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Full text of "Mémoires philosophiques, historiques, physiques [microforme] : concernant la découverte de l'Amérique, ses anciens habitans, leurs moeurs, leurs usages, leur connexion avec les nouveaux habitans, leur religion ancienne & moderne, les produits des trois règnes de la nature, & en particulier les mines, leur exploitation, leur immense produit ignoré jusqu'ici"




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




1.0 



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Photographie 

Sdenœs 

Corporation 




23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N. Y. US80 

(716) 872-4503 






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CIHM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CIHIVI/ICMH 
Collection de 
microfiches. 




Canadien Institute for Historical Microreproductions / institut canadien de microreproductions historiques 





Technical and Bibliographie Notes/Notes techniques et bibliographiques 



The instituts has attempted to obtain the best 
original copy avaiiabie for fiiming. Features of this 
copy which may be bibliographicaiiy unique, 
wliich may aiter any of the images in the 
reproduction, or which may significantly change 
the usual method of fiiming, are checiced beiow. 



D 



D 



D 
D 



D 



D 



Coioured covers/ 
Couverture de couleur 



I I Covers damaged/ 



Couverture endommagée 

Covers restored and/or laminated/ 
Couverture restaurée et/ou pelliculée 



I I Cover title missing/ 



Le titre de couverture manque 

Coioured maps/ 

Cartes géographiques en couleur 

Coioured ink (Le. other than biue or biacit)/ 
Encre de couleur (Le. autre que bleue ou noire) 

Coioured plates and/or illustrations/ 
Planches et/ou illustrations en couleur 



Sound with other matériel/ 
Relié avec d'autres documents 

Tight binding may cause shadows or distortion 
along interior margin/ 

La re Hure serrée peut causer de l'ombre ou de la 
distortion le long de la marge intérieure 

Blank leaves added during restoration may 
appear within the text. Whenever possible, thèse 
hâve been omitted from fiiming/ 
Il se peut que certaines pages blanches ajoutées 
lors d'une restauration apparaissent dans le texte, 
mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont 
pas été filmées. 

Additional commenta:/ 
Commentaires supplémentaires: 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire 
qu'il lui a été possible de se procurer. Les détails 
de cet exemplaire qui sont peut-être uniques du 
point de vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une imag» raproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dans la méthode normale de filmage 
sont indiqués ci-dessous. 



I Coioured pages/ 



D 
D 

D 




n 



Pages de couleur 

Pages damaged/ 
Pages endommagées 

Pages restored and/or laminated/ 
Pages restaurées et/ou pelliculées 

Pages discoloured, stained or foxed/ 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 

Pages detached/ 
Pages détachées 

Showthrough/ 
Transparence 



I I Quality of print varies/ 



Qualité inégale de l'impression 

Includes supplementary matériel/ 
Comprend du matériel supplémentaire 

Only édition avaiiabie/ 
Seule édition disponible 



Pages wholly or partially obscured by errata 
slips, tissues. etc.. hâve been refilmed to 
ensure the best possible image/ 
Les pages totalement ou partiellement 
obscurcies par un feuillet d'errata, une pelure, 
etc., ont été filmées à nouveau de façon à 
obtenir la meilleure image possible. 



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This item is fllmed at the réduction ratio checked below/ 

Ce document est filmé au taux de réduction indiqué ci-dessous. 



10X 








14X 








18X 








22X 








2IX 








30X 
























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12X 



16X 



20X 



24X 



28X 



32X 



The copy filmed hare has baan raproducad thanks 
to tha ganerosity of : 

Library of tha Public 
Archivas of Canada 

Tha imagas appaaring hara ara tha bast quailty 
possibla considaring tha condition and lagibility 
of tha original copy and in kaaping with tha 
filming contract spacifications. 



Original copias in printad papar covars ara filmad 
baginning with tha front covar and anding on 
tha last paga with a printad or illustratad impras- 
sion. or tha back covar whan appropriata. AH 
other original copias ara filmad baginning on tha 
first paga with a printad or illustratad impras- 
sion. and anding on tha last paga with a printad 
or illustratad impression. 



The last racorded frame on each microfiche 
shall contain tha symbol — ^> (maaning "CON- 
TINUED"). or tha symbol V (maaning "END"), 
whichaver applias. 

IVIaps. plates, charte, etc., may be filmed at 
différent réduction ratios. Those too large to be 
entirely included in one exposure are filmed 
beginning in the upper left hand corner, left to 
right and top to bottom, as many frames as 
required. The following diagrams illustrate the 
method: 



L'exemplaire filmé fut reproduit grAce à la 
générosité de: 

La bibliothèque des Archives 
publiques du Canada 

Les images suivantes ont été reproduites avec le 
plus grand soin, compte tenu de ia condition et 
de la netteté de l'exemplaire filmé, et en 
conformité avec les conditions du contrat de 
filmage. 

Les exemplaires originaux dont la couverture en 
papier est imprimée sont filmés en commençant 
par la premier plat et en terminant soit par la 
dernière page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration, soit par la second 
plat, selon le cas. Tous les autres exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration et en terminant par 
la dernière page qui comporte une telle 
empreinte. 

Un des symboles suivants apparaîtra sur la 
dernière image de chaque microfiche, selon le 
cas: le symbole — ► signifie "A SUIVRE ", le 
symbole V signifie "FIN". 

Les cartes, planches, tableaux, etc., peuvent être 
filmés à des taux de réduction différents. 
Lorsque le document est trop grand pour être 
reproduit en un seul cliché, il est filmé A partir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche è droite, 
et de haut en bas. en prenant la nombre 
d'images nécessaire. Les diagrammes suivants 
illustrent la méthode. 



1 2 3 




32X 



1 


2 


3 


4 


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MEMOIRES 

PHILOSOPHIQUES. 

HISTORIQUES, PHYSIQUES', 

Concernant la découverte de rAmérique, fes 
anciens Habicans^ leurs mœurs, leurs ufages, 
leur connexion avec les nouveaux Habicans » 
leur religion ancienne & moderne , les produits 
ÀQS trois règnes de la Nature, & en particulier* 
les mines , leur exploitation , leur immenfe 
produit 'gnoré jufqu'ici ^ 






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>.*«^>r- 



Par Don ULLOA, 



► V 



Lieutenant- Général des Armées navales de VEf- 
pagne^ Commandant au Pérou ^ de l'Académie 
Royale de Madrid _, de Stockolm , de Berlin ^ 
de la Société Royale de Londres y &c» _, , ^^ 

Avec des Obrervations & Additions fur toutes les matièr^ ^ 
dont il eft parlé dans l'Ouvrage. 

Traduit ?AR M, *** 

TOME PREMIER. 
I. i 



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A P A R 1 Sy 

Chez Buisson, Libraire , Hôtel de Mergrigny» ^ 
rue des Poitevins, N'. rj. 



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787. 



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PRÉFACE. 



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Ous devons quelques lignes d*Aver- 
tifïcment au Lecteur fur la traduction de 
cet Ouvrage , &C les notes qui l'accompa- 
gnent. Nous n'ignorions pas, avant de le 
traduire, qu'il en exi{loitdeuxTradu£tions 
Françoifes manufcrites, plus ou moins 
complettes ; mais nous favions aufll que 
les difficultés de rcntrcprife avoient arrêté 
ces Interprêtes en nombre de détails. De 
l'aveu même des Efpagnols, le texte de 

D. Ulloft cft CtCr^T rliflRrilf» à rulvrf? , OU, 

pour mieux dire, il fe laiflè plus fouvent 
deviner qu'il ne s'explique , parce qu'il 
fuppofe par- tout des Lecteurs déjà inf- 
truits. Malgré ces difficultés, nous avons 
cru devoir procurer au Public la le£lure 
de cet Ouvrage , dans lequel on trouve , 
outre le réfumé du Voyage de l'Auteur, 
nombre de fujets nouveaux, que llntérêc 
national, dit-on, lui avoit fait fupprimer. 
Mais nous n'avons pu appercevoir ces 

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iV PRÉFACE. 

rAlfons d'intérêt. Seroit-ce rarticle très- 
circonftancié qu'il préfente ici fur Tex- 
ploitation des mines du Pérou, & leurs 
inimenfes produits ? Mais plus une Na- 
tion fait connoître fes reiïburces, plus 
elle mérite de confiance de la part de 
celles avec lefquelles elle eft à portée de 
trafiquer. 

Les extraits que les Journaux Anglois 
ont préfente de cet Ouvrage , n*en ont 
que trop fait fentir .l'importance à l'An- 
gleterre; & c'eft depuis la ledure de ces 
extraits que le Gouvernement Anglois 
a tourné ^cs vues du côté du Pérou. 
L'Allemagne jouit aufïî de la le£ture de 
ces Mémoires dans la tradudlion qu'en a 
donné depuis peu M. Dicz , Profeffeur 
d'Hiftoire à Goctingue. Cette Verfion 
Allemande eft devenue d'autant plus in- 
tér<?fïante , qu'elle eft accompagnée àçs 
Obfervations d'un homme très-inftruit; 
Obfcrvations qui font prefque plus con- 
fia érables que le Texte : nous nous fom- 
nics procurés cette Verfion ôc les Notes, 



^ 



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PRÉFACE. V 

dont ncHis avons eu connoiflTance, lorfquc 
notre travail étoit déjà fort avancé. 

Nous avons vu avec plaifir que TExem- 
plaire Efpagnol que nous avions, étoit 
infiniment plus cxa6"b que ccluide M. Dicz, 
fur- tout dans les nombres : quoique le 
fien ait été corrigé à la main comme les 
autres, il paroît qu*on l'avoit fait avec 
peu de foin. Quant aux Obfcrvations ôC 
aux Additions de l'Edition Allemande ,' 
nous avons lieu de croire qu'elles ont été 
imprimées telles que l'Auteur les avoit 
précipitamment jettées fur le papier pen- 
dant le cours de Timpreffion du Texte; 
voilà pourquoi tout y cft fans fuite & fans 
ordre, ce qui nous a donné allez d'embar- 
ras. Nous avons donc fëparé les trois règnes 
comme ils dévoient l'être, relevant même 
ça & là quelques erreurs dans lefquelles 
& TAuteur & fes Interprêtes étoicnt 
tombés. La partie des mines fe trouve 
très - éclaircie par les détails que nous 
avons été obligés de joindre à ceux de 
l'Edition Allemande , afin d'en lier les 






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II 



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vj PRÉFACE. 

ciifFërcns articles préfentés fans cohé- 
rence, ou plutôt avec une très- grande 
confufion. 

Quant h la partie purement hiftoriqu?, 
aux ufagcs , aux mœurs, à la reigion 
des anciens Habitans dis Coionics tf- 
pagnolcs, nous n'avons rien négligé de 
ce qui pouvoir jetrer un nouveau jour 
fur ces difFérens articles ; nous avons tâ- 
ché de montrer que les ufagcs de as con* 
trées éloignées fe rapprochoient de ceux 
des nôtres, &: que l'Amérique avoir été 
peuplée beaucoup plus ancicrnemcnt que 
le célèbre de BuiTon & d'autres l'ont pré- 
tendu. Quant à l'Auteur des Notes, nous 
avons cru devoir nous en rapporter k Ces 
citations, n'ayant pas letems de collation- 
ncr fes Originaux : mais nous n'en avons 
pas moins confulté en nombre d'endroits 
les premiers Voyageurs 6c les plus nou- 
veaux, fur- tout ceux qui fc font occupés 
des diflérenccs branches de l'Hiftoire Na- 
turelle. Nous avons fupprimé quelques 
articles des Notes Allemandes, parce qiie 




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PRÉFACE. vîj 

VAuteur ne nous y préfcntoic rien d'inf- 
truîflif. Ce qu'il dit, par exemple , fur 
la Langue du Pérou eft fort inutile ; nous 
en fa vons plus que lui à cet égard , & 
cependant nous avons gardé le filence. 
Lorfqu'il s'agit de comparer les Langues, 
il faut favoir les parler, ou au moins être 
en état de lire les Ouvrages écrits dans ces 
Langues ; autrement on ne fait qu'accu- 
muler erreur fur erreur, comme l'a fait 
un Ecrivain qui a de la célébrité , & qui 
n'a jamais connu les mots que dans les 
Dictionnaires. 

Nous confeillonsau Le£beurqui entend 
l'Allemand & l'Italien, de joindre à la 
lecture de cet Ouvrage -ci celui que 
M. Reinhold Forfter a écrit fur les dé- 
couvertes faites dans le Nord par les 
Anciens, & les Lettres du Comte Carlo 
Carli fur l' Amérique; il verra dans ces 
deux Ecrivains que les Antilles & le Nord 
de l'Amérique n'étoient pas un problême 
long-tems avant Colomb. Le monument 



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vîîj PRÉFACE. 

publié en Anglois par M. Ovcn (i) lui 
prouvera auiïî la vérité des Voyages de 
Madoc, Princede Galles, en Amérique, 
au douzième fiècle, & confirmera ce que 
M. Filfon a avancé ( i ) comme une con- 
jcdlure fur Texiftcnce de la Colonie Gal- 
loife que la Reine Elifabeth avoir fait 
chercher, & dont le célèbre Cook a vu 
un démembrement. Nous ne dirons rien 
des Lettres de Paw fur l'Amérique; c*efl: 
un tifTu d'erreurs & de menfonges. ^ 
Nous fînifTbns , en afTurant au Le£lcur 
que la phyfique , le commerce , trouveront 
beaucoup ^ jraojnrr à la le£turc de cet 
Ouvrage-ci; car on y verra une mafle 
affez confiderable de faits importans 
réunis , & qu'on chercheroit en vain dans 
nombre de volumes , qn'il n*eft pas donné 
atout le monde de le procurer. ' '' - 






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( I )CoHe€lwndeMomiimeos-Bi;et9nsvIci, T,'//,.^. 474, 
(1) Dans l^Hï^uc'.àQ^JC^rafike, chez BiuiToii. ... „ ; 



MÉMOIRES 



.-UJU. 



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MÉMOIRES 

PHILOSOPHIQUES, 

HISTORIQUES , PHYSIQUES. 
DISCOURS PREMIER. 

Des différentes pojlùons des Terreins fur la furfacc 
du GM'c y f,ffets qui en rejuUent dans les tem- 
pératures & les produits, 

J_j A Nature eft admirable dans fes ouvrages ; 
mais ce merveilleux qui nous frappe en géné- 
ral, fe Elit fur-tout appercevoir dans l'ordre avec 
lequel elle a diftribué les différens terreins qui 
couvrent la furface du Globe , fuppléant par une 
extrême variété , aux avantages qu'elle n'a pu 
leur accorder à tous également dans le local 
qu'elle leur a aflîgné. Par ce moyen elle a (i gé- 
néralement réparti fes précieux avantages , qu'en 
s'efForçant , pour-ainû-dire , de montrer toute fa 
. Tome I, * A 



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1 " Discours 

icconditc dans les cèrrcins les plus fertiles, elle 
n'en a pas moins montré fes merveilles dans 
ceux qu'elle fembloit avoir peu favorifés : tan- 
tôt c'eil par la fituation avantageuL' du local > 
tantôt par les circonftances accidentelles , qu'elle 
fait concourir à fon but. Accoutumes dès l'en- 
fance au pays qui nous a vus naître , nous pou- 
vons à peine comprendre dans le premier âge, 
ôc mcme plus tard , que les pays que nous ne 
connoiflons pas font diflférens de notre fol natal j 
ou que , s'ils le font , ils participent , à certain 
point , aux avantages particuliers à celui que 
nous habitons. Ces doutes font mêmes commulis 
aux g.?ns les plus inftruits & les plus curieux j à 
ceux qui fcrutent même avec la plus grande appli- 
cation les fecrcis Je lii NiULiiu liane la Spéculation, 

C'eft une erreur inévitable & une fuite nécef- 
faire de la foiblefle & des limites de notre pé- 
nétration. Tout ce qui n'efl: que la conféquence 
du raifonnemenr , ne nous affede jamais autant 
que ce qui nous eft tranfmis par le canal des fens, 
qui font l'unique moyen de porter la lumière ôc 
la conviction dans l'ame. Il y a long-tems que 
nous fommespeifuadés que la ZoneTortide a (es 
habitans comme les autres régions du Globe ; 
mais on ne fait que depuis peu qu'il y a dans 
cette Zone de trcs-vaftes pays , où l'on éprouve 
tous les effets des Zones tempérées ou des Zones 
glaciales ^ cedont les hommes les plus inftruits ^ 



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PREMIER.; I 

les Phyfîciens confommés , n'avoient même point 
connoiflance. On n'ignoroic pas qu'il y avoir de 
très-hautes montagnes fous la Ligne , ôc dans les 
régions adjacentes j mais on ne fe doutoit mcme 
point que la denfité de l'air, étant moindre, modc- 
roit les effets des rayons du foleil , perpendiculai- 
res fur le Globe , au point de fuppléer à l'obliquité 
de CQS mêmes rayons , lorfque cet aftre eft beau- 
coup plus éloigné du Zénith ; & qu'il en réful- 
toit des neiges , du froid , des glaces , comme 
ion en voit dans les régions qui avoifinent les Pô- 
les. On concevoit aufli peu qu'il pût y avoir dts 
créatures vivantes dans des régions où l'air eft li 
confîdérablement raréfié , qu'en prenant même 
le moindre terme de la différence , il n*a pas la 
lOltlé de la denfité qu'on y rmnvp fur le refte 
le la fuperficie de la Terre , confidérée comme 
l^uflî plane que la Mer. On ne favoit pas non 
4)lus qu'il y eût; des parages où l'on éprouve con- 
■|inuellement les effets des quatre fiifbns de l'an- 
lée , fans qu'il y ait une variation fenfible dans 
la longueur des jours & des nuits. Ceux qui ha- 
)itent les régions où l'on ne fent ni trop de froid 
li trop de chaleur, pouvoient auflî peu compren- 
ne qu'il fût poflîble de réfifter à l'alternative 
tontinuelle des froids exceflifs d'un hiver rigou- 
reux , & des chaleurs extrêmes de l'été. Les uns 
[toient étonnés de l'égalité des jours & des nuits. 

Al 



1 




4 Discours 

fans cependant ignorer la caufe de ce phénomène. 
Les autres , qui favoient pareillement la caufe dt; 
l'inégalité des jours & des miits dans d'autres cli« 
mats , ne pou voient fe figurer qu'on pût vivre 
dans des pays où les nuits devenoient très-lon- 
gues , Se pafler enfuite , fans être vivement af- 
fedé , dans d'autres climats où elles devenoicnr 
plus courtes que n'étoient les jours du climat où 



on s'étoit arrêté. 



Je laifle de côté nombre d'autres phénomè- 
nes , qui ne répugnent pas moins dès l'abord à 
la raifon que l'expérience n'a point éclairée. 11 
n'appartient qu'à l'expérience de lever les doutes 
8c les contradiâions apparentes des phénomènes de 
la Nature. Toujours prévoyante & fage dans ies 
opérations , «lU ^ copAnUu Tes merveilles dans le 
monde, fans s'alTujertir aux limites de notre ehten- 
dément. Il n'y a qu'elle qui puifTe faire compren- ; 
dre aifément l'accord charmant qu'elle a mis 
dans tous fes ouvrages , diftribuant tout de ma- 
nière , que ce qui paroît rare dans telles parties 
fe montre plus communément dans d'autres. C'eft 
pourquoi toutes ces parties fe rapprochent mu- 
tuellement par les proportions des avantages , 
fans que l'une puifle porter envie à l'autre : 
ainfî les créatures vivent pareillement dans les 
unes 6c dans les autres contrées. En effet , la 
vie , cette prérogative inappréciable , accordée 



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telles parties 
'autres. C'eft 
rochent mu- 
avantages , 
e à l'autre : 
nt dans le$| 
;n effet , la 
, accordée^; 



PREMIER, I 

aux créatures douées de mouvement progredif ôc 
fpontané , n*eft pas plus avantageufc dans les 
pays ou règne un printems continuel , que dans 
celui oii l'été , l'automne & l'hiver, font les trois 
autres parties de l'année. L'homme & les animaux 
vivent par-tout , & les doux climats n*ont pas le 
privilège de rendre la vie plus longue que ceux 
où les animaux 8c l'homme ont à foutenir la 
température la plus rigoureufe , Se une vie in- 
finiment plus pénible. Les chaleurs les plus gran- 
des fotu en effet aufli naturelles pour ceux qui 
y font accoutumés , dans des climats brûlans ,' 
que le froid exceflîf l'efl pour l'habitant qui 
brave la rigueur de fon climat polaire. Quel- 
quefois la nature femble fe faire un jeu de fes 
phénomènes ,, en réuniflant dans une même région 
les CQtiipcracurcs des cUiiiai:» le» ^lus contraires 
d< les plus éloignés ; les chaleurs brûlantes de 
de la Zone torride , & le froid de la Zone gla- 
ciale. Cette circonftance efl feule fufïîfante pour 
faire difparoicre l'incompatibilité des chofes qui 
paroiffent le moins fe rapprocher : or cette réu- 
nion des extrêmes > fert à nous prouver la po(^ 
fibilité de tout le refte. En effet , Ci l'expérience 
ne le démontroit pas , on auroit peine à fe 
persuader quon vît fe réunir dans une même 
çoiicrée , la chaleur, le froid , le feu , la glace, 
hs pluies les plus abondantes , des nuées qui 

A, 



M 



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t. 



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o n I •; ( o iT n ^ 

!ic vcifciit pu une LV'iirtc ilcui ; tS: f.iiis .mtrc 
ituctv.tilo (jito I.) (lilicKiitc h.uitcur ijui en tait 
1.1 «lill.iiuc. M.iis 1,1 N.ituic , toujours fcioiulc 
en |Moilit',os , .ijMi jMi «Icsmoycns li r.u;cs ,(]ircllc 
fait U'imit tDiiN ics pliciuimCncs. 

les pays les plus (.'li»i!Mic's , (m tout les ïiulcs 
oiiitlcMU.ilcs , piérciitcm lies objet*, tic^s -tares , (&: 
<]ui an j»u;cnieiu de eeiix i]iii les eondilèrent tic 
loin , patoîttv>ieiit lîngiilièrcment oppofés les uns 
aux autres «S^ inetnes iiu royaMes , lî la Nature ne 
nowi ptouvoit elle-même la jH>llil>ilité île leurs 
rapports & île leur rappuKhement. Nous appelle- 
rons ec pays, le Aouvciia- Miaule y \HM\r \c ilif- 
tinguer îles autres parties eonnues avant qu'on 
l'eût iléiouvett. 

En ertet , quoique les parties orientales de TA- 
fie , iSc le midi de TAfriquc ayent été eoimus 
allez tard des Européens , on a cependant des 
preuves que les anciens navii;ateurs y avoicnt 
Gif quelt|ue commerce. II ctoit d'ailleurs fort 
naturel que les Nations qui fe trouvoient con- 
tic;uè's, ou réunies fur un m*nrc continent, p6- 
nétrallent plutôt ou plus tard les uu'^s chez les au- 
tres , jnfqu'aux contrées lucme les plus éloignées. 
Mais la même chofc ne p<nivoit pas arriver à re- 
gard de l'Amérique. Ce continent eft féparc de la 
partie occideiualc de l'Afrique & de l'Europe , par 
une vaftc mer. I'HC autre non lîioins étendue , 



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fans nntic 
ijui en fait 
vs réioiulc 
;cs , ijn'cllc 

lit les îiulcs 
^s- tares , & 
ilulcrciu de 
Mes les uns 
i Nature ne 
:c tic leurs 
nis appelle- 
pour le ilif- 
ivant qu'on 

aies de l'A- 
cte connus 
endant des 
y avoicnt 
illcurs fort 
oient con- 
mcnt , pe- 
lez les au- 
cloi^nccs. 
river a l c- 
:paré de h 
ropc, par 
étendue y 



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r II I M I n n. y 

la fcparc «le la partie oiienrale tle l'A lie. Mie 
n'cioit tloni pa'! avec ces parties de rancicn nu)ii- 
de , dans le nKiiic rapport où ces parties font 
cntr'elles. Aucun monument ne nous appreiul avec 
alîeE de certitude la communication (juc l'Amé- 
rique a pu avoir avec l'Ancien Moiule , (jueKjuc 
recherche qu'on ait fait tians l'antiquité la j^li^s 
reculée. Vod.l pourquoi tout ce qu'on y voit a 
un air de nouveauté ; (<»: l'on y efl: aufli étonné, 
que Cl l'on étoit réellement pallé dans un autre 
monde. (>'eft donc avec raifon qu'on a appelle 
ce continent /c Nouveau-Monde, 11 étoit réelle- 
ment tel pour ceux qui habitoient les anciens 
continents. Mais il l'ctoit encore plus par les par- 
ticularités qu'il renferme en tout genre. 11 ne faut , 
pour en être étonné , que jetter les yeux fur la 
forme extérieure & la fituation àc^ tcrreins ; 
fur les diverfes produdlionsdesdiffcrens climats; 
fur ladifFctenceque les températures ontentr'ellcs; 
fur les animaux quadrupèdes & volatils des diffé- 
rentes contrées : enfin fur toutes les autres chofes 
qu'on y apperçoit. Ce Nouveau -Monde paroît 
même fi exrraordinaire, qu'il préfente deux mon- 
des , dont l'un eft dans l'autre \ comme on le 
voit par deux régions oppofées qui fe trouvent 
dans le même efpace \ l'une trcs-chaude , l'autre 
très-froide , quoique fous la même dircdion des 
rayons de folcil. Il fcmble en effet que ces rc- 

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il 

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5 % 



1 î 
t I 1 



8 Discours 

gionsfoient fîtuces dans une autre partie du Globe, 
tant les phénomènes qu on y apperçoit , les effets 
qu'on y éprouve , font contraires. Ici l'on croi- 
roit être au milieu de l'Afrique ; là dans les cli- 
mats les plus feptentrionaux de l'Europe : phé- 
nomènes les plus fînguliers qu on puilfe remar- 
quer dans la nature. 

Nombre de Savans fe font livrés à leur cu- 
riolité , Se ont fait les plus grandes recherches 
pour acquérir une connoiflance exade du Globe , 
par l'examen de (qs produits. Ils ont formé des ca- 
binets remplis de tout ce qu'on a découvert dans 
fes différentes régions , & fes différentes contrées. 
Mais cous ces travaux ne nous font connoitre 
qu'une partie des raretés de la nature , fans jet- 
ter aucun jour fur les particularités principales qui 
confiftent dans le phyilque de Técurcc ou de la 
croûte externe du Globe , croûte où réfîde la force 
première , c'eft-à-dire la vertu génératrice qui 
donne naiffance à ces produdions. 

Ces productions intéreffent fans doute par leurs 
particularités , ceux qui n^en avoient aucune con- 
naiflance , mais qui , charmés par leur nouveauté, 
n en faififlent point l'origine faute d'en rechercher 
les principes & la caufe. Or , cette recherche 
exige une très-grande application, fans laquelle il 
eft impofîîble deremonteraux caufes d'où dépend 
h connoiffante de tout ce qui s'obferve de plu* 



i 



V. 



•ra^w— W 



i du Globe, 
, les effets 
l'on croi- 
lans les cli- 
rope : phc- 
ilfe remar- 

à leur cu- 
recherches 
du Globe , 
rmc des ca- 
)uverc dans 
es contrées. 
: connoître 
i , fans jet- 
icipales qui 
\c ou de la 
ide la force 
ratrice qui 

:e par leurs 
ucune con- 
louveautc, 
ecKercher 
recherche 
aquelle il 
Il dépend 
e de pluj 



PREMIER. f 

étonnant. Les productions de la Nature , que 
les Phyficiens ont divifées en trois régnes , ap- 
prennent , il eft vrai , ce que peuvent former 
les qualités du fol avec le concours du climat : 
mais elles ne décèlent point ce qu'il y a d'ef- 
fentiel à difcerner , favoir , la matrice qui reçoit 
l'influence des différens climats , & qui , par 
cette caufe , doit auffi donner des produits dif- 
férens. Voilà ce que les Naturaliftes auroienc 
dû rechercher ôc nous développer. Le peu de 
connoiiïances acquifes jufqu'a ce jour , ne leur a 
pas permis de fuivre leurs vues jufqu'à ce terme. 
Les Cabinets d'Hiftbire naturelle font , je 
l'avoue, les archives de la Nature j archives où 
la curiolité configne tout ce qu on voit de rare , 
d'admirable fur les différentes parties du Globe : 
mais wctcc /p<îbuIatIon ne pcui encore fatisfaire 
pleinement Tefprit qui cherche à connoître à 
fond la caufe de cette étonnante variété. En re- 
connoiffant que la Nature eft admirable , on ne 
la fait pas plus comprendre : en montrer les dif-* 
férens effets , ce n'efl pas non plus en décou- 
vrir les caufes. Nos fens font même frappés 
d'une infinité de merveilles auxquelles l'efprit 
ne s'arrête point. Ceft ainfî que la raifon fe fixe 
peu fur nombre d'objets ^ parce qu'elle ne peut 
faifîr ce qu'ils préfentent de rare ou de par- 
ticulier. De ce défaut de co^noiffance , réful^ 



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10 Discours 

tent les recherches pénibles des curieux qui 
fcrutent la Nature dans tous fes phénomènes j 
mais fans jamais la pénétrer i fond. 

Le Nouveau-Monde préfente nombre d'objets 
étranges aux habitans des autres parties du Globe : 
ôc parmi ces objets , il en eft de fi m) (lérieux 
pour la raifon , qu il cft impofTible d'en ailigner 
la caufe d'une manière fatisfaifante. De ce nom- 
bre font les mines d'argent , qu'on peut regarder 
comme le patrimoine de ces contrées , tandis 
qu'elles font rares dans les autres parties de la 
terre. Or ce n'efl: pas parce qu'il y a des mon- 
tagnes élevées , ni de la chaleur & du froid , ni 
de l'humidité & de la fécherefle, caufes d'où 
l'on croiroit peut-être devoir en déduire l'origine : 
car les mêmes circonftances fe rencontrent dans 
dans les autres parties du Globe , fans que pour 
cela les mines de ce métal y foient auflî fré- 
quentes & auflî riches que dans le Nouveau- 
Monde. 11 faut donc qu'il y ait encore d'autres 
propriétés particulières à ce pays ; mais d'un 
autre coté il y manque certaines particularités qui 
qui fe rencontrent communément dans les autres 
parties du Globe , oà en même tems on ne 
trouve point ce qui eft particulier à l'Amérique. 
Or il n'eft pas poflible d'en donner la raifon , 
qu'en difant que l'Auteur de la Nature l'a ainli 
voulu. Ses fecrets feront toujours une énigme 



I 






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r Tl E M I E R. II 

Impénétrable pour rcntcndcment humain. Quand 
on parviendroic a combiner les températures , 
les terrcins , les vents & les eaux au point d'en 
former le mélange qui répondroit le plus prcci- 
fement au but qu'on fe propoferoit , jamais 
on ne les combineroit de manière qu'il ne s'y 
trouvât point quelque analogie avec les terreins 
où l'on ne voit pas ces productions. Or ces pro- 
ductions palTent pour rares dans les pays où l'on 
en voit ordinairement d'autres très-différentes. 

Quelques Phyficiens ont auflî voulu rendre 
raifon de la taille de différentes nations comparées 
entr'elles ; de la couleur noire de la plupart des 
habitans de l'Afrique ; & , par oppofition , de la 
blancheur de ceux qui font fitués aux parties les 
plus feptentrionales , ou les plus méridionales 
du Globe : mais après avoir cru deviner les loix 
cachées de la Nature , ils ont été forcés d'avouer 
que le phénomène le moins frappant au premier 
abord , détruifoit la bafe de leur fyftème : & c'efl: 
ainfi que l'expérience a difîîpé la chimère qu'ils 
avoient pris pour la réalité la plus certaine. On 
voit prefque partout ces méprifes qui en impofent 
fi facilement à la raifon , lorfqu'elle n'eft pas gui- 
dée par une expérience fufïîfante de faits certains. 
11 n'y a donc pas d'autre voie à prendre que celle 
où l'expérience précède toujours le raifonnement. 

Les caufes primitives de tout ce qui s'obferve 



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4, 



' y.i 



!* 



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Il Discours 

fur la terre , peuvent être Tuflirammenc expli- 
quées par les règles ordinaires : mais aufîicôt qu'il 
fe rencontre une une obfervacion qui les contredit, 
les principes reçus doivent totalement changer : 
de-id vient que le jugement qui paroît le mieux 
fondé , eft fujet a induire en erreur. 

La diredion des rayons du foleil fur la terre, 
doit fans doute ccre la caufe de la chaleur plus 
ou moins grande qu'on y éprouve : nous por- 
tons ce jugement , fondés fur la propriété qu'il 
a d'échauffer , fur fa manière de pénétrer l'at- 
mofphère pour fe faire fentir. Ce principe eft 
alTurément inconteftable : cependant il eft fuf- 
ceptible de variation , en conféquence des phé- 
nomènes d'un fécond ordre, tels que ceux qui 
ont lieu dans l'Amérique méridionale. En effet , 
non-feulement la direction perpendiculaire des 
•rayons du foleil ne produit point de chaleur en 
certains diftridbs; il s'y fait au contraire fentir 
un froid vif , ôc tous les effets qui doivent en 
réfulter: ainii le principe mentionné , admis 
comme vrai par notre jugement , fe trouve con- 
tredit avec vérité par une caufe accidentelle , 
qui en modiBe l'extenfion. Il en eft de même 
à l'égard de toutes les efpèces d'animaux , de 
végétaux , ôc des minéraux. On voit donc que 
pour ne point errer dans fes jugcmens , il faut 
fe conduire uniquement d*après l'ôbfervation , 



r 'i 



V 



lenc expli- 
iiTicôc qu'il 
concrediCy 
changer : 
; le mieux 

tria terre, 
aleur plus 
nous por- 
»riecc qu il 
étrer l'at- 
incipe eft 
1 eft fuf- 
des phé- 
ceux qui 
En effet , 
claire des 

haleur en 
re fentir 
oivent en 
admis 
uve con- 
lentelle , 
e même 
X , de 
onc que 
,il faut 
rvatiQn , 



PREMIER. 



ll 



fans s'arrêter à des principes de théorie qui ne 
déterminent que ce qui doit arriver d'après les 
loix générales , & fans avoir égard aux effets 
réfultans des caufes accidentelles qui peuvent 
intervenir. 

On éprouve les plus grandes chaleurs , dans 
les régions qui font hors de la Zone Torride , 
lorfque le foleil eft au plus haut point du Zé- 
nith : par une raifon contraire on fent le froid , 
on voit de la glace lorfqu'il eft le plus éloigné du 
même point. Ce principe eft inconceftable , mais 
en même tems la circonftance du contraire qui 
arrive dans le climat où l'on devroit fentir la 
plus grande chaleur , prouve de la manière la 
plus déciHve qu'il y a d'autres caufes qui dé- 
rangent Tordre général de la Nature \ ôc que 
fon Auteur a voulu ûiboidoiinci la raifoii de 
l'homme , en limitant fon intelligence , & en 
l'empêchant même par les phénomènes les plus 
fenHbles, de pénétrer les fecrets de la Provi- 
dence. 

On peut remarquer ici que les plus fublimes 
Génies , après avoir fait pendant toute leur vie 
les efforts les plus grands , fe trouvent ainfî 
arrêtés dans leurs fpéculations par ces phéno- 
mènes extraordinaires qui fe préfentent inopi- 
nément , fans que la raifon accoutumée à ré- 
fléchir fur les propriétés des chofes naturelles, 



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14 Discours 

fourniHe la moindre lumière qui leur falFe a|>- 
percevoir la vcritc. Combien de fois , en effer j 
ces Génies cra .endans , s'imaginanc avoir la 
clef du fyftcm de ce monde , ne fe font 
pas trouvés dans l'erreur , fans pouvoir mcir.e 
comprendre ce qu'il y avoir de plus fimple! 
PluHeurs Savans du premier ordre n'ont-ils pas 
été étonnes qu'on pût vivre fans la moindre 
incommodité dans un atmofphère dont l'air 
jéioit n léger , qu'il différoit en pefanteur de plus 
de moitié de ce qu'il eft en général fur la fur- 
face du Globe ? Ils avoient pour fondement les 
régies ordinaires de la phyfique, & de diffé- 
xentes expériences. Mais ils ne fe repréfentoient 
pas que la Nature emploie , pour manifefter 
fes effets , des moyens bien différens de ceux 
qui font à la portée <lc rcfpru humain. On n'a 

pas moins été furpris , 6c non fans jufte rai- 
fon , qu'il y eut dans quelques Parages de 
la Zone Torride , & diredement fous la Ligne , 
des Nations d'une blancheur qui pourroit la dif- 
puter aux teints les plus clairs de l'Europe 6c 
de l'Afie : qu'ainfi les accidens de la température 
n'ont aucune influence fur la carnation de ces 
Nationaux , comme on le remarque en d'au- 
tres parties où les habitans font moins blancs. 
'Les accidens qui fe manifeftent dans les uns , 
ibnc varier la régie générale à l'égard des au« 



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P R E M t 6 n. 



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très': telle cft la marche admimble cUî la Na- 
ture. On remarque encore da- ^ ces Parages 
nombre d'autres objets , non m< s étranges nue 
I les prccédens j & fi > jufqu'à prcfen , ou n'en a pas 
! eu 'une connoilTance cxadle , c'eft que perfunne 
ne s'cft appliqué à les obfcrvcr ôc X les com- 
muniquer avec les détails qu'ils mcritoicnc. 
D'ailleurs, cette connoifTance intérelTe peu dans 
ces Parages , où l'attention eft particulièrement 
attirée par des charmes & des plaiHrs qui Hac- 
tent & iéduifent le penchant des habitans. 




v^ 




DISCOURS SECOND. 



' i < 




De la pojîùon des Terreins de l'Amérique ^ & dâ 
la variété étonnante qu'on y obferve, 

ij E s particularités qu'on remarque dans les 
effets , font en général connoître les propriétés 
des caufes. C*eft ce qui arrive aufliî dans la 
Nature : fes ouvrages manifeftent la fagelfe des 
difFérens moyens qu'elle emploie. On ne les 
apperçoit pas moin*: par la variété qui y règne, 
fans qu'ils s'écartent même des loix fixes qui 
font necelTaires pour les maintenir. Si toutes 
les chofes fe reHembloient parfaitement , on 
nauroit, en les confidérant, aucune raifon de 
les admirer, ni de les comparer entr 'elles. Les 
fens font ordinairement peu frappés de l'uni- 
formité j car ils n'y trouvent rien de faillant ni 
qui fixe l'attention. La variété , au contraire , 
fixe l'attention au premier afpedt des objets , 
qui , fans êtres femblables , ont relnrivement les 
mêmes degrés de perfedion , &: ne laifieji pa> 
difceiner lequel eft le plus p;\î.£uL daiis ïy:)n cl- 

DCCÔ 




Discours second.' 171 

pèce. Une montagne , une vallée, font deux 
objets difTcrens : mais fi l'on admire dans la 
première la maflTe & les irrégularités de fa forme 
externe , ToBil ne s'arrête pas avec moins de 
plaiiîr fur la fuperficie plane & uniforme de la 
féconde. Néanmoins une plaine à perte de vue 
fatigue autant l'attention , qu'une chaîne con- 
tinuelle de montagnes. L'oeil n'apperçoit ni dans 
l'une , ni dans l'autre , cette variété qui diver- 
fifie les objets & y répand l'agrément par leur 
différence même. La Nature ne voulant pas que 
la fuperHcie du Globe préfentât un feul & même 
objet, y a élevé des montagnes , étendu des 
plaines , ouvert des vallées , foulevé des roches 
altières , creufé des lacs , répandu des Heuves , 
des ruiffeaux , fait fourdre des fontaines , & 
a donné aux terreins des couleurs diflérentes j 
de manière que le contrafte des divers objets 
qui en forment l'enfemble rendit fon ouvrage 
plus majeftueux & plus parfait. Dans ces vues , 
elle ne donna pas à la terre une parfaite éga- 
lité dans toutes fes parties : mais elle leur déter- 
mina à chacune une forme différente dans leur 
I ftru6ture : elle leur afîîgna des produits différens , 
lafin qu'on put diftinguer chaque partie du tout, 
|& des parties corrélatives. Cependant elle le 
fît fans s'écarter des règles générales qu'elle ob- 
jfetva pour toutes & pour chacune prife fcpa^ 
Tome L B 



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1 '■« 




! M: 



f t Discours 

rément : circonftance qui rend encore fes opc<^ 

rations plus admirables. 

La partie méridionale des Indes occidentales ^ 
connue fous le nom A* Amérique méridionale ^ fe 
diftingue fenfiblement de toutes les autres par fes 
vaftes plaines , & par fes terreins élevés , connus 
fous le nom de Cordillères, Ces monts font fi 
étendus , qu'il femble que ce foit le fragment 
d*un monde qui s'élève fur un autre , à- une 
hauteur prodigieufe. Ces monts font , outre cela , 
fi difFérens entr'eux , qu'on n'y apperçoit pref- 
que aucune relTemblance. En effet , le matériel 
du fol , l'ordre , l'arrangement des parties , les 
faifons de l'année , les températures , les pro- 
duâions , les animaux , tout , en un mot , y 
préfente , dans chaque objet , les différences les 
plus étonnantes , ou plutôt un contraire inex- 
primable. Ici c'eft le plus beau printems j a peu 
de diftance règne un hiver rigoureux fur le même 
continent. Le même terrein y -produit des ar- 
bres dont les uns fembleroient n'avoir dû croî- 
tre qu'à des centaines de lieues des autres. Les 
fruits , les quadrupèdes , les oifcaux offrent le 
même contraire. On peut comprendre par ces 
phénomènes , pourquoi j'ai dit qu'il fe préfen- 
toit la un monde dans un autre monde , & 
l'un & l'autre diftingués par les propriétés & 
les phénomènes les plus particuliers. 



y-.. 



î fcs opc-i . 

cidentales y 
dionaUf le 
xces par fe$ 
es, connus 
onts font fi 
le fragment 
ce , à- une 
, outre cela , 
)erçoit ptef- 
le matériel 
parties , les 
es , les pro- 
un mot , y 
ifférences les 
mtrafte inex- 
items j a peu 
fur le Hième 
(duit des ar- 
voir dû ctoî- 
|s autres. Les 
,ux offrent le 
indre par ces 
il fe préfen- 
londe } & 
•ropiiétcs & 



s I c o N p. x^ 

La Zone Torride , qui , dans fa largeur , s'é- 
tend d'un Tropique à l'autre , renferme Tifle de 
Cuba, où fe trouve la Ha vanne , prefque fou$ 
le tropique du Cancer ^ l'ifle de S. Domingue , 
& quelques autres. Elle s etepd aulfi le long des 
côtes de la mer du Sud , & des provinces du 
royaume du Pérou, jufqu'â Morro - îyloreno , 
% vers la baie de Mexillones., à un degré envi- 
I ron du port de Cobija. On remarque dans l'ef- 
i pace de ces quarance-fept dégrés de latitude , 
nombre de climats difFérens , & des terreins 
<iont les propriétés n'ont aucune analogiei Les 
produ<5fcions fuivent auffi les mêmes rapports dif- 
yérencielsj fans cependant qu'il y ait un ordre 
arqué , en conféquence duquel les pays plus 
rès de la ligne équinoxiale f oient les plus 
hauds , & les plus éloignés vers les Tropiques 
Ifoient moins expofés à l'influence des rayons du 
bleil. La Phyûque fpéculative , fans l'expérience 
u local , ne peut abfolument rendre raifon d$ 
es écarts apparent. Selon l'ordre naturel , il 
àudroit fans douce que les chaleurs fuifent plus 
Igrandes au milieu de l'efpace où fe trouve di« 
Ireâement le ibleil dans ion cours annuel , ic 
pnodérées a proportion. que les terreins s'éloignent 
^e ce milieu. Mais il ïïqw eft pas ainfî. On 
^fe fent naturellement porté à rechercher la caufe 
^e cette efpèce de concradid^ion. En effet , pour- 



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10 D I s C O V R s 

cjuoi la Nature s'écaite-t-elle ici du cours or- 
dinaire des chofes ? Quelles raifons fecrettes a- 
c-elle eu pour enfreindre les loix générales qui 
conduifent fes opérations. 

J'ai déjà, remarqué que tous les terreins du 
Globe ne font pas dans les mêmes rapports , 
tant à l'égard de leur pofition , qu'à l'égard du 
matériel de leur fol. Il eft des contrées plus 
bafles , d'autres plus élevées , & quelques-unes 
trcsélevées en comparaifon de ces premières. 
De ces gradations différentes , ré fuite la va- 
riété des températures qui font la caufe acciden- 
telle ou fecondairedes différences qu'on remarque 
dans ces contrées. Les côtes de l'ifle de Cuba 
font en grande partie fort bafles , au point même 
que dans certains parages elles femblent être 
au niveau de la mer , fur-tout du côté qu'on 
appelle les Caies, On voit dans fon intérieur des 
éminences Se des montagnes , mais dont la hau- 
teur ne peut entrer en comparaifon avec celle 
de nombre de montagnes qu'on obferve ail- 
leurs fur la furface du Globe. La Jamaïque , peu 
diftante de Cuba , vers le fud , s'élève en forme 
de montagne depuis les bords de la mer juf- 
qu'à fon intérieur. Cette difparité eft d'autant 
plus frappante , que cas deux ifles ne font fé- 
parées que par un petit intervalle. En effet , dans 
les. jours fereins on découvre la Jamaïque de 
l'ille de Cuba. 1.q% côtes de l'Amérique mérit 



cours or- 
îcrettes a- 
lérales qui 

;erreins du 
; rapports , 
l'égard du 
urées plus 
îlques-unes 
premières, 
ake la va- 
ife acciden- 
1 remarque 
e de Cuba 
point même 
[nblent être 
côté qu'on 
itérieur des 
[ont la hau- 
avec celle 
(bferve ail- 
laïque , peu 
e en forme 
la mer juf- 
;ft d'autant 
e font fc- 
effet , dans 
aïque de 
:ique méri- 



► SECOND.^ *<" 

dionale qui s'étendent vers le nord, font en gé- 
néral d'une hauteur régulière. On y découvre 
jufques dans les contrées intérieures des monts de 
moyenne hauteur , mais en certains cantons des 
montagnes (î élevées , qu'on les apperçoit à uii 
très grand éloignement. Elles font même fi hau- 
tes que , fous l'équateur les cnnes en font 
couvertes de neige j car ces cimes furpalfenc 
le point de l'atmofphère où les vapeurs aqueufes 
fe congèlent. Dans les parties occidentales de 
l'Amérique méridionale , dont nous devons prin- 
cipalement nous occuper , on remarque tous les 
phénomènes polîibles. Mais les terreins bas' qu'on 
y voit , ne le font pas tant que ceux de l'ifle de 
Cuba , & les côtes du golfe Mexique. Les cô- 
res qui courent à l'occident de la mer de Car-r 
thagène , depuis Honduras.. & bordent le Yu- 
catan , le golfe du Mexique , en fe portant en- 
fuite vers la Louifiane , la Floride , de même que 
celles qui s'étendent le long du canal de Ba- 
hama jufqu'à la nouvelle Angleterre , font toutes 
également baffes & applaties au point qu'elles 
paroiffent au niveau de la mpr , comme les Caies 
de l'ifle de Cuba. 

C'eft principalement dans cette partie de 
l'Amérique méridionale & occidentale , qu'on 
remarque le fingulier phénomène de l'inégali- 
té des terreins , 6: , en conféquence , celui de la 



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11 Discours 

difparicé dans les climats &dans les productions: 
de forte qu'on a comme deux contrées à confi- 
dérer dans une feule. Tout le pays qui regar- 
de la mer du Sud eft bas , formant une ef- 
pèce de zone qui s'étend depuis Choco , à 7 ou 
8 degrés au nord de l'Equateur , jufqù*au i6 
ou 28^ degré au fud du même : de forte quf 
fa largeur eft de 8 à 10 lieues , fe rétreciflant 
plus dans certains parages que dans d'autres. 
Au point où finiflTéitt ces plats pays , commen- 
cent lés Cordillères ; montagnes dont les cimes 
font fi hautes , qu'elles femblent fe perdre dans 
les nues. Elles forment comme une féconde con- 
trée fUr leur hauteurs, itoais coupée dans fon 
érendue par différens monts & par des profon- 
•deurs. Cette contrée fupérieure aux autres ter- 
rems , s'ccend <lans toute la longueur de cettC 
partie de l'Amérique fir trente à cinquante 
lieues de largeur. Cette chaîne de montagnes 
s'abaiiTe enfin pour former un autre bas pays qui 
s'étend du pied de ces monts jufques vers les 
côtes orientales de cette même partie de l'Anic- 
lique dans le Btéfil» C'eft là qu'on lui donne le 
nom de montacjne des Andes. On donne deux 
raifons de cette dénôminarion. La première c'tft 
que ce pays , quoique bas , a auflî fes monta- 
gnes & fes inégalités dans différentes parties : 
la féconde , c'eft qu'il eft couvert de beaucoup 



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duftîons: 
î à confi- 
[ui regar- 
c une ef- 
> , à 7 ou 
'(qù*au i6 
forte que 
étreciflant 

d'autres. 

commen- 

les cimes 

îtdre dans 

:onde con- 

dans fon 
es profon- 
autres tcr- 
Ir de cette 

cinquante 
montagnes 
is pays qui 
vers les 

e l'Amc- 
donne le 

)nne deux 
rère c'eft 

es monta- 

5 parties : 
beaucoup) 



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, 5 ï C O N ©.' 25 

de forets cpalfTes , que l'on y appelle montagnes^ 
quoique la fuperficie du fol foit plane & uni- 
forme. On voit par la que cette partie de l'A- 
mérique a une bande de terrein fenfiblement 
plus élevée que tout le refte, & même que toutes 
les autres contrées habitées du Globe. Cette grande 
élévation a été conftatée par des expériences , & 
par les mefures que l'on a prifes pour en véri- 
fier la réalité. 

On voit auflî dans cette partie haute de l'A- 
mérique , d'autres éminences qui s'élèvent à des 
hauteurs confidérables , comme on le remarque 
dans les pays les plus connus de l'Europe. Mais 
s'il y a dans la partie haute habitée , qui leur 
fert de bafe , des royaumts très étendus , & 
des provinces fort peuplées , il s'y voit auflî de 
vaftes contrées déferres. Or ces pays font (i dif- 
férens des contrées inférieures , que rien , pour 
ainfi dire , ne s y reflemble : ce qui doit être 
de toute néceflîté , puifque la différence des 
climats & de la température fait varier toute 
les produdions du fol. 

Pour éviter de jetter mes lefteurs dans quel- 
que méprife au fujet de cette terre fupérieure, 
& ne point caufer d'équivoque avec la partie 
haute habitée & la plus grande hauteur des monts, 
ou mêmes des chaînes de montagnes qui s'y 
'lèvent, j obferverai ici qu'il faut mettre en fait 

B4 



"T 



14 D f S C V R S 

que la partie habitée eft à 4 5 3 <> y varas au- 
deflus des terreins qui avoillneiit immédiatement 
la mer : qu'en outre les cimes des montagnes 
qui s'élèvent fur cette même plaine élevée , ont 
plus de 660Ù varas de haut. Elles furpalTent 
donc "les autres de 106^ ^ varas. 

On peut établir trois points difFérens de gra- 
dation pour les terreins. Le premier eft celui 
des terreins bas voifîns de la mer : le fécond , 
celui de la maffe ou du corps des Corditlieres 
mêmes : le trolfième , celui des cîmes qui fur- 
montent ces montagnes. Si ces cwiijiences n*a- 
vcient en elles rien de plus particulier que les 
autres montagnes qu'on connoît dans les diffé- 
renres parties du Globe , fans doute elles nepré- 
fenteroient rien d'étonnant. Maii il n'en ell pas 
ainfi. On ne peut abroKuiicnc Ce former une idée 
de leur élévation fans l'avoir vue : c'eft en cela 
que confifte le merveilleux du phénomène. De là 
vient aufliî certe différence de toutes les chofes 
extraordinaires qui en réfultent néceffairemenc. 

Le fable domine dans les terreins bas , ôc 
m*me à des diftances afTez confidérables. On 
y voit aufli quelques étendues de terre fangeufe. 
Comme ces bafles contrées ont çà &-U leurs 
tïiontagnes , il s'y trouve des carrières ôc des 
terres de toute efpèce , de même que dans 
tous les pays qui ont un peu d!étendue. La 



I 



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varas au- 
diatemcnt 
ïiontagnes 
gvce , ont 
furpalTent 

ns de gra- 
efl celui 
e fécond » 
lordillieres 
es qui fur- 
lences n*a- 
ier que les 
; les diffé- 
lies neprc- 
ii*en eft pas 
er une idée 
l en cela 
lène. De là 
les chofes 
'airemenc. 
bas , ôc 
\bles. Ou 
fangeufe. 
k-là leurs 
res & des 
que dans 
lue. La 



'Second.' IJ 

partie haute , prife en totalité , a pareillement 
d'alTez grands terreins fabloneux : d'où Ton doit 
conclure que les grands pays fabloneux ne font 
pas toujours dus au voiiînage de la mer. Il fem- 
ble que la nature ait voulu fe faire un jeu de 
{es opérations , en difpofant cette partie du 
globe ; & qu'uniquement attentive à l'ordre 
des climats , elle ait mis un fragment du globe 
fur un autre terrein, fans trop en différencier 
la nature. En effet , celui qui domine fur l'autre 
à cette hauteur confîdérable , a une analogie alfez 
direéle avec celui qui eft au-delTous. ' 

La terre haute s'étend en fe différenciant peu 
de la baffe ; fe portant depuis les parties qui 
correfpondent aux côtes de Caracas , Ste. Marte , 
Carthagène , au Choco , jufque près du détroit 
de Magellan. Mifis un remarque ici cette cir- 
conftance particulière, que comme la partie la 
plus large de l'Amérique efl fous l'Equateur & fes 
parties adjacentes, de même la partie la plus large 
& la plus élevée de la partie haute fe trouve aulîî 
dans ceparage. Cette partie de l'Amérique fe ré- 
trécit à mefure qu'elle s'avance vers le Sud : il 
en eft de même de la partie haute. Il y a 
encore une autre particularité à remarquer; c'eft 
que depuis le 3 o - degré , en allant au Sud , le 
chmat correfpond aux changemens de la Zone 



114 



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M 



(' I. 



té Discours 

cem perce , pour la àivifion de l'hiver 8c de t'ctc» 
Comme il croit moins nécelTaire, depuis ce degré, 
de fuppléer par Télcvation à ce qui manquoic 
» la nature du climat, la partie haute y a été 
plus inclinée qu'elle ne l'efl fous l'Equateur. 
G|e(l pourquoi cette partie-ci peut , depuis cet 
intervalle , ctre regardée comme une colline de 
pluHeurs centaines de lieues , dans le cours def- 
quelles elle fe rétrécit , & s'élève moins , à pro- 
portion qu'elle fe porte plus vers le midi. Par 
cette pofitiôn elle ell dans le rapport régulier 
des autres parries ; au lieu que .dans une podr- 
tion différente , elle eût été impraticable pendant 
]es froids qui y auroient été exCtCCifs en hiver. 
En effet, H la terre qui eft fous l'Equateur eft 
toujours froide , à caufe des hautes montagnes 
dont la neige éternelle couvre •Us cimes , à plus 
forte raifon la Zone Tempérée , où l'on a Tuiver 
Se l'été , le feroit-elle , s'il s'y réuniffoic deux 
caufes pour produire le froid ; favoir l'élévation 
du fol , & l'obliquité des rayons folaires : ce qui 
Ja tiendroit continuellement couverte de neige ôc 
de frimats. Mais la fage prévoyance de la Na- 
ture a tout dirigCi, de manière qu'elle a diminue 
ici l'énergie de la caufe accidentelle qu'elle avoit 
iproduite dans l'autre partie , afin qu'il n'y eÛ£ 
point d'excès ni d'un côté ni de l'autre. On n'a 






I 



» I 



de l'étc» 
ce degré , 
nanquoit 
I y a été 
îquaceur. 
epuis cet 
oUine de 
ours def- 
, à pro- 
midi. Pat 
: régulier 
une pofif 
e pendant 
en hiver, 
lateur eft 
nontagnes 
s , à plus 
1 a Tniver 
(Toit deux 
élévation 
s : ce qui 
neige Se 
e la Na- 
diminuc 
lie avoic 
n'y eût 
On n'a 






1 



S 1 c o M o; "^7 

T)oînt fait d*expériences avec le Baromètre dans 
cette partie méridionale des Cordillères , comme 
on l'a fait fous la Ligne j ainfi l'on ne peut rai- 
fonner , à cet égard , que d'après la vue des 
lieux , & une vraifemblance fondée fur les degrés 
de rintenfité du froid qu'on y éprouve pendant 
l'hiver. 11 feroit avantageux de confirmer les 
raifonncmens , par l'obfervation formelle. 

Je ne parle pas ici des grandes élévations for- 
mées par les monts , & même par les chaînes de 
montagnes qui couvrent une partie du fol : la 
Nature ne les ayant pas faites pour être habitées , 
ne les a pas aflfujetties à la règle qu'elle a éta- 
blie pour les fécondes. On voit donc que Ci les 
chaînes de montagnes qui fe trouvent dans les 
Provinces fituées entre les Tropiques , font pra- 
ticables «n roue tcnis » celles qui font au-delA du 
trentième degré , ne le font plus en hiver , à 
caufé des grandes neiges qui couvrent le fol. 

Ces deux terres, la haute & hhajfsj ne peuvent 
être mifes en comparaifon avec aucune de celles 
qui fe voient dans toutes les autres parties du 
Monde. En effet , quoique Von rencontre dans 
toutes de vaftes chaînes de montagnes , & qu'il 
y ait même* des habirans fur leurs éminences &c 
da:ns leurs vallées , malgré les neiges qui y tom- 
bent dans la faifon , on n'y voit cependant pas 
les grandes plaines qui font fur les Cordillères : 



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lit 



ftV Discours 

plaines fi étendues , qu'on ne croiroit jamais y 
être fur les plus hautes clcvations du Globe. 
AuHi les Naturels de ces contrées , qui n'ont ja- 
mais forti de leur patrie , pcnfent-ils que toute 
la Terre habitable c(l de la même hauteur ou aa 
mènie niveau , fans faire attention à la profon- 
deur immenfe à laquelle la Mer fe trouve au- 
deflbus d'eux. Mais , d'un autre côté , ceux qui 
n'ont pas vu ces cimes énormes , ne peuvent ja- 
mais fe figurer la difformité du Globe , dont une 
partie s'élève ainfi , ôc fe prolonge au-delfus du 
plan régulier de la circonférence à plufieurs cen- 
taines de lieues , fur autant de large. ' • 
Dans cette partie élevée , la Terre eft entre- 
coupée de vaftes profondeurs , qu'on y appelle 
Quebradas, C'eft l'efpace que laiflent entr'elles 
le^ plaines ou les chaînes de n-iontagnes qui fe 
réparent les unes des autres. L'aire de ces inter- 
valles a quelquefois deux .lieues, & plus, de large : 
plus ces Réparations font profondes , plus elles 
fe rétrécifient. Le fond fert de lit aux eaux qui y 
coulent , & tiennent prefque toujours le milieu. 
Ces eaux fuivent les détours & les déviations du 
terrein latéral ; de forte que fi les deux rives 
étoient rapprochées l'une de l'autte , elles fe 
réuniroient exadement , pour ne former qu'une 
furface unie 8>c fans interruption. Elles conti- 
nuent ainfi leurs cours dans ces profondeurs en* 



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jamais y 

Il Globe. 

n'ont ja- 

]uc couce 

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îuvent ja- 

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eurs cen- 

eft entre- 
y appelle 
entr'elles 
es qui fe 
ces inter- 
de large : 
plus elles 
aux qui y 
le milieu, 
ations du 
leux rives 
elles fe 
ir qu'une 
is conti- 
leurs eu* 



I 



s I C O N D. 19 

tre les montagnes , & arrivent enfin dans la par- 
tic balTe du terrein , d'où elles fe rendent à U 
Mer. Mais la malle d'eau qu'elles forment dans 
cette féconde partie , a p-u de protondeur , 6c 
5 femblc n'être répandue que fur la furface du fol. 
On voit ainfi que plus les Cordillères font éle- 
vées , plus les eaux qui y coulent ont de profon- 
deur. L'ouverture par où elles fe déchargent 
tl.uis la paitie balfe , a plus de largeur. Les fur- 
i faces planes que fuit l'eau , font aulîi plus larges 
' dans le bas. C'eft ce qu'on appelle la vai/ée j 
à l'imitation de ce qui fe fait dans les contrées 
de la partie balfe , pour les diftinguer , par cette 
dénomination , de la partie haute habitée , qu'on 
y appelle Sierra ^ ou chaîne de montagnes. 

Entre les différens jeux de la Nature , que l'on 
voit dans la Province d'Angaracz , jeux qui font 
d'autant plus étonnans ôc variés , que les pays 
font plus fpacieux & plus étendus , on remarque 
cette particularité intéreflante pour un œil CU" 
rieux. Cette Province , qui eft du Département 
de Guancavelica , renferme différens diftriéts , 
parmi lefquels eft celui de Conaïca. Il y a une 
Bourgade , appellée Fignas ^ diftante de neuf 
lieues de Conaïca. A cinq lieues, fur la route de 
celui-ci , on trouve un monticule appelle Coro-- 
funta. Au pied de ce mont on entre dans >ane 
ouverture , par laquelle s'écoule le rui(feau qu'oii 



I 



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•I 



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)6 Discours 

y appelle ChapUancas, Ce ruiffeau fuie fa pente 
encre deux parois de roche , éloignées l'une de 
Taucre à la diftance de Hx ou huit varas fur une 
clévatioti de quarance , ôc fans s'élargir fenfible- 
ment plus en haut qu'au fond de l'ouverture. 
Lorfque le fond fe refferre un peu , le ruideau 
en occupe toute la furface : c'eft néanmoins le 
long du cours de cette eau , qu'il faut fuivre le 
chemin qui conduit à Conaïca. Mais toutes les 
fois que le ruilfeau n'a plus que huit varas de 
large , il faut paffer d'un bord à l'autre , ce qui 
arrive neuf fois , pour aller chercher le chemin 
du coté dé la paroi où il s'en trouve un peu 
éloigné. Ces palfages fe font fur-tout aux dé- 
viations & aux angles de cette profondeur j 
car toutes les fois que le lit eft droit , il n'a de 
largeur que ce qu'il en faut pour l'écoulement de 
l'eau. 

Ce ravin , (î on peut l'appeller ainfî , eft creufé 
dans la roche mcme , & avec tant de jufteffe , 
que les côtés-rentrans correfpondent parfaitement 
aux côtés faillans. On diroit que cette ouverture 
a été pratiquée à dcnfein , avec fes finuofîtés & 
fes angles , pour donner paffage i l'eau entre les 
deux parois qui la forment. Tout y eA (i égal , (i 
uniforme , que fi les deux côtés étoient rappro- 
chés , ils s'engrèneroient l'un dans l'autre , de 
manière a ii: plus laiffer appercevoir nxicim jour. 



:% 

é 



[ fa pence 
; l'une de 
s fur une 

fenfible- 
ouverture, 
e ruiiïeau 
imoins le 

fuivre le 
toutes les 

varas de 
e , ce qui 
e chemin 
e un peu 
c aux dé- 
ifondeur .; 

il n'a de 

ement de 

eft creufé 
jufteffe , 
faicemenc 
mverture 
lofîtés ôç 
1 entre les 
égal , Cl 
rappro- 
[cre , de 
:u4i jour. 



'È 
.1 



Second." 5! 

Ce chemin ne préfente aucun danger ; c'eft une 
roche folide , dont il ne peut fe détacher aucune 
pièce pendant le palTage des voyageurs : d'ail- 
leurs l'eau n'y eft pas alTez rapide , pour d«nnec 
aucune crainte bien fondée. Malgré cela ©n eft 
faifi d'effroi : on friflbnne lorfqu'on fe voit eji- 
fermé dans ce ravin étroit , dont les bords s'élè- 
vent à cette hauteur en confervant par- tout la 
même diredion verticale , ôc la mutuelle corref- 
pondance des côtés faillans Se rentrans, de forte 
qu'ils femblent vouloir fe rejoindre à chaque 
inftant y pour reprendre leur état primitif. 

Cette excavation eft , en petit , un modèle dei 
vaftes Quebradas ou profondeurs , & fait com- 
prendre leur origine : elles ne pouvoient être que 
femblables à celle-ci : tout s'y eftpaffé de même, 
ou plus tôt ou plus tard. Les flancs en ont été plus 
ou moins perpendiculaires , jufqu'tu moment o» 
ils fâ font aftailfés , & ont formé des plans incli- 
nés , lorfque l'eau faifant de plus profondes ex- 
cavations , eut miné la bafe qui les foutenoit. Né 
pouvant plus alors perfévérer dans leur premier 
état , les terreins ont croulé , & ont pris l'incli- 
naifon qu'ils ont confervée depuis. La même 
chofe arrivera néceffairement à ce pafTage de 
Conaïca j lorfqu'avec le laps du tems , les effets 
des pluies , des gelées , des rayons folaires , au- 
ront fait tomber en mine ces parois , quoique de 



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^oche vive j car ces agens puiflans font fentîf 
leur énergie aux corps les plus durs. Âiniî les 
bords du Chapllancas perdront infenfiblement 
la régularité de leur diftance , de leurs côtés ren- 
trans & faillans , ^près lavoir peut-êtie confervéc 
plus long tems que d'autres excavations , parce 
que c'eft une pierre dure , qui n'e# mêlée d'au- 
cune veine de lerre movihle. Nous pouvons le 
croire fans héfîter j car ce n'eft que le feul frotte- 
ment de l'eau qui a excavé ce lit jufqu'à la pro- 
fondeur qu 1 a. Mais le tems , qui réduit les 
roches les plus dures en fablon , ira toujours en 
élargiffant la partie inférieure , par fon action 
continuelle ^ infenfible : aufli voit-on ce ruilTeau 
rouler de petites pierres qui fe détachent fous 
les eaux , comme on en apperçoit dans la plaine 
où il les entraîne , en fortant de la montagne » 
pour fe décharger dans un terrein plus fpacieux. 

Que ce canal ait été excavé à cette profondeur 
par l'effet continuel du frottement des eaux , ou 
qu'il ait été ouvert par une fecoulTe de tremble- 
ment de terre qui fit fendre la montagne , de 
forte que le ruifleau qui couloir d'un autre côté , 
fe foit jette de celui-ci, il eft certain que cette ou- 
verture profonde eft poftérieure à l'arrangement 
que les terreins eurent après le Déluge ; & oue 
c'eft ainfi que cqs énormes Qucbradas de la par- 
tie méridionale de l'Amérique , fe font formées 

avec 



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aiit fentîf 
Ainfi les 
fiblement 
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lelée d'au- 
louvons le 
eul fiotte- 
Li'à la pro- 
réduic les 
oujours en 
fon aAion 
ce riiiiïeaa 
chent fous 
s la plaine 
noncagne » 

pacieux. 
jrofondeur 

eaux , ou 
tremble- 

agne , de 

ut ire côté , 
Wê cette ou- 

angement 
; & eue 
e la par- 
formées 
avec 



SECOND. $t 

I avec le tems , par le frottement du cours rapide 
des eaux. En etfet ^ on obferve que la force avec 
' laquelle s'écoulent toutes les eaux de cette partie 
§ du Globe » fufiit pour arracher des roches d'une 
I maife extraordinaire. C'eft pourquoi l'on voit en 
;^. certains parages des marques évidentes de leurs ex- 
^ cavations profondes au milieu même des lits de ces 
Seaux. Ce ibilt des cubes d'une grandeur énorme, 
|Mqui n'ont pu être détachés avec, la même facilité 
jque les parties contigucs. La rivière d'I/cuchaca y 
Iqui coule près d'un hameau de mèmefiom j nous 
)réfente dans fon lit Une de ces maffes , dont la 
forme eft précifément celle d'un cube. Lorfque 
l'eau eft balTe , ce cube s'élève à fept ou huit varas 
lu-delfus du courant : chaque côté porte douze 
0aras de face. Mais ces mailes , & autres moin*- 
/ Ijîres de différentes formes , qui fc voient dans 
■|es eaux , ne peuvent être arrivées à cet état , 
fins que l'eau les ait dégarnies peu-â peu des 
>ierres , des fables qui les enveloppoient , èc 
ju'elle a arrachés de tous côtés pour les lailTer 
ifolées ; or elles fe maintiendront dans cette pofî- 
tion , jufqu'à ce que les eaux , cavant de plus en 
)lus , rencontrent enfin à la bafe des veines de 
latières friables & dilTolubles , qu'elles pénétre- 
ront & qu'elles emporteront, en détruifant l'afliette 
fur laquelle pofent ces malfes jufqu'alors inamo- 
ibUs» Une crue d'eau confidérable , & qui nji 
Tome /, ^{J 



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34 Discours 

laiiTera plus paroître qu'une varas de cette maHe, 
pourra dans ce tems-là l'arracher, & la faire rou- 
ler ; mais ce mouvement , & les chocs qu'elle 
éprouvera de la part d'autres malTes moins gref- 
fes , fuiïiront pour en brifer les parties faillantes , 
ôc la réduire en parties moins volumineufes , qui 
rouleront avec pli^s de facilité j & qui par cette 
feule caufe dimiiiueront encore. C'eft à cette 
caufe qu'on doit attribuer ces quantités prodi- 
gieufes de pierres répandues çà & là fur les bords 
de ces eaux , de même que ces roches énormes 
qu'on y voit détachées , 6c que jamais les for- 
ces humaines n'auroient pu mettre en mouve- 
ment. , :^ 

Mais peur donner une idée quelconque de la i 
profondeur de ces excavations , relativement au 
terreîn ou au fol habitable de la partie haute de 
l'Amérique , il eft à propos de rapporter quel- 
ques expériences. 

Guancavelica eft une Bourgade, ou un Corps 
municipal, (itué dans une de ces profondeurs^ 
formées par différentes fuites d'éminences. Le 

mercure du baromètre y defcend , & s'artcte à 

« 

dix-huit pouces une ligne Ôc demie. Sa plus 
grande variation y eft de i ^ à i |. Sa hauteur 
eft donc de 1949 toifes , ou 453<> f varas au- 
deifus du niveau de la Mer, Au haut du mont 
où fe trouve la mine de mercure , mosc qui 



. '• .'^y 



second; 35 

eft habitable par-tout , & qui eft immédiatemenc 
furmonté par d'autres , autant qu'il s'élève au- 
defTus de Guancavelica , le mercure defcend & 
s'arrête d 1 6 pouces C lignes. Sa hauteur eft donc 
de 2537 f toifes, ou de 5448 varas au-delfus du 
niveau de la Mer. Âinii la haute fuperâcie du 
mont où eft la mine , s'élève i 9 1 2 | varas au- 
deffus du fol fur lequel eft iitué Guancavelica* 
Or cette profondeur a été excavée par les divers 
courans d'eau qui defcendent de cette montagne 
depuis le déluge , & qui viennent fe réunir avec 
celui de Guancavelica , qui fort de l'autre par- 
tie que l'on appelle le Ycho* 

Le mercure s'arrête à 19 pouces 10 lignes,' 
[dans le village d'Ifcuhaca , qui eft à une lieue 
Ide Conaïca , ( au diftriâ: duquel il appartient ) 
à huit lieues de Guancavelica. Or cette hau- 
teur du mercure répond à 1575 toifes ou ^66% 
/aras refpedivement à la Mer. Mais ce fol eft 
ie 857 varas plus bas que celui de Guaucave- 
Ifca \ profondeur qui eft l'effet des excavations 
le la rivière Ifcuchaca. Cette rivière reçoit la 
îuancavelica , mais dans un terrein encore plus 
bas que celui du village. Les eaux ont dond 
reufé à la profondeur de 17CÏ9 f varas de- 
kiis la hauteur du mont , où eft la mine de mer^ 
lire , outre ce qu'elles ont de plus bas qu'jl 
tcuchacâ, ^ 

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Le terrein , ou la fuf erficie plane , où efl: 



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)liis d' 



les 



'élévation que les eaux 
de la rivière , lorfque ces eaux font haures de 
dix ou douze varas j ce qui en eft la profon- 
deur ordinaire : car on verra plus bas que le 
cours n'en eft pas régulier. Ainfi les eaux 
ont encore fait cette autre excavation comme il eft 
facile de le voir par des indijces manifeftes. On 
remarque en effet dans la partie voifine de leur 
lit , des roches détachées , toutes femblables à 
celles qui font au milieu des eaux j ce qui 
prouve que les eaux ont été au même niveau 
à une époque beaucoup plus ancienne , 6c qu'elles 
ont excavé le fol , à force d'en arracher les par- 
ties aggrégées. 

Ces terreins font ouverts par un fi grand nom* 
bre de courans , qu'il n'en eft aucun ou l'on 
n'en apperçoive , foit dans des ravins , foit entre 
des montagnes. J'ai obfervéque la fuperficie des 
terreins cjui en avoillne les lits , eft plus unie aux 
confluens , où pluficurs de ces co'irans fe réu- 
nifient. Cela vient de ce que l'éminence , qui 
fe trouve au confluent , paroît avoir été dimi- 
nuée à la partie où elle a du former une pointe . 
faiilante , à mefure que les eaux l'ont rongée 
de l'un ou de l'autre coté , en continuant leur 
excavation. Ces furfices planes font comme par 
étages 5 les unes plus hautes que les autres, ôc fe 






' i° 



■Vil 



e , où eft 
\Q les eaux 

haïues de 

la profoii- 
bas que le 
i les eaux 
omme ileft 
lifeftes. On 
fuie de leur 
miblables à 
c 'y ce qui 
ême niveau 

, &c qu'elles 
cher les par- 

i grand nom* 
un où l'on 
s , foit entre 
iiperhcie des 
us unie aux 
rans fe réu- ' 
mence , qui 
ir été dimi- 
• une pointe ^: 
'ont rongée 
tinuant leur 
comme par 
luttes j & fe 



SECOND. J7 

font infenfiblement formées, félon que leau s'eft 
i plus ou moins arictée à différente hauteur , pen- 
;|-dant qu'elle creufbit ces lits. On oblerve , au 
4 contraire , que les bords élevés dans ces courans, 
% n'ont prefque point de largeur dans les endroits 
É où l'eau a pu fuivre fon cours très - dirediement, 
C'eft cependant fur ces bords étroits ôc efcar- 
^pés que fe trouvent pratiqués les chemins par ou 
[l'on pade. Le danger y eft très grand : car à 
Ipeine un animal peut-il y pofer le pied» Tou- 
tes les fois que le courant fait un détour , la 
furface des bords a plus de largeur ; cepen- 
lant moins que lorfque plufieurs fe réunilTent. 
voit facilement pourquoi. L'eau forcée de fe 
létourner, s'éloigne plus de la rive que quand 
tlle va en ligne droite , & ronge ainfi le côté 
lillant fur lequel elle fait fon détour , Sc qui e.n 
levient comme le centre. 
On peut conclure de ce que je viens de dire , 
quelle élévation eft la partie haute ou monta- 
;neufe de l'Amérique , relativement a la par- 
tie bafle , 6c qu'il y a des excavations extic- 
Imemenr profondes ; car elles ont , comme je l'ai 
■déjà dît , 17^9 I varas perpendiculaires , ou 
même davantage : cependant elles ont alfez du 
furface pour devenir le local de nombre d'habita- 
tions fort peuplées , qui entirent tous les produins 
iccefiaires à la vie. Parmi cqs Quehradas^û en ett 

C 5 - 



<H 



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lilifi; 



ai 



^t Discours 

de plus étendues ou de moins profondes que 
les autres. Or , c'eft en ceci que cette partie 
du monde fe diftingue de toutes les autres. 

Mais il eH indifférent pour mes vues que ces 
vaftes ouvertures foient l'effet des courans d'eau, 
ou de toute autre caufe. Ce que je me propofe, 
eft uniquement de montrer qu'elles font d'au- 
tant plus profondes & plus vaftes, que ces ter- 
reins font immenfément hauts : qu'ainH tout ce 
que l'on connoît d'analogue dans les montagnes 
des autres parties du monde , ne peut entrer ici 
en comparaifon ; car ces montagnes excèdent 
de plufîeurs lieues , en hauteur Se en largeur , 
les monts les plus fameux qui fe voient ailleurs. 

Quittons à préfent les Cordillères de cette 
partie de l'Amérique , & confîdérons les con- 
trées qui s'approchent de l'Equateur , pour fe 
prolonger dans l'hcmifphère du nord. Quoiqu'il 
s'y trouve quelque reffemblance avec ce que nous 
venons de voir , il y a néanmoins une différence • 
aflez confidérable. 

Les terres font planes 6c bafles dans la partie 
de Guayaquil , fituée à deux degrés onze mi- 
nutes vingt -une féconde , latitude Sud. Le fleuve 
qui porte le même nom , eft un des plus grands 
des côtes Américaines de la Mer du Sud. Danb 
le tems des pluies que Ton y appelle l'hiver j 
les terreins y font inondés à plufieurs lieues à 



jndes que 
ette partie 
autres, 
les que ces 
rans d'eau, 
le propofe, 
font d'au- 
^ue ces t^r- 
liiifi tout ce 
; montagnes 
ut entrer ici 
es excèdent 
en largeur , 
>ient ailleurs, 
res de cette 
pns les con- 
X , pour fe 
. Quoiqu'il 
ce que nous 
le différence 

ms la partie 
»s onze mi- 
id. Le fleuve 
plas grands 
Sud. Dans 
lelle Vhivei'i 
1rs lieues à 



'( s B C O N D.^ )9 

diftancc. Ces inondations commencent en Dé- 
cembre, lorfque le foleil eft au tropique du 
Capricorne : & c'eft l'abaiflement du pays qui 
(Cn la cau{e. Les rivières n'ont pas de pente fen- 
^^fible. Groflies par les eaux des pluies , elles for- 
^;,tent bientôt de leurs lits ; & pour peu qu'elles 
ffurmontent leur rives ou leur niveau ordinaire , 
:ela fuffit pour que la terre foit couverte , comme 
je l'ai dit. On eft alors obligé de faire route à 
:heval , & de prendre avec foi des guides expcri- 
lentés. Mais l'eau n'eft jamais plus haute dans un 
' Androit que dans l'autre. La terre eft fangeufe , 
rouverte d'un grand nombre d'arbres , qui , vu 
('humidité du fol & la chaleur , y croiftent ra- 
pidement , 6c font bientôt garnis de tout leur 
feuillage. On ne remarque pas la même égalité 
ijans la pence des aunes cerreins bas qui fe por- 
tent plus loin vers le Sud. Ils y font auffi un 
jpeu plus élevés , ce qui les empêche d'être pa- 
îillement inondés. En général , c'eft un fol fa- 
)lonneux. Le plus ou le moins d'élévation , & 
nature du fol, font donc deux circonftances 
lui les différencient. 

Les hautes Cordillères fe prolongent prefque 
ufques dans le voifinage de la Mer du nord , 
long des côtes qui s'étendent de Cumana à 
^ortobelo, & tournent par la baie de Hondu- 
ras. Mais dans la contrée où elles fîniffent, juf- 

C4 



Vf- . 

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II 

'il 



40 Discours 

qu'au bord mcmc de la Mer , le terrcin eft bas 
SL une alTez grande diftance , en partie expofc 
aux inondations , ôc en partie un peu plus élevé j 
ce qui en garantit le pays. Néanmoins les ter- 
reins qui avoifinent les grandes rivières , telles 
que VOré'noc , la Maddaine , le Sinu y le Choco^ 
ôc autres , forment des plaines de plufieurs lieues 
d'étendue, dont les cotes commencent par des 
terres trés-bafTèsj qui gardent, les unes plus que 
les autres , la même pofition , fans fortir de ce 
niveau. Plufieurs Naturaliftes penfent que les 
grandes rivières donnent peu- à-peu plus d'éten- 
due au pays avec les limons & autres matières 
qu'elles détachent dans leurs cours , & qu'elles 
dépofent fur les bords de la mer a leur em- 
bouchure : de forte que les eaux de la mer fe trou- 
vent de plus en plus éloignées des anciens rivages. 
De là vient, félon eux, que la partie la plus proche 
de la mer eft la plus baflTe , & que l'intérieur 
des terres s'élève un peu au-delfus de ce niveau 
à la diftance de quelques lieues. D'autres on: 
penfé différemment : mais , quoi qu'il en foit, 
il eft conftant que les grands fleures de cettu 
partie , traverfcnc , avant d'arriver à la mer , de 
vaftes contrées très -plates & très -régulières , 
dont les tcrreins font Ci bas , qu'ils fe trouvciu 
bientôt fubmergcs à la moindre crue des eaux. 
Il en eft de même des contrées oriemaki 



ein cft bas 
nie expofc 
plus élevé j 
ns les ter- 
res , telles 
, le Choco , 
leurs lieues 
îiit par des 
les plus que 
fortir de ce 
nt que les 
plus d'écen- 
es matières 
& qu'elles 
à leur em- 
mer fe trou- 
iens rivages. 
:>lus proche 
l'intérieur 
ce niveau 
autres oiu 
'il en foir , 
de cette 
a mer , de 
régulières , 
fe trouvein 
:î des eaiix. 
orientaki 



;s 



Second. 4* 

de cette partie de l'Amérique ^ depuis l'Oré- 
noc jiifqu'à la rivière de /a Plata» La partie 
haute , dont il s'agit , ell environnée d'uiie cir- 
conférence de terreins bas qui s'étendent même 
encore pins loin de ce côté-ci , qu'à l'oueft : 
car ils correfpondent diredement aux plaines de 
Buenos-Ayres , qui font très-vaftes , a celles du 
Paraguai 6c du Tucuman. Mais ces pays étant 
fitués loin de la Mer , ne font pas inondés, 
parce que le niveau en eft un peu plus élevé. 

L'ifle de Cur. jao , qui appartient aux Hol- 
landois, s'élève en forme de pain de fucre. Celle 
de la Jamaïque eft une chaîne de montagnes 
afTez élevées j mais comme elle n'eft pas loin de 
Cuba, les terreins qui iîvoifinent la mer, au Sud , 
font abailTés & plats. Auflî font-ils en grande 
partie couverrs d'eau , lorfqu'il furvient quel- 
que orage qui fond en pluie. Les terreins mon- 
ta;_Mieux font à fon centre , fans cependant ctre 
d'une extrême hauteur. La partie qui eft au 
Nord-Oiieft eftbaiïe : l'ifle s'élève à l'Orient, for- 
mant des montagnes qu'on ne peut comparer , 
qu'avec une très-grande différence , à la hau- 
teur de celles de l'Amérique méridionale. L'ifle 
de S. Domingue eft élevée en grande partie , 
& même efcarpée à l'Oueft. Ainfi l'on voit que 
la Nature n'a gardé aucune règle fixe dans la 
poHtion qu'elle a donnée aux différens terreins , 



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fans cloute, l'unifo 



éviter, laiis cloute, 1 unitormitc, puirqu*àiUs 
des diAances peu cloignces , elle a H varié les 
chofes d'une même efpèce. 

La Floride & les terrcins qui s'ctendeiic de- 
puis Tes limites vers le nord , en y comprenant 
les contrées de la nouvelle Angleterre jufqu'au 
fleuve S. Laurent , font en général des pays plats. 
Ils s'étendent de cette manière à plufieurs lieues 
dans l'intérieur , jufqu'aux montagnes des Apa- 
lâches , qui vont du Sud au Nord , & font fépa- 
rées des cotes de la Virginie & de la Caro- 
line , d'environ 25 à 50 lieues. Les terreins 
qui répondent au golfe du Mexique , dans toute 
fa circonférence , font dans une femblable po- 
rtion. Les terreins élevés fe trouvent en géné- 
ral éloignés de la Mer , de manière que la na- 
ture paroîc avoir voulu placer les hauteurs au 
centre des terreins , en abaifTant & applatilTant 
ceux qui avoifinent la mer : en effet , ils fem- 
blent en fortir : il y en a même beaucoup qui fc 
trouvent fubmergés à de très - grands efpaces 
lorfque la marée monte , & qui ne reftent dé- 
couverts que quand la Mer s'eft retirée. C'eft ce 
qui arrive aiTez ordinairement à la Havane , 
du côté qu'on appelle les Gaies. Mais ce phé- 
nomène fe remarque plus fenfiblement dans la 
baie de Penfacola & à la Louiiiane \ circonftance 
qui me fait en donner l'explication. 



» 'H 



ifqu'à lies 
varié les 

ident de- 
mprenanc 
; jufqu au 
)ays plats, 
urs lieues 
des Apa- 
font fépa- 
la Caro- 
s terreins 
lans toute 
jlable po- 
en géné- 
^ue la Ha- 
uteurs au 
)plati(rant 
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jp qui fc 
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C'eft ce 
avane , 
ce phé- 
dans la 
Ion (lance 



Les 

Minifip 



terreins 



8 1 e o N d; 41 

font Cl bas à rembouchure de 



y MiHifipi , qu'il y en a une grande partie fous 
*IB Teau : de forte qu'on ne peut mcnie les dif- 
cerner que pat les joncs qui s'élèvent au-deflus. 
C'eft ce qui rend d'un fi difficile abord toutes 
les côtes contigucs. En effet , la Mer les couvre 
totalement ; & il eft impoflible de les diftinguet 
de loin. D'autres terreins fe trouvent fous l'eau 
â marée montante , & au deffus , lorfque la mer 
s'eft retirée : ce qui fe remarque jiifqu'à quinze 
lieues intérieurement en - deçà de l'embouchure. 
Il y a même Ci peu de différence dans le niveau 
des terreins, depuis la limite de ces quinze lieues, 
en remontant le fleuve plus loin j que les habi- 
tans n'empêchent les crues d'eau d'inonder le 
pays j que moyennant les digues de terre qu'ils 
élèvent à la hauicui la plus haute où les eaux 
peuvent monter , félon l'expérience qu'ils en ont. 
La même chofe arrive , à peu de différence près , 
dans les pays que ce fleuve parcourt au Nord , 
au-delà des 550 lieues connues de fon cours. 
Néanmoins il eft facile de voir que les pays 
s'élèvent à proportion qu'ils font loin de la Mer. 
D'ailleurs , la pente du fleuve , quelque foible 
qu'elle foit j prouve demonftrativement une élé- 
vation dans 'les terreins : auflî , à mefure qu'ils 
s'éloignent des côtes , ne font-ils pas fî fujcts à 
être fubmergés , quoique les eaux s'élèvent , ^ 






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'44 Discours 

mauée montante , prefque à la hauteur des digues, 
II en eft de même du vafte efpace qui s'é- 
tend à rOueft & au Nord. Ce font de grands pays 
plats , entrecoupés de rivières , qui , rtuiiies à 
d'autres , vont enfin fe jetter dans le Miilîlïîpi , 
& dojit la furface plane eft interrompue par 
quelques monts ifolés , jettes cà & là fur le ter- 
rein. Ces plaines s'étendent de la même ma.- 
nière au Sud , où elles vont rencontrer les mon- 
tagnes de l'Amérique feptentrionale , dont la 
chaîne fe porte jufqu'à la mer de Californie, 
&: aux pays qui font au Nord de celle-ci. Ainfi , 
il y a plufieurs centaines de lieues de plats pays., 
«Sj unisj depuis les Monts des Apalaches , juC- 
qu'à l'endroit où commencent ces montagnes oc- 
cidentales. • 

En conféqueiTce , on peut confidérer la par- 
tie de iV^iiérique ^ qui s'étend depuis le :. 5*= 
degré , vers le Nord , comme divifée en deux 
parties: favoir , la première qui eft la plus éteu- 
due du Sud au Nord , & de l'Eft à l'Ouell , 
renfermant de vaftes terrains plats & bas , en 
tiecoupés de nombre de rivières , & interrom- 
pus par des monts ifolés : la féconde y^ celle qui 
correfpond à la Mer occidentale de la Californie, 
renfermant des terreins élevés comme le Pérou, 
^' qui font les royaumes de la nouvelle Ei^- 
pagne j de la nouvelle Galice &: de la noa- 



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les digues, 
î qui s'é- 
rands pays 

rctuiies à 
Miffiifipi , 
»mpue par 
fur le ter- 
ne me ma- 
r les mon- 

, dont la 
Californie , 
-ci. Ainfi , 
plats pays., 
iches , juf- 
itagnes oc- 

er la paK- 

juis le ?. 5"= 

e en deux 

plus éteu- 

l'Ouell , 

bas , Cil 

inrerrom- 

celle qui 

alifornie, 

e Pérou , 

Ivelle Ef- 



à. 

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1/ 



1 



a noii- 



S E C O î4 O. 4f 

vellc Èifcaye. Quoique ces contrées foient fort 
étendues , on ne peut cependant les compater 
avec la partie qui s'étend depuis leur pente juf- 
qu'à la chaîne des montagnes occidentales des 
Apaiachesj & depuis la partie orientale de celles- 
ci jufques vers l'Océan , le long des côtes de la 
nouvelle Angleterre. 

On ne connoît pas cette partie de terreins 
élevés qui s'étendent jufqu'à la Mer de Califor- 
nie : ainlî l'on ne peut déterminer combien elle 
s'élève au-deffus du niveau de la Mer , ni fa 
largeur de lEft à l'Oueft. Ces hauts pays font 
la continuation de l'Amérique méridionale. Après 
en avoir occupé le milieu , du Sud au Nord , 
jufques près des côtes de Caracas ,' Ste. Marte , 
d'une partie du Dariel , ils fe relFerrent , fe con- 
tinuent dan? Ip Royaume de Terre -ferme , 
rifthme de Panama , où ils fe réduifent à une 
chaîne étroite de montagnes qui ne font même pag 
fort élevées. En pouffant plus loin dans le Royau- 
me de Guatimala , on voit les terreins prendre 
plus d'étendue & d'élévation , & fe continuer 
ainfi par les Provinces des Royaumes de la Nou- 
velle-Efpagne , pour fe perdre enfin dans les 
pays du Nord de cette partie de l'Amérique , que 
Ton ne connoît pas non plus ; car on n'y a fait 
encore aucune découverte. 

Il y a dans cette partie de TAmérique beaii- 



/ 



•Vh; 



I l/lfli 



^6 t)tscouiis 

coup plus de terreins bas que de pays élevés ; ce 
qui n'a pas^ lieu dans la partie méridionale , not. 
obftant les plaines qui s'étendent de fiuenos- 
Ayres an Tucuman , „& du côté des rivières nom- 
mées ia Grande y Maragnon j Orenoc j & autres , 
très-profondes & fort larges j car les hauts ter- 
reins ont toute l'étendue dont j'ai fait mention , 
& occupent la partie intérieure ou le centre de 
cette vafte partie du Monde» 

On ne connoit ni l'origine du Midîfîpi , ni le 
cours qu'il fuit jufqu'au 43* degré. Mais autant 
qu'on peut le préfumer des rapports des nations 
Indiennes , il eft probable qu'il vient de l'Oueft, 
6c prend fa fource dans les chaînes de monta- 
gnes qui fe portent vers la Mer au-defTus de la 
Californie. Quoique ces pays avoiflnent les Royau- 
mes de la Nouvelle-Efpagne , on ne les a pas 
encore affez exactement reconnus j ainfi l'on n'en 
a que des notions très-obfcures. 

Il fe préfente ici une réflexion que je ne puis 
omettre \ c'efl: que les pays où l'on a le moins 
pouffé les découvertes dans le Pérou , font le» 
pays plats qui s'étendent depuis la croupe orien- 
tale des Cordillères jufqu'à l'Océan. Mais en 
voici la raifon. Entre ces pays & le BréHl , il y 
a de vaftes contrées où tout eft encore dans l'état 
primitif de la Nature. Les habitans font des peu- 
ples fi barbares & fi grofliers , qu'ils vivent com^ 



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SECOND. 47 

me des bêtes , & n'en diffèrent qiie par la figure. 
Oii connoît , au contraire , les vaftes plaines de 
l'Amérique feptentrionale , qui s'étendent depuis 
les limites de l'Océan , dans la Nouvelle-Angle- 
terre , jufqu'aux montagnes des Apalaches , & 
de-là au fleuve Miflifîpi , pour aller former les 
Cordillères de la partie occidentale. Mais les au- 
tres pays qui confinent à ces plaines 3c à la Nou- 
velle-Angleterre , jufqu'à la latitude du Canada , 
ne font pas plus connus que les plaines du Pérou 
qui font entre l'Orenoc & le Maragnon. On ne 
fait pas encore pour quelles raifons on a négligé , 
ou pourquoi l'on pourroi^ erre curieux de dé- 
couvrir les contrées o ■'' font entre ce dernier 
fleuve & la rivière i-rri-'-de j en fuivant jufqu'à 
Buenos- Ayres & vers le Sud. En effet , fi Ion 
alléguou le froid des montagnes qui fe trouvent 
dans l'Amérique feptentrionale , depuis le 57* 
degré jufqu'au 46* , on verroit., d:'un autre coté » 
que les pays inconnus dans la partie méridionale, 
commencent près de l'Equateur , ôc vont de-là 
jufqu'à Buenos-Ayres & au détroit de Magellan : 
^ainfi l'on ne peut alléguer ici le froid ni les 
jnonts efcarpés des Cordillères. Il n'y a donc 
pas d'autres raifons à donner , que le fort des 
chofes humaines qui fe découvrent les unes plus 
ipt , les autres plus tard. 

Les pays nontagneux des Andes de l'Amérî- 



% 



-^'jr 



■Il ' 



48 t) I s C O tJ R s 

que méridionale étoient habités p-^r des NationJ 
policées à certain degré , lorfqu on y entra j voilà 
pourquoi la conquête n'en fut pas difficile. Mais 
les plaines qui s'étendent depuis ces contrées^là 
jufqu'au Brélil , font habitées par des Nations 
barbares , qui ne connoilTent aucune civilifationj 
c'eft pourquoi il a été difficile d'y pénétrer , de 
les bien connoître , ôc de former aucune liaifon 
iavec elles. 11 en eft de même des pays monta- 
gneux qui font au Nord. Les .uns Se les autres 
relieront dans cet état , jufqu'à ce que le tems 
ouvre peu-à-peu des voies de communication , 
-& qu'on connoifTe enfin le caraébère national des 
habitans , les plantes , les animaux , & autres 
chofes particulières , qui ne fe trouvent pas en 
général dans les autres parties du Globe. 

Il paroît que le fond qui eft fous les eaux eft, 
à L'égard de la fuperficie plane ou inégale , dans 
ies mêmes rapports que les terres du Continent. 
£n effet , on remarque dans ces parages que , 
par-tout où ces terres forment une fuperficie 
plane ôc fort étendue , les fonds des eaux qui en 
baignent les cotes, ont auffi la même uniformité; 
ce qui eft fenfible dans les endroits que les Ma- 
rins Efpagnols appellent Sonde j & oii l'on trouve 
toujours le fond , à une aflTez grande diftance 
même d'où l'on découvre la terre. Enfuite on 
remarque que là profondeur de l'eau diminue 

toujours 









- «v.*aMi .'.»*^ '«*' 



,c^S-ii^^^^.-,i''..:. A^i^^Êk Ktat* n é ^ 



s NatlonJ 
cra j voilà 
île. Mais 
ontréeS'là 
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vilifacion ^ 
itrer , de 
ne liaifon 
ys menta- 
les autres 
le le tems 
unication » 
ational des 
, & autres 
eut pas en 

S eaux qQl > 
;ale , dans 

Continent, 
[âges que » 

fuperficie 
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liformicé ; 
ie les Mâ- 

'on trouve 
le diftance 

[nfuite on 
diminue 
toujours 



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second; 49 

©ujours à proportion qu'on approche de la côte : 
'eft ce qu'on reconnoîc auflî fur les côtes de la 
^loride , dans la Baie de Penfacola , & dans 
.itoute la partie connue fous le nom de Golfe du 
exique , qui comprend les côtes de Campcche 
celles de Honduras. 

Mais il n'en eft pas de même ou la Terre s'c- 
ève beaucoup près de la mer , ou à peu de dif- 
ance : l'eau y eft très-profonde fur les bords 
èmes. On ne trouve pas non plus le fond à la 
"onde fur les côtes de la mer du JSud ; il faut y 
tre d la vue des terres , & même alfez proche , 
•our trouver le fond. 

tLes fonds plats que couvrent la mer font auflî 
cguliers ôc auflî unis que les plats pays eu Conti- 
l^ent : c'eft ce que démontrent lesplacerès ou para- 
fes de peu de profondeur. Les vaifleaux traverfent 
^elui de la Vivora^ par la partie de l'Oueft de Caf- 
jfavelj ôc courent douze lieues du Sud au Nord au- 
^efllis d'un fond lî uni , qu'il n'a prefque par-tout 
ue douze bralTes , & jamais treize. Mais auflii-tôt 
u'on s'éloigne de cette diftance , la profondeur 
evient fî confidérable , qu'on ne la trouve plus à 
inquanre brafles. On voit par-là , que fi les eaux 
ui couvrent cette furface venoient à fe retirer , 
n appercevroit une plaine de douze lieues du 
ord au Sud , & qu'elle feroit , dans le rapport 
ù les hauts teireins, qui font fur l'une ou l'autre 
Tome /. D 



n 



... M 



jô DiscouAs 

cime de rAmérique méridionale , fe trouvent 

relativement aux profondeurs qui les environ- 

nent. 

Lorfqu'on pafTe de la Trinité à Batavano , 
l'on fait plus de la moitié de la courfe fur un 
haut-fond , qui ne permet qu'aux petits vailFeaux 
de s'y expofer. Parmi les diffcrens fonds qu'on 
traverfe , il y a une efpèce de langue de terre 
prolongée , qu'on appelle le Queùrado de Cayo- 
Cacao j & fur laquelle on ne trouve que onze 
pieds d'eau. Les vailfeaux qui doivent y palTer , 
n'avancent qu'en labourant avec la quille , pen- 
dant environ cinq quarts-d'heure. Or , (i la fu- 
perficie n'en étoit pas uniforme , les vaiflTeaux fe 
trouveroient bientôt engravés , faute d'eau fuffi- 
fante. Sur les côtes on trouve douze a vingt 
pieds d'eau , & l'on a ainfi trois ou quatre lieues 
a faire ^ fans que la profondeur de l'eau aug- 
mente ou diminue. Ces -fonds unis ne peuvent 
être mieux comparés qu'aux plats- pays de la Ha- 
vane , où les terreins fons (î bas & fi unis , que 
lès pluies en couvrent bientôt la furface , parce 
qu'il n'y a pas aflTez de pente pour le prompt 
écoulement des eaux. 

Les hauteurs & les plaines étendues qui font 
fur les terreins élevés de l'Amérique , ou de ce 
Monde placé au plus haut point du Globe , 
jious donne l'idée des terr^^" qui font couvertes 



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'. Batavano , 
3urfe fur un 
tics vallFeaux 
fonds qu'on 
^ue de terre 
do de Cayo- 
ive que onze 
ent y palTer , 
quille , pen- 
3r , (î la fii- 
» vaiffeaux fe 
e d'eau fufli- 
3uze à vingt 
quatre lieues 

e l'eau aug- 
ne peuvent 

ys de la Ha* 
[fi unis , que 

face , parce 
le prompt 



second; 5,1 

l'une mer îmmenfe , & nous fait en même tems 

Imiter la fageffe infinie de l'Être fupr'me 

(ans l'ordre & les rapports fenfibles qu'il a établis 

\n certaines chofes , tandis que dans d'autres il 

ss a dérobés à. notre pénétration , afin que la 

iriété ne fût pas une règle confiante qui eût 
;s contraires uniformes dans toutes -s ^ ties 
le l'univerfalité. 




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Dx 





IhM 



DISCOURS TROISIEME. 

Des températures & des climats des divers Terreins 
de cette partie du Monde* 

JLL falloic , fans doute , qu'il y eût dans les pat- 
ries qui conftituent le Globe certaine harmonie 
& un accord général , de manière que les unes 
répondiflent aux autres , & que cependant une 
variété fenfible les différenciât les une. ' '^ au- 
tres. C'eft ainfi qu'on remarque un rapport gé» 
néral entre les inégalités des températures , & 
celles des contrées de la Terre. Les ardeurs de 
la Zone Torride méridionale ne s'y font pas 
fentir également par-tout , & Toh obferve aufli 
en été ces grandes chaleurs dans pluiîeurs con- 
trées de la Zone Tempérée. Les froids & les 
gelées , la rigueur des hivers , font des effets 
fort naturels dans celle-ci : cependant ces effets , 
qu'on ne foupçonneroit pas avoir lieu dans h 
Zone Torride , y font portés au dernier degré, 
& très - pénibles pour ceux qui les éprouvent. 
Non-feulement ces effets y font naturels , ils y 




>ers Terreins 



laiis les par- 
ie harmonie 
jiie les unes 
)endant une 



une.. 



"S an- 



rapport ge* 
racnres , & 

ardeurs de 

l'y font pas 

ibferve auffi 

.ifieurs con- 

oids & les 
It des effets 
|t ces effets , 
[eu dans h 

ner degré, 

éprouvent. 

Irels , ils y 



j* Discours troisième. 53 

''^; font même continuel: , comme dans les pays 

éloignes du foleil , fi l'on excepte une très-courte 

intermiflîon entre les deux faifons les plus oppofces. 

es faifons font généralement en raifon de la pro- 

edion plus ou moins direéte des rayons du fo- 

il i c'eft pourquoi la terre s'imprcgtie d'une 

lus grande partie de molécules ignées dans les 

outrées où ils tombent le plus perpendiculaire- 

ent. La rciîexion en efc d'autant plus fenfible , 

Iju'elle fe fait avec plus de force , ôc que les 

yons réfléchis coïncident plus avec ceux de 

incidence. De- là vient qu'ils foiiC plus d'i'm- 

IprelHon fur nos corps , & que la chaleur eft plus 

nfible , plus incommode , à proportion qu'elle 

plus force. 

On fait que la divifion des faifons de l'année 

pour caufe la dlffcrcnte direiftion des rayons 

laires , foit oblique , foit plus rapprochée de la 

rpendiculaire. En conféquence de cette règle 

^ncrale , la chaleur devroit donc être , fous l'É- 

uateur , beaucoup plus grande qu'en toute autre 

artie du Globe. C'eft aufîî ce qu'on penfoit an-' 

iennement. Il étoit , en effet, fort naturel de 

onclure de ce principe , que la chaleur devoit 

être beaucoup plus fenfîble que dans les con- 

2es qui s'en éloignent. Cependant cette confé- 

uence elt faulTe , parce qu'il y a d'autres caufqs 

ui font des exceptions à la règle , ^ ne peu- 

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I - 



^1 



^4 Discours 

mettent pas qu'elle foit abfolument conftame. 
Comme il efl donc des circonftances qui s'y 
oppofent , il arrive que près de l'Equateur , & 
mcme delTous , il y a des climats où l'on fent un 
auflî grand froid que dans les Zones Tempérées 
près des Zones Glaciales. Il eft, au cotiiraire, aux 
extrémités de la ZoneTorride, & dans les Tem- 
pérées , des contrées où l'on éprouve des chaleurs 
audi accablantes que fous l'Equateur , ou tout 
près. 

La première caufe de la chaleur eft afTurémem 
Tadivité des rayons folaires j mais il y a encore 
d'autres caufes , qu'on peut appeller fecondaires, 
& qui en modifient l'effet , l'arrêtent même tota- 
lement , ou en font réfulter des influences toutes 
contraires. Un nuage qui fe trouve interpofé en- 
tre le Soleil & une partie de la Terre , eft 
comme un rideau qui s'oppofe à fes rayons , & 
ne leur permet plus de paifer outre : d'où il ar- 
rive que la contrée fur laquelle ils dévoient 
tomber , & qu'ils auroient néceffairement rendu 
plus chaude , n'éprouve que des chaleurs d'au- 
tant plus modérées , que ce nuage refte plus 
long tems interpofé. 

D'un autre côté , l'air eft toujours pl^is fubtil 
& moins pefant dans une contrée plus élevée: 
les rayons du foleil pouvant s'y divifer en faif- 
eca«x beaucoup moins volumineux que dans une 



'■if. 



TROISIEME ^5 

Athmofphcre plus denfc , s'y rcfléchiirent aufli 
en mcme raifon , & peuvent moins fe réunir. Il 
en refaite donc , que le degré de chaleur y fera 
moindre que dans un air plus denfe & plus pe- 
fanc , qui fait tendre les particules ignées à la 
réunion , s'en imprègne , & les refléchit avec 
plus d'énergie. Outre cela , l'air eft ordinaire- 
ment plus agité dans des contrées très- hautes , 
que dans les pays bas : or, ce mouvement brife , 
difperfe une partie des rayons o\\ des particules 
ignées , félon des directions différentes de leur 
incidence naturelle ; ce qui en rend auili la réâc' 
xion plus oblique. L'élévation des contrées Ôc les 
irrégularités de leur furface , ne permettent pas 
non plus aux rayons de tomber en gros faifceaux 
fur le même centre , comme il arrive fur la fur- 
face générale du Globe. Cette divifion des rayons 
doit donc autîî en diminuer les effets , c'eft-à- 
dire la chaleur , qui ne peut plus y être ex- 
ce/Iive. 

Outre les caufes précédentes , & dont la réa- 
lité eft prouvée piir l'expérience , il en eft en*» 
core une plus énergique. Selon les Naturaliftes , 
l'acide nitreux eft le plus léger des trois pre- 
miers acides qu'on connoifle dans la nature : il 
eft en mème-tems très-volatil. Or c'eft au con- 
cours de cet acide qu'on attribue la formation de la 
neige, de la grcle , de la glace : effets qu'on ne peut 

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Il 



I 



^â Discours 

chercher que dans une région un peu plus élcvce 
de rAtmofphèrc. Ainfi , plus les terreins fe trou- 
veront clcvcs , plus ils feront proches de cette 
rcgion , ik plus les effets y feront contraires à 
ceux de la chaleur. Voila pourquoi l'on obferve 
de la neige fur les hautes cimes des monta- 
gncs , au pied defquelles il n'y en pas j & pour- 
quoi on y fent au coutraire de la chaleur. Or ce 
phénomène eft fi ordinaire , qu'il n'y a pas de 
contrée où il ne fe manifefte. Si donc on fe 
figure des cîmes d'une hauteur immenfe , telles 
que celles qu'on obferve dans les terreins |éle- 
vcs de l'Amérique méridionale , & d'une auflî 
vafte étendue , on comprendra cjue ce phéno- 
mène doit y ctre d'autant plus naturel, quoique 
ces cimes foient fous l'Equateur ou auprès j 
comme il l'eft dans les hautes' montagnes 
de l'Europe. La feule différence qu'il y a ici 
c'eft qu'en Europe , cet effet arrive fur des 
montagnes de 1500 à 2000 varas , au Heu 
qu'en Amérique le concours des circonftances 
produit fon effet fur des monts de 40*0 à 5000 
varas, & quelquefois plus hauts. 

C'eft ainfi que la Nature s'eft fait un jeu Ci 
fingulier de fes opérations, qu'elle en a totale- 
ment varié les effets par le moyen d'une caufe 
accidentelle , & leur a aflîgné un ordre tout dif- 
férent que celui qu'ils auroient fuivi, s'ils avoient 



IM^ 



plus élevée 
ins fe trou- 
5s de cette 
^ncraires â 
on obferve 
es monta- 
i y & pour- 
sur. Or ce 
/ a pas de 
onc on fe 
nfe , telles 
rreins |cle- 
d'une aufli 
:e phéno- 
, quoique 
Li auprès ; 
nontagnes 
1 y a ici 
î fur des 
au lieu 
onftances 
> à 5000 






TROISIEME. 57 

ctc fuborclonncs à la caufe générale. La mcnic 
clîofe cil arrivée dans l'ordre oppofc; car les 
contrées qui dcvroient être moins chaudes , 
&■ fe rapprocher niane des pays froids par la 
pofition du climat, ne font point telles. En eifet, 
la continuation de très-vaftes plaines qui font 
en même - tems fort balfes , le peu de mour 
vement de l'air , la denfité Se la pefantcur de 
rAtmofphcre , femblent y concourir de com- 
mun accord pour rendre les effets des rayons 
; folaires plus fenfibles. Voilà pourquoi l'on éprouve 
i dans ces contrées , des chaleurs particulières , 
en général , à la Zone Torride , quoique ces pays 
foient fitués dans la Zone Tempérée. 

On craint généralement de pafTer la Ligne 
^par Mer , a caufe des accidcns qu'on attribue 
Idiredcment à l'effet de la chaleur , & à caufe 
ides maladies qui en réfultent. On ne peut nier 
ices inconvéniens : cependant les chaleurs ne font 
pas aiifli grandes qu'on le croit. Si d'ailleurs 
il eft certain que les équipages y font attaqués 
de fcorbut , il n'eft pas moins vrai que cela n'ar- 
rive que quand les vailfeaux ont déjà fait un très- 
long voyage. En effet , on éprouve dans les con- 
trées qui ne font pas fous l'Equateur , & même 
hors de la Zone Torride , des chaleurs beau- 
coup plus grandes qu'en mer fous la Ligr.e même : 
cependant il n'eft pas ordinaire d'y voir le fcor- 



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58 Discours 

but , mais les maladies qui proviennent de la 
dilatation extrême & du grand mouvement des 
parties des Huides , enBn de la corruption du 
fang y ainfi la chaleur exceiîîve peut feulement 
contribuer fous la Ligne à ce que le fcorbut s'y 
manifefle plus promptement > fans en être la 
première caufe. 

On doit chercher cette caufe dans l'air qu'on 
refpire fur les vaiflTeaux , dans les vaiflèaux, 
dans les alimens mal fains dont on ufe , dans 
l'eau corrompue, dans l'Atmofphère toute dif- 
férente de celle de la terre. Auffi remarque* 
t-on dans les voyages de long cours que le froid 
excefîîf produit autant le fcorbut que la cha- 
leur. Ceci prouve que cette maladie n'eft 
pas fi à craindre en paflant la Ligne , lorfqu'il 
n'y a pas fi long-tems qu'on eft forti du port, 
que quand on navige dans des parages très- 
froids ^, comme au cap de Horn , après avoir été 
long-tems en mer fans prendre de vivres frais 
dans quelque port » & fans rétablir les humeurs 
dans leur état naturel par l'air favorable de la 
terre. 

On palTe fouvent la Ligne dans les Mers du 
Sud 5 pour fe rendre de Callao ou de Guaya« 
quil à Panama , & pour en revenir , fans néan- 
moins épiorver aucun dérangement de fanté. 
C'ciî: (àrvo doute parce que ces traverfées fe font 






înnent de la 
uvement cks 
irruption du 
it feulement 
ï fcorbut s'y 
en être la 

s l'air qu'on 
; vaiilèaux, 
i ufe , dans 
î toute dif- 

remarquC' 
que le froid 
ue IfL cha- 
ladie n*eft 
î , lorfqu'il 
i du port, 
rages très- 

s avoir été 
/ivrej frais 
s humeurs 
able de la 



Mers du 
le Guaya- 
^ns néan- 
àe fan té. 
es fe font 




TROISIEME. 59 

en peu de jours : car lî elles étoient de plu?; 
long cours , les navigateurs en cprouveroient les 
mcnies effets fâcheux , que dans tout autre cas 
fcmblable. On voit donc que ces effets fonc moins 
dûs à la grande chaleur qu'à toutes les autres 
caufes qui fe rcunilfent dans les voyages de long 
cours. 

ALiis pour prouver que la chaleur n'eft pas 
fous la Ligne ( en mer ) aufîî grande que dans 
des parages qui en font éloignes ^ voici ce qui a 
étc obfervé en difit'crens endroits. En paffant la 
Ligne en 1758, dans le mois de Mars , tems où 
le foleil doit y faire fentir toutes fes ardeurs , 
puifque c'eft alors qu'il y palIe , on obferva le 
3 de ce mois que la déclinaifon méridionale 
étant de 6 degrés 42 minutes , & le vailfeau 
fe trouvant pour lors à une déclinaifon de 7 
degrés 47 minutes , nord , le Thermomètre 
de Rcaiimur marqua 20 degrés J à deux heures 
aprèî midi , & qu'il n'y eut point d'iUigmentatioii 
fenfible. Le 14 du même mois, la déclinaifon 
méridionale étant de 2 degrés 25 minutes, & 
le vailfeau fe trouvant X 3 i minutes , au Nord 
de l'Equateur , le Thermomètre , expofé A l'air , 
marqua , à fix heures du matin , 1 3 degrés { ; 
25 à deux heures après midi ; & 24 à onze 
heures du foir. Le vent cjui ré;.^■loit alors étoic 
très-foible 3c venoit du Nord Eà , de force que 



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60 Discours 

le vaiffeau ne faifoit tout au plus qu'un mille ; 
& de tems en tems , un demi mille. Le 1 6 , 
on effuya un calme pendant prefque tout le jour : 
carie vaiflTeau ne fit que cinq mille en 24 heures. 
Le vaifTeau fe trouvoit alors fous l'Equateur, 
comme on l'obferva. La déclinaifon auftrale du 
foleil ctoit d'un degré 3 o minutes j Se le Thermo- 
mètre marqua conftamment 1 5 degrés à fix heures 
du matin , à deux heures après midi , & à onze 
heuresdu foir , malgré la variation qu'il y eut au 
tems , qui tantôt fe trouva couvert de gros 
nuages féparés comme par déchirement , tantôt 
devint très-ferein , & fut enfin très-pluvieux à 
tieuf heures du foir. 

Le 1 7 fut auiîî calme que le 1 6. Le vaifleau fe 
trouvoit à 3 5 mumzQsfud^ la déclinaifon auftrale 
du foleil étant d'un degré 14 minutes. Le Ther- 
momètre marqua 1 5 degrés à fix heures du ma- 
tin , 16 X deux heures après midi ; mais 25 à 
onze heures du foir. Pendant la journée le fo- 
leil fut très -ardent. Il parut quelques nuages 
par intervalle. A neuf heures & demie du foir 
furvint une grande pluie accompagnée d'éclairs , 
de coups de tonnerre , & de grands coups de 
vent. Ce fut le jour le p^us chaud qu'on éprouva 
fous la Ligne. 

Le 18, la déclinaifon auftrale du foleil étant 
de 5© minutes ~ , la latitude un degré 13 mi- 



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T R O I s I E M 1." ^i 

é nutes \ , le Thermomètre marqua 14 degrés ^ 
deux heures après midi. Le 19 , à d-MX degrés 
6 minutes de latitude j le Thermomètre mar- 
qua 24 degrés à i heures après midi. Le zo , 
le foleil fe trouvoit prefque dans l'Equateur même j 
le vai/Teau étant à 5 degrés 2 minutes , latitude 
Sud. Le Thermomètre marqua 257 degrés à 
deux heures , le vent ayant toujours tenu £ft 
Sud-Eft , & un peu fort comme le jour précé- 
dent. La chaleur fe foutint à-peu-près la même 
pendant trois ou quatre jours , à la différence 
d'un degré , ou d'un demi degré. Mais depuis 
le 2<j j à la hauteur de 11 degrés , la chaleur 
diminua jufqu'au 23 f degré , & avec autant de 
lenteur qu'elle avoit augmenté. 

En 17^4, le vaifleau palfant la Ligne le 28 
Décembre dans la mer du Sud , & fe trouvant 
à 52 minutes de l'Equateur , latitude Sud , le 
même Thermomètre marqua 21 degrés à cinq 
heures du matin j 23 ^ à deux heures après 
midi, & 11 ~ k onze heures du foir. Le vent 
fur variable , foible , tantôt Sud, tantôt Sud-Eft, 
tantôt Sud-Oueft. L'Atmofphère fut très- chargée 
la plus grande partie du jour. 

Le 29 , à 5 heures du matin , le Thermo- 
mètre marqua 22 degrés; à deux heures après 
midi, 24 j & 23 { à onze heures du foir; même 
vent , même état de l'Atmofphère que le jour 



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€i Discours 

précédent : latitude 3 5 minutes , Nord : de force 
que le vaiHeau paifa la Ligne dans i'efpace d'un 
jour à l'autre. La chaleur fe foutint à ce degré 
pendant tout le voyage jufqu'à Panama , fans 
paffer 23 degrés a deux heures après midi, & 
21 à cinq heures du matin : la plus grande 
variation, pendant les calmes ôc les tems obf- 
curs , n'éiant que d'un degré : mais cela ne du- 
roit même que peu de tems. 

Le Thermomètre ne marqua pas plus de cha- 
leur à Panama qu'en mer , & pendant le paflage 
de la Ligne. Depuis le 4 Décembre , jufqu'au 
dix- huit, il marqua 11 dégrés à cinq heures 
du matin , & 2 j -j à trois heures après midi : 
il monta même , certains jours , jufqu'à 24. Or 
ceci arrive quan 1 les vents du Sud ceflent & que 
les brîfes commencent à s'élever. Mais ces brifes 
n*ont pas lieu tous les jours. 11 n'y a même pas 
de tei;._ fixe chaque année. Elles arrivent ou 
plus tôt , ou plus tard. Cette année elles com- 
mencèrent plutôt -y & elles foufïlèrent depuis le 
8 jufqu'au 12 vers les deux heures après midi» 
Le 1 3 , la brife fut foible , & le Thern amètre 
à. 24 degrés. Le 14 , point de brife ; le Ther- 
momètre à 24 4 degrés. Le 1 5 , la brife fouffla ; 
le Thermomètre à 23 degrés. C'eft ainfi que fa 
paffèreni ces jours là. En 17 3 (j, les 5 & 6 de 
Janvier , le thermomètre étoit à 20 ^ à fix heu^ 



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I 



[ : de force 
îfpace d'un 
à ce degré 
ma , fans 
midi , & 
us grande 
tems obf- 
ih ne du- 

us de châ- 
le partage 
, jufqu'au 
iq heures 
>rès midi : 
a 24. Or 
snt & que 
ces brifes 
ême pas 
ivent ou 
les com- 
epuis le 
es midi* 
amètre 
e Ther- 
fouffla ; 
Il que {9 
6 de 
\Cix heU' 



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T A O I S r I M I. (^5 

res du matins à midi il fut. à 25 J, & à 25 
à. trois heures après midi. Cette petite différence , 
qui prife à la rigueur n'eft que d'un demi-de- 
gré , vient de ce que cette année la les brifes 
tardèrent davantage j ce qu'on n'avoit pas en- 
core obfervé. D'ailleurs le Thermomètre dont 
on fe fervit alors , n'étoit pas le même que celui 
fur lequel on fe régla en 17^4. Une autre caufe 
de cette différence , peut aulîî avoir été la dif- 
férente expofîtion de l'inftrument à l'une 6c 
l'autre époque. Selon les obfervations faites en 
173 (î , la latitude de cette ville eft de 8 degrés 
58 minutes Nord. 

Je pourrois me difpenfer de parler ici de la 
chaleur de Portobelo , & de Carthagcne, puif- 
qu'il n'y a pas grande différence entre ce qui 
a été rapporté dans l'ouvrage imprimé par or- 
dre du Roi en 1748. Mais cet ouvrage étant 
devenu rare , il ne fera pas inutile d'en rappe- 
ler ici les obfervations : ce qui donnera la fuite 
dts différens degrés de chaleur , fans qu'on foit 
obligé d'aller les obferver fur les lieux. 

Depuis le 23 Décembre jufqu'au 29 de la 
tnème année 17^4, le Thermomètre fut à 21 
degrés à cinq heures du matin dans Portobelo; 
il monta à 2 2 ^ à deux heures après midi ; 
defcendit à 22 à onze heures du foir. Or , dans 
l'ouvrage mentionné, il eft rapporté que le 4 



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'1.1 



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51 



■Il ' 



i^4 Discours 

Décembre 1735 > ^^ Thermomètre fut à il 
degrés à fix heures du matin, & à 13 à midi. 
La différence n'eft que d'un demi degré j ce 
qui peur être arrivé , de ce que les brifes fu- 
rent alors phis foibles , & ne rafraîchirent point 
tant la terre , que quand elles fe foutiennent da- 
vantage. Selon les obfervations de 1735 » ^^ ^^' 
litude de cette Ville eft de 9 degrés 347 mi- 
nutes , Nord. 

Les brifes fe faifoient féntir régulièrement dans 
le mois de Janvier à Carrhagène d'Amérique, 
&.même avec certaine force. Depuis le i® Dé- 
cembre, jufqu'au 14, le Thermomètre marqua 
conftamment 21 degrés" à fix heures du ma- 
tin , 24 à midi , & 24 ^ a deux heures après 
midi. En 1735 , le ^"'Novembre , tems. où les 
brifes ne fe faifoient pas encore fentir réguliè- 
rement, le Thermomètre marqua 24 à Kj de- 
grés : ce qui , à la rigueur , fait un degré & 
demi de plus que dans la dernière obfervation. 
Selon les obfervations , la latitude de cette ville 
eft de 10 degrés, 25 | minutes , Nord. ^. 

Nous ne faifons pas encore mention de la tem- 
pérature de Lima , ville fit^^ée à 1 2 degrés , 2 { 
minutes , latitude Sud , pa^re qu'elle fuit un or- 
dre différent que celui des contrées dont nous 
parlons , 6: que d'ailleurs nous voulons nous oc- 
cuper de celles de la Havane , aux extrémités 

de 



'^v, C 



! 



S nous oc- 
extrèmitcs 



TROISIEME. G^ 

le la Zane Torridc , Se dans le voifinage cîe la 

'one TcMTiperce. On trouvera donc dans ces pa- 

hges des etfets tous contraires à l'ordie qu'on 

iuroit prcfumc y rencontrer. La chaleur devroit 

nturcllement être moindre à la Havane , que 

lans les contrées mentionnées , puifqu'elle fe 

Irouve plus éloignée de l'Equateur : mais Ci l'oii 

hit attention que le Soleil y refte plus long- 

niis au Zenith , ou près de ce point, on verra 

kie la chaleur doit y être plus grande que dans 

îs contrées qui font fous l'Equateur , ou près 

le cette Ligne j en fuppofant même élévation 

ms les tcrreins ,: or c'ell ce qui eft confirme pat 

expérience. 

Lorfque le foleil fe trouve au Nord de l'E- 
bateur , la chaleur eft plus grande à la Havanei 
l'à Panama , Portobelo , Carchagène , ik même 
lie fous la Ligne, dans la Mer du Sud ^ elle y eft 
lème égale à celle qu'on éprouve dans ces lieux, 
Irfqueie foleil parcourt les fix lignes dû l'hé- 
lifphère auflrale. La Ville' fe trouve à 2.3 de- 
[es , 1 minutes , latitude JVofd , & dans la 
lis belle iîtuation que puilTe avoir un terreiii. 
['un côté elle A la baie , de l'autre la grande 
;r. Le refte eft un pays plit j oii il fe trouve 
la vérité quelques éminences, mais éloignées 
ine de l'autre & peu confidérables : ce qui 
împêche pas les vents de parcourir toute U 
Tome J, £ 



' ' I' 



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A' 



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i; f 



es Discours 

contrée. Les obfervations qu'on y a faites cou- 
cernant la température ^ ont été faites en partit 
dans la ville , & en partie à Guanabacoa , h,,- 
meau qui en eft dillant de deux lieues. Ct, 
endroit eft même moins chaud , & plus faii. 
que la Ville , parce qu'il eft fitué à une moyenr.; 
hauteur , où il eft expofé au fouffle des veii; 
qui modèrent l'ardeur des rayons folaires. 

Le 7 Février 17^5 , à 6 heures du matin,, 
le Thermomètre étoità 18 f degrés dans la Villftl 
A midi & demi, il étoit à 20 degrés. Verslîj 
foir il y eut des coups de vent , & une plu:; 
confidérable. Cela dura jufqu'au 19 , que k| 
chaleur augmenta : de forte qu'à fix heures de] 
matin, le Thermomètre étoit à 20 degrés, &j 
à 22 ^ à midi j depuis trois jufqu'a quatre heii-l 
res après midi le tems changea , devint pluview, 
& le vent tomba. A 5 heures , le vent touriiij 
au Nord , le tems fe rafraîchit j de forte quJ 
le jour fuivant le Thermomètre étoit à • 1 7 dJ 
grés à fix heures du matin , & refta à ce poiiï] 
le refte du jour & les deux fuivans. 

Les grandes chaleurs de l'été y commencée: 
en Mai. Le Thermomètre y fut , dans ce mois;; 
ci, à 12 ~ degrés j à cinq heures du matin; 
à 25 Y à midi j à 22 ^ à onze heures de ij 
nuit. Le 25 Juin j il monta à 2^ 7 , & del- 
cendit à 25 -- i onze heures de la nuit. Oi. 



ilei] 



TROISIEME. i-J 

)bferva la même chofe en Août & en Sep- 
tembre. La chaleur parut modérce en Odlo- 
)re , le Thermomètre étant inconftanr. Ccpen- 
bnt il efl; des jours où la liqueur monte alors 
Z5 degrés. Le point régulier y eft de 23 -^ 
24. £n Novembre , ce même point efl: de 
I f à 23 T ) 'i deux heures après midi. La 
nème chofe a lieu en Décembre ôc Janvier, 
lui font les mois de l'hiver dans lefquels 011 
lit qu'on y fent du froid ; ôc cependant la 
[irférence des deux faifons n'eft: que de troif 
legrés. 11 eil bon de dire ici que le Ther- 
momètre étoit placé en tout tems dans une 
Ihambre ouverte , où il étoit expofé à l'im- 
neflion de l'air libre , mais non aux rayons 
ièmes du foleil. Car lorfqu*on l'y a expofé , 
a monté jufqu'a ^n | degrés. 
Les vents foufflent toujours du Nord dans 
îs mois d'hiver j ta liqueur du Thermomètre? 
condenfe : & c'efl: alors qu'on fent plus de 
kîcheur. Dans les mois d'été , quoiqu'il pleuve 
[refque continuellement , la chaleur fe foutient 
)ujours , parce que la pluie eft en général fuivie 
je calme , & qu'alors les vents tournent au Sud : 
qui entretient la chaleur. La fmgularité qu'il 
a à remarquer ici n'eft pas le degré auquel 
lonte la liqueur , mais la conftance avec laquelle 
lie s'y mainçienc , & le peu de variation quoi? 

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y voit d'une faifoii à l'autre. En effet , la li- 
queur monte au iiicme degré dans la Zone Tem- 
pérée, même dans (qs contrées feptentrionales: 
mais cela n'arrive que pendant un mois ou un 
peu plus , ôc dans certains jours. Après cela elle 
defcend peu-à-peu au point d'où elle étoit mon- 
tée. En Décembre , lorfque le foleil eft au Tro- 
pique du Capricorne , il fe trouve à 47 degrés 
du Zénith de la Havane , à la même diftance 
qu'il eft des parties méridionales de l'Efpagne. 
Le 20 Octobre j tems où l'été finit , le Ther- 
momètre marque 14 ^ degrés à fix heures du 
matin , dans Cadix j 1 6 ^ à deux heures après 
midi , & 15 à 1 ^ à onze heures du foir. Le 
20 Février , tems où l'hiver finit , le Ther- 
momètre marque 11 à 13 degrés à 6 heures 
du matin j i^ a 15 à deux heures après midi; 
& 15 à 14 vers onze heures du foir. Ainfi on 
y trouve S à 9 degrés de chaleur de moins 
qu'il n'y en a là lorfque le foleil eft éloigné au 
même degré du Zénith , que nous avons mar- 
qué. On voit donc clairement par ces obferva- 
tions, que quoique la Havane foit éloignée de 
l'Equateur à la diftance du Tropique , ce n'eft 
pas une raifon fuffifante pour que la chaleur s'y 
trouve moindre que dans les contrées qui font près 
de la Ligne j en fuppofant néanmoins la même 
uniformité , quant à la pofition des terreins. £a 



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T R O I s f E M E. ^9 

effet , le fol eft bas , plat ôc près de la Mer dans 
les endroits dont j'ai parle. 

La caufe de ce phcnomcne, eft, comme je 
l'ai dit, la diredion perpendiculaire des rayons 
folaires , dlredion qui dure à la Havane plus long- 
tems que dans les contrées qui font près de l'Equa- 
teur. Car le mouvement du foleil ell rallcnti dans 
fa dcclinaifon , lorfqu'il s'approche des Tropi- 
ques j au lieu qu'il eft accéléré lorfouc cet 
<iftre fe trouve dans le point milieu. Voilà pour» 
quoi il refte plus long-tems au voifinnge du Zé- 
nith de cette Ville , que dans les autres con- 
trées ; & pourquoi il y éclvauffe plus la terre , la 
pénètre avec plus d'a-ftivité que dans les con- 
trées fur lefquelles il palfe avec célérité , ëc fans 
paroître s'y arrêter. Le foleil eft au Zénith de 
la Havane , à la différence d'nn degré , depuis 
le 2 1 Juin, jufqu'au ii Juillet : ce qui fait 
une efpace de 22 jours. Mais dans les deux 
faifons oii il pafTe par le Zénith de Panama, 
favoir en Avril & Août , il y eft 11 jours en 
tout-, c'eft-à-dire 5 jours ôc demi a chaque paf- 
fage : ce qui doit s'entendre du moment qu'il 
s'approche du point immédiat, jufqu'à ce qu'il 
y foit arrivé & qu'il l'ait pafte. Ceci fait donc 
la moitié du tems : vient enfuite un intervalle de 
fix mois , & c'eft alors que toute la chaleur 
répandue fur &dans la terre , pendant les 5 7 pre- 

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7© Discours 

niiers jours , va toujours en diminuant ; poi' 
recommencer pendant les 5 { derniers jours. [ 
s'en fuit donc que la chaleur que le terrcin (i; 
Panama reçoit des rayons folaircs eft moini]:i 
que celle de la Havane , où elle dure 1 1 joiin 
confccutifs. Mais pour mieux comprendre ccu 
il faut fappofcr qu'un mtme degré de chalcu 
répandu dans la terre qui le reçoit , pendant liiti 
fércns jours , devient pendant chacun de ctil 
jours , plus fort qu'il n ctoit les jours précédenJ 
Or la chaleur frappant la terre , qui la reçoit 
déjà imprégnée dos particules ignées qui lui oiJ 
^té communiquées les jours préctdens , la trouvj 
d'autant plus propre a la retenir , que la coni| 
munication d'un degré de chaleur a été pltiil 
fouvent répétée. y 

Un autre exemple confirmera cette théorie, j 
Suppofons qu'on éprouve la plus grande force di; 
foleil dans un efpace de dix degrés , avant quel 
le foleil foit arrivé au Zénith , de jufqu'à cd 
qu'il en foit écarté à un même efpace. Or lifâà 
foleil commence à entrer le 20 Avril dans les! 
dix degrés prochains du Zénith de la Havane, 
& n'en fort que le 21 du mois d'Août, ce qui* "^ 
fait un eipace de quatre mois confccutifs. A ion ^â 
premier paflage par le Zénith de Panama , ilp 
emploie un mois & 21 jours, favoir depuis le 
xp Juillet jufqu'au 10 Septembre: au fecond>c'e(l-| 



!1 



T R (3 I S I E M 1. 71 

, î'r'"*n venant de l'Hcmifphcrc Auftrale , ilcm- 
»loie un purre mois &: 20 jours, favoir , ticpuis le 
10 Mars jurqu au 1 o de Mai : ce qui fait trois mois 

onze jours pour les deux pallages. Ainli il eft 
^ingt jours déplus dans l'efpacc des dix degrés im- 
ncdiats du Zcniili dans celui de la Havane , que 
lans celui de Panama, puifqu'il y a dans ce dernier 
cas une interruption de deux mois S< dix jours , 
)cndant lequel tems le foleil parcourt les Signes 
feptentrionaux j tandis qu il fepalTeau contraire (ix 
nois , à peu de dift'crcncc près , pendant lefquels 
il parcourt ceux de rHémifphcre Auftrale. D'oîi 
il réfulte que la chaleur de la Havane , iituce 
)rcfque fous le Tropique , doit être plus grande 
jue dans les contrées qui s'éloignent de ce Cer- 
:1e en fe rapprochant de l'Equateur : donc aulîî 
les effets de la Zone Torride doivent y être , 

y font réellement plus fenlibics que dans 
[es autres parages. 

Pour que la terre perde la chaleur dont elle 

été impréj^née pendant quatre mois confécu- 
tifs , il faut beaucoup plus de tems qu'il n'eu 
faudrait Ci ces quatre mois avoient été interrom- 
nis par un efpace de tems , pendant lequel le 
foleil feroit refté plus éloigné du Zénith que de 
lix degrés. Or voilA pourquoi , lors même que 
:et aftre eft. hors de cet elpace , la chaleur fe 
fouticnt , comme on le voit , en Septembre Ôc 

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yt Discours 

mcme penciaiit plufieurs jours d'Odobre. En 
eftet , le Thermomène eft alors au même point 
que quand le fdleil eft dans les dix degrés pro- 
chains du Zcnidi. Auiîi y remarque-t-on les 
effets que les rayons perpendiculaires du foleil 
produircnt fur les eaux foucerraines : car elles y 
font chaudes , tandis que, par-tout ailleurs, elles fe 
troussent fraîches , comparées avec la température 
de l'air pendant ces mois-là. C'eft ce qu'on voit 
arriver dans les eaux de citernes , Ôc des fources 
qui ferrent de la terre. Mais il nen eft pas de 
mcme dans celles qui courent à la fuperiicie de 
la terre. Elles fe trouvent à la tem.pérature de 
l'air extérieur, La caufe n'eft autre que la cha- 
leur du foleil , qui étant comme ftationnaire, 
échauffe la terre ôc la pénètre d'autant plus qu'il 
refte plus à ce point. Or, cette chaleur ne va en 
diminuant que peu-à-peu , pendant autant de 
tems qu'elle en avoit employé à pénétrer la 
terre. Lorfque les eaux fortent du fein de la 
terre , elles prennent la température de l'air ex' 
térieur j & quoiqu elles paroilfent avec le degré 
de chaleur qu'elles ont contradté en terre , elles 
le perdent bientôt pour fe mettre au degré de 
l'air. 

Les vents contribuent auflî plus ou moins au de- 
gré de la chaleur, félon le point d'où ils foufflenc. 
S'ils viennent du Nord , la chaleur diminue fen- 




ns au ae* 



T R o I s I E M ï^ 75 

fiblement : mais au contraire , elle augmente 
confidcrablement fous les vents du Sud. Les . 
vents du Nord régnent à la Havane , fans cepen- 
dant être continuels, depuis Novembre jufqu'a 
Mars , mais ftridement ji;fqu en Févner. On les 
appelle hrifes fur les côtes de Carthagène , de 
Portobelo , &c à Panama. Us' n'y foufïlent pas 
précifément du Nord , mais duNord-Eft, entre 
le Nord &: l'Eft. Ils commencent dans ces con- 
trées-ci en Décembre , & durent jufqu'en Mai. 
Cependant ils font un plus tardifs à Panama , 
comme je l'ai dit. 

Le foleil occafîonne auflî une plus grande 
chaleur à proportion qu'il a été plus de tems 
fur l'horifon. Lorfqu'il eft au Zénith de Pa- 
nama, il paroît II heures 12 minutes fur l'ho- 
rifon \ ainfi la nuit proprement dite eft de 1 1 
heures 48 minutes. Mais quand il eft au Zé- 
nith de la Havane , il refte 15 heures x6 mi- 
nutes fur l'horifon : ce qui fait 10 heures 34 
minutes pour la nuit. Ainfi il y échauffe la terre 
pendant i heure & 1 4 minutes de plus qu'à Pa- 
nama. Or on s'apperçoit fenfiblement à la Ha- 
vane que cette plus longue ftation du Soleil 
empêche l'air & la terre de fe rafraîchir autanç 
qu'à Panama, 



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DISCOURS QUATRIEME. 

Suite des ohfervations fur les rapports & les 
différences de la température dans les divers 
climats, 

OI l'expérience ne fervoit ici de preuve , on 
auroit peine à croire qu'il y a de fi grandes dif- 
férences dans la température des climats de l'A- 
mérique , & indépendamment du plus ou moins 
d'éloignement de l'Equateur. La Louifiane eft 
une des contrées qui en fournit une des preuves 
les plus frappantes. En effet, les chaleurs qu*on 
éprouve pendant les quatre mois d'été à la Nou- 
velle Orléans , qui en eft la Capitale , favoir de- 
puis Juin jufqu'en Septembre , y font plus gran- 
des qu'a la Havane , & que dans les autres con- 
trées qui fe rapprochent de l'Equateur. Or cette 
capitale eft à 50 degrés & demi de latitude, 
^ord. Pendant les mois d'hiver, les froids &: 
les chaleurs fe fuccèdent fi fouvent , qu'après 
trois ou quatre jours de forte gelée , l'oji y 
éprouve , pendan; plufieuis autres , des chaleurs 



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Discours quatrième. 75 
prefqu'aulîi fortes que dans les jours rcgulicrs 
de l'été. Mais ce qu'il y a de plus remarqua- 
ble , c'eft que le vent fous lequel il gèle en lu- 
ver , eft celui fous lequel on éprouve les plu« 
grandes chaleurs en été. Ces différences qu'on ne 
remarque point dans d'autres contrées , font par- 
ticulières à celle-ci. Il parcît contraire à l'ordre 
de la Nature , qu'on éprouve alternativement , 
pendant les froids , les neiges , de la gelée , des 
jours aulîî chauds que fi les rayons du foleil 
tomboient perpendiculairement fur la contrée. 
Les vents y changent continuellement, ou n'y ref- 
tent tout au plus que deux jours au même point. 
En hiver , il y pleut fous les vents du Sud-Efi: 
Se du Sud y mais à la même heure qu'il cefle 
de pleuvoir , ce vent tourne au Nord , Se le 
froid fe fait fentir. S'il s'y maintient plus d'un 
jour Se qu'il devienne plus fort j on efc sûr 
d'avoir de la gelée. Mais s'il n'eft pas confiant. 
Se qu'il palTe du Nord à l'Eft , quoique pour 
peu de tems , le froid n'eft pas vif. Alors il 
ne relie pas U long- tems ; il quitte l'Eft pour 
palfer au Sud ou au Sud-Oueft. Auflîtot la pluie 
recommence, il tombe de la neige, Se lèvent 
fait encore le même tour qu'auparavant. 

Les vents Nord Oueft Se Nord y caufent tai t 
de froid , qu'il v îjèlc tortement : mais ces me- 



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mes vents y produifent Qn été une chaleur mèniç 



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yC Discoure 

£ fufFocante , que fi elle duroit deux ou trois 
jours , nombre de gens ne pourroient la fuppor- 
ter , & périroient infailliblement. La caiife du 
froid que les vents produifent en hiver , eft 
fa même qu'on a obfervce dans toute l'Hé- 
mifphère feptentrionale. Mais celle de la cha- 
leur vient de ce que ces vents paflcnt fur de 
vaftes plahies , des forêts épaififes , de très-grands 
marais qui exhalent des vapeurs ardentes avec 
l'humidité qui s'y volatilife par l'effet de la 
grande aâiivité des rayons folaires. L'air 
échauffé à ce même degré , y devient fuffo- 
cant au lieu de rafraîchir la poitrine ; & parcon- 
féquent beaucoup plus infoutenable , que quand 
la chaleur eft accompagnée d'un grand calme. 
Il ne fera pas inutile de confirmer par des 
obfervations mécéréologiques , ces différences 
iingulières de la température. Les jours où la 
chaleur fe fit le plus fentir en 1767 , à la Nou- 
velle Orléans , furent les 1 2 , 1 5 '?<: 1 4 d'Aoûr. 
Le I z , à cinq heures du matin , le Thermo- 
mètre étant dans une falle munie de portes & 
de fenêtres, mais toutes ouvertes , marqua 15 ^. 
Expofé à l'air dans une galerie fpacieufe & 
couverte , il marqua 21 ^. A trois heures après 
midi, étant dans la fallc , il marqua 27 , Se 
32 dehors. A minuit, il marqua 16^ en de- 
dans, &c 16 dehors. Le tems fut très-clair le 



IX ou trois 
; la fiippor- 
■ caiife du 
liiver , efl: 
xite l'Hé- 
:1e la cha- 
nt fur de 
:rès-grands 
îiites avec 
ffet de la 
es. L'air 
ent fufFo- 
k parcon- 
jiie quand 
îd calme. 
: par des 
iffcrences 
irs où la 
la Nou- 
d'Aoûr. 
rhermo- 
portes Se 
;ua 2j i. 
:ieufe & 
res après 

i7 , & 

: en de- 

clair le 



QUATRIEME. 7/ 

jour & la nuit : Le matin il n'y eut point de 
vent. A trois heures , il fouflfla foiblement de 
l'OueftSud Oueftj & futOueft Nord-Oueft pen- 
dant la nuit. 

Le 15 de ce mois, a cinq heures du matin ^ 
le Thermomètre marqua 24 en dedans & de* 
hors : à deux heures ôc demie , après midi , 
il monta à 17 f , & dehors à 3 3 | : à trois 
heures & demie , après midi , il marqua 28 
en dedans , & 3 2 ^ dehors î a cinq heures , 
il marqua 28 | en dedans , & 32 ^ dehors: 
à minuit , il étoit à 27 j dedans S>c dehors. Le 
vent étoit Nord ôc foible. 

Le 14, à cinq heures du matin , le Ther- 
momètre étoit à 2 5 7 dans la falle , & à 2 5 dans 
la galerie ouverte : l'Atmofphère fe trouvoit clai- 
re , le vent Nord. Voiri iVtnr du Thermomètre 
pendant les heures fuivantes du même jour. 

A 9 heures dans la Salle 16 1. Dans la Galerie 3 o £. 
à I heure après midi , 27 î 3 2 J. 



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Le Baromètre étoit le même jour, 
à 5 heures du matin, à 27 pouces 7 lignes y,' 
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Depuis neuf heures du matin , le vent & la 
grande chaleur ccfsèrenc. On fencic feulement 
de tems à autre quelque foible vent du Nord-Eft. 
L'Atmofphère fut trouble. Il y fit quelques éclairs 
pendant la nuit : ce qui venoit de la grande 
chaleur. 

Le 1 5 , on fentlt dès le matin les effets que la 
chaleur du jour précédent avoit produits dans i'At' 
mofphère. I>es Thermomètres étoient donc à 
16 c.egrés à cinq heures du matin , ainfi plus 
hauts qu'à la même heure le jour précédent : ce 
qui injuiuoit plus de chaleur. Mais le vent étoit 
déjà ';)i.:rné à l'Eft-Sud-Eft par le Nord-Eft , 
c'eft pourquoi le Thermomètre fut :? 27 degrés 
dans ia falle a 4 ^ de l'après midi , tems où 
l'on fentit la plus grande chaleur ce jour-là. Il 
croit à 29 dans la galerie : à minuit il fut à 
24 en dedans, & à 24 ^ dehors. Le Baromè- 
tre fut aux heures torrefpondantes à 27 p. 7 1. f j 
à 27 p. 8 1. j, ôc à 27 p. 9 1. i. Il parut quel- 
ques nuages élevés, Se comme déchirés , dans 
l'Âtmofphère. Dès cinq heures du matin , le vent 
s'étoit fait fcntir avec alfez de force du Sud-Eft. 

Suivant les habitans du pnys , k chaleur fut, 
pendant ces trois jours , plis grande qu'on ne 
réprouve ordinairement dans cette fiifon. En 
effet, elle fut moindre en 1766, ij6S: cette 
dernière année , le Thermomètre ne monta c|u a 



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îtf dans la falle , le i8 Août à 5 heures ~ 
après midi, & à 30 J dans la galerie. Le vent 
ttoit foible, Nord-Ouell , & il y eut quelques 
nuages rougeâtres dans rAtmofphère. Le Baro- 
mètre fe trouva à 27 p. i 1. ;^. 

En 1766 , ce fut depuis le 1 7 Juillet , jufqu'ail 
25 , qu'on éprouva la plus grande chaleur. Le 
jour le plus chaud fut le 11.. Le Thermo- 
mètre monta dans la falle à 27 , & à 51 danJ 
la galerie. Le tems étoit clair , le vent foible, 
Nord-Oueft. Les autres jours le Thermomètre 
Vriiia de 2(j a 2<î j , & dans la galerie de -29 
à j I . On ne fentit aucun vent , ou s'il fouffloit , 
c'étoit du Nord-Oueft. 

L'été eft ici fort long : car depuis le mois 
de Mai , on éprouve de roftes chaleurs. Dans 
le plus chaud du jour , le Thermomètre monte 
a 23 ^ dans la falle, & à 27 dans la galerie, 
non pas cependant tous les jours. En OiStobre 
17(17 , il monta les 7 , 8 , 9 , à 24 & 25 dans 
la falle, & dans la galerie de 28 à 29 : ce qui 
eft le degré de la plus force chaleur eu Efpagne. 
Ainfi l'été dure cinq mois complets , & très- 
chaud y fans compter les mois qui le précèdent, 
favoir depuis Mars jufqa'cn Mai , où l'on com- 
mence à fentir de la clialeur , même très- forte 
pendant certains jours. Je n'y comprends pas 

I tems depuis Ocl:obre iuf- 



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plus l'cfpace 



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to Discours 

qu'en Novembre , période pendant lequel la cha- 
leur diminue pour faire place à l'hiver. 

, On y éprouve les effets de cette grande cha- 
leur d'une manière peu ordinaire dans les au- 
tres contrées. Si Ton fort dans la campagne après 
le coucher du foleil , on eft tout furpris d'en- 
trer fubitement dans un climat bien plus chaud 
que celui qu'on quitte. Cela dure l'efpacc de 
vingt ou trente pas , & l'on fort de cette Zone 
chaude aufli fubitement qu'on y étoit entré , 
pour rentrer dans une Zone dont la tempéra- 
ture eft la même que la première : comme Ci 
en effet il y avoit , par intervalles , des Zones 
plus chaudes les unes que les autres. Or , on 
éprouve ces alternatives trois ou quatre fois dans 
un quart de lieue. • 

11 n'eft pas facile d'aflîgner la caufe de ces 
phénomènes , quoiqu'on en puiiTe fuppofer plu- 
Cieins. On feroit mal fondé à prétexter ici que 
le feu qu'on met dans les champs après les moif- 
fons , eft ce qui échauffe plus l'air dans ces par- 
ties-là que dans les autres. D'un autre côté , le 
terrein eft femblable, tant pour la qualité que 
pour la forme j &: l'on ne peut prérendre que 
la chaleur des rayons du foleil fe iixe plus dans 
un efpace que dans l'autre. Il paroît donc vrai- 
femblable que cela vient de ce que certaines co- 
lonnes d'air , confidérées horifontalemeut , ref- 

tent 



^^■■^ 



QUATRIÈME. îi 

tent trîinquilles après le coucher du folcil , tan- 
dis que d'autres font en mouvement & changent 
de local. De cette manière , il arrive que les 
premières confervenc la chaleur qu'elles avoient 
liorfque le foleil les fmppoit^ au lieu que les fé- 
condes la perdent par le mouvemenc d'un ait 
très-foible qui les agite. Ajoutons à ces reflexions 
qae quand on éprouve ces changemens, on ne 
Ifent point abfolument de vent. 

Les coups de foUU font un autre effet remar- 
juable de la chaleur. Ses rayons y agilTent avec 
tant de force & de célérité , que ceux qui en 
(ont frappés tombent morts fubitement \ mais eu 
laitrant appercevoir des lignes non équivoques 
le l'énergie des rayons folaires qui leur ont ôté 
vie. Ces accidens arrivent plus ordmairement 
ceux que des travaux retiennent certain tems 
^ir un mcme local : il eft rare qu'il fe paiïe une 
Innée fins qu'on en voi-e des exemples. 

11 eft donc prouvé par les obfervations précé- 
lentes , qu'on éprcnive à la Nouvelle Orléans , 
tuée au delà du ^oe degré de latitude, des cha- 
kirs beaucoup plus fortes en été qu'à la Ha- 
uie , & que dans les autres contrées qui avoi- 
hent l'Equateur. Cependant le foleil n'appro- 
ie jamais que de fix degrés & demi le Zénith 
cette Capitale de la Louifiane. La raifon de 
phénomène eft l'uniformité des plats pays ^ 
Tome J. F 



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Si Discours 

couverts d'ailleurs de forêts très-c^'pailfes & tr«- 
hautes : or les vents y étant en général trcs-foi- 
blés dans cette faifon , ne parviennent point aux 
endroits habités. Outre cela , cette ville fc trou- 
vant éloignée de la mer, les vents qui régnent 
fur celle ci ne fe portent là qu'avec difficulté, 
D'où il arrive communément que l'on n'y feiit 
aucun courant d'air frais dans le fort de l'été. 
Si le vent vient du Nord ou du Nord-Eft , il 
fe porte dans les terres , traverfe les vaftes plai» 
lies & les bois , en fe chargeant des qualités 
des vapeurs qui s'en exhalent. 

11 refulte donc de tout ceci que le fbleil eftJ 
à une plus grande diftance du Zénith , beaucoup 
plus adif dans cette contrée que dans celles qui 
en font moins éloignées; ce qui, fans doute, 
paroît être contre ''ordre de la Nature. 

Quoique la chaleur y foit en été telle que je l'ail 
dit, elle ne fe concentre cependant pas en terre 
comme à la Havane : & fes effets n'y durent 
pas de même dans les parties fouterraines. On 
remarque au contraire que les eaux de Miilifipi, 
qu'on trouve chaudes à la fuperficie , font fraî- 
ches , lorfqu'on les prend au fond du fleuve< 
Cela prouve que le foleil n'y pénètre pas jui 
qu'au fond de l'eau , qui peut avoir , près de ui 
ville , 20 à 25 braffes. La chaleur eft en ce cas 
accidentelle, & augmentée par le défaut des vents, 



QUATRIEME. 8j 

Se par les principes des vapeurs qui s'exhalent 
des arbres , des terreins humides , & qui fe 
joignent à la chaleur naturelle des rayons folaires. 

Dans un pays où la chaleur monte à un tel 
degré , &: fe foutient fi long-rems , on auroic 
peine A préfumer que les froids & les gelées 
fiiflent , pendant l'hiver auflî , fenfibles qu'on l'é- 
prouve. Or i phénomène eft particulier à ce 
pays. 

La tempér .ture du mois de Novembre y eft 
rcgulièrement de 17 à 18 degrés, à fix heures 
du matin : de 1 9 à 20 à deux heures après midi j 
I& de 17 à 18 à onze heures du foir. En cer- 
tains jours, le Thermomètre bailTe de 7 à 8 
degrés , 8c remonte le jour fuivant au même 
Ipoint avec autant de célérité. En 176S , il com- 
jmença à geler le 8 Janvier; mais la plus forte 
relée eut lieu le ly ou le 18 du mois. Pen- 
lant ces jours-ci , le Thermomètre defcendit à 
lix heures du matin à 1 degrés ôc demi au- 
leflbus de zéro , dans la falle , portes Ôc fenêtres 
fermées. Dans la galerie , il defcendit à 7 i. A 
leiix heures après midi, il monta à 5 | au- 
lelTous de zéro : & à onze heures de la nuit, 
AÇq trouva de 2 degrés plus bas que zéro : 
fans la galerie , il defcendit de 5 à ^ degrés, 
-es bords de Miflifipi furent gelés à la diftance 
le 6 à 8 varas de chaque côté. Il cfl inutile 

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(716) 872-4503 






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S4 Discours 

de dire que l'eau qui étoit dans les cuvettes ; 
dans la pièce où étoic le Thermomètre , fe trouva 
totalement gelée. Il gela auflî le 19 «Se le lo du 
mois , mais modérément. Le 2 1 , on fencit 
quelque chaleur. Le 12, â fix heures du matin , 
le Thermomètre marqua dans la falle 1 2 degrés 
de chaleur, & 11 7 dans la galerie. A quatre 
heures de l'après midi , il monta à i6 \ y Se 
à 17 ^. A onze heures du foir , il étoit à 15 \\ 
<& à 1 4 7. Le 2 5 il monta à 1 7 - dans la falle | 
& à 2 1 J dans la galerie. Ainlî Ton éprouva pen- 
dant ce court intervalle de 3 à 4 jours , les tempé- 
ratures oppofées,des pays froids & des pays chauds,! 
par de fortes gelées & de grandes chaleurs. Ces 
alternatives de froid ôc de chaleur y font fort com- 
munes ^ mais non toutes aulli fenfibles que celleti 
que j'ai rapportées. Le paflTage de la température 
froide à la chaleur, y eft régulièrement de 8à| 
1 o degrés. Les arbres y annonçoient déjà le prin- 
lems dans l'hiver même : car les grands froids 1 
avoient celTé en Décembre , & il y fit chaud. 
On voyoit des feuilles Ôc des boutons ,' particu- 
lièrement aux orangers. Mais cette poufTe hâtive 
en Ht la perte : car il furvint des gelées dans! 
le plus fori de la végétation , & tout fut brûlél 
ou delTéché. Ces accidens n'y font pas rares,! 
vu l'irrégularité de la température. Ilréfultedîl 
U qu'on n'eft pas sûr que l'hiver ait totalemcnil 



QUATRIEME. 8$ 

cefle , jufqu'à la fin de Mars & même au com- 
mencement (f Avril y quoiqu'on y éprouve de 
tems à autre les chaleurs de l'été. 

En 1766, le 14 Mars à C\\ heures du ma- 
tin , le Thermomètre étoit à 2 ^ degrés au-def- 
fus de zéro. Le 8 , il avoir été à 16 j à la 
même heure. «Le 16 , ( * ) il fut à 16 |. Le 
17 , il ne fut qu'à i \ degrés au-delTus de 
zéro. Le 12 , il monta à 1 3 | degrés à la mcme 
heure : de forte que dans l'efpace de 14 jours 
il y eut trois étés & deux hivers. Or ceci ne 
vint que de la variation des vents , froids quand 
ils furent au Nord , & chauds quand il fe trou- 
vèrent au Sud. Ces variations , dont on ne peut 
abfolument fe perfuader la réalité , fans l'expé- 
rience , font d'autant plus extraordinaires , qu'il 
n'y a pas de montagnes dans les montrées voi- 
fmes , ni même à plufieurs centaines de lieues ; 
ôz que conféquemment il n'y a pas plus de 
neige que dans les vaftes plaines où il en tombe , 
mais où elles difparoi(rent entièrement fous le 
fouflfle des vents du Sud. La raifon de ces froids 
fiibits & de CCS alternatives de chaleur , ne peut 
être que les glaces des grands lacs qui font au 
Nord de Miflîfipi, en remontant depuis le 42-. 
degré. Les vents qui paflTent fur ces glaces y con- 

^1 m I < 

(*) Mon exemplaire Efpagnol porte, encorreûion faite à la maii^ 
It 16 1 : ce i^ue n'a pai lu le Traducteur Allemand. 



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( l!| 



h. 



i\f 



8^ Discours 

tra fient cette froidure qii ils répandent dans h 
Louifiane : cette caufe y rend don<i les froids ac- 
cidente/s , & on ne les éprouve que quand les 
vents ne font pas Nord-£(l ou Eft ou Sud, dans 
lefquels cas ils font chauds , parce qu'ils vien- 
nent de la Mer. 

Nous venons de voir que dan» le court ef- 
pace qu'il y a de Panama & Portobelo , jufqu'à 
la LouKiane , il fe trouve des températures tou- 
tes différentes , Se qui ne coriefpondent pas à la 
diftance où les pays font éloignés de l'Equateur : 
en outre , qu'il eft lingulier que les chaleurs 
foient , dans ce pays où les rayons du foleil ne 
tombent jamais perpendiculairement , plus gran- 
des que dans d'autres fituées dans la Zone Tor- 
ride ^ enfin , que le froid s'y fait beaucoup plus 
fencir que dans d'autres contrées de la Zone Tem- 
pérée , où il doit être confîdérable. 

Paffôns à préfent dans l'Hémifphère auftrale , 
pour comparer les températures de la Zone Tor- 
ride avec celles dont nous avons parlé. Nous y 
verrons avec étonnement les phénomènes les plus 
fmguliers de la Nature. Car au lieu des froids 
Se des chaleurs extrêmes de la Louiiîane , nous 
trouverons ici que , contre l'ordre général des cli- 
mats, les contrées qui devroient être chaudes fout 
fort tempérées , & que celles où Ton devroit 
éprouver une chaleur exceflive font extrêmement 
froides. 



il I 



QUATRIEME. §7 

La tempcracure de cette bande de bas cerreins , 
qui s'étend le long de l'Amérique méridionale, vWs 
la Mer du Sud , a été détaillée avec toute l'exac- 
titude nécelTaire , dans le recueil d'Obfervations, 
publié par ordre du Gouvernement. Mais il ne 
fera pas inutile d'en confirmer la vérité , & 
d'en continuer la comparaifon avec les obfer- 
vations qui ont été faites depuis. Les conféquen* 
ces qui en réfulteront feront d'autant plus cer- 
taines , que les unes & les autres ont été faites 
avec le même Thermomètre. 

On voit au Sud-Eft de Lima, & à 54 ^ lieues 
de cette capitale , une longue vallée qui fe pro- 
longe entre deux cotes , Se que Ton connoît fous 
le nom de /as Capillas, Quoiqu'on n'en ait pas 
fixé la latitude , on peut la déterminer par celle 
de Lima , & la fixer ainfi à 1 3 degrés , a peu 
de différence près. En 1758, le 23 Odobre, 
le Thermomètre expofé à Tair marquoit 1 1 
degrés, & iB à deux heures après midi. Il faut 
obferver ici deux chofes. Premièrement , que le 
foleil fe trouvoit prefque au Zénith de cette con- 
trée , paffant au Tropique du Capricorne : fe- 
condement , que cet endroit efl une vallée bor- 
née par deux collines , où la chaleur efl ordi- 
nairement plus forte que dans des pays décou- 
verts. Néanmoins ces obfervations prouvent la 
modération de la température de cette contrée. 

F4 



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8g Discours 

En Ï754 , depuis le 8 Odobre jufqu'au 15 ; 
le Thermomètre placé à l'ombre, au hameau 
de BelU'Vue , près des ruines de Callao , & dans 
une falle fpacieufe , marqua conftamment 1 5 à 
157 degrés , à cinq heures du matin. La pKis 
grande dift'érence fe trouva d'un degré , favoir 
depuis onze heures jufqu'à deux heures après 
midi. Cette légère différence ne vint que du 
tems qui fut nuageux. On éprouva prefque tous 
les jours les garuas d'hiver. Ces garuas font des 
pluies fines , ou plutôt des brumes qui fe réu- 
nilTent & fe précipitent. Le foleil ne fe mon- 
troit que par des intervalles très courts , & ref 
toit découvert une ou deux heures au plus. Alors 
il fe déroboit dans les nuages qui couvroient 
uniformément toute l'étendue de l'Atmofphère. 
Ce fut pendant que le foleil fe mgntroit , qu'on 
fentit un peu plus de chaleur , & qu'il y eut 
cette petite différence d'un degré au Thermo- 
mètre, 

Depuis le 13 Odtohre jufqu'au 5 Novembre, 
le Thermomètre monta d'un degré , & même 
d'un degré & demi , dans le moment le plus 
chaud de la journée : de forte qu'à cinq heures 
du matin il fç trouvoit à. 16011 16 { 'y ^ à i^ 
ou 187 à deux heures après midi, L'Atmof- 
phère étoit cependant chargée de nuages élevés 
6c contigus , qui cachèrent le foleil pendant la 



•v- 



Q U A T R I I M i? 89 

plus grande partie de la journée. Les nuages ne 
fe diflîpoient que depuis 10 heures ou 10 ^ 
jufqu a 1 i après midi : & 1 on fentoit alors quel- 
que chaleur. 

Les mois d'Odlobre &c de Novembre y font 
le printems : on commence à le fentir dès le 
mois de Septembre. Cette différence de faifon 
vient de lobfcurité de l'Atmofphère. 11 femble 
qu'il y ait alors un voile devant le foleil , & qui 
ne permette pas à fes rayons de pénétrer jufques 
fur la terre. Cette obfcurité de TAcmofphère per- 
fîlhnt toute la journée , Jorfque le voile ne fe 
déchire point , '1 en rcfulte le degré de chaleur 
mentionné , fans qu'aucune autre caufe le porte 
plus haut pendant le jour & la nuit. VoilA pour- 
quoi il y a feulement cette petite différence le 
matin ; car l'air eft alors plus frais , relativement 
à toutes les autres paities du Joui. La chaleur 
fe trouvoit un peu plus grande à las Capillas , 
parce que c'efl: une vallée fermée, & que le 
Thermomètre y croit plus expofé au foleil. 

Le printems commence en Mars à la Nou- 
velle Orléans , comme dans l'Hémifphère fep- 
tentrionale. Avril & Mai font les mois qui cor- 
refpondent à ceux que nous avons mentionnés au 
fujet de Bellevue ôc de ias Capillas, En 1768 , 
depuis le 20 Avril , la chaleur fut de 17 de- 
grés & au-delà , a la Nouvelle Orléans , vers fix 



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$o Discours 

heures du matin , & de 21 à crois heures après 
midi. Le Thermomètre y étoic dans la^même 
expodcion qu'a fiellevue. Or la Nouvelle-Orléans 
fe trouve à 30 ^ degrés , & Bellevue à 12 de- 
grés , latitude Sud : la chaleur écoit plus grande 
de 5 degrés à la nouvelle Orléans , variant 
de 4 degrés du matin à midi ^ avec cette dif- 
férence , que le foleil fe trouvoic en Avril à 1 8 J 
degrés du Zénith de la Nouvelle Orléans -y ôc 
en Odobre » à i ^ degré feulement de celui de 
Bellevue. 

Il faut donc nécerfairement recourir à ces 
obfervations , & à l'expérience , pour fe perfua- 
der d'une difparité ii remarquable : elle patoîc 
en effet très-contraire à Torde régulier de la Na- 
ture , & aux régies qui s'y trouvent générale- 
ment établies. On peut faire ici cette comparai- 
fon : qu'un homme fe trouve près d'un grand 
feu mais ayant devant lui un corps interpofé , 
fans doute qu'il en fera moins aSe^é que celui 
qui en feroic plus éloigné fans être garanti de fes 
effets par un femblable corps : il en eft de même 
ici à l'égard des opérations de la Nature. Elle 
interpofé dans le tems convenable un voile qui 
empêche les rayons du foleil de pénétrer juf- 
ques fur la terre , ou d'y faire une trop forte 
imprcflion , en modérant ainfi la chaleur au pre- 
mier inftant qu'il paffe par le Zénith de cette. 



\m > 



QUATRIEME. pt 

contrée : faveur que la Nature a refufée aux au- 
tres. C'eft ainfi que la fage prévoyance de la 
Nature arrête l'effet régulier des rayons du fo- 
leil , dont la projedlion plus ou moins direde , 
e(l la première caufe de la chaleur plus ou moins 
grande. Or, ce phénomène a lieu dans toute 
cette bande de terreins bas qui fe prolongent 
depuis le 3^ degré de latitude , Sud , jufqu'au 
Tropique de la même hcmifphère ; & même 
dans toute leur largeur , i peu de différence près. 
Après tous ces détails , paffons au Pérou , 6c 
voyons la différence qu'il y a entre les hauts 
6c bas pays de cette contrée. On y remarque , 
dans ces différentes portions des rerreins , des 
phénom"ènes ailfli iîiVguliers que ceux dont nous 
avons parlé. Ainfi Ton verra que les froids 
exceffifs de la Nouvelle Orléans font analogues 
à ceni qu'on éprouvé dans d'autres contrées à 
une piàs haute latitude , & les hrêmôs que ceuit 
du milieu de là' Zone Totride , ehtré l'Et'i'^- 
teur & le Tropique du Capricorne*, tarrdis qu'au 
contraire on éproiifve dans ces iiicmes contrées 
des chaleurs, lî grandes , qnoneft comWe fuffo* 
qué. Tous les pores fe dilatent ,tôittes les forces 
%'abattânt j''& tefla dans de H courts intervalles , 
qu'on pou croit les travetfet en nft jour fans foz- 
cet s^iicuAément la marche.- Oh y a dçnc pref- 



f 



V' 



91 Discours 

qu'en même tems , deux températures toutes 
contraires. D'où il refaite que les refforts du 
corps , paflfant rapidement par ks degrés inter- 
médiaires , fe dilatent & le relferrent néceHai- 
rement pour (e mettre à l'cquilibrc qui leur 
convient. ; ' 

Les températures de ces deux contrées oppofées 
y font audl dans les mêmes rapports. Le vuU 
gaire n'y détermine pas les faifons , en con- 
féquence de la position du foleil , mais par des 
phénomènes accidentels. Voilà pourquoi on ap- 
pelle Tété dans la partie haute , le temps pen- 
dant lequel il ne pleut pas , fans s'inquiéter fi 
c'efl: pendant qu'il gèle, ou qu'il fait plus froid. 
On y appelle, hiver le temps pendant lequel 
il pleut, quoique le foleil Aiive fon cours dans 



ij ■'.> . ) 



cette hémifphère. .'c.'.r.w 

L'été commence en Mai > dans' la partie haute, 
& c*eft alors qu'on eft près de l'entrée de l'hi-r 
ver dans la partie bafTe. Il dure jufqu'èn No- 
vembre, dans la première ; & dans la féconde 
c'eft alors que ceifent les garuas ou brumes, :& 
que fe didîpe l'obfcurité qui cachpit le Xoleil^ 
& y faifoit l'hiver. Cette faifon commence en 
Décembre . dans la partie haute \ & c'eft alors 
que le foleil dégagé dç J'pbfçurité , communir 
que fa chaleur -a la terre 44"$ T^iutre par(i^> 



t'v A 



QUATRIEME. 95 

A'mCi quand la partie haute a l'hiver , la balle 
a fou été , 6c réciproquement j fans qu'il y aie 
entr'ellcs d'autres diftances intermédiaires quo 
l'efpace de tems qu'il faut pour monter à cet 
intervalle qui conduit aux PinacUs du Globe. 

Il eft à remarquer que dans ces contrées , 
où la chaleur eft H foible qu'on peut même re- 
garder la température comme étant à certains de- 
grés de gelée , les récoltes y parviennent au de- 
gré de maturité convenable , par l'effet même 
de ces gelées qui fuppléent au peu de force 
des rayons folaires , & complètent ainlî la re-t 
produâion. Mais ce fujet fera traité ailleurs : 
fuivons ce que nous avons à dire fur les tem- 
pératures. 

L'été y eft difliingué de l'hiver , en ce que 
c'eft dans cette première faifon que les récol- 
tes arrivent au dernier degré de maturité , quoi- 
que ce foit alors qu'il y gèle, & que le froid 
foit le plus conftant. D'ailleurs le» jours y font 
clairs , le ' foleil découvert j & il n'eft pas or- 
dinaire qu'il y pleuve , ni qu'il y grcle. Les 
vents ne font pas violens , & ceux qui y ré- 
gnent viennent modérément de la partie de 
la cote , tenant un peu du Sud. C'eft tout le 
contraire en hiver : les jours y font nuageux , 
fombres : les gelées celfent , & le froid fans y 
être fi grand , devient plus pénible en ce qu'il 



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94 Discours 

porte dans le corps l'humidité des givres, Bc 
qui font alors frcquens. Ces brouillards gelés 
tombent quelquefois (;:vi alTcz gros flocons , ou 
en particules trcs-iînes qui pénètrent dans les 
orifices les plus petits. Quelquefois il gicie , il 
pleut , il tonne y le vent foufHe de différent 
coté , fans qu'on puilTe s'attendre avec certitude 
à l'un ou à l'autre de ces phénomènes. Les vents 
font fort variables, Se viennent ordinairement 
de terre. Ceux qui viennent de la Mer celfent 
totalement. Les pluies font abondantes : il n'eft 
pas rare même de voir pleuvoir Ôc grêler en 
tncme tems y de forte que les gouttes d'eau font 
mêlées avec la grêle. 

C'eft une règle générale que toutes les fois 
que les gelées celfent deux jours en été , il pleut 
immédiatement ; & aufll-tot que la pluie ceife , 
la gelée reprend. Lorfque l'hiver tend vers fa 
fin, les pluies font aufli interrompues pendant 
quelque temps , ôz auflitôt il gèle : de forte que 
les pluies 6c la gelée fe fuccèdenc alternative- 
ment y il eft même rare qu'il fe paffe un jour fans 
gelée plus ou moins forte, ou fans pluie & 
neige , ou fans grêle. On voit donc ici plus 
manifeftement qu'en toute autre partie du Globe , 
l'agitation continuelle du tems , occaHonnée par 
les fréquens changemens qui arrivent lorfque les 
p}uies celfenc , & que U température paffe à 



■•'«.*x*-- 



QUATRIEME. 95 

rexcrcmicé oppcfée de la gelce. Les vents de 
terre ceffent : ceux de la côte dominent , pcnè* 
trent jufques là : ôc a* fi les vents y fuivens 
l'ordre des faifons. 

Cet état de la température varie très -peu 
dans les différentes heures du jour ; fuit en hi- 
ver , foit en été. Lt température ne varie que 
d un qu^rt ou d'un tiers de degré depuis deux 
heures après midi, jufqu'd (ix du matin, uu d onze 
du foir. Rarement il fe trouve un demi degré 
de difFcreiice. .jlfte fuite dob/ervations faites 
pei dant fix al^ environ , depuis Novembre 1758- 
jufqu'en Aoit iy6^ , a prouvé cette uniformité, 
fans qu^^' eut plus de différence dans une année 
que dans l'autre. 

L'hiver commence en Décembre , comme je 
l'ai dit. La chctleur y efl de 8 ~ degrés à 9 , dans 
les chambres ou pièces habitable». Le Thermo- 
mètre expofé à l'air , mais a l'ombre , marque 

5 ù ^ degrés. Par pièces habitables on doit en-* 
tendre celles qui font garnies de vitres ou de 
toile qui en ôce la commnicaùon avec l'air ex- 
térieur. Cette température dure jufqu'en Avril, 

6 l'été commence avec les gelées , comme on 
l'a vu. Le point le plus ordinaire où ie fixe 
alors le Thermomètre , expofé à l'air , efl celui 
de la congélation; il bailfe tout au plus de trois 
degrés pendant la gelée. Mais dans Us appar-i 



.fi.' r. 



5)5 Discours 

cemens il fe maintient jufqii a 8 ou ^ 7 , Tans 
qu'il y ait du feu pour les échauffer. Ces de- 
grés de froid ne l'ont pas confidérables à la vé- 
rité : mais comme' ils font prefque continuels , 
& qu'il y a peu d'intervalle de Tété à l'hiver, 
il en réfulte que les gelées perfévèrent dans les 
contrées où le foleil ne projette pas fes rayons. 
Autli n'eft-il pas furprenant que le 7 hermomètre 
y foie 15 ou 20 jours au terme de la coiigéla- 
tionj & à l'inftant que la liqueur monre, on ne 

voir de la 



u »■ 



r i. 



fent la gelée interrompue qu« 
pluie , comme je l'ai dit. 

En comparant donc cette temp -.'• avec, celle 
de la Louifiane, on voit la difi •' ippa * 

qu'il y a entre l'une & l'autre. D'un .é il n'y a 
de différence entre l'hiver & l'été que de t> de- 
grés , qui commencent à trois au-deffous de la 
congélation, & ^e fixent a fix au-deffus. De 
l'autre, il y a 41 i degrés, depuis 7 { plus bas 
que le terme de la congélation , jufqu'a 5 5 J. 
Dans la Louifiane , l'hiver efl interrompu par à^s 
jours de chaleur , & la différence y eft de 7 7 de- 
grés de gelée d ii \ de chaleur. Dans la partie 
haute du Pérou, l'hiver y eft interrompu par 
des jours de froid & de gelée \ & quoique l'été 
le foit aufîî par des jours de neige & de pluie, 
la différence, prife à la rigueur , y eft à peine de 
quatre ou cinq degrés , & ne confifle que dans la 

nature 



* 



! ■ î' 



Q TJ A T R I 8 M «; ^^ 

nature du froid dont l'un eft fec & l'autre hu- 
mide. 

Il eft à remarquer que l'été arrive , dans la 
partie haute , les mêmes mois qu'en Europe^ car 
il commence en Mai , & finit en Odobre ou 
Novembre j contre ce qui devroit être fi cette 
faifon fiiivoit l'ordre déterminé par la plus grande 
proximité où le (oÏqH s'avance du Zénith, Mais 
on ne fiiit pas cet ordre dans ces contrées j il 
faut feulement que le foleil foit découvert , ôc 
libre de tout nuage, & qu'il échauffe la terre 
par l'adivité des rayons qu'il y ]Qrtc, Or, ceci 
n'arrive que dans les mois mentionnés , & non 
dans d'autres. Dire q^e le foleil échauffe ici la 
terre » ce /*«40it une efpèce de contradi(^ion avec 
ce que nous avons vu concernant les froids qu'on 
éprouve alors dans ce climac ^ mais cette concra- 
didion rt'eft qu'apparente. En effet, le foleil y 
échauffe la terre en été , & c'eft lorfqu'il l'é- 
chauffé que les gelées font les plus fortes. Cec 
été & ces chaleurs n'arrivent pas lorfque le foleil 
parcourt les fix Signes de l'Hémifphère Auftrale , 
comme je l'ai dit , mais ceux de l'Hémifphère 
Septentrionale , & lo'rfqu^il eft le plus éloigné 
du Zénith. 

On y appelle ordinairement Soleil de Puna; 
celui dont on fent rimpreftion pendant les mois 
4'été : tous ceux qui connoifTenC ces pays favenç 
Tome L G 




5f^ 



98 Discours 

que quand le foleil y donne en plein , il y eft 
fi chaud qu'on ne peut en foucenir l'imprellion , 
& qu'il y caufe les plus forces douleurs de têce, 
& autres fâcheux accidens. Il y a tant de forces, 
qu'il paroît y faire iniîniment plus d'imprellion 
que dans les pays qui font naturellement chauds. 
£n générai , on dit que le foleil y brûle , ôc que 
l'ombre y gèle. On a plufieurs fois éprouvé qu'en 
fe tenant dans un efpace fermé des quatre côtés 
à une heure après midi , ôc à deux pieds hors 
de la ligne de l'ombre, il étoit impoiîîble de 
fouteiAc la chaleur, tandis qu'à deux pieds avant 
dans l'ombre on foncoit un froid infuportable. 
La caufe de ce phénomène eft l'extrême fubtilité 
de l'air , qui ne peut retenir les particules ignées 
réfléchies dans la partie éclairée par le foleil; au 
lieu que 1(1 partie où il ne donne pas e(l vérita- 
blement une ombre relativement à la tempéra- 
ture, tandis que l'autre femble être un vrai vol- 
can. De-là vi.j' t que la terre perd, auflî-tôt que 
le foleil fe cache j la chaleur qu'elle avoir con- 
tradée de jour, & qui n'y eft que comme acci- 
dentelle. A l'inftant il y gèle, parce que Tat- 
tnofphère n'y tient pas enchaînées les molécules 
ignées comme dans les parties où l'air a plus de 
denfité. ■ ." ^ - , 

Il en eft tout autrement en hiver. Les jours 
y foQC uuageux^ le foleil n'y paroîc que pe» 



ii'M 



QUATRIEME» pj 

d'heures : les vents foufflent avec force , & font 
variables y on a des pluies prefque journalières, & 
en général accompagnées de tonnerre. A l'entrée 
de cette faifon, qui tient ici lieu de l'automne, le 
froid , mcme fans gelée , eft plus fenfîble , parce 
qu'il pénètre davantage, ôc que le foleil n'é- 
chauffe pas l'atmofphère. Mais , entre toutes les 
chofes qui y diftinguent les deux faifons , c'eft 
particulièrement la végétation , qui fuit fes pro- 
grès , comme en Europe , depuis novembre juf- 
qu'en avril j car c'eft alors que les femences & 
les plantes fe renouvellent. Vient enfuite l'été 
depuis mai jufqu'en odobre, intervalle pendant 
lequel tout eft fec de aride. De là réfulte cette 
/îngularitd, que les faifons font oppofées à l'ordre 
régulier du cours du foleil , & déterminées par 
les effets & les circonftances accidentelles , ôc 
par l'ordre de la reproduction. 



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DISCOURS CINQUIEME. 

JDes difcrentes Températures de la partie hautt 
de i* Amérique : effets qu elles produifem : 
caujcs de ce quon ohferve de contraire à l'ordn 
général des autres parties» 

ijEs Teinp.crat«r^s ne font pas cgales dans cette 
partie élevée du globe j ou les trouve toutes 
Variées , félon la hauteur & la fituatiou des ter- j 
r^ins. Proportionnément à cette hauteur , les 
gelées y font plus confiantes en été, &z les neiges 
ik les grcles plus communes en hiver. Mais pliisl 
on defcend , plus la température devient chaude, 
& moins les froids font réguliers. Ces vaftesl 
profondeurs qu'on y appelle avec raifon Qut- 
bradas ^ nom qui les caradtérife bien j ces pro- 
fondeurs , dis- je , a'u fond defquelles coulent les 
s€aux , font des lieux où 1 on voit tous les rapport: 
de la Zone Torride. L*air y a plus de denlitc 
qu'ailleurs, la chaleur du foleil s'y imprime avec 
pi ILS de force que dans les parties où l'air e.li 
plus léger j & l'abri des vaftes éminences qui! 



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Discours cinquième. ici 
forment ces profondeurs, contribue à augmenter 
l'énergie de la réverbération. Il .éfulte de ces 
deux caufes que les chaleurs y font confidérables y 
ce que la Terre fait aflez apperccvoir dans toutes 
fes productions. 

La Quebrada d'Ifcuchaca , dont nous avons 
déjà parlé, n'eft pas des plus profondes j c'eft 
pourquoi la chaleur n'y eft pas fi grande que 
dans d'autres. Le thermomètre placé dans les 
appartemens y cft pendant le mois d'été à 1 1 
degrés j il 'monte jufqu'à 12 ^ au plus chaud du 
jour, ce qui fait une différence de 1 { degré. 
Dans l'hiver il monte jufqu'à 14 & i<j : ce qui 
eft un point fixe tous les ans. Quoique cette tem- 
pérature n© ^oic pas fort différente de -celle de 
Gunncdvelica , elle produit des effets fort fen- 
fibles fur les animaux & les végétaux ; de forte 
que quand on arrive à la moitié de la côte, on 
s'apperçoit des mouvemens de la dilatation alfez 
fenfiblement. Toutes les parties de l'organifation 
ne fe correfpondant pas avec une égale célérité, 
on éprouve quelque fuffocation plus ou moins 
confidérable , qui s'annonce par des bourdon- 
nemens d'oreilles, une dureté de l'ouie, unç 
formication aux extrémités du corps, & autres 
affedions analogues : or ceci vient fans doute de 
ce que le fang fe dilate avec promptitude, fans 
que les vaiffeaux aient le tems de fe diftendrç 

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aulîitôt dans les mêmes rapports. Les habits avec 
lefijucls on vient de l'autre climat font bientôt 
plus pefans , incommodes , & l'on croit , à cet 
égard , ctr«i forti d'un hiver pour entrer fubite- 
ment dans un printems. Ce changement a lieu 
dans une efpace de huit lieues , dillance de l'une 
de ces cohtrées à l'autre : & l'on peut faire ce 
chemin en autant d'heures , même en moins de 
tems : ainfî il ne faut que ce tems-là pour pafler 
des gelées à la chaleur , ou de l'hiver & des 
froids rigoureux à un été dont les chaleurs , réel- 
lement modérées , nen font pas moins fenfibles 
pour ceux qui fe trouvent habitués au froid clir 
mat de l'autre contrée. 

Les produdions de la Terre font k thermo- 
mètre Se la règle de ces températures. Dans les 
contrées fiuidcs , eômnic à Guancavelica , il ne 
croît que des papa j ou ce qu'on appelle en 
Europe pommes de terre , ou patates d'Irlande. 
L'orge y vient, mais feulement en herbe, fans 
produire de grains. Aucune efpèce d'arbre frui- 
tier n'y réuflit : mais l'orge produit fon grain à 
Ifcuchaca j le bled y vient auflî, fans même ex- 
cepter le maïs , qui demande plus de chaleur que 
le bled. On y voit des faules, àts cèdres & autres 
efpèces d'atbres. Les bandes ou les flancs de ces 
collines font garnies d'arbrifTèaux qui ne fe voient 
point dans les cerreins élevés. 



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cinquième; 10} 

La chaleur augmente a proportion que les 
terreins s'abaifTenc, de forte qu elle y devient (t 
confidérable , que la canne à fucre y croît très- 
bien : or , cette plante demande beaucoup de 
chaleur pour parvenir à fa maturité. Les arbres 
des climats chauds y donnent toutes fortes de 
fruits. Tels font les Platanos j les Pignas j les 
Jouacates ou Paltas , les Guabas , autrement 
appelles Pacaës ; & toutes fortes de racines Ôc 
de légumes. Les faifons fe trouvent diftinguées 
à certain point dans ces profondeurs, mais fans 
qu'il y ait beaucoup de différence. Malgré cela , . 
l'air eft le matin, avant le Jcver du foleil, plus 
froid qu'il ne l'eft ordinairement dans le rapport 
d'une température de printems r quelquefois 
même on y voit geler en été , ce qui fuffit pouc 
nuire aux plantes , quoique c«6 gelées ne foienc 
pas fortes. 

On y éprouve les quatre températures de 
l'année dans le court efpace de quelques lieues. 
Ici ce font les froids rigoureux de l'hiver ; là les 
délices du printems , fans y fentir les incommo- 
dités de l'automne j d'un autre côté ce font les 
chaleurs accablantes de l'été; enfin l'on voit 
toutes les prodadions de la Zone Torride. Mais 
les faifons font ici dans un ordre renverfé; l*on 
y a l'été , lorfque le foleil eft le plus éloigné di^ 
Zenith, comme je l'ai déjà dit : dès qu'il s'en 

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104 Discours 

cft le plus approché, l'hiver fe fait fentir. Je 

conclue de la que la Nature n'eft pas aniijettie 

à des règles fans exceptions , & qu'elle s'eft rc- 

fervé des moyens pour s'affranchir de ces règles , 

fans interrompre l'ordre néceffaire de tout le 

fyftême. 

Nous voyons donc qu*a une diftance de dix 
lieues , efpace le plus grand qui fe tfouve entre 
les hauts Se bas pays, les faifons font entière- 
ment oppofées. Ce phénon^ène eft fingulier fans 
doute , & l'on doit le regarder comme une des 
chofes les plus extraordinaires de ces contrées. 
La différence de hauteur , Se les profondeurs qui 
s'y trouvent renfermées, & à l'abri des courans 
d'air , peuvent bien être la caufe du plus ou moins 
de froid , & d'une chaleur plus fenfible j mais 
J'ordre renverfé des faifons eft un phéno- 
mènes bien fingulier. L'hiver dure dans les 
terreins bas depuis le mois de juin jufqu'en 
Novembre , ce qui correfpond au tems où le 
foleil parcourt les fignes de l'Hémifphère Sep- 
tentrionale : mais que dans le même tems l'été 
règne dans les pays hauts , fans qu'il y ait une 
plus grande diftance intermédiaire que la pente 
rapide des monts fur lefquels on peut fe rendre 
en 7 ou 8 heures , c'efl un phénomène auiïi in- 
compréhenfible , qu'il l'efl de faifir la raifon pour 
laquelle la nature a diftingué ces deu2[ contrées j 



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c I N Q r I E M 1. 105 

au point qu'on n'y voit rien de femblable. Les 
nuages continuels & les bruines amènent l'hiver 
dans la partie balTe -y les nuages , les pluies, les 
neiges , la grcle le font auOî régner dans la 
parue haute \ mais c'eft tout le contraire à 1 e- 
gard de l'été. Ainfi , il refaite que quand l'été 
c(l clair en bas, il eft obfcur en haut^ ôc de 
cette manière , les faifons fe trouvent oppofées 
les unes aux autres. 

La foiblefTe des vents du Sud , & quelque- 
fois leur ceflation totale pendant pluHeurs jours , 
donne lieu à la formation du nuage qui couvre 
le foleil dans la partie bafle. Comme il ny a 
point de vent qui en agite l'air , les vapeurs 
humides qui s'élèvent de la terre s'y arrêtent. 
Ce nuage n'eft jamais auflî élevé que la partie 
haute de la terre, & fe tient à ame hauteur 
moyenne déterminée. Les vents du Sud qui font 
continuels dans ces mers (on les appelle ainlî 
quoiqu'ils foient S. O. ) , perdent leur force dans 
la région balTe de l'Atmofphère , & la confer- 
vent dans celle qui eft plus élevée. Comme ils 
parcourent un efpace fupérieur aux nuages , ils 
fe trouvent au niveau de la partie haute , ôc la 
traveçfent fans aucun obftacle : de cette manière, 
ils empêchent non-feulement qu'il ne s'y forme 
des nuages , mais même ils les diHipent , parce 
qu'ils y font conftans, ôc les pouflTent vers la 






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ïotf Discours 

partie oppofce. Quand , au contraire , l'été règne 
dans les bas pays , les vents fe portent avec force 
immédiatement à leur fuperticie , diliipent les 
nuages. Se les jours font clairs. Ces vents ne 
s'élèvent plus alors autant qu'il le fliudroit pour 
balayer la partie haute. Ceux de terre rcgnem 
pour lors de différens côtés , ôc permettent ainfi 
aux nuages de s'amalfer Se de s'épaiilir ; d'où 
il réfulte des pluies. Mais comme l'air eft fore 
délié dans cette contrée , Se qu'en conféquence 
il s'y élève à cette hauteur une grande quantité 
de particules nitreufes , il en réfulte le froid qui 
y eft ordinaire en rout tems ; & de-là vient 
que ce qui devroit tombei en eau , n'eft quel- 
quefois que de la grêle ou de la neigo. Se fou- 
vent de la grèle mèlce avec l'eau. 

Les vents du Sud pioduifent dans cette con- 
trée les effets qui réfultent des vents du Nord 
dans l'Hémifphère feptentrionale. Ils nétoient 
l'Atmofphère, Se font froids, parce qu*ils viennent 
des parties méridionales » Sz que le foleil eft 
alors à la plus grande diftance du Zénith. Toutes 
ces caufes fe réunilTent donc pour produire du 
froid : voilà auflî pourquoi on fent du froid 1 
l'ombre , & de la chaleur quand on eft au 
foleil : les gelées y durcififent la terre , en rcf- 
ferrant fes pores: la réflexion des rayons folai- 
res doit être alors plus forte que quand ils tom- 



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CINQUIEME. IÔ7 

bent fur une fupeificie fpongieufe. C'cft à cette 
caiife qu'il faut rapporter la plus grande activité 
du foleil de Puna : il e(l mc-me plus infupportable 
que dans les terreins tempères ou chauds , fur lef- 
quels les corps font dilates, & plus poreux que 
dans l'autre cas. Le froid retTerrc pareillement 
les pores des corps \ l'adivitc des rayons fo- 
laires n'excite point de tranfpiration. , & l'efFec 
de la chaleur eft beaucoup plus fenfible aux 
parties externes qu'elle brûle ou rôtit , que dans 
les Zones qui font réellement chaudes. Une autre 
propriété du foleil âe Puna , eft que, dans le 
tems même qu'il paroît brûler , & qu'il eft im- 
poflTible d'en foutenir ladion fi l'on rcfte tran- 
quille, il ne fait pas fuer, même lorfquon s*agite 
le corps. La caufe naturelle de ceci eft le froid 
qui fe maintient dans l'air , & qui reflerre les 
pores au point de rendre la tranfpiration très- 
difficile: ainfi, l'on fent en même tems la cha- 
leur que caufe la réflexion des rayons folaires, 
8c le froid qui eft naturel à la légèreté de cette 
Atmofphère. Cette contrariété de température 
dans le même tems , met les corps dans un état 
violent ; & l'on éprouve les incommodités donc 
j'ai parlé j incommodités auxquelles on fentiroit 
du foulagement , fi l'on pouvoit tranfpirer Id 
comme dans les pays chauds. 
Il paroît donc qu'il ne faut pas chercher d'au-. 



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loS Discours 

très caufes que les vents du Sud , Ôc la manicre 
dont ils régnent dans ces contrées , pour rc*ndre 
raifon des faifons renvcrfées de ces pays-là, & 
des froids hivers qui Te font fentir au milieu de 
la Zone Torride, entre l'équateur ôc le tropique 
du Capricorne j hivers qui ne dcvroient point 
s'y rencontrer , Ci l'on ne conlldcroit que la 
proximité du foleil : mais fon influence eft mo- 
dcrce par d'autres caufes, ôc la chaleur eft trcs- 
foible, dans les lieux où elle devroit être con- 
tinuelle » relativement à celle qu'on éprouve 
dans d'autres contrées. Les différentes hauteurs, 
& les abris de tos quebradas ou vaftes ouver- 
tures, y font caufe de la difparité des tempé- 
ratures , quoique les faifons n'y paroiffent pas 
dans un ordre renverfc , comme on le voit dans 
la partie balfe. 

La température de la Louifiane eft beaucoup 
plus chaude en été que celle des bas terreins du 
Pérou, Se des profondeurs de la partie haute. Malgré 
cela ce n'eft qu'avec difficulté que la canne à 
fucre y croit , tandis qu'elle réufîit dans ces au- 
tres contrées : cela vient de ce qu'elle n'a pas 
dans la Louifiane le tems nécelTaire pour arri- 
ver à une maturité parfaite pendant l'été, qui 
y eft interrompu par les gelées & les froids 
alternatifs de l'hiver : elle ne foufFre pas ces al- 
temations dans ces autres coiittées, car il n'y 



C 1 N Q ^T I E M f. ÎOff 

a pas tant de diffcrcnce entre l'ctc & l'hiver. 
Comme il n'y faut que rrois ans pour la faire 
arriver au terme de maturitc , la température 
(d'hiver qui peut furvenir n'y eft point préjudi- 
ciable. 11 non ed pas de même dans la Loui- 
/îane , car il y furvient entre deux étés des 
gelées qui sèchent cette plante , arrêtent les pro- 
grès de fa végétation; or, elle ne peut prendre 
d'accroilTement Se mûrir qu'en été. 

La nature fuit toujours certain ordre régulier 
dans fes opérations , en employant des moyens 
tout contraires , & femble rapprocher, les uns des 
autres , des climats forr éloignés; On éprouve 
alternativement à la Louiâane des jours fi, chauds 
en hiver , qu'on pourroit les regarder comme 
l'été d'autres contrées ; mais on n'y voit pas en 
été ces jours alternatifs de gelée j le tems , 
comme je l'ai dit , y eft dans une continuelle 
viciflîtudc de froid & de chaleur. Il arrive la même 
chofe dans l'été de la partie haute du Pérou : les 
jours dégelée, qui y font ceux d'été, font interrom- 
pus par des jours d'hiver , félon le ftyle de ce pays; 
car dès qu'il ceffe d'y geler on y voit de la 
pluie , des neiges , de la grêle , ce qui eft là le 
caradlère de l'hiver ; & la température y eft dans 
une alternative pareille à celle de ces autres 
contrées. Ce qu'il y a ici de particulier, n'eft 
pas qu'une température cefTe pour être fuivie 



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d'une autre plus modérée en elle-même , maij 
c'eft que ces températures paiFcnt fubitement 
d'une extrémité à l'autre oppofée. 

L'été de la partie haute du Pérou achève la 
maturité des fruits j mais s'il vient trop tôt il 
les perd totalement. Si après avoir été préparés à 
leur maturité par les pluies & un froid modéré, 
ils font .atteints de la gelée, la première les 
fait rider, & à la troifième ils font deflechés; 
car la gelée & le foleil de Puna produifent ici 
l'effet qui devoit réfulter de la feule chaleur du 
foleil : ainfi , dès que la gelée furvient avant 
qu'ils aient atteint leur maturité convenable, ils 
fe delTèchent & reftent fans fuc & fans fubf- 
rance. Les effets de la gelée font ici plus prompts 
que ceux des rayons du foleil j car en un ou 
deux jours la gelée opère fur les fruits ce que 
le foleil ne feroit pas , par degrés , en plufieurs. 
Ce ne font pas les gelées qui font mûrir les 
récoltes dans les Quebradas ; en effet , quoiqu'on 
envoie quelques-unes , comme je l'ai dit , elles ne 
font pas fortes ni durables. Lorfque les gelées fe 
font fentir dans les hauts pays & que les jours font 
clairs , le foleil étant découvert & dégagé de 
tout nuage fait parfaitement mûrir les fruits, 
& ce n'eft que par fa chaleur que fe produit 
cet effet. On voit donc là que, dans une partie, 
Ja maturité des fruits s'opère par les froids feuls , 



CINQUIEME. ni 

tandis que dans l'autre c'eft par la chaleur; phé- 
nomène fingulier qui fe fait appercevoir dans les 
deux contrées en même tems. 

Les effets des gelées Se de la fubtilité de l'air 
font fi fenfibles , que les corps ëc les métaux 
même en font également aifedés. Cet air fec 
& fubtil occafionne une telle fécherelTe, que Té- 
! piderme , 8: fur-tout la pellicule qui recouvre les 
lèvres , fe gerce ôc fe fend ; on y fent de la 
douleur , Ôc bientôt le fang y paroît ; les mains 
devieunent rudes & fquammeufes : cette afpé- 
rité eft fur -tout remarquable aux articulations 
des doigts & à leur partie fupérieure : les écailles 
; y font plus épaiffes qu'ailleurs , & elles prennent 
une couleur noirâtre , qui ne fe dilîipe aucune- 
I ment par les lotions. On y appelle ces afFedions 
\chugno j terme par lequel les naturels dcfignenc 
une chofe ridée & durcie par le froid. L'acti- 
vité du froid s'y remarque aufïî , comme je viens 
de le dire , fur les métaux , . en ce qu'il fait 
fendre les cloches, quoiqu'on les y falTe plus 
cpaiffe que d'ordinaire ; mais cette précaution 
j devient inutile. Ce phénomène qui ne fe voit 
jpas auflî communément dans d'autres endroits 
où il fait plus froid, prouve que la fubtilité de 
lair , ou fa plus grande rarité concourt à cet effet 
avec la gelée. ' ■ • 

Le froid de ce climat pendant l'été y garantie 



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les corps de la piitrcfadion , au point que les 
poilTons qu'on pèche en mer à 50 ou 60 lieues 
au-delà , y font apportes & mangés aufli frais 
que (î on ctoit fur le bord même de la mer. | 
Non-feulement on les mange frais & fains quî»nd ^ 
ils arrivent, on peut même les garder le tems 
' qu'on veut , & on les trouve dans le même état 
où ils ctoient à la mer. 

Mais il faut quelque précaution. On ne les | 
prend en mer que vers le foir : on les vuide aufîitôt f 
qu'ils font fur le rivage ^ alors on les arrange 
dans des paniers d'ofier , & on les tranfporte la 
même nuit par les bas pays, afin d'arriver au 
foieil levant aux premières éminences de la Puna. 
Dès qu'ils y font , il n'y a plus de rifque qu'ils 1 
s'altèrent, car la gelée les faifit dans cette autre 
température, & on les garde le tems qu'on juge 
à propos. Ce poiflon eft alors endurci. Se quand 
on veut s'en fervir on le met une demi - heure 
dans l'eau, ce qui fuffit pour le faire dégeler, & 
revenir à l'état où il étoit en fortant de la menl 
Cette précaution eft fi néceflâire , que fi on Vôii» 
loit le cuire fans l'avoir fait dégeler, on né pour- 
Boit en enlever les écailles, & il refteroit tou- 
jours dur comme pierre : en le mettant dans 
l'eau, froide i la température du lieu, les parties 
relferrées par la gelée fe réfolvent , Se la chair en | 
devient molle & fléxiblé ; mais l'eau tiède on 

chaïuie 



CINQUIEME. II J 

chaude ne le fait pas dégeler ainfi. Il en eft de 
niême à l'égard des viandes ôc des fruits j les 
premières fe gardent auflilong-tems qu'on veut, 
fans rien perdre de leurs qualités. Quant aux fé- 
conds , on les apporte des balFes contrées , qu'on 
appelle chaudes j & la gelée les conferve égale- 
inent. Les hautes contrées où il ne vient pas de 
fruits , s'en procurent les meilleurs par ce moyen j 
mais ces contrées font privées de cet avantage 
en hiver, a caufe des pluies abondantes qui y 
tombent fi fréquemment. 

Quoiqu'il fe paflTe peu de jours fans pluie pen- 
dant l'hiver de ces hauts pays, l'air y eft fec 
en tout tems : les murs des maifons font cou- 
verts d'eau, qui s'introduit par la porofité des 
matériaux, & le fol eft très-hiîmide pendant les 
pluies, fans qu'il en réfulte rien de mal pour la fan- 
té: les métaux n'en éprouvent non plus aucune al- 
tération. 11 en eft tout autrement dans les baflfes 
co,ntrées : les pluies y font très fines , & forn^enc 
à peine quelques gouttes fenfibles : cependant l'air 
y eft très-humide j le fer , l'acier y font promp- 
tement attaqués par la rouille , &: tout y eft pro- 
portionnément imprégné de cette hiunidité. Les 
pays chauds font pluvieux en général y & Ton y 
éprouve tous les effets de cette température. Cette 
différence qu'il y a entre cette contrée ôc le haut 
pays , ne vient que de la différente denfité ds 
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114 Discours 

rAtinofphcL'e, qui a toujours plus de dîfponcloiii 
réunir les particules aqueufes, à proportion qu'elle 
eft plus cpaifle *, & qui les laifTe échapper lorf 
qu'elle fe trouve plus légère Se plus rare : or 
ceci vient de ce que rAtmofplière n'ayant pas 
alFez de corps pour retenir les particules flottan- 
tes , elles fe piccipitent converties en pluie , & 
laillent ainlî l'air en liberté. Outre cela , comme 
la chaleur du foleil fe fait fentir dans ces contrées 
tout autrement que dans les bas pays , de mcme 
on y éprouve le froid d'une manière toute diffc* 
rente que dans les climats naturellement froids, 
à caufe de l'obliquité des rayons folaires. Dès 
qu'on a quitté les contrées balles pour fe rendre 
aux pays élevés , on éprouve une fenfation plus 
pénible que le froid même * ucun abri ne peut 
en garantir ni en modérer limpreffionj le feu 
n*y procure non plus aucun adouciffement j le litle 
mieux préparé & le plus mollet devient égale- 
ment inutile. Cette pénible fenfation qui dure 
plufieurs jours , jufqu'à ce que le corps commence 
X s'acclimater, cfl: beaucoup plus pénible pendant 
la nuit que dans le jour. Le fentiment de froid 
qu'on éprouve malgré tous les moyens poflîbles 
de fe réchauft'er , pénètre tout l'intérieur du corps, 
de même que le froid qui fe fait fentir à l'accès 
d'une fièvre tierce. 
I..a raifon de ce fentiment pénible ne peut être 




CINQUIEMI. 115 

que le pa(Tàge fubit d'une température modérée 
à un climat froid. Les pores n'ayant pas eu 
le tems de fe reflerrer dans une proportion con- 
venable, les particules de cet air froid s'y in- 
troduifent librement , & affedtent les fibres dé- 
licates des nerfs , en y caufanc une fenfation in- 
folite , de laquelle réfulte l'écat pénible du corps : 
voilà pourquoi aucune précaution , aucune cha- 
leur , ni même le mouvement , ne peuvent en 
garantir. Cette incommodité dure 20 ou 50 jours , 
jufqu'à ce qu'elle diminue peu à peu , ôc que le 
corps foit fait au climat. Dès qu'on eft accou- 
tumé au climat, le froid n'y eft plus fi fenfible^ 
que dans les contrées dans lefquelles il y a beau- 
coup de différence entre l'été & l'hiver ; on y 
a peu pcnfé a garantir les maifons du froid. Quant 
aux habits , on y porte régulièrement ceux d'hi- 
ver, mais fans être doublés, comme fembleroic 
l'exiger la dureté de la faifon : on n'y fait point 
de feu pour fe chauffer , & l'on vit à cet égard 
comme fi l'on étoit au printems , quoiqu'on ait 
des preuves évidentes du contraire dans les afpé- 
rités des mains , les gerçures des lèvres , ôc dans 
la fécherefle de la peau. On voit donc là corn*- 
bien la nature s'accommode facilement aux dif- 
férentes températures lorfqu'elles font continues. 
D'après les détails que nous Venons de voir, 
on comprend aifémenc <jue les températures 

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doivent varier dans ces contrées A proportion 
de la plus grande élévation où fe trouvent les 
terreins , ou de leur profondeur ; ôc que dans 
cette partie du monde les terreins élevés diffè- 
rent totalement du refte. En effet , les règles gé- 
nérales diffèrent tellement ici , que les fai- 
fons , les températures & les effets fe trouvent 
dans un ordre tout contraire : ici l'on a l'hiver 
quand ce devroit ctre le printems. Les vents ré- 
gnans font contraires à ceux des bas pays j il pleut 
beaucoup , & l'air eft fec j il gèle , & c'eft afors 
que mûriffent les récoltes : au moins elles y ar- 
rivent au dernier degré de leur perfedion , quoi- 
qu'il y ait peu de plantes qui y réuflMTent : enfin , 
le froid & la chaleur s'y font fentir d'une toute 
autre manière que dans les autres contrées : 
celle -c' brûle, tandis que Tautre pénètre tout 
l'intérieur du corps. 

Ceux qui ne font pas habitués à fréquenter 
ces endroits -là , font encore expofés à une 
autre incommodité , outre le froid dont nous 
venons de parler ; c'eft le JMaréo de la Punax 
& il eft rare qu'ils n'en foient pas attaqués. 
C'eft une m.aladie toute femblable à celle qu'on 
éprouve en fe mettant en Mer :ellè en pré- 
fente aufli tous les fymptômes , & fuit le mètne 
ordre. La tête tourne j on fent rie f. es- grandes 
chaleurs j & il furvient des naufées pénibles , fui- 



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5* 



CINQUIEME. H? 

vies de vomifTemens bilieux. Les forces tombent, 
le corps s abbat : la fièvre s'y joint ; & le feu! 
foulagement qu'on y trouve , c'efi: de vomir. Cer- 
tains fu;ets y font même C\ abattus , qu'ils ^on- 
neroient de l'inquiétude , fi l'on n'étoit certain 
que ce n'eft autre chofe que ce maréo. Cela dure 
ordinairement un jour ou deux , après quoi la 
faute fe rétablit. Cette incommodité eft plus ou 
moins confidérable félon la difpofition naturelle 
des perfonnes ; mais peu y échappent. Lorfqu'on 
l'a une fois éprouvée , il eft extraordinaire qu'on 
en foit repris en palTant par Puna ^ ou en y 
venant des pays bas , ou de toute contrée dont 
la température eft chaude. 

On ne peut fans doute attribuer cet accident 
au froid \ car s'il en étoit la feule caufe , cette 
maladie feroit commune dans tous les pays froids. 
Il faut donc que cela vienne de la qualité de l'air, 
foit en conféquence de fa légèreté , foit de toute 
autre qualité que nous n'y connoiftbns pas. On n'é- 
prouve point ce mal dans les hautes contrées de 
Quito, contrées auflî élevées que celles du Pérou j 
car il eft différent de l'afFedion que nous appelions 
paramarfe ; au moins nel'a-ton pas éprouvé quand 
on a fait les obfervations , c'eft pourquoi l'on 
n'en a pas parlé j au lieu qu'il eft très-ordinaire 
dans les pays qui conduifent à ces autres con- 
trées. U faut encore obfcrver que ceux qui font 



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ii8 Discours 

dirpofés à vomir en mer, le font audi ^uxPunas, 
tandis que ceux fur qui la mer ne fait pas d'im^ 
prefldon , n'éprouvent pas non plus cette incom- * . 
modité fur ces cîmes. On fent quelque chofe 
d'analogue fur les hautes montagnes de TEu- , 
rope , & fur d'autres chaînes de montagnes; 
ceci eft partiailier aux perfonnes délicates ^ mais 
ces effets n'y font pas fi fenfibles & fi graves, 
tii thème fi généraux que dans ces contrées de 
l'Amérique. Ce qu'on éprouve en Europe ne 
vient que de la rarité de l'air , ôc du froid qu'il 
fait fur ces hauteurs : deux circonftances qui 
doivent produire quelque altération. 

On obferve encore dans ces climats un au-^ 
tre accident auquel les animaux font fujets. De 
qu'ils paflfènt des plaines à ces éminences 



ou 



Punas , comme des pays où il y a des habita- 
tions aux cîmes qui les environnent , la refpiration 
leur devient fi difficile , que malgré les différentes 
paufeâ qu'ils font pour reprendre haleine, ili 
tombent, Ôc meurent là. Les habitans de ces con- 
trées difent que c'eft parce que ces animam 
paffent alors fur des mines ^ car ils prétendes 
que les montagnes font pleines de minerais, 
d'où il s'exhale , par les pores de la terre , èi 
molécules d'antimoine , de foufre „ d'arfenic , & 
autres , auxquelles ils attribuent ces accidens. 
Mais on peut objeder que fi cette opinioi 



i 



CINQUIEME. 119 

itoit fondée , ceux qui montent ces animaux 
éprouveroient la même chofe , & que ces ani- 
maux l'éprouveroient aufli lorfqu'ils font arrêtes , 
ce qui n'arrive pas. Il faut donc croire que cela 
n'eft dû qu'à l'extrême rarité de l'air , imprégné 
d'ailleurs de quelque corps étranger qui s'y trouve 
dllféminé, & fans que cette matière étrangère 
forte des pores de la terre. On peut encore dire 
qu'il n'eft pas probable qu'il y ait des miné- 
raux renfermés dans le fein de toutes ces cîmes 
où ces accidens arrivent , puifqu'on ne voit au- 
cun fignç externe qui les décèle : fi cela étoit , 
il n'y auroit ni mont ni coteau dans ces chaînes 
qui ont plufieurs centaines de lieues, où Ton ne 
trouvât quelque minéral. 

Mais une autre raifon s'oppofe encore a ce 
fentiment. Si les minéraux écoient la caufe direde 
de ces morts fubites , on devroit éprouver la 
même chofe fur les montagnes de l'Europe , qui , 
en nombre de contrées , font pleines de veines 
métalliques de toute efpèce > quel que foit le mé- 
tal , argent , mercure , ou tout autre y mais cette 
opinion confidérée d'un autre côté , devient en- 
core moins probable. Ces gens font très-peu inf- 
truits fur cette matière, & ne favent ce que c'efl: 
que denfité ou légèreté de l'air , ni quels effets il 
peut en réfulter : or , ces connoiffances leur man- 
quant , ils ne font pas en état de déterminer la 

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110 Discours 

caufe qu'ils alléguenc : ils l'imaginent fuivant 
leur intelligence. Se fc pcrfiiadent que ce font les 
minéraux, parce qu'ils cioyenc qu'on ne peut ou- 
vrir la terre fans en rencontixr. Quoique ces gens 
foient fouvent occupes aux travaux des mines, 
ils ont il peu de connoillanre de la phyfique fou- 
terraine , qu'en i^énéral ii-i en ignorent jufqu'aux 
premiers princij. ss : voilà pourquoi l'air des hau* 
tes contrées efl: pour eux le même que celui des 
bafles, fans qu'ils penfent plus loin. Us ignortm 
ce que c'eft c\\xélafùcké , denjicé , pefanceur. 

Les hommes qui arrivent nouvellement dans 
ces climats, éprouvent aufii quelque chofe d'a- 
nalogue à ce que j'ai dit des animaux; ils fen- 
tent en marchant une fatigue, comme fuffocante 
& très-pénible, qui les oblige de fe repofer long- 
tems ; cela leur arrive même dans le plat pays: or, 
il ne peut y avoir d'autre car.fe de ce phénomène 
que la fubtilité de l'air ; mais à mefure que les pou- 
mons fe font à cette Atmofphère , la gène devient 
moindre. Cependant on y éprouve toujours quel- 
que difficulté de refpirer lorfqu'on veut monter 
quelque côte; ce qui eft inévitable , mais ce qu'on 
ne fent point dans les autres contrées où l'At- 
mofphère a une denfité régulière. 

Cette légèreté de l'air devient favorable aux 
afthmatiques devenus tels dans un air plus épais. 
Cet afthme y eft connu fous le nom de aho- 



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CINQUIEME. m 

pos ou fuffocation \ il y eft même a(Tez com- 
mun : c'eft pourquoi ceux qui en font atta- 
qués dans les baffes contrées , fe rendent dans 
les hautes j quoiqu'ils n'y gucrilfent pas entière- 
ment, ils y vivent cependant fans peine : ceux 
au contraire qui font devenus tels dans les hauts 
pays , fe trouvent bien dans les bas ; ainfi , le 
changement d'air devient un foulagement alfiirc 
dans cette efpècc d'incommodité. La médecine 
pourroit tirer parti de ces expériences , en envoyant 
les malades d'une contrée dans une autre , quoi- 
qu'il n'y eût pas ailleurs une auflî grande diffé- 
rence dans l'élévation des ter reins. 

On remarque auflî à certain point cette dif- 
ficulté de refpirer dans les hautes contrées de la 
province de Quito, mais elle y eft: moins péni- 
ble : cela vient fans doute de ce que l'une de 
ces contrées eft fous l'équateur, ou très -près, 
tandis que l'autre en eft éloignée. On en a conclu 
que les Punas ou cîmes du Pérou font moins 
froides & l'air moins âpre que dans les autres 
contrées. Mais il eft bon d'obfervcr que ce qui a 
été dit de Guancavelica eft général pour tous les 
terreins qui fe prolongent vers le Sud. 

Pour mieux faire comprendre cqs détails , j'ob- 
ferverai ici que ce qu'on appelle Punas an Pérou, 
fe nomme Paramo au Royaume de Quito j & 
que tout ce pays froid & défcrt où il n'y a au- 






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111 Discours cinquième. 
cune habitation , a le même nom , quoiqu'il s'y 
trouve des Punas y ou cimes , plus hautes les unes 
que les autres , félon l'élévation des ter reins : 
de-U vient qu'on appelle le foleil brûlant , fokii 
dt Punas ; & que les vents froids , après & in- 
éommodes ont aulTi la même dénomination. 




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DISCOURS SIXIEME. 

Des Produclions végétales des différens Terroirs, 

Aj E s produdions de la terre doivent ctre fans 
^oute difFcrentes dans des climats anilî varies , 
& où \qs températures prcfentent tant de difpa- 
rité. La chaleur & le principe aqueux font les 
deux premières caufes de la végétation j & celle-ci 
cft toujours plus ou moins adive & prompte, 
à proportion que ces deux caufes co-opcrent par 
leur concours mutuel, avec un plus grand degré 
de force , dans les elpcces qui le demandent. Il 
en eft de même , quant à la végétation, à l'é- 
gard ^QS efpèces qui demandent moins de cha- 
leur , & même certain degré de froid. Ces ef- 
pèces végètent avec force dans les contrées où 
elles éprouvent ce froid \ mais on ne les rencontre 
pas dans les pays plus chauds , ni dans ceux qili 
font très-humides. Ainfi , le froid, plus ou moins 
fort, eft auiîi favorable aux unes, que la chaleur, 
même confidérable , l'cft aux autres : il en eft 
aufli de même des rapports de la fécheielTe &c 



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114 Discours 

de l'humidité. Néanmoins il eft plus ordinaire 
de voir les campagnes couvertes déroutes fortes de 
plantes dans les pays chauds & humides , que dans 
les pays froids. Outre que les plantes des pays 
chauds font plus nombreufes, elles font narurelie- 
ment vigoureufes, très-garnies de feuillages, tandis 
que celles des pays froids font comme arides & fans 
fuc. On voit dans les unes la Nature fe renouveller 
prefque à chaque inftant j au lieu que dans les pays 
froids la terre paroît pour ainii dire nue , cx ne 
donner que quelques foibles marques qu'elle n'eft 
pas entièrement ftérile. Ce rapport diffcrenciel 
dQS températures & des climats , efl .nf-tcflaire 
pour la variété qui fait la beauté <le Ir- ?lature. 
Par ce moyen les efpèces fe multipliei!: à rir.iini, 
& la grande étude qu'il faut pour connoîcre ces 
efpèces infinies n'en a que plus d'actiaits , intme 
dans l'examen des efpèces les plus communes. 

La Nature toujours libérale dans la ûiftribu- 
tion de fes dons , a fu les accorder dans les jufies 
jproportions des climats , des terreins , ôc des qua- 
lités de l'Atmofphère. Mais en répandant fes fa- 
veurs dans toutes , ou dans prefque toutes les 
parties du Globe , elle en a en même tems ré- 
fervé d'autres pour les climats feuls qu'elle vou- 
loir favorifer. 

Entre les hauts & les bas pays du Pérou, 
entre ces contrées ôc celles qui font près de l'E- 



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|c[U.iceur, entre les unes ôc les autres & celles 
qui font fous le Tropique j on remarque une fi 
grande différence dans les productions & dans le 
fol , que la Nature femble n'y être pas la même j 
car on voit dans les unes ce qui ne fe trouve 
nulle part dans les autres. Cependant il eft re- 
marquable que Ton trouve dans la Louifiane cer- 
taines chofes qui font communes près de l'Equa- 
teur, ôc d'autres toutes différentes ôc femblables 
à celles qu'on voit en Europe : on y rencontre 
même des chofes étrangères aux unes 6c aux 
autres contrées. Les parties bafTes du Pérou , qu'on 
appelles Vallées , & qui forment des vaftes plai-, 
nés prolongées du Nord au Sud, ne produtfent 
naturellement que peu de chofes , parce que ce 
font des fables j mais à l'aide de l'art & des eaux i 
ces terreins nourriffent des plantes vigoureufes , 
analogues au climat. Cependant ret avantage n'eft 
que pour les terreins où il court quelque ruiifeau , 
[une rivière : ces terreins font fufceptibles de cul- 
iture, il y vient des arbres. Comme on y a le 
degré de chaleur requis , il ne s'agit plus que 
I d'y faire des faignces , de petits canaux , pour 
conduire l'eau où elle eft nécefTaire : ainfi, ^ 
tetreins itériles on en fait des campagnes , donc 
la fertilité ne le cède pas aux terres les plus 
gralTes : on y voit croître le maïs , les patates , 
qu ou y appelle camotes. Dans d'autres parties on 



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voit les moniatosy ks yucasy & différentes ef- 
pèces de femences , graines j racines , & la canne 
à fucre. Les mêmes efpèces d'arbres à fruit y 
croiflent comme dans l'autre contrée , tels font 
les Chirimoyos j Aguacaus ou Paltas j les Gua- 
has ou Pacaës ^ les Nifpcros j les Guayabos^ 
les Lucumos j les P aimas j & les Platanes ^ 
outre plusieurs autres qui ne donnent pas de fruits 
bien délicats , comme les Algarrobosy , les Gua.- 
rangos , les Sapotes fauvages , & autres. Les 
fruits d'Europe y réuflîlfent très -bien, comme 
les orangers , les limons , les citrons , les pom- 
mes , les noix , les figues ; les fruits à noyau , 
comme les duracines , les pretfes , les mirlico- 
tons ou pavies jaunes , les prunes , les olives j 
mais on n'y voit pas le chêne verd , le liège , 
le châtaignier \ s'il s'en trouve , c'eft vers le 
Royaume du Chili , dont le climat eft abfolu- 
ment le même que celui de l'Efpagne, & où les 
quatre faifons font diftinguées l'une de l'autre. 
Il faut ici faire une diftindion néceffaire quant 
à la partie baffe , non à l'égard du plus près voi- 
fmage de l'Equateur, mais à l'égard des vents 
qui y régnent. Dans ce vafte efpace où les vents 
du Sud font continuels, fa voir depuis le iO-\ 
ou 27®. degré, latitude Sud ^ jufqu'au 3^. | de 
gré du même coté où fe trouve le village de 
Tumbes , les plantes & les arbres dont j'ai parlé 



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SIXIEME. 117 

croifTent en plus ou moins grande quantité : on 
y voie auflî des vignobles , des treilles , des ceps 
de vigne ifolés. Mais depuis ce 3*. 7 degré 
jufcju'au-delà de la Ligne , tout le vafte efpace 
de terrein qui atteint le Tropique du Cancer, 
ne produit que des arbres fruitiers fauvages. Quant 
aux plantes plus petites , on n'y voit que celles 
qui croiflent dans les pays où il y a beaucoup de 
chaleur &c d'humidité. On y trouve auflî des cèdres 
de différentes efpèces, l'acajou , le ceibo, l'arbre- 
marie , l'ébène , le granadiUo , plufîeurs efpèces 
de palmiers , & autres : ces arbres y font mêmes 
fi touffus, il gros &c fi grands, que les rayons 
du foleil ne peuvent s'y faire jour : une infinité 
de plantes grimpantes plus ou moins fortes y 
forment un tilFu fi épais , qu'on peut à peine s*en 
tirer. 

L'a partie des bas pays, où les vents du Sud 
font continuels , manque de pluie \ ainfi , le 
terrein n'a pas Thumidité requife pour la végé- 
tation , quoique la chaleur y foit à un degré 
convenable pour les arbres mentionnés. Dans les 
pays où les faignées faites aux rivières , & les 
canaux procurent de Teau aux campagnes , la 
vcgctation va bien j mais on n'y voit que des 
arbres plantés de la main des hommes , &c non 
produits naturellement fans travail oi culture , 
comme dans les autres contrées. 



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128 D I s C O U R « 

Depuis la partie baffe jufqu'à la haute , dont 
les températures font diamétralement oppofées, 
on s apperçoit par degrés de la différence des 
produirions. La canne à fucre croît avec force 
ôc maturité dan: les Quebradas & les pays moins 
élevés -y ce qui efl moins dû aux eaux dérivées , 
6c aux arrofemens qu'aux pluies abondantes : à 
cet égard les arbres & les fruits qui y croilfent, 
font ceux du climat de la partie baffe. Mais 
TAtmofphère n'ayant pas dans les deux parties 
le même degré de denlité , plus Tair fe trouve 
léger , moins la végétation eft prompte , quoi- 
que les fruits ne foient pas d'une qualité infé- 
rieure. 

On voit dans les terreins , où il n'y pas de 
ces vaftes profondeurs , ni de ces cimes C\ élevées , 
pludeurs productions ordinaires en Europe, & 
qui demandent du froid , comme le bled , l'orge 
& autres graines ; mais on n'y trouve pas de 
pin , de chêne verd , de châtaignier , de liège; 
ces arbres y font inconnus à la réferve du pin, 
qui , dit-on , fé rencontre dans la partie méri- 
dionale vers le Chili : néanmoins on ne voit 
pas cet arbre dans le refte des cordillières /depuis 
l'Equateur jufqu'au 13 ou 14 degré de latitude. 
Les faules font plus communs dans ces tempe- 
ratures moyennes j le cèdre y croît auflî, quoique 
lentem&nt. 

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8 I X I 1 M E. « 115 

Les contrées élevées, & qui font véritable- 
ment froides, produi lent trois fortes d'arbres qui 
leur font particuliers , comme les Quinalts ^ 
Efpecias Ôc Cq^s. Tous ces arbres montrent dans 
leur ftrudure & dans le coloris de leurs feuilles , 
la dureté du climat. Les i^umales y autrement 
Quifnalesy font d'une hauteur & d'une force or- 
dinaire , aflfez garnis de branchage ^ & fe divi- 
fent en deux maîtreffes branches , à la hauteur 
de deux varas environ : la feuille en eft petite 
& épaiife comme celle du chêne , ou plutôt 
comme celle des carrafcas : la couleur en tft 
fombre, d'un verd obfcur ôc peu chargé: l'écorce 
eft remarquable pat le grand nombre des couches 
qui la compofent^ comme fî la Nature avoit 
voulu en couvrir le tnonc par autant d'enveloppes, 
pour le munir contre la dureté des climats où il 
croit. Cette écorce a un peu plus d'un pouce j 
elle eft formée d'un çrjo.nd nombre de couches 
appliquées les unes fur les autres j mais on les 
fépare afilz facilement : j'en voulus favoir le 
nombre^ mais après en avoir déjà détaché plus 
de 1 504 je perdis patience, voyant que je n'écois 
pas encore arrivé à la moitié de l'épailfeur. Ces 
couches font très-déliées, plus fines même que 
le papier , UflTes , douces au ta6t , & d'une cou- 
leur qui tire fur le rouge clair. Si l'en arrache 
du tronc un morceau de fon écorce , ces couches 
Tome I, I 



150 D I s C O U K s 

commencent à fe féparer fpontanémenr. Lorf- 
qu'on croie appercevoir le tronc, qui fembic avoir 
été caché fous ce morceau , on eft étonne de 
pouvoir encore arracher un morceau d'écorcc 
formé pat des couches innombrables , plus fines, 
plus polies , & plus molles que les externes. 
Au-dedans de toutes ces enveloppes eft une tige, 
dont le bois eft d'une couleur obfcure : il fe 
trouve dur compade , & fort pefant. Lé fruit 
eft une efpèce de petites baies en forme de grap- 
pes de raifins , \k dont ou ne connoît aucun 
ufage. 

A ne confidérer qu'en pafHint l'arbre qu'on 
appelle Efpecia , on pourroit facilement le con- 1 
fondre avec le Quinuai y fi l'écorce n'en était 
différente à tous égards. L'écorce de /' Efpecia a 
deux ou trois lignes d'épais ; elle eft aiTez dure 
& généralement unie, nonobftant quelques pe- 
tits nœuds : elle eft fi adhérente au tronc , qu'on 
ne l'en fépare pas facilement : la feuille en eft 
un peij plus grande que celle du Quinual , mais 
de la même couleur : le petit fruit qu'il porte 
eft aufli un peu plus volumineux , la fleur de ces 
arbres reflemble à celle de l'olivier , mais elle eft 
de couleur obfcure j de forte qu'il faut la confi- 
dérer attentivemeint pour ladiftinguer dès feuilles. 

Les Cq/is croilTent dans des terreins plus hauts, 
& d'une lempéraciire plus froide que celle où 



sixième; 151, 

font les arbres préccdens j le tronc en eft pro- 
portionnément moins gros. Cet arbre fait auflî 
connoître la dureté de fon climat , ^' celle de l'hi- 
ver continuel auquel il réfifte par la denfité de fa 
texture: le bois en eft de couleur obfcure, l'c- 
corce externe très-fine , fort adhérente au tronc , 
ce bois eft très-dur & pefant ; comme il n'eft 
pas calTant , on le préfère à tout autre pour les tra- 
vaux de l'intérieur des mines. 

On ne voit donc la que ces trois efpèces d'ar- 
bres j ce qui eft une conféquence de la rareté 
des produdions naturelles qui croifTenc dans cette 
contrée, comme je l'ai dit. 

Il y a aufllî une différence frappante à remar- 
quer dans les plantes ou les herbes. Dès qu'on 
paffe de-ià. dans un climat encore plus élevé , on 
commence à voir des Pajoualès , ou , félon le 
nom du pays , Ichalls j parce que la paille qui 
croît là s'appelle Icho. Ceux qui croiflent dans 
un climat un peu moins froid , font plus longs 
que ceux d'un climat plus froid , plus épais ; la 
feuille en eft.aufli plus forte, femblable au fpar- 
te , & ne s'en diftingue que parce qu'elle eft 
plus foible. . , -m 

Le gramen ou chiendent eft une herbe com- 
mune dans la partie balTe , oii l'on ne voit point 
VJcho ; de forte que chaque étage de terrein a. 
une herbe commune , différente de celle des autres. 

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131 Discours 

Outre ces herbes qui s'y trouvent en quantité, 
il y en a de différentes autres efpèces dans le voi- 
fînage des ruiHeaux , des rivières , ou le froid fe 
fait moins fentir , ôc dans les Quebradas. Le 
trèfle ell une des (^us communes , dans les ter- 
reins où il ne croît pas à'Icho, 

On trouve dans les endroits où le froid n'eft 
pas exceflif, une plante qui s'élève avec une 
tige d'environ une vara de haut , ou d'une vara 
& demie \ elle fe termine par une efpèce de 
panache. La grofleur de cette tige eft d*un pouce 
ôc demi de diamètre environ : il s'y introdui[ 
certains vers de deux pouces de long , & un 
peu moins gros que le petit doigt. Lorfque h 
tige eft fèche ces vers fe trouvent dans leur plus 
grande force , & de couleur cendrée. Si les 
femmes mangent de ces vers , ils leur font ve- 
nir du lait , quand elles ne feroient pas dans 1 
le cas d'en avoir : on les mange bouillis , ou frirs 
dans une poëlc \ ils n'ont rien qui caufe du dé- 
goût : la chair en eft denfe comme le lard. Cette 
expérience faite différente fois, & non au ha- 
fard , mais avec un but fixe , n'a jamais man- 
qué de réuffir. On aura fans doute peine à croire ! 
ces effets finguliersj mais c'eft une chofe qui 
eft là fî commune » que fi l'on y demande des 
vers pour le lait , on vous les apporte dans la 
tige même , qui reffemble à un lofeau \ Sç les 



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SIXIEME. 153 

femmes y ont recours fans répugnance dans le 
befoin. L'herbe appeliée Nugnu-Quthua a auflî 
la mcme vertu : le mot Nugnu fignifie le jdn , 
& de-U vient le nom de Nugnu ou nourrice c]ui 
donne le fein. 

On y trouve auflî une autre plante d'une rare 
vertu, pour guérir & cicatrifer toutes fortes de 
plaies : on l'appelle herbe de Maladuras , & dans 
la langue des Indiens Huallhua. , parce que c'eft 
avec cela qu'ils guériflenc les plaies des animaux; 
elle eft H efficace qu'elle les guérit en peu de 
jours. On la pile pour la réduire en poudre , & 
on l'applique ainH fur la partie aAeâée , que ce 
foit une grande ou une petite blclTure , ou une 
plaie. Cette plante produit en peu de tems , & 
fans autre préparation , les effets avantageux qu'on 
auroit en vain attendu long-tems de tous ies re- 
mèdes compofés de la chirurgie : il ne faut même 
y joindre aucune autre fimple. 

S'il n'y a pas beaucoup d'efpcces différentes 
de plantes , grandes ou petites , dans ce pays , 
elles ont au moins l'avantage d'être les unes &: 
les autres douées de quelques excellentes pro- 
priétés : il n'en efl pas de même de celles des 
climats chauds. La Cajcarille ou Quïna demande 
un climat froid » & efl particulière aux terreins 
élevés du Pérou : on la trouve non - feulement 
dans le |ays de Loxa^ ell<^ c^ît encore en beau-. 



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154 Discours 

coup d*autres : on connoît très -bien fes vertus 
mcdicinales , & les av«ini'.ges qui en réfultent 
pour le récabliirement de la fanté. Les climats 
chauds de la Zone Torride font infiniment plus 
fertiles en diverfes efpcces, & les arbres y font 
beaucoup plus beaux j mais il s'en trouve aufli 
de trcs-nuifibles parmi le grand nombre de très- 
bons, &c dont les bois font très- beaux j tel eft 
le mancenilier, fon ombre feule fait enfler le 
ventre de ceux qui s'y repofent , ôc cherchent i 
s*y garantir de la chaleur qui y règne. 

Le Guao ou Guau eft une plante en forme 
d'arbufte , dont la qualité maligne paroît ne pas 
permettre que la plante s'élève à la hauteirr des 
autics : fon poifon eft: fi adtif, qu'il fait enfler 
la partie du corps que la plante touche, 6c, l'af- 
fette au point qu'il faut un traitement fuivi pour 
en guérir le mal. Cette mauvaife qualité des 
pliures n'empêche pas que dans le grand nom- 
bre il ne s'en trouve qui aient quelque vertus 
particulières , &.■ qui , appliquées avec connoiftance 
de caufe, deviennent utiles dans plufieurs ma- 
ladies. Parmi celles qui croifient dans l'île de 
Cuba , l'on en trouve une qui mérite , avec rai- 
fon , d'être plus connue qu'elle ne l'eft : c'eft 
un arbre qu'on y appelle Ocuge , Se dont il dé- 
coule une réfine t»ès-efficace pour le relâchement 
des membres , qu elle laffermic totalement. Les 



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SIXIEME. , 135 

Iiabirans «(Turent mcme , J'apics rexpcriciKC , 
que fi on l'applique en forme d'emplâtre fur 
une articulation j elle la confolide au point d'en 
faire ceiTer tout le mouvement : c'eft pourquoi , 
Jorfqu'on s'en fert, il faut avoir foin qu'elle n» 
touche que la partie affcdce ; autrement , il en 
rcfulterolt des inconvcniens. Ils difent encore 
qu'elle eft également utile pour les relâchemens 
anciens, tant dans les vieillards, que dans les 
jeunes fujets. , 

Cette réfine ne fuifit pas feule pour la cure, 
elle ne fait qu'une partie du médicament : on 
le complète avec la poudre de Mates , qu'on 
répand fur l'emplâtre lorfque la réfine eft étendue. 
Ces hhites font de petits noyaux de la grandeur 
d'une noifette , mais applatis des deux côtés , 
durs , polis , rouges , de fort beaux : un des cotés 
externes eft marqué d'une raie noire, c'eft le 
produit d'un petit arbufte , dont les montagnes 
font remplies : ils font fi communs , qu'on les 
donne aux enfans pour jouer. *On devroit bien 
répandre Tufage d'un médicament auflî impor- 
tant pour un genre d'accident , qui rend un grand 
nombre de fujets incapables d'agir, & qui mec 
même leur vie en danger : les perfonnes du plus 
haut rang y font également expofées. 

Parmi les plantes nombreufes de ce climat chaud 
& humide , il s'en trouve une particulière ,, qui 

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15^ Discours 

eft des efpèces de Solanum , & connue par le 
nom de Fraylecillo : les feuilles font un purgatif 
efficace , Se qui ne trouble point la nature j elles 
font aufïî cinétiques. Quant à leur opciation dif- 
férente , on croit communément dans le pays 
que cela dépend de la manière dont on les arra- 
che. Si on les arrache , dit on , de haut en bas , on 
prétend qu'elles opèrent par les felles , en préci- 
pitant les humeurs qu'elles fondent j au lieu que 
il on les arrache de bas en haut , elles font 
vomir : on les regarde comme un défobfliruant 
efficace : on dit mcme qu'elles rendent fécondes 
les femmes qui , jufque-U , avoient été ftériles; 
ce dont on rapporte pluiieurs exemples. Ceux 
qui en ont ufé comme purgatif, difent qu'ils 
n'eil pas befoin de s'allreindre à certains jours, 
comme l'exigent d'autres purgatifs •, & que l'effet 
en eff: conHdérable. On en fait bouillir deux 
ou trois feuilles , dont on boit la décoélion , ou 
Ion mange les feuilles : on les prend auffi en 
conferve , ou en poudre. Ces feuilles opèrent plus 
lentement lorfqu'elles font sèches : c'eft pourquoi 
on les prend alors le foir , pour en attendre l'effet 
le jour fuivant. 

Cette plante donne un j^etit fruit <le la gran- 
deur d'une noifette, divifé en trois loges, dans 
lefquelles on trouve trois amandes longues ôc 
xondes» au haut defquelles on voit une efpèce 



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SIXIEME.' 137 

de couronne femblable à celle des Moines : c'cft 
de-là que lui vient le nom de Frayiccillo ou 
Petit-Moine. Cette plante eft aullî commune dans 
plufieurs contrées chaudes de ces parties-là, hors 
de l'Ifle. 

Les P'ignoncUlos j plantes auflî commmunes 
dans les climats chauds , font un purgatif très- 
adif ; mais leur vertu dra(li(^ue e(l fujette à de 
mauvaifes fuites. 

Las campagnes de cette I(le , fur-tout dans la 
contrée de la Havane, produifent ÏAgnil ou Indigo 
en abondance. Les habitans du pays ne tirent au- 
cune utilité de cet indigo ^ quoiqu'ils n'ignorent 
pas l'avantage dont il peut être j car ils favenc 
qu'un Étranger établi dans cette Ville, & plus 
attentif que les Naturels, y avoit établi, dan- 
un endroit qui n'avoit pas de maîrr- » ""^ "^*' 
nufadure avec laquelle il «-'-'inchit beaucoup! 
ÏAguil y étoit fauv-é^ > ^^ le faifoit couper dans 
les champs. Cette plante eft là de meilleure qua- 
lité que celui de la Louifiane , où elle eft ce-, 
pendant cultivée avec le plus grand foin , Se où 
l'on en fait trois récoltes par an , pendant l'été. 
L'Indigo fauvage de la Havane fe sèche durant 
les chaleurs , & reprend vigueur pendant les 
pluies. 

La Calaguala ou Canch^iagua , plus connue 
actuellement en Europe pour fes vertus, qu'il 



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138 Discours 

n'y a vingt ans , eft une des produfbîons de ces 
hautes cimes inhabitabies des Cordillères , où k 
neige laifle rarement voir la terre dans le cours 
de Tannée. Il y a une autre plante appellée Culén^ 
qui croît fur les hauteurs du Royaume de Chili , 
& dont les vertus ne font pas moins recom- 
mandables que les précédentes j les feuilles en 
font découpées comme celles du perfil , d'un 
verd obfcur : {qs vertus font fi étendues , qu'on 
en fait ufage , avec fuccès , dans différentes ma- 
ladies : elle eft ftomachique , fudorifique j mais 
elle eft fur- tout avantageufe pour les maladies 
ordinaires des femmes j favoir , dans le cas de 
fuppreflîons de règles , de vapeurs , & autres 
fymptômes hyftériques j qu'elle guérit merveil- 

Uufemcnt : auiîî en fait -on là le plus 2;rand cas. 
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^ !>»--. liqQg ^ fjiii; une grande perte dans 

le retard du retou. ^e M. Jofeph de Julfieu en 
Europe. Cet habile Botama,. avoit paflTé en 1735 
au Pérou, avec les Académiciens <1es deux Na- 
tions , pour examiner \qs plantes particulières a 
cette partie du Globe. Il auroit enrichi l'Hiftoire 
Naturelle de nouvelles découvertes très -utiles: 
car il avoit parcouru, avec la plus grande* ap- 
plication , les vaftes pays du Pérou , d'un bout à 
l'autre. Un événement inattendu fit évanouie 
toutes les efpérances qu'on avoit de fes travaux, 
de fon extrême attention, & de fa grande ca- 



SIXIEME. 139] 

pacité. L'envie de multiplier fes obfervations , 
& la circonftaiice de la guerre qui furvinc 
en 1740 avec l'Angleterre, le déterminèrent à 
fe rendre de Lima , 011 il fe trouvoit , a Buenos- 
Ayres , pour pafler de-là au BicTil , & retournée 
en Europe fur un vaifleau dont le pavillon le 
mît en sûreté : il avoit déjà fait la plus grande 
partie du voyage , lorfque fon domelHque , quî 
ctoit depuis long-tems à fon fervice j & en qui 
il avoit toute confiance , lui vola fon argent Se 
tout ce qu'il avoit de plus précieux. Ce domef-, 
tique profitant de l'occafion qu'il crut favorable , 
difparut avec le coffre, qui renfermoit le fruit 
le plus précieux du travail de fon Maître j favoir, 
les herbiers que celui-ci avoit formés, & les 
papiers qui contenoient les defcriptions des n'-^- 
tes , ik autres obfervations précie'^'^^* 

Quelque diligence que 1- '^'ouverneurs & les 
Juges des Provinc-^-» aient faites pour découvrir 
cet homme, *i tiit impoffible d'en rien apprendre: 
on préfuma feulement qu'il avoit, pris la route 
du Bréfil. Juflîeu fe voyant ainfi dépouillé de 
tout le fruit de fes fatigues , & qu'il étoit hon- 
teux pour lui de revenir en Europe fans les 
inftrudions qu'on attendoit de luij que d'ail- 
leurs fa fanté fe trouvoit affoiblie, incapable de 
foutenir les mêmes travaux, pour recommencer 
fes détails fur l'Hiftoire Naturelle 5 il réfolut ds 



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140 Discours 

retourner à Lima, où il vécut en (Impie parti- 
culier , s occupant à lire ôc à examiner >£[uelqiies 
plantes qui fe préiiçntoient à fes yeux. Comme 
je fuis occupé à écrire cet Ouvrage-ci , j'apprends 
qu'il a pafle à la Havane , & qu'il eft arrivé à 
Madrid : ainfî , l'on peut efpérer qu'il publiera 
quelques obfervations fur ce qu'il a eu lieu d'e- 
xaminer pendant fon dernier féjour. 

La Coca eft une plante fort commune dans 
les hauts terreins de cette partie : on s'en fert 
avec une efpèce de terre appellée Toccra ou 
Uipta, qui eft une pâte compofée en manière 
de tablettes de chocolat , mais un peu plus grandes 
& de la même couleur. On prépare ces tablettes 
avec les cendres des épis du maïs dépouillés de 
leurs grains, ôc celles de quelques autres plantes 
auvagt^ , "Sondantes en principes falins j qi.and 
on a bien pétri c, matières enfemble , on les 
laifTe fécher & durcir. 

Les Coqueras ou celles qui vendant la Coca , 
font ordinairement des Indiennes , qui donnent 
volontiers de la Toccra en proportion de ce 
qu'on leur achète de Coca-^ ôc fans cela^ cette 
plante feroit privée de ce qui lui donne fa meil- 
leure faveur. Les Indiens font le plus grand cas 
de cette plante, & ne travaillcroient jamais vo- 
lontiers (î elle leur manquoit. Avant de com- 
mencer, il s'aflTéient pour la préparer j ce qu'ils 



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SIXIEME. 141 

appellent AcuUicar : ils en prennent un bon 
morceau dans la bouche, avec un peu de Toccra^. 
l'humeilent , & réduifent le tout en une boule : 
quand ils l'ont bien pétrie , ils la jettent dans 
une petite bourfe ou un fachet , où ils gardent 
ia Coca j & ils continuent ainfi juiqu a ce qu'ils 
aient fait cinq ou fix boules ^ ce qui efl; la quan^ 
tité qu'ils confomment dans un travail de deux 
ou trois heures : dès qu'ils n'en ont plus , ils re- 
commencent leur AcuUicar^ pour fuivre après 
cela leur travail : ils tiennent chaque boule dans 
la bouche tant qu'ils fentent la faveur âpre & 
poignante de la feuille, & en prennent une 
rai»^? dès qu'ils ne fentent plus rien. 

ourfes dont ils fe fervent font faites de 



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la peau entière d'un petit animal , refTemblant 
à un renardeau , ou autre analogue : c eft avec 
cela qu'ils tiennent la Coca Se la Toccra à leur 
ceinture. 

La plante qu'on appelle Hedionda ou Puante , 
eft très-commune dans cette contrée : fon n'oni 
annonce fa qualité 5 car l'odeur qu'elle répand 
lorfqu'on la touche eft très-nauféabonde & rebu- 
tante : c'eft une des efpèces nombreufes de Sola^ 
num qu'on y trouve. Celle dont il s'agit ici eft 
un arbufte afîez grand *, on l'emploie pour diffé- 
rentes maladies j elle fert avec fuccès de vermi- 
fuge dans la Louifiane. Elle ne vient pas dans 



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1141 Discours 

les climats froids j mais elle eft fort commune 

dans les températures chaudes ou modérées. 

L'expérience femble prouver que l'ail . eft un 
produit des climats froids ^ on ne le cultive pas 
dans ces hautes contrées : c'eft une des plantes 
nuifibles qui préjudicient au fol j car ceux qui 
commencent à y croître , s'y multiplient au point 
que la terre devient incapable d'y produire autre 
chofe : d'ailleurs le voifinage en eft incommode, 
Q. caufe de l'odeur forte qui s'en exhale : on n'y a 
d'autre peine que de les cueillir. 

J'ai dit que la Nature fe réfcrve toujours quel- 
ques avantages particuliers pour les accorder à 
certaines contrées, fans vouloir que d'autres y 
participent. Les vignes croiflTent naturellement 
au milieu de la Louifiane, & avec autant de 
beauté Ôc de perfedion que fi elles avoient été 
plantées à la main , & cultivées avec le plus 
grand foin. C'eft ce qu'on voit dans un terrein 
de quarante lieues , entre les Opdujas ik les 
Natchkocas : les vignes s'y élèvent en forme de 
ceps , & jettent leurs brins avec une extrême 
vigueur. Dès le commencement de Mai je les 
yis chargées de grappes j elles promettoient de 
donner de bon fruit j ôc en abondance j mais 
le raifin n'y vient pas à parfaite maturité , à 
caufe des cerfs , des chamois ôc des ours qui la 
dévorent avant qu'il foit mûr. » ^ 



SIXIEME^ 143^ 

Les fraifes font pareillement naturelles dan« 
ce pays , & la qualité en*eft aulîi bonne que celles 
des fraifes qui font cultivées dans nos jar- 
dins avec le plus grand foin. Ces plantes croif- 
fent auffi naturellement , & font répandues ci 
ôc H dans le Royaume du Chili , & dans les 
campagnes voifines de la Ville de la Concep- 
tion : ces campagnes font un peu plus élevées 
que celles de la Louifiane , dont je viens de 
parler. On voit , par ce moyen , le rapport qu'il 
y a entre ces deux contrées , malgré le grand 
intervalle qui les fépare. 

Mais on ne voit pas ces plantes dans la partie 
haute du Pérou , où règne une température froide, 
ni dans les climats plus tempérés, où l'Atmof- 
phère ne s'écarte pas de ces deux extrêmes j d'où 
l'on doit conclure que ces plantes ont alternati- 
vement befoin d'un degré de chaleur modérée 
après le froid de l'hiver , & les grandes chaleurs 
de l'été ; 6c que d'ailleurs il leur fiut une At- 
mofphère d'une denfité proportionnée , où l'air. 
ne foit ni auflî fubtil , ni auffi léger qiie dans 
ces contrées du Pérou. 

Les champs de la Louifiane font fort fertiles 
ôc fore abondans en plantes j ce qui eft une con- 
féquence nécelTaire du climat qui leur eft favo- 
rable , ôc où elles ont alternativement les rayons 
du foleil ôc les pluies. Elles y font indigènes , 



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144 Discours 

croitTent fans culture j & avec la plus grande 
vigueur. 

Le SalTafras y e(l Tarbre le plus commun, 
C*eft un des arbres qui contribuent à rendre les 
bois épais & impénétrables. Le Capillaire , que 
nous appelions Culantrilo , y croît abondamment 
jufqu aux hauts pays du Midilipi , dans celui 
des Ilinois , & encore plus vers le Nord. Cette 
plante indigène eft la plus eftimée entre les 
mêmes efpèces , à caufe de fon efficacité. 

Dans les contrées qui s'étendent plus au Nord, 
jufqu'à l'intérieur du fleuve Mifuri , qui va con- 
finer A Santd'Fé^ dans la nouvelle Efpagne, au 
Nord même de cette Province, on trouve la 
plante appellée Mandragore chez les Anciens , & 
donc les Hifloriens de ces tems-là ont parlé avec 
beaucoup d'éloges. Les Marchands en gros de 
cette même partie de la Louifiane , qui font des 
courfes dans ces contrées , difent que non-feule- 
ment on y apperçoic la figure humaine , mais 
qu on y diftingue même les deux fexes. Quoi* 
qu'ils en puiffent dire, on n'y voit pas cette 
lelTemblance dans les morceaux qu'ils apportent. 

Quelques Auteurs alTurenc qu'elle fe trouve 
auin en .Canada^ ce qui n'eft; pas impoflible, 
puifque ces deux contrées fe touchent j & que 
d'ailleurs fi elle fe trouve dans Tune ou dans 
l'autre > i' eft fort naturel qu'elle croifie aufll 

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lians le pays contigu. On la trouve auflî en Chine, 
dans la province de Pékin j mais félon l'opinion 
la plus accrcdicée , elle y eft apportée par les 
Tartares , ôc n'y croit pas. Les Chinois l'appel- 
lent Ginfcng^ faifant allufion à la figure humaine 
qu'elle a. Lés Taftares l'appellent Orhota , ce 
Cj^m (ïgn\(\Q la prem ' ; plantes; ils lui don- 
nent ce nom à caufe de *>-s excellentes ."'tjs, 
&i lui attribuent tant d'efficacité pour nombre 
de circonftances, qu'ils y attachent le plus grand 
prix. La principale confil^e à rétablir les elptits 
vitaux , èc a ranimer les forcés abattues par 
quelque fatigue du corps j mais ils prétendent, 
enïre autres chofes , qu'elle prolonge la vie des 
vieillards , &r la renouvelle en ceux qui ont été 
abattus par quelques maladies. Quoiqu'elle fe 
vende au poids de l'argent dans les endroits ou 
elle fe trouve , ce prix ne répond pas encore 
aux grandes vertus qu'on lui prête. Ce fut 
en i7<j8 qu'on la découvrit la première fois dans 
la Loliiiîane. Quoiqu'on n'ajoute pas foi à tous 
les rapports des Chinois & des Tartares , il feroit 
bon d'en recueillir certaine quantité pour l'é- 
prouver en médecine. Quand on ne feroit qiis 
conftater d'abord une partie de ce qu'on en dit , 
ce feroit une raifon de la ranger parmi les chofes 
les plus précieufes. 
Ce qui manque en arbres dans les hauts pays 
Tome I. K 



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du Pérou , fe trouve en abondance dans la L/nl» 
fîane , où ii ;n croît nombre d'efpcces : le fol 
en eft fi couvert, qu'il n'eft pas pofllble d'v 
padcr : ils font très -hauts , &c il n*y a pas un 
efpace , le lon^ de Miflifipi , qui n'en foit 
couvert , même à une grande diftance dans les 
terres. Cohime c'eft fur les bords dos rivières, 
Se dans les terres voifines , & que d'ailleurs il 
y a beaucoup de fleuves qui traverfent ces vaftes 
pays pour fe jetter dans le Miflifipi , les bois 
s'étendent en proportion ; de forte qu'on n; 
trouve de campagnes découvertes qu'à ceruin 
^loignement des fleuves : & ce font autant à 1 
prairies très-étendu^^s. 

Les arbres les plu: vonimunâ font ceux qu'oit 1 
appelle^i/7/<^j ; le bois en eft fort reiremblami 
celui du Pin du Nord : c'eft pourquoi on en fai; ] 
des planches Se des pièces de charpente : on y 
voit auflî communément le laurier, le rouvre, 
lé peuplier, le faule Se le pin. Outre que ces 
arbres fe divifent encore en plufieurs efpèces, 
on y trouve deux autres efpèces d*arbres , qui 
femblent être particulières à ce pays j l'une eft 
le Pacanos : c'eft uiiê efpèce de noyer, au moins 
cft-il fort femblable quant au bois & aux feuilles, 
quoiqu'il ait plus de corps î le fruit a une faveur 
Analogue à celle de la noix , plus fine , plus de- 
licate , niais moins huileufe : la figure en ell 



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di^crente , & reflemble aux dattes ; la groffeur 
e(l ou égale ou un peu moindre ^ la coquille eft 
plus fine & plus lilTe, & ne préfente pas les 
afpcrités de la noix» L'autre arbre eft celui de 
Cire: il eft de moyenne grandeur : fa tcte eft 
formée d'un feuillage fort épais : il donne une 
femence en forme de grappes de raifîns, d'oi\ 
Ton tire la cire : lorfqu'elle eft bien mûre , on 
la fa:: bouillir dans l'eau -y elle y décharge une 
matière grafle qu'on en tire , & qui fe coagule: 
c'cft la cire : la couleur en eft d'un verd obfcur î 
elle n'a en brûla .t ni l'éclat , ni la beauté de la 
lumière de la cire des mouches , ou du blanc de 
baleine, qu'on emploie beaucoup en bougies 
dans la Nouvel le- Angleterre : on lui donne le 
nom de cire , à caufe de la confiftance qu'elle 
prend : car une chaleur modérée ne la fait ni 
mollir , ni fondre comme fait le fuif. Ce n'eft 
proprement pas de la cire , mais une matière hui- 
leufe épaiiïe , qui prend confiftance & forme un 
corps dur j ce en quoi elle eft différenciée des 
autres huiles qu'on exprime de plufieurs graines j 
comme le lin, le chanvre, le navet , le colfat , 
& autres. On purifie cette cire , en la dégageant 
de fes parties les plus groffières par différentes 
manipulations ; ce qui lui ote fa couleur verte 
en grande partie j mais il eft toujours très-vifible 
que c'eft un produit végétal. 

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Quelque épais feuillage qu'on remarque aux 
arbres du Miflîlîipi, le branchage le plus denfe 
cft toujours garni d'une plante parafite , qu'on 
apperçoit en ctc à la chute des feuilles. Cette 
plante leur donne une étrange difformité : on les 
croiroit au dernier période de leur décadence. 
On connoît cette production végétale fous le 
nom de Barl^e Efyngnole. Elle forme un alfem- 
blage de filamens minces , de couleur cendrée, 
& fe fubdivife en une infinité de ramifications 
flexibles; elles relfemblentà un écheveau de fil; 
les brins couvrent toutes les branches d'où ils 
pendent. On apperçoit moins cette plante, quand 
les arbres ont leur feuillage & leur verdure; 
mais à peine eft-il tombé , que tous ces filamens 
répandent fur les arbres un air trifte, & défigu- 
rent même jufqu au tronc. Cette plante s'attache 
à l'écorce des .arbres , <8c y végète j les femences 
en font emportées par le vent, & jettées fur 
d'autres arbres : c'eft ainfi qu'elle fe multiplie , 
& gagne tous les bois. On l'emploie pour faire 
des matelas , & autres chofes femblables , après 
l'avoir laiflee fécher & l'avoir battue : elle ell 
alors dégagée de fon écorce, & il ne refteqiie 
le cœur, qui eft d'une couleur noire : on ne la 
reçonnoît même plus , car elle refiemble dans cet 
état à du crin ou du poil frifé , tant en cou- 
leur qu'en épaifieurj & ceux qui ne l'ont pas 



SIXIEME.' 14^ 

encore vue habituellement , s'y laifTent tromper. 

Ou reconnoît dans cette production , ik aucres 
particulières , les jeux de la Nature , qui , en dif- 
tribuant fes dons de la manière la plus diffé- 
rente & la plus variée , fait rapprocher les chofes 
qui fembleroient les plus éloignées &: les plus 
contradidoires. L'arbre qu'on appelle Ceibo , Se 
qu'on trouve en différentes parties des pays 
chauds de l'Amérique , imite par fon fruit la 
laine des animaux , & fert aux^ mêmes ufages 
en nombre de circonftances. Le Fromager fournie 
une efpèce de foie très-fine , & des plus fuuple. 
VAnanas reffemble par fa forme externe au 
fruit du Pin , mais il en difîcre totalement par 
fa fubflance. L'arbre de cire produit une matière 
femblable à la cire des mouches j & la Bathe 
Efpaotiok eft une fubftance végétale, qui fe prend 
pour les crins ou les poils des animaux. 

Dans le grand nombre des plantes communes 
de ce climat , on doit regarder la Vipérine 
comme y étant particulière \ elle eft de la ciaffe 
des plus petites , & fe trouve vers les hauts pays 
du Miiîîfipi; On y connoît généralement les 
vertus 



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expofées les femmes après leurs couches : auflî 
l'emploie- 1- on avec fuccès dans ces cas-la. Elle 
utile pour purifier le fane, & l'a- 



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méliorer , & dans les cas où le lait s'écarte de fon- 

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150 Discours 

cours naturel. On s'en ferc encore en nombre 
d'autres circonftances connues des Indigènes; 
elle guérit rncme les maladies les plus dangc- 
reufes & ks plus rebelles. 11 feroit bien avan- 
tageux que Ton tît dans chaque contrée un ca- 
talogue des plantes qui y croilFent , & qu'on y 
indiquât la manière de s'çn fcrvir j on les feroit 
ainfi connoître dans celles où elles ne croilfeiu 
pas , & Ton apprendroit à s'en fervir. 

On y trouve encore une autre plante plus 
petite , & auilî utile que les précédentes. Lorf< 
qu'elle eft en fleur , elle a la propriété de coa* 
guler l'eau , comme la fleur du chardon fait 
cailler le laitj ôc de lui donner la même confif- 
tance ; mais l'eau dans cet état n'eft aucuiitmem 
préjudiciable a la fanté. Cette plante eft for: 
commune dans les campagnes, 

YSAgnil ou Indigo, eft une des plantes qu'on 
cultive dans les terrcins de \^ LouiHane, de même 
que le tabac , la canne à fucre. L\4g/iii y réu/Iît 
mieux que le tabac, quoique cet indigo n'ai: 
pas autant de qualité que celui de Cuba : il n'a 
pas non plus ni la force , ni l'odeur de celui 
d'Efpaniola. Le fucre y eft auflî de qualité infé- 
rieure j vu l'humidité du fol : d'ailleurs, les cha- 
leurs s'y font fentir trop fubitementj c'eft ce qui 
çmpèche le fuc de la canne de prendre toute la 
<;*;)nijftanc€ donc elle ferçic fufceptible. On y 



SIXIEME. *r5t 

fcme la canne à fucre d'une année à l'autre , & 
l'on n'y fait qu'une récolte , parce que les froids 
s'y font fcntir , lorfqu'elle eft parvenue à fa ma- 
turité relative. 11 en eft tout autrement dans la 
partie baiïe du Pérou, appcllée FtilUs ^ ou les 
vallées; & dans les Q^e^rti^/i/j de la haute contréct 
En effet, depuis le moment qu'on la fèmc dans 
cts deux contrées , elle refte balfe , pendant deux ou 
trois ans, Jufqu'à ce qu'elle arrive à fa maturité, 
tems où Ion fait la première récolte j ap. js quoi 
l'on en fait deux autres dans les années conf"?- 
cutives : ce qiie l'on recueille la troifièmc année 
s'appelle foca , & fert à faire le nouveau plant : 
de-là vient que dans les fucrerics , ( que l'on 
appelle Trapichès ou Ingenîos , félon les diffé- 
rentes machines qu'on emploie ) on voit quatre 
efpèces de cannes que l'on plante en des années 
différentes j de forte qu'on peut faire mie récolte 
chaque année, félon l'âge & la maturité des 
cannes. Ainfî, les moulins font toujours occupés, 
&z Ja fabrique du fucre ijie cefle point. Le peu 
de différence qu'il y a U entre la r'^mpérature 
de l'hiver & de l'été, procure cet av.ii:.age : car 
l'une & l'autre faifon fgi); jï^alement favorables 
à la concrétion du fuc. 

Il n'en eft pas de mcme dans la Louyfiane , 
à la Havane, ni dans les autres parages où ces 
deux faifons font très-différentes , ni où il reçue 

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1 5 1 Discours sixième. 
une chaleur excelîîvej car le fucre ne forme pa5 
alors un corps concret avec perfedionj & l'on 
n'occupe les moulins, que quand le tems fe 
trouve favorable. 

Quoique le tabac n'y ait pas la meilleure qua- 
lité , il n'eft cependant pas mauvais. On met en 
carottes celui qui doit être râpé , & on lailfe en 
feuilles le tabac à fumer : mais comme la traite 
ncn eft pas confidérable, on ne le cultive pas en 
grande quantité. 11 eft cependant meilleur quç 
celui de la Virginie Se de la Nouvelle Angleterre; 
il eft auflî préférable à celui qu'on cultive en 
Hollande, & dans le Nord de l'Allemagne : c'eft 
pourquoi , fi on pouvoir en faire l'exportation 
de manière ou d'autre , il deviendroit une des 
branches confidérables de commerce pour ce 
pays , comme l'eft le tabac de la Virginie , d\\ 
Bïéfil, & d'autres contrées. 



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DISCOURS SEPTIEME. 



Des Anuiiaux ^ & de leurs panîcularués\ 



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Près avoir détaillé ce qui concerne le plus 
parcrailicrement les plantes , il efl: naturel de 
nous entretenir des animaux. La matière nous 
fûiirniroit un vafte champ , fi nous voulions en- 
trer dans tous les détails dont elle eft fufceptible : 
mais nous nous bornerons à la connoifiTance de 
ce qu'il y a de plus particulièrement digne d'être 
fu, & qui peut fervir à compléter, à certain 
point, ce que l'on ne doit pas ignorer dans les 
objets que la Nature nous préfente. 

La curiofité ne fe contente pas toujours de 
fimples rapports relatifs aux objets qui font au- 
delà ^Qs bornes de la vue; on veut encore en 
favoir tous les détails particuliers , çonnoitre la 
manière dont ils peuvenrètre utiles , & les ufages 
auxquels l'induftrie les applique dans le pays. 
Mieux on les connoît, plus on ell farisfait a ces 
différens égards , & mieux on peut contempler 
les opérations de la Nature, 



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154 Discours 

Parmi les animaux parriculiers à la partie haute 
du Pérou , Ton peuc regarder les Vigognes ^ les 
Alpaqucs & les Llamas y comme les plus com- 
muns. Ce fo;it crois efpèces peu différentes , 
quant à la ftruéfcure du corps, mais'.diftinguées 
par la grandeur , les propriétés , la couleur & la 
longueur de la laine. Nous avons donc des chofes 
particulières à dire fur chacun de ces animaux. 

Les Alpaques font femblables aux Guunacos 
quant à l'efpèce \ la plus grande différence con- 
lîfte dans la laine : celle de ces derniers eft grof- 
fière, de couleur brune , & de peu d'ufagej ce 
qui ne fe peut dire de celle des Alpaques, Ceux- 
ci , & les Llamas , qu'on appelle moutons de la 
terre y ou carneros de la tierraj s'apprivoifent , 
ce à quoi l'on ne parvient pas avec les Vigognes, 
Cet animal-ci eft le plus petit & le mieux fait 
de ces trois efpèees. Outre fon caradère fau- 
vage , il garde toujours fon penchant pour la 
liberté j on en tient quelques-uns dans les mai- 
fons , par pure curiofité : comme c'eft un animal 
iimocent , on n'a rien de mal à en craindre j mais 
il ne s'aifujettit point , comme les autres , à 
porter des fardeaux , & n'oublie jamais les champs 
que la Nature lui a départis pour courir fans au- 
cune ftiiction. 

Cet animal va toujours par trpupeaux , plus 
ou moins nombreux j mais rarement on en voit 



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SEPTIEME. I5J 

plus de vingt ou trente enfemble. l\ fe fixe or- 
dinairement fur !« ■ punasy ou cimes très-hautes, 
déferres & froides, où croît Vichu on pajonj qui 
lui fert d'aliment. C'eft un animal rufé , qui ne 
fe laifTe pas approcher j il court avec autant , ik 
même plus de légèreté que les Chamois j s'il n'eft 
pas pourfuivi, il marche la plus grande partie 
du jour très-tranquillement, & ne fonge qu'à fa 
pâture : le fon de fa voix eft aigu , femblable à 
un fifflement , & ne répond point a la forme de 
fon corps : dans l'état de liberté , il réitère fou- 
vent fon fifflement, qu'on pr endroit plutôt pour, 
celui d'un oifeau que pour celui d'un quadrupède. 
11 eft fort difficilf^ de le tirer , ou de le fuivre avec 
des chiens , tant il court avec légèreté. Cet ani- 
mal a beaucoup de noblelTe dans fon port, fur- 
tout s'il eft en liberté j il a toujours la tète levée, 
avec une efpèce de fierté , fur un col qui forme 
la lettre S , lors même qu'il court avec le plus 
de rapidité j ^ il ne la dérange pas. L'avantage 
qu'on en tire eft une laine très - fine ôc très- 
molle j fi elle n'a voit pas le défaut d'être fi foible, 
on en tireroit encore plus d'utilité , pour faire 
des chapeaux , &. autres vètemens j mais cette foi- 
blelTe lui ôte une partie de fa valeur. ^ 

Comme il eft difficile de le tirer , ou de Iç 
chaffer avec des chiens, on a trouvé un autre 
moyen de le tuer : c'eû de faire des chacos j moc 



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15^ Discours 

qui, dans la langue des Indiens ou des Incas^ 
iîgnifie reunion j ou compagnie de plufieurs per- 
fonnes raiTemblées pour exécuter quelque chofe. 
La Vigogne, animal timide , s'effraie facilement 
au moindre bruit j c'eft ce qu'on n'ignore pas : 
en conféquence, on fait tourner une corde tout 
le long d'une colline fermée , lailfant cependant 
un efpace libre , affez grand pour entrer fans fe 
baiflfer j on fixe cette corde à une moyenne hau- 
teur , de forte qu'elle touche le milieu du col 
de l'animal lorfqu'il en approche j on met à de 
petits intervalles quelques guenilles rouges , ou 
de toute autre couleur, qui voltigent au gré da 
vent. Avant de former ce cercle , on examine 
bien le local où l'on voit paître quelques bandes 
de CQS animaux , & on le fait le plus près d'eux 
qu'il eft poflible. Après ces préparatifs , on fait 
une efpèce de battue, & l'on y joint de petits 
chiens , formés aux manèges nécelfaires dans ces 
circonftances. Ils pourfuivent ces animaux jufqu'à 
ce qu'ils foient parvenus à les faire entrer dans 
le cercle. Lorfque les Vigognes fe voyent ren- 
fermées, elles cherchent à s'échnpperj mais ef- 
frayées par les haillons qu'elles voyent s'agiter , 
elles ne fa vent ni fauter par-defTiis la corde , ni 
balfier le col pour palTer deflous. Alors les chaf- 
fe;irs entrent dans l'enceinte , les tuent , & en 
enlèvent la peau avec la laine. 



SEPTIEME. 157 

Ce font ordinairement des Indiens ou des 
Métifs qui s'occupent de cette chaflTe; elle eft 
fort pénible , parce qu'elle ne peut fe taire que 
fur des cimes glaciales , où il n'y a aucune ha- 
bitation^ de forte que, ni près, ni à la diftance 
de plusieurs lieues , on ne rencontre ni maifon > 
ni auberge pour fe retirer. Cette chalTe doit 
quelquefois durer des mois entiers, fi on veut la 
faire avec un avantage réel. La chair de ces ani- 
maux & le maïs que ces gens portent avec eux, 
leur fervent de nourriture. Si le tems devient 
mauvais , qu'il neige ou que les vents foient 
violens , ils s'adoflent contre le flant de quelque 
roche oppofée , ou fe retirent à l'abri d'une col- 
line fermée. 

Il fe rencontre auHI quelques Alpaques dans 
les troupes de Vigognes-^ on en vpit même des 
troupes, mais non en aufli grand nonibre. Ces 
chafleurs vendent les peaux garnies de leur laine j 
car on ne leur acheteroit pas la laine féparée de 
la peau , à caufe de la fraude par laquelle on 
mêle alfez ordinairement la laine d'Alpaque avec 
l'autre : or, rien de plus facile , puifque la cou- 
leur eft la même : elles ne différent qu'en ce que 
celle è^Alpaque eft plus longue , mais non auflî 
fine ni auflî molle. Les marchands qui l'achè- 
tent fur la peau même , la font tondre , & l'em- 
balent , pour la faire pafler en Efpagne. 



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i^S Discours 

L'appât de ce gain fait tuer indiftindtement 
tout ce qui tombe dans les mains de ces chaf- 
ieurs réunis , mâle ou femelle j de-la rcfulte la 
diminution de l'efpèce^ mais rien ne force i 
tuer les femelles. On pourroit facilement tondre 
(belles qui fé trouvent prifes , & diminuer le nom- 
bre des mâles, qu'on n'cpavgneroit pas. C'eft 
ùinCi qu'on en ufoit du tems des Incasj l'efpiLce 
fe multiplioit par cette attention : on auroit cha- 
que fois beaucoup plus de cette laine , qui 
coûte à préfent tant de fatigues à obtenir. 

Les Alpaques 8c les Guanacos font la plus 
grande à^s trois efpcces, & n'ont pas la mcme 
beauté , quoiqu'ils aient quelque reflemblance 
avec la Vigogne. Ces animaux-là ont le cou long 
et gros , iîon en S comme celle-ci j mais il s'c- 
lève verticalement fur les épaules : la tête & la 
haute partie du cou font couvertes d'une laine Ion- 
ique & épaifle \ ce qu'on ne voit pas a la Vigognci 
Là laine Ul , outre cela , aflez longue aux autres 
parties dii ' corps , fur-tour aux épaules & au 
ventre; ces animaux fe laiflTent appriVoifer comme 
Tes Llamas; l'Alpaque s'accoutume même a por- 
ter quelque fardeau , plus pefant que fon propre 
corps, ce que ne fait pas le Guanaco, 

L'animal lé pliis iitile pour les Indiens de cti 
contrées, èc qui fe tait mieux à leur caradère, 
cft le Llama. Ils s'en fervent pour porter toutes 



eu comme 



S É P T I B M B. 159 

fortes de charges , non- feulement dans les mines, 
mais mtnic pour trahfporter tout ce qui fe pré- 
rente , d'un endroit à l'autre, La confidération 
qu'ils ont pour cet animal palTe toutes les bornes 
dti ia railun , &c découvre bien leur ignorance* 
Ils ont pour tous les animaux domeftiques , 
mais lur-tout pour leurs Llamas , un genre d'af- 
fedion qui ne fe voit chez aucunpeuple de 
la terre j toutes leurs démonftrations extérieures 
le manifeftent allez. 

Avant de le mettre au fervice, ils font une 
efpèce de fête, telle qu'ils en pourroient faire 
pour un nouveau compagnon. Ils le font entrer 
dans l'enceinte où efl: leur cabane j ils le parent, 
lui mettent nombre de bandes de foie ou de 
laine , & des houpes à la tête : ils fo'nt Une provi- 
fion de chica, d'eau- de- vie & dé 'thaïs rôti, 
invitent les Indiens qui leur font âhiis. Tous ar- 
rivent avec leurs fdimmes, leUrs ènfans, dans la 
cour fermée où eft l'animal. Ils battent de leurs 
tambourins , joU^nt dé leurs flûtes : la danfe com- 
mence, ôc dure deux jours , allant fon train, par 
intervalles, là nuit comme le jour j ils l'inter- 
rompent quand ils font fatigués. Dè^ qu'ils ont 
repris haleine , oU que la vapeur des bôi^fTons leur 
monte à la tête, ils reviennent a tous les plai- 
firs. De tems en tems ils fê rendent auprès de 
l'animal , qui , pour l'ordinaire , fé trouve retiré 



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160 Discours 

dans un coin de la cour , l'embrafTent , lui font 
mille Garelfes, & lui préfentcnt leurs Totumas , ou 
calebafles de chica & d'eau-de-vie. Quoiqu'il n'en 
boive pas, ils lui mettent cela fous le nez, k 
font contens quand ils ont fait cette démonftra- 
lionj ils lui parlent en leur langue, lui din\nt ce 
qu'ils peuvent de plus amical, comme s'ils pm-* 
loient aune perfonne avec laquelle ils entreroicnt 
dans une forte de liaifon. Après cette fcte, qr,i 
cft comme une déclaration d'amitié , ils com- 
mencent à s'en fervir , mais fans lui ôter la pa- 
rure & les ornemens qu'ils lui ont mis. 

Avant de l'avoir mis au fervice , ils l'ont en 
général traité avec tant de modération, que ja- 
mais f ou liirement ) par la fuite ils ne le traitent 
durement en route j au contraire, ils s'afllijettii^ 
fent abfojument a fa marche^ & fe fervent d'i»n 
fîfflet pour le guider. Cet animal fe fa,it, aifc- 
ment à la charge, quoiqu'il sqw trouve , qiiol- 
ques-uns qui s'y refufentj mais cette réfiftance 
lie manifeftc jamai^ aucune iiKlination de fiire 
du mal : l'animal fe refufe feulement à porter le 
fardeau dont on veut le charger. Il ne mange 
que l'herbe qu'il trouve dans les champs j il peut 
paflTer deux jours fans manger, & même plus, 
quand il ne travaille pas. 

S'il arrive qu'il fe fente fatigué , & fe couche 
à terre , foir parce qu'il a fait tiop de chemin, 

foit 



septième: i€t 

folt faute d'aliment , ou parce qu'on Ta furchargé > 
jamais il ne fe relève, Se toutes les tentatives 
dQS Indiens ont jufqu'ici été inutiles ^ ils n'ont 
pu le remettre fur pied> de forte qu'il meurt où 
il s'eft ainfi couché» Cette particularité fi éton- 
nante, fur-tout dans un animal apprivoifé avec 
tant de familiarité, & qui ne mange que de l'herbe 
qu'il broute , ne fe voit dans aucun autre animal. 
Les Llamas vont jour & nuit, broutant l'herbe 
qui leur convient le long des chemins qu'ils 
fuivent : néanmoins , on les laiflTe repofer plu- 
fieurs heures. Quand ils ont pris aifez d'aliment > 
ils fe couchent & ruminent, reprennent de nou- 
velles forces , levant toujours verticalement le 
col 8c la tète. Leur manière de fe coucher eft 
dlfFérente de celle de tous les autres animaux : d'a- 
bord ils s'agenouillent, enfuite courbent de chaque 
côté les jambes de derrière fous le Ventre* Dans 
cette pofition , le corps conferve une direélioti 
; très- droite , dont l'épine du dos fait exademeni 
le milieu , comm« fî l'animal étoit levé , & l'on 
jne voit plus ni_ jambe de devant ni de derrière^ 
le corps les cache totalement. 

Quand ils commencent à fe fatiguer, ou qu'ils 

Ife fâchent, ils jettent un cri aigUj différent de 

celui des Vigognes j c'eftune efpèce de ton pJain- 

Itif , mais il eft différent lorfque l'animal eft fa- 

jtigué ou irrité. Il a toujours la tète en mouvement 

Tome /♦ L 










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i(>i Discours 

quand il marche , éc fans ccre fatigué ; il regarde 
avec une erpèce de fierté de l'un 6c de l'autre 
côté du chemin , comme pour contempler la 
campagne. Sa laine eft grodîère en comparai- 
fon de celle des Vigognes Se des Alpaques; on 
l'applique à des ufages pour lefquels il ne faut 
pas de laine fine. Il y a quelque variété dans la 
couleur : on en voit de tachetée de blanc ëc d'un 
brun canelle , ou de blanche ôc noire , comme 
celle des Guariûcos ; mais la plus ordinaire eil 
celle de la couleur canelle , quoique moins vive 
que celle de la Vigogne. 

On ne voit plus à préfent de Llamas fauvages; 
les troupeaux qu'on en rencontre fur les mon- 
tagnes font domeiliques \ les propriétaires les y 
tiennent pour les laifTer fe reproduire en liberté, 
dans des climats & des pâturages qui leur font 
propres \ ainli, ils ne deviennent jamais farouches i 
comme les Vigognes , quoiqu^'ils ne foient ni j 
enfermés , ni même gênés d'aucune manière. 

Comme les plantes ont chacune leur fol pai* 
tîculier pour végéter j fans fe propager auffi gé- 
néralement dans un endroit que dans l'amire, del 
même les animaux ont les lieux de leurs habita» 
tiens affignés par" la Nature, pour y reproduire 
' & maintenir leur efpèce, & ne paffent point 
dans des terreins différensde ceux-là. Les Llamas 
font des animaux également communs dans I0I 



8 1 P T I 1 M i; l6f 

royaume de Quito: les V'igogncii au contraiic ne 
fe trouvent que dans celui du P;'rija, <^uoique 
ces deux royaumes ne ioienc ([u'uii tncnie con- 
tinent , Ik où le cliniac cit le inèmc , quant à la 
fubiilitc de l'air ik aux pâturages. En tfl'et , on 
voit dans Tan cc l'autre royaurne des cimes très- 
élevées, ou punas ^ fur lefq utiles règ'jt un froid 
auili vif; 1 ichu y efl: aulu cominiui j l'air y a la 
même qualité, aurant qu'on j»eui en juger par 
les ftiifations : ainiî iî y a l'eu àe croire qu'il 
doit fe trouver quelque caufc particulière, quoi- 
qu'infenlible poumons, qui diftingne les Punas^ 
la partie haute de cette contrée-là fous l'Equateur, 
& les terreins qui l'avoifinent , de l'autre qui en 
eft plus éloignée j de forte que ce doit ccie la 
véritable raifon pour laquelle les animaux par- 
ticuliers à Tune , ne peuvent vivre dans l'autre. 

Cela vient peut être du principe qui occa- 
fionne fur les Punas du Pérou ces naufées & ces 
vomiiTemens qu'on n'éprouve pas fur celles du 
royaume de Quito : ainfi il y auroit entre ces 
deux climats une différence ellentielle, nonobf- 
tant la parité que femblent y établir le même degré 
de fubtilité dans l'air , le froid ôc les plantes. 

Mais on voit le contraire par l'efpèce des la- 
pins fauvages; il y en a en quantité dans le 
royaume de Quito , & de la même efpèce que 
ceux d'Europe, dans tous les rapports poffibles. 



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tels que la grandeur, la forme, la couleur ôc le 
goCic. Il n'y en a pas un dans le Pérou , lî l'on 
excepte cette erpcce de lapins prives, très diffc- 
rens des premiers. On n'en voit même que dans 
quelques maifons , où l'on en nourrit par pure 
curiofité. En dédommagement de cette efpèce de 
lapins qui manquent au Pérou , l'on y trouve 
d'autres animaux que l'on appelle f^ifcachas j & 
qu'on chercheroit en vain dans le royaume de 
Quito : ils ont la même figure Se le poil de la 
même couleur que les lapins : ce qui les en dif- 
tingue efl: leur queue longue, très- garnie de poil 
touffu , comme celle des écureuils , mais feule- 
ment à fon extrémité \ car le poil cft clair-femé 
à l'origine de cette queue. Cet animal ne la 
porte pas recourbée vers la tête , comme l'écureuil, 
mais rendue horilbntalement ; les articulations 
^n font minces & cartilagineufe::. 

Cet .inimal fe cache ^ans les trous des rochers, 
& y a fon terrier, au lieu de le faire en terre 
comme le lapin. Il s'en réunit un grand nom- 
bre : la plupart du tems on \qs voit aflîs fans 
manger •, ils fe nourrilfent d'herbes & d'arbuftej 
qui croiflent fur ces roches; ils font fort vifs: 
s'ils fe fauvent , ce n'eft pas pour courir , & 
éviter ainfi le danger, mais pour chercher uii 
trou où ils puilfent fe jetter; ils s'y retirent mcme 
lorfqu'ils font blelfcs ; c'eft pourquoi il faut kî 



SEPTIEME. 1^5 

tirer à la tcte fi on veut les avoir j car, en qucl- 
qu'aiitre endroit qu'on les bleflTe , ils fe traînent, 
^ vont mourir dans le fond de leur terrier, s'ils 
en ont encore la force. Cet animal a ceci de par- 
ticulier, que, des qu'il eft mort , fon poil tombe 
delà peau : ainfi fa peau ne peut fcrvir à nombre 
de befoins ordinaires , comme celle du lapin , 
quoiqu'elle foit plus molle, un peu plus longue 
6c plus fine. La chair en eft blanche, mais non 
de bon goût, ou plutôt d'une faveur dcfagréablej 
en certains tems même , elle ne peut fe manger. 
La race du Lapin eft une de celles qui font 
.es plus répandues fur la terre j il eft rare qu'on 
n'en rencontre pas dans un pays quelconque. 
On en voie dans la Louyfiaiie de la même ef- 
pèce qu'en Europe, mais un peu plus grands , 
tenant le milieu entre le Lièvre de le Lapin j ils 
n'y font pas de terriers , mais ils cherchent de 
vieux arbres dont le cœur foit pourri : s'ils y 
trouvent un creux, ils s'y logent', en grimpant 
auffî haut qu'il leur eft poflible de monter ; c'eft 
pourquoi la manière de les prendre eft de les 
enfumer par le bas de l'arbre, en bouchant route 
ilTue : ils tombent alors fuffoqués, ne pouvant plus 
s'accrocher à rien. Les chiens avec lefquels on les 
chalTe, s'arrêtent aux arbres ou ces animaux fe 
retirent. On peut conclure de ces détails que 



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rinftiiiâ: de faire des terriers n'eft pas général 
dans les Lapins de tous les pays , & que cela 
varie félon les circonftances. 

Il fe tiouve dans les vafles forêts de la Louy- 
iïane une grande quantité d'arbres très-vieux & 
creux ; cet animal en profite pour y faire fa de- 
meure, & éviter ainfi Thumidité du fol & les 
inondations qui y font ordinaires , dans des 
plaines fi étendues & fi balfes, proportionnément 
a la hauteur des rivières. 

Il n'y a dans la partie haute de l'Amérique 
méridionale que très -peu d'efpèces d'animaux 
fauvagesj mais on ne trouve pas les mêmes, que 
celles qui y font, dans les autres parties du Monde* 
On ne voit pas de Llamas , de Vigognes , d'Al- 
paques dans la Louyfiane , ni dans toute l'éten- 
due des royaumes de la Nouvelle-Efpagne , ni 
hors de l'Amérique y mais on ne trouve pas de 
Ciboroy de Marte ^ de Cajlor ^ ni autres animaux 
à poil fin dans le Pérou. Il y a dans les deux 
pays des Lapins, des Poules- d'Inde fauvages, 
des Chevreuils, des Chamois, des Ours : ainfi 
l'on voit des animaux communs à toutes les con- 
trées , malgré certaines différences qui réfuirent 
du climat , tandis que d'autres font particuliers à 
chaque contrée , & fans qu'on ait aucune preuve 
fuffifante qui puiffe convaincre que les races qui 



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manquent daiis un pays s'y foienc éteintes par le 
laps du tems , le climat ayant toutes les pro~ 
priétés néceHaires à leur entretien. 

Le Ciboro eft un animal particulier à la Louy- 
/iane & aux parties feptentrionales de la Nou- 
velle-Efpagne : on l'appelle communément Bœuf 
fauvage. Quant à fa Hgure , fa grandeur & à la 
faveur de fa chair, il reiïemble au taureau ou 
aubœuf domeftiquej il n'en diffère qu'en ce qu'il 
a une laine fine, frifée, au lieu de poil :on fait 
un grand ufage de fa chair : on la fale y car on 
ne peut la tranfporter autrement , vu qu'il faut 
aller très-loin pour le prendre à la chafTe. 

On voit nombre de troupeaux de bœufs fau- 
vages dans les contrées de Bucnos-jiyres j dont 
les vaftes plaines font abondantes en pâturages. 
Ces animaux n'ont d'autres propriétaires que 
celui qui en tue, pour f^ les approprier; mais 
ils font de la même efpèce que ceux d'Europe : 
on n'y voit au contraire aucun Ciboro, mais fî 
ces animaux-ci y manquent, on ne peut l'attri- 
buer à la qualité vicieufe des pâturages ou de 
l'air, puifque les bœufs de l'autre efpèce s*y 
maintiennent en ii grand nombre depuis la con- 
quête. Les Ciboros devroient donc s'y trouver 
auiïî , comme dans les contrées feptentrionales. 
Il faut admirer en ceci , comme en d'autres 
chofçs , la fage économie de l'Etre fi^rème, q';i 

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n'a pas voulu que les mêmes produdions fuflem 
communes dans toutes les parties de la terre, afin 
que chaque pays eût , dans celles qui lui font 
particulières , une richeflTe qui lui fut propre ^ de 
forte que cette variété fût pour toutes les parties 
de la terre un attrait qui fît rechercher par l'une 
ce que l'autre pouvoir lui communiquer, ôc qui 
étendît ainfi les rapports de la fociété , en confé- 
quence des befoins réciproques. 

L'Ours eft un des animaux communs par-tout; 
on le trouve fur les hautes cimes du Pérou , dans 
l'Amérique feptentrionale , & en nombre d'autres 
contrées des anciens continens. Mais l'efpèce en 
eft beaucoup plus nombreufe dans la Louyfiane 
qu'ailleurs On en tue en très-grand nombre, & 
l'huile qu'on tire de fa graifTe fert à préparer le 
manger j on tire auflî parti de fa chair , fur-tout 
de [qs cuifles & de fes épaules, & l'on en fait 
des jambons comme du porc, 

L'Ecureil n'eft pas rare dans ces forêts : on le 
trouve dans les montagnes de l'Amérique, Ôc 
même dans la plupart des contrées de ce conti- 
nent. 11 y en a d'une efpèce noire dans la 
I-o.tTfiane, mais de même grolfeur que l'efpèce 
ordin'.ui'e. Celle-ci fe voit dans les hauts pays du 
Miiiilipi , & n'eft pas fort commune. Les plus 
remarquables fotit ks voltigeurs : ils s'élancent & 
Yolçnt à la diftance de vingt varas^ fe fervant; 



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SEPTIEME. 1^9 

pour cet effer, de deux membranes qui naiflent 
aux deux côtés de le'ir bas-ventre , &: qui s'unif- 
fent aux pattes de derrière & de devant : quand 
ils veulent s'élancer , ils tendent ces deux mem- 
branes , & paiïentd'un arbre à l'autre, mcfurant 
il bien la diftance à laquelle ils peuvent fe fou- 
tenir, qu'ils ne tombent jamais entre les deux 
limites. Ils font un peu plus petits que refpèce 
ordinaire : du refte , ils lui reflemblent par la 
touffe poilue que forme la queue, par la forme 
de la tcte ôc du corps , ôc par cette extrême a^'.^ 
lire qui les tient, pour-ainfi-dire , touj jurs en 
mouvement. 

On ne voit ni infedtes, ni animal venimeux 
dans la partie baffe de l'Amérique, connue fous le 
nom de Vallès ou Vallées^ ni dans la partie haute. 
Les chaleurs de l'été font modérées dans la pre- 
mière , & il ny pleut pas. Dans la féconde, au 
contraire, on éprouve un froid plus ou moins 
fenfible, & il y pleut beaucoup. Mais tr cer- 
taines provinces intermédiaires, où Ion n, fenc 
point de très-grandes chaleurs , de où il ne pleut 
pas, comme dans la partie haute , il ; a nombre 
de reptiles venimeux, fur-rout des vipères; le ve- 
nin en eft fî aâiif qu'il caufe une mort infaillible, 
comme en Europe. C'eft ce qu'on a lieu d'ob-- 
ferver dans les vallées & dans les gorges qui 
font aux pieds de la chaîne de montagnes , fa voir 



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entre cette chaîne & les bas pays qui s*étendeiu 
vers la mer. On rencontre beaucoup de vipères 
à 34 lieues de Lima, i, la partie du Sud & de 
l'Eft , où font les vallées de Las CapUlas^ de 
Huaquinaj Huancaconachi j ôc du Topara; ces 
vallées correfpondent les unes aux autres : mais 
fi l'on monte cette chaîne de montagnes , ou fi Ton 
tourne vers le pUt pays , on n'en voit plus. Il n'en 
eft pas de même dans la vallée de Luna^Guana, 
dont la pofîtion eft la même que celle des précé- 
dentes , au pied de la chaîne des monts , & diftante 
d'environ 1 1 lieues : on n'y trouve point de tels 
reptiles : d'où l'on peut conclure qu'il y a dans cer- 
tains terreins des qualités particulières qui don- 
nent lieu a la propagation de ces animaux., tandis 
que d'autres font contraires à leur exiftence. 

Mais quelle eft cette qualité du fol dans les 
pays qui ne font pas montagneux & humides? 
comme ceux de Guayaquil, Panama, Cartha- 
gènej c'eft ce qu'on ne peut déterminer au jufte. 
Cependant il y a lieu de préfumer que , s'il fe 
trouve des vipères, &: autres reptiles venimeux 
dans certains pays , cela vient de ce que le fol 
eft un peu pierreux , & non un fable pur , tel 
qu'eft celui des vallées en général. 

La Nature montre par-tout fes merveilles dans 
la variété étonnante avec laquelle elle a diftribué 
ôc placé toutes les chofes , fans nous laiiTer ap- 






SEPTIEME. 171 

percevoir les règles de fa fage économie. On 
voit nombre de couleuvres dans Tille de Cuba , 
& dont la morfure ne caufe point de grand dan- 
ger, comme il en réfulte de celle des couleuvres 
des autres climats chauds & pluvieux de l'Amé- 
rique j mais on n'y voit ni Coraies ^ ni Cafca-^ 
helès y quoiqu'on en trouve beaucoup près de 
Carthagène , en Terre-ferme ^ dans la Louyfiane , 
où même ces reptiles font d'une grandeur ef- 
frayante. Outre ces deux efpèces , il y en a en- 
core ici nombre d'autres.. Les plus ordinaires font 
de couleur noire : or , on en rencontre rarement 
qui ne foient pas venimeufes, & extrêmement 
dangereufes. Ces reptiles difparoifTent pendant les 
froids de l'hiver. L'opinion la plus probable eft 
qu'ils dorment enterrés dans la fange, & que 
quand la chaleur fe fait fentir , ils fortent de 
ces bourbiers j le nombre en eft même alors (î 
confidcrable , qu'il eft fort dangereux de marcher 
où il y a des herbes. 

Je ne vois pas qu'on foit fuififamment fondé 
à dire r|ii il n'y a pas d'animaux venimeux dans 
Cuba & dans les autres Ifles voifînes , parce que 
ce font des Ifles j car cela feul n'empècheroit pas 
qu'ils ne s'y fulTent propagés , comme les autres 
animaux qui ne le font pas. En effet , on y 
trouve ce ferpent appelle BoBa, d'une grandeur 
extraordinaire, & analogue à celui qui fe voit 



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172 Discours 

près de l'Orénoque , du Maragnon , & antres 
fleuves de l'Amérique. On ne connoîc pas datù 
la Louyfîane cet infedte , fi commun en Améri- 
que , appelle Nigua ou Pique ^ 6c qui caufe tant 
d'incommodité dans l'Ifle de Cuba , où il y a même 
le plus grand danger à fe mouiller je pied après 
en avoir tiré l'infedte : maison le trouve dans la 
province de Quito , dont l'air efl: fi pur , qu'il 
ne foufFre aucun animal venimeux , ni d'infedles 
incommodes. 

La partie haute du Pérou n'eft pas non plus 
expofée à cet inconvénient : s'il irrive nicme que 
quelques-uns de ces infedtes y foient tranfporccs 
fans qu'on s*en apptrçoive , ils y meurent aulli tôt; 
Se la Nature les fait fortir elle-même des chairs 
où ils fe font logés , fans employer oucun moyeu 
étranger. Il feioit poflîble qu'il y en eût dans le 
Quebradas j où la température efl: chaude*, mais 
fi on les tranfporte avec foi fur les hauteurs, ils 
y périfTent. Les grands froids qu'il fait dans la 
Louyliane pendant l'hiver, font peut être caufe 
que le Nigua n'y peut fubfifter, quoiqu'il y en 
ait un autre aulîî grand, ou même plus petit, 
mais non moins incommode. 

A niefure que les herbes de cette contrée s'c- 
lèvent ôc fe multiplient, il s'y multiplie aiifiî un 
infede des plus incommodes. Il fuffit de marcher 
deffus pour qu'il s'attache dux pieds j on l'appelle 



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Bcte'rouge. Cet infedle eft fi petit , qu'il faut la 
vue la plus aiguë pour l'appercevoir, A l'aide 
du microfcope, on le trouve de la forme d'un 
crabe, ôc rouge j il s'introduit fous l'épiderme, 
ôc y caufe une fenfation fi brûlante, qu'on croi- 
roic que c'eft ie feu même : Ci par hafard on pé- 
nètre dans cet endroit, il eft impoflible de l'en 
tirer , parce qu'alors il s'enfonce dans la peau 
même. Comme on fait cela , on fouffre patiem- 
ment, & on le tire avec la pointe d'une aiguille: 
dès qu'il eft dehors , la chaleur cefTe. Cette pi- 
quure occafionne des ampoules qui fe remplif- 
fent d'eau j il s'y forme une matière féreufe , 
comme dans les brûlures ou dans les cautères , 
ce qui prouve l'activité de la piqûre. Il paroîc 
prefque impolTible qu'un infede auiîî petit que la 
pointe d'une aiguille , caufe un mal fi fenfible : 
il s'introduit non-feulement dans les pieds, mais 
encore par- tout le corps. Le moyen d'adoucir la 
douleur eft d'hume(5ler la partie piquée avec du, 
vinaigre j en réitérant cela, il meurt, mais ce 
n'eft qu'au bout de quelques jours. 

Ce pays eft un de ceux où l'on eft le plus ex- 
pofc à des infedtes incommodes. Les cantharides, 
ks poux de bois, s'y rencontrent communément, 
Se il eft difficile d'entrer dans les forêts fans en 
être affailli ôc couvert. Ces poux de bois iiy font 
pas aulli grar-ds que ciux qu*on connoît ail- 



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174 Discours 

leurs : ils font gros comme le quart d'un graiti 
de bled , mais les effets n'en font pas moindres 
que ceux des prccédens. Avant de les arracher de 
la peau , il faut oindre la partie avec de l'huile 
& du fiiif, ou autre corps gras, pour leur faire 
lâcher prife , autrement ils fe rompent à leur col, 
6c la tcce qui refte dans la peau , caufe autant de 
mal que fi l'animal y étoit entier : cette tête y 
refte mcme plufieurs jours, & ne fort qu'après 
avoir perdu fa force par la continuation des 
chofes ondtneufes qu'on y applique. On fent de 
tems en tems cette tête mordre, d'où l'on peut 
conclure qu'elle n'cft pas encore morte, & qu'elle 
n'a pas mênje encore perdu fon adivité : ce qui 
s'obferve aitlî au polype d'eau. 

Parmi les divers infedes que l'on trouve en 
grand noinbre dans la Louyfiane , il y des Mof- 
cuites de différentes efpèces, & aufli incommo- 
des qu'on puifle en rencontrer le long des ri- 
vières , & dans les climats les plus chauds & les 
plus humides : il eft prefque impolîible de fe 
garantir en aucun endroit de leurs piqûres dou- 
loureufes. Outres les infeétes ordinaires, tels que 
les Mofquites ou Zancudos ^ 8c les Gegenèsj on 
en voit encore d'autres , comme les Frappe-d'a- 
bord y les Demoifdles ^ les Mofconhy ou Taons y 
dont la piqûre ne caufe point d'ardeur, mais 
fait forcir le fang. Ils font innombrables tant en 



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efpèce qu'en quantité , ^'eft ce qui rend le mof- 
quitero de linge, ou garde-mouche j d'un ufage 
indirpenfable. En général , on porte de longs 
caleçons qui couvrent toute la jambe & le pied, 
mais la face & les mains ne peuvent en être ga- 
ranties , & s'enflent par l'effet du venin qiu s'eft 
introduit dans les piqûres : on en eft particuliè- 
rement incommodé en voguant fur les rivières ; 
or, c'ed la manière la plus ordinaire de pafFer 
par ces contrées. 

L'humidité exceflîve de ce pays, les marécages 
& les Lagunes qui fe forment dans la plaine , 
la grande chaleur de l'été , font des caufes bien 
fufïifantes pour produire la quantité csnfidérable 
de crapauds qu'on y voit. Portobelo , où ils font 
Çi communs, n'eft cependant pas comparable, à 
cet égard , à la Louyfiane. Il y en a d'efpèce Ôc 
de groflTeur différentes : on en voit dont le corps 
feul, fans y comprendre les cui/fes, a, de diamè- 
tre, plus du tiers d'un vara, & , de longueur, les 
trois quarts. Le bruit qu'ils font égale le mu- 
giflTement d'une géniffe d'un an , tant il eft 
raiique & fort. Comme cqs animaux fe tiennent 
continuellement dans l'eau, le vulgaire les prend 
pour des grenouilles , mais leur coulçur qui eft 
d'un verd obfcur, & la rondeur de leur corps, 
prouvent le contraire. Quand ils crient en grand 
nombre , ils furpalfent la voix des autres efpèces : 



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on croirolt entendre une bafle, dont le fon de- 
vient trjs-i'atiguanr. 

On voit fur-tout, parmi ces nombreux infcdcs, 
quantité de cerfs - volans , dum les cornes' font 
fort longues £< branchues comme les bois d'un 
Cerf- ils font fort dangereux pour les yeux, car 
ils fe lancent dans le vifage wec violence : la 
couleur en cft noire , le corps a la grolfeu du 
grand Scarabée 

Les Cucarachas ^ connus à la Havane & dans 
les autres climats chauds , ne le font pas moins 
à la Louyliane , il y font mcnie plus dangereux: 
on les y nomme Ravers. Ils font plus grands 
que ceux de Carthagcne ou de Cuba ; l'odeur en 
efl rebutante. Les rats ne font pas plus de dégât, 
car ils rongent tout avec une extrême prompn- 
tude , c'ell pourquoi il fiut avoir le plus grand 
foin pour en garantir le papier, & même les 
habits : cet infede efl: fort rufé , & fuit très-vîte 
au moindre bruit qu'il entend. 

Parmi les efpèces de petits animaux qui em- 
bellifliènt la terre en diverfes contrées, on doit 
admirer comme une chofe très-curieufe les Cu- 
cuyos , qu'on trouve dans Cuba, & en plus grand 
nombre que dans les llîes voifines. Ils font de la 
clafTe des vers-luifans ^ ( Lucernas ) que l'on voit 
voltiger de nuit, mais fort différens de l'efpèce 
commune : ils en font fur-touc diftingués par !a 

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1fîvacîté& l'cclflt fingulierde leur lumière , Ôc ne 
tiennent rien de l'efpèce des vers aîlés en ma- 
nière des papillons. Cet, infede a la forme des 
Curianas ou des Cucarachasj ayant quatre aîles , 
qu'il fort de la conque ou croûte teftacée qui le 
couvre à la partie fupcrieure. Vers le milieu & 
à chaque cote du bas- ventre , il a deux taches 
ou magafins lumineux , de la grandeur de deux 
petites lentilles : c'eft par- là qu'il fait rémiflîon 
de fa première lumière. On voit à ^te deux 
autres taches femblables , à l'endrou où doivent 
Être les yeux , mais un peu moindres que les prc- 
cédentes. C'eft de ces quatre .points qu*il répand 
une clarté aflez confidérable & bien vive. L'a- 
nimal peut à fon gré répandre ou fupprimer cet 
éclat, & l'entretenir long-tems. Il fe ranime, 
prend une nouvelle vivacité lorfqu'on le met dans 
l'eau. S'il dort , ou qu'il ne jette point de lu- 
mière, il fuffit de le remuer pour le forcer a le 
faire. 

On voit aflfez pat ces etfets que l'animal abonde 
en matière phofphorique. Il faut remarquer que 
les points d'où part la lumière font jaunes quand 
l'animal eft mort, ou n'éclaire pas. On en voie 
fur-tout en été j tems des pluies ôc des chaleurs, 
une très-grande quantité , on n'en apperçoit pas 
en hiver. Cet infede fe nourrit du jus des cannes 
à fucre qui croifFenc & mûiiffent en été -y aufli en 
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crouve-t-on le plus grand nombre dans les plan* 
tations de fucre. On n'en trouve pas dans li 
Louyûane, quoique crès- proche , & malgré li 
culture du fucre. Il n'y en a pas non plus dans les 
autres pays où croît cette plante. On peut les con* 
ferver deux mois environ , dans de petites boctes 
â jour, faites pour cet effet. On leur donne de 
petits morceaux de fucre , dont ils fucent la fubf- 
tance , ce qui leur va bien , puifque c'ed un 
extrait de la canne. 

Comme c'eft de nuit que cet infede répand fa 
lumière en volant, 6c fe laifTe appercevoir, il 
ne feroit pas facile de le prendre , fi , flatté lui- 
même de la beauté de fon éclat , il ne fe laifloit 
tromper avec des charbons ardens qu'on porte 
alors , & auxquels il vient dès qu'on les lui pré- 
fente, feroit-il même à une diftance éloignée: 
c'eft ainfi qu'on s'en faifit. Cette impulfion qui 
l'amène, paroît venir de ce qu'il croit voir dans 
ce charbon ardent un autre animal de fon efpèce, 
vers lequel il vient à l'inftant : audi tous les vers 
femblables , qui font dans les environs , fe ren- 
dent-ils vers ce charbon dès qu'ils l'apperçoivent. 
Mais la même chofe ne réufllt pas avec une lu- 
mière , telle que feroit celle d'une bougie ou 
d'une chandelle. 

Lorfque la lune ne luit pas , 6c que les Cucuyos 
paroiirenty c'eft un fpedtacle des plus beaux que 



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Je voir la campagne remplie de ces lumières bril- 
laiires. Les habicaiis s'amufeiu à- les prendre pour 
en tenir en cagej ils en lâchent quelques-uns 
dans une chambre non éclairée, qui fe remplit 
aufli-tôc de lumière , & prennent beauco up de 
plaifir à voir voltiger cet éclat dans tout le con- 
roiir de la pièce. Quand les femmes fortent le 
foir pour prendre le frais , elles en ont ordinai- 
rement la tête parée j elles en mettent des col- 
liers & des bracelets , qu'elles arrangent de di- 
verfes manières , & marchent ainfi tout écla- 
tantes, comme fi elles avoient fur elles des cou- 
ronnes & des colliers de lumières naturelles. 

Il y a audi des vers luifans dans d'autres pays 
chauds où croît la canne à fucre, & où elle ne 
croît point : mais ils font de Tefpèce des papillons 
de nuit. La lumière qu'ils jettent n'eft pas à 
comparer avec celle des Cucuyos ; car, avec un 
Cucuyo dans la main, on lit très-bien quelque 
I lettte que ce foit. 

Il paroît que cet animal fe fert de fa propre 

I lumière, pour diriger fon vol, & s*élever do 

manière à didinguer les têtes de cannes à fucre» 

d'où il doit tirer fon aliment. Il dort de jour & 

ne jette point d'éclat j la nuit il voltige & brille. 

Le Mucamuca , ou Chyca , eft pareiljemenc 
[commun à la Louyfiane : on l'appelle Rat-de-boîs, 
11 a les principales proptiétés des rats des autres 

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pays : auffi eft-ce un des animaux qui fe trouvent 
répandus dans les d«ux iiémifphères de TAmé- 
rique. 

Il femble que la rigueur du froid & les ge 
lées de l'hiver n'y devroient pas fouffrir cer- 
tains animaux , qui font comme indigènes des 
pays chauds. Parmi ces animaux font le Caïman, 
ou le Crocodile d'Amérique j mais on en voit 
un n grand nombre ici dans les rivières , qu'on I 
auroit peine à en trouver davantage dans les con- 
trées de la Zone torride j il y en a d'une grandeur 1 
prodigieufe : ils diffèrent aufli de cqu\ du Guaya-l 
qu'il , du Ckagres , & d'autres rivières , en ce que 
leur couleur eH: terne, tirant fur le noir ^ au lieu 
que les autres font d'un gris-fombre : on lej] 
appelle Crocodiles, Ils font également dange- 
reux pour les hommes & pour les autres animauii 
lorsqu'ils ont faim ; ils ont la gorge fi grande, 
qu'après avoir faifi un pieu avec l'appât , ils l'ava- 
lent jufques dans le ventre même; Ôc au ino-i 
ment où ils font tirés tout près du rivage, ili 
vomiflent ce pieu qui a une demi-vara de long, 
& fe dégagent, en emportant l'appât : ce donil 
on fait de fréquentes expériences. 

Les animaux qu'on regarde comme nuifibles, 
en ce qu'ils ont une inclination naturelle à vivrel 
aux dépens du travail des hommes , ont auiH 
quelques proptiécés par lefquelles ils indemnij 



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s 1 P T I E M t. 181 

fent du dommage qu'ils caufent : les Fourmis 
font, fans contredit, de ce nombre. En effet, 
elles enlèvent «ne partie des femences nouvelle- 
ment mifes en terre , pour en pourvoir leurs ma- 
gafîns : les plantes les plus utiles & les mieux 
foignées font détruites par les ravages que ces 
infedes y font : ils en rongent les racines & les 
écorces , & font mcme fort redoutables quand 
ils viennent en grand nombre , fur-tout les ef- 
pèces qui fe font remarquer par leur grandeur. 
Les Fourmis ne font pas moins à craindre dans 
les maifons ; car elles y pourvoient à leurs ber 
foins , en y caufant beaucoup de dommages. 

Mais, fi cet infedeeft d'un côté fi deftrudeur, 
il efl: de l'autre de la plus grande utilité dans les 
Indes du Pérou , contre les reptifes venimeuir. 

Il faut obferver que , nonobftant le nom de 
Cordillère royale des Andes ^ qu on donne à la 
panie haute de ce vafte pays , on entend-Ià pat 
montagnes àcs Andes , les pays montagneux de la 
côte orientale des CordillcTes , dont le climat 
eft chaud & humide -y car il y pleut beaucoup. 
Or, ces terreins font d'une hauteur anal^ogue à 
la partie baflfe occidentate , appellée Valès oii 
Vallées , & où il ne pleut pas. Ce pays eft donc 
rempli die ferpens des plus venimeux : tels font 
les Corales j Càfcabeles , ceux a deux têtes , les 
Bejuquillos de autres. Oh y trouve auflî les CiefH^ 

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tofùès y les Scorpions , & nombres d'autres cf. 
pcces communes. 

Mais ces pays abondent audî en Fourmis d'une 
cfpèce beaucoup plus groiïes que les Fourmis or- 
dinaires ^ 6c ils feroient inhabitables , (î ces Fourmis 
fe jettoient fur les hommes avec la même vora- 
cité que fur les reptiles. Comme elles ne peu- 
vent vivre de même que l'efpèce ordinaire , elles 
fuivent un tout autre train de vie. Elles voyagent 
en troupe dans les campagnes , & chalTent ainfi 
aux reptiles , en grimpant fur les arbres , les 
cherchant fur terre, & dévorant tout animal qui 
fc rencontre : elles parcourent les bois , les vallées, 
fe jettent dans les maifons éparfes ça 8c là fui 
les bords des rivières & dans les champs , & 
ne quittent aucun lieu fans l'avoir vifité , & en 
avoir dévoré les infeâes. Les ferpens les plus 
gros £z les plus venimeux , les Cientopiès , Scor- 
pions , Lézards , Crapauds , animaux qui fe 
multiplient moyennant l'humidité & la chaleur, 
ne peuvent réiilter â l'attaque de ces groffes Four- 
mis , ni fe fauver. Dès qu'elles ont nettoyé une 
maifon , elles la quittent , & continuent leur 

, . marche , cherchant leur pâture dans un autre 
pays. Elles fe jettent en (î grand nombre fur un 
animal quelconque , que fans lui donner le 
tems d'échapper , elles le dévorent malgré tous 

, les efforts qu'il fait pour éviter leur pourfuiie: 



SEPTÎIME. ]S| 

ce qui prouve que le grand nombre triomphe 
facilemenr de la force , delà vîtelTe, & de l'ac- 
liviié du venin des animaux qu'elles accaquent. 

On y appelle Chacos ces troupes de Fourmis. 
Elles font un H grand bruit fur les feuilles fèches 
qui font tombées , qu'on les entend à certaine 
diftance : les gens avertis par ce fignal , fortent 
de leurs maifons , les abandonnent , & ne re- 
viennent que quand cet infede vorace s'eft retiré : 
ils les trouvent bien nettoyées , & font alors tran- 
quilles à l'égard du Chaco , dont le retour régu- 
lier, n'eft plus à craindre que dans certain tems 
fixe. Ces Fourmis ont , fans doute , l'inftind de 
fentir & de trouver les pays où les infedes ve» 
nimeux fe font multipliés. 

La Nature , qui a donné un inftin^t particulier 
l chaque animal , a audi donné à ces Fourmis ^ 
celui de fe nourrir des animaux les plus veni- 
meux , & les a placées en même tems dans 
les contrées oiî l'on en trouve le plus grand nom- 
bre. AinH , l'on ne doit pas être furpris qu'elles 
n'attaquent ni les hommes , ni d'autres animaux , 
que ceux qui font dangereux & nuiflbles par 
leur venin. J'ai déjà dit , en parlant de la challè 
de la Vigogne , que le mot Chaco fignifie une 
compagnie ou réunion. 

Malgré le grand froid des hauts pays du Pérou y 
le dimat n'eft pas exemc des fléaux qu'on éprouve 

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t84 Discours 

en Europe ; car on y voit quelquefois des nuées 
de Sauterelles qui font beaucoup de dégât, il en 
parut , en Décembre 1761 , dans la province 
d'Angarae\ , qui eft des dépendances du Gou- 
vernement de Guancavelica. Les Quebradas yAoni 
les unes y font d'une demi-lieue de large, & d'au» 
très plus fpacieufes , furent couvertes d'une éton- 
nante quantité de ces infedes. Lorfqu'ils voloient, 
ils formoient les nuées les plus épailfes, & con- 
tinuoient aind â voler pluHeurs }ours fans inter- 
miilîon j de forte que la vue fe fatiguoit & fe 
troubloit , par le mouveiu«nc rapide & continuel 
de ces nuées. 

Tous les terreins où tombent ces fauterelles 
fouffient beaucoup de dommage , fur-tout quai^d 
elles trouvent les fruits de la campagne dans l&ur 
premier^ végétation. On obferva , en 1761, que 
ces Sauterelles dirigèrent leur vol contre le cours 
des fleuves , ôc qu'au lieu de s'élever dans les 
hauts pays , elles fe maintinrent dans la partie 
baffe , entre les Cordillères qui bornent les deux 



cotes. 



Ce fléau n*y paroît pas fouvent , malgré le peu 
de peine qu'on prend pour l'anéantir : dès qu'il 
a celTé , il fe palfe plufleurs années fans qu'on 
en voye le moindre figne. Le dommage que ces 
Sauterelles font aux femences , n'efl; pas (î conn« 
^érable que celui qu'on en épcouve en Europe ) 



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fe E P T X 1 M I. *f ÎJf 

fcla vient peut-être de ce que la température 
«d différente. Ces Sauterelles paroKTent en £u' 
rope dans le plus fort de l'été ^ mais la tempé- 
rature de la Quehradas j d*Ifcuckaca , ôc d'au- 
tres Semblables ,' eft analogue à celle du printems. 
Je ne dois point palfer fous (îlence , que les 
elTainis d'abeilles domediques fe font beaucoup 
multipliés à l'Ifle de Cuba , dans le voifuinge de 
la Havane , pendant le court efpace de tems 
qui s'eft écoulé depuis 1 7 <^4 , après que la Paix 
eut été conclue avec l'Angleterre. Il n'y en avoir 
pas auparavant ; car relies qu'on y voyoit étoienc 
fauvages & d'une efpèce différente. Les familles 
qui jufqu'alors avoient demeuré à Saint-Auguf- 
tiii de Floride , s'étant rendues dans l'Ide de 
Cuba, après qu'on eut évacué ces lieux , ap- 
portèrent avec elles quelques ruches, qu'elles pla- 
cèrent a Guanavacoa Ôc en d'autres lieux , par 
pure curiofité. Ces Mouches fe multiplièrent au 
pgint qu'il s'en répandit dans les montagnes ^ & 
l'on comment^a à s'appercevoir qu'elles devenoienc 
nuifibles aux cannes à fucre , dont elles fe nour- 
riiToient. Leur fécondité fut fi grande , qu'une 
ruche donnoit un effaim , & quelquefois deux » 
par mois ^ l'un ordinaire , l'autre moindre , en 
les châtrant tous les mois : on ne les foignoit 
même pas avec toute l'attention qu'on y apporte 
en Europe. Elles reudoienc autant de miel (Se 



111 



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s8(> Discours siptiemi. 
de cire que dans les endtoics où l'on n'a foin de 
les châtrer qu'une ou deux fois par an ; la cir« 
eil des plus blanches , 6c le miel audl clair & 
d'aufld bon goût qu'on en puiife trouver. D'après 
ces faits , il eft évident que la cire & le nniel 
pourroient devenir une des branches avanta- 
geufes du commerce pour cette lilc , fans mcme 
s'occuper trop foigneufement des Mouches , ni 
négliger la canne à fucre, qui feroic toujours 
I objet principal. 



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DISCOURS HUITIEME. 

Des particularités relatives aux Volatils, 

J^A partie haute du Pérou n'o/Tie pas beaucoup 
d'efpèces doifeaux , fur-tout de ceux qui fe font 
remarquer par la beauf<^ de leur plumage & 
l'harmonie agréable de leurs chants : il paroît que 
c'eft le froid qui en eft la caufe. On remarque 
le contraire dans les climats chauds de la Zone 
torride. La Louyfîane , qui participe de Tune & 
de l'autre température , ne préfente pas cette 
variété de beaux oifeaux qu'on voit â la Havane, 
à Carthagène , & dans d'autres contrées fembla- 
bles; cependant il y a quelques efpèces d'oifeaux 
d'un plumage agréablement nuancé , & dont le 
goder a fes charmes & une belle mélodie. 

Le Sinfonte , ou VOifeau moqueur , n'a rien 
de bien particulier dans fon plumage*, mais quand 
il eft en liberté , il charme par l'harmonie de fou 
ch^nt , & par les roulemens & la modulation 
infiniment variée de fon gofier. 11 ne s'arrête pas 
pour chanter, mais il chante en voltigeant, & 
fait mille jeux de U,% aîles dans lair, felai^fanc 




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iS8 Discours 

tomber en apparence fur une branche d'arbre où 
il fe pofe , ôc pour s'élever auilî-tôc à la hauteur 
de cinq ou Cix varas. Pendant qu'il s'amufe à 
voltiger ainfî , il ne celTe de chanter -y il change 
mcme de chant avec autant de vîtelTe que de 
pofition. Dès qu'il s'arrête fur une branche il 
garde le filence : Voilà pourquoi on ne jouit pas 
de tous les agrémens de fa mélodie lorfqu il eft 
enfermé. Comme il contrefait tous les animaux 
qu'il entend , on l'a appelle Moqueur. Sa vivacité 
& fa légèreté naturelles font peintes dans la va- 
riété de fon chant ; mais des qu'il eft enfermé , 
il s'attrifte ôc meurt promptement ^ d'ailleurs il 
eft trop'délicat pour être nourri en cage : on peut, 
fans contredit , le regarder comme le roi des ui- 
féaux , pour le chant. Il vit de mofquites , mou- 
ches, & autres infedles : aullî la Nature lui a donné 
tin bec long Ôc affilé , propre pour les attaquer. 
On voit encore dans ces contrées trois autres 
efpcces d'oifeaux qui ont un chant fort agréable 
Se fingulier. Les François , faifant attention aux 
nuances différentes de leur plumage , ont nommé 
les uns Papgs , les autres Cardinaux , & les 
iroifièmes, Evêques, Nous appelions Maripofas 
ou Papillons , les Papes , faifant allufîon à la 
beauté raviffante du coloris que prennent leurs 
plumes , dont les nuances changent félon le jour 
& la pofuion. Les Eveques font ceux que nom 



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H u I T r I M i; 189 

nommons A^uUjos : ces deux efpèces font plus 
petites que celles Ats Cardinaux \ mais toutes 
Uî trois font trop délicates pour vivre en cage : 
on en voit mourir un grand nombre avant de 
pouvoir en garder un feul. 

Les Cardinaux ont tout le plumage rouge*, mats 
il fe trouve d'autres oifeaux de la même taille, 
qui ont une partie du col jaune , & les extrc' 
mités des ailes noires : on les nomme Turpianh ^ 
le chant en eft fort amufant. Il y en a aufli de 
belle couleur de rofe : à cet égard il y a beaucoup 
de variété. Ce font autant d 'oifeaux de paiTage ; 
car ils difparoilfpnc en hiver, & vont fans doute. 
cherrHer des climats plus doux , convenables 1 
leur conftkution. 

Les oifeaux plus particuliers à la haute panie 
du Pérou , font les Fiches , qu'on trouve com- 
munément dans toutes les contrées de TAmcri- 
que ; le chant en e(V agréable. Il y auili des Char- 
donnerets. Les Periquitos , ou Cotorritas , de la 
petite efpèce , ne font pas rares dans les Quebra- 
dus. On voit beaucoup de Cotarras , de l'efpècé 
ordinaire des pays chauds , dans les gorges qui 
font au pied de la chaîne de montagnes , & qui 
s'ouvrent dans les vallès ou vallées ^ tandis qu'on 
n'en rencontre point dans la contrée même ap- 
peilée Vallès : ce qui eft fort remarquable; mais il 
eil encore plus iîngulier que l'on voye dans l'Iile 



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190 Discours 

de Cuba , & fur la côte de Campêclic des oi- 
feaux de grand plumage, Se nuancés des couleurs 
les plus vives, tels que les Guacamayos de diver- 
(ts efpèces , les Coton as : arj refte ces oifeaux , 
ni \qs Periquitos ne fe trouvent point dans la 
Louyfiane. La raifon qu'on en peut donner , eft 
que ces oifeaux ont néceilairement befoin d'une 
température toujours chaude , n'étant pas en état 
de rélîfter aux froids de l'hiver : d'ailleurs n'é- 
tant pas oifeaux. de paffage, & capables de tra- 
verfer la mer, comme d'autres , ils ne fe fixent 
pas non plus daiis des poys où le froid les dc- 
iruiroit infailliblement. 

Le bas pays du Pérou a auiîî fon hiver , quoi- 
que modéré \ car le foleil y refte caché pendant 
plufîeurs mois , & c'eft alors qu'on y éprouve les 
garuas ^ ces garuas ne font pas Ci durables dans 
les hautes gorges des Quebradas , éloignées de la 
mer ; aufti le froid y eft proportionnément plus 
modéré. De-là il réfulte que l'on voit d'un côté 
les oifeaux particuliers aux températures chaudes, 
& non de l'autre. 

Les Cotorras Se les Guacamayos fe perchent 
ordinairement en grand nombre fur les palmiers, 
ou fur d'autres arbres. On les tire alors , & il 
en tombe autant que le coup peut en tuer ^ mais 
il y en a toujours parmi les morts quelques-uns 
qui ne font que blelTés : incapables de prendre 



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ft O I T 1 I M «• 19» 

lear vol , ils crient fans celfer, Ôc ceux qui avoient 
dirparu au bruit du coup , reviennent , voltigent 
autour des bleifcs : on les tue alors comme les 
autres. De cette manière on en tue beaucoup ; 
ce qui eft un grand plaifir pour le chaffeur. 

Il paroît que les oi féaux aquatiques font ceux 
qui s'accommodent le mieux de toutes les tem- 
pératures. On trouve différentes efpèces de Patos^ 
& même en quantité , dans les rivières de la 
haute partie du Pérou , & àa.u^ ÏQS Lagunes 
qui font fur les monts les plus élevés , où le 
froid eft fort fenfible. ^es plus communs font 
ceux qu'on zp^clio Patos réaies ^ ( c'eft la plus 
grolTe efpèce j ) les Labancos , PatUlos , Gallo' 
retas. On rencontre ces mêmes efpèces dans les 
Fallès , à Guayaquil » & dans tous les pays de 
la Zone Torride ^ a la Havane , dans la LouU 
liane ; dans les parties les plus au Nord de l'A« 
mcrique feprentrionale ; de forte que ce font les 
volatils les plus répandus 8c les plus abondans. 

On obfervâ la même chofe dans les parties les 
plus froides du Sud 'y ce qui en prouve la géné- 
ralité. 

On en tue beaucoup dans la LouyHane : tous 
les jours les chafTeurs reviennent audi chargés 
qu'il leur eft podible d'en porter : c eft la viande 
qu'on mange le plus ordinairement depuis Nc- 
Vembre jufqu'en Mars. Chaque famille a corn- 



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munément fon chaflTeur qui eft Indien ou Métif ; 
ces gens forcent de grand matin , & reviennent 
avec la provifion nécedaire pour la journée. 

On trouve une efpèce femblable à la Gai- 
lareca , dans la partie haute du Pérou : on l'ap* 
pelle Jujui, Cet oifeau a le plumage noir ; il 
imite fi bien certaines fyllabes de la parole , 
que les chafleurs y font trompés , Se croyent que 
ce font leurs compagnons qui les appellent. Il 
ne peut s'élevei fur fes ailes j fa feule défenfe eft 
de plonger dès qu'il entend le mouvement de la 
platine du fufil. 11 en eft ^e même des Zambul- 
lidores^ qui font une efpèce difFéionre des Patos, 
& s'élèvent auflî peu : leur grolTeur égale celle 
des pigeons : le plumage en eft blanc , prefque 
femblable à du poil j le bec eft aigu , & non en 
cuiller. Les Gallarctas font de tous les c^mats , 
& fe rencontrent en quantité dans les lacs où il 
y a beaucoup d'oifeaux aquatiques. * 

Les Perionas font remarquables entre tous les 
oifeaux aquatiques par la beauté de leur couleur. 
Le col , la poitrine , jufqu'au milieu du dos , 
font d'un beau rofe très-avivé , qui charme la 
vue j il s'éteint peu-à-peu , & fe termine en 
blanc vers le croupion ; le col eft long , courbe 
comme celui des Gari^ettes ou Hérons blancs, 
Cet oifeau eft de la grolTeur d'une Outarde : il vole 
ep bandes , & vit des animalcules qu'il trouve 

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tf U I T I E M I. 19 J' 

flans Teau , & des racines des plantes qui y croif- 
fent j lorfqu'il eft mort fon plumage perd la vi- 
vacité de (es couleurs t ainil , c'ed l'oifeau doni 
on reconnoît particulièrement la fraîcheur ou 
l'ancienneté du plumage. On trouve de ces oifeaux 
dans la Louyaane Se dans d'autres parties de l'A- 
mérique , comme aux Cayes > vers. le Nord de 
l'ifîe de Cuba : on les appelle Flamencos j ils 
ont une forte odeur de coquillages , qui les rend 

jinfupportables j il fuffît de les toucher pour en 
ctre inftdé ; le bec en eft long & gros , & propre 

j à couper les racines des rofeaux & dcji joncSé 
Les Gardas font en plus grand nombre dans 

lies vallées de la partie balfe du Pérou , que 
dans la haute : les efpèces en font variées : on 
en voit beaucoup plus dans l'Ifle de Cuba & 

[dans la Louyfiane. Cette claflTft d'oifeanx offre 
jne efpèce qui fe voit dans la partie balTe du 
^éroii , Se non dans la haute : on l'appelle Spa- 
tule , parce que fon bec en a la forme : il eft, 
long de trois à quatre pouces , fur un pouce de 
large , ou un peu moins ^ fon extrémité fe ter- 
mine en forme circulaire , étant plus large que le 
refte ; elle eft en même tems plus mince , ne 
confiftant qu'en deux feuilles fines & lilTesjde 
forte qu'elle ne diffère pas d'une fpatuU. Cet 
3ifeau pêche fingulièrement j il fait autour de 
\x\ , de côté Se d'autre , un demi-cercle avec 
Tome L N 



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«94 Discours 

fa fpatule, & s'en fert avec tant d'adrefle , qu'au- 
Cun petit poiflbn , vers lequel il dirige fon bec, 
ne peut lui échapper. Quant à la grandeur du 
corps & â la couleur , cet oifeau refTemble aux 1 
Hérons gris de la petite efpèce. La LouyGane 
abonde plus en oifeaux aquatiques que tous les 
autres pays : les Oies fauvages y font en très- 
grand nombre: les Grues & les Outardes n'yi 
font pas moins communes ^ la chair en eft même 
i»lus favoureufe que celle des Patos , & n'en a 
pas l'amertume marécageufe , que ceux-ci ont | 
fur- tout depuis le mois de Février j ce qui em- 
pêche d'en manger alors , tant cette amertume | 
éft forte. 

Ces oifeaux aquatiques y font pafTagersj ilsl 
viennent des grands marécages de la partie du 
Nor<:l. On n'en voit point dans l'été j c'eft dans 
le tems des gelées que les volées en font plus 
fréquentes. Si le froid eft accompagné de quel- 
que brouillard ou de vent , ils volent plus prèl 
de terre , & l'on tire delTus plus facilement.] 
Ils paiïent de cette côte de la Louyiîane à Cuba, 
& dans les autres Ifles ^ & jamais on ne les voitl 
prendre du côté du Nord dans les tems chauàl 

Il y a dans la partie haute du Pérou des oil 
féaux qui n entrent pas dans l'eau , mais qui vonti 
toujours côtoyant les marais 5 ils font dé la grof* 
feur d'une poule > de couleur obfcure cixaiit m 






huitième; 195 

le noir , & hauts fur pattes j le bec en eft long , 
courbé, mince, comme celui des poules d'eau; 
ils volent ordinairement , & ont une chair alTea 
bonne. Cette efpèce ne fe voit pas dans la partie 
bafle, ni dans la Louyfiane, parce qu'elle a befoin 
d'une température froide. 

Les Sarapicos & les Courlis font du nombre 
des efpèces volatiles communes dans des climats 
différens. On en voit en aufli grande quantité 
dans ceux de la partie haute du Pérou , que dans 
la bafle : il n'y en a pas moins dans la Louy- 
fiane. 

Il en eft de même d'ime autre efpèce que l'on; 
appelle Fraylètes ^ ou félon quelques-uns Gri- 
tadores op crieursj ils reflTemblent un peu aujt 
vanneaux {^Aves frias)\ ils fe tiennent ordinaire- 
ment dans les contrées humides. Ils nuifent 
beaucoup aux chaflTeurs , car dès qu'ils les apper- 
çoivent, ils s'envolent en jettant des cris aigus, 
& qui fe portent très -loin; de forte que cela 
devient un avertilTement pour les autres difeaux : 
ceux-ci s'envolent auflî-tôt effrayés , par les cris : 
\ peine le chaffeur peut il en tirer. 

La partie haute du Pérou , étant très-froide , 
& la partie baffe , manquant de pluie , diffèrent 
des contrées chaudes & de celles où il pleut : 
elles ne font pas moins différentes de la Louyfiane. 
En effet, les terreins de ces parties du Pérou 



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19^ Discours 

font nuds , on n'y voit des arbres que çà & li, 
excepté dans les terreins des Quebradas où la 
température varie, comme les autres circonf- 
lances. Mais les autres contrées font couvertes 
d'arbres qui invitent les oifeaux à faire leurs nié 
dans leurs feuillages épais, & à s'y nourrir de 
leurs diverfes produdions : voilà pourquoi il s'y 
trouve des volatils qui font particuliers aux mon* 
tagnes. 

Les Pabas monte/as ^ ou poules- d'Inde fau- 
vages, font une des efpèces qui s'y reproduifent 
en grande quantité^ elles font plus grofles que 
dans les autres parties , &c même que l'efpèce 
domeftique 5 la chair en eft favoureufe. Il y a 
Cl peu de différence entre les unes Se les autres, 
qu'on s^y trompe \ elles volent aufli légèrement 
que les autres oifeaux, & c'eft ce qui les dif- 
tingue fur-tout des domeftiques. 

On voit dans la partie haute du Pérou des 
perdrix , des faucons très -beaux , avec lefquels 
on fait une des chaffes les plus agréables qu'on 
puiffe voir. Les perdrix s'y accommodent de la 
température froide des Ichalès , où elles fe trou- 
vent j mais on n'en voit point dans les Quebradai 
où la température eft plus modérée : elles ne 
vont pas en bande comme en Europe , mais par 
paires ou feules : c'eft ce qui en rend la chalîe 
fort pénible. Le pays eft montagneux , couverr 



i^ 



n u I T I E M t; i«)7 

de halliers. Ce qu on y appelle plaine font des 
éminences plus ou moins inclinées , Se des vallées 
qui , par la fréquence de leurs côtes , & la diffi- 
culté de refpirer qu'y caufe la fubtilité de l'air , 
ne permettent pas de chafTer au fuHl : voilà 
pourquoi l'on emploie des faucons drelfés par les 
Indiens. Les perdrix qui s'envolent pour éviter 
les chiens , tombent dans les griffes du Êiucon 
qui fond fur elles : il y en a beaucoup plus que 
dans le royaume de Quito. On en voit aufïi fur 
les monts dans la partie baffe , quoique le climat 
y foit réellement prefque aufîî froid que dans 
la haute. 11 s'en trouve aufîî dans Vide de Cuba,' 
dont la température efl chaude y mais elles font 
un peu différentes. 

Les bccafïïnes ne font point rares fur les ter-; 
reins des cimes glaciales de la partie haute , ni 
dans la Louyfiane. On en voit aufli çà & là dans 
la partie baffe du Pérou , quoique moins fré- 
quemment. 

Les Condors , dont les fîngularités ne doivent 
pas être paffées fous le fîlence , font , de tous 
les oifeaux qui volent , les plus grands que l'on 
connoiffe. Je dis des oifeaux qui volent pour les 
diftinguer de l'autruche , qui ne fe fert de fts 
petites ailes que pour fe foulever , & non pour 
voler j car ces ailes ne feroient pas f^iffifantes pour 1q 

N5. 



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198 Discours 

vol. Le condor, au contraire, eft un des ci féaux 
qui s'élèvent le plus dans cette atmofphère, ou, 
certainement, Tair n'a que la moitié de la deniîié 
de celui qui eft au niveau de la Mer. Cet oifeau 
n'ert pas plus particulier aux climats froids qu'aux 
climats chauds j on le trouve fur la cime des 
Punas j comme dans les baflTes contrées appeilces 
F'allées ; mais on n'en voit pas dans les contrées 
couvertes d'arbres ou montagneufes , comme I 
Guayaquil, Panama, & dans d'autres femblables. 
Son plumage forme un tilTu li denfe, que la balle 
d'un fufil ne fauroit le percer : l'animal ne change 
même pas de pofition s'il en eft frappé , on a 
tiré fur le même jufqu'à huit ou dix coups , fans 
qu'il en ait éprouvé le moindre mal : on avoit 
entendu la balle le frapper. Quoiqu'on ait ainfi 
réitéré ces tentatives dans la partie haute du 
Pérou, fans avoir réuflî une feule fois à l'abattre, 
on ne doit pas fuppofer qu'il en feroit de même 
dans d'autres contrées. La peau de cet oifeau eft 
fans doute plus denfe fur cqs cimes glaciales, 
& ne cède pas au coup qui la frappe; d'ailleurs, 
le tiffu épais de fon plumage eft encore un autre 
obftacle. On en voit auflî beaucoup fur la plage 
des mers du Sud 014 commencent les F'allées, 
à quatre degrés environ de l'Equateur j il affouvit 
fa voracité avec les poiffoni morts que h My 



f": U I T r E M I.' 1(>5 

j jette : on dit qu'il eft dangereux de fe trouver 
à fa rencontre , car il tueroic infailliblement 
celui qui oferoic l'attaquer. > 

On voie à chaque pas l'étonnante variation de 
la Nature : ce qu'on a remarqué dans tel écac 
en certain tems , fe trouve tout changé dans un 
autre. Le Chagres eft adkuellemenc très-différent 
de ce qu'il croit il y a vingt ans : les arbres qui 
le bordoient , les animaux nombreux particuliers 
au climat , ces oifeaux dont le plumage préfentoit 
de fi belles nuances, félon les différentes efpèces, 
& qui venoient nicher dans le branchage de ces 
arbres , & y formoient des concerts 'y la verdure 
brillante & variée du terreinj tous ces objets ont 
difparu. Le fol n'offre plus que des maifons de 
bois , bâties à certaines dlftances les unes des 
autres , pour les familles qui s^y font établies \ 
elles s'étendent depuis les bords du fleuve jufques 
dans l'intérieur ^ts terres qu'elles ont cultivées, 
& en ont aind chalfé cette quantité prodigieufe 
d'oifeaux & d'animaux qui peuploicnt les bords 
de ces eaux. 

Ces changemens nous donnent lieu de croire;' 
qu'avec le tems , la furface de ces royaumes chan- 
gera entièrement, & deviendra femblable aur 
contrées de l'Europe. Malgré toutes ces nouveau- 
tés, certaines efpèces de quadrupèdes & d'oi- 
feaux s'y maintiennent conftamment : la feule 

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différence qu'il y a, eft qu'ils fe retirent d'une 
partie pour aller dans une autre, où ils trouvent 
plus de sûreté, Ôc de facilité à faire leurs petits, 
& à fe nourrir. Mais, d'un autre coté, on voit 
diminuer infenfiblement quelques autres efpèces, 
telles que la Vigogne , que Ton pourfuit Se qu'on 
^ue par-touc, fans aucun niénagemenÇt 




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DISCOURS NEUVIEME. 



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Des Pùijfons les plus remarquables del*AmL. . juei 

J_/Es eaux ne font pas moins abondantes en 
poiflTons, que la terre l'eft en quadrupèdes, vo- 
latils, & autres animaux , qui s'y nourrirent 
des produ(5tions du pays où ils vivent, & qui 
font variés en proportion de la température , de 
Li denfité ou de la légèreté de l'air : ainfi il n'eft 
pas étonnant qu'il fe trouve dans une contrée des 
efpèces qui ne font pas communes dans les au<^ 
très. Il femble qu'on ne devroit pas obferver la 
nit'ine variété dans les efpèces qui vivent dans 
les eaux, puifque cqs eaux ne font pas formées 
des mêmes parties conftitutives que la terre. 
Cependant , l'expérience prouve que les cfpcces 
d'animaux aquatiques ne diffèrent pas moins 
entre elles , 8c qu'il fe trouva en certaines mers 
des efpèces qui ne font pas communes dans les 
autres , tandis que d'autres efpèces le font. On 
doit conclure de-la que c'eft non«feulement l'effet 
dç la çcmpérature ^ des pÂturagQs qui nouriif^ 



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feue ces poiHons , mais encore celui du frai, 
plus ou moins gcncralemenc rcpaiidu. La mer du 
Sud abonde en poilfons.ll n'en eft pas de même 
àcs rivières & des lacs de la partie haute du 
Pérou. Les eaux de Quito font encore moins 
poidônneufes , fans qu'on puilTe l'attribuer à ce 
que les eaux font moins froides ou plus rapides 
dons un de ces pays que dans l'autre, car elles 
le font autant. Mais , avant d'entrer dans aucun 
détail à cet égard , il ne fera pas inutile de ra- 
conter quelques particularités de ces mers-là. 

Les Baleines font alTez communes dans la mer 
du Sud , non- feulement dans la baie de la Con- 
ception , & de-là jufqu'à une plus grande hau- 
teur, mais encore dans les Parages qui font entre 
les Tropiques , jufqu*au 1 1 & 1 3 degré de lari- 
tiide. Ceux qui s'occupent de cette pèche en 
Europe vont la faire dans les froids climats du 
Nord, & il ell rare qu*on pèche ce poilTon 
entre le 40 degré de l'Equateur. 

Il n'efl; pas facile d'aflîgner la caufe de cette 
différence j car H c'étoit parce que les Baleines 
cherchent les mers où il y a beaucoup de Sar- 
dines, les côtes de la Galice, qui en font rem- 
plies, devroient les attirer; on n'y en voit ce- 
pendant pas comme dans la mer du Sud. Quoi 
qu'il en foit , on voit des Anchois en grande 
quantité fur les côtes de cette mer; aulli la pèche 



NEUVIEME. 10 J 

en cil- elle très-copieufe. Les Baleines attirées par 
cette pâture y viennent en grand nombre ; quel- 
ques-unes mêmes échouent fur la plage en pour- 
fuivant ces poiffons , & y meuiciit après avoir 
fait beaucoup d'efforts inutiles pour fe remettre 
à riot. 

Il n'eO; pas facile de dire H celles qui fré- 
quentent les côtes peu profondes font précifc- 
ment au(1i grandes que celles qu'on prend dans 
les mers de l'Europe; ce qu'il y a de certain, 
c'eft qu'elles ont la mcme forme , & font très- 
groffes. En effet , une de ces Baleines mife à côté 
d'un vailTeau de 700 tonneaux, faifoit les trois 
quarts de la longueur du vaiffeau , mefurée de- 
puis le commencement de la tête jufqu'à rextré- 
mité de la queue : ainfî on peut eflimer qu'elle 
avoir vingt-cinq varas de long. Comme il y en 
a de plus ou moins grandes, cette mefure ne 
peut fervir de règle fixe pour toutes celles de ces 
mers. Leur tête, femblable à une roche contre 
laquelle la mer vient battre , eft couverte de 
coquillages de diverfes efpèces qui s'y attachent 
& s'y multiplient; on y voit aufîî une couche de 
limon verdâtre, tel que celui qui s'engendre fur 
les roches , ou aux parties externes du navire , 
qui font dans l'eau , & qu'on n'a pas lavé depuis 
long-tems. 

Ce poiffon énorme fe nourrit d'Anchois : or 



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la manière dont il les prend eft digne d'être con- 
nue. 11 approche des parages où les Anchois 
viennent par troupes pour chercher leur pâture j 
là, il bat l'eau de fa queue à grands coups réitérés, 
ôr , par ce moyen , tue tous les Anchois qu'il 
peut atteindre : or fa queue eft très- dilatée & 
très-longue. 11 continue ce manège jufqua ce 
que la troupe fe divife , ôc cherche à fe fauve'r 
parla fuite jaulîî- tôt il avale ceux qui font morts, 
& pourfuit les fuyards , pour rcnouveller enfuite 
fon attaque. 

On remarque dans les poifTons ce qui a lieu 
parmi les animaux terreftres^ les uns vont feu'>j 
les autres en troupes. La Sardine & les Anchois 
font du nombre de ces derniers ; les parages où 
ils viennent pâturer en font fi remplis , qu'on n'y 
voit pas autre chofej ainfi la Baleine peut en tuer 
autant qu'il lui en faut pour fe nourrir. 

La Baleine eft à fon tour pourfuivie par 
d'autres poiftbns qui eh font les ennemis, mais 
particulièrement par les poiftbns appelles VEpée 
Se la Scie, La meilleure défenfe de la Baleine 
eft fa queue; comme elle a une grandeur con- 
fidérable , elle devient fon arme la plus sûre. Le 
combat que la Baleine foutient contre ces ennemis 
eft des plus curieux , vu les grands mouvemens 
qu'elle eft obligée de faire avec fa tète & fa queue : 
tantôt elle fort de l'eau fa t^:e , qui paroîc s'clAvei: 



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nis, mais 



KEUViEMï. 105 

fomme un promontoire , tantôt elle fort la queue , 
qui femble être une voile de vaifleau , fur la- 
quelle le foleil fe réfléchit comme fur la glace 
d'un miroir j bientôt elle la lailfe replonger avec 
fureur fur fon ennemi, bat l'onde avec violence, 
& la fait élever en gros bouillons. La Baleine eft 
alors toute en furie , elle le manifefte , tant par 
la manière dont elle flotte & s'agite , que par 
un mugiflement rauque qu'elle fait entendre 
jufqu'à une lieue de la plage. 

On fait que ce poiflbn eft de la clafle de ceux 
qui lancent au-dehors , par les deux trous qu'ils 
ont fur la tcte , l'eau qu'ils ont infpirée par les 
ouies ou branchies; c'eft ce que fait la Baleine 
lorfqu'elle nage à la furface de l'eau : elle.en lance 
même une aflez grande quantité en forme de 
gerbes quand elle s'amufe de ce jeuj mais fi 
c'eft en combattant qu'elle levé la tête , elle n'en 
jette pas tant , ni fi haut , a caufe de l'agitation 
où elle fe trouve. Quand , au contraire , elle n'ell 
occupée ni à combattre, ni à chercher fa proie, 
il femble qu'elle s'amufe; elle montre fa tête 
tranquillement avec un air majeftueux fur les 
eaux , & fait jaillir ces gerbes, qui fe divifenc 
en l'air, & forment un fpedacletrès-divertiifant, 
fur- tout quand les rayons du foleil s'y réflé- 
chiflfent. 

Si la Baleine a des enneQiis à combattre ôc 



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des poilTons à poiirfuivre pour fe nourrir, elle 
fait aufli jouer quelquefois avec les poiifons de 
foii efpèce : alors, elles fe rapprochent les unes des 
autres , forçant la tcte de l'eau en même tems , &c fe 
préfentant la gueule béante comme pour fe faifir 
réciproquement : mais auflî-tot elles s'éloignent 
Tune de l'autre , & celle qui fuit femble fe 
moquer de celle qui la pourfuit. Quelquefois 
elles s'entortillent par la queue , & fortent dans 
ces mouvemens une grande partie du corps hors 
de l'eau avec beaucoup de légèreté , comme fi 
elles avoient eu deflein de faire un faut. 

Ces exercices durent ordinairement aiTez long- 
tems. Le combat de la Baleine dure une matinée 
entière : & les jeux auflî long -tems. Quant 
à la pêche , elle y emploie tout le tems que de-» 
mande fa faim , ou la prife àes poiflbns nécef* 
faires pour l'alTouvir. C'eft en général dans les 
jours fereins , lorfque le foleil eft le plus vif, 
quelle paroît s'occuper du jeu , mais elle ne paroît 
pas quand le tems eft fombre & agité. Pour 
lancer l'eau, lorfqu'elle nage à la fuperficie, elle 
élevé la queue au-dehors, après avoir plongé la 
tète , & fait autant tournoyer l'onde qu'un vaif- 
feau en pleines voiles avec fa poupe. 

La Baleine ne lance point cette eau fans ré- 
pandre en même tems de fon intérieur und 
exhalaifon fi fétide , qu'elle infecte l'air au loin. 



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Cette exKalaifon eft infoucenable , lorfque la Ba- 
leine réitère fouvent ce jeu. C'eft un eftet de la 
ponion excrémenticielle , ou des matières indi- 
geHes qu elle renferme dans fon eftomac. 

Les Européens vont pêcher la Baleine dans les 
froides régions du Nord avec des vailTeaux qu'on 
équipe exprès. On en convertit les graifTes en huile, 
& Ton tire parti de ce qu'on appelle communé- 
ment barbe de baleine. On en fait auffi la pêche 
fur les côtes de la Nouvelle- Angleterre avec aflez 
de profit. On y emploie le fperme ou le blanc^ 
pour faire des bougies ou chandelles qui durenc- 
plus que celles de cire, & qui ont l'avantage 
d'être plus blanches, tranfparentes , de ne pas 
couler , & de ne donner aucune odeur. La lu- 
mière en eft très-claire, & il ne stïi évapore 
rien qui porte à la tête. 

Ce que l'on tire de ce poifTon fournit pluHeurs 
chofes utiles pour l'ufage ordinaire de la vie , & 
pour le commerce. On n'a pas encore penfé â 
«s avantages dans les parages de la mer du Sud, 
où l'on auroit pu établir c^s pêcheries de même 
que dans la baiej on feroit cette pêche fans fa- 
tigue & fans équiper de vaifTeaux exprès, & 
même fans s'écarter des côtes. On y néglige des 
avantages qui deviendroient confidérables , non- 
feulement pour ces parages , mais pour l'Efpagne 
même 3 cai il eâ incroyable combien l'Efpagne 



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fait fortir d'argent pour avoir de la baleine & 
cle la cire des pays du Nord , tant pour foi que 
pour les deux Indes. On n'eftime en Amcriqus 
que ce qui eft or eu argent j ce qui efi: caufc du 
peu d'attention qu'on fait à ce commerce, &' à 
toute autre opération niercantillc. On ne fe re- 
préfente pas que l'argent difparoît comme toutes 
les vapeurs de la terre, lorfqu'on manque des 
chofes nécelTaires à la vie, & que c'eft une fui- 
gulière illufion que de craindre de manquer 
d'argent, quand on ne prend pas le moyen cis 
fe le conferver. On pourroit donc faire dans ces 
parages les pcches les plus copieufes , fans autre 
.préparatif que de côtoyer la plage fur des cha- 
loupes avec les inftrumens nécelTaires. On feroic 
de l'huile le même ufage qu'on en fait r - d'au- 
tres contrées j les barbes, les os, la graille, pro- 
duiroient nombre de quintaux de fperme , comme 
dans la Nouvelle- Angleterre , où ces matières 
jnercantiles font les mèn»es qui y procurent les 
richeflTes qu'on y acquiert. 

Le ChUa eft un des poilïbns les plus abondans 
qu'on trouve dans ces mers , il eft fort délicat, & 
fe transporte fins fel jufques dans la partie haute, 
où il fe confomme. Il a une demi-vara de long, 
ôc environ un tiers de large j la forme en eft 
prefque ovale , la chair eft par feuillets fort blancs , 
comme celle du Çorbina* La grande quantité qui 



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s'en confomme , tant falé que frais, en fait entre- 
tenir l'abondance , ce qui a également lieu 4 
l'égard d'autres efpèces communes. 

Quant aux poilTons qu'on prend dans les ri- 
vières , ceux de la partie haute du Pérou fe ré- 
diiifent en général à deux efpèces , favoir les 
Pregnadil/as Se les Bagres : la feule différence 
qu'il y a , eft que les premiers font petits , 
n'ayant pas plus d'un pouce & demi, au lieu que 
parmi les autres, il y en a qui ont plus d'un tiers 
de varà. Ces deux efpèces ont la tête platte & 
ronde, la peau de couleur terne, fans écaille, 
enduite de matière vifqueufe, qu'il faut enlever 
pour les manger. On le frotte très-fort pour cet 
effet avec de la cendre , fans quoi cette matière 
leur communique une odeur & une faveur dé- 
goûtantes. La chair efl: blanche, délicate, favou- 
reufe , & n'a d'autre arcte que celle du milieu. 
On en voit très -peu dans les rivières qui traver- 
fent les Quebradas. Il n'y a pas de Bagres dans 
la plupart des rivières du royaume de Quito , 
quoiqu'on y trouve des Prégnadillas : cependant 
ces eaux font à la même température, & cou- 
lent avec une égale rapidité. On apperçoit çà ôc 
là quelques Bagres j du côté de Cuença j dont la 
température eft de 13 à 15 degrés de chaleur 
pendant toute l'année, & ainfi de deux degrés 
plus chaude qu'à Ifcuchaca en hiver, & d'un 
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degré de moins en été. Mais, fans aller dans 
cette contrée , il y a près de la ville de Quito 
nombre de Quebrudas ^ où croît la canne à fucre, 
qui demande un climat plus chaud que celui de 
Cuença : or, il ny a pas de ces poifFons , ce qui 
prouve que c'eft l'efpèce qui manque, & non pas 
la nature du climat. 

On trouve encore dans les rivières des Que- 
bradas de la partie haute du Pérou , un animal am- 
phybie qu'on y appelle Zaramagullon; il eft tout 
noir, ayant un long cou , un bec comme celui des 
Patos , mais plus étroit. Il eft de la taille ordinaire 
de ceux-ci j fes plumes font li petites qu'elles tien- 
nent un milieu entre la plume & le poil : fa 
chair à un goût fort de marécage , d'où l'on pré- 
fume qu'il fe nourrit de Pregnadiilas ^ ou de 
jeunes Bagres. 

Il n'y a aucune efpèce de poifTons dans les lacs 
des pays froids , fitués au-delà des terreins ha- 
bités y ce qui fait croire que le climat s'y refufe, 
à. caufe du grand froid. 

Il femble que les plus grands poifïbns devroient 
plus réfifter au froid que les petits , Se que l'on 
devroit reconnoître par ceux qui font les p!us 
gros , le climat où l'on commence à voir les 
moyens nécelTaires à leur fubfiftance , eu égard à 
la quantité d'eau qu'il leur faut dans les livières 
four pouvoir y nager : cependant il n'en eft pai 



NEUVIEME. m 

aîiifi , car ce font les plus petics qui s'y trouvent. 
11 y a un petit poilTon dont la longueur n'égale 
pas une demi ligne, dans les rivières dont la tem- 
pérature eft plus froide , que celle des Quebiadas, 
d'environ cinq à fîx degrés. On y ap^^cllc ce 
poiflon Chiche ; il a la forme de ceux qu'on ap- 
pelle en Efpagne Befuguito ; la quantité en eft 
infinie : il nage à la furface de l'eau. Les In- 
diens le pèchent avec des efpèces de tamis, ou 
des paniers de jonc, qu'ils plongent dans l'eau 
pour en enlever l'écume, lis font de ces poifTons 
de petites tablettes de la longueur d'un huitième 
de varas , & de quatre doigts de large fur un 
demi-doigt d'épailfeur. Us les preflent enfcmble 
pour \qs unir & les incorporer, enfuite ils en 
achèvent la préparation à la fumée. Ces poilfons, 
ainfi préparcs, leur fervent pour affaifonner leur 
manger j cela y donne une faveur marécageufe , 
qui plaît au palais de ces gens. On en fait une 
grande confommation à Lima & dans tout le 
Pérou. Cet ingrédient y eft compté parmi les 
épices. On n'en trouve point dans toutes les ri- 
vières, mais on les apperçoit bientôt dans celles 
où il y en a : on les pèche dans les endroits où 
ils s'arrêtent : jamais ils ne deviennent plus grands. 
Ils fe trouvent auflî dans les eaux d'une tempé- 
rature un peu chaude. Comme ils fe tiennent à 
la furface de l'eau , oh préfume qu'ils fe nour- 

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riirenc des infedes imperceptibles qui vivent pa- 
reillement dans ces eaux. 

Les anciens Indiens ufoientau(îî de C/^icAt: pouf 

airailFonner leurs mets j c'efl: d'eux que les Efpa- 

gnols ont appris à s'en fervir. Le petit panier de 

jonc qu'ils employenc pour cette pèche eft fem. 

blable à ceux dont ils fe fervent pour d'autres 

cliofes. Ce font les Indiens qui s'occupent de 

cette pèche, qui demande beaucoup de patience; 

car il faut qu'ils reftent long tems dans l'eau 

jufqu'aux genoux , en fuivant ain(i le bord du 

fleuve, & en écumant pourainfi dire l'eau, comme 

on l'a vu. Ces poiffons donnent quelques figues 

de mouvement quand ils font en vie, fans ce- 1 

pendant fauter : leur petitefîe les en emptche 

peut-être. 

• On ne connoît pas d'autres efpèces de poilTons i 
dans ces rivières : cela vient fans doute de ce 
qu'il n'y a pas de frai nécelTaire ; mais ceux ci 
s'y trouvant , il peut pareillement y en avoir 
d'autres des mêmes efpèces qu'on voit dans les 
rivières des climats froids , ôc dont le cours eli| 
fort rapide. 

Quittons les contrées du midi, pour donner 1 
quelques détails fur certaines particularités de 
îa partie du Nord, au-delà de l'Equateur. Nous 
remarquerons d'abord à la Havane, la Ciguatera, 
maladie contagieufe , qui fe communique par ksi 



NEUVIEME. 213 

poilTons qui en font attaqués j fur-tout par certaine 
efpèce qui y eft plus fujette que les autres j car 
il fufïit de manger une fois de ces poilfons pour 
c:re attaqué de la maladie. 

On l'attribue à un fruit qu'on y appelle Man:^a' 
nilla. Ce fruit croît dans les campagnes , ik. eft 
regardé comme vénéneux , ce que les effets fem- 
blent démontrer : voilà pourquoi il eft défendu 
de vendre de ces poillons qu'on appelle Cigua^ 
m. On s'apperçoit de la maladie dont ils font 
attaques, à la couleur jaune de leurs dents : 611 
dit même qu'en leur mettant de l'argent dans 
la gueule, ce métal y prend alors une couleur 
I jaune. 

Les effets de cette maladie font un afFailfe- 
ment total \ le teint devient pâle j on a l'air trifte j 
le corps maigrit j on fent des douleurs dans les 
jointures & dans tous les os \ peu-à-peu l'on 
tombe dans une foiblelfe extrême , on n'a plus 
I d'appétit , &: l'on eft enfin dégoûté de tout : Ci 
il'on n'y porte du remède, le mal conduit infail- 
liblement à la mort. On y remédie en buvant de 
l'eau-de-vie , & avec quelques topiques qu'on ap- 
plique pour adoucir les (fouleurs. Le principe fpi- 
ïitiieux de cette liqueur ranime les efprits , mer 
le fang en mouvement , & il fe purifie de l'hu- 
meur maligne qui l'avoir altéré j la nature reprend 






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114 'Discours 

fes forces ; mais ce n'eft qu'au bout de quelques 
jours ik même d'un mois. 

On ne connoîc pas cette qualité nuifible des 
poiflbns fur les Côtes de Cartagcne , de Tcnc' 
firme , ni dans les autres parties de ces contrées, 
quoiqu'on y voye beaucoup de ManccnUiers , k 
qu'on y croye fon fruit fiufli vénéneux que celui 
de la Havane : on craint même de fe repofer fous 
fon ombre. Il eft à remarquer que les poilfoiii 
attaqués de la maladie mentionnée , ne pr/ifen- 
tent aucun figne de poifon , & qu pn ne lt:> voit 
ni endommagés, ni malades. 
, Les Tortues font fort communes dans cetre 
Ille j l'on en vend la chair comme celle de boeuf; 
on en fait une pèche confidérable à l'Oueft, dans 
les hauts-fonds de Sainte-lfabelle » & en d'autres 
parages où la mer eft peu profonde. Les pécheurs 
fe jettent à l'eau pour cet effet , & cmbralleii! 
celle qu'ils rencontrent , la retournent , lui mer- 
tent la bouche en haut , & lui otent ainfi la fa- 
culté de nager : c'eft aufîî dans cette pofition qu ils i 
les mettent dans leurs vai fléaux , pour les tranf- 
porter à la Havane : ils les y jettent dans des 
viviers qu'ils tiennent IBus l'eau, pour les gardei 
vivantes jufqu'à ce qu'ils les tuent pour les vendrd 

La chair en eft blanche comme celle de li 
poule , mais plus ferme. Cet animal cherche en I 



NIUVIEME. 115 

t'tc les pLiges fablonncLifes pour y pondre , i}C 
il a l'inflind de choifit celles où il fe trouve 
moins de danger de la part des poilfons qui re- 
cherchent fes œufs. Les Ifles des Caïmans font 
celles où la Tortue peuple le plus : des que 
leurs petits peuvent ramper, elles les amènent aux 
endroits où elles vivent habituellement. 

On voit aufll beaucoup de Careis fur ces Côtes. 
Quoique cet animal rcllcmble à la Tortue , puif- 
qu'il en eft une cfpèce , la chair en eft bien dif- 
fcrente 5 elle eft en effet très-nuifible A la fantcj 
au lieu que celle de Tortue n'expofe à aucun in-» 
convénient. Les Tortues font en fort grand nom- 
bre fur les Côtes & dans les autres Ifles de cette 
Mer , fur-tout entre l'Equateur & le Tropique 
du Cancer. Quant aux Cweis, on en voit peu 
dans les contrées éloignées de la Havane. Les 
Tortues ne font pas fi communes dans la Mer 
du Sud , & l'on en voit très- rarement dans la 
Louyfiane : il y en a , au contraire , de la gran- 
deur d'une demi-vara dans les rivières qui fe 
jettent dans le Miflîfipi j mais ce font de petites 
Tortues , en comparaifon de celles qu'il y a dans 
la Mer, fur- tout depuis la Havane jufcp'à Car- 
thagène & Terre-Ferme, . : . 

Quoique le Mifiîfipi foit un àss plus grands 
fleuves de l'Amérique , ôc aufli profond que je 
l'ai dit , il s'y trouve peu de poiflbns : ceux qu'on 

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11^ Discours 

y prend font mcme de peu de valeur. On y trouve 
des Barhudos 'y'iU relTemblcntau^fz^rtf ; quelijues- 
uns de ces poiflbns font fort grands , 6c ont fous 
le ventre certain rapport avec les Tahurones \ la 
chair en eft flafque , d'une faveur infipide : c'eft 
ce qui le fait lailfer pour les Pauvres de pour les 
Nègres. 

Les lacs qui forment au Nord l'Iile où e(l U 
Nouvelle - Orléans , & qui réfultent de l'en- 
trée de la Mer entre la Côte du Continent 
de la Mobile & l'Ifle , abondent en poiflons : 
c'eft de-là que la ville s'en procure. Les eaux des 
rivières font froides en tout tems : ce qui peut 
ctre caufe de la rareté des poiiTbns. 

Il n'en eft pas ainiyies Camarons 6c des Lan- 
gouftins : il femble que leurs œufs ont été ré- 
pandus par-tout , tant ils fe multiplient : cha- 
cune de ces efpèces a fon temps propre j mais 
on en voit une fi grande quantité , qu'on l'ap- 
pelle la manne du pays j en effet , les peuplades 
en font leur nourriture & leurs plaifirs. Les ter- 
reins inégaux fe remplilTent des eaux de pluie 
qui tombent en été ; de forte que les folTés , ou 
les trous qu'on a pu faire çà & là , font pleins de 
Langouftins ; mais lorfqu'il a ceflTé de pleuvoir , 
& que les terreins font déflechés , on ne voit 
plus aucun de ces animaux. Il paroît qu'on ne 
peut attribuer la grande quantité de ces Lan- 



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NEUVIEME. 217 

gouftlns qu*aux débortlemcns des rivières qui en 
charient alors les œufs , ou aux canaux qu on 
fait pour les moulins. Ces œufs répandus de tous 
côtés, fe raffemblep-c en partie dans les eaux 
ftagnantes , 3< y multiplient ainfi l'efpcce en peu 
de tems. 

C'cft toujours vers le foir qu'on pcclie la pro- 
vifion des Langouftins dont on a befoin pour le 
fouper. Chaque famille envoyé un de fes Efda- 
ves qui prend cette provifion j Ôc l'on n'en trouve 
pas moins tous les jours , tant que dure la faifon 
oii l'on en peut avoir ; mais après cela on n'en 
voit plus que l'année fuivante. 

Quand le tems des Langouftins eftpafTc, celui 
des Camarons commence , & ceux-ci font enaudî 
grande quantité que les autres. Quoiqu'on trouve 
de ces deux efpèces dans d'autres provinces , & 
dans les rivières du Pérou , il n'y en a pas tant 
que dans la Louyfiane. 

Les autres poiffons qui font ordinaires dans les 
Mers & fur les Côtes , s'y voient auflî en quantité 
confidérable ^ mais Tlfle de Cuba abonde en co- 
quillages de diverfes efpèces , & en plantes ma- 
rines : ces efpèces font lî variées qu'il faudroic 
écrire un traité particulier pouf les faire connoître. 







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DISCOURS DIXIEME. 

Des Lacs j des Rivières ; & nonces fur ce qu'il 
y a de particulier, 

XjEs pays où les Rivières font en plus grand 
nombre , & dont les terreins font inégaux &. en- 
foncés çà & là , doivent aulîî renfermer beau- 
coup plus de Lacs ; car c'eft de ces Lacs que 
fortent ces Rivières. Les Lacs font formés par 
la réunion de l'eau qui afflue dans les vallées ou 
dans les plats -pays un peu enfoncés. Montée à 
certaine hauteur , l'eau fe décharge par le côté le 
moins élevé , & fe divife ainfi en différens fleuves , 
ou n'en forme qu'un , félon les bouches par lèf- 
quelles elle peut fuivre fa pente. La même chofe 
arrive dans les plaines , par les mêmes caufes. 
Mais fi les Rivières n'y font pas en (î grand nom- 
bre , elles y ont régulièrement plus d'étendue. 
. On voit au Sud & à l'Oueft du Canada dif- 
férens Lacs , dont les uns ont foixante à quatre- 
vingt lieues de long , fur une largeur proportionnée. 
Or , ce pays eft plat & bas : circonftance qui y 



Discours dixième. ïif 
contribue. En effet, les eaux qui fe réiiniflfenc 
dans ce vafte efpace , rencontrant des terreins 
bas ôc inférieurs au refte des plaines par où elles 
coulent , les rempliflent jufqu'au niveau : ce qui 
leur procure un libre paiïage vers la Mer. 

C'eft ainfi qu'eft formé le fleuve Saint- Laurent, 
auquel le Lac Ontario fournit fes eaux. Ce Lac- 
ci ks reçoit du Lac Erie , dans lequel le Lac 
Huron fe décharge , après avoir été rempli par 
le Lzc Supérieur : celui-ci eft au quaranre-fixitnie 
degré, latitude Nord : ils occupent enfemble une 
étendue d'environ quatre cents Jieues , entre 
l'Eft & l'Oueft. 

Ces Lacs reçoivent , non - feulement de celui 
qui les précède , l'eau qui les entretient , mais 
encore des Ruilfeaux & des Rivières qui s'y jettent: 
c'eft ainfi qu'ils deviennent des efpèces de Mers 
au milieu du Continent ,. vu leur extrême éten- 
due. Il arrive la même chofe en Eurooe , & dans 

à. * 

les autres parties du Globe. Les' hautes contrées 
de l'Amérique méridionale étant des terreins 
très-inégaux , vu le grand nombre & la proximité 
réciproque des montagnes y ne peuvent préfenter 
d'aufli vaftes plaines que les pays précédens. 

On donne aulîî improprement le nom de Lac 
à quelques Baies que la Mer forme , entre deux 
terres où elle s'imrodiiit, ou avec lefquelles elle 



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120 Discours 

a une communication par une embouchure quel- 
conque : tels font le Lac Borgne , de Pontchar- 
train ôc de Maurepas , qui font Atués au Sud 
de rifle de la Nouvelle-Orléans. Si l'on ne peut 
les appelles Baies , vu leurs hauts-fonds , on peut 
les regarder comme des efpèces de Golfes que 
forme la Mer ; & par ce moyen on les diftin- 
guera des autres. 

11 y a encore d'autres amas d'eaux que forment 
les Rivières , quand leurs eaux ne font pas affez 
fortes en arrivant près du bord de la Mer. En 
effet , Cl les grands Fleuves forment ce que nous 
appelions èarre , les petits , au contraire , n'ayant 
pas aflez de force pour rompre l'obftacle que 
leur oppofent les flots de la Mer , font refoulés , 
fe répandent , & forment des amas d'eaux , qui 
fe font jour par les interftices & les cavités des 
pierres , & à travers les fables qui les arrètoient : 
quelquefois même ces eaux s'élèvent jufqu'à des 
hauteurs où la violence des flots n'atteindroit pas. 
Ou voit donc , par ce que je viens de dire , 
qu'il y a trois efpèces de Lacs. Les premiers font 
deplufieurs lieues d'étendue, ôc comme des 
Mers j les féconds , beaucoup moindres ; les 
tvoifièmes , ceux qui fe trouvent fur les bords de 
la Mer. Les premiers ne fe voient que dans des 
plaines très-valles ^ les féconds dans les hautes 



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D I X I E M Er lit 

contrées des chaînes de montagnes j les troifièmes 
enïiii , dans les endroits où les Rivières vont fa 
décharger a la mer. 

Si les RiiiiTeaux & les petites Rivières fe ren- 
contrent dans les terreins bas & plats , mais pro- 
portionnés à leur maiïe d'eau , ils y forment 
un petit Lac , & la décharge de celui-ci devient 
une Rivière , qui , groflie par celles qui s'y jettent 
dans fon cours, porte fes eaux à la Mer. Dans 
les pays montagneux , les eaux fe réuniflTent , de 
tous les monts , dans la vallée que ces pays forment; 
& ces eaux s'y rendent comme fi réellement elles 
tomboient dans le lit d'un étang. Cet amas forme , 
par fa décharge , l'une ou l'autre rivière , qui a 
pour conduit la première ouverture qu'elle fe 
pratique elle-même fur terre. La Rivière & le 
Canal font peu de chofe d'abord j mais à me- 
fure que l'une va groflîiTant {qs eaux , l'autre de- 
vient de plus en plus profond; de forte qu'à deux 
ou trois lieues de diftance , c'eft un lit formé 
pour un fleuve. Dans les profondeurs où il coule, 
& entre les éminences qui le renferment , fes 
eaux s'accroiflTent à mefure qu'elles s'éloignent 
de leur origine. C'eft ainfî qu'on voit comment 
fe font ouvertes ces Quebradas : peu confidéra- 
bles à leur commencement , elles ont acquis Se 
acquièrent tous les jours une plus grande étendue, 
^ plus de profondeur. 






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zit Dis cour< 

La partie haute du Pérou eft partagée de tous 
côtés par de femblables Quebradas , dans lefquelles 
circulent autant de Ruilfeaux , qui doivent leur 
origine à des Lacs , comme je l'ai expofc. Il 
n'eft donc pas étrange qu'il y en ait là plus 
qu'ailleurs , ôc qu'ils ne foient qu'a une , deux 
ou trois lieues l'un de l'autre y mais régulière- 
ment ils n'ont pas plus d'un quart-de lieue de 
long. On voit fur les bords , ou dans les Iflots 
qui s'y forment , des cannes , des rofeaux , des 
joncs ; mais en général on les trouve dans les 
endroits fupérieurs aux habitations j & même en 
grande partie dans des lieux où le climat froid 
ne permet pas à l'icho de croître. 

Ces Rivières , qui defcendent des Cordillères , 
fuivent leurs cours à travers le plat-pays , ôc per- 
dent une partie de leurs eaux , tant en fournif- 
fant ce qu'il en faut pour fertilifer les terres 
que la pluie n'arrofe pas , qu^en fe divifant lorf- 
qu'elles font arrêtées , fans pouvoir fe rendre à 
la Mer , ou parce que les terreins n'ont pas allez 
de pente pour leur écoulement. Ces Lacs ou 
Lagunes fe déchargent en fe filtrant , comme je 
l'ai dit , à travers les pierres , ou en furmontant 
leurs bords. 

. En général, les Rivières de la partie occidentale 
du Pérou, qui vont à la mer, ne font pas Ci 
grofles que celles de la partie de l'Eft, ôc qui 



D I X T F. M E. 225 

vont fe jetter a la mer de ce même côte , parce 
que l'elpace confidcraWe que celles-ci ont d par- 
courir, leur donne le tems de s'accroicrc pac 
celles qui s'y déchargent dans leurs cours. 

On ne voit point d'animaux dans les lacs où 
le froid du climat eft exceflîf, & rend la terre 
ftérile : les oifeaux y font mcme rares, excepté 
les aquatiques; mais il y a d'autres eaux où les 
oifeaux font en fi grande quantité , qu'ils en 
couvrent la furfacej ce font de ceux qui fe fixent 
dans les contrées les plus découvertes, où les 
montagnes font plus éloignées les unes des autres: 
ils s'y tiennent fur les lieux les plus élevés, & les 
moins proches des hautes punas ^ d'où la neige ne 
difparoît jamais. On voit par-là que ces oifeaux 
cherchent les lieux les plus libres , fans s'inquiéter 
du froid. 

L'origine des fources qu*on y voit, eft la même 
que celles des ruifleaux & des rivières. Les ré- 
fervoirs d'eau en laifient beaucoup filtrer par les 
porofités du fol. Comme elle s'échappe de lieux 
très - hauts , elle coule par les conduits fouter- 
reins, jufqu'àce qu'elle arrive dans d'autres lieux 
où elle trouve moins de réhftance. Voilà pour- 
quoi l'on rencontre prefque à chaque pas de pe- 
tites fources. Il y en a d'alTéz confidérables pour 
fjrmer un ruifieau à la fortie même; ce ruifcu 
va fe joindre avec la rivière la plus proche, & 



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3,14 Discours 

le concours de plufieurs courans femblables en 
rolfilTent les eaux. 

C'eft aiiilî que celle qui déborde des lacs, 
quoique peu confidérable d'abord , s'accroît par le 
grand nombre des fources qu'elle rencontre j four- 
ces dont les unes viennent du Lac mcme , les autres 
d'ailleurs , ôc toutes s'écoulent du coté où e(l le 
bras principal. 11 réfulte de-la que cette contrée 
cft coupée par nombre de ruifleaux & de ri- 
vières , de quelque côté qu'on la confidère. Ceci 
nous donne une idée des eaux fouterreines : en 
eftet le nombre des veines aqueufes , ou des ca- 
naux internes qui pénètrent la terre , correfpond 
à celui des fources. 

Les rivières des terreins bas & plats fe portent 
lentement & fans fracas vers le centre du pays: 
les détours de les finuofités qu'elles font en al- 
longent le cours , mais c'eft toujours a l'avan- 
tage des campagnes, qui font fertilifées par ce 
moyen. Ain(î les fources & les ruilTeaux fup- 
pléent dans le Pérou aux pluies qui y manquent 
dans des efpaces de plufieurs lieues. 

Les eaux des hauts pays font en général lé- 
gères , cryftallines, très-pures, toujours fraîchesj 
qualité qu'elles tiennent du climat d'où elles def- 
cendent : mais il n'eft pas rare de les voir al- 
térées par d'autres veines qui les gâtent. On ap- 
pelle ces eaux colpalès : ce font proprement des 

eaux 



DIXIEME. 215 

eaitx vitriollqiies : elles prennent cette qualiié 
des minéraux fur lerquels elles palFent^ de là il 
arrive , qu'autant les premières font falutaires avant 
le mélange, autant efles deviennent nuifibles 
après cette combinaifon. On les reconnoît non- 
feulement au goût , mais encore a la couleur 
qu'elles donnent aux roches qu'elles baignent , & 
aux rives j elles les rendent d'un rouge orangé , 
qui y forme comme une croûte. 

La quantité de ces eaux indique qu'il y a 
beaucoup de vitriol Ôc de bitume dans ces ter- 
reins 'y voilà pourquoi plufîeurs grandes rivières , 
dont les eaux font très-bonnes en remontant a 
leur fource , n'en préfentent plus que de mau- 
vaifes, & d'une faveur faline. Mais ces mêmes 
rivières réunies à d'autres auflî grolTes , & même 
davantage , mais bonnes , avant de defcendre 
dans les balTes contrées , fe corrigent & devien- 
nent falubres j elles fe corrigent encore en dépo- 
fant leur fédiment fur les terres où elles paflTént , 
& la matière de cette croûte qu'il forme fur les 
roches. Voilà pourquoi on ne fent aucun mau- 
vais goût aux eaux qui coulent dans les bas pays; 
elles font bonnes , tant pour arrofer la terre , 
que pour boire. 

On y voit certaines eaux qui pétrifient les 
fubftances qui y tombent, comme les feuilles 
d'arbres , le bois, les os , ôc autres chofes, mais 
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21^ Discours 

particulièrement celles qui font très - poreufes : 
cela vient d'un limon très- atténué , & de quelque 
acide minéral. A mefure que ce limon s'en fé- 
pare , il fe fixe , fe durcit , & s'arrête fur les 
bords où l'eau eft la plus tranquille , ou fur le fol 
même qui fert de Ht aux fleuves. Mais il eft fin- 
gulier que cette eau perde fa fluidité, (car c'eft 
une de fes propriétés eflentielles ) fe fixe , & qu'il 
s'en forme des pierres comme dans une carrière 
quelconque. L'opinion de ce pays eft que le bourg 
de Guancavelica eft bâti de ces pierres qu'on tire 
de l'eau, & que l'eau de plusieurs fources des 
environs fe convertit en piètres , donton fe fen 
pour les édifices , après les avoir taillées. 

Mais , fi ce fait eft fingulier , il n'eft pas moins 
furprénant de voir que l'eau dont fe forment ces 
pierres eft fi claire Se û l'impide, qu'elle ne pa- 
roît aucunement contenir de corps étrangers. Ce 
bourg eft donc environné de pareilles fources, 
dan*s lefquelles on trouve de ces pierres. L'eau 
eft , outre cela , fi chaude , qu'elle fume conti- 
nuellement, mais fur-tout en fortant de la fource. 
Quoiqu'elle ne foit pa^ au degré d'ébuUition , on 
ne peut y tenir long-tems la main : cette eau ne 
forme cependant alicune incruftation fur les côtés, 
ni fur le fond d'un grand réfervoir fait des mêmes 
pierres : elle ne perd rien de fa profondeur, 
quoique ce réfervoir foit près d'une de ces mêmes 



-poreufes: 
de quelque 
ion s'en fé- 
rète fur les 
ou fur le fol 
ais il eft fin- 
é,(car c'eft 
fixe , & qu'il 
une carrière 
que le bourg 
es qu'on tire 
fources des 
3nton fe fert 
liées, 
eft pas moins 
i forment ces 
ju'elle ne pa- 
étrangers. Ce 
lies fources, 
)ierres. L'eau 
fume conti- 
de la foutce. 
[bullition , on 
cette eau ne 
fur les cotés, 
lit des mêmes 
profondeur , 
e ces mêmes 



» I X I £ M Ek 127 

fources. On y voit croître les efpèces d'herbes 
qui viennent fpontanément dans toutes les eaux 
ftagnantes. Mais les eaux qui s'écoulent de cec 
étang , & baignent les terreins fur lefquels elles 
palfent fans perdre leur chaleur, lailTent par-tout 
une croûte mince de couleur jaune , & qui de- 
vient plus épaifle , plus grofle , avec le rems : 
elle n'eft pas dure d'abord, mais à mefure qu'elle 
prend du volume , elle prend plus de confiftance. 
Les herbes qui ne font pas fur leurs racDies , les 
branchages, les feuillts qui s'arrêtent dans les 
endroits où l'eau eft moins rapide , fe pétrifient 
également , & s'incorporent avec les mêmes croû- 
tes. Cette pierre eft légère, mais moins que l'eau: 
elle a beaucoup de porofité, & fe laifle tailler 
facilement j elle conferve même ces propriétés 
après avoir été long-tems à l'air. 11 y en a de deux 
efpèces j l'une d'un gris cendré clair, l'autre oran- 
gée. La première a plus de confiftance que la fé- 
conde, & vient d'une carrière différente; d'où 
l'on doit conclure que les différences de la pierre 
viennent de la terre différente que l'eau baigne. 

La faveur de cette eau eft très-mauvaife , ce 
I qui vient du fel qu'elle contient; mais les effets 
en font encore pires. Les animaux ne veulent pas 
en boire, quelque altérés qu'ils foient : elle n*a 
pas d'odeur défagréable; c'eft pourquoi on s'en 
|fert pour les bains, ôc l'on n'a pas remarque 

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2i8 Discours 

qu'elle eût jamais produit de mauvais effets. 

Près & vis-à vis de Guancavelica fe prcfcnte 
un mont de hauteur ordinaire, que l'on appelle 
Potocchc» Il fort au pied de ce mont différentts 
fources , dont les unes font trcs-falubres, & d'une 
faveur agréable, Se les autres extrêmement nui- 
fibles , quoiqu'à peu de dilhince des premières. 
Celles-ci fortent avec le degré de température 
du climat, mais les autres font couvertes d'une 
fumée qui , dans les tems froids , y forme comme 
un nuage , tant elle eft épailTe. 11 n'y a cependant 
qu'une diftance d'un demi-quart de lieuedesunes 
aux autres. Les fources chaudes font, comme je 
l'ai dit, celles qui forment des pétrifications. On 
voit donc par-là que ces eaux n'ont aucune com- 
munication entr'elles dans leurs canaux internes, 
quoiqu'elles fortent de la même montagne, & 
qu'on en voie ahernativement de chaudes & de 
froides au-dehors. 

Les eaux chaudes font fort ordinaires dans la 
partie haute du Pérou , & fe rencontrent en 
nombre de pays ; mais elles font plus abondantes 
du côté de Guancavelica. 

Il fe préfenre une reflexion fur la formation de 
ces pierres. Ox\ ne s'appcrçoit pas que les endroits 
où l'eau forme des incruftations , foient devepus 
fenfiblement plus hauts que les terres contigues, iii 
;iiveau defqueiles ils font mèmereftés: d'ailleurs, 



DIXIEME. ÎI9 

les carrières d'où l'on tire ces pierres ont ctc 
txavccs en deflbus, ^' plus bas que la fiipcrlicic, 
lie forte qu'il en eft réfuUc des crevalTes, des 
.iflailfenicns & des folFes profondes, comme il 
iiirive dans toutes les carrières étendues : or, on 
1 eut penfer , d'après cela , que ce n'cft pas Tcaii 
qai fe convertit en pierres , comme on le croit 
vulgairement , par une efpèce de coagulation , 
niais que l'eau a la propriété d'unir les molécules 
de terre, 6c de leur faire prendre la confiftance 
qu'on trouve à -es pierres. S'il en étoit autrement, 
l'étang dont j'ai parlé dcvroit ne plus former 
qu'un maflîf de pierre , depuis des années qu'il 
exifte-la : les terreins que les eaux baignent fe 
feroient auHî élevée fenllblement , comparaifon 
faite avec les autres que l'eau ne baigne pas. Les 
i'ources, qui fe trouvent toujours dans la même 
jnopcrtion , fe feroient aufli obftruées çà & là , & 
les eaux auroient été forcées de guigner des terreins 
plus hauts dans la montagne. Mais on n'a pas 
ùitqKe cela fut jamais arrivé j ainfi l'on n'a p.is 
àe preuves que l'ean fe convertiffe en pierre , 
malgré les i«icrufl:ations qu'on y remarque. 

11 y a très-peu de fources dans la partie baffe; 
celles qu'on y voit font même fur les flancs des 
collines de la partie haute. Comme il n'y pleut 
ni n'y gèle , il ne peut s'y faire aucun amas 
fou. La furface plane du pays efl encore un 



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15» Discours 

autre obftacle j c'eft donc une autre circonftance 
par laquelle ces parties fe diftinguent Tune de 
l'autre : ce qui abonde le plus dans la haute tft 
juftement ce qu'il y a de plus rare dans la balle j 
& celle-ci ne feroit pas habitable , Ci l'autre ne 
lui fourniiToit ce grand nombre de rivières ué- 
ceifaircs à fa fertilifation. 

Les fources ne font pas fréquentes dans les 
terreins chauds 6c bas , tels que celui de Panama, 
de Carthagènc^ celles qu'on y voit fourniirent de 
l'eau qui efl: à la même température que l'air , 
fans être devenue plus fraîche après avoir couru 
dans l'intérieur de la terre : cela vient de ce que 
les veines aqueufes ne font pas fort profondes, 
& qu'ainfi la chaleur du foleil s'y fait fentir. Je 
l'ai déjà dit en parlant de la température de la 
Havane. 

Portobelo eft environné de montagnes fort 
élevées : car ce font des branches des Cordillères 
qui fe prolongent dans l'ifthme. On y voit beau-, 
coup deruilTeaux, dont les eaux fcnt très-légères, 
6c limpides comme un cryftal : on les trouve feu- 
lement un peu plus fraîches que la température 
de Tair. La même caufe qui contribue à ce que 
les eaux foient à la température du climat dans 
les fources des bas pays , produit un effet con- 
traire à Portobelo, de forte que les eaux y ont 
plus de fraîcheur que dans les moncagnes un peu 



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DIXIIMI. Ijl 

butes, parce que la chaleur n'y fait pas tant d'im- 
prelllon que dans les plaines des bas pays. Les 
veines aqueufcs font plus profondes en propor- 
tion de la hauteur des terrcins. Se la chaleur 
s'y fait moins fentir. Ces eaux ont en fortanc 
certaine fraîcheur, mais qui ne tient pas du 
froid. 

Les eaux duMiflinpi paroiifent les plus im- 
pures & les plus nuifibles, Ci on les juge à la vue^. 
cependant elles ne le font pas , quoique toujours 
troubles , & fi chargées de limon , qu'elles font 
un dépôt dès qu'on en. mec dans un baflin : on 
y voit même les particules terreufes s'agiter en fi 
grande quantité, qu'elles déplaifentd la vue. Dans. 
le tems des grolfes eaux , ce fleuve arrache quan- 
tité de bois qu'il charie des contrées les plus 
éloignées : on y voit des arbres avec toute leur 
verdure, des troncs énormes, fecs,. & en partie, 
pourris. Ce. grand nombre d'arbres & de troncs 
doivent nécefiairement imprégner l'eau des prin- 
cipes qu'ils contiennent. On ne s'en apperçoit 
cependant pas : l'expérience prouve au contraire 
que cette eau eft très-falubre & bienfaifante pour 
U corps : il eft vrai qu'il s'y jette un très-grand 
nombre de ruifleaux Se de rivières dont las eaux 
font chargées de matières étrangères , plus ou 
moins falubres j néanmoins la partie des eaux. 
de ce fliÉUve l'emportant de beaucoup fur celle 

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131 Discours 

des autres , celles • ci ne peuvent y porter aucune 
mauvaife qualité , fur laquelle la bonne qualité 
du fleuve ne prédomine. En été , tems où les 
eaux de ce fleuve font les plus bafles, elles font 
claires, limpides, mais moins falubres , ce qui 
vient de ce que celles de la mer y entrent très- 
avant avec les marées , & font rebrouffer les eaux 
douces. Malgré cela , elles ne font pas préjudi- 
ciables à la fauté; on les trouve alors chaudes 
à la furfice, de fraîches au fond. 

Quelque limonneufe que foit l'eau de ce fleuve, 
elle n'engendre pas la pierre : il eft bon d'ajouter 
que , quelque clarifiée qu'elle foit, elle décèle 
toujours un limon. On en emplit ordinairement 
plufieurs vafes pour lui donner le tems de s'é- 
ciaircir , Se l'on boit celle qui s'eft clarifiée la 
première : c'eft toujours la première qu'on a pui- 
ice. Après avoir repofé , fut-ce même pendant 
lui an, on n'y apperçoit réellement aucun figne 
de corps étranger, tant elle eft diaphane & cryf- 
talline : mais , tranfvafée dans un autre verre , elle 
décèle , un ou deux jours après , un fédiment li- 
monneux très-fin, femblable à du favon, & que 
l'on voit aufli furnager dans les grands vafes oiï 
on la met pour la laiflTer éclaircir. Le peuple, 
& ceux qui trafiquent le long du fleuve, la 
boivent trouble, comme elle fe préfente natu- 
rellement j mais Ton n'a pas d'exemple qui 



D 1 X 1 E M 1. ' 25 J 

prouve qu'elle foit riuirible,.mênie lorfqu'on la 
boit tout en fueur, & après avoir été fatigué à 
ramer. . . .', -;••.. , ■ ■ ■- < ■■ 

Sa fraîcheur provient fans doute de ce que le 
fleuve defcend du Nord, & de la quantité des eaux 
de neige.qui s'y jettent : en outre, il eft probable 
que c'eft aux neiges qu'il doit fon origine. Il reçoit 
enfuite dans fon cours celles qui s'y rendent des 
vaftes plaines qui s étendent à l'Oueft ^ au Nord, 
depuis le 47^ degré ôc au-de là. Dans ce long 
cours , il fe charge de la partie limonneufe des 
terrains qu'il parcourt , & de celle des rivières 
qu'il reçoit. Le grand mouvement dans lequel il 
les tient pendant un fi long trajet, les divife, les 
atténue au point mentionné. En effet , lorfqu on 
met de cette eau dans un verre , ces molécules 
paroiflent comme une fumée qui en remplit 
toute la capacité. Il eft probable que c'eft ce 
limon très- atténué qui donne à l'eau la qua- 
lité avantageufe qu'elle a de faciliter la digef- 
tion , d'aiguifer l'appétit , &c de maintenir la 
fanté à l'abri de ces alternatives, qui réfultent 
de l'ufage de celles qui ne font pas fi falubres. 

On obferve ici une fingularité dans les eaux 
de pluie , & qui ne fe voit pas ^n d'autres con- 
trées : c'eft une peau jaunâtre qu'on prendroit 
pour du foufre , & qu'on appcrçoit en certains 
lems de pluie. Cette peau couvre l'eau des 



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marais , êc les vaifTeaux de bois dans lefqiiels od 
reçoit la pluie : elle y eft en affez grande quan- 
iité , & s'étend jufqu aux bords des vaifTeaux y 
dans celle qu'on y tient. 

Il paroît que l'atmofphère de cette contrée eft 
chargée de particules fulfureufes : c'eft ce que 
donnent lieu de croire les grands orages qu'on 
y voit; car il eft très- rare qu'il pleuve fans des 
coups de tonnerre horribles qui font trembler les 
maifons. On doit préfumer , d'après l'expérience, 
que ces particules viennent des /orêts épaiifes 
qui abondent en réfine, dont les molécules les 
plus fubtiles s'exhalent au loin , & vont fe mêler 
avec des parties fulfureufes très - déliées , très- 
abondantes , de forte qu'après s'être incorporées 
avec la nuée , elles fe précipitent en même tems 
que la pluie & la tempête. Cette pellicule , ou ce 
foufre,eft fi. ordinaire, qu'on l'apperçoitaufli-tôtj 
elle eft tantôt plus , tantôt moins, répandue : de-là 
vient l'opinion comniune de cette contrée , « qu'il 
pleut de l'eau Se du foufre » quoique ce phéno- 
mène n'en foit que la partie huileufe la plus 
fubtile. 

Ce fleuve , dont les eaux s'élèvent dans fes 
crues , au - deftus des terreins voifins , 6c les. 
inondent où elles ne font pas retenues par àes 
levées ou des digues, eft d'un grand avantage 
aux différens pays. On en cire pac des faignéô« 



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DIXIEME. 23^ 

Tôau dont on a befoin pour les moulins à fcier 
du bois , ce qui fait la principale partie de 
rinduftrie des Riverains, ou de ceux qui ha- 
bitent dans le voifinage. Quoique le Miflîfipi foit 
vafle & profond , il eft certain qu'il ne fait pas 
tant de ravages fur fes bords que d'autres fleuves 
en font ordinairement. On attribue cet avantage à 
fa profondeur : toute la plus grande force de fon 
cours fe développe particulièrement au fond , 
où le poids de fa maffe & la 'rapidité femblent 
fe réunir. Voilà pourquoi les levées ou les digues 
qu'on y fait pour arrêter (es épanchemens ne 
font point larges * & n'ont de hauteur que celle 
àlaquelle l'ea ■ «nonce ordinairement dans les plus 
grandes crue.. 

Ces eaux , qu'on tire du fleuve , & celles qui 
s'amaflent parles pluies, vont fe rendre aux lacs 
dans toute l'étendue de l'Ifle où eft fituée la 
Nouvelle -Orléans , étendue qui comprend 68 
lieues, depuis l'embouchure du fleuve jufqu'au 
canal , qu'on appelle improprement rivière d^lber- 
ville : c'eft- à-dire , du S. E. au N. O. en comp- 
tant les (iniiofitcs que fait le fleuve. 

La pente qu'ont les terreins, & qui favorife la 
décharge des eaux du côté des lacs , fait voir 
qr«€ le limon que le fleuve dépofe, élève peu-à- 
peu les terres qu*il baigne, & qu'en même tems 
il ^haufle fon ï\i j de-là vient cette pente^ du 



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15^ Discours 

coté qui en efl: plus éloigné. On volt, en outre, 
que le lit s'élève de même que les terres qui 
l'avoifinent : c'eft ce que prouve la néceflîté où 
Ton eft d'élever continuellement des digues pour 
l'empêcher d'inonder les habitations & les lieux 
que l'on défriche pour la culture. On ne connoît 
pas la différence qu'il y a entre la hauteur qu'a- 
voient autrefois les eaux , & celle qu'elles ont 
adtuellement. 

- On s'apperçoif au(îî à fon embouchure que le 
lit du fleuve eft rehaufle : en effet , il avoit 24 
pieds d'eau à la barre il y a 5 o ans , & il n'eu 
a plus que 1 1 dans les plaiites marées : mais , 
dans l'intérieur du pays , il confervc fa même 
profondeur. Il pourroit fe faire aufli que la barre 
s'élevât aux différentes embouchures , fans que le 
lit s'élevât : mais le volume d'eau étant le même 
qu'autrefois, Se conféquemment laréfîftance qu'il 
oppofe aux flots de la mer étant auflî forte, il 
p.iroît que ce ne font pas les fables qui s'y amaf- 
fent à préfent en plus grande quantité, au-defTus 
de ce niveau, mais que c'eft le lit qui s'eft élevé, 
& a fait prendre plus d'étendue aux eaux : d'où 
il réfulte qu'elles agifTent avec moins de force 
que quand elles fe déchargeoient par des bouches 
plus étroi tes & plus profondes. 

L'attention avec laquelle nous venons de dé- 
tailler ce qui concerne l'origine ôc la qualité des 



e connoit 



;s : mais 



DIXIEME. 157 

eaux dont nous avons parlé , nous donne lieu d'y 
con? parer les eaux chaude;: de la partie haute du 
Pérou , & particulièrement celles du Gouverne- 
ment de Guancavelica. Celles-ci font cryftallines, 
pures à la vue , & , malgré cette apparence , elles 
forment les carrières des terreins qu'elles bai- 
gnent , pétrifiant même les chofes qui y tombent. 
Celles-là , au contraire , font troubles , furchargées 
de limon, de terres, ôc de la partie mucilagi- 
neufe des arbres, fans cependant engendrer la 
pierre dans ceux qui en boivent , ni caufer aucun 
mal : nous avons dit qu'elles étoient même boa- 
nes ôc falubres. Ces deux propriétés oppofées, 
qui réfultent de deux caufes contraires, ne peu- 
vent avoir lieu que parce que les premières con- 
tiennent dans des parties imperceptibles , des prin- 
cipes propres à unir & à endurcir la terre aufïî- 
tôt qu'ils fe trouvent interpofés dans fes interf- 
tices j tandis que les fécondes ne contiennent 
qu'un limon dont les molécules font très -atté- 
nuées , flottantes , & incapables de fe réunir de 
manière à former une concrétion, parce qu'elles 
ne contiennent pas les principes qui font dans les 
premières. Malgré cela, l'illufion que les unes& 
les autres font à la vue , a quelque chofe de 
fiiigulier. 

Les lacs. Borgne j Ponchartrain j Maurepas ^^ 
qui environnent la partie du Nord & de lïft de 



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£58 Discours 

rifle de la Nouvelle-Orléans , font formées par 
l'entrée de la mer qui s'y porte entre cette lilc 
& le continent. Ce palfage s'appelle ia Rigole. 
11 eft alTez large pour admettre toutes fortes de 
vaifleaux ; il a i(> à 1 8 pieds d'eau du côté de 
la mer, & dans toute fa longueur 11 braflTes de 
profondeur. Mais l'eau décroît enfuite jufqu'à 
il i ou II pieds j c'eft la profondeur qu'elle a au 
lac Ponchartrain. En fortant de ce lac, on entre 
dans celui de Maurepas , de forte que la diftance 
de ce canal , dont la longueur eft de trois lieues , 
fait une étendue d'eau qui a au moins cinquante 
pieds de profondeur à fon entrée & à fa fortie. 
Le premier de ces trois lacs , appelle le Borgne ^ 
eft moins profond que les deux autres , & n'a 
que fix à huit pieds d'eau du côté de l'Eft. Cette 
eau eft épailTe , lourde , de mauvaife faveur , & 
d'une odeur rebutante : la couleur en eft verdâtre 
comme celle des mares ; mais depuis le milieu 
jufqu'a rOueft , la (Couleur eft la même que celle 
du fleuve , & l'eau eft bonne à boire. Cette dif- 
férence vient de ce qu'il n'y entre de ce côté-ci 
aucun canal , ni lagunes qui altère les épan- 
chemens du Miflifipi, comme de Tautre côté. 
On arrive de ce lac à la mer j la rigole fe trouve 
près de fon embouchure : or , cette rigole eft 
l'entrée des deux autres lacs, favoir de Pont- 
chartfain 6c de Mautw. \s : les eaux en font falées , 



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^ fe mêlent avec les eaux douces qui s*y rendent 
par difFérens canaux 6c étangs , où Ton va pren- 
dre celle dont on ufe dans Tlfle de la Nouvelle- 
Orléans. ' 

Tout PHorîfon fe découvre fur ces trois lacs. 
Quoique les eaux n'y foient pas fort profondes, 
elles font cependant très-agité , qu'il s'élève 
un vent impétueux. On ne peut y vo^^uer que fur 
des barques couvertes; les baifes ôc les bancs 
de fable qui font dans les canaux de S, Jean 
Tiguyu ÔC autres , qui fe rencontrent près de la 
Nouvelle-Orléans, n'admettent pas déplus grands 
bâtimens : en effet l'eau n'a fur ces derniers qu'un 
pied ôc demi à deux pieds de profondeur. Il y a 
beaucoup de bons poilfons de différentes efpèces, 
fur-tout des Dorades fort grandes j ce font ces 
lacs qui appavifîonnent la Nouvelle-Orléans, & 
les habitans des bords du MiHiHpi. 

Chaque pays y a (es ufages & fes coutumes , 
félon la différence des Nations. Les habitans de la 
Nouvelle- Orléans, fatigués des grandes chaleurs, 
& invités par les commodités que leur offrent le 
fond folide des lacs , ôc le peu de profondeur 
de leurs bords , fe font un divertiffement des 
bains & de la pèche. Ils s'y rendent dans des 
barques , fe jettent à l'eau avec les habits , & y 
jouent, y fautent, y font mille tours, de même 
(^ue s'ils étoient à terre : les vètemens très-minces 



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M^O DiSÇOVaSpIXIEME. 

qu'ils porteht ne les embarrafTenc pas. On peut 
même avancer loin du h^rd de l'eau, fans eu 
avoir plus hauc que la ceinture , vu Tcgalicé du 
fond. Plus loin , on s'apperçoit que l'eau devient 
plus profonde. Les pêcheurs tendent ki,irs filets , 
& les perfonnes qui font dans l'eau fe divertilTent 
à les tirer au bord, & à voir fauter le poiffon 
qu'on jette fur la rive. On réitère ces jeux alTez 
fouvent, & pendant des matinées entières, fans 
qu'il en réfulte aucun inconvénient. Après les 
divertifTemens , on fe retire aux maifons des 
pécheurs , pour y changer d'habit , & terminer 
les plaifirs par un bon repas qu'on fait , en 
grande partie, avec les poilTons qu'on a pris. Le 
lac Pontchartrain eft fort commoc ^ our ces jeux 
Se ces courfes , qui ne demandent qu'un jour : car 
ce tems fuffit pour y paflTet par le canal de S, Jean. 




DISCOURS 




DISCOURS ONZIEME. 

Des Maladies particulières aux climats j & 
comparai/on de ces Maladies, 

Il eft naturel que les différentes qualités des 
dimats influent fur la conftitution de l'homme èc 
des animaux , & que cette influence en difpofe 
plus ou moins les humeurs aux maladies qui y 
prédominent. On ne voit pas dans les climats 
froids les maladies qui régnent dans les climats 
chauds , & réciproquement celles de ces climats- 
ci n'ont point lieu dans les températures oppofées. 
Les maladies des climats froids ont pour caufe 
l'aftridion de tous les folides , le défaut de tranf- 
piration, l'épaiflilTement des humeurs, la roideuc 
& la tuméfadion des fibres. Dans les autres , au 
contraire , elles viennent de trop de relâchement 
& de l'ex-trême dillipation des humeurs , de la 
grande agitation des fluides. On peut dire que, 
dans ce premier c\s , la Nature fouffre trop de 
coittpreflion^ & dans le fécond, qu'elle pèche 
par trop de relâchement : deux caufes qui doivent 
néceffairement l'altéreti 

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241 Discours 

Les contrées qui font hors de la Zone Tor- 
ride participent des d^u% intempéries dans un 
degré éminent , en ce que la température y palFe 
de l'un a l'autre extrême : on y éprouve dans 
l'été tous les effets des grandes chaleurs , ôc dans 
l'hiver ceux des froids. Le pnntems & l'automne 
font deux faifons intermédiaires , qui y préparent 
à CCS deux extrêmes. 

Il y a peu de différence entre l'hiver & l'cté 
dans les contrées voifines de l'Equateur , ôc dans 
rétendue dé la Zone Torride. On remarque la 
même chofe dans les hauts Ôc bas pays du Pérou; 
de -là vient que les alternatives qu'y éprouve la 
fanté , font prefque les mêmes en toute faifon , 
Se feulement plus fréquentes dans une faifon que 
dans l'autre. Mais la Nature y fouffre moins , 
parce qu'elle n'éprouve pas le paflage d'un ex- 
trême à l'autre. La jeuneîie eft plus fujette aux 
révolutions dans les climats chauds, étant natu- 
rellement difpofée à la fermentation des hu- 
meurs. La vieillefle s'y foutient bien, y acquiert 
même des forces bien différentes de celles qu'elle 
auroit dans des climats variables. Les jeunes 
gens & les vieillards vivent fans éprouver de plus 
grandes incommodités dans Jes climats froids, 
parce que dès qu'on y eft habitué , on s'accom- 
mode fans peine à l'extrême différence des deux 
faifons oppofées. 



ONZIEME. 141 

On die vulgairement , dans la partie haute du 
Pérou , que celui qui a naturellement un^e conl- 
titution faine , s'y maintifnt dans le même ctatj 
mais que celui qui y vient malade , le devient 
encore plus qu'il n'ctoit dans le pays où il a pris 
fa maladie. Cependant cela n'eft pas général ; 
car il y a telles maladies qui s'y guéiilTent par 
le feul changement de climat. Il n'en t(i pas de 
même dans la partie balTe : les fujets bien puitans 
y font pris de maladie pendant les grandes cha- 
leurs, de même que ceux qui y loufFrent des 
incommodités habituelles. 

11 y a néanmoins de la différence à obferver 
dans les effets qui réfultent des climais chauds, 
& de ceux où la température pafTe de l'un à 
l'autre extrême : c'eft qu'on devient moins ex- 
pofé à reffentir l'influence des climats chauds , 
lorfqu'on s'y eft accoutumé par une longue ré- 
fidence : on y brave tous les inconvcniens j &: 
jamais les dérangemens de fanté n'y font auHî 
fenfibles que ceux qu'on éprouve en fortant d'un^ 
hiver très- rude, pour entrer bientôt dans un été 
fort chaud , & fe voir ainfî expofé à braver des 
maux & des épidémies d'une nature contraire^, 
qui mettent toutes les forces du corps à l'é- 
preuve. > 

Les maladies ordinaires de la partie haute du 
Pérou , font les effets réfultans d'obftru^lions , 



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144 D I S c o V R s 

des maux de poitrine, des pleuréfies, Sc qneîqnes 
rhiimacirmes. Ces maux y font plus' ou moins 
grands , félon la nature des individus : rarement 
on en eft attaqué , quand on a les humeiurs d'un 
bon caradère. On n'y voit ni fièvres intermit- 
tentes, ni putrides. On obferve cependant que 
les individus qui y viennent de la partie bailè , 
en apportent le foyer avec «ux , Se qu'ils ne 
tardent pas à en être attaqués^ qu'elles font chez 
eux accompagnées de fâcheux fymptomes , qitel- 
quefois même dangereux : mais ces fièvres ne 
font pas contagieufes, & ne ie communiquent 
pas à ceux qui font accoutumés au pays. 

11 arrive tout le contraire dans les Quebradas 
profondes, où croît la canne à fucre. Les fièvres 
intermittentes y font communes , & y font tant 
de ravages , qu'elles dépeuplent quelquefois les 
contrées, parla mortalité qu'elles caufent parmi 
les Indiens & les autres habitans. Cette maladie 
y a un caradtère réel de malignité , ce qui la 
tdiflingue des fièvres de la partie balTe, cù ces 
fièvres ne font point dahgereufes, quoique lon- 
gues & très-fatiguant€s. Le changement de cli- 
mat n'en eft pas toujours le remède , car fi quel- 
ques individus guérifïènt «n paifant dans les di* 
mats froids , les autres n'en éprouvent aucun 
avantage. 

11 y a quelque rapport «ntre c«cte maladie & 



O N* Z I E M i; 245 

h mauvaife température de plu Heurs parties de 
l'Italie , où 1 on eft prompcement attaque de ces 
fièvres , qui y régnent en certains tems , & non 
dans d'autres. Quand ces fièvres régnent dans les 
Quebradas, il fuffit d'y féjourner pour en ctre 
pris j qu'on y dorme de nuit ou de jour , on ne 
ks évite pas : c'ed pourquoi les voyageurs aiment 
mieux faire nn détour pour arriver , après quel- 
ques lieues , i l'ouverture d'une Quebradas , que 
de la traverfer : ceux qui rifquent d'y pafTer , le 
font fans s'arrêter y 6c i des heures pendant lef- 
quelles il y 3 le moins de danger. 

Ces maladies font continuelles dans ces pays-, 
mais non toujours auHI dangereufes : quelquefois 
elles y paroiifent pour un an ou deux, ôc même 
davantage. Pendant ce tems elles dépeuplent tout; 
ou ceux qui ont échappé a la mortalité fe fau- 
vent en voyant le défaftre général & l'opiniâtreté 
du mal ; de forte que ces gens font très-tard ce 
qu'ils auroient dû faire d'abord. Après certain 
tems , les pays redeviennent habitables , les fu<- 
gitifs y reparoiffent , d'autres fe joignent à eux , 
mais ces gens ne font jamais bien fains ; ce donc 
ils s'inquiètent peu. 

La caufe de ces maladies eft fort nfiraielle : 
les pays font des lieux profonds j que les vents 
ne balaient jamais. Tantôt ces yents font croifés 
dans un fens , tantôt dans l'autre , par les flancs 



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1^6 D I s c o u n. s 

des montagnes j ainfi les vapeurs qui s'élèvent de 
la rivière qui y coule , celles qui s'exhalent de la 
terre humide, & remuée pour la culture des 
cannes à fucre, celles de la plante même, la ré- 
verbération des rayons du fbleil, tout enfin s'y 
réunit pour infeder l'air, & répandre le germe 
des maladies dans le climat. 

Das que les habitans ont pris la fuite , toute 
culture cefTe j on ne plante plus j la fumée ne 
s'élève plus des moulins; les débris de cannes 
écrafées , les fèces du fucre qui fe corrompoient, 
ne contribuent plus à infecter l'air. Il fe palTe 
quelque tems, l'air reprend certain degré de pu- 
reté après ces dévaftations , & le climat n'a plus 
que fa température chaude , telle qu'elle y doit 
€tre, mais toujours- propre à occafionner les ma- 
ladies qui y font ordinaires. 

Les afthmes font les maladies ordinaires de la 
partie haute ; mais on vit long - tems avec ces 
incommodités ; on les y appelle ahogidos 3 ou 
fiffocations. L'expérience a prouvé que le remède 
étoit de defcendre dans la partie bafle, & que 
ceux qui en étoient atraqués dans cette partie-ci, 
fe trouvoient mieux en pafTant à la partie haute. 
Le mal vient de ce que , dans les uns , le relfort 
des fibres fe trouve trop comprimé , & de la fub- 
tilité de l'air; dans les autres , la.çaufe eft la den- 
fi:é , la pefanteur de l'air , & la foiblefle des fibres. 



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ONZIEME." 247 

Voila pourquoi , en palfant d'un air très-fubtil 
dans un air plus denfe, plus épais & chaud, ou 
de celui-ci dans un air fubcil ik froid , les uns 
& les autres éprouvent du mieux, & font moins 
farïgués des accès de ce mal. 

Il y a dans cette partie deux caufes qui afFoi- 
bliflTent la conftitution des habitans , & qui les 
empêchent de jouir de l'avantage du climat. 
L'une eft la maladie vénérienne, qui y eft trcs- 
répandue; l'autre l'ufage immodéré des boiifons 
fpiritueufes. Sans ces deux inconvéniens, les gens 
y vivroient avec la plus grande robufticité , & n'y 
cprouveroient jamais les indifpofitions , ni les 
maux auxquels ils font toujours expofés. Aufli re- 
marque -t- on que les pleuréfies , l'afthme, les 
Huxions de poitrine attaquent ordinairement ceux 
qui font atteints du mal vénérien, & ceux qui 
boivent immodérément de ces liqueurs. 

C'eft ce qu'on a lieu d'obferver dans le tems 
des froids , & ce qui fut confirmé en 1759, pen- 
dant une épidémie générale, dans laquelle on 
vit mourir tous ceux qui avoient quelques mau- 
vais levains dans les humeurs ; ceux , au con- 
traire , qui étoient fains , ou qui ne s'ccoient pas 
adonnés à la boilfon, effuyèrent la maladie fans 
aucun danger. 

Le ravage que cette épidémie fit en Amérique 
fut confidérable j mais l'excès de la boilTon y 

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148 Discours 

contribua beaucoup. Les buveurs croient atraqués 
mortellement dès Tabord , ôc ne vivoient plus 
que peu de jours. Dès qu'on fe fut apperçu de 
cette caufe, on défendit de vendre de l'eau-de- 
vie , & fur le champ on en vit les avantages : la 
mortalité ceflTa, & l'épidémie ne fut plus fi fatale, 
quoiqu'elle ait encore continué quelque tems. 

Il parut dans ce tems-là une comète, que le 
peuple prendroit fans doute pour le préfage de 
cette funefte maladie, fi l'on s'anêtoit aux an- 
ciennes idées : elle précéda le mal de quelques 
mois. On l'apperçut le 1 5 avril : elle alloit du 
Sud au Nord. L'épidémie fe manifefta vers la 
fin de Juillet à Guancavelica , & parcourut la 
plus grande partie de cette vafte contrée : elle 
parut auflî dans les pays du Sud , & f e porta vers 
les provinces du Nord. Cette maladie fembloit 
fuivre fon cours par {tarions marquées , paûTant 
d'une ville à l'autre; de forte qu'a la feule dif- 
tance des^ lieux , on pouvoir déterminer le tems 
qu'elle tarderoit à venir d'un lieu a l'autre. 

Elle commença , comme je l'ai dit, dans les 
pays du Sud ; mais ces pays étant fort étendus , 
on n'eût connoiflfance de la maladie près de 
l'Equateur, que quand elle étoit dans le Potofi 
& à Chuquifaca. De-là elle pafia à la Pa:( j à 
Oruro , Chucuito j au Cwi^co j à Guamanga j 
Guancavelica i Xauja^ Lima y &, par les hauts 



o N z I E M i; 245 

& bas pays, jufqua Quito ^ & dans les autres 
provinces. Les progrès en fr-r^nt très-rapides : (î 
la malignité avoir été proportionnée A fon étenr 
due, elle eût pu enlever tous les habitans des 
provinces où elle régna. En cinq ou fix jours , elle 
avoit attaqué les vieillards Ôc les jeunes gens in-; 
différemment , avec plus ou moins de violence; 
Les rues étoient déferres ; rarement on y voyoic 
du monde; les maifons étoient devenues autant 
de folitudes, où étoient alités ceux qui les habi-r 
toient. On ne voyoit dans aucun marché ni ven- 
deur ni acheteur. Dans ces fâcheufescirconftances,' 
on n'avoir de fecours de perfonne , car tout le 
monde en avoit également befoin. Cependant on 
fut aidé à certain point , par ceux qui avoient na- 
turellement une forte conftitutioh. La maladie ne 
dura chez eux , avec toute fa force , que pendant 
deux ou trois jours : cependant ils étoient dans 
un état bien débile , & ne pouvoient fecourir que 
très-peu les plus malades. 

La maladie confiftoit dans un grand étourdif- 
fement , une pefanteur de tête , une foiblefTe dans 
tous les fens , de fortes douleurs par-tout le corps, 
une fièvre affez modérée, une laflîtude générale, 
une hémorragie par la bouche & les narines , 
une furdité & une grande proftration , avec perte 
totale d'appétit. Les fymptômes des maladies 
s aggravoient dans les individus fujets à des maux 



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250 Discours 

habituels, fur-cout chez les poicrinaires ; & h 
maladie, devenue- plus conndérable, les empor> 
toic. Ceux qui n'écoienc affedés d'aucun mal an- 
térieur , fe trouvoienc mieux en ufanc de fudo- 
rifiques , &: en fe tenant chaudement pour exciter 
Ja tranfpiration. Après avoir foutenu le fort de 
Ja maladie, on en reHeiltoit les effets dans la 
convalef.ence, qui étoit fort longue & pénible; 
on avoit la vue trouble, l'air tride, l'efprit 
abattu , de forte qu'il falloit aux convalefcens plus 
d'un mois pour être quittes des reliquats. 

On remarqua que les chiens furent auflî atta- 
qués de cette épidémie j on les voyoit étendus 
dans les rues fans pouvoir fe foutenir : il en 
mourut certain nombre; cependant le mal ne fut 
pas dangereux pour ces animaux. 

La maladie fut auflî prompte à fe terminer 
qu'elle avoit été rapide dans fon commencement, 
Se fes progrès dans le voifinage des habitations: 
elle n'y régnoit que pendant un mois. Mais 
ce furent les provinces où elle commença qui 
elTuyèrent la plus grande mortalité , parce qu'on 
en ignoroit le remède. On obferva d'abord que 
la faignée y devenoit dangeieufe , & mcme mor- 
telle : ainli on y renonça, de même qu'à tout 
autre moyen curatif , pour s'en tenir à ceux donc 
j ai parle. 

La pelle elt une maladie inconnue dans ces 



ne me mor- 



ONZIEME. 151 

contrées-Ià : on n'en a pas même l'idée. Ce défaut 
de connoiflance fit donner à cette épidémie le 
nom de pefte , comme on l'y donne à toutes les 
maladies épidémiques qu'on y éprouve de tems 
à autre , & qui font plus communes dans la 
partie baife que dans la haute. 

La caufe de cette épidémie fut fans doute une 
altération de l'air. Ce qui femble 1 2 faire croire, 
c'eft que pendant ce mois - la , & vers la fin 
d'Avril , les vents du Sud régnent dans ces 
contrées j & que l'épidémie pafTa, félon le cours 
de ces vents , du Sud au Nord. S'il étoit vrai 
qu'elle vînt de toute autre caufe, par commu- 
nication d'une feule perfonne malade à une autre, 
& de celle-ci à une troifième, &c. , elle ne fe 
feroit pas répandue fi généralement , & les ani- 
maux mentionnés n'en auroient pas été attaqués. 

Les maladies communes qui fe répandent dans 
les parages chauds des bas pays , font les fièvres 
tierces, ou d'accès : elles durent très-long- tems 
dans ceux qui en font pris , mais fans cette ma- 
lignité qu'elles ont dans les Quebradas de la 
part''; haute. S'il en meurt quelques individus, 
c'eft ou par la complication de ces fièvres avec 
d'autres maux antérieurs, ou parce qu'elles ont 
duré un tems confidgrable , fans qu'on y ait ap- 
porté le remède capable de les dompter. C'eft ce 
qui arrive à nombre d'individus qui vivent épars 



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•iji Discours 

^à ôc là dans les campagnes , loin des grandes 

habitations , & qui manquent ainû des fecours 

nécefTaires. 

Ces fortes de maladies font, fans contredit; 
les plus communes dans les contrées chaudes pas 
leur poHtion , ou qui ont des étés très- chauds. 
Elles font fort difficiles à guérir dans ces pre- 
mières. 

Les campagnards de Tlfle de Cuba tiennent 
pour certain , que quand ils elTuyent de la pluie, 
chemin faifant , ils feront infailliblement pris 
d'une fièvre tierce , fi leurs habits viennent à être 
mouillés; Se qu'ils ne rifquent rien fi la pluie 
leur tombe fur le corps même , fur-tout fi la 
pluie eft très - forte. C'eft pourquoi , dès qu'il 
pleur , ils otent leurs habits , qui font fort légers, 
Se reftent nuds, de U tète à la ceinture. Us difenc 
que c'eft la même chofe que de fe baigner, ôc 
que quand leur corps a été ainfi mouillé , ils n'en 
éprouvent pas les inconvéniens qu'ils ont à crain- 
dre de l'humidité de leurs habits mouillés pen^ 
dant le chemin , ôc de la chaleur qu'ils leur 
caufent en marchant. 

La Louyfiane eft auflî fuje:te à ces mêmes 
maladies pendant l'été : elles deviennent quel- 
quefois malignes pendant les grandes chaleurs, 
& lorfque les pluies tombent par orages , & avec 
des tempêtes : il meurt alors beaucoup de monde. 



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«ONZIEME. l$f 

Mais cela peut venir audi d'une caufe accenbire : 
favoir, faute de traitement convenable. Mais, 
dès que le froid fe fait fentir aux premiers vents 
du Nord, en Novembre, les fièvres ceflTent. La 
plupart des malades guériifent fans autre remède 
que le changement de la faifon. 

Le mal , <[u'on appelle la maladie de fept 
jours y & qui attaque les enfans nouvellement 
nés, n'efl: pas moins dangereux dans la partie 
haute que dans la bafife. La plupart de ces en- 
fans en meurent, fans qu'on appcrçoive aucun 
(igné antécédent qui puifTe la faire foupçonner ; 
car ils font en apparence fains & robuftes. L'c-^ 
pilepfîe s'y joint ordinairement, & il eft rare 
qu'il en réchappe un feul. 

Quoique cette maladie foit connue en Europe, 
elle n'y eft ni fi générale , ni fi dangereufe. Les 
Américains ont grand foin de garantir leurs 
enfans du vent, jufqu'à ce que ce terme foie 
palfc : après quoi ils ne courent plus de rifque. 
Voilà pourquoi ils l'appellent le mal de fept 
jours, tems auquel le danger eft toujours borné, 

Les enfans font encore fujets à une autre ma- 
ladie fort fingulicre. Délivrés du danger des fept 
jours, ils vont ordinairement bien jufqu'à trois 
ou quatre mois : alors ils font pris d'une toux 
& d'une affeftion de poitrine , qu'on y appelle 
pechuguera* La maladie va toujours en augmen- 




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154 Discours 

tant , malgré cous les fecours : ils n'opèrent aucun 
effet falucaire. Alors , ces enfans enflent , 6c ne 
tardent pas à mourir. Les feuls enfans des blancs 
( Efpagnols ) font expofés à ces ravages , qu'on 
ne voit pas parmi les Indiens ou les Mctifs j dont 
la confticucion oppofe plus de réfiftance. Le 
moyen de garantir les enfans eft de les enlever 
de- là avant deux mois , & de les tranfportec 
dans l'un des climats plus favorables de ces 
QuehradaSj qui n'en font pas éloignées. 

Le vulgaire croit que la caufe du mal vient de 
ce que ces enfans font d'une conditution trop 
foible pour rcfifter au froid 6c à l'intempérie du 
climat j il eft sûr qu'elle peut y contribuer, mais 
d'autres caufes peuvent aulïî y concourir. Les 
pères 6c mères y ont les humeurs mal faines. Les 
vapeurs fulfureufes qu'on y refpire continuelle- 
ment 5 6c qui fe répandent des fourneaux où l'on 
extrait le mercure, y font fi abondantes, qu'en 
été elles fe condenfent par l'effet des gelées , & 
forment une nuée cpailfe , qui couvre toute l'é- 
tendue de la peuplade. 

Rien de fi commun à la Louyfiane que de voir 
des perfonnes de tout âge attaqués de vers de 
toute efpèce , fans en excepter le vers folitaire. 
La grande humidité de cette contrée, les fe- 
mences abondantes d'infecftes & de reptiles, la 
qualités des alimens , en font autant de caufes. 



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ONZIEME. 155 

On obferve même que les fruits, fur-tout ceux 
à noyaux , ^' à ^.oulfe^ ne s'y gardent pasj ils fe 
gâtent au bout de deux jours qii'oi; les a cueillis, 
& pourriniiu : ce qui vient de la qualité marc- 
cageufe du fol , ôc de l'humidité de l'Atmof- 
phère. A cette incommodité fui viennent de 
fortes fièvres , déperdition de fubftance , des lan- 
gueurs, une mélancolie. Le remède le plus en vo- 
gue eft le fuc de V-icdionda^ dont il a été parle. 
On employé aufli l'huile de noix, qui réuflit danj 
quelques individus : mais on remarque qu'elle 
ne guérit pas radicalement le mal , & qu'on en . 
éprouve des récidives quelque tems après. 

La petite vérole, maladie connue par toute 
la terre , y pa'^oît à certains périodes , & noa 
tous les ans comme en Europe : mais quand elle 
s'eft manifeftée , elle fait de grands ravages , tant 
parmi les blancs , qu'on y appelle Efpagnoh , que 
parmi ' s Indiens & les Nègres. Elle parut dans 
la partie balTe en 176^. 11 en périt beaucoup 
de monde de tout âge , particulièrement dans les 
premières familles du Pérou. Quoiqu'il y aie 
une très-grande différence entre les climats de la 
partie haute & ceux de la balfe , on n'a pas eu 
lieu de croire qu'elle fût plus mauvaife dans la 
haute : car le nombre des morts fut aufli confi- 
dérable dans l'une que dans l'autre partie. 

On a , dans la partie haute, une métliode cura- 



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i^S Discours 

live bien différente de celle de l'Europe : on n'y 
connoîc pas toutes ces précautions fcrupulcufes. 
Les femmes Indiennes tiennent leurs cnfans à 
côté d'elles fur une peau de brebis , & ne les 
couvreur pas plus qu'à l'ordinaire, fans s'inquiéter 
de les garantir de l'impreflion de l'air. Malgré 
le grand froid du climat, il ncn meurt pas plus 
que parmi ceux pour lefquels on prend les plus 
grandes précautions. D'ailleurs, ces gens n'ont 
recours ni aux médecins, ni aux médicamens; 
tout eft abandonné à la nature. On s'y fert, tout 
au plus , de quelques herbes , dont la vertu eft 
connue par l'expérience : ces herbes font là des 
panacées y qu'on y employé pour tous les maux. 
Les adultes qui font pris de cette maladie en 
réchappent rarement, vu la denfité de la peau 
qui empêche l'humeur variolique de fe faire jour 
au-dehors d'une manière régulière; c'eft ce qui 
rend cette maladie beaucoup plus dangereufe 
dans ces contrées que chez les autres nations : 
elle y fait des ravages confidérables. Elle feroit 
moins redoutable fi elle y paroilloit toiF les ans, 
les habitans l'efliiieroient dans leur jeuneffe , & 
il en périroit moins , comme l'expérience le 
prouve à l'égard des enfans. 

Feu de la Condamine écrivit à ce fujet plufieurs 
lettres au dodeur Maty, de Londres, & l'inf- 
truifit de l'état où fe trouvoit la queftion fur 

l'utilité 



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Ô N Z I B M ir ' 157 

rutilité de rinoculacion dans cette Capitale, & 
lui expofa les raifons fur lefquelles il fondoic 
fon opinion : il dillipa ainfi les craintes qu'on 
avoir du danger auquel on croyoit s'expofer vo- 
lontairement en fe faifant inoculer, & raifura 
fut celles qu'on avoit de n'ctre pas garantis de 
la contagion. Ce font les mêmes raifons qui ont 
déterminé à introduire l'inoculation dans la Nou- 
velle-Angleterre, où elle eft aufli en vogue que 
dans l'Ancienne. 

Cette maladie n'ed pas fi dangereufe dans les 
pays chauds de la Zone Torride, quoiqu'elle y 
faffe aufli d'aflez grands ravages, quand elle a 
rté quelques années fans rep^roître. On obferve 
la même chofe à l'égard de la Louyfiane : d'où 
l'on peut conclure que ce n'eft pas un grand bon- 
■heur pour le pays , que cette maladie foit dix â 
douze ans à reparoître, puifqu'elle devient alors 
fi funefte. Ces confidérations ont fans doute con- 
tribué à introduire l'inoculation dans les Co- 
lonies delà Nouvelle-Angleterre : par ce moyen , 
ofl eft ga».Anti de la crainte pendant la jeunelTe, 
& du danger de la contagion dans un âge plus 
avancé. . . •. ■ , 

L'inoculation y éft fi commune, qiion y a 

bâti des maifons publiques & des hôpitaux , où 

l'on reçoit pour cet effet des perfonues de toutes 

conditions & de tout âge j & les fuites en font 

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des plus heiireufej. Il y vient fe faire . ;û'aier 
des gens de plufieiirs autres provinces : on y a 
nicme reçu plusieurs habicansde la LouyHane, qui 
ont fubi ce traitement dans un âge fait. 11 feroit 
fort avantageux pour l'humanitc, qu'on envoyât, 
des provinces où l'on n'eft pas encore convaincu 
de l'utilité de cette opération , des médecins 
éclaires , pour obferver tous les fymptômes qui 
fe manifelUnt dans les fujets aduellement ino- 
cules , ôc pour s'aiïurer par le nombre de ceux 
qui l'ont été , (i l'on eft encore expofé a être at- 
taqué de la maladie , lors des grandes épidémies; 
f\ y en cas d'attaque , la maladie fera bénigne ou 
maligne^ Ci , par la précaution de l'inoculation, 
ou générale , ou pratiquée fur le grand nombre 
des individus , on anéantit la caufe de l'épidémie. 
Ces médecins s'informeroient audl de la ma- 
nière dont il faut s'y prendre pour en avoir le 
germe. Se l'inoculer; du choix qu'il faut en faire, 
des précautions à garder pendant fes effets , de la 
faifon Se de la température la plus favorable; 
cnHn de toutes les autres circonftances qui peu- 
vent fournir des connoifîanccs fur cet objet. Par 
ce moyen , ou on empccheroit peut-être de périr 
la moitié , ou le tiers des individus de tout âge j 
Se de tout état; mais ce qu'il y a de plus impor- 
tant, c'eft qu'on garantiroit du danger les Sou* 
verains : on aifureroic à cet égard les fucceflions 



lire . 4û'aier 
ces : on y a 
)uyrune , qui 
fait. U feroii 
l'on envoyât, 
)re convaincu 
les médecins 
mptômes qui 
îllement ino- 
nbre de ceux 
ofé à être at- 
ies épidémies; 
a bénigne ou 
l'inoculation, 
grand nombre 
de répidémie. 
iiHI de la ma- 
ir en avoir le 
l faut en faire, 
es effets , de la 
us favorable; 
.nces qui peu- 
cet objet. Par 
t-être de périr 1 
us de tout âge | 
de plus impor- 
mger les Soû- 
les fucceflionJ 



onzième; 159 

aux trônes. Toutes ces obfervations faites pac 
(les gens inftruits , Se doués du difcernement né- 
celfaire, diHiperoient les doutes que fait natu- 
rellement naître la pratique nouvelle de l'inocu- 
lation , à laquelle on fe refufe , pour s'expofer à 
une maladie dont les conféquences font fi fatales 
pour un grand nombre de fujets. 

Si les affeélions de poitrine font communes dans 
la partie haute , les crachemens de fang ne font 
pas moins ordinaires dans les pays les plus froids» 
C'eft ce que l'on voit fouvent à Guancavelica : 
cependant on vit quelques années avec cette in- 
commodité. La plupart de ceux qui en font atta- 
qués , guériffenc totalement en paffant dans un 
climat moins dur : mais d'autres y meurent , ôc 
il n'y a point de terme fixe pour la durée du mal. 
On ne voit pas U de phthifîe , malgré les maux 
de poitrine dont il s'agit j ou ces phthifies font 
bien rares. Elles font, au contraire, alfez fréy 
quentes dans la partie baflfè , où Ion ne voit pas 
de crachemens de fang : mais ces deux maladies 
font fort fréquentes dans la Louyfiane. 

Le tétanos eft redoutable dans la partie balTe 
du Pérou , vu la facilité avec laquelle on en clV 
attaqué, 6c que d'ailleurs il y eft décidément mor- 
tel. La moindre caufe peut y donner lieu. U eil 
[impoflible d'être toujours alfez attentif à s'en ga- 
i rantir : il fuffit de fortir , ayant chaud j _ dtf la 

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chambre ou de l'appartement, ôc de s*expofet à 
l'air , pour en être pris. C'eft au moins une des 
caufes de ce fpafme, quoiqu'il n'en réfulte pas 
toujours. On rifque encore d'en être pris en 
s'expofant â un courant d'air après avoir bu le 
mate j qui eft une efpèce de thé, & fe boit de 
même. On ne connoît pas ce mal dans la partie 
haute. On en eft encore attaqué fi, par inad- 
vertence , on vient à mouiller ou à mettre dans 
l'eau l'un ou l'autre pied où l'on aura été piqué 
ou légèrement biefFé : ce qui n'a pas lieu dans 
l'autre partie du Pérou. 

Cet accident eft également dangereux dans 
rifle de Cuba , ôc dans les autres climats chauds : 
on n'y connoît même pas de remède , ce qui fait 
que peu de perfonnes en réchappent. On a ce- 
{>endant à la Havane quelques exemples de gué- 
îifon ^ mais le traitement ou le remède eft fi in- 
certain , t]u'il laitfe toujours les individus expoféj 
au plus grand danger. Une piquure expofe aullî 
à cet accident dans la Louyfianej mais on n'en 
voir pas d'exemples fans cette caufe. 

La partie haute du Pérou expofe rarement aux 
paralyfies qu'on y appelle ^yre : ati moins ces 
maladies n'y font-elles pas fi communes que dans 
la baffe. Cela vient de ce que la température y 
eft toujours égale 6c froide, fans aucune alter- 
native d'hiver & d'été j & que les pores Ju 



onzième; 1^1 

corps, fort refferrés y soppofent à rintromiffion 
de l'air. Aiiflî n'y voit-on cette maladie que dans 
les individus d'un âge fort avancé, & déjà in- 
difpofés. 

L'apoplexie y eft extrêmement rare dans l'une 
Se l'autre partie, de forte qu'à peine en entend- 
on parler pendant le cours de nombre d'années. 
Cet avantage eft dû fans doute au peu de diffé- 
rence de température dans les deux faifons op- 
pofées : les humeurs s'y maintiennent par ce 
moyen dans le même état, les alimens n'y varient 
poijit , ôc l'air y eft prefque toujours le même. 

D'après ces faits , on ne peut déterminer la 
caufe du tétanos , ou fpafme général , qu'en fup- 
pbfant dans ratmofphère des corps inconnus, 
imperceptibles, qui le produifent^ autrement il 
ne réfulteroit, de quelques légères inadvertences, 
qu'une foible aftridion , mais non une contradlion 
aufii terrible que celle du tétanos > Ôc la motc 
peu de jours après. 

Quoique les pleuréHes foient la maladie dan* 
gereufe des climats froids de la partie haute, il 
eft rare néanmoins que les individus d'une com- 
plexioh bien faine en foient attaqués. £lles ne 
font communes que parmi ceux qui ont dans 
leurs humeurs un vice vénérien , ou qui font 
adonnés aux liqueurs fpiritueufes. Le remède 
aftiiré eft, dans cette contrée > le foie du Zorillo^ 



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2^1 Discours 

qu'on prend par la bouche , & l'on en voie des 
cures merveilleufes. 11 n'importe qu*il foit récent 
ou vieux : on y compte avec alTurance fur fes 
effets , ôc l'on eft perfuadé que quand on en a 
une fois pris, on n'eft jamais expofé à une ré- 
cidive. 

On a remarqué que les pleuréfies Se les autres 
maladies de poitrine étoient inconnues parmi les 
Indiens , quoique ces gens mènent une vie dé- 
réglée, ôc que leur penchant à s'ennivrer leur 
falFe boire de l'eau-de vie avec excès. Mais cela 
vient de la force de leur conftitution , & de ce 
que les maladies vénériennes font rares parmi 
eux. 

La lèpre eft un mal très-commun dans les 
pays chauds. Elle eft inconnue dans la partie 
haute du Pérou, ôc peu répandue dans la baffe, 
cù l'on en voit quelques exemples. Elle gagne 
beaucoup fur les côtes feptentrionales de Terre^ 
ferme : mais fa contagion devient des plus funeftes 
"dans quelques parties de la Havane. On croit que 
cela eft dû à la viande de porc , dont on ufe beau- 
coup , ôc que cette viande en devient la caufe par 
la qualité que lui donne le fruit d'une efpèce de 
palmier, diftingué parle nom dQ Reai ou Pal' 
miche j dont cet animal mange beaucoup : au 
moins , cette viande y contribue-t-elle en grande 
parcie. ' ■' •• -■-' '•'' ; • • = 



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La chair des porcs qui s'en font nourris eft 
plus glanduleufe que d'autre : les glandes ont unie 
teinte noirâtre j on les apperçoic facilement dans 
toute l'étendue du cou de l'animal. Quoique 
cette opinion y paroiflTe bien fondée , on doit 
en rapporter la première caufe aux Nègres de 
l'Afrique qu'on tranfporte en Amérique j car 
cett(^ maladie eft fort répandue, & comme na- 
turelle dans leurs contrées. On devroit prendre 
les plus grandes précautions pour empêcher les 
progrès de cette horrible maladie , ou plutôt pour 
la détruire dans les Colonies. Elle étoit autrefois 
inconnue dans la Louydane j mais , depuis quel- 
que tems ^ elle comn^ençè à s'y manifefter. 

La maladie appellée CulébrïUc y très-connue 
dans ces climats chauds , a auJi été appcKttéc par 
les Nègres , a ce qu'on penfe. On éprouve au 
Port-àu-Prince, &: dans les pays voifins, les effets 
de ce mal, beaucoup plus généralement qu'ail- 
leurs , & n)ème . qae dans l'ifle de Cuba. Dès 
qu'on fe fût alTuré qu'il étoit contagieux, on p)?c 
les précautions néceifaires pour l'arrêter : ce î\}l 
de brûler les linges employés dans la cure*,Oii 
remarqua que quand ces linges étoient {^cs.^ i\ 
en fortoit une quantité prodigieufe de petits in- 
fedes qui.fe répandoient dans l'aii, & coihmu- 
nlquoient le mal aux individus qui ne l'avoienc 

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pas. Avec ces feules précautions , .& celle de guérir 
iles Nègres infedés arrivais de lear pays , on à 
^au moins empêché que le mal ne fûc aullî 
commun. .. ; . 

On fait généralement dans ces contrées que les 
chiens & les autres animaux n'y font pas fujets 
-â la rage, non- feulement dans l'Amérique mé- 
ridionale, mais encore dans tout le continent: 
-cependant ils y font attaqués d'une autre efpèce de 
maladie quieft générale parmi ces animaux; elle 
en détruit un grand nombre. C'eft une-^efpèce de 
pefte : il n'en réfulte aucune envie de mordre; 
la maladie ne fe communique pas non plus de 
cette manière ; elle eft , en quelque forte-, pour 
les chiens, ce-qu'eft la petite vérole pour rhom- 
■me. Slle fe manifefte ainfî : lanimâl devient 
trifte, ne mange plus, maigrit , lailfe aller fa 
têt&v tombe, & ne peut plus marcher : il refte 
-idahs cet état quinze à vingt jours : les uns réfiftem 
plus que les autres, mais à la fin la plupart en 
'meurent : ils en font ordinairement attaques dans 
leurs premières années , & n'en éprouvent plus 
de récidive quand ils en ont réchappé. 
.1 Les chiens de chalTefont plus foignés que les 
autres ; c'eft pourquoi on en guérit un plus grand 
nombre que. des autres. Le moyen qu'on employé 
•eft de leur couper le bout de la queue ôc les 



• "V. 



^ ON Z I E ME. 2(j5 

oreilles, afin de les faire faigner: on leur donne 
enfuite à manger -du foie de brebis cuit, & mêlé 
avec une bonne dofe de fleur de foufre. On leur 
frotte lapine du dos^ avec de la graifle de porc, 
jufqu'à la queue : moyennant ces foins , on leur 
voit jetter aux endroits coupés une matière puru- 
lente, en efpèce de filamens, laquelle paroît être 
la caufe du mal. Il fe répandit une pareille épi- 
démie en iy6y dans la Louyfiane j elle y détruific 
prefque tous les chiens. 

Les Mules y font fujettes à une autre maladie , 
qu'on appelle mal del vafo j ou du fabot : elle 
fait périr un! nombre prodigieux de ces animaux 
dans les milliers qu'on en fait pafTer tous les ans 
du Tucùman au Pérou. Le mal eft dans le fabot 
même de l'animal , & n'a rien de femblable à la 
teigne qui furvient a la couronne. Le fabot fe 
gonfle, le mal monte dans la janibe, & la mort 
en eft la fuite. La contagion en eft fi adive, 
qiie ceux qui font ce trafic, aflTurent qu'ujie 
mule en eft attaquée en pofant feulement le pied 
fur un endroit où a marché celle qui cccît ma- 
lade : cela vient fans doute de quelques in fedes 
qui fe nichent dans les herbes. 

Ce grand nombre de mules fort du territoire 
deTucuman, en troupes de deux à trois mille, 
à certains çems fixes , pour faire un voyage de 



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iîx cens Se même de mille lieues , & fe rendre 
de-li à la Tabtada de Tucle , dans le gouverne- 
ment de Guancavelica , où fe tient la foire ou 
le marché de cqs animaux : il en paiTe même 
dans le royaume de Quito. 

Les conduâeurs préfèrent , pour cette longue 
route » de paiTer par Uspunas les moins froides, 
afin d'y trouver des pâturages. Us vont régu- 
lièrement les uns après les autres , à certains in- 
tervalles , ayant foin de s'infprmer fi les troupes 
précédentes n'étoient pas attaquées du mal , aHn 
de fe détourner, & de ne pas faire aller leurs 
bêtes fur les pas des autres , qui pourroienc le 
leur communiquer. Chaque condudeur a ce foin, 
& fépare de fa troupe celles qui font malades, 
les faifant aller par d'autres routes pour éviter 
cette contagion. 

Toutes ces troupes n'arrivent pas à la Tablada. 
de Tucle ; car, avant de fortir de Tucuman, les 
marchands ont fait leurs marchés avec les Corré- 
gidors des provinces par lefquelles ils palfent , pour 
la quantité qui y eft néceflaire, & ils y laiflent 
ce nombre de bêtes. Ainfi , il ne paffe outre que 
celles qui ne font pas vendues : ce font celles 
qui vont enfiite dans les provinces des Vallées^ 
à Caxamarca ^ Se jufqu*à Quito. 

Les femmes font affez fréquemment attaquées 



O H 2 1 E M !• iKy 

du cancer au Pérou : ropiiiion commune eft qu'il 
s'y répand par communication. Ce mal terrible 
y va toujours en croîiTant, & y devient pliis 
commun que jamais. Ceft ainfi qu'il s'eft mani- 
fefté dans la partie haute, où il étoit inconnu il 
y a vingt ou vingt- cinq ans. Quelques obferva- 
tions femblent donner lieu de croire qu'il eil: 
venu de l'Afrique ^ car il eft plus commun parmi 
les Négreflès & leurs enfans. Comme ces fem- 
mes y fervent de nourrices , elles en donnent le 
principe aux enfans des blancs qu'elles allaitent. 
Mais cette opinion foufFre deux difïicultés. La 
première, c'cft qu'on ne le voit pas ordinaire^ 
ment dans les autres contrées de l'Amérique, 
ou la plupart des habitations font compofées de 
Nègres , & de gens de races mélangées. La fé- 
conde , c'eft que les femmes Européennes qui y 
partent en font auflî attaquées : ce dont on a des 
exemples inconteftables. Ce qu'on fait de certain 
à cet égard , c'eft que le mal vient d'une trif- 
telTe pénible , de chagrin très-fenfible qui trouble 
l'ame , & la tient dans une apathie continuelle. 
Mais ce mal n'eft pas ordinaire parmi les filles 
comme il l'eft parmi les femmes mariées : on 
en arrête les progrès au commencement , par le 
moyen des bains , des humedans ôc des dé- 
layansj de la diflipation Ôc à'vn peu d'exercice. 



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Néanmoins , il eft rare que le mal s'arrête dès 
qu'il s'efl; une fois manifefté^ les fuites en font 
les plus affligeantes , & il fe termine par les 
■douleurs les plus cruelles , qui mènent enHn 
Tindividu à U more 



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DISCOURS DOUZIEME. 

Des Minéraux^ fur -tout de l* argent, & de ia 
manière de le cirer, 

L'Homme forti de Tétat de nature, & devenu 
Fadice, a toujours eu la paflTion des richefTes, & 
le defir de fe pro(^urer les métaux précieux , qui 
font le moyen d'avoir toutes les autres chofes. 
L'or & l'argent ont naturellement quelque chofe 
de fi attrayant, que, fans même avoir une va- 
leur déterminée , ces métaux font \es plus confî- 
dérés parmi les Nations qui en ont le moins 
befoin pour leur commerce ou leurs échanges. 
Ces métaux donnent la loi à toute la terre j & 
les Princes , dans l'état a<5tuel des chofes , ne 
pourroient plus fe rendre refpecflables les uns aux 
autres^ s'ils n'avoient des tréfors aflez confidé- 
rables pour les dépenfes qu'exigent leur fouve- 
raineté. En donnant la loi, l'or & l'argent ré- 
glentauflTi la valeur des autres chofes, félon qu'ils 
font plus ou moins communs. C'eft donc la ba- 
lance générale des néceffités de la vie , nécefîîtés 
qui deviennent plus ou moins urgences félon la 



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quantité de ces mctaiix. Parmi ces befoins , les 
principaux font les travaux de l'homme , travaux 
qui, depuis le plus ordinaire jufqu'à 1 indufttie 
la plus recherchée, font payés par ces i jétaux , 
devenus la récompenfe du mérite & des calens 
particuliers de chaque individu. 

Les Chinois travaillent continuellement pour 
acquérir l'argent j qui ne fe trouve pas dans 
leur pays : c'efl: cependant une des Nations cjui 
en ont le moins befoin. Les Européens n'épar- 
gnent ni peine ni travail pour s'en procurer auflî , 
afin d'en fournir aux Chinois. Les Maures d'A- 
frique exercent des pirateries continuelles , tou- 
jours avides d'argent, & cherchant à réduire les 
autres Nations dans l'efclavage , afin de fe pro- 
curer de l'argent par la rançon de ces captifs, 
tandis que du refte ces Nations Africaines font 
les plui barbares & les moins occupées du com- 
fnerce. Les Européens qui vont chercher ces mé- 
taux en bravant tous les dangers , & avec une cu- 
pidité infatiable , fe détruifent réciproquement le 
fer à la main dans les guerres qu'ils fe déclarent, 
pour en polfédcr les uns plus que les autres. 

Les Américains ouvrent & fouillent les en- 
trailles de la terre , defcendent jufques dans {es 
profonds abymes , dans le delfein de fe rendre 
plus heureux avec de femblables idoles. Mais ce 
font eux qui en jouiffent le moins : ces métaux 



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DOUZIEME* 271 

dirparoilfcnc biencoc de leurs mains : en peu de 
tems ils fe trouvent avoir palTé i l'autre extré- 
mité de rhémifphcre fans s'être arrêté chez ceux 
qui les polTédoient. La puidànce de l'or 6c de 
l'argent commande a toutes les facultés intellec- 
tuelles de l'homme, l'oblige de devenir fociable» 
de traiter avec fes femblables. En effet , fans cet 
utrait une Nation ne fongeroit qu'à vivre de fon 
fol, dédaigneroit les autres peuples, & fe foii- 
cieroit peu de prendre tant de peines pour a' 
découvrir les pays éloignés & les moins connue. 
Le prix imaginaire d'une parcelle d'or détermine 
la volonté de celui à qui on la fait entrevoir. 
Les difficultés ne font qu'irriter l'appétit , les 
chemins s'applaniffent , les palTages s'ouvrent, 
les dangers difparoilfent, & tout devient facile. 
L'or & l'argent font donc aduellement des 
matières qui font les liens de l'intérêt réciproque 
chez toutes les Nations. Le tems , le travail , les 
foins , les veilles , le repos , la vie , la more 
même, tout eft réglé, eftimé par le prix de ces 
métaux. 11 femble que la Nature y concourt elle* 
même, en ce qu'elle n'a pas rendu ces métaux 
fi communs , qu'on puifle fe les procurer aifé- 
ment. Si cela étoit , ils n'auroient plus la même 
valeur j mais on n'en trouve pas par- tout : c'eft 
pourquoi , les habitans des divers pays qui n'en 
produifent pas , font obligés d'employer toutes 



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xyx Discours 

les reffources de leur iiiduftrie pour en acquérin 
11 paroîc cependant que ces métaux fe décèlent 
par toute la terre par certains (îgnes affez (an» 
(Ibles; mais la petite quantité qu'on en tireroic 
de quelques fols , ou les grandes difficulcés qu'on 
auroit à vaincre , obligent de fe tourner du coté 
de l'induftrie , ' afin d'obtenir par d'autres voies 
ce que le fort n'a pas également réparti , 6<: ce 
qui n'en devient que plus précieux. 

Les Indes occidentales , qui ont l'avantage de 
renfermer des mines d'or & d'argent , infiniment 
plus nombreufes ôc plus riches que toutes les 
très parties du globe. Elles font peuplées par des 
Indiens, Nations les plus parelïeufes 6c les moins 
occupées d'aucun genre de travail. Si quelques- 
uns de ces peuples , qu'on regarde comme plus 
civilifés , fe mettent à des travaux , ce n'eu qu'à 
force de les y pouiTer , & même avec contrainte : 
Cl on les laifToit faire à leur gré , ils pafferoient 
les jours entiers fans quitter une place , comme 
le font ceux qui ne font pas aflujettis. Aufli l'or 
& l'argent, dont ils font les premiers poiïeifeurs, 
ne font que paroitre dans leurs mains & dif*- 
pardître , palTant auflî-tct d'un maître à l'autre. 

Non-feulement ces métaux ne fe tirent des 
entrailles de la terre qu'avec les plus grands tra- 
vaux , il femble encore que l'Auteur de la Na- 
ture ait voulu que le$ parties où ils font en plus 

grande 



t)i O V Z I E M E; 273f 

grande quantité, fnffent fépaiés des autres pat 
de vaftes mers : il y a élevé des cimes altières > 
qui prédominent fur toutes les hauteurs du globe, 
comme s'il eût eu defTein d'indiquer certaine 
analogie entre le phyHque ôc le moral. En effet, 
fi le Globe ne foutient pas d'autres montagnes 
auilî hautes , 6c qui puifïent être mifes en pa- 
rallèle, on peut, d'un autre côté, a^Turer qu'oa 
en tire, plus que d'aucune partie, ces matières 
dont le pouvoir , la dignité , Téclat , les attraits , 
influent tant fur les divers états de l'homme , 
depuis le plus haut degré jufqu'au plus bas étage 
de la fociété, dans toutes les Nations civilifées. 
L'hifloire nous apprend que, dès les tems les 
plus anciens , l'or Ôc l'argent avoient été employés 
àlufage dont je viens de parler : mais depuis la dér^ 
couverte de l'Amérique, ces métaux ont été comme 
le reffort qui a mis toutes les Nations en mou- 
vement , & qui entretient leur adivité , 6c la paflion 
qu'elles ont de s'en procurer. Le commerce ré- 
ciproque qu'ils ont fait naître a civilifé nombre 
de Nations barbares , a couvert la mer de flottes 
qui font devenues comme autant de Républiques 
fur les ondes. Les arts ont été pouffes plus loin^ 
rinduflrie s'efl pcrfedionnée par une nouvelle 
impulfîon ; les peuples fe font éclairés , la terre 
a été plus connue , fes produdbions plus exami- 
nées , mieux apper^ues , appliquées à des ufages 
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plus avantageux, d'après les expériences 6c les 

analyfes qu'on a faites de leurs propriétés par- 

ticulières. 

Mais, fi ces avantages font aujourd'hui incon- 
cevables , on peut dire , que d'un autre coté , la dé- 
couverte de ces tréfors a été fuivie des plus mal- 
heureufes conféquences , fur-tout pour la Nation 
chez laquelle ils croient renfermés. Les vexations, 
la barbarie même qu'on a exercées contr'elle, 
l'ont prefque fait difparoitre de defTas la furface 
du Globe. Les guerres que l'envie, la cupidité 
ont fufcitées , ne ceflfent de tems d autre , qu'en 
lailTant fous la cendre un feu caché , qui les ral- 
lume bientôt pour difputer ôc s'approprier ces 
tréfors. Ce n'eft pas qu'il n'y ait jamais eu de 
guerre auparavant entre les différentes Nations 
qui rampent fur le Globe : car le coeur de l'homme 
ne fait jamais s'arrêter dans les bornes du befoin, 
iii même de l'aifance & des plaifirs. Mais on ne 1 
fe fixa plus que fur ces richelfes fadices, qui 
deviennent la ruine des Etats où elles fe trouvent 
actuellement en plus grande abondance. 

Le royaume du Pérou eft un des vaftes dé- 
pots où la Nature a renfermé cette riche produc- 
tion , 6c tous les autres métaux. On y trouve du 
plomb , du cuivre , de l'étain , du mercure , outre 
i'argenc & l'or qu'on en tira d'abord en fi grande 
quantité. Les demi-métaux ^ le fel^ le foufre> Us 






9 O V 2 I B M E.' 271 

bitumes , 6cc, y font pareiliemenc répandus çà ôc 
U : mais on y cherche particuhèremenc l'or 3c 
1 argent, comme les deux chofes les plus pré-* 
cieufes, & aulB deHrées d'une Nation que des 
autres. Quoique les autres produâions n'y fuienc 
point négligées, & qu'on en tire quelqu'avantage^ 
on y fait beaucoup moins d'attention. 

Il femble que cette contrée élevée ait été def- 
tinée par la Nature a fervir de réceptacle à l'ar- 
gent 'y car c'eil-là fur- tout que fonc les mines de 
ce métal. S'il s'en trouve aux gorges des monta* 
gnes qui s'ouvrent dans les bas pays , ce n'efl; 
qu'en petit nombre , & le produit en eft peu de 
chofe. L'expérience a prouvé que ce métal gît 
particulièrement dans les pays les plus froids « 
comme l'or gît dans les contrées les plus chaudes ^ 
quoiqu'on en voie dans des climats plus tem- 
pérés. La mine d'argent n'eft pas auill répandue 
que le croyenc les habitans des campagnes ; car ces 
gens s'imaginent qu'il n'y a qu'à ouvrir un monc 
pour en avoir : mais cette erreur a fon avantagée 
Ces gens animés , quoique fouvent trompés , pae 
refpoir du gain , cherchent par - tout ce métal ; 
& (i les uns font dupes de leurs travaux , les 
autres ne perdent pas leur peine. 

La même prévention qui leur fait fuppofer des 
mines par-tout, leur donne auflî lieu de croire 
que ces mines font toutes riches. Ce fécond abus 

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ij4 Discours 

n'eft pas non plus fans utilité. En cherchant , avec 
Tefpoir de trouver une abondante moiflbn, ils 
ne laiiTent pas de tirer quelque argent , quoiqu'il 
revienne au double & au triple de fa valeur. 
Mais dans ces cas-ci la perte eft pour celui qui 
a voulu courir les rifjues de fes frais. La mafTe 
de l'argent n'en eft pas moins augmentée. Il nj 
a pas d^occupation plus attrayante pour le peuple 
qui s'y livre, ni d'entreprife à laquelle il facriiie 
plus volontiers Tes dépenfes , fans s'inquiéter s'il 
aura lieu de s'en repentir. 

Séduits par les indices des Gangues j à propor- 
tion qu'ils ont avancé leurs fouilles , par les qua- 
lités des terres qu'ils renconnent, par les efpèces 
de minerais qu'ils tirent, par la vue même de 
l'argent qu'ils apperçoivent d-e tems en tems, 
animés d'ailleurs par les récits de ceux qui fe 
livrent aux mêmes travaux, l'unique regret qu'ils 
ont, lorfqu'ils ne peuvent plus faire de dépenfe, 
c*eft de ne pouvoir en faire encore autant pour 
continuer leur entreprife. Ainfi, en retirant peu, 
après avoir beaucoup dépenfé , ils ne regardent 
pas leurs frais comme perdus, perfuadés que la 
tnine leur produira davantage dans un autre tems. 
Quelques-uns , il eft vrai , ne font pas trompés : 
l'exemple de ceux-ci foutient la paflion des autres, 
qui facrifient leurs fonds , féduits par l'appas du 
tréfor qu'ils cherchent. Cette paûion eft A forte 



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D O V Z I E M E^ 17^ 

chez ces gens , que celui qui fe met i ces tra- 
vaux , ne fut-ce même que pour elTayer, fe lailFe 
gagner par la cupidité , ôc fait bientôt le fac ritice 
de tout ce qu'il polïède , dans le deffein de jouir 
du tréfor qu'il fe promet. C'ed la feule occupa- 
tion pour laquelle on ne connoît-là ni économie, 
ni léfîne. En effet, préoccu|^s d'arriver à l'en- 
droit le plus riche de la mine, ou ils efpèreni 
couper l'argent natif au cifeau , & trouver un 
bloc pur, ils prodiguent leurs fonds fans réHexion, 
tant qu'ils durent, quelques grandes que foient 
les dépenfes. 

Ce qu'il y a de remarquable en ceci , n'eft pas 
qu'ils prodiguent leurs fonds pour des mines , 
qui donnent de l'efpoir d'après l'expérience , 
mais pour celles qui ont été la ruine des gens 
qui en avoient ouvert les fouilles , Se qu'ils avoienc 
abandonnés. N'importe : ces gens s'aveuglent aa 
point d'en continuer les travaux , ou bien ils 
font d'autres ouvertures dans la montagne , guidés 
par certains indices qu'ils croyent appercevoir , & 
par l'idée qu'ils ont d'avoir rencontré jufte. Le 
premier point fur lequel ils s'arrêtent , c'eft que 
ces richeffes font des dépôts que Dieu n'a mis 
en réferve que pour ceux à qui il les a deftinés : 
que fi nombre d'autres perfonnes les ont cher- 
chées fans les trouver, c'eft que le tems où ces 
tréfors dévoient être découverts n'étoit pas encore 



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17S Discours: 

arrivé. Le fécond motif qui les encourage eft 
certaine forme qu'ils apperçoivenc aux rochers de 
la montagne, la dirtdfcion qu'elle fuit : la pod- 
tion de fes couches, leur largeur, enfin la forme 
totale du mont , fa grandeur , & les plantes qui 
y croilfenr. 

Cette préoccupation , fondée fur ces (îgnes 
externes, fe fortifie encore par le jugement que 
portent ceux qui parlent pour inftruits : chaque 
circonftance devient un pronoftic infaillible , & 
l'on regarde comme une vérité fans réplique, 
ridée avantageufe qu'on fe fait du tréfor qui eft 
caché dans les entrailles de ce mont. Cette per- 
fuafion s'infinue par un langage particulier à ces 
mineurs j langage qui écarte de l'imagination 
toute autre idée , & qui s'en empare totalement. 
D'après cette détermination , l'homme le moins 
libéral devient prodigue, le plus indifférent fe 
laiife gagner. Perfuadés qu'ils vont au premier 
infiant être maîtres d'immenfes richeffes, ces 
gens s'abandonnent à leurs idées avec tant d'ar- 
deur, qu'ils travaillent fans penfer, fans réfléchir 
à aucune autre affaire ; ce feul objet les occupe, 
Se ils ne parlent plus d'autre chofe. 

La paflion de l'argent devient fi grande, que 
les gens les plus mûrs ôc les plus réfléchis s'y 
laiffent entraîner , fans que rien puiffe les dif- 
fuader. Dès qu'une fois ils fe font livrés à ces 



s O U Z I E M i; 179 

entreprifes , ils ne parlent plus que de mines , 
d'exploitation , des difficultés déjà furmontées , 
ou qui reftent i vaincre , des indices qui font 
efpérer les plus grands avantages , des moyens 
de mettre ces mines dans la plus grande valeur , 
des exemples de ceux qui fe font Ci fort enrichis 
par ce genre de travail , & de leurs heureufes 
découvertes. 

Ce ne font pas toujours , ni même ordinaire- 
ment, les gens riches ôc pécunieux qui entre- 
prennent ces travaux : la plupart font de pauvres 
individus fans aucun moyen, & des marchands 
qui ont perdu leur fortune. Ces gens font fo- 
ciété avec un Cateador^ ôc vont déclarer la mine 
qu'ils ont découverte , ou vont demander au 
Gouvernement de leur adjuger pour certain prix 
une des mines abandonnées, 6c dont l'objet eH: 
de peu d'importance. Ils traitent auilî avec les 
po^TefTeurs d'autres mines en valeur , pour avoir 
la propriété de Tune ou l'autre veine. Ainti, de 
manière ou d'autre, ils en acquièrent la pof- 
Ibniion, & fe font infcrire au Bureau de la 
Caifle Royale de leur reflbrt , pour y payer le 
dixième de l'argent qu'ils tireront, & le mon* 
tant du mercure dont ils auront befoin pour 
leur exploitation. Tel eft le premier pas qu'ils 
font, au hafard de perdre ce qu'ils ont, pour 
commencer des travaux confidérables , pour ou- 

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vrir rintérieur des moiuagnes, 6c en tirer de 
l'argent. Mais la polTefllion de ces mines n'eft pas 
un avantage ^uand le principal ou l'argent maii* 
que dans ces fortes de travaux : c'ed alors qu'on 
zemarque combien l'induftrie, la perfuafion Ôc 
l'influence des richeffes ont de force pour gagner 
& entraîner les gens les plus fins Ôc les plus 
prudens. 

Ces mineurs fe procurent quelques cchantiU 
Ions de riche minerai , qu'ils foutiennent être pris 
de leur mine, en s'adrefTant à l'un ou l'autre 
homme pccunieux : il femble qu'ils lui font même 
un myftère de ce qu'ils ne lui montrent qu'avec 
une efpcce de crainte apparente : ils lui font re- 
marquer les veines d'argent qui le traverfent, 
appuient fortement fur la richeffe du minerai , 
fur les morceaux de métal natif qui s'y trouve , 
enfin fur tous les autres indices favorables > don- 
nant même à entendre que ce n'efl; encore qu'un 
morceau des déblais de la mine , & que Ci l'on 
veut on découvrira bientôt le métal , en fuivant 
avec foin les fouilles précédentes , qui n'ont été 
abandonnées, difent-ils, qu'à caufe des ébou- 
lemens^ qu'il ne s'agit que d'en déblayer les 
ruines pour avoir la liberté de fouiller. D'ailleurs , 
ajoutent-ils , il ne faut que peu de dépenfe pour 
y parvenir. Ils lui détaillent le plan des opéra- 
tions à fui vie, ôc le font enfin entrer dans leurs 



D O TJ 2 I B M ■; l9l' 

Vues , en le décerminanc par le récit exagéré de 
ce qu'on tiroir de la mine avant l'cboulemenc 
ou rafFaifTement des terres. La dépenfe, fuivant 
eux, ne fêta, que de cinq cent, ou au plus de 
mille pe/osj ôc tout pourra s'exécuter avec cette 
foinme modique! ils lui promettent entin que 
toute la plgna fera pour lui , & qu'ils ne de- 
mandent que des habits, de l'eau -de- vie , du 
fer, de l'acier, ôc les*autres outils 6c inftrumens 
nécefïàires pour ces travaux. Si leur première 
tentative ne réudit pas > ils ont au moins fondé 
le gué , & fufcité l'envie de l'entreprife : ils 
laiHent mûrir la chofe, perfuadés de la léuflite 
en revenant i la charge. 

C'eft ainfi que ces gens fondent différens par- 
ticuliers , mais en les prévenant de garder le plus 
grand fecret. Par cette rufe, ils fe ménagent cer- 
tain nombre de perfonnes en différens endroits, 
comme a Lima , dans Guamanga , ou dans le 
Cuzco, à la Paz, à Guancavelica , ôc autres Villes 
ou Bourgades de ces contrées. Ces propositions ôc 
l'appas qui les accompagnent v fe font plus goûter 
de quelques particuliers que des autres. Il fe 
réunit deux , trois alTocics , qui offrent de faire les 
fonds nécelfaires. • Dès que les premiers fondi 
font employés, il faut abfolument en avancer 
d'autres pour ne pas perdre le fruit des premiers; 
car ces afTociés, qu'on appelle Avladores^ n'ont 



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droit de rien précendre avanc que la mine foir 
en valeur réelle. Les mineurs, toujours attentifs 
à faire entrevoir que les dépenfes vont devenir 
moindres, leur montrent de nouveaux indices 
par lefquelles ils les perfuadent qu'on va bientôt 
arriver au but ; ils leur apportent même quelque 
Pignoncillo d'argent d'un ou deux marcs pour les 
en convaincre. C'eft ainH qu'on s'engage infen- 
(îblement dans une dépenfe de 50 a 60 mille 
pefos j fans réuflîte marquée. 

Ces dépenfes confidérables , qui n'ont de 
bornes que quand les fonds manquent , i moins 
que la fortune ne foit favorable, nous offrent 
ici deux circonftances dignes d'être remarquées. 
Premièrement ^ ceux qui les font en font (\ con- 
tensj qu'ils ne s'apperçoivent pas de la fauife 
démarche qu'ils ont faite, & n'ont aucun reflen- 
timent contre ceux qui les y ont engagés , s'ils ne 
léuflifTent pas. Elles nous apprennent en outre, 
que des gens qui feroient des moins prodigues 
en toute autre circonftance , n'ont plus cette re- 
tenue dans ce cas-ci^ & l'on en peut produire 
nombre d'exemples. D'ailleurs ; les travailleurs , 
qui fe donnent tant de peines pour ces exploita- 
tions, fans en tirer que peu -de fruit, fe per- 
fuadent qu'il ne leur faut plus qu'un jour pour 
rencontrer la riche veine qu'ils cherchent : mais 
ce terme , qui leur paroîc fi proche , n'arrive 



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lamaîs, vu les difficultés qui fe fuccèdcnt fans 
cédé i & c'eft aiiiH qu'ils pafTenc beaucoup de 
tems , ôc même des années , fans arriver au bue 
que l'imagination leur préfente. 

Que ces travaux s'exécutent dans une ancienne 
mine abandonnée , ou dans une. veine de mine 
courante , on en tire toujours un peu d'argent : 
mais c'eft H peu de chofe^ que le proHt ne peut 
être comparé aux dépenfes, & que le marc 
revient au triple ou au quadruple de fa valeur. 
f Si au contraire , après bien des travaux 6c des 
peines , on donne dans un riclîe Hlon , les dé- 
penfes font bientôt recouvrées , Ôc tous les coo- 
pérateurs deviennent opulens. L'Aviador , le Mi- 
jieur , le Cateador , qui en eft ordinairement le 
faéfceur , ôc le direâeur , font au comble de leurs 
defirs. 

Les heureux fuccès qu'ont eu pluHeurs de ces 
entreprifes , animent les autres , & y font perfc- 
vérer avec confiance : mais tout ceci n'étant que 
l'effee du hafard» il y a toujours plus de lifque 
de perdre, que 'de sûreté de gagner. 

C'efl aufli pour cette raifon que les mineurs 
difent ordinairement , que ce font eux qui ren- 
dent au Roi un fervice des plus (îgnalés , puifquc 
s'ils n'entreprenoient pas avec tant de facilité & 
de dépenfes les travaux des mines , en rifquanc 
des fortunes confidérables , on n'auroit pas i'ar- 



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184 DlSCOVRS 

genc qui fait la richeffe de la Monarchie. A cer- 
tains égards ils ont raifon -y car ce qu'ils difenc 
de leurs travaux & de leurs rifques eft vrai : 
mais , fl l'on conHdère ieur but , on verra que 
ce n'eft pas pour enrichir l'Etat , mais pour pof- 
féder la plus grande quantité d'argent poilible, 
qu'ils s'expofent i ces liafards» 

Il y a ordinairement près des mines aban- 
données des morceaux de déblais qu'on a jette- 
là. Ceux qui reprennent les travaux de ces mines » 
y font chercher les morceaux de gangue qui ont 
quelque apparence avantageufe j ils en. cirent fou- 
vent plus d'argent que des nouvelles fouilles 
Qu'ils font : ils appellent ces morceaux pallacos , 
& l'opération par laquelle ils en tirent le métal , 
pallaquear ; de-U vient qu'on s'eft imaginé que 
l'argent recroiifoit avec le tems , & que les gan- 
gues étoient le lit où le germe de ce métal fe 
répandoit , & mûriffoit à mefure que les dif- 
férens principes qui le conftituent achèvent de 
fe combiner intimement. Âinfi ces gens fuppofent 
que fî ces mines ont été abandonnées , c'eft parce 
que l'argent n'y étoit pas encore formé ^ qu'au- 
trement on n^y auroit pas renoncé. 

Mais on peut répondre à cela y que quand on 
a laiiïé-là ces minerais , c'eil; qu'on les regardoit 
comme de peu de valeur, en comparaifon de la 
lichelTe de celui qui a été mis en œuvre. Ce*. 



D O V Z I t M E. 185 

l^ndant il eft H ordinaire de trouver de Targeac 
en afTez grande quantité dans ces paliacos anciens, 
que l'idée de ces gens ne paroîc pas tout- à- fait 
mal fondée. £n effet, on remarque la même 
chofe dans les minerais de mercure : plus de 
foixante ans après qu'ils ont été abandonnés , 
ils ont fourni la même quantité de mercure 
qu'auparavant. 

Ce qui confirme encore cette opinion , c*eft 
que l'on n'abandonne jamais une mine d'ar- 
gent, tant qu'on y voit des indices de ce métal, 
6c que les dépenfes font continuées ; parce qu'on 
a toujours l'efpérance de rencontrer le grand 
dépôt que l'on cherche. Si donc ces mines n*onc 
pas été abandonnées lorfqu'elles rendoient avan- 
cageufement, on peut dire audî qu'elles ne l'onc 
pas été étant très- pauvres j car, pour peu qu'elles 
rendent , on y a toujours du gain. On ne peuc 
fuppofer , d'après cela, que ces minerais anciens 
contenoient de largent lorfqu'on les tira de la 
fouille, ôc qu'on les a rejettes pour en garder 
d'autres qui rendoient davantage. 

Lorfqu'on fouille des mines qui ne décèlent 
pas d'argent , ou qui en rendent très-peu , on 
met en œuvre les déblais , s'il s'en trouve auprès. 
Outre qu'on en tire de quoi faciliter les dépenfes, 
les pignons 6c les pierres tenant afgent , que les 
travailleurs montrem aux Aviadores , fervent à 



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i96 Discours douziemi; 
maintenir ceux-ci dans l'idée avantageufe qu*oni 
leur a donnée de l'entreprife, à prouver les pro« 
gtès qu.3 l'on fait, ôc i fortifier l'efpoir de la 
réuflite. Les Aviadorcs convaincus par ces preuves, 
ouvrent leurs bourfes, ôc fournifTenc aux frais 
néceiTaires pour pouiTer les travaux jufqu'au bouc. 
Il n'eit pas de plaific égal àceluid'un Aviador, 
ou maître d'une mine , a qui le direâeur par 
lequel il la fait exploiter fait préfenc de quelque 
pignon j ou p'gna, d'une ou de plufieurs pierres 
dans lefquelles on apper^oît des filets d'argenr. 
Ce plaiflr lui fait oublier toutes les dépenfes, 
tandis que chaque marc lui revient fouvent i 
quelques milliers de pe/bs. Ce contentement 
qu'il paie H cher , diflipe chez lui jufqu'au moin- 
dre fouci , lui fait efpérer le plus grand tréfor. 
Le métal qu'il a fous les yeux , & qu'il regards 
comme le commencement de fon triomphe, efl 
mis avec foin dans fon logis en perfpe^iive , de 
forte qu'il le fait voir a tous ceux qui entrent chez 
lui , afin que chacun le félicite de fon bonheur , 
& prenne part à fa joie y alors il rend les détails 
que les mineurs , le diredeur lui ont donnés , Se 
n'en omet pas un mot. Devenu le jouet de fon 
imagination , il fe promet avec confiance de voit 
les lingots 9 lespignas fe multiplier â fon grc. 






lu IV 



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DISCOURS TREIZIEME. 

Continuation des détails relatifs aux métaux ^ 
& des Caijfes oà Von dijlribue le mercure, 

^\ Ou s avons vu dans le Difcours précédent fur 
quels légers fondemens on eutreprenoic dans ces 
contrées les travaux des mines ^ que, d'ailleurs , 
ceux qui ofoient les entreprendre étoient prefque 
tous des gens qui n*avoient même pas de quoi 
fublîfter , & qui , malgré cela , trouvoient le 
moyen de ruiner nombre de perfonnes par l'ef- 
poir qu*ils leur donnoient de les enrichir. Je vais 
continuer le même fujet, & détailler ce qui re- 
garde les minéraux mêmes , les procédés qu'on 
employé pour les traiter. Or , cet objet demande 
autant d'induftrie & d'habileté que de fonds né- 
ceHaires « quand on eft décfdé à fui>^e la vaine 
idée qu'on fe forme de la plus abondante récolte* 
Il faut donc connoître d'abord comment on fe 
procure le mercure \ car c'eft le principal agent 
qui facilite l'exploiçatifin des mines. 



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i88 Discours ' 

Le mercure devient la mefure de l'argent J 
ou la preuve la moins équivoque du gain qu on 
peut faire dans Texploitation d'une mine. Comme 
l'exploitation ne fe fait en général que par le 
moyen de lamalgame, on ne peut féparer le 
métal du minerai qu a Taide du mercure. 11 y a 
cependant quelques mines dont les travaux s'a- 
chèvent par le moyen du feu , mais c*eft le plus 
petit nombre. Elites font encore expofées à un 
autre inconvénient : le bois n*y eft pas en aflez 
grande quantité , non plus que Ticho qui pour- 
roit y fuppléer. C'eft pourquoi plufieurs mines , 
qui rendroient davantage par le moyen du feu, 
ne font pas prati quables de cette manière , par 
le manque de combuftibles. Comme il eft donc 
confiant que la plupart des mines fe traitent avec 
le mercure , la quantité qu'on en employé donne 
en même tems, à peu de différence près^ la 
quantité d'argent qu'on doit en tirer. 

On penfe généralement en Amérique , que les 
anciennes mines qui rendoient abondamment, 
fe font en partie épuifées. C'eft ce qui efi arrivé 
à celles du Potofi ^ car il s'en faut bien qu'elles 
rendent à^préfent 1^ même quantité de métal 
qu'on en tiroir autrefois. Dçux caufes y ont con- 
tribué. La première efi que les veines métalliques 
en font devenues lî profondes j que pour en ôter 
l'eau > ôc pour les maintenir à fec afin d'en tirer 

le 



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5 Targent; 

gain quon 
lie. Comme 

que par le 
c réparer le 
rcure. Il y a 
travaux s*a- 

c'eft le plus 
pofées à un 
pas en aHez 
lo qui pour- 
eurs mines , 
)yen du feu, 
lanière, par 
eil eftdonc 
traitent avec 
iploye donne 
ice prèsj la 

que , que les 
ndaniment , 
qui eft arrive 
jien qu'elles 
ité de métal 
!S y ont con- » 
métalliques 
pour- en oter 
in d'en tirer 
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T B. £ I Z X E M 2, iS^ 

le métal > il faudroit des dépenfes qui excède^ 
roient de beaucoup le profit. La féconde tH qu'on 
en a ciré le métal le plus flbo;idanf , Ôc qu'ai n(l 
elles ne peuvent plus être de même rapport. 
Quoique ceci fouffre quelques exceptions , c'eft 
cependant ce qu'on a rematqué dans la plupart 
de ces mines, fur- tout depuis le commencement 
de ce (iècle-ci : mais il paroit que (1 les rapports 
diminuent dans les unes , on découvre dans d'au- 
très des veines très-riches. Âuflî l'on peut dire 
qu'on tire encore de ces terreins autant d'argent 
qu'il y a 70 ou 8 o ans, avec cette différence . 
que c'eft dans d'autres lieux. 

Le mont du PotoH doit ^re conndéré comme 
l'intérieur d'une ruche à miel, vu le nombre des 
percemens , des galeries ^ des fouilles qu'on y re- 
marque. C'eft ce qu'on fe figurera facilement, 
en fe repréfentant la quantité prodigieufe de ma- 
tières qu'on a tirées de fon intérieur , pour ob" 
tenir les minerais qui s'y trouvent répandus par- 
tout, & defquels on extrait l'argent. S'il étoic 
donc polUble de le découvrir totalement de fa 
croûte externe , on y appercevroit un nombre 
infini de routes fouterréines percées fans fuite , 
& comme au hafard , félon la diredion des 
veines métalliques. 
Les minerais , qu'on y appelle vulgairement 
Tome I, T 



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150 Discours 

métaux ^ ont toujours moins rendu depuis l'é- 
poque de la découverte de ce continent, époque 
à laquelle ils étoient très-riches. Sans la facilité 
avec laquelle on les tire de la montagne , & avec 
laquelle ils fe laiifent traiter, il auroit fallu les 
abandonner : ainfi, cette facilité dédommage de 
la richeiïe qu*on n'y trouve pas en proportion de 
la mafle. On découvre aufll dans plufieurs con- 
trées d'autres minerais, plus riches en argent, 
mais que leur dureté rend plus difficile à traiter, 
plus difpendieuxj d'ailleurs ils font mêlés avec 
certaine potrion d'antimoine, de diverfes autres 
matières qui ne permettent pas de les difpofet 
à l'amalgame du mercure. Nonobftant ces iii- 
convéniens , il fe trouve àts gens que l'appas 
de CQS minerais détermine à les elïàyer, fans 
s*inquiéter de leur peu de valeur, de leur du- 
reté, & de la difficulté du découvrir le vrai 
moyen d'en tirer de profit. 

Les mines d'argent ont été reparties p^ la 1 
Nature en différentes provinces \ il femble même 
qu'à cet égard elle a obfervée le même ordre 
que pour les animaux & pour les plantes, ne les 
rendant pas communes dans tous les pays, ni 
même dans toutes les parties d'un même con- 
tinent. C'eft ce qui paroît, en ce que les Pumi\ 
étant prefqae de même hauteur & d'une tempe* 



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lu depuis l'é- 
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reparties pîtr la 
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5 plantes, ne les I 
is les pays , ni 
un même con-| 
e que les PuMi\ 
de d'une tempe- 



TREIZIEME. 191 

rature également froide, depuis le Nord de Lima 
jufqu'au parallèle du Potofi , & de-lâ jufqu'au 
Chili , c'eft dans l'étendue qu'il y a de Lima au 
Potofi , que l'on trouve le plus de mines , tandis 
qu'elles font bien moins fréquentes depuis le 
même parallèle de Lima jufqu'à l'Equateur : ce 
qui eft prouvé , par le peu qu'on en voit dans 
le royaume de Quito, & de-là jufqu'à Santa-Fé ; 
efpace dans lequel on trouve plus ordinairemenc 
des mines d'or , quoique ces mines ne fe ren- 
contrent guères que dans les pays chauds. On 
obferye la même chofe depuis le Potoiî jufqu'au 
Sud, efpace conHdérable, oii par hafard il s'en 
trouve quelqu'une. Mais la phydque générale 
n'ed: pas fufïîfante pour expliquer d'une manière 
avantageufe ce phénomène (îngulier : car il 
paroît qu'il fe réunit pluiieurs circonftances iden^ 
tiques dans tous ces pays. 

Les mines d'agent devant fe traiter avec le 
I mercure, le Gouvernement s'eft chargé de le 
fournir, afin que ce moyen principal , fans lequel 
toutes les autres opérations feroientinfrudueufes, 
ne fût pas expôfé à des hafards, & que les mi- 
neurs pufiTent fe livrer aux travaux avec la cer- 
titude d'avoir le mercure dont ils ont befoin. 
Pour cet effet, on a établi, dans les pays où il y 
|a le plus de mines , différentes Caijfes , qui font 

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291 Discours 

autant de dépôts de mercure. C'eft aufli U qu'on 
doit apporter l'argent qu'on a tiré , pous y être j 
fondu , 6c payer au Roi le dixième de ce métal , | 
6c le prix du mercure qui fe diftribue i chaque | 
particulier pendant l'année. 

Parmi tous ces dépots , il y en a un principal 1 
qui fournit tous les autres du mercure néceifaiie. 
Dans la pvtie du Nord, il y a ceux de JaujaA 
Pafcoj Limaj TruglUo ; dans celle du Sud, 
ceux de Cu:(co , Chucuieo j la Pa\^ CayilomaA 
Carangas j Oruro j Potojij ce qui fait en tout 
douze dépôts royaux. 11 n'y a cependant pas M 
mines riches dans chacun de ces diftridbs ^ on en 
voit même à peine des indices dans quelqite^-l 
uns. C'eft à ces dépôts que les mineurs de touted 
les jurifdidions vont prendre leur provifîon del 
mercure. On le leur livre fans débourfé pour 
an , afin de leur faciliter les travaux ; car le mer-| 
cure eft pour eux une des plus grandes dépenfesl 
La marche qui fe fuit â cet égard , eft que lesT 
mineurs fe rendent au Bureau ou Caiife royale] 
où le metcure leur eft délivré pour un an , felo^ 
la quantité qu'ils en ont befoin dans le traite 
ment des mines, mais moyennant une ccdula 
obligatoire qu'ils lailfent , & en vertu de laquelfl 
ils font tenus de le payer au bout de l'an. Cd 
terme commence , (j-iivant un ancien ufage, 



TREIZIEME. 195 

i** Mai , & finit le i" Avril. Ce terme eft facré, 
non-feulement pour ce qui regarde le paiement 
du mercure , mais même pour toutes les parties 
du département des finances du Roi y car c'eft à 
ce terme qu'on règle tous les comptes des Cailfes 
royales , pour en commencer de nouveaux : Se 
c'eft ce qu'on appelle apurer les comptes ^ & 
dorre les regîtres, 

C'eft, fans doute, un grand avantage pour les 
mineurs que d'avoir le mercure avec cette facilite, 
fans en payer fur le champ la valeur, & d'avoir 
un an de terme pour répondre à leur engagement, 
avec l'argent même que ce mercure leur a pro- 
curé. Mais fouvent cette facilité , loin de tourner 
à leur avantage, ne peut les foutenir afTez dans 
leurs opérations : il n'eft pas rare qu'ils fe trou- 
vent au bout de l'année fans avoir les fonds 
ncceffaires pour répondre à kur engagement, 
foit par le peu de qualité du minerai , foit par 
la multiplication des ^iéperfes inattendues, f*' 
parce que la gangue s'eft trouvé trop dure.*^"^ 
en tirer le métal , foit enfin par le furc»'*^ "^ 
travail & d'ouvrages que ces gens ont ^^ "^^ç^ 
de fiiire dans rintérieur. Voilà pourqn-* ®" aban- 
donne les mines qui ne fourniiïe»- P^^ de quoi 
faire face aux dépenfes , lor<5u' *es prop«étaire$ 
n'ont pas par ettX-mème-«*^^on^5 fuf^ans, oa 

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194 Discours 

d'Aviadors qui les leur falTent. Une mine doit 
être confidérée comme un de ces jeux par ief- 
quels la fortune enrichie fes favoris, & ruine 
ceux à qui elle e(b contraire. 

Celui qui ne paie pas fon mercure au terme, 
ne doit pas en efpcrcr pour l'année fuivante. 
Privé de ce moyen eflentiel , celui qui l'avoit 
ouvertd l'abandonne , &c elle revient à l'état où 
elle étoit auparavant. Il s'y fait des ébouiemens, 
des affailTemens confidérables : l'eau gagne par- 
tout, fans fourdre en grande quantité j les galeries 
s'obftruent : fi quelqu'un la reprend long-tem$ 
après , il a les mêmes travaux à faire que fon 
devancier, 6c autant de dépenfes. 

A voir la quantité confidérable d'argent qui 
paiïe tous les ans de l'Amérique en Efpagne, 
on ne croiroic jamais qu'il coûte tant de peines, 
qu'il faut tant de dépenfes, & fur-tout unepaf- 
fion auill avide que l'ont ceux qui fe livrent à 
^s travaux , comme on Ta vu dans le Difcours 
P'^4dent , pour ne pas les abandonner, tant 
qu'ils >nç efpérance d'avoir du mercure, quelque 
lôible q^t foit la quantité d'argent qu'ils tirent: 
âifli neft-t qye ^ette fage prévoyance du Gou- 
vernement qiufovjtient particulièrement les tra- 
vaux ies mines. 

Ge fuvfaus doute u ^otif qui détermina le 



TKIIZIIKCI. 295 

Gouvernement à fl\irc ces difpofitions dans ces 
royaumes , & à donner le mercure à crcdic, au 
prix même qu'il coûte, vu qu'il y eft encore 
kaucoup plus cher qu'il ne l'eft en Efpagne. Ce- 
pendant le prix n'en elt pas le même dans toutes 
ces contrées- U^ cela dépend de la diftance des 

lieux. Il vaut dans Guancavelica 79 pe^'^s ill; 

dans Jauia 8 5 JLÎ ; à Pafco 84 il ; à Lima 

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84 Zjï ; à Truxillo , il augmente de prix en 
raifon du furplus que coûte le tranfport depuis 
Limaj au Guzco 95 llï j a Caylloma S6 -^^y 

à Carangas 94 r^j à Oruro 97 '^y ^ Potofi 

59 Hj. Le tranfport , depuis les difFérens Bu- 
reaux ou Caiflfes jufqu'aux mines, eft aux frais 
des mineurs. 

Le tréfor royal jouilïbit autrefois de deux 
droits : l'un étoit le cinquième du mercure que 
l'on tiroit , l'autre celui de l'argent que rendoient 
les mines. Ce dernier fut rabaiffé au dixième en 
1757, en conféquence des repréfentations réi- 
térées que Hrent les mineurs , & des preuves juf' 
tificatives les* plus exactes. On vit en effet que 
l'étçit de ces mines ne comportoit pas cette con- 
tribution , qui en avoit déjà fait abamlonner plu- 
Tieuss^c l'Etat en fouffroit une grande perte. Co 

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19^ Discours 

fut au/Tî par des motifs aufll bien fondés , qu on 
affranchit ( en 1 7^1 , & pour deux ans feulement) 
les mineurs , de la contribution du cinquième de 
mercure^ Sa Majefté fe rcfervant d'agir d'après 
l'expérience , foie pour annuler ce droit par la 
fuite , foie pour le rétablir après ce terme. Mais 
il paroîc que les chofes font reftées dans le 
mcme état, ce qui prouve fuffifamment que les 
npports de ces mines vont en décroifTane, & que 
le Gouvernement y ayant fait attention comme 
au point le plus elîentiel pour maintenir les tra- 
vaux des mines d'argent , a mieux aimé factifier 
cette rétribution que de rétablir le droit, au rif- 
que de voir abandonner les mines en valeur. 
Aind le tréfor ne perçoit plus que le dixième 
de l'argent qu'on retire, & même pas tota- 
lement. 

Tant qu'on exploite les mines , elles font bien 
entretenues. A mefure qu'on avance en longusuc 
i^ en profondeur , on en atfure l'intérieur avec 
ùt's pièces boutantes» des fupports de place en 
)>lace pour tout maintenir, & cela même en vertu 
iles ordonnances ôc des loix qui le prefcrivent. 
Mais fi les eaux gagnent, ôc qu'il n'y ait pas 
moyen de pratiquer des puifards & des cgoiits, 
il faut de toute néceflité les abando'nner .quel- 
que près qu'on foie d'une gangue trè$<Yiche. 



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4. 



TREIZTIMI. 197 

Jour & nuic on travaille fans celTe dans les 
mines : coûtes les parties des opérations qu'exige 
le traitement du minerai font dans une égale 
adVivité. Ici on broyé le nutiérai jufqu'à le té- 
duire en poudre très-Hne j là on prépare les ma* 
tières deftinées à l'amalgame , Se on lave celles 
qui en ont befoin. On voie par-là que le mer- 
cure doit toujours être prêt & fous la main , fans 
quoi on fouffriroic des pertes conHdérables. La 
principale réfulteroic de l'interruption des ma- 
nipulations : aind tous ces travaux doivent ^tre 
considérés comme une chaîne dont les chaînons 
tiennent les uns aux autres, 6c dont le mercure 
réunit les deux bouts : fans quoi , ils fe trouve* 
roient féparés. 

Plus le minerai eft riche , plus il demande de 
mercure pour être amalgamé; de même, plus les 
veines font groffes & abondent en minerai , plus 
auflî Ton en tire : or , c'cft ce que demandent 
les propriétaires; car ils retrouvent parla quan- 
tité , la qualité qui n'y eft pas en proportion de 
la maife. C*eft pour cette raifon que Temploi du 
mercure ne peut être également fixé par^tout, Se 
qu'on ne peut en régler la diftriburion : mais 
chacun fait, à peu dechofe près, par les veines 
qu'il fouille , par l'épaiffeur ôc la richelTe du 
minerai» ce qu'il lui faut de meraire pourcraitet 



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2^8 Dt SGOURS 

les matières pendant le cours de l'année : au(Tt 
chacun a foin de s'en pourvoir toujours d avance. 
On peut avoir une connoiifance aifez exade 
de l'état adiiel des mines d'argent de ce royaume- 
là , par la quantité de mercure qui a été dif- 
tribué dans onze des CaiiTes ou Dépots men- 
tionnés, fans y comprendre celui de Lima : or, 
ces Dépots font les principaux; mettons -les ici 
par ordre, afin de mieux faire comprendre les 
détails. 



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'^03 Discovus 

L'état de la diftribution du premier Dépôt 
eft incomplet j il y manque celui des Dépots de 
Truxillo & de Caylloma. Les états du fécond & 
du troidème Dépôt ne préfentent pas non plus 
celle de Truxillo : fi l'on y ajoute Tétat du cor- 
refpondant pour celui des années iy6i 6c 17^5 , 
on les complétera, & la femme fera pour 1759 
de 5155 quintaux, 5; 4 livres, 2 onces; pour 
17^0, de 5503 quintaux, 65 livres, 9 onces; 
pour 17^1 , de 5424 quintaux, 18 livres, 8 onces. 
Si pour lors on prend un moyen terme entre tous 
les cinq ans, on aura 5 304 quintaux & 84 livres. 

Les opinions font partagées relativement à la 
quantité de mercure qui fe confomme pour l'a- 
malgame de l'argent : les uns la fixent à 1 4 onces 
par marc y d'autres à 12 : d'autres penfent qu'il s'en 
.confomme moins : mais en général on convient 
que le poids du mercure égale celui de l'argent 
que l'on tire; ainfi le marc d'argent doit con- 
fommer une demi-livre de mercure : le furplus 
du mercure confomme eft regardé comme une 
perte. 

Selon l'opinion des mineurs , il eft des miné' 
rais qui en confomment une plus grande partie 
que d'autres , c'eft-à-dire qu'ils caufent plus de 
perte ; car le mercure confomme dont le poids 
excède celui de l'argent , eft en pure perte , fui- 
vant eux : ainfi le nSnérai qui demande par marc 



T K. E I Z I fi M I.' 301 

treize onces de mercure , fans qu'on en recouvre , 
perd cinq onces j celui qui en demande quatorze 
onces , perd fix onces. D'après ce rapport , il y a 
des minerais qui perdent plus , d'autres moins ; 
mais on ne connoît aucun minerai qui ne perde 
plus ou moins. 

Sans s'arrêter à des calculs imaginaires , on 
peut eftimer la confommation & la perte du 
total des mines, prifes Tune dans l'autre, à 12 
onces par marc : c'eft l'opinion la plus reçue 
Cela fuppofé, les 5 304 quintaux & 84 livres de 
mercure qui s'employent dans une année, doi- 
vent produire 7075 1 1 marcs d'argent de Pigna, 
qui font ^C^^^^C onces du même argent. Il 
faudroit ajouter à cette fomme celle qui corref- 
pond à la confommation de mercure moindre 
que douze onces par marc, & ce qu'on tire 
d'argent par la fonte j mais il n'eft pas poflîble 
d'engager les mineurs à dire (încèrement à quoi 
fe monte la confommation & la perte réelle. 

La quantité fix€ de marcs d'argent que les 
mineurs tirent du mercure qu'ils employent, eft 
un myftère impénétrable , même pour l'homme 
le plus clair- voyant. Néanmoins, d'après les états 
du plusgtand nombre des Dépots, on peut avoir 
une idée de la fomme d'argent que ces gens 
tirent, & de ce qui manque pour compléter 
celle qui doit correfpondre au mercure employé. 






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joi Discouns 

£n 17^5 , le Dépôt de Guancavelica compta 
1 3 448 livres de mercure employé , ce qui écoit 
moins que ce qui avoic été délivré. On fondit 
18011 marcs d'argent , & Ton paya pour les 
droits royaux de dixième & de cobos ^ *7743 
pcfos & 3 réaux. Selon la régie des dou:^c onces ^ 
on nauroit dû fondre que 17930 j marcs : 
ainfi il y eût un furcroît de 90 ^ marcs : ce qui 
eil peu de chofe fur la quantité totale. Il eft bon 
d obferver que la quantité de mercure confommé 
pour ce nombre de marcs , n*eft pas égale à la 
diftribution de cette année-là 'y mais cela vient 
quelquefois de ce que tous les mineurs ne fon- 
dent pas la pigna qu'ils tirent pendant l'année 
dans laquelle ils ont reçu le mercure , & qu'ils 
augmentent dans une autre année 1 fontes , de 
ce qu'ils n'avoient pas fondu la précédente. 

Le Dépôt de Jauja confomma 2^741 livres 
de mercure , ce qui excédoit la quantité difttibuée. 
On fondit 145 <> 5 marcs ^ pour lefquels on ne 
paya de droits que 14340 /^e/ôj & 5 réaux. On 
auroit dû fondre 35^5^ marcs j & payer 35105 
pefis & 4 î réaux. Il y a donc eu de moins 
21 091 marcs ^ & Ton paya de moins 20765 pefos. 

Le Dépôt de Chucuito confomma 4ij^<»2 li- 
vres de mercure : on fondit 480(^3 marcs , 3 onces 
d*argent. On paya de droit 47322 pefos ôc 5 
réaux : la fonte d'argent auroit dû monter à 



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TRIXZIIMI. 503 

57182 j marcs : il y en eût donc de moins 
î;ii9 & 5 onces ; & l'on paya de moins 50^5 
pefos Se 3 réaux. 

Celui de la Pa:^ confomma 3025 livres de 
mercure : on fondit 1601 marcs ^ pour lefquels 
on paya de droit 1571 pefos & 5 reû^Ar, On au- 
roit dû y avoir fondu 4034 fwîdrc/. La fonte 
fut donc moindre de 2.43 2 f marcs ^ & la con- 
tribution moindre de 2395 pefos 2 réaux. 

Le Dépôt de Caylloma confomma 49059 
livres de mercure, & l'on fondit 28029 ^ marcs. 
On paya de droits 27 $^6 pefos, & 7 î réaux. 
Mais la fonte auroit dû être de 65412 marcs; ii 
y eût donc de moins 37 3 82 1 marcs ^ & de droits 
de moins 36805 pefos 5 | revittAr, 

Celui de Carangas confomma 1 5 004 — /ivr^J 
de mercure : on fondit 22304 /Tz^rw i once 
d'argent, pour lefquels on paya de droits 22076 
pefos. Cette fonte, eu égard à. la règle des ii 
onces y excéda de 2199 marcs ^ i once. 

Celui d'Oruro confomma 125463 j/ivr^^de 
mercure : on fondit 121856 marcs 4f onces d'ar- 
gent , pour lesquels on paya de droit 1 19975 
pefos j 7 J féaux : mais , félon la quantité du 
mercure, on auroit dû avoir de fonte 167284 
marcs j quantité qui excède de ^^^ij^ marcs ^ 
qu'on n'a pas eus , & dont les droits font de 
44726 pefos i y { réaux. 



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504 D f s C O V R s 

Maïs voici le tableau de ce qu'il y a eu de 
moins dans les cinq Dépôts , cane en fonce qu'en 
concribucion pour les droits royaux. 

TABLEAU. 

CAISSES 

ou Moins en fonte. Moins en contribution.' 

DÉPOTS. 






AJauja,.., 11091 marcs, 

ji Chucuito • 9*-J^9 

A ia Pai,., a4ji^..... 

A Càytloma, 37) St ^ 

A Oruro, . . . 47417 t 



xoj€^ pcfos, % riaux, 

906s 5 

*J9» 5 

5"oî J^.... 

447*^ 7t 



Mçins total, xi;;;&| ^"^MSS 7k 



4* 



La Totiime des droits que le Roi perçue des 
xnines du relTorc des fepc Dépôts ou CaiiTes dont 
j'ai parlé , fe monta : 

» 

Pour celles de Guancaveiica t h tlf^'^pêfos, ^ riaux. 

— — JauJAt ^ I4340 j 

— — — Chucuito,. . . h 47 î 11 3 

— . Im pa:ir , . , . ^ 1 y7'i . . . . . $ 

*" Caylloma, . . h X7S96 7 1 • • . 

..— .— , CarangaSf., à zxo-y6 

————— Oruro» h. 119975 7t. . . 



Total , 1^0616 pefos» j 5 r. 



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1 réaux. 


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TREIZIEME. 505 

On voit donc que le Trcfor royal reçut des 
contributions fournies par les fept Cailfes, le 
quart d*un million de pcjos environ j &c qu'il y 
eut de paye le dixième d'un million de moins que 
ce qui auroit dû l'être. 

Les quatre autres Caiifes foiît : Pafco , dans 
la province de Tarma, &c qui eft alfez confidé- 
dérable : celle de Cu:^co, où l'on ne fond point 
d'argent : celle de Truxillo j qui eft aflez mé- 
diocre : ôc celle de Potojl , qui eft la plus forte ; 
car on y a confommé 54 mille livres de mercure de 
plus qu'à Oruro, D'après une exaéle eltimatioîi , 
l'on peut alTurer que le Roi ne tire pas un demi- 
million de pefos par an des mines qui fe trai- 
tent avec le mercure. 

La quantité de marcs qui ne foiît pas fondus 
dans les caiftes rerpe<fVives où l'on diftiibue le 
mercure, l'excédent du bénéfice que l'on fait 
quand la confommation & la perte du mercure 
ne vont pas à 12 onces par marc ^ l'argent qui 
fe tire par le moyen du feu , font autant de 
pertes pour les CailTes refpectives. \h-\Q partie eft 
fouftraite adroitement , & emportée \ une autre 
fe convertit en vaijfellej & en ujlenjllcs j & la 
troifième eft tranfportée à Lima, par une faveur 
particulière, pour y être fondue. A la rigueur, 
elle devroit fe fondre à la Caifle qui fournit le 
Tome /, V 



i.a 






5) 



V^ 



}o6 Discours treizième. 
mercure, & qui cft celle du rellbrc : d'ailleurs, 
c'cft la plus proche. C'eft-là qu'on devroit aufii 
payer les droits , 6c rendre compte de l'untgc 
qu'on a fait du mercure que cette CaitFe a 
fourni. 





DISCOURS QUATORZIEME. 

De l'état acluel des Mines ^ & du traitement 
par le feu ou par le mercure, 

JLE reflbrt de Cuzco eft fort borné j il n'y a 
point de mines dans ce diftriâ: , c'eft pourquoi 
l'on n'y fond pas d'argent. Le peu de mercure 
qu'on y confomme fert aux manufactures : elles 
font en aflez grand nombre en cette ville , dans 
les environs de laquelle il y a beaucoup d'ou- 
vriers. 

La province de Caflro-Virreyna étoit autrefois 
fort riche, à caufe des nombreufes mines d'ar- 
gent dont le produit étoit confidérable \ ce qui 
lui donnoit une grande célébrité : mais les pro- 
duits en font tellement déchus , qu'elle efl: ac- 
tuellement une des plus pauvres. Il n'y a qu'une 
ou deux mines ingrates, auxquelles s'occupent 
de miférables ouvriers qui ne font, tout au plus, 
que ramaiïer & fondre quelques minerais d'ar- 
gent : ce foible butin fait leur fubfiftance. Ce 
diftrifl eft de la CailTe de Guancavelica. 

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3c8 Discours 

La province de Vilcas-Giiamati a quelques 
iviines : cependant il u'y en a qu'une où l'on 
travaille avec un grand avantage. On en exploi- 
tjir autrefois une autre dans la province de 
Guanta j mais elle ht la ruine de celui qui la 
tJncit pour fon compte : il y employa un capital 
confidcrable , retirant de tems à autre quelques 
marcs d'argent de p'gfid j qui fuffifoient pour 
foutenir {qs erpcrances, mais non pour le dé- 
frayer entièrement. 

On en voit plufieurs d'abandonnrps dans la 
province d'Angaraëz. Un homme riche en avoir 
entrepris une des plus avantageufes en apparence, 
pour £oii propre compte : mais il y perdit tout 
{on bien , n'en retirant que quelques pignons 
de peu de valeur, & quelques pierres de platû' 
timca ( argent blanc ) que l'on appelle auflî ma- 
chacado. Ces apparences fpccieufes lui firent il- 
lufion; de forte qu'il regarda comme bien placés 
les tonds qu'il confacroit aux travaux, efpéram 
rencontrer tn^n le dépôt d'où il attendoit ksi 
plus grandes riclielfes. 

Le mercure qui fe diftribue à la CaifTe de] 
Gunncavelica , pafle prefque tout dans la pro- 
vince de Saint -Juan de Lucanas , où il y a 
quelques mines alFez avantageufes. Une de cti\ 
mines acte fort renommée j mais les hauts k\ 
l'js bas qui y font ordinaires ont fait déchoir 






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niîrfs dans la 



DCiic en avoïc 



QUATORZIEME. 509 

cette mine , au point qu'elle ne rend plus 
les frais. Maigre cela , l'ancien renom que lui 
a donné fa richelfe palfée, en a fait continuer 
les travaux avec confiance, dans rcfpoir qu'on 
avoir que le minerai rcdevicndroir auill riche 
qu'auparavant. 

La CailTe de Pafco fe trouve dans la province 
de Tarma; mais non dans le principal endroit. 
On a voulu qu'elle fût à la portée des miner. , 
pour ficiliter la diftribution du mercure, «Se le 
tranfport à^^s pignas qu'on doit (ondre. Depuis 
quelques années , le produit de ces mines a 
augmente , & l'on croit pouvoir en efpérer les 
minerais les plus abondans du Royaume. 11 y a 
plufieurs mines qu'on y exploite avec un avan- 
tage réel & bien coimu j comme on le voit aufiî 
par la confommation du mercure, donc la quan- 
tité fe monte , année prife l'une dans l'autre , 
à 500 quintaux environ. 

Les mines du diftrid de Chucuito fe main- 
tiennent dans le même état. La confommation 
du mercure fe monta, il eft: vrai, dans les deux 
premières années comparées, à 733 ^ & 74.) 
quintaux j au lieu que dans les trois fuivantes , 
prifes Tune dans l'autre , elle ne fut que de 
450 quintaux, ce qui fait une diminution d. 
300 environ. Ceci ne vient pas de l'appauvril- 
fement des mines, dont le produit auroir d 



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V' 



jio Discours 

niimic à ce point en Ci peu d'années ; mais d'une 
caufe plus ancienne : c'efl: a-dire de rexrrcme 
profondeur des unes , dos obftacles qu'on ren- 
contre dans les autres , pour parvenir à un mi- 
nerai de bonne qualité. 

. C eft de la Caille de Trugillo que tirent le 
mercure ceux qui exploitent les mines gid'antcs 
dans 11 chaîne des montagnes qui courent depuis 
les limites des jurifdidtions de Jauja ôc de 
Tarma , vers le Nord , & fe portent jufqu'aii 
royaume de Quito , où font les CailTes de Caxa- 
marca, ChachapoyaS, ôc autres. On peut juger 
que ces mines font pauvres, par le peu de mer- 
cure qu'elles confomment tous les ans; car cciX 
à ces Caifles que les mineurs vont fe pourvoir 
de mercure , pour traiter les mines qui fe voyenc 
dans un efpace de plus de deux cens lieues , 
jufqu'aux limites des CaifTes de Piura ôc de 
Cuenca , où l'on ne fait point de remife de 
mercure. 

On fait que la Cailfe de Carangas a fondu 
Î199 marcs d'argent de plus qu'elle n'auroit dû, 
félon la proportion du mercure qu'elle a diftri- 
bué. On croiroit peut-être de -là qu'il y a eu 
moins de perce dans les minerais de fon diftrid 
que dans ceux des autres Gai (Tes ; mais on fe 
tromperoit : la perte y eft même quelquefois plus 
grande , & l'on pti a des preuves non équivoques. 



;nir a un nii- 



QUATORZIEME. ^ I 1 

C'cft dans les dcpendancos de cette Cailfe que 
fe trouvent les faineufes mines de Hu^mtjj.iyj, 
Les métaux fe traitent par le feu , tant dans ces 
mines que dans la plupart de celles de f;\ j - 
rifdidlion , & fans cju'on foit oblige d'employer 
de mercure. Or, les mines qui confoniment les 
150004 Y^ livres de ce métal, étant les moins 
nombreufes & les moins riches , il faudroit i.é- 
celTairemcnt que la fonte rendit beaucoup plus 
de marcs \ ce qui peut être facilement prouvé. 

Parmi les grandes découvertes qu'on a fiircs 
de mines d'argent au Pérou, celle de la mine 
de Huantajaya a été la plus fameufe dans les 
tems modernes. Le filon étoit d'argent mndU-" 
dans toute fa largeur , & on le coupoit au ci- 
feau. C'étoit avec raifon qu'on l'appelloit mine 
d'argent ; car ce métal fe préfentoit à la vue 
par-tout oii les travailleurs en déblayoient les 
terres. Le filon formoit même en plulieurs en- 
droits des nœuds métalliques, qui fournilToient 
des morceaux très- gros. Cette fameufe mine, 
comme toutes les autres , a eu (qs variations : on 
en continue toujours les travaux, quoique l'on 
n'en tire plus cette quantité prodigieufe de mé- 
tal : au moyen du travail continuel , elle fe fcu- 
tient, & produit toujours un afTez bon bénéfice. 

Cette mine prouve avec quelle fîngulnrir.'- la 
Nature a voulu répandre les métaux pricieux , 

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511 Discours 

en les plaçant en terre dans des endroits auxquels 
on n'a fongé que par hafard , vu leur cloignement ; 
de forte qu'il n'efl: pas pollible de les en tirer 
qu'avec les peines & les dcpenfes les plus 
grandes. En effet, fi ces métaux font là trcs- 
abondans , ils exicîent des frais exceflfifs. La Na- 
ture a donc choili le pays le plus foliraire , le 
plus ftérile de toutes ces contrées pour y faire 
ce précieux dépôt. On ne voit-là aucune peu- 
plade ; on y eft éloigné de la mer à une alfez 
grande diftance : c'cft un terrein fablonneux, où 
il ne croît rien : il faut s'y rendre par des gorges 
peu praticables, des monts efcarpés , des fables 
mouvans, fans rencontrer rien de ce qui eft né- 
cefifaire à la vie j jufqu'A l'eau même, il faut en 
porter fi Ton veut boire , car il n'y en a pas , ni 
dans le voifinage. A plus forte raifon doit-on fe 
pourvoir de vivres , tant pour foi que pour les 
animaux. Ces vivres font apportés par des vaif- 
feaux , & déchargés fur la côte de la mer , la plus 
proche , d'où on les tranfporte à travers ce pays 
pénible jufqu'au giifement & à l'ouverture de 
la mine. 

D'après ces détails , on fent à quel prix doit 
revenir le métal qu'on en tire : mais une autre 
circonftance l'augmente encore : c'eft qu'il n'y a 
pas de bois pour faire cuire les alimens & autres 
befoins joiinuHers j il faut s'en procurer de trcs- 



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)its auxquels 
loignement; 
les en tirer 
es les plus 
ont là tics- 
(fifs. La Na- 
folitaire , le 
>our y faire 
ucune peu- 
à une aifez 
lonneux , où 
: des gorges 
, des fables 
- qui eft né- 
° y il faut en 
en a pas, ni 
n doit-on fe 
^le pour les 
ar des vaif- 
iierjaplus 
/ers ce pays 
■ivercure de 

1 prix doit 

une autre 

qu'il n'y à 

is & autres 

er de rrcs- 



QUATORZIEME. |I} 

loin. Tout fe diftribue-là comme dans les longues 
navigations , par portions égales. Ceux qui y ont 
été alfurent qu'on y eft quelquefois dans une 
telle difette, qu'une bouteille d'eau ordinaire y 
coûte un pefo. 

On y a ouvert beaucoup de puits; on a fondé 
& reconnu le pays ; mais nulle part on n'a trouvé 
d'eau, ni apperçu le moindre indice d'un ruif- 
feau. On n'a vu aucune plante qu'on pût fubfti- 
tuer au bois pour la confommation qui s'en fait 
dans la préparation des alimens , & dans le trai- 
tement des métaux. Ce pays fe trouve dans la 
province d'Arica : le port le plus proche qu'il y 
ait pour l'exportation 6c l'importation de tout, 
eft celui d'iquique, 

Ainfi l'extrême richefTe de ces veines prc- 
cieufes eft en grande partie abforbée par les dc- 
penfes. Cet inconvénient eft donc caufe quelle 
n'eft pas plus lucrative pour les propriétaires que 
celle des autres , puifqu'il faut payer en propor- 
tion de (es produits. 11 y a donc un égal avan- 
tage pour ceux qui, fans avoir à elTuyer cet in- 
convénient , exploitent des mines moins richcv. 
Tout eft égal de part & d'autre au moyen de 
ces compenfations , &: c'eft ce qui maintient iiu 
jufte équilibre d^dis la valeur de l'argent. Dans 
les unes, le défavantage vient des grands travaux 
qu'on eft oblige de faire, des peines qu'il ïv^t 



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514 Discours 

prendre; dans les autres, de la dureté de la 
gangue où le métal fe trouve incorporé ; ici c'eft 
un autre inconvénient , la profondeur eft ex- 
trême j là, ce font les eaux qui gagnent ôc rem- 
pliffent les percemens; ailleurs, ce font des mé- 
taux étrangers qui font entremêles avec le bon 
minerai : enfin , la difficulté , l'éloignement des 
lieux, comme à la mine de Huantajaya. 

Il eft arrivé dans les mines du Potofi, fameufes 
autrefois, le contraire de ce qu'on remarque dans 
les précédentes : le minerai y eft fi pauvre , qu'on 
n'en tireroit aucun avantage , fi la facilité avec 
laquelle il fe laifie traiter ne devenoit une in- 
demnité : il eft aifé a tirer & à broyer , & fe 
prête également bien à toutes les opérations qu'on 
lui fait fubir pour en tirer la pigna. 

On y a l'avantage du fameux lac qu'on a forme 
à grands frais , & 011 fe raftemblent les eaux de 
pluie , dans l'efpace qui fe trouve enfermé entre 
dîfférens monts : de-Ià il fort une rivière qui fait 
agir les machines dans lefquelles le minerai eft 
broyé j l'épargne qu'on fait par ce moyen , in- 
demnife en grande partie de ce qu'on tire de 
métal de inc ins. 

Cette montagne étoit devenue fimeufe par la 
richelfe confidcrable de cqs mines ^ on y voit en- 
core de tems en tems quelques veines analo;:!ues 
aux anciennes , & d'où l'on tire beaucoup d'ar- 



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QUATORZIEME. JIJ 

geiit : mais en général celles qu'on exploite ne 
donnent qu'un minerai de qualité très-inférieure. 
Outre les veines nombreufes qui font répandues 
dans toute l'étendue de cette montagne, il y en 
a encore d'autres dans les provinces d'alentour. 
Elles étoient même autrefois fort renommées , 
mais les produits en font à préfent diminués , 
comme ceux de cette montagne. Ceux qui exploi- 
tent ces mines fe pourvoient de mercure aux 
mêmes CaiiTes , & font obligés d'y faire leurs 
fontes particulières : or , ces fontes étoient an- 
ciennement les plus considérables de tout le 
Pérou. 

On douteroit avec raifon de l'ancienne ri- 
chelTe des mines de cette montagne, fi l'on en 
jugeoit par leur état aduel, & fi l'on n'avoit pas 
d'Ecrivains contemporains dignes de foi pour la 
prouver. La différence eft aujourd'hui fi grande , 
qu'il n'eft pas poflîble de les comparer. Il en eft 
de même de toutes les mines fi renommées au- 
trefois dans les diverfes parties de ce royaume ; 
mais je vais en donner une idée , d'après l'Ou- 
vrage intitulé : Pretentiones dd Potofi; Ouvrage 
que fit imprimer , en 1^34, D. Sébaftien de 
/ Sandoval y Guzman , Procureur-Général de cette 
' Bourgade- là. D'après les détails qu'il nous a laifies 
fur la confommation qu'on faifoit du mercure, 
& ce que nous avons vu concernant là confom- 



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}i^ Discours 

tnation aéfcuelle de ce demi -métal, on pourra 
faire quelque comparaifon. 

La découverte de ces mines fe fit en 1 545 , 
peu de tems après la conquête j car il ne s'étoic 
paflTé que dix -neuf ans depuis l'entrée des Ef- 
pagncls dans ce pays-là , c'eft-à-dire depuis 152.^; 
ce qui prouve fuffifamment que les monts n'a- 
voient pas été ouverts avant cette époque : or, 
l'argent y étoit répandu de tous côtés , comme 
par ramifications. La mine fe traitoit alors par 
la fonte , vu fa grande richefTe \ car on tiroir 
toujours d'un quintal de minerai cinquante livres 
d'argent. Un appas aullî attrayant y fit établir 
plus de fix mille guairas j ou fourneaux pour les 
fontes. Cette abondance de métal ne fe foutint 
pas long-tems ; car en 1571 , c'eft-à-dire 16 ans 
après , il y avoir déjà une affez grande diminution. 
Le traitement par la fonte n'étant pas fufïifant 
pour extraire tout le métal, Pedro Fernandez de 
Velafco introduisit l'ufage de l'amalgame , quoi- 
qii'avec moins de perfe6tion qu'on le pratique 
aujourd'hui ; car on a été forcé de chercher des 
moyens plus avantageux pour tirer des minerais 
tout ce qu'il étoit poflible d'en avoir, à mefiire 
qu'ils font devenus moins riches. Voilà comme 
on s'eft enfin inftruit des traitemens particuliers 
que les matières de chaque mine exigeoient. 
J'ai déjà dit que le quintal de minerai rendoir 



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il ne s etoit 



QUATORZIEME. 5I7 

clors 5 o livres de métal , qui font cent marcs y 
ainfi l'on avoir un marc d'argent par livre de mi- 
nerai : mais â préfent, les inftrudions les plus 
sures nous montrent que les mines de cette mon- 
tagne ne rendent que quatre marcs d'argent 
par caxon de minerai, ce qui eft encore fort 
avantageux pour ceux qui les exploitent; car il 
y en a plufieurs qui ne rendent pas cela. On re- 
garde comme riches celles dont le produit pafle 
les quatre marcs. 

Le caxon de minerai eft de cinquante quintaux 
dans les mines d'argent. La proportion de métal 
eft donc comme i~ adarmes d'argent à une arrobe 
de minerai, c'eft-à-dire, comme i à 1250 : ce 
qui fait voir qu'après avoir tiré anciennement 
1250 marcs d'argent d'une quantité donnée de 
minerai, on n'en rire plus aujourd'hui qu'un 
marc. Cette énorme diminution feroit prefque 
incroyable , fi elle n'étoit prouvée par la véracité 
du livre mentionné , & qui fut même écrit pour 
être prcfenté àfa Majefté Catholique. Néanmoins, 
il n'y a pas la même proportion dans la dimi- 
nution des quintos i ou cinquièmes. 

Denuis l'année 1 545 :« époque delà découverte 
de cette mine , jufqu'à 1 5(^4 , cette montagne a 
produit de droit de quint ^ -jG millions de pefos 
enfiiyados , chacun de 1 5 7 réaux d'argent ; ce 



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518 Discours 

qui fait, pendiiic 1 ^ a.ns , quatre minions de pcfos 

par an. 

Depuis 15^4 jufqu'à 1585 , le droit de quint 
s'eft monté 435 millions j ce qui donne , pen- 
dant 21 ans , 1666666 pefos enfayados & | 
par an. 

Depuis 1585 jufqu a 1^24, ce droit s'eft monté 
à 52 millions, pendant les trente-neuf années ^ 
ce qui donne 1333353 pcfos enfayados \ par an. 

Depuis 1^24 jufqu'en 1^33, année qui pré- 
céda l'Ouvrage de D. Sandoval, le droit s'eft 
monté à 6 millions pendant les neuf années j ce 
qui donne par an 66666 j pefos enfayados. 

En 176^ j Potofi confomma dans les mines 
de fa montagne, & dans celles des provinces de 
fon relïôrt , 17^166 ^ livres de mercure. Or, 
félon la règle des 1 2 onces de confommation par 
marc y on doit y avoir tiré 239049 marcs y pour 
lefquels il étoit dû de droit de quint ôc de coho^ 
environ ^i6j^6^ p^fos de huit réaux , qui , réduits 
aux pefos enfayados de 1 3 ^ réaux ^ en font 
2 -^ 27 1 5 j ce qui donne un rapport de i à 1 5 i. 

Cette grande différence qu'il y a entre la pro- 
portion d« ce qui fe paie de droits , & celle qui ré- 
f ulce de ralloiou de la qualité du minerai , vient de 
deux caufes. Premièrement , de ce que l'on trouve 
coi^pris dans k nombre des marcs qui fe fondent 



QUATORZIEME 



5'9 



à picfciit , ceux qui viennent de toutes les autres 
mines qui fe pourvoient de mercure à cette même 
Cai(îe-là. Secondement, de ce que le bas alloi 
du minerai oblige de tirer infiniment plus de 
minerai que quand il étoit riche en argent , & 
c'eft ainfi qu'on fupplée en partie par le travail 
à ce qu'il y a de qualité de moins. 

Ceci ell confirmé par le nombre des marcs 
qu'on auroit dû tirer pendant chacune des dix- 
neuf années , & de ceux que l'on tire adtuelle- 
nient. Les quatre millions de pefos enfayados de 
droit de quint ^ que ces mines ont payés par an 
au Roi , pendant les premières années de l'exploi- 
tation , répondent à 20 millions des mhxnQs pefos 
du produit total de l'argent j ce qui fait 3 3 ,7 5 0,000 
pefos de huit réaux , ou autant d'onces d'argent. 
Or, cette quantité faifant la moitié du minerai 
que l'on tiroir, il falloir qu'il y eût 4,218,750 
livres de celui-ci j ce qui monte à 421S7X 
quintaux, 

Suppofé , en prenant un moyen terme , que 
Talloi du minerai foit de quatre marcs par ca- 
xon , on ne pourra avoir les 239049 marcs 
qu'avec 597<>i J caxons , qui font 2,988,100 
quintaux, Ox , autrefois on avoir la même quan- 
tité d'argent avec 2390 quintaux de minerai. 
On voit donc l'extrême différence qu'il y a entre 
le tems préfent & le pa0e. Si l'on joint à ceci la 



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510 Discours 

tiuantité des déblais qu'il faut enlever à prcfent 
pour avoir les $9/61 caxons de minerai , ce 
compte monteroit infiniment plus haut ^ car 
il ne faut pas perdre de vue que ce nombre 
de caxon comprend tous ceux des mines du 
reflbrt de cette CailTe , comme je l'ai dit ci- 
devant. 

Depuis i(Î5 3 jufqu'à ce tems-ci, c'eft-à-dire 
en 130 ans, la malFe d'argent qu'on tiroit de ce 
mont feu) , a diminuée de plus des deux tierb : 
Il cette diminution fuit la même progreflion par 
la fuite , ces mines deviendront inutiles dans le 
même efpace de tems , ou même plutôt : c'eît 
pourquoi il faut chercher tous les moyens de 
porter les Ilabitans de ces contrées à faire de 
nouvelles découvertes, qui puilfent indemnifer 
de l'épuifement ou de la décadence confidcrablc 
des mines anciennes. 

L'argent que les Indiens tiroient des mines, 
& le procédé fmiple qu'ils fui voient, font une 
preuve de la richefle de ces mines anciennes; 
ils ne connoiffoient d'autre manière d'en tirer ce 
métal qu'en mettant le minerai fur le feu avec 
un teft" , encore ne prenoient-ils que le minerai 
oi\ l'argent étoit vifible & abondant. Ils ramaf 
foient le métal à mefure qu'il couloir : ils ne 
pouvoient donc fondre par ce procédé que celui 
qui n'étoit pas mélangé de minerais étrangers. 

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q U A T O R Z I I M f. Jll 

Cèft de cet ufage que les fourneaux faits pour 
la fonte de la Pigna ont corfervé, dans ces con- 
trées j le nom de cayana , qui , dans la langue 
des Incas^ fignifie ua fç/?. On a joui de ces avan- 
tages au tems de la conquête : l'argent eft même 
encore vifible dans quelques mines que \qs In- 
diens ont connues par les récits de leurs ancê- 
tres, & qu'ils indiquent aux Efpagnols, lorfqu'ils 
ont quelque affedlion pour eux j ce qui eft afless 
rare : de-là on peut juger de leur richelTe. 

On a vu que la Caifle de la Pa\ ne diftribue 
que peu de mercure \ une partie en eft confom-. 
mée dans les mines de Larecaxa , Jaraca , Qc 
autres de Ton diftrid. On va de celle-ci payer 
le quint aux CaifTes de Lima, en obtenant cette 
permiflîon du Vice-Roi. Il n'y a pas-là plus de 
mines qu'anciennement, & celles qu'on y ex- 
ploite ne font pas fi riches qu'elles l'ont été. 

Les minerais de Caylloma ont toujours le 
même alloi , fans être des plus abondans : cepen- 
dant on penfe qu'il a plutôt augmenté que di- 
minué. Les minerais d'Oruro font les plus riches 
de tous ceux des contrées de ces vaftes royaumes^ 
il femble que c'eft-là que fe font tranfportées les 
richeiïes qu'on tiroir autrefois du Poto(î. On peut 
eftimer leur produit , à peu de chofe près , par 
l'emploi qui s'y fait du mercure. 11 s'y eft con- 
fommé tous les ans, pris l'un dans l'autre, en-. 
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environ 1 3 00 quintaux de ce demi - mctal , & 
plufieurs perfonnes , auflî intelligentes que cll;;nes 
de foi , aflTurent que i'alloi du minerai s'eft tou- 
jours trouvé bon dans la plupart de ces mines, 
en comparaifon de celui des autres , & qu'il va 
plutôt en augmentant infenfiblement. 

Ces détails nous montrent donc que les mines 
d'argent de ces royaumes rendent aduellement 
prefqu'autant qu'au commencement de ce fiècle- 
ci , ou à la fin du précédent j s'il y a eu de la 
diminution dans les unes, il y a eu de l'avantage 
dans les autres , comme il eft arrivé à Pafco j 
Oruro y Carangas, On peut en donner pour 
preuve la régularité avec laquelle les mineurs 
paient le mercure au bouc de l'année j au lieu 
que ceux qui ne fe font occupés que de mines 
pauvres , ne paient non plus que par les contrain- 
tes qu'on exerce contr'eux & leur caution, afin 
de faire bons les fonds de la Caifle avec laquelle 
ils ont contradé cette dette. 

En i-j6o , les habitans de la province de Tu- 
cuman demandèrent certaine quantité de mer- 
cure , vu l'efpérance que leur donnoient quelques 
mines qu'on commencoit à découvrir j fans quoi 
il leur étoit impoflible de les traiter, & même de 
voir quel feroit le produit des premiers elTais. Les 
mines d'or & d'argent étant un des objets ef- 
fentiel de ces contrées , ils obtinrent 5 o quintaus 



QUATORZIEME, JlJ 

de mercure : mais il paroîc que l'efpoir de ces 
gens fut trompé j car , en i7(>3 , ils n'avoienc 
encore rien montré. La même chofe arriva anfli 
au Chili , où l'on croyoit avoir découvert des 
mines de ce même métal , & qui promettoienc 
beaucoup : mais les mines qu'on y a trouvées n'ont 
ni la valeur , ni la continuité de celles du Pérou; 
ce ne font que des mines de tranfport fuperfi- 
cielles , qui ceilent bientôt dès qu'on fouille un 
peu. Il n'en eft pas de même de celles dont les 
liions fe prolongent dans une gangue continue. 
Cependant il y en a plufieurs qui jettent quel- 
ques ramifications en profondeur , quoique la 
plus grande richelTe qu'on en tire fe prenne â 
lafuperficie. Les mines profondes, au contraire, 
ne décèlent point leur qualité , à moins qu'on 
ne foit arrivé alTez bas pour appercevoir quel- 
ques fources d'eau. 

La pigna d'argent , & les texos d'or, dont on 
n'a pas payé le quint , & qui n'ont pas été 
marqués du poinçon de la CailTe refpedive , 
font contrebandes dans tout le Pérou. On a feu- 
lement la permiflion de les porter directement 
de la mine à la CailTe du reflbrt , pour les y 
fondre , & payer les droits du Roi , tant pour 
le dixième que pour le don gratuit ou col>o. 
Mais rien de plus facile dans ces pays que de 
fe fouftraire a cette obligation , 6c de paffer ces 

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)t4 Discours 

métaux plus loin , vu les vafbs pays inhabités i 
travers lefquels on mène les bediaux pour les 
faire pâturer. AmCi l'on ne fond pas à la Cailfc 
tout l'or & l'argent qu'on tire des mines. 

J'ai déjà die que les CailTes royales écoienc 
les lieux rcfervés pour les fontes , & que les four- 
naux s'appelloient caynas. Les métaux s'y fon- 
dent en ^arr^j j dont on tient compte depuis le 
premier jour de l'année jufqu'au dernier , 6c l'on 
irecommence le compie avec le nouvel an , mar- 
quant fur les barres l'année de la fonte , le poids 
en marcs j onces , adarmesj & Vai/oi : ce qui cft 
confirmé par le poinçon du Roi. Par ce moyen 
on les convertit en une monnoie , dont la valeur 
monte à deux ou crois mille pefis j Ôc même 
davantage. On peut alors les répandre par-tout 
le royaume, parce qu'elles onc le fceau requis 
pour la sûreté publique, & pour prouver que les 
droits en ont été payés au tréfor royal. 

Les barres d'argent & les cexos d'or parvien- 
nent enfin à l'Hôtel des monnoies de Lima ; on 
en examine le poids , l'alloi , pour fa voir fi l'on 
n*a pas commis d'erreur ou de négligence dans 
la fonte : ce qui fe fait en préfence des intéreffésj 
après quoi on les convertit en monnoie. Ceci ne 
fe pratique pas au Potofi, parce que ces mines 
étant les plus anciennes ôc les plus renommées 
du royaume , on y a établi un Hôtel des monj 



QUÀTORZIEMI." jlf 

noies. On en a fait autant depuis peu à Santiago 
de Chili , d Oruro , pour éviter l'incommodité 
du tranfport jufqu'à Lima. 

L'argent fe tire des mines aux dépens du tra- 
vail des mineurs , comme je l'ai dit : de-U il 
pafTe aux premières CaiiTes royales , quand il 
n'eft pas détourné en fraude , ou n'eft pas con- 
verti en vailTelle : il parvient enfin aux Hotels 
des monnoies , où l'on en fait des pefos duros j 
qui paffent enfin en Efpagne. C'eft de ce 
toyaume qu'il fe répand dans toutes les parties 
du Globe , fans avoir befoin du fceau dont il . 
cft marqué que jufqu'en Efpagne : car après on 
le reçoit fans y faire aucune attention , unique- 
ment par l'appât de la matière. 

Ce ne font pas toujours les mineurs qui ren- 
dent à leurs frais les pignas aux Caiffes royales » 
pour y être fondues & en payer les droits. Ceci 
ne fe pratique que par les plus aifés , qui tra- 
vaillent fans aucun engagemsnt. Mais ceux qui 
ne font pas dans ce cas -là, payent avec ces 
pignas les Aviadores qui les entretiennent , ou 
les donnent aux Refcatadores en paiement des 
marchandifes qu'ils apportent aux mines pour la 
confommation des travailleurs , & autres befoins 
journaliers : ce font ceux-ci qui les portent 
aux CailTes pour y être fondues. Parmi ces be- 
foins , il faut comprendre le mercure dont les 



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51^. Discours 

Aviadores ou les Refcatadjres les fournilTent 
foigneufement pour ne pas faire cefTer les tra- 
vaux & l'extradion du métal j car c'cft dans 
cette continuation non interrompue que confifte 
tout l'avantage. On appelle refcatar y acheter la 
pigna k la mine : de -là eft venu le nom de 
Refcatadores , qu'on a donné à ceux qui y ap- 
portent quelques marchandifes à vendre. 

Les mineurs que ces travaux ont mis à leur* 
aife , n'y relient pas continuellement : les uns y 
paroiffent de rems en tems le foir ; d'autres n'y 
vont pas , & fe repofent fur la probité de leurs 
fadeurs ou capataces ^ chargés de conduire les 
travaux , & de faire les dépenfes. Ils s'abfentent 
ainfî pour éviter les froids & l'intempérie de ces 
pays découverts : mais ils en font tranfporter les 
minerais à la fonderie où il doit être traité. De 
cette manière, ils ne le perdent pas de vue, & 
afliftent aux lavages , qui font la dernière opé- 
ration par laquelle on extrait l'argent du mi- 
nerai. 

Les minerais font tranfponés à ce bâtiment 
par des Llamas & des Alpaques ^ animaux plus 
propres à faire cette route dans des chemins 
raboteux & difficiles, que toute autre efpèce, 
qui , far s contredit j n'y palTeroit pas , au moins 
fans dommage. Ces animaux font -là d'une aufli 
grande relTource que les Rênes en Laponie pour 



Q tr À T H Z I E M i: JI7 

traverfer les montagnes ôc les glaces. Le minerai 
fc charge dans des facs bien affurés fur ce» 
animaux. Ces facs ôc les cordages nécelTaires 
font le commerce le plus lucratif des Indiens 
de Jull j dans le Gouvernement de Chucuiro : 
c'eft-là qu'on les fait , pour les diftribuer enfuite 
dans la plupart des mines du royaume du Pérou. 
Cependant les mines qui non-feulement dé- 
fraient des dépenfes , mais qui deviennent même 
du plus grand avantage, font fujettes à des in- 
convéniens qui en interrompent les progrès. En 
effet , on perd quelquefois les filons qui fe divi- 
fent en nombre de ramifications très-fines, Ôc 
dont les extrémités ne préfentent plus aucune 
apparence de métal. Or, il faut en ces cas -ci 
beaucoup d'induftrie & de bonheur pour re- 
trouver le vrai filon , en travaillant fans aucune 
autre utilité que les recherches & les fouilles que 
l'on fait, dans l'incertitude même de retrouver 
le bon minerai. Les bancs que l'on rencontre, 
& qui fouvent font des roches très-dures par 
lefquelles le filon eft coupé, jettent dans la plus 
grande incertitude fur le parti qu'on doit pren»^ 
dre , vu qu'on n'en connoît pas l'étendue ; de 
forte qu'on ne fait fi on doit les percer pour 
fuivre les fouilles diredement, ou continuer en 
les côtoyant de droite ou de gauche. L'expé- 
rience a appris que quand on a paflfé ces bancs^. 

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le filon reprend avec autant de richefTe, & mêm^ 
davantage. Les couches de terre fujettes à s'ébou- 
1er ou à s'afFaiiTer , & qui conféquemment exigent 
beaucoup de pièces boutantes , de fupports pour 
être maintenues j les eaux qui gagnent en quan- 
tité , lorfque les fouilles font profondes , font au- 
tant d'obftacles qui contrebalancent la richeffe 
qui s'y préfente : il faut alors pratiquer des égoûts, 
des pui fards à grands frais pour chafTer les eaux : 
mais ces opératio^is ne fe trouvent pas toujours 
praticables. Ces inconvéniens , & nombre d'au- 
tres , diminuent dv>nc beaucoup le proHt , au 
point même que les entrepreneurs font le plus 
Ibuvent plus près de perdre que de gagner. 

Le travail eft exécuté par des Indiens & des 
Métifs, foit de gré, foit de force. La différence 
qu'il y a entre ces deux clafTes ,eft que les premiers 
ne font pas permanens , au lieu qu'on peut 
compter fur les autres. Quant au falaire , il eft 
égal pour ces deux claffes , & même avantageux. 
11 efl: réglé par le tarif public a quatre réaux , de 
la monnoie du pays ^ quoiqu'il y ait des mines , 
à Potofi par exemple, oii ces gens gagnent un 
pefo chaque jour qu'ils travaillent. On fe trompe 
généralement, lorfqu'on s'imagine que ce travail 
des mines eft des plus durs, & qu'il dépeuple 
ces nations : cela eft très- faux; car on voit les 
i^idiens qui ne font pas de la Mita^ ou donc ce 



Q V A T O H 2 X B XI e: Jlr*^ 

h^eft pas le tour à venir travailler , s'offrir volon- 
tairement; & que les Mitayos^ après avoir fini 
leurs heures de travail , demandent à le doubler , 
c'eft-à-dire de travailler jour & nuit pour gagner 
davantage : ils demandent même de continuer 
les jours fuivans. Les travaux qui s'y préfentent 
font ou fous terre, ou delTus. Ces derniers con- 
fiftent à conduire le minerais au lieu où on le 
broie, & les matières nécefTaires aux diverfes 
manipulations du traitement. On ne s'apperçoit 
chez ces Indiens d'aucune maladie, ni même 
d'aucune incommodité fenfîble. Ils ont pour ces 
occupations le falaire le plus avantageux & le 
plus ;)oi ^uellement payé : aucun autre ouvrage 
ne \ev ic^iendroit fi lucratif. Voilà pourquoi 
certain nombre de Mitayos refient aux travaux 
comme les volontaires , lorfqu'ils ont achevé 
leur tems d obligation. 

Cette corvée , ou Mita , cfl de fîx mois , après 
quoi on les relève par d'autres , pour les renvoyer 
à leur peuplade & cultiver la terre. Ils font alors 
difpenfés de ces travaux pendant deux ou trois 
ans , & même davantage , à proportion que les 
aidées , ou villages , fe font multipliés dans leur 
diflriâ. Mais on a toujours befoin de gens libres 
aux mines , outre ces Mitayos ; car une mine 
qui peut occuper fîx ou huit Mitayos , en pour- 
coit bien occuper quinze ou vingt, & plus , félon 



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r^jo Discours 

la nature des terreins que Ton fouille. Le froîdt 
de CQS contrées ne permet pas d'y employer les 
Nègres : ils y meurent promptement. Il n'en eft 
pas de même des Indiens, dont la conftitution 
eft faite à ces climats : auflTi y tiennent-ils fans 
aucun dérangement de fanté. 

J'ai dit plus haut que la confommation du mer- 
cure étoit la quantité proportionnée à l'argent que 
Ton tire , & que ce qui exccdoit , étoit ce qu'on 
appelloit perte. Selon cette règle, on peut tirer 
de l'argent fans perte, mais non fans confom- 
mation : ainfi, en tirant cent marcs d'argent, oti 
doit confommer cinquante livres de mercure, 
au moins. De-là eft venue l'opinion qu'une par- 
tie de ce demi-métal fe convertilfoit en argent j 
& l'on prétend la foutenir , en difant qu'on ne 
voit pas l'argent dans la plupart des minerais , 
comme on le voit dans \qs pacos ^ qui font de 
couleur de tabac , & les plus riches en métal. 
On fuppofe que le minerai contient des prin- 
cipes propres à fixer le mercure , & à le purifier 
de toute matière étrangère j que les gangues où 
Targent eft vifible , & qu'on appelle machacados y 
fe trouvent fous cette forme, parce que leur 
mine renfermoit les matières primitives du mer- 
cure en quantité proportionnée à leur richeflej 
qu'outre cette richefle actuelle , les matières qui 
yreftent mMées fe combinant avec le mercure. 



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quatorzième; $^1 

s*y incorporent au point de le fixer & de le ré- 
duire en argent. 

Mais cette opinion efl: regardée par les gens 
inftruits comme hafardée, ou plutôt comme une 
fuite de l'ignorance de ceux qui la foutiennent j 
car la perte du mercure eft due à d'autres caufes , 
fans qu'il foit befoin de fuppofer fa tranfmuta- 
lion , en raifon de fon mélange avec les parti- 
cules métalliques de la mine. On peut même 
conclure que iî l'on favoit d'autres procédés, on 
retireroit tout le mercure qui s'incorpore dans 
les amalgames. En effet , les favans Métallurgiftes 
de l'Europe , & qui ont à cet égard àes connoif- 
fances pratiques certaines , font furpris de la 
perte que l'on fait du mercure dans les mines 
de l'Amérique, & ne l'attribuent qu'au défaut 
de procédés plus direds & plus réfléchis pour 
le traitement de ces mines. 

On a réellement lieu d'être furpris que, depuis 
fi long-tems que les mines d'argent & d'or de 
l'Amérique font la plus grande richefie de 
l'Efpagne, on n'ait pas encore établi des labora- 
toires pour faire des effais , au moyen defquels 
on auroit acquis des connoiiïànces pratiques dont 
on auroit fait l'application pour traiter plus avan- 
tageufement les mines p?r le moyen du mercure; 
car on fait dans toutes les exploitations quel-* 
conques des pertes confidérables , faute de favoir 



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yji Discour* 

réparer direAemenc les corps étrangers mêles avecj 
le minerai. Tels font le vitriol , lantimoine « 
l'alun , le foiifre , l'orpiment , &c. , qui fe trou- 
vent d ordinaire unis à la mine d'argent, & 
qu'on eft obligé d'en féparer avant de l'amal- 
gamer avec le mercure. De ce défaut d'intelli- 
gence & d'ordre dans les procédés, réfultent 
toutes les pertes. D'abord, on ne lire pas du 
minerai tout l'argent , vu la matière étrangère 
qui y eft incerpofée ou mêlée , & comme en- 
chaînée j ce qui empêche l'amalguame exade , 
& l'extraûion totale des particules qui fe join- 
droient au mercure. Secondement , il ne fe fais 
même pas de véritable amalgame j ainH les ma- 
tières qui dévoient la faire s'échappent; le mer- 
cure divifé en particules . extrêmement fines & 
fugaces , s'écoule avec l'eau j Targent , qui ne le 
tencontre pas pour s'y joindre , difparoît en 
même tems. 

Si donc l'on parvenoit à purger le minerai 
d'argent des matières étrangères qui y préjudi- 
cient , & à opérer une véritable amalgame fans 
les opérations réitérées qu'on pratique, on évi- 
teroit cette grande confommation de mercure, 
& l'argent reviendroit à beaucoup moins , â 
proportion qu*on gagneroit par cette épargne j 
les mineurs n'elTuieroient plus ces frais , & nom- 
bre de mines qu'oi. Handonne > faute de favoi^ 



QUATORZIEME. 55 f 

en tirer quelqu'avantage , deviendroienc d'une 
utilité réelle , parce qu'on fauroit en tirer la 
qualité néceAaire , non-feulement pour l'indem- 
nite des frais , mais encore pour bénéficier : c'eft 
ce qu'on ignore : car, fuppofé que la confom- 
mation du mercure foit de douze onces par 
marc, ce font déjr. x ux de dépenfes pour 
cet objet, eu égard au prix qu'il coiue à i' tolî. 
Mais on auroit encore l'avanjage de ne pas 
tant dépendre du mercure pour obtenir l'argent; 
car toutes les fois qu'il manque, on eft obligé 
<le cefler les travaux , & d'abandonner les mines. 
£n diminuant donc la confommation du mer- 
cure , une quantité modérée fuffiroit pour plu- 
sieurs années , & rarement on feroit dans le casi 
ds ne pas en avoir affez. 

11 eft poflible que le produit des mines d'Al- 
maden décroifle : on n'a que trop d'exemples de 
ces inconvéniens dans les mines ^ or , ce rifque 
devient commun aux mines d'argent. Les guerres 
inattendues qui peuvent furvenir , expofent en- 
core à d'autres rifques ; mais on obvie à tout 
avec les précautions dont je viens de parler. 

Les mineurs s'appliquent le plus qu'ils peu- 
vent à connoître les minerais, & les meilleurs 
moyens de les traiter : mais lorfque ces mines 
tombent entre les mains de gens qui n'ont au- 
cune connoilTance préliminaire de la nature des 



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'354 Discours 

mines & des minerais; qui ne fe chargent de 
ces entreprifes qu'au ût auc d'autres occupations ; 
qui s'imaginent enfin que pour exploiter des 
mines il ne s'agit que de retourner la terre, lit 
fouiller, faire des percemens de coté & d'autre» 
jamais ces mines ne deviendront avantageufes , 
ou ce n'eft qu'après de grandes pertes pour les 
entrepreneurs j vu les procédés imparfaits dont 
ils ufent au hafard Se fans principes. Ceux qui 
s'occupent particulièrement de traiter le minerai 
ne font non plus que des gens de peu de talcns 
uniquement guidés par ce qu'ils voient faire à. 
d'autres plus verfés qu'eux dans ces travaux 
mais fans être capables d'en f^i'-e davantage, ni 
de raifonner par eux-mêmes , ^ encore moins 
de changer de procédés dans leur opération. S'ils 
connoiffent le minerai tenant argent, ils igno- 
rent les moyens de féparer exaûement & parfai- 
tement le métal des matières auxquelles il eft 
uni : or, c'eft-U, comme je l'ai dit, le point le 
plus important. Un Auteur refpedable de ce 
royaume, ôc habile mineur, n'ignoroit pas ces 
inconvénieiK : il prétendoit même avant moi 
qu'on pouvoir traiter les mines d'argent fans 
confommer , ni perdre aucun atome de mercure. 
Si l'on trouvoit le moyen de procéder ainfî , 
l'objet du mercure deviendroit auflî confîdérable 
pour la Monarchie , qu« l'argent qu'elle tire des 



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quatorzième; 5JJ 

mines qu elle podede y & elle s'alTureroit ces 
richelfes pour l'avenir, en fe les procurant flins 
aucune perce. Pour rendre ceci plus fenfible , je 
dois dire que certaines mines rendent confidé- 
rablemenc dans les effais en petit , tandis que 
le minerai traité en grand ne rend pas l'équi- 
valent des frais , & que d'autres mines ne ren-« 
dent que très-peu , en comparaifon des graiides 
dépenfes vju'elles exigent. 




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DISCOURS QUINZIEME. 

Des matières nécejfaires pour traiter la mine 
d'argent : /avoir du mercure & du fel ; & des 
mines de ces deux matières, 

XjE traitement des minerais cl*argent demande 
deux matières efTentielles , qui font le mercure 
& le fel. Sans ces matières il n'y auroit point 
d'amalgame. Le mercure les réunit, &c'eftde-là 
que réfulte ce que nous appelions incorporation. 
Le fel les difpofe à recevoir i'impreilion du mer-* 
cure, en les purifiant de nombre de particules 
étrangères qu'ils tiennent. Outre le fel , on em- 
ploie encore d'autres matières pour le même 
effet , félon que l'exigent les différentes fubf- 
tances qui s'y trouvent mêîées. Ce travail n'eft 
pas néceffaire pour les minerais qui fe traitent 
par le feuj mais il y a peu de mines qui fe 
prêtent à cette opération. 

Le royaume du Pérou a fur celui de la Nou- 
velle -Efpagne l'avantage de poiTéder une mine 
abondante de mercure. A vèt égard, il n'a jamais 

dépendu 



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Discours quinzième; 337 
(dépendu de i'Efpagne pour fes provinons nccef- 
iàires : en quelques occurrences il a même fourni 
laucre royaume de certaine quantité de ce demi- 
métal : ce fecours y étoit de (i grande impor- 
tance , que } fans cela , l'exploitation des mines 
y auroit confidérablement fouffert. 

La mine de mercure fe trouve dans le diftridb 
de Guancavelica , nom formé de Huanca vilca ^ 
mots particuliers à la langue des Indiens , & qui 
ibnt les noms de quelques-unes de leurs nations. 
Le mont où fe trouve la mine n'eft qu'à une lieue 
& demi du fiourg du même nom , qui fe trouve 
au pied : ceux qui l'ont vu & examiné , alTurenc 
qu'il a beaucoup de relTemblance ivec celui de 
Potofi. 

Mais la difpoHtion intérieure eil différente : 
celui de PotoH a certain nombre de bouches qui 
font les entrées d'autant de mines appartenantes 
a des propriétaires difFérens \ car les veines mé- 
talliques y font répandues par- tout , comme par 
ramiâcations. Celui de Guancavelica, au con- 
traire, n'a que quatre bouches du coté le plus 
haut , où s'élève la cime du mont , & trois ga- 
leries pour donner de l'air, & favorifcr l'écou- 
lement des eaux : non qu'il y ait des fources , 
mais il y entre des eaux en affez grande quantité 
par les écoulemens externes. 

Cette mine a peu d'étendue en longueur j elle 
Tome /, Y 



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confifte en un puits profond fans bure d'airage ; 
il n'a d'ucres ouvertures latérales que les bouches 
d'entrée dont j'ai parlé : il peut avoir 180 varas 
de tour , fur 60 de diamètre ^ la profondeur eft 
de 5 1 5 varas. C'eft dans cet efpace qu'étoient les 
minerais d'où Ton a tiré le mercure qm fit , dès 
l'abord » la proviitoA de ce royaume : on n'en 
trouve pas hors de ce puits. Il étoit autrefois 
très -abondant; mais, comme il a peu de di- 
menfion , il eft devenu une efpèce d'échafaudage 
intérieurement , vu le nombre des ais » des 
bandes , & des arc-boutans nécefTaires pour main- 
tenir la fpulle des terres, prévenir ainfi la ruine 
de la mine ; 6c qui ont pu échapper â l'aftuce 
des mineurs. Mais toutes ces parties boutantes 
diminuent de jour en jour, parce que c'eft de U 
qu'on tire principalement le mercure pour l'ufage 
ordinaire. Ce puits appartient à la Couronne. Ce 
qui contribue beaucoup au détriment de la mine, 
c'eft qu'elle a été cédée i des gens qui l'exploi' 
tentpar compagnie, la plupart deftitués de fonds; 
6c à des étrangers qui fe retirent là pour rentet 
fortune , mais fans connoître le moindre prin- 
cipe nécefTaire à l'exécution de ces fortes de 
travaux. Le Roi leur paie tant , pour chaque 
quintal de mercure qu'ils livrent, & leur avance 
les frais nécefTaires pour commencer les travaux. 
La capacité de ce .puits, autrefois rempli , en 



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QUINZIEME. 539 

grande partie , de mercure, ccoic alors un riche 
tréfor , ôc la mine n'en foufFroic aucune alté- 
ration : mais il n'en ell pas ainH aduellement ; 
le minerai n'a plus cette même richelTe. Le 
Bourg , qui eft alTez grand , fe foutient par les 
avantages qu'y procurent le mercure ôc le trcfoc 
royal. 

Les travaux s'y exécutent, comme dans les 
mines d'argent , par des Indiens m'uayos j ou 
obligés à leur tour, ôc par des gens libres ôc de 
bonne volonté, dont le nombre eft encore plus 
grand dans les deux claiïes. Le minerai eft au- 
jourd'hui très - pauvre , ôc ne rend par caxon 
que depuis une livre environ , jurqu'â a ^ ou ) 
livres , en réglant le caxon à (ix arrobes , ce 
qui fait une mefure différente de celle des 
caxons employés dans les mines d'argent. Les 
foibles rcdes qu'on apperçoit dans ce qui fub' 
(ifte des parties boutantes , rendent jufqu'à huit 
ou dix livres : mais lorfque la mine écoit dans 
toute fa richefle , on en tiroit jufqu'è vingt , 
trente livres par caxon. On appelloit cela métal 
d'Apunchao , c'eft-à'dire, félon l'Ijidien^ mi" 
nérai riche» 

On remarque encore ici la même circonftance 
dont nous avons fait mention , concernant la 
Ikproduâion du métal. On voit eni effet, à 1% 
fupecficie des endroits abandonnés depuis èo ou 

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540 Discours 

80 ans, que l'on veut exploiter de nouveau, une 
croûte ou couche plus ou moins épailTe, dont la 
partie métallique eft très -riche : lorfqu'on a en- 
levé cette croûte , il ne refte qu'une pierre d'iin« 
nature métallique , mais qui ne contient pas de 
mercure, ou le peu qu'il y en a ne mérite aucune 
attention. Ceci donne lieu de croire que la qua- 
lité qui ie retrouve eft poftérieure à l'époque a 
laquelle on avoit abandonné la mine ; car ii on 
a quitté cette mine , ce n'a été fans doute qu'à 
caufe du peu de qualité qu'elle avoit alors. En 
efFet l'avidité du gain a toujours prédominé, Se 
l'on n'a jamais renoncé aux travaux tant qu'ils 
n'ont pas été infrudueux ": d'ailleurs , on n'aban- 
donne jamais une fouille quand la veine de 
minerai n'auroit que l'épaiffeur d'urie vara , ou 
environ ; & l'on a fait des fouilles très-profondes 
pour en tirer des minerais, qui, fans contredit, 
ti'avoient pas la qualité de ceux qu'on y ren- 
contre aâuellement. Si ce phénomène n'avoir 
lieu qu'en une partie de terrein , on pourroit 
regarder cela comme un effet de pur hafard : 
mais on l'apperçoit dans tous les lieux où Ton 
travailla autrefois , ôc même à des époques dont 
on fe fouvient a peine. On a donc droit de pré- 
fumer que la qualité eft poftérieure à ces tems-là, 
&' de nouvelle produdion ^ ce qui femble aufH 
prouvé par le peu d'épaiffeur des croûtes. 



Q V I N Z I s M s.' 341' 

La gangue où le mercuie fe fixe» efl: une pierre 
qui a un œil 6c un grain particulier. Lorfque 
cette gangue ne tient point de mercure y elle 
apprend au moins qu'en fouillant plus avant, 
ou en levant quelques croûtes , on rencontrera 
le cinabre naturel , qui eft cette même gangue 
dans laquelle le mercure & le foufre fe font 
réunis & incorporés. C'eft ce que nous appelions 
minerai de mercure > pour la diftinguer. de toute 
autre gangue qui n'en contient pas,& que nous ap- 
pelions de/monte j ou gangue Jlérile j femblable au 
fchite. D'après ceci , on peut conclure que quand 
le métal utile eût été tiré du minerai mentionné 
Cî-devant, celui-ci fut jette & abandonné avec 
les déblais qu'on jetta là des endroits voiHns. 
Les particules métalliques primitives qui confti« 
tuent le mercure s'élevant comme en vapeur du 
fond des fouilles , pénètrent les pores de la 
gangue abandonnée, qui eft naturellement dif- 
pofée à les recevoir , & s'arrêtent ainfî à la fu- 
perficie , n'ayant plus d'autre matière où elles 
puilfent continuer leur circulation. En s'uniiTant 
avec la pierre , elles en changent la couleur 
fombre, & lui en donnent une rouge plus ou 
moins vive , proportionnément aux molécules 
mercurielles & fulfureufes qui s'y réuniffent; 
de forte que la gangue ftérile fe furcharge de ces 
principes , & le cinabre s'y forme. Il réfulte de 

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54* D I s c o V R s 

ces obfervations , que plus il s'eft écoulé de tenis 
depuis que ces déblais ont été abandonnés , plus 
la croûte que Ton rencontre tient de mercure. 
Les molécules mercurielles font quelquefois fî 
abondantes à Tune ou à l'autre partie de la gan- 
gue métallique, qu'elles n*ont pu y refter fixes 
& s*y incorporer : c*eft pourquoi on les trouve 
fous leur propre forme ^ de forte qu'en frappant 
cette gangue contre un corps dur , le mercure 
en tombe en petits globules , comme de la pigna 
d*argent lorfqu elle ed en pâte , & qu'on la 
prefTe, fans même y faire autre chofe. Les pierres 
€|ui contiennent du mercure fous fa propre forme , 
ont une couleur de plomb brillant , qui tire fur 
le rouge , & l'on y apperçoit des filamens fem- 
blables aux cryftallifations fines qu'on rencontre 
ordinairement dans les mines. 

On trouve parmi les déblais qui ont été fournis 
à l'aâîon du feu lors des anciennes exploitations , 
plufîeurs pierres qui contiennent du mercure. 
Cette circonftance a fût préfumer que la pierre 
où il fe trouve eft naturellement la matière ou 
le mercure fe fixe, comme on l'a dit à l'é- 
gard des mines d'argent. On compare , donc 
cette pierre avec l'éponge qui reçoit l'eau dans 
fes pores : l'air, dit -on, y dépofant les molé- 
cules fulfureufes & celles qui conftituent le 
uiercure, ces deux fubftances y contradent cette 



Q V I K Z I E M E.* 54) 

forte d'union qu'ils ont dans le minéral. Que 
cette opinion foit ^ lal, , ou que cela vienne de 
ce que la pierre n'avoit pas été totalement 
épuifée lorfqu'on en fit le traitement ,' il n'eft 
pas moins vrai que pludeurs mineurs ne s'oc- 
cupent qu'à recueillir Se à traiter ces déblais , 
Içrfque les fouilles ne répondent pas à leur ef- 
poir, & qu'ils tirent du mercure de ces ma- 
tières abandonnées. 

Si Ton ouvre les folfes profondes des mines 
^qui s'étoient bouchées depuis long-tems avec les 
déblais, il en fort un air mortel qui tue fur. le 
champ ceux qui le refpirent. Cette vapeur préfente 
pluHeurs particularités remarquables : on l'appelle 
umpe. On ne peut reconnoître dans fa péfanteur & 
fon élafti^té, d'où lui vient cette funefte propriété. 
£n introdqifant avec art un baromètre dans une 
des foffes où il y avoit de cet air , on n*y apper-* 
çut aucune variation fenfîble; le metcure refta 
où il étoit , auparavant , dans une fôfle qui ne 
contenoit pas la même vapeur, & à la même 
profondeur. Cette vapeur méphitique agit fi 
promptement, qu'en y préfentant trois chan« 
délies , qui , jointes enfemble Se allumées , don- 
noient une grande lumière , elles s'éteignirent 
audi-tôt qu'elles furent approchées de la vapeur > 
fans même qu'on apperçut à la mèche qu'elles 
euffent été allumées : on n'apperçut pas plus d« 

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variation au thermomètre ni aux autres Qualités 
de l'air, comme la féchereiTe , Thumidité , & 
autres , dont lodorat peut être afTeâé. Malgré 
cela, loifque les travailleurs ouvrent par hafard 
une ancienne fouille obftruée , ils tombent morts, 
Se la plus grande diligence ne peut les fauver. . 

Il ne faut même pas faire une grande ouver- 
ture pour être expofé à cet accident^ il fuffit de 
donner jour à la vapeur avec un coup de pic 
ou de pince en travaillant. Les ouvriers ont foin 
de ne pas refpirer en frappant ou piquant , lorf-^ 
qu'ils préfument être près de faire quelque 
ouverture. S'ils en ont fait une , ils y introduifent 
une lumière avec une perche , aufli ayant qu'ils 
peuvent j fi elle ne s'éteint pas , c eft une marque 
qu*il n'y a pas de méphitifme : mais s'il y en 
a, elle s'éteint, & la vapeur fe répand auiïi-tot 
dans tout l'efpace où cela arrive. 

Il eft fort difficile de rendre ralfon de cette 
qualité de l'air, laquelle ne paroît pas dépendre 
de fa pefanteiir ni de fon étafticité ^ mais on fait 
que cette vapeur fe reproduit , & a un mouve- 
ment par lequel elle pafle d'un lieu à un autre 
dans ce même air ; ce qui eft prouvé , en ce 
qu'elle fe manifefte inopinément où on ne l'avoit 
pas reconnue auparavant. On voit, au moment 
où Ion y penfe le moins , que les lumières s'é- 
teignent y mais alfez fîngulièrement. La âamme 



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QUINZIEME. 54{ 

fe répare d'abord de la mèche avec beaucoup 
de vîcefTe , & , après s'être élevée , retombe fur 
cette mèche, ce qui arrive pludeurs fois de fuite; 
enfin elle en difparoît entièrement. La diftance 
à laquelle la flamme s'élève eft d'environ un 
huitième de varaj fans lailïer aucune marque de 
combuftion à la mèche ^ mais lorfqu'elle s'élève 
plus haut, c'efl: une marque qu'il y a beaucoup 
de méphitifme dans le local , & elle s'éteint au 
fécond ou troisième faut. Dès que la vapeur eft 
répandue à ce point, il eft impoflible de refler, 
fans rifque , dans cet efpace ; mais fi elle s'y ré- 
pand fubitement, on y tombe mort fur le champ. 

On apperçoit la propriété que cette vapeur a 
de fe mouvoir, en ce que tantôt elle fe tient 
dans les cavités où on la découvre, tantôt elle 
fe jette dans la galerie par où l'on eft entré, & 
s'y répand tous les jours de plus en plus. On 
obferve encore que fi l'on tient à la main une 
lumière dans un efpace où n'eft pas cette vapeur, 
ôc qu'on porte le bras dans l'efpace où elle eft 
répandue , la lumière s'éteint autant de fois qu'on 
l'y porte , après l'avoir rallumée avec une chan- 
delle que l'on tient de l'autre , mais dans un ef- 
pace qui n'eft pas méphitifé. ' 

Ceux qui fe font trouvés , fans y penfer , dans 
un efpace où s'étoit répandue cette vapeur à un 
degré fupportable , ont éprouvé une formication 



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f onfidérable par tout le corps , fur-tout aux extré* 
xnicés, à la face> à la tète^ de la furdité, des 
tintemens d*oreilles, une boufiffure aux yeux , qui 
fembloient leur fortir des orbites. Or , ce font-U. 
les mêmes effets qu'éprouvent les animaux dans 
la machine pneumatique. 

Comme on a voulu s'affurer (î les effets de 
cette vapeur avoient pour caufe une femblable 
rarcfaâion de l'air, voici les expériences qut 
ont été faites dans deux endroits différens, oh 
elle étoit répandue au point d'éteindre les lu^ 
mières. On mit donc un linge devant la bouche 
Se les narines d'un homme qui fe décida à y 
defcendre , & il alla y pofer le baromètre en re^ 
tenanc fon haleine : auflî-tôt il remonta. L'inflru- 
ment étoit a quatre varas en avant dans la vapeur. 
Cet homme alloit voir fî l'inftrument varioit ; ce 
qu'il pouvoit faire à la faveur d'une lumière qui 
étoit éloignée latéralement de deux varas de la 
vapeur. II obferva que Je mercure reftoit fixe i 
17 pouces, une ligne & demie. L'inftrument re- 
tiré de-lâ , Ôc placé à l'air au même niveau , fît 
voir le mercure fixe à 17 pouces & demi, ce qui 
ne diffère que d'une demi-ligns. Or , cette dif* 
férence ne peut être affurément la caufe de la 
propriété meurtrière de cette vapeur. 

On fît la féconde expérience dans un endroic 
où la vapeur éteignoit pareillement toute liH 



QUINZIEME. '^J^f 

tnlère , dans la cavité la plus profonde de la 
mine appellée le Trou- noir. ( Hoyo negro ) Le 
mercure y refta Hxe à 1 7 pouces , deux lignes un 
quart : on y introduifit en même-tems un ther- 
momètre, & il ne varia pas du point où il ctoit 
fixe au- dehors. On voit donc que la qualité nui- 
(îble de cet air ne vient pas d'une grande raré- 
faction , ni de moins de pefanteur que celles de 
lair atmofphérique de cette hauteur : il n'y avoit 
xlans ces lieux-ci qu'une entrée, fans aucune autre 
communication. 

La manière dont on peut faire ufage pour 
difliiper ce gaz , efl: de pratiquer une autre ou- 
verture dans l'endroit où il réHde, de manière 
que l'air puilTe être mis en mouvement , car on 
a lieu de croire que cette propriété nuiHble ne 
vient que du trop long repos dans lequel il eft 
refté. Il n'eft pas facile de déterminer H ce défaut 
de mouvement eft ce qui lai ote fon élafticité 
totale ou partielle j mais cela nous apprend au 
moins que l'air contraâe dans cet état de repos 
abfolu, une qualité nuifîble a la vie^ &: lu promp- 
titude avec laquelle on la perd dans cet air en 
cft la preuve. 

Cette propriété fingulière de l'air n'eft pas in- 
connue en plufieurs endroits de l'Europe j on l'a 
reconnue dans des puits peu profonds , dans la 
Grotte du chien , en Italie. Mais la clôture ab« 



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54^ Discours 

fol lie des foifes n'eft pas ce qui peut feul donnéf 
cccce qualité a l'air, car il eft rare de trouver des 
puits où l'air ait cette propriété dangereufe : ce 
qu'on peut dire audi à l'égard des mines. Les 
endroits où ce phénomène fe fait fur-tout remar- 
quer, font ceux d'où l'on tire quelques riches mi- 
nerais , ou bien d'où l'on en a tiré. Il eft donc 
probable que les molécules des métaux qui y font 
contenus , donnent cette funefte qualité à l'air 
dans lequel elles s'exhalent. Il ne feroit pas im- 
poHible que la matière ignée , ou la matière 
cleârique , dont les molécules fe répandent dans 
Tair , foient abforbés dans les minerais , & que 
la lumière ne puifTe, pour cette raifon, fe main- 
tenir dans l'air de ces mines , où elle eft privée 
des particules nécefTaires pour l'entretenir 6c l'a- 
nimer : pour lors , les effets dont je parle auroient 
lieu fans dépendre d'aucun changement, ni dans 
la pefanreur , ni dans l'élafticité de l'air. 

On n'a pas remarqué que les travailleuçs 
fe trouvaifent attaqués du mercure dans cette 
mine, comme on le croit communément. Cet 
accident étoit plus ordinaire autrefois ^ on l'attri- 
buoit à deux caufes : premièrement à la plus 
grande richefTe de la mine; fecondement a la 
méthode de tirer le minerai de la fouille avec le 
pic ; la pouilîère ne pouvoir manquer de s'in- 
troduire dans le fang par la refpirationj & rea- 



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Q U I N Z I 1 M E. 54^ 

doti ces gens malades. Ceux que le mercure at- 
taque aujourd'hui font en petit nombre , & ce 
n'eft qu*aux fourneaux , dans le tems qu'ils les 
chargent; car ils y entrent lorfque tout eft extrê- 
mement chaud : mais le minerai n'ayant plus 
cette richeffe ancienne, il e(l rar^ que les tra- 
vailleurs éprou>rent ces accidens. 

Quand l'un ou l'autre en eft pris , il a recours 
si un remède fort facile a faire, Se il eft bientôt 
quitte du tremblement de tous fes membres. Il 
pafTe, tout épuifé & extrêmement maigre, dans 
Tune ou l'autre des Quebradas d'une tempéra- 
cure chaude j là , il s'occupe à cultiver la terre 
proportionnément à fes forces; il fue beaucoup, 
& par le moyen de cette fueur , il poufle au- 
dehors le mercure dont il eft imprégné, 8c fe 
rétablit : bientôt il revient aux travaux en pleine 
fanté, fans même y être contraint. 

On a cru pendant certain tems que les mines 
de mercure étoient audi communes au Pérou que 
les mines d'argent. 11 parut en conféquence une 
Ordonnance , qui défendoit à qui que ce fût d'ou- 
vrir aucune fouille dani les endroits où les appa- 
rences faifoient préfumer qu'il y avoir du mer- 
cure ; le but étoit de maintenir les droits du Roi : 
mais au moment où l'on avoir le plus befoin de 
ces nouvelles exploitations , par le décroilTemenc 
de la mine de Guancavelica, on reconnue l'erreur. 



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$$e Discours. 

ôc le peu d'intelligence avec laquelle on avoit jugé 
de ces prétendues mines. Quelques peines que 
Ton ait prifes , en cédant à l'impulHon de la cu- 
pidité & à lappât de la matière , on a été trompé 
par-touc , & enfin convaincu que ce qu'on avoic 
pris autrefois pour des mines de mercure, étoic 
des mines de fer & d'autres matières analogues , 
dont la couleur étoit rougeâtre : ce qui fut prouvé 
par les efTais les plus exadfcs que l'on en fit. 

Les mines qu'on vint déclarer avoir été trou- 
vées en différentes provinces , celles du royaume 
de Chili, n'ont pas plus donné de marques de 
la préfence du mercure que les autres. 

La providence fe fait fans doute reconnoître 
vifiblemenc à cette rareté des mines de mercure. 
Cette matière , moins utile (|tie les autres fubf- 
tances métalliques par fa fiuidité & fon inftabi- 
iité , ne fe trouve qu'en peu d'endroits , en corn- 
paraifon des mines d'or & d'argent qui font ré- 
parties dans les différentes parties du globe. L'A- 
mérique a été la plus favorifée à cet égard , 
tandis qu'au contraire la mine de mercure s'y 
réduit a une feule ; elle fîiit la troisième de celles 
qu'on connoît fur le Globe j les deux autres font 
celle d'Almaden , en Efpagne, & celle de-Triefte 
dans le Frioul j s'il s'en trouve d'autres, elles font 
prefque inconnues , & de peu de confidération. 
Il n'y en a pas dans l'Amérique feptentrionale , 



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quinziimC )5r 

cù les mines d'argent ne font pas moins riches 
que celles du Pérou, comme le prouve la quantité 
qu'on en tire tous les ans. 

Le mercure s'emploie pareillement pour le 
traitement des mines d'or, quand ce métal eft 
en Cl petites parties qu'on ne peut l'avoir par la 
fonte, ou par le lavage. Depuis quelque tcms on 
s*en fert X Portobelo , où l'on a découvert des 
mines d'or, dans les montagnes voifmes. Selon 
l'opinion de gens intelligens , ces mines promet- 
tent de plus grands avantages , à mefure qu'on 
en poulie les travaux : mais, comme on n*y em- 
ploie pas de mercure, ces mines rendent peu, 
au grand détriment de ceux qui en font les 
maîtres. 

Les mines font pourvues de fel dont elles ont 
befoin, ou par celui qu'on tire de la mer, ou 
pat celui qu'on tire des mines mêmes de cette 
matière, félon qu'elles rendent plus ou moins , 
& félon le giflement des couches. Le fel eft pour 
ces ouvrages d'une très-grande épargne dans les 
dépenfes; au lieu qu'il coûte beaucoup à celles 
qui fe trouvent Fort éloignées. Il y a dans ce pays 
un avantage conHdérable à l'égard du fel : c'eft 
qu'il ne demande aucun travail ni aucune In- 
duftrie; il fe forme de hii-mème, ou la Nature 
le fait cryftallifer fpontanément , & l'on n'a d'autre 
peine que d'aller le prendre. La mer voiiîne da 



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J51 Discours 

diftrid du Bourg de Chilca , dc'pe. aant du 
Corréa'idorac de Cagnète j baigne , 1 marée mon- 
tante, des vallées formées par des éminences peu 
élevées , ôc laiiTc dans les fonds plufieurs lagunes 
dont l'eau e(l continuellement renouvellée. La 
qualité du fol donne lieu à la crydallifation du 
fcl qui y eft contenu j il y eil même fi abondant, 
qu'une grande partie du pays s'en fournit j mais 
perfonne n'a permiilion d'en tirer que les Indiens 
de ce Village , & ce font eux qui s'occupent de 
le tranfporter où il en faut. On trouve encore 
d'autres falines naturelles le long de ces cotes. 

La partie haute du Pérou , qui paroît être 
comme un dépôt de minéraux formé par la 
Providence , a aufli des mines de Tel où l'on 
obferve la même difpoHtion , la même ilruâure 
que dans les mines des métaux ^ on y a pratiqué 
des entrées régulières , & l'on y trouve le fel en 
blocs durs. Se continus comme la roche. On le 
décache avec des pics , en ma(Ies de certaine grof- 
feur , proportionnée à la force des animaux qui 
doivent le tranfporter aux villages & aux fon- 
deries. La forme extérieure de ce fel en impofe 
au premier afpeéb^ car il reifemble à une pierre 
de couleur violette fombre, parfemée de rayons 
jafpés. On ne le vend pas au poids ni à la me- 
fure, mais par maffes : or, ces maifes diffèrent 
peu entcelles. On trouve de ces mines de fel 

prefque 



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e encore 



quinzième; 55^ 

prefque par-couc ces pays : ce qu'il y a de plus 
iingulier à remarquer, c'efl: fon excrème dureté , 
fa couleur, & qu'il foie dans ces monts, auHi hauts 
que ceux ou gilTent l'argent où le mercure : ce 
qui ell fans doute crès-furprenant. 

Il ne faut pas omettre ici que les richefTes , ôc 
fur-tout l'or dont on tira une Ci grande quantité 
de rifle de Saint-Domingue & de Cuba, dans 
les tems voiiins de la conquête, ne fe trouvent 
plus que très -rarement : on ne voit plus dans 
Cuba que des vertiges d'anciennes mines , qu'on 
ne connoît aâuellement que de nom. 

Il y a près de la Havane , du côté de fiacuranao , 
des monts peu élevés , où l'on rencontre un 
endroit qu'on appelle la mine. Il y en a réelle- 
ment une , mais elle n'eft pas en valeur , 6c ne 
paroît pas l'avoir été depuis long - tems j ce qui 
eft commun aux autres. Cependant on fait qu'on 
trouve de l'or en pondre -Ôc en paillettes , en la- 
vant les fables du petit ruifleau à' tfcambray ^ 
qui eft à trois lieues de Sainte-Claire j dans flT 
Commune de Manicaragua, On en dit autant 
de quelques autres ruiffeaux de la Jurifdidfcion 
de la Trinité i & de ceux qui font du côté de la 
Ville de Holguin, Mais tout ceci n'eft rien en 
comparaifon de ce qu'on rapporte dQS richefles 
anciennes. Ce qu'on en trouve adluellement à 
Saint Domingue n'eft pas plus confidcrable , & 
Tome I, Z 




jf: 

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?54 Discours quinzième. 
Ton peut en dire autant de tous les lieux d'où 
l'on tira tant d'or, à l'époque de la découverte 
de ces vaftes contrées. 

Les François préfumant que la Louyfiane avoit 
le même fol que celui de la Nouvelle-Efpâgne , 
s'y tranfportèrent pour y former des habitations , 
aux dépens de la vie d'un grand nombre de per- 
fonnes qui y périrent dès l'abord : mais l'efpoir 
qu'ils avoient d'y trouver des mines d'or ik. d'ai- 
gent fut trompé j & , malgré les reines incroyables 
qu'ils prirent , ils .ne trouvèrent que quelques 
mines de plomb & de cuivre du côté des Ilinois, 



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les lieux d'où 



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^elIe-Efpdgne , 
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: mais l'efpoir 
is d'or & d'ai- 
les incroyables 
que quelques 
)té des Ilinois, 



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DISCOURS SEIZIEME. 



Des Fojjiles ^ & particulièrement des 
Pétrifications, 



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iEs hommes ont toujours regardé comme une 
de leurs principales occupations , la connoif- 
fance du pafFé , fondée fur les témoignages les 
plus fenfibles : plus las objets leur ont paru éloi- 
t^nés dans l'antiquité , plus ils ont fait d'efforts 
'<. de recherches pour arriver au but. Animes 
par ce defir , ils n'ont omis aucuns foins , & leur 
confiance a le plus fouvent triomphé à^s obftacles. 
De nos jours, ne voyons-nous pas des gens de 
différentes nations parcourir \qs deux hémifphères, 
pour examiner d'abord les faits confacrés dans 
l'hiftoire des tem.s connus, & ne négliger en- 
fuite aucune région pour y faire de nouvelles 
découvertes , & augmenter la maffe de nos con- 
noiffances. On a mis à contribution tous les mo- 
numens de tous les genres : roches , cippes , co- 
lonnes, ruines , médailles , entrailles de la terre, 
débris d'animaux, de végétaux j couches de terre, 

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55<> Discours 

leurs efpèces, leur varictc , leurs rapports, leurs 
diflcrences dans legiffement, la couleur, le mé- 
lange , tout enfin a fetvi à étendre la fphère de 
la raifon humaine , & à lui donner au moins 
quelques apperçus concernant la ftrudure , l'an- 
tiquité ôc les révolutions du Globe. 

Peifonne n'ignore que les chbfes font dans une 
révolution continuelle , & qu'elles ne montent 
au plus haut point que pour en defcendre alter- 
nativement avec autant de célérité , & arriver 
enHn au terme de leur ruine. Ces révolutions en 
prouvent fans doute alfez l'inftabilité. Les em- 
pires les plus fameux ont difparu , comme une 
fumée qui fe diiîipe dans l'air : il ne refte plus 
rien de ces villes immenfcs Se faftueufes de l'an- 
tiquité : leurs marbres , leuis bronzes mêmes fe 
font anéantis , leurs fondemens femblent n'avoir 
été qu'un jeu de l'imagination, une pureillufion. 
Les Nations qui les habiroicnt font encore moins 
connues actuellement fur la furEice du Globe : 
ce Globe ne préfente pas plus de ftabilité dans 
fes parties individuelles j tout y travaille, tout y 
agit; une matière attaque l'autre, la fibjugue, 
fe l'approprie , l'abforbe totalement. Ces monts 
énormes , dont la mafle effraie , & qui paroilfent 
hors de toute atteintes, n'éprouvent pas moins 
le pouvoir des années , des altérations infeniib^es, 
ôc quelquefois très-fubites : leurs cimes, ou s*é- 






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SEIZIEME. 557 

croulent par parties , ou r.'afFaiflent fur leur propre 
bafe. Les rivières changenc de cours , ou difpa- 
roilfent, deviennenc moins profondes , forteiic de 
leur lit , couvrent des plaines , y forment des 
lacs. La mer même quitte une contrée pour fe 
jettcr dans une autre , où elle engloutit tout , 
abforbe tout. C'efl: ce que prouvent lei plages 
abandonnées , le3 golfes , les promontoires ac- 
tuellement éloignés de Ka merj les Ifles, dont les 
unes difparoiiïent foit en tout, foit en partie, ou 
qui paroiiïenten s'élevant fubitement du fein des 
ondes j ces côtes immenfes , où les arbres pétri- 
fiés, les oflemens innombrables d'hommes & 
d'animaux , attellent les anciennes révolutions. 
Tel eft donc le cours ordinaiie des chofes , le 
pouvoir du tems , & l'effet des vicilîitudes con- 
tinuelles de la terre. 

Ces révolutions , qui fe préfentèrent par-roiit , 
ont porté l'homme curieux à connoître ce <]iû 
s'eft paflc de plus remarquable dans le !iionc\^ , 
afin de s'inftruire exadtement de fon état pri-. 
mitif, & de fuivre , s'il éroit poûiblc , depuis 
cette époque jufqu'n nos jours , la chaine des 
évènemens qui ont laiffé le Globe dans fon état 
actuel, après avoir paflfé fuccefîi/ement d'un de- 
gré à l'autre. La raifon n'a pas ttc fatisfaice des 
détails que l'antiquité nous a tranfmis, foi»- que 
Tenfemble en fût trop borné, foit qu'on n' • vit 






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358 Discours 

pas îifTez de clarté, foit enfin qu'on ait eu lien 
de prcfumer que les traditions ;ûent été altérées 
par des récits fabuleux , dans lefquels le faits 
véritables ont été obfcurcis. D'ailleurs, on veut 
être convaincu par des preuves fenfibles, qui dif- 
fipent les doutes réfultans de ces anciennes tra- 
ditions. On a donc cru devoii s'en tenir aux 
traces qu'on appercevoit fur le Globe , & qui 
pouvoient devenir une route aflurée pour ne pas 
s'égarer au milieu de ces révolutions. 

Je ne parlerai qu'en palfant de la générofîté 
avec laquelle le Roi de Danemarc a envoyé plu- 
fieurs favans de fon royaume en Afie, pour pafTer 
enfuite en Afrique, ôc s'iiiftruire dans ces parties 
de la terre , des diflrérens points d'antiquité qu'il 
leur avoir été prefcrit d'examiner. C^ articles 
formoientun volume i/2-4"., même aflezconfidé- 
rable. Pour augmenter ces richelTes, ôc lès rendre 
plus importantes, on avoir invité les académies 
& les fociétés favantes de l'Europe à propofer les 
queftions qui leur paroiffoient mériter d'être 
éclaircies , pour être remifes a l'examen des 
voyageurs. Cette expédition , dont tcus les favans 
attendoient la réuflîte, n'a malheureufement pas 
été conduite à fon but, par la mort des favans 
voyageurs : un feul échappa au danger , à l'in- 
tempérie des climats , ôc foutint avec fuccès les 
fatigues du voyage. Malgré ce contretems fi 



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SEIZIEME. 359 

fâcheux , on a été fatisfait , à certain point , des 
réfultats qu'on a eus , quoiqu'il y ait lieu de croire 
qu'on n'ait pas acquis tous les éclaircilîemens 
qu'on defiroit. 

Plufieurs particuliers ont entrepris d'eux-mêmes 
de faire des recherches dans l'antiquité , & les 
ont communiquées au Public. L'envie de s'inf- 
truire leur a fait braver les peines , les incom- 
modités , les dangers des voyages. 

Les Indes Efpagnoles n'ont pas été dans le 
même cas que les autres parties du Globe , & 
cela pour deux raifons : la première , c'eft -que 
ce font des contrées connues depuis peu j la 
féconde , c'eft qu'on n'en avoir abfolument au- 
cune connoiflance avant la découverte du quin- 
zième fiècle , & qu'on ne peut citer aucun Au- 
teur ancien qui fourniire le moindre éclaircifTe- 
mentfur les particularités de ces contrées. Comme 
elles font totalement féparées des trois autres 
parties du Globe, au moins, félon ce cu'on en 
a fu jufqu'ici , elles n'eurent ai.cune part aux 
grands évènemens qui fe pafsèrent fur les autres, 
depuis le renouvellement total de la terre après 
l'époque du déluge, ôc elles reftèrent abfolument 
libres pendant une longue fuite de ficelés. 

L'époque la plus reculée qu'on connoifle des 
évènemens qui s'y font patTés , ne remonte pas 
plus haut qu'au premier des treize Incas , à l'égard 

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f<5'o Discours 

du Pérou , où cette famille régnoit au tems de la 
découverte. En donnant donc 30 ans de règne à 
chacun de ces Rois , lepoque ne remonteroic pas 
à 400 ans, mais à 590. Si l'on déduit cette 
fomme de 1525, année de la conquête, on aura 
1135 pour l'année de l'Ere chrétienne, à laquelle 
jremonteroit la première date des évènemens 
connus dans le Pérou, c'eft-à-dire actuellement 
à fix fiècles & demi environ. 

On voit donc que tout a fubfifté dans ce pays 
comme dans un cahos , où l'on ignore abfolu- 
nient ce qui s'eft paffé parmi les habitar'?, pen- 
dant le long efpace de plus de quatre mille ans, 
11 faut encore obferver que ce qu'on dit des 
quatre premiers Incas n'eft fondé que fur la tra- 
dition des Quipos. On n'a donc que très-peu de 
connoilfance fur ces pays, ni aucun indice qui 
puilTe en faire appercevoir même confu£ement 
les anciennes révolutions, 

La réforme totale de l'ancien monde , & fon 
renouvellement complet opéré par le déluge 
univerfel , fut comme une féconde création : à 
peine exifte-t-il une Nation qui n'en ait confervé 
certaine idée , quelque confondue qu'y foit la 
vérité avec le menfortge. Les peuples les plus 
barbares que l'on connoiife , en ont une notion 
obfcure. Quant aux Indiens de l'Amérique, plu- 
sieurs Auteurs aiTiirent qu'au tems de la conquête , 



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SEIZIEME. ^6l 

il fe trouvoit encore chez eux quelque tradition 
de ce grand événement, quoique très- altérée & 
très-obfcure j mais il ne refte plus à préfent chez 
eux la moindre idée qui puifle donner lieu de 
croire que cette tradition y exiftoit alors. Conquis 
ou non conquis , civilifés ou fauvagcs , ils n'en 
ont pas la moindre notion; c'eft fans doute l'effet 
de rindifîérence avec laquelle ils envifagent le 
cours de la vie, comme je le dirai ailleurs. Ainft 
ils ne favent ce que c'eft que ce déluge , quels 
en ont été les horribles effets ; ils ne font même 
pas capables d'y rien comprendre , quand on le 
leur expliqueroit. Ceci n'eft pas étonnant dans 
des peuples qui n'ont d'autres notions que celles 
de la vie purement animale , & le fouvenir feul 
des Incas leurs anciens Souverains ; époque la 
plus reculée à laquelle remontent les idées qu'ils 
peuvent fe former àes anciens tems. 

Les Hifloriens & les Antiquaires fe font parti- 
culièrement occupés des recherches relatives aux 
preuves qu'on pouvoir avoir du déluge, de ma- 
nière qu'on ne pût les confondre avec les fignes 
des révolutions poftérieures à cet événement. Or, 
ces preuves fe font préfentées en fi grand nom- 
bre , qu'il n'elt plus po/Tible de les compter. On 
a tire des cimes les plus hautes du Globe , & 
même de leurs roches les plus dures, des poifTons 
matins qui y étoient enclavés & pétrifies dans 









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5^1 Discours 

la maffe du rocher : pluHeurs de ces poifTons 
étoient confervés dans un état où l'on remarqiioit 
l'épine du dos & la têtej le refte du corps & les 
écailles y paroKfoient encore dilliiidtement, même 
avec le poli qu'elles ont fur l'animal vivant. On 
a de même trouvé dans ces montagnes des co- 
quilles pétrifiées de diverfes efpèces , les mêmes 
que celles qui croifiTent dans la mer, & diffé- 
rentes en tout des coquilles des limaçons de 
terre & de moules de rivières. Ces roches ont 
aufli préfenté des madrépores , des coraux rouges 
& blancs , & toutes les efpèces de plantes cou- 
nues comme des produits du fond des mers. Or , 
ces produits difFérens étoient renfermés dans le 
cœur de ces pierres : il faut donc c]u'ils y aient été 
portés dans des circonftances bien différentes de 
l'état aduel du Globe. 

Les montagnes de la partie haute du Pérou 
furpaflent , comme je l'ai dit dans le fécond 
Difcours, toutes les cimes les plus élevées du 
Globe. On n'a pas examiné ces premières comme 
les autres , c'eft pourquoi l'on doute encore li 
l'on y trouveroit les mêmes lignes de la préfence 
des mers , vu que ces monts font d'ailleurs peu 
fréquentés par des perfonnes inftruites. On re- 
connut la partie qui s'étend dans le royaume de 
Quito , lorfqu'on mefura les degrés du méridien , 
pour déterminer la figure de la terre. Mav; 



SEIZIEME. 36 J 

quoique ces montagiu ; aient été parcourues à 
cette occafion, l'on n'y découvrit aucun veftige 
qui pût faire juger que les eaux s'y étoient por- 
tées. Comme l'efpace que l'on traverfa eft de 
c)o lieues d'étendue, en commençant un peu au 
Nord de l'Equateur , pour fe rendre au Sud de 
la ville de Cuenca , on préfuma que la haute 
partie qui s'étend dans le Pérou ne préfenteroit 
non plus aucun figne de la réfidence des eaux 
dans ces contrées. Si cette conjecture fe trouvoit 
bien fondée, ce feroit une circonftance particu- 
lière à un pays d'autant plus remarquable , que 
ces hautes cimes qui fe prolongent depuis l'ifthme 
de Panama jufqu'au détroit de Magellan, com- 
prennent un efpace de 60 degrés du Nord au 
Sud , c'eft-à-dire la fixième partie d'un grand 
cercle de la fphère. 

On a trouvé des mines , ou autrement des 
amas prodigieux de coquilles , dans des monts un 
peu hauts des contrées voifine.? de la Conception, 
au royaume de Chili ; mais ces monts ont à 
peine la feptième partie de l'élévation des hauts 
terreins du Pérou. Les coquilles trouvées à cette 
hauteur médiocre ne prouveroient fans doute pas 
qu'il y en a dans les autres cimes. D'ailleurs, 
celles qui fe voyent au Ciiili ne font ni pétrifiées, 
ni unies aux roches de manière à ne faire qu'un 
corps avec la pierre. Elles font détachées dans les 



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^^4 Discours 

couches qu'elles compofent, & qu'enferment de 
tous côtés des terres, différentes entr'elles ftlon 
la qualité du fol. 

Mais CQS doutes ont été entièrement dllTipcs 
par les pétrifications de la partie haute , & qu'on 
a obfervées dans les monts voifins de Guanc.\- 
velica, même dans celui où efl: la mine de mer- 
cure. On en voit U en quantité, & de diverfes 
efpèces. Ces coquilles prouvent donc qu'il doit 
y en avoir dans les autres parties hautes de cos 
vaftes contrées. 

On voit dans ces montagnes-là des coquilles 
entières pétrifiées & enfermées au milieu de la 
roche , que les eaux de pluie mettent à découvert. 
Ces coquilles font corps avec la pierre : mais , 
malgré cela, on remarque que la partie qui fut 
coquille fe diftirigue par la couleur , la ftrudure , 
la quûiité de la matière , de tout autre corps pier- 
reux qui l'enferme , & du maflîf qui s'eft fixé 
entre les deux écailles. Auffi reconnoît-on chaque 
chofe diftinârement, en rompant ces pétrifica- 
tions , fans pouvoir même fe tromper , fii fe faire 
la moindre illufion. La plupart de ces coquilles 
font de l'efpèce df.s hlvalves. Quant à la grandeur, 
elles varient : on en trouve qui n'ont pas un pouce 
de long, d'autres qui ont depuis un pouce jufqu'à 
quatre dans leur plus grande longueur, fur trois 
& demi de large j d'autres tiennent un milieu 



rment de 
lies fclon 

t dilîîpés 
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de nier- 
diverfes 
[u'il doit 
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coquilles 
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) qui fut 
rudure, 
rps pier- 
eft fixe 
chaque 
étri fi ca- 
fé faire 
Dquilles 
mdeur, 
pouce 
jufqua 
iir trois 
milieu 



SEIZIEME. ^6$ 

encre ces dimcnfions. Les plus petites ont , en 
général, une figure convexe, fans aucune diffé- 
ren.e entre les deux écailles. Les autres font de 
l'elpèce qu'on appelle communément coquille du 
pèlerin , ayant une écaille convexe & l'autre 
plane : toutes ont des ftries , 6c même droites , 
qui s'eiigrainent les unes dans les autres au bord 
des deux écailles. 

Ces coquilles nous montrent qu'elle 'nt fouf- 
fert du mouvement ou de la violei. agitation 
des eaux qui les ont fait heurter les unes contre 
les autres j car on en trouve dont les deux écailles 
n'étoient plus exadtement articulées , quoiqu'elles 
fe trouvent clofes j l'une furpaflTe les bords de 
l'autre , les ftries ne fe rapportent pas. On voit 
donc par -là que l'attache lendineufe, qui les 
joignoit à leur articulation , a éprouvé un relâ- 
chement d'où eft venue cette irrégularité ; la 
preilîon inégale qu'elles éprouvèrent delà matière 
avec laquelle elles s'incorporèrent en durciffant 
après la mort de l'animal , obligea une écaille à 
glilTer un peu fur le bord de l'autre, autant que 
le tendon relâché put le permettre. 

Mais les deux écailles fe trouvant complettes, 
on peut en conclure que l'animal étoit vivant 
lorfque la matière qui les enveloppoit s'eft durcie j 
car il eft naturel que la coquille s'ouvre dès que 
l'animal eft mort , pviifqu'ii ne pencplus les tenir 



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^66 Discours 

ferrées l'une contre l'autre. Elles ont donc ctc 
enlevées des abymes de la mer, de jettées fur 
CCS hautes éminences lorfque l'animal étoit vi- 
vant : or , il eft refté tel , tant que la matière de 
la roche a fubfiftédans un état de liquidité j mais 
aufli-tôt quelle a commencé à fe durcir, l'ani- 
mal mourut, parce qu'il fe trouva privé de la 
nourriture dont il avoir befoin j d'ailleurs , il ne 
put ouvrir fa coquille prelfée de toutes parts : il 
s'eft donc pétrifié avec tout ce qui l'environnoit, 
fans pouvoir fe dégager. 

La matière lapïdifiquc où fe trouvent cqs co- 
quilles n'eft pas la même par-tout : on en voit 
de couleur noire, d'un grain très -fin, dure & 
pefinte à proportion : l'autre eft d'un gris cendré 
obfcur j moins dure & moins pefante que la 
première. Qn remarque aulîî une pierre blan- 
châtre , poreufe j variétés qui réfultent de la na- 
ture des roches , ou des montagnes au centre 
defquelles elles giffenr. 11 s'en trouve encore dans 
des rochers (idurs, qu'ils réfiftentà l'acier : voilà 
pourquoi on ne peut les avoir entières. Mais on 
voit , en entamant la roche , que la coquille SiC 
la pierre n'ont pas formé d'union parfaite j en 
effet, après des coup de pics réitérés, la pierre 
fe fépare, pai:oîc avec fes ftries dont elle laiife 
rempreint« dans Tenveloppe qui l'enfermoit. 

Outre.ks efpèces de coquilles dont je viens 



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dure ôc 

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e que la 
re blan- 
ie la na< 

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ore dans 
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Mais on 
[uille Se 
airej en 
a pierre 
le laiUe 
moic. 

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SEIZIEME. 5^7 

de parler, il s'en trouve encore nombre d'autres : 
ce font des univalve^ planes , de la clalfe des 
fongusy ou champignons. Les ftries partent d'un 
ponu qui n'eft pas précifément au centre du 
contour j elles font trois ou quatre courbures op- 
pofées les unes aux autres , & qui arrivent ainfi 
jufqu'au bord , formant la figure S rcitcrce plu' 
Heurs fois. 

La grandeur de ce.s coquilles varie : les plus 
grandes ont cinq pouces de diamètre dans leur 
plus grande dimentîon, & forment une efpèce 
d'ovale : l'cpailTeur eft d'une ligne environ. Elles 
font , comme les autres , diftinguées de la pierre 
où elles giflent , & s'en féparent lorfqu'on la 
brife, laiflantles marques de leurs ftries entières, 
comme n'ayant jamais fait corps, ni formé une 
linion parfaite avec la roche. 

Si l'on fait attention à la hauteur extrême à 
laquelle ces montagnes s'élèvent au-deflus du ni- 
veau de la mer, & au giflement de ces coquilles 
qu'on trouve dans les roches dont le centre de 
ces monts eft formé , on doit en conclure que 
ces mafles n'étoicnt point pierres^ lorfque les 
eaux y déposèrent les coquilles, & que la dureté 
en eft bien poftérieure \ car la matière a dû être 
très-liquide pour pénétrer fans obftacle dans l'in- 
térieur des coquilles. Or , la matière qui eft ac- 
tuellement la plus dure , la plus pefante & la plus 



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56S Discours 

compare ayant été fluide, il faut que les parties 
qui font moins dures & les plus légères, aient 
au (Il été fluides , & que par une conféquence 
nécoifaire , tous ces hauts terreins fe foient aufli 
trouvés dans le même état. 

Mais il fe préfente une diflîculcé aflez Hngu- 
lière, fur l'état fluide de la matière de ces mon- 
tagnes pendant les premiers tems qui ont fuivi 
le déluge. Ces montagnes ont- elles pu prendre 
alors cette pofîtioii élevée , au lieu de fe rabaifler 
au niveau des autres parties applanies fur lef- 
quelles elles dominent ? On peut répondre à cette 
objection, en difant que l'intérieur , ou ce qui 
forme le noyau de ces monts énormes, n'a pas 
éprouvé les grands changemens qui font arrivés 
aux parties les plus proches de la fuperficie, aux- 
quels elles fervirent de bafe pendant leur fluidité; 
qu'enfuite ces n<^yaux ne firent plus qu'une mafle 
folide avec les couches fuperpofées ; enfin que 
ces parties fluides ne furent pas forcées de s'ap- 
planir au niveau des bas pays. On ajouteroit que 
ces hautes éminences ne fe font divifées en Que^ 
bradas d'une vafte pro(pndeur , qu'après avoir été 
long-tems des terreins à-peu-près applanis , & avec 
certaine uniformité dans laquelle fe font main- 
tenus les terreins qui forment aduellement des 
cimes , ifolées par ces profondeurs, qu'on doit 
regarder comme l'ouvrage du tems ôc des dégra- 
dations. 



les parties 
tes y aient 
nféquence 
oient audi 



(Tez fingu- 
ces mon- 
I ont fuivi 
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dations. 






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s B I Z t E M E-." 1(5"$ 

dations. C'eft ainfi qu'on peut entrevoir , avec quel- 
que probabilité , comment les coquilles marines 
fe font enclavées dans les roches , & comment la 
matière fluide s'eft foutenue fur les noyaux qui 
ont fervi de bafe à ces monts énormes , dont la 
chaîne s'étend à plufieurs centaines de lieues dans 
la partie élevée de l'Amérique Méridionale. 

Il étoit naturel qu'il s'arrêtât beaucoup de co- 
quilles dans les couches qui font à la fupecfîcte 
de ces montagnes , comme il s'en étoit fixé dans 
les couches intérieures : mais celles de la fuper- 
ficie étant moins retenues , furent les premières à 
revenir à leur centre , c'eft à- dire à la mer : voilà 
pourquoi l'on n'en voit prefque pas d'ifolées ou de 
répandues çà & là fur la furface de la terre , & fans 
cire pétrifiées. Les coquilles pétrifiées qu'on trouve 
dans les rivières où elles font entraînées par les 
terreins, prouvent que les monter es fouffrent des 
diminutions , malgré la dureté «ie leurs mafles. 

On trouve ces coquilles ou totalement f parées 
de la roche qui les renfermoit , & avec toutes leurs 
ftries intaâies ; ou avec un fragment de pierre qui 
montre en quelle roche ^lies fe font pétrifiées. 
Ces dégradations des montagnes font les effets 
des pluies , de l'aftion des rayons folaires , des 
gelées, des neiges; effets qui divifent les bancs 
de pierre , 8c en détachent ces coquilles plus ou 
moins facilement, à proportion, que'Ues y fpi^c 
;,: Tome J^ : .. ... A * 



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370 Discours 

moins retenues. Elles fuivent les eaux qui les cha<^ 
rienc jufques dans les rivières, fans lailfer Aucune 
trace de leur première rcddence , à moins qu'elles 
n'aient été d'abord fixées comme on le voit à la Con- 
ception, dans le Chili, où elles giflent fous une 
couche épaiife de terre. L'on peut déterminer quelle 
en étoit la maffe dans les tems voifins du déluge. 

Une autre preuve auffi fenfible de la préfence 
des eaux fur ces vaftes éminences , & de la Huidité 
de la matière extérieure de la terre , eft ce nombre 
confidérable de concrétions de diverfes efpèces de 
pierres qu'on trouve dans les ban<?s de ces monta- 
gnes. Ces pierres font de petits cailloux' (pierres à 
fufii ) ou pierres cornées , unis par l'intermède d'une 
matière lapidifique avec laquelle elles forment un 
ciment ou madif extraordinairement dur , analo- 
gue à la nature de la matière qui a incorporé ces 
cailloux. Â mefure que la couche ou croûte exté- 
rieure de la montagne fe dégrade, diminue, & 
que les bancs confîdérables de pierre fe décou- 
vrent, on apperçoit auHî des bancs de cailloux fort 
étendus ; car on en voit qui fe prolongent â plus 
d'un quart de lieue. Les cailloux renfermés dans 
ces maflifs font les uns petits , les autres gros 
comme urie noix *, la forme en eft différente : il 
y en a de plats , d'ovales & de plus ronds que longs. 
La matière qui les unit eft de couleur cendrée, 
\in'peu blanche, gréhtie, pefante & très-dure. 

Il en cft^e ces cailloux comme des coquilles 



\ 



qui les cha-i 
ii(rer aucune 
ains qu'elles 
oit à la Con- 
tnt fous une 
niner quelle 
s du déluge, 
la préfence 
ie la Huidité 

ce nombre 
i efpèces de 
ces monta- 
x'( pierres à 
mède d'une 
forment un 
ur, analo- 
orporé ces 
route exté- 
minue, & 

fe décou- 
lilloux fort 
;ent à plus 
rmés dans 
utres gros 
Férence : il 
que longs. 

cendrée, 
rès - dure. 

coquilles 



SEIZIEME. )7X 

antérieures au déluge j la concrétion s'en eft for- 
mée de même : c'eft- à-dire qu'il falloit que la 
matière qui les unit fût fluide, afin de remplir 
les interftices des amas qu'ils formoient^ autre- 
ment la concrétion n'auroit été parfaite qu'exté- 
rieurement , & les cailloux n'auroient été que 
rama^Tés les uns près des autrei intérieurement 
par la feule prellîon. Ceci eft d'autant plus vrai , 
qu'au lieu de trouver du fable fur le lit de la 
mer ou de la vafe , on n'y rencontre que de 
femblables cailloux dans une étendue depludeurs 
lieues; de forte qu'au lieu du fable qui fe voie 
dans les autres parages, il y a feulement ici de 
ces fortes de cailloux , fans aucun mélange ni 
aucune concrétion de fable. L'énorme agitation 
des eaux du déluge , qui ont porté les coquilles fur 
ces éminences, y a auiii fans doute amalTé ces 
cailloux , mêlant , confondant les chofes les plus 
érrangères les unes aux autres; c*eft-à-dire ce qui 
étoit particulier ou à la terre ou à la mer. Ce fut 
ainfî que ces matières dépofées & fixées enfemble 
s'incorporèrent dans une autre matière encore li- 
quide. Celles qui fe trouvèrent dans une fubftance 
lapidifiante , formèrent ces concrétions , & les 
autres reftèrent ifolées. Voilà pourquoi l'on ren- 
contre auffi des couches où les cailloux ne font pas 
adhérens les uns aux autres, & où ils font reftés 
confondus avec différentes efpèces de rerre. Mais 

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X. . 



j7i Discours 

ceux cîe cette clatfe étant plus expofcs à rouler avec 
les eaux , ne reftent plus en place lorfqu'une fois 
ils font dégagés de la croûte qui les arrètoit ; car 
il faut obferver , à l'égard des concrécions ou pé- 
trifications qu'on tire de la terre, qu'elles s'en dé- 
tachent en fortant comme les pointes de toutes 
les roches , à mefure que la terre en efl: enlevée. 

On voit dans ces concrétions , comme dans les 
coquilles , deux matières diftindles , incorporées ou 
unies l'une avec l'autre. Cette circonftance nous ap- 
prend que l'une eft de formation antérieure à celle 
de l'autre, & quecellequifit l'union fe trouvoit li- 
quide quand elle s'interpo fa dans les interftices de 
l'autre : opération qui ne pût être faite que dans la 
révolution qui répandit les eaux fur toute lafurface 
du Globe , & y produifit le plus grand changement. 

Les rochers , oii l'on trouve des coquilles , 
contiennent auflî d'autres fubftances, parmi lef- 
quelles il eft facile de reconnoître des bois. Les 
fibres ligneufes , les pores qui diftinguent encore 
l'écorce dus autres parties du bois, en font la 
preuve. Cette circonftance efl: auflî une particula- 
rité bien remarquable , en ce qu'on ne voit ni grand 
ni petit arbre fur ces éminences, quoiqu'il y en 
ait à quelque diftance dans les parties moins froi- 
des : tels font les Cq/îs j Epecias ^ Quinuales j . 
dont j'ai parlé. Ainfi l'on voit dans la même roche 
lés produits de la mer & de la terre antérieure 
au déluge. On ne peut cependant pas' en conjec- 



<»*tC3 



SEIZIEME. 57^ 

turer que ces hauts pays fuîTent autrefois plus fer- 
tiles en grandes produdlions végétales qu'elles ne 
le funt adiuellement. Mais un peut nirurer, fans 
craindre rcrrc-ur, que fi cela eût lieu f^ins que 
Tordre de la Nature fut interverti , il falloit que 
le climat fût alors plus doux» plus favorable, que 
conféquemment cette partie du monde n'eut pas 
la même élévation au-defTus des plaines j car plus 
elles font élevées, plus l'air y eft raréhé, plus il 
doit y faire froid & s'y trouver de glaces. 

L'extrême élévation de ces cimes, comparées 
avec le refte du Globe, doit nécelfairement faire 
conclure que ce pays , qu'on appelle le Nouveau- 
monde , à caufe de fa découverte moderne faite 
par les Européens , eft réellement le plus ancien 
Monde , puifqu'il a dû fortir le premier des eaux du 
déluge. Quand on fuppoferoit même qu'il n'y eût 
que peu de tems entre l'apparition de ces hautes 
cimes & des pays inférieurs , il feroit toujours 
vrai qu'elles ont forti des eaux les premières. 

Le hafard nous pré fente cjuelquefois a- 3 objets 
qui embarraflent la raifon, fans qu'on puilTe ctre 
entièrement fatisfait de l'interprétation qu'on 
peut leur donner , de manière à n'avoir plus 
aucun doute. Telles font les pyramides qui fe 
voyent dans la plaine de Paucara ; d'un côté on 
les croiroit l'ouvrage de la Nature , de l'autre on 
peut à peine tenir à cette opinion , à caufe fi<is 
circonftances qui femblent s'y oppofer. 



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374 Discours 

La peuplade de Paucara cH une de celles de la 
paroiife d'Acobamba, dans la province d'Anga- 
racz , qui reffortii; à Guancavelica. Le climat eO: 
un des plus froids de ces contrées j car il n'y vient 
aucun grain. Les grandes chaînes de montagnes 
s'y divifent, & lailfent entr'elles un efpace alfez 
étendu pour former une plaine, où l'on voit des 
terrcins inclinés en forme de baffes collines. C'efl; 
dans cette plaine qu'on rencontre des pierres 
cparfcs de ditfcrens côtés , en forme de pyramides 
rondes, taillées en perfection, & toutes d'une 
pièce. La hauteur varie : il y en a de dix varas , 
de huit, & de moins hautes j la fupcrhcie en cft 
bien égale, polie-, elles fe terminent en pointe : 
un très- petit nombre fe trouve tronqué à la bafej 
ce qui , fans doute, eft dû à l'aâion du tems. On 
ne peut guères en alligner le nombre y elles font 
reparties fur la pente de ces collines, fans qu'on 
apperçolve aucure autre pierre dans leur voifi- 
nage. l a couleur en eft blanchâtre j mais on n'y 
voit ni éclat ni fente : quelques perfonnes ont 
penfé que c'étcit un ouvrage des Indiens , ne pou- 
vant pas fe perfuader que ce fut celui de la Na- 
ture , tant cela leur parut fingulier. Il eft réelle- 
ment bien difficile de concevoir quelcbjet la Na- 
ture s'eft propofée d'imiter , pour avoir laiffé dans 
l'cTpace de cette plaine des ouvrages (î admirables, 
& dont la forme eft fi parfaire, & que d'ailleurs 
elle ait eu delTein d'y dépofer les modèles que 



les de la 
d'Anga- 
limat eft 
l'y vient 
3ncagnes 
ice aifez 
voie des 
es. C'eft 
pierres 
ramides 
îs d'une 
c varas, 
ie en cfl: 
pointe : 
la bafe ^ 
^ms. On 
les font 
is qu'on 
r voifi- 
on n'y 
nés ont 
ne pou- 
la Na^ 
; réelle- 
la Na- 
fé dans 
râbles , 
ailleurs 
es que 



SEIZIEME. 37 J 

l'art auroit à imiter un jour dans les pyramides 
que les Egyptiens ont élevées pour s'immorcahfer. 

D'un autre côté, le grand nombre de ces 
pyramides fait croire que c'eft l'ouvrage de la 
Nature : comme elles font toutes d'une feule 
pièce ôc d'une pierre très-dure, on en peut pren- 
dre occafion de réfléchir fur celles que les Egyp- 
tiens ont élevées , & dont l'idée pourroit avoir 
été héréditaire parmi les premières familles qui 
ont vécu peu après le déluge. Si au contraire on 
les croit faites de main d'hommes , on eft obligé 
<le convenir que les Auteurs en avoient eu l'idée 
de la même fource que les Egyptiens. Dans ce 
cas-ci, on voit fe déchirer une partie du voile 
qui nous dérobe l'origine de la population de 
l'Amérique , & la manière dont cela s'eft fait. 
Or, que n'a-t-on pas avancé fur cet objet, fans 
parvenir à rien dire qui fatisfaife ? 

On voit dans le royaume de Quito les Guacas 
qui fervoient de tombeaux aux Indiens. Quoique 
CQS monumens n'aient pas exaâement la forme 
pyramidale , elles en ont une audi analogue que 
le permet la terre qui en fait la matière, & la 
pente dont elles étoient fufceptibles pour fe fou- 
tenir. On n'obferve pas cette efpèce de monu- 
ment du côté de Guancavelica , ni dans les pays 
qui s'étendent au-delà : chaque pays à fes ufages, 
quoiqu'on remarque en général que les habitans 
ayent eu l'intention de perpétuer leur mémoire. 



I' 



57^ Discours sp. izieme." 

Mais il s'elt confcrvc une tradicioii qui nous 
apprend que la plaine de Paucara ctuit l'endroit 
ou l'on inhumoit les Caracas ou Caciques , les 
plus diftingucs des pays voifins; ainfi l'on n'au- 
roit plus lieu d'être fiirpris qu'ils aient fait élever 
les pyramides qu'on voit là & dans le royaume 
de Quito. Les guacas ctoient des ouvrages aulli 
confidérables , vu la quantité de terre qu'on y 
employoit \ ce qui Formoit une efpèce de tertre 
en pain de fucre , & alfez élevé. Ces guacas 
étoient auflil d'un ufagc commun dans les autres 
provinces du Pérou , comme on le voit dans la 
partie baflTe où ces monumcns font fort fréquens, 
& où cette dénomination eftgcnéralemeiu connue. 
Les pierres énormes de la forterelFe de Cuzco 
ont donné lieu de douter qu'on ait jamais pu les 
élever à la portion où elles fe trouvent. On a 
préfumé que les Indiens pou voient avoir connu 
l'art de les fondre, comme on fuppofe que les 
anciens l'ont eu. Si on le leur accorde , on peut 
au(îl-tôt rendre raifon de la manière dont les 
pyramides ont été faites : il n'efl- pas polîîble de 
l'expliquer autrement. En accordant cet art aux 
Indiens de l'Amérique, on pourra diieauflî qu'ils 
l'ont eue de la uiême fource que les Egyptiens j 
car c'eft le même ouvrage : d'ailleurs les mêmes 
difficultés fe préfentent de part & d'autre. 

Fin du premier Volume» 



m * tm 



\ 



TABLE 

Des Chapitres contenus dans ce premier 

yolume. 



{Nota.) Voyc^ dans \c fécond Volume ^ des Obferv crions 
& Additions importantes fur chacun des Difcours fuivans ; 
la Table du fécond Volume indique ces Obfervations ôc 
Additions , qui font fupplcment. 



Discours Premier. 

XJ tls différentes pofitions des ter rein s fur la 
furface du Globe ; effets qui en réfulter.t dans 
les températures j & les produits j Pnge i 

Disc. II. De la pofition des terreins de CAmé^ 
tique j & de la variété étonnante qu'on y ob" 
ferve , 1 6 

Disc. III. Des températures & des climats des 
divers terreins de cette partie du monde j 51 

Disc. IV. Suite des obfervations fur les rapports 
& les dijfférences de la température dans les 
divers climats , 74 

Disc. V. Des différents températures de la partie 
haute de l'Amérique ; eff^ets qu elles produifcnt ; 
caufes de ce qu'on ob ferve de contraire à l'ordre 
général des autres parties , ico 

Tome /. B b 



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ij TABLE DES CHAPITRES. 

Disc. VI. Des productions végétales des d'iffé- 
rens ter reins , 115 

Disc. VIL Des animaux 3 & de leurs particula- 
rités j ' M 5 

Disc. VIIL Des particularités relatives aux vo- 
latils ^ 187 

Disc. IX. Des Poijfons les plus remarquables de 
l'Amérique ^ loi 

Disc. X. Des Lacs ^ des Rivières ^ & Notice 
fur ce quil y a de particulier ^ 218 

Disc. XL Des Maladies particulières aux cl^ 
mats , & comparai/on de ces Maladies j 240 

Disc. XIL Des Minéraux , fur-tout de l* argent 
& de la manière de le tirer ^ i6^ 

Disc. XIII. Continuation des détails relatifs aux 
métaux j & des caijfes où l'on diftribue le Mer" 
cure j 28^ 

Disc. XIV. De Vétat actuel des Mines y & du 
traitement par le feu ou par le Mercure , 307 

Disc. XV. Des matières néceffaires pour traiter 
la Mine d'argent : /avoir , du Mercure & du 
Sel ; & des Mines de ces deux matières , 3 3 (> 

Disc. XVI. Des fojfîles j & particulièrement 
des pétrifications, 355 



Ë R R A T A. 

Çag. % t lign. dernièie » ce font , lifct ce dont^ 



les dijfe'' 
lanicu/a- 

y aux vc- 
187 

juables de 
loi 

& Notice 
218 

i^5 j 240 
de l'argent 
i6() 
elatifs aux 
me le Mer- 
lU 
& du 
307 
our traiter 
xure & du 
ères ,35^ 
ulièrement 

355 



es , 
ure , 



e dont* 



îlJ 



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TABLE 

Des principales matitres contenues dans ce 
premier Volume, 



A 



BriLLEa : leur multiplication dans Cuba, P. i8< 



Âfccllon tic poitrine , particiiliàc aux cnfans des Blancs , 
pendant les premiers mois , z; j 

Air : Ci dcnfîté modère l'effet des rayons folairoî , j 

I » ' fcs qualités particulières , félon les conrjx'cr , ^^-6^ 
■■ « effet de fa fubtilité & des gelées au Pérou fur tous 
les corps, 1 1 1--1 1 Ç 

A/oi d'or & d'arjçcnt ; comment on le fixe aux caiffes 
les, • . 314 

Alpac y 154-1^8 

Amérique Méridionale : fon étendue , pofition de fes ter- 
reins , différences de fes produits, 19-2.J 
■I Méridionale : fa partie haute habitée j grada- 
tions de fes terrcins , ^ij-ij 
■■ Méridionale : comment fes parties haute & baffe 



fe différencient des autres parties du globe , 
— — Méridionale ; élévation de fa partie haute , 
. divifion de fes terrcins en deux parties , 



Anchois , 

Andes , 

Angarae:^ : ( Province de ) état de fes Mines , 

I I fingularitc de cette Province , 

Animaux du Pérbu , & leurs particularités , 

Apolaehes , 

Apoplexie rare au ^érou , 



17 

37 
44 

47 
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47 

161 






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iV TABLE 

Argent : cft comme le patrimoine du Nouvcau-MonJe ; 

l'o 

■ lieux particuliers ou giflent fes Mines, %-j$ 
•—- . droit qu'il doit au Trcfor Royal , 195 

■ ccat aducl des Mines du Pérou , 198 
» tire par le moyen du feu , devient une perte pour 

les caiflcs refpcftivcs , }c; 

■ procédés des anciens Indiens pour en extraire le 
Minerai, }io 

■ fes Mines aé^uellcmenc aufll abondantes qu'à la 
fin du fiècle précédent , 311 

». aux dépens de qui il fe tire des Mines , 315 

j4Jihme fréquent dans la partie haute du Pérou , z^6 

Aviador , 315 

Bagrc : PoiiTon , 10 j 

Baleine commune dans la mer du Sud & entre les Tropi> 
ques , 101 

Barbudos : Poiflbns , 116 

m m . fa grofleur , 103 

■ ■■ fa tcte couverte de coquillages j comment elle 
prend fa pâture ; fes ennemis j fon combat j fes jeux j 
fon haleine fétide - fes produits, zoi^ioS 

Barbe Efpagnole : 148 

Bête rouge : 173 

BécaJ/tne : oiCeAn , 197 

Boba : gros ferpent, 171 

Bœuf fauvage , 1 67 

Bois pétrifié , & autres concrétions dans les roches du Pé- 
rou , 371 
Borgne: Pont-Chartrain , Maurepas , lacs, zio 
Caijfes Royales : lieux réfcrvés pour les fontes j ce iment 
on y procède, 324 
Californie , 44-45 



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148 

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171 
167 
lesdu Pé- 
37^ 

ce imcnt 

5^4 

44-45 



D E S M A T I E R E S. v 

Commaron , x\6 

Carangas : Sa caifTe ; argent qu*on y a fondu , j 10 

Cjftro-yerreyna : (Province de) décadence de fes Mi- 
nes, 307 
Caxamalca : Chacapoïas j leurs caifTes j état des Mines 
de leurs diflrids , 310 
Caxon de Minerai : difproportions de ce qu'il rend au- 
jourd'hui , 317 
Caylloma : fes Minerais 3 311 
Cayna , ou fourneau des anciens Indiens » 311 
Cafcabeles : cfpècc de Serpent , 1 7 1 
Cardinaux : Oifeaux , 188-18^ 
Chagre : Rivière j changemens arrivés fur fes bords, 19^ 
CAa/ifwr ; fa première caiife , ^4 
Chapllancas : ruiffeau ; fingularitc de fon cours j comment 
il fe l'eft formé , 30 
Chiche : poiffon „ 211 
Chita : poiffon , 208 
Chiens , non fujcts à l'a rage dans toute l'Amérique j ma- 
ladie qui les attaque ^ 2^4 
Ckucuito : état des fes Mines , 309 
Cire : ( arbre de ) 1 47 
Ciboro , ou Bœuf fauvagc , I67 
Ciguatera : maladie communiquée par les Poiflbns ; effets 
de cette maladie , 112 & fuiv' 
Ciguatos : Voyez Ciguattia, 

Cobo : ou don gratuit , 32) 

Coquillages : leur état dans les terreins Méridionaux , 30^3 
Conaïca : ( diftrift de ) 29 

Condor y ou Contar y i^-j 

Corales : efpèce de Couleuvre, 171 

Cordillieres : leur afped j leur température j leurs pro- 
ëudions , 1 8 

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leurs pro'iongenicns , 



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Royuli des Andes : fcs reptiles venimeux , 

10» 

195 

189 & fuiv» 



Corbina. : Pollfon , 
Corofunta : Monticule , 
Courlis : Oifcaux , 
Cotorras & Cotorr'itas : Oifcaux , 
Couleurs des habitans des différentes parties du Globe : la 
caufc de ces vaiiétés inconnue , 1 1 

Criards : Oifeaux , 19$ 

Crachemcns de fung , fréquens dans les hauts pays froids , 

Cuba : ( ïfle ) Fièvre-tierce qu'y caufent les pluies , z$t 
Cuba : cccanos dangereux dans cette lilc,. ^6o 

Cucaruchas ^ ij6 

Cucnca , fa caifTc , 3 1 

Curaçao : Iflc i fa pofition , 41 

Cu:i[CO i pierres énormes de fa fortcreflc , jytf 

Crapaud : nombreux à la Louifîanne \ leur gro/Teur extrc- 

niej bruit <]u'ils font , 175 

Crocodiles : ou Caiman , . , 180 

Dannemarck : Savans que le Roi de Danneraarck envoyé 

en Afie & en Afrique , j 5 8- 

Déblais avaritageux des anciennes Mines : l'argent s'y 

cft-il formé de nouveau ? z&4 ^ fuiv» 

Droits Royaux perçus fur les Mines du Potofi , depuis 

tan 15455 diminution de ces droits , j 17-5 il 

Déluge : tradition de ce grand événement confervée eii 

Amérique, . "360 

■i I preuve qu'en prcfentent les différentes parties du 

globe , & particulièrement le Pérou & les autres parties 

de l'Amérique Méridionale , 561 £^ fuiv. 

Eaux de la mer ,- leurs profondeurs différentes félon les 

tcrreias « 49' 



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D E 5 M A T I E R E S, vfj 

— des hauts pays : kgcrcs , pures ,. fraîches j différen- 
tes circulations des eaux,. 115-114. 

•"^ pétrifiantes y iij-117 

— vitrioliqueSy 11 j 
-— converties en pierres , iz6. Reflexions fur ce phé- 



nomène 



11 S 



■ de pluie couverte de pellicules fulphureufes , 

de Guancavelica , comparées avec celles de Mîjjtjftpi , 

Lacs Borgne , Pont-Chartrain , Maurcpas , 237 

■ I preuve de leur préfcncc fur toute la furfacc de 
l'Amérique. Voyc^ Coquilles , Montagnes , 370 

Ecureuil de la Louifianne , 168 

Epidémies de 1759 , en Amérique: liés ravages j fymp- 
tômes de la maladie , 147-251 

Eue : Lac , • ii^ 

Evêques : Oifeaux , 1 8 & 

Faveurs y ou Capatas 3 l'i-d 

Faucon : OiCziM y 196 

Fièvres-tierces dans les pays chauds des hajfes contrées du 
Pérou , 151 

jF/jozâ« ; Oifeau , 19^ 

Floride: pofition de fes terreins, 41 

Fojftles & pétrifications , 355^ 

Fromager: Arbre, 149 

Fruits : comment ils mûrilTent dans la partie haute du Pé- 
rou > lia 
Gallareta : OïCtZM y iji 
Gacetta : Oifeau , ipi 
Gar7[as : Oifeau , »^j 
Ginfeng : 14 y 
Globe : fes révolutions continucltes , ^$6 
■ ■ terreftre : fes parties fe rapprochent par des avanta- 
ges réciproques, 4 

Bb 4 






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viij TABLE 

Guanacos. Voyez Alpaque, 

Guacamayos : Oifcaux , i$% 

Guancavelica : fa podtion , 34 

Il I comment on y exploite le Mercure ; riche/Te 

de cette Mine , 3 37-341 

Guayaquil : portion de fes terrcins , 3 8 

' Guacas y ou Tombeaux, 37 tf 

Grande : Rivière , 4^"47 

Havanne : (la) fes tcrreins fouvent couverts en partie par 

les eaux , 41 

<fy-7i. 

3" 

ZI9 

»5T 



(la) Or que l'on en tire, 
degré de fa chaleur , 



Huantajnya : richcffe excefllve de fes Mines , 
Huron : Lac , 
Jcho , Ichu , ou Pajon j 
Ir.ficies : ne vivent point dans la partie haure du Pérou , 

171 
Incas : époque la plus reculée de leurs Règnes, 330 

Lides EfpagnoUs : connues depuis peu , 35^ 

Inde Occidentale : fin<»ulaiités de fes contrées , 6 

Indigo , I jo 

Irfeâes venimeux ; ne fe voient point dans la partie balTc 
de l'Air.érique , ou Vallées , 169 

Iquique : Port ^ 313 

Lahancos : Oifcaux , 1 9 1 

Lacs & Rivières y au Sud & à rOucft du Canada, ii8 
■ leurs formations , leurs différentes efpèces , iio-zii 

I des climats très - froids , ne renferment pas d' ani- 

maux, Z13 

Llama : i j 8 

Langouftins : ±l6 & fuiv^ 

JLj;:/;: ; d'Amérique , 1$^ 

Lépn : fes progus dangereux 5 fes caufcs , i6i &fuiv. 



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34 
richelTc 

ÎÎ7-J4I 
38 

4<;-47 

partie par 

4i 

6^-72. 
3" 

a Pérou , 

171 

350 
359 
6 

150 
rtie balTc 
169 
313 

Z18 

.10-111 

is d'ani- 

158 

& fuh^ 



D E S M A T I E R E S. ix 

Ligne : Habitans très-blancs , fous la ligne , 14 

Lima : fa podtion , 64 

Louifianne : fa températures variété qu'y caufentics vents, 

74-8tf 

■ fa température en Eté , 108 
•— — ^— • fes produélions végétales , 1^6 

■ abonde en Oifeaux , comeftibles , 191 
I fcs fièvres dangcreufcs en Eté, 25* 

■ ■ ■ Maladies vermineufcs de cette contrée , 254 

I tétanos dangereux dans cette contrée , x6o 
•— — — faulTcs cfpéranccs qu'on eut d'y trouver des 
Mines d'or Se d'argent , 3 54 

Maladie , de l'Amérique Méridionale , 141 & fuiv, 

■ ■ de poitrine , Inconnue parmi les Indiens j i6t 
—Il II de J'ept jours , particulière aux enfans , 255 

I vénériennes , fréquentes dans la partie baffe du 

Pérou, 147 

I ordinaires de la partie haute du Pérou ; celle 

des Québradas , i^j & fuiv. 

Mancen Hier , 114 

Mandragore , 144 

Maragnon : Rivière , 46 

Mercure: Voyez Baromètre , 34-35 

«— — devient la mefurc de l'argent ou du gain de 
l'exploitation d'une'Mine , x88 

■ diflribué à différentes Caiffcs ou Bureaux ; con- 
ditions auxquelles on le diftribue , 191-194 
-■ fon prix aux différentes Cai(fes , ' ijj 
I droit qu'il doit au Trc for-Royal , 19 j 
■■ fa quantité relative , félon la richeffc du Mi- 
nerai d'argent qu'il faut traiter , ^97 
— rapport de fa confommation & de fa perte au 
produit des Mines d'argent, 3«x 



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t TABLE 

Mireure : fc convertit-il en argent dans le ti a; cernent dcj 

Mines î Sa perte ou fa confommnation , :< 30 d" fuiv, 
' Il nccefiairc pour traiter les Minc^ d'argent, j}^ 

^itêmcnt de fa mine , jj/ 

I comment il fe rcgcncrc dur.s la gangue, 341- 

J4J 

■■ ■ ■ Tes Mines font-elles communes au Pérou î 545)- 

■ , fes Mines connues, jjo 

Mméruux : fur-tout l'argent , & la manière de le tirer des 



Mines, 
Minerais j moins riches qu'autrefois , 

^imaux cjui le portent à la fonderie , 



f"^ 



169 
190 

175-184. 
188 
191 



Mines : leqr appas trompeur , 

caufe de leur décadence , 
' contrée où elles font plus fréquentes , 
profondes : comment elles décèlent leurs qualités, 

325 
iaçonvéniens qui en interrompent les progrès , 

517 

I ■ I ■ comment éviter les pertes dans leurs traitcmcns, 

531-335 

■ tt argent : comment on en aÏÏure l'intérieur j tra- 
vaux néceffaires Sa continuels dans ces Mines, 19a & 

fuiv. 
m I ([argent : matière néccffaire pour les traiter, 33^ 

■ ■ d'argent : contrées où elles gilfent , 3 cy 

■ et argent : leur traitement par le feu & par le Mer- 
cure , 307 

Mineurs: qui font- ils, & quel eft leur falaire? 318 

■ . leurs défauts d'expérience dans le traitement 

des Mines , 3 3 3^ yît'V. 

Mijpjftpi ; terseins bas à fon embouchure ^ pente de 



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desmatiek.es, ' *) 

Tes eaux , 4) 
Mijftjfipi : fcs bords couverts de forêts^ 14* 
III peu poitronncux , 115 
■ falubritc de fcs eaux j Hmon qu'elles dépofent, 

1}! 

III II tranquillité de Ton cours ; rehaufTe Ton lit par 

le limon qu'il dépofc i fcs crues; fcs digues , ij4-zj^ 

Mitas : ou corvées faites aux Mines par les Indiens , 315 

Montagnes du Pérou : leur état fluide anciennement , 

} 67 & fuh, 
Mophete , ou air mortel des fouilles dans la mine de Mer- 
cure ; phénomènes fingulierfi dp cette vapeur, 343-349 
Mofquites , & leurs efpèces, 174 

Mules : leurs maladies; commerce de ces animaux, 1^5- 

- ■ -' x6S 
Nature : variété admirable de fes ouvrages , l 

m. ne s'aflujcttii pas à notre entendement, 4 

■ I caufes qui dérangent fon ordre générât , z ) 

Nouveau-Monde , préfente comme deux Mondes , l'un 
dans l'autre , 7 

Nouvelle -Or/éans , ^ zjS&fuh. 

Oifeau moqueur , ott Sinfonte , 187 

Or y 8c argent deviennent la balance des néceflltés de la 
vie, xtfj)-X7i 

Or: grande quantité qu'on en tira de S.-Domingue 9c de 



Cuba , 


3Si 


Orenoc , c ■' •■•' 


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Orîiota : ( Voyez ) Mandragore , . 


144 


Ontario : Lac , , - •• ., . . u 


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Omro { fes Minerais , 


3" 


Ours y 


168 


Outarde : Oifeau , 


194 


Oye fauvage > 


194- 



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S9 TABLE 

Panama : ( iHlmie de ) cccuduc de fcs tcrrcins, 4y 

Pape : Oifcau , 1 8 S 

Pafio : {jL Caini' j eut de fcs Mines , 309 

PatiUos : Oifcaux , 191 

PatofreaUs : Oifcaux , 19 1 

Para/yjîe : rare dans la partie hante du Pérou , ^6o 

Pêcht , à la Noiivcllc-Orlcâiis ^ 139 

Ptréix : OxÇcixxx , 194 

Perionas : OiCcaax » 19% 

Pérou : fcs plats pays les moins connus , 4<f 

■ température différente dans fcs hautes & baffes 
contrées, 91-99 

-— fa partie Occidentale n'a pas de groffcs Rivières , 

il* 

■ ■ effet du climat de fes hauts pays fur le corps hu- 
main , 24) 

■■ I époque la plus reculée qu'on en connoiifo, ^55 

■ vafle dépôt des métaux précieux 3 minéraux qu'on 
en tire, Z74 

Pejàsduros ; 315 

Petite vérole j fes ravages au Pérou , ^55-^59 

Phénomènes extraordinaires , incxplic abics ,, 1 j 

Phihî^e , fréquente dans la partie baffe du Pérou & à la 
Lonifianne , 159 

PUaréfie , daits la partie haute du Pérou > fon remède , 

l6l 
Pîckes ; Oifeaux , i ^9 

Piura; fa Cailfe , M© 

P ignés d* argent , non quintées , contrebande, jzj 

-I ' aux dépens de qui elles fe tsanfportent aux CaifTcs 

Royales , j 1 5 

Poijfons , les plus remarquables de l'Amérique Méridio- 

•nale, zoi & fuiv^ 






V 



D E s M A T I E R E s. xu] 

Portobelo 'y fa fituation ; fcs eaux, 130-1)1 

Pûio/i : forme de ce mont j fcs fouilles , 289 

— ^- pauvrctc de fcs Minerais ; richclTc ancicunc de ce 
Mont, iH']if 

Poule d'Inde \ i p^ 

Prégnaditlas : PoilTons , aoj 

Pyramides de la plaine de Paucaras j leur origine vient- 
elle d'Egypte? 373-37* 
ProduSlions du Globe , leurs caufes premières inconnues ; 
recherches qu'elles exigent , • 8 6» 9 
Quéèradas : ce que c'eft , al 

■ comment elles fe font formrs, 3^-3i 

■ formées par des ruifTeaux , an 
Rayons folâtres ■ exception cjue le climat de l'Amérique 

produit dans leurs effets , ix 

Refcat adores y 3^J 

Refcatar : ce que c'cfl: , 3 zé 

Reptiles venimeux : lieux où ils fc trouvent dans PAmérh- 

que Méridionale , i6$-i-jt 

Rigolle (la) Voyez lac Borgne , 137 

Sauterelles : fur les hauts pays du Pérou , i8}-i8y 

Sel : requis pour traiter les Mines d'argent ; lieux d'où 

on le tire , 3516' fuiv, 

Sierra : ce que c'cfl: au Pérou, i> 

Soleil de Pana : fes effets , 107 

Suffocation , caufée par l'air trop raréfié fur les hautes cî- 

mesduPérou, ii8-iit 

Sources chaudes du Pérou » ng 

■ peu fréquentes dans les terreins chauds & bas ; 

150 
Spatule: Oifeau , ' loi 

Sucre : fa récolte & fcs qualités au Pérou, i;o 

Supérieur : I.HC y . , ' ai^ 



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tif TABLE 
Sarapicos : OiCcAUX , t^f 
S.-Juan de Lucanas : (fut de fcs Mines « 308 
Sens : unique moyen de bien juger des chofes , 1 
Tabac : fa qualité au Pérou , i^% 
Tableau du déficit dans les Droits Royaux , J04 
Températures : îeurs effets relatifs fur le corps de l'hom- 
me en différentes contrées , ^ 
m^mmmm^ & climats dcs différentes parties du Globe , 

— ■— — ■ des terreins de l'Amérique Méridionale , vers 
la mer du Sud , 87-pI 

■ de la partie haute de l'Amérique Méridio- 
nale i fes effets fur les végétaux, 100-105 

Terre : but de la nature dans les variétés de fa furface , 

17 

■ I " ferme : ( Royaume de ) 4^ 

Terreins de l'Amérique ; variété dans leurs pofuions , 

16 

m ■ I planes : leur caufe incertaine , 40 

■ ■ ■■ élevés : prcfquc toujours éloignés de la Mer , 

.'j. : " . 4% 

Tétanos , ou Spafme : mortel dans la partie baffe du 

Pérou, 1J9 

Texos , non quintes , contrebande , 315 

Tkermomhre : Voyez Difcours, $% 

Tortue , 4146' fuiv, 

Trugillo ; fa Caiffe ; Mines auxquelles elle fournit le 

Mercure > état de ces Mines , 310 

Tucuman : fauffes efpérances qu'y ont donné quelques 

Mines « 312 

Volatils : leurs efpèces; leurs variétés dans l'Amérique 

Méridionale , J 87 6* fuiv. 

Vallée : ce que c'çft au Pérou ^ »! 



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5 de l'hom- 

S 
dit Globe, 

nalc , vers 

87-5)1 

Mcridio- 

lOO-IOJ 

1 Airface , 

4; 

pofitions , 

!<; 

40 
la Mer, 

41 
bafTe du 

3*5 

. & /uiv, 

)urnic le 

310 

quelques 

mcriquc 
& fuiv. 



DES MATIERES, xf 

Végétaux des Jjffcrcntcs contrées de rAmiiriquc Méri«iio- 

iialc , »ij-i4f 

yents : leur influence fur les degrés de chaleur, 71 

— </« 5tt^.' kiu ffet dans Ji partie baile du Téiou, 

Verd-lulfant ^ ou Lucuyos , ly^n 

Vignas : Bourgade , ly 

Vigogne, i^^ 

Viicas-Guaman : ( Province de ) état de fcs Mines , 

301 

yifcachas , 1 64 

Voltigeur, ou Ecureuil » i^f 

Vomijfement caufé par l'air fur les hautes cîmcs du P2- 

rou, IÏ6-11» 

Zaramagullon : amphibie , uo 

Zy/îe Torride : Tes liabitans , x 



Fin de la Table du premier Volume, 






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