cesser les plaintes des habita us. 

Mais le maguey n'est pas seulement la vigne 
des peuples aztèques , il peut aussi remplacer 
le chanvre de TAsie et le roseau à papier 
(Cyperus papyrus) des Egyptiens. Le papier 

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164 LIVRE IV, 

sur lequel les aucieus Mcxicaius pcignoicnt 
leurs ligures hiéroglyphiques , étoit fail des 
fibres (les feuilles d'agave, niaeérées dans de 
l'eau, et collées par couches comme les libres 
du Cvperus de l'ICgyple et du Diùrier (Brous- 
souelia) des îles de la mer du Sud. J'ai 
rapporté plusieurs tVagmeus de manuscrits 
aztèques ' écrits sur du papier de inaguey, et 
d'une épaisseur si différente , <pie les uns res- 
sendilent au carlon , et les autres au papier 
chinois. Ces Tragniens sont d'autant plus in- 
téressans , que les seuls hiéroglyphes qui 
existent il Vienne, à Rome et à Veletri, sont 
écrits sur des peaux de cerfs mexicains. Le 
fd que l'on relire des feuilles du maguey est 
connu en Europe sons le nom de 111 de pite , 
et les physiciens le préfèrent à tout autre, 
parce qu'il est moins sujet à se tordre : il 
résiste moins cependant que celui que l'on 
prépare avec les libres du Phormium. Le suc 
(xiigode coeur zn^ que donne l'agave lorsqu'il 
est encore éloigné de l'époque de sa lloraison, 
est très-acre , et employé avec succès comme 
caustique, pour neltoyer les plaies. Les épines 

» Voyez Chap. VI, T. I, p. 4i5. 



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ciiapithe IX. 



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qui terminent les feuilles servoient jadis , 
coniine eelles des eaetus , d'é[)in<^'les et de 
clous aux Indiens. Les piètres mexieains 
s'en pereoient les hi as et la jioilrine , dans 
des aetes d'exj)ialion analof^ues à ceux des 
Buddlîistes de l'Indouslan. 

On peut conclure de tout ce que nous 
venons de rapporter sur l'usaj^e des diffère nies 
parties du niaguey, qu'aptes le maïs et la 
pomme de terre, celle ])lanle est la plus utile 
de toutes les produclions que la natme a 
accordées aux peuples montagnards de l'Amé- 
lique équinoxiale. 

Quand les entraves que le gouvernement 
a mises jusqu'ici à plusieurs brandies de l'in- 
dustrie nationale seront écartées ; quand 
l'agrieullure mexicaine ne sera plus enchaînée 
par un système d'administration c|ui appauvrit 
les colonies sans enrichir la métropole , les 
plantations de maguey seront peu èi peu rem- 
placées par des vignobles. La culture de la 
vigne augmenteia surtout avec le nombre des 
blancs, qui consomment une grande quantité 
de vins d'Espagne , de France , de Madère 
et des des CJanaries. Mais dans l'état actuel, 
des choses , la vigne ne peut presque pas ctrc 



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166 LIVRE TV,' 

comptée parmi les richesses territoriales du 
Mexicpe^ tant la récolle en est peu considé- 
rable. Le raisin de 1» meilleure qualité est celui 
de Zapolillan, dans l'intendance d'Oaxaca. Il 
y a aussi des vignobles près de Dolores et 
San Luis de la Paz, au nord de Guanaxuato, 
et dans Xe^proviiicias iiitctnas , près de Parras 
et du Passo ch 1 Norte. Le inn du Passa est 
très-eslimé , surlout celui des terres du mar- 
quis de San Miguel. Il se conserve pendant 
un grand nond^re d'années , quoiqu'il soit 
préparé avec peu de soin. On se plaint dans 
le pays de ce qne le moût récolté sur le 
plateau fc enle difiicilement. On a la cou- 
tume d'ajouter au suc du raisin , de Varope ^ 
c'est-à-dire une petite quantité de vin auquel 
on a mêlé du sucre, et qui, parle moyen de 
la cuisson, a été réduit en sirop. Ce procédé 
donne aux vins mexicains un petit goût de 
moût qu'ils perdroient si l'on étudioit davan- 
tage l'art de faire le vin. Lorsque , par la suite 
des siècles , le nouveau continent , jaloux de 
son indépendance , voudra se passer des pro- 
ductions de l'ancien , les parties montueuses 
et tempérées du Mexique , de Guatiniala , 
de la Nouvelle - Grenade et de Caracas , 



CHAPITRE IX. 167 

pourront fournir du vin à toute rAmérique 
septentrionale : elles deviendront pour celte 
dernière , ce que la France , l'Italie et l'Es- 
pagaie sont depuis long-temps pour le nord 
de TEurope. 



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cnAPiraE x. 



Plantes qui fournissent les matières premières 
aux manufactures et au commerce. — 
Education des Itestimix. — Pêche. — Pro- 
duit de V agriculture , estimé d'après la 
valeur des dimes. 



\^uoTQUE ragricnllure mexicaine , comme 
celle de tous les pays qui siilDscnt cux- 
mènies aux besoins de leur population, soit 
dirigée principalement vers les plantes ali- 
mentaires, la Nouvelle-EspajT^ne n'en est pas 
moins riche en denrées appelées exclusive- 
ment ^^o/ow/Vr/e^ y c'est-à-dire en productions 
qui Iburnissenl des matières brutes au com- 
merce et à l'industrie manufacturière de 
l'Europe. Ce vaste royaume réunit, sous ce 
point de vue , les avantages de la Nouvelle- 
Angleterre à ceux des îles Antilles. Il com- 
mence surtout à rivaliser avec ces îles , depuis 
que la guerre civile de Saint-Domingue et 



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rîT\PiTî\E \. i(>r) 

la fl('vnslnlion des sucrcri(\s franroiscs tml 
rciuhi plus piofllablc la cnllmc «lus deinvrs 
coloni.ilcs sur le conliiicnl de l'Amérique. 
On ohservc même qu'au Mexique celle cul- 
ture a l'ail des pro^^ni'S bien plus considérahles 
que celle des céréales. Dans ces climats , la 
même étendue de terrain , un arpent de 
5o()8 mètres carres, par cxenqde , rend au 
cnllivaleur pour 80 à 100 francs de froment , 
pour 260 de coton , et pour /|/)o de sucre '. 
D'.;près cette énorme dift'érence dans la 
valeur des ix'colles , on ne doit pas s'étonner 
que le colon mexicain préfère les denrées 
coloniales à l'orge et au froment de l'Europe. 
Mais celle prédilection ne parviendra pas à 
troubler l'équilibre qui existe jusqu'à ce jour 
entre les difFérentes branches de ragrieulture, 
parce que , lieureusement , une grande partie 
de la Nouvelle-Espagne, située sous un climat 

* Colle évalua lion est celle que les colons reganîeiit 
comme la plus exaclo à la Louisiane, clans les terres 
quiavoisinent la ville dulNouvel-Orléans. On y compte 
20 biishels de froment , 260 livres de coton , 1000 iiv. 
de sucre \n\v acre. C'est le produit moyen; mais l'on 
conçoit facilement ccmibicn les circonstances locales 
doivenl modiller ces résultats. 



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plus froid que tempéré , n'est pas propre à 
produire du sucre , du café , du cacao , de 
l'indigo et du coton. 

La culture de la canne à sucre a fait des 
progrès si rapides dans ces dernières années, 
que l'exportation du sucre par le port de 
Vera - Gruz est actuellement de plus d'un 
demi-million d'arrobes, ou de 6,200,000 kilo- 
grammes , qui , à trois piastres l'arrobe , 
équivalent à sept millions et demi de francs. 
JNous avons déjà observé plus haut que les 
anciens Mexicains ne connoissoient que le 
sirop de miel d'abeilles , celui du /7/e// (agave), 
et le sucre de la canne de maïs. La canne à 
sucre, dont la culture est de la pais haute 
anlii|jité aux Grandes Jndes, en (Jhine ' et 
dans les îles de la mer du Sud, fut introduite 
par les Espagnols, des îles Canaries à l'île de 

* Je suis même porté à croire qup le procède; i jtit 
nous nous servons pour IViire le sucre , nous est veau 
de l'Asie ori(;nta!e. J'ai reconnu à Lima, dans des 
pciiitures chinoises qui représentent les arts et métiers, 
les cylindres posés de cliamp , et mis en mouvement 
par une narlilne à molette , les équipages, de chau- 
dières , et des purgeries telles que i'ou cr, voit aujour- 
tl'hui dans les iles Antilles, 



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CHAPITHE X. 



Snint-Domiiignc , d'où elle pa«sn sneeessnc- 
ineiil à riledeCuba el à la iNoiivelle-Mspaj^ne. 
Pierre d'Atienza ])l;!nta les pi emières cannes 



a su ère , a 



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res en l année 1020 



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les environs de la ville de la Gonceplion de 
la Ve^^'a. Gonz^lo de Velosa eonslruisil les 



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Eii i5i)5 , rahondance du sucre ctoit déjà 
si^ninde au Mexique , qu'on en exporta, de 
Vera-Cruz et d'Aeapulco , en Espagne et au 
Pérou '. Cette dernière exportation a cessé 
depuis Jong-tenips , le Pérou produisant au- 
jourd'hui plus de sucre qu'il n'en faut pour 
sa consommation. Comme la population de 
la Nouvelle - Espag-ne est concentrée dans 
l'intérieur du pays , on trouve moins de 
sucreries le lono- des cotes , où les grandes 



* «' Outre l'or et l'argent, le Mexique fournit aussi 
« beaucoup de sucre et de coclienille, deux mareltan- 
« dises très-précieuses, des plumes et du coton. Peu 
« de bâtimens d'Espagne retournent sans chargement, 
<( ce qui n'est pas le cas au Pérou , qui cependant a la 
« fausse réputation d'être plus riche que le Mexique : 
<( aussi cette dernière région a conservé un plus grand 
<c nombre de ses habitans. C'est un beau pays , t! cs- 
«f populeux , auquel rien ne nianqucroit s'il y pleuvoit 
« plus souvent. La Nouvelle-Espagne envoie au Pérou 
« des chevaux, de la viande de bœuf et du sucre. )> 
Ce passage remaïquablc, de Lopez de Goniara; qui 
peint si bien l'état des colonies espagnoles au milieu 
du seizième siècle, ne se trouve que dans l'édition de 
la ConqiÙHta de Mexico , publiée à Médina del Canipo , 
1553 , fol. i3(). Il manque dans la traduction franeoise, 
imprimée à Paris eu i587, p. itji. 



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chaleurs el l'abondance tics pluies pourroicnt 
favoriser la culture de la canne à sucre, que 
sons la pente des Cordillères , et dans les 
parties plus élevées du plateau central. Les 
plantations principales sont dans l'intendance 
de Vera-Cruz , près des villes d'Orizaba et 
de Cordova ; dans l'intendance de Pucbla , 
près de Guautla de las Amilpas, au pied du 
volcan de Popocatepetl ; dans l'intendance 
de Mexico , à l'ouest du Nevado de Toluca, 
et au sud de Guernavacca, dans les plaines 
de San Gabriel; dans l'intendance de Gua- 
naxuato , près de Cela^a , Salvatierra et 
Penjamo , et dans la vallée de Santiago ; dans 
les intendances de Valladolid et de Guada- 
lax'J.ra , au sud - ouest de Pazcuaro et de 
Tecolotlan. Quoique la température moyenne 
qui convient le mieux à la canne à sucre soit 
de 24*^ ou 20^^ centigrades, cette plante peut 
encore être cultivée avec succès dans des 
endroits où la chaleur moyenne de l'année 
n'excède pas 19'' ou 2o'\ Or,ledécroissenient 
du calorique étant à peu près d'un degré du 
ihermoniètre centigrade ', pour 200 mètres 

* Voyez mon Mémoire sur los réfractions , clans mou 
Recueil d'Obucrvations antionutniqueti , T. l, p. 107. 



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LIVRE IV 



(rél(!'Viilion ^ on I oiive ^éiiéiMlenicnt , sons 

les Iropiqnes , sur la poule raj)i(le des niou- 

tyg-nes , celle lempéralure nioyenne de 20** 

à loooinclrcs d'élcxalion an-dessns du iii\eau 

de l'Océan. Sur des plàleaux d'une grande 

étendue, la réveibération du sol aii-^niienle 

lellemenl la chaleur , que la len)péralure 

moyenne de la \ille de Mexico csl de 17** 

au Heu de i»^", 7; celle de Quito ^ de j5"»,8 

au lieu de ii.**,5. Il résulte de ces données, 

que, sur le plateau central du Mexique, le 

ma.rimiiijt de hauteur à laquelle la canne à 

sucre végète vigoureusement sans souffrir par 

les gelées d'hi\er , n'est pas de 1000, mais 

de i/|00 à i5oo mètres. Dans des expositions 

favorables, surtout dans les vallées abritées 

par des montagnes contre les vents du nord, 

la limite supérieure de la culture du sucre 

s'élève même jusqu'au delà de 2000 mètres. 

En effet, si la hauteur des plaines de San 

Gabriel , qui contiennent plusieurs belles 

sucreries, n'est que de 980 mètres, d'un autre 

côté, les environs de Celaja, Salvatierra, Ira- 

puato et Santiago ont au delà de 1800 mètre 

d'élévation absolue. On m'a assuré que les 

plantations de cannes à sucre de Rio V^rde , 



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CHAPITRE X. 



175 



situées au nord de Guanaxuato , sous les 
22<^5o' de latitude, setrouveiità 2200-iiièlres 
d'élévation , dans une vallée étroite, entourée 
de hautes Cordillères , et si chaude que les 
habitans y soufïrent souvent de fièvres in- 
termittentes. J'ai découvert, en exanunant 
le testament de Corlez ', que du temps de 
ce grand honjnie , il y avoit des sue reries 
près de Cuyoaean , dans la vallée de Mexico. 
Ce fait cuiienx pron\e, ce qui est indiqué 
par plusieurs autres phénomènes , que cette 
vallée est plus l'roide de nos jours qu'elle ne 
l'étoit au conimonceinent de la conquête , 
parce qu'alors un <^'rand nombre d'arbres 
diminnoient l'effet des vents du nord, qui 
soufflent aujourd'hui avec inipéluosilé. Les 
personnes accoutumées à voir les plantations 
de cannes à sucre dans les iles Antilles , ap- 



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* « J'ordonne que l'on examine si dans mrs enlados 
<( on a pris des terres aux naturels pour les planter 
<f en vignes j je veux aussi qiae l'on fasse des perqui- 
« sitions sur le terrain que j'ai donné , dans ces der- 
« nières années, à mon dom^'slique Beiiiardino del 
« Caslillo , p»ur y établir une sucrerie près île Cujoa- 
« «an. » ( Testament manuscrit de Hernan Curiez , 
J^it à Sévi lie f U 18 août i5i8 , art. i8. ) 



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170 LIVRE IV, 

])iciidront avec le niùriio étonneincnt que , 
dans le lojaume de la Nomello-Gienade , 
la plus grande quanlilé de sucre est récollée 
uon ilans les plaines , sur les Lords de la rivière 
de la Madeleine, mais sur la peu le des Cor- 
dillères, dans la vallée de Guaduas, sur le 
clieniin de Honda à Santa-Fe, dans un terrain 
qui, selon mes mesures barométri<piCs, a 
depuis 1200 jusqu'à 1700 mèlrcs de hauteur 
au-dessus du niveau de la ujcr. 

L'introduction des ISc^^rcs n'a lieureusc- 
mentpas augmenté au Mexique diins la même 
proportion que la production du sucre. 
Quoiqu'il j ait dans l'intendance dePuchla, 
près de Guaulla de las Aniilpas, des plan- 
tations {liacieitchis de caîia) qui en l'ouî'nissent 
par an au delà de vingt ou trente mille ar- 
robes ' ( 5oo,ooo à 700,000 kilogrammes), 
presque tout le sucre mexicain est l'abriqué 
par les Indiens , et par conséquent par des 

^ Ce produit est Irès-conslJérahle : il n'existe dans 
l'ik- de Cuba qu'une seule planlalion, celle du marquis 
di'l Arcos , appelée Rio iUanco , entre Xarueo et 
Matanzas, qui produise aniiuellemenl 4o,ooo anobes 
tîe sucre. Il n-^ en pas huit qui , dix aimées de suiie j 
aient fourni 35. 000. 



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CHAPITRE X. l'y y 

mains libres. Il est facile de prévoir que les 
petites îles Antilles , nial<^ré leur position 
favorable au commerce, ne pourront pas 
lonj^-temps soutenir la concurrence des co- 
loniescontincntales, si ces dernières continuent 
à se livrer avec la même ardeur à la culture 
du sucre , du calé et du colon. Dans le monde 
phjsi([ue , comme dans le monde moral , 
*out finit par rentrer dans l'ordre prescrit 
par la nature ; et si de petits îluls, dont on 
a exterminé la population , ont fait jusqu'ici 
un commerce plus actif de leurs productions 
que le continent voisin , ce n'est que parce 
que les habHans de Gumana , de Caracas, 
de la Nouvelle-Grenade et du I\îexique ont 
commencé très-tard à profiter des avantages 
immenses que la nature leur a accordés. 
Sorties d'une lélhargie de plusieurs siècles , 
débarrassées des entraves qu'une fausse poli- 
tique mettoit aux progrès de l'agriculture, 
les colonies espagjioles du continent s'em- 
pareront peu à peu des différentes branches 
de commerce des îles Antilles.Ge changement, 
préparé par les événemens de St.-Domingue, 
aura l'inlluence la plus heureuse sur la dimi- 
nution de la traite des Nègres. L'humanité 



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1^8 i-ivr.i: IV, 

soufriaiilc devra à la marclic nnlurclli; des 
choses ce (jii'elle iiiiroil eu droit d'atleiidrc 
de la sagesse d(îs «*"OMV(M'neiiieiis eiirojx'ens. 
Aussi les colons de la Havane, tiès-inslinils 
snrlenrs Mh-ilablcs inlén'ts, cnil les veuv fixés 
sur les pro*^rès de la cuUurv du sucre au 
Me\i(jue , et de celle tlu cafierà (Caracas, fis 
craignent dc]>uis lf)ng - tenij)s la rivalité <lu 
continent, surtout depuis (juc le inan([ue de 
con)l)ustil)les et l'excessive clicrlé des ^ ivres, 
des esclaves , des ustensiles métal li([ucs et des 
bestiaux nécessaires à une su("rerie , ont 
diminué considérablement le revenu net des 
plantations. 

La Nouvelle - Espagne , outre l'avanlage 
de sa ])oj)ulalion , en a cîicore un autre très- 
im])oi'lant , celui d'une niasse énorme tle 
capitaux amoîicel('s cliez los ])ro]>rié! aires 
des mines , ou entre les mains de né<4'Oci;ms 
fjni se sont retirés du comnierce. Pour sentir 
l'importance do cet avantage, il fautserap- 
])« kr qu'à l'île de Cuba l'élablissement d'une 
gr.mde sucrej'ie , cpii par le travail de ooo 
Nègres, rend annuellement i)oo,ooo kilo- 
grammes de sucre, e>dge des avances de 
deux iiiiUions de livres tournois, et qu'elle 



i .'I- 

'I* 



ClIAriTRF. X. 



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^79 



(1( 



rapporte .)0o,oo() a 0)0,000 livres de revenus. 
Le eoloii mexicain peut cliuisir le ioii^" des 
eoles cl dans des vallées j)liis on moins pro- 
fondes, le eliniat qui eonvienl à la enlUire 



de I 



a eanne à sneie : il a moins à re( 



dont 



er 



Te^/'et (les <^elées que le eulon de la Louisiane. 
Mais la eonfi;:;nr,ili()n cxli'aoïdiuaire du sol 
delà iNouvelle-lv.pa*,*'ne met de Tories enlraves 
aux: Iransporls du snere à la Vcra-Grn/. Les 
piiUdations qui exislcint aujourd'lmi, soid la 
j?lnp..;'t Irès-éloi^aiées de la eule o])posée à 
riMir'ope. Le ])a^s n'ayant eneore ni eanaux 
ni roule prrvpre an eliarria^e , le fret des mules 
au;^"menle le prix: dn sueie à la Vera-Cruz, 
d'une piastre par ar»'o])e, on de huit sous ])ar 
kiloLTiamme. Ces enlraves seront diminuées 



Lie b< 



lesel 



r 



de beaneoupparlesehenniis (piel on construit 
en ee moment de Mexico à la Vcra-Giuz, par 
Oiizaba et par Xrlapa, le lon«^' de la pente 
Oîientalc des Ci»r(lillères. Il est probable 



au^sl (jee les progrès de J agrieulluic colo- 
iiiiile eoiitt ibueront à j)eupler le litioral de la 
iNon\elle-r]spa«;rie , qiii, depuis des siècles , 
est res[(' inculte et désert. 

On o5. serve au Mexique qne le i^ezon , 
ouïe s Lie e.xpriiiié de la canne à sucre, est 



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12 



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i8o 



LIVRE IV 



plus OU moins sucre, selon que la plante croît 
dans la plaine ou sur un plateau élevé. La 
jnènie clilfércnce exisle entre la canne ciillivée 
à Malaxa , aux iles Canaries et à la Havane. 
Partout l'élévation du sol produit les mêmes 
elTets sur la végétation , cpie la (lidcrence de 
lalilude géograpliirpic. Le climat influe aussi 
sur la proportion qui existe entre les quan- 
tités de sucre licpiidc et de sucie cristiiUisable 
contenus dans le jus de canne; car quelquefois 
le vazou a une saveur très-douce, et ne cris- 
tallise cependant que Irès-diflicilcjnent. Ija 
composition chimique du 7'ezou n'est pas 
toujours la même , et les belles expériences 
de M. Proust ont répandu un grand jour sur 
des phénomènes que présentent les atelii'rs 
de l'Amérique , et dont plusieurs font le 
désespoir des raffineurs de s)'<"rc. 

D'après des calculs exacts que j'ai foils à 
l'île de Gaba_, je trouve ([u'un hectare de 
terrain donne, en terme mojen, douze mètres 
cubes de i^ezoïi , dfint on retire , par les 
procédés usités jusqu'à ce jour , et dans 
lesquels beaucoup de matière sucrée est dé- 
composée par le feu , tout au plus dix à douze 
pour cent, ou i5oo kilo<^ rammes de sucre 



CHAPITÏÏK X, 



8 



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hnit. On com|)le à la Havane et dons les 
parties eliaiules cl rctiiirs de la iNouvelle- 



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i 2/| luinis ) en eari-e 
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ou 



DO^oij mètres carres , rend annuellement 
2000 (ii'i'ohes , ou 2!),oou kilotirainnies. Le 
pioduit înovcn n'est cependant que de 
i5oo arrobes, ce qui l'ait l 'joo kilograinnies 
de sucre par lieetaie. A Sainl-Doniin<,nie , 
on évalue le produit d'un carmin de terre 
quia 5/|()5 toises, ou 12,900 mètres carrés , 
à 4ooo livies, ce cpii l'ail aussi i;)oo kilo- 
graunnes par hectare. Telle est, en général, 
la Ibrlilité du sol de l'Amérique équinoxiale , 
que tout le sucre consonnné en France , et 

kiloL''rammes', 



que] 



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pourroit être produit sur un terrain 



de sept 



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leues carrées 



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* La Franor liroit de ses colonies , en 1788 , un total 
de 872, 86'7 fjuinlaiix (le sucre Lriit, 7()8,5G6 de sucre 
terré , et 212, 07 4 <le sucre lêlc. Sur cette quantité , on 
me consomiMoit, (i après M. Peucliet, dans le royaume 
■iême , que h'Si.oi.to quiiuaux de sucre raffiné. Les 
fcrfos publiées sous le ininisUre do AI. Chaplal , nous 
ap[«rennent que l'imjioilalion du sucre s'élcvoit en 
France, en l'an 9, à 01 j^ 100 quintaux. 



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Sciences 
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WEBSTER, N.Y. MSSO 

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182 TJVTIE IV, 

trentième partie du plus petit départemetit 
de la Fraiîce. 

Dans des torr;»ins qui peuvent être arroses, 
et dans lesquels des plantes à raeines tubé- 
reuses, par exemple des balaies et des ignames, 
ont préeédé la culture de la Ccinne à sucre, 
le produit annuel s'élève jusqu'à trois ou 
quatre mille nimlcs par cabdUaui , ou à 
2100 et 2800 kilofij-raunnes de sucre brut par 
hectare. Or. en évaluant une avroLa à trois 
piastres , ce qui est le prix nioven à Yera- 
Cruz , on trouve, d'. près ces données , qu'un 
hectare de terrain arrosé , ])eut rendre pour 
2600 ou 5400 livres tournois de sucre ; tandis 
que le même hectare neproduiroit que pour 
260 livres de froment , en supposant une 
récolte décuple, et la valeur de cent l^ilo- 
grammes de rronieut à seize livres tournois. 
En comparant ces deux genres de culture, 
il ne faut pas oublier que les avantages qu'ofïVe 
la canne à sucre sont «•ingulièrement diminués 
par les avances énormes qu'exige l'établisse- 
ment d'une sucrerie. 

La majeure partie du sucre que produit la 
Nouvelle-Espagne, est consommée dans le 
même. Il est probable Que celte 



paj 



que 



CHÂPTXnE X. 



83 



îSoniTnalion s'clcve à plus de 16 millions de 
kilo«^Tanmics; car relie de lile de Cu])a est 
indubilableJiieiit de 20 à jo,oo() caisses (r^/jv/o) 
à 16 arrobcs ou 200 kilogrammes. Ceux qui 
n'ont pas vu de leurs jeux (pielle énorme 
quantité de sucre on consomme dans l'Amé- 
rique espagnole, mèjue dans les familles les 
moins aisées, doivent être étonnés que la 
France entière exige, pour ses propres besoins 
seulement, trois ou quatre fois autant de sucre 
que lile de Cuba , dont la population libre 
n'excède pas le nombre de 040,000 liabitans. 
J'ai taché de réunir dans un seul tableau 
l'exportation du^ucrc de la Nouvelle-E .pagne 
et celle des Antilles. Il m'a c'^tc impossible 
de réduire toutes les données à une même 
époque. Je n'ai pu me procurer des notions 
certaines sur le produit actuel des sucreiies 
des îles angloises , qui a prodigieusement 
augmenté. L'ile de Cuba a exporté en i8o5, 
parle port de la Havane, i58,ooo caocas; 
par le port de la Trinité et par Santiago de 
Cuba, j compris la contrebande , lyooo cuaas; 
d'où il résulte : 



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, ; 



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î84 LIVRE IV 5 

Exportation totale du sucre de i;,„j,. 

l'île de Cuba 37,600,000 

Exportation du sucre de la 

Nouvelle-Espagne, 5oo,ooo 

arrohas , en i8o3 6,260,000 

Ex porta lion de la Jamaïque , 

en 1788 42,000,000 

Exportation des îles Vierges 

angloises et d'Antigua, en 

1 788 49)6oo,ooo 

Exportation de St.-Domingue , 

en 1 788 82,000,000 

en 1 799 2o,4oo,ooo 

Je pense que l'on peut admettre que toutes 
les îles de l'Amérique fournissent actuelle- 
ment à l'Europe au delà de 200 millions de 
kilogranirnes de sucre brut , dont la valeur, 
dans les colonies mêmes , est de 4o millions 
de piastres , ou de plus de 200 millions de 
livres tournois , en évaluant chaque caisse 
( cûjca ) à 4o piastres fortes. Trois causes ont 
concouru à empêcher que le prix de cette 
denrée coloniale n'ait augmenté depuis la 
destruclion des plantations de St.-Domingue; 
savoir : l'introduction de la canne à sucre 



CHAPITRE X. l85 

tl'Otahiti , qui , sur la même étendue de 
teirain y donne im liers de oh^zou de plus 
que la canne commune ; les pro;^rès de 
l'agriculture sur les cotes du Mexique , de 
la Louisiane, de Caracas, de la Guayane 
hollandoise et du Brésil ; enfin riniporlation 
du sucre des Grandes Indes en Europe. 

C'est cette importation surtout qui mérite 
de fixer lattention de ceux qui réfléchissent 
sur la direction future du commerce. Il y a 
à peine dix ans que le sucre du Ben^-ale étoit 
auësi peu connu au grand marché de l'Europe, 
que le sucre de la Nouvelle - Espagne , et 
déjà l'un et l'autre rivalisent avec le sucre des 
Antilles. 

Les Etats - Unis ont reçu du sucre de 
l'Asie : 





En 1800. 


En 1801. 


En 1802. 


De Manille 


ki'i.gi-. 
216,452 

3 10,020 


4o3,389 
387,2o4 


kilogr. 

646,46 1 
574,939 


De la Chine et 
Graiulcs \m 


(les 
les 


Total. 


• ■ • 


5:xiiÀT2 


790,593 


l,22l,4oO 



l86 LIVRE IV, 

La grande fertililé du sol, jointe à une 
population immense , donne ou Ijcnî^ale dtf 
si grands avanlages sur tous les autres pays 
du globe, que le sucre exporté de Calcutta , 
après avoir fait un trajet de 6200 lieues , est 
encore à Nevv-Yorck à plus bas prix que le 
sucre de la Jamaïque , qui p'a à parcourir 
qu'une dislance de 860 lieues. On sera moins 
étonné de ce phénomène , sil'on jette les yeux 
sur le tableau que j'ai présenté plus haut , 
du prix de la journée ' dans les dilFérentes 
parties du monde, et si l'on se rappelle que 
le sucre de l'Indoustan , qui cependant n'est 
pas d'une grande pureté , est fabriqué par 
des mains libres , tandis qu'aux îles Antilles 
( à l'ile de Cuba , par exemple ) il faut , pour 
produire 260,000 kilogrammes de sucre 




* D'après M. VlayîùXr [Slatistical Brei-nary ,\d>o\ , 
p. 60. ) , le prix de la journée {^price of labour^ au 
Bengale est comme il suit : un simple ouvrier gagne 
par mois 1 2 shelling ; un porteur , 1 5 ; un maçon , 18}; 
jjirt forgeron ou un cliarpenlitr^ '-^'^{'i "i^ soklat in- 
dien , 20 ; le tout dans les environs de Caleulla , et 
en comptant le shelling anglois à aS sous de France, 
et la roupie à 2 \ sliellings. ( Voyez plus haut , T. II4 
p. 3i3 , et p. io3 de ce volume. ) 



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CHAPITr.E X. 



8' 



brut, 200 Nègres, tionl l'achat coiile pins 
de 000,000 francs. Dans cetic inènio île 
l'enlrclien d'un esclave s'cUne à plus de 20 
IVancs par mois. 

D'après les renscigneinens curieux que 
M. Bockford a donnés dans ses liccrédlions 
indiennes f imprimées à CalcutUi , la canne 
à sucre est eullivée principalement au Ben- 
gale , dans les distiicls de Peddapore , de 
Zeniindar, dans le Delta de Godavery, et sur 
les rives du fleuve Eljseram. On y arrose les 
plantations, comme c'est aussi Tusage dtU'S 
plusieurs parties du Mexicpie et dans la vallée 
des Guines , au sud-est de la Havane. Pour 
empêcher que le sol ne soit épuisé, on fait 
alterner la culture des plantes légumineuses 
avec celle de la canne à sucre , qui a géné- 
ralement trois mètres d'élévation , et trois à 
quatre centimètres de grosseur. Au Bengale, 
un acre ( de 5568 mètres carrés ) rend 2000 
kilogrammes de sucre, ce qui fuit /|6oo kilo- 
grammes par hectare : le produit du sol est 
par conséquent plus grande du douhle qu'aux 
îles Antilles; tandis que le prix de la journée 
de l'Indien libre est presque trois fois moindre 
que le prix de la journée du JNègre esclave 






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188 



LIVRE IV 



de l'ile de Cuba. Au Bengale, six livres de 

jus de canne donnent une livre de sucre 

cristallisé, tandis qu'à la Jamaïque il en faut 

huit livres pour, produire la même quantité 

de sucre. En considérant le i^czou connne 

un liquide chargé de sel, on trouve qu'au 

Bengale ce liquide contient iG, à la Jamaïque 

12 pour cent de matière sucrée : aussi le 

sucre des Grandes Indes est à si bas prix , que 

le cultivateur le vend à 4 ^ mifpies le quintal, 

ou à 26 centimes le kilogramme, ce qui est 

à peu près le tiers de la valeur de celte denrée 

au marché de la Havane. Quoique la culture 

de la canne à sucre se propage au Bengale 

avec une rapidité étonnante, le produit total 

en est encore beaucoup moindre que celui 

du Mexique. M. Bockford suppose que la 

récolte de la Jamaïque est quadruple de celle 

du Bengale. 

Le coton est une de ces plantes dont la 
culture , parmi les peuples aztèques, est aussi 
ancienne que celle de la pite , du maïs et 



du quinoa. Il y en a de la plus belle qualité 
sur les cotes occidentales, depuis Acapulco 
jusqu'à Golima , et au port de Guautlan , sur- 
tout au sud du volcan de JoruUo , entre les 



f'I 



CHAPITRE X. i8q 

villiïgcs clc Pelallau , Tcipa et Atojaiine. 
Coiinnc un n'y connoit poiul encore les 
machines qui servent à séparer le colon de 
sa graine , la cherté du fret entrave beaucoup 
cette branche de l'aoriculture mexicaine. 
Une lUTobc de coton ( (il^^odou cou pcppa ) , 
dont le ])T'ix à Tcipa &st de 8 Francis , en coûte 
i5 à Valladolid , à cause du transport à dos 
de mulels. La parlie de la cole orientale qui 
s'étend depuis les bouches des rivières de 
Guasacualco et d'Alvarado jusqu'à Panuco , 
pourroit fournir au commerce de Vera-Gruz 
une énorme quantité de coton ; mais ce 
littoral est presque inhabité, et le manque 
de bras y cause une cherté de vivres contraire 
à tout établissement d'agriculture. La Nou- 
velle - Espagne ne fournit annuellement à 
l'Europe que 25,ooo arrohcSj ou 5 1 2,000 kilo- 
grammes de coton. Celle quantité , quoi- 
que peu considérable en elle-même, est 
cependant déjà le sextuple de celle que 
( d'après des renseignemens que je dois à 
l'oblijifeante bonté de M. Gallalin , ministre 
des finances à Washington ) , les Etats-Unis 
exportoient en 1791, de leur propre cru. 
Mais la rapidité avec laquelle augmente l'iris 



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if)o Livr.t IV, 

diislrie chez un peuple libre et sagement 
j.»;ouverné , est si grande _, cpie , d'après une 
noie cpii m'a élc fournie par cenicnie lionnne 
cl'élal, les poils des Elals-Unis oui exporté : 

Coton indii^ène Coton étranger. 

En 1797, 2,5oo,ooo liv. . . . 1,200,000 liv. 

j8oo, 5,6Go,ooo i/i,i2o,ooo 

1802 , 5400,000 24,100,000 

1803, 5,495,544 57,712,079 

Il résulte de ees données de M. Gallalin , 
qu'en douze ans la production du coton est 
devenue 577 fois plus grande. En comparant 
la position physique du Mexique à celle des 
Elals-Unis , on ne peut douter que ces deux 
pavs , à eux seuls , pourront un jour produire 
tout le coton en laine que l'Europe emploie 
dans ses manufactures. Les néfçocians éclairés 
qui composent la chambre de commerce de 
Paris , ont affirmé, dans un mémoire imprimé 
il y a peu d'années , que l'importation totale 
tlu colon en Europe est de trente millions 
de kilogrammes. J'incline à croire que cette 
évaluation est de beaucoup trop foil)ie ; car 
Içi Etats-Unis seuls exportent annuellement 






CHAPITAK X. ^9' 

plus (le vintj^l-tlcnx millions de kilogrammes 
do rotoii en laine, qni équivalent à 7,920,000 
dollars , ou à près de quarante millions de 
livres tournois. 

Le //// et le chambre ponrroient être <ul- 
livés a\cc avantaj^e partout où le climat ne 
permet pas la culture du coton, comme dans 
]cs provincias ifitcrnas, et même dans la région 
cquinoxiale , sur des plateaux dont la tem- 
pérature moyenne est au-dessous de quatorze 
degrés du thermomètre centigrade. L'abbé 
Clavigero avance que le lin est sauvage dans 
l'intendance de Valladolid et au Nouveau- 
Mexique ; mais je doute fort que cette as- 
sertion soit fondée sur l'observation exacte 
d'un botfiniste voyageur. Quoi qu'il en soit, 
il est bien certain que jusqu'à ce jour ni le 
chanvre ni le lin ne sont cultivés au Mexique. 
L'Espagne a eu quelques ministres éclairés 
qui ont voulu favoriser ces deux branches 
de l'industrie coloniale : cependant cette 
faveur n'a jamais été que passagère. Le conseil 
des Indes , dont l'inlluence est durable comme 
celle de tout corps dans lequel les mêmes 
principes se perpétuent, a constamment voulu 
que la métropole s'opposât à la culture du 



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igi LIVRE IV, 

chanvre , du lin , do la \ignc , de l'oliviep 
ot du mûrier. Peu éclairé sur ses vrais intérêts, 
le «j^ouvernonienl a mieux aimé voir vêtu le 
peuple mexicain de toiles de colon achetées 
à 3Ianille et à Canton, ou importées à Cadix 
par des vaisseaux ani;lois , que de protéger 
les manufactures de la JNouvclle-Espaj^ne. On 
peut espérer que la partie monlueuse de la 
Sonora , l'intendance de Duranijo et le Non- 
veau-Mexique, rivaliseront un jour dans la 
production du lin avec la Gah(^e et les As- 
turics. Quant au chanvre, il seroit important 
de ne pas introduire au Mexique l'espèce 
européenne , mais celle qui est cultivée en 
Chine [Catuiahis indica) ^ et dont la tige 
acquiert cinq à six mètres de hauteur. Il est à 
présumer d'ailleurs que la culture du chanvre 
et du lin ne s'étendra que trcs-difficilement 
dans cette région du Mexique où le cotonnier 
donne en abondance. Le roui exige plus de 
soin et de travail que la séparation du coton 
de sa graine ; et dans un pays où il y a peu 
de bras et beaucoup de paresse, le peuple 
préfère une culture dont le produit est d'un 
emploi prompt et facile. 
Xu culture du cajler n'a commencé à Tile 



CHAPITRr X. Kji 

<?e Cuba cl dans les colonies ospog-noles du 
continent, que depuis la destruction des plan- 
tations de Saint-Doniini^nc '. Kn iiSo.'l , l'île 
de Cuba produisit déjà 1 2,000 ; la province 
de Caracas près de 5ooo quintaux. La Nou- 
velle-Espa«jne a des sucreries plus multipliées 
et })lus considérables que la Terre-Ferme ; 
mais la production du café y est encore nulle, 
quoiqu'on ne puisse douter que cette culture 
réussiroit parfaitement dans les régions tem- 
pérées, surtout à la hauteur des villes de 

' La partie Françoise de Saint-Domingue ne pro- 
duisit, en 1783 , que 445, 734 quintaux de café ; mais, 
cinq ans plus tard , elle en produisit 762,8()5. Cepen- 
dant le prix , en 1783, éloit de 5o fr. le quintal , et 
en 1788 , de 94 fr. *, ce qui prouve combien l'usag«du 
café s'est étendu en Europe , malgré l'augmentation 
du prix. L'Yemen fournit annuellement , d'après 
Raynal, i3o,ooo^ d'après M. Page, i5o,ooo quin- 
taux , qui sont exportés presque tous en Turquie , en 
Perse et aux Indes. Les îles de France et de Bourbon 
en donnent 45,ooo quintaux. Il me paroît, d'après les 
notions que j'ai tâché de me procurer, que FEurope 
entière consomme actuellement par an près de cin- 
quante-trois millions de kilogrammes de café. Un 
cailer donne , en bonne terre, 1 kilogramme de café^ 
çt Ton plante c)6o pieds sur un hectare de terrain, 

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El 



194 LIVRE IV, 

Xalapa et de Cliilpansingo. L'usage du café 
est encore si rare au Mexique, que tout le 
pays n'en consomme annuelleaienl que quatre 
ou cinq cents quintaux; tandis que la con- 
sommation de la France, dont la population 
est à peine cinq fois plus grande que celle 
<Ie la Nouvelle-Espagne , s'élève à ])eu près 
à 25o,ooo quintaux. 

La culture du cacaoyer ( cacavi ou caciwa 
qiKiJntitl ) éloit déjà très - répandue au 
Mexique du temps de Montezuma ; et c'est là 
que les Espagnols apprirent à connoîtrc cet 
arbre précieux qu'ils ont transplanté dans la 
suite aux lies Canaries et aux Philippines. 
Les Mexicains préparoient une boisson ap- 
pelée chocolall y dans laquelle un peu de 
farine de maïs, de la vanille {tlllxocliitl) et 
le fruit d'une espèce de piment {meca.iochitl) 
étoient mêlés au cacao ( cacaluiatl ' ). Ils 

^ Heinandez , Llh. II, c. i5; Lib. III, c. 46; 
Lib. V, c. i3. On tlislinguoit, du temps tl'Hernaiulcz, 
qualre variétés de cacao, appelées quauhcaliuaU , 
mecacaliuatl , xochicucahuatl et tlalcavahuail. Celle 
dernière variété avoil le grain très-petit: rarl)re qui la 
produisoilétoit sans doute analogue au cacaoyer que 
nous avons trouvé sauvage sur les rives de l'Orénoque , 



m 



CHAPITRE X. 



iqS 



savoient même réduire le chocolat en ta- 
blettes, et cet art, les inslrunieiis dont on se 
servoit pour moudre le cacao, de même que 
le mot de dincolutly ont passé du Mexique 
en Europe. On en est d'autant plus étonné 
de voir aujourd'hui la culture du cacaoyer 
pres(|ue totalement né<jligée. A peine trouve- 
t-on quelques pieds de cet arbre dans les 
environs de Colima et sur les rives du Gua- 
sacualco. Les plantations de cacaoyers , dans 
la province de Tabasco , sont peu considé- 
rables, et le Mexique tire tout le cacao qui 
est nécessaire à sa consommation , du royaume 
de Guatiniala , de Maracaybo, de Caracas 
et de Guayaquil. Cette consommation paroît 
s'élever annuellement à 3o,ooo faneras j 
chacune du poids de 5o kilograjnmes : l'abbé 
Hervas prétend que toute l'Espagne con- 
somme 90,000 fanegas \ Il résulte de cette 

à Tosl de l'emboucliure du Yao. Le cacaoyer cultivé 
depuis des siècles, a le grain plus ^ros, plus doux et 
plus huileux. Il ne faut pas confondre avec le Theo- 
hroma cacao le T. bicolor , dont j'ai donné le dessin 
dans nos Planten équinoxialea (T. I , PI. XXX aeX b , 
p. io4 ), et qui est propre à la province du Choco. 
» Ideadel Universo , T. V, p. 174. 

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196 LIVRE IV, 

évaluation , qui me paroît un peu trop basse, 
que l'Espagne ne consomme que le tiers du 
cacao importé annuellement en Europe. 
Mais d'après les recherches que j'ai faites 
sur les lieux, depuis 1799 jusqu'en i8o5, j'ai 
trouvé que l'exportation annuelle du cacao 
étoit : 

Dans les provinces de Venezuela {«^r^n». 

et de Maracajbo , de izi5,ooo 

Dans la province de la Nouvelle- 
Andalousie (Gumana) , de,. . 18,000 

Dans la province de la Nouvelle- 
Barcelone , de 5,000 

Dans le royaume de Quito , du 

port de Guayaquil , de 60,000 

La valeur de ces onze millions et demi de 
kilogrammes de cacao , s'élève en Europe , 
en temps de paix , et en n'évaluant hxfanega 
qu'à quarante piastres , à la somme de 
45,600,000 livres tournois. Dans les colonies 
espagnoles , le chocolat n'est p^s considéré 
comme un objet de luxe , mais comme une 
denrée de première nécessité : c'est, en effet, 
un aliment sain , très-nourrissant , et surtout 



I 



CHAPITRE X. 197 

d'un grand secours pour les voyageurs. Le 
chocolat que l'on fabrique à Mexico est d'une 
qualité supérieure , paice que le commerce 
de la Vera-Gruz et d'AcapuIco fait refluer 
dans la Nouvelle-Espagne le fameux cacao 
de Soconusco ( XoconocJico ) , des coles de 
Guatimala; celui de Gualan , du golfe de 
Honduras, près d'Omoa; celui à'Urituciiy 
près Saint-Sébastien , dans la province de 
Caracas ; celui de Cajnriqual, de la province 
de Nueva Barcelona , et celui de YEsmeralda^ 
du royaume de Quito. 

Du temps des rois aztèques, des grains 
de cacao servoient de monnoie au grand 
marché de Tlatelolco , comme les coquilles 
aux îles Maldives. On emplojoit pour le 
chocolat, le cacao de Soconusco , cultivé à 
l'extrémité orientale de l'empire mexicain , 
et les petits grains appelés tlalcacahuatl. Les 
espèces de qualité inférieure étoient réservées 
pour servir de monnoie. « Sachant , »> dit 
Cortez , dans sa première lettre à l'empereur 
Charles - Quint , « que, dans la province de 
« Malinaltebeque, il y avoit de l'or en abon- 
« dance , j'engageai le seigneur Monlezuma 
« d'y établir une ferme pour votre majesté. 



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198 LIVRE IV, 

« Il j mit tant de zèle , qu'en moins de deux 
« mois on y avoit déjà semé soixante fa- 
« ncg'ues de maïs, et dix de fèves. On y avoit 
« planté anssi deux niille pieds de cacap 
« (cacaoyer) , qui donne un Fruit semidable 
« à l'amande, et q«ie l'on A^end après l'avoir 
« moulu. Celle graine est si estimée, que dans 
« tout le pavs on l'emploie comme monnoie, 
« et qu'on achète avec elle dans les marchés 
« et partout ailleurs '. j> Encore aujourd'hui 
le cacao sert de billon à Mexico : comme la 
plus petite monnoie des coloiûes espagnoles 
est un demi-réal {un j?iedio) , équivalant à 
douze sous , le peuple trouve de la commo- 
dité dans l'emploi du cacao comme monnoie : 
un sou est représenté par siv grains. 

L'usage de la i^aniHe a passé des Aztèques 
aux Espagnols. Le chocolat mexicain , comme 
nous l'avons observé plus haut , étoit parfumé 
de plusieurs aromates , parmi lesquels la 
glousse de la vanille occupoit Iç premier rang. 
Aujourd'hui les Espagnols ne fout le com- 
merce de cette production précieuse que pour 



* Lorenzana , p« 91 , ^. 26. Clavi^sro , I^ p. 4 j II, 
p. 219 j IV, p. 207. 



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CHAPITRE X. 



Ï99 



la vendre aux autres peuples de l'Europe. Le 
choeolat cspa«;noi ne contient pas de vanille; 
et à Mexico même on a le préjugé de regarder 
ce parfmn comme nuisi!)le à la santé, surtout 
pour les personnes cpii ont le système nerveux 
Irès-irrilahle. On entend dire gravement que 
la vanille cause des maux de nerfs ( la Itày- 
nllla da pasmo ). Il y a peu d'années qu'à 
Caracas on disoit la m«'me cliose de l'usage 
du café , qui comnience cependant à s'y ré- 
pandre parmi les indigènes. 

Lorsqu'on considère le prix excessif auquel 
se soutient constamment la vanille en l'Europe, 
on est étonné de l'incurie des habitans de 
l'Amérique espagnole , qui négligent la cul- 
ture d'une plante que la nature produit 
spontanément entre les tropiques , presque 
partout où il y a de la chaleur, de l'ombre 
et beaucoup d'humidité. Toute la vanille 
que consomme l'Europe, vient du Mexique , 
et par la seule voie de la Yera-Cruz. On la 
récolte sur une étendue de terrain de quel- 
ques lieues carrées. Il n'y a pas de doute 
cependant que la cote de Caracas et même 
la Havane pourroient en faire un conuiierce 
très-considérable. Nous avons trouvé, pendant 









1200 tlVKE IV,' 

le cours de nos herborisations , des gousses de 
vanille Ircs-aromatiques , et d'une grandeur 
extraordinaire, dans les montagnes de Garipe, 
à la cote de Paria; dans la belle lallée de 
Bordones , près de Cumana ; dans les environs 
de Portocabello et de Cuaiguaza ; dans les 
forets de Turbaco, près de Carthagcne des 
Indes ; dans la province de Jaen , sur les 
bords de la rivière des Amazones , et dans 
la Guayane , au pied des rochers granitiques 
qui forment les grandes cataractes de l'Oré- 
noque. Des habitans de Xalapa , qui font le 
commerce de la belle vanille mexicaine de 
Misantia, ont été frappés de l'excellence de 
celle que M. Bonpland a rapportée de l'Oré- 
noque , et que nous avions cueillie dans les 
bosquets qui entourent le Raudal de Maj^ 
pure, A l'ile de Guba , on trouve des plantes 
de vanille ( Epidendrum vanilla) sur les 
cotes de Buhia Honda et au Mariel. Gelle de 
Saint-Domingue a le fruit très-long , mais 
peu odoriférant; car souvent une grande 
humidité , en favorisant la végétation , est 
conlraire au développement de l'aromate. 
D'ailleurs, lesbotanistes voyageurs ne doivent 
pas juger de la bonté de la vanille d'après 



CHAPITRE X. 



201 



l'odeur que celte liane répand dans les forets 
derAmériquc : cette odeur est due, en grande 
partie , à la fleur , qui, dans les vallées pro- 
fondes et humides des Andes , est quelquefois 
longue de quatre ou cinq centimètres. 

L'auteur de Vllisloire pliUosopliique des 
deux Indes ' se plaint du peu de notions 
qu'il a pu se procurer sur la culture de la 
vanille au Mexique. Il ignore même le nom 
des districts qui la produisent. Ayant été sur 
les lieux , j'ai été à même de prendre des 
renseignemens plus détaillés et plus exacts. 
J'ai consulté , à Xalapa et à Vera - Cruz , 
des personnes qui , depuis trente ans , font 
le commerce des vanilles de Misantla , de 
Colipa et de Papantla. Voici le résultat de 
mes recherches sur l'état actuel de celte 
branche intéressante de l'industrie nationale. 

Toute la vanille que le Mexique fournit à 
l'Europe , est recueillie dans les deux inten- 
dances de Vera - Cruz et d'Oaxaca. Celte 
plante abonde principalement sur la pente 

» Raynnl , T. II, p. 68, J. iG. Thiery de Menon- 
çillej de lu culiiire du Nopal, p. i42. On cullive aussi 
un peu de Viinille à la Jamaïque , dans les paroisses 
de Sainte- Anne et de Sainte-Marie. Broi,çnj p. 326. 



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207. LIVRE IV, 

orientale de Ja Cordillère d'Analiuac , entre 
les 19" et 20° de latitude. Les indi^^ènes 
ayant reconnu de bonne heure combien, 
malg-ré cette abondance , la récolte étoit 
difficile, à cause de la vaste étendue des 
terrains qu'il falloit parcourir annuellement, 
ils ont propagé l'espèce en réunissant un 
grand nombre de plantes dans un espace plus 
étroit. Cette opération n'a pas exigé beaucoup 
de soin : il a suffi de netto) er un peu le sol , 
et de planter deux boutures d'Epidendruin 
au pied d'un arbre , ou bien de fixer des 
parties coupées de la tige au tronc d'un 
Liquidambar , d'un Ocotea ou d'un Piper 
arborescent. 

Les boutures ont généralement quatre a 
cinq décimètres de longueur. On les attache 
avec des lianes , aux arbres sur lesquels la 
nouvelle tige doit monter. Chaque bouture 
donne du fruit la troisième année. On compte, 
pendant trente à quarante ans, jusqu'à cin- 
quante gousses par pied, surtout si la végé- 
tation de la vanille n'est pas arrêtée par la 
proximité d'autres lianes qui l'étouffent. La 
haynilla cimarona ou sauvage, qui n'a point 
été plantée par la main de l'homme , et qui 



CHAPITUF. X. 20.1 

croît dans un terrain couvert d'arbnslos cl 
d'autres plantes griinpanics , porte, au Mexi- 
que , des Truils très-secs, et eu hès - pelile 
cpiautité. 

Dans l'intendance de Vera - Cruz , les 
districts célèbres par le couinierce de la va- 
nille, sont la siibdidegaciou de MisantLiy avec 
les villages indiens de Misantla , Golipa , 
Yacuatla (près de la Sierra de Chicunquiatoj , 
et Nautla, appartenant tous jadis à XAlculdla 
major du La Aiili^iia ; la jurisdiccion de 
Papantla y et celles de Santiago et San Audres 
Tuoctla, Misantla est à trente lieues de dis- 
tance de la Vera-Cruz , au nord-ouest ^ et à 
douze lieues des côtes de la nier : c'est un 
endroit charmant , dans lequel on ne connoît 
pas le fléau des mosquilos et des g("g('n , qui 
sont si nombreux au port de Nautla , sur les 
bords du Rio de Quilate , et à Colipa. Si la 
rivière de Misantla , dont l'embouchure est 
près de la Barra dePalmas, étoit rendue na- 
vigable, ce district parviendroit en peu de 
temps à un haut degré de prospérité. 

Les naturels de Misantla recueillent la 
vanille dans les montagnes et les forets de 



lO/f LIVRE IV, 

Quilatc. La plante fleurit dans les mois de 
février et de mars. La récolte est mauvaise 
si , à celte époque , les vents du nord sont 
fréquens et accompagnés de beaucoup de 
pluie. La fleur tombe sans donner du fruit , 
lorsque l'humidité est trop grande. Une sé- 
cheresse extrême est également nuisible à 
l'accroissement de la gousse. D'ailleurs, aucun 
insecte n'attaque le fruit vert , à cause du 
lait qu'il contient. On commence à le couper 
aux mois de mars et d'avril , lorsque le suh- 
délégué a publié par ban que la récolte est 
permise aux Indiens : elle dure jusqu'à la fin 
de juin. Les naturels , qui restent huit jours 
de suite dans les forets de Qailale , vendent 
la vanille fraîche et jaune à la gente de razon , 
qui sont des blancs, des métis et des mulâtres: 
ceux-ci connoissent seuls 3 heneficio de la 
haynillay c'est-à-dire la manière de la sécher 
avec soin, de lui conserver un lustre argenté, 
et de la ficeler pour le transport en Europe. 
On étend les fruits jaunes sur des toiles , et 
on les met au soleil pendant quelques heures. 
Lorsqu'ils sont suffisamment chauffés , on les 
enveloppe dans des draps de laine pour les 



205 



CHAPITRE X. 

faire suer : la vanille noircit alors, et l'on finit 
parla sécher en l'exposant, depuis le matin 
jusqu'au soir , à l'ardeur du soleil. 

La préparation que l'on donne à la vanille, 
à Golipa, est bien supérieure au beiujicio usité 
àMisanlla. On assure qu'en déballant les pa- 
quets de vanille à Cadix, on trouve dans celle 
de Colipa à peine six pour cent de déchet , 
tandis que , dans la vanille de Misantla , le 
nombre des pousses pourries ou gâtées s'élève 
au double. Cette dernière variété est plus dif- 
ficile à sécher , parce qu'elle a le fruit plus 
grand et plus aqueux que celle de Colipa, 
qui , récoltée dans des savanes , et non sur 
des montagnes, est appelée hajnilla de aca- 
giiales. Lorsque le temps pluvieux ne permet 
pas aux habitans de Misantla et de Colipa 
d'exposer la vanille aux rayons du soleil , 
jusqu'à ce qu'elle ait acquis une couleur noi- 
râtre et qu'elle se couvre de stries argentées 
(inanchas plaie atlas) ^oi\ est obligé de recouHr 
à l'emploi d'une chaleur artificielle. On forme, 
au moyen de petits tuyaux de roseaux, un 
cadre suspendu par des cordes , et couvert 
d'une toile de laine, sur laquelle on étend 
les gousses. Le feu est placé au-dessous, mais 



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2oG LIVRE IV, 

à une dislance considériible. On sôclic les 
pousses en donnant un lé^^er mouvement au 
cadre, et en chanir.mt peu à peu les roseaux 
et la toile. Il faut beaucoup de soin et une 
Jon<^iie expérience pour réussir à hienséclier 
la vanille par celte méthode, que l'on appelle 
Ixmrjîcio de pnscojoL Les perles sont ji^éné- 
ralement Ircs-fï'randes, lorsqu'on emploie la 
chaleur arlificielle. 

A Misantla, on réunit les fruils-de vanille 
en paquets , appelés tnazns : un mazo ren- 
ferme cinquante gousses; par eonséqjient, 
un millier (fniilttr) a vingt niazos. Quoique 
toute la vanille qui entre dans le commerce, 
paroisse être le produit d'une seule espèce 
d'Epidendrum (^tlilxochitl) , on divise ce- 
pendant le Fruit récolté en quatre classes 
différentes. La nature du sol, l'humidité de 
l'air et la chaleur du soleil influent singuliè- 
rement sur la grandeur des gousses et sur la 
quantité de parties huileuses et aromatiques 
qu'elles contiennent. Ces quatre classes de 
vanille sont les suivantes , à commencer par 
celles d'une qualité supérieure : bajnilla fina, 
dans laquelle on distingue de nouveau la 
grande fina et la chlça fina ou inancucraa ; 



. CHAPITRE X. 20'] 

le zdciite ; le rezucate y et la basura. Ciiiique 
rljjssc est racile à reconnoîlro en Kspa«'ne , 
par la manière dont les paquets sont fMelcs. 
La,i,'/v///^/<^///zrt a coniniunénient 2 2 eenlinu'ties 
de loni^uenr , et chaque niazo en pèse, à !Mi- 
sanlla , dix onces et tienne ; à Colipa , neuf ù 
dix. La chica Jina est de cinq centimètres 
plus courte que la précédente , et on racLèle 
la nioilié moins cher. Le zacfite est une va- 
cille très-longue, mais extrêmement mince, 
et très-aqueuse. La hasum , dont im paquet 
a cent gousses , ne sert qu'à remplir le l'ond 
des caisses que l'on expédie pour Cadix. La 
plus mauvaise qualité delà vanille deMisanlla 
s'appelle haynilla clninroria ( sauvage ) ou 
hdjniUapalo : elle est très-mince, et j)res(pie 
dépourvue de sue. Lue sixième variété, la 
haynilla pompona y a le iVuit très-grand et 
très-beau : on l'a expédiée à différentes re- 
prises en Europe, et par le moyen des né- 
gocians de Gènes , pour le Levant ; mais 
comme son odeur est différente tle la vanille 
ixppeiée grande Jlna y elle n'y a trouvé aucun 
débit jusqu'ici. 

On voit, d'après ce que nous venons de 
rapporter sur la vanille, qu'il en est de la 



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208 



LIVRE IV 



bonté de celte production comrae de celle 
du quinquina , qui ne dépend pas seulement 
de Tespèce de cincliona dont il provient , 
mais aussi de la hauteur du sol, de l'expo- 
sition de l'arbre, de l'époque de la récolte, 
et du soin avec lequel l'écorce a été séchée. 
Le commerce de la vanille et celui du quin- 
quina , se trouvent également entre les mains 
de quelques personnes que l'on appelle habi- 
litadores y parce qu'ils avancent de l'argent 
aux cosecheros y c'est-à-dire aux Indiens qui 
font la récolte, et qui se mettent par là sous 
la dépendance des entrepreneurs. Ce sont ces 
derniers qui tirent presque seuls tout le profit 
de cette branche de l'industiie mexicaine. 
La concurrence des acheteurs est d'autant 
plus petite à Misantla et à Colipa, qu'il faut 
une longue expérience pour ne pas se laisser 
tromper dans l'achat de la vanille préparée. 
Une seule gousse tachetée ( nianchada) , peut 
faire perdre , pendant la traversée d'Amé- 
rique en Europe, une caisse entière. On 
désigne, par des noms particuliers ( mojo 
negro y mojo hlanco ^ garro ) , les défauts que 
l'on découvre, soit à la gousse, soit au pétiole 
{garganta). Aussi un acheteur prudent exu- 



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CHAPITRE X. 209 

mine plusieurs fois les paquels qu'il réunit 
dans le même envoi. 

Les habilitadores ont acheté , clans l'es- 
pace des derniers douze ans , le millier de 
vanille de la première classe, prix, moyen, 
à 26 ou 55 piastres; le millier de zacatc à 10 , 
et celui de rezacalc à 4. piastres. En i8o5 , le 
prix de Xà grande Jliia a été de 5o, et celui 
àxxzacatii de i5 piastres. Les acheteurs, loin 
de payer les Indiens en argent comptant , leur 
fournissent en échange, et à très-haut prix, 
de l'eau-de-vie , du cacao y du vin , et surtout 
des toiles de coton fabriquées à la Puebla. 
C'est dans cet échange que consiste une 
grande partie du profit des accapareurs. 

Le district de Papatitla y qui étoit jadis une 
alcaldia major j se trouve à 18 lieues au nord 
du Misantla : il produit très-peu de vanille , 
qui, en outre, est mal séchée , quoique très- 
aromatique. On accuse les Indiens de Papantla, 
comme ceux de Nautla , de s'introduire furti- 
vement dans les forêts de Qnilale, pour 
recueillir le fruit de l'Epidendrum planté par 
les naturels de Misantla. Dans l'intendance 
d'Oaxaca , c'est le village de Teutlla qui est 
célèbre par la qualité supérieure de la vanille 
III. ^ i4 






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210 



LIVRE IV 



que produisent les forets voisines. Il paroît 
que celte variété a été la première introduite 
en Espag-ne,, au seizième siècle; car encore 
aujourd'lini la haynilla de Tciitila est re- 
gardée, à Cadix , comme préférable à toutes 
les autres: on la sèche, en eflet, avec beau- 
coup de soin, en la piquant avec des épingles, 
et en la suspendant par des fils de pite ; mais 
elle pî'se à peu près un neuvième de moins 
que celle de Misantla. J'ignore la quantité de 
vanille qui est récoltée dans la province de 
Honduras, et exportée annuellement par le 
petit port de Truxillo -, mais il paroît qu'elle 
est peu considérable. 

Les forets de Quilate donnent, dans dt^ 
années très-abondantes, 800 milliers de vanille : 
une mauvaise récolte, dans des années très- 
pluvieuses, ne s'élève qu'à 200 milliers. On 
évalue , en terme moven , le produit 

de Misantla et de Colipa , à 700 """^'^"• 

de Papantla , à 100 

de Teulila, à 110 

La valeur de ces 910 milliers cst^ à Vera- 
Cruz , de 00 à /|0,ooo piastres. Il faudroit y 
ajouter le produit des récoltes de Santiago et 
Saa Andres ïuxtla, sur lesquelles je manque 



chapitre: X. 211 

cte données suflîsammcnt exactes. Souvent la 
récolte d'une année ne passe pas en entier en 
Europe ; mais ou en réserve une ])arlie pour 
la réunir à celle de Tannée suivante. Eu 1802, 
il sortit du port de Vera - Cruz 1790 nnllares 
de vanille. Ou doit être étonné de voir que la 
consonuiialion de toute l'Europe n'est pas 
plus grande. 

La même pente orientale de la Cordillère 
sur laquelle on récolte la vanille , produit 
aussi la salsepareille ( zarza ), dont on a 
exporté de la Vera-Cruz, en iSo5 , près de 
25o,ooo kilogrammes ', et \e Jalap {Purga 
de Xalapa), qui est la racine non du Mira- 
bilis jalapa , du M. longiflora, ou du M. à\- 
chotoma, mais du Com>ohnlus jalapa. Ce 
liseron végète à une hauteur absolue de 
treize à quatorze cents mètres , sur toute la 
chaîne de montagnes qui s'étend depuis le 
volcan d'Orizaba jusqu'au Coffre de Perote. 
Nous ne l'avons pas trouvé dans nos lier- 



* lia salseparcilli' Ju commerce provient de phisieurs 
espèces (le Smilax , trcs-difl'érentes du S. Sarsaparilla. 
Voyez la description de dix espèces nouvelles, que 
nousavonsrapporléesdansle Species de M. Willdenow, 
T. IV, P. 1, p. 773. 

4* 



212 



LIVRE IV 



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Lorisations aulour tic la ville de Xalapa 
même ; mais les Indiens qui Labilent les 
villa<»'es voisins , nous en ont apporté de 
belles racines recueillies près de la Bande- 
rilla , à l'est de San Miguel el Soldado. Ce 
remède précieux est récolté dans la subdcle- 
gacioti de Xidajxi j autour des villages de 
Santiago , Tlaclii , Tiliuacan de los Rejes , 
Tlacoluîa, Xicochimalco , Tatatila, Yxhua- 
can , et Ayaliualulco ; dans la jiinsdiccîon de 
San Juan de los Llanos , près de San Pedro 
Chilcliotla et Quimixtlan; dans les partidos 
des villes de Cordai a , A'Ovhaba et àe San 
Andres Tuxlla, La vraie Purga de Xalapa 
ne se plaît que sous un climat tempéré, 
presque froid, dans des vallées ombragées, 
et sur la pente des montagnes. J'ai été d'autant 
plus étonné d'apprendre, depuis mon retour 
en Europe , qu'un voyageur instruit, et qui a 
montré le plus grand dévouement pour le bien 
de sa patrie, Tliiery de Menon\ille ', ait 

* Thiery y p. 5(). Ce jalap de Vera-Cruz paroît 
d'ailleurs identique avec celui que M. Michaux a 
trouvé daus la Floride. Voyez le Mémoire de M. Des- 
fonlaines , sur le Coiivolvulus jalapa , dans les Annales 
du Muséum d'Histoire naturelle , T. Il, p. 120. 



' 'i 



chapithe X. 



2i3 



r.ssiiré avoir trouvé le jalap en grainlc al)on- 
dance dans les terres arides etsablonnenses qni 
entourent le port de V^era-Cruz , par consé- 
quent sous un climat excessivement chaud, 
et au niveau de la nier. 

Rajnal ' avance que l'Europe consomme 
annuellement 7000 quintaux de jalap : cette 
évaluation paroît plus du double trop forte; 
car, d'après des rensei<^nemens exacts que j'ai 
pu prendre à la Vera-Cruz, il n'a été exporté 
de ce port ^ en 1802 , que 292 1 , el en i8o3 , 
que 2281 quintaux de jalap. Son pi ix est, à 
Xalapa, de 120 à 100 francs le quintal. 

Nous n'avons point vu, pendant notre 
séjour dans la Nouvelle -Espagne, le liseron 
qui, à ce que l'on prétend, donne la racine 
de Mcclioacan (le tacuache des Indiens Ta- 
rasques, le ilalantlacidtlapilll àes K7Xcc[\\çs) : 
nous n'en avons pas même entendu parler 
pendant le AOjage que nous avons fait dans 
l'ancien rovaume de Michoacan, qui fait 
partie de l'intendance de Valladolid. L'abbé 
Clavif^^ero " raconte qu'un médecin du dernier 
roi de Tzintzontzan apprit à connoître ce 

» Hist. philoii. y T. JI, p. 08. 

• Sloria antica di Messico, T. II, p. 212. 






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2l4 . LIVKE IV, 

remède aux religieux missionnaires qui avoient 
suivi l'cxpcdilion de Coitcz. E\iste-l-il, en 
effet, une ruine qui, sous le nom de f/ic- 
choacan y est exportée de la Vera-Gruz, 
ou ce remède, qui est identique avec le 
jelivucv de Marco-rave ', nous vient-il des cotes 
du Brésil? Il paroît même qu'anciennement le 
vrai jalap étoit nommé mcchoacan^ et que, par 
une de ces méprises si connnu nés dans l'îiis- 
toire des drogues , celte dénominalion a passé 
dans la suite à la racine d'une autre plante. 
La culture du tabac mexicain pourroit deve- 
nir une branche d'agriculture de la plus haute 
importance, si le commerce en étoit libre;mais 
depuis l'introduction dumonopîe, ou depuis 
l'établissement de \'a ferme royale { elestanco 
reaide /^^Z'rti^o) par le insitador Don Joseph de 
Galvcz, en 1764, non-seulement il faut une 
permission spéciale pour planter le tabac; 
non-seulement le cultivateur est tenu de le 
vendre à la ferme y au prix que celle-ci fixe 
arbitrairement , selon la bonté du produit; 
mais la culture en est restreinte aux seuls 
environs des villes d'Orizaba et de Cordova, 

^ Li'nn. , Mat. mcdica , 1749, p. 28. Marvay , 
Appuratus madicainiuum , T. I, p. 62, 



CHAriTRE X. 



2l3 



el aux parlidos de IIiiatus'?o et <le Songoliea , 
situés dans l'intendanee de \cra-Cn]z. \)cs 
coiiiniis , qui portent le titre de s^nanhis de 
tabaco j parcourent le ])ays pour arraelier le 
tabac plante hors de ces districts cpie nous 
venons de nommer, et pour mettre à Tamende 
les l'erinieis qui sinisent de cnltiA er ce qdi est 
nécessaire à leur propre consonmialion. On a 
cru diminuer la contrebande, en bornant la 
culture à une élendue de lerruin de quatre on 
cinq lieues carrées. Avant rélablissemcnl de 
\à p'i'iue , l'inlendance de (niadiilaxaia, sur- 
tout les parlidos d'Autlan , d'Ezatlan , d'Aliux- 
catlan, Tepie ,Santixpac et Acaponeta, cloient 
célèbrcspar l'abondance et l'excellenle qualité 
du tabac qu'ils produisoient. Ces contrées, 
jadis heureuses et fîori.'^santes, ont diminué de 
population , depuis que les plantations ont élc 
transférées à la pente orientale de la Cor- 
dillère. 

C'est aux îles Antilles c\\\c les Espagnols ont 
appris à connoître le tabac. Ce mot, qui u 
été adopté par tous les peuples de l'Europe , 
est de la langue d'Uayti ou de St.-Donïingue ; 
car les Mexicains appelèrent la plante jctl , 



2l6 



LIVRE IV 



les Péruviens ç/t;'/'/'. Au Mexique et au Pérou, 
les inclig"cnes fumoient et prenoient du tabac 
en poudre. A la cour de Montezuma, les 
grands seigneurs emploj oient la fumée de 
tabac comme un narcotique, non-seulement 
pour faire la sieste après le dîner, mais aussi 
pour dormir le matin , immédiatement après 
le déjeuner, comme c'est encore l'usage dans 
plusieurs parties de l'Amérique équinoxiale. 
On rouloit les feuilles sèches du jetl en 



h] 



^ Hernandaz , Lîb. V, c. 5i , p. 175. Clnvigero , 
T. 11 , p. 227. Garcilasso, Lih. II, c. 25. Déjà les 
anciens i\2cxicnins recoviiinaiuloieiit le tabac comme 
lin rcmÎHle contre le mal ('e clenls, le rhume de cer- 
veau et la colque. Les Garibes se servoient tle feuilles 
de tabac niàché comme contre-poison. Dans notre 
voyage sur l'Oréncque, nous avons vu appliquer avec 
succès le tahac niachéaux morsures de couleuvres veni- 
meuses. A[)ièsli fan»eux/V/«cof/e^ Gï^rtco, dont on doit 
la connois.sance à M. Mutis, le tuliac est aana doute le 
conlre-poison le plus actif de rAuiérique. La culture 
du tabac s'est propag»'e avec uiic si grande rapidité , 
qu'en i559 on Icsemoit déià en roriugal, et qu'au 
commenccajtnl du di\-.septième siècle on le planta 
aux Grandes Indes, fieckmanns Geschichte der Erfin-_ 
duiigeii, B. 3, p. 366. 



: 
fil 



CHAPITPiE X. 217 

Cigares y et on les encliassoil clans tics tuyaux 
cl'aro'ent, de bois ou de roseau : souvent on 
y nièluil la résine du Li^juidunibarst} nicifhta, 
et d'autres matières aromatiques. On tenoit 
d'une main le tuyau , et de l'autre on se bou- 
choit les narines pour avaler plus facilement 
la fmnce du tabac ; plusieurs pe^'sonnes se 
contentoient même d'aspirer la fumée par le 
nez. Quoique le Piciell (Nicoliana ruslica) 
fût beaucoup cullivé dans l'ancien Analiuac, 
il paroît pourtant que les personnes aisées 
faisoient seules usage du tabac; car nous 
voyons aujourd'hui que cet usage est entière- 
mentinconnu aux Indiens de race pure, parce 
qu'ils descendent presque tous de la dernière 
classe du peuple aztèque '. 

On évalue à la V era-Gruz la quantité de 
tabac récolté dans les districts d'Orizaba et 
de Cordova, à huit ou dix mille tcvcios (à 
8 arrobes) , qui font 1,600,000 ou 2,000,000 
de livres pesant; mais celle évaluation paroit 
un peu trop basse. Le roi paye au cultiva leur 
la livre de tabac à deux réaux et demi, c'est-à- 
dire à 21 sous le kilogramme. Nous veiTons 

* Voyez cl~cîcssus, Chap. VI, T. I , p. ^cjg. 



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!2ï8 



MVBE IV 



dans la suite de cet ouvra^ii^c , et d'après des 
renscigneniens ([iie j'ai lires de pièces olïi- 
ciclles, ([ii'en général la l'cniic du Mexique 
Tend annucllenienl, dans le pavs même, pour 
plus de 58 millions de francs de tabaeàrumer 
et en poudre, et rprelle rend au roi un profit 
net de plus de 20 millions de livres tournois. 
Cette consommation de tabac dans la Nou- 
velle-Espagne doit pîiroître énoi'me, d'autant 
plus que sur une population de 5, 800,000 
âmes , il faut décompter deux millions et demi 
d'indigènes qui ne fument pi>s. D'ailleurs , au 
Mexique la ferme est un objet beaucoup plus 
important pour le fisc qu'au Pérou, j>arce 
que, dans le premier de ces pays , le nombre 
des blancs est plus considérable, et que l'usage 
de fumer des cigares y est plus répandu , 
même parmi les femmes et les enfans en bas 
âge. En France , où, d'après des reclierches 
de M. Fabre de l'Aude, il y a buit millions 
d'babitans qui prennent du ta])ac , la con- 
sonuîiation totale est de plus de quarante 
millions de livres pesant; mais la valeur des 
importations de tabac étranger ne s'y est 
élevée, en 1787, qu'à izi,i/|.2,ooo liv. tournoie '. 
* Peuchutj p. 3i5 et 4oc). 



CHAPITHE X. 9.19 

La Noiivcllc-Esp.igiic , loin d'oxporlti' <lo 
son labiK" indifi^t'iic , en lire encore annnc;!- 
Icnicnt j)!L's (le 5G,ooo livies ])esant de la 
Havane, ijcs v( v;tlitM)S (|u'on l'ail éprouver 
aux planteurs, joinlcs à la préféienec donnce 
à la cullure du calé, ont cependant beaucoup 
diminué le produit de la ('ernie à lile de Cid)a. 
Aujourd'hui cette ile fournit à peine liio.ooo 
arrobas y tandis qu'avant 179I , dans de 
bonnes années , on évaluoit la récolte à 
010, 000 airobits ( 7,87.^1,000 li\res ])csanl') , 
dontiGo,ooo arrobas étoicnl consonnnées dans 
l'île, et i2(S,ooo envoyées en l^l^pa^ne. Cette 
branche de l'industrie coloniale est de la 
phis haute importance , même dans son état 
actuel de monopole et de contrainte. La 
venta de tabaco de la péninsule donne un 
revenu net de 6 millions de piastres, revenu 
qui est du en grande partie à la vente du 
tabac de l'île de Cuba envové à Séville. Les 
ma<^'asins de cette dernière ville contiennent 
quelquefois des provisions de 18 ou 19 millions 

* Raynal (T. lil, p. afiS) n'évaliioil la récolle qtéà 
4.675,000 livres pesant. La \ lrt:,iiiie proiluisoit, avant 
1775, annuellement plus de 55,000 hogs/iedd.s , ou 
Zà millions de livres de luLac. JeJJeravn , p. 3u3. 



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220 LIVRE IV, 

de livres pesant , scnleinent en liibac en 
poudre , dont la valeur monte à la sonirne 
exorbitante de deux eenls millions do livres 
tournois. 

La culture de yin(li)j;n , très-efendue dans 
le rojaume de GualimaLi et dans la provinee 
de Caraeas , est extrêmement négligée au 
Mexique. Les plantalions que l'on trouve le 
long des coles occidentales , ne sulusent pas 
même pour le peu de fabriques de toile île 
colon indij^cnc. On importe annuellement de 
l'indigo du royaume de Guatim.da, où le 
produit total des plantalions s'élève à la 
valeur de 12 millions de livres lournois. Cette 
substance coloraïUe , sur laquelle M. Beck- 
mann a fait de savantes lei.herches , ëtoit 
.connue àcs Grecs et des Piomains , sous le 
nom ixludicwn. Le mot à'aiiil y qui a passé 
dans la langue espa:,'nole , vient du mot arabe 
nir ou nil. Ile mandez , en parlant de l'indigo 
mexicain , l'appelle unir. Les Grecs , du 
temps de Dioscoride, tirèrei't l'indigo delà 
Gédrosie ; et aiî treizième siècle, Marco Polo 
décrivit avec soin sa préparation dans l'In- 
dostan. C'est à tort que Kaynal prétend que 
les Européens ont introduitla culture de cette 



CHAPITRE X. 



221 



plante précieuse en Ainérujiie. Plusieurs es- 
pèces iïîiidiij^<yj('ra sont propres au nouveau 
continent. Ferdinand Colonil) , dans la vie de 
son pèi'C , non une l'indigo parmi les pro- 
ductions de l îled'Hi'jli. llernandez rapporte 
le procédé par lecjnel les naturels du Mexique 
séparoient la fécule du suc de la plante, pro- 
cédé qui diîJere de celui que nous enïployons 
aujourd'hui. Les pelits puins d'indigo sèches 
au feu s'appeloient ninluiilli ou tlciioluiillL 
La plante étoit même désignée sous le nom 
de ocinliquili/)itzahiiac. Hernandez ' proposa 
à la cour d'introduire la culture de l'indigo 
dans la partie méridionale de l'Espa^^ne. 
J'ignore si son conseil fut suivi , mais il est 
certain que l'indigo étoit assez conunun à 
Malte jusque vers la fin du dix -septième 
siècle. Les espèces d'//2^//^o/c*/vi dont on retire 
aujourd'hui l'indigo dans les colonies , sont : 
rindigofera tinctoria , L anil , L disperma et 
L argentea , comme le prouvent les plus 
anciennespeiutures hiéroglyphiques des Mexi- 



Il M 



I 



* Hernandez j Lib. IV, c. 12 , p. 108. Clavigerr, II, 
189. Beckmann , L c. , IV, 474-532, Berthollet, Élé- 
meiu de l'art de la teinture , II, Zj, 



ii 



I ; 



2 2 À 



LIVRE IV 



cains; même trente ans aprîs la conquête, 
les Espagnols , qui n'a voient p;i.s encore 
trouvé des malériau7v pour faire de l'encre, 
écrivoient avec de l'indigo , comme le prou- 
vent les papiers conservés dans les archives 
du duc de Monte Leone, qui est le dernier 
rejeton de la famille de Gorlez. A Santa-Fe, 
on écrit encore aujourd'liui avec le suc cx- 
primédesfruilsderuvilla(Cr'i.Y/7//// tinclnniim), 
et il y exisle un ordre de la cour qui enjoint 
aux vice-rois de n'employer pour les pièces 
officielles que ce bleu d'uvilîa , parce qu'on a 
reconnu qu'il est plus indestructible que la 
meilleure encre de l'Europe. 

Après avoir examiné avec soin les végétaux 
qui sont des objets importans de l'agriculture 
et du commerce du Mexique , il nous reste 
à jeter un coup - d'œil rapide sur les pro- 
ductions du rèqrw animal. Quoique la plus 
reeliercliée de ces productions , la cochenille, 
ienne oriiiinairement à la Nouvelle- 




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quisontlesplus intéressantes pour le bien-être 
des habitans, v ontélé introduites de l'ancien 



continent. Les Mexicains n'avoient point es- 
sayé de réduire à l'état de domesticité les deux 



CHAPITRE X. 



223 



espèces de bœufs sauvages (Bos americanus 
et B. nioschatus ) qui errent par troupeaux 
dans les pLiines voisines de la rivière du Nord. 
Ils ne connoissoierit pas le llama , qui , dans la 
Cordillère des Andes, ne dépasse pas la 
limite de l'iiémisphère austral. Ils ne savoient 
tirer parti ni des brebis sauvages de la Ci>ii- 
fornie ", ni des chèvres des montagnes de 
Monterey. Parmi les nombreuses variétés de 
chiens " qui sont propres au Mexique, une 
seule, le te chichi , servoit à la nourriture des 
liabitans. Sans doute le besoin d'animaux 
domestiques se faisoit moins sentir avant la 
conquête, à une époque où chaque famille 
ne cullivoic qu'une petite étendue de terrain, 

^ Sur les brebis et les clicvres sauvag-s des mon- 
tagnes de l'ancienne et de la Nouvelle-Californie , 
voyez ci-dessus , Chap. YIU , T. IJ , p. 42,?. 

» Voyez mes Tableaux de la xNalure, T. I , p. i24- 
12^ Une tribu des provinces septentrionales, celle 
des Cumancbes , se sert de chiens mexicains pour 
le transport des tentes, comme plusieurs peuples de 
la Sibérie. Voyez ci-dessus , T. 11 , p. 377. Les Péru- 
viens deSausa (Xauxa) et Iluanca mangeoient leurs 
chiens (mm//ro), et les Aztèques vendoient au marché 
la chair du chien muet techlvhi , qu'on châtroit pour 
i'engi-aisser. Lormzana , p. io3. 



I !i:) 



224 LIVRE IV, 

et où une grande partie du peuple se nour- 
rissoit presque exclusivement de végétaux. 
Cependant le manque de ces animaux i'orçoit 
une classe nombreuse des habitans, celle des 
Tlamama y à faire le mélier de bétes de 
somme , et à passer leur vie sur les grandes 
routes. Ils étoient chargés de grosses caisses 
de cuir ( eu mexicain pctlacalll j en espagnol 
petacas), qui cootenoient des marchandises 
d'un poids de trente à quarante kilogrammes. 
Depuis le milieu du seizième siècle les 
animaux les plus utiles de l'ancien conl.ne ' , 
ies bœufs, les chevaux , les brebis et les 
porcs , se sont multipliés d'une manière sur- 
prenante dans toutes les parties de la Nou- 
velle-Espagne, surtout dans les v? '^es plaines 
que renferment les provincias internas. Il 
seroit superflu de réfuter ' ici les assertions 
hasardées de M. de Buffon sur la prétendue 
dégénération des animaux domestiques in- 
troduits dans le nouveau continent. Ces idées 
se sont propagées facilement, parce qu'en 



ouvrage 



' Cette réfutation se trouve dans l'excell. 
fie M. Jt'Jferson , sur la Virginie ^ p. 109-166. Vojxz 
aussi Clavigero, T. IV, p. io5-i6o. , 



CHAPITRE X. 






flaltantlii vanité des Européens, elles se lioient 
à des hjpollièscs brillantes sur l'ancien état 
de noire planète. Depuis que l'on examine les 
faits avec soin , les physiciens reconnoissent 
de riiarnioiiie où l'écrivain élorpient n'an- 
noncoit cpre des contrastes. 

Il j a une «grande abondance de l/étes a 
cornes le long des cotes orientales du Mexi- 



l'embc 



des 



que, surtout a iemi>oucnure des rivières 
d'Alvarado , de Guasacualco et de Panuco, 
où de nombreux troupeaux trouvent des 
pâturages constamment verts. La capitale du 
Mexique et les grandes villes qui en sont 
voisines , tirent cependant leurs provisions 
en viandes de l'intendance de Durango. Les 
naturels , comme la plupart des peuples de 
l'Asie à lest du Gange ', se soucient très-peu 

* Par exemple , dans le sud-est de l'Asie , les Chi- 
nois et les liabitans de la Cucliincliine. Les derniers 
ne Iraient jamais Ir* rs Taches, quoique le lait soit 
excellent sous les tropiques et d-^ns js parties les 
plus chaudes de la terre. Voyage de Macartney , 
Vol. Il, p. i53-, et Vol. IV, p. 59. Même les Grecs 
et les Romains n'apprirent à luire du beurre que par 
leurs communications avec les Scythes, les Thraces 
et les peuples de race germanique. Beckmann, l. c, 
B. III , p. 289, 

ITI. l5 



■;'i 



220 



LIVRE IV 



du lait, du beurre et du fromag-e. Ce dernier 
est fort recherché par les casles de sang-mélé , 
et il forme mie branche de commerce inté- 
rieur assez considérable. Dans le tableail 
statistique que l'intendant de Guadalaxara a 
dressé en 1802, et que j'ai eu occasion de 
citer plusieurs fois, la valeur annuelle des 
cuirs corroyés est évaluée à 4i9»ooo piastres ; 
celle du suif et du savon, à 649,000 piastres. 
La seule ville de la Puebla fabrique annuel- 
len.i 00,000 arrohas de savon , et 82,000 
cuirs de vaches; mais l'exportation de ces deux 
articles par le port de Vera-Cruz a été peu 
importante jusqu'ici. En i8o5 , elle s'est à 
peine élevée à la valeur de 1^0,000 piastres. 
Il paroît même qu'au seizième siècle, avant 
que la consommation intérieure eût augmenté 
avec le nombre et le luxe des blancs , la Nou- 
velle-Espagne foumissoit à l'Europe plus de 
cuirs qu'elle n'en fournit aujourd'hui. Le père 
Acosta ' rapporte qu'une Hotte qui , en 1687, 
entra àSéville , portoit 64,o4o cuirs mexicains. 
Les chevaux des provinces septentrionales . 
surtout ceux du Nouveau-Mexique, sont aussi 



^Lib. IV, c. 3. 



CHAPITRE X. 



227 



célèbres par leurs excellentes qualités ciue 
les ehevaux du Chili ; les uns et les autres 
descendent, à ce que l'on prétend, de race 
arabe ; ils errent par bandes devenues sau- 
vages , dans les savanes àespiwncias internas 
^'exportation de ces chevaux à Natchez et à 
la Nouvelle -Orléans, devient d'année en 
année plus considérable. Plusieurs familles 
du Mexique possèdent dans leurs hatos de 
ganado trente à quarante mille têtes de bœufs 
et de chevaux. Les mulets seroient plus nom- 
breux encore, s'il n'en périssoit beaucoup 
sur les grandes routes, par les fatigues dont 
ils sont excédés après des voyages de plu- 
sieurs mois. On compte que le commerce de 
Vera-Gruz seul occupe , par an , près de 
70,000 mulets. Plus de cinq mille en sont 
employés comme un objet de luxe dans les 
attelages ' de la ville de Mexico. 

L'éducation des moutons a été singulière- 
ment négligée dans la Nouvelle - Espagne , 
comme dans toutes les colonies espagnoles de 
l'Amérique. Il est probable que les premières 

' La Havane a 25oo calèches, appelées volantes, 
dont le service exige plus de 3ooo mulets. En 1S02 
on comptoil à Paris 35;Ooo chevaux. ' 

*5* 



228 



LIVRE IV 



bêles à laine introduites ;iu seizième siècle, 
n'étoient pas de la race des mérinos voyageurs, 
et surtout qu'elles n'étoient pas de la race 
léoncse, ségovienne ou soriane. Depuis celte 
époque on ne s'est pas occupe d'améliorer la 
race. Dans la partie du Mexique qui est située 
hors des tropiques , il seroit facile cependant 
d'introduire le régime des troupeaux , que 
l'on désigne en Espagne par le nom de mcsia , 
régime d'après lequel les brebis changent de 
climat a\ec les saisons, et se trouvent toujours 
en harmonie avec elles. On n'auroit pas à 
craindre, pendant des siècles , que ces voyages 
des troupeaux lussent contraires à l'agriculture 
mexicaine. Aujourd'hui les laines que l'on 
regarde comme les plus belles, sont celles' de 
l'intendance de Valladolid. 

Il est digne de remarque que ni te porc 
commun ', ni les poules que l'on trouve dans 

' Pedro de Cirça et Garcilasso de la Vcga , ont 
conservé dans leurs ouvragt s les noms des colons qui , 
les premiers en Amérique , onl élevé des animaux 
domestiques de l'Europe, lis rapportent qu'au milieu 
du seizième sièele deux porcs coûloient, au Pérou, 
8000 livres tournois; un chameau, 35,ooo-, im âne, 
7700 j une vache, 1200 j un mouton, 200 livres. 



CHAPITRE X. 329 

toutes les îles de la mer du Sud, n'ont été 
connus des Mexicains. Le Pécari {Sustajassu), 
que l'on renconlre souvent dans les cabanes 
des naturels de l'Amérique méridionale, auroit 
pu être facilement réduit à l'état de domes- 
ticité ; mais cet animal n'est propre qu'à la 
région des plaines. Des deux variétés de porc 
qui sont aujourd'hui les plus communes au 
Mexique, l'une a été introduite de l'Europe , 
et l'autre des îles Philippines : elles se sont 
extrêmement multipliées sur le plateau cen- 
tral , où la vallée de Toluca fait un commerce 
de jambon très-lucratif. 

Avant la conquête , il existoit très - peu 
d'oiseaifœ de hasse-cour chez les indigènes 
du nouveau continent. L'entretien de ces 
oiseaux exige des soins parliculiers dans des 
pajs récemment défrichés, et dont les forêts 



Cieça , Chromca del Perù (Anvers, i554), p. G5. 
Garcilasso, T. J , p. 328. Ces prix cu'onufcS prouvent, 
outre la rartté tics ohjels à vendre, labontiatice des 
métaux précieux. Le général Bt,Ialcazar, qui avoit 
aclieté à Btiga une truie pour 4ooo francs , re put 
résister à la lenlalion t!e la manger dans un fesûn. 
Tel éloit le luxe qui régnoit à l'armée des conquis- 
tadores. 



23o LIVRE IV, 

abondent en quadrupèdes carnassiers de toute 
espèce. D'ailleurs, l'habitant des tropiques 
sent moins le besoin des animaux domestiques 
que Tiiabitant de Ja zone tempérée , parce 
que la ferlililé du sol le dispense de labourer 
une grande étendue de terrain, et parce que 
les lacs et les rivières sont couverts d'une 
innombrable quantité d'oiseaux faciles à 
prendre, et qui fournissent une nourriture 
al)ondante. Un voyageur européen est étonné 
de voir que les sauvages de l'Amérique mé- 
ridionale se donnent une peine extrême pour 
apprivoiser des singes , des mamwivi ( IJrsus 
caudivolvula ), ou des écureuils, tandis qu'ils 
ne cherchent pas à réduire à l'état de domes- 
ticité un grand nombre d'animaux utiks que 
renferment les forets environnantes. Cepen- 
dant les peuples les plus civilisés du nouveau 
continent élevoient déjà dans leurs basses- 
cours^ avanll'arrivée des Espagnols, plusieurs 
gallinacées, connue des Hoccos (Crax nigra, 
G. globicera et G. pauxi), des dindons (Me- 
leagris gallo - pavo ) , plusieurs espèces de 
faisans , de canards , et de poules d'eau , des 
\acous ou guans ( Pénélope , /^^/i^a démonte), 
et des aras ( Psittuci maciouri ) , qui sont 



CHAPITRE X. 



23 I 



regardés comme un mets délicat , lorsqu'ils 
sont jeunes. A cette époqnc, le coq, originaire 
des Grandes Indes , et commun aux îles 
Sandwich , étoit totalement inconnu en Amé- 
rique. Ce tl;it important sons le rapport de 
la migralion des peuples de la race malajc, 
a été con lesté en Espagne, des la fin du 
seizième siècle. De savans élymologistes prou- 
voient que les Péruviens dévoient avoir eu 
des poules avant la découverte du Nouveau- 
Monde, parce que lalan^i^ue de l'inca dési;^iie 
le co s par un mot particulier, celui de j^'7/Y///;^^ 
Ils i<;'noroient que ^luUpa ou huallpa est une 
contraction ^Atahuallpa , et que les naturels 
du Couzco avoient donné par dérision le nom 
d'un prince détesté à cause des cruautés qu'il 
exercoit contre la famille de Iluescar , aux 
coqs apportés par les Espagnols , s'imaginant, 
ce qui par oit assez étrange à l'oreille d'un 
Européen , trouver de la ressemblance e. Ire 
le chant de cet oiseau et le nom d'Ataliuallpa. 
Cette anecdote , consignée dans l'ouvrage de 
Cûf'ciliisso {T. I^ p. S5i), m'.: été racontée 
en 1802 , à Gaxamarca , où j'ai vu, dans la 
faiiiilic des Astorpiico j les descendans du 
dernier Inca du Pérou. Ces pauvres Indiens 



232 



LIVRE IV 



habitent les ruines du palais d'Ataliuallpa. 
Garcilasso rapporte que les Indiens imitoieut 
le chant du coq , en prononçant d'une nui 
nière cadencée des mois de quatre syllabes. 
Les partisans de Iluescar avoient composé 
des chants hurlesques pour se moquer d'Ata- 
huallpa, et de trois de ses généraux, appelés 
Quilliscacha , Chalchuchima, et Rumiriavi. En 
consultant les langues comme des monumens 
historiques, il faut distinguer avec beaucoup 
de soin ce qui est ancien , et ce qui a été na- 
turalisé par l'usage. Le mot péruvien micilu ^ 
qui désigne le chat , est tout aussi moderne 
que celui àliuallpa. Les Péruviens ont formé 
micitu du radical /7i/;3^ parce qu'en observant 
que les Espagnols l'emplojoient en appelant 
le chat , ils crurent que miz étoit le nom de 
l'animal. 

C'est nn phénomène physiologique très- 
curieux, que sur le plateau de la ville de 
Cou/co , qui est phis élevé et plus froid que 
ceuii de Mexico , les poules n'ont commencé 
à s'acclimater et à se propager qu'après 
l'espace de trente ans. Jusqu'à cette époque 
tous les poulets périrent en sortant de l'œuf. 
Aujourd'hui les diverses variétés de poules. 



CHAPITRE X. 



:33 



surtout celles de Mosambiqiie , cjui ont la 
chair noire, sont (icvcnues communes clans 
les deux hcniisplièics, partout uù les peuples 
de l'ancien conlinenl ont pénétré. Plusieurs 
tribus d'Indiens sanva<^es qui vivent dans 
le voisinage des élablissemens européens , 
ont su s'en procurer. Lorsque nous lûmes à 
Tomcpenda, sur les bords de la rivière des 
Amazones , nous vîmes quelques familles 
d'Indiens Xibaros qui se sont établies à Tu- 
tumbero,dans un endroit presque inaccessible, 
entre les cataractes de Yariquisa et Patorumi; 
c*est dans les cabanes do ces sanva^^es qu'on 
avoit vu des poules , lorsqu'on les visita pour 
la première l'ois , il y a quelques années. 

La Nouvelle-Espagne a fourni à l'Europe 
le plus gros et le plus utile des gallinacées do- 
mestiques, le dindon (^totolin ou fiiifwolotl) , 
qui jadis a été trouvé sauvage sur le dos 
des Cordillères, depuis l'isthme de Panaina 
jusqu'à la Nouvelle -Angleterre. Gortez ra- 
conte que plusieurs milliers de ces oiseaux, 
qu'il appelle des poules [f^allinds) , étoieut 
nourj'is dans les b;isses-cours des châteaux de 
Montezuma. Du Mexique , les Espagnols les 
portèrent au Pérou, à la Terre-Ferme {Cas- 



234 



lIVRE IV 



tilla (Ici oro ) , et aux îles vVnllllcs ^ où Oviedo 
les décrivit en i5i5. Ilernondez observa dt-jà 
très-bien que les dindons sauvages du Mexi- 
que étoient beaucoup plus grands que les 
dindons domestiques. On ne trouve aujour- 
d'hui les premiers que dans les provinces 
septentrionales. Ils se retirent vers le nord , à 
mesure que la population augmente, et que, 
par une suite nécessaire, les f'oréls deviennent 
plus rares. Un voyageur inslrnit , auquel nous 
devons une description très-intéressante dos 
pays situés à l'ouest des monts Alléghanjs ', 
M. Michaux, nous apprend que le dindon 
sauvage du Kentucky pèse quelquefois jus- A 
quarante livres, poids énorme pour un oic.v..ui 
dont le vol est très-rapide, surtout quand il 
se voit poursuivi. Lorsque les Anglois , en 
i584, abordèrent en Virginie , les dindons 
existoient déjà depuis cinquante ans en Espa- 
gne , en Italie et en Angleterre ^ Ce n'est donc 
pas des Etats-Unis que cet oiseau a passé la 
première fois en Europe , comme plusieurs 
naturalistes l'ont faussement avancé. 



* Voyage de Michaux , p. 1 90. 

* Peckmann f l, c. T. Ill, p. 238-270. 



cHAPrmii X. 



i3.^ 



Les pintades ( immida Molca^^ris ) , (jik^ 1rs 
anciens clcsi<^iienl si bien sous le nom cl'//iv'.« 
miltaliv ^ sonl Ircs-rarcs au Mexi((ue, tiin<lis 
qu'elles sont devenues sauvages clans 1 ile de 
Cuba. Quant au cdnard mus<jué {Atnis nios- 
chulu) y que les Allemands appellent canard 
turc, et qui est devenu si commun dans nos 
basses-cou is, l Europe le doit aussi au nou- 
veau continent : nous l'avons trouvé sauva^j'e 
sur les bords de la riv ière de la Madeleine , où 
le maie accpiicrt une grandeur extraordinaire. 
Les anciens Mexicains avoient des canards 
domestiques, auxquels ils arrachoient tous 
les ans les plumes, qui étoicut un objet de 
connnerce inq^ortaiit. Ces canards paroissent 
s'être mêlés à l'espèce introduite d'Europe. 
L'oie est le seul de nos oiseaux de basse- 
cour que l'on ne trouve presque nulle part 
dans les colonies espagnoles du nouveau 
continent. 

La culture du mûrier et l'éducation des 
7.>ers a soie avoient été introduites par les 
soins de Cortez, peu d'années après le siège 
de Ténoclititlan. Il existe sur le dos des Cor- 
dillères un mûrier propre aux régions équi- 
noxialcs, le Morus acuminata Jjoupl. , qu« 



236 



LIVRE IV 



nous avons trouvé sauvage dans le royaume 
de Ouilo^ près des villages de Fifo et de 
Pueniho. La feuille de ce mùiier est moins 
dure que celle du mûrier rou^^e {M. ruùra) 
des Eti^Jts-Unis, et les vers à soie la nangent 
comme celle du mûrier blanc de la Cliine. 
Ce dernier arbre , qui , d'après Olivier de 
Serres , n'a été planté en France que sous le 
règne de Charles viii, à peu près l'année 1/19'î, 
étoit déjà assez commun au Mexique vers le 
milieu du seizième siècle. On récoltoit alors 
une quantité de soie assez considérable dans 
l'intendance de la Pucbla, dans les environs 
de Paruco ', et dans la province d'Ouxaca ^ 
où quelques villages de la Misteca portent 
encore les noms de Tcpexe de la Soda (soie) , 
et àeSan Francisco de ht Seda.'\ynn coté, la 
politique du conseil des Indes, constamment 
contraire aux manuraclu: es du "Mexique; d'un 
autre, le commerce plus aciiT cînoc la Chine, 
et l'intérêt qu'a la conqiagnie des Philippines, 
de vendre aux Mexicains les soieries de 
l'Asie, paroissent être les causes principales 



^ La Florida dd Inca ( Matlritl, 1/23), T. I, 



p. :j58. 



CHAPITRE X. 2.37 

qui ont anéanti peu à peu celte Lranclie de 
l'industrie coloniale. Il y a peu d'années qu'à 
Queretaro, un particulier a proposé au g-ou- 
verneinent de iaite de grandes plantations 
de mûriers dans une des plus belles vallées 
du Mexique, la Canada des bains de Saa 
Pedro ^ liabilée par plus de trois mille In- 
diens. L'éducation des vers à soie demande 
moins de soin que celle de la cochenille, et 
le caractère des naturels les rend très-propres^ 
à tous les travaux qui exigent une extrême 
patience et des soins minutieux. La Canada , 
qui est à deux lieues de Queretaro^ vers le 
nord -est, jouit constamment d'un climat 
doux et tempéré. On n'y cultive aujourd'hui 
que des avocatiers ( Lauriis persea ) , et les 
vice-rois , qui craignent de blesser ce que 
dans les colonies on appelle les droits de la 
métropole , n'ont pas voulu permettre que 
l'on remplaçât cette culture par celle des 
mûriers. 

La Nouvelle-Espagne olFre plusieurs espèces 
de chenilles indigènes, qui filent de la soie 
semblable à celle du Bombyx mon de la 
Chine, mais qui n'ont pas encore été suffi- 
samment examinées par les entomologistes. 



i 



2.38 



LIVRÉ IV 



C'est de CCS insectes que vient la soie de la 
Misleca, qui déjà du temps de Monlezunia 
étoit un objet de commerce. On fabrique 
encore (aujourd'hui dans l'intendance d'Oa- 
xaca des hiouchoirs de cette soie mexicaine. 
]Sous en avons acheté sur la route d'Acapulco 
à Chilj)anzint»'0. L'étoffe est rude au toucher, 
comme certaines soieries de l'Inde qui sont 
également le produit d'insectes très-différens 
du ver à soie du mûrier. 

Dans la province de Mechoacan et dans les 
montagnes de Santa Rosa , au nord de Gua- 
naxuato, on voit suspendus à différentes 
espèces d'arbres , surtout aux branches de 
XAvhutus niadroTiOy des sacs de forme ovale, 
qui ressemblent aux nids des Troupiales et 
des Caciques. Ces sacs, appelés capullos de 
madrono, sont l'ouvrage d'un grand nombre 
de chenilles du genre Bombyx de Fabricius , 
insectes qui vivent en société, et qui fdent 
ensemble. Chaque cajmllo a 18 à 20 centi- 
iiictres de long sur dix de large. Ils sont d'une 
blancheur éclatante, et formés par couches 
que l'on peut séparer les unes des autres. Les 
couches intérieures sont les plus minces, et 
d'une transparence extraordinaire. La matière 



CHAPITRE X. 23g 

dont ces grandes poches sont formées, res- 
semble au papier de la Chine : le tissu en est 
si dense, qu'on n'y reconnoît presque pas les 
fils qui sont colles transversalement les uns 
sur les autres. J'ai trouvé un grand nombre 
de ces capnllos de madrono , en descendant 
du Coffre de Perote vers las Vigas, à une 
Lauleur absolue de 0200 mètres. On peut 
écrite sur les couches intérieures de ces 
cocons , sans leur faire subi'^ aucune espèce 
de préparation. C'est un véritable papier 
naturel, dont les anciens Mexicains savoient 
tirer parti, en collant ensemble plusieurs 
couches, pour en former un carton blanc 
et lustré. Nous avons fait venir, par le courrier, 
des chenilles vivantes du Bomhjx madrono , 
de Santa Rosa à Mexico : elles sont d'une 
couleur olivâtre , tirant sur le iioii , et garnies 
de poils ; leur longu* a est de 20 à 28 milli- 
mètres. Nous n'avons point vu leui* mélnmoi- 
phose, mais nous avons reconnu que, ni ilgré 
la beauté et le lustre extraordinaire de cette 
soie de madrono, il sera presque impossible 
d'en tirer parti , à cause de la difficulté que 
l'on trouve à la dévider. Comme plnsif irs 
çheuilles travaillent ensemble, leuis uls se 









,11, 



■1 

M 



£ , 






n\o 



LIVRE IV 



croisent cl s'entrelacent niiiliicllcnient. J'ai 
cm devoir enlrer dans ces déluiis, parr e que 
de«; personnes plus zélées f[u'instr;ules, ont 
fixé , il) a T)cu de temps, l'atten'ion du gou- 
vernement Iraucois sur la soie indigène du 
Mexifpie. 

La c/rc est Uii objet de la plus liaule im- 
portance ])our un pajs où il règne beaucoup 
de maiinificence dans le culle extérieur. Il 
s'en consomme une énorme quantité dans les 
l'êtes d'églises, tant dans la capitale que dans 
les chapelles des plus petits villages indiens. 
Les rnclics sont d'un grand produit dans la 
péninsule de Yucalan , surtout aux environs 
du porl de Campeclie, qui, en i8o5, expédia 
682 arroôas de cire pouf la V era-Cruz. Ou 
compte de six à sept cents ruches réunies dans 
im colmrnar. Celle '^".e du Yueatan provient 
d'une apiaire propre au nouveau continent , 
que l'on dit dépourvue d'aiguillon , sans 
doute parce que son arme est très-foible et 
peu sensible. C'est cette circonstance qui a 
fait donner, dans les colonies espagnoles, 
le nom de petits atigcs ( ani^ciilos ) aux 
;ibeilles que MM. lUiger, Jurinc et Latreille 
'Ont décrites sous le nom de IMélipone et de 



CHAPITRE X. 



341 






Trigone. J'ignore siTabeille de Gampechc est 
différente du Melipona fasciata que M. Bon- 
pland a trouvé sur la pente orientale des 
Cordillères '. Il est certain que la cire des 
apiaires américaines est plus difdcile à blan- 
chir que la cire des abeilles domestiques de 
l'Europe. La Nouvelle-Espagne tire annuel- 
lement près de 26,000 airobas de cire de 
la Havane, importation dont la valeur s'élève 
à plus de deux millions de livres tournois. 
Cette cire de Tîle de Cuba ne provient ce- 
pendant qu'en petite partie des Trigones 
sauvages qui habitent les troncs du Cedrela 
odorata; la majeure partie en est due à 
Tabeille originaire du nord de l'Europe 
{Apis mellijica) f dont la culture s'est fort 
étendue depuis l'année 1772. L'île de Cuba 
a exporté en i8o3, y compris la contre- 
bande, 42,670 arrobas de cire. Le prix d'une 
arroha s'élevoit alors à 20 ou 21 piastres ; 
mais le prix moyen n'est , en temps de paix , 
que de i5 piastres , ou de 76 livres tournois» 

' Voyez les insectes recueillis dans le cours de 
notre expédition, et décrits par M. La treille ; dan» 
notre Recueil d'observations de Zoologie et d'Ana» 
tomie comparée, T. I. 

m. , 16 



A 



I 



242 LIVRE IV, 

En Amérique, le voisinage des sucreries fait 
beaucoup de mal aux abeilles: ces insectes, 
très-avides de miel , se noient dans le jus de 
canne, qui les met dans un état d'immobilité 
et d'ivresse , lorsqu'elles en boivent à l'excès. 
L'éducation de la cochenille (qmnay ?io- 
chiztli) est d'une haute antiquité dans hi 
Nouvelle-Espagne : il est probable qu'elle 
remonte au delà de l'incursion des peuples 
Toltèques. Du temps de la dynastie des rois 
aztèques, la cochenille étoit plus commune 
qu'aujourd'hui. Il y avoit des nopcileiies , 
non-seulement dansle Mixtecapan ( la Misteca ) 
et dans la province de Huaxjacac ( Oaxaca ) , 
mais aussi dans l'intendance de laPuebla, aux 
environs de Cholula et de Huejolzingo. Les 
vexations auxquelles les naturels ont été ex- 
posés au commencement de la conquête , le 
bas prix auquel les encomenderos forcoient 
les cultivateurs de leur vendre la cochenille, 
ont fait que cette branche de l'industrie 
indienne a été négligée partout , excepté 
dans l'intendance d'Oaxaca. Il y a à peine 
quarante ans que la péninsule de Yucatan 
avoit encore des nopaleries considérables. 
Dans une seule nuit tous les nopals sur lesquels 



CHAPITRE X. 243 

vit la cochenille , furent coupés. Les Indiens 
prétendent que le gouvernement se porta à 
cette mesure violente , pour iaire monter le 
prix d'une denrée dont on vouloit assurer 
la propriété exclusive aux liabitans de la 
Mistcque. Les blancs assurent, au contraire, 
que les naturels, irrités et mécontens du prix 
que les négocians lixoient à la cochenille , ont 
détruit à la fois, et d'un commun accord» 
l'insecte et les nopals. 

La quantité de cochenille que l'intendance 
d'Oaxaca fournit à l'Europe , peut être 
évaluée, année commmie, en y comprenant 
les trois sortes de grani . granilla et polvos 
dcgvana , à 4 000 zurrones ^ ou 3 2 ,000 arrobas; 
ce qui, en comptant Xarroha à 76 piastres 
fortes, fait 2,400,000 piastres, ou 12 millions 
de livres tournois. Il a été exporté par la 
Vera-Cruz, en cochenille: 

en 1802, 46,964. arrobas, ou pour 3,368,557 p. 



i8o3, 29,610 2,238,67 



5 



Mais une partie de la récolte d'une année 
se réunissant souvent à la récolte de l'année 
suivante , ce n'est pas par l'exportation seule 
qu'il faut juger des progrès de la culture. Il 

16* 



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m 



i. 



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i' 



244 LIVRE IV, 

paroît qu'en général les nnpnleri.es augmentent 
très-lentement dans la Misteca. Dans l'inten- 
dance de Gnadalaxara, on récolte annuelle- 
ment à peine 800 arrohas de cochenille. 
Raynal ' évalue toute l'exportation de la 
Nouvelle-Espagne à 4ooo quintaux, évalua- 
tion qui est de moitié trop basse. Les Grandes 
Indes ont aussi commencé à verser de la 
cochenille dans le commerce, mais la quantité 
en est peu considérable. Le capitaine Nelson 
a enlevé l'insecte à Rio Janeiro , en 1 95. 
Des nopaleries ont été établies dans les c 1- 
virons de Calcutta, de Chittagong et de 
Madras. On y a trouvé beaucoup de difficulté 
pour se procurer l'espèce de Cactus propre 
à la nourriture de l'insecte- Nous ignorons 
si cette cdchcnille brasi'* *^ne, transportée 
en Asie , est l'espèce farineuse d'Oaxaca , ou 
la cochenille cotonneuse ygrana sibestve^. 

Je ne répéterai point ici ce que Thiery 
de Mfinonville et d'autres naturalistes après 
lui, ont publié sur la culture du nopal et 
sur l'éducation de l'insecte précieux qu'il 
nourrit. M. Thiery a mis autant de sagacité 



» T. II , p. 78. 



CHAWTRE X. a 45 

dans ses recherches , qu'il a déployé de cou- 
rage dans l'exécution de ses projets. Ses 
observations sur la cocher Jlle introduite à 
St.-Domingue ^ sont sans doute très-exactes; 
mais ignorant la langue du pays , et craignant 
d'exciter la méfiance en montranJ une cu- 
riosité trop active , il n'a pu recueillir , pen- 
dant son séjour dans l'intendance d'Oaxaca, 
que des notions assez imparfaites sur les 
nopaleries mexicaines. J'ai eu occasion d'ob- 
server la cochenille silvestre dans le royaume 
de \à Nouvelle 'Grenade , à Quito , au Pérou 
et au Mexique : je n'ai pas été assez heureux 
pour voir la cochenille fine ; mais ayant con- 
sulté des personnes qui ont vécu long-temps 
dans les montagnes de la Misteca, et ayant 
eu à ma disposition des extraits de plusieurs 
mémoires manuscrits que le comte de Tepa 
avoit fait dresser pendant son séjour à 
Mexico , par des alcades et des ecclésiastiques 
de l'évéché d'Oaxaca, je me flatte de pouvoir 
donner quelques renseignemens utiles sur un 
insecte qui est devenu un objet de la plus 
haute importance pour les manufactures de 
l'Europe. 

La cochenille yî^^//^e^^5e, fine ou mistèque 



nu 



f 



r, 



246 LIVRE IV,' 

{granafina)y est-elle spécifiquement diflerente 
de la cochenille cotonneuse ou silvestre 
(^grana silvestre), ou celte dernière est-elle 
la souche primitive de la première, qui, par 
conséquent, ne seroit que le produit d'une 
dégénération due à l'éducation et aux soins 
de l'homme ? Ce problème est aussi difficile 
à résoudre que la question si la brebis do- 
mestique descend du moufflon , le chien du 
loup , et le bœuf de V Aurochs, Tout ce qui 
tient à l'origine des espèces , à l'hjpolhèse 
d'une variété devenue constante, ou d'un type 
qui se perpétue , appartient à des problèmes 
de zoonomie, sur lesquels il est sage de ne 
pas prononcer affirmativement. 

La cochenille fine diffère de la silvestre , 
non-seulement par la grandeur , mais aussi en 
ce qu'elle est farineuse et couverte d'une 
poudre blanche; tandis que la silvestre est 
enveloppée d'un coton épais, qui empêche 
de distinguer ses anneaux rlesmétamorphoses 
des deux insectes sont d'ailleurs les mêmes. 
Dans les parties de l'Amérique méridionale 
où l'on s'occupe, depuis des siècles, à élever 
la cochenille silvestre, on n'est pas parvenu 
à lui faire perdre son duvet. A St.-Domingue, 



CHAPITRE X. 2\'] 

il est vrai , on a cru observer fions les nopa- 
leries étiiblies par M. Thierj, que rinsccte 
soigné par rinduslrie dclhonuiie aut,nnentoit 
de volume, el qu'il éprouvoit un changement 
sensible dans l'épaisseur de son enveloppe 
cotonneuse : mais un savant enlumologisle , 
M. Latreille , qui incline à regarder la coclie- 
nille siheslre connue une espèce diflerente 
delà cochenille fine, croit que celle dimi- 
nution du duvet n'a élé qu'apparente , et 
qu'il faut l'altribuer à répaississcMuenl du 
corps de l'insecte. Les anneaux du dos de la 
femelle étant plus dilatés , les poils qui re- 
couvrent celte partie doivent paroître moins 
rapprochés, et par cela même plus clairs. 
Quelques personnes qui ont séjourné long- 
temps dans les en\ irons delà ville d'Oaxaca, 
m'ont assuré que Ton observe quelquefois 
parmi les petits coccus qui viennent de naître, 
des individus couverts de poils assez longs. 
On pourroit être tenté de regarder ce fait 
comme une preuve que la nature , lorsqu'elle 
a dévié du type primilil, y revient de temps 
en temps : c'est ainsi que la graine du Fragaria 
monophylla de M. Duchéne , produit cons- 
tamment quelques fraisiers communs à feuilles 



I 



348 LIVRE IV,' 

divisées. Mais il ne faut pas oublier que la 
cochenille fine, en sortant du corps de sa 
mère, a le dos ridé et couvert de douze soies 
qui sont souvent très-longues , mais qui dis- 
paroissent dans l'insecte adulte. Des personnes 
qui n'onlpas comparé attentivementla semaille 
delà cochenille fine avec celle delà cochenille 
silvestre^ sont naturellement frappées de la 
présence de ces poils. La cochenille fine paroît 
poudreuse dix jours après sa naissance, dès 
qu'elle s*est débarrassée de sa robe frangée de 
petites soies : la cochenille silvestre , au con- 
traire , se couvre de plus de poils à mesure 
qu'elle avance en a^-e; son duvet s'épaissit, 
et l'insecte ressemble à un petit flocon blanc, 
à l'époque qui précède l'accouplement des 
deux sexes. 

Oii observe quelquefois , dans les nopaleries 
d'Oaxaca , que le mâle ailé de la cochenille 
fine s'accouple avec la femelle de la cochenille 
silvestre. Ce fuit a été cité comme une preuve 
évidente de l'identité de l'espèce ; mais nous 
voyons s'accoupler conmiunément en Europe 
des coccinelles qui diffèrent essentiellement 
par leur forme , par leur taiUe et par leur 
couleur. Lorsque deux espèces d'insectes sont 



CHAPITRE X. ^49 

voisines , cet accouplement ne doit pas nous 
étonner. 

La cochenille fine et la plante sur laquelle 
on l'élève, se trouvent-t-elles toutes deux à 
l'état sauvage au Mexique ? M. Thiery a cru 
pouvoir répondre négativement à cette ques' 
tion. Ce naturaliste paroît admettre que l'in- 
secte et le nopal des plantations d'Oaxaca ont 
été insensiblement modifiés dans leur forme , 
par l'effet d'une longue culture. Cette suppo- 
sition me paroît cependant aussi gratuite que 
celle d'après laquelle on regarderoit le blé , 
le maïs et le bananier comme des plantes dé- 
générées , ou , pour citer un exemple tiré du 
règne animal, Icllama, que l'on ne connoît 
pas à l'état sauvage , comme une variété de la 
vigogne des Hautes-Andes. Le coccus cacti a 
une infinité d'ennemis parmi les insectes et les 
oiseaux. Partout où la cochenille cotonneuse 
se propage d'elle-même, on ne la trouve que 
peu abondamment : or, il est facile de conce- 
voir que la cochenille farineuse a dû être plus 
rare encore dans son pays natal , parce qu'elle 
est plus délicate , et que, n'étant pas couverte 
de duvet, elle est plus sensible au froid et à 
l'humidité de l'air. En agitant la question si la 



t 



■ I 






2! O LIVRE IV 5 

cochenille fine peut se propager snns le soin 
de l'homme , ^e snhdélégué de la province 
v'Ouxaca , Rwz de JMonloya', cile dans son 
mémoire, le fait très-remarquable « qu'à sept 
« lieues de distance du village de Nexapa , il 
« existe un endroit dans lequel, favorisée par 
« des circonstances particulières, la plus belle 
ce firûîia Juia se recueille sur des nopals sau- 
ce vages très-liauls et très-épineux, sans que 
« l'on se soit jamais donné la peine de nettoyer 
ce les phuites, ou de renouveler la seuiaille de 
« la cochenille. » En outre, il ne faudroitpas 
s'étonner que, même dans un pays oii cet 
inscte seroit indigène , il cessât presque en- 
tièrement de se trouver à l'état sauvage , dès 
que les habitans commcnceroient à le recher- 
cher et à l'élever dans des nopaleries. Il est 
probable que les Toltèques , avant d'entre- 
prendre une culture aussi pénible, auront 
recueilli la cochenille fine sur les nopals qui 
croissoient spontanément sur le flanc des 
montagnes d'Oaxaca. En récoltant les femelles 
avant qu'elles eussent pondu - l'espèce devoit 
se trouver bientôt détruite , et c'est pour 






* Gazeta de Utaratura de 3Icxico , 179^ , p. 228. 



CHAPITRE X. 



IJI 



obvier à celte flestructlon progressive, cl pour 
empêcher le mélange des cochenilles coton- 
neuses et farineuses sur le même cactus (les 
premières enlevant toute nourriture aux se- 
condes ) , que les naturels ont établi des 
nopaleries. 

Les plantes sur lesquelles se propagent les 
deux espèces de cochenilles, sont essentiel- 
lement diir^'rentes : ce fait, très-certain, est 
un de ceux qui indiquent une dilTérence pri- 
mitive et spécifique entre la ^vana Jina et la 
grana sihestrn. Est-il probable que la coche- 
nille farineuse , si elle étoit une simple variété 
de la cochenille cotonneuse, périroit sur les 
mêmes cactus qui servent de nourriture à celle- 
ci, et que les botanistes désignent sous les 
noms de Cactus opuntia, C. tuna et G. ficus 
indica? M. Thierj, dans l'ouvrage ' que nous 
avons eu occasion de citer souvent , assure 
qu'à Saint-Domingue , dans la plaine du Cul- 
de-sac, la cochenille cotonneuse ou sylvestre 
ne vient pas sur le Cactus tuna , mais sur 
leC.pereskia, qu il range parmi lesraquelles 
ariiculét'S, Je crains ([ue ce bolanèile n'ait 



P. 2j5-'jS'2. 



252 LIVRE IV,' 

confondu une variété d'opuntia avec le vrai 
pereskia , qui forme un arbre à feuilles larges 
et grasses , et sur lequel je n'ai jamais trouvé 
de cochenille. Je regarde aussi comme très- 
douteux que la plante que Linné a appelée 
Cactus coccinellijor, et que nous cultivons en 
Europe, soit le nopal sur lequel les Indiens 
d'Oaxaca élèvent la cocheirille farineuse. 
M. Decandolle ' , qui a répandu beaucoup de 
jour sur cette matière , paroît partager mon 
opinion ; car il cite comme synonyme de la 
raquette à cochenille le nopal silvcstrc de 
Thiery de Menonville , qui est entièrement 
différent de celui des plantations. En effets 
Linné avoit donné le nom de Cactus cocci- 
nellifer à la raquette avec laquelle plusieurs 
jardins botaniques de l'Europe avoient reçu 
la cochenille cotonneuse, espèce à fleur pour- 
prée ( Ficus indlca i^eriniculos proferens de 
Plukenet ), qui est sauvage à la Jamaïque , à 
l'île de Cuba , et presque partout dans les 
colonies espagnoles du continent. J'ai montré 
ce Cactus à des personnes très -éclairées, 



* Plantes grasses de MM, Redouté et Decandolle , 
livraison 24. 



CHAPITRE X. 



253 



qui avoient examiné 'avec soin les nopa- 
leries d'Oaxaca : elles m'ont constamment 
assuré que le nopal des plantations en diffère 
essentiellement , et que ce dernier , comme 
l'indique aussi M. Tliierj, ne se trouve pas à 
l'état sauvage. De plus , l'abbé Clavigero ' , 
qui a vécu pendant cinq ans dans la Misteca, 
dit expressément que le iruit du nopal , sur 
lequel on propage la cochenille fine , est petit , 
peu savoureux et blanc , tandis que le fruit 
du Cactus coccinellifer Linn. est rou^e. Le 
célèbre Ulloa avance dans ses ouvrages, que le 
vrai nopal est sans épines ; mais il paroi t avoir 
confondu cette plante avec une raquette que 
nous avons trouvée souvent dans les jardins 
(coniicos) des Indiens du Mexique et du 
Pérou , et que les créoles, à cause de sa taille 
gigantesque , de l'excellence de ses fruits , et 
de la beauté de ses articles , qui sont d'un 
vert bleuâtre , et dépourvus d'épines , dé- 
signent par le nom de Tuna de Castilla. Ce 
dernier nopal, le plus élégant de tous les 
opuntia , est en effet propre à nourrir la co- 
chenille farineuse, surtout lorsqu'elle vient de 

»T. I,p. ii5. 



254 LIVRE IV, 

naître ; on ne le trouve cependant que très- 
peu dans les nopaleries d'Oaxaca. Si , d'après 
l'opinion de quelques botanistes distingués , 
le Tuna ou Nopal de Castilla n'est qu'une 
variété du Cactus opuntia ordinaire, due à la 
culture, on doit être surpris que les raquettes 
cultivées depuis des siècles dans nos jardins 
botaniques , et celles des nopaleries de la 
Nouvelle - Espagne , n'aient pas également 
perdu les épines dont leurs articles sont armés. 
Les Indiens de l'intendance d'Oaxaca ne 
suivent pas tous, dans l'éducation delà coche- 
nille , la même méthode que M. Thiery de 
Menonville a vu pratiquer lors de son passage 
rapide par San Juan del Rè , San Antonio et 
Quicatlan. Ceux du district de Sola et de 
Zimatlan ' établissent leurs nopaleries sur la 
pente des montagnes , ou dans des ravins 
éloignés de deux ou trois lieues de leurs vil- 
lages. Ils plantent les nopals après avoir 
coupé et brûlé les arbres qui couvroient le 
terrain. S'ils continuent à nettoyer le sol deux 
Cois par an , les jeunes plantes sont en état de 



' InfoiTue de Don Francuco Ibahez de Corvera» 
( Manuscrit. ) 



CHAPITRE X. 2^)5 

nourrir la cochenille dès la troisième année. 
Pour cetcfTet, le propriétaire d'une nopalerie 
acliète , au mois d'avril on de mai , des 
liranclies on articles de Tuf? as de Castilla , 
charges de petites cochenilles ( scmilln ) , 
récemment nées. Ces articles , dépourvus de 
racines , et séparés des troncs , conservent 
leur sue pendant plusieurs mois : ils se vendent 
à peu près trois francs le cent, au marché 
d'Oaxaca. Les Indiens conservent la semaille 
de la cochenille pendant vinfi-t jonrs , dans des 
cavernes , ou dans l'intérieur de leurs ca- 
bannes : après cette époque ils exposent les 
jeunes coccus à l'air libre. On sus])end les 
articles sur lesquels l'insecte est fixé , sous 
un hangar couvert d'un toit de paille. L'ac- 
croissement de la cochenille est si rapide, 
qu'au mois d'août ou de septembre on trouve 
déjà des mères grosses avant que les petits 
soient éclos. On place ces cochenilles-mères 
dans des nids faits d'une espèce de Tillandsia , 
appelé Paxtle. C'est dans ces nids qu'on les 
porte à deux ou trois lieues du village, et 
qu'on les distribue dans les nopaleries , où 
les jeunes plantes reçoivent la semaille La 
ponte des cochenilles -mères dure treize à 



\\ 



2S6 LIVRE IV, 

quinze jours. Si le lieu dans lequel la planta- 
tion se trouve, n'est pas très-élevé , on peut 
compter sur la première récolte en moins de 
quatre mois. On observe que, dans un climat 
plus (bid que tempéré, la couleur de la coche- 
nille est également belle , mais que la récolte 
y est beaucoup plus tardive. Dans la plaine, 
les cochenilles-mères grossissent davantage, 
mais elles y trouvent aussi plus d'ennemis 
dans l'innombrable quantité d'insectes {xica- 
ritas jpcrrUos y ara dore s ^ agitjas ^ armad'illos , 
ciilcbrUas)y de lézards, de rats et d'oiseaux 
qui les dévorent. Il faut un soin infini pour 
nettoyer les articles des nopals : les femmes 
indiennes se servent pour cela d'une queue 
d'écureuil ou de cerf; elles sont accroupies 
des heures entières auprès d'un seul plant ; et, 
malgré le prix excessif de la cochenille, on 
pourroit douter que cette culture fût très- 
profitable dans des pays où Ton sauroit tirer 
parti du temps et du travail de l'homme, A 
Sola, où il tombe des pluies très-froides, et 
même souvent de la grêle au mois de janvier, 
les naturels conservent les jeunes cochenilles 
en couvrant les nopals avec des nattes de jonc : 
aussi le prix delà semaille de granajlnuy qui 



CHAPITRE X. 



257 



gcncralcmcnt ne coûte que 5 francs la livre , 
y monte souvent jusqu'à 18 et 20. 

Dans plusieurs districts de la province 
d'Oaxaca, on fait trois récolles de cochenille 
par an , dont la première (celle qui donne la 
scm(ff7/e) n est ])ds lucrative, parce que Li 
mèi e ne conserve que trts-peU de suc colo- 
rant , si elle périt naturellement après avoir 
mis bas. Cette première récolle fournit la 
grana depastle ou cochenille des nids j appe- 
lée ainsi, parce qu'on trouve les mères après 
la ponte, dans ces mêmes nids qui ont été 
suspendus aux nopals. Près delà ville d'Oaxa- 
ca, on sèincX'à coclienille au mois d'août ; dan^ 
le district de Chontale, cette opération ne se 
fait qu'au mois d'octobre ; sur les plateaux les 
plus froids, en novembre et en décembre. 

La cochenille cotonneuse ou silvestre qui 
s'introduit dans les nopaleries, et dont le 
mâle , d'après l'observation de M. Alzate , 
n'est guère plus petit que le mâle de la 
cochenille farineuse ou fine , fait beaucoup 
de tort aux no[)als : aussi les Indiens la tuent 
partout où ils la trouvent, quoique la couleur 
qu'elle donne soit très-solide et très-belle. Il 
paroît que non-seulement les fruits , mais 
IH. 17 



23 



8 



LIVRE IV 



■■w ,1 



I i''i 
t i 



aussi les arlicles verts de plusieurs espèces 
de Cactus pourroient servir pour teindre le 
coton en violet et en rouge , et cpie lu couleur 
delà cochenille n'estpas entièrement due à un 
procédé ai anlmallsation des sucs végétaux 
dans le corps de l'insecte. 

A Nexapa , on compte que dans de bonnes 
années une livre de remaille de coclicniile 
farineuse placée sur les nopals au mois d'oc- 
tobre, donne au mois de janvier une récolte 
de 12 livres de cochenilles-mères, en laissant 
sur la plante la semaille suffisante ; c'est-à-dire, 
en ne commençant la récolle que lorsque les 
mères ont fait la moitié de leurs petits. Cette 
nouvelle semaille produit jusqu'au mois de 
mai encore 56 livres. A Zimatlan , et dans 
d'autres villages de la Misteca et du Xicayan , 
on récolte à peine trois à quatre fois la quan- 
tité de cochenille semée. Si le \ent du sud, 
qui est très-pernicieux à l'accroissement de 
l'insecte , n'a pas soufflé long-temps, et que la 
cochenille ne soit pas mêlée de tlasole , c'est- 
à-dire , des dépouilles des maies ailés , elle 
ne perd que deux tiers de son poids , séchée 
au solei 

Les deux espèces de cochenilles ( la fine 



CHAPITRE X. aSc) 

et la silvestre ) paroissent contenir plus de 
principe colorant dans les climats tempérés, 
surtout dans les régions où la tenipérature 
moyenne de l'air est de 18 ou 20 degrés 
centigrades. La corlienille line peut résister à 
des froids très-considérables : elle se cultive 
encore dans la province d'Oaxaca , sur des 
plateaux où le tliernioniètre est presque cons* 
taniinent à 10 ou 12 de^'Tcs centiLirades. 
QuaTit à la cochenille silvestre, nous l'avons 
trouvée abondamment dans les climats les 
plus opposés, dans les montagnes de Rio- 
bamba , à 2900 mètres de hauteur absolue , 
et dans les plaines de la province de Jaen de 
Bracamoros , sous un ciel brûhuit , entre les 
villages de Tomependa et Ghamaja. 

Autour de la ville d'Oaxaca , et surtout 
près d'Ocotlan , il y a des plantations ( ha- 
ciendas) qui renferment 5o à 60,000 nopals 
plantés en lignes comme despites ou maguejs 
de pulque, La plus grande partie de la co- 
chenille qui entre dans le couimerce , est 
cependant fournie par de petites nopaleries 
qui appartiennent à des Indiens extrêmement 
pauvres. On ne laisse généralementpass' élever 
le nopal au-dessus de douze décimètres , afîo 

17* 



1 



/ 



aGo LIVRE IV, 

qu'on puisse le dépouiller plus facilement 
des insectes qui dévorent la jochenille. On 
préfère même les ^ ariélés de Cactus qui ont 
plus d'épines el de poils , parce que ces armes 
servent à protéger la coclienille contre les 
insectes volans , et l'on a soin de couper la 
fleuretle fruit pour empêcher queces derniers 
11 'j déposent leurs œufs. 

Les Indiens qui élèvent la cochenille , et 
que l'on désigne parle nom de nnpa'f'rns y 
ceux surtout qui vivent autour de la ville 
d'Oaxaca, suivent une pratique très-ancienne 
et très-extraordinaii celle de faire 7H)ra^er 
la cochenillii. Dans cette partie de la zone 
torride , il pleut dans les plaines et dans les 
vallées, depuis le mois de mai jusqu'au mois 
d'octobre; tandis que dans la chaîne de mon- 
tagnes voisines, appelée Sierra de Lstcpcje y 
les pluies ne sont fréquentes que depuis déî- 
cemhre jusqu'en avril. Au lieu de conserver 
l'insecte pendant la saison des pluies, dans 
l'intérieur des cabanes , les Indiens placent 
les coclienilles-nières, couvertes de i'euilles 
de palmiers, couche par couche , dans des 
paniers faits avec des lianes très-flexibles. Ces 
paniers (canastos) sont portés à dos d'Indiens, 



« 



C:ilAPlTÎ\K X, 



26 



et le plus m'Ic possi])le, d;uis les niontujj^ncs 
(l'Islepojc, îui - dessus du >ill;igc de Satila 



(^atalj 



iVOi 



iataijua , a 9 lieues de dislauee <l uaxaca. 
Les eoclienilles - inèies ioiit leurs j)elils eu 
chemiu. Eu ouvraut les canasloSy on les trouve 
remplis de jeunes roccns y (pie l'on distribue 
sur les nopals de la S/crru : ils v séjouiMieut 
jusqu'au mois d'oelohre, où les pluies finissent 
dans les régions mt)ins élevées ; alors les 
Indiens retournent à la nion[a;^nc pour elier- 
clier la eoelienille et pour la replaeer dans 
les nopalerics d'Oaxaca. C'est ainsi que le 
Mexieain l'ait ^ova^•er des inseetes pour les 
soustraire aux efl'els pernieieux de l'humidité, 
comme l'Espagnol fait voja<^er les iiieruws 
pour é\itcr le froid. 

A l'époque des recolles, les Indiens tuent 
les eoclienilles - mères , recueillies dans na 
plat de bois appelé ch'iU alpell y en les jetant 
dans de l'eau bouillanle , ou en les amoncelant 
couche par couche au soleil, ou en les plaçant 
sur des nattes dans ces mêmes Tours de l'orme 



circulaire ( tcniazcni 



{t^ 



Ui ) q 



ni servent aux bains 



de vapeurs et d'air chand dont nous avons 

parlé plus liaut '. La dernière méthode, qui 

* Voyi'z ci-ùessiis, ï. 11 , p. 4jo. M. Al/ale , cj[iv> 



262 LIVRE IV, 

est la moins en iJSiif;c , conserve au corps cic 
Fiisecle celte poudre I)ldncliàtre dont il est 
couvert , et qui rehausse son prix à Vera- 
Cruz et à Cadix. Les acheteurs prélèrentla 
cochenille blanche, parce qu'elle est moins 
sujette à être mêlée frauduleusement avec 
des parcelles de gomme , de bois , de maïs ' 
et de terre rouge. Il existe au Mexique des 
lois très-anciennes (des aimces 1^92 et i^q/j), 
tendant à empêcher la Calsificalion de la co- 
chenille. Depuis l'année ijGo, on s'est même 
vu forcé d'établir à la ^ille d'Oaxaca un jury 
dei'ea(lorcsc[ui exauiinentles sacs (zurrones) 
avant qu'on les envoie hors de la province. 
On a ordonné que la cochenille mise en 
vente aille i^ntin séparé, afin que les Indiens 
ne puissent pas introduire des matières étran- 
gères dans ces masses agglutinées appelées 
bodoques. Cependant tous ces moyens n'ont 
pas suffi pour éviter la fraude. Celle qui se 
fait au Mexique , par les tùuigueros ou zan-^ 
ganos {fdisijicadores) , est cependant peu Con- 

a donné une bonne figure tîu Icmazcalli ( Gazeta de 
literatiira de Mexico y T. IH , p. 252. ) , assure que la 
chaleur ordinaire des vapeurs dans lesquelles se baigite 
rindien mexicain, est de G6" centigrades. 



i 'i; 



ClIAPIXnR X. 



,r>3 



sîclcrable en comparaison de celle à laquelle 
celle Hiarcliiinclise esl exposée clans les porls 
de la péninsule (;l dans le i esle de TEurope. 
Pour acliever le lahicau des productions 
animales de la Nouvelle- Espagne , nons devons 
encore jeler un conp-d'(cil rapide sur la pécbe 
des perles j el sur celle de la haleine. Il est 
probable que ces deux branches de pèches 
deviendronl un jour des objets d'une haule 
imporlance pour un pays qui embrasse imc 
élendue de côles de plus de 1700 lieues 
marines. Long-temps avanl la découverte de 
l'Amérique , les perles éloienl très-eslimées 
des naturels. Hernando de Solo en trouva 
une quantité immense dans la Floride , sur- 
tout dans les provinces d'Ichiaca et de Con- 
fachiqui , où les tombeaux des princes en 
étoient ornés '. Parmi les prt'sens que Mon- 
tezuma fit à Cortez avanl son entrée à Mexico, 
et que celui-ci envoya à l'empereur Charles- 
Quint , il y avoit des colliers garnis de rubis, 
d'émeraudes et de perles \ Nous ignorons si 

^ La Florida del Inca y Madrid, 17^3, p. 129, 
i35 el i4o. 

^ Cromara , Conquisla de Mexico ( Mcdiiia del 
Campo, i553) , fol. 25. 



■n^ ■ 



264 LTVRE IV 5 

les rois aztèques recevoient une partie de ces 
dernières par la voie du coirjmerce avec les 
peuples barbares et nomades qui (rcquentoient 
le golfe de Californie. Il est plus certain qu'ils 
faisoient pécher des perles sur les rotes qui 
s'étendent depuis Colinia .. limite septentrio- 
nale de leur empire^ jusqu'à la province de 
Xocoiïoclico ou Soconusco, surtout près de 
Tototepec , entre Acapulco et le golfe Je 
Tehuanlepec, et dans le Giullrtecapan. Les 
Incas da Pérou attachoient une grande valeur 
aux perles; mais les lois de Manco - Capac 
défendoient aux Péruviens le métier de plon- 
geur , comme peu utile à l'état , et dangereux 
pour ceux qui s'y livrent '. 

Les parages qui , depuis la découverte du 
nouveau continent, ont fourni le plus abon- 
damment des perles aux Espagnols , sont les 
suivans : le bras de mer entre les îk.î Cubagua 
et Coche, et la ente de Cumana; l'embou- 
chure du Rio de la Hacha ; le golfe de 
Panama , près de Jslas de las Perlas j et les 
côtes orientales de la Californie- En 1587, 
on emporta à Séville 5 16 kilogrammes de 



* GarcHanso , Llb. VllI, c. 23. 



CHAPITRE X. 



a63 



perles , parmi lesquelles il y en avoit cinq 
kilograimncs ' de la plus grande beauté, 
destinées pour le roi Pliilij)j)e n. Les pcehes 
de perles de Cubagua et de Rio de la Hacha 
ont été très - productives , mais de peu de 
durée. Depuis le commencement du dix- 
sepliëme siècle, surtout depuis les na\ igations 
d'Yturbi et de Pinadero , les perles de la 
Californie ont > ommencé à rivaliser dans le 
comnierce avec celles du liolfe de Panama. 
A cette époque on envoya les plongeurs hs 
plus haijiles sur les cotes de la mer de Corle/ : 
cepend;uit la péclîe lut bientôt négligée de 
nouveau ; el si du ter.îps de Fei^pédition de 
Galvez on a essayé de la relever, cette ten- 
tati\ e a été rendue inbuctucuse par les causes 
que nous avons exposées plus haut "' , en 
donnant la description de la Calilornie. Ce 
n'est qu'en 1 8o5(pi'un ecclésiastique espagnol, 
résidant à Mexico , a fixé de nouveau l'allen- 
tion du gouvernement sur les perles de la 
côte de Ceralvo , en Calirornie. Comme les 
plongeurs (/;z/;:i;A) perdent beaucoup de temps 



^jlcosta, L!b. IV, r. i5. 

• Vo^^cz ci-tiessus j Clir.p. Vlil, T. Il, p. 'i2(i. 



266 



LIVRE IV 



fî !' 



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î 



à venir respirer l'air à la surface de l'eau , et 
qu'ils se fatiguent inutilement en descendant 
à plusieurs reprises au fond de la mer , cet 
ecclésiastique a proposé d'employer à la pêche 
des perles une cloche de ph)ngeur qui doit 
servir comme un réservoir d'air atmosphé- 
rique, et sous laquelle le plongeur se réfugiera 
chaque fois qu'il aura besoin de l'cspircr. 
Muni d'un masque et d'un tujau flexible , 
il pourra se promener au fond de l'Océan , 
en inspirant l'oxigène fourni par la cloche à 
laquelle aboutit le tuvau. Pcndnit mon séjour 
dans la Nouvelle-Espagne , j'ai vu f;dre dans 
un petit étang , près du château de Ghopol- 
tepec , une série d'expériences t* js-curieuses, 
tendant à e?^éciilrr ce projet. G'étoit sans 
doute la première lois fpVujK) cloche de 
plongeur avoit été couîftruile à la hatUeur de 
2.^00 mètres , c'est-à-dire à une liauteur qui 
égale celle du pasaa^e du Simplon. J'ignore 
si les expériences faites dans la vallée de 
Mexico ont été répétées dans le golfe de 
Californie, et si la pèche des perles y a été 
reconmiencée après une interruption de plus 
de trente ans ; car jusqu'à ce moment prestpie 
toutes les perles que fournissent les colonies 



(,: 



CHAPITRE X. 267 

espagnoles à l'Europe , viennent du golfe de 
Panama. 

Parmi les coquilles pélagiques de la Non- 
velIe-Espagne , je dois encore nommer ici 
le Murex de la cole de Teluiantepec, dans la 
province d'Oaxaca, dont le manteau transsude 
une liqueur colorante de couleur pourpre^ 
et la fameuse coquille de Monteivj, qui res- 
semble aux plus beaux Haliotis de la Nouvelle- 
Zélande. Celte dernière se trou\ e sur les cotes 
delà Nouvelle-Californie, surtout entre les 
ports de Mon 1ère j et de San Francisco. Elle 
est employée, conmie nous l'avons observé 
plus haut, dans le commerce des fourrures 
avec les habitans de Noutka. Quant au gasté- 
ropode dcTeliuantepec, les femmes indiennes 
en recueillent la liqueur pourprée , en suivant 
le rivage et en frottant le manteau du Murex 
avec du coton dépouillé de sa graine. 

Les cotes occidentales du Mexique, surtout 
la partie du (^rand Océan située entre le 
golfe de Bajonna, les trois îles Maries et le 
cap Saint-Lucas, abondent en cachalots^ 
dont la pèche, à cause de Textréme cherté 
du blanc'de-baleine (adi[)0cire), est devenue , 
pour les Anglois et pour les habilans des Etals- 



ï!3 



I 



2 63 LIVRE IV , 

Unis, un des objels les plus importons de 
spéculalion mercantile. Les Espagnols mexi- 
cains.voient arm ersur lenis cotes despe'chenrs 
de cacJialots cjni sont obliges de iaire une 
navigation de plus de 5ooo lieues marines , et 
que l'on désigne assez improprement sous le 
nom de hallcneros ( wlialers ) ; mais ils ne sont 
point tentés deprendiepail à la chasse de ces 
grands mammifères cétacés. jM. Sclmeider , 
aussi bon physicien que savant helléniste , 
MM. de Lacépcde et Fleurieu ', ont donné des 
renseignemens très-exacts sur les pèches de 
la baleine et des cachalots (hms les deux hé- 
misphères. Je consignerai ici les notions plus 
récentes que j'ai pu recueillir pendant mon 
séjour sur les côtes de la mer du Sud. 

Sans la pêche des cachalots , sans le com- 
merce des fourrures de loutres marines de 
Noutka , le Grand Océan ne seroit presque 
pas fréquenté par les Anglo- Américains et 
les nations de l'Europe. Malgré l'économie 
extrême que l'on met dans les expéditions de 
pèche , celles qui se font au delà du cap de 
Horn sont trop coûteuses pour que la baleine 



* ï^oyage de Manhaml . ï, II , p. Goo, G4i. 



m 



CHAPITJIE X. 



de 
ne 



26g 

( hlack-whale) puisse en cire l'objel. Les fiiiis 
de ces navigations lointaines ne peuvent cire 
compenses que par le haut prix qne le besoin 
ou le luxe attachent aux niarchandises de 
retour. Or, de lou^: les liquides huileux qui 
entrent dans le commerce, il y en a peu qui 
soient plus chers que le blanc-de-baleine, ou 
la substance particulière renfcrfiiée dans \e> 
énormes cavités du nuiseau des cachalots. Lu 
sculindividu de ces cétacés gi<^'antesques donne 
jusqu'à 125 barils' anglois (à 02 -^ gallons 
chacun ) de spcrma ccti. Lu tonneau conte- 
nant huit de ces barils, ou 1024 pintes de 
Paris ^ s'est vendu à Londres, avant la paix 
d'Aïuicns, 700U80, el,pendanllaguerre, 95 
et 100 livres sterlings. 

Ce n'est pc s la troisième expédition de Gook, 
dirigée aux cotes noi'd-ouest du nouveaii con- 
tinent j c'est le voyage de James Colhiet aux 
îles Gailapagos, qui a faitconnoître aux Euro- 
péens et aux Anglo-Aniéricaifis l'abondance 
de cachalots qui existe dans le G rand Océan , 

* T.!il>aril a i/iS h»îcu4îtres, ou environ 178 l pintes 
de Paris. [ Reiherchs .sur la ric/ieoic des natuMii , 
par AJiifti Smith, iratUiciion de M. Garni ;r, T. V, 

p. tDl.) 



4 



m' 



l'X 



:| 



270 LIVRE IV 5 

au nord de l'équateur. Jusqu'en 1788 les 
pèelieurs de baleine ne fréquenloienl que les 
cotes du Chili et du Pérou. On ne comptoit 
alors que douze ou quinze vaisseaux qui pas- 
soientannuellenient le cap de Horn pour faire 
la pèche du cachalot; tandis qu'à l'époque où 
i'étois dans la mer du Sud , il y en avoit plus 
de soixante sous pavillon anglois. 

Le Physeter macrocephalus n'habite pas 
seulement les mers Arctiques entre les côtes 
du Grœnland et le détroit de Davis ; on ne le 
trouve pas seulement dans l'Océan Atlantique, 
entre le banc de Terre Neuve et les îles Açores , 
où les Anglo-Américains en l'ont quelquefois la 
pèche : ce cétacé se présente aussi au sud de 
l'équateur , sur les côtes du Brésil et de la 
Guinée. Il paroît que, dans ses voyages pério- 
diques, il se rapproche plus du continent de 
l'Afrique que de celui d'Amérique ; car dans 
les environs du Rio Janeiro et de la Bahia on 
ne jH'cnd que des baleines. Cependant la pêche 
du cachalot a beaucoup diminué sur les côtes 
de la Guinée , depuis que les navigateurs 
craignent moins de doubler le cap de Horn, 
et depuis qu'on est devenu plus attentif aux 
cétacés qui abondent dans le Grand Océan. 



CHAPITRE X. 2^1 

On trouve des physelères , et par bandes assez 
considérables , dans le canal de Mozambique, 
et au sud du cap de Bonne-Espérance ; mais 
l'animal y est génériilement petit, et la mer, 
constamment houleuse et a^ilée , n'y favorise 
pas la manœuvre des havf)onneuvs. 

Le Grand Océan réunit toutes les circon- 
stances qui peuvent rendre la pèche du cacha- 
lot liicile et lucrative : plus riche eu mol- 
lusques, en poissons , en marsouins, en tortues 
et en phoques de toute espèce, il offre plus 
de nourriture aux cétacés souffleurs que 
l'Océan Atlantique ; aussi ces derniers y sont- 
ils en plus grand noivbre , plus gras , et d'une 
taille plus considérable. Le calme qui règne 
pendant une grande partie de l'année dans la 
région équinoxiale de la mer du Sud , facilite 
singulièrement la poursuite des cachalots et 
des baleines. Les premiers s'éloignent peu des 
cotes du Chili, du Pérou et du Mexique, 
parce qu'elles sont taillées à pic ( acantiladus ) 
et baignées par des eaux d'une gi'ande pro- 
fondeur. C'est une règle générale que le 
cachalot fuit les bas-fonds , tandis que la ba- 
leine les cherche. C'est par cette raison que 
ce dernier c4tacé est très- fréquent sur les 



2^2 TIVi\i; IV, 

côle!> basses du 13 ((''mI; tandis que le premier 
abonde pics de celles de la Guinée, qui sont 
plus élevées cl pai tout accessibles pour les 
plus <>randsbàliuiens. Telle est, enoénéral, la 
constitution géolo^itpje des deux continens, 
que les cotes occidentales de l'Aniéiique et 
de l'AIVique se ressendjîent ; tandis que les 
cotes orientales et occidentales du nouveau 
continent ofTrent le contraste le plus remar- 
quable sous le rapport de leur élévation au- 
dessus dvi Tond de l'Océan voisin. 

La plupart des vaisseaux îuii;lois ou an^^lo- 
an)éricains qui entrent dans le Grand Océan , 
ont le douille but delà pèche du cachalot et du 
commerce illicite avec les colonies espagnoles. 
Ils doublent le cap de Ilorn , après avoir 
tenté de laisser des marchandises de contre- 
bande à l'embouchure de la rivière de la 
Plata, ou au préside des îles Malouines. Ils 
commencent àlairelapêche du cachalot près 
des petites îles désertes de Mocha et de Santa 
Maria , au sud de la Goneepcion du Chili. A 
Mocha, il y a des chevaux sauvag^es que les 
habitans de la cote voisine y ont introduits, 
et qui servent quelquefois de nourriture aux 
navigateurs. L'île de Santa Maria a des sources 



\ '"' 



CHAPITRE X. 2y3 

très-belles et très- abondantes : on y trouve 
des cochons devenus sauvages _, et une espèce 
de navets très-gros et très-nourrissans, que l'on 
croit propre à ces climats. Après avoir sé- 
journé dans ces parages pendant l'espace d'un 
mois , et après avoir fait le commerce de 
contrebande à 1 ile de Ghiloe , les bâtimens 
pêcheurs ( balleneros) ont coutume de longer 
les côtes du Chili et du Pérou jusqu'au cap 
Blanc, situé sous le? 4** 18' de latitude aus- 
trale. Le cachalot est partout très-commun 
dans ces parages , jusqu'à quinze ou vingt 
lieues de distance du continent. Avant l'expé- 
dition du capitaine GoUnet , la pêche finissoit 
au cap Blanc ou près de l'équateur; mais, 
depuis quinze à vingt ans , les balleneros la 
continuent au nord , jusqu'au delà du Gabo 
Gorientes , sur les côtes mexicaines de l'inten- 
dance de Guadalaxara. G'est autour de l'ar- 
chipel des Galapagos, sur lesquels il est très- 
dangereux d'atterrir , à cause de la force des 
couraps, et autour des îles de las très Marias, 
que les cétacés sont le plus fréquens et d'une 
taille gigantesque. Au printemps, les envi- 
rons des Galapagos sont le rendez-vous de 
tous les cachalots macrocéphales des côtes du 
m. tS 



K|l'- iN 



I! HJ 



274 LIVRE ÏV, 

Mexique, de celles du Pérou et du golfe de 
Panama , qui viennent s'y accoupler : à cette 
époque, M. GoUnet y a vu de jeunes indi- 
vidus de deux mètres de longueur. Plus au 
nord des îles Marias y dans le golfe de Cali- 
fornie, on ne trouve plus dephysetères, mais 
seulement des baleines. 

Les pêcheurs baleiniers distinguent facile- 
ment de loin les cachalols des baleines ; par 
la manière dont les premiers fonl jaillir l'eau 
par leurs évents. Les cacliulots peuvent rester 
plus lono^- temps sous l'eau que la baleine 
franche : lorsqu'ils viennent à la surface, leur 
respiration est plus souvent interrompue; ils 
laissent moins séjourner l'eau dans les poches 
membraneuses placées au-dessus des narines ; 
les jets sont plus fréquens , plus dirigés en 
avant, et plus élevés que dans les autres souf- 
Jleurs. La femelle du cachalot est quaue à 
cinq fois plus petite que le maie ; sa tête ne 
fournit que 25 barils anglois à' a clip oc ire y 
quand la tète du maie en donne de 100 à 1 26. 
Ln grand nombre de femelles ( cow-whales) 
voyagent généralement ensemble , conduites 
par deux ou trois mâles ( bull-whales ) , qui 
décrivent perpétuellement des cercles autour 



CHAPITRE X. 2^5 

de leur troupeau. Les femelles très-jeunes , qui 
ne donnent que 1 2 à i C l>iirils de matière adipo- 
cireuse , et que les pécheurs an^lois appellent 
écolières ( school-whales ) , nagent si près les 
unes des autres, qu'elles sortent souvent à 
mi-corps de l'eau. Il est presque superflu 
d'observer ici que l'adlpocire, qui ne Tait pas 
partie du cerveau de l'animal , se trouve non- 
seulement dans toutes les espèces connues des 
cachalots ( Catado?ites Lac. ) , mais aussi dans 
touslesphysaleset les physetères. Le hlanc-de- 
baleine tiré des cavités du museau du cachalot, 
cavités qu'il ne faut pas confondre avec celle 
du crâne, n'est que le tiers de l'huile épaisse 
et adipocireuse que fournit le reste du corps. 
Le sperma cell de la tête est de première 
qualité ; on l'emploie à la fabrication des 
chandelles : celui du corps et de la queue ne 
sert, en Aiiglelerre, qu'à donner du lustre 
aux draps. 

Cette pêche , pour être profitable, doit se 
faire avec la plus grande économie : on y em- 
plo^ie des bàtimens de 1 80 a 3oo tonneaux ; 
l'équipage ne consiste qu'en 16 ou 24 indi- 
vidus, y compris le capitaine et le maître , qui 
iujt-iuêmes sont forcés de jeter le harpon 

i8* 



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Sciences 
Corporation 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N. Y. 14SS0 

(716) 873-4503 






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276 LIVRE IV 5 

comme les simples matelots. On évalue, à 
Londres , les frais d'armement d'un bâtiment 
de 180 tonneaux, doublé en cuivre, et 
approvisionné pour une campagne de deux 
ans , à 7000 livres sterlings. Chaque bâtiment 
pêcheur de la mer du Sud a deux canots : 
Tarmement de chaque canot exige quatre ma- 
telots , un mousse, un timonier, un cable 
de 100 brasses de long, trois lances, cinq 
harpons, une hache et une lanterne pour se 
faire voir de loin pendant la nuit. L'armateur 
ne donne aux matelots que la nourriture , et 
une somme très -modique d'argent à litre 
d'avance : leur paye dépend du produit de 
la pêche; car, connue tout l'équipage y prend 
part, chaque individu a droit au profit. Le 
capitaine reçoit -,'g, le maître d'équipage^, 
le second maître 3^, le contre-maître ^j^, le 
matelot g^ de tout le produit. On regarde la 
pêche comme bonne , si un bâtiment de 
200 tonneaux retourne dans le port , chargé 
de 800 ùarils de blanc-de-baleine. Le cachalot, 
persécuté sans cesse , commence , depuis 
quelques années, à devenir plus farouche et 
plus dii'fîcile à prendre. Mais pour favoriser 
lu navigation dans la mer du Sud , le gouver- 



iii?' 



CHAPITRE X. 277 

nement britannique accorde des avances à 
chaque balimenl qui sort pour la péclie du 
cachalot : ces avances sont de 5oo à 800 livres 
sterlings, selon le tonnelage du bâtiment. Les 
Anglo -Américains font celte pèche avec plus 
d'économie encore que les Anglois. 

Les anciennes lois espagnolesdéfendent aux 
vaisseaux baleiniers, comme aux autres bati- 
mens étrangers, d'entrer dans les poris de 
rAmérique , si ce n'est dans les cas de détresse 
ou de manque d'eau et de vivres. Les îlesGala- 
pagos, sur lesquelles les pécheurs débarquent 
quelquefois leurs malades, ont des sources, 
mais ces sources sont très-pauvres et très-in- 
constantes. L'île des Cocos (lat. 5" 35' bor. ) 
est très-riche en eau : mais en cinglant des 
Galapagos au nord , cette petite île isolée est 
difficile à trouver, à cause de la force et de 
l'irrégularité des courans. Les baleiniers ont 
des motifs puissans pour préférer de faire l'eau 
à la côte : ils cherchent des prétextes pour 
entrer dans les ports de Goquimbo, Pisco, 
ïumbez^ Payta , Guayaquil , Realejo, Sonzo- 
nate et San Blas. Quelques jours , souvent 
même quelques heures , suffisent à l'équipage 
des bâlimens pêcheurs , pour former des 



m 

I'* 



i •' 



378 LIVRE IV,' 

liaisons avecleshabltans, pour leur vendre des 
marchandises a ngloises, et pour y prendre des 
chargemens de cuivre, de vigogne, de quin- 
quina , de sucre et de cacao. Ce commerce de 
contrebande se Lit parmi des personnes qui 
ne parlent pas la même langue , souvent par 
signes , et avec une bonne-loi très-rare parmi 
les peuples policés de l'Europe. 

Il seroil superflu d'énumérer les avantages 
qu'auroient les habitans des colonies espa- 
gnoles sur les Anglois et sur les Américains 
des Etals-Unis , s'ils vouloient prendre part à 
la pèche du cachalot. De Guayaquil et de 
Panama, on se rend en dix ou douze jours dans 
les parages où ce célacc abonde. La naviga- 
tion de San Blas aux îles IMarias est à peine 
de trente-six heures. Les Espagnols Mexicains, 
en s'adonnant à la pêche , auroient à faire 
4ooo lieues de moins que les Anglo-Améri- 
cains ; ils auroien t les vivres à meilleur marché ; 
ils trouveroient partout des ports dans les- 
quels ils seroient reçus en amis , et qui leur 
fourniroient de nouvelles provisions. Le blanc- 
de-baleine, il est vrai, est encore peu recher- 
ché sur le continent de l'Amérique espagnole. 
Le clergé s'obstine à confondre Tadipocire 



CHAPITRE X. 



le suif, et les 



^79 

ont 



nvec le suit, et les eveques américains 
déclaré que les cierges qui brûlent sur les 
autels , ne peuvent être que de cire d'abeilles : 
cependant à Lima on a commencé à tromper 
la vigilance des évêques, en mêlant le blanc- 
de-baleines à Ja cire. Des négocians qui ont 
acheté des prises angioises, en ont eu de 
grandes quantités ^ et l'adipocire employée 
aux l'êtes d'église est devenue une nouvelle 
branche de commerce très-lucrative. 

Ce n'est pas le manque de bras qui pour- 
roit empêcher les habitans du Mexique de se 
livrer à la pêche du cachalot; il ne faudroit 
que deux cents hommes pour armer dix bâ- 
timens pêcheurs, et pour recueillir annuelle- 
ment près de mille tonneaux de blanc -de- 
baleine : cette substance pourroit devenir, 
avec le temps , un article d'exportation 
presque aussi important que le cacao de 
Guayaquil et le cuivre de Goquimbo. Dans 
l'état actuel des colonies espagnoles , la pa- 
resse des habitans s'oppose à Téxécution de 
ces projets : comment trouver des matelots 
qui consentent à embrasser un métier aussi 
rude , une vie aussi misérable que celle d( " 
pêcheurs de cachalot ? comment les trouver 



aSo LIVRE IV, 

dans un pays où , d'après les idées du bas- 
peuple , il ne faut que des bananes , de la 
viande salée, un hamac et une guitare pour 
être heureux ? L'espoir du gain est un stimu- 
lant trop l'oible spus une zone où la nature 
bienfuisante offre à l'homme mille moyens de 
se procurer une exislence aisée et paisible , 
sans quitter son pays , et sans lutter contre 
les monstres de l'Océan. 

Depuis long-temps le gouvernement espa- 
gnol a vu d'un mauvais œil la pêche du 
cachalot , qui attire les Anglois et les Anglo- 
Américains ' sur les cotes du Pérou et du 
Mexique. Avant que celte pêche fiit établie, 
les habitans des cotes occidentales de l'Amé- 
rique n'a voient vu flotter dans ces mers 
d'autre pavillon que le pavillon espagnol. 
Des raisons politiques auroient pu engager 



'i I' 



* D'après des renseignemens officiels que je dois à 
M. Gallalin, niinislre des finances à Washington, il 
y a eu dans la mer du Sud , en 1800, 1801 et 1802 , 
annuellement dix-huit à vingt bâliraens baleiniers (de 
2800 à 3200 tonneaux ) des Etats-Unis. Un tiers de 
ces bâtimens sortent du port de Nantucket. En i8o5 , 
Timportation du blanc-de-baleine, dans ce port^ étoit 
de 11 46 barils. 



'M 



■!i'i, 



CHAPITRE X. 



281 



la métropole n ne rien éparfj^ner pour encou- 
rager les pèches nationales, moins peul-elre 
clans le but d'un profit direct , que pour 
exclure la conçu irencc des étran<»ers , et 
Tjour empêcher leurs liiiisons avec les natu- 
rels. Des p]*i> ilcges accordes à une compagnie 
qui résidoit en Europe, et qui n'a jamais 
existé que de nom , ne pouvoicnl pas donner 
la première impulsion aux xMexicains et aux 
Péruviens. Les arméniens pour la pèche 
doivent se faire en Amérique mcme , à Guaya- 
quil, à Panama ou à San Blas. Il exisle cons- 
tamment sur ces cotes un certain nombre de 
matelots anglois, qui ont abandonné les bati- 
mens baleiniers, soit par mécontentement, 
soit pour chercher foilune dans les colonies 
espagnoles. Les premières expéditions pour- 
roient se faire en mêlant ces matelots, qui 
ont une longue expérience de la pcche du 
cachalot, aux ziunbos de rAmérique , qui 
osent attaquer corps à corps les crocodiles. 

Nous venons d'examiner dans ce chapitre 
la \éritable richesse nationale du Mexique ; 
car les produits de la terre sont en effet la 
seule base d'une opulence durable. Il est 
consolant de voir que le travail de rhomme. 



aS: 



LIVRE IV 



depuis un demi-siècle, a été plus dirigé vers 
cette source féconde et inépuisable, que vers 
Texploitalion des mines , dont les richesses 
n'influent pas directement sur lu prospérité 
publique , et ne changent que la valeur f?onii' 
nale du produit annuel de la terre. L'impôt 
territoiiai que le clergé perçoit sous le nom 
de dîme, mesure la quantité de ce produit; 
il indique avec précision les progrès de l'in- 
dustrie agricole , si toutefois l'on compare des 
époques dans l'intervalle desquelles le prix 
des denrées n'a pas sensiblement changé. 
Voici le tableau de la valeur de ces dîmes \ en 
prenant pour exemple deux séries d'années, 
de 1771 à 1780, et de 1780 à 17S9. 



* J'ai tiré ce tableau (l'un mémoire manuscrit de 
JA, Maniao , fait sur des pièces oflictellcs, et portant 
le titre d*Estado de la Renta de Real HaMenda de 
Nue\>a Espana en un ano commun del qiiinquenio 
de 1784 hasta 1789. Les nombres que contient ce 
tableau diffèrent un peu de ceux qui ont été publiés 
par M. Pinkerton (Vol. III, p. 234), d'après l'ouvrage 
d'£$taUa , que je u'ai pu me procurer jusqu ici. 



CHAPITRE X. 



i83 



NOMS 

des 
mocÈsi. s. 


ÉPOQUES. 


V A 1, t U 11 
de» 

D i M £ S 
"Il |»iastifi"î. 


KPOQUIiS. 


V A L K U H 

de» 

I>i»I ES 

en piasiies. 


\Ie\ico 


.771—1780 

1770—1779 

1770-1779 
1771 — 1780 
1771-1780 
1770—1779 


4,i32,63o 
2,965,601 

2,710,200 
715,974 

i,88.).724 
9i3,o2H 


1781 — 1790 

1780—1789 

1780—1789 
1781 — 1790 
1781 — 1790 
1780 — 1789 


7,082,879 

3,5o8,884 

3,759,400 

803,237 

2,579,108 

1, 080,3 1 5 


Puebla de lus An- 
2eles 


Valhululid de IMe- 
choacan 


Oaxnca 


Guadalaxara 

Duran^o 





Il résulte de ce tableau , que les dîmes de la 
Nouvelle- Espagne se sont élevées dans ces 
six diocèses , 



de 1771 à 1779? à 15,357,157 
1779 1789? 18,355,821 



piadres forte*. 



Par conséquent, Taugmentation totale a 
été, dans les derniers dix ans, de cinq mil- 
lions de piastres, ou de deux cinquièmes du 
produit total. Ces mêmes données indiquent 
aussi combien les progrès de l'agriculture 
sont plus rapides dans les intendances de 
Mexico, de Guadulaxara, de Puebla et de 



II. 



ZtU 



lAXWV. IV, 



Vnll.ulolîd, cjiio <l;ins l;i province «rO.'ixaca 
cl <l;ms la iNoincllc-lîisciix'. Les dîmes ont 
pres(|ne <lonl)l(' <l;in,sriii(lie>r( Ik' de Meviro; 
car celles (|ui ont viv. perçues pend. ml, les dix 
années anlétienresà i 7S0, onleleà celles <|u'oii 
a perçues dix ans après, dans la jïroporlion de 
10 à 17. Dans TinUMidance de Diirango ou 
de la JN'ouvelKî-IJisca^e, celle auj^nicnlalioii 
n'a été qu'en raison de 10 à 11. 

Le célèhrc auteur des licclicrrlirs sur la 
richesse des ludions * , a évalué le produit 
territorial de la Gran<lc - iîrelagncî d'après 
le produitde la laxe l'oncière. Dans le Tableau 
politifpie de la Nouvelle- lîlspagne , que j'ai 
présenté à la cour de Madrid en i8o5 , j'avois 
hasardé une évaluation send)lal)le d'après la 
valeur des dîujes payées au cler<^^é: il résultoit 
de ce travail, qu'au Mexique le produit an- 
nuel des terres est au moins de 2/1 millions de 
piastres. Les résultats auxquels je nie suis 
arrêté en rédigeant ce premier tableau , ont 
été discutés avec beaucoup de sagacilé , dans 
un mémoire que le corps municipal de la ville 



* Adam Smith j traduclittfi du M. Garnicr, T. IV, 
p. a'ib. 



CHAPITRE X. 



2nty 



de Viill-'ulolid (U; INIcclioiu .m ;i piVsciifô au 



roi, an mois clVutobie iSoj , à I 



une ordiMiiiiiiioe reiidiK! sur 



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il l'jiil 



orr.isMui 
>ieiis <lu 
j'ai une 



ajoulei' à ees 



24 millions de plaslies 5 millions pour le 
produit de la eoelieiiille, de la vanille, du 
jalap, du piment de T.ihaseo et de la salse- 



areiiie 



11< 



lui ne 



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•vent pas < 



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îmes , et 



K)ur le suere et l'indi^^cj, cpji, au 



2 millions 

imes entières , ne rendent 



m eK^rii'c 



illi 
lieu de 

qu'un impôt de quatre pour cent. En adop- 
tant ces données, on trouve que le ftnuliiit 
total de l'agriculture s'élève aimnellement à 
29 millions de piastres , ou à plus de i/|;> mil- 
lions de rranes,qui, en les réduisant à une 
mesure naturelle , et en prenant pour hase le 
prix actuel du froment au Mexique, <pii est 
de i5 francs par loniyriaj^rammes' , écpiiva- 
lent à 96 millions de ni) ria^rainmes de froment. 
La masse des métaux précieux exploités an- 
nuellement dans le royaume de la INouvelle- 
Espagne , représente à peine 74 millions de 



' Voyez ci-dessus ; p. io4. 



T^ 



!|u 



286 LIVRE IV, 

mjriof^rammcs de Jronwnt ; ce qui prouve le 
fait iiilércssant que la valeur de l'or et de 
l'argent des mines du Mexique est presque 
d'un quart pins petile que la valeur du pro- 
duit territorial. 

La culture du sol, malgré les entraves qui 
la gênent de toutes parts , a fait dans ces 
derniers temps des progrès d'autant plus 
considérables, que d'immenses capitaux ont 
été placés en terres par les familles qui 
s'étoient enricljies, soit par le commerce de 
la Vera-Cruz et d'Acapulco, soit par l'exploi- 
tation des mines. Le clergé mexicain possède 
à peine des biens-fonds ( bicncs raices ) pour 
la valeur de deux à trois millions de piastres; 
mais les capitaux que les couvens, les cha- 
pitres , les confréries , les hospices et les hôpi- 
taux ont placés sur des terres , s'élèvent à la 
somme de 44 millions et demi de piastres, ou 
de'jjplus de 222 millions de livres tournois. 
Voici , d'après une pièce officielle ', le tableau 

* Representacion de los vecinos de Valladolid al 
Excellentisf>imo Senor Virrey en fecha del 24 oc- 
tubre del ano i8o5. (Manuscrit.) 



CHAPITRE X. 287 

de ces c.ipitaux , que l'on désigne sous le nom 
de Capitales de captllanias j obras de lajuriS' 
die c ion ordinaria : 

Archevêché de Mexico 9,000,000 

Evéchc de Puebla 6,5oo,ooo 

Evèché de ValladoHd (éva- 
luation très-exacte) 4,^00,000 

Evêché de Guadalaxara. . . . 5,ooo,ooo 

Evéchés de Durango , JMon- 

terey et Sonora 1,000,000 

Evéchés d'Oaxaca et de Me- 

rida 2,ooo>ooo 

Obraspias du cier<^é régulier . 2,5oo,ooo 

Fonds dotal des églises et des 
communautés de religieux 
et de religieuses iG,ooo,ooo 

44)^00,000 



Celte somme immense, qui se trouve entre 
les mains des propriétaires (haciendados) , 
et qui est hypothéquée sur des biens-fonds , a 
manqué d'être enlevée à l'agriculture mexi- 
caine en l'année i8o4. Le ministère d'Espagne 
ne sachant plus comment éviter une banque^ 
route nationale , amenée par la surabondance 



288 



LIVRE IV 



■if'l! 



du papier monnoie (vales)f tenta nne opé- 
rai* on très-hasardée. Un décret royal rendu 
le 2G décembre i8o4, ordonna non-seule- 
ment de vendre les biens-fonds du clero'é 
mexicain , mais aussi de réunir tous les capi- 
taux appartenant aux ecclésiastiques, pour les 
envoyer en Espagne, et pour les verser dans 
une caisse d'amortissement des billets royaux 
i^caxa de consolidacion de vales reaies). Le 
conseil des finances, qui est présidé par le 
vice-roi , et qui porte le titre de Junta supe^ 
rior de Real Hacienda y au lieu de réclamer 
contre ce décret , et de rej^résenter au sou- 
verain combien l'exécution en seroit préju- 
diciable à l'agriculture et au bien-être générai 
des liabitans, commença hardiment à faire 
des recouvremens. La résistance fut si forte 
de la part des propriétaires , que depuis le 
mois de mai i8o5 jusqu'au mois de juin 1806, 
la caisse d'amortissement ne perçut que la 
somme modique de 1,200,000 piastres. On 
peut espérer que des administrateurs éclairés 
sur les véritables intérêts de l'état, auront, 
depuis, fait cesser une opération dont les 
effets funestes se seroient fait sentir dans la 
suite. 



CHAPITRE X. 389 

En lisant l'excellent ouvrage sur les lois 
agralws y qui a été présenté au conseil de 
Gastilleen 1796 ', on reconnoît que, malgré 
la différence de climat , et d'autres circons- 
tances locales , l'agiiculture mexicaine est 
gênée par les mêmes causes politiques qui 
arrêtent les progrès de l'industrie dans la 
péninsule. Tous les vices du gouvernement 
féodal ont passé d'un hémisphère à l'autre ; 
et au Mexique , les abus ont été d'autant plus 
dangereux dans leurs effets , qu'il a été plus 
difficile à Tautorité suprême de remédier aa 
mal , et de déployer son énergie dans un 
ëloignemenl immense. Le sol de la Nouvelle- 
Espagne , comme celui de l'ancienne, se 
trouve en grande partie entre les mains de 
quelques familles puissantes qui ont absorbé 
peu à peu les propriétés particulières. En 
Amérique, comme en Europe, de grandes 
communes sont condamnées au pâturage des 
bestiaux et à une stérilité perpétuelle. Quant 
au clergé et à son influence sur la société, 
les circonstances ne sont pas les mêmes dans 

* M. de Laborde vient de donner la traduction de 
ce Mémoire de M. Jovellanoa, dans le qualriènie tome 
de son Itinéraire de$criptif de l'Espagne y p. 103-294* 
III. 19 



290 LIVRE IV, 

les deux continens : le clergé est beaucoup 
moins nombreux dans l'Amérique espagnole 
que dans la péninsule. Les religieux mission- 
naires y ont contribué à étendre les progrès 
de l'agriculture parmi des peuples barbares. 
L'introduction des majorais , l'abrutissement 
et la pauvreté extrême des Indiens y sont plus 
contraires aux progrès de l'industrie que la 
mainmorte des ecclésiastiques. 

L'ancienne législature de Caslille défend 
aux couvens de posséder en propre des 
biens-fonds ; et quoique cette loi si sage ait 
été souvent enfreinte, le clergé n'a pu ac- 
quérir des propriétés très-considérables dans 
un pays où la dévotion n'exerce pas sur les 
esprits le même empire qu'en Espagne , en 
Portugal et en Italie. Depuis la suppression 
de l'ordre des jésuites, peu de terres appar- 
tiennent au clergé mexicain : sa véritable 
richesse, comme nous venons de l'indiquer, 
consiste dans les dîmes et dans les capitaux 
placés sur les fermes des petits cultivateurs. 
Ces capitaux sont dirigés vers un emploi 
utile, et qui augmente la puissance productive 
du travail natiouiil. 
. On peut d'ailleurs être surpris de voir que 



VI 



CHAPITRE X. 



291 



le grand nombre de couvens fondés depuis 
Je seizième siècle dans toutes les parties de 
l'Amérique espagnole , aient été tous amon- 
celés dans l'intérieur des villes. Épars dans 
les campagnes, placés sur le dos des Cor- 
dillères, ils auroient pu avoir sur la culture 
cette influence bienfaisante dont les efTets se 
sont fait sentir dans le nord de l'Europe, 
sur les bords du Rhin et dans la chaîne des 
Alpes. Ceux qui ont étudié l'histoire , savent 
que du temps de Philippe 11 , les moines ne 
ressembloient plus à ceux du neuvième siècle. 
Le luxe des villes et le climat des Indes 
s'opposent à l'austérité de mœurs, à l'esprit 
d'ordi e qui caractérisoient les premières ins- 
titutions monastiques ; et lorsqu'on traverse les 
déserts monlueux du Mexique , on regrette 
de ne pas y trouver , comme en Europe et 
en Asie , ces asiles solitaires dans lesquels 
une hospitalité religieuse offre des secours 
aux voj^ageurs. 



19 



292 



LIVRE IV 



CHAPITRE XI. 



tiiiis ' 



v.im' 



Etat des mines de la Nouvelle- Espagne, — 
Produit en or et en argent. — Richesse 
moyenne des minerais. — Consommation 
annuelle de mercure dans le procédé de 
l'amalgamation. — Quantité de métaux 
précieux qui y depuis la conquête du 
Mexique j ont rejlué d'un continent dans 
l'autre. 



Après avoir examiné Tagriculture mexicaine 
comme la première source de la richesse 
nationale et de la prospérité des habitans, il 
nous reste à tracer le tableau des productions 
minérales qui , depuis deux siècles et demi , 
sont l'objet de l'exploitation des mrnes de la 
Nouvelle - Espagne. Ce tableau , infiniment 
brillant aux yeux de ceux qui ne calculent 
que d'après la valeur nominale des choses, 
l'est bien moins si l'on considère la valeur 






CHAPITRE XI. 293 

intrinsèque des métaux exploites , leur uti- 
lité relative et l'influence qu'ils exercent 
sur l'industrie manufacturière. Les mon- 
tagnes du nouveau continent, comme celles 
de l'ancien, contiennent du fer, du cuivre, 
du plomb , et un grand nombre d'autres 
substances minérales indispensables aux be- 
soins de l'agriculture et des arts. Si en Amé- 
rique le travail de l'homme a élé dirigé 
presque exclusivement vers l'extraction de 
l'or et de l'argent , c'est parce que les 
membres d'une société agissent d'après des 
considérations très-différentes de celles qui 
devroient faire agir la société entière. Partout 
où le sol peut produire à la fois de l'indigo 
et du mais , la première culture l'emporte 
sur la dernière , quoiqu'il soit de l'intérêt 
général de préférer les végétaux qui servent 
à la nourriture de l'homme , à ceux qui four- 
nissent des objets d'échange avec l'étranger. 
De même , sur le dos des Cordillères , des 
mines de fer ou de plomb, quelque riches 
qu'elles soient , restent abandonnées, parce 
que l'attention des colons se porte toute 
entière sur les filons d'or et d'argent , lors 
même qu'ils ne présentent dans leurs offlca- 



i 



294 LIVRE IV, 

remens que de foibles indices de richesse. 
Tel est l'appât de ces métaux précieux qui , 
par une convention g-énéiaie , sont devenus 
les signes représentatifs des subsistances et 
du travail. 

Le peuple mexicain est sans doute à même 
de se procurer, par le commerce extérieur , 
tontes les choses qui ne lui sont pas fournies 
par le pays qu'il habite : mais au milieu d'une 
grande richesse en or et en argent, le besoin 
se fait sentir chaque fois que l'échange avec 
la métropole ou avec d'autres parties de 
l'Europe et de l'Asie est interrompu ; chaque 
fois qu'une guerre entrave les connnunicalions 
maritimes. Vingt -cinq à trente millions de 
piastres se trouvent quelquefois accumulés à 
Mexico , tandis que les fabriques et l'exploi- 
tation des mines sont gênées par le manque 
d'acier , de fer et de mercure. Peu d'années 
avant mon arrivée à la Nouvelle-Espagne , 
le prix du fer étoit monté de 20 francs le 
quintal à 24o; celui de l'acier, de 80 francs 
à i3oo. Dans ces temps d'une stagnation totale 
du commerce extérieur, l'industrie mexicaine 
se réveille momentanément : c'est alors que 
l'on commence à fabriquer de l'acier, à em- 



CHAPITRE XI. 



595 



ployer les minerais de fer et de mercure que 
recèlent les montagnes de l'Amérique ; c'est 
alors que la nation, éclairée sur ses propres 
intérêts, sent que la véritable richesse consiste 
dans l'abondance des objets de consommation, 
dans celle des choses , et non dans Taccunm- 
lation d'un signe qui les représente. Pendant 
l'avant - dernière guerre entre l'Espagne et 
TAngleterre , on essaya l'exploitation des 
mines de fer de Tecalitan, près de Golima , 
dans l'intendance de Guadalaxara. Le Tri- 
bunal de minevia dépensa plus de 1 5o,ooo fr. 
pour extraire le mercure des filons de San 
Juan de la Cliica ; mais les eflets d'un zèle si 
louable ne furent que de courte durée : la 
paix d'Amiens mit fin à des entreprises qui 
sembloient donner aux travaux des mineui^ 
une direction plus utile pour la prospérité 
publique. A peine les communications mari- 
times furent-elles rétablies, que l'on préféra de 
nouveau d'acheter dans les marchés de l'Eu- 
rope , le fer , l'acier et le mercure. 

A mesure que la population augmentera 
au Mexique , et que ses habitans, moins dé- 
pendansde l'Europe, commenceront à fixer 
leur attention sur la grande variété de pro- 



i 



296 LIVRE IV, 

ductions utiles que renferme le sein de la 
terre , le sjslème de l'exploilatiun des mines 
changera de fiice ; uneadininistralion éclairée 
encouragera les travaux qui sont diriges vers 
Textraclion des substances minérales d'une 
valeur intrinsèque j les particuliers ne sacri- 
fieront pins leurs propres intérêts et ceux 
de la chose publique à des préjugés invétérés ; 
ils sentiront que l'exploilation d'une mine de 
houille, de Ter ou de plomb, peut devenir 
aussi profitable que l'exploitation d'un filon 
d'argent. Dans l'étal actuel du Mexique , les 
métaux précieux occupent presque seuls 
l'industrie des colons; et lorsque, dans la 
suite de ce chapitre, nous emploierons le 
mot de mine ( real ^ real de minas ) , il faut 
sous-en tendre , à moins que le contraire ne 
soit expressément énoncé, qu'il s'agit d'une 
mine d'or ou d'argent. 

M'étant occupé , dès ma première jeunesse, 
à étudier l'art de l'exploitation , et ayant 
dirigé moi-même , pendant plusieurs années , 
les travaux souterrains dans une partie de 
l'Allemagne qui contient une grande variété 
de minerais, j'ai dû être doublement inté- 
ressé à examiner avec soin l'état des mines 



CHAPITRE XI. 



•^97 



cl des usines de la Nouvelle - Espagne. J'ai 
eu occasion de visiter les célèbres mines de 
Tasco, de Pacliuca et de Guanaxuato : j'ai 
réside plus d'un mois dans ce dernier endroit, 
dont les filons excèdent en richesse tout ce 
qui a été découvert dans les autres parties du 
monde, et j'ai pu comparer les différenics 
espèces â! ouvrages d' exploitation du Mexique 
avec ceux que j'avois observés l'année pré- 
cédente dans les mines du Pérou; mais le grand 
nombre de matériaux que j'ai rassemblés sur 
ces objets, ne pouvant être utilement employés 
que réunis à la description géologique du 
pays , je dois en réserver le détail pour lu 
relation historique de mon voyage dans Tifî- 
lérieur du nouveau continent r^ainsi, sans 
entrer dans des discussions minutieuses et 
purement techniques , je vais me borner à 
examiner dans cet ouvrage , ce qui peut 
conduire à des résultats généraux. 

Quelle est la position géographique des 
mines qui fournissent l'énorme masse d'argent 
que le commerce de la Vera-Cruz lait refluer 
annuellement en Europe? Cette masse d'ar- 
gent est-elle le produit d'un grand nombre 
de petites exploitations éparses, ou peut-on la 



I 



!' '1 



29^ riVRE IV, 

considérer comme fournie presque en entier 
par trois on quatre filons métallilcrcs d'une 
richesse et d'une /7///.s.ç^///c<? extraordinaire? 
Quelle est la quantité de métaux précieux 
exploités annuellement au Mexique? Quel 
est le rapport de cette quantité avec le 
produit des mines de toute l'Amérique espa- 
gnole? A combien d'onces par quintal peut-on 
évaluer la richesse moyenne des minerais 
d'argent du Mexique ? Quelle est la propor- 
tion entre la quantité de minerais soumis à 
la fonte, et celle dont l'or et l'argent sont 
extraits par la voie de l'amalgamation? Quelle 
est rinfluence dn prix du mercure sur les 
progrès de l'exploitation , et quelle est la 
masse de mercure que l'on regarde comme 
perdue dans le procédé de l'amalgamation 
mexicaine? Peut-on connoîtr avec précision 
la quantité de méteaux précieux qui , depuis 
la conquête de Ténochtitlan , ont passé du 
royaume de la Nouvelle-Espagne en Europe 
et en Asie ? Est-il probable , d'après l'état 
actuel des travaux d'exploitation , et d'après 
la constitution géologique du pays , que le 
produit annuel des mines du Mexique puisse 
augmenter , ou doit - on admettre , avec 



niAPITRF M. 



^0!) 



plusieurs écrivains céli'hrcs , f|nc I ex[)or- 
tation de l'argent de l'Ajnéiiqne a déjà alU int 
son nia.riDiiiniF Voilà des (jiieslioiis n(''néiales 
dont la solution v;i nous oeru[)er dans ert 
ouvrage : elles sont lires aux prohli.ines les 
plus iujportans de réeononiie politique. 

Lon^-lrnjps a^ant l'arrixée des Espagnols, 
les indigènes du Mexique ,' comme ceux du 
Pérou , connoissoient l'usage de plusieurs 
métaux : ds ne se conlentoient pas de 
ceux qui , à l'état nalil , se trouvent à la 
surface du sol, surtout dans le lit des fleuves 
et dans des ravins creusés par les torrens; 
ils se livroient aussi à des travaux souterrains 
pour exploiter des fdons; ils savoient creuser 
des galeries , percer ^les puits de commu- 
nication et d'airage ; ilsavoientdesinstrumens 
propres à entailler la roche. Corlez nous 
apprend, dans la relation historique de son 
expédition , qu'au grand marché de Ténocli- 
tidan on vojoit vendre de l'or, de l'argent, 
du cuivre , du plomb et de l'étain. Les ha- 
bitans de la Tzapoteca et de IMixtecapan ', 
deux provinces qui font aujourd'hui partie 

* Surlout les habilans tles anciennes villt's <1e 
Iluaxyucac (Oaxaca), Cojolajian et Allacutchahuayan. 



: 4 



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1/ 



* .■ 



300 LIV1\E IV, 

de l'inlcndance d'Oaxaca, srj 'iroicnt l'or au 
moyen du lavage des terrains d .''mion. Ces 
peuples pa)'oient leurs iribnls de deux ma- 
nières , soit en réunissant dans dos sacs de 
cuir ou dans de petits paniers tissus de joncs 
très-minces les paillettes ou crains d'or natif, 
soit en fondant le métal en barres. Ces barres 
semblables à celles que l'on trouve encore 
aujourd'hui dans le commerce, sont figurées 
dansles anciennes peintures mexicaines. Déjà 
du temps de Montezuma, les naturels tra- 
vailloient les filons ar;^entifères de Tlachco 
( Tasco ) , dans la province de Coluiixeo , 
et ceux qui traversent les montagnes de 
Tzumpanco ^ 

Dans toutes les grandes villes d'Anahuac on 
fabriquoit des vases d'or et d'argent, quoique 
ce dernier métal fut beaucoup moins estimé 
des Américains que des peuples de l'ancien 
continent. Les Espagnols, lors de leur pre- 
mier séjour à Ténochtitlan , ne pouvoient 
assez admirer l'habileté des orfèvres mexi- 
cains, parmi lesquels on regardoit comme 
les plus célèbres ceux d'Azcapozalco et de 

» Clavîgero, I, 43 j II, 125, i65; IV, 2o4. 



CHAPITRE XI. 



3oi 



Clioluîa. Lorsque ]>it^nlczuiiia , st'tluil par une 
extrême crédulité , reconnut dans l'arrivée 
des Ijonniies blancs et barbus l'acconiplis- 
senient de la prophétie mystérieuse de 
Quctzalcoall .,' , et qu'il força la noblesse 
aztèque de prêter hommage au roi d'Espagne, 
la quantité de métaux précieux offerte à Gortez 
fut évaluée ù la valeur de 162,000 pesos de 
oro. « Outre la grande masse d'or et d'argent, » 
dit le conquistador , dans sa première lettre 
à l'empereur Charles-Quint % «» on me pré- 
c< senta des ouvrages d'orfèvrerie et de bi- 

* jouterie si précieux , que , ne voulant pas 
« les laisser fondre , j'en séparai pour plus 

* de cent mille ducats pour les offrir à votre 
« altesse impériale. Ces objets étoient de la 
« plus grande beauté , et je doute qu'aucun 
« autre prince de la terre en ait jamais pos- 
« sédé de semblables. Afin que votre altesse 
« ne puisse croire que j'avance des choses 



* Voyez mon ouvrage inlitulé : Vues des Cordillères 
des Andes f et Mouiunens des peuples indigènes </# 
l'Amérique , p. 3o. 

* Lorenzana , p. 99. Le butin en or que les Espa- 
gnols firent après la prise de Ténochtillan , ne fut 
évalue qu'à i3o,ooo castellanos de oro {Le, p. 3oi), 



m 



3o:î 



i.ivr.E IV, 



fabuleuses, j'ajoute que tout ce que pro- 
duisent la terre et l'Oocan, et dont le roi 
Monlezumu pouvoit avoir connoissance , 
il l'avoit faitimiler en or et en arijent, en 
pierres fines et en plumes d^^iseaux, et le 
!out dans une perCeclion si grande , que 
Ton croyoit voir les objets mêmes. Quoi- 
qu'il m'en ciil donné une grande partie 
pour votre altesse^ je fis exécuter par les 
naturels plusieurs autres ouvrages d'orfè- 
vrerie en or, d'après des dessins que je 
leur fournis, comme des images de saints, 
des crucifix , des médailles et des colliers. 
Comme le (juinly ou le droit sur l'argent 
pajé à votre altesse , fît plus de cent marcs , 
j'ordonnai ([ue les orfèvres indigènes les 
convertissent en jjlats de diveiscs grandeurs, 
en cuillères, en tasses et autres vases à boire. 
Tous ces ouvrages furent imités avec la 
plus grande exactitude. » En lisant ce pas- 
sage , on croit entendie le récit d'un ambas- 
sadeur européen envoyé à la Cliine ou au 
Japon. Il seroit cependant difficile d'accuser 
d'exagération le général espagnol, quand on 
considère que l'empereur Charles - Quint 
pouvoit juger par ses propres yeux de la 



CHAPITRE XI. 



3o3 



perfection ou de rimperfection des objets 
qui lui furent envojés. 

L'art de la fonte a voit aussi fait des progrès 
considérables parmi les Muyscas , dans le 
royaume de la Nouvelle-Grenade , parmi les 
Péruviens et les habitans de Quito. Dans ce 
dernier pavs , on a conservé , pendant plu- 
sieurs siècles, dans la trésorerie royale {en 
caxas reaies ) , des ouvrages précieux de 
l'ancienne orfèvrerie américaine. C'est depuis 
un petit nombre d'années seulement, que , 
par un système d'économie que Ton peut 
appeler barbare , on a fondu ces ouvrages, 
qui prouvoient que plusieurs peuples du 
nouveau continent étoient parvenus à un 
degré de civilisation bien supérieur à celui 
qu'on leur attribue généralement. 

Les peuples aztèques tiroient, avant la 
conquête , le plomb et Xétain des filons de 
ïlaciiCo (Tasco) , au nord de Chilpansingo 
et Izmiquilpan ; le cinabre , qui servoit de 
couleur aux peintres , leur étoit fourni par 
les mines de Chilapan. De tous les métaux , 
le cid\>re étoit celui qui étoit employé le plus 
communément dans les arts mécaniques ; il 
remplacoit jusqu'à un certain point le fer et 



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3o4 LIVRE IV, 

l'acier : les armes , les haches , les ciseaux , 
tous les oiilils ëloient faits avec le cuivre tiré 
des montagnes de Zacatollan et de Gohuixco. 
Partout sur le globe l'usage de ce dernier 
métal paroît avoir précédé celui du Cer, et 
l'abondance du cuivre à l'état natif, dans les 
parties les plus septentrionales de l'Amérique, 
peut avoir contribué à la prédilection extraor- 
ilinaire avec laquelle les peuples mexicains , 
issus de ces mêmes régions, l'ont constamment 
employé. La nature offroit aux Mexicains ' 
d'énormes masses de fer et de nickel : ces 
masses , qui se rencontrent éparses sur la 
surface du sol , sont fibreuses , malléables et 
d'une ténacité si grande , que l'on ne parvient 
qu'avec beaucoup de difficulté à en séparer 
quelques fragmens à l'aide de nos outils 
d'acier. Le vrai fer natif, celui auquel on ne 
peut pas attribuer une origine météorique ^ 
et qui est constamment mêlé de plomb et de 
cuivre , est infiniment rare dans toutes les 
parties du globe ; par conséquent , il ne faut 
pas s'étonnner qu'au commencement de la 
civilisation, les Américains , comme la plupart 

» Voyez ci-ilcssus , T. II , p. 384. 



CHAPITRE XI. 



3o3 



des autres peuples , aient Rxé leur attention 
plutôt sur le cuivre que sur le fer. Mais com- 
ment ces mêmes Américains, qui traitoient par 
le feu ' une grande variété de minerais , 
n'ont-ils pas été conduits à la découverte du 
fer par le mélange des substances combus- 
tibles avec les ocres rouges et jaunes ^, extrê- 
mement communs dans plusieurs parties du 
Mexique? Si, au contraire, comme j'incline 
à le croire , ce métal leur étoit connu , com- 
ment ne sont-ils pas parvenus à l'apprécier à 
sa juste valeur ? Ces considérations paroissent 
indiquer que la civilisation des peuples aztè- 
ques ne datoit pas de très-loin. Nous savons 

* D'après des traditions que j'ai recueillies près de 
Biobamba , parmi les Indiens du village de Lican , les 
anciens babitans de Quito fondoient des minéraux 
d'argent , en les stratifiant avec des charbons , et en 
souillant le feu avec de longs roseaux de bambou. 
Un grand nombre d'Indiens étoient placés en cercle 
autour du trou qui renfermoit le minerai; de sorte 
que les courans d'air sortoient de plusieurs roseaux 

à la fois. 

2 L'ocre iaune, appelée tecozahuhl , servoit pour 
la peinture , de même que le cinabre. L'ocre faisoit 
partie des objets qui composoient la liste des tributs 
de Matinal tepec. 

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3oG Liviir IV, 

que, d lis les temps liumériques, l'usa^^e du 
cuivre ]>réviiluil encore sur celui du Ter, 
quoique ce dernier lut connu depuis long- 
temps. 

Plusieuis savaus distingués , mais étrangers 
aux connoissances chimiques , ont prélendu 
que lis IMexicaiiis et \c6 Péruviens avoicnt 
un secret parliculier j)our donnerune trenq^e 
au cuivre , et pour le co/ivc^rlir vn ticicr. Il 
n'es! j)as douieiix que les liaches et d'autres 
outils mexicains ne russenl j)resque aussi 
tranchans (pjc des iiistruniens d'acier; mais 
c'est à l'clliage avec l'élain et non à la trempe, 
qu'ils dévoient leui' extrême dureté. Ce que 
les prenùers liisloriens de la conquête ap- 
pellent cni\>rc dur nu tranchant y ressembloit 
au >'aÂ;.'of des Grecs et à Xœs des Pioniains. 
Les scidpleurs mexicains et péruviens exé- 
cutoient de^rands ouvrages dans le îininstcia 
et le porphyre basaltique le plus dur. Les 
joailliers coupoient et percoient lescnieraiides 
et d'autres pierres fines , en se servant à lu 
fois d'un oulil de métal et d'une poudre 
siliceuse. J'ai rapporté de Lima un ciseau 
des anciens Péruviens, dans lequel IM. Vau- 
quelin a trouvé 0,94 de cuivre , et 0,06 d'étain. 



CîlAPÎTr.F \T. 



3o7 



Cet alliage avoit été si hioii forgé, que, par 
le rapprochement des molécules, sa pesanteur 
spécifique éloit devenue S,8i5; tandis que, 
d'après les expériences de M. Biiclie ', les 
chimistes n'obtiennent ce ma.rimtini de den- 
sité ({u'en alliant 16 parties d'étain à 100 par- 
ties de cuivre. Il paroit que les Grecs se 
servoient, pour durcir le cuivre, de Tétain 
et du Fer à la lois. Même une h;iche «j-auloise 
trouvée en France par M. Dupont de Nemours, 
et qui coupe le bois , comme une haclie 
d'acier , sans se casser ni se rebrousser , 
contient, d'après i'an:)lyse de M. Vauquelin, 
0,87 de cuivre , o,o5 de fer et 0,09 d'étain. 

Ce dernier nîétal étant un des moins ré- 
pandus sur le globe , on doit être surpris de 
trouver dans les deux continens l'usaîie de 
durcir le cuivre par l'addilion de l'étain. [Jn 
seul minerai , et qui n'a encore été trouvé 
qu'à Wheal-Rock , en Cornouaille , la mine 
d'étain sulfurée {zinnkics), contient du cuivre 
et de l'étain à la fois et à parties égales. Nous 
ignorons si les peuples mexicains exploitoient 
dos filons dans lesquels étoient réunis des 



P'1 
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* Journal des minus , an 5 , p. 88 1 . 



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3o8 



LIVRK IV 



iiiinerais de cuivre et (rétain oxldé , ou si ce 
dernier métal , que l'on rencontre dans les 
terrains d'alluvion de l'intendance de Gua- 
naxuato , sons la i'ornie globuleuse et fibreuse 
du holz-ziiiti y lut ajouté au cuivre pur dans 
une proportion constante. Quoi qu'il en soit , 
il est certain que le manque de ler se laisoit 
moins sentir chez les nations qui savoient 
allier d'autres métaux d'une manière aussi 
avantageuse. Les outils Iranclians des Mexi- 
cains étoient les uns de cuivre , les autres 
d'obsidienne (itztii). Cette dernière substance 
étoit même l'objet de grandes exploitations , 
dont on reconnoit encore les traces dans une 
innombrable quantité de puits creusés dans la 
monta ^iw des couteaux , près du village indien 
d'Atotonilco el Grande '. 

Outre des sacs de cacao, dont chacun con- 
tenoit trois xuiuipilli , ou 24ooo grains; 
outre les patolquachtli ^ ou petits ballots de 
toile de coton , quelques métaux étoient 
employés parmi les anciens Mexicains comme 
monnoie, c'est-à-dire, comme signes repré- 
sentatifs des choses. Dans le grand marché 



» Voyez ci-dessus , T. II, p. i58. 



ClIAPlTRi: \T. 



3 00 



de Tônoclilillan on aclicloil tontes sortes de 
denrées , en les échangeant contre de la 
poudre d'or contenue dans des tuyaux de 
plumes d'oiseaux aquatiques. On exigeoit que 
ces tuyaux fussent transparens , pour pouvoir 
reconnoître la grosseur dos grains d'or. Dans 
plusieurs provinces on se servoit, ]>our m^^n- 
noie courante, de pièces de cuivre auxquelles 
on avoit donné la forme d'un ï. Corlez rap- 
porte qu'ayant entrepiis de faire fondre des 
canons au Mexique , et ayant envoyé des 
émissaires pour découvrir des mines d'étain 
et de cuivre, il apprit que dans les environs 
dé Tachco ( Tlachco ou Tasco ) , les naturels 
se servoient , dans leurs échanges , de pièces 
d'étain ' fondues, qui étoient minces comme 
les plus petites mon noies d'Espagne. 

Telles sont les notions imparfaites que les 

* Cortez se plaint dans sa tlcrnlcre letlrc à Charles- 
Quint , qu'après la prise de la capilale on le laissa sans 
artillerie et sans armes, a Rien , dil-il, ne donne plus 
« d'essort au génie de l'homme [no hay cosa <jiie nias 
« los ingenio'i de Ion /lotubren ai->iva) que le senlinienfe 
« du danger. Me voyant dans le cas de perdre ce qui 
u nous avoit coûté tant de fatigues à acquérir, je 
« dçvois chercher les movcus de fabriquer des cano»« 






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IJVKE IV 



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premiers historiens nojs ont transmises sur 
l'usage que les naturels du IMexiqne l'aisoient 
de l'or , de l'argent , du cuivre , de l'élain , 
du plomb et des mines de mercure. J'ai cru 
devoir entrer dans ce détail, non-seulement 
pour répandre quelque jour sur l'ancienne 
culture de ces contrées, mais surtout pour 
faire voir que les colons européens , dans les 
premières années qui ont succédé à la des- 
truction de Ténochtitlan , n'ont fait que suivre 
les indications de mines qui leur étoient don- 
nées par les indigènes. 

Le lojaume de la Nouvelle-Espagne , dans 
son étal actuel , oflre près de cinq cents 
endroits {reaies j j'ealitos) célèbres par les 
exploitations qui se trouvent dans leurs alen- 
tours. Plus des deux tiers de ces endroits 
sont indiqués dans la carte générale du pays. 



« avec les nialériaux trouvés clans le pays même. » 
Je consignerai ici le passage remarquable clans lequel 
Coriez parle île l'ctaiu comme monnoie : « Topé entre 
« los nalurales de una provincia que se tlice Tachco 
« ciertas piecezuelas de esfano a manera de moneda 
(( muy tlelijada y procediendo en mi pescjuisa halle 
« que en la dicha provincia y aun en otras se tralaba 
u por nionn/(c. » [Lorenzcuia , p, 57g, ^. XVII.) 



CHAPITRE XI. 



3n 



placée à la tête de mon Allas rnrxicain. îl est 
probable que ces 5oo rcdlcs coin])rciinent 
piès de trois mille mines ( niinns ) , en dé- 
sii^nant par ce nom l'enscndjle des n/fvnif;rs 
souterrains qui servent à l'exploilalion d'un 
ou de plusieurs gïlcs métalliques , et qui 
communiquent les uns auM autres. Ces 'nines 
sont divisées en ^y districts ou arrondissemcns, 
auxquels sont préposés autant de conseils 
des mines, appelés Dipulucinncs de mincria. 
Nous réunirons dans un même tableau les 
noms de ces D/pu/acioncs j et celui des Rra/rs 
de minas qui se trouvent dans les douze 
intendances de la Nouvellc-Jlspagr.o. Les 
matériaux qui ont servi pour ce travail , sont 
tirés en partie d'un mémoire manuscrit que 
le directeur du conseil supérieur des mines, 
Don Fausto d'Elhuyar, a di cssé pour le vice- 
roi comte de Re^ illa^ii^edo. 



3l2 



LIVRE IV 



TABLEA.U GÉNLRAL 



DES MINES 



DE LA NOUVELLE-ESPAGNE. 



H J 



I. INTENDANCE DE GUANAXIJATO, 

Depuis les 20** 55' jusqu'aux 21** 3o' de lati- 
tude boréale, et depuis io2<» 3o' jusqu'aux 
io5o45' de longitude occidentale. 

Diputaciones de rnineria y ou arrondissemens» 

1. GuANAXUATO. 



JReales j ou endroits environnés de mines : 
Guanaxuato. Villalpando. Monte de San 
Nicolas. Santa Rosa. Santa Ana. San 
Antonio de las Minas. Comanja. Capulin. 
Comanjilla. Giganle. San Ijuis de la Paz. 
San Ptai'ael de los Lobos. Durasno. San 
Juan de la Chica. Rincon de Centeno. 
San Pedro de los Pozos. Palmar de Vega. 
San Miguel el Grande. San Felipe. 



CHAPITRE XI. 



3i3 



II. INTENDANCE DE ZACAÏECAS, 

Depuis les 22" 20' jusqiriiiix 2\^ ôô' de lati- 
tude boréale, et depuis jo3" 12' jusqu'aux 
io5" ()' de longitude oeeideulale. 

Diputaciones de mineria^ ou arrondissemens. 

2. Zacatecas. 
5. sombrerete. 
4* Fresnillo. 
5. Sierra de Pinos. 

Reaies y ou endroits ejwironnés de mines : 
Zacateeas. Guadalupe de Veta Grande. 
San Juan Bauptista de Panuco. La Blanca. 
Sombre rete. Madroho. San Pantaleon de 
la Noria. Fresnillo. San Demetrio de los 
Piateros. Cerro de Santiajjo. Sierra de 
Pinos. La Sauceda. Cerro de Santiago. 
Mazapil. 

III. INTENDANCE DE SAN LUIS POTOSI , 

Depuis les 22** 1 ' jusqu'aux 27° 1 1 ' de latitude 
boréale, et depuis les 100'' 55' jusqu'au* 
100^ 20' de longitude occidentale. 



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Dipntacioncs de mineria^ nu arroudisspmens. 

6. C\T()RCE. 

7. San Luis Potosi. 

8. ClIAUCAS. 

9. Ojocaliente. 
10. San Nicolas de Croix. 



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Renies , ou endroits environnés de mines : 
La Purissiina Conccpcion tic Alanios de 
Calorce. Matcliuala. Ccrro del Polosi. 
San Martin Bcrnalcjo. Sierra Ncgra. Tnlc. 
San Martin. Santa Maria de las Gharcas. 
Ramos. Ojocaliente. Cerro de San Pedro. 
Matanzillas. San Garlus de Vallecillo. 
San Anlonio de la Ygnana. Sanlia«^o de 
las Sabinas. Montercy. Jésus de Rio Rlanco. 
Las Salinas. Coeca de Leones. San JNicolas 
de Croix. Rorbon. San Joseph Taman- 
lipan. Nuestra Senora de Guadalnpe de 
Sihue. La Purissiina Concepeion de Re- 
villagigedo. EH/enado. L. Tapona. Gua- 
dalcazar. 



CHAPITRE XI. 



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IV. INTENDANCE D F. MI. MCO. 

Depuis les 18" 10' jiisqu'aiiK 2 r'.")i)'(lclatlliide 
boréale, et (li'jniis les 100" 12' lus^u'anx: 
io5o 25' (le luii;'itudc occiciciilale. 

Diputaciones de niiiwrid , ou avroiidàscmens. 

11. PACHirCA. 

12. El Doctor. 

15. ZiMAPAN. 

a 4. Tasco. 

i5. Zacualpan. 

16. SlJLTErEC. 

17. Temascaltepec. 

Jieales , ou endroits e/i,>ironncs de mines : 
Pachiica. Real del Monte. Moran. Alo- 
lonileo el Chico. Aloloiiiloo el Grande. 
Zimapan. Lomo del Toro. Las Caiîas. San 
Joseph del Oro. Verdozas. Gapiila. Santa 
Bosa. El Potosi. Las Plomosas. El Doctor. 
Las Alpujarras. El Pinal, ou los Anioles. 
lîuascazoluya. San Miguel del Rio Blanco. 
Las Aguas. Maconi. San Christobal. Car- 
donuK Xacala. Jutchitlan el Grande. San 



3i6 



Livnr. TV 



Joseph dcl Obraje Viefo. Cerro Blanco. 
Cerro dcl Sotolar. San Francisco Xichii. 
Jésus Maria de la Targea. Coroniila , ou la 
Purissima Concepcion de Tetela del Rio. 
Tcpanlidan. San Vicente. Tasco. Tehuilo- 
tepec. Goscallan. Haucingo. Huauda. So- 
chipala. Tedilco. San Esteban. Real del 
Limon. San Geroninio. Temascaltepec. 
Real de Ariba. La Albarrada. Yxtapa. Oco- 
tepec. Chalchilepèque, Zacualpan. Tecica- 
pan. Ghontalpa. Santa Cruz de Azulacpes. 
Sultepec. Juluapa. Papaloapa. Los Ocotes. 
Capulalengo. Alcozauca. TotomixUahuaca. 



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V. INTENDANCE DE GUADALAXARA, 

Depuis les 19^0' jusqu'aux 25^ 12 ' de latitude 
boréale, et depuis les loô*^ 5o' jusqu'aux 
108" o' de longitude occidentale. 

Diputaciones de mlneria , eu arroridissemens. 

18. BoLANOS. 

19. AsiENTOS DE IbARRA. 

20. HOSTOTIPAQUILLO. 

Reaies y ou endroits environnés de mines : Bola- 
fios. Xalpa. San Joseph de G uichichila. Santa 



CHAPITRE XI. 3l7 

Maria deGuadalupe, oudelaYesca. Asieu- 
tosde Ibarra. San Nicolas de los Angeles. La 
Baliena. Talpan. Hoslolipaquillo. Copala. 
Guaxacatan. Aniaxac. Limon. Tepante- 
ria. locotan. Teoonialan. Ahuacatancillo. 
Guilotitan. Plalanarilo. Santo Domingo, 
luchipila. Mezquital. Xalpa. San Joseph 
Tepostitlan. Guacliinango. San Nicolas del 
Roxo. Amatlan. Nalividad. San Joaquin. 
Santissima Trinidad de Pozole. Tule. 
Motage. Frontal. Los Aillones. Ezallan. 
Posession. La Seiranilla. Aquilapilco. 
Eliso. Chimallitan. Siinta Fe. San Kafael. 
San Pedro Analco. Sanla Ciuz de los 
Flores. 



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VI. INTENDANCE DE DURANGO. 

Depuis les 23» 55' jusqu'aux 29*^ 5' de latitude 
boréale, et depuis les io4" 4o' jusqu'aux 
j. lo^o' de Jongitude occidentale. 

Dîputaciones de mincria y ou airondissemcns. 

21. Chihdahua. 

22. Parbal. 

20. guarisamey. 
24' cosiguiuiachi, 
26. Batopilas. 



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3l8 LIVT\E IV, 

llcdlcs , nu. endroils cjivironncs de mines : 
S;;n l*c<lm(lcl^utopiIas. Uruarlii. Gujuiii lii, 
(Niicslra SoiiOra de Lorclo. San Joaquin 
<lc \os Ai'iioros. El Oro de Topago. San 
•liian INcpoiinieeno. JNueslia Senora del 
Monsenale del Z.ipolc. Lriqnlllo. San 
AiJiiiisrin. INiicslra Scfiora del Monserrale 
de Uriqiie. Guaiisainey. San Vieenlc. 
Gnadahipc. Cavilanes. San Antonio de las 
Venlanas. San Dinias. San JoseplideTavol- 
lita. Cosiguiriac lii. Rio de San Pedro* 
Cliilinalnia el Viejo. San Juan de la Cî^nc 
giiilla. IMa^*'nai ielii. Caxurieln. San Jost dci 
Panai'. Indeliè. Los Sanees.Nnestra Senora 
de la JMereeddclOro. Real deTodosSantos. 
San Franciseo del Oi'o. Santa Barbara. 
Sr.n Pedro. II.iejoqMilla. Los Peiioles. La 
Cadena. Cneneaniè. S;.n Nieolas de Yei« 
vabnena. La Concepeion. San la Maria de 

" Sur fjiiolqiu's épreuves <1c ma carie générale de 
la TN'onvoIlc-Espngno , le nom Je Parral se trouve 
confondu avec celui du villajic; de Valle San Jîarlo- 

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lonie. C'est le signe par l( qtuîl est désigné le clief-lieu 
d'un conseil provincial des mines, qui inf'iqiit. ..t vraie 
position du Parral , telle qu'on la trouve déjà sur la 
carte lllnrrairej PI. 7 de l'Atlas mexicain. 



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CHAPITRE XI. 



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19 



las Nieves. Clialtliiliiiites. Sanla Gatallna. 
San Miguel dcl Mezquilal. Nuestta Senora 
de los Dolores del Orito. San Juan del Rio. 
San Lucas. Panuco. Avinito. San Francisco 
de la Silla. ïexamen. Nueslra Senora de 
Guadalupc de Ttixanie. San Miguel de 
Conelo. Sianori. Ganclas. Las Mesas. Saba- 
tinipa , ou Malabacas. Topia. San Uafael 
de las Flrjres. 1^1 ALicran. La Tjagartija. 
San Ranion. Santiago de Mapinii. 

VII. INTENDANCE DE SONORA, 

Depuis les 2^^ i5' jusqu'aux ôio 20' de lati- 
tude boréale, et de{)iiisles iiro/|5' jusqu'aux 
1 15" 20' de longitude occivien'.ale. 

Dlpiitacioncs de mincrlu y ou arrondisscniens, 

26. Alamos. 

27. CoPALA. 

28. GOSALA. 

2g. San Francisco Xavier de la Huerta. 

3o. GuADALUPiï DE LA PuERTA. 

01. Santissima Trimpad dePe!\a Blanca. 

02. San Fancisco Xavier de Allsos. 




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320 LIVKE IV, 

Realcs , ou endroits environnés de mines : 

San Joseph de Gopala. Real del Rosaiio. 

Plomosas. Santa Kosa , ou las Adjuntas. 

Apomas. San Nicolas de Panuco. Santa 

Rita. Trancito. Charcas. Limon. Santa Rosa 

de las Lagunns. Tocuislita. Corpus. Reyes. 

Cosala. Palo Blanco. El Caxon. Santiago 

de los Caballeros. San Antonio de Alisos. 

San Roque. Tabahueto. Norotal. Los Moli- 

nos. Surutato. Los Garcamos. San Juan 

Ne >'^muceno. Bacatopa. Lorelo. Teuoriba. 

Agua. lente. Monserrate. Sivirijoa. Ba- 

royeca.Yecorato. Zataque. Cerro Colorado. 

Los Alamos. Guadalupe. Rio Gliico. La 

Concepeion de Haygamè. Santissinia Tri- 

nidad. La Ventana, ou Guadalupe. Sara- 

cachi. San Antonio de la Huerta. San 

Francisco Xavier. Hostimuri. Quisuani. El 

Aîi'uag-e. Hii'ane. San José de Gracia. El 

Gabilan. El Populo. San Antonio. Todos 

Santos. El Carizal. Nacatabori. Rac>.ach. 

San Ildefonsode Cieneguilla. San Lorenzo. 

Nacumini. Cupisonora. Tetuachi. Baso- 

chuca. Nacosari. Bacamuchi. Cucurpe. 

Motepore. 



CHAPITRE XI. 



321 



VIII. INTENDANCE DE VALLADOLID, 

Depuis les 18° 25' jusqu'aux 19*^ 5o' de latitude 
boréale, et depuis les 102** lo' jusqu'aux 
io4"5o' de longitude occidentale. 

Diputaciones de mineria y ou arrondissemeiis. 

53. Angangueo. 
34- Inguaran. 

35. ZiTAQUARO. 

36. Tlalpujahua. 



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Reaies ^ ou endroits environnés de mines : 
Angangueo. El Oro. Tlapaxahua. San Au- 
gustin de Ozumatlan. Zitaquaro. Istapa. Los 
Santos Reyes. Santa Rita de Ghirangangeo. 
El Zapote. Chachiltepec. Sanchiqueo. La 
Joya. Paquaro. Xerecuaro. Gurucupaseo. 
Sinda. Inguaran. San Juan Guetanio. Ario. 
Santa Clara. Alvadeliste. San Nicolas Apu- 
pato. Rio del Oro. Axuchitlan. Santa Maria 
del Garnnen del Sombrero. Favor. Chi- 
chindaro. 



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LIVRE IV 



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IX. INTENDANCE D'OAXACA, 

Depuis les 16^ 55' jusqu'aux 17*» 55' de lati- 
tude boréale, el depuis les 98** 1 5 ' jusqu'aux 

100" o' de longitude oecidenlale. 

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Diputaciones do mincvia y ou arrondissemens. 
07. Oaxaca. 

Rcalcs y ou endroits environnés de mines : 
Zolaga. Talea. llucplotitlan. La Aurora de 
Ixlepexi. VillaUa. Ixtlaii. Tatolatia. Ilui- 
lepèque. Piio de San Antonio. Totomistla. 
San Pedro Nesicho. Santa Catalina. Laclia- 
teo. San Miguel Amallan. Santa Maiia 
lavecia. San Mateo Capulalpa. San Miguel 
de las Feras. 



X. INTENDANCE DE PUEBLA, 

Depuis les 18** i5' jusqu'aux 20" 25' de lati- 
tude boréale, et depuis les 99" 45' jusqu'aux 
100*» 5o' de longitude occidentale. 

Mines éfjcirses : La Canada. Tulincingo. San 
Miguel Tenango. Zautla. Barrancas. Alat- 
lanquetepec. Temetzla. Ixtacniaztitlan. 



CHAPITRE XI. 



323 



XI. INTENDANCE DE VERA-CRUZ, 

Depuis les 20'' o' jusqu'aux 21** i5' de latitude 
boréale, et depuis les 99** o' jusqu'aux 
101'* 5' de longitude oceideutale. 

Mines eparsf'S : Zomelaliuacan. Giliapa. San 
Antonio de Xaeala. 

XII. ANCIENNE CALIFORNIE, 

Mine : Pveal de Sanla Ana. 



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Ceux qui ont étudié la constitution géolo- 
gique d'un pays de mines trës-étendu , savent 
qu'il est presque impossible de réduire à des 
idées générales les observations faites sur 
une grande variété de couches et de filons 
métallifères. Le physicien peut distinguer 
l'ancienneté relative des diverses formations : 
il parvient à découvrir des lois dans la strati- 
fication des roches , dansl'identité des couches, 
souvent même dans l'angle que l'ont ces der- 
nières, soit avec l'horizon, soit avec le méri- 
dien du lieu ; mais comment reconnoître les 
lois qui ont déterminé la disposition des mé- 



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324 LIVRE IV, 

taux dans le sein de la terre, la puissance, la 
direction et l'inclinaison des filons, la natnre 
de leur masse ^ et leur structure particulière ? 
Comment tirer des résultats généraux de 
l'observation d'une mulliludo de petits phé- 
nomènes qui ont été modifiés par des c:tuses 
purement locales, et qui paroissent être les 
effets d'un jeu d'affinités chimiques , dont 
l'action étoit circonscrite sur un très -petit 
espace? Ces difficultés augmentent lorsque, 
comme dans les montagnes du Mexique, les 
Jilons , les couches et les amas [stochiverke) 
>. $e trouvent épars dans une infinité de roches 
de mélange et de formation très-différentes. 
Si Ton possédoit 'jne description exacte des 
quatre ou cinq mille filons qui sont actuelle- 
ment exploités dans la Nouvelle-Espagne , ou 
qui l'ont été depuis deux siècles, on recon- 
noîtroit sans doute, dans la masse et dans la 
structure de ces filons , des analogies qui indi- 
queroient une origine simultanée : on trou- 
veroit que ces masses (gangausjiilluiîgen) 
sont en partie identiques avec celles que 
présentent les filons de la Saxe et de la Hon- 
grie , et sur lesquels le premier minéralogiste 
dju siècle, M. Werner, a répandu tant de 



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CHAPITRE XI. 



325 



lumières. Mais nous sommes bien loin encore 
de connoîlre les montagnes métallifères du 
Mexique , et , mal<^ré le grand nombre d'ob- 
servations que j'ai pu recueillir par moi-même, 
en parcourant le | a^s dans différentes direc- 
tions , sur une longueur de plus de qualre 
cents lieues, je ne hasarderai point d'esquisser 
le tableau général dos mines mexicaines con- 
sidéré sous des rapports géologiques. Je me 
bornerai à indiquer les roches qui fournissent 
la majeure partie des richesses de la Nouvelle- 
Espagne. 

Dans l'état actuel du pays , les filons sont 
l'objet des exploitations les plus considérables: 
lès minerais disposés en couches ou en amas 
y sont assez rares. Les filons mexicains 
se trouvent, pour la plupart, dans des 
roches primiWes et dans celles de transition 
( /^/"-und ûhevgangs-gcl/irge ) , moins com- 
munément dans les montagnes de formation 
secondaire , qui n'occupent une vaste étendue 
de terrain qu*au nord du tropique <' i cancer, 
à l'est du Rio del Norte , dans le bassin du 
Mississipi , et à l'ouest du Nouveau-Mexique 
dans les plaines qui sont arrosées par les 



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326 LIVRE IV, 

rivières de ZagUtinanas et de San Buenaven- 
lura, et qui abondent en sels muriatiques. 

Dans l'ancien continent , le granitc , le 
gneiss et le schiste micacé ( i^lintrncr'scliiejej') 
constituent la crùle des liaulcs chaînes de mon- 
tagnes. Ces nicnies roches paroissent rarement 
an jour sur le dos des Cordillères de l'Amé- 
rique , particulièrement dans la partie centrale 
conlenue entre les 18 et 22 degrés de latitude 
boréale : des couches d'une épaisseur énorme 
de porphyre aniphibolique , de griinstein , 
d'amjgdaloïde, de basalte, et d'autres for- 
mations trapéennes, j recouvrent le granité, 
et le cachent aux yeux du géologue. Les côtes 
d'Acifpulco sont formées de roches grani- 
tiques. En montant vers le plateau de Mexico , 
on voit ces dernières percer le porphyre pour 
lu dernière fois , entre Zumpango et Sopilote : 
plus à l'est , dans la province d'Oaxaca , le 
granité et le gneiss s'élèvent dans des plateaux 
d'une étendue considérable , et qui sont tra- 
versés par des liions aurifères. L'étain, qui est , 
après le titane , le schéelin et le molybdène , 
le métal le plus ancien du globe , n'a cepen- 
dant , que je sache , pas encore été observé 



CHAPITRE XI. 027 

dans les jrraiiilcs du Mexique ; car rétain 
fibreux ( ironr///// ) du Giî^tiule iipparlienl à 
des terrains d'alhnion , elles filons d'éliûn 
de la Sierra de Guana.xualo sctrouvciît dans 
des iiionlt!i;nes de porphyre. Dans les mines 
de Coinanja, un syêniie qui paroît d'aneicnnc 
fornialion , renCtiîJie un lîlon argenliCerc: 
celui de Guanaxuato, le plus riche de toute 
rAinériquc , traverse un schiste primitif 
[tlionscliicjer) qui passe souvent au sclnsle 
talqucux ( talkscliicfcr ) : la serpentine de 
Ziinapan paroît dénuée de métaux. 

Les porphyres dîi Mexique peuvent être 
considérés en grande partie comme des roches 
éminemment riches en mine:, d'or et d'argent. 
C'est un des problèmes de géologie les plus 
difficiles à résoudre , que de déterininet leur 
ancienneté relative', ce qui les caractérise tous, 
c'est la présence constante de l'amphibole et 
l'absence du quartz , si commun dans les 
porphyres primitifs de l'Europe , surtout dans 
ceux qui forment des couches dans les gneiss. 
\jÇ', feldspath commun se présente rarement 
dans les porphyres mexicains ; il n'est propre 
qu'aux formations les plus anciennes , à celles 
de Pachuca , de Real del Mente et de Moran, 






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328 LIVRE IV, 

dont les filons fournissent deux fois autant 
d'argent que la Saxe entière. Le plus souvent 
on ne découvre , dans les porphyres de 
l'Amérique espa<,mole, que du feldspath vi^ 
ireujc. La roche qui est traversée par le riche 
filon aurifère de Villalpando , près de Gua- 
naxuato , est un porphyre dont la base se 
rapproche du /J/ngstctn ( phonolile ), et dans 
lequel l'amphibole est extrêmement rare. 
Plusieurs de ces terrains de la Nouvelle- 
Espagne offrent de grandes analogies avec 
les roches problématiques de la Hongrie , 
que M. de Born a désignées par la dénomina- 
tion très-vague de sajciiin metalUjerinn, Les 
filons de Zhnapan, qui sont les plus instruc 
tifs sous le rapport de la théorie des ^/fe5 de 
minerais, traversent des porphyres à base de 
griuisieiUf poiphyres qui paroissent appar- 
tenir aux roches trapéennes de nouvelle 
formation. Ce sont ces mêmes filons du 
district de Zimapan, qui offrent aux collec- 
tions oryctognostiques une grande variété de 
minéraux intéressans , tels que la zéolithe 
fibreuse , la stilbite , la grammatite , la pyc- 
nile , le soufre natif , le spath fluor , la 
baryte; l'asbesle subériforme, les grenats 



CHAPITRE XI. 829 

verts, le carbonate et le chromate de plomb, 
rorpiinent , la chrjsoprase , et une nou- 
velle espèce d'op.jlc de la pins rare beauté, 
que j'ai fait connoître en Europe , et que 
MM. Karsten et Klaprolli ont décrite sous 
le nom de Feucr-Opal. 

Parmi les roches de transition qui ren- 
ferment des minerais d'argent, on peut citer 
le calcaire de transition ( ûbcrgangskalk- 
steln) du Real del Cardonal , de Xacala et 
de Lomo del Toro , au nord de Zimapan, 
Dans le dernier de ces endroits, ce ne sont 
pas des filons que l'on exploite, mais des am^r^ 
de galène, dont quelques nids ont donné, 
dans un court espace de temps , d'après 
l'observation de M. Sonneschmidt , plus 
de i24jOOO quintaux de plomb. La grau- 
wakke, alternant iwecle graiavakken-schiefer, 
n'est pas moins riche en métaux au Mexique 
que dans plusieurs parties de l'Allemagne. 
C'est dans cette roche, dont la formation a 
précédé immédiatement celle des roches 
secondaires, que paroissent se trouver plu- 
sieurs filons de Zacatecas. 

A mesure que le nord du Mexique sera 
parcouru par des géologues instruits , on 



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33o 



LIVRE IV 



reconnoitra que les ricliesses inéîalliqnes du 
Mexique n'appurliennent pas exclusivement 
aux terrains primitifs et aux nu)iita<i;'nes de 
transition , nniis qu'elles s'étendent aussi à 
celles ôe fornifi^'on sncandaire. J'ii]^nc/re si le 
plo'.nb qui s'exploite dans la partie orientale 
de l'intendance de San Luis Potcsi se trouve 
en filons ou en couches ; mais il p: roit certain 
que les filons d'argent du Real de Gatorce , 
comme ceux du Doctor et de Xaschi, près de 
Zimapan , traversent la pierre, calcaire alpine 
( alpenkalkstein) : cette roche repose sur un 
poudingue à ciment siliceux , que l'on peut 
regard ~r comme la plus ancienne des forma- 
tions secondaires. Le calcaire alpin et le cal- 
caire du Jura {jiirakalkstein) rcnferm?nt 
les célèbres mines d'argent de Tasco et celles 
deTehuilotepec , dans l'intendance de Mevico ; 
et c'est dans ces roches calcaires que les nom- 
breux filons qui sont d:uis ce pavs I objet 
d'une exploitation très-ancienne, ont montre- 
le plu.« de richesse. Ilsso'tt plus stériles d : s 
les strates de schiste \ivmÀ\ii {ur'fuojiscJiiejer)^ 
qui , comme on le reconnoît daris le Cerro de 
San Ignacio , sert de base aux formation* 
sec ondaires. 



CHAPITBE XI. 



33 I 



Il résulte de cet aperçu ^encrai des gîtes 
métallifères {^ erzfiihreiide la^crstatte) , que 
les Cordillères du Mexique ofïVcut des filons 
dans une grande \ariélé de roches, et que 
celles qui fournissent dans le uionienl actuel 
la presque totalité de l'argent exporté annuel- 
lement de la Vera-Gruz, sont le schiste primi^ 
tif, la grauwakke et \à pierre calcaire alffiiie j, 
traversés par les/lions principaux de Gua- 
naxuato, de Zacatecas et de Catorce. C'est 
aussi dans un schiste primitif (ur-thoiischiejer), 
sur lequel repose du porphyre argileuxconte- 
nant des grenals , que sont reniermées les 
richesses du PoA95/ , dansle royaunie de Bue- 
nos-Ayres. Au Pérou , au contraire, c'est dans 
la pierre calcaire alpine que se trouvent les 
mines de Gualg-avoc ou de Chota , et celle de 
Yauricocha ou de Pasco , qui, ensemble, 
rendent annueilenient deux fois autant d'ar- 
gent que toutes les mines de l'Allemagne. Plus 
on étudie en grand la constitution géologique 
du globe , et plus on reconnoît qu'il existe 
à peine une roche qui, dans de certaines 
contrées ^ n'ait été trouvée éminemment mé- 
tallifère. Le plus souvent la richesse des filons 




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332 LIVRE IV, 

est indépendante de la nature des couches que 
ces filons traversent. 

On observe dans les mines les plus célèbres 
de l'Europe, que les travaux souterrains se 
dirigent ou sur une multitude de filons peu 
puissans, comme dans les montagnes primi- 
tives de la Saxe, ou sur un très-petit nombre 
de gîtes de minerais d'une puissance extraor- 
dinaire , comme à (jlausthal , au Harz , et près 
de Scliemnitz, en Hongrie. Les Cordillères du 
Mexique offrent de fréquens exemples de ces 
deux genres d'exploitation ; cependant les 
districts de mines dont la richesse a été la plus 
constante et la plus considérable , ceux de 
Guanaxuato , de Zacatecas , et de Real del 
Monte , ne p.^ésentent chacun qu'un seul filon 
principal (i^eta madré). On cite àFreiberg, 
comme im phénomène remarquable, le filon 
appelé halsbrûhier spath , dont \a puissance 
est de deux mètres^ et qui a été reconnu dans 
une longueur de 6200 mètres. La veta madré 
de Guaxanuato , dont il a été extrait dans les 
derniers dix ans plus de six millions de marcs 
d'argent , a une puissance de 4o à 4*^ mètres : 
elle est exploitée depuis Santa Isabella et San 



CHAPITRE XI. 



333 



Bruno, jusqu'à Buenavista , sur une longueur 
de plus de 12,700 mètres. 

Dans l'ancien continent , les filons de Frei- 
berg et de Glauslhal, qui traversent des mon- 
tagnes de gneiss et de grauwakkc j viennent 
QMJoiir dans des plateaux dont l'élévation au- 
dessus du niveau de la mer, n'est que de 
35o et 670 mètres : cette élévation peut être 
regardée comme la hauteur moyenne des 
mines les plus abondantes de TA iemagne. 
Dans le nouveau continent , les richesses mé- 
talliques sont déposées par la nature , sur le 
dos même des Cordillières , quelquefois dans 
des sites peu éloignés de la limite des neiges 
perpétuelles. Les exploitations lespluscélèbres 
du Mexique se trouvent à des hauteurs abso- 
lues de 1800 à 5ooo mètres. Dans les Andes, 
les districts des mines de Potosi, d'Oruro, de 
la Paz, de Pasco et de GMalL;'ayoc, appar- 
tiennent à une région dont l'élévalioM surpasse 
celle des plus hautes cimes des P vréné( s. Près 
de la petite ville de Micuipampa , dont la 
grande place, d'après ma mesure, est élevôe 
de 36i 8 mètres au-dessus du niveau delà mer, 
un amas de minerai d'argent, connu sous le 
nom du Cerro de Gualgajoc ^ a offert d'im- 



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3.'34 ..:vivfc: iv, 

nienses ri (liesses dans ses aftleuremeiis , à une 
hantenr absolue de 4 loo mètres. 

Nous avons exposé dans un autre enî'.rbit ', 
combien il est avantageux pour l'exploitation 
des mines du Mexique , rpie les gîtes métal- 
lifères les plus importans se trouvent dans 
«ne région niojeniie dont le climat ne s'op- 
pose pas à l'agriculture et au développement 
de la végétation. La grande ville de Gua- 
naxuato est placée dans un ravin dont le fond 
est un peu au-dessous d;i niveau des lacs que 
renferme la vallée de Ténoclititlan. Nous 
ignorons les hauteurs absolues de Zacatecas 
et du Real de Catorce. Ces deux endroits 
sont situés sur des plateaux qui paroissent 
plus élevés que le sol de Guanaxuato : ce- 
pendant le climat tempéré de ces villes 
mexicaines, qui sont cp^^ arées des mines les 
plus riches du monde , contraste avec le climat 
excessivement froid et désagréable de Micui- 
pampa , de Pasco, de liuancavelica, eld'autres 
villes péruviennes. 

Lorsque , dans un district de peu d'étendue, 

» Voyrz ci-dessus, Chap. Ilï, T. I, p. 2()3 ; et 
Chap, IX , p. 1 1 tic ce volumu. 



CHAPITRE XI. 



335 



par exemple dans celui de Freiherg, en 
Saxe , on compare la qnanlilé d'ar^^ent livré 
annuellement à la monnoie, au grand nombre 
des mines qui soià en exploitation , on s'aper- 
çoit au plus léger examen que ce produit 
n'est dû qu'à une petite partie des travaux 
souterrains , et que lei: neuf dixièmes des 
mines n'influent presque en rien sur la masse 
totale des minerais arrachés du sein de la 
terre. De même au Mexique, ce n*est que 
d'un très-petit nombre de mines que sont 
tirés les 2,5oo,ooo marcs d'iirgent qui passent 
annuelleaient en Europe et en Asie par les 
ports de Vera-Gruz et d'Acapulco. Le;j trois 
districts que nous avons eu occasion de 
nommer souvent, ceux de Guanaxuato , Za- 
catecas et Gatorce , fournissent plus de la 
moitié de cette somme. Un seul filon , celui 
de Guanaxuato , donne près du quartde tout 
l'argent mexicain , et la sixième partie du 
produit de l'Amérique entière. 

Dans le tableau général qui a été présenté 
plus haut , les mines principales sont confon- 
dues avec celles dont on ne retire qu'une 
très-petite quantité de métal. La disproportion 
qu'offrent ces deux classes est sigrande, que plus 



11 






\\ '. 



m 






336 LIVRE IV, 

de ~ des mines mexicaines appartiennent à la 
dernière, dont le produit total ne s'élève pro- 
bablement pas à la somme de 200,000 marcs. 
De même en Saxe, les niines qui environnent 
la ville de Freiberg fournissent annuellement 
près de 5o,ooo marcs d'argent ; tandis que 
tout le reste de VErzgebirge n'en donne que 
sept à huit mille marcs. Voici l'ordre dans 
lequel se suivent les districts des mines les plus 
riches de la Nouvelle-Espagne, e vi les rangeant 
d'après la quantité d'argent qu'on en extrait 
actuellement : 



— 



GUANAXUATO, dans l'intendance du même 

nom. 
CATORGE, dans l'intendance de San Luli 

Potosi. 
ZAGATECAS, dans l'intendance du même 

nom. 

Real del Monte , dans l'intendance de 

Mexico. 
BoLANOs , dans l'intendance de Guadalaxara. 
GuARisAMEY , dans l'intendance de Durango. 
SoMBRERETE , daus l'intendaucc de Zacatecas. 
Tasco , dans l'intendance de Mexico. 



CHAPITRE XI. 337 

Bntopilas y dans l'iuleudance de Durango. 
Zhnapany dans l'intendance de Mexico. 
Fresnillo y dans l'intendance de Zacatecas. 
Ramos y dans l'intendance de San Luis Potosi. 

Parral , dans l'intendance de Durango. 

,*,.,■■-■ • - 

On manque absolument de matériaux exacts 
pour tracer l'iiistoire de l'exploitation des 
mines de la Nouvelle - Espagne. Il paroît 
certain que de tous les filons, ceux de Tasco, 
de Zultepèque, de Tlapujahua et de Pachuca 
ont été travaillés les premiers par les Espa- 
gnols. C'est près de Tasco , 3. l'ouest de 
ïchuilotepec, dans le Cerro de la Compcina, 
que Gorlez a percé une galerie d'écoulement 
à travers le schiste micacé auquel est super- 
posé, comme nous l'avons indiqué plus haut, 
du calcaire alpin. Celte galerie , appelée el 
socahon del rej y fut commencée dans des 
dimensions si grandes, qu'on peut la parcourir 
à cheval , sur une longueur de plus de 90 mè- 
tres : elle vient d'être aclievée par le zèle 
patriotique d'un mineur de Tasco , Don Vi- 
cente de Anza, qui est parvenu à couper le 
filon principal à la distance de 55o mètres 
^p' V embouchure de la galerie. L'exploitation 





*.'m 



lU. 



22 



338 



LIVRE IV 



des mines de Zacatccas a suivi de près celle 
des gîtes de mi ne rai s de Tasco et de Puehuca. 
Le filon deSan Barnabe fut attaqué dès l'année 
i548, par conséquent vingl-liuit ans après la 
mort de Monlezunia; circonstance qui doit 
paroîlre d'aulant plus remarquable, que la 
ville de Zacatecas est éloignée en ligne droite 
de plus de loo lieues de Ja vallée de Ténoch- 
tillan. On assure que des muleliers qui voja- 
geoient de Mexico à Zacatecas, découvrirent 
les minerais d'argent du district de Gu. - 
naxuato. C'est dans ce district que, pics de 
la colline basaltique du Cuhilete , la mine de 
San Barnabe offre les travaux souterrains les 
plus anciens. Le filon principal deGuanaxuato 
{la vctamndre) fut découver .lus tard, en 
creusant les puits de Melluuo et de Rayas, 
Le premier de ces puits fut jmmencé le i5, 
le second, le 16 avril de l'année i558. Les 
mines de Comanjjs sont sans doute plus 
anciennes encore que celles de Guanaxuato. 
Comme le produit total des nnnes du Mexique 
n'a été, jusqu'au commencement du dix- 
huitième siècle , que de 600,000 marcs d'or 
et d'argent par an , on peut en conclure qu'au 
seizième, ou ne ^.ravailla pas avec une très- 



Cll.VPITilE XI. 339 

ara iule activité à l'extraction des minerais. 

ri 

Les filons de Tasco , Tlapu jaliua , Zultepèque, 
Moran , Pacbuca et Real dcl Monte ; ceux 
de Sombrerete , Bolafîos , Batopilas et du 
Rosario, ont offert de temps en temps d'im- 
menses richesses ; mais leur produis' a été moins 
unilorme que celui des mines de Guanaxuato, 
de Zacatecas et de Gatorce. 

L'argent extrait dans les 07 districts des 
înines dans lesquels est divisé le royaume de 
la Nouvelle - Espagiîc , est versé dans des 
caisses de trésoreries provinciales , établies 
dans les chefs-lieux des intendances. C'est 
par la recette de ces caxas reaies , que l'on 
peut juger de la quantité d'argent que four- 
nissent les différentes parties du pays. Voici 
le tableau de onze trésoreries provinciales : 




H 



340 LIVRE IV, 

De 1785 à 1789, il est entré dans les caxas 
reaies de 

marcs d'iirgpnt. 

GiianaxuatOé 2^469)000 

San LuisPotosi (Gatorce, Cliarcas, 

San Luis Potosi ) i;5i5,ooo 

Zacatecas (Zacatecas, Fresnillo, 

' Sierra de Pinos) i,2o5,ooo 

Mexico ( Tasco , Zacualpa , Zulle- 

pèque) i,o55;000 

Durango (Cliihuahua,Parral, Gua- 

risamey, Cosiguiriachi ) 922,000 

Mosario (Rosario, Cosala, Copala, 

Alamos) 668,000 

Guadalaxara ( Hostotipaquillo , 

Asientos dp Ybarra ) 609,000 

Pachuca (Real del Monte, Mo- 

ran ) 4^5,000 

Bolanos 064,000 

i Sombrerete 32o,ooo 

Zimapan ( Zimapan , Doctor ). . . . 248,000 

Somme de cinq ans, 9,760,000 

La partie des montagnes mexicaines qui 
produit aujourd'hui la plus grande quantité 
d'afgent, est contenue entre les parallèles 



CHAPITRE M, 



31 1 



de vinf^t-un et de vingl-quatrc déférés et demi. 
Les célèbres mines de Gnanaxuato ne sont 
éloignées , en ligne droite , de celles de San 
Lnis Potosi que de oo lieues : de San LuisPotosi 
à Zacatecas il y a 34 ; de Zacatecas à Gatorcc 
01 , et de Catorce à Durango 74 lieues. Il est 
assez remarquable que les richesses métalliques 
delà Nouvelle-Espagne et du Pérou se trou- 
vent placées dans les deux hémisphères, 
presque à égale distance de Téquateur. 

Dans la vaste étendue qui sépare les gîtes 
de minerais de Potosi et de la Paz de ceux 
du Mexique , il ny a d'autres mines qui 
mettent en circulation une grande masse de 
métaux précieux que celles de Pasco et de 
Chola. En avançant depuis le Cerro de Gual- 
ga} oc au nord, on ne trouve que les /r^i^r/^e^ 
d'or du Choco , ceux de la province d'Antio- 
quia , et les filons d'argent récemment dé- 
couverts de la Vega de Supia. Il en est de la 
Cordillère des Andes comme de toutes les 
montagnes de l'Europe dans lesquelles les mé- 
taux se trouvent inégalement répandus. La 
province de Quito et la partie orientale du 
royaume de la Nouvelle - Grenade , depuis- 
les 3*^ de latitude australe jusqu'aux 7** de 




i,i;: 



342 LIVRE IV, 

lutitude boréale ; rislhiiie de Panama , cl les 
montagnes de Guatiniala , offrent , sur nnc 
longueur de Goo lieues, de vastes étendues 
de terrain , dans lesquelles jusqu'ici aueun 
filon n'a été exploité avee succès. Il seroit 
peu exact cependant d'avancer que ces pa^^s, 
qui en grande partie ont été bouleversés 
par les volcans, sont entièrement dénués de 
minerais d'or et d'argent. De nombreux ^ç/V^^ 
métallifères y peu^ent être cachés par la 
superposition des .v//y//^.ç de basalte , d'amyg- 
daloïde , de porphyre à base de grûnstcin y 
et d'autres roches que les géologues em- 
brassent sous le nom général i\e Jonnatiori 
(le trapp. 

Quant aux mines mexicaines en particulier, 
on peut les considérer comme formant huit 
groupes ( erz-refœre ) qui sont presque tous 
placés ou sur le dos , ou sur la pente occi- 
dentale delà Cordillère d'Anahuae. IjQ premier 
de ces groupes est celui dont le produit est 
le plus considérable : il embrasse les districts 
conligus de Guanaxuato, San Luis Potosi , 
Charcas, Catorce, Zacatecas, Asientos de 
Ybarra , Fresnillo et Sombrerete. Au second 
appartiennent les mines situées à l'ouest de 



CIlAriTRE XI. 



3;3 



la ville (le Durango , de mcMiie que celles de 
la province de Cinaloa; car les e\i>loilalions 
de Guarisamey,G()pala, Cosala et du Kosario, 
sont assez rapprochées les unes des autres 
pour qu'on doive les réunir sous une même 
division géologique. Le troisième groupe, 
le plus septentrional de la Nouvelle-Espagne, 
est celui du Parral , qui comprend les mines 
de Cliihualiua et de Gosiguiriachi. Il s'étend 
depuis les 27 jusqu'aux 29 degrés de latitude. 
Au nord- nord- est de iMexico se trouvent 
le (juatrième et le cinfjuicnic groupe, celui 
de lleal del Monte ou de Pachuca , et celui de 
Zimapan ou du Doctor. lîolaîios ( dans l'in- 
tendance deGuadalaxara), Tasco et Oaxaca, 
sont les points ccnlraux du sixième ^ du 
septii'me et du /f/z/V/V///*" groupe des mines de 
la Nouvelle - Espagne. Get aperçu général 
suffît pour prou; er que ce royaume, comme 
l'ancien continent, renlerme de vastes éten- 
duesdepajsquiparoisscnt presque totalement 
dépourvues de filons métaliiieres. Jusqu'à ce 
jour aucune expluilalion considérable n'a été 
entreprise, ni dans l'intendance de la Puebla, 
ni dans celle de Vera - Cruz, ni dans les 
plaines de formation secondaire situées sur 



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■M 



I . 



II 



344 'LIVRE IV, 

la rive gauche du Rio del Norte , ni dans le 
Nouveau-Mexique. 

Le tableau suivant indique non la richesse 
relative j ou la distribution iiicgale des métaux, 
considérée sous un point de vue géographique, 
mais la quantité d'argent que, dans l'état 
acîtîel des mines, on extrait des différentes 
parties du royaume de la Nouvelle-Espagne. 
On a classé les mines d'après l'ordre qui vient 
d'être exposé plus haut , en indiquant le nom 
du chet-îieu qui est k point central du groupe, 
et la surface du pays dans lequel se trouvent 
les diverses exploitations. Quelques groupes 
se partagent naturellement en plusieurs dis- 
tricts , qui forment autant de subdivisions ou 
de systèmes parliculiers. 



1/ 



v? 



«Minia 



CHAPITRE XI. 



3;^ 



[^ 



MINES PRINCIPALES 

Hu Mexique , 

llVlSlîr.S EV HUIT OROUPIiS. 



ETENDUE 
Ull PAYS 

(|ul rst occupée 

par 
chaque (•roupo 

il« ininrs, 
(eiiliciicscurr.) 



mm 



ENDROITS 

que l'on peut reg-iider 

comme 

lei points crnlraiix 

de CCI 



1.*^'' Groupe ( Groupe \ 
central ) , de 21° o' à 
■.».4" jo' de latit. bor, , cl 
de 102° 3o' à loS" i5' 
de longit. occid. 

•i." Groupe { Groupe de^ 
Purangoei daSonora), I 
de 20" o' à at" 45' de 
lallt. boc.eide ioG"5o' 
à ii>g"5o'del«)ngil. occ. 

3.*^ Groupe ( Groupe de \ 
CAi/iuahun),de-2b"bo' I 
à 29" 10' de latil. bor. , ) 
H de 106" 45' à 108" 
5o' de longit. occid. ' 

i/' Groupe ( Groupe d-. 
la Biscaina), de 2o"5' 
A 20" i5' de lalit. bor. , 
ei de 100" 45' à 100" 
02' de lt»n<;it. occid. 

v" Groupe ( Gr, upe de\ 

Zimapa\ ), de 20" 4o' I 

à 21" 5(»' de Ir^ut. bor. , ) 

et de 100" 5o' à 102° o' I 

<e lon^ii. occid. -^ 

'1.'' Groupe ( Groupe de^^ 
la Nouveiie-Galice ) , 
de 21° 5' à 22° 3o' de 
lat. bor. , et de io5" o' 
à U)6°3o' de long. occ. 
,^ Groupe ( Groupe de . 
Taxro). de 18" 10' à 
ig" 20' de lat bor. , et 
de loi" 3o' ;'« 102" 45' 



(le longit. occi< 



i.'' Groupe ( Groupe • 
d'Oax'ica) , de 10" 4o' 
\ i8"o' de latil. bor.,' 
et i\: 98" i5' à 99° 5o' 
Je loniV't- occid. 



1000 



2<''no 



.0100 



25 



7:>i> 



io5o 



1200 



i4oo 



Guanaxuato. 

Calorcc. 

Zacatecas. 

Guni isamey , 
(Diirango). 

Rusario , 
( Copala ). 

Cosigniriachi. 

Panai. 

Buiopiias. 



Bo'aîlos. 



Zacnalpa. 



Oaxaca. 

Villalta. 



PRODUIT 

ANNUI'.I, 

<lo 

rliaquegro;ipr 

exprimé 

en 

in.Ti'c» d'ariîenl 



ï 

\ i,3oo,ooo 



''t0O,OOO 



Dunteux. 



Real de! ]\lonte. } 
( Pachuca ;. | 

i 



Zimapa. 



Ternascaltepec. i 
Tasco. », 



i 



6o,o«o 



200,000 



260,000 



}" 



onteux. 



PRODUIT MOYEN dos mities de la INouvelle-E-spagne , 



idel 



y coinp' i-i les n>ii\es de la nai lie septenlnonale 



le la mnrcid arjÇBnl 



IvT 



on VI''! >■ 



-Bisr.ne, et rtllci d'i^axaca , an delà de 2, 



îoo.ono. 






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MIHIIIi'TIW 



346 LIVRE IV, 

Nous comparerons plus tard le produit 
des mines d'argent du Mexique à celui des 
différentes mines de l'Europe : il su (fît pour 
le moment d'observer que les deux millions 
et demi de marcs d'argent exporlés annuel- 
lement de la Vcra-Gruz écjuû'alent aux dcujc 
tiers de l^ar^cnt qui est annuellement extrait 
sur le î^loùe entier. Les huit groupes dans 
lesquels nous avons divisé les mines de la 
Nouvelle-Espagne, occupent une surface de 
12,000 lieues carrées, ou un dixième de toute 
rélendue du royaume. En fixant les jeux sur 
la richesse imnicnse d'un très-petit nombre 
d'exploitations, par exemple sur la mine de 
la Valenciana , et sur celle de Rayas , à Gua- 
naxualo , ou sur les filons principaux ( lu'tas 
madrés) de Calorce, de Zacatecas et de 
Real del Monte, on reconnoît aisément que 
plus de i,4oo,ooo marcs d'argent sont pro- 
duits par une étendue de terrain qui n'égale 
pas en grandeur celle du district des mine^ 
de Freiberg:. 

Si la quaniité à' argent tiré annuellement 
des mines exploitées au Mexique est dix fois 
pins grande que celle qui est fournie par 
toutes les mines de l'Europe, Yor, au con- 



CHAPITRE XI. 3\'J 

traire, n'est pas de beaucoup plus abondant 
à la Nouvelle - Espagne qu'il ne l'est en 
FTonsfrie et en Transilvanie. Ces deux derniers 
pajs en font entrer annuellement en circu- 
lation près de 52oo marcs ; tandis que l'or 
livré à la mon noie de Mexico ne s'élève , 
année moyenne, qu'à 7000 marcs. On peut 
compter qu'en temps de paix , lorsque le 
manque de mercure ne rallenlit pas les pro- 
cédés de l'amalgamation , le produit annuel 
de la Nouvelle-Espagne est 

en argent j de 22 millions de piastres, 
en or^ ... 1 



20 



L'or mexicain provient , pour la plus grande 
partie , de terrains d'ail uvion dont on l'extrait 
par des lavages. Ces terrains sont fréquens 
dans la province de la Sonora, (jui, comme 
nous l'avons observé plus haut ', peut être 
considérée comme le Ghoco de l'Amérique 
septentrionale. On a recueilli beaucoup d'or 
disséminé dans les sables qui remplissent le 

u:i.ap. vm, T. lî, p. :5yi. 




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348 LIVRE IV, 

fond de la vallée du Rio Hiaqui, à l'est des 
missions de la Tarahuniara. Plus au nord, 
dans la Pimeria Alta , sous les Si** de latitude^ 
on a trouvé des grains {pépites ) d'or natif 
du poids de cinq à six livres. L'extraction de 
l'or, dans ces régions désertes , est entravée 
par les incursions des Indiens sauvages , par 
l'excessive cherté des vivres, et par le manque 
de Teau nécessaire aux lavages. 

Une autre partie de l'or mexicain est ex- 
traite des filons qui traversent les montagnes 
de roches primitives. C'est dans la province 
d'Oaxaca que les filons d'or natif sont le plus 
fréquens, soit dans le gneiss, soit dansle schiste 
micacé [glimmerschiejffèr). La dernière roche 
est surtout très-riche en or dans les mines célè- 
bres de Rio San Antonio. Ces filons, dont la 
^w/7^î/e est du quartz laiteux,ont plus d'un demi- 
mètre d'épaisseur , mais leur richesse est fort 
inégale : ils se trouvent souvent étranglés , et 
l'extraction de l'or dans les mines d'Oaxaca , 
est en général très-peu considérable. Le même 
métal se présente, soit pur, soit mêlé aux 
minerais d'argent , dans la plupart des filons 
qui sont exploités au Mexique : à peine y 
e-xiste-t-il une mine d'argent qui ne soit au- 



CHAPITRE XI. 349 

riiere. On reconnoît souvent de l'or natif 
cristallisé en octaèdres , ou en lames , ou sous 
forme tricotée . dans les minerais d'arirent 
des mines de Villalpando et de Rajas, près 
de Guanaxuato^ dans celles du Sombrero 
( intendance de Valladolid ) , de Guarisamej, 
à l'ouest de Durango et du Mezquital , dans 
la province de G uadalaxara. L'or du Mezquital 
est regardé comme le plus pur , c'est-à-dire 
comme celui qui est le moins allié d'argent, 
de fer et de cuivre. A Villalpando , dans la 
mine de la Santa-Gruz, que j'ai visitée au 
mois de septembre i8o5, le filon principal 
est traversé par un grand nombre de petits 
filons pourris { kilos del desposorio ) qui sont 
d'une richesse extrême. Le limon argîlleux 
dont ces y/Zé?^^ sont remplis, contient une si 
grande quantité d'or disséminé en parcelles 
impalpables , que l'on force les mineurs , 
lorsqu'ils sortent presque nus de la mine, 
de se baigner dans de grandes cuves, pour 
les empêcher d'emporter l'argile aurifère qui 
s'attache à leur corps. Les minerais d'argent 
de Villalpando ne contiennent communément 
par charge ( carga de 1 3 arrobas) , que deux 
onces d'or; mais souvent leur richesse s'élève à 



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LIVllE IV 



huit ou dix onces par charge , ou à i —-, d'onces 
par cjuiiilal. Il est utile de rappeler ici qu'au 
Harz les p^yrites du Haninielsberg ne contien- 
nent qu'un vingt-neuf-niillionièiiie d'or, qui en 
est cependant retiré avec profit '. 

Le district des mines de Guanaxuato a 
fourni , selon les registres de la trésorerie 
provinciale ', 



KPOQtTES. 



aiARCS 

d'or. 



MARCS 



D ARGENT. 



OR 

contenu dans 
i.'arobnt. 



De 1766 à 177.5 
1776 1785 
1786 3795 
1796 i8o3 



en ;>8 ans , 



9,044 
1 3,254 

7,376 
i5,556 



3,422,4i4 
5,281,214 
5,6of),35fi 
4,410,555 . 



45,o3o 



18,723,537 



0,0026 
0,0025 
o,o(>i3 
0,002g 



0,0020 



Il résulte de ce tableau , que Targen t retiré 
du filon de Guanaxuato contient en or, d'un 
à trois millièmes de son poids. 



' Brongniart , Minéralogie ^ T. Il, p. 345. 

' Estadodela Tresoreriaprincipal de Real Hacienda 
de Guanaxuato, del nx de novembre de i"] 2^. (Ma- 
nuscrit.) * 



CHAPITRE XI. 35 1 

On a faussement annoiiCL' rexislcncc du 
platine dans les sables aurileres de la Sonora. 
Ce métal n'a point encore élé découvert au 
nord de l'isLlnne de Pan.un.i.^ sur le continent 
de rAméri(ji]c seplenlrionalc. Le platine en 
graii]s ne se trouve que dans deux endroits 
du monde connu; savoir, au Clioco, Tune 
des pro'.inces du royaume de la Nouvelle- 
Grenade , et près des cotes de la mer du Sud, 
dans la province de t|arbacoas , entre les 
2" et 6" de làiilude boréale. H est propre à 
des terrains d'alluvion qui occupent une sur- 
face de. Goo lieues carrées, et dont l'étendue 
égale à peine celle de deux déparlemens de la 
France. Les lavaderos (lavages) qui donnent 
aujourd'hui le plus de .platine , sont ceux de 
Condoto , de Santa .lUla,.ou V^iroviro, et de 
Santa Lucia, comme aussi le ravin {ijuchradn) 
d'Iro,. entre les villa«i;es de Noyitaet du Taddô. 
Il existe au Choco [)Uisieurs lavages d'or ( par 
exemple ceux des districts dé San Augustin 
et de Guaicama), où les dvpaîlleurs ne trouvent 
aucune trace de platine. Le prix de ce métal 
en grain est, sur les lieux, de huit piastres, 
ou de 4o francs la livre, tandis qu'à Paris 
il est communément de i5o à i5o francs. 



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3!j2 livre IV 5 

J'examinerai dansuii autre endroit la quantité 
de platine que , dans l'état actuel des mines 
du Choco,rAmériquepeut fournir à l'Europe. 
Il est aussi absolument faux que le platine ait 
jamais été trouvé près de Garthagène , près 
de Santa-Fe , à l'ile de Portorico, à celle de 
la Barbade et au Pérou ', quoique ces divers 
gisewens soient indiqués dans les ouvrages les 
plus estimés et les plus répandus : peut-être 
i'analjse chimique nous prouvera-t-elle un 
jour qu'il existe du platine dans quelques 
minerais d'argent du Mexique , comme dans 
lefahlerz (cuivre gris) de Guadalcanal, en 
Espagne. 



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.^Haûyy Minéralogie, T. III, p. Zjo. Dans un 
mémoire inséré dans \c& Anales de ciencias naturaUs, 
publiées par l'abbé CaVanilles , on lit que le platine se 
trouve au Chopo (Clioco) , à Barbadon (Bàrbacoas), 
et à Carlhagène, port de mrr éloigné de cent trente 
lieues dçs lavages d'or du Taddo. 11 y a; cependant 
plus de dix-huit ans que M. BtrthoUet a donué une 
notice très-exacte des lieux qui fournissent le platine. 
^Annales de chimie, juillet 1792.) J'ai rapporté (în 
Europe une/3<?yj/Ve 'de platine d'une grandeur extraor- 
dinaire ; |elle pèse 1088 ~ grains j soïi poids spécifique 
est, d'après M. Tràlles , 18.947. {^Karaten , Miner, 
Taixe/Ze» , 1808, p. 9^.) > >i i." -^iJ-ii:;» -• i'..'^ .- 



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CHAPITRE XI. 



353 



L'argent que fournissent les filons du Mexi- 
que, est tiré d'une fi^rande variété de minerais, 
qui , par la nature de leur mélange, sont ana- 
logues à ceux qu'offrent les gitcs métallifères 
de la Saxe , du Harz et de la Hongrie. Un 
voyageur ne doit point s'attendre à trou\ er à 
l'école des mines de Mexico une collection 
complète de ces minerais. Les exploitiitions 
étant toutes entre les mains des particuliers, et 
le gouvernement mexicain n'exerçant encore 
qu'une l'oible influence sur l'administration 
des mines , il n'a pas dépendu des professeurs 
de réunir tout ce qui a rapport à la structure 
àesfilnns, des couches et des amas de minerais, 
A Mexico, comme à Madrid, les collections 
publiques offrent les minéraux les plus rares 
de la Sibérie et de l'Ecosse ; tandis qu'on y 
cherche inutilement ce qui peut répandre du 
jour sur la géographie minéralogique du pays. 
Il faut espérer que le cabinet de l'école des 
mines s'enrichira à mesure que les élèves de 
ce bel établissement auront été envoyés dans 
les provinces les plus éloignées de la capitale , 
et qu'ils feront sentir aux propriétaires des 
mines, combien il est de leur intérêt de 
faciUter les moyens d'instruction. Sans une 
III. 23 



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354 LIVRE IV, 

connoissnncc individuelle ihF, localités, sans 
Télude «pprolondie des miiK rabv qui com- 
po^^ent la ffffs.sf des Hlons , on le nniitvnu 
des aii'ds et dis eonclies, {t)us les clian;^eniens 
qne l'on proposera pour peilectionner le 
procédé de l'amalgamation , ne seront que 
des proicls chimériques. 

Au Péjon , la inajeuie partie de l'argent 
extrait du sein de la terre est fournie par 
les paros , minerais d'apparence terreuse , 
que M. Klaprolii ' a bien voulu analyser, à 
ma prière, et qui consistent dans un mélange 
intime de parcelles prr jue imperceptibles 
d'araent natif avec l'oxide brun de fer. Au 
Mexique, au contraire, la plus grande quantité 
d'argent qui est mise annuellement en circu- 
lation , est due à ces mêmes niiuerais que le 
mineur saxon désigne par le nom de durre 
erze y ou minerais maigres % surtout à V argent 
sulfuré ( ou vitreux , glascrz ) , au cuivre gris 
arsénié (fahlerz ) et antiinunié ( grau - ou 

* Klaproth y Beitiuge zur cheminchen Kewitniss der 
Mineral-Kurper y B. IV, S. 4. 

" Voyez l'ouvrage très-inslructlf de M. Daubuisson^ 
qui porte le litre de Dencriptlun des mines de Fniberg* 
J'ai suivi dans le courant de ce chapitre^ pour les 



■■ I 



CHAPITRE XI. 



355 



schwarzgiltigerz)y à Y argent nfurinte(hnrfwrz), 
à X argent noir pristnatùjiie ( sprôdglaserz ) , 
et à ïargent rouge ( rothgiltigerz ). Nous ne 
nommons pas, parmi ces minerais, l'argent 
natif, parce qu'il ne se trouve pas en assez 
grande abondance pour que l'on puisse lui 
attribuer une partie très - considérable du 
produit total des mines de lu Nouvelle-Es- 
pagne. 

L'argent sulfure et l'argent noir prisma- 
tique sont très-communs dans les filons de 
Guanaxuato et de Zacatecas, de même que 
dans la veta biscaina de Real del Monte. 
L'arirent extrait des minerais de Zacatecas 
présente cette particularité remarquable de 
ne pas contenir de l'or. Le fahlerz le plus 
riche est celui de Sierra de Pinos et des 
mines de Ramos. Dans ces dernières, \q fahlerz 
est accompagné de glaserz y de cuivre pyri- 
teux hépatique ( bunt kiipfererz ) , de blende 
brune ( zinc sulfuré) , et de cuivre vitreux 
(^kupjerglas) y que l'on n'exploite que pour 




objets qui sont relatifs à l'art de rexploltation et au 
gisement des minerais, la terminoloj^ie de MM. Bro- 
chant; Daubuissou et Ërongniart. 

25* 



33G 



LIVRE IV 



en extraire Targent sans tirer parli du cuivre. 
Le ^mngillif;erz, ou cuivre j^ris antiinonié , 
décrit par M. Karsten , se trouve à Tasco , 
et dans la mine de Ra^'as , au sud-est de Va- 
lenciana. L'argent muriaté qui se présente si 
rarement dans les fdons en Europe, est au 
contraire très - abondant dans les mines de 
Catorce^ de Fresnilio, et du Cerro do San 
Pedro , près de la ville de San Luis Pott>si. 
Celui de Fresnilio est souvent d'un verl olive 
qui passe au vert poireau. De superbes échan- 
tillons de celte même couleur ont été trouvés 
dans les mines de Vallorecas, qui appartiennent 
au district de los Alamos, dans l'intendance 
de Sonora. Dans les liions de Gatorce, l'argent 
muriaté est accompagné de plomb molybdaté 
(gelb-hleicrz) , et de plomb phosphaté {grûn- 
hleierz). D'après les dernières analyses de 
M. Klaproth, il paroît que l'argent muriaté ' 
d'Amérique est un mélange pur d'argent et 
d'acide muriatique, tandis que le hornerz 

* Les minéralogistes dlslingucnt auiourd'hui quatre 
espèces d'argent muriaté ; savoir , le commun , le 
terreux, le conchoide et le rayonné. Les deu\ der- 
nières espèces, qui sont de la plus grande Leauté, 
ont été décrites par M. Karslen : elles se trouvent 



CHAPITRE XI. 357 

d'Europe contient de Toxide de fer , de l'idu- 
niine , et surtout un peu d'acide sulfurique. 
La mine d'argent rou^ife fait une partie prin- 
cipale des richesses de Soudirercle , dc(]osala 
et de Zolaga , près de Villalta , dans la province 
d'Oaxaca. C'est de ce minerai qu'on a extrait, 
dans la fameuse mine de la vcta negra ', près 
de Somhrerete , plus de 700,000 marcs d'ar- 
gent, dans l'espace de cinq à six mois. On 
assure que V ouvrage à gradins monlans qui 
a donné cette énorme masse de métal , la plus 
grande que jamais filon ait présentée sur un 
même point de sa tuasse , n'avoit pas trente 
mètres de longueur. La véritable mine à'ar- 
gerit blanc {weissgiltigerz) est très-rare au 
Mexique. Sa variété bhmc grisâtre , très-riche 
en plomb , se trouve cependant dans l'inten- 
dance de la Sonora , dans les filons de Gosala , 
où elle est accompagnée de galène argentifère, 
d'argent rouge , de blende brune , de quartz 
et de baryte sulfatée. Cette dernière substance, 

parmi les miaéraux que j'ai rapportés du Pérou. 
( Kirslen, dans le Magazin der Berliner GeHellschaft 
Naturfornchender Freunde , B. I, S. i56. Klaprotlis 
Beitràse, B. IV , S. 10. ) 

* Voyei Chap. VU , T. II, p. 27. 



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358 LIVRE IV,' 

tk^ës - peu commune parmi les f^angues du 
Mexique, se présente aussi au Real del Doclor, 
près de la Baranca de las Tinajas ^ el à Som- 
brerele , surtout dans la mine ;ippcjée la 
Campechana. Le spalh-fluor n'a encore été 
trouvé que dans les filons de Lonio del Toro, 
près de Ziniapan , h Polaîios et à Guadalcazar, 
près de Gatorce. Il y est constamment ou ver| 
de pré , ou bleu violet. 

Dans quelques parties de la Nouvelle-Es- 
pag-ne le travail du mineur est dirigé sur un 
mélange d'oxidc de fer brun et d'argent natif, 
disséminé en molécules iniperceptihles à la 
¥uc simpie. Ce mélange ocreux , qu'au Pérou 
on appelle pctco _, -^t dont nous avons eu oc- 
casion de parler plus haut , est l'objet d'une 
exploitation considérable dans les mines d'An- 
gangueo , dans l'intendance de Yalladolid , 
de même qu'à Yxtepexi , dans la province 
d'Oaxaca.Les minerais d'Angangueo , connus 
sous le nom de colorados , ont l'aspect 
terreux. Près du jour y le fer oxidé brun y 
est mêlé d'argent natif, d'argent sulfuré et 
d'argent noir prismal'qiie {sjjrôdglaserz) , 
tous trois dans un état de décomposition. A 
de grandes profondeurs, le filon d'Ai:gangueo 



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CHAPITRE XI. 3f)g 

ii'ofFrc pins que de la galène et des pyrites 
de fer peu ricbes en aroent : aussi les pacns 
noirâtres de la raine de l'Aurora d'Vxlepexi, 
rju'il ne faut pas confondre avec les nciç'illns 
du Pérou , doivent leur richesse plutôt au 
glaserz qu'aux JUainens imperceptibles de 
l'argent natif /Yi//'7//t'//.r. Le lilon est très-iné- 
gal dans son produit, tantôt stérile et tantôt 
abondant, l^es cnlonuJus de Gatoree , surtout 
ceux de la mine de la Concepcion, sont d'un 
rouge de brique, et mélangés de niuriate 
d'ar[>ent.En générai , on observe au Mexique, 
comme au Pérou, que ces masses oxidées 
de fer, contenant de l'argent, sont propres 
à la partie des filons qui est plus voisine de 
la surface de la terre. Aux \ eux des i2éolo.9ues 
les pncos du Pérou olTrent une analogie très- 
frappante avec les masses terreuses qu'en 
Europe les mineurs appellent le chapeau de 
fer des filons ( ciseviw h ut h ). 

U argent n/iuf\ beaucoup moins abondant 
en Amérique qu'on ne le suppose générale- 
ment, s'est trouvé en masses Cijns'dérables , 
quelquefois du poids de plus de i^eux cents 
kilogrammes , dans les filons de Batopilas , 






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LIVRE IV 



situés dans la Nouvelle-Biscaye. Ces mines, 
foibleinent exploitées aujourd'hui, sont au 
nombre des plus septentrionales de la Nou- 
velle-Espagne. La nature y présente les 
mêmes minerais qu'on trouve dans le filon de 
Kongsberg, en Norwège. Ceux de Batopilas 
contiennent de l'argent filiforme , dendritique 
et tricoté , traversant des couches de chaux 
carI)onatée. D'ailleurs , le glaserz accom- 
pagne constamment l'argent natif dans les 
filons du Mexique , comme dans ceux des 
montagnes d'Europe. On trouve ces deux 
minéraux fréquennnent réunis dans les mines 
extrêmement riches de Sombrerete, de Ma- 
drono, de Ramos , de Zacatecas, de Tlapu- 
jaliua et de Sierra de Pinos. On reconnoît 
aussi de temps en temps de petits rameaux ou 
des filamens cylindriques d'argent natif dans 
le cjièbre filon de Guanaxuato ; mais ces 
masses n'ont jamais été si considérables que 
celles qu'on a tirées anciennement de la mine 
del Encino , près de Pachuca et de Tasco , 
où l'argent natif est renfermé quelquefois dans 
des feuillets de sélénite. A Sierra dePiros, 
près de Zacatecas , ce dernier métal est cons- 



CHAPITRE XI. 



36 1 



tamment accompagné de cuivre bleu rayonné 
i^slvahlige kupfcrlazur)^ cristallisé en petits 
prismes à quatre laces. 

Une très -grande partie de l'argent que 
fournit annuellement l'Europe, est due au 
plomb sulfuré argentifère ( silùerhalliger ùlei- 
glanz ) qui se trouve tantôt sur les filons qui 
traversent les montagnes primitives et de tran- 
sition , tantôt sur des couches particulières 
( erzfloze ), dans des roches de formation 
secondaire. Dans le royaume de la Nouvelle- 
Espagne , la plupart des filons offrent aussi 
un peu de galène argentifère ; mais il ny a 
qu'un très-petit nombre de mines dans les- 
quelles les minerais de plomb soient l'objet 
particulier de l'exploitAtion On nepeutcornp- 
ter parmi ces dernières que les mines des dis- 
tricts de Zimapan , du Farral , et de San 
Nicolas de Croix. J'ai observé qu'à Gua- 
naxuato , comme dans plusieurs autres mines 
du Mexique ', et comme partout en Saxe , les 

* On peut citer coiurae des galènes éminemment 
riches en argent, et à Irès-petlls grains , celles de la 
nouvelle mine de Talpan, dans le Cerro de las Yigas , 
appartenant au district de Hostotipaquillo. Cette ga- 
lène, qui }pass(i cjueicuieîo'is àxx plomb sulfuré compact 






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302 LIVRE IV 5 

galènes contiennent d'aiilant plus d'argent, 
qu elles ont le grain plus pelit. 

Une quantité d'argent très-considérable est 
fournie par la fonic des pyrites martiales 
(^emeine schwefel/acse) , dont la Nouvelle- 
Espagne offre des variétés quelquefois plus 
riches que le g/aserz même. On en a trouvé à 
Real del Monte, sur le fdon de la Biscaina, 
près du puits de San Pedro, dont le quintal 
contenoit jusqu'à trois marcs d'argent. A 
Sombrerete, la grande abondance de pyrites 
disséminées dans la mine d'argent rouge , 
entrave beaucoup le procédé de l'amalga- 
mation. 

Nous venons d'indiquer les minerais qui 
fournissent l'argent mexicain ; il nous reste 
à examiner quelle est la nchcsse tucyemie de 
ces minerais, en les considérant tous mêlés 
ensemble. C'est un préjugé très-répandu en 
Europe, que de grandes masses d'argent natif 
sont extrêmement cojumunes rai Mexicpie et 
au Pérou, et qu'en générai les mines d'argent 
minéralisé, destinées à l'amalgamation ou à 



et antimonial ( hleisc/ui^'eif), est accompagnée de heau- 
coiip de pyrites cuivreuses, et do chaux, carbonalée. 



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CHAPITRE XI. 



363 



la fonte , y contiennent plus d'onces ou plus 
de marcs d'arfij-eit au quintal , que les minerais 
maipres de la Saxe et de la Honjjrie. Imbu de 
ce même préjugé, j'aiélé doublement surpris, 
à mon arrivée dans les Coro Jlères , de trouver 
que le nombre des mines pmwrcs surpasse de 
beaucoup celui des mines que nous désignons 
en Europe par le nom de riches. Un voyai^'-eur 
quivisile la fameuse mine delaVulenciana, au 
Mexique , après avoir examiné les gîtes métal- 
lifères de Chiusihul, deFreiberg et de Schem- 
nitz^ a de la peine à concevoir comment un 
filon qui , dans une grande partie de sd puis- 
sance y renferme 1 argent sulfuré, disbénûné 
dans] a gangue vu parcelles presque impercep- 
tibles , peut fournir régulièrement par mois 
trente'mille marcs , c'est-à-dire , une quantité 
d'argent égale à la moilié de celui que four- 
nissent toutes les mines de la Saxe dans l'espace 
d'une année. 

Il n'est pas douteux qu'on n'ait extrait des 
mines de Batopilas , au Mexique, et de celles 
de Guantabajo, au Pérou , dis biocs d'^//;ir'"Aï^ 
natif (papas de plata) d'un poids énorme; 
mais en étudiant attentivement l'histoire des 
principales minos de l'Europe, on trouve que 



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364 LIVRE IV, 

les filons de Kongsberg , en Norwège, ceux 
de Schneeberg , en Saxe, et le fameux amas 
de minerais du Schlangenberg, en Sibérie, 
ont offert des masses beaucoup plus considé- 
rables. En général , ce n'est pas par lu 
grandeur des blocs que l'on peut juj»'er de la 
richesse des mines de différenspays : la France 
entière ne produit par an que 8000 marcs 
d'argent ; et cependant il y existe des fdons 
(ceux de Sainte-Marie-aux-Mines ) dont on 
a tiré des masses informes d'argent natif, du 
poids de trente kilogrammes. 

Il paroît que sous tous les climats , lors de 
la formation des filons, l'argent a été inéga- 
lement réparti; tantôt concentré sur un même 
point, tantôt disséminé dans la gangue, et 
allié à d'autres métaux. Quelquefois au milieu 
des minerais les plus pauvres , on trouve de*^ 
masses d'argent natif très-considérables; phé- 
nomène qui paroît dépendre d'un jeu par- 
ticulier des affinités chimiques dont nous 
ignorons le mode d'action et les lois. L'ar- 
gent , au lieu d'être caché dans des galènes 
ou dans des pyrites peu argentifères ; au lieu 
d'être réparti dans toute la masse du Jilon^ 
sur une étendue très-grande, est réuni dans 



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CHAPITRE XI. 



36i 



un seul bloc : alors la ricliebse d'un point 
peut cire considérée comme la causse princi- 
pale de la pauvreté des minerais voisins; et 
l'on conçoit , d'après cet aperçu , pourquoi 
les parties les plus riches d'un filon se trouvent 
séparées les unes des autres par des portions 
de gfinguc qui sont presque dénuées de 
métaux. Au Mexique, comme en Hongrie, 
de grandes masses d'argent natif et Aeglaserz, 
ne paroissent que par routions : les roches 
composées présentent les mêmes phénomènes 
que les tuasses de liions. En examinant avec 
soin la structure des granités, des syénites et 
des porphyres , on découvre les effets d'une 
attraction particulière dans les cristaux de 
mica , d'amphibole et de feldspath , dont un 
grand nombre sont accumulés dans un même 
point, tandis que les parties ^ oisines en sont 
presque entièrement dépourvues. 

Cependant, quoique le nouveau continent 
n'ait pas offert jusqu'ici l'argent natif en blocs 
aussi considérables que l'ancien , ce métal se 
trouve plus abondamment dans un état de 
pureté parfaite au Pérou et au Mexique, 
que partout ailleurs sur le globe. En énon- 
çant cette opinion, je ne considère pas 



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LIVRE IV 



rargcnt natif qui se présente sous la forme 
de lames , de rameaux, ou de niamcris cylia- 
driques , dans les mines de Guantabajo, de 
Potosi et de Gualgayoc, ou dans celles de 
Batopilas , de Zacalecas et de Ramos ; je me 
fonde plutôt sur l'énorme abondance des mi- 
nerais apjjclés pacos cX coloradns , dans les- 
quels l'argent n'est pas minéralisé , mais 
disséminé en parcelles si petites , qu'elles ne 
peuvent être aperçues qu'au moyen du mi- 
croscope . 

Il résulte des recherches qui ont été faites par 
le directeur général des mines du Mexique, 
Don Fausto d'Elhuyar , et par plusieurs 
membres du conseil supérieur des mines, qu'en 
réunissant tous les minerais d'argent qui sont 
annuellement extraits, on trouveroit après le 
mélange , que leur richesse mojenne est de 
0,0018 à 0,0026 d'argent, c'est-à-dire , pour 
parler le langage commun des mineurs, qu'un 
quintal de minerai ( de cent livres ou de 
1600 onces) contient trois a quatre onces d'ar- 
gent. Ce résultat important est confirmé par le 
témoignage d'un habitant de Zacatecas, qui a 
dirigé de grandes opérations métallurgiques 
dans plusieurs districts de mines de la Nouvelle- 



CHAPITRE XI. 



SC)' 



Espagne, el c[ui vienl de publier un ouvrii^^'-e 
très-ijit; rcssant sur l'aiiuil<»aaialiuii ituiéri- 
caine. M. Garces ' , que nous avons déjà eu 
oecasion de citer plus liaut, ditcxpressénient, 
« que la grande niasse des minerais mexicains 
« est si pauvre , que les Irois millions de 
« marcs d'argent que produit le royaume 
« dans de bonnes années , sont extraits de dix 
K millions de quintaux de minerais traités en 
te partie parla Conte , en partie par le procédé 
« de l'aiiialganiation. » D'après ces nombres, 
la richesse moyenne ne s'éleveroit qu'à 
2 y onces par quintal, résultat qui contraste 
singulièrement avec l'assertion d'un voya- 
geur ' d'ailleurs très-es';imable, qui rapporte 
que les fdons de la Nouvelle- Espagne sont 
d'une richesse si extraordinaire que les indi- 
gènes en négligent l'exploitation , lorsque les 
minerais contiennent moins du tiers de leur 
poids en argent, ou soixante-dix marcs par 

* Nueva Theoriva del heneficio de los inetalen , par 
Don Joseph Garces y Egiiia ^ Perilo facullativo de 
minas y Primario de benejicios de la inineria de Zaca- 
tecas. (Mexico , 1802) , p. 121 el 12/). 

* Le jésuite Och. ( Murr's Nac/mc/iteu vom spa- 
nischen ^merika, T. I, p. 236. ) 



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LIVRE IV 



quintal. Comme on a répandu en Europe les 
idées les plus erronées sur le contenu des 
minerais de l'Amérique, je vais donner des 
notions plus détaillées sur les districts de 
mines de Guanaxuato , de Tasco et de Pu- 
cliuca, que j'ai visités. 

A Guanaxuato , la mine du comte de 
la Yalenciana a fourni , depuis le i.^'^ janvier 
i']Sj jusqu'au ii juin 1791, la somme de 
1,737,0^2 marcs d'argent qui ont été extraits 
de 84,568 montones de minerais. Dans le ta- 
bleau ' qui présente l'état général de la mine , 
un monton est évalué à 52 quintaux , ou 
à 9 THô cargas; d'où il résulte que la richesse 



* Estado de fa mina Valenciana, remitido por mano 
del Excel lentiss. Senor Vlrey de Nuepa Espana al 
Secretario de Estado Don Antonio Valdès. (Manus- 
crit) J'ai suivi les nombres que présente ce tabl> u 
formé par l'administrateur de la Valenciana , Don 
Joseph Quixano. On compte d'ailleurs un monton 
(umas de minerais réduit en poudre), à Guanaxuato , 
à 35j à Real del Monte, Pacliuca, Zullepèque et 
Tasco , à 3o; à Zacatecas et à Sombrerete , à 20 ; à 
Fresnillo , à 18 j et à Bolanos, à i5 quintaux. A Giia- 
naxuato , la carga est évaluée généralement à i4 ar- 
robas ; de sorte que 10 cargas y forment un monton. 
( Garces , p. 92.) Comme on détermine la rithcsse 



CHAPITRE XI. 369 

moyenne des niincruis (t >it, il y a vrn<rt ans^ 
de 5 ~ onces (l';ir^ent pir (|iiliiial. En laisunt 
le njcnie cakiil siir le produit de la seule 
année 1791, on trouve 9 - onces par quintal. 
A cette cpixpje, où la mine ctoit dms l'étak 
le plus ilorissant, il y avoit sur la niasse totale 
des minerais : 

rsW de minerais riches {polvillos et ,„„,,. „„„,. 

xabotics), contenant au quintal, 22 3 
-~r, de minerais riches {apolinl- 

l(lfio), g 3 

"Too'o ^^ minerais riches ( blanco 

biieno ), 5 1 

y-'jfo de minerais pauvres {granzas , 

tierras ordinanas f etc.), 3 

La quantité des minerais riches étoit par 
caiirMÎquent _, à ct Ile des minerais pauvres, à 
peu près en raison de 3 à i/|. Les minerais qui 
ne contenoient que trois onces au quintal, 
fournissoient , en 1791 ( nous ne parlons tou- 
jours que de la seule mine de Yalenciana), plus 

des rainerais d'après le contenu du monton , la con- 
noissancc exacte de ceUe mesure est d'une grande 
importance f^ \\\s les calculs métallurgiques. 

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(716)872-4503 




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SyO LIVRE IV, 

de 20(),O()fHiK(r( s (l'aident , l.indi^qii'ily a\uit 
assez de minerais lielies ( de 5 à 22 marcs au 
cjiiiiital ) pour donner un produit de j)lus 
de 4oo,oou marcs, .injour-d'hui la richesse 
fimycntw de loul le filon tle Guanaxualo ])eut 
^*lie évaluée à (pialie onces d'arf^rnl jiar 
cpiinlal de minerais. I.a parlic sud-ouest du 
lllon, celle cpii lra\erse la mine de Rayas, 
présenle cc[>endanl des iiiiiierais donl le ro//- 
ti'iiu s'élè\e eummuiiément au tlelà de trois 
mares. 

Dans le district des mines de Paeliuca , on 
divise, sur les hdni'sdclrid'^c^ les ])roduilsdu 
filon de la Biseaina en trois classes, dont la 
jicliesse vaiioil en i8o5^ de /j à 20 marcs le 
jtionton de ôo cpiintaux. Les minerais de la 
premiÎ3re classe , rpii sont les plus ri(;lies , con- 
licnncnt 18 à 20; ceux delà seconde classe, 
y à 10 marc.". Les mines les plus pauvres, 
qui forment la troisicMue classe^ ne sontéva- 
•luées qu'à /| marcs d 'a i< «eut par nionlan. Il en 
résulle que dans le triage , le hoit est de /|. /^, 
à 5 ;'' : ; le jnédincvc , de 1 7- à 2 ^, ; et le 
mnin(Jr('y de 1 " onces d'arf^ent par quintal. 

Dans le district des mines de Tasco , les 
wiiucruis de Tchuilolepec cuutieaiicut , dans 



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Au 



CHAPITRE XI. 



371 



\iiio tarcn dcqiialre moDloncfi on de 100 quin- 
taux , 2.) marcs J'ar^cnt ; ceux de Giianlla ea 
doimetit 45 : leur 1 ichessc inf^yenue est par 
conséqueul de 2 à o j~ onces d'argent par 
quintal de nn'nerais. 

Ce n'est donc" pas, comme on l'a cru trop 
long'-temps, par la richesse intrinsèque des 
minerais, c'est ])lulot par la «grande abon- 
dance dans laquelle ils se trouAcnt au sein de 
la terie , et par la facilité de 'eur exploitalion , 
que les mines de l'Ainérique f;e distinguent ' 
de celles de 1/ Europe. Les trois districts de 
mines que nous venons de citer, fournissent 
eux seuls annuellement plus d'un million de 
marcs d'argent ; et d'apri's l'ensemhle de ces 
données , nous ne pouvons douter que le 
contenu moven des minerais mexicains ne 
s'élève , connue nous l'avons annoncé plus 

* Les minerais trargcnt Ju Pérou ne pnroîssent en 
général pas plus riclu-s que ceux tlu Mexique : on 
évalue leur continu , non par nionfon , mais par 
caxon ( caisse) , qui a yt cargas , en comptant cliaque 
cat-ffu à 10 arrohas, ou à deux quintaux et demi. 
Au Potosi , la ric/u'stie moyenne des minerais est de 
•^~j -y dans les mines de Pasco , de 1 3^ onces par 
quintal. 

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372 LIVIDE IV, 

haut, à trois ou quatre onces d'argent par 
quintal. Il en résulle en outre que ces mine- 
rais sont un jieu plus riches que ceux de Frei- 
berg, mais qu'ils cunliennent beaucoup moins 
d'argent que les minerais d'Annaberg , de 
Johann -Ceorgenstadt, de Marienberg et 
d'autres districts du Ohcr^cbir^c , en Saxe. 
Depuis 17S9 jusqu'en 1799, on a extrait' des 
filons i\\\ district de Frcibcrg, année com- 
mune , i56,7J2 quintaux, qui ont donné 
48,952 marcs d'argent ; de sorte que le con- 
tenu mnjen a élé de 2 f^ onces par quintal de 
minerais. Dans les imites niéiallifircs du Obcr- 
gcbir^c, au contraire, la richesse moyenne 
s'est élevée a 10, cl, à des époques très-heu- 
reuses , jusqu'à 10 onces par quintal. 

Nous avons jeté un coup-d'œil général sur 
les roches dans lesquelles se trouvent les prin- 
cipales mines de la Nouvelle-Espagne ; nous 
venons d'examiner sur quels points , à quelles 
latitudes , et à quelles hauteurs au-dessus du 
nive.iu de la mer , la nature a réuni les plus 
grandes richesses métalliques ; nous avons 
indiqué les minerais qui fournissent l'immense 



* Daiibuisson , T. II; p. 128. 



% 



CHAPITRE XI. 373 

quantité d'arq-ent qni reflue annuellement 
d'un conlinenl à i'aulre : il nous reste à donner 
quelques détails sur les exploitations les plus 
considérables. Nous nous bornerons à trois 
de ces frmtipcs de mines que nous avons 
décrits plus haut , au i^roupe central, et à 
ceux de Tascoel de la liiscaina. Les personnes 
qui connoissent l'état des exploitations de l'Eu- 
rope , seront frappées du contraste qu'offrent 
les orandes mines du Mexique , par exemple 
celles de la Valenciana , de Riiyas et de Te- 
reros , avec les mines que l'on considère 
comme trcs-riclies en Saxe, au Harz et en 
Hongrie. Si ces dernières pouvoient être 
transportées au milieu des grandes exploita- 
tions de Gnanaxnato , de Catorce , ou de 
Realdel Monte; leur richesse et la quantité 
de leur produit paroilroient aux lia])itans de 
l'Amérique tout aussi peu remarquables que 
la hauteur des P^^rénées, comparée à celle 
des Cordillères. 

Le groupe central des mines de la Nouvelle- 
Espagne , la portion de terrain la jdus abon- 
dante en argent que l'on connoisse sur le 
globe , est situé sur un même parallèle avec 
le Bengale, sous une latitude où la zone 






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374 LIVRE IV, 

ëiiiiinoxiiile se (onfoiul i»vcc la zone tcm- 
pcMcc. Ce fj'i'oiipc eiuhriissc les trois disli icls 
<lc iniiit'S (le CiiaïuiXMiilo , tie Catorrc cl de 
ZiUiih'cas, dont !;; premiei- a une élejKliie de 
le sceuiid de 7^)1», el le lioisièiiie de 



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7.30 Jicjies c.tnces, e.i r;îK. .:iil les siiil;>ees 
d'aprc'sla posilivM des niies ,s )l(''es ( rctililos) 
qui sonl les plus éi^'àgiiéos i\\.{ eliel-lieu de 
rarriUMli^seuienl. 

Le district de Cm naiiarnnio , le ])lus uu'il- 



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il de et" ;^r<)U|)e, esl aussi leuiarcpKihle 



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^i«;'anles(uies que les 1 
dans le sein ii*^^ niontaii'ues. Pour se lornier 
une iilée plus exacte de la position de ces 
mines, nous insilonsle lecteur à se rappeler 
ce que nous r.vons dit ])lus liant', en (km- 
nant îa description particulière des provinces. 



* Cliap. VIIÏ , T. 11, p. 1285. J'ai dressé une carte 
géologique des environs île la viîle de rfuanaxualo , 
qui paroitradans la Relation historique de mon voj.'igc 
aux régions équinoxiaîes de l'Amérique : celte carte 
est levée en partie au moyen de hases perpt^diiuilains, 
qui ont été mesurées Iwrométriqurnient. Voyz plus 
haut, T. I , p. i(), et mon Recueil (TobsetvaLofis 
astronomiques , Vol. I, p. 3jp.. 



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rt à jck'i* les veux sur !(' I;i]»1(Mm |»]n^i<[iio 
chi plalcau rciihal rjiio présmlc l;i ([iialor- 
zirmi' planclie <lc IVllas mexicain. 

Danslcccnlic (lcl'iii!(inlaiMX'<lo(iiiaii;!\(i,i- 
to , sur le (]<;s (îc la (i'ordilK'ird'Aiialiiiac , 
s'rlt'vc un i^i'oiJjie tir cimes porpln rilicjiKS 
t'oiimies sous le nom de la Sicini tic Saiild 
Itosd. Ce ^"iuiij)e de iiionla^nes , en ])atlie 
aiides , en parlic; eomcrles d'arUonsieis et 
de eluMies toujours ^elis, est eiivironuc de 
]>laiiies l'er ides el lahources avee soin. Au nor d 
<le la àSiena s\ leudeul , à j^erlc de vue, les 
]J<inos de San l*\'lij)e; au su<l, les plaines 
«rirapualo et de Saîaujanta onVeul le spee- 
laele riaul d uiî pavs rielie el peuplé. J^e Cvrro 
(le Ins Llanitos , el le P ne via de Snuhf ïtosd , 
sont les e'uics les plus élevées de ce groupe 
de uionUignes. Li ur liauliun' rdisolue esl de 
2S00 à 2()Oo uièlres ; mais connue li^s j>Liines 
voisines qui foui parlie du grand /^////r»/// r/ //- 
//v// du Mexi(|uc , sont élevées de ))lus i\o. 

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1800 niclres i.u-<,lessus du niveau de I (,)eéan , 
ces sommets poiplijrilicpies ne paroisseni, aux 
yeux du voyageur accoutumé àraspc("l imj)o- 
sanl des Cordillères , que des collines peu 
considérables. Le fameux fdon de Cuanaxuato 



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376 LIVRE IV, 

qui, à lui seul , depuis la fin du sci viorne siècle, 
a produit une niiisse d'ar;^''ent équivalant à 
quatorze cent uiillious de francs, traverse la 
pente méridionale de la Sierra de Santa Rosa. 
En allant de Salanianca à Burras et à Te- 
niascatio, onapercoil un rideau de nionta^icnes 
qui bornent les plaines en se prolonf»-eant du 
sud-est au nord-ouesl. C'est celte même direc- 
tion que suit la créle du filon. Lorsqu'on se 
trouve au pied de la Sierra , après avoir passé 
la ferme deXalapila, Ton découvre unra\in 
étroit , et dun<j;ereux à passer à l'époque des 
grandes crues, la Caîiadd de Minjil, qui con- 
duit à la >ille de Guanaxuato. La population 
de celle \illc, comuie nous l'avons observé 
plus liant, est au-dessus de 70,000 âmes. On 
est étonné de voir, dans ce lieu sauvage, de 
grands et beaux édifices au milieu de misé- 
ral)lcs cabanes d'Indiens. La maison du colonel 
Don Diego Rul , qui est un des propriétaires 
de la mine de la V alenciana , pourroit orner 
les plus belles rues de Paris et de Naples : sa 
fac.de oiF; e des colonnes d'ordre ionique ; 
rarcliilccture en est simple et remarquable 
par une grande pureté de sfjle : la construc- 
tion de cet édifice, qui est presque inhabité, 



èllAPlTRE X!. 3^7 

a coûté pins de 8ou,ooo livnics, somme roii- 
siilérable clans iMi pa^s où le prix de la jouriuc 
et celui des malciiaiix sont assez modiques. 

Le nom de Guanaxuato est à ])eine connu 
en Europe ; cependint la licliesse des mines 
de ce disliicl est bien su[>érieure à celle du 
gîte inétalli l'ère de Potosi. Ce dern'er, d(';- 
couvert en lo^j, par l'Indien Die^o Ilualca , 
a fourni, d'après des renscig^nemens ' qui 
n'ont jamais été publiés, dans l'espace de deux 
cent trente -trois ans, 788,208,012 piastres 
forles, ou , en comptant liuil piastres et demie 
par marc, la somme de 92,706,294 ï^i^^i'cs 
d'argent ; savoir : ^ 

De i5o6 à 1578, 49.011,280 ou 5, 766,035 
1679 1706, 611,099,401 71,929,347 
1737 1789, 127,847,776 ii),o4o,9i4 

788,258,512 92,736,294 

* Extrait du livre de compte de la trésorerie royale 
de Potosi , fait sur les lieux par M. rrédiric Molhei. 
(^Razou de los reaies derevlws que se han cohrado en 
lan caxas real s, de la plala que haproducido el Cerro 
de Potosi.^ Ce mémoire manuscrit, qju' io possède, 
donne le produit du l\nosi , aunce par auiiée, depuis 



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LIVRE IV 



Diuis CCS trois rpoqurs i]c temps, il .1 
donr été extrait du (Jcrio de Polosi , aiméo 
movemie , 



lilin < il'.i nrnl. 



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De lôôG k lïijH 2()2,o()2 OU 2,227^7X2 

I ;")-[) 1 j7)G , .... 4 ,)8, 1 48 '^'99 h - • >'^ 
ijôy i7«^9? • • • • 289,2/18 2. 'i.)8,()«.f) 

I.c produit du filon de Guaiiijxualo e^t 
pres([ue le douljle de celui du (lerro de 
Potosi. On tiic aeluellenicnl de ec filon, eai 
c'estluiseul cpii Couriiil loull'ar^enldes nnue;» 
du district de Guanaxualo, année connnunc, 
cinij à si.v cent mille nKirrs (rdii^cutj et 
ijuùizc à seize cents nuircs d'or. 

i558 iiisqu'en 1789. Les livres de la trésorerie ne 
rapportent rien sur les années antérieures à 10.^)6 , 
quoique tlcux mineurs tie Porco , Juan de Viliaroel et 
Diego Centciio , aient attaqué ec filon dès l'année 1 5 i 5. 



c.îiAPrmi: xi. 
rnoDi'iT i:n on, 

mr nisTRiCT \ns minks nr. <,i' an wiato. 



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LIVRE IV 



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4 








\, 



ClIAPITHE XI. 



38 



J'ai indiqué dans ces Uibleanx , année par 



l'or et 1' 



1( 



lIu Cl 



année, i or cr i ar^^eru tjuc ils mines 
naxuato ont fournis depuis 17GG jusqu'en i8o5. 
On a distingué les métaux qui sont relirés des 
mineriîis au moyen de ramalgamalion , dQ 
ceux qui sont obtenus parla fonte. Lu mare 
d'or contient 5o cdstcUunas , qui équivalent 
à 4oo tontines ou à 48oo granos. Il résulle de 
ces tableaux , fondés sur des pièces olficielles ', 
que le disiriet des mines de Guanaxuato a 
fourni, en trente-huit ans, pour i65 millions 
de piastres en or et en argent, et que depuis 
1786 jusqu'en i8o5 ^ le produit a été, année 
conmnjue , de 006,000 marcs d'argent, qui 
équivalent à 4,727,000 piastres. Tous les 
filons de la Honj^rie et de la Transilvanie 
ensemble ne donnent que 80,000 marcs 
d'argent. 

En prenant les moyennes de quatre années, 



IS 



* Razon de los castellanos de oro de Icy 22 quîlates 
y marcos de plata , de \'2 dineros de Ion benejlcios de 
azogue y fufigo , manifestados en la tresoreria prin- 
cipal de Real Hacienda de Guanaxuato , desde i." de 
enero ij66 hasta 3.1 de deciembre i8o3. (Manuscrit.) 
On a compté le marc d'argent à 8 * piaslros , et le marc 
cl*or à i36 piastres (la piastre à 5 livres 5 sous). 



T^ ' m 



38: 



LIVRE IV 



dont trois (lo cinq et une de huit ans, on 
troine les résultats suivaus : 













V,M.l'.i,- J! 

ilu pruduit total 


AKGKNT 


V A 1. 1, l R 
DU l'or 


Kl'OQCES. 


ni: i.'on 
ET im: i/aucknt 


roirospnndiUit 

à une année 


et 

nn l'akgent 

idrif piulniil 




(les militas 
(le Ciiiaiiiixuato. 


moyenne. 


a une année 
inoyiMine. 




])i.i«lr ■1. 


niiirc'. 


piasl rc.s. 


17(16—1775 


3o,3'2o,5o5 


542, 24 1 


5,o32,o5o 


I77G— I7S5 


■iG, (192, 865 


528,121 


4,669,286 


lySG — 1795 


iH,GS2,GG2 


5fio,g56 


4,868,266 


i-yf) — i8o3 


3fj,5oG,ii7 


55 1,5 19 


4,913,265 



Quelle est la nature du fitte mélnllifcre qui 
a fourni ces immenses rlcliesses, et que l'on 
peut considérer comme le Potoside l'hémis- 
phère boréal? Quel est le g'isement du rocher 
qui traverse le filon de Guanaxuato ? Ces 
questions sont trop importantes pour que je 
ne trace pas ici le tableau géologique d'un 
pays si remarquable. 

La roche la plus ancienne que l'on con- 
noisse dans le distiict de Guanaxuato , est 
le tJionscliif^fer (schiste argileux) , qui repose 
sur les roches g-raniliqucs de Zacalccas et du 



CHAPITRE XI. 



183 



enon 



Bl 



inco 



Il est 



cl 



iïvïs tie ccndte ou 



11 



noir* - gt'is;Urc , Iraversé souvent "par une 
infinité de petits liions de (piai tz , passant, 
à de grandes profondeurs , au tdlhsclu'cfcr 
( seliiste tahjuenx ) et à la cltlnrile srliistcnsc. 
Je re^f'arde ce thnnsclu'rfrr connue de for- 
mation priniitivc , quoicpie des couelies à 
feuillels très-uiinces qu'il contient, et qui 
sont surchargées de carbone , paroissent le 
rapprocher du thonsclùejer de tninsitlon. Ces 
couches ( oja de lihro ) se trouvent le plus 
souvent ^ près du jour ; quelquefois elles se 
montrent ^ à des profondeurs considérables. 
En creusant le grand puits {tiro gênerai) de 
Valenciana, on a découvert des bancs de 
sjénile , de schiste amphiholique (liovnhlend- 
sc]iiefej)el de \ raie serpentine^ alternant entre 
elles, et formant des couches subordonnées 
dans le thonschiefer. Ce phénomène extraor- 

* Sonneschjïiidt , BescJireihungderBergiverks-Refiere 
von Mexico , p. ig4 et 292. 

^ Dans Xaquehnida de San Koquito, qui commu- 
nique au ravin d'Acabuca. 

3 Dans la raine de Valenciana, 

* Dans les mines de Meliado , d'Animas et de 



R: 



a vas. 









I ■■( 



II; S 



38 



LIVRE IV 



dinaire d'une sycnite qui alterne avec la 
serpcnlinc , se présente aussi à File de Cuba, 
près du village de Re^^la , où la dernière 
roche abonde en diulLige cJiatnyante [scJUl- 
lerspath). Le même thonschwjcv de Gua- 
naxuato , que l'on observe au fondée la mine 
de V^alenciana, reparoît nu jour, huit cents 
mètres plus haut , sur le dos de la Sierra de 
Santa Rosa : je donte qu'on l'ait trouvé à des 
élévations plus grandes. Ces strates sont 
dirigés très - régulièrement h. 8 à 9 de la 
boussole du mineur ' ; ils sont inclinés de 4^ 

* Ou tlu sud-est au nord-ouest. J'ai été frappé , 
depuis l'année 1791, de cotte grande loi à\i parallé- 
lisme des couches j que l'on découvre dans d'immenses 
étendues de pays , et que l'on peut regarder comme 
un des phénomènes les plus curieux de la géologie. 
Je n'ai pas cessé , dans mes écrits , d'appeler i'attentiou 
des voyageurs vers un objet sur lequel il scroit facile 
de réunir, ea très-peu de temps , un grand nombre 
d'observations. Voyez mes Expériences sur l'irritation 
de la fibre musculaire et nerveuse (^cn allemand), Vol. I, 
p. 8 ; ma. Lettre à M, de Fourcroy, endatedu 5 pUwîôae 
an 6 ; mon Tableau géologique de C Amérique méridio^ 
na/.:^( Journal de physique, 1800); et ma Géographie 
des plantes , p. 1 1 7. La direction des hautes chaînes de 
montagnes paroît exercer la plus grande influence sur 
la directioD des couches, même à des éloigaemeus 



CHAPITRE XI. 385 

à 5o de*» Tes an sud-ouest. Cette direction est 
celle que suivent la plupart des roches très- 
anciennes du Mexique. 

Sur le thonschiejer reposent deux forma- 
tions très-différentes : l'une, de porphyre , 
à des hauteurs considérables, à l'est de la 
yallée deMarfil, et au nord-est de Valenciana; 
l'autre , de grès ancien y dans les ravins et sur 
des plateaux peu élevés. 

Le porphyre forme des masses pierieuses 
gigantesques , qui se présentent de loin sous 
l'aspect le plus étrange , souvent comme des 
ruines de murs et de bastions. Ces masses , 
taillées à pic_, et élevées de trois à quatre 
cents mètres sur les plaines environnantes , 
portent dans le pays le nom de ï^uffci. 
D'énormes boules à couches concentriques 
reposent sur des rochers isolés. Ces por- 
phyres donnent aux environs de la ville de 

considérables «le la crote centrale. Cette influence se 
manifeste dans les Pyrénées, au Mexique , et surtout 
dans les llaates-Alpes. Voyez 1rs observations judi- 
cieuses qu'un savant minéralogiste , M. Ebel, vient de 
publier à ce sujet, dans un ouvrage qui a ponr titre : 
Sur la vonatrucUon de In chaîne des Alpes (en alle- 
mand), Vcl.lj p. 2aa-, Vol. II, p. 20i-2i5; et p. Z!^j. 
iir. 3^ 



II 



I 



A >; 



386 LIVRE IV, 

Guanaxuato un caractère sauvage, propre 
à étonner le voyageur européen, qui s'ima- 
gine que la nature n'a déposé de grandes 
richesses métalliques que dans les montagnes 
à croupes arrondies , et dans les lieux où le 
terrain offre un mouvement doux et uniforme. 
Ce porphyre, qui constitue la majeure partie 
de la Sierra de Sauta Basa , a généralement 
une teinte verdàtre : il varie singulièrement 
d'après la nature de sa base et des cristaux 
qu'il renferme. Les couches les plus anciennes 
paroissent être celles dont la base est du 
silex corné ' ( hornsiein ) ^ ou du feldspath 
compacte. Les plus récentes , au contraire , 
offrent du feldspath vitreux, enchâssé dans 
une masse qui fait passage tantôt au petrosilex 



* Élève tic Werner et de l'école tic Frciherg , je 
nomme partout dans mes ouvrages hornstein , un 
minéral qui forme des passages au quarlz , à la calcé- 
doine et awfeuerstein (pyromaque). Les /lornsiein des 
mint^ralogisles allemands sont : les quartz -agalhes 
gronsiem et xylvïcîes tle M. Ilaiiy, les iiéopètres de 
Saussure , et l^s sIIpx cornés de M. Brongniart. Cette 
note m'a paru indisponsaLle , à cause de la synon}^mie 
confuse des iiidïïoxmnaiûons protoailex , pierre de corne, 
et roche de corner 






vd 



CHAPITRE XI. 387 

jadien, tantôt âu y^lionoMlc ou It/i/iqstein de 
VVerner. Ces dernitres présenlcnt la plus 
grande analu;;ie avec le porphyrschicfer 
( schiste porpliyi i([ue ) du Miitc/i>vhûro(' de 
la Buhcnie. On seroit lenlé de les compter 
parmi les l'oclics de la Jorniation de trupp , 
si ces mêmes couches ne reni'ermoient , à 
Villalpando, les mines d'or les plus riches. 
Touscesporpliyresdu district de Guanaxuato 
ont cela de commun que l'amphibole y est 
presque aussi rare que le quartz et le mica. 
La direction et V inclinaison de leurs couches 
sont les mêmes que celles du thonschiefer. 

A la pente méridionale de la Sierra^ géné- 
ralement à de moindres hauteurs que celle 
à laquelle se présente le porphyre dans les 
plaines de Burras et de Cuevas, surtout entre 
Marfil, Guanaxuato et Valénciana , le thon- 
schiefer est recouvert de ^rès d'ancienne for- 
mation. Ce grès {^wjelsconglonœrat) est une 
brèche à ciment argileux, mêlé d'oxide de 
Ter , dans lequel sont enchâssés des fragmens 
anguleux de quartz, de pierre lydique, de 
syénite, de porphyre et de hornstein écailleux. 
Des couches contenant des fragmens de six 
à huit centimètres d'épaisseur , alternent 

25* 






388 



LIVRE IV 



quelquefois ( près de Cuevas) avec d'autres 
couches dans lesquelles des g-rains de quartz 
sont aotj;'lutinés par uu ciment ocrcux. D'autres 
fois (au ravin de Marfîl et dans le chemin de 
Salgado ) le ciment devient si abondant, que 
les morceaux enchâsses disparoissenl entière- 
ment , et que l'on trouve des bancs d'argile 
schisteuse, brun - jaunâtre, de huit à neuf 
mètres d'épaisseur , alternant avec la brèche 
à gros cailloux. Cette formation de grès 
ancien, identique avec celle qui, dans l'Amé- 
rique méridionale , paroît au jour dans les 
plaines de la rivière des Amazones, et qui, 
en Suisse , s'élève à plus de mille jnètres de 
hauteur absolue dans l'Ollenhorn et les Dia- 
blerets , n'offre pas de régularité dans la 
direction de ses couches. Leur inclinaison est 
généralement opposée à celle des strates du 
thouschiojer. Près de Guanaxuato , la forma- 
tion de grès est adossée au porphyre de la 
buffa; mais près de A^illalpando, le porphyre 
même sert de base à la brèche ancienne, qui 
y paroît nu jour à une hauteur absolue de 
deux mille six cents mètres. 

Il ne faut pas confondre cette brèche, quî 
enchâsse des fragmens de roche primitive et 



CHAPITRE XT. SSq 

de transition , avec un autre grès que l'on 
peut désigner sous le nom iWif^q/o/ncntt feld- 
spiitliùjue y qui , à la montagne de la Cruz de 
Serc'iia y est supeiposé à la hicclie ancienne 
(i/rfchcongloniciw'f) . et qui , par conséquent, 
est d*une formation plus rc(*ente. Cet agglo- 
mérat {Inzcro) , dont on lire les plus belles 
pierres de taille , est conjposé de grains de 
quartz^ de petits Iragmens de schiste, et de 
cristaux de feldspath , en partie brisés et eu 
partie restés intacts. Ces substances sont liées 
ensemble par un ciment argilo-ferrugineux. 
Il est probable que la destruction des por- 
phyres a eu la plus grande influence sur la 
formation de ce i^rès ffldspallilcjua, 11 con- 
traste avec les grès de l'ancien continent, 
dans lesquels on a trouvé quelques cristaux 
de grenats et d'amphi])ole , mais jamais , que 
je sache , du feldspath en abondance. 3^e 
minéralogiste le plus exercé , avant d'avoir 
examiné le <iisement des lozero de Gua- 
naxuato , seroit tenté de le prendre , au 
premier abord, pi»ur ini porphyre à base 
argileuse ,ou j>our une brèche porphvrilique 
(triimmcr- porphjr). Près do Villalpando, 
une trentaine de bancs très-minces d\irg/7o 



LIVRE IV 



schisteuse. ( schieferthnn) , de couleur bnin- 
noiralre , alternent avec V agglomérat jeld^ 
spathiqiie. 

Ces formations de grès anciens de Gua- 
naxuato servent de base à d'autres couches 
secondaires, qui, dans leur gisement ^ c'est- 
à-dire dans V ordre de leur superposition y 
ofirent la plus grande analogie avec les roches 
secondaires de l'Europe centrale. Dans les 
plaines de Temascatio ( à lo de Sierra) , on 
observe une pierre calcaire compacte {dicJitcr 
kalkstein) , souvent remplie de cavités hui- 
leuses, qui sont tapissées de spath calcaire 
et de mine de mang-anèse soit terreuse soit 
rajonnée. Cette pierre calcaire, qui, par sa 
cassure unie y presque conclioïde y ressemble 
ix Information du Jura y est recouverte, en 
quelques points, de bancs de ^t/as6» fibreux 
et mêlé d'argile endurcie. 

Nous venons de faire l'énumération des 
roches nombreuses qui reposent sur le thon- 
schiefer de Guanaxuato , et qui sont , d'un 
coté, des formations secondaires de grès, de 
pierre calcaire et de gvpse; de l'autre, des 
formations de porphyre^ de syénite , de ser- 
pentine et de schiste amphibolique. Le raviu 



'> 



CHAPITRE XT. 3ç)l 

deMarlîl, qui, des plaines de Biirras, conduit 
à la ville de Guanaxiiato , sépare ponr ainsi 
dire la région porphyrilirpic de celle dans 
laquelle la sjénitc et le i^rnnstcin prédomi- 
nent. A l'est du ravin s'élèvent des nionla'-ncs 
de porphyre très-escarpées _, et qui , par leur 
déchirement, offrent îes formes les plus bi- 
zarres : à l'ouest on découvre un terrain dont 
la surface, légèrement ondulée, est couverte 
de cùnes basaltiques. 

Depuis la mine de l'Esperanza, située au 
nord-ouest de Guanaxuato , jusqu'au village 
de Gomangillas, célèbre par ses eaux ther- 
males , sur une étendue de plus de vingt 
lieues carrées, le thnnschieihr sert de base à 
des couches de syénite qui alternent avec 
du griinstcin ( diahasc ) ch transition. Ces 
couches n'ont généralement que quatre à 
cinq décimètres d'épaisseur; elles sont in- 
clinées par groupes , tantôt au nord - est , 
tantôt à l'ouest, toujours sous des angles de 
5o à 60 degrés. En voyageant de Valencianaà 
Ovexeras, on peut compter plusieurs milliers 
de ces bancs de f^riuistcin , alternant avec 
une syénite dans laquelle le quartz est quel- 
quefois plus abondant f|ue le feldspath et 






il! 



iiî 



392 LIVRE IV, 

Tamphibole. On trouve, dans cette sjcnite, 
des filons de griinslein , et , dans les couches 
du grïinstein , des fentes remplies de s) énite. 
Celte idenlité de la musse des filons avec les 
roches superposées , est un fait curieux cpii 
parle en faveur de la théorie de l'ori^^ine des 
filons , exposée par M. Werni;r '. Près de 
Chichinjecpiillo , un porphyre colonnaire 
paroît reposer sur la sjénile. Il est recouvert 
de basalte et de brèches basalliques, des- 
quelles sortent des sources dont la tempé- 
rature est de gG",^ du thermomètre centigrade. 
Il me reste à indiquer deux forniatums 
partielles qui n'occupent qu'une très-petite 
étendue : une pierre calcaire compacte ( cl 
caliche) , gris-noiratre , appartenant peut- 
être aux roches de transition ', et une brèche 
calcaire {frijollilo ). Ce. te dernière , que j'ai 
vue dans la mine d'Animas , à plus de 
l5o mètres de profondeur , est composée de 
fragmens arrondis de pierre calcaire coni- 

* Neue Tlieorie von der Entstehung der Gange, 1791, 
*p. 60. 

^ Entre les ravins de Secbo et d'Acabuca , les lianes 
iiixx caliche ont la même direction et la nsènie inclinaison 
que les strates du thonschiefer. 



CHAPITRE XI. 3(k'> 

pacte , liés ensemble par un ciinenl calca'uc. 
Le thonschicfer de Valenciana seil de base 
à ces deux i'ormalions parliclles, dont l'une 
paroît devoir son origine à la destruction 
de l'autre. 

Telle est , d'après les observalions que j'ai 
faites sur les lieux, la constitution p;ëolop;i,'iiit', 
du sol de Guanaxuato. Le filon {peta wadiv) 
traverse à la fois le schiste argileux [thon- 
Schiffer) et le porphyre. Dans l'une et l'autre 
de ces roches , il a présente des richesses 
métalliques trt;s-considérablcs. Sa direction 
moyenne est h. 8 1 de la boussole du mineur '; 
elle est à peu près la même que celle de la 
iwla grande de Zacatecas. et des filons de 
Taseo et deMoran, qui sont tous des filons 
occidentaux ( spaihgânge ). L'inclinaison du 
filon de Guanaxuato est de /^6 ou 4^ degrés 
au sud-ouest. Nous avons déjà indiqué plus 
haut qu'il a été travaillé sur une longueur de 
plus de 12,000 mètres : cependant l'énorme 
masse d'argent qu'il a fournie depuis deux 
cents ans, et qui à elle seule auroit suffi pour 
produire un changement dans le prix des 

' Ou :n'. 52" o. 



[: 






[•I 



.y 



3<)4 LIVRE IV, 

denrées en Europe , a ('lé cxlroite <le la seule 
parlio du filon eonlenue cuire les pnils de 
l'Espcranzii el de Santa Anila , sur une étendue 
moindre de 2G00 niclres. C'est dans retle 
partie que se trouvent les mines de Valen- 
ciana , Tepcjac, Cata , San Lorenzo , Animas , 
Mclhido , Fraustros , Rayas et Sîmla Anila , 
qui, à difTérentes époques, ont joui d'une 
grande eélébritc. 

La vcta madiv de Cuanaxuato présente 
beaucoup de rcssenddance avec le célèbre 
filon de spUnl de Sclicinnitz, en llong-rie. 
Les mineurs curopi'cns qui ont eu occasion 
d'examiner l'un et 1 autre de ces i^ilos de 
minerais, ont a^itc la queslion si l'on doit les 
considérer comme de vrais filons , ou comme 
des coud tes mélallifivos ( crzhi^^cr). En n'ob- 
servant la veta mndrc de Cuanaxuato que 
dans les mines de Valenciana ou de Rajas , 
01.1 le toit et le mur sont de liions chic fer y on 
seroit tente d'adinellre la dernière de ces 
opinions ; car loin de couper ou de croiser 
les strates de la roche ( que/'gestcin ) , la l'cta 
a exactement la même direction et la même 
inclinaison que ses strates : mais une couche 
mélcdlifèro y qui a été Ibraiée à la même 



cTiAPirnE XI. 



.Mj5 



époque que toute la masse de la monla«;iie 
dans laquelle elle se trouve, peul-elle passer 
d'une roeliesupri ioure à une l'iK'he inférieure, 
du porphyre au srliisle argileux? Si la iwta 
madve étoit réellement une conclu; , on ne 
tfouveroit pas renfermés dans sa masse des 
l'ragniens anguleux de son toit , comme on 
l'observe eommunément sur des j)oinLs où 
le toit est un schiste chargé de cavhouc , et 
le. mur un schiste t(il<niri(.r. Dans un iilon , 
le toit et le iniir sont censés antérieurs à la 
Connalion de la feiite et aux minéraux (pit 
l'ont successivement remplie; mais une couche 
a préexisté induhilablement aux strates de l.i 
roche qui forment son toit : il en résulte 
que l'on peut découvrir dans une couche 
des fragniens du w///'^ mais jamais des mor- 
ceaux détachés du toit. 

La vota madré de Ciuanaxuato offre 
Texeniple extraordinaire ' d'une fente qui 
s'est formée selon la direction et l'inclinaison 

» M. Wcrner , Jans l'a Théorie îles filons ( J. 2) , Hit 
expressément « que les giies de minerais coupent 
« pranque toujours les bancs fie la roche. » Ce grand 
miaéralogislc paroit avoir voulu iiu!i(iucr par ais 



Jli 



3g6 LIVRE IV, 

des strates de la roche : vers le sud-est, 
depuis le ravin de Serena , ou depuis les 
miues folblement travaillées de Belgrado et 
de San Bruno jusqu'au delà des mines de 
Marisanehez, elle parcourt des montagnes 
porph jritiques ; au nord-est, à partir dès le 
puits de Guanaxuato jusqu'au Gerro de 
Buenavisla et à la Canada de la Virgen , elle 
tr.iverse le thonschicfcr ou schiste argileux : 
sa puissance varie comme celle de tous les 
filons de l'Europe : lorsqu'elle n'est pas 
ramifiée y elle n'a commiménient que 12 à 
i5 mètres de largeur; quelquefois elle est 
étranglée ' même jusqu'à un demi-mètre de 
puissance : le plus souvent on la trouve par- 
tagée en trois masses ( cuerpos ), qui sont 
séparées ou par des bancs de roche {caballos) , 
ou par des parties de la gangue presque 
dépourvues de métaux. Dans la mine de 
Valenciana, la veta madré a été trouvée 
sans ramification y et de 7 mètres de largeur, 

mois , qu'il peut exister «Je vrais filons qui soient 
parallèles aux feuillets d'un schiste argileux ou 
micacé. 

^ A \di plues d'assemblage du puits de Sinio ChrUto 
de Burgos , dans la mine de Valenciana. 



% 
I; 



CHAPITRE XI. 3f)7 

depuis la siirHice du sol jusqu'à la profondeur 
de 170 mètres. A ce point elle se di\ise 
en trois branches , et sa puissance , en comp- 
tant du tiiur au toit de la massa entière y est 
de 5o , quelquefois même de 60 mètres. De 
ces trois branches du filon, il n'y en a gé- 
néralement qu'une seule qui soit riche en 
métaux : quelquefois, lorsque toutes les trois 
se joignent et se traînent y comme à Valen- 
ciana , près du puits de San Antonio , à 
T)00 mètres de profondeur, le filon offre 
d'immenses richesses , sur une puissance de 
plus de 25 mètres. Dans la pertinencia de 
SarUa Leocadia y. on observe quatre branches. 
Un trwn , dont l'inclinaison est de 65", se 
sépare de la branche inférieure ( cnerpo 
haxo) , et coupe les feuillets de la roche du 
mur. Ce phénomène, et le grand nombre de 
druses garnies de cristaux d'améthyste que 
Ton trouve dans les mines de Rayas, et qui 
affectent les directions les plus différentes, 
suffiroient pour prouver que la i^eta madré 
est un filon et non une coiicJie. D'autres 
preuves, non moins convaincantes, pour- 
roient être tirées de l'existence d'un filoi^ 
( vêla del caliche ) exploité dans la pierre^ 



3<j8 LIVRE IV, 

calcaire compacte irAnimas, et qui , parallèle 
au filon principal de Guanaxuato, a présenté 
les mêmes minerais d'argent. Trouve-t-on 
jamais celte îchnlité de formation entre deux 
couches métallifères qui appartiennent à des 
roches d'une ^//<:/W/W6?/c' très-différente? 

Les pelils ravins dans lesquels se divise la 
vallée delMarfil paroissent avoir une influence 
marquante sur la richesse de la vcta madré 
de Guanaxuato. Cette dernière a donné le 
plus de métaux là où la direcdon des ravins ' 
et la pente des montagnes (Jlaqueza delceiro) 
ont été parallèles à la direction et à l'incli- 
naison du filon. Quanti on est placé sur la 
hauteur de Mellado, près du puils qui a été 
creusé en i558, on observe qu'en général la 
veta madré est la plus abondante en minerais 
vers le nord-ouest, vers les mines de Cata 
et de Valenciana; et qu'au sud-est^ vers 
Rayas et Santa Anita, les produits ont été 
à la fois plus riches, plus rares et plus 
inconstans. Il existe en outre, dans ce célèbre 
filon, une certaine région moyenne, que 
Ton peut regarder comme un dépôt de 



> Ceux d'Acabuca , de Ravas et de Seclio. 



CHAPITRE XI. 399 

grandes richesses ; car au-dessus et au-dessous 
de cette région, les minerais ont été d'un 
contenu d'argent peu consiiiérable. A Valen- 
ciana, les nii/teniis riches ont été les plus 
abondans eiilre 100 et 5/|0 mètres de pro- 
fondeur au-dessous de l'embouchure de la 
galerie. A Rayas , cette al)ondance s'est 
montrée dès la surface du sol ; mais aussi 
la «galerie de Valenciana, d'après mes me- 
sures ' , est percée dans un plan cpii est de 
106 mètres plus élevé que l'embouchure de 
la galerie d'écoulement de l\ayas ; ce qui 
pourroit faire croire que le dépôt des grandes 
richesses de Guanaxuato se trouve , dans cette 
partie du filon , entre 2100 et 1890 mètres 
de hauteur absolue au-dessus du niveau de 
l'Océan. Les ombrages d'exploitation les plus 
profonds de la mine de Piajas ( los planes ) 
n'ont pas encore atteint la limite inférieure de 
cette région moyenne-, tandis que le fond 
( das tiefste ) de la mine de Valenciana , la 
galerie de San Bernardo , a malheureuse- 
ment déjà dépassé cette limite de plus de 



* Voyez mon Recueil d' Observations astronomiques , 
Vol. I, p. 3a4; n.*» 332-357. 



400 LIVKE IV, 

yo mèlres : aussi la mine de Rayas continue- 
t-elle de l'ournir des minerais extrêmement 
liclies, tandis qu a Valenciana on cherche 
depuis quelques années à suppléer, par l'ex- 
traction d'une plus grande quantité de 
minerais, au défaut de leur valeur intrinsèque. 
Les snhslanres minérales ( i constituent 
la masse du filon de Guanaxnalo sont du 
quartz commun j de l'améthyste, du carbonate 
de chaujCy du spath perlé, du hornstein 
écailleux , de Wirgcnt sulfuré, de ï argent natif 
ramuleux, de l'argent noir prismatique, de 
l'argent rouge foncé, de For natif^ de la 
galène argentifère , de la blende brune, du 
ferspatliique et des pjrites de cuivre et de fer. 
On observe en outre, quoique Inen plus 
rarement , du feldspath cristallisé ( le quartz 
rhomboïdal des minéralogistes mexicains ) , 
de la calcédoine, de pelites masses de spath- 
lluor , du quartz filamenteux ( haarfôrmiger 
(juartz)y du fahlerz , et du plomb carbonate 
bacillaire. L'absence du sulfate de baryte et 
de l'argent muriaté distingue la formation du 
iîlon de Guanaxuato de celle de Sombrerete, 
de Gatorce, de Fresnillo et de Zacatecas. 
Lçs iiiinéralogistcs qui s'occupent de l'élude 



CHAPITRE XI. 40I 

des formes régulières trouvent dans les mines 
de Guanaxuato une grande variété de cris- 
taux, surtout parmi Içs minés d'argent sulfuré, 
rouge et noir, parmi les spaths calcaires 
et le bmunspnth ' (chaux carbonatée bru- 
nissante ). 

Labondand.j des eaux qui filtrent à travers 
les fentes de la roche et de la gano-ue, 
varie singuUcrement sur les difFérens points 
du filon. Les mines d'Animas etdela Valen- 
ciana sont entièrement sèches , quoique 
les ouvrages d'exploitation de la dernière 
occupent une étendue horizontale de i5oo 
et une profondeur perpendiculaire de 
5oo mètres. Entre ces deux mines , dans 
lesquelles le mineur est incommodé par la 
poussière et par une chaleur extrême % se 
trouvent les mines de Gâta et de Tepejac , 

> Sur le spath perlé de Guanaxuato, V. Klaprotlis 
Beitràge, B. IV, p. 198. Cette variété de hraunspath 
présente des cristaux microscopiques, imbriqués et 
réunis en baguettes très-minces. L'enlacement de ces 
baguettes {parUlas) est si régulier, qu'elles forment 
constamment des triangles équilatéraux. 

2 De 22" à 27" centigrades j la température de l'air 
extérieur étant à i/**. 

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402 I^ÏVBE IV, 

qui sont restées inondées, parce qu'on a 
manqué de forces mécaniques pour puiser 
les eaux. A Rayas, l'épuisement se fait d'une 
manière très-dispendieuse, par des haviteh 
à mulets, placés dans l'inlcrieur des tra- 
çersesj et soulevant l'eau, non par des 
pompes, mais par le jeu de chapelets à 
caissons, d'une construction très-imparfaite. 
On est étonné de voir que des mines d'une 
richesse aussi considérable n'ont pas de 
galerie d'écoulement ' , tandis que les ravins 
voisins de Gâta et de Mardi, et les plaines 
de Temascatio, qui sont plus basses que le 
fojid de Valenciana , paroissent inviter les 
mineurs à entreprendre des ouvrages qui 
serviroient à la fois à l'écoulement des eaux, 
au roulage et au transport des minerais vers 
les usines de fonte et d'amalgamation. 
La Falenclcina offre l'exemple presque 

1 Dans le dlstrîcl des mines Je Freiberg , qui cepcn- 
liant ne fournissent annuellement pas la s(?ptième 
partie de l'argent qu'on extrait de la seule mine de 
Valenciana, on est parvenu à percer deux galeries 
d'écoulement, donll'une a 63,2i3 mètres (32,433 » ) ; 
l'autre , 57,3io riièlres ( 29,5o4 t. ) de longueur. 
(Voycï CUap. YIH, T. Il, p. 210.) 



CHAPITRE XI. 4o3 

unique d'une mine qui , depuis quarante ans, 
nu jamais donné à ses propriétaires moins 
de deux à trois millions de francs de profit 
annuel. Il paroit qne la partie du filon de 
Guanaxuato qui s'étend de Tepeyac au nord- 
ouest, avoit été foiblement exploitée vers la 
fin du seizième siècle. Depuis cettu époque y 
toute cette contrée étoit restée déserte, et 
ce ne fut qu'en 1760, qu'un Espagnol, qui 
avoit passé très-jeune en Amérique, attaqua 
le filon dans un de ces points que Ion avoit 
cru jusque-là dépourvu de métaux {emboras^ 
cado). M. Obregon ' (c'étoitle nom de cet 
Espagnol) étoit sans fortune; mais jouissant 
de la réputation d'un homme de bien , il 
trouva des amis qui lui avancèrent de temps 
en temps de petites sommes pour continuer 
ses travaux. En 1766 les ouvrages d'exploita- 
tion avoioî^ déjà plus de 80 mètres de 
profondeur, et encore les frais surpassoient 
de beaucoup la valeur du produit métallique. 
Passionné pour les mines, comme d'autres le 
sont pour le jeu , M. Obregon aimoit mieux 
s'imposer toutes sortes de privations que 



»Yo)'ez Chap. Vir, T. II, p. 27. 



26' 



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4o4 LIVRE IV, 

d'abandonner son entreprise. L'année 1767 
il entra en soeiété avec un petit marchand 
de Ravas, îippelé Otero : pou voit-il espérer 
alors que, dans l'espace de quelques années, 
lui et son ami seroient les particuliers les 
plus riches du Mexique et peut-être du monde 
entier? En 1768 on commença à extraire de 
la mine de Valenciana une quantité de mi- 
ner.ûs d'argent assez considérable. A mesure 
que le puits gagna en profondeur, on s'ap- 
procha de cette région que nous avons 
décrite plus haut comme le dépôt des grandes 
richesses métalliques de Guanaxuato.En 1771 
on retira de h perlinencia de Dolores des 
masses énormes d'argent sulfuré, mêlé d'ar- 
gent natif et d'argent rouge. Depuis cette 
époque jusqu'en i8o4, où je quittai la 
Nouvelle-Espagne, la mine de Valenciana n'a 
cessé de fournir annuellement un produit 
d'argent de plus de quatorze millions de 
livres tournois. Il y a eu des années si pro- 
ductives , que le profit net des deux pro- 
priétaires de la mine s'est élevé à la sonnne 
de six millions de francs. 

M. Obregon, plus connu sous le nom de 
comte de la Valenciana, conserva, au milieu 






! 



CHAPITRE XI. 4o5 

d'une richesse immense , cette simplicité de 
mœurs et cette franchise de caractère qui le 
distinguo iont dans des temps moins heureux. 
Lorsfpi'il attaqua le fdon de Guanaxuato , 
au-dessus du ravin de San Xavier, les 
chèvres paissoient sur celte même colline 
où, dix ans après, il vit se l'ormer une ville 
de sept à huit mille habitans. Depuis la 
mort du vieux comte et de son ami Don 
Pedro Luciano Otero, la proprièlé de la 
mine est partagée entre plusieurs (amilles '. 
J'ai connu à Guanaxuato deux fils mineurs 
de M. Otero, dont chacun possédoit , en 
argent comptant, un capital de six millions 
et demi, sans compter le revenu annuel de 
la mine, qui s'élevoit à plus de 4oo,ooo francs. 
On doit être d'autant plus étonné de la 
constance et de l'égalité du produit de 
la mine de Vi:lenciana , que l'abondance 
des mines riches a considérablement dimi- 
nué, et que les frais d'exploitation ont 
augmenté dans une progression effrayante, 

* La propriété de Valenciana est divisée en vingt- 
quatre actions , appelées havres, dont dix appartiennent 
aux descendans du comte de la Valenciana , douzo à 
la famille d'Oloro, et deux à celle de Sanlana. 



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4o6 LIVRE IV, 

depuis que les oiivrasycs ont atteint une 
profondeur perpendiculaire de 5oo mètres. 
Le percement et le muraillemenl des trois 
anciens puits de tirage ont coûté au vieux 
comte de la Valenciana près de six millions 
de francs ; savoir : 

Le puits carré de San Antonio, 
o\xtiroinejo,qai a 227 mètres de 
profondeur perpendiculaire , et piètres. 

quatre haritels a chevaux y 096,000 

Le puits carré de Sanlo Ghristo 
deBurgos, qui a i5o mètres de 
profondeur, et deux baritels à 
chcK^aux y. . . 95,000 

Le puits hexag-one de Nuestra 
Senora de Guadalupe {tifo nuevo) , 
qui a 545 mètres de profondeur 
perpendiculaire, et six baritels à 
chevaux y 700,000 

Frais des trois puits 1,191,000 

Depuis douze ans on a commencé à creuser 
en plein roc, dans le toit du filon , un nouveau 
puits de tirage ( tiro gênerai ) , qui aura 
l'énorme profondeur perpendiculaire de 



CIIAPITUE \I. /|07 

5i4 mètres ', en aboiilissant ^wfond ailuel 
lie la mine ou aux planvs du San Bevnurdo, 
Ce puits, qui se trouvera placé vers le cenlic 
des travaux, dimimiera considérahloment le 
noud)rc dos 900 mineurs (/tv//7^*/'o.v) empli)} es 
comme bètes de somme pour ])ortcr les 
minerais kww jfluccs d\ifiscmhla*^(' supérieures. 
Le liro geiwral , qui coûtera plus d'un million 
de piastres, est octogone, ayant 2G",8 do 
circonférence. Son muraillement est de la 
plus grande beauté. On croit qu'en 181 5 il 
pourra atteindre le fdon , quuiqu'au mois de 
septembre i8o5 il n'eût encore que 184. mètres 
de profondeur. Le percement de ce puits de 
tirage est une des entreprises les plus grandes 



I'! 



* Je réduis les varas mexicanas d'après le principe 
qu'une uara est égale à o"'-,839 ou uneloise:^2.33:ifa- 
ras mexicanas. (Voyez ci-dessus, T. H, p. 244.) On 
regarde dans le pays la mine de Talenciana comme la 
plus profonde que les hommes aient creusée. A la 
même époque où je mesurai les planes de San Ber- 
nardo , la mine Berchert Gluck , à Freibcrg , en Saxe , 
avoil atteint 44/ mètres de profondeur pcrpendicu"- 
laire. On croit qu'au seizième siècle les travaux des 
mineurs saxons, sur le filon Jller Thurmhof ^ alloient 
jusqu'à 545 mètres de profondeur. 



Jà 



4o8 LIVRE IV, 

et les plus courageuses que présente Thistoire 
de l'exploitation des mines. On pourroit 
cependant révoquer en doute si, pour di- 
minuer les frais de transport et de lirao-e , il 
a été utile de recourir à un remède qui est 
lent à la fois, dispendieux et incertain. 

Les frais d'exploitation de la mine de 
Valenciana ont été, année commune. 

De 1787 à 1791» de 4io,ooo piastres. 
1794. 1802, 890,000 

Quoique les frais aient doublé , le profit des 
actionnaires est à peu près resté le même. Le 
tableau suivant donne l'état ' de la mine dans 
les derniers neuf ans. 



* Estado que manifieata elvalor de losfrutos que ha 

producido la mina de Valenciana , costa de sus memo' 

rias y liquida producto , a favo^ de sus duenos ; lo 

présenta Don Joseph Antonio del Maso , al Excellent 

tissimo Senor Virey de Nueva Espaha Don Joseph de 

Yturigarray , el 3 dejulio i8o3. (Manuscrit. ) 



CHAPITRE xr. 



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4lO LIVRE TV, 

Il résulte tic ce tableau , que le profit net 
des actionnaires a été dans ces derniers temps, 
année commune, de 64o,ooo piastres '. Eu 
l'an 1802, les circonstances ont été singu- 
lièrement déflivorables ; la majeure partie 
des minerais étoient très-pauvres, et leur ex- 
traction infiniment coûteuse; en outre, les 
produits se vendoient à des prix très - bas , 
parce que le manque de mercure entravoit 
l'amalgamation , et que toutes les mines 
étoient encombrées de minerais. L'année 
j8o3 promettoit plus d'avantages aux pro- 
priétaires , et l'on comptoit sur un profil net 
de plus d'un demi-million de piastres. J'ai vu 
vendre, par semaine , à Valenciana , pour 
27,000 piastres de minerais d'argent : les irais 
s'élevoient à 17,000. A Rayas, le profit du 
propriétaire étoit plus grand, quoique la 
production fût moindre : cette mine four- 
nissoit, par semaine, pour i5,ooo piastres de 
minerais , tandis que les frais d'exploitation 
ne montoient qu'à 4ooo piastres ; effet de la 

> Au delà tle 3,3fio,ooo livres tournois. Le bénéfice 
distribué annuellement aux actionnaires du district de 
Freiberg (le profit net des propriétaires des miaes) 
ne s^'ilève qu'à 260,000 livres. 



CHAPITRE XI. 



/m 



richesse des minerais, de leur concentration 
dans le lilon , du peu de profondeur de la 
mine , et d'un tirage moins coûteux. 

Pour se former une idée des avances énor- 
mes qu'exige l'exploitation de la mine de Va- 
lenciana , il suffit de rappeler ici que , dans 
son état actuel , il faut compter annuellement 

,. {en iournt^es de imiiieuis, 
liv 1 ' 

3/ ) trieurs, maçons, et autres 

,4oo,ooo< . ^ , ' 

1 ouvriers employts uan» 

( la mine. 

'^cii poudre , suif, bois. 



cuir 



acier 



et autres 



ï,100,000{ , , 

1 matériaux dont la mme 

a besoin. 

Total de dépense. ^i,5oOjOqo 

La consonmiation de la poudre seule a été 
de /|Oo,ooo livres par an; celle de l'acier 
destiné à la fabrication des ponilroles et des 
Jlcurets , de i5o,ooo livres. Le nombre des 
ouvriers qui travaillent dans l'intérieur de la 
mine de Valenciana s'élève à dix-huit cents : 
en y ajoutant treize cents personnes (hommes, 
femmes et enfans) qui travaillent aux havhcls 
a chevaux y au transport des minerais et aux 
bancs de triage y on trouve que trois mille 
cent individus sont employés aux divers tra- 
vaux de la mine. La direction de la mine est 



II 



4l2 LIVRE IV, * 

confiée àun administiateur, quia 60,000 llv. 
de rente , et entre les mains duquel il passe 
par an plus de 6 millions de francs. Cet ad- 
ministrateur, qui n'est contrôlé par personne, 
a sous ses ordres un obersteiger (ininero), trois 
imtersteîger ( sottomineros ) et neuf maitreS' 
mineurs ( mandoncs). Ces chefs visitent jour- 
nellement les travaux souterrains , portés par 
des hommes ' qui ontune sorte de selle attachée 
au dos, et que l'on désigne par le nom de 
petits chevaux {cc<i>allit os). 

Nous terminerons cette notice sur li T'-ie 
de Valenciana, en présentant, dans un tableau 
comparatif, l'état de cette exploitation mexi- 
caine et celui de la célèbre mine de Him- 
melsfûrst'' , située dans le district d^ Freiberg*. 
Je crois pouvoir me flatter que ce tableau 
fixera l'attention de ceux qui considèrent 
l'étude de l'administration des m'nes comme 
un objet important de l'économie politique. 



> Sur la manière extraordinaire de voyager ci dos 
d'Jiojnme , voyez mes Vues des Cordillères , PI. V. 

^ Tout ce qui , dans le tableau suivant , « '•apport à 
cette mine, que j'ai eu occasion de visiter souvenv 
en 1791, "Pst tiré de l'ouvrage de M. JDaubuis&on , 
T. 111, p. 6-45. 



t 



CHAPITRE XI. Z|^l3 

Tableau comparatif des mines de V Amérique et de l'Europe. 




?rodiiit métal tique. 

Frais et dépenses 
delaniine(sonmie 
totale) 



A M É K 1 Q L L. 

[INE HE VALENCIANA, 

plus ri c lie des mines 
du Mtxicjtie. 

(' Hiiiil. de la .suil';uc <lii, sol 
a II -lie.. s II -i (lu niviaii du lu 
iiii-r . Q.ïjo lnl■t^l■^. ) 



56o,ooo marcs d'argeni. 
5,000,000 de liv. tournois 



Profit net des ac-)rr ,. 

tionnaires J3,ooo,ooo liv. 



Le quintal de mi 
nerai contient en ^4 onces 
argent 



Vombre des ou 
vriers 



joioo Indiens et Métis ,i 700 mineurs , dont 55o 
/ dont 1800 dans l'nité- > dans riniérieur de Ja 
( rieur de la mine I mine. 



tu nu E. 



MINE DE HIM.MELSFÏÏRST 



la pi 



US riclie 



des m 



mes 



le Saxe. 

( ll^iiil. (!,. la suilai^e du s >l 
.iu-(Ir--iiH du iiiv'iiii dr !.. 
iii'T , 110 m- lii-s. ) 



10,000 marcs d'argent. 
24o,ooo liv. tournois. 

90,000 liv. 

6 à 7 onces d'argent. 



'rix de la iournéf) c - /: i- 

du mineur [5 a 6 liv. tournois, 



18 



10 sous. 






(+00,000 livres tournois, 27,00' livres tournoi 
'epense en poudre./ (à peu prè^ xGoo quin-V ( .. peu près 270 quin 
f taux) . \ taux). 



Quantiit' de mine-\ 
rais livr«:s à la f 
fonte et à ramal-/'72'*'*'°° quaitaux. 
gamation j 



i4,ooo quintaux. 



Un fîi'n souvent divisé vr-- n • • 

, en trois branches j^ * "q f'ons .principaux , 

P''ons l 4o à 5o mènes depuis. V.- ^*'"'' ^ "■"'" ^^' 

sance ( dans le thon- i «""♦"•'•^s de puissance 
schu'ftr ) I y '^""* '«^ ^«t^i6-5 ). 

Huit pieds cubes pat 
minute. Deux roues hy- 
drauliques. 



au. 



Vo fondeur de Ja 
mine 



Pas d'eau . 
5i4 mètres 



33o mèfes. 



4l4 LIVRE IV, 

On comptoit , en 1 8o5 , dans loiitle district 
des mines de Giianaxuato, cinq mille mineurs 
et ouvriers employés au triage , à la fonte 
et à l'amalgamation ; dix-huit cent quatre- 
\in<H'Seize arastres ou machines pourréduire 
les minerais en poudre , et quatorze mille 
six cent dix-huit mulets destinés à mouvoir 
les baritels et à fouler , dans des usines 
d'amalgamation , la farine des minerais mêlés 
iH > le mercure. Les arastves de la \ille de 
Gui. axnato broient , lorsqu'il y a abondance 
de mercure, onze mille trois cent soixante- 
dix quintaux de minerai par jour. Si l'on 
se rappelle que le produit en argent est 
annuellement de cinq à six cent mille marcs, 
on trouve de nouveau y par cette donnée , 
que le contenu mojen des minerais est ex- 
trêmement petit. 

Les célèbres mines de Zacatecas , que 
Roberlson ' nomme , j'ignore par ,uel motif, 
Sacotecas , sont , comme nous l'avons déjà 
observé , plus anciennes que les mines de 
Guanaxuato : leur exploitation a commencé 
immédiatement après celle des filons de 



* HhtQry of America , Vol. II, p- 38*1. 



CHAPITRE XI. 4^5 

Tasco , Ziiltepèqiie , Tlapujahua et de Pa- 
chuca.Ellessont placées su rie plateau central 
des Cordillères qui s'abaisse rapidement vers 
la Nouvelle-Biscaye et vers le bassin du Rio 
del Norte. Le climat de Zacatecas , de même 
que celui de Catorce , est sensiblement plus 
l'roid que le climat de Guanaxuato et de 
Mexico. Des mfîsures barométriques décide- 
ront un jour si cette différence est due à une 
position plus septentrionale, ou bien à l'élé- 
vation des montagnes, 

La nature des premiers a été examinée 
par deux minéralogistes très-instruits, l'un 
Saxon et l'autre Mexicain, par MM. Son- 
neschmidt ' et Valencia. D'après l'ensemble 
de leurs observations, il paroît que le district 
<les mines de Zacatecas ressemble beaucoup, 
quanta sa constitution géologique, à celui 
de Guanaxuato. Les roches les plus anciennes 
qui se montrent au jour sont syénitiques : 
sur elles repose du thonschiefcr , qui, par 
les couches de pierre lydique , de graïiwakka 
et de roche verte (gninstein ) qu'il renferme, 

> Beschreibung der Begu^erks-Refiere von Mexico , 
|ï. 166-237. Descripcion geognostica del Real de Zaca- 
tecas, perDun Ficente Valencia. (Manuscrit.) 



4i6 



LIVRE IV 



i.* 



se rapproche du schiste argileux ^^ transition. 
C'est dans ce thonschicfer que se trouvent 
Ja phipart des filons de Zacatecas. La veta 
grande, ou le filon principal^ a la même 
direction que la veta madré de Guanaxuato : 
les autres sont g-énéralemeti* dirigés de lest 
à l'ouest '. Un porphyre dépourvu de métaux, 
et formant de ces rochers nus et tailMs à pic, 
que les indig-ènes appellent huffas , couvre 
en plusieurs endroits le thojischlefer ^ surtout 
du côté de la Pailla de Xeres , où s'élève, 
du sein de ces formations porphyritiques , 
une montagne en forme de cloche, le cône 
basaltique de la Campa"a de Xeres, Parmi 
les roches secondaires de -?^cicatecas on ob~ 
serve, près de l'usine de la Sauceda , de la 
pierre calcaire compTtcte, dans laquelle M. Son- 
neschmidt a aussi découvert de la pierre 
Ijdique, un grès ancien {urfelsconglomerat) 
enchâssant des fragmens de granité % et un 
agglomérat argileux et feldspathique , que ^ 
Ton confond facilement avec le grauwakke 

* Sohre laformacion de las vetas , per Do?i Andics 
del Rios. (Gazetade Mexico, T. XI, ii. 5i. ) 

• Dans le ravin qui conduit de Zacalccas au cou- 
vent de Guadalupc. 



^mmmimiim 



CHAPITRE Xï. 4i^ 

des minéralogistes iillemands. La présence 
de lu pierre Indique dans la pierre Cidcaire 
pourroit faire croire que cette dernière roche 
appartenoit au calcaire de transition ( ûùer^ 
gangskalksteiii ) qui paroît se montrer au 
jour dans le Cerro de la Tinaja ^ à huit lieues 
au nord de Zacatecas ; mais je dois rappeler 
ici que sur les cotes de rAniérique méridio- 
nale , près du Morro de Nueva Barcclona , 
j'ai trouvé du A/6'AW.sr/f/e/é'/- formant des cou- 
ches subordonnées dans un calcaire qui est 
indubitablement secondaire. , , , 

L'aspect sauvage des montagnes métalli- 
fères de Zacatecas contraste singulièrement 
avec la grande richesse des fdons qu'cHcs 
renferment : cette richesse s'est montrée, 
et ce fait est très-remarquable, non dans- 
les ravins et là où les filons parcourent la 
pente douce des montagnes, mais le plus 
souvent sur les sommets les plus élevés , 
sur des points où la surface du sol paroit 
avoir été déchirée tumultueusement dans les 
anciennes révolulious du globe. Les mines 
de Zacatecas produisent, année commune, 
2000 à 3ooo barres d'argent, à i54 marcs- 
chacune., 
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4i8 iivue IV, 

La masse des filons de ce district renferme ' 
une grande variété de métaux; savoir : le 
quartz , le hornstein écailleux , le spath cal- 
caire , un peu de sulfate de baryte et de 
braunspath s largent noir prismatique, ap- 
|)elé dans le pays azul acerado j l'argent 
sulfuré ( azul plomilloso ) , mêlé d'argent 
natif ; l'argent fuligineux ( silhersckwàrze des 
Allemands, ;?o^or///a des Mexicains); l'argent 
rhuriaté gris de perle , bleu , violet et vert 
poireau {plata parda azul et verde ) , à des 
profondeurs peu considérables ; un peu d'ar- 
gent rouge {petlanque ou rosicler) et d'or 
natif, surtout au sud-ouest de la ville de 
Zacatecas; le plomb sulfuré argentifère {so- 
roche plomoso reluciente et tesertote ) ; le 
plomb carbonate ; le zinc sulfuré noir , brun 

* Sonneschmidt , p. i85. Les minerais que lesliabl- 
tans de Zacatecas appellent copatillo, métal cenizo et 
métal azul de plata , paroissent à ce savant des mé- 
langes de galène, d'argent sulfuré et d'argent natif. 
J'ai cru devoir consigner ici cette synonymie des 
minerais mexicains , parce que la connoissance en est 
très-importante pour le minéralogiste voyageur. Voyez 
Onrcès, JVueua Teoria del bénéficia de los metales j 
p. 87, ia4et i38. 



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CHAPITRE XI, /flQ 

et jaune ( estoraque et ojo de vivora) ; la 
pyrite de cuivre et de fer ( bronze nochistle 
ou dorado et bronze chino ) ; le fer oxidulé 
magnétique ; le cuivre carbonate bleu et vert, 
et l'antimoine sulfuré. Les métaux les plus 
abondans du célèbre filon appelé la iwta 
gî^ande sont l'argent noir prismatique {sprod- 
glaserz), l'argent sulfuré ou vitreux, mêlé 
d'argent natif, et le silberschwârze. 



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TABLE DES MATIÈRES 



CONTENUES DANS CE VOLUME. 



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I 



Pag, 



JiVRE IV. État de l* agriculture de la Nou- 
rell€-E.spagne. — Mines métalliques. 

CuAP. IX. FreductioDS végétales du territoire i '-^ 
mexicain. — Progrès de l» culture du sol,-^ 
Influence des mines sur le défrichement. 
— Plantes c^ui servent à la nourriture de 
r homme. \ 

Cmaf. X. Plantes qui fournissent les ma- 
tières premières aux manufactures et au 
commerce. — éducation des bestiaux. — 
rèche. — Produit de l'agriculture, estimé 
d'après la valeur des dîmes. 168: 

CriAp. XI. Etat des mines de la Nouvelle- 
Espagne. — Produit en or et en argent. — 
Bichesse moyenne des minerais. — Consom- 
mation annuelle de mercure diins le procédé ' 
de Tamalgamation. — Quantité de roétau:: 
précieux qui depuis la conquête du Mexique 
ont reflué d'un continent dans l'autre. ^293 



UN 1>U TROISIEME VOLUME. 



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