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Full text of "Recueil de voyages au nord [microforme] : contenant divers mémoires très utiles au commerce & à la navigation"

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Photographie 

Sciences 

Corporalion 








23 WIST MAIN ITRMT 

WnSTM,N.Y. I45M 

(7U) •73-4503 



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CIHM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CIHIVi/JCIVIH 
Collection de 
microfiches. 




Canadian Institut* for Historical Microreproductions / Institut canadien de microreproductions historiques 




Tftchnical and'Bibliographic Notes/Nota* taehniquaa ot bibliographiquaa 



Tha Instituée bas attamptad to obtain tha bast 
original copy availabla for filming. Faaturat off tbia 
copy which may ba bibliograpbicaily uniqua. 
which may altar any of tha imagaa in tha 
raproduction, or which may aignifficantly changa 
tha usuai mathod of filming, ara chacicad baiow. 



n 



D 







n 



n 







Coiourad covars/ 
Couvartura da coulaur 



I I Covars damagad/ 



Couvartura endommagea 

Covars rastorad and/or iaminatad/ 
Couvartura rastauréa et/ou pallicuiéa 



I I Covar titia missing/ 



La titre da couvartura manque 



I I Coiourad maps/ 



Cartes géographiques en couleur 

Coloured init (i.e. other than blua or black)/ 
Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 



I I Coloured plates and/or illustrations/ 



Planchas et/ou illustrations an coulaur 

Bound with other matériel/ 
Relié avec d'autres documents 



r~T| Tight binding may cause shadows or distOition 



along Intarior margin/ 

La re liure serrée peut causer de l'ombre ou de la 

distortion le long de le marge intérieure 

Blank leaves addad during restoration may 
appeer within tha text. Whenever possible, thèse 
bava been omitted from filming/ 
Il se peut que certaines pages blanches ajoutées 
lors d'une restauration apparaissant dans la texte, 
mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont 
pas été filmées. 



Additional commenta:/ 
Commentaires supplémentaires: 



Pagination multiple. 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire 
qu'il lui a été possible de se procurer. Les détails 
da eut exemplaire qui sont peut-être uniques du 
point de vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une image reproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dana la méthode normale de f limage 
sont indiqués ci-dessous. 



r~1 Coloured pages/ 



D 



Pagaa de couleur 

Pages damagad/ 
Pages endommagées 

Pages restored and/oi 

Pagaa restaurées et/ou peliic^iebs 

Pages discoloured, stained or foxei 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 

Pages detachad/ 
Pages détachées 

Showthrough/ 
Transperence 

Quality of prin 

Qualité inégale de l'impression 

Includes supplementary matarii 
Comprend du matôriel supplémentaire 

Only édition availabla/ 
Seule édition diaponibia 



I — I Pages damagad/ 

I I Pages restored and/or Iaminatad/ 

j~^ Pages discoloured, stained or foxed/ 

I I Pages detachad/ 

rTj Showthrough/ 

I I Quality of print varies/ 

I I Includes supplementary matériel/ 

I — I Only édition availabla/ 



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met 



Pages wholly or partially obscurad by errata 
slips, tissuas. etc., hava been refilmed to 
ensure the best possible image/ 
Les pages totalement ou partiellement 
obscurcies par un fouillât d'errata, une pelure, 
etc., ont été filmées à nouveau de façon à 
obtenir la meilleure imege possible. 



This item is filmed et the réduction ratio chaciced below/ 

Ce document est filmé au taux da réduction indiqué ci-dessous. 

10X 14X 18X 22X 



26X 



»X 



X 



12X 



1«X 



2DX 



24X 



ax 



32X 



lire 

détails 
JM du 
modifier 
]er une 
filmage 



The copy filmad hère has been reproduced thanks 
to the generosity of : 

National Library off Canada 



The imaoee appearing hère are the best quailty 
potaible considering the condition and legibility 
of the original copy and In keeping with the 
flimlng contract «pecifications. 



L'exemplaire filmé fut reproduit grflce è la 
générosité de: 

Bibliothèque nationale du Canada 



Les Images suivantes ont été reproduites avec le 
plus grand soin, compte tenu de la condition et 
de la netteté de l'exemplaire filmé, et en 
conformité avec les conditions du contrat de 
filmage. 



ées 



Original copies In prlnted paper covers are filmed 
beginning with the front cover and ending on 
the lest page with a prlnted or illustrated impres- 
sion, or the back cover when appropriate. Ail 
other original copies are filmed beginning on the 
first page with a prlnted or illustrated impres- 
sion, and ending on the lest page with a prlnted 
o? illustrated Impression. 



Les exemplaires originaux dont la couverture en 
papier est imprimée sont filmés en commençant 
par le premier plat et en terminant soit par la 
dernière page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration, soit par le second 
plat, selon le cas. Tous les autres exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première page qui comporte une empreinte 
d'Impression ou d'illustration et en terminant par 
la dernière page qui comporte une telle 
empreinte. 



The lest recorded frame on each microfiche 
shall contain the symbol ^»> (meaning "CON- 
TINUED"), or the symbol y (meaning "END"), 
whichever applies. 



Un des symboles suivants apparaîtra sur la 
dernière image de chaque microfiche, selon le 
cas: le symbole -^ signifie "A SUIVRE", le 
symbole V signifie "FIN". 



re 



Maps. plates, charts, etc., may be filmed et 
différent réduction ratios. Those too large to be 
entirely included In one exposure are filmed 
beginning in the upper left hand corner, left to 
right and top to bottom, as many frames as 
required. The following diagrams lllustrate the 
method: 



Les cartes, pi^^ariiches, tableaux, etc., peuvent être 
filmés è des taux de réduction différents. 
Lorsque le document est trop grand pour être 
reproduit en un seul cliché. Il est filmé à partir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche à droite. 
et de haut en bas, en prenant le nombre 
d'Images nécessaire. Les diagrammes suivants 
illustrent la méthode. 



errata 
d to 

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le pelure, 

pon è 



1 2 3 




32X 



1 


2 


3 


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6 




^hisz JUA 




RECUEIL 

DEVOYAGES 

AU NORD, 

Contenant divers Mémoires très 

utiles au Commerce ^ àla 

Navigation» 

TOME PREMIER. 

NOUVELLE EDITION, 

Corrigée & mife en aeilleor prdrçi 



.'■jif 




A AMSTERDAM, 
•'hcK Jbak Frb'ob*ric Bernard* 

M. DGC. XXXI. 



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il SA M A JE S TF 

I M P E* R I A LE, 

ïàE TRE'S HAUT &TRE'S PUISSANT. 
EMPEREUR & CZAR 

des DEUX RÛSSIES , «ccAcAc. 







I R E, ^ 

f€ frens la liherU d'offrir 
mv'otrt M A j e s t e' 1 m*~ 

V ,. *!' PE'-- 



E P I T R E. 

F E R I A L E un Recueil qm 
€ontient divers Voyages cu^ 
vieux , flufieurs^ Mémoires 
ffir le Commerce Ç^ les Na^ 
'vigations du Nord , queL 
el^es Relations des Pays y 
où ^feuuêtre^ on Pourroit aller 
far le Nord^ Oueft &" le 
Nord3fi de l'Europe , &" 
ipfih des Ihftru&iofis fofir 
Voyager utilement. 

Ces Voyages j ces Mi^ 
moires y. ces. Relations Qf 
ces I^ftruBions demandenty 
aujourd'hui . la ProteBion 

^Ugufiè ^^ V O T R E M A- 

j E S T e' I mip j^' r i:a l e. 
ElcJle y verra les Re^ 
thèrchei: de* deux Peufles 
fameux y thbant.de fei^ètrer^' 

danss 



E P I T R E. 

dans les Mers Orientales 

par les Mers dt» Nord : 

Uttr Commerce avantageux 

dans ces mêmes Aden du 

Nord , far deux Pêches dont 

\Us ontfeuis , oufrej({ue feuU 

uefrofiti les gains immenfes. 

Qu'ils font far leurs Colo. 

\nies dans les Pays élot' 

\gne:t - &' les itablijfe- 

mens d'un Peu fie trJs «i- 

telligent dans le Nigoce ,, 

& qui ju/qu'à fr^fent »'« 

\ff>ufert ni Rival , ni Çon* 

eurrent dans le Commerce du 
fafon, 

_ Ces Mémoires , Sire," 
s'adreffent ^VotreMa j es- 

te' I m p e' R4 a l e :i A 

ce Monarque invincible far 

* 5 Mer 






E F I T R E. 

Jider Qf far Terre , illuf 
ire triomphateur de fis 
Ennemis , mais vainqueur 
igénhreuxde ces mêmes Ennemis ^ 
qui Lui font de fuis fiii^e 
mns une guerre aujjifunefle four 
aux y que glorieufi aux Armes 
^^VotreMajeste* Impe'- 
Kl A lé; ProteBeur AugH^e^ 
.des Art s y des Sciences yd'u^om^ 
mer ce & de la Navigation 
dans toute V étendue de Son 
Empire: Ad^aitre Souverain 
de fluftâurs Etats très con-* 
Jidérables , à l'Orient , à 
l'Occident , au Nord Qf 
même au Midi de l'Euro^ 
pe. , î?T0 . -, ^ ^ 

S I II E , c'éfl far les mairie 
Ai ^ us Peufles vivans fous 

t les 



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E r I TU E. 
in a»/pices dâ P^oire M a« 
} a STB' I kp b' R 1 A le) 
itlAtri^ des L nu i t tt b^# 
de S o N E s p a I T , hk^ 
'vez fo^s I4 diligence infati^ 
gable de fis Qonfe4lers ^ 
que l'on njerra un jour les 
Risheffts de l'QricntJe rk^ 
fandre dans V o t r b Ê m p 1- 
R E , Qf couler en fuite dans 
toute l' Europe j far Votre 
fi e' N e' f 1 c E N c E. On verrai 
far cèi hlS^es Peuples les 
Navigations dû Nord fe fer^ 
feBienner , ^^ la commu^ 
niçation ., 4^ MQrient s'ouvrir 
& nûut-'dtvémr plus faci^ 
le. Pmffie:^ f^ous y Sire, 
voir dans toute fa ferfec^ 
iimm Ouvrage fi glorieux , 

U 



E P r T R Ei 

fi utile &" fi nèceffàire au 
^ien fuUic, Ce font les 
vœux très ardens que fait 
aujourd'hui f 

SIRE, 



De Votre Majesté' 
" Impe'riale 

'- ^ - ovy 

•Le très humble i très obéiflknt 
8c très (bumis lervitetirM 



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t. . 



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10 ■ V". -i 






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DIS 




DISCOURS 

RELIMINAIRE. 

Icn n'eft plus utile au Public 

auedesVoyagcs exaé^s & ju* 
icieux,mais rien n'cft pour* 
!tant plus difficile que ces 
' Voyages, fi l'on fait attcn-* 
ion aux qualitez néceflàires, pour être 
habile Voyageur. Il faut même avouer, 
dc' bonne foi qu'il eft prcfque impoffi* 
ble qu'un ieul homme ait toutes les lu* 
miéres que demande la fcience de voya- 

Î;er, telles cjue font PHiftoire Naturelle," 
*Aftronomie, la Géographie, PHydrO} 
graphie, la Morale, le Commerce, Scc 
Ainfi tous les Voyageurs n'ayatit pas étô 
capables de faire les mêmes recherches 6c 
s'etant uniquement appliquez dans leurs 
courts à ce qui iè trouvoit , oti'le plus à 
leur goût , ou le plus à leur portée , il afahi 
Tm^ L A ic 



11" Dificurt prilimmâhiH 

fè contenter de leurs Relations , telles 
qu^ils les ont données; y lire bien des 
choies inutiles » y trouver oien des contfa- 
diâionSypeudVxaâitude, fbuvent beau- 
coup d'ignorance. Heureux encore d'y 
trouver toujours de la bonne foi. 

Cependant comme l'afTemblage de ces 
défauts ne fe trouve pas dans une feule 
Relation médiocrement bpnne, il a falu 
fuppl&r à l'incapacité d'un Voyageur par 
les recherches d*un autre. C'eft appa* 
remment ce qui a engagé Rmufio^ De 
Bry^ Hackluu, Purchas, De Laefj Tbe-^ 
venot^ &c. qui ont ou voyagé eux-mê- 
mes , ou lu exa£tcment les Relations de 
qifférens Voyageurs, à nous donner des 
"Recueils confidcrables & fort utiles au 
Ê>nd4 quelque imparfaits que {byçnt ces 
Voyages pris en détail. 
..Le Recueil que l'on publie àpréiênt, 
Se qui contiendra diverfes Relations cu- 
rieufes j quelques Journaux, & divers Mé- 
Hïprres utiles pour le Commerce & pour 
la Navigation : ce Recueil , dis- je , de- 
mande qu'on difë un mot de ceux qui 
ont voyagé dans les Pays dont on doit 
parler ici dans la fuite. On en jugera 
bien mieux de cet Ouvrage, & l'on ver- 
i:a en quoi il ^ut être meilleur que les 

pré- 



Difcùurs ptéHmimSrt. \it 

précédcns. Nousobfcrverons pour cela 
l'orcke des tems âc des lieux^ j 

i^près les Voyages de Marc Paul, &c. 
depuis l'invention de la Bouflbie , on peut 
dire que la découverte des Canaries par 
Bethencouri dans le commencement da 
quinzième fiéclc eft le premier Voyage 
tin peu remarquable qui fè ibit fait ti- 
rant vers la Ligne, fur l'OrÂw AtlantiqHe. 
Les Portugais & ks Gaftillansfaifant en- 
fuite divers Voyages fur la même route, 
Iccouvrirent les Côtes de l'Afrique, les 
[lies de cette Mer , &c. Barthélemi 
Wiaz doubla le Cap de Bonne Efpërancc 
[à la fin de ce même ficelé, & vifita les 
Côtes Orientales de P Afrique. Fafquez 
\de Gama prit la même route , & leurs 
IfuccefFeurs ou imitateurs pafférent ainfi 
lufqu'aux extrémitçz Orientales de PA*. 
rfie. 

En 1492. Chriflopble Colomb allant 
I découvrir le Nouveau- Monde fous les auft 
pices de la Reine Ifabelle, pafla lesCa^ 
mries, tourna à POueft : il découvrit 
Plie Cuba, \^Efpagnole , les Caribes^ la 
j QmàeloHpe , & la 'Jamaïque, EJe là paiTant 
cnfuite eh Terre-ferme,il en découvrit «ne 
partie, que les Indiens du Pays lui nor;*' 
[nacrent /:**rf<i. Aîfonje Ktgno marcha fuff es 

A % : .; ti'aces. 



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1 1 



tncLUs ^PinzoM'pzttk même depuis jus- 
qu'aux Terres Auftrales. Alfinfe Fogueda^ 
tx.Ùiègp Nicttijfa commencèrent quelque 
établiflèment dansleiV0«vMi»?-^oif</(f9 par 
ordre du, Roi Catholique , de même 
qvL^jinct/Of Lapez d^Olano : Se c'eftainfi 

3ue (è firent les premiers écabliflemens 
e Cartb^iene , de Nue/ira Senora de ia 
Vsttorîa , de Nombre de Dhs , de Sainte Ma* 
fie de Darien^ Scc. Cependant tous ces 
difiérens Chefs de découvertes s'étant 
brouillez entre eux , Icit pour le gou- 
vernement > foit par l*aviditc pour les 
richefiès du Nouveau» Monde ^ peu tî*en fk- 
lut que les Efpagnols ne perdiilènt le 
fruit de leurs décQuyenes 8c de leurs 
nouveaux établiflèmens. Vafco Nunez 
à&Balboa^ un de ces Chefs ^ ayant com- 
me perdu les bonnes grâces du Roi 
Catholique , * réfolut de les recouvrer par 
de lïouvelies découvertes, iiti-averfa le 
Pays jufqiiesà la Mer du Sid^ &navigea 
fur le Golfe de Saint Mn^bel ; mais lui 
& les fiens y çiTuycren: mille dangers , & 
la difcttedcs vivr-s, plus inlupportable 
que toute autre néceflité. Pincelaicmbla- 
bks ZM Midas de la fable; toujpurs dans 
des richefiès immenles, & toujours ptef- 
icz par la faim>9 par lafoif^ £(c. 



ï^fcowrs prMminaire, r* 

SebaphnCayot Vénitien^ tenté partant 
de belles découvertes, équipa deux vaif> 
féaux 9 partit des Ports dMngleterre âc 
navigeajufqu'au 55. degré de Latitude 
Nord . Pidro Aria fut envoyé d'Efpagnc 
pour Gouverneur du Nouveau- Monde^ 
h travailla à affiirer les Voyages de la 
Mer du Suà^ ôc fit conftruire quelques 
Forts pour cet effet. Ses Gens maltrai- 
tèrent extrêmement les Indiens. Qafpard 
Moralezy que ce même Gouverneur en- 
Ivoya, pafla au delà des montagnes vers 
[la Mer du Sud & le Golfe de Saint Michel. 
Plufieurs Capitaines ^ firent ce même Vo- 
yage après A/fr^i^z, commt Gonzalez BO' 
dagiozzo^ Sc autres, qui fâccagérent avec 
toute la fureur des Barbares tes Indiens 
des Pays par où ils pafiérent : mais 
ceux Cl s'étant mis en embufcade, ravi* 
rent à leur tour tout le butin des avares 
Èfpagnols} Juan Soli/to^ Juan Pmce & 
leurs Gens* envoyez à des découvertes 
à peu près dans le même tems, furent 
mangez parle? Sauvages. Vafco Nunez 
méditoit de nouvelles découvertes vers 
le Sud , pour fccouer le joug de Pedro 
Aria Gouverneur des Indes pour le Roi 
d'Efpagne : lorfque celui ci en ayant eu 
le vçnc, le fit arrêter, lui fit (on procès, 



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Vf. Bifc9urî prêiimmaifé: 

& le condamna à perdre la tété. Pedro 
Aria padâ lui-même les tnoiltagnes^ dC 
pénétra jufques à la Mer du Sud, 

Voilà ce qui concerne en général les 
premiers Voyages des Efpagnols dans les 
Indes. Quelques uns de ces Efpagnols 
|>alîerent , comme nous venoris de le dire , 
jufqu'à la Mer du Sud , traverfànt le Con- 
tinent de VAmhique dans fa largeur. 
Mais en 1519. Ferdinand Magellan Por- 
tugais, ayant reçu quelque chagrin de 
la part du Roi Emanuel ion Maitre, fc 
retira à la Coui d'Efpagne. 11 offrit fès 
icrvices au Monarque de cet Etat, & 
propofa un Voyage autour du Monde , 
& la découverte des Iles qui produifènt 
les épiceries. On lui donna cinq vaif^ 
ièaux Se deux cens cinquante hommes 
d'équipage , par ordre de Charles V. 
Il partit de Scvillç le 10. d'Août ifip. 
Apres avoir eflayé en vain de pénétrer 
par la Grande Rivière de la Plata , il &- 
lut hiverner au Port Saint Julien :■ après 
quoi pourfuivant fa courfè, il trouva un 
Détroit commi!niquant à h MerduSud, 
Se que Ton appella du Nom du Cher 
de cette entreprife, h Détroit de Magellan. 
Voilà les prer ikt$ Européens qui pal- 
leitnt de l'Océan Atkntiqm àms \%* 



v^ 






^ 



Dt/eours priliminaire, vnr 

Mer du Suâ^ &C qui tournant autourda 
Globe revinrent chez eux par les Molu^ 
ques 6c le Cap 4e Bonne Efpérance , après 
avoir mis plus de trois ans à ce pénible 



/— ^ N 



Voyage. Ces Voyageurs trouvèrent, a 
rentrée du Détroit dont nous parlons , 
plufieurs fepulchres fur le rivage, où les 
habitans du Pays fe rendoient l'Eté pour 
y enfevelir leurs Morts. • 

En iflf. Garftas de Loayfa Efpagnol 
entra dans le Détroit de Magellan, & 
onna des noms à diverfes Places. SU 
mon de Akazofva fit la même chofè en 
J534. L'Evêque de Placenza fit équi- 
per trois vaifïèaux en 1559., dont un fe 
rendit à Arica dans le Pérou par le Dêfrot$ 
de Magellan. 

En i$77» François Drake Anglois en- 
treprit foi^ fameux V^age autour da 
Monde avec cinq vaifïèaux 6c cent loi- 
xante quatre hommes d'équipage. 11 fit 
voile par le Détrok de Magellan juiqu^au 
Pérou , de là au Mexiqm , vers la Califor^ 
nte^ &c. & s'en retourna en Angleterre 
par les Indes Orientales & le Cap de 
Bonne Efpérance, La tempête iépara 
d'avec Drtfy^^ , Winter fbn compagnon de 
voyage, comme ils entroient dans la 
Mer du Sud. Winter revint fur fcspa»^^ 
'A4 & 



-imi, Difiouts prélimimtre. 

& rcpaflfa le premier de la Mer du Sud 
ou Pacifique dans POcéan jitlmique par 
le Détroit de Magellan, Un certain LadriU 
lar Eipagnol , qui fut envoyé exprès du 
Chili ^ pour tenter ce paffage, futrepoufr 
' ié par les orages. 

En 1 579 . le Viceroi du Pérou , croyant 
que François Drake auroit fait voile vers 
^ Détroit, envoya du Port de Lima^ Sar» 
miento avec deux vaifïèaux à la pourfuite 
de Drake, L'Elpagnol côtoya le Chili 
& le Pays des Patagons^ traverfa leD^- 
#ro/V , 8c le rendit ainQ au Brefil, Sar» 
nnento de retour en Efpagne perfuada au 
Roi Philippe II. d'envoyer deux Colo-^ 
aies au Détroit de Magellan , Se de s*y 
fortifier , pour traverler & détruire de 
ce côté là les navigations Se les établif- 
iëmens des Etrangers z mais les naufra- 
ges, la famine, & peut-être auffi Pinhu- 
manité des Patagons^ firent échouer ce 
projet contraire au lèntiment du Duc 
â^Albe, Tout ceci arriva en i5'84. 158/. 
& ij-86. 

Dr^ike trouva au Détroit de Magellm 
àxvçx^ Patagons dans leurs canots 8c dans 
kurs cabanes. Ces canots Se autres 
fingularitez du Pays fè trouvent décrits 
dans le Voyage de ce Pilote fameux , Se 
: / ' cette 



Pi/cours préiiminairei nr< 

cette Relation fera inférée dans ce Re- 
cueil,; 4iuin bien que celle de Thomas 
Candisb^ qui ay^^nt entrepris en 1586. le 
trjoifiéme voyagé autour du Monde, l'a- 
cheva fort heureufètnent en deux aps Se 
deux mois de tems ^ pendant que Ma* 
gellan Sc Dmke y avoient mis trois ans 
ou plus. 

Richard Hatokins entreprit de même 
;fon Voya^ a la Mer iu Sud^ par le 
Détroit, ou paifêrenttous ceuxde qui -je 
viens de parler. JNTous inférerons & Re- 
lation. 

Olhter Noird HoUandois entreprit ea 
15^8. le quatrième Voyage auto^ir du 
Monde. Son premier Piloté futuiiÂo- 
£lois npmmé Meiis ^ qui avcxt accom- 
pagné Canâsh tn fon Voyage. Nowd 
prit la même route, que ikr«^^//dw, Drah 
hcCandisb avoient prife , Sc mit trois 
ans à &ire (on tour. Son Voyage eft in- 
féré dans Icfycueil des Vêlages. qui ont fer» 
vt àfétibli^emeut de la Compagnie des hi^ 
des-^Orientalès des Provinces^unies ^ impri- 
mé en pluGeurs volumes à Amlter- 
dam. 

poùbiiois de dire que le Delfghe tf 
Brijlol^ vaifleau de l'Eicadrede Ci^/^/<y, 
2ç Whéel^ entra dans le iniéipeOétrpiten 

A f 1585. 



•iii-ii 



;ij 



'fltJ Tûfcoufi priih»inaim 

ifSp. : mais ce Voyage fut m. Ihnircux^ 
il fa1utrebrou(&r chemin, ian$ avoir jpii 
aller plus loin que le Gif Ftôward, En 
if^8. laFlote de Ferhagm^ où fc trou- 
voiem Jfiqftes Mahu\ Simon ie Ccnks^ 
Sebald de Wert^ êcc. 8c dont Gmllaumt 
Adam étoit le premier Pilote , fouffrit 
beaucoup dans ce Détrph, C'^ft à l'rt- 
fue du Dé(roit Sc fatfant route vcn Iç 
Sudf quç Sebald de U^rt découvrit les 
Iles connues depuis fous le nom d?ltes 
de Sebald. Ce Voyage eft înfSré dans le 
Recueil dont nous venons de parler: auiit 
Ken que le Tuivant dé 

George JSpiibeirgen Chef d*ane tefcadre 
Hdllandôiïc de 6 vkiffleau* , avec Icfquels 
iltraverfale D^/r^r dé MàgfHmwX(it^. 
éc paflà aux Indes par là -W^i* duSuâ» 
Enfiiitc il reprit fà route vers la /ft^- 
hmde^ par le Cap de Bonne E^phance ^ a- 

1)rès une courfe de trois ans. Ccft là 
e cinquième Voyàge^âutôûr dû Gldbc. 
En 1609. & i6io. Pierre' Fé^dimHd 
Giros Portugais 8C Ferdinand Qmr Efp^a- 
^nol affirmerènt l'un & l'autre , qu'en 
aiverfcs fois ils avoient fait environ "tuit 
cens lieues le long de la Côte d'un 
Continent Méridional ,- jufqu'à ce qu*ik 
ic trouvèrent à quinze degi'C^ de Lâtî- 

•tudc 






^ . 



.'.si 



Difcours prélimmaire, -». 

tude Sud^ où ils découvrirent un Pays 
très fertile , très agréable , & très peuplé. 
Giros commença cette courte à la hau- 
teur du Détroit de Magellan. Peut-être 
^ue cette vafte étendue de Pays fait par- 
tie de la terre de Janz Tafman^ de cel- 
le de Diemen , de la Nouvelle Zélande^^ 
de la Nouvelle'Hollande ^ de Carpentaria , 
de la Nouvelle-Guinée^ Pays où les Hol- 
landois abordèrent, & où ils donnèrent 
des noms à plufieurs Bayœ , Caps 8g Ri* 
•viéres en 1619, i6ii , 1627, 1618, 
1^642, 1(544. acpuîs la Ligne Equinoc- 
tiale jnfqu'au quarante quatrième degré 
de Latitude Méridionale. 

Il eft certain que les Hollandoîs ont 
fait de très grandes découvertes du côté 
des Terres Auftrales inconnues, quoi- 
qu'ils ne les ayent prelquc pas publiées 
jufqu'à préfent. Ce filence miftérieux , 
joint à ce qu'on dit des richeflcs de ces 
Terrcs,fait croire que les Hollandois n'ont 
pas eu à cœur la découverte des Terres 
Auflrales ^ craignant peut-être qu'il ne 
prît envie à des Etrangers de s'y établir 
au préjudice du négoce de leurs 'Compa- 

Îjnres. Dirk Remhrantz a donné en Hol- 
andois une Relation anèzfuccînéte , ex- 
traite du Journal d'un Voyage à^Abel 

A 6 Janz 



^n; Bi/cours prilimMre. 

Janz Ta/mm en 1641. vers les Terres 
AufirêUs inconnues & au Midi de la 
Nouvelh'HolUmde^ de la Tnre de Van 
Diemen^ &c. Au reûe c'eft une choie 
remarquable , que tous ceux qui ont 
naviguéai^tour du Globe, fè fbyent tou- 
jours rendus aux Indes Orientales par 
les Philippines , ou par les Moluques. A- 

giremment que cette longue chaine de 
ays, qui paroit s'étendre prefque depuis 
laLigne.Ëquinoâ:iale jufqu'au 50 degré 
de Latitude Méridionale , les a empêchez 
de paflèr plus avant au Sud^ & c'efi pour 
cela quVn général ils ont pris leurs 
courfes dans la Mer du Sud ^ vers les 
Jles de SMomm , ou vers celles des 
JOarrons. 

En i5if. Corneille SchoUten ^c Horn 
te Jaques le Maire à^Amfterdam entre- 
prirent le flxiéme Voyage autour xIuGIœ- 
oe par une nouvelle route au Sud du D/* 
troif de Magellan à la Terre ou Ile de 
feu^ qu'ils trouvèrent & palTérent fort 
heureufement. Dans cette route ils pa(- 
lerent ou découvrirent les lies de Se* 
hald^ h Terre des Etats , celle dc'Mauri" 
ce^ les Iles de Barnevelt \ & c'eft ainS 
que, près du Cap de Horn au f/ degré 
dejlatitude Auftrale, ils trouvèrent une 

nou- 



Dlfcours priiiminaire, xiHï 

nouvelle route à la Mer du Sud, Ce 
pailage a toujours été connu depuis lous 
fe nom de Détroit de le Main. Dans 
leur Voyage ih donnèrent des noms â 
^ufieurs llesôc Pays, & retournèrent, 
comme les autres , en HoUande par les /»* 
des Orientales , . après avoir été en voyage 
dcux-^ns 6t dix huit jours. Trois ans 
[ après la découverte de ce Détroit, Gar* 
ifiùs de Nadal le traverfa avec une Flote 
Efpagnole. Ce paflTage ayant été trouvé 
beaucoup plus commode & plus fur 
que celtti^ de Magellan ^ les Etats - Géné^ 
raux y envoyèrent une Etodre dé onze 
vaiflèaux, en i6t}. La Relation de ce^ 
Voyage ci & la Ivavîgation Auftralede 
"jaques le Mme iont inférées darts le Ré'^ 
cueil de Voyages pour là Compagnie ^ &c 
^fous lé nom' de Journal de la Flote 'dé^ 
Naffau^ ou Relation d^ùn Voyage autour dû< 
Monde par une EJcadre de onze vaijfeau^ 
\fous la conduite de Jaques PHermite ^ &G.; 
En i6i^, François P^^r^comman- 
idant le vaiûeau Batavia^ après avoir eu 
|le malheur de toucher fur le^ Ahrollos ou 
Roches de Houtrmm^ à x8 degrez de Ija*»} 
titude Sud-^ fe riTqua dans une fimplef 
petite barque pour aller chercher du- 
fecours à Batavia ^ pour ceux de fes gen$^ 

A 7 qui 



XIV. Difiours prilimnaîre. 

qui étolent échapez du naufrage. Ils It 
mirent en mer à la hauteur de x8 devrez 
i) minute», fie voguèrent pendant vingt' 
quatre jours fur k Mer du Sud^ jufqu'à 
Pile que les Holiandois ont apellée Tof^ 
pirs'boet'ti^ où des vaiflTeaux de la Com- 
pagnie les prirent. 

En 164 j. Bnwwn prit encore une 
autre route pour entrer dans la Mer du 
Sud. Ce pafTage qui eft à PEft à\x DU 
trokde le Maire a depuis porté le nom de 
Browwer. Ce Voyage pourra être inféré 
dans ce Recueil , oC ron y verra fi j9ro/y» 
nser trouva efièâivement un nouveau 
Détroit^ c^îft-à-dire une Mèr entre deux 
Cotes, ou fi le Pàflàge qui porte ion 
nom confifte à prendre le large dans 
Quelque étendue d'eau vers l'Orient. 
Q^oi qu'il en (bit, plufieursdenosCar* 
tes font un Détroit de ce Paflage. 

Si l'on s'en raporte aux Obfervat ions 
des Holiandois, on croira que la partie 
iAiéàxoToXcàm Détroit de Magellan^ con- 
nue fous le nom de ^erre de feu ^ à eau- 
fè dés flammes continuellesqueles Voya« 
geurs y ont vues, n*eft qu*un amas de 
plufieurslles formant des Détroits, par 
lefquels les deux Mers fe communi^^ 
^uenti 



. Ils le 
i devrez 
int vingt' 
, jufqu*à 
îlléc fof^ 
la Com- 

corc, une 
I Mer d» 
ï du 2)^ 
le nom de 
:tre inféré 
'zfxBrou'f 
nouveau 
;ntredcux 
porte fon 
krge dans 
r l'Orient, 
c nos Car- 
re. 

crvationf 
c la partie 
f/fl», con- 
r||, à cau- 
lesVoya- 
amas de 
roits, par 
;ommuni<4 



Difiours frtlmkmrtk icf» 

Ce Pays paroit montagneux & pleiq 
de belles vallées 9 de fontaines , de pa« 
turages & de ruifleaux. 11 y a de bon«« 
nés Bayes, l'éau de le bois n'y manquent 
pas : mais l'air y eft orageux , à caufè 
des grandes vapeurs que le Soleil élève 
\ des deux Océans. Les Naturels du Pays 
' iè peignent le corps, s'habillent de peaux, 
H le parent avec des coquilles. Leurs 
paniers & leurs filçts font faits de joncs, 
dont ils fè fervent auffi à faire des cor« 
des : ils ont des hameçons de pierres 
amorcez avec des moules , & par ce moyen 
ils {Prennent quantité de poiflbns. Leurs 
I couteaux & leurs flèches ibnt des os rçsk^ 
dus trenchans , à force de les aisuifer^ 
{Mais nous renvoyons leLeâeur ai^ Re-| 
lations de ce recueil,^ où tout cela fç 
trouvera décrit exaâement : ëc pourisi 
[partie Septentrionale du Détroit de Magel^ 
\lm^ connue (bus le nom de Terre ou 
\?ays des Patagons , h; Relation de Nar^ 
\hwough c{M\ fe trouve dans ce; recueil ^j, 
l'inftruira de ce qu'il y a de plus remar- 
Iquablc dans cette Terre. 

C'eft en 1669. ^^ 1^ R^' Charles 
[IL , le Duc d'York , depuis Jaques II, 

Tom. L B & 



Ce - 1. * ^^^ «ft ^ l* f»^^ '^«s Voyngcs de OmnAi^ 
^mpflmei en 3. vol. cA 1711, 



ffX, Di/coun préltmmaki. 

te plufîeurs Gentilshommes Anglois ré* 
fblurcnt de faire mieux découvrir le Chiii. 
On donna pour cet efièt deux vaifTeaux 
À Jeâfi Nârhorough, Cet habile Voyageur 
lut de retour en Juin 1 671. après avoir 
été plus de deux années en Mer, Ôc avoir 
paflé & repaflc le Détroit , fuivant tou- 
jours les côtes ^/i Chili ix. des Pata^ons. Ses 
«bd-rvations furpaflcnt en exaéiitude & 
<njufte(Tè celles des Voyageurs qui Pont 
|)rccédé. 

' En 16S0. Se 1681. le Capitaine «S&i/r^ 
fit diverfes cntrcprifès hardies fur plu- 
£eurs Iks Se Côtes de la Mer du Sud, A 
fen retour , ayant perdu toute efpérance 
de regagner les Détroits de Magellan^ de 
Browvùtr Se de h Maire , il fut obligé de 
chercher un chemin plus long au Sud , 
que le Cap Harn, 11 avança jufqu'au foi- 
lantiéme degré de latitude Méridionale , 
&: trouva plufieurs lies couvertes de gla- 
ce, beaucoup de négc , Se quantité de 
Baleines. Après s'être arrêté un [)eudans 
Une petite Ile, q'i'il appella Vile du Duc 
dYork^ il courut près de huit cens lieues 
à \^EJi , Se autant enfulte à X'^uefi, La 
première Terre qu'il découvrit en trois 
mois de courfe , eft celle qu'il apclla Ile 
de Béutkadoes $ û tant eft que les pays (i- 



,-t- 



tuez 



glois ré- 

\rai(ïeaux 
'oyagcur 
rès avoir 
, ôc avoir 
^^ant tou- 
lions. Ses 
àituck & 
; qui l'ont 

aine Sbarp 
\ fur plu- 
iu Sud. A 
erpcrance 
\gelian^ de 
obligé de 
\gxiSud ^ 
[qu'au foi- 
•ridionale , 
tes de gla- 
juantité de 
[n i)eudans 
pie du Duc 
[cens lieues 
ueji. La 
it en trois 
apclla lif 
|lcs pays fi- 
tucz 



Dîfiours pfèliminatrf. xftf, 

tuez autour des Détroits de le Mutreicdc 
Brouvfer foycnc des lies, & non des ter- 
res faifant partie d'un grand Confinent 
Méridional , comme plufieurs le croyent. 
Le Journal du Capitaine Sbarp k trouve 
miprimc en François à la fuite des Voya* 

î^es de Dampier, 

Depuis ces entreprilês plufieurs vaifi 

|(èaux Ânglois (ont entrez dans la Merd» 
lud, par le Détroh de Magellan & au de& 
bus du Cap Hom, Mais nous ne (àuriont 
lire au julîe, quel trafic on peut entrée 
)rendre dans ces quartiers là , ni quelles 
lécouvertcs y ont faites ces derniers ; 
l'ayant rien vu là-defTus de fort précis, 
^ous ne (aurions dire non plus, fi l'on 
^ft entré à cette occafion dans quelques 
^raitez particuliers avec les Erpagnols. 
J'oubliois pre(que le Capitaine jFooi^ 
îont le journal (e trouve à la (uite des 
Voyages de Dampier en François. Il na« 
^igeadans la Mer du Sud par le Détroit tk 
ïagellan en 1 670. Ce Capitaine décrit; 
fort bien les lieux où il a paflc , donne 
le bons avis pour les Marées qu'il in* 
liquc exaâcment ,8c ne néglige pas l'Hi(i/ 
oire Naturelle des Lieux ou if palTe, &c.' 
Il ne faut pas oublier non plus la 
^dation du Capitaine Cvwley , qui 
* B X corn-' 



âCVitiI BifeoMts fréVmmtre, 

commença le tour du Monde en i68}. 
Celui-ci padant dans la Mer du Sud y 
trouva grand nombre de Baleines , ôc 
donna des noms à quelques lies , 6cc. 
Il <ie paflà ni le Détroit de Magellan , ni 
celui de le Maire , mais prie fa route par 
le Canal que le Capitaine Sharp avoit dé- 
couvert en 1681. à ion retour de la Mer 
du Sud, Il avança juiqu'à 60. degrez 30. 
minutes de Latitude Méridionale : en- 
fiiite courant Nord-Quart àPEftjufqu'à 
€}iiarante degrez de Latitude Sud , il joi- 
gnit le Capitaine Eaton, 

Ils donnèrent des noms aux lies qu'ils 
>virent & aux Terres où ils abordèrent , & 
prirent chacun différente route en Août 
1684. Cette Relation eft très bonne, ôc 
fè trouve imprimée à la fuite des Voya- 
ges de Dampier traduits en François. 

X^e fameux Capitaine Dampier com- 
mença fes Navigations en 1679. ^^^ 
Voyages font curieux , exaéts & fort 
cftimez. Il y décrit les lieux qu'il a 
vus, les Côtes , les Ports, les Bayes de 
V Amérique 6c des Indes ,, des ferres Ân'% 
fraies , &c. fans oublier PHiftoire Na-' 
turelle « les mœurs 6c le commerce dci 
ces différens Pays. 

En 1638. & 16^^, les François équi- 
.. pércp»:! 







en i68j. 
au Sud y 
ines , & 
lies , &c. 

^ellan , ni 
u route par 
p avoitdé- 
de la Mer 
degrez 30. 
>nale : cn- 
Eftjufqu'à 
>ud, iljoi- 

i lies qu'ils 
rdcrent, & 
ite en Août 
bonne, & 
des Voya- 
François. 
mpier cotn- 
679. Ses 
as & fort 
eux qu'il a 
les Bayes de 
terres Jfi- 
liftoirc Na- 
Dmmerce de 

:ançois équH 



Difiours prélmmahil xi% 

pérent deux vaiflcaux à la Rochelle fous 

k commandement de Mr. Beauche/n» 

Gpu'm de Saint Malo. Ces deux vaiC- 

I féaux étoient deftinez ^o\xx\\ Mer du Sud^ 

i Mr. Beauchefiie pafTa par le Détroit de MageU 

|/<ï», & découvrit quelques lies ôc Ter-* 

ipes aux environs, il s^en retourna en 

Janvier 1701. par le Cap ifor^gifantpaC; 

'es 58 degrez 1 5 minutes , dans une iâiff 

n à fouhait. On peut voir fa Relation, 

N'oublions pas à la iuite de ces fameux 

avigateurs ^o</ Roger s ^ dont on a inv 

•rime en i7if. les Voyages autour du, 

onde traduits de l' Anglois. A l'égard 

le Gemelli Careri^ & de quelques autreç. 

le cette trempe, c'eft leur faire grâce qjac 

e n'en rien dire. 

11 faut paflcr à préfent au Nord, Nous 

ons continuer dans le même ordre 

^Ghronolggique,. 6c raporter en abrégé les 

Navigations qui fe font faites vers le Nord^ 

Efi^kNord^Ouefl. 

En 1380. deux riches Vénitiens, Ni^ 
\colas & Antoine Zeni^ firent voile de C/- 
braltar^ Y>o\iï Flandres^ Angleterre \ mais 
les tempêtes les jettérent fur les côtes du' 
jNord, dans la Mer glaciale, vcrslUflan- 
de & le Groenland, Là-deflus nous ren^ 
|VoyonsJe Leûeur à Hackluit 6c Purchas,. 

R 3 Deux. 



Sx- Difiours préliminaire. 

Deux autres Vénitiens, Jean & Sebar 
JHen Gahot (ouCanot , ces deux noms fe 
trouvent écrits ) partirent d'Angleterre 
en 1497. par ordre de Henri VIF. 
Ceux-ci à leur retour donnèrent une Re- 
lation de la Carte de quelques Pays de 
¥ Amérique fituez vers le Nord'Ou^. \W 
amenèrent même avec eux quatre Natu- 
ïris du Pays. ^'^ 

En lyf 3. HHgh WiOàttgby cherchant 
iwî paflàge au iVoriZ-E^ , courut environ 
eent fbilante lieues au^^ Nord-Efl de Sey^^ 
mm , qui efl: au^ibifànte dixième degré 
de Latitude Septentrionale, il y a gran- 
de apparence quM aborda à là Nwvelle» 
Zemhle & au: Groenland^ d'où le froid 8c 
les glaces Payant chafle, il deCcenditplus^ 
au Midi , jufqu'à lM#^/«<i rivière de la 
Laponie , où ce grand Homme 3c fcs 
Compagnons furent trouvez morts de 
fix)id dans leur vaifleau , le Printems 
d'aprcà. La Compagnie Angloife de Ruf- 
iie le forma cette même année 155*3. 

En if5<5. Etienne Burrowms ^ cher- 
chant le paflage au Nord-Eft^ pour al- 
kr aux Indes, avança jufqu'à 80 degrcz 
7 minutes de Latitude. 11 alla jufqu'à la 
Nouvelle- Zemhle , & (èlon toutes les appa- 
j^QCes il abQrda;au, Gfêenland ^ comme 
T - -- I ^- ' on: 



: noms fe 
ngleterrc 

rri V I ï. 
ktuncRc- 
5 Pays de 

trc Natu- 

cherchant 
\t environ 
î^ de Sey- 
cme degré 
llyagran- 
NouvelU- 
le froid 8c 
benditplus' 
nére deîa 
me 3c fcs 
morts de 
Printcms 
fedeRuf- 

Ivr, cher- 

pour al- 

8odegrcz 

juiqu'à la 

s les appa- 

, comme 

on 






Difcours préliminaire. 

on le peut juger par ta qualité du Pays s 
les glaces Se les oiieaux dont il parle. Lt 
Compagnie de Ruilie acheva de fc for» 
mer alors , & envoya tous les ans fèt 
vaideaux & (es Commis. Prefqueauilî» 
tôt après la Reine Ëlizabeth envoya des 
Ambaflàdeurs en Ruflîe. 

En 1576, 1577, *f78« Martin FoTm 
bisher ( ou Frohtsher ) fit trois diflëitnS' 
voyages , pour trouver une route aU 
Nord-Oueft. 11 découvrit pluficur^- 
^randsBrasde Mer, des Bayes» des Iles,, 
des Caps, & des Terres formant un forî- 
grand Détroit. 11 donna des noms à tous 
ces différens endroits, ièsgcnsaportérent 
quantité de Mctrcaffîtes reluifantc*; , que 
les Orfèvres de Londres prirent pour de 
Por brut. Ce même Forbisber trouva dèt 
habitans aux bords du^ Détroit qui porte 
ion Nom, &: dont je viens déparier. Les^ 
canots de ces Sauvages étoient faits de 
peaux de veaux marins, excepté la Quille 
qui étoit de bots. Us firent échange it 
laumon & d'autre poiflbn. On trouva 
dans leurs hutes quantité de fèves rou* 
ges^ femblables à celles qu on trouve en 
Guinée. Plufieurs autres obfervationi 
de Forbisber fe trouveront dans le fuplc- 
mcntde cet Quvrage:> «i* 



pCSil, Difiours prélimmiyi. 

Arthur Pet & Charles Jackmm couni- 
Tent toutes ces Mers du Nord en ijSo» 
& pallcrcnt dans le Détroit de Weigatz , 
fftifànt route à PËfl: de la Nouvelle Zem^ 
hle^ autant que les glacer leur permirent 
d'avancer. Mais n'étant pas podible dé 
pénétrer plus avant, ils s'en retournèrent 
iîir la fin de l'année. 
: En 1585. Humphrey Gilbert^ à l'in* 
ftigation du Secrétaire d'Etat Walfing- 
ihatn, fit voile vers k New Foundîand g\x 
^erre* Neuve , & la grande Rivière de 
Saint Laurent au Canada, Il prit ponèflion 
de ce pays- là au nom de la Reine Ëliza- 
beth f oc y établit la fiimeufe pêche de 
Terre-Neuve, 

En 1585. Jean Davis eut ordre de 
chercher le p^ff^gtauNord-Ouefi^ Scd'a* 
vancer au delà des endroits où Forbisher 
avoit été. 11 fit efièâivement plufîeurs 
découvertes que l'on peut voir dans 
Hackluit &: Purcbas, Davis dlla trois fois 
vers le Nord-Ouefl, Pendant fon féjour 
au Cap de la dejblation , il y trouva quan- 
tité de fourrures 6c de laines femblables 
au Caflor , contre lefqupUes il échangea 
plufieurs de fes denrées aux habitans du 
Pays. Ils lui aportérent aufli plufieurs 
autres peaux de bêtes fauves > des lièvres 

blancs^. 



^:^^K; ^S^u 






iournerent 



t^/coufs préiliminatre» xxii7« 

ancs, du cuivre, des coquillages , ôcc. 
il trouva fiir les rochers un arbriâèau 
donc le fruit a un jus fëmblable à celui 
des grofcilles. C'eft peut-être le Gran^ 
berry de la Nouvelle -Angleterre^ que Von 
apelle auHI Bearberry^ à caufe de l'avidi- 
té dont les Ours dévorent ce fruit. Jof^ 
^elin Papelle Vitis Idda paluftris fru&w 
najore. Au retour du Détroit qui por- 
jc Ton Nom, D^wV trou va quantité d'oi-t 
aux de Mer, ôc de morues, des forêts- 

pins , de fureaux, d'ifs , d'ofier, de 
iQuIenu, &c. plufieurs (brtes de volail- 
:s , des pierres ponce noires» du ièl d& 
roche très blanc , des licornes de Mer, 

autres grands poi (Tons, &c. On trou- 
vera dans le fuplément plufieurs autres 
^articukritez du Voyage âc Davis. 

En if94 , iS9f 9 «59^» Guillauma 
Urentz Hollandois fit trois difiéren» 
'^oyages mNord-Efi^ pour chercher pac 
|à un paflâge aux Indes Orientales. Les. 
places l'ayant {\JiTipm dans fon troifiéme 
^oyage, il fut obligé d'hiverner fur le» 
:ôtes de la Nouvelle Tremble vers le 78 de» 
■jré de Latitude Septentrionale. LeS' 
lollandois découvrirent dans ces Voya<« 
jes le Beeren- Eiland y (ainfi nommée à 

saufc des Ours qp'ils y trouvèrent ) 6c 

B f a oiv 



56in^'. Dijioftft' ftetimmi're. 

abordèrent au Groenland. Barentz 8c pim 
(kurs de Péquipage périrent dans ce 
Voyage , après^ avoir cflujré lui & les 
fiens des fatigues extraordinaires &: un 
froid infuportable. Gnillaume de Veer a 
donné la Relation des Voyages de ces 
Hollandois. On y trouve plufieurs ob» 
ifervations très curieufe». Se Monfieur 
Boy le avoue que ces obfèrvationslui ont 
Bien icrviâcompoTer {on Hijhmdtf Froidi 
lis décrivent dans cette Relation le Pays^ 
des Samoiedes^ Ces Mariniers coururent 
les Cotes de la Nouvelle-Zemble, 8c don« 
nérent des noms à plulieurs Caps , Bayes, 
lies, Pointes de Terre, 8tc. ilsTacon-r 
tcnt fort bien ce qu'il» ont obfcrvé tou- 
<ïhant ks Baleines 8c les autres animaux 
de ces Pays Septentrionaux, &raportent 
fans afTcâation & fort jadicieulêment les 

! phénomènes de l*âir , les variatio.îs de 
^Aiguille, de les phchoménes du froid 
qu'ils fouffrirent pendant leur trifte féjour 
dans les glaces^ delà Tjemùle, Ces Voyages 
font traduits en François, & fè trouvent 
dans le Recueil de Voyages pour PétabliJJe* 
ment de la Covipognie^ &c. dont on a parlé 
ci-devant. 

Jean Huygens de Lin/chooten nous a 
donné une très bonne-Reiation des deux 

, V,-- Voysgcs' 



•F 



;^ 



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^■■«ul 



dans ce 
ui & les 
es ÔC un^ 
^ Veer a 
es de CCS 
ficursob* 
Monfieur 
^nslui ont 
ftànFroidi 
311 le Pays' 
coururent 
% 8c don- 
)s, Bayes, 

ilstacoii' 
)kïv€ tou- 
s animaux 
cra portent 
ilcmcntles 

Eiatio.)s de 
du ft-oid 
rifteféjour 
es Voyages 
retrouvent 
r PétabliJJe-^ 
ton a parlé 



Dfjcoun prifir/àksShi 36c vl^ 

Voyages qu'il fit cm f 94, 15*9^. C'cft- 
à-dire en nnéme tems que Guillaume Ba^ 
rentz. Cette Relation décrit d'une ma- 
nière il circonftanciée les pays Septen- 
trionaux, c'èft-à'dire , les^ Côtes de la<» 
Norixegue , de la Laponie ^ de la Xemble^ 
kit fVeigatZy l'embouchure du F/<?i/v*0^jf^ 
les Côtes de la l'artarie vers l'embouchure 
ide ce fleuve , & la Mer Blanche, &c. 
[u'il ne faut pas douter qu'elle ne fâflc 
beaucoup de platfir aux habiles gens. • 
)t\ la donnera en François dans ce re-; 
leil. 

Thomas BuUùn\ très habile Màthéma-^ 
[tlcien au fcrvice du Prince H(f»r/\ conti* 
tua en 16 II. les découvertes au Nord^ 
\Ouefl , à la follicitation de Ton Maitre. 
ill traverfà le Démit de Hudfm, SclaifTanC 
|k Baye de ce nom au Sud, il fit plus de 
[deux cens Itcues îm Sud-Oueft dans une' 
Mer de plus de 80 braflcs de profondeur. • 
jDans cette pénible navigation il décou<^ 
|vrit un grand Continent qu'il apella 
Ne^'Walés , ou Nouveau Pay^-de Galles \ 
mais après avoir hiverné & foufFcrt beau-- 
coup au Port'NHfoH , Button parcourut 
1 toute la Baye , qui porte fon nom, det 
cendant jufqu'à Diggs- IJland , à l'entrée 
I h la Baye de Hudfon, 11 découvrit en- - 

B 6 corc 



xxvi. Djfiourr préliminaire. 

core un grand Pays , qu'il apcUa Caryt^ 
&wans'NeJi , mais il perdir la meilleure 
partie de fon Equipage pendant Ton féjour 
a Port'Ndfon , au /j degré lo minutes 
de Latitude au Nord : bien qu'il eût eu 
la précaution de tenir continuellement 
dans le vaidcau trois feux allumez. Ils 
trouvèrent , pour fe nourrir pendant leur 
féjour , grande abondance de perdrix Sc 
autres oifeaux , dont ils tuèrent plus de 
dix huit cens douzaines , fans parler des 
bêtes fauvages & carnaciéres On trouve 
fur les rivages de ces Mers quantité de. 
pmples , ÔC beaucoup ^Angélique dont les 
Sauvages mangent la racine. Ce» Sauva- 
ges vont à la pêche des boeufs marins,. 
& font des cordages avec des fanons oU' 
barbes de Baleines. 

Eni6op, 1610» 1611, 161a, 161 j^ 
1^(5x6. Henri Hudjon y J^iquei Hall ^ 6c. 
Guillaume Baffin , pénétrèrent fort loin 
vers le Nord^Queft , & donnèrent des noms 
aux endroits qu'ils découvrirent. OB' 
trouve ces noms dans les Canes Septen- 
trionales , & dans les recueils de Voya« 
ges ,. &c. 

1-e Roi de Danemarc * , voyant les. 
découvertes que k%. Voifins&ifoientdaas 



Tas Me 

voyer 1 

[ces qu 

idoj', 

[grès n' 

,ïï 161 

féaux à 

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Voya- 




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îtdaa*; 

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\M 



Dtficurs préliminaire, nxviv^^ 

las MersduiN^r/^, prit la réfblution d'en* 
ycr à leur imitation des vaiOeauxdans 
C€S quartiers là. C'cft ce qu'il fit en. 
lÔQf , 1 606 , 1 607. D'abord le pro- 
grès n'en fut pas fort confidcrable ,• ma » 
^n 1619. le même Roi donna deux vaii^ 
eaux à >4ii Munk , qui tenant la route de 
^orbishep 6c de Huifon avança jufqu'aa 
J degré zx> minutes. C'e(l \i(\\xtMunk 
t obligé d*hiverner. 11 npella cet cn- 
roit Pott d^Hyver de Munk , & tout le 
ay S Nouveau' Danemark Ce Pays paroi t 
A'cz proche de Diggs IJlmd. La Rela« 
ion de Groenland 6c le fuplément qui 
lit parlent adèz de ce Voyage ^ fans 
qu'il foit nccefTaire de s'y arrêter davan» 
tage ici. 

En i<Çii. Thmas Marmaduke ic Hui 
avança jufqu'au 82 degré Nord ; de 
même que Henri Hudjon que la Com- 
pagnie Angloije avoit envoyé en 1608. 
pour découvrir les Pays autour du Pôle 
Septentrional. Ces Voyageurs trouvé* 
rcnt diverfes lies & Terres le long de leur 
route , & donnèrent des noms à leur 
fcntaifie à divers endroits du Groenland. 
Hudfon vint terrir à la Nouvelie-Tuemble^M 
mois de Juin, & dans cette faifonmêmc 
il y geloit fortement. 

B T Mais- 



XiviiT. Dijhoiêtf préitmkûire: 

Mais en 1610 la Compagnie Anghift 
s^ippliqua plus qu^auparavanc à la pèche 
de la Baleine. Cette pêche leur parut 
meilleure autour du Groenland&câc Cherry 
//7I«</, qu'ailleurs. C'eft alors auflî qu'on 
aporta du Nord en Angleterre des cornes 
de Licornes de Mer. Enfin en 161 1, 
i6i2, 1613, 1614,1(^17, i6ipy i6to, 
1 6 1 2 la Compignie à'^jlnghtern , trou- 
vant les Voyages du Nord fort avan- 
tageux , ré(olut d'augmenter le nombre 
de fcs vaidèaux de irou 14, que l'on 
envoya enfuite tous les ans (bus la con- 
duite de Pdo/f , Pvtherby^ ^^^ f^^fy & 
autres , qui donnèrent des noms à plu- 
ficurs Caps ou pointes de terre, Iles , 
Détroits, &c. 

Cependant on peut dtre que ces dé- 
couvertes ôc CCS obfervatii *" > ne font pas 
a beaucoup près fi confidérables, quecel* 
lès qu'on a faites depuis l'année 1630. 
Quelques Anglois commandez par GW- 
lêr furent oblig z cette même année là 
de roder autour de ce Pays inconnu , & 
d'y padtT enfuite l'hiver. Nous ren- 
voyons le L.c6bcur à la Relation que le 
ÎDoftfnr IVats a faite de ce Voyage. 
* Qii Iqucs Anglois pafiérent auffi l'hi- 
y«r en Groenland xn 1633Î Sçqudquea 

\ "' atitrcs^ 



fnghift 
pêche 

parut 
Cherry 
i qu'on 
cornes 

1611, 
, 1610, 
, trou- 
t avan- 
jombrc 
ne l'on 
la con- 
Hely & 
ii plu- 
. lies , 

cts dé- 

Ifontpas 
uecel- 
1630. 
rGood* 
nnée là 
lu, & 
s ren- 
que le 



Difcoufs priitminaire. xxtx* 

itres encore en 1^34 9 ^^^^ ^^^ derniers» 
périrent tous. 

Dans ces dtverlês navigations les Ân- 
;1ois donnèrent des noms à plufieur^^^ 
lieux, comme Hackluids'beadiênd^lVhaie^ 
)ay^ Horn'/butiti ^ fce" point ^ Bili' point % 
\(mnefs»ifl€ ^ Blêck-point^ €0p^fold, Ice^^ 
found ^ Knotty-point , Deer-found^ Smitb^ 
ky^ Hope^ifland^ EÎdgeS'ifland^ fVycbes" 
tdt Bear-ifiand^ CbûrieS'iJlànd. Les 
[ollandois , avant ou après les naviga- 
tions des Anglois , donnèrent d'autres^ 
10ms à ces mêmes lieux. Cela ne peut 
jue caufer de la cohfufion dans les Re- 
|]ations 6c dans les Cartes, ^ il fèroic ïi 
pbuhaiter que l'on pût convenir d'une 
[uniformité dans les noms , donc la divcr« 
|fiié jette dans l'incertitude l'efprit du 
^ïlLeébeur ôc du Voyageuri 

Ceux des Anglois qui paflërcnt l'hi- 
ver de l'année 1630. en Groenland , ccft 
fércntde voir le Soleil dès le 14. d'Oe» 
tobre. Cet Aftre ne reparut fur leur 
Horifon que le 3 de Février. Ceux qui 
hivernèrent en 1633. difcntWils cefflè» 
rcnt de voir le Sokil le f d'Oftobre ou^ 
à peu près, quoiqu'ils eufftnt un créputï. 
culejufqu'au 17. du même mois, lueur 
i^la faveur de b^judle ik pouyoient 
^ ' " " ^ ' cQCorc 



XXX.' |i Dt/coup's pfé^minairei 

encore lire. Le 22. les Etoiles ic mon5- 
trérent diftin<Sbement de 24- en 24 heures. 
Celia dura tout l'hiver , jufqu'à ce que 
le 15'. de Janvier ils eurent pendant fix 
ou fept heures autour de midi- aflez de 
clarté pour lire. Le 12 de Février ils 
aperçurent les rayons du Soleil fur le 
fommet des montagnes : le jour fuivant 
ils virent le globe entier du Soleil. Ceux 
des Anglois qui périrent en Groenland en 
1654, laiflcrent par écrit que le Soleil 
avoit difparu le 10. d'O&obre, que le 
14. de Février il avoit reparu fur leur 
Horizon. Les Hollandois qui hivernè- 
rent à la Nouvelle - Zemble en 1 5-95 , 
perdirent la clarté du Soleil le 4. de 
Novembre y mais la Lune parut nuit & 
jour avec toute la clarté. Le 2ii. de 
Janvier ils aperçurent Pextrémite du 
Soleil revenant fur l'Horizon La varia- 
tion dans ces afpcéh ne vient pas de la 
différence des réfradions que fouffrent les 
•rayons de cet Aftre , mais de la différence 
de Latitude des lieux où les Anglois £c 
les Hollandois paflercnt Phiver. Le 
froid que {émirent ceux-ci ih Aouvelle^ 
Zemble y excéda celui que les autres (cn- 
tircnt enfuite en Groenland, 
: Les Anglois qui jailcrept Phiver en 

Gmnknd. 



/' 



or 
ua 





Di [cours prétiminatre» xxxri 

foenland^ vé€ufcnt de la chair dcsbêtes 
uvages,' tôtnmc Rennes^ bœufs fHarms'^ 
irs , renàh\ ôcc La chair d'oiârs leur 
arut aflèz agréable &paflablement faincj' 
ependant les corps de ceux qui mangé» 
cnt du foye de cet animal , fe pelèrent, 
e même que ceux des Hollandois de \$t 
buvelle-Zemble, Les oifeaux & lès rcnars 
rtirent de leurs retraites, âuffitot que 
Soleil recommença à luire. On leur 
ndit des prégcs 8cl^onenpritbeaueoupîf 
chair de renard fut falutairè à ces 
oyageurs , & guérit te Hollandois dtt 
orbut. Ils trouvèrent au mois de Mai 
uantité d'œufs de mouette* Au reft(^ 
e froid fit d'autres effets extraordinaires 
r les Hollandois de h^ Nbuvètie* Zemhle 
fur les Anglois à\jt Groenland. Les- 
jborps des uns & des auttes s'ulcérèrent,. 
fe remplirent de vcffies, les plus for- 
es liqueurs fè gelèrent , leurs montres 
'arêterent , tout devint glace même au' 
:oin du feu. Cela arriva aU Capitaine 
'Carnes dans l'Ile de C/f?<fr/^/ow , quoiqu'elle 
e foit que vers le 6i degré de Latitude 
u Nord\ au lieu que les autres Anglois 
les Hollandois hivernèrent vers lé 7f 
78 degré. Dans cette extrémité ils^ 
bâtirent des hutes du mieux qu'ils pu- 

rent^, 



xxxu, Dî /cours préfimkaire. 

rcnt, pour fe défendre contre le froid 
inrupo^rabl^. Encore falut il qu'ils fer* 
maillnt (es ouvertures de ces, butes avec 
des peaux d'ainimauic* 

^ Lf$ Auteurs qui ont écrit fur l'Hil- 
toire Naturelle paroiflènt un peu confus 
fiir Partide des Baleines. Quelques-uns 
en comptent dix fortes , Burtholin & 
IFormiustn comptent jufqu'à 12^. Se leur 
donnent difiërensnomSf feloii leurs cou-^ 
leurs 9 leur^ nageoires 9 leurs dents , leurs 
&nons ou barbes ) êcc RmdelH y Belhn ^ 
Schmvild y Fabtr ^ Clufius^ ^ulpius^ fem* 
blent décrire réellement fixoa lept fortes 
4e Saleipes , dom yokt les oomî ^, 



jtrouv 
yophi 
haldi 



Ci ,Ji.<, <. 



M 



ti •^ 



Balétnê Vttlg^rit* 
i B^lanaVna, 

Balana Opêû ^ ou 

Bentata. Angl, Gramptis. 

Pbyfeter. Angl. Whirlpool^ 
vCWtf* Angi. PQtwhàUfish. 

Licornf, AfigléUmcomtohaie, 



Peut-être que \t\Trnmpttwhêh oixSpou- 
ter chez les Anglois n^cft autrechofequc 
le Pbj/eter , 8cc. Quoi quMlen foit , on 

trouve 

*' Ceci cft pris da rccttcil Angloi* de Mar- 
tenï, ace. 



' r 



! le froid 
u'ils fcr« 
ues avec 

rurl'Hif- 
a confus 
ques-unsi 
'thoiin Se 
L. Scieur 
eurs COU'' 
nts, leurs 

usj fem* 
ïpc fortes 

«r 

i fj; 



oiiSpOtt- 

rhofequc 

foit, on 

f trouve 

sdeMar- 



Difcours prêîimifiaire. xxxiir. 

trouve dans la lôf . àt^ Transâ&ms Phi" 
^Jophïques une diiîcrtation de Thomas Sib* 
hald fur l s Baleines. Il eft à préfumer 

[ue cet Auteur eft plus exaâ qu'aucun 
lutre ; parccqu'il-a eu k facilité d'exa- 

liner cet animal fur lesCôtesduRoyau» 

led'Ecoffc. 

En 1 65 3 . le Roi de Danemarc , rcfb* 

d'encourager Je commerce Se les 

lécouvertcs du Nwd , fit partir trois 

raiflèaux, avec ordre d'examiner 8c de 

xonnoitre exaâement les Côtes Se les 
fieux où ils aborderoient , Se de faire un 

iport exaâ: de tout ce qui pourroit 
tndre utiles de pareils voyages. Ceux* 
\\ paffércnt le Détmt de Weigatz , 8c 
trouvèrent quelques habitans de la M 

?mhle dans leurs canots. Ces Sauvagcj 
koicnt fërt agiles à la eourfè ; ilsayoient 
)our habillement des peaux àtVînguoins^ 
ic Pélicans ^ ^c. avec les plumes. Leurs 
)arques étoient faites de cuirs de bœufs 

larins : ils portoient fur le dos des car-* 

juois remplis de flèches, Sc une efpéce 

le hache ftite d'ôs de poiflbh. Ces Sau- 

[vages parurent intraitables , ils avoient 

:n horreur nos boiflbns Se nos alimcns. 

lÉ-aiflant la N. Zemhie, les Danois allé- 

[rent au. Gïoenlmd^ On ne trouve dans 

cette 



V 



xxxiv. Di/cours préliminaln» 

cette plage ni arbres , ni arbrifleaux , £i* 
non quelques petits Genévriers ëc des 
Sapins aum forts petits. Mais en récom- 
penfe on y voit quantité de Moufle, des 
Bruyères , une cipéce de Chou , de la 
Laitue, du Cochlearia, dePOzeille, de 
la Biflorte, de la Scolopendre, plufieurs 
fortes de Renoncules & de la Joubarbe. 
Il Y a dans les trous fouterrains 6c dans 
les rochers une infinité d'oifeaux , dont 
l'ordure fê mêlant avec la moufle en- 
graifle la terre des vallées, & c'eflcequi 
produit les plantes dont nous avons parlé} 
mais à cela près le pays n'efl qu'un vafle 
;unas de rochers , de gros quartiers de 
-pierres & de glaces emmoncelées depuis 
plufieurs Cèdes. Pour les oifeaux^qua- 
tiques, il y en a beaucoup j ils couvrent 
•la Mer quand ils nagent , 6c l'air quand 
ils volent. On y trouve auffi quantité 
de chiens marins , d'écrevilTes 6c d'étoi- 
les de Mer, des raaqueraux , des- dau* 
phins , une efpéce d'aragnée de Mer, 
gue l'on trouve auffi. dans le ventre de 
la Baleine , 6c qu'on, croit lui fervir de 
^nourriture. 

En 1 650. Luc Fox , accompagné de 

Jea» !Vofterholwe , partit par ordre du 

Roi , pour chercher un paflTage au Nord- 

^ , Oued. 



m 



v ^ 



.^<* 



lUX, (i* 
5c des 
récom- 
flè, des 
, de la 
:ille, de 
(lufieuFs 
)ubarbc. 
Se dans 
X, dont 
lue en- 
:Acequi 
Dsparléi 
'unvaftc 
rtiers de 
s depuis 
ux^qua- 
:ouvrent 
ir quand 
quantité 
d'étoi- 
es- dau* 
e Mer, 
entre de 
èrvir de 



i 




Difiours prélimnaire, xxxv.* 

uefl. Le vaifïèau qu'on leur donna fiit 
vitaiUé pour dix- huit mois. Ils tinrent 
route de Forbisher , Hudfon^ Davis , 
affîn , 6c Button, Ils rencontrèrent quan- 
té de Baleines, beaucoup d'oifcaux, 6c 
aucoup déglaces. Ils bâtirent une pi- 
lafle à la rivière de Nelfon^ oii ils trou-f 
érent quelques petits monumens du fé- 
ur que Thomas Button y avoit ftit au- 
efois. Ils virent aux deux cotez de la 
viérc quantité de petits fapins couverts 
moufle, Se plufleurs autres efpéces 
'arbres, mais tous petits. Dans les vai- 
ées ils trouvèrent de '?:^ns pâturages, 
s mures iauvages, destraifes, desveU 
s , de la venaiion, &c. Cependant ils 
l'y trouvèrent aucuns habitans , quoi- 
ue de l'autre côté de ces Mers ils euflent 
ncontré divers Sauvages. Le Capitaine 
âmes partit fort peu de tems après Fox^ 
liivant le même deflcin , & ils fe ren- 
ontrérent au mois d'Août près de Port^ 
Hfon. Fox s'en retourna avant l'hiver, 
ais la faifon rigoureufe ayant furpris 
'âmes , celui - ci fut contraint de Icjour- 
er là , jufqu'à l'Eté fuivant. Voici 
[uelques particularitez touchant James ^ 
ont la Relation mériteroit d*être infé- 
éc dan« ce recueil. On trouvera dans 



^xxvr. Dîjiêurs prêHminairt, 

Supléiïient plufieurs particularitez curiea< 
ics » qui font tirées du voyage de oc !?si:ies, 
Thomas James fut envoyé en 1631. 
par des Marchands de Brlffol, pour cher- 
cher le paflage à la Mer du Svd par le 
Nwd'Ouefi. Le Roi Charles I. l'aQtorifa 
pour une entrepriiè ii difficile & fi utile 
en même tems. Il lui ordonna en 163 j. 
de publier la Relation de fon voyage. 
'James y raporte très exaftemem (es tra- 
vaux 9 & décrit judicieuièment les Dé« 
troits, les Caps , Its Bayes, les Marées, 
les Profondeurs , les Courans , la décli- 
fiailon 8c la variation de PAiman , & 
toutes les curioGtez naturelles qui ont 
raport à la Philofophie , aux Mathémati- 
ques) Sec. Ce Voyage eft accompagné 
d'une bonne Carte 8c de plufieurs Tables. 
Le fameux Boyh reconnoit qu'il a tiré 
de ce Journal plufieurs Phénomènes , 
dont il fait ulàge dans fbn Wfloire du 
Froid, James (emble croire qu'il n'y a 
point de paflage à la X^hine Se au Japon 
par le ISIord-Onefl, Cependant en 1(567. 
on rcnouvclla Icdefleinde faire chercher 
ce pafinge. Une fociété de Gentilshom- 
mes Se de Marchands Anglois envoya 
TLachûr'te Gbiliom ^ pour faire cette décou- 
Tcrte ,. s'il àoit poflible. GhUlam traverfa 
cr ^ " le 



Dlfcours prêiimtnalrâ. xxxvii, 

Dhroit de Hudjbn^ avança i^mlvL Baji 

Baffin jufqu'au 7f degré de Latitude^ 

defcendic enfuice au Sud jufqu'au fi 

|egré ou à peu près , dans une rivière 

)ue les Anglois onc apcllée Prme-JtuM 

trtS'tiver. Les Naturek du Pays fc 

montrèrent ^Skz traitables à l'égard de 

ibillam-y il fit là quelque petit trafic avec 

IX, y bâtit un Fort qu'il apella \tFwt 

Charles , & s'en retourna après avoir 

ibli dans ces quartiers là un commerce 

fantageux. Mais en 1 67 1 . les François 

emparèrent de cet endroit. 

En 1671. Frédéric MârtenzHzmhova* 

rois entreprit le voyage de Groenland^ 

ns doute , 6c comme il eft à croire ^ 

)ur fatisfaire aux curieufès recherches 

la Société Royale de Londres. Marttna 

m acouita fort bien dans le Journal 

l'il publia en Allemand^ avec leiecou» 

Fogdius, Ce ]oumafl,que pous publions 

ms ce recueil, mérite toute l'attention 

public , par rapport .à la méthode & 

|x obftrvaiions qu'on y trcave. \ 

En 167^. k Capitaine fFood partit 

ir ordre du Roi Charles II. , pouf 

lercher par le Nord-Eft un fiaflage aux 

\des Orientales. Cependant il ne paiia 

le 76 degré de Latitudei pai'cequ'ii 

perdit 



il! 
il 



xxxviii. Difcours prêlimhtahe. 

perdit fon vaiflèau fur les Côtes de la N* 
TLemble, IVbod croit qu'il n'y a point de 
paflagc par le Nord-Efl^ au Japon & à la 
Ch'tM. James paroit lêtre dans la même 
opinion à l'égard du paflâge par le iVor^. 
Ouefi. L'un & l'autre fè fondent fur ce 
que les Terres s'élargiflcnt , & forment 
peut-être un Continent. D'ailleurs l'ir- 
régularité des marées» & le danger qu'il 
y a à s^en^ager parmi les glaces , dont 
on trouve de grandes pièces âotant mê- 
me bien loin des Côtes i ôc avec cela les 
néges , les brouiliars épais , les frimats 
continuels, ôc le froid extrême , tout ce- 
la, dis-je , forme des difficultez prefquc 
infurmontàbles- 

MotiÇitMï Wttzen ^ célèbre par (es dé- 
couvertes dans la Géographie , mais plus 
digne encore de l'eftime du Public parla 
droiture de fon efprit que par fês belb 
découvertes , rejette le pafïage au Norà* 
Bfl ^ dans iâ lettre adreffée à la Soàéû 
Moyaletn 1691. Cet illuttre Magiftra! 
n'y croit plus, comme autrefois, quelî^ 
i^ Zemhle fafle partie de la Terre fêrni| 
de la Granàe-Tartme , ayant été dans là 
iiiite mieux inftruit à cet égard. 11 croi| 
que les extrémitez de la Tartarie s^éta 
dent bien avant au Nord , Se toucheoij 



Di/cours prêlimhain, xxxiT. 

;ut-êtrc à X^Àmèrtque, Le Capitaine 

^ood croit que la Af^. Tremble 6c le GroeU" 

\à ne font qu'une même Terre. Que 

;s conjeftures de Carnes , de Wood & 

Monfieur Wnzen foyent vrayes ou 
ludes , il faut du moins avouer que les 
|ifficultez de ces pafïàges par le Nord Eft^ 

par le Nord-Otteft font prefque invin- 
ibles. 

Après tout ce que l'on adît jufqu'à 
[•élènt , dans ce Difcours préliminaire, 

ne penie pas qu'il foit fort néceflairc 

produire bien des raifons pour prou* 
;r l'utilité des Voyages par Mer ou par 
'erre. On doit à des Voyageurs exaéts 
lille belles obfèrvations fur les Vents , 
ir les Longitudes Se les Latitudes, fur 
; Déclinai Ion de l'Aiguille , fur les 
larécs , & fur les différentes Profon- 
ïurs des Mers : enfin fur toute l'Hiftoirc 
[aturelle. * 

On peut affurer encore que l'efprit fc 
n-me & s'aggrandit par les Voyages, 
^and on ne iort pas de chez foi , on fe 
^it des idées prefque toujours abfurdes 9 

du moins trop grandes ou trop peti- 

, de tous les objets un peu éloignez .• 

n'aime alors que les coutumes de fon 
lys , on adopte tous^ les préjugi 7, îc fcs 

Tom, L G compatriote- 



"XL DiJcQurs préliminaire, ^ 

compatriotes ; Se fi l'on abandonne cei 
préjugez , c'cft pour eftimer fans raifon 
des peuples à qui l'on ne parle que dans 
un Livre , ôc pour admirer tout ce qui 
ie trouve repré(entc dans les figures d'u- 
ne Relation. L'étude a «beau former un 
homme , s'il ne voyage au moins une 
fois en fa vie , (on eiprii fera toujours 
contraint Se borné , Se fon imagination 
lui repréfentera les Montagnes, les Val- 
lées , les Fleuves , la Mer , les Arbres 
mêmes Se les Forêts tout autres que la 
Nature ne les a faits. 

Mais d'ailleurs on doit aux Voyages 
le commerce dans le Nouveau- Monde, 
vers les Indes Orientales , &c. Com- 
merce devenu fi utile Se fi nécefiàire de- 
puis deux fiécles , que qui l'ôteroit ï 
trois ou quatre Potentats de l'Europe , 
nous ruineroit fans reHburce Ln con- 
quête de r Amérique par les Caftillans , 
oc leurs fréquentes Navigations vers ces 
Pays éloignez d'où ils aportoient l'or & 
l'argent avec profufion, les mirent bien- 
tôt en état de maitrifèr toute l'Europe , 
Se peu s'en falut que leur Roi ne parvînt 
à la Monarchie Univerfelle , avec le fe*! 
cours des richcflès du Nouveau- MondeJ 
Les navigations des Portugais ont éten- 



Di/couft prêlimintin. xu 

u bien loin cette Nation rcflcrréc dans 

n petit Etat peu fertile. Et les Provin- 

8-Unies , dont le commerce confiftoit 

vendre leur beurre & leur fromage 

ans quelques Ports de l'Europe , pen- 

lant qu'elles étoicnt encore fous la do- 

lination de l'Efpagnei ces Provinces « 

i« je> fe font vues en état de foutenir 

s efforts de plufieurs grands Princes , 

u de tems après avoir commencé leur^ 

ibliilêmens aux Indes Orientales. Ces 

:emples & plufieurs autres doivent en» 

lurager aux découvertes & à la navi» 

tion ceux d'entre les Princes Chrétiens, 

[ui paroiflènt avoir négligé cet Art & 

^u aftftionné les découvertes. On ne 

it pas (è rebuter par les difficultés ^ 

par les premiers malheurs, puilquç 

confiance 6c le courage des premiers 

avignteurs Efpaenoli , Portugais , 

ollandois , Anglois , ont fait rcuffir 

s découvertes aujourd'hui fîavant«igcu- 

s à toute l'Europe. 

S'il étoit poffible de pénétrer un jour 

ns les Mers Orientales , par le Noij 

hTartarie^ ou de V Amérique^ lecom* 

lerce en retireroit iâns doute un grand 

rantage : m lis on ne croit pas que la 

loirc de ccttcdécouverte, quiiaprèstout 

C X eft 



XLii. Dt f cours préllminme, 

eft peut-être moins impoffiblc qu'on ncl^a 
cru jufqu'à prélcnt , puiflTc être rélèrvéc à 
autre qu'à un grand Prince voiGn du 
Nord. Ce Monarque zélé pour l'avan- 
cement des Arts 6c des Sciences dans fon 
Empire, travaille de jour en jour à per- 
feâionner le commerce ôc la navigation. 
Il veut rendre Tes Etats âoridans {)ar la 
proteâion qu'il accorde aux habiles gens. 
Quatre Mers auxcxtrcmitez de ce grand 
Empire femblent être formées exprès 

£our le palsage des richeffes de l'Orient 
C de l'Occident, & les viétoires que ce 
prince a remportées par Mer & par Ter- 
re font voir à toute l'Europe , malgré 
nos injuftes préjugez, qu'il eft poflfîble 
que les Rumens ne cèdent un jour ni en 
counige ni en habileté à aucune nation 
de l'Europe. 

Je ne crois pas qu'il foit nécefsaire de 
dire autre chofe, pour faire connoitre le 
plan qu'on fe propofe dans ce Recueil. 
On a mis à la tête du premier Tome 
deux Difleriations fur les Voyages. On 
Ibuhaite qu'elles paroifTent médiocrement 
bonnes , 6c que le Public veuille bien ne 
les pas rebuter comme inutiles. 

DIS- 



i4 »^ 



tincUa 
ervécà 
(în du 
l'dvan- 
ms Ton 
' à per- 
gation. 
; |)ar la 
es gens. 
z grand 
exprès 
'Orient 
; que ce 
>ar fer- 
mai gré 
poflible 
jr ni en 
e nation 



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m. 



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fsaire de 
noitre le 
[Recueil, 
r Tome 
;cs. On 
cremcnt 
bien ne 

'} ■ 



DIS- 



DISSERTATION 

Contenant 

DES INSTRUCTIONS 

pour voyager utilement. 

Tirées des écrits du Chevalier 

Boile ^ desTransaSiionsThiio^ 

fophiques de la Société Royale 

d'Angleterre , 6î de quelques 

autres bons Auteurs. 

LA Gonnoiflancc de PHiftoîre Natu- 
relle, & celle des Peuples, de leur 
commerce, &c. font des chofes abfolu- 
ment néceilàires à ceux qui voyagent : 
un homme ne iàuroit profiter à courir 
le Moîidc , s'il ignore ce qu'il doit ob- 
fcrvcr dans chaque Pays , 6c de quelle 
manière il doit s'y prendre dans les re« 
cherches. Voilà ce qui m'engage à don- 
ner ici des Indruéttons , tant générales 
que particulières pour les Voyageurs. 

En général j i . 11 faut obier ver exac- 
tement les Latitudes Se les Longitudes 

C } des 



i 



3tLiV Ifi/lrudions 

des iicux où Ion fê trouvera , prendre 
garde autant qu'il (è peut aux change- 
mcns de Climats , 6c par conféquent à la 
dificrenec dans l'accroiHcment des jours, 
d'un Climat à l'autre. Il faut obferver 
aufTi la Rétrogradation naturelle du So- 
leil lur les Cadrans , ou Montres Solai- 
res, encre les Tropiques, &c. 

a. A l'égard de VAir^ obferveî tou- 
jours ics difFérens degrez de chaleur, de 
fccherefle, d'humidité: le plus ou moins 
de légèreté, defubtilité, de pureté; fcs 
changemens félon les faifbns j 8c dans 
une même journée, paflànt du matin au 
midi, du midi au (bir , Se la durée de 
ces changemens divers. On a de petits 
Thermomètres propres à porter dans des 
étuis de chagrin ; defbrte qu'il eft facile 
d'obferver combien l'efprit de vin monte 
ou defcend, félon la faifon qui règne au 
lieu où l'on cfl. Il faut obferver auffi 
quels Météores l'Air y produit, dans 
quel ordre & pour combien de tems; à 
quels vents tel 2c tel Pays eft expofë , 
éc s'ils font alizez , c'eft-a-dire réglez , 
ou non : s'il y règne des maux épidémie 
ques , & quels font ceux que l'Air y 
&it naître : en quoi Pair eii fàin, ou 

. mal 



,f;ji 



K -> 



pour Voyager utilement, xlv 

mal fain , & à quelle forrc de tcmpéra- 
mens il convient le mieux, &c. 

3. A l'égard de Y Eau , il faut obfer- 
ver, du mieux qu'il fe puifle , la pro- 
fondeur & la pefantcur de la Mer à l'en- 
droit où l'on fe trouve j la quantité de 
fèl qu'elle a dans ce même endroit , les 
Plantes , les Infe&es , & les PoifTons 
qu'on y trouve, les flux & reflux divers, 
les courans 8c les tourbillons , avec tous 
les accidens ordinaires & extraordinaires 
de la Marée : comme , quel cft le tems 
péfix de fbn flux Se reflux dans les Ri- 
vières ôc aux Promontoires ou Caps ; 
quel chemin prend le courant des Ëaux^ 
quelle diftance perpendiculaire il y a en*- 
tre la plus haute Se la plus baflè Marée i 

3uel jour de la Lune oc dans quel tems 
e l'année arrive la plus bafle Marée \ 
Se ainfi de tous les autres accidens qui 
peuvent être obfervez dans les Marées , 
proche des Ports 6c aux environs des 
Iles. A l'égard des Rivières , il faut 
remarquer encore leur grandeur , leur 
cours , leurs débordemcns, le goût falé 
dans les Eaux de quelques unes. On 
dit par exemple , que les eaux du Jour- 
dain ont ce goût. Remarquez les caufes 
de la fertilité qu'elles produifent dans ks 

C 4 Terres, 



xiLVï % Inftrit&ms 

Terres , leur cours {fjuterraîn : ce» at 
fèmblages dVaux renfermées , qu'on 
nomme Lacs , les Etans, les fourccs & 
Tontine des Rivières : les Eaux Miné- 
rales, dans quelle efpéce de Terre elles 
coulent , leurs qualitez & leurs vertus. 
Obfervez y encore les Ibrtes de Poiflpns 
qui font dans ces difFérentes Eaux i quel- 
les font les quaHtcz de ces Poiflbns , quel- 
le eft leur iaifbn , comment on les prend, 
&c 

4. A confidérer la TVrre en elle même, 
il faut remarquer ce qui s'y produit ex- 
térieurement Se intérieurement , fes Ha- 
bîtans, &€• A l'égard d'une Terre par- 
t iculiére , on doit obfèrver (es dimenfîons, 
^a fltuation, fà figure; fi fâ furfàceeft 
égale ou raboteule, c'eft- à-dire fi elle 
confifte en plamcs, ou en montagnes. Il 
faut remarquer la hauteur de ces mon- 
tagnes , tant par raport à la furfâce de la 
Mer , qu'à l'égard des vallées qui leur 
font voifines. Il faut voir fi ces monta- 
gnes font une chaine , ou fi elles font 
détachées : fi elles s'étendent au Nord, 
ou au Sud , quels tours on fait pour les 
pafi'er , &c. Quels font les Caps de cette 
Terre , i\ les trcmblemcns y font fréquensi 
fi elle eft Ile, ou Continent; quelle y 



pour voyager utilement. xlvii 

eft la Déclinaifon & la Variation de PAi- 
man , ce qui fait perdre à PAiguille (à 
Dircàion vers le Nord i fi la Déclinaifon 
y vient d'un feu fouterrain , de quelque 
ou de quelque mine de fer. Li 



eau 



iManiniére remarque que devant iesmon- 
ti^jjnes de RouxeUa en Norvège , la Bouf- 
fole fc détourne de fix lignes. Mais je 
dirai en paflant que je doute qu'il y ait 
beaucoup de fond à raire fur la relation 
de cet homme , dont la crédulité paroit 
fort grande. Par exemple ce qu'il dit de 
la magie des Septentrionaux» del'achapc 
qu'on fait des vents chez les Lapons ^ de 
ce gros chat noir qui les accompagne, 
l^cqui, dit-il, n'effc autre chofe que le 
Diable,- tout cela n'eit guéres vrailèm- 
fblable. Les Voyageurs n'impofent que 
trop fouvcnt par de pareils contes que 
les uns débitent bonnement, êc les autres 
pour amufcr leurs Leéteurs N'oubliez 
>as d'examiner quelle eft la qualité du 
^errain , où l'on fè trouve -, fi c^efi: ar- 
;ile, fable, ou gravier : en quoi il abon- 
de, ôc les quâlitez plus particulières. La 
'erre àî* Irlande ne foufrc aucun Animal 
jvcnuncux. Il faut fur tout confidérer 
[les Hibitans, les quilitez de leurs corps, 
[icurs exercices , le caradére de leur efprit, 

C jr leurs 



J- 



leurs mœurs Se ce qui dépend tn eux de* 
l'éducation, ou du tempérament, llfc- 
roit néccflaire d'aprofondir la matière à 
l'imitation de Chardin , de Bernier 6c de 
quelques autres. En faifant cônnoitre 
le Climat d'un Pays , les difpofitions de 
l'Air, 6c la qualité des alimens, on four- 
nit des moyens de juger plus furemenr 
qu'on ne pcnfe des mœurs, 6c du ca- 
raftére des peuples , dont les Voyageurs 
nous donnent des relations ^ro^/;^^x, pour 
ainfidirc, plutôt que travaillées avec foin. 
A cela près que la Religion épure 6c 
pcffcûionne la conduite de la vie, on 
peut dira que généralement nous dépen- 
dons allez du Pays où nous naiflbns ^ 6c il 
j a longtcms , par exemple qu'on fe plaint 
que la rufticité de quelques Peuples t& 
«m cfltt de l'Air qu'ils rcfpirent : Jn/ri- 
jfora & Septmtmnès vergfntihus ingénia im* 
iêtanjnit» funt^ . . . Snoqut fimillima cah. 
dit SètiéqHf, Je dirai quelque chofè là- 
Âelius d'c^s la féconde Diflèrtation de ce 
recueil. On doit encore examiner le 
genre de vie des Peuples, les maladies 
siuxquelks ils font fujcts, , laféconditédes 
Femmes, 8cc.. 

On doit ôbfcrver enfiitte les Plantes , 
kè ArbM, les Pniits, & quel Terroir 

eil 



pour f^ùyagif miïifment: xlïx 

cftle plus propre à la culture. Quels 
font les Animaux que l'on trouve dans 
un Pays, & leur propriété dam la Mé- 
decine, dans la Chirurgie, pour les Ali- 
mens , &c. Il faut remarquer cxa&e- 
mcnt l'ufage des Métaux , ôc des Minév 
nux, les Pierres Précicufcs ScCommu- 
neà , &c. 11 faut prendre garde aux 
Indices qui font trouver les Mines, & 
fur tout faire attention à découvrir la 
vérité ou la fauflcté des meri^flles fou- 
tcrraincs, dont /Igricola^ Kircher te plii'^ 
fîeurs Voyageurs nous parlent. 

Mais pour entrer un peu plus dans le 
détail , il faut obfervcr dans la naviga<« 
Tion la Déclinaifon de l'Aiman à l'Eftou' 
à POuell, dont nous venons de parler. 
Il me (êmble même que les Voyageurs^ 
devroient donner à la fin de leurs jour- 
naux des Tables des Variations , & que 
de telles Tables feroient d'Un grand (b> 
cours aux Mariniers. v 

Le P. Ftuili^ examine exaâisment 1er 
Variations. Son journal eft inflruâif^ 
Il obfcrve que le mouvement dti navire 
dérange beaucoup les obfervations (ut hr 
Variation de l'Atmanj Dcforte que IVxy 
ne peut quV &irc de grandes erreurs,, 
&l?oaeft feJuit, dit-il, à comparer en- 

G S? fcmWe 



% InflrttBms 

femble diverfes obfervations différentes » 
afin de s'aprochcr ainfi de la véritable. 
Voyez le /^. Famllée. 
. Il &ut obferver Todeur, U couleur , 
& la (âveur de Peau de Mer , quelle eft 
celle où les vaidêaux avancent avec le 
plus de viteilc ; s'il eft vrai , qu'âpre- 
chant * du Pôle Méridional , fur les 
Côtes de Sfala & à PEft du Cap de Bon- 
ne-Efpéranee , on foit expofé à des cou- 
rans d'eau fi violens Sc fi rapides , 
que les navires fi liant vent arriére 
ayent peine à leur réflfter. On die 
qu'il y a de pareils courans du côté 
du Pôle Arâique, qui tirent , pourain- 
fi dire, les vaiflcaux vers ce Pôle, corr- 
me les courans du Sud les attirent vers 
le Pôle Méridional. 

Pyrard de la Val dit avoir apris dit% 
Portugais qu'un corps mort jette dans la 
Mer ^Afr'tqut au Nwrd de la Ligne, fio- 
te fiir l'eau, la tête toujours tournée du 
côté de X'Ouefi & les pieds à VEft. Si 
quelque accident change cette fituation ^ 
il la reprend aufiitot. Mrjs au delà de 
la Ligne vers le Sn4 r les corps y dcf- 
ççndenc au fond de la Mer. Plufieurs 

Voya- 

-^* I, Voyage de s^Mergb aui Indes Oricn- 
Ulcs. 



«s'a 



~y 



pBur Voyêgtr utHminu li 

Voyageurs Hollandois aiTurent la même 
chofe. 3 ; 

La vraye route du yaiflcau ne ]?cut & 
bien eflimer fans connoitre les dérives ^ 
cVd-à*dire l'angle c)ue fait la quille avec 
la ligne que décrit le pavire dans fà route. 
Ces dérives ont lieu, quand lenaviren'a 
pas vent arriére. Le P,Femliée démon- 
tre l'importance de cesQbiêrvations. Les 
Voyageurs Mathématiciens ôc experts 
dans la Marine en pourront juger. 

11 &ut obferver aufli l'aâion des vents 
fur la Mer, 6c même , autant qu'il fê 
peut , fort au deilbus de la furface des 
cau^. Il feroit bon. de faire un mémoi- 
re de tous les changemens des vents & 
du tem5, tels qu'ils fe font à toutes les 
heures du jour 6c de la nuit : marquant 
le point, ou Tcndroit d'oii vient lèvent, 
6cyil c& fort ou foible , 6cc. Sur tout 
il faut remarquer lc3 vents réglez, dans 
quel degré de Longitude 8c de Latitude 
ils commencent d'abord , où 6c quand 
ils ceilènt ou changent , 8c deviennent 
plus foi blés, 8c de combien. Les expé- 
riences de l'équilibre des eaux demandent 
qu'on fe icrve de l'Aréomètre. Le P. 
FemUée décrit cet inn:rument dans fcs 
Voya^ei à le Mer du Sud. 



Cff 



InflrttiThnf 



f'i 



*;"^^'^ 



Il faut obftrvcr les Gâtes, kuf fitoi. 
tien y leur afpeâ; , 8c fonder exaâement 
la profon'^Je» ; de h Mer vers les Côtes, 
Parts , Rivages , &cc, les rochers, & 
band de fable ; tâcher de connoiire la 
nature de la cerne qui efl: au fond de la 
Mer; la fonder de toutes les manières , 
pout favoir fi c'cft argile , iablc , ou roc ; 
rout cela du mieux qu'il foit poflîblc. 
' Le choix de l'eau eft une chofe im* 
portante pour la famé des équipag<-s : 
ainfi il faut: obfcrvcr les lieux où l'on 
peut faire la meilleure aigunde Par 
exemple, l'eau de i?4»f<^w^!anchit bien- 
tôt, éc il s'y engendre dey vers. 1 f^oya^ 
ge des HoU. aux Indes, 

Le Doârcur Hooke a trouvé le fccret 
de tirer de Peau du fond de la Mer. Le 
Voyageur curieux, ôc Philofophe pour- 
ra profiter de ce fecrct ingénieux, & re- 
eonnoitre û l'eau du fond de la Mer eft 
plus pelante & plus falée , que celle de 
là furfjce : s'il y a de l'eau douce & des 
fûurces au fond de laMèr, commequel- 
ques perfonnes le croyent. Voici la de- 
fcription de l'inftrument dont il j&udra 
ïc fervir à cet effet, & comme le repré- 
fente ici la figure. C'efl un fccau deboii 
quarré , dont les fonds EË font fàit$ 

d'une 



55 



pour Vùyâpr uîikmmi zxiv 

dlHînc manière , que le poids A vcnanr 
à enfoncer le fer B , (auquel lefccau C 
cft attaché par deux anfes DD, ayant aU' 
bouc deux fonds mobiles ËË enguilè 
de deux batans de porte,) & attirant par 
ce moyen en bas les eaux; la réfiftance 
de Tcau tient le fceau dans la pofture Çé 
Dcfortc que l'eau peut aifcmcnc paflèr 
au travers , durant le tems qu'il efl à^ 
defcendt'e. Mais fitot que le fceau eft 
tiré en haut par la corde F , la rcfiftan-^ 
ce que Peau fait a ce mouvement porte 
en bas le fceau, & le tient danslapoftu-^- 
rc G. Deforie que l'cau' qui eft enfer- 
mée dedans ne peut fortir, Se celle qui' 
cft dehors n'y peut entrer. Onlitdans' 
le Voyage des Imles Orientales par £,/«- 
fdwoten que proche de Pife de Babrem- 
dans le (àoife Perfique , ils puiférent avec 
de certains indrumens dans la Mer, au' 
defTous de l'eau falée, à la profondeur 
de quatre ou cinq brailès , de l'eau aufli 
douce que celle d'une fontaine. Cet ha- 
bile Voyageur n'a pas décrit ces inftru- 
mens. Cependant des Philofophcs pré- 
tendent au contraire que la Mér doit être 
plus ialée au fond qu'en £i fuperficie : 
parceque le fel étant plus pefant que l'eau 
il doit aller au fond. A l'égard de Lin» 



o 



LIV InJIruâkHi 

Jcbooten^ on prétend que c'eftan&itpar* 
ttculier, dont il y auroit lieu de douter, 
fi quelque autre le raportoit; 8c que 
d'ailleurs cet Auteur die bien des chofès 
par oui dire. Mai quoi qu'il en (bit , 
Tûvernier dit la même cholè , excepté 
que, fuivant celui-ci , ce font des pion- 

Î;eurs qui la vont chercher au fond de 
a Mer. Peut être que Chapttfeâu^ qu'on 
dit avoir groflî les relaxions de Têvernier^ 
a copié cette particularité de Linfcbioten, 
Tavernier dit encore qu'au Cap de ComO' 
' rm 8c vers le Cottomandel , quand la mer 
s'eft retirée, les Femmes viennent creu- 
ièr deux pieds dans la fable, le plus près 
de la McT qu'elles peuvent , & y trou- 
vent de l'em douce aflcz bonne. Peut- 
être que l'eau fe filtranc à travers ces fa* 
blcs , y laiilè les parties fàlines les plus 
groffiéres. 

Pour les Mines, il £)ut examiner le 
Terr '.in du Pays , s'il eft égal ou non , 
fi les pliiiies ou les montagnes y (ont fer- 
tiles , ce que le Pays produit, quels y 
font les befhaux , ÔcKursqualitez, quel- 
les font les maladies du Pays , quels y 
font les remèdes contre les maux épidé- 
miqucs, 8c s'il eft vrai que ceux qui ha- 
bitent dans le voifinage des Mines d'ar- 
gent 



.,1 






ponr Foyéger wtilenmt, lv 

gent vif, font moins cxpoicz à la pefie 
que les autres hommes. Quels Fleuves, 
Rivières , Lacs fie Sources il y a dans 
ce Pays là, fie quels effets ces eaux pro- 
duisent fur la famé des habitans ; quelle 
y eft la température de l'Air , fie fi le 
Pays e(l fujct aux vents, quelle en eft la 
caulè, s'ils (ont orageux , s'ils amènent 
les nuages, fie s'ils ne pourroient pas. 
être excitez par des exhalaiions (buter- 
raines, ficc. • 

11 faut obferver la qualité de la Terre 
près de (à furface , fi elle eft pierreufè » 
ou argilleufê , par quels indices on con- 
noit qu'il y a des Mines ; fi la Terre 
autour des Mines eft ftérilc : quelles 
plantes abondent le plus dans ces 
lieux ; fi les arbres y lent grands ou pe- 
tits, fie fi le feuillage en eft beau. 

Remarquez aufu la qualité des Eaux 
dans ces lieux , comme la couleur , le 
goût , l'odeur fie la pefanteur ; fi dans 
ces lieux la rofée tache le linge ; fi les 
tonnerres fie les orages y (ont fréqucns , 
fi les Météores lumineux y font ordinai- 
res, fi le Ciel y eft nébuleux, quel y 
cfl le (uccès de la prétendue Baguette 
Divinatoire : quelle forte de terre on trou- 
ve au deflbus de la furface, argile, mar^ 

ne. 



liVi Jnltrn&mt * 

ne, ou autre ; quelle cfl: la confiftçïîce 
de celle qui indique les veines de mé- 
taux , s'il y a plus d'une forte de terre. 
Obfcrye/. encore quelles pierres on y 
trouve près ou loin de la furface , coin* 
me indices des Mines. Par exemple , 
on trouve aflèz fouvent dans les Mines 
d*étain en Cornoaiùlle^ des Manalfttet fur 
la veine métallique. Il faut obferver lin 
couleur, le poids, la grandeur ficla fi^ 
gure de ces pierres. 

Obfervez (î la chaleur , ou quelque 
vapeur indiquent la Mine; fi l'eau qui 
iê rencontre en fouiflant l'indique auffi. 
Si l'on peut connoitre que l'on (bit: ait 
defTus , ou au deflbus » ou à côté de la 
Mine. Commenc on connoit les efpécef 
des métaux, leur quantité & leur bonté. 
Queb tonc les indices pour connoitre 
qu'une Mine e(l profonde ; comment on 
connoit qu'il eft inutile de la chercher ; 
jufqu'où il faut crcuièr pour la trouver/ 
fi la veine métallique eft difpofée hori« 
io:italement, ou en peme; jufqu'oià elle 
defcend^ de quel coté elle tourne, ôC fi 
c'ed une détermination naturelle , ou 
accidentelle. Comment on foutient la 
terre autour de la Mine % fi le bois dont 
cm (e iêrc réfiftc longccms aux exhalai^ 

fons 



p9Hr Voyager nttlement, Lvii 
fons des Mines y quelles ouvertures il y 
a pour recevoir Pair \ quelles eaux on y 
trouve , & jufqu'où. Si elles tarinènt, 
il elles croiûènt ou diminuent Iclon les 
fàifbns. De quels moyens on fefèrtpout 
ôter cette eau > à quelles vapeurs on eft 
cxpofé dans la Mine , quels fignes en 
font des avantcoureurs ; comment on y 
remédie. Quels moyens les Travailleurs 
employent à chercher la Mine, & à (è 
faire une route dans ces lieux fburerrains. 
Si Ton fe (ère par tout du niveau & de 
Pu ËQHjfole. Comment on fè précautione 
Contre la variation de l'Aiguille, quand 
on eft dans le voifinagc d'une mine de 
fer. Comment les foubyeurs s'y pren* 
nent, Ibrfqu'ils rencontrent ces caillbuit» 
ou lorfqu^it faut oter la croûte des mé- 
taux. Comment on brile le roc. Si les 
Travailleurs font habillez , de quels lu- 
minaires ils fe lervent , quelle en eft la 
lueur, combien cette lumière dure, ôc 
comment on la coniêrve dans cet air é- 
pr.is. Comment on fuit la veine , com- 
ment on tranfporte la matière métallique, 
ôc tout ce qu'il faut tirer de la Mine. Si 
la matière métallique s'étend dans toute 
la veine , ou (i elle eft éparfc, fi elle eft 
dans des fentes de rochers, ou en gru« 

meaux 



LVill IttflruStoHf 

meaux, comme du fable, & comme on 
die que fë trouve le meilleur étain dans 
quelques endroits deCornouaille : ou fi 
la matière métallique e(l d'une confiden- 
ce molle, comme la matière du plomb 
en Irlande , ôc celle de l'argent ôc du fer 
dans la partie Septentrionale de l'Ëcofle 
& ailleurs. Si Pon trouve quelquefois 
dans la Mine du métal parfait, (1 la ma- 
tière métal! iquc eft végétative , fi la veine 
métallique n'a pas, pourainfidire, queU 
ques tuniques particulières. 

On doit auffi examiner fi la veine eft 
par tout envelopée de les tuniques. Si 
cette veine eft d'une laideur 6c d^une 
épaifleur uniformes , ou fi elle varie ; 
quelles font fes dimenfions, fi elle eft 
interrompue , 6c fi des eaux , des val- 
lées , 6cc. caufènt cette interruption : 
quelle eft l'étendue de ces interruptions, 
comment on retrouve la veine \ fi après 
l'interruption , la veine fe trouve chan- 
ger de nature , prendre un autre cours , 
dans un plan horizontal , de biais, ou 
en pente } fi la veine fe termine en terre 
ou roctier , 6c fi l'on trouve à l'endroit 
de l'interruption quelque terre ou pierre 
particulières. Si l'on remarque qu'avec 
le tems la matière métallique pourra aug- 
menter , 



N 



four Voyager utilement, Lix 

mcntcr , & fi cette matière métallique 
doit être cxpofée à l'air, pourlameurir, 
pour ainfi dire. Quelle quantité de mé- 
tal cette matière métallique donne Si 
la veine métallique eft fans mélange d'au- 
tres métaux , ou non : quels métaux y 
font mêlez. Quelles préparations on fait 
pour mettre en œuvre la matière métal- 
lique. Si l'on fe fert par tout du Mer- 
cure, pour répare^" le plus vil métal du 




qu'on 1 a vu pratiquer a I égard 
celle du fer. De quelles poudres diflol- 
vantes on fe (èrt, pour réduire en petiter 
quantités la matière métallique. Si l'on 
réfout les grandes quantitez, par l'addi- 
tion de la poudre diflblvante ^ ou par la 
feule force du feu. Comment on réduit 
en lingots ou autrement les métaux fon- 
dus, par quelle forte de terre on les fait 
couler, & comment on les fait refroidir. 
Si l'on fond les métaux une féconde fois, 
pour les épurer ; quels fignes on a d'une 
bonne ou mauvaife fonte S'il y a quel- 
que différence dans la qualité du métal 
qui s'écoule le premier , & de celui qui 
coule enfuite. On prétend que ic meil- 
leur étain coule le premier. S'il y a une 

cfpé. 



*A, 



_/ 



/faX Inftru&ims 

cfpéce de fuye métallique dans les chetni- 
necs des fourneaux , & fi c'eft un excré- 
ment du métal. Dans les mines de Cw- 
muatlle , on renverfè au bout de quel- 
ques années les chaumières où l'on fond 
Pctain, pour ramalTer ce qui s'cft attaché 
a la paroi intérieure du toit , d'où l'on 
tire d'excellent étain. Obfervcz encore 
fi toute matière métallique a fon écume. 
Le fer a une efpéce de craflê qui tientdu 
verre. Il en eft de même de 1 étain. Si 
après la fonte du métal , ce qui refte de 
la matière métallique ic trouve avec le 
tems pouvoir être fufccptible d'une nou- 
velle fonte. On prétend cela à l'égard 
de la veine d'étain en C9rnouaille^ & que 
des refies de matière métallique dans la 
forêt de Deane font pleins de bon fer. 
S'il y a des fucs minéraux qui deviennent 
pierres ou métaux , dès que l'air les a 
touchez. Quel effet les fucs minéraux 
& les exhalaifbns des Mines fontàTégard 
des plantes & des arbres. S'il eft vrai 
que leur fjuillage en (bit doré , ou ar- 
genté , comme cela fc remarque en jil" 
lemagne près du Mein. Si ces arbres là 
font plus pefans que les autres, & s'il y 
a dans leurs porcs des (èls métalliques 
qui y foient comme attachez. Si ces 



'% 



eaux 



pour Foyâj£er utilement. lxï 

eaux que l'on découvre près des Miniè- 
res, coulent toujours fpus terre fansau» 
cune ifl'ue Si ces fburces (buterraines 
aparoiflent par la force de quelque venc 
ou par un changement r^lé des faifons. 
Si Pon trouve des corps étrangers dans 
les Mines : par exemple, des poiflbns , 
&c. dans Pécorce du méul brut 5c quel- 
quefois dans Je métal même. Voici de9 
particularitez extraites du Journal d'^«- 
gUterrCy touchant les Mines de Hmgrie. 

1. Les puits ou fofîez creuiêz perpen- 
diculairement dans ces lieux ne pouâenç 
pas moins de vapeurs, que les allées ou 
chambres que Ppn pratique dansquelquef 
autres puits. ,p;4i 

2. Ce n'eA pas feulement des lieux 
boueux Se humides que fbrtent les va« 
peurs , mais même des endroits de la 
Mine les plus fècs ; comme dans la Mine 
de cuivre de Herngrount , où il fort d'un 
roc extraor^inairement dur une vapeur 
fort maligne. II y a cependant un endroit 
où ces exhalaifons ne iont pas continuel- 
les, ôcc. 

j. Il V a d'autres lieux danscesMines 
qui foLc fi humides , que les vapeurs y 
font extrêmement fcnâbles & comme 

Flpables, Sec. , 

. î 4* Les 



4. Les vapeurs ne font pas tdâtés de 
la même force II y en a de fi malignes, 
qu'elles fufFoquent en peu de tems les 
Ouvriers, ify en a qui ne font que les 
afiôiblir peu à peu. 

5*. L'adrcHè des Mineurs confifle i 
£ç précautionner contre les exhalaifons 
vçnimcujIcS. Dans la Mine à^Herngfound^ 
on s'y fert de deux gros fouflets au'on 
srgite continiiellfment pendant quelques 
jours pourépuiier la Mme de ces vapeurs. 
Les remèdes ordinaires font de longs 
tuyiiux, par lefqucis Pair entrant &fbr- 
tant (ans cède laifle une entière liberté de 
refpirer. Il y a de ces tuyaux de plu^ 
de cinq cens bràires. Dî'.ns la Mine de 
cuivre de Hcmf!round^ & d^ns celle d'or 
de Chremnhzy tes lieux où travaillent les 
Ouvriers font encore plus éloignez de 
Pemréc, &c. 

6, Ces Mines ne font pas fans danger, 
il] s'y perd fouvent du monde , mais on 
marque ordinairement les lieux dangereux 
avec de petits vaiès qu'on met à coté des 
puits , tant pour avertir les perfonnes de 
ne pas fe hafarder d*y defcendre , que 
pour empêcher les méchantes vapeurs 
d'en fortir : car cet air renfermé eft ex- 
uêmementnuifiblc, &€.• 
*• 'i 7. Outre 



. \ 



pour Fùyagfr utiUment, lxui 
7. Outre le danger des vapeurs , les 
Ouvriers font expoiez àdesembrafêtnens 
cauiez par quelque négligence ou autre- 
ment , dans ces endroits , où faute de 
pierre, il faut foutenir avec des apuisde 
Dois les chambres Se ies conduits qu'ils 
pratiquent horizontalement au fond des 
puits. 

A l'égard dts végétaux , il fliut remar- 
quer plufieurs choies. Il y en a qui 
plantez dans un fens contraire , ne laif- 
îênt pas de prendre racine. On prétend 
cela des buidbns Ôc du furcau. L'/\uo 
tcur des Ambaffades des Hoilando'u an Ja» 
pm nous dit qu'il y a là un arbre fêm- 
blable au palmier ^ qui ne foufire aucu- 
ne humidité. Les oranches qui en tom- 
bent & qu'on en coupe, fi l'on les cloue 
au pied de l'arbre , y reprennent , com- 
me fi elles a voient été entées. J'abrège 
ces obfcrvations » qu'on pourroit éter- 
dre à l'infini, ôc ii me fuffit de dire que 
les remarques fur la culture des plantes 
font très ut ks; foit pàrraportauclimar^ 
foit par raport à Tufage des Habitans. 
Pour faire croitre les dattiers , on range, 
fuivant Tavernier^ ifo. ou 300! noyaux 
en piramide , la pointe en haut qui finit 
par un feul noyau .• après quoi on les 
Tom, /. . D cou/rc 



1.X1V Inftfudms 

couvre de terre. On prétend auflî qu'il 
&ut planter le mâle & la femelle l'un 
près de l'autre, 8cc. 

Mais defcendons encore plus dansie 
détail. 11 y a en A/ie des chofestrès re- 
marquables à examiner. Par exemple , 
il faudr< : far r dans quel lieu on trouve 
ce Rufina dom les Tttns Ce fervent pour 
^ter le poï iii/^t lert à d'autres Ufages, 
s'il y en a pluneui:» efpéces, 6cc. 

Si VOpium dont les l'urcs fe fervent 

f)Our fe donner de la force & du courage, 
eur krt au même ufage à Tégard des 
chevaux , des chameaux & des droma- 
tlaires , quand ils les voyent abatus par 
la fatigue. Quelle eft la plus forte dcfe 
a^Opium qu'un homme puiflè prendre 
(ans danger, 6c comment on le prépare. 
11 y a dans les recueils de M, Chardin des 
chofes très curieules fur les effets de PO- 
ftum fur les Perfans. 

La préparation du fameux jicier dt 
Damas ^ Sc ce cuir délié qui réfiflepour« 
tant à l'eau , demandent aufli des recher- 
ches» de même que tout ce qui concer- j 
ne les livres , les arts & les fciences des 
Orientaux. 

On parle d'un arbre près de Damas , 
qu'on nomme Moujlac , on raporte qu'on 

le 



pour Voyager utilement, Lxr 

le coupe tous les ans juiqu'à la racine , 
à peu près au mois de Décembre ; après 
quoi il renait & croît avec une fi grande 
viteflc , qu'en quatre ou cinq mois il 
porte des feuilles, des fleurs, des fruits, 
& une feule pamme d'un goût exquis. 

On dit aufli qu'on trouve dans le Mi* 
di de V Arabie des raifins iâns pépins , âc 
que les Habitans de ces quartiers là y 
vivent en bonne fanté au delà de cent 
ans. Les Holkndois nous parlent dans 
leurs Voyages du grand âge de plufieurs 
Indiens, Olivier de Noord raconte du 
Grand • Pontife de Java qu'il étoit âgé 
de 120. ans , fans autre circonftancc. 
Cela efl bientôt dit ; ne lui en faifoit on 
pas accroire? On aflure qu'il n'y a point 
d'animaux venimeux dans l'Ifle de Can» 
die^ non plus qu'en Irlande: maisondit , 
au contraire que l'Ile de Chypre eft rem- 
plie de ferpcns, & que dans le quartier 
d'un certain monaftére de Saint Bcnoift, 
les Religieux y dreflbient des chats à la 
chaiTe de ces reptiles venimeux. Si cela 
paroit une fable, à la bonne heure. Les 
fruits , les herbes , les terres & les fon- 
taines de Chypre font , dit-on ,' naturel- 
lement falez. La pierre minérale, qu'on 
nomme Amiante ^ & qui feconfcrvedans ' 

D X Iç 



txvi Inflruéitons 

le feu, Se la nature des lieux où fètroiv» 
ve la 7'erre Sigillée , méritent auflî un exa- 
men. Selon Van den Broek dans fon Voya- 
fje inféré dans le recueil de Voyages de 
a Compagnie, &c. on trouve des A/ô- 
nties dans les fables à^ Arabie , ÔC ce font 
des cadavres de Voyageurs que les tour- 
billons ont enterrez tout vivans dans ces 
fables , où les chairs fc font deflechées 
& confumées. Suppofé que cela foit , 
quelle diférence remarque- t-on entre ces 
corps defféchez ainfi , & les vrayes Mo- 
mies ou corps embaumez. 

Le même Voyageur parle d'u ne pi u yc 
de fable rouge près à^/Jden. La pluye 
de fable dont parle le P. Feuillée dans fon 
Voyage à la Mer du Sud eft de même ex- 
traordinaire. Peut-être que dcsexhalai- 
fons très lubtiles s'élevant de la terre de 
ces contrées , retombent enfuite en cor- 
puscules femblables au fable. Peut-être 
aaffi qu'avant de rendre raifon de cette 
pluye , il faut demander fi la chofe eft 
vrayc , comme on le demande des pluyes 
de lang ôc de pierres , dont les Anciens 
ont parlé. Olivier de Noord^iGxxtt pour- 
tant dans fa relation que les Hollandais de 
fon équipage fe trouvèrent dans une bru- 
me fur les côtes du Pérou couverts d'une 
- , * vHir eipecc 



pour Voyager utiUment, lxvii 

cfpéce de farine : ce qu'un pilote Efpa- 
gnol leur dit être fort ordinaire dans ces 
parages, qui àcaufedecelafcnommoicnt 
jirenales ou Sabloneux. 

A propos des Momies, /^/^r raconte 
que dans une Baye fabloneulè près de 
Vermeios, au lo. de Latit. Sud, il trou- 
va quantité de cadavres d'hommes, de 
femmes , d'enfâns, audi iecsôc au(li lé- 
gers qu'une éponge , mais qui cependant 
avoient l'air afle? frais, puisqu'ils ne pa^ 
roifloient pas y avoir été plus de huit 
jours Ces corps aind dellechez dans les 
fables du Pérou ont du raport aux Mo- 
mies à^ Arabie, 

ZatJte ScÇephalonie font f dit-on, quel- 
quefois ex pofées aux trcmblemens de terre 
neuf ou- dix fois dans un mois-. 11 faut 
obferver û ces lies ne font pas caver- 
neuiès. 

11 faut tâcher d'aprendre quelle pente 
& quelle profondeur a Peau qui paflède 
If^ Mer Noire ou Pont-Euxin , dans la 
Propontide ou Mer de Marmora : s'il y a 
quelque période dans les fameux flux ôC 
reflux connus fous le nom d^Et/ripe, Si 
l'on remarque quelque aparericc de com- 
munication entre la Mer Cajpienne ou de 
KiLin ic \c Pont'Euxin par des paflàges 

D 3 foui 



Lxviii Jnflru&ms 

Souterrains. Si Ton remarque dans l'une 
de ces deux Mers quelque diverfité de 
couleur , quelque bouillonnement ou 
quelque agitation dans Peau. Peut-être 
• que par de pareils ficnes on pourroit é- 
claircir le doute où l'on eft. 

11 y a tous les jours mille découvertes 
à faire pour les Anticuitcz de ce Pays 
là, fans parler de pluneurs chofès mo« 
dcrnes , très dignes de remarque , mais 
que des Voya^urs ignorans négligent 
ou falfifient On peut juger de la bon- 
ne foi de Jean Struys , qui nous a don- 
né des Voyages en Mofctnie^ Tartane & 
Per/e^ par ce que M. Chardin dit contre 
ceVoya eur^ „ Je ne puism'cmpécher 
,> d'oblcrver l'impudence avec laq«'eHe 
,y on publie des planches de dcflèins le 
)» plus groffiérement inventées» comme 
^ de vrayes repréfentations. Il y en a 
^ plufieurs comme ceh dans une Reh' 
,, tion de Pfr/e , qui porte le nom de 
99 Voyages de Jean Strays, Celle , en- 
^ tr'autres , qu'il apelle le Tombeau R^yat 
j, de Perfepolis , n'a pas un trait de fVr- 
^yjepolh : &cequirfttoutàfàitextrava« 
M g^'^^f 1^ deflein n*a pas an trait de 
y, la defcription ipoux laquelle il eft fait. 
^ Cependant k titre du livre pone que 



vt 



let 



pour Voyager utilement. lxix 

„ les planches ont été deflTmées par PAu- 
„ teur. " 

CV'ft en examinant les Antiquitez de 
l'Orient , telles que font celles de Perfe 
6c à^ Egypte^ qu'on a occafion de blâmer 
la vanité des anciens Grecs , qui k (aie 
honneur de l'invention des arts & des 
fciences. Après avoir parcouru l'Orient, 
on ne leur accorde plus cette gloire que 
pour peu de choie , comme le cil: fort 
bien M. Chardin, 

On nous parle de pétrifications extra- 
ordinaires « ce qui demande une recher- 
che d'autant plus cxaâe, qu'il (è mêle 
beaucoup de tables dans ces récits. On 

Eut dire , avec la permiffion de MeO'. 
iVoyFageurs, quHlségayent volontiers 
kur it^ti^ination dans les phénomènes 
cxcraordinairea. 

Il y a, dit*oo , fur les confins de 
VArmim & de li MéSe , des lieux où 
les chevaux fonc tous jaunçs & i&bellés. 
Fâvorm le raporte ^ un Voyageur mo« 
derne après lui. 

On prétend aufli que dans le ChuMm 
il y a des monumem de ces aiiieiçnsCrfWi' 
qu'un Darius Roi de Pnja y relégua au- 
trefois. 

On n'a pas affez obfervé les Iles Md^ 

D 4 tlivet^ 



Lxx ' Tnftruftms 

àives^ ni la caufe de la fièvre que les Eu* 
ropéens gagnent prefque toujours en a- 
bordant celle de Malè. 

On a toujours tenu Hérodote pour mcn" 
teur : cepend-^nt un habile Voyageur 
étant fur les lieux que cet Hiftorien dé- 
crit , pourroit s'informer de la vérité ou 
de la faufleté de plufieurs chofes que cet 
Auteur fameux raporte. J'en dis autant 
de Piine^ Solin^ Diodare^ Paufanias ^^c. 
Hérodote dit par exemple , que tous les 
Animaux font plus grands dans les îndes 
qu'ailleurs , excepte le fèul Cheval qui 
y eft plus petit. Rien n'eft plus ailé que 
de lavoir la vérité de cela. Ainfi gn 
pourroit le juilifier , auffi bien que plu- 
ficurs autres y au fùjet des Amazones , 
( dont on a regardé l'hiftoire comme un 
foman j ) fiipofant la vérité de ce que 
nos Voyageurs & èntr'autres van den Broek 
racontent touchant ces femmes guerrières 
de Tartarie , qui en 1 6z6. firent une ir- 
ruption dans le Aîogol au nombre de 
aoooo.femmes foutenues de 30000. hom« 
mes 

A l'égard de V Egypte , il fejut obfêr- 
ver s'il y pleut , dans quel tems , & 
quelle influence cette pluye peut avoir 
liai Tair. " , , 



pour VoyMger utilement, Lxxi 

M y a auffi bien des chofès à obfèrver 
fur cette Rofée qui feit , félon quelques 
uns , fermenter le Nil , & qui eft con- 
nue fous le nom de G^ute» Cette Goute^ 
dir-on, purifie l'air, enfortequed*abord 
qu'elle eft tombée , la pefte n'eft plus 
dangercufe &: perfonne n'en meurt. 

Mais cette Goûte n'eft pas la feule caufe 
de l'àccroiflèmcnt du Nil , 6c d'habiles 
gens l'attribuent avec raiîbn aux vents« 
de Nord-Oueft , qui fouflant aux em- 
bouchures du Nil le repouflent dans ion. 
lit. Dans ce même tems les grandes 
pluyes fondent les neiges des Montagnes* 
de la Lune ^ ce qui le fait enfler cxtraor- 
dînairement. Peut-être doit on la cet' 
(àtion des maladies aux vents froids, que 
les neiges fondues des Monts Riphées au^ 
delà de la Grèce excitent , & que ces vents* 
ui viennent chargez des parties nitreufe^. 
e la neige purifient le mauvais air de; 
YEgypte. 

Oh dit que Tes eaux dii puits à^'Arge^ 
nus croiflent tous les ans la nuit que la* 
Gonte tombe ^ deforte qu'on en peut ]u-' 
ger de combien de bras le Nil croitra^ 
cette année là,, au delà de fèize.. Voyez i 
Vanfleb, 
Il fauJroit comparer exaétcmenr ce* 

D f qvie 



3 



A 



que les Anciens ont écrit du Crocodlte, 
uvcc ce que les Modernes en rapoitent. 

Les Arabes charment lies Crocodiles 
par la force des fnlismans , & il y a des 
Talisvmns à certains end roits du Nil , pour 
empêcher le palîàgc aux Crocodiles : 
chofes qui paroitront fabulcufes à tout 
autre qju'à ceux qui s'àmufcnt au petit 
Alhert , ou à la Clavicule de Sabmon, 
Cependant il y a diverfeschofès à recher- 
cher touchant les talismans â vantez chez 
les Arabes. 

11 faudroit examiner le Salpêtre ou Sel 
Nitre, qui fê fait en Egypte^ & la difé- 
rencc qu'il y a entre celui là & le notre : 
s'il eft d'une nature Aikalm & fi après 
avoir été diflbus dans Peau , filtré & fu» 
bliméenîuite, il fe trouve Cryftalijé, Si 
la terre qui eft dans le voifinage du Nil 
étant gardée & pefée conferve fon poids 
|afqu'au 17. de Juin , qui eft le premier 
jour de l'accroiâèment du Nil , & qu'a- 
près cela elle devienne plus pcfânte, à 
proportion de l'accroiflèment du fleuve, 
La manière de faire éclorre les poulets 
fans être couvez, doit être examinée auf- 
fi. Il feudroit favoir comment on pré- 
pare le fumier de chameau ou on les met, 
combien de fois on change les œufs de 

fituation, 



poar Foytger utilement: Lxxiir 

fituatic»!, comment on les couvre, fi on 
les fâitéclomeauxi. jour, comitiequand 
une poule les a couvei ; fi ces pouflSnr 
font auffi fâins , ôcauffibons que les nô- 
tres, &c. Le Père Vanjleb^ dans fà re- 
lation ^Egypte , nous donne une defcrip- 
tion des fours dont on fè (èrt à cetuiâge, 
mais non pas dans le détail qu'on de- 
mande ici. 

L'Ambre jaune qu'on vend en Egypte 
eft la gomme de quelque arbre à^Egypte 
ou d^ Ethiopie y felon que Be3on & DiodO' 
re l'aflurent , & dans cet Ambre on y 
trouve , dit on , fbuvent de petits ani- 
maux & des morceaux d'écorce d'arbre. 
On écrit de l'Autruche, que le mâle 
8c la femelle couvent leurs œufs de leur 
regard, &C que fi l'un ou l'autre diicoa- 
tinuoit un moment de les regarder , 
ces œufs iê corromproient. Ce raport 
eil fans doute fabuleux, mais il demande 
pmirtant quelque recherche, afin de fa- 
voir œ qui peut y avoir donné lieu. 

Ije Père Van/leb dans fà relation d'-E- 
gypte^ donne une lifte curieufe des dro- 
gues , plantes , épiceries , ôcc. qui fè 
tranfportcnt A^ Egypte en Europe , & de 
œ qui paflb à? Europe en Egypte, De pa-^ 
rcils détails ibnt très utiles pour le com- 

D 6 raercc. 



i,xxiv Inftrn^ms 

merce, & il feroit à fouhaiter que tous; 
les Voyageurs en donnaflent de fcm- 
bl»bles. On peut remarquer par ce 
moyen diveiiès chofcs qui vaudroient 
aufli la peine d'être connues exaftement. 

On ie fert ordinairement en Egypte , 
auffi bien qu'en ^erfs de certaines ferru- 
res de bois , auffi bonnes , dit on, que 
nos ferrures de fer. 

Il faut obferver avec foin le Dicours 
des eaux dans les Mers Rouge & Méditer^ 
raniei Van den Broek dans fon Voyage 
inféré dans le Recueil des Voyages pour /V- 
tûh, de la Comp. HvU. des Indes , dit avoir 
vu l'eau de la Mer Rouge bouillonner & 
devenir auffi rouge que du fang, & que 
k puifant avec un fceau on y trou voit 
beaucoup de fable rouge au fond. Cela 
étant» il ne faut pas chercher d'autre rai 
fon du nom de cette ma", f^x^ cette eau- 
fè naturelle. , i. 

. On raccaite que les v4^y^7w guériflent^ 
ks fïéyres intermittentes , par l'applica-, 
tioii du poiflbn nommé 7'orpedo fur tous 
les membres du corps du malade. 

On dit auffi qu^ils guériflent de lajau-» 
mfTe par l'apphcation d'un fer rouge en 
demi cercle, vers la jointure du bras , 
'^acttarn cnlui^e fur la brûlure un peu de 

^.^..''i^tiï - ^ V- -i poix, 



Lxxr 



pour Voyager ttùtement, 
poix, jufqu'à ce que l'humeur fe foit é* 
coulée par là. 

Oh dit que les Abyffîns ont un foin fî ^ 
fcrupuleux pour leur chevelure , que pour 
n'en gâter pas la frifure , ils fe mettent, 
lorfqu'ils lont couchez , le col fur une' 
cfpéce de fourche , qui leur tient la tête 
fufpendue. ^ 

Le fleuve Niger inonde les champs 
tous les ans, comme le Nil. 

La pluye qui tombe en ce pays là eft 
chaude, & pourrit les habits , y engen- 
drant même des vers , fi on n'a fom de 
les faire fécher au plutôt. 

Il faut obferver l'ufege du Palmier^ 
le vin, l'huile, le lavon, le pain, le fil, 
qu'on en tire -, fi outre le vin de Palmier^ 
on y a une boiflbn qui aproche de notre 
bière & comment cette boiflbn fe fait. 
S'il efl: vrai que les Peuples voifins du 
fleuve Garnira foyent d'une couleur blan- 
châtre. Si les Ethiopiens ont la vue plus 
iûbtile 6c plus perçante que ne l'ont les 
Européens. S'il eft vrai que l'eau en- 
gendre des vers dans les entrailles. Je 
doute qu'on fâche jamais s*il eft vrai que 
la Licorne de terre eft diférentc du Rhinom 
ieros^ 6c que ce premier animal fe trou- 
ve dans )l Ethiopie ^ comme un Auteur 
u.> D 7 . . . Por- 



LXXVI TnflruQiÊHs 

Portugais traduit en Anglois veut l'àlTu^ 
rer dans (à Relation du Nil , après le té- 
moignage de quelques témoins prétendus 



oculaires. 



Je doute de même decet Animal nom^ 
mi Autruche -Chamea»^ plus grand que 
l'Eléphant , & qu'on prétend être en 
Ethiopie, Mais qui dit j*ài vu ? 

On dit que ks Galles Peuples de l'£- 
tfjîopie^ font, des delcendans des dix Tri. 
bus difperfées au tems de la> première 
captivité. 

£(l il vrai que dam les montagnes de 
Semen en Ethiopie il y ait des Juifs q^i 
forment un Etat Souverain l 

L'état de la Religion en Ethiopie ^ \% ■ 
dcccrminr^tion exaârc des lieux, Provin- 
ces, Rivières, &c de cet Etat, & s'il 
çft pofliblc de détourner le cours du Nil 
vers la Mer Rouge, & l'empêcher ainfi 
de fertiîifer kschamps^d'%jf^/^, ibntdcs 
chofes à rechercher. i 

Van deif Broek dit qu'au Ccfigoil y a 
une efpéce de bête de la grandeur d'un 
Bélier, qui a des ailes, une queue, une 
^ngue gueule avec plqlieurs rangs de 
dents , 8c n'a que deux pieds. C*cft 
quelque chofe de dire qu'il y a une telle 
bête s mais qui dit, j'ai vu? x . 

-^ vt ■ - On 



four Fbytfer utitement. lxxvh 

On trouve félon le même alespoifibns 
à Corne fous la ligne ^ comme dans les 
Mers de Grûenland. U parle d'un hom- 
me fau vage tue à Mmkmgo , tout couvert 
de poil , avec une queue au deflus de» 
felTes. Cétoit peut* être quelque gros 
(inge , que Pimagination prévenue du 
HoUandoh lui repréfènta comme un Sa- 
tyre. 

On ne connoit guéres ^intérieur de 
V Afrique , par exemple du Mmomotapa» 
H y a fur cet Etat diverfès particularités 
allez curieu(ès dans le x. Voyage de vm 
Caarden^ to.^. du recueil de Voyages de 
la Compagnie , ÔCc. mais ces particula- 
ritez font trop extraordinaires, pour pou- 
voir les croire fur la bonne foi d'unfcql 
homme. Par exemple , croira-t-on fa- 
cilement que les meilleurs guerriers du 
Monarque font les femmes ? Que fès 
Gardes du corps (ont deux cens chiens? 
Que tous les ans TEmpereur envoyé len 
plus confidérables de fa Cour dans tou- 
tes les habitations , pour y donner du 
nouveau fèu , dont la réception eft une 
marque d*hommage & de fujcttion ? En- 
fin tout ce qu'on dit dans ce Voyage n'eft 
qqe par le raport d'autrui , & par oui 

dire 



LXXVHi Inflfuiiions 

dire. L'on ne trouve que trop ce défaut 
dans les relacions. 

J'ai déjà dit qu'il ne faut pas douter 
que > par un examen cxaâ ^ on ne pût 
fouvent concilier en bien des chofes les 
Anciens & les Modernes. Par exemple, 
Strahon parle de la groflcur extraordinaire 
des vignes de la Margiane y ou Province 
ditChorafçan i iiOléayws\ comme témoin 
oculaire , dit que dans celle de Gbi/an près 
à^AJlara ve?s la Mer Cafpienne le bois de 
vigne y eft il gros qp'il paflc la groflcur 
d'un homme. .j .j. 

Oléarius rcdifie l'erreur des anciens 
Géographes & Hiftoriens & celle de 
leurs Interprètes , à l'égard du cours de 
VAras ou Arax4s. Il concilie Quinte 
Curce qui a caufé cette erreur, ÔC.ditque 
cet Hiftoricn a nommé Araxes , deux 
difércns fleuves , dont l'un fe décharge 
dans le Golfe Pcrfique & eft apellé im- 
proprement Araxes \ l'autre qui eft le 
"^Xàx Araxes fè jette dans la Mer Câfpmne^ 
après s'être joint à la rivière de Cur ou 
Cyrus , 6cc. 

On pourra s'inftruire zBander-Gamron 
for le commerce entre la P^r/^?, les Indes ^ 
\'*Egypte 6c V Arabie , & on remarquera 
que. Bander-Gamron fur le Golfe Perlîque 

eft 



pour Voyager ntifement. lxxix 

cft Pctapc & le pafîagc des niarchandifès 
qui viennent à^ Europe % de Perfe & même ' 
des Inàs, On yobfèrveralesqualitezdc 
Pair, qui, dit on, eft fort mal fain vers 
Gamron \ on prendra garde que les vents 
y changent continuellement , &c. 

On aura foin de remarquer la manière 
dont les Européens y négocient les mar- 
chandifes de V^Ettrope Ôc même celles des 
Indes ^ ÔCc. 

Au Couchant de la Mer Cafpienne , un 
peu au defHis de Chamaki\ il y aunero-' 
che , d'où il diftille de l'huile qui fert â 
faire le vernis en Perfe, Cette huile a 
là propriété de guérir des hémorhoïdes,' 
félon Tavernier. Les anciens Naturalif- 
tes & les modernes aufîi parlent quelque-^! 
fois de ces fburces d*huite. ' 

II y a à la Chine un Arbre qui porte' 
le Suif, dont les Chinois fe fervent pour 
faire leurs chandéles. Peut-être que cet 
arbre a quelqu'autre propriété. Il fau- 
droit faire la même recherche à l'égard 
de toutes les Plantes extraordinaires, de 
quelque pays que ce foit. ' 

On dit qu'il y a dans la Prpvince de 
Canton^ des eaux qui changent de cou- 
kur toutes les années. En automne el- 
les 



LXXX 



InftfuHions 

les font bleues d'un fi beau bleu , qu'on 
s'en fêrt pour la teinture des ctofes. 

On dit que dans l'Ile de Hainan^ dé- 
pendante de la Chine , il y a une eau qui 
pétrifie. Le Père le Comte dans Tes mé- 
moires dit avoir lui-même apporté des 
Cancres pétrifiez, très durs Se peu difé- 
rens du caillou. 

^ Le Père ie Comte nous dît que le ver- 
nis de la Chine n'eft pas une compofition, 
mais la gomme d'un arbre à peu près 
comme la refine. Quel efi: cet arbre , 
comment en tire-t-on ce vernis , n'y fait 
on aucune préparation , & fiiffit il de le 
délayer avec ae l'huile pour s'en fervirf 
Quelle efl: la qualité de k terre donc 
on fait la plus belle Porcelaine dans la 
Province de Quamfil La terre s'y prend 
elle de quelqutî pierre dure , ou d'une 
confiftcnoe molle f En quel endroit de la^ 
Province trouve -c on cette terre > ou 
cette pierre f Où prend on l'eau qui fert 
à paitrir cette terre f Qiielles font les qua- 
litez de cette eau , a-t-elle des ièls qui 
fi>yent propres à purifier & à dégromr 
k terre,. ou qui en unifient plus forte- 
ment les parties ? Jette- t-on la Porcelaine 
. en moule, ou la forme- t-on fiir la rouef 
Combien de jours l'expofe-t-on au Soleil, 

après 



pour Voyager utiiement. Lxxxt 

après qu'elle cft formée en vafcs / Avec 
quoi chaufe-t-on les fourneaux , où l'on 
met les vafes, après ces préparations ? 
Combien de tems les y laiflè-t-on avant 
que de les en retirer? 

On ne nous dit pas comment on tra- 
vaille le ipîipkr Chinois f ni la prcparatiott 
du Noir de fumée dont les Chinois font 
leur ancre, quelle huUe ils y mêlent 8c 
quelles odeurs. 

On guérit, dit on, la colique appcHée 
MordeHhin par l'application d'une pelle 
de fer toute rouge ibus la plante des pieds 
du Malade » application qui eft réitérée 
jufqu'â ce que le Malade fente vivement 
la brûlure : enfortc que s'il ne fcnt rie» 
dans ces opérations , on derefpére de (à 
guérifon. Cette colique rçgne auffil)eau> 
coup dans les Indes, 

Il y a encone ploGeurs chofês à dire 
touchant le Thé. Un détail exaâ; de la 
navigation des Chinois , Se jufqu'bù elle 
s'étend ne feroit pas mauvais. Quels (bnt 
les Peujples avec lei^uels ils trafiquent le 

{)lus.' Leur navigation s'étend elle fort 
oin vers le Nor^Eft, & le Sud Eft l 
Ne pourroit on pas par ce moyen per- 
fèâionner notre navigation au Nord & 
auSudf» 



> V ' 



Si 










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TSST TARGET (MT-3) 




1.0 



1.1 



lAâlM 12.5 
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Ma. 12.0 



1-25 i 1.4 



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Sdenœs 

Corporation 







23 WIST MAIN STRIiT 

WnSTER.N.Y. 14510 

(716)«72.4S03 



'4^ 



Lxxxii J^ftru&mf 

Si l'on en croit les plus habiles Voya» 
ceurs, la gravité des Chinois furpâfTe in- 
nniment la gravité Ëfpagnolc. Ils neiè 
vifitcnt que dans une régularité qu'on 
peut appcller Mefurée. On- faluc jul- 

Si'aux chai(ès de la maifbn où Ton éd. 
n ne mange dans les feftins qu'en ca- 
dence , pour ainfi dire ; & on y a un 
* Offjciir qui hm la mefure , afin que tous 
les Conviez s'* accordent en mê^netemsàpren^ 
tire dans les plats y &c. Peut-être que 
xeux qui ont remarqué cela , ne fcroient 
pas moins frapez de la manière que Ic^ 
ifuHandois obfervem en certains repas de 
cérémonie , de boire les fantci au fon 
d!une petite clochec 

Cette Nation -Chinoiic doit être cx- 
traordinairetnent intércflee, s'ileft vrai, 
comtne on le raconte , qu'il y ait des 
gens qui Te louent à prix d';irgent, pour 
prendre la place de celui qu'on doit châ' 
tier par la baftonnade ou autrement, a 

On croit qu'il eft nécefîaire de favoîr 
exa£fcement l'origine, 6c le progrès des 
arts 6c des fciences dans ce Royaume fa- 
meux. Il faut, s'il efl: pôffible, un dé- 
tail circonftancié du commerce des Chi- 

. . nois. 

* U Pin k Cfmtt raftrtt ctla dans fit. Afé^ 
mêifês. 



pour Voyager uttUment, lxxxiii 

fioîs. Une defcription exaébe des Côtes 
de la Chine ôc de h Tartarie depuis la 
Mer Septentrionale jufqu'à celle des Ith- 
des. Les Latitudes 6c les Longitudes 
•déterminées exaftcment. 

Le P. Gozani Miffionàiré raporte dani 
une Lettre , qu'il a troavé des Juifs & 
une Synagogue fondée avant la Naiuànce 
de Jéftis-Chrift, dans la Province d'ffo- 
fian. Le détail en cit curieux, Se, fup- 
pofé qu'il n'y ait ici ^ucun abus, ilvau« 
droit bien la peine qu'on s'informât exâc* 
tement des tnœui^ de ces Juifs de la Chim 
ne y de leur établiflêment, des altérations 
que le Judaïfme y peut avoir reçu de- 
puis plus die iSoo ans qu'ils s'y dilènt 
établis, du culte qu'ils rendent à Confis» 
tius & aux Morts , d^ l'ignorance où ils 
étoient à l'égard de l'Hiftoire de Jéfus^ 
Chrifi. On remarquera qut Bernier dit 
quelque chofe de ces Juifs Chinois , dans 
& relation de Kacbemire. 

On a dit qu'il (c ti^ôuve à Ceylon un 
Arbre , dont les feuilles tombant à terre 
marchent comme des papillons. C'eft 
ce que dit l'Auteur d'une certaine rela- 
tion des Indes, Il dit que ces feuilles ont 
quatre jambes déliées, dont les deux pre- 
mières font fort courtes , les deux autres 

beau- 



LXXXiv Inftru3ms 

beaucoup plus longues i le dos ou la côte 
de la feuille eft animé, à la queue cuti- 
g^ de la feuille il y a deux petits points 
qui font les yeux. Je doute plus de ce 

Îrodige que de la crédulité de celui qui 
:raporte. Il y a, dit on, dans cette lie 
une nerhe , qui rétablit les os caflèz eo 
moins de deux heures II fèroit à ibu- 
haiter qu'o^ eût une telle plante en Eu' 
tope. Il y auroit fans doute alors moins 
de Chirurgiens charlatans & fourbes : les 
Barbiers Soient réduits à ne faire que 
des barbes. Quoi qu'il en fbit , je fuis 
^uiS Pyrrhonien à P^rd de cette herbe 
meryeilleufè. 

Le fèrpent qu'ils apellent Vimherah , 
arrête, dit on , la proye avec une efpéce 
je clou , qu'il a a la queue, & dont il 
^lafrape. 

On pous dit des chofes aflèz étranges 
de la Religipn Se des mœurs de ces Peu- 
ples de Ceylm, On parle de leurs fàcri- 
iices au Diable qui fè fait entendre à eux; 
de leurs incefles continuels ; que la mère 
y {n'odituc fà fille ; que régalant leurs 
amis de même qualité qu'eux , ils leur 
permettent de coucher avec leurs femmes 
oC filles \ qu'après avoir confulté l'Af^ 
trologuc fm" lajngii&Qcç d'uode leurs 

' . Enfans, 



pour Voyager utilement, i^xxxr 

Ënfans , ils le font mourir , s'il eft né 
dans une mauvaise heure. 

Ces Peuples , & les ItuSens en génénd* 
peuvent, dit on, charmer les ferpens , 
& les manier fans danger,' Supol^é que 
eela (bit, par quel artifice peuvent ils en 
venir à bout» en quoi confident ces char- 
mes? 

. On trouve dans là Relation de Ctylm 
par Knox Anglois, un détail des mœurs, 
des loix , des occupations & de la Reli- 
gion des Peuples de cette Ile. Comme 
cet Auteur y a été long tems captif, il faut 
croire qu'il eft inftruit exaâement de 
toutes ces choies, tx. qu'il les raconte en 
homme d'honneur. 

. A l'yard des arts Se des fcienoes des 
Indiens Mogols , du génie de ce Peuple, 
du gouvernement du Prince, &c. Il 
faut lire les Lettres de M. Bemier fiir 
VEtat du Mogol, 

Les mœurs, les livres Se la Doârine 
des Bramines font des chofes à recher- 
cher. 11 paroit que la Doârine , tant 
Théologique que Philofophique , des 
Bramines eft un mélange fort confus d'£- 
picurijme Sx, de Sceptici/mej où f'on entre- 
voit comme des veftigcs d'une fàine Doc- 
trine , qu'ils peuvent avoir acquife & 

con- 



T.XXXVI Injîruâms 

confervée par je ne fai quelle tradition , 
ou de quelque autre manière. On peut 
voir ce que Mr. Bernier a déjà écrit là- 
deâus. 

On pourroit peut-être tirer des livres 
•écrits en Langue Hanfcr'tt , des fccours 
fourl^ Hijioire Nature/le , pour la Politique 
& la Morale des Indiens, On pourroit 
:SiU(fi découvrir par ce moyen quels font 
\ts fondateurs de leur Philofbphie > leurs 
.principes, &c. il fâudroit lavoir exac- 
tement leurs fêntimens fur Porigine du 
.monde y fur la création de toutes chofès, 
fur l'origine de Pii\ me, Sec. Quels (ont 
ries principes de leur médecine , Ôcc. 

Les Mogols font de belles tailès dMne 
pierre verdatre à veines blanches i ils la 
travaillent avec de la poudre de diamant, 
à caufè de fa dureté. Il &udroit favoir 
fi cette pierre fi eftimée qu'ils nomment 
Jacchen n'cft pas une cfpéce de rharbre , 
en quel endroit du Grand -Thibet elle k 
trouve. Les pierres vertes que les Gali* 
bis eftimcnt infiniment , font , dit on , 
les mêmes que les Jacchen du Mo£ol , 
dont Bernier & autres Voyageurs par- 
lent , 6c qui viennent dii Royaume de 
Thibet, Ces Jacchen , Jade ou Eyàde , 
ont , à ce qu^on ajoute « beaucoup de 

vtrtu 



four Vby(^gir'utiimm. xxxxvii. 

vertu contre la colique, la pierre, les 
maux de reins &c , & on les eftitne i 
Puris à caufe de cette vertu. On ly 
connoit fous le nom de Pierre divine^ 
& Pon prétend (}ue les Galibis fontex** 
emts des maladies dont on a parlé, i. 
cauiè qu'ils portent continuellement cet-; 
te pierre &c. L^ prétendue Argille ver*- 
te y qu'on dit fe ttouycr près des bou- 
ches de VAmâzone^ n*a peut-être pout' 
fondement que l'opinion des Galibts, lis 
croyent que les Jades font une elpécc 
ai argille au'on tire molle» & qui , a- 
vant qu'elle s'cndurciflè à l'air , eft .for- 
mée en toutes fortes de figures par les 
ouvriers Américains. 

Les Lamas étant les direékeursde la 
Loi & de la Religion chez les Tartares^ 
comme les Bramines chez les Indiens^ 
il faudroit fivoir au jufte quelle efpécc 
de gens font ces Lamas ^ quel efl: leur 
culte, quel fîflêmc de Religion & de 
Philofophic ils peuvent avoir : fî ces 
Lmas font les Dofteurs de toute la Tar- 
tarie y ou feulement des Pays voifins du 
Mogoï, Nous avons des détails curieux 
fur ces articles, mais ce qu'on nous en a 
apris n'eft pas encore aflcz inftruâif. 

11 faudroit favoir dans le Mogol quel-' 
Tom. /. E les 



- -I» 



i.xxxvïlf infiminm» 

fes marchandiiès on y tire des Pays yoi- 
fins du côté de la Tartarh , de h Chiner 
&c. Comment on y trafique, & par 
quels paflàges. Sec. 

On prétend qu*il y a des yu^ dans 
les Montagnes de Kackemire. mais fup- 
pofé qu'il n'y en ait plus, eft il vrai que 
ron trouve encore mrmi ce Peuple 
ijuelques marques de Judaïsme ? 

Il taut encore faire cfcs recherches tou- 
c;hant les pluyes réglées des huks^ (avoir en 

Sueltems elles commencent, fi bdiférence 
es pluyes eft grande d'un Pays à l'an- 
tre , foit pour le tems, fi)it pour l^bon- 
dance : de quel côté & par quel vent 
elles viennent dans chaque Pays des /»- 
ÂèSj quels efièts elles y produifent. Si 
la chaleur de la terre Se la raréfkâion 
de l'air en fort les. principales caufès Se 
les attirent, comme dit Berner dans fes 
Voyages Scc. On peut von* tes raiibns 

3^ue Bernier Sc d'autres Voyageurs en 
onnent. 

D'où vient qu'après la cefiation des 
pluyes, vers le mois d'Oftobre, kMer 
prend fon cours vers le Midi , & que le 
vent de Nord s'élève 8c foufle près de 
cinq mois (ans intermifllon. Deux mois 
après I les autres vents fouflent fans ré- 
gie; 



pùuf Voyê^ uiHèmtnt, tsXxxxx 

gle; & ces deux mois écoulez , la Mer 
retourne fur fês pas du Midi au Nord , 
8c le vent de Midi règne à (on tour 
pen'iant près de cinq mois : après quoi 
m autres vents ibuflent encore (ans ré- 
gie environ deux mois. On remarque 
ayfii que Pentredeux de rai(bn qui luit 
le vent deMidt» cft plus dangereuxque 
celui qui fuit Is vent de Nord. Des 
itmarques cxaâes (iir ces vents réglez, 
qu'on appelle Mouçont dans les Indes ^ 
(ont très néceffidres. 

Le tré(ôr du Grand-Mogol eft immen« 
(è, & s'accumule tous les jours, au ra- 
port des Voyageurs , parcequ'on n*y 
touche point pour les depenfes ordinai- 
res, & qu'il y entre continuellement 
des pré(èns, 8c ce que les Grands Sei- 
gneurs de (à Cour ont acquis , par la 
faveur du Prince, &c. C'eft ain(i que 
chaque Souverain a des moyens pour 
prendre ce qu'il lui plait. Il y a tel Pays, 
où peut-être on met en œuvre quelque 
moyen plus fubtil, & voilà en quoi un 
Prince barbare efl; au deflTous d'un Prin- 
ce poli. 11 y a dans la relation àtMan'- 
deslo un inventaire curieux du tréfbr 
d'un Grand Mogol^ bifàyeul de celui qui 
rtgnoit da tems de ce Voyageur , &qui 

E a avoit 



xc hiJlritSms r*- 

àvoit déia, dit on, un ttéfbr de quinze 
cens millions d*écu8. On trouve enco- 
re dans cette relation un détail curieux 
du raport des Provinces du Grand'Mfh 
gci\ mais il eft bon d'avertir gue ce 
Voyageur a pillé de tous ceux qui l'ont 
précédé. 

On dit qu'après avoir tiré les Dia- 
mans & autres pierres précieuies des 
Mines, il en croît d'autres à la place 
trois ans après dans le même endroit. 

On aflurc que certaines pierres qu'on 
tire des carrières de Ftmptir ^ dans le 
voifinage d'-^r^, & peuvent fendre & 
fcicr comme on fépare les troncs en aix i 
enforte que ces Pierres fervent à lam- 
briilèr les voûtes, Sc â iàire des toits* 
On dit auflî qu'il fe trouve de pareilles 
pierres dans le Coromandel^ Se qu'on peut 
\ts réduire tn feuilles. . 

On pêche des Perles depuis la Côte 
de Coromandel^ aux environs de Tutuco- 
fin y julques \tv% Manaar & Jafanafkin^i 
Pextrémité presque Septentrionale de 
GeyloH, Ces Perles font elles auflî prc- 
cicufes que celles qui fc pèchent autour 
de l'Ile à^Ormuz , entre la Perje & 1'^- 
rahte f Jufqu'à quelle profondeur eft il 
poflibîc de les aller prendre, &lcsplon- 
• ,- . .,. . - - - -, gcurs 



poufVydgfr milemeut, ' xci 

geurs du pays peuvent ils être (bus Vaw 

f>lus de demie heure, fans autre art que 
'habitude. " • - » 

" Suivant les relations , le fer des Mines 
du Pegu Se du "Japon eft préférable au 
notre. 

On dit qu'il coule dans Pile de iiér- 
matra une fontaine* huileufè fort médeci- 
nale, & qu'une montagne ardente dans 
k même lie jette continuellement du 
feu, 6c vomit des pierres que la force 
du feu a rendues aflcz légères pour 
nager fur Tcau; 

^ On remarque que l'Eté règne d'un 
côté depuis le Cap Comor'm jufqu'à la 
Côte de Coromattdel\ l'Hiver au contrai* 
re dans ce même tems depuis Diu juC* 
qu'à ce Cap. D'un côté des monts 
Gafes ou Balhgates on a les- campa- 

Î^nes bien cultivées Se les agrémens de 
'Eté, Se de l'autre côté les pluyes, les 
brouillars ftcc. On remarque à peu 

!)rès la même choie près d'Or;»i/x, vers 
e Cap de Rojalgate^ où les.vaiflicauxont 
le plus beau tems du monde. Se dès 
qu'ils ont doublé ce Cap,, ilsi^'ontplus 
que vent» forcez ,. pluyes, grains Sec. 
Voyez le Voyage de Paul van Caarden aux 
Indes Orientales, 

E 3 Dans 



Dans le voifinagc du ComnmuM^ 
irers le (èiziéine degré cfe latitude Sep* 
fentrionale, entre Paiiaeâti dans le Roy- 
ttume de NarfiiÊgitê , 2c Mâffuipmm dans 
celui de GoUonde^ il ra;ne des vents de 
terre fi chauds dans l'eipace de foUeuea, 
quHlscn font infuportaDles, même aux 
Naturels du Pays. On y rafraîchit la 
boifibn dans une vailTelle a anib 9 &ite 
d'argile j on pend ce vaiflèau à quelque 
arbre « 8c dans un endioit où le vent 8c 
k Soleil donnent. On laifle le vaiflèau 
cxpolë pendant tout un jour à la jmndc 
chaleur, & cependant la boifion fe 
trouve le fbir oeaucoup plus fraîche 
qu'elle ne Pauroit été dans la meilleure 
cave du monde. Il fe pratique « félon 
Bepnhr , quelque cfaofe de pareil dans le 
JMogot. On ajoute que fi le vaifièau où 
cftla boifibn eft laifie à l'air pendant la 
nuit, quand un vent frais de Mer s'élé^ 
ve & fe fait ientir jufqu'au matin 1 la 
boifibn fe trouve fi echaufée,qu'onn'e|i 
fàuroit boire. 

Les Marées qui s^cndent des Aioii/'^ 
ques aux Philippines &>ïït fi fortes 1 dit 
on, près de l'Ile de Mmâânaa^ que ni 
vents contraires à ces Marées ni an- 
cres ne leur peuvent réfifor. Pareille 

chO' 



f UA 



p9ur ^ <^/ ^ MtUèmenu xciii 

cBolê 8''ob(crve dans leGolfi: àtCâmhayf^ 
& dans les quartiers de la Lune cet^ 
Marée eft fi violente, qu'un cheval ne 
la pourrok éviter, même à la couriè. U 
£iut chferver exaâement tout ce qu'il 
peut y avoir de fingulier dans les Mers 
de ces Pays-li» 

Suivant quelques uns le meilleur ^Thè 
eft celui qui croit au commencement du 

Îprintems, & on ne prend que lesfeui^ 
es du haut de l'arbre. 

11 faudroit obferver s'il aoit dan» 
Plie de J^a une plante, qui ait xaxvt^ 
rellement la même odeur que les ex- 
crémens humains, Sc dans quels epdroits 
de l'Ile cette Plante eroîc. Si l'on trou» 
ve à Mulâcca un bois rouge, qui jette 
des étincelles & prend feu fans fè con- 
fumer i bien que ib ftotant entre le» 
doigts, on puiflè le réduire en poudre. 
SiiTemâte^ une des \\t% Moluqms^ îA 
y croit une efpéce de plante que les Im- 
fulairesappclknt Cé$opê^ fie fur quoi eft: 
fondé le rapport fabideux des Voyaceur^ 

Sue des feuilles de cette plante il s'en 
)nne des papillons. S'il efli vrai que 
dans le Royaume de F^igUy à Malabar^ 
& ailleurs, il s^y compo& ttni>oi(ba 
qui tue pat fon odour. S'il eft vrai qu'il 



Scciv Inftruffmi ' ^ 

n'y ak îulqu'à préfent aucun préfervatîf 
Érontre le Macajjhr , que la fiente humai- 
3ie avalée fur le champ. 11 ftut nous 
dire de quot eft compofé ce poifoa Le 
^Mangàs bravas eft un végétable fi dan- 
gereux , qu'il tue aufiitôt , fans que juf- 
qu'à piéfcnt on y ait trouvé aucun re- 
mède. Le Calamba , ou bois d^Aloé, 
qu^on diftingue du Palo d^Aquita^ de^- 
mands une defcription particulière. 
L'un eft, dit on, la mouelle de l'autre, 
Se le Baume Goràtal , qu'on prétend s'y 
trouver ieft la caulè de fà cherté ; parce- 
gu'il redonne la vigueur , guérk répui- 
iement Se les obftruâions des nerfs. 

Le Sucre gardé trente ans dans les 
'J»<fej devient poifon, Çc l'on prétend 
que quelques Indiens Font éprouvé. 
Voyez TavernUf. 

Je doute que les /«^/«ï/ fâchent pré- 
parer fi à propos Pherbe nommitDutroa 
ouDaturas^ qu'elle refte dans le corps 
d'un homme , un certain nombre de jours, 
de mois Se d'années, fans faire aucun 
mal. Gn veut nous perfuadcr qu'ils fa- 
venc précifément l'heure même que ce 
Butroa doit opérer. Cela eft incroyable, 
il faudroit pour cela conhoitrc parfaite- 
ment les divers tcmpéramens 8c les dii- 

** férentc% 



pour Pàyé^er utilement: xcy 

férentes conftitutions de ceux qu'ils veu- 
lent cmpoifonner. On remarque tous 
Jes jours que les plus habiles Médecins 
ne fauroient prévoir exaébement le mo» 
ment de l'opération, d'un médicament, 
ni les révolutions qu^il caufèra dans le 
corps: à plus forte raifon faudra-t-il 
doutef de l'habileté des Indiens ^ qui ne 
paroi/Iènt pas avoir une connoiHànce 
fort étendue du corps humain* 
' On aflure que quelques feuilles St 
Betet^, mêlées dans une grande quantité 
àG Durions ^ font capables de les &ire 
pourir auflitot , & que ceux, qui font 
incommodçz de vertiges , pour avoir 
trop pris de la bôiflbn faite de ces Du^ 
rions , (è rétabliflènt par l'application 
de quelques feuilles: de Bétel fur l'efto- 
mac^ 

On dit du Papaiàs^ comme du PàT- 
mier^ qu'il efl: infertile fans le mâle. 

Il y a, dit on 4 deux efpéces- d'-t^r^ivr 
trifles , dont on apclle l'un Trifte de 
jour j & l'autre Ttl^e de nuit. L'un é- 
panouit (es fleurs au Soleil levant, Se 
l'autre au Soleil couchant. Il faudroic 
aporter en Europe de l'eau qui diftillede 
ces arbres,, que les Portugais apellent 
jiqua a Mogli, 



11 y a^ dit on, des arbres Râis^âorn. 
le tronc a f o pieds de diamètre. 

Les huitres, qui fe trouvent ici plei-' 
nés & fraiches dans la pleine Lune, ne 
le font dans les Indes qu'au tems de la 
nouvelle Lune, fuirant plu&urs rela- 
tions. 

On ne iàit pas bien quel eft P Animal 
qui porte le Mufi , fi c^ft le Cerf qu'on 
ïi^\tHwules% qui & trouve entre le 
Pegu Se la Chine. Si le Mufc eft dans 
une efbéce de roche, ou d'abcez, que 
cette Bête crevé fouvent en iê frotant 
contre les arbres: comme on prétend 
l'avoir remarqué quelquefois par une o* 
âeur de Mttfc dans le$ Bois de ce Pays- 
là, &c. 

* Il y a, dit- on, deux ^Jpéces de Gem- 
ptC'Laque , dont Tune cii la production 
d'une forte de fourmi .^ilée, 8c l'autre 
d'une forte d'arbre. On recueille beau- 
coup dé Gomme'Laque aux environs de 
ginmkera dans le Guzerate. 

Unpoiflon, nomméC^AiZd , a, dit 
op, la vertu d'étancher le fàng. 

On nous dit qu'on pêche aux envi- 
rons de Java des huitrcs & autres poiC 
fons teflacées^ qui pcfcnt jufqtfà trois 
cens livres. 

' ^' Lob 



Uon trouve à Maiacea^ dans l'efto* 
mac d'une efpéce de Pwc^épic ^cp^on an» 
pelle Pe^ro-por^f une pierre plus e(ti- 
siable €|ue ki^^iMir, par ià grande ver^ 
tu cordiale. 

f De même t on dit qu'ion trouve fût 
Qu dans la tête de quelque efpéce de fèr« 
|)ent, une autre pierre, qui étant tnitt 
fiir une playe caufée par quelque venin» 
s'attache à ce venin Sc le iuce , après 
quoi étant mife dans du lait, elle y dé- 
charge le venin à plufîeurs reprifes » 
jufquesà ce que la playe (bit entièrement 
guérie. Quelques uns croyent «pie c'eflt 
une compofition des Indiens, 

On dit que dans le Royaume dt 6»> 
zarate il te trouve une efpéce de ièrpcnt 
à deux têtes, dont une des deux ttk 
vers la queue , & que ces têtes comman- 
dent & obéiflènt alternativement par 
années. Cependant noua ne donnons 
pas dans ces récits fabuleux, mais il fe^ 
loit bon de découvrir leur origine. 

Qo tire dti Butroa un fuc, qui ait 

Eerdre Pulàgp des fèns pour quelques 
cures, & pour rendre le fèntiment, on 
mouille la plante des pieds d'eau froide. 
Les fei^mes des Indes s'en fervent f. dit 
^a^j pc^ tromper leurs maris. 

E 6 Cette 



S9 
S» 



S» 



Cette plante, ou cette drogue j dont 
les Indiens ie (èrvcnt 9 a beaucoup de 
raport au Nep^nthes d^Homére^ fur le- 

3uel M. Pittit^ favanc médecin , a &it une 
ifIcrtation.Quoi qu'il en foit , il (èmble 
que par là on peut juftifîerlayéritéde ce 
que Dioéhre écrit : „ qu'en Egypte & 
>, fur tout iHeiiopolh il y avoit des fènc- 
„ mes qui compofoient dés boiflbns 
propres à faire oublier les chagrins, 
& à> calmer les douleurs & les paf- 
fions ". La jaloufie exceflîve des 
Orientaux mérite de pareilles mortifica- 
tions, & je prendrai cette occafîon pour 
dire ici que fi cette pafiîon eft une des 
j)ks dangereuics dans la fbciété civile, 
elle l'eft Tuf tout en Orient. La jaloufie 
cft caufe qu'on y reflirre étroitement les 
femmes, & qu'elles vivent en efclave^v 
pantli des efclaves, où leur efprit s'a- 
brutit & devient farouche. Lesenfans 
qui naiflènt dans cet cfclavage héritent 
de la brutalité & du tempérament' vi- 
cieux de leurs mères. C'eft là peut-ê- 
tre une des principales caufts des desor- 
dres des Orientaux.. - "^ 
iJ Herbe der Bengale porte à fà tige un 
^ros bou.on^, que l'on file,. & dont on 
fftjtdes belles croflts, .1 

V Les. 



V, 



p$ur Vû^tfgir ufiUmenù xci% 

^ LésPéf^tfM/ admettent dans leur Re^ 
ïi^ion deux principes, Dieu auteurdii- 
bien, Se le Diable auteur du«mal. Sur 
kt fondement ils adorent, dit on, le 
Diable qui peut leur nuire, & ils n'ont 
que peu de vénération- pour Dieui II 
faut rechercher les icntimens de ces Ido* 
latrcs & de leurs voilins fur la Divinité . 
fur la Morale, &c. 

On dit qu'il y a dans Pile de Sumatra 
une fontaine dont il découle du Baume. 
Et l'on prétend que le Rhinocéros a plu- 
fieufs qualités^ médecinalcs. C'eftcc 
qu'il faudroit rechercher. Il croît dans 
l'Ile de ^ava\xnho\sî que tes Portugais 
apellent Palo de Cuebra^ dont les Indiens 
fe fervent contre les fièvres chaudes Sc 
la tnorfure des fcrpens. On affure qu'on 
a désouvert ces qualitez par le moyen 
d'un petit Animal , que Xesjavans apellent 
Quil ou Qif'trpeiaj qui^ dit on, court â 
ce bois ^ auilitot qu*il a été mordu des^ 
ferpens. >, f 

Il faut favoir auffi quelle drogue e(b 
lé P«</y^dont les Javans & fervent contre 
le rhume & contre les vers.. Quelle efl 
celle qu'ils nomment Dfim^/,q\i'iIsdon- 
nent aux enfans, auflitot qu'ils viennent 

Et au\ 



tu monde; H &udroic fiivoir & raitbii 
de cette dernière çirconftance. 

On trouYC dans cette m&ne Ile ua 
firuit nommé Samhéùâ, qu'on dit exceU 
ient contst le poifbo & les bétes veni^ 
meufes- 

On dit que h tsrre des Mohtquet efl;£ 
féche & fi (pongieuÊ, qu'elle hoit auffi- 
tôt la pluye , & tarit même des tor» 
Ycns* 

Lcr Sapt eft le pain des JH^ktques & 
a^Anbwia. Ce Sagu eft la MogUe d'un 
ar!u%, ,que les Pôrtu^is apellent mid à 

Eropos ^^i^Qffv, puisque ce n'eft pas 
\ même arbre. Il faut voir Ç. Matelief 
dans ks Fojri^^x <^x H0//. âux Inâis, On 
réduit cette Moelle en farine. On tire 
un breuvage de cet arbre. Le duvet 
qui eft fur fes feuilles leur (brt à (siitt 
des étofes^ ^ ces mêmes feuilles étant 
grandes fervent à couvrir leurs maifons. 
On ajoute que les plus groflès Ebres de 
ces feuilles peuvent fërvir xd'apui aux 
isaifons, 6c que les petites fourniflcnt 
une efpéce de chanvre. Mmdefio. Voilà 
bien cfe choies qui demandent un exa^ 
men, (ans quoi il n'eft pas aifê d*y ajeu^ 
ter foi. 
On parle d'une montagne de Ternëti^ 

au 



anthut dckquellc il y aune ottvottm 
eztrêmemem profonde. Los Gxigahxi^ 
ttt de cette montsieiie^t,iifie fontaine 
fort daiie dan$le lond de cette ouvem»* 
te 9 une odeur de foufre» des vajpeursè- 
paiflès^Sc même des âammeaqui fiMtent 
vers ks Equinusses; m froid infuporta- 
ble au haut de cette monts^ne, fie une 
fontaine d'eau douœ » fi i^oide qii?^lk 
gèle les dents» &c. 

On dit que les ftrpens des Moiuqtte^ 
ne font pas vemmeuX) & ^ue ne trou- 
vant point de nourritufCy ils mâchent 
Pheibe> Se la rejettent m bord de k 
mer po^ attirer les poiflbns»^ que cette 
herbe enyvre & rem la proye des fer-^ 
pcns. 

Il y a dans ces Iles une éfpéce d'E- 
creviilès, qui portent auprès de la. 

Sueue d^ une bourk upe maâè fore 
élicieuic, & pour laquelle on les fc-r 
cherche. 

II y a dans îe Jéifm des eaun minera- 
ks ai!e2 remarquaUes. Une iôurce^ 
par exemple, qm tient de l'étainv Une 
autre qui ne donne de PàMi q^ deux 
fois en vingt: & quatre heures, & une 
heure durant chaque fois \ fi ce n'eft 
quand k yçm d'M règne. Alors eUe 

en 



-■«■V*- 



\: 



th dbhhc quatiic fois le jour. Cette 

ilcaui ditoti, &it un jet de vingt ou de 

▼ingt & quatre pieds de haut , avec 

fort grand bruit. EHc eft fi chaude 

gu'elk brûle les étoffes.fuf lesquelles cl- 

^ie tombe „ &c. ^ ^ "-.^: » 

^^ Dawphr a décrit XcTunquin : il con- 

'tredit en plufieurs chofes Tavemier qui a 

donné la relation de ce même Etat fur 

ks^ Mémoires de fon Frère. Je ne iai 

qui des deux a raiion» l'un Se l'autre 

racontent des choies aik^ particulières, 

& fujettcs à cautbn. i*^' 

^' Pafibns dans le Nouviau^f/mde. Ceux 

qui voyageront dans la Firgini^ Se aux 

autres Colonies Angloifës , - feront bien 

dy examiner les diférentes fortes de 

terres. On dit qu'il y en a unc> qui a 

la confiftance de la gomme; une autre 

qni nage fur l'eau i une autre quireflèm- 

ble à la terre argillée, &c. 

11 faut y obièrver les fourœs de ces 
grands fleuves navigables , qui déchar- 
gent leurs eaux dans le Golfe de Cbefapeah , 
oC (1 de l'autre côté de ces montagnes i 
d'où: l'on prétend que les premiers pren- 
nent leur fource ,, il n'y a pas d'autres 
fleuves qui fe, jettent' dans la M^r du 
Sud. LiC S$lk-gra/sj ou berh à Joye^ & 



pour rôyagit utitment. cirt 

la racine vulnéraire- Wicoebani IfMuf" 
cffsbem.c^x donne yne ceinture rouge dont 
les Sauvages fe peignent, \t Maricock 
dont le fruit a la figure dHin Citv$h 
fort agréable au goût , demandent un 
examen. ' 

Y a t-il dans Içs Berm'*(ks une hérbè 
venimeufè fêmblable au Lierre^ donc 
les feuilles fimpleméne touchées caufènt 
des puftules, oc une efpéce de Rofëau; 
dont le fuc &it vomir ? Quels y font 
ces arbres, dont on prend l'ecorce peur 
faire des douves de bois pour les toits 
des maifôns, laquelle eft en Eté beau- 
coup plus fràiche que les pierres, en hi- 
ver au contraire beaucoup moins froide. 
U faut une defcripEion exaâe de P^r«/*> 
gnée des, Eemudes^ infeâe fort grand & 
de belle couleur. On dit que les toiles 
de cette Araignée font (î fortes, que dé 
petits bifcaux s'y prennent, & que cette 
toile reflèmble a la fbyc crue. ^ .' î 
- Les Biches portent, dit on, dans lu 
Bermudes ordinairement trois à quatre 
fans : refle à avoir û. les JBêtesqui 
font transportées d'ici là bas, -y devien- 
nent plus fécondes. 

La colle qui iè fait avec de h Corné de 
Qrfvi& iè diuoutpas dans l'eau ^ dit-oa: 



En ce cas là , comment fait on €ettè 
coller 

Suivant plufièurs relations 9 il'extré- 
anité de la Baye de Cbe/spisk vers le 
Nord , les Habitans font de taille fort 
ftaute, & au^ contraire vers l'Orient dV 
ae très petite tailles, 

Shfin il fiut des oBiêrvations exaftes 
fyr les. Maréess det Bermudes , favoir 
quelles régies elfes ont, & à quelle heu* 
fe du jour elles font le plus hautes. On 
demande ks mêmes observations pour ];i 
Flrnàê^ le Cmadâj &c. 
. PtisA^Oraba^ d*Ore9ioque&C de Darien, 
aufficot qu'on répand d*une certaine eau 
àt marais, ïtsty produit presque à Pinf 
ftant des crapaux. C'eft ce que raporte 
Unfibootmé 

On dit que lé Casray efpéce de faute- 
relie, fe change en plante au Printems, 
2c & flétrit de même qu'une autre plan- 
te. On ditencorequ'une efpéce de Ver 
où Chenille, que les Portugais apellent 
Btgertas de Verias^ fè change en oifèau^ 
& que cette métamorphofè merveilleufe 
& fait d^une manière fî perceptible, 
qu?on peut remarquer ce changement, 8c 
Ê fuivre dans cet infèâremoitié ver &moi- 
tté cttfeau.. Ceux du; Pays l'apellent 



pour Vcyêgêf uiilmenl. ^ ér 

GmommUf & les Poitii^is Pigréfih 
Voyez Pi/off dbns fon Hiikoire naturelle 

Pifin tfliire encore que dans uii tems 
ferain on peut amafler do fèl blanc £c 
beau fur les {euillès de Parbre nommé 
Cereiba. 

Vers les embouchures du grand fleu- 
ve des Amêzmies^ on trouve une efpéce 
d'Argille verte, qui eft molle étant dans 
ftxa; mais qui (è durcit étant à rair,& 
devient presque auiS dure qu^m dit- 
mant ; enforte que les Naturels en font 
des bâches à fendre du bois. Ces Bar- 
bares, dit on, n'avoient point d'autres^ 
haches, avant qu'on leur eût apris Tu- 
fage du fer. On prétend auffi que cette 
Argille pécri£ée a la vertu de guérir le 
maîcaduc » pourvu qu'on en porte fur 
ibi. 

On dit que daps la Guhm^ auxen-^ 
virons du fleuve Orenoque^, il y a des 4«* 
Mhs mrfs & iàns aiguiltons , qui font 
du mie^noii:^ de la cire de mto^cou- 
kun <^ 

L^rbre7«m^cbnne un (uc aufliclais 
que quelque eau vive que ce (bit: ce- 

Endant ce fuc fait une tache d*un vio- 
lobiciir i & l'on en frotte deux £bis 



»i rflj"-- 



mt 



•cVi ' hfftruffitms ^ ' 

; un même endroit, la tache devient noi- 
re 9 .8c cette teinture qu'aucun 6von ne 
Eeutef&cer, s'en va d'elle même au 
. out de neui ou dix jours. On dit auiTi 
: due les animaux qui manjgent des fruits 
de cet arbre, ont la chair & la graifle 
tout à fait violettes. 

• " Oh dit auffi que certains Pigeons fau- 
r vagesqui mangent les fruits de Vjf cornas^ 
« ont la chair amére. 

:S On afliire que Vy^ajou ne fe pour- 

*.rit pas, fi Pan le coupe en certains 

: teïns.^ . 

'7 rLes feuilles d!un arbre connu fous le 

T nom de Bois Hlnde , donnent aux vian- 

. dès un goût agréable , Se h même fa- 

. vcur que donneroient des épiceries. H 

: faut rechercher les qualicez de cet arbrs. 

.Aparemment que le bois que les Hollan* 

dois trouvèrent au- Détroit de Magellan^ 

, felon- Va» dm Rroek ^ cil de cette ef- 

pécc. 

??r II fcut fàvofr encore sir y a deux for- 
tes de bois ou d'arbres nommez 5>i;«»/#r, 
eu Bois de Savons Le fruit de I'un^& la 
facine de l^autre peuvent, diton, (èrvir 
. aux uâgesdu (àvon. 

Savoir fi récorce du Pàretuvier iptMi 

4 ftrvir à taner le cuir, tout auffi bien que 

nu .^-- celle 



pùuf Voyâgat itUmmt. tvn 

celle du chêne. Et s'il eft vrtîqae h 
racine de Parbre Lahat , pilée & jettée^ 
dansles rivières icnyvre les jpoiflbns. La 
ncine deAf/i»/#f eft,dit on,u abondante/ 
qu'un fèul arpent de terre plein de Mo' ' 
fy/o^ petit nourrir plus d'hommes que fix 
arpfios du meilleur blé. 
: Les Ifutiens fc fervent d'une huile ex- J 
primée du Pointa Cbrifli^ comme d'un' 

Eréfervatif contre la vermine. Il (èroit 
on de nous aporter quelque peudecet« 
te huile;. - j 

. Danslepaflâge de l'Ifthme entre ^0M^ 
hredeùhsix. Panama on y trouve , dit 
on, un bois rempli é^ Arbres Senfittfs, 
L'atouchement fait que les branches 8c. 
les feuilles de ces arbres iè remuent avec 
un bruit aigu, 8c fë recourbent enfuice, 
&c. ' . • 

On dit qu'il fe trouve dans ces quar^' 
tiers là un fruit femblable à la prune,' 
dont le noyau eft purgatif & vomitif: 
mais on ajoute que fi on ôte une petite 
peau qui fépare le noyau en deux, il 
perd fa vertu. . ' 

. La racine de VHerbe aux flèches ^ é- 
tant pilce & apliquée fur la playc ^ 
guérit, dit on, la blcfFure que la flèche 
a faite. 



tf i ■ tmf *^- '.- ''•>■•<# 



II 



•in^^ 



<€nii bfitnSmi 

U y A encete une herbe dont les gnms 
t>dt l'odeur dtt Mule. 

H Audrok apoiter une on deux de 
toutes les plantes curiei^, uii ou dedx 
^ chaque fimplc»8cc» 

Le Mtmtmllt , fruit dhm arbre de 
même nom , cfl: un fruit de très belle 
apartncc 8c de bonne odeur*» c^endànt 
i( paflè pour très (undk à deux qui en 
inangenr. Se l'on a)oute que tombant 
dms Peau il tue les poiflons qui en ont 
goûté, excepté les cancres oc les écrc» 
\àiki qui 4e mangL:iit impunément, 
mais qui par là même deviennent dan* 
gereux à mangei*. 11 y a là deifiisci^tfts 
panicularitez a rechercher. 
::^ On prétend que l'animal nommé Tt^ 
$ou eft impénétrable aux balles & à la 
dent du chien , & Ton ajoute que fâ 

ru & un ofièlet de fa queue guéridènt 
[urdité & le mal d'oreille. Que de 
certains oifcaux apellez Canidés font trè» 
dociles I aprenant à parler Indien, mê- 
me Allemand, Ëfpagnol, 8cc. Que le 
Colibri^ cifcau très petit, a une odeur 
auffi agré .blc que le Mufc ou l'Ambre. 
Que la graifiè d'un autre oifèau , nom- 
mé Frégate , eft un excellent remède 
contre la paralille Se la goûte. Il (ëroit 
A né- 



poitr Vofoght mtkmml Km, 

néceflàire d'en transponer peur tiflai. 
Qu'il y à des brochers de torre très ftio- 
blables aux brodiets dVau, ^^ueceuie 
là ont quatre pieds coum fur lesquels ils 
rampent, au lieu de nageoires, telles 
que les ont les brochets d'eau. 91 feroit 
bon d'en apporter,^ La peaa du Re* 
fuitm eft, dit on, aâez rude pour pou» 
voir en f»re des limes, & cet animal a 
pour conduânsur un petit poifibn qui a 
de n belles couleurs, qu'on diroit qu'il 
eft entouré de colliers de perles 8c d^é^ 
meraudes. Q^ie le cuk* des Lamemm 
étant feché eft fi dur , que les In^ns 
s'en iièrvent au lieu de boucliers. QJ^ 
les cendres des Tûrtues de rivières éQi«» 
pèchent que les cheveux ne tombent , fî 
on les en frote. Que dans les Antilles 
les écreviflès de terre iè cachent fous 
terre pendant fix (êmaines pour muer. 
Se que pendant ce tems là elles s'enter<« 
renc fi bien que l'on n'aperçoit aucune 
ouverture. L'inftinâ: les porte à cette 
précaution , parceque pendant qu'elles 
font dépouillées de leur écaille, l'air 
pourroit les incommoder. Sec. ' 

On ditauffiquc les Indiens de ces Pays 
là guériflt'ntde la morfiiredes ferpens ,en 
&ilant manger un morceau d'écorce de 



CI- 



N 



citron fmîs, Se en aplî^uànt fur k playe 
une efpéce d'onguent fait de la tête du- 
ferpcnt écraféc. 

Enfin il y a mille autres paniculari^ 
te2 pareilles , dont on n'eft pas bien 6>. 
claird. 

A l'égard duNord de l^Europe, U^ir^ 
fèloh Paul Biorn dans les Transaâms 
Philofiphsques , où un de fès mémoires 
cft inféré, fe trouve aflèz fain dans iVx* 
lattdf^ toute Pannée; delbrte que les ma» 
ladies y font rares ; les plus communes 
ibnt la œlique & la lèpre. On dit que 
cette lèpre ou gale écailleufe eft cauiée 
dans PËté par Ta nourriture i mais cet- 
tf gale tombe & fè pèle en hiver ^ par 
le changement dans les alimens. 

Il faut obferver quels y font les vents 
fixes 8c variables d'une faifon à l'autre, 
pu daps le tems que le Soleil fe trouve 
audeffous ou au deflfus de leur horizon : 
quelle efl: la température de l'air , félon 
le vent gui y règne ; fi le Nord eft le 
plus froid de tous , ou du moins lequel 
y eft le plus froid ; fi c'eft l^Oue/i, ou fi 
c'eft l'£/?.^, Quel eft celui qui amène le 
plus de glaces, &c. Quels y font les 
courans, î'il y a des tems de la Lune, 
joù ils font plus violcns. Ce qu'il y a 

de 



•.f.i 



pour Voyager utilement. cxi 

de remarquable touchant le flux Se le re- 
flux, les hautes & les bafles Marées On 
a obfcrvé que vers VJ (lande ^ les Marées 
n'y (ont pas éjgalcs. En automne elles 
vont jufqu'à vingt pieds, & dans le res- 
te de l'année les plus hautes ne vontd'or- 
dinaire qu'à (èize pieds. 

Si la glace qui flote dans la mer eft, 
falée ou douce. Quelles y font les ri- 
vières en^té Se quelle eau douce on a 
dans ces Pays-là. Quels font lesani-^ 
maux des Pays voifins du Pole,Sc dequoi. 
l'on croit qu'ils puiflcnt fubfifter en 
hiver, comment ils nouriflent leurs pe- 
tits. Quelles plantes il y crpît, quelles 
fleurs Se quels fruits elles portent. Si 
l'on remarque des tonnerres 8c des éclairs^ 
comme en Noifwége , dans les Pays tout 
à fait Septentrionaux. 

Les Météores font affcz ordinaires en 
Iflande y les feux folets y font les plus 
fréquens. On y voit fouvent deux Soleils 
avec trois Arcs-en-Ciel, qui paflènt en- 
tre les deux images du Soleil 6c le So- 
leil véritable. Extrait du 'journal d'^An^ 
gleterre. 

Jusqu'oïl le froid peut pénétrer dans- 
la terre i s'il y a des fontaines, des puits, 
&c. d'une telle profondeur , que le 

Tome L F "" froid 



froid n'y puiflè pas péncirer jufqu^au 
fef)d. 

Je reviens à k charge au fujet du paf. 
fige par k Nord-Ett, dont j*ai parlé 
dans ma première Diflènation. Cepaf- 
âge ièroic ^ cflïntiet au commerce , 

Su'il n'cft pas néceflàife d*cn recomman- 
er la recherche. Guillaume B»rentz^ 
Hoilandoisi avança vers le iVcrrf jui^u'au 
77. degré. Quelques autres aprw lui allè- 
rent jufqu'au * 79. plus de cent lieues 
au delà de la N, Zemte^vcrs VEfi^tc y 
découvrirent, dk on, une Mer exemte 
déglace & très commode pour la navi* 
gation. Les Marchans àtAmfienlamqm 
avoicnt fait équiper les vaifleaux de ces 
derniers « demandèrent par une requête 
h privilège de cette navigation y mais 
la Compagtiie des Imlis Orientales s*y é- 
tantopofee, Se ayani' obtenu pour elle 
même ce privilège, les Marchans s'a* 
drelTérent au Rot de Dannemark , fous 
^a proteétion de qui ils firent entrepren- 
dre cette recherche, qui ne réuflît; point 
alors. -^ 

Du côté des Indes , la Compagnie 
Hollandoife réfbtut de faire chercher le 
paflàge du retour, c'eft à dire, la route 

des 

* CârHilis 3elmerfin Kfik» 



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pour Voyager utHemem. cxiii 

des Indes vers l'Europe par le Nord, On 
parla du Golfe d?AUan, a tnvers duquel 
les Japondis & ceux du Pays de JeJJi 
afTuroient qu'il y avoit un paflâse ju{^ 

3u'à ta Mer de Tartarte. On ^la au 
eli du Japon , jufqu'au 50. degré de 
Latkude Septentrbnale. On entra dana 
un Détroit fort commod;:, pour aller 
dans rOcéan Septentrional. Ils apellé* 
rent les rivages de ce Canal Compagny- 
imdy terre cfc la Compagnie , & Wflc 
qui eft au milieu de ce Détroit, Staaten' 
èylaHâ\ Ile des Etats. 

Ccft ce qui fê fit dans le milieu du 
fiéde paffé, & d*eft là où Ponen de- 
meura j PEmpcrcur dn Japon ayant dé- 
fendu aux Eti-angcrs toute navigation 
vers la Terrr de Jeffo. 

Les Japtmoh eux mêmes ignorent fi 
kyé^tckjejfa iont attacheznin à l'iau- 
tre, ou non* On ignore auffîfi la Ter- 
re de Jeffi fait partie de la Tartarte , ou 
fî eHe en cfr féparée par un bras de Mer. 
LtsChmois affurent, dit on/ que hTar^ 
tarie s'étend trois cens lieues vers TOrienr, 
au delà de la grande muraille.' Il fe 
peut donc que le Japon^lcJefoSchTar- 
tarie foyent joints cnfemble. Mais , a- 
joxitc t- on, ceux àtjejjo difcnt qu'il y a 

F z un 



cxtv Itifttuâms 

un bras de Mer entre eux Se la Tartarhf 
fie les Hollandois^ qui firent naufrage fur 
les côtes de la Corée , aflurent * qu'ils y 
virent une Baleine ayant un harpon de 
Gafcogne accroché au dos. Cette Ba- 
leine pafTa donc des environs de Spitz- 
hergt à travers le bras de mer le plus 

{>roche du lieu où elle fut bledee, 8c ce- 
a eft bien plus aparent, fupofé la vérité du 
fait t que de lui faire traverfcr les Mers 
à^ Afrique^ ôcc. pour venir jufqu'à la Co- 
fée. Il fèmble donc qu'il ne faille pas 
douter du paflage entre le Sp'ttzberg & 
\à Semble y fur tout fi Ton fait quelque at* 
tehtion aux Itinéraires Mofcovites , qui 
aflurent que les Côtes de la tartarie ne 
s'avancent pas vers le Nord^ au delà de 
la N.Zefnble^mm au contraire déclinent 
fort vers TOrient , Se que la Nouvelle* 
Zemble ,crue lie jufqu'à préiènt, efl; la 
partie la plus .Septentrionale de ce Con- 
tinent. On le recueille auffi des Cartes 
2c des Hiftoires delà Chine ^où l'on voit 
que ceux qui partent de la grande-mu- 
raille , Se fè détournent au Nonl , arri- 
vent à l'Océan dans quatorze jours. 

Les Côtes de la Tartane au delà des 
Samoiedes fèmblent auffi montrer le voi- 

fi- 

♦ K. To, ^. i9 et Rgcueik '" " ^ ^ 



finage 
l'Orici 



/ / 



cxv 



pour Foyager utilement, 

finagc de la Mer, car plus on avance à 
l'Orient, p!us le Pays cft doux & tem- 
péré. On croit donc que cette naviga- 
tion pourroit réuffir, non en cherchant 
un paflàge entre la N. Zemble & la T'^ir- 
tariiy comme on Pa tenté vainement, 
mais en paflânt entre le Spitzberg ôc la N. 
Zembiâj pourvu qu'on prît fon tems, 
8c qu'on allât jufqu'au 78. & 79. degré 
au Nord, Mais en cas de furprifè par 
les glaces, il faudroit creuferdes maifbns 
en terre , comme les Samoiedes , aulieu 
d*hiverner dans de mauvailês maifbns de 
bois>comtne firent les Holhmdois. Oa 
croit au refte Œie ce prétendu Détroh 
de Weigtttz^ nmqu*unGolfe, 9c peut« 
être un lac d'eau douce, ce (]ui cft caufb 
^u'il (ê gèle facilement. Ainfi il feroic 
inutile de chercher là une Mer glacée 
entre la Xiembh Se la Têttarie, 

On croit encore que ce qui a empê- 
ché là réuflite de cette recherche d'un 
paflàge vers le Nord'Eft , c'cft l'erreur 
commune que plus on aproche dU Pôle* 
plus le froid eft rigoureux 8c plus les gla- 
ces (ont infurmontables.Mais l'eiçpéricnce 
a &it voir qu'on trouve moins de glace, à 
niefure qu'on avance en pleine Mer. Elle 
a fait voir encore que cette Mer crue in. 

F 3 ^ ac^ 



-in 



czvi InfiruâUms 

acceffible n^eft gelée qu'autour de fes 
Côtes, à cauiè du voifina^e de la terre, 
& des eaux douces des rivicresaui fê gè- 
lent faciletnei^t & font geler celles de la 
Mer , jufau'â quarante lieues près du 
rivage. Mais ces glaces venant a fè fon- 
dre^ on en voit âoter de grandes pièces 
qui font portées en pleine Mer par les 
vents, &c. Ce qui a fait croire à ceux 
que la crainte du péril a empêché d'ex- 
aminer la choie de près, que cette glace 
s'y trouvoit toujours , &c. Extrait du 
Journal tP Angleterre, 

On die qu'en IflantU^ outre les terres 
de carrière, il s'y brûle aufll de^ ^ac/u 
fi vieilles qu'elles font conmie pétri- 
fiées* ,T"f' .-jS ':?^ fî" M 

Que dans cette même I/imde les âtlcs 
y. ftipulem de coucher avec les Mar- 
chands qui viennent v négocier , moy- 
ennant telle ou telle marchandifc. Que 
Pherbe qui y croie, iènt fi bon, que les 
Habitans s'en ièrvent à parfiimer kui 
linee, &c. 

' On ajoute aufli qu'on y conlcrve le 
poiflbn dans la neige, comme chez nous 
dans le ièl. Que les aigles y fondent 
fiir les enfans, comme fur les animaux» 
& que pour empêcher qu'ils n'en ipyent 

çn. 



pour Voyéiger utilement, cxYii 

enlevet , on leur met au Col un colkr 
plein de fonncttcs. Ces trois derniers 
articles lont tirez du Journal d' Angleter^ 
Qu'on y châtre les gueux, ouccuk 



re. 



qui font devenus puivres par leur mau< 
vaife conduite , afin qu'ils ne mettent 
pas d'autres gueux au monde. Qiie le 
Mont Hedû , qui jette du feu ôc des 
flammes 9 du chai bon , des cendres , des 
pierres I jette auffi fort fou vent avec im- 
pétuofité de l'eau extrêmement chaude, 
qu'il y a plufieurs fburccs d'eau chaude, 
où même les Habitans du Pays font cui- 
re des viandes dans des pots qu'ils font 
tremper dans cette eau ,. ce qu'au«i bords 
du bain iVau fe durcit Se fe pétrifie. *t 

11 faut favoir comment oa tire le Sir/ 
Gemme en FiÀogm , quelle profondeur 
ont les Mines « & à quelle diftance el» 
les font de là Mer. 

S'il eft vrai (}ue dans les Pays froidi 
on trouveen hiver des hirondelles gelcel 
ibus Teau, qui reviennent étant apro» 
cbées du fhi, comme des pêcheurs l'ont 
ailuré* ? 

Ovièt au L.;. de fes Triftcs Eleg. lo, 
dit une particularité, qui a quelque ra«» 
port à cela. Jlaivu, die il, des poifî. 

F 4 fom 



-\ 



cxvin Inftru&kns 

fons gelez dans les glaces, & qui pour* 

tant etoient à moitié vivans. 

Fidimtis in gîacie ptfces haute ligatos^ 
Et pars ex illis tum quoque vhafuh. 

On demande fî dans les grandes gelées 
l'huile fe tourne en véritable glace, fi 
l'on y peut faire geler une forte faumu- 
re de fel marin , une décoftion de Sel 
Gemme ou de fuye; fi l'on peut faire ge- 
ler du fang pur , dont la férofité eft lé- 
parée, du vm de Canarie, de Peiprit de 
ici , de vitriol , &c. 

^ Si les horloges vont plus tard dans le 
grand froid ; h le vif argent , étendu 
dans un vaifièau plat, ne reçoit aucune 
altération dans un froid extrême ; fi ce 
froid extrême ne diminue ou même ne 
détruit pas la vertu des purgatifs; ce que 
le froid opère dans la fermentation des 
Hqueurs. Si le froid peut concentrer les 
couleurs, par exemple, une forte dé- 
coébion de cochenille. Si la corne de 
Cerf ôc fcmblables fubftancjs rendent h 
même quantité de liqueur , étant dégelées. 
]1 faudro)taufii (avoir quel changement le 
froid peut faire dans la fermentation des 
liqueurs, dans l'aiman, dans les métaux» 

com- 



pour yoyâgetf uti/itfftefit. cxix 

eominclefer Se l'acier, favoir s 'ils en 
deviennent plus cafTans, Sec. Se (i à eau* 
fê de cela les Ouvriers y donnent une 
trempe plus mole à Pacier. 

Savoir fi l'expérience fait voir que 
les poifTons meurent dans l'eau glacée» 
Se en ce cas là > fi c'efl le froid ou ledé*^ 
faut de mouvement dans l'eau qui les 
tue. Mais , dit on , ils ne meurent pas 
litot dans les endroits pleins de glaifç 
Se d'argille, ou fous la glace qui eft 
mince. ■ ,^ ■à-..^.j^h- jh..^,....^. ■ ^^ 

Un lac près de Strahersb ne Te glace 
jamais avant le mois de Février , mais il^ 
fe glace tout entier dans une nuit, auffi«>' 
tôt qu'on cft dans ce mois. ., 

11 y en a un autre près d'un lieu nom«' 
mé ^'tragiasb^ dans un lieu élevé entre, 
deux montagnes élevées pareillement, qui 
eft toujours glacé vers le milieu , mêrne 
en Eté; quoique les rayons du Soleil (c , 
réfléchiflent fortement de ces deux mon* 
tagnes. Il y a , dit on , près de (ihvolg 
une pctke rivière, qui change le hous 
en une pierre verte. , 

Oniprétend qu'on trouve dai^s, les lô» 
ïètsd^ £coffè une efpéce à?A/phoiî{ley qui 
arrête le fang, Sc que les cerfi bleflèz 
^y vont frotçn 

F f Oe 



■i \mk^' 



On trouve en Suèii dam des rocher» 
une pierre jaune . qui donne du (bufire , 
dti vitriol, de Palup & du minium ou 
vermillon. 

On dit que dians tes Hcs de Farro il 
n'y a point de maladies contagicufes» 
Qae dans des neiges extraordinaires les 
brebis s'amallcnt enfemble fous k neige 
qui les couvre , ôç qu'elles y rcftent, 
dit on, quelquefois des mois entiers en 
cet état. On dit qu'il y a près d'uncde 
ces lies nommée Munck un goufire de 
mer très dangereux pour ks vaiffeaox 
dans un tems calme, mais qui peut s'é- 
viter avec un peu de vent. Qu'il y en 
a un autre prèsde5ff^rol'',au{n une deces^ 
Iles, au milieu duquel il y a un rocher 
qui gâte une Bouflbie» l'aigtiillc y tour- 
nant en rond d'une façon extraordinaire. 
On aQure que h plupart des rochers de 
ces Ile^ ont la même vertu magnétique,^ 
te que ^ felôn les lieux oà l'on pofe la 
Bouflble , on la voit s'y tourner vers 
PEft, POueft, ou le Sud. On aflurc 
auffi qu'il y a dans une de ces Ite^ un 
rocher,aiihsîut duquel on trouvé fouvent 
des haran^s , que les fiots de la mer éle« 
vez par des vents fint impétueux y por- 
teni uns doute. Qjie dane FfrW il ne 

ton* 



• 'iXJ^ 



pour royagir' ë^ttflienù cxxt 

fOnûc Jamais tnËcé, fie qu^en Hiver au 
contraire il y tonne avec de grandes tein« 
pétes. Que l'on trouve en certains en- 
droits des pierres fort éclatantes i qui é« 
tant bien polies peuvent fervir à ftiredes 
bngues. Sec. 

P Qpc l'on y trouve linecipéce d'oiftau 
de Mer ^ qui eft felon quelques uns VAU 
ffyon des Anciens. 11 a les pieds fort en 
arriéi*e & très foibks , ks plumes fort 
courtes, &c. ainfi il ne peut ni voleTjiii 
marcher. 

Qie les Corbeauit y font fort dodles 
& aprennent à parler, Sec 

On dit qu'il y a en H^grie une e(pé«) 
œ d'^Averne, dont les exhalaifbns font il 
daneereufes , que les oifeaux qui vokiic 
au deilùs y tombent cm morts » ou é» 
tourdis par la force de la vapeur. 11 
faudroit favoir ce qu'il peut y avoir de 
remarquable dans ce goafre,foit pour W 
faveur, (bit pour la couleur, la chaleur 
ou le froid, 6( c. S'il y a de Peiu, s'il y a des 
loirtéraux dans le voifinaffie , auxquels 
on pût attribuer la caufe (fes qualitcz d« 
cet Averm^ &c 

On dit que près de Cremnm , il y « 
des (burces de Vitriol qui changent le 
(cr tû cuivre : favoir fi après cote tram*' 

F 6 mu- 






cxxii Inftt^uâms ^^*<* 

mutation il y a quelque or dans ce cuivre 
ou dans ce fer. 

Dans les Grotcs de Piezary près de 
Kioviâj il s'y conferve, à ce qu'on dit, 
des corps dcflechez , femblablcs auXiW//- 
mies d/ Egypte, ? 

1 11 faudroit rechercher avec foin les 
Antîquitez qui fe trouvent en Hongrie^ 
9n Bohême^ Poigne & Tranjylvanie ; s'il 
cft vrai (ju'il ic trouve des Médailles 
dans les vieux Châteaux , & s'il ne s'y 
trouveroit point de Manufcrits. 

Cet échantillon fufk pour V Europe, 
On voit afïcz par là à quoi un homme 
iclairé doit s'attacher. 11 cft néceflaire 
qu'un Voyageur aprennc la Langue du 
Pays où il fè trouve: afin de mieux s'in- 
ftruire des mœurs , des manières , des 
loix Se des fîngularitez du Pays. PafTons 
à h Mo^covte. 

11 faudroit une delcription exaâe du 
JBoratiez. Cette plante reflèmble , dit 
on , à un agneau , change de place au- 
tant que fâ fouche le lui permet 
ftcher l'herbe par tout ou elle fi 
On ajoute que le fruit de cette PJanteeft 
couvert d'une peau velue , qu'on peut 
préparer comme celle d'uii agneau; 
^ue le loup k dévorée; qu'elle k féche 
r^m: ' " ô ^^ . • aûffitot 



, Se fait 
fè tourne. 



fôttr Voyager uîihmmt, cktiV' 

aûflStot que l'horbe lui manque pour (è 
nourrir, &c. Olemusti autres/ - - ^^ % 

11 fcmble qu'on peut concilier ce que 
les Anciens ont dit des Cimmeriens & des 
jif.ephdes , avec ce que nous (avons des ' 
Samoiedes Sc autres Septentrionaux. Les' 
nuits font extrcraeraent longues chez 
ces Peuples, ôcdans le grand froid ils' 
le couvrent le vifage, en forte qu'on di* 
roit qu'ils font fans tête. 

A l'occafion des Samoiedes^ il y a dans 
0/f<ïMW& dans quelques autres Auteurs' 
une petite defcription des mœurs dcs^ 
Groeniandois ^ qui pourroit faire jtiger que' ' 
ces Peuples doive it communiquer avec ' 
la Tartarie Afîatique ; s'il cft vrai que * 
leu rs coutumes , Icu r langage , &c. ayent 
du raport aux mœurs Se au langage de 
ces Tar tares, *^ 

On dit que les environs à^Adractm^' 
dans la Tartarie Mofcovite font pleins de' 
(impies & aiitres plantes remarquables. 
Ceux qui fc trouveroient dans ces quar- 
tiers-là ne feroient pas mal de s'en in- 
ftruire du mieux qu'il fcroii poffiblc , & 
d'en faire la defcription. 

Oleartus a obferVé plufieurs dcclinaifons 
de l'aiguille de laBouflblc fur hMerCa/L 

//^«fif.^X^s P^i/m/ aflurentjelon quelques 

F 7 Voya, 



j.qr 



~N 



Voyageurt. qu^mre les Provinces de 
Taurifian &C de Me/anderém il yaungoufrc, 
où les eaux de cette Mer fe perdent 
comme dans une abytne , fous les mon» 
tagncs voifînes ^ 8cc. Voyez Oieariui^ 
^i remarque à Pétard de cette Mer, 
^'elle eft mal fituee dans nos Cartes, 
que fa longueur n'eft pas de l'Orient à 
rOtuident, mais du Midi au Nord : "* 
.que Tes eaux font auffi fàlées que celles^^ 
des autres Mers, excepté vers les bords 
où les mélanges des eaux de plufleur$ 
rivières la reiâent moins fàlce : quVik 
n'a ni aux ni reflux : qu^elle n^a prefque 
point de ports ni de rades ; que (es eaux 
(ont de la couleur des autres Mers: quVl* 
le eft fort poiflbnneufe. 

La fituition de la Mofcnw lui eft a- 
vantageufe pour le commerce de l'Orient, 
pfldit^ac les Cai^r/ fan les premiers 
naarchans de la Ru(pe, Le Czar Pierre 
Alexhmtz avoit fort bien compris les a- 
vantagcs réels du commerce , & qu'il 
devoit faire valoir les denrées de (es Etatt 
dans ks Pays étrangers, en échange de 

Celles 

. * La Càrtt communiquée far U Ciar iifunt À 
f Académie de Paris , c^ qui fe trouve dâm te 
JÊtecueil, donne a cette Mer une figure foute difi" 
fvffu M cetk fu*m Maveit dénuée âujuuwuêm. 



adles q 
nit. 4i 

fàcilitoi 

cherche 

& qu'il 

Provinc 

la St^é 

La je 

Riviérej 

du Tmai 

avec les J 

Je Tvjer 

dit on, j 

avantage 

le Canal 

Aflra:an 

forte que 

fleurir ej 

même av 

pluficurs 

Legé 

propre ai 

■ Ondil 

économe 

an peu 

attirer 1< 

^itegéi 

de i'cn 

Le 



pour Voyâgitr ttifOniient. çxxy 

eellei que ces Pays lui pouvaient four- 
nir. C^tA pour cela qu'il étendoit & 
fàcilitoic le commerce de (es Sujets ^qu'il 
cherchoic à s'établir fur la MfrBaltipêf^ 
& qu'il y réuffic par la conquête des 
Provinces de Finlande iX, de Livme fur 

La jonâion de pîùGcurs Fleuves cu^ 
Hiviérés, (avoir àufFêlga avec le Tanaïs^ 
du 7ii«tf/> avec VUppa & i^Occa & de VQcc0 
avec les Lacs de Mmuni^ à^llmen^Mof$ê^ , 
le TvserTM & le Sna par un Canal qui,, 
dit on , a été achevé en 1 707 , doit être 
avantageufe aux Rufles, Ces Fleuves Sc 
k Canal traverfênt la Mefcovie depuia^ 
^/fr^r^v jufqu'au Golfe de Finlande i de* 
fbrte que le commerce de Mo/cuvii peu& 
âeurir extraordinairement » Sc> pcqt-éti% 
siême avec beaucoup de préjudice pour 
plufieurs autres Européens. 

Le génie ^ cette Nation paroit ai0e:i^ 
propre au commerce. 

On dit que le Mofiovite eft frugal & 
économe, mais on aîoute auffi qu'il eft 
an peu fourbe. Sx cette Nation vem 
attirer les Etrangers» il £iut qû^elle le» 
mitegénéreuièmcnt , c'eft le vraimoyei^ 
de &^cn faire aimer. 

Le Souverain eft le premier marchand 



ckPËmpîrç, & fes Sgjès ne peuvent 
vendre direâiemenc aux Etrangers que 
certaines fortes de marchandi(ês* Tou« 
tes les autres fe livrent aux magàzins du 
Czar fur un certain pied,fcs Officiers feuls 
iW^ revendent aux Etrangers argent 
comptant, ou en prenant pour valeur 
ce qu'ils peuvent débiter avec double 
profit pour le Czar. Il fait valoir la 
monoye à (es Sujets le double de ià va- 
leur interne ; c'eft à-dire, qu'il gagne 
cinquante pour cent fur la monnoye, 
quand il achetfc d'eux, ou quand il pye 
fe» dettes. • C'eft là le fecret. Il y a 

|)lu(îeurs autres chofes à obfcrvcr pour 
c commerce de ce Pays là. 

Le Olat Pierre j^lexi<A3)Uz fît venir des 
vignes tie pluficurs endroits de \^ Europe^ 
& àts Vijgnerons pour aprendre à fès 
Sujets comment il falloit les cultiver. 
Cette culture a (î bien rcuffi, que, fui- 
rant les mémoires, on y avendangéde» 
puis peu quinze à vingt mille mu^ds de 
vin médiocre. Il ne faut pas douter qu'a- 
vec le tcmsôcun peu d'expérience , on ne 
puiflë en faire (îroîtrede très bon dans les 
endoits de fes iLtats qui feront les plus pro- 
pres aux vignes, & qu'on n'y aprenne 



four Voyager uttlement. cxxvii 

à faite l'eau de vie £c à diftilkr diverfes 
liqueurs. 

Je finis par des réflexions fur le com- 
merce. Les Anghis 6c les tiollandoh y 
font des profits fi confidérables & fi vi- 
fiblesi qu'il y% lieu de s'étonner que 
d'autres Nations n'ayent pas fongé à i- 
mitcr leurs établiflèmens. 

C'ett par le commerce que les Angloîs 
étendent leurs manufaâures de tous co- 
tez, 6c conf ornent avec des profits extra* 
ordinaires ce qui croît chez eux , & ce 
que leurs établiiîcmcns dans les deux /«* 
âes^ dzns Y jifrtque 8c dans les Iles leur 
produifcnt. Les HoUando'ts fournifièntâ 
VEurope plufieurs chofes qu'ils poffédent 
feuls dans les Indes, Les uns Se les au« 
très ont fait des Compagnies réglées, 
que le Corps de l'Etat protège , & qui 
ne rilquent pas d'être ruinées par des 
charges extraordinaires, ou par d'autres 
prétextes : defortc que ces CompagnielR 
négociant librement, tout l'Etat fe ret 
fent des fruits de leur navigation , & leurs 
richefiês contribuent à faire fubfifter une 
infinité de gens. 

Les François vife & entreprenans ft- 
roient très propres au commerce, àcau- 
^ de leur pénétration , s'ils pouvoient 

fe 



cxxyiir Infiruâknt 

fc réfoudre à prendre un peu plus de 
peine, à avoir plus d'ordre, & à mode- 
ler cette vivacité qui les conduit fouvent 
i des profits cbitnériques & à des pertes 
réelles. 

On voit qu'en Angleterre 8c en Holian» 
it le négoce {è maintient dans les famil- 
les. Mais en Trwce on (è contente ibu- 
vent de gagner quelques milliers de Li^ 
vres. AuStot on jette dans l'épce ou 
dans la robe un fils de famille , pour le 
faire paroître, dit on. C'eft là unefau^ 
te capitale. 

Un grand à:abliflèment dans les Pays 
étrangers un peu éloignez, n'èft pas à 
charge à PËtat, comme il femblc qu'on 
fe l'cèl imagioé en Fraise, Les Romains 
établiflbient autrefois des Colonies dans 
tous les endroits, où ils fè trouvoient 
les maîtres , 8t leurs defcendans s'y con» 
ièrvoient les droits & les privilèges det 
Eûmam, Leur langue, leurs coutumes , 
kur commerce,&leurs tréfbrs s'étendoient 
afièz dans un fiécle où la navigation ,> 
la Géographie, la connoiiTance dosPcu^ 
pies 6c le commerce étoient des choies 
tbrc imparfaites eocore. Ceux qui fa- 
vent un peu THifloire Romaine, n'igno» 
ttat pas que ces avantages ont tourné à 

_ h 



f9Uf Foyâjger ttiiièMent, cxxix 

la ruine de l^Etat : mais aujourd*hui on 
peut prévenir ces accidens t parcequc 
VEurope efl: Chrétienne. Si la Mbnar- 
chie Efpacnole s'eft afoiblie depuis la 
conquête de YAmériqui^ ce n'eft pas aux 
Colonies qu'il faut attribuer cette déca- 
dence, c'cft à la pareilë de ce Peuple, 
à la manière dont u a violé le droit des 
Gens Ôc l'équité naturelle à P%ird des 
Améruains, U fiiut l*atribuer à la ma-f 
niére bonteufe dont ils ont laifle périr 
les manufaûures & les fabriques dans 
leur Pays. C'èft ainfi que plufieurs 
ehofès eflèntielles produites d^nS' leur £* 
tat s'en vont c^ez' lés c!mngçrs , qui ,ao 
près les avoir miles en ieurre, lesra- 
portent eniuite ea U/fV^ $ où l^oo nf 
fe veut pas donner la peine d'y mettre 
la main. . 

I^s PortMgattpxiX. perdu le oégocrdei^ 
hdes Ormtales put leur mauvailjbcofK 
duite. Onleur a enlevé Pr«r«fs, place 
importante pour le né^oe des Indes ^ de 
VArâbh icdt h Cote Pfsentalç de VA^ 
frique. Ils, n'ont plus le commerce de 
Maluca^ du 7^f<M, de laC&inf ,&c. Us 
ont été cbafîèz de pliiikurs liés & de 
plufieurs lieux d'4^f, tàcaufe de leur 
négligienceif^^ & de kurf grandes exac» 

(ionsp^ 



cxxx ' ïfiflru&ms *'*^ 

tions , pendant que les Hollandots plus 
fages 6c plus prudcns iê ionc attachez a- 
vec foin a leurs Colonies Indiennes. Ce 
qu^ellesproduifentfèpcut apellerde leur 
tru. Ils font tnaitres de leur négoce, ôc 
traverfent exaébement ceux qm veulent 
les imiter. Us négocient fèuls au Jâpm^ 
te y transportent plufieurs deiirées de 
VEurope^ qu'ils écnangent contre leurs 
denrées Indiennes , par un retour (I a« 
vantageux, qu'il eft étonnant qtie d'au* 
très ne les ayent pas prévenus avec 
beaucoup plus de fuccès : car après tout 
la Hollande ne produit d'elle même que 
"du betirre, du fromage &c du lait, 

• Leurs Côtiipagnîes fé diviifênt en 
Chambres ou dkiilès refpeékives à quel- 
ques villes de h Hollande: ainfi toùtl'E* 
tat fè reflènt de ce commerce. 

^ Us font laborieux & jaloux, ils (è 
défient des Etrangers : leur gj^nie ne les 
porfe pas à ulèr de violence. CJuand ils 
en uiènt, c^eft qu'ils fc cfoyciit aflçz 
forts pour réfiifter à ceux qui ne les ai- 
ment pas. ■ ' *^ 
^ Ils maintiennent le prix de leurs mar- 
chandifes des Indes ^ n'en vendant qu'u- 
ne certaine quantité felon ^occurrence; 
mais enferte quVllès (è puidènt donner 

• *: ;*i aus« 



pour Voyager utilemem, cxxjci 

auiTi bon marché chez les autres Eu- 
ropéens que chez eux mêmes. Cela Ce 
fait pour empêcher le débit qu'en pour- 
roient faire les Particuliers chez les E- 
trangers au préjudice des Q>mpa*j 
gnies. 

Ils ne permettent à leurs équipages^Sc à 
leurs geos de lervice. Sec. que certaines 
marchandifès communes , peu eûèntielles ,' 

3ui tiennent beaucoup de volume, dont 
faut grande quantité pour y &ire ua 
grand profit. Ainfi leurs gens de fer- 
vice n^iyant pour tout magazin qu'un 
cof&e allez borné, ou que^ues cofires. 
que des mourans leui laiffent en hé- 
ritage , ils ne s'enrichiflent qu'autant 
qu'il plait à leurs maitres. J'avoue 
pourtant que des Particuliers s'^enricliifl 
fentdans les Jttiles^ mais les Hoilandois 
font trop prévoyans , pour permettre 

?ue cela fe faflè au préjudice de leurs 
lompagnies. 

On affure auffi que malgré les fëvéres 
défenfês qu'ils font à leurs équipages de 
trafiquer en épiceries, ils ne laiflent pas 
d*en voler beaucoup à la Compagnie, 8c 
d'en vendre aux vaifièaux qu'ils trou- 
vent fur la route.Pour éviter que la fraude 
ne paypiffc , ils jettent de l'cap fur la 



car- 



csncxii • ' Iffiruâmt ^"^ 

cargaiibn, qai s'eïifle fi bien, que les 
^iSeaux ibnc aoffi pleins que fi l'on 
nicn avoit rien ôtc. Gela dl d^nitant 
plus fiudle,quc le géroffc sSmbibe d'eau 
caitnK>rdinatrefnent. 

Jedkai ici,à propos des épiceries^qu'on 
afliiieqtt^il ctôk è Mhdiumddcs doux de 
l^îmfle 8c de très' belles noix mnCcsuk^. 
On poofroît difpofcr les chofes de telle 
£>iter que ceux qui s'y établiroicnt 
iiôusenvoyeroîcnt tous les ans un navTre 
chargé (fepiceries. Cependant ces In- 
fiilaires éditent d*cn imrltîpKer h pro- 
duâion, de peur que les HoNambh ou 
quelque autre Peuple ne fè détermine à 
teor iTcnAe vifite. Mais tna^ré leurs 
précautions & celles des Hollandots , il 
y a dans ces Nfcrs d'autres Iles à cptce- 
ries, hofsdelettr dépendance, & qui ne 
fwti pas fiabitées, fi Pon en croit Dont' 
ptevic autre». / -^^ 

Ceux qui voudront s'inftruire fcir le 
génie & fur le commerce des h^r\ de 
h Ckme & du Jspm , doivent lire les 
Métnohes du Japon dreffcz par ordre de 
Mr. Colbeft, Coron ^h3iÀ\c Hofhndoht qui 
ayoit été aux Imfes Se dans des charâes 
ConSdérabfes, en eft PAutcur. Ces 
Mémoires curieux, feges, ficinftruâifs, 



pour Foyager uàUment. cxxxui 

font mlérezdans le tocne ^ 4e RecudL Si 
}At,CQlbeift avoit vécu, il n'y a pas de doute 
que le cooQiDerce n'eût fleuri en France 
bien autreioent que ibus M. de £otfvo/x, 
Miniftie <)ui chercha u^uemenc de fk 
rendre uûle & neceflairc à fon Roi pac 
des guerres cominuelles. 

L/avantagc des Colonies eft très grand 
encore» en ce <}ae Pon y établit ou cm* 
ployé une infinité de gens , qui £uis oebi 
ne fâuroient où donner de la tétc. Je 
ne dis rien de la navigation qui fê per* 
feâionne de cette maniore, ni des dé- 
couvertes dans PHiftoire naturelle que 
l'on peut perfèâionner auffi par ces 
Voyages. 4 

On fait que les Colonies des In^$ 
Occidentales font fort avantageufes aux 
^H^oisy & leur fourniflènc du Sucre^ 
de V Indigo^ du Cotton^ du G'mgémhi^ 
de la Mortie »,du Tabac , du Bois , des Di»%^ 
gîtes Se dts Fruits de diverses fortes, &c. 
Ces Colonies conibment en échange une 
quantité çojilidérable de denrées d'^« 
gleterre, & font valoir les manufââurcs 
du Royaume. 

On (ait encore les grands avantagea 
que ]esjînglois &c\cs Hollandois ont retiré 
du commerce d'4/^if^tf^, par l'achat de$ 






Nègres t que Poii employé dans les Co« 
lonies. Mais quel profit n'ont ils pas 
fait par VAfflento , ou contrat de livran- 
ce des Efclaves aux Efpagnols f C'eft à 
la Jamtnque que \t\ Anglois ont permis 
une Ftf^ivr/^ pour ce négoce fi avantageux 
par fes recours. L'écabliflement de la 
Jamaëque fournit aux Anglois le moyen 
de débiter quantité de marchandifes aux 
Efpagnols du Continent : defbrte que la 
Jamiquî eft le magazin de k Terre 
ferme. 

' Les tranfborts , Se les manuFiiâbures 
qui fervent a ces établiflemens le faifanc 
par les mains du petit Peuple, il en ré- 
fulte qu'une infinité de pauvres gens 
font occupez. 

On ne connoit point d'Etat où l'Ar- 
tifàn foit plus fuporcé, plus encouragé, 
mieux traité qu'en Angleterre. Cela 
•fi; plus avantageux qu'on ne le croit 
pour le commerce, 8c c'eft une erreur 
de s'imaginer que la miférc du Com- 
mun Peuple ne ternit point Thorineur 
d'un Etat. 

Le Peuple 8c les Ârtifans font fi mal 
txùitztn Afie 8c furtout dans le Mogol^ 
que n'étant pas affurez d'avoir un fou 
en propriété, ils s'abandonnent à l'in- 



dolcfli 



pour Foyager utilement. cxxxv 
dolence & ne travaillcm que par force. On 
peut dire qu'ils (ont bons eiclaves Se 
mauvais Sujçts. 

^4 Je reviens aux avantages du commer- 
cç. Nouslui devons la meilleure partie de 
la connoiflànce de la Nature, celle de U 
Géographie & des Hpmmes. J 1 faut donc 
l'étendre autant qu'il fê peut, 6c qui 
Pétendroit mieux que ceux qui ont des . 
Ports fur l'Océan & fur la Mer Médi* 
terranéef Par exemple , les Italiens^ 
les EJpagnols , . les Portugais^ les François^ 
les Hùliandoii , ks Anglais , les Suédois i 
les Danois i quelques Princes AUcmans, 
la Pologne Se la Mofcovie, Mais entre 
tous ces Peuples les. Italiens n'ayant que 
la Mer Méditerranée, & n'étant pas a(^ 
fez puiflàns , leur commerce ne peut 
tout au plus s'étendre que vers le Le- 
vant, & feulement autant que le Gf^^J- 
Seigneur voudra le permettre. Les Ef» 
pagnols font pirefTeux 6c aiment leurs ai* 
fes , comme nous l'avons déjà dit. Leur 
commerce va à pas comptez , ëc. les au- 
tres Nations ont le tcms de s'en prcva- 
loir. S'ils prétendoient défendre tout 
commerce aux Etrangers dans \cs fnJes 
Occidentales ^n'^y^LïM pouu de manufaâu» 
res, ils fe trouveroicnt pourcant obligez 
Tom. /. ,. , G.^ i „ tfavcit 



\, )i 



cxxxvi InfirtiStms 

d'avoir recours aux Etrangers pour 
fournir ces Indes, Les Frimçoh: ont pro- 
fité de CCS befoins pendant la guerre j^ur 
h Monarchie d'Efpagne. Les Aiglo/s 
ont fourni 8c fourdiflent fins doute en- 
core quantité de marchàndîfes à la 'Ab«. 
veli^ EJpagne^ par ia Jamêifite ^ & ce 
commerce va à cent pour ceiit, de Pa- 
veu même d'un*i/%/o//. ' >^^ ^ 

-^^ IaCs Portugais \ autrefois grands na- 
vigateurs, ont diminué fcnifiblefticnrfcur 
commerce par une mauvaife conduite. 
Leurs manufactures font bornées à quel- 
ques méchans draps, &c. Ils ont le 
commerce du Brefil^ qu'ils fc font ré- 
ïèrvé jufques à préfenti mais ils reçoi- 
vent les Etrangers , & for tout les j^nghis , 
dans toutes leurs aùti'cs Colonies. Ceux 
ci font part de leurs màntifaâxires aux 
Colonies Portugaifes. Lés :4»^/wj pren- 
nent à Madère des vins pour leurs plan* 
tations de ^ Amérique^ & c'cft ainfi 
qu'ils font à l'égard des autres Iles, 
(Comme les lies A^res'^ celles du Cap 
Verdy &c. U Irlande leur fournit des 
cuirs & des étofeS de laine, &c. 11 n'y 
a pas d*aparence que les Portugais enva- 
liifH;nt jamais tout le commerce étraa- 



tKtr4Ji,..X , 



♦ EJJai on tradt. 



r ■ -jw"^,„ vj» T ** 



y i^' 



•i 



gCff 



* d'i-» V M 



pi 

w// & 
élo'gnc 
pouvoi 
mercc. 

légranç 
iieurs à 
peuthai 
thonie \ 
dôutepa; 

conquét< 
ne pui/ïî 

Mofeovité 

jour le d< 
-^nglns^ t 

& que fei 
fOricnt. 
ils fourni 
plufieiîiî 
marelle qi 
av^ec pdç 
tour de P 
foit, ils . 
plus grjnc 
recours à 
fent leurs 
S'ils trou^ 
fa Mer gis 



four Voyq^ uAlmm. cxxtvii 

gcr, non pkis que les Suivis , les Dj«> 
nois & les SUmms, Les uns ibnt trop 
élc^gndK, & les autres trop foiblespour 
pouvoir étendre ibrt loin leur corn-* 
merce. 

jLa;M0^m^peut étendre le (ien par 
lé grand Canal: qui joint le^oi^^i à pla^» 
fiéurs autres Rivières : defbrte qu'on 
peut havigér db \i MerCàf^ne jufqu'efi 
Ljvonie ^ & jufqû'en Holtmdei Je ne 
doute pas que cet avantage , fbutenu de lii 
conquête de la Livmie & de la Finlande^ 
iie puifle encourager le commerce des 
Mofcovher^ & peut-être empêcher un 
jour le débit de pkifieurs chofès que les 
Jnglùis'ic les HolUmdois leur portent, 
5c que les Rujfes tireront eux mêmes de 
l'Orient. Peut-être même qu*un jour 
ils fourniront à une partie AtV Europe 
plufîeilrs chofès, à beaucoup meilleur 
marché que ceux qui les vont cherchei» 
avec peifïé; & en fai(ànt deux fois le 
tour de l^Afiique. Mais quoi qu'il en 
foit, ils fbnc éloignez de nous, & la 
plus grande partie de VEurope n'aura pas 
recours à eux, à moins qu'ils n'étendiC' 
fcnt leurs conquêtes vers l'Occident. 
S'ils trouvoicnt moyen de naviger dans 
la Mer glaciale , dont ils ibnt voifins, 

G X peut- 



. é 



cxxxvfii IfiflruBkm % 

peut-être qu'avec le tems ils pourroient 
$?craparer de tout le commerce du Nord 
delM>& di^X^ Amérique^ & pffer enfui- 
te plus commodément quç nous dan§ les 
Mers des Indes, 

La HoUàndi^^ petite Scftérile , 3'e(l a- 
grandie prodigieulèment : elle a fi bien 
mis à profit Ton: induftr^, que plufieurs 
grands Princes peuvent à peine (è pafTer 
d'cl le. Cet Etat vend (ans ^çqn & ce 
qu'il a & ce qu'il n'a pasj& le vend toujours 
avec profit. Malgré cela YAngietene 
furpaflè la Hollande en puiOànce & en 
moyens , elle la furpaflè encore en éten- 
due & en tnanulaâures^ outre les pro- 
duâionsde fon cru y que h Hollande 
n'a pas. ••■ } yu^uui vV-;, ^.„; :.^- 

On jugera par ce que je yaîs dire en- 
core , de l'étendue du commerce des 
Anglois, Ils ont dans la Turquie un com- 
merce fort étendu & très bien réglé. Ce 
commerce Q eflentiel pour leurs manu- 
fefturcs eft affermi & protégé par des 
privilèges accordez aux Négp^an^ » 6c par 
des traitez, &c. ; . ^ 

Ils portent en Italie de quoi recevoir 
en retour ce que Vlialie produit d'eflcn- 
tiel; 

Les 



i 









pour Foyofer utilement, CKxyLix 

Lçs HoHandoif ont recours à eux pour 
pIufkuFS choies, comme le hareng, la 
morue, les draps d'A«;;/^/^rrf, &c. 
' Hambourg tire de chez eux des draps ,. 
du fucre, du tabac, ôcc. pour PA//^- 
magne; d'où ils tirent à leur tour des 
toiles ÔC autres chofes , fans préjudice i 
leurs propres ^briques. 

La Poiogne profite de ces mêmes raa« 
nufaâures, ÔC Pon tire de la Pologne 
quelques toiles, des potadès, ôcc. 

Là Ruffte fc iert de ces mêmes matiu- 
feéhires, ôc en retour on prend du 
chanvre, des potaflès, des fourures ^ 

La Suéde k fêrt de ce»; mêmes manu- 
fâfbures, prend du fucre, du tabac, $Cc. 
de même que le Danemarc &Clz Norwége. 
Ces Pays du Nord donnent en retour du 
goudron , de la poix , des mâts , du bois , 
du fer , &c. chofes ablblument nécef&ires 
pour la navigation» 

Le Portugal & l'iBy^M^ , confbment 
bien des marchandifes d'A»^/r/^rr^ , foit 
en Europe , ibi t dans les Indes. ^ Les Air- 
glois aiment mieux tirer quelques den*> 
réesdecesPays là, comme des vins, ôcc. 
qu'ils poudroient tirer des François leurs 
voifîùs. Mais la jaloufie l'empêche , ôc 

G î ,.„,d'ail. 



CXL hftfuQms 

d^iilleur$, s'il &ut en croire ces Ii^ulai- 
res, il y^ peu de chofes en France dont 
ils ne/ puiitent fe paiTer, s'ils veulent. 
Un * Anglois prétend que le négoce 
de France efl: la ruine de }^AngUttfre% 
M parceque la France eft c^mme un ca<» 
99 baret oà ks Anglois vont diffiper ce 
qu'ils ont gagné ailleurs* C'eft une 
chofe étrange , ajouté- t-il^ ^u'on foit 
(i prévenu pour ce Peuple, chez qui 
Ton ne prend ^que des chofe propres 
à entretenir le iuxe, & qui n'ont pour 
valeur que notit eftime : tandis qu'en 
même tems ils dtfendent nos manu- 
fàébures, dans le def&in d'établir les 
leurs > que nous encourageons à no- 
_ tre préjudice, &c. " Il y a plus de 
"' jaloufie St d'aniitiofité que de jufteflè en 
ce raifonnemenc. J'olè dire que les 
François non feulement ne doivent pas 
encourager lé commerce des Atfgiàhj 
mais qu'ils doivent auffi le borner ious 
main, &c contrc&ire leurs fabriques, 
tout autant qu'ils le pourront^ ps»rce« 
qu'ils n'ont pas de pliis grands ennemis 
que les Anglois, ^ ■ 

La France a des commoditez extraor<« 

dinaires pour toute foi^té de compierce. 

' Pewc 

* EJfâi un irait, -ù ' > 



99 



99 
9» 
99 
99 
99 
99 
99 



99 



£ 



Peux 

bitans^, 
produit 
fince. 
Ces 

lç«)mi 
permçtt 
peuvent 
llfau 
danstou 
>riyilég 
:s fortii 
érofcs ,( 
charger 
encore 
trcc, foj 
\ II cft 
tiranspaj 
un gaiq f 
la^iliti 
ont ïbin 
de métu 
On nj 
ne Ecole\ 
i^ixc ne 
Sne, &| 
nombre 
arts. 



pour Fbyager uti/ement, cxli 

peux Mers qui l'environnent rn par* 
ikf (^ gran4eur , Pl^abileté de Tes Ha- 
jbitans^, l'abpndance dc^ chofc^ qu'elle 
produit, iSc fur toutes choies Cx puis** 
fance. 

Ces réflexions tendant àencouragcr 
le xxtmmerce des François , qu'on « me 
permette de raâèmbler ici les moyens qui 
jpeuven; fcrvir à retendre. 

11 faut état>lir de grandes maniiraâures 
dans tout le Royaume, Scieur donn«^r des 
privilèges. Se des droits qui fervent à 
K8 fortifier. Pour empêcher rentrée des 
étofcs étrangères , Sec. il faut les 
charger jde gros,9roits, Se ce qui fèroit 
encore mieux ,il faudroit en défendre Pen» 
trée I fous pei^ de confifeation. 

II ed néceflaire d'encourager les Ar* 
tifans par de bonnes récômpeniès Se par 
un gain raiJibnnable. 11 faut donner de 
la raciiité 2i4éboucber^ comme les y^n^hU 
ont foin de le faire à l'égard de leurs gens 
de métiers. ? n^^^,. «tm *s^ 

On n'a pasérigé jufqu'à preient aucu<- 
ne Ecole de Marine & de Commerce. Peut** 
i^tre ne fèroit il pas mauvais d'en éublir 
jine, fie d'avoir foin d'élever un certain 
nombre de jeunes gens dans ces deux 
arts. 



/ 



4 > ':-'s (, 



G 4 



.«-tV^:^ 



Pour 



cxt.li Inflruâms 

Pour faire de bons vaiflcaux & met- 
tre 1" Marine en meilleur ordre qu'elle 
n'cft, il faudroit traiter en fecrct avec 
quelque^ Puiflances du Nord , mais au- 
tant qu'il fe pourroit , a l'cxclufion de 
tout autre Prince. 

Pour étendre la navigation i il feudroit 
avoir un grand. nomb'-e de vaiflTeaux , 6c 
de bons équipages, il icroitauffinéccflài- 
redv.ttirer d'habiles Matelots de tous les 
Pays étrangers. Je crois, avec un Au- 
teur * jinglois , qu'il y a plus d'avanta- 
ge à transporter foi même & dans fcs pro- 
pres vaifleaux les deq^ées de fon cru & 
celles des Pays étrangers , que de les fai- 
re porter par les Etrangers: la navi- 
gation domedique ed découragée par 
ces tranfports des Etrangers. 

Je crois qu'il faut former de bonne 
lieure à la Marine, autant déjeunes gens 
qu'il fera poflible. C'cft en partie pour 
cela quM faudroit nétoycr les rues de tout 
ce qui s'apelle Mandians. Ces gens fe- 
ront bons a mettre fur ks floies: du 
moins on pourra les transporter dans les 
Colonies , jufqu'à ce qu'ils loyent en 
état de fè former aux fatigues de la Marine^ 
'8cc. • - • '4 ^^^ 

'•*• ♦ Êjai ûnirade. \ Q . . , 



pour VoyAgif utilement, cxLrir 

t II faudroic établir un Confcil dccom- 
fpcrce. Q}i'il me foie permis ^q parler 
id fur le plan d'un * Marcbûnd Auglois, 
Ce Confèil ou Committé de coptnercc, 
4cra comporé de gensdç probité 6c d'ex- 
périence. On né S'y attachera qu'à exa- 
miner Pétat du commerce, 5c comment 
ox) pourra rétendre» par ks manu&âu- 
reS| les arts, la navigation, 6cc. Ony 
recherchera en quoi tel ou- tel négpce 
étranger eft plus ou moins avantageux ; 
quelle eft la méthode que Hiivenc ceu:i . 
.qui font Ja caufe de notre exclufion de 
certains commerces , ou du moins qui 
les font plus ayantageufement que nous; 
quelles iont les choies dont l'entrée, ou 
la fortie, doit être défendue. On y écou- 
tera les plaintes dcsFaéiuries établies dans 
les Pays étrangers. On dreffera des mé- 
moires de ces plaintes, £c ces mémoires 
feront remis entre les mains de ms Mi- 
niftres dans les Cours étrangères G . 
s'aflèmblera à certains jours, pour déli- 
vrer Tes mémoires 6c les projets. On ne 
prendra que des gens experts pour mem- 
bres de ce Confcil , £ns avoir, cgard à 
d'autres qualités qirau mérite. Sur tout on 
n'y admettra que des gens véritablement 

G f in- 



■'X. K 



GXLtv IhJhuffhÊâ 

intércfftz au commerce. Oti $^f mettra 

«u deflus de ce préjugé R ordidaire, mit 

le coftimerce eft une occupation '^tidifué- 

re, peu honorable aux gehsdenaifTance, 

Se où il ne faut que fort peu d^efprit ; tandis 

qu^au contraire le comttierce demande 

beaucoup de fubtilitéSc d'adreflè^iin gratid 

jugement, de l'expérience, de la p6lr« 

teflè.' On aura foin de ceux qui feront 

deVcnùs invalidés^ par un lotiqg Service 

dans la Marine , Sec. On fera un fond 

poui" entretenir ces gens là ^ fans quoi 

on décounigeroitlc{)euple, Scl'onmul- 

tiplteroit les pauvres , au lieu de les di- 

mtnuer. On prendra dds mefures pour 

&ire profpérer les Colonies, on travail* 

Icra à en établir dé nouvelles. J. F. B. 



, <■ •^^ 



F I N. 






r 






■- 'ft é'I'^'ÂÏi '.. '^,1, 



<*tf* A-^m j' 



,v^.Ml.u-a ', 



4^ Y ' 



DIS. 



I î. . 

DISSERTATION i 



'■i^ Uit yi 



Sur la manière dû Voyager utile^ 

ment. , 

■.;■.• • • •• • ' ■'\ 

SI les horomes tirent peu dé fnîrît dé 
la leâucp des Voyages y 6c fi l'on ne 
voit en général que des Licé^eursdefôeu- 
vrez & peu attentifs Vattncher à cette 
fone de Livres \ il ne faift s*en prendre 
qu'aux Auteurs de la plus grande partie 
des Voyages que nous avons. Les vues 
des Voyageurs- font prefque toujours 
trop bornées 8c trop particulières v pour 
pouvoir écre utiles à un grand nombre 
de gens Ils ne nous parlent guéres dans 
une relation , que de ce qui Tes concer-l 
ne eux-mêmes : c'eft Philtoirc de leurs 
courlês, des périls qu'ils ont évitez, des 
maux 8t des travaux qu'ils ont efifuyez, 
des routes qu'ils ont tenues, Se tout ce- 
la ne manque pas d'être exagéré, ièlon 
qu'ils jugent que la chofc leur peut être 
avantageufe 8c les faire valoir dans l'eP» 
prit de leurs Lefteurs L'envie de dire 
dcschofcs nouvelles 8c inconnues à œux 
qui les ont devancez , leur fait débiter 
une infinité de fables. Six mois de (e* 

G 6 jour 



■**î: 



y: % 



cXLVi Infitu&ims 

jour dans un lieu où ils nes'entreticanent 
ordinairement que par la bouche d'un In- 
terpiéte , qui dit ce qui lui plait, Se fpuvent 
peut-être tout le contraire de ce qu'il pen- 
fè , leur fuffifènt pour décrire les mœurs 2c 
les coutumes de quelquePeuple que ce ibit. 
Ils o(ènt raiibnner alors à perte dejvue fur le 
génie de PEtat ôc de toute laNation, ôt lur 
le Gou vernement^&c. 11 faut avouer qu: 
desLe&eurs fiiperficiels n'en demande- 
ront pas davantage, parcequ'ils ne lifcnt 
que pour s'amufèr; mais il n'eneft pas de 
tnêmede ceux qui lifcnt pour s'inftruire, 
& qui ne veulent pas être trompez. 

Cependant c'cft une choie fure, cerne 
feiTîble , que Pufage qu'on peut tirer d'aune 
relation exaébe oc bien faite, n'cfl: pas 
beaucoup diférenc de celui qu'on peut 
tirer de Phiftoire, & que, fi Pon étudie 
dans celle ci les paffionsdes hommes , leur 
conduite 6c tous les motifs qui les font 
agir, on doit aprendre à connoitre dans 
celle là les mœurs des gens qu*on s'efl 
vu obligé de fréquenter, les fuites & 
les effets de leurs vices ôc de leurs ver- 
tus, leur caraftérc & les rcflbrts qui 
les font agir, Porigine de leurs coutu- 
mes, les raifoDS delcurs ufag^. il y a 
donc encore plus à aprendre dans les 

Vo. 



fBur Voyégir'mifèfiient. €Xt\rii 

Voyagea que dans l*hift6iiie#b ^nA ^^^ 
^ L'utilité des Voyages fc doit confidécer 
par raport à troiiobjets impor tans,qui font 
Phiftoiredes hommes , rhiftoire naturelle» 
hdekription des lieux oùl'onefi; 6c des 
objets qu'on y rencontre. Ce qui regar- 
dé les deux derniers objets eft très cer- 
tainement digne de remarque. J'ai tâché 
d'en donner l'idée dans les précédentes, 
Diflertatioris. Je prendrai la libcrté^ de 
m'expliquer ici fur le premier objet, qui 
eft l'biftoire des hommes. Voici donc 
les régies que je voudrois pbièryer, & 
ks fautes que j'ai remarquées contre ces 
régies. 

Peu de Voyageurs font capables de 
bien faire l'hiftoire des hommes, parce- 
qu'il faut beaucoup de jugement & de 
raifon pour s'en acquiter dignement. Se 
qu'il eft difficile de diicerner ce qui eft 
l'effet de la prévention d'avec la pure 
venté. Les défauts dans le fltle 8c dans 
la juftefTe font les premiers que je ren« 
contre. Le flile d'un Voyage étant le 
même que celui de l'biftoire , on doit 
éviter de le guinder vers un faux fubli* 
me;*au contraire il doit être (impie, 
grave , naturel , enjoué quelquefois , fi 
Pon veut, mais fans afFcfter de l'être» 

G 7 & 



! 



/' 



change au Lcae«''« fe fctt 4'ûn 
idées des chofes, towju^^ ^ ^j^ 

te ncn que d unÇ maii^ , uj^uiçur 
•*'^%?S'£«^^S"u badin, 
ne cherche qu a ^^^ / . Vov^iKeur 
11 „c to ç non plus ju un Vo^^^^ 

montre a chaque I«S=. . j^ chargp 

Serdesconf^uena^contjp^^ ^ 
du Voyage»'- J« fï' V<wta«^ „ous a 
^°T^ • «Iftêmeni <ks chagrins qu'on 

d-un '^'1'"™= '^g'^qa, iême ne s'en ca- 
à tous égard ,&J^" ^ jj.„ç, le 11. 



lil Préface 4ç cç V^Fg^r-r q«o doii^Q 
4tFe 4» /ififx mfervéïi^fi^t qu*oH ^'^9imi 

jM^^'ir/fe iftf^qu^tt?: Que faut-il pcnfcr 
de çmt vruifeï)^blanop ajoutée? Je .ne 
dis rien des Voyages en eiix^mànes»oii 
les Connoifleurs wuvi^ro.nt :d« Putité éc 
de l'amulatit,. -îfj'.^f^^Kj t?i 07j^? i',i[> J;-? 
Peut-être <iue celui^qui a mis eiio»* 
dre les Métiftoirics de 7*vfr»^r à?a p^ 
àé plui fàrupuleux que k ILi&rrnateiir 
du Baroiï, h qu'en dpcmani du toUi: 
au3i; relations de fon Voyageur^ il Pa 
dirigé & fait parler aiofiqUïil Ta ju^é 
i propos. On prétend hfs^ Ttivfmm 
igAymÇh0puzem\\^ feuille ^ fic^que 
cela* doiHia.oçafiAP * m. Çc^napilateur de 
groffir & d'embellir Tes Mémoires,/ pra» 
ti(}ue de tout teois enuiàge chez les E« 
cnvains à gagcs^ Quoi qu^il .en foit, il 
iètnble que ChapNZcau auroit dû adou^ 
cir la paflion du Voyageur contre les 

^ GmHdtviUf^ Auteur de TAt'as hifloiîque. 






HdHaêdois , qu'il' aféâe de iiôirch* , ifix^ 
céqù'ôn ne lui avoit pas iéiàM toitte la 
j^ftice qu'il prétcudoit. Il cft fiiigûlicr 
que toute une Nation deViennecoupable 
des fautes de quelques Commis d'une 
Compagnie HoUandeire: la partialité eft 
trop marqua. Ce défaut eft ordinaire aux 
Voyageurs, tous les jours ils dégradent 
ètt Peuples entiers, pour fe vanger de 
deux ou ti'ois Particuliers qui le& eho« 
quent, ou dont ils croyent avoir raiïbn 
de fè plaindre. Ceft là un défaut eflfen- 
tiel, qui jette le Leâeur dans une pré^ 
mention aveugle, Se qui eft la fource de 
quantité de ^bles que les Voyageurs fe 
plaifènt à débiter (tes lieux où m ont eu 
du defagrément. Pour revenir à Tàver^ 
nkr on v^it qu'il aime à (e paffionner 
contre les Hollandùis % Se que fa paffion 
lui fait inventer des incidens &buleux: 
^'eft ce qui paroitra faps doute à ceux 
qui compareront ce qu'il dit contre UsCkri' 
tiens^ dans &l Relation desRévolutiom du 
Japonyzvcc ce que d'autres Voyageurs en 
*©nt écrit. A l'égard de l'affaire du Japon & 
de quelques autres femblables , on* peut 
dire des Hùllandois une chofe qui eft gé- 
néralement vraye à l'égard de quelque 
autre Nation que ce loit j c'eft que les 



diCS ,01 

qu'ils 
mais q 
comm 
me ilj 

juftice 
defirs c 
dire qu 

defbrdr 

One 

relation 



il » ont] 
^/,quif 



CLI 



pour Foyager utitemint. 

Hutlanêois ont /ouvent laiflé des perfi- 
dies ou des malverfâtioDS impunies, Sc^ 
qu'ils pou voient en arrêter le cours ^ 
mais qu'ils ne Pont pas fait , parceque leur 
commerce enprofitoic; que fou vent mê- 
me ils ont bien voulu ignorer que la 
juflice & la Religion étoient facrifiées aux 
defîrs du gain. Cependant on ne (âuroit 
dire qu'ils ont autorifé direâcment ces 
dcfbrdrcs. 

On doit éviter auflî de charger unç 
relation de ce qui s'apelle contes & er- 
reurs populaires: parceque la crédulité 
£iit douter avec raiton du jugement du 
Voyageur. Par exemple, on ne donné 
pas facilement aujourd'hui dans certaines 
cfoyances de bonne femme touchant les 
opérations du Diable, telle qu'eft celle 
dont parle un bon HoHandos nommé 
F chteren dans fon voyage qui fe trouve . 
parmi ceux du Recueil concernant Pêta^ 
blijpment de ta Compagnie Hollandoife du 
Indes Orientée s s De pareils contes xt'^^ 
ièmblent aux contes des fées, auffi bien 
que ceux que débite le ^kxt à^Acunha 
dans (à relation de la Rivière des Ama* 
zones ^ touchant les C«r/^«frw, qui, dit- 
il , ont feize palmes de haut, leç Gaia' 
#/, qui ne font pas plus hauts que des 

• nains. 



^' 



nains , les Maiayes qui ont les pieds tour* 
nei le dev?int derFiéi:e. Le Père rapor* 
te cela de ces j^euples comme Payaoc a- 

f>ris des Indiens^ & peut-étie pouroiton 
ui répondre que les indiens ontvouhi & 
moquer des EfpagnQls. De même, 
tout ce que k Père à^Acunba ik pour 
nous perfuader qu'il y a des Amazones 
fur l^s bords du, Fleuve de ce nom, qu'el- 
les fe gouvernent fans hommes, & qu'el- 
les ne les reçoivent qti'une fois l'année, 
éçc. n'e(l pas capable de periuader un 
l^eur J^ijkicux. Il ne faut point (è 
fiçndre garent de telles chofcs : car, fi je 
Y^k dire,, un iait extraordinaire devient 
fufpeâ, quçlque vrai qu'il foit dans le 
foXïàj loriqu'il n'y n que l'autorité d'u>- 
lie ou de deux perfonnes pour juilifier 
]^ vérité de ce fait. 

'^ Je mets encore au rang des fautes de 
jugementdans la narration , les réflexions 
peu juftes & les applications forcées qui 
reviennent fréquemment dans les rela* 
tions de quelques Voyageurs Miflipnai* 
res: on pourroi^les apeller Vonâion d^u» 
ne piété hors d^œuvft. Par exemple , on 
trouve au bord d'une rivière du C^/// 
des pierres qui repréiètitent parfaitement 
une aoix,. & û l'on caflè unç groflè 



pour Foy0gér làtiUmint. cliii 

pîcnc , . on ; tf ouvc ciKorc , felpii! Iç Pérc 
FèMillêe^ d^ns chacune de (es parties la 
figure d'une Ooîx : félon ce Pérç,i,'cft 
une merveille^ qui^ prouve l'Empire de 
JéfuS'Chriil fur toutes les âmes de la 
terre. Cette réflexion eft elle Ibrt jufte? 
C'efI: au L^âeur judicieux à en jugçr. 
Si toutes les figures naturelles de la Croûn 
^u'il y a eu dans le monde, avant ou a* 

gès Pétabliâenqenc du Chriftianifine^ 
oient capables de prouver l'Empire de 
jiéfiis-Chrifi:, oa pourroit dire qu^il y 
auroit beaucoup de MiiSons inutiles ; 
car ces Croix ai^troient du toucher lé 
cœar de quantité d'Infîdelles. Il y a 
tant d'autres chpiès plus bellesiânsdoli^ 
tiC & plus remarquables , où un habite 
hoii^mc peut admirer avec raifbn les e& 
fets de la Providence, & faire val<»r là 
puiffancé de Dieu fur to^te la nature. 
L^in^uJ^ric jqjup/1^ néç^cé dofme aux 
Kktions lesplu^ iauv^s^ ôc le inoins 
^ portée ou ycoopa^erçe des auti^s Feu:* 
>ks & de la plupart dçs commoditez de 
\ vie , fournit abondamment 4e quoi fai- 
re des réflexions juftes Se utiles. l?our vou- 
bir trop faire valoir le Chriftianirme, 

JuelquefQÎs les Miflionaires s'arrêtent à 
es minuties %^i \\^ êtent une partie de 
^ dignité. Il 



t 



ÇLiv Jnflruffms 

r^'ïïn'yarièn de plus hazardé,fljç l'bfc 
dire, que ks raifonnémeqs de certains 
Voyageurs fur ce qui regarde les con- 
verfions des Sauvages à la Religion Chré- 
dfW!^ Quelques uns d'eux rçconnoit 
fertt de bonne foi que la converfion, des 
&tav4^vB efb mal ai fée , à caufe de la 
grofiierei^. de leurs n^œufs , de Icqf i* 

fnorancc , & dcîeur brutalité.. Hs'difent 
ardittient que batifèr ces Peuples c'eft 
prophaner le Batême, au lieu dfe conver- 
tir & gag'cr des âmes : car le ^iatême 
deftirué dt l'éficace de la foi ,qûi eft une 
ceùvre de Dieu, nefufîtpasà la côn- 
verfion. Au contraire les Sààvàges ba- 
illez & défignez Chrétiens tëtoufnent, 
tnalgré le Batêniei à leurs grofEércs & 
files fupcrftit ions. Par celte réflexion, 
je ne veux ps infinucr qu'il &ille négli- 
ger la converfion: de ces Peuples; mais 
voici ma penfée. i. Puisque h foi eft 
une œuvre de Dieu, 8c qii^il ne nous 
l'envoyé plus comme dans lé tems des 
Apôtres; on ne fauroit faire comprendre 
ks véritez Chrétiennes aux Sauvages 
fans une longue (iiite de raifonnemens. 
a. Ces Sauvages étant prefque incapa- 
bles de raisonner à caufe de leur gros* 
iléretéi & ne concevant qu'avec peine les 
iî """**^.-. con- 



four Voyager uiUméfit, clv 

Gonfcqucnjces qu'on veut leur faine tirer 
dc4pcm}T\$ rtifonneopiènsydoivent être pré- 
parex à la Religipfi p9r des idées très fîm« 
p]j^> iCfsa les prificipes qui fe rapor- 
tcnt le plus aux fens. (CohGdcrons les 
comme vivans dans une erreur , qui n'eft 
yine'Me qu'avec le tenis aux Mimooaires. 
3. hfths cela qu'un Leâeur juditieuiç 
npusdjfe de bonne foi ce qu'ildoit croire 
^qcs relations, pîi l'on nou» parle des* 
çQ^verfions presque iiubiccs de plufieur» 
milliers d'ame& 11 y a grande aparènce 
que ces converfio'ps ne iont qu'un (im- 
pie Bacêmej fans fruit Sç fansi convie- 
Upn 5 ' Il c(l. vrai qviç < . fi i'nn croit le 
Barpn (imjfa ^tionton ^ ie3 Sauvages dû 
Ç^tf<i!(i opf l'çfprit a^z r(ibtil&:même 
c^pa,bkde grande raifoiinçmens/bien qu'à 
juger ()e ces gens parleurs moeurs, leur 
conduite > & leurs. occupations, ils ne 
p^roiflèpt guéres en état de dire. tout ce 
œç le Bf^QO leur prête, quelque bon 
^çs na^ujrel qu'ils puiflènt avoir d'ail- 
li^urs. Mais ilfautavouffauflî qu'en c^ela 
îit^^çpntrçdit plufieurs de ceux qui ont 
voyage au Canada, * Ce Dieu qui con- 
tient tout , &c . le rai(onnement des Sau va- 
ges pQUifrei^ mortalité de l'ame, fonim- 

, . - V mor* 

* Tom. 1 p. 114. Vc' 



v. 



momlité prouvée par te Aclîetiir açd- 
dens auxquels les hônnéçes; ^èiis ftht 
iojets dans cette vie; parp^iflehr bien plu- 
tôt les rai(bnnemensd'unÉuï^6péài ,qué 
d*un Algonquin^ ou d'un Hirùtt. On 
peut lire l'ouvrage même >.- on verra fi des 
CoHOéfohf tdsque le Baron ks repréfèn- 
tâlii^ même ailleurs 9 font fô^t capables 
des ratfonnemens lophiftiqù^ qu'iïléur 
prête. On leur fournit contre le Ofirîs^ 
tianifme des fubtilite2 étiidiées, ^^gît- 
quelles on répond fi foiblement; qù'jl 
eft aif é de voir qu'on fbiiliaite que le 
Sauvage l'emporte lur te Ghrética^ Si 
lé Sauvage fe contredit qudqudfois ,' ce 
font djps coatradiâioAs afdj^ées. Qui 
pouroit ne pas Icntir le véniii du liài^ 
fonnemcht d'un i4(fo»jffrMr, pour, rendra 
le Chriftiaoifoieabfurde, ious prétexté 
qu'il ne s^accbrde pas all^ nôtre t^îfohf 
8cc. D'ailleurslcs Sauvfgcsdu Baron 
font très foDcez dànsi PAntiqiiiié; ilsdé- 
montrent iavamtnent ^»r /« écrits M 
Siècles paffez font faux ^ changez^ atférez 
ou fuppofez , quehs HiJItfit^ès de Hos Jours 
ont le mêmefert^ &c. SileBàrôndffpute 
avec le Sauvage, celui ci gagne la vic- 
toire, ou du moinis le Bârdn cft plus 
batu que bâtant.* mais^il nefaudroit que 

des 



des ti 

bsttre 

vagc- 

miftéi 

Aigow^ 

despa] 

fein d< 

Cnccrii 

à tép^Hi 

il ajout 

doucir 

tre par 

^rt au I 

un Moi 

dcquQl^ 

ne irouij 

beaucou 

A dii 

Amcricî 

bdn (èns 



, »4'\3r «^ \ ï 



pèitr Vbyigif utHement. cLfn 
des raiionoemens médiocres, pour kg 
battre U l'un Se l'autre. Lorsaue le Sau<- 
vajgc* doQiie uq tour burlefque à nos 
miftére$, le Baron répond à cet habile 
A^onqm par des exclamations, £c par 
des paroles en l'air. Le Baron a même 
foin de nous avertir, avec beaucoup de 
Cncérité , qu^il s*efi trouvé très embarrafft 
à répfHdré à leurs objeûionss à la vérité 
il ajoute impertinentes. Seroic-ce pour a» 
doucir h chagrin qu'il a de (ê voir bat* 
tre par un Sauvage f II eft bon d'appren- 
dre au public que le Sauvage Ailério eft 
un Mpine défroqué , & libertin , Auteur 
de qudqties Ouvrages, dans lesquels on 
ne trouve qu'un greffier burlesque, éc 
beaucoup d'irréligion. 

A dire librement ce que je penfè des 
Américains, ie crois qu'ils ont le 
bén (êns naturel & le jugement comme 
nous .* on ne peut (ans injuftice refufer 
ces facultés à ides hommes faits comme 
les autres, Mais je crois en même rems 
que leurs idées &: leurs préjugez les é- 
loignent beaucoup de notre Religion. 
Diions hardiment qu'on ne fàuroit les 
gagner qu'à force de tcms & de rai- 
fonncmens. J'avoue <jue le Pérc 
Hennepin nous les reprefente comme 

m 



tiviii InflfuOkus 

incapables des raifonnemcns communs i 
tous les hommes, & comme n'ayant pas 
même l'idée delaDivinité^ mais jecrois 
livec l*Âuteur Anghis de Vh'^êire di lu 
l'iV^m/^ traduite & impri.ivée en 1708. 
^ue ce Père eft allé trop loin. Voici ce 
qui e(l certain. Les * peuples de la 
Virginie 8c de la Nouvelle Frma recon- 
noiflTént un bon Principe, qu^ils re^r- 
de!*it comme un Dieu bienéifant , mais in- 
dolent, indiférent fur les aFatres des hom- 
mes, éc qu'il eft inutile de prier i Se un 
mauvais Principe ennemi & perfécuteur 
dès hommes, qui eft le Diable, <}u'ils 
adorent, parcequ'il leur huit. On (ait que 
f>lu(ieurs autres Peuple^ idolâtres, même 
des Peuples éclairez , ànt aufliconfervé 
cette idée de deux Principes; idée ré« 
par»du6 dans tout IHDrienc, 6c plus an- 
cienne que AtâHes^ qu'on fiiit générale- 
ment auteur dé cette opinion, il eft bon 
de lire ce que dit cet Autdur Aêgkis , dans 
fbn Hidoire de la Virginie^ touchant l'au- 
torité des Prêtres Virginiens^ leur cul- 
te, leurs enchamemens , ladiiciplinepar 
laquelle ils font paflèr leurs jeunes hom- 
mes , fur quoi ils difent que c'eft un re- 
mède cont^rc les mau vaiks imprcflîons de 

., * Vey.VHfJipire de U Virginie. 



Tom.\ 



pêuf Fbyâgir utïiement, ciïi 

l'enfance fie les préjugez qu'elle contrac- 
te , avant que la Raifon puiflè agir : on 
peut, dis je, voir en tout cela rartifice 
de ces Prêtres, qui étant en même tems 
médecins % ainfi que cela fè pratique 
chez la plupart des Peuples de vAmérU 
que^ tiennent entre leurs mains la vie 
du corps, & la Religion , que les hom- 
mes Feg^irdent comme h vie de l'ame. 
Et fi dans le Chriftianifineily adesgens 
dont la conduite tend à prouver que Pi- 
gnoranceficune croyance aveugle nou- 
riflènt la Religion fie la dévotion; de 
même les Prêtres Gentils travaillent à 
établir ces principes, du mieux qu'ils peu« 
vent, dans l'efprit des Peuples. Us .les 
chargent d'auftéritez, ils leur impofent 
le joug de certaines pratiques, ils leur 
inculquent des opinions qui vont à l'a- 
grandifièment de leur Hiérarchie fie 2 
la propagation des droits qu'ils veulent 
s'attribuer. De tout cela je conclus avec 
raifbn, ce me fèmble, quelaconverfion 
eft une œuvre difficile, qu'il faut vain- 
cre beaucoup d^cbdaclesdans ceux qu'on 
prétend convertir. On a beau cnfei- 
gneraux gens des prières Se des catéchi& 
mes : la foi doit aller au coeur par un au- 
tre chemin que celui de la mémoire. 11 
Tm. L . H ne 



l'a 



^aç"' ». 



;èL< InftruQmif 

ne ftifit pas de fàvoir réciter commeun 
etîfatit les points fondatnentaux de la 
Religion Chrétienne» * Le Miniftre 
Cândidks reconhoit de bonne foi que la 
/converfion des idolâtres cft très mahifcejen 
ceîa plus raifonnable qu'un certain Père 
BécbàmeH^ qui dit, dans fk relation de 
hùaiane^ qu'il a inftruit , baptifé&fait 
ïin Chrétien en moins de 24. heures, f 
A peine peut on s'empcéher de rire, 
«quand on lit dans cette même relation, 
que trois Indiens condufteurs de ce Père 
le confoîoient beaucoup en demandant 
leur (ôuper p»ar lefigncdela croix .-com- 
'Ibe s'il y avoit eu autre choie de remer- 
'quûble en cela qu'une imitation de ce 
qu^ils voyoietît faire à ce bon Père aux 
lieures du repas , & qu'ils prenoient 
'lâtis doute pour une formalité de table. 
Un autre défaut aflez ordinaire aux 
^Miffiônaires Catholiques , c eft de ne nous 
"pàtlcr jamais des Schismatiques du Lc- 
' vant , que comme de gens fi groflîers, 
[ qu'on' les preodroit prelquc pour dépour- 



j C^ iAl 



VUS 






* bâtis fa Rebtion de Totmùfa , inférée dans 
U "Recueil de VoyAgts qui ont fervi à k ComfH' 

W ■•■■'' ^ ■-' *ll 4 »,Ar. . 

tp. 109. & iro.de fa Relat:fii. ;i*iîb//: lyi'î. 



{'.t-Jl' 



pour Voyager utttmenf. "CLii 

-vtis (fcfprit 8c de jugement. La relation 
du ^veZampi Théatin, que Chardin % 
inférée dans fe$ Voyages, fournit une- 
xemple de ce défaut. A cela près cette 
relation contient des particularitez eu- 
Tieufes concernant les mœurs Se la Relî- 
-gion Ats Mingreliens & des Géorgiens. 
*ll fcroit pourtant à (buhaiter,queleMoi* 
ne Italien fût moins crédule fur Particfe 
des Reliques. Je remarquerai en paflànt 
que ces Peuples communient £>us les 
deux Efpéces, Se ne font pas du fênti- 
ment des Catholiques furlaconfécration 
du pain & du vin par le Prêtre. Il fem- 
blc même qu'ils ignorent la Transfub- 
ftantiation , 6c <?eft ce qu'on pourroit in* 
fcrer de la répoi^ê^- unuPtfp/ix au Théatin. 
Je ne fauroism'empêcher. d'ajouter ici, 
à propos de la Religion, que certaines 
ablurditez fie certains défauts confîdcra- 
blcs que les Voyageurs blâment avec 
raifon dans les Religions difércntes du 
Ghriftianifme, fe trouvent à peu près les 
mêmes en plufieurs pratiques Chrétien- 
nes. Si de ces défauts les Hal?rtans des 
autres parties du monde vouloient con- 
clure que nous fommes 8c groffiers & vi- 
cieux , fcroient ils moins injuftesà notre 
égard que nous le femmes au leur ? 

H X Qu'on 



Qu?on^ ne s'imagine pas que nous pai> 
Jons au hazard : voici des exemples. 

I. La maxime d'un grand nombre 
d'Eccléfiaftiqucs Chrétiens eft de ne fe 
point croire obligez de garder la foi aux 
Hétérodoxes , ou gens d'une autre Com- 
munion. S'ils ne prêchent pas ouver- 
tement la maxime y du moins agiflènt ils 
comme U croyant légitime. Les lm«ms 
& pijufieurs autres Codeurs Mahomé- 
/i9r»j enfeigneat la même chofè, & là 
dcflus on peut voir Chardin au tome 6, 
de fès Voyages. Sur cela on crie au Turc 
2c à i'Infidelle, fans pen(èr que notre 
manière d'agir avec ceux d'une autre cro- 
yancc n'eft que trop conforme à une 
maxime, qui doit Ton origine aux mé^ 
^les paffions qui le trouvent dans tous les 
Jbommes.; 

IL Le Chfik de la Méque a beau- 
coup de conformité avec le Pape des 
Chrétiens ; il eft , comme celui-ci , le 
Chef de la Religion. Les Turcs vont 
en pèlerinage à la Méque comme les 
Cbréfiens vont à Rome. îles Princes Aîa^ 
homéianf augmentes^ , par le moyen 
d'une libéralité qu'on pouroit apcllerdé^ 
vote, les tréfors du Cheik^ comme Ie$ 
Princes Chrétiens ceux du Pape: & le 
• , -"% T' Grand- 



- ï'f . 



^ pour Fôyagef utiltmenù CLTCiit 

Grand -Pontifc Mahomêtan gratifie ces 
Souverabis de pièces de tapis faints & 
benis,de même que le Pape diftribue de Ag» 
lïus , dies Reliques , Sec. aux Princes Chre« 
tiens. Il n'y a point de Chrétien Catho- 
lique qui ne condamne ces pratiques » fans 
longer peut-être , qu'il fait des pratiques 
de ion Ëglife un abus pareil à celui des- 
Mufulmans. 

111. Un Voyageur attentif pourra re- 
marquer auffi que les Chrétiens pronon- 
cent leur condamnation, lorsqu'ils 
déteftcnt la barbarie des Mahométans en- 
vers les Chrétiens qui font fous leur do- 
mination : que n'avons nous pas fait con- 
tre les jimèr'tcains idolâtres? Ofcrions 
nous dire que les Mahométansont exerci 
plus de bar'oaries contre les Chrétiens A- 
Jîatiques ? Comme \cs Mahométans, nous 
avons violé les principe^ de l'humanité, 
pour nous emparer des pays & des ri- 
cheflès des</i»///V»x, fans autre droit que 
la force. 11 efl: vrai qu'on a voulu nous 
perfuader que le Pape a pu donner le 
Nouveau - Monde aux Efpagmls j mai* 
quelle que foit l'autorité duVicaire de J . C. 
avoit il plus de droit fur le Nouveau^' 
Monde , que le Chetk de la Méque enau*" 
ïoit aujourd'hui fur l^Europe^ s'il s'avi- 
. - Hi .....i.w .&iÇ 



€XLïV' InfifM&mr 

foit de I& partager aux Malmètansf A. 
bandonnons une maxime ii injufteaux 
aveugks Supots de la Cour de Rome. 

IV. 11 n y a point de Voyageur qui 
ne fë plaigne des manières intérefTées des 
Prêtres & des Religieux Mahométm^ 
& Idolâtres. Si ce que les Voyageurs ra» 
portent eQ: vrai, que des Miffionaires 
célèbres y négocient fous prétexte de fai- 
re des converfions, & que pour cacher 
leur négoce ils fê déguilent en Faquin 
©u Moines Mabométans & en Bumins» 
& Bonzes , ceux-ci n'ont ils pas drok de 
récriminer f On afîiire que les Imitns: 
Icur reprochent qu'ils ne fuiventp^s les 
principes & la conduite de Jéfas Chriâ , ni 
les maximes de l'Evangile qu'il* rétor- 
quent contre les Miflionairt cnace oc* 
(^fion^. 

V. Onjîjgera des lumières des Efi 
pa^nols du ¥érou^ par la circonftanoe 
iuivante que raconte le Père FeuHlée, 
ILes Efpagnols de ce Pays là furent longr 
temsfipeu experts dans la navigation 
des Mets du 5i///, qu'ils mcttoient fix^mois. 
a faire le voyage de CalUo dans le Pérou 
à la Conception dans le Gbili, Un Capitaine 
de yaifïéaufut accufé de magie pour s'écre 
avifè de faire ce voyage en trois 
stiDiS. On fît bieip plus , on le cita à, l'In- 






A. 

;aux 

Dîne. 

qui 

^îsdes 

s ra- 
laires 
ie fai- 

lacher 
^uirs 

ok de 

)as les 
M , ni 
ctor- 



tlongr 
ig^tion 

ix^moi» 
e Pérou 
ipitaine 
ar s'être 
twis 
hiPIn- 



pottr Voy<^£r utilement. clxiç 

quifition, (k il fallut, pour fe juflifier,. 
que le Capitaine fît un fécond voyage 
avec un équipage non fufpeâ , 8c encomr 
pagnie d'uu autre navire dont la foi tth- 
toit pas fuspede^ion plus au faintTribunal. 
Belle confequence à tirer en faveur de cette 
formidable Inquintion, qui prétend cony 
ycrtirles Gentils & les Hérétiques/ 

Après ce qui regarde la Religion , it^ 
n'y a rien oii un Voyageur doive plus tra^ 
vailler à éviter les préjugez , êc i ne pas iè' 
laiffer éblouir, qu'ence qui concerne la por 
litique. Ici on ne doit ni condamner ni' 
admirer trop légèrement; tous les Etats- 
ont leurs maximes , & ces maximes déri^ 
vent (buvent du génie des Habitans. Jl 
femWe que les hommes naiflent fi mé^ 
ehans dans les Pays Orientaux & Méri- 
dionaux , qu'ils ne {croiet)t prefque bon? 
à rien \ fi comme l'on dit , on ne leuij 
commandoit , à baguette. La mollefle i 
le dé^ut de courage^ Se la parefie les^ 
conduifènt à mille vices, autant, peut- 
être, que l'ignorance ôc les opinipns.ab» 
furdes que les Doéteurs Mahométans & 
Gentils introduilent parmi les Peuples. 
Gn doit dire d'eux 6c du Gouvcrncmeni: 
fous lequel ils vivent, que le mai partit- 

m^ifK t(iil U m0l pMic^ (omnif} h m(i^ 



»<i 



n 



i^' 






nwtf 



tLXVi *' InflruBtmt 
public fait en/uite à ftm tour te pârticulitr: 
& c'eft par ce raoytn <pie le Dcfpo- 
tiime qui a régné autrefois en Perfe Se 
par tout V Orient ^ n'a pas diminué aujour- 
d'hui. Les Voyageurs nousfourniflènt 
d'afreux exemples de la tirannie des Prin- 
ces Orientaux; mais malgré cela lafou- 
miifion des Peuples y eftauffi remarqua- 
ble que la domination des Princes y ed 
cruelle. II n'y a pas de comparailon à 
faire entre Pétat des Européens & celui 
des Adatiques : cependant il eft difficile 
de comprendre comment les peuples 
é^Jfie ne fc foulévent que rarement con- 
tre des Tirans, dont les exaftions font 
de^ plus infuportables, (uivant les rela- 
tions de Chardin , de Tavernier^ de Ber^ 
mer ^ &c. Cette tirannie Se la crainte con-< 
tinuellc des vexations allument, pour 
ainfi dire , les paffions , Se entretieflnent la 
mauvaife foi à laquelle ces peuples d'O- 
rient paroiflènt enclins; Ocft pourquoi 
Ton remarque que le défaut de fincérité 
& de bonne foi eft ordinairement très 
grand dans les Pays gouvernez trop ab- 
lolument,ou expolèz à la merci de Sou- 
verains despotiques. Se de ces Tirans 
lubalternes qui enlèvent tout 8c ne laif- 
iênt aucune propriété, tels que font les 
• 'i ^^ Khan& 



piifur Voyager utUefftenti 'CL.xritî' 

Khàfis & les Gouverneurs de Provincest 
en Perfef&c les Omraks au MogoL La- 
violence & la rufe y- font prefqile tou- 
jours aux priiès Pune avec Pautrie, les* 
friponneries & les faufletez, ftuls fe- 
cours contre Poppreffion'ôc cx>ntre Pu- 
furpation des biens, y font ordinaires^ 
Les Grands oppriment le peuple à force- 
ouverte^ le peuple fê revaiige par la- 
fourberie. Delà j'oie conclure qu'iU'co 
faut beaucoup que tes revenus d'un Etat ^ 
où le peuple eft expofé aux vtxatiôns^ 
ne fbyent aufli grands Se aufli fblidement- 
établis , que ceu3f d*un petit Etat quiefV^ 
gouverné par la douceur; De tous çes^ 
desordres il réfulte un corps monftroeu^ 
de politique, où la tête eft toujours i 
charge aux membres ^ où les^ membres ^ . 
n'ont aucune lïaifon naturelle Scpropor-r 
tionnée ck Pun avec Pautrev Chez les > 
Turcs ce corps n» s'entretient qûe^ par 
Ics^^caprices Se la croautév Comme» ils^ 
ne connoifTent point de nobli)(Ie*, que ^ 
les dignitez Seules hônneufs ne: fe^ don^- 
nent point à la narflànce , Se que celui ^ 
qui les a ne lesgardequ'autantxjù'ilpjail 
au Souverain i qui les retire- enfuite-p our 
les diftribuer» à * qui iV lui plait ; on- ^ ne " 
^it-chez eux aucune véritable émula-* 



\m 



«on. Le Grand- Seigneur, qut aflfttteî 

prdque toujoars au Divan ians fe laifler 

voir, 8c derrière une tapiflërie, ôce la 

liberté des délibérations i, 6c cette con« 

trainte jointe à^ l'efpérance de s'avancer 

tDUt à coup, e(l caule que l'on efl: tou-^ 

jours difpoié à fè trahir ks.un» les au<^ 

tstt^ En ce pays là c'eft une maxi-^ 

me de Religion, que l'on dok obéir a- 

teuglértleni à Ton rrince, le fèrvir dana. 

tous (es caprices, ôc lui làcrifier tout :. 

ainfi le Bêffa doit même fe défier de iea 

plus intimes Amis, comme d'autant d'er« 

pions du Sùltatii La Ferfe , o\x, le corps; 

ffolitiquen'eft pas mieux formé, eftauffi< 

m théâtre toujours terrible^, àcaufe dea> 

faffions violentes de ceUx. que le Roti 

«lève aux honneurs» Ojd ne connoit au« 

cun. Etat en Europe^ o\x la, vangeance 

foit ménagée dt plu$ loin &c avec plus. 

i^mi&çjt & de prudence "^ fan», même en 

enc^vst V îtalii,^ à laquelle on attribue 

tout ce que cette paffion a de plus »• 

droit & de plus fubtil. Au Jupon. ^ le 

icorps politique ne (è ioutient que par 

l?ôpi)r6ffiQn dès forcesd*une Noblefle, qui 

]^aroit trop puifTanteà un Prince aufli afak 

iâlu qucte Monarque de ces Iles;, toute 

uns. 



unefai 
ie être 

yçfti 

icul hc 

Y: font 

de leu 

préleos 

s>cn .vo 

Gentils 

ambitic 

lès uns 

p;ir le f 

qu'à-dii 

rçvenus 

pereur , 

ppur en 

OQibragi 



ptur Voyager tttiUm^t: CLXisr: 

unefamille, quelcjuc grande qu'elle pui(-^ 
ie être 8c qaelque innocente qu'elle foit,' 
y çft punie de mort pour te crimo d^ln > 
leul homme. Les plus grands Seigoeurs > 
y. font obligez de réGder fixmois aupr^s-^ 
de leur Empereur, fit de lui faire des* 
préleos quand ils arrivent Se quan^ ils» 
s'^n vont. Et comme la vaqité de cet^ 
Gçnûlshomroes eftauCS^ grande que leur ' 
ambition Se leur orgueil , ils Te (urpafiènt 
lès uns les autres en cette occafîbn \ foir: 
p;ir le fafte ou par la magnificence, ju(-- 
qu'à diffiper une bonne pgrtie de leurs ' 
revenus. Voila les moyens dont l'Em* 
pereur dn Jafqn fç fort, pour afoil^lirSé^ 
ppur énerver cette Nobleûd qui lui fai^s 
ombrage.. 

De ce que j'ai dit ter U politiqop je* 
crois pouvoir conclure^ I. qu'un gpu-f/ 
vernemçnt doux Se réglé contribue toqçc 
au mpins à modérer lesderpr^rcsd^spak- 
ilQns;^. II. . Qij^ les gens lâches^ oinis^ « 
lil^urieux Se fans coeur ^ tels <]ue la plosrs 
grande partie des Ortent^îfx^^ Sont bbau-*- 
coup plus expofcz à la tiranniedesGrar^ds/ , 
que les Peuples aftifsi Se courageux^ 1H|. 
Qji'il y a iapjparence que lé rnême terQ4- 
pprament qui porte aux vices des Oy/?«^- 
wa:^ les rendîauffi propres à là fervita^- 

Hi63 àà^. 



>Mi 



* 1.4 

iVKJt tnJtruEtmr. 

de. IV. Que (î des Peuples vertueux &: 
courageux , tels qu'on nous repréfente 
les Japonais 9 bvSrçxiX, patiemment hier*^ 
vitude, jurquesli roâm.e quMsfè livrent 
à la mort avec uneerpéce de fureur ;c^:ft 
encore une luite d*un tempérament 
qui les porte à Porgueil & â l'opi- 
niâtreté. Si la vertu doit confiAer dans. 
la pratique jùfte Se néceflTaire d'un bien 
convenable à Dieu, à foi- même, & â 
toute la Société;, ce (eroit en avoir une 
étrange idée que de lacherclierchez'^un' 
bpmme qui le fait mourir loi- même,, 
pour n'avoir pas fu retenir un vent, ou 
chez.des Sujiets qui ie fendent lé ventre 
pour fuivre leur Prince à l'autre monde. 
Nous ne trouverons donc ni gloire, ni ver» 
m dans ces deux aâions. Ainfi tous les- 
Voyagçurs font blâmables en ce qu'ils 
diient que cette Nation aime extrême-^ 
jneml'une & l'autre, & il neparoîtque 
tnop que ces Voy^gçurs lès cbnnoiflent 
jeu,, a en juger par ce qu'ils nous difenr 
de la vertu dès Orientaux, llnous paroit 
auffi'i qu'ils paflent rarement Pécorce t, 
lbrsqu?il$ décrivent ks mœurs dès Pèu^ 
glès. doigtiez. Ils difent,, par exemple^ 



que 

attac 
conç 
mes^ 
ni vé 



«y. 



que 

Vôyçï !â. Rcliition\ dfc. Caron\, dàRsuccî 



y 



pour Fayager utilment. ttits^t 
qtie les 7^pa»oiV font fort défians&fort 
attaK:hez aux opinions qu'ils ont une fois 
conçuesi d'où je conclus contrecesmé^ 
mes Voyageurs, que ces Peuples ne font 
ni véritablement juftes ni véritablement 
intrépides} parceque la défiance nair 
dti défaut dé courage, & l'obftination^ 
d'une vanité qui dégénère fans peine en 
férocité. Un homme éclairé pourra aifé- 
ment conclure de la même forte en exa^ 
minant lés mœurs, £t remarquer que les 
Voyageurs aiment quelquefois à donner 
aux Peuplés qu'ils ont fréquentez certai-r 
nés vertus imaginaires, qui iontPeffet de 
là conftitution du climat. C'eft ainfiqu' 
on aflure que lés Orientaux font bien* 
plus fobres que les Européens ^ enfuitede 
quoi l'on fc récric en faveur de cette fb- 
briété. Peut-être vaudroit il mieux dire 
Vite Chardin^ que la bonté du climat, 
St l'humeur fédentaire de ces Peuples,, 
laquelle empêche la diffipation des e£^ 
prits, font lés véritables caufes de cetie 
Ibbriété, de même que le tabac &l'o«* 
pium qui contribuent à amortir l'a^ 
petit. 

A l'égard dès mœurs & des coutu-. 
mes des Nations plus reculées, & que- 
lles idées nous font apeller iàuvages,; 
i^ H 7" le*. 



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lès Voyageurs nous en content des cKo*> 
Tes (I éconninites , & fi biziirres , quelque- ^ 
fbfs même (i contr^res à la plus groflié- 
re nature, qu'il faut fufpendFe ion ju- 
gement. Se demander u cela ê^ vrai y, 
avant que de cborcher l'origine Se la rai- 
fondece^monftrueufesirr^ularitet. On 
nous dit que les ^mmes de Vlù&For- 
fm/4 font obligées de fe (aire avorter,, 
judju'à ce qu^elles ayent atteint l'âge de 
^. ou 97: ans. Cela eft fi contraire à 
la nature Se à l'humanité, qu'aucun Vo- 
yageur n'a pu en rendre railbn. Mais 
avant que de la rendre, demandons fi 
la clioie eft véritable, &iuppo(éou'el« 
k le foie, demandons encore u c'eft une 
pratique générale. I^efê pourroit il pas> 
qu^un.pomt d^ Religion aflujettît ii 
cette cruelle loi un *ceruin nombre de 
Êmmts^ D'où les Voyageurs ont con* 
cltt à leur ordinaire du particulier au < 
génénâ On peut faire le même juge- 
ment d'une infiaité d'autres récits qui 
ont un caraâére d'erreur , ou^le fauilè- 
té, faute d'avoir biei^eiEaminé lescir« 
conftances des chofes. D'un autre cô^ 
té les Peuples font foufent. icrupule 
d'enfetgner certaines chofes ^ aux; Etran- 
gers t>I^ ttxi.fauxv|>ripçipe de. Reli- 



gior 
tion; 
chez 
apan 
e^eâ 
coup 

l'^« 

tiens : 
eft ie 
niane, 

cafion 
ouidtj 
des P< 

peut^êi 
dtficul( 
ioeax 
ment i[ 

Il ml 
ne doi] 
bar! 

^euplei 

Oodi 

CQ couti 

fineabi 

pis, 

icspnii 

90e 1»( 

tuxvanl 



pour Vàyêgtrr iMèHmf\ Qusxm 

gibn qui cft aflcs général chez le» Na« 
lions infidclles^ Se qui^ a> mên^e paflc^ 
chez liei Chrétiens , fou» uœ uiifle 
aparenoe de refpeéb Se de dévotioné 
C?eft aiufi qo^il ne f«ut pas iè fier beaa«p 
coup aux< relations de cette partie de 
VArêh$0 où. UMéque eft fituée .* les Chré-^ 
tiens n'oient approcher de cctise Ville , qui 
eft le centre de la ittperftitton MufuU 
mane. Se en laquelle le faux. Prophète 
Mtbowtitt^Lnki. deCorte ç^'^m cette oc* 
cafion on ne parle guère que fur des 
oui-dire, & fur les récits des ^4^ S& 
des Pétertna Màkaméuni qui impotent 
peut-être aux^ Chrétiens; car ils font, 
diificulté de révéler les miftéres de cefsN 
fDcux pékrinagp à dc& gf^n» qu'ila eftî*;^ 
ment infidclks.. « 

Il me ièmble encore q^'ùn Voyagpur 
ne doit pas traiter fi généralement de 
barbanetyles modes S&lea coutumes des^ 
Peuples qui diSerent dea Bun^èensi 
Ckidottétreperluadéqu'il y.atrès iôuvent 
tn tout.cequis'appellei»^#/Sc:r00i»i»</y 
ane abfiirdité impsrceptiible aux yeux des 
gs^ns , Se qui ne les fauroit frapor cant qu'ils 
les pratiquent aâuelkment . La ridiculité 
que Kon trouve aux vieilles modes Se. 
luxv ancieoocs. manières i . jgfouye. peut^ 

:i . / être. 



m.xxi9 IhJIruOmr ^^ 

être ce que j'avance. Du refteje ne ht 
û avec toutes leurs lumières nos Peuples 
Européens pourroient s'empêcher de 
tomber en certains cas dans le caraâé-^ 
re des Cbinoîs , qu'on n^a pu réduire 
qu^avQC peine à porter les cheveux 
courts, comme les fêrtuns leurs vain- 
queurs: ou dans le caraâére des Ton* 
quinoh^ qui regardent comme unecholè 
Ifonteufe d'avoir les dents blanches. Il 
n'y a donc de véritablement barbares, 
que les coutumesqui pèchent contre la 
nature & contre la bienfeance : mais pour 
toutes les autres il ne faut pas en juger 
fi févérement: parcequ'elles^ font arDt« 
traires, quoi qu'en puiflTent dire les Va- 
j^ffMTs Européens. Elles peuvent mé* 
me varier félon les fiécles Se les Pays^ 
être deshonnêtes 8c même infâmes en 
un tems & en certains lieux , pendant 
qu'elles feront- bonnes & louables en 
un autre tems 8c en d'autres lieux 
G'eft ainfî que Nérotr étoit méprifê au<* 
trefois, parcequ'il danfbit, 8c» qu'apa^ 
remment il ne le fcToitpas aujourd'hui^ 
De même la Danfeeil mdécente en 0-» 
rient y 8c^ c'cft en ces Pays li l'exercice 
des femmes publiques 8c àeS'Cbaihs ou , 
Valets do pied- dei^ Rois ^Sc> des grsuid&^ 



pour Voyager utUemint. CLXxt 

Seigneurs : ddorte <|u'il n'y a rien àre«^ 
dire au jugement d'un Perfim^ qui vo« 

Snt danfer le Roi Louis XIV. à un 
llet , s'écria que c^ètoit un excelknt 
Cbatir. '^ 

Pour ce qui regarde certaines modes 
£t coutumes qu'on peut apeller fixes, il 
y a apparence que le climat en eft la 
caule. De là il réfulte encore que les 
mœurs des Peuples changent moins 
qu'on ne ie l'imagine, parles diver(ès 
révolutions. Par exemple, les Habi- 
tans modernes de la fartarse Crimée 9^ 
(autrefois Cber/one/e Taurîqtse^ ) de \^ 
Coichide ou Mengrelie^ 8c autres peuplet 
qui habitent autour de la Mer Notre^des Pa» 
liês Méotides^ 8cc. ibnt affez femblabies aux 
anciens. Ce qu*on apelloir autrefois Pu^m 
nhafidesy Se Gr£cafides (% peotapplt- 
quer aux perfidies des Grecs oC des J/rti' 
cains Mores d'aujourd'hui. D'autre coté 
les Anglois nez en Irlande dégénèrent 
avec le tems en Itlandots^ Se les autres 
Peuples dégénèrent de même façon. Le 
climat nei contribueroit il pas aux 
mœurs, autant pour le moins que l'imi- 
tation? Sec. On doit lire CbanHn fur 
les mœurs, les manières, 8c la nouri«* 
ture des Orientaux. Ces endroits font 

curieux 



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1 



I:' Jl 



curieux 8c utiles: il y rend fort bienr^ 
rairpn des nécefiitez auxquellesles Na- 
tions font afiujetcies, à caufè de Paîrdes> 
iiPays où^ elles vivent, & i^ajpute fort 
lâ^ment; „ Que fi les mœurs fui vent 
,1 )& ten^péramant du corps, le tempé- 
}i rament du corps fuit la qualité du 
M climat: deforte que lescpunirnesdes^ 
M Peuples font Pe6Sèt de quelqpes eau* 
M fea, Qii de quelques néceffitez naturel 
n^^^ &. les Voyageur» ne lc« décou- 
vrent qulaprès une exaâe recherche. 
M CeSï mètnes mœurs » ajouti'P-H^ ti* 
s» reot auiH. en partie leur origine des^ 
,1, dogro<ia de leur fm '* Th qsla iêprou^ 
vc^parle^diveitlcs; habitudes Se coutu- 
vmr que Ifon contnadc dans-tQutes le^ 
R^igions par des dog^oea bien oumal 
entendii$* Cependant, fi h Ibeligion 
2c le tems aportent du changement dans 
te^ principales habitudes & dans les 
ijodinarionsy il eft pourtant vraiq^e la 
qualité du climat w lea hommes vi» 
vent eiBpêche qu'ils ne deviennent me* 
«[onnoiflables d'un (iécle à l'autre. Ceft 
c^ que d'habiles Voyageurs ont déjare« 
«larqué, &qued^aitre^pourr^>otremar- 
qmer encom à l'imitation de Chémàin^ 

&Êiffm^ QkmiMtr &c» C'eft gînfi que 
iM^.r.. malgré 



pt 

malgré 
de la fi 
taux m 
les de I 
les Bat A 
Céretc < 

on trou 
Bjfetout 
la liberté 
&dan8 
Wépidité 
les rend 
muans, 
ont lu PI 

jpuïd%ui 
dont par 

i%doutabj 
Fouvé,ti 
P«d^?csn 

lAînelesk 
^Ucs coni 

lecltfl^at 
xes>&a 

pendent^ 
dewc prii 

l'iuMiQeur] 
* gens. 



pour Voyager utilement. clxxvii* 

malgré les révolutions des Etats & 
de la Religion, les coutumes des Qrien* 
taux modernes tiennent toujours de ceU 
les de leurs Ancécrcs. Onreconnoit dans 
les Batavesi\àt!tm% des Romains la grof* 
fiéreté qu'on reproche aux Hottâoaoit : 
on trouve dans les Bataves fie dans les 
Bretons des anciens tems , cet amour de^ 
la liberté que l'on voit chns les An$hw 
& dans lesH0//4i9Aî/d?aoJ0urd*hm.IJ^^ 
trépidité des mêmes Anghh^ €efèuquî> 
les rend fi v\îsy fi iaqukt?,. fit fi rc- 
muans, n'éftpasuouxcna pour ceux qui» 
ontlul'Hiftoire. %t\fyi\t%Firançiii^S!%si^ 
jpucd%uît fort fetnUable^ aux Ginolbis 
dont parle C^» ocir eonfcrvé es îoa& 
sedoutabla à ceux< ^i m, l'ont jamais ; 6» 
prouiré^oiaisqai icËor dioaiue fe caleoâtvfiii 
perd,§c ^^^û(miyM:firim9kfipe$tipUi3^ 
^»4URiiwwî«iXb,En unimotileft.^tolQmentt 
néfieflains quîua habile Voyageuc exa^ 
mJoeleabCQutumes dflSrNutioQ&i coiquoiii 
elles contribuent auir moeurs,, en. quqi 
le difiiai 9ç te Religion, \ssl léfidèai &. 
xes^SCGooftautes, ^c enquoi eUss;dé«* 
pendent dp Péducaiion Se de l'opinioiDi 
dcax principe» qui iont lu ioufce dé 
LliLonQQur Si dç fak vcisu^ de bcaiicaii|^ 



de gçns* 



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CLxxviiT InflruSiùnr "^ '*^^ 

L La recherche de l'origine dts coutil 
mes eft aufli d'un grand lodours à Phif* 
toirc. Pour le prouver , î'alléguerai'ce que 
dit Chardin au Tome 9. de les voyages, 
touchant la manière de fervir les viandes 
aiR conviez en Orient: manière fi fem^ 
blable à celle des Moines d'Occident, 
qu'il intére de là que la régie de ceux- 
ci dans le manger 8cc. en a pris fon ori- 
gine. Oh peut voir dans cet Auteur la 
oomparaifon de ces manières, dont la 
reilèmblance ne fiir prendra prs ceux 

3ui favent que les Moines (ont venus 
'Orient. J'ai fait plus d'une fois cette 
réflexion à l'égard des Moines, que la 
bonne conftitution de leur corps ncvient 
pas de Gctt&*oifiv«té qu'on leur attribue 
fouvem avec beaucoup d'injuftice, puif- 
qu'il y en a de très laborieux. Elle vient 
bien plus vraifemblablementde l'unifbr-^ 
mité de vie que preicrit la- règle : Se il 
y a apparence que les Orientaux, fi ré- 
glez dans leur manière de vivre , fe- 
foient beaucoup plus robuftea & vi-* 
soient bien plus longtems quenous au« 
très Européens^ qui aimons la diverfiié 
ic l'abondance , fi d'un autre côté la 
luxure n'abrègeoit leurs jours. L'éten- 
due que la Loi de Mahomet laifle à là 

luxure 



four Fcyéiger utilmenu clxxix 

luxure sdes Orientaux par la pluralicédes 
femmes, &c. eft fans doute un efièt de 
lapoliciaueduLégiflateur, dont les vues 
étoient d'étendre la Loi par tous les mo- 
yens imaginables, 8c iur tout par la proJ 
Egation ou plutôt par la volupté 8c par 
i armes* 

Pour revenir à l'origine des coutu- 
mes , je fuis perfuadé qu*un habile 
homme découvrtroit par cette recherche 
des choies très utiles fur l'origine des 
Peuples. Mais il faut du jugement en 
cette occafîon. Car comme les hommes 
lont faits d'une même manière, 8c que 
leurs efprits iom tous capables des mê- 
mes penféçs^ on ne doit point trouver 
étrange que des peuples éloignez fe ren- 
contrent dans les idées, dans les coutu- 
mes &c dans les inventions. Par exem- 
ple on fe fert de raquetes en Canadoi' 
pour pafTer les neiges, 8c l'on ie fèrt 
de pareilles raquettes pour pafler les 
neiges des Monts * Caucafè: oieroit on 
en conclure que ces Peuples (è foyent 
communiqué cette invention f L'ufàge 
d'enivrer Tes hôtes 8c de s'enivrer avec 
eux ,4!fl très commun en Orient , chez les 
Ver/ans^ chez les Géorgiens^ les Mogolt ^ 
8cc. Us ne cèdent de ce côté là ni aux 



* 



* dtardin & autra» 



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j {. r«.»'- <■>-* 



ÂUi. 



'•'{ *SJ.t,.i 



CLXXic Jkfiwâimt 

Ailëmms^ ni aux Mofmvites , Se péût- 
étrequeccttecouuiineapafl'édesuns aux 
autres: peut-être auffi l'ont ils tirée de 
leur proprc fond. * On a à Cochm^ 8c 
dans le Royaume de Ummio en Afru 
qëe^ k coutume bizare d*ape11er à la 
fucceifionles fîls de la fœurSc nonles 
enfans du Roi, i>cauiè de l'ihceititu- 
ide où Von doit être, diient Hs, tou- 
4:h9nt celui qui cft le véritable père ; 
mais, ajoutent ils, on nepeutpasdbu» 
ter que les en&ns des iceurs du Rèi 
ne ioyent du iang Royal. Ias Virgu 
nms de même excuiokntde la Couronne 
ksen&Qs de Rois, & h, tranlponotem 
iiu fcére maternel, ou, à ^fen défaut, 
aux enftns de kfeurainée, iScc. C?èft- 
laTc^t de la jabufie de ces Peuples^: 
mais des coutumes qui ontpour prin- 
cipe une ; paffion fi Tiolcnte ne prouvent 
rien, non plus que l'u&ge d'immoler 
les ennemis, uiage fi commun chez 
diférens Peuples. 'Deux padkms, tdles 
que la jaloufie & une extrême fiiperfli- 
tiqn, peuvent, à ce qu'il me fcmble, 
fournir les mêmes idées aux hommes, 

tjuelque 



r-^ff^ 



f • VoyeK. Us Voyages dt van derHtgfae 0* de 
van den Brock âans le Recueil de Voyages CT'f. 
V l'hiltoirc de la Virginie. 



■.ît "O avin>.Vv.v 



four Voyager utihmint; tJLXtxi 

Juelque éloignez qu'ili foyent les uns 
es autres. Je crois encore qu'à la 
faveur de cette luperftition, les Prêtres 
fe font attritsué le droit de (ervir de mé- 
decins parmi des Peuples éloignez les 
uns des autres. Tels font les Lamas 
chez les Tartares^ les Brgmines & les 
BoiÊzes aux Indes ^ à la Chine ^ au Ja^ 
pMy les. ; .au Camda 6c en Virgink» 
les Piaiés ou BoyerswiBrefil ixc» : étant 
naturel de croire'que ceux qui ont com- 
merce avec Dieu, rommeils le croyent 
de leurs Prêtres » doivent avoir la facuU 
té de guérir les maladies. 

Peut-être qu'une même configuration 
de viiage , de taille , &c. telle qu'on pré- 
tend la remarquer en difcrens peuples,' 
prouveroit mieux cette origine dont je 
parle ici. Quelques Voyageurs obfer- 
vent cela à l'égard d'une bonne partie 
des Afiatiques » c'eft à dire de ceux qui 
s'étendent à l'Orient 8c au Septentrion 
de la MerCa/piettHe^ èc même jufqu'au 
Midi Scjulqu'au Sud-Oued de /a Chine. 
On obfèrve encore la même chofè à 
l'égard des Peuples Septentrionaux qui 
habitent au Nord-Eft & au Nord-Oued 
du Pôle, & là-deffus on peut lire la 
Peirere dans fa Rela(m de Groenland^ 

,: ; Martin 



I 



\ 



CLXXXii ' TnftruOhnt 

Martin Frobhbir^ Linfcbêom Sc quel- 
ques autres. L'uiàge du Calumet^ dont 
le relus ou Tacceptation (îgnifient la 
guerre ou la paix chez les peuples de 
VAmérsqui Septew$rimêle ^ÇtaAAt^xoMyct 
aufli qu*ils viennent d'une même tige. 
Peut-être que les Gâlibisj qui habitent 
aux environs de VOretioque oc dcCaiane^ 
ont pris de ceux#là l'ufaged*aller chan- 
ter & danièr chez leurs voifins, 8c de 
fairo la guerre ou la paix, lelonqu^on 
tleçoit ou refufe les danles Sclcschan* 
ions: car le Calumet des Améfiquêins 
Septentrionaux eft toujours accompagné 
dechants& de danfes. 

Après les coutumes & les moeurs, 
il n'y a rien qui (uive plus naturelle- 
ment que le régime Se la famé. C'ed 
ici que la natiu'c, plus éclairée que 
les hommes» ou plutôt la Providence, 
leur fournit toujours des expédiens pour 
fè (butenir; & ces expédiens devien- 
nent avec le tems fi refpeéUbles , s'il 
eft permis de le dire, que l'on en fait 
quelquefois un pointde Religion. CVfl: 
aififi, peut-être, que les Indiens Maho- 
métans & les Idolâtres Orientaux ont 
fait du bain fréquent une pratique c(- 
fcmiellc dans leurs dévotions) parc€que 

^^.,.:--:..v.. ... ... .le 



le ba 

/aluta 
duflu 

dans 

régim( 

téméra 

habits i 

du moi 

tûmes, 

/c £ 

concern 

quelque 

n%occ. 

qui ne de 



«< 

.* 



^^9urVoyâgtr utilement, cLXXXiii 
le bain fréquent eft d'un ufagc très 
falucairc pour ceux qui font incommodez 
du flux Je ventre, mal afièz ordinaire 
dans les Indes. Ces ula^es dans le 
régime étant exaâementobfervez, il eft 
fur * gu'on en jugera beaucoup moins 
témérairement de la nourriture , des 
habits & du logement de divers Peuples 
du monde, comme auffi de leurs cou- 
tumes, de leur induftrie, Sec. * 
Je finis mes réflexions lur ce qui 
concerne Pbiftoire des hommes, par 
quelques nouvelles remarques fur le 
négoce. J'ai prouvé que c'eftun point 
qui ne doit pas être méprifé de ceux qui 
voyagent pour s'inftruire, & pour in- 
ftruire les autres. Le négoce eft beau- 
coup plus refpcâé en Afie qu'en Europe, 
Le tRoi dcPerfecA marchand lui-mêmej 
il vend &C envoyé vendre aux autres Pays 
Tes fbyes, Tes tapis, &cc. La méthode 
de plufieurs autres Princes Apattciues n'cfl: 
euéres diférente de celle-là^ Se le Czar^ 
Monarque voifin de la Pet Je eft le pre- 
mier négociant de (on Empire^ s'il en 
faut croire les Relations. Au raportdc 
„ Chardin y les Négocians font en Orient 
„ des gens fierez à qui on ne touche 

Tom.I. I jamais, 

* Vui, Char dm» \ Tavernkrt Chardin ce* 



•m^ 



i 



99 



^, jamais, pas même durant h guerre: 
,y eux Se leurs efièts pafTene libres au 
„ milieu des armées. C'eft à leur égard 
fur tout que la fureté des chemins eft 
fi grande en toute ^Afie^ Se particu- 
lièrement en P^r/î», Sec. 11 eft certain 
que le commerce change de route, lors- 
qu'il n'eft pas refpefté. Les impôts Se 
les vexations des Efpagnols en Flandres 
ont fait pafîêr les manufaftures en An- 
gleterre & en Hqliande, il y a cent cin- 
quante ans . 11 en fut de même de plufieurs 
manufaftures fort confidérables qui forti- 
xent de France fous le règne de Louis X J V. 
par la fuite Se la profcription des Pro- 
teftans', par les guerres continuelles de 
ce Monarque avec fes voifins, Se par les 
changcmens faits à diverfcs reprifes dans 
les tarifs Se dans les Monoyes i changc- 
mens qui avec leternsdétruififentlacon- 
fiance , Se donnèrent eii plufieurs occa- 
fions un nouveau cours au commerce. 
Il faut regarder aufli comme une caiife 
de la décadence du comtnerce des Ef» 
pagnois^ cette multitude infinie de Moi- 
nes Se de Prêtres , qui, fous prétexte de 
Religion Se de converfions, attirent à 
eux dans les Indes Se ailleurs tout ce 
que. le commerce produit de meilîeun| 
. L*or« 



çon 
hm 

(qui 

ce,; 

ou,/ 

^ent 
gueiJ 



* <^^ar4J 



«XM^Mt. 



L'orgueil & iffi,!/ r '^'''^^ 

faut atrribuerlfdécSrSu -"t 'î"'" 
f q»' eft la principale £l''i'"''^'''-'W. 

"'^nt d'être Jv/atcbrâL^r-'''''''''"- 
gucil a fait auffi tOTaL/i ^"""1* «^'or- 

n'ont que G"JdciïT''' °û il, 

["'«Évigilanîïï^Si'^"^»"" 
la prévention des Ori^J^"* ^ "^du 

grande en leur fav^rf* ^f » S.t 

i> yent les Rois de l'p " " '''* cro. 

.. fur le pied de îdJ^*'^' raifonnanr 

'•p'entVourrSLrS'''ï"'''»^ 
»'»« des autres NatSs^'^'^'î"*'«V 
,» ramper «« . !« «„,! j ."^ ^"'t que 
ont fom de baiflS £?'*'« des iX 

chandifes, quand nc'^°"P '^"« mar- 
*opéen fare^le 'ir«'i'!"'='3«e^«- 

•luoi ,Is ont Iravalnll?'' ^'^ ^^ 
qu'ils fe font vus un P ïf ' ?"'"^« 
en ont ufé ainfi pour nf- ,•"'*• ^'s 
en divers endrÔfs '"'"'?•''''«*?''« 

'/^ à 30. pour «nt "l- r '"«''^hand;. 

^-''«oieiîtrerport^prât! 

"" Chardin. - '* * . Cette 



CLXxxvi Injlruâions 

Cette perte s'cft récompînféc fur d'autres 
marchandifes. dont ils ont feuls le débit, 
& fur lefquelles ils fon: d'immenfcs 
profits , comme fur les épiceries, qu'ils 
tiennent à beaucoup plus haut prix aux 
/««/(fx, qu'en Europe , pour en empêcher le 
trafic à d'autres qu'à leur Compagnie; 
La fageffe de la Compagnie Angloife à& 
Turquie eft aufli unmodelleàfuivre.Ëlk 
ie gouverne à la pluralité des voix, (ans 
avoir des Direâeura en chef. Elle em- 
pêche l'envoi de? JSiarchandifes , qu'elle 
ne juge pas propres pour le Levant, Elle 
élève en Turquie divers jeunes gens, qui 
aprennent le commerce fur le lieu ; & 
pour prévenir les disputes que caufèl'en- 
vie du gain ^mtre les gens de même né- 
goce, ce q«ji ibuvent les achemine à leur 
ruine , ou du moins &ifant hauÛèr & baif- 
fer les marchandifes mal à propos leur 
caufè de grandes pertes ; pour prévenir 
donc ces defbrdres, on envoyé les Mar- 
chandifes à^ Angleterre au Levant^ avec le 
tarif du pr'x qu'il fiiut les vendre & de 
celui auquel on doit les acheter, &c, 11 
s'en faut bien que le commerce des Fmi- 
çois au Levant ne foit auffi bon que ce- 
lui-là. La defunion & le peu de fond 
avec lequel ils bazardent un gros com- 
merce 



me 
tro 
en 
ton 



pour Voyager utilement, clxxxvii 

merceen font la eau (e, de même que lu 
trop grande envie de gagner beaucoup 
en peudetems^ce qui aflcz fouvent a fait 
tort à nos Frûtigois, On peut voir à cette 
occafion, dans Chardin ^Tavernier ^V\i\Ç* 
toire des Ttmmins , ou pièces de cinq fous. 
La négociation des cinq Députez Fran* 
çoh en Perfe & la conduite d'un certain 
de Sefy^ qu'on peut lire dans les mêmes 
Voyageurs , font auflî des exemples d*unc 
mauvaife conduite. Je n'oferois m'éten- 
drc plus amplement fur ce qui regarde 
le commerce, 6c je me contenterai de 
dire qu'il feroit à fouhaiter qu'un homme 
éclairé ôc habile négociant donnât fes ré- 
flexions fur un lujet fi important, qui 
fait la meilleure partie du bonheur ôc de 
)a profpérité des Etats. J. F. B. 



lî 



^..1. 



»^ 



/à 



Ri 



j 



GB 



T^ 



RELATIONS 

D E 

L'ISLANDE, 

E T D U 

GROENLAND. 

Tar la T E TRER Ey 
Auteur des Traadamites. 



I 4» 









«,? 



•'î 



M 



€ir 




grâce 
queji 
àf fa 
que et 
narra\ 
tes ai 







A SON ALTESSE 

SE'RE'NISSIME. 



MONSEIGNEUR 



y. 



LE P R I N CE. 




ON SEIGNEUR, 



Si Fçlre Altejfe Sérénijfime me 
fait Vhonneur de n! accorder l'i 
grâce , que je lui demanderai quel^ 
que jour t décrire les merveilles 
df fa Vie , je ferai fin Panégiri* 
queenfaifantfonHiftoire: K la 
narration toute nue des éclatan- 
tes alitons qu'elle a faites , éface- 
. l S ^^ 



E P ÏT R E 

ta tout ce que V Antiquité a ait SSf 
écrit des flus Grandi hommes 
des fiée les paffez. Eu attendant » 
MONSEIGNEVR.quejaye 

te/frit rempli dn Génie qm niin^ 
Jpire une^/i haute fenjée , Je vous 
fuplie très humblement de trouver 
bon que je dife en ce lieu ^ que vos 
inclinations ne fintf as toutes four 
la guerre : que vous en avez dtaujji 
fortes pour les belles lettres :. QJ 
que P ardeur incomparable de votre 
efprit vous forte auffi avant- dans 
les fciences y que celle de votre 
cœur vous engage dans les combats. 
Trouvez bon auJftyMO NSEU 
G NE^R'i qu^ en 'VOUS donnant 
le diverti^ement d'une Relation y 
' que f ai autrefois écrite à M. de 
la MotbeUVayer^ illuftrepar/on 
rare /avoir j Ôf far le glorieux 
emploi que fa vertu lui a aquis 
auprès d^un fl grand^rince ^qu'eft 
le FRERE VNI^V'E ^ E 
NOTRE GRÀK'D ROI; 

fen^ 



E r I t K E' 

/entretienne V. AS. d& quelque s 
réflexions que/ ai faites fnr ce que 
les anciens Géographes n'ontprej^ 
que rien connu du globe de la terre t 
ou qttils n'en ont connu que de fort 
petites fa'^ties. Ils ont cru que 
toute N tendue de ce glooe » 
qui eft entre les deux Tropiques^ 
fiJ quils ont apellée Zone Tor- 
ride , et oit inhabitée Sf inhabit a- 
ble. Ils n^ontju du levant que ce 
qui eft au deçà du Gange , ^pref- 
que rien au delà^ que par pré* 
fomption 05 par oui-dire. Ils ont 
fixé leur couchant aux Iles for tu- 
nées , qui font aparemment nos 
Canaries. Ils fe font imaginé que 
la mer Hiper borée 5 @ que flflun^ 
de » dont je fais ici la relation » 
étoient les derniers termes de ce 
que Von pouvcit découvrir du Sep" 
tentrion* Et ne fâchant que dire 
de la Terre Auftrale^ ils Pont 
tellement ignorée , qu'ils fe font 
figuré que c'^ et oit la demeure des 

16 Morts ^ 



y ; 



E P I T R E 

Morts > fiJ la fable de leurs Eth 
fers. 

lllam, Ht le "Poète, 
Sub pedibus Stix atra vider, Ma- 

nefque profundî. 
'Je ne parlerai {as de quelques 
Pères de PEglife, qui ont eu de 
Jl grandes lumières four les chofes 
du Ciel, ^ Ji feu de connoijjanct 
de celles de la Terre , qu^ils nefe 
fontfu ferfuader qu^it y eût des 
Antipodes , Sî n'ont Ju comfren- 
drefar quelles rai fins ils et oient 
eux mêmes Antipodes à ceux qui 
étoient les leurs, 

y avoue, MONSEIGNEVR, 
que notre fié de eji heaucouf flus 
éclairé que n'ont été les précé' 
dens. J'avoue que depuis deux 
cens ans il y a eu des Mariniers, 
@ flus hardis , SJ flus favans 
fans comparai (on , que n'étoit l'an- 
ci£n Typbis des Argonautes, Et 
J avoue que Ton a pénétré le mou- 
ds, dans toutes fcs parties , beau^ 

coup 



CdU 

léèi 

nou 
ehe 
que 
une 

fi f 
nou: 

verj 

four 

détef 

noijfi 

dirai 

connc 

que c 

fans 

II 



E P I T R E 

Cduf au delà de ce que les plus r/- 
léhres Géographes de V Antiquité 
nous en ont afris. Cela n^empê-' 
ehepas, MONSEIGNEVR, 
que nous ne foyons toujours dans 
une profonde ignorance de ce qui 
fe peut encore découvrir^ tê qui 
nous eft inconnu de la Terre uni" 
ver [elle. Je craindrois depaffer 
pour extravagant , Ji favançois 
déterminément % que nous n'en eon^ 
noijfbns que la moitié. Mais je 
dirai fans héfiter^ que nous n^en 
conno'iffons pas les deux tiers ; Sf 
que ce qui refie à découvrir , va 
fans contredit au delà du tiers, % 
lime fera aifé de le démon trer^ 
quand je dirai que nous ne con^ 
noijfons prefque rien de ce qui eft 
au delà des deux cercles polaires, 
^e le cercle arltique pajfe à Pcx-' 
trémité de flflande Septentriona» 
le ; fef que nous n avens quéfleuré 
les bords du Groenland y au delà 
de la mer glacée ,. qui fépare cette 

1 7 lie 



1 



^1 



E P r T R 

Ile de ce continent. Ceci eft cou^ 
fidérable, MONSEIGNEVR, 

qui le cap Faruel^ qui eft du 
Groenland i & au Nord-Oueft de 
PEcoJfe , eft entre le 60. (S 6t. 
degré d^ élévation: fSque de ce cap 
au foie ^ il y a près de trente de- 
grez de latitude y qui nous font in-' 
connus. Il eft vrai que toute la 
côte du Groenland^ foit au le» 
vant jfoitau cauchantducap Far- 
nelj Sf dont on ne fauroit déter^ 
miner la longitude , n^eft pas fi mé- 
ridionale que ce cap. Mais je Ju- 
plie très humblement V. A. S. 
de fe repré (enter qu'il y a une 
terre au Nort du Japon ^ que nos 
Géographes apellent la terre de 
Jeflb, tout à fait inconnue à nos 
Matelots'!, quoiqu'elle foit d'une 
grandeur fi prodigieufe , qu'elle a 
Quarante fix degré z de latitude ^ 
fur vingt deux degré z de longh 
tude. 
Si nous pajfons du Nort au Sud^ 

il 



U 
G 
nu 

^ri. 
tgn 
gra 
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Bén 
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f^ 
J^Afie, 

P/tfHi 

^ dA 
rài 

ceqm 
pas <?; 



E P I T R E 

U fe trowuira , MO N SET- 
G NEVRf que ce qui eji incon^ 
nu de la terre Aufirale , eft déplut 
grande conféquence que ce que nous 
tgnorms de ta Seftentr tonale, La 
grandeur de cette terre Auftrale 
étonnera tout ceux qui la 'verront 
décrite dans nos cartes ; /ils con* 
fidérent qu'elle embraffè les deux 
Hémtfphéres , depuis le Tôle méri^ 
dional jufques à la ligne Equi^ 
n oit taie; & aux endroits oà la 
nowoelle Guinée unit les deux ho-- 
Ttfins. Cela/eulj MONSEI^ 
G NEVRf emporter oit la mop^ 
tié du monde i fi ce qui eft entrer 
les bras de cette Terre i fèàudè»* 
fa du cercle Antarctique ^ fiitde 
tAficy /oit de r Afrique r fiit de 
PAmérique , tiétoit découvert » 
Vè dans le commerce. J'ajoute^ 
rài\ MONSEIGNBVR, à 
ce que fat dit : ^ie ton ne fait 
pas encore fi le Japon eft Ile^ 
ou.Terre pirme : ^ qu^il y a der 



fi- 



. E PITRE 

eJpAC^s comme infinis au delà det 
Vhilif fines f jufques à la cote du 
VéroUi fur lef quels nos Géogn^ 
fhes font faffer la mer pacifique. 
Ils inondent ce (fiCils ne connoif- 
fent pas j tS noyent dans leurs 
Cartes quantité de peuples qui fe 
portent bien dans les terres qu'ils 
habitent* 

Tour dire les chofes , telles qt^ el- 
les pourr oient être , MO NS E /- 
GNEVR 9 ce qui refier oit à 
découvrir du Gkble terrefire i- 
roit beaucoup au delà du tiers , ® 
aprocheroit bien fort de la moitié^ 
fi la nouvelle Guinée ^^ qui joint 
les deux bouts de la terre Aufira^ 
le , joignoit aufii la 7 art or ie tS 
P Amérique , du côté du Septen^ 
trion, comme il y en a qui le 
eroyent. UOcéan ne feroit plus 
en ce cas la ceinture de la Ter- 
re ^^ au contraire^ la Terre feroit 
la ceinture àe COcéan. Et ce qui 
feroit bien fur prenant » pour ne 

pas 



pa\ 



'^AM^'X^ 



È P I t R E 

f>as dire incroyable , on pouroit 
frayer divers chemins , four aller 
far terre d'un foie à l'autre. 

Je ne doute f as , MON SE I- 
GNEVRf que tant de Peuples 
îficonnus ne Joient quelque jour 
connus 9 four avoir ta connoiffan^ 
ce de Dieu , fif celle du mifiére de 
fon Filsj mort four nos offenfesi 
&! rejjufcité four notre jufttfica'- 
tion. Cejlfour cela qu'il eft écrite 
* Que tous Peuples , que toutes 
Nations, &que toutes Langues 9 
adoreront Dieu, & le ferviront. 
t Que Dieu verfera de ton Efprit 
fur tous les hommes de la terre. 
X Et que tous les hommes de la 
terre connoitront Dieu > depuis le 
gîus grand fufques au phis petit. 
La même Ecriture Sainte nous 
enfeigne que 7)ieu établira un 
Roi ^ four être le ConiuBeur fS 
le Souverain de tous les Veuf les 
de rVniijersi é^ four réfandre 

U 



•/?(? 



.-i 



E P I T R E 

la Tridication de fin Evangile 
dans toutes les cmtrées du mon- 
de. ^ieu parlant à ce Roi far 
fin Prophète I/aye * , lui dit ces 
paroles très confidérables à ce 
propos. Tu appelleras la Nation 
que tu ne connoifTois pas ; & la 
Nation qui ne te connoiflbit pas» 
te defirera , & courra après toi. Ce 
fera à caufe de moi , qui fuis ton 
Seigneur & ton Dieu f ; & à 
caufe de mon SAINT, qui eftle 
Saint de mon peuple Ifrael. Cefi 
pour cela que je t'ai exalté , & 
c'eft pour cela que je t'ai glo- 
rifié. 

" Je ne croipas , MO NSEL 
GNEVRf que l'on doive trou* 
ver étrange le zélé que j'ai étant 
né François , fi je dis que la Tro- 
phétiefi doit entendre £un Roi de 
France. J^ai outre cela beaucoup 
de raifins qui me le ferfuadent. 
Il me fiéfira de dire que toutes 

Jl^^ ■■ .-^ :; > \ te S' 



E P I T R E 

les eonjeêîures fS toutes ks apa- 
renées me font f réfumer que la^ 
Prophétie regarde notre GRAN1> 
ROI. Car il a toutes les quali* 
tez , de majejlé , de juftice , Ôf 
de valeur j que l* Ecriture Sainte 
atribue à ce Roi Prophétique. S'il 
n'a pas tout le tems qui fera re^ 
quis , pour achever une fi vajte 
entreprifè qtCefl la conquête du 
Monde ; // ouvrira fans doute ^^ 
aplanira un grand chemin àjon 
GLORIEVX SVCCESSEVR, 
pour tajfujettir de bout en bout. 
Ce qui me fortifie dans cette croyan^» 
ce 9 ejl que , pour féconder les 
hauts dejfeins de notre VICTO^ 
RIEVX MONAR ^V £, 
le Ciel lui a donné un Prince de 
fin fang tel que VOV S ^ 
MONSEIGNEVR, dont les 
confeils peuvent être apellez 
CONSEILS T^E DIEVr 
comme rHiftoire Sainte qualifie 
les confeils des grands Politiques: 



I 



li î 



' 



■J 



E P I T R E 

& dont VE FE'E aura la 

même vertu ^ qu^avoit celle de 
G E'DE*ONt contre les ennemis 
dunom Chrétien. Je n'ai fasaf- 
fez de vie four voir de Jî grandes 
chofès \ mais f ai toute la pajfion 
qu'il faut pour ^es /duhaiter, y ai 
àuffi tous les fentimens qui mo- 
bligent d'être avec rejpeà fSfoti^ 
m^son, ' ' 






: MONSEIGNEUR, -:xxx^i.v.^ 



^•i. 



.^ 









:'j :-^*'--4^- H ■ "^h^ 



\ 4$. 



^■^\ 






Le très humble ,. très obéif^ 
fant, Sctrès fidèle ierviteur, 
LaPsyrshe. 



r^1j:-:-> ^^ 



TABLE 



TABLEDESCHOSES 



Contenues aux Articles de 
cette Relation. 



14 



I. T 'Auteur de cette Relation n'ayant 

X«/ P^s été en Iflande, écrit ce qu*il 
en a lu ôc oui dirç. 

IL De lafituanion, Sc de la grandeur 
delMflande. 

Ilf. De fes jours, les plus longt, 8c 
les plus courts. 

IV. De quoi on fe nourrit en Iflan-^ 
de, & de quoi on s'y chaufë. 
J.V. Des glaces qui fe détachent du 
Groenland , 6c ce qu'elles aportent en 
Iflande» où elles abordent. 

VI. Des pâturages de l'Iflande, 'du 
lait , Se du heure ^ ^ des farines qui fe 
font de poiffons fecs. 

VII. Des eaux de Iflande. 

VIII. Des Lacs de diverfc & .d'é- 
trange nature, qui font en Iflande, 

IX. Des minières de loufre qui y 
font : & du Mont Hécla. 

X. Les Iflandois croyent qu'il y a 
des Ames damnées qui brûlent, & d'au- 
tres qui gèlent. 

XL Evé^ 



;• 



r^ 



H I' 
i 



-il 






TABLE DES CHOSES 

XI. Evénement extraordinaire ave- 
nu en Iflande. 

X 1 L Du trafic que Ton fait en If- 
lande. Et des Filles Iflandojies. 

XIII. Des Feftins des Iflandois. 

XIV. Des coutumes fauvages des 
Iflandois* 

X V. Des Démons appeliez Drôles. 
Et des Iflandois qui vendent le vent. ', 

XVI. Des fortiléges des Iflandois. 

XVIT. De Pancien Gouvernement 
deWflande. 

De la Juftice qui s'y exerce. ibiJ. 

X V I H- L'iflande aflujétie aux Roîs 
de Norvège , & enfuite aux Rois de 
Danemark. 

XIX. De [^ancienne, 8c nouvelle Re- 
ligion des Iflandois. 

XX. Les anciens Iflandois étoient 
grands Pirates, & grands Gladiateurs. 

XXI. Des Annj^les des Iflandois. ' 
• XXIÎ. Des Poètes Iflandois. ^' 

XXII I. Des Satires îflandoifes. 
T X X I V. De la Poéfie Iflandoife. 

XXV. De l'amour que les Iflandois 
©nt pour leur patrie 

XXVI. Les Iflandois font chica- 
neurs. ' ^* - 

XXVII. Des maifons des Iflandois. 

XXVIH. 



ET DES ARTICLES, 

XXVIII. Des dcuxEvêchez, 8c 
des deux villages, qui font en Iflande, 

XXIX. DesEvéquciIflandois, 

XXX. Les Iflandois font joueurs 
d*Echets. 

XXXI. Continuation du même fu* 
jet. 

XXXII. Le langage Idandois dt 
Runique. 

XXXIII. Quels ont été les pre« 
miers habicans du Monde Ar£tique. 

XXXIV. Si les Géans Cananéens 
ont peuplé le Monde Arâique. 

X X X V. Du grand Odin Aflatiquc. 
X X X V I. On nous fait acroire que 
les anciens Héros ont été Géans. 

XXXVII. Les Peuples du Septcn* 
trion croyent être de la racedejaphet. 

XXXVIII. La recherche cft vai^ 
ne des premiers Peuples qui ont habi- 
té les parties du Monde , après le Dér 
luge. 

X X X 1 X. Preuve du précédent ar- 
ticle. 

XL. Suite de la même preuve. 

X Ll. Réfolution de la même preu- 
ve. 

XLII. Des premier^ découvertes 

li ont été faites de Plflandc. 

XLIII. 



qui ont 



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TABLE DES CHOSBft 

X L H i D*Ingulfc cru premier fon- 
dateur des lilandois. 

XLIV. Que cette opinion n*eftpa$ 
yraye. 

XLV. Preuve du précédent article. 
• XL VI. Suite de la même preuve. 
De PIflande Payenne 8c Chrétienne, ibh 

XLVII. La Thulé des Anciens eft 
PIflande aujourd'hui. 

XLVIH. DsPOccan Deucalédo- 
nien. 

XL IX. L'Iflande écoit habitée a- 
yant Pannée 874. 

L. Preuve du précédent article. 

L I. Les Gots ont introduit la barba- 
rie dans PËurope. 

LU. De la Crimogéu & du Speci^ 
mm ijlmdicum d'ÂngnmusJonas. 

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RELATION 

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A MONSIEUR DE 
LA MOTHE LE VATER, 




O N S I E U R, 



I. Vous m*avez prié de vousécrirede 
ce pays du Nort, où nous errons depuis 
quelque tems, ce que fai pu aprendre 
de Plflande, Se du Groenland. Je n'ai 
point de plus grande paffion au monde, 
que de vous (èryir, & de' vous plaire. Je 
vous écrirai ce que je iai de l'un 6c de 
l'autre, le mieux qu'il me fera pofliblc ; 
mais ce fera s'il vous plait , l'un après 

tm. L K l'au- 



1 



4 



s Relation 

l'autre. LUflandeeft une Ile célèbre» le 
Groenland eft un pays de très grande 6c 
de très vafte étendue. Je commencerai 
la première des deux Relations, aue je 
vous ai deftinées, par celle de PIflande, 
dans laquelle vous verrez ce que j'ai lu 
de particulier touchant cette lie, chez 
divers Auteurs, Se pnncipalement dans 
ks œuvres d'AngrimusJonas, Ecrivain 
Iflandois. Yécxis Angrimus y comme on 
le prononce, & non pas Amgr'mus^ 
comme il eft imprimé i parcequ'on a 
trop de peine à le lire. Je vous rapor* 
terai ce que j'ai oui dire de plus curieux 
fur ce fujet, dans les converfations que 
j'ai eues en Danemark, avec desperfbn- 
nes de condition 8c de favoir ; 6c ce que 
m'en a dit bien particulièrement le Doc- 
teur Olaus Wormius , Médecin de la 
faculté de Copenhague » qui connoit à 
font tout le Septentrion. Je vous dirai 
«uffi ce que Blefkenius Danois, qui a 
eu la curiofité d'aller en Iflande, a écrit 
de plus remarquable dans la Relation qu'il 
en a &ite. Je ne croi pourtant pas tout 
ce qu'il en a écrit, Se je ne m'arrêterai 
qu'aux choies qu^ildit y avoir vues. Car 
j'y ajoute la même foi que je fais à Hé* 
rodote, aux endroits où Hérodote dit 

qu'il 



de Pljlande. 5 

qu'il a vu : n'étant pas croyable que des 
gens d'honneur Se de lettres ayant voulu 
prodituer la vérité 8c leur réputation, 
de propos fi délibéré, que de direouMs 
ont vu ce qu'ils n^nt pas vu. Qyoi 
qu'il en foit, je ferai comme Salufte, 
6c dirai, foit de Blefkenius, foit d'An* 
grimus Jonas , foit du Doâ:eur Wor- 
mius, foit de tous ceux dont je vous 
alléguerai ce que j'ai lu fie oui dire i car 
je n'en puis parler que pour avoir lu fie 
oui dirci Fides pênes nu&ores fi$, 

II. L'IsLANDReft une Iledel'O' 
céan Deucalédonien, à 13. degrez jo. 
minutes de longitude, fie à (5;. degrez 44. 
minutes de latitude. Cette fituation elt 
prifc fur l'Evêché Septentrional del'iîe, 
nommé Hole , qu^Atigrimus Jonas raporte 
dans fa Crimogée Iflandiquei où il die 

Ju'il la tient de l'Ëvêque même de Hole, 
rundebrand de Thorlac, ion compa- 
triote Se intime ami, auditeur de Tioho* 
Brahé, fie grand Aftrologue. Leslimf-^ 
tesdel'lflande (ont, au L<evant la mer 
Hyperborée; au Midi» l'Océan Deuca* 
lédonien; le G)uchant regarde le Groen* 
land, vers le cap Faruel; ^ le Norteft 
expofé à la mer glacée du même Groen- 
land. La longueur de l'Ile s'étend du 

K X Le- 






iç Ritatkn 

Levant au Couchant, en autant de che- 
min qu\in homme en peut faireen vingt 
jours; 6c fa largeur du Midi au Nort, 
à l'endroit le plus large, en autant de 
pays qu'un homme en peut traverfer en 
quatre jours. Le même Angrimus, de 
qui je riens cette mcfure, ne fait fi ces 
journées font d'un homme à cheval , ou 
^ pied. 

J 1 1. Pour bien juger de l'étendue de 
l'Idande, on croit qu'elle eft deux fois 
plus grande que ia oicile. On connoitra 
auffi par la Sphère , & par l'élévation que 
j'ai raportce de cette lie, que ce que l'on 
en dit eft véritable : Qu'au Solftice d'Eté, 
6c tant que le Soleil ed dans les (ignés 
de Gemini & de l'Ecrevice, c'eft-à-dire 
deux mois durant, le Soleil ne (è couche 
pas tout entier lous l'horifon de l'illande 
Septentrionale, que l'on en voit toujours 
quelque peu , & la moitié aux jours les 
plus longs, depuis les dix heures du ibir 
jufques à deux heures du matin, qu'il 
fè lève tout à fait. D'où il s'enfuit qu'au 
Solftice d'hiver, ôc tant que le Soleil eft 
dans les (isnes du Sagittaire ôc du Capri- 
corne , c'eft-à-diredeux mois durant > le 
Spleil ne fe lève pas tout entier fur le 
même horiibn; & qu'il n'en paroit que 
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que 



dil'J/lândi. f 

la moitié aux jours les plus courts , de» 
puis les dix heures après midi qu'il (c 
couche tout à fait. 

IV. CciCe Jlc cft nommée Iflande , à 
caufe de la blancheur de (es glaces. On 
dit qu'elle a été fertile autrefois , qu'elle 
a porté de beaux blez, ôc qu'elle a été 
couverte de grands bois, dont les Iflan- 
dois bâtifloient de beaux 5c grands av 
vires, & dont il fe trouve encore aujour- 
d'hui de grandes Se profondes racines aux 
mêmes lieux où étoientjacUs leurs forets, 
mais brûlées Se noires comme de l'ébéne. 
L'Idandeed: maintenant ii infertile, que 
le blé n-y fauroit naître. Et il n'y croît 
pas un arbre > quel qu'il foit, que du petit 
5c méchant bouleau. Si bien que l'on y 
mourroit de faim 5c de froid, fi l'onnV 
aportoit des farines des provinces voiu- 
nes. Se fi les glaces qui fc détachent au 
mois de Mai des rerrcs qui font encore 
plus proches du ^ole, i\c leur portoienc 
une n grande quantité de bois, qu'ils en 
ont fufîfament pour fe chaufer , & 
pour fe faire des maiibns , à la mode des 
au très peuples du Nord., ils fe (er vent 
outre cela, pour l'un ôc pour l'autre, d'os de 
baléne ,6c d'autres grands poiflbns .comme 
auii de deux fortes de tourbes pour fe 
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chaufêr; l'une &icede gazons, qui cft 
le Cefpts bitummofus i & loutre , que l'on 
tire de la terre, comme d'une carrière, 
qu'Angrimus Jonas apelle GJebam fiffs^ 
iim^ que l'on fait cuire au Soleil, Se qui 
brûle, quand elle eft féche, comme le 
gazon. L^une & autre efpéces de tourbe 
témoignent affez le vice de la terre, qui 
la rend incapable déporter ni blé ni arbre. 
Ces glaces qui aboraent en Iflande des 
terres plus Sq>tentrionales, font quel- 
quefois charges d'arbres prodigieufement 
grands. Et les Annales Iflandiquesfont 
mention d'un entr'autres, qui avoit ibi* 
xante trois coudées de longueur Sc (èptde 
groflèur. 

V. Lorfque ces glaces détachées du 
Kord, font jointes à celles de l'iflande, 
les habitans de l'Ile courent à la quête 
du bois. Se à la chafle de quantité de 
bêtes, qui s'étant trop avant engagées 
dans iamerclacée, voguent deflus, 8c 
abordent où les glaces les portent : com- 
me des Renards roux fie blancs, des 
Loups Cerviers, desOurs blancs ôc noirs, 
& dcsi' Licornes. La grande 8c précieu*- 
fe corne que le Roi de Danemark garde 
à Frederisbourg, qui eft (on Fontaine- 
bleaui eft d'une Licorne (à ce que l'on 

m'a. 



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de OJ/Umde. 7 

n^'adit) priie fur les glaces d^Iflande. 
Elle eft plus longue ôc plus groflè que 
celle de S. Denis. Moniieur le Comte 
Ulfeld, Grand-Maître de Danemark, en 
aune entière, £c ipetite, de deux piez 
de long, prife fur les mêmes glaces. Il 
m'a fait Phonneur de me la montrer, 8c 
de me dire que , lorsqu'on la lui donna, 
il y ayoit encore à la racine de la chaii: 
£c du poil de la bête. 

V I. L'Iflande eft montagneuiè Se pier« 
reule. Les pâturages y font fi exceliens, 
qu'il en faut chaiier le bétail , de peur 
qu'il ne crève. L'herbe y fent fi bon , 
que les étrangers la recueillent, & la font 
fécher , pour la mettre parmi leur linge. 
On dit néanmoins que la chair de bœuf 
n'y eft pas bonne, 6c que leur mouton 
fent le houe. Les Iflandois y font accou- 
tumez. Jlsdurciflent 6c confervent leurs 
viandes , en les expofant au vent 6c au 
Soleil : ce qui les rend 6c de meilleur 
goût, 6c de meilleure garde, que fi on 
les avoit falccs. Ils font quantité de beur- 
re, qu'ils ferrent dans des vaifleaux,ils 
Pamoncélcnt dans leurs pciaiions, com- 
me des piles de chaux. Leur breuvage 
ordinaire eft de lait, qu'ils boivent pur, 

K 4 ou 



V jRelation 

oUmêléavecde Peau. L'Ile porte de bons 
chevaux, que l'on nourrit en hiver 
de poiflbns fecs, 9u(Ii bien que les bœufs 
Se les moutons, quand le foin leur a 
manqué. Les hommes mêmes en font 
^de la farine & du pain, quand ils n'ont 
plus de farine de bléi 8c quand les ri- 
gueurs d'un long hiver empêchent Pa- 
bord de leur lie aux étrangers qui ont 
commerce avec eux. Si bien que l'on 
peut dire des bêtes de cepays là, qu'el- 
les font léiiofigesf zum oien que les 
hommes. 

VIL II y a dans l'Iflande quantité 
de fontaines froides, dont les eaux font 
claires & agréables à boire >• d'autres, 
qui font faines 6c nourriffantes comme 
de la bière ; quantité de fources chaudes 
Se falutaires pour les bains ^ quantité de 
beaux 6c grands étangs poiflonneux ^ 
quantité de belles Se grandes rivières na- 
vigables i dont je ne vous écrirai pas 
les noms, non plus que des ports , & 
des Promontoires, parcequ'ils Kont im- 
primez dans les livres. 

VIII. Blefkenius raconte qu'il y a, 
dans la partie Occidentale de l'Iflande , 
un Lac qui fume toujours. Se qui eft 
néanmoins fi froid, qu'il pétrifie tout ce 

que 



dg PIflànde. ^ 

que l'on y jette. Si l*on y fiche un bâton» 
k bâton devient fer à l'endroit par où il 
enfiché dans la terre ; ce qui touche 
Teau, fe pétrifie, & ce qui eftaudediis 
de Teau , demeure bois. Bletkenius die 
l'avoir éprouvé deux fois ^ il ajoute qu'a- 
yant mis au feu ce qui lui fembloit fer, 
ce fer brûla comme du charbon. Il dit 
aufll qu'au milieu de l'iflandc, il y a un 
autre Lac, qui exhale une vapeur fidan- 
gereulê, qu'elle tue les oifêaux qui vo- 
lent par deifus. Ce Lac eft comme l'A- 
vernc des Grecs, dont Virgile parle au 
6. de l'Enéide. 



im- 



Quem fùper haud ulla poterant impune 

volantes 
Tendere tter pennis^taltsfefehalttusatm 
Fûucihus effundens^ fupera ad convexe 

ferebat, 
UndelocumGra/jdixerunt nomme Aomoit, 

Bletkenius ajoute, à ce qu'a dit Angri- 
mus des fontaines chaudes de Tlflande, 
qu'il y en a de fi chaudes en quelques 
endroits, que qui les touche s'y brûle. 
Quand cette eau ie refroidit ,elle laide 
du foutre au defius de fa luperficici 
de même qu'aux marais falans Teau de 
■.:::H K y la 



xa Mtt'afîoi^ 

la mer y laide du fel. On voit ixxx ces 
eaux des plongeons rouges , que l'on 
perd de vuct mot que l'on s'en apro- 
che, Se qui remontent fur l'eau pour 
peu que l'on s'en éloigne. Le même 
dit encore qu'en un endroit de Tlle, que 
Ton apclle Tùrlojfkhaven^ il y a deux 
fontaines, l'une froide, & l'autre chau- 
de, que Ton &it venir par divers ca- 
naux dans un même bamn i Se que 
les eaux de ces deux fontaines mêlées 
«nfemble, compofent un bain très ex^ 
cellenc. ÂfTez près de là, dit- il, il y 
a une autre fontaine, dont l'eau a le 
gouc du blé , St a cette vertu , de gué- 
rir les maux vénériens » que Bief- 
kenius aflùre Ôte fort ordinaires dan» 
cette Ile. 

IX. Il n'y a dans toute Tlflande 
aucune minière de quelque métal ou; 
minéral que ce ibit, fî ce n*eft dcibu« 
fre, qui e(i très commun dans toute 
l'Ile ^ mais que l'on tire en plus gran» 
de abondance dtme Montagne nom^ 
mée Hèclay qui eft le Mbnt Gibel de 
l'IOanJci car elle jette des flames qui 
cauicnt de grands embrafemens aux 
environs. Cette montagne efl: du côté 
de la partie Orientale i déclinant à la 

r .* Méri» 



fefljEmde: . ii 

Méridionale^ & afiez proche delà mef. 
Ëlefkenius dit que ce mont ne jette pas 
feulement des fiâmes, mais des torrens 
d'eau, qui brûlent comme Peau de vie. 
Il jette quelquefois auffi des cendres noi- 
res , ôc une quantité prodigieufè de pier« 
rcs ponce. La tempête qui agite ce mont, 
ceflc au vent d'Oueft, quieft le zéphire 
des anciens. Tant que ce vent foufle, 
ceux qui connoiflènt ce mont, & qui en 
fâvent les chemins furs, montent hardi- 
ment à fon plus haut fbmmet , Se à l'en- 
droit par où il vomit fès fiâmes; où ils 
jettent de groflès pierres, que le mont 
rejette avec furie, & comme une mine 
fait voler les éclats d'un mur qu'elle em- 
porte. 11 eft très dangereux d'en apro- 
cher, à ceux qui n'en connoiflènt pas 
les avenues, parceque ia terre qui brûle 
au dellbus, venant à fondre, a bien fou- 
vent englouti des hommes vivans, dans 
CCS fournaifès ardentes. 

X. Les habitans de l'Ile croyent que 
cette montagne eft le lieu où les âmes des 
dannez font tourmentées. De quoi ils 
font de plaifins contes. Car ils voyent 
quelquefois, à ce qu'ilsdifent, desfour- 
miliéres de Diables, qui entrent dans la 
gueule de ce mont, chargez d'ames dan- 

K 6 nées; 



«!• il 



IX JRelatiêw 

nées,' 8c quircflbrtcntcnfuitc, pour cir 
aller chercher d'autres. Blcfkenius ra- 
porte que, lorsque cela a paru\ on are- 
marqué qu'il s'éft donné une fanglante 
bataille en quelque endroit. Les Iflan- 
dois croyent aufli que le bruit que font 
les glaces, quand elles heurtent leur 
côte ôc s'attachent â leurs rivages , font 
les cris 8c les gémiflemens des dannez , 
pour le grand froid qu'ils endurent. Car 
ils croyent qu'il y a des amcscondannées 
a geler éternellement. Peut-être le fii- 
plicefcroit il égal; puisque, penetrahile 
fr'tgus adurit , 8c qu'il eft vrai qu'un 
grand froid brulc comme du feu. 

XI. Le même Blefkenius dit qu'étant 
en Mande fur k fin du mois de Novem- 
bre 8c à minuit, on vit un grand feu fur 
la mer aux environs du mont Hecla,8c 
que ce feu éclaira toute l'Ile.- ce qui é- 
tonna tous les habitans. Les plus ex- 
périmentez 8c les plus fenfez affuroient 
que cette lueur venoit du mont Hecla.- 
Une heure après l'Ile trembla , 8c ce 
tremblement fut fuivi comme d' ui éclat 
de tonnerre, fi épouvantable, que tous 
ceux qui Pouircnr,. crurent que ce de- 
voir être la chute du monde. On fut 
Bcu de jours agrès que la mer s'étok 

uric 



de Vljlanât, . ' r j 

tarfe à Piendroit où le feu avoit paru,. 
& qu'elle s'étoit retirée à deux lieues- 
de là. 

X 1 1. Leslflandoi^ne vendent 8c nV 
ehétent quoi que ce foit, cnr il n'y a pas* 
d'argent monnoyé parmi eux. On leur 
aporce de la farine, ôc de la bière, du 
vin, de l'eau de vie> du fer, du drap, 
& du linge. Ils baillent en échange ce 
qu'ils ont, c'ett à dire, des poilTons 
kcs, du beurre, du fuif, des draps 
groffiers, du fbuflfre, & à&'^ peaux de* 
renards, d'ours, & de loups cerviers. 
Blcfkenius dit que les ÂUemans qui' 
trafiquent en Iflande, dreâènt des ten« 
tes près des havres où ils ont abordé y^^ 
ôc y étalent leurs marchandiies,^ quifbnc 
des manteaux, des fouliers, des miroir^,/ 
des couteaux , Se quantité de bagatelles 
qu'ils échangent avec ce que les lilan- 
dois leur aportent. Les filles qui lont 
fort belles dans cette Ile, mais fort mal' 
vêtues , vont voir ces Allemans , & 
ofrent à ceux qui n'ont pas de femme, 
de coucher avec eux , pour du pain, 
pour du bifcuit, & pour quelqu'autrc 
chofe de peu de valeur. Les Pérès 
mêmes, dit-on, prélentent leurs filles 
aux Etrangers. Et fi leurs filles de» 
• - K j vien^ 



fr 



t4 Reîàtlm 

viennent groflès, ce leur eft un grand; 
honneur : car elles font plus confidérées, 
& plus recherchées par les EQandois^ 
que ic3 autres : il y a même delaprefle 
à les avoir. 

XIII. Quand les Iflandois ont ache- 
té, (c'eftàdire échangé) du vin, ou 
de k bière, des Marchans étrangers , 
ils convient à boire leurs parens , leurs 
amis, 6t leurs voifins, Se ils ne fe qui* 
rent point que tout ne ioic bu. Ils chan- 
tent en buvant les faits héroïques de leurs 
Capitaines, mais leur mufîqueeft&nsré* 

Î;le Se fans art , telle enfin qu'on peut 
'apeller Mufique enragée. Oeft une 
incivilité parmi eux que de ibrtir de ta* 
ble, quand ils boivent, pour aller faire 
de Peau. Les filles qui «comme je viens 
de le dire, neibntpas laides en ce pays- 
IsL , le glKTent fous les tréteaux, ôc 
prélentent des pots de chambre aux 
buveurs. 

XIV. Mais Angrimus Jonas traite 
cette raillerie d'impoflure, Se s'emporte 
contre Blefkenius, qu*il accufe de ca- 
lomnier les I{landoi(ês« Le bon homme 
ne^ut foufrir qu'on parle avec mépris 
de fès compatriotes, fk qu'on les traite 
de barbareSà Sur tout, là où le même 
i ' " ' Blc£^ 



detîfknâe. ^f 

Bletkenius dit que les Iflandois fegarga^ 
rifenttous les oiatilns de leur urine, Se 
s*cn frotent les dents. Catulle a dit la 
même chofe des CeltibéreSé 

Nunc Celùbêr in Celtibertâ terri ^ 
Quod qui/que minxit , bocfibi folet rnam 
Dentem^ & rujfam dejrkare gingham^ 

Pour vous dire, Monfieur, ce que j'en 
penie , je crois que les 1(1 andois ne lont 
pas maintenant fi fauvages qu'ils Pont 
été. Mais il eft à préiumer que des peu- 
ples fi éloignez des climats tempérez, ne 
font pas des plus polis , ni des plus rai-^ 
fonnables du monde. Je parle pour le 
commun, dans lequel je ne comprens 
pas les honnêtes gens , qui y peuvent être, 
& y font fans doute , puilqa'il y a par 
tout d'honnêtes gens , & qu'il n^y a 
pour cela de la difierence que du plus 
au moins. 

XV. Blefkenius dit que les Iflandois 
ont des Ëfprits familiers : que ces Efprits 
les fervent comme des valets , & les aver- 
tiilênt la nuit, quand il fait bon le len<^ 
demain aller à la chafie , ou à la pêche. 
Ortelius va plus avant , £c nous aprend 
que les lilatulois apellent cette forte de 

DéiMoni 



t6 



Relation 



Démons , Droths, Ce qui a du rjgorr 
à ce que TroU^ en Danois, eft un Dia» 
ble en François. Peut-être que ce que 
Ton apelle en France un bon droU^ eft 
la même chofe qu'Hun bon Diable en Iflan« 
dois 6c en Danois. Bletkenius dit auffi 
que les mêmes Iflandois vendent lèvent, 
oc il afTure cela, comme l'ayant, dit il, 
expérimenté. Le bon Angrimus s'en 
moque aflez plaifamment : car il dit que 
le matelot Iflandois connoit le foir, parla 
difpofltion de l'air , quel tems & quel 
vent il fera le lendemain; & que quand 
il conjeâure qu'il doit faire le vent 
que l'Etranger attend pour partir, il le 
va trouver, & s'engage de lui vendre ce 
vent là. Pour cet ctlet il demande à l'E- 
tranger fon mouchoir , dans lequel il 
fait (èmblant de murmurer quelques pa* 
rôles i après cela il le noue proprement, 
comme de peur que les paroles qu'il a 
prononcées ne s'envolent. Il rend en- 
fuite le mouchoir noué , & lui recom* 
mande de le garder avec grand ïoin , tel 
qu'il le reçoit, l'aiurant qu'il aura le 
vent bon durant Ion voyage. En effet 
â arrive quelquefois que ce vent ioufle 
le lendemain ; mais le plus iouvent le vent 

change 



de riflande. 17 

change après qucPEtrangercft parti, 8c 
qu'il efl: engagé en pleine mer. S'il eft 
accueilli de quelque tempête , comme 
cela arrive bien fouvent auffi, TËtran- 
ger iè trouve fort embaraflé des Diables 
qu'il croit porter dans (à poche : car il 
n'oie les jetter dans la mer, tx, fait con» 
fcience de les garder. Qiie fi , dit An* 
grimus, il eft arrivé de cent -y^ une 

aue le vent ait conduit l'Etrar^^cr . oii 
devoit aller, cette kule font uu^orifè 
l'erreur contre cent expérience jontrai- 
res. Et l'erreur fe repan^^ même par 
celui qui dit hardiment , cjLime il le 
croit, qu'jl a acheté le vent en Iflande, 
& que ce vent l'a mené à bon port chez 
lui. 

X V I. Quoique ces fortes de contes 
ne faflent aucune impreflion fur des es- 
prits raifonnabîes , ils ne laifîènt pas d'être 
divertiflans. Il y a du ptaifîr d'entendre 
ce que l'on en dit, &ce quePonen croit.* 
car on ne le diroit pas , fî on ne le cro- 
yoit. Bief kenius raconte cju'il y a des 
Magiciens en Iflande, qui ont le pou- 
voir d'arrêter en pleine mer dcsvaifleaux 
qui vont à pleines voiles. 11 ajoute que 
ceux qui font arrêtez, fe fervent pour 
contrecharmc de certaines fupmigaùons 

puantes. 



i8 



Relation 



f)uantes, dont il fait ladefcriptionjavec 
cfquellesi dit- il, ceux (|ui (ont arrêtez 
chaflènt les Démons qui les arrêtent, 
après quoi les vaifleaux defènchantèz 
reprennent leur cours. Si le charmeeft 
bien inventé , le contrecharme ne l'eft 
pas moins. Revenons à ce qu'il y a de 
plus férieux dans Phiftoire de l'Iflande. 
X V 1 1. L'ancienne Iflande étoit di* 
vifée en quatre Provinces, félon les qua- 
tre parties du monde. Chaque Provin- 
ce étoit divifée en trois Baillages, que 
les Iflandois apellent Repes : excepte la 
Province Septentrionale , qui , comme 
la plus grande Se la plus importante , en 
avoit quatre. Chaque Bailiage étoit fub- 
divifé en fix , fept , huit , ou dix Ju- 
dicatures, ielon Ion étendue. Chaque 
Province afTembloit fes Baillages une fois 
Pannée , & la convocation fe faifoit par 
de petites croix de bois, que le Gouver- 
neur de la Province envoyoit à fês Baillis , 
que les Baillis didribuoient à leurs Juges, 
8c que les Juges Ëiifbient [courir par les ft- 
milles de ceux qui (è dévoient trouver à ces 
afîemblées. Le Chef de la Juftice, qui 
préfidoit aux quatre Provinces, 6c qui 
étoit comme le Souverain de Plflandc, 
ioa JNamûphylax ,. ou le confcrvatcur de 

tes. 



-'.* 



de TIflanie. 19 

les loix, afTcmbloic audi en certain tems 
les Etats Généraux de Plie. La con- 
vocation s'en faifoit par quatre haches de 
bois, que ce Chef envoyoit aux Gou* 
verneurs des Quatre Provincesi^ 

XVIII. Il y avoit dans chaque Bail* 
lage trois temples principaux, pour la 
}uftice 8c pour le culte de leurs Dieux i 
àcaufe de quoi la charge de Bailli s'apel- 
loit GoàoYp^ qui fignifie divine. Ij:uf 
principal loin étoit de pourvoir à la nécef- 
fité des pauvres, qui eft très grande dans 
un pays pauvre j d'etnpêcher que les 
pauvres d'une Repc ou Baillagc ne cou- / 
luflent à l'autre i Sc d'arrêter la licence' 
des Mandians volontaires , contre lef- 
quels les loix étoient très rigoureufe: 
car on permcttoit de les tuer, ou de le» 
châtrer, de peur qu'ils ne multipliaffent,. 
Se ne fiiTent d'auires coquins conuneeux. 
11 étoit même défendu , fur peine de 
Texil, a un homme pauvre de ie marier 
avec une femme pauvre comme lui. On 
défendoit fous la même peine, à celui 
qui n*avoit de quoi vivre que pour lui 
feul, de prendre une femme qui n'eue 
pas de quoi s'entretenir elle même. 

XIX. Ce gouvernement Ariftocrati- 
que, & cet ordre de Jufticc, durèrent 

parmi 



10 Relation 

parmi les Iflandoisjuiques à Pan 116} ) 
lorsque les Rois de Norvège le rendant 
maicrcs de l'Ile la rendirent tributaire , 
par la mauvaifè intelligence des Iflandois. 
qui briguoient entr'eux & excitoient des 
/éditions, pour le gouvernement. Les 
Rois de Danemark ayant enfuite réduit 
le Royaume de Norvège en Province, 
donnèrent des Vicerois à ces peuples 1 
qui n'ont retenu depuis ce tems- là qu'u- 
ne ombre légère de leur ancienne forme 
d'Etat. La demeure de ces Vicerois eft 
â la partie Occidentale de riflande,dans 
un Château I nomme Befeflau Us ne 
font pourtant obligez à rèfider aèbuel- 
lement dans Tlle , qu'en cas de nèceffi- 
tèy & ils n'y vont qu'une fois l'année, 
pour en recevoir les tributs, qui conGf- 
tent à ces mêmes chofes, que les Iflan- 
dois échangent avec les Etrangers, 6c 
dont le Roi de Danemarck pourvoit une 
bonne partie de fcs navircs,foit pour nourir 
fbit pour habiller fes Matelots. Le dernier 
Viceroi d'iflande étoit M. Profmont,Ami- 
ral de la dernière flote Danoife , que les 
Suédois défirent fur cette Mer, il y a 
environ trois mois. Jl fe bâtit vaillam- 
ment , 6c mourut fur fbn bord l'épèe à 
k main, ayant refufè le quartier que 

les 



deP0ande, %i 

les Ennemis de fon Roi vouloient lui 
donner. 

XX. Angrimus Jonas ne fait P/flan. 
de Chrétienne qu'en l'an looo. de notre 
falut; Ce n'eft pas qu'il n'y ait eu des 
Chrétiens lonctems auparavant dans cette 
lie : mais il dit que le Paganirmc n'en 
fut abfblument bani qu'alors. Les 1 flan- 
dois payens aUoroient entr'autres Dieuxi 
Thor^ & Odin, Thor éloit comme le 
Jupiter, & Od'm comme le Mercure des 
anciens Grecs Se Latins. Ils nomment 
encore leur Jeudi, ^horjdag^ qui eft le 
aies Jovh; & le Mercredi, Odensdag^ 
qui eft le dks Mercur'tj, Les Autels 
confacrez a ces Dieux étoient revêtus de 
fer, un feu perpétuel y bruloit, il y 
avoit fur cet Autel un vafe d'airain, 
dans lequel on verfbit le iâng des ià- 
crifîces, Se dont onarrofoit les affiftans. 
Au côté de ce vafe il y avoit un anneau 
d'argent, du poids de vingt onces, 
qu'ils empoignoient quand ils vouloient 
faire quelque ierment lolennel. Leurs 
Annales portent qu'ils ont facrifié des 
hommes à leurs Idoles. Ils les écra- 
foicnt fur des rochers» ou les jetoicnt 
dans des puits profonds, creufezScdsili- 
ncz pour cela à l'entrée de leurs lem- 
..V. pies. 



%% Rtîâtim 

pies. Dans la (liite , comme les Tflân- 
dois payens avoient bâti deux principaux 
temples à l'honneur de leurs faux Dieux, 
tu Nord & au Midi de leur lie: de 
même les Iflandois Chrétiens ont établi 
les deux fèuls Ëvéchez qu'ils ont, aux 
mêmes endroits de Pile. Ces deux 
Evêchezfbnt Hole^ au Nord, hc Schal» 
kold^ au Midi. Ils (ont Luthériens de 
laConfeffiond'Ausbourg, de même que 
tout le Danemarck. 

XXL Les anciens Iflandois écoient 
de haute ftature, forts, adroits, ôcvail- 
hns; grands gladiateurs, grands pira- 
tes. La Monomachieétoitautoriféepatr- 
mi eux, 8c ils ne refufoient qui que 
ce fût, qui les voulût combatre feul à 
ieul. Ils vuidoient leurs procès par le 
duel, & celui qui y étoit vaincu, per- 
doit la chofè conteftée; celui qui refu- 
fbitle combat, la perdoit auffi comme 
s'il eût été vaincu. C'étoit chez eux 
un moyen légitime pour acquérir des 
poflcffions: car de deux Gladiateurs qui 
le batoient, celui qui avoit tué ou vain- 
cu fon homme, écoit maitre de f on bien. 
Il n'y avoit qu'une reflource pour les 
héritiers légitimes du défunt, ou du 
vaincu j c'ctoit d'amener uw grand tau- 
reau. 



tU Pljlande. q^ j 

teau, fi le vainqueur ne Pailbmtnoit pas 
d'un Icul coup, il ne tenoit rien. 

XXII. Outre que les Iflattdois é- 
îoient extrêmement forts & courageux, 
ils ctoient encore fpirituels,& fi curieux, 
qu'ils confervoient avec foin les mémoi* 
res des choies mémorables qui le paflbient 
dans tous les Royaumes voifins. C'eft 
ce qui fait dire au bon Angrimus dans 
ion Sptcimen IJlanàicum^ parlant de iës 
compatriotes, qu'ils iont, jîdtotiusEum 
vopég res hijioricas lyncej, Eneffit, Saxon 
le Grammairien, dans la Préface de fon 
Hiiloire Danoifê, avoue qu'il s'eft très 
utilement ièrvi des mémoires qu'il a pris 
dans les Annales des lilandois , qu^H 
apelle, ïïylenfes. Le Doâreur Vormius 
m'a ailuré que ces Annales font très cu^ 
rieuiès , & qu'il y a des choies très 
rares touchant ce qui s'eft paiTé ancien- 
nement dans lesOrcades, dans les Hé- 
brides, dans l'Ecoflè, dans l'Anglcter- 
& même chez les anciens Ducs 



le 



de Normandie; parceque les Iflandois 
ont fans doute été autrefois puijdans fur la 
mer Deucalédonienne ou licoflbife, & 
qu'ils ont pu avoir aufîl des commerces 
particuliers dans notre Normandie. « 
XXI IL l^es plus anciennes hiftoî- 

rcs 






$ 

m 



14 Rehtim^ 

rcs Iflandoifcs, & auqueUes les Iflan- 
dois ajoutent le plus de foi font celles 
qui lont compofécs r n vers. Sur quoi, 
Monfieuri vous remarquerez, s'il vous 
plait, que les anciens Rois Se Capitai- 
nes du Nord allant à la guerre ame- 
noient toujours quelque Poète avec eux, 
pour compofêr des vers fur leurs viftoi- 
res.. Ces vers fe chantoient par les 
Soldats de l'armée, & fê répandoient 
enfuitepar toutes les contrées voifines. 
Or les Iflandois ont été de tout tems 
eltimez excellens Poètes, par tous leurs 
voifîns : & l'on a cru qu'il y avoii une 
certaine vertu magique dans leurs vers, 
capable d'évoquer les Démons des En- 
fers, & d'arracher les Planètes du Ciel. 
Leurs Poètes naiflent Poètes , & ne le 
deviennent pas par étude. Car le meil- 
leur efprit qui foit parmi eux , ne lau- 
roit compofêr des vers , s'il n'a le don 
naturel de les faire; tant les régies de 
leur Poéfie font lévéres 6c contraintes. 
Mais ceux qui ont cette vertu naturelle, 
les compofent avec tant de facilité, que 
leurs difcours ordinaires font des vers. 
La verve prend ces Poètes aux nou- 
velles Lunes. Quand cette fureur les 
iàifit, ils ont le vifagc égaré, les yeux 
' en- 



âe^Iflande. ij , 

eafoncez, la couleur pale; & reflêm-. 
blenc en un mot à la Sibile Cumée, 
telle que Virgile nous Pa décrite. 11, 
fait en ce tems-là très mauvais avoir a-, 
fcire av^c ces poflédez : car la morfure 
des chiens enragez n'eft pas plus dan- 
gereufè, que la médiiance de ces Poé-. 
les^ 

XXIV. Je vous dirai là deflu& 
ce que le Doébeur Wormius m'a ra- 
conté. Il y a quelque années , qu'é- 
tant Reébeur de l'/Académie de Co- 
penhague, un Ecolier Iflandois fe plai- 
gnit que Ton Lanjman (ou compatriote) 
Ec camarade , l'avoit outragé clans de& 
vers difamatoires. Le Rcâeur apella 
)e Poète, qui avoua les vers, mais nia. 
qu'ils fufïent faits contre fon camarade, 
lin effirt M. Wormius n'y voyoit quoi 
que ce foit , dont le Lanfman le duc . 
ofenfer, félon la connoiflance qu'il a 
du langage Iflandois , qui dérive de l'an-, 
cienne langue Runique. L'Ecolier ofen- 
fé, voyant que le Rcéteur croyoit ce - 
que lui difoit le Poète, iè mit à pleurer 
chaudement , ôc à lui dire qu'il étoit , 
perdu s'il Tabandonnoit. Là deflus il 
lui fit comprendre , par un détou r étrange 
de figures ôc de fables f les médifâncjs 

Tom. L . L' qui 



■h. lli 



9>^i> 



4jiiiétoîcnt contenues dans cette Satire, 
il lui dit qu*il paOeroit pour un in&nie 
en Iflandc , fi ces vers y écoient portci; ; 
<jtie fes biens en fouiriroient ; & que 
cette poéfie ctoit telle, qu'en quelque 
lieu du monde où il allât , le charme , 
43U le fortilége de ces vers le fuivroitpar 
tout, & le rçroit enfin mourir. Le Doc- 
teur Wormius furpris de la frayeur de 
ce jeune homme , tira le Poète à part , 
lui mit devant les yeux les devoirs de la 
charité Chrétienne , C^ les rigueurs des 
loix de Danemark , qui puniflcnt les fbr- 
ciers très {évérement. Enfin ayant me- 
nacé le Poète de le mettre entre les mains 
delà juftice, fi p ' malheur fbn cama- 
rade tomboii malade de Papréhenfion 
q-/«l avoir , il lui imprima une telle peur, 
qu^ii avoua la malice de les vers , les dé- 
chira, promit de ne les dire à perfonne, 
ôc courut embrafici* Ion camarade, qui 
témoignabeaucoup de joye d'avoir fait fa 
paix avec le Poète. ' ■ 

XXV. Les Poètes Iflandoîs ont leur 
Mythologie, qu'ils apellent Edda, ils 
y poftnt pour Principe éternel , un 
Géant qu'ils apellent Immer, ils difenc 
que du Cahos foitirent de petits hom- 
mes, qui fe jeitérent fur le Géant, ^\t 
' ir ' , ' mirent 



retour 



Satire. 

portct; 

& que 
quelque 
charme, 
vroitpar 
Le Doc- 
lycur de 

à part , 
irs de la 
leurs des 
ntlesfor- 
lyantme- 
; les mains 



ont leur 
Idda. Ils 
[nel , un 
Ils difenc 
Itits hom- 
[ant, 6c le 
mirent 



dePtJlarM. If 

mirent en pièces: que de foti ar«ne , iU 
grent le Ciel,* de (on œil droit, le So^; 
jeil; de Ton œil gauche, la Lune} de 
ies épaules, les Montagnes i de fês os^ 
les Rochers i de (à veffie, la Mer ^ de. 
ion urine , les Rivières 5 & ainfi de 
toutes les autres parties defbnœrps. De 
forte, que ces Poètes apellent k Ciclf 
le crâne d'Immcr 5 le Soleil , (on œil 
droite la L.une,fon œil gauche ,• les Ro- 
chers, fes os^ les M$>ntagQjes, fesèpau« 
les,' la Mer, faveffie; les Rivières, fon 
urine, &c. Le Dofteur Wormiusm'a 
feit voir une vieille copie de PEdda, è* 
ente en lilandois, de la main d'un Iflan-» 
dois, dont il m'a expliqué lesgentilleflcs 
que je vous écris. . ,i ;.i 

XXVi. Lcslflandois, à ce que dî- 
fent leurs Anniles , ont mis autrefois de 
grandes flotes en mer, Ôc donnoîrntpar 
là de la jaloufie aux Rois de ^ ^rvége 
6c de Danemark. Ils n'ont pa^ ^lainte- 
nant de quoi faire de petits bx aux de. 
pêcheurs. Autrefois ils avoienr un grand 
commerce avec les Etats voi ins, mai» 
ils ne lorccnc préfentement de leur Ile, 
que pour venir étudier à Copenhague s 
où ils canfervent un deGr fi violent de 
retourner en leur pays, que les Dnnois 

L z n\n 



W. 1 



£9 / . M^aaéiim, 

n'en peuvent retenir un fèul «our leur 
iervir de Prêtres , ou de Ivécheurs^ 
quoiquMs Payent «flayé div<ede« fois , 
parcequ'il y en a qui ont Tetprit bon ^ 
& qui réuffiflent aux études. On a 
beau leur repréfenter la pauvreté de leur 
lie, Se les agrémens des climats plus 
doux^ ils font, pour ainfi dire, acoqui- 
nez à leur mi(ére> & la préfèrent à tous 
ks autres plaifirs. Il y a d^ns TAcadé- 
mie de Copenhague douze ou quinze E- 
Goliers, que nous voyons quelquefois. 
Us font ordinairement petits & minces, 
quoique Bleficenius a({ure qu'il a vu en 
Hande un Idandois (I fort % qu'il prenoit 
une tonne de bière, mcfure de Ham- 
bourg , 6c la porroit à la bouche pour 
boire, comme il auroit pris un de nos 
barils. t- 

XXV II. Les Iflanjois retiennent, 
comme je l'ai dqa dit, quelque ombre 
légère de leur ancien gouvernement; 
mais leurs loix font à préfènt mêlées de 
tant d'autres loix , de Norvège, & de 
Danemark , qu'étant forcez d'obicrver 
celles-ci, & voulant garder les premiè- 
res, ils «'engagent dans mille chicanes, 
fur l'explication , & fur l'accord de leur 
droit , avec celui de Danemark. C'efi 



ce 



"^ 



**<«-3l 



JePIJlanÂi. 19 

Ci* aura çAAxgè. le bon Angriimis à dire 
de tort bonne grâce qu'il n'y a pas moins 
de Pantinomies dans le droit Iflandois, 
qu'il y a d^Aminemies dans le drok 
Romain. 

> 3f XVIII. Lesiflandoistfàprcfcnt 
habitent leur lie comme leurs Pérès l'ha- 
bitoient , dans des maiions difperfées de^ 
ça & de là de peur du feu» parcequ'el^- 
les font bâties de bois. Leurs fenêtres 
font d'ordinaiie des trous fur les toits ^ 
à caufe que leurs maifons^font fort bafles. 
Se qu'il y en a même plufieurs d'enfbn* 
çces dans^ la terre, afin de fe mieux ga* 
réntir du vent ôc du froid. Leurs toitt 
ainfi que ceux de Suéde, font couverts 
d'écor€es de bouleau comblées de ga* 
20ns. Telle étoit la cabane de Titire,. 
dans les Bucoliques de Virgile* 

Pauperh & tvgutî ctmgeftum cefpitecul» 



Les Iflandois font cachez comme desblé**» 
reaux dans tes maiions, où ils vivent au 
delà de cent ans, fans fe fervir ni de 
Médecins ni de médecines. 

XXIX. 11 n'y a dans toute l'Iflandc 
que degx villages, aux dçux Evêchez 
.^ L 3 * de 






5Ô "" Rêiaiîon 

ék Hole 8c de Schalbolt ; dont le plo) 

Srrand, qui eft celui de Hole, ne Con« 
ifte qu'en fort peu de mations continues. 
Et comme il n'y a ni villes, ni Tillages 
dans PIflande, il n*y a point auffi djg^ 
grands chemins : ce qui oblide ceux qui 
voyagent dans cette lie, à fe fervir dé 
boufroles, pour alkr d'un lieu à l'autre, 
& à planter des balifès aux endroits où 
il y a des goufres de nége, 8c où l'on 
tombcroir, fi l'on n'y mcitoit ces mar- 
ques. Les Iflandois n'babicem d*ordi<. 
mire que fur les rivages de la mer, où 
près de rivières, à caufè de la pécbe, 
et des pâturages ; ainid le milieu de l'Ue 
icft comme dciert. 11 y a un Collège à 
Hole, ottlesenfansétudiemjufquesàh 
Rétorique, 6c viennent eiiluice âCopei^ 
hague, faire leur cours de Philofophie^ 
^ de Théologie. Ils ont une Imprime* 
rie, où depuis peu Ton a imprimé le 
vieux Teftament en Iflandois. Le 
nouveau n'eft pas achevé, faute de pa- 
pier. 

^ XXX. L'EvêchédcHoleaétépour. 
Vu de grands Evêques, dont le catalogue 
fc trouve dans la Crimogée d'AngrimtiS. 
Jonas. Gundcbrand de Torlac, dont 
^'ai parlé ci-deflus, homme de grand fa- 

voir 



de PJflande, -jr 

voir & de grande probité, cft le dev* 
nier Ëvêquc mort. Angrimus Joqas a> 
été Ton Coadjuteur, & areiurél'£;vécbé 

Su'il devoit avoir après la mort de Guo- 
ebrand, & que le Roi de Danemarlc 
lui vouloit donner. Il a prié le Roi de 
Pen difjpenfèr , tant pour n*être pas fuj^t 
àPenviCy que pour vaquer à iès études» 
avec plus de repos. Le bon homme eft en* 
core vivant, &. le Doâeur Vormiusion 
bon ami m^a afluré qu'il a plus de qua- 
tre vingts di& ans : il m'a dit de pliis 
qu'il n'y a que quatre ans qu'il s'eft re- 
marié avec une jeune fille, lleft favant, 
fort homme de bien, en grande eftime 
parmi les doâes 6c les curieux duNordf. 
K tous ceux qui le connoitront, Pcfti- 
merout pour les beaux livre9 qu'il a 
feits. 

XXXI. J'oubliois de vous dire une 
panicularité d'efprit des Iflandois, qui 
n'eft pas à mépnfer. C'eft qu'ils font 
tous joueurs d'écbcts, Se qu'il n'eft point 
de fi chetiF Pay&nenlilande, quiof'aic 
chez lui Ton jcud'échets, faiisdefamaii^. 
&: d'os de poiflbn taillez à la pointe de 
fon couteau. La diférence qu'il y a de 
leurs (iéces aux nôtres, c'eft que nos 
Fous ioDt des Ëyêqucs parmi eux, & 

L14 qu'ils^ 



''h 



m 



ri 



5i* -"Rttatum 

qu'ils tiennent que les Eccléfiaftiques 
doivent être près de la perfbnne des 
Rois. Leurs Rocs (ont de petits Ca- 
pitaines, que les Ëtudians Iflandoisqui 
Ibnt ici apellent Centuriones. lis font 
"Veprélentez Pépéc au côté, les joues e»* 
fiées, & Tonnant du cor qu'ils tiennent 
des deux mains. J'aurois à vous faire 
un long difcours fiir le fujet de$ cors, 
que les Capitaines du Nord portoienr à 
la guerre, pareils à celui de notre Ro« 
land , 6c pour prendre la chofê de plus 
haut, fèmblables au cor, ou trompette 
de Miféne, dont Virgile a dit, Heâoris 
Jjfc magni fuerat cornés : où l'on voit un 
.Trompette camarade d'Heftor. C'cft de 
}à fansdoute que les 1 rompettes Aile* 
«nansi & de tous cespays-lâ, ncpaflènt 
pas pour valets, comme ils font ordinai- 
femenc efi France, mais pour Oficicrs 
des compagnies où ils fervent. Je me réler* 
ve à vous en parler dans une autre occafiod. 
Reprenons le difcours de nos échets. 

iCXXlI. Ce jeu n'cft pas feulement 
ancien Se commun chez les lûandois, 
mais même dans tous les pays du 
JNord. La Croniquc de Norvège ra- 
|>orte que le Géant Drofon, qui avok 
nourri Heralde le chevelu, tout ainfi 



ie PïflanJk. ^ 

que CKiron avoit nourri Acfiille, ayanç 
oui parler des grands exploits que fai* 
toit fon Nourïffon Roi de Norvège , 
lui envoya des préfens de grand prix^; 
entfaucres, la Cronique fait mention 
d'un très beau jeu rféchcts. Ce Heral- 
de regnoit environ Tan 870. Si En- 
colpc dans Pétrone a eu la curiofité d'é- 
crire qu'il avoit vu jouer Trimalcion aux 
Dames, fur un Tablier de térébinteSc de 
criftal , avec des Dames d*or & d'argent ; je 
vous dirai que j'ai eu Thonneur de jouer 
mix Echetsavec Madame la Comteflè E- 
léonor, fille du Rot de Danemark, &c 
femme de ^Monfieur le Comte Ulfeld, 
Grand- Moitre & Premier- Miniftre du 
Royaume, fur un Tablier d'ambre 
blanc & jaune , avec des pièces d'or, 
èmailtécs de mêmes- couleurs que le 
Tablier, dctrèscurieufêment travaillées. 
Les FLoisf & les Reines de ce jeu là 
fontaffis fur des trônes, avec le manteati 
royal , la couronne fur la tête , le fceptrc 
i la miini Les Evéques y font riche» 
ment mitrez, Se les Ch&valiers montée 
fur des chevaux bien faks Se bien har- 
nachez. Les- Rocs , font dçsMéfana 
portans des tours, 8c les Pirohs de pet- 
ites MOttfqlEietaires^ qui couchent V en 



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pue , 8t fèmblent attendre Tordre pouf 
tirer, • j^ > , îjf^ 

. XXXIIL Je vous ai die que ki lan- 
f[ue dei Iflandois eft fondée fur ran- 
dcime longue Runtque. Le Doâeur 
Wormhis» q^ai ent:end ce Runique,& 
qui en a tait un liyre, m'a aâuré que 
•flâandois eft le plus pur Runique 
iqae nous ayons. Pour preuve de cela, 
ks cara&éres Iflandois I dont Bief keniusa 
^onné un Alphabet dans fa Relation, 
-Aoïi Runiques : Se te même dit quepar- 
^i cts caraâéres , il ^ en a o%ierc^li&» 

Jues, qui fignifient des mots entiers. 
Lug^imus s'eft étendu fur ce chapstre 

idam fa Crimogée^* mais ce )i?r(ç étant 
" Jbrt rare en ce payt^ci. Se fans doute 

Mdlk au lieu ou vous ^tcs, vous tro^ 
; verei bon qi^ k vous en donne ip ^es 
'extraits! ks d^ouvertes touchant l'ap- 
^Cîco langage Itod^i^ W^ dônnefit 
""une graode connoiiSince dc^aûriq^uitez 
M» Nold. 

V>; XXXIV. Ai^rimus dit que fea Àq^ 
^«laiesrrdlflande t^nt veniç let premiers 
> -Idbittiiis'dil oKmde Atâifpie d^un Psi^ 

ce Afiatique» aonpHiii t)àm^ o\x Q^tmt 

t{uir^iiottâé f at l^itaéeS'RomiiiBcs^qujS 



neurt; prit Ujroute du Nocd^ & vint 
le rendre en ces quartiers, avec des' 
U'oupesPbrigiennes qui le fuivirem. Le 
bon Angrimus avoue que l'époque isa 
les Annales lilandiqMCs ne s'étend pas 
plus loin qu*Oiin. 11 a(Iui;c cependant 
que Iplulieurs autres peuples du Nord 
ont de plus anciennesépoques^êc que leurs 
Hi^loires font mention d'ui) Prince 4? 
pellé Narns^ qui donn» les pretnicro^ 
ibtxàla Norvège, ôc Périgea en Ron 
yaume: que Norus étoit fils de Thor«i 
ré» Roi deGotland 6c de Finlaod , (e 
plus grand y le plus vertueux, £cleplv($ 
excellent Prince de fon flécle : que % 
peuples Padorérent comme un^Dieu après 
^4 mort : que la Norvège apella le mcn^ 
de Janvier» Tboné^ de ion nom: Sçw^ 
ce nom^ e(t gardé encore aujourd'i^ ' 
jdans Plil^^nde.. Que le Roi I hoiiff 
^ut une fillç d'une grandebeauté,noaù 
mée Gfia^ qui fut ei^lcyée pir un Pria- 
€c étranger; qi^e fon frère Norus coU« 
lut apr^ le raviQeur.v & qpe le mois 
iuivam ^lui de Janvier fy/t nomnil^ 
€9â, qui eft le même iKim dk>nt fe fer- 
'vcnt encore aujQUird'kû ks lû ndoia^, 
pour le moi^ (fe Février* Angrimiis 
6U enâiite uxi^ cacte géné^^gique ^^ 



i 



prédéceflëuf^dcNoras, qiiîofit étémis' 
par les peuples du Niora au nombre 
des Dieux ,foit de h mer, foit des vems , de 
la n^, ou du froid Sec. Ils en adorèrent unr 
feus le nom de Dieu du feu, mais ii 
fi'étoit pas mal fait £c boiteux comme 
le Vulcain dfs Grecs , mais le mieuiT 
formé Se le plus beau de tous lesbom*» 
mes. Ils l'apeliérent à caufe de ià gran- 
de beauté, Makgh^ c*eft à dire, gran*^ 
dé Se belle flamc. La généalogie def* 
Cend jufques à un neveu de Noms , a- 
pellé Gilue: auquel tems, dit la Croni« 
que, le grand Odin Aiiatiqueentradani 
teNord. 

XXXV. Cette dîverfité d'Annales à 
oEligé Angrimus d*aller encore plus 
avant que ces premiers Rois de Noi^ 
rége, Se de raporter Porigine des peu* 
pies du Nord aux anciens Géans Ca^' 
nahéens, que Jofué chaflst de la terré 
promife-. Se qui vinrent peupler cette 
contrée de Geans , tels qu*ont été les 
premiers habitans du monde Arâiqae , 
Se d*oiï l'on croit que font dérivez les 
premiers Goths, mot qui fignifie', 
Géant. Or, Monfîeur, il ne.lera pas 
hors de propos que je vous dife deux 

floots ea cet endifoit/ Sç de ce grand 

w.w Odin 



v .< 



àeflflande. 

Odin Afîatique, & de l'opinioi) re$ue 
ici, que les premiers honunes du Nord 
ont été Cananéens. 

XXXVr. Le grand Odin AGatique 
a été adoré dans tout le Septentrion 
k)us le nom- de Mercure, à caufede (on 
excellent efprit. On croit au'il eft le 
premier Auteur de cette Poefie^ £c de 
r<çtte Maçie Septentrionale, fi fâmeufes* 
Je vous ai parle de fa Poé&i Scj'aurois 
beaucoup de cfaofès à vous-dire de iaMa* 
gie: maislefujec mérite une narration 
particulière, 2c je la réfèrve à une autre 
fois. Je me contente préfèntement de 
vous dire que je ne pu» aflèz m'éton« 
lier dé la négligence de quantité d'bon« 
nétes gens, qui iuivent arec il peu de 
réflexion des erreurs invétérées, & s'y 
kiflent emporter fans réfîftance. Jui^ 
ques là' même, que plus ces erreurs 
choquent le bon fens, & plus elles iont 
fans vraifèmblance; plus aufli les cro^ 
yent ils, & plus tâchent ils de les faire 
acroire aux autres. Car quelle aparence 
de pouvoir ajufter enfemble teusle&con- 
tes que l'on fait d'Odin Afiatiquei & 
quel raport peuvent avoir des iables fi 
kbles, avec le' fi écle de Pompée, quieijt 
lifi (iéde fx éctniré Se fl cx)nau f 

L 7 XXX VIL 



1 


1 

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. 


1 ^ 




1 






^ MèMon 

XXXVII. Mais D'adttiîJfcz Vous pas- 
ceux qui parlant dts fondateurs des 
Nations, ou des grands hommcsdel'an^ 
l^quité, en font des Géansf On diroit 
qu'ils parlent de quelques loups , que 
I^ fait toujours^ plus- grands (|u^ils ne 
Ibnr. Hercuk, à ce qu?on dit, étpit 
trois fois plus grand que les autres hoiiw 
ine9. Virgile fait hnée 8c Turne hauts 
comme des montagnes^ Qumtus Atbos^ 
êut qum^tm Erix. Le mtme compare 
Fândarus fit Bktasà deux grands chênes. 
Tous les portraits £c toutes les ftatues 
i]ui fe voyem de Cbarlemagne dans k$ 
temples des j/UlemanSy font beaucoup 
plus grandes que les hommes ne le font 
ordinairement. ^£t)*ai vu un Roland, 
llevé en coloile de bois au milieu de 
ift place de Brème > de la hauteur d'a- 
ile piquCr Saxon le Grammairien; a 
fait iès premiers Danois, GéanSé joan* 
nés Se Olaus Mâgnus, frères, & hif- 
loriens Suédois^&c. en ont fài tde même de 
kurs premiers Suédois , auffi bien quPÂn* 

Simus Jonas de Tes premiers lijàndois 
éanSk 11 dit que GotUgnifit Géant ^ 
ic que les premier3 GotbsétoientGéans. 
•Et^ parceque les premiers Goans , dont 
la Bible parle depuis le déluge,, ûmi k$ 
/ . , ~ Ghm\ 



♦ «.A V 



Gé»ni50nanéens,que Joluédéfe & cha&" 
(à de la Terre Sainte ^ i! veut que ces 
Géansfe (byent retirez dans les pays froids 
itu Septentrion , parcequ'il faifoit trop 
chaud pour eux dans la Paleftine. 
^^XXXVIII. Les deux frère? Sué- 
dois, & qoi ont été Pua après Kautre 
Archevêc^ics d'Op&l s vont pîiis loir^ 
qu'Angrinius Jonas, & détertninent que 
les premiers Suédois font defcendus de 
Jap^et Ils prétendent même avoir dé'» 
jsKmtré que la vilte d'Upfal a été bâtie 
jdu tenu ^Abraham. Jem^ctonnequ'An- 
l^riiQUS^ Jonas ne les aie pas fui vis , Se qu^il 
lirait pas £iit fartii les premiers habitans^^ 
de ion île de la même tige de Japhet. Il 
y auiroit peut-être quelque vraifemblance 
a cela t parcequ'il! eft écrit des enfaiis de 
Japhet au chap^ lo. de la Genêfè: Ab 
Miséihi/d /u»t Itt/ul^ genthm ^ $n reg/onh 
hus fmsi uniifyuifque Jècupdim Unguam 
fimmy & famtiiar fuaty .m nathnibus' fuh. 
Csr L\>pinion étant reçue généralement 
que leS' en&ns de Noé ont peuplé le 
monde après le déluge, dc <^e ceux de 
Japbet ôQC particulièrement peuplé les 
Ites; Angrimus-pouvoit dire avec plus 
Ide cerdti^ des premiers habitans de foti 
•Ik^ ce qpe ]oann^^^ Qlaus Mi)gnu$a- 

wient 



<«». « 



Toient dît des premiers habitans dè'Sué^ 
de: Se les faire fortir (ans Hélatef de la 
branche de JapHet, puisque la Genéfe 
autorifoic plus fortement fa conjeâuré 
pour (on lie, qu'elle n'àutôrifoit celle 
des Suédois pour leur terre ferme. De 
cela il s'ënfuivroit auffi que Plflande au^ 
roit pu être Habitée longtems avant la 
venue dés Géans Cananéens dans \t 
Nord. y' V 

XXXIX. A vous dire ce ^uè je 
peniède ceux qui recherchent trop exafc- 
tement quels ont été \ti premiers hbm* 
mes qui ont peuplé le monda après lè 
déluge, je croi que îènr curionté eft 
vaine 8t inutile, parcequ'on ne le peut 
iàvoir , 8rque toute forte d'hiftoircnoiK 
manq^ant pour cela, ce que l'on en peut 
dire n'eft fondé que fur des Conjechl^ 
Ves, ou fur le raport de quelque Crottî* 
que, fabutéu&ou htftofique, mat coti- 
çue, & plus mkl expliqpeeéncc^e. En 
cela je ne prétens pas contredire le fëul 
;AngrimuS| que j'honore K que j*cfti^. 
me iqfinîmciit. Céfl un vice général-, 
& cet Auteur n'èft pas le premier qui 
a fait fortir les premiers lèbitans du Nord, 
des Gcàns Cananéens. Et cc-quiPàd'atf- 
tam plus engagé dans cette erreur, fîir 



de tljtmii. 4 1 

Popinîon reçue, c'eft qu'il a cru avoir 
trouvé des mots Iflandois, oui avoient 
raport à quelques mots de la langue Hé- 
traïque, que l'on a apellée, le langage dk 
'Canaan f depuis que les Juifs furent maî- 
tres de la terre promife, Se qu'ils en eu- 
rent chaflc les ucans Cananéens. Mais 
le bon homme n'a pas confidéré que 
ces Géans ncparloient pas Hébreu; que 
PHébreu leur ctoit étranger) & qulîs 
n'ont pu porter dans le Nord, quand 
même i&lWoient habité, l'ufage d'une 
hngue, qu'ils n'entendoienc ni ne par* 
loient pas. 

X L. Ce que je dis vous fera re* 
marquer de iêmblaUes bévues dan^ ïci 
écrits de quelqpes lavans Critiques de 
notre fiécle, qui ont cherché l'origine 
des premiers peuples dans certains mots 
Allemans, ou Hébreux, qu'ikont cru 
avoir quelque raportou avec le langage,, 
ou avec lec non^s de ces mêmes peuple?. 
Mr. Grotiusa écrit, dans fàdiflftrtatîon 
fur l'origine des peuples de PAmériqué, 
que les Américains font Alleirians d'orr* 
gine^parcequ'ils ont beaucoup de mots 
Sniflànt en /tfn, Sc que land^ eft un mot 
Allemand. Parcequ'îl y a des peuples 
dans. l'Amérique que l'oà apelle Alavar» 



4t Âelârio» 

des, (que Mr. Laetidit cependane ^oir 
été sÛAli apellez d'un Capitaine ÉTpagnoli 
nomme jiivaroéb qui les conquit) Mr. 
.Grotius aflurc ipie les Américains Âls-- 
vardes pnt été originaires Lombards^ 
$i qu'ils; ont été apellez Alavarder, par 
la nqême corruption de Itngagp, qui tait 
que ks François d'aujourd'hui apellent 
HaUbardii , les armes des Lombards^ 
que ks anciens François apelloient Lûm» 
bardés, ' ^, ù -" -^-^r^ t^- -■■ r - --i-: 

XLT. C'efl: lor de pareilles origines^ 
2c fur de femUabks çonjeâuresi qqc 
BoChard» non moins lavant que Gro- 
ûttSi^aeooiporé fondoâe Ph$ieg^ oui! 
étafaiit le partage & les preioiéres habi^ 
tations de toutes ks terres du monde, 
l'admire que la AiUilité de fon efprit, 
^ îa eonnoâlaxice qu^il a des laogMcs 
Orientales, lui a^ent £c>urni dans l'Hé- 
breu l'imerprétationdcsvers Cartha&inois 
qui le li6n€ dans k Patnulusàc Plaute. 
JMais (yaoiqye (es conjeâuies io]rem fort 
ing^nieufeSy je ne faurois croire que ce 
jCarthaginoi^ ait été de l'Hébreu. La 
xaiipi^ eft, q,ue Pidon qui abâtiCartba- 

fi, étoit Pbénicieiiuiei que le langage 
hénicien a été diférent (kl'Hébt«iïque;i 
& qu'il ne k peut que le Cariba^bis 



diflflmài. 43 

(jiie l'on parloit du tems de Piaute« ait 
été, je ne dis pas de l'Hébreu, diféient 
du Pnéokicn, mais ce méoie Phénicien 
que Pan parloic du tems de Didon. Ssu 
mucl Petit , autre (avant homme, Sc 
grand critique, avoir trouvé avant Bo- 
chard une autre explication des vers Pu* 
niaues.de Plante, £c d'autresparolesqu» 
celles du forant Boçbard^ Ce qui ipe 
fait aoire qu'un troifiéme» audl lavant 
qu'eux daas l'Hébreu , trouyiroît , s'il 
vouloir, un troifiéme &ns dans ces mê- 
mes vers, par des tranfpofîtions de Iet« 
très & de points» dont ce$ Meflîeuri 
fe font ièrvis ^ & que l'ufagc pcnnct 
aux Gcitiques de la. kngue Hébraïque^ 
i qui L'on fait dire , comme aux clocher» 
jout ce que l'on veut , par de fembUr 
bles licences. / 

XLII. Vous excuferez, Monffcur,. 
la digrçflion que j'ai &ite, parce que îe 
j)c l'^i pus cru élpi^ée de mon iujçt»^ 
que le bon homme Angrimus dans l'ç* 
timologic qu'il ^ cherchée de q^uelqu^ 
mots Iflandois chez les Hébreux , a ta^* 
vi une erreur aflèz^ordinaire aux fayans. 
Il n'en doit pas être cru, non p'us que 
les autres i puisqu'il n'eil rien de; (i trom- 
peur y i)i de w^ps jfolide , que des çon- 



jcâures fondées fur de (emblables étiv 

moTojzies. 

' XiLllL Je croyois qu'Angritnu$|onas' 

{croit iortir fes premiers màndois desr 

blêmes Géans Cananéens , qui- avoienc 

Kuplé félon lui toutes les contrées dit 
ord. Mars il n'a pas voulu aue Tls- 
hnde ait été habitée de ce tems^ià. Ce 
.^u'il en a diteflturieuii:» 8c mérite de 
TOUS être écrit. ]t dit que PIflande i 
été premièrement découverte mt uncer* 
tain Naddbcus^qui aloitauxIlesdeFàro, 
te yxi fut jccté jrar la tempête à la côec 
pnemale de l'mande, qu*il nomma 
Sàilàndi^ à caufè des hautes négéS i^\xH\ 
V trouva. NTaddocus ne s'jr^rréta pai. 
luC ftcond qui là découvrit» fthuiiSoé* 
dois nommé Gardarus 9 quialIàcKercHcr 
cette Ile fur ce qu'il en avoit oui dire à Nad* 
docus, & l'Siyant trouvé en Pan 864. y 
pafTa l'hiver, & apella l'Ile Gardêvs^ 
kolm^ c'éftàdire, l'He deGardarus. Le 
troifîéme qui la découvrit, fut un • Pira- 
te renommé de Norvège , nommé Fiocco^ 
qui fe (crvit d'une invention très belle 
pour trouver cette Ile, fur lé raportqui 
lui en avoit été fait. Oli ne favoit en- 
core en ce tems*li quoi que ce (bit dé 
l'aiguille aimant^ ni de l'ulage daconv 
*^^^. pas* 



^ iiffflmià. i|| 

•pas. Comme il alloic d'une Ile à l'au* 
trCf fans découvrir œUe qu^il dherchoic^ 
il prit trois corbeaux en partant de l'Ile 
de Hetlandune des Orcades, & en lâcha 
un , lorsqu'il crut être bien avant en 
mer: mais il connut qu'il n*écoit pas fi 
éloigné de terre qu'il l'avoit cru , par- 
ce que le co]4>eau reprit la route de 
Hetland, 2c s'y envola. Il poufiàplus 
avant dans la mer, & lâcha le fécond 
corbeau, qui roda de tous cotez, ^ 
ne voyant pas de terre retourna dansie 
vaidèau. il ne fut pas trom^pé au 
troiCéme corbeau, qui découvrit l'Ile, 
& fondit deflus. Fiocco l'aj^ant fuivi 
des yeux Se des voiles , car il avoit le 
vent favorable , aborda hcureufement à 
la partie Orientale de Gardarsholm 9 où il 
paffa l'hiver i & le printems venu, fe 
voyant ailiégé des glaces, que lesldnr^ 
dois apellent Qroenlaqdiques , il don- 
na à cette lie le nom d'ifiande , qui 
iîgnific le pays ài^ glaces. Cetroifiéme 
som lui eft demeure. Fiocco pafla un 
autre hiver dans la partie < Méridio- 
nale |de l'jflande \ mais n'y ayant 
pas trouvé fon compte, non plus qu'à 
l'Orieqtile , il retourna en Norvège , 
où il fu: fipellé Rqfnafloke^ c'el^ à dire, 

Fiocco 



~-^. 



\6 lUidn»» '^ 

Fiocco le corbeau, Àcaule dies eoVbcau'k 
dont il s^écok ièrvi pour découvrir Tlf. 

XIAV. t€ premier ifoiïdatair des !(• 
landoiis, eft on Ingulfè^ BarondcNor' 
vége, qui (e retira «n Iflande avec Ion 
beaûfrére Htorleifiis , pout- avoir tué 
deux frères des plus grands Seigneurs de 
kur contrée. Comme c'étoit la coutume 
desbanis de Norvège, d'arracher les 
portes des maifensqu^ilskiilbient en leurs 
pays, & de les empoiter avec eux, In- 
gulfe étant à la vue de i'Iflande, jctta 
les portes dans la mer, pour aborder où 
le hazard & les flots les poufferoiem. 
Mais il arriva à un autre endroit, quoi- 
qu'à la même partie Méridionalede 1*1 le. 
II ne trouva fcs portes quelrois ans après: 
ce qui l'obligea à changer de demeure , 
6c a s'arrêter au lieu où fcs portes s*é- 
toîcnt arrêtées. Ingulfe êc fon beau-fré- 
re yifitérent premier .ment I* iflande, en 
l'an de Grâce 870 , & ne Hiabdiérem que 
quatre ans après, en l'an 874. qui eft 
l'époque déterminée 6c définie dans les 
Annales de Wflande, pour la première 
habitation de cette lie. Les métnes An- 
nales alTurent qtf^lngulfe trouva PMlan- 
de ittcHife & dejmey lorsqu^fl y arriva. 

On 



K^è^Sélk X 



dePIflgnâi. ^y 

On rcoônmit néanmoins que qadques 
Mariniers Ânglois^oulrlandois, avoicnt 
mis autrefois pied à terre aux rivages de 
Pile, par quelques cloches , par queU 
ques croix, 6c par quelques autres ou-^ 
vrages &its à la mock: d'Irlande & 
d'Angleterre, que l'on y avoic laiiTez, 
& par quelques livres qui y furent 
trouvez. On demeure auffid'aoordqua 
ks Irlandois avoienc fait diveriës de(- 
centes dans cette Ile, avant la venue 
d'inguUe. £t leurs Annales raportent 
que les anciens lilandois apelloient ces 
Irlandois, Pap4s\ Se qu'ils nommèrent 
la partie Occidentale de l'Iflandc Papey , 
parceque ks Irlandois avoienc accoutumé 
d'y aoorder, comme à la plus proche & 
à la plas commode. 

XLV. Or, Monfieur, fur ce que 
les Annales de l'ïflande affurentconftam- 
ment que l'Iûande éiokwculte & défera^ 
lorsqu'lngulfe y arriva,- Angrimusjo- 
naf; aiïiire fortement aulÏÏ que l'iflande 
n'a jamais été habitée avant ce tems-là» 
& s'emporte contre ceux qui difent le 
contraire. C'eft un plaifir de lire ce 
qu'il écrit dans fon Spécimen Iflandïcum ^<- 
cor^fC Pontanus , 6c les Auteurs que 
Ponranus a alléguez, pour prouver que 

riilande 



] 



/ 



,: 



/ 



^8 Relàtim > 

l'Iflandc étoit l'ancienne Thulé , dont 
Virgile difoit à Auguftc , Ttbi ferviat 
MmaTkule. Car, dit il, li notre Iflan- 
de étoit cette uUtma Tbule\ elle auroit 
été habitée au tems d'Augude. Et que 
deviendroit la foi de nos Annales, qui 
afliirent qu*elle n'a été habitée qu'au 
tems d'ïngulfc? 

:> XLVl. Mais ^ le pie de fe neflbu- 
vcnirde ce qu'il a lurméme écrit, 6c 
que je viens d'alléguer, que des Mariniers 
Irlandois avoient acoututxié de mettre 
pied à terre en Iflandc, avant la venue 
dli^ulfe, ècT que Jès anciens lilandois 
apelloient ces Irlandois, Papasi Je le 
prie de me dire qui croient ces an- 
ciens Iflandois? J'acorde à Angrimus 
que l'IflanJe ne fut fibfolument Chré- 
tienne , que quelquiîs années après la 
defcente d'Ingulfe. Mais il ne peut 

Eas nier qu'il n'y eût en ce tems-là 
eaucoup de Chrétiens dans la contrée 
du Nord. Les Irlandois l'étoient, & 
Ingulfe en trouva des marques , am- 
vant à nie La Crimogée remarque 
que le beau-frére même d'InguUe , qui 
aborda l' Iflandc avec lui , s'il n'étoit 
pas Chrétien , avoit du moins des len- 
timcns Chrétiens. Et il efl; ceruin que 

Vf: . .:■■ i, ^ le 



île, dont 
ttbi ferviat 
notre Iflan- 
elle auroit 
e. El que 
inales, qui 
jitéc qu'au 

ic le rcflbu- 
ïie écrit, & 
ics Mariniers 
i de mettre 
ant la venue 
ens Ulandois 
^apasi Je le 
^ient ces an- 
Angrimm 
itnent Chrc- 
s après la 
il ne peut 
ce tems-là 
.s la contrée 
'étoient, & 
turques, am- 
^ée remarque 
ïnguUe , qui 
, s'il n'étoit 
ioins des icn- 
certain que 
le 



de Clflanâi. 4^ 

le Chrlftianîfmc étoit: en ce temps-là ré- 
pandu dans toutes les contrées du NoH 
Se dansPlflinde: comme je le prouverai 
un peu plus bas. Cela étant » quel rems 
veut donner zAngrimus à ces Iflandois 
payens, qui écoient fi fort atachez àlcur 
ancienne Religion , 6c principalement à 
ce^e de leur Odin , par lequel jjsjuroient, 
& qu'ils apelîoient le grand Protefteur 
Afiatiquef II efl certain que de toutes 
les fupcrftitions Payennes, les plus an- 
ciennes font les facrifices des hommes : 
Se j'ai fait voir ci defîus que ces facrifi- 
ces ont été pratiquez avec grande dévo- 
tion parmi les Iflandois. Leurs Anna- 
les diiènt qu'en la partie Occidetitale de 
l'Iflande, il y avoit un Cirque, au mi- 
liey duquel s'élevoit un grand Rocher; 
où ils écrafoient les hommes, Scyeribienc 
le (àng en (àcrificc à leurs Idoles. Ces 
mêmes Annales remarquent que cette 
coutume ayant été abolie dans l'Iflande » 
comme elle le fut par tout ailleurs , le 
rocher retint pluGcurs fiécles après la 
couleur du fang humain qui y avoit été 
répandu. Je demande à Ângrimusquel 
tems il veut donner à ccspluftettrs fïédes^ 
dont fes Annales mêmes font mention. 
Je lui demande auTi en quel temsontété 
Tom. /. M in* 



5*0 Relation 

inventées les fables de l^Edda, qui font 
fl anciennes, 8c fî bien nées avec tes 1(1 
landois, qu'elles ne font prefque point 
connues des autres peuples du Nord| Se 
du tout point de toutes les autres Nations 
du monde. 

XLVII. Ajoutons à cela, Monfieur> 
«ûe les Annales d'IHande, où f# lilent 
les voyages de Naddocus, de Gardarus, 
Scde Flocco, avant celui d'In^ulfe, ne 
difent point que Tlflande étoit de/crte 
lorsqu'ils y arrivèrent. Flocco y a vécu 
deux ans entiers. Et il elt â préfumer 
<}u'il y a vécu des commoditez qui (è 
trouvoient dans un pays habité. Mais 
que dira Angrioius à ce qu'il a dit, que 
les Jflandois ont été fi curieux, qu'ils 
bnr recueilli dans leurs Annales totftes 
les faiftoires des peuples de TËurope^ 
Et pour me fèrvir de fes propres termes, 
qu'ils ont été, Adtotius Europaresbifto'- 
ricas lyncei, C'eft ce qu'Hérodote & 
iPlatonont écrit de» Egyptiens, qu'ils 
avoicnt dans leurs Bibliothèques les an- 
ciennes hîftoiresde tous lespaysdumon- 
de^ & que c'étoit par cela même que 
les Egyptiens pfétendoient prouver l'an- 
tiquité prodigieufe de leur nation. Pour 
aucorifèr ce qu'Angrimus a dit de fes 

^ Iflan- 



qui font 
:c les If- 
uc point 
ord| Se 

;s Nations 






Monfîeur» 
1 f* lilent 
Gardarus, 
\gulfe, nt 
oit defcrte 
:o y a vécu 
à préfumer 
itez qui fe 
3Ïté. Mais 
ladit, que 
:ux, qu'ils 
lales totrtes 
TEuropc? 
)res termes, 
opareshtfto" 
lérodote & 
cns, qu'ils 
lUes les an- 
tysdumon- 
mêmc que 
rouverl'an- 
lation. Pour 
dit de fcs 
Iflan- 



Idandois, je vous dirai que le Doâeut 
Wormius a une copie Iftandoife des An- 
nales de la partie Occidentale de l'Iflan« 
de, qu'il m'a lue 6c expliquée en divers 
endroits. J'y ai remarqué plufieurs hit 
toires de Norv^e, de Danemark, de 
l'Angleterre, des Orcades,& des Hébri- 
des; ôccntr'autres. l'irruption des Nor- 
mans dans notre Normandie , qui eft 
iàns date. Après cela vient la defcentc 
d'Ingulfe dans l'iflande. D'où il s'en- 
fuit qu'il y avoit des Ecrivains dans l'IF» 
lande, avant la venue d'(ngulfè, &(]ue 
lUflande étoit par conféquent habitée 
avant ce tems-là. 

XLVI 1 1. Je croi que les Annales d'I£- 
tande, qui font mention d'/ngulfe, Sc 
qu'Angrimus cite , font véritables. Je 
croi qu'Ingulfe n'eft venu en iflande 
qu'en Pan de Grâce 874. Et il s^ft p^i 
faire que les endroits de l'Ile Méridiona- 
le oii il aborda, étoient inhabitez, ou par 
quelque grande mortalité, ou parceque 
des Pirates en avoient exterminé les ha- 
bitans : mais il ne s'enfuit pas de là que 
toute l'Ile fût inhabitée. 11 eft certain 
qu'Ingulfe feul ne l'a pas peuplée : car 
les Annales mêmes d'Iilande adurcnt que 
(liveries Nations, voifîncs&Méridiona- 

M X ]eS| 



f% Relation 

Jes, en ont peuplé divcrfcs parties. An- 
grimus ipécifîe entr^ autres un habitant 
des Hébrides nommé Kalmannus^ Se dit 
cxpreflcment que ce fut le premier qui 
s^irrêta à la partie Occidentale de l'Idan- 
de. il e(l remarquable qu'Angrimusne 
raporte aucune date de la venue deKal- 
niannus * non plus que de quantité d'au- 
tres Irlandois , ËcofTois, & Orcadcs, 
qui ont habité les autres parties de notre 
Ile. Ceci me fait croire qu41 faut diftin- 
guer les Annales de Tiflande , ielon qu'el- 
le a été Payenne, ou Chrétienne. Les 
«Annales de l'iflande Chrétienne, ie doi- 
vent prendre à la venue d'ingulfe. Ce 
que l'Ere Chrétienne marque évidem- 
ment par Pan 874. Les Annales de Tll^ 
lande Payenne n'ont pas de date , Se iont 
d'un tems indéfini. 

, XLIX. Cela pofé, il n'eft rien de 
Ç\ aifé que de concilier l'iflande Payenne 
avec l'illande Chrétienne , d'accommoder 
les Annales de lune avec les Annales de 
l'autre, d'acorder Anorrimusavec Angri» 
iDUsmême,Sc de l'acorder particulièrement 
avec Pontanus,qui veut que l'iflande d'au- 
jourd'hui foit la Thulé des Anciens,Sc qui k 
prouve par quantité d'autoritezprifcs de di- 
ycrs Auteurs Grecs, & Latins, de rhiftoire 

d'A- 



f '<;»'• 



— » 

deflftantk, 5*5; 

(fAdam de Brème qui a écrit en Pan de 
Grâce 1067., de Saxon le Grammairien 
quil'afuivi de près, d'Andréas Velle» 
jas qai a traduit Saxon en Danois, êc 
qui a toujours^ pris de (à traduâion les" 
fylenjèsàt Saxon pour les lftandoisd*flu- 
jourd'hui. Qu'Angrimus ne di/è pas* 
qu'Adamde Brème a écrit des fotiies dans 
fon hiftôire comme celle- ci. Que de fonp^ 
tems la vieille tradition étoit reçue, qu*ilî 
y avoir en Iflande des glaces fî anciennes* 
oC fi féches, qu'elles bru loienc quand on« 
ksjettoit dans le feu, comme le char- 
bon que les Flamans apellent Houilie, \h 
ne s-agit pas ici de la (otife fi^nplemenr,. 
il n'eft qucftion quc^e l'antiquité de la 
fotift, & du tems qu^ellc a été crue. Car- 
plus Jà fotifecd- grande, plus nous devons 
préfumer qu'il yalongremsqu'elleeften 
créditr& celle-ci nous oblige d'autant plus- 
à croire que Tlflande étoit connue de toute 
ancienneté. Angrimusdira queles Auteurs- 
Grecs & Latins fe fcroicnt trompez cii^ 
là fituation précifc de PJle de Thulé,. 
s^ils Tavoient prift pour Plflande, A 
cela je répons que les mêmes Auteurs- 
Ile fe font pas moins trompez dans la ^ 
defcription de bien d'autres endroits,, 
donc eux Se nous demeurons d'acoid*. 
t M} Il 






f4 Rèhtim 

Il n'eft pas ici queftion de (avoir fi ces 
Auteurs ont décrit précilément Piflande, 
telle qu*dle a été, ou telle qu'elle eft 
naiotenaot: mais fi Plflandc qu'ils ont 
voulu décrire a àé celle doat il s'agit , 
2c fi l'iflande qu'ils ont cherchée, a été 
celle que nous avons. 

L. Ce qui m'oblige d'autant plus à 
croire que c'efl la même dont nous par* 
Ions, c'eft tpjc Caiâubon le croie ainfi| 
8c qu'il a décidé, dans fès doâe» com- 
mentaires itir Strabon , que la TIailé 
de ce grand Géographe eft l'Jiknde 
d^aujoura'huf. La chofê même auco« 
riie cette croyance^ en ce que i'Iflan- 
de eft tnifè aujourd'hui i comme au^ 
trefois, par tous les Géographes, àl'ex- 
trémité de l'Océan Deucaiédonien, ou 
Merd'Eoofle, qui eft TOcéan Britan- 
nique; 8c que la Thulé des Anciens a 
été crue la dernière des iks vBritanni- 
ques* C'eft une choie connue que 1'^ 
ooffe a été apellée Calédonienne, du nom 
de la grande forêt Calédomeoœ, donc 
il ne refte, dit on, maintenant qtie k 
fèul nom en Ecofle. Seldenus a écrit 
que les Ëcoflbis Septentrionaux ont cté 
apellez, T^tuct^donieiu : c'eft à dire en 
Icttr langue, noirs & iombres Oilédo- 



l 



M' 



nieqi. 



tk l'Iflaade^ ff 

niens. C'ieft de là fans doute que PO- 
céati qui lave l'ËcofTe Septentrionale Se 
fcs Iles vorfines, a été apcllé Deucalé' 
dmleui (bit pour le» ombres perjpétuel- 
les (jui couvrent cette mer, foit pour 
Pépaifleur de Pair qui la «end pefante. A 
caufè de quoi Pline Pa apellée. Mare pu 
pum^ 8c Adam de Brème, Ahire jeatr 
ftum^ & pulmoMumi parceque cetc 
mer a de la peine à s'émouvoir, &qu'e^ 
le ne court non plus que fi elle étoit aÇ 
matique. C*eft dans ce même fêns quç 
Plante a dit d'un mauvais piéton, q,u?i]l 
vf.^1 des piez pulmoniqueSé 



Wefibut fulmotieù miK ékfbeuj^ii 



fi' 



U. Angrlmus fc laiflèroit pcriqader 
^ PlSande ieroit la même qise Pan» 
cienneThulé, s'^il pouvoit être convain- 
cu que fon Ile eut été habitée av^t la 
venue ^^Iiigulfe. Quoique les preuve;: 
quej'to ai taportées le dufllçiït pleifie^ 
men( fatisfaire, je lui vai hm voiir de- 
plus que nflande étoit habitée avant cç- ' 
tcms-iâ, par d'autres mifons tràs prc(f 
Êntes, J'ai deux Croniqiies du Groen^ 
land en Danois, l'une en verscommeo^ 
ce Ton l^ircgar Pan 770., j^auei Ip- 
-'■■' ^ M- ^ ' Groeni- 



Il ^ 



*«.; 



56 Itelatm 

Groenland fut découvert. La Cronique 
en profë raporte que celui qui partit de 
Norvège pour aller en Groenland, pafla 
par riilande : &: marque expreffément 

Îue l'iflande étoit habitée en ce tems-là. 
)'oîi il s'enfuit que l'iflande n'a pas 
commencé d'être habitée en l'an de 

Grâce 874. :,..,.,..,„. .;. 

LU Angrimûs clîrà que ma Cronî- 

?ue Danoiie ne s'acorde pas avec (à 
ironique Iflandoife , qui porte que le 
Groenland ne fut découvert qu'en l'an 
98x., 8c habité qu'en 985. Maisj'apu- 
yerai ma Cronique Danoifè de Tautorité 
d'Anlg^rius, grand Prélat & i^rançois 
de nation, que tout le monde Arâique 
rccoonoit pour (bn premier . Apôtre. 
L'Empereur Louis le Débonnaire^ le 
fit Archevêque de Hambourg, Se éten- 
dit la jurifdicUon de (on Archevêché par 
toutes les contrées du Nord , depuis 
l'Elbe îufques à la mer glaciale/ &c au 
delà. Les Lettres patentés de l'Empe* 
reur, qui érigèrent Hambourg en Ar- 
chevêché , & qui firent Ansgarius Àr- 
chevéque de Hambourg, font de l'ac- 




/- 



Croniquc 
i partit de 
and, pafla 
prcffémcnt 
ce tems-là. 
de n'a pas 
a l'an de 

tnà Cronî- 
>as avec fa 
3rte que le 
qu'en l'an 
Maisj'apu- 
dc l'autorité 
5c Çrançois 
it Àrôique 
icr . Afoiïc: 
chnàirc , le 
rg, & ctca- 
:hcvêchépar 
)ri , depuis 
icialcV & au 
de l'Ëmpe- 
Durgcn Ar- 
nsgarius Ar- 
font de Pafi- 
nfirmêes & 
ire IV. l'an- 
raportc To- 
ri- 



/ deNJlandèl , 57- 

rigînaldés Lettres patentes de l'Empe- 
reur, 8c de la Bulic du Pape connr* 
inative de ces Lettres, dans le livre 
4^ 8c dans l'année 8^4. de fon hiftbire* 
Danoife. Or il eft dit cxprefRmcnt 
dans les Lettres patentes, que là porte* 
de P Evangile avoh été ouverte^ & que- 
'Jéfus'Cbrift avoit été annoncé dans Pis- 
kndè , & dans lè Groenland : de quoi: 
PEmpereur rend particulièrement gra-» 
ces à Dieu dans ces mêmes Lcc*' 
txts. ' '■' 

Lin. Cela prouve dèuxcHofes. L*û-- 
ne, que l'iflandectoit habitée St Chréî 
tienne avant l'année 8^4., 8c quarante 
ans avant Tan 874. lorsqu'Ingulfe l'ha- 
bita. L'autre, que le Groenland étoit- 
habité & Chrétien avant la même an-- 
née 8^4. Cela fè raporte aufli avecmà^ 
Cronique Danoife', qui pofe la dëî 
couverte du Gi-oenland en 'jyo'o A'ni- 
griniuj rie fâchant' que dire à cèlaf,, 
dit néanmoins qu'A doute' que là Bul-- 
le dé Grégoire IV. alléguée par Pon*- 
tànus; (bit origîhâlé,. 8C croit que ce- 
n'elt qu'une méchante copie. 11' mt^ 
permettra" de lin;* répliquer^ qti*ili n>i 
jps faic confiftèr lè véritaBlc-iïô'nneid»' 
M fj àèfi 



de VlSàtiât , là où il le devoît paftr. 
Il â cru qu'il étoit obligé à fixitenir 
la vérité prétendue de les Annales, 8c 
îl auroit été beaucoup plus avamagem^ 

E3ur lui d'avoir renoncé à (es Anna- 
s» que d'avoir voulu ôter à (bn Ile, 
3ui eft (à Patrie» cette belle couronne 
e vieillefle» <}ui a blanchi dans les 
Î laces qui l^riwirontient depuis tant de 
écles. Qiiî ne fait que le fiécle d'Inr 
sulfb étok uo fîécle de barbarie pour 
les Lettres? Les Goths ont été^ acu- 
iea de l'avoir introduite en ce tens-U 

Sir toute l'Europe. Et les mêmes 
o'^fi ne iè doivent pas fcandalifer^ 
£ on kur dit qu'elle étoit en çc tems- 
là chez eux,, comme dans ion trône» 
Qyi voudroitm'oUiger à croire tout ce 

2uii eft écrit dans le» Ctoniques d'un 
éclc fi peu éclairé^ me perfuaderoit 
aufli aifiment toutes \t» £blies qui fe 
lifènt dans nos Romans: d'Oger le 
Danois, des quatre fiJs Aymon» fit 
de Mrchevéque Turpin», qui Ibnt de 
ce même tems , ou n'di fibnt pas éloi^ 
gpez. 

LIV^ Je fouliaitCEois ,^ Monffcur,', 
igie: VOU& euifin^ lus les Iji^^s d'An» 



M 



gntûus Jonas^ cfit je n>t çu lê mo*^' 
yen que de ^xfùvixix. Vw y rc#- 
marqueriez fins <loute beaucoup de 
raiions que }*at obimfes » pour t*an- 
tiquité de l'iflande. 11 vous fera aifé 
d'avoir le Spicimen Iflknàcum j^. ipipri«> 
mé à Aixifteidam -en i^^y. Je ne lai> 
fi la Crimogée fera (i facile à recou- 
vrer. Celle que j'ai lue a été impri^ 
mce à Hambourg en 1609; Vous 

[^rendrez plaifir à lire ces livres^^ (v 
>\ir\ Se Tautre vous tombent entre les 
sdains*. Je v«i|8yi:|eavoy€, pour avoir 
une coonoââiice ^s exaéte de ce que 




être communiqué. Je vous jctivo^^ij 
la Relation du Groenland, fi vous me 
témoignez que celle ci ne vous ait pas> 
été deâgréable.. J'avoue que, pour la < 
préienter à une perfonne de votre mé- 
rite» je devois aporter plus de foin que 
je n'en ^ employé: à la polin Mais je 
dévots avoir auffi plus de tems 6t plus > 
de repos , que n'^ « eu pour cela; Sou* 
venca^-vous , je vous prie,-, que vouss 
m'ivcz: oblige d'entreprendre cet ouvra/** 

r^ *^ W \ >". ' 



€S 



Rituibn iè n/!ànd&^ 



ge , & qiae vous êtes par cela mêète 
obligé d'en excufer les défauts. Fai- 
tes moi Phonneur auffi de me ctoire,. 



:Ui 



monsieur/ 






* jt-iij». .u* 



f ' r '- f 



Vbtre 
très 



liumbré' &r 
obéxâant (i 



mp .^ja:^:: 



LaJPsv&,s&jb, 



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Boite dt Copen- 
Jiiguc, le it.Dtf- 



iMlhKCU4* 



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AVERtl.$lENΣ:NTΠ

SURLACARTIi m 

1>U u. 



'.) 



.UCu^X 



GROENLAND;; 

ÉUâ Carte drè^jfuf ^a^^ 
ire Elévations qut rn^ohi été 




particulièrement connues , ditcaf^ 
Faruel , âe PJjlanâe , du ^itS' 
hir^f ft de cet endrùii de là Mer Chriflia" 
u^ où ies J^la€às,arrêtêr£ht le Capitaine 
Munfk^ qui efi ici marqué , & fiommi^ 
Port aviver de Mùnck. -t^-'x^ ^rv ^ 
J*diprts les longitudes de tous ces lieux' 
fur le Méridien de Plie de Fer des Cana» 
nes\ par Pavis de Mpnfièur Roherval 
Metbématicien de^rand no^^ & de Monr 
j^ur Sànfon excellent Géographe^ que 
fat 'fuMltez pour là çpnftfùSfion dé cem 



^7. 



x* 



1 



6i AVERTISSEMENT. 

La longitude du Port d^biver de Munck^, 
fffû hé^rfvéï^éHMKt tomme qm ies m» 
tret, par mu'ifit/fe de Lmu^ fui tft rj. 
pmée dmu la Rdaiim mime de u Capim 
tme^ qm dit Pmmrvue dtme à eeport]^ 
fur les huit heures du Jhir^du vingtième 
Dkenére de Pannêe mil fie cens dix neuf. 
Elle dut paroitre à Paris fuivant les Ta* 
hles d^s mouvemens pélffies^ fur Ifsirois 
heures du matin ^ ou environ , du xi. du 
même mois» Mais paueque cette éclipfe 
dura trois heures & plus^ f^ i^^ ^^ ^^' 
p'Mne Muné ne dit pas iÛ la vit ^^^u 'à 
fin commencement^ ou à fin milieu , ou l 
fi fin s Mo^ur ^affpndiy à -qui j*p eu 
recours touchant cette difficulté, & d$m U 
fuffijance eji connue de tous ceux q^i fini 
profiffion d^aimer Us belles lePtres , i»V 
confiitii^ poitrlavr0*fimblance de lacon* 
jeBure^ & pour ne pas tomber dani Pune 
m P autre jxtrêtfiUé^ depofér fuè cette iclip- 
fe fut aperçue au pmP de Mmck f entre fo» 
commencement & fa fin s c^eJiAdire:, vers 
le milieu du tems qu^èlle dur^^ & àPheu^ 
rCf ou environ^ qf^^ette dut parmtreàPartSi 
jp'aà \l rifulterpit qiie lorsqu'il efl trois 
heures dumeiin^Ji paris ^ il n^'qiteM] 
h^res du fiHr du jour j^cédeHt^ ait Pâm 
(j^Mumks dr qu^tly'afipt- hiufes- dé^âif* 

firéncA 



cv 






\ ^^^ 



AVERTISSEMENT. 6y 
ferma éP un lieu à Pautn, Or ^ en pn-^ 
nûnt qmn^e âegrtz pour chaque heure ^ Je- 
Ion tes régies de la fcience^ il s*enfuivroit 
eulpque k Méridien du Port de Mtmck fe^ 
toit éloigné du Méridien de Paris de tenf 
(inqdegrezt & que mettant Paris au vingt 
mifiéme degré & \ delm^itude^ Je Port dt 
Mtfnck devroit être this au %y9, d^re' i, 
t^ellà dire, ^i.degrez& {audelàda Mé^ 
rtdien des Canaries, Et iljeroit évident par la 
mhferdfon qu'à compter douze lieues tommu» 
nés ieFrame pour shaquè degré de ce Parallèle^ 
éont tes degrezJontéPenvirûnlamoiciépluspe» 
tits)que lesdegrez des grand Cerclés , 4£ Port 
firoit iloignê de Paris d'environ i^q Jieues, 
J^ai diviJéJa partie AUrJdionàle du Groen» 
bmdf prifi au cap Farueî, en deux IJes^ 
de la façon qiPellesJont ici repréjentèes^ Ce 
que j* ai fait, non pas fur les Relations Da* 
mfes, dont je me fuis prvi pour ma Reta^ 
tion, car elles r^en parlent points niais fur 
une Carte de la Bihliofbéj^ife de MONSEI- 
GNEUR LE ÙÀRDINAt MAZARJN^ 
que Monfieur Nàu^ m^a> fait la grâce de 
me communiquer. Ces mots font écrits au 
fié de cette Carte: H«c delineatio faâra 
eft per A&mmim filiutQ< Arnoldi, na.- 
tum in tioUandiâ , in civitatc d!i&ijeft 
Briel, qui V^ myigatipneQX , ad J»fulam 



»v. 



' !i 



d"4 AVERTrSS£;MENT; 

diftatn Ant/qttamGroenlandiam y inftituit; 
tanquam riipremusgubernator,an. 1614,. 
& lôiy. Ce Martin fils dTJrnoul^ a- 
pelle le Groenland^ une iki quoique Pon 
ne fâche pas enciore s'^ilefi Ile^ ou continent^ 
ou compsfé ê^ lies y II dit que c*ejl la Carte 
d» Vieux Groenland. Il pouvait dire du 
vieux & du nouveau^ car on n*'en connoii 
point d*autre. Et ce que nous en connoiffons 
devroit plutôt êi/e apellele nouveau ^ que le 
Vieux. La raifon eft\ qt^encore que le vieux 
Groenland ait été certainement placé en quel- 
que endroit de la Terre qui efi ici décrite^ 
^ à POueff de Pljlande s on nejàuroit néan- 
ffioins déterminer cet endroit* Il n*e/i pas- 
même connu des Norvégues d^âujpurd^hui ^ 
quoique leurs pères Payent trmvé& habité 
desfiécles entiers i, comme on le dira plus 
particulièrement dans cette Relation, 
.^^ Ce qui efi ici repré fente de la liai/on dû 
C4p Faruel^avec le détroit Cbrtfiiàn Clamer 
Chriftianè ,&duPortd'*hiverdeMunck^aétè 
tiré fur une Carte que le Capitaine Mùnck fit 
faire de (on voyage , & qui eji imprimée avec 
fa Relation. Je Pai fuivie d*'àutànt plus 
v,$lontiers , qtPélle adu rapprt avec là Car* 
te même du Capitaine Hùdzon^ qui décou- 
vrit le premier ce détroit & cette mèr: com." 
^i9 Pai reconnu enfles conférant enfemhîe. 



AVERTISSEMENT. 6^ 
Je u^o/i pas affûter que toute la côie de 
lA mer Cbriftiatt'' & du Courbant ^ qui efi 
ici décrite , entré le golfe Davis ^ & la 
Port d*hivef de Munck^ (oit du Groert" 
hnd; parcequ^il fe peut faire qu*il y ait 
quelque rivière canfiderable, ou quelque dé" 
troitf que je fie connais pas ^ qui coupe cette 
Terre ^ &Jépare le Groenland de l'^Amé* 
rique. Ce qui me rend plus irréfolu Jiir 
ce point , eft que je nUipas oui dire enDa» 
rtemarc que toute cette côte fût du Groenland^ 
comme je P aï oui affirmer de toute la côte 
du Nord Efl , qui efl entre le cap Faruel& 
le Spitsherg» Je, laiffe la réfolution de ce 
doute à ceux qui en auront plus de 
connçiffance par les Relations Anglgijes & 
Holiandoifes ^ n^ayant fait deffeik que i*h 
crtre ici ce que j^ai appris de cette Terre 
far les Livres Danois^ & les converjatmp 
ftte j'*ai eues en Danemarc. 1r 



T ^ 1 ' ■ 



La Peyrera,. 



R E L A- 



ub 



€6 




RELATION 



4 '.î\^. v-i.r» !•:.>. % 



DU 



n*,. V.* 



' ^. •*««, 



GROENLAND. 

A MONSIEUR DE 

f 

LA MOTHE LE VATER, 







O N s 1 E U r; 



Je vois qu*il ne me fuffit pas de vous 
avoir écrit une longue lettre fur Plflan- 
de, il eft jufte que je tienne ma promef- 
fc, & que je vous envoyé une Relation 
du Groenland. Ne v«*us étonnez pa* 

du 



'i\ 



yi 




Rilatm du Groenland, 6j 

iâ tems aue j'ai mis & pader de l'un à 
l'autre, oi vous confidérez ks difficul- 
tez & les périls qui fe rencontrent dans 
cette navigation, vous trouverez que j'ai 
eu raifon de ne me pas hâter , Se dem'in- 
former tout à loifir de la route que je 
devois prendre pour trouver cette Terre 
Septentrionale, qui mérite mieux le nom 
d'inconnue, aue la Terre Auftrale. Ce 
n'eft pas que les Norvégues ne l'ayent 
habitée , oC que durant refpace de cinq 
ou fix cens ans ils n'y ayent entretenu 
leurs commerces & leurs colonies. Mais 
ne confondons point les chofes, Se ne 
mettons pas à la tête de ce diicours ce q|ii eo 
doitcompoièrlecoi|>s.je vousdirii ceque 
I j'ai appris de cette Terre prefque inac*^ 
ceffible , avec tout l'ordre que j'ai pa 
tirer de ce qui m'en a été raconté, 8ç 
ièlon tout ce que j'en ai pu comprendre 
des écrits les plus confus, qui m'ont àc 
{expliquez d'une langue que je n'entons, 
jpas, comme font les livres Danois, que 
Mr. Rets Gentilhomme Danois a eu la 
bonté de lire Se de m'expîiquer en ma 
préiènce. Vous le verrez bientôt à 
Paris i car le Roi de I^anemarc l'a 
nommé, à cauiè de (bn mérite Se de 
& vertu , pour ^c ion RéGdent en 
j France^ 






69 Rflàtïoit ^ 

France; & il vous certifiera ce que je 
vous vais écrire. 

CHAPITRE r. 

LE GROENLAND cft cette 
Terre Septcntwonalequi fcrpentedu 
Midi au Levant, déclinant vers le Nord, 
depuis le cap Farucl de POcéan Dcuca. 
lédonîen, tout le long des côtes de la 
mer Glaciale, qui tirent vers le Spits. 
bcrg & la Nova Zembla. Quelques uns 
ont dit qu'elle fe va joindre avec lester- 
res de la Tartarie; mais lachofê eft in- 
tertaine, comme vous l'entendrez ci a- 
près. Elle a donc à l'Orient, la merj 
Glaciale ; au' Midi , l'Océan Deucalé- 
dbnien i à POccidtnt, le détroit de Hud- 
2on y ou ChrifHan , 8c la mer de Hud- 
2K>n, ou C^^^diane, qurla féparent de 
l'Amériqtic ; fa largeur cft inconnue du 
côté du Septentrion^ La Chronique Da- 
noifc dit à ce propos que c'eft l'cxtié* 
mité du Monde vers le Nord , & qu'au 
delà il ne fc trouve point de Terre plus 
Septentrionale. Il y en a qui croyent q;je 
le Groenland eft continent avec l'Amé- 
îiquc, depuis que les Anglois, qui ontl 
voulu paUcr le détroit de Davis pour 
.« >: ' ^ chercher 



l 



du Grotniani, ^9 

chercher par là une route dans le levant, 
ont trouvé que ce que Davis avqit pris 

rur un détroit , étoit un golfe. Mais j'ai 
* Relation Danoife du Capitaine Jean 
Munck, qui a tenté ce pafTagc du Le* 
vant par le Nord-Oueft du golfe Davis, 
Se fclon ce qu'il en a dit, l'aparence eft 
grande que cette terre efl: tout à fait lé- 
arée de l'Amérique. Nous verrons ce- 
a, lorsque je vous parlerai de ce voyage. 
L'élévation du Groenland, prifê au cap 
Faruel, qui eft fa partie la plus méridio- 
nale, fuivant la mefure qu'en a prife le 
Capitaine Munck , Marinier fort enten- 
du, edde ioixante degrez trente minu- 
tes. Ses autres pat tics font beaucoup plus 
élevées , felon qu'elles s'aprochcnt plus du 
Pôle; éc je n'en ai point d'élévation dé- 
terminée que celle de Spitsberg, que les 
Danois comptent entre les Terres de 
Groenland , £c difcnt être de feptante 
huit degrez, ou environ. Je ne vous 
parle pas de la longitude de cette Terre , 
parceque mes Relations n'en parlent 
point , & que je n'en ai *rien apris 
de plus particulier que ce; que nos car- 
tes en diient. Il me iuffit de vous faire 
remarquer que le cap Fai ud eft au delà 

,; * Ce Vo'^aîji de Munck tfl inféré dans cette Relathn, 



\» •« 



70 ' Relâtkn 

des Canaries, Ce de notre premier Mé< 
îidien. ,^j> ,, ,,.,^- j .^^ . . ^ 

Je me fuis principalement fervi pour 
Phiftoitc du Groenland , de deux Chro. 
niques 9 l'une Iflandoiiè 6c l'autre Da- 
noifè; la première ancienne, ôc l'autre 
en versi 6c toutes deux écrites en langa- 
f^e Danois. L'original de Tlflandoife eft 
illandois, com^oié^^TSnorrpStorlefonius^ 
lOandoiSf qui a été Ndmapbylax^ com- 
me l'apclle Angrimus Jonas , ou Juge 
fouverain de l'iflande» en l'année iiif 
C'elt le même qui a compilé l'Ëdda,ou 
les fables de la poéfie Iflandoiiè, dont je 
vous ai autrefois parlé. La Chmnique 
Danoiic a été compofée en vers Danois, 
par un Prêtre Danois, nommé Claude 
Cbri/ioffktrfm^ qui eft mort depuis quin- 
ze ans, ou environ. Cette Chronique 
Danoiiè raporte que des Arméniens, 
agitez par une grande tempête, furent 
emportez dans l'Océan du Nord , & 
abordèrent par hazard en Groenland, où 
ils demeurèrent quelque tems, 6c de là 
aflérent en Nor véguc , on ils habitèrent 
es rochers de la mier Hyperborée. Mais 
cela n'eft appuyé que lur la fable , 6c 
l'ancienne coutume de faire venir des 
Peuples éloignez pour fonder des origi- 



F 

le 



- y 



du Groenland. fi 

ncs. L'hiftoire cft plus reçue 8C plus 
certaine, que les Norvégiens ont pa(K 
en Groenland, qu'ils l'ont décourert & 
habité, de cette manière ci. 

Un Gentilhomme de Norvégue , nom- 
mé ToRv ALDE,8cfonffls Erric, 
furnommé le Rousseau, ayans 
commis un meurtre en Norvégue, s'en- 
fuirent en Mande, où Torvalde mou- 
rut. Son fils Erric, homme impatient 
6c colère, tua bientôt après un autre hom- 
me en Iflande, & comme il ae lavoit où 
aller, pour échaper à la rigueur des Ju- 
ges qui le pourfuivoient, ilfe réfolutdc 
chercher une Terre, qu'un nommé Gm- 
debiorne lui dit avoir vue à l'Oueft de 
riflande. . Erric trouva cette Terre, & 
y aborda par une embouchure que font 
âeux Promontoires , dont l'un eft au 
bout d'une lie, qui eft vis â vis ducon* 
tinent de Groenland , & l'autre dans le 
continent même. Le promontoire de 
l'Ile s'apelle, Huidfirken i celui du con- 
tinent! Huarfi 8c entre les deux il y a 
une très bonne rade, nommée Sandjiafm ^ 
où les vaiflèaux font à couvert du mau- 
vais tems, ÔC en grande ÇwrciL Huidferken 
eft uneprodigieufement haute montagne, 
luns comparaifon plus grande (\MQHuarf. 

Erric 



( - 






i^% Relation "•. 

Errio^lc Rouflcau l*apella du commen. 
çemeht, Mukla Jokel^ c'eft à dire, le 
grand glaçon Elle a été depuis apellée 
Bloferken^ comme qui diroid chemifc 
bleue i & pour la troifiéme fojs Hu'uU 
Jerken^ qui fignifie chemjfe blarijchc. La 
raifon de ces deux derniers, cî^angemens 
de noiijs ettvraifemfclablemeht celle ci,- 
qiie lés hçges qui fe fondent & fe gla- 
cent en mêmctems , corapolênt du com. 
nricncetnent une glace qui eftdela couleur 
dé la moufle , ou de l'herbe , ou des pe- 
tits arbres qui croi0cnt fur les .i:ochcis. 
Mais comme par une longue chute de 
néges, qui s'èntaflènt les une? fur les 
autres , la glace devient extraordinaire- 
jncnt.épaiflè, elle reprend fa couleur, & 
la blaiacheur qui lui elV naturelle. Cel 
queje ypus dis par l'expérience de ce qui 
le fait en Suéde, oîi nous avons vu. des 
rochers qui nous ont paru bleuâtres , & 
blancs, par la même raifon. Je ne vous | 
diffimulcrai pas, & Monfieur PAmbafTa- 
deur le certifiera , qu'en revenant ce mê- 
me hiver de Suéde en Danemarc , &! 
palfant en caroflc fur la mer, qui eft 
entre Elfeneur & Copenhague , nous 
avons vu de grandes pièces de glace 
amoncelées en divers endroits, donc les 



I 



zommen- 

dire, le 

lis apellée 

, chemifc 

DJs Huid- 

nçhe, La 

aagemens 

t celle cij 

Bc fc gla- 

it du coin* 

la couleur 

bu despe- 

:$ .tdchci's. 

chute de 

nés fur les 

aordinaire- 

:ouleur,& 

relie. Cel 

:edecequi| 

)ns vu.desl 

euâtres, 8c | 

Je ne vous I 

l'Ambaffa- 

lantccmê- 

imarc , ôcl 

', qui eft 

ic , nous 

de glace] 

dont lesl 

pile^ 



du Groenland, 75 

piles entières nous paroiflbient , les unes 
cxtrêrtiement blanches, les autres comme 
teintes du plus bel azur qui fe puiflèvoir; 
de quoi nous ne pouvions rendre aucune 
raifon , car elles étoienc faites de même 
eau, & nous les voyions^ toutes d'un at 
peâ: qui ne nous fembloit fas aflcz 
différent $ pour caufet' àetté ;diiïeréncc 
de couleurs. Je me iquvib^afldï's à\itl 
vers de Virgile touchaol^'46«> cfeux-^Q* 
ncs froides. : -"- / :..tj^\*^T.pL CTîh'-r -ï 

Cdfuleâ gîàcié^ concret :e , aî^u^ imhriz 

Mais je crois que C^rulea gkctes fe doit 
prendre en ce lieu , pour de la glace 
noire, telle que Virgile fe Peft figurée 
dans ces paya noirs & ténébreux; & 
felorî qu'il dit, en un autre endroit, ' 

OUtcaruîeus fupra caputadfihit imber. 



,)J iV* 



Et 






<^^ 



^-— « Il fiant mantbus ara ] 
Caruleis mafia vitiis , attaque cfpreffi. 

Revenons à . notre propos. Erric le 
Tm, L N Roui- 



;r4 Relation 

Rouflcau , devant que de s'engager dans 
le continent, jugea à propos de recon- 
noitrc l'Ile, & y defccndit. 11 la nom- 
ma, Erricfcun^ c*cft à dire, l'Ile d'Er- 
ric , & y demeura tout l'hiver. Le 
printemsvenu, il pafla de l'Uc au con- 
tinent, qu'il nommaGROENL.^ND, 
c'eft à dire. Pays verd^ à caufe de la 
verdeur de fès pâturages, ôc de fes ar- 
bres. Il defccndit à un Port , qu'il 
nomma Erricffiorden , c'eft à dire , le port 
d'Erric; & non guère loin de ce port 
il fitun logement, qi^'il nomma Q/^rfZ'//^, 
c'eft à dire, bâtiment dePEft. L'au- 
tomne d'après , il alla du côtédel'Oucft, 
où il fitun autre logement, qu'il nom- 
ma Weftrebug y c'eft a dire, bâtiment de 
l'Ouett. Mais , foit que le continent 
lui parût pluj froid & plus rude que 
fon lie , ou qu'il y trouvât pioinç de 
fureté, il retourna l'hiver d'après à Er- 
ricfcun. L'Eté fuivant Erric pafîà au 
continent, & alla du côté du Nord, 
jufques au pied d'un grand rocher , qu'il 
nomma Sneéfiel^ c'eft à dire, rocher de 
nége, 8c découvritun pQrX,, qu'il noîi^»- 
ma kavensfiordeny c'en à, dire, le port 
des corbeaux, à cau(ê du grand nom- 
bre de corbeaux; qu'il y tçouva. Ra- 

X ,vefiô- 






t .- 



(lu GroenUmL ^f 

vensfiorden répond uu côté du Nord 
à Erricsfiordcn , qui eft du côté du 
Sud , 6c on va de l'un à l'autre par un 
bras de mer qui les joint. Erric retour- 
na dans fon lie fur la fin de l'automne , 
& y paflà le troifiéme hiven Le prin- 
tcms revenu, il fe réfoîut d'aller cnper- 
ibnne en Iflanae, & pour obliger les 
Iflandois, avec lefquels il avoit fait (% 
paix , de le fuivre en Groenland , il publia 
les merveilles de la nouvelle Terre qu'il 
avoit découverte. Il raporta qu'elle abon- 
doit en gros & en menu bétail , en pâ- 
turages excellens , en toute forte de chaflc 
& de pêche. Enfin il les pcrfuada fî 
bien , qu'il retourna en fon pays de con- 
quête , avec grand nombre de vaifleaux, 
k d'Iflandois qui le iuivirent. 

Le fils d Erric nommé Lciffè, ayant 
paflé de Groenland en Iflande avec fon 
père , pafla enfuite d'Iflandc en Norvé- 
gue, où, félon ma Chronique Iflandoi- 
le, il trouva le Roi Olaus fruggerus, 
k lui dit la bonté de la Terre que fnn 
père avoit trouvée. Ce Roi de de Nor- 
végue, qui depuis peu s'étoit fait Chré- 
tien, fit inftruire Leiffe au ChriftianiP» 
me, &: l'ayant fait batiler, l'obligea de 
demeurer l'hiver fuivant à fa Cour, lï 

uu N X le 



y6 ' Relatkn ''^\ 

le renvoya PEté d'après vers fon pcrc 
en Groenland, & lui donna un Prêtre 
pour inftruire Ërric, & le peuple qui 
étoit avec lui, dans la Religion Chré- 
tienne. Leiée étant de retour chez fon 
père en Groenland, fut apellé par les 
habitans du lieu , Lelffdânhepne ^ c'eft à 
dire , Leifïè l'heureux , parccqu'il jvoit 
échapé de grands périls dans Ion voyage. 
Son père le reçut mal, parcequ'ii anic- 
noit des étrangers avec lui. Ces étiaii- 
gers étcient quelques pauvres matelots, 
qu'il avoit trouvez fur la quille de leur 
vaiflèau , jette par l'orage 6c rcnvcrfé 
en pleine mer fur des rocliers de glace. 
IxifFcjému decompaffion pour ces mi- 
férables, les avoit reçus dans fon navire, 
& menez en Groenland. Mais Erric 
étoit fâché de ce que LeifFe avoit, di- 
Ibit-il, enCeigné à des étrangers la route 
d'une Terre qu'il ne vouloir pas faire 
connoitre à tout le monde. Cependant 
ce fils généreux adoucit Itfprit farouche 
de fon pérc, & lui fit entendre les de- 
voirs de l'humanité qui fait les hommes. 
Il lui parla en fuite de la Charité quifliit 
ks Chrétiens , 6c le pria d'écouter le 
Prêtre que le Roi de Norvégue lui avoit 
donné. En quoi il réuffit de telle forte, 

qu'il 



77 



du Groenland, 

qu'il lui perluada de fe taire batifèr , lui, 
éc le peuple qui étoit fous lui. ^. 

Cefl tout ce qui fe lit, ôC tout ce que 
j'ai pu aprendre d'Erric le Roufîeau, 
de Ion fils Lcifîc, & de ces premiers 
Norvégiens qui ont habité le Groenland. 
La Chronique Iflandoifc met le départ 
de Torvalde , & d'Erric le RoulTeau Ton 
fils, du port de Jedren en Norvégue, 
au tcms de Hakon Jar/s , dit le Rich , 
qui cft le commencement de cette Chroni- 
que,- & au re^e d'Olaus Truggerus. 
Roi de Norvegue,, ce qui ie rapoite à 
l'an de grâce 98i. ou environ» Mais la 
Chronique Danoife va plus avant, 6c la 
met en 770. Je vous ai fait voir dans ma 
Relation de Pldande, que cette dernière 
fuputation eft plusapareme que la pre« 
miére, par une Bulle du Pape Grégoire 
IV. d'environ l'an de grâce 85^., adref-. 
fée à l'Evêquc Anfgarius pour la pro- 
pagation de la Foi dans toutes les terres 
du Nord» & notammcm de l'Iflande & 
de Groenland. Je ne m'arrêterai pas fur 
cette difpute , éc vous dirai feulement 
deux chofes à ce propos. ' La première, 
que la même Chronique Danoife porte 
que les Rois de Danemarc sY^ant faits. 
Chrétiens fous l'Empire de Louis le De- 

N 2 bon*- 



•^ 
^ 



! 



78 Keiatkn 

bonnaire , le Groenland faifoit grand bruit 
dès ce tems-là. La féconde, que M. 
Gunter , Secrétaire du Roi de Dane- 
marc, homme dofte, d'excellent efprir, 
fie mon intime ami , m'a dit avoir vu dans 
3es archives de l'Archevêché de Brème 
une vieille Chronique écrite à la main, 
dans laquelle étoit une copie de laBuP 
qui conftituoit l'Archevêque de Brêuic 
Métropolitain de tout le Nord , 8c par 
exprès de la Norvégue , & des lies qui 
en dépendent , Iflande , & Groenland, 
Qu'il ne fe fouvenoit pas précifémentde 
la datte de la Bulle, mais qu'il étoit afîurc 
qu'elle étoit datée devant l'an 90a. de 
siotre falut. 

La Chronique Danoife dit que lesfuc- 
celIèursd^Ërric le Roodeau^s'étantmuU 
tipliez en Groenland , s'engagèrent plus 
avant dans le pays, ôc trouvèrent entre 
des montagnes, des terres fertiles, des 

}>rairieSy 6c des rivières. Ils diviiérent 
e Groenland en Oriental ^Occidentale 
félon la divifion qu'en avoit faite Erric, 
par les deux bâtimens di^Ojlrebug 6c Wef-- 
trebug. Us bitirent à la partie Orientale 
une Ville, qu'ils nommérentC^r^/<?,- où, 
félon la Chronique, les Norvégiens por- 
toicnt toutes les années divenfes marchan- 

dj/es,. 



"9 



#/tf Groenhtttd, 
difes, 6c les vcndoient aux habitans du 
pays pour les y attirer.Leursenfansallérent 
plus avant, & bâtirent une autre Ville, 
qu'il apellérent Jlbe, Et , comme le 
zélé s'augmentoit entre ces nouveaux 
Chrétiens, il édifièrent un rtonaftére fur 
le bord de la mer, à Thonneur de Saint 
Thomas. La Ville de Gard jt la ré- 
fidencc de leurs Evêques, ôc i'Eglife de 
Saint Nicolas, Patron des Matelots, bâ- 
tie dans la même Ville, fut le Dôme, 
ou la Cathédrale de Gr^nland. Vous 
verrez la fuite 6c le catalogue de ces E- 
vêques, dans cette partie du Spécimen 
Iftandicum d'Angrimus )ofilas, où il par- 
feduGroenfand, depuis leur établifte- 
mcnt jufques à Panftfe i;8y. Et Poa^ 
taous remarqtie d^tiis Ion hidoire de Da- 
nemarc, epiktï h tSiétÀe innée 1^89. ufi 
non) tné Henri, Ëvéque de Garde, adifta; 
aux Etats de Danètnarc, qui fê tenoient 
àNicubourg-en Futién, (ur les bords 
du grand Beit* Comme le Groenland 
relevoit des Rois de Norvéeue pour le 
temporel , les Evêques relevoient des- 
Evêques de Drunthen en NorVégue , 
pour le fpiritucl s & les Evêques de 
Groenland paflbient bien fouvent en Nor- 
végue, pour confulter les Evêques da 
r - N 4 Drun^ 



,•* '■ï 



! .■■•■ 



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80 Relation \ 

Drunthenj lur les difficultez qui leur 
furvenoient. Le Groenland a vécu fé- 
lon les loixd'lflande, fous des Viccrois 
que les Rois de Nprvégue y ont établis. 
(Vous iaurez les noms de ces Vicerois ,ôc 
les aâions de femblables Héros lOahdois 
aux champs Groenlandiques , dans le 
Spectmin Iflandicum^ où le bon Angri- 
mus, ardent compatriote, ne les a pas 
oubliez i fie où je vous renvoyé, n'a- 
yant pas jugé à propos de vous en écrire. 
La Chronique Danoiferaporte qu'en 
l'année 1256. le Groenland fe révolta, 
& refufa de payer le tribut au RoiMag- 
nus de Norvégue. Le Roi Erric de 
Danemark, à la prière du Roi Mag- 
nus, qui ayoit époufé fa nièce, équipa 
une armée navale pour cette expédition. 
X^s habitans de Groenland voyant rou* 
girles étendars Danois, Se reluire les 
armes fur les vaiiïcaux, eurent fi grand' 
peur, qu'ils crièrent merci , & demandè- 
rent la paix. Le Roi de Danemarc ne 
fc voulut pas prévaloir de la foiblefTe du 
Roi de Norvégue , & lui laiflà le Groen- 
Jand , en faveur de fa niccc fie de fes pe- 
tits neveux. Cette paix fut feite en mil- 
le deux cens foixante un. Et Angrimus 
Jonas, qui en fait mention, raportelcs 

noms 



dn Groenland. 8i- 

n£)nis des trois principaux habicàns de 
Groenland qui fignérent le traité enNor- 
vcgue. Déclarantes , dit Angrimus i 
fut s fa&um aujpicm^ ut Groenlondi per- 
petHum tributum Norvegty denuh jurajfent, 

La Chronique Iflandoifë, qui ed une 
petite rapfodie d'autres Relations, fait 
un chapitre intitulé , Dejcriptian duGroen» 
lafjd. Et cette dcfcription cft de l'état, 
ce femble , le plus floriflant des Norvé- 
gues dans cette terre. Je vous tranfcri- 
mi mot à mot ce qui eft écrit dans ce 
chapitre, félon qu'il m'a été expliqué de 
Danois en François j & ne me dcman* 
dez ni année ni ordre^ dans ce di(- 
cours, car je ne vous garentis ni Tua 
ni l'autre. 

La Ville la plus orientale do Groen* 
land eft apelléc Skagefiordy oîiil y a un 
rocher inhabitable, 6c plus avant dans 
la mer il y a un écucil, qui empêche 
que les navires n'y entrent, fi ce n'eft 
au gros d'eau. Et c eft à ce gros d'eau j 
par où, quand l'orage eft impétueux, il 
entre dans ce port quantité de baléncs^ 
ôc autres poiflbns, que l'<>n j êche en 
abondance* Un peu plus haut vers le 
Levant, il y a uïi port nommé Ftmche* 
hftder. du nom d'un Page de faint Olaus, 

N f Roi 






Roi de Norvégue, qui y fit naufrage 
avec pluficurs autres. Plus haut enco- 
re, ôc proche des Montagnes de glace, 
il y a une Ile nommée Roanfen^ où il 
fe fait grande chaflè de toutes fortes de 
bêtes, 6c entre autres de quantité d'ours 
blancs. Il ne fe voit au delà que des 
glaces, tant*par mer que par terre. Du 
côté Occidental fc. trouve KinJelfierd ^ 
qui efl: un bcas de mer^ dont la côte eft 
toute habitéci Du côté droit de ce bras 
de mer, eft une Eglife nommée Corskir» 
key c'èA à dire, Eglife bâtie en croix, 
qui s'étend juiques à Petufuik^ oîi eft 
Vandakhitg i' ÔC au delà un monaftére de 
Religieux conjacré à iaint Oiaus , & à 
faint Auguftini Ce monaftére s'étend 
juiques à Boltên^ Proche de Kindelfiord 
eft Rimpefinfiotd ^ où il y a un couvent de 
Religieuies, Ôt diverfcs petites Iles , où 
iê trouvent quantité d'eaux chaudes, Sc 
fi chaudes en hiver, que l'on n'en peut 
aprocher,' elles (ont tempérées en Eté. 
Ces eaux lont très falu^^ires, ëc l'on y 
guérit de beaucoup de maladies. Pro- 
che de là dBiEynetsfiordi Entre Eyneti» 
farïi Sa Ruépefinfiofd il y a une maifon 
mynk nommée /^/, & unegtaruifiEgli- 
iêLdcdiétà. faint Nicolas... Paos Lunes- 



naufrage 
it cnco- 
2 glace, 
j, où il 
'or tes de 
té d'ours 
que des 
rre. Du 
ndelfiBYà, 
a côte e(i 
; ce bras 
ie Corskir» 
en croix , 
k, où eft 
naftére de 
laus , & à 
re s'étend 
indelfiord 
ouventde 
[s lies, cù 
laudes, & 
n'en peut 
s en Eté. 
ôc l'on y 
iies. Pro- 
rc EynetS" 
|ne maifon 
lai-uifsEgli- 

fiod 



du GroèfiUnd. 83. 

florJïl y a un promontoire nâlriiné Klî^ 
ntng^ £c plus avant un bras de mer nom- 
né Grantevig, Au delà, une maifbii 
spoliée Daller^ qui apartient au Dôme 
de Groenland. Le Dôme podede couc 
LuncsBord, ôc nommément la grande 
lie qui eft au delà d'Einctsfiord , apellée 
Reyatfen^ à caufe des * Rênes qui l'ha* 
bitent. Dans cette lie fe trouve une 
Pierre nommée Taîgueftein , fi forte , que 
le ftu ne la peut confumcr, & fi douce 
à couper, que l'on en fait des vafes à 
boire , des chaudières , & des cuves , qui 
contiennent dix ou douze tonneaux. l?lus 
avant dans l'Occident il y a une lleapel- 
lée Lêttgerij où il y a huit métairies. Le 
Dôme poflcde toute cette Ile. Proche 
de l'Eglife d'Einetsfiord il y a une mai* 
fort royale , apellée HeUèflad, Près de 
là eft Erricsfiord ; 6c dans l'entrée de 
ce bras de mer il y a une Ile apellée 
Henieven\ qui fignifie Tlle du Seigneur, 
dont la moitié apanieiit au Dôme, l'au- 
tre moitié à l'Egli fe a{)ellée Diurnes , qui eft 
la première Egn(& qui fc trouve en Groen- 
fenid ; Se Pon voit cette Eglife quand on 
entre dans Erricsfiordi Diurnes pofTédc 

N 6 tout 

♦ Us Rinet font um t/féçt i$ Ctrfs , ^ui fi 



04 Relatîm S^ 

tout jufqucsà Midûord^ quis'étendv/'JE'r-k 
tksfiordtn Nord-Oucft. Proche de li 
cft Bondefiord^ du cptc du Nord. Eg 
dans ce Nord, il y- a quantité d'Iks & 
de porcs. Le pays elbinhahité ôcdefert 
entre Oftrebug & Weftrebug, Proche de 
ce dcfert il y a une Eglife apellée Strop- 
fies , qui a été le tems paiîe Métropolitaine, 
& la réfidence de PEvêque de Groen- 
land. Les SkregHnçues, on S kreglingres^ 
tiennent tout le. Weftrebug, 1^ s'y trou- 
ve des chevaux, des chèvres, desbœufs, 
des brebis, & toutes fortes de bêtes 
iauvages , mais point de peuple , ni 
Chrétien, ni Paycn, Ivcr Bert a fait 
cette Relation, 11 a été longtems 
Maitre d'hôtel de l'Evêque de Groen- 
land. 11 a vu tout ceci, &. fut un de 
ceux que le Juge de Groenland nom* 
ma pour aller chaflcr les Skreglingres. 
§En arrivant là ils ne trouvèrent peri- 
Ibnne , mais quantité de bétail^ Se en 
prirent autant que leur navire en put 
porter. Aw delà de Weftrebug il y a 
un grand ïocher apellé Himmelrads' 
field , & au delà de ce rocher il n'y 
a perfonne qui o(è naviger ,. à cauie 
des Charibdes. q[m fe trouvent dans 



^t^c mer. 



• ■ L "■ ■*• 






\K \vm \ 



du Groffilaml 



»r 



Oc(t le contenu de tout le chapitre,. 
que pat copié le plus i.ngénuetnent que 
j?ai pu. Et n'ayant pas de carte par- 
ticulière du Groerland, ni d'autre hi(l 
toire, qutjuftifk, ou contrediiè cedif* 
COUTS ; je ne fai , Monfieur , que vous^ 
en dire, & je vous le donne de même 
que je l'ai' reçu* Ce qui me choque en 
ceci eft, quel'Eglife de Sirofnes^ bâtie 
entre les dcCerrs d'Oftrebug & Weftre* 
bug, ait été du commencement de Tha- 
bitation de Groenland , Métropoluaine ^ 
& h rkpdence de PEvêque ; car il n'eft 
point révoqué en doute que la^yille de 
Garde n'ait eu- cet avantage de tout tems* 
La Çhroniquç Danoife , regrettant la per- 
te de ce pays que l'on ne peut plu» 
trouver, aflure que fi la ville de Gardcj. 
Ré/idence de VEiéqne , étoit dhcore ÎSt 
bout , Se que Ton y pût aller, on y 
trouveroit quantité de ménooires , pôuf 
une grande Se véritable hiftoire du Groeti» 
land. Angrimus Jonas Iflandois, par* 
lant de cette réfîdence, ditexpreflemenr, 
Fundata in Berdum ^ (il faut lire, inGar* 
den) Epifcopali rejtdenùh^ in ^u Eynats* 
fiord Groenlandia Orientais, Je croi que 
l'Auteur de cette Relation étoit bon moi- 
tié, d'hôtel j n)ajs très mauvais Ëcrivain» 

:^r' N7 Eu 



8Ô. Wflàrim ^ 

Et il n'a pas expliqué qui étoient cc« 
Skrcglingres, cooti^ lôfquels il fut en- 
voyé. Je vous difai ce que le Dôftcur 
Wormius, le plus entendu de tous les 
Dofteurs dans les recherches du Nord, 
m'en a dit de vive voix, 8c par écrit. 
C^étoient des Sauvages originaires de 
Groenland , à qui vraifembl^lement les 
Èîorvégues donnèrent ce nom, & je ne 
fei pourquoi. Ils habitoient aparem» 
ment l'autre rive du bras de mer de Kin« 
delfiord , de la partie Occidentale de 
Groenland, dont l'une des côtés étoit 
Habitée par les Norvégues. Et lorsque 
ce Relateur aditquelesSkreglingres te- 
iloienttoùt le Weftrebug, il lie Pa en- 
tendu quie de la rive qui regarde le 
Couchant; n'étant pas croyable qu'il ait 
voulu pailer de l'opofée au Levant, que 
ks Norvégues ôccupoient. Or il eft à 
f réittmer que quelques Avanturiers Nor- 
véguc» ^yant pafTé Kindelfiord en petit 
nofïibre, furent battus par ces Skrc- 
glingres. Le Viceroi de Nbrvégue, 
3ue hTXjdmonûjitlkyitge de Groenland, 
îlon la fa^*ôn de parler Iflandoife, 
voulant tirer raifon de cet affront , y 
envoya un parti plus fort, & équippa 
lui boti' navire pour ce deffein. Mais 
^- ^ À '"■•'" lc$^ 



du Groenland. 87^ 

les Sauvages j qui virent venir le vail- 
feau, firent ce qu'ils ont accoutumé de 
faire lorsqu'ils fc Tentent les plus foi- 
blés y ils s'enfuirent , & (è cachèrent 
tous ou dans des bois , ou dans des 
rochers , ou dans des tanières. Les 
Norvégucs , qui ne trouvèrent qui que 
ce loit fur le rivage, rafflèrent ce qu'ils 
trouvèrent de butin , êc l'enoportérent 
dans leur navire. C'eft ce qui a obligé 
ce Relateur innocent d'écrire qu'il (è 
trouve chez le Skreglingres des chevaux,, 
deschéyres, des boeufs, des brebis, &c. 
mais point de peuple, ni Chrétien, ni 
Payen. M. Wormius croit que ces 
Skreglingres n'étoient pas éloignez du- 
golfe Davis, 6c que ce pouvoient être 
des Américains j ou^ bien que c'étoicnt 
les originaires habitans du Groenland 
nouveau., que les Danois ont découvert' 
loua le règne de ce Roi de Danemarc, 
ChriftianlV., & dont je vous parlerai- 
diaprés: qu'ils étoient voifins du vieux: 
Groenland que les Norvégues ont habi- 
té. Se qu'ils occupoient une partie de 
Weftrebug, avant qu^Erricle Rou(reau> 
te fût (àifi de l'autre*^^^ ^ r v» 

Pour vous dire ce qui m'en femble,il^ 
n^ét^it pa» beloiq de faire vçoir ici des > 

Amcé 






S8 



%. 



Relation 



Américains ; & la dernière conjeéture 
de M. Vormius eft très.judicieufe, & 
véritable ; à laquelle j'ajouterai que par 
la même raifon, que le Weftrebug avoit fc3 
habitans originaires, lorsque les Norvé- 
gués y arrivèrent , l'Oftrebug les avoit 
auffi: & que, comme la partie de PElt 
étoit plus proche de la mer glaciale, 
mom» fertile, ÔC par conlcqiient plus 
defèrte, que celle dePOueft, les Nor- 
végues qui trouvèrent moins de réfiftan- 
ce de ce côté- là que Pautre, s'emparè- 
rent plus facilement de l'Oftrebug , que 
du Weftrebug. Et c*eft pourquoi je 
ne vôi pas dans mes Relations qu'ils fe 
ioyént opiniâtrez à tenter des'paflagesdu 
côté de l'Oueft, mais bien du coté du 
Nord ; où je remarque qu'ils ont marché 
huit jours entiers, fans découvrir quoi 
que ce foit, que des néges 6c des gla- 
ces , dont les vallées font toutes pleines. 
Dé forte, Monlîeur, que vous pouvez 
juger par là, que l'endroit que lesNor^ 
yégues ont pofîedé en Groenland, a été 
rcflèrré entre les mers du Midi & du Le- 
vanti entre les montagnes du Nord, inac- 
œdibles à caufe des glaces^ 6c les Skle*- 
glingres, qui arrêtèrent leurs progrès du 
coté du Weftrebug. Vous noterez enw 

ccré 



(h Groen/amh 89 

core à ce propos que la Chronique Iflan- 
doife nous donne pour véritable & con- 
fiant, que les Norvégues ont teniï fi peu 
de chofè dans le Groenland , qii*il n*eût 
pu être compté en Dancmarc que pour 
la troifiéme partie d*uA Evcchéi & les 
Evêchez de Dancmarc ne font pas plus 
grands que ceux de France. La Chro- 
nique Danoife dit la même cho(è en ces 
terme&i que tout le Groenland eft. tent 
fois plus grand:, que ce que les Norvé- 
gues y ont poffédé s que divers peuples 
l'habitent, & que ces peuples font gou-* 
vernez par divers Seigneurs , dont les 
Norvégues n'ont jamais eu connoil^ 

La Chronique Iflahddife ■ pàfîe ; dî-r 
veriemciu de la fertilité de -cette -Tw^ 
re, félon la diverfité des Relations qui 
la compofenc. Elle dit en un lieu quMt 
y croît du meilleur froment quifc puiflé 
trouver en aucun autre endroitdu mon- 
de, ôc des chênes fi vigouteux, & fi 
forts , qu'ils portent des glands gros com- 
me des pommes. Elle dit en un autre 
lieu qu'il ne croît enGroenland quoi que ce 
foit que Pon y féme, à caufè du froid, 
& que fes habitans ne favent cequec'cft 
que de pain. Ce qui a du raport avec 
t^m ' ' la 



ço Relattm 

la Chronique Danoife qui dit que quand 
Erric le Roufleau entra dans ce pays, 
il ne vivoit que de pêche, à caufe de 
l'infertilité de la terre. Néanmoins la 
même Chronique Danoifè raporte que les 
fuccefleurs d'Ërric , qui s'avancèrent dans 
le pays après fa mort, trouvèrent entre 
des montagnes^ des terres fertiks , des 
prairies, & des rivières, qu'Erric n'a- 
voit pas découvertes. Et la Chronique 
Ifîandoiiè, qui fè contrarie elle même, 
n'eft pas croyable en ce qu'elle avance 
qu'il ne croît quoi que ce foit enGroen- 
knd, àcaufedu froid» La raifon qu'cl<' 
le allègue me lait douter de ce quelle 
dit; car il e(l afTuré que cette panie àt 
Groenland que k^ Norvégues ont haï- 
bit6e,eA de même élévation que PU* 
}>lande^ quieft la prôvinde la plus fer-» 
tile de Suéde, oàil efl: certain cpi'il croît 
quantité de beau &: bon froment. Joint 
que par la même railon d'élévation , cet* 
te Chroni<5ue dit ailleurs fort véritable* 
ment qu'il croît de fort beau blc«nNor* 
végijie i & ce qise je vous dirai à ce 
propos, vous ferablcra étrange, maisdci 
personnes croyables me l'ont certifié. Il 
y a des endroits dans la Norvégue, où 
L'on fait double moi^Ton entrois^mois de 



fit 



tems 



du Groenland,' 91 

tcms , par l'ordre & la raifon que vous 
alkz entendre. Ces endroits font des 
plaints opofccs à des rochers , que le 
Soleil bat continuellement durant les ar« 
deurs des mois de Juin, de Juillet, ôc 
d'Août ; & la chaleur de c^s rochers eft 
réfléchie û vivement fur ces plaines, 
qu'en fix femaines on laboure, onféme, 
& on recueille du blé mûr. Or comme 
ces terres ont beaucoup de graiffe, & 
& de fuc , par la quantité de néges fon- 
dues qui les ont abreuvées , 6c que le 
Soleil a cuittesi on les enfcmcnce encore 
ttne fois, & au bout de fix autres fe- 
maines on ne manque pas de faire une 
féconde moifibn , auffi bonne quo lâ 
première. 

11 y a de Papa-reniee que le Groenfend^ 
cft, comme toutes les autres terres, com^. 
pelé de bons & de mauvais endtoits^ 
de plaines & de montagnes, les unes feir- 
lilcs, les autres infertiles* Il eft cer- 
tain qu'il y a quantité de rochers. La 
Chronique Iflandoife dit que l'on y 
trouve des marbres de toutes fortes de 
couiem-s. On demeure d'accord que 
jKhcrbe des pâturages y eft excellence, 
& qu'il y a quantité de chevaux, de lié - 
jyrcs, de cerfs ,^ de rênes, de loups com- 
muns,, 



çi ReUmn 

muns , de loups cervicrs, de renards» 
quantîtité d'ours blancs & noirs-, 6c il fe 
lit dans la Chronique IflandoKè que l'on 
y a pris des caftors, ôc des martres auffi 
fines que lesfibclines de Mofcovie. On 
y trouve des * faucons blancs ôc gris en 
très grand nombre , &: plus qu'en 
autre heu du monde. On portoit an- 
ciennement de ces oifeaux par grande 
rareté aux Rois de Danemarc , à caufe 
de leur bcnté merveilleufei Se les Rois 
de Danemarc en faifoientdcs préfensaux 
Rois 6c Princes leurs voifînsou amis, 
parceque la chafle de l'oiieau n^ed: du 
tout point en ufage dans le Danemarc, 
non plus qu'aux autres endroits du Sep- 
tentrion. 

* ' La mer efl: très poiflbaneufe en Groen. 
land. Elle eft pleine de loups , de 
chiens, 6c de veaux marins,. 6c porte! 
un nombre incroyable de balénes. Je 
ne fai fi je dpis mettre les ours blancs 
de Groenland entre ks animaux terres- 
tres, ou aquatiques; car, comme les 
ours noirs ne quittent pas la terrp, a\ 
.ne fê nourriflènt que de chair , les blancs 
ne quittent point la mer, 6c ne vivent | 
guéres que de poiffon. Ils font beau- 



1 1 - 

du Groenland, m 

coup plus grands 6c plus fauvnges que 
les noirs Ils vont à la quité des 
loups £c des chiens marins , qui font 
leurs petits iur les glaces, de peur des 
baléncs. Ils font avides de baleneaujr^ 
U les trouvent friands fur tous les au* 
très poiflbns. Ils ne s'engagent pas 
volontiers en pîeinerRier, lorsque les 
glaces (ont fondues.'*^* Ge n'eiipas qu'ils 
ne nagent, ôc ne puiflem vivre dans 
Pcaui comme les poiflons; mais ils crai- 
gnent les balénes, qui les fentenï,' & lés 
pourfuivent par ùné antipatliie natu- 
relle, parcequ'ils mangent leurs petits. 
C'eft pourquoi , quand les glaces font 
détachées du Groenland Septentrional, 
Ôc qu'elles font pouflécs vers le Midi, 
les ours blattes qui fc trouVeiit deflus , 
n'en oient fortirj 8c comihé^ls abor- 
dent 1 ou dans l'Iflandè , oii dans là 
Norvégue , à l'endtoit que les glaces 
les portent» ils dcvie<inent eniagcz de 
faim. 3^»' tu. 

H€u malè ttim Jolis Nowegûm erralur 



m on Si 



■m^ù 



Et il- le dit d'étranges hiftoircs des ra- 
vages que ces animaux ont faits dans ces 
terres. 
Le Groenland a été de tout tems très 
.. • fertile 



94 Relatkn 

fertile jn cornes, que l'on appelle de 
licornes 11 sVn voit en Danetnarc beau- 
coup d'entières, quantité de tronçons & 
de bouts, Se un nombre infini de pièces, 
qui les rendent très communes dans ceRo- 

Îraume. Vous me demanderez quelles font 
es bêtes qu: portent ces cornes. Je vous di. 
rai , Monneur , que ces cjornes , impropre, 
ment dites cornes , n'ont rien de commun 
avec les véritables Scproprement nommées 
îelles, de quelque nature qut'el les pu iffent 
être ; ôc que comme le nom de celles-ci eft 
;imbigu, iî y en a qui doutent encore 
ù les bétcs qui les portent, font chair, 
ou poifibn. Vous noterez que les cor- 
nes de licornes, que nous avons vues 
en Oanemarc, foit entières , (bit en piè- 
ces) font de même matière, de même 
forme, & de même vertu, que celles 
qui ie voyent en France , Se autre part. 
Cette belle corne entière , de laquelle je 
vous ai autrefois parlé, SjC que j'ai vue à 
Friderisbourg, chez le Roi de Dane- 
marc» eft f^ins contredit plus grande que 
celle de Saint Denis. Il eft vrai qu'el- 
le n'eft pas droite, & qu'elle eft faucée 
à deux ou trois piez de la pointe ; mais 
du rcfte elle eft de même couleur, de 
même figure, Se de même poids, que 

celle 



Uf::*î 



pelle de 
rc beau* 
nçonsôc 
le pièces, 
nsceRo- 
elles font 
svousdi. 
[npropre. 
commun 
nommées 
ïSpuiiTent 
îlles-cicft 
it encore 
nu chair, 
le les cor- 
ons vues 
)it cnpié- 
le même 
ue celles 
lutre part, 
aquelleje 
yai vue à 
le Dane- 
|randequc 
•ai qu'el- 
;ft fàucée 
te; mais 
ikur, de 
ids 5 que 
celle 



du Gt'oeniând. çf 

celle de S. Denis. Pour les pièces àa 
ces cornes que nous avons vues en dU 
vers endroits de Copenhague , tl eft 
certain qu^on les croit des antidotes 
contre les venins» tout aind que celles 
qui fe voyent à Paris, &C ailleurs. Ce- 
la poié pour confiant , que toutes ces 
fortes de cornes qui le voyent en Da- 
nemarc, font entièrement ièmblables à 
celles de France, & que celles deDa- 
nemarc viennent de Groenland 5 li cft 
queftion de (avoir quelles ibnt les bêtes 
qui portent des corntîs en Groenland. 
M. Wormius m'a dit le premier- que ce 
font des poifTons. Sur quoi jo vous di- 
rai que j'ai eu de grandes difputes avec 
lui, lorsque nous étions àChriftianople^ 
parceque cela renverfe l'opinion de tous 
les anciens Naturaliftes, qui ont traiité 
des licornes, & nous en ont p -lé com* 
me d'animaux tcrreftres &à quatre picz, 
& que cela choque quantité de parfàges 
I de l'Ecriture Sainte, qui ne peuvent être 
jentendus qus des licornes à quatre piez. 
IM. Wormius, exaét & favafit dans les 
curiofitez du Nord, me récrivit de Co- 
penhague ce, que je vais vous tranfcrire 

Ide la lettre. '^■ 

Il y a quelques années, qu'étant chez 

Mr5 



^6 yRilatiçn ^ 

^r. Fris, Gmnd-Chancelicr de Danc- 
marc, prcdéccflîaiir de Mr. Thomaflbn, 
gui rcli à préfent ; je me plaignis à ce 
grand' homme, l'ornement & Je foutien 
5ie, fa patrie lorfqu'il vivoit, du peu de 
fmioUtédc nos Marchands £c Mariniers 

Ïp vont en Groenland, de ncpass'in- 
prmer quels font les animaux dont ils 
nous aportoient tant de cornes, & de 
n'avoir pas pris quelque pièce de leur 
chair, ou de leur pcauj pour en avoir 
quelque : connoiûànce. 1 Is font plus eu- 
ncux que vous ne pcnfez, me répon- 
djt Mr.! Ifî Chancelier, & me fit apor. 
ter iur l'heurç même un grand crâne 
fèc , où croit attaché un tronçon de 
cette forte de corne, long de quatre! 

, pjqs. Jicus bien de la joye de tenir 
unç chofe; fi rare ôc fi précieuiè, mais| 

• il me fut d'abord impoflible de compren* 
dre ce que c'jétoit. Je priai Mr. Ici 
Chancelier de me permettre de l'cm- 
porter chez moi , pour le confidérer| 
tout a loifir ; ce que volontiers il m'ac- 
cqrda. Je trouvai que ce crâne ref-l 
iêipbloit proprement a celui d'une tête 

ï) dçbaléne ; qu'il avoit deux trous au 
fommet , 6c que ces trous perçoient dans 

t le palais i que c'étoiept fans doute les 
^\hï " ■ . ' ^ deuxl 






ers il m'ac- 
crâne ref- 
d'une tête 

X irons au| 
çoient dans 

s doute les 
deuxl 



du Groenland, Ç; 

deux tuyaux, par lefquels cette béte re» 
jcttoit mu qu'elle bu voit Et je rc- 
nlarquai que ce que l'on apcUoit fa cor- 
ne, étoit fiché à la partie gauche de la 
mâchoire iupérieure. Jfe conviai mes 
amis les plus curieux, ôc mes écoliers à 
venir voir cette rareté dans mon cabinet. 
Un peintre , que j'avois apellé, s'y étoit 
rendu: je lui fis tirer en préfence des 
fllTiftans la figure de ce crâne avec fa cor- 
ne, afin qu'ils fufiènt témoins que la co- 
pie avoit été prifê iur un véritaole origi* 
nal. Ma curiofité ne s'arrêta pas là. A- 
yant eu avis qu'un femblable animal avoit 
été porté & pris en Iflande, j^écrivis à 
PEvêque de Hole, nommé Thorfac Sca* 
lonius, qui a été autrefois mon difciple 
à Copenhague» 8c le priai, comme mon 
ami, dem'cnvoyer le portrait de cette 
bête j ce qu'il fit, de me nfianda que les 
Iflandois Papelloient Narhual , comme qu^ 
diroit, baléne qui fe nourrit de cadavres; 
parceque Huai fignifie une baléne, Se 
que Nar fignifie un cadavre. C'étoit cti 
effet le portrait d'un véritable, poiflbn^ 
qui refiembloit à une baléne. Et je vou^ 
promets de vous le faire voir i votre 
retour de Chriftianftadt., avec celqi dU' 
crâne que j?ai eudcMr.le Chancelier Fris*^ 



' K 

». / 






p8 Relation otVi 

. Mr. Wormius ne manqua pas, à no- 
tre retour, de fatisfaire à fa promcflè, 
te au delà ; car il ne fe contenta pas de 
me faire voir les portraits de ces poiflons, 
il me mena dans fon cabinet, où je vis 
fur une table drefl'ée pour cela l'original 
êc le crâne même, avec la corne de cette 
bête, que Mr. le Chancelier Fris lui 
avoit autrefois confiée. Ul'avoiteucd'un 
Gentilhomme de Danemarc, gendre de 
M. Fris, à qui ce partage étoit échu, 
qu'il edime huit mille rildalles , ôc l'a* 
voit fait porter de vingt lieues de Copen- 
hague, pour la faire voir a Monfieur 
PAmbafîadfur. Je ne me pus laflcr d'ad- 
mirer cette curiofité, & l'ayant raportéc 
à Monfieur l'AmbaiTadeur , il la voulut 
voir dans le même cabinet. Son Excel- 
lence confidéra cette rareté avec plaifir, 
ôcpria Mr. Wormius, de la lui prêter, 
pour en faire tirer Ta figure , qu'il em- 
porta depuis à Paris; .jm ^i' 

11 eft certain que le nom d'Unicorne 
cft équivoque, éc apartient à plufieurs 
fortes d'animaux i témoin POnix , ôc 
l'Ane des Indes dont Ariftotea fait men- 
tion; & cette bête farouche dont Pline 
parle, qui a la tête d'un cerf, le corps 
d'un cheval, Se le pié commecelui d'un 

... élé- 



iiu Groenland, 99 

éléphant , & qui cfl d'une légèreté 8c 
d'une force incomparables. C*cft en ef«» 
fct cette véritable Licorne, dont l'écri- 
ture Sainte a parlé en divers endroits: 
fi agile, que Dieu dit qu'il fera fauter le 
Schirion^ qui eft une montagne du Li- 
ban , comme le faon d'une Licorne î ôc 
fi forte, que la force de Dieu même eft 
comparée à la fienne : Deusfortis , difbît 
Moyfe, edudor yudaorum ^ vires ej us ut 
Monocerotis, Or quelle aparcncede met* 
tre nos Licornes aquatiques du Nord fouf 
Pefpéce de ces Licornes, que l'on croit être 
des animaux du Midi ou du Levant,ôc qui 
font terreftres fans contredit/* Le Pro- 
phète Ifaye , prédifant aux Juifs que Dieu 
les chaflcroit de Jérulalem , eux Se leurs 
Rois,nomme les Licornes qu'il apelle6^«i- 
cornes. Dejcendent^ dit«il , Unicornes cum eis. 
Ce qui ne peut être cQtendu que d'une dcfc' 
centctcrreftrc. Et fi le Prophète avoit cru 
que les Licornes eulîent été des poi (Tons,, 
il auroit dit fans doute ttatabunt , au lieu 
de, âefiendent. -««' 

Je fupoferois donc une cfpéce de Lv 

cornes de mer, ou marins, comme 1 on 

a pofé de^* cipéces de chiens, de veaux, 

& de loups fïîarins. Et la choie ne 

Iferoitpas nouvelle , puisque Bafrtolin, 

I Auteur Danois, a Éiic un chapitre ex- 

O z pî'ès 



lOO 



' Relation 



près des Licornes de mer, dansfontMi- 
té des Licornes. Mais ii le rencontre 
une difficulté, contraire à cette pofition. 
Car il e(l queftion de fa voir fi ces Licor- 
nes marins, dont nous parlons , font vé- 
ritablement Licornes,' & fi ce que nous 
apellons leurs cornes , font véritablement 
des cornes, ou des dents. La réfolu- 
tion du premier doute dépend du der- 
nier. Car fi ce font des dents, ces 
Îoiflbns ne peuvent être dits Licornes ou 
Jnicornes, parccqu'ils n'auront point 
de cornes i 8c fi ce font des cornes, 
ils feront notoirement Unicornes, par- 
ceqi^ils n'auront qu'une corne. Mr. 
Wormius aflurc que ce font des dents, 
& non pas des cornes. Et je vois qu'An- 1 
grimus Jonas les apelle des dents, dans 
cet endroit de fon Spécimen Iflandicum , | 
où il parle du naufrage que fit un Ëvé- 
que de Groenland , nommé jîrnauâ\ 
paflanten Norvégue, dont le vaiflcau 
fiit rompu parlatempite, dans l'Ifthrac 
de l'iflande Occidentale. Le naufrage 
arriva l'an de Chrift \i%6. Et dans ici 
dénombrement qui fut fait des chofes re- 
cueillies du débris, Reperti funt^ dit lc| 
bon Angrimus> dentés Balenarunt pre» 
îM^ 0* fçtioreSf maris djlu in /tC' 



'- ^-' ' ^i ' 



£îm\ 



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du Qfoifnîand. lOX 

mm rt'jefil^ ac Iher'ts Kunicis^ indélébile 
g lu fine rubefcentis coloris , infcripti i ut 
Nuutariim quilibet fiiosy pera&â altquando 
navigatione^ recognofceret. Et il eft con-- 
liant que ce qu'Angrimus Jonas apellc 
ici dentés Balenarum pretfofos , eft enten-' 
du en Danemarc, ôc fe doit entendre de 
ces cornes , que nous apellons de Licor- 
nes, 6c dont nous parlons maintenant. 
Ce qui me fait croire que ce font des 
dents, & non pas des cornes, c'eftqu'A- 
riilote nous donne pour véritable & cer- 
tain que tous les Unicomes portent leurs 
cornes au mUieu du front, dans la ré- 
gion ordinaire des cornes, ôc que ces 
poiflons portent ce que nous apellons 
leurs cornes, au bout de leurs mâchoi- 
res & dé leurs gencives ji à l'endroit où 
le fichent les dents: que les cornes s'atta- 
chent au front par Syj/fphy/è^ que les 
dents s'enfoncent dans ies mâchoires par 
GoMphoJei ôc que nous avons vu claire- 
ment dans ce crâne, que nous a montré 
Mr. Wormius, que ce que nous avons 
pris pour une corne, étoit enfoncé dan» 
la mâchoire, environ un pié de profon- 
deur. Cette même chofe étoit étendue en 
long au dehors , comme une lance cou- 
chée i de même que le poiflbn Priftis 
, . O î porte 



J02 Relation 

porte (à fcic, & l'autre poiflon Xiphias 
fion ép e. 

J'ai lu dans Ariftote une belle raifon, 
ou pluiot une belle remarque, fur l'uni- 
té de cornes des Unicornes. 11 dit que 
tous les animaux qui ont deux cornes, 
ont l'ongle diviié en deux , Sc que tous 
les Unicornts ont l'ongle lolide, 6c non 
diviié. Que la nature a fait une même 
union, 6c une même confolidation d'on- 
gles Se de cornes» aux piez Se à la tête 
des Licornes; comme elle a fait une mê- 
me divifîon d'ongles £c de cornes, aux 
piez Se à la tête des autresr animaux. 
D'où il réfulte que la feule diférencedes 
Licornes avec les autres animaux , conHfte 
dans Tunité Sc folidité de leurs ongles Sc 
de leurs cornes. Et que, par la même 
raifbn que les Unicornes portent leurs 
ongles aux piez , comme les autres ani- 
maux, ils portent leurs cornes au même 
cndroic de la tête, qui cil le front. £t 
que, comme les autres anima jx, qui 
ont deux cornes, les portent aux dey >: 
cotez du front, les Unicornes, qui n'en 
ont qu'une , la portent au milieu du front. 
Mais tout ainfi que les poi fions, dont 
nous parlons , n'ayant ni ongles , ni piez, 
ne peuvent avoir de cornes à la tête,- il 

U . s'eniuit 



yiiOf| 



C 



du Groenland, 103 

s'enfuit que ce que nous apcllons leurs 
cornes, étant enfoncé dans leur mâchoi- 
re, Se n'étant pas attaché à leur front, 
ne peut être des.coi:nes,|Sc partant que ce 
font des délits, ^' .- ' - 

Je n'étois pas du commencement de 
cet avis *, ôc , comme je le conteftois avec 
Mr. Wormius , Monfieur le Grand- 
Maitre de Danemarc , ( dont vous favez 
lanajflance, le mérite, & la dignité,) 
m'a dit là delîus une cholè qui me con- 
lirmoit dans ma première opinion, que 
c'étoient des cornes , & non pas des 
dents. 11 m'a raconté que le Roi de 
Danemarc ion maitre , voulant faire pré- 
fent d'une pièce de cette forte de cornes , 
lui commanda de fcier une corne entière 
qu'il avoic, 6c de ia (cier au tronçon de 
la racine, quied; l'endroit le plus gros 
5c le plus beau. Ayant fcié une partie 
de cette corne, qu'il croyoit folide, i! 
rencontra une concavité , èc fut étonne 
de voir dans cette concavité une petite 
corne, de même figure 6c de même ma- 
tiére que la grande. Il continua de fcier 
la grande tout autour , Ikns toucher à h 
petite } 6c trouva que la petite étoit a- 
vancée, de même que la concavité, dans 
la grande, environ un pié, ôc que le 

O 4 refte 



104 Relation 

reftc de la grande étoit folidc. Je m'ali 
lai reprélêntant fur ce récit que les bêtes 
qui portoicnt ces cornes, muoient com- 
me les cerfs i que leurs grandes cornes 
tomboient, & que d'autres renaiflbient 
en leur place ; & que c'étoit lans* doute 
la raifon pour laquelle tant de cornes, 
détachées de leurs têtes, étoient portées 
fur les glaces de Groenland, en Iflande. 
Mais je me rendis à ma dernière opinion, 
quand j*eus vu le crâne, dont je vous ai 
parlé, & que j*eusconfidéré cette longue 
racine, fichée dans fà mâchoire. Cela 
raéme que m^âvoit dit Mr. le Grand- 
Maitre, me fit croire que ce qu'il avoit 
feié étoit une dent, 8c non pas une 
corne : qu'il fè peut faire que les dentî 
tombent & i^naiflentà ces poiffons, com- 
me elles tombent 6c rcnaiflèntr aux en- 
ftins , de à quelques hommes; & que 
l'on voit aflez fouvent que les- dents qui 
tombent , font pouffées par d'autres dentsj 
qui fortent même avant que les vieilles 
foyent tombées : qu'une pareille chofê 
n'arrive jamais aux cerfs qui muent. Se 
que leurs têtes demeurent nues , comme 
s'ils n'avoient jamais eu de cornes , juf- 
ques à ce que les nouvelles renaiflent 6c 
fe forment. 

- Je 






K U 



^ ' 



Je tn'ali 
les bêtes 
:nt com* 
s cornes 
lailToient 
ns' doute 

cornes, 
t portées 
{ 1 (lande, 
opinion, 
s vous ai 
te longue 
e. Cela 

Grand- 
u'il avoit 
[pas une 
les dentî 
rtis,com- 
r aux en- 

> & que 
lents qui 
resdentsi 
s vieilles 
lie chofe 
uent, Se 
comme 
nés, juf- 
liflcnt ^ 



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Je 




Je VI 

mot u*: 

Je vous 

iembkt 

jouterai 

fcrmem 

le voye 

en Ital 

Dahern; 

grande 

vcgue c 

Les Da 

Scd'aut 

ce fuflei 

vcnioie 

afin d'er 

qucnt c 

n'y a pa: 

nouveau 

fogue, ( 

covic, a 

cette fori 

autres d 

pour le 

covie. 

irbuva h 

Médecin 

plus que 

que c'éto 



<h ùrosiikîid, lOjT 

Je vais finir ce difcours en difant un* 
mot dç la corne, qui eft à faint Denis.- 
Je vous ai dit qu'elle eft en tout & par tout 
lemblablc à celles de Danemarc. J'a- 
jouterai à cela que les Danois crbyent 
fermement que toutes ces cornes, qui' 
fe voyent en Mofcovic, en Allemagne, 
en Italie, 6c en Ffanrc, viennent de 
Danemarc, où cette (orté dé traffic a eu- 
grande vogue , lorsque le paflage de N or-' 
végue en Groenland a été libre 6c connu,. 
Les Danois, qui les envoy oient de côte»' 
5c d'autre, n'a voient garde de dire qu^' 
ce fu fient des dents de poiflbns; ils lu 
vcnJoietit poiif des cornes de Licornes ,> 
afin d'en retirârplus de profit, llsprati-' 
qucnt cela toiis les jours encore , 8c il 
n'y a pas longtems que la Compagnie du' 
nouveau Groenland, qui eft à Copen* 
fogue , envoya un de fes aflbciez en Mof-* 
covic, avec qua;ntitéde groflès pièces dc^ 
cette forte de cornes, 6c un bout entre 
autres de grandeiir fost confidérable,' 
pour le vendre au Grand- Duc de Mol-* 
covie. On dit que le Grand- Duc îe' 
irbuva beau, cc'le fit examiner par fon 
Médecin. Ce Médecin, qui en lavoir 
plus que les autres, dit au Grand-Duc' 
quec'étoitune déni depoiflbit/ 6cl'En-î 
w _ O y yoyç 



io6 Relation 

voyé retourna fur les pas à Copenhague, 
fans rien vendre. Comme il rendoit 
r«i(on de fon voyage à fes alTociez, il 
jetca toute la caule de fon malheur fur ce 
méchant Médecin, qui avoit décrié (à 
marchandife , en diianc que tout ce qu'il 
portoit , n'étoit que des dents de poifFons. 
Vous êtes un mal-adroit , lui répondit 
un aHTocié qui me l'a redit , il faloit don- 
ner deux ou trois cens ducats à ce Mé- 
decin, pour lui perfuader que c'étoient 
des Licornes. Ne doutez pas, Monfieur, 
que la corne qui eft à Saint Denis , ne 
Ibit venue originairement du même lieu, 
& n'ait été vendue de celte forte. Si je 
m'en fouviens bien , c'eft une dent lem- 
blable à celles que nous avons vues en 
Danemarc; car elle a même racine que 
les autres , & cette racine eft creule 6c 
corrompue par le bout , comme une dent 

S;atée. . Je foutiens donc que c'eft une 
cnty qui eft tombée d'elle même de la 
mâchoire de ce ij^oifTon , que les Iflandois 
apellent Narhualy ôc.que ce n'eft point 
une corne. 

Revenons en Groenland. La Chro- 
nique Iflandoife raporte que l'air y eft 
plus doux & plus tempéré qu'en Norvé- 
gue» qu'il y uége moins, Se que le froid 

n'y 



(lu Groenland, 107 

n'y cft pas ù rude. Ce n'eft pas que 
quelquefois il n'y gcle fort âpretncnt ,6c 
qu'il n'y ait des orages très impétueux \ 
mais ces grands froids ôc ces grands ora- 
ges n'arrivent pas fou vent. & ne durent 
pas longtems. La Chronique Danoife 
remarque , comme une chofe bien étran-f 
gc, qu'en l'année 1508. il fit des ton- 
nerres épouvantables dans le Groenland , 
ôc que le feu du ciel tomba fur une 
Eglife, nommée SkalhoU^ qui brûla en- 
tièrement. Qu'enfuitc de ce tonner- 
re & de ce feu , il s'éleva une tempête pro- 
digieufe, qui renverfa les fommets de 
quantité de rochers , 6c que des cendres 
volèrent de ces rochers rompus en fi 
grande abondance, que Ton croyoitquc 
Dieu les faifoit pleuvoir pour punir les 
peuples de cette terre. Cette tempête 
lut fui vie d'un hiver fi ru{^e, qu'il n'y 
en eut jamais de pareil en Groenland i 
8c la glace y demeura un an entier , fans 
le fondre. Comme je racontois le pro- 
dige de cette pluye de cendres à Mon- 
fieur l'Ambafladeur , il me dit qu'étant 
à la Rochelle , un Capitaine de mer, 
qui revenoit des Canaries , l'avoit aflurc 
qu'étant à l'ancre à fix lieues de ces lies, 
une pareille pluye de cendres éioit tom- 
bée fur la rade où il étoit, & que (on 

O 6 vaif- 



/ 



loS Rektion 

vaiflêau en avoit été couvert, comme 
s'il eût négc deflus: qu'un orage li cx-^ 
traordinairc étoit venu d'un grand trem- 
blement de terre, qui avoit écroulé des 
montagnes de feu qui (ont aux Canaries, 
& que le vent en avoit jette les cendres 
jufques à fix lieues dans la mer. 11 y 
a de l'gparence que les cendres- qui e- 
toient fortiesdeces rochcrsdu Groenland, 
venoient d'une pareille caufe, Se qu'il 
y a dans cette contrée des montaenes' 
ardentes, & des louterrains qui brûlent,- 
comme aux Canaries 8c ailleurs. Au- 
tant en voit on au moxixHeclatn Iflan- 
de, qui eft beaucoup plus feptentrio- 
nalc , que cette pan le du Groenland. 
On voit auffi des montagnes ardentes 
chez les Lapons plus élevez, bien loin au 
delà du cercle A rétique. Enfin cela eft 
confirmé parce que vous avez pu remar- 
quer ct-deflus dans la vieille defcription 
de cette terre , qu'il y a des bains fi chauds ^ 
que l'on ne les peut fouffrrr en hiver. 

L'Eté de Groenland eft toujours beau, 
jour Se nuit, fi l'on doit apeller nuit, 
ce crépufeule perpétuel qui y occupe 
en Eté tout l'efpace de la > nuit. Com- 
me les jours y font très courts en hiver , les 
nu its eo^écpmgeniè y font très-longuesiSc 
> v^ .''':' ' la. 



du Groenlanâ. lO^i 

te Nature y produit une merveille, qdc 
je n'oferois vous écrire, fi la Chrorti-' 
que Iflandoifè ne Ta voit écrite comme j 
un miracle, 6c fi je n'avois une entiè- 
re confiance en Mr. Rets, qui me l'a 
lue, ôc fidèlement expliquée, llfeléve- 
en Groenland une lumière avec la nuit, 
lorsque la Lune efc nouvelle, ou fur le 
point de le devenir, i^û éckire tout le* 
pays, comme fi la Lune étoit au plein: 
6c plus la nuit eft oblcure , plus cette 
lumière luit. Elle fait ion cours du côté' 
du Nord, à caufe de quoi elle eft apeU 
iée, Lttmiéfe Septenmonale, Elle reflem-' 
bleàunftu volant, &:^s'éicnd en Pair- 
comme une haute ôc longue paliflade. 
Elle pafled'un lieu à un autre,6c laifiè de la^ 
fumée aux lieux qu'elle quitte. 11 n'y* 
a que ceux qui l'ont vue, qui foyent* 
apablesde fe repréfenter la promtitu- 
de 6c la> légèreté de fon mouvement^i, 
Elle dure toute la nuit, & s'évanouit 
au Soleil levant. Je laiflè à ceux qui 
font plus entendus <jue moi en Phyfi- 
que , à ! ^chercher la caufe de ^e mé- 
téore, & s'il le lève quelque vapeur de 
cette terre , qui s'échauffe 8c s'enflame 
par Ion mouvement avec la même vi« 
ïefle que nous voyons les fufécs s'en- 
9amer, ou ces langues de feu qui tom. 

O 7 bent 



Mo 



Relation 



bcnt de Pair ou le traverlent , ou de 
même enfin que des feux voltigent fur 
les cimetières. On m'a aflliré que cette 
lumière Septentrionale fe voit clairement 
de PIflande 6c de la Norvégue, lorsque 
le ciel eft ferain, 6c que la nuit n'eft 
troublée d'aucun nuage. Elle n'éclai- 
re pas feulement les peuples de ce conti- 
nent Ar£fcique, elle s'étend jufques à nos 
climats: 6c cette lumière eft la même 
fans doute , que notre ami célèbre , le 
très {avant 6c très judicieux Philofophe 
Monfieur GalTendi , m'a dit avoir obfer- 
vèe plufieurs fois, 6c à laquelle il adon- 
né le nom d'AuRORE Bore' A LE. 
La plus remarquable qu'il ait jamais 
vue , fut celle qui parut par toute la 
France , Silente Lunâ , ( car elle n'avoit 
qu'un jour ) durant la nuit du douze au 
treizième de Septembre de l'année i6ir» 
Il l'a inférée fommairement dans la vie 
de iMr. Peirefc : mais elle eft très bien 
décrite dans fes doètes obfervations qui 
font à la fuite de Ion ouvrage contre le 
Dofteur Fiud. Je vous y renvoyé , 
pour ne m'engagcr pas plus avant dans 
ce difcours, ëc reprendre le fil de ma 
Relation; r* - 

La Chronique Danoife raporte qu'en 
-^^ i . ./■ : • l'année 



du Groenlma. in> 

Tannée 1271. un aros vent de Nord- 
Eft porta tant de glaces en Iflandc, & 
chargées de tant d'ours & de bois, que 
l'on crut que ce que l'on avoit découvert 
à l'Oucft de Groenland , n'étoit pas tout 
le Groenland , 8c que cette terre s'éten- 
doit plus avant dans le Nord-Eft. Ce 
qui obligea quelques Matelots Iflandois 
de tenter cette découverte, mais ils ne 
trouvèrent que des glaces. Des Rois de 
Norvégue 6c de Danemarc avoient eu 
longtemis auparavant même penfée & 
mêmedcflèin, ils y avoient envoyé di- 
vers vaiffcaux, & y étoientallezenper- 
fonne , mais ils n'y avoient non plus 
réuflS que les Matelots Iflandois. Ce 
qui avoit obligé les uns & les autres 
de tenter ce voyage , étoit, ou le ra- 
port, ou l'opinion reçue 6c fondée fur 
quelque raporti qu'il y a dans cette con- 
trée quantité de veines d'or 6c d'argent 6c 
de pierres précieufesi ou peut-être que 
ce paffage de Job avoit fait impreffion 
fur leurs efprits^^ j^4trum ah Aqutlone venu. 
Et je vous dirai à ce propos ce que 
la même Chronique Danoife raconte , 
qu'il y a eu autrefois des Marchands qui 
font revenus de ces voyages avec de grands 
tréfors^. Elle dit auui que du tems de 

faine 



ri 2 . Relation 

faint Olaus \ Roi de Norvégtie , des' 
Mariniers de Frifland entreprirent le 
même voyagea même fin: 6c, comme' 
ils fc trouvèrent engagez dans de gran- 
des tempêtes, qui les jettoient fur les 
rochers de cette côte, ils furcr*- -contraints 
de gagner le couvert dans que mau- 

vais ports. Elle ajoute qtïe s ic ha- 
zzhitt de defcendre, ils Virent aficz près 
du rivage de méchantes cabanes enfon- 
cées dans la terre, & autour de ces ca- 
banes des tas de pierres de mine, cir 
reluifoit quantité d'or 6c d'argent ; ce qui 
les incita à^cw aller prendre. Chacun 
en prit tout autant qu'il en put porter, 
mais , comme il^ fe reth^oient dans leur 
vàiflèau , ils virent fôrtir de ces foflls' 
couvertes des hommes malfaits & hideuîC 
comme des Diables, avec des arcs 6c 
des frondes, & de grands chiens qui les* 
fui voient. La peur laififlant ces Mate- 
lots, les obligea de doubler le pas , pour' 
fauver ce qu'ils portoient, ôt fe lauver 
eux- mêmes: mais par mdheur un d'en- 
tre eux tomba entre les mains de ces Sau- 
vages, qui le déchirèrent à la vue de feff 
compagnons. Le Chroniqueur Danois' 
dit, enfuitc de cette hiftoire,quccePays' 
cft plein de richcflcs, & que c'eft pour 



du Grotnlanà, ' 115 

cela qu'on dit que Saturne y a cache 
iestréfors, & qu'il n'cft habité que par 
ks Diables. 

Il y a un chapitre dans la Chroni- 
que Iflandoifè, intitulé, route & tiuvi' 
patron de Norvégue en Groenland^, Le texte 
porte , la vraye route de Groenland , fé- 
lon que les favans pilotes, nezen Groen- 
land, ou qui en font revenus depuis peu, 
nous l'ont racontée, eft celle-ci. De 
Nordfiaden Smdmur en Norvégue, tirant 
droit vers le Couchant , julques à Horeri'^ 
funty du côté de l'Orient d'Iflande, la 
navigation eft de (ept jours. De Suo-i 
fuels Jokel, qui eft une montagne de 
ioufïfe en Iffande, jufqucs en Groen- 
land, la plus courte navigation eft dé 
prendre vers le Couchant. On trouve à' 
moitié chemin d'Iflande en Groenland',' 
Gundebiurne Skeerv c'a été l'ancienne 
route devant que les glaces vinflcnt de 
la terre du Nord , qui ont rendu cette- 
navigation périlleufe. 11^ eft enfuitc 
écrit, mais en article féparé: De Lan* 
ptenes en Iflande , qui eft foh extrémi- 
té Septentrionale , tirant vers le Nord ; 
il y a dix huit lieues julques à Oftre* 
Imn^ qui fignifie, corne Orientale. De 
Qftrehorn jufques à Htiallshredde ^ la 

na- 



114 Rektton 

navigation efl de deux jours 8c de 
deux nuits. 

Je ne prétens pas que perfonnc entre- 
prenne le voyagç de Groenland fur cette 
route; & tout ce que j'y ai pu compren- 
dre» c'eflque la navigation de cette Mer 
a été de tout rems difficile ôc périlleufe. 
Vous avez pu remarquer la même cho- 
ie, par ce que je vous ai dit du retour 
de Leific en Groenland chez fon pérc 
Erric le Rouflcau; par le naufrijge que 
je vous ai ra porté de PEvcqi c Arnauldj 
& par ce que je vicnsde vous diredes Ma- 
riniers de Frifland. 

Il y a dans la même Chronique 1 flan- 
doifé un chapitre, dont le titre eft tel, 
Tranjcrit d^un vieux l'vrff fnthulé, Spe- 
Culujjii Ref^ale , touchant ks affmes de 
GroeniàtyiL Le texte en «{I beaucoup 
plus clair qac du précédent. On a vu, 
dit-il, autrefois trois montres marins, 
d'énorme figure, dans la mer de Groen- 
land. Le premier a été apellé par les 
Norvégues, Hafffiramh^ qu'ils ont vu 
<3e la ceinture en haut au deilus de Peau. 
Il eft (èmblable à un homme, du coli 
de la tête, du vifage, du nez, & de la 
la bouche ,• £\ ce n'cft que la tête étoit 
extraordinairement élevée , & pointue 



'HU 



en 



du Groenland, ii jT 

en haut. 11 avoit les épaules larges, 
6c aux bouts de fcs épaules deux tron* 
çons de bras, fans mains. Le corps 
étoit délié en bas, & l'on n'a jamais vu^ 
comment il étoit formé au deÛbus delà 
ceinture. Son regard étoit de glace. 11 
y a eu de grands orages, toutes les fois 
que ce fantôme a paru fur l'eau. Le 
iecond monftre a été apellé, Margugutr, 
11 étoit formé jufques à la ceinture com* 
me le corps d'une femme. 11 avoit de 
gros tétons , la chevelure éparic , de 
gtofïès mains aux bouts de fès tronçons 
de bras, & de longs doigts attachez eti* 
femUc, comme font les picz d'une oyc. 
On l'a vu tenant des poiffons dani* les 
mains, & les mangeant; & ce fantôme 
s toujours précédé quelque g!;axid osa* 
ge. Si le fantôme le plongeoit danf 
l'eau, le vifigp tourné vers les Mate* 
telots, c' étoit un fignc qu'ils ne feroicnt 
pas naufrage. S'il leur toumoit le dos, 
ils étoicnt perdus. Le troifîéme monftre 
a été apellé, Hafgierdinguer ^ quin'étoit 
pas un monftre proprement,' mais trc s 
greffes têtes, ou montagnes d'eau , que 
la tempête élcvoitj & quand par mal- 
heur des navires fc trouvoient engagez 
dans le triangle que ces trois monta- 
gnes 



■ 


V 


II 


lll 


1 


1 


1 


1 


m 


II 


El 


1 



Iitf Relation *^ 

gnes formoient , ils périflToîcnt pre(quc 
tous. Ce prétendu monftre étoit eDgen« 
dré par des courans de mer, ôcdes vents 
contraires , très impétueux , qui furpre- 
noient les vaifleaux, Se lesengloutifToient. 
Ce même livre raporte qu'il y a dans 
cette mer de grandes maHes de glace, 
élevées comme des flatues d'étrange fi- 
gure. Il donne avis à ceux qui veu- 
lent aller en Groenland , de s'avancer 
vers le Sud-Oueft, devant que d'aborder 
le pays, à caufe de la quantité de gla- 
ces qui flottent fur cette mer, bifen a- 
vant même dans l'Eté; Ilconfèilleauffi 
à ceux qTÛ fe trouveront en péril dans 
ces glaces , de faire ce que d'autres ont 
fait en fcmWables rencontres ; c'eft , de 
mettre leurs chaloupes fur l'endroit le 
plus épais de v:es glaces, avec le plus 
de vivres qu'ils pourront avoir , & 
d'attendre que ces glaces les portent à 
quelque terre , ou d'efl'ayer , fi elles 
it fondent , de fe fauver dans leurs 
chaloupes. 



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C H A. 



du Gfoenîani, 
CHAPITRE II. 



♦1 . . 

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V 



Oila où finit Thiftoire du vieux 
Groenland. L'hiftoirc de Dane- 
marc cote ici pfécyément Pannée 1548. 
en laquelle une grande pefte, apellee la 
Pefte noire ^ dévora la plus grande partie 
des peuples du Nord. Elle tua .les 
principaux Matelots, Se les principux 
Marchands de Norvégue 6c de Dane- 
marc, qui compofoient les Compagnies 
au Groenland dans les deux Royaumes. 
On a remarqué auffi que de ce tems li 
les voyages & les commerces du Groen- 
land furent interrompus ^ Recommencè- 
rent defc perdre. Cependant M. Wor- 
mius m'a afluré qu'il a lu dans un 
vieux Manufcrit Danois, qu'environ Pan 
de grâce 1484., lous le rcgne du Roi 
Jean, il y avoit encore dans la ville de 
Bergues en Norvégue, plus ce quarante 
Matelots qui alloient toutes l^s années en 
Groenland, 6c en raportoienr des mar- 
Chandifes de prix : que ne lés ayant pas 
voulu vendre cette année là à quelques 
Marchands AUemans, qui étaient niiez 
i Bergues pour les acheter , les Mar- 
chands AUemans n'en dirent mot, mais 



COO" 



ki9 Relation 

convièrent ces matelots à fouper, & les 
tuèrent tous en une nuit. La chofe a 
peu d'aparence de la façon qu'elle cft 
écrite ; car il n'cft pas croyable que Ton 
allât fi librement en ce tems-là de Nor- 
vegue en Groenland. Cela répugne à 
h narration que je vais vous faire, ôcqui 
cft confiante , de la ruine entière du 
commerce , & de la communication que 
la NorvégueôclcDanemarcont eue avec 
le Groenland. 

Vousfaurez, Monfieur, que les tri- 
buts du Groenland étoient ancieimemcnt 
dcftinez pour la table des Rois de Nor- 
végue, 6c qu'aucun Marinier n'eût ofé 
aller en Groenland fans congé, fur peine 
de la vie. Il arriv^ qu'en l'année 1589. 
Heiyi Ëvêque deGardepadaen Dane- 
març^^^ affifta, comme je vous ai dit» 
aux Etats de ce Royaume , qui fê tenoient 
en Funcn, fous le règne de la Reine Mar- 
guerite, qui a voit fait la jonâion des deux 
Couronnes de Norvégue & de Danemarc. 
Des Marchands de Norvégue, qui étoient 
allez en Groenland fans congé, furent 
accufcz d'avoir enlevé les tributs , dont 
le fonds étoit dû pour la table de la Rei* 
ne. La Reine traitta févérement ces 
Marchands, .& ils auroient été pendus, 
] ' ians 



an Groenland, 115 

ians les fermcns exécrables qu'ils firent 
fur les faints Evangiles qu^ils avoiemété 
cil Groenland iâns dedèin, êc que 1» 
itmpcte les y avait jettez: qu'ils n'en 
avoient r a porté que des marchandifes a^ 
chetées , & n'avoient touché en auèune 
façon aux tributs de la Reine. Us furent 
relâchez fur leur ferment. Mais le dan- 
ger qu'ils échapérenti & les défcnfcs ri^ 
goureufes qui furent réitérées d'aller en 
Uroenland ians congé, intimidèrent fi 
fort les autres, que depuis ce tems-làquî 
que ce fût , ni marchand , ni matelot , ne 
; s*y ofa halarder. La Reine y envoya 
quelque tems après des navires, que l'on: 
n'a jamais revus depuis \ Se l'on a fu» 
qu'ils avoient péri, par cela même que 
l'on n'a jamais pu favoirni où, ni com- 
ment. Les vieux Matelots de Norvé* 
igue furent effrayez de cette nouvelle 1 & 
I n'oférent retourner fiu* cette mer. L* 
I Reine, qui fe trouva en même tems en-» 
gagée dans les guerres de Suéde, ne les 
voulut pas prefler, & ne tint nul comp* 
Ite du Groenland. ' 

La Chronique Danoife, de qui j'aî 
lapris cette hiftoire, raporcc qu'environ 
ce même tems,^ & l'an de grâce 1406., 
l'Evêque £/i://</ de Drunthen voulut 

avoir 



tî 



V ! 



tlô • 'Relatton * 

avoir le même (oin du Groenland que 
fes prédécefleurs avoiem eu, ôc y en- 
voya un nommé André ^ pour fuccéder 
à la place de Henri Evêque de Garde, 
en cas qu'il fût more, ou lui enrapor- 
cer des nouvelles, ^il écoic vivant. Mais 
depuis qu'André fut monté fur fon vail. 
fèau, & qu'il eut fait voile, on n'en 
a eu aucunes nouvelles, 6c quelque foin 

3ue l'on y ait aporté, il a été impofTible 
^aprendrC'Cequclui, ôcl'Evêque Henri 
étoient devenus. C*eft le dernire Evêque 
quia été envoyé de Norvégue pour le 
Groenland. La même Chronique Danoife 
fait un dénombrement de tous les Rois 
de Danemarc , depuis la Reine Margue- 
rite jufques au Roi Chriilian IV. à pré« 
fcnt régnant,' pour faire voir, ouïe peu 
d'état que les uns ont fait du Groenland, 
ou le defir que les autres ont eu de re- 
trouver cette terre. Et il importe, Mon- 
fieur, que vous apreniex cette fuite de 
fatalitez, ou de malheurs, <\\x\ nous ont{ 
fait perdre la connoiflance d'un Pays cé- 
lébra, qui a été autrefois connu , habité,! 
fie iréquehtédcs peuples de notre monde. 
I Le Roi Erric de Pomératiie fuccéda 
à la Reine Marguerite ,' ôc, comme c'é< 
toit un Prince étranger ScnQuveau venu 






ça 



au Groenland': lii 

en Danemarc, il ne s'infôrmî pas feule* 
ment s'il y avoit une contrée [au mon- 
de qui s'apellat Groenland. \ . 

Chiiftophc de Bavière, quî fuccéda 
à £rric, etnploya tout (on règne à faire 
la guerre aux Vandales, qui iont les Po- 
mcranien?. La famille d'Oldembourg, 
qui règne aujourd'hui en Danemarc, 
commença de régner en Tan grâce 1448. 
Le Roi Chriftian premier de ce nom, 
Se le premier de cette Maifon, au lieu 
de penfer au Nord» fe tourna vers le 
Midi. 11 fut en pèlerinage à Roir.e , ob- 
tint du Pape le pays de Dithmartche pour 
la couronne de Danemarc, ôc une per- 
miflSon d'établir une Académie à Co« 
penhague. 

Chriftierne IL fuccéda à Chriftian I. 
Se promit folennellement, lorsqu'il fut 
couronné Roi, défaire tout ce qui lui 
feroit poffiblc pour recouvrer le Groen- 
land. Mais bien loin de recouvrer une 
terre que Tes prédéceHeurs a voient per- 
due, il perdit les Etats mêmes qu'il pof^ 
iédoit. Ses cruautez le firent chaQer 
de la Suéde, que la Reine Marguerite 
avoit jointe aux deux Couronnes de 
Norvégue & de Danemarc, des trois 
n'en ayant fait qu'une. 11 fe retira en 
Tom, l. F Da- 



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neinarc, avec le même cfprk de fureur 
^i l'avoit pofledé en Suéde i Se les Da- 
nois, qui ne le purent foufirir nonpius 
que les Suédois , le dépofércnt. Ccd 
pour cela qu'il eft peint entre les Rois 
de Danemarc avec un Sceptre cafTé. 
Son Chancelier 5, Ef rie Valkandor, Gcn- 
tilhomnie Danois, de grande v^rtu & 
de grand efprit , fut teit Archevêque 
de Dmnthen. Apres la difgracc dô Ton 
maicce, il fit retiradans Ion Archevêché, 
ou il QCGup tout fon eTprit à la recher- 
che dui Groenland, & aux moyens pour 
j ptirvenir. 11 lut tous les tivres qui en 
parloient, examina tous ks Marchands 
& tous ks Matelots de Norvcgue qui 
enavoient quelque connoiffanee, & fe 
fit &ire une carte de la route que l'on 
y devckit tenir. Mais comme il voulut 
exécuter ce deflêin ea l^pnee 1 524. ,un 
grand Seigneur de Norvcgue lui fit quit- 
ter PArehevéché 6c le Royaume. 11 (c 
jfeava dans la fuite à Rome, où il mou- 
rut : car Frédéric premier , oncle de 
Chriftierne , & qui avoit occupé les 
Royaumes de Danemarc ôc de Norvé- 
guci foupçonnacc Vaîkan(f or d'être de 
la faékion de Chriftierne qui n'étoit pas 
encore bien éteinte, le ficchaflcrdcNor- 

'1 . végue, 



du Groenland, iâ| 

végue, & diflipa les Compagnies qu'il 
avoit formées pour la découverte du 
Groenland. -r^* * 

Chriftian III. fucccda à Frédéric I; 
Il fie tenter le pafTage de Groenland, 
mais ceux qu'il y envoya ne le purent 
découvrir» Cela obligea ce Roi de lever 
Icsdéfenfesrigoureures, que les Rois iès 
prédéceâèurs avoient fûucs d'aller en 
Groenland fans leur congé. Il permit 
à qui que ce fût qui en auroit envie ^ d'y 
aller fans permiffioa. Mais les Nor- 
v^iens fe trouvèrent en ce temsrlà d 
foibles, & G. pauvres d'ailleurs^ qu'iis 
n'eurent pas le moyen de s'équiper pour 
un voyage fi difficile ôc fi hazardeux. 

Le Roi Frédéric II. eut la même pen- 
fée que Ton père Chridian UL II en- 
voya un nommé Magnus ffergning/m è 
h découverte du Groenland. Et fi la 
chofê efi: telle que l'Hiftorijen l'a écrite» 
il y a je ne (ai quoi d'inconnu, oui $'oi>« 
pofe au deflèin que l'on a pourdecouvrir 
cette terre. Magnus Heigninsfen après 
beaucoup de dangers découvrit te Groen*^ 
liinJ, mais ne le put aprocher; parce- 
que Ton navit'e s'arrêta tout court à 
UQe des côtes : dont il fut extrêmement 

P X é.on- 



étonné, fic avec raifon, car c^étoit en 
pleine mer, dans un grand fonds d'eau, 
où il n'y avoii point de glace. Se le 
vent étant frais. Ne pouvant donc 
avancer, il fut contraint de reculer, & 
de retourner en Danemarc, où il fit 
k raport de ce qui lui étoit arrivé, & 
dit au Roi qu'il y avoit fans doute 
de Paimant au fonds de cette mer, qui 
avoit arrêté Ton vaifleau. S*il avoit 
Ç*\ l'hiftoire de la Remore , peut-être 
^u'il Tauroit alléguée auffi â propos 
que œlle de Paimant. Cette prétendue 
avanture arriva Pan if88. ou environ, 
que le Roi Frédéric II. regnoit. Et 
notre Chronique Danoifc, qui s'eft at- 
tachée à la fuite du tems, a infêré en- 
tre les R(MS Chriftian & Frédéric une 
longue narration d*un voyage que Mar« 
tin Forbisher, Capitaine Anglois, en- 
treprit pour le même Groenland en Pan. 
née 1577. Cette narration donne beau* 
coup plus de Gonnoi^ncedu Groenland 
êc de (ês peuples , que celle que nous 
avons eue juiques ici. Oeft pourquoi 
j'ai cru devoir vous envoyer un extrait 
de ce qu'elle en dit. « ^^*>* 'i iy^; m 

"Mxnm Forbisher partît d'Angleterre 
pour Groenland, en Pannce, comme j'ai 

dit, 



l 



du Groenland, tlf 

i^^9 ^S77* 1^ le découvrit, mais ne le 
ut aborder cette année là , à caufc de 
a nuit, des places, &c de l'hiver qui 
l'avoient furpris dans fon voyage. Etant 
de retour en Angleterre, il fit Ton ra- 
port à la Reine Elizabcth, qui crut, fur 
fa relation, avoir gagné cette terre in« 
connue. Elle lui donna donc au prin- 
tems d'après trois vaifieaux aveclefquels 
Forbisher partit. Ayant revu la terre, 
il y aborda du côté du Levant. Les Habi- 
tans du lieu où il prit terre,s'enfuirent à Pa- 
bord des Anglois, & abandonnèrent leurs 
miifbns, pour fecacher, qui ça , qui là. 11 y 
en eut qui grimpèrent de peur, fur les poin- 
tes des rochers les plus hauts, d'oiiilsfc 
précipitèrent en bas dans la mer. Les 
Anglois , qui ne purent aprivoifer ces 
Sauvages , entrèrent dans les maifons 
qu'ils avoient abandonnées. C'étoietit 
proprement des tentes, faites de peaux 
de veaux marins , ou de balénes , éten- 
dues fur quatre grollès perches, & cou- 
fues adroitement avec des nerfs. Ils re- 
marquèrent que toutes ces tentes avoient 
deux portes, l'une du côte de l'Oueft, 
l'autre du côtédu Sud ; & qu'ils s'étoient 
mis àcouvert des vents Ë(l Se Nord qui les 
incommodoient le plus. Us ne trouvé- 

P 3 v.'T\ rcnt 



ii6 



Reiatm 



rem dans ces tnaifonnettes qu^une vieille 
hideuiè ôc une jeune femme enceinte, 
qu'ils emmenèrent) avec un petit enfant 
qu'elle tenoit par la main. Ils les arra- 
chèrent des mains delà vieille <]uibcur- 
loit horriblement. £tanr partis de là» 
ils côtoyèrent cette mer du côté del'Ed:^ 
& virent un monftre fur Peau, de la 
groflèur d'un bœuf, qui portoit au bout 
du mufi9e une corne longue d'une aulne 
& demie, qu'ils crurent être un Licor- 
ne. Ils finglérent de là vers le Nord- 
£ft, & découvrirent une terre qu'ils a* 
bordèrent, parcequ'elle leur parut agréa^ 
ble. Quoique cette terie fût dans le conti- 
nent du Groenland , ils l'apellèrent, 
jînâvavkbf pour la pouvoir retenir fous 
un autre nom. Ils trouvèrent que cette 
contrée étoit fujette à des tremblemens 
de terre, qui renverfoient de grands ro-; 
chers fur les plaines , 6c que le féjour y 
étoit fort dangereux, ils ne laillèrene 
pas de s'y arrêter quelque tems, parce- 
quc rencontrant des graviers , où l'or 
reluifoit abondamment, ils en rempli- 
rent trois cens * tonneaux. 11$ fi- 
rent tout ce qu'ils purent pour apri- 
voiier les Sauvages de cette tene, 6c 

mêaaç 



du Gro€nl4$â. \%j 

même les Sauvages firent (emblant de 
iê vouloir aprivoi&r avec eux. Us ré- 
pondirent par (îgnts, aux fignes que les 
Anglois leur f allaient^ & leur donnèrent 
à entendre que » s^ik vouloient aller 
plus haut , ilstrouveroient ce qu'ils cher* 
choient. Forbisher leur répondit qu'il 
y iroit) 8c s'étant mis fur une chaloupe 
avec quelques Soldats , donna ordre à 
fes trois vaiflèaux de le fuivre^ U cô* 
toya le rivage en haut, mais ayant si» 
perçu quantité de Sauvages fur des ro» 
chers, il apréhenda d'être furpris, Leé 
Sauvages qui le conduifôient du rivage ^ 
reconnurent la crainte qu'il avoit eue^ 
&,pour ne le pas efTaroucbcr firent f)a^ 
roitre de deflTous la digue trôi» hom^ 
mes beaucoup mieux faits Se mieuiË ha^ 
biliez que les autres $ qui le prièrent pai^ 
(ignés ècdémonftrations d'amitié de vou* 
loir aborder. Forbisher allait à eux de 
bonne foi ne les voyant que trois fur lé 
port , & des Sauvages fur des rochers 
aiTez éloignez. Mais les autres qui écoiem 
cachez fous la digue, furent impatient 
quand ils virent venir Forbisher, & fi 
précipitèrent en foule fur le port. Ce 
qui fit reculer Forbisher. Mais lesSau* 
vages ne (è rebutèrent point pour cela. 

.Ir ^ * P 4 ik 



Ii8 Meléiim 

Ils tâchèrent toujours d'attirer i eux les 
Anglois, 8c jettérent quantité de chairs 
crues fur le rivage, comme s'ils euflènc 
eu à faire à des dogues. Les Anglois 
n'avoient garde d'en aprocher , & les 
Sauvages alors s'aviférent d'une autre rufe. 
Ils portèrent au bord de h mer un 
komme eftropié, ou du moins qui fei« 
gnoit de l'être , & l'ayant laifTé là., ils 
ne panvent pas de quelque tcms, fei- 
gnant de s'être retirez tout à fait. Ils 
s'étoient imaginé que les Anglois, félon 
la coutume des Etrangers , viendroienc 
enlever ce miférable qui ne fe pouvoit 
fauver, pour leur (crvir de truchement. 
Mais les Anglois qui fe doutèrent de h 
tromperie, tirèrent uncoupdemoufquet 
ïur le Sauvage eftropié, qui fê leva en 
furfàut» & gagna le terrain bien plus 
vite que le pas. Ce fut alors que les 
Sauvages en très grand nombre bordèrent 
la digue, 6c tirèrent fur les Anglois une 
quantité prodigieufc de pierres oc de flè- 
ches avec des mndes ôc des arcs; dont 
les Anglois fe moquèrent, & firent à 
leur tour une décharge de moufqùets 
& de canons, qui les écarta en un mo- 
ment. 

La Relation dit que ces èauvagcs 



X 



duGroenlâni. iigl 

fonttraitres Se farouches i 8c qu'on ne 
peut les apriyoifèrhi parcarefles, ni par 
préfèns. lis font gras, dirpos Sc de 
aulcur olivâtre. C5n tient qu'il y en 
ade noirspartnieux, comme des Ethio- 
piens. Ils font habillez de peaux de. 
chiens marins coufues de nerfs. Leurs 
femmes font échevelées. Elles renver- 
fent leurs cheveux derrière les oreilles , 
pour montrer leurs vifages , qui /ont 
peints de bleu & de jaune. Elles ne por- 
tent point de cotillons ^ comme nos fem« 
mes Y mais quantité de caleçons» faits de 
peaux de po] (Tons, qu'elles mettent les 
uns iîir les autres. Chaque caleçon a 
fes pochettes , où elles fourrent leurs 
couteaux, leur&l, leurs aiguilles, leurs 
petits miroirs, Se autres bagatelles que 
les Etrangers leur portent, ou que la 
mer leur jette, quand des étrangers font 
naufrage fur leur côte. Les chemifes 
des hommes 8c des femmes font faites 
d'inteftins de poifibns, cou fus avec dès 
nerfs fort déliez. Les habits des un$ 
Se des autres font larges. Se ils les fan- 
glent avec des courroyes de peaux de 
poifTons. Ils ibnt puans, f^les Se vilains. 
Leur langue leur fcrt de iêrvicte Se de 
mouchoir, Se ils n'ont nulle honte.- Ils 
;N^ Vf cfti- 



n* 



Relation 



■ti 



efticnent riches ceux qui ont quantité 
d'arcs, & de frondes , de bateaux, ôc 
de rames. Leurs arcs font courts, Se 
leurs flèches déliées, Se armées au bout 
d'os ou de cornes aieuifées. Ils font 
adroits à tirer de l'arc oc de la fronde, Se 
à darder les poiflbns dans l'eau avec 
des javelots. Leurs petits bateaux font 
couverts de peaux de chiens marins, 
& il n'y peut entrer qu'un homme 
(èul. Leurs grands bateaux font faits 
de bois , attachez les uns aux autres, 
avec des liens de bois, & couverts 
de peaux de balénes coufues de gros 
nerts. Ces bateaux portent vinst hom- 
mes pour le plus. Leurs voiles font 
Êites de même que leurs chemifèsd'in- 
teftins de poiiTons coufus de [plus pe- 
tits nerfs. Et quoiqu'il n'y ait point 
de fer dans ces bateaux , ils font liez 
avec tant d'adreûè & de fbrce, qu'ils 
s'engagent librement deflus en pleine 
meri oC ne fe fbucitnt point des orâ- 

f(ss, 11 n'y a dans leur terre aucune 
été venimeufe, que des aragnées. lis 
ont des coufinsen grand nombre, qui 

Siquent âprement, ce leur piquure fait 
es élevures difibrmes fur le vifage. 
Vfi n'ont point d'eau douce , que celle 

qu'ik 



duGroenlmi» i^i 

qu'ils réfervent des titgts fondues. 
L'Hiftoricn dit que le grand froid, qqî ^- 
lerre les veines de la terre, bouche le 
padage des fburces. Us ont des chiens . 
extraordinairement grands ^ qu'ils attel- 
lent à leurs traîneaux » s'en Ibrvant 
comme oti ft fcrt ailleurs des che« 
vaux. 

Ceft-Ià la (in de cette narration i & 
je ne (kis fi le Danois Ta tirée de la Re- 
lation Angloife de Martin ForbisI)cr-,oir 
s'il l'a écrite fur le récit qu'il en a oui 
faire, à l'exemple de ces anciens Panois» 
qui compofoient fur des vaudevilles lç$ 
hiftoires de leur tems. * " ** 

Revenonç aux Rois de Danemarc. 
Chriftian IV. à préfent régnant, fik de 
Frédéric II, prit à cœur Je Groenland , 
Se fe réfblut de le trouver, quoi(]ue fon 
père & (on ayeul l'euflent tenté inutile- 
ment. PourréuflSr dans ce deflèin, il 
fit venir d'Angleterre un Pilote expert^ 
quiavoit la réputation de connoitrebien 
celte mer & cette route. Ayant ce Pi- 
lote, il équip trois bons navires, (bus 
la conduite deGodtskeLîndenau, Gen- 
tilhomme Danois, leur Amiral, qui par- 
tit du Sundt aux premières chaleui^s de 
l'année \6o^* Les trois vailTeaux yo- 

P 6 g^c« 



i^t : RiUtm 

guérent enlêtnbte quelque tems ^ mais 
quand le Capitaine Ânâlois fut à la hau- 
teur qu'il chérchoit, ilprit la route du 
Sud-Oued , de peur des glaces , & pour 
aborder le Groenland avec moins de rif- 
que. Le chemin qu'il prit avoit du ra- 
port à l'ancienne route d'Idande, que je 
Yous ai alléguée» en ce qu'elle donne. le 
même avis. L* Amiral Danois , cro- 
yant que le Capitaine Andois ne devoit 
pas prendre cette route du Sud-Oueft, 
continua la fienne droit vers le Nord E(l^ 
Se arriva (èul de (on coté en Groenland. 
Il n'eut pas plutôt mouillé Tancre, que 
quantité de Sauvages, qui l'avoient dé« 
couvert du haut de la rive oùilsétoient', 
ûutérent dans leurs petits bateaux , Se le 
Tinrent voir dans (on vaiflèau. Il les 
reçut avec grande joye, & leur préfen- 
ta du bon vin àboirci mais lesSaiivages 
le trouvèrent amer, & firent la mine en 
k buvant. Ils virent de la graille de ba- 
léne, ils en demandèrent, 6c on leur en 
Ter(â de grands pots, qu'ils vidèrent avec 
plaifîr Se avidité. Ces barbares avoicnt 
porté des peaux de renards, d'ours, de 
Teaux marins. Se un grand nombre de 
cornes, (que le Danois nomme précieu- 
fisj en pièces > bouts, Se tronçons, 
^ ^ '. ^Vils 



du Groenland. IJJ 

quMs troquèrent avec des aiguilles, des 
couteaux, des miroirs, des agrafFes, 8c 
autres femblables vétilles,' que les Danois 
avoicnt étallées. 11 (e moquoientdel'or 
8c de Pargent monoyez qu'on leur offroit, 
Se témoignoient au contraire une paffion 
extrême pour des ouvrages d'acier; car 
ils l'aimoient fur toutes chofes, ôc doh« 
noient pour en avoir, ce qu*ils a voient 
de plus cher, leurs arcs, leurs flèches, 
leurs bateaux, leurs rames: quand ils 
n'avoient rien plus à donner , ils (ë dé« 
pouilloient, oc donnoient iu(qu'à la 
chemife. Gotske Lindenau demeura j. 
jeurs àcette rade, 6c la Choniquenedic 
point qu*il y mit pied à terre* Il n*ofa 
pas, fans doute, hazarder une defcentet 
ni expo(èr le petit nombre de fcs gens à 
la multitude incomparablement plus 

Îrande des Sauvases de cette contrée. 
1 leva l'ancre, & partit le quatrième 
jour; mais avant partir, il retint deux 
Sauvages dans fbn vaiflèau, qui firent 
tant d'efïbrts pour (ê défaire des maitis 
des Danois, Se s'élancer dans la mer, 
qu*il falut les lier pour les arrêter. Ceux 
qui étoicnt à terre, voyant garroter & 
emmener leurs compatriotes, jettérent 
fks cris horribles , & un nombre épou- 

P 7 van- 



'■■•*,*> — 



1^4 ^ Reli$m ..* 

yan^ble df pierres Se de flèches contre 
les Danois, qui leur lâchèrent un coup 
de canon ^ ça les écartérenc. L^Ami- 
rai retourna fcul en Daneraarc, com- 
me il ctoit arrivé fcul à Pendroit qu'il 
avoît aborde. t^iL,;^ ,k ; , 

I^ Capitaine Anglois fui vide Pautre 
navire Danois, entra dansIeGroenland, 
coimne dit leroêmeHiftorien^ àPextrê* 
mité de la terre qui répond au Giuchant; 
Se. cette extrémicé ne peut être que le 
Cap Fàuel. Aufli eA«iI certain qu'il 
entra dans le Golfe Davis^ Se côtoya la 
terre 4* PEft de ce Golfe. ïl découvrit 
quaritité de bons ports, de beaux pays, 
& grandes plaines verdoyantes, j^s 
Sauvages de cette contrée négocièrent 
avec lui» comme ceux dePautre avoient 
négocié avec Gotske Liodcnai^ : maisili 
témoignèrent plus de défiance, car ils 
n'avoicnt pas plutôt rc(ju ce qu'ils tro- 
qi^ientavec les Danois» qu'ils s'cnfu- 
voient à leurs bateaux, comme s^ils Pruf- 
lent dérobé f ou que Ton eût couru après 
eux. Les Danois eurent envie de met- 
tre pied à terre à quelqu'un de ces 
|>orts, 8c s'armèrent poik cela. Le pays 
leur parut aflez beau à Pendroit o\x ils 
defcendirenti mais fablonneuis Se pier- 

4U7 ^ ^ 'i ?^"^' 



jugèrent 
y avoîf - 
renr gra 
d'argent 
où Pon 
fix once 
gloi^, ^ 
tout le 1 
dc^ nom 
avant de 
tre Sauv 
noispur 
trc devM 
les Danc 
méitnt 
ce qui i 
rcnt vo 
même t< 
vabgcri 
les àutr( 
Danois , 
Se les ei 
les Danc 
quets S 
Sauvagjç 
s'cnfqrrc 
fage libt 
far leun 



an Grûenlanâ. - i^f 

reux, comme celui de Norvégue. Ils 
jugèrent par les fumées de la terre qu'il 
y avoîf des mines de lôuffre, & t«)uvé- 
renr grand nombre de pierres de mine 
d'argent, qu'ils portèrent en Dancmarc^ 
où Ton tira du cent pcfant de pierre vingt 
fix onccj d'argent. Ce Capitaine An- 
gloi^, qui trouva tant de oeaux ports 
tout le long de cette côte, leur donna 
dc^ noms Danois, St en fit utie csrre, 
avant de partir. Il fit prendre auffi qua- 
tre Sauvages des mieux faits que les Da- 
nol3 purent attraper , & l'un dcces qua- 
tre devint fi enragé de ft voir pris,, que 
les Danois ne le pouvant trainer,l*afr6ni- 
mérçnt à côupS ,decroflesde4noti|quct5, 
ce qui intimida les autres trois qui iuivi- 
rent volontairement. Il ie forma en 
même tems un corps de Sauvages, pour 
vahgçi; la mort de l*uti, 8c pbur ravoir 
les autres. Ils coupèrent chemin aux 
Danois » pour livrer combat fur le port, 
Se les empêcher de s'embarquer; mais 
les Danois firent une décharge de mouf* 
quets 6c de canon fi à propos , que les 
Sauvagjps, étonnez du bruit Se du feu, 
s'enfuirent çà Se là » Se lai/Térent le pa£i 
fage libre aux Danois > qui remonré;rent 
for leurs yaifièaux, levèrent Pancre, & 

rjc- 



•^ l W' 'X ■ ( 



,v 



ii6 ; Relattw 

rctournérient en Danctnaf c , avec les trois 
àsMivages qu'ils pr^fencérent au Roi leur 
maitre, qui les trouva beaucoup mieux 
faits, plus polis, ôc difçrcns en mœurs, 
langage & habits» de ceux de Gotslce 
J/ndcnau.:..^> -^ * . 
; Le Roi de Danemarc , fatisfaic de ce 
premier voyage, fè réfblut au fécond; 
ce renvoya Pannée d'après 1606. lemê« 
me Gotske Lindenau, avec cinq bons 
vaifièaux, en Groenland. Cet Amiral 
partit duSunt Ie.8. jour du mois de Mai, 
Ôc mena avec lui les trois Sauvages que 
le Capitaine Anglçis avoit pris dans le 
Golife de Davis, pour !ui fervir de gui- 
des 6c d'interprètes. Ces pauvres inno- 
cens témoignèrent une joye fans pareille 
de leur retour en leur pays. Un d'eux 
moumt de maladie en pleine mer, &fut 
j€tté hors de bord. Gotsjce Lindenau 
tint la route de P Amérique, que lé Ca- 
pitaine Anglois avoit tenue, qui eftéel- 
le du SuJ Oueft & du Golfe de Dàvîs, 
par le CapFaru^l. Un de ces cinq na- 
vires s'égara par les brouillards. Se les 
quatre arrivèrent en Groenland, le 3. 
d'Août. A la première rade où les Da- 
nois momllérent l'ancré , les Sauvages 
.parurent en grand nombre fur le rivagt, 

mais 



du Groenland, 1 37 

mais ne voulurent point trafiquer ; Se 
comme ils témoignèrent de fe défier 
des Danois > de même les Danois ne 
voulurent point ie fier à eux, ce qui les 
obligea de monter plus haut. Ils trou- 
vèrent là un port plus beau que le pre- 
mier, mais des Sauvages d'auili mau« 
vaiië humeur que les autres , car ils re- 

Îardoient les Danois avec défiance. Se 
ans le defTein de les combattre, en cas 
qu'ils vouluflènt mettre pied à terre. Les 
Danois qui ne voulurent point auffi iè 
fier à eux , ni hazarder une deicentCf 
allèrent plus loin , Se comme ils rafbient 
la côte. Se que les Sauvages côtoyoierit 
aufli avec leurs petits bateaux, les Da* 
nois iurprirent à diverfes fois, Ss" mener 
rent à leur bord fix de ces Sauvages, 
avec leurs bateaux Se les petits équipa- 
ges qui étoient dedans. Les iDanois 
ayant enfuite mouillé l*ancre à unç troi- 
fïéme rade , un valet de Gotske Lindenau , 
foldat hardi Se entreprenant , pria in- 
ilamment (on maitre de lui permettre de 
def cendre leul , pour réconnoitrc ces 
Sauvages. 11 lui dit qu*il tâcheroit, 
ou de les apprivoifer par lesmarchandi- 
fes qu'il leur portcroit , ou de le fauvcr , 
en cas qu'ils euflènr quelque mauvais 

deflèÎQ 



1% 



158 Relation 

deflein contre lui. Le maître fe laifla 
vaincre par Pimpartunité de (on valet. 
Mais le valet eut à peine mis pied à 
terre, qu^il fut faifi ^ tué 8c mis enpié- 
ces par les Sauvages, qui (è retirèrent 
après cette aâion, & ic mirent à cou- 
vert du canon des Danois. Les cou« 
teaux & les épées de ces Sauvages font 
faites des cornes, ou des dents de ces 
poifibns que Ton apelle Unicornes, é* 
moulues 5c aiguifées avec des pierres ^& 
CCS épées ne tranchent pas moins ^ qu6 
fi elles ctoient de fer & d^acier. Gotske 
Lindenau voyant qu'il n'v avoit rien à 
faire pour lui en c(f{>ays-la, fit voile vers 
IcDancmarc, Se ui> de les prifbnniers 
Groeolandois eut tant de regret de Quit- 
ter ion pas» qu*il Te jetta de defelpoir 
dans la mer& fe noya. Les Danois trou- 
vèrent en revenant le cinquième navire 
?[w s'étoit ég^ré en allant^ mais ils ne 
urent que cinq jours enfemble, car une 
tetnpête qui fe leva les écarta tous cinq, 
Se ils ne purent (e rejoindre qu'un mois 
aprèa que Porage eut fini. Ils arrivé- 
nntà Copenhague, après avoir efluyé 
bien du péril, le 5. jour d'Ofliobrc fui- 
yant. 
Le Roi de Dinemarc entreprit le troi- 
- ^ . ■ Cerne 



i*A> 



iu Groenland. ij^ 

Jémc & dernier voyage qu'il ait fak 
faire en Groenland , avec deux grands 
vaiflèauXi fous le commandement d'un 
Capitaine de Holftein, nomme Karflen 
Kuhkardtfen , à qui il donna des Mari- 
oiers de Norvégue & d'fflande,pour lui 
fervir de . guides. La Chronique dit que 
ce Qipitaine partit du Sunt le ix. da 
mois de Mai , fans marquer Pail* 
née que je n'ai jamais pu fâvoir. Le 
huitième jour du mois de Juin fuivanc 
il découvrit les pointés des montagnes 
de Groenland y mais il ne put aborder 
la terre, à caufe des glaces qui y étoient 
attachées ^ &: qui s'ctendoient bien avant 
I dans la mer. Il y avoic fur ces elaces 
d'autres glaces amoncelées^ qui fembSoicni: 
de gran£ rochen. Et h Cbroniqoerew 
marqueencetendroit qu'il y a des années 
que les ^aces de Groenland ne fe fon- 
dent pomt en été. Le Holftcinois fut 
contraint de revenir &ns rien faire ^ ôc 
ce qui PobKgea encore phts à cela fut, 
que ion fecond navire s'étoit écarté da 
lien, dans une tempête qui les avoit fé- 
parez^ & qu'il était feullorsqu'il aborda 
les glaces. Le Roi de Danemarc reçut 
Tes excufes, & Timpoinbilité qu'il aU 

. Vous 



r4® '' Relation "^ 

j Vous me demanderez ce que font de* 
venus les quatre premiers Sauvages , U 
les cinq derniers , qui écoiene r^cez des 
deux premiers voyages. Je vous en fc* 
rai ici une petite hiftoirci & vous dirai, 
Monfieur , que le Roi de Danemarc 
établit des Perfbnne^, qui eurent un 
(bin particulier de les nourrir ôc de les 
garder^ de telle forte néanmoins qu'ils 
avoient la liberté d'aller par tout ou ils 
vouloient. On les nourrifToit de lait , 
de beurre , ôc de fromage , de chairs 
crues, 6c de poifibns cruds, de la mê- 
me façon qu'ils vivoient en leur pays; 
parcequMls ne fè poùvoient accoutumer 
a notre pain & à nos viandes cuittes, 
moins encore au vin, 6c qu'ils ne bu- 
voient quoi que ce foit defiboncœur, 
que de grands traits' d'huile ou de 
graifle de baléne. Us tournoient fou- 
vent la tête vers le Nord, & foupi- 
roient avec tant d'amour pour leur pa- 
trie, que leuri garde étant reldchée, 
ceux qui fe purent fàifir de leurs pe- 
tits bateaux Se de leurs rames , f e mi- 
rent en mer pour en bazarder le trajet. 
Mais un orage, qui les furprit à dix 
ou douze lieues du Sund , les rejetta 
fur les côtes de Schonen, où des Pa^- 
euoV fans 



du GroenknJ. i^; 

fans les prirent, 8c les raitienérent à 
Copeniiague. Cela obligea leurs gardes 
à les pbfcrver avec plus de foin , & 
leur donner moins de liberté. Mais 
ils devenoient malades, Se mouroientde 
langueur. ^ ^ ' . ' * ' 

IL en reftoitcinq en vie 8c fâins lors- 
qu'un Ambaflàdeùr d'Efpagne arriva 
enDanemarc. Lé Roi de Danemarc, 
pur le divertir , lui fit voir ces Sau- 
vages, 8c lui donna le pafliêtenas de l'e- 
xercice de leurs petits bateaux fur la 
mer. Pour bien comprendre la for- 
me ou la façon de ces bateaux , re« 
préfcntez vous, Monfieur, une navette 
de tiOTeran , longue de dix ou douze 
pieZf faite de côtes de balénc larges 8c 
épaiflèsàpeu près d'un doist, couverte 
delFus 8c deffous, comme les Datons d'un 
paralbli de peaux de chiens ou de veaux 
marins , coufties de nerfs. Cette ma- 
chine eft ouverte en rond par le mi- 
lieu, de la largeur d'un homme à l'en- 
droit des fkncs, 8c elle s'étrécit en poin- 
te par les deux bouts , à proportion de 
ce qu'elle eft groffè par le milieu. La 
force 8c radreue de fa ftrafture confif- 
te aux deux bouts , où ces côtes d phalè- 
ne iont jointes 8c liées enfemble, à l'eu- 



n*> 



ver- 



14* Reiatitm * 

yercuref qui cille cercle de jdefTus, à h 
circonférence duquel toutes celles de 
defTus (è vont rendre, ;& au demi cer- 
cle de defTouSy qui e(t attaché au cer- 
,cle de deiTus, comme upe anie renver- 
fee à ion panier. Figurez vous que 
le^ côtes de deilbus ^celles des cotez 
padent par le demi cercle, ou y abou« 
tidènt^ & que tout eft & bien lié, fi 
bien coufUf Se fi bien tendu, que le ba- 
teau peut tidutenir^ par fa légèreté ôc 
par radrefTe doxit il eft-q^mpoié, les 
eSortsd'un orage en pleine mer. Les 
Sauvages s'afToient au fond de ces ba« 
teaux, par l'ouverture d'en haut, les 
piez tendus vers l'un ou l'autre des 
deux bouts ^ ils bouchent cette ouver- 
ture avec le bas de leurs camiibles , fai- 
tes de peaux de chiens ou de vesmx ma- 
rins, qu'ils langknt par deffus^ fe (êr- 
x^xxi les poignets des mancl^, s'embe- 
guinent, le brident avec des coëf]^sat« 
tachées au bout de leurs camifoles ; de 
telle forte qu'encore que l'orage les ren- 
verfç dans la mer,: (comme il arrive 
aflez lbuvçnt)l'cou ne (àuroit oitrer par au- 
cun endroit, ni de leurs bateaux , ni ck leurs 
habits. Ils remontent toujours fur.l^au,Sc fe 
ûuvent d*une tempête beaucoup mieux 

que 



teaux •- ce 



tlu Gmanlênd. 






quç a^ils ctokot dans un grand navire; 
Ils ne fç ftrvenc que d'une petite ra- 
fflç, de cinq à fix pies de Ions, plattc 
Se lame par les deux bouts» a'un de- 
mi pieou environ : ils l'empoignent avec 
les deux mains, par le milieu, qui ef|;f 
rond. Elle leur fert ^e contrepoids , 
pour ks tenir en équilibre, &ciedou« 
ble rame» pour nagsr des deux cotez. 
Ce n'eft pas fans raiu>n que j*ai comparé 
cesbateaux à des navettes, car les navet* 
tes, qui partent de la main des tiûerans 
les plus adroits % ne gliflènt pas plus 
vite fur le métier, que ces bateaux gii& 
fent fur Peau maniez avec ces rames , par 
radreflè des Sauvages. L'Ambaflàdeur 
d*Efpagne fut ravi de voir faire cet exer- 
cice aux cinq Sauvages du Roi de Da« 
nemarc. Us fê croifôient , Se s'entre- 
lafloient avec tant d'adrcflc, que pas un 
d'eux ne fe touchoit. Le Roi voulut 
éprouver la vîtcflè d'un de ces petits ba- 
teaux y contre une chaloupe , équipée 
de £:ize bons, rameurs } mais la chalou- 
pe eut de k peine à fuivre le bateau. 
L'AmbaiTadeur envoya une fomme d'ar- 
gent à chaque Sauvage en particulier, 
6c chacun d'eux en[>pIoya fon argent à 
(e faire habiller à la Danoife. 11 y en 

eut 



eut qui mirent de grandes plumes ) 
leurs chapeaux, fe bottèrent oc éperon- 
nérenty.Sc firent dire au Roi de Oane. 
marc qu'ils le vouloient iervir à che« 
val. 

Cette belle humeur ne leur dura pas 
lonetems, car ils retombèrent dans leur 
méuincolie ordinaire; Se comme ils ne 
fonc^oiént qu'aux moyens de retourner 
en Groenland 9 deux de ceux qui s'é- 
toient mis en mer, ôc que l'orage avoit 
remettez en Schonen , que l'onfoupçon- 
noit moins que les autres , en ce que 
l'on ne croyoit pas qu'ils fe dudent 
expolêr une féconde fois au péril qu'ils 
avoient couru, fe fàifirent de leurs ba« 
teaux , & regagnèrent le Nord. On 
courut après. Se ils furent joints près de 
l'embouchure de la mer i mais en n'en 
put attraper qu*un , l'autre fè fauva , 
c'eft à dire (è perdit i car il n'y a pas 
d'aparence qu'il ioit jamais arrivé en 
Groenland. On avoit remarqué de ce- 
lui- ci, qu'il pleuroit toutes les fois qu'il 
voyoit un enfant au col de fa mère, 
ou de ia nourrice. On jugeoit par là 
qu'il écoit marié , Sc qu'il regrettoit fa 
femme 8c iès enfans. Ceux qui écoient 
retenus à Copenhague , furent rcflcrrcz 

plus 






du Groenland, i^J' 

y\\xs étroitement (jue de coutume i ce 
qui ne fît qu'accroître le defir qu'ils a- 
voient de revoir leur pairie, 6c le def- 
cfpoir d'y retourner jamais. 

Deux moururent de regret, !es deux 
autres vécurent dix ou douze ans eoDa,« 
nemarc , après la mort de leurs compa- 
gnons. Les Danois firent ce qu'ils pu- 
rent pour leur perfuader de vivre, & 
leur donnèrent à entendre qu'ils fèroient 
traittez parmi eux comme leurs amis 5c 
leurs compatriotes ; ce qu'ils fcgnoient 
de goûter en quelque façon. On tâcha de 
les faire Chrétiens, mais ils ne purent 
jamais aprendre la langue Danoifê; &: 
la Foi étant de l'ouie , il fut impoflible 
de leur faire comprendre nos miftéres. 
Ceux qui prenoient garde de plus près 
à leurs aflrions , leur voyoient fou- 
vent lever les yeux au ciel , & adorer 
le Soleil lévanr. L'un d'eux mou- 
rut de maladie à Kolding en Jutland , pour 
avoir péché des perles en hiver. Vous 
noterez, Monfieur , quelles moules de 
Daneraarc font pleines de fêmence de 
perles iniparfaites , & que ceux qui cft 
mangent , ne trouvent prefque autre cho- 
fe que de cette forte de gravier fous les 
dents. On pêche de ces raouks en at)on- 
Tom. L - Q^ dance 



146 Relatkn 

dance dans la rivière de Koiding. Il y 
en aquîont des perles fines, quantité 
de petites y & quelques unes d'aflezgrof- 
iês I Se rondes. Ce Groenlandois avoit 
fait connoicre que l'on pêchoit des per- 
les en Ton pays, 8c qu'il étoit expert en 
cette pêche. Le Gouverneur de Koi- 
ding le mena arec lui dans (on gouver- 
nement, Sclui donna de quois*exercer 
dans la rivière qui porte de« perles. Le 
Sauvage y réuflit à merveille , car il 
alloit lèus Teau comme un poiflon, & 
n'en revenoit point fans moules qui cuf. 
icnt des perles fines.Ce Gouverneur fe pcr- 
fuada que , (1 cela continuoit , il mefureroit 
bientôt les perles au boiflèau. Mais Ion 
avidité lui fit perdre (on efpérance, par- 
ceque l'hiver le furprit, & que ne fc 
voulant pas donner la patience d'atendre , 
que l'Eté fût revenu, pour continuer fa 
pêche , il envoyoit ce pauvre Sauvage à 
l'eau comme un barbet, & le faifoit] 
plonger fi fou vent dans les glaçons, qu'il] 
en mourut. Son camarade ne ie putcon* 
foler de cette perte. Il trouva moyen, 
aux premiers beaux jours du printemsj 
d'avoir par adrefiê un de fès petits ba- 
teaux : s'étant mis dedans, il paflà le 
Sundt, avant que l'on le fût aperçu de 
ià fuite. 11 fut fuivi en diligence, mais 

'^^ . ^. " corn- 



'..«•( 



du Groenland, ^\7 

comme il a voit le devant, on ne le pue 
atteindre qu'à i^. ou 40. lieues avant 
dans la mer. On lui fit entendre par Çu 
gncs qu'il n'aurpit jamais fu trouver le 
Groenland, 6c (iii'infgilliblement il au- 
rait été englouti des vagues. Il répoo» 
dit par fipnes qo^il auroit fuivi la cote 
de Norvegue , jufques à une certaine 
hauteur, d'où il auroit pris la traverfè^ 
8c (è feroit conduit par les étoiles vers 
fon pays. Etant de retour à Copen^^ 
hague, il tomba en langueur, ôc mourut. 
Voila quelle a été la fin de tous ces 
malheureux Groenlandois. Us étoient tels 
que je vous ai dépeint les Lappons , de 
petite taille, 8C quarrçz; forti pe&ore & 
Umis^ bazanez, camus, ôc comme tels 
ils avoient les lèvres grofles & relevées. 
Leurs bateaux , leurs rames, leurs arcs, 
leurs âéches , leurs frondes, 6c leurs 
habits , font demeurez en Danemarc. 
Nous avons vu à Copenhague deux de 
ces bateaux avec leurs rames ^ Tun chez 
Mr. Wormius, 6c l'autre chez l'hôte 
|dc Monfieur l'Ambafladeui*. Leurs ha- 
uts faits de peaux de chiens 6c de veau^ 
rins, leurs chemifesd'intcftinsdcpoif-» 
ions, écane de leurs camiloles faite de 
îaux d'^ifcaux, avec leuri plumes de 

Q^ X di- 



Ï48 '^ Retamn 

âiverks couleurs, font gardez dans le 
cabinet de Mr. Worrnius , avec leurs 
leurs flèches , leurs frondes , leurs 



arcs 



couteaux, leurs épées , & les javelots 
dont ils le fervent à la pêche, armez, 
de même que leurs flèches, de cornes ou 
de dents aiguifées. Nous y avons vu 
un Calendrier Groenlandois , compofc 
de 25. ou jo. petits fu féaux , attachera 
unecourroye de peau de mouton, qui 
n'eft à Tufage de qui que ce foit, que 
des originaires Groenlandois. 

Le Roi de Danemarc rebuté n'en. 
voya plus au Groenland. Mais des 
Marchans de Copenhague entreprirent 
cette navigation , & formèrent une Com- 
pagnie, qui fubfifte encore fous le nom 
de Compagnie du Groenland^ dans laquelle 
ils engagèrent des perfonnes de condition. 
Cette Compagnie y envoya deux navi- 
res en l'année 1650. Ces navires allèrent 
dans le golfe de Davis, & à cette partie 
du Groenland nouveau, qui eft lur la 
côte de ce golfe. Ils n'eurent pas mouil- 
lé l'ancre, que huit Sauvages allèrent â 
eux, avec leurs petits bateaux. Ils é-j 
toient fur le tillac , où les Danois d'un 1 
côté avoient étalé leurs couteaux > leurs! 
miroirs, leurs aiguilles, £cc., Scies Sau- 

^ >f vngcsi 



i',^ 



du Groenland, 1-49 

Yâgcs de l'autre, leurs peaux de renards, 
de chiens , & de veaux marins , ÔC-quan- 
îité de cornes, que l'on apelle de Li* 
cornes: lorsque, fans autre deficin, un 
coup de canon fut tiré du vaiileau,pout 
quelque lamé qui fc bu voit. Les Sauvages 
épouvantez du bruit & de la fecouflè , 
coururent aux bords du navire, qui d'un 
côté, quidePautre, & s'élancèrent dans 
la mer, oii ils ne levèrent la tête qu'à 
deux ou trois cens pas du vaifleau. Les 
Danois (urpris firent figne à ces Sauva- 
ges qu'ils revinflènt, 6c les aflurérerit 
qu'on ne leur feroit aucun mal i ce que 
les Sauvages crurent. Ils revinrent donc 
lu navire , mais feulement après qu'ils 
furent revenus de la peur, qu'ils ne vi- 
rent plus de fumée, êc que l'air fe fut 
remis dans fa première tranquillité. Voici' 
leur façon de négocier. Us choififlent 
ce qui leur plait dans les marchandifes 
étrangères, ôCcnfont un blot. lis font 
un autre blet des marchandilesqu'ils veu- 
lent donner, pouî\ celles qu'ils ontchoi- 
fies,- ôc les uns Ôc les autres ajoutent à 
cesblots , ou en ôtent, jufques ace qu'ils 
lovent d'accord. Pendant que les Danois 
trafiquoient avec ces Sauvages > ceux-ci 
virent de leur navire un de ces poiflonô 

u Q3 à 



I; 



Ifo Relation 

à cornes , couché fur l'herbe du riva, 
ge, où le recour de la marée Pavoitlaif- 
ié. On tient que c'eft la coutume des 
veaux marins de fe retirer fur Pherbc^ 
Ik; que ces poîfTons , qui font comme de 
grands boeu& marins, ont cette coutu- 
me aufli. Les Sauvages fè jettérent en 
foule fur ce poifFon, le tuèrent, 6c mi- 
rent en pièces la corne, ou h dent, 
qu'ils vendirent fur l'heure même aux 
Danois. Ce poidon^ qui efl hors de 
défcnlc fur terre, eft extrêmement dan- 
gereux en mer. U eft à la baléne, ce 
que le rinoceros eft à Péléphant, Il fe 
bat contre elle, & la perce avec fa 
dent, qui lui lert de lance. On dit 
qu'il en a heurté des navires avec tant de 
force, qu'ils refont ouverts, & ont cou- 
lé à fonds. 

Mais un commerce de bagatelles n'é* 
toit pas le principal fujet qui avoit<»bli* 
gé les Danois à ce voyage. Le Pilote 
qui les conduifoit avoit reconnu un ri- 
vage fur cette côte, dont le fable étoit 
de la couleur ôc de la pefânteur de l'or. 
U courut en diligence à ce rivage, & 
ayant rempli fon vaifleau de ce fable 
prétendu or , il dit à fes compagnons 
qu'ils éioient tous riches, Se 6t voile en 



pour y cr 
afin qu'il 
<îe l'autre, 
béir, & 
fon bien 
chu des e 
j^ eft certî 
fie l'un oi 
ficur le G 



du Groenland, ifi 

Danemarc. Monfieur le Grand- Mai- 
tredu Royaume, chef de la Compagnie 
de Groenland, & qui Pavoit principa- 
lement formée pour reconnoitre ce 
Pays & s'y établir, s'il étoit poffible, 
fut étonné d'un retour fi promt. I.c 
Filote échauffé lui dit pour raifon qu'il 
avoit une montagne d'or dans Ton vai& 
feau. Mais il avoit à faire à un homme 
qui n'eft pas de légère croyance. Il fè 
fit aportcr de ce iablc, & l'ayant fait 
examiner par les orfèvres de Copenha- 
gue, ces orfèvres n'en furent tirer pas 
un fèul petit grain d'or. Monfieur le 
Grand-Màitre, outré de ce que ce pau* 
vre Pilote s'étoîtFaiffédupper, & pour 
faire voir qu'il n'y avoit nulle part, lui 
eommanda de s'en retourner au Sundt> 
où étoit Ton vaifleau, d'en lever l'ancre, 
k de le mettre en pleine mer Baltique, 
pour y enlèvelir dt Ton or & fa folie , 
afin qu'il ne fût jamais parlé de l'un ni 
de l'autre. Le Pilote fut contraint d'o- 
béir, & foit qu'il crût avoir jette tout 
fon bien dans la mer, ou qu'il iè vît dé- 
chu des efpéranccs qu'il avoit conçues, 
il eft certain qu'il mourut bientôt après 
de l'un ou de l'autre déplaifir. Mon- 
fieur le Grand-Miaitre n'eft pas à fe re« 

0^4, pentir 



ly^ Rilation 

pentir fur l'article de ce Pilote; car il 
m'a dit que Pon a trouve depuis dans 
les minières de Norvéguc du fable pa- 
reil à celui de Groenland, dont je viens 
de vous parler i & qu'un orfèvre intelli- 
gent en a tiré de très bon or ôc en 
quantité, à proportion du fable. Le 
Grand-Maitre fut porté à cette précipi- 
tation par l'ignorance des autres orfèvres, 
qui n'auroient pas plus tiré de l'or de la 
matière même d'où il fê tire dans le Pé- 
rou , que de ce fable. C'cft le dernier 
voyage qui a été h\i au Groenland nou- 
veau i & c'cft de. ce voyage que fut a- 
porté le grand bout de corne , que le Mé- 
decin du Czar dit être une dent de poif- 
fon. L'hôte de MonGeur l'Ambafladeur 
à Copenhague, qui eft de cette Com- 
pagnie, nous Jt fait voir cette pièce, 
qu'il cftime fix mille rifdalles. Les Da- 
nois, avant que de partir du Groenland, 
avoient retenu & attaché deux Sauvages 
dans leur vaifleau, pour les mener en 
Dancmarc. Ils les délièrent en pleine 
jner^ 8c ces enragez amoureux de leur 
patrie, fc voyant libres , fejettèrentdans 
la mer, pour retourner à la nage en leur 
pays. 11 y a de l'aparence qu'ils fc font 

noyez 



.1' 






du Gfàetrl^nâ. ig^^ 

ntjyez en chemin » car ils en étoient Upp^i 
éloignez. >^ ? «j "r. , ' '. 

Je vous ai écrit jufques ici tout ce, 
que j'ai pu aprendre de l'un & de l'au- 
tre Groenland , dû vieux 6c du nou- 
veau. Du vieux, que les Norvégiens' 
ont habité 5 du nouveau, que les Nor- 
végiens, les Danois, ôc les Anglbisont 
découvert en cherchant le vieux. Les 
paiîages du trajet d'iflande au vieux- 
Groenland ont été vrailemblabiement 
bouchez par les glaces , que les vents-^ 
mdes & impétueuxduNord-Eftont chat 
fées & accumulées dans cette nianchc. 
Si bien que les Matelots, qui n'ont pu ' 
tenir cette ancienne route, ont été con-- 
traints de luivrc celle qui les a menez au- 
Cap Faruel & au Golfe de Davis ^ dont 
k rivage qui répond au Levant , eft ce 
^ue l'on apellç , Nouveau Groenland, Or 
il eft croyable que ks^ anciens paiTages 
dlflande en Groenland ont été bouchez,, 
puifque la route en a été perdue. Et la 
Chronique Iflandoiley que je vous ai ra- 
portée ci' deflus , nous en donne une pieu- 
re plus certaine, au chapitre de cette na-- 
vigation, oîi il eft écrit que l'on trou- * 
ve à moitié chemin d'iflande en Groen- 
land, Gondehiurne Skeer^ q^ui font depe* 

Q f ' titcs ' 



1^4' RélâHm' ' 

titesiks de rochers, femécs dans cette 
mer, & habitées par des ours, où les 
glaces fc font vraKemblablemcnt arrêtées, 
et (i fort attachées, que le Soleil ne les 
aynnt pu fondre , elles s'y font, parfuc- 
ceffion de tems, comme pétrifiées; de 
forte que ce chemin ayant été fermé, 
la communication que Ton avoit avec 
le vieux Groenland, a été fermée auffi: 
d^où vient que l'on n'en a pu avoir 
depuis aucunes nouvelles, ni (avoir ce 
que font devenus les pauvres Norvé- 
giens qui Vont habité. Il y. a de IV 
parcnce que la pefte noire , qui ravagea 
k Nord environ l'an 134Ç , & qui leur 
fut portée infailliblement de Norvégue, 
ks dévora comme les autres. Je croi* 
rois prefque que Gotske Lindenau , qui 
dans fon premier voyage tint, comme je 
vous l'ai dit,, la rottte au Nord-Eft, a- 
Voitab6rdék vieux. Groenland-, & je 
ine perfuaderois dé même que les deux 
Sauvages qu'il amena de cet endroit, 
étoieni defcendus de ces anciens Norvé- 

«îern dont nous recherchons les reftes. 
ïais pluficurs perfonnes qui les ont vus 
àiCôpcnhague , m'om afltiré que ni ceux- 
ci ni ceux qui furent amenez du Golfe 
dccDavisi quoique diffcrens entre eux 



*^ 



du Groenland, rff' 

fi: dé langage & de moeurs, n'a voient 
pourtant aucuti raporc pour le même lan- 

Sge ôc les mœur^ , aux Danois & aux 
orvégiens ; 6c que le langage de ces 
Sauvages étoit (i dif!érent de celui de 
notre continent, que les Danois 6c les 
Norvégiens n'y pouvoient rien du tout 
comprendre. La Chronique Danoife 
remarque auflî que les trois Sauvages 
que le Pilote Anglois amena du Goife 
de Davis parloient fi vite , ou plutôt 
bredouilloient fi fort, qu'ils ne pronon- 
çoient rien diftinétement , que ces deux 
mots , Oxa indecha , dont on n'a jamais 
fu la fignification. Il eft certain que ce 
que nous apellons le vieux Groenland , 
n'a été qu'une petite partie de toute cette 
grande Terfe Septentrionale , que je 
vous ai décrite, ÔG que c'étoit la côte la 
plus voifine de l'iflande. Les Norvé* 
giens, qui l'ont habitée, ne fc font pas 
engagez dans la terre ; non plu$ que 
ceux qui ont découvert le nouveau G rocrh- 
land , qui n'en ont pour a^nfi dire effleu- 
ré que les ports 6c les rivages , 6c, com^ 
me vous l'avez pu ' remarquer , ne fè 
font prefque pas hasardez d'y mettre pied 
à terre. Monfieut le Grand-Maitre de 
Sl^atkemarc m'a dit que les Danois du 

Q.6 dernier 



Jf6 : Relatim 

dernier voyage de Groenland, en i6j6.,. 
s?ctant informez par fignes des Groen- 
landois, avec lefquels ils trafiquèrent, 
s'il y avoit des hommes faits comme 
eux, au delà des montagnes qu'ils vo- 
voient dans h terre , à dix ou douze^ 
lieues de mer; cesSauvagçs leur avoient 
de même répondu par lignes qu'il fs 
trouvoit plus d'hommes au delà de ces 
montagnes, que de cheveux fur leurs 
lèitSi (jue c'écoient de grands hommes, 
qui avoient de grands arcs Se de gran- 
des flèches , oC qu'ils tuoient tous> 
ceux qui s'aprochoient d'eux* Or ces 
hommes, non plus que la terre qu'ils 
habitent, n'ont jamais été connus de 
qui que ce (bit, dont l'hiftoire foitr 
venuei à, notre connoiflfance ; & tout 
le Groenland cft, comme je vous l'ai 
déjà dit, lans comparaifon plus grandi 
que ce que les Norvégiens , les Da- 
nois^ & leslAnglois en^. ont décpui 
Ycrjt.. . 



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C H A- I il m'a fait 



M Gmnlêni, . xfyi 

CHAPITRE ML «et! 



K. 



-tE ME SUIS engagé des l'etitréc 
I de ce difcouFS ^ à vous faire voir ' 
•' deux chofes. La première, qu'il 
n?cft pas conftant que le Groenland foit ' 
continent avec PAuc, du côté de la Tar- 
tarie. La féconde j qu'il foit continent' 
avec l'Amérique. A l'égard du premier • 
article, je vous dirai que l'on n'a fu' 
encore percer les glaces de la NovaZem- 
bk, pour fa voir s'il y a un pacage par 
ii, dans la mer du Levant,- & que ce 
paflage a été tente inutilement jufque^ 
ici par les Mariniers les plus déterminez 
dont nous ayons oui parler. Cette na^^ 
vrgation > qui a rebuté les meilleurs Pi- 
lotes du Nord, a limité leurs courfcs 
au Spitsberg, que les Danois comptent 
entre les terres du Groenland j où fc fait 
la grande pêche des balénes, 6c oij no^ 
Bafques 6c les Hollandois font des vo- 
yages tous les ans. 11 eft' néceffaire de 
vous dire ici ce que Moniteur le Grand* 
Maitre de Danemarc m'a apris de cette 
terre 8c de cette mer. 11 na s'eft pas 
cémenté de me le dire de vive voix, 
il m'a fait la grâce de me l'écrire. Voici 

(^7 donc 



H, 



If 8 Relàtîan 

donc le raport que lui en fit un Gentil- 
homme Ëfpagnol, nommé Léonin Na- 
turalifte favant 6c curieux , que le Grand- 
Miiitre avoit à Ion fcrvice, 6c qu'il en- 
voya en Spitsberg, pour lui dire à Ion 
retour ce qu'il en auroit vu 6c découvert. 
Ge pays cft au 78. degré d'élévation, 
8c noTimé très juftement Spitsberg^ à 
caufe des montagnes aiguës dont il e(l 
couvert. Ces montagnes font compo- 
iées de graviers, 6c de certaines pierres 
d*ardoi(e grifè , entaffées les unes iur 
ks autres. Elles fè forment de ces pe- 
tites pien-es 6c dc-jce gravier, que les 
vents anwncellent , ou que les vapeurs 
élèvent. Elles croiflent à vue d'œil, 
& les Matelots en découvrent tous les 
ans de nouvelles Léonin , s'étant en- 
gagé afièz avant dans la terre, ne trou- 
va que de ces montagnes aiguës, 6c des 
rênes qui paifToient. Il hit néanmoins 
étonné de voir tout au haut d'une de ces 
montagnes, 8c à une lieue de la mer, 
un petit mât de navire, qui avoit une 
poulie attachée à un de fes bouta ; 6c 
ayant démandé atKC Matelots qu'il ivoit 
menez avec liai, qui avoit porté là ce 
niât., ils lui répondirent qw'ils ntn fa- 
voieuc x\m^ 6c qu'ils l'âvoveni toujours 
"-^ch "•■■ ) '"^ va 



eu Groenland. tf^ 

vu là. II eft croyable que la mer avoit 
pafle autrefois près de cette montagne i 
8c que c'étoic un refte de quelque vieusd 
nautrace. On v trouve des prairies, 
mais l'herbe y e(t fi courte, qu'à peine 
la peut on apercevoir hors de la terre» 
ou hors des pierres i car à proprement 
parler, cette terre n*a point de terre, 
mais de petites pierres; entre lefquelles, 
& cette petite herbe, croît une forte de 
moufle, fêmblable à celle qui croît fur 
les arbres de nos climats, dont les Rê- 
nes de ce pays là fe nourriflènt, ôc qui 
les engraiflè (I bien, que Monfieur le 
Granû-Maitre s*en efl: fait aporter qui 
avoient quatre doigts de lard. Ce pays 
t& inhabité, ôc inhabitable , à caufè du 
froid. Car bien que le Soleil ne s'y 
couche point pendant quatre mois, & 
que durant flx femarnes il ne s'abaiflè 
quejufques à trois aunes de Phorifon; 
( iuivant la façon de parler Da^noife , con- 
forme à la mcfure du ciel dans Virgile) 
c'eft à dire encore qu'à minuitdecepays# 
là, le Soleil durant (ixr (emaines ne s^a** 
proche , comme en fc couchant , que d'en- 
viron neuf à onze degrçz & demi de 
l'horifon: cependant le Froid y eft plus 
aigu, plus k Soleil eft clair Se etin* 
.. , . celant j^ 



,i: 



i^ I 



hi 



l 



'ii6 Retnthû' ^ 

Êclant. La raifon en cft , que l'air y eft à/oi 
^lusfubtil , & par confcqueni pKis froid. 
Ôri ne peut durer fur tout près de ces 
montagnes qui n'ont nulle folidité; p;ir. 
cequ'il en fort une vapeur fi froide, que 
Port cft gelé pour peu que l'on y de- 
meure. Et pour fc garentir de cette ri. 
gûcuri il vaut encore mieux fe mettre 
en lieu que le Soleil regarde de tous cô- 
tez. Il y" a quantité d'ours dans cette 
contrée, mais ils font tous blancs, £c 
beaucoup plus aquatiques que terreftres. 
Od en trouve en pleme mer nageant, 
& grimpant fur de grandes pièces de 
glace. Monfieur le Grand -Maître en 
a fait venir de vivans, & les a nourris à^ 
Copenhague. Quand il vouloit donner 
du divertifiement à fes amis, il s'alloic 
promener fur ?a mer, & faifoit fauter 
ces ours dans quelque endroit fablon- 
neux, affez profond, mais aflez clair, 
jpour être vus au travers de l'eau. Il 
m'a dit que c'étoit un plaifirfingulierdc 
voir jouer ces animaux au fonds de la 
mer, durant l'efpace de deux ou trois 
heures j ÔC qu'ils y auroienf demeuré 
des jours entiers fans incommodité-, fi 
on ne les eût retirez par les cordes & 
les chaines où ils ctoient attachez. La 



7 



;iwi;. 



mer 



du Groenland^ l6i 

mer de Spitsbcrg porte quantité de bâ- 
Icncs. On en prend de deux cens picz 
de long, & de groflcur proportionnée 
à la longueur. Les médiocres font de 
cent trente, £c de i6o. piez. Elles 
n'ont point de dents. Quand on ouvre 
ces vaftes corps, on n'y trouve qu'en- 
viron dix ou douze poignées de petites 
aragnées noires , qui nniflcnt de l'air 
corrompu de cette mer,- & quelque peu 
d'herbe verte rejcttce du fonds de l'eau. 
Il y a de Taparence que ces balénes ne 
vivent ni de cette herbe, ni de ces ara- 
gnées , mais de l'eau de la mer, qui 
produit l'herbe ôc les aragnées. Cette 
mer eft quelquefois fi couverte de cette 
forte d'infeébes , qu'elle en eft toute noi- 
re ; Se c'eft un fîgne infaillible pour les 
pêcheurs, que la pèche fera bonne; car 
les balénes fuivent l'eau qui engendre 
cette pefte. On prend alors de fi gran- 
des balénes, & en fi grand nombre, que 
les matelots ne pouvant emporter tou-* 
tes les graiflcs qu'ils ont fondues , lonrcon» 
traints d'en laiflcr à terre, qu'ils vien- 
nent charger l'année d'après. Vous no* 
terez , Monfieur, que rien ne fè cor- 
rompt dans cette terre. Les morts qui 
y iont enlevelis depuis trente ans, font 

en* 



I 



!■ 



rtf» Relation 

encore aui& beaux ôcauffi entiers, qu'ils 
rétoient lorsqu'ils rcndoient Tel prit. On 
y a bâti depuis longtems quelques huttes, 
pour y cuire les graiflèsde balénesimais 
elles font tout comme lorsqu'elles furent 
bâties, ôcle bois dont elles &nt faites , eu; 
auffi iain^qu'il l'étoit le jour qu'il fut coupé 
de l'arbre. En un mot les morts fe portent 
bien dans cesPays Septentrionaux,mais les 
vivans y deviennent malades : témoin le 
pauvre Léonin , qui revint de ce voya- 
ge perclus de froid , £c qui en mourut 
quelque tems après Les oifeaux que 
cette contrée produit, font tous oifeaux 
de mer, Se il n'y en a pas un qui vi« 
ve fur terre. Il y a quantité de canards, 
8C beaucoupd'autresefpécesde volatiles, 

Jut nous (bnt inconnues. Monfieur le 
rrand^Maitre de Danemarc, n'ayant 
pu avoir de ces oi(èaux vivans , en a 
fiait aporter de morts à Copenhague. Ils 
redemblent du bec Se des plumes à des 
perroquets. Se des piez à des canards. 
Ceux qui prennent de ces oifeaux, aiTu- 
rcnt qu'ils ont un chjnt très doux ôC 
très agréable; 8c que quand ils chan- 
tent tous enfemble , il fe forme de !<!ur 
himage un concert mélodieux fur mer. 

Les Matelots qui vont en Spitsberg, 
nuû ' pour 



duGroentamt, i^j 

pou» la pêche deis balénes, y arrivent au^ 
mois de Juillet» & en partent vers la mi- 
Août. Lesglacesles cmpêeheroient d'y 
entrer avant le mois de Juillet, ôc d'en 
fortir s'ils partoient plus tard que la mi- 
Aout. On trouve dans cette mer des 
monceaux prodigieux de glaces , épaiflcs 
de foixame , foixantedix, 6c quatre- 
vingts braflcsi 

• 

•— • Qtta tantàm vertice ad auras 
j^frias^quantàm radiceadTartara tendunti 

car il y a des lieux dans cette mer, où' 
elle effc glacée depuis le fonds jufques au 
haut; ôc il s'amaflè fur ce haut desmon« 
ceaux de glace, auffi élevez par deflusU 
mer, que lamer ed profonde au defTouSir 
Ces glaces font claires & luifantes com- 
me du verre. Ce qui rend la navi* 
gation de cette mer périlleufe , c'cft- 
qu'il y a des Courans bizarres en des 
endroits , où les glaces fe fondent en 
un moment, & le reprennent en même 
tems. 

Ne trouvons pas étrange après cela 
de ne pouvoir ^ étcrminer rien de certain 
fur notre premier doute, ni aflurcr que 
le Groenland ioit ou ne (bit pas conti- 
nent 






tS^ Relation 

nent avec Mfie & la Tartarîe. iJa uiu 
tance qu'il y a de nos mers à ces mers 
glacées; l'incertitude de trouver les gla^ 
cfs fondues $ les grands orages qui fe 
forment {ur ces eaux glacées i l'inexpé- 
rience des routes; les delerts que l'on y 
trouve î &, ce qui eft de plus incom- 
mode, nul recours à efpérer, & nulle 
retraite dans ces defcits: toutes ces dil- 
ficultez, accumulées enfemble, s'opolent 
auxdclTcins des curieux, & leur ôtent 
fcs moyens de découvrir ce qu'ils recher- 
chent. Les mêmes difficultez, & par 
conféqucnt les mêmes incertitudes, fc 
rencontrent pour l'autre doute. Nous 
ne faurions réfoudré que le Groenland 
ioit ou ne (bit pas continent avec l'Amé- 
rique. C'eft ce que jeprétens vous faire 
voir, par la Relation (^ Capitaine Da- 
nois Jean Mttnck^ qui tenta, comme je 
vous ai dit, un pauage dan^ le Levant 
du côté du Nord-Ouc(b, entre TAméri- 
que ôt le»Gi*ocnland. Je ne m'écarte- 
rai p3s de mon fujet, en mettant ici cet- 
te Relation; car, outre qu'elle eft diver- 
tîflantc, elle regarde le Groenland &lcs 
lies adjacentes. 

Le Roi de Danemarc , aujourd'hui 
jregoant , commanda à Munck d'aller 

cher- 



'l * 

du Groenland. . i6f 

chercher un paflàge pour les IndesOricn- 
tales , par le détroit & la mer qui ré- 
parent l'Amérique du Groenland. Un 
Anglois, nommé Hudzon , avoit décou- 
vert ce détroit 6c cette mer quelque tems 
auparavant, ayant le même delîèin; mais 
il fè perdit dans cette navigation, & 
l'on n'a jamais fu comment. Il eft 
certain que s'il eut dans cette occafion 
l'audace d'Icare, fès plumes fè gelèrent, 
plutôt qu'elles ne fe fondirent , dans cet- 
te hardie entreprife. Son avanture eut 
ceci de commun avec celle d'Icare, que 
ce détroit & cette mer portèrent depuis 
le nom de Détroit de Hudzon 6c de Mer 
de Hudzon. Munck partit du Sundt 
pour ce voyage le 16. de Mai 1619 , 
avec deux vaifîcaux que le Roi de Danc- 
marc lui avoit donnez. 11 y avoit 48. 
hommes fur le plus grand vaifleau, ôC 
16. fur le plus petit qui ctoit une fre- 
gatte. Il arriva le 10- de Juin fuivant 
au cap nommé Faruel^ en lan^v^gc. Da^ 
nois , comme qui diroit le cap VaU en 
latin, & le cap d^ Adieu on de Bon voyage 
en François. On l'a nommé fans dou- 
te ainfi, parceque ceux qui vont au delà 
de ce cap, lemblent paffer dans un autre 
monde, & prendre un long congé de leurs 



f 



amis. 



II 



't66 Relation 

fitùis. Le Cap Faruel eft , comme je 
vous Tai dit, à 60. | degrez d'élévation, 
fur un pays de montacnes couvertes de 
lièges & de slaces. 11 feroit mal aiféde 
repréfènter fa figure, à caufe de ces né- 
ges & de ces gmces qui varient ; & 4 
oufe de leur blancheur, qui éblouit les 
yeux. Le Capitaine Munk étant à ce 
cap prit la route de PQueft au Nord, 
pour entrer dans le détroit de Hudzon^ 
Se trouva quantité deglace«, qu'il évita, 
parcequ'il étoit en pleine mer. Il con- 
feijleà ceux qui feçont ce voyage, de 
ne s'engager pas trop çncet endroit vers 
POueft, à caiiife dfsgkces Se des cou- 
rans , qui font impé(ucuK aux côt^ dç l'A- 
mérique, Il r^cQQte que la nuit du hui- 
tiénie Juillet ét:ant lur cette mer, il fit 
un brouillard fi épais & un fi grand 
froidi que les cordages de fon navire fu- 
rent coi^verts de long? glaçons fi ferrez 
& fi durs, qu'ils ne s'éa pouvpient fcr- 
vir pour la maneiivre. Il ajoute que 
le lendemain, depuis les trois hçures 
après midi jufques au Soleil couchant, 
il fit un çbaud 6 ardent , qu'ils fu- 
l-ent contr%ii)jts dç fc mettre tous en 
chemifè. 
Il entra dans le déti?oic de Hudzon, 

qu'il 






du Groenland, iCf 

qu'il nomma Détroh Chrtflhn^ du noia 
du Roi de Danemarc fôn maître , Sc 
aborda le dix-fèptiéme du même mois 
à une Ile, qui eÀ fur la côte de Groen- 
land. Ceux qu'il envoya pour reçoiw 
lîoitre cette lie , lui raportcrent qu'ils 
avoient bien vu des traces d'hommes^ 
mais qu'ils n'avoicnt point trouve d'hom- 
mes: mais ils rencontrèrent le lende» 
main tnatin une troupe de Sauvages, qui, 
furpris de l'abord des Danois, couruf 
renten dcfbrdre cacher les armes qu'ils 
portoient derrière un monceau dcpier^ 
res , aflêz près du lieu où ils étoient. 
Ils s'avancéreii. après cela, & rendirent 
gracieulement le lalut que les Danois 
leur avoient fait; obfervant néanmoins 
foieneufèment de fe tenir toujours en- 
treics Danois , 6cl'endroit où les armes 
étoient cachées. Mais les Danois firent 
fî bien en les tournant Se les amuiaQt, 
qu'ils gagnèrent la montjoye , où ils 
trouvèrent un monceau d'arcs , de car» 
quois , 8c de flèches. Alors les Sauva- 
ges defolez conjurèrent les Danois, par 
des fîgnes de prière Se de foumiffion^ 
de leur vouloir rendre ce qu'ils leur 
avoient pris. Ils faifoient entendre par 
CCS gcftes qu'ils ne vivoient que de la 
• - -r r— chaflc,' 






I 



"168 ' Relation 

chaflc, que ces armes les faifoient vi- 
vrc, & qu'ils donncroictjt leurs habits 
pour les ravoir. Les Danois émus de 
compaffion les leur rendirent , Se les 
"Sauvages fc jettérent à leurs genoux, 
pour les remercier de tant de grâce. 
La courtoific des Danois à l'égard de 
ces Sauvages ne s'arrêta pas là, ils dé- 
plièrent leurs marchandifcs , & leur fi- 
rent prcfcnt de plufieurs bagatelles, que 
les Sauvages admirèrent , & qu'ils re- 
çurent nvec joye. En échange, ils 
donnèrent aux Danois plufieurs fortes 
•d'oifeaux , 6c du lard de divers poi(- 
(bns. Un d'eux ayant jette lés yeux 
fur un miroir, & s'y étant aperçu, fut 
fi furpris de fc voir, qu'il prit le miroir, 
le mit dans Ton fcin, 6c s'enfuit: mais 
les Danois n'en firent que rire , 6c ne 
rirent pas moins de ce que tous les 
autres Sauvages coururent embraflerun 
Danois leur compagnon de voyage , & 
lui firent mille careflès , comme s'ils 
l'avoient connu delongtems; parcequ'il 
avoir les cheveux noirs , qu'il étoit ca- 
mus 8c bazané, en un mot, qu'il leur 
relfembloit. Munck partit de cette Ile 
Içjour d'après, qui étoit le dix-neuvié- 
ttie de Juillet j ayant fait voile pour 



du Groenland, 169 

fonlinuer fa route, il fut contraint de 
relâcher à caufc des glaces, Se de fe re- 
tirer dans le même port; où, quelque 
loin qu'il pût aportcr, il ne revit aucun 
Infulaire. Les Danois trouvoicnt des 
filets étendus le long du rivage, ÔC y 
atrachoient des couteaux, des miroirs, 
6c autres bagatelles propres aux Sauva- 
ges; mais pas un ne revint, foit qu'ils 
eu (lent peur des Danois, ou qu'il leur 
fût expreflement défendu par quelque 
efpéce de Juge, ou de Gouverneur, d'a- 
voir commerce avec eux. Munck ne 
pouvant trouver d'hommes, prit grand 
nombre de Rênes dans cette Ile, qu'il 
^^dh, Remfundt ^ c'eft à dire Golfe des 
Rênes , & nomma le Port où il aborda 
de fon nom, Mnnckenes, Cette lie eft 
à 6 1 . degré 6c 20. minutes d'élévation. 
Il y arbora le nom 6c les armes du Roi 
de Danemarc fon maitre , & en partit 
le vingt deuxième de Juillet. Mais il 
e Ifu y a;de$ orages fi violens, êc les glaces 
les heurtèrent fi . ademcnt , qu'à peine 
le put il fauver le vingt huitième du 
même mois entre deux lies, où après 
avoir jette toutes fes ancres, il amarra 
Tes vaifieaux à terre, tant l'orage étoit 
impétueux dans le port mêiiie. Le rc- 
Tgm, /. R toiU 



II 






iii 



170 ' Relation ' 

tour de la marée laifloit les Danois i 
fec fur ies vafes , & le reflux qui vcnoit 
avec beaucoup de rapidité, leur rapor- 
toit tant de glaces , qu'ils étoient en 
aufîi grand danger de périr là, qu'en 
pleine mer , s'ils n'y euflcnt pourvu 
avec grand foin & bien de la peine. I' 
y avoît entre ces lies une grande pié.c 
de glace > épaifle de vingt deux brades, 
qui le détacha des terres, & fc fcncit 
en deux. Ces deux pièces tombèrent des 
deux cotez au fonds de la mer , 6c cau- 
férent une {\ grande tempête en tombant, 
que peu s'en fallut qu'une de leurs 
chaloupes ne fût iubmergée des vagues. 
lis ne virent point d'hommes dans ces 
deux Iles , mais des traces & des mar- 
ques évidentes qu'il yen avoit, ou qu'il 
y en avoit eu. Ils y trouvèrent des 
minéraux, & entre autres, quantité de 
talc, dont ils remplirent quelques ton- 
neaux. Près de ces deux lies , il y 
en avoit d'autres qui routes étoient a- 
paremment habitées, mais que les Da- 
nois ne purent aborder , parceque les 
avenues étoient inacceflibles & fi fau- 
vages , qu'ils n'en avoieni jamais vu 
de pareilles. Ces lits iont à 62. de- 
grez 6c %o, minutes, 6c à cinquante 
jj . ■"'■ lieues 



du Groenland, iji 

lieues avant dans le détroit Chriftian, 
ou de Hudfon. Le Capitaine Munck 
apella le Golfe, ou détroit, où il a* 
borda, Harefunt^ c*cft à dire, Golfe, 
ou détroit des lièvres j à caufe des liè- 
vres qu'il trouva en grande quantité dans 
cette lie. 11 y arbora le Chr/fliar Quar* 
tus du Roi de Danemarc, qu i^ ont ac- 
coutumé de repréfenter de cette forte 
C4. Il partit de ces lies le neuvième 
d'Août, èc fit voile vers l'Oueft ud- 
Oueft , avec un vent de Nord-Oueft. 
Le dixième il aborda la côte du détroit 
Chriftian, qui eft la côte de l'Améri- 
que. Etant forti de là, il trouva une 
grande lie, du côté du Nord-Oueft, 
qu'il apella Sneeuland^ c'eft à dire, Tlle 
des néges, parcequ'cllc étoit couverte de 
néges. Le vingtième d'Août il prit Ton 
cours de l'Ouell au Nord; Et alors ^ 
dit le Relateur, je tenais ma vrayerotte^ 
I fous Pélêvatwn de foixante deux degrez & 
mngt minutes. Mais les brouillards c- 
loient (i grands, qu'ils ne voyoientpomt 
de terre; Quoique^ dit- il, la largeur du 
\lktroit Chriftian ne Jât en cet endroit que 
\kfeize lieues. Ce qui nous fait croire 
qu'il cft plus large en d'autres en iroits. 
lu entra du détroit dans la mer de Hud- 

R ^ zon. 



lyx Relation 

zon , dont il changea le nom , comme 
il l'avoic changé au détroit, & lui en 
donna deux aulieu d'un. Jl apelUi^^^- 
re novum la partie de cette mer qui re- 
garde l'Amérique > 6c Mare Chrijiianum 
celle qui regarde le Groenland. Il tint 
tant qu'il put la route de l'Oueft-Nord- 
Oueft, julques à ce qu'il eût atteint foi- 
xante trois degrcz & vingt minutes d'é- 
lévation; oii les glaces l'arrêtèrent, ôc 
l'obligèrent d'hiverner à la côte de Groen- 
land , à un Port qu'il nomma Munckens 
Winterhaven^ (c'eft à dire, le port d'hi- 
ver de Munck) Se il apella toute la 
contrée Nouveau Danemark 11 ne re* 
marque point dans (à Relation quanti- 
té de lieux, par lefquels il pafTa en 
arrivant à ce port , parccqu'il dit en 
avoir fait une carte, à laquelle il ren- 
voyé le Leéteur. 11 ne fait mention 
que de deux lies de la mer Chriftia- 
ne , qu'il nomme les Iles Sœurs i ÔC 
d'une autre plus confidérable, qui efl: 
vers la mer nouvelle, qu'il apelle D'h 
xes Oeuland, 11 donne avis à ceux qui 
navig ront dans le détroit Chriftian, 
de tenir le plus qu'ils pourront le mi- 
lieu du détroit , à caufê des courans ra- 
pides & contraires qui le trouvent à 
. , . - s M l'»Jiîc 



du Groenland 175 

l'une & l'autre de Tes côtes , par les 
reflux opofez des deux mers Océane ôc 
Chriftianc , dont les glaces extraordi- 
nairemcnt épaifles, s'entreheurtent avec 
une telle force , que les vaiileaux (]ui 
fc trouvent entre deux y font briicz 
fans rémiflîon. 11 dit que le reflux de 
la mer Chriftiane eft réglé de cinq en 
cinq heures , ôc que fes marées fuivent 
le cours de la Lune. ^ 

Munck arriva le feptiémc de Septem- 
bre à Munckenes Winterhaven^ où il fc 
refit, lui, 6c fes gens. 11 retira fes 
vaiiTeaux quelques jours après, 6c les 
mit à couvert du choc des glaces, dans 
un port proche du premier, oy il les 
répara du mfieux qu'il put. Ses com- 
pagnons pourvurent fur toutes chofcs 
â fe bien loger, pour fe garentir du 
mauvais tems, ôc de Phiver qui lésa* 
voit furpris. Ce port faifoit l'embou- 
chure d'une rivière, qui n'étoit pas en- 
core glacée au mois d'Oftobre , quoi- 
que la mer fût prife en, plufieurs en- 
droits. Munck raporte que le 7. de 
ce mois là il monta fur une chaloupe 
pour reconnoitre cette rivière, & qu'il 
ne put y avancer qu'environ une lieue 
& demie, à caufb des cailloux qui la 

R 3 bou- 



174 •' ^ft^it^^ 

boucîioîent. N'ayant pu trouver de 
pnflage par la rivière, il prit une par. 
lie de (es gens , & marcha trois ou 
quatre lieues avant dans la terre, pour 
chercher des hommes,' mais il ne ren- 
contra qui que ce fût; Revenant par 
\\x\ autre chemin, il trouva une pierre 
élevée & aflez large,' fur laauelle ctoit 

Ecinre une image qui reprefentoit le 
)iable avec fes griflcs 6c fes cornes, 
11 y avoit près de cette pierre une pla- 
ce quarée, de huit piez en tout fens, 
environnée de pierres plus petites. 11 
remarqua à Tun des cotez de ce quar- 
ré une Mont-joye de petits cailloux 
plats, & de la moufle d'arbre mêlée 
parmf. 11 y avoit de l'autre côté du 
quarré une pierre plate, mile en forme 
d'Autel fur deux autres pierres; &fur 
cet Autel, trois petits charbons, croi- 
/cz l'un fur l'autre Mais quoique le 
Capitaine Munck ne vît perfonne en 
chemin, cependant il rencontroit en 
plufieurs endroits defemblables Autels, 
avec des charbons pofet deffus, com- 
me les précédens , & par tout oîi il 
rencontroit de ces Autels, il y trou- 
voit des traces d'hommes: d'où il con- 
jeéluroit que ks habitans de cette con- 

-« - tréc 



Et ce 

dans la 

l)abirans 

des tcnt< 

vers end 

mes lieu 

de loups 

& de veî 

couvertu 

voient aj 

& campe 

Les '. 

kur quai 

vifîon de 



du Groenland. 175* 

tréc s'afîêmbloient à ces Autels , pour 
facrifier, 6c qu'ils facrifioicnt au fcu, 
ou avec du feu. 11 voyoit de plus que 
par tout où il y avoit de ces traces 
d'hommes, on y trou voit des os ron- 
gez, & conjcdburoit de làaufli que c'é- 
totent peut-être les têtes des bêtes facri- 
fiées , que les Sauvages avoient man- 
gées à leur iaçon, c'clt à dire, crues ÔC 
déchirées, comme les chiens les déchi- 
rent. 11 remarquoit en paflant au tra- 
vers des bois, quant té d'arbres coupez, 
avec des inftrumens de fer & d'acier. Il 
trouvoit outre cela des chiens bridez, 
ou emmuzelez , avec des liens de bois. 
Et ce qui le confirmoic plus que tout 
dans la croyance que ce pays avoit fes 
habitansi c'eit qu'il voyoïc des marques 
des tentes qui avoient été dreil'écs en di- 
vers endroits, & qu'il trouvoit aux mê- 
mes lieux des pièces de peaux d'ours , 
de loups , de cerfs , de chèvres , de chiens, 
8c de veaux marins, qui avoient fcrvidc 
couverture à ces tentes. Ces peuples vi- 
voient aparemment comme les Scythes , 
8c campoient à la façon des Lappons. 

Les Danois, huttez 8c établis dans 
leur quartier d'hiver, firent grande pro- 
vifiop de bois pour fe chauffer, & de 

R 4 ve- 



à 



'1 



C/ 



176 Relation 

venaifbn pour fc nourrir. Munck tua 
le premier un ours^ blanc ^ que lui & 
(es compagnons mangèrent , & il dit 
cxpreflemcnt qu'ils sVn trouvèrent fort 
bien. Ils tuèrent quantité de lièvres, 
de perdrix , ÔC d'autres oifeaux, qu'il 
ne nomme pas , mais qu'il dit être fort 
communs en Norvègue. 11 dtt auffi qu'ifs 
prirent quatre renards noirs, 6c quel- 
ques Jahles f qui eft le nom que l'en 
donne par tout le Nord aux martres 
zibelines. 

Les Danois virent au ciel de ce pays- 
là des choies qui ne fevoyent pas fi com- 
munément au ciel de Danerriarc. La 
Relation dit que le vingt fepciéme de 
Novembre il parut trois Soleils dif- 
tinftement formez dans le ciel, & re- 
marque en même tcms que Tair de 
cette contrée eft fort groffier. Il en 
parut deux non moins diftinds le 2^. 
de Janvier fuivant j 8c le 10. de Dé- 
cembre entre deux, qui eft le 20. fé- 
lon notre ftile, fur les huit heures du 
foir, il fe fit une cclipfe de Lune. La 
même nuit la Lune fut environnée 
deux heures durûnr d'un cercle fort 
clair, dans lequel parut une croix, qui 
coupoit Ja Lune en quatre. Ce Me- 

r léorc 



du Groenland, 177 

téorc fcmbloit annoncer les maux que 
ces Danois dévoient foufitir , & leur 
perte prcfque totale, comme vous l'al- 
kz enrendre. 

L'hiver devint fi rude 6c fi âpre, 
qu'il iê trouvoit des glaces épaifles de 
. 500. & de 560. piez. La bière , & 
le vin, même le vin d'Efpagne le plus 
pur, & l'eau de vie la plus forte, k 
gelèrent jufqu'au fond dt$ vaiflèaux. 
Le froid, qui rompnt les cerceaux & 
faifoit crever les tonneaux, laiflb.t la 
bière ôc le vin en confidence de gla- 
ce fi dure , qu'il les falloit couper a- 
vec des haclKs, pour ks faire fonJre, 
& pour les boire. Si par mégfirdeoa 
avoit oublié le foir de l'eau dans les 
vaiflèaux d'éiain 6c de cuivre, on les 
trouvoit le lendemain rompus 6c cafic^, 
à l'endroit où l'eau s'ctoit gUcce. Cet- 
te rude faifon, qui n'èpargnoit pas les 
métaux, n'èpargnoit pas davantage les 
hommes. Les pauvres Danois tombè- 
rent malades» 6c la maladie augmenta 
parmi eux avec le froid. Un flux de 
ventre les prenoit , 6c ne les quittait 
point qu'il ne les eût emportez. Ils 
mouroient les uns après ks autres, 6c 
,fi dru, qu'à l'entréo du mois de Mrrs 

R 5 , Uur 



^ ~ t 



iyS Relation 

leur Capitaine fut contraint de faire la 
garde de ia hutte. Cette maladie s'ai- 
grit , au lieu de s'adoucir , à la venue 
du printems. Elle ébranla les dents 
des malades, & ulcéra le dedans de 
leurs bouches; fi bien qu'ils ne pou- 
voient manger que du pain trempé 
dans de Peau fondue. Elle attaqua les 
derniers mourans , vers le mois de Mai , 
avec tant de malignité, qu'à tous ces 
maux, il s'y joignit un flux de fang, 6c 
des douleurs fi grandes aux parties 
nerveufès, qu'il fembloit qu'on les pi- 
quoit par tout avec de pointes de cou- 
' tcaux. Ils defl'échoient à vue d'œil, 
devenoient perclus, livides, & noirs, 
partout le corps, comme fi on les eût 
rouez d€ coups. Cette maladie eft pro- 
prement ce que Ton apcUe Scorbut^ 
mal connu 6c fréquent dans toutes les 
mers du Nord. Ceux qui mouroicnt 
ne pouvoient être cnlêvelis, parcequ*il 
ne le trou voit perlonne qui eût la for- 
ce de les porter en terre. Le pain 
manqua aux malades qui reftoienr. Ils 
furent contraints de fouiller dans la 
nége, Q\x ils trouvèrent une efpécc de 
franboifes , qui les loutenoient ôc les 
nourrifibicnt en quelque façon. Il les 



du Groenland, 1 79 

mangeoient en même tems qii*i!s les 
cueilloient, ÔC n'en pouvoient faire pro- 
vifion, parcequ'el les fèconicr voient fraî- 
ches (bus la nége , & fe flétrifîbient pour 
peu qu'elles en f uflent dehors. La Re- 
lation marque le douzième d'Avril, com- 
me unjourconfidérable, parcequ'il plut 
ce jour là, & qu'il y avoit fcpt mois 
qu'il n'avoit plu en ces quartiers. Le 
printcms ramena mille fortes d'oifeaux, 
qui n'avoient point paru durant l'hiver; 
6c ces malades mourans n'en pouvoient 
prendre, à caufe de leur foiblefîe. Ils 
virent , environ la mi - Mai , des oyes 
fauvages, des cignes , des canards, 6c 
un nombre infini de petits oileaux hu- 
pez, des hirondelles, des perdrix, des 
beccalîes, des corbeaux , des faucons, 
8c des aigles. Munck lui-même tom- 
ba malade à la fin, comme les autres, 
le quatr éme de Juin, 8c demeura dans 
fa hutte accablé de douleurs, quatre jours 
entiers, fins lortir ôc lans manger. 11 
fe réfolut à la mort > ^^^~ fonteltament, 
par lequel il prioit les Paflans de le vou- 
loir enfevelir , ôc de faire tenir le Jour- 
nal qu'il avoit fait defon voyage au Roi 
de Daneniarc fon maitre. Les quatre 
jours paffcz , il fe ientit quelque for- 
îj R 6 ce, 



i8o Itetation 

ce, & fortit de fa hutte, pour voir fe 
compagnons , morts , ou vivans. il 
n'en trouva que dcu»x en vie , de 64. qu'il 
avoit menez avec lui. Ces deux pau- 
vres Matelots, ravis de joye de revoir 
leur Capitaine debout, allèrent à lui, 
£c le menèrent près de leur feu i où il 
revint un peu à foi. Ils s'encouragè- 
rent l'un l'autre, & fc réfolurent de vi- 
vre, mais ils ne favoient de quoi Ils 
s'avifèrent de gratter la nége , & de 
manger l'herbe qu'ils trouvérencdelïous. 
Ils rencontrèrent heureufcment de cer- 
taines racines , qui les nourrirent & for- 
tifièrent de telle lorte, qu*ils furent re- 
faits en peu de jours. La glace co.ii- 
roença de le roiTiprc , ( c'étoit le dix hui- 
tième de Juin , ) ôc ils péchèrent des plycs, 
des truittes, & des faumons. Leur pè- 
che ÔC leur chaflc achevèrent de les for- 
tifier, 6c le courage qu'ils reprirent, les 
fit rèibudrc à eflàyer, malgré leur mau- 
yais état , à rcpaliêr tant de mers 6c dt 
périls, pour arriver en Danemarc. 11 
commença enmêtnc ttms à faire un peu 
chaud , 6c il plut , iiprès quoi on vit 
paroitre une telle quantité de mouche- 
rons j qu'ils ne iavoient où fe mettre 
pour s'en garantir. Ils laiiîércnt leur 

>. ..^ grand 



du Groenland. i8i 

gnnd navire , & s'embarquèrent dans 
leur frégate, le ieiziéme dé Juillet. Ils 
firent voile de ce port, où je vous ai 
dit qu'ils avoieîn mis leurs vaiflcaux à 
couvert des glaces ) que Munck apclla 
de Ion nom, Jtni Munckes bay^ c'eft-à- 
dire , la baye , ou le port de Jean Munck. 
11 trouva la mer Chriftiane couverte de 
glaçons âotans , où il perdit fa chalou- 
pe , 6c eut même bien de la peine à dé- 
gager (on vaiflèau ; car le gouvernail fe 
rompit, ^: en attendant qu'il fût refait, 
il attacha fon vaiflèau à un rocher de 
glace, qui fuivoic le courant de lu mer. 
Il fut délivré de cette glace qui fè fon- 
dit, & retrouva fa chaloupe dix jours 
après l'avoir perdue. Mais il ne demeu- 
ra pas longtcms en cet état ; car la mer 
redevint glacée, fè fondit bientôt aprcsj 
ôc varia longtems de cette forte, à fe 
glacer 6c fe fondre d'un jour à l'autre, 
A la fin il pafla le détroit Chriftian, 
revint au cap Faruel , & rentra 
dans l'Océan, où il fut accueilli \q 
troifiéme de Septembre d'une gran- 
de tempête, dans laquelle il penfa 
périr : car lui . 6c fes deux matelots 
étoicnt fi las , qu'ils furent con- 
traints d'abandonner la miineuvre, ^ 

R 7 de 



1 > 



if i 



lit Relation 

de fc rendre à la merci de Porage. La 
vergue de leur voile fe rompit, & la 
voife fut renverfée dans la mer, d'où 
ils eurent toutes les peines du monde à 
la ravoir. La tempête fe relâcha pour 
quelques jours, 8c leur donna le tems 
d'arriver le ai. de Septembre à un port 
de Norvégue , où ils s'ancrèrent avec 
un feul bout d'ancre qui leur reftoit, 
ie croyant au defTus de tout : mais l'o- 
rage les alla afTaillir ce même jour dans 
ce port avec tant de furie , qu'ils ne 
furent jamais en plus grand danger de 
le perdre. Ils le fauvérent par bonheur, 
oîi les autres périflènt: car ils trouvè- 
rent un couvert entre des rochers, d'où 
ils gagnèrent la terre, fê retirent, ôc 
quelques jours après arrivèrent en Da- 
nemarc , dans leur frégate. Munck 
rendit compte de fon voyage au Roi , 
qui le reçut comme l'on reçoit une 
perfonne que l'on croit perdue. 

Il iembloit que ce dût être la fin 
des malheurs de ce Capitaine , mais 
fon avanture eft bizarre , ôc mérite 
d'être fue. Il demeura quelques années 
en Danemarci où, après avoir. long, 
tems penlè aux fautes qu'il avoit faites 
dan$ fon voyage, par l'ignorance des 

lieux 



Vrfî*<* 



«r* 



du Groenland» iSi 

lieux 8c des chofes , Se faifànt réfle- 
xion fur la poffibilité de trouver le paf« 
fage (ju'il cherchoit par le Nord-Oucft , 
Tenvie le prit de refaire ce même voya- 
ge. Ne fe pouvant entreprendre feul , 
il y engagea des Gentilshommes diftin- 
guez Se des Bourgeois qualifiez de 
Danemarc, qui tous eniëmble formèrent 
une Compagnie confidérable. Se équi- 
pèrent deux vaidèaux pour ce Ions cours, 
fous la conduite de Munk. 11 avoit 
pourvu à tous les inconvèniens Se à tous 
les desordres , qui lui étoient furvenus 
au premier voyage , Se il étoit comme 
fur le point de s'embarquer pour le fé- 
cond , lorsque le Roi lui demanda le jour 
de fon départ. D'un difcours à l'autre 
il lui reprocha que l'équipage avoit péri 
par fa mauvaife conduite > à quoi le Ca- 
pitaine répondit un peubrufquement;ce 
qui fâchant le Roi, l'oblîsea clelepoui* 
fer du bout de fon bâton dansl'eflomac. 
Le Capitaine outré de cetaflfront, fè re« 
tira chez lui , fe mit au ,lit , Se mourut 
dix jours après de déplaifîr Se de faim.. 

Revenons au but de cette longue nar- 
ration. Il réfulte de ce que je vous ai 
écrit qu'il y a un long Se large détroit, 
Se une yalte mer çnfuite , entre PAmé- 

:,' • riquç 



^ , 



184 ^ Relation 

r^'quc &' le Groenland j 8c que ne fa. 
cfhant pas où aboutit cette mer, nous ne 
iaurions juger non plus fî le Groenland 
eft continent avec l'Amérique 1 ou non. 
11 y a apparence que non , comme je vous 
l'ai déjà dit, puisque le Capitaine Mu nck 
a cru qu'il y avoit un palfage dans cette 
forte mer pour aller à l'Eft; & quM le 
perfiiada à quantité de perfbnncs quali- 
fiées de Danemarc , qui avoient fait une 
Compagnie pour découvrir ce paflage. 

Je trouve en même tems Perreur de 
celui qui a fait des diflertations fur l'ori- 
gine des peuples del' Amérique, qu'il fait 
venir dis Groenland, & les premiers Iia- 
bitans de Groenland du Royaume de 
Norvégue. D'où il conclut que les pre- 
miers babitans de l'Amérique ont été des 
'Norvégiens: & nous l'a prétendu faire 
accroire ,: par une certaine affinité qu'il 
s'eft imaginé entre quelques mots Amé- 
ricains, qui finiflent en to, 6c le land 
des AHemans , des Lombards , ëc des 
Norvégiens ; & par le raport de mœurs, 
qu'il prétend entre les Américains 6c Us 
Norvégiens, qu'il prend pour les Allc- 
mans de Tacite. Vous jugerez , Monlîeur, 
par la fuite de mon difcours que cet Au- 
teur s'eft mécompte en toutes &çons. 
^ * ^ , Pre- 



du GroeikmL 185 

Premièrement, en ce que les Norvé- 
giens n'ont pas été les premiers habitons 
du Groenland , comme il paroi t par la 
Relation que je viens de vous en donner^ 
& parceque Mr. Wormius, très favant 
dans lesantiquitezduNord, bien loin de 
rapoi ter Porigine des peuples de PAméri - 
que aux peuples de Groenland, croit 
que les Sklegttngtes , habitans originaires 
du Veflrehttg de Groenland , étoxent ve- 
nus de l'Amérique. 

Secondement, l'Auteur des diflêrta- 
tions s'eft trompé, en ce qu'il y a peu , 
ou point d'aparence, que le Groenland 
foit continent avec l'Amérique; ficouelc 
pafl&gede Tun à l'autre n'a pas été fi 
connu, ni même fi poflible, qu'il fel'eft 
imaginé. Il s'eft abufé enfin, en ce que 
je vous ai fait voir qu'il n'y a nulle aôî- 
nité de langage . ni de mœurs entre le 
Groenland& la Norvégue; & que s'il 
veut que les Norvégiens ayent commu- 
niqué leur 'langue & leurs mœurs aux 
Américains, il faut qu'ils' ayent paflépar 
ailleurs que par leGroenland, pour aller 
en Amérique. 

Je pourrois infifter davantage lur les 
autres erreurs du Diflertatcur , & le ren- 
voyer au pays des vifions & des fonges. 

Muiâ 



i86 Relation 

Mais puisqu'il dore de Ton dernier ibm. 
meil, laiffonsle dermir en repos, & fi- 
niffons ce difcours pour notre commune 
fitisfaâion. Je faisconfcience d'interrom- 
pre k cours de vos élégantes 8c favantes 
compofitions, par la leélure d'un Ecrit 
qui n'aproche pas du prix de vos cxcel- 
Icns Ouvrage? i ôc quelque bonté que 
vous ayez pour moi , je ne doute pas que 
vous ne foyczaufli content d'avoir ache- 
vé délire ma Relation, que jeie fuisdV 
yoir achevé de l'écrire, Se de vous dire, 



MO.NaiE.URin'.iihr- 

; ' ^^'^ ■; Votre trèf humble, & 

trèiaflcâlonnéfcrvi- 
tcur, 






Jiiia, 1545. 






'■■A , ^i-j/îj -ifj t^*Viit i 



•ïs: 



^^f 



;r fom. 
, &fi. 
nmune 
errom- 
*a ventes 
) Ecrit 
; cxcel- 
ïté que 
pas que 
ir ache- 
fuis dV 
is dire, 



nble, Se 
né fcrvi- 



irfift?\l. 



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^.«-■r*5 



I^ctJJcn ncminc jL\ir les Iflurulcns NaRWAZ, 
^ui poî'U la cerne, owJenâ,aue Icrv Mt d& Licorne, 

- • T tJ JZ ■ ■— ■ • . _ I . !■ 1^1 ■ I I !■ ■ ^T 1— T II ■ I IIMI I 1^ ^ 




Te/te dicT^ai/TùTt T^A-RWAl, , aJ^ec icrv trortcorv 
c^ejlxdent, çicJe/â. ccrrve, îcna Je cniatre pieds. 




N 



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LES TROIS ; 
NAVIGATIONS 



DE 






MARTIN FROBISHER. 



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Mf--.J»*.. 




LES TROIS NAVIGATIONS 



D E 



3 (ji^ïiniïùi 



MARTIN FROBISHER, 

Four chercher un paffage.à la 

CHINE ET AU JAPON 

'i:r ■■ : P A R L A •■ "' • ■ -*^ > 

MER GLACIALE, . 

'^^ En ij'76. IJ77. & inS. 



1 mï:.ïï 



Ecrites à bord du Faiffeau de Froùh&erJ^'- 
TRADUITES DE L'ANGLOIS; 

MArtin Frohîsher , convaincu par 
une expérience de pluficurs 
années de navigation , qu'il y a un che- 
min plus court par Mer pour fe rendre 
à la Chine ôc au Catay^ que celui du Cnp 
il - de 



■ 



ff 

190 Navigations 

de Bonne Efperance , communiqua en . . . 
à pluHeurs de fes Amis le deflein qu'il 
avoit de chercher une nouvelle route par 
le Nord. H démontra même fur la 
Carte que ce paflage devoit fè chercher 
par le Nord-Ouefl^ & qu'il étolt vrai- 
lemblable qu'on le trouvtroit; fur quoi 
il réfblut d'exécuter fon projet , & de 
juftifier à fbn retour par des témoigna- 
ges non recufables les fondemens de fa 
recherche, ou de ne revenir jamais. C'é- 
toit là fans douteundcflèin bien glorieux: 
mais quoi qu'il en foir, 6c quelque rai« 
fon qu'eût Frobisher d'erpértr que fa dé- 
couverte ftroit infaillible , le fuccès ne 
répondit pas à fon cntreprife. 

Quinze années fe paflerent à chercher 
les moyens d'en venir à bout. Il en par- 
la fouvent à fes intimes Amis & à plu- 
Ceurs Marchands , qui ne firent pas grand 
compte de ce projet. Il s'adrefla donc 
à la Cour, oîi l'on fit plus de cas de 
fbn deflein, puifque Milord Con^tie de 
Warwick (Ambroife Dudley)\ç, favorifà 
fi bien, qu'il Uii fit compter pour cette 
navigation une femme d'argent aflczcon- 
fidérable, dont il acheta 6c équipa deux 
petits bâtimens de 20. à if. tonneaux, 
& un autre de lo. tonneaux. Avec cela 

il 



de Frobhher. loi 

il & pourvut de munitions de bou- 
chvi 8c de tout ce qui pouvoit lui être 
néceflaire pour une navigation d'une 
année. 

Le Jeudi 7. |uin ify6, nos b^ti- 
mens, le Michel commandé par Rindekly^ 
6c le Gabriel par Ratcliff mirent en mer 
avec notre pmafle, & firent voile vers 
Depfort , où nous fumes obligea Je mouil- 
ler , parceque le mât de miiéne & le 
beaupré de notre pinafle fe rompirent 
au choc d'un gros viifleau , qui étoit à 
à la radei & contre lequel elle donna. 
Sans cet accident nous aurions pu ar- 
river ce même jour à Greenvich^ où étoit 
alors la Cour. 

Le 8. nous levâmes l'ancre fur le mi- 
di, & arrivantes le même jour à Green- 
wich ^ nous fimes plufieurs falves de 
gr >s canon à l'honneur de la Cour. Sa 
M. nous fit l'honneur de nous fouhaiter 
un biin voyage , 6c de nous envoyer un 
Gentilhomme à bord. * ^ ^ ■■- 

Le p le Secrétaire Woolly fe rendit à 
bord, & exhorta l'Equipage de la part 
de S. M à être fournis aux ordres des 
Capitaines. En mêine tcmsbaM, nous 
fit Ibuhaiter un bon fuccès dans l'entre- 
prifc projettée. 

Le 



I 



I 



Ipl Navigations, 

• Le 10. étant à la hauteur de Gra^ 
ve/c7»i, nous primes notre latitude qm 
étoit de 51. degrez 5;. minutes. L'ai- 
man variole de 1 1 . degrez 6c demi. 

Le 24. à deux heures après midi, 
nous euiiiCS la vue de Fair-Ile qui nous 
demeuroit au Nord-Efl, Nous nous tîn- 
mes un peu au Sud de l'Ile, ôc la ran- 
geâmes au N. 0, quart à POueJî, 
: Le 25 depuis 4. heures du matin 
jufqu'à 8. nous eûmes un frais de N. 
O. quart au iVl, & fîmes lOueJi, La 
pointe de VEcoffè nommée Sw/nborne nom 
demeurant à l'O. S, 0., nous Allâmes AT. 
N. O. vers Fait' Ile, Nous courûmes 
droit à la pointe Septentionale, & trou- 
vâmes aflèz près de terre 60. 50. 40. 
bralîès d'eau fur un fond de coquillages. 
A demie lieue de l'Ile nous trouvantes 
56. brades , & nous avançâmes pour 
voir de trouver quelque bonne rade à 
l'abri des vents Nord-Oueft, Nous fondâ- 
mes dans la longueur de deux cables de 
la côte, & trouvâmes un fond de ro- 
chers fort fale avec beaucoup d'eau. 
Nous ne jettames point l'ancre, Sclaif- 
Cimes notre voile de miféne avec la 
grande voile , jufqu'au retour de la marée. 



de Frohisber. ig* 

La Marée alloit iV. O. &cS.E., le vent 
S. E., ^ TEbbc ou le /uflant N. O. 

Le 26. nous fi liâmes de Fair-Ile à /41 
pointe de S'wLûorn par un vent forcé du 
Sud , & primes notre hauteur qui le 
trouva de 59. D. 46. M , la diftance 
du foleil à notre zenit étant de 57. D, 
Nous avions l'Ile Foiulay à fix lieues 0. 
AT O. , êc la pointe de Swinborn E, S, 
E, Le Gabriel s'étant ouvert, & de plus 
ayant befoin de faire de l'eau , nous en- 
trames dans la Baye de 5", fronton , & 
mouillâmes fur 7 brafîcs bon fond de 
fable. L'embouchure de cette baye a 
17 brades d'eau, plus avant 15., puis 
12. 10. 9. 8., & enfin 7, comme on 
vient de le dire. Cette baye git N, ZVi. 
0. Après que nous eûmes bouché la 
voye d'eau & fait aiguade, nous déhou- 
quames, le foleil étant au N, N. O fiC 
vent, S. S, E. Après avoir débouqué , 
nous virâmes à l'Eft par la hauteur de 
Fowlay. On jetta la fonde, 6c l*on trou- 
va 50 brafles fond de fable mouvant A 
une lieue de là, même profondeur Sc 
fond de fable blanc mêlé de coquillages 
rougeâtres , à la pointe méridionale de 
Fowlay, 
Le 27 le Soleil au Sud, l'Ile Fuivlay 
Tom. /. S 0. 



.lit 



1^4 Navigations » 

O. iV. 0., hauteur fc;'. D. f(J. M, No. 
tre cours par un vent S. S. 0. 0. quart 
au N. Depuis midi jufqu'à 4. h, par un 
beau frais nous fîmes 6 lieues 0. quart 
m N. On jctta la fonde fur 60 brafles 
fond de pierres mêlé de coquillages. 
i -'Ue nous demeura à huit lieues à 

Le I. Juillet de 4 à 8. h. nous fi- 
nies 4 lieues -à l'Oueft. Nous eûmes 
un vent fort, qui nous empêcha de te- 
nir la mer. Nous fîmes z lieu.es S. 0. 

Ij2 5. la bouflble varia d'un rumb à 
rOuefl. De 4. h, à 8 du matin nous 
fîmes 6 lieues, de 8 à ix. 4. lieues 0. 
quart au N. 

Le 1 1. nous vimes étant au S, E k 
Frîefland^ ou ^IJlande^ à \6 lieues de 
nous O. iV. 0., paroiflant une haute 
poiote couverte de neige. Nous étions 
à la hauteur de 60. D. On fit voile vers 
la |;erre , & . l'on fonda ifans trouver fond 
lur If o brades d'eau. On mit en mer 
la chaloupe, oia notre Capitaine fuivi de 
quatre hommes le fit .nager vers la terre, 
qui fe trouva inacceffible par la quantité 
de glaces qui bordoient les côtes : ainfi 
il falut retourner à bord. Nous eûmes 
pcipe à éviter les glaces à caufè d'une 

forte 



>v 



A 



^9f 



(Je Frohisher. 

forte brume : mais malgré cela on ne 
laiffa pas de faire vingt lieues au SudO^ 
du Jeudi matin à 8. /;. au Vendredi à 
midi. " 

Le i5. le foleil S. È, à 33. D. du ze^ 
nit,Sc eniuite S,S,E, à 40 D, A la plus 
grande hauteur f x. D, Le compas varioic 
alors de deux rumbs 6c demi à l'Ëft. 

Le ao nous aperçûmes une terre 
haute , à laquelle on donna le nom de 
Quvens El'tfaheth fovelaml j ( Cap , ou Pro- 
montoire de la Reine Ëlizabeth)&c courar'- 
au long de la cote au Nord, nous de- 
couvrîmes une autre pointe avec un gol- 
fe ou enfoncement , ou peut- être même 
«n détroit entre ces deux Iles. Nous trou- 
vâmes beaucoup de glaces , & tinmes le 
Nord, fans pouvoir venir julqu'au pré- 
tendu détroit , le vent nous étant con- 
traire. 

Le 21. nous vîmes un continent de 
glace, 6c courûmes Oueft, pour éviter 
d'y tomber. 

Le x6. on vit comme une terre cou- 
verte de glace. Hauteur 62» D. 2. M. 

Le 28 au matin tems fort embruma, 

qui s'étant enfuite éclairci nous fit voir 

une terre , que nous primes pour hTer^ 

rj Je Labrador f entourée de glaces. Nous 

• S i mimei 



i;!i' 






'j^Û 



i 

i 



iç6 Navigat/çps 

îTïimes le Cap fur la côte, mais ne trou- 
vant point de fond fur loo braffcs d'eau, 
on crut que c'étoic de la glace & non 
une cote. Ainfi ne pouvant prendre ter- 
re, nous remimes le Cap à la mer, par 
où nous évitâmes les glaces. 

Le ;o. nous aprocnames à une lieue 
du rivage, cherchant un havre. La ba- 
ye fe trouva pleine de glaces , ÔC le Bot^ 
s'étant avance près de la côte à la lon- 
gueur d'un cable, ne put trouver de fond 
iiir lOo braflès. Nous fillames au long 
de la côte 0. N. 0. , félon le gifemem 
de cette terre Les courans y font fort 
rapides, & nous jugeâmes que l'on pou- 
voir dériver en avant à la flîveur de ces 
courans au moins 3 lieues & demie en 
une heure. Le 51. nous vimes à 4 heu- 
res du matin, le tems étant fort ferain, 
une terre haute Nord quart â l'Eft de 
nous. Nous courûmes N. E. quart à 
l'Elt de cette terre, mais étant plus près 
nous trouvâmes que les glaces s'ctcn- 
doient le long de la côte au moins de la 
largeur de cinq lieues. Ce qui nous la 
rendit inacceffible. 

Le I; Août calme. On mit la chn- 
loupe à la mer , & l'on fonda à la diftan- 
ce d'une grande lie de glace, à peu près 

de 



de Frohîsher, 197 

de la longueur de deux cables. On trou- 
va 16 brades fur un fond pierreux, ëc 
fondant une féconde fois , cent brades 
fur un fond de lable. 

Le X. on fonda à un quart de lieue 
plus loin. On trouva 60 brades fur 
un fond ferme , Pile de glace le fcpara 
en deux pièces avec un fracas d grand, 
qu'on anroit dit qu'un rocher tomboit 
dans la m.r. A 4. heures après midi on 
trouva 90 brades fond noir , mêlé de 
petites pierres blanches comme des per- 
les. La murcc nous fit dériver vers la 
i:c:e. ;., 

Le 10. notre chaloupe , où étoit le 
Capitaine avec quatre hommes , nagea 
vers une lie gilant à une lieue de la 
grande lie, Le courant y portoit au Sud* 
Oueft. Ils y defcendirent en morte- eau, 
& montèrent au haut de l'Ile :mais ^ans 
la crainte d'être furpris dt la brume, ils 
retournèrent à bord. 

Le II. hauteur de 65. D. 8. M. 
Nous entrâmes dans le détroit, dont on. 
a parlé ci-dedus. 

Le 12. on fit voile vers une Ile qui 
fut nommée \^\\t Gabriel ^ à lO lieues 
de nous , & l'on mouilla dans une baye 
labloneufè fur 8. brades d'eau. Nous 

S 3, avions 



! 






TçS Navigations 

avions la terre à l'O. .S*. 0. Cette maiN 
vaifè baye> à ^o. lieues de VUcGabriei^ 
fut nommée Prior^S'/otmd, 

Le 1^. on leva l'ancre, & l'on alla 
mouiller dans une autre baye fur 8. braf- 
fes beau fond de fable, mêlé d'une terre 
noire. On efpalma le vaiflcau , ôc l'on 
fie aiguade. 

Le 15. on fit voile du côté de P/'/WV- 
£ayy ou /atmd. 

Le i6. calme & glaces. En deux 
heures de tems nous fumes pris dans 
ïes glaces de Tépaiflcur d'un quart de 
pouce, bien qu'il fît très beau. 

Le 17. on leva l'ancre, &c l'on vint 
à ThomaS'lVtlliam'Ile, 

Le 18. courant N. N. O. Nous tom- 
bâmes fous Burchards^Ile , à 10 lieues 
de l'homas-William ^ lur 23 braflès de bon 
fond. " 

Le 19. au matin le tems & la mer 
étant calmes , notre Chef Ôc un Capi- 
taine, cfcortez de 8. hommes, (è firent 
nager vers la terre, pour voir fi il n'y 
avoit point d'habitans. Etant au plus 
haut de l'Ile , ils aperçurent (ept canots 
du côté oriental nageant vers file; fur 
quoi ils retournèrent à bord , 6c après 
avoir délibéré fur ce qu'on feroit, wi 

^ renvoya 



de Froh'îshetl ïpc) 

r^voya la chaloupe avec cinq hom- 
mes pour voir où ces Sauvages iroient. 
On leur fit ligne avec un étendard 
blanc, & l'on engagea un des canots 
à fuivrc notre chaloupe le long de la- 
côte : mais ayant aperçu notre butimenr, 
ils ramèrent au plus vite, pour fe fau- 
ver à terre. Le Capitau.e fautant après 
eux fur le rivage , en faifit un qu'il me- 
na à bord ; après l'avoir fait boire 6c 
manger, il le fit remettre à terre. Sur 
quoi tous les autres, au nombre de 
dix neuf vinrent à notre bord avec 
leurs canots. Ils parloient tous un md- 
iTie langage dont nous n'entend imes pas 
un mot, 6c ils avoiem aflêa le même 
air que les Tartares : de grands cheveux 
noirs > levifage large, le nez plat, un^ 
teint bafané. Hommes & femmes é'* 
toient vêtus de robes faites de peaux' 
de chiens marins. Les hommes avûient 
les joues 8c le tour des oreilles peints^ 
de rayes bleues. Leurs canots étoient" 
faits de cci mêmes peaux de chiens de 
mer , mais la quille étoit de bois. Ces 
canots étoient de la grandeur d'une cha- 
leupe Efpagnole. 

Le ao. on leva l'ancre, pour aller au* 
côté oriental de Tlle. Le Chef, notrr 

S 4 Pilote, 



i' 



m 

li'.i 



aoo Navigations 

Pilote, & quatre hommes allèrent à 
terre, & virent les huttes des Sauvages 
qui ramèrent vers notre chaloupe. Nos 
gens en amenèrent un à bord , on lui 
donna une fonette & un couteau , 8c 
après cela le Chevalier Frobisher ordon- 
na à 5". de nos gens de le mettre à 
terre , fur un rocher & non fur le rivage 
près du refle de la troupe : en quoi nos 
gens ne lui ayant pas obéi , mal leur 
en prit , car les Sauvages les recinrent 
avec la chaloupe. 

Le 21. nous aprochames de la côte. 
On tira un coup de fauconeau, on 
fonna de la trompette, mais tout cela 
fut inutile, Se nous n*aprimes rien de 
nos gens. Cette baye fut nommée la 
baye des cinq hommes, {five Men Bay) 
Nous fortimes de là, & allâmes jettcr 
Pancre fur i g. brades bon fond. Nous 
paflames la nuit à l'ancre » & le len- 



demain au matin nous trouvâmes qu'il 
avo't neigé fur le tillac de l'épaifieur 
d'un pitd. 

Le 22. au matin on leva l'ancre, & 
l'on retourna à l'endroit où nous nvions 
perdu nos hommes Nous aperçûmes 
14 canots , dont quelques uns vinrent 
afiez près de nous. Mais on ne put rien 

aprendre 



àé Frohishfn 201 

aprenJre touchant nos gens. Nous fî- 
mes fignc à ces canots , & nous Jes 
invitâmes à nous joindre en leur mon- 
trant une fonnette. Cxh. nous réufîit: 
en ayant atrapé un avec le Sauvage qui 
étoit dedans , nous retournâmes à Tho- 
mas- Williafn lie , où nous paflum^s lanuic 
à l'ancre. . 

Le i6 on leva l'ancre pour s'en re- 
tourner. A midi nous étions à la hauteur 
de Tritwpett- Ile Le 27 à la huuteur 
de Gu^riels Ile , & le loir a 8. h' ures 
nous ( rum< s être à 10. lieues» du Cap 
Labrador à notre Oueft. Le 18. route S. 
E, Le 29. A. S. E, Nous; fîmes 22. 
Ikucs. 

Le I. Septembre au matin nous eû- 
mes la vue de Fr'tejland à 8. lieues de 
nous. L s glaces n^-us empêchèrent d'y 
tcu her. Du ; . wu 6 nous fiincs voi- 
les le long de VlJIamfe^ ÔC le matin à 
8. heures la partie méridionale de l'Ile 
nous ^icmeura à 10 Icucs à VEJi 

T e 7 gros rems. * .i renipête jetta un 
de nos M i l;;ts Ju haut du griiJmât 
dans la mer, nv.its le balancement du 
v^i Teau lui nyant donné le moyen de 
faifir un bout de la vcrg-ie de miiénc,- 
il tut le bonheur d'être lecouru. 

Sj Le 



2<ox- Navigations • 

^ Le aj nous euoies la vue âî'Gnkney.; 

une des Orcaâes^ ôc le 8. OiStobre du 

.S'jeld. Nous fil lames en rangeant la 

côte d'Angletere, ôc vînmes ancrer à. 

Yarmouth^ 6c le jot^r fuivant à Har- 

Le Chevalier Frobhher de i ' à 
Londres , on lui demanda quel av*. ge 
il. rcmportoit des Terres découvertes 
au Nord. Il ne put montrer qu'un mor- 
ceau de pierre noire,. qu'un Matelot lui 
avoit donné à bord. La femme d'un des 
intérelTez à cette navigation s'avifa , ôc 
peut- être par hazard, de le jetter dans 
îa feu, de l'y lai (Ter rougir, ôc de l'é- 
teindre en fuite dans du vinaigre. On y 
remarqua des veines d'or. Un Orfèvre 
en tira même aflêz, à proportion de la 
pierre. 11 n'en flUIut pas davantage pour 
{è promettre des merveilles , au cas que 
l'on pût aporter quantité de ces pierres 
nçires L'avidité du gain fit entrer plu-, 
lîeurs perfonnes dans le projet de la dé- 
couverte du paflage , ôc même il y en 
eut qui foUicitérent le privilège pouî?, 
cette navigation , à l'exclu fion de tous, 
les autres, Enfin l'eipérance du gain , 
plus qu'autre chofe,fit entreprendre une. 
feonde. navigation. , 

La,. 



de Frohhher, 105^ 

La* Reine :£/i/«/î^(4^; y entra dans les 
mêmes vues quelles autres intérelle^ 
dont je viens de parler ; à quoi le Com- 
rc de Warwick &: plufieurs autres Sei- 
gneurs AngloisTConrribuérent beaucoup. 
La Reine, donna à Frobisber le vailtèau 
VA'tde , du port de 200 tonneaux 6c de 
cent hommes d'cquipage,outrelcs bar^' 
nues le Gabyiel bc le Michel. On fe 
pourvut pour fix mois de pro* ifîons de 
guerre &: de bouche. 

Le 2f . Mai Frobisber fê rendit à bord 
à. Blackijoel , où nos vaificaux étoienîh 
â l'ancre. 11 fut rcfolu de partir aa 
premier bon vent. 

Le 25. on alla mouiller à Grave fanâl 

Le 27. rout-Pcquipage communia des 
mains du Miniftre de Grave/end: le. 
foir nous partimes pour Tilberybope, 

Le 28. à 9. heures du foir nous ar- 
rivâmes à Harwich , 6c nous y *-;rêta-- 
mes jurqu^au 30. 

Frobisber reçut des lettres^ du Confeiî,^ 
par krquelles il lui étoit ordonné ex- 
preffément de ne point pajfer fes ordres^: 
& fur tout de ne pas augmenter Jes équi" 
-pages qui jaifoient en tout 120. hommes. 
Ce qui le porta à congédier pluGcurs^ 
de fès hommes, qui étoient auez pro* 

S 6 ' près 



•,v/:i 



104 Nâvîgatbns 

près pour le voyage, maiis pcia difpo* 
fez à (ubir les ordres. 

Le 3 1 . nous remimes à la voile , & 
tînmes route au Nord^ rangeant les cô- 
tes ç^ Angleterre 6c à^Ecoffe 

Le 7. Jtiin nous parvînmes au pafla- 
ge de S. Magnus entre les iles Orcades, 
C es Iles, qui font 50. en nombre, gi- 
fcnt au Nord de l'iicofîè dont elles dé- 
pendent. On les apelle en Anglois Orck- 
my. 

Nous nous rafraîchîmes aux O rendes^ 
& fi mes de l'eau : plufieurs de nos Sol- 
dats curent permiflion d'aller à terre 
pour s'y divertir pendant un jour ; mais 
à peine les Infulaires les turcu-ils a- 
perçus , qu'ils prirent 1*^ Fuite comme 
s'ils euiîcnï: v'^ des tnncmJs. iSotre 
Li' u»"fnanr nui f? nommoit George Beft ^ 
s'ciant avan^ é tout feul vers eux , & a- 
yant fait arrêter nos débarquez, leur fit 
entendre qu'ds étoient Ahglois 6c amis. 
Sur quoi li Ig rdlibrérent. Ces pauvres 
gens nous donnèrent pour de l'argent 
tout ce qu'ils eurent. Nos Rafinturs 
dccouvrirLin là une mine d'argent. 

O/^/^w.7, la principale de Orcades ^ gît 
il 59. b y:> m-nutes de ati ude ,• eu 
cguvd au climat ôc à fa fiiuation , i! y 

fait 



àe Frobisher. 205' 

fait grand froid : cependant il y croît 
fufilàmment de grains & de fruits pour 
Tentrcten des habitans , qui d'ailleurs 
paroiflent contens dans Itur pauvreté. Il 
y a beaucoup d'oilèaux, dont ils vivent, 
ainfi que d'œufs & de poiflons. Ils 
mangent outre o la du pain d'orge , & 
boivent ordinairement du lait de va* 
che Ils ont pourtant de 1§ bierre en 
quelques endroits Leurs raaifbns font 
pauvres & aflcz chetivi s » de cailloux 
6c fans ch^niinéts. Les Infulaires des 
Orcades ioiu groflîers,mais afables. i - our 
leur chaufnge ils brûlent des mottes de 
terre, des tourbes, ôc de la fiente féchc 
de V iche : car le pays e(l (ans bois. Ils 
'manquent de cuir . ce qui croit caufè 
qu'ils préféroient des vieux fouliers & 
des cordes à l'argent que nous leur 
ofrions pour les provilîons qu'ils a- 
portoient : tant il eft vrai que l'or & 
l'argent lont des biens fort inutiles , lors- 
qu'ils ne font pas aquérir le nécciîaire; 
Il nous parut pourtant quMs fivoîep- 
fort bien le prix de l'argent "^Ani^letene» 
La Capitale de l'Ile s'ipellc Kyrwoy, îls 
font de même Religion que les EcvJJ'Asi 
il y a une Abaye à l'Oucft de i'ik qui 

S 7 s a].:c]lc 



lo6 Navigathns 

s'apelle Saint Magnus , 6c qui a donné Is 
nom au paflàge dont j'ai parlé. 

Après nous être pourvus de rafrai- 
chiflemens pour le voyage , nous fimes 
voile à^Orckney le 8. Juin , & paflamcs <fe 
par un bon frais dans la nuit le paffage 
de S. Magnus, Au point du jour nous a- 
viens déjà perdu la terre de vue : nous 
fillames deux, jours 0. N^ 0. Le vent 
s'*écant toufné , nous dérivâmes côré en 
travers. Nous fimes l^Oueft autant qu'il 
fut poffible 5 Se le vent s'étant encore 
tourné, nous fimes /(? Nord, 

Nous rencontrâmes en ce parage trois 
pêcheurs An^his revenant à^lflmdt , Se 
leur donnâmes des lettres pour nos amis 
^Angleterre. Nous croifames ces mère 
pendant 26 JQurs, fans découvrir aucu- 
ne terre, bien que de tems en tems nous 
viffions floter du bois & même des ar- 
bres , que nous crûmes venir des côtes 
de Terre Neuve par les courans de VOueJi 
qui portoient à l'Eft. On trouve dans 
CCS mers des poiiîbns & des oifeaux ex- 
tracrdiniires , qui vivent fans doute de 
ce qu'ils trouvent dans cette mer , n'y 
ayant aucune terre voifine. 

Nous firacs voiles au bout de la.. 

jours par un vent trcsi favorable , qui 

" ' continua. 



de Frohisber. 207, 

continua pendant 4. jours : le S, Michel 
étant de Tavant fit le lîgnal par un coup 
de feu , 6c ferra fes voiles dans la crain- 
te qu'étant prés de terre , comme oa 
le foupçonnoit , on ne tombât fur la 
côte pendant la brume- qui étoit forte. 
Nous fimcs la même manœuvre. L'eau. 
troublé & noirâtre nous fit connoitrc 
qu'en effet nous n'étions pas loin d'une 

côte. : ^^ .:...%>. -'.\ yr .... ■'... f 

lut Chevalier Frobisher envoya Chrt' 
(lofîe Halî^ qui avoit fait le même vo-» 
yage l'année d'auparavant, pour décou- 
vrir cette terre , dont celui-ci ne put a- 
procher. Il découvrit feulement plufîeura 
grandes Iles de glace qui paroiflbient 30; 
ou 40. braflès au deflus de l'eau , 6c 
qui n'éroient pas à 12. lieues du riva- 
ge félon notre eftime. 

Le 4. Juillet le tems s'étant éclair-^ 
ci, nous reconnûmes que nous étions à. 
la côte méridionak de Frtejlanà , parce- 
qu.e notre hauteur étoit de 6q degrcz 8c 
demi. 

La terre ou lie nommée Friejlmà pa« 
roit fort haute 6c brifée. Les monta- 
gnes y font entièrement couvertes de 
neige, ôc toutes les côtes de glace, com* 
me d'un boulevard , en iorte qu'on ne 

lâûroit 



2.©8 Navtgûtions 

fauroit les rcconnoitre On tient que 
c'eft une Ile aufli grande que \^ Angle- 
terre Quelques Ecrivains la nomment 
Weft Fricflmd^ peut-être parceque cette 
terre eft plus occidentale qu'aucun en- 
droit dt PEurope, Quoiqu'il en foit, 
il nous ftmbla que le Fr'tcfland s'éten- 
doit afllz loin au Nord S'il faut s'en 
mporter à la Relation des deux frères 
Vénitiens Nïcolo 6c Antonio Zeni , que 
la tempête pouffa des côtes à^ Irlande en 
FrieJIand o\x ils firent naufrage il y a 
deux cens ans > ces deux Navigateurs 
ont été les premiers Européens qui a- 
ycnt découvert cette terre, 6c d ^nné la 
Kl ai ion de L'état des Infulaires qui l'ha- 
bitont. On y dit qu'ils font auffi bons 
Ch'étiens que nous. Ce qu'il y a de 
fur , c'eft" que nous avons trouvé le gi- 
fcmcnt des côtes conforme â leurs (Par- 
tes La mer y doit être poiffoneufe , car 
allant à la dérive par le calme, nous jet- 
ramcs la ligne , 6c amorçimes un fort 
gros poifion nommé Hvliibut . qui four- 
nit pendant un jour de quox manger à 
tout l équipage > 6c avec cela le trouva 
de fort bon goût. "' - 

A 5". lieues de la côte la fonde ame- 
na une elpéce de corail blanc, mêlé de 

petites 



d9 Frobhhir. 109 

petites pierres blanches qui brilloient 
comme du.criftal. Ce qui nous fit croi- 
re que (î cette terre étoit bien découver- 
te, on pourroit y trouver quelques ri- 
cheflcs. On n'y vit cependant quoi que 
ce foit qui ait vie , finon des oifeaux. 
C'eft une chofè remarquable qu'en ce 
parage on trouve des lies de glace de 
plus de demie lieue de tour , exticme- 
mcnt élevées , & qui vont à 70. ou 
80. brades de profondeur dans la mer. 
Toute cette glace qui eft douce s'étoit 
pcut-ctre formée dans les détroits des 
terres des environs, ou peut-être fous le 
pôle, d'oii les vents & les courans Pa- 
voient détachée. 

Nous ne trouvâmes aucun de ces 
monceaux de glace d'un goût lalé, ni 
même d'un goût (omache. D'oià Ton 
peut croire que ce n'étoit point une eau 
de la mer congelée puisqu'elle eft tou- 
jours ralée,mais l'eau dormante de quel- 
ques lacs , ou quelque eau venant des 
ruiflcaux voifins des côtes, ou peut-être 
des néges fondues venant des montagnes, 
ou enfin l'eau de quelques torrens, de 
rivières , &c. Ces maflVs s'étoicnt f niuite 
détat hccs , comme je l'ai dit. La vérita- 
ble mer ne fe gèle point , & je ne crois 

pas 



iio Navigation f 

pas qu'il y ait de fondement en ce qu'on 
a dit jufqu'à préfènt fur les glaces for- 
niées de l'eau de la mer. 

Frobisher prit deux fois la réfolution 
de defcendrc à terre , mais en vain , à 
caufe des brouillards épais qui font fré- 
quens dans ces mers de glace, 6c qui lui 
faifoient perdre lesvaiiTeaux de vue j fans 
parler du danger où nous aurions été ex- 
pofez par la quantité de glaces flottan- 
tes. 

Les travaux de notre pèlerinage lur 
ces mers glacées au mois de Juillet, n'a- 
voient d'autre adouciflcment qu'un froid 
extrême, les vents impétueux du Nord, 
la neige, la grêle 8c les frimats, au lieu 
des fleurs, des fruits & du ramage des 
oiieaux qui font ailleurs les agrémens de 
l'£té. Cependant nous n'étions qu'à 6f . 
D. de latitude , & il eft très vrai qiie 
plus au Nord^ par Ex. à 70, D. le froid 
n?y eft pas fi grand; 

Après avoir rodé 4. jours & 4. nuits 
autour de Fneflandy Frobisher réfolut de 
prendre (à couriè vers le décroit qui 
porte fon nom.C'eft ce détroit que nous 
avions trouvé l'année d'auparavant , ôc 
par lequel notre Général avoit cru pou- 
voir fe. rendre dans la mer du Sud, 

Nous 



de Frobisher, m 

Nous cfruyamcs entre le Fmfland & 
le détroit un violent orage, dans lequel 
le gouvernail du S. Michel fè rompit. A- 
près avoir fait environ 50. lieues dans 
le détroit fuivant notre eftime , nous ju- 
geâmes à propos de ferler nos voiles , 
parceque la mer étoit toujours groflc. 
Le 17 nous revîmes les barques que 
nous avions perdues de vue. 

Gomme nous allions embouquer dans 
le détroit, il nousfembla de le voir fer- 
mé par un haut rempart de g-ace , ce 
qui jetta nos équipages dans une grande 
confternation ; mais le Général , qui ne 
regardoit point au danger dans une af* 
faire où il s'agiiîbit des intérêts de la 
Reine & de (à. Patrie , franchit deux 
fois le péril à travers les glaces ju(^ 
qu'aux rivages à \?EJi & aux Iletsqui 
en font proches, avec deux chaloupes- 
deftinées à cette traverfe. Gependant on 
kifTa notre vaiflèau 6c les deux bar- 
ques en pleine mer à caufcdes glacesr 
Pendant que Frobisher cherchoit un 
lieu propre à débarquer, on aperçue 
quelques Naturels du pays, qui le mi- 
rent à courir 6c à danfèr en faifant des 
cris extraordinaires. ^ >.' ^ - 

On. tâcha de. les attirer par des ca- 

reflès, 







IMAGE EVALUATION 
TSST TARGET (MT-3) 




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Sdenœs 

Corporation 



23 WtST MAIN STREET 

WEBSTER, N.Y. MSSO 

(716) «72-4503 




HZ Navigêtiofif 

rclTes,cn leur préfenta des couteaux 8c 
autres bagatelles qu'ils refuférent des 
mains de nos gens. Il falut mettre ce- 
la fur le rivage, 6c fc retirer enluitc, 
après quoi ils aportérent d'autres cho- 
ies en échange au même endroit. A 
la fin deux des plus courageux pofant 
leuni armes , s'avancèrent vers le Gé- 
néral , qui , à leur exemple , s'avança 
auffi avec un autre de nos gens, après 
avoir fait arrêter les hommes qui le 
fui voient On trouva moyen de fur- 
prendre deux de ces Sauvages dont un 
s'échapa,& là-deflus les autres couru- 
rent à leurs arcs & à leurs flèches, 8c 
revinrent à l'improvifte fur nos gens , 
fans avoir égard à ceux qui fuivoient. 
Mais malgré cela nous gardâmes no- 
tre prifonnier, les fléchi s des Sauvages 
blclléient plufieurs de nos gens. 

Pendant quj Frohhher tâchoit de re- 
connoitre la côte à V\Liï ôt les « les des 
environs, notre vairteau & les deux bar- 
ques, évitant de trop prendre le large 
pour ne pas s'éloigner Ju Ciénéral, qui 
n'avoit prtique point de vétuaillcs avec 
lui , efluyér nt une violente tempête 
pendant la nu't dans les glaces, qui 
certainement étoient d'une groilèur cx- 
iâ' traor- 



de Frobisher, 215 

traordinaire. Il plut à Dieu de nous ai- 
der en nous favori lani par un tcms clair, 
en forte que m «us les voyions venir, 8c 
que par conféqutnt nous .pouvions é- 
vitcr ces glaces énormes. En quatre heu- 
res de tems il y en eut quatorze qui 
vinrent nous a(làillir,6c fî nous avions 
eu le malheur de fuccombcr au danger, 
nous aurions perdu par cet accident 
notre Général, le Capitaine & nos meil- 
leurs Matelots, qui tous étoient à terre 
lans provifions L'habileté de notre pre- 
mier Canonier & de deux de nos Pilo- 
tes, gens d'expérience, nous tira d'afl&i- 
rc en ce danger, que nous cfluyames plu- 
tôt que de tenir la mer , 6c de hnzarder 
de perdre notre Chef & le refte de nos 
gens. 

Cette haute terre , que notre Capitai- 
ne avoit découverte le premier en if 76. 
du haut du perroquet du grand mât, & 
qui fut nommée Holtes du nom de celui 
qui commandoit alors fur le Gabriel 
lous les ordres de Frobhher ^ï\ii nommée 
cette fois- ci North-foreland, 

Nos Rafîneurs mirent pied à terre à 
la petite lie, oij Ton avoit trouvé de lor 
l'année d'auparavant. Ils n'y en trou- 
vèrent pas cette fois-ci de la groflcur 

d'une 



ii4 N4vtgatms 

d'une noix. En revanche nos gens en 
trouvèrent beaucoup dans les autres 1- 
les: fur quoi notre Général fè rendit à 
bord le ibir à lo heures. On fit quel- 
ques falves en figne de réjouiflance pour 
fon arivée , & lès gens aportérent des 
oeufs, des oi(èaux,& un chevreau dont 
Péquipagc fè régala. On reconnut àquel- 
qucs marques qu'il devoit y avoir eu là 
du monde. ^ 



•■»M£* 



Il y avoit déjà quatre jours que nous 
faifions voile par l'embouchure du dé- 
troit, lorfquc les vents Nord- Oneft & 
Ouefl ayant fait une grande ouverture 
dans les glaces, le ^paflage du détroit 
nous fut entièrement libre le 19. Juil- 
let. Le zo, notre Général 8c le Capi- 
taine allèrent fonder près de la côte à 
VOuefi^àc y trouvèrent aflez bon mouil- 
lage pour le vaiflêau 6c les deux bar^ 
ques. La baye fut nommée Jorkmans» 
B^9 du nom d'un de nos Pilotes. 

Le même jour , nos bâtimens étant 
ancrez , le Général alla à terre avec 
quelques uns de nos gens. Après avoir 
rendu grâces à Dieu de ce qu'il nous 
avoit confêrvezion prh pqffèffton du pays 
au nom de la Reine. Après quoi le Gé- 
néral ordonna à tous ceux qui étoient 
. c. ' préfeng 



de Froh'jsher, -ai^ 

préfens au nombre de 40 hommes, d*om 
béir aux Commanàans Fenton & York 
& à Beft fin Lieutenant , pendant fm ah' 
fence. Pour lui 9 il avança deux lieues 
dans le pavs , 6c éleva des monceaux 
de pierres fur les hauteurs, comme une 
marque de pofTeilion. 11 fit drefler une 
efpéce de colorane fur une montagne 
qui fut nommée le mont Warwick : après 
cela notre Général revint à bord avec 
bonne provifion de cette terre minérale 
où Pon croyoit trouver de Tor. En 
revenant il trouva deux cabanes couver- 
tes de peaux de chiens marins, d'où les 
Sauvages fe fâuvérent auflitot vers les 
montagnes. On y laifla quelques baga- 
telles, des f onnettes 6c de petits couteaux, 
avec une lettre, du papier» des plumes 
ôc de l'ancre, afin que nos gens que les 
Sauvages avoient retenus l'année d'au« 
paravant ( fuppofant qu'ils étoient enco- 
re en vie ) puflent en faire ufage , & 
connoitre notre deflèin. Plufieurs de nos 
gens qui allèrent encore à terre, trou- . 
vérent que les cabanes dent on a parlé 
avoient été avancées près du rivage. C'é- 
toit fans doute une précaution des Sau- 
vages, pour fe lauver dans leurs canots, 
au cas qu'ils fè viffent pourfiiivis lur ter- 
re. 



ai6 Navigations 

re Notre monde fe fépara en deux trou- 

Ecs, fie ayant paffé la montagne fut 
ientot près des Sauvages. Ceux-ci s'en 
étant aperçu prirent (ans balancer la fui- 
te du côté de leurs rames. Ils ramèrent 
vers le bas de la baye, où ils trouvèrent 
nos chaloupes qufi les rechafférent vers le 
rivage , ce que l'on n'auroit jamais pu 
faire, s'ils euflent eu toutes leurs rames» 
parcequ'étant extraordinairement vires à 
ramer, on auroit perdu fbn tems à les 
fuivre. 

Dès que les Sauvage*s furent à terre , 
ils revinrent fur nos gens. Trois des 
leurs qui furent bleflèz par les nôtres en 
ce rencontre , fautèrent en defefpércz du 
haut des rochers dans la mer, & (ê no- 
yèrent j ce qui ne feroit pas arrivé, s'ils 
(ê fuflent montrez plus fournis, ou fi 
nous avions pu leur faire comprendre 
que nous n'étions pas leurs ennemis On 
leur auroit confèrvé lavie,&panfé leurs 
bleflcz i mais ces pauvres rhalheureux ne 
connoiflant point la compaflîon ne cher- 
chent que la mort , lorsqu'ils fe voyent 
réduits à rextrêmité. 

Le refte des Sauvages fe fauva fur les 
hautes montagnes ; deux femmes qui ne 
purent courir aufli vite que les hommes 



J^X 



tom- 



" df FrMshir. %ij 

tombéfent'entre nos) mains. L'une étoicâ* 
gée,& Tautre embaraflee d'un enfant. 
On laiiTa la vieille qu'on prit pour un 
diable, tant elle <étoit laide & mal faite. 
On nomma l'endroit où l'on venoit d'é- 
tre^aux prifès avec ks Sauvages, la Poifi" 
u de fong » Se le lieu où nous étions â 
l'ancre Yvrk-Bay du nom du Capitaine 
d'une de nos Barques. 

Tout ceci montroit aflez qu'il n'y au- 
roit pas moyen de les gagner ni par 
douceur ni par amitié : on retourna à 
leurs cabannesy où l'on ne trouva que 
la main d'un vieillard ,* une efpéce de * 
pourpoint, une ceinture, Se les fbuliers 
des hommes que nous avions perdus 
l'année d'auparavant. C'efl: tout ce que 
nous en avons jamais pu aprendre. 

Cependant le Général Frobisher con- 
fidérantque le tems preffbit,réfolut de 
chercher une mine aflcz abondante pour 
fournir à la cargaifbn de nos bâtimensi 
remettant à une autre occadon de con- 
tinuer la découverte de ces terres lêp- 
tentrionales. Sur cela il pafla le 26. Juil- 
let au North'land avec les deux barques, 
laiflant Vjiide à l'ancre à Jorkmans-Bay^ 
dans le def&in de pourfuivre la naviga-* 
tion s'il étoit poffible , lorsqu'il auroic 

Tom» I, T trouvé 



ii8 Sétvigattmf 

trouvé un bon havre &: une cargaifon 
Âififame pour nos vaiiTeaux. Les bar- 

3ues mouillèrent cette même nuit lâ 
ans la baye de North-land: mais la ma* 
rée étoit u forte, & les glaces flottoient 
avec une telle violence, que nouspen- 
fàmes périr plufieurs fois. Enfin après 
avoir découvert une mine que nous 
eftimions fort riche , & porté à bord 
environ 20. tonnes de la prétendue ter- 
re minérale chargée d'or, les glaces en- 
trèrent le x8. dans la baye avec tant 
de violence , quç nos deux barques s*y 
trouvèrent engagées. • 

Le Gabriel y perdit la feule ancre qui 
lui refloit^ ayant perdu fes deux autres 
ancres dans Porage précédent : & mal- 
gré cela il fut comme miraculeufèmcnt 
préfervé près d'une glace flotante, qui 
8*arrêrant près du Gabriel en défendit 
Paproche aux autres glaocs. Le Michel 
alla jetter Pancre fur cette glace, & y 
relb comme fous un boulevard: mais 
à minuit cette glace iè fépara de telle 
forte par la violence de la marée & par ion 
propre poids,que Péquipage le crut perdu. 
Nous levâmes l'ancre à la marée 
Suivante 9 6c nommâmes cet endroit ^f#- 
râ'Bay , 6c ille Leycûfierj'Ile, On trou- 
■- '■■■'* * '•* : va 



deProhhber. nj 

va dans l'une de ces Iles un fêpulcre , 
où étoient renfermez tous les oflèmens 
d'un homme. Nous demandâmes par fî- 
gnes à nos prifonniers Sauvages , fi ce 
n'étoient pas les os d'un homme mangé 
par fès compatriotes, à quoi ils répon« 
dirent par d'autres fignes ^ue c'étoïc le 
cadavre d'un homme déchiré des loups. 
Un de nos Sauvages s'avilàde planter 
jT. plumes en rond dans la terre, 6c un 
petit os au milieu. Les Matelots s'ima- 
ginèrent qu'il alloit faire quelque fbrti- 
lége, mais nous eh jugeâmes tout autre- 
ment, £c crûmes qu'il vouloit faire con- 
noitre par là qu'il étoit. Inique cet os 
repréfèntoit , prifonnier pour l'amour 
des cinq Matelots que fcs Camarades 
nous avoient pris l'année d'auparavant. 
Nous lui fîmes voir le tableau de fon 
compatriote emmené l'année précédente 
en Angleterre. D'abord il le rcgardoic 
avec beaucoup d'attention, 6c paroiflbit 
attendre qu'il lui parlât : car il croyoic 
cette image en vie. Après cela il lui par- 
la, 8c voyant qu'elle ne répondoit mot, 
il prit ce filencc pour un mépris, 8c 
voulut lui donner un coup de poing. 
On lui fit remarquer que ce tf étoit 
qu'une image, mais malgré cela il ne 

T X laiffa 



1X0 Nâvigtitmf 

laifla pas de continuer dans fa furprife ^ 
Se de nous regarder comme des hommes 
qui pouvions faire des gens ce qu'il 
nous plaifoit. Pour le mieux tromper, 
on lui avoit fak voir (on Camarade é- 
quipé à PAngloife 6c à la fauvage. Nous 
reconnûmes par là qu'il avoit connoif- 
fànce de la prile de ces cinq hommes : 
car il les compta par ies doigts, & nous 
montra un Bot de pareille fabrique à ce* 
1|ii dans lequel nos gens avoient été pris. 
Nous lui fatnes figne que les Sauvages 
les avoient tuez Se mangez^ il le nia par 
d'autres fîgnes. 

On trouva fous des pierres quelques 
provifîons de poillbn & autres chofes que 
les Naturels du pays y avoient cachées , 
comme des couteaux d'os , une efpéce 
de chaudières faites de peaux de poiflons, 
des mors,8cc. Notre Sauvage nous mon- 
tra forjt bien l'ufàge de toutes ces chofcs. 
Il prit un de ces mors, & faififfant un 
de nos chiens il le brida £c le conduifit, 
en le gouverna\nt aufli bien que nous 
gouvernons nos chevaux. 11 l'attela à 
une efpéce de traineau , Se s'y aflit un 
fouet à la main. Nous reconnûmes par 
fès fignes qu*ils engraiflènt les petits 
chiens , de même que nous le bétail , 



it frohhBerl 



lit 



pour les manger, Se qu^ils fe (èrvent de$ 
gros pour attelage. 

Le 2p. Juillet nous découvrimes h f. 
heues de Beere-Bny un havre défendu à 
droit Se à gauche par quelqiïes llets, où 
les courans s'amortiffoient &c qui arrê^- 
toient les glaces. On jugea qu'il y fe* 
Foit bon pour nos vaifTeaux, &, là deflu^ 
on y mouilla fous une petite Ile. Cet- 
te lie, la baye, & le havre, furent nom- 
mez fVarvj'tck du no-D de la Comtellè 
de Warmck. Tout ce quartier n'eft pas 
à 50 lieues du Cap Queens -foreland à 
Pcmbouchure du détroit Frohisher. Nous 
trouvamës-là quantité de ce minéral dont 
j'ai parlé. Après l'avoir lavé il paroif • 
fbit avoir beaucoup d'or. On crut devoir 
s'en charger ici plutôt qu'ailleurs^ On^ 
mit les travailleurs en œuvre. 

liC |0 Juillet , on envoyii à Jùrk^ 
mans'Bay le Michel y pour faire revenir 
P^i/(p fie tout le reftede l'équipage. Nous» 
vîmes fur la grande terre vis-à-vis de 
l'Ile de IVarmck les pauvres^ habitations,* 
ott plutôt les trous dès Sauvages de cette 
contrée, 6c certainement nous ne pûmes 
regarder fans furprife ces triftes 6c mi- 
féraUes logis. Ils fe réfugient aparem«- 
ment dans ces habiutions fouterrainer 
^«i î T J. - pour 



fhvtgAshns 

pour fe garentir des rigueurs du froid. 
Elles ont deux brafTes de profondeur 
fous terre, Se (ont rondes comme nos 
fours : avec ceh elles (bnt fi près les u- 
nés des autres, que Poncroiroit voir ks 
tanières des renards, ou les trous des la- 
pins. Les Sauvages les creufènt de telle 
ibrte par dcflous , que l*eau qui vient 
d'enhaut s'y écoule fans leur caufer au- 
cune incommodité* Elles font ordinai- 
rement près, ou même au bas d'une ba- 
ye, pour y être mieux à l*abri des vents, 
ëc pour men (ê détendre contre le froid. 
L'entrée & les avenues y regardent tou- 
})urs vers le Suâ. Les parois de ces lo- 
gis fbuterrains font pour ainfi dire in- 
cruftéesd'osde baleines depuis lebas juf^ 
qu'au haut , & agencées auâSi artifidel^- 
Icment que nos aix , avec cela ^ouc efl 
coufu & ferme exaâement dans toutes 
les ouvertures d*enhaut , par des nerfs 
qui joignent des peaux de chiens marins» 
en g^ifê de tuilles. Ces maifons n'ont 
qu'un apartement : Se la moitié de cet 
apartement , plus élevé d*un pied que 
l'autre moitié, eft pavée de pierres lar- 
ges/ au lieu que l'autre eft couverte de 
moudè. Se fert fans doute aux plus vile$ 
lîmâions du ménage. Quoi qu'il en foit» 

l..\;':f f i ils 



M y ^ 

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jufqu'à 

chaû'e.! 

pies fc 

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de pit 

ou d' 

cotez 

roe,p: 

8c m> 

«ne c 



•^ 'de FrMshif, aij 

\\% y vivent comme des bêtes , & je 
crois qu'ils féjourncnt en un même lieu 
jufqu'à ce que l'extrême falcté les en 
chaû'e.Il nous parut auflî que ces peu- 
ples font errans comme les Tartares , 
Se divifèz en bandes (ans aucune demeu* 
re fixe. Outre ces habitations d'hiver , 
ils ont encore des tentes quarrées 8c 
couvertes de peaux de chiens marins» 
ils ont pour armes l'arc , la flèche, 
la fronde , Se le dard. Leurs arcs font 
de bois , & de la longueur d'une au- 
ne à^ Angleterre, Us font renforcez par 
des nerfs, St les cordes de ces arcs 
font auffi de nerfs. Leurs flèches font 
de trois pièces, le devant & le derriè- 
re font d'os, le milieu de boisj & le 
tout eft de la longueur de deux pieds» 
Chaque flèche a deux plumes taillées 
fur le devant du tuyau , Sc lorsqu'ils 
la veulent décocher , ils font repofer le 
plat de h plume fur le bois de l'arc. 
Ces flèches ont trois diflerentcs têccs, 
de pierre , de ffer en forme de coeur , 
ou d'os, éc cet os efl: aiguifé des deux 
cotez oc pointu. Cette tête eft peu fer- 
me, parcequ'e lie eft attachée fort lâche 
0c même n'cft fouvent que polée dans 
soe coche > de iorte qu'il arrive que Ir 
srpiiîrnn T 4 flèche 



2^4 Nâvr^atmf 

flèche ne fait que fort peu (Pe£tt, â 

moins qu^elle ne foit décochée de fort 

près. 

Leurs dards font de deux fortes , ils 
en ont à diverfes pointes qui avancent 
par devant. Le milieu efl dosi ilsom 
du raport à nos broches à rôtir de ia 
viande, mais ils (ont plus longs. Les 
Sauvages ont des inftrumens de bois, 
d'où ils lancent ces dards avec beau- 
coup de viteflè. L'autre forte efl bcau>- 
coup plus grande. Ces-derniers ont des 
deux cotez ôc au devant un long os 
bien aiguifé. lis reilembknt afiez à nos 
épées, - - . . 

Ih ont deux fortes de bateaux de cuir 
garnis en dedans de planches quarrées 
ide bois, qui iont jointes fort induftriea* 
iement par des courroyes. Les plus 
grands de ces canots reliêmblent à nos 
Mteaux à rames , 6c peuvent tenir 16% 
x8. £c même 20. perfonnes. Ils mettent 
vers la proue une voile de boyaux des 
bêles qu'ils tuent, coufus enfemble fort 
proprement. Les plus petits de ces ca^ 
nois; ne tiennent qu'un homme. -^j 
Ils chaflènt aux oileaux Se aux autres 
bêtes avec les armes dont j'ai parlé, & 
jren^ient le poiflbn avec le dard. On 

remarqua 



remarqua qu'ils avoient du feraux'p6in^ 
tes de leurs fiéches, de leurs couteaux'i 
8c de3 outils dont ils fe fervent pour fai- 
re leurs canots, 6cc. : mais ces inilru* 
mens ibnt fi mal faits , qu^i/s ne peuvent 
s'en fervir qu'avec peine. Je crois qu'ils 
ont commerce avec des peuples qui leur 
i^urniflent du fer. 

Jls ont fur la tête une efpéce de c^ 
puchonde M^ine long 8c poinru: iarfc 
qu'ils veulent faire beaucoup d^amitié à 
quelqu'un, ils lui font préfent de U' 
pointe de ce capuchon: Les hommes 
ne le portent pas tout à fait fi pointuj 
que les femmes. L'un' & l'autre Icxr 
cil chauflé de la même façon d'une- 
chauflure qui va jufqu'aux' genoux fins ^ 
aucune ouverture ^St cette chauilure eft- 
de cuir. Ils en tournent le dehors en de#' 
dans pour mieux conferver la chaleur 
des jambes, 6c en mettent deux qu trois- 
paires l'une lur Vautre, <ur tout les 
femmes, ils portent leurs couteaux, leurs 
éguilles,6c autres chofes leaiblablesdans" 
ces chauflurcs. Pour cnApécher que cer 
bas ne leur tombent fur Us talons, ils y 
p^^flent un o9 qui prend du talon' juî - 
qu'au genou, 8c fa(t i leur mode le^' 
laêoie^ effet que nos jarretières^- 



Ils préparent leurs peaux avec le p«l. 
Ces peaux fom douces & unies. En hi* 
ver Se entems humide ils portent le poif 
en dedan», dans le chaud ils le mettenc 
en dehors. Voila tout leur ornement. 
Nous nVon» pu remarquer quel efl: 
leur cuUce, ni quelle idée ils ont de Dieu. 
Je ne fais sMls font anthropophages» lit 
mangent crue cpielque (orte de viande 
que ce puifle être , chair Se poiÛbn » 
ians s'embarafler de k. fraicbeur de la 
viande. 

s Nos prifonnîers Sauvages nous don- 
nèrent à connoirre qu'ils avoient com- 
munication avec des F^eupfcs, qui por^ 
tent des plaques (l*or fur le front. '^ 

Le pays eft haut & pierreux au deux 
cotez du détroit de Frobhber. On y voit 
des montagnes couvertes de neige. 11 n'y 
a prefque rien ds plain& d*iini,& point 
du tout d'herljc ^ excepté quelque peu 
de moufle produite dans des lieux bas & 
humides. Pour d^ bois il n'y en a pas 
davantage. On peut dire en un mot qu'il 
H'y a m arbre ni planve. On y trouve 
eependam quantité de cerfs à peu près de 
la couleur de nos ânes i leur bois eft plu« 
large & plus haut qu'aux nôtres, Sc 
kur pié ) dfi 7. à 8. pouces de tour « 



itflecable^à celui de nos bœufs. On y 
trouve au6i des lièvres, des loups, des 
ours blancs , 5r beaucoup de gibier. 
Si œtce terre eft infertile, dure 6c in- 

frate, le génie des habitans répond fore 
ien à ces qualirez..I]s font lourds, bru- 
taux, & gro{îîers> incapables de culti- 
ver la terre , & ne vivant que de chaflè, 
de pèche ôc de gibier qu'ils abattent 
9vec leurs âéches. 11 femble que ce 
pays, quoique très froid, ibirfujet au 
tonnerre 6c aux tremblemens de terre: 
car on y trouve de hautes montagnes 
de pierres poreufes qui paroiHênt avoir 
été réparées des autres , 6c amoncelées 
enfuite par des moyens exti*aoidinaires. 
Peut-être cela s'eft^il fait par des trem- 
blemens de terre. 

On n'y voit ni rivières, ni eaux couv- 
rantes ; il n'y a d'eau que celle qui 
provient des neiges qui fe fondent en 
Eté , 6c qui coule des montagnes du 
pays. 11 ne peut même y' avoir au- 
cune eau courante, à caufe du froid 
âpre 6c violent qui dure i-ns cciîe les 
quatre faifons de l'année , ôc qui endur» 
%\i 8c reflerre la terre d'une icllt for-^ 
ce , que les eaux n'y (àuroient avoir d'if^. 
(uc comme dans 1^ autres pays, ni 

T 6 former 






ti9^' Màvïgatmr 

former un baflîn 8t fc répandre dkn» un 
lir. A Pégard de ces eaux de neise, oui 
coulent des montagnes en Eté , elits 
reftenc toutes dans des cavitez baflès , 
comme dans un vivier ou dan» un ma* 
i;:ais, ju(qu*â ce auc par la longueur 
du tems elles s'inhibent dans la terre. 
Fâttribue tout cela aux gelées fi rudes 
Se fi violentes, que dan» la plufieurs 
endroits là terre fe trouve celée à 4. ou 
f, braffes de profondeur, & les pierres 
attachées fi forcement enfemble par cet- 
te gelée, qu'on ne peut les f^arcr 
qu'à coups de marteau^ 

Je crois que cela prouve allez que 
le cours des eaux & leur fou rcc y 
doivent être interrompus, fans en cher- 
cher d'autres caulès : ôc qu'ainfi ces 
eaux ne pouvant prendre leurs cours 
fur terre, elles font contraintes de (è 
détourner Se le rendre à la mer , par 
des veines Se des conduits fouterrainsv 
jft crois^ encore que ce froid extraordi* 
naire augmente confidérablement la cha- 
leur dans les entrailles de la terre , par- 
c 'qu'elle s'y^ trouve renfermée par le 
jTeQcrrement des porcs :: 8c« je conclus 
qua- cette chaleur ainfi» renfermée peut 
contribua:/ uniquement à» la^ formation 

V * des, 



4^ti. 



dtFirobuBer; iiy 

«fes mines, & à la végétation de lama* 
tîérc minérale qui fe trouve en ce' 
lieux- ci. 

Le 6. Août notre Lieutenant alla i 
terre arec les Soldats, pour couvrir nos 
travailleurs. On fit des tentes fur Pf- 
le de la Comteffe , 8c l'on s'y retrandia 
dti mieux qu'on put. Dans lé fort du 
travail, un adcr grand nombre de Sau- 
vages & montra fur le haut d'une mon<» 
tasne vis à- vis de nos gens. Us avoient 
arooré une efpéce de pavillon , te &i- 
ibienc beaucoup de bruit. Il nous pa- 
rut qu'ils écoknt de la même troupe 
que nous avions vue à Pautre coté du 
détroit, St qu'ils venoient redemander 
les gens que nous avions à eux. Le 
Général s'avança avec nos deux priion^i 
niers , fur une éminence , afin qu'ik 
puflent voir leurs compatriotes, & 
pour leur parler par le moyen de ces 
Sauvages. Nôtre homme apercevant 
fes compagnons fe mit- à pleurer fi st^ 
méremenc, que pendant longcems il 
ne lui fut pas poflible d'ouvrir 
la bouche: mais reprenant enfin (es 
efprits , il leur parla ÔC leur ofi>it 
ks bagatelles que nous lui avions don. 
nées. 11 lui témoignèrent beaucoup 

T 7 d'amitié, 






#39 N0tf^éifimii\, 

d'aavitié I 2^ j^c içgrec pom fon ddur 

V9R9' -^^^7 -^ *.: '^^--^ 

Le Chevalier Frohisher leur fit con- 

naitre par fignos quM Ibuhaitoit de 
ravoir les cinq hommes qu'on lui a* 
voit pris, fous promcQe de leur rendre 
l'homme, k femme dc l'en&nt qu'il avoit 
k eux., & de leur faire divers préfets en 
jécompcnfe. Là-deflus notre Sauvage 
J30US donna àconnoitre par d'âutrcs fl- 
ânes que nos hommes étoient encore en 
vie, qu'on nous les rendroit, & que k» 
Gompatrioties témoignoienc qu'on pou- 
voir leur éenirc- Cette circonftance fait 
voir<|a'il8 ûycnt ce que c'eft que l'écri- 
ture, ou que cda leur avoit été apris par 
dnos gens. Qioi qu'il en (oit, on fe fé- 
j^ara kns donner de lettre , parcequ'il 
Aoit tard; ^ .^m 

Cependant le jour fuivant dés le ma* 
%m ils dématidérent la lettre , Sc mon^ 
trant lé foleil avec trovs doigts de la main 
/élevez, ils nous faifoent onnoitrc que 
dans trois purs nous les verrions de re- 
tour. C*dt auffi à quoi les Sauvages 
ne manquèrent pas , mais ils revinrent 
Ans nos gens^. 

La nuit lui vante, k Lieutenant or* 
donna à notre Trompette (k ionner la 



;iim 



retraite 



dêBrMsker. %^^ 

itcraite , afin que nos giens qui étoient 
encore à l'Ile le rendiiieot au drapeau , 
de peur de furprife (te la part des Sau- 
vages qui étoient fort pnès de nous. On 
repréfènta aux équipages que dans un (J 
grand éloignement de chez foi , & au 
milieu de plufieurs dangers y il falloitlb 
précaucionner contre les furpriics des 
Sauvages , qui pouvoient venir nous at» 
uquer au jjtwant, lorsqu'il n'y a pas J. 
piez de marée. ^t 

Le Général Froblsher , changeant ««» 
tors de résolution , ne jugea pas à pro- 
pos d'ientrer pliis avant dans le détrpit ^ 
ni de faire d'autre découverte. Il crut 
qu'il faudroit tâcher d'aprendre la lan-» 

fue du pays, par le moyen de nos pri^ 
)nniers. A l'égard de nos gens retenus 
depuis un an par les Sauvages , il prujt 
inutiled'en faire d'autre recherche. D'ail- 
leurs le tems étoit court, Se il n'y avoir 
guéres lieu de refter plus longtems fana 
danj^er dans ces parages. Ainfi on ne 
pcnfaqu'à charger la terre minérale, qui 
âifoit en partie le fuiet 4e notre naviga« 
tion. L^ recherche du pafTage fut remi£ç 
pour une autre fois. ? 

Le 9. on fit un Fort dans l'Ile de la 
QfmteUf , fpus l'angle d'un rocher que 

te 



*-ïji»*» % -ï»-*',»* 



i^i Navfgatmt 

hner environne de trois cotez. On lé 
ceignit d'une e(béce de mur terrafl^é du 
côté de terre, Sc on le nomma Befl dir 
nom de notre Lieutenant. G'écoic plu« 
tôt' pour empêcher que les Sauvages ne 
nous accablafiènt par leur nombre, que 
dans^la crainte d'être furmontez par 
leur bon ordre êc par leur adreflè. On^ 
prétendoit aufli leur faire voir notre 
vigilance^ d'autant plus que nos pri- 
fonniers difoient par fîgncs que leur Roi 
Cafcboe s'avançoit pour les fecourir. A 
tout hazard^ if (alloit fe précautionner, 
ÇC voir ce qui en feroit. 
-'' Le I Q. à minuit notre Lieutenant fit 
donner une fauflè allarme, tant pour 
tenir plus ^alertes ceux de nos gens qui 
étoient à terre i que pour voir queï fond 
îi y avoit à faire lurle fecours dcceuX' 
qui étoient à bord des vaiilèaux. 
r Le 11. on^ aperçut encore pluGeurs 
Sauvages (ur une eminence , à l'autre, 
côté de l'Ile. Notre Général s'avança» 
de ce côté-ià, dans l'cfpérance d'apren* 
dre quelques particularitez- touchant nos 
einq hommes, & d'avoir réponie à fa 
lettre : mais cette multitude farouche did 
^arut tout audjrotfSc s'alla cach.r der- 
rière Icsr- rocher* ,c3fcçepté troi« hommesi 

croyaor 



ie Frohisber, 235 

croyant fans doute fbrprcndre quelques 
uns de nos gens par cette ruie Ils avoicnt 
dcflèin d'attirer notre chaloupe derrière 
une pointe de terre , hors de la vue & 
de la ponée du refte de l'équipage. Mais, 
comme je dis , on fe doutoit de leur ru- 
(ê , 8c il n*en arriva aucun mal. On mie 
un de nos prifonniers a terre. Les Sau- 
vages lui offrirent une grofle veffie tn 
échange d'un miroir , qui fut mis à la: 
place de la veffie & emporté par les Sau- 
vages : après quoi le prifonnier fut ren- 
voyé dans la chaloupe. En même tems 
nos gens qui étoient dans l'île, 6c pou- 
voient mieux voir le manège des Sauva- 
ges c^tFrohiiher fur la chaloupe, l'aver- 
tirent que les Sauvages, embulquez der- 
rière les rochers, l'obfcrvoient de près ^ 
fur .quoi il ie retira à la chaloupe fan$ 
autre nouvelle de fes cinq hommes. 

A l'égard de là veffie, notre Sauvage 
nous fe €onnoitrc par figncs qn'clle luf 
avoir été donnée pour y garder de l'eau 
à boire; mais nous comprimes que c'è^ 
toit pour s'en fervir à (cf fauver à la na- 
ge. L'hdmme & la femme avoicnt ef^ 
&yé plus d'une fois à iè fauver par le 
moyen de nos canots, qu'ils détachoient 
des vaifleaux. Dans la fuite nous ne les 

en. 



2^ Nêv'tgatms 

en laiflames par aprocher. Peu de tem» 
après ils parurent plus de vingt fur une 
montagne, les mains fur la têtCidanfant 
& chantant avec beaucoup de bruit. 
Nous jugeâmes qu'ils fê préfentoient 
ainli, comme pour dire que c'étoitli 
toute leur troupe, & que nous en fif- 
flons autant. Ils demeurèrent en cette 
poilure juiqu'à la nuit , mais à la dé« 
charge d'une pièce d'artillerie ils fe (au- 
vérent avec de grands cris dans les ro^ 
chers. 

Le 1 2. on fit l'exercice pour faire voir 
aux gens du Pays, qui nous voyoient 
de derrière leurs rochers, que nos hom-^ 
mes étoient bien dreflez. 

Le 14. notre Général, (bupçonnant 
^ue les Sauvages épioicnt toutes nos dé- 
marches , alla avec deux canots bien é- 
quipeï à une baye de l'ifle de la Comttf" 
fi y chercher de la terre minérale. 11 y 
trouva des Sauvages , qui apercevant 
nos gens arborèrent un pavillon blanc, 
fait de vefScs coufues avec des boyaux, 
ils le hifoiient voltiger comme pour nous 
apelkr, mais il ne parut que trois de ces 
Sauvages. AufTitot qiae nous fumes près, 
on en vit une eratide ttroupe fe caoher 
derrière les rochers ^ ce qui faifoit ailèi^ 

dom- 



1' > 



de Frohisbfr, ijj» 

comprendre leur vue. On leur fit en- 
tendre que s'ils vouloient s'aprocher fans 
armes on les traiteroit en amis, quoique 
leurs démarches nous fuflent très bien 
connues : mais ils répondirent mal à ces 
fignes d'amitié, ils s'aprochoient par der- 
rière les rochers pour prendre avantage 
fur nous, croyant qu'on ne lesvcrroit 
pas. Un d'eux faifant le fincére, nous 
mcitoit à venir à terre. H nous témoi- 
gnoit beaucoup de civilité à fa mode,&C 
portoit fcs mains nues lur la tête en figne 
de paix. Il jetta même tout près de nous 
une grofle pièce de chair crue. Nous fi- 
mes tirer cette chair à bord. Notre hom- 
me voyant que ce mets ne nous tentoit 
pas, voulut nous mettre en goût par 
d'autre viande ^i étoit cuite, qu'il nous 
fit porter par un Sauvage qui contrefais 
ioit le boiteux. Et même, pour mieux 
loutenir leur rôle , un autre chargea le 
boiteux fur fês épaules, le porta près du 
rivage où nous étions , & Ty laiflà. lis 
efpéroient que nous nous laiflèrions fur- 
prendrc à cette rufc, &'quc pour cette 
fois mettant pied à terre, ils ne manque* 
roient pas de nous attraper quelc}u'un de 
nos Matelots. Nos gens auroient bien 
voulu, aller à terre, ce que Fr$bisber ne 

voulut 



2j6 Navigations 

voulut pas permettre, nique peribnnc 
s'expofat, de peur de retarder le départ. 
Mais cependant il permit de tirer un 
coup de canon , pour mieux découvrir 
iVtifice du boiteux , qui (ê fauva bien 
vite vers la montagne. Alors une troupe 
de Sauvages s'avança le plus près du ri- 
vage qu'elle put, & efcarmoucha long- 
t^ms de Parc, de la fronde, 8c du ja- 
velot, ils nous pourfuivirent le long du 
rivage, fans qu'aucun de leurs coups 
portât. La côte étoit bordée de ces Sau- 
vages, mais (i écartez les uns des autres, 
qu'il ne fut pas poflible d'en compter le 
nombre. On en compta plus de cent. 
Nous revinmes à bord fans aucune 
perte, 

11 fe trouva qu'en- vingt jours on a- 
voit porté à bord deux cens tonneaux 
de matière minérale, bien que nousr 
n'euflion» que cinq mauvais travailleurs, 
& quelques Soldats pour leur aider, il 
étoit tems que notre travail finît: Ibs 
fouliers fie les hibillemens de l'équipage 
étoient ufez , nos^ paniers ôc plufieurs de 
nos barils défoncez , nos uftenfiles rom- 
pus. Plufieurs de nos ^ens écoienc de- 
venus perclus de froid , incommodez de 
deicemes ,. &c. Et comme la nuit du- 



de Frohisber. ijjr 

XT. au 11. il avoit fortement gelé au« 
tour de notre vaidèau , on conclut que 
le foleil s'en allant au Sud, il fàlloit(p 
bâter de sVn retourner. 

Le II. nous défîmes nos tentes, on 
alluma des feux Ar la plus haute mon- 
tagne de l'Ile. On en fît le tour dra- 
peaux déployez. On tira le canon à 
l'honneur de la ComtcCk de Warwick^ 
dont cette Ile portoic le nom. Enfuite 
nous allâmes à bord. ^ 

Le 13. on leva l'ancre par un vent 
A^Ouefl , & le ^^nt étant tombé , nous 
allâmes mouiller derrière une pointe de 
la baye. 

Le 14. à 3. heures du matin on re« 
mit à la voile par un vent à^Ouefl. Le 
fbir à 9. heures nous laiflames le Quiens» 
. foreiand deniére , Se ayant ainfî débou- 
que du détroit de Frokisber , nous nous 
trouvâmes en pleine mer, Se fimçs route 
vers le Sud. 

Nous eûmes dans la nuit un vent vio- 
lent , & (î grande abondance de neige 
qu'il y en avoit demi plé par defliis les 
écoutillcs. 

Du 14.au 18. beaucoup de vent, mais 
paflàble: notre route S. S. O. Nous 
crûmes avoir perdu nos barques. 

Le 



N 



238 Navigations 

Le 19. le vent fut violent : c'étoit le 
N. Ë. nos barques mirent les voiles en 
fagot, & nous ne portâmes que la mi- 
fénc. Le Michel s'écarta de nous, mit 
le Cap (iir Oràney^ic arriva fain Se iâuf 
à Yarmouth. ^m 

hc 30. le vent fut violent : le Ca- 
pitaine Se le Contremaitre ou BofTeman 
du Gabriel furent tous deux jcttez hors 
de bord par un coup de mer , bien que 
la barque fût amarrée fortement avec 
de gros cables de poupe à proue. On 
eut peine à fàuver le Boflèman , mais 
le Capitaine (è perdît. Nous avions dé- 
jà fait deux cens lieues depuis le Qtfeem-^ 
fotelmd. riî _a^^ ^:tr^»^ii -> »» ..;-v >..-. 

Le 3 1 . à minuit nous efluyames deux 
ou trois coups de vent très violens/ ' 

Le I. Septembre & la nuit fui vante 
on mit le vaiflèau en panne, parceque 
nous voulions attendre nos barques. 
Notre vaiiïcau rouloit extraordinaire- 
ment fur les boutes de cette mer agi- 
tée, & nous fumes oblijgcz de porter 
encore une voile pour éviter de rou- 

Le Gabriel ne pouvant {uivre, faute 
de pouvoir porter les voiles , nous le 
perdimes de vue. Notre vaiflcau , haut 

de 



de po 
de pnl 
vite. 

Le 
Notre 
pièces , 
perdis 
palier 
la quil 
blespo 

Le2 

Le 
Sud-Oa 
de mên 
là nous 
tre à ij 

Le I 
hauteur 

Lei 
fès fond 
ly. N( 
Nord, 1 

Le I 
de. Oi 
ble rou| 
Canal d 
des banc 
tires voi 
vames 4 



\ 



de Frohisher. jjq 

de poupe & long , donnoit beaucoup 
de prife au vent, ôc filloic extrêrjacmenc 
vite. .'.^ 

Le z lè vent tomba dans la matinécr 
Notre gouvernail s'étant rompu en deux 
pièces, il s'en fallut peu que nous ne le 
pcrdiffions. On prit Ton tems pour faire 
palier fixde nos plus forts Matelots (bus 
la quille , avec des planches 6c des ca- , 
blés pour le renforcer. 

Le X. & le J. vents contraires. 

Le II. au foir il s'éleva un vent de 
Sud-Oueft & nous fîmes route Sui-Efi , 
de même que le jour d'après. Ce jour- 
là nous primes hauteur: nous crûmes ê- 
treà 150. lieues des 5<?r/i»^«^5. i 

Le 1 3. nous (îllames à peu-près à la 
hauteur de ces Iles. '-* 

Le ijT. on jetta la fonde fur tf i. braf. 
fès fond de beau fable, au Nord de SciU 
ly. Nous gouvernâmes Efi quart au 
Nord^ Eft'Nord'Eft & Nord-Efi. > 

Le 16. à 8. heures on jetta la ion«^ 
de. On trouva 65. braifes fond de là«^ 
ble rouge. Nous crûmes être dans le 
Canal de Saint George , un peu au delà 
des bancs. Nous fîmes toute 1 1 nuit pe- * 
tites voiles, la fonde à la main, & trou- i 
vames 40. braflès plus ou moins. Ainfi ' 

nous 



X40 Navigathns 

nous ne connoiffions pas bien notre 
route. 

Le 17. nous trouvâmes à 4a brades 
du fable rouge mêlé de coquilles. Nous 
étions près de Lands-end. Nous paflames 
entre Lanâs-end ôc les Sorlingues par un 
tems couvert. Quand l'air fe fut eclairci 
nous nous trouvâmes près des côtes , & 
nous embouquames plus avant dans le 
Canal de Saint George » mais la mer étant 
groflè, Se noire gouvernail mauvais, 
nous jugeâmes à propos d'enirer dans te 
premier havre qui fe préfenteroit. Nous 
vinmes à la rade (jicPadsiow tnCornouail* 
/^/, & y mouillâmes. Ayant apris des 
gens du pays que cette rade eft fort dan- 
gereufè , nous remimes en mer. Nous 
fimes route le Cap fur Londy^à^oxx nous 
renverfames le bord pour entrer dans u- 
ne rade ouverte où nous perdimes une 
ancre. Le vent nous jetta en pleine mer, 
& nous arrivâmes enfin heureulèment à 
MUfqrd'bave dans .k Province dc G<?/- 
les, -■■-' '"^'^ "-'^ — ■ -V. li-N*^ 

Le 2^. de Septembre après nous être 
rafraichis un mois à Miiford-have , nous 
fimes voiles vers Brijloi. On y déchar- 
gea la matière minérale, Se on la porta 
ai) château de cette ville. Nous trou- 



£».:-a 



vames 



de FrobhUr. z^i 

V^mes iSriftol la barque nommée leG^- 
hriel çn mauvais état , Se fans un fcul 
Matelot qui pûc faire la manœuvre. 
t^Nous eûmes Heu de rendre grâces â 
Dieu de ce qu^il nous raraenoit tous 
£iins 5c faufs chez nous, (ans autre per* 
te que de ^rois hommes dont un mourut 
en mer. Encore ctoit il malade, lorfqu'il 
^ariit d^JngUterre. 

Le Chevalier Frobîsher alla à la Cour 
rendre &s devoirs à la Reine, qui le re- 
çut fort bien. L'homme, la femme & 
l'enfant que Pon avoit pris aux Sauva- 
ges , furent préfentez à S. M. Ils ne 
changèrent point de contenance, Se ne 
témoignèrent aucune furpriie ; finon 
quMs baifTérent la vue devant ceux qui 
étoient M pour les voir. 

Le Sauvage voyant à Brlfiol le Trom- 
pette du Général Frobhher à cheval , Sc 
voulant en faire autant, s'y mit à re- 
bours la face tournée du côté de la queue* 
Il prenoit beaucoup deplaifii àvoif tui» 
ter Se caracoUer le cheval, ^ ' 

Tout le tems que ce Sauvage vécut , 
la Reine lui donna la permiffion de tirer 
fur la Tamife à toute forte d oifeaux 8c 
même aux cigncs; quoique cela fût dé- 
fendu à d'autres. ' 

Tom. I. V "''■ ' On 






it^ Navigation f 

On nourrit ces pauvres gens i leur 
rinaniére , c'eft-à-dire avec de la viande 
crue. Ayant tué une poule , ils la vui- 
dérent aufTitot & mangèrent les entrail- 
les avec l'ordure, fans autre façon. Mais 
ils ne véquirenc pas longtems, ils mou- 
rurent tous deux avant que Penfant eût 
atteint l'âge de 15. mois. 

La Reme nomma des Commîflaires 
pour examiner la matière minérale que 
l'on avoit aportée. Pour le pafTage , il 
lembloit qu'on pouvoit encore fè flatter 
de le trouver. Ainfi la Reine rélolut 
d'envoyer un plus grand nombre de 
vaifleaux au Nord-Ouefl, On donna le 
nom de Meta incognita à cette étendue 
de pays nouvellement découverts vers 
le Nord par le Général frobisber. On 
fit faire une maifon portative qui fè 
pouvoit démontçr, & l'on réfblut que 
cent hommes, dont quarante feraient 
Jfetelots, trente Soldats & le refle pour 
"Ér fiches, hiverncroient en ce pays-là 
& f^rofcnt provilion de marcafGtes pour 
l'année qui fuivroit leur hivernement. 
On leur donnoit un Chef, des rafî- 
ncurs, des boulangers & des charpen- 
tiers, 6c tous ceux-ci éfioient compris 
fous le nom de Soldats. 

- Notre 



âe Frobtshir: 245 

*• Notre Flotte qui étoit de quinze vai(^ 
féaux mit à la voile le gi. Mai par un 
vent fi favorable , que le 6. JuJn nous 
étions déjà iur les côtes à^ Irlande^ à la 
hauteur du Cap Cleare, 

Nous fimes route au Nord-Oueft avec 
un vent paflàble, fans faire aiguade & 
iâns nous ravitailler, bien que plufieurs 
de nos vaifleaux n'euflent pas abondance 
de provifionsXa force du courant nous fit 
dériver felon notre eftime beaucoup plus 
au Nordc^Q nous ne voulions. Nous ju- 
geâmes que ce courant portoit aux côtes 
deNorwégue,ôc aux parties les plus fep* 
tentrionales de la terre. C'étoit un courant 
pareil à celui que les Por^i(^<7/x trouvèrent 
au Sudàt \^ Afrique Jk, qui les porta du Cap 
de Bonne^E/pérance au Détroit de Magellan. 
Ce courant ne pafle pas dans le détroit, 
la mer s'y trouvant trop prefTée, mais 
revient de Sud à Nord dans le Golfe de 
Mexique , d'où étant rcpouflé par les 
terres, il reprend fon cours au Nord'Efl. 
Nous navigeames du 6.au 20. Juin fans 
voir de terre,ôc fans rencontrer quoi que ce 
ioit qui eût vie , excepté quelques oifeaux. 
Le 20. à deux heures du matin no- 
tre Amiral cria terre. C'étoit celle 
à^Oueft'Frife y<\Mi fut nommée cette fois- 

V2 ci 



144 Navtgatlont 

ci Quefl' Angleterre. L'Amiral débar- 
qua avec quelques Volontaires. Je crois 
qu'ils font les premiers Chrétiens» a- 
près les frères Zeni dont on a parlé , 
qui ayent débarqué en ce pays incon- 
nu j ou du moins les premiers de no- 
tre connoilTance. L'Amiral prit pof- 
Tcffion de ce pays au nom de la Reine. 
On y trouva un afiêz bon havre pour 
nos vaifleaux. Nous y découvrimes 
plufieurs petits bateaux des habitans du 
pays , ^ quelques unes de leurs tentes 
de la même con(lru£bion que celles que 
nous avions vues à Meta incognita dans 
notre fécond voyage. * -«^^-^f' 
•'- Ces gens (àuvages & farouches , s'i- 
maginanc fans doute qu'ils étoient feuls 
au monde, ne nous virent pas plutôt 
paroitrw% qu'ils fuirent de toute leur for- 
ce, abandonnant leurs tentes Se tout ce 
qui étoit dedans. Nous y trouvâmes 
entre autics chofes une efpéce de tiroir 
avec des doux , des harangs , des fè- 
ves rouges , des planches de (âpin a{^ 
fez bien faites, &: plufieurs autres cho- 
fes travaillées avec induftrie,d'où l'on 
inféra qu'il faut qu'ils ayent commer- 
ce avec quelques peuples plus polis 
qtt*eux , ou qu^ils fôyènt extrêmement 
%j . ^ * adroits. 



de Frâbhber. 24^ 

adroits. On ne leur prit que deux 
chiens qu'on amena y Se on leur laiilà 
en échange des fonnetteSyde petits mi- 
roirs.» 6c quelque verroteries. 

Quelques unscroyentque cette On^- 
Frt/e^ ou Oueft-AngleUrre^ ne fait qu'un 
même continent avec le Meta incognita 
par le côté de cette dernière terre qui 
regarde le Nord Eft^ ôc que même elle 
e(t peut-être jointe au Groenland. La 
raifon en eft que ces Peuples â^Ouefi* 
Frife font faits de même que ceux de 
Groenland^ ëc que leurs loges , leurs ai« 
mes 6cc. fè reâemblent parfaitement. . ' 
Le i;. nous remimes à la voile , £c 
fimes route par un bon vent pour aller 
vers le détroit de Frobisher, Nous do»* 
names à un haut rocher de VOuefiAn^ 
gleterre^ & le dernier que nous y aper- 
çûmes, le nom de Charing-Cra/s ^i caulê 
de fn, rcflemblancc avec Cbaring-Crofs, 
Après avoir levé l'ancre, on fut obligé 
de courir Sud^ à caufe des glaces qui le 
rencontroient au Nord» ^ >♦;>;, 

,Le 50. nous vimes une telle quantité 
de baleines, que nous crûmes que c'é- 
toient des marfouins. Le même jour le 
SalomoH paûa à pleines voiles fur une de 
ces baleines ) mais de telle manière, que 
,.. ., V 3 d'abprd 



146 Nâvtgdtitmt 

dVibord le vaiflèau écoit comme échoué 
fur le corps de l'animal , fans pouvoir 
avancer ni reculer. La baleine fe hauf- 
£int enfuite donna un grand coup de 
queue , Se plongea auditot après. Deux 
jours enfuite nous trouvâmes un très 
■nonftrueux poinbn mort flottant fur 
l'eau , & nous crûmes que c'ctoit ce- 
lui fur lequel le Saîomon avoit fîllé. 

Le 2. Juillet nous eûmes la vue de 
^eens'fortland ^ nous fîHames toute la 
journée a travers les glaces fans nous al- 
larguer des côtes. Le fbir nous voulû- 
mes commencer d'embouquer dans le 
détroit, mais il fallut rebroufTer bien vi* 
te chemin: Le détroit étoit abfolument 
fermé par le s^gkces, accumulées à l*isn« 
trée , qui relfembloient à des monta- 
gnes. 

Nos vailTeaux cherchèrent en vain 
d'avancer du côté où il y avoit la moin, 
di'c aparence de paflage, afin de mouil- 
ler au havre où nous avions mouillé à 
notre fécond voyage. Ert cette occafioa 
nous perdîmes la Judith & le Michel^ & 
n'en eûmes de nouvelles que vingt jours 
après» Nous eûmes encore le malheur 
de perdre le Denis dans les glaces à la 
vue de tous les autres vaiffeaux, & une 

parue 



\n 



de Frobhber. %^ 

partie de la maifon portative que l'on de- 
voir drcfler à Meta incognita. Tout l'é- 
quipage du Denis fè fauva heureufèment 
dans la chaloupe. ^^, 

-t' Tout ceci étoit un théâtre de mifé- 
res pour nos équipages. Uiie violente 
tempête, qui fuivit la perte ôm Denis j 
nous menaça d'un même iort. Notre 
flotte étoit inveftie de glaces, on ne 
poavoit rebrouffer chemin : nous en af> 
viens devant nous une telle quantité, 
qu'il étoit impofTible de les franchir 
en avançant. Dans cette fîtuation nous 
clTuyames un orage du Sud-Oueji en 
pleine mdr. Toutes les glaces qui ér 
toiem derrière nous étoient accumulées 
autour de la flotte, Se nous fcrmoient 
le retour. La plupart de nos gens fè 
trouvèrent furieuiement combatus. Quel- 
ques uns de nos vaiÛeaux ferlant leurs 
voiles, voguoient du côté de la moin- 
dre petite ouverture. D-autres jettoient 
leurs ancres iur les glaces, 8c s'y gra- 
pinoient i l'abri de la tempête i moins 
expolez ainfi au choc des glaces flo« 
tantes. D'autres en étoient lî fort fer- 
rez , qu'ils ne pouvoient garentir que 
par des cables, des planches, des pail- 
ki&s, Se jautres pareilles choies, le 
t^A. V 4 bor-t 



24' Nàvigêtmr 

bordage Se les fkncs des vaifkaitx con» 
tre le tranchant des glaces , afin que 
le corps du bâtiment ne s'en trouvât 
pas endommagé. Dans une prenante 
néceflité l'on connoit le courage &: 
l'intrépidité des hommes, & le pouvoir 
d'un bon Chef. Le Matelot , le Sol- 
dat ôc le Travailleur, tout agidbit pour 
iauyer (à vie,&: bien qu'rls ne fulîent 
pas accoutumez à ces fatigues, ils les 
fiirmontérent par leur patience. On dé- 
tournoit l?impé[uofitédes glaces avec des 
piques , tles planches , 2c de gros bU 
tons , pour empêcher ces mailès tran- 
chantes d'endommager nos vai(?.èaux. 
Ce qui fêroit arrivé malgré les cables » 
ks paillaflès , ôcc : car ces glaces cou* 
pérent des planches de (plus de trois 
pouces d'éparflcur,& mieux qu^on n'au- 
roit pu le faire avec la hache. Nos plus 
forts vaiffèaux furent élevez d'un pied 
au deilus de Teau par la violente preA 
ilon des glaces qui s'étoient amoncelées 
autour de nous. Telle fut notre fitua- 
tion toute la nuit 6c une partie du jour. 
Jamais on n'a prié Dieu de meilleur 
cœur. Enfin la brume qui avoit duré 
pendant cet orage fe diflîpa, le vent ie 
fit QueJi'Nordf&ttefif & chaflà les glaces. 
• " "^4 . ^ La 



La i 

Nos 

pour 

nos n 

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. de Frc 

SudO 

rivé 

Nord». 

No 

que r 

Mêtu- 

plus ( 



>.wiJ|' 



La mer fut ouverte , nous y edtrataes. 
Nos Matelots mirent la main à l'œuvre 
pour radouber nos vaiiTeaux , & relever 
nos mâts de hune avec toute la diligen- 
ce poflible : après quoi il fut ré(blu de 
tenir la mcr^ jufqu'a ce que le foleil Se 
le vent eufibnt achevé de fondre les gla^ 
.ces dans notre pafTage. 

Le 7. Juillet quoique nos équipages 
ne fuûènt pas encore bien revenus de 1» 
peur, nous virâmes de bord vers ta terre 
ciJLii nous parut être la côte feptemriona- 
le du détroit. On jugeoit que ce devoit 
ixxt le Nord' Forekmd. Mais quoi qu'il 
en foit, il étoit difficile d'eftimer jufte, 
i cau(è du bouillard épais qui s'ctendoit 
vers là côte , £ç de la neige qui venoii 
de tomber. Nous errâmes vingt jours 
dans la brume avec de grands dangers ^ 
comme on peut le croire^ puifque nous 
prétendions être au Nord-Ef du détroit 
de Frobisher , au lieu que nous étions au> 
&ud' Ouefi de ^«fiyj-For^/W, ayant dé- 
rivé au Sud^OmJi par un courant db 
mrd'Efl. , ; 

Nous découvrîmes ici une pomte^ 
que l'on prenoit mal à propos pour le 
Mênt'lVarmck dans le détroit x mais nos 
l^lus experts Mariniers trouvèrent qu?il 



i 






^ifo* 'Nâvigatlonf 

n'étoit pas vraifcmblablc qu'on eût cm> 
bouqué (i avant en (i peu de tems , ni 
poflible qu'on fe fût trompé fi grofllé- 
rement dans fon cftime , a moins que 
d'avoir dérive par un terrible courant. Il 
eft bien vrai que le flot fe fâifoit fentir 
beaucoup plus qu'à l'ordinaire , & que 
joint aux courans ilprenoir nosvaiOeaux 
Se les faifoit tourner en un moment com- 
me un tourbillon ; de forte que la mer 
brifbit avec autant de bruit que la chute 
d'eau dans la Tamife prés du pont de Lon» 
dref» . 

*' Cependant notre Amiral tînt Confeil, 
pour favoir en quel endroit on étoit. Js' 
mes Beare^ Lieutenant à bord de VAnne^ 
& qui à notre fécond voyage tvoit dref^ 
fé des Cartes exaftes de toutes les côtes, 
ne put nous tirer de l'incertitude i non 
plus que les autres* Notre premier Pi- 
lote déclara qu'ail n^avoit jamais vu la cô" 
tt pris (le laquelle ofi fe trouvait^ qu*U ne 
pouvoit croire que ce fiHt une terre <kns l^ifH 
térieur du Hétrtit de Frobisher. - "^»* 
Le tcms continua d'être embrumé. On 
fcalança de retourner à travers ks glaces, 
vom chercher une mer libre ,. ou de fe 
forflêr porter par le courant dans une 
mer inconnue. JLc Vice- Amiral, à bosd 

V • duquel 



s'il 1 
tenir 



#-' 



dt Frohlshif, î p 

duquel étoic le Tufclit Pilote , & deux . 
autres de nos vaifieaux, ayant tous 
trois perdu la flote de vue prirent le 
parti de tenir la mer, ainfî que VJn* 
fif , qui s^égara ièul , jufqu^à ce qu'il- 
rejoignit la flote après avoir pris huu-. 
teur, le tems s'étant éclairci. 

Tous les vaifleaux de la flote , ex- 
cepté les navires dont on a parlée fi- 
rent y de conlerve avec 1* Amiral» plus" 
de foixante lieues de route dans le dé» 
iroit prérendu. Nous eûmes toujouti • 
un très beau pays i l'eftribord » &: do> 
vant nous une mer ouverte. { 

'*' L'Amiral auroit continué la route,* 
s'il n'eût eu des ordres précis de ft 
tenir de conferve:car il ne doutoit pat ^ 
qu'il ne pût entrer par là dans la mcF 
du Sud^ ôc pénétrer enfuite jufqu'au - 
Catay ^ par la railon que je vais aire. 
C'eit que plus on avançoit dans ceite 
mer, plus elle s'élargidbit , & moins 
$Xi y rcficontroit de glaces,* parcequ'ii 
y a un tel cours dans as eaux, que 
les glaces qui s'y rencontrent y lopt 
chaflee^ à l'£/? & au Nord, félon ce 

Sui parut aux oébris flwians du Denis. 
I^autres croyoimt pourrant que, quand 
uaêtne on aUroit eu le bonheur de pa(« 

V.<S fer, 



i^^ Navigmms 

ier,la force du flot qui tient neuf heip- 
les dans ce parage contre trois heures 
d'ebbe, aurait empêché le retour«s rm 

Au rapart de quelques uns de nos 
gens, Hs trouvèrent à ibixante lieues de 
toute dans le prétendu détroit dont je 
parle 9 Se à bas bord , une terre peu> 
plée , fertile en pâturages ^ abondante 
en bétail & en gibier , combine perdrix^ 
douettes, lièvres. Sec, même un d'eux 
trafiqua avec les habitans du pays des 
couteaux, des fonnettes, des miroirs, de 
k Yerrotierie,Scc. pour de&oi/eaux, des 
pelleteries Se autres pareilles chofès. r/ 

Après plufieurs jours de navigation , 
l^Amiral jugea qu'il ièroit à propos de 
levenir. On fit voile entre une côte qui 
cfl; le derrière du continent de V Amérique^ 
fie la terre que Von avoit nommée 
SlueenS'Foreland i 8c cbmuie en faifant 
route dans ce parage on remarqua unf 
cfpéce de baye , qui s'étendoit jufqu'au 
détroit de Frohisher ^ Je Gabriel y fu( 
envoyé le %i . Juillc*" ^ pour voir ^'il y 
auroit moyen de la traverfèr d'un bouc 
à l'autre , pour rentrer enfuite dans 1^ 
détroit par l'autre côté. Cela réuffit^ 
2c prouve que le Si^eens-Fweiand t& uÉt 
Ile. On doit croire qul^il en eft.de ïsxét 

» me 



deFrobhbâf; a^.^} 

me de pluGeurs autres de ces terres^ 
-'« £nfin, cotimie il écoit tetns d*al]er 
chercher les havres où nos vaiûèaux do» 
voient le décharger de leur charge , oa 
navigea du côcé de l'entrée du détroit de 
Ffohisher pav un tems extrêmement em^- 
brumé, à travers diveriês terres déta» 
chées, mais peu élo^nées de la côte,' 
& entre des rochers à fkur d'eau : mais 
cette route étant dangereufè, on fut o- 
bligé de laillèr filer les ancres juiqu'à la 
profondeur de cent bradés Se davantage, 
de peur que nous n*alIa(Iions nous brifèr 
fiir ces rochers. Et pour ne pas nous 
ailâler fur la côte pendant la brume, no- 
tre chaloupe nagea fur Pavant, Se l'on 
ne fit route qpe la fonde en main» 

\JAnni que nous avions, perdu fuC 
plus de vingt jours à tourner autour 
du Quems'ForeUind^ pour découvrir le 
feavre où nous devions mouilier , (ans 
pouvoir paiièr à cauie des glaces. Ce 
y^ifleau fe rendit enfin le 23. Juillet à 
Hattons'bead^lMd dans le décroit, où fepc 
yaifièaux de notre âotie àoient à Tan- 
cre. On peut juger de la joyc de & 
revoir après avoir efluyé tant de dan- 
gers. 

; , JLe 24. le François nous joignit auflîJ 

V7 ^ Ce 



!îi 



t,i.'ii 



%f4 Nàvigathnri 

Ce vaiflêau ,qui avoit fait route pendant 
plufkurs jours de confcrvc avec notre 
Vice- Amiral, nous en donna dd nou- 
velles >• & du Briilgiviater quM avoit 
perdu après Pavoir dégagé d'entre les 
glaces. Les deux autres qui nous man- 
quoient s'y ctoient plus engagez que 
jamais. Lie Gabriel étoient entré dans 
le détroit de Frobhher^xtn^vti route du 
Cap occidental àt^eens'Fore'andi & 
par derrière cette terre jufqu'au Cap 
Good-hfpe, Il trouva dans le nouveau 
détroit, par lequel il venoit de pafler, 
un courant fi violent, que fans un vent 
favorable il lui auroit été impoffible de 
naviger là. 

^^ Le a6. il tombia plus d'un pié de 
*iirigc, qui iè geloit à méfure qu'elle 
tomboit. i c^ "'"'. 

'^' Le 17. le Bndgewâter s'etant dégagé 
vînt mouiller, à Battons headJand frès 
de la flotte. Il étoit fi délabré, qiic 
pour le tenir à flot on en tiroit par 
heure près de trois cens bâtonnées 
d'eau. Nous aprimes par^ce vaiflcau 
que le dttroit étoit baricadé par ces 
gkces, 8c qu'il étoit irapolfiblc d*â!lcr 
à la baye de Warwick, 
; Ce raport acheva de jctt^r nos ftëm- 






Jant 
lotrc 
rjou- 
IV oit 
e les 
man- 
que 
dans 
ce du 
rf > ÔC 
Cap 
iveau 
lafler, 
i vent 
bledc 



>ié de 
[u 



'elle 






près 
que 
Il par 
>nnécs 
iilTcau 
ar CCS 
d'aller 

ilifetn- 
mes 



(Je Frohishitr %fj 

ines dans une confternation ^ qui fut 
fuivie de murmures contre T Amiral : 
mais fans fe mettre en peine de ces 
murmures, il réfolut de cher^er ion 
havre, ou de mourir dans Pentreprife, 
& là defTus on fit le fîgnal pour fè 
rendre fous fon pavillon , à quoi l'on 
obéit avec joye, parccqu'on prit ce li- 
gnai pour un ordre daller mouiller à 
Hattons-bead'land, Notre Amiral mit à 
la voile, après avoir ioufert un orage 
qui palTà prefque auffitot. Tandis qu'à 
voiles ferlées il fe laiflbit dériver en- 
tre les glaces, il y trouva heureufe* 
ment un paflage. La flotte fui vit, 8c 
l'on fe vit enhn tous enfemble le tren- 
te unième de Juillets après mille pei^ 
nés ôc mille fatigues au havre fi déli- 
ré. L'Amiral heurta à l'entrée de la 
baye de WàriJùick avec tant de violen- 
ce contre un glaçon, qu'après avoir 
fauté de deiTus fès ancres il s'y fit une 
telle voye d'eau «qu'on eue peine à le te* 
nir à flot. *^^^ * ^^^p ^^^*^ -^^ ^rn^am 
'^^ Le vaifleau du Lieutenant Amiral 
Fenton avoit été le plus engagé dans les 
glaces, mais illè tira d'af aire en fête» 
nant toujours à l'ancre Ibus ces lourdes 
ipalTes y comme (om un boulevard , 8c 
•'^ ~ mal^ 



malgré cek il arriva dix jours^ avanr 
4K>us les autres. Femon avoic déjà décou- 
vert plufieurs mines» ôc avancé dix 
lieues ^m le pays fans trouver d'ha- 
bitation. Après quoi étant retourné à 
fon bord 9 il avoit réiblu d'attendre 
encore fept jours l'arrivée de fa flotte: 
après cela la flotte n'arrivant pas, il s^ea 
ièroit retournéy parcequ'il commençoit 
à manquer de vivres. 

L'Amii^l étant à terre^ tint Confèil 
for les moyens d'e^sécuter promtement 
le deflèin de découvrir les lieux , où 
pourroit être la meilleure terre minç- 
;yale. On délibéra iur l'ordre qu'on ob- 
ierveroit étant à terre, Se fur l'endroit 
.qu'on choiGroit pour bâtir un Fort 8c 
.une maiibn pour ceux qui dévoient y 
;pafler une année^ 

" Le I . Août chaque Capitaine fit met- 
tra à terre dans Plie de la C9mte(fe, par 
^otidre du Gét)éral, les Soldats S& les Tra- 
yailleur^^ jOo y porta les provilions, les 
tentes, &cc. afin que l'on pût amaflèr 
inceflTam^ent la quantité néceflàire de 
.matière minéral^ pour en chargçr les 
.yaifleaux. ?i 

On fit la revue des hommes, après 
:^oi on tnit çhaçuQ ^ V^^Y^S^: . n^. 



propr 

rciîài 

toient 

taires 

faire. 

Le 

part d 

les g); 

te la j 

vaiflca 

avoit ^ 

Vai/Tea 

Amira 

&Iai 

retarde 



s^ea 



iipres 



de Frobisher, . tf f 

: Le 2. on publia à ion de trompe ks^ 
€>rdres du Général Frobisher. 

^ Pendant que les Matelots faifoicnt leur» 
ouvrage, les Chefs cherchoient les lieux 
propres à fouir» les Rafîneurs faiCoicnt. 
l'cflài de la matière, 6c ceux qui s'c» 
toient embarquez en qualité de Volon* 
tsiires n'étoienc pas non plus fans ricn^ 

faire. »./;,:; . ■ riu^^; . <x 

a Le même jour le Gabriel arriva de la?, 
part du Vice- Amiral, qui étoit pris dans 
les glaces près de Mùunt Oxfird Tou* 
te la flotte s'écoit raflèmblée excepté 4. 
Taifleai'ir, & celui qui s'étoit ouvert 6c 
avoit coulé bas dans les glaces. Ces 4.. 
Vaiiîeau5ç étoient le Thomas Allen Vice- 
Amiral , \^jîme ^ \c Ihofms (PIpsvsicby 
& la Lune. L'abiênce de ces vaifleaux: 
retardoit noi^re travail» parcequ'ils a^- 
yoient les meilleurs Ouvriers, Se pres-^ 
que toutes ks proyifions néceflàires pour 
l'habitation. i;,i 

Le 9. r Amiral aflembla (on Conkil^ 
au fujet du, Fort & de la maifon qu'on: 
dcvoit bâtir pour ceux qui hiverneroient* 
On délibéra d'envoyer inceflammcnt k«; 
MaiTons & ks Charpentiers à l'ouvrage; 
Mais avant que de commencer le bâti-, 
ment, on examina ce que chaque vaif- 



4f8 . Nàvigafms 

feou avoit aporté pour Pédifice, 8c il (è 
trouva qu'il n'y avoit de matière que 
pour deux cotez : encore tfétoient ils 
pas bien entiers , parcequ'il avoit falu 
employer diverfes planches, des apuis, 
des poteaux, 6c des pièces de bois con^ 
trc l'impétuofîté des glaces, lorfque nos 
vaiflèaux s'y étoient trouvez invertis^ 
De plus après une fuputation exaâe des 
provifions , on vit qu'il n'y auroit pas 
aflèz drboilîon pour cent hommes, qui 
éi'oient deftinez à pafler l'hiver : parce- 
que la plupart des provifions étoient , 
comme j'ai déjà dit, chargées fur les qua- 
tre vaifleaux non arrivez. Featon s'o- 
frit d'hivcrqer avec foixantc hommes. 
On apella les Maflbns & les Charpen- 
tiers , qui demandétenc 9. femirincs pour 
Gonftruire une loge qui pût tenir foi- 
xante hommes ^ 8c même ils ruppofoient 
que l'on eût allez de bois.. Mais comme 
on ne pouvoît tout au plus féjourner en- 
corn que vingt fix jours, TAmiral con- 
clut qu^it fâUoh s^en retourner fans faire 
i^habimion , 8c l'on donna ordre à Selman 
écrivain d'cnregiftrer cette réfolution , 
pour en rendre compte à la Reine ^ & oftx 
intèrejjéz dans cette navigation. 

Le 6. Août trois de noç navires vin. 



df Frohisher. 25*9 

rcnt avec beaucoup de travail, jufqu'à 
la pointe de Leycefèer , cfpérant de trou- 
ver le côté méridional du détroit (âtis 
glaces ; mais ils tombèrent dans un cal- 
me, & ne pouvant avancer ils furent 
bientôt plus engagez que jamais dans les 
glaces que le courant amenoit. 

Tant de calam- tcz , les dangers con- 
tinuels où l'on fe voyoit , & le peu d'a- 
parehce qu'il y avoit de pouvoir être 
plus longtemsdans un parage où les cor- 
dages fe geloient toutes les nuits, en 
forte que l'on ne pouvoit plus faire la 
manœuvre, firent penfer à prendre d'au- 
tres mefures. On tint le 8. Août Confeil,& 
l'on propolà de chercher un Port pour radou* 
ker hs vatffèaux & fe rêfraichir^afin de ^en 
retourner incejjammenten Angleterre s& qu'oui» 
prh tant de dangers d^oà Dieu nous avoit ti" 
rez , ce feroit le tenter^ qite de fe remets 
tre dans le péril ^ &c, 

Onalléguoit au, contraire que chercher 
u»- havre dans des mers fi dangereujes^c^h 
toit fe mettre doublement dans le danger de 
tenir ique quand même on auroit k bonheur, 
de ne pas échouer Ju% les rochers qui fe 
muvent près des côtes les plus /aines de 
ces parages^ on n'échaperoit pas une au* 
tre fois à la fureur, des glaces^ que /^ 



l6o î^avigathns 

marées & les courans très rapides y jtu 
Uni, Sans parler de plufieurs autres acci. 
àens^ On ajofttoit , pour faire fèntir Tin- 
convénient qu*ily nuroit à mouiller, ^w 
Pair devenu très froid menaçoH d^une vio' 
iente gelée ^ ifu*ll valait donc mieux tenir la 
mer , que de fe jetter dans un mauvais '^a» 
vre^ pour boucher une voye iVeau, & coum 
tir le ri f que d^y être enfermé tout Phiver, 
Bell déclara ^u*il regardoit ce p/omi 
retour en Angleterre comme honteux^ que 
pour Itfi il aimoit mieux s^expoferàtour^&c, 
. jPai^ ajouta-t-il, dans mon vaiffeau u^ 
ne chaloupe de cinq tonneaux en fagot. Et* 
le a été deflinie pour ceux qui doivent bi" 
vemer^ fofre de la monter & de m* en jer- 
vir^ fi Pon veut i je verrai s^il y a moyen 
êk franchifr le péril des glaces , &c. 
• Cette réfoltitioi» étoit véritable & fin-» 
cére , quoiqu'il vît bien que la plupart 
de fes gens aimeroient mieux chercher 
im abri daas. le deilèin de s^cn retou>rner 
enfuite, mais il fe fktoit de pouvoir ga^ 
gner une partie de (on équif^gp. 11 jih* 
geoit donc à propos de courir le long de 
la côte, pour voirfi quelques uns de nos 
vaifleaux maltraitez des glaces dans la 
dernière tempête , n'auroient pas effec- 
tivement cherché un abri au premier 
., havre 



V5 



de-Frohishir; i^f 

havre pour fe rafraichir,& pour (è dotii- 
2'cr le radoub , plutôt que de commet- 
tre encore une fois leur falut aux gla- 
ces: c'étoit d'ailleurs dans ce même pa- 
rage qu'ils avoient perdu rAmiral, & le 
relte de la flotte. ^ - 

.' Beft croyoit encore de pouvoir trou- 
ver un lieu propre à s'y iir une autre 
fois i il elpéroit de découvrir quelques 
minières pour y faire fa cargaison , ce 
qui lui ctoit beaucoup plus commode , 
par le voifinage de la haute mer , qu'il 
ne l'auroit été plus avant dans le décroit: 
parcequ'il y auroit beaucoup moins à 
craindre des glaces. Quoi qu'il en foir, 
il s'en tenoit à la réfolution de croifêr 
près de cette côte auflî longtems qu'il 
feroit poflible , Se de ne point s'ecar« 
ter les uns des autres \ afin de pouvoir 
ie (êcourir mutuellement, pendant que 
l'on envpyeroit les chaloupes (bus la 
conduite de deux ou trois bons Pilo- 
tes chercher une baye, où l'on pû^ 
trouver un mouillage. 
. Malgré cette rélolution le Thomûs 
Jpfwtch fè iépara la nuit fuivante, 8q 
fit route vers VA^gUterre. . Mm Beft 
ne laifla pas de perfcvcrèr dans foa 
dcflçin. Il aljia avec la chaloupe 2c le 






canot 






j6i Navigatkns 

canot de la Lune pour voir de trouver 
quelque rade dans utie des lies qui 
giïênt au deflbus de Hattons'headJand ^ 
cfpérant d'aprendrc des nouvelles de la 
flotte , ou de découvrir de ce côté là 
quelques mines. Enfin il eut le bon- 
heur de trouver un ancrage paflàble- 
ment bon , où les vaifièaux pouvoicnt 
être aflè2 commodément à l'abri. 
II découvrit encore de ce côte-là une 

frande lie, dont la terre efl: noire. Il en 
t raport aux équipages, n'oubliant 
rien pour les encourager à nager vers 
Pile. Ils y trouvèrent en effet une pro- 
digieufè quantité de minéral ; 8c fi 
la bonté de cette terre eût répondu à 
la quantité, il y en auroit eu aflcz pour 
les plus avides. Ce prétendu bonheur , 
que le Capitaine regarda comme une 
véritable béncdiftion , fit donner le nom 
de Beft Bleffîng {Bénédiaion de Befi) à 
Plie. Apres une Ci bonne aubaine, il 
mourna le 9. Août à 10. heures du 
foir plein d*efpérance & de joye à fon 
bord , 011 fcs gens Pattcndoient avec 
beaucoup d'impatience. 
-Le jour fuivant ils entrèrent dans la 
fade par un vent affez pafl'able, le Bot 
nageant de l'avant pour fonder. Mû- 



de Frobhher, iSj 

gré cette précaution, l'^«w entrant dans 
Je havre coucha fur un rocher à fleur 
d^eau , Se y reda échoué fur le côté ju(- 
Gu'au retour de la marée : de force (]ue 
fans la grande vergue du grand mât il fe 
fèroit entièrement renverTé au montant 
du flot. On tira plus de deux mille bâ« 
tonnées d'eau, avant que le vaifleau put 
être remis à flot. Auflîtot qu'on fut à 
la rade, Içs Matelots donnèrent le raboub 
aux vaifleaux. Se les calfeutrèrent , pen- 
dant que les Travailleurs aux mines af- 
(èmbloient en toute diligence le plus de 
matière qu'il étoit poflible. On monta 
la chaloupe qu'on avoit portée en fagot, 
Se l'on trouva que l'on n'avoit ni cour- 
bes, ni autres renforcemens, ni cloux^ 
ni chevilles de fer, pour attacher les 
parties de ce petit bâtiment. Par bon- 
heur il fe trouva un Forgeron parmi l'é- 
quipage, mais comme on n'avoit ni en- 
clume ni marteau , on fit de néceflîté 
vertu. Deux petits (buflets tinrent lieu 
d'un grand, une pièce d'artillerie fervit 
d enclume , les pinccites , les grils , Se 
les pelles fervirent à faire des doux Se 
des chevilles de fer. 

Le 1 1. Août Befi Se fon Lieutenant 
allèrent au fommet du Cap de Hattons'- 

head" 



^«4 



Navigathns 



l^ead'lanâf qui eft le plus élevé de tout 



détroit , le 



les 



cette 



plan des parties 
cote, & découvrir, 
«utant qu'il leroit poffible, s'il y avoit 
encore beaucoup de glaces dans le pa(^ 
fiige quelles mines li pouvoit y avoir, 
ôcc.On y trouva beaucoup de cette ma- 
tière que Ton croyoit produire de l'or, 
6c BJl fit dreflèr \ire efpcce de croix de 
pierre au haut de Hattons-beaH'iand^pout 
faire voir que des Chrétiens y avoicnt 
paflé. 

Le 17. lui & fcs gens donnèrent la 
chafTe à un grand oui's blanc, dont ils 
eurent peine à venir à bout vingt hom- 
roes armez qu'ils étoicnt. lis vécurent 
de cet ours pendant pluficurs jours. «;u 

Le 1 8. après avoir achevé de monter 
la chaloupe, ce qui ne (e fit pas fans 
peine , Bejf réfolut de s'y haxarder pour 
embouquer dans le détroit de frobisher. 
On tâcha de l'en diffuader, ôc le Char- 
pentier qui l'avoit montée n'oublia rien 
pour l'aHurer lui même qu'U ne s*y ba* 
zarderûit pas , parceque ce petit bâtiment 
ne tenoit qu'à de mauvaiies chevilles de 
fer, &c. b i^h 

C'en fut aflêz pour faire perdre Cou- 
rage aux Matelots qui dévoient être de 
^ " ^ ' l'en- 



I*ènlr 
ne vc 
&d^ 
ne pi 
aux 
qu'util 
qu'ail 
commt 
qu'ail 
koiù i 
tre, 
feule i 
ce ne 
moi di 
Jez fû 
quoi 
pourvu 
s^éleva 
Gray , 
coura{ 
nedar 
tion p 
Beji f 
perfon 
vrcs & 
reftaî 
vent 
trente 
fût au 
Tun 



de Frohhhêi. l6f 

l*èntrcprife : 8c le Capitaine îuîmême, 
ne voulant pas être accuféd*emêtcmenc 
& d^mprudenco au cas que cette courlc 
ne pût réuffir, déclara au Lieutenant &C 
aux Matelots les plus expérimentez » 
qu^tl y allait de fin honneur en cette afaire^ 
qu'ail vouioit chercher P Amiral^ pour lui 
communiquer /# grande valeur du minéral 
qu'ail avoit trouvé ^ qui feulement à Pœil 
koit peut-être du moins^ aujjî bon que Patê- 
tre. Mais cependant y ajouta-t-il ^ la vut 
feule en eft juge ^ & il Je peut bien qtrt 
ce ne foit que des pierres inutiles, DHet 
moi donc en conf ience fi la chaloupe eft a/^ 
fez forte , pour pouvoir s'y hazarder» A 
quoi le Charpentier répondit qu'o«i , 
pourvu qu'ion évitât les glaces , & qu'ail m 
s'* élevât point d^orage. Là deflus Jean 
Gray , Pilote à bord de Y* Anne ^ déclara 
courageu(ement qu'il fuivroit le Capitai- 
ne dans cette entre prife, 6c cette réiolu- 
tion piqua d'honneur plufieurs Matelots. 
Befl partit en compagnie de dix- neuf 
perfonncs fur la chaloupe, avec des vi- 
vres 8c autres provifions. Son vaiflèiu 
reftaà l'ancre > 6c pour lui, faute de 
vent , il (uivit la cote du Sud ^ 8c fit 
trente lieues en ramant, jufqu'à ce qu'il 
fût au plus dangereux du détroit. A- 
Tom, /. X lo s 



%66 Navigations 

lors il paffa à l'autre bord, & fuivant 
la côte du Nord y il tint route vers l'I- 
le de la ComtelJe dans la baye de Wav 
mck^ efpérant que de cette manière il 
pourroit découvrir la flotte , ou trou- 
ver quelques débris du naufrage. 

Après plus de quarante lieues à 
Pembouchure du détroit, ce ne fut pas 
ians danger qu'on traveriâ vers l'autre 
rivage. La force du courant fît déri- 
ver fi avant, que la nui»^ d'après on 
&t obligé de mouiller entre des ro- 
chers près de la côte brifée de X^Ile de 
Gabriel^ un peu au deilus de la baye de 
Warii)ick, On trouva près du rivage des 
pierres élevées en croix : figncs que des 
Chrétiens avoicnt paffé là. 

Le vingt deuxième d'*Aout , on eut 
la vue de la baye de Warvûick, On pou- 
voir la reconnoitre difiinébement du 
fbmmer d'une colline. Continuant à 
ranger la côte du Nord y on aperçut de 
la tumée fous une montagne. Quand 
on fut un peu plus près, on diftingua 
des hommes qui faifoient voltiger une 
cfpéce de drapeau. Comme les Naturels 
du pays avoient accoutumé d^en faire 
autant, quand ils aperce voient quelqu'u- 
ne de nos chaloupes , on fè douta que 
-..-; ..-.-' ^ ^ ■ vi -: ce 



de Frdbhhtfi ±6y 

et pburoîent être des Sauvages. On dé- 
couvrit enfuite quelques tentes , & Ton 
diilingua les couleurs de ces drapeaux, 
qui étoient blancs de rouges. Cependant 
comme on ne voyoit ni vaifîe^u ni ha* 
vre, à quatre ou cinq lieues à la ron- 
de, & que d'ailleurs on croyoit qu'au- 
cun de nos gens n'avoit eu la penlée 
d'aller par là , on ne lavoit quel juge- 
ment faire. On s'imaginoit que quel- 
ques vaifieaux de notre flotte, batus de 
l*orage Ôc déroutez par la brume , pou- 
roicnt bien être venus faire naufrage de 
ce côté -là entre les glaces 6c les rochen; 
que nos hommes y auroisnt été pillez 
par les Naturels de cette côte, & qu'ils 
fe (ervoient de ces pavillons pour attirer 
ks autres. Sur cela Befi ôc les gens ré- 
folurent d'aller enlever ces drapeaux aux 
Sauvages prétendus: mais à h fin on 
découvrit que ces Sauvages étoienc des 
Anglois. 

Lorsque Befi fut près du rivage, il 
ordonna au Bot de refter en mer par pré- 
caution, afin que les gens du Bot fe 
pufl'ent tirer du danger en cas de mal- 
heur. Etant à portée on le héla de part 
& d'autre fuivant l'ufage de mer, 6c 
l'on fe reconnut avec la plus grande 
: — ' X z joye 



•# 



t6i Nmghiotis - 

joye du monde; ce qui n'eft pas furprci 
nant, puiiqu'on fc revoyoit enfin après 
avoir efluyé mille dangers. 

Le Vice Amiral ÏYork venoic d'arri- 
ver à cette côte, pour faire fouiller dans 
une mine que l'on y avoit découverte , 
& qu'il avoit nommée la mine de la Corn- 
uffe de Sufjex. Four Befl^ il alla à Ja 
baye de Warviick conférer avec Frobisber^ 
& taire éprouver par les Fondeurs la 
matière minérale qu^il avoit trouvée à 
Befl Bleffing ^ dont il avoit aportc des 
montres , après quoi il dcvoit retourner 
à* fon bord. 

Après avoir conféré avec l'Amiral , & 
reçu les ordres, il chargea fon vaiffeau 
de cette terre, qui fut trouvée bonne, à 
Péprcuve qui en fut faite. 

Le 2j. Btft fut au Conièil qui fe tint 
à bord de VAide, 0n y régla diverfês 
chofes fur la manière dont il faudroit fc 
conduire Tannée fuivante. 

Le24.1e Général alla avec deux cha- 
loupes & beaucoup d& monde à Beàr'i 
B^y (la Baye des ottrs),\\ ordonnai Be(l- 
de l?attcndrc av^c les hommes, & d'ef- 
faycr de (urprcndre quelques habitan» du 
pa-ys.. 11 en paroilîbit de tems en temsj 
& l'on en. voyoit quelquefois fcpt'ou 

huit 



^ àlFrohishif, tStf 

Suit Marques à la fois-^ qui rodoient fm^ 
douce pour furprendre ceux qui travail^ 
loient aux mines , qui n'étoienc pas en 
grand nombre. Mais lorlqu'il y avok 
un gros bâtiment mouillé à la rade, ces 
Sauvages prévoyant qu'il devôic y avoir 
beaucoup de monde , prenoient la fuite 
& n'àvoient garde de paroitre. Of> fè 
fîatoit de pouvoir inveftir avec des cha»- 
loupes Pile où ils avoient accoutumé de 
fè montrer , & d'en lurprendre quelques 
Mais avant que le» nôtres fuflent 



uns. 



huit 



avancez, les Sauvages, avertis par ceux 
de leurs gens qu'ils avoient poftez furies 
hauteurs, prirent la fuite, lailîant près 
de leurs trou» un des plus grands ja*- 
vclôts dont ils fè fervent. Le Générai 
auroit Bien voulu amener en Angletert' 
re quelques uns de ces Sauvages , mais 
ils avoient apris à ne fe pas aprochér 
trop près de nos gens. 

Beft s'en alla le même jour à H4t^ 
tons'head'-land y où étoit fbn vaiiîèau. 11 
y arriva le 2f. du mois, il trouva fio^n 
navire chargé, & tout prêt à faire voi- 
le : de forte qu'il repartit le jour fui- 
vant par la baye de Warmck^ mais il 
n'y arriva que le i8., parcequ'il mit à 
terre i Bear» Buy quelques Travailleur», 

X î afin 



* il 



afin que ceux de nos vai(lèau>ir qui 
n'avoienc pas encore leur charge r fe 
trouvalTent plutôt en état de mettre à la 
voile. 

Le 50. VJnne s'échoua. Il s'y fit 
huit ouvertures, par les rochers ^ par 
les glaces. Le même jour la maiion, 
que l'on avoit portée en fagot. Se que 
Fenton avoit ordonné de bâtir dans Pile 
de Wariûkk , fut achevée* Les Mai- 
fbns la firent à chaux 6c à fàbi^, a- 
fin qu^elIe fût plus durable, fie que 
l^on pût voir l'année (uivante û les 
neiges , les glaces , les orages , & les 
Sauvages Pauroient épargnée. On vou* 
loit tâcher d'aprivoifer ces hommes fa- 
rouches & brutaux. Se voir fi on les 
rrouveroit plus dociles à notre retour. 
On lâiffa dans la maiion diverfes ba- 
gatelles, comme des couteaux, des fb* 
nettes, (dont ils femWoient s'accom- 
moder volontiers,) des figures d'hom- 
ipes , de femmes > Se de cavaliers en 
plomb , dess miroirs , des fifllets , des 
pipes , de la verroterie , Se chofes pa- 
reilles. On y fit un four Se l'on 
y laiflà du pain, afin qu'ils puflènt en 

foutcr. On enterra le bois deftiné pour 
xiïx un Fort, Sc l'on enlèmaQça la 



pai 
de 
iro 



ne 



x: 



terre 



de Frùhisher. xj\ 

ttrrc de pois , de froment , & autres 
gra\fls, pour voir fi elle produiroit 
bien. • \,c^t^ • -> 

J\ près que la flotte eut fa charge , 
Frohisher aflemblant Tes gens leur dit 
qu'il aurait voulu découvrir le pays heaum 
coup plus avant qu'ail ne Pavott fait encore i 
que fon but ne (eroit pas feulement de ra» 
mener en Angleterre fes vaijfeaux chargez^ 
mais qu'ail f eroit auffî bien aife de pouvoir 
faire un raport exaéi & circonftancté de la 
qualité du pays. Que cette réjolution ne 
pouvant être exécutée alors , il jugeoit de-» 
voir s'^en retourner au plutôt à cauje des 
brumes épaijfes^ des neiges , des orages y& 
des glaces^ au) quelle s on fe voyoit expojê 
par Paproche de Phyver : que Jt pur mal^ 
beur les vents contraires venoient à fur^ 
prendre , on fe trouverait afftégé des glâ'* 
ces^ oiiil faudroH périr de faim y de froid 
& de mifére. Cependant, avant que de 
partir , le Général voulut tenter encore 
de pénétrer plus avant au Nord du dé-- 
iroit avec fa chaloupe, & il découvrit 
que les terres autour de BearBay & de 
l'ile Holtes ne font point partie du con- 
tinent , comme il l'avoit cru , raais que 
ce font des Iles qui font de ce côté là u« 
ne cfjpéce à^Arcbipelague. /. - » 

Nous 



tyii Tfàvigations 

Nou»' mîmes à la voile & (ortimetf 
tbixs àt\^ B'dye de IVarObkk le 31. ji^ur^ 
excepté le Jtédhh ôc PAnne , qui firenE 
aiguàde ce jour là, & nous rejoignirent 
le jour fuivant î. Septembre. Ce jour 
là Se le jour d'après nous efluyames un 
tems fâcheux , 6c courûmes beaucoup 
de riiqùe parmi les glaces ôe les rochers'. 
Une partie de la flotte fe difperfa , fi 
bien que Ton ne (e rejoignit plus. 

Le Bridgewater qu'on avoit laiflc en 
péril , fat contraint de prendre fa route 
du côté iiu Nord par un pacage incon- 
nu ,> très dangereux êc plein de rochers 
au dcITous de Bèar-Bay , d*ôù il débou^ 
qua pourtant fort heureufèment dans la 
mer du iVbrrf : cette mer qui e(l derrière 
le détroit de Frobjsber ^ dans laquelle 
^robtsbfr , comme on Pa dit , & d'autres 
après lui ont navigé, & oii l'on a dé- 
couvert une grande terre qui avance dans 
la mer. Tous ces Navigateurs ont cru 

S'il y a là un paffage à Ta mer du Sud, 
', Bridgewater découvrit au Sud Efi de 
Jfmfland\ ^j D. & demi de latitude u* 
ne grande Ile inoonnue auparavant. Cet- 
te île dont le Bridgewater raia la côte 
pendant trois jours, parut fertile Se a^- 



gréable. 



F I Nv 



■■^■■. 



r' 



fcirtîiïïe* 
ji. /^f/^ 
|ui firent 
oignirent 
Ce jouf 
^mes un 
beaucoup 
j rochers-, 
perfa , fi 
>lus. 

laiflc en 
5 fa route 
ge incon- 
e rochers 
il débou^ 
nt dans la 
t derrière 
s laquelle 
)C d'autres 
*on a dé- 
ance dans 
rs ont cra 
r du Sud, 
ud Efl de 
atitude u* 
vant. Cct- 
ifâ la côte 
rtilc & »• 



a 




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