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Full text of "Histoire naturelle, générale et particulière [microforme]"


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IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 



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Photographie 

Sciences 
Corporation 














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23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N. Y. 14580 

(716) 872-4503 












i/. 




CIHM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CIHM/ICMH 
Collection de 
microfiches. 




Canadian Instituts for Historical Microreproductions / Institut canadien de microreproc' .'ctions historiques 





Tachnical and Bibliographie Notes/Notes techniques et bibliographiques 



The Institute has attempted to obtain the best 
original copy available for filming. Features of this 
copy which may be bibliographicaily unique, 
which may alter any of the images in the 
reproduction, or which may signif Icantly change 
the usual method of filming. are checked balow. 



n 



D 



D 
D 



D 




D 







Coloured covers/ 
Couverture de couleur 



I I Covers damaged/ 



Couverture endommagée 



Covers restored and/or laminated/ 
Couverture restaurée et/ou pelliculée 



I I Cover title missing/ 



Le titre de couverture manque 

Coloured maps/ 

Cartes géographiques en couleur 



Coloured ink (i.e. other than blue or black)/ 
Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 



I I Coloured plates and/or illustrations/ 



Planches et/ou illustrations en couleur 



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along interior margin/ 

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distortion le long de la marge intérieure 

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appear within the text. Whenever possible, thèse 
hâve been omitted from filming/ 
Il se peut que certaines pages blanches ajoutées 
lors d'une restauration apparaissent dans le texte, 
mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont 
pas été filmées. 



Additional commenta:/ 
Commentaires supplémentaires: 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire 
qu'il lui a été possible de se procurer. Les détails 
de cet exemplaire qui sont peut-être uniques du 
point de vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une image reproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dans la méthode normale de filmage 
sont indiqués ci-dessous. 

□ Coloured pages/ 
Pages de couleur 

□ Pages damaged/ 
Pages endommagées 

I I Pages restored and/or laminated/ 



n 



Pages restaurées et/ou pelliculées 

Pages discoloured, stained or foxed/ 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 



□ Pages detached/ 
Pages détachées 

0Showthrough/ 
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Transpar 

Quality c 

Qualité inégale de l'impression 

Includes supplementary materii 
Comprend du matériel supplémentaire 

Only édition available/ 
Seule édition disponible 



I I Quality of print varies/ 

I I Includes supplementary matériel/ 

I I Only édition available/ 



Pages wholly or partially obscured by errata 
slips, tissues, etc., hâve been refilmed to 
ensure the best possible image/ 
Les pages totalement ou partiellement 
obscurcies par un feuillet d'errata, une pelure, 
etc., ont été filmées à nouveau de façon à 
obtenir la meilleure image possible. 



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This item is filmed et the réduction ratio checked below/ 

Ce document est filmé au taux de réduction indiqué ci-dessous. 



10X 








14X 








18X 








22X 








26X 








30X 




















7 

































12X 



16X 



20X 



mi 



28X 



32X 



Th« eopy film«d h«r« ha« b—n raproducad thanka 
to tha ganaroaity of : 

Seminary of Québec 
Library 



L'axamplaira filmé fut raproduit grica à la 
généroaité da: 

Séminaire de Québec 
Bibliothèque 



Tha imagaa appaaring hara ara tha baat quality 
poaaibla conaidaring tha condition and lagibility 
of tha original copy and in kaaping with tha 
filming contract apacificationa. 



Original copiaa in printad papar covara ara filmad 
baginning with tha front eovar and anding on 
tha laat paga with a printad or illuatratad impraa- 
•ion, or tha back covar whan appropriata. Ali 
othar original copiaa ara filmad baginning on tha 
firat paga with a printad or illuatratad impraa- 
aion, and anding on tha laat paga with a printad 
or illuatratad impraaaion. 



Tha laat racordad frama on aach microficha 
•hall contain tha symbol — »>(maaning "CON- 
TINUED"), or tha aymbol V (maaning "END"), 
whichavar appliaa. 

iVlapa, piataa, charta, atc, may ba filmad at 
diffarant raduction ratioa. Thoaa too larga to ba 
antiraiy inciudad in ona axpoaura ara filmad 
baginning in tha uppar laft hand cornar, iaft to 
right and top to bottom, aa many framaa aa 
raquirad. Tha following diagrama illuatrata tha 
mathod: 



Laa Imagaa auivantaa ont 4té raproduitaa avac la 
piua grand aoin, compta tanu da la condition at 
da la nattaté da l'axamplaira filmé, at an 
conformité avac laa conditiona du contrat da 
filmaga. 

Laa axamplairaa originaux dont la couvartura an 
prpiar aat impriméa sont fiiméa an commançant 
par la pramiar plat at an tarminant soit par la 
darniéra paga qui comporta una amprainta 
d'impraaaion ou d'illuatration, soit par la sacond 
plat, salon la caa. Toua laa autraa axamplairaa 
originaux aont fiiméa an commançant par la 
pramiéra paga qui comporta una amprainta 
d'impraaaion ou d'illuatration at an tarminant par 
la darniéra paga qui comporta una talla 
amprainta. 

Un daa aymbolaa sulvanta apparaîtra sur la 
darniéra imaga da chaqua microficha, salon la 
caa: la aymbola — »> signifia "A SUIVRE", la 
aymbola V signifia "FIN". 

Laa cartaa, planchaa, tablaaux, atc, pauvant étra 
fiiméa é daa taux da réduction différants. 
Lorsqua la documant aat trop grand pour étra 
raproduit an un aaul cliché, il aat filmé é partir 
da l'angla aupériaur gaucha, da gaucha é droita, 
at da haut •n baa, an pranant la nombra 
d'imagaa nécassaira. Laa diagrammas suivante 
illustrant la méthoda. 



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STOIRE 

ATURELLE, 

GÉNÉRALE ET PARTICULifeRE. 

Par M. DE BuFFON, Intendant du Jardin 
du Roi, de l' Académie Françoife , & de 
celle des Sciences, à'c. 

NOUVELLE ÉDITION ^ 



Tome On^feme. 










::.\ 







Oii! r C\> 



O' 



A R I S, 

DE UIMPRIMERIE ROYAL 



* M. DCCLXX. 






Chez Fanckoucke, LîBfarrr,, 
à l'hôtel de Thou, rue des Peîuyins, 
quartier Samt'André'^dei'Araf 






— — — — ^— — I ■ wm^^mim 

TABLE 

De ce qui eft contenu dans ce 
Volume. 

X-/ £ PORC'ÉPXC, ..,•». page { 

Le Coendou •»•«.'• is 

L'Urfen ; 19 

Le Tmrec & le Tendrac 23 

La Gifaffe 2.6 

Le Lama & le Paco. 47 

L'Vnau & l'Ai ,., 72. 

Le Sunkate p^ 

Le Tarfier, . . » p»d 

Le Phalanger. 1 00 

Le Coquallin. » 1 02 

Le Hamfter 1 04 

Le Bobak & les autres Marmottes. 1 1 7 

Les Gerho'ifes •... 121 

La Aîangoufte ....^.....^.•.^ 133; 

La Foffane 1 46 

Le V^nfi^f*- »»»..... ••»....» 14^ 



La Aîakîs, • • • 1 52 

Le Loir, . 163 

La Chauve -fams , Fer-de-lance. 1 67 

Le Serval 171 

L'Ocelot» 175 

Le Margay 183 

Le Chacal & VAdive . 188 

L'Ifatis* 205 

Le Glouton 213 

Les Mouffettes, .' 226 

Le Pékan ù* le Vifon 243 

La Zibeline 24e 

Le Leming 253 

Lm Saricovienne , , 259 

La Loutre de Canada 2^3 

Les Phoque f , les Merfes & les 

Lamantins*,,.,,,,,.,,, 2.6% 



•- * 



HISTOIRE 



• • 



15» 
ice. 1 6y 

.. 175 
, .. 183 
188 

205 
213 
. . . 226 

. . . ^43 

. . . 246 

... 2.53 

.. . 2L59 

. . . 263 

Us 
... z6% 




) . • 



» • . 



ITOIRE 



HISTOIRE 

NATURELLE 

■ I —————— I ■ I I II I m^mmmmt 

LE PORC'ÉPIC (a): 

Il ne faut pas que le nom de Porc- 
épineux qu'on a donné à cet animal , 
dans la plupart des langues de l'Europe , 
nous induife en erreur, & fàfle imaginer 

(a) Porc -épie en Grec & en Latin, Hyflrix ; en 
Arabe, Tjur-èan» félon le Dodeur Shaw ; en 
Anglois, Porcupine; en Allemand, Siachdjchwe'm ; 
en Italien, Purco-fplnofo ; en EfjKignoi, Pueno-efinno, 

Hyftrix. Gc(ntt , Hift, quad,vg, pag. 563. Nota, 
Quok}ue Gefner dife que la figure qu'il donne âvi 
^rc-épic a été faite d'après l'animal vivant, e//. 
pèche «cependant en pluHeiirs chofes, & Singuliè- 
rement par les dents. Le porc -épie n'a que deux 
dents incifives à chaque mâchoire, & point de dents 
canines \ & dans la figure de Gcfncr , il a huit dents 
inciPives ou canines. 

Hyflrixthe porcupine, Ray, Syn, qmd, pag. ao<5. 

Pwc ' épie. Mémoires pour fervir à l'hifloirc del 
^imaux, panie 11^ page ^/ , fg, ^li. xir, 

'J-ome XU A 



t,:.^ï. 



'f Hi flotte Naturelle 

que le porc-t'pic foît en effet un cocîioit 
chargé d épines, car ii ne refTeiîible au 
iCochon que par le grognement ; par 
tout le rerte il en diffère autant qu'aucun 
autre animai , tant pour la figure que 
pour ia conformatioai intérieure ; au lieu 
d^ine tête aloiigée , furmontée de longues 
oreilles ^ arnié^e de défenfes & terminée 
par uri boutoir , au lieu d'un pied fourchu 
& gîïrni de fabots comme le cochon , le 
porc r épie a comme le callor la tête 
courte, deux grandes dents incifives en 
avant de chaque mâchoire, nulles dé- 
fenfes ou dents canines , le mufeau fêndii 
comme le lièvre , les oreilles rondes & 
aplaties , & les pieds armés d'ongles : 
au lieu d'un grand eftomaç avec ur| 
appendice en forme de capuchon, qui 
clans le cochon fèmble faire la nuance 
entre les ruminans & les autres animaux , 

ffyjfrix prientalis crijîata, Seba , voî, I , pag. 79; 
^g. I , Tab. I . Nota, I .• L'épithète Oriemalis cfl 
ici mal appliquée , car le porc - épie fê trouve en 
Afrique & dans tous les pays chauds de l'Europe 
«& de i'Alîe. Nota* a." La figure & la defcription 
de Seha pèchent en ce quelles n'indiquent que 
trois ongles aux pieds de derrière , tandis que cçt 
ahimal en a cinq. M. Linnaeus qui avoit adopté 
f«tte erreur dans {t% premières éditions , l'a reconnue 
Il corrigée dans les dernières* 



Ju PorC'CpîC, ^ 

te porc - épie n*a qu'un fimpîe eftomac 
& un grand cœcum ; ics parties de la 
génération ne font point apparentes au 
dehors comme dans le cochon mâle ; les 
tefticules du porc -épie font recelés au 
dedans & renfermés fous les aines ; la 
verge n*eft point apparente ; & Ton peut 
dire que par tous ces rapports aufîi-bieii 
que par la queue courte , la longue 
niouftache, la lèvre divifée, il approche 
beaucoup plus du lièvre ou du caftor 
que du cochon. Le hériiïbn qui comme 
ie porc - épie eft armé de piquans , ref- 
fembleroit plus au cochon ; car il a le 
mufeau long & terminé par une elpèce 
de grouin en boutoir ; mais toutes ces 
reffemblances étant fort éloignées , & 
toutes les différences étant préfentes & 
réelles , il n'eft pas douteux que le porc- 
épic ne fbit d'une efpèce particulière 
& différente de celle du hérifTon , du 
callor , du lièvre ou de tout autre animal 
auquel on voudroit le comparer. 

Hyjirix capite crijlato Hyjlrix , le porc-épîc^ 

Briflbn, Regn, anirn, pag. 125. 

Criffûta, Hyjlrix palmis tetrcuLtâylis , phntis penJ 
tadaâylis , capitt criftato ^ cauda abbreviaifu Lino^ 
Syji» nat, edit. x^ pag. 55, 

A ij 



f hifto'tre Naitireltê 

II ne faut pas non plus ajouter foi \ 
ce que di(ènt prefqu unanimement leç 
Voyageurs & les NaturaliHes, qui don- 
nent à cet animal la f;iculté de lancer 
fes piquans à une affez grande diflance 
& avec afrpz de force pour percer & 
blefTer profondément, ni s'imaginer avec 
eux quç ces piquans tout fépare's qu*i|s 
font du corps cfe l'animal , ont la pro- 
priété très - extraordinaire & toute parti- 
culière de pénétrer d'eux - mêmes Sç. 
pur leurs propres forces plus avant dans 
les chairs, dès que la ppinte y eft une 
ibis entrée : ce dernier fiiit eft purement 
imaginaire & deftitué de tout fondement, 
de toute raifbn, le premier efl aufîi {^iy^K 
que le fécond ; mais au moins Ferreuç 
paroît fondée fur ce quç l'animal lorfqu'ij 
cft irrité pu feulement agité , rcdrefl'e fès 
piquans , les remue ; & que comme il 
y a de cps piquans qui ne tiennent à {a 
peau que par une eipèce de filet oii 
de pédicule délié , ils tombent aiféinent, 
I^ous avons vji des porcs-épics vivans, & 
Jamais nous ne les avons vus , quoique 
violemment excités , darder leurs piquans : 
©n ne peut donc trop s'étonner que les 
guteuxs fes pius graves , tant ancieiis 



i/// PofC'épic: 'jjfi 

%) qtie modernes (c)^ que les Voyageur* 
les plus fenfés (d) foient tous d'accord fur 
Un fait àuffi faux : quelques-uns d'entre eux 
dilertt avoir eux - mêmes éxé biclTés de 
cette èfpèce de jaculation, d'autres afTu- 
rent qu'elle (è im avec tant de roideur, 

(b) Àrifl. Hifl. mim, !îb, IX, cap, XXXIX. — 
Bin, Hifl. Nat* lit, VJIJ , cap. LUI. ^^ Opiari, 
de venatione. 

(c) M." les Anntomifles de l'Académie des Sciences. 
Ceux des piquons , difent - ils > qui ément les plu* 
forts & les pks courts étaient alJes à arracher de Id 
jveau , ny étant pas attachés fermement comme ■ lei 
autres , aujft font-ce ceux que ces animaux ( les Porcs- 
cplcs ) ont accoutumé de lancer contre h s chajfeurs , 
en fecouant leur veau comme font les chiens loYfqu'ils 
fanent de l'eau. Cilaudfcri dit également que le porc- 
épic eft lui - même l'arc , le carquois & la flèche 
dont il fc fert contre les chaflcurs. Mémoires pour 
fervir à l'hifloire de<: animaux , tome I II , page r i ^4 
J^OTA. La fable cft le domaine its Poètes, & il 
ny a point de reproches à faire à^Claudien : mais 
les Anatomiftes de l'Académie ont eu tort d'adopter 
cette fable, apparemment pour citer CInudicn; car 
on voit par leur propre expofé , que le porc-épic ne 
lance point Tes piquans , 6i que feulement ils tombent 
lorfque l'animal fe fccoue,— Wormius, Muf, Wormian, 
pijg. i3 5» —^IVaton, pag. 56. — Allrm'. de quadé 
Digit. pag. 473 , & plufieurs autres Auteurs célèbres 
ont adopté cette erreur. 

(d) Tavernier , tome II, pages 20 & 2ii 
ICofbe , toifhe III , page ^6, — Barbot. //^ 
^ire générale des Voyages , tome IV , page zjj., 

A 11; 



8" hîjloire Naturelle 

que le dard ou piquant peut percer une 
planche (e) à quelques pas de diftance. 
Le merveilleux , qui n'efl que ie fàux 
qui fait plaifir à croire , augmente & 
croît à niefure qu'il pafîè par un plus 
grand nombre de têtes ; la vérité perd 
au contraire en fliifant la même route ; 
& malgré la négation pofitive que je 
viens de graver au bas de ces deux faits, 
je fuis iierfuadé qu'on écrira encore mille 
fois après moi , comme on l'a fait mille 
fois auparavant , que ie porc-épic darde 
fès piquans, & que ces piquans féparés 
de l'animal , entrent d'eux-mêmes dans les 
corps où leur pointe eft engagée (ff, 

(e) Lorfquc ïe porc-cpic efl en furie, il s'éfance 
avec une extrême vîtffTe , ayant Tes piquans dreffés , 

Î[,ui font quelquefois de la longueur de deux empans , 
ur les hommes & (ur les bctes , & i\ les darde avec 
tant de force, qu'ils pourroient percer une planche. 
Voyage en Guinée par Bofmant Utrecht , i y o j , 
page 2JS' 

(f) Nota, I .* Il faut cependant excepter du nombre 
de ces voyageurs crédules le Doélcur Shaw. « De 
» tous les porcs-épics, dit^il, que j'ai vus en grand 
» nombre en Afrique, je n'en ai rencontré aucun 
» qui , quelque chofc que l'on frt pour l'irriter , 
» dardât aucune de fes pointes; leur manière ordi- 
>» naire de (ë défendre , eft de fe pencher d'un côté j 
»> & iorfque l'ennemi s'efl approché d'affez près , 
de fe relever fort vite ^ de le piquer de l'autre. » 



jii Porc-eYic, . 7 

Lé porc - cpic , quoiqu'origînaire des 
climats les pîus chauds de l'Afrique & 
àe^?^ Indes , peut vivre & fè multiplier 
dans des pays moins chauds , tds que 
la Perle, i'Efpagne éc ritalie. Agricola 
dit que l'efpèce n'a été tranfportée en 
Europe que dans ces derniers fiècles; 
die Te trouve en Efpagne & plus com- 
munément en Italie , fur - tout dans les 
montagnes de l'A ppènnin j aux environs 
de Rome ; c'efl: de-ià que M. Mauduît , 

Voyait de Shaw , ifaduit de VAnglois, tohie I , 
j7ûge )2^, Nota. 2.* Le P. Vincent - Marie nt 
dit point du tout que îc porc-épic lance des piquans , 
il afTure feulement que quand il rencontré des 1èr- 
pens , avec lelqucls if efl toujours en guerre , il fis 
met en boule , cachant fcs pieds & fa tête , & fc 
roule fur eux avec (ts piquans jufqù*à leur ôtcr fa 
vie fans courir rifque detre blenfé. 11 ajoute un h.\t 
que nous croyons très - vrai , c'crt qu'il fe forme 
dans i'eftomac dû porc-épic àts bczoards de diffé- 
rentes fortes , les uns ne font que àts amas de 
racines enveloppées d'une croûte , les autres plus 
petits paroilfent être pétris de petites pailles & de 
poudre de pierre; & ks plus petits de tous , qui 
tie font pas plus gros qu'une rtoix , paroiflent pé- 
trifiés en entier ; ces derniers font les plus cftiméi. 
Nous ne doutons pas de ces faits , ayant trouve 
nous - mêmes un hézoard de la première forte , c'eft- 
à- dire , une égagropile dans l'eftemac du porc - épiç 
<|ui nous a étc envoyé d'Italie, 

A m; 



• 



t hiflotre Naturelle 

^ui par Ton goût pour i*hiftoire na^turelle , 
a . bien voulu fe charger de cjuelques- 
uncs de nos commiflîôns , nous a envoyé 
celui qui a fervi à M. Daubenton pour 
fa defcription. Nous avons cru devoir 
donner la figure de ce porc-épic d'Italie, 
auifi-bien que celle du porc-épic des 
Indes ; les petites différences qu*on peut 
remarquer entre les deux , font de légères 
variétés indépendantes du climat , ou peut- 
être même ne font que des différences 
purement individuelles. 

Plîne & tous les Naturalifles ont dit, 
d'après Ariftote , que le porc - épie , 
comme l'ours, fe cachoit pendant l'hiver, 
& mettoit bas au bout de trente jours, 
nous n'avons pu vérifier ces faits ; & il 
eft fingulier qu'en Italie, où cet anima! 
cfl commim , & où de tout temps il y 
a eu de bons Phyficiens & d'excellens 
Ot^fèrvateurs , il ne (e foit trouvé per- 
fonne qui en ait écrit l'hiftoire. Aldro- 
vande n'a fait fur cet article, comme fur 
beaucoup d'autres, que copier Geiher; & 
M/* de l'Académie des Sciences qui ont 
écrit & difféqué huit de ces animaux , 
ne difcnt prefque rien de ce qui a rapport 



ri? 



*■ . 



du Porc-eptc, ^^ 

ï leurs habitudes naturelles : nous (avons 
feulement par le témoignage des Voya- 
geurs & des gens qui en ont élevé dans, 
des ménageries, que dans l'état de do- 
meflicité , le porc - épie n'eft ni féroce 
ni flirouche, qu'il n'eft que jaloux de 
fà liberté; qu'à l'aide de Tes dents de 
devant , qui font fortes & tranchantes 
comme celles du caftor , il coupe le 
bois & perce aifément la porte de fà 
loge (g). On fait aufli qu'on- le nourrit 
aifément avec de la mie de pain , du 
fromage & des fruits ; que dans l'état de 
liberté, il vit de racines & de graines' 
iàuvages ; que quand il peut entrer dans 
un jardin , il y fût un grand dégât & 
mange les légumes avec avidité ; qu'il 
devient gras comme la plupart des autres 
animaux , vers la fin de l'été ; & que fà 

(g ) Nous avons en Guinée des porcs-cpics. Hs 
croisent jiifqu^à la hauteur de deux pieds ou de 
deux pieds &i demi , & ils ont les dents fi fortes 
& fi affilées , qu'aucun bois ne peut leur réfifter ; 
j'en mis une fois un dans un tonneau , m'imaginant 
qu'il feroit bien gardé , mais dans l'efpace d'une nuic 
\\ le rongea fi bien , qu'il le perça & en fortit , il 
le perça même dans le milieu , où les douves (ont 
les plus c<?urbées en dehors. Voyage de Bofman, 

A V 



10 Hijloire Naturelle, &ci 

chair , quoiqu'un peu fade , n'efl pâ$ 
mauvailè à manger. 

En confidérant la forme , la fubftance 

& l'organifation des piquans du porc- 

épic, on reconnoît ailément que ce font 

de vniis tuyaux de plumes auxquels il ne 

manque que les barbes pour être de vraies 

plumes ; par ce rapport , il fait la nuance 

entre les quadrupèdes & les oifeaux; ces 

piquans , fur-tout ceux qui font voifins de 

îa queue , fonnent les uns contre les autres 

iorfque Tanimal marche ; il peut les re- 

dreflër par la contradion du mufcle peau- 

cier, & les relever à peu près comme le 

paon ou le coq d'inde relèvent les plumes 

de leur queue ; ce mufcle de la peau a 

donc la même force, & efl: à peu près 

conformé de la même fiiçon dans le porc- 

^pic & dans certains oifèaux. Nous fiifil- 

fons ces rapports, quoiqu'afTez fugitifs; 

c'^ft toujours fixer un point dans la Nature 

qui nous fuît & qui fèmble fe jouer'par la 

bizarrerie de lès produdions , de ceux 

qui veulent la connoître. 



«_^ 



n'eft pâ$ 

fub (lance 
du porc- 
le ce font 
juels il ne 
: de vraies 
la nuance 
eaux; ces 
voifins de 
ï les autres 
ut les re- 
ifcle peau- 
comme le 
es plumes 
la peau a 
peu près 
is le porc- 
ous fiûfil^ 
; fugitifs ; 
la Nature 
uer'par la 
de ceux 



.-im>.- 




j.K roiK^ IWW 



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Pin; // . 


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1^^ W^'\ 


-3=i-= : : ,_\i 


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II 



LE COENDOU (a), 

jJaNS chaque article que nous avons 
à traiter , il le préfente toujours plus 
d'erreurs à détruire que de vérités à 
expofer : cela vient de ce que Fhif- 
toire des animaux n'a, dans ces derniers 
temps , été traitée que par des gens à 

(a) Coendou, nom de 
que nous avons adopté, 
nonccr Couandou) au Brej 
parties de l'Amérique 
ou Hoititlaquatiin par 
de la nouvelle Efpagn< 
Portugais qui habitent en^ 

Coendou, Miflion du P. 
Paris , t éi^ , feuillet 2^q , 

Hoiijtîacuatjin , Jeu Tlacuatiin , Jpinojo Hyjhîct 
nov£i Hifpaniœ, Hcrnand. ////?. A1e,:(, 6g. pag. 322. 

Hoiti/aquatii», Nierembcrg, fig;'pag. 154. iVo/d. 
ta figure dans Nieremherg eft la même que dans 
Hernandès, & la defcription a été copiée cornme 
la figure. 

Cuandu Brafilien films, Marcgrav. ////?, nat. Bra^, 
fig. pag. 233. 

Cuandu, Pi (on, Hifl, Braf, fig. pag. 99. Nota, 
La figure de cet animal dans Pifon eft la même 
que daps Marcgrave, , 

A VJ :: 




\ 









12 Hiflcire Naturelk 

préjugés, à méthodes, & qui prenoîcnîf 
la liilc de leurs petits l'yftèmes pour les 
regiftres de la Nature. Il ri*exi!le en 
Amérique aucun des animaux du climat 
ciiaud de l'ancien continent, & récipro- 
quement il ne (c trouve fous la zone 
brûlante de, l'Afrique &: de l'A fie aucun 
de ceux de l'Amérique méridionale. Le 
porc -épie eft , comme nous l'avons dit, 
originaire des pays chauds de l'ancien 
inonde ; & ne l'ayant pas trouvé dans 
le nouveau , on n'a pas laiffé de donner 
fon nom aux animaux qui ont paru lui 
refîembler , & particulièrement à--^ celui 
dont il eft ici queilion. D'autie côté, l'on 
a transporté le coendou d'Amérique aux 
Indes orientales ; & Pifon qui vraifem- 
blablement ne connoifToit point le porc- 
épic , a fait graver dans Bpntius (b) qui 
ne parle que des animaux du midi de 
l'A fie, le coendou d'Amérique, fous le 



Hyflm Americanas , Cumdu Brafilieujibus, Marc- 
grav. TlaquMwt fpinofum» Hernandès , E.ay , fynoff^ 
^uad, pag. 2 00. 

Chat épintux. Voyage de Defmarchais, tome 111 ^ 
(hj Jac. Bontii, Hijl, Indice OrieiÈ, pag. 54, 



A ■ 



du CoenMi', tf 

nom & ïa cîefcription du vrai porc-épic ; 
en forte qu'à ia première vue , on leroit 
tenté de croire que cet animal exifte 
également en Amérique & en A fie; ce- 
pendant il e(l aifé de reconnoître avec 
un peu d'attention, que Pifon qui n'efl: 
ici , comme prefque par - tout ailleurs , 
que le plagiaire de Marcgrave, a non- 
fèulemént copié là figure du coendou , 
pour l'inférer dans fon hiftoire du Brefil, 
mais qu'il a cru devoir la copier encore 
pour la tranfporter dans l'ouvrage de 
Bontius , dont il a été le rédadeur & 
l'éditeur ; ainfi quoiqu'on trouve dans 
Bontius la figure du coendou , l'on ne 
doit pas en conclure qu'il exifte à Java 
ou dans les autres parties de l'A fie méri- 
diçnaie , ni prendre cette figure pour 
celle du porc - épie , auquel en efl!et le 
coendou ne reffemble que parce qu'il 
a comme lui des piquans. 

C'eft à Ximénès, & enfuite à Her- 
nandès , auxquels on doit la première 
connoifi^ance de cet animal, ils l'ont in- 
diqué fous le nom de Hoit^lacuat-;(m que 
lui donnoient les Mexicains : le Tid" 
fuaiiin ell ie Sarigue, & Hoititlacuat:^n 



;Ï4 Hiftoke Naturelle 

doit (è traduire par Sarigue-épineux. Ce 
nom avoit éxé mal appliqué , car ces 
animaux (è reiïemblent aiïez peu ; auili 
Marcgrave n'a point adopté cette déno- 
mination Mexicaine, & il a donné cet 
animal fous Ton nom Brafilien , Cuandu , 
qui doit (e prononcer Couandou; la (èule 
cho(è qu'on puiflè reprocher à Marc- 
grave, c'eft de n'avoir pas reconnu que 
ion cuandu du Brefil étoit le même ani- 
mal que l'hoitztlacuatzin du Mexique, 
d'autant que (a defcription & fa figure s'ac- 
cordent aflez avec celles de Hernandès , 
& que de Laët qui a été l'éditeur & le 
commentateur de l'ouvrage de Marcgrave, 
dit expreflement (c) que le tlacuatzin épi- 
neux de Ximénès & le cuandu, ne font 
vraifemblablement que le même animal. 
Il paroît en rafTemblant le peu de notices 
éparfès que nous ont données les Voya- 
geurs fur ces animaux , qu'il y en a deux 
variétés que les Naturaliftes ont, d'après 
Pifon (d) , inférées dans leurs liftes comme 

(c) Videtvr efe idem animal autfahem finûk quod Fr. 
Xirnénès elefcribit fuit noviine Tlaqiiatjjn fpinofu De 
J,aët, annotatio in cap. IX , lib. VI, Marcgr. p. 233, 

(d) Cuandu, major, Pifon, ////?. Braf pag. 32^ frg, 



</// CoenJoù: '1*5 

deux cfpèces différentes, le grand (e) Ôc le 
petit cunndu ; mais ce qui prouve d'abord 
l'erreur ou la négligence de Pilon, c*efl 
que quoiqu'il donne ces coendous dans 
deux articles féparés & éloignés Tun de 
l'autre , & qu'il paroiffe Tes regarder 
. comme étant de deux efpèces différentes , 
il les rcpréCenie cependant tous deux par 
la même figure, ainfi nous nous croyons 
bien fondés à prononcer que ces deux 
n'en font qu'un. 11 y a aulîi des Natu- 
raliftes qui non - feulement ont fîiit deux 
efpèces du grand & du petit coendou, 
mais en ont encore féparé l'hoitztlacuatzin 
en les donnant tous trois pour des ani^ 

pag. 325. — Cuandu feu Cuandtt mÎMor, Pifon. //, 
pag, 99 , fig. iùid, 

(e) Hyjlrix longius caudatus , hnviorihus acukis, 
' Barrère , Hi/i, mit. dt la Fr, équ'tnox. Porc • cpic i 

page 153 Hy^rix minor, Leucopheus. Gouau-' 

dou, id, ibid, 

I 

Hyfirix couda long'iffiwâ tenui , medietate extrewâ 
'aculeorum experte» Hijîrix Americanus major. Le grand 
Porc épie d'Amérique. Brilf. Regn. anim. p. 130,... 
Hyjlrix caudiî longiffima , tenui medieiate extrema acu- 
leoriim experte. Hyjlrix Americanus» Le porc-épic d'A* 

mérique. Id. page 129 Hyjlrix acukis apparen- 

tilms , caudâ brevi & cra^a, Hyjlrix nwa Hi/j/anicç^ 
l^ç Pure- épie de k nouvtJlc Efpagne, Jd, p, 1^7. . 






ï6 Hiftvire Naturelle 

ninux difFërens, & j'avoue que quoiqu*lI 
ibit très-vraifeinblablc (jue ic coeiidou èc 
l'hoitztlacuntzin font le même animal, 
cette identité n'efl pas aufli certaine que 
Celle du grand & du petit coendou. 

Quoi qu'il en foit , le coendou n'efl 
point le porc-épic , il elt de beaucoup 
plus petit ; il a la tête à proportion 
moins longue Sa le muleau plus court, 
il n'a point de panache fur la tête , ni de 
fente a la lèvre fupérieure ; (es piquans 
font trois ou quatre fois plus courts & 
beaucoup plus menus ; il a une longue 
queue, & celle du porc-épic ell très- 
courte ; il eft carnafîîer plutôt que fru- 
givore , fk cherche à furprendre les 
difeaux , les petits animaux , les volailles (fj, 
au lieu que le porc-épic ne fè nourrit 
que de légumes , de racines & de fruits. 
11 dort pendant le jour comme le hériflbn , 
& court pendant la nuit ; il monte fur les 
arbres (g^ & fe revient aux branches avec 

(fJ Ce fkit afliiré par Marcprravc 6f Pifbn n'efl 
pas certain, car Hernandc? dit au contraire tjue 
ifiaiudncuatzin tè nourrit de fruits. 

* 

{g) Scandit arbores fid tardo grefu quia poïlice caret; 
'ê^cmdms nuttni caudam circuuwohit ne labaïur , ad» 
Wfdutti eaim metuit la^um , nec falire potejl. Marcgri 



Jti Cocmtou» 'Ij^ 

(â queue , ce que le porc - tpîc ne fàk 
ni ne pourroit faire ; lii clinir ^h), clifent 
tous les Voyageurs , efl très - bonne à 
manger ; on peut l'aprivoiièr ; il demeure 
ordinairement dans les lieux élevés , Se 
on le trouve dans toute l'étendue de 
i'Amériquc, depuis le Brefil & la Guiane 
jufqu'à la Louifiane «Se aux parties mé- 
ridionales du Canada ; au lieu que le 
porc- épie ne fe trouve que dans les pays 
chauds de l'ancien continent. 

En tranfportant le nom du porc-épîc 
BU coendou , on lui a fuppofé & tranfmis 

////?. nat. Br,tf, pag. 233. — Nous vîmes un 
Poic-cpic fur un petit arbre que nous coupâmes 

four avoir le piaifir de voir toml^r cet animal., w 
I efl fort gras & on en mange ia chair. Voyage «/«s 
la Hontan , tomt I, page 82% 

Carncm hah;t bonam iy ftergrarani ; nam afatam 
fape comedi , & ah incolis valde ajUmatnr. Marcgrav. 
pag. 13 3, — Il cfl bon à manger, on le met au 
}eu pour te faire griller comme un cochon ; mais 
auparavant les femmes fauvages en arrachent tous 
les poils de defTus le ^os ( c'ell-à-dirc , tous les pi- 
quans ) qui foiit les plus grands, & elles en font de 
beaux ouvrages ..... Étant brûlé, bien rôti, lavé 
& mis h la broche, il vaut un cochon de lait; il 
eft très-bon bouilli, mais moins bon que rôli. Des- 
cription de l'Amérique par DinySt Paris ^ 1 6y2 f 
tome II , page j 2 4f.t 



I II M 



18 I-îiJlolre Nûttirelle, &ci 

les mêmes facultés ^ celle fur - tout dfe 
iaiicer fés piqiians ; il ed étonnant que 
ies Naturalises & lès Voyageurs s'ac- 
cordent fur ce fait , & que Pifon qui 
de voit être moins fuperftitieux qu'un autre, 
puifqu'il étoit Médecin , dilè gravement 
que les piquans du coendou entrent d'eux- 
mêmes & par ieur propre force dans la 
chair, & percent le corps jufqu'aux vif- 
cères lès plus intimes. Ray e(l le feul qui 
ait nié ces fiits , quoiqu'ils paroiiïcnt évi- 
demment abflirdcs; Mais que de cho(es 
abfurdes ont été niées par des gens fenfés f 
Se qui cependant font tous les jours affir- 
mées par d'autres gens qui fe croient 
encore plus fenfes! , .^^ 




V* s' ^ . 



r - tout dfe 
nnant que 
jeurs s'ac- 
Pifon qui 
u'un autre, 
gravement 
rent d'eux- 
ce dans la 
p'aux vif- 
le feul qui 
oifTcnt é vi- 
de choies 
ens (enfés , 
jours affir- 
fe croient 



i^t^-ai. 



*' 




r,K c()],xi)()u 



»9 






L'URSO N(a). 

\^^ E T animal n*a jamais été nomme: 
placé par la Nature dans les terres dé- 
fertes du nord de l'Amérique , il exiftoic 
indépendant, éloigné de l'homme, & ne 
iui appartenoit pas même par le nom , 
qui eft le premier frgne de fon empire. 
Hudfon ayant découvert la terre où il fe 
trouve, nous lui donnerons un nom qui 
rappelle celui de fon premier maître , & 
qui indique en même temps {Ii nature 
poignante & hérifTée ; d'ailleurs il étoit 
nécefTaire de le nommer pour ne le pas 
confondre avec le porc - épie ou le 

(a) The Porcuplrte front Hudfon*s Bay, Edwards^ 
////?. of Birds, fig. pag, 52. 

Le Porc-épic de la baie de Hudfon. Voyage à la. 
lait de Hudfon, far Ellis, Paris, i y^p , tome 1, 
page s^ . fg,}mge jS, 

Hiflrix acuîeis fub jùl'n occuhls , enuda hcvi & 

craÇa Hiflrix Hudfonîs, Le porc-épic de la 

baie de Hudfon. Bnif. Regn, anim. pag. 1 a 8. 

Dorfnta, HiJIrix yahnis teiradaâylis , plantis pcri' 
tadaélylis cauda elongaui , dorjo Jbh fiinojo, Linny 
Syfi, nat» cdit, x, pag. 57. 



Zô hifloke Naturelle 

Coendou , auxquels il reflemble par c(uef- 
ques caradères, mais dont cependant il 
diffère aiïèz à tous autres égards, pour 
qu'on doive le regarder comme une efpèce 
pardculière & appartenante au climat du 
nord, comme les autres appartiennent à 
telui du midi. 

M." Edwards, Eilis & Catefby ont 
tous trois parlé de cet animal : les figures 
données par ces deux premiers auteurs 
s'accordent avec ia nôtre , & nous ne 
doutons pas que ce ne foit lé même 
animal ; nous Ibmmes même très-portés 
à croire que celui dont Seba donne 
la figure (b) & la defcription fous le 
nom de Porc- épie fingul'ier des Indes orkn-^ 
taies , & qu'enfuîte M." Klein fc), Brif^ 
fon (d) & Linnaeus (e) ont chacun indiqué 

(h) Porcia acuhafas fyîveflrîs fivi Hiflnx orïentaUs 
fingularis, Seba, voh I, jiag, S^» Tnù. J2 , fg. /, 

fcj Acanthlon cauJa fTrolongâ acuils pilis honida, in 
txùu quafi panniculatâ, Klein , de quad» pag. 6y. 

(d) Hijhix cauda longijfimii actdels undique ohjita in 
txtremo pnnniculatn. Hijtrix oricnia/is, Le Porc-épic 
des Indes. BrifT. Regn, an'inu pag. 131. 

(e) Mûcroura, Hyjlrix pedikis jfemadaâylis , caudâ 
thngatfi , aculds clofmd Xânni Sjfjlt nau edit. %( 
pag. 575 '^ 



■«w» 



<fe rUrjom a il 

cfans îeiiïs Mes par des carci<^ères tîre's 
de Seba, pourroit être le même animal 
que celui dont il eft ici queftion : ce 
ne feroit pas , comme on i'a vu ^ Tunique 
& première fois que Seba auroit donné 
pour Orientaux des animaux d'Amérique; 
cependant nous ne pouvons pas i'aflurer 
pour celui-ci comme nous l'avons fait 
pour plufieurs autres animaux j tout ce 
que nous pouvons dire, c'efl que les 
reflemblances nous pairoiiïent grandes , 
& les différences affez légères, & que 
comme Von a peu vu de ces animaux, 
y fe pourroit que ces mêmes différences 
pe fu(fei)t que des varitétés d'individu à 
individu , ou même du mâle à la femelle. 

L'Urfon auroit pu s'appeler le Cajior 
épineux, H eîl du même pays, de la 
même grandeur & à peu près de ia même 
forme de corps ; il a , comme lui , à 
î'extrémitc dje chaque mâchoire, deux dents 
ïncifives , longues , fortes & tranchantes : 
indépendamment de Çts piquans qui font 
iilTez courts & prefque cachée dans le 
poil , l'urfon a , comme le caftor , une 
double fourrure , la première de poils 
longs & doux , <3c la féconde d'un duvet 



IslJ Hijloire Naturelle, &c: 

ou feutre encore plus doux & plu* 
mollet. Dans les jeunes, les piquans font 
à proportion plus grands , plus appa- 
rens & les poils plus courts & plus rares 
que dans les adultes ou les vieux. 

Cet animal fuit l'eau & craint de fe 
mouiller, il (e retire & fait fà bauge fous 
les racines des arbres creux (f), il dort 
beaucoup , & (è nourrit principalement 
d'écorce de genièvre; en hiver, la neige 
lui fèrt de boiflbn; en été, il boit de 
Teau & lappe comme un chien. Les Sau- 
vages mangent fa chair , & fe fervent 
de fà fourrure après en avoir arraché les 
piquans qu'ils emploient au lieu d'épingles 
& d'éguilles. 

(fl Voyez îa lettre de M. Alexandre Light à M^ 
Edwards. ////?, of Birds , pag, j2* 










c; 

quans Ibnt 
lus appa- 
plus rares 

IX. 

lint de (e 
auge fous 
"-J, il dort 
:ipalement 

, la neige 
il boit de 

Les Sau- 
fe fervent 
irraché les 
d'épingles 



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V il 



£• TANREC (a) 

ET LE TENDRAC (b). 

I J-jE S Tanrecs ou Tenracs font de petits ani- 
maux des Indes orientales , qui refîèmblent 
un peu à notre Héri0bn, mais qui ce- 
pendant en diffèrent afîez pour conftituer 
des efpèces différentes ; ce qui le prouve 
indépendamment de l'infpedîion & ,de h 
comparaifop , c'ell qu*ils jie ie mettent 
point en boule comme le hériffon , & 
que dans les mêmes endroits où fe 
trouvent ks tanrecs , comme à Mada^ 
gafcar, o^ y trouViC auffi des hérifTons 

^a) Tunrec & Tendrac ,iiQm^ de ct& animaux, Bi 
que nous avons adoptés* 

(bj Erinacfus Americanus atbus, Seba , vol. 7; 

fûg. 78 , Tab, ^y . fig, ^, Nota, Ce Hériflbii 

que S.eba dit lui avoir été envoyé de Surinam , 

reflemble fi fort au Tcndrac, qu'on ne peut pas 

[ 4ouïer que ce ne foit fe même animal i & s'il eft 

Ltjatif de Madàgafcar, il ne doit pas fe trouver en 

(Amérique. Cet Auteur l'a mal indiqué à tous 

égards, car ii n'eft ni Américain ni blanc, il eft 

feulement un peu moins brun que notre hériHbn 

ii']£urope« 



■'■*.■ 



1$ Hiftoin Naturelle 

de la même cipèce que les nôtres, qiiij 
ne portent pas le nom de tanrec , niaii 
c|iii s'appellent Sora (c)» 

H paroît qu*il y a à&s tanrccs de deux 
efpèces , ou peut - être de deux races 
différentes ; le premier qui cft à peu 
près grand comme notre hcfriiïbn , a le 
inu(eau à proportion plus iong que le 
lecond , il a aulîi les oreilles plus appa- 
rentes & beaucoup moins de piquans que 
le fécond, auquel noys avons donn<^ le 
nom de tendrac pour le diflinguer du 
premier ; ce tendrac n'eil que de la 
grandeur d'un gros rat ; il a le mufèau ôc 
les oreilles plus courtes que le tanrec, 
celui-ci eft couvert de piquans plus 
pedts , mais aufîi nombreux que ceux 
clu he'riffon ; le tendrac au contraire n'en 
a que Tur la têtt', i^ cou & le garrot, 
le refte de Ton corps ell couvert d'un 
poil rude afTez ferablable awx foies du 
cochon. 

Ces p.etjts animaux qui ont Içs jambes 
très-courtes , ne peuvent marcher que 
fort lenteinent ; ils grognent (d) comme 

(<) Voyage à Madagafcar par FlaccoUrt , p, t j2, 
ïd) Recueil des voyages qui ont fcrvi à l'ctabliflèment 



nôtres, (\v\\ 
anrec, mais 

;cs de deux 
deux races 
cft à peu 
riflbn, a le 
ong que lc| 
pjus appa- 
piquans que 
is donn<^ le 
flinguer du 
que de la 
e mufeau ôc 
; le tanrec, 
quans plus 
que ceux 
ntraire n'en 
le garrot, 
luvert d'un 
foies du 



• - » 



Içs jambes 
ircher que 
^dj comme 
les 

:)Urt , p. I J2, 

li'ctablilTement 
de {4 



'V 



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Tl^tnXI. 



r. K T A N R 1 • C . Pf 4. l\h/. 2. 









^^<a■^^ 








iA\ 1 KJSIHIAC^ 




{lu Tanrcc & Ju Tendrai i j 

les pourceaux , ils fe vautrent comme 
•ux clans la fluigc , ils aiment l'eau & y 
fqourncnt plus long-temps que fur terre ; 
©n les i^icnd dans les petits canaux d'eau 
falée (e) & dans les lagunes de la mer; 
ils font très-ardens en amour & multi- 
plient beaucoup (f), ils (c creufent des 
terriers , s'y retirent & s'engourdifîènt 
pendant plufieurs mois ; dans cet état de 
torpeur , leur poil tombe & ii renaît 
après leur réveil ; ils font ordinairement 
fort gras , & quoi(|ue leur chair foit fade, 
longue & mollafle, les Indiens la trouvent 
de leur goût , & en font même fort 
friands. 

de îa Compagnie àti Indes de Hollande, jiage ^12:, 

fe) Relation de F. Caucfie. Paris, t ^^ i^p- / -2 7» 
— Voyage de la Compagnie des Indes de Hollande , 
page^Tz, 

(f) Voyagea Madagafcar, par Fbccourt, PatUi 
i66 1 , in-^,' page //-z. 



^^é 

W 



Tome XL 



'%' 



26 Hîjloke Naturelle 



•il 



tBmtmÊamm 



LA GJRAFFE(a). 

A Girafîè efl un de^ premiers , des 
plus beaux , des pius grands animaux , 
& qui ; fans être nuiilble , eit en même 

(a) Cirage, mot dérivé de Gimaffh, Sirayhah, 
' Zurnaùa, nom de cet animal en langue Arabe, & 
que les Européens ont adopté depuis plus de dtUK 
ficelés, Cametoparfidlis , en Grec & en Latin. Pline 
donne l'étymologie de ce nom compofé : Camthrum, 
dit-il , aliqua pmilitudo in aliud transfertur animal , 
MaBin, j€thiopes rocant , Collo fmilem equo, jediha 
ir cruribus bovi, Camcio capite ; aibis maculis rutilim 
c»k)rem dfjiiifguehiibus , unde apptlkfa Camelopardalis ; 
di^awris Cafaris Circevjibus tudis primum vifa Ronia • 
fx eç fubinde cemitur , afpeÛu magis quam firitat^_ 
confpicua : quart ttiam ovis ftra. novm invmii, W\% 
pat. lib. VIII, cap. XVUI. ' ^ 

G'irnffe, que les Arabes nomment Zurmpa, & 
que les Grecs & les Latins nomment Camelopardalis, 
}3elon , Obferv. feuil. 118, fig. ibid, verfo» 

Camelopardalis , Camflopardahn facrœ Iftura V9- 
carrt Zamer, Deuier, t^, Ubi Chalddica tranjlatio 
haï et Deba ; Arabica , Saraphah ; Perfca , Sera- 
phah ; feptuaginia Camelopardalin. Hieronymus Ca- 
pie/opi.rdum, Gefner, hijl, quad, i^y, fig. pag. 14,9, 
Vbi Legâur^ Camelopardalis , icon e^ charta t^uadam 



' Je la Ciraffe,^ ij 

temps Fun des plus utiles ; la difpro-» 
portion énorme de fès jambes , dont 
celles de devant (ont une fois plus longues 
que celles de derrière , fait obftacle à 
i exercice de (es forces ; fon corps n'ai 
point d'adiette , fa démarche eft vacil- 
lante , (es mouvemens (ont lents & con- 
traints ; elle ne peut ni fuir fes ennemis 
dans l'état de liberté , ni (crvir (es maîtres 
dans celui de domeflicité ; aufli l'efpèce 
en eft peu nombreulè & a toujours été 
confinée dans les défèrts de l'Ethiopie 
& de quelques autres provinces de l'A- 
frique méridionale & cfcs Indes. Comme 



mper inipreffa Norimherga Surnapa nomine 

ahitudine ttd fummum verticem fufira quinque orgyas , 
corniculis duolms ferrei coloris , pilo levi h" compojïio 
pulchro : diligenter ix probe deyiéium Conjlantinopolï ^ 
in Germaniam tranfn.ijjiim , an,ij;jp, 

CameloyardaUs, Aidrov* de quad, B'if. pag, p2ji^ 

\fg' P<'g' 9$'- 

CainehpardnUst Jonfton , de quad» pag* i02i 
\fg. Té, ^^, 40, ^s* 

Camelopardalis, Profper Afpin. Hjft, yEg}p. pjL II, 
j>ag. 2^6 . fig. -f , Tiib. /^, 

Camelopardalis. Cervus comibus fimplîcijjimis , peMui. 
micis longijfttnis, Linn. S^^, ^at* edii. x, p. 65, 



1 8 fSjfmre Ndîtirelle ' 

^es contrées étoient inconnues Jes Grecs, 
i^riftote ne fait aucune mention de cet 
îinimal; mais Pliae en parle , & Oppien 
(h) le décrit d'une manière qui n'efl: 
point équivoque. Le Camelopardalis , dit 
cet îjuteur , a quelque reffeniblance au 
chameau ; fa peau jeft tigrée comme celle 
^e la panthère , ^ fon cou eft long 
comme celui du chameau ; il a ia tête 
^ les oreilles petites , les pieds larges , 
les jambes longues , mais de hauteur fort 
inégale , pelles de devant font beaucoup 
plus élevées que celles de derrière qui 
îbnt fort courtes &l femblent ramener à 
terre Ja croupe de l'animal ; fiir la tête ' 
près des oreilles., il y a deux éminences 
femblables à deux petites cornes droites; 
au ïefte , il a la bouche comme un cerf, 
ies dents petites & blanches , les yeux 
brillans , la queue courte & garnie de i 
poils noirs à fon extrémité. En ajoutant 
a cette defcription d'Oppien celles d'Hé- 
Jiodore & de Strabon , l'on aura déjà 
une idée afîez juft^ de la Girafïè. Les 
A nibaffadeurs d'Ethiopie, dit Héliodore, 
^imenèrent un animal de la grandeur d'un 
. 0) Qppian, d^ Vtnax, hh lUt 

l 



<"4 






{le la GIraffe, I9 

chameau , dont la peau étoit marque'^ 
de taches vives & de couleurs brillantes , 
& dont les parties poflérieures du corps 
etoient beaucoup trop baffes , ou les 
parties antérieures beaucoup trop cfevées ; 
le cou étoit menu, quoique partant d'urt 
corps affez épais ; la tête étoit lemblable 
pour la forme à celle du chameau , 6c 
pour la grandeur n'étoit guère que du 
double de celle de l'autruche, les yeux 
paroifToient teints de différentes couleuEs ; 
la démarche de cet animal étoit différente 
de celle de tous les autres quadrupèdes, 
qui portent en marchant leurs pieds dia- 
gonalement , c*eft-à-dire , le pied droit 
de devant avec le pied gauche de der- 
rière ; au lieu que ia girafîè marche 
Tamble naturellement en portant les deux 
pieds gauches ou les deux droits en- 
femble ; c'eft un animal fi doux , qu'on 
peut le conduire par -tout où l'on veut, 
avec une petite corde paffée autour de 
ia tête /"cj» Il y, a , dit Strabon , une 
grande bête en Ethiopie, qu'on appelle 
Cameioparc/alis , quoiqu'elle ne reffemble 
en rien à ia panthère ; car (à peau n'efl 

{cj Héiiodore, lia, X - ■; 

B ii; 



^o 'Hiflohe Naturelle * 

pas marquée de même ; les taches de !a 
panthère font orbiculaires , & celles de 
cet animal font longues & à peu près 
femblables à celle d'un faon ou jeune 
cerf qui a encore la livrée : il a les parties 
poftérieures du corps beaucoup plus bafîes 
que les antérieures , en forte que vers 
la croupe il n'eft pas plus haut qu'un 
bœuf, & vers les épaules il a plus de 
hauteur que le chameau ; à juger de fli 
légèreté par cette difproportion , il ne 
doit pas courir avec bien de la vîtefle ; au 
refte , c'eft un animal doux qui ne fait 
aucun mal , & qui ne (e nourrit que 
d'herbes & de feuilles (d/. Le premier 
des modernes qui ait enfuitc donné une 
bonne defcription de la girafîè , eft Belon. 
» J'ai vu (dit -il) au château du Caire 
» l'animal qu'ils nomment vulgairement 
» Zurnapa, les Latins l'ont anciennement 
yy appelé Camelopardalis , d'un nom com- 
5? po(e de léopard & chameau , car ii 
» eft bigarré des taches d'un léopard , 
:» & a le cou long comme un chameau , 
» c'eft une bêie moult-belle , de la plus 
» douce nature qui foit, quafi comme une 
(ilj Sirabon, lib, JiVliT JCVU^ - 



-À. 

i- 



taches de h 
^ celles de 
a peu près 
^ ou jeune 
aies parues 
> plus bafl'es 
2 que vers 
haut qu'un 
a plus de 
juger de fli 
on , il ne 
vîtefle; au 
qui ne £iit 
lourrit que 
-.e premier 
donné une 
> eft Belon. 
i du Caire 
ilgairement 
:iennement 
nom coin- 
lu , car ii 
'■ léopard, 
chameau , 
de la plus 
omme une 



:î 



'fie la Glmfe» 3 i 

brebis & autani amiable que nul autre « 
bête (Iiuvage ; elle a la tête prelque ce 
femblable à celle d'un cerf, hormis la « 
grandeur, mais portant des petites cornes ce 
moufles de fix doigts de long , cou- c< 
vertes de poil ; mais en tant 011 il y c« 
a diftindion de mâle à la femelle , « 
celles des mâles l'ont plus longues ; «t 
mais au demeurant en tant le mâle que c< 
la femelle ont les oreilles grandes comme ce 
d'une vache , la langue d'un bœuf & et 
noire ; n'ayant point de dents defTus ce 
la mâchelière ; le cou long , droit & ce 
grele ; les crins déliés & ronds , les ce 
jambes grêles , hautes , Se. (i baffes par ce 
derrière , qu'elle feinble être debout ; « 
iès pieds font femblables à ceux d'un ec 
bœuf; (à queue lui va pendante julque « 
defFus les jarrets , ronde , ayant les ce- 
poils plus gros trois fois que n'efl: celui « 
d'un cheval ; elle efl: fort grêle au tra- ce 
vers du corps, fon poil eft blanc & roux ; ee 
fa manière de fuir cft (èmblable à ce 
celle d'un chameau ; quand elle court , «c 
les deux pieds de devant vont en- « 
feinble , elle fè couche le ventre contre ce 
terre & a une dureté à la poitrine & <t 

Biii/ 



32 Hljiolre Naturelle 

33 aux cuifîès comme un chameau ; die 
33 ne fiiurok paître en terre, étant debout, 
33 fims élargir grandement les jambes de 
33 devant , encore eft - ce avec grande 
33 difficulté , parquoi il efl aifé à croire 
33 qu'elle ne vit aux champs , finon des 
33 branches des arbres , ayant le cou 
33 ai<nfi long , tellement qu'elle pourroit 
33 arriver de la tête à la hauteur d'une 
demi-pique (e) :>^, 

La defcription de Gillius me paroît 
encore mieux faite que celle de Belon» 
33 J'ai vu (dit Gillius, chap. JX) trois 
3:>giFaffès au Caire , elles portent au- 
33 defTus du front deux cornes de fix 
33 pouces de longueur , & au milieu du 
33 front an tubercule élevé d'environ 
33 deux pouces , & qui refTemble à une 
i3 troifième corne ; cet animal a (eize 
33 pieds de hauteur lorfqu'il lève la tête , 
33 le cou feul a fept pieds , & il a vingt- 
33 deux pieds depuis l'extrémité de la 
33 queue jufqu'au bout du nez ; les jambes 
33 de devant & de derrière font à peu 
33 près d'égale hauteur , mais les cuifTes 

(e ) Obfervations de Belon , feuillet 1 1 8 reét» 



tt 1 1 8 re^9 



delà Giraffe» 35 

du devant font fi longues en compa- « 
Hiifon de celles de derrière , que le dos ce 
de l'animal paroît être incliné comme « 
un toit; tout le corps eft marqué de ce 
grandes taches fauves , de figures à ce 

peu - près carrées il a le pied ce 

fourchu comme le boeuf, la lèvre fu- ce 
périeure plus avancée que l'inférieure , ce 
la queue menue avec du poil à l'ex- ce 
trémité ; il rumine comme le bœuf, ce 
& mange comme lui de l'herbe ; il a ce 
une crinière comme le cheval, depuis ce 
le fommet de la tête julque lui* le ce 
dos ; lorfqu'il marche , il femble qu'il ce 
boite non - feulement des jambes , mais « 
des flancs , à droite & à gauche alter- ce 
Hâtivement ; & lorfqu'il veut paître ou ce 
boire à terre , il fi vut qu'il écarte prodi- ce 
gieufement les jambes de devant». 

Gefiier cite Belon, pour avoir dit que 
les cornes tombent à la girafïè comme au 
daim (f). J'avoue que je n'ai pu trouver 
ce fait dans Belon ; on voit qu'il dit 
feulement ici que les cornes de la girafîè 
font couvertes de poil ; & il ne parle de 

(f) iGîrajfis if Damis cornua cadum, Behnim^ 



"34 Hijloke Naturelle 

cet animal que dans un autre endroit fg), 
à l'occafion du daim axis , où ii dit 
que ce la girafFe a le champ blanc, & les 
yy taches phénicées , (èmées par-defîus, 
33 afîèi larges , mais non pas rouflës 
comme l'axis a?. Cependant ce fait que 
je n'ai trouvé nulle part , feroit un des 
plus importans pour décider de la nature 
de la girafîè ; car fi les cornes tombent 
tous les ans, elle eft du genre des cerfs, 
& au contraire fi Tes cornes font per- 
manentes , elle eft de celui des bœufs 
ou de^ chèvres ; fans cette connoifîànce 
précifë , on ne peut pas affurer , connne 
i'ont fait nos Nomenclateurs , que la 
girafîè foit du genre des cerfs : & on ne 
fàuroit afTez s'étonner qu'Haflèlquift , qui 
a donné nouvellement une très -longue, 
mais très - sèche defcription de cet ani- 
mal , n'en ait pas même indiqué la na- 
ture; & qu'après avoir entaffé métho- 
diquement, c'eft-à-dire en écolier , cent 
petits cai;;a(!]lères inutiles , il ne difè pas 
un mot de la fubftance des cornes, & 
nous laiJfTe ignorer fi elles font folides ou 
crcufes , fi elles tombent ou non ; fi ce 
Çg) ObTcrvations de Bdçn , fiuiikt 120 ^ n^^ 



endroit (g), 
, où H dit 
blanc, & les 
par-de(îiis, 
pas roudès 
ce fait que 
roit un îSts 
de la nature 
les tombent 
e des cerfs, 
) font per- 
des bœufs 
onnoifîànce 
rer, comme 
rs , que la 
s: & on ne 
elquift , qui 
es - longue , 
de cet ani- 
que la na- 
fTé métho- 
olier , cent 
le difè pas 
cornes, Sl 
: folides ou 
non; fi ce 
120, nÔ9^ 



de la Girafe* '55 

font en un mot , des bois on cïes cornes. 
Je rapporte ici cette defcription d'Haf- 
felquift (h) , non pi ^ pour l'utilité , mais 
pour la fmgularité, & en même temps 
pour engager les Voyageurs à fe fervir 
de leurs lumières, & à ne pas renoncer 
à leurs yeux pour prendre la lunette des 
autres ; il eft néceuaire de les prémunir 
contre l'ulage de pareilles méthodes , avec 
lerquelles on fe dirpenfc de raifonner, 

(h) Cervus c^melovarfialis, Caput promhfns , lahiitm 

fuperius crafum , infaius tenue t nares obhnga, amp!a, 

\ pi/i rîgifti , fparfi in trtrtxpte labio avterius ir ad /tirera» 

àupercida rigida , diflméliffima , ferie ma compoftta* 

Ocu'i ad latera cnpitis , vert ici çuam rojiro, ut i^ fronti 

çuam collo propiores, Dtmes , lingun , cornua fimplicif' 

\jtmj. , cylindrica , heifijftma , bafi crtijfa in vertice 

c api ri s fit a , .pihfa bafi pilis longiffimis rigidis ttéla , 

apice pilis longioribus ereéîis rigidipttiis , apicem loth- 

gitudine fuperantibus cinéla, Aprx commun in rmdio 

horum pilorum obtufus nudus, Eminentia in frome , 

infm cornua , inferius ohlonga hwnilior , fuperius eU' 

vatior , fubrmunda, poftic£ parum ikjtreJifa, inaqualis» 

Auricula ad latera capitis tnfra cornua pont iîhi fO~ 

fita. Collwn eredum , conrjmfum , longijjimum , verjus 

caput angufiijftmwn , inferius latiufculum, Crura cyliit' 

èficn ameriorihus plus qnam dimidie longioribus, Tubet" 

culum crafum , durum in genufhxum. Ungues bijulci , 

ungulati, Pili brevijftm univerfarn corpus, cafwt if 

pedes tegunr. Linea pilis regidis longioribus per dorfttm 

a €afitc ad mndém 4Xtt>^t Céuda tews , /utaionM 



3^ mjJoke Naturelle 

& on fc croit d'autant plus favant que 
l'on a moins d'elprit. En fommes-nous 
en efïèt plus avancés après nous être 
ennuyés à lire cette énumération de petits 
caraélères équivoques , inutiles î Et les 
defcriptions des Anciens & des Modernes 
que nous avons citées ci - deffus , ne 
donnent-eiks pas de l'animal en queftion 
une image plus fenfible & des idées 
plus nettes î C'eft aux figures à fuppléer 
à tous ces petits caractères , & le difcours 
doit être réfervé pour les grands : un 
ièul coup-d'œil fur une figure en ap- 
prendroit plus qu'une pareille defcription 

^twidia hffgUudine , non jubata, Color totius coywis , 

tapltis ad yedum ex maatlii fi/ch & femigineis pa- 

ricgatmt. macula pdlmari Intitudine , figura irregulari , 

ht vivo animali ex luciSori à" ohfairiore variâmes, 

AJagnltwio cameli minons , longitudo totiia a labio 

fvperiore ad finem dorjt fjmh. 2^, Longiuido capitis 

Jpith, ^, Coin fpith, p ad t o, pedum anter, fpiih* 

j I ad t j, pojler, fpiik, y ad 8 , longit. ccrnuum vix 

fvithamalis. Spafitm imer cornun fpith y . longit. pi' 

lerum in dorfo poH, ^ , ïatitud, capitis juxrn wlerciilum 

vel eminentiam Jpith, -^ , prope maxillam ffith. i, colli 

wrinque prope eaput fpith, t, in mcdio fpith. i-^, ad 

bafin fpith, 2. ad ^ , latitud, Lat, abd. anterius fpith, 

>f. , pofler, fpith, 6 ad y, Craffities pellis ut corii cervt 

vulgaris Defcriptio anttcedens jiixta pellem ani~ 

tnalis faélam ; {mimai veto mdwn vidit Voyage 



' Je la Giraffe, 37 

«(ui devient d'autant moins claire qu'elle 
eft plus minutieulè , fur -tout n'étant 
point accompagnée de Li figure , qui 
ièule peut foutcnir l'idée principale de 
l'objet au milieu de tous ces traits va- 
riables , & de- toutes ces petites images 
qui fervent plutôt à i'oJafcurcir qu'à le 
repréfenter^ 

On nous a envoyé cette année ( 1 7^4) 
à l'Académie des Sciences, un deflin & 
une notice de la giraffe , par laquelle on 
adure que cet animal que l'on croyoir 
particulier à l'Ethiopie fîj, fe trouve aufli 
dans les terres voifmes dîu cap de Bonne- 
eipérance ; nous enflions bien defiré que 
k cîeflin etit été un peu mieux tracé , 
mais ce n'efl: qu'un croquis informe & 

fij La giraffe ne fe trouve point ailleurs qu'en 
Ethiopie. J'en ai vu deux dans le palais du Roi 
qu'on y avoit app 'voifées. J'obfervai que lorfqu'elles 
vouloient boire , & qu'on leur préientoit de l'eau 
ou du lait , pour y atteindre il ralloit qu'elles écar- 
teflTent les jambes, autrement comme ces bêtes font 
trop hautes de devant , elles ne pourroient boire 
quoiqu'eiies aient le cou fort long. J'ai obier vé de 
mes yeux ce que je rappbrte ici. Relation a'e The^ , 
venot , page i o de la (kjcri}ftim es animaux , iXc* <âf 
Cpfouii le JolUiùre*- , ■■-- - - • ;- ■'• - - ; • '^- ^ 



I / 



^3 8 • Hldoke NatureÏÏe 

dont on ne peut fiiirc aucun uf:»ge; \ 
l'égard de i;i notice , comme elle con- 
tient une efpèce de defcripiion , nous 
avons cru devoir Li copier ici. « Dans 
» un voyage que l'on fit en 1762 , à 
» deux cents lieues diuis les terres au nord 
3» du Cdj) de Bonne-eipérance , on trouva 
33 le Camelopardalis , dont le deifin eft 
-» ci- joint ; il a le corps reflemblant à un 
3> bœuf, & la têie <St le cou reiremblént 
3? au cheval. Tous ceux qu'on a ren- 
» contrés font blancs avec des taches 
3> brunes. Il a deux cornes d'un pied de 
a» long far la têie, & a les pattes fendues. 
3> Les deux qu'on a tués , & dont la peau 
» a été envoyée en Europe , ont été 
y> mefurés , comme il fuit : la longueur 
y> de la tête un pied huit pouces ; la 
» hauteur depuis l'extrémité du pied de 
» devant jufqu'au garrot , dix pieds ; & 
» depuis le garrot jufqu'au -denus de la 
» tête , fept pieds , en tout dix - fept 
53 pieds de hauteur ; la longueur depuis 
33 le garrot jufcfu'aux reins efl: de cinq 
» pieds fix pouces ; celle depuis les reins 
33 jufqu'à la queue d'un pied iix pouces; 



ufjge; à 
î elle con- 
ion , nous 
ci. ce Dans 

1762 , à 
res au nord 
on trouva 
; deifin eft 
iblant à un 
reiremblént 
'on a ren* 
des taches 
ui pied de 
es fendues, 
ont la peau 
, ont été 
1 lonpfueur 
)Ouces ; la 
lu pied de 
pieds; & 
emis de la 
clix - fept 
eur depuis 
ft de cinq 
lis les reins 
IX pouces; 



Je la Giraffe, 3 ^ 

alnfi la longueur du corps entier eft de c< 
fcpi pieds , la hauteur depuis les pieds « 
de derrière julqu'aux reins e(l de huit ce 
pieds cinq pouces. Il ne paroît pas c< 
que cet animal puiOè être de quelque ce 
fervice, vu la dilproportion de la hau- ce 
leur & de fa longueur : il (è nourrit c< 
de feuilles des plus hauts arbres ; & c< 
quand il veut boire ou prendre c|uelque « 
chofe à terre, il faut qu'il iè mette à« 
genou w. 

En recherchant dans les Voyageurs 
ce qu'ils ont dit de la girnlfe, je les ai 
trouvés affez d'accord enir'eux ; Hs con- 
viennent tous qu'elle peut atteindre avec 
fa tête à feize ou dix -fept pieds (k/ de 

(h) Profper Alpin, eft le fcul qui fembfe donner 
une autre idée de la grandeur de cet animal en 
le comparant à un petit cheval, Anno 1^81 , AU- 
xamhia vidimus Camelo» ardaUm ^uem Aralts jitma^ 
iX nojiri gira^'am appellant ; heu equum f 'vum elt- 
gantijjimtimque reprfentare viatur , fig, 2j^, Il y a 
toute apparence que cette ojraff'e , vue par Profper 
Alpin, etoit fort jeune & n'avoit pas encore acquis 
à beaucoup près tout (on accroiflcment : il en efl 
de même qic celle dont llaflèlquifl a décrit la 
peau , 6c qu'il compare pour la granikur à un p<tit 
çhamcaUi 



'40 • , HîJIoke I^aîureJle ■ 

hauteur étant dans fà fituation naturelle , 
c'eft-à-dire pofée fur fcs quatre pieds ; 
& que les jiiinbes du devant font une 
fois plus hautes que celles de derrière , 
en forte que quand elle eft aiîiiè fur fa 
croupe , il feinhle qu'elle foir» entière- 
ment debout f I ) : lis conviennent aufïï 
qu'à caufe de cette difproportion elle ne 
peiu pas courir vite; qu'elle eft d'un 
naturel très-doux , & que par cette qualité 

fij La girafFe a les pieds de devant de moitié plus 
hauts que ceux dé derrière, puis portant le corps 
grêle , droit & long i cela In rend fort haute éle- 
vée ; elle a h tête prefque fembiable à celle du- 
cerf , iinon que (es petites cornes moufles n'ont que 
demi -pied de long; (es oreilles font grandes comme 
celles d'une vache, & n'a point de dents au-deflTus 
de la mâcheiière ; les crins font ronds 6c déliés , 
(es jambes grêles & femblables à celles d'un cerf & 
les fpieds à ceux d'un taureau ; elle a le corps fore 
grêle , & la couleur de fon poil reffemble à celui 
â'un loup -icervicp ; du relie fa manière de faire eft 
fort fembiable à celle du chameau. Voyage de Villa- 
monu Lyon, 1620., page 6SS> — J'ai vu deux. 
girafFes , au château du Caire , elles ont le cou plus 
grand que le chameau, deux cornes de demi -pied 
ïur la tête, une petite au front; les deux jambes 
de devant grandes & hautes, & les deux de der- 
rière courtes*. Cofmographie du Levant, par Tkm* 



^e la Giraffe, 41 

hiufll - bien que par toutes les autres 
habitudes phyfiqttes , & même par la 
[forme du corps, eHe approche plus de 
[la figure & de la nature du chameau que 
de celle d'aucun autre animai ; qu'elle eft 
Jdu nombre des ruminans , & qu'elle 
Imanque comme ewx de dents incirives à 
Ha mâchoire fupérieure ; & l'on voit par 
[le témoignage de quelques-uns , qu'elle 
[fè trouve dans les parties méridionales 
[de l'Afrique (m) aufîi-bien que dans celles 
Ide l'A fie. 

Il eft bien clair , par tout ce que nous 
renons d'expoler, que la giraffe efl d'une 
îlpèce unique & très-différente de toute 

(m) Da'ns i'île de Zanzibar , aux environs de fAa- 

WagaCcar, î( y a une certaine efpèce de bête qu'ils 

■appellent Grafe ou Girafe , qui a le cou fort long, 

■comme de toile & demie, de laquelle les jambes de 

Idevant font beaucoup plus longues que celles de 

jilerrière ; elle a petite tête & de diverfes couleurs , 

ainfi que le corps : cette bête eft fort douce & 

privée , ne faifant mal à perfonne. Defcription des , 

Indes orientales, par Â'îarc Paul, Paris , i 5 5 <!> , Hv, III » 

Vage 116, — Girnffa animal adeo Jyhaticum ut raro 

tideri pojfit liomines videns in fugam ferttir tametfi ,a 

Son fit multcc velocirati's, Ixon Afriq. Defcript, Afr* 
/ol. Il, pag. y^^» 



'41 Hipoirt Naturelle 

autre ; mais fi on vouloit la rapprocîiÉî 
de quelqu'autre animai , ce ieroit piutôt 
du chameau que du ceif ou du bœuf: il 
cft vrai qu'elle a deux peiiies cornes & 
que le chameau n'en a point: mais elk 
a tant d'autres relfîemWances avec cet 
animal . que je ne fuis pas furpris que 
quelques Voyageurs lui aient donné le 
nom de chameau des Indes. D'ailleurs , 
i'on ignore de quelle fubflance font les 
cornes de la girafïe , & par conféquent 
fi par cette partie elle approche plus des 
cerfs que des bœufs , & peut*- être nr \ 
font -elles ni du bois comme celles des 
cerfs, ni des cornes creuies comme celles 
des bœufs ou des chèvres. Qui fliit fi 
elles ne font pas compofees de poils 
réunis comme celles des rhinocéros , ou fi 
elles ne font pas d'une fubftance & d'une 
texture particulière î il m'a paru que ce 
<jui a voit induit les Nomcnclateurs à mettre 
la giraffe dans le genre des cerfs , c'efl 
I ." le prétendu pafîàge de Belon , cité 
par Gcfner (n), qui feroit en efïèt dé- 
H eifif s'il éioit réel 2.° Il me femble que 
(n) Gefner, Hif, quttd, pg. 148. Umà anti^Jtmdtiniti, 



l'on 
ente 
du 



éfe la Girafe; 4}^ 

l'on a mai interprété les Auteurs ou mal 
entendu les Voyageurs iorfqu'ils ont parié 
du poil de ces cornes ; i*on a cru qu'ils 
avoient voulu dire que les cornes de la 
giraffe étoient velues comme le refait des 
cerfs , & de - là on a conclu qu elles 
étoient de même nature, mais. Ton voit 
au contraire , par les notes citées ci-deiTus, 
que ces cornes de la giraffe font feu- 
lement environnées & furmontées de 
grands poils rudes & non pas revêtues 
d'un duvet ou d'un velou/s , comme le 
refait du cerf* & c'efl: ce qui pourroit 
c ter à croire qu elles font compofées de 
l^oils réunis à peu-près comme celles du 
rhinocéros , leur extrémité qui efl moufle, 
favori le encore ceite idée : Et fi l'on fait 
attention que dans tous les animaux qui' 
portent des bois au lieu de cornes, tels 
que les élans , les rennes , les cerfs , les 
daims & les chevreuils , ces bois font 
toujours divifés en branches ou andouil- 
1ers , & qu'au contraire les cornes de la 
giraffe l'ont fimples & n'ont qu'une (eule 
tige ; on fe perfuadera aifément qu'elles 
]ac font pas de même nature ; fans quoi 



ti 



44 Hïflotre Naturelle 

l'analogie feroit ici entièrement violée. 
Le tubercule au milieu de ia tête , qui , 
félon les Voyageurs , paroît faire unel 
troifième corne , vient ervcore à i appui 
de cette opinion ; les deux autres qui ne 1 
font pas pointues , mais moufles à leur 
extrémité, ne font peut-être que des 
tubercules fcmblables au premier & feu- 
lement plus élevés ; les femelles , difent 
tous les Voyageurs , ont des cornes 
comme les mâles , mars un peu plus 
petites : ii la giraffe étoit en effet du 
genre Aq% cerfs, l'analogie (c démentiroit 
encore ici , car de tous les animaux de 
ce genre , ii n'y a que la femelle du 
renne qui ait un bois , toutes les autres 
femelles en font dénuées , & nous en 
avons donné la raifbn. D'autre côté , 
comme la giraiîè, à caufè de l'exceffive 
hauteur de lès jambes ne peut paître 
l'herbe qu'avec peine & difficulté;^ cfu'elle 
fê nourrit principalement & prefqu'uniquc- 
ment de feuilles & de boutons d'arbres , 
l'on doit pré fumer que les cornes qui 
font le réfidu le plus apparent du fuperfîu 
de la nourriture organique , tiennent de 



• de Id Givûjfe, 45 

ïa nature de cette nourriture , & font 
par conféquent d'une fubftance analogue 
au bois , &. femblable à celle du bois de 
cerf. Le temps confirmera l'une ou 
l'autre de ces conjeAures. Un mot de 
plus dans la defcription d'Haflelquift , 
fi minutieuie d'ailleurs , auroit fixé ces 
doutes & déterminé nettement le genre 
de cet animal. Mais des écoliers qui 
n'ont que la game de leur maître dans 
la tête , ou plutôt dans leur poche , ne 
peuvent manquer de faire des fautes , 
des bévues , des omifîions efîbntielles, 
parce qu'ils renoncent à l'elprit qui doit 
guider tout Obfervateur , & qu'ils ne 
voient que par une méthode arbitraire 
&i fautive , qui ne fert qu'à les empêcher 
de réfléchir fur la natiu'e & les rapports 
des objets qu'ils rencontrent, & defquels 
lis ne font que calquer la defcription 
fur im mauvais modèle. Comme dans 
ïe réel tout eïl différent l'un de l'autre , 
tout doit aufïï être traité différemmerw ; 
un feul grand caradèce bien fliifi , décide 
quelquefois , & fouvent fait plus pour 
la connoiflance de la chofè, que mille 



m 



46 Hiflotre Naturelle, &ci 

autres petits indices : dès qu'ils font enj 
grand nombre , ils deviennent néceflài- 
rement équivoques & communs, & dès-l 
lors ils font au moins fuperHus s'ils nel 
font pas nuifibles à la connoifîance réelle! 
de ia Nature, qui fe joue des formules,! 
échappe à toute méthode , & ne peutj 
être aperçue que par la vue immédiate! 
de i eiprit , ni jamais iàifie que par Ici 
coup-d œil du génie. 







'..,i'. :« ■' 



47 



LE LAMA (a], 

ET 

LE P A C O (h). 

L y a exemple dans toutes les Lan- 
kies , qu'on donne quelquefois au même 
pimal deux noms différens , dont i'un 

(a) Lama, Lhavia, Clama, nom que les Efpagnofs 
it donné à cet animal du nouveau Monde , & que 
DUS avons adopté. Ils Tappelicnt aufli au Pérou Hua- 
icus, Guanaco , Cornera de tierra, Mouton de terre ; 
\uanapo, félon le Gentil, tome 7, page p^; Wianatjue, 
fclon Wood , voyage de Dampter, tome V, page î 8 1 , 
Vutrefois il s'appeloitau Mexique, Pelon ichintl OquitU ; 
*" au Chily, Hueque Chillehueque , c'efl-à-dire, fiutqut 

Chily, car les premiers Voyageurs de l'Amérique 

:rivoient Chillé pour Ciùlyt Les Anglois ont défîgné 

I Lama par la dénomination de Peruichcattle » c'eft-à- 

lire be'taU du Pérou, Mathiple lui a donné le nom 

pmpofé à^ Elaphocamelus , Chameau- cerf. 

A/o« ichïatl Ojuitli , ovis Peruana» Hernand. Hi00 
fex. pag. 66 o, frg. ibid. 

Ovis Peruana, Marcgrav. Hiji, nar, Brafi,pag, 24.5^ 
|g. Ibid. 

Lania, Voyage de Frczîer , pag» i y i,fy, ibi4* 

Came/us pilis ùrei'ijfmis veflitus Cameîui 

Yeniams , le Chameau du Pérou. ^riÛTon f Kegité 
yiiina/, pag. 56, 



43 Hipolre NûtiircUe ' . : 

fc rapporte à Ton état de liberté & rautrcl 
à celui de domefticité : le (ànglier & le 
cochon ne font qu'un animal , & ces 
deux noins ne font pas relatifs à la dif- 
férence de la nature, mais à celle de la 
condition de cette efpèce , dont uncl 
partie efl: fous l'empire de l'homme &I 
' l'autre indépendante. Il en eft de mênicj 
des Lamas & des Pacos qui étoient le$j 
fêuls animaux domeftiques (c) des ancienîl 

Américains.! 

G lama, Qmeîm 'dorjo lavi , toj'ào pedoraS» Linn.l 
S^'jh tînt. cdit. X , pag. 6 5 . 

{b) Paco, Pacos, nom de cet animal dans fonl 
pays natal au Pérou, & que nous avons adopté;! 
c»n l'appelle aufli Vigogne, mot dérivé ât VkumX 
autre nom de cet animal dans le même pays. 

Ovis Peruana alla fpecies ab incolis Pacos dida\ 
Hernand. Hijt, Aiex, pag. 66^, 

Ot/is Peruana, Paco dida» Marcgr, ////?. nau Briû 
pag. 244^ frg. ibid. 

Alpaque» Voyage de Frezîcr, page i jp* 

Camelus pi fis prolixis corpore veflitus , la Vigogne,^ 
BrifTon , Regn, anim, pag. y y, 

Pacos Camclus topJiis nullis , corpore lanato, Linn.[ 
'Sj>jf^ nat, cdit. X , pag. 66. „ , . 

(c ) Avant l'arrivée des Efpagnoîs, les Indiens! 
du Pérou ne connoifToient d'animaux domcftic|i?eç , 
que les Pacos & les Huanacus; mais ifs tirc^icnt 1 
parxl des fauvages , qui étaient en plus gr;ind 

nombre, 



ore îanato, Linn.l 



du Lama & du Pacôi 4^' 

Américains» Ces noms font ceux de 
leur état de domeflicité ; le lama (Iiuvage 
s'appelle huanttcus ou guanaco, & le paco 
fauvage vîcunna ou vigogne. J'ai cru 
cette remarque néceflliire pour éviter la 
confuiion des noms. Ces animaux ne 
fe trouvent pas dans l'ancien continent, 
mais appaniennent uniquement au nou- 
veau ; ils affe(flent même de certaine» 
terres, hors de l'étendue defquelles on 
ne les trouve plus : ils paroi(îent attachés 
à la chaîne des inontagnes qui s'étend 
depuis la nouvelle El'pagne jufqu'aux 
terres Magellaniques ; ils habitent les ré-* 
gions les plus élevées du globe terreftre , 
&. femblent avoir befoin pour vivre de. 
refpirer un air plus vif & plus léger quQ 
celui de nos plus hautes montagnes. 
■ Il efl aflez fingulier que quoique le 
îama & le paco foient domeftiquçs ai| 
Pérou, au Mexique, au Chily, comme 
les chevaux le font en Europe ou les 
chameaux en Arabie, nous les çonnoif» 
fions à peine , & que depuis plus de 
deux fiècles que les Efpagnols régnent 

nemhre , par de grandes cliaflè^ Hijloin aes incasi 

Tome Xu G 



5^ *^ J-hpokc Naturelle ' ' * 

dans CCS vaftcs contrées , aucun Je leurs 
auteurs ne nous ait donne l'hilloire de» 
taillée & la defcri[)iion exade de ces 
animaux dont on le fert tous les jours : 
ils prétendent à la vérité qu'on ne peut 
Jes tranl'porter en Europe , ni même les 
defcendre de leurs hauteurs fans les 
perdre, ou du moins fans rifquer de les 
voir périr au bout d'un petit temps : 
mais à Quito, à Lima & dans beaucoup 
d'autres villes où il y a des gens lettrés , 
on auroit pu les defliner, décrire & dif- 
léquer. H errera fd) dit peu de chofe de 
ces animaux ; Garcilaflb (e) n'en parle que 

(d) On trouve dans les montagnes cfu Pérou Une 
cfpèce de chameau dont ils (t fervent de la laine 
pour faire des acourtremens. Dcjcription aies Indes 
occidentales, par JHenera, Amft. i6zi , page 2^^, 

' (e) Le p. Blas Vallera dit que le bétail du Pérou 
efl (î doux que les en fans en font ce qu'ils veulent j 
il y en a des grands & des petits; ks huanacus 
privés (Lamas) font de différens poils , & les fau- 
\ages fcHit tous bai bruns : ces aniniaux (ont de la 
hauteur des cerfs & rcflemblent aux chameaux , 
excepté qu'ils n'ont point de boffe, leur cou efl 

long & polt Le même bétail qu'ils appellent 

Pacolama ( Paco ) , n'efl pas à beaucoup près tant 

cflimé Ces pacos , plus petits que les autres , 

refTèmblent aux vicunas fauvages, & font fort dé- 
licats j» ils ont peu de chair & peu de laine ex|rsL^ 



il 



§^ 



riu Lama & du Paco, 5 X 

<3*aprcs ks autres ; A coda & Grégoire 
lie Bolivar, font ceux qui ont raflcmblif 
le plus de fliits fur l'utilité & les fervices 
qu'on tire des lamas & fur leur naturel; 
mais on ignore encore comment ils font 
conformés intérieurement , combien de 
temps ils portent leurs petits ; Ton ignore 
fi ces deux efpèces font abfolument fé» 
parées l'une de Tautre , fi elles ne peu- 
vent le mêler , s'il n'y a point entre elles 
de races intermédiaires , & beaucoup d'au- 
tres fîiits qui leroient nécefîairespour rendre 
cette hifloire complète. 

Quoiqu'on prétende qu'ils périment 
îorfqu'on les éloigne de leur pay? natal, 
il elt pourtant certain que dans les pre- 
miers temps après la conquête du Pérou , 
& même encore long- temps après , Ton 
a tranfporté quelques lamas en Europe. 
L'animal dont Geîiier parle , fous le nom 
à! Allocamelus , & dont' il donne la fi- 
gure , efl un lama , qui fut amené vivant 

mement fine. Cet animal (êrt de pïufieurs façons 
à la Médecine , auflTi - bien que beauœup d'autres 
animaux de ce pays , comme le remarque le P, 
Acofta. Hijioire des Incas ^ tome II, page 2,6<y 
jufqu'à 2 66% 

c ./ 



'5* ' Hijlolre Niîturelk • - 

du Pérou en Hollande en 1558 (f), 
V c'efl le même dont Matihiole ( gj fuit 

( f) Allocnmtîus Sciiigcrî , uppaur ejfe hoc if^um 
'tinhimî ctijus figuram j'ropvnimus ex chart<i qu<ulam 
tj'vis i.'vprejljiï mutuati cwn hac ficfcriptionc, Anno domini 
il /;<!)' , jimii die i (j , an'mial hoc miraùi/e Alittellnirguin 
SclaiiiliiK aJvcélum ejl , uniehac a principilnts Ceiviania 
nmquam vijum , me a Flinio tiut autiquis ulus Jiripio- 
ril'iis commemonuum. Or fin inditam ejfe dicebain è 
Piro ( forte Pcru ) ngioie , Jexits niii/c niilliarUnif 
ftrè Antuerpio (lljtaute. Altittido cjus erai jndum Jefc , 
highudo (jHÎnquc : collum c'igneo colore candidiffimum» 
Corpus ( rcliijuuiB ) nijiim vel punie ej/m. Paies cm 
jiruthocameH , ci/jus injlar urinam (juocjue rttrô reddit 
hoc animal (trat auicm mas annorum atatis quanmj, 
Gefiicr, Hijf» qitadrup. pAg, 149 & ,150. 

('gJ Longitudo tci'ius corporis a cervice ad caudam ^ 

pcdum crat : aliitudo a dorfo ad yedis plantam -^ tan* 

iunt, Capite , collo , arc , Juperioris pnxjcnlm lahli 

fcijfura ac geniiali camelum fere rcfert ; ar iaput oblon- 

gius ejl : cures hakt cervinas , oculos biéulos , quin 

ttiam ut ille anteriorihs deniilnis in fupcnoye mQ.xdla 

caret , fcd nwlares uirinque habet ; ruminât , dxrfo ejl 

fenfim promincnte , jcapulis prcj'e collum deprejfis , late- 

ribus timiidis , vjentre lato , clunihus nliioribus & caudu 

J>rn'i fpithnma fere hngitud'ine ; quibus omnibus cervum 

j'ere refert , quemadmodum etiam crurdnis prafeniw pcflc' 

rioribus ; pedes illi bifulci Junt ; diduda utittriori parte 

divifura. Vin-iies habet acuminotos qui circa pedis ani^ 

biium in cutim crajfain abeunr , nam j.edis planta, non 

vngue fed ente, ut in nndiijidis & irfo camelo conte- 

fitur : rctronàhgit hoc animal ut Cûtretus iy trjles fuhf- 

Q'itfîos habit : pcclçre ejl awpbjub qito uk thorax vmtri 



du Lama & du Paco. 5 3' 

ïnention fous le nom ^ Elaphocamelus t 
êi la clcfcription qu'il en donne efl fliite 
avec foin. On a tranfporté plus d'une 
fois des vigognes , & peut-être aufll des 
lanras en Elpagne, pour tâcher de les y 
naturulifer fgj; on devroit donc être mieux 
inftruit qu'on ne i'eft fur la nature de 
ces animaux qui pourroicnt nous devenir 
utiles; car il eft probable qu'ils réufîl- 
roient aufli - bien fur nos P y renées ai fur 
nos Alpes f/ij que fur les Cordillères. • 
Le Pérou, ièlon Grégoire de. Boli- 
var, efl le pays natal, la vraie patrie des 
lamas: on les conduit, à la vérité, dans 
d'autres provinces , comme à la nou- 
velle Efpagne , mais c'cfl plutôt pour la 

forweâiiur , emtùcrnt ghbus vt in cnmeh , vomie et fwiilis 
e (/NO ncfiio quid escrcmcfui fenfim tiiaiiare videiur. P. And# 
Mattfuo'l, Epia. ii-b. V. 

fgj Le Jîoi d'Eipiigne ordonna qu'on tranfportat 
des vijrorjnes en Ef pagne, afin de les faire peupler 
fur les lieux ; mais ce climat fe trouva fi peu 
propre à ces animaux , qu'ils y moururent tous. 
////?. des Avait. Flitujiiers par- Oexmelin , jome II, 
page. ^6 y. 

(h) Il n'y a point d'animal qui marche aufTi {\.\.- 
rcmeiit que le lama dans les rochers , parce qu'i{ 
5'accroche par Une efpèce d'éperon qd'il a naturelle^ 
picnt au i)icd, Yo}'o^c dç CoreaL u 1, V' y /2. 

•■ ' ^~^ • • • 



\X 



\ 



rr 



54 mjlohe Naturede 

curiofité que pour l'utilité ; au lieu que 
dans toute l'étendue du Pérou , depuis 
Potofi jufqu'à Caracas , ces animaux 
ibnt en très - grand nombre : ils font 
aufîî de la plus grande nécefîîté; ils font 
feuls toute la richefTe des Indiens ^ 
contribuent beaucoup à celle des E{^ 
pagnols. Leur chair eft bonne à manger , 
leur poil eft une kine fine d'un excellent 
ufàge , & pendant toute leur vie ils 
fervent conftarament à tranfporter toutes 
les denrées du pays; leur charge ordi- 
naire eft de cent cinquante livres , & les 
plus forts en portent jufqu'à deux cents 
cinquante ; ils font des voyages alTez 
longs dans des pays impraticables pour 
tous les autres animaux ; ils marchent 
afîèz lentement, & ne font que quatre 
bu cinq lieues par jour ; leur démarche 
eft grave & ferme, leur pas affuré; ils 
delcendent des ravines précipitées , & 
furmontent des rochers efcarpés , où 
les hommes même ne peuvent les ac- 
compagner ; ordinairement ils marchent 
quatre ou cinq jours de fuite , après 
quoi ils veulent du repos , & pren- 
nent d'eux-mêmes un féjour de vingt- 



«/// Lama ér du Paca: '5 5' 

tjnàtre ou trente heures avant de fe re-^ 
mettre en marche. On les occupe beau-^ 
coup au tranfport des riches matières 
que l'on tire des mines du Potofi : Bo- 
livar dit que de fon temps on em- 
ployoit à ce travail trois cents mille de 
ces animaux. 

Leur accroiflemént efl aflTez prompt 
& leur vie n'eft pas bien longue ; ils 
font en état de produire à trois ans , en 
pleine vigueur jufqu'à douze , & ils 
commencent enfuite à dépérir, en forte 
qu'à quinze ils font entièrement ufés ; 
leur naturel paroît être modelé fur celui 
des Américains;' ils font doux & fleg- 
matiques , & font tout avec poids & 
mefure ; Lorfqu'ils voyagent & qu'ils 
veulent s'arrêter pour quelques inflans, 
ils plient les genoux avec la plus grande 
précaution , & baifîent le corps en pro- 
portion afin d'empêcher leur charge de 
tomber ou de fe déranger; & dès qu'ils 
entendent le coup de fifflet de leur 
condudleur , ils fe relèvent avec les 
mêmes précautions & fe remettent en 
marche : ils broiuent chemin faifmt & 
par - tout où ils trouvent de l'herbe , 

C iiij 



1 - 

'5 6 Hîjloîre Naturelle » 

mais jamais ils ne mangent la nuit , 
quand même ils auroient jeiiné pendant 
le jour, ils emploient ce temps à ruminer : 
ils dorment appuye's fur la poitrine , les 
pieds repliés (bus le ventre , ^ ruminent 
auiîi dans cette fituation. Lorfqu on les 
excède de travail & qu'ils iiiccombent 
iHie fois fous le faix , il n'y a nul moyen 
de les faire relever, on les frappe inuti- 
lement ; la dernière refîource pour \e$ 
coruillonner ell de leur ferrer les tefti- 
cules , & fouvent cela eft inutile ; ils 
s'obltinent à demeurer au lieu même où 
ils (ont tombés , & fi l'on continue de 
les maltraiter , ils fê défefpèrent & fc 
tuent, en battant la terre à droite & à 
gauche avec leur tête. Ils ne fè défendent 
^li des pieds ni des dents , & n'ont pour 
ainfi dire d'autres armes que celles de 
-l'indignation ; ils crachent à la face de 
ceux qui les infultent , & l'on prétend 
que ^cette fîilive qu'ils lancent dans la 
colère efl acre & mordicante, au point 
de faire lever des ampoules fur la peau. 

Le lama eft haut d'environ" quatre 
pieds , & fon corps , y compris le cou 

^ la tête ; €11 a cinq qm ^^ de Ign^ueur j 



{lu Lama & du Paco. 57 

îc cou fcul a près de trois pieds de long. 
Cet animal a la tête bien faite , les yeux 
grands , le niuieau un peu alongé , ies ' 
ièvres épaiiïcs, la fupérieure fendue & 
l'iiiforieure un peu pendante ; il manque " 
de dents incilives & canines à la mâchoire 
fiipérieure. Les oreilles font longues de 
quatre pouces, il les porte en avant, les 
dreflb ck les remue avec flicilitc. La queud * 
n'a giière que huit pouces de lono- ; elle 
efl droite , menue & un peu relevée. 
Les pieds ionx. fourchus comme ceux' 
du bœuf, mais ils font lurmontes d'uil 
éperon en arrière , qui aide à l'animal à 
fe reienir £i à s'accrocher dans les pas' 
•difficiles : il efl couvert d'une laine courte" • 
fiir le dos , la croupe & la queue , mais 
ïon longue (wx les flancs & fous le venue i 
du relie , les lamas varient par les cou;»- ' 
leurs ; il y en a de blancs , de noirs 
& de mêles ^t). Leur lienie refîemblé 

(i) les lamas ont la tête petite à proportion du 
corps , fcmbiable en queic|iie chofe à cetic du che- 
val 6t du mouton ; la lèvre fupérieure , comme! 
celle du lièvre, e(l fendue au milieu, par-!;i ils 
crachent à dix pas loin contre ceux qui les inquiè- 
tent, & i'i ce crachat tombe fiir le vifage, il ftit 
Uiie lachc roulfatre où fc forme ibuvent une Mile i 



f5? Hiptre NatureÏÏe 

à celle des chèvres ; le mâle a le membre 
génital menu & recourbe', en forte qu'il 
pifî'e en arrière. C'eft un animal très- 
îafcif (kjf & qui cependant a beaucoup 



ifs ont le cou long, courbé en bas comme les cfia- 
meaux à la naiflance du corps , & ils leur reiremble- 
roient afTez bien s'ils avoient une bofle fur le dos : 
. leur hauteur eft d'envit-on quatre pieds & demi; ils 
marchent la tête levée & d'un pas fi réglé que les 
coups même ne peuvent les hâter; ils ne veulent 
point marcher la nuit avec leur charge ,. on les 
cébarraffe toLv les foirs de leurs fkrdeaux pour les 
lai(îèr paître; ils mangent peu & on ne leur donne 
jamais à boire ; ils ont le pied fourchu comme les 
moutons & un éperon au-defTus qui leur rend le 
pied rûr dans les rochers, leur laine a une odeur 
forte, eiie eft longue , bl.inche, grife & ronfle par 
taches , & aflez belle , quoique beaucoup inférieure 
à celle àti vigognes. Voyage fie Frf{ier , page i ^ S. 

(h) Salacijfwtum hoc ejfe anhnal îd nùhi conjeduratn 

facit , qihhi cum fui generis femellh fit defiitutum , 

magna cum pruriginc cajms fe commifceat y non lamen 

trcâis ut a/iâs capra hirco njcendente folent feJ liunn 

ventre accuhantibus , ita cogent& mimah anteriorihus 

cmribus, haque fuper nfcendens, cùit , non autem avcrfis 

' clunibus. Adeo venere , vemali , automnal itjue tenipore , 

fihvulatur hoc animal ut illud viderim humile (juoddam 

jirajtpiwn av(nâ refertum conjcendijjt , genitaleqtie illi 

viagno cum murmure taindiu confi'icajfe qu» ufjue fimen 

ndderet , flurimis unu hora replicatis vicilius. Non 

tnwen concepere capra hujufce animalis femine rçfena» 

Matchibl. Epia. lib. V. 



• , du Lama & du Paco. Jp' 

^e peine à s'accoupler. La femelle a l'ori- 
fice des parties de la génération très- 
petit ; elle fe prollerne pour attendre 
le mâle , & l'invite par Tes Ibupirs ; mais 
il fe pafle toujours plufieurs heures <Sc 
quelquefois un jour entier avant qu'ils 
puiiTent jouir l'un de l'autre , & tout ce 
temps fe pafTe à gémir , à gronder , & 
fur - tout il fe eonlpuer ; & comme ces 
longs préludes les fatiguent plus que la 
choie même , on leur prête lu main pour 
abréger & on les aide à s'arranger. Ils 
ne produifent ordinairement qu'un petit 
& très-rarement deux. La mère n'a auiîi 
que deux mamelles , &. le petit la fuit 
au moment qu'il efl: né. La chair des 
jeunes efl très - bonne à manger , celle 
des vieux eil sèche & trop dure ; ea 
général , celle des lamas doraeftiques eft 
bien meilleure que celle des fauvages ,. 
& leur laine elt aufîi beaucoup plus- 
douce. Leur peau eft afTez ferme ; les 
Indiens en faifoient leur chaufTure , & 
les Efpagnols l'emploient pour faire des 
harnois. Ces animaux fi utiles & même 
fi néceffaires dans le pays qu'ils habitent y 
ne coûtent ni entretien ni nourriture ^ 

C v) 



.V . 



6q Hîjfoîre NûWrélk 

conime ils ont le pied fourchu^ il n'eu 
pas néce(îiiire de ies ferrer ; la laine 
épaiiïe dont ils font couverts difpen^e de 
ies bâter; ils n'ont befoin ni de grain, 
ni d'avoine , ni de foin ; l'herbe verte qu'ils 
broutent eux - mêjues leur fuflit, & ils 
n'en prennent qu'en petite quantité (IJ ; 

(î ) La peau des hiianacils cfl dure : îes Indiens 

la préparoient avec du fuif polir radoucir , & en 

fiiilbient les femelles dç leurs fouliers; jtiais comme 

ce cuir neioit point corroyé, ils fe déchaufloicnt 

en temps de pluie. Les Elpafrnols en font de beaux 

Jiarnois ae cheval : ils emploient ces annnaux , eomnae 

faifoient les Indiens , pour le trahfport de leurs mar-» 

chandifes. Leur voyage le plus ordinaire cft depuis 

Cozer jufqu'à Potoll , d'où l'on compte environ deux 

«ents lieues , Ôc leur journée de trois lieues , car ils 

vont lentement, 6c fî on les fait allei* plus vîtc que 

leur pas ordinaire, ils fe laifî'ent tomber fans qu'il 

Ibit poiïible de les faire relcNer , même en (eue 

ôtant leur charge, de façon qu'on les écorche fur 

la place Quand ils marchent en portant de* 

marchandifcs , ils vont par troupes , & l'on en lailTc 
toujours quarante ou cinquante à vide, afin de les 
charger d'abord qu'on s'aperçoit qu'il y en a quel- 

quies-uns de fatigués La chair de cet animal 

cft parfaite , car elle eft faine & de bon goût , fur- 
tout relie des jeunes de quatre ou cinq mois d'âge. , , 
Quoique ces animaux Ibicnt en grand nombre, i{ 
n'en coûte prefque rien à leur maître pour leur 
tiourriture ou pour l'entretien de leur équipage , car 
ppiis i» journée on Umx ôtc leur charge pour lef 



'^'^■' 






du Lama & du Paco. 6t 

lis font encore plus fobres fur la boiffon : 
ib s'abreuvent de leur làlive qui , dans 
cet animal , elt plus aboj\dante que dans 
aucun autre. 

Le huanacus ou lama dans IV'tat de 
nature ell plus fort , [)lus vif & plus 
léger que le lama domellique ; il court 
comme un cerf & grimpe comme le 
chamois fur les rochers les plus efcarpés; 
fx laine eft moins lonojue & toute de 
couleur niuve. Quoiqu'en pleine liberté , 
CCS animaux fe rafîemblcnt en troupes , 
& font quelquefois deux ou trois cents 
cnlemble ; lorfqu'ils aperçoivent quei- 

lailTer paître dan.'? I:i campagne ; il ii'eft pas né- ' 
ccfîhire de les fen-er , car ils ont ie pied fourchu , 
ni de les bâter , car ils ont fuiTÎlamrncnt de laine 

Çoiir n ctrc pas incommodes de leur charge que le 
'^oituricr prend loin de placer de façon qu'ct'e ne 
porte pas (in- 1 épine du dos , ce qui Its feroit mou- 
rir. ..... Ceux qui les conduilbnt campent fous des 

tentes fans entrer dans les villes pour les laiffer pâ- 
turer ; ils font quatre mois entiers pfiur faire le 
voyage de Cozer à Potofî , deus. pour aller & deux 
pour revenir. . , , , . Les meilleurs lamas fe vendent 
à Cozcr dix -huit ducats chacun, & les ordinaires 
douze ou treize ducats. La chair des huanacus fàu- 
vages eft bonne, mais cependant elle eft inférieure 
à celle des domefliques. hijkire des Ineas , tome tl, 
^age fiôç iX fuiv. 



'>»• ., .• 



regardent avec étonnement 



<5l 'Hlflolre NatureÏÏé 

ciu'un , ils 

fans marquer d'abord ni crainte ni plai- 
fir ; enfuite ils foufflent des n;\rines & 
hennifTent à peu -près comme les che- 
vaux , & enfin ils prennent la fuite tous 
cnfèmble vers le fommet des montagnes; 
ils cherchent de préférence le côté du 
nord & la région froide ; ils grimpent & 
féjournent fouvent au - defTus de la ligne 
de neige : voyageant dans les glaces , & 
couverts de frimats , ils fe portent mieux 
que dans la région tempérée ; autant ils 
font nombreux & vigoureux dans les 
Sierras , qui font les parties élevées des 
Cordillères , autant ils font rares & ché- 
tifs dans les Lanos qui font au-deiTouSr 
On chafîe ces lamas fauvages pour en 
avoir la toifon ; les chiens ont beaucoup 
de peine à les fuivre ; & fi on leur 
donne le temps de gagner leurs rochers , 
ïe chafleur & les chiens font contraints 
de les abandonner. Ils paroifîent craindre 
Ja pefanteur de Tair autant que la cha- 
leur; on ne les trouve jamais dans les 
terres bafles ; & comme la chaîne des 
Cordillères qui eft élevée de plus de trois 
mille toifes au - deflus du niveau de la 



du Lama & Ju Paco* 6j 

mer au Pérou , fe foutient à peu-près à 
cette même élévation au Chily & jus- 
qu'aux terres Magellaniques , on y trouve 
des huanacus ou iamas fauvages en grand 
nombre fmj\ au lieu que du côté de la* 
nouvelle Eipagne où cette chaîne de mon- 
taornes fe rabaiiïe confidérablement oa 

o 

n'en trouve plus , & l'on n'y voit que les- 
limas domelUques que l'on prend la 
peine d'y conduire. 

Les pacos ou vigognes font aux lamas- 
v.ne efpèce fuccurlale , à peu-près comme' 
l'âne l'efl: au cheval ; ils font plus petits 



fm) Dans les tares cîu Port-defiré, à qiidquc 
diftance du détroit de Magellan , il y avoit bon 
nombre de ces bêtes fauvages ou brebis fauvages ^. 
que les Efpagnois appellent Wianaq^ues Quoi- 
qu'elles fuffent bien alertes & fort craintives, nous- 
en tuâmes fept pendant notre féjour, & l'on peut 
dire que ieur laine efl la plus fine qu'il y ait au; 

monde Elles vont par troupes de fix ou fept 

cents , & dès qu'elles aperçoivent quelqu'un , elles 
ronflent avec leurs narines & hennifTcnt comme des^ 
chevaux. Voyage de Wood, Suite des voyages de Dam- 
pier, tome V, page i 8 1 * — Gn voit au Tucuman ,. 
province voifine du Pérou ,, de greffes brebis qui 
fervent de bêtes de fomme, & dont la laine efl 
prcfque aufTi fine que de la foie, Voyage de Woodcs^ 
Sogçrs, tome 11, page 6j, 



^4 Hîftoire Naturelle 

ëi moins propres au (ei vie e , mais plus 
utiles par leur dépouille ; la longue & 
fine laine dont ils font couverts eil: une 
marchandife de luxe aufli chère , aufii 
précicuie que la foie : les pacos , cjue Ton 
appelle aulfi a/pûçues , & qui font les vi- 
gognes doniefliqucs, font fou vent tomes 
noires & quelquefois d'un brun mêlé de 
fauve. Les vigognes ou pacos (iiuvagcs 
font de couleur de roie sèche, «î!c cetit: 
couleur naturelle eft fi fixe , qu'elle n^ 
s'aitère point fous la main de l'ouvrier : 
on fait de très - beaux gans , de très- 
bons bas avec c(?tLe laine de vigogne ^ 
J'on en fiit d'excelientes couvertures <Sc 
des tapis d'un très-grand prix. Cette den- 
rée feule forme une branche dans le com- 
merce des Indes cfpagnolcs , le ca(lor du 
Canada , la brebis de Calmouquie , la 
chèvre de Syrie ne fourniiïent pas un 
plus beau poil ; celui de la vigogne efl 
aulîl cher c|ue la foie. Cet animal a beau- 
coup de choies communes avec le lama ; 
il eft du même pays , & comme lui il en 
crt exclufivcment , car on ne le trouve 
nulle part ailleurs que fur les Cordillères; 



Ju Lama & du Pacê. 65 

H a niifTi le même naturel & à peu - près 
les mêmes mœursf le même tempérament. 
Cependant comme fii luine efl beaucoup 
plus longue & plus touffue que celle du 
lama, il paroît craindre encore moins le 
froid ; il fè lient plus volontiers dans la 
neige, fur les glaces & dans les contre'cs 
les plus froides : on le trouve en grande 
quantité dans les terres jMagellaniques (u), y 
Les vigognes refîemblent aulfi , par 
la figure , aux lamas , mais elles font plus ; 
petites , leurs jambes font plus courtes 
& leur muffle plus ramaffé ; elles ont la 
laine de couleur de rofe sèche un peu . 
claire ; elles n*ont point de cornes ; elles 
habitent & paffent dans les endroits les 
plus élevés des montagnes ; la neige & , 
la glace femblent plutôt les recréer que 



(u) La partie orientale de la cote des Patagons 
procFie la rivière de la Plata , eft encore peuplçc 
de viffofrnes en afïïz grand nombre, mais cet ani- 
iti il e(l W défiant & fi vite à la courfe qu'il e(l 
dinicile d'en attraper. Voyage de George Anfon , 
yage jy, — Les animaux terreftres les plus com- 
muns du port Saint -julien Ams les terres Magclla- 
niques , font les guanacos. Hijbire du Paraguiu , j^af, 
k !^t Ç/iay^tiyçix , fpm Vif jfnge i 07. 



// 



'66 Bfloke Nm: P( ' 

ks incommoder ; elles vont en trotipes 
& courent très - légèrement ; elles Ibm 
timides , & dès qu'elles aperçoivent quel- 
(qu'un , elles s'enfuient en chaflànt leurs 
petits devant elles. Les anciens Rois du 
Pérou en avoient rigoureufement dé- 
fendu la chalTe parce qu'elles ne multi- 
plient pas beaucoup ; & aujourd'hui il y 
en a infiniment moins que duns le temps 
de l'arrivée des Elpagnols. La chair de 
ces animaux n'eft pas li bonne que celle 
des huanacus; on ne les recherche que 
pour leur toifon & pour les bézoards 
qu'ils produifent. La manière dont on les 
pi-end prouve leur extrême timidité , ou 
fi Ton veut , leur imbécillité, Plufieurs 
hommes s'afTemblent pour les fîiire fuh: & 
les engager dans quelques pafîàges étroits 
où l'on a tendu dts cordes à trois ou 
quatre pieds de haut, le long defquelles 
on laifle pendre des morceaux de linge 
ou de drap ; les vigognes qui arrivent à 
ces pafîàges font tellement intimidées par 
le mouvement de ces lambeaux agités par 
k vent , c(u'elles n'ofent palTer au - delà , 
& qu'elles s'attroupent ^ demeurent eii^ 



<Iu Lama & du Paco. éy 

foiiîe , en (brte qu'il cfl facile de les tuer 
en grand nombre ; mais s'il fc trouve dans 
ta troupe quelques huareicus , comme ils 
font plus hauts de corps & moins timides 
que les vigognes , ils (autent par-defî'us les 
cordes , & dès qu'ils ont donné l'exemple^ 
les vigognes (autent de même & échappent 
aux chaflèurs (o). 

A l'e'gard des vigognes domefliques 
ou pacos , on s'en fert comme des lamas 
pour porter des fardeaux ; iriiiis indépen- 
damment de ce qu'étant plus petits ou 
plus foibles ils portent beaucoup moins y. 
ils font encore plus fujets à des caprices 
d'obiiination ; lorfqu'une fois ils fe cou- 
chent avec leur charore , ils fe ïaifïèroient 
plutôt hacher que de fe relever. Les 
Indiens n'ont jamais fait uHige du lait de 
ces animaux, parce qu'ils n*en ont qu'au- 
tant qu'il en faut pour nourrir leurs petits* 
Le grand profit que Ton tire- de leur 
laine avoit engagé les Ei'pagnols à tâcher 
de les naturalifer en Europe ; ils en ont 
tranfporté en Efpagne pour les faire peu- 
pler , mais le climat le trouva fi peu con.- 

(o) Voyage de Fréfier^ ^a^ti i jS if i }^ 



li 



^8 Hijloire Natunlle ' 

venable, qu'ils y périrent tous (p). Ce- 
pendant , comme je l'ai déjà dit , je luis 
perluadé que ces animaux , plus précieux 
encore que les lamas , pourroient rculFir 
dans nos montagnes , & fur - tout dans 
les Pyrénées ; ceux qui les ont tranf- 
portés en Elpagne, n'ont pas fait atten- 
tion qu'au Pérou même elles ne rubfiftem 
que dans la région froide, c'eft-à-dire, 
dans la partie la plus élevée des mon- 
tagnes; ils n'ont pas fait attention qti'on 
ne les trouve jamais dans les terres 
bafies , & qu'elles meurent dans les pays 
chauds ; qu'au contraire elles font en- 
core aujourd'hui très - nombreufcs dans 
les terres voifines du détroit de Magcl-^ 
lan , ' où le froid efl: beaucoup plus grand 
que dans notre Euroj^e méridionale , & 
que par conféquent il falloit pour les 
conferver les débarquer , non pas eu 
Elj)agne , mais en Ecolfe ou même en 
Norvège, & plus fûrement encore aux 
pieds des Pyrénées, des Alpes, &c. où 
elles euiïent pu grimper & atteindre 
Ja région qui leur convient : je n'infiflç 
(l>J Miii^ire des aventures des Fiibulliers, ;;. ///T, 



(p). Ce- 
t, je fuis 
précieux 
ni rcuffir 
tout dans 
nt tranf- 
fait atten- 
rubfiftem 
ft-à-dire , 
les mon- 
on qti'on 
es terres 
s les pays 
font en- 
uies dans 
Magcl- 
lus grand 
onaie, & 
pour les 
\ pas en 
même en 
icore aux 
, &c. où 
atteindre 
; n'infiftç 

rs, /;. ^7^; 



« s 



âu Lama & du Paca, 6^ 

ftir cela que parce que j'imagine que ces 
animaux îeroient une excellente acquifition 
pour l'Europe , & produiroient plus 
de l:>iens réels que tout le métal f ç J 
du nouveau monde , qui n'a fervi qu'à 
nous charger d'un poids inutile , puifqu'oii 
avoit auparavant pour un gros d'or ou 
d'argent ce qui nous coi^ite une once dç 
ces mêmes métaux. 

Les animaux qui le nourrifTent d'herbes 
Se qui habitent les hautes moiitagnes de 
l'A fie, & même de l'Africjue , donnent 
les bézoards que l'on appelle orientaux, 
dont les vertus font le plus exaltées; 
ceux des montagnes de l'Europe , où 
la qualité des plantes ôl des herbes eft 
plus tempérée , ne produiient que de$ 
pelotes (ans vertu, qu'on appelle égagro- 
•piles : & dans l'A mériquc méridionale , 
tous les animaux qui fréquentent les mon- 
tagnes fous la zone torride , donnent 
d'autres bézoarJs que l'on appelle occi^ 

(^) Notf}, Quel Men ont produit en cfFet cc% riches 

mines du Pérou! il a péri des millions d'hommes 

, dans les entrailles de la leire pour les exploiter ; 6c 

i leur fang & leurs travaux n'ont fervi quà nous charw 

ger d'un poids incommode. 



70 Htfloire Naturelle 

Mentaux , qui font encore plus folîcïes & 
peut - être aufli qualifies que les orien- 
taux. La vigogne fur - tout en fournit 1 
en grand nombre , le huanacus en donne 
aufli , & l'on en tii^ des cerfs & des| 
chevreuils dans les montagnes de la nou- 
velle Elpagne (rj. Les lamas & les pacos 
ne donnent de beaux bézoards qu'autant 
qu'ils font huanacus & vigognes , c'eft- 
à-dire, dans leur état de liberté; ceux! 
qu'ils produifent dans leur condition de • 
fervitude , font petits , noirs & fans vertu , 
les meilleurs font ceux qui ont une cou- 
leur de vert obfcur, & ils viennent ordi- 
nairement des vigognes , fur-tout de celles 
qui habitent les parties les plus élevées 
de la montagne , & qui paifl^ent habituel- 
lement dans les neiges ; de ces vigognes 
montagnardes , les femelles comme ki\ 
jnâks produifent des bézoards , & ces 



(ry Nous favons qu'en la Neuve - Efpagne , il fe 
trouve â^s pierres de bézoards , combien qu'il îi'y 
ait point de vigugnes ni de guanacos, mais feule- 
ment des cerfs , en quelques-uns defquels on trouve 
cette pierre, Hifioire naturelle des Inès occidmaîes, 
far Acûjla, j>age zo-^i 






du Lûma & du Paco. y i 

ïîézoards du Pérou tiennent le premier 
rang après les bézoards orientaux &. lont 
beaucoup plus eftiniés que les bézoards 
de la nouvelle Ei'pagne, qui viennent des 
^erfs ; & font les moins efficaces dç tous^ 




7^ Hîfloire Naturelle 



BtnWW 



// 



. LVNAU (a) ET L'AÏ(b). 

X-* *o N a donné à ces deux animaux 

répithète de Parejfeux , à caufe de lal 
lenieiir de leurs niouveinens & de h 
* ' ■ difïiculiél 

(a) Vnan , nom de cet animal au Maragnon , 6c 
que nous avons adopté. Le P. d'Abbeville diftinguel 
deux cfpcces d'Unaus, le plus crrand, qui efl celui 
dont il e(l ici qucflion , qu'il appelle Unnu ouajfou ; 
& le plus petit qu'il nomme fimpieracnt Unau , 
qui t\\ le mtme animal que \'A'i. « Il y en a del 
» dfux {brics , dit-il, aucuns font grands environ 
ï« comme les lièvres, les auties font deux fois prefquc 
plus grands. A'IiJpon au Aîaragifion , j)age 2^z jj.I 
On a donne quelquç(<;»is à l'Unau le nom del 
Lèche ■ patte , mais ce nom qui feniWeroit avoir étél 
pris de rfiiibitude de cet animal , n'eft pas fondé,! 
car il ne loche pas les pieds, ni mune aucune autre! 
partie de Ion corps. 

TardigraJus Ceilonicus Catiihis. Seba , voi. ï , p. 54,! 

Tab. ? T, , fig. 4. Tiivdigrndm Cei'oniciisl 

fa mina. Ucm. ihid'. Tab, j ^. Ces figures lont a(fa| 
bonnes. ■ 

Tard'igradus jhjlihus an^n'is di laâylh , pflflkis />■/•[ 
dûâylts, Tardigradiis Ceilonicus. Le paYeJj'cux de Cejiani 
Briir. Ixigri. anim, pag. 35. 

Didaélylus. Bradypus m an! bus didaâj/lis catidâ mJliiX 
Linn. Syjh nat. edit. X , pacj. :; ç. 

(b) Ai, nom de cet animal au Brefil, & quel 



We iVnm & Je l'Ai 73 
difficulté qu'ils ont à marcher ; mais nous 

nous avons adopté : ce nom vient du fon plaintif 
a, i, qu'il répète fbwvent. OuaiAare h la Guiane, 
(îelon Barrère ; flay , félon de Léty ; Heu ou 
Haulhi, félon Thevct; Perilb ligero, lelon Oviedo; 
Vnau , félon le Père d'Abbevillc j Haut , felou 
I^ieremberg. 

Arélopithecus, Gcfner , kofi, anim, pag. 9e, %; 
ibid. Islota. Cette dénomination Arâopithecus a été 
mal appliquée par Gefner à cet animal , qui ne tient 
ni de l'Ours ni du Singe. La figure eft aufll mauvaifc 
que le nom ; elle rcpréfente une face humaine , 
& n'a de \'rai que les trois ongles à tous les pieds ; 
cependant cette mauvaife figure a été copiée par 
Nieremberg, Jonflon & plufieurs autres. 

IgnaviiS , Cluf. Exot, pag, f r o , fig. prrg. f i fi, 
Uem.pag. )^2,fg. pag, S7S' ^^"^ féconde figure, 
donnée par Clufius , efl moins mauvaife que la 
première. 

Pigritîa fve Haut. Euf. Nieremberg, ////?, natp 
pag, 163 &. 1 64-^ Nora, De trois figures qu'S 
îSierembcrg donne de cet animal , il n'y en a aucune 
qui foit originale , la première efl copiée de Gefner;? 
les deux autres font copiées de Clufius , & toutes 
trois font mauvaifes: cependant la troifième, qui efl 
la féconde de Clufius , s'éloigne un peu moins de la 
nature que les deux premières» & elle a été répétée 
non-(eulemcnt par ^lieremberg, mais par beaucoup» 
d'autres. 

Unau. Dcfcription des Indes occidentales , ptvt de 
Laët t pages J S^ ^ diS, fig, ibid. Ces figures de 
de Laët font les mûmes que celles de Clufius. 

Jome XL 



^^Sffiim 






74 ^ Hijloire Naturelle > 

jiYons cru devoir leur conferver \t% 
noms qu'ils portent dans leur pays natal, 
d'abord pour ne les pas confondre avec 
d'autres animaux prelque auffi pareffeux 

Ai five Jgnavus.. Marcgr. Htfi, ttdt, Urafih pag. 221, 
fig. ibid. "Nota, Cictte figure eft encore la même que 
fa troifième de Nierembcrg , c'eft-à-dirc, la (êconda 
de Clufius. ! . K 

Ai fivc Ignnvus, Pifon » Hi(l. Braf. pag- 3 2 t & 
J 22. La f/gurc , p/igc }22 , efl encore la même que 
celle de Clufius ; mais il y z de plus la figure d'un, 
petit Ai rampant & le rquclettc d'un grand Ai. On 
voit aufTi au frontirpice de (on Livre une figure dç 
cet animai , grimpant fur un arbre. 

Ai feu Tardigraihs , graàlis , Americûtius^ Seba i 
vol. I, pag, /^ , Tuè, jj , fg, 2, Celte figure eft 
afitz bonne. . ' 

Ignavus, Marcgr. Oua.Tka.Ye ^ le Parefl!eux. lîarrère; 
Hifh nat, de la France équin, pag, 1 S4* 

Ignavus Amricanus rifum fétu mifcetts, Jgnavu$ 
Marcgravii Klein, de quadrirp. pag. 4.3. 

Tardigradus pedihus anticis & pfiicis tridaâylis» 
Tardigradus , le Pareffeux. BrifTon , Regrt, 0iim» 

t^^- 34" #- 

The Sloth, le Pareffeux. Edwards Glanurcs, part, Ih 
pi. ^ t o, La première figure n'cft pas mauvaife, 
«juoiquc faite d'après une peau bourrée. 

Tridx'iylis. Bradyjtus manilnis trida^jHs, caadû hem 
V-nn, J^^. r.iU, e'it. X, pag. ^4. , ^ 



srver les 
lys natal, 
idre avec 
parcfleux 

/. pag. 2 2 1» 
i même que 
, ia féconde 

ag. J2I f 
a même que 
figure d'un 
and Ai, On 
ne figure dç 

:df7/«^^ Seba; 
Lte figure eft 

ax. Barrère; 

rcw, Ignavui 

AT trUaâyHs» 
Regn, mm» 

ures, ^w/. //* 
as mauvaifej, 

, couda Item 



JeVUnauà' dcVAi. 75 

cjuVux , & encore pour les dîftinguer 
iicttement i'un de I*autre: car, quoiqu'ils 
fc reflèmblent à plufieurs égards, ils dif- 
fèrent néanmoins tant à l'extérieur qu'4 
l'intérieur, par des caradèrcs fi marqués, 
qu'il n'eft pas poffible , iorfqu'on les a 
examinés , de les prendre l'un pour l'autre , 
ni même de douter qu'ils ne foicnt de deux 
efpèces très-éloignées. L'Unau n'a point 
de queue & n'a que deux ongles aux 
pieds de devant ; l'Aï porte une queue 
courte & trois ongles à tous les pieds. 
L'unau a le mufèau plus long , le ^ont 
plus élevé , les oreilles plus apparentes 
que l'aï; il a auffi le poil tout différent: 
à l'intérieur , fes vifcères font autrement 
fitués & conformés différemment dans 
quelques-unes de leurs panies ; mais le 
caraiflère le plus diftindif , & en même 
temps le plus linguiier, c'eft que l'unau 
a quarante-fix côtes , tandis que l'aï n'en 
a que vingt-huit : cela (èul fuppole deux 
efpèces très-éloignées l'une de l'autre ; & 
ce nombre de quarante-fix côtes dans un 
animal dont le corps efl: fi court, eff une 
efpèce d'excès ou d'erreur de ia Nature ; 
car de tous les animaux, même des plut. 

Dif 



y 6 Hijloire Naturelle 

grands , & de ceux dont le corps eft le 
jjIus long , relativement à leur grofîeur, 
aucun n'a tant de chevrons à (Ii char- 
pente. L'éléphant n'a que quarante cotes, 
Je cheval trente-fix , le blaireau trente, le 
thieii vingt-fix , l'homme vingt-quatre , 
^c. Celte différence dans la conflrudioii 
de l'unau &: de l'aï , ruppofe plus de 
/Jillan ce entre ces deux efpèces qu'il n'y 
^n a entre celle du chien & du that qui 
ont le même nombre de côtes ; car 4es 
différences .extérieures ne le it rien en 
çomparaiibn des différences intérieures ; 
celles-ci font , pour ainfi dire , les caulès 
des autres qui n'en font que les effets. 
L'intérieur dans les êtres divans cft le 
fond du deffein de la Nature , c'efl la 
forme conllituante , c'eil la vraie figure ; 
l'extérieur n'en efl que h furfacc ou 
même la draperie; car, combien n'avons- 
uous pas vu, dans l'examen comparé que 
nous avons fait dts animaux , que cet 
.extérieur fouvent très^difîérent , recouvre 
un intérieur parfaitement femblabie ; & 
qu'au contraire la moindre différence in- 
térieure en produit de très - grandes a 
l'extérieur <5c cha^ige même Icb hrJjitude* 



::s à 



5t 
fi 



'r}eWnaù& de F Aï '^y, 

mtiireHes , les facultés , les aitribirts cf«' 
J'animai î com}3ien n'y en a-t-ii pas qiif 
font armés , couverts , ornés de parties 
excédantes, & qiii cependant pour l'or-»» 
ganifation intérieure, refTemblent en en-^ 
tier à d'autres qui en font déjiuésî Mais 
ce n'eft point ici le lieu de nous éiendrô 
iur ce fujet, qui, pour être bien traité > 
fuppofe non-feulement une comparaifoii 
réfléchie , mais un développement fuivi 
de toutes les parties des êtres organi fés^ 
Nous dirons i'eulement , pour revenir à 
nos deux animaux, qu'autant la Nature 
nous a paru vive , agifîànte , exaltée dans 
les fmges, autant elle efl lente, contrainte 
& reflerrée dans ces pareifeux ; & c'eft 
moins parefTe que misère, c'eft défaut,- 
c'efl dénuement, c'eft vice dans la con- 
formation ; point de dents incifivcs nr 
canines, les yeux obfcurs & couverts, 
^a mâchoire auffi lourde qu'épaifle , le 
poil plat & femblable à de l'herbe féchée,. 
les cuiffes mal emboîtées & prefque hors 
des hanches , les jambes trop courtes ,. 
mal tournées , & encore plus mal termi- 
nées ; point d'aiïiette de pied , point 
de pouces , point de doigts féparement' 

D il). 



y s . Nifloire Naturelle ' 

mobiles ; mais deux ou trois c igîcs ex- 
ccfli veinent longs, recourbés en defîbus, 
«|ui ne peuvent ie mouvoir qu'cnfemble 
 nuilent plus ^ marcher qu'ils ne fervent 
îi grimper ; la lenteur , la ftupidité , l'a- 
bandon de Ton être , & m«me la douleur 
èiabituelle, réfultans de cette conformation 
bizarre & néglige'e ; point d'armes pour 
attaquer ou fe défendre j nul moyen de 
iécurité , pas même en grattant la terre ; 
nulle refîource de falut dnns la fuite : 
confinés , je ne dis pas au pays , mais à 
la motte de terre , à l'arbre fous lequel 
ils font nés ; prifonniers au milieu de 
î'efpaçe ; ne pouvant parcourir qu'une 
'loife en une heure fxj; grimpant avec 

fc) Fer'^0 Hgefo, five caftkufa agi fis , animai eji 
'mnniuHi qua vulerim îgmvijfimum ; nam atUo lente mcvC' 
tuf , ut ad confidethium iter longum dumtaxat qulnqua- 

glnta fXJJjus , tntegro tUe IIH omis fit /« 

déles tranjlmum naturah Jim tarditate vim'ettir , nec a 
4:lamati(ine ufla tint imjtuijione gmdvm acccUrat, Ovicdo 
in fummarb Ind. occid. cap. x X 1 I I, traduit de 
îEfpagnol en Latin par Clufius , Exotic. lib. V , 
•cap. XVl. Tmtd ejl ejus tarditas ut un/us dlei fjmtiê 
vlx qvwffuagma J^fus yeriranfire yoffit. Hcmancî. 
JRlJl, !ex, — Lci Portugais ont donné le nom de 
JP/infe à un animal affez cxtraordinaiw , il cft de la 
|;randcur du Cerigou /Sarigue ^ ,,,,.. .. LcderrièM 



# 



de rUiuiii & (le l'Ai. 79 

pelire , fe traînant avec douleur , une 
voix plaintive & par acccns cntrccouj:)ts 
<ju'ils n'odnt élever que la nuit ; tout 
annonce leur misère , tout nous raj^pellc 
ces inonftres par défaut , ces ébauches 
imparfaites mille fois projettes, exécutées 
par la Nature , qui ayant à peine \a 
iâculté d'exiiler, n'ont dû llihfiîler qu'un 
temps , & ont été depuis cfliii -;» de la 
liUe des êtres ; & en eiTct , 1 . 'es terres 
qu'habitent & l'unau & l'aï n it pas 



de fa tcfc eft couvert d'une groffe crinière , & fon 
vcnfrc efl fï gros , qu'il en balaie la terre ; il ae 
fe lève jamais fur pied , & fe traîne fi Icnfemcnt , 
qi!c dans quinze jours à peine {^vjurroiî-il (Iiire ia 
valeur <\\\n jst de pierre. Hifldre <hs b)rfe% , p,:r Afjff/, 
trinit de Dipure . pige ji. — !.'uJiiina(,qi;c les Tuir 

iugais ont appelé P.mfe, fe traîne fans i:!a:ai$ 

fe lever debout > & cfl fi tardif, i\u\\ n'avajuc en 
•deux femaJMCs pas un jet de pierre. Dcfcr, d<:> ln^lts 
occitL pttr Henera» Amft. \6%z, jug. ^j 2, — Tarn 
hnius efl il/ius greffiis & nieinhorim ir.oius ut qtiMtcifn 
ipjis diclius nd Inpidis iduin cmuhmo truilu vix pnvltai, 
Pifon , Hifl» Draf. pag. 32». Naut, Cctic affèriioii 
de Pifon , coipruntcc de Maffé & de fl errera , cft 
très - exjcrcrée, — il n'y a point d animai plus pa- 
refiTcux que celui-ci , H ne /but point de lévriers pour 
ïe prendre à la courfe , une to'-tue fullîroit. Diptuir- 
chais, tome lïl, page joi» NoTA. Ceci cil enrôlée 
«xagéré, — Il leur Êiut huit ou neuf minutes pour 

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Sciences 
Corporation 



33 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N.Y. H580 

(716) 872-4503 




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io I^ijîotre Nature/le 

des déferts ; fi les hommes & les arfî- 
maux pui0ans s*y fufîënt anciennement 
multipliés , ces efpèces ne feroient paî 
parvenues jufqu'à nous , elles enflent été 
détruites par les autres , comme elles le 
feront un jour. Nous avons dit qu'il 
feinble que tout ce qui peut être , efl > 
ceci paroît en être un indice frappant ; 
ces pareflëiDt font le dernier terme de Te- 
xiftence dans l'ordre des animaux qui ont 
de la chair & du (img, une défeduofitë 
de plus les auroit empêchés de fubfifter; 

avancer an pied à !a diftitnce êe trois pouces, & ili 
ne les remuciu que l'Un apœs l'autre avec ia même 
lenteur; les coups ne fervent de rifen po':r leur fàirei 
doubler le pas, j'en ai feffé moi-même quelques-uns 
pour voir fi cela les animeroit , mais ils paroiflbient 
ififennbies, & on ne fauroit les contraindre à marcber 
plus vite. Voyage de Dawpier , tome 111, page /<?/. 
•— Le pareffcux ne fait pas cinquante pas en un jour. 
Je ChafTeur qui le veut prendre peut bien aller faire 
une autre ciiaffe , il le retrouvera encore en fa place , 
ou il ne fera pas bien éloigné. Voyage à Cnytme par 
Binet, Paris, i66^, page ^-^/. -7- Pey'ico Jigero , 

Pierrot coureur On lui donne l'épithète de 

Coureur ^ parce qu'il lui faut une grande journée 
pour faire un quart de licuc. Hijleire de l'Orénoque i 
far Gumlla, tome JJ, page j j, NoTA. Cet Auteur- 
efl le feul qui i'ur le fait de la lenteur de. ces aniq;iau>i 
ine paroiiTe avoir approché de la vérité. . ; 



'ie rUnau & de l'Ai. %t\ 

régarder ces ébauches comme des êtres 
suiifi ahfoius que les autres; admettre àt^ 
oaufès finales pour de tels diiparates ; & 
trouver que la Nature y brille autant que 
dans iès beaux ouvrages, c*cft ne la voir 
que par un tube étroit , & prendre pour 
Ton but les fins de notre elprit. 

Pourquoi n'y auroit-il pas des eipèces 
d'animaux créées pour la misère, puifque 
dans Tclpèce humaine , le plus grand 
nombre y eil: voué dès la n^iflance \ 
le mal, à la vérité, vient plus de nous 
que de la Nature ; pour un malheureux 
qui ne Teft que parce qu'il eft né foibie,. 
impotent ou difforme , que de millions 
d'hommes le font par la feule dtireté dte 
leurs (èmblables î Les aniittaux font en 
général plus heureux , l'efpèce n'a rien 
à redouter de fes individus ; le mal n'a 
pour eux qu'une fouree ; il en a deux 
pour l'homme , celle du mal moRil qu'il 
a lui - même ouverte , eft un torrent 
qui s'cft accru comme une mer , dont 
le débordement couvre & afîDge la face 
entière de la terre; dans le ph y fi que au 
contraire , le mal eft rc (Terré dans des 
bornes eiroi.es, il va rarement feul , le 



î Hifloire NdtuHik 

i)ien cft fouvcm au-dcffus , ou chi moins 
cle niveau : peut-on douter du bonheur 
des animaux , s*ils (ont libres , s^ils ont ia 
faculté de fe procurer aiféinent leur fub- 
fiftance , & s'ils manquent moins tjue 
iious de la (ànté , des (èns & des organes 
nécefTaires ou relatifs au piaifir ! or \t 
comn^in des animaux eft à tous ces 
•égards très - richement doué; & les ef- 
.pèces difgraciées de Tunau & de l'aï, 
font peut-être ies fèuîes que Ja Nature 
iait maltraitées , les feules qui nous offrent 
rimage de la misère innée. ' 

Voyons - là de plus près ; faute de 
•«ïcnts, ces pauvres animaux ne peuvent 
ni fïifir une proie , ni fè nourrir de 
^chair , ni même brouter l'herbe ; réduits 
à vivre de feuilles & de fruits (àuvages, 
ils confument du temps à fc traîner au 
^ied d'un arbre , il leur en faut encore 
l3eaucoup (d) pour grimper |ufqu'aux 



jf^) Aucuns cftimam cette hht vivre feulement Je 

■feuilles d'un certain arbre nommé en leur langue 

Amàhttt! cet arbre eft ha' "■' élevé fur tout tutrc de 

■ce pays, fe fouilles fort ie$ & déliées., & pour 

^Hïe que coûtumièremerjt elle efl en cet arbre/ ils l'ont 

e lée Hdut, SiiiQuU de la France ont, jmr Theuet,, 



'derUtmu& deVAï. 6; 

ï)ranchcs ; & pendant ce lent & trifte 
«xercice, qui dure quelquefois plufieurs 
jmirs , ils (ont obligés de fupportqj !a 
faim , & peut - être de fouffrir le plus 
prefTant belbiii ; arrivés fur leur arbre, 
ils n'en defcendent plus, ils s'accrochent 
41UX branches , ils le dépouillent par par- 
ties , mangent fuccefîivemcnt les feuilles 
Ag chaque rameau , pafl'ent ainfi plufieurs 
Semaines làns pouvoir délayer par aucune 

fflge loo» — L'animal Tartjje ne vit que de fcuilîcs 
d'arbres, dont les plus hautes brandies lui fervent de 

•retraite, il iiii faut deux jours pour y monter 

Les encquragcmens , les menaces & les coups mcme 
>nVmt pas ia force de le faire aller plus \î{e. Hijhire 
-Jts Indes , yar Maffe , juig. yi.NoTA. H errera dit la 
'tncme chofe, & dans les mêmes termes, page 2 j2- 
— Le Sloth ou Parejfeux nefl pas tout à-fait fi p;ros 
<|ue l'ours mangeur de fournis ( Tamanoir ) , ni fi 

iiérifïc Il fe nourrit de feuilles Ces ani- 

•maux font beaucoup de mal aux arbres qu'ils attaquent, 

& ils font fi lents à fe remuer qu'après avoir mangé 

toutes les feuilles d'un arbre ils emploient cinq ou fix 

jours à defcendrc de celui là & à monter fur un autre» 

.quelque-proche qu'il foit, & i's n'ont que l:i pcau'*& les 

sOs avant d'arriver à ce iècond gîte, quoiqu'ils fiifïè«t 

l^s & dodus à leur defccntc du premier. Ils n'abïn- 

ilonnent jamais un arbre qu'ils ne l'aient tout mis en 

"pièces , & qu'ils ne l'aient aurti dépouillé qu'il pourrort 

l'être au cœur de l'hiver. Voyage de Dampier, tome /II, 

■y'igt-' J^'S ' —""Il monte fur les arbres , naiis .!.£ft,fi 



i ! 



84 flifloîre Naturelle ' 

boifTon cette nourriture aride ; & lorf^ 
Qu'ils ont ruiné leur fonds, & que i'ar- 
hx% efl entièrement nu , ils y redeut 
encore retenus par i'impoOlbilité d*en 
dei cendre ; enfin , quand le befbin fè 
jÀit de nouveau fèntir , qu'il prefTe & 
qu'il devient plus vif que la crainte du 
danger de la mort, ne pouvant defcen*- 
dre , ils iè laifîènt tomber & tombcm 
très - lourdement comme un bloc , une 
maffe fans reflbrt, car leurs jambes roides 

long- temps à y momcr qu'on a tout le foifir de \y 
prendre : quand on Ta pris ii ne fe défend point & ne 
fonge point à prendre fa fuite ; fi on lui préfente 
Une longue pwrche , il fe met aufTi - tôt en poflure 
d y monter , ce qu'il fait ii lentement que cela ed 
ennuyeux ; quand il efl au bout ii sj tient fans fe 
mettre en peine d'en dcfcendre, Vityage tte Cayenne 
for Binet , page /^/. — Les unaus ont quatre 
•jambes , & fi ils ne s'en fervent point , fî ce n'eft 
■ pour grimper , & quand ils font fur un arbre , '\\s 
ne s'en retirent aucunement julqu'à ce qu'ils aient 
mangé toutes les feuilles , lors il defcend & fe met 
à manger de la terre tant qu'il remonte à un autre 
arbre pour y manger les feuilies comme au prccédenr. 
A— Nous plaçâmes cet. animal fur la plus baffe voile 
de milêne, il fut près de deux lieures à monter fuc 
]a hune, où un iînge auroit grimpé en moins d'une 
demi-minute, vous auriez dit qu'il alloit par refTbct 
comme une pendule, V»yage de Woodcs Rogm-i^ 



le parefleufes n*ont pas le temps de s*é^ 
tendre pour rompre le coup» 

À terre , ils font livrés à tous leurs 
ennemis : comme leur chair n'ed pas 
ablbiument mauvaifè, les hommes & les 
animaux de proie les cherchent & ie$ 
tuent ; il paroît qu'ils multiplient peu , ou 
du moins, que s'ils produifent fréquem^ 
ment', ce n'eft c[tren petit nombre ; car 
ifs n'ont que deux mamelles : tout con* 
court donc à les détruire, & il eft bien 
difficile que refpèce fe maintienne ; il eft 
vrai que quoiqu'ils foicnt lents, gauches 
& prefqu'inhabiles au mouvement , ili 
font durs , forts de corps & vivaces ; 
qu'ils peuvent fiipporter long^ temps Ll 
privation /^^ y de toute nourriture ; que 
couverts d*un poil épais & fcc , & ne ' 
pouvant faire d'exercice, ils difllpent peu 
& engraifî'ent par le repos, quelque mai- 
gres que foient leurs alimens ; & que ' 
quoiqu'ils n'aient ni bois , ni corties fur 

/êj II me fût fait péfênt d'un haut en vie, iequel' 
je gardai bien l'efpace de vingt - fix jours , pendant 
Jèfc|uel.s jamais il ne voulut manger ni boire. Singuti- 
^U fraice m* i>ar Tbevtty fcgt ^jp» 



JR6 Hiftolre Naturêle 

la tête , ni fabots aux pieds , ni dente 
lincifives à la mâchoire mferièure; ils font 
•cependant du nombre des animaux ru- 
minans , j& ont comme eux piufieur^ 
«flomacs; que par conféquent ils peu- 
vent compenler ce qui manque à la 
qualité de la nourriture par la quantité 
qu'ils en prennent à la fois ; & ce qiti 
efl encore extrêmement finguiier , c'eft 
qu'au lieu d'avoir, comme les ruminans^ 
des imeflins très-longs, ils \ç,s ont très- 
ipetits & plus courts que les animaux 
carnivores. L'ambiguité de la Nature pa- 
'jïoït à découvert par ce contralle; l'iuiau 
& Va font certainement des animaux 
>ruminans , ils ont quatre eflomncs , <Sc 
•en même temps ils manquent de tous 
les caraélèi^s , tant extérieurs qu'intérieurs 
'qui appartiennent généralement à tous 
iês autres animaux ruminans: encore une 
autre ambiguïté, c'eft qu'au lieu de deux 
^ouvertures au dehors, l'une pour l'urine 
.& l'autre pour les excrémens , au lieu 
d'un orifice extérieur & diftiru^ pour les 
panîes de la génération , ces animaux n'en 
ont qu'un ièul, du fond duquel «Il im 



'^e rUnau êr de.]' Ai. 8/ 

^goût commun , un cloaque comme dans 
les oiiêaux; mais je ne finirois pas fi je 
Toulois fn'dtenclre fur toutes tes fingu- 
Jarités que préfente ia conformation de 
ces animaux : on pourra les voir en détaîi 
dans l'excdJente defcription qu'en a faite 
M. Daubenton (f). 

Au lede , fi la misère qui r^ fuite du 
xlé^ut de (èntiment n^efl pas la plus 
igrandc de toutes, celle de ces animaux ^ 
quoique très-apparente , pourroit ne pas 
^tre réelle ; car ils paroidient très-mal on 
très -peu (entir : leur air morne , leur 
regard pelant, leur Téfiftance indolente 
aux coups qu'Us reçoivent (ans s'émou- 
voir, annoncent leur infenfibilité ; & ce 
•qui la démontre, c'eft qu'en les fou- 
mettant au fcalpel , en leur arrachant le 
cœur & les vifcères ils ne meurent pag 
à l'inftant ; Piftjn fg) qui a fait cette 

(f) Voyez le Mw^ XXVI deréctitionentrente-ttA 
volumes. 

(g) Seaii fcmefiam vham . , , ^ ., , halentem in ft 

^aium omnilms modis perfeâbm €um pi'is, unguîhus h" 

■t/enti/ms amnioni more caterorum anmalium inclufum. C»r 

viotvm fuîim vnli/iiftme retine6at vvflquam exempt um erut 

ècorporc per femi horhtm ; flaanta uttrina conflu 



«# HJlffoke Naturelle- 

dure expérience , dit que le cœur fôpar^ 
du corps battoit encore vivement pen- 
dant une demi - heure , & que l'animal 
remuoit toujours les jambes comme s'il 
n'eût été qu'aflbupi; par ces rapports, ce 
quadrupède ie rapproche non-leuiement 
de ia tortue, dont il a déjà la lenteur, 
m^iis encore des autres reptiles & de tous 
ceux qui n'ont pas un centre de (èntiment 
unique & bien diflind; Or tous ces êtres 
font iniferabies fans être malheureux ; & 
dans (é% produAions les plus négligées, 
là Nature paroit toujours plus en mère 
qu'en marâtre. 

Ces deux animaux appartiennent éga- 
ièinent Tun 6c l'autre aux terres méri- 
dionales dti nouveau continent, & ne (e 
trouvent nulle part dans l'^mcien. Nous 

mahîs particulis cnmeis hjfar fuhflam'ia'renum, ruhlcun* 
i/ts magnîtwiinh varia: , inflnr jnhanun , in illas amfm 
f articulas cameas ( tcnuihus membranulis comexas ) ptr 
muhar ramulos vafa uhiMlicalin injlnr fmrs conturta , 
inferta eraitr. Cor feineHa duai hnbéat ir.jigHts am- 
culas cavar. ETcen'jm corik catetijqne viÇarihus , mut- 
topofi fe movi'bdt iT pedes lente amirnhthat fient e/fiT" 
wituriens folet. MammiUas duns cum iBtidem pavillis M 
peâore fenulla & faïus gerebant» Vi(on,. HijL Bm/, 



;. t 



'de rUnati êr de rAl iy 

*vons déjà dit (h) que i*Éditeur du Ca- 
binet de Séba s'étoit trompé , en donnant 
à i'unau le nom de Parejfeux de Ceylan; 
cette erreur adoptée par M." Klein , 
Linnœus & Briflon , «ft encore plus évi- 
dente aujourd'hui qu'elle ne l'étoit alors; 
M. le marquis de Montmiraii a un unau 
vivant qui lui efl venu de Surinam ; ceux 
que nous avons au Cabinet du Roi 
viennent du même endroit & de la Guiane, 
& je fuis perfuadé qu'on trouve i'unau, 
auffi-bien que i'aï, dans toute i'étendue 
des défcrts de l'Amérique , depuis le 
Brefii (ï) au Mexique; mais que, comme 
il n'a jamais fréquemé les terres du nord, 
il n'a pu paiïer d'un continent à l'autre ;. 
& il l'on a vu quelques - uns de ces 
animaux , foit aux Indes orientales , foit 
aux côtes de. l'Afrique, il eft fur qu'ils 
y avoient été iranfportés. Ils ne peuvent 
fupporter le froid; ils craignent aufli b 



(h) Voyez dan» îe Tome VIll die cet Ouvrage; 
-page 22^ , les diicours fur les Animaux des deux 
Continem. 

(i) L'aï, décrit & grav^ par M. Exïwards, venoit 
du pays de Honduras. D. Antonio de Ultoa dit quon-< 
fn trouve aux environs de Porto- belloi 



po Hiflotre Nattirellê 

pluie: les alternatives de l'humidité & de 
in sècherefTe altèrent leur fourrure , qui 
redèmbie plus à du chanvre mal ferancé, 
qu'à de la iaine ou du poil. 

Je ne puis mieux terminer cei article 
t{ue pair des obfervations qui m'ont été 
communiquées par M. le marquis de 
Montmirail, fur un unau qu'on nourrit 
depuis trois ans dans fa ménagerie. <c Le 
M poil de l'unau eH beaucoup plus doux 
ao que celui de l'aï . . . . il ell à préfumey 
5? que tout ce que les Voyageurs ont djt 
» fur la lenteur excedive des parefTeuX 
»> ne fe rapporte qu'à raï. LVnau , quoi* 
3> que très - pefant & d'une alure très- 
B> mal -adroite , monteroit & defcendroit 
à» piufieurs fois en un jour de l'arbre 
9» le plus élevé. C'«fl iiir k déclin du 
» jour & dons ia nuit qu'il paroît s^a^ii- 
3» mer davantage , ce qui pourroit jRûre 
>3 foupçonner qu'il voit très-mal le jour, 
.a> & que fà vue ne peut lui (crvir que 
3» dans i'obrcurité. Quand j'achetai cet 
» animal à Amflerdam , on le nourrinfoit 
9» avec du bifcuit de mer , Sa l'on me 
3> dit que dans le temps de la verdure 11 
d» ne Mdt le nourrir qu*»V€ç des ftuiUes» 



.\ 



^c VUimn & de l'Ai* p Ii 

<Mi n cïïiiic en eflfct de lui en donner, c< 
il en mangeoit volontiers quand elles « 
eioicni encore tendres , mais du moment «c 
où elles commençoient à fe deiïecher «c 
& h être piquées des vers, il les rejctoit. « 
Depuis trois ans que je le confcrvc « 
vivant dans ma ménagerie , fa nourriture ce 
ordinaire a été du pain , quelquefois des « 
pommes & des racines , & fa boifîbn « 
du lait: il faifit toujours, quoiqu'avcc ce 
peine, dans une de (es pattes de devant, « 
ce qu'il veut manger , & la grofl'eur ce 
du morceau augmente la difficulté qu'il c< 
a de le iâifir avec fès deux ongles. Il «c 
crie rarement , fon cri efl bref & ne fè c< 
répète jamais deux fois dans le même «c 
temps : ce cri , quoique plaintif ne ce 
fefîcjiibïe pcMnt à celui de IVi , s'il cft ce 
vrai que ce fbn a'i Toit celui de fà c< 
voix. La fituation la plus naturelle de « 
l'unau, & qu'il paroît préférer à toutes ce 
les autres , eft de iè fufpendre à une ce 
branche , le corps renverfè en bas ; ce 
quelquefois même il dort dans cette ce 
pofition , les quatre pattes accrochées ce 
fur un même point ; fon .corps décri- ce 
yant un arc : la force de fes mufcies « 



^1 



T^ 



IV- It 



52 ^ Hifloke Naturelle, &€, 

35 eft incroyable, maiis elle lui devîejit 
33 inutile lorfqu'il marche , car fon aiure 
35 n'en eft ni moins contrainte ni moins 
y> vacillante : cette conformation feule niç 

53 paroît être une eaufe de la pareffe de 
•» cet animal , qui n*a d'aiileurs aucua 
>3» appétit violent, & ne reconnoît poim 
ceux qui le fbignent. » 



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• Ion alure 
E ni moins 
w feule niç 
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turs aucuia 
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L£ SURIKATE. 



C 



ET animîd a é\é acheté en HoHande, 
fous le nom de Surikate; il (è trouve à 
Surinam & dans ies autres provinces de 
l'Amérique méridionaJe : ^lous l'avons 
nourri pendant -quelque temps , & enfuite 
M. de Sève, qui a defîiné a|rec autant 
de foin que d'întelfigence les animaux 6c 
notre ouvrage, ayant gardé celui-ci vivant 
pendant pluiieurs mois , m'a communique 
les remarques qu'^l a faites fur fes habi- 
tudes naturelles. C'eft un joli animal , 
très -vif & très ^adroit, marchant quel- 
quefois defcout , (è tenant fouvent affis 
avec le corps très-droit, les bras pendans, 
la tête haute & mouvaiate fur le cou 
comme fur un pivot ; il prenoit cette 
attitude toutes les fois qu'il vouloit (e 
mettre auprès du feu pour fe chauffer. 
Il n'eft pas fi grand qu'un lapin, & ref- 
jèmble afTez par la taille & par le poil à la 
Mangoufle, il eft feulement un peu plus 
ctofFé , & a la queue moins longue ; niais 



p4 Htflolre Naturelle 

par le mufeau dont la partie fiipéneure cfl 
proéminente & relevée , il approche plus 
du Coati que d'aucun autre animal. Il a 
aufîi un caradère prefqu 'unique , puifqu'il 
n'appartient qu'à lui & à l'Hyaene; ces 
deux animaux font les feuls qui aient éga- 
lement quatre doigts à tous les pieds. 

Nous avions nourri ce furilcate d'abord 
avec du lait ,jiparce qu'il étoit fort jeune; 
mais (on ,goût pour la chair le déclara 
bientôt; il mangeoit avec avidité la viande 
crue , & fur - tout la chair de poulet ; il 
cherchoit aufli à furprendre les jeumcs 
animaux : un petit lapin qu'on élevoit dans 
la même mailbn feroit devenu la proie fi 
on l'eût lai0e faire. Il aimoit auffi beau- 
coup le poilTon & encore plus les œufs; 
on l'a vu tirer avec fes deux pattes 
ye'unies des œuft qu'on venoit de mettre 
dans l'eau pour cuire : il refulbit les fruits 
& même le pain à moins cju'on ne l'eût 
mâché ; fes pattes de devant lui lervoient 
comme à l'écureuil pour porter à là gueule. 
Il lapoit en buvant comme un chien, & 
ne buvoit point d'eau , à moins qu'elle ne 
fût tiède : (à boiffop ordinaire étoit Ton 
urine, quoiqu'elle eût une odeur très-forte» 



jérieure cfl 

roche plus 

iiknnl. Il a 

! , puifqu'il 

yœne ; ces 

aient ega- 

pieds. 

«e d'abord 

fort jeune; 

fe déclara 

é ia viande 

poulet; il 

les jeivics 

Icvoit dans 

fa proie fi 

Luffi beau- 

i les œufs; 

ux pattes 

de mettre 

it les fruits 

n ne l'eût 

fervoient 

fa gueidc. 

chien, & 

qu'elle ne 

étoit Ton 

très-forte. 



7l*m- XI 



Pt.8 Puif^S 




iî }ou 

ceiiim 
cnfaiii 
que 1 
pris 



x>.. ,\ 



ILE SITRIKATE. 



t . 



du Smkatél 



93 



\i jouoît avec ics chats , & toujours inno- 
cemment; ii ne faifoit aucun mai aux 
cnfans , A ne mordoh qui que ce foit 
que le maître de ia maifon qu'il avoit 
pris en averfion. 11 ne (e fervoit pas de 
fcs dents pour ronger, mais il exerçoit 
fouvent (es ongles ôc grattoit k plâtre & 
les carreaux juiqu'à ce qu'il les eût de- 
gradés ; a étoit fi bien apprivoifé qu'il 
ciitendoit (on nom ; il ailoit ièul par toute 
ia maifon & revenoit dès qu'on l'appeloit. 
Il avoit deux fortes de voix , i'aboienient 
d'un jeune chien lorfqu'il s'ennuyoit 
d'cire feu! ou qu'il entendoit des bruits 
extraordinaires; & au contraire lorfqu'ii 
ëtoit excité par des carefîes , ou qu'il 
reiTentoit quelque mouvement de plaifir» 
il faifoit un bruit auffi vif & auffi frappé 
que celui d'une petite crcfîèHe tournée 
rapidement. Cet animal étoit femelle , & 
paroiflîbit fouvent être en chaleur quoique 
dans un climat trop froid , & qu'il n'a pa 
fupporter que pendant un hiver , quelque 
foin que l'on ait pris pour le nourrir ôl le 
chaufrer. 




• i ^ «.**,;• ^ • 






.J 






■^S Hifioin Natiinlle 

LE TARSIER. 

INous avons eu cet aniinol par hafàrd 
& d'une perfonne qui n'a pu nous dire 
ni d'où il venoit, ni comment on l'appe- 
loit : cependant il eft très - remarquajjle 
par ia longueur exceffive de Tes jambes 
de derrière ; les os des pieds , & fur-tout 
ceux qui compofent la partie fupérieure 
du tarie font d'une grandeur démefui^-e, 
& c'eft de ce car«adère très-apparent que 
nous avons tiré fon nom. Le Tarfier 
n'cft cependant pas le feul animal dont 
les jambes de derrière foient ainfi con- 
formées ; la Gerboife a le tarfè encore 
plus long, îfinfi ce nom Tarfier que 
nous donnons aujourd'hui à cet animal 
ne doit être pris que pour un nom 
précaire qu'il faudra changer lorfqu/on 
connoîtra fon vrai nom , c'eft-À-dire , le 
nom qu'il porte dans le pays qu'il habite. 
La gerboifo fe trouve en Egypte , en 
Barbarie & aux Indes orientales : j'ai 
d'abord imaginé que le tarfier pouvoit 

être 



ifu Tarfter, 57 

être du inêmc continent & du 1 né nie 
climat , parce qu'au premier coup d'œil 
il paroît lui reflembler beauc np * ; cei 
deux animaux font de la même grandeur, 
tous deux ne font pas plus gros qu'mi 
rat de moyenne groiîèur, tous deux ont 
les jambes de derrière excefiivement lon- 
gues & celles de devant extrêmement 
courtes ; tous deux ont la queue prodi- 
giculement alongee & garnie de grandîs 
poils à fon extrémité ; tous deux ont de 
très - grands yeux , des oreilles droites , 
larges & ouvertes ; tous deux ont égale- 
ment la partie inférieure de leurs longues 
jambes dénuée de poil , tandis que tout 
ie refte de leur corps en eft couvert : 
ces animauTt ayant de commun ces ca- 
raâères très-fmguliers & qui n'appartien- 
nent qu'à eux , il femble qu'on dcvroit 
préfumer qu'ils font d'efpèccs voifmes ott 
du moins d'efpèces produites par le même 
ciel & la même terre ; cependant en les 



* Pour avoir une idée nette de îa comparaifon Je 
ces deux animaux , nous prbns ie Ledleur <îe jeter 
les yeux fur- la figure de la Gerboife, donnée par 
M. Edwards, dans Tes Glanures, jiage t 8, & de U 
comparer à celle que nous dk^nnons ici du TurHcr. 

Tome XL E 



u 



'98 Hîfioire Naturelle 

comparant par d'autres parties , I*on doit 
non - feulement en douter , mais même 
pré fumer ie contraire, Le tarfier a cinq 
doigts à tous les pieds ; il a , pour ainh 
dire, quatre maii;is , car ces cinq doigts 
font très-iongs & bien féparës ; ie pouce 
des pieds de derrière eft terminé par un 
ongle plat , & quoique les ongles àt% 
liutres doigts (oient pointus, ils ïbnt en 
rnême temps fi courts & Çt petits qu'ils 
n'empêchent pas que Tanimai ne puifTe 
fe fervir de Tes quatre pieds comine de 
jnains ; \^ gerboife au coiitraire n'a cjiie 
quatre doigts & quatre ongles longs & 
courbés aux pieds de devant, & au lieu 
du pouce il n'y a qu'un tubercule fans 
ongle ; mais ce qui i'éloigne encore plus 
de notre tarfier, c'cfl: qu'elle n'a que trois 
doigts ou trois grands ongles aux pieds 
de derrière : cette différence eft trop 
grande pour qu'on puifTe regarder ces 
animaux comme d'efpèces voifines , & il 
pe feroit pas impofîible qu'ils fuffent aufîi 
très-éloignés par le climat; car le tarfier 
avec fa petite taille , fes quatre mains , fcs 
longs doigts , fes petits ongles , fii grande 
^ue«e, fes longs pieds, ftmble ft yapr 



, l'on doit 
lais même 
ler a cinq 
pour ainu 
inq doigts 
; ie pouce 
lié par un 
Dngles des 
Is font en 
etits qu'ils 

ne puifle 
:omin€ de 
re n'a qùç 
s longs <Sc 

(& au lieu 
îrcuie fans 
ncore pius 
a que trois 

aux pieds 
cft trop 
garder ces 
ines , & il 
ifTent aufîi 
r le tarfîer 
mains, fcs 
» (à grande 



l'V 



jj^ 




J.V, l'AllSIKR 



i du Tarfter» y^ 

prochcr beaucoup de la Marmo(ê , du 
Cayopollin & d'un autre petit auunal de 
rAmérique méridionale , dont nous par- 
ierons dans rarnde qui fuit. L'on voit 
que nous ne faifons ici qu'expofer nos 
doutes, & l'on doit (èntir que nous auricms 
obligation à ceux qui pourroient les fixer 
en nous indiquant ie diinat &. k nom 
de ce petit animai. 










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Hifteire Nathrelk 



lË PHALANGER (a). 



c 



ES anim«iux qui nous ont été envoyés 
mâles & fèmelîes , (bus le nom de Rats 
de Surinam, ont beaucoup moins de rapport 
. avec les rats /qu'avec les animaux du mêjcne 
climat dont nous avons donné l'hifloire, 
ibus les nonis de Marmofe &. de CayopoIIin. 
On peut voir par la defcription très-exade 
qu'en a faite M. Daubenton , combien 
ils font éloignés des rats , fur-tout à l'intè- 
rieur. Nous avons donc cru devoir rejeter 
cette dénomination de rats df Surinam , 
comme cqmpofëe, & de plus comme mal 
appliquée ; aucun Naturalifte , aucun 
Voyageur n'ayant nommé ni indiqué cet 
animai , nous av^ns ûh fbn nom & nous 
l'avons tiré d'un caraétère qui ne (è trouve 
dans aucun autre animal , nous l'appelons 
Phalanger , parce qu'il a les phalanges 
iingulièrement conformées , & que de 
quatre doigts qui correspondent aux cinq 
ongles , dont fes pieds de derrière font 
armés , le premier eft foudé avec fon 
yoifin , en forte que ce double doigt faiï 



:«?-'■ 



•fc> 



î (a). 

é envoyés 
i de Rats 
de rapport 
du mêjCTke 
i'hiftoire, 
CayopoHîn, 
très-exaéle 

<:ombien 
lUt à î'intè- 
ro\x rejeter 

Surinam , 
onime mal 

, aucun 

ndiqué cet 

)m & nous 

e (è trouve 

l'appelons 

phalanges 
& que de 
it aux cinq 
:rrière font 

avec fon 
e doigt fait 



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€Îu Pfidlangef. loi 

fn fourche & ne fe fépare cju*à la dernière 
phalange poiir arriver aux deux ongles* 
Le pouce e(l féparé des autres doigts & 
n'a point d'ongle à Ton extrémité : c* 
dernier caradlère , quoique remarquable , . 
n'eft point unique ; le Sarigue &l la Mar- 
mofe ont le pouce de même , mais aucun 
ji'a comme celui-ci les phalanges foudées. 
Il paroît que ces animaux varient entre 
eux pour les couleurs du poil , comme 
on le peut voir par les figures du m^e 
& de la femelle. Ils font de ia taille d'un 
petit lapin ou d'un très-gros rat , & font 
remarquables par l'excefîive longueur de 
leur queue, l'aiongement de leur mufeau 
& ia forme de leurs dents , qui (eule 
fuffiroit pour faire diftinguer le phalanger 
de la marmofè , du farigue , des rats , & 
de toutes les autres elpèces d 'animaux , 
auxquelles on voudroit le rapporierr 




.' .• * ,1- ^ 






1 












' * 



T] 



: 



102 



Hifioire Naturelle 



e 



LE COQUALLIN. 



J 



*AI reconnu que cet animal qui nous 
a été envoyé d'Amérique, fous le nom 
à' Ecureuil orangé , étoit le même que Fer- 
nandès ("û) a indiqué fous celui de Quau- 
hkallotquapachli ou Coitiocotequallin ; mais 
comme ces mots de la langue Mexicaine 
font trop difficiles à prononcer pour nous, 
j*ai abrégé le dernier & j'en ai fait Co- 
quall'm , qui fera dorénavant le nom de 
cet animal. Ce n'eft point un écureuil 
quoiqu'il lui refTemble afTez par la figure 
& par le panache de la queue; car il en 
dîfrerc non-feulement par jplufieurs carac- 
tères extérieurs , mais auffi pa. ie naturel 
& les mœurs. 

Le Coquallin cft beaucoup plus grand 
que Técureuil, in duplam fere crefcit magni- 
ludinem, dit Fernandès, c'eft un joli ani- 
mal & très-remarquable par fès couleurs ; 
il a le ventre d'un beau jaune , & la tête , 
auflî-bien que le corps , variés de blanc , 

(a) Fr. Fernandès. Mijior» aaittit Nm Hif^ath 
«p. XXYI# pag. 8, 



du Co^iiaUtrté 103 

àt noir, de brun & d'orangé; il (e couvre 
de fa queue comme l'écureuil , mais il n'a 
pas conune lui des pinceaux de poil à 
l'extrémité des oreilles ; il ne monte pas 
fur les arbres ; il habite comme l'écureuil 
de terre ( b ) que nous avons appelé le 
Sui£e , dans des trous & fous les racines 
des arbres ; il y fîiit (Ii bauge , & y élève 
fes pedts ; il remplit aulli Ton domicile 
de grains & de fruits pour s'en nourrir 
pendant l'hiver ; il efl: défiant & rufé , 
& même allez fxu'ouche pour ne jamais 
s'apprivoifer. 

Il paroît que le coquaîlin ne fè trouve 
que dans les parties méridionales de l'A- 
mérique : les écureuils blonds ou orangés 
des Indes orientales font bien plus petits , 
& leurs couleurs font uniformes ; ce font 
de vrais écureuils qui grimpent fur les 
arbres & y font leurs pedts , au lieu que 
le coquaîlin & le fuiue d'Amérique fe 
tiennent fous terre comme les lapins > & 
n'ont d'autre rapport avec l'écureuil que 
de lui reflèmbler par la figure. 

(h) Voyez le volumt VU «le cette Hiftoire NaturçHe j 

• ' E iii; 



to4 Hipolre Naturelle 



i! 



I I 



LE HAMSTER (a). 

JLj E Haiiiftcr eft un rat des plus flimcux 
^ des plus nuifibles; & i\ nous n'avons 
pas donne Ton hifloire avec celle des 
autres rats , c'eft qu'alors nous ne l'avions 
pas vu, & que nous n'avons pu nous le 
procurer que dans ces derniers temps ; 

(a) Le Hamflcr. Crketus en Latin moderne, Ce 
nom , dit Gefner , paroît dérivé de la langue IHy- 
rienne, dans laquelle cet animal s'appelle Sh^ecifeck». 
JHamJler ou Hanicjler en Allemand ; nom que nous 
avons adopté comme étant celui de i animai dans ion 
pays natal. 

ChomikSkriccxek , en Polonoîs, félon Rzaczynski..» 
Auél. Hiji» Nat. Polôn. pag. 326. 

Crketus, Gefner, Hifl, quad, pag. 718, duet figuret 
%,ncett , ibidem, 

Porcellus fntinentarlus Theriotropheum Sikfia , à. 
Gaff), Schwenckfdd , Lignicii , 1603, P^S* ''^ 
& 119. 

dis ciitereo rufus in Aorfo , in ventre ntger , macuHs 

tribus ad îatera albis Marmota Argentoratsnfis» 

La marmotte de Strafbourg. BrlHon, Regn, aaimaL 
pag. \6'6, 

Criceius , mus cnudtifuhahbrevîatâ, auricuUs rotundatis, 
(erporefubtus nigro, laicribui rufefcentibus» Unn, t^f» muK, 
çdit. X; pag. 69^ 



'du Hcjmfler. 105 

encore ell-ce aux attentions confl^intcs de 
M. le marquis de Montmirail pour tout 
ce qui peut contribuer à l'avancement 
de THiftoire Naturelle & aux bontés de 
M. de Waitz Minillre d'État du Prince 
Landgrave de Hefle - Cafîel , que nous 
fommes redevables de la connoiflance 
précife & exade de cet animal. Il nous 
en ont envoyé deux vivans avec un Mé- 
moire inflrudif ( b ) fur leurs mœurs & 
leurs habitudes naturelles. Nous avons 
nourri l'un de ces animaux pendant quel^ 
ques mois pour l'obferver, & enfuite 011 
l'a fournis à la dirfedlioii pour faire la 
defcription & la comparaifon des parties 
intérieures avec celles des autres rats ; 
on verra que par ces parties intérieures 
ic hamfler relTemble plus, au rat d*eau 



n 



(h) Voici un Mémoire aflfcz étendu fur refpccc de 
mulot que Ton appelle Hamjier dans ce pays , il m'a- 
été fourni par M. de Waitz , Miniftrc d'Etat du 
Landgra\e de HefTe-CafTel , qui joinr aux qualités les' 
plus propres à former un homme d'État le goût le 
plus viKpour l'Hilloirp Naturelle. ... il m'a envoyé 
en même temps deux de ces animaux vivans, que je 
vous etiverrai par la première octafion. Extrait d'uttL 
Lettre de M, It marquis de Montmirail À M, de Buffonç. 
date't de Rrumbach ^ ^ t juillet '762* 



■*"' ■ ■f. 



ip 



il 



i. 



él 






î t 



Fioif Hiftotre Naturelle 

qu'à aucun autre animal ; il luî reflemble 
encoie par la petiteffe des yeux & la 
finefTe du pofl ; mais il n'a pas ia queue 
longue comme le rat d'eau , il l'a au 
contraire très - courte , pius courte que 
ie Campagnol, qui, comme nous l'avons 
dit, reffemblc attlfi beaticoup au rat d'eau 
par ia confbtmation intérieure. Le hamfter 
nous paroît être à l'égard du campagnol 
ce que fe Surmulot cft à l'égard du 
Mulot ; tous ces animaux vivent fous 
terre , & paroiflcnt animés du même ïnÇ- 
tin«îl ; ils ont à peu - près les mêmes 
habitudes, Se fur -tout celle de ramaffer 
ffes grains & d'en (Iiîre de gros magafms 
dans leurs trous. Nous nous étendrons 
donc beaucoup moins fur les reiïèm- 
blances de forme & les conformités de 
nature , que fur les différences relatives 
* tes difconvenances réelles qui féparent 
iè hamfl^^r de tous les rats , fouris & 
mulots dont nous avons parlé. 

^gricda./i-/€ft le premier Auteur quî 

- v^ ■- 

fc) Hamfler pem quidam crîcetm nàmtnant exîfiit 

fraciUlJus & mordax adeo ut f eum eqties iacaute pcr» 
Pquatur , ptkût jfrêfilire & os équi appetere , iX Ji prt'- 

ktnderit wordkw tfnerè, lit terra cafiemis haMra, • « J 



f^»>r**Vjr •, 



\ 



/:w.r/ 



T. F. QO qUATXIN . /Y. n. Pa.^ji^' 




l.i: H A>^ S'iKR. 



du Hamfler, 107 

ait donne des indications précifcs & dé* 
taillées au fujet de cet animal : Fabri- 
ciiis (d) y a ajouté quelques faits ; mais 

ftdts hdlkt aJmôdtim hreves / pîHs iit dorfo color efl fert 
t^pms': in ventre niger, in lateribus rutihis , fed mrumqut 
latiis macuUs alhis tribus numéro difîitt^uiturt Suprema 
capitis purs u( etiam cervt» eutndém quem dorfum hahet 
cçkrem, Temjma rutila funt ; guttur efl candidum .... 
;;/'// aùteih Jic inhcerent cuti ut ex ea di^çiïlier evdU, 
pofmt .... atque ob hanc caufam iT vanetatem pelles 
ejus funt pretiofa : tnulta frumenti grana in fpecuni 
congerit iX utrinque demibus mandit .... ager Turingici 
eorum animalium plenus ob copiant & bonitatem frumenti, 
Gcorg. Agricola , de aithnamibus fvbterraneis. Apud 
Gefner, Hifi, quad, pag. 738. 

(d) HMitfitr animal efl ctgrefle fuh terra H^bitatfs. • • 
cohre varia, ventre non candido fed potius nîgerrîmo* . .' 
Dentés habet in anterioris oris ima fupremaque parte 
bin^s , prominentes & acutos , malas (fixas à" antplas,' 
umbas export ando împortandoque replet : (jmbaùus mandit.,,, 
cum ierram eflodit , primum anteriariùus pedibus (quoi 
tafpiZ ff miles habet orevitate fed minus latos ) eam «-' 
trahit , longius prcgreflus , ore exportât. Curiicu/os etd 
ûntrum plures agit çuoiti profttnditate f(d admodum an*-' 

guftos . , (intrum intus extendit ad çapiendif frtt- 

menti. . . . Aieffii temppre grana omnis gentris frumenti 
it/iportat .... terra ante cuniculos $reâa non tumuli modo 
afurgit , ut talparum tumuH , fed ut (tgger Slatfitur . . . 
Vefcitur hoc animal frumento omnis gentris et fl dnni 
aktur pane ac carnibus. In agro etiam mures venatur 

Cihum cum capit in pedes jn^fores er>gitur , 

quamvis autem corpçfe utigmimfit namâ tamn tfl pugn^ut 



V 



/ 



ïo8 hijioire Naturelle 

Schwenckfeld (e) a plus fliît que tous 
ks autres ; il a diûequé Je bamiter , & il 



Ù* temerarium, LaceJJtmm quidquid we gejlat putfatU 

mroque fcde malis jubito egerit , reâa h^hm invadens , 

fpMm oris & affuliu protervum ac mina»» ....... ^ 

iV<fc terretur facile etiam Ji viribus impar ei fit quem 
petit .... vidi ipfe , ciim equwn ajifultando nnribus cor^ 

ripuijfet non prius morfum dimifijfe quam ferro oecide- 
retur .... Mair.efiri vellii maxime durabilis ....... In 

Turingia & Mijnla hoc animal frequens non emnibus^ 
tamen in locis fed in uberrhnis & ferulijfimis. In Lu- 
fada circa Radeburgum, è Jatis panici èffoditur \ Mul-^ 
btrgi ad Albim in vinetis rej)eritur nam maturis quoaue 
wis vefcitur» Gcorg. Fabridus, tfp«^ Gefner^ /jz/i 
çuadt pag. 73 9 & 740» 

(e) Poreellus fmmentarius , Hamflef minor pauh 
cuàicuh, Longitudo dodrantalis & palmi unius, Pilus 
in dorfo ferè levoris ejl colore^ Gula , venter & pedes 
interiores nigraftint, Rubet in lateribus à* circa eaudam ,. 
fiuz coloris murini très dtgitos ionga* Macula alba fiib 
awttbus , )uxta rofirum , Jupra armas & coxam, Pedes 
ndmodum brei^es , digitis & wjguiculis albidis quinis 
vtrinque. In vedum jplanta feu parte digitorum inferiore 
tuèercula ymti calli ubiatie eminent. Oculi fp^ndidi 
fîigri élégantes. Dentés ikabet ut lepus anteriores iX laté- 
rales,. Lingua mollis fpongiofat E bucculis veficufa ùtrinqut 
omplce membraneajub cute porriguntur qua fenfirrta gra- 
cidejcentes dor/o tenta ligamento aîllîgantur, Has inflaf 
facci mejjis tempore gratis triiici , Jiliginis if aliis cetk 
folles quofpiam in farcit , atque in fuos cuniculos comcatiuo 
in futuram hyeniem cdngerit ac reponit^ ' 

^' Siduimlus eandidis quatuor, funi bbk 



en donne une defcripdon qui s'accorde 



Cor rtnîbus pauh majns mucrone ohtujîore, Hepat 
triplkatumapparet mum Juper aïterum impofituni, Inferm. 
pan dorfo adjaccns duos obtinet fobnîes, Media , qua 
niûxima intégra alifqut incifuris integrum abdomen fecun- 
dum latitudinem occupans ventrUulum ex parte ampUxatar, 
Superior portiv dipifa a/iis incutnbens diaphraffnati proxinià 
fubjaç/et. Fel mdium conjpi:ere liciàu 

Ven^rkulus ei duplex, Uttus candidus trottoidiu/aduSt-. 
eut alter per ifihmum atineéiitur longiufculus , JinijîrurM 
hypochondriuin occupans , hinc prope ijthmum afnpnagus 
injeritur alterifub dextro hypochondrîo inteflina adharent» 
ht utroque reperîebatur chphts candidus pidtîculafarittacett 
fmilist crapor tatuen in finijlro, 

Inteftina gracilia fiavent ; uhi definunt » impit cactim 
mfiraéluofum amplum, hinc craffiora ad caruleum vergunî. 
colorent, Excernit piluJas hngiuflulas tnjiar murium* Lieà 
cohris fçnguine Joltam ferè hunianam rqweJentaJt, 

Renés bini phafroli magnitudine & figura.. Veficuh 
tandida pijum Italicum écquat, rottmda lagenula itijiar* 

Parit quinqut fixve , uno parm, 

ht terra cavemis habitat , agri vaflator if Cererit 
koflis. AuTumno mvha fhtmenti grana in fpecum c<nigerit, 
iX utrinque, demibus mandit,. 

. Adniodutti pingmjcit ; ob id porcellis Indicis non inepti 
comparatttr» 

In cihtm non ncipitur ; fed pelles confumtur ad 
vijlimenta* 

De cavernû fua aqua fervtmjèitfrigida ccpiosé infifS 
NipiUiitor^. 



n ■ 



lio Hiftotre Naturelle 

pre(cju*en tout avec la nôtre. Cependant 
à peine a-t-ii été cité par les Naturaliftes 
plus récens , qui tous fe font contentés 
de copier ce que Gefiier en a dh ; nous 
croyons donc devoir à cet Auteur la 
judice de citer en entier (es obfèrvations ; 
& en y ajoutant celles de M. de Waitz, 
nous aurons tout ce qu'on peut defirer 
au fujet de cet animal. 

« ï.es établiffèmens des hamfters (dit 
» M. de Waiiz) font d'une conftrudion 
» diiîerente fèion le fexe & l'âge , & au(îi 
3> fuivant la qualité du terrein. Le domi- 
30 crie du mâle a un conduit oblique , à 
» l'ouverture duquel il y a un monceau 
r> de terre exhauflé. A une diftance de 
» cette iflue oblique , il y a un (èul trou 
» qui dcfcend perpendiculairement jufques 
» aux chambres ou caveaux du domicile : 
» il ne iè trouve point de terre exhaudée 
y> auprès du trou , ce qui fait préfumer 
» que FifFue oblique eft creufée en com- 
» mençant par le dehors , & que i'iiïue 
>> perpendiculaire eft faite de dedans en 
» dehors , & de bas en haut. 
3» Le domicile de la femelle a aufli un 
39 conduit oblique & en même temps déux^ 



'Ju Hamfter. 1 1 1? 

trois & jufqu'à huit trouG pcrpendicu- c< 
laires , pour donner une entrée & fortie c< 
libres à fes petits ; le mâle & la femelle ce 
ont chactin leur demeure féparée ; la ce 
femelle f;iit4a fienne plus profonde que c< 
le mâle. ce 

A côté des trous perpendiculaires , et 
à un ou deux pieds de diftancc ,- les ce 
hamfters des deux fexes creufent félon ce 
leur âge , & à proportion de leur mul- k 
tiplication , un , deux , trois & quatre ce 
caveaux particuliers , qui (ont en forme ce 
de voûte , tant par-deflTous que par- ce 
defîus, & plus ou moins fpacieux fuivant ce 
la quantité de leurs provi fions. <c 

Le trou perpendiculaire eft le paf- ce 
{2igt ordinaire du hamfler pour entrer ce 
& foriir. C'eft par Iç trou oblique que «e 
iè fait l'cxportaiion de la terre ; iî paroît ce 
aulîî que ce conduit qui a une pente ec 
plus douce dans un des caveaux & plus <c 
rapide dans un autre de ces caveaux , «c 
fert pour la circulation de Tair dans ce «< 
domicile fouterrain. Le caveau où la ec 
femelle fait (es petits ne contient point «< 
lie proviiion de grains ^ mais uniud^e «c 



1 1 2 Hiftoire Naturelle 

y> paille ou d'herbe. La profondeur du 
35 caveau eft très - différente , un jeune 
5a hamfler dans la première année ne donne 
» qu'un pied de profondeur à fon caveau ; 
3> un vieux hamller le creufe fbuvent juf- 
» qu'à quatre ou cinq pieds : le domicile 
35 entier , , y compris toutes les commu- 
» nications & tous les caveaux , a quel- 
3> quefois huit ou dix pieds de diamètre. 
3> Ces animaux approvifionnent leurs 
3> magafins de grains lècs & nettoyés , 
» de blé en épis , de pois & fèves en 
3a coiïes qu'ils nettoient enfuite dans leur 
33 demeure , & ifs tranfportent au dehors 
35 les cofîes & les déchets des épis par 
» le conduit oblique. Pour apporter leurs 
3> provifions ils fè fervent de leurs aba- 
35 ^oues , dans lefquelies chacun peut, 
3» porter à la fois plus d'un quart de eho- 
3> pine de grains nettoyés. 
3i» Le hamfter fait ordinairement fès 
3> provifions de grains r à la fin d'août ; 
>3 lorfqu'il a rempli fes magafins , il les 
35 couvre & en bouche foigneulement les 
33 avenues avec de la terre , ce qui fait 
» qu^on ne découvre pa$ aifàiient là 






Ju Hamfler* W^ 

demeure : on ne la reconnoît que par «c 
le monceau de terre qui (c trouve ar es ce 
du conduit oblique dont nous avons <c 
parlé r il fîitit enfuite chercher ics trous «c 
perpendiculaires & découvrir par-là fon « 
domicile. Le moyen le plus ufité pour ce 
prendre ces animaux efl de les déterrer, ce 
quoique ce travail foit afiez pénible à ce 
cau(e de la profondeur & de l'étendue ce 
de leurs terriers. Cependant un homme ce 
exercé à cette efpèce de chafle ne laifTe ce 
pas d'en tirer de l'utilité ; il trouve or- ce 
dinairement, dans la bonne failbn, c*eft- ce 
à - dire , en automne , deux boiffeaux ce 
de bons grains dans chaque domicile , ce 
& il profite de la peau de ces animaux <c 
dont on fiiit des fourrures. Les hamfters <c 
produtfent deux ou trofs fois par an , ce 
& cinq ou lix petits à chaque fois , ce 
& fouvent davantage ; il y a des années ce 
où ils paroifferu en quantité innom- «c 
brable , & d'autres où l'on n'en voit ce 
prefque plus ; les années humides font «c 
celles où ils multiplient beaucoup , & ce 
cette nonibreufe multiplication caufè lace 
«iifetteparladéyafladon générale des blés, «c 



'i*' 



» 



114 Hîjloîre Naturelle 

Un jeune hamfter âgé de fîx (es. 
3} moines ou dciix mois , creulè déjà Ton 
» terrier ; cependant il ne s'accouple ni 
39 ne produit dans ia première annce de 
» (à vie. 

» Les fouines pourfuivcnt vivement les 
» hamfters , & en détruifent un grand 
» nombre; elles entrent aufll dans leurs 
» terHers & en prennent poffeflion. 

» Les hamflcrs ont ordinairement le 
7> dos brun & ie ventre noir. Cepen- 
» dant il 'y en a qui font gris, & cette 
33 différence peut provenir de leur âge 
d> plus ou moins avancé, li s'en trouve 
y> aufîl quelques - uns qui font toui 
noirs ». 

Ces animaux s'entredétruifent mutuel- 
lement comme les mulots : de deux qui 
ëtoient dans la même cage , la fèmeiie 
<ians une nuit étrangla ie mâle , & après 
avoir coup« les mufcles qui attachent les 
BaâchoireSy elle (è fit jour dans ion corps 
où elle dévora une partie des vifcères. 
Ils font plufieurs portées par an , & font 
fi ouiûbk& y qiue daas quelque^ État» 



:n 



'W 



^// Hamfier. IiJ) 

^'AHcmagnc leur tête cft à prix ; ils j 
font fî communs que leur fourrure vît 
à très -bon marché. 

Tous ces ftits que nous avons ex- 
traits du Mémoire de M. de V7aitz & des 
obfervations de M. de Montmiraii nous 
paroiffent cenains , & s'accordent avec 
ce que nous favions d'ailleurs au fujet 
de ces animaux ; mais il n'eft pas égale- 
ment certain , comme on le dit dans ce 
même Mémoire, qu'ils (oient engourdis 
& même deflechés pendant Thiver , & 
qu'ils ne reprennent du mouvement & 
de la vie qu'au printemps. Le hamfter 
que nous avons cw vivant a pafTé l'hiver 
dernier 1762-63 dans une chambre 
fans feu , & où il geloit aflez fort pour 
glacer l'eau ; cependant il ne s'eft pohit 
engourdi & n'a pas cefle de (è mouvoir 
'ai de manger à fon ordinair ' , au iieu 
que nous avons nourri des Loirs & 
des Lerots qui fe (ont engourdis à un 
degré de froid beaucoup moindre: nous 
ne croyons donc pas que le hamfter (ê 
rapproche des loirs ou de la marmotte 
par ce rapport, & c'cft mal- à -propos 



1 1 6 Hijloire Naturelle, &c, 

que quelques - uns de nos Naturaliftes 
Tont appelé marmotte de Strajbeurg , puif- 
qu*il ne dort pas comme la marmotte, 
^ c[u'il ne fe trouve pas à Strafbourg. 




11/ 



LE BOBAK(a). 

ET LES AUTRES MARMOTTES. 

l_i *o N a donné le nom Je Marmotte 
de Strajbourg au Hamfler , & celui de 
Marmotte de Pologne au Bobak ; mais 
autant il efl: certain que le hamder n'eft 
point une marmott<î , autant il eil pro- 
bable que le bobak en eft une ; car il ne 
diffère de la marmotte des Alpes que par 
les couleurs du poil ; ii ett d*un gris moins 
brun ou d'tm jaune plus pâle ; il a auffi 
une efpèce de pouce, ou plutôt un ongle 
aux pieds de devant , au lieu que la 
marmotte n'a que quatre doigts à (es pieds, 
& que le pouce lui manque. Du jefte, 
elle lui reuemble en tout , ce qut peut 
, faire préfumer que ces deux animaux ne 

(a ) Bohak , nom de cet animal en Pofognei A: 
Jque nous avons adopté. 

Bolak, Rjacynshi, Hift. Nat. Poloni j>ag, 2^)i 
idem. Auél, pag. 327. 

Clii favicans capite rufe/cente» . ." • Marm&ta Pohnical ,. 
jLa Marmotte de Pologne. BrifT. Reg. anim, p. i ^5, 



il 



ri9 Hîjtoke Naturelle 

forment pas deux cfpèces diftm<?ïes ^ 
feparées. Il enefl: de même du Monax (h) 
ou Marmotte de Canada, qufe quelques 
Voyageurs ont appelé Siffleur; il ne paroît 
différer de la marmotte que par la queue, 
qu'il a plus longue & plus garnie de 
poils. Le monax du Canada , le bobak 
de Pologne & la marmotte des Alpes 
pourroient donc n*iêtre tous trois que le 
même animal , qui , par la différence des 
climats auroit fubi les variétés que nous 
venons d'indiquer. Comme cette efpèce 
habite de préférence la région la plus haute 
& la plus froide des montagnes ; comme 
on la trouve en Pologne, en Ruffie & 
dans les autres parties du nord de l'Eu- 
rope , il n'efl pas étonnant qu elle fe re- 
trouve au Canada où feulement elle eft plus 
' petite qu'en Europe (c)» & cela ne lui 
cft pas particulier, car tous les animaux 
qui ibnt communs aux deux continens , 

(h) Voyez îa figure & la dcfcription du Monax 
(dans i'Hiftoire des Oifcaux à^ Edwards , pag. 104. 

(c) Nota* La Marmotte âts Afpes & cclîe de 
Pologne (Bobak) ont un pied & demi depuis i'cx» 
Irémité du mufeau jufqu'à iWigine de la queue. Le 
Monax ou Marmotte de Canada na que quatorze ou 
quinze pouces de longueur, 



V-, 



onax (h) 
ijuelques 
ne paroît 
i queue, 
amie de 
R bobak 
;s Alpes 
îs que le 
rence des 
:jue nous 
te efpècc 
)Ius haute 
; comme 
Ruffie & 
de TEu- 
elle (è re- 
le eft plus 
;la ne lui 
, animaux 
ontinens , 



du Bolah 'i T p 

font plus petits dans le nouveau que dans 
l'ancien. 

L'animal de Sibérie que les Rufîès 
appeUent Jevrafchka eft une elpèce de mar- 
motte encore plus petite que le monax du 
Canada : cette petite marmotte a la tête 
ronde & le raufeau écrafé, on ne lui voit 
point d'oreilles & Ton ne peut même 
découvrir Touverture du conduit auditif, 
qu'en détournant le poil qui le couvre ; 
la longueur du corps , y compris la tête , 
eft tout au plus d'un pied ; la queue n'a 
guère que trois pouces , elle eft prefque 
roncle auprès du corps , & enfuite clic 
s'aplatit , & Ton extrémité paroît tronquée. 
Le corps de cet animal eft aflez épais , 
le poil eft fauve , mêlé de gris , & celui 
de l'extrémité de la queue eft pfefque noir. 
Les jambes (ont courtes , celles de der- 
rière (ont ieulement plus longues que 
celles de devant. Les pieds de derrière ont 
cinq doigts & cinq ongles noirs & un 
peu courbés , ceux de devant n'en ont 
que quatre : lorfqu'on irrite ces animaux, 
ou (èulement qu'on veut les prendre , ils 
mordent violemment , font un cri aigu 
oomme la marmotte; cjuand on leur donne 



liô Hifloirè 'Naturelle, &c. 

a manger ils fe tiennent afîls , & portent 
à leur gueule avec les pieds de devant : 
lis le recherchent au printemps & pro- 
duiiènt en été ; les portées ordinaires font 
de cinq ou fix; ils (è font des terriers où ils 
paflent d'hiver, & où la femelie met bas de 
allaite Tes pretits : quoiqu'ils aient beaucoup 
<Ie reflemblance & d'habiiudes communes 
avec la marmotte , il paroît néanmoins qu'ils 
font d'une espèce réellement différente; 
car dans les mêmes lieux , en Sibérie , 
îl fè trouve de vraies marmottes de refpèce 
<ie celles de Pologne ou des Alpes ," & 
<}ue les Sibériens appellent Surok (d), âc 
l'on n'a pas remarque que ces deux ef- 
pèces fe mêlent ni qu'il y ait entr'elles 
Aucune race intermédiaire. , 

(â) Voyage de Gvielin, tome lî, page -^^^, — Les 
Tartarcs, dit Rubruquis, ont force marmottes ou lirons, 
qu'ils appellent Sogur, qui s'affemblent vingt & trente 
cnremSie dans une grande foflè l'hiver, où ils dorment 
fix mois durant ; ils prennent force de ces bêtes - là; 
Voyages en Tartarie, page 25. Nota, !! proît que ce 
Sogur de Rubruquis doit êtr€ le même animal que le 
Jevrafchka de Gmelin , pui(que l'autre marmotte s'ap- 
|>eile Jttn?^; ou hienTAuteur a pris Swtok pour Sogury 



LES 



Vs 



tJ> 



ïiil 



m 



LES GERBOISES. 

ijr E R B Ô I S Ë efl: uii nôin générique 
que nous employons ici pour défigner 
des animaux remarquables par ia très- 
grande difproportion qui fe trouve entre 
les Jambes de derrière & celfes de devant , 
f'iîlies-ci n'étant pas fi grandes qUe ks 
mains d'une Taupe, & les autres refTèm- 
blant aux pieds d'un oilèau. Nous con- 
UoîiTons dans ce genre quatre èfpèces ou 
variétés fjien diftindes. i." Le Tarfier 
dont nous avo " fiit mention ci-devant, 
qui efl certaii ei c it d'une efpèce par-^ 
ticulièrc , parce qu'il a les doigts faits 
commis ceux des finges , & qu'il en 9 
cinq à chaque pied. 2° Le Gerbo ^aj^^ 

(a) Gerbo, mot dérivé de Jerhmh ou Jerhoa, nont 
et cet animal en Arabie, & que nous avons adopté. 

Cerbo. Voyages de Corneille le Brun, Paris, 1714,1 
page 4.0 6 , fig. page 4. t o. 

Gerboifc. Voltige de Paul Lucas , tome lï , page 7}^ 
fig. page 74. 
Jerboa. Voyage de Shaw , pag. 248, fig. p. 249; 
Alm jacuîus pedibus pyjlicis longijfmiis couda extrctn^ 

0i>fâ, HafTelquift. Irin, cl, / ^ art» VU 

Tome XL "j/^ 



Y2f M flotte Naturelle 

ou gerboife proprement dite, qu! a îêè 
pieds faits comme les autres fifîipèdes, 
quatre doigts aux pieds de devant , & trois 
^ ceux de derrière. 3.° L'AIagtaga (bj^ 



Le Gcrbua. Gknures d'Edwards , p. 1 8 , fig, pi. 2 1 9 j 

V' (^ ) Alcigutga , nom de cet animal chez les Tar^ 

, l;ares-MongGUS , & que nous avons adopte. M, Mel^ 

^rchmid qui a rranlinis ce nom , dit qu'il Hgnifie ani~ 

', » maf qui ne petit marcher ; cependant le mot alagtagd 

\\ -> me paroît très-voifin de letaga , qui, dans le mênrç 

- ^ pays , dcfigne le polatouche ou écureuil- volant ; ainfi 

je ferois porté à croire f\\x'alagtaga comme letaga* 

* font plutôt (\es noms génériques que fpécifiqùes, & 

i cfu'ifs défigncnt un dnimal qui vole, d'aut,1nt plus que 

/ Strahlenbèrg , cité par M. Gmelin, au fujet de cc| 

jmimal, ïzi^^Wt Liéi're volait, 
t. 
■ ' ' . Cunicuks feu kpus Indkus utias diéhs, AIdrov. dt 
^h quad. digh. fig. pag. 595. Nota, t° M." Linnœus 
' ' & Edwards ont rapporté au Gerbo cette figure doiincc 
* "~ pSr AUrovàfide , mars elle me proît convenir un 
peu mieux à l'alagtaga ; l'éperon ou quatrième doigt 
éks pieds de deci'ière y elt bien marqué", & c'eft 
par ce caradèrc que l'alagtaga diffère du Gerbo , qtn 
ii'a que trois doigts fans apparence d'un quairièipe, 
JNota, 2.° AIdrovandc a fait une fiiute en appliquant 
' à cet animal le nom d'UtLis ; ce mot efl Américain 
fc n'a jamais été employé que pour défigrter un petit 
•; animai que les Efpagnols trouvèrent à Saint - Do- 
mingue lorfqu'ils y arrivèrent ; & depuis quelques Au- 
teurs l'ont appliqué au cochon d'Inde ; mais jamais 
!^ û n*a pu défjgnter ni l'alagtaga ni le gerbo. Je cxoii^ 






\ 



:z les Tar* 

•. M, Met; 
fignifie anl- 
)t alagtagd 
[îs le même 
Dlant -, îiinft 
.me letaga* 
îcifii^ues , & 
int plus qUÉ 
fujei de ce; 



des Gerloifes. tiy, 

rfoiit les jambes font conformées comme 
celles du gerbo , mais qui a cinq doigts 
aux pieds de devant & trois à ceux 
de derrière, avec un éperon qui peut 
paflèr pour un pouce ou quatrième doigt 
beaucoup plus court que ies autres. 4.* 
Le Daman Ifràél (c) ou Agneau d'Jfraël, 
qui a quatre doigts aux pieds de devant 
& cinq à ceux de derrière, qui pourroit 
bien être ie même animal que M. Lin- 



l 



ue ce mot utias , qu'on doit prononcer outiâs , vient 
tcomiàs, nom que quelques Auteurs donnent à l'acoutî 
ou agouti, & que pir conféquent Tutias ne défigne 
pas un autre animal que l'agouti , qui étoit & qui e(l 
encore naturel à l'île de Saint-Domingue , & qu'on 
y a trouvé iorfqu'on en fit lu découverte. Il y a eu Aq 
tout temps d:ins les Antilles (dit l'Auteur de fHif- 
toire àts Antilles ) quelques bêtes à quatre pieds ; 
telles que l'oportiim ( fariguc ) , le javaris (pécari) , le 
tatou , l'acouti & le rai mofqué (pilori). Hifi, Nat, des 
I/les Amilles , page 121. 

Cun'icuîus pumilh , fallens , cauda îongiffmiti. Gmelin* 
JVw. Corn, Acad, Peirop. tome V, tab. xi , fig. 1 . 

(c) Daman Ijracl , agneau d'Ifraël. Voyage de Shnw; 
tome II , page 75. 

Animal poddam pumite cunkuh non dîffunik , fed 
tmkulis nuijiis qiiod agnum filioriim Ilraël mticupaht, 
Profp. Alpin. Hift. Aî^^t* lib. I V , cap. i x , 
pag. 232* ; t;/i'ii;<ii i .» ' .\ 

F ij 



f £4 Hiflolre Naturelle 

|l,^us a défigné par la de'nominatîon cfei 
/\4us longipes (d). 

Le gerbo a la tête flûte à peu-prè^ 
,commé ceHe du lapin , mais il a les yeux 
plus grands & les oreilles plus courtes 
quoique hautes & amples, r-elativenient 
à fa taille ; il a le nez couleur de chair 
& fans poii , le mufeau court & épais ; 
4 'ouverture de la gueulé itrès - petite , la 
mâchoire fupérieure fort ample , l'infé- 
jieure étroite & courte; les dents comme 
celles du lapin.; des raowftaches autour 
(çle la gueule , çompofes de longs poils 
noirs & blancs ; les pieds de devant 
font très - courts & ne touchent jamais 
îa terre ; cet animal ne s'en fçrt que 
comme de mains pour porter à fi gueule. 
Ces mains portent quatre doigts " munis; 
.(i'ongles , & le rudiment d'un cinquième 
.doigt fuis ongle : les pieds de derrière 
Jï'dnt que trois doigts, dont celui dit 

( d ) Longipes, Mus caudâ elongatâ vejfitn, jmîmî$ 
tttradaéiylis , p/antis pemadnâylis , femoribus longijfmis, 
l-in. Sjyfl' nat, edit. X, pag. 6i. Nota. Le \Xiol femo- 
rjbus eH ici mal appliqué , ce ne font pas les cuiffes 
,ni ipêrtie ifs jambes, mais les premiers os du pied- 
jljîes niétataifcs que ces animaux ont très- longs. 



âes Gerloifesi Ti^^ 

Tiîîlîcli efl un peu plus long' que Ic$ 
deux autres, & tous trois garnis dongles 1 
la queue eft trois fois plus longue que 
le corps ; elle eft couverte de petits 
poils roides , de la mène >uleur que 
ceux du dos, &' au bo^. ei: eft garnie' 
de poils plus longs , plus doux , pluâ 
touffus , qui forment une efpèce de houpe 
noire au commencement & blanche à 
^extrémité. Les jambes font nues & dà 
couleur' de chair , • aufîi-bien que le nez 
& les oreitlesT: le deflus- de' la tcte & 
le dos font couverts d'iîn poil rouffâtre , 
les flancs , le deffdus de la tête , la gorge, 
lé ventre & le dedans des cuifîës font 
blancs ; il y a au bas des reins & près dé 
la queue , une grande bande noire tranP- 
Verlàle en forme de croiffant. (e), 

L'alagtaga eft plus petit qu'un lapin , • 
îl a le corps plus court, fes oreilles font 
longues , larges , nues ) minces , tranf*- ' 
parentes ' & parfemées de vaifFcaux fan-^ 



(é) Voici les dimenfîons de cet animal, données paé ' 
Haflèlquift. Alagnitudo corporis ut in mure domeflico tua^ 
jfire. Menfuratio capih poil, i . corp, poil, z -j. caufK ' 
pi th. I -^^ pejl, ped, fpith, \. cmieu infia poWcctni Afyj^^* 

p^ifp9ll.J.- ■ : ^^^ -4 

F 1!)/ 



'12^ Htfioîre Naturelle . 

guins très - apparens ; la mâchoire fu- 
périeure eft beaucoup plus ample que 
l'inférieure , mais obtulè &l afTez large 
^ l'extrémité ; il y a de grandes moul- 
tachcs autour de la gueule ; les dents 
font comme celles des rats ; les yeux 
grands , l'iris & la paupière brunes ; le 
corps eft étroit en avant , fort large & 
prefque rond en arrière , la queue très- 
longue & moins grofle qu'un petit doigt, 
il elle eft cotiverte fur plus des deux 
tiers de fa longueur , de poils courts 
& rudes ; fur le dernier tiers ils font 
plus longs & encore beaucoup plus 
longs , plus touffus & plus doux vers le 
bout où ils forment une efpèce de touffe 
jioire au commencement , & blanche à 
l'extrémité. Les pieds de devant font 
très - courts , ils ont cinq doigts ; ceux 
de derrière qui font très - longs n'en 
ont que quatre , dont trois font fitués 
en avant , & je quatrième eft à un 
pouce de diftance des autres ; tous ces 
doigts font garnis d'ongles plus courts 
dans ceux de devant , & un peu plus 
>, iongs dans ceux de derrière. Le poil de 
. <:ct animal eft doux & aflêz long , fauve 



'> ■ 



dei Gerhoifes, la^^ 

fur le dos , blanc fous le ventre ("fj. 

L'on voit en comparant ces deux def^ 
criptions dont la première efl tirée d'Ed- 
ivards & d'Hafîeiquift , & la féconde d)e 
Gmelin , que ces animaux ie reflembler^t 
l^refqu'autant qu'il efl: poifible ; le gerbp 
efl feulement plus petit que Talagtaga,, 
Si n*a que quatre doigts aux pieds dp 
devant, & trois à ceux de derrière fan^ 
cperon , au lieu que celui-ci en a cinq 
aux pieds de devant , & quatre , c'eft-àr- 
dire , trois grands & un éperon à ceuf 
de derrière ; mais je fuis très - porté ^ 
croire que cette différence n'eft pas conf- 
iante , car le dodeur Sjiaw /gj qui ^ 
doimé la defçription & ia figure d'un 
gerbo de Bîjrbarie , le repr^'lqite ^vç^ 



M 



/f) Voici Içs Himenfions (Je cet animal, (Jonnéips pajp 
Cmelin. Longitudo au extremo roflro ad initium cqud^ 
poil. 6 ; ad ocubs polL ■• ^uricularum poli, i ~'; eau dit 
poil. 8 7 ; pedum ameriorum ait humtro ad exmmoi ujqut 
digiios poil, I -7/ pedum pofleriorimi àfuff'ragmibus ed 
initium ufqtu cakçinei poil, } ; à calcaneo ad exortum digiti 
pofierioris poil, i / ad extwiios ungùes poil. 2, Latitude 
corporis éfitterioris poil» 1 j, ppjler loris poil, j , auricHr 
hrum poil, ~ ' ' ' 

(g) VoyagCidu Dodeur 5haw, foges 2^8 it, 
'^f9>Js^ _ .... - 



'i^t^i 



,-''-^.V« ^i'*'i 



1, > 



fi 2 8" Hiflotre Naturtlk 

cet éperon ou quatrième doigt nux pîeA 
de derrière; & M. Edwards remarcfue 
qu'il a foigneufement obfervé les deux 
gerhos qu'il a vus en Angleterre , & qu'il 
ne leur a pas trouve cet éperon ; ainfî 
ce caracfVère qui paroîtrot diftinguer fper 
cifiqueiuent le gerbo & l'alagtaga n'étant 
pas confiant, devient nul & marque plu«- 
tôt l'identité que la diverfité d'efpèce ; la 
différence de grandeur ne prouve pas non 
plus que ce Ibient deux espèces diffé- 
rentes , il fe peut que M/' Edwards ôc 
Haffclquift n'aient décrit que de jeunes 
gerbos, & M. Gmelin un vieux alag- 
taga : il n'y a que- deux chofes qui me 
iaifFent quelque doute , la proportion dé 
la queue qui eft beaucoup plus grande 
dans fe gerbo que dans l'alagtaga, & fa. 
différence du climat où ils lé trouvent. 
Xe gerbo eft commun en Circafîie (h)\ 
en Egypte (ï), en Barbarie, en Arabie, 

(h} On trouve en CircafTié .auflTi-biçn qu'en Pérfè, 
en Arabie & aux environs de B^bylone , une cfpècc 
<Je mulot 7k}^^c\ét Jerbuah en Arabe, de la grandeur 
& couleur à peu près d'un écureuil'. .... Quand il 
faute, il s'élance à cinq ou lix pfeds haut de terre, . , 
Il quitte queiqutfoii les .champs <Sc.fe fource dans .les 
^ail'ons. Vayage d'Olearius ^ pajve 1 77, 

(ij ^riÉj^ie, je vis 4e petits jniipiux qui cqi^ 



y es Gerhotfesi- \i^ 

& Paîagînga en Tarrarie, fur le Volga i%t 
jufc|u'cii bibérie : il e(t rare que le même 
animal habite des clijnats aulli clifïërens ; 
& iorfque cela arrive , rcfpèce fubit dd 
grandes variétés , c'cll aufli ce que nouS ' 
j)rcrumons être arrivé à celle du gerbo ,'"> 
dont l'alagtaga , malgré ces différences ^ ■ 
ne nous paroît être qu'une variété; 

Ces petits animaux cachent ordiriai- ' 
rement leurs mains ou pieds de devant ^" 
dans leur poil , en forte qu'on dirort qu'ils: ' 
n'ont d'autres pieds que ceux de derrière;'- 
pour fe tranfporter d'un lieu à un autre , - 
îfs ne marchent pas , c'eft-à-dire , qu'ils^ 
n'avancent pas les pieds l'un aprè^ l'autre * • 
mais ils fautent très - légèrement & très- ^ 
vîte , à trob ou quatre pieds de diftance j* '' 
& toujours debout comme des oifeaux ; 
en repos, ils font affis fur leurs genoux,, 
ils ne dorment que ie jour & jamais la- 
jiuit ; ils mangent du grain & des herbes ' 

roient très-fort (\xt leurs deux jambes tJè derrière; elles* ■' 
cioient fi ionoues qu'ils (emblortnt montes fur itf ' 
cchiifTes. Ces animaux terrent comme les lapins. On*^ 
en prit fept cjuc j'emportai ; il m'en eft refté deux que'" 
j'ai apportés en France , où ils ont vécu à la Mena-* 
gerie du Uoi pendant deux ans. Veydge de Paul Lucti^i' ' 



IjO H]f}o}rc Naturelle 

comme les lièvres ; ils font d'un naturel 
ftffcz doux , & néanmoins ils ne s'appri- 
voifent que jufqu'à un certain point , ils 
fe creufent des terriers comme les lapins , 
& en beaucoup moins de temps ; ils y 
font un magafin d'iierbcs fur ia fin de 
l*èié, & dans les pays froids ils y paflent 
l'hiver. 

Comme nous n'avons pas été à portée 
de faire la dîiïe<îlion de cet animal , & 
que M. Gmelin eft le feul qui ait padé 
de la conformation de fes parties inté- 
rieures , nous donnons ici fes obfervations 
en attendant qu'on en ait de plus pré- 
ciles & de plus étendues (k). 

A Vécr^rd du daman ou agneau d'Ifraèl 
qui nous paroît être du genre des gcr- 

f/ij Œfophûgiis , uti in lepore if cunîcuh, medi» 
venn;culo inferitur , inteflinum cactim brève affmmium fed 
artiplum eff ht proceffum vérmifomiem , duos poHices httgum 
.éthiens, Chokdochus mox infra pyhrrum intçjllnwn (ubitt 
-Veficn urïnaria citrinu aijuâ phui , meri nulla pUne dif- 
tindio : vagina enim canalis injlar fint uUis artificiis in 
puhem ufqne p-otenja in duo mox cornua dividitiir , qua uhi 
ovtrriis appropinquant viulia^ inflexiones ficium & in opa» 
riis termiitantur. Penem viafculus hahet fans magnum , cid 
cir'ca vefica urinarice colhim vefictda feminales unciam 
tfm dinifJio ionga , gracih if fxtremitatihs intorta 
adjacent, Foramen autjinus qunfdam inkr totum if peMUt^ 
-t. H 



€fes Gerhoifes. 1311 

|}oi(es , parce qu'il a comme elles les 
jambes de devant très - courtes en corn- 
])araifon de celles de derricre, nous ne 
pouvons mieux faire , ne l'ayant jamais 
vu , que de citer ce qu'en dit Je dov^ur 
Shaw , qui é|oit à portée de le comparse 
avec le gerbo , <& ,qui çn parje cprnine 
de deux efpèces çlifferej^'^tes : e< le daman 
Ilraël, dit cet Auteur, e(l aulîi uïi ani- çc 
mal du mont Liban , mais également « 
commun dans la Syrie & dans la Phé <c 
jiiçie ; c'eft une bête innocente qui ne «c 
•fiiit point çle mal , & qui re(îem]3|le çc 
pour la ^îtilk ôi. po\ir la figure îvvi I^piA <;< 
ordinaire., & desits de devant étant gc 
aulîi difppfées de la même manière; ce 
feulement il eil plus brun & a les yeux ce 
plus petits' & la tête plus pointue ; les ce 
pieds de devant font courts , & ceux de ce 
derrière longs , dans la même propor- ce 
tion que ceux du j^erboa ( gerbo) . Quoi- ce 
qu'il (e cache quelquefois dans la terre , « 

aut inter amim & vuïvam nullomodo jmui difcemerei 
licet quajuis in indagatione ijla caittelas adhibuerini . . . J 
Cuniculi Amerknni , forcelli pi lis ir ime. Marcgrav* 
Fahrica intertiarum pariium ab hoc animnli non mu/twx 
.abludunt, Gmelin. Nsv» Com^ oc. Fetrop, tome Vu 
art. VII, ..V.,, 

F Vf 



2? 
il 
>5 



•5» faf retraite ordinaire ell dans les ixfs^^ 
-»^&' fentes de rochers, ce qui me faà 
î» croire, continue M.' S ha w, que c'eft 
:^ cet animai plutôt que le jerboa (gerbo) 
5> qu'on doit prendre pour \t faphan de 
3> i'Écriaire j peribnjie n*a pu me dire 
» lé noiTi nvoderne de daman Ifraël, qui 
'figm^Q ûgneau d'Jfraël vt ( l ), Profper 
A Ipin qui avôit indiqué cet- animal avant 
îe- dodeur Shaw ) dit que fa chair eft 
excellente à manger, & qu'il eft plus gros , 
que notre lapin d'Europe; mais-ce der*- 
nier fait paroît douteux ,> car le dodleur 
Shaw Ta retrai^ché du pafîàge de Profp^ 
Aipin > qu'il cite au rcfte en entier.» 

01 yoyge dc.Shaw, tome II, page //g . 










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^t'^f^^m. 



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LA MANGOUSTE (a), 

J^ A Màngoiîfle efl domeftique èif' 
Egypte comme le chat Teft en. Elirope^i , 
^ elle ièrt de même à prendre les lburj$ ^ 

ffij Mangoufle , mot dérivé dé Mangutta ; nom d^ 
ipet animai aux Indes. 

Ichneumon en Grtc & en Latin. Te(tT-dea en ArabéJ 
félon le dodèùr Shaw. 



î -i 



Mungo par les Portugais, & Muncus par îes î-îoN 
Jandoi^ de l'Inde , félon Kàmpfer, Qui/ ou Quilfpele à • 
"Gcylan, fefort Gardas du Jarditti Chiri au Malabar», 
feion le P. Vincent Marie. ' 

ifcr Hh. IX , cap, 6»'-' 

, Ichneumon, que les Égyptiens nomment Rat- de fha* 
yaon, Ohjewations de Bdon , Paris, 1555, feuillet p f^J 
Jg., ibid. r— Le rat de'Phataon ^ JBelon ,. de la nature des 
Poifons, Paris ,1555» V^g' S S > fë' V^i^J?- 

Ichnewmnfvt LutM ^g)ipii, AIdrov. de quad.tUgi'fm- 
"pag. 298, fig. pag. 301. 

SerpentkUnfive Aluncos. Rumph. //(?r^ Vlll, p. 4^1 -. 
tab. a8, fi^. 2 & 3. 

Viverra Mungo, Kœmpfer/ ^/w<t»/V. pag. 5741.' 
Ichmumm, Mus PAaraonis, Profp. Alpin, hîjf^ - 



ft'y^ Hîjlolre Naturelle 

& -ies rats (h); mais fori goût pour îj 
proie efl: encore plus vif, & fon inftind 
plus étendu que celui du chat , car 
elle chafTe également aux oilèaux , aux 
«quadrupèdes , aux ferpens, aux lézards, 
faux inlèdes, attaque en général tout ce 



Ichnamon ou rat de Pharaon , Maillet , Defcri'ptm 
ée l' Egypte , pag. 3^ , fig. ibid, 

Muflela yEgyptiaca, Ichnmmon , id (fl, invefligatoY, 
[Mus Pharaonis ; mus ^^pti ; Danuln ; Donola ; .miif 
te/a yEgypii pecularist Lutra ^gypiu Klein , de Qu^id, 

Aleles ( Ichneimon ), dlghis nadiis hngiorilus , Jatcra* 
^dm aquaij/w ^b^niformibus* Voyage de Jiajjeïquifi, 
art, IV, page 191. , . 

The lëdian Ichteumcnt. . Edwards , Hijl. of Bit à 
j>ag. fig. IV , pag, 299 , fig. ièid^ 

Muflela pilis ex éhido i^ nigricante variegntis vefiita» 
\ichneumont riius PA^raoms. kbneuman ou \%M2^ngou^e, 
vulgairement le rat de Pharaon, BrifT. Regn, wm^ 
pag. 150. . • ^ . '^. - 

Ichneumon. Vi verra caudi i haji incrcfata Jeàjim atte-i 
ituatft, Linu. Syjl. nar, edit. X. 

(b) M'hi ichneumon fuit utilijfimus ad mures ex mé 
cuhiculo fugiind^s , . , . . vnum alui a quo murium damna, 
flâne ceffirunr fi quidcni quotquot ofènd'bat îmerimebat , 
JuTgeque ad hos necandos fidgandojque fêle efl ichneunm 
mtilionVtoCp, Alp. Defsrîpt, jEgy^H.M*pi. , p» ^^5^ 



^e h Mdngwfle» 1 3 j' 

qui lui paroît vivant, & (e nourrit de 
toute lubllance animale; l'on courage eft 
<?gal à la véhémence de fon appétit ; elle 
jie s effraya ni de la colère , des chiens , 
ni de la malice des chats , & ne redoute 
pas même la morfure des ferpens , elle 
les pourfuit avec acharnement, les faifit 
& les tue , quelque venimeux qu'ils foient, 
& lorfqu'elle commence à reflentir les im- 
preffions de leur venhi , elle va cher- 
cher des antidotes & particulièrement une 
facine (cj que les Indiens ont nommée 

(c) Primim (mtUattmt. » , * % ra^ix eji planta maîaici 
Hampaiddu T'aftah id.èfl Fel terrœ diéla àfapore ama^ 

rîftmo I^u/tranis ihideni Raja feu radix mungo 

nppdata à muftelâ quadamfeu viverra Indis mUnguftia..i.^ 
appellntn qua. radiam monjlrajft if ejus ufum, . . • |« 

jfrirna prodidife creaitur. , . Indi igitur, . . . ,t 

pracipue pii Sumatram & Javam incolunt jive ufttni i 
wu(iela edoéli fini ftve cafu quodam invtmrint radicem f>jv 
expforato kabent aiîtidotn, Kœmpfcr, Anuenit.p. jy^,— - 
Dans rinde * il eft une racine qui ne produit ni tronc » 
ri hranches , ni feuilles, qui s'appefle chiri , nom 
qu elle tire d'un animal qui fait feu! la reconnoître & la 
trouver. Cet animal e(î grand comme une marte, &. lut 
Te(Tembie aflTez par la forme , excepté qu'il eu un peu plus 
corfë (corpuknto) : la couleur de fon poil e,ft obfcure, 
qui cfl dur, tendu & hcrifle comme celui àts fangliers^ 
mais moins long; fa queue eft charnue, liflè & unltf 
comme celle de la marte. L'antipathie (^e cet anlnoal^g 



li 



\t'f6' T^ifloke NattireÏÏt 

cfe Ton nom, & qu'ils difent être ûh cîd? 
plus fiirs & des plus puifl'ans remèdes 
contre ia morfure de la vipère ou de 
rafpic; elle mange les œufs cki crocodile 
comme ceux des poules & des oiieaux, 
elle tue Sa mange aufîi les petits croco* 
diles (d), quoiqu'ils foient déjà très-forts 

Î)eu de temps après qu'ils font fortis de 
'œuf; & comme la fable efl toujours mife 
par les hommes à la- fuite de la vérité^ ou 
a prétendu qu'en vertu de cette^ ami- 
pathic pour le crocodile, la mangouftc 
çntroit dans (on corps lorfqu'il étoit en- 

pour lés fcrpens cft extrtor^naire , h il rie fehible s'oc^ 

leupcr qu'à leur tendre àti cnahikhcs Les chaf- 

fturs ont obrervé qu'il va déterrer la racine dont nous 
venons de parler, foit pour fe gucnV, (bit pcnr fc 
préTerver de rtffàt du venin . » » on fa regarde comme le 
meilleur antidote qire l'Iade foumifîc. Voyrge du Pèn 
Vinrem Marie , traduélioil communiquce par M. i» 
marquis de Montmiruil. 

' (d) \Jlchneumen ou rat de Fhrvtaf^n ; efl Une crpccè 
(de petit cochon fainave, joK & très-aifé à apprii 
voifer , qui a le p>il hérUfe comrtte un porc épie \ il 
efl ennemi àt% antres rats, & lur-tout des croc<xlilcs; 
non feulement il dévore leurs œufs, dont il fe nourrit j 
nrais il attaque encore avec courage les petits croco-» 
diles, dont il Tait venir à bout, en les prenant par le 
cou , au défaut de la tcte. Dejcrîpthn de l'Ég^te , fat 



2e là Mangouflèi Yj 'f[ 

ffonni', & n^en fortoit qu'après lui avoir 
déchiré les vifcères.- y 

■ Les Naturaïifles ont cru qii'iî y avoft 
plufreurs efpèces de mangoufles , parce 
qu'il y en a de plus grandes & depluis 
petites , & de poils difîërens ; mais fi Ton 
fait attention qu'étant ibuvent élevées dans 
les maifons , elles ont dû , comme les 
autres animaux domeftiques , Tubir des 
variétés , on fe perfuadera facilement quft 
cette diverfité de couleur & cette diffé-* 
rence de grandeur n'indiquent que dé 
fimples variétés , & ne fuffifent pas pour 
conftituer des efpèncs , d'autant que dans 
deux mangoufles que j^'ai vues vivante^ 
& dans plufieurs autres dont les peaux 
étoient bourrées , j'ai reconnu les nuances 
intermédiaires , tant pour la grandeur qud 
pour la couleur, & remarqué que pas 
une ne différoit de toutes les autres par 
aucun caratHrère évident & confiant; ii 
paroît feulement qu'en Egypte , où les 
mangouftes font pour ainfi dire domef^ 
tiques , elles font- plus grandes qu'au^ji 
Indçs où elles font f'auvages (e), 

jfjj'JI^ Cet ichnemnon (dit Edwards) vençit dc| Injj^j^ 



s 3 8 Htjlolre Naturelle 

Les Nomenclateurs qui ne Veuïéiif 
jamais qu*un être ne foit que ce qu'il 
cft, c'ert-à-dire, qu'il foit lèul de l'on 

orîcntalcs & étoU fprt petit j fcn ai vU Un âiitfe venu 

<d'Égypte qui étoit plus du double La (euleciif. 

fcrencc qu'il y avoit , outre U grandeur , entre les deux 
ichneumons , c e/l que celui d'Egypte avoit une petite 
touffe de poil à l'extrémité de la queue , au lieu qiie 
îa queue de celui des Indes fe tenninoit en pointe, 
& je trois que Cch fait deux efpèces diftindes & ré- 
parées , parce que celui ^c$ Indes qui étoit fi petit en 
comparaifon ^e celui d'Egypte, avoit cependant prîs 
fon entier accroifleinent. Edwards, page 199. Nota, 
Ces différences ne m'ont pas paru fuiTifantes pour 
établir deux efpèces, attendu qu'entre les plus petites 
& les plus grandes , c'efl-à-dire , entre treize & ving;. 
deux pouces de longueur, il s'en trouve d'intermé- 
diaires , comme 4e quinze & dix - fept pouces de 
grandeur. Seba qui a donné la figiire & (a dcicription 
^ vj)l. .1 y. .pag, 'âS , tah, X.t{ ). d'ijne de ces petiti^- 
nia^oufies qu'il avoit eu vivante , &; qui lui vcno^ 
de Ceylan, dit qu'elle étoit très-mal-propre & qu'on 
n'avoit pu l'apprivoifcr ^ cette différence de naturel 
pourroit faire penfer que cette petite mangoufle ef) 
d'une efpèce différente àt% autres : cependant elle ref- 
jfèmble Ç\ fort à celle dont nous avons parlé, qu'on 
ne peut douter que. ce ne foit le même animal; & 
d'ailleurs, je puis aflùrer moi-même avoir vu une de 
CCS petites nrjan^ftçs qui étoit fi privée que fon 
maître ( M. le préfident de Robien ) qui l'aimoit 
beaucoup , la portoit toujours dans (on chapeau , & 
faifoit à tout le monde l'éloge de fa genûllcne & 4ç % 
propreté, • : . . 



[ ^ 



r/r Ja Mûugoujle, l^ff 

genre, ont beaucoup varié au fujet de 
la inangoulle. M. Linnaeus en avoit d'a- 
bord fait un blaireau , enfuite il en fait 
un furet ; Halîelquilt , d'après les pre- 
niières leçons de (on maître, en fait aufli 
un blaireau ; M/' Klein & Brifîbn l'ont 
inife dans le genre des belettes, d'autres 
en ont fait une loutre , & d'autres un 
rat; je ne cite ces ide'es que pour faire 
voir le peu de confiftance qu'elles ont 
dans la tête même de ceux qui les ima- 
ginent, & aufli pour mettre en gardô 
contre ces dénominations qu'ils appellent 
génériques , & qui prefque toutes font 
fiufles , ou du moins arbitraires , vagues 
& équivoques (£}. ^ 

ffj Hnflclquift termine fa longue & scche deC- 
cription de la niangouile par ces mots : Gûl/i 
in ^.gypto converfames qui omnibus rehus quns non 
cognofcunt , fua imfmunt nomina fêla appelfàrmt hoc 
animai rat de Pharaon. Quod feqtmti qui Latine re^ 
hitiones Je yEsypto dederunt , Alpin , Beion , murent 
Pluiraonis epnxerum. Si cet homme eût feulement lu, 
Bclon & Alpin, qu'il cite, il auroit vu que ce ne 
font pas les François qui ont donné le nom de rat 
de pharaon à la mangoufte , mais les Égyptiens 
mêmes, & il fe feroit abftenu de prendre de là 
i^ccafion de mal parier de notre nation; mais l'oa 



^4^ Ti'iPoke T^aiiïreîle 

'. La Mangoufte habite volontiers auj^ 

ne doit pas être furpris de trouver i'împutatioti d'un 
pédant dans l'ouvragé d'un écolier: en effet cette Jel- 
cription de la m^ngoufle, ainfi que celle de la ginffe^ 
de quelques autres animaux , données par ce Nomeii- 
clatcur, ne pourront jamais fervir qu'à excéder ceux 
qui voudroicnt s'ennuicr à les lire : i ." parce qu'elles 
(ont fans figures , & que ie nombre des mots ne peut 
foppléer à la représentation, un coup d'œil vaut mieu?t 
dans ce genre qu'un long détail de paroles : a .** Parce 
que ces mots ou paroles iont la plupart d'un Latin bar- 
bare ou plutôt ne font d'aucune langue \ 3 .* Parce quk 
h méthode de ces defcriptions n*ert qu'une routine que 
tout homme peut fuivre , & qui' ne fuppofe ni géni« 
ni même d'intelligence : 4.." Parce que la defcriptioii 
ciant trop minutieufe, les caraélères remarCjuables , fii> 
guliers &: dirtindifs de l'être qu'on décrit , y font con» 
/ondus avec les figncs les plus obfcurs , les plus inditfé* 
rcns^'^ les plus étiuivoqucs : 5 .* Enfin parce que le trop 
grand nombre de petits rapports & de combinaifons pre. 
caires dont on cft obligé de charger fa mémoire , ren-» 
ifént le travail du ledeur plus grand que celui de i'au-» 
tcur, & les laifîè tous- les deux auffrignoratis qu'ils l'é* 
toient. Une preuve qu'aveccette méthod?on r€difpenr(j 
de lire & de s'iiiftruirc , c'eft i.* la faufle imputation 
que l'Auteur fait aux François au fujct du rat de i^h;^ 
raon ; c'eft, 2.** l'erreur qu'il commet en donnant h 
cet animal le nom Arabe Nems , tandis que ce mdt 
Arabe eft le nom du furet & non pas celui de la 
iTjangourte; il ne filloit pas même fa voir l'Arabe 
pour éviter cette faute, il auroit fuffi d'avoir lîi les 
Voyages de ceux qui l'avoient précédé dans le mêmf 
J^y?*'}^ JLoniiflrîon qu il fait dq çhofès cnfentielle^i' 



\' 



'êe h Maugotifle', 14 tl 

jK)r Js des eaux ; clans les inondations , elle 
gagne les terres élevées, & s'approche 
Ibuvent des lieux habités pour y cher-» 
cher fa proie , elle marche lans faire au-' 
Clin bruit , & (elon le befoin elle varie la 
démarche ; quelquefois elle porte la tête 
haute , raccourcit Ton corps , & s'élève 
fur lès jambes ; d'autres fois elle a l'air 
(le ramper & de s'alonger comme un (èr- 
pent , fouvent elle s'aliicd fur (qs pieds 
de derrière , ôl plus fouvent encore elie 
î'élance comme un trait fur ia proie 
qu'elle veut faifir , elle a les yeux vifs 
& pleins de feu , la phyfionomie fine, 
le corps très - agile , les jambes courtes , 
Il queue grofïè ,& très -longue, le poil 

fcn même temps qu'il s'étend fans mefure^fur les mi 
ditfcrcntes; par exemple, il décrit ia giraffe auflî 
minutieufement que ia ma^goufle, & ne iaiffe pas que 
«le manquer le caraélère eflTentiei, qui eft de (avoir lî 
les cornes font permanentes ou fi elles tombent tous 
ïes ans: dans vingt fois plus de paroles qu'il n'en faut, 
l'on ne trouve pas ie mot néccflaire, & l'on ne peut 
juger par fa deftription fi ia giraffe cfl du genre é& 
cerfs ou de celui des boeufs. Mais c'eft afftz s'arrêter 
fur une critique que tout Fiomme fenfé ne manquera 
ps de faire lorfque de pareils ouvrages lui tqmberoi)j( 
f ntre lc£ .niaips. 



14^^ Htjlcire Naturelle 

rude & fouvent hérifle ; le mâle & la fc- 
nielle (g ) ont tous deux une ouverture 
remarquable & indépendante des con- 
duits naturels, une ei'pèce de poche dans 
laquelle Te filtre une humeur odorante; 
on prétend que la mangoufte ouvre cette 
poche pour le rafraîchir lorfqu clic a trop 
chaud : (on mufeau trop pointu & iii 
gueule étroite i empêchent de iaifir & de 
mordre les chofes un peu groiïcs, mais 

( g ) Les hahitans d'Alexandrie nourriflent une bête 
nommée ichncurnon , qui ell particulièrement trouvée 
en Egypte. On la peut apprivcùier es maifons tout 
ainfi comme un chat ou un chien. Le vulcraire a celFé 
de ia nommer par (on nom ancien , car ils la nom- 
ment m leur langage, rat de Pharaon. Or nous avons 
vu que les payfans en apportoient i\cs petits au marclié 
d'Alexandrie, où ils (ont bien recueillis pour en nour- 

rir es maifon* , à caufe qu'ils chaflent les rats 

Jes ferpens, &c. Cet animal efl cauteleux en épiant 

fa pâture il fe nourrit indifféremment de toutes 

viandes vives, comme d'efcarbots, lézards, chanie- 
Jéons , & généralement de toutes erpèces de fèrpens, 
de grenouilles, rats & Iburis ; il eft friand i\c$ oileaux , 
despoules.& poulets: quand il eft courroucé, il hérifTe 

fon poil il a une particulière marque, c'cft un 

grand pertuis tout entouré de poil hors le conduit de 
l'excrément , refTemblant quafi au memiire honteux 
dt^ femelles, lequel conduit il ouvre lorlqu'il a grand 
iphaud. Beha, ObJ, leuil. ^5 , verji\ 



\^ 



rZ? la Ma tt gonfle: '143 

elle fait fupplcer par agilité , par courage , 
aux armes & à la force qui lui man- 
quent , elle étrangle aifément un chat , 
quoique plus gros & plus fort qu'elle, 
fouvent elle combat les chiens, & quel- 
que grands qu'ils foient elle s'en fait ref- 
pedler. 

Cçt animal croît promptement & ne 
vit pas long -temps (h), il (è trouve eu 
grand nombre dans toute l'A fie méri- 
dionale ( i ) t depuis l'Egypte jufqu'à 

fh) Files if ichneumm tôt numéro parium tpiot canes , 
vefcmturque eifdem , vivum circiter annosfex. Arift. HijI» 
atiini. lib, VI , cap. 35. 

//7 Mungos alunt rurn cahntîs Âfa omrtts , vfque ad 
Cangem , etiam in Us regionibus in quihus radix wungo 
îimçuam gerniinavit^ Koempf. Amanit, p. 5 74.. ■— La 
inangoufte crt un petit animal très-joli, fait à peu- 
près comrne nos belettes de France mais d'une 

couleur incotnparablerhént plus belle. , . . Le Wané 
& le noir dominent fur chaque poil , & il y a une 
dpèce de rbuge qui fait la nuance entre le noir & fc 
blanc. Sa queue efl couverte d'un poil avec les mêmes 
nuances , & plus iong que celui du corps. Il a la 
tête couverte d'un petit poil ras; (t?, yeux font gros 
& Tes oreilles courtes & arrondies : cette manti;oufte 
avoit deux pieds & demi de long depuis la tête juf- 
qua l'extrémité de la queue..... elle venoit du 
royaume de Calicut , & a été apportée en France 
dans un vailfeau de notre efcadre; elle a vécu ù 



1 4.4; Wiflohe "Naturelle 

Java , & il paroit qu'il Ib trouve aufîj ea 
Afrique, julqu'au cap <Je Bonne- cl jjc~ 
rance (k); mais on ne j)cut l'élever ailc- 

_ jncnt , ni le garder long-temps dans nos 
climats tempérés , quelque loin qu'on ca 
prenne , le vent l'incommode , le froid 
ie fait mourir ; pour éviter l'un & l'autre.; 
'' & conlerver fa chaleur , il ic .met en 
rond & cache fa tête entre (es cuifles. 
Il a .une petite -voix douce , une efpcce 
de murmure, & fon cri ne devient aigre 
que lorfqu'on le frappe & qu'on l'irrite : 

. nu reft^ la mangoufte étoit en vénération 
chez les anciens Egyptiens , & mérite- 
roit encore bien aujourd'hui d'être multi- 
pliée , ou du moins épargnée , puifqu'elle 
détruit un grand nombre d'animaux nui- 
fibles , & ilir - tout les crocodiles dont 
elle fliit trouver ies œufs , quoique cachés 

Paris cinq moisi elle ctoit devenue fort famUicre. 
Çiirjofit. de la Nat. &' de l'Art» Paris , 1705, page 2 t u 

(k) L'hicneumon eft de la grandeur du chat , mais 

il a la forme d'une mufaraigne Tout fon corps 

eft couvert de poils longs , roides , rayés & tachetés 
. de bisnc , de noir & de jaune. Cet animai , qui efli 
très-commun dans les campagnes du cap, cfl graad 
deflrudeur de ferpens & d'oifeaux, Defcrijition diMof 
île Bunne-eJimmQe f pur lùlh, . tome III , chap. 5. 

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âe la Md/îgoufle, ^45' 

dans le fable ; la ponte de ces animaux cft 
fi nombreufe (l) , qu'il y auroit tout à 
craindre de leur multiplication , fi la man- 
goufte n'en détruifoii les germes. 

(l) Le plus grand (êrvîcc que l'içhneunnon rencî« 
à l'Egypte, cil de brifer les oeufs àes crocodiles par- 
tout où il les rencontre ; c'eft pour cela tjue les anciens 
Égyptiens lui portoient \xn culte religieux. Voyage de 
ptiul Lucas t tome lU^page 20). -. — Cctoit avco 
jufiice que les anciens Égyptiens révéroient l'ichneu- 
inon ou rat de Pharaon. L'on dit que de quatre cents 
oeufs que le crocodile pond à ia fois , pour en fauvcr 
quelques-uns de la fureur de cet ennemi mortel de (on 
efpèce, il eft obligé de les tranfporter dans quelques 
petites îles, lorfque le Nil s'eft retiré, Defcr/jnm ^ 
{'Egypte par Mailiet, $9me 11, page 12^, 



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Tome XI. 



t46 Hijloke Naturelk 



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LA FOSSANE (a). 



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,u E L Q u E S Voyageurs ont appelé 
Ja Fofîîine , Genette de Madagafcar, parce 
quelle refl'emble à la Genette par les 
couleurs du poil , & par quelques autres 
rapports : cependant elle efî conflamment 
plus petite; & ce qui nous fait penfer 
que ce n'eft: point une genette , c'eft 
qu'elle n'a pas la poche odoriférante qui, 
dans cet animal , eft an attribut elTentiel, 
Comme nous étions incertains de ce fiit, 
n'ayant pu nous procurer l'animal pour le 
difféquer , nous avons confuké par lettres 
M. Poivre , qui nous en a envoyé Li 
peau bourrée , & il a eu la bonté de 
nous répondre dans les termes fuivans: 
Lyon, ip juillet ij6i. « La Folîànc 
>3 que j'ai apportée de Madagafcar , eft 
>3 un animal qui a les mœurs de notre 
y> fouine : les habitans de l'île m'ont aiîuré 
» que la. fofTane mâle étant en chaleur, 

(a) Foffd ou Fojtane, nom de cet animal à Ma- 
dagafcar , & que nous avons adopte. 



\^- 



Je la Foffcine» ' 147 

les parties avoient une forte odeur de ce 
lîiufc. Lorfquc j'ai fiiit empailler celle cf 
qui elt au Jardin du Roi, je l'examinai ce 
attentivement, je n'y découvris aucune ce 
pociie , & je ne lui trouvai aucune ce 
odeur de parfum. J'ai élevé un animal ce 
fcmblable à la Cochinchine, & un autre c< 
aux îles Philippines , l'un & l'autre <c 
étoient des mâles , ils étoicnt devenus ce 
uii peu familiers , je les a vois eus très- ce 
petits , &: je ne les ai guère gardés ce 
que deux ou trois mois; je n'y ai jamais ce 
trouvé de poche entre les parties que ce 
vous m'indiquez , je me (liis feulement ce 
aperçu que leurs excrémens avoient ce 
l'odeur de ceux de notre fouine. Ils ce 
mangeoient de la viande & des fruits , ce 
mais ils préféroient ces derniers , & <e 
montroient fur-tout un goût plus décidé ce 
pour les bananes , fur lefquelles ils fe ce 
jetoient avec voracité. Cet animal efl ce 
très-fauvagc , fort difficile à apprîvoifer; ce 
& quoiqu'élevé bien jeune , il conferve ce 
toujours wn air & un caradère de ce 
férocité , ce qui m'a paru extraordinaire ce 
dans un animal qui vit volontiers de ce 
fruit. L'œil de la FofTane ne préfènte ce 

G 1/ . 



[14-8 Hiftolre Ncituretkt &c. 

» qu'un globe noir fort grand , compnri 
» à la groileur de fu tête, ce qui donnt 
à cet animal un air méchant. » 

Nous fommes très - ailes d'y voir cette 
occafîcn de marquer notre reconnoi/Tancc 
à M. Poivre , qui par goût pour i'Hill 
toire Naturelle, &. par amitié pour ceux 
qui la cultivent , a donné au Cabinet un 
■ afîcz grand nombre de morceaux rares <S( 
précieux dans tous les genres. 

li nous paroît qup l'animal appelé Berhi 
en Guinée, ell le même que la foflanc, 
& que par conléquent cettje efpèce 1« 
trouve en Afrique comme en Afic. c< L.ç 
53 berbé, difent les VoyageursY^^, a Iç 
•» mufeau plus pointu & le corps -^Xys^ 
v> petit que le chat, il efl marqueté cojnmc 
j îa civette. » Nous ne connoilTons pas 
d'animal auquel ces indications qui font 
affez précifcs conviennent mieux qu'à la 
foffanç. 

(b) Voyage en Guinée par Bofman, /w^f ^i^i 

. j^^. »#* I, l'aide 2J^> 




• ' ;/ 



C. 



^>.> , J.':r. 



I 



\ ^> 



»4» 



LE VANSIRE (a), 

V>EUX qui ont parlé dé cet aniinal, 
l'ont pris pour un furet, auquel en efïet 
il reflemble à beaucoup d'ëgards , cc- 
pendant il en diffère par des caraclcres 
qiii nous paroiflent Tuffifans pour en fiiire 
une efpèce diflinde & fcparée. I.e Van- 
fire a douze cFents mâchelières dans la 
mâchoire fupéricure , au lieu que le furet 
n'en a que huit ; & Tes' mâchclicres d'en 
bas , quoiqu'en égal nombre de dix dans 
ces deux animaux , ne fc refîembjent ni 
par la forme ni par la fituaiion rei'pecflive : 
d'ailleurs le vanfire diffère par la cou- 
leur du poil, de tous nos fmcts, quoique 
ceux- ci , comme tous les animaux que 

(n) Vanfre , mot dérive cîc Vahung shira , nom cie 
cet nnimal à M:uiagîifcar. f.a province de B;ïlta, tl.ms 
ic royaume de Concio,, offre une infiniréde beaux (iiMes 
(m:\rtres), qui portent le nom d'Infire. Hii'loire géiU'ruft 
es Kyvii^'i'*, tome V, pnae 87. Nof.u 11 n'y a point dft 
f.il)lc> ou de niurtrcs à Coii^jo, c<;. !;i re(rtmhl;înce du 
nnin nciis fi'.it croire (jue rinll;.'.' de Congo pwurroit 
Kicn glre !c vanfire de MaJaa.ilcar. 

G iij 



T 



h 



U- 






150 ^ Hîftoire Naîurelle 

l'homme prend foin d'élever & de multi- 
plier , varient beaucoup entre eux , même 
du mâle à la femelle. 

Il nous paroît que l'animal indiqué par 
Seba (bj fous la dénomination de Belette 
de Java, qu'il dit que les habitans de 
Mcette île nomment Koger-Angan, & qu'en- 
> fuite M. Briffon /cj ^ nommé Furet de 
Java, pourroit bien être le même ani- 
mal que le vanfire ; c'efl au moins de 
tous les animaux connus , celui duquel 
il approche le plus ; mais ce qui nous 
empêche de prononcer décirivement , 
c'eft que la defcription de S^ba n'eft 
pas aflez complète pour qu'on puifle 
établir la jufte comparaifon qui fcroit 
iiéceflàire pour juger iâns fcrupule. Nous 
la mettons fous les yeux du iedeur (d)^ 

*■ 

(If) AluJieU Jamnka, Ab incolîs Javct Kogcr-anjran 
vocatur, Scba , vol. I, pag. 77, n," 4, lab. 48, 
fig. 4. 

(cj Alujîeln fupra mfa , infm dïîute Flara, cauJa 
apice nigricante , . . . , Viverra Javanica, Le furet de 
Java. Brid. RegK,nnim, pag. a4j-. 

(<ij Jamnica fjac mujïela , hic rcprejemata colh f 
corjjore cil breviorllms ([uam nojlras ; cajmt tcgmts /.Vj 



/V//.-r/. 






vt»^ «/%«-*^-. -^i- 



» -«■*-■••- -r 



•i:„n , Xf. J. A F O s SAN K . P/. i^Pa^y. i.î,> ■ 




I-i; \ AN SI Kl 



1^^ i 



•l'" 4 



Jn Vattftre: Y5ÏI 

pour qu'il puidè lui-même la comparer 
avec la nôtre. 

olifcure fftadicei tm , wffi mi <torfum , ftiîutt vtro fait 
^ui vmrtm vejliunt, cauda intérim in apicem acutum 
if w'ffricaittem dfjinmtt Seba» vol. I, pag. 78* 



^ 




G»»»» 



"^rjf HiJIoke Nûtunlle 



w 



LES MAKIS (a), 

V> o M M E l'on il donne le nom de 
Maki à plulieurs animaux d'efpèccs difFé- 
rentes, nous ne pouvons l'employer que 
comme un terme gcnciique, loustlîquel 
nous comprendi'ons trois animaux qui 
fe refie.nblcnt allez pour être du même 
genre, muis. qui diftcrent aufli par un 
nombre de caradcres lliffifant pour confti- 
tuer des cfpèces évidemment différentes. 
Ces trois ailimaux ont tous une longue 
<|ueue , &: les pieds conformés comme 
les iiii-jcs ; mais kur mu (eau ell alonofé 
coinru" celui d'une Ibuine , & ils ont à 
la iiiâchoire inférieure fix dents incifiveSy 
au lieu c[ue tous les fmges n'en ont que 
quatre. Le premier de ces animaux efl: 
le Mocock (b) ou Mococo que l'on 

(a) Nota, Il pnt'oît que fe mot Ala^i a été dé:i\c 
de nwiok ou w •'caiic, uni eft le lîom t|ue \'oy\ lioiinc 
communémer L à ces animaux au Mozambique h 
A.w^s, les îles voilincs de Madagafcar, dont ils font 



oriiitmij-e^, 

o 



(b^ ^I^cok ou macvco , nom de cet animai fur les 



des Aliikis» r j J 

connon vulgaircniein fous le nom de 
y^/^/Â'/ a queue annclée. Le fccoiid cil le 
Aiongous (cj appelé vulgairement ylldlîi 
brun; mais cctie dciiomination a cté mal 
appliqucc , car dans ccuc crpccc il y ea 
a de tout bruns fd), d'autres qui ont les 

côtes orientales de l'Afl iiiuc, &. (juc nous avons adopt'i 
(. L,'î!i; de Johanna , • fr.r la côre liu Mozambique j, 
pioJuit une eîpcce de luttes qui reflembleiu au rc- * 
jMrd , tîv qui ont l'œil tixs vitj leur poil cil laincu>f <4 
^^ couleur de louris; leur queue, qui a environ <* 
trois pieds de long, c(l liario!ce avec des ccrclc> « 
noirs , à un pouce de didancc : les h;'.bitans les <t 
nppc'.Iciit !/;<Cfh Quand on les prend fort jeunes , on « 
les appiivoifc bientôt.» l'tjù'^e fJc Fr, Hcrri Grojfc : 
Londres, 175 H, ptige ^2, 0\\ 3pjx.llc audi cet ani- 
niial Vitryix Madii^ifcr.r. « Dans lis \ni{r.tres& Me.i- 
fil!c5, il y a des linges blancs en quantité, qu'ils " 
appelltnt vcri , qui ont la quel e raicc de noir ti de <« 
blanc. >• l^oj'.'îoe de F/ucamt , j-agc 1 'yii. » 

Priftnia cithrca, ctm.Ifi chiân (UVitilii ahbrnatîm aïùis 
t nfoiis Le maki à queue aiuiclce. Brifl. Re^ni 

flv/w. pag. 2 2 2. 

T/ic vuiucauco. Edwards , Hiji. of Ëirds , pag. i f>7, 

^i.;. ;7'/i/.' 

CtV!d, Lcvtur catitifi cvwu!atù. Ilinn; c^-/?. uut, ti}dt. X% 

( c ) A'h'Tîgous , nom de cct-anitr.aî'aux Indes orien- 
tales, & que i'u;us ;i\ous adiopié. . •: > 

. (d) Sitiia fckruikniigkofi s fnfcus, Petl\cr Gazophyî, 
lab. 17, fig. 5. , . v^ • • 

G V 




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 

















1.0 



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1.25 1.4 1.6 




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Photographie 

Sciences 
Corporation 



23 WIST MAIN STRIIT 

WHSTIR.N.Y t4SI0 

(716) B73-4S03 




1 '- 



'1-54 Hifoire Nciturefle 

joues & ies pieds blancs (e) , & encore 
d'autres qui ont les joues noires & les 
pieds jaunes (f). Le troifiènie eit le 
Vari f g) f appelé par quelques - uns 
A^aki-pie; mais cette dénomination a 
été mal appliquée, car dans cette efpècc, 
outre ceux qui font pies , c'eft-à-dire , 
blancs & noirs , il y en a de tout blancs 
& de tout noirs (h). Ces quatre animaux 
ibnt tous originaires des parties de l'A- 
frique orientale , & notamment de Ma- 
dagafçar où on les trouve en grand 
nombre. • ' ' 



(t) Proftmia fufca, Lf maki. Briflbn, Regn, tinïm» 
2 2 0. Projîmia fufca, nafo , gutture & pe !iùiii 

Le maki aux pkds blancs. Bri^. Kegn, 

tiiiiw. pa^. 2 2 1. 

The inonj^floi. Le mongous. Glanures Edwards ^ 
pag. 1 2 , fift. ibid, 

(f) f^cfiniia fifca, rufo ndipixto, fiicie n'igra, ycddmi 

fulvis Le maki aux pieds fauves. BrilT. Regn» 

anim. pag. 221. 

(g) Vari ou Var'icojji, nom de cet animal à Mada- 
gafcar , & que nous avons adopté. €c H y a ù Madagalcar 
» de grands fingcs blancs , qui ont Ats taches noires ùir 
» les côtés & (ur la tête , & qui ont le mulèau Ion» 
V conimc un renard ; ils les nomment à Manghabey 
varkojfi. » Voyage de Flaceourt , page 1 5 j . 

(h) The blûk maucauco. Le maucauco noir. Clanutn 
d'Edwards , pag. 13, fig. ibid* 



'x^ des MakiS. >■ i j j; 

Le mococo eft un joli ammal , d*une 
phyfïoiiomie fine , d'une figure élégante 
& fvelte , d'un beau poil toujours propre 
& luftré ; il eft remarquable par la gran- 
deur de (es yeux , par la hauteur de (es 
jambes de derrière qui font beaucoup 
plus longues que celles de devant , & par 
Ih belle & grande queue qui eft toujours 
relevée , toujours en mouvement , & fiir 
laquelle on compte jufqu'à trente anneaux 
alternativement noirs & blancs, tous bien 
diflinds & bien féparés les uns des autres i 
il a les moeurs douces , & quoiqu'il re(^ 
feinble en beaucoup de chofes aux finges, 
il n'en a ni la malice ni le naturel. Dans 
fon état de liberté il vit en focicté , & on 
le trouve à Madagafcar (ï) par troupes 
de trente ou quarante ; dans celui de 
captivité , il n'eft incommode que par le 
mouvement prodigieux qu'il le donne, 
c'eft pour cela qu'on le tient ordinaire- 
ment à la chaîne, car quoique très -vif 
& très -éveillé, il n'eft ni méchant ni 

(t) Les varis qui ont la c]u<'ue raiée de noir & cît 
blanc, marchent en troupes de trente, quarante ou 
cinquante. Ils reflcmblcnt aux varicofTis. Voyage de 
riaccourt f page i^^, 

G v) 



.-■ -,V--h''"T'T'\- 



155 Hîftoire Naturelle 

fîmvage, il s'apprivoi(è afTez pour qu'on 
puifTc le liiiflèr aller & venir làns craindre 
qu'il s'enfuie ; la démarche eft oblique 
comme celle de tous les anipiaux qui ont 
quatre mains au lieu de quatre pieds : il 
(iiute de meilleure grâce & plus légère- 
ment qu'il ne marche ; il eft aflèz lilen- 
cieux & ne fait entendre fa voix que par 
un cri court & aigu , qu'il laifle pour 
ainli dire échapper lorlqu'on le fui prend 
ou qu'on l'irrite. Il dort aliis , le nuifeau 
incliné & appuyé fur fa poitrine : il n'a 
pas le corps plus gros qu'un chat , mais 
il l'a plus long; ik il paroît plus grand, 
parce qu'il elt plus élevé fur les jambes: 
ion poil, quoi([He ircs-doux au toucher, 
n'eft pas couché , 6: le tient allez ferme- 
ment droit ; le mococo a les parties de 
la génération petites & cachées , au lien 
que le mongous a des tefticules pro-i 
digicux pour la taille , & extrêmement 
ap})arens. 

Le mongous cft plus petit que le 
mococo, il a comme lui le poil foyeux 
& aflez court, mais un pr ' frifé ; il ^ 
nullr le nez plus gros qu' ; mococO, 
Ô, ïfTcz fembliibic à celui du vari. J'ai ei\ 



des Makhi 157 

chez moi pendant pluficurs années un 
de CCS mongous qui étoit tout brun ; 
il avoit l'œil jaune , le nez noir & les 
oreilles courtes ; il s'amulbit à manger la 
queue , & en avoit ainli détruit les quatre 
ou cinq dernières vertèbres ; c*étoit un 
animal fort Hile & alTcz incommode, on 
croit obligé de le tenir à la chaîne; &l 
quand il pouvoit s'échapper , il entroit 
dans les boutiques du voifinage pour 
chercher des fruits, du fucre, & lur-tout 
des confitures dont il ouvroit les boîtes ; 
on avok bien de la peine à le reprendre, 
& il mordoit cruclleiricnt alors ceux même 
qu'ir connoifToit le mieux: il avoit un 
pciit grognement preique continuel ; & 
iorfqu'il s'ennuyoit ^ qu'on le luifloit 
lèul , il Çq failbit entendre de fort loin par 
un coaflement tout fcmblable à celui de 
la grenouille; c'ctoit lui mâle, & il avoit 
les lefiicules extrciucment gros pour la 
taille; il cherchoit les chattes, d< même (e 
laiisfairoit avec elles , mais fans accou-, 
piement intime & fans production. II 
craio'iioit le froid cSc rhumidité , il ne 
s'cioignoit jamais du feu , & le teiioit 
debout pour fc chaufler : on le nourrifloit 



i 



■', ( 



1 5 8 Hipke NattireJk 

avec du pain & des fruits; fa langue étort 
mde comme celle d'un chat ; & fi on 
le laiffoit fiiire , il léchoit la main jufqu'à 
la faire rougir, & finiffoit (ouvent par 
Tentamer avec les dents. Le froid de 
i'hiver 1750 le fit mourir, quoiqu'il ne 
fût pas forti du coin du feu ; il étoit 
très-bru fque dans les mouvemens , & fort 
pétulant par inftans, cependant il dormoit 
fouvent le jour , mais d'un fommeil léger 
que le moindre bruit intcrrompoit. 

Il y a dans cette efpèce du mongous 
plufieurs variétés , non - (èulement pour 
!e poil , mais pour la grandeur ; celui 
dont nous venons de parler étoit tout 
brun , & de la taille d'un chat de moyenne 
grofîeur. Nous en connoiiïbns de plus 
grands & de bien plus petits ; nous en 
avons vu un qui , quoi qu'adulte , n'étoit 
pas plus gros qu'un loir ; fi ce petit 
. mongous n'étoit pas reflemblant en tout 
au grand , il feroit fans contredit d'une 
e({:)èce différente ; mais la reflcmblance 
entre ces deux individus nous a paru fï 
parfi liie , à l'exception de la grandeur , 
que nous avons cru devoir les réduire 
tous deux à la même e(|)4l:cc , fiuf à les 



^ . des Makis.'A T59 

diftingucr, dans ia fuite par un nom diffé- 
rent , li l'on vient à acquérir la preuve que 
CCS deux, animaux ne le mêlent point en- 
fcmble , & qu'ils foicnt aulli différens par 
l'efpèce qu'ils le font par la grandeur. 

Le vari (k) eft plus grand, plus fort & 
plus fauvage que le inococo , il eft même 
d'une méchanceté firouche dans fon état 
de liberté. Les Voyageurs difent « que 
ces animaux font furieux comme des ce 
tigres , & qu'ils font un tel bruit dans c< 
les bois , que s'il y en a deux , il femble ce 
qu'il y en ait un cent , & qu'ils font ce 
très - difficiles à apprivoifer (l). « En 
eifet, la voix du vari tient un peu du 



ff() Nofa, Flaccxuirt qui appelle le mococo vari, 
donne à celui ■ ci ie nom de varkojjy ; il y a toute 
apparence que eojfy c\\ une épithète augmcntative pour 
ia grandeur, la force ou la férocité de cet animal , qui 
diffère en cfFel du mococo par ces attributs & par 
plufieurs autres. ... 

(1) Voyage de Flaccourt, f.^ages r Si ^ f f^» 
NotfU Lorfque cet animal tfl pri.s jeune, il perd ap- 
paremment toute fa férocité » & il paroît aulFi doux 
que le mococo. «< C'cll , dit M. Edwards, un animal 
d'un naturel fociablc , doux & pacifique , qui n'a <c 
rien de la luîe ni de la malice du fjnge. » Cûmures, 



H 



1 60 ' Niflohe Naturelle 

iiigiflement du lion , & elle eft efFrnyamc 
lorfqu'on l'entend pour la première fois; 
celte force étonnante de voix dans un 
animal cjui n'efl: que de méd»!ocre gran- 
deur, déjDcnd d'une firuclure (ingulicre 
dans la trachée artère , dont les deux 
branches s'élargifTent & forment une large 
Concavité avant d'aboutir aux bronches 
du poiunon ; il diffère donc beaucoup 
d'u mococo par le naturel , auiïi - bien 
que par la conformation ; il a en général 
ïe poil beaucoup plus long, ôc en par- 
ticulier une efpcce de cravate de poils 
encore plus longs c|ui lui environne le 
Cou, & qui fût un caradère très -appa- 
rent, par lequel il eft aifé de le recon- 
noîtrc ; car au relie il varie du blanc au 
noir &.. au pie par la couleur du poil , 
qui quoic[ue long & très -doux , n'cli pus 
couché en arrière , mais s'élève prefque 
perpendiculairement fur la peau: il a le 
niulèau ])lus gros & plus long à propor- 
tion que [c mococo, les oreilles beaucoup 
plus counes & bordée.^ de longs' poils , les 
yeux d'un jaune orangé fi foncé , qu'ils 
i)aroi lient roup-e.s. 

Lci mococos , les mongous & les vari; : 



. des Makis* \ 1 5 1 

font du même pays & paroîflcnt être 
confinés à Madagalcar (m), au Mozam* 
biquc & aux terres voi fines de ces îles; 
H ne paroît , par aucun témoignage des 
Voyageurs, qu'on les ait trouvés nulle 
part ailleurs, ils reinblent qu'ils foient dans 
i'ancicn continent , ce que font dans le 
nouveau les raarniofcs , ies cayopollins , 
les phalangers qui ont quatre mains cônmie 
les makis , «Se qui , comme tous les autres 
animaux du nouveau monde , font fort 
petits en comparaifon de ceux de l'ancien; 

(m) La province de MélnoafTe à Mndagafcar, efl 
^upiée d'un grand nomhrc de finges de pluficurs ef- 
pècesi on en voit des bruns de couleur de caftor, 
ayant le poil cotonné , la qticue large &. fongue , dé 
lai|uellc, étant Fttrouflce fur le dos, i!s fe couvrent 
contre fa pfuie & le foleil , dormant ainfi cachés tUr 
les branches des arbres comme l'écurieu. Au refte, 
ils ont le mufeau comme u«e fouine & les oreille* 
rondes ; cette cfpèce efl fa moins nuifiblc & maligne 
de toutes. Les Antavarrcs' en ont de même poil i]ue 
ccù>4c4 , ayant une foriiie de fraife blanche autour du 
cou : il y en a de tout blancs comme neige , de la 
groffcui* àti piécédens , ayant le mufeau long ; ifs 
grondent comme îles cochons. Relation (k AlaJagafcarf 
far F. Ceaic^e , page 1 1 7. Nota, Le mongous & le 
vari font indiqué" par ce palTage d'une manière à n« 
pouvoir s'y méprcni,h'e; & c'eft fur cette autorité quq 
j'ai dit i|u'il y avoit non-iaiicment dc5 vari* nuiri âl 
pies, mais encore de tout blancs» 



loi Hîflotre Naturelle, '&Cé 

&. à l'égard de la forme , les makis /cm" 
blent faire la nuance entre les fmgcs à 
longue queue & les animaux fîffipèdes, 
car ils ont quatre mains & une longue 
queue comme ces fmges , & en même 
temps ils ont le mufèau long comme les 
renards ou ies fouines ; cependant ils 
tiennent plus des finges par les habitudes 
cfTentielIes , car quoiqu'ils mangent quel- 
quefois de la chair & qu'ils fe plaifent aufîi 
à épier les oileaux , ils font cependant 
moins carnaffiers que frugivores , & ils 
préfèrent même dans l'état de domefti- 
cité les fruits, les racines & le pain à la 
chair cuite ou crue. 




1^3 



LE LORIS (a). 



L 



E Loris eft un petit animal qui fe 
trouve à Ceylaii , & qui eft très-remar- 
quabïe par inélégance de fa figure & la 
fingularité de la conformation : il elt 
peut-être de tous les animaux celui qui 

(a) Loris, Loerls , nom que les Hollandais ont 
donné à cet animal , & que nous avons adopté. 

Elegannlfimum animal mufei D. Charkton , Tancrcd 
Bobinfon àpud Rniuni, Syn, quad. pag. i6i. 

Simia pntva ex cinereofufca, nafo proAuéliore , brachiit, 
tnani&us , pedibufqNe longis , temibus , Belgis een Loris* 
Ex India orientali, Mulèum Pctropolit. pag, //^. 

Amnialculum cymcephalum , Ceylonicum, Tardigradum 
diâtim , Jiniii Jpccies, Seba, vo/. I, tab, J S' fiS' ^ ^ 2, 
Nota. L'Éditeur du Cabinet de Seba nous paroît avoir 
fait ici un double emploi , car cet animal e(l k même 
que celui qu'il indique fou.» la dénomination de CercO' 
pithecus Ceyionicus Jeu tardigradus , tab. 47 , fig. i , 
M. BrifTon , d'après Seba , a fait le même double 
emploi fous les dénominations de Singe de dylan, 
Reg. anim. pag, i p o, & Singe cynocéphale de Ceylan, 
pag. 191. 

Tardigradus. Lewur ccaudatus. Muf. ad, Fr, 1 , p, ^% 
Sim/a tcaudatfi ini^mhus indicis ftdmlatis, Syfl, nat, /> 
n," j. Linn, Syfl, nat, edit* X, pag, 2^% 



1^4 Hijfotre Naturelle 
a ie corps lé plus long relativûpent à h 
grofleur; il a neuf vertèbres lombaires, 
au lieu que tous les autres animaux n'en 
ont ciue cincf , iîx ou (êpt, & c'eft de-là 
que dépend l'aiongement de Ton corps, 
qui paroîî d'autant plus long: qu'il n'eft 
pas terminé par une queue ; fans ce dé- 
friut de queue & cet excès de vertèbres, 
on pourroit le comprendre dans la lifte 
des Mnkis, car il leur reflemble par les 
mains & les pieds qui font à peu près 
-conrbrm<5s de même , & auili par la qua- 
lité du poil, par ie nombre des dents, ôc 
par le muleau pointu ; mais indépendami- 
jnent de la fingularité que nous venons 
«i'indiquxsr, (Si qui l'éloigné beaucoup des 
makis , il a encore d'autres attributs .parti- 
cuilers. Sa tête eft tout-a-fiiit ronde , <Sc 
Ion muleau eft prefque perpendiculaire 
fur cette fplière ; les yeux Ibnt excelîi- 
temcnt gros & très-voifins l'un de Tau- 
ire ; Tes oreilles larges & arrondies font 
garnies en dedans de trois oreillons en 
fT.)rmc de petite concjnc -, mr.is ce qui- cft 
encore plus reinaic|nal)Ie , 6t peut - être 
unique , c'efl que la femelle urine par le 
tliioiis, qui eil percé comme la verge 



fa 



& 
ulaiie 
elfi- 
l'au- 
font 
Us en 
li eft 
-être 
nr ie 
verge 



dil l*âle , & que ces deux parties fe 
relTemblent parfaitement, même poiir la 
grandeur & Ja groiîeur. 

M' Linnacus a donné une coune de(^ 
cription de cet animai fhj, qui nous a 
paru très-conforme à la Nature; il efl aufîî 
fort bien reprélènté dam l'ouvrage de 
Seba, & il nous paroît que c'eft \c 
même animal dont parie Thevenot dan? 
les termes fuivans : ce Je vis an Mogol^ 
des fmges dont on faifoit grand cas, c€ 
qu'un homme avoit apportés de Ceylan , « 
on les eftimoit parce qu'ils n'étoicnt « 
pas plus gros <|uc \c poing, & qu'ils « 
font d'une elpèce différente des finges ce 

fhj Sraturafciuri t fuhfemiglmét , Rne&Joffilifuhfufcâ: 
gttfii allfidiore ima hngitudinalis oculis inierjcûa, faciès 
itûa, auricuLx urcèo/ara , iutus bifoliane, pe<nm paîma 
flanmque nuda t un gués ratundati, indicwn plant arum vero 
fulmlatù Céttitia ferc nulla , mammœ 2 in peél(tre ; 2 in 
éihdomine verfus pe6lus. Animal tardigradurn , éuditu 
txcelUns, menogamum.'.Linn. Syjî. nat. edit, X, pag. jo, 
Nota, Cet animal n ayant point du tout de queue; il 
faut retrancher de cette defcriptron le motdtfere. Il ne 
paroît pas non plus par les proportions du corps & des 
membres, qu'il (oit lent à marcher ou à fauter; & je 
crois que L'cpithèie de tardigradus ne lui a été donnée 
par Seba , que parce qu'il s'eft imaginé lui trouver 
(^udque re(&mblance avec lé pareffeu^Ct 






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|lr l66 Htfolre^ Naturelle, &*€. 

l » ordinaires ; ils ont le front pfaf, lés 
» yeux ronds & grands, jaunes & ciairs 
x> comme ceux de ceruiins chats : leur 
» niufeau efl fort pointu & le dedans 
» des oreilles efl jaune ; ils n'ont point 
» de queue •.....,. quand je les exa- 
y> minai ils iè tenoient fur les pieds de 
» derricfe , & s'erabrafToient Ibuvent , 
» regardant fixement le monde fans s'ef^ 
fàrouchçr (c)» ' ^ 



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fc) Voyez la relation de Thevenot, tome 111^ 







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Vefpertilio 
jwpcis pent, 
Americams, 
Regn, anim, 
en ne donn; 
aux ailes; 
induit en ei 
doigts dans 
qui fait le pc 
M. Edwarc 
qu'il a fait d 
qu'il a réeil 
(ouris. 

Vejpemih 
Sloane, fJij 

Bat from 
tab. ibU» lïg 



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LA CHAUVE' SOURIS. 

FeR'DE'LÀNCE (a). 

\j A N s le grand nombre d'efpcces dé 
Cliauve-fouris qui n'étoiçm ni nommées 

(a) Vc/pertilio Amerkams iniîgaris, La Cfiauve^ 
fouris commune d'Amérique. Sei^, vol, /, pag, p o^ 
té, s S» fêr -*• 

Vefpertilio murini coloris , pedihus antlcls mradaâyllsi 

iwflicis pentadaûylis , nafo criftato Vefpenilh 

Americmus, La chauve - (buris d'Amérique, BrifTon» 
Regn, anim, pag. a 2 8. Nota. M. Bridbn s'eft trompé 
en ne donnant à cette chauve-(buris que quatre doigts 
aux ailes; ceft la figure donnée par Seba qui l'a 
induit en erreur, elle ne préfênte en effet que trois 
doigts dans la membrane de i*aile, & un quatrième 
qui fait ie pouce , mais c'efl une faute du Deflinateur» 
M. Edwards , qui a été plus exad dans le deffin 
qu'il a fait de cet animal, y a marqué les cinq doigts 
au'il a réellement comme toutes les autres chauve- 
fouris. ■ i 

Vefpemlh rojlro appeiuiice aitricula firma <lonawi 
Sloane, Hljl» of Jamdic, vol, II, pag, 330. 

Bat from Jamdtca, Edwards, ofBirds, pag, aoi^ 
tab. ibid, iîg. i • 



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i68 Hîflotre NaturvIU 

ni connues, nous en avons indiqué que!-» 
ques-uncs par des noms empruntés dç^ 
Langues étrangères, & d^aunes par d^^ 
dénominations tirées de leur caradère îe 
plus frappant; il y en a une que nous 
avons appelée le Fer - j - cheval , parce 
qu'elle porte au-devant de fa face un 
relief exadcment fembiable à la forme 
d'un fer à cheval. Nous nommons de 
^ême celle dont il eft ici queftion , le 
JFer-de-lmce , parce qu'elle préfente une 
crête ou membrane en forme de trèfle 
très-pointu, & qui reflemble parfîiitement 
à un fer de lance garni de Içs oreillons, 
Quoique ce caradère fuffile lèul pour la 
faire reconnoître & diftinguer de toutes 
les autres, on peut encore ajouter qu'elle 
ii*a prefque point de queue , qu'elle eft 
à peu près du même poil <S( de la même 
groffeur que la chauve-fouris commune , 
mais qu'au lieu d'avoir comme elle A 
comme la plupart des autres chauvc- 
iburis, fix dents incifiv.es à la mâchoire 

PerfpkUlatus vefpmiîiQ ecaufintus , vap foliato plm 
Mtuminiuo, Syfît tiiu. 7, Aluf, ad Fu t , pagt y, 
Linn. S^Ji, nat, «diti X, pag. 31. 

iiifôrieure, 



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{le h Chduve-foims Fer-de-knce. 1 6^ 

inférieure , elle n'en a que quatre : au 
refte, cette efpècc qui efl: fort commune 
en Amérique , ne iè trouve point eit 
Europe. 

II y a au Séne'gal une autre chauve*- 
iburis, qui a aulli une membrane fur le 
nez , mais cette membrane, a^ lieu d'avoir ^ 
la forme d'un fèr-de-iance ou d'un fèr-à- 
chevai , comme dans ies deux chauve- 
fouris dont nous venons de faire mention, 
a une figure plus fimple & reflèmble à 
une feuille ovaie : ces trois chauve-fburis 
étant de differens climats , ne font pas de 
fimples variétés , mais des elpèces dif^ 
tindes & féparées. M. Daubenton a donné 
la defcription de cette chauve - fouris du 
Sénégal fous le nom de la Feuille dans 
les Mémoires de l'Académie des Sciences , 
année 17JP, page s 74* . 

Les chauve-fouris qui ont déjà de 
grands rapports avec les oi féaux par leur 
vol , par leurs ailes & par la force des 
niufcles pe(5loraux , paroifTent s'en ap- 
procher encore par ces membranes ou 
crêtes qu'elles ont fur la foce ; ces parties 
excédantes , qui ne fe préfentent d'abord 
que comme des difformités fuperfîues, 

Tome XL H 






fyo Hïfloîre Naturelle, &c. 

ibnt ies caradèrçs réels & les nuances 
vifibles de l'ambiguïté de la Nature entre 
ces quadrupèdes volans & les ôifeaux ; 
car la plupart de ceux - ci ont auffi de* 
membranes & des crêtes autour du bec 
& de la tête , qui paroilfent tout auflî fu, 
perflues que celles des chav^yç-fourist 



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L E SER VA L (a). 

V^ ET animal, qui a vécu pendant quel- 
ques années à la Ménagerie du Roi , Ibus 
le nom de Chat-tigre , nous paroît être 
le même que celui qui a été décrit par 
M." de l'Académie (bus le nom de Chat" 
pard ; & nous ignorerions peut-être encore 
fon vrai nom fi M. le marquis de Mont- 
mirail ne Teût trouvé dans un Voyage 
italien (bj, dont il a fait la traduélion & 
Fextrait, ce Le Aiaraputé, que les Portugais 
de rinde appellent Serval ( dit le P. « 
Vincent-Marie) eft un animal fauvage « 
& féroce , plus gros que le chat fau- ce 
vage & un peu plus petit que la civette , ce 
de laquelle il diffère en ce. que fa tête cç 

fa) J^rvaf^ nom que les Portugais Tiabîtués dans 
rinde , ont donné à cet animai , que les habiians de 
Malabar appellent Marapute. 

Chatpard^ Ménîoires pour fervir à i'hirtoirc dcf 
animaux, partie t, page top» 

(b) Voyage du i^ère F. Vincent- Marie de Sainte- 
Catherine de Sienne, Venije , 1 68^^ in ■^' P'^op^ 
ïirticie traduit par M. le marquis de Montmirail, 

Hi; 



'ïï/a Hijfotre Naturcfle ; 

>> eft plus ronde & plus grofîè , relaiive- 
,» ment au vohMne de fon corps , & que 
>> fou front paroit çreufé dans le milieu; 
^3 il refTenible à la panthère par les cou- 
p> leurs du poil qui elt fauve fur la tête , 
33 le dos , les flancs , & blanc fous le 
?•> ventre , &. aufîi par les taches qui 
>> font diflinétes , également diftribuées & 
;>5 un peu plus petites que celles de la 
o5 panthère.; fes yeux font très - brillans , 
05 fès mouflaches fournies de foies longues 
>> ÔL roides , il a la queue courte , les pieds 
93 grands & armés d*ongIes longs & cro- 
;» chus. On le trouve dans les montagnes 
o3 de l'Inde ; on le voit rarement à terre, 
33 il le lient prefque toujours fur les arbres^ 
p> où il fait fon nid & prend les oifcaux , 
pj defqucls il fe nourrit ; il faute aufîi lé- 
» gèrement qu'un finge , d'un arbre à 
9> rautre, & avec tant d'adrefîè,& d'agilité 
» qu'en un infiant il parcourt un grand 
>> efpace, dt qu'il ne fiiit, pour ainfi dire, 
35 que paroître & dilparoître ; il efl: d'un 
pi> naturel féroce , cependant il fuit à l'af 
>5 pe<^ de l'homme , à inoins qu'on ne 
^> l'irrite , fur-tout en dérangeant là bauge, 
» Ç2ix alors U devient furieux ^ il s'élance^ 



V >; Ju Serval ' r/y 

mord 6l d^échÎFe à peu près comme la ce 
panthère ». 

La captivité , fes Bons ou Icfs mauvais» 
traitcmens , ne peuvent ni dompter ni- 
adoucir la férocité de cet animal ; celui 
que nous avons vu à la Ménagerie étoit^ 
toujours fur le point de s'élancer contre' 
ceux qui l'approchoient : on n'a pu le' 
dein ner ni le décrire qu'à travers la grille 
de fà loge : on le nourriffoit de chair 
comme les panthères & les léopards. 

Ce (êrval ou maraputé de Malabar & 
des Indes (c), nous paroît être le même 
animal que le chat -tigre du Sénégal & 
du cap de Bonne-efpérance , qui', félon le 
a^moignage des Voyageurs (d), reffemble 
au chat par la figure ,, <&. au tigic (c'eftr 



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(c) H y a à Sagori (îfe fur lè Gange) ^cî, chars ' 
tigres qui font gros comme un mouton. Nouveau voy.ige- 
par lejîeur Lui/lier, Rotterdam, iji*^, p. 90. 

fj) Voyage de Le Maire, page too* — Le' 
chat ^ti bois ou le chat -tigre cft le plus (rt'os de 
tous les chats fauvages^ du Cap , Ton habitation e(l 
dans les bois, & il cft tacheté à peu -près comme 
un tigre. La peuu de ces animaux aonne d'excellentes 
fourrures pour la chaleur & pour l'ornement , auflfi fe 
vendent-elles fort bien au Cap. Dtfcription du cap de 
Bonne-efpérance, par Jùl/ief tome III , page 50, 

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1 74 ////?(?/V^ Naturelle , éfa '^" '" 

à-dire à la panthère ou au léopard ) par 
les taches noires & blanches de Ton poi' ; 
<c cet animal , difent-ils , efl quatre fois 
» plus gros qu*un chat , ii eft vorace & 
» mange les finges , les rats ôi les autres 
animaux». , ,-^ 

Par la comparaifbn que nous avons 
iàite du ferval avec ie chat-pard décrit 
par M/" de T Académie, nous n'y avons 
trouvé d'autres différences que les longues 
taches du dos & les ^anneaux de la queue 
du chat-pard, qui ne font pas dans le 
ierval ; il a feulement ces taches du dos 
placées plus près que celles des autres 
parties du corps , mais cette petite difcon- 
venance fait une différence trop légère 
pour qu'on puiffe douter de l'identiié 
d'clpèce de ces deux animaux. 



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JL'OcÈLÔT eft un animal d* A métîque 
féroce & carnadier, que i*on doit placer 
à collé du Jaguar , du Cougar , ou im^ 
médiatement après ; car il en approché 
pour la grandeur , & leur rèfTembie par 
le naturel & par la figure. Le juâle & la 
femelle ont été apportés vivans à Paris pat 
M. TEfcot , & on lies a vus à la foire 
S.' Ovide au mois de Septembre de Tannée 
1764, ils venoient des terres voifines de 

fa) Oceîot , mot que nous avons tiré par abréviation 
de Tlalocelotlf nom de cet animal dans fon pays natal 
au Mexique. 

Tiacoojîoti , tiaîoceioti. Cam pàrdus mexkànusi 
Hemandl. Hifi, Mex. pag. 512, fig. ibU, 

ParHaïis. Felis cauda ehngata , corpore maatlls fupt- 

rhriùus virgatis , inferiorUms orbiculatis habitai 

in America, AJagnir$ido me lis , fupra fufcus ,Jubtûs aL 
licans ; lifiea mnélaque nigra per totwn corpus higi- 
mdimhttr fparjd ; fed pedes & abdomen tantum punéîiSt 
latera lineis titiorilus a/bis if fi^fi'^ pinguntur» Aures 
brèves margirte bifida abfque penicif/is , pedes /-^ ctiudâ 
verticillato uariegata i>rnpcrn0ne cati, ATyJhices ^ ordmwttt 
in jîngulo ordiue fet(Z ^, f, /, albcc , kifi nigra , lont 
gitudine caviiis* Linn, Syfi% nat* eJit. x • pag. ^'^% 

H 111; 



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\ij6 Hîftoke Naturelle '^^ 

^artagène , & ils avc^ient été enlèves tout 
petits à leur mère au mois d'Odobrc 
176.3 ; à trois mois d'âge , ils étoient 
déjà devenus aflez forts & afTez cruds 
pour tuer & dévorer une chienne qu'on 
ïeur avoit donnée pour nourrice ; à un 
an d'âge , ïorfque nous ies avons vus , ils 
îivoient environ deux pieds de longueur, 
i& il eft certain qu'il leur refloit encore à 
croître, & que probablement ils n'avoient 
pris alors que la moitié ou les deux tierç 
de leur entier accroifîement. On les mon- 
troit fous le nom de chat- tigre, mais nous 
sivons rejeté cette dénomination précaire 
&L compofée, avec d'autant plus de raifon, 
qu'on nous a envoyé fous ce même nom 
le Jaguar, le Serval & le Margay , qui 
cependant font tous trois différens les uns 
des autres , & différens auffi de celui dont 
ij eft ici queflion. t ,i -^ 

Le premier Auteur qui ait fait mention 
exprefle de cet animal , & d'une manière 
à le faire reconnoître , eft Fabri ; il a fait 
• jgraver les defïins qu'en avoit fûts Rccchi, 
& en a con:pofé la defcription d'après ces 
mêmes deffins , qui étoient coloriés , il 
en donne auiil une cfpècc d'hiftoire , 



.( » 



*' de FOceloté. V 177 

rf'après ce que Grégoire de Bolivar en 
avoit écrit &l lui en avoit raconté. Je ftus 
ces remarques dans la vue d*éclaircir un 
fait qui a jeté les Naturaiifles dans une 
efpèce d'erreur , & (ur lequel j-avoue que 
je m'étois trompé comme eux ; ce fait 
eil de (avoir fi les deux aniinaux defUnéâ 
par Recchi, !e premier avec le nom de 
Tlatlaukqumehtl , & le fécond avec celui 
de Tlaceoilotl , Tlalocelotl , Ôl enfuite dé- 
crits par Fabri comme étant d'efpèces 
diflerentes , ne font pas ie même animal; 
Gn étoit fondé à ies regarder, & on les 
regardoit en efïèt, comme différens, quoi^ 
que ies figures foient aflez fèmWables ^ 
parce qu'il ne laifle pas d*y avoir des di^- 
rcnces dans les noms , & même dans les 
defcriptions ; j*avois donc cru que le pre- 
mier pouvoit être le même que le jaguar,^ 
en forte que dans la nomenclature de cet 
animai , j*y ai rapporté le nom Mexicain 
Tlatlauhquîocelotl : or ce nom Mexicain ne 
lui appartient pas , & depuis que nous 
avons vu les animaux mâles & femeiJei 
dont nous parlons ici , je me fuis perftiadé 
que les deux qui ont été décrits par 
Fabrly ne fout que ce même animal dojo^ 

H V 



\ij% Hifloire Naturelle 

le premier eft ie mâle , & le fécond la 
femelle ; ii ^lloit un hafàrd comme celui 
que nous avons eu , & voir enfemble le 
mâle & la femelle pour reconnoître cette 
petite erreur. De tous les animaux à peau 
tigrée, Tocelot mâle a certainement la robe 
la plus belle & la plus élégamment 
variée (b), celle du léopard même n'en 
approche pas pour la vivacité des couleurs 
& la régiilarité du deflin , & celle du 
jaguar , de la panthère* ovi de Tonce en 
approche encore moins ; mais dans Td- 
celot femelle, les couleurs font bien plus 
fbibles , & le deffin moins régulier , Se 
jc'eft cette différence très -apparente qui a 
pu tromper Recchi , Fabri (c) & les autres; 

(b) Vmverftmt corpus pulchw Yofecxjue fuhrahet colore ; 
gxcepto iftferiore ventre qui éhkat potins ; maculis rofarum 
efigie, nigricantihts omnilms intrafuave néemem colotem, 
rotùm ira corpus , pedes if couda ordine quodam dijlin- 
guntur ut ekçantem plane huic animait acu piélum tapetem 
vel permetafma impofuum credtres ;funt autem macula ha, 
m dorjo ù" capite rotundiores majore/que; verfus rentrent 
vero pedefque oblongiufcula ix mitho minores, Fabri apid 
Httmm, Hifl, Jvlex» pag. 4.98, 

" (c) Si animalis fguram fptdemus cum antécédente non 
nthil corporis delineatio congruit ; fi cohrem iT maculas 
quilm pingitur , plurimum difcrepat» In hoc totius colot 
torporis non rdicundus Jed obfcure cinertut appartt })rattr. 



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"' ■ " iie TÔcehu ^ 179 

011 vérrû en comparant les figures & les 
clefcriptions dé l*un & de i'aiitre, que ies 
difFérenees ne iaiflent pas d'être confidé* 
rables , & qu'il manque à la robe de la 
femelle beaucoup de fleurs & d'ornemens 
qui le trouvent fur celle du mâle. 

Lorfque l'ocelot a pris fon entier ac- 
croiflèment, il a > félon Grégoire dç Bo- 
livar , deux pieds & demi de hauteur fur 
environ quatre pieds de longueur , la 
queue , quoiqu'afîcz longue , ne touche 
cependant pas la terre lorfqu'elle eft pen- 
dante , & par conlequent elle n'a guère 
que deux pieds de longueur* Cet animal 
eft très-voracè , il eft en même temps 
timide ; il attaque rarement les hommes , 
il craint les chiens ; & dès qu'il en eft 
pourfuivi , il gagne les bois & grimpe 
fur un arbre ; il y demeure , & même 
y (ejourne pour dormir & pour épier le 
gibier ou le bétail, fur lequel il s'élance 
dès qu'il le voit à portée ; il préfère le 
fang à la chair, & c'eft par cette raifon 



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ventrem tamen qui albicat. Ahcuîœ nec or^lnma: adeo nec 
itarotuHf/a rofeive coloris & jigurœ fed ohlongiz nigricantes 
mnes in meeiio vero alhicames fpargumur , crura non ita 
[or lia ^ i/c, iùicf» pag. 5 i j, 

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180 Hîjloire Naturelle 

qu'il détruit un grand nombre d'îuiimaux, 
parce qu*au lieu de iè raflafier en les dé- 
vorant , il ne fait que fe défaltérer en leur 
fuçant le fang (dj, 

<* Dans l'état de captivité il conferve (es 
mœurs , rien ne peut adoucir fon naturel 
ieroce , rien ne peut calmer Tes mou\e- 
mens inquiets , on eft obligé de le tenir 
toujours en cage» « A trois mois (dit M. 
» l'Efcot) lorlque ces deux petits eurent 
» dévoré leur nourrice, je les tins en cage, 
» & je les y ai nourris avec de la viande 
» fraîche , dont ils mangent fept à huit 
3» livres par jour ; ils frayent €n{èmble 



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(d) f^ota» Dampier parle de ce même animal fouj 
le nom de Chat-tigre , & voici ce qu'il en dit. «Le 
■^ chat-tigre des terres de la baie de Campeche ell d^ 
ï) ia groflièur de nos chiens qu'on fait battre avec les 
» taureaux ; il a les jambes courtes , te corps itimafle 

V & à peu-près comme celui d\in mâtjn , mais pour 
I* tout le refte , c eft - à,- dire la t^te , le poil , & 
» la manière de quêter la proie > il yefTetnbie fort 

V au tigre (jaguar), excepte qu'il n'eft pas tout-à-fait 
» il gros : il y en a ici une grande quantité ; ils dé- 
» vorent les jeunes veaux & le gibier qu'on y trouve 
y en abondance , aufH font- ils moins à craindre pouir 
» cela même qu'ils ne manquent pas de pâtures . . . «; 
» ils ont la mine altière & le regara fàrouchew, Vc^'agi 
dt Dampier ^ tome ïl\ , page ^ é. 



. ^. . . ., .1 ^ v> - j^ r Ocelot 1 8 r 

mâle & femelle , comme nos chats do- « 
jneftiques ; il règne entr'eux une fupé- c< 
riorité fmgulière de la part du mâle ; c< 
quelque appétit qu'aient ces deux ani- ce 
mnux , jamais la femelle ne s*avifè de ce 
rien prendre que le mâle n'ait fa fàtu- « 
ration ^ & qu'il ne lui envoie les morceaux « 
dont il ne veut plus ; je leur ai donné c< 
pluficurs fois des chats vivans , ils leur c< 
fuçent le (àng jufqu'à ce que mort s'en- c< 
faive , mais jamais ils ne les mangent ; « 
j uvoîs embarqué pour leur fubfiftance ce 
deux chevreaux , ils ne mangent d'au- c< 
cune viande cuite ni falée (e) >?. 

Il paroît par le témoignage de Gré- 
goire de Bolivar , que ces animaux ne 
produifent ordinairement que deux petits, 
& celui de M. l'Efcot femhle confirmer 
ce fiiit ; car il dit auffi qu'on avoit tué 
la mère avant de pren'dre les deux petits 



■UVh?^^' 



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(e) Lettre (îc M. l'Efcot, qui a amené ces animaux 
du continent de Cartagène, à M. de Bcoft , CorreC- 
pondant de i'Acadcmîe des Sciences , en date du xy 
feptembre 1764. Nota, M. de Beoft , qui a bien 
voulu me communiquer cette Lettre , a beaucoup de 
connoiflances en Hiftoire Naturelle , & ce ne fera paj 
la feule occnfîon que nous aurons de parler des ehoCe» 
dont il nous a fait parti 






182 Hiflotre Naîureîk , &c. ^"— 

dont nous venons de parler ; il en eft dô 
Tocclot comme du jaguar, de la panthère, 
du léopard , du tigre & du lion : tous ces 
animaux remarquables par leur grandeur, 
ne produifent qu'en petit nombre , au 
lieu que les chats qu'on pourroit aflbcier 
à cette même tribu produisent en aflez 
grand nombre , ce qui prouve que le plus 
ou le moins dans la production , tient 
beaucoup plus à la grandeur qu'à la forme* 




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183 



LE MARGAY(a); 

I i E Margay eft beaucoup plus petit que 
l'ocelot , il reflemble au chat Ihuvage par la 
grandeur & la figure du corps , il a feule- 
ment la tête plus carrée, le mufeau moins 
court , les oreilles plus arrondies & la queue 
plus longue; fon poil eft aulîî plus court 
que celui du chat (auvage , & il eft marqué 
de bandes , de raies & de taches noires 

(a) Margdy , mot tiré de Maragua ou Aîaragaia^ 
nom de cet animal au Brefli. ^ 

Au Maragnon, il y a des animaux qui font des 
cfpèces de chats fauvages , uue les Indiens appellent 
Margdia , qui ont la peau fort belle énint tavelée de 
toutes parts. Mif du P, (t Ahbtvtlle , page 250. 

Tepe A'iaxtlnton, Fernand. Hifl» Nov, Hifp, p. 9.' 

Maraguao Jive Maracaia» Matcg. Hift, Nat» Brrft 
pag. 233. 

Fefes fera tigrina Malahaia» Barrère, Hiji, de ht 
Fr.equiiu pag, 153. . !♦ • ff^' ' •;• v» ->^ "'^ "' 

Felis fylvfjîris tigrims ex Hiffoniola» Seba , voh 1}, 
fog» 77» tcib.i.8,fg, 2, • 

Felis ex grifeo flavefcem macuHs nigr'is varlegifa. . . < 
Fe/ts fylvejtris ligrina. Le chat fauvage tigre, BrilTg 
^tgnt anim» pag. iC6t 



1 84 Hl flaire Naturelle 

fîir un fôwd de couleur fiiuve ; on nous 
ia envoyé de Cayenne (bus le nom de 
Chat-tigre , & il tient en efïèt de la nature 
du cliat & de celfe du jaguar ou de 
Tocelot , qui font les deux animaux aux- 
quels on a donné le nom de tigre dans le 
nouveau continent. Selon Fernandès, cet 
animal , lorfqu'il a pris fon accroiflement 
en entier, n'eil pas tout -à- fait H grand 
que la civette; & félon Màrcgrave , dont 
k comparaifon nous paroît plus jufte, il 
ell de la grandeur du chat (iiuvage , auquel 
il refTemble auffi par les habitudes natu- 
relles , ne vivant que de petit ^bier , de 
volailles , &c. mais il efl: très-difificile à 
:^privoi(er, & ne perd même jamais fon 
naturel féroce ; il varie beaucoup pour les 
couleurs , quoiqu'ordinairement il foit tel 
que nous le préfentons ici : c'eft un ani- 
mal très-commun à la Guiane , au Brefil 
& dans toutes les autres provinces de TA- 
mériquc méridionale. Il y a apparence que 
c*efl le même qu*à la Louifiane on ap- 
pelle Pichou (b), mais l'efpèce en eft moins 

( h ) ht Pichou cft une efpèce *le chatî pitois aufTi 
VMUt que ie tigre , mnis moins gntoa , dont la peau t(\ 
«(fez belle, c'eil un grand deflrudtur de vulatÙc; nuii 



du Maî-gay, i 85 

commune dans les pays tempérés que dans 
les climats chauds. 

Si nous faifons la révifion de ces ani^ 
maux cruels, dont la robe efl fi belle & 
la nature fi perfide , nous trouverons dans 
l'ancien continent le tigre , la panthère , 
je léopard , l'once , le lèrval ; & dans le 
nouveau ie jaguar , i'ocelot & le margay, 
qui tous trois ne paroifl^ent être que des 
diminutifs des premiers , & qui n'en ayant 
ni la taille ni îa force , font auffi timides , 
aiiiii lâches que les autres font intrépides 

& fiers. \^nt--tug ^.,f^-^--. ^^'^, - ?-^ie^-I-. ■ 

Il y a encore un anhnaî de ce genre 
qui femble différer de tous ceux que nous 
venons de nommer, les Fourreurs l'ap- 
pellent Guépard ; nous en avons vu 
plulieurs peaux , elles refîemblent à celles 
(lu linx par la longueur du poil , mais 
les oreilles n'étant pas terminées par un 
pinceau , le guépard n'eft point un linx , 
il n'eft aufli ni panthère ni léopard , H 
n'a pas le poil court comme ces animaux, 
& il diffère de tous par une efpèce de 

par bonheur H n'eft pas commun à la Louifianc. MiJIoirt 
de la Louifmne , }uir le Page du Prat^ , tome il, 
page 9 a , fig. page 6y» 



> 



'" 1 8 6 JJlpke Naturelk ':-;^ 

crinière ou de poil long de quatre otï 
cinq pouces qu*il porte fur le cou ôc 
entre les épaules ; il a auffi le poil du 
ventre long de trois à quatre pouces , & 
la queue à proportion plus courte que \\\ 
panthère , le léopard ou l'once ; il eft à 
peu-près de la taille de ce dernier animal J 
n'ayant qu'environ trois pieds & demi de 
longueur de corps : au refle fa robe , qui 
cft d'un fauve très -pâle , cft parfemée 
comme celle du léopard, détaches noires, 
mais plus voifmes les unes des autres é\ 
plus petites , n'ayant que trois ou quatre 
lignes de diamètre. , > "( 

J'ai penfé que cet animal dcvoît étrel 
le même que celui qu'indique Kolhe fous| 
ic nom de loup - tigre , je cite ici fa def- 
cription ^cj pour qu'on puifîe la comparer 1 
avec la nôtre; c'efl un animal commun | 

/c) Il eft de !a taille d'un cîiîcn ordinaire & quei- 

3uefois plus gros : fa tête cfl large cornme Celle ilej] 
ogues que l'on fait battre en Angleterre contre les 
taureaux ; il a les mâchoires groffes auffi-bicn que le 
mufeau & les yeux , fe& dents font fort tranchantes; 
fôn poil eft frifé Comme celui d'un chien barbet , & 
'^ tacheté comme celui du tigre; il a les pattes larges & 
armées de groffes griffes , qu'il retire quand il vciitl 

comme les chais; la queue cfl courte il a pourl 

mortels ennemis le lion , le tigre & k léopard , qui lui 





Pé. ai.Pfrt/.Jiiù. 



cou & 
loil du' 
ces, & 
que laj 
il eft àl 
inimal , 
leini de 
5e , qui 
arfemée 
i noires, 
utres é\ 
i quatre 

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J.K ^MAIKVAY. 






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■ " Ju Margay, 187 

Jfliis les terres voifines du cap de Bonne- 
cfpérance , tout le jour il (è tient dans des 
fentes de rochers ou dans des trous qu'il 
Te creufe en terre ; pendant la nuit il va 
chercher (a proie ; mais comme il hurle 
en chafïànt Ton gibier, il avertit les hommes 
& les animaux , en forte qu'il eft afTez 
aifé de l'éviter ou de le tuer. Au refte , 
il paroît que le mot guépard efl dérivé de 
lépard ; c'eft ainfi que les Allemands de 
!es Hollandois appellent le léopard : nous 
avons auffi reconnu qu'il y a des variétés 
dans cette efpèce pour le fond du poil & 
pour la couleur des taches , mais tous les 
guépards ont le caractère commun des 
longs poils fous le ventre , & de la crinière 
fur le cou. ^ . ^ 



> '4. 



donnent très-fouvent fa chaflè; ils le pourfuivent juf- 
que dans (â tanière» Te jettent fur lui & ie mettent en 
pièces. Defcriptim du cap de Bmne-thérance , far Kolh, 
Itome III, pages 69 & 76. Nota, L'animai auquel cet 
I auteur donne le nom de ùgrtt cft celiii que nous avons 
appelé léopard ^ &. celui qu'il nomme léopard qA If) 
panthère. 






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4 ^ 



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'1 8 8 Hifloire Naturelle 



LE CHACAL (f 

■ '- ■ ■ ■■ ■=■ ET - ■ ■• «r = 



L'ADIVE. 



N 



ou s- ne fommes pas affurés que ces 
deux noms défignent deux animaux def-i 
pèces différentes ; nous favons fèuiemem 

faj Chacal , Jackal, nom de cet animal dansie 
I-evant , & que nous avons adopté ; Adïl , félon 
Jkion; 7Î//A/ dans quelques provinces du Levant, fdonl 
Olearius, Siacalkt félon CorneiHe le Brun; Adam 
en Italien, febn le P. Vincent - Marie ; Clùcal , en] 
^Turquie , Tclon Haflelquift ; Sîcal , félon Pollux; 
Sfjuilichi ç,T\ Grec, (èlon Belon ; Zacnlia , félon Spon 
& Weeler; Siachal , Schachdl , Siahaal , Siacàlt, m 
Ferfe, feton ICœmpfer ; Jacard , félon Delon ; D(è\ 
«n Barbarie, félon Shawj Jaqutparel * à Bengale & 
l^ari, au Maduré fdon d'autres Voyageurs. 

AdiU bête entre loup & chien , que lès Grecs nom* 
ment vulgairement Squilathi, & croyons être le ChryjiijA 
ou Lupus aureus des anciens Grecs, Obfervat, de ËdonA 
feuillet i 6j, . ; 

Lujms aurrus, Kœmpfer, Atnanit exotic* p. 4*3» ^i\ 
pag. 407, fig. 3. 

Vulpes india oritntalis, Valçntin, JMuj, p. 43 2 , fig.| 
Tab. 'bid. 

Canis finints, lupus aureus Le icup doiil 

Briflwn, Rign, anim* pag. 237. 



(^ 



Ju CIldCûl à* de TAdive. i 8 5> 

fluele Chacal e(l plus grand, plus féroce, 
plus difficile à apprivoilër que l'Adive (b/, 
niais qu'au refle ils paroiffeiit fe refTembler 
à tous égards. 11 le pourroit donc que 
adive ne fût que le chacal privé dont on 
l^uroit fait une race donteftique plus petite, 
plus foible & plus douce que la race 
kvage ; car i'adive efl: au chacal à peu- 
rès ce que le bichon ou petit chien 
arbet eft au chien de berger ; cependant 
omme ce fait n'eft indiqué que par 
uelques exemples particuliers ; que Tef- 
èce du chacal en général n'eft point 
omeftique comme celle du chien ; que 
ailleurs il le trouve rarement d'auflî 
randes difîefeiKîes dans tune efpèce libre* 
lous fomraes très-portés à croira que !ç 
hacal & i'adivje font réellement deux £(^ 
èces diftindes. Le loup , fc renard , le 
hacal & ie chien forment quatre .efpèce« 
ui, quoique très - voiiines les unes des 

Aurais canis, htjms aurais diâus. Linn. S}>fl» nàc* 
dit. X , pagt 4.0. 

t m(^) ^^^^' J'^' '" ^^"^ quelques-unes cfe nos Cbro* 
43^' ^S'Iiques de France, que du remps de Charles IX^ 

, . , leaucoup de femmes à la Cour avoienC àe$ adives au 

loup doie.^, ^^ pçjij, çI^jgQj^ 



que cfs 
nx d'ef-l 
Lilemem 

lai dansle 
(Jil , fclon 
ant, fclon 
»; AdàU 
Ihicâl , en 
1 Pollux; 
elon Spon 
Tmcalï, cnj 
on ; Dtè} 
Bengale à 
jrs. 

îrecsnom* 
le Chyjm 

, de Bclon, 

' 4» 3»% 



''Wïï^'- 



fipo» liiflolre Natîtrelle - 

autres , (ont néanmoins différentes entre 
elles: les variétés dans l'efpèce du chien 
ibnt en très -grand nombre*, la plupart 
viennent de l'état de domefticité auquel 
il paroît avoir été réduit de tous les temps. 
L'homme a créé des races dans cette ef- 
pèce en choififlant & mettant enfènible 
les plus grands ou les plus petits , les plus 
jolis ou les plus laids , les plus velus ou 
les plus nus , &c. mais indépendamment 
de ces races produites par la main de 
l'homme , il y a dans Tefpèce du chien 
plufieurs variétés qui fembient ne dé 
pendre que du climat. Le dogue , fe 
danois , Tépagneul , le chien turc ^ celiiii 
de Sibérie , &c. tirent leur nom du climatl 
d'où ils font originaires , & ils paroiflent 
être plus différens entr'eux que le chîi 
ne l'eft de fadive : il le pourroit donc] 
que les chacals fous différens climai 
cuffent fubi des variétés diverfès , & ce! 
s'accorde afîez avec les faits que iioi 
avons recueillis. Il paroît par les écrits d( 
"Voyageurs , qu'if, y en a par - tout 
grands & de petits; qu'en Arménie, 
Çilicie , en Perfe & dans toute la pan 
de i'Afie^ que nous appelons le Levûà 



a 



^;c 



es entre 
iu chien 

plupart 
é auquel 
es temps. 

cette ef- 
enfenible 
i , les plus 

velus ou 
idammem] 

main dcl 

du chien I 
it ne dé- 



ioguc 



turc ; celui! 
Il du climatl 

paroifientl 
[e le chîicall 

rroit donc! 

ns climatsl 



i/// Chacal & Je l'AJive, rp î) 

©ù cette efpècç çft irés - nombreufè , 
très - incommode Sa très - nuifible , ils 
font comnmnément grands comme nos 
renards (cf, cju'ils ont feulement les jambes 

fc) Le jacard ou adîve efl grand comme un cFiîen 
nicdiocre , reflènîblant au renard par la queue & 
tu loup par ie mufeau ; on en élève dans les mai- 
fons, piais leur nature eft de (ê cacher dans la terre 
pendant le jour , d'où ils ne fortent que la nuit pour 
chercher à manger ; ils vont par troupes , dévorent 
les enfàns & fuient les hommes , leurs cris fonç 
plaintifs, & Ipn diroit fouvent que ce font ceux de 
pluficurs enfàns de divers âges mêlés enfcmble; les 
chiens leur font la guerre & les éloignent des mai? 
Tons, Voyage de Delon , jjû^c top.- — H fe trouve 
pi Perfe Une efpèce de renard appelé Schakal , quç 
ks habitans nomment communément Tttlki , qui y 
ibnt en très - grand nombre & de ia grandeur à 
peu - près de nos renards d'Europe , le dos & les 
côtés couverts d'une efpèce de groffe laine avec des 
poils longs & rôides , le ventre blanc cpmm- neige, 
i« oreilles noires comme yyi , la queue plus petite 
que celle de nos renards ; nous les entendions la 
nuit rôder auiouf du village où nous étions ^ fort 
importunes de leurs cris lugubres , afTez fcmblables 
à ceux d'un homme qui fe plaint , & qu'ils ne 
cefTent de faire entendre. Voyage 4'OlSarius , ;;, /^/, 
r- L'addibo (adive) reffemble au loup par la figure , 
fou poil & fa queue, mais il efl plus petit, & fa 
t?ille eft même au-deftbus de celle du renard ; il efl 
très-vorace , mais ftupide , il voyage la nuit & refte 
je jour daus fa tanière i fur l;i brunç qi> ne voit autrfi 



I«./ 



192 Hifloîre Naturelle ;^" 

plus courtes , ^ qu'ils ibiit remarquables 

- ■ . *--■' ■■■.--' •-^" par 

<ïiofe djBis ïa campagne j ces animaux s'approchent dej 
Voyageurs & s'arrctent pour les regarder (ans paroître 
rien craindre. Us courent dans les églifes où ils déchirent 
.& dévorent tout ce qui leur convient ; tout ce qui cft 
fait avec du cuir cft leur met5 favori. L'adivc glapit 
comme le renard^ & quand un crie tous les autrej 
lui répondent ; cet inftin<îl de crier tous enfcmble 
ne paroît point volontaire, mais de pure nécefîlté, 
au point que tî l'un de ces animaux e(l entré duns 
luie mai/on pour voler & qu'il entende (es com- 
pagnons crier au loin , il ne peut sempêcher de crier 
auiïî , & par- là de fc déceler. Voyage tin Père, />, 
■ Vincent-Marie , chap, XIII , irticle traduit par M. le 
marquis de Montmirail, — On a gardé pendant plus 
de dix mcMjS un chacali dans une maifon où j'ai 
demeuré quelque tempi : c'eft un animal fc 1cm- 
blable au renard en grandeur , en figure Ôt en 
couleur que la plupart des étrangers y font prefque 
toujours trompés brfqu'ils en voient quelqu'un pour 
la première fois ; la plus grande différence qui 
fbit entre Tune & l'autre ,, c'eft dans U têt^, le cha- 
cali l'ayant faite comme un chien de Berger qui 
aurolt le mufeau long , & dans le poil qu'il a rude 
comme celui du loup : fa couleur çft aufTi affez 
femblahle à celle d'un loup , & il put fi extraor- 
dinairemcnt qu'il ne peut fe coucher un moment 

dans un endroit (ans l'infeâer. * Cet animal 

cfl extrêmement vorace & hardi Il ne craint 

pas d'entrer dans les maifons .... Lorfqu'il rencontre 
Un homme , au lieu de fuir d'abord comme les 
autres bêces , H le regarde âcrement comme s'il 






du Chacal & de TAdive. 1 9 5 

par la couleur de leur poil , qui efl d'un 
jaune vif & brillant ; c'ed pour cela que 
j)liiricuri Auteurs ont appelé le chacal 
loup doré. En Barbarie , aux Indes orien- 
tales , au cap de Bonne - efpérance , & 
dans les autres provinces de l'Afrique &; 
de l'A fie, cette efpèce paroît avoir fubi 
plufieurs variétés ; ils font plus grands 
dans ces pays plus chauds , &. leur poil 
efl: plutôt d'un brun - roux que d'un 
beau jaune, & il y en a de couleurs diffc- 
rciues (^d), L'efj:)èce du chacal efl: donc 

vouloir le bi-aver , 6c prend enfuitc fa coiîrfe. II t?L 
d'un méchant naturel , & toujours prêt à mordre , 
quelque foin que l'on premie de l'adoucir par ^^% 
carelîes ou en lui donnant à manger , ce que j'ai pu 
remarquer en celui dont je viens de parler, qui avoit 
été trouvé fort jeune, 6c qu'on avoit pris plaiflr .1 élever 
comme un chien qu'on ainWoit beaucoup j cependant 
il ne s'apprivoifa point parfiitemcnt , il ne pouvoir, 
fouffrir les attouchemcns de perfonne , il mordoit tout 
le monde, & jamais ox\ ne put parvenir à l'emptchet* 
de monter fur la table & d'y enlever tout ce qu'il 
pouvoit prendre. Toute la campagne de la Natolie ef{ 
peuplée de ces chncalis : on les entend toutes les nuits 
faire un bruit fort grand autour des villes , lYon pas en 
aboyant comme If ^ chiens, mais en criant d'un certain 
cri aigre qui leur tfl particulier. Voya<^t de Dumom* 
ta ILiie, t 6pp, tome IV% yngc 2p, 

(d) Le jackal que les fujets du roi de Com:'.ny près 

Tome XL 1 



-,y->*:- 



\ 



1,94 [Hiftohe Naturelle 

;^panckje dans toute i'Afie, depuis l'A r- 
^lénie jwfqu'au Malaj^ar (e) , & fe trouve 

,d*Acra nous apportèrent, étoit gros comme un mou- 
ton, mais jt avoit. lés pjeds plus hauts: Ton poil étoit 
court & tacheté , fcs. pattes , à proportion de fon corps , 

,étoient prodigieufement épaiflfes H avoit la tête 

auflî fort gi-ofle, plate & large, avec dès dents cha- 
cune de la longueur d'un doigt 7k au -delà H 

a aux pieds des griffes d'une épouvantable grpflcur. 
Yoyage de Bojmm, page ^ ^i, 

(e) Il y a à Bengale des chiens (âuvages appelés 
'Jdquejfarels ou Chiens criards, dont le poH eft rouge ; 
ils viennent en troupe toutçs les nuits aboyer effroya- 
b'ement le long du Gange, leur voix & leurs cris font 
il différens & fi confus qu'on ne peut s'entendre pot- 
ier : ils ne fc détournent point quand les Maures partent 
près d'eux ..... Ces animaux font communs pre/qùe 
dans toutes les Indes. Voyage d'hinigo de Biervillas, 
première partie , page ij8, — Il y af au Maduré une 
cfpcce de chien fauvage qu'on prendroit plutôt pour 
.un renard ; lés Indiens l'appellent Nari & tes Portugais 

Adiba Lorfquc je vovageois la nuit, j'entendois 

ces animaux hurler à toiH heure. Lettres édifiantes, 
)ill* recueil, page p8. — Il'fe trouve h Guzaratte 
une efpècc de chien fauvflge qu'ils appellent Jakals, 
Eslatim de Aûandcljla ; fuite d'Olearius , tome 11, 
page 2j^. — On voit un grand nombre de jackales 
ou Jachals au pays de Mahibar ; j'en ai vu aulTî dans 
Jes bois de Ceylan, ils font de la figure du renard, 

particulièrcmtnt par la quçue Us font fort 

fiiands de chair humaine Ifs fuivoient notre 

ai'mée Si déterroient nos morts. . . . Nous entendions 
/ouvent la nuit les cris effroyables de ces animauX| 
i^m r^endipjent allez fi ceux clés chiens irrites. ,,.•«' 



"ifu Chacal & de ïASve. ip j" 

èiilfi ^n Arabie , en Barbarie (f)» en 
Mauritanie, en Guin<fe (g) & dans les 

Its Retient à dîverfes repriftfs cortimc fi ils fc rcpon- 
(ioient. Recueil des voyages de la Cowprtgmt des ïndet 
orientales, tome VL page pfo. Tout le pays de Calicut 
ell auffi rempli de renards ( chacals ) qui viennent ia 
nuit jufque dans la ville , & chafTeni comme font ici 
les chiens & on n'entend autre bruit toutes les nuits par 
les jardins & chemins. Voyage de Fr, Pyrard, tome 1, 
fAge ^-27. — Le fchecàle eft une efpèce de chien 

lauvage Il y en a une fi grande quantité aux 

environs de Sourate, que nous he pouvions nous en- 
tendre parler à caufe du grand bruit qu'ils fàiîoient, 
criant ai(tin<flement owrt, oua, oua , qui approche de 
lîaboi du chien ; cet animal e(t friand des corps morts....» 
Il y en a auffi en quantité dans les déferts d'Arabie, le 
long du Tigre , de l'Eufrate & dans l'Egypte. Voyagt 
à la Boulaye-le Goui, page -2/4, 

ff) Aux royaumes de Tunis & d'Alger, le deab 
ou jackall cft d'une couleur plus obfcure que le re- 
nard , & à peu près de ia même grandeur j il glapit 
tous les foirs dans les villages & dans les jardins , 
k nourriflant comme le dulwa/i , de racines , de fruits 
^ de charognes. Voyage de Shaw, tome I, page ^20» 
I<l0TA. Le dubbali dont Shaw fait ici mention ti\ 
l'hyœne. 1 •. 

(g) On trouve en Guinée , & plus communément 
encore dans le pays d'Acra & dfans celui d'Aquam- 
boé, un animal très-crUel , que nos gens appellent 

Jackals Ils viennent la nuit jufque fous le» 

murailles du fort que nous avons à Acra , pour tâcher 
d'enlever des étables les pourceaux , les moutons , &c^ 
Voyage de Bofman, ya^e z^ç . Voyez idem, page ^ ^ t\ 
fy ^j2» -—Les chiens fauvages de Congo, qu'on 



'\^ 



't()6 • Hifîohe Naturelle h 

terres du Cap ; il feisnble qu'elle ait ^té 
«leftinée à rernpfaccr celle du loup y ^^ 
qui manque au du moins qui eft très-rarç 
dans tous les pays chauds. 

Cependant , comfne l'on trouve des 
chacals & dçs adîves dans les mêmes 
terres , comme refpèce n'a pu être dé~ 
natures par une longue domefticité , & 
qu'il y î^ conftamment une difFérence 

appelle AMbia , font ennemis n)OJ'tefs de tous les 
autres cjuadrupcHes ; ils ne diflferent pas beaucoup de 
nos cFirens courans, on les voit courir par troupe i|c 
tiente & de qumntç, quplquetois même en plus grand 
nombre. .... ils attaquent toute forte d'apimaux, & 
ordinairement en viennent à bout par le nombre: ils 
n'attiiquent point les hommes. Voyage V/« P. Zuchel 
à Congo & en Ethiopie , -page 2p^ , cité par Kp!ùe> Le 
chien ftuvage du cap de Bbnne-elpcrance rcflemble à 
ceux de Cpngo décritî^ par le P. 1,\icht\, &c, Di.f- 
çri^tion du cap de Bonne-ejpéïmce ynr Kclbc, partie 111, 

jaa^e ^S 11 y a au cnp un animal cfe)nt 

i'eipècc approche beaucoup de celle du rcnnni ; Gefncr 
& d'autres l'ont appelé Renard croife\ les Europcens 
du cap lui donnent le nom de Jackah , & Its 
Hottcntots celui de '/.cn'àe ou Kenlie» Idem , partie 111, 
pttge 62, 

(h) J'ai obfervé qu'il n'y a guère de loups en 
Hircanie , ni dans les iUitres provinces de 1^ Pctfe, 
mais qu'il s'y trouve par-tout un animal dont le cri 
eft effroyable, qu'ils :»ppellent CJuical. il en veut par- 
ticulièrement aux cc^rps morts qu'il déiwe. Vi])tii^i 
ffiCha-din, tme 11, pcgi ip* 



dû Chacai & de VÀdïve, \^J 

tonfidérable entre ces animaux pour ia 
grandeur & même poui* le naturel ; nous 
les regarderons coinme deux efpèces dif* 
tindes , fauf à les réunir lorfqu'il lera 
prouvé ., par le fait , qu'iis le mêlent & 
prodiùfent cntembie. Notre prélbmption 
lur ia différence de ces deux efpèces eft 
d'autant mieux fondée , qu'elle puroît 
s'accorder avec l'opinion des Anciens. 
Ariftotc, après avoir parlé clairement du 
loup , du renard & de i'hyaene , indique 
aflez obfcurément deux autres animaux 
du même gei r^ î un fous le nom de 
Panîher t & l'au <. ; ous celui de Tlws ; 
les Tradiu^eurs ti Arirtote ont interprété 
panther ]3ar lupus cmiarius, & thos par lupus 
{crvar'ws , loup canier, loup ccrvier; cette 
interpréiaiion indique aflez qu'ib regar-- 
doient le panther & le thos Gonime ô^s 
ef})cces de loups ; mais j'ai tak voir 
A l'article du lynx que le lupus cervarius 
des Latins n*eft point le thos des Grecs: 
ce lupus cervarius eft le même que le 
£h(tus de Pline , le même que notre lynx 
ou loup cervier , dont aucun caradère ne 
convient au thos. Homère , en peignant 
ia vaillance d'Aiax, qui fciil fe précipite 

lu; 



i f 



Ip8 Hifloire Naturelle . . 

fur une foule de Troyens , au milieu 
defquels UlylTe blefTé fe trouvoit engagé, 
fait la comparaifon d'un lion qui fondant 
tout-à-coup fur des thos attroupés au- 
tour d'un cerf aux abois , les difperfc 
& les chafTe comme de vils animaux. Le 
fcholiafte d'Homère interprète le mot thos 
par celui de panther , qu'il dit être une 
cfpèce de loup foible & timide ; ainfi le 
thos &■ le panther ont été pris pour le 
même animal par quelques anciens Grecs.: 
jmais Ariftote paroît les diflinguer, fans 
leur donner néanmoins des caradèrcs ou 
des attributs difFérens. « Les thos, dit-il, 
» ont toutes les parties internes fèmbla- 

» bles (i) à celles du loup. ils 

j> s'accouplent fk) comme les chiens, 
5> & produifent deux , trois ou quatre 
, >» petits , qui naiffent les yeux fermés : 
» le thos a le corps & la queue plu« 
» longues que le chien ^ avec moins de 
» hauteur, & quoiqu'il ait les jambes plus 
yy courtes , il ne laifTe pas d'avoir autant 
» de vîteffe , parce qu'étant fouple âc 
9» agile , il peut lauter plus loin • 

(î) Arirtotc, Hifl, anim. lib. 11, cap, XV Ih^ 
- W. (f^f^t i^h Vh ^^P:- ^^^% 



iiu C/jacal à' Je l'Adîve. tç'^' 

lue iîon & Iç thos font ennemis fi J,'é. 
parce que vivant tous deux de chair , «c 
ils font forcés de prendre leur nourri- «c 
ture fur ié même fonds,- & par con-"<c 

féquent de fe la dtfputer Les «c' 

thos fmj aiment l*hommé, ne i'atta- a' 
quent point & ne \e crargnent pas Vc 
beaucoup ; ils fe" battent contre lesVc 
chiens & avc»c le lion, ce qui fait que <rc 
dans le m^me lieu ort ne trouve guère « 
des lions & des thos. Les meilleurs « 
thos font ceux qui font les plus peuts; <c 
il y ert a de deux efpèces , quelques- « 
uns même en font trois. » Voilà tout c«' 
qu'Arillotc a dit au-fujet des ;hos, & il 
en dit infiniment moins fur le panther; 
on ne trouve qu'im ^ul paffage dans le 
même' chapitre trente - cinq du fixième 
livre de Ion Hiftoire des animaux. « Le 
panther , dit-il , produit quatre petits , ce 
ils ont les yeux fermés comme les pe- c< 
tits loups lors de leur naiffance. » En- 
comparant ces paflages avec celui d'Ho- 
mère & avec ceux des atitres auteur^ 
Grecs, il me paroît prefque certain qu^' 

fJJ Ariflote, Hiff, nnhn. lib, IX, C(t}>. /. 
(m) 1dm. lib, JA. cap^ xuVt 

1 ui;? 



7/ 



\ 



200 hijloire Naturelle 

Je thos d'Ariftoie efl le grand chacal, 
& que le paniher efl: le petit chacal eu 
i'iidive ; on voit qu'il admet deux efpèces 
de ih©s, qu'il ne parle du panther qu'une 
feule fois, & pour ainfi dire à l'occafion 
du thos ; il eft donc très - probable que 
ce panther eft le thos de la petite efpèce , 
& cette probabilité fenibie devenir une 
certitude par le témoignage d'Oppien (n), 
qui met le panther au nombre des petits 
animaux tels que les loirs & les chats. . 

"- Le thos eft donc le chacal, & le pan- 
ther eft fadive , & foit qu'ils forment deux 
efpèces différentes ou qu'ils n'en faffent 
qu'une, il eft certain que tout ce que 
iês anciens ont dit du thos & du panther 
convient au chacal & à l'adiyc , & ne 
peut s'appliquer à d'autres animaux ; & fi 
jufqu'à ce jour ia vraie iignificaiion de 
CCS noms a été ignorée , s'ils ont toujours 
été mal interprétés , c'eft parce que les 
Tradudeurs ne connoiftoient pas les ani- 
maux, & que les Naturaliftes modernes 
i|ul les connoiifoient peu n'ont pu les 
réformer. 

(aj Oppian. «fe VenauQUif îilf» ll^ 



"■><. 



r/// Chacal & àk /'AJivCé 201 

\ Quoique l'erj^èce du loup fbk fort voî- 
Cuie de celle du chien , celle du chacaï ne 
laiÇc pas de trouver place entre les deux ; 
Je chacal ou adive , comme dit Belôn , ejl 
hête entre loup & chien; avec ia férocité du 
loup , il a en eiïèt un peu de la ^ niUaritc 
du chien, fa voix eft un h. *em mêié 
d'aboiement & de gémifTeiijiens (o) ; il eft 
plus criard que le chien , plus voracc 



': i': <.i .i ,> ^ ■'.'il ,; ï- V! 



(o) l\ eft (Trïne beik couleur jaune , plus petit que 
le loup , marchant toujours en troupe , jappant toutes 

ks nuits Vorace & voleur , en forte qu'il era- 

jporte non - (èuknnent ce qui eft bon à manger, mais 
même les chapeaux , ks ibuliei^ \es brides des che- 
vaux, & tout ce qu'il peut attraper. Obftrv* dt Belon; 
rvage I é ^ , — Jackal ^icnè onmem orienum inhabitat ; 

heflid afiuta aurfax Ù" fumciffima eji Jnterdiu. 

circa montes latet , noélu pervigil & vagus eft ; catet" 

tatim prcuîatum excurrit in rurn if pagos 

Vlulafjtm noéhi edunt execrahikm ejulatui humatto non 
■tlifnm/em quem imerdum vox iatramium tjuafi canum 
imerjirepit : unique inclamanti onvtes acclamant, quotquot 
rocem è longinquo audiunt. Kœmpfer, Amanit, exotlc, 
■vag» ^t 3' —Vers k canal de b mer Nowe, il y a 
beaucoup de fiacalles ou chiens fauvages qui ne rcf- 
fcmbknt pas mai à des renards , fur-tout par k mu- 
^au. On croit qu'ils font engendrés des loups & ^ 
ichiens ; ils font le foir, & quelquefois bien avant dans 
la nuit , des hurkmens effroyables ..,..,. Ils fonC 
ifort mcchans & aulTi dangereux que les loups Voyajpe 
nk CorncHU k -Brun, foi.Pmi, JpiJf, J^age //♦ 

i V 



fj: T 



,.^.-^,., ,., . .... . ;"'..■! 

ZOZ' HtJ!o)re Naturelle ^ 

que iç loup ; il ne va jamais fèul , niaiji 
toujours par troupe de vingt, trente oii 
quarante; ils fe raflemblent chaque jour 
pour foire la guerre & Li chafle; ils vivent 
de petits animaux^ & fè font redouter 
des. plus puifTans par le nombre; ils 
attaquent toute efpèce de bétait, ou de 
volailies prefqu'à ia vue des hommes ; ils 
entrent infblemment & fans marquer de 
crainte dans les bergeries, les étables, les 
écuries,, & lorfqu'ils n*y trouvent pas 
autre choie , iJs dévorent le cuir des 
harnois , des bottes , des fouliers , & 
emportent les J^ières qu'ils n'ont pas le 
temps d'avaler. Faute de proie vivante, 
ils déterrent les cadavres des animaux & 
des hommes ; on eft obligé de battre Iji 
terre fur les fépulturcs , Su d'y mêler de 
grofîes épines pour les empêcher de la 
gratter & fouir , car une épaifTeur de 
quelques pieds de terre ne fufïit pas 
pour les rebuter (pj i ils travaillent plii- 

(v) Les adives font três-a vides de cadavres, parti- 
culièrement de cadavres humairj5. Quand les Chrétiens 
vont enterrer quelqu'un à la campagne , ils font une 
fofTe très -profonde, & qui n'eft pas fuffifante pour 
qu'ils ne déterrent pas .les corps; c'eft pourquoi ion a 
fifiUtUQic de iouler avef les pie<b ia terre que l'on jettg 



Jti Clicical à* de TAdive, 'i o 3 

fieurs enfembie , ils accompagnent de cris 
lugubres cette exhumation , & lorfqu'ils 
font une fois accoutumés aux cadavres 
humains , ils ne ceflent de courir les- 
cimetières , de iuivre les années , de. 
s'attacher aux caravanes : ce font les cor- 
beaux des quadrupèdes , la chair la plus 
iiifedle ne les dégoûte pas ; leur appétit;, 
eft fi confiant , fi véhément ,. qiie le. 
cuir le plus fec eft encore (avourcux,. 
& que toute peau , toute graiflè , tout^r 
ordure animale leur eft également bonne* 
L'hyaenc a ce même goût pour la chair* 
pourrie ; elle déterre auffi Içs cadavres , 
& c'eft fur le rapport de cette habitude, 
que l'on a fouvent confondu ces deux' 
animaux, quoique très-différens Tun de 
l'autre. L'hyœne eft une bête folitairc ,: - 
filencieufe, très-fauvage , & qui, quoique 
plus forte & plus puilTame que le chacal y 

(îans la fofTe, & d'y joindre dc5 pierres &:des épines 
qui bienânt ces animaux , les emptchcnt de fouiller 
plus avant. Le- nom clive veut dire hay en langue 
arabe ; fa figure , (on poil & fa voracité font bien ana- 
logues à ce nom j mais ia grandeur, Ta tamiliarité & 
fà ftupidité en donneM une itiée différente. Voyage dn * 
p. Fr, Vincent -Marie , chap. XIJI , artide traduit f(^/ 
M» k Wéir^iiis de Mpmmiraili 



104 f^ipoke Naturelle, &c. 

n'eft pas aufli incommode, & fe contente 
lie dtvorer les morts , uns troubler les 
\iviins, au lieu que tous les Voyageurs le 
plaignent des cris , des vols & des excès 
du chacal fej) , qui réunit l'impudence du 
chien à la baffefië du loup , & qui parti- 
cipant de la nature des deux fcnihie n'être 
qu'un odieux compolé de toutes les mau- 
Vaiies qualités de l'un & de l'autre. 

{(} ) Jitckalls ah in p ^rem pîenty ahout tfie gardenr, 
thit they yajf in numtcrs like a pack of homds in fui cry 
cveri evening , giving not only dïjbtrèaiîce by their noije , 
hut nmking fret with ihe youltry a/ul other prov/Jions , 
ifvery good care is ttot taken to hep them om fifthdr reac/ii 
T/ie Nui, Hijl. ofalepo ly Alex, Rujfeh London , 1 7J ^, 
— Il y a beaucoup de chacals autour du mont Cau- 
café ; cet aiiimal n« retTcmble pas mal au renard. II dé- 
terre les morts , & dévore les animaux & les charognes. 
On enterre les mbris en Orient Taris hicre & dans leur 
foaire. J'y ai \u en piufreurs endroits rouler de groffes 
piencs lur les foffes , uniquement à caufe de ces bttes 
pour les empêcher de les ouvi*ir &. de dévorer les 
cadavres. La Mingrelie efV couverte de ces chacals; ils 
aiîlégfnt quelquefois les mai(bn«s, & font àti hurlemens 
<^pou vanta blcs , le pis eft qu'ils font de grands dégâts 
<ians les troupeaux & les haras. Voyage de Cliardia, 



i^^^ré2^ 



10 5 



HmÊmmma 



mf 



S 



L'ISATIS (a). 



I le nombre des reïTemblances en g^* 
lierai , fi la parfaite conformité des parties 
intcrJeures fiiffifoient pour aïïurer l'unité 
des elpèces, le Loup , le Renard, & le 
Chien n'en formeroient qu'une feule , car 
le nombre des refTemblances efl beaucoup 
plus grand que celui des différences , & 
lu fimiiitude des parties internes eft entière ; 
cependant ces trois animaux forment trois 
tipèces non - (èulement diflindes , mais 

(a) Ifatîs , nom que M. Cmdin a donné à cet 
animai , & que nous avons adopté. Jonflon indique 
aufTi ce nom. De quad, digit. pag. 135. 

Pifli, en langue Ruflè, fcbn Gmelin, tome 111, 

Vulpcs alba » . . Vulpes crucigera, Aldrov. 'di 

^uad. digiî. pag. a 2 I /k fuiv. fig. ibid. 

Canis hieme alba^ aftaîe ex chtereo carulefcens » . . , c 
Vul/xs all>a, le Renard blanc. BrifT. Regn. afiitn^ 
.pa^/. 24.1. 

Lagopus. Cams cnvdn reéiày aj^ice concokr^, Syfl^ 

I^at, / Vulpes alba, Kalm, Bahits , 2.^ 6 ^ , , , ^ 

Vulyes carulcfcens. Fam, Suec. 1^ habitat in 

ii'pibus Lapponicis , Sibiria pedes denfîjfime ^k^fi, 

vtin kpore* Linn. Syfi,> iVo/i edit. x, pag. 4>o. 



^:to^ hïfloire Naturel^ . 

oiicore affèz éloignées pour admettre entre. 
«Iles d'autres efpèces ; & comme celle du 
chacal eit intermédiaire entre le ctiien <Sc 
le loup , l'efpèce dé ITfàtis fe trouve pî'acee 
de même entre le renard & le chien. Ju(^ 
<|ivà ce jour l'on n'avoit regardé cet aniinai 
que comme une variété dans l'elpèce du 
rérward; mais la defcpiption qu'en a donnée 
M. Gmelin f'b), & de laquelle nous ferons 
ici rextraîtj.ne permet plus de douter que 
ce ne foient deux efpèces différentes. 

L'ifàtis ( dont nous donnons ici les» 
dimenfions du mâle & de la femelle ) 
eft très -commun dans toutes les terrb- 

(h) Navi Comment. Acad. Petrop, tom, V, ad amtos 



^ 



DIMENSIONS 
de l'Isatis. 



De l'extrémité du 
raufeau à l'origine 
de la queue 

Lbngueur de la queue. 

Longueur des oreilles. 

Laigeur des oreilles à 
labafe.,,, ,«, , .^ 




s 


^1 


'emelh. 1 


lOUC. 


ligiu 


TO, 


H 


I 1. 


a 


2. 


II 


I. 





- " </^ rifcïtis» 207 



DIMENSIONS 

de L ' I s A T I s. 



Diftance des oreilles 
entr'elles 

Longueur du bras. . 

Longueur de l'avant- 
bras 

Longueur du carpe , 
du métacarpe & 
des doigts 

Longueur des ongles 
des pieds de devant. 

Longueur dts cuiflcs , 
cl ... . . . presque. 

Longueur des jambes , 
ci prefque. 

Longueur àt& piçds 
de derrière 

{Longueur àes ongles 
des pieds ile derrière. 



L' I S A T I S 

Mâk. I Femelle. 




pieds pouc. ligii. 
1 4-. 'T- 



// 3. a 



5* 



U M U^i 

g ^. if 

M 5. il 

H 4« tt~* 



Il U nf. 



pieds pouc. lign« 

// 2. ^^-7. 

/y 3 . //-j.. 

i' 3- *T- 



4 



! 



' 3' 



n^ 



* # //f,' 



^ 4. «"'. 



Il 4. /^-^, 



éi\ nord, voifmes dé la nier glaciale, & 
jje fè trouve guère en-deçà du foixam*^ 
Ueuvième degré de latitude : il eft toutr 
à-fait reflembiant au renard par la fonii,e 
dii corps & par la Ipngucur de la queue, 
lioais par la tête il rejfoiibk plus au çitten^^ 



'aô8 ^ Hifloire Naturelle 

il a k poil plus doux que le reiiarj 
commun, & l'on pelage eft blanc dans 
un temps , & bleu - cendre dans d'autres 
temps. La tête efl courte à proportion 
<Iu corps , elle e(l Lirge auprès du cou (Se 
fe termine par un mufeau alTez pointu; 
les oreilles font prefque rondes : il y a 
cinq doigts & cinq ongles aux pieds 
<Ie devant, & feulement quatre doigts 
& quatre ongles aux pieds de derrière; 
dans le mâle, la verge efl à peine grofle 
comme luie plume à écrire , les teflicuks 
font gros comme des amandes & fi Ifc rt 
cachés dans le poil qu'on a peine à les 
trouver ; les poils dont tout le corps 
«fl: couvert , font longs d'environ deux 
(pouces , ils font liiïès , toufïus & doux 
comme de la Jaine; les narines & la mâ- 
choire inférieure ne font pas revêtus de 
poil , la peau efl apparente , noire & nue 
•dans ces parties. 

L eflomac , les inieflins , les vifcères, 
les vaifîèaux fpermatiques , tant du mh. 
•que de la femelle , font femblables à ceux 1 
"du chien , il y a de même un os dans 
4a verge, & le fquekue cniief refîemblc 
«i celui d'uii jewurd. •* • - *• i ^ 



le 



''''- de rlfaùs. 2 0<); 

La voix de l'ifatis tient de l'aboiement 
^u chien & du glapiflcnicnt du renard. 
Les marchands qui font commerce de 
cileterics , diftinguent deux fortes d'ifatis, 
es uns blancs & les autres bleus-cendrés , 
ceux-ci font ies plus eftiniés; & plus ifs 
font bleus ou bruns , plus ils font chers. 
Cette différence dans la couleur du poil 
ne fliit pas qu'ils foient d'cfpèces diffé- 
rentes ; des chafîeurs expérimentés ont 
afîliré à M. Gmclin, que dans la même 
portée il fe irouvoit des jîctits ifatis blanc$ 
& d'autres cendrés, ainfi l'un n'eft qu'une 
variété de l'autre. ' ^ ■ 

Le climat des ifuis efl: le nord , &: 
les terres qu'ils habitent de préférence 
font celles des bords de la mer glaciale 
& des fleuves qui y tombent ; ils aiment 
les lieux découverts &, ne demeurent pas 
dans les bois ; on les trouve dans les en- 
droits les plus froids, les plus montueux 
& les plus nus de la Norvège , de la 
Lapponie , de la Sibérie , & même eu 
lilande (c). Ces animaux s'accouplent au 

(c) Ceft vraifemblablcment en voyageant fur d« 
plaçons, que les renards fe font glifîcs en Iflande; 
il Ui\ trouve en grande quantité dans cette île ; iil 



li^ { 



"% i6 hijlolre Naturelle 

mois de mars ; & ayant les parties de Îq 
génération conformées comme les chienj 
ils ne peuvent fe féparér dans !e temps de 
l'accouplement; leur chaleur dure quinze 
jours ou trois femaines ; pendant ce temp^ 
ils font toujours à l'air , mais enfuite ils fe 
retirent dans des terriers qu'ils ont creufés 
d'avance, ces terriers qui font étroits 6i 
fort profonds ont plufieurs iffues ; iis les 
tiennent propres , & y portent de U 
moufle pour être plus à l'aife; la durée 
de la geftat-ion eft , comme dans les 
chiennes , d'environ neuf (emaines ; \h% 
femelles mettent bas à la fin de mai ou 
au commencement de juin , & produifent 
ordinairement fix , fept ou huit petits (d). 
Les iHuis qui doivent être blancs, font 
jaunâtres en naiflant , & ceux qui doivent 
être bleu-cendrés font nOir«îtres, & leut 

ne fonrpoînt rougeâtrcs , ii y en a peu de noirs , éf 
communément ils font gris ou bleuâtres en été, ^ 
blancs en hiver; c'ed dans cette dernière faifon i{u« 
leur fourrure eft la meilleure. Hijl, Nat, tie- l'IJlàné, 
pDt Amlerfon, tome J, page /â, , \ 

(d) Nota, M, Gmelin dit, d'après le témoignage dcf 
CfialTeurs, que ces animaux produifent ({uelqucfois 
vingt ou ving. cim] petits d'une feule portée. Je croij 
jpç &it >trçs-fufpp(fl L le nombre très ex^gércj^ 



detljaûsl. ^^^ If II 

poil à tous eft 'alors très-court; la mère 
J€s allaite & les garde dani le terrier pen- 
dant cinq ou fîx ièmaines, après quoi elle 
les fait fortir & leur apporte à manger. 
Au mois de (eptembre , leur poil a déjà 
plus d*un demi -pouce de longueur; les 
ifatis qui doivent devenir blancs, le font 
déjà fur tout le corps , à l'exception d'une 
bande longitudinale fur le dos, & d'une 
autre tranfverfale fur les épaules qui font 
brunes, à c*e(l alors que Tifatis s'appelle 
mard crolfé (e)» mais cette croix brune 
(lifparott avant l'hiver , & alors ils font 
entièrement blancs , & leur poil a plus 
de deux pouces de longueur ; vers le 
mois de mai il commence à tomber , & 
la mue s'achève en entier dans le mois de 
juillet, ainfi la fourrure n'en e(l bonne 
qu'en hiver. *; ■^••- - » -♦ * • 

L'ifàtis vit de rats, de lièvres & d*oi- 
féaux , il a autant de fineiïe que le renard 
pour les attraper; il fç jetie à l'eau & 

(t) Nota» Cette indiottion paroît alTez prccifiQ 
pour qu'on puilTç croire que le Vulpes crucigera de 
Gefner. Icon, Qu^d* fg> pag, t ço; & de Rzaczynskî», 
////?. Nau Polt /'/^. 2ji f^ eft le même aniraal qu^- 



an Hifoîre Naturelle, êrd ' 

traverfè lès lacs pour chercher les iiîcts 
des canards &* des oies , il en mange les 
ceufs & les petits > Se n'a pour ennemis 
«lans CCS climats déierts & froids, que 
le glouton qui lui dreUFe des embûches 
êi l'attend au paflage. p^^*n;if ryè* 

Comme le loup, le renard, le glouton 
& les autres animaux qui habitent les 
parties du nord de l'Europe & de l'A fie 
ont pafle d*un continent à l'autre , & fe 
retrouvent tous en Amérique , l'ilùtis 
doit s'y trouver aulîl , & je préfumc que 
le renard gris - argenté de l'Améri^iue 
(eptentrionale , dont Catefby (f) a donné 
ia figure , pourroit bien être riditis plutôt 
<|u'u«e finiple variété de i'eipèce du 
renard. - itism-o'^'^'^/^vuMm^i^^n ..; 

'.: nniLù\ ^û vLMt 

(f) Hift. Nat. de ia Caroline par Ottcfty, tomfU, 



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LE GLOUTON (a):% 



^li^l >fi%./ 



JLE Gfoitton, gros de corps & bas deâ 
jambes, eft à peit près de !a forme d'un 
blaireau , mats il eft une fois plus épais & 

(a) Glotîton, nom que l'on a donné à cet anima? , 
à cauie de (on infatiable voracité. Jcrj^, en Suédois ; 
Wilfni(f. en Allemand ; Rojownck , en E(c'a\'on ; 
Ghiitoît . en Anglois; Cnrcajou t en Canada; Quia- 
Citjûu , en d'autres endroits de l'Andérique fcptcn-. 

trional*. - * jKf îî=«îiqsïf r>r.ffi4 ÏC - i \ U%: vïn^Vj^»*» i 
Intcr onmla anhulia qu(Z 'immnn'i vpraclrate CYchintur 
infatiûlùlia , gulo, in pnrtilms Suecia fepfcmmiinl'is jmT" 
cijuum fufccp'tt iwmen ubi ptitrifl Javione , jçrlF, (l':cuur f 
li'igiifi Gcmanicl , wilfraJf; Sclavonice , rofbmaka à 
wultd commjlumc ; Lnti'ie vcro nonwfijiLiitio nnrtnne ^ulo, 
vi.li'litrt à gulflfitnte appeilatu\\ Oiaï Magni, Hijî, <ie 
Gc'it.fifi, pag. I 3vS. 

Gulo à voracitute infaiiabili, the Glulton. Charleton, 
Onm. pag. 15. 

Gulo. Gulm. Apollon. Me^^beni, /:///?. Culoms% 
Vicimae^Aiiftrioe , i 68 1 . ». '«•'^t i> 

RofonhtkiU Eufeb. Nieremb. HiJI. Nat, Pcregrin, 

png. 188. ''■ '••" vf • ^i' ■■' 

Rofomiika, Cith, Rzaczyn.skl , hliftcr, Nat. PoL 

^inn. 539 Gu!o , Olaï Macfni. Cronihi , Maji. 

Boophmst German. W'id'frnff, i\>lonice, Rofi^uik* 
là, aud, jxro; J i i» 



ïï^ Hiftolre Naturelle'^ ♦ 

j^Ius grand ; il a la tête courte , les yeint 
petits, les dents très-fortes , le corps trapu, 
la queue plutôt «ourte que longue & 
bien fournie de poil à fon extrémité: il 
eil noir (ur k dos., & d'un ►brun - roux 
ilir les flancs ; fa 'fouKure eft une des 
plus belles & des plus recherchées -, on le 
trouve aflez communément en Lapponle 
& dans toutes les terres voifmes de la mer 
du nord , tant len Europe qu'en A fie;; 
on le retrouva fous le nom de Carcajou 
au .Canada & dans les autres parties de 
FAmérique la plus feptentrionale ; il iy a 
même toute apparence que l'animal de 
ia baie de Hudfon que M. Edwards a 
donné {b) Ibus le nom de Quick-Hatch 
ou Woherenne , petit ours ou louveteau, 
félon fon tradudeur, eft le même que 
le carcajou de Canada , le même que le 
glouton du nord de IXurope ; il me paroît 1 
auffi que l'animal indiqué par Fernandès, 
fous Ip nom de Tepeyl^cuitli ou Chien à 

Guh Wieffrajlf, Roophagus ; Magrtus vorâtar , Roft-^ 
mâcha. Klein, de quaJ, pag« 83^ fîg. tab. 5. 

Guh, Âlufleln plnntis j^jjis cor/me rufo-fufco , meé, 1 
dorjinigro. Linn. Syfi, nat. edit. X, pag. 4J. 

(b^ Edwards, Hiji* oj Birds, p. 10 j, fig. ibid» 



, /'^/</l 



^// Glouton: "^' ai j] 

montagne, pourroit bien être ïe glouton 
dont i'e(pèce s'eft peut r être répandue 
jufque dans les montagnes dé(èrtes de la 
nouvelle ^ipagne fcj, 

Olaiis Magnus me paroît être le pi^e- ^ 
niier qui ait fait inention de -cet animal,; 
il dit {dj qu'il eft de la grofTeur d'un _ 
grand chien , qu'il a les oreilles & la 
face d'un chat , ks pieds & ies ongles 
très-forts, le poil brun , long & touffu, 
la queue fournie comme celle du renard,, 
niais plus courte. Selon Scheffer fej , le 
glouton a la tête ronde , les dents fortes 
& aiguës , fèmblables à celles du loup , 
le poil noir , le corps large & les pieds 
courts comme ceux <Je la loutre. La Hon- 
tan ffj qui a parlé le premier du car- 
eajou de l'Amérique ieptentrionale , dit, 

fc) Animal efl j^arvi ct^nis magnitud'me audacijpwm^ 

pt ; aggreditur enim cervos if quandoqut et'iam inter" 

Vfcit, corpus miverfwn nîgrum : peâus ac collum candens% 

u/A' hngi if cauda knga & caninum quoque caput , 

mde nemen. Fernandès , Hifl* anim, nov* Hifp, pag. y, 

pp. 2 i, 

(d) Oldi Magni, de Cent, feptent, :ç. 138 & fiq, 

(e) Hirtoire de Lapponie, par J. Schcfïèr, Pç»'is^ 
{lliyS, page ^ i^. 

If) Voyage de.U Hontan , tomt /, page g 6^ 



i I é Hïflolre Naturelle 

ce figurez-vous un double blaireau , c'efl 
» l'image Li plus reflemblante que je puiffe 
vous donner de cet animal ». Selon Sar- 
razin ( g )> qui probablement n*en a voit 
vu que de petits , les carcajous n*ont guciç 
que deux pieds de longueur de corps <Sc 
huit pouces^ de queue; ce ils ont, dit-il, 
>5 la tetc fort courte & fort grofî'e , h^ 
» yeux petits, les mâchoires très-fortes, 
3> garnies de trente -deirx dents bien tran- 
chantes. •>■> Le petit ours ou louveteau 
d'Edwards ( h J , qui me paroît cire le 
jnéme animal , étoit , dit cet auteur , jiine 
fois aiiin gros qu'un renard , il avoit le dos 
arqué, la tcte bafîe , les jambes courtes, 
k ventre prefque traînant à terre , la queue 
d'une longueur médiocre & touffue vers 
l'extrémité. Tous s'accordent à dire qu'on 
ne trouve cet animal que dans les parties 
les plus feptentrionales de l'Europe , de 
l'A fie & de l'Amérique; M. Gmtïm fi) 



> ^ ; ' 



(g) Hifloire de rAcadcmie des Sciences, amh\ 

(h) Hifloire des Oi féaux , par Edwards » ;\ i o^% 

(î) Le aloiiton crt le feu! dont on piiiffe dire, 
comme de l'homme, qu'il vît aufîi - bien fous (al 

Ligne I 



\^% rennes 
attache fi f 
que rien i 
vres anim; 
courfè; eif 



Ligne qu'au 
{ midi au nord] 

(h) Brirr. 

Tome J. 



^ ilu Glouton. . 217 

cft le feul qui femble aflurer qu'il voyage 
jufque dans les pays chauds ; mais ce fait 
me paroît très-lu^edl , pour ne pas dire 
fiux ; Gmelin , comme quelques autres 
Naturaliftes (k), a peut-être confondu 
l'hyaene du midi avec le glouton du nord , 
qui ie refTemblent en effet par les habi- 
tudes naturelles , & lîir-tout par la voracité , 
mais qui font à tous autres égards des ani- 
maux très-difFérens. 

Le glouton n'a pas les jambes faites pour 
courir, il ne peut même marcher que 
d'un pas lent, mais la rufe fupplée à la 
légèreté qui lui manque , il attend les ani- 
maux au j)a(rage ; il grimpe fur les arbres 
pour le lancer deflus , & les faifir avec 
avantage , il fe jette fur les élans & fur 
les rennes , leur entame le corps , & s'y 
attache fi fort avec les griffes & les dents , 
que rien ne peut l'en féparer; ces pau- 
vres animaux précipitent en vain leur 
courfe; en vain ils fe frottent contre les 

Ligne qu'au Pôle. On îe voit par-tout, il court du 

midi au nord , & du nord au midi , pourvu qu'il 

I trouve à manger. Voyage de Gmelin, tome III, page ^y 2 

lirjuiv, ^ 

(k) BrifT. Regn, aninu pag. a j 5 & 2 } ô. 

Toms XL K 



^ 1 8 Hîfloke Naturelle ' ' . 

arbres & font les plus grands efforts pour 
fê délivrer ; l'ennemi allis fur leur croupe 
eu fur leur cou , continue à leur fucer 
le fing , à creufer leur plaie , à les dé- 
vorer en détail avec le même acharnement, 
Ja même avidité jufqu'à ce qu'il les ait 
jnis à mort (l) ; il efl, dit-on, inconce- 
vable combien de temps le glouton peut 
jîianger de fuite , & combien il peut dé- 
yorer de chair en une lèule fois. - 

Ce que les Voyageurs en rapportent 
efl peut-être exagéré ; mais en rabattant 
beaucoup de leurs récits, il eu rerte encdrç 

(!) Le fjlcmton efl un anima! carnafTler, un peu 
fnoins grand uuc le loup ; il a le poil rude , long & 
«3'un brun cjui approche du noir , fur-tout fur le dos; 
îf a la rufe de grimper fur un arbre pour y guetter 
Je oibier; & lorfque qucluu'animal pafle il s'élance 
fur (on Aoî } di fait f\ bien s'y accrodier par le moyen 
t!e fcs griffes , qu'il lui en manoe une partie , & que le 
pauvre aninul , après bien des cfTorts îiuitiles pour 
fc dctaire d'un hôie fi incommode tombe enfin par 
terre & devient la prcie cle fon ennemi. H faut au 
rnoinî^ trois des plus forts lévriers pour attaquer cette 
liête , encore leur donne-t-elle bien de la peine. Les 
3Ui(Tes font grand cas de ia peau du glouton , ils 
l'emploient ordinairement à des mandions pour lej 
Jiommcs & des bordures de honnetô. Eeintion dt k 
LYunde Janarie. Anijhrtiam, iJSJ t page 8. 



# 



convaincu 



que le 



Jii GloutOfU 

aflez (m) pour eti 

glouton eft beaucoup plus vorace qu'au- 
cun de nos animaux de proie, aufii l'a- 
t-on appelé ie Vautour des quadrupèdes ; 
plus infatiable , plus déprédateur que ic 
loup , il détruiroit tous les autres animaux 
s'il avoit autant d'agilité ; mais il eft réduit 
à fe traîner pefamment , & le (eu! animal 
qu'il puifle prendre à ia cour(e eft le 
caft or , duquel il vient très - aifément à 
bout, & dont il attaque quelquefois les 
cabanes pour le dévorer avec (es petits 
lorfqu'ils ne peuvent afîez tôt gagner 
l'eau (nj, car le caftor le devance à la nage , 

(m) Hoc animal vora:ijfwmm eft , rcjierto tiamque ca- 
'ilûvcre tantnm vorat ut vioknto cibo , ccrp:-s injl.ir tym- 
jumi extendatur ; iiwemnque afJguflui in ter arhresfefinngit 
m violemius egerat : fcque extcnuatum revertitur ad ca- 
daver iX adpummm ufque repletur , itenutujui fe Jhlugit 
ûUgufliH priore , &c, Olaï Magni, Hifi, de Gem,Je[^tt 
pag. 1 38. i /iiî^r î 

(n) Le Carcajoii, quoî(;iie petit, crt très-fort & 
très - furieux ; & quoique carnauier , il tfl fi lent & 
fi pefant qu'il fe traîne fur la neige plutôt qu'il Wy 
marche. Il ne peut attraper en marchant que le cifl. r , ♦^ 
a^x efl auffi lent que \\ak , & il faut que ce foit en 
été où le caftor eft hors de fa cabane , mais en hiver 
il ne peut que brifer & démolir la cabane & y prendre 
le caftor , ce qui ne lui réuftît que très • rarement , 
(larce que le caftor a fa retraite alTurée fous la glace« 



i20r HîjJoire Naturelle '' 

ôi le gîoiuon qui voit échapper (à proie , 
fe jetie fur le poiiïon; & lorfque toute 
.chair vivante vient à lui manquer, il cher- 
che les cadavres, les déterre, les dépèce 
& les dévore jufqu'aux os. 

Quoique cet animal ait de la finefle & 
mette en œuvre des rufes réfléchies pour 
fe faifir des autres animaux , il femble 
qu'il n'ait pas de (èntiment diftincfl pour fa 
conlêrvation , pas même l'initincî;!: com- 
mun pour fon (Iilut ; il vient à l'homme 
ou s'en iaifle approcher fo) (ans appa- 
rence de crainte ; cette indifïerençe qwi 

Hiftoire de l'Àtadéniie royale des Sciences , année f^ij, 
page 14. 

foj Les Ouvriers aperçurejit de loin un animal qui 
marchoit à eux gravement & à pas comptés, que 
quelques-uns prirent pour un oursj & d'autres pour 
/ un glouton; ils allèrent au-devant de cet animal, 

qu'ils reconnurent à la fin pour un glouton , & après 
qu'ils lui eurent donné quelques bons coups de perche, 
ils le prirent encore en vie; ils me l'apportèrent 

auflîtôt D'après les rapports que les chaflcurs 

de Sibérie m'avoient fait depuis plufieurs années fur 
-l'adr^fTe de cet animal, foit pour tourner les autres 
animaux & fuppléer par la rufe à la légèreté que la 
I^Jature lui a re^fée , fok pour éviter les embûches 
des hommes, je fus très-étonné de voir arriver celui-ci 
de propos délibéré au - devant de nous pour chercher 
il .ffîoi't. Isbrand-ides l'appelle un animai méchant, 






dît Glouton. 2 2 t 

paroît annoncer l'imbécillité, vient peut- 
être d'une caulè très - différente ; il eft 

qUi ne vit que de rapine ; « il a coutume , dit - il, 
de fe tenir fur les arbres tranquille , & de s'y ca- « 
cher comme le lynx ju(qua ce qu'il pafTe un cerf, « 
un éian^ un chevreuil , un lièvre , écc. alors il s'élance « 
arec toute la rapidité d'une flèche fur l'animal , lui « 
enfonce fes dents dans le corps & le ronge juf- «r* 
qu'à ce qu'il expire , après quoi il le dévore à fon «c 
aife & avale jufqu'au poil & à la peau. Un Wai- « 
vode qui gardoit cîiez lui pour fon plaifir un « 
glouton le fit un jour jeter dans l'eau & lâcha « 
fur lui une couple de chiens j mais le glouton le jeta « 
auflTitôt fur la tête d'un de ces chiens , &l le tint (bus «^ 
l'cïu jufqu'à ce qu'il l'eût fufFocjué >• . , . L'adreflè 
dont fe fert le glouton pour furprendre les animaux 
( continue M. Gmelin ) eft confirmée par tous les 
chafTcurs quoiqu'il fe repaifle de tous les ani- 
maux vivans ou morts, il aime de préférence le 

renne Il épie les gros animaux comme urt 

valeur de grand chemin, ou bien il les lurprend 
quand ils dorment au gîte ... il recherche tous les 
pièges que les chafleurs tendent pour prendre les dif- 
férentes efpèces d'animaux, & il ne s'y laifle pas^ 

attraper Les chaflèurs de renards bleus & 

blancs (ifatis), qui (è tiennent dans le voifinage de la 
mer glaciale , fe plaignent beaucoup du tort que leur 

fait le glouton On l'appelle ainfi avec raifon , 

parce qu'il eft incroyable ce qu'il peut manger; je 
n'ai jamais entendu dire, quoique je l'aie demandé 
ptufieurs fois à des chaflèurs de profeflion, que cet 
animal fe preflTe entre deux arbres pour vider fon 
corps , & y faire de la place pour fatisftiire de nou- 
veau & plus promptcment îbn infatiable voracité, 

Iv ii; 



^•Si.. 



2 21 Hlflobê Naturelle 

certain que le gîouton n'eft pas flupîJe, 
puilqu'ii trouve les moyens de fatisfiiirc 
à ion appétit toujours prefliint & plus 
qu'immodéré; il ne manque pas de cou- 
rage , puifqu'il attaque indifîéremment 
tous les animaux qu'il rencontre , & qu'à 

* h\ vue de l'homme il ne fuit , ni ne 
marque par aucun mouvement le (entr- 

. inent de la peur l'pontanée ; s'il manque 
donc d'attention fur lui-même , ce n'cll 
point indifîérencc pour la conlervaticn, 
ce n'efl: qu'habitude de fécurité : comme 
il habite im pays prelque délèrt, qu'il 
y rencontre très-rarement des hommes, 
qu'il n'y connoît point d'aiures ennemis; 
que toutes les fois qu'il a meluré lès forces 
avec les animaux , il s'efl trouvé lupé- 
rieur; il marche avec confiance «Se n'a 
pas le germe de la crainte , qui fuppofc 
quelqu'épreuve malheureule , quelqu'ex- 
périence de la foiblefie ; on le voit par 
i'exemple du lion qui ne (e détourne pus 



Cela me paroît être la fable d'un Natiiralirte , oU 
la fidion d'un Peintre. Voy.ige de Gmelln, tome Ilf, 
page 492. Nom. C'efl Olaiis qui le premier a écrit 
cette fable, & un Dtlïlnaicur, copie d^ns Gciner, 
^ui la inife en H^uic. 



lommes 



du Glouton* 2 2 3f 

it rhomme , à moins qu'il n'ait éprouvé 
la force de les armes ; & le crloutoii le 
traînant fur la neicre dans iow clijiiat de- 
fert, ne laifle pas d'y marcher en toute 
fécurité , & d'y régner en lion , moins 
par là force que par la foiblefle de ceu;s 
qui l'environnent. r . 

li'iliuis moins fort» mais beaucoup pluâ 
léger que le glouton , lui fert de pour- 
voyeur , celui-ci le fuit à fa chafle , <Se 
fouvent lui enlève là proie avant qu'il ne 
l'ait entamée , au moins il la partage , car 
au moment que le glouton arrive, fifatis 
pour n'être pas mangé lui-même, aban- 
donne ce qui lui relie à manger ; ces 
deux animaux fe creulènt également des 
terriers ; mais leurs autres habitudes font 
différentes, filàiis va fouvent par troupe, 
le glouton marche (èul , ou quelquefois 
avec fi femelle ; on les trouve ordinaire- 
ment enlcmble dans leurs terriers. Les 
chiens (p) , même les plus courageux , 
craignent d'approcher & de combaurc le 

(p) Vt,i v'x conceditur ut a camlms apprehenrî itur , nnii 
vnguldS , dcntefque atleo rtattos habeat , w e'jns unignlfiiin 
formulent canes qui în ferociffinios lupos vires fit cH exre/t- 
JerefoUnt, Oiaï Magiil , /////, de Gcnt^fcr^ pa|y(. t j o. 



214' H'îfloire Naturelle 

glouton , il Te défend des pieds & des 
dents , & ieur fîiit des blelTures mortelles ; 
mais comme il ne peut échapper par la 
fuite , les hommes en viennent aiféjnem 
<à bout. . ,.. , , t * * 

* ' La chair du glouton (q) , comme celle 
de tous les animaux voraces , efl: très- 
mauvailè à manger, on ne le cherciie 
que pour en avoir la peau , qui fait une 
très - bonne (r) & magnifique fourrure , 
on ne met au - defTus que celle de la 
zibeline & du renard noir , & Ton pré- 
tend que quand elle efl bien choifie, bîcii 
préparée , elle a plus de luflre qu'aucune 

(q) Cara hujits animalis omiiitio iitutilis efl nd fiwiumam 
efcam , fed jiellis umltum conmwda ac prctiofu. Candct 
tnim fujcata nigredhie inflar panni danhjfceni diverf.s 
ornata flguris ntque puklirioY in afpedti reddittir (jm nni- 
fcum diligentia & induflria cohrum confcrmitiite in cw- 
rumque veflium gcnere fuerit coadunata. 0!aï Magni, Hijh 
de Gent.ftpt. pag. 139, 

(r ) On dit que le glouton eft un animal parti- 
culier au pays du nord Il efl de couleur noi- 
râtre; les poils comme le renard, pour la longueur 
& l'épaKïèur, mais plus fins & plus doux, ce c[ui 
fait que les peaux en font plus recherchées 6c fort 
chères , mcme en Suède, Article extrait ^ trnduit. 
Appollon. Mcgabcni , Ilfloria Gulouis , Vicnna;- 
Auflriae , I 6 B I , 



••* fJu Glouton. 22 5 

autre , & que fur un fond d'un beau 
noir , ia lumière (e réfléchit & brille par 
parties comme fur une étofïè damadée (j), 

(f) Les goulus font a(Tez communs en Lapponie....; 
La peau en crt extrêmement noire ^ dont le poii ren- 
voie une certaine blancheur luilante comme les fatins 
h damas à fleurs. Quelques-uns la comparent à ia 
peau des martes zibelines , fi ce n'ert que celles-ci ont 
le poil plus doux 6f délicat. Cette bête ne demeure 
pas feulement fur la terre, mais encore fous l'eau 

tomme ks loutres mais le goulu t{\ beaucoup 

grand & plus vorace que la loutre Il ne pour- 

luit pas feulement les bêtes fauvages , mais encore les 
(lomeftiques , & même les poiffbns. Hijloire de la 
liq'foiiU , par Sc/iepr , page 3 i ij. 




K» 



'. '¥ 



2i6 Hifloke Naturelk 



LES MOUFFETTES. 



n 



ou s Jonnoiis fe nom générique de 
Aîouffette à trois ou quatre el'pèces d'ani- 
maux , qui renferment & répandent forl- 
qu'ils font inquiétés , une odeur iî forte 
& fi mauvailè qu'elle fufîoque comme la 
vapeur fouterraine qa'on appelle mouffette. 
Ces animaux fe trouvent dans toute l'é- 
icndue de l'A mérique ( a J méridionule 

ffl) Dans îes terres voifînes du détroit d« Ma- 
jgeifan, nous vîmes un autre animai à qui nous doa- 
names ic nom de Grondeur ou de Souffleur , parce 
qu'il ne voit pas plutôt quelqu'un qu'il gronde, foufÏÏe 
& gratte la terre avec fes pieds de devant , (.[uoitjinl 
n'ait pour toute défcnfe que (on derrière qu'il tourne 
«i'abord vers celui qui l'approche , & d'où il fait 
fortir des excrémcns d'une odeur la plus détertable 
«ju'if y ait au monde. Voyage <iu capit^iine Wood, Suitt 
^ts voyages de Dam fier , tome V, pa^e i S r . — H 
y a au Pérou beaucoup de petits ren. '? , parmi lef- 
«juels il faut remarquer ceux qui ren^.ent une odeur 
jnfupportable ; ils entrent les nuits dans les villes, 
& quelque fermées que foient les fenêtres, on les 
fent de plus de cent pas ; iKUrcufcment que le nombre 
en eft petit, car ils cmpuantiroient le monde entier, 
JHfffifire tia Iikus, tome U, page 2^^t 






Jes AhuffetteS, 227, 

& tempérée ; ils ont été défignés indif- 
tindement pur le:; Voyageurs, (bus les 
noms de puans , bêtes puantes , enfans du 
diable, &€* (b), & non- feulement on les 
a confondus entr'eux, mais avec d'autres 
qui ibnt d'efpèces très - éloignées. Her- 
nandès ( c ) a indiqué afTez clairement 
trois de ces animaux , il appelle (e pre- 



(h) Une forfc de fouine qu'on a nommt'e Enfant 
du diabk ou Bêie puante , parce que fon urine qu'elle 
lâche quand elle eft pourfuivie, emptde l'air à an 
demi-quart de lieue à la ronde, cfl d'ailleurs irn fort 
joli animal ; elle efl: de la grandeur d'urv petit char, 
mais plus grofTc; d'un poil luifant tirant (ur le grij., 
avec deux lignes blanches qui lui forment fur le dos 
une figure ovafe depuis le cou juf(-]u'a ta ijueue ; cette 
queue e(l toirfFue ccMTtme celle du renard, & elfe: 
h redreflfe comme fait l'écureuil. Hifîoire de la mit' 
rdle France, par le P. Chnrlevoix , tome III , page ^jfw 
NcTA, Cet animal eft le même que celui que nou» 
aj'>[)cllerons ici Conepate , du iiom qu'il porte ais 
Mexique, 

fc) Yr(.pJîepatl/?« Vu!{,ecu!ft(]i((Z Aliiirtum tnrrefd<fîit>n 

amul.itur colore, Genus prh-rmm funr IT alla du» 

hijus vidiicadit gênera eadem forma & luv.ira' ,pioruffïï 
aheruin YAjuifpatl' etin'n voc/itum fafc'iis tmilih la'tdfrf" 
tîlnis f/iflinî^uititr , ahcnm vcro ( 'onepati feu vulpecuf^ 
pucrdis unicii ra"timi utr'hi'juc diiâa peri/ue cwlfini î/fiinv 
tihlan modo dclauu ikrnaïKl, lii(l. Mex. pa^. Jja , 
tk. ibid. 



liS Hijîohe Naturelle 

raier Yfquîepad , nom Mexicain que nous 
lui conlërverions s'il étoit plus aile de le 
prononcer ; il en donne ia delcription & 
la ficure, & c*efl: le même animal dont on 
trouve auffi la figure dans l'ouvraore de 
Seba ( d); nous l'appellerons Coaje , du 
nom Squash qu'il porte dans la nouvelle 
Eipagne (e). Le fécond de ces animaux 
que Hcrnandès nomme aufîi Yfquïepatl, 
elt celui qui efl: ici repréienté & que nous 
appellerons Chinche , du nom qu'il porte 
dans l'Amc^rique méridionale. Le troi- 
fième que Hernandès nomme ConepaU , 
ÔL auquel nous confe.verons ce noiii, 
eft le même que celui qui a été donné 
par CateiLi (f) fous lu dénomination de 

(d) Seba, vol. 1 , jmg. (!> 8 , Tah, ^z , fg. /, 

(e) Le Squashe efl un animal à quatre pie<.!<, pJus 
gros qu'un chat , fi tcie rcffcnihlc affez à cdie du 
renard ; il a ies oreilles courtes & des ^\\\^<:i aiguës 
qui lui fervent à efcalaJer les arhtcs tout conlme un 
chat ; il a la peau couverte ci\iî\ poil court , fm 
& jaunâtre, fa chair tn tfl tic; bonne & fort faine, 
V«!ya^c de Dampier, tonu lîl , juge ^02, 

( f) Hifloire tvure'; de la Caroline par CateH)?. 
Londres , t y^j , t >ne // , page 6.^ , f^r. jlnd. Voici 
la dcferiptbn qu- donne cet auuur. '« Cet animal 



des Moifffettes, 2 2 p 

putois d' Amérique , & par M. Brâflbn fous 
celle de putois rayé (g). Enfin nous con- 
iioifTons encore une quatrième efpèce de 
mouffette à laquelle nous donnerons ie 
nom de Xorille , qu'elle porte au Pérou 
& dans quelques autres endroits des Indes 
elj3agnoles. 

C'eft à M. AuBry, Curé de Saint 
Louis , que nous fommes redevables de 
la connoifTance de deux de ces animaux ; 
fon goût & fes lumières en Hiftoire na- 
turelle , brillent dans fon Cabinet , qui 
eft un des plus curieux de la ville de 
paris, il a bien voulu nous communiquer 
fes richeffes toutes les fois que nous en 
avons eu befoin ; & ce ne fera pas ici la 
feule occafion que nous aurons d'en mar- 
quer notre reconnoifîance. Ces animaux 



par fa taille n eH pas fort diffcrent du piiteis commun , « 
fi ce n'cft i]ue fon nez en un peu plus long ; tous «« 
'-eux que j'ai vus étoient noirs & blancs , quoi- « 
qu'ils ne fuffent pas marqués de ia même ma- u 
nière ; celui-ci avoit une raie blanche qui s ctendoit « 
depuis le derrière de la tête , tout du long du milieu « 
du dos jufqu'iUi croupion , avec quatre autres raies « 
de chaque côté qui étoient parallèles à la première. » 

(^) Muflelanigra, tamis in dorfo alhis, Putorius ^natt^ 
Le putois rayé, Brifl", Re^n, ami. pag, îjo. 



• I 



ijO Hîjloke Naturelle 

que M. Aubry a bien voulu nous prêter- 
pour les faire deffiner & graver, iont le 
coalè , le chinche & le zorille ; on peut 
regarder ces deux derniers comme nou- 
veaux , car on n'en trouve ia figure dans 
aucun Auteur. 

Le premier de ces animaux eft arrivé à 
M. Aubry, fous le nom de Pékan, enfant 
du diable , ou chat fauvage de Virginie ; 
j'ai vu que ce n'étoit pas le pékan , j'ai 
rejeté les dénominations d'enfant du diaj 'e 
& de chat fiuvage comme fadices ôc 
compofées , & j'ai reconnu que c'étok 
le même animal que Hernandès a décrit 
fous le nom à' Yjquiepatl , & que les Voya- 
geurs ont indiqué Ibus celui de fquash ; 
ik c'ell de cette dernière dénomination 
que j'ai dérivé le nom coûfe que je lui 
ai donné ; il a environ leize pouces de 
long , y compris la têie & le corps , il 
ai les jambes courtes, le mufeau mince , les 
oreilles petites, le poil d'un brun foncé, 
les ongles noirs & pointus ; il habite dans 
des trous , dans des fentes de rochers , 
où il élève (es petits ; il vit de larrabées. 
de vermilîeaux , de petits oi féaux ; & 
iorfqu'il peut entrer dans une balfe-courj 



clés Moufettes: 1 3 ti 

il étrangle les volailles, defquelles il ne 
mange que la cervelle : lorlqu'il eft irrité 
ou eîfrayé il rend une odeur abominable : 
c efl: pour cet animal un moyen iiir de 
défenfe , ni les hommes ni les chiens 
n'oient en approcher : Ton urine qui 
fe mêle apparemment avec cette vapeur 
empeflée , tache & infede d'une manière 
indélébile ', au refte il paroît que cette 
mauvaile odeur n'eil point une chofe 
habituelle, ce On m*a envoyé de Suri- 
nam , cet animal vivant , dit Seba (h), et 
je i'ai confervé en vie pendant tout un et 
été dans mon jardin où je le tenois et 
attaché avec une petite chaîne; il ne et 
mordoit perfonne , & lorsqu'on lui don- «c 
noit à manger , on pouvoit le manier «: 
comme un petit chien ; il creufoit la çc 
terre avec Ton mufeau en s'aidant des ce 
deux pattes de devant , dont les doigts « 
font armés d'ongles longs & recourbés ; et 

(h) YjquUpatl , dont fa couleur reflemble à celle 
du maïs brûlé ... fa tête refîèmble à celle d'un petiit 
renard , & Ton groin efl à peu près comme celui 
du cochon; les Américains l'appellent Quasje. Seba, 
vol. I , paae 68. Nota. Cette autorité prouve encore 
que le mot Stjuush ou Coafe efl; le vrai nom de çe| 
animal. 



V 



232 



Hifloîre Naturelle 

33 il fe cachoit pendant ie jour dans une 
35 efjîèce de tanière qu'il avoit fait lui- 
33 même , il en fortoit le foir , & après 
33 s'être nétoyé , il commençoit à courir 
33 & couroit ainfi toute la nuit à droite 
33 & à gauche aufîi loin que fa chaîne 
33 lui pcrmettoit d'aller ; il furetoit par- 
>3 tout , portant le nez en terre ; on lui 
33 donnoit chaque foir à manger , & il 
33 ne jjrenoit de nourriture que ce qu'il 
33 lui en f :Iloit , fans toucher au refte ; 
33 il n'aimoit ni la chair ni le pain ni 
33 quantité d'autres nourritures , fes délices 
» étoient les panais jaunes , les chevrettes 
33 crues , les chenilles & les araignées . . , 
33 Sur la fin de l'automne on le trouva 
33 mort dans la tanière , il ne put fins 
:o doute fupporter le froid. Il a le poil 
3> du dos d'un châtain foncé , de courtes 
33 oreilles , le devant de la tête rond , 
33 d'une couleur un peu plus claire que 
33 le dos, & le ventre jaune. Sa queue eft 
33 d'une longueur médiocre , couverte 
33 d'un poil brun &: court ; on y rc- 
33 marque toi lutour comme des anneaux 
jaunâtres 33. Nous observerons que quoi- 
que la defcriptiou & ia figure données 



par 



Sena 



ries Mouffettes, 233 

, s'accordent très-bien avec îa 
defcription & la figure de Hernandès , on 
pourrroit néanmoins douter encore que 
ce fût le même animal, parce que Seba 
ne .fait aucune mention de Ion odeur dé- 
teftable , & qu'il eft difficile d'imaginer 
comment il a pu garder dans ion jardin , 
pendant tout un été , une béte auffi 
puante , & ne pas parler en la décrivant , 
de l'incommodité qu'elle a dû cauier à 
ceux qui l'approchoient ; on pourroit donc 
croire que cet animal, donné par Seba 
fous le nom à'yfquiepatl ^ n'efl: pas le vé- 
ritable , ou bien que la figure donnée par 
Hernandès a été appliquée à l'yfquiepat! , 
tandis qu'elle appnrterioit peut-être à un 
autre animal , mais ce doute , qui d'abord 
paroît fondé , ne flibfiftera plus quand on. 
faura que cet animal ne rend cette odeur 
empeftée que quand il eft irrité ou prefîé, 
& que piufieurs perfonnes en Amérique 
en ont élevé & apprivoifé ("ij, 

[i) Malgré l'incommode propriété de ces animaux", 
les Ànglois , les François , les Suédois & les Sauvages 
de l'Amérique fèptentrionaie en apprivoifent quel- 
quefois; on dit (ju'aiors ils fuivent comme les ani- 
maux domefliques , & qu'ils ne lâchent leur urine 
que quand on les preflè ou qu'on les bat : lorfque 




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Sciences 
Corporation 



33 WEST MAIN STRIIT 

WIBSTIRN.Y. MS80 

(716) 873-4503 




4- 






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2)^ H'ijloire Naturelle 

De ces quatre efpèces de mouffettes, 
que nous venons d'indiquer (bus les 
noms de coafe , conepate , chinche & •j^or'ilk, 
les deux dernières apparriennent aux cli- 
mats les plus chauds de l'Amérique <né- 
ridonale , & pourroient bien n'être que 
deux' variétés & non pas deux efpèces 
difîérentes. Les deux premières font du 
climat tempéré de la nouvelle Elpagne, 
de Li Louilîane , des Illinois , de la Ca- 
roline , &c. & me paroiffent être deux 
efpèces diftindes & différentes des deux 
autres , fur-tout le coaiè qui a le caraaèie 
particulier de ne porter que quatre ongles 
aux pieds de devant , tandis que tous les 
autres en ont cinq ; mais au refte ces 
animaux ont tous à peu près la même 
figure , le même inflinc^ , la même mau- 

îes Sauvages en tuent quelques-uns ils leur coupent 
la veflle, afin que fa chuir , qu'ils trouvent bonne 
à manger, ne prenne pas l^)deur de l'urine; j'ai f(ui. 
▼ent rencontre des Angiciis & àit% François qui m'ont 
dit en avoir mangé & l'iivoir trouvée d'un tiès - bo;i 
goût , qui approchoit lélon eux de celui du cochon 
de lait ; les Européens ne font aucun cas de fii peaa 
à caufe de Ton épaifleur & de la longueur de fwn poil, 
mais les Sauvages fe fervent de ces peaux pour faire des 
bourfes , &c. Voynge de Knlm , page ^ly » articlt 
traduit par M* U yiarim de Moiumirai/» 



; * . 



Jes Mottfettes. 13 j 

val(é odeur, & ne diffèrent, pour ain(i 
dire , que par I^s couleurs & la longueur 
du poil. Le coaie eft , comme on vient 
de le voir, d'une couleur brune afîèz 
uniforme , & n'a pas la queue touffue 
comme les autres. Le conepaie (k) a fur 



(k) Les Angîois appellent Polecat , une cfpcce 
d'animal , 4]ue l'on trouve communcmenr , non-lcu- 
iement en Penfiivanie, mais dans d'iiutrcs pays plus 
au nord & au fud en Amérique , on l'appelle vulgai- 
rement Scmck , dans la nouvelle Yorck ; les Suédois 

qui font dans ce pays, le nomment Fnkatte > 

Cet animal rcfltmbie beaucoup à la marte , il eft 
à peu près de la nitmc grofleur, & ordinairement 
d'une couleur noire , il a cependant fur le dos une 
ligne blanche longitudinale , & une de cha(}ue côté de 
la même couleur & de la même longueur; on en 
voit, m:iis .rarement , qui font preCque tous blancs. . . 
Cet animal fiiit (ts petits également dans des creux 
d'arbres & Acs terriers , il ne refte pas feulement 
fur terre, mais il monte fur les arbres. Il eft ennemi 
des oifcaux ; il brife leurs œufs & mange leurs petits ; 
& quand il peut entrer dans un poulaillier , il / 

fait un grand ravage Quand il efl cbaHc , 

fuit par les chiens, foit par les hommes, il court 
tant qu'il peut ou grimpe fur un arbre ; & loi fqu^ 
fe trouve très-prcflê, ii lance fon urine contre ceux 
ui le pourfuiveht. . . l'odeur en eft fi forte qu'elle 
ufFoijue ; s'il tomboit une goutte de cette liqueur 
emptftce dans les yeux , on courroit rifquc de perdre 
la vie i & quand ii en toml>e fur les habits , elle 
leur imprltne une odeur fi ibrtc, qu'il eft tres-dif* 



?; 






• i 



2.3^ Hîjloke Naturelle 

un fond de poil noir cinq bandes blancFios 
qui s'étendent longitudinalement de ia tête 
à la queue. Le chinche (l) cil blanc fur 



ficile de la faire pafrer ; la plupart des cïiicrw fc re- 
feutent & s'enfuient dès qu'ils en font frappés ; i| 
&ut plus d'un mois pour enlever cette odeur d'une 

étoffe Dans les bois on fent fouvent cette 

©deur de très-ioin. En 1749, il vint un de ces 
animaux près de la ferme oii je iogeois, c'étoit en 
hiver & pendant la nuit, les chiens étoient éveillés 
& le pouifuivoicnt ; dans lie moment , il fe répandit 
îane odeur fi fétide , qu'étant djjns mon lit , je pcnfai 
être fufFoqué, les vaches beugloient de toutes leurs 

forces Sur la fin de la même année, \\ s'en 

gliflà un autre dans notre cave , mais il ne répandit 
pas la plus légère odeur , parce qu'il ne la répand 
que quand il eft chafië ou prcfie. Une femme qui 
l'aperçut la nuit à (ts yeux étincelans , le tua , & 
dans le moment il remplit la cave d'une "telle odeur, 
que non-feulement cette femme en fut malade pen- 
dant quelques jvours , mais que le pain , la viande 
& les autres pro\ifioris qu'on conlervoit dans cette 
cave furent tellement infedés , qu'on ne put en rien 
cnriferver, & qu'il fallut tout jeter dehors. Voyage à 
Kalm t yage ^^2. & fuïvmm ^ article traduit par M. 
le marquis de MoHtmirai/, 

(!) Cet animal cft appelé Chînche par les Natu- 
rels du Brefil, il eft de la groffcur d'un de nos chats, 
il a la tête bnorue, (è rétréciflant depuis fa partie 
antérieure ji \ l'extrémité de la mâchoire (upé- 
ricure qui a\ 1 au-delà de la mâchoire inférieure, 
lej deux formant une gueule fendue jufqu*aux petits 



cns fc re- 
iippés ; il 
leur d'une 
vent cette 
Lin de ces 
cétoit en 
-nt éveillés 
(e répandit 
t , je pcnlai 
toutes leurs 
née, M s'en 
ne répandit 
e la répand 
femme <\m 
le tua , & 
<ellc odeur, 
malade pen- 
lii viande 
dans cette 
)Ut en rien 
■s. Voynge à 
aduit par M> 

ar îes Natu- 
de nos chats, 
)uis fa partit 
ichoire (upé- 
re inférieure, 
iju aux petits 



Jes Mouffettes. ^37- 

le dos & noir fur les flancs , avec la tête 

canthus ou angles extérieurs des yeux, (es yeux font 
iongs, & leur longueur eft fort rétrccie, l'uvée eft 
n»ire, & tout le refte eft blanc; (es oreilles font 
larges & prefque femblables à celles d'un homme, les 
cartilages qui les compofent. ont leurs bords renverfés 
en dedans ; leurs lobes ou parties inférieures pendent 
un peu en bas ; & toute la difeofition de ces oreilles 
iTuirque qu€ cet "animal a le (cns de l'ouïe fort dé- 
licat ; deux bandes blanches prenant leur origine fur 
la tête , palTent au - defTus des oreilles en s'éloignant 
l'une de Vautre , & vont fe terminer en arc aux 
côtés du ventre ; (es pieds font courts , (es pattes 
divifées en cinq doigts , munis à leurs extrémités de 
cinq ongles noirs, longs & pointus, qui lui fervent à 
crcufer fon terrier; fon dos eft voûté, femblable à 
celui d'un cochon , & le defTous du ventre eft tout 
plat ; fa queue au(ri longue que fon corps , ne diffère 
pas de celle d'un renard ; fon poil eft d'un gris obfcur 
d long comme celui de nos chats; il fait fa demeure 
dans la terre comme nos lapins , mais fon terrier 
n'eft pas fi profond ; j'eus une très-grande peine à 
faire perdre a mes habits U mauvaife odeur dont ils 
étoient imbus , elle dura plus de huit jours , quoique 
je les eus lavés plu(îeurs fois, mouillés, féchés au 
(bleil , &C. On me dit que la mauvaife odeur de 
cet animal étoit produite par fon urine, qu'il la ré- 
pand fur fa queue , & qu'il s'en (èrt comme de gou- 
pillon pour la difperfer & pour (aire fuir (es ennemis 
par cette odeur horrible ; qu'il urine de même à 
l'entrée de fon terrier pour les empêcher d'y entrer ; 
qu'il eft fort friand d'oifeaux & de volailles, & que ce 
(ont ces animaux qui détruifent principalement les 
oifeaux dans les campagnes dt Buenos-ayres. Journaf 



i 3 8 Hîftolre Naturelle 

toute noire , à l'exception d'une bande 
blanche qui s'étend depuis le chignon 
jufqu'au chanfrein du nez ; (à queue eft 
très - touffue & fournie de très - longi^ 
poils blancs mêlés d'un peu de noir. Le 
zorille (m), qui s'appelle aulîî mapurita (n)y 

<ht P. Feui/l/e, Paris, ryt^tpage 2y2 & fuîv, 
J^ota. Il me paroît que ce même animât eft indiqué 
par Acofla (bus le nom de Chincille , qui ne diffère 
pas beaucoup du chinche. « Les chincilies, dit cet 
•» Auteur , (ont petits animaux comme cfcuricux, 

9* qui ont un poii merveilieufement doux & ii(ré 

& (c trouvent en ia Sierre du Pérou ». Hijtoin na- 
turelle des Indes occidentales , page ipp» '"' \ 

(m) Le Zorilia de la nouvelle Efpagne cft grand 
comme un chat, d'un poil blanc & noir, avec une 
très - belle queue : lorfqu'il cft pourfuivi , il s'arrête 
pour piflTcr , c'cfî fa dcfenfe ; car la puanteur de cet 
excrément eft fi fiorte, au'eile empoilbnnc l'air à cent 
pas à ia ronde, & arrête ceux qui le pourfuivent; 
s'il en tomboit fur un habit , il faudroit l'enfermer 
fous terre pHir en ôter la puanteur. Voyage de 
Ccmelli Car tri, tome VI , pages 212. iX 21^, 

(n) Le Mapurita des bords de l'Orenoque crt un 
petit animal le plus beau & en même temps le plus 
dctefinble que l'on pui(lc voir : les Blancs de l'Amé- 
rique l'appellent Mapurita, & les Indiens Mafutik- 
qui; ii a le C:)rn5 tnut taché de blanc & de noir; 
ix quci'c rft garnie d'un très - beau poil : il eft vif, 
méchiiiit & hardi, • . • . fe fiant fur Tes armes, dont 



'• / : Jes Mouffettes. • ^39 

ijaroît être d*unc efpèce plus petite, il a 
néanmoins la queue tout aufli belle & 
aufîi fournie que ie chinche dont il dif- 
fère par la dilpofition des taches de ià 
robe, elle eft d'un fortd noir fur lequel 
s'étendent longitudinaiement des bandes 
blanches depuis la tête jufqu'au milieu 
du dos, & d'autres efpèces de bandes 
blanches tranfveriaicment fur les reins , 
la croupe & l'origine de la queue , qui 
eft noire jufqu'au milieu de fa longueur , 
& blanche depuis le milieu jufqu'à l'ex- 
trémitc , au lieu que celle du chinche eft 
par- tout de la même couleur. Tous ces 
animaux (o) font à peu près de la même 

j'ai éprouvé Teffet au point d'en être prefquc fuffoqué... 

il Ikhe des vents qui empeftent , même de loin 

Les InJiens cependant mangent fa cfiair & fe pnrcnt 
de fa peau , qui n'a aucune mauvaife odeur. Hif- 
me naturelle de l'Orenoque , par Cumilla, tome Jll , 
^uge 240, ^ ^ ^ ^ 

(0) \\ y ^h. !a Louifiane une cCpècç d'animal aficz ' 
joli, mais qui de plus d'une litue empcde l'air de 
fon urine; c'eft ce qui le fait nommer la héte jmnttte ; 
elle ert grofle comme un cliat : le mâle efl d'un 
très - beau non* , & la Êcmelle auiïl noire , ert bordée 

de blanc ; fon œil cft très-vif elle e(l à jufle 

tit c lumimce pu<mte , car fon odeur infecîle, , . . . , 
Un jour j'en tuai une, mon chien fe jetta deffus 
k revint à moi en la feçopant ) une goutte de fon 



1 40" Hîfloire T^aîurelle ' 

figure & de la même grandeur que le 

-î "i- ''- ^i • putos 

feng, & fans doute auflî de Ton urine, tomba fur 
mon habit , qui étoif de coutil de chafîc , & 
m'empefta fi fort que je fus contraint de retourner 
chez moi au plus vite changer de vêtement, &c. 
HiJloire.de la Louifiane » par le Page du Prati, tome JI, 
pages S 6 & 8jr» — Lorfqu'un de ces animaux eft 
attaqué par un chien , pour paroître plus terrible , 
il change fi fort fa figure en hériflant fon poil & 
fc ramaflànt tout le corps qu'il eft prefque tout 
rond, ce qui le rend étrange & affreux en même 
temps ; cependant cet air menaçant ne fuffifant pas 
pour épouvanter fbn ennemi , il emploie pour le 
repouflcr un moyen beaucoup plus efficace > car 
ii jette de quelques conduits fecrets une odeur Ç\ 
empeftée , qu'il cmpoifonne l'air fort loin autour 
de lui. Cl bien que les hommes & les animaux ont 
un grand empreffement à s'en éloigner ; il y a des 
chiens à qui cette puanteur efl infupportablc , & 
cïle les oblige à laiffer échapper leur proie; ; ii y en 
a d'autres qui enfonçant leur nez dans la terre 
renouvellent leurs attaques jufqu'à ce qu'ils aient tué 
Je putois ; mais rarement dans la fuite fè foucient - ils 
de pourfuivre un gibier fi déGigrcable , qui les fait 
fouffrir pendant quatre ou cinq heures. Les Indiens 
cependant en regardent la chair comme une déli- 
catefle. J'en ai mangé & je l'ai trouvée de bon goiit; 
j'en ai vu qu'on a apprivoifés quand ils étaient 
encore petits ; ils font devenus doux & fort vifs, 
& ils n*exerçoient point cette faculté , à laquelle la 
peur & l'intérêt de leur préfervation les forcent 

iïcut - être d'avoir recours. Les putois fe cachent dans 
e creux à^i arbres & des rochers : on en trouve 

dans 



des Mouffettes. '14^t 

■biitoîs d*Europe ; ils lui reflemblent ew-* 
core par les habitudes naturelles ; & les 
réfultats phyfiques de leur organifàtion 
font aufli les niênies. Le putois eft â^a 
tous les animaux de ce continent celui 
qui répand la plus mauvaife odeur, elle 
efl: feulement plus exaltée dans les mouf-^ 
fettes , dont les efpèces ou variétés font 
nombreuiês en Amérique , au lieu que 
le putois efl: feul de la fienne dans l'an- 
cien continent ; car je ne crois pas que 
l'animal dont Kolbe parle (bus le nom 
de blaireau puant (p), & qui me paroît être 
une véritable mouflette , exifte au cap de 
Bonne-elpérance comme naturel au pays ; 
il fe peut qu'il y ait été tranfporté d'A- 
mérique, & il fe peut auffi que Kolbe , 
qui n efl: point exa<î;l fur les faits , ait em- 
prunté fa,defcription du P. Zuchel qu'if 
cite comme ayant vu cet animal au BrefiL 
Celui de la nouvelle Efpagne que Fer- 
nandès indique fous le nom de OrtohuUy 

dans prcfque tout le continent feptentrional de l'A me-' 
riqiic ; ils fe nourriflent d'inledcs &l de fruits fàuvagesj 
Hifloire naturelle de la Caroline, par Cutefbi , tome il, 
jinge 62 , 

(p) Dercription du cap de Bonne - efpérance , ^af^ 
Kolbe, tome lll, pages 8 6 îT S^, 

Tome XL L 



<fcx 



r 



^42 Hijloke I^aiureJle, etc. ' '' 

me paroît être k même animal quç î^ 
xoriila du Pérou ; & ie Tcpemaxtla du 
même auteur ./^/^ pourroit bien être le 
conépate, qui doit fè trouver à la nouveiic 
Efpagne coinme à la Louifiaue & à la 
Caroline. ^^^-^ ^ , 

ji'ijr) Ortôhuîa, magnituàine très dodrames vh/uperut 
mgro candidoque vcjlita pilo fed quibufîatn in partihm 

fuluo hpud fies gemes in cibi jnmdiu l'enit ujum 

quftmvis crepittis vennis fit illi fatiMjftmus : OccituccrifUm 
verjaiur tigris . , . eft Ù" ahtra fpecies quam teyemnxilnm 
fpciint eddem ferg forma «JT itatura fed nullii in parte fulva, 
iy cauda nigrtr albifrue fafciis trcmfverfm difcurreniibut 
varia qtM jircveniî quoque apud Occitttcenfes, Fertand, 
JHiJh An. nov, Hifp, pag, 6 aap. xvi. < V' 



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in jhtiril'us 
vsnit tijum 
"citvcenfihui 
epemnxiliitn 
vartefuka, 
^ifcurreinihui 
f, Ferkmd, 

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LE P EKAN% 



ET 



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LE VISON. 



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L y a long-temps que le nom de Pékan 
étoit en ulage dans le commerce de la 
pelleterie du Canada (a), ians que l'on 
en connût mieux l'animal auquel il appar- 
tient en propre ; on ne trouve ce nom 
dans aucun Naturalille , & les Voyageurs 
l'ont employé indiflindement ( b ) pour 
défigner ditférens animaux , & fur - tout 
les mouffettes ; d'autres ont appelé renard 
ou chat Jauvage l'animal qui doit porter 
le nom de pékan , & il n'étoit pas poflible 
de tirer aucune connoîlfancc précife des 

(n) Noms des peaux qu'on tire du Canada , avec 

leurs valeurs en 168} Les pékans, chats fku- 

v:i(!;cs ou enfans du diable, valent i livre 15 fous fa 
peau. Voyage de la Hentan , tome II, page 39, *: 

(h) Il répand une puanteur infupportable. Les 
François lui donnent dans le Canada le nom à\nfant 
du (liiiùle ou hête puante ; cependant quelques-uns \^^ 
■^^WqvX fiekant, Voyage^ de Kalm , page ^t2, article 
Hâduit ffar M, le Marquis de MonmiraîU 



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'fJI/foké Naturelle ,. 

notices courtes & ftutîves qite tous en 
ont données. Il en ell du vïfon comme 
du Pékan , nous ignorons l'origine de 
ces deux noms , & perfbnne n'en (avoit 

* îiutre chofe , finon qu'ils appartiennent à 
deux îwiimaux <le l'Amérique (èptentrior. 
nafe. Nous les avons trouvés , ces deux 
anîiliaux, dans le cabinet de M. Aubry, 
Curé de Saint Louis, & il a bien voulu 

, nous les prêter pour les décrire & les fairç 
deffiiier. 

Le pékan refîêmble il fort à la marte, 
t& le viton à la fouine, que nous croyons 
qu'on peut les regarder comme des' var. 
fiétés dans chacune de ces elpèces (c); ils 
ont non-^ule ment la même forme de corps, 
les mêmes propordons , les mêmes loi^ 
gueurs de queue , la même qualité de 
poil , mais ejicore le même nombre de 

(c) Je fcrois afTcz porté à croire que l'animal indique 
par Sagai'd Thcodat , fous le nom de Ottay, pour- 
voit être le. même que le vifon, ««L'Ottay, dit ce 
■^ '■» Voyageur, efl grand comme un petit lapin ; il a 
' » le poil très-noir &: fi doux , poli & beau, qa'il femble 
>> de la panne. Les Canadiens font grand cas de ces 
peaux, dcfquclles ils font des tohei ». Voyage au pnyt 
des Hurons , j>nge J 08» 11 n'y a au Canada aucun 
animai auqujcl pette indication cQnyiennç ipieux qu'ai] j 
vifoij. , " 



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tîu Pékan & du Vifoiu 245' 

^nts & d'ongies , lé même irift"n<5l , les 
mêints habitudes naturelles ; ainfi nous 
nous croyons fondés à regarder le pc*kaii 
comme une variété dans i'efpèce de la 
marte , & le vifon comme une variété 
dans celle de la fouine , ou du moins 
comme des efpèces fi voifines , c|u'elles 
ne préfèntent aucune différence réelle : 
le pékan & le vifon ont feulement le poil 
plus brun , plus iuftré &. plus foyeux que 
la marte ^Jv la fouine , mais cette diflerence, 
comme Ton (ait , leur eft commune avec 
le caftor , la loutre & les autres animaux 
du nord de TAmérique , dont la fourrure 
cft plus belle que celle de ces mêmes 
animaux dans le nord de l'Europe, s ft 



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2.46 Hiflotre Naturelle 



LA ZIBELINE (a). 

X RESQuE tous les Naturaliftes ont parlé 

de h, Zibeline fans la connoître autrement 

que par (à fourrure. M. Gmelin eft le 

premier qui en ait donné la figure & la 

defcription ; il en vit deux vivantes chez 

ie Gouverneur de Tobolsk. « La T-ibeiinc 

» refîemble , dit-il, à la marte par la forme 

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/d^ Zibeline. Marte zibeline j Zo^J en Allemand ; 
Sohol en Poloiiois j Sal'hel en Suédois ; Sable en 
Anglois. 

Mujlela Solella, Gefncr, Hijî» quaJ, p. 768. 

A^uftela Zibellina, TFic Sable. Ray. Sj'U, ^uadni^u 
pag. 201. 

Aluflela ZihelHna , Ariftotelis Satherius , Nipbo, 
Cehcilus , Alciato , mus /armaticits iT fcythîcus, The 
cebal or fable. Charleton , exercit, pag. 20. 

Ahjlela SoheJla.Qéntrit Miifiehx Zl M/'rra Jondom, 
AlufieLifcythka , wartesfcytlticd , iélis fcythka , fiiihnius 
Ariflotclis , mus fnrnuitiLUS if Jcythkus A/ciatîs , ifc, 
llzac/.ynski, aud. pag, 3 1 7. 

Aliifiela ohfcure fulva , guiture chicreo. .... Alayres 
Zibelliiia. La marte zibeline. Briir, AV^. aninu p. 24^. 

Aluftek Zibellina, Nov. Comm. Acad. Petrcip. 
tom. V. Àn'imaliiim quorunuiam qtiadr, dcfcriptio, audore 
Qeorg^ Gro^cliii , artj i ^ lîg. ibid. tab, C, 



i^e la Zibeline, ^^7\ 

ta rhabîmdc du corps , & à la belette «« 
par les dents ; elle a fix dents incifives c< 
aiïez longues & un peu courbe'es, avec c< 
deux longues dents canines à la mâchoire « 
inférieure , de petites dents très- aiguës à ce 
la mâchoire fupérieure; de grandes mouf- c< 
taches autour de la gueule , les pieds ce 
larges & tous armés de cinq ongles : c< 
CCS caractères ctoient communs à ces c« 
deux zibelines ; mais Tune e'toit d'un ce 
brun noirâtre fur tout le corps , à l'cx- ce 
ception des oreilles ik du deflous du ce 
menton , où le poil e'toit \\n peu fauve ; ce 
& l'autre , plus petite qUe la première , ce 
ëtoit fur tout le corps d'un brun jau- ce 
nâtre , avec les oreilles & le de/Tous du ce 
menton d'une nuance plus pâle. Ces ce 
couleurs font celles de l'hiver; car au prîn- ce 
temps elles changent par la mue du poil : ce 
la première zibeline , qui étoit d'un brun «e 
noir , devint en été d'un jaune brun ; ce 
& la féconde, qui étoit d'un brun jaune, «e 
devint d'un jaune pâle. J'ai admiré , ce 
continue M. Gmelin , l'agilité de ces ce 
animaux; dès qu'ils voyoient un chat, ce 
ils ie drcfloient fur les pieds de derrière ce 
comme pour fe préparer au combat ; ce 

luj 



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248 H ivoire Naturelle 

» ils font très - inquiets & fort reniuans 
» pendant la nuit (b); pendant le jour au 
» contraire , & fur-tout après avoir mangé, 
» lis dorment ordinairement une demi-heure 
» ou une heure ; on peut dans ce temps 
y> les prendre , les fècouer , les piquer lans 
€[u'ils (è réveillent ». Par cette defcription 
de M. Gmclin, on voit que les zibelines 
Me font pas toutes de la même couleur , & 
que par conféquent fes Nomenclateurs qui 
les ont défignées par les taches & les cou- 
leurs du poil ont employé un mauvais ca- 
ractère , puifque non-lèulement il change 
dans les différentes faifons , mais qu'il varie 
d'individu à individu , & de climat à 
climat (c). ;. . • -, 

fb) Nota, Cette inquîctudc & ce mouvement 
pendant la nuit n'eft pas particulier à la zibeline ; j'ai 
vu la même chofe aux hermines que nous avons eu 
vivantes, & que nous avons nourries pendant piufîcurs 
mois. 

(c) Des deux zibelines dont parle M. Gmclin, la 
première venoit de h pl-o^'ince de Toiuskien , & \\ 
féconde de celle de Berefowien ; on trouve aulTi dans 
là relation de la Sibérie , que fur la montagne de 
Sopka-Sinaia il y a àts, zibelines noires à poil court, 
auxquelles il efl: défendu de donner la chalîe : qu'une 
femblable efpèce de zibeline Te trouve auflTi plus avant; 
dans les montagnes^ de même chez les Caimouks 



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de la Xîhelinci 249 

Les zibelines habitent le bord des 
fleuves , les lieux ombragés & ies bois 
les plus épais ; elles fautent très-agiieinent 
d'arbres en arbres , & craignent fort le 
foleil , qui" change , dit-on , en très-peu de 
temps la couledr de leur poil ; on préiend 
(dj qu'elles fè cachent & qu'elles Ibnt en- 
gourdies pendant l'hiver , cependant c'efl 
dans ce temps qu'on les chafle & qu'on 
les cherche de préférence , parce que leur 
faurrurc ell alors bien j)lus belle & bien 
meilleure qu'en été ; Olles vivent de rats , 
de poiflTon , de graines de pin & de fruits 
iàuvacres ; elles font très-ardentes en amour; 
elles ont pendant ce temps de leur chaleur 
une odeur très - forte , & en tout temps 
leurs excrémcns fentent mauvais : on les 
trouve principalement en Sibérie, & il n'y 
en a que peu dans les forêts de la grande 
Rufîie, & encore moins en Lajiponie. 
Les zibelines les j^lus noires font celles 
qui font les plus eftimées ; la différence 



Vraiigai. «c J «i vu , dit-il , quelques-unes de ces pcaitx 
que àcs Calmouks avoient apportées; eiies font con-'« 
nues fous le nom de zibelines de Kangaraga », Vojujqc, 
de Ciiulin , tome 1 , jmge 2 t y. 

{d} HiiKiymUf au(fl, pag. 318, 

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2^6 ffi/tolre Ndttirélle 

qu'if y a de cette fourrure à toutes les 
autres (e), c'eft qu'en quelque (eus qu'on 
poufle le poil , il obéit également , au lieu 
que les autres poils pris à rebours font 
ièntir quelque roideur par leur réfiftance. 

La chaffe des zibelines le fait par des 
criminels confinés en Sibérie , ou par des 
ibldats qu'on y envoie exprès , & qui y 
demeurent ordinairement piufieurs années ; 
îes uns & les autres font obligés de fournir 
Une certaine quantité de fourrures à laquelle 
ils font taxés ; ils ne tirent qu'à Ijalle feule 
pour gâter le moins qu'il eft podible la 
peau de ces animaux , & quelquefois au 
îieu d'armes à feu ils (e fervent d'arbalètes 
& de très-petites flèches. Comme le fuccès 
de cette chaffe fuppofe de l'adreffe , & 
encore plus d'affiduité , on permet aux 

(e) La zibeliiK; diffère de la marte en ce qu'elle cft 
fift petite , & qu'elle a les poils plus fins & plus 
longs ; tes véritables zibelines font damafîoes de noir, 
<&" (jB prennent en Tartarie ; ii s'en tfou\e peu en 
Lapponic : plus ia couleur du poil eft noire & plu« 
elle eft recherchée , & vaudra quelquefois foixante écuî, 
quoique la peau n'ait que quatre doigts de largeur , 
on en a vu de blanches & de ^rifes. Rcgmrd , tome 1, 
page \y6. Nota. Schcffer dit de même qu'il (b trouve 
cjuciquefbis dci zibçlincs hhviQ\}Qi,Hi(joirecieli.i JLaj^fome, 



Ae h Tihelmel . ■ \ 2 5 \ 

Officiers d'y intérefîer leurs foldats, <Sç 
de partager avec eux le furplus de ce qu'ils 
font obligés de fournir par feinaine , ce 
qui ne laifîe pas de leur faire un bénéfice 
très-confidérable (f), 
* Quelques Naturalises ont foupçonnc 
que la zibeline étoitle Satherius d'Arirtote , 
<îk je crois leur conjedure bien fondée, 
La iinefîe de la fourrure de la zibeline 
indique qu'elle le tient fouvent dans l'eau; 
& quelques Voyageurs (g) difent qu'elle 
ne le trouve en grand nombre que dans 
de petites îics , où les chafleurs vont la 
chercher ; d'autre côté Ariftote parle du 
iàilierius comme d'un animal d'eau , & il 
le joint à la loutre & au caftor. On doit 
encore préfumer que du temps de la 
magnificence d'Athènes , Ces belles four- 



{ f) Un Colonel peut tirer de Tes fept années èé 
icrviœ à la chafle des yiWines, environ tjiiatre mille 
tcus de profit, les fubalternes à proportion, & chaque 
Soldat fix ou fept cents ^cus. Voyage <îu P, Avril i 
jhige i 6 ç, — Voyez aiiffi la relation de la Mcfcoviei 
par la Neuville. Viiris , i C) (^ S , ycge 2 i /■% 

(g) Les ChafTciirs vont chcrt;her les zibelines dans 
de petites îles où elles le retirent , ils les tuent avec 
une efpècc darbalèic , &.c. Voyage ibt P, Avrit , 

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^ 5 ^ hi^oire Naturelle, &c, 

rures n'étoient pas inconnues dans ïa 
Grèce , & que i'animal qui les fournit 
avoit un nom ; or il n'y en a aucun qu'on 
puifTe appliquer à la zibeline avec plus 
de raifon que celui de fatherius, fi en efict 
îl eft vrai que la zibeline mange du poiffoil 
(h) & fe tienne aiïez fouvent dans l'eau 
pour être mife au nombre des amphibies. 

{h ) lu nmlrofs faltihus verjntur feiuper , infidintm 

tiv'icuUs in efcom tiffumit mures, pr/ccs, uvas rubeas» 

iRzaczynki , auâ, Hijl. J^at, Polon, pag, ^ i S, ^ • 



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LE LEMING (a).: 

yj L Aus Magnus efl le premier qui 
ait fait inention du Leming fb); & tout 
ce qu'en ont dit Gefnér, Scaliger, Ziegicr, 
Jonllon , &c. eft tiré de cet auteur ; mais 
Wormius , après des recherches plus 
exaéles , a fait l'hiftoire de cet animal , & 
voici la defcription qu'il en donne. « Il 
a , dit-il , la figure d'une foiuis , mais la « 
queue plus courte , le corps long d'en- ce 
viron cinq pouces , le poil fin & taché ce 

'( d) Leming t nom de cet animal dans Ton pays 
raal en Norvège , & que nous avons adopté. Al us 
f^oYvagicm à Norvagis , Leming , Lemingcr , Le- 
iWhier , Lcmmcr appellatur. Olaiis Magnus Lemucr & 

Lcinmis vocat Zieglems Leem vel Lemmer, 

Miifeuni Wormiaiium, pag. ^zz, fg. animalis, & 
Scehtoiu pag, 2 2 j » ,, • 

Lennmis , Mus caudà ahbrn'îaîa pedihus pemadaâyHs, 
Mus caudà abruptfi , corpore fulvo tilgrogue vario. Faun» 
Suec, 26, Ad. Stock. ty/).o, png. ^26. Tah, VI, 
fg, /j. if ^t Syjlem. Nat, t o> n," z, Linn. Syjiem* 
Sut. edit X , pag, s 9 • 

(h) Olai Magni, Hift, Cent, fep:, iib. XVill, 
cap. XX. 



154* fJifloire NatitrelU 

3» de dîverfcs couleurs , la partie antérieure 
» de la tête noire , la partie fupérieiirc 
35 jaunâtre , le cou & les épaules noires , 
3> k refte du corps roulsâtre , marqué de 
35 quelques petites taches noires de difFé- 
33 rentes figures julqu'à la queue , qui n'a 
33 qu'un demi -pouce de longueur, & 
•c c|ui eft couverte de poils jaunes noirâtres; 
3> l'ordre des taches , non plus que leur 
3D figure & leur grandeur , ne font pas les 
3ï mêmes dans tous les individus ; il y a 
33 autour de la gueule plufieurs poils roides 
33 en forme de mouftaches , dont il y en 
33 a fix de chaque côté beaucoup plus 
33 longs & plus roides que les autres ; 
33 l'ouverture de la gueule eft petite , la 
33 lèvre fupéricure elt fendue comme dans 
33 les écureuils , il fort de la mâchoire fu- 
33 périeure deux dents longues incifivcs, 
33 aiguës, un peu courbes , dont les ra- 
33 cines pénètrent jufqu'à l'orbite des yeux, 
33 deux dents femblables dans la mâchoire i 
33 inférieure qui correfpondent à celles diil 
3» delius , trois mâclîclières clc chaque 
33 côté , éloignées des dents incifives ; la 
33 première des mâchclièrcs fort large & 
30 compoféc de quatre lobes , la fecgndî 



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aiinécsi 

pas icyi.l 



du Lemlng. 255 

tîe trois , la troifiènie plus petite , cha- ce 
cune de ces trois dents ayant Ton alvéole «« 
Icparée & toutes fituées dans l'intérieur « 
du palais , à un intervalle afiez grand ; « 
ia langue afîez ample & s'étendant juf- ce 
qu'à l'extrémité des dents incifives; des ce 
débris d'herbe & de paille qui étoient ce 
diuis ia gorge de cet animal , doivent ce 
fltire penlèr qu'il rumine ; les yeux font ce 
petits & noirs, les oreilles couchées fur « 
le dos, les jambes de devant très-courtes, ce 
les pieds couverts de poils & armés de ce 
cinq ongles aigus & courbés , dont celui oc 
du milieu efl ircs-lonjx , & dont le cin- <e 
quième efl: comme un petit pouce ou «c 
comme un ergot de coq-, fitué quelque- ee 
fois afîez haut dans la jauibe ; tout le ce 
ventre elt blanchâ;;e, tirant un peu fur ce 
le jaune , &c m. Cet animal, dont le corps 
cfl épais & les jambes fort courtes , n* 
lailîe ]->ns de courir aiïez vite , il habité or- 
dinairement Iq> montagnes de Norvège & 
(le Lapponie , mais il en defcend quelque- 
fois en fi grand nombre dans de certajnes 
années ( c ) & dans de certaines f liions , 

(c) On a rcmanjuc que les Lemmci's pc paroiffent 
pas icyi.lièiement tous les iuis, mais eii certain teivips 



"5^5 6 Hiflohe Naturelle 

qu'on regarde l'arrivée des Leinings comme 
vin fléau terrible , &: dont il efl ijnpofiihle 
de fe délivrer ; ils font un dégât affreux 
dans les campagnes , d v'aftent les jardins, 
ruinent les moilTons , & ne laiffent rien 

îi l'improvifle & en fi grande quantité , qu'ils fe ré- 
pandent par - tout & couvrent toute la terre 

Ces petites bêtes, i)icn loin d'avoir peur &; de j'enfuir 
quand elles entendent marcher les paflans , font tw 
contraire hardies & courageufes , vont au -devant de 
ceux qui les attaquent , crient & jappent prefque tout 
de même que Acs petits chiens : fi on les \eut battre, 
elles ne fe (bucient ni du bâton ni des hallehardej , 
fautant & s'élinçant contre ceux qui les frappent , 
s'attachant & JTiordant en colère les bâtons de ceux 
qui les veulent tuer. Ces animaux ont ceci de parti- 
culier , qu'ils n'entrent jamais dans les maifons ni dans 
les cabanes pour y faire du dommage , ili fe tiennent 
toujours cachés dans les broflailles 6c le long Ati 
coteaux ; quelquefois ils fe font la guerre, fc partigeant 
comme en deux armées le long àcs lacs & des prés. .. 
J.es hermines 6c les renards font leurs ennemis h 

en mangent beaucoup l'herbe rcnaiffante fait 

mourir ces petits animaux, il femble qu'ils fe fafïbnt 
audî mourir eux-mêmes ; on en voit de pendus a 
ÀQ& branches d'arbres, on peut croire auffi qu'ils fc 
jettent d.uis l'eau par troupes connnc les hirondelle?. 
Jiifloirc Ht la Lapfwnie , jmr Schefftr, jmge ^22, Isct/i, 
Jl y a bien plus d'apparence que les Icmin^s , comme 
tous les autres rats, le mangent & s'cntredctruifent A<:i 
que la pâture vient à leur manquer, & que c'efl par 
cette raifon que leur deftrudio.i eft au/Ti prompte que 
icur putlulation« 



\ 



du Lemhig, -- I57 

que ce qui eft ferré dans les maifons , où 
heureufèmcat ils n'entrent pas. Ils aboient 
à peu-près comme des petits chiens ; lorP 
qu^on les frappe avec un bâton , ifs Ce 
jettent deflus & le tiennent û fort avec 
les dents , qu'ils fe iaiïïent enlever & tranf- 
porter à quelque diftance , (îms vouloir" 
le quitter ; ils ie creufcnt des trous fous 
terre , & vont comme les taupes manger 
les racines , ils s'affemblent dans de cer- 
tains temps, & meurent pour aînfi dire 
tous enfemble ; ils font très-courageux & 
fe défendent contre les autres animaux : 
on ne f^it pas trop d'où ils viennent , ie 
peuple croit qu'ils tombent avec ia pluie f^^; 

(d) Beflhléc qitadrupîdes , Lcmmar vil Lemmiîs 

àda , mûgniiudine foricis , pelle varia per tempejlates ù* 
repcminos imbres , . . iticowperium unde , an ex renwtiorilms 
infitlis if vcnto dtlatec m tx nubilmi fxculentis natcc 
deffvamur. Id tnnwi compertum ejl jlatim atijue decidmnt , 
rcperhi in vifcerilms hcrha, cruda nondum coucoâœ, Hœ 
more locuflarum in maximo examine cadenres oimia vi- 
rentin dcfliuiwt & quct vwrfu tantum attigerint emorîumur 
virulent iâ ; viril hoc agmen donec non gnfinverit herhani 
rctiatam, Conveniunt quoque grcg. itim quafi liirundi/ies cvo- 
latura , fed flato teni/mrc aui moriwitiir acervatim cuni Lie 
teirct f ex quaruni corniptione aer fit pejlikns & afjicit 
incohis vcrtigine if iâcro) aut liis bcfiiis diéïis vidgariter 
Lekat l'cl Hermeliii confumuntur unde iidcm Hcrniclini 
piiipefcmit, 01, Mag, Hifl,Cem,fqn, pag. i-jz, 



'■■-■(. ^ 

a 58 Hifioke Naturelle, ère: 

îe mâle eft ordinairement plus grand qitl» 
la femelle , & a auflj les taches noires plus 
grandes ; ils meurent infliillibiement au re- 
nouvellement (\Gi herbes ; ils voiit auffi en 
grandes troupes fur l'eau dans le beau 
temps, mais s'il vient un coup de vent, 
lis (ont tous fubmer^és ; le nombre de ces 
animaux eu 11 prodigieux , que quand ils 
meurent, l'air en eft infecflé, & cela occa- 
fionne beaucoup de maladies , il (emble 
même qu'ils infecT:çnt les jîîanies qu'ils ont 
rongées , car le pâturage fliit alors mourir 
le bétail ; la chair des lemings n'eft pas 
Bonne à manger ; & leur peau , quoique 
d'un beau poil , ne peut pas fervir à fiiire 
des fourrures , parce qu'elle a trop peu dt 
confiltance. 




i5? 



LA SARICOVIÈNNE (a). 

•f JLj A Saricovîeniie , dit Thevet , fe 
trouve ie long de la rivière de la Plata , « 
elle efl: d'une nature amphibie , demeu- ce 
rant plus dans Teau que (ur la terre ; c< 
cet animal eft grand comme un chat , c< 
& fa peau qui eft mêlée de gris & de « 
noir, eft fine comme velours ; Tes pieds ce 
font faits à la femblance de ceiix d'un ce 
oilèau de rivière ; au refte fa chair eft •« 
très-délicate & très-bonne à manger (b) w. 

(a) Sari'copîenfu , nom de cet animai au pays delà 
Plata , & que nous avons adopté. Ce mai Jaricovieme 
paroît être dérivé Je Carigueibeju , qui eft ie nom de 
cet animal au Brefil , & qui doit fe prononcer fari- 
^ovîou , ce nom figuifie bête friande , fcion Thevet. 

Jiya, (jiia iT Caripueibcju appeJlamr à Brnfilienfibusi 
JVIarcgr. HijK rtat. i/nj/". pag. 234., fig. ibid. 

Ltitra nigricam caudu deprejffi if ghdira, Barrèr«. 
llijl de la Fr. ÉqiiUu pag. 155. 

Lutra (itri cohrh waculâ fuh gutfure fnvtï r 

hitra Brafilicifis. La loutre du Brefii. BriiToii , Regi^ 
aiiitn. pag. 278. „à^,._ 

fb) Singularités de la France antnrdiqiic , pa* 
André Thevet. Paris , ///// pages i oy if i oS^ 



x 



• ■ V- 
±60 HiJIoIre Naturelle 

Je commence par citer ce pafTage , paire 
que les Naturuiifles ne connoifl'oient pas 
cet animal fous ce nom , & cju'iis'jigno-. 
toient que lé Carigueibeju du Brefil , qui 
fcft le même , tût des membranes entre 
les doigts des pieds; en efîèt, Marcgrave 
qui en donne ia defcription , ne parle 
pas de ce caracflère , qui cependant eft 
rïïentiel , puifqu'il rapproche autant qu'il 
cft poflible cette efpèce de celle de la 
X-outrc. 

Je crois encore que l'animal dont 
Gumilla fait mention fous le nom de 
Cuachi (c)j pourroit bien être le même 

(c) On trouve fur lés rivières qui Te Jettent dans 
TOrcnoque une grande quantité de chiens d'eau , 
que les Indiens appellent Guachi ,- cet animal nage 
a\'ec beaucoup de légèreté, & fc nourrit de poifTon; 
il c(\ amphibie , mais il vient aufll chercher ih nour- 
riture fur terre ; il crcufie des foHes fur le rivage, 
éiins iefquelles ia femelle met bas (es petits. Ils ne 
crcufent point ces foffes à l'écart , mais dans les 
endroits où ils vivent en commun 6c où ils viennent 
fc divertir. J'ai vu & examiné avec foin leurs tanicics, 
l'on ne (àuroit rien voir de plus propre ; ils ne laifTcnt 
pas la moindre herbe aux environs; ils amonccliciu 
k l'écart les arêtes des poilTons qu'ils manoent ; h à 
force de fauter, d'aller & de venir ils pratiquent des 
chcmijis très - propres & très - commodes. liijloire à 
l'Oréiw<iuc , i^ar Cumilla , tome 111, i^nge 2g^ 



- <]e la Surtcovhnnèi 2 6 1\ 

^e h, fàricovienne , & que c*e(l luie 

eipèce de loutre commui"ie dans toute 

l'Ame'rique méridionak. Par la del'cription 

qu'en ont donnée Marcgrave & Del- 

marchais (d)^ il paroît que cet animal 

amphibie efl: de la grandeur d'un chien 

de taille médiocre , qu'il a le haut de la 

tête rond comme le chat; le mufeau un 

peu long comme celui du chien ; les dents 

& les mouftaches comme le chat ; les 

yeux ronds , petits & noirs ; les oreilles 

arrondies & placées bas ; cinq doigts à 

tous les pieds , les pouces plus courts 

que les autres doigts , qui tous font armes 

d'ongles bruns & aigus ; la queue auffi 

longue que les jambes de derrière ; le 

poil aflez court & fort doux , noir fuf 

tout le corps , brun fur la tête , îivec une 

tache blanche au gofier. Son cri efl à 

peu - près celui d'un jeune chien , <& il 

1 entrecoupe quelquefois d'un autre cri 

J^OTA, Ces caradlères convienncni à la fàrrcovienne; 
mais il nous paroît ijue le nom gitnrhi a été mal ap- 
piiciiié ici , & ijii'il appartient à i'ef| .jcc de moufFeite 
que nous avons appelée coafe, 

(d) Voyage de DeCmarchais , tome 111 , jm^s j» o C^ 



26 z Hïflolrc NattireJk, érc, 

fembiable à la voix du {iigoin ; il Vit d« 
crabes &l de poiffons , mais on peut auffi 
le nourrir avec de la fliririe de manioc 
délayée dans de l'eau. Sa peau fait une 
bonne fourrure , & quoiqu'il mange beau- 
coup de poifîon , fa chair n'a pas le goût 
de marais , elle eft au contraire très-làluç 
êi très-bonne à manger. - . 




V3*';^v\ç'/V. 



26^ 



.•:. ;:(. 



UNE 



LOUTRE DE CANADA. 

L«ETTE Loutre, beaucoup plus grande 
que notre loutre , & qui doit le trouver 
dans le nord de l'Europe comme elle fe 
trouve au Canada, m'a fourni l'uccafioii 
de chercher fi ce n'étoit pas le même 
animal qu'Ariftote a indiqué fous le nonx 
de Latax , qu'il dit être plus grand & 
plus fort cjue ia loutre ; mais lei> notions 
qu'il en donne ne convenant pas en entier 
à cette p-rande loutre , & la trouvant d'ail- 
leurs abfolumcnt femblable à la loutre 
commune, à la grandeur près, j'ai jugé 
que ce n'étoit point une elpèce particu- 
lière , mais une fimple variété dans celle 
de la loutre. Et comme les Grecs , & 
fur-tout Ariftote, ont eu grand foin de 
ne donner des noms diiîérens. qu'à des 
animaux réellement differens j^ar l'eipcce , 
nous nous fommes convaincus que le 
latax efl un autre animal ; d'ailleurs les 
loutres , comme les caflors , Ibnt corn- 
munénicjit plus grandes 6c ont le poil plus 



1 •• 



i 



2^4 Hijloire Naturelle 

^loir & plus beau en Ame'rique fa) qu'en 
Eliropç. Cette loutre de Canada doit en 
elîèt être plus grande & plus noire que la 
loutre de France ; mais en cherchant ce 
C[ue pouvoit être le Latax d'Ariftotc 
(chofc ignorée de tous les Naturalises), 
j'ai conjcduré que c etoit l'animal indiqué 
par Belon fous le nom de loup marin , (5c 
j'ai cru devoir rapporter ici la notice d'A- 
rifloie fur le latax ; & celle de Bclon fur 
le loup marin , afin qu'on puifJb les com- 
parer (bj, 

Arirtote 

(a) Les loutres de l'Amérique feptcntrionafe diffèrent 
ide celles de France en ce qu'elles font toutes coiTimii- 
ncmcnt plus longues &: plus noires ; ii s'en trouve qui 
le (ont bien plus les unes que les autres , il y en a 
d'auffî noires que du jay; celles-ci fent fort recherchées 
& l'ort chères. Dcfcriptio.' de l' Am/rùjue fcpeutnoiidli 
jhir Denj/s, tome 11, page 2 o, 

(h) Sum iiiter quadruycdes femjqiie , qutz vîâiim ex 
îacu if fiwiis petaitt , at vcro a mari milliim , jïïa- 
terfjuam vituhis warimts. Sum etium in hoc génère jikr, 
fat lier ium , fatyrium , lutris , Latax qutx latior lunt 
' iji , dtnîejque hcbet robufios , (juippe quoe noâu pknmft 
egrediens , vi)gu/rd proxiwa fuis dent il- us tit fcrro pra* 
cidar; lutris etinm hotninem mordet , me defijlit , m 
fcrunt , nijï offis fraéli crcpittim fenferit, Lataci fdui 
durus , fpt'cie in ter pi Ium vituli niarini iT cerui, Arift. 
/y///, anlm. lib. N'IIJ, cap v. — J-e loup marin, 

« D'autan! 



{Tune Loutre de Canada, 26^ 

Ariftote fait mention dans ce paflage 
de fis. animaux amphibies; & de ces iix 
nous n'en connoilîons que trois, le phoca, 
le caftor & la loutre ; les trois autres , qui 
font le /atax, le fatherion & le fatyr'iûn 
font demeurés inconnus, parce qu'ils ne 
font indiqués que par leurs noms & (ans 
aucune defcription : dans ce cas , comme 
dans tous ceux où l'on ne peut tirer 
aucune indudion direéle pour ia con- 
noifTance de la cholè , il fiiut avoir recours 
à la voie d'exclufion ; mais on ne peut 

« D'autant que les Anglois n'ont point de loups fur 
leur terre , nature les a pourveus. d'une bête au •« 
rivage de leur mer , fî fort approchante de notre « 
loup , que (i ce n etoit qu'il fc jette plutôt fur les « 
poiffons que fur les ouailles» on le ciiroit du tout « 
fembi.ible à notre bête tant raviffante; confidcré la « 
corpulence, le poil, la tête (qui toutefois tft fort « 
I grande } & la queue moult aj^pr^xhante au loup « 
terreftre ; mais parce que cclui-cy ( comme dit efl ) « 
ne vit que de poiflbns, 6: n'a été aucunement « 
connu des Anciens, il ne m'a femblé moins no- «c 
tthle que les animaux de double vie cy-dcffus «« 
alléoriiés, parquoi j'en ai bien voulu mettre le « 
pourtrait, » Hehn, <te la nature des poijfms , page t S* 
Nota, La figure cfl à la page fj^,6ic reflTcmble plus 
là t'hysene qu'à aucun autre animal , mais ce ne peut 
êtrerhyaene, car elle n'efl point amphibie , elle ne vit 
pas de poiflôn , & d'ailleurs elle e(l d'un climat tout 
I différent. • « r 

Tome XL M 



remployer avec fuecès que qiwnd on 
coiiiîoit à })eu près tout : on peut alors 
conclure du pofuif au négatif, & ce 
négatif devient par ce moyen une con- 
noillànce pofitivc. Par exemple , je crois 
que par la longue étude que j'en ai 
faite , je connois à très-peu près tous les 
animaux quadrupèdes; je fais qu'Ariftotc 
ne pouvoit avoir aucune connoiûance de 
ceux qui font pardculiers au continent de 
l'Amérique ; je connois aufîi parmi les 
quadrupèdes tous ceux qui font amphi- 
bies, fk j'en iépare d'abord ks amphibies 
d'Amérique, tels que le tapir, le cabiai, 
l'ondatra, &c. il me refte les amphibies 
de notre continent, qui font l'hippopo- 
tame , k morfe ou la vache marine , les 
phoques ou veaux marins, le loup marin 
de Belon , le cailor , la loutre , la zibe-, 
iine , le rat d'eau , le defman , la mufa- 
raigne d'eau, & fi l'on veut l'ichneumoii' 
ou mangpufte , que quelques - uns ont'l 
regardée comme amphibie & ont appelée! 
loutre d'Egypte, Je retranche de ce nom- 
bre le morfe ou la vache marine, qui! 
ne fe trouvant que dans les mers du 
!Nord, n'étoit pas connue d'Ariftote, j'eii 



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retranche encore l'hippopolamc' , le r;u 
d'eau & l'ichneumon, parce qu'il en parle 
ailleurs & les défigne par leurs noms; j'en 
retranche enfin les j)hoques , le caftor & 
la loutre , qui font bien connus » & la 
inufaraigne.d'eau , qui efl: trop refîeniblante 
à- celte de terre polir eir avoir jàmdfis étc"- 
réparée par le nom : il nous refle le loup 
marin de Bdôn, là Tjibclîite & lé dcfinan, 
pour le latax i \e fathenon 6c \ë fityrlon; 
de ces trois animaux il ny moit que le 
loup marin de Belon qui foit plus gros 
que la loutre, ainfi»c'.e(l Ici (eul qui puifîc 
rej»>rélenter le I/itax , par- cortfëquent la 
zibelinie & le defman repréfentent {^fathe-^ 
rion ôi^ÏQ faiynort. 'L'on lent bien que ces 
conjedlures , que je crois fondées , ne font 
cependant pas du! nombre de^ celles que 
le temps puiffe éclaircir davantage , à 
moins qu'on ne découviîît quelques ma- 
nufcrks' grecs jitfqu'à prélei'rt: inconnus, 
où ces nomà ie '■ trouveroient employe's ; 
c'éft -* à - dire expliqués par de nouvelles 
indications.Vi '■* .'im^r;! i» ^u t>*i! 

h , ,M\,^ } i.' ■ ^ > i i. 

M '4 



:i-j 



I > 



tMl. 






; 1 1 : 



2(58 



Hiflolre Naturelle 



LES PHOQUES, 

, . LES MORSES , 
ET LES LAMANTINS. 

A SSEMBLONS pour un infiant tous 
les animaux quadrupèdes , failbns - en 
uii groupe, ou plutôt formons -en une 
troupe dont les imervalles & les rangs 
rej)ré(èntent à peu près la proximité ou 
l'éloignement qui le trouve entre chaque 
efpèce ; plaçons au centre les genres les 
plus nombreux , <& fur les flancs , fur les 
ailes ceux qui le font le moins ; relTerrons- 
les tous dans le plus petit efpace , afin 
de les mieux voir ; & nous, trouverons 
qu'il n'eft pas pollihie d'arrondiv cette 
enceinte : Que quoique tous les animaux 
quadrupèdes tiennent entr'eux de plus 
près qu'il? ne tiennent aux^ autres êtres, 
il s'en trouve ncanmonis en grand noni- 
bre qui font des pointes au dehors , & 
lèmbient s'élancer pour atteindre à d'autres 
daflcs de ia Nature; les linges tendent 



des Phoques , &c. l6^ 

à s'approcher de l'homme & s'en appro- 
chent en effet de très -près; les chauve- 
fouris ibnt ies iinges des oifeaux qu'elles 
: imitent par ieur vol ; les porc - épies , 
ies hérifîbns par ies tuyaux dont ils fout 
couverts, fembient nous indiquer que ies 
plumes pourroient appartenir à d'autres 
qu'aux oifèaux ; ies tatous par leur teft 
écailleux s'approchent de la tortue & des 
cruftacées ; les caftors par les écailles 
de leur queue refîèmblent aux poiflons ; 
les fourmiliers par leur efpèce de bec ou 
de trompe làns dents & par leur longue 
langue , nous rappellent encore les oi- 
(eaux; enfin les Phoques, les Morfes ôc 
les Lamantins font un petit corps à part 
qui forme la pointe la plus (îiillanie pour 
arriver aux cétacées. 

Ces mots phoque, morfe & lamantin t 
font plutôt des dénominations génériques 
que des noms l'pécitiqucs , nous com- 
prenons fous celles de phoque i.** le 
fhoca des Anciens qui vraiièmblablcment 
eil celui que nous avons fait reprélènter; 
2." le phoque commun que nous appe- 
lons veau marin ; ^ .° le grand phoque , 
dont M. Parfons a donné la delcripiion 

M il; 



l; 



%jo Mïfloire Naturelle 

Si. la figure dans les Tran(;i<flions philo- 

ibphiques , ;«.* ^(^^ ^ 4.** le très- grand 

phoque, que l'on appelle ibn mam, &: 

.dont.l'autei^ du vpyageid'Anlbn a donné 

Ja defcriptîoii.!& les figure^. ?ri'.!-iï-d vj» 

Par le nom de morfe, nous entendons 
les animaux que l'on coruioît vulgai- 
rement fous celui de vaches marines ou 
letes à In gr/inde dent , ^om nous con- 
iioiflbns deux efpèccs., l'une qui ne fe 
trouve que dans les .raers du . nord , <& 
J'autre qui n'habite ilu contraire;. que lés 
.mers du midi , à laquelle nous .avons 
-donné le nom de Dugon., dont nous 
avons fait graver la tête; enfin fous celui 
de lamantin , nous -comprenons les ani- 
jjnaux quon appelle Adanati, bœufs ima- 
rins à S.' Domingue, à Cay enne & dans 
les autres iparties de l'Amérique raéri- 
,'dionale , aufîi- bien que le lamatitin du 
-Sénégal & des autres côtes de l'Afrique, 
-^ui ne nous paroît êtrQ qu'une variété 
'du lamantin de l'Amérique. 

Les phoques & les morfcs font encore 
-plus près des quadrupèdes que des 
^cétn,cées , parce qu ils ont quatre efpècés 
.de pieds, mais les. lumautûis qui nowt 



des Phoques , &i\ 27 1 

fjiic îes deux de devant , font plus ccta- 
cces que quadrupèdes^ tous diffèrent f\ts 
autres animaux par un grand caradèrc ; 
ils font les leuls qui puifTent vivre 
également & dans l'air i& dans l'eau, les 
leuls par coniequent qu'on dût appeler 
amphibies. Dans l'iiomme & dans les 
animaux terreftres & vivipares , le trou 
de la cloifon dit cœur , qui permet au 
fœtus de vivre fans refpirer , fe ferme 
au moment de la naifïl mce , & demeure 
fermé pendant toute la vie ; dans ces 
animaux , au contraire , il eft toujours 
ouvert , quoique la iiuère les mette bas 
fur terre , qu'au moment de leur naifîance 
l'air dilate leurs poumons y, &; que la 
refpiration commence & s'opère comme 
dans tous les autres animaux. Au moyen 
de cette ouverture dans la cloifon du 
cœur, toujours fubfiftante, &. ([ui permet 
la communication du fmg de la veine- 
cave à l'aorte, ces animaux ont l'avantage 
de refpirer quand il leur plaît, & de fe 
palier de refpirer quand il le fîuit. Cette 
j)ropriété fingulière leur cft commune à 
tous ; mais chacun a d'autres ficulies 
particulières dont nous parlerons ,. eu 

M ilij^ 



^y^ Hiflolre Naturelle 

fhiiànt autant qu'il eft en nous l'hiftoirc 
de toutes les efpèces de ces aniipaux 
amphibies. . . 

LES PHO(lUES (a). 

En génénil, les phoques ont la tête 

^rt/ Phoque. Phoca,\ti Grec & en Latrn.mot 
auquel de Liët & d'autres ont donné une terininaifon 
trançoife, & que nous avons adopté comme terme 
générique. Dans plufieurs langues de l'Europe, on a 
indiqué ces animaux par les dénominations de Vemn 
de mer , Chiens de mtr , Loups de mer , Veaux marim, 
CSAUns mivins , Loups marins, Renards marins. Nous 
en connoiflbns trois & peut-être quatre efpèces; 
I ," Le petit phoque noir à poil oi doyant & lon^, que 
nous croyons être le phoca dus Anciens , c'eft-à-dire, 
le Wjmj d'Ariflotc , 6c le vitubis marinus o» pSosa de 
Pline , & c'eft probablement celui dont Belon a donne 
îa figure, & qu'il a indiqué Ibus le nom de phoca, 
vitulus marinus , recchio marino , veau ou loup de mer. 
De hx nature des poifons , pnge i 6, 2° Le phoque de 
notre océan qui e(l plus grand & d'un poil gris (.[u'oii 
appelle poju ma'iii , & auquel nous confervons cette 
dénomination , Éiutc d'autre , & aulîi pour ne p.is 
tomber dans l'erreur en adoptant un nom étrange r ^ui 
pourroit être celui d'une autre efpècej nous croyons 
néanmoins que cet animal t(l celui que les Allemands 
appellent Ruùl/e ou Sa// , les Anglois Soi/e, les Suédu)is 
Sid/t les Norvégiens Kaaùe , ik c'ell certainement le 
niûiie 4ue M." de l'Académie des Sciences ont indi* 



liîloirc 
iimaux 



ttn, mot 
minaifon 
le terme 
pe, on a 

de VeauM 
X uiitrins, 
n$. Mous 
efpèces; 
Ion4, que 
pft-à-dire, 
phoea de 
n a donné 
de l'hoCii, 
) de mer. 
)hocjue de 
gris qu'on 
vous cetîc 
xt ne pas 
rangir qui 
i,s croyons 
\llemands 
s Suâl*i)is 
ne ment le 
unt i:idi- 



des Phoques t &c. 273 

ronde comme l'homme , ie mufeau large 
comme ia loutre , les yeux grands de 
places haut , peu ou point d'oreilles 
externes , feulement deux trous auditifs 
aux côtés de la tête , des mouftaches 
autour de la gueule , des dents aiïcz 
iemblables à celles du loup , la langue 
fourchue ou plutôt écbancrée à la pointe, 
le cou bien defliné , le corps , les mains 
& les pieds couverts d'un poil court & 
allez rude , point de bras ni d'avant -bras 
apparens ; mais deux mains ou plutôt 
deux membranes, deux peaux renfermant 
cinq doigts & terminées par cinq ongles ; 
deux pieds fans jambes tout pareils aux 

que , comme nous , fous le même nom de Vtau marin ^ 
èi dont ils ont donné ia figure & la defcription r 
f>ûge 1 S^. & j^lanche XXV IL de la partte IJ' de leurs 
Mémoires fwur fervir à i'Hiffoire des animaux. Enfin, il 
nous paroîr que c'cft encore le même , dont de Laët a 
donné la figure <3t qu'il appelle chîm marin ou jiheque, 
Defcription des Indes occidcKtcdes , page ^r. Je ne cite 
pas les autres auteurs , parce qu'ilr. ont copié les figures 
(ie ceux-ci, ou qu'ils en ont donné de défeélueufès» 
5.° Le grand phoque, dont Al. Parfons a donné la 
flefcription & la figure dans les Tran/aiSions Philofo- 
phiqucs , n," ^ 6 <^. 4.** Le lion marin , dont on trouve 
\x defcription 6: la figure dans le voyage d'Anfon ^ 
yage i o o , &L qui pourroit bien être le même que le 
granil phoque dcccit par M. Parfons» 

M Y 



274 Hijtolre Naturelle 

mains, feulement plus larges & 'tourne'^ 
en arrière comme pour fe re'unir à une 
<]ueue très - courte qu'ils accompagnent 
des deux côtés , le corps aiongé connue 
celui d'un poiiïbn , niais renHé vers la 
poitrine , étroit à la partie du ventre, 
tfàns hanches , " fans croupe & fans cuifles 
sHU dehors ; animal d'autant plus étrange 
.qu'il paroît fidif , & qu-ii 'eft le modèle 
fur lequel l'imagination des Poètes en- 
fiinta les Tritons , les Sirènes , & ces 
dieux de la mer à tête humaine , à corps 
de quadrupède , à queue de poifTon ; & 
le phoque règne en efïèt dans cet^empire 
muet par fa. voix , par fa figure , par 
.ion intelligence , piir les flxcultés , en un 
mot , qui lui font communes avec les 
habitans de la terre , fi fupérieures à celles 
des poifîons, qu'ils femblent être non- 
feulement d'un autre ordre, mais d'un 
monde différent ; aufil cet amphibie, 
quoique d'une nature très - éloignée de 
, celle de nos animaux domcftiques , ne 
iaifîe pas d'être fufceptible d'une forte 
il'éducation ; on le nourrit en le tenant 
fouvent dans l'eau , on lui apprend à 
faluer de la tête & de la voix, il s'ac- 



des Phoques, &c. zy y 

eoutiime à celle de Ton maître ; il vient 
lorlqu'il s'eniend appeler , & donne ]:>lu- 
iîeurs autres fignes d''^ .diligence ôl de 
docilité fùj. 

Il a le cerveau & le cervcret jyropor- 
tionnellement ])lus grands que l'homme, 
les lens auflî bons c|u'aucun des qua- 
drupèdes , par conséquent le lentiment 
aurti vif, & l'intelligence aufli prompte ; 
l'un & l'autre ie marquent par fa douceur, 
par les habitudes communes , par (es 
qualités fociales , par fon inftinél: très- 
vif pour (à fcrnelle , & très-attentif pour 
{iss petits, par fa voix ^cj plus «Kprefllve 



f^J Vttîili mar'mi accipium difcipUnnm , voceqtte farirer 
tt vifu jwpulum jalwant : incondito fremim nontine 
vocdti refportfîenr, V\m, Hifl, nat. lib. IX, cap. XI II, 
— Un matelot Hollandois avoit tellement apprî- 
voifé un veau marin , cju'il lui faifoit faire cent 
fortes de fingcries, Voj'ûges de A'îi^on , tome llî, 
Ikige us. , .., ■■ , ,i^,> ,,i,.^^.., ,. ,.,. .,, 

fc} Nous entendions foiivent pendant la nuit , fur 
lés côtes du Canada , la voix oes loups marins qui 
rcflcmbloit prefque à celle àes chats-huanls. Hijhire 
de In nouveUe France, par l'Efcarhot. Paris, 1612, 
j>ûge 600. — Quand nous arrivâmes à l'île de 
Juan Fernandès, nous entendions crier les loups ma- 
rins jour 



&: nuit, le^ uns bêioient comme 



des 



M vj 



2.j6 Hijloire Naturelle 

& plu», niod-iilcc que ccHe des autres 
animaux ; il a auflî de la force & des 
armes , ion corps eft ferme & grand , 
fcs dents tranchantes , fes ongles aigus ; 
d'ïiiiieurs ii a des. avantages particuliers, 
uniques , fur tous ceux qu'on voudrok 
lui comparer ; il ne craînt ni le froid ni 
le chaud, ii vit indifféremment d'herbe, 
de chair ou. de poiffon ;. ii hal^iie e'ga- 
lement i*eau , la terre & la glace ; il cft 
avec le morlè le ieui des quadrupèdes 
qui mérite le nom (^ amphibie , le feiil 
qui ait le trou ovale du cœur owvcxvfj), 
le (guI par confécjuetit qui puiflc fc paffcr 



-m 



agneaux , fcs autres nboyoient comme des chiens ou 
huïloient comme des loupf^ V(iy.ii'gu de Woodcs P,or 
gers t page zaé, 

(d) ConitT'.e les pl^ocas font it^\v\éî, à être long- 
temps dans l'eau , & ijuc le pafîhgc d\i (^ng par lé 
poiimon ne peut fe faire fans la refpiratiun ; ils ont 
Je trou ovaîaire tel uu'il tft dans le fœtus , qui ne 
rf(pire pas non plus ; c'cfl une cuvcrturv? placée 
au deHuus de la veine-cave ; & une communication 
du vanricu!e droit du cœur avec le gauche , qui fait 

fïatfçr dirciflcmcm !e fhng de la cave dans l'aorte, & 
ui épargne le lonq chemin qu'il auroir à prendre par 
ie poumon. Hijloire de l'Académie des Siiences,. dej)iùji 
1^6$ ^ lome iy l^age S^., .... 



'y 



des Phcfques „ &€, ^77 

de rcfpîrec , & aucjuel l'élément de leau 
Toit aufli convenable ,. auGi propre que 
celui de l'air ; la loutre & le ca/lor ne 
font pas de vrais amphibies , puilque 
leur élément eft l'air ;, & que n'ayant pcvs 
cette ouverture dans la cloilbn du cœur, 
ils ne peuvent relier long - temps loiis 
Teau , & qu'ils iont obligés d'en (brtir 
cil d'élever leur tête au-deflus pour 
refpircr. 

Mais ces avantages qui font trèsr- 
grands , font b;ilancés par des iinper- 
ieclicns qui font encore plus grandes. 
Le veau marin efl manchot bu plutôt 
eftropié i}LQs quatre membres, les bns^ 
les cuifT^s & les jambes (ont prelqu'en- 
îièrement enfermés dans Ion corps ; il 
ne fort au dehors que les mains & les 
pieds, lelquels font à la vésité tous divifés 
en cinq doigts ; mais ces doigts ne font 
pas moliiles féparéme it les uns des autres-^ 
étant réunis par une forte membrane , & 
ces extrémités font plutôt ùqs nageoires 
que des mains & des pieds , des efpèces 
d'inllrumcns faits pour nager & non pouF 
marcher; d'ailleurs les pieds étant dirigés 
ti\ miQït , comme la cpeue , ne peuvent 



lyZ Ht foire Naturelle 

foutenir le corps de Tanimal qui , quand 
il eft fur terre , eft obligé de fe traîner 
comme un reptile fej, & par un mou- 
vement plus pénible; car ion corps ne 
pouvant ie plier en arc , comme celui 
du ferpcnt , pour prendre fuccefllvement 
xlifFérens points d'appui, & avancer ainli 
par la réai5lion du terrein ; le phoque 
■'demeureroit giflant au même lieu , l'ans fa 
gueule & les mains qu'il accroche à ce 
qu'il peut làifir, & ii s'en fert avec tant de 
dextérité qu'il monte aflez promptement 
•ûir un: rivage élevé, fur un rocher & 



(e) Les loups marins, que quelques - iwis nppencnt 
ytaux marins à.^î> côtes du Canada, font gros comme 
<Jes dogues, ils fe tiennent prefque toujours dans iVaii, 
ne s'ccartant jamais du rivage de la mer. Ces animaux 
•rampent plus qu'ils ne marchent , car s'étant élevés de 
l'eau, ils ne font plus que glifTer fur le fable ou fur la 
va(è. . . . Les femelles font leurs petits fur àss, rochers 
eu fur de petites lies près de la mer. Ces animaiK 
vivent de poifîôns; ils dierchent les pays froids, 
Voydgf fie la Hontwt^, ir/rie U, pnge^j, — S'élevant 
par un bout à la faveur de leurs n 'geoires , 6c tirani 
leur derrière fous eux, ils fc rebondiflènt par manière 
de dire , & jettent le corps en avant , tirani leur 
derrière après eux, fe relevant enfuite & fautant en- 
core du devant alternativement, ils vont & viennent 
de cette manière pendant qu'ils (ont à terre. Vij^n^i 
ds BuNifier, tome J, pfirc. j j^m 



des Pîïoques, &c, 279 

Blême fur un glaçon, quoique rapide & 
glifîam (f). Il marche aufli beaucoup 
plus vite qu'on ne j)ourroit l'imaginer, 
& fouvent quoique blefle il échappe par 
la fuite au chafleur (g). 

Les phoques vivent en fociété , ou 
du moins en grand lUorabre , dans les 
mêmes lieux; leur climat naturel ell le 
Nord, quoiqu'ils ;puifl^nt vivre auffi dans 
les Zones tempérées , & même dans les 
climats chauds; car on en trouve quel- 
ques-uns fur les rivages de prefque toutes . 

(f) Les veaux marins ont des dents très - tran- 
chantes avec lefqudles ils couperoient un bâton de 
la groflèur du bi'as , quoiqu'ils paroiflènt boiteux du 
train de derrière, ils grimpent fur les glaçons où ils 

dorment Les veaux marins qui habitent fur 

les rivages font plus gras 6c donnent beaucoup plu* 
d'huile que ceux qui habitent fur les glaces > . . . .• 
L'on trouve quelquefois les veaux marins fur des 
glaçons fi élevés ér fi efcarpés qu'il eft étonnant 
comment ils ont pu y monier , 6c on les y voit 
fouvent. accrochés ^u nombre de vingt ou trente.. 
Defcription de U yêcke de l^ JSakiHe^ par ^orgdrûger^ , 

( g ) Je donnai plufieurs coups d'épée à un veau 
marin , qui ne l'empêchèrent pas de courir plus \ îte 
que moi , &. àt ^t jeter dans l'eau , .d'où je ne le vis 
plus rcfortir. Ruue'U des v»^a^K Wu Nord, tmt JJ» 



V 



2 8b mjloire Naturelle 

les mers de l'Europe & jufquc dans h 
Méditerranée ; on en trouve auifi dans 
les mers méridionaies de l'Afrique & de 
l'Amérique (h); mais ils ibnt infiniment 
plus communs , plus nombreux dans les 
mers lèpientrionaies de TA fie, de l'Eu- 
rope (i) & de l'Amérique , & on les 



lii, « * \« 



' • (h)\\^ z beaucoup dfe veaux mnrhis dans les parties 
feptcntrionaies de l'Europe & de T Amérique, t^^^x^ 
les parties méridiomles de l'Afrique , comme aux en- 
virons dû cap de Bonne -efpérancc & au détroit de 
JWageHan, & quoique je n'en aie jamais vu dans les 
Indes occidentales que dans la baye de Campcclic, 
ii y en a néanmoins fur toute la côte de ia mer 
méridionale de i*A mérique y depuis la terre dcl 
Fuego jufqua la ligne équinoxiale^ mais du côté du 
nord de la ligne, je n*et) ai jamais vu qu'à vingt un 
degrés de latitude: je n'en ai jamais vu non plus 
da'ns les Indes orientales. Voyage dt Oampier, tome 1, 
jhige 1 1 S, 

(i) In mari Bothnico & Finnico mnxlmn vitulormi 
ntarinorum five phccarum multitudo reyeritur. Olaï Magni, 
de Cent, ftpî, pag, t6^, — On trouve dans le 
Groenland beaucoup d'e Maux marins fur la côte de 

l'otiefl ♦ on en trouve peu vers le Spitiberg 

Les plus grands veaux marins ont ordinairement 
depuis cinq jvfqu'à huit pie^ de long , & leur 
graiffe fournit la meilleure huile. ...... comme ils 

(é plaident autant fur la glace que fur terre , l'on eu 
iFoit àt& troupeatfl de cent raffenablés fur un même 
glaçon 1 1 *, I L'endroit où l'on prend les veaux 



■•p. '\i' 



lans la 
i dans 
& de 
nimem 
ans les 
: l'Eu- 
oli les 

les parties 
' , éi daiK 
e aux en- 
détroit de 
u dans les 
)ampcclie, 
le ia met 

terre k\ 
lu côté du 
Jà vingt un 

non plus 
ïer, tome 1, 



v'ituîorm 
Ai Magni, 
dans le 
la côie de 



^-e 



inairemeiM 

, èk leur 

comme Ils 

•e , l'on ci\ 

un même 

d les veaux 



^ ifej Phoéjues , &c* 281 

retrouve en auffi grande quantité dans 
celles qui font voilines de l'autre pôle 
au détroit de Magellan y à i'ile de Juan 
Fernandès, &c. (kj. Il paroît feulement 
que refpèce varie, & que jfelon les diffé- 
rens climats elle change pour la grandeur, 
la couleur & même pour la figure; nous 
avons vu quelques - uns de ces animaux 
vivans , & Ton nous a envoyé les dé- 
pouilles de plufieurs autres; dans le nom- 
bre , nous en avons choifi deux pour les 
£iire delîlner; le premier efl le phoque 
de notre océan , dont il y a plufieurs 



.... f *■■ 



■ >"./■» 



marins tdi principalement entre !e roixante-quAtorzième 
& le foixante-dix-fèptiènic degré fur iti iiiière ^t$ 
glacc5 de i'ouefl. On en prend aufTi beaucoup an- 
nuellement dans le détroit de Davis & près èc ia 
ZcmWe. Dtft.rlption de la yiche de la- Baleine , fat 
Corneille Zorgdraef' ^inemh. »750, volume I," \n-/^^ 
j>(ige I p2i tramii de l'Allemand, par M% le Mar^nii 
à Montmirml, 

fA) Au mois de novembre, les chiens marins 

( riiocasj (c rendent fui' l'île de Juan Fcrnnndès pour 
y faire Icui.s petit?, iU Ibnt alors de fi mauvaife humeur 
que bien loin de fe retirer à l'approche d'un homme 
ils fe jettent fur lui pour le monirc, quow|u*il foit 

armé d'un bâton Le rivage en efl ciivelnuefors 

tout couvert à plus d'un dcmi-millc h hi ronde. Vo^a^t 
(le Woodi'S Rogcvs , tome /, page 206% 



\2 8:2 Hijiom Naturelle 

variétés ; nous en avons vu un , dont les 
proportions du corps paroifloient diffé- 
rentes, car il avoit le cou plus court , le 
corps plus alongé & les ongles plus grands 
que celui dopt nous donnons la 'iigure; 
mais ces difîSences ne nous ont pas paru 
aÛez eonlidérables pour en flrir€ une ef- 
:pèce diftinde & féparée. Le fécond qui 
-cû k phoque de la Méditerriu^ée & des 
mers du Midi , & que nous préfumons 
être le phoca des Anciens , paraît être 
d^unc; autre efpèce , car il diflFère des 
autres par la, qualité >& la couleur du poil 
qui elt ondoyant & prefque noir, tandis 
qiie le poil des premiers eft gris & rude, 
il en diffère encore p»iir ia forme des 
.*leiits i& par celle des oreilles ; car il a 
une erpèoe d*oreilIe externe, très -petite 
à la vérité, âi^ lieu que les autres n'ont 
'que le trou auditif fiins apparence de 
conque ; il a, auffi les dçnts incifives 
' tierminces par deux pointes , tandis que 
les deux autres ont ces niênjes dents 
incifives unies & tranchantes à droit fil 
•'lé'ommc celles du chien ^ du loup & de 
t^oiis IjES autres quadrupèdes ; il a encore 
fc bras fuucs plus bas, ccft-rà-dire, pluî 



l\ 



V : Jes Phoques', ^â'e, ^8 j 

en arrière clii corps que les autres , ■ qui 
les ont places plus en avant ; néanmoii^s 
ces dUconvenances ne foûjt pçuj-être ,qiie 
des variétés (Jëpen5dantes4iï cliipat, & npfi 
pas des. différences fpi^içjfiques » a|t^<(ii 
que dans les mêmes iiewç ;, & iur - tOi|t 
dans ceux où ces aniraaujt abondent, on 
en trouve de plus grands , ide plus .petits;, 
de pilus ;gros , de pl»% mi>>ce§ , ;&j de 
couIe*ir ou de poiii difS^ent,..^vW {{e 

''v/// ^^*:hîes Ut' hoMm ^ e^uo fie qno^évhah fihmka 
>ê€eif) V iiiï A'Ugni , de ^Gerft. fept. fagt\ \t^j» 
— Lw «'caux marins font «ouverts de poils courts 
& de ciiflfiérentcs coiJeurs, îes uns font noirs & blancs» 
que!(|u'e5-uris jaunes, d*àu très' gris , & on en vbîé^tte 
rougrt* Defcripùon fié Ai pkkeMe /a ' Rikitttr' ^fknr 
Zorgdrnger , page i g t , — Près de la baye Saint- 
Alaihias. fur les. tcrres' Magcllanic]i;es, n«|4s d^(^U-< 
vriiwes deux îles pleints dç loups .marins, çn fi 
grand nombre , qu'il n\iuroit pas fallu deux heures 
pour en remplir nos cinq vaifleaupf; ils font de iii 
taille d'un vcay <Sc de diverics couleurs. Hijloire des 
Navigations aux terres Aujlrales. Paris, t y^6 , in-4.* 
tome 1, /mgf 1 zj, -—Les veaux marins de Spit^bierg 
nom pas iji tête faite tous de la mcme.Jàçon, lejs uns 
l'ont piqs ronde , les auires plus. longue & plus de^ 
V'harnce aq .T dcflôus du mu (eau. , . . 1 . , Ils font. au(|i, 
de diverfes couleurs , & marquetés comme les tîgrcsjji 
Jcsuus font «l'un noir taçhç^ç de blaïKi queluues-.Mni 



« V 



284 ' Htfloke Naturelle 

. C'cfl pai; une convenance qui d*abôfd 
paroît afîez légère i & par quelques rap- 
ports fugitifs que nous avons jugé que 
ce (ècond phoque étoit ie phoca des 
Anciens; on nous a afTuré que l'individu 
que nous avons vu venoit des Indes, & 
il eft au moins très-probabie qu'il venoit 
des mers du Levant; il étoit adulte, 
puifqu'il avoit toutes les dents; il éroit 
d'un cinquième moins grand que les 
phoques adultes de nos mers, & des deux 
tiers plus petit que ceux de la mer gla- 
ciale ; car quoiqu'il eût toutes Tes dents, 
il n'avoit que deux. pieds trois pouces de 
longueur, tandis que celui que M. Parfons j 
a décrit ai deffiiié avojt fept pieds &| 



jaunes, quelques-uns gris & d'autres rouges 

Ils n'ont pas tons In prunelle de Tceil d'une mêmel 
couleur, les uns l'ont d'une couleur criOaline, i(i| 
autres blanche, les autres jaunâtre & les autres roti- 
geâtre. Recueil des voyages /^ Nord, tome II, page i il\ 
& fuivantes* — La peau du veau mirin cft couvcrfe 
d'un poil ras de diverfcs couleurs j il y a dé ces ani. 
maux qui font tout blanct , & tous le (ont en naifTint, | 

3uelquesuns à mefure qu'ils croifTent deviennent noir», 
'rtutres roux , pUifieurs ont toutes ces couleurs en- 
femble. Hifioire de !a NjuvelU Ftiince, par Charltm,\ 
tomt 111 , jmge /^/.'' ;- »".*.. -^ . 



que les 
es deux 
ner gla- 
i dents, 
)uces de 
Parfons 
pieds & 

me même 
liialine, i« 
lutres roiv 
jtagc ni 
Ift couverte 
Ac ces ani' 
;n nrtifTint, 
ment noir^ 
ileurs en- 
ICharlem, 



des Phoques , &c. 285 

demi d'Angleterre, c*eft-à-dire , environ 
fept pieds de Paris , quoiqu'il ne fût pas 
adulte , puifqu'il n'avoit encore que quel- 
ques dents : or tous les caraAères que 
les Anciens donnent à ieur phoca , ne 
défignent pas un animal auffi grand , & 
conviennent à ce petit phoque qu'ik 
comparent (bu vent au caftor & à la 
loutre , lefqucls font de trop petite taille 
pour être comparés avec ces grands' 
phoques du nord ; & ce qui a achevé 
de nous perfuader que ce petit phoque- 
eft le phoca des Anciens , c'eft un rap- 
port qui, quoique faux dans Ton objet, 
ne peut cependant avoir été imaginé 
que d'après le petit phoque dont il eft 
iciqueftion, & n'a jamais pu en aucune 
iinanière avoir été attribué aux phoques 
de nos côtes , ni aux grands phoques 
lu nord. Les Anciens, en parlant du 
i^(?f^z, dilent que fon pôil eft ondoyant, 
Se que par une fyiliptithîe natui^eHè il 
fuit les mouvemens de la mer ; qu'il 
fe couche en arrière dans fë temps que 
la mer baifTe , qu'il fe relève en. avant 
prfque la mafée monte ^m), &. que cet 
(mj Pilks eorum tticm dctraflas corjMri /enjum aqm*. 



l 



2:<^'6^ M'iftoke Naiurcîlêv^ 

effet fî^giriièr fiibfifte même' claiist f^ 



peaux ' lorig-tenïps î^rès qu'elles ont été 
eiîtevées^'& (eparées de I*animal r or l'on 
li'a pu imaginer^ ce rapport ni cette 
propriété <iarts les phoques de nos côtes, 
-jîip dans' ceux du nord , puifque Je poil 
&'d<ii uh$, ôc des iautBes eft court &.roi<{e, 
elle cokv iént au eomr aire en > ^ quejque 
^^àh à' ctef petit? f^t)que dont: ie poii eft 
ofndoyànt & beai«?oup piusi fouple & plus 
long que c?eliUi des aiures-; en. général \t% 
jyhoqttes dès aners ftléfidionales-ontie poii 
îre^ùcôup pKB fiil^ &' plus doux h) que 
ceùk' dés^îners feji>tentripiiaîes ; d'ailleurs 
Cîirvdan'^ditalffiprrtatïve^ient (o), o^ç. cette 

rilnf'hi}kere''Wa(tûnt fi^éfafl^ reeeStrt înk. 

ft/eerci Plin. Hifi* mu lib. IX, cap. xill. — Severinuj 
dit) avoir vu ce miracle, mais il l'exprime avec tant 
d'exagération, qu'il en eft m«ins croyable; il dit, quel 
qtiifid- le' veni:du ftptentrîon '(ouÛ]e','Aài polkiqui s'é->\ 
toibwc cle^ës' «w iVentj ,dM < midi j fe c^uch^if teil^cnt.f 
cju'ils » ^erablent dif paroître. A'Iemqi/cs jiour jervir * [ 
l'Hifloire des animdux, ^tartie-l, page t^j, 

. (m) Les veaux ^apirvs de l'île de Juan Feriiandès > ont 1 
lyiç Tourriire fi fine ^ ft courte que je n'en ai vu def 
pareille nulle part ailleurs, Vo^ûge t/e^ Damfiir , tom U 
pagejiS, ''\r^-\AJi< ■'■ - /rî-ji ? ') 

" (^)Cv(hh» Ji pnlitate, lib. X. ''^^' '^^ • - 



propriet 
a été trc 
ner à ci 
foi qu'if 
que c'efi 
tffct arri' 
dans le / 

phénomè 
& les M 
attribué Y 
mer. Qu< 
nous ven 
pour qu\;> 

phoque ei 

<i aufîi to 

que Rond 

^éditerrm 

proportion 

le phoque 

dont M: 

& la figui 

Wement dl 

être d'uiK 

autres, pi 

point de 

"e lai/Ibit 

/W Kond< 



Jes Phoques , dxe» 2.87^ 

propriété qui avoit pafTé pour fabuleuic . 
a été trouvée réelle aux Indes: fans dbiî-> 
ner à cette aflertion de Oir^im plus d«) 
foi qu'ii ne faut, elle indique au moins, 
que c'eft au phoque des Indes que -cctri 
effet arrive; il y a toute: apparence que) 
dans le fond c- 11' autre chofè qi la „ 
phénomène éleétriqut , doiit les Ancien»-. 
& les Modernes, ignoixim^ la. çauiè., ont: 
attribué l'effet au flux & au reflux de la 
mer. Quoi qu'il en foit , les raiibns' qiie 
nous venons d'expoicr font fuflilantçs 
pour quVn puifl^e préfumer qire ce petit ^ 
phoque efl: le phoca àes Anciens, & il y;' 
a aufli toute apparence que c'efl: celui, 
que Rondelet fpj appelle P;^oca de la 
Méditerranée , lequel (èlon lui a le corps à ' 
proportion plus long & moins gros que 
le phoque de l'océan. Le graiid phoque, : 
dont M.' Parfons a donné les dimenfioh$ * 
& la figure , & qui' venoit vraifembla-; , 
hlement des mers lèptentrionales , paroît» 
être d'une efpèce différente ^qs deux- 
autres , puifque n'ayant encore prefque 
point de dents & n'étant pas adulte , il 
ne laifl^oit pas d'être plus que double «a 
(^) Rondelet, de Pi/dbus, (îïiî XVï. " ";^;, f, / 



2 88 Hifloire Néjturelîe^ 

grandeur dans toutes fès dimenfiohs , & 
qu'il avoit par conféquent dix fois plus 
de volume & de mafîê que les autres. 
M. Parfons, ainfi que l'a très -bien re- 
marqué M. Klein, (q) ^ dit beaucoup 
de cho^s en peu de mots au fujet de cet 
animai; comme (es obfèrvations font en 
Anglois, j*ai cru devoir en donner ici la 
tradudion par extrait (r), 

(q) K\àn , Je qttaJ. fSig, <)l, > , ;> } 

(r) Ce veau marin (c voyoît à Londres en Charlng 
crflff, au nnois de février 174-2-j ...*... Les figures 
données par AIdrovande, Jonfton, & d'autres étant 
de profil , nous jettent dans deux erreur5 ; la pre- 
mière , c'eft qu'elles font paroître le bras , qui , 
cependant n'efl pas viHble au dehors dans quelque 
pofition que foit l'animal ; la féconde , c'efl qu'elles 
repréfentent les pieds comme deux nageoires , tan- 
dis que ce font deux vrais pieds avec des mem- 
branes Si cinq doigts Si cinq ongles , & qua les doigts 
font compofés de trois articulations. Les ongles des 
pieds de devant fort grands & larges ; ces pieds 
font affez femblabies à ceux d'une taupe ; ils pa- 
roiffent faits pour ramper fur la terre fk pour nager : 
il y a une membrane étroite entre chaque doigt ; 
n^ais les pieds de derrière ont des membranes beau- 
coup plus larges , Si ils ne fervent à l'animal que 

pour ramer dans l'eau Cet animal étoit 

lismeMe, ôc mourut le feizicme février 174.2-5. il 
avoit autour de la ^gueule de grands poils d'une 
lubfhnce uranfj^rcnte & cornée. Ses vifccres étoicnt 

comme 



wrVo 

tjuî feir 
autres. \ 
du Lev 

comme il 
les reins, 
les gros vj 
de la génc 
rate avoit 
large , & 
de fîxfobei 
<"omme la 
le coeur éto 
Un trou ov 
fort grande 
environ qu; 
chans & a 
choifis pour 
de fa marri 
cornes qui 
Les ovaires 
matrice étoii 
des ovaires. 
aiifTi - bien 
moî^ même 
vivipare, i 
mulculeufè 
pieds & dei 
point de de 
trous régulièi 
du nombril 
qui devoien 
n.' 469, p 

Tome 



■y 



des IHioquès,à'c* l8p 

Voilà <ioiic trois cfpèces de* phoques 
qui femblent être différentes lès unes des 
autres. Le petit phoque noir des Indes & 
du Levant, le veau marin ou phoque de 

eomme ii fuit; les e(lomacs, les inteflins, fa vefUe^' 
les reins, les uretères, le diaphragme, les poumons « 
les gros vaifleaux du fang & les parties extérieures 
de la génération étoient comme dans la vache ; la 
rate avoit deux pieds de long , quatre pouces de 
large , 6c étoit fort mince ; le foie étoit compofé 
de fîx lobes, chacun de ces lobes étoit long & mince 
<;omme la rate; la véficule du fiel étoit fort petite, 
le coeur étoit long & mou dans fa contexture> ay^ 
un trou ovale fort large, & les colonnes charnues 
fort grandes. Dans l'eftomac le plus bas, il y avoit 
environ quatre livres pefant de petits cailloux tran- 
chans éc anguleux , comme fi lanimal les avoit 

choifis pour hacher fa nourriture Le corpg 

de la matrice étoit petit en comparaifon des deux 
cornes qui étoient très -grandes & très- épaiflcs. . , 
Les ovaires étoient fort gros , & les cornes rie la 
matrice étoient ouvertes par un grand trou du côté 

des ovaires. Je donne la figure de ces parties 

auflTi - bien que celle de l'animal que j'ai defliné 
raoi"^ même avec le plus grand foin. Cet animai ert 
vivipare, il allaite fes petits; fa chair eft ferme & 
mufculeuiè \ fl étoit fort jeune quoiqu'il tiw fept 
pieds & demi de longueur , car il n'avoit prefquc 
point de dents 6c il n'avoît encore que quatre petits 
trous régulièrement placés & formant un carré autour 
du nombril, c'étoit les vefiiges des quatre mamelles 
qui dévoient* paroître avec le temps. TranJ, Phif», 



n.- 4.69, P^" 3^^ ^ 3^6% 

Tome XL 



N 



( '.• 



^ ■ % f 



s. 9 o Hïfloire ^(ntmeîie 

nos mers , & k grand phoque des mers 
<Ju Nord , .& c'ell à la première efpècç 
qiiM faut rapporter tout ce que ies An^ 
çiens ont écrit du phaca. Ariftote con-» 
noiffoit aiïcz bien cet animal , lorfqu'il a 
dit qu'il çtoit d'une nature ambiguë & 
ïnoyenne «entre }es animaux aquatiques ^ 
terreftres ; que c'efl: un quadrupède im- 
parfait & manchot ; qu'il n'a point d-o- 
tciiles externes , mais feulement des tfous 
très - apparens pour entendre ; qu'il a Li 
langue fourchue , des mamcjies & du lait , 
& une petite queup comme un cerf: inai§ 
ÎI ppoît qu'il s'eft trompé en afTurant que 
cet anima] n'a point de fiel ; il eft certain 
qu'il en a au moins la véfiçule : M. Par- 
fons y dit à la vérité , qup \\ véficule di| 
fiel , dans le grand phoque qu'il a décrit , 
ctoit fort petite ; mais M. Daubenton ;i 
trouvé dans notre phoquç qu'il a di(îcT|ué, 
une véficule dj.i fijel proportionnée à la 
grandeur du foie; & M/* de l'Académie 
des Sciences, qui ont aufîi trouvé cette 
yéficule du fief dans Iç phoque qu'ils opt 
décrit , ne difent pas qu'elle fut d'uiiQ 
pctiteiïè remarquable. 

Au re(tc , Ariftotç m pouvojt avQiç 



\ks Phoques, &c. 1 9 ï 

aucune connoiflànce des grands phoques 
des mers glaciales , puifque de l'on temps 
tout le nord de l'Europe ôc /le i'Afie 
étoît encore inconnu; les Grecs & même 
les Romains regardoient les Gaules & la 
Germanie comme leur nord : les Grecs 
fur - tout connoiflToient peu les animaux 
de ces pays ; il y a donc toute vrailem- 
blance qu'Ariftote, qui parle du phoca 
comme d'un animal commun, n'a entendu 
par ce nom que le p/ioca de la Méditer^ 
ranée, & qu'il ne connoifToit pas plus les 
phoques de notre Occfan que les giands 
pho«(ues des mers du nord. *."! r 

Ces trois animaux , quoique dîfîerens 
par l'efpèce , ont beaucoup de propriétés 
communes , & doivent être regardes 
comme d'une même nature. Les femelles 
mettent bas en hiver; elles font leurs petits 
à terre fur un banc de (àble , fur un rocher 
ou dans une petite île & à quelque dif» 
tance du continent ; elles fe tiennent af- 
fifes pour les allaiter fj^, & les nounilîcnt 



{fj Quand les veaux marins (ont en mer , kurs 
pieds de dcnicre leur fervent de queut pour najrer , 
& à terre de fiége quand ils donnent à têlcr à leurs 
petils» Voyage Je Damvier, tome 1 , page 117, 

Ni/ :. 



s. pi Hîfloïre f'iaturelk 

v^infi pendant douze ou quinze jours Jaiig 
.l'endroit où ils font nés , après quoi la 
mère emmène iès petits avec elle à la mer, 
ou elle leur apprend à nager & à cher- 
cher à vivre ; elle les prend Tur ion dos 
Jorfqu'ils font fàdgués. Comme chaque 
portée n'elt que de deux ou trois , lès 
foins ne font pas fort partagés , &: leur 
rcducation eft: bientôt achevée : d'ailleurs 
.ces animaux ont naturellement afîez d'in- 
telligence & beaucoup de fentiment ; ils 
s'entendent , ils s'entrc-aident & fe fecou- 
jent mutuellement ; les petits reconnoifîent 
leur mère au milieu d'une troupe uom- 
breulê ; ils entendent fi voix , & dès 
qu'elle les appelle , ils arrivent à elle fins 
sfe tromper (t). Nous ignorons combien 
de temps dure la geftation ; mais à en 
juger par celui de raccroifïèment , par la 
<Jurée de la vie & aufîî par la grandeur 
de l'animal , il paToît que ce temps doit 
.être de plufieurs mois , & l'accroiiîèmem 
étant de quelques années , la durée de fa 
vie doit être afîèz longue ; je fuis même 
très-porté à croire que ces aninwux vivent 
jjeaucoup plus de temps qu'on n'a pu 
(t) Voyage de Dampier , fom 1 , j^t^c i ig. 



des Phoques, &c* 2p 3' 

robfèrver, peut-être cent ans & davantage : 
car on lait que ies cétacées en général- 
vivent bien plus Iong:-tcmps que les ani- 
maux quadrupèdes , & comme ie phoque 
fait une nuance entre les uns & les autres, 
il doit participer de la nature des premiers,^ 
& par conféquent vivre plus que ies der- 
rîiers.- ^ • -' •'-■ î'-'- • / . •*' -- ^ m 
La VOIX du phoque peut ft comparer 
à i*aboiement d*un chien enroué : dans 
le premier âge , il fait entendre un Cki 
plus clair , à peu -près comme le miaule- 
ment d*un chat; ies petits qu*on enlève à 
leur mère miaulent continuellement , & fe 
ïaifïènt quelquefois mourir d'inanition plu- 
tôt que de prendre la nourriture qu'on leur 
offre. Les vieux phoques aboient contre 
ceux qui les frappent, & font tous leurs 
efforts pour mordre & fe venger ; en gé* 
néral , ces animaux font peu craintifs \ 
même ils font courageux. L'on a remarqué 
que fe feu des éclairs ou ie bruit du ton* 
ncrre , loin de les épouvanter , feni',* . les 
recréer; ils fortent de l'eau dans la tem- 
pête ; ils quittent même alors !.. urs gla- 
çons pour éviter le choc des vagues , & ils 
vont à terre s'aniufer de l'orage & recevoir 

N 11; 



V'i 



294. Hifloîre Naturelle 

h. plure qui les réjouit beaucoup. Ils ont 
naturellement une mauvaile odeur , & que 
Ton fcnt de fort loin lorfqu'ils font en 
grand nombre : ii arrive (buvent que quand 
on les pourfuit ils lâchent leurs excrémens, 
qui font jaunes & d'une odeur abomi- 
nable; ils ont une quantité de fàng pro- 
digieufe , & comme ils ont aulli une 
grande (urcharge de graiflê , ils font par 
cette raifon d'une nature lourde & pef mie ; 
ils dorment beaucoup & d'un fommeil 
profond fu); ils aiment à dormir au foleil 
fur des glaçons , fur des rochers , & on 
peut les approcher fans les éveiller , c'eft 
îa manière la plus ordinaire de les prendre. 
On les tire rarement avec des armes à 
ffeu , parce qu'ils ne meurent pas tout de 
fliiie , même d'une balle dans la tête ; 
ils fe jettent à la mer & font perdus pour 
ie chaffeur : mais comme l'on peut les 
approcher de près lorfqu'ils (ont endormis, 
ou même qutmd ils font éloignés de la 

(u) Nuflum animal gravîore fonmo premitur. Pinnis 
gui/min mari utuntur , humi ^uoe/ue yedum viceferpum; 

Jurfum tUorfwiifjue clnudicantium more fe moventes 

Capitur dormicns vitulus marinus prafertim humano mueront 
fiia profunttiffime dortiiit» Olaï Magni , de Cent, fejiu 

V 



tlês Phoques, ê^ù ip } 

mer , parce qu'ils ne peuvent Air que 
très-lentement ; on les àfTomnse e coupJ 
de bâton & de perche : ils font très^ 
durs & très - vivaces ; « ils ne meurent 
pas facilement , dit un témoin oculaire ; ce 
Car quoiqu'ils foient monellemdnt blefil's, ce 
qu'ils perdent prélj|ue tout leur lang & ce 
qu'ils foient même éccrcht'S j ils ne et 
laifîent pas de vivre encore , & c'eft et 
quelque chofe d'affreux que de les voir ce 
fe rouler diuis leur lang. C'ell ce c[ue ce 
nous obfèrvames à l'égard de celui que ce 
ilous tuâmes , & qui avoit huit pieds ci 
de long , car après l'avoir ecorcné & c< 
dépouillé même de la ])lus grande partie c< 
de (à graifle , cependant &. malgré tous oc 
les coups qu on lui avoit donnes lur la et 
tçie &L fur le muieau , il ne iailîoit pas «c 
de vouloir mordre encore ; il laifit même <t 
une demi-pique qu'on lui préfenta avec ce 
prefqu'autant de vigueur que s'il n'eût ce 
point été blefle ; nous lui enfonçâmes ce 
après cela une demi-pique au travers du « 
cœur & du foie , d'où il foriit encore ce 
autant de fang que d'un jeune bœuf ce» 
Recueil des voyages du Nord , tome ÎI , 
fûge i ij it Jiiiv* Au »|fte , la chaflcj^ 

N iii) ^ 



l-;^i 



' rr" 



'ip 6 Hifloire Naturelle 

©u fi X jBn veut, la pêche de ces animaux 
n'efl: pas difficile & ne laifle pas d'être 
utile , car la chair n'en efl: paS mauvaile 
à manger (x); la peau (yl fait une bonne 

{ X ) hii féconde cfpèce de loups marins ( yhoque ) 
efl bien plus petite que la pr&nière ( rofniar ou vaclit 
tnarine ) ; ils font auflj leuii*petits à terre dans ces 
Sics ( du Tonfquet , Amérique feptenirionalc ) fur 
ie fable , fur les roches & pair ' tout où il fc lrou\ e 
des ances. . . Les Sauvages ieur^^nt )a guerre \ leur 
chair efl bonne il manger, ils en tirent de riuiilc tiui 
«fl un ragoût h tous leurs fèftins. Ces loups marins 
s'ccf louent à terre en toutes (iiifons , & ne s'écartent 
guère de la terre. Dans un beau temps on les trouve 
fur une côte de fable , ou bien fur des rochers où ils 
dorment nu foltil . , , . Il y a ^f:^ endroits où il itxi 
échoue àiti. deux ou trois cents d'une bande. ,,,««. 

J!s font faciles à tuer Tout ce qu'ils peuvent 

ïcndre d'huile , c*efl environ plein leur vcfTic , dans 
îaqucllc les Sauvages I» mettent a^^tcs l'avoir faif 
fondre ; cette, huile efl bonne à manger fraîche è< 
pour fricafTer du poifTon , elle cfl encore excellente à 
brûler , elle n'a ni odeur ni fumée , non plus que 
celle d'olive, ^ en bariaue elle ne laifle ni ordure ni 
Jie au fond. Defcription de l'Amérique feptemrionakt j^aY 
Denis , terne II , page 2jj, 

' (y) Le veau marin a, outre fa graifTe, une peut 
qui fe vend trois , quatre ou cinq fchclings , à pro- 

J portion de fa beauté & de fa grandeur. Dejcripùm de 
'a pkhe de la linkine , par Zorgdarger , page t p 6, 
•—On employoit autrefois une gri^ndç quantité de 
|)çaux de loups marins à faire des manchons i h twà% 



des Phoques, &e* iriy^ 

fourrure ; les Américains s'en (èrvent pour 
faire des ballons f-^) qu'ils renipiiflent 
d'air , & dont iis fe (èrvent comme de 
radeaux : i'on tire de leur graiiïe une 
huile plus claire ^ d'un moins mauvais 
goût que celle du mariouin ou des autres 
cétacées. •■■' -i* ^i'-"i :;.:' ;. > ff3; .o . ^^^-M 

Aux trois efpèces de phoques , dont 
nous venons de parler , il faut peut-être , 
comme nous l'avons dit, en ajouter une 
quatrième dont l'auteur du voyage d'Anfon 
a donné la figure & la defcription fous le 
noiti de lion marm; elle efl très-nombre ufe 
fur les côtes ^^ terres Mngellaniques & 
à l'île de Juan Fèrnandès dans la mer du 



_/ 



en eft paflec , & leur grand ufagc aujourd'hui efl de 
cxjuvrir les mallrs & Tes coffres : quand elles font 
tannées elles ont prefquc le même grain que le ma- 
Vttquin , elles font moins fines , mais elles ne s ccor- 
chent pas fi aifément , & elles confervent plus long- 
temps toute leur fraîcheur : on en fiiit de très - bons 
fouliers & dea bottine;» , qui ne prennent jwint l'eau ; 
on en couvre auffi des fiéges , dont le bois efl plutôt 
ufé aue la couverture. Hiftoire de la Nouvelle France » 
par le Père Charkpuix , tome ill» page t^y* 

(l) Leur peau fert à faire des baIloc5 ou baHons 
pleins d'air , au lieu de bateaux. Voyage de fre^Jer^ 
rage ^/t . 

N V' 



t^ 



I r- 



-■■* 



298 Hiflotre Naîurelk 

fuel. Ces lions marins refîènibîent mt 
phoques ou veaux marins , qui font fort 
communs dans ces mêmes parages , mais 
ils font beaucoup plus grands ; lorfqu'ils 
ont jiris toute leur taille , ils peuvent avoir 
depuis onze jufqu'»i dix - huit pieds de 
long , & en circonférence depuis fept 
ou huit pieds jufqu'à onze. Ils Ibnt fi 
gras , qu'après avoir percé & ouvert la 
peau , qui eft épaiffe d'un pouce , on 
trouve au moins un pied dtf graifîè avant 
de parvenir à la chair. On tire d'un (êul 
de ces animaux jufqu'à cinq cents pintes 
d'huile mefure de Paris; ft^nt en mêmç- 
temps fort iîmguins; ioinl|u'on les bleflè 
profondément & en piufieurs endroits à 
îa fois , on voit par - tout jaillir le (àng 
avec beaucoup de force. Un feul de ces 
animaux , auquel on coupa la gorge , & 
dont on recueillit le (àng , en donna deux 
bariques , (ans compter celui qui reftoit 
dans les vaifî'eaux de fon corps. Leur 
peau eft couverte d'un poil court, d'une 
couleur tannée claire, mab leur queue & 
leurs pieds font noirâtres ; leurs doigts 
font réunis par une membrane qui ne 
s'étend pas jufqu'à leur extrémité , & qui 



Jts Thoques, &c, 2p() 

Aiiis chacun eft terminée par un ongle, 
JUs diffèrent des autres phoques , non- 
feulement par la grandeur ^ ia groffeur, 
mais encore par d'autres Ciiraâières ; les 
Dons marins milles ont une efpcce de grofîè 
crête ou trompe qui leur pend du bout 
de la mâchoire fuperieure de ia longueur 
de cinq où fix pouces. Ccue partie ne 
fe trouve pas dans l'es femelles , ce qui 
fait qu'on les diftingue des mâles au pre- 
mier coup d'œil , outre qu'elles font beau- 
coup plus petites. Les mâles les plus forts 
fe font un troupeau de plufieius femelles, 
dont ils empêchent ies autres mâles d'ap^ 
procher. Ces animaux font de vrais am-, 
phibies ; ils pafïênt tout l'été dans la nierj 
& tout l'hiver à terre , & c'efl: dans cette 
fhifon que les femelles mettent bas ; elles 
ne produifent qu'un ou deux petits, qu'elles 
allaitent , & cfui Ibnt en naifliiut aufli gros 
qu'un veau marin adulte.- - f --w ' : 
Les lions marins, pendant tout le tempà 
qu'ils font à terre, vivent de l'herbe qui 
croît fur le bord des eaux courantes , ^ 
le temps qu'ils ne paiffent pas , ils l'em- 
ploient à dormir dans ia fange ; ils pa- 
afolfltnt d'un naturel fort pefant , & lom 

Nv; 



1.' 



'300 Hifloki Naturelle 

ibrt difficiles à réveiller ; mais ils ont îa 
précaution de placer des mâles en (ènti- 
nelle autour de l'endroit où ils dorment y 
& Ton dit que ces fentinelles ont grand 
foin de les éveiller dès qu'on approche. 
Leurs crb font fort bruyans & de tons 
difFérens : tantôt ils grognent comme des 
cochons , & tantôt ils hennifîênt comme 
des chevaux ; ils fe battent fouvent , fur- 
tout les mâles qui fe difputent les femelles, 
& (è font de grandes bleffurcs à coups 
de dents. La chair de ces animaux n'efl: 
pas mauvai(è à manger ; la langue (ur-tout 
cft auffi bonne que celle du bœuf. Il €ft 
très-facile de les tuer, car ils ne peuvent 
ni (ê défendre ni s'enfuir ; ils font fi lourds 
qu'ils ont peine à fe remuer, & encore 
plus à fè retourner ; il faut feulement 
prendre garde à leurs dents , qui font 
1res - fortes , & dont ils pourroiem blefîèr 
fi on les approchoit de face & de trop 
près (a). '■■^* .-'■('? '-'f J 

Par d'autres obffervations , comparées 
i celles-ci , & par quelques rapports que 

^ /a) Voyajrc autour du Monde, par Anfon , 
page 1 00 & fuivantes , où I on voit auflfi la figure 
|tù mâle Su de la femelle. ^' 



tles Phoques, â^c, _jof^' 

tious en déduirons , il nous paroît que ces 
lions marins , qui fe trouvent à la pointe, 
de l'Amérique méridionale , fe trouvent,^ 
à quelques variétés près , fur les côtes fep— 
tentrionales du même continent. Les grands . 
phoques des mers du Canada, dont parie, 
Denis , fous le nom de ioups marins , 
& qu'il diftingue des petits veaux marins 
ordinaires, pourroiem bien être de la même 
elpèce que les lions marins des terres Ma- 
gellaniques. Leurs petits ( dit cet auteur y , 
qui eft afTez exat^ ) font en naifîànt plus 
gros que le plus gros porc que Ton voie , , 
& plus longs : or il eft certain que lés 
phoques ou veaux marins de notre Océan , 
ne font jamais de cette taille , quand même 
ils font adultes ; celui de la Méditerranée,., 
c'eft-à-dire le phoca des Anciens , eft 
encore plus petit , & il n'y a que le 
phoque décrit par M. Parfons , dont la 
grandeur convieijne à ceux de T)tr{\s (b)^ . 

(h) On peut encore ajouter au témoignage de 
Denis, celui du Père Chrétien Leclerq , « if y a (dit 
cet auteur ) des loups marins fur les côfes de l'A- « 
mérique Teptentrionale , ddnt quelques-uns fontauffi «c>m 
granck & aufli gros que i\e% chevaux & des bœufs. .«^' 
Ces loupi marins s'appellent Ouaf^ous »• ReUtioruiie la 



i--^ 



302 I^ijlvirt Naturelle 

M. Parlons ne dit pas de quelle mer 
venoit ce grand phoque ; mais Ibit qu'ii 
vînt de la mer leptentrionale de l*Europe 
ou de celle de l'Amérique , il fe pourroit 
qu'il fïît le même que le loup marin de 
Denis , & le même encore que le lion 
marin d'Anfon ; car il eft de la même 
grandeur , puifque n'e'tant pas encore 
adulte ni même à beaucoup près , il avoit 
iêpt pieds de longueur : d'ailleurs la diffé- 
rence la plus apparente, après celle de 
la grandeur , qu'il y ait entre le . lion 
marin & le veau marin , c'eft que dans 
l'-elpèce du lion marin , le mâle a une 
grande . crête à la mâchoire fupérieure , 
Biais la femelle n'a pas cette crête. M. 
Parlons n*a pas vu le mâle , & n'a décrit 
que la femelle , qui n'avoit en effet point 
de crête , & qui reffemble en tout à la 
femelle du lion marin d'Anfon. Ajoutez à 
toutes CCS convenances un r.pport encore 
plus précis , c'eft que M. Parions dit que 
fÔ4i grand phoque avoit les eftomacs & 
les inteftins comme une vache , & en 
Hiême temps IWeur du voyage d'Anfon 
idit que le lion marin ne fè nourrit que 
^hcxbes pendant tout i'été; il eit donc 



des PhotjtieSt e^r; 30^ 

très-probable que ces deux animaux font 
conformés de même , ou plutôt que ce 
ion« les mêmes animaux très-difFérens des 
autres phoques, qui n'ont qu'un eftomac, 
ÔL qui (e nourrifïênt de poiflon. î, y , - 
Woodes Rogers a voit parlé , avant 
l'auteur du voyage d'Anfon, de ces iions 
marins des terres Magelianiques ,• & il les 
décrit un peu différemment, ce Le lion 
marin ( dit - il ) eil une créature fort ce 
étrange , d'une grofîèur prodigieu(e ; ce 
on en a vu de vingt pieds de long ou ce 
au-delà , qui ne pouvoient guère moins ce 
pefer que quatre milliers, pour moi j'en ce 
vis piufieurs de (eize pieds^ qui pefoient ce 
peut - être deux milliers ; je m'étonne ce 
qu'avec tout cela on pui/Iè tirer tant ce 
d'huile du lard de ces animaux. La ce 
forme de leur corps approche afîèz de <c 
celles des veaux marins , mais ils ont ce 
ia peau plus épaiiïê que celle d'un ce 
bœuf ; le poil court & rude , la tête <c 
beaucou|;) plus groflè à proportion , la » 
gueule fort grande , les yeux d'une <c 
grofîèur monllrueufe , & le mufèaii qui <c 
refîêmble à celui d'un lion , avec de ce 
^rfibles mouAacheS; dont le poil left iî « 



; . ■-■■ •• 



^•i 



1304 'Hlfloïrê Naturelle 

y» rude , qu'il pourroit fervir à fliîrc cîcs 
?3 curedents. Vers ia fin du mois de Juin , 
D> ces animaux vont fur l'île. ( de Juan 
y»' Fernandès) pour y faire leurs petits qu'ils 
y> dépotent à une portée de fufil du bord 
» de la mer ; ils s'y arrêtent jufqu'à la 
Dï fin de Septembre fans bouger de la 
y» place & fans prendre aucune nourriture , 
?3 du moins on ne les voit pas manger ; 
y> j'en obfèrvai moi-même quelques - uns 
y> qui furent huit jours entiers dans leur 
33 gîte , & qui ne l'auroient pas aban- 
yi donné fi nous ne les avions effrayés. , . 
35 Nous vîmes encore à l'île de Lobos de 
:>3 la Aîar , fur la côte du Pérou , dans 
yy la mer du fud , quelques lions marins , 
ÔL beaucoup plus de veaux marins (c) m. 

Ces observations de Woodcs Rogers, 
qui s'accordent avec celles de, l'auteur du 
voyage d'Anfon , (cmblent prouver en^ 
core que ces animaux vivent d'herbes 
îorfqu'ils font à terre ; car il efl: peu pro- 
bable qu'ils fè paflent pendant trois mois 
de toute nourriture , fur*-tout en allaitant 
leurs petits. L'on trouve dans le recueil 



tome 



c) Voyage autour du Monde*, de Woodes Rgcers, 
e i, pages 20^ ix 22^^ 



Jes Pîioques, &c» 305 

dts Navigations aux terres auf traies, beau- 
coup de clîofès relatives à ces animaux ;. 
mais ni les defcriptions ni les fiiits ne nous 
paroifTent exads : par exempfe , il y ell 
dit qu'à la côte du port des Renards , au 
détroit de Magellan ( d), il y avoit des. 
loups marins fi gros , que leur cuir éi.ndu 
fe trouvôit de trente - fix pieds de large ,. 
cela crt certainement cxngcr<f ; \\ y efl dit 
que fur les deux îles du port Dcfire , 
aux terres Magellaniques , ces animaux 
refTembleot à des lions par la partie amé- 
ïieure de leur corps , ayant la tête , le cou 
^ les épaules garnies d'une très -longue 
crinière bien fournie ^ej, cela eft encore 
plus qu'exagéré ; car ces animaux ont 
feulement autour du cou un peu plus dô- 
poil que fur le refte du corps , mais ce 
poil n'a pas plus d'un doigt de long ff/»,. 
Il y efl: encore dit qu'il y a de ces ani- , 
maux qui ont plus de dix-huit pieds de 
long ; que de ceux qui n'ont que quatorze 

fJJ Navigations aux terres Auftrales. Paris t i/j <f, . 
tome I , page i 6 S^ 

(e) Idem, Ibidem, page. 121, 

(f) Hiftoiie du Paraguai , par le P, Charlevoi^i , 



306 Hifloire Naturels 

pieds , il y en a des milliers ^ maïs que ks 
plus communs n'en ont que cinq (g). 
Cela pourroit induire à croire qu'il y ea 
auroit de (Jeux elpèces , i'une beaucoup 
plus grande que l'autre , parce que l'auteur 
ne dit pas que cette différence vienne de 
celle de l'âge , ce qui cependant étoit né- 
cefTaire à dire pour prévenir l'erreur. « Ces 
33 animaux , dit Coreal , f h) ouvrent 
y> toujours leur gueule : deux hommes 
» çnt afîez de peine à en tuer un avec 
» un épieu, qui elt la meilleure arme dont 
35 on puifTe fè fervir. Une femelle allaite 
33 quatre ou cinq petits , &. chaffe les 
33 autres petits qui s'approchent d'elle , 
» d'où je juge qu'elles ont quatre ou 
cinq petits d'une ventrée »>. Cette pré- 
fbmption eil affez bien fondée , car le 
grand phoque décrit pîtt- M. Parfonsavoit 
quatre mamelles fituées de manière qu'elles 
formoient un quarré dont le nombril étoit 
fe centre. J'ai cru devoir recueillir & pré- 
fênter ici tous les faits qui ont rapport à 
ces animaux , qui font peu connus , & dont 

(g) Navigations aux terres Auftrales, tome Uj, 
(h) Voyage de Coreal, tomt U^ fage tSot 



des Phoques, &c, 307 

U (croit à defirer que quelque Voyageur 
habile nous donnât la defciiption , fur-tout 
celle des parties intérieures, de l'eflomac, 
des inteftins , &c. car fi l'on s'en rap- 
porte aux témoignages à^?^ Voyageurs , 
on pourroit croire que les lions marins 
Ibnt de lu clafîe des animaux ruminans , 
qu'ils ont plufieurs eftomacs , & que par 
conH'quent ils font d'une efpèce fort éloi- 
gnée de celle des phoques ou veaux 
marins , qui certainement n'ont qu'un 
cftomac , (& doivent être mis au nombre 
à&?t animaux carnalîîers. , , 



LE MORSE fi) 



» V - . a. - 



LA VACHE MARINE. ' 

Le nom de Vûc/ie marine , fous lequel 
ïe morle eft le plus généralement connu , 

fi) Morfe, Alorf, nom de cet animal en langue 
î^uffe, & que nous avons adopté , vu^gairemcnt Vache 
marine, Bête à la grande dent; Alors, en Anglois; 
Walros ou Walrus en Allemand & en Hollandois y 
Bofmarits , en Danemarck & en IfiaiKic. 

Wallrus» Defcription dçs Indes occidentales, pa|; 



'3'o8 Hi flaire NatwcJie 

a été très - mal appliqué (k) ; puîrc|iic 
Fanimal qu'il défigne ne reffemble en rien 
à la vache terrellre ; le nom d'éléphant 
de mer que d'autres iui ont donné efl: 
mieux imaginé, parce qu'il cft fondé fui 
un rapport unique , & fur un caradàc; 
très - apparent. Le morfe a , comme Té-' 
Jc])hnnt , deux grandes dcTenfeci d'ivoirt' 
qui ferlent delà mfichoîre fupérieurc , <^ 
îi a fa têie conformée, ou plutôt défornitc 
de la même manière que i'éléphant , au- 
quel il reffemblcroit en entier par cette 
partie capitale , s'il avoit une trqmpe ; 
Kiais le morfe eft non-feulement privé de 



ide Laët. page 41 , fig. îbîcî. Nota. Cette figure a 
élc copié par Wormius. Mus. Worm , yia^. 2. ^ y . 

Rofmanis verus, Jonfton , dt infcibm , yag. tôo, 
Tah. XLlV, 

Vache manne , Hiftoîrc d'Iflande & du Groenland, 
tome JI, page 1591 fig. page 168, 

Eofnmrus. Phocn dent Unis fûnùiriis fuj'crioriùus cxfertà, 
jLinn. Sjifi. Nût. edit, X , jiig. ^ S, 

(h) Nota. Ce nom vient pcut-ttre, comme celui 
de veau marin . de ce que le morfe & le pho>.|ue 
ont quelquefois un cri qui imite le mugifTement d'une 
vache ou d'un veau. Ip/is ( dit Pline , en parlant des 
phoques) injbnmo viugims f mde nmen vitulU Lib, 1X| 
wp. xin, 



<tes Phoques, &c» jo^ 

cet inftrument qui fert de bras & de main 
à l'éléphant , il i'eft encore de l'ufage des 
vrais bras &, des jambes ; ces membres 
font, comme dans ies phoques, enfermés 
fous fi peau ; il ne fort au dehors que les 
deux mains & les deux pieds ; fon corps 
eil aloilgé, renflé par la partie de f avant, 
étroit vers celle de l'arrière , par -tout 
couvert d'un poil court ; les doigts de« 
pieds & des mains font enveloppés dans 
une membrane, & terminés par des ongles 
courts & pointus , de grofïes foies en 
forme de mouftaches environnent la gueule; 
la langue e(t échancrée ; il n'y a point de 
conques aux oreilles , &c. en forte qu'à 
l'exception des deux grandes défènfès qui 
lui changent la forme de la tête , & A^s 
dents incifives qui lui manquent en haut 
& en bas , le morfe reffemble pour tout 
le relie au phoque ; il efl feulement beau- 
coup plus grand , plus |g|ps & plus fort : 
les plus grands phoque ri'oiit tout au 
plus que iept ou huit pieds ; le morfe 
en a cpmmunément douze , & il s'en 
trouve de feizc pieds de longueur & de 
huit ou neuf pieds de tour. 11 a encore 
de commun avec les phoques d'habiter 



I'!' Il 

I 






'310 ■ Hl/Iohe Nûîiirelk 

les mêmes lieux , & on les trouve prefqiîe 
toujours enlcnible ; ils ont beaucoup d'ha- 
bitudes communes , ils le tiennent éga- 
icment dans l'eau , ils vont également à 
montent de même fur les 



terre 



ils 



glaçons ; ils allaitent & élèvent de même 
leurs petits ; ils fe nourri fient des mêmes 
alimens ; ils viv^ent de même en fociétc 
& voyagent en grand nombre; mais l'ef- 
pèce du morlè ne varie pas autant que 
celle du j)hoque ; il paroît qu'il ne va 
pas fi loin , qu'il ell plus attaché à Ton 
climat, & que l'on en trouve très- rare- 
ment ailleurs que dans les mers du Nord : 
aufli le phoque étoit connu des Anciens, 
& le morle ne IVtoit pas. 

La plujiart des A^oyngeurs qui ont 
fréquenté les mers fcptcntrionales de l'A- 
fie (l), de l'Europe & de l'Amérique 

( 1) On trmiv^Éte dents de morfc aux enviions 
de la nouvelle Zcnl^ & dans toutes les île8, julîjirà 
i'Obi ; on prcicnd qu'il s'en trouve mînie julqu'iiux 
environs de Jenilci , h (ju'on en a vu autrefois jul- 
qu'uu PjAfida; il s'en retrouve enfuite en (|Uflntiré \crs 
\a pointe de Scfialasin.vko^ ctie/ les Scfniktfcliii , où 

•elles ionl très- grofîès Il ell croy;ible qiic 

CCS animaux (e trouvent en «grande cjuantité depuis 
cet endroit jufiiu'au tituve Anadir, puifque toutes les 



2es Phoques, &c. 3 l f 

fm), ont fait mention de cet animal ; mrfts 

dents qu'on apporte pour vendre h Jakutzk viennent 
d'Anadirskoi : on en trouve auflî au détroit de 
Hudfon , à i'rle Pheiipeaux , où elles ont un.e aune 
(de Ruffie) de long & font grofles comme le bras, 
elles donnent d'auflî bon ivoire que les défienfes de 
î éléphant ( Voye^ les voyages du Nord , towe V I » 
jkigc y), ...... « J'ai vu à Jakutzk quelques-unes 

de ces dents de mor-lè qiii avoient jcinq quaris d'aune ci 
de Rudje , & d'autres une aune & demie de Ion- v 
gueur , communément elles font plus larges qu'é- «« 
paiflcs , elle£ ont jurqu'à quatre pouces de Jarge à la « 

ijafe . Je n'ai pas entendu dire qu'a.uprès «« 

d'/\nadir&koi Hon ait jamais couru à la chaHe jou « 
pèche du morfc pour en a\oir des dents , qui « 
néanmoins en viennent en fi grande quantité , on a 
m'a afïuré au contraire que Jcs habitans trouvent «t 
CK^ dents détachées de l'animal lur Iji ba(Tê cote ^t 
de la mer , h que par confcqucnt on n'a pas (< 

besoin de tuer auparavant les morlés <* 

Plufieurs pcribnncs m'ont demandé Ti les morfes »« 
d'Anadirskoi étoient une elpcce différente de ceux « 
ïjui fe t!'(uvcnt dans la nvr du nord & à l'i nirée « 
occidentale de la nier glaciide, parce que le;; ' nts «« 
qui viennent de ce coté oriental (on hciiUvwUp « 
plu^ groffes que celles qui vienr.eni de Poccide. t..., « 
il femblc que les morfes du Groenland </ ceux « 
qui font à la partie occidentale de la m*"»- glaciale , »' 
îi'ont aucune communication avec ccux i|iii (e «» 
trouvent a l'cfl de Kolipia , & auprès de la pointe <« 
de Schalaginskoi , & plus loin, auprès d'Ana- « 

dirskoi Il en eH de mûnc de ceux de la « 

h.iie de Hudion, il ne parort pas c|u ils puifTent <« 
joindre ceux de$ Tfthuktlchi, , , , cependant tout « 



■V A 



^12 Hifloïre Naturelle 

^orgdrager (n), nous paroît être celui 
-qui en parle avec le plus de connoiiïànce, 
^& j'ai cru devoir préfeiiter ici la tradudioii 
•& l'extrait de c^t article de fbn ouvrage 



V ïe moncîe cft d'accord que les rtiorfes d'Anadirskoi 
» ne diffèrent ni pour la groflèur ni pour fa figure 
de ceux du Groenland , &c. >» Voyage de Gmelin 
, en Sibérie, tome 111, page m ^8 & ftiivantes. Nota, 
M. Gmelin ne réfoUt pas cette queftion à laquelle 
néanmoins il me femble qu'on peut faire une ré- 
ponfe fatisfaifanie ; c'eft que, comme il le dit lui- 
même , on ne va point à la chafle de ces animaux 
à Anadirskoi ni dans toute cette partie orientale de 
la mer glaciale , & que par conféquent on n'en ap- 
porte que des dents de ces animaux morts de mort 
naturelle, ainfi il n'efl pas furprenarit que ces dents 
qui ont pris tout leur accroifTement , foient plus 
grandes que celles des morfes de Groenland que l'on 
tue fouvcnt en bas âge. 

(m) Sur les côtes de l'Amérique fèptentrionale ; 
on voit auflj des vaches marines , autrement appelées 
Bêtes à la grande dc^: , parce qu'elles ont deux grandes 
dents groflês & lon;^ ^s comme la moitié du bras. . . . 
il n'y a point d'ivoire plus beau , on en trouve à 
l'île de Sable. De/cription de l' Amérique feptentrionaUjiaf 
Denis , tome II , page 2jy^ 

(n) Dejaivtion de Inprife de la haleine if de în pccht 
'du Groenland , ifc, par Corneille Zorgdragcr. Nu- 
remberg , jyjot en Allemand. Nota, Cet ouvrage a 
d'abord été é<:iit en Hollandois , & cet extrait n'clt 
fait que fur ta tradudion allemande. 

qilj 



des Phoques, &c* 313 

qui m*a été communiqué par M. le mar* 
quis de Montmirail. 

<c On trouYoit autrefois dans la baie 
dTHoriront & dans celle de KIock , ce 
beaucoup de morlès & de phoques , ce- 
rnais aujourd'hui il en relie fort peu . . . ce 
les uns «Se lés autres fe rendent , dans ce 
les grandes chaleurs de l'été , dans les ce 
plaines qui en font voifines, &. on en ce 
voit quelquefois des troupeaux de quatre- ce 
vingts, cent & jul'qu'à deux cents, par- ce 
ticuiièrement des mortes , qui j)euvent y ce 
relier quelc[ues jours de fuite , & juf- ce 
qu'à ce que la faim les ramène à la ce 
mer ; ces animaux refîémblent beau- ce 
txDup à l'extérieur aux phoques , mais ce 
ils font plus foits & plus gros , ils ce 
ont cinq doigts aux patte? coiiune les ce 
])hoques, mais leurs ongles font plus ce 
courts & leur tête ell plus épaifl'e , ])lus ce 
ronde Sa plus forte; la jieau du morfe, ce 
principalement vers le cou , ell éjxiific ce 
d'un pouce, ridée & couverte d'un j:)oil ce 
très - court de différentes couleurs ; fa rc 
mâchoire lupérieurc ell armée de deux ce 
dents d'une demi- aune ou d'une aune ce 
de longueur ; ces déicnfcs qui font ^c 

Towe XL 



'314 Hifloire Natiirelk 

a» creufès ;à la j-acine , deyieanent cxicca^ 
» plus grandes à mefure que Taiiiiual 
>» vieillit ; on en voit quelquefois qui n'en 
» ont qu'une , parce qu'ils ont perdu 
» l'autre en (c battant , ou (èuleinent en 
» viçilliflàpt ; cet ivoire eft ordinairement 
» plus cher, que celui de l'éléphant, parce 
>? qu'il eft plus compacte & plus dur ; Ja 
y> bouche du morlè reOemhle à celle d'un 
» bœuf, elle çft garnie en haut & en bas 
» de poils creux , pointus & de l'épailfèur 
5> d'un tuyau de paille; au-defius de la 
3> bouche, il y a deux nafèaux defquels 
y* ces animaux foufHent de l'eau comme 
:i> la baleine, fans cependant fliire beaur- 
5î coup de bruit ; leurs yeux font étince- 
35 liuis , rouges & enflammés pendant les 
35 chaleurs de l'été ; ^ conime ils ne peu- 
y> vent fouffrir alors l-imprelfion que l'eau 
3> fût fur les yeux , ils (c tiennent plus 
yy volontiers dans les plaines en été que 
y> dans tout autre temps ... on voit beau- 
:>•> coup de merles vers le Spitzberg. ... , 
»: on 'es tue fur terre avec des lances..... 
» on les challr pour le profit qu'orv.tirc 
x^ de leurs dents & de leur graine; l'huile 
^> çii eA piefqu'auili eftîjnée que çcUe djÇ 



la baleîn 

que tou 

dents Si 

fur-iQut 

d'une fi 

dure qi 

florin li 

denjts, ( 

ou quai 

une den 

& un mi 

tonne d' 

diiit tren 

pour l'es 

& autant 

on trouv 

animaux 

qui vont 

la pêche 

épouvan 

des lieu) 

refient i 

troupes , 

difper fés 

Toit f)rodiç 

iomt pre 



des Phoques, &c, '3 i j 

la baleine; leurs deux dents valent autant ce 
que tout^ Jeur graiflè ; rintérieur de ces ce 
dents il plus de valeur que l'ivoire, <c 
fur-iout dans les groflTes dents qui font <c 
d'une fubftance plus compare & plus ce 
dure que ies petites. Si l'on vend un ce 
jflorin la livre de l'ivoire des petites ce 
denjs, cjelui des grofles ie vend trois ce 
ou quatre , & fouvent cinq florins ; ce 
une dent médiocre pèfe trois livres. , , ce 
& un morfe ordinaire fournit une demi- œ 
tonne d'huile , ainfi l'animal entier pro- ce 
duit trente-fix florins , fa voir dix - huit ce 
pour fes dents à trois florins la livre, ce 
& autant pour fa graiflè ..... autrefois ce 
on trouvoît de grands troupeaux de ces ce 
animaux fur terre, mais nos vaiflèaux ce 
qui vont tous les ans dims ce pays pour ce 
la pêche de la baleine , les ont tellement ce 
épouvantés, qu'ils fè font retirés dans ce 
des lieux écartés, & que ceux qui y ce 
relient ne vont ])lus fur la terre en ce 
troupes, nipis demeurent dans l'eau ou ce 
difperfés (0) çà & là fur les glaces ; ce 

((^) f^c^tn, W faut que \t nombre de ces animaux 
foit prodisicufement diminué, ou plutôt qu'ils (e 
fo.ie»! preruue tous retirés vers des cotes encore iiv> 

Oij 



li! 



Il 




^m^ 



f\6 Nifloke Naturelle 

35 iôrfqu*on a joint un de ces anîmniîx 
3> fur la glace ou ({ans Fcau , on lui jcrte 
3> un harpon fort & fait exprès, ^ fou- 
3' vent ce harpon glifîè fur fa peau dure 
:>3 & épaiiïe ; mais iorfqu'il a pénétre , 
35 on tire l'animal avec ,un cable vers le 
35 timon de la chaloupe , «& on le tue en 
35 le perçant avec une forte lance faite 
35 exprès ; on l'amène en fuite fur la terre 
35 la ])lus voifine ou fur \\\ glaçon plat; 
33 if eil ordinairement plus j:)efant qu'un 
33 boeuf. On conunence par l'écorchcr 
3^ & 6\\ jette la peau parce qu'elle n'ell 
35 bonne à rien (p); on fépare de la tet^ 

connues , puifqu'on trouve dans les relations des 
voyaores au Nord, qu'en 1704-, près de l'île de 
Cherry , à (oixante - quinze degrés quarante - cinq 
minutes de latitude , l'équipage d'un bâtiment xAnglois 
rencontra une prodigieufe quantité de morfcs tous cou- 
chés les uns auprès des autres , que de plus de mille qui 
fôrmoient ce troupeau , les Atiglois n'en tuèrent c|ue 
quinze, mais qu'ayant trouve une grande quaniité de 
dents , ils en remplirent un tonneau entier; — qu'avant 
f î I 5 juillet ils tuèrent encore cent de ces animaux , dont 

ils n'emportèrent que les dents qu'en lyo^î, 

d'autres Anglois en tuèrent ("ept ou huit cents dans fix 
heures \ en 1 708 , plus de ntui cents dans fept heures ; 
en 1710, huit cents en pluficurs jours, & qu'un fèul 
homme en tua quarante avec une lance. 

(y) Nota» Zorgdrager ignoroit apparemment qu'on 



Jes Phoques, &c. j 17 

flVéc une hache les deux dents , ou « 
l'on coupe Ja tête pour ne pas endom- <c 
mager les dents & on la fait bouillir ce 
dans une chaudière ^^]:)rès cela on ce 
coupe la graifîe en loi^ues tranches ^ ce 
on la porte au vaifTeau ... Les niorljès <c 
font auffi difficiles à iuivre à force de ce 
raines que les baleines , 6c on lance (bu- ce 
vent en vain le harpon , parce qu'outre ce 
que la baleine ell: plus ailée à toucher , ce 
le harpon ne glifle pas auflî facilement ce 
deflus que fur le morlè. . . .On l'atteint ce 
fouvent par trois fois avec une lance ce 
forte & bien aiguifée avant de pouvoir ce 
percer fa peau dure & épaiffe ; c'eft pour- ce 
quoi il e(t nécelHiire de chercher à frapper ce 
fur un endroit où la peau foit bien ten- «c 
due, parce que par-tout où elle prête, <c 
on la perceroit difficilement; en confé- ce 
quence on vile avec la lance les yeux ce 
de l'animal qui , forcé par ce mouvement <c 
de tourner la tête , fait tendre la peau ce 
vers la poitrine ou aux environs; alors ce 

fiit un très-bon* cuir de cette peau. J'en ai vu dts 
foupentes de carrofTe qui étoient très - liantes 6t très- 
fermes. Andcrlon , dit d'après Other , qu'on ci) fait 
auiTi ^ti fanolcs & de^ cordes de baieau. Hijïoire Jiaturtllc 
du Croenluid, tome il , l'iigc i C o, 

O iij, 



3 I 8 Hifloîre Naturel te 

» on porte le coup dam cette partie & 
» on retire la lance au plws vite, pour cm- 
» pêcher qu'il ne ki prenne dans la gueule, 
33 Sa qu*ii ne ble^Keiui qui i'attaque , foit 
M avec l'exirémitie de ics dents , fort avec 
» la lance même comme cela efl arrivé 
» quelquefois. Cependtmt cette attaque fur 
>> un petit glaçon ne dure jamais long- 
» temps, parce que le morfe , blefî'é ou 
» non , le jette aulîliôt dans l'eau ; & p;ir 
35 conféquent on préfère de Tattacjuer fur 
T> terre ..... Maïs on ne trouve ces anr- 
«< maux c[ue diins des endroits peu fré- 
cc quentt's comme dans l'île de MofFen 
« derrière le Borland , dans les terres qui 
« environnent les baies d'Horifont & de 
«c Klock , & ailleurs dans les plaines fort 
y> écartées & fur des bancs de Hible:, dont 
?> les vaiflêaux n'approchent que rare- 
» ment ; ceux même qu'on y rencontre, 
33 inftrwits par les perlecutions qu'ils ont 
33 elfuyées Ibnt tellement fur leurs gardes, 
33 qu'ils le tiennent tous afîèz près de l'eau 
» lour pouvoir s'y précijîijpr prompte- 
33 ment. J'en ai fiit moi - même Texpc- 
33 rience fur le grand banc de fible de 
w Rif derrière le W^orland, où je rea- 



Je s Phoques, &c, 519 

contrai une troupe de trente ou qua- « 

raiite de ces animaux ; les uns étoient ce 

leut au bord de Tcau, les autres n'en <c 

étoient que peu éloignés ; nous nous « 

arrêtâmes quelques heures avant de « 

mettre pied à terre , dans Te' firance «x 

qu'ils s*engagcroient un peu ri as rvant ce 

dans la piaine , & comptan ^u en « 

approcher ; mais comme cela . nous « 

réufîit pas , les morlès s'étant toujours « 

tenus fur leurs gardes , nous abordâmes ce 

avec deux chaloupes en les dépafiant à ce 

droite & à gauche ; ils furent prefque ce 

tous dans Teau au moment oii nous ce 

arrivions à terré ; de forte que notre ce 

ehafîê le réduifit à en bleffcr quelques- ce 

uns qui le jetèrent dans la mer de ce 

même que ceux qui n'avoient pas été ce 

touchés , & nous n'eûmes que ceux ce 

que nous tirâmes de nouveau dans ce 

Teau Anciennement & avant ce 

d'avoir été perféeutés , les morlès s'a- ce 
vançoient fort avant dans lés terres , ce 
de forte que dans les hautes marées ils ce 
étoient aflez loin de l'eau , & que dans ce 
le temps de la balle mer , la dillance ce 
étiim encore beaucoup plus grande , ou «c 

O iiij 




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




// 




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(716) 873-4503 







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^ 







320 Hifloirt Nâhnelb 

30 les abordoit aifémem^i» vi ;^f GnîTioi^ 
ao choit de froiit vers- ces •antmaiix pow 
39 ieur couper Li rerraiite du î côté de \a 
» mer , ils voyorent tous ces- préparatifs 
oa fans aucune <:rainte j >ds fbnvent chatjue 
» chafîeur en tuoit un avant qu'il piit re- 
» gagner i'c.u. On fàifoit une barrière 
» de leurs cadavres & on .iaifToit quelques 
» gens à 'i*afjR)it pour alTominer ceux qui 
» refloient; on en tuoit quelquefois trois 
» ou quatre cents . . • , . On voit par ia 
3> prodîgieuft quantité d'ofTémens de ces 
» animaux cïont la terre eft jonchée, qu'ils 
» ont été autrefois très-nombreux, . . , . 
33 Quand ils font blefles ils deviennent 
»3 furieux , frappant de coté & d'autre 
» avec leurs dents j ils brifent les armes 
» ou les font tomber àes mains de ceux 
» qui les attaquent , & à Li fin enragés 
35 de colère , ils mettent ieur tête entre 
35 leurs pattes ou nageoires & Ce laiflênt 
35 ainfi rouler dans l'eau. .... Quand ils 
35 font en grand nombre , ils deviennent 
>5 fi audacieux que pour fc fecourîr les uns 
35 les autres ils entourent les chaloupes , 
35 cherchant à les percer avec leurs dents 
» OU à les ïenverfer en frappant contre le 



des Phtjue's, é'c: 3^2' f 

bord Au refte, cet éléphant de ce 

mer avant de connoître les hommes, ne ce 
craignoit aucun ennemi , parce qu'il ce 
avoit fu dompter les ours crtiels qui le ce 
tiennent dans le Groenland , qu'on peut ce 
mettre au nombre des voleurs de mer ». ' 

En ajoutant à ces oblervations de M, 
Zorgdrager, celles qui (e trouvent dans. 
le recueil des voyages du nord /"çj, & les- 
autres qui font éparfes dans différentes 

/q) Le chev'i! marin (Morfe) reflTemble aflez aU' 
veau marin (l^hoque), fi ce n'cft qu'il cft beaucoup 
plus gros , puifqu'il eft de la grofîcur d'un bœuf; (fes 
pattes font comme celles du veau marin,. & celles 
du devant ,. auffi-bieh que celtes du derrière, ont citiq' 
doigts ou griffes , mais les ongles en font plus court» ; 
il a auffi la tête plus groffe , plus ronde & pifls» 
dure que le veau marin. Sa peau a bien un pouce 
d'épiflêur , fur - tout autour du cou : les uns l'ont 
couverte d'un poil de couleur de fouris, les autres- 
ont très-peu- de poil : ils font ordinairement pleins de' 
galles & d'écorchurcs , de forte qu'on dircit qu'dn^ 
reur auroit enlevé la peau, fur-tout autour dies join*^ 
tures où elle eft fort ridée ; ils ont à la mâchoire d'en' 
haut deux grandes & longues- dents qui ont nciix 
pieds de long & quelquefois davantage; les jeunes^ 
n'ont point ces défenfes, mais elles leur viennent avec 

Page Ces deux dents font plus efiimées & plus" 

clière.7 que l'ivoire, elles font fotides en dedans, maiS' 
h racine en ef\ creufe. .... Ces animaux ont' l'oiiii- 
verture de U guailc auHi largç que celle d'un boMf,, 



52 2 Hifloke Naturelle 

relatioiis , nous aurons une hidoîre nfleic 
complète de cet animal; 11 paroît que 

& au-dedos & au-defToUs ie& babines, ils* ont plu« 
iieurs foies vpà font creufes en dedans èi de ia groT 

ièur d'une paille ils ont au-denûs de ia bariie 

d'en haut deux naièaux en forme de; demi • cercle par 
ou ils rejettent Teau comme les bafeines, mais avec 
Jbien moinrde bruit ; leurs» yeux Ibnt allés élevés au- 
delfu!» du nez. Ces yeux font auifi rouges que du 
fang lorique Tanimai ne les tourne pas, & je n'ai 
point obferyé db différence lorfijull les tournoit : leurs 
•reiiles font peu éloignées de leurs yeux & reflèm» 
blenl à celles àes veaux marins : leur langue eft pour 
\t moins aulTi grodc que celle d'u# bœuf. .... Ils 
ont le cou- fi éj^ais qu'ils ont de la peine à tourner 
la tête , ce qui les oblige) à tourner extrêmement les 
yeux;- ils ont |a queue courte comme celle des veaux 
marins.^ On ne peut point leur enlever la grailfe 
comme Ton fait aux veaux mariiw , parce qu'elle cfl 
cntrdarJée avec la cliair. , , . . Leur membre génital 
cil un os dur de la longueur d'environ deux pieds, qui 
va en diminuant par le bout & qui eA un peu courbe 
par le milieu y tout près du ventre ce membre ell 
' plat , mais hors de là il efl rond' & tout couvert ile 
, neri« ..... U y a apparence que ces animaux vivent 
. d'iierbcs & de poifftxi -, leur fiente reffemble à celle 

r du cheval Qu.ind ils plongent , ils fe jettent 

la ttte la premicrc «ians l'eau,, comme les veaux ma- 
rins ; '\\s dorment & ronHent non - feulement fur la 
glace , mais auffi dcuis l'eau , de forte qu'ijs paroifTcnt 
; louvent cor' - s'ils étoknt morts ; ils* font furieuK 
I ti couragcu ant qu'iU font en vie ils f« défendent 

. les uns les autres Ils font tous leurs efforts pour 

, dIÉtjVrçr ceux qu'on a prïs^ ils ic jettetii à l'envt fuc 



1 n 



des Phoques» &c. 323 

re{pèce en étoit autrefois beaucoup plus 
répandue qu elle ne l'ed aujourd'hui , on 
ia trouvoit dans les mers des zones tem- 
pérées, dans le golfe du Canada (r)^ 
lur les côtes de TAcadie, 6cc. mais elle 



.4^-:...'*.. 



fa chaloupe, mordant & faifânt àti mugifTemens épou« 
vantab!es , £c fi par i«ur grand nombre ils obligent les 
hommes à prendre ia fuite • ils pourfuivent fort bien 
ia chabupe julqu'à ce qu'ils ia perdent de vue . . •■ 
On ne les prend que pour leurs dents , mais entre 
Cent on n'en trouvera quelqucrnis qu'un qui ait les dents 
bonnes , parce que les uns Ibnt encore trop jeunes , £c 
que les autres ont les dents gâtées. Recueil des voyages 
au Nord, tome //, f>age iij & Juivantes, 

. (r) A quarante-neuf degrés quai-ante minutes dç 
altitude, il y a trois petites îles dans le golfe de Saint* 
Laurent , fur l'une defquciles territ en très - grand 
nombre une certaine elpcce de Phoque , animal , 
comme je crois, incona|||^aux Anciens, ap^ieté des 
Flamands Walrus» ^ des Anglois , qui en ont pris 
fe nom des Rufïiens, Ahrf, C'cft un animal amphibie 
& fort moiiltrueux , c^i furpaffe par ibis les bœufs 
de Flandre en groffeur; il a le poil comme celui d'un 
ph(X]ue. . . Deux dents recourbées en bas» longues 
par (bis d'une coudée., qu'on cmpbic à mêire chofè 
que l'ivoire , &: qui font de même valeur, DtJcriptioM 
dfs Mes occiHemnks , par de Laët , page ^ i . — Sur 
les côtes de l'Amérique ieprentrionale , on voit des 
vaches marines , autrement appelées lêns h la grande 
drnt , parce qu'elles ont deux grandes dents groffes 
& lono[ucs comme la moitié du bras , & tés autrdi 
éititi ibfigues de quatre doigts : il n'y a point d'ivoire 

O vj 



y 2^ Hîflotre Pfatureiïe 

éft maintenant confinée dans fes mèti 
df Cliques, on nie trouve des Morfo que*- 
dans cette zone froide , & même il y ert 
îl peu dans les endroits fréqjûentés ; peu 
dans la mer glaciale de l'Europe , & en- 
core affez peu dans le. lac du Oroeiiland ^ 
du détroit de Davis & des autres parties 
du nord de l'Amérique, parce qu'à i'oc- 
cafion de la pèche de la baleine on les 
la depuis long-temps inquiétés & chafTés. 
Dès la fin du leizième fiècle , les habi- 
tans de Saint-Malo alioient aux îles Ra- 
mées, prendre des morfès qui dans ce 
temps s'y trouvoient en. grand nombre (f); 
31 n'y a pas cent ans que ceux du Port- 
Royal au Canada envpyoiem des barques^ 
au cap de Sable &^m cap Fourchu, à 
fa chafîe de ces animaux (t), qui depuis 
ïè font éloignés de ces parages, auffi- 
îoien que de ceux des mers de l! Europe,, 



-■}y\ 



^us beau. On trottve (tes ces^vacfies marines à i'île 
et Sable. Defcription de /'Amérique f^tentriona/e , pat 
Denis , tome JJ, page ^J?' 

ff) Defcriptioa des Indes occidentales , par de Laët , 

(t) Defcription db l'Amérique feptentrionale i par 
]D«niiy tmtlt pagt 66%, 



^ueda 

l'èmboi 

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^es Phoques, &c; 32 j 

Ar Ôli rtc' les trouve en grand nombre 
^le' dans la mer glaciale de l'A fie, depuis, 
l'embouchure de i*Oby jufqn'àla pointe 
la plus orientale de ce continent dont les 
côtes font très-peu fréquentées : on tn^ 
voit fort Tarement dans les mers tempe— 
Tées r L'efpèce qui fe trouve fous ia zone- 
iforride À dans ies mers des Indes , eft 
ififFérente de nos morfes du nord^ ceux-ei 
irraignent vraifèmblablement ou la cha- 
leur ou la faiure des mers méridionales: & 
comme ils ne ies ont jamais travcrfees , 
on ne les a pas trouvés vers l'autre pôle, 
tandis qu'on y Voit les grands & les petits 
phoques.de notre nord, & que même ils 
y font plus nombreux que dans, nos terres 
aréiques. '-'^'^^ -^^'-^^ ^ \. \ .,.>., • '■■■■, 
Cependant le morfe peut vivre , au. 
moins quelque temps , dans un climat 
tempéré : Evrard Worft dit avoir vu en 
Angleterre un de ces animaux vivant, & 
âgé de trois mois , que Ton ne mcttoit 
dans Teau que pendant un petit efpace 
de temps chaque J0ur,-& qui fe traïnoit 
& rampoit fur la terre ; il ne dit pas qu'il; 
fût incommodé de la chaleur de l'air ,. il 
dk au contraire que lorfqu'on letouchoit ^, 



m 



-"'•'^-'■■s-»t»mtim 



32^ Hiftoire rfafureik 

H avoit là mine d*un aniinsd furiemc & 
robude , & qu'il refpiroit très-fbrteineiit 
par les narines. Ce jeune morië étoit de 
ia grandeur d'un veau , & aiïcz retTeniblaut 
à un phoque;- il avoit la tête ronde, les 
yeux gros, les narines plates & noires, 
qu'il ouvroit & fèiinoit à volonté' ; il n'a- 
voit point d'oreilles , mais (eulement (feux 
trous- pour entendre ; l'ouverture de ia 
gueule étoit afiez petite, la injichoiiie fu- 
périeure étoit garnie d'une moudache de 
poils cartilagineux , grds & rudes ; ki mâ- 
choire inférieure étoit triangul<ûre , ia langue 
épaiiïè , courte , & le dedans de la gueule 
inuni de côté èi. d'autre de dents plates ; 
ies pieds de devant & ceux de derrière 
étoient Jarges, & l'arrière du corps ref- 
ièmbloit en etiiier à celui d'un phoque , 
cette partie de derrière rampoit plutôt 
qu'elle ne marchent , les pieds dé devant 
étoient tournés en avant , &. ceux de der- 
rière en arrière , ils étoie4it tous drviles 
en cinq doigts, recouverts d'une forte 
membrane. . . la peau étoit épaifle , dure 
& couverte d'un poil court & d^iié , de 
couleur cendrée ; cet animal grondoit 
comme un fanglier, Si quelquefois criolt 



de 



y des Pttoques, &c, 3^7/ 

4i*urie vôîx grofle & forte, on i'avoît ap- 
porté de la nouvelle Zçmble ; il n'avoit 
point encore les grandes dents ou dé- 
fënlès , mais on voyoit à la mâchoire 
fupérieure les bofles d*où elles dévoient 
fortir ; on le nourrifloit avec de la bouillie 
4'avoine ou de mil, il iUçoit lentement 
plutôt qu'il ne mangeoit; ilapprochoit de 
ion maître avec grand effort & en gron- 
dait ; cependant il le fuivoit lorfciu'on lui 
préièntoit à manger (a). 

Cette obfervation qui donne une idée 
aflez jufte du morle, fliit voir en même 
temps qu'il peut vivre dans un climat tem- 
péré , néanmoins il ne paroît pas qu'il pui(îè 
îbpporter une grande chaleur , ni qu'il ait 
jamais fréquenté les mers du midi pour 
pafler d'un pôle à l'autre ; plufieurs Voya- 
geurs parlent de vaches marines qu'ils ont 
vues dans les Indes , mais elles font d'une 
autre efpèce ; celle du morfe eft toujours 
aifée à reconnoître par ^^% longues c!c < 
fenlès , l'éléphant eft le ieul animal qui en 
ait de pareill(||^; cette produdion efl un 
efîèt rare dansja Nature, puifque de tous 

( u) De^ct-ipiion des Indes occideiiiales , par de 



'jlî Hlfolre Naturelte-^ 

les animaux terreftres & amphibies, l'ele» 
phant & le morle auxquels elle appartient ,. 
îont des efpèces ifoiées^, uniques dans leur 
genre , & qu'il n*y a aucune autre efpèce 
d'animal qui porte ce caradère. 

On aflure que les morfès ne s'accou- 
plent pas à ia manière des autres quadru- 
pèdes, mais à rebours ; il y a , comme dans 
îes baleines y un gros & grand os dans le 
membre du mâle; la femelle met bas en 
hiver fur la terre ou fur la glace , & né 
produit ordinairement qu'un petit , qui eft 
en naiilànt déjà gros comme un cochon* 
d'un an ; nous ignorons la durée de la ges- 
tation,, mais à en jauger par celle de Tac- 
croiflement , & aufli par la grandeur de 
fanimal, elle doit être de plus de neuf 
mois ; les morfes ne peuvent pas toujours 
refter dans l'eau , ils font obligés d'aller 
à terre , (bit pour allaiter leurs petits , iôit 
pour d*autres befoins; lorfqu'ils fe trou- 
vent dans la nécefllté de grimper fur des 
rivages quelquefois efcarpés , & fur dès 
glaçons , ils fe (ervem de l^s défènfes ^xj 

( X ) Ces défcnfes ne font pis loifràfait rondes ni 
bitn unies, mais plutôt aplaties & légèrement cire- 
lée^j la droite e(t ordinairemeat un peu. plus longus 



'Jes PKoqttes, &c. 329 

-pour s'accrocher, & de leurs mains pour 
faire avancer la lourde mafTe de leur corps. 
On prétend qu'Hs (c nourrifîênt de co» 
qùHiages qui (ont attachés au fond de la 
aner, & qu'ils fe fervent aufli de leurs dé»- 
fènfès pour les arracher ( y ); d'autres 
dilent (iQ qu'ils ne vivent que d'une cer- 
taine herbe à larges feuilles qui croît dans 
la mer . & qu'ils ne mangent jii chair ni 
.poifTon; mais je crois ces opinions mal 
fondées, & il y a apparence que le morfe 
^it de proie comme le phoque , & fur^ 
tout de harengs & d'autres petits poiflbns \ 
car il ne mange pas lorfqu'il eft fur la 
terre , & c'eft le befoin de nourriture qui 
le contraint de retourner à la mer. 

^ LE DUGON (a). " ''' 

Le Dugon eft un animal de la mer de 
TAfrique & des Indes orientales^ duquel 

& plus forte que fa gauche J*en ai eu deux 

dont chacune a\'oit deux pieds un pouce de Paris 
de long &. huit pouces de circonférence par ie bas» 
Hifioire naturelle du Groenland t par Anderfon, tome II, 
pdges » 62 ir 1 6^* . 4 

(y) Hiftoire naturelle du Groenland , page 162. 

( 1) Defcriptbn des Indes occidentales, par de 
Laët, page ^2, 

(a) Dugon , Dugung , nom de cet animal à fifc 
dé Lethy ou Leyte» Tune des Philippines « & 4Uft 



V 



jrjo Hiftolre Naturelle 

nous n'ayons vu que deux têtes di^chaiw 
nées ou tronquées , & qui par cette pariie 
redëmble plus au morfc qu'à tout autre 
animai ; fîi tête eft à peu -près déformée 
de Ja même manière par la profondeur 
des alvéoles , d*©ù naifîènt à la mâchoire 
fupérieurc deux dents longues d'un demi- 
pied, ces dents font plutôt dé grandes 
mcifives que des défcnfes ; elles ne s'é- 
tendent pas directement hors delà gueule, 
comme celles du morfc y elles Ibnt I^eau* 
coup plus courtes & plus minces, & d'ail* 
lenrs elles font fituées au— devant de la 
mâchoire , & tout près l'une de l'rtutre , 
comme des dents incifives, au lieu que 
ks défenlès du mor(è iai0ênt entre elles 
un imervaile coniidérable, & ne font pas 

«ou« avons adopte. Nota, Ysii trouvé ce nom dans 
le voyage Hollandois de Chiillophe Barchewitz aux 
luAts orientales, ouvrage qui a été traduit en Atte- 
Jtiand & imprimé à F.rfuri , en- 175 i. L'auteur dit 
que cet animal s'appelle à l'île de Letfiy, Dtigur^ ou 
Jkafi àugu»g ; h qu'on l'appelle auffi MaUnn» i-ette 
dernière dénomination fcmbieroit jndiqilerqueee àvgon 
ou dttguttg e(l un ninnati ou lumarttin ; mais dans la 
dcfcription de ce Voyageur il eft dit que le dugon 
a deux délènièfi gmlTes d'iin pouce, & longues d'un 
empan : or ce caradcre ne peut convenir au-manati, 
& convient au contraire à t'-aiiimal dont il e(l' ici 
ilMeAion^ & dont nous avons U tcto. 



des Pfiaques, &e, 33 f 

fituées à la pointe, mais à côté de îa mâ- 
choire fupérieure. Les dents mâcheiiires du 
dugon diffèrent audî , tant pour ie nombre 
que pour la pofition & ki forme , des dents 
du morie , ainfi nous ne doutons pms que 
ce ne (bit un aniinsU d'efpèce diflferente. 
Quelques Voyageurs qui en ont parl«éi*ont 
confondu avec le lion marin^. Innigo de 
Bicrvillas dit qu*oii tua près du cap de 
Bonne-efpérance un lion marin qui avoit 
dix pieds de longueur & qliatre de grof- 
fcur , la têie comme celle d'un veau d'im 
an , de gros yeux aifreux , les oreilles 
courtes j^ec une barbe hériffee, les pieds 
fort larges & les jambes fi courtes, que It 
ventre touchoit à terre , & il ajoute qu'on 
emporta les deux défènlès qui fortoient 
d'un dem4-pied; hors de la gueule (b); 
ce dernier cara(flère ne convient point au 
lion marin qui n'a point de défeafes ^ mais 
é^s dents (èmblables à celles du phoque , 
& c'eft ce qui m'a fût juger que ce n'étoit 
point un lion marin, mais l'animal auquel 
nous donnons le nom de dugon ; d'autres 
Voyageurs me paroiflent l'avoir indique 

fh) Voyage (Tlnnigo de Biervilias, partie J, p- JZ, 
0" sS* 



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'53 2 ' Hipoire Naturelle 

fous la dénomination dWj- marin; SpïF- 
berg & Mandeiflo rapportent « qu'à i'île 
» de Sainte-Éiiliibeth , fur les côtes d'A- 
y> frique , il y a des animaux qu'il fîiudroit 
» plutôt appeler des ours marins que des 
» loups marins, parce que par leur poil, 
» leur couleur & leur tête , ils reflemblem 
» beaucoup aux ours , & qu'ils ont feu- 
» lement le muieau plus aigu ; qu'ils ref- 
» ièmblcnt encore aux ours par les mou- 
y> vemens qu'Us font & par la manière dont 
>5 ils les font , à l'exception du mouvement 
» des jambes de derrière qu'ils ne font que 
>3 traîner ,* qu'au refte ces amnkibics ont 
» l'air affreux , ne fuient point a rafpetH: 
» de l'homme , & mordent avec afTez de 
:» force pour couper le i\\x d'une per- 
53 tuifime , & que quoique boiteux des 
i» jamljes de derrière , ils ne laiffent pas de 
>5 marcher aflez vite pour qu'un homme 
qui court ait de la peine à les joindre » (c), 
« Le Guat dit avoir vu près du cap de 
y» Bonne-efpe'rance , une vache marine de 
>3 couleur rouffâtre ; elle avoit le corps 
» rond & e'pais , l'œil gros , les dents ou 

(c) Premier voyage deSpHbcrg, tome II, p, ^//.i^ 
Voyage de Mandeiflo > tome II, j>age jjt» 



et s Phoques, &c, j-jj 

déiènles longues , le mufle un peu «c 
retroufTé , & ii ajoute qu'un Matelot c© 
lui aflura que cet animal dont il ne ce 
pouvoit voir que le devant du corps , « 
parce qu'il étoit dans l'eau , avoit des ce 
pieds (d), » Cette vache marine de Le 
Guat, l'oius marin xle Spilberg & le lion 
marin de Bierviiias me paroiflent être tousi 
trois le même animal que le dugon , dont 
la têie nous a» été envoyée de l'île de 
France , & qui par conféquent fe trouve 
dans les mers méridionales depuis le cap 
de Bonne-elpérance jufqu'aux îles Phi- 
lippines (e): au refte, nous ne pouvons 

(d) Voyage de Le Guat , tome 1 , p^ge j t>, 

(e) Je pouvois àt ma maifbn, qui étoit fitiiée fui' 
un rocFier dans l'île de Leihy, voir les tortues à quei- 
tjues toifes de profondeur dans l'eau ; je vis un jour 
deux gros dugun^s ou vaches mannes , qui vinrent près 
du rocher & de ma maifoii ; je fis promptement 
avertir mon Pêcheur , à qui je montrai ces deux ani- 
maux, qui fe promcnoient & maiigcoient d'une moufîè 
verte qui croit fur le rivpgc ; il courut aiiflltôt cher- 
cher Tes camarades qui prirent deux bateaux & allèrent 
fur le rivage, & pendant ce temps le mâle vint pour 
chercher (a femelle, & ne \oulant pas s'éloigner fe 
laifla tuer aufTii Chacun de ces poiffons prodigieux 
avoit plus de fix aunes de long , le mâle étoit un peu 
plus gros que la femelle ; leurs têtes refTembloient h 
celle ii'un bœuf , ils avoiefU deux- gtoff» dents d'un 



w 



334 Hlflohe Naturelle 

pas nfîurer que cet animal qui refTemble 
un peu au moriè par la tête & les dé* 
fènfès , ait comme lui quatre pieds ; nous 
ne le préfumons que par analogie , & par 
i'indication des Voyageurs que nous avons 
cites ; mais ni l'analogie n'eft aflez grande , 
ni les témoignages des Voyageurs aficz 
précis; pour décider, & nous fufpendrons 
notre jugement à cet égard , jufqu'à cç 
que nous (oyons mieux informés. 

\LE LAMANTIN (fl, 

Dans le règne animal, c*eft ici que 
JRniflent les j>euples de ïa terre, & que 

» 

tni]>ûn de hng if d'un pouce d'quvjfur , qui cîcbor- 
«loient fil mâchoire comme aux fan^iers : ces dents 
étoient plus blanches que le plus bel ivoire; la femelle 
avoit deux mamelles comme une femme ; les parties 
de la génération du maie redèmbloicnt à celles de 
l'homme; les inteftins refTemNoicnià ueuxdun veau, 
& la chair en avoit le goiit. Voyage de Chipofhe Batr 
chtwiti, rage iStt'^xinit traduit par M. le marquis 
de Montmirair A^(>r/i« Totite cette defcription convient 
afTez au manati, à rcxceptton Acs denÇs; le manati n'a 
nidéfênfes tii dents incinves, éc c'cfl (ûr cela (êul que 
j'ai préfumé que ce dugiing nVtoit point le manati ; 
mais l'animal dont nous avons les têtes, & que nous 
avons fait rcpréiênter. i 

(fj LamMÙn. On ^4>rétendu que ce nom vetuiBe 



*def Phoi]ues$ <^<v J 3 J 

commencent v^^ peuplades 4e la Hfifix-i 
ie Lamantin qui n'efl plus quadrupède, 
n'efl ^>as entièrement cétacée, jl retient 
des premiers deux pieds .ou plutôt deux 

(Te C|B que cet anîrnal fâifok des cris farnental>les : 
c'efl une fable. Ce mot efl une corruption du nom 
de cet arrimai dans b langue ^& Galibis , 'habitam 
de b <Guiane , & .des Catmes ou Qiraïl>es^ habitans 
Ati Antilies; c'ed le mênic peuple & la mêfne bngue, 
à quel(]ucs variétés près : ils nommait le lamantin 
mMîati , d'où les Nègres des îles françoifès d'Améri- 
que , qui eOropient -tous les Aiots ont <£iit lamanatty 
en ajoutant Tarticle^ comn^e pour dire la beu manati; 
de lamanati , ils ont fait tamamti , en fupprimant le 
troiOème/i, & fiifant (aoxwtVn; lamanuti, Itunenti, 
qu'on a écrit par un r , par analogie prétendue avec 
iamtmari , ce qui a donné lieu à l'analogie des crij 
hmentabks , fuppofés ^e la fçmelle quand on lui déroJM 
Ton petit. Lettn dt Ah de ia G>ndamne A M, dt 
Bv§on , du 28 mai tj^^^. Je cite cette efpècc d'é»- 
tymologie, de laquelle M. de b Condaqf^ine, qui a 
demeuré dix ans daos les Indes occidentales , doit 
être .bien informé: cepend<int je dois obfcrver que 
le mot manati, (ctpn pkifieurs autres auteurs, cA 
cfpagnol & indique un animal qui a àti mains , & 
que -probable;inciit les Guiapois ou Jes Cara)'bfs qui 
font aflèz éloignés les uns des autifes , Tont également 
emprunté des Efpagnois. ■■ " \: ■ '', , 

Manati , Ffwca gemu» C\o.Ç\\\ exttfc* pag, i>3 a « fig. 
^id, f ag. 133. 

AfoHati» HeriMnd. Hift, Mm, pag. 3 a ) , ^. iiid, 

Métiiatits» Lt.lananfin» Btiff» Reg* mm» p. ^9*1 



X 



^ J 6 Hîflotre Natureïk^ 

jnairis ; mais les jambes de derrière! qui, 
dans les phoques & ks moriès , font 
prefqu*entièrcment engagées dans le corps, 
-Sa raccourcies autant qu'il cft poflible, 
ie trouvent abibiument nulles & obli- 
te'rées dans le lamantin ; au lieu de deux 
pieds courts & d'une queue étroite en- 
core plus courte que les jnorfes portent 
à leur arriére dan? une diredion hori- 
zontale , les lamantins n'ont pour tout 
cela qu'une grolTe queue qui s'élargit 
en éventail dans cette même diredion, 
en forte qu'au premier coup d'œil il fem- 
bleroit que les premiers auroient une queue 
di<^irée en trois , & que dans les derniers 
ces trois parties (e feroient i^é unies pour 
n'en former qu'une ieule ; mais par une 
infpedîon plus attentive , & lur-tout par 
la diffedlion , l'on voit qu'il ne s'ell point 
fait de réunion , Cfu'il n'y a nul veftige 
des os des cuifîès & des jambes , & que 
ceux qui forment la queue des lamantins 
font de fimples vertèbres ifolées & fem- 
J:)Iables à celles des cétacées qui n'ont 
point de pieds ; ainfi ces animaux font 
cétacées par ces parties de. l'arrière de leur 
corps , & ne tiennent plus aux qu*idruj)èdes 

que 



des Phoques, &c. 337 

^iie par les deux pieds ou ceux mains 
qui (ont en avant à côté de leur poi- 
trine. Ovicdo me paroît être le premier 
«uteur qui ait donné une efpèoe d'iiiftoirc 
& de defcription du Lamantin ; ce on le 
trouve aflèz fréquemment , dit -il , fur ce 
les côtes de Saint-Domingue; c'eft un ce 
très-gros animal d'une figure infornie , ce 
qui a la tête plus grofïè que celle d'un ce 
bœuf, les yeux petits , deux pieds ou œ 
deux luains près de la tête qui lui fervent ce 
à nager ; il n'a point d'écaillés , mais ec 
il eft couvert d'une peau ou plutôt <« 
d'un cuir épais , c'eft un animal fort ùl 
doux; il remonte les fleuves , & mange ce 
les herbes du rivage, auxquelles il peut ce 
atteindre fans fortir de l'eau ; il nage à ce 
la furfac^; pour 4e prendre, on tache ce 
de s'en approcher fur une napdfe ou et 
un radeau , & on lui lance une groflê ce 
flèche attachée à un très-long cordeau ; ce 
dès qu'il fe fent frappé , il s'enfuit & ce 
emporte avec lui la flèche & le cordeau ce 
à l'extrémité duquel on a foin d'attacher ce 
un gros morceau de liège ou d« bois ce 
léger pour fèrvir de bouée de de ren- ce 
feignement. Lorfquc l'aiiimal a perdu çc 
Tome XL P 



il 



w 



«< 



3 3 S Hifloire Nûîwefle ^ 

s> par cette blefTurc (on fang & {es forceô 
» il gagne la terre , alors on reprend i'ex- 
» tréniité du cordeau , on le roule jufqu'à 
>> ce qu'il n'en relie plus que quelques 
» brafles ; & à l'aide de la vague on tire 
y» peu à peu l'animal vers le bord , ou 
•» bien on a^chève de le tuer dans l'eau à 
a» coups de lance. Il eft fi pelant , qu'il 
*> faut une voiture attelée de deux bœufs 
ao pour le tranfporter ; fa chair eft excel- 
» lente, .& .quand elle eft fraîche on Ja 
» mangeroit plutôt comme du bœuf que 
» comme du poiffon ; «n la découpant & 

V ia fàifant fécher ^ marin€r, elle prend 
» avec le temps Je goût de la chair du 
:ï> thon , & elle eft encore ineilleure. Il y 
» a de ces animaux qui ont plus de quinze 
ap pieds' de longueur fur fix pieds d'é- 
x> paifîcur; Ja partie de l'arrière du corps 

V eft beaucoup plus menue & va toujours 
a> çn diminuant jufqu'à la queue , qui 
30 enfuite s'élargit à fon extrémité. Comme 
y> les Elpagnols , ajoute Gviedo , don- 
3> nent le nom de mains aux pieds de 
» devant dé touf les quadrupèdes , & 
?3 comme cet animal n'a que àts pieds de 
p devant , ils lui ont donné la déaouii- 



,%■'' i *• 



Jes Pho()ues , &u 5 3 5> 

MStion d'animal à maifts , Manati; il n'a ce 
point d'oreiiies externes , mais feulement ce 
deux trous par lelquels il entend , là ce 
peau n'a que quelques poils afîez rares , ce 
elle efi: d'un gris-cendré & de l'e'paifleur ce 
d'un pouce , on en fait des femelles de ce 
fouliers, des baudriers, &c. La femelle ce 
a deux mamelles fur la poitrine, & elle ce 
produit ordinairement deux petits qu'elle « 
allaite (g); » tous ces fîùts rapportés par 
Oviedo font vrais, & il efl fmgulier que 
Cieça (h)t & plufieurs autres après lut 
aient afTuré que le lamantin fort fbuvcnt de 
l'eau pour aller paître fur la terre , ils lui 
ont faufîèment attribué cette habitude na* 
turelle , induits en erreur par l'analogie 
du morfe & des phoques qui fortent eu 
efïèt de l'eau &: fcjournent à terre , mais 
il eft certain que le lamantin ne quitte 
jamais l'eau , & qu'il préfère le féjour des 
eaux douces à celui de l'eau falée. wt:-. 
Clufius dit avoir vu & mefuré la peau 
d'un de ces animaux , & l'avoir trouvée 
de feizc pieds & demi de longueur, & 

(g) Ferdin. Oviedo. Hif* Ind, occU, lib. XIÏ 
cap. X. , ■ 1 ■ ' ,. ' 

(hj Chron, Peruv, cap. xxxi, 



^TaR" 



54^* H'tfloire Naturelle 

<Ie (çpt pieds &, demi de largeur ; îes 
<ieux pieds ou les deux mains étoient fort 
larges , avec des ongles courts. Go- 
inara ( i ) aflure qu'il s'en trouve queU 
quefois qui ont vingt pirds de longueur, 
éa il ajoute que ces animaux fréquentent 
nufli-bien les eaux des fleuves que celles 
de la mer ; il cacontç qu'on en avoit 
irievé ^ nourri un jeune dans un lac à 
^aint-^Pomingue pendant vingt- fix ans, 
qu'il çtoit fi doux ^ fi ]:)rivé qu'il pre-» 
jioit doucement la nourriture qu'on lui 
préfentoit , qu'il entendoit fon nom , 5c 
que quand on l'appeloit il fortoit de l'eau 
& (^ traînoit en rampant jufqu'à la mai fon 
j.)Gur y recevoir fa nourriture , qu'il fem^ 
bloit fe plaire à entendre la voix humainç 
& le chant des enfans , qu'il n'en avoit 
nulle peur , qu'il les laiffoit affeoir fur fon 
dos , & qu'il les pafîoit du bord d'un lac 
à l'autre fans fc plonger dans l'eau , & 
fans leur fiiire aucun mal. Ce fait ne peut 
être vrai dans toutes fes circondances , \\ 
paroît accommodé à la fable du Dauphin 
des Anciens , car le lamantin ne peut ab^ 
folument fe traîner fur la terre, ' - ' 
(l) Fï» Lopçs de Gomara. Hiji, gea, cap. XXXI* 



Her 

fujet d 
que qi 
facilem 
l'eau , 
quelqu 
He 
du lani 
face , 
autres 
avant I 
océans 
& la 11 
lacs, n 
Aianm 
prefqu 
tout o 
mainsi 
ièmbla 
nombi 
celle d 
d'un c 
celles 
côtes 
qu'il 

page /; 



Je s Phoques, &t* 34^ 

Herrera dit peu de cholè de phis au 
fujet de cet animai ; il aiïure feulement 
que quoiqu'il foit très - gros , il nage fi 
facilement qu'il ne fait aucun bruit dans 
l'eau , & qu'il (è plonge dès qu'il entend 
quelque cho(è de loin i(î<), t 

Hernandès qui a donne deux frguireJ 
du lamantin, Tune de profil & l'autre de 
face , n'ajoute prefque rien à ce que les 
autres auteurs Efpagnols en avoient écrit 
avant lui, il dit feulement que les deux 
océans , c'eft-à-dire la mer Atlantique 
& la mer Pacifique , aufli - bien que les 
iacs, nourrifient une bête informe appelée 
Aianatl, de laquelle il donne la defcription 
prefqu'entièrenient tirée d'Ovicdo ; & 
tout ce qu'il y a de plus ^ c'cft qjje les 
mains de cet animal portent cinq ongles 
Semblables à ceux de l'homme, qu'il a le 
nombril & l'anus larges , îa vulve comme 
celle d'une feinme , la verge comme celle 
d'un cheval , la chair & la graiffë comme 
celles d'un cochon gras , & enfin les 
côtes & les vifcères comme un taureau ; 
qu'il s'aCcouple fur terre à la manière 

(h) Defcription des Indes occidentales, par Herrera^ 

P iij 



f34^ Hiflolre Naturelle 

humaine , la femelle rcnverfée fur le cîos , 
& qu'elle ne produit cju'un petit , qur eft 
d'une groflèur monflr^eule en naifTi^nt ^l). 
L'accouplement de ces animaux ne peut 
fe faire (ur terre , comme ie dit Her- 
nandès , puifqu'ils n'y peuvent aller ; & 
il (e fait dans i'eau fur un bas -fond. 
Binct (m)t dit que le lamantin eft gros 
comme un bœuf, & tout rond comme 
un tonneau , qu'il a une petite tête & peu 
de queue ; que fx peau efl rude & épaifîë 
comme celle d'un éléphant , qu'il y en a 
de fi gros , qu'on en tire plus de fix cents 
livres de viande très-bonne à manger; que 
fa graiffe eft aufll douce que le beurre ; 
que cet animal fe plaît dans les rivières 
proche de leur embouchure à la mer pour 
y brouter l'herbe qui croît le long des 
rivages ; qu'il y a de certains endi'oits , à 
dix ou douze lieues de Cayenne , où l'on 
en trouve en fi grand nombre que l'on 
peut dans un jour en remplir une longue 
barque , pourvu qu'on ait des gens qui le 
lèrvent bien du harpon. Le P. du Tertre 

(l) Hernand. Hifl, Alex. pag. 323 & 324. 
(m) Voyage à l'île de Cayenne , par Aniwnc Binet^ 



M'' 



des Phoques , &c, J4J 

t^\ décrit au iong. la chafTe ou la pêche 
du lamantin ,• s'accorde prelque en tout 
.avec les auteurs que nous venons de 
citer ; cependant il dit c{ue cet animal n'a 
<jue quatre doigts & quatre ongles à cha- 
cjue niiiin , & ii ajoute qu'il fe nourrit d'une 
petite herbe qui croît dans la mer , qu'il 
la broute comme le bœuf fait celle dos 
prés ; &: qu'après s'être rempli de cette 
pâture , il cherche les rivières & les eaux 
douces où il s'abreuve deux fois par jour; 
qu'après avoir bien bu & JMen mangé il 
s'endort le mufle à demi hors de l'eau , 
ce qui le fait remarquer de loin* que la 
femelle fliit deux petits c|ui la fuivent par- 
tout ; & que fi on prend la mère , on 
cil afiuré d'avoir les petits, qui nel'aban- 
clonncnt pas , même après fa mort , & ne 
font que tournoyer autour de k barque 
qui l'emporte (n). Ce dernier fait me 
paroît très-fufped: , il eft même contredit 
par cPautres Yoyageurs qui afTurent quie 
le lamantin ne produit qu'un petit : tous \^ 
gros animaux quadrupèdes ou cétacées ne 
produilent ordinairement qu'un petit , b 

(n) Hiftoire générale des Antilles, par le P. do 
.Tertrç,. 

111^ 



I 



lii 



'344 Hifloke Naturelle . 

feule analogie fufïit pour qu'on fc refùfe a 
croire que le lamantin en produife toujoun 
deux , comme l'aflure le P. du Tertre. 
Oexmelin remarque que le lamantin a la 
queue fitue'e comme les cëtacécs , & non 
pas comme les poiflons à écailles qui l'ont 
tous dans la diredion verticale du dos au 
ventre , au lieu que la baleine & les autres 
cétacées ont la queue lituée traniVerilJe- 
ment , c'cft-à-dire y d'un côté à l'autre 
du corps ; il dit que le lamantin n'a point 
de dents de devant ; mais feulement une 
callofit^dure comme un os, avec laquelle 
il pinceî'herbe ; qu'il a néanmoins trenie- 
deux dents molaires ; qu'il ne voit pas 
bien à caufe de la petiteiïe de fes yeux 
qui n'ont que fort peu d'humeur & point 
d'iris ; qu'il a peu de cervelle ; mais qu'au 
défiiut de bons yeux, il a l'oreille eyxellentej 
qu'il n'a point de langue ; que les parties 
de la génération font plus femblafjlcs à 
celles de Thomme & de la femme, qu'à 
celles d'aucun animal ; que le lait des 
femelles, dont il aflure avoir goûté, eft 
d'un très- bon goût; qu'elles ne produifent 
qu'un ièul petit , qu'elles embraffent & 
portent avec la main ; qu'elles l'allaitent 



a 



. ies Phoques t éfc, 34511 

pendant un an , .iprès quoi il cft en éiat 
de le pourvoir lui-même & de manger 
de l'herbe ; que cet animal a, depuis le cou 
ju(qu*àla queue cinquante-deux vertèbres ; 
qu'il fè nourrit comme la tortue , mais qu'ii 
ne peut ni marcher ni ramper fur la terre ("o). 
Tous ces faits font aflèz exads , & même 
celui des cinquante -deux vertèbres ; car 
M. Daubenton a trouvé dans l'embryon 
qu'il a dilTéqué , vingt-huit vertèbres dans 
la queue, (eizedanslc dos& fix, ou pliuôt 
fept dans le oou. Seulement, ce Voyageur 
fè trompe au fujet de la langue , elle ne 
manque point au lamantin; mais il ed vrai 
qu'elle èft attachée en defTous & prefque 
jufqu'à fbn extrémité à la mâchoire in- 
férieure. On trouve dans le voyage aux 
îles derAmérique. Paris, t / 2 2, une afTez 
bonne defcription du lamantin , & de h 
manière dont on le harponne ; l'Auteur 
cft d'accord fur tous les faits principaux 
avec ceux que nous avons cités ; mais iï 
obferve c< que cet animal eft devenu afîèz 
rare aux Antilles , depuis que les bords c< 
de b mer font habités ;. celui qu'il vit <c 

' (0) Hiftoire Aa Aventuriers, par Oexmelin| 
i9rftc JilJ , page ij'f'irfuivantest 

P V 



il 



34^ Hiftolre Naturelle 

» & qu'il inefum , avoit quatorze pîeds 
» neuf pouces , depuis le bout du iiiuiîe 
93 jufqu'à la nai0imce de la queue ; il étoit 
» tout rond julqu'à cet endroit ; (à tête 
» étoit groffe , fa gueule large avec de 
y> grandes babines & quelques poils longs 
» & rudes au - deflus ; fes yeux étoient 
» très-petits par rapport à fa têie , ^ les 
o3 oreilles ne paroifl oient que comme deux 
» petits trous y le cou ell fort gros & 
33 fort court, &fans unp^tit mouvement, 
» qui le fait un peu plier f il ne fcroit 
y> pas poiïible de diflinguer la tête du 
» relie du corps. Quelques Auteurs pré- 
V 33 tendent ( ajoute -t ► ii ) que cd: animai 
33 fè (èrt de les deux mains; ou nageoires 
33 pour le traîner fur terre ; je me fuis 
33 foigneufement informé de ce fût ; per- 
33 fonne n'a vu cet animal à terre , & ii 
33 ne lui eft pas polîlble de marcher ni 
33 d'y ramper ; (es picdi» de devant ou 
33 (es mains ne lui lèrvant que pour tenir 
33 (es petits pendant qu'il leur donne à 
33 téter; la femelle a deux mamelles rondes, 
33 je les mefurai, dit l'Auteur, elles aboient 
33 chacune (ept pouces de diamètre (ur 
?3 environ quatre d'clévaiion ; le maindo» 



pîeds 
Liiu£e 



'^es Phoques , &c, 34.7 

étdix gros coiinne le pouce & fortoit « 
d'un bon doigt au dehors ; le corpfs ce 
avoit huit pieds deux pouces de circon- ce 
férence ; la queue étoit comme une large ce 
palette de dix - neuf pouces de long , ce 
ÔL de quinze pouces dans fa plus grande c< 
largeur , & i'épaiiïeur à l'extrémité étoit ce 
d'environ trois pouces ; la peau étoit ce 
Êpaifle fur le dos prefque comme un ce 
double cuir de bœuf , mais elle étoit ce 
beaucoup plus mince fous le ventre ; ce 
qWq eft d'une couleur d'ardoife-brune , ce 
d'un gros grain & rude avec des poils ce 
de même couleur, clair-femés, gros & ce 
afîez longs. Ce lamantin pefoit environ ce 
huit cents livres ; on avoit pris le petit ce 
avec la mère ; il avoit à peu-près trois ce 
pieds de loiig ; on fit rôtir à la broche le ce 
côté de la queue, 0î> trouva cette chair « 
audi bonne & aufTi délicate que du ce 
veau. L'herbe dont ces animaux le <c 
nourrirent , efl longue de huit à dix <e 
pouces , étroite , pointue , tendre & d'un ce 
afîez beau vert ; on voit des endroits ce 
fur les bords & fur les bas-fonds de la «< 
mer , où cette herbe efl fi abondante , « 
que le fond paroît être une prairie ; les ce 

P v; 



'348 Hîffoire Naturelle 

tortues en mangent auffi (p), &c. m Le 
Père Magnin de Fr-ibourg, dit que le 
lamantin mange l'herbe qu'il peut atteindre, 

iiins cependant fortir de l'eau • . , 

Qu'il a les yeux petits & de ia grofîeur 
d'une noifettc ; les oreilles fi fermées , 
qu'à peine il y peut entrer une aiguille ;, 
qu'au dedans des oreilles fe trouvent deux 
petits os percés; que les Indiens ont cou* 
tume de porter ces petits os pendus au 
cou comme un bijou ... Et que Ton cri 
TefTemblc à un petit mugiflèment (q). 

Le P. Gumilla , rapporte qu'il y a une 
infinité de lamantins dans les grands lacs 
de rOrénoque; « ces animaux, dit- if, 
» pè(ènt chacun depuis cinq cents juf- 
yi qu'à lêpt cents cinquante livres ; ils ie 
» nourrilîênt d'herbes ; ils ont les yeux 
» fort petits , & les trous des orciHes ea- 
5» core plus petits ; ils viennent paître fiir 
» le rivage lorfque la rivière ell bafle. La 

(p ) Nouveau voyage aux îles de fAmérîquc; 
I9me lifpage 200 & fuiv, 

( q) Extrait d'un manufcrit du Père Magnin de 
FribcHjrg , MiflTionnaire de Borja , Correrpontîani de 
J'Acadcniie des Sciences, tradudion de i'efpagnoljr 
6ommiini(}Uce par M. de la Condamine, 



des Phoques, &c. '3 451 

femelle met toujours bas deux petits , c< 
elle les porte à (es mamelles, avec Tes c< 
bras & les ferre fi fort qu'ils %s. s'en cç 
fcparent jamais , quelque mouvement «c 
qu'elle flifle ; les petits lorfqu'ils vien- «c 
nent de naître ne laiflênt pas de pefer ce 
«chacun trente livres \ le lait qu'ils tètent c< 
cft très-épais. Au-defTous de la peau , « 
qui» eil bien plus épaiiïe que celle d'un <c 
bœuf, on trouve quatre enveloppes ou c< 
couches , dont deux font de graifîe & €< 
les deux autres d'une chair fort délicate « 
& (avoureule , qui étant rôtie, a l'odeur « 
du cochon & le goût du veau. Ces «c 
animaux , lorfqu'il doit pleuvoir , bon- « 
difJènt hors de l'eau à une hauteur afîcz c< 
confidérable (r): >> il paroît que le Père 
Gumilla fe trompe comme le P. du Tertre , 
en difànt que la femelle produit deux 
petits ; il elt prefque certain , comme nous 
l'avons dit , qu'elle n'en produit qu'un. 

Enfin, M. de la Condamine qui a 
bien voulu nous donner un defîin qu'if 
a fait lui-même du lamantin , fur la rivière 
des A mazones , parle plus précifément & 
mieux que tous les autres des habitudes 
(r) Hitloii'c de l*Orcno'j[ue , par le Pt Gumiilla, 



■J50 Hffloire Naturelte 

naturelles de cet animal, ce Sa chair, dif- 
>3 il , & ia graifîe ont aflez de rapport à 
33 celle eu veau ; le Père d'Acuna rend 
33 fa refiembhmce avec le bœuf encore 
J3 plus complète en lui donnant des cornes 
» dont la Nature ne Ta point pourvu ; il 
» n'efl pas amphibie à proprement parler, 
yy puifqu'il ne fort jamais de l'eau entiè- 
» rement , & n'en peut fortir , n'ayant 
o> que deux nageoires alTez près de la tête , 
» plates & en forme d'ailerons , de quinze 
» à feize pouces de long , qui lui tiennent 
39 lieu de bras & de mains ; il ne fait 
y> qu'avancer fa tête hors de l'eau pour 
» atteindre l'herbe fur le rivage. Celui que 
» je defîinai (aJQute M. de la Condamine) 
39 étoit femelle , fa longueur étoit de (èpi 
» pieds & demi de roi', & la pkis grande 
» largeur de deux pieds* J'en ai vu depuis 
» de plus grands ; les yeux de cet animal 
33 n'ont aucime proportion à la grandeur 
33 de fon corps ; ils font ronds & n'ont 
3> que trois lignes de diamètre ; l'ouven- 
33 ture de les oreilles eft encore plus petite 
33 & ne paroît qu'un trou d'épingle. Le 
aa manaii n'efl pas particulier à la rivière 
» des Amazoïics , il n'efl pas moins com^ 



àes Phaques, &c, jjfl 

iDun dans l'Oréiioque ;. il fe trouve «c 
aulîi y quoique moins fréqueinment , « 
dans rOyapoc & dans plufieurs autres ce 
rivières des environs de Cayenne & des «x 
côtes de la G uiane , & vraifemblablement <c 
ailleurs. C'efl: le même qu'on nomnioit « 
autrefois Aîanati ,, & qu'on nomme «c 
aujourd'iiui Lamantin à Cayenne & dans «c 
les îles françoi-fes d'Amérique , mais je << 
crois i'efpèce un peu différente. Il ne <c 
fè rencontre pas en haute mer , il eft « 
même rare près des embouchures des «x 
rivières , mais on ic trouve à plus de oc 
Biiil'e fieues de la mer dans ia plupart <c 
des grandes rivières qui defccndent dans ce 
celle des Amazones ,, comme dans le ce 
Cuallaga, le Paflaça, &c. il n'efl arrêté, <c 
en remontant l'Amazone, que par le ce 
Pongo (catarade) de Borja , au-de(îus « 
duquel on n'en trouve plus ^/^ 35. ,,. . 
. : Voilà le précis à peu-près de tout ce 
que l'on fliit du lamantin ; il feroit à de- 
fu cr que nos habiians de Cayenne, parmi 

(J) Voyage fur W rivière cîes Amazones , par 
M. ne la Condimine , i«^,* page i 54 & fuiv. A//- 
wo'ms tîe l'Académie fies Mewes ^ '7i-5 fV^B^^ ^k^'k 



3 5 i Hlftotre NdturelJe 

Ici quels il y a maintenant des perfbnncs 
inftruites & qui aiment l'Hiftoire Naturelle, 
obfervaflent cet animal & fiflcnt ia def- 
cription de (es parties intérieures , fur-tout 
de celles de ia reCpiration , de la digeftion 
& de la génération. II paroît , mais nous 
n'en fommes pas iîirs, qu'il a un grand 
os dans la verge, le trou ovale du cœur 
ouvert , les poumons fingulièrement con- 
formés, l'eftomacdivifé en plufieurs por- 
tions , qui peut - être forment plufieurs 
eftomacs difîerens, comme dans les animaux 
ruminans. 

Au refte , refpèce du lamantin n*eft prfs 
confinée aux mers & aux fleuves du nou- 
veau monde , il paroît qu'elle exifle auffi 
fur les côtes & dans les rivières de TAfrique. 
M. Adanfon a vu des lamantins au Séné- 
gal; 1 en a rapporté une tête qu'il nous a 
donnée , & en même temps il a bien voulu 
me communiquer la defcription de cet ani- 
mal , qu'il a faite fur les lieux , & je crois 
devoir fa rapporter en entier, ce J'ai vu 
33 beaucoup de ces anii||jpux (dit M. Adan- 
53 fon ) les plus grands n'avoient que huit 
M pieds de longueiH & pefoient environ 
y> huit cents livres 3 \xm femelle de çiii^ 



fort 



de; 



des Phoques, &c. 35^ 

pîcds trois pouces de long ne pelbit que c< 
cent quatre-vingt-quatorze livres ; leur <c 
couleur efl cendrée-noire , les poils font c< 
très- rares fur tout le corps, ils font en a 
forme de foies longues de neuf lignes ; « 
la tête efl: conique & d'une groflcur mé- ce 
diocre, relativement au volume du corps; c< 
les yeux font ronds & très-petits : firis ce 
efl d'un bleu- foncé & la prunelle noire ; ce 
le muleau elt prel'que cylindrique , les ce 
deux mâchoires font à peu-près égale- c< 
ment larges, les lèvres font charnues & ce 
fort épailîès ; il n'y a que des dents ce 
molaires , tant à la mâchoire d'en haut ce 
qu'à celle d'en bas : la langue eil: de c« 
forme ovale & attachée prefque jufqu a te 
fon extrémité à la mâchoire inférieure : ce 
il efl fingulier (continue M. Adanfon) ce 
que prefque tous les Auteurs ou Voya- ce 
geiirs aient donné des oreilles à cet çc 
animal; je n'ai pu en trouver dans aucun, ce 
pas même un trou afîez fin pour pouvoir ce 
y introduire un flilet (tj: il a deux bras ce 

M Nota. Il paroît néanmoins certain tjue cet animal 
a des trous aiiditifs & externes. M. de h C!ondamine 
vient de ni'afïïircr qu'il les a vus 8< mHiirés , & que 
CCS ti'ous n'ont pas plus d'une demi-ligne de diamètre; . 
& comme le lamantin a la faculté de lec contruder £( 



^ %. - 



^54 NiJIoire Naturetk 

» ou nageoires places à l'origine de ïa ûtc, 
» qui n'eft diftinguéc du tronc par aucun 
» cfjièce de cou , ni par des épaules (en* 
i> fibles ; ces bras font à peu - près cylin- 
>3 driqucs , compofés de trois articulations 
* princij^ales , dont Tantérieure forrne une 
» efpèce de main aplatie , dans laquelle 
03 les doigts ne fe diftinguent que par 
"y» quatre ongles d'un rouge brun <Sc lui- 
>3 Tant : la- queue eft horizontale comme 
» celle des baleines , & elle a la tonne 
3> d'une pelle à four. Les femelles ont deux 
33 mamelles plus elliptiques que rondes , 
>5 place'es près de l'aiflèlle des bras ; la peau 
>y efl un cuir épais de ^lyi lignes fous le 
» ventre , de neuf lignes fur le dos & d'uji 
33 pouce & demi lùr la tête. La graille eft 
:>3 blanche & épaifle de deux ou trois 
33 pouces : la chair eft d'un rouge-pale, 
» plus pâle & plus délicate que celle du 
33 veau. Les Nègres Oualofes ou JiMofes 
33 appellent cet animal Lereou. Il vit 
33 d'herbes & fe trouve à l'embouchurô 
du fleuve Niger 33. 

de les (cYvtY , il eft très-pofTibïe qu'ils aient ccliippc à 
U vue de M. Adanfon , d'autant que ces trous fotit 
irès-petits lors^ même que 1 aniiual les tient ouverts. 



des Phoques, &c. 



355 

lue le 



On voit par cette defcription 
ïamantin du Sénégal ne diffère, pour ainli 
dire , en rien de celui de Cayenne ; & par 
une comparaifbn faite de la tête de ce la- 
mantin du Sénégal avec celle d'un fœtus 
(u) de lamantin de Cayenne , M. Dau- 
benton préfume auffi qu'ils font de même 
cfj^èce. Le témoignage des Voyageurs (^x) 

' ■ ■ '.*;'''-',;"■■ ' , '^- '. ' .■ 1 î ^ 

v (u) Nota. M. le chevalier Turgot, aduellemcrrt 
gouverneur de ia Guiane, & qui auparavant avoit fait 
don au Cahinet du Roi, de ce fœtus de lamantin, eft 
maintenanî bien à portée de cultiver {on goût pour 
J'Hiftoire naturelle , & dç nous enrichir non-îeulement 
Je fes dons, niais de fcs lumières. . ^ '• 

; (x) Oexmelin rapporte qu'il y a des lamantins fur 
îes côtes de TAfrique , & qu'ils font plus communs 
fur la côte du Sénégal que dans la rivière de Gambie. 
Hijloire fies Aventuriers, tome 11 y page r r j. — Le 
Guat affure en avoir vu beaucoup dans les mers d« 
J'île Rodrigue. La tête du lamantin de cette île rcf# 
femble beaucoup (dit ce Voyageur) à celle du cochon,' 
excepté qu'elle n'a pas le groin fi pointu. Les plus 
grands lamantins ont environ vingt pieds de long. , . . 
Cet animal a le fkng chaud , la peau noirâtre , fort 
rude & fort dure , avec quelques poils , Çn clair-femés 
qu'on ne les aperçoit qu'à peine ; les yeux petits , & 
deux, trous qu'il ferre & ^qu'il ouvre, que l'on peut 
avec railbn appeler y(\y oreilles ; comme il retire a(Tez 
fouvent l;i langue, qui n'ert pas foi t grande, plufieurs 
ont dit qu'il ii'tn avi)it point ; il a des dents mâche- 
iières. . . . , . mais il n'a point de dents de devant & 



»i-*i#«- 



5 5 6 Hijloîre Naturelle 

s'accorde avec notre opinion ; celui de 
Danipier fur-tout eft pofitif , & les ob* 
ièrvations qu'il a faites fur cet animal mé- 
ritent de trouver place ici. « Ce n'eft pas 
» feulement dans la rivière de BIcwtieid , 
» qui prend fon origine entre les rivière^ 
>3 de Nica'rague & de Verague, que j'ai 
» vu des manates ( lamantins ) ; j'en ai 
30 aufîi vu dans la baie de Campèche , fur 
>3 les côtes de Bocca dcl drago , & de 
X) Bocca del loro, dans la rivière de Da- 
»3 rien & dans les petites îles méridionales 
35 de Cuba ; j'ai entendu dire qu'il s'en 
» eft trouvé quelques-uns au nord de ia 

fcs gencives font aflez dures pour arracher & broutcf 

Therbe Je n'ai jamais vu qu'un petit avec ia 

femelle, & J'ai du penchant à croire qu'elle n'en pro- 
duit qu'un à ia fois. . . ^ . . Nous trouvions quelque- 
fois trois ou quatre cents de ces animi)ux enfemble 
qui paifîbient l'herbe au fond de l'eau j ils étoient fi 
peu effarouchés que fouvent nous les tâtions pour 
choifir le plus gras j nous leur pafTiuns une corde à 
ia queue pour les tirer hors de l'eau ; nous ne prenions 
pas les plus gros , parce qu'ils nous auroient donné 
trop de peine, & que d'ailleurs leur chair n'eft pf.s 
fi délicate que celle <\cs petits. . - , . Nous n'avons 
pas remarqué que ctt animal vienne jamais à terre , 
je doute qu'il pût s'y traîner, & je ne crois pas qu'il 
loit amphibie, yo^^age de le Guat , tomt J , lutjge ^j 



^^ ■ ^ Jes Phoques» &cr ' 357 

Jamaïque , & en grande quantité dans ce 
la rivière de Surinam , qui eft un pays ce 
fort bas : j'en ai vu aufli à Mindanao , ce 
quiefl: vme des îles Philippines , & fur ce 
la côte de ia nouvelle Hollande . . . . ee 
cet animal aime i'eau qui a un goût ce 
de fel , aulîi fe tient-il communément ce 
dans les rivières voifines de ia mer , ce 
c'efl: peut-être pour cette raifon qu'on ce 
n'en voit point dans les mers du fud , ce 
où ia côte efl: généralement haute , l'eau ce 
profonde tout proche de terre, les vagues c< 
groHes , fi ce n'eft dans la baie de Pa- ce 
iiama , où cependant il n'y en a point ; ce 
mais les Indes occidentales étant , pour ce 
ainfi dire , une grande baie compofée ce 
de plufieurs petites , font ordinairement ce 
une terre bafle où les eaux qui font peu ec 
profondes , fournifîênt une nourriture ce 
convenable au lamantin ; on le trouve « 
quelquefois dans l'eau falée , quelque- ce 
fois auffi dans l'eau douce", mais jamais ce 
fort avant en mer : ceux qui font à la mer ce 
& dans des lieux où il n'y a ni rivières ce 
ni bras de mer où ils puifl^ent entrer , ce 
viennent néanmoins en vingt - quatre ce 
heures une fois ou deux à l'embouchure ç€ 



»1 



: -¥' 



■■i 



»3 de la rivière d'eau douQeJa:pi^rY^'i(«wS, 
» .«^ij.Iis ne viennent Jai^isyi-iefFÇc ni 
yi dans une €îiu fî bafle q\ji''^j^:mdffçi^ 
» y nager; leur chair «ft laiiie 46 )dé très* 
^ boa goût;; kur peau .eli aiifli dWé 
3> grande utilité. Les lamantins & les tortues 
?> fetrouventiQrdjnaireâîéntdans lesinçinè» 
>> endroits , iSt ie nourriiTent des mêmes 
?? herbes qui croiffent (iir les hauts-fonds 
a» de la mer à quelques pieds de profondeur 
îj? fous l'eau & fur les rivages bas que 
couvre la marée >». i . ' 

^y^ Voyage de Dampicr, fcmî»\ja£e^6if; 
jjlmvémtes. 



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fe<oé très^ 
iflî d'wné 
les îQrtuej 
les mçinè* 
;s mêmes 
uts-fonds 
ofondcur 
bas que 



r^m XI. 



I.E PHOt^lK P/. x6.1\hf^SS. 



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