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Full text of "La Vraie politesse et le bon ton [microforme] : plus particuliè rement à l'usage des élèves des collèges, pensionnats, etc., etc., et de tous ceux qui entrent dans la société"




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TEST TARGET (MT-3) 




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1.6 







Hiotogreçiiic 

Sdences 
Corporation 




23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, K.Y. M580 

(716) S72-4503 



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CIHM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CIHM/ICMH 
Collection de 
microfiches. 




Canadian Institute for Historical Microreproductions / Institut canadien de microreproductions historiques 





Technical and Bibliographie Notes/Notes techniques et bibliographiques 



The Instituts has attempted to obtain the best 
original copy available for filming. Features of this 
copy which may be bibliographically unique, 
which may alter any of the images in the 
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D 
D 
D 



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D 



Coloured covers/ 
Couverture de couleur 

Covers damaged/ 
Couverture endommagée 



Covers restored and/or laminated/ 
Couverture restaurée et/ou pelliculée 



I I Cover title missing/ 



Le titre de couverture manque 

Coloured maps/ 

Cartes géographiques en couleur 



Coloured ink (i.e. other than blue or black)/ 
Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 

Coloured plates and/or illustrations/ 
Planches et/ou illustrations en couleur 

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Relié avec d'autres documents 

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along interior margin/ 

La re liure serrée peut causer de l'ombre ou de la 
distortion le long de la marge intérieure 

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hâve been omitted from filming/ 
Il se peut que certaines pages blanches ajoutées 
lors d'une restauration apparaissent dans le texte, 
mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont 
pas été filmées. 



The 
tôt 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire 
qu'il lui a été possible de se procurer. Les détails 
de cet exemplaire qui sont peut-être uniques du 
point de vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une image reproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dans la méthode normale de filmage 
sont indiqués ci-dessous. 



I I Coloured pages/ 



Pages de couleur 

Pages damaged/ 
Pages endommagées 



D 
□ 



Pages restored and/or laminated/ 
Pages restaurées et/ou pelliculées 

Pages discoloured. stained or foxed/ 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 

Pages detached/ 
Pages détachées 

Showthrough/ 
Transparence 



The 
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I I Quality of print varies/ 



Qualité inégale de l'impression 

Includes supplementary matériel/ 
Comprend du matériel supplémentaire 

Only édition available/ 
Seule édition disponible 



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Pages wholly or partially obscured by errata 
slips, tissues, etc., hâve been refilmed to 
ensure the best possible image/ 
Les pages totalement ou partiellement 
obscurcies par un feuillet d'errata, une pelure, 
etc.. ont été filmées à nouveau de façon à 
obtenir la meilleure image possible. 



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L_] Commentaires supplémentaires.- 



Irregular pagination: [1 ] • 6, 9 - 143 p. 



This item îs filmed et the réduction ratio checked below/ 

Ce document est filmé au taux de réduction indiqué ci-dessous. 



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détails 
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modifier 
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The copy filmed hère has been reproduced thanks 
to the generosity of : 

Bibliothèque nationale du Québec 



The images appearing hère are the beat quaiity 
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sion, and ending on the last page with a printed 
or illustrated impression. 



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TINUED"), or the symbol y (meaning "END"), 
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différent réduction ratios. Those too large to be 
entirely included in one exposure are filmed 
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L'exemplaire filmé fut reproduit gréce à la 
générosité de: 

Bibliothèque nationale du Québec 



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plus grand soin, compte tenu de la condition et 
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dernière page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration, soit par le second 
plat, selon le cas. Tous les autres exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration et en terminant par 
la dernière page qui comporte une telle 
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dernière image de chaque microfiche, selon le 
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Les cartes, planches, tableaux, etc., peuvent être 
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reproduit en un seul cliché, il est filmé à partir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche à droite, 
et de haut en bas, en prenant le nombre 
d'images nécessaire. Les diagrammes suivants 
illustrent la méthode. 



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LA VRAIE POLITESSE 



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LE BON TON- 



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Imprimatur 
Montrl^al. 2 Mai, 1873 



i Ig. Ev. de Montréal. 



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ET 



LE BON TON, 

Plus particulièrement à l'usage des Elèves 

des Collèges^ Pensionnats^ etc., etc.., 

et de tous ceux qui entrent 

dans la société. 






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MONTREAL: 

EUREBE SENEGAL, IMPRIMEUR, 

Nos. 6, 8 et 10, Rue Si. Vincent. 

1873 



*:■*. 



Enregistré, conformément à l'Acte du Parlement 
du Canada, en l'année mil huit cent soixante- 
treize, par J. A. Langlats, au bureau du 
Ministre de l'Agriculture. 






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INTRODUCTIONS^ 



" Un homme, dit Durosoy, qui 
ignore les règles de la politesse, peut 

être homme de probité,brave homme, 
homme à talents, si Ton veut, grand 
homme même; mais il ne sera ja- 
mais un personnage agréable. On 
se renferme pour l'éviter, et quand 
on n'a pu réussir, on éprouve une 
sensation inquiète : c'est oomme un 
poids dont on voudrait se oulager." 
Quel est celui qui, pour peu qu'il 
ait eu de commerce avec le monde, 
n'a pas éprouve toute la vérité de 
ces paroles ; qui, condamné à avoir 
des rapports fréquents avec certaines 
personnes incultes, aux manières ru- 
des et grossières, n'a pas eu à pousser 



6 



INTUODI^CTION. 



rabiiogiilioii jusqu'à ses ilornioros li- 
mites, pour ne pas rompre avec elles, 
et pour supporter eu silence les fau- 
tes sans nombre que leur faisait com- 
mettre, à chaque instant du jour, 
leur mauvaise éducation ! 

Il semble qu'il soit moins difficile 
d'être indulgent envers ceux qui 
manquent aux règles de la biensé- 
ance et de la politesse par ignorance. 
Quoiqu'ils donnent aussi beaucoup à 
souffrir, leurs victimes sont, assez 
souvent, disposées à les prendre en 
pitié. Mais il est une autre classe 
de personnes qui sont moins dignes 
d'indulgence ; ce sont celles qui re- 
gardent la politesse comme une chose 
futile ; qui semblent incapables d'en 
apprécier le prix. Ces personnes, 
douées quelquefois de certaines qua- 
lités, paraissent croire que leurs qua- 
lités les dispensent des formes polies. 
Il y a là un défaut de jugement : 



INTRODUCTION. 



9 



Diiiis nous n'en avoiLS trouve aucun 
qui pût nous convenir en tous points. 
La politesse, dans ce qui en fait l'es- 
sence, est la même partout ; mais 
les usages varient selon les temps 
et les lieux. Or nous avons les nô- 
tres, les usages de notre société Ca- 
nadienne-française,qui sont loin d'ê- 
tre les moins recommandables, et 
qu'il importe de connaître. C'est 
pour faciliter l'acquisition de cette 
connaissance, pour propager parmi 
nous la politesse et les bonnes ma- 
nières, que nous avons réuni, dang 
un tout petit livre, les règles de la 
vraie politesse, et les usages de notre 
société, relatifs à la bienséance et au 
bon ton. 



CHAPITRE PREMIER. 



DE LA POLITESSE ET DU BON TON. 



Si l'an nous demandait ce que c'est que 
la politesse, nous n'hésiterions pas à la 
définir : Une vertu qui nous porte à 
avoir pour le prochain toute la bienveil- 
lance, tous les égards, toutes les attentions 
que Ton voudrait qu'il eût pour nous. 

Il ne faudrait pas confondre la politesse 
avec le bon ton. La bonne éducation fait 
l'homme poli, tandis que la simple con- 
naissance de l'étiquette, des usages du 
monde, fait l'homme de bon ton. 

La politesse est une vertu ; elle procède 
du cœur,tandis que le bon ton n'est qu'une 
connaissance que l'esprit acquiert et que 
l'on trouve dans l'homme du monde. 

Nous disons que la politesse est une 
vertu. Le mot vertu veut dire force ; et, 
en eflet, on ne saurait pratiquer une vertu, 
sans déployer une certaine force morale, 
une certaine énergie de la volonté ; sans 



12 



LA VRAIE POLITESSE 



se faire violence à soi-même : et dès le 
moment qu'il n'y a plus exercice de la vo- 
lonté, que la nature se porte d'elle-même 

à une chose, il n'y a plus vertu. 

Pour exercer invariablement la poli- 
tesse, il faut se renoncer soi-même, faire 
taire Tégoïsme, s'oublier en quelque sorte, 
afin de se rendre agréable i tous. 

C'est si bien là l'idée que l'on se forme 
de la politesse que le sens naturel est cho- 
qué de rencontrer de la grossièreté, de la 
rudesse, chez les personnes qui, dans l'é- 
tat de vie qu'elles ont embrassé, sont cen- 
sées plus particulièrement adonnées h la 
pratique de la vertu. Le bon sens dit 
qu'il y a là une espèce d'anomalie. 

La politesse n'est autre chose que l'ap- 
plication, dans la société, des principes 
de la charité chrétienne, et l'on peut avan- 
cer, sans crainte de se tromper, que la véri- 
table politesse ne saurait se trouver chez 
ceux qui sont dépourvus de l'esprit de 
charité; tandis qu'elle se rencontre infail- 
liblement dans l'homme animé de cet 
esprit. '^ 

"Se peut-il, disait un prùtro distingué, 
se peut-il qu'un homme, plein d'affection 
et de déférence pour ses frères, ne soit 



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ET LE BON TON. 



13 



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pas un homme social et vraiment aima- 
ble ? Que lui manque-t-il pour être par- 
faitement poli aux yeux du monde? Cer- 
taines manières, certaines formules, des 
procédés et un langage de convention 
dont la connaissance ne s'acquiert que 
dans la bonne société ? Mais qu'est-ce que 
cela ? Des choses purement accessoires ; 
des formes qu'il faut savoir et respecter, 
sans doute, mais qu'on ne peut mettre en 
comparaison avec cette politesse du cœur, 
qui est de tous les temps et de tous les 
lieux, et qui charmerait les hommes les 
plus sauvages." 

''Dans mes voyages, dit madame la 
comtesse de Bradi,je n'ai jamais rencontré 
une religieuse qui eut de mauvaises ma- 
nières ; et, parmi les paysans et les ou- 
vriers que j'ai connus,- j'en ai remarqué 
plusieurs qui se distinguaient prodigieu- 
sement entre leurs égaux par des façons 
qui semblaient être le résultat d'une édu- 
cation soignée, tandis qu'elles étaient ce- 
lui d'un excellent caractère, formé et per- 
fectionné par la connaissance et la prati 
que de la charité évangélique." 

Autant le fond l'emporte sur la forme, 
la réalité sur la figure, autant la politesse 



14 



LA VRAIK POLITESSE 



l'emporte sur le bon ton. La politesse est 
de tous les temps, de tous les lieux ; elle 
gagne tous les cœurs, elle répand le char- 
me dans tous les rapports qu'ont entre 
eux les membres de la société. 

On pardonne facilement à une jeune 
personne, à un jeune homme, la timidité, 
l'embarras dans une compagnie ; on les 
excuse sans peine, en remarquant qu'ils 
n'ont pas encore l'usage du monde ; mais 
s'ils sont bien élevés, s'ils sont vraiment 
polis, on dira qu'ils rachètent bien leur 
timidité un peu excessive parla modestie, 
la réserve, en un mot par une bonne édu- 
cation, à laquelle il ne manqun qu'un peu 
plus d'usage du monde. 

Et cependant, disons-le, aujourd'hui on 
s'occupe moins du fond que de la forme. 
Si l'on prend un livre qui traite de la poli- 
tesse et du savoir-vivre, on passe rapide- 
ment sur ce qui a trait à l'essence de la 
politesse, sous prétexte que ce sont des 
choses bien communes, que tout le monde 
connaît, et qui ne regardent guère les 
fashionables. Ce que l'on cherche, ce que 
l'on veut acquérir, c'est la connaissance 
de certaines cérémonies, de certaines for 
mes ou civilités qui doivent se rencontrer, 



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ET LE BON TON. 



15 






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sans doute, chez riiomme du monde, mais 
seulement comme accessoires ou complé- 
ment d*un« bonne éducation, dont elles 
ne sauraient jamais tenir la place. 

Qui n'a. pas rencontré, en compagnie, 
des jeunes gens parfaitement à l'aise ; qui 
n'ignorent aucune des règles de la civilité 
et du bon ton que l'on observe invariable- 
ment dans la bonne société ; qui s'en ac- 
quittent à la lettre, et qui cependant 
manquent d'éducation ? Chez eux tout 
cet étalage de savoir-vivre n'est qu'une 
contrefaçon. Suivez-les en dehors du 
salon, ei vous ne trouverez chez eux 
rien de délicat, rien de suave dans leurs 
rapports, mais seulement de l'égoïsme et 
de l'amour-propre. 

La politesse comprend : la morale, les 
bienséances, l'iionnôteté, la civilité, et, en 
un mot, toutes les douces vertus qui for- 
ment les liens les plus puissants de la so- 
ciété civilisée ; c'est à proprement parler, 
la morale en action. 

La politesse consiste à être aussi bon, ' 
aussi aimable avec les autres que nous 
voudrions que les autres le fussent pour 
nous. 

Elle se reconnaît à cette attention con- 



10 



LA VUAIE POLITESSE. 



liiiuelle, sans allectalion, de rendre les 
autres contents de nous et d'eux-mêmes. 

La vraie politesse n'est embarrassante 
pour personne ; elle met tout le monde à 
son aise, et laisse la liberté à chacun. 
Elle ne s'offense de rien, pas même de la 
contradiction. 

Une personne douée d'une grande bon té 
ne peut jamais manquer de politesse, car 
la politesse n'est que Fexpression de la 
bonté. 

Avec la bonté du cœur vous pouvez 
manquer à l'usage du monde sans tirer 
à conséquence ; mais toutes les fois que 
vous consulterez votre bon coeur, il est 
impossible que vous manquiez à la poli- 
tesse. 

Il ne faudrait pas conclure de ce qui 
précède que nous veuillons déprécier la 
civilité, le bon ton, les usages reçus dans 
la bonne société ; ou que l'on puisse de- 
meurer indifférent à leur égard : loin de 
nous cette pensée ! Nous maintenons au 
contraire,tou t en rappelant que les formes, 
quelques gracieuses et exquises qu'elles 
soient, ne sauraient jamais tenir lieu de la 
vraie politesse, qu'il est indispensable à 
un homme bien élevé de connaître les 



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ET LE BON TON. 



17 



usages du monde ; que l'on ne saurait ap- 
porter trop de soin à inspirer aux jeunes 
gens une haute idée de la bienséance ; à 
leur faire connaître toutes les règles de 
la civilité. En faisant son éducation, avant 
d'entrer dans le monde, il est important de 
se bien familiariser avec les usages de la 
bonne société, afin de s'y conformer, en 
autant qu'ils n'ont rien de répréhensible. 



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CHAPITRE SECOND. 



DE LA POLITESSE DANS LA FAMILLE 



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C'est au sein de la famille que l'on puise 
les premiers principes de la politesse, et 
celui-là est bien à plaindre qui ne reçoit 
pas, sous le toit paternel, cette première 
éducation ; car elle ne peut guère s'acqué- 
rir plus tard. On se sent toujours de la 
manière dont on a été élevé. '' L'homme, 
a dit un célèbre publiciste, est toute sa 
vie ce qu'il a été sur les genoux de sa 
mère." Gela doit s'entendre aussi bien 
de la politesse que de toutes les vertus 
morales. 

I. 

Il est indubitable que les lieux qu'il ha- 
bite exercent une grande influence sur le 
sujet de Téducation. Un enfant élevé 
dans une maison malpropre, où tout est 
négligé, où il n'y a que désordre, ne sera 



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LA VRAIE POLITESSE 



19 



probablemoiit jamais un hoiiimo soigneux, 
un homme d'ordre. Une jeune fille élevée 
dans la somptuosité et le luxe, au milieu 
de tout ce qui peut flatter la mollesse et 
la vanitô,aurades goûts et des dispositions 
en rapport avec son éducation. Elle ne 
rêvera que grandeurs et richesses ; elle 
sera vaniteuse, et dédaignera la surveil- 
lance du ménage comme quelque chose 
indigne d'elle. A ce' propos voici ce que 
dit madame la comtesse Drohojowska, en 
s'adressant à une jeune personne : 

*' Je trouve très-avantageux que les mai- 
sons des plus simples particuliers soient 
devenues commodes, gaies, propres, élé- 
gantes même ; que les besoins de la socia- 
bilité, en nous forçant à nous produire 
parfois au dehors, nous aient mis aussi 
dans le cas de recevoir à chaque instant 
une visite, et aient dès lors exigé, comme 
un devoir inspiré par la société, un ar- 
rangement et une propreté continuels. 
Mais ce que je voudrais, c'est que dans 
ces charmantes cages, peintes et si bien 
ornées où elle passe au moins les trois 
quarts de son existence, chaque femme 
sût introduire ce pur et céleste reflet que 
nos crrand'mères savaient faire arriver 



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20 



TA VRAIE POLITESSE 



jusqifaii cuiilre de leurs sombres et austè- 
res demeures, tl'y voudrais voir de véri- 
tables maUresscs de maison^ de sages mères 
de famille y et non pas de ces brillants oi- 
seaux qui, ne sachant que faire admirer 
leur voix, et vanter leur plumage, osent 
s'ennuyer dans le calme du chez soi, com- 
me si Dieu et la famille, ce n'était pas 
assez pour remplir un cœur de femme. 



'* Que votre ameublement soit simple 
et convenable en même temps ; que la 
matière en soit commune, mais que la 
forme en soit gracieuse et distinguée; que 
tout soit de bon goût, et rappelle Tidée de 
cet ordre, de cette harmonie que l'esprit 
cherche en toutes choses, parceque Dieu 
en a fait un de nos besoins les plus pro 
fonds. L'homme doit, en un certain sens, 
imiter le Créateur qui a fait tout de rien, 
et qui, avec les matières les plus commu- 
nes, produit chaque jour les effets les plus 
merveilleux. Les œuvres de Dieu se dis- 
tinguent toutes par la médiocrité de la 
matière et la beauté de la forme. Ce n'est 
ni avec l'or, ni avec l'argent qu'il a pré- 
paré le tissu si gracieux du lis des champs, 
dont les vêtements de Salomon dans sa 






IVV LK BON TON. 



n 



î 



gloire n'ont jamais pu atteindre la b(îaulé 
et l'éclat. 

'^ Imitons Dien, et que la principale va- 
leur (les objets dont nous nous servons 
leur vienne de la perfection que vous 
leur donnerez. Votre luxe n'aura rien de 
choquant pour les pauvres, rien d'inquié- 
tant pour votre conscience, rien de funeste 
pour votre esprit ; mais il tournera, au 
contraire, à l'avantage des ouvriers dont 
le travail aura donné à ces objets tout 
leur prix, et au perfectionnement de votre 
intelligence, en entretenant en vous cette 
pureté, cette délicatesse de goût, si rare 
aujourd'hui, et ce sentiment du beau si 
précieux, et dont on peut tirer tant de 
profit pour la direction morale de la vie, 
car il y a un rapport entre le beau et le 
bien." 

Il y a donc un grand défaut dans l'édu- 
cation que donnent à leurs enfants ces 
parents qui ne respirent que le luxe et la 
somptuosité ; qui consacrent des sommes 
immenses à orner leur salon ; qui ne trou- 
vent jamais leur ameublement assez riche; 
qui ne peuvent dissimuler leurs senti- 
ments de jalousie, si un ami a une mai- 
son mieux montée que la leur; les conse- 



il 



00 



LA VIUIE POLTTKSSK 



queiices do cotte mauvaise éducation sont 
déplorables. Los jeunes personnes con- 
tractent ce goût du luxe, et ne peuvent se 
faire à l'idée d'épouser un jeune homme 
qui n*a pas un château à leur offrir pour 
demeure. A moins qu'il ne possède une 
belle fortune, un jeune homme, aujour- 
d'hui, ne peut songer à s'établir sans des- 
cendre de sa condition. Qu'arrive-t-il ? Il 
y renonce, et l'équilibre est ainsi rompu 
dans la société. 

II. 






DE LA POLITESSE DES EPOUX ENTRE EUX. 

Rien de plus i)ropre à entretenir l'har- 
monie dans le ménage, les bons rapports 
entre les époux, que le respect mutuel. 

Une femme prévenante pour son mari, 
toujours affable, toujours complaisante, 
montre qu'il y a chez elle délicatesse de 
sentiment. Cette disposition lui gagne 
l'estime de son mari. 

Un homme qui se llatto d'avoir reçu 
une bonne éducation verra dans sa fem- 
me une noble compagne que Dieu lui a 
donnée pour l'aider à supporter les peines 
de la vie. 11 sera donc pour elle rempli 
d'égards. 



ET LE BDN TON. 



23 



Laroiiiiiio,(lo son côlé, si elle comprend 
sa haute mission, fera en sorte que son 
mari trouve le bonheur an foyer domes- 
tique. Le chef de famille est exposé à 
bien des soucis; dans le commerce de la 
vie, en dehors de chez lui, il ne peut man- 
quer de rencontrer souvent des incidents 
fâcheux ; pour lui parfois l'horison de la 
vie est bien sombre. Il faut qu'il y ait 
sompensation ; qu'en entrant chez lui, en 
franchissant le seuil de sa demeure, il 
respire la pai.v» et la sérénité. Rien de 
plus propre à fortifier un homme, à 
l'encourager au milieu ch^s épreuves de 
la vie. 



Les paroles blessantes, entre l'homme 
et la femme, devraient être chose incon- 
nue. Non-seulement elles sont malséan- 
tes, mais encore elles font au cœur une 
blessure d'un caractère tout particulier, 
parceque le coup est porté par quelqu'un 
chez qui l'on est en droit de s'attendre à 
trouver invariablement les sentiments 
d'une tendre affectioa ; on sent que 
ces paroles brisent un lien des plus chers. 

Les convenances exigent que la femme 
ne se présente jamais devant son mari 



Q4 



LA VnAll'] POLITKSSl': 



dans uii néglige') qui pourrait provoquer 
le dégoût. 

La politesse veut encore que le langage 
chez la femme soit toujours chaste, n*y 
eût-il que son mari pour Tentendrc. Il 
doit en être aussi de mrme du mari. Les 
époux se doivent, l'un àTautre, ce res- 
pect. 

Les charmes de la jeunesse, qui peu- 
vent éblouir un instant, sont bientôt pas- 
sés. Et que reste-t-il ensuite pour main- 
tenir une union cordiale entre l'homme 
et la femme? L'estime qu'ils ont l'un 
pour l'autre : cette estime trouve son ali- 
ment dans les qualités du cœur et les bons 
procédés. 

in. 



DE LA POLITESSE DES ENFANTS ENVERS LEURS 

PARENTS. 

Il ne s'agit pas ici seulement d'un de- 
voir de convenance, mais d'un précepte 
divin: *' Tu honoreras ton père et ta mère." 
Ce respect doit s'étendre aux grands pa- 
rents, oncles, tantes.^ etc. 

La grossièreté envers les parents, outre 
qu'elle attire la malédiction du ciel, a un 
caractère odieux tout particulier. 






ET LE ROX TON. 



25 



• 



Si vos parents ont des défauts— ut qui 
n'en a pas — cela ?i< vous dispense en rien 
de les rcspoctor, 

Ni votre âge, ni voLro condition, quel- 
(|u élevée qu'elle soit, ne peut vous affran- 
chir de l'obligation d'ulre respectueux en- 
vers vos parents. 

Ne leur parlez jamais que la tute dé- 
couverte. 

N'élevez jamais la voix en vous adre^5- 
sant à eux, mais prenez un ton modeste 
et respectueux. 

Est-il nécessaire de signaler ici un 
abus aussi absurde que ridicule, qui con- 
siste pour les parents à se faire tuloyer 
par leurs enfants. C'est pour le moins de 
très-mauvais goût. Croirait-on cependant 
que quelques parents ont cru se donner 
par là du ton, des airs de grandeurs?... 
Ils ignorent, sans doute, ces braves gens, 
que c'est au temps lugubre de la révolu- 
tion française que cette mode insolite a 
pris naissance. C'est un fruit digne de 
l'arbre qui l'a produit. Quel ordre admi- 
rable dans la société ! toutes les condi- 
tions ramenées au môme niveau !.... l'en 
faut traitant d'égal ;\ égal avec son 
père!.... L'exemple ent bientôt des imi- 



' 



26 



LA VRATE POLITESSE 



tateurs. Voilà ce que dit à ce sujet M. 
l'abbé de Vauxelle : 

'* Les premières mères qui s'avisèrent 
de se laisser tutoyer par leurs enfants fu- 
rent quelques femmes très-vaines, qui cru- 
rent se distinguer par une singularité ai- 
mable. Leur exemple fut suivi par une 
foule d'autres plus passionnées que vrai- 
ment tendres pour leurs enfants, et par 
quelques pères plus complaisants que sa- 
ges. Elles révèrent que le secret d'être 
toujours aimées par ces êtres si chers 
était trouvé, que la familiarité établirait 
la confiance et n'amènerait point l'indé- 
pendance et le mépris Mais l'en- 
fant, enhardi par cette condescendance, 
marche toujours plus avant dans la voie de 
la familiarité. Dès qu'il lui est permis de 
tutoyer son père, il doit regarder comme 
tout naturel de l'appeler son ami, et de 
le traiter comme tel. Or l'on demande 
volontiers les conseils et les avis d'un ami, 
maiG on n'aime pas à recevoir des ordres 
de lui. Pourtant il arrive souvent qu'un 
père pst obligé de donner des ordres, et 
plus la familiarité est grande, plus l'auto- 
rité parait dure. r - 

''Le père lie doit pas oublier qu'il ne 



ET LE BON TON. 



27 



lui est jamais permis d'abdiquer sa di- 
gnité de roi. Il ne Tabdique pas en jouant 
souvent avec ses enfants, en se livrant à 
leur caresse, en se laissant môme surpren- 
dre avec eux dans la posture de Henri IV; 
mais il l'abdique en leur donnant un 
droit qu'il ne peut plus leur retirer, s'ils 
s'en rendent indignes. Le supérieur s'ho- 
nore et ne s'avilit pas en descendant de 
son plein gré, pour se faire humble, au 
milieu des petits, mais il se découronne 
en laissant l'inférieur s'asseoir, quand bon 
lui semble, à ses côtés." 

Un enfant ne peut rien faire de plus 
injurieux pour ses parents, ni de plus 
mé^irisable pour lui-mume, que de rougir 
de leur condition,de la simplicité de leurs 
manières, de leur défaut d'instruction, de 
l'inexactitude de leur langage, de leur 
manque d'usage. Souvent ces vieux pa- 
rents, sans instruction, ont beaucoup plus 
de véritable politesse que le jeune fat 
qu'ils ont fait instruire au prix de 
leurs sueurs, et qui, avec un petit vernis 
de savoir, manque le plus souvent aux 
W^gles les plus élémentaires de la poli- 
tesse. 

Quand on est avancé on âge, on devient 



28 



LA VRAIE POLITESSE 



très-sensible. C'est im devoir de politesse 
pour les enfants d'éviter avec le plus 
grand soin tout ce qui pourrait blesser 
cette grande sensibilité de leurs vieux pa- 
rents. '* N'ajoutez pas, dit Silvio Pellico, 
dans son livre des Devoirs des hommes^ 
aux tristesses qui courbent les têtes blan- 
chies autant que l'âge. Que votre vue,que 
votre présence les raniment et les réjouis- 
sent I Chaque sourire que vous rappelle- 
rez sur leurs lèvres, chaque mouvement 
de joie que vous réveillerez dans leur 
cœur, sera peureux la plus salutaire des 
jouissances et redescendra sur vous-même 
comme une rosée bienfaisante: Dieu con- 
firme toujours les bénédictions des pères 
et des mères." 

» 

IV. 



DE LA CONDUITE DES PARENTS E^^VERS LEURS 

ENFANTS. 






Personne n'ignore l'iniluence de l'ex- 
emple : voulez-vous que vos enfants pra- 
tiquent la politesse,donnez-leur en l'exem- 
ple. 1/enfant est imitateur par nature, et 
se moule presqu'invariablement sur le 
modèle que lui oflVent ses pères et mères. 



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ET LE BON TON. 



29 



Donc grande circonspection chez les 
parents sur toutes leurs paroles, sur toutes 
leurs actions. 
S'il s'élève quelque différend entre le père 
et la mère, qu'ils se gardent bien de s'ex- 
pliquer en présence de leurs enfants. Ceux- 
ci ne doivent jamais être témoins de ce 
genre de contestations, mais uniquement 
des bons procédés dont leur père et mère 
usent, l'un envers l'autre. 

Si vous voulez former vos enfants à des 
habitudes de politesse, soyez polis avec 
eux ; ne vous permettez jamais, en les re- 
prenant, des paroles triviales, grossières. 

Point de despotisme avec eux ; n'abusez 
pas de votre autorité. Ils ne doivent pas 
vous craindre au point de trembler tou- 
jours en votre présence, de perdre toute 
présence d'esprit et de ne pouvoir rien 
faire de bien. On a vu des enfants, d'une 
nature très-délicate et très-sensible, doués ^ 
de beaucoup d'intelligence, devenir hé- 
bétés par suite des secousses qu'éprouvait 
chez eux le système nerveux toutes les 
fois qu'ils entendaient seulcMiient la voix 

de leur père. 
' Il faut que, tout en vous respectant, vos 

enfants soient à l'aise devant vous ; qu'ils 



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30 



LA VRAIE POIilTESSE 



se sentent, en un mot, en présence d'un 
bon père, d'une bonne mère, chez qui 
toutefois la bonté ne doit jamais dégénérer 
en faiblesse. 

Tenez fermement a ce que vos enfants 
observent, les uns envers les autres, dans 
l'intérieur de la famille, toutes les règles 
de la politesse et de la bienséance qu'ils 
doi v'ont pratiquer plus tard dans le monde. 
La politesse, avons-nous dit, est une vertu ; 
or une vertu ne s'acquiert que par l'ha- 
bitude. On ne devient pas poli tout d'un 
coup, après avoir parcouru un traité de 
politesse. Soyez certains que, en fait de 
politesse et de savoir-vivre, vos enfants 
seront plus tard ce qu'ils sont aujourd'hui 
dans votre maison. 

Nous ne pourrions mieux terminer ce 
chapitre qu'en disant avec un estimable 
auteur que les membres d'une même fa- 
mille se doivent quelque chose de mieux 
que la politesse, c'est-à-dire qu'aux égards 
réciproques et à la douceur des relations, 
on doit joindre, une nuance de cordialité, 
si ce n'est d'amitié. L'amitié, elle existe, 
elle doit exister entre frères et sœurs, et 
la politesse du cœur en relèvera les char- 
mes; les attentions délicates,ramabilité,la 



. 



ET LE BOxN TON. 



31 



confiance en éterniseront la durée,etpour 
nos autres parents, la simplicité affectu- 
euse de notre langage, nos égards,nos pré- 
venances leur prouveront toujours que 
nous ne les traitons pas en étrangers. 



I 



. 



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CHAPITRE TROISIEME 



POLITESSE DANS LES COLLÈGES, 
PENSIONNATS, &c. 

i 

Si l'éducation aue Ton reçoit dans la 
maison paternelle exerce une si grande 
influence sur tout le reste de la vie, il va 
sans dire qu'elle doit être continuée dans 
le pensionnat. 

Le temps que l'on consacre à inculquer 
dans l'esprit des élèves les principes de la 
politesse et du savoir-vivre n'est pas un 
temps perdu, tant s'en faut. Des manières 
affables, des formes polies contribuent 
souvent, autant que la science, à assurer 
à un jeune homme le succès dans le 
monde. Or il est placé dans un pension- 
nat pour apprendre toutes ces choses 

Il arrive trop souvent que dt' jeunes 
gens, doués de beaucoup de qualités na- 
turelles, n'ont reçu aucune éducation de 
leurs parents. N'est-il pas cruel de les 
instruire uniquement dans les lettres? de 



LA VRAIE POLITESSE 



33 



leur laisser ignorer les règles de la bien- 
séance et du savoir-vivre qu'ils doivent 
observer dans le monde ? de leur laisser la 
tâche humiliante d'apprendre ces choses, 
qui pourtant font partie d'une éducation 
achevée, eux-mêmes, et au prix de plus 
d'une gaucherie. , 

En entrant au pensionnat, on doit 
prendre, si on ne les a déjà, et cela tout 
de suite, des habitudes d'ordre et de pro- 
preté. Malheureusement c'est là, le plus 
souvent, que l'on contracte les habitudes 
contraires. Sous prétexte qu'on n'a à sa 
disposition, pour sa toilette, que peu de 
temps, on se néglige ; on laisse régner le 
désordre dans son coffre, son bureau de 
toilette,elc.; le linge, les habits y sont jetés 
pêle-mêle. La conséquence est que plus 
tard, quand on aura embrassé un état 
de vie, une profession, le même désordre 
régnera dans la bibliothèque, dans les pa- 
piers les plus importants, suite d'une 
mauvaise habitude contractée au collège. 

Pour ce qui regarde la propreté, ne 
craignons pas, comme quelques-uns, de 
pousser les choses trop loin ; elle ne sau- 
rait jamais être excessive ; jamais nous 
n'en dépasserons les limites. Ainsi grande 



34 



LA VRAIE POLITESSE 

f 



propreté pour tout ce qui regarde la toi- 
lette, le linge, les habits, et surtout sa 
personne. 

L'usage du bain, surtout en été, doit 
être fréquent; la santé le réclame autant 
que la propreté. 

Que la figure et les mains soient toujours 
parfaitement nettes ; lavez- vous aussi la 
tête très-souvent ; portez les ongles courts, 
et veillez à ce que vos cheveux ne soient 
jamais en désordre. 

Il est impossible d'entrer ici dans tous 
les détails ; toutefois il est un point, fort 
négligé, sur lequel nous voulons insister, 
c'est le soin que Ton doit prendre de sa 
bouche. 

Que l'on se persuade bien que rien 
n'indique autant la mauvaise éducation 
qu'une bouche malpropre. 

Les enfants doivent être accoutumés, 
dès leurs premières années, à prendre un 
soin tout particulier de leurs dents : c'est 
l'unique moyen de les conserver saines, 
et d'éviter une foule d'inconvénients, 
entre autres celui d'avoir une haleine qui 
est la terreur de tous les voisins. 

On doit invariablement se laver la 



' "n 



ET LE BON TON. 



bouche et se brosser les dents tous les 
jours. 

Les élèves doivent avoir un grand res- 
pect pour leurs maîtres, se découvrir 
quand ils les rencontrent ou qu'ils leur 
parlent, et observer, eu un mot, scrupu- 
leusement envers eux toutes les règles 
de la politesse. 

Outre ces devoirs de bienséance envers 
leurs maîtres et maîtresses, les élèves en 
ont aussi à observer entre eux. 

*' L'usage du tutoiement entre élèves 
contribue beaucoup, dit M. Balme-Frézol, 
à propager le mauvais ton dans les pen- 
sionnats. Rien ne prèle plus à la gros- 
sièreté et ne s'oppose davantage aux for- 
mes délicates du langage, dont il importe 
de faire contracter l'habitude aux jeunes 
filles. 

"Aujourd'hui, dans les collèges, où 
Ton fait une large pai't à l'éducation , * 



^ D'après Verardi, *'c(3 qu'on appelle dans le 
monde une bonne èducalion n'est nullement l'édu- 
cation du collège ou du pensionnat et elle ne 

peut s'acquérir que par la fréquentation de la 
bonne compagnie. " 

Nous ne voulons pas décider si Vérardi est dans 
le vrai en appréciant ainsi Uéducation des collèges 
et des pensionnats dans $ou pays ; mais, d'un autre 



36 



L\ VllAlE POLITESSE 



011 a proscrit le tutoiement. Ces Jeu lies 
gens qui les eoinposent n'en sont pas 
moins bons amis. Et lorsque deux cama- 
rades d'étude se retrouvent, après do lon- 
gues années^ jetés dans les positions so- 
ciales les plus différentes, ils n'éprouvent 
aucun embarras, et peuvent très bien, 
sans paraître rougir l'un de l'autre, se 
traiter comme ils le faisaient au collège. 

" Qui n'a admiré la dignité que donne 
au plus pauvre artisan cette formule res- 
pectueuse du vous dont se sert le patron 
en lui adressant la parole.'* 

On dira peut-être qu'il n'y a pas grave 



^j 



côlé, nous ne voyons pas pourquoi la bonne éduca 
lion ne serait pas celle des collèges et des pension- 
nats ; nous ju^^ons, au contraire, qu'elle devrait 
l'être. Il prétend que cette éducation ne peut 
s'acquérir que '' par la fréquentation de la bonne 
compagnie". Nous nous demandons pourquoi la 
bonne compagnie ne serait-elle pas au collège, au 
pensionnat. Si elle se trouve quelque part, il nous 
semble que ce devrait être là. Pendant les années 
que les élèves passent dans ces maisons, il y a tout 
le temps et tout le loisir nécessaires pour les for- 
mer à la vraie politesse, pour leur apprendre les 
règles de la bieaséance et les usages du monde. 
Les plus anciens élèves, d'après nous, devraient 
être une véritable " bonne compagnie" au contact 
de laquelle les plus jeunes, aidés des leçons do 
leurs maîtres, viendraient se former aussi eux- 
mêmes. - V 



ET LE BON TON. 



^7 



incouvénient à ce quo des jeunes gens, 
qui quelquefois se sont connus depuis 
leur enfance, qui ont été élevés voisins 
les uns des autres, se tutoient au collège. 
C'est vrai dans un sens ; mais, d'un autre 
côté, il est indubitable que l'habitude que 
Ton contracte dans les collèges de se 
tutoyer tous les uns les autres, comme 
cela se pratique- ici, favorise la camara- 
derie, tend à propager le mauvais ton, 
môme en dehors du pensionnat, quand on 
sera entré dans le monde. Par suite de 
l'habitude, on continuera de se tutoyer ; 
on tutoiera les serviteurs, les pauvres ; ou 
tutoiera invariablement tous les enfants, 
et l'on s'oubliera quelquefois jusqu'à 
tutoyer des personnes à qui l'on doit le 
respect, et l'on donnera par là une bien 
triste idée de son éducation. Il suffit 
quelquefois d'un écart de ce genre pour 
faire perdre à un jeune homme de grands 
avantages dans le monde. 

" C'est parcequ'on ne réfléchit pas aux 
avantages et aux prix de la politesse, qu'il 
y a tant d'hommes impolis et grossiers, 
dit l'auteur de rEcole des mœurs. Ils né- 
gligent les manières comme de petites 

choses, et ils ne savent pas que les ma- 

2 



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Î.A VhAîK fOMlT^SI'] 



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nièrcssonl sonvriU, ro qui fait que les 
hommes tlécidcnl de uous eu bien ou en 
mal. Ou ne peut [kis pénétrer l'intérieur 
et l'on en Ju^^e par ce qu'on aperroil. Il 
ne faut prcs(|ue ri(Mi pour être cru fier, 
incivil, nïépi'isaul, il Tant encore moins 
pour être estimé tout Ut contraire. Vou- 
lez-vous ([ue tout 1(» nwjudiî vous aime et 
vous estime ? Ay(?z pour tout le monde 
beaucoup d'honnêteté, de douceur et de 
polilesse : c'est ]»ar là<]ue vous gagnerez 
tous les cœurs. U homme dont la société 
est aimable, dit Salomon, s^n-a plus aimé 
que ne l'csl 101 frire.'' 

'* Celui qui se fait aimer de tout le 
monde entreprend [»eu d'atïaires qui ne 
lui réussissent ; chacun s'empresse de 
l'obliger; ou rougirait de faire peine à 
celui qui ne cherche qu'à faire plaisir 
aux autres, qu'à s'en faire aimer." 

On doit être cormplaisant pour tous ses 
condisciples ; aimer à leur rendre ser- 
vice. 

On ne doit jamais se permettre detoni'- 
ner en ridicule ceux qui ont moins de 
talents ; c'est là un grand manque de 
charité et de délicatesse. Leur séjour au 
collège est assez pénible,ennuyeux, et l'on 



KT LE BON TOiV. 



19 



11 



doit tâcher de le leur rendre ^e moins 
' lésagréable possible. 

Il faut bien se garder de l'impardon- 
nable légèreté qui pourrait nous porter à 
rire des défauts naturels de quelques 
condisciples. 

C'est montrer de Tétroitesse d'esprit 
que de tirer gloire de sa naissance, de sa 
fortune. Si l'on était tenté de le faire, il 
faudrait se rappelej' que, dans quelques 
années, certains condisciples, qui appar- 
tiennent à des familles pauvres, nous au- 
ront peut-être jetés dans l'ombre. 

Que les élèves ne perdent jamais de 
vue la simplicité qui convient à leur âge, à 
leur position. Cet avis doit surtout s'a- 
dresser aux jeunes filles qui sont plus 
exposées à aimer à poser, à prendre des 
airs de grandeur, à adopter une pronon- 
ciation affectée, toutes choses qui pour- 
raient les rendre ridicules,et qui, de plus, 
sont opposées à la politesse et à la bien- 
séance. 

On conçoit qu'on ne fait ici qu'esquisser 
à grands traits quelques-unes des princi- 
pales règles de bienséance. On trouvera 
le supplément de ce qui manque ici dans 
*le reste de l'ouvrage. 



• • 



CHAPITRE QUATRIEME. 



(C 



BIENSÉANCE A L^ÉGLISE. 



Si l'on peut dire, en toute vérité, que 
la bonne tenue est la manifestation des 
qualités morales, on peut ajouter qu'elle 
est surtout une marque de respect. A ce 
titre, où devez-vous mieux vous conduire 
qu*à l'église ? 

En vous sentant ainsi plus spécialement 
en présence du Seigneur, vous devez son- 
ger à sa puissance et à votre néant; vous 
n'aurez pas besoin alors de vous étudier à 
baisser les yeux, à marcher modestement, 
car vous serez pénétré d'un sentiment 
profond qui concentrera sur un seul point 
toutes vos facultés, et produira néces- 
sairement une tenue respectueuse et 
recueillie. En dehors de ce maintien 
décent, humble et modeste que vous ins- 
pireront vos pensées, il est quelques^ 



^m^ 



LA VKAIË POLITESSE 



41 



K 



t 



règles de conduite dans Téglise que nous 
allons rappeler ici. * 

. Il est contraire à Li bienséance d'arri- 
ver à réglise après que roffîcc est com- 
mencé. Il y a des personnes qui le font 
par négligence ; c'est coupable et peu édi- 
fiant ; d'autres arrivent tard pour se faire 
voir, c'est petit et ridicule. Dans l'un et 
Tautre cas, «î'est malséant, car on devient 
un sujet de distraction pour les autres et 
on trouble ainsi le service divin. 

Il faut ouvrir et refermer la porte de 
réglise le plus doucement possible ; se 
garder de frapper du talon en marchant, 
ou de faire le moindre bruit, surtout si 
Ton arrive pendant le sermon. 

Si Ton accompagne à l'église une per- 
sonne à qui l'on doit des égards, il faut 
lui ouvrir la porte, que l'on retient ou- 
verte pendant qu'elle entre ; puis on la 
précède au bénitier; on lui présente, 
après s'être déganté, de l'eau bénite, du 
bout des doigts. 

Avant d'entrer dans votre banc, ne 
manquez jamais de saluer le Saint Sacre- 
ment, en faisant la génuflexion» Cet 
usage établi ici est très beau, très édifiant ; 
il est suivi, par les dames et les messieurs, 






42 



LA VRAIE POLITESSE 



aux Elals-Unis et en Angleterre. Cette 
génuflexion ne doit jamais s'omettre en 
entrant à Téglise et quand on en sort. 

On doit se conformer en tout au céré- 
monial de réglise,soit pour se tenir de- 
bout, à genoux, ou assis. 

Quelque soit le mérite ou la médiocrité 
du prédicateur, n'allez jamais vous aviser 
de donner aucune marque d'approbation 
ou de blâme. 

Ne saluez pas, dans Téglise, les per- 
sonnes de votre connaissance. Si cela 
devait se pratiquer, Téglise ressemblerait 
plus à un lieu de promenade publique 
qu'à une réunion des fidèles pour prier 
Dieu. ' 

A l'église on ne présente, ni on n'ac- 
cepte le bras. • 

Il va sans dire que l'on ne doit se pré- 
senter à Péglise qu'avec une toilette con- 
venablement soignée. Chez la femme, le 
fastg, l'extravagance dans la toilette, l'air 
évaporée, le désir d'attirer l'attention, 
toutes choses déplacées dans les assem- 
blées mondaines, deviennent coupables à 
l'église. Et cependant qu'il est commun 
de rencontrer aujourd'hui^ au pied des 
saints autels, des toilettes où percent 



! 



ET LE BON TON. 



40 



S 



manifestement un désir effréné d'attirer 
l'attention et de plaire. Et dire que la 
femme ne devrait paraître que voilée dans 
le temple!... 

*^ Je n'aime pas, dit madame la Com- 
tesse de Drohojowska, une toilette à effet 
à réglise ; il me semble que lorsqu'on va 
s'incliner aux pieds du Seigneur pour y 
reconnaître sa faiblesse, il est peu séant 
de se couvrir des signes extérieurs de la 
vanité et de l'orgueil. 

Parlant d'un office divin auquel elle 
avait assisté, madame la comtesse s'ex- 
prime ainsi : 

" Si la prétentieuse et bruyante dé- 
marche de quelques femmes m'avait déjà 
si tristement frappée, quel ne fut pas mon 
chagrin lorsque, me faisant observatrice 
malgré la sainteté de la maison du Sei- 
gneur, je remarquai l'air hautain, pro- 
tecteur, avec lequel beaucoup trop de 
femmes gagnaient leur place, dérangeant, 
sans même payer la politesse qu'elles exi- 
geaient d'un sourire d'excuse, dérangeant 
dis-je, les gens modestement vêtus sans 
se préoccuper des distractions et de l'hu- 
meur qu'elles pouvaient causer. Mais du 
moins, pensai-je, une fois installées, sur 



ii 



44 



LX VRAIE POLITESSE 



i 



leur prie-Dieu, ces belles dames vont 
songer au but de la visite qu'elles font au 
Seigneur et déposer leurs arrogantes ma- 
nières.... Mon charitable espoir devait 
encore être trompé. Après une légère 
inclination de tête, les grands airs repri- 
rent leurs cours, et vraiment, à voir ces 
têtes parées se promener sur Tauditoire, 
ou se fixer sans fléchir vers l'autel, on 
eût pu oublier aisément où l'on se trou- 
vait et se croire dans une réunion mon- 
daine, où le seul soin des assistantes était 
de dominer et d'écraser autrui du poids 
de sa supériorité. Et dans le nombre de 
ces femmes, beaucoup, la majeure partie 
même, étaient jeunes ; il ne leur aurait 
fallu, pour paraître presque des enfants, 
qu'un peu de cette aimable simplicité qui 
devient chaque jour plus rare. Beaucoup 
' assurément n'avaient pas dans le cœur 
l'orgueil que marquait leur tenue, beau- 
coup s'humiliaient dans le fond de l'âme 
pendant que leur physionomie démentait 
leurs sentiments et les faisait mal juger. 
'' Pauvres jeunes femmes ! elles s'imagi- 
naient prendre une apparence de dignité^ 
de comme ilfaut^ et elles offensaient Dieu 
et blessaient le regard des hommes." 



' 









ET LE BON TON. 



45 



On ne saurait mieux terminer ce chapi- 
tre que par une courte citation, emprun- 
tée à un spirituel, mais peu dévot critique, 
et qui corrobore tout ce qui précède. 

'' Les femmes mondaines, dit-il, ont une 
singulière religion : c'est le dimanche, 
en grande parure, qu'elles font à Dieu une 
visite de cérémonie, à l'heure où tout le 
monde y va et où elles espèrent bien ne pas 
rencontrer le maître de la maison ; alors 
chacune, sous prétexte de prier Dieu, ne 
néglige aucun moyen de le faire oublier 
aux autres ; par la parure, par les attitudes, 
on s'efforce d'attirer l'attention des fidèles 
et de les damner, en leur faisant adorer 
des idoles. " 

Nous ne voudrions pas faire aux dames 
de ce pays l'injure de dire que ces paroles 
peuvent avoir ici leur application; si 
nous les citons, c'est par ce qu'elles font 
voir, du moins, jusqu'où peut conduire 
la vanité, le désir d'être admiré. Cette 
passion aveugle et empêche de voir que 
l'on se rend pour le moins ridicule. 



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CHAPITRE CINQUIEME. 



POLITESSE DANS LES VISITES. 



DE LA TOILETTE. 

"""La simplicité dans les vêtements, dit 
un auteur distingué, indique un esprit 
juste ; et, si on examine avec une certaine 
pénétration la toilette d'une femme, on 
arrive très-laciiement à déterminer les 
tendances de son intelligence et de son 
caractère. La mollesse des vêtements 
montre celle de Tame.'* 

Quant à la toilette, dans les visites que 
Ton reçoit ou que Ton fait, elle peut stric- 
tement se résumer en deux mots : Pi^o- 
prêté et simplicité ; avec ces deux choses 
on satisfait à la rigueur 0ux exigences 
de la politesse. Cela n'empêche pas qu'il 
faille aller un peu plus loin pour suivre 
les usages reçus dans le monde. Nous 



.< 



t 






LA VRAlb] IMjLlTHSSK ' 



47 






I 



résiiuierioiis donc parfaitoinonL tout ci; 
qui reganîo la toilello en njonlanl nn mot 
de plus : Proprrti\ ^iDiplinilc (4 hon rjout. 

D'abord on doil se confornicr aux mo- 
des, poni'vn qu'elles no soient nullement 
contraires à la modeslif», el qu'elles ne 
soient point non plus ridicules. 

Madame Bourdon, dans son petit traité 
de politesse, veut qu'unie maîtresse de 
maison, lorsqu'elle reçoit, soit habillée 
simplement, et -ne l'isqne pas d'éclip- 
ser, par l'éclat de sa parure, les personnes 
qui la visitent. Voilà qui sent la vérita- 
ble politesse : s'efTaccn' soi-même pour lais- 
ser à une personne, qui nous l'ait l'hon- 
neur de nous visiter, l'avantage de mieux 
paraître. Profitons donc de cette excel- 
lente leçon. MalhtHirensement ce n'e^t 
pas ainsi que l'on comprend la chose ici ; 
en quelque circonstance que ce soit qu'une 
femme se voie éclipsée par la toilette 
d'une autre, elle e?t inconsolable, et se 
chagrine comme si elle eût subi une 
grande défaite. 

Pour la toilette des messieurs, il y a 
trois choses pour lesquelles on ne saurait 
être' trop particulier, savoir : le chapeau, 
les gants et les bottes. Sans doute, ce 



i 

II 

1 .1. 

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ri 



48 



LA. VRAIE POLITESSE 



serait manquer à la politesse que de né- 
gliger,dans une visite,les autres parties de 
la toilette; mais enfin, Tétiquette est inex- 
orable pour les trois articles qu'on vient 
de mentionner ; et, au risque de se brouil- 
ler avec monsieur Bon Ton, il faut qu'il 
n'y ait aibsolument rien à reprendre à leur 
égard. 

Pour les visites, l'habit noir est de ri- 
gueur. 

Les dames ne sauraient être, par rapport 
à la toilette, trop en garde contre l'excen- 
tricité. C'est dans leur nature d'aimer la 
parure, et il est si facile de tomber dans 
les extrêmes ! D'un autre côté, il est 
certain qu'aujourd'hui le goût, en ce 
qui regarde leur toilette, est dépravé,qu'il 
choque le bon sens. Nous ne voulons pas 
insister plus longuement sur ce sujet,nous 
nous contenterons d'ajouter que toutes ces 
modes excentriques sont opposées au bon 
ton. On peut se parer avec goût, avec 
élégance môme, sans donner dans toutes 
les exagérations qui sont à l'ordre du 
jour. 

Il est des circonstances dans la vie qui 
exigent,des personnes qui font des visites» 
certaines toilettes particulières. 



ET LE BON TON. 



49 



Comme nous Tavons déjà dit, les toi- 
lettes brillantes ne doivent pas être portées 
à l'église. 

Il ne convient pas non plus de s'habil- 
ler trop richement quand on va visiter les 
pauvres; le contraste avec leur misère 
serait trop saillant. Nous leur devons cet 
égard, celte délicatesse, de ne pas étaler 
à leurs yeux de riches parures, tandis 
qu'eux souvent n'ont pas de quoi se ga- 
rantir contre l'imtempérie des saisons. 

Ce serait aussi de très mauvais goût que 
de faire une visite de condoléance avec 
une toilette brillante. Les couleurs som- 
bres sont plus en rapport avec la circons- 
tance. 

11 convient, au contraire, d'apporter plus 
de soin dans sa toilette, pour les visites 
de noces. C'est une des circonstances qui 
réclament une parure assez riche et assez 
recherchée. 

II \ 

VISITES. 

Il y a trois sortes de visites, celles de 
bienséance ou d'étiquette, les visites d'a- 
mitié et celles de charité. 



i '1 



50 



LA VliAlK POLITESsr: 



L'iioure des visites de bienséance o^l d'une 
lienre à cinq liçiires. Pour les autres, on 
est moins particulier pour l'heure ; toute- 
fois, comme la politesse consiste surtout 
à ne jamais- se rendre importun, on doit 
éviter d'en faire dans un temps où l'on 
serait exposé à être à charge à ceux que 
Ton visite. Il faut éyiter de se ]3résenter 
à rheure des repas, du travail. 

Une visite d'étiquette ne doit guère 
durer plus de dix minutes ; dans tous les 
cas, elle ne saurait se prolonger au delà 
d'un quart d'heure. 

Les visites d'amitié, d'alFaire, de charité 
peuvent durer un peu plus longtemps, 
mais il faut toujours craindre le danger 
de s'imposer; uiicîux vaut se levei' un peu 
trop tôt pour parti 1*, sauf aux personnes 
que l'on visite de nous retenir, si elles le 
désirent, que de leur causer de l'ennui. 
Car c'est le défaut de savoir-vivre le plus 
insupportable, celui que l'on pardonne ie 
plus difficilement, que cette manie de 
s'imposer à ses amis, de les ennuyer, et 
de leur ûiire perdre leur temps. Ainsi, si 
vous allez visiter un ami par pure poli- 
tesse, par affaire, ou pour lui prodiguer 
quelques consolations dans une épreuve. 



i 



ET LE BON TON. 



51 



.1 



^ 



À 



vous étant acquitté de votre devoir, reti- 
rez-vous. ' 

Les visites du jour-de-ran se font par 
les messieurs le jour môme et les suivants. 
Les dames retardent jusqu'au milieu ou à 
la fui du mois de Janvier. 

On peut toutefois aller, dès la veille du 
jour-de-l'an, offrir ses hommages et ses 
vœux aux personnages les plus élevés en 
dignité. 

Dans une visite ordinaire, vous pouvez 
entrer avec votre canne et votre chapeau; 
dans une visite d'étiquette vous les laissez 
dans le vestibule. Toutefois on peut, dans 
l'un et l'autre cas, sans manquer à la 
bienséance, laisser son chapeau et sa 
canne dans l'anti-chambre. 

Dans une foule de livres sur la politesse, 
écrits pour d'autres pays, on nous avertit, 
bien qu'au cas où l'on serait invité à dépo- 
ser son chapeau, il faudrait bien se garder 
de le placer sur un lit. L'avis serait ici 
inutile, attendu que, dans le pays, on ne 
reçoit personne en visite dans une chambre . 
à coucher, si ce n'est dans les cas où une 
personne est retenue au lit par la mala- 
die, et alors, avant que de pénétrer jus- 
qu'à sa chambre, on a soin de se débar- 



■' il 



P,0 



LA VRAIE r»OLITESSE 



rasser de son chapeau, et de le suspendre 
dans le corridor d'entrée. 

Dans une visite, on garde ses gants. 

Il n'est pas nécessaire de dire que Ton 
présente la main aux personnes que l'on 
visite. Toutefois les inférieurs doivent 
attendre que les supérieurs la leur pré- 
sentent. Ceux-ci, quand ils ont du savoir- 
vivre, ne se font pas attendre, et ne lais- 
sent jamais leurs inférieurs dans rem- 
barras. 

Règle générale, on ne présente jamais 
la main aux Religieuses. 

En entrant au salon, après avoir fait 
vos salutations, vous restez debout, jus- 
qu'à ce qu'on vous invite à vous asseoir ; 
mais alors n'attendez pas qu'on vous ap- 
proche un siége,t'aites-le vous-même, et ne 
vous avisez pas,en partantjd'aller remettre 
ce siège à sa place. 

Si, pendant que vous êtes en visite, il se 
présente quelqu'autre personne, restez 
encore une minute ou deux, et retirez- 
vous. ' • 

Quand la personne que vous allez visi- 
ter est absente, vous laissez un-^ carte que 
vous déposez dans un plateau qui vous 
est présenté par la servante. L'nsage corn- 






KT LE BON TDN. 



53 



i 



mence î\ s'introduire ici de plier, dans ce 
cas, le coin de la carte, pour indiquer 
qu'on l'a apportée soi-même. 

On doit toujours répondre à une lettre 
de faire part par une visite. 

On ne peut se dispenser d'une visite 
après une invitation à un dîner, à une 
grande soirée, que l'on accepte ou non la 
politesse qu'on a voulu nous faire, et cette 
visite doit se rendre dans la huitaine, au 
plus tard. Mais il ne faut pas l'appeler 
une v4site de digestion. Nous ne compre- 
nons véritablement pas que quelques au- 
teurs aient pu mettre en vogue cette vici- 
euse locution qui donne tout bonnement 
à entendre que l'on va digérer ses repas 
chez ses amis. 

On dit bien une visite de condoléance, 
de politesse, de bienséance, parceque,dans 
ces visites, on offre ses condoléances, ses 
félicitations, on s'acquitte d'un devoir de 
bienséance. Mais dans la visite dite de 
digestion^ que voulez-vous digérer ? si vous 
n'avez pas accepté l'invitation, vous n'avez 
rien à digérer ; si vous l'avez accepté, il 
n'est 'guère possible que votre digestion 
ne soit pas accomplie au moment de votre 
visite. Que si elle ne l'était pas, vous au- 



n 






54 



LA VRAIE POLITESSE 



riez plus besoin de la visite du médecin 
que de vous mettre en frais de faire vous- 
même des visites. 

" En cas de maladie d'un parent, d'un 
ami, dit madame Bourdon, faites prendre 
soigneusement de ses nouvelles, et si le 
malade témoigne quelque désir de vous 
voir, empressez-vous de lui faire visite. 
C'est un devoir de charité et de biensé- 
ance tout à la fois. Tâchez d'apporter 
au chevet d'un malade la sérénité et la 
consolation ; ne le fatiguez ni par une 
visite trop prolongée, ni par des éclats de 
voix, ni par des questions intempestives, 
ni par une tristesse inquiétante, ni par 
une gaieté déplacée. Qu'un bien-être mo- 
ral résulte de votre présence." 

Il y a certains défauts que l'on rencon- 
tre, même chez des personnes qui se font 
gloire d'avoir du savoir-vivre, et contre 
lesquels les jeunes gens surtout ont besoin 
d'être en garde. 

Il ne faut pas s'étendre nonchalamment 
sur son siège, se croiser les jambes, ou 
bien encore remuer et s'agiter sans cesse. 

Il faut éviter aussi de remuer les pieds, 
de détériorer les tapis, avec le talon des 



1 1 



ET LE BON TON. 



55 



bottes, comme nous l'avons vu faire plus 
d'une fois. 

C'est aussi une grande inconvenance 
que de s'emparer d'un objet placé sur une 
table dont on est rapproché,et de s'amuser 
à le tourner et retourner dans ses mains. 

Madame de Maintenon fait ainsi le 
portrait d'une personne mal élevée : 
••* C'est une personne qui se tient mal, 
qui est distraite, qui remue toujours, qui 
regarde de tous"^ côtés, qui n'est point 
occupée de ceux avec qui elle est, qui est 
inquiète, qui tourne la tête au moindre 
bruit, qui se met de travers, qui cherche 
ses commodités, qui prend des postures 
messéantes, et qui en tout parait s'aban- 
donner à ses mouvements." ^ 

Quand le temps de terminer votre visite 
est arrivé, il faut vous retirer, après avoir 
salué poliment les personnes que vous 
quittez. Il faut le faire avec grâce, et 
tout de suite, sans balancer. Il y a des 
personnes qui semblent ne pouvoir venir 
à bout de trouver une formule pour se 
retirer ; elles hésitent, paraissent fatiguer 
sur leur siège, et nous mettent aussi mal 
à l'aise qu'elles le sont elles-mêmes. 

Il faut bien se garder d*entamerconver- 






56 



LA VRAIE POLITESSE 



sation à la porte du salon, ou à la porte 
de dehors, si le maître de la maison vous 
fait la politesse de vous y accompagner. 

Nous avons vu une jeune personne, 
intelligente, appartenant à une bonne fa- 
mille, qui avait reçu son éducation dans 
une de nos meilleures maisons, commet- 
tre rinconvenance que nous signalons 
ici. Le maître de la maison, qui avait 
trois fois son âge, lui avait fait Thonneur 
de descendre l'escalier, et de raccompa- 
gner jusqu*à la porte d'entrée. Eh bien ! 
elle le retint là,à lui dire des riens, pendant 
vingt minutes, et avec des éclats de voix 
et de rire que tout le monde entendait 
du salon. Sans doute que ce n'était pas 
là ce qu'on lui avait enseigné, mais ce 
fait démontre jusqu'où on peut s'oublier 
en fait de bienséances. 

Nous aurions du signaler plus tôt cer- 
taines circonstances de la vie,où les visites 
sont rigoureusement imposées par les lois 
de la bienséance ; tel que mort, mariage, 
naissance, revers, fortune, etc., etc. 

Pour ces visites,la toilette et la conver- 
sation doivent être en rappoj'tavec la cir- 
constance qui motive votre visite. 

'^ De toutes les visites,dit madame Droho- 



( 






/ 



"f': 



ET L^" BON TON. 



57 



jowska, les visites de charité sont, sans 
contredit, les plus précieuses, celles qui 
laissent après elles le plus de satisfaction 
et de joie; on peut dire qu'elles sont faites 
à Dieu lui-même. 

'' Parmi les visites de charité, il en est 
de bien des sortes. Les unes, et ce sont 
les plus fréquentes, ont lieu dans de pau 
vres chaumières, dans de sombres man- 
sardes; elles portent avec elles Taumône 
qui fait vivre, les soins matériels qui gué- 
rissent les plaies du corps et ne s'occu 
pent qu'indirectement et comme par sxir- 
croit des souffrances de l'âme. 

V 

i 

"D'autres, au contraire, franchissent le 
seuil de marbre des palais et vont porter 
la parole de vie là où respire l'abondance 
de tous les biens de la terre, mais où la 
douleur ou rinçrédulilé ont néanmoins 
trouvé accès. 

*' D'autres fois encore, c'est près d'un 
ami, d'un égal, que vous guide la charité, 
qui se cache alors sous le voile d'une sim- 
ple amitié ; mais dans ce cas, comme dans 
les autres, il ne faut, pour bien faire des 
visites de charité, ni fortune, ni esprit, ni 
pouvoir : il ne faut que cette vertu par 



58 



LA VRAIE POLITESSE 



excellence du christianisme, Vamour de 
Dieu et du prochain ! 

'^J'ai connu de i^-iuvres familles du 
peuple qui faisaient d'excellentes visites 
de charité, pendant que des personnes 
opulentes ne savaient que distribuer de 
l'argent et écraser la misère sous le poids 
de leur méprisante pitié." . * 

111. 



DE LA CONVERSATION. 

"• ^ '" ■ i ■ - ■ ■'. .' 

Il faudrait un volume pour traiter cour 
venablement ce sujet ; on ne peut que 
tracer ici quelques règles et signaler quel- 
ques défauts. ^ 

Dans la conversation, il faut avoir égard 
à ce que Ton dit et à la manière dont on 
le dit, au ton, à l'expression, etc. 

''Sachez parler à chacun, dit madame 
Drohojowska, le langage qui lui convient, 
et, sans étaler jamais des prétentions dé- 
^ placées, et des connaissances trop éten- 
dues,prouvez à ceux qui vous approchent 
que vous avez assez d'intelligence et de 
bon sens pour vous intéresser à toutes 
choses." 

On n'intéresse les autres qu'en s'ou- 









ET LE BON TON. 



59 






bliaiit. '' Une des choses, dit la Roche- 
foucauld, qui fait qu'on trouve si peu de 
gens agréables dans la conversation, c'est 
qu'il n'y a presque personne qui ne pense 
plutôt à ce qu'il doit dire qu'à répondre 
précisément à ce qu'on leur dit. Les 
plus habiles et les plus complaisants se 
contentent de montrer seulement une 
mine attentive, en même temps que l'on 
voit dans leurs yeux et dans leur aspect 
un égarement pour ce qu'on leur dit et 
une précipitation pour retourner à cequ'ils 
veulent dire. 

Ne tombez pas dans ce péril, surtout 
lorsque vous avez à.faire les honneurs de 
voire salon ; sachez écouter avec attention 
et politesse tout aussi bien que frayer les 
voies à la causerie, et. îf^quelqu'un, chez 
vous, manquait à ce simple devoir de po- 
litesse,ayez soin, sans le blesser lui-même, 
de revenir sur ce qui vient d'être dit, de 
façon à ramener les esprits au sujet inter- 
rompu ; car, soyez-en convaincu, s'il n'ex- 
iste pas de conversation sans esprit natu- 
rel et sans imagination, elle ne saurait 
surtout se passer de bienveillance, de po- 
litesse et de bons sentiments." 

Les lignes qui suivent devront être lues 



' 60 



LA VRAIE POLITESSE 



attentivement. Elles feront éviter cer- 
taines manières de s'exprimer, certaines 
formules qui dénotent, chez ceux qui s'en 
servent, un grand défaut d'éducation, et 
font juger du coup, malgré instruction 
qu'ils ont pu recevoir, dans quelle classe 
de la société ils ont été élevés. 

En parlant à quelqu'un, vous vous bor- 
nerez à dire, monsieur^ madame^ mademoû 
selle^ sans ajouter jamais ni le nom pro- 
pre, ni le nom de famille ; mais, au con- 
traire, si vous parlez à un mari, à une 
fename, de son mari ou de sa femme,vous 
aurez grand soin d'ajouter le nom de fa- 
mille à la dénomination de monsieur ou 
de madarriS'^ qu'on ne doit alors jamais 
employer tolft court. Les mots monsieur, 
madame, mademoiselle, sans autres dési- 
gnations,ne se disent que par les dcmesti- 
queSjOu quand on leur parle de leur maî- 
tre, parcequ'alors ces mots sont pris dans 
un sens absolu. 

Pour me résumer: je demande à un 
domestique des nouvelles de madame^ de 
monsieur; à un mari, en parlant de sa 
femme, des nouvelles de madame Durand 
et de madame Chevalier; à une femme on 
dit, en parlant de son mari, monsieur de 



ET LB BON TON. 



61 






',^_ 



Bizi, Dans le cas où la personne a droit 
à un titre, on en fait mention, mais sans 
supprimer pour cela le nom de famille : 
Monsieur le Comte de Breteuilj madame la 
Duchesse de Lauzun. 

On ne dit à personne^ à moins d*une 
très grande intimité: votre mari^ votre 
femme^ votre p^lle^ votre père^ etc.; mais 
mademoiselle votre fille, monsieur votre 
père, madame votre mère, etc.; on dit 
monsieur ^ votre mari^ mais madame votre 
femme ne se dit pas. 

Mon époux^ mon épouse^ ne sont admis à 
aucun fitre parmi les gens de bon ton. 
On dit simplement ma femme, mon mari^ 
ou avec un peu plus de cérémonie, mon- 
sieur ou madame suivis toujours du nom 
de famille ; mais mon mari, ma fem- 
me sont préférables, parcequ'ils sont plus 
simples. 

En parlant à un homme, gardez-vous 
de cette locution votre dame, votre demoi- 
selle On dit une femme d'esprit, de 

,cœur, d'intelligence, une fille ou jeune 
personne modeste, bien élevée. Les mots 
dames et demoiselles ne s'emploient con- 
venablement que précédés du pronom 
démonstratif. — Ces dames se sont réunies. 



V\ 



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i.i 

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62 



LA YUAIE POLI TESSK 



— Ces demoiselles organisent une loterie. 
. — Cette clame est malade.— Cotte demoi 
selle est fort bien. 

La petite l)onrg(»oisio ut^ peut s'aceou 
tumer a cette simplicité de langage, et 
c'est peut-être à cela surtout que ses mem- 
bres se font immédiatement reconnaître. 
Aussi vous ne ferez jamais comprendre à 
certaines gens qu'il n'est pas de bon ton 
de dire : — Combien avez-vons de demoi* 
selles? — J'ai trois demoiselles. Les leçons 
directes ou indirectes passent pour eux 
inaperçues ; il leur semble si vulgaire 
de dire des filles. — (^est bon, pensent ils, 
pour le peuple, ^ 

En s'adressant aux Ileligicuses, on ne 
doit jamais dire Madame^ k quelqu'ordre 
ou à quelque congrégation qu'elles appar- 
tiennent. On dit: ma Sœur ou ma Révé- 
rende Sœur ina Mcrr^ ou ma Révérende 

Mère^ selon le cas. * 

Il est surtout deux délaiils, assez com- 
muns, et qu'il faudrait éviter dans les cou- 
versations. Le premier, c'est de parler 
trop haut, de paraître supposer que les 
interlocuteurs sont sourds. .Parlez moins 
fort et articulez mieux. C'est en vain que 
vous criez à vous fendre la poitrine, si 






ET Li: BON TON. 



63 



vous n'avez une prononciation claire, 
nette. Appliquez-vous donc à parler d'une 
manière convenable, à articuler parfaite- 
ment tous l(îs mo,ts, toutes les syllabes. 

^' Fidèle à cette loi, dit le Père Ilugnet, 
n'élevez jamais trop la voix; parler bas 
attire Tattention ; parler peu fixe le sou- 
venir. Les paroles de rinsensé, dit Salo- 
mon, sont toujours précipitées, elles sont 
comme la roue d'un char. Evitez la hau- 
teur compassée, ou la trop grande préci- 
pitation dans vos paroles, le ton haut, dé- 
cisif et dogmatique." 

" Non-seulement il faut mesurer son 
ton aux différentes < onvenances de son 
caractère, de sou état, de sa position, de 
ses habitudes et de son âge; il faut presque 
un ton différent avec chaque personne, 
d'après la diversité de ses rapports avec 
elle, et ce changement doit être tout na- 
turel. Le tact ou l'instinct qui fait pren- 
dre l'unisson de chaque société, de chaque 
situation, de chaque moment, peut seul 
indiquer le bon ton." 

Le second défaut très-grave qu'il faut 
éviter, si vous ne voulez pas passer pour 
très-mal élevé, c'est de vous approcher 
trop près des personnes à qui vous parlez. 



â 






64 



li\ VRAIE POLITESSE 



Il n'est pas nécessaire d'être nez à nez 
pour faire la conversation. Si vous avez 
quelque chose de secret à communiquer 
aune personne, demandez-lui une audi- 
ence privée, et tenez-vous, pour lui parler, 
à une distance convenable. 

Gardez-vous d'interrompre la personne 
qui vous parle. Ecoutez-la attentivement, 
et attendez qu'elle ait exprimé toute sa 
pensée avant de reprendre la parole. 

N'allez pas accaparer la conversation. 
En présence des personnes qui vous sont 
supérieures, par la position, par le savoir, 
par l'âge ; parlez peu ; contentez-vous d'é- 
couter et de répondre avec politesse et 
modestie aux questions qui vous seront 
faites. Lors même que vous seriez avec 
vos égaux, il serait très inconvenant de 
vouloir avoir le monopole de la conver- 
sation ; rien de plus fatiguant, de plus 
ennuyeux, de plus insignifiant que ces 
grands parleurs. 

Jamais il ne vous viendra à l'esprit de 
singer les défauts de quelques personnes, 
par exe nple de grasseier, pour vous don- 
ner du ton. Car, après tout, grasseier est 
un défaut; et ce serait parlant avoir trop 
de bonhomie que de faire le sacrifice 



ET Lie BON TON. 



65 



ri 



1- 



e 
t, 



d'une bonne prononciation pour adopler 
Tespèce de jargon de quelques étrangers, 
et de croire par là se donner du relief. 
On a toujours assez de ses propres dé- 
fauts, sans encore adopter <;ou\ des au- 
tres. 

Les règles de convenance à observer dans 
la conversation, les défauts à éviter ne 
doivent pourtant pas entraîner la gùne, la 
contrainte,* la raideui', et bannir le natu- 
rel, il faut bien se garder, — sous prétexte 
de connaître les règles de la conversation, 
et de les observer à la lettre, — de devenir 
guindé, de prendre des airs de grandeur, 
de ne parler que de science, de tomber 
. dans l'affectation. C'est pour prémunir 
les jeunes filles contre ce danger que 
madame la comtesse de Drohojowska leur 
donne le conseil suivant dans la personne 
d'une jeune personne, qu*elle veut former 
aux bonnes manières : — 

'' Vous devez être, ma chère enfant, 
femme d'intérieur, couturière au besoin, 
et rien de ce qui se rattache aux diverses 
occupations des femmes ne doit vous être 
étranger. Je ne prétends donc pas que 
vous affectiez de ne pas comprendre ce 
que peut vouloir dire un terme technique. 



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'îl'l 



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66 



LA VRAIE POLITESSE 



— Pardonnez-moi d'accoler un mot si sa- 
vant à des choses si usuelles, un terme 
technique en fait de cuisine, par exemple. 



^% 



Mais ce que je dirai, c^est que vous devez 
avoir assez de tact et d'esprit pour ne pas 
permettre que vos qualités domestiques 
déteignent sur vos habitudes de femme du 
monde, de façon à leur donner des allures 
vulgaires.— Je ne vous dirai pas : Soyez 
femme élégante avant tout, mais bien : 
restez femme élégante malgré tout I c'est 
à-dire, occupez-vous de votre intérieur, 
aimez et soignez les détails de votre mé- 
nage, c'est là l'empire véritable de la fem- 
me, et je ne sache pas que nos reines,qui, 
autrefois, filaient les vêtements de leur 
mari et soignaient leurs enfants, eussent 
moins de véritable dignité que les grandes 
dames de nos jours. Tout ce qui est du 
ménage^ et je répète à dessein ce mot, afin 
de vous déshabituer du ridicule respect 
humain qui vous le rend trivial et ridicule, 
tout ce qui est du ménage rentre dans le 
domaine de la femme, et, quelque riche 
qu'elle soit, elle no peut et ne doit le dé- 
daigner, ne fut-ce qu'en prévision de ce 
que peut amener un bouleversement social 



»*.. 



ET LE BON TON. 



67 



OU un revirement de fortune ; et certes, 
s'il fallait renoncer à ôtre femme d'inté- 
rieur pour mériter le titre de femme 
comme il fa^ut, de femme du monde, je 
vous conseillerais, sans hésiter, de renon- 
cer à ce dernier. Mais, grâce à Dieu, l'un 
n'est pas incompatible avec l'autre, et la 
môme femme peut être excellente ména- 
gère dans sa cuisine, et femme fort élé- 
gante dans un salon." 



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i:j 



CHAPITRE SIXIEME. 



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■ 



DE LA POLITESSE A TABLE. 

Quand on a reçu nne invitation à dîner, 
il convient de répondre sur le champ si 
l'on accepte,ou si Ton en est empêché : ou 
conçoit que cela doit se faire de la manière 
la plus gracieuse possible. 

Il faut arriver ni trop tôt, ni trop tard : 
un quart d'heure à peu près avant l'heure 
fixée *pour le repas. 

Si Ton était invité à dîner dans une 
famille où l'on ne serait jamais allé, on 
devrait faire visite auparavant. 

Les messieurs doivent offrir le bras aux 
dames pour les conduire à table; c'est le 
plus haut placé parmi les invités qui con- 
duit la maîtresse de la maison ; ils passent 
les premiers. On attend un instant que 
le maître ou la maîtresse de la maison ait 
assigné les places, verbalement, ou en 
avertissant que chaque couvert porte son 
étiquette. 






. 



LA VRAIE POLITESSE. 



69 



D'après Tasage qui a cours aujour 
d'hui, voici dans quel ordre les convives 
doiventrêlre placés. D'abord le maître et la 
maîtresse de la maison occupent le centre 
de la table, vis-à-vis l'un de l'autre. La 
maîtresse de la maison a à sa droite le per 
sonnage le plus distingué, et à sa gauche 
celui qui vient après, et ainsi de suite. Le 
maître de la maison doit avoir à sa droite 
la femme la plus élevée en dignité, celle 
qui vient après à sa gauche, et ainsi de 
suite jusqu'au bout de la table. L'essen- 
tiel est d'avoir assez de tact pour ne bles- 
ser la délicatesse de personne ; chose assez 
difficile. 

En prenant votre soupe ', évitez d'aspi- 
rer avec trop de force de manière à faire 
du bruit, et ne vous servez pas du côté 
de la cuiller. 

Ne vous appuyez pas les coudes sur la 
table : n'étendez pas les bras on mangeant, 
de manière à gêner vos voisins, f» les frap- 
per des coudes. 

Ne portez jamais votre couteau à la 

l Que le moi ne scandjilise personne, quoiqu'on 
France on en ait horreur. Il est fraueais, c'est le 
mot dont on se seit dans le [lays ; il est synonyme 
de potage ; il n'y a donc aucune raison de le chan- 
ger. 



rt? 



70 LA VRAIE POLI'ÇESSE 

bouche, mais servez-vous de la fourchette, 
avec la main droite ou la main gauche, 
peu importe. 

Si vous avez besoin de vous essuyer la 
bouche, servez-vous de votre serviette ; 
mais rappelez-vous que celle-ci ne doit 
jamais remplacer le mouchoir qui, du 
reste, doit paraître le moins possible à 
table. 

Il faut éviter do boire quand on a la 
bouche remplie; ne jamais vider son 
verre de vin d'un seul trai t. 

Les carafes se placent sur la table, à 
demi-remplies. Il n'y a que les liquides 
qui ne peuvent se mettre dans les carafes 
que les servantes doivent présenter. Les 
messieurs servent le vin aux dames, et se 
servent ensuite eux-mêmes. 

Ne tranchez pas votre pain avec le cou- 
teau, mais rompez -le avec les mains. 

Après avoir mangé la viande, ou un 
mets quelconque, n'allez pas vous aviser, 
comme le font quelques-uns, de nettoyer 
votre assiette avec un morceau de pain ; 
c'est une propreté anticipée. Au reste ce 
n'est pas à vous à laver la vaisselle, ni le 
lieu pour le faire: elle doit se laver à grande 
eau à la cuisine. \ 



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la^ LE JiON TON, 



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la 



à 



Ne faites jamais allusion à la qualité 
des mets ou des vi'is qu'on vous sert. 

Pelez vos fruits, mais no vous servez 
pas pour cela du eonlean d'acier, si Ton 
vous eu a donné \\\\ à lame d'argent. 

Si le maître ou la maîtresse de la mai- 
son vous envoient un mets quelconque, 
quelques fruits, etc, etc., ne les passez pas ^ 
à un autre, ce serait impoli. 

Si l'on vous sert du Ibéou du café, lais- 
sez-le refroidir dans votre tasse s'il est 
trop chaud, mais n(» 1(^ versez pas dans 
votre sou cou [H). 

Si vous êtes placé près d'une dame, 
soyez attentif, et voyez à ce qu'elle ne 
manque de rien. 

Si vous avez besoin de quelque chose, 
faites signe au servant de table, et dites 
lui, à voix bas'se, ce que vous voulez avoir. 
Mais n'allez jamais, lois môme que vous 
seriez très intime dans une famille, que 
vous connaîtriez les personnes qui servent 
la table, lier aucune conversation avec 
elles. Ceci est tout à fait déplacé. Vous 
ne devez leur parler que pour leur de- 
mander ce dont vous avez besoin, et 
encore ce doit être à voix basse. 

Il est une incongruité que nous devons 



72 



LA VRAIE POLITESSE 



signaler ici, en demandant toutefois par- 
don au lecteur du dégoût que nous pour- 
rons lui causer par-là, incongruité qui 
consiste à se nettoyer les dents, avec une 
plume, à table ou en compagnie. Il y a 
des gens pour qui c*est toute une affaire 
que ce ménage du dedans de la bouche, 
après le repas. Ils commencent par tirer 
de leur poche une plume consacrée à cet 
usage ; puis, les voilà à Tœuvre, avec une 
ardeur incroyable; bientôt la langue 
vient au secours oe In plume ; on la pro- 
mène en tout sens ('ans la bouche ; quel- 
quefois les doigts se mettent de la par- 
tie ; puis, ne vous en déplaise, la matière 
retirée de la bouche est déposée ou sur la 
serviette ou sur la nappe. 

On s'excusera peut-être sur l'usage ; 
mais cet usage, n'existe pas, Dieu merci, 
dans le pays ; il ne se rencontre que quel- 
ques rares exceptions. N'allons pas de 
grâce l'y introduire. L'usage des autres 
pays ne saurait, d'un autre côté, justifier 
une chose essentiellement opposée à la 
politesse qui consiste, avant tout, à n'im- 
portuner personne, et on ne saurait cer- 
tainement se permettre pareille chose 
sans produire le dégoût chez ses voisins. 



ET LE BON TON. 



Af 



Cette incongruité ne saurait être non 
plus tolérée en dehors de la table. C'est 
dans sa chambre à toilette que Ton se 
nettoie la bouche, et non en compagnie. 
Que penserait-on de quelqu'un qui, en 
pleine compagnie, s'aviserait de se net- 
toyer les ongles, les oreilles, la tête, etc. 
Et pourquoi pas, si Ton peut se nettoyer 
la bouche?... 

Il ne faut pas continuer de manger 
quand tous les autres convives ont fini. 
Le maître de la maison ne doit pas finir 
avant les autres, car il y aurait là une 
espèce de reproche. 

On ne plie pas sa serviette après un 
dîner d'invitation, car elle ne saurait ser- 
vir avant d'avoir été envoyée à la blan- 
chisseuse. 

Il ne faut pas déposer son couteau et sa 
fourchette sur la nappe, après le repas - 
on les rapproche l'un de l'autre sur son 
assiette. N'allons pas, par distraction, les 
essuyer avec la serviette ; ce qui pourrait 
arriver à des jeunes gens, môme de 
bonnes familles, par suite de l'habitude 
malheureuse qu'ils en auraient contrac- 
tée dans certain milieu où ils auraient 

habité, pendant un temps, et où ils au- 

3' 



74 



LA Vraie politesse 



raient été foifeés d'en agir ainsi par néces- 
sité. Nous avons été une fois témoin 
d*un exemple de ce genre, et, ma foi, c'é- 
tait pénible. Un joli grand garçon, après 
avoir pris sa soupe, à une table où il n'y 
avait pas moins de vingt convives, par 
une malheureuse distraction, et par suite 
de l'habitude, passa, avec une rapidité 
incroyable, la langue sur sa cuiller, et 
l'essuya ensuite avec sa serviette. Dans 
le pays, ici, il n'y a pas de famille si 
pauvre où les couteaux, fourchettes et 
cuillers ne se lavent après chaque repag. 
Au reste, la^chose est conforme à l'ordre 
et à la propreté. Evitons donc la mal- 
heureuse distraction dont on vient de 
parler,si l'on ne veut pas donner \uie assez 
triste idée de l'éducation que l'on a reçue. 

L*usàge commence aujourd'hui à se 
passer, môme en France, de placer de- 
vant chaque convive un vase pour se la- 
ver le bout des doigts après le repas. On 
préfère avoir pour cela une fontaine pla- 
cée dans une pièce attenante à la salle à 
diner. 

Mais ce pourquoi nous bénissons le 
ciel, par dessus tout, c'est que, s'il se ren- 
contre des gens qui, tenant encore à l'an- 



[es 



ET LE BON TON. 



75 



cieii régime, font mettre (îevant les cou- 
vives des bols pour se rincer la bouche 
après le repas, perso mie n'ose plus s'en 
servir. 

C'est peut-être pour cela que quelques 
uns se vengent sur le cure-dents. Des 
deux incongruités, Fune ne vaut pourtant 
pas mieux que l'autre. 

Pour retourner au salon, après le dîner, 
les messieurs doivent offrir le bras aux 
dames. Le maître de la maison passe le 
premier, conduisant la dame qui, à table, 
était à sa droiie. 

Il serait inconvenant pour un convive 
de se retirer aussitôt après être sorti de 
table. Il doit demeurer à faire la conver- 
sation au salon à peu près une heure. 



CHAPITRE SEPTIÈME. 



POLITESSE DANS LES SOIRÉES. 

Il y a deux sortes de soirées, les grandes 
et les petites. 

Les invitations pour les dernières peu- 
vent se faire verbalement, ou par billet 
écrit à la main : pour les premières on 
envoie des invitations lithograliiées sur 
grandes cartes ou papier à lettre. 

Les invitations, pour grandes soirées, 
doivent être faites au moins huit jours 
d'avance, pour que les personnes invitées 
aient le temps de préparer leur toilette. 
Si Ton invite pour une soirée dansante, 
il faut avoir le soin d'en faire mention 
dans le billet d'invitation, car il peut se 
faire que l'invité ait quelqu'objection à 
assister à cette espèce de soirées. Le 
meilleur moyen de transmettre les invi- 
tations est de les faire porter par un do- 
mestique. 



LA VRAIE POLITESSE. 



77 



Si vous acceptez, vous n'êtes pas tenu 
de répondre ; dans le cas contraire, répon - 
dez de suite. 

Il serait de mauvais goût de se présen- 
ter dans une soirée ordinaire en grande 
tenue, avec toilette de bal. 

Dans ces petites soirées, le temps se 
partage entre la conversation, la musique, 
le jeu de cartes, etc, etc. L'essentiel est 
de faire en sorte que les invités passent le 
temps agréablement. 

Si Ton vous invite à chanter, ou à jouer 
le piano, et que vous puissiez le faire con- 
venablement, ne vous»faites pas prier. 

Dans les soirées, quand on ne passe pas 
de rafraîchissements au salon, mais que 
l'on se rend à la salLe à diner pour le ré- 
veillon, les messieurs doivent conduire 
les dames qui prennent place autour de 
la salle. Ceux-là se tiennent debout au- 
tour de la table, et servent les dames. 

Ils ne doivent pas présenter à une dame 
nn verre sur un plateau, parcequ'ils ne 
sont pas des domestiques. Le verre ne 
doit être qu'à moitié plein à peu près, 
de crainte de répandre le contenu sur les 
robes. Dans les grandes soirées dansan- 



78 



LX VRAIE POLITESSE 



S 



tes, les messieurs doivent ôter leurs gants 
seulement pour le réveillon. 

Aujourd'hui Tusage s'introduit dans le 
pays d'offrir, dans les grandes soirées, 
pour réveillon, un repas à peu près com- 
plet. Tout lo monde se met à table, 
comme pour le diner, et on y observe à 
peu près le môme étiquette. C'est un abus, 
que l'hygiène condamne, de prendre 
ainsi un repas complet au milieu de la 
nuit. 

Pour ce qui regarde le maintien, la 
conversation, etc., dans les soirées, obser- 
vez toutes les bienséances dont on a -par- 
lé au chapitre des visites. 

Avant d'aborder la question des grandes 
soirées dansantes, nous devons dire qu'el-. 
les nous semblent peu en rapport avec 
l'esprit du christianisme. On se demande 
aussi en quoi elles peuvent être utiles à la 
société, à la famille ; ce qu'une jeune per- 
sonne,ce qu'une mère de famille, peuvent, 
dans ces bruyantes réunions, recueillir 
pour l'intelligence ou pour le cœur I 
Toutefois, si tant est qu'il y ait des per- 
sonnes qui, eu égard à leur position, aux 
usages que leur impose la société, au 
milieu dans lequel elles vivent, se voient 



ET LE BON TON. 



79 



obligées, bien à regret, de prendre part à 
ces grandes réunions nocturnes, nous leur 
dirons : mettez-vous en garde contre la 
passion de la danse ; que ces réjouissances 
bruyantes ne vous fassent jamais perdre 
de vue les principes de la bienséance. 

L'élégance de la toilette pour les 
grandes soirées ne peut, dans aucune cir- 
constance, dispenser des lois de la décence. 
Les dames doivent être bien circonspectes 
sous ce rapport, et ne jamais paraître en 
soirée en robe trop décolletée, ce qui n'a 
jamais sa raison d'être, puisque c'est o[i- 
posé au savoir-vivre, à la modestie, qui 
fait le plus bel ornement de la femme. 
On peut être élégante, très-élégante, et 
être honnêtement couverte. Une dame 
qui fréquente ces réunions devrait, ce 
semble, avoir assez d'attraits pour se re- 
commander, sans être obligée de recou- 
rir à la robe excessivement décolletée, car 
ce serait, ma foi, une pauvre recomman- 
dation. 

On se recrierait contre une servante 
qui irait répondre à la porte les bras nus : 
on y verrait un scandale, un manque de 
savoir-vivre dans la maison où elle servi- 
rait. On demanderait si c'est là le res- 



80 



LA VRAIE POLITESSE 



pect que l'on a pour les visiteurs. Mais, 
mon Dieu, si c'est une chose si grossière 
pour cette fille de paraître ainsi les bras 
nus en votre présence, comment qualifier 
votre nudité, à vous, qui vous présentez, 
en pleine assemblée, non-seulement les 
bras nus, mais la poitrine découverte ? 

Et que dirons-nous des danses qu'on est 
convenu d'appeler dames vivcs^ sans 
doute parcequ'elles deviennent le tom- 
beau de la vertu. Voici d'abord le té- 
moignage qu'eu porte un auteur sur le 
savoir-vivre : ' 

" Ne laissez jamais valser ni polker votre 
femme ni votre fille, si vous ne voulez 
pas ressembler à ce fou qui met lui-même 
le feu à sa maison, et se plaint ensuite de 
ce qu'elle est brûlée." 

A ce témoignage, ajoutons celui de 
l'Abbé Bautain, dans son ouvrage intitu- 
lé '' la chrùtlenne de nos jours'' C'est une 
peinture tellement vive que, à la simple 
lecture qu'en fait une personne qui a le 
sentiment des convenances, elle sent la 
rougeur lui monter à la figure. Il m'en 
coûte presque de présenter au lecteur ce 
hideux tableau, dont il reconnaîtra toute- 
fois la fidélité : 



ET LE BON TON. 



81 



" On court, on galoppe, on tourbillonne, 
on saute et souvent hors de mesure; 
dans cette agitation dôiordonnée, dans 
cette course échevelée, dans ce galop dé- 
réglé, dans ce tournoiement vertigineux, 
le cavalier prend sa danseuse à bras-le- 
corps, lui étreint la taille, et la tient si 
rapprochée de sa poitrine que les haleines 
se confondent, et qu'il n'y a môme plus 
de place entre eux pour le bouquet blanc 
qui ornait autrefois la ceinture des jeunes 
filles. Elle ont été obligées d'y renoncer, 
parce qu'il était fané, écrasé dès la pre- 
mière danse ; triste et frappant symbole 
de ce qui arrive à la fleur de leur inno- 
cence, dès qu'elles participent à de pa 
reils plaisirs !" 

Au reste ce témoignage ne nous étonne 
nullement, car, un jour, une dame qui 
prenait part, bien à contre-cœur, à ce 
genre d'amusements, avouait, à notre con- 
naissance, que dans une danse tournante, 
son danseur lui avait fait faire trois tours 
sans qu'elle eût touché le plancher de ses 
pieds. 

Nous nous permettrons de poser ici une 
question, que nous n'aurions pas osé faire, 
n'eût-ce été l'exemple de la liberté avec 



■ '- .s^ 



82 



LA VRAIK POLITESSPJ 



laquelle s'exprime l'abbé Bautaiii siir ce 
sujet.' 

Si un monsieur, rencontrant une dame 
de ses connaissances, dans un corridor 
d'hôtel, lui demandait l'honneur de faire 
quelques-unes des évolutions qui font 
partie des danses vives, et que, vous 
adonnant à passer, vous fussiez témoin 
du spectacle qu'offrirait ce couple, je vous 
demande simplement quelle serait votre 
impression? quelle idée vous auriez de 
la discrétion et du savoii -vivre de ce mon- 
sieur et de cette dame ! Eh bien ! ce qui 
serait si laid à vos yeux, dans cette cir- 
constance, peut-il être convenable au bal ? 
Je réponds : Non ; ce qui est mauvais de 
sa nature ne peut jamais être justifié par 
les circonstances de temps ou de lieu. Or 
ces danses sont mauvaises de leur nature 
et on ne peut X3as changer la nature des 
choses. Invoquerez-vous l'usage ? je vous 
fais la même réponse, l/usage peut faire 
admettre des modes exagérées, ridicules, 
mais ne peut pas rendre licite une chose 
mauvaise de sa nature. Et dire que des 
personnes qui se flattei«i d'avoir des prhi- 
cipes de morale, de savoir-vivre, se per- 
mettent ces danses ! 



ET LE BON TON. 



83 



La condition sociale ne peut non plus 
excuser le mal,conime on voudrait le faire 
croire. Si on voyait un semblable déver- 
gondage chez des pauvres, des gens de 
basse condition, on crierait au scandale î 
mais ces choses se passent dans de somp- 
tueuses demeures, au milieu de toutes les 
splendeurs et de Téclat du luxe, et on pré- 
tend pour cela les justifier î impossible. 

Il restera éternellement vrai que ces 
danses sont essentiellement mauvaises, 
essentiellement opposées aux bonue& ma- 
nières, au savoir-vivre : que ceux qui sV 
livrent doivent consentir à sortir de la 
classe des gens qui tiennent à la morale 
et à la bonne éducation. 

Nous dirons un mot maintenant du cé- 
rémonial à suivre dans les grandes soirées . 

D'abord les gants sont de rigueur pour 
les messieurs et pour les dames, et doi- 
vent être de couleur pâle. 

Pour ces grandes soirées, vous devez 
arriver vers neuf heures, toutefois vous 
n'êtes pas tenu d'arriver à heure fixe. 
Mais il ne faudrait pas imiter certaines 
personnes qui arrivent toujours très-tard, 
afin que leur entrée fasse plus d'effet. 
Vous devez arriver dans un salon, dit 



frm. 



LA VRAIE POLITESSE 

Madame la Comtesse de Brandi, modeste- 
ment, silencieusement, et tâcher de ne 
pas attirer les regards. Une fois introduit, 
vous saluez à l'entrée de chaque salon, et 
dans celui où se trouvt3 la maîtresse de la 
maison, vous réitérez votre salut, et vous 
le faites avec grâce en vous approchant 
d^elle. 

. Mais si vous ne connaissez pas la maî- 
tresse de la maison, comment la recon- 
naîtrez-vous au milieu souvent de tant de 
dames réunies ? N^lyez aucune crainte à 
ce sujet, car, dès que vous entrez dans un 
salon, elle se lève seule, se détache des 
personnes avec lesquelles elle s'entrete- 
nait, et elle s'avance de quelques pas vers 
vous. Vous ne pouvez jamais vous mé- 
prendre. 

Après avoir salué la mrdtresse de la 
maison, vous adressez un salut, à droite 
et à gauche, à tous ceux qui sont présents. 

Les hommes ne s'asseoient guère, dans 
une grande soirée, à moins qu'ils ne fa^> 
sent la partie de carte : ordinairement ils 
circulent dans les salons ; si, par has^ird, 
un homme était assis, ijne devrait jamais 
permettre qu'une fennne restât debout. 

Dans It^ salon, la dernière femme arri- 



ET LE BON TON. 



85 



far-- 
ils 
ard, 

l 
rri- 



I 



vée occupe le fauteuil placé près de la 
maîtresse de la maison, et elle se lève 
toujours pour le céder à celle qui arrive 
après ; elle tâche alors de se placer près 
d'une autre femme de sa connaissance. 
Si vous vous trouvez à côté de quelque 
personne inconnue et plus âgée que vous, 
attendez toujours qu'elle vous parle, et 
répondez de manière à montrer que vous 
êtes reconnaissante. 

Si un homme adresse la parole à voix 
basse à une femme, elle doit répondre de 
manière à ce que ceux qui sont près d'elle 
entendent sa réponse. 

Si on vous interroge sur les agréments 
de la soirée à laquelle vous assistez, trou- 
vez tout à votre goût ; c'est le moins qu'on 
puisse faire pour des maîtres de maison 
qui ont tant fait de frais pour distraire et 
amuser leurs invités. 

Applaudissez toujours ce que la maî- 
tresse de la maison applaudit. 

Dans une soirée, si vous étiez mécon- 
tent des personnes et des choses, ne lais- 
sez pas paraître votre mécontentement ; 
restez en repos et ne parlez à personne de 
ceux qui vous ont reçus. 

Disons quelques mots en terminant sur 



8G 



LA VltAIK POLITKSSK 



ce que doit faire la maîtresse rie maison 
dans ces réunions. 

Et d'abord elle répond par un salut ai- 
mable et quelques paroles gracieuses et 
obligeantes à chaque invité qui vient la 
saluer ; elle prend soin que chaque femme 
soit convenablement placée ; elle va par- 
fois de groupe en groupe, afm que cha- 
cun ait P'\ moins d'elle un mot aimable, 
un sourire gracieux ; en un mot, dans une 
soirée, une maîtresse de maison doit avoir 
rœil sur tout, et s'assurer que tout se 
passe bien, afin que tous les invités puis- 
sent se retirer de sa maison contents d'elle, 
et d'eux-mêmes. 

Vous n*êtes pas tenu de rester jusqu'à 
la fin d'une soirée ; vous vous retirez 
quand vous voulez ; mais vous avez soin 
de le faire clandestinement et sans même 
prendre congé de la maîtresse de la mai- 
son. Si cependant vous la rencontrez sur 
votre passage, contentez-vous de la remer- 
cier rapidement et de manière à ce qu'on 
ne s'aperçoive pas de votre re^^*aite. 






ff 



CHAPITRE HUITIEME. 



F^ROMENADES, VOYAGES, SÉJOURS 
A LA CAMPAGNE, &c. 



PROMENADES EN VOITURE. 

La politesse exige qu'en montant eu voi- 
ture, on fasse monter les autres persoùnes 
avant soi. On offre la mani aux dames, 
et on se contente de soutenir par le bras 
les vieillards, les infirmes qui réclament 
du secours. ^ 

On doit offrir aux personnes les plus 
dignes, et toujours aux dames, le fond de 
la voiture, et prendre le rebours. 

Si vous êtes en voiture, et que vous ren- 
contriez une personne de considération à 
qui vous voulez parler, ne faites pas ar- 
rêter votre voiture pour vous entretenir 
avec elle, mais descendez et priez-la de 






88 



LA VRAÎE POLITESSE 



vouloir bien prendre place avec vous, et 
offrez-lui le fond de la voilure. Vous 
devez alors reconduire celte personne jus- 
qu'à sa demeure. 

Si vous avez dans votre voiture une 
personne qui vous soit supérieure, ou une 
dame, prenez le rebours jusqu'à ce qu'on 
vous ait invité à prendre place au fond. 



Il 



PROMENADES A PIED. 

Evitez de parler trop haut, de gesticu- 
ler, de rire avec éclat. Votre démarche 
doit être grave et sans affectation : à la 
promenade comme partout ailleurs on 
doit observer toutes les règles de la con- 
venance. 

Si vous conduisez une dame par le bras, 
donnez-lui le haut du pavé, c'est-à-dire, 
le côté des maisons. Observez les mômes 
règles dans la compagnie de toute per- 
sonne qui vous est supérieure. 

Si, dans une promenade, il y a plus de 
dames que de messieurs, la politesse veut 
qu'on offre le bras d'abord aux plus âgées, 






^ 



KT ÏA'l HON 'ION. 



89 



aux femmes mariées, puis aux jeunes per- 
sonnes. Dans ce cas un monsieur peut, 
sans inconvénient, conduire deux dames. 

li est inutile de dire que, dans ces pro- 
menades, ce sont les messieurs qui paient 
tout, sièges, 'rafraîchissement, fruits, etc. 

Si vous voyez venir à vous un vieillard 
ou une personne à qui vous croyez devoir 
de la considération, rangez-vous immé- 
diatement jjourlui céder le haut du pavé, 
c'est-à-dire le côté des maisons. Un hom- 
me hien élevé a toujours cette politesse 
pour une femme, quels que soient son 
rang et son âge. Si par hasard la rue ou 
la promenade est emcombrée, gardez-vous 
de montrer une précipitation inconve- 
nante, ne coudoyez personne 

11 faut, dit un sage conseiller, laisser à 
quelques étourdis de mauvais ton le plaisir 
inconvenant de rire au nez des personnes 
qui leur sont entièrement inconnues, ou 
de faire sur leur compte, de manière à 
être entendus, des observations indis- 
crètes. Nous ne saurions trop dire com- 
bien de jeunes personnes— ou de jeunes 
femmes — s'exposeraient à être mal jugées 
si, en passant près d'un homme, elles se 
tournaient, Tune vers l'autre, avec un air 



\-'-i 



ill'l 

ii! 



(H 



00 



T. A VHAIi: POLITESSE 



mystérieux, laissant supposer qu'elles se 
communiquent, relativement à lui, des 
réflexions, soit en bonne, soit en mauvaise 
part. 

Un homme bien élevé salue une femme, 
parceque c'est une femme, ne l'eutril ja- 
mais vue précédemment, s'il la rencontre 
dans une situation, dans un endroit où il 
est immanquable qu'il la voie, et où s'é- 
tablit entre eux la plus passagère, la plus 
fugitive, la plus imperceptible relation, 
telle que la rencontre dans un chemin 
étroit à la campagne, surtout si le chemin 
est assez étroit qu'il faille le partager ; si 
elle passe devant lui ou s'il est obligé de 
passer devant elle dans un escalier, pour 
la même raison et aussi parceque c'est 
une apparence de relation que d'entrer 
dans la même maison, ou d'en sortir, et 
qaun homme bien élevé ne laisse échap- 
per ni une occasion, ni un prétexte d'être 
poli avec une femme. 

Vous accueillerez, ma chère enfant, 
cette politesse avec un air de réserve, 
mais sans sauvagerie affectée, et vous y 
répondrez par une inclination polie. Vous 
ne témoignerez surtout aucun sentiment 
d'étonnement ou de contrariété, car il 









Kr LE HON TON. 



tfl 



n'y a jamais de raison pour qu'une femme 
j?e montre surprise de la politesse d'un 
homme qui la salue respectueusement. 
C'est un hommage rendu, en sa personne, 
à la dignité de la femme. 



III 



VOYAGES. 



L'homme bien élevé ne se départit ja- 
mais des règles de la bienséance ; en quel- 
que lieu qu'il se trouve, il conserve tou- 
jours ses bonnes manières. 

Toutefois les voyages sont pour certai- 
nes personnes un écueil relativement à ' 
la politesse. Sous prétexte qu'on est en 
pays étranger, qu'on n'est pas connu, on 
est exposé à se laisser eutrainer hors des 
convenances. 

Nous allons donc, pour faire éviter 
ce danger, tracer ici quelques règles k 
suivre dans les voyages, devenus si com- 
muns chez nous qu'on peut dire qu'ils 
sont entrés dans nos mœurs. 

Nous trouvons, dans le petit traité de 
la politesse de madame Bourdon, un cha- 



-^ 



02 



LA VIUIK POLITESSK 



pilre sur ce siijnl qui résume si bien ce 
que nous avions à dire que nous ne pen- 
sons pouvoir mieux faire que de le repro- 
duire en partie. 

Les conseils qu'elle donne s'adresse 
surtout à une jeune personne ; ils peuvent 
toutefois convenir à tout le monde, avec 
cette exception que l'on exige moins de 
réserve chez un homme que chez une 
femme. 

"Je vous engage, avant tout, et quelle 
que soit l'amabilité des personnes que 
vous rencontrerez en chemin de fer, ou 
en bateau à vapeur, à ne pas lier conver- 
sation avec elles, et à apporter, dans ces 
rapports éphémères, la plus grande cir- 
conspection. Si vous voyagez avec des 
femmes âgées, lâchez de leur montrer des 
égards, soit en leur cédant une bonne 
place, en baissant ou levant les glaces 
selon leur désir, en les débarrassant d'un 
paquet qui les gène, mais ne provoquez 
pas de conversation ; répondez poliment 
et sobrement si l'on vous parle, et tâchez 
de vous isoler dans la lecture de quelque 
bon livre dont vous vous serez munie. Je 
vous, engage aussi, si vous voyagez avec 
des parents, ou des amis, à ne causer avec 



KT LE BON TON, 



93 



eux que de choses iiidiiïereutes, en n'éle- 
vant pas la voix, car à quoi bon mettre 
tous les habitants d'un loa^on dans la con- 
fidence de vos alTaires de famille? Soyez 
réservée là comme ailleurs et plus qu'ail- 
leurs. Cependant, comme la réserve n'ex- 
clut pas la politesse, prenez congé de vos 
compagnons et de vos compagnes de voy- 
age par un salut, et si vous avez un peu 
causé, par un mot d'adieu. 

*' Dans les hôtels, à table d'hôte, ne 
vous montrez pas trop difficile, et ne vous 
moquez pas, en présence des naturels du 
pmjs, de leurs habitudes Laissez tran- 
quillement ce qui ne convient pas à vos 
goûts et n'attirez pas l'attention par des 
exclamations déplacées. 

<^ A table d'hôte (ceci s'adresse à une 
jeune personne) évitez la conversation 
avec les étrangers. Je vous recommande 
surtout cette prudence si vous allez aux 
bains de mer, aux eaux. Vous serez ex- 
posée alors à vous trouver journellement 
avec des gens que vous ne connaissez pas, 
dont les antécédents sont peut-être peu 
honorables Soyez sur vos gardes, et ne 
donnez aucune prise à la familiarité. 

Nous appelons tout particulièrement 







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94 



LA VKATE POLITESSE 



l'attention du lecteur sur les avis qui sui- 
vent et qui s'adressent à tous indistincte- 
ment : — 

" Ne vantez pas trop votre pays en pré- 
sence des étrangers : Vous blesseriez leurs 
sentiments sans faire triompher vos opi- 
nions: profitez plutôt de Toccasion d'un 
voyage pour vous instruire, en question- 
nant les gens du pays que vous visitez, en 
tâchant d'apprendre quelque chose sur la 
géographie, l'histoire, les mœurs des con- 
trées étrangères. En agissant ainsi, vous 
vous rendrez agréable aux étrangers avec 
qui vous vous trouverez en rapport et 
vous retirerez un solide profit de vos 
voyages. 

*^ Si vous voyagez avec des parents, des 
amis, vous aurez plus d'une occasion de 
pratiquer cette politesse qui n'est autre 
chose que l'abnégation de soi-même. Il 
faudra céder aux goûts des autres, suivre 
leur direction et vous comprendrez plus 
d'une fois la vérité du vieux proverbe : 
Qui a compagnon a maître. Tâchez de faire 
de bonne grâce ces petits sacrifices, d'être 
utile aux autres et de n'être incommode à 
personne. Comme il se trouve souvent 
beaucoup d'heures perdues en voyage, 



ET LK BON TON. 



95 



11- 

ie- 



n 



je vous engage à emporter quelques li- 
vres, à vous munir de tout ce qu'il 

faut pour écrire, car les meilleurs hôtels 
sont d'ordinaire fort dépourvus de ce 
côté-là. - 

'' Au retour de votre voyage, n'impo- 
sez pas trop à vos amis le récit de vos pé- 
régrinations; ne fatiguez pas leurs oreil- 
les de longs récits, et surtout ne prenez 
pas à'airs anglais ou allemands, parceque 
vous auriez visité Londres ou exploré les 
bords du Rhin." 

L'auteur ajoute un avis d'une grande 
importance en rappelant que le voyage, 
qui ne dispense pas des règles de la poli- 
tesse, ne saurait non plus nous dispenser 
des devoirs que nous impose la religion 
que nous professons. Ce serait bien petit 
que de se laisser vaincre par le respect 
humain. On se fait gloire d'obéir aux 
ordres de son souverain, et on rougirait 
d'accomplir ses devoirs religieux, de sanc- 
tifier le dimanche, d'observer, dans un 
hôtel, la loi de l'abstinence ! mais c'est là 
un manque de courage qui rapetisse un 
homme. Je ne parle pas de ces voyageurs 
qui affectent de ne s'occuper nullement 
des lois de l'église, et qui mettent complè- 



96 



LA VRAIE POLITESSE 



tement de côté la loi de rabstinence. Cela 
sent non-seulement l'impiété, mais encore 
la mauvaise éducation. Un homme qui 
a des sentiments élevés, lorsque la fatigue 
d'un long voyage l'exempte de l'obligation 
d'observer l'abstinence, se décide difficile- 
ment et avec peine à user de ce privilège, 
dans la crainte ou de mal édifier, ou de 
paraître céder au respect humain. 



IV 



SÉJOURS A LA CAMPAGNE. 

Aujourd'hui, il est de mode d'aller pas- 
ser le temps des chaleurs d'été à la cam- 
pagne. Le plus souvent on loue quelques 
appartements ou bien on loge à l'hôtel ; 
mais il arrive aussi quelquefois que l'on 
reçoit une invitation de quelques parents 
ou de quelques amis d'aller passer un 
certain temps dans leur famille. C'est ici 
qu'on doit redoubler d'attention pour 
observer les convenances. 

L'impression assez générale est qu'à la 
campagne on est moins particulier sous 
le rapport de la bienséance; que l«s 



ET LE BON TON. 



97 



mœurs y étant plus simples,on y est moins 
tenu de s'astreindre aux règles de la bien- 
séance. En cela on se trompe grandement: 
les mœurs sont plus simples à la campa- 
gne, dit-on ; c'est-à-dire qu'il y a en géné- 
ral moins d'affectation que dans les villes, 
mais en revanche on y rencontre pour le 
moins autant de vraie politesse : le sen- 
timent des convenances y est pour le 
moins aussi délicat. 

Nous parlons ici, bien entendu, du Ca- 
nada: or, il est certain que l'éducation, 
les formes polies, l'étiquette sont ici au 
même niveau, dans la bonne société, à la 
campagne, comme à la ville. 

C'est pourquoi, pendant son séjour à la 
campagne, on doit s'observer beaucoup, 
car, le manque d'urbanité, de politesse, de 
convenance chez nous y serait remarqué 
plus qu'on ne pense,, et on laisserait 
après soi une mauvaise impression. 

Voici quelques conseils que donne un 
estimable auteur à ceux qui séjournent 
ainsi quelques temps à la campagne, chez 
un parent ou un ami : — 

" N'allez pas apporter un esprit morose 
chez vos hôtes: trouvez tout bien, tout 
bon : la maison, le jardin, la ehambre où 



«8 



L\ VRAIE POLITESSE 



1*011 VOUS loge, les domestiques qui vous 
servent ; adoptez pleinement les usages 
de la maison, pour les heures du réveil, 
des repas, du coucher : tâchez de donner 
à ceux qui vous ébergent le moins de 
peine que vous pourrez, en vous confor- 
mant à toutes leurs habitudes. Épargnez 
même le travail des domestiques ; ne les 
chargez pas de commissions mal à propos; 
ne réclamez pas à chaque instant leurs 
services; ne laissez pas votre appartement 
dans un état de désordre qui les fasse 
murmurer ; salissez le moins possible et 
les parquets et les meubles ; agissez, en 
un mot, avec une réserve et une discré- 
tion plus grande qu'à l'ordinaire, et sous 
prétexte que vous êtes chez des gens riches 
et que leurs gens sont payés pour vous 
servir, n'allez pas vous livrer à toutes vos 
fantaisies. 

"Soyez même économe des objets que 
Ton met à votre disposition : ne cueil- 
lez ni fleurs, ni fruits dans le jardin, à 
moins d'une invitation expresse : on peut 
très bien jouir de la liberté et des agré- 
ments de la campagne, sans sortir des 
bornes du savoir-vivre que l'on observe à 
la ville. 






ET LE BON TON. 



99 



*' Il arrive parfois que les plaisirs de la 
campagne, renjouenient communicatif 
des autres,entrai nent les jeunes gens dans 
une espèce de gaieté toute eu dehors des 
convenances, et dont il faudra vous défier. 
Le grand air, les rires, les courses pro- 
duisent une sorte d^ivresse, alors on se 
livrent à des jeux trubulents Croyez- 
vous que les maîtres de la maison approu- 
vent beaucoup cette grosse joie, qu'ils se 
plaisent à voir leurs meubles dérangés, 
leurs salons salis par de Peau ou de la 
poussière, leurs plates-bandes foulées, 
leurs chevaux mal menés ? 

A la campagne, comme en voyage, em- 
portez d£s livres, afin de vous livrer au 
travail, à Tétude, et de n'être î)as à charge 
à vos hôtes et à vous-même les jours de 
pluie, et pendant les heures que vous pas- 
serez dans votre chambre. 

Et le croiriez-vous, ici encore, renfermé 
dans votre» <*-ham.bre. vous devez vous ob- 
server." aSïl -de lîe rdas* ihcorhmOdB^ les 
personnels de la maison ?.*./ * ' * * " • ' 

D'ârbQr^ ^uintmarii^ureiiix ^(>^dt)"ft^lèr 
vous' avait* faît une *pahé'de' bôtfe" Irop 
lourde, qui craquent au moindre mouve- 
ment du pied, hâtez-vous, surtout si vous 



100 



LA VRAIE POLITESSE 



habitez le second étage, de les jeter au 
feu, ou plutôt de les donner à quelque 
pauvre qui brise de la pierre pour le 
macadam: elle lui conviendront bien 
mieux qu'à vous. Vous devez le faire, 
non-seulement par bienséance,mais encore 
par charité pour ceux qui habitent Tétage 
inférieur au vôtre. 

Le matin, servez-vous de pantoufles à 
votre chambre, afin de faire lo moins de 
bruit possible, de ne pas éveiller ceux qui 
pourraient être encore an lit, et ne mettez 
vos bottes qu'en sortant de votre cham- 
bre. 

Le soir, évitez de laisser tomber vos 
chaussures avec bruit sur le plancher, 
quand vous les ôtez. Evitez, quand vous 
marchez dans votre chambre, de le faire 
lourdement, d'ébranler toute la maison, 
comme le font les gens sans éducation ; 
de même que, en vous levant de votre 
bureau, vous ne devQz ,pc\t: , r.epousser 
voti'ç;si^gé'à.Vjep.fot*cè,-ie* elî/ayio.rJ;out le 
mo«de^ xioinmô 's'il passait une tempête 
sruîî lîb ili^ifeorî^î '%'... r : : : ; / ' ."• 
%.Av:ezî soîa^iïssi; «d'ouvrir' ios portes et 
de les fermer sans faire de bruit. 

Enfin, tout cela peut paraître minutieux. 






.;. 



au 



ET LE BON TON. 



101 



mais rappelez-vous que c'est par ces mille 
et un petit détails de bienséance que l'on 
reconnaît Thomme bien élevé. 

En quittant la maison où vous avec lo- 
gé, vous laissez quelques pièces d'argent 
aux domestiques, et l'usage veut que l'on 
soit généreux en pareil occasion. 



CHEZ LE MARCHAND. 



Il ne convient pas de parcourir les ma- 
gesins uniquement pour satisfaire sa curi- 
osité et voir les marchandises. Il y a là 
un manque de convenance. Les commis 
sont pour répondre aux acheteurs et non 
pas au curieuses, quoique trt .ouvent ils 
y soient contraints bien à contre cœur. 
Songez à la tâche pénible que vous impo 
s^z à un commis en lui faisant déplier 
une foule de pièces d'étoffe que vous n'a- 
vez nullement l'intention d'acheter. Si 
toutes les curieuses restaient, chez elles, 
la besogne des commis serait réduite dç 
moitié. 

Voici quelques règles à suivre données 



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I 



102 



LA VRATE POLITESSE 



par madame Drohojowska à une jeune 
personne : — 

" Saluez en entrant et expliquez de 
suite ce que vous désirez ; songez que, 
pour rhomme qui travaille, le temps vaut 
de Tor, et que lui en faire perdre inutile- 
ment, c'est commettre de tous les vols le 
plus odieux ; car seul il ne peut le répa- 
rer. Soyez polie avec les commis comme 
avec les chefs de la maison. Ne faites 
pas étaler cent pièces d'étoffes pour choi- 
sir une misère ; à la perte de temps vous 
ajouteriez une fatigue inutile ; ne faites 
déplier que dans la qualité et le prix où 
vous voulez réellement acheter, et faites- 
vous un point de délicatesse de ne pas 
céder, même malgré les instances qui pour- 
raient vous être faites, à une vaine curio- 
sité. 

Ne vous avancez jamais trop près d'un 
étalage de bijoux et autres objets faciles 
à détourner; Mais si, laissant à votre dis- 
position plusieurs objets, le commis s'é- 
loigne un instant, cessez de les toucher, 
et, reculant de quelques pas, attendez son 
retour pour reprendre votre examen. 

Tout cela est du bon ton ; mieux encore, 
c'est de la discretiQn. — Dans les maisons 



V/r ]M KON TON, 



10.1 



s^é- 



où vous ii'ùtes pas bien connue, on pour- 
rait d'ailleurs vous supposer des inten- 
tions mauvaises; il y a tant d'adroits fi- 
lous qui se servent du prétexte de regar- 
der de très près pour escamoter quelqu'ob- 
jet précieux, qu'il faut éviter leurs al- 
lures. 

Si l'objet que vous avez choisi et payé 
est trop volumineux pour que vous l'em- 
portiez vous-même, — ^.je dis trop volumi- 
neux, parceque je n'approuve pas qu'une 
femme, qui ne se croit pas trop grande 
dame pour aller à pied et seule faire des 
emplettes, trouve malséant de se charger 
elle-même d'un tout petit paquet, et dé- 
range ainsi un marchand sans nécessité, 
— laissez votre adresse, et ne vous mon- 
trez pas trop exigente pour le moment où 
on vous l'apportera. 

Un objet ne vous convient pas, ne le 
prenez pas, mais sans le dédaigner ; vous 
blesseriez le marchand, et surtout vous 
seriez injuste, car il arrive fréquemment 
que les femmes qui se croient très con- 
nnisseurs sont fort mauvais juges. 

Si vous avez des observations à faille à 
un marchand sur la qualité d'une précé- 
dente fourniture, attendez pour les faire 



L\ VUAIE POLITESSE. 



•"î 



que personne ne puisse vous entendre. 
Outre que vous ménagerez ainsi sa sus- 
ceptibilité, vous sauve-gardcrez ses inté- 
rêts, qui pourraient souffrir d'un reproche 
mal compris par un tiers, et vous le ren- 
drez plus disposé à reconnaître la justice 
de votre réclamation et a y faire droit. 



; «iCHAPITRE NEUVIÈME. 



DE LA POLITESSE EPISTOLAIRË. 



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il 

I 'I 
' I 



N'écrivez jamais si vous n'avez pas un 
sujet pour écrire, à moins que ce soit à 
un ami intime ou à un parent. Si vous 
recevez une lettre, répondez le plus pro- 
chainement, possible. Toute lettre hon- 
nête mérite et exige une réponse ; il n'y 
a qu'à une lettre d'injures que l'on doit 
répondre par le silence et le mépris. 

Ecrivez de votre propre main aux per- 
sonnes que vous honorez ou auxquelles 
vous devez du respect. 

Quand vous écrivez à un parent ou à 
un ami, écrivez-leur vous même, tel que 
vous pensez, et ne vous faites aider par 
personne. 

Si vous écrivez à un supérieur pour lui 
demander quelque chose,faites-vous faire, 
si vous en sentez le besoin, un brouillon, 
de lettre, par quelqu'un qui entend mieux 






106 



LA VRAIE POLITESSE 



que vous les formules à suivre, et reco- 
piez-le. 

Si votre lettre s'adresse à un chef d'ad- 
ministration, faites-la recopier par une 
personne qui ait une belle écriture. 

Quand on écrit à une personne d'un 
rang très élevé, on écrit à mi-marge, et 
le commencement de la lettre doit être 
vers le milieu de la longueur du papier. 
On doit alors se servir de grand papier. 

Que votre style soit toujours approprié 
lo. à la circonstance ; 2o. à la personne ; 
3o à vos propres sentiments ; 4o éloignez- 
en l'emphase, le prétentieux, et tout ce qui 
sent le chercheur d'esprit. Le style le 
plus simple, le plus naturel est le cachet 
de l'homme qui a véuitablement de l'es- 
prit. - 

Conformez-vous en tout point aux règles 
adoptées par l'usage de la bonne société. 

On écrit à un ami pour lui faire part 
d'un événement heureux ou malheureux 
qui nous est arrivé, pour s'informer de 
sa santé, etc, etc. On écrit pour faire une 
invitation, des remerciments, des félicita- 
tions, des lettres de faire part, et dans une 
foules d'autres occasions. 

Quand on écrit à quelqu'un, si ce n'est 



ET LE BON TON. 



107 






pas une lettre d'affaires, on doit écrire de 
sa propre main, et ne pas faire écrire par 
un secrétaire on toute autre personne en 
se bornant à signer ; ce serait une grave 
impolitesse. .^ , 

Ecrivez lisibkmcnl, proprement, sans 
ratures, sur une feuille entière et non sur 
une demi-feuillo. Ce que Ton dit de ré- 
criture lisible doit surtout s'appliquer aux 
noms propres et à la signature. Il y a 
des gens qui signent leur nom d'inie ma- 
nière indéchiffrable ; ce n'est plus une 
écriture, mais un odieux griffonnage. 

L'année dernière, un monsieur de Qué- 
bec écrivait à un imprimeur de Montréal 
pour souscrire à une revue, et lui en- 
voyait en môme temps le prix d'une 
année d'abonnemenl. La lettre était très 
bien écrite, mais la signature affreuse. 
L'imprimeur s'adresse à tous les protes les 
plus habiles de la ville ; pas un ne peut 
déchiffrer ce nom. Force lui est d'atten- 
dre ; mais voilà qu'arrive une seconde 
lettre, conçue en termes assez sévères, 
dans laquelle on demande la cause du 
retard à envoyer la revue, et en môme 
temps compte de l'argent expédié. La 
lettre était encore bien écrite, mais quelle 



. 



! il 



108 



LA VRAIE POLITESSE 



signature !... pas un diable n'y put rien 
comprendre. Il fallut recourir à la presse 
et prier cet aimable monsieur, qui avait 
mis à répreuve toute Thabileté de nos 
protes, de vouloir bien faire connaître son 
nom par la voie de quelque journal. Quel 
tracasserie à propos d'un nom ! Cest pour- 
tant une manière comme une autre de 
faire parler de soi ; mais, à notre avis, 
mieux vaudrait faire moins parler de soi, 
et écrire son nom de manière à être com- 
pris : c'est plus simple et c'est plus joli. 

Ne vous servez pas de papier avec vi- 
gnettes, ornements, &c., tel qu'on en fa- 
brique aujourd'hui ; c'est de mauvais 
goût. ' 

Les lettres aujourd'hui s'envoient sous 
enveloppes ; c'est l'usage général. 

Il y a peu d'années encore, c'était une 
grave question de savoir s'il fallait affran- " 
chir les lettres, et dans quel cas l'affran- 
chissement était une politesse ou un 
manque de savoir vivre. Aujourd'hui, il 
n'y a plus de difficulté à ce sujet : en 
France, en Belgique, en Angleterre, com- 
me aux Etats-Unis et au Canada, toutes 
les lettres se paient d'avance. Les choses 
se trouvent ainsi bien simplifiées. Il n'y 



ET LE BON TON. 



109 



a plus que quelques vieux avares qui se 
retranchent derrière des règles de bien- 
séance surannées pour justifier leur mes- 
quinerie et épargner quelques centins. 

Lorsque vous écrivez, servez-vous de 
votre esprit et jamais de Tesprit des autres. 
Surtout gardez-vous bien de copier une 
lettre dans un formulaire ou un autre 
ouvrage, car cela pourrait vous jouer de 
mauvais tours. A ce sujet voilà ce qui 
est arrivé tout récemment à un de nos 
jeunes citadins qui n'avait pas mis en pra- 
tique le conseil que nous venons de don- 
ner. Il avait copié, dans un formulaire, 
une fort jolie lettre à une jeune fille. 
Malheureusement pour lui, celle-ci avait 
entre les mains le même livre où il avait 
puisé son beau modèle. Mademoiselle ne 
voulut pas laisser une si belle lettre sans 
réponse. Son billet était ainsi conçu: 
"Monsieur, pour la réponse à votre char- 
mante lettre, tournez la page." 

Les négociants, quand ils s'écrivent en- 
tre eux, emploient des, abréviations dans 
les mois; elles vous sont défendues par 
la politesse, surtout dans les titres. Par 
exemple, il serait impoli d'écrire Mr. ou 

Mme. pour Monsieur ou Madame; V. T. 

4 ^ 



110 



LA VRAIE P0LITE8SB 



H,S., pour votre très-humble serviteur. 
Lorsque vous parlez d'un tiers, si ce tiers 
est un parent de la personne à qui vous 
écrivez, vous mettez Monsieur ou Madame 
en toutes lettres : Monsieur votre père, Ma- 
dame votre tante, &c. Mais s'il s'agit d'un 
étranger, vous pouvez employer l'abrévi- 
ation : Mr. Fèliz me charge, &c. 

La date se met en haut de la page dans 
les lettres d'affaire et de commerce. 
Cependant quelques négociants et gens 
d'ajffaire commencent à prendre Thabitude 
de la mettre après le corps de la lettre ; 
elle se met en bas, contre la marge, dans 
toutes les autres. 

Si Ton écrit à un homme d'un rang 
élevé, sur du grand papier, on doit mettre 
en haut de la page les titres et le nom de 
la personne à qui Ton écrit. 

Par exemple : 

A Son Excellence Monseigneur le Cardinal 
de ...........:...... 

A Son Excellence Monsieur l'Ambassadeur 



de. 



puis, laissant un certain espace blanc, 
vous écrivez au dessous : 



ET LE BON TON. 



lit 



Monseigneur ou Monsieur^ selon le rang 
de la personne. Puis, laissant encore un 
blanc de môme espace, vous commencez 
le corps de votre lettre. 

Si vous écrivez à une personne qui a 
un titre honorifique,vous le mentionnez : 
Monsieur le baron ^ Monsieur le comte. Si 
c'est à un homme non titré, vous mettez 
simplement Monsieur. 

Quand on écrit à une femme, depuis la 
reine jusqu'à la bergère, le titre de 3ïa- 
dame ou Mademoiselle suffit. A un père 
ou à une mère, on dit : mon cher père^ ma 
. bonne mère, A. une personne avec laquelle 
il n'y a que commencement de familia- 
rité : Monsieur et ami ; avec un collègue en 
administration : Mon cher collègue ou Mon- 
sieur et cher collègue, A un compagnon 
de Collège : Mon cher ami ; à un camarade 
d'armée : Mon cher camarade, 

La suscription de la lettre est chose très- 
importante; on doit se servir des formules 
suivantes: 

Entre égaux, dans les lettres ordinaires, 
on dit : Je suis votre très-humble serviteur.^ 
ou encore ; Je suis ou fai V honneur d'être^ 
avec respect^ ou avec le plus profond respect , 
votre obéissant serviteur. 



Uî 



LA VRAIE POLITESSE 



Quand une dame écrit une lettre d'af- 
faire, la formule suivante répond à toutes 
les exigences de cette sorte de corres- 
pondance: 

Je suîs^ Monsieur^ votre très-hunihle ser- 
vante, ' 

Avec les supérieurs, on emploie des 
formules respectueuses : 

Je suis avec respect^ Madame ^ 

Votre très-humble et tres-ohéissante ser- 
vante, ' 
fai Vhonneur d'Ure avec respect, Madame, 
Je vous prie^ Madame^ d*agréer Vexpression 
de mes sentiments respectueux, 

A un ecclésiastique on pourrait dire : 
CroyeZy Monsieur le curé, aux sentiments pro- 
fondément respectueux de 

Votre tres'humhle servante. 

Une jeune personne, écrivant à une 
dame, peut dire, s'il y a quelque degré 
d'intimité : 

Croyez^ chère Madame, à tous mes sentiments 
de sympathie et d'affection. 

A un ami de sa famille, une jeune fille 
dira : 

Veuillez agréer, Monsieur, mes civilités res- 
pectueuses et affectionnées. 



des 



ser- 



ET LE BON TON. • 113 

A un père, à une mère, on peut dire : 

Croyez^ cher père^à la tendresse reconnais^ 
santé de 

Votre fils. 

Recevez, chère maman^ V expression du plus 
tendre attachement de 

Votre fille soumise- 

A un frère, à une sœur : " 

Adieu j mon Ion frère ^ crois à mon inalté- 
rable attachement. 

Adieu f chère petite sœur^ je t'embrasse 
comme je faime. * 

A une amie : 

Avons de cœur ; ou toute à vous d'affec- 
tion ; ou encore : Croyez au constant sou- 
venir de 

Votre amie dévouée 

Un jeune homme qui écrit à un vieil- 
lard, à une dame ou à un supérieur : Je 
• suis avec considération^ ne réfléchit pas ; 
celui qui écrit : avec la considération la plus 
distinguée^ réflécjiit encore moins, à la bé- 
vue qu'il commet. Un vieillard, une 
dame, un supérieur peuvent fort bien se 
passer de la considération d'un jeune 
homme. 



114 



LA VRAIE POLITESSE. 



Uu supérieur qui écrit à un inférieur 
ne doit pas se servir de cette formule : 
Je suis avec la plus parfaite considération et 
la plus haute estime, Cest de la condes- 
cendance hors de saison, qui dénote chez 
son auteur un défaut de jugement. - 

Pour les personnages d'an rang élevé, 
la suscription se coupe en deux parties ; 
exemple: . 

Tai rhonneur (Vétre^ avec k plus profond 
respecty 

. Monseigneur 

Votre très-humble et très-obéissant serviteur. 
On peut encore mettre ceci : r 

fai rhonneur d^étre, avec le plus profond 
respect, ', '' 

De Votre Gra^ndeur (ou De Votre 
Excellence) , 

le très-humble et très-ohéissant serviteur. 

Toute lettre cérémonieuse ne doit pas 
avoir de Post Scriptum, 

Vous ne pouvez charger d'une commis- 
sion pour un tiers que les personnes avec 
lesquelles vous êtes intimement lié. Il 
serait fort incivil d'écrire à votre supé- 
rieur ou à toute autre personne dont la 
position sociale est plus élevée que la 



ET LE BON TON. 



115 



vôtre : Veuillez bien vous charger ^Monsieur ^ 
le DuCycTassurer de mes respects Monsieur, etc. 

En résumé, le respect, Vo/fcction et l'a- 
mitié doivent fournir le fond de toutes les 
suscriptions: le respect pour les supérieurs, 
les vieiHards, les dames et les parents 
les plus proches; Ya/fectiou pour les pa- 
rents les moins proches, les pères aux en- 
fants, etc., Vamitié pour les amis et les 
camarades. 

Aujourd'hui les lettres sont envoyces 
sous enveloppe. Avant de mettre l'a- 
dresse, remarquez que la partie de l'en- 
veloppe qui se replie sur l'autre doit for- 
mer le revers du haut et non du bas de 
l'adresse. On se sert aussi aujourd'hui 
d'enveloppes qui s'ouvrent par une des 
extrémités ; la remarque qu'on vient de 
faire ne peut s'appliquer h ce genre d'en- 
veloppes. ^ 

Quant à la manière d'adresser les let- 
tres, voici les règles que l'on doit suivre : 

QîH'lques-uns essaient d'introduire ici 
l'usage que l'on observe eu France, d'é- 
crire deux fois le mot Monsieur : nous ne 
voyons aucun apropos à cette répétition. 
On peut donc, en demeurant parfaitement 



116 



LA VRAIE POLITE88E 



poli, écrire simplement, non au haut de 
Tenveloppe, mais vers le milieu, Monsieur^ 
et, à la suite, le nom de la personne à 
qui on écrit ; sur une seconde ligne à 
droite vous mettez sa qualité ; sur une 
troisième ligne le numéro de la demeure 
et le nom de la rue ; enfin sur la quatri- 
ème, au milieu^ le nom de la ville. Ex- 
emple : * 

Monsieur Joseph Moncey, 

Libraire 
57, Rue St. Victor, 
Joliette. 

Nous ferons remarquer que le titre dV- 
cuier^ si commun parmi nous, exclut celui 
de Monsieur y et qu'il s'écrit à la suite du 
nom. 

Il y a des titres qui s'écrivent avant le 
nom, par exemple : 

L'Honorable Pierre * * * * 
Sir John ******* 
Monsieur le Marquis de * * * 

Les lettres de faire part, pour mariage 
ou enterrement, sont toujours rédigées à 
la troisième personne, et écrites au nom 
seulement des plus proches parents. 



de 



CHAPITRE DIXIEME. 



DBS CÉRÉMONIES DE I/ÉTAT CIVÎL. 



DU BAPTEME. 



A moins d'avoir de légitimes raisons 
de refuser, on doit accepter Tinvitation 
qui nous est faite d'être parrain (ou mar- 
raine). C'est un service que l'on doit 
rendre de bonne grâce. 

Il est vrai que l'usage qui s'introduit 
d'offrir, dans cette circonstance, des ca- 
deaux sans nombre, et que la vanité croit 
ne devoir jamais être d'une trop grande 
valeur, menace de faire de l'ofiiice de par- 
rain une véritable charge, et encore uiie 
charge bien lourde. Espérons que l'ex- 
emple des gens sensés, qui évitent de 
donner dans ces extravagances, prévau 



118 



LA VRAIE POLITESSE 



dra, et fera rentrer les choses dans 
Tordre. • 

C*est un manque de convenance pour 
un père et une mère de demander, pour 
être parrain ou marraine de leur enfant? 
des personnes qui sont d*une condition 
bien plus élevée que la leur. Sans doute 
que l'honneur de tenir un enfant sur les 
fonds du baptême n'est au-dessous d'au- 
cune position sociale, quelque élevée 
qu'elle soit; mais il ne suit pas de là 
qu'on puisse s'autoriser de cette circons- 
tance, où l'on se trouve d'avoir besoin 
à\\n parrain et d'une marraine, pour se 
mettre en rapport avec des personnes 
d'une toute autre condition que la sienne* 
Au reste on ne doit demander pour cette 
fonction que des personnes que Ton sait 
devoir s'y prêter de bon gré. La politesse 
consiste, ne le perdons pas de vue, à ne 
contrarier personne. 

Au jour et à l'heure fixés pour le 
baptême, le parrain se présente chez la 
marraine qu'il conduit chez le père de 
l'enfant. L'usage, auquel il ne saurait à 
aucun titre se soustraire, exige qu'il lui 
offre en cadeau cinq ou six paires de 
gants. 



ET LE BON TON. 



119 



En se rendant à l'églis^ le parrain et 
la marraine occupent la première voiture: 
la sage-femme et l'enfant viennent à la 
suite, puis le père avec les membres de 
la famille qui doivent assiste?' au bap- 
tême. Assez souvent le père occupe la 
même voiture que Tenfant. . 
• Ici, au pays, où les mendiants ne sont 
pas très nombreux, le parrain, après la 
cérémonie, n*est pas exposé à être assiégé 
par une foule d'individus qui attendent 
chacun une offrande plus ou moins con- 
sidérable. Il paie le bedeau pour faire 
sonner les cloches, et s'en tient à cela. On 
n'attend rien plus de lui. Cependant on 
a vu, quelquefois, certains personnages 
très riches offrir au prêtre qui avait bap- 
tisé Tenfant quelques pièces d'or ; mais 
ce n'est-là qu'une exception. 

Le parrain,quelques jours après le bap- 
tême, doit une visite à la marraine: l'un ei 
l'autre doivent aussi aller rendre visite à 
la mère de l'enfant. 



DU MARIAGE. 



Le garçon d'honneur va chercher chez 
elle sa fille d'honneur et la conduit chez 
la fiancée. 



lïT 



120 



LA VRAIE POLITESSE 



Oii se rend à Téglise dans l'ordre sui- 
vant : la fiancée accompagnée de son 
père, le garçon et la fille d'honneur. (Il 
peut y avoir plus d'un garçon et d'une 
fille d'honneur ; ) le futur marié, accom- 
pagné de son père et les invités à la 
noce. ^ ,. 

La fiancée est conduite au pied de l'au- • 
tel par son père. 

C'est à la balustreque s'accomplit, dans 
le pays, la cérémonie du mariage. Quand 
le prêtre s'avance pour procéder à cette 
cérémonie, les époux doivent déjà y être 
placés, le mari à gauche du prêtre, l'é- 
pouse à droite. Celle-ci a à son côté sa 
fille d'honneur, l'époux son garçon d'hon 
neur. Tous se tiennent à genoux. Pen- 
dant la sainte messe on suit l'usage pour 
se tenir à genoux ou assis. 

Après la cérémonie, le mari conduit sa 
femme à la sacristie pour signer l'acte «le 
mariage ; puis la noce s'en retourne dans 
l'ordre suivant : les époux, les garçons et 
filles d'honneur, les pères et mère des 
époux, puis les parents et invités. 

Les noces sont du temps passé, et on 
doit en bénir le ciel. Il n'y a plus que 
quelques gens du peuple qui y tiennent 



ET LE BON TON. 



m 



encore. Il est certain que ces longs di- 
vertissements étaient la ruine des pauvres, 
et une source féconde d'immoralité chez 
les riches comme chez les pauvres. 

Aujourd'hui, après la célébration du 
mariage, on déjeune en famille, et il est 
devenu tout à fait fashionable que les 
époux partent aussitôt pour une excursion 
de quelques jours 

Au repas de noces, le maître de la mai- 
son occupe le milieu de la table ; il a à sa 
droite la mariée et à sa gauche le marié ; 
puis viennent, de chaque côté, les gar- 
çons et filles d'honneur. La maîtresse de 
la maison prend place devant lui, et elle a 
à ses côtés les proches parents des époux. 

Les nouveaux mai-iés pourraient encore 
très convenablement être placés en face 
du maître de la maison. 

S'il y avait bal dans la soirée, ce qui 
est un hors d'œuvre, ce serait à la mariée 
à l'ouvrir avec son mari, ou avec le per- 
sonnage le plus distingué de la réunion. 

Les invités à la noce, qu'ils aient ac- 
cepté ou non l'invitation, sont tenus d'of- 
frir un cadeau à la future, la veille de 
son mariage. Ils doivent aussi faire vi- 
site aux nouveaux mariés après que ceux- 



m 



LA VRAIE POLITESSE 



, ci ont paru en public, par exemple après 
qu'ils ont été vws à l'église. On sait par 
là qu'ils reçoivent. 

Les mariés doivent rendre les visites 
qu'ils ont reçues à l'occasion de leur ma- 
riage, mais ils ne sont pas tenus de re- 
mettre celles des jeunes messieurs non 
mariés. 

DE l'enterrement. 

11 ne doit pas être nécessaire de rappe- 
ler que Ton ne saurait, sans manquer 
gravement aux convenances, se dispenser 
d'assister à un enterrement auquel on 
aurait été invité par lettre spéciale. 

La toilette doit être sévère. En atten- 
dant, dans la maison du défunt, que le 
convoi se mette en marche, gardez, sans 
affectation, le silence, ou, si vous conver- 
sez, que ce soit à voix basse et avec un 
maintien sérieux. 

Vous devez vous observer tout autant 
en suivant le corbillard, et éviter toute 
conversation. 

Dans l'église, pendant l'oflice, confor- 
mez-vous à toutes les cérémonies du 
culte. 



ET LE BON TON. 



123 



après 

it par 

visites 
r ma- 
ie re- 
s noii 



rappe- 
inquer 
penser 
lel on 



Si le défunt est un parent, il va sans 
dire que vous devez accompagner la dé- 
pouille jusqu'au cimetière. Il doit en 
être aussi de môme quand le défunt est 
un anii, un supérieur ; quand on veut 
donner à sa famille un témoignage de 
sympathie et de l'intérêt qu'on lui porte. 

Après l'enterrement, les amis doivent 
une visite de condoléance à la famille. 
Inutile de rappeler ici que la toilette et la 
conversation doivent être en rapport avec 
la circonstance. 



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SUPPLEMENT. 



I 



La politesse exige que Ton parle le 
moins possible de soi ; que Ton ne fasse 
jamais allusion aux bonnes qualités que 
l'on croit posséder, aux œuvres louables 
que Ton a accomplies. 

Il ne convient même pas d'entretenir 
les autres des maux que Ton souffre, des 
épreuves qu'on peut avoir à subir ; tout 
cela sent tf op l'égoïsme. Dans la conversa- 
tion, il faut, en quelque sorte, paraître 
s'oublier soi-même ; c'est là ce qui, aux 
yeux des gens de bonne compagnie, en 
fait le mérite et le charme. 

Cependant, que de personnes, parmi 
celles même qui prétendent avoir du sa- 
voir-vivre, qui semblent ne pouvoir en- 
tretenir leurs amis que d'elles-mêmes ! 
Quelques efforts que vous fassiez pour dé- 
tourner leur ennuyeuse conversation, 
elles ont toujours l'admirable talent de 



LA VRAIE POLITESSE 



125 



/ 



savoir la ramener à leur sujet cnéri. A 
propos de tout, elles trouvent moyen de 
se mettre en scène ; de se donner pour 
exemple ; de rappeler ce qu'elles ont dit 
ou fait dans telle ou telle circonstance. 

Cette manie de parler sans cesse de soi 
est l'indice le moins équivoque d'une très 
mauvaise éducation. • 

Quand on appartient à une famille mar- 
quante; que quelques-uns de ses mem- 
bres occupent des positions élevées dans 
la société, se distinguent par leur savoir, 
leurs talents, il ne convient pas de paraître 
en tirer gloire, d'en trop parler. Il ne 
vous appartient pas de faire ressortir le 
mérite, les belles qualités de votre fa- 
i mille ; car, comiçe il n'est guère probable 
que vous renonciez à avoir votre part de 
ces belles qualités, il est évident pour 
tous qu'en parlant ainsi vous faites votre 
propre éloge. 

Il ne faut pas, non plus, faire allusion 
aux richesses que Ton possède, si ce n'est 
avec beaucoup de réserve et de délicatesse. 
Ce défaut est commun chez les parvenus 
qui n'ont pas eu l'avantage de recevoir 
une bonne éducation. Pour eux, tout se 
mesure à la bourse ; l'homme qui n'a pas 



lii 






: 



i 



1 1 



126 



LA VRAIE POLITESSE. 



d*écus, quelque soit d'ailleurs ses qualités, 
n'a qu'une bien petite valeur à leurs 
yeux. 

Il n'est pas besoin de dire que cette 
classe, dont Targent fait tout le mérite, 
ne saurait avoir sa place dans la bonne 
compagnie. ^ 



*<>'i 



II 



r^^, 



'est une grave impolitesse que de 
rendre les personnes avec qui on est en, 
rapport victimes de sa mauvaise humeur.) 
Cette mauvaise humeur peut procéder de 
diverses causes, maladie du corps, mau- 
vaise disposition de l'esprit, mauvais état 
de la conscience : mais toutes ces causes 
sont indépendantes deS personnes aveci 
qui vous vivez ; la plupart dépendent de 
vous ; pourquoi donc vous en prendre aux 
autres? pourquoi porter le trouble et la 
tristesse au milieu de gens qui ont à cœur 
de vivre en paix? 

, Vous êtes malade, le sang vous fatigue, 
vos nerfs sont d'une irritabilité extrême ; 
à qui la faute? Vous ne voulez pas vous 
en prendre à Dieu, c'est bien le moins. 
Mais alors pourquoi vous venger sur le 



ET LE BON TON. 



1)1 



prochain ? pourquoi trouver u.'dl loul ce 
qu'il dit, tout ce qu'il fait? 

Votre esprit est malade, vous êtes mi- 
santhrope, vous trouvez que tout va mal 
dans le monde, qu'il n'y a que vous de 
parfait; mais alors vous devez vous reti- 
rer de la société, vivre dans une solitude 
absolfe, et ne pas empoisonner la vie 
chez les autres. 

Dans une compagnie, une personne dit 
une parole tout à fait inofFensive, qui 
trouve fort bien sa place ; mais vous, dans 
votre pauvre cerveau malade, vous jugez 
cette parole déplacée, elle vous déplait ; 
tout de suite, le sang vous monte au vi- 
sage, vous devenez taciturne, sombre ; ou 
bien, vous répliquez amèrement, vous 
mettez tout le monde mal à l'aise ; évi- 
demment ce n'est pas cette parole inof" 
fensive qui est déplacée, c'est vous qui 
n'êtes pas à votre place, c'est vous qui ne 
devriez pas être admis en compagnie. 

Et remarquez que vous n'êtes pas aussi 
excusable que quelques personnes vou- 
draient le faire croire. Il y a dans votre 
conduite un manque de bon sens qui ne 
dépend pas sans doute de vous ; mais il y 



128 



Lk VRAIE POLITESSE 



a de plus an défaut de vertu qui vous est 
imputable. 

Il y a des personnes qui ont un carac- 
tère tellement bizarre, qu'elles ne peuvent 
pas s'endurer elles-mêmes ; rien d'éton- 
nant qu'elles ne puissent pas endurer les 
autres. On leur pardonnerait d'être en 
guerre avec elles-mêmes, si seiAment 
elles voulaient laisser les autres en paix. 
Mais non, en proie à une humeur cha- 
grine qui ne les quitte presque pas, elles 
se mêlent de tout, des choses qui leur 
sont le plus étrangères, afin de semer 
partout le trouble et la division. Evidem- 
ment ces personnes sont à charge à la so- 
ciété. 

Comme c'est moins un traité de moral 
que nous faisons ici qu'un petit travail 
sur la politesse et la civilité, nous ferons 
remarquer à ces personnes que, si elles 
n'ont pas assez de religion et de vertu 
pour dominer leur caractère, elles de- 
vraient, pour ne pas compromettre leur 
réputation de personnes bien élevées, se 
retirer le plus possible de la société ; du 
moins quand elles s'aperçoivent que leur 
humeur devient plus maussade. 






ET LE BON TON. 



129 



III 

C'est manquer à la bienséance qae 
d'engager des discussions en compagnie, 
et encore plus de soutenir opiniâtrement 
son opinion. Le salon n'est pas une as- 
semblée délibérante, et le bon ton exige 
qu'on en bannisse toute discussion. 

Si quelqu'un, en compagnie, s'oublie 
j'isqu'à avancer quelque proposition qui 
doit être condamnée, contentez-vous d'un 
mot pour faire voir qu'on ne peut ad- 
mettre une telle proposition. Si votre in- 
terlocuteur insiste, éludez adroitement la 
question, et les personnes bien élevées 
comprendront de suite que vous tenez à 
la bienséance, et que vous ne voulez pas 
engager de discussion. 

Au reste, que résulte-t-il de ces discus- 
sions en compagnie? quels intérêts est-on 
appelé à défendre dans ces réunions qui 
ont un tout autre objet ? quel triomphe 
va-t-on assurer à la vérité ? Le seul résul- 
tat est de troubler l'harmonie et la paix 
entre amis qui se réunissent pour passer 
agréablement quelques quarts-d'heures. 

Gardons-nous de Tesprit de contradic- 
tions; rien de plus propre à fausser le 



130 



LA VRAIE POLITESSE 



I 



jugement et à faire commettre, à chaque 
instant, contré la bienséance, des fautes 
qui couvrent leurs auteurs d'humiliations 
aux yeux des gens bien élevés. 

IV 

•* Le tact^ dit Bourgean, dans son traité 
des usages du monde, ne s'acquiert pas par 
Tétude ; la fréquentation de la bonne 
compagnie ne peut que développer celui 
qu'on a : pour avoir du tact, il faut avoir 
de l'esprit et du jugement; aussi voilà 
pourquoi les sots en manqueront tou- 
jours." 

Ces paroles, d'une incontestable vérité, 
sont désespérantes pour ceux qui man- 
quent de tact. Et comment venir en aide 
à cette classe d'hommes digne, en quel- 
que sorte, de pitié. Pour cela, il faudrait 
avant tout, faire qu'ils se connussent eux- 
mêmes ; or personne ne se connaît si peu 
que celui qui n'a pas de tact, et personne 
n'est si peu capable d'arriver à cette con- 
naissance de soi-même. Le cas est donc dé- 
sespéré ; si ce n'est pour celui qui a l'avan- 
tage d'avoir un ami sincère, dont il subit 
volontiers l'ascendant Cet ami pourra 
lui déclarer franchement ce qu'il y a de 



« 



ET LE BON TON. 



131 



défectueux chez lui, TeiigM^er à se défier 
de lui-môme, à parler peu, à ne jamais 
chercher à figurer dans los réunions, mais 
à cultiver la modestie. 

Ce n'est pas qu'on puisse ainsi donner 
du tact à celui qui en manque, on peut 
tout au plus lui faire éviter quelques 
bévues. • 

. Y 



On rencontre des gens qui veulent tou- 
jours et à propos de tout, même des choses 
les plus sérieuses, avoir le bon mot pour 
faire rire. Il va sans dire que ces faiseurs 
d'esprit ex professa manquent de tact et 
blessent à la fois presque toutes les règles 
de la bienséance. 

D*abord la bonne tenue, la modestie 
est chose inconnue d'eux ; ils ne man- 
quent jamais de rire les premiers de leurs 
saillies, lors même que les autres demeu- 
rent sérieux ; ce sont en général de grands 
parleurs, qui ne se gênent pas d'accaparer 
la conversation ; leurs discours, presque 
toujours entremêlés d'éclats de rire forcés 
que réprouve le savoir-vivre, blessent, le 
plus souvent, et le bon sens et la charité. 



132 



LA VRAIE POLITESSE 



Il arrive, smis doute que, au milieu de 
leurs efforts incessants pour faire de l'es- 
prit, il se rencontre parfois quelques sail- 
lies heureuses, mais le plus souvent leurs 
reparties ne sont que des incongruités 
qui affligent les personnes bien élevées. 

L'homme qui a du savoir-vivre, qui 
tient à la bonne éducation, agit bien dif- 
féremment. Sans doute, dit un auteur 
estimable, qu'il sourit volontiers lorsqu'il 
entend un bon mot on une saillie spiri- 
tuelle, mais il ne rit jamais d'une manière 
trop bruyante : lorsque lui-même paie son 
tribut à la société, il se garde bien de rire, 
avant ou après le trait ingénieux qu'il 
vient de lancer au milieu d'un cercle ; 
quand tout le monde applaudit, lui seul 
reste impassible et semble même reculer 
humblement devant cet unanime suffrage; 
on dirait qu'il regrette presque d'avoir de 
l'esprit, tant il y a de modestie, d'abnéga- 
tion personnelle sur sa physionimie. 



VI 



* 



L'usage, dans certains pays, demande 
que ce soit au nouvel arrivant dans un 
endroit à commencer à faire visite dans 



ET LE BON TON. 



133 



les fciiiiilles avec lesquelles il désire avoir 
des relations. Si ou ne lui rend pas sa 
visite, c'est un indice qu'on ne veut pas 
entrer en rapport iivec lui, et il n'a plus 
qu'à rester chez lui. 

Ici c'est tout le contraire : quand une 
personne va se fixer dans un endroit, ce 
n'est pas elle qui fait les premières démar- 
ches, mais ce sont les citoyens de la place, 
qui veulent entrer eu rapport avec elle, 
qui doivent aller lui faire visite. Et nous 
devons avouer qne la chose nous parait 
bien plus convenable et bien plus natu- 
relle ; quelqu'un vient se fixer au milieu 
de vous, sa qualité d'étranger est toujours 
plus ou moins délicate, il a à redouter 
l'inconvénient de s'imposer à ses nouveaux 
concitoyens ; vous le dispensez de toute 
démarche ; vous allez lui souhaiter la 
bienvenue ; c'est une attention toute cour- 
' toise. 

De môme, au retour d'un voyage, à 
rencontre de ce qui se pratique ailleurs, 
c'est à vos amis à venir vous féliciter de 
votre heureux retour. 

Il y a toutefois une exception : c'est 
quand un fonctionnaire arrive dans un 
endroit. C'est à lui naturellement à se 



/ 



134 



LA VRAIE POLITESSE 



II! 



présenter chez les chefs de son départe- 
ment. 

- VII 

L'habitude de fumer n'est pas ce qu'il 
y a de plus recommandable. Il est bien 
rare que cette habitude ne dégénère pas 
en servitude. Dans tous les cas, les fu- 
meurs ont besoin de prendre beaucoup de 
précautions s'ils ne veulent pas manquer 
aux règles de la bienséance. 

D'abord on ne doit jamais se permettre 
de fumer là où il y a des dames ; on doit 
alors s'interdire la chose, non-seulement à 
la maison, mais encore dans les voitures 
publiques, à la promenade, etc. 

Ici, et aux Etats-Unis, il y a, sur les 
chemins de fer, des chars à fumer ; il 
faut y prendre place, et ne jamais s'aviser 
de fumer ailleurs par contrebande, car 
on court le risque de se faire mettre à 
l'ordre, et d'être humilié; ce que les 
fumeurs de contrebande méritent bien. 

C'est se montrer bien esclave de la pipe 
que de quitter, en soirée, la compagnie 
des dames pour aller fumer. Outre Pin- 
çon vénient qu'il y a à agir ainsi^ on 
s'expose de plus à incommoder les dames, 



\ 



ET LE BON TON. 



135 



à son retour, par Todeur de la fumée du 
tabac dont les habits boiU imprégnés. 

Les fumeurs sont généralement grands 
cracheurs ; c'est encore une qualité qui 
n'est pas à envier. Oj', il n'^st pas néces- 
saire de dire qu'on ne doit jamais cracher 
sur les planchers, encore moins sur les 
tapis. Si Ton n'a pas de crachoirs à sa 
disposition, que Ton s'abstienne tout 
simplement de fumer. t 

Au reste, quand on a un peu de savoir- 
vivre, on ne fume que dans Tappartemeiit 
destiné aux fumeurs, et qui est toujours 
muni de l'appendice de la pipe, le crachoir. 

. Vlli 



a 



Dans une visite d'étiquette, les mes- 
sieurs ne laissent pas, comme l'usage 
l'exige dans certains endroits, leur par- 
dessus dans l'anti-chambre ; une visite ne 
dure pas assez longtemps pour qu'il vaille 
la peine de le déposer pour le reprendre 
sitôt. ^ . 

Nous croyons devoir ajouter ici quel- 
ques mots à ce que nous avons dit déjà de 
la toilette de la femme. 



136 



LA VRAIE POLITESSE 



Cette toilette doit toujours être propre 
et convenable. Une femme, qui a le 
sentiment des convenances et tant soit 
peu d'activité, évite dans sa toilette ce 
négligé qui indique la nonchalance et la 
paresse. - 

" Avant le déjeûner, dit Bourgeau que 
nous avons déjà cité, ayez une tenue con- 
venable ; S'il est possible, ne faites qu'une 
toilette par jgur. Soyez dès le déjeûner 
ce que vous devez être toute la journée, 
c'est-à-dire en état de recevoir n'importe 
quel visiteur, sans être prise au dépourvu 
et fâchée ensuite du négligé dans lequel 
vous avez été surprise : de cette façon, 
vous vous éviterez des ennuis, et aux 
visiteurs un embarras ; car un visiteur 
qui dérange, s'il a du tact, est plus con- 
trarié que la personne même qui a été 
dérangée." 

La première parure pour une femme, 
c'est la propreté : ne paraissez donc jamais 
mal peignée, cachez plutôt vos cheveux. 

La femme doit savoir que la toilette ne 
consiste pas tant dans le vêtement que 
dans une certaine manière de le porter ; 
elle doit savoir aussi que tout ce qui vise 
à l'effet* est |dej: mauvais goût. Ainsi, si 






ET LE BON TON. 



137 



ce 



tout le monde vous regarde, c'est que 
vous n'êtes pas mise convenablement, 
vous êtes trop parée ou trop recherchée : 
c'est donc à vous à consulter les regards, 
ils vous diront ce que vous êtes. 

Les femmes distinguées paraissent dans 
le monde avec toutes les élégances de la 
mode, mais sans exagération ; elles ne 
ressemblent en rien aux dames du demi- 
monde ni aux femmes de bas étage, qu'on 
reconnaît de suite, parcequ'elles visent 
aux grands effets. 

La dame du grand monde brille spécia- 
lement par cette simplicité qui a tant de 
charmes et qui niait plus que les diamants 
qu'elle met rarement. 



Quand on désire se mettre en rapport 
avec quelque personne, quelque famille, 
on doit s'y faire présenter. Quelquefois, 
certaines circonstances fortuites établis- 
sent des rapports entre les personnes ; 
mais, en dehors de ces circonstances, il 
fautrecourir à la. présentation ou introduc- 
tion^ selon l'expression reçue dans le pays. 

D'abord, comme la politesse exige qu'on 



138 



LA VRAIE POLITESSE 



ne s'impose jamais aux autres, on doit, 
avant de se faire présenter, être fondé à 
croire que la personne, avec qui on désire 
se mettre en rapport, aura la chose pour 
agréable, sans cela on devrait s'abstenir. 
La personne qui présente doit aussi avoir 
égard à la remarque que nous faisons ici. 

11 est inutile d'ajouter que la présenta- 
tion ne doit avoir lieu qu'entre personnes 
qui sont à peu près de la même condition. 

Pour cette présentation, il suffit de dire 
en abordant la personne à qui vous pré- 
sentez votre ami ou votre connaissance : 
Monsieur ou Madame, faî l^ honneur de vous 
jjresenter Monsieur ou Madame, etc.^ etc. 

Dans une réunion de quelques person- 
nes, quand une circonstance fortuite 
amène un étranger, la bienséance exige 
que celui qui le connaît ne le laisse pas 
dans l'embarras, mais qu'il le présente à 
la compagnie. En Angleterre on est très 
particulier sur ce point, et d'une extrême 
prévenance pour faire cette présentation. 
Et certainement que cela est tout à la 
gloire de la politesse' anglaise, et con- 
traste fort avec la manière dont ailleurs 
on laisse une personne, quelquefois fort 



ET LE BON TON. 



139 



lecoaunandable, dans une très-genante 
position. 

On conçoit que, dans les grandes as- 
semblées, il serait ennuyeux et déplacé 
d'être présenté à un si grand nombre de 
personnes, aussi il n'y est jamais question 
d'être introduit. Mais, dans tous les cer- 
cles restreints, Vintroduction est de rigueur. 

■ ' XI . 



à 



Il y a des circonstances où Ton est 
obligé de se présenter chez des personnes 
que l'on ne connait pas, ou dont on n'est 
pas connu. L'usage et la bienséance 
demandent que l'on se fasse alors précéder 
par sa carte. - • , 

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Les dames doivent toujours monter les 
escaliers les dernières, et les descendre 
les preraièr£is 



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Nous tëi|mi.tiei'ôiii5. ]^aT .«une; 'ï-qmar^jue 
très importante, c'est que 'àah s lés réu- 
nions, soirées, etc., les jeunes gens ne 
doivent pas perdre de vue toule la poli- 



140 



LA. VRAIE POLITESSE 



tesse, toute la courtoisie qu'ils doivent 
avoir pour les dames mariées. Les jeunes 
gens bien élevés ne manquent jamais, 
dans ces circonstances, de faire tous leurs 
efforts pour se rendre aimables indistinc- 
tement à tout le monde. Mais, si quelques 
dames méritent plus particulièrement 
leurs attentions, ce sont bien certainement 
celles de la maison où ils sont reçus. Que 
dire donc de jeunes gens qui reçoivent 
une gracieuse invitation dans une famille, 
où Ton met tout en œuvre pour leur faire 
passer une agréable soirée, et qui dai- 
gnent à peine adresser la parole aux 
dames de la maison ! 

Il est aussi inconvenant pour les jeunes 
gens de se séquestrer dans un corridor 
ou dans une chambre, pendant la soirée, 
et de laisser les dames seules. 

Il est certain que, sous ce rapport, il y 
aurait quelque réforme à opérer parmi 



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TABLE DES MATIERES. 

Page. 
Introduction, , .., 5 

■■""". " - * ■■■...■-■_ ii- -, 

CHAPITRE I. 
De la Politesse et du Bon Ton........ 11 

CHAPITRE II. 

De la Politesse dans la Famille, 18 

De la Politesse des époux entre 

eux, 22 

De la Politesse des enfants envers 

leurs parents 24 

Delà conduite des parents envers 

leurs enfants 28 

CHAPITRE III. 

Politesse dans les Collèges, Pension- 
nats, etc * 32 



142 TABLE DES MÂtlÈRES. 

4 

CHAPITRE IV. 
Bienséance A l'Eglise 40 

CHAPITRE V. 

Politesse dans les Visites : 

De la Toilette 46 

Des Visites 49 

De la Conversation 58 

CHAPITRE VI 

De LA Politesse a Table 68 

CHAPITRÉ VII. 

Politesse dans les Soirées 76 

CHAPITRE VIU. 

Promenades, Voyages, Séjours a la 
Campagne : 

Promenades en Voiture 87 

Promenades à Pied 88 

Voyages , 91 

Séjours à la campagne 96 

Chez le Marchand 101 



46 

49 
58 



68 



TABLB DES MATifiRES. US 

CHAPITRE IX. 
De LA Politesse Epistolaire 105 

CHAPITRE X. 

Des Cérémonies de i/État Civil : 

Du Baptême 117 

Du Mariage 119 

De rEnterrement 122 

Supplément 124 



76 



-— Il II ^<«i .np_ —- - 



ERRATUM. 

Page 52, ligne 12, au lieu de on ne présente 
jamais, lisez : on ne présente pas 



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ne présente