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M3<9.
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University of Ottawa
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COLLECTION
DES ANCIENS
ALCHIMISTES GRECS
IMPRIMERIE LE MALE ET C"^, HAVRE
COLLECTION
DES ANCIENS
ALCHIMISTES GRECS
sous LES AUSPICES DU MINISTERE DE L INSTRUCTION PUBLIQUE
Par m. BERTHELOT
SÉNATEUR. Membre de i'Institut, Professeur au Collège de Frime
Avec la collaboration de M. Ch.-Em. RUELLE
Bibliothécaire a la Bibliothèque Sainte-Geneviève
PREMIERE LIVRAISON
comprenant :
INTRODUCTION avec planches et figures en photogravure
INDICATIONS GENERALES. - TRAITES DEMOCRITAINS
(DÉMOCRITE, SVNÉSIUS, OlVMPIODORE)
TEXTE GREC ET TRADUCTION FRANÇAISE
avec variantes, NOTES ET COMMENTAIRES
PARIS
GEORGES STEINHEIL, ÉDITEUR
2, RUE CASIMIR-DELAVIGNE. 2
1887
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AVANT-PROPOS
RAPPORT
FAIT AU COMITÉ DES TRA\'AUX HISTORIQUES ET SCIENTIFIQUES
Par m. BERTHELOT
SUR LA COLLECTION DES MANUSCRITS GRECS ALCHIMIQUES
ET SUR l'utilité DE LEUR PUBLICATION
SUIVI DE l'exposé DES CONDITIONS ET DE l'oRDRE ADOPTÉS DANS CETTE PUBLICATION
« Il existe dans la plupart des grandes bibliothèques d'Europe
une collection de manuscrits grecs, fort importante pour l'histoire
des Sciences naturelles, de la Technologie des métaux et de la
Céramique, ainsi que pour l'histoire des idées philosophiques aux
premiers siècles de l'ère chrétienne : c'est la collection des manu-
scrits alchimiques, demeurés inédits jusqu'à ce jour. La Biblio-
thèque Nationale de Paris contient un certain nombre de ces
manuscrits, et des plus intéressants. Le plus ancien de tous ceux
que Ton connaît, paraît remonter à la fin du x'^ siècle de notre
ère; il existe à Venise. Il est resté deux ans à Paris, entre les
mains de M. Berthelot, par suite d'un prêt momentané, fait avec
beaucoup de libéralité par le Gouvernement ItaHen.
VJ A\'ANT-PROPOS
« Tous ces manuscrits ont une composition pareille. Ils sont
formés par un même ensemble de traités théoriques et pratiques,
constituant une sorte de Corpus des auteurs chimiques, antérieurs
presque tous au vir siècle de notre ère. Les principaux de ces
auteurs paraissent avoir écrit aux ni'= et iv" siècles, vers les temps
de Dioclétien, de Constantin et de Théodose. Le plus impor-
tant, Zosime, serait contemporain de Clément d'Alexandrie,
de Porphyre et de Tertullien ; c'est un écrivain congénère des
gnostiques et des néo-platoniciens, dont il partage les idées et
les imaginations. Le Pseudo-Démocrite, sur lequel M. Berthelot
a publié récemment un article étendu dans le Journal des Sapants,
remonterait vers le commencement de l'ère chrétienne. Enfin les
recettes relatives aux teintures des verres et à la composition des
alliages se rattachent en partie, d'après certaines indications, à
la vieille Egypte.
« Ce Corpus des Alchimistes grecs a été formé vers le viii^
ou IX'' siècle de notre ère, à Constantinople, par des savants
byzantins, de l'ordre de Photius et des compilateurs des 53 séries
de Constantin Porphyrogénète, savants qui nous ont transmis sous
des formes analogues les restes de la science grecque. Les auteurs
qu'il renferme sont cités par les Arabes, notamment dans le Kitab-
al-Fihrist, comme la source de leurs connaissances en chimie. Ils
sont devenus, par cet intermédiaire, l'origine des travaux des
savants occidentaux, au moyen âge, et par suite le point de
départ initial des découvertes de la Chimie moderne.
« En raison de cette connexion leur publication offre une grande
importance. Ils renferment d'ailleurs une multitude de procédés
et de recettes techniques, susceptibles de jeter un jour nouveau
sur la fabrication des verras, des alliages et des métaux antiques :
sujet jusqu'ici si obscur et si controversé dans l'histoire des grandes
AVANT-PROPOS Vlj
industries. M. Maspero, à qui l'on a donné communication de
ces manuscrits, pense qu'ils contiennent de précieux débris des
pratiques industrielles et des idées techniques de l'ancienne
Egypte, débris dont une publication complète permettra seule
de reconnaître tout l'intérêt et de poursuivre la filiation dans les
inscriptions des monuments. L'histoire des doctrines et des illu-
sions qui ont régné dans le monde au moment de l'établissement
du Christianisme tirera également des lumières nouvelles de cette
publication. Bref, elle offre un égal intérêt, au point de vue spé-
cial des débuts des sciences chimiques et industrielles, et au
point de vue général des développements de l'esprit humain.
« Si cette publication n'a pas été faite jusqu'à présent, c'est en
raison de l'obscurité du sujet, du caractère chimérique d'une
partie des questions traitées, telles que celle de la transmutation
des métaux ; enfin de la difficulté de rencontrer le concours d'un
savant versé dans la connaissance de la langue et de la paléogra-
phie grecque, avec un savant au courant des théories et des pra-
tiques de la chimie. Un heureux ensemble de circonstances per-
met de réunir aujourd'hui cette collaboration.
« La publication dont il s'agit comprendrait environ quatre à
cinq cents pages de textes grecs inédits, avec traduction, colla-
tion des manuscrits^ notes et commentaires, etc. Mais la publi-
cation peut être faite par parties successives, de façon à donner
ses fruits sans de trop grands délais et à partager la dépense sur
un certain nombre d'années. En effet ces textes peuvent être
classés à peu près par moitié, en deux séries : les textes histo-
riques et théoriques, et les textes techniques relatifs à des fabri-
cations spéciales. Chacune de ces deux séries pourrait être
partagée en groupes, tels que les traités Démocritains, les œuvres
de Zosime, les Commentateurs, les traités sur la fabrication
Vllj AVANT-PROPOS
des verres et pierres précieuses artificielles ; les traités sur la
fabrication des métaux et des alliages, etc.
« Il s'agirait dès lors de publier chaque année un demi-volume
renfermant 120 à i5o pages de textes grecs, avec traduction,
tables, etc., ce qui ferait environ 3oo à 35o pages en tout chaque
année, 1400 à i5oo pages pour l'ensemble. La publication des
figures des appareils, dessinées dans les manuscrits, et qui seraient
reproduites par la photogravure avec la perfection et l'exactitude
absolue des procédés modernes, augmenterait beaucoup l'intérêt
de la publication. Telle que nous le comprenons, ce serait une édi-
tion princeps, accompagnée d'un appareil développé de variantes
d'après les principaux manuscrits, ainsi que de notes et commen-
taires appropriés. Dans l'espace de quatre à cinq ans, on pourrait
venir à bout de cette œuvre, désirée depuis longtemps par les
savants et qui ferait honneur à la nation qui l'exécuterait.»
Ce rapport a été adopté par la section du comité des travaux
historiques et scientifiques, chargée spécialement des sciences
mathématiques, physiques et météorologiques, dans sa séance
du 12 novembre 1884. Le présent rapport a été lu de nouveau
devant le comité central, le 17 décembre 1884, et adopté parce
comité, qui a chargé AL Berthelot de présenter le rapport et la
proposition de pubhcation au Ministre.
M. Charmes, directeur du Secrétariat, a bien voulu, avec le
zèle pour les intérêts de la science qui le distingue, rechercher
les ressources nécessaires à l'exécution, transmettre le rapport et
faire des propositions définitives au Ministre, qui a ordonné la
publication.
AVANT-PROPOS JX
Cette publication a lieu dans les conditions suivantes :
M. Ch.-Em. Ruelle^ bibliothécaire à la bibliothèque Sainte-
Geneviève, s'est chargé du texte grec. Il a exécuté d'abord une
copie fondamentale, d'après le manuscrit n° 299 de la Biblio-
thèque de Saint-Marc, à Venise, manuscrit de la fin du x<^ siècle,
le plus ancien et le plus autorisé de tous. Pour les parties non
contenues dans ce manuscrit, la copie fondamentale a été faite
en général, d'après le manuscrit n° 2827 de la Bibliothèque natio-
nale de Paris, manuscrit de la fin du xv^ siècle, le plus complet et
le meilleur, après celui de Saint-Marc. La copie fondamentale une
fois établie, elle a été collationnée avec les manuscrits principaux
de la Bibliothèque nationale, tels que les n°' 2325 (xui= siècle),
2275, 2326, 2329 (xvi'-xvii'' siècle), 2249 ^^ 2447 (xvf siècle),
225o, 225 I et 2252 (xvii" siècle), 2419 (xv^ siècle), et quelques
autres : en tout douze manuscrits étudiés d'une manière appro-
fondie. Les variantes principales, résultant de cet ensemble
de collations, ont été transcrites en note ; traΛ•ail rendu double-
ment considérable, par la nécessité de relever toutes les varian-
tes des manuscrits, puis de faire un choix convenable entre ces
variantes. Dans certains cas où les variantes ont plus d'impor-
tance et d'étendue, on les a données dans le texte même, comme
rédaction parallèle. M. Ruelle a joint à ces variantes un grand
nombre de notes philologiques. Il se propose de publier aussi
une notice sur les manuscrits et une liste des mots nouveaux
rencontrés dans le cours de son travail.
Il y aurait eu quelque avantage à poursuivre ces comparaisons
d'une façon complète, en étudiant tous les manuscrits de la
même collection qui existent dans les principales bibliothèques
de l'Europe, manuscrits sur lesquels M. H. Kopp (Beitràge lur
Geschichte der Chemie, 1869, p. 254 a 340) a réuni des renseigne-
χ AVANT-PROPOS
ments très étendus et très intéressants, tirés de leurs catalogues
imprimés. Mais ces manuscrits sont fort nombreux, et dissé-
minés. Leur collation aurait exigé bien des années, et le travail
serait devenu ainsi presque inexécutable par sa durée et sa com-
plication. On a dû se limiter aux douze manuscrits ci-dessus ;
ce qui représente déjà un très grand travail.
Cependant les éditeurs, dans le désir de n'omettre aucune
oeuvre importante, ont cru utile de faire procéder à un examen
spécial, non seulement des catalogues imprimés des diverses
Bibliothèques d'Europe, mais aussi de certains manuscrits qui
avaient été signalés comme susceptibles de contenir des traités
antérieurs au vu" siècle^ manquant dans les deux manuscrits fon-
damentaux pris comme base de notre travail, celui de Saint-Marc
et le n° 2827 de Paris. Tels sont les manuscrits du Vatican, de
Leide et de l'Escurial.
M. André Berthelot, maître de conférences à l'École des
Hautes-Études, a été sur les lieux étudier les manuscrits du
Vatican et de Leide, et il en a comparé la composition avec celle
des manuscrits fondamentaux. Il a aussi examiné les manuscrits
des Bibliothèques allemandes, notamment ceux de Gotha, de
Munich, de Weimar, de Leipsick et divers autres. Les résultats
de son étude ont été publiés en partie dans les Archives des
Missions scientifiques (3' série, t. XIII, p. 819 à 854); ils seront
signalés dans V Introduction. Sauf un court fragment de l'auteur
alchimique qui a pris le nom de Justinien, ils n'ont pas fourni de
morceau inconnu ; mais ils ont été fort utiles par l'étude des
figures de ces manuscrits, qui ont jeté une lumière nouvelle
sur les transformations successives des appareils alchimiques
dans le cours des siècles.
Le manuscrit principal de l'Escurial a été l'objet d'un examen
AVANT-PROPOS Χ]
spécial par M. de Loynes, secrétaire de l'ambassade française à
Madrid, principalement au point de vue de Texistence soupçonnée
de traités propres à ce manuscrit. Mais ces traités n'existent point
en réalité, comme il sera dit en détail dans ï Introduction ; ce
manuscrit étant une copie, probablement directe, de celui de
Venise.
Les manuscrits pris comme base de notre publication renfer-
ment donc tout ce qu'il y a d'essentiel et d'antique, c'est-à-dire
d'antérieur au vuf siècle de notre ère, dans la collection : plu-
sieurs traités qu'il a paru utile d'y comprendre sont même de
date plus récente, mais connexes avec les précédents. Quant au
long détail des variantes des manuscrits que nous n'avons pas
dépouillés, c'est un travail considérable, qu'il conviendra de
faire ultérieurement en prenant pour base la publication actuelle :
nous avons dit plus haut que nous n'avions pas cru possible de
l'entreprendre, dans la crainte de compromettre notre entreprise
en lui donnant une étendue démesurée. Voici déjà trois ans écou-
lés depuis ses débuts et nous n'avons réussi à terminer que l'im-
pression de la r^ Livraison. Mais la seconde, texte et traduction,
est tout entière aux mains de l'imprimeur, et les textes de la
troisième livraison sont presque entièrement copiés à l'heure
présente : nous sommes donc en mesure de la conduire jusqu'au
bout, sans interruption, et cela dans un délai qui ne dépassera pas
désormais deux années.
Il est utile de prévenir le lecteur que pour la publication de
ces textes nous nous sommes attachés d'abord aux écrits inédits;
mais nous avons cru devoir ajourner Jusqu'à nouvel ordre une
nouvelle mise au jour de certains traités déjà imprimés, tels que :
l'ouvrage du commentateur Stephaniis, auteur du λίι^ siècle,
précédemment imprimé par Ideler, d'après une copie de Dietz,
xij AVANT-PROPOS
faite sur un manuscrit de Munich, dérivé lui-même de celui de
Venise (dans l'ouvrage intitulé Physici et medici grœci minores,
t. Il, p. 199 à 253, 1842); et les Poètes alchimiques, imprimés
par le même éditeur (t. II, p. 328 à 352). Quoique ces impres-
sions laissent à désirer sous divers rapports et qu'elles ne
renferment pas de variantes, nous avons pensé qu'elles suffiraient
pour le moment aux personnes qui s'intéressent à ce genre d'étu-
des. Quant nous atteindrons le ternie de notre travail, nous nous
réservons de revenir sur ces divers traités et même d'en entre-
prendre une édition plus complète^ si le temps le permet et si les
crédits consacrés à la présente publication ne sont pas épuisés.
Nos manuscrits contiennent encore un petit traité des poids
et mesures, sous le nom de Cléopâtre, traité que nous avons
également jugé superflu de reproduire, parce qu'il a été déjà
plusieurs fois imprimé depuis le temps d'Henri Estienne; il
a en outre été commenté et rapproché des textes analogues par
les savants qui se sont occupés de la Métrologie des anciens,
notamment dans l'ouvrage classique de Hultsch.
En général, nous n'avons pas cru devoir comprendre dans notre
publication les écrits grecs alchimiques postérieurs aux Arabes,
à l'exception de certains traités techniques, transcrits dans les
manuscrits que nous imprimons et connexes avec des ouvrages
plus anciens. Il existe cependant un certain nombre d'auteurs
alchimiques grecs plus récents que cette date dans les manuscrits
des bibliothèques, tels que : une lettre sur la Chrysopée par
Michel Psellus, polygraphe byzantin du xi" siècle, mise en guise
de préface en tête de certains manuscrits (voir mes Origines de
l'Alchimie, p. 240); un ouvrage de Nicéphore Blemmidès, du
xiu^ siècle (transcrit entr'autres dans le n° 2329 de la Bibliothèque
nationale); plusieurs traités et opuscules relevés par M. André
AVANT-PROPUS XUJ
Berthelot dans la Bibliothèque du Vatican (Archives des Mis-
sions scientifiques, 3° série, t. XIII, p. 819 a 854); et divers autres
contenus dans le précieux manuscrit grec in-folio, astrologique,
magique et alchimique (χλ^• siècle) qui porte le n° 2419 à la Biblio-
thèque nationale de Paris. L'ouvrage alchimique le plus considé-
rable que ce dernier renferme est un traité méthodique, inscrit
sous le nom de Theoctonicos, et qui est le même que TAlchimie
latine attribuée à Albert le Grand. L'existence de cet ouvrage
dans les deux langues grecque et latine, avec des variantes
considérables d'ailleurs^ soulève des problèmes historiques très
curieux: on les discutera dans l'Introduction, d'après une étude
approfondie des deux textes. En tous cas, cet ouvrage grec
de Theoctonicos est postérieur aux Arabes : il est tout au plus
de la fin du xiii" siècle ; il appartient donc à une période beau-
coup plus moderne que les nôtres; le texte latin correspondant
a été publié à diverses reprises, dans le Theatrum Chemicuni
et à la fin des œuvres d'Albert le Grand. Le manuscrit 2419
nous a fourni en outre divers renseignements essentiels relatifs
à l'histoire des notations alchimiques, à la liste planétaire
des métaux et de leurs dérivés, aux rapports entre les parties
de l'homme et les signes du Zodiaque, aux cercles de Péto-
siris pour prévoir l'issue des maladies, cercles dont les analo-
gues se retrouvent dans les Papyrus de Leide, dans le manuscrit
2827, etc.
Le texte grec étant ainsi arrêté et défini, M. Ruelle en a fait
une traduction littérale, sans se préoccuper des obscurités ou
des passages en apparence incompréhensibles. M. Berthelot a
repris cet essai de traduction; avec l'aide de ses connaissances
techniques, il a cherché à en tirer un sens régulier, en se
conformant au texte grec, dont il a été ainsi conduit à faille à
XIV AVANT-PROPOS
son tour une revision spéciale, il réclame toute l'indulgence du
lecteur pour cette tentative d'interprétation, dans une matière
rendue triplement difficile : par les obscurités du sujet, des
notations et du langage technique, les explications des praticiens
laissant toujours beaucoup de choses sous-entendues ; par le
symbolisme mystique et le vague intentionnel des auteurs, sans
parler de leurs erreurs scientifiques ; enfin par les fautes maté-
rielles des copistes, qui souvent ne comprenaient rien aux signes
et aux textes qu'ils transcrivaient. La langue même de cet ordre
de traités était très incorrecte dès le début, comme le montrent
les papyrus alchimiques de Leide, publiés par M. Leemans et
dont M. Berthelot donne une traduction complète avec commen-
taires dans I'Introduction. En somme, on ne saurait envisager
notre traduction des alchimistes grecs que comme un premier
essai, qui sera assurément perfectionné par suite des études
ultérieures, auxquelles il n'a d'autres prétentions et d'autre
mérite que de fournir leur premier fondement.
Les conditions de notre pubHcation étant ainsi définies, expo-
sons l'ordre que nous avons adopté. Elle se compose de trois
parties, savoir :
Une Introduction, due à M. Berthelot;
Un Texte grec, avec variantes et notes philologiques, établi
par M. Ruelle;
Et une Tr.\duction, due à la collaboration des deux savants,
avec notes et commentaires de M. Berthelot.
Parlons d'abord du Texte grec.
AVANT-PROPOS XV
Nous avons partagé les nombreux morceaux qui le constituent
dans les manuscrits en six parties distinctes, savoir :
Une Première partie, sous le titre d'Indications générales^
contient les morceaux d'un caractère général, tels que: la Dédicace
antique, le Lexique, les nomenclatures de l'Œuf philosophique,
les articles sur le Serpent, sur l'Instrument d'Hermès pour prévoir
l'issue des maladies, sur la liste planétaire des métaux et de leurs
dérivés, sur les noms des Faiseurs d'or et des Villes où l'on fabri-
quait l'or, les Serments, les mœurs des philosophes, l'assemblée
des philosophes, la fabrication de l'asèm et du cinabre, les pro-
cédés de diplosis, et enfin le Labyrinthe de Salomon; soit en
tout vingt morceaux, que nous avons recueillis dans les diverses
parties des manuscrits, où ils sont disséminés.
La Seconde partie comprend \ts Traités Démocritains, c'est-
à-dire le Pseudo-Démocrite, contemporain des auteurs anonymes
du Papyrus alchimique de Leide, représenté par deux ouvrages,
savoir : Physica et Mystica, et un livre dédié à Leucippe ; puis
le traité philosophique de Synésius (fin du iv" siècle) ; enfin le long
et curieux écrit d'Olympiodore (commencement du v^ siècle). Ce
sont les œuvres les plus intéressantes, au point de vue historique
et philosophique.
Ces deux parties constituent la première livraison du texte
grec, celle que nous donnons aujourd'hui au public.
La seconde livraison, complètement préparée et livrée à
l'impression, renferme aussi deux parties. Ce sont :
La Troisième partie, la plus longue de toutes, laquelle
embrasse les œuvres ou plutôt les fragments attribués à Zosime, .
fragments recueillis et parfois développés par des commenta-
teurs plus récents, de diverses époques, quelques-uns posté-
rieurs au vii^ siècle. Les œuvres de Zosime, telles que nous
XVJ AVANT-PROPOS
pouvons en entrevoir la composition d'après ces fragments,
offraient déjà le caractère d'une compilation étendue, faite vers
le m" siècle de notre ère avec les écrits de Démocrite et ceux
de divers écrivains perdus, tels que: Cléopâtre, auteur de traités
sur la distillation, dont les figures ont été en partie conservées
dans les manuscrits et seront reproduites dans l'Introduc-
tion ; Marie la Juive, auteur d'ouvrages sur les appareils de
digestion et les fourneaux, dont les figures ont été aussi con-
servées en partie et seront également reproduites ; Pamménès,
Pébéchius, Ostanès, Pétésis, Pausiris, Africanus, les apo-
cryphes Sophé (Chéops), Chymes, Hermès et Agathodé-
mon, etc. Toute une littérature alchimique, aujourd'hui perdue,
a précédé Zosime qui l'avait résumée. Ses œuvres ont servi à
leur tour de base à des compilations plus récentes, qui se sont
confondues avec le texte primitif. Au lieu de chercher à démêler
immédiatement une semblable complication, il a paru préférable
de donner ces oeuvres, telles qu'elles existent dans les manuscrits,
en nous bornant à en réunir les morceaux parfois dispersés, et
au risque d'y intercaler des ouvrages plus récents. Nous avons
pensé qu'il convenait d'abord de mettre aux mains des érudits les
textes, avant d'en discuter la formation.
La Quatrième partie ^ comprise aussi dans notre seconde livrai-
son, contient tous les ouvrages anciens qui portent un nom
d'auteur, que cette attribution soit apocryphe ou non. Tels sont
les Écrits de Pelage, d'Ostanès, de Jean l'Archiprêtre, d'Aga-
thodémon, de Coniarius, et le traité technologique inscrit sous
le nom de Moïse, lequel renferme des morceaux de diverses
dates, quelques-uns contemporains des Papyrus alchimiques de
Leide.
La 3^ livraison enfin, dès à présent arrêtée quant à son plan et
AVANT-PROPOS XVIJ
quant à la plus grande partie de ses textes, sera formée des deux
dernières parties, qui sont :
La Cinquième partie, essentiellement technologique, com-
prenant le livre de l'Alchimie métallique, un traité d'Orfèvrerie
beaucoup plus moderne, le travail des quatre éléments, la tech-
nurgie de Salmanas, la coloration des verres et émeraudes,
la trempe du fer et du bronze, la fabrication du verre, de la
bière, etc., etc. Ces traités ou articles, presque tous anonymes,
portent le caractère d'ouvrages pratiques, remaniés successive-
ment dans le cours des siècles ; à côté de certaines recettes remon-
tant, ce semble, jusqu'à la vieille Egypte, ils renferment parfois
des procédés contemporains de la dernière copie du manuscrit
qui nous les a transmis.
La Sixième partie sera consacrée aux commentateurs, tels
que le philosophe Anonyme et le philosophe Chrétien, auteurs
dont les écrits se confondent souvent avec la rédaction actuelle
de ceux de Zosime, transcrits dans la 3'' partie. C'est là que nous
donnerons la réimpression de Stephanus et celle des poètes, si
les ressources de notre publication le permettent.
Le texte grec est publié avec une pagination indépendante :
il est du au travail consciencieux de M. Ch.-Em. Ruelle, qui a
collationné les manuscrits mis à notre disposition et reproduit
les variantes principales, en notes développées au bas des pages.
Son travail personnel était plus étendu et plus complet ; mais
il a dû en restreindre l'impression aux limites actuelles, se
réservant de donner ailleurs, s'il y a lieu, le surplus. Voilà ce
qui est relatif au texte.
Quelques mots maintenant sur la Traduction. Le volume
actuel la contient, imprimée dans un fascicule séparé, avec
pagination spéciale. Au bas des pages se trouvent également
XVll] AVANT-PROPOS
des notes, constituant un commentaire perpétuel, technique,
historique et philosophique. Elle est nécessairement partagée en
six parties et trois livraisons, comme le texte grec correspondant.
Cette traduction est donnée aussi clairement que possible, toutes
les fois que l'on a cru réussir à comprendre la vraie signification
des procédés. Pour le reste, on s'est tenu au plus près du sens
littéral, laissant aux lecteurs le soin de pénétrer plus avant dans
l'interprétation de ces textes difficiles, et au besoin de rectifier,
à l'aide du grec, les erreurs qui auraient pu être commises.
Texte et traduction sont précédés par une Introduction,
formant dans la livraison actuelle près de 3oo pages, que
M. Berthelot a jugé utile de rédiger pour l'intelligence du texte :
elle constitue une sorte d'introduction générale à la métallurgie
et à la chimie des anciens. Elle est formée par huit chapitres ou
mémoires, séparés et indépendants les uns des autres^ savoir :
1° Une étude sur les Papyrus grecs de Leide, avec traduction
complète du papyrus X spécialement alchimique, et explication
des recettes qui y sont contenues. C'est le plus vieux texte authen-
tique de cet ordre qui soit connu. Il a été écrit au iif siècle de
notre ère; mais une partie des procédés techniques qu'il renferme
remontent beaucoup plus haut, ce genre de procédés se trans-
mettant d'âge en âge. M. Berthelot a montré comment les recettes
d'alliage destinées à l'orfèvrerie que ce texte expose ont été le
point de départ pratique des travaux et des tentatives des alchi-
mistes. Le Pseudo-Démocrite et le Pseudo-Moïse notamment s'y
rattachent très directement.
2° Une étude sur les relations entre les métaux et les pla7iètes,
relations originaires de Babylone ; elles président à toute la
notation alchimique et jouent un rôle capital dans l'histoire des
croyances et des superstitions humaines.
AVANT-PROPOS XIX
3° Une notice sur la sphère de Démocrite et sur les médecins
astrologues, avec deux figures des cercles de Pétosiris, en photo-
gravures, tirées du manuscrit 241g de Paris.
4° La reproduction, d'après des photogravures, des listes des
signes et notations alchimiques, contenues dans le manuscrit de
Saint-Marc et dans le manuscrit 2827 de Paris. Cette reproduc-
tion comprend huit planches, avec traduction et commentaire; on
y a joint un petit lexique alphabétique, pour servir de point de
repère.
5° La reproduction àcs figures d'appareils et autres, au nombre
de 35, contenues dans le manuscrit de Saint-Marc, et dans le
manuscrit 2327 de Paris; reproduction faite pour la plupart en
photogravure^ et qui dès lors doit être regardée comme aussi
voisine que possible des manuscrits. On a donné l'explication
des opérations accomplies à l'aide de ces appareils, ainsi qu'une
comparaison des dessins des mêmes appareils, faits à des époques
éloignées les unes des autres de plusieurs siècles. Cette compa-
raison constitue une véritable histoire des manipulations des
alchimistes, ainsi que des changements qui s'y sont introduits
pendant le cours du moyen âge.
6° Divers renseignements et notices sur quelques manuscrits
alchimiques et sur leur filiation. On y trouvera l'étude d'une vieille
liste d'ouvrages, placée en tête du manuscrit de Saint-Marc ;
une discussion sur divers traités perdus depuis ; l'indication des
lacunes que ce manuscrit offre dans son état présent ; sa compa-
raison avec les manuscrits 2325 et 2327 de Paris ; l'examen com-
paratif des manuscrits de l'Escurial, du Vatican, de Leide, etc. ;
certaines hypothèses sur l'origine et la filiation de nos manuscrits
actuels; une étude spéciale du manuscrit 241g de la Bibliothèque
Nationale de Paris et sur l'Alchimie de Theoctonicos ; enfin
XX ΑλΆΝΤ -PROPOS
quelques indications sur un manuscrit arabe dOstanès, existant
à la Bibliothèque Nationale de Paris.
7° Une note relative à quelques minéraux et métaux provenant
de l'antique Chaldée, et tirés d es Collections du Musée du Louvre :
minéraux et métaux que M. Berthelot a soumis à ses analyses.
8° Des notices de minéralogie, de métallurgie et diverses, desti-
nées à servir de commentaires aux expressions chimiques et miné-
ralogiques employés par les alchimistes. Ce commentaire a été éta-
bli d'après Théophraste,DioscorÎde, Pline et les écrivains anciens,
et complété à l'aide du Spéculum ma/us de Vincent de Beauvais,
des auteurs contenus dans la Bibliotheca Chemica de Manget, le
Theatrum chemicum, la Bibliothèque des Philosophes alchimiques
publiée chez Cailleau, à Paris (1754), joints aux articles du Lexicon
Alchemiœ Rulandi, ouvrages qui nous font connaître les interpré-
tations du moyen âge. On a tiré également parti des dictionnaires
de du Cange {Glossarium mediœ et infimœ Grœcitatis), d'Henri
Έ^ύ&ηη& {Thésaurus, édition Didot), et de ceux du grec moderne.
Si la place le permet, on présentera à la fin de la présente collec-
tion un résumé des procédés et méthodes chimiques qui y sont
signalés; enfin on terminera par des Tables analytiques et un
Index général.
Peut-être ne sera-t-il pas superflu d'ajouter que les commen-
taires et explications de la publication actuelle doivent être
complétés par l'ouvrage de M. Berthelot, intitulé les Origines
de l'Alchimie, ouvrage composé en grande partie d'après une
première lecture de nos manuscrits, et dans lequel les faits histo-
riques et les théories philosophiques se trouvent exposés avec
des développements plus considérables.
Paris, 25 Octobre 1887.
TABLE ANALYTIQUE
DE L INTRODUCTION
Avant-Propos v
Liste des mémoires 2
I.— Les Papyrus de Leide 3
Leur publication. — L'alchimie est
sortie des pratiques des orfèvres
égyptiens pour imiter les métaux. 5
Concordance entre les papyrus et
les textes des manuscrits alchi-
miques 5
Origine des papyrus de Leide y
r.ipj'ri4S V. — Formules magi-
ques. — Gnosticisme 8
Auteurs cités. — Agathodémon y
Noms sacrés des plantes. — No-
menclature prophétique de Dios-
coride. — Noms alchimiques 10
Recette d'encre. — Encre mystique. 12
Procédé pour affiner l'or. — "Jùji;;.
— Recette de Pline. — Cément
royal 1 3
Papyrus IT'gnostique. — Ouvrages
apocryphes de Mo'ise. — Affinités
juives 16
Nom de Dieu. — Serpent qui se mord
la queue, etc j -
Nitre tctragonal. — Invocation. —
Récit de la création 18
Papyrus X. — Science des alliages.
— Recettes conformes à celles des
alchimistes 19
Définitions du mot or. — Imitations.
— Nécessité des formules ma
giques 20
Description du papyrus. — Son
contenu 22
Teinture des métaux. — Recettes
répétées. — Notes de praticiens. 2 3
Auteur cité : Phiménas ou Pam-
menès 24
Signes de l'or et de l'argent. — Ar-
ticles sur les métaux et sur la
teinture en pourpre. — Extraits
de Dioscoride. — Article mercure. 25
Traduction des 90 articles relatifs
aux métaux 28
Id. des onze articles sur la teinture. 47
Explication des recettes 3i
ï.-Recettespourécrireen lettres d'or. 5 1
Comparaison avec celles du manuel
Roret , 52
II. — Manipulations des métaux .... 53
Imitation de l'or et de l'argent. —
Augmentation de leur poids avec
des métaux étrangers 53
Fraudes. — Absence de règlements. 54
Tentatives pour faire des métaux
artificiels. — "Vague des idées des
anciens. — Airain, orichalque. —
Electrum. — Alliage monétaire. —
Claudianon. — Stannum. —
Asèm 55
Recettes pour la teinture superfi-
cielle des métaux. — Opération de
la diplosis. — Fermentation sup-
posée 56
Rôle du mercure, du soufre, de l'ar-
senic 5-
Procédés pour-reconnaitrc la pureté
des métaux, etc 67
IV
XXlj
TABLE ANALYTIQUE
Soudure, décapage, etc
Procédé pour teindre l'or. — Pro-
cédés actuels
Dorure avec de l'or et sans or
Recettes du Pseudo-Démocrite. —
Vernissage
Procédés d'argenture superficielle. .
Teinture à fond. — Alliages
Diplosis de Moïse. — Emploi actuel
des composés arsenicaux. — Tom-
bac. — Formule d'Eugenius
II!. — Fabrication de l'Asèm
Asèm et άσημο;. — Électrum
Diversité de propriétés. — Change-
ment en or ou en argent. — Fa-
brication artificielle
Vingt-huità trente recettes. — Douze
alliages d'argent, d'étain, de cuivre,
de plomb, de zinc, de mercure,
d'arsenic. — Alliages modernes...
Recettes du Pseudo-Démocrite et
d'Olympiodore
Le cuivre blanchi par l'arsenic. —
Alun. — Coquille d'or
Procédés de Diplosis. — Eau de
soufre ou eau divine. — Pétésis. —
Polysulfure de calcium
Ascm noir. — Article de Pline .
IV. — Recettes du Pseudo-Démocrite
comparées aux précédentes
Confusion des pratiques et des théo-
ries. — La matière première. — La
magie
IL — Relations entre les mét.\ux
ET les planistes
Unité des lois de la nature. — La
chaîne d'or
Influence du soleil et des astres. —
La Chaldée
Le nombre Sept. — Origine as-
tronomique. — Semaine
Nombre des planètes. — Voyelles. —
Couleurs. — Métaux
Le soleil et l'or : Pindare. — La lune
et l'argent. — Mars et le fer. —
Vénus et le cuivre. — Le plomb et
Saturne
Génération des métaux sous l'in-
fluence des effluves sidérales
Liste de Celse. — Vieilles listes. —
5;
58
58
59
6o
6o
6i
62
62
64
67
68
6.»
74
74
74
75
78
Tablettes de Khorsabad 79
Variations dans les attributions de
la planète Jupiter, assignée à l'élec-
trum, puis à l'étain; et de la planète
Hermès, assignée àl'élain, puis au
mercure. — Époque de ces varia-
tions. — Électrum rayé de la liste
des métaux, vers le vi" siècle. —
Symboles alchimiques des métaux.
— Le plomb. — Passage de Ste-
phanus. — Liste d'Albumazar 82
Nomenclature des dérivés métal-
liques 85
III. — La Sphère de Démocriteet
LES MÉDECINS .\STR0L0GUES 86
Les médecins astrologues. — Papy-
rus V. — Tableaux divers 86
Les deux tableaux de Pétosiris : fi-
gures 1 et 2. ~ Autres tableaux. 87
IV. — Signes et Notations alchi-
miques 92
Notation des métaux, signes divers. . 94
Notation des dérivés des métaux.. 95
Produits minéraux et matière médi-
cale 96
Neuf listes consécutives ; discussion
.sur leur filiation g6
Signes multiples d'un même corps,
repétitions 10 1
Huit planches en photogravure, re-
produisant les signes du ms. de
St-Marc et du ms. 2327, avec tra-
duction -.figures 3 à 10 io3
Lexique alphabétique des notations
alchimiques 123
V. — Figures d'app.areils et autres
OBJETS 127
Figures des manuscrits. — Figures
symboliques des mss. latins. —
Figures d'appareils 127
Figures du 7ns. de St-Marc 128
Chrysopée de Cléopâtrc : figure 11. l32
Cercles concentriques, axiomes, ser.
pent, appareils, etc 1 3 3
Alambic. — Reproductions du ms.
2325 et du ms. 2327 : figures 12
et i3 i34
Chrysopée prototype des dessins
TABLE ANALYTIQUE
XXIIJ
d'appareils
Alambic à deux pointes : figures 14
et τ 4 bis
Alambic à trois pointes (tribicos) :
figure j5
Alambic à tube et récipient unique.
figure 16
Tribicos du ms. 2325 -.figure ly..
Chaudière distillatoire : _^^«re 18.
Ébauche d'alambic •.figure ig
Appareils à kérotakis ou palette,
avec vase à digestion cylindrique:
figures 20 et 21...
Ramollissement des métaux par le
mercure, le soufre, l'arsenic sulfure.
Vases de condensation ; sublimation
réitérée ; opération rétrograde ou
■/.αρκι'νο; (Écrevisse)
Bain-marie à kérotakis : figure 22
et 23
Autre bain-marie : figure 24
Kérotakis triangulaire : figure 24 bis
AutrevaseàKérotakis etÉcrevisse :
figure 25
Récipient supérieur de cette figure :
figure 26
Autre vase à Kérotakis : figure 2y
Formule de rÉcrevisse '.figure 28;
son interprétation
Alphabets magiques : figure 2().,.
Labyrinthe de Salomon '.figure 3o
Symbole cordiforme et dessins mys-
tiques : figures 3i, 32 et 33
Figures du ms. 2827
Serpent Ouroboros : figure 34
Signe d Hermès. — Images géomé-
triques : figures 35 et 36
Alambics et vases à digestion : figu-
res 3 γ et 38
Modifications dans la forme des ap-
pareils rétrogrades
Petits adamhics: figures 3 g, 40, 41
Fiole : figure 42 ; alambic avec six
appendices : figure 43
Figures du ms. 2325
Figures des mss. de Leide
Vase à aigcstion: figure 44, rappro-
chée del'aludel arabe '.figure 45.
'3/
iSg
140
141
141
142
142
144
144
14Γ)
148
14S
149
i5o
i5i
l52
i55
157
i58
i58
159
160
161
162
1D4
166
166
.67
172
VI. — Renseignements et notices
SUR QUELQUES MANUSCRITS ALCHI-
MIQUES , . 173
I. —Ancienne liste du ms. de St-Mjrc.
Comparaison avec le contenu actuel.
— Traités perdus d'Héraclius et
de Justinien. — Additions. — Modi-
fications dans l'ordre relatif
Partage des traités en sept séries..
II. — Sur les copies actuelles de la
g" leçon de Stephanus
Six finales différentes. — Confusion
dans le texte du ms. de St-.AÎarc.
— Morceaux perdus
m. — Diverses lacunes et transposi-
tions du ms. de St-Marc
IV. — Mss. de l'Escurial
174
176
178
'79
iSo
184
186
191
193
'94
200
200
V. — Mss. alchimiques grecs du Vati-
can et des Bibliothèques de Rome.
VI. — Mss. de Gotha et de Munich.
■ — Publications de Griller
VII. — Comparaison du contenu
du ms. de St-Marc avec ceu.x du
n" 2325 et du W 232- de la Bi-
bliothèque nationale de Paris
VIII. — Hypothèses générales sur
l'origine et la filiation des manus-
crits alchimiques grecs
Recettes techniques en Egypte. —
Stèles. — Transcriptions en grec. —
Dioscoride, Pline, Papyrus de
Leide. — Textes d'un caractère ana-
logue
École Démocritaine — Gnostiques.
— Traités de Cléopâtre et de Marie
— Zosime, Africanus 201
Écrits apocryphes de Chéops, d'Her-
mès, d'Agathodémon, lettre d'Isis.
— Auteurs divers 202
Commentaires de Synesius, d Olym-
piodore, du Philosophe Chrétien,
de l'Anonyme, de Stephanus 202
Première Collection. — Séries de
Constantin Porphyrogénète 2o3
Prototype de St-Marc : ses altéra-
tions successives jusqu'au manu-
scrit actuel 2o3
Filiation des autres manuscrits .... 204
IX. — Sur le manuscrit grec 241 q
de la Bibliothèque de Paris 2o5
Son caractère général. — ''■ Figure
XXIV
TABLE ANALYTIQUE
astrologique du corps humain. —
Cercle et tableau de Pétosiris. —
Relations planétaires des métaux.
— Signes. — Alphabets magiques 2o5
Alchimie grecque de Theoctonicos,
comparée avec le traité latin d'Al-
bert le Grand 207
Alchymus, massa, orpiment 209
Noms grecs et latins des opérations
alchimiques au xiv* siècle 210
X. — Manuscrits alchimiques de
Leide 211
Codex Vossianus. — Figures. —
Fragment de Justinien sur l'œuf. 212
XI. — Manuscrits divers. —Copte• 21 5
xii. — Manuscrit arabe d'Ostanès.
— Deux traités 216
VII. — Sur quelques métaux et
MINÉRAUX PROVENANT DE l'aN-
CIENNE Ch ALDÉE 2 I 9
Coffre de pierre trouvé dans les fon-
dations du palais de Sargon à
Khorsabad. — Ses tablettes vo-
tives. — Analyse de quatre d'entre
elles, en or, argent, bronze, carbo-
nate de magnésie
Sens anciens du mot magnésie. —
Nom de la 4° tablette en assyrien
Pierre des Taureaux ailés
Objets trouvés à Tello. —Vase d'anti-
moine. — Ce métal dans Dioscoride
et Pline. — Nécropole de Redkin-
Lager
Figurine votive en cuivre pur. —
Absence de l'étain
Transport de l'étain dans l'anti-
quité.— Gites des iles de la Sonde
et des iles Cassitérides. — Petits
gites locaux. — Mines du Kho-
rassan. — Passage de Strabon. .... 225
Age du cuivre antérieur à l'âge du
bronze, d'après certains archéo-
logues 227
λ'ΙΙΙ. — Notices de minéralogie, de
MÉTALLURGIE ET DIVERSES. — Liste
alphabétique 228
/Es, airain, bronze, cuivre 2 3o
Idées des anciens sur les métaux. —
2ig
221
222
223
224
Le cuivre n'était pas regardé
comme distinct du bronze 23o
Variétés d'airain, dénommées selon
les provenances et les proprié-
taires de mines 23 1
Orichalque. — Airain de Corinthe. 23i
.Erugo, rubigo, viride ceris, vert-
de-gris 23 I
Produits naturels {fossiles) : soudure
d'or. — Produits factices; verdet 202
Scolex, sels basiques. — flos ou
ανΟο; 232
^Es ustum, protoxydc de cuivre. —
Scoria, lepis, squama, stomoma :
sous-oxydes et sels basiques 233
Smegma ; diphryges ; fœx ; craie
verte 233
Aétite ou pierre d'aigle 234
Alchimistes grecs (tradition au
moyen-âge) 234
Alphabets et écritures hermétiques. 235
Alun. — Variétés. — Acide arsénieux. 2 3/
Ammoniac (sel). - Deux sens : sel
de sodium et chlorhydrate d'am-
moniaque 237
Antimoine. — Stimmi. — Stibi. —
Larbason. — Calcédoine. — Sul-
fure d'antimoine. — Alabastrum.
— Oxydes. — Oxysulfures 238
Arsenic. — Orpiment. — Sandara-
que. — Rcalgar et Kermès minéral.
— Autres sens du mot sandaraque. 238
Arsenic métallique, second mercure
des alchimistes. -Hermaphrodite. 239
Cadmie. — Naturelle, minerais de
laiton. — Artificielle, fumée des
métaux : capnitis, botruitis., pla-
codes, onychitis, ostracitis. — Sens
divers 240
Le cadmium des modernes 240
Pompholyx , nihil album, spodos
blanche ou noire. — Antispode. —
Tutie. — Magnésie 240
Chalcanthon, couperose, vitriol. —
Produit de la macération des mi-
TABLE ANALYTIQUE
XXV
nerais. — Les vitriols. — Précipi-
tation du'cuivre par le fer 241
Misy. — Sory. — Melanteria 243
Chalcitis. -Altéiations de la pyrite. 243
Chaux vive, asbestos. — Titatios,
calcaire. — Gypse, plâtre 243
Chrysocolle. — Sens multiples. —
-Malachite, azurite — armenùim,
cyanos, etc 243
CAr^so/i/Ae, sens ancien et moderne. 244
Cinabre. — Sulfure de mercure,
anthrax, minium, réalgar, sang-
dragon, tout oxyde ou sulfure
rouge. — Signe 244
Claudianon 244
Clefs (les). — Titre d'ouvrage 244
Les clefs de l'art, opérations 243
Cobalt, Cobathia, Kobold. — Ori-
gine de ce nom. — Bleu de cobalt
connu des anciens. — Étymologie
grecque. — Confusion avec le mot
allemand 245
Cobalt métallique connu des alchi-
mistes du moyen âge 246
Coupholithe ... 246
Éléments actifs. — Qualités. — Ex-
halaisons sèche et humide, gêné,
ratrices des minéraux, d'après
Aristote 247
Esprits, -vîJjjLaTx. — Corps, âmes. —
Sens alchimiques 247
Liste des quatre esprits; des sept
esprits. — Aludel. — Wismath. . . 248
Sublimation simple, ou compliquée
d'une oxydation : tutie, magnésie,
marcassite 249
Étain. — /.aîîÎTssoç. — Stannum. —
Plomb blanc — Sens anciens de
ces mots 2 5o
Étymologies chimiques doubles :
asèm, chimie, ammoniac 25 1
Fer. — Basalte. — Rubigo , '.o'ç.
rouille. — Squama, scoria 23 1
Aimant, magnes, sideritis, ferrum
Vivian; mâle et femelle, etc. —
Hématite. — Ocres, sil, usta. —
Pyrites, chalcopyrite, marcassite.
— Rubrique 252
Feu (les vertus du) 2 53
Figures géométriques des saveurs
et des odeurs 253
Fixation des métaux. —Sens de ce
mot 254
Gagates (pierre) 254
los, virus. — Sens multiples . — losis . 2 54
Magnésie, sens anciens. — Sens
alchimiques. — Métal de la ma-
gnésie. — Pyrites. — Amalgames.
— Magnésie noire 255
Magnésie calcaire au xviii" siècle.
— Sens moderne 256
Marcassites 257
Massa 257
Mercure. — Préparation ancienne.
— Distillation.— Idées mystiques.—
Mercure des philosophes. — Ses
noms. — Dialogue de l'or et du
mercure 257
Métaux. — Leur génération. —
Passage d' Aristote . ■ 259
Leur production dans la terre, par
la transformation des vapeurs sous
les influences sidérales. — Doutes
au moyen âge 260
Odeur des métaux. — Or du Trésor
de Darius 261
Minium, rubrique, \j.O.-ot. — Cinabre,
vermillon, oxyde de fer, de cuivre,
sulfure d'arsenicetd'antimoine,etc.'• 261
Sinopis ; terre de Lemnos , meli-
num.lcucophoron: i7»!;;!!0i!ou mi-
nium, usta, fausse sandaraque,
sandy.if. — Le minium de Callias.
— Sericum. — Armenium, ceru•
leum: couleurs vertes, jaunes 261
Nitrum , natron . — Carbonate de
soude. — Sputna ou aphronitron.
— notre nitre 2U3
Opérations alchimiques. — Leurs
noms grecs 263
Or. — Coupellation par le sulfure
d'antimoine, — Bain du soleil;
XXV)
loup des métaux 264
P.iros et parus 264
Plomb blanc et noir. — Stanmim,
gjleiia, sens anciens et modernes.
Plomb /ave'. — Soudure autogène.
— Plomb brûlé 264
Scorie, spode, pierre plombeuse,
galena, molybdène, helcysma ou
encauma. — Sens moderne 265
Litharge : chrysitis, argyritis, lau-
riotis, — Céruse.— Minium 266
Pseudargyre 266
TABLE ANALYTIQUE
Samos (pierre de) 262
Sel. — Fossile et factice. —Lanugo.
— Saumure. — Flos, favilla 266
Sélénite ou aphrosclinon 267
Soufre apyre 267
Terres. — Calcaires et argiles. —
Noms divers 267
Trempe, teinture, paorj. — Trempe
du fer et du bronze 267
Tutie 268
TABLE DES MATIERES
DE LA !■■«= LIVRAISON
(texte grec et traduction)
Texte Traduction
Note préliminaire sur les abréviations, les sigles des manuscrits, etc. 2 2
Première partie. — Indications générales 3 3
I. I. Dédicace (en vers) 3 3
I. II. Lexique de la Chrysopée 4 4
I. ni. Ce que les anciens disent de l'œuf (philosophique) 18 18
I. IV. Les noms de l'œuf, mystère de l'art 20 21
I . V. Le serpent Ouroboros 21 22
I. VI. Le serpent (2" article) 22 2 3
I. VII. Instrument d'Hermès Trismégistê 23 24
I. VIII. Liste planétaire des métaux 24 2 5
I. IX. Noms des faiseurs d'or 25 26
1. X. Lieux où l'on prépare la pierre métallique 26 27
I. XI. Serment 27 29
I . XII. Serment du philosophe Pappus 27 29
I.xiii. Isis la prophétesse à son fils (!■''' rédaction) 28 3i
I. XIII bis {2" rédaction) 33 i
I. XIV. Quelles doivent être les mœurs du philosophe 35 36
I. XV. L'assemblée des philosophes 35 37
I. XVI. Fabrication de l'Asém (3 recettes) 36 38
I. xvii. Fabrication du cinabre (3 recettes) 37 39
I. xviii. Diplosis de Moïse 38 40
I. XIX. Diplosis d'Eugénius Sg 40
I. XX. Labyrinthe de Salomon 39 41
XXviij TABLE DES MATIERES
Texte Traduction
Deuxième partie. — Traités Démocritains 41 43
II. I. p/jj^.sicj e/ iHj'S^'Ctî (questions naturelles et mystérieuses). 41 43
II. II. Livre de Démocrite adressé à Leucippe 53 57
II. III. Synesius à Dioscorus, commentaire sur le livre de Démo-
crite 56 60
II. IV. Olympiodore 69 75
II. IV bis. Appendice i 1 04 1 1 3
Appendice II io5 114
Appendice m ιοό 1 1 5
COLLECTION
ALCHIMISTES GRECS
INTRODUCTION
LISTE
DES MÉMOIRES CONTENUS DANS l'inTRODUCTION
I. — Les Papyrus de Leide.
II. — Relations entre les métaux et les planètes.
ni. — La sphère de Démocrite et les médecins astrologues (figures).
IV. — Signes et notations alchimiques (planches).
V. — Figures d'appareils et autres.
VI. — Renseignements et notices sur quelques manuscrits.
\U. — Sur quelques métaux et minéraux provenant de l'antique Chaldée.
VIII.— Notices de Minéralogie, de Métallurgie et diverses.
M. BERTHELOT.
INTRODUCTION
1. — LES PAPYRUS DE LEIUE
Papyri GRJECI musei antiquarii publici Lugduni Batavi edidit, interpretationem
latinam, adnotationem, indices et tabulas addidit C. Leemans, Musei antiquarii
Lugduni Batavi Director. — PAPYRUS GRECS du musée d'antiquités de Leide,
édités, avec une traduction latine, notes, index et planches par C. Leemans, direc-
teur du Musée. — Tome II, publié à Leide, au Musée et chez E. J. Brill. i885.
In-4», viii-3io pages ; 4 planches. — Tiré à i 5o exemplaires.
La Chimie des anciens nous est connue principalement par quelques
articles de Théophraste, de Dioscoride, de Vitruve et de Pline l'Ancien sur
la matière médicale, la minéralogie et la métallurgie ; seuls commentaires
que nous puissions joindre jusqu'à présent à l'étude et à l'analyse des
bijoux, instruments, couleurs, émaux, vitrifications et produits céramiques
retrouvés dans les débris des civilisations antiques. L'Egypte en particulier,
si riche en objets de ce genre et qu'une tradition constante rattache aux
premières origines de FAlchimie, c'est-à-dire de la vieille Chimie théorique
et philosophique ; l'Egypte, dis-je, ne nous a livré jusqu'ici aucun document
hiéroglyphique, relatif à l'art mystérieux des transformations de la matière.
Nous ne connaissons l'antique science d'Hermès, la Science sacrée par
excellence, que par les textes des alchimistes gréco-égyptiens ; source
suspecte, troublée dès les débuts et altérée par les imaginations mystiques
de plusieurs générations de rêveurs et de scoliastes.
C'est en Egypte cependant, je le répète, que l'Alchimie a pris naissance ;
c'est là que le rêve de la transmutation des Métaux apparaît d"abord et il a
4 INTRODLXTION
obsédé les esprits jusqu'au temps de Lavoisier. Le rôle qu'il a joué dans
les commencements de la Chimie, l'intérêt passionné qu'il a donné à ces
premières recherches dont notre science actuelle est sortie, méritent toute
l'attention du philosophe et de l'historien. Aussi devons-nous saluer avec
Joie la découverte des textes authentiques que nous fournissent les papyrus
de Leide.
La publication de ce volume était réclamée depuis longtemps et atten-
due (l'j avec impatience par les personnes qui s'intéressent à l'histoire des
sciences antiques, et le contenu du volume actuel, déjà connu par une
description sommaire de Reuvens (Lettres à M. Letronne, publiées à Leide
en i83o), paraissait de nature à piquer vivement la curiosité des archéo-
logues et des chimistes. En effet, l'un des principaux papyrus quijs'y trouvent,
le papyrus X ip. 199 à 259 du volume actuel), est consacré à des recettes
de chimie et d'alchimie, au nombre de cent-une, suivies de dix articles
extraits de Dioscoride. C'est le manuscrit le plus ancien aujourd'hui connu,
où il soit question de semblables sujets: car il remonte à la fin du troisième
siècle de notre ère, d'après Reuvens et Leemans.
Ce serait donc là l'un de ces vieux livres d'Alchimie des Egyptiens sur
l'or et l'argent, brûlés par Dioclétien vers 290, « afin qu'ils ne pussent s'en-
richir par cet art et en tirer la source de richesses qui leur permissent de se
révolter contre les Romains. »
Cette destruction systématique nous est attestée par les chroniqueurs
byzantins et par les actes de saint Procope (2) ; elle est conforme à la pra-
tique du droit romain pour les livres magiques, pratique qui a amené
l'anéantissement de tant d'ouvrages scientifiques durant le moyen âge.
Heureusement que le papyrus de Leide y a été soustrait et qu'il nous
permet de comparer jusqu'à un certain point, et sur un texte absolument
authentique, les connaissances des Egyptiens du in« siècle avec celles des
alchimistes gréco-égyptiens, dont les ouvrages sont arrivés jusqu'à nous
par des copies beaucoup plus modernes. Les unes et les autres sont liées
étroitement avec les renseignements fournis par Dioscoride, par Théo-
(i) Le prtmier volume avait paru en 1 (2) Voir mon ouvrage : Origines de
1843. i l'Alchimit', p. 71•. i885.
PAI'YRUS DE LEIDE 3
phraste et par Pline sur la minéralogie et la métallurgie des anciens; ce qui
parait indiquer que plusieurs de ces recettes remontent aux débuts de l'ère
chrétienne. Elles sont peut-être même beaucoup plus anciennes, car les
procédés techniques se transmettent d'âge en âge. Leur comparaison avec
les notions aujourd'hui acquises sur les métaux égyptiens (i), d''une part,
et avec les descriptions alchimiques proprement dites, d''autre part,
confirme et précise mes inductions précédentes sur le passage entre ces
deux ordres de notions. Je me suis attaché à pénétrer plus profondément
ces textes, en faisant concourir à la fois les lumières tirées de l'histoire des
croyances mystiques des anciens et de leurs pratiques techniques, avec
celles que nous fournit la chimie actuelle : je me proposais surtout d'y
rechercher des documents nouveaux sur l'origine des idées des alchimistes
relatives à la transmutation des métaux, idées qui semblent si étranges
aujourd'hui. Mon espoir n'a pas été trompé; je crois, en effet, pouvoir
établir que l'étude de ces papyrus fait faire un pas à la question, en mon-
trant avec précision comment les espérances et les doctrines alchimiques
sur la transmutation des métaux précieux sont nées des pratiques des
orfèvres égyptiens pour les imiter et les falsifier.
Le nom même de l'un des plus vieux alchimistes, Phiménas ou Pam-
menès, se retrouve à la fois, dans le papyrus et dans le Pseudo-Démocrite,
comme celui de l'auteur de recettes à peu près identiques.
Etrange destinée de ces papyrus ! ce sont les carnets d'un artisan
faussaire et d'un magicien charlatan, conservés à Thèbes, probablement
dans un tombeau, ou, plus exactement, dans une momie. Après avoir
échappé par hasard aux destructions systématiques des Romains, à des
accidents de tout genre pendant quinze siècles, et, chose plus grave peut-
être, aux mutilations intéressées des fellahs marchands d'antiquités, ces
papyrus nous fournissent aujourd'hui un document sans pareil pour appré-
cier à la fois les procédés industriels des anciens pour fabriqueras alliages,
leur état psychologique et leurs préjugés mêmes relativement à la puis-
sance de l'homme sur la nature. La concordance presque absolue de ces
textes avec certains de ceux des alchimistes grecs vient, je le répète,
(1) Origines de l'Alchimie, p. l' 1 1 .
6 INTRODUCTION
appuyer par une preuve authentique ce que nous pouvions déjà induire
sur Torigine de ces derniers et sur l'époque de leur composition. En
même temps la précision de certaines des recettes communes aux deux
ordres de documents, recettes applicables encore aujourd'hui et parfois
conformes à celles des Manuels Roret, opposée à la chimérique prétention
de faire de l'or, ajoute un nouvel étonnement à notre esprit. Comment
nous rendre compte de l'état intellectuel et mental des hommes qui prati-
quaient ces recettes frauduleuses, destinées à tromper les autres par de
simples apparences, et qui avaient cependant fini par se faire illusion à
eux-mêmes, et par croire réaliser, à l'aide de quelque rite mystérieux, la
transformation effective de ces alliages semblables à l'or et à l'argent en un
or et en un argent véritables ?
Quoi qu'il en soit, nous devons remercier vivement M. Leemans d'avoir
terminé sur ce point, avec un zèle que la vieillesse n'a pas épuisé, une
œuvre commencée dans son âge mûr, il y a quarante-deux ans. Elle fait
partie de la vaste publication des papyrus de Leide, poursuivie par lui
depuis près d'un demi-siècle. Les papyrus grecs n'en constituent d'ailleurs
qu'une partie relativement minime; ils viennent compléter les impressions
antérieures des papyrus grecs de Paris (i), de Turin et de Berlin (2). J'ai déjà
examiné ces derniers au point de vue cliimique (3), ainsi que ceux de Leide,
d'après les seules indications de Reuvens (4). Il convient aujourd'hui de
procéder à une étude plus approfondie de ces derniers, à l'aide du texte
complet désormais publié : je ferai cette étude surtout au point de vue
chimique, sur lequel je puis apporter les lumières d'un spécialiste, réser-
vant la discussion philologique des textes à des savants plus compétents.
Rappelons d'abord l'origine des papyrus grecs du musée de Leide ; puis
nous décrirons sommairement les principaux écrits contenus dans le
tome II, tels que les papyrus• V, W et X. A la vérité, les deux premiers
sont surtout magiques et gnostiques. Mais ces trois papyrus sont associés
(i) Tome XVIII, 2<^ partie, des no-
tices et extraits des Manuscrits, etc.,
publiés par l'Académie des inscriptions
(1866), volume préparé par Letronne,
Brunet de Presle et le regretté Egger.
(2) Publié par Parthey, sous le patro-
nage de l'Académie de Berlin.
(3) Origines de l'AlcIiiniie, p. 33 1.
(4) Même ouvrage, p. 80-94.
PAPYRUS DE LEIDE 7
entre eux étroitement, par le lieu où ils ont été trouvés et même par
certains renvois du papyrus X, purement alchimique, au papyrus V,
spécialement magique. L'histoire de la magie et du gnosticisme est étroi-
tement liée à celle des origines de Talchimie : les textes actuels fournissent
à cet égard de nouvelles preuves à l'appui de ce que nous savions déjà (i).
Le dernier papyrus est spécialement chimique. J'en examinerai les recettes
avec plus de détail, en en donnant au besoin la traduction, autant que j'ai
pu réussir à la rendre intelligible.
Les papyrus de Leide, grecs, démotiques et hiéroglyphiques, pro-
viennent en majeure partie d'une collection d'antiquités égyptiennes,
réunies au commencement du xix" siècle par le chevalier d'Anastasi, vice-
consul de Suède à Alexandrie. Il céda en 1828 cette collection au gouver-
nement des Pays-Bas. Un grand nombre d'entre eux ont été publiés depuis,
par les ordres du gouvernement néerlandais. Je ne m'occuperai que des
papyrus grecs. Ils forment, je le répète, deux volumes in-40, l'un de
144 pages, l'autre de 3 10 pages : celui-ci a paru l'an dernier. Le texte grec y
est accompagné par une version latine, des notes et un index, enfin par des
planches représentant le fac-similé de quelques lignes ou pages des manus-
crits. En ce qui touche les planches, on doit regretter que M. Leemans
n'ait pas cru devoir faire cette reproduction, au moinspour le second volume,
par le procédé de la photo-gravure sur zinc, qui fournit à si bon marché
des textes si nets, absolument identiques avec les manuscrits et susceptibles
d'être tirés typographiquement d'une façon directe (2). Les planches litho-
graphiées des Papyri grœci sont beaucoup moins parfaites et ne donnent
qu'une idée incomplète de ces vieilles écritures, plus nettes en réalité,
ainsi que j'ai pu m'enassurer sur des épreuves photographiques que je dois
à l'obligeance de M. Révillout.
Le tome I, qui a paru en 1843, est consacré aux papyrus notés A, B, C.
jusqu'à V, papyrus relatifs à des procès et à des contrats, sauf deux, qui
décrivent des songes : ces papyrus sont curieux pour l'étude des mœurs et
du droit égyptien ; mais je ne m'y arrêterai pas, pour cause d'incompétence.
(i)'Voir également : Origines'de l'Al-
chimie, ρ . 211.
(2) Voir les Signes et les Notations
alchimiques, dans le présent volume.
8 INTRODUCTION
Je ne m'arrêterai pas non plus dans le tome II au papyrus Y, qui renferme
seulement un abécédaire, ni au papyrus Z, trouvé à Philœ, très postérieur
aux autres ; car il a été écrit en Tannée Sqi de notre ère, et renferme
la supplique d'Apion, -< évSque de la légion qui tenait garnison à Syène,
Contre-Syène et Eléphantine » : cette supplique est adressée aux empereurs
Théodose et Valentinien, pour réclamer leur secours contre les incursions
et déprédations des barbares.
Décrivons au contraire avec soin les trois papyrus magiques et alchi-
miques.
PAPYRUS V
Le papyrus V est bilingue, grec et démotique; il est long de 3'", 60, haut
de 24 centimètres; le texte démotique y occupe 22 colonnes, longues chacune
de ?o à 35 lignes. Le texte grec y occupe 17 colonnes de longueur inégale.
Le commencement et la tin sont perdus. Il paraît avoir été trouvé à
Thèbes. Il a été écrit vers le 111= siècle, d'après le style et la forme de l'écri-
ture, comme d'après l'analogie de son contenu avec les doctrines gnostiques
de Marcus. Le texte grec est peu soigné, rempli de répétitions, de solécismes,
de changements de cas, de fautes d'orthographe attrihuables au mode de
prononciation locale, telles que a•, pour ε et réciproquement; z: pour'..
■j pour c, etc. Il contient des formules magiques : recettes pour philtres,
pour incantations et divinations, pour procurer des songes. Ces formules
sont remplies de mots barbares ou forgés à plaisir et analogues à celles que
l'on lit dans Jamblique (De Mysteriis Egyptiortim) et chez les gnostiques.
Donnons seulement l'incantation suivante, qui ne manque pas de grandeur.
Les portes du ciel sont ouvertes ;
Les portes de la terre sont ouvertes ;
La route de la mer est ouverte :
La route des fleuves est ouverte ;
Mon esprit a été entendu par tous les dieux et les génies ;
Mon esprit a été entendu par l'esprit du ciel ;
Mon esprit a été entendu par l'esprit de la terre ;
Mon esprit a été entendu par l'esprit de la mer ;
Mon esprit a été entendu par l'esprit des fleuves.
PAPYRUS DE LEIDE g
Ce texte rappelle le refrain d"une tablette cunéiforme, citée par F. Lenor-
manJ dans son ouvrage sur la magie chez les Chaldéens.
t Esprit du ciel, souviens-toi.
Esprit de la terre, souviens-toi.
Dans le papyrus actuel on retrouve la trace des vieilles doctrines égyp-
tiennes, défigurées par l'oubli où elles commençaient à tomber. Les noms
juifs, tels que Jao,Sabaoth, Adonaï, Abraham, etc., celui de l'Abraxa, l'impor-
tance de lanneau magique dontla pierre porte la figure du serpent qui se mord
la queue, anneau qui procure gloire, puissance et richesse |i), le rôle prépon-
dérant attribué au nombre sept (2'., « nombre des lettres du nom de Dieu,
suivant l'harmonie des sept tons», l'invocation du grand nom de Dieu (3), la
citation des quatre bases et des quatre vents: tout cela rappelle les gnosti-
ques et spécialement (41 les sectateurs de Marcus, au m•-• siècle de notre ère.
Les pierres gravées de la Bibliothèque nationale de Paris portent de même
la figure du serpent oiiroboiOS, avec les sept voyelles et divers signes caba-
listiques (5) du même ordre. Ce serpent joue d'ailleurs en Alchimie un rôle
fondamental. Le nom de Jésus ne paraît qu'une seule fois dans le papyrus,
au milieu d'une formule magique (6) et sans attribution propre. Le papyrus
n'a donc point d'attaches chrétiennes. Par contre, les Egyptiens, les Grecs
et les Hébreux sont fréquemment rapprochés et mis en parallèle dans les
invocations (col. 8, 1. 1 5) : ce qui est caractéristique. Signalons aussi le nom
des Parthes ïj\ qui disparurent avant le milieu du in= siècle de notre ère et
dont il n'est plus question ultérieurement ; il figure dans le papyrus V, aussi
bien que dans l'un des écrits de l'alchimiste Zosime. Plusieurs auteurs sont
cités dans le papyrus, mais ils appartiennent au même genre de littérature.
Les uns, tels que Zminis le Tentyrite, Hémérius, Agathoclès et Urbicus,
sont des magiciens, inconnus ailleurs. Mais ApoUo Béchès (Horus l'Eper-
vier ou Pébéchius), Ostanès, Démocrite et Moïse, lui-même, figurent déjà à
(i) Papyrus V, col. 8, 1. 24; col. G,
1. 26.
(2) Pap.V, col. I, 1. 21, 2 5, 3o; col. 4,
1. i3; col. 8, 1. 6; col. 11, 1. 20, etc.
(3) Col, 5, 1. i3; col. 28, 1. i3.
(4) Pap. V, col. 2, 1. 20, 29, etc. —
Origines de l'Alchimie, p. 34.
(5) Origines de l'Alchimie, p. 62.
(6) Pap. V, col. 6, 1. 17,
(7) Pap. V, col. 8, 1. iS.
9
XO INTRODUCTION
ce même titre dans Pline FAncien, et ils jouent un grand rôle chez les
alchimistes. Au contraire, dans le papyrus, Agathodémon n'est pas encore
évhémérisé et transformé en un écrivain, comme chez ces derniers : c'est
toujours la divinité « au nom magique de laquelle la terre accourt, l'enfer
est troublé, les fleuves, la mer, les lacs, les fontaines, sont frappées de con-
gélation, les rochers se brisent ; celle dont le ciel est la tête, Téther le corps,
la terre les pieds, et que lOcéan environne (pap. V, col. 7, 1. 3o). Il y a là
un indice d'antiquité plus grande.
Trois passages méritent une attention spéciale pour Fhistoirc de la
science ; ce sont : la sphère de Démocrite, astrologico-médicale ; les noms
secrets donnés aux plantes par les scribes sacrés ; et les recettes alchi-
miques. Le mélange de ces notions, dans le même papyrus, avec les incan-
tations et recettes magiques, est caractéristique. Je consacrerai un article
spécial à la sphère de Démocrite et aux figures du même ordre qui existent
dans plusieurs manuscrits grecs.
Les noms sacrés des plantes donnent lieu à des rapprochements analo-
gues entre le papyrus, les écrits alchimiques et l'ouvrage, tout scientifique
d'ailleurs, de Dioscoride. Voici le texte du papyrus V (col. 12 fin et
col. i3).
« Interprétation tirée des noms sacrés dont se servaient les scribes sacrés,
afin de mettre en défaut la curiosité du vulgaire. Les plantes et les autres
choses dont ils se servaient pour les images des dieux ont été désignées par
eux de telle sorte que, faute de les comprendre, on faisait un travail vain, en
suivant une fausse route. Mais nous en avons tiré Tinterprétation de beau-
coup de descriptions et renseignements cachés. »
Suivent 37 noms de plantes, de minéraux, etc., les noms réels étant mis
en regard des noms mystiques. Ceux-ci sont tirés du sang, de la semence,
des larmes, de la bile, des excréments et des divers organes (tête, cœur, os,
queue, poils, etc.) des dieux égyptiens grécisés (Héphaistos ou Vulcain,
Hermès ou Mercure, Vesta, Hélios ou Soleil, Cronos ou Saturne, Hercule,
Ammon, Ares ou Mars) ; des animaux (serpent, ibis, cynocéphale, porc,
crocodile, lion, taureau, épervier), enfin de l'homme et de ses diverses
parties (tête, œil, épaule). La semence et le sang y reparaissent continuel-
lement : sang de serpent, sang d'Héphaistos, sang de Vesta, sang de
PAPYRUS DE LEIDE
I I
l'œil, etc. ; semence de lion, semence d'Hermès, semence d'Ammon; os
d"ibis, os de médecin, etc. Or cette nomenclature bizarre se retrouve
dans Dioscoride. En décrivant les plantes et leurs usages dans sa Matière
médicale, il donne les synonymes des noms grecs en langue latine, égyp-
tienne, dacique, gauloise, etc., synonymie qui contient de précieux ren-
seignements. On y voit tigurer, en outre, les noms tirés des ouvrages qui
portaient les noms d'Ostanès (i), de Zoroastre (2I, de Pythagore (3), de
Pétésis (4), auteurs également cités par les alchimistes et par les Geoponica.
On y lit spécialement les noms donnés par les prophètes (5), c'est-à-dire
par les scribes sacerdotaux de l'Egypte : j'ai relevé 54 de ces noms, formés
précisément suivant les mêmes règles que les noms sacrés du papyrus :
sang de Mars, d'Hercule, d'Hermès, de Titan, d'homme, d'ibis, de chat,
de crocodile; sang de l'œil; semence d'Hercule, d'Hermès, de chat; œil
de Python ; queue de rat, de scorpion, d'ichneumon ; ongle de rat, d'ibis ;
larmes de Junon, etc.
Il existe encore dans la nomenclature botanique populaire plus d'un
nom de plante de cette espèce : œil de bœuf, dent de lion, langue de
chien, etc., lequel nom remonte peut-être jusqu'à ces vieilles dénomi-
nations symboliques \6). Le mot de sang dragon désigne aujourd'hui la
même drogue que du temps de Pline et de Dioscoride. Ces dénominations
offraient, dès l'origine, bien des variantes. Car, dans le papyrus comme
dans Dioscoride, un même nom s'applique parfois à deux ou à trois plantes
différentes. Ainsi le nom de semence d'Hercule désigne, dans les papyrus,
la roquette; dans Discoride, le safran (I, 25?, le myrte sylvestre iIV, 144)
et l'ellébore (IV, 148). Le sang de Cronos signifie l'huile de cèdre et le lait
de porc, dans le papyrus. D'autres noms ont une signification différente dans
le papyrus et dans Dioscoride, quoique unique dans chacun d'eux. Ainsi
la semence d'Hermès signifie l'anis dans le papyrus ; le bouphthalmon
(i) Diosc, Mat. médicale, I, g; II,
igS, 207; III, io5; IV, 33, 126, 175.
(2) Ibid., II, 144; IV, 175.
(3) Ibid., II, 144, 207; III, 33. 41.
[^]Ibid.,V, 114
(5) Diosc, Mat. méd., I, 9, 2 5, 120,
134; II, 144, i52, i65, 180, etc.; III,
6, 26, 28, etc. ; IV, 4, 23, etc.
(6) Cependant ces noms populaires
sont plutôt destinés à faire image. A ce
titre, ils auraient pu précéder la nomen-
clature symbolique et en suggérer l'idée
Ι 2 INTRODUCTION
dans Dioscoride (III, 146. Le sang de taureau signine l'œuf du scarabée
dans le papvrus, le Marrubiiim dans Dioscoride (III, 109). Réciproque-
ment une même plante peut avoir deux noms différents dans les deux au-
teurs. h'Artemisia s'appelle sang de Vulcain dans le papyrus, sang humain
dans Dioscoride (III, 1 17). Un seul nom se trouve à la fois dans le papyrus
et dans Dioscoride, c'est celui de VAnagallis, désigné par le mot : sang de
l'œil.
On voit que les nomenclatures des botanistes d'alors ne variaient pas
moins que celles de notre temps, alors même qu'elles procédaient de con-
ventions symboliques communes, comme celles des prophètes égyptiens.
Quelques-uns de ces mots symboliques ont passé aux alchimistes, mais
avec un sens différent; tels sont les noms : semence de Vénus, pris pour
la fleur loxyde, carbonate, etc.) de cuivre; bile de serpent, pris pour le mer-
cure, ou bien pour l'eau divine; éjaculation du serpent, pris pour le mer-
cure ; Osiris (il, pris pour le plomb (ou le soufre) ; lait de la vache noire,
pris pour le mercure tiré du soufre (2); sang de moucheron, pris pour l'eau
d'alabastron; boue (ou lie) de Vulcain, pour l'orge, etc.; toutes désignations
tirées du vieux lexique alchimique. Dans le papyrus et dans Dioscoride,
on trouve souvent les mêmes mots, mais avec une autre sigilification. Tout
ceci concourt à reconstituer le milieu intellectuel et les sources troublées
où a eu lieu l'éclosion des premières théories de la chimie.
Arrivons aux quelques notions de cette science dont le papyrus V con-
serve la trace. Elles se bornent à une recette d'encre, en une ligne (col. 12,
1. 16) et à un procédé pour affiner l'or (col. 6, 1. 181.
i" L'encre dont il s'agit est composée avec 4 drachmes de misy, 2 drach-
mes de couperose (verte), 2 drachmes de noix de galle, 3 drachmes de
gomme et 4 drachmes d'une substance inconnue, désignée par deux Z, dans
chacun desquels est engagé une petite lettre complémentaire. Un signe ana-
logue existe chez les alchimistes et les médecins et paraît signifier pour
eux le gingembre (voir plus loin le tableau des signes reproduit d'après une
photogravure) ; mais ce sens n'est pas applicable ici. Je crois qu'il s'agit de
(i) Dans Dioscoride, III, 80, c'est le I propre, à ce qu'il semble. (Pap. W,
nom d'une plante. 1 col. 3, 1. 43, et col. 4, 1. 4.)
(■j) Lait d'une vache noire, au sens 1
PAPYRUS DE LEIDE
i3
l'encre mystique fabriquée avec les sept parfums (i) cî les sept fleurs (2),
au moyen de laquelle on écrivait les formules magiques sur le nitre,
d'après le papvrus suivant (pap. \V, col. 6, 1. 5 : col. 3, 1. S ; col. 9, 1. 10 ;
col. 10, 1. 41 : en etfet, la lettre Ζ exprime précisément le nombre sept,
et se retrouve, isolée, avec ce sens dans le même papvrus (col. 1 i, 1. 26 ;
V. aussi col. 6, 1. 5).
Cette composition rappelle, par sa complexité, celle du Kyphi, substance
sacrée ?) des Egyptiens.
2° Le procédé (4) pour affiner l'or f Iîot'.ç •/pjzzj';. (5), ne manque pas d'in-
térêt, il est cité d'ailleurs dans une préparation sur la coloration de l'or;
donnée dans le papyrus X alchimique ; ce qui établit la connexité des
deux papvrus. Ajoutons qu'il se trouve transcrit entre une formule pour
demander un songe (ϊνειρετητίν) et la description d'un anneau magique qui
donne le bonheur; ce qui montre bien le milieu intellectuel d'alors: les
mêmes personnes pratiquaient la magie et la chimie. Enfin ce procédé ren-
ferme une recette intéressante, par sa ressemblance avec la méthode con-
nue sous le nom de cément royal, à l'aide de laquelle on séparait autre-
fois l'or et l'argent. Donnons d'abord la traduction de ce texte:
(i) Voici le texte même du Papyrus
W : « Les sept parfums sont ; le stvrax
consacré h Saturne, le malabathrum à
Jupiter, le costus à Mars, l'encens au
soleil, le nard indien à \^énus, le casia
à Hermès, la myrrhe à la lune. »
(2) Voici le texte du papyrus \V :
« Les sept fleurs, d'après Manéthon
(l'astrologue), sont: la marjolaine com-
mune, le lis, le lotus, \' Eriphyllium
(renoncule ?) le narcisse, la violette
blanche, la rose. » (Pap. W, col. i , 1.
22.) On les broie dans un mortier blanc
21 jours avant la cérémonie et on les
sèche à l'ombre.
{3| Origines de l'AlcIi., p. 3o. Diosc.
Mat. méd.\ I, 24.
(4) Papyri grœci, V, col. G.
(3) Le mot Xiiin-.i a quatre sens : il
sianifie :
I» L'opération de la rouille, c'est-à-
dire l'oxydation d'un métal ;
2° L'affinage du métal, lequel est
souvent connexe avec l'oxydation du
métal impur, celle-ci tendant à éli-
miner les métaux étrangers dont les
oxydes sont plus stables : ce qui est
le cas des métaux alliés à l'or dans la
nature ;
3" La virulence, ou possession d'une
propriété active spécifique : telle notam-
ment que celle que l'oxydation déve-
loppe dans certains métaux; mais avec
un sens plus compréhensif ;
4" Enfin la coloration en violet. Ce
dernier sens, qui se trouve chez les
alchimistes et qui répond parfois à la
formation de certains dérivés colorés de
l'or, n'est pas applicable ici.
14 INTRODUCTION
ΐί Prenezdu vinaigrepiquant ,ι], épaississez, prenez de (2), 8 drachmes
de sel commun, 2 drachmes d'alun lamelleux (schiste), 4 drachmes de
litharge, broye^avec le vinaigre pendant 3 jours, séparez par décantation
et employez. Alors ajoutez au vinaigre i drachme de couperose, une demi-
obole de (3), trois oboles de chalcite 14 , une obole et demie de sory (5),
une silique (61 de sel commun, deux siliques de sel de Cappadoce ^-'i. Faites
une lame ayant deux quarts (d'obole?) Soumettez-la à l'action du feu... jus-
qu'à ce que la lame se rompe, ensuite prenez les morceaux et regardez-les
comme de l'or affiné.
« Ayant pris quatre paillettes (8) d'or, faites-en une lame, chauffez-la et
trempez-la dans de la couperose broyée avec de l'eau et avec une autre
(couperose) sèche, battez (une partie) avec la matière sèche, une autre
avec la matière mélangée: déversez la rouille et jetez dans »
Il y a là deux recettes distinctes. Dans toutes deux figure le sulfate
de cuivre plus ou moins ferrugineux, sous les noms de chalcanthon ou
couperose et de sory. La seconde recette semble un fragment mutilé d'une
formule plus étendue. La première présente une grande ressemblance
avec une formule donnée dans Pline pour préparer un remède avec l'or,
en communiquant aux objets torréfiés avec lui une propriété spécifique
active, désignée par Pline sous le nom de virus. Remarquons que ce mot
est la traduction littérale du grec !:;, rouille ou venin, d'où dérive ίω-:; :
ce qui complète le rapprochement entre la formule de Pline et celle du
papyrus. Voici les paroles de Pline [Hist. Nat., XXXIII, 25) :
« On torréfie l'or dans un vase de terre, avec deux fois son poids de sel et
(i) Le texte porte opiâou, qui n'a pas
de sens ; c'est Ssip qu'il faut lire.
(2) Lacune.
(3) I drachme zz 6 oboles, mesure de
poids.
(4) Minerai de cuivre, tel que la pyrite.
(5) Produit de l'altération de la pyrite,
pouvant renfermer à la fois du sulfate
de cuivre et du sulfate de fer basique.
Le sory est congénère du misy, produit
d'altération analogue, mais moins riche
en cuivre. (V. Diosc. Mat. méd., V.
116-118; Pline, ÎT.-V., XXXIV, 3o,3i.
(6) Silique =^ tiers de l'obole, mesure
de poids.
(7) Variété de sel gemme.
(8) Le texte porte le mot o'ï'.ï. Ce
mot ne se trouve pas dans les diction-
naires et a fort embarrassé M. Lee-
mans et Reuvens, qui y a vu le nom du
roi (ou du prophète) juif Osée. Je le
rattacherai à ίίζο;, noeud ou rameau. Il
répondrait au latin ramentum, si fré-
quent dans Pline.
PAPYRUS DE LEIDE
l5
trois fois son poids de misy : i ) ; puis on répète l'Opération avec 2 parties de
sel et I partie delà pierre appelée schiste (2). De cette façon, il donne des
propriétés actives aux substances chauffées avec lui, tout en demeurant pur
et intact. Le résidu est une cendre que l'on conserve dans un vase de terre. »
Pline ajouteque Ton emploie ce résiducomme remède. L'efficacité de l'or,
le plus parfait des corps, contre les maladies et contre les maléfices est un
vieux préjugé. De là, au moyen âge, l'idée de l'or potable. La préparation
indiquée par Pline devait contenir les métaux étrangers à l'or, sous forme
de chlorures ou d'oxychlorures. Renfermait-elle aussi un sel d'or? A la ri-
gueur, il se pourrait que le chlorure de sodium, en présence des sels basi-
ques de peroxyde de fer, ou même du bioxyde de cuivre, dégageât du chlore,
susceptible d'attaquer l'or métallique ou allié, en formant du chlorure d'or,
ou plutôt un chlorure double de ce métal. Mais la chose n"est pas démon-
trée. En tous cas, l'or se trouve affiné dans l'opération précédente.
C'est en effet ce que montre la comparaison de ces textes avec l'exposi-
tion du procédé du départ par cémentation, donnée par Macquer [Diction-
naire de chimie^ 1778)• H s'agit du problème, fort difficile, qui consiste à
séparer l'or de l'argent par voie sèche. On y parvient aujourd'hui aisément
par la voie humide, qui remonte au xvn« siècle. Mais elle n'était pas connue
auparavant. Au moyen âge on opérait cette séparation soit au moyen du
cément royal, soit au moyen d'une sorte de coupellation, assez difficile à
réaliser, et où le soufre et l'antimoine remplaçaient le plomb.
Voici la description donnée par Macquer du cément royal, usité autrefois
dans la fabrication des monnaies. On prend 4 parties de briques pilées et
tamisées, i partie de vitriol vert, calciné au rouge, i partie de sel commun ;
on en fait une pâte ferme que l'on humecte avec de l'eau ou de l'urine.
On la stratifié avec des lames d'or minces, dans un pot de terre; on lute
le couvercle et on chauffe à un feu modéré pendant vingt-quatre heures, en
prenant garde de fondre l'or. On répète au besoin l'opération.
(i) Le misy représente le produit de
l'oxydation lente des pyrites, renfer-
mant à la fois du sulfate de cuivre et
du sulfate de fer plus ou moins basique.
(Voir plus haut, page précéd., note 5).
{2) Le schiste de Pline signifie un
minerai divisible en lamelles: c'est tan-
tôt de l'alun, tantôt un minerai de fer
congénère de l'hématite {Hist. lUt.,
XXVI, 37).
i6
INTRODLXTIOX
En procédant ainsi, l'argent et les autres métaux se dissolvent dans le
chlorure de sodium, avec le concours de l'action oxydante et, par suite,
chlorurante, exercée par l'oxyde de fer dérivé du vitriol ; tandis que l'or
demeure inattaqué. Ce procédé était môme employé, d'après Macquer, parles
orfèvres, qui ménageaient l'action, de façon à changer la surface d'un bijou
en or pur, tandis que la masse centrale demeurait à bas titre.
Il est facile de reconnaître la similitude de ce procédé avec la recette de
Plineetavec celle du papyrus égyptien. Geber, Albert le Grand (pseudonyme)
et les chimistes du moven âge en ont gardé constamment la tradition.
PAPYRUS W
Passons au papyrus W, qui fournit plus spécialement des lumières sur
les relations entre la magie et le gnosticisrne juif. Il est formé de 7 feuillets
et demi, haut de 0^,27, large de o'",32 . Il renferme 25 pages de texte en let-
tres onci aies, quelques-unes cursives, chacune de ces pages a de 52 à 3 i lignes,
parfois moins. Il remonte au ni« siècle et se rattache fort étroitement aux doc-
trines de Marcus et des Carpocratiens(i). Il est tiré principalement des ouvra-
ges apocrvphesde Moïse, écritsà cette époque; il cite, parmi ces ouvrages, la
Monade, le Livre secret, la Clef {2), le. Livre des Archanges, leLivre lunaire,
peut-être aussi un Livre sur la loi, le 5^' livre des Ptolémaiqites, le livre
Panarètos (3) : ces derniers donnés sans nom d'auteur. Tous ces ouvrages
sont congénères et probablement contemporains delà Chimie domestique de
Aloïse, dont j'ai retrouvé des fragments étendus dans les alchimistes grecs (4)
(Il Maller, Hisl. du giwsÎicisine.t. II,
p. 2U5.
(2) On attribuait à Hermès un ou-
vrage du même titre, Κλει';, adressé à
Toth,et cité par Lactance et par Stobée.
(3) Un ouvrage du même titre, attri-
bué à Hermès Trismégiste, est cité par
Scaliger, dans son édition de Manilius,
p. 209. Il y était question des sept
« sorts » répondant aux sept planètes,
savoir :
ci ir.-'x /.ληρ;; έν τ^ Παναρετω Tpw-
μεγίστιυ.
Saturne : νεαεσις.
Jupiter : νί/.η.
Mars : -ολαα. .
Soleil : άγα0ο3αί|Λων.
Vénus : ερω;.
Mercure : ανάγκη.
Lune : αγαθή τ;1•/η.
(41 Origines del'AlcIii)nie, ρ. 55, 1 23,
171•
1
PAPYRUS DE LEIDE \η
ainsi que des écrits de Moïse le magicien cité dans Pline (i): c'est la mime
famille d'apocryphes. Le manuscrit actuel est, d'ailleurs, rempli de solécismes
et de fautes d'orthographe, attestant l'ignorance des copistes égyptiens. On
y cite Hermès Ptéryx, Zoroastre le Persan, Tphé l'hiérogrammate, auteur
d'un livre adressé au roi Ochus, Manéthon l'astrologue, le même sans doute
que celui dont nous possédons un poème, les mémoires d'Evenus, Orphée
le théologien. Erotyle, dans ses Orphiques. Les noms d'Orphée et d'Éro-
tyle se retrouvent aussi chez les alchimistes grecs. Le nom du second, cité
aussi par Zosime, a été d'ailleurs méconnu et pris pour celui d'un instru-
mentchimique; sa reproduction dansle Papyrus W (Ρλ£κ;•/, t. II, p. 254; en
fixe le sens définitif. Toth it. II, p. io3) et l'étoile du chien (II, 109-1 15) rap-
pellent la vieille Egypte. Les noms d'Abraham, Isaac, Jacob, Michel
(t. II, p. 144-153 , celui des deux Chérubins (t. II, p. 101I, l'intervention du
temple de Jérusalem (t. II, p. 99), montrent les affinités juives de l'auteur.
Apollon et le serpent Pythien ^11, 88) manifestent le mélange de traditions
grecques, aussi bien que dans les papyrus de Berlin et chez les alchi-
mistes (2). Ces affinités sont en même temps gnostiques. C'est ici le lieu de
rappeler que les Marcosiens avaient composé un nombre immense d'ou-
vrages apocryphes, d'après Irénée {Hérésies, I, 17. Le titre même énoncé
à la première ligne du papyrus: « livre sacré appelé Monas, le huitième de
Moïse, sur le nom saint », est tout à fait conforme aux doctrines des Car-
pocratiens,pour lesquels Monas était le grand Dieu ignoré (3 . Le grand nom
ou le saint nom possède des vertus magiques [Papyri, t. II, p. 99); il rend
invisible, il attire la femme vers l'homme, il chasse le démon, il guérit les
convulsions, il arrête les serpents, il calme la colère des rois, etc. Le saint
nom est appelé aussi Ogdoade [Papyri, t. II, p. 141; et formé de sept
voyelles, la))2ona5 complétant le nombre huit. Le nombre sept joue ici, comme
dans toute cette littérature, un rôle prépondérant: il est subordonné à celui
des planètes divines, à chacune desquelles est consacrée une plante et un
parfum spécial {'Papj'rt, t. II, p. 33 ; voir ci-dessus les notes de la p. i3i.
Sans nous arrêter aux formules d'incantation et de conjuration, farcies
(i) FT.,N., XXX. 2.
(3) Origines de l'Alchimie, p. 333
(3) Matter, Hist. du gnosticisine,
t. II, p. 2bi.
3*
Ι 8 INTRODL'CTION
de mots barbares, nous pouvons relever, au point de vue des analogies
historiques, la mention du serpent qui se mord la queue et celle des sept
voyelles entourant la figure du crocodile à tête d'épervier, sur lequel se
tient le Dieu polymorphe [Papyri, t. II, p. 85). C'est encore là une figure
toute pareille à celles qui sont tracées sur les pierres gravées de la Biblio-
thèque nationale. [Origines de l'alchimie, p. 62).
Citons aussi la mention de l'Agathodémon ou serpent divin : le ciel
est ta tête, l'éther ton corps, la terre tes pieds, et l'eau t'environne ; tu es
l'Océan qui engendre tout bien et nourrit la terre habitée. »
J'y relève, en passant, quelques mots chimiques pris dans un sens inac-
coutumé : tel est le « nitre tétragonal » (p. 85), sur lequel on doit écrire des
dessins et des formules compliquées. Ce n'était assurément pas notre
salpêtre, ni notre carbonate de soude, qui ne se prêteraient guère à de pa-
reilles opérations. Le sulfate de soude fournirait peut-être des lames suffi-
santes; mais il est plus probable qu'il s'agit ici d'un sel insoluble, suffisam-
ment dur, tel que le carbonate de chaux (spath calcaire), ou le sulfate de
chaux, peut-être le feldspath : car il est question plus loin de lécher et de
laver deux de ses faces (Piyj^ri, t. II, p. 91 ) ; ilyalàune énigme. Sur ce nitre,
on écrit avec une encre faite des sept fleurs et des sept aromates [Papyri,
t. II, p. 90, 99). On doit y peindre une « stèle » sacrée renfermant l'invoca-
tion suivante :
Β Je t'invoque, toi, le plus puissant des dieux, qui as tout créé ; toi, né de
toi-même, qui vois tout, sans pouvoir être vu. Tu as donné au soleil la
gloire et la puissance. A ton apparition, le monde a existé et la lumière a
paru. Tout t'est soumis, mais aucun des dieux ne peut voir ta forme, parce
que tu te transformes dans toutes Je t'invoque sous le nom que tu pos-
sèdes dans la langue des oiseaux, dans celle des hiéroglyphes, dans celle
des Juifs, dans celle des Egyptiens, dans celle des cynocéphales dans
celle des éperviers, dans la langue hiératique >'
Ces divers langages mystiques reparaissent un peu plus loin, après une
invocation à Hermès et en tête d'un récit gnostique de la création, récit que
je reproduis en l'abrégeant, afin de donner une idée plus complète de ce
genre de littérature qui a eu un rôle historique si considérable.
« Le Dieu aux neufs formes te salue en langage hiératique... et ajoute :
PAPYRUS DE LEIDE ig
je te précède, Seigneur. Ce disant, il applaudit trois fois. Dieu rit : cha,
cha, cha, cha, cha, cha, cha (sept fois), et Dieu ayant ri, naquirent les sept
dieux qui comprennent le monde ; car ce sont eux qui apparurent d'abord.
Lorsqu'il eut éclaté de rire, la lumière parut et éclaira tout : carie Dieu
naissait sur le monde et sur le feu. Bessun, berithen, berio.
« Il éclata de rire pour la seconde fois : tout était eau. La terre, ayant
entendu le son, s'écria, se courba, et l'eau se trouva partagée en trois. Le
Dieu apparut, celui qui est préposé à l'abîme ; sans lui l'eau ne peut ni
croître, ni diminuer. »
Au troisième éclat de rire de Dieu, apparaît Hermès; au cinquième, le
Destin, tenant une balance et figurant la Justice. Son nom signifie la bar-
que de la révolution céleste : autre réminiscence de la vieille mythologie
égyptienne. Puis vient la querelle d'Hermès et du Destin, réclamant chacun
pour soi la Justice. Au septième rire, l'âme naît, puis le serpent Pythien,
qui prévoit tout (]].
J'ai cité, en l'abrégeant, tout ce travestissement gnostique du récit biblique
des sept jours de la création, afin d'en montrer la grande ressemblance avec
la PJstis Sophia et les textes congénères, et pour mettre en évidence le
milieu dans lequel vivaient et pensaient les premiers alchimistes.
PAPYRUS X
Nous allons maintenant examiner le papyrus X, le plus spécialement
chimique : il témoigne d'une science des alliages et colorations métalliques
fort subtile et fort avancée, science qui avait pour but la fabrication et
la falsification des matières d'or et d'argent : à cet égard, il ouvre des jours
nouveaux sur l'origine de l'idée de la transmutation des métaux. Non seu-
lement l'idée est analogue; mais les pratiques exposées dans ce papyrus
sont les mêmes, comme je l'établirai, que celles des plus vieux alchimistes,
tels que le Pseudo-Démocrite, Zosime, Olympiodore, le Pseudo-Moïse.
Cette démonstration est de la plus haute importance pour l'étude des ori-
\
(i) Voir plus haut (p. i6, note 3) les sept /Χΐ,οο:, tirés du livre Panaretos.
20 INTRODUCTION
gines de l'alchimie. Elle prouve en effet que ces origines ne sont pas fon-
dées sur des imaginations purement chimériques, comme on l'a cru quel-
quefois ; mais elles reposaient sur des pratiques positives et des expériences
véritables, à l'aide desquelles on fabriquait des imitations d'or et d'argent.
Tantôt le fabricant se bornait à tromper le public, sans se faire illusion sur
ses procédés ; c'est le cas de l'auteur des recettes du papyrus. Tantôt, au
contraire, il ajoutait à son art l'emploi des formules magiques ou des prières,
et il devenait dupe de sa propre industrie.
Les définitions du mot ^^ or », dans le lexique alchimique grec qui fait
partie des vieux manuscrits, sont très caractéristiques : elles sont au nombre
de trois, que voici:
« On appelle or le blanc, le sec et le jaune et les matières dorées, à l'aide
desquelles on fabrique les teintures solides ; »
Et ceci : « L'or, c'est la pyrite, et la cadmie et le soufre ; »
Ou bien encore : « L'or, ce sont tous les fragments et^ lamelles jaunis et
divisés et amenés à perfection. >
On λ'οίΐ que le mot « or », pour les alchimistes comme pour les orfèvres des
papyrus de Leide, et j'ajouterai même, à certains égards, pour les orfèvres et
les peintres d'aujourd'hui, avait un sens complexe : il servait à exprimer
l'or vrai d'abord, puis l'or à bas titre, les alliages à teinte dorée, tout objet
doré à la surface, enfin toute matière couleur d'or, naturelle ou artificielle.
Une certaine confusion analogue règne même de nos jours, dans le langage
courant ; mais elle n'atteint pas le fond des idées, comme elle le fit autre-
fois. Cette extension de la signification des mots était en effet commune chez
les anciens; le nom de l'émeraude et celui du saphir, par exemple, étaient
appliqués par les Egyptiens aux pierres précieuses et vitrifications les plus
diverses (ii. De même que l'on imitait l'émeraude et le saphir naturels, on
imitait l'or et l'argent. En raison des notions fort confuses que l'on avait
alors sur la constitution de la matière, on crut pouvoir aller plus loin et on
s'imagina y parvenir par des artifices mysté/ieux. Mais, pour atteindre le
but, il fallait mettre en œuvre les actions lentes de la nature et celles d'un
pouvoir surnaturel.
(i) Origines de l'Alchimie, p. 218.
PAPYRUS DE LEIDE 2 I
α Apprends, ô ami des Muses, dit Olympiodore, auteur alchimique du
« commencement du v" siècle de notre ère, apprends ce que signifie le mot
« économie (i) et ne vas pas croire, comme le font"quelqu es-uns, que l'action
« manuelle seule est suffisante: non, il faut encore celle de la nature, et une
« action supérieure à l'homme. »
Et ailleurs: « Pour que la composition se réalise exactement, dit Zosime;
«demandez par vos prières à Dieu de vous enseigner, car les hommes ne
α transmettent pas la science; ils se jalousent les uns les autres, et l'on ne
« trouve pas la voie Le démon Ophiuchus entrave notre recherche, ram-
« pant de tous côtés et amenant tantôt des négligences, tantôt la crainte,
« tantôt l'imprévu, en d'autres occasions les afflictions et les châtiments, afin
a de nous taire abandonner l'œuvre. »
De là la nécessité de faire intervenir les prières et les formules magi-
ques, soit pour conjurer les démons ennemis, soit pour se concilier la
divinité.
Tel était le milieu scientifique et moral au sein duquel les croyances à la
transmutation des métaux se sont développées : il importait de le rappeler.
Mais il est du plus haut intérêt, à mon avis, de constater quelles étaient
les pratiques réelles, les manipulations positives des opérateurs. Or ces pra-
tiques nous sont révélées par le papyrus de Leide, sous la forme la plus
claire et en concordance avec les recettes du Pseudo-Démocrite et d'Olym-
piodore. Nous sommes ainsi conduits à étudier avec détail les recettes du
papyrus, qui contient la forme première de tous ces procédés et doctrines.
Dans le Pseudo-Démocrite, et plus encore dans Zosime, elles sont déjà com-
«
pliquées par des imaginations mystiques ; puis sont venus les commenta-
teurs, qui ont amplifié de plus en plus la partie mystique, en obscurcissant
ou éliminant la partie pratique, à la connaissance exacte de laquelle ils
étaient souvent étrangers. Les plus vieux textes, comme il arrive souvent,
sont ici les plus clairs.
Donnons d'abord ce que l'on sait sur l'origine de ce papyrus, ainsi que sa
description. Le papyrus X a été trouvé à Thèbes, sans doute avec les deux
précédents; car la recette i5 qui s'y trouve s'en réfère au procédé d'affinage
(i) Il s'agit du traitement mis en pratique pour fabriquer l'or.
22 INTRODUCTrON
de l'or cité dans le papyrus V (v. plus haut, p. i3). Il est formé de dix
grandes feuilles, hautes de o-^So, larges de ο•"34, pliées en deux dans le
sens de la largeur. Il contient seize pages d'écriture, de vingt-huit à qua-
rante-sept lignes, en majuscules de la fin du ni" siècle. Il renferme soixante-
quinze formules de métallurgie, destinées à composer des alliages, en vue
de la fabrication des coupes, vases, images et autres objets d'orfèvrerie ; à
souder ou à colorer superficiellementles métaux; à en essayer la pureté, etc.;
formules disposées sans ordre et avec de nombreuses répétitions. 11 y a
en outre quinze formules pour faire des lettres d'or ou d'argent, sujet
connexe avec le précédent. Le tout ressemble singulièrement au carnet de
travail d'un orfèvre, opérant tantôt sur les métaux purs, tantôt sur les mé-
taux alliés ou falsifiés. Ces textes sont remplis d'idiotismes, de fautes d'or-
thographe et de fautes de grammaire : c'est bien là la langue pratique d'un
artisan. Ils offrent d'ailleurs le cachet d'une grande sincérité, sans ombre
de charlatanisme, malgré Timprobité professionnelle des recettes. Puis vien-
nent onze recettes pour teindre les étoffes en couleur pourpre, ou en couleur
glauque. Le papyrus se termine par dix articles tirés de la Matière médi-
cale de Dioscoride, relatifs aux minéraux mis en œuvre dans les recettes
précédentes.
On voit par cette énumération que le même opérateur pratiquait l'or-
fèvrerie et la teinture des étoffes précieuses. Mais il semble étranger à la
fabrication des émaux, vitrifications, pierres précieuses artificielles. Du
moins aucune mention n'en est faite dans ces recettes, quoique le sujet
soit longuement traité dans les écrits des alchimistes. Le papyrus X ne
s'occupe d'ailleurs que des objets d'orfèvrerie fabriqués avec les métaux
précieux; les armes, les outils et autres gros ustensiles, ainsi que les
alliages correspondants, ne figurent pas ici.
Les recettes relatives aux métaux sont inscrites sans ordre, à la suite les
unes des autres. Cherchons-en d'abord les caractères généraux.
En les examinant de plus près, on reconnaît qu'elles ont été tirées de
divers ouvrages ou traditions. En effet, les unités auxquelles se rappor-
tent ces compositions métalliques sont différentes, quoique spéciales pour
chaque recette. L'écrivain y parle tantôt de mesures précises, telles que les
mines, statères, drachmes, etc. (le mot drachme ou le mot statère étant
PAPYRUS DE LEIDE 23
employé de préférence' ; tantôt il se sert du mot partie ; tantôt enfin du
mot mesure.
La teinture des métaux est désignée par plusieurs mots distincts :
χρυϊίΐυ χρώΐ'.ς, teinture en or ;
αργύρου χρύσωσις, dorure de l'argent ;
χαλ/.ΐ3 χρυσοοανοΰς ποίησις, coloration (superficielle) du cuivre en or.
)ζρίης, coloration par enduits ou vernis.
χρυτίϋ καταβαΐή ; il s'agit d'une teinture en or, superficielle et opérée
par voie humide,
άΐήμΐυ καταόαιή ; cette fois c'est une teinture en argent, ou plutôt
en asèm, faite à chaud, avec trempe.
Nous avons affaire, je le répète, à plusieurs collections de recettes de
dates et d'origines diverses, mises bout à bout. C'est ce que confirment les
répétitions qu'on y rencontre.
Ainsi, la même recette pour préparer l'asèm (i) fusible (amalgame de
cuivre et d'étain) reparaît trois fois. Uasèm, dans une formule où il est
spécialement regardé comme un amalgame d'étain, figure deux fois avec
de légères variantes ; la coloration en asèm, deux fois ; la coloration du
cuivre en or à l'aide du cumin, trois fois; la dorure apparente, àl'aide
de la chélidoine et du misy, deux fois ; l'écriture en lettres d'or, à l'aide
de feuilles d'or et de gomme, deux fois. D'autres recettes sont repro-
duites, une fois en abrégé, une autre fois avec développement : par
exemple, la préparation de la soudure d'or, l'écriture en lettres d'or au
moyen d'un amalgame de ce métal, la même écriture au moyen du soufre
et du corps appelé alun. En discutant de plus près ces répétitions, on pour-
rait essayer de reconstituer les recueils originels, si ce travail semblait
avoir quelque intérêt.
Les recettes mêmes offrent une grande diversité dans le mode de rédac-
tion : les unes sont les descriptions minutieuses de certaines opérations,
mélanges et décapages, fontes successives, avec emploi de fondants divers.
Dans d'autres, les proportions seules des métaux primitifs figurent, avec
(i) Voir plus loin ces diverses recettes.
24 INTRODUCTION
l'énoncé sommaire des opérations, les fondants eux-mêmes étant omis. Par
exemple (pap. X, col. i, 1. 5), on lit : le plomb et l'étain sont purifiés par
la poix et le bitume; ils sont rendus solides par l'alun, le sel de Cappadoce
et la pierre de Magnésie jetés à la surface. Dans certaines recettes on n'in-
dique que les proportions des ingrédients, et sans qu'il soit fait mention des
opérations auxquelles ils sont destinés. Ainsi:
« Asèm fusible (col. 2, 1. 141 : cuivre de Chypre, une mine ; étain en
baguettes, une mine ; pierre de Magnésie, seize drachmes ; mercure, huit
drachmes ; pierre de Paros, vingt drachmes. »
Parfois même l'auteur se borne à donner la proportion de quelques-
uns des produits seulement: " Pour écrire en lettres d'or (col. 6, 1. i):
litharge couleur d'or une partie, alun deux parties. »
Ceci ressemble beaucoup à des notes de praticiens, destinées à conserver
seulement le souvenir d'un point essentiel, le reste étant confié à la mémoire.
Les recettes finales : asèm égyptien, d'après Phiménas le Saîte ; eau
de soufre ; dilution de Vasèm, etc.; ont au contraire un caractère de com-
plication spéciale qui rappelle les alchimistes ; aussi bien que les signes
planétaires de l'or et de l'argent, inscrits dans la dernière.
Deux questions générales se présentent encore, avant d'aborder l'étude
détaillée de ces textes : celle des auteurs cités et celle des signes ou abré-
viations. Un seul auteur est nommé dans le papyrus X, sous le titre :
Procédé de Phiménas le Suite pour préparer V asèm égyptien [co\. ii,l. i5).
Ce nom paraît le même que celui de Pamménès, prétendu précepteur
de Démocrite, cité par Georges le Syncelle, et qui figure dans les textes
alchimistes de nos manuscrits (i). Ce nom s'écrit aussi Paménasis et Pa-
ménas, peut-être même Phaminis : dévoué au dieu Mendés ; dévoué au
roi Menas (2). Le rapprochement entre Phiménas et Pamménès doit être
regardé comme certain : attendu que la dernière des deux recettes don-
nées sous le nom de Phiménas dans le papyrus se trouve presque sans
changement dans le Pseudo-Démocrite, parmi des recettes attribuées
pareillement à l'Égyptien Pamménès: j'y reviendrai.
(1) Origines de l'AlcIiimie, p. 170.
(2) Papyri grœci, t. II, p. 25o. On
peut en rapprocher le nom grécisé de
Ménodore.
PAPYRUS DE LEIDE
23
Il y a quelque intérêt à comparer les signes et abréviations du papyrus
avec les signes des alchimistes. Je note d'abord le signe de l'or (col. 12,
1. 20), qui est le même que le signe astronomique du soleil, précisément
comme chez les alchimistes : c'est le plus vieil exemple connu de cette
identification. A côté figure le signe lunaire de l'argent (i). Ces notations
symboliques ne s'étendent pas encore aux autres métaux. On trouve aussi
dans le papyrus (col. 9, 1. 42 et 44) un signe en forme de pointe de flèche,
à la suite des mots Oîîsu a-jp;j (soufre apyre) : ce signe est pareil à celui
qui désigne le fer, ou, dans certains cas, répété deux fois, les pierres, dans
les écrits alchimiques (2). Dans le papyrus il semble qu'il exprime une
mesure de poids. Les autres signes sont surtout des abréviations techniques,
parmi lesquelles je note celle de l'alun lamelleux z-:-j--riP'.x ""/'."ή : l'une
d'elles enparticulier (pap. X, col. 6, 1. 19) est toute pareille à celle des alchi-
mistes (31 . Les noms des mesures sont abrégés ou remplacés par des signes,
conformément à un usage qui existe encore de notre temps dans les recettes
techniques de la pharmacie.
11 convient d'entrer maintenant dans l'e.xamen détaillé des cent onze arti-
cles du papyrus : articles relatifs aupc métaux, au nombre de quatre-vingt-dix,
dont un sur l'eau divine ; articles sur la teinture en pourpre, au nombre de
onze ; enfin dix articles extraits de Dioscoride. La traduction complète des
articles sur les métaux va être donnée et suivie d'un commentaire ; mais
je ne m'arrêterai guère sur les procédés de teinture proprement dite, fondés
principalement sur l'emploi de l'orcanette et de l'orseille, procédés dont
quelques-uns sont à peine indiqués en une ligne : comme si l'écrivain avait
copié des lambeaux d'un texte qu'il ne comprenait pas. D'autres sont plus
complets. Le tout est du même ordre que la recette de teinture en pourpre
du Pseudo-Démocrite, contenue dans les manuscrits alchimiques et dont
(i) Le signe de l'or est absoluaient
certain. Quant à celui de l'argent,
M. Leemans a pris ce signe pour un
Β : il est assez mal dessiné, comme le
montre la photographie que je possède;
mais le texte ne me paraît pas suscep-
tible d'une autre interprétation. M.Lee-
mansdanssesnotes^t.II,p. 25-) le traduit
aussi par Liina ; mais il n'a pas compris
qu'il s'agissait ici de l'or et de l'argent.
(2) Voir les photogravures que je
reproduis plus loin dans le présent
volume: Planche I, 1. 21 ; PI. II, 1. 3;
PI. IV, 1.25; PL VIII, 1. 23.
(3) Ibid., PL II, L 5 adroite; PL IV,
1. 21.
4•
20 INTRODUCTION
j'ai publié naguère le texte et la traduction, reproduits dans le présent
volume.
J'ai collationné avec soin les dix articles extraits de Dioscoride, tous
relatifs à des minéraux employés dans les recettes, et qui donnent la mesure
des connaissances minéralogiques de l'auteur du papyrus. Ils concernent
les corps suivants:
Arsenic (notre orpiment) ;
Sandaraque (notre réalgar) ;
Misy (sulfate basique de fer, mêlé de sulfate de cuivre) ;
Cadmie (oxyde de zinc impur, mêlé d'oxyde de cuivre, voire même d'oxyde
de plomb, d'oxyde d'antimoine, d'acide arsénieux, etc^ ;
Soudure d'or ou chrysocolle (signifiant à la fois un alliage d'or et d'argent
ou de plomb, ou bien la malachite et divers corps congénères) ;
Rubrique de Sinope (vermillon, ou minium, ou sanguine);
Alun (notre alun et divers autres corps astringents) ;
Natron (nitrwn des anciens, notre carbonate de soude, parfois aussi le
sulfate de soude) ;
Cinabre (notre minium et aussi notre sulfure de mercure) ;
Enfin Mercure.
Le texte du papyrus sur ces divers points est, en somme, le même que
le texte des manuscrits connus de Dioscoride (édition Sprengel, 1829); à
cela près que l'auteur du papyrus a supprimé les vertus thérapeutiques des
minerais, le détail des préparations et souvent celui des provenances. Ces
suppressions, celle des propriétés médicales en particulier, sont évidem-
ment systématiques.
Quant aux variantes de détail, elles sont nombreuses ; mais la plupart
n'ont d'intérêt que pour les grammairiens ou les éditeurs de Diosco-
ride.
Je note seulement que, dans l'article Cinabre, l'auteur du papyrus
distingue sous le nom de minium le cinabre d'Espagne ; tandis que
Sprengel a adopté la variante ammion (sable ou minerai) : cette confusion
entre le nom du cinabre et celui du minium existe aussi dans Pline et
ailleurs.
L'article Mercure donne lieu à des remarques plus importantes. On y
PAPYRUS DE LEIDE 27
trouve dans le papyrus, comme dans le texte de l'édition classique de
Sprengel, le mot aV-î;; désignant le couvercle d'un vase, couvercle à la
face inférieure duquel se condensent les vapeurs du mercure sublimé (αιθάλη) :
ce même mot, joint à l'article arabe al, a produit le nom alambic. On voit
que l'ambix est le chapiteau d'aujourd'hui. L'alambic proprement dit et
l'aludel, instrument plus voisin encore de l'appareil précédent, sont d'ailleurs
décrits dans les alchimistes grecs : ils étaient donc connus dès le ix" ou
v' siècle de notre ère.
Il manque à l'article Mercure du papyrus une phrase célèbre que Hœfer,
dans son Histoire de la chimie (t. I, p. 149, 2^' édition) avait traduite
dans un sens alchimique : « Quelques-uns pensent que le mercure existe
essentiellement et comme partie constituante des métaux. » Ev.;; îà ίττ:-
ρ:ΰ7'. y.a'i -/.αθ' εαυ-ήν έν τ:ΐς μετάλλ:•.; εύρίσκετΟα•. τήν Οδράργυρί-/, J'avais
d'abord adopté cette interprétation de Hœfer : mais en y pensant davantage,
je crois que cette phrase signifie seulement : « quelques-uns rapportent que
le mercure existe à l'état natif dans les mines. » En etfet le mot \i.i-.-j.'/J.y. a le
double sens de métaux et de mines, et ce dernier est ici plus naturel. En
tous cas la phrase manque dans le papyrus : soit que le copiste l'ait sup-
primée pour abréger; soit qu'elle n'existât pas alors dans les manuscrits,
ayant été intercalée plus tard par quelque annotateur.
Une autre variante n'est pas sans intérêt, au point de vue de la discus-
sion des textes, dans l'article Mercure. Le texte donné par Sprengel porte :
« on garde le mercure dans des vases de verre, ou de plomb, ou d'étain, ou
d'argent ; car il ronge toute autre matière et s'écoule. » La mention du verre
est exacte ; mais celle des vases de plomb, d'étain, d'argent est absurde ;
car ce sont précisément ces métaux que le mercure attaque : elle n'a pu
être ajoutée que par un commentateur ignorant. Or le papyrus démontre
qu'il en est réellement ainsi : car il parle seulement des vases de verre,
sans faire mention des vases métalliques. Zosime insiste aussi sur ce
point.
On sait que l'on transporte aujourd'hui le mercure dans des vases de fer,
dont l'emploi ne paraît pas avoir été connu des anciens.
Venons à la partie vraiment originale du papyrus.
Je vais présenter d'abord la traduction des articles relatifs aux métaux, au
28
INTRODUCTION
nombre de quatre-vingt-dix, dont un article sur l'eau de soufre ou eau
divine; et celle des articles sur la teinture, au nombre de onze; puis j'en
commenterai les points les plus importants (i).
TRADUCTION DU PAPYRUS X DE LEIDE
1. Purification et durcissement du plomb.
« Fondez-le, répandez à la surface de l'alun lamelleux et de la couperose
réduits en poudre fine et mélangés, et il durcira. >>
2. Autre (purification) de l'étain.
« Le plomb et Fétain blanc sont aussi purifiés par la poix et le bitume.
Ils sont rendus solides par l'alun et le sel de Cappadoce, et la pierre de
Magnésie ^2), jetée à leur surface. »
3 . Purification de Vétain que l'on jette dans le mélange de l'asèm (3).
« Prenez de l'étain purifié de toute autre substance, fondez-le, laissez-le
refroidir; après l'avoir recouvert d'huile et bien mélangé, fondez-le de nou-
veau; ensuite ayant broyé ensemble de l'huile, du bitume et du sel. frottez-
en le métal, et fondez une troisième fois ; après fusion, mettez à 'part
l'étain après l'avoir purifié par lavage; car il sera comme de l'argent durci.
Lorsque vous voudrez l'employer dans la fabrication des objets d'argent,
de telle sorte qu'on ne le reconnaisse pas et qu'il ait la dureté de l'argent,
(il Papyri Grœci de Leide, t. II,
p. 199 à 2 5g. — Quelques mois après
l'impression de mon travail dans le
Journal des Savants, M. le 0"•\ν. Pleijte
a publié en hollandais un mémoire
sur l'Asemos. avec étude chimique par
le D'' W. K. J. Schoor, dans les Ver-
slagen des koninklijke Akademie van
Wetenschappen, Amsterdam (Juin 1886 ;
p. 21! à 23ΰι. Il confirme en général
mes propres résultats.
(2) Ce n'est pas notre magnésie, mais
l'oxyde magnétique de fer, ou quelque
autre minerai noir, roux (pyrite) ou
blanc, venant des villes ou provinces
qui portaient le nom de Magnésie (Voir
Pline, //. Λ'., XXXVII, ii.\ Chez les
alchimistes le sens du mot s'est encore
étendu.
(3l Asèm désignait divers alliages
destinés à imiter l'or et l'argent ; voir
plus loin.
PAPYRUS DE LEIDE
29
mêlez 4 parties d'argent, 3 parties d'étain, et le produit deviendra comme un
objet d'argent. «
C'est la fabrication d'un alliage d'argent et d'étain, destiné à simuler
l'argent; ou plutôt un procédé pour doubler le poids du premier métal.
4. Purification de rétain.
« Poix liquide et bitume, une partie de chaque; Jetez sur l'étain), fon-
dez, agitez. Poix sèche, 20 drachmes; bitume, 12 drachmes. »
5. Fabrication de l'asèm.
« Etain, 12 drachmes; mercure, 4 drachmes; terre de Chio (i), 2 drach-
mes. A Fétain fondu, ajoutez la terre broyée, puis le mercure, agitez avec
du fer, et mettez en œuvre (le produit! . »
6. Doublement de l'asèm.
Voici comment on opère le doublement de l'asèm.
« On prend : cuivre affiné, 40 drachmes; asèm, 8 drachmes; étain en
bouton, 40 drachmes; on fond d'abord le cuivre et, après deux chauffes,
l'étain; ensuite l'asèm. Lorsque tous deux sont ramollis, refondez à plu-
sieurs reprises et refroidissez au moyen de la composition précédente 12).
Après avoir augmenté le métal par de tels procédés, nettoyez-le avec le
coupholithe (3). Le triplement s'effectue par les mômes procédés, les poids
étant répartis conformément à ce qui a été dit plus haut. >>
C'est un bronze blanc amalgamé, analogue à certain métal de cloche.
7. Masse inépuisable [ou perpétuelle}.
« Elle se prépare par les procédés déiinis dans le doublement de l'asèm
Si vous voulez prélever sur la masse 8 drachmes, séparez-les et refondez
4 drachmes de ce môme asèm; fondez-les trois fois et répétez, puis refroi'
dissez et mettez-les en réserve dans le coupholithe. «
Voir aussi recette 60.
(il Sorte d'argile. — Diosc, Mat.
méd., V, 173. — Pline, H. N., XXXV,
56.
(2) Amalgame d'étain décrit dans l'ar-
ticle 5.
i3l Talc ou sélénite.
3ο
INTRODUCTION
Il y a là l'idée d'un ferment, destiné à concourir à la multiplication de
la matière métallique.
8. Fabrication de Vasèm.
« Prenez de l'étain en petits morceaux et mou, quatre fois puritié; pre-
nez-en 4 parties et 3 parties de cuivre blanc pur et i partie d'asèm. Fondez,
et, après la fonte, nettoyez à plusieurs reprises, et fabriquez avec ce que
vous voudrez : ce sera de Fasèni de première qualité, qui trompera même
les ouvriers. »
Alliage blanc, analogue aux précédents; avec intention de fraude.
9. Fabrication de Vasèm fusible.
« Cuivre de. Chypre, i mine; étain en baguettes, i mine; pierre de
Magnésie, 16 drachmes; mercure, 8 drachmes? pierre de Poros (i), 20 dra-
chmes ) .
« Ayant fondu le cuivre, jetez-y Pétain, puis la pierre de Magnésie en pou-
dre, puis la pierre de Poros, enfin le mercure; agitez avec du fer et versez
au moment voulu. »
Alliage analogue, avec addition de mercure.
10. Doublement de Vasèm.
« Prenez du cuivre de Chypre affiné, jetez dessus parties égales, c'est-à-
dire 4 drachmes de sel d'Ammon (21 et 4 drachmes d'alun; fondez et ajou-
tez parties égales d'asèm. »
Bronze enrichi en cuivre.
11. Fabrication de Vasèm.
« Purifiez avec soin le plomb avec la poix et le bitume, ou bien Fétain; et
mêlez la cadmie (3) et la litharge, à parties égiles, avec le plomb, et remuez
(i) Pline, H.i\., XXXVI, 28. Pierre
blanche et dure, assimilée au marbre
de Paros.
\2) Ce mot a changé de sens; à la
fin du moyen âge il signifiait notre
chlorhydrate d'ammoniaque ; mais à
l'origine il s'appliquait à un sel fos-
sile qui se développait par efflores-
cence, sel analogue au natron. Pline,
H. Λ'., XXXI, 39. On y reviendra dans
le présent ouvrage.
(3) Voir p. 26.
PAPYRUS DE LEIDE
3l
jusqu'à mélange parfait et solidification. On s'en sert comme de l'asèm
naturel ^ i ; . »
Alliage complexe renfermant du plomb, ou de Pétain, et du zinc.
. 12. Fabrication de Tasèm.
(( Prenez les rognures (2) des feuilles (métalliques), trempez dans le vinai-
gre et l'alun blanc lamelleux et laissez-les mouillées pendant sept jours, et
alors fondez avec le quart de cuivre 8 drachmes de terre de Chio (3\ et
8 drachmes de terre asémienne (4), et i drachme de sel de Cappadoce, plus
alun lamelleux, i drachme ; mêlez, fondez, et jetez du noir à la surface. »
i3. Fabrication du mélange.
« Cuivre de Gaue, versez-le dans un vase
propre, et ajoutez-v de l'or en feuilles; lorsque For paraîtra dissous dans le
mercure, agitez vivement ; ajoutez un peu de gomme, i grain, par exemple,
et, laissant reposer, écrivez des lettres d'or. »
35. Autre [recette].
« Litharge couleur d'or, 1 partie; alun, 2 parties.
30. Fabrication de l'asèm noir comme de Γ obsidienne (i).
«Asèm, 2parties ; plomb, 4 parties. Placez sur un vase de terre vide, jetez-y
un poids triplede soufre apyre (3, et, l'ayant mis dans le fourneau, fondez.
Et l'ayant tiré du fourneau, frappez, et faites ce que vous voulez. Si vous
voulez faire un-objet figuré, en métal battu, ou coulé, alors limez et taillez :
il ne se rouille pas. »
C'est un alliage noirci par les sulfures métalliques.
Pline décritune préparation analogue, usitée en Egypte H. ΛΓ. XXXI II, 46).
3". Fabrication de l'asèm.
« Bon étain. 1 partie; fondez; ajoutez-y: poix sèche, le tiers du poids de
l'étain ; ayant remué, laissez écumer la poix jusqu'à ce qu'elle ait été entière-
ment rejetée ; puis, après refroidissement de l'étain. refondez-le et ajoutez
i3 drachmes d'étain, i drachme de mercure, agitez; laissez refroidir et
travaillez comme l'asèm. «
C'est de l'étain affiné, avec addition d'un peu de mercure.
38. Pour donner aux objets de cuivre l'apparence de Vor.
α Et que ni le contact ni le frottement contre la pierre de touche ne les décèle ;
mais qu'ils puissent servir surtout pour [la fabrication d'j un anneau de belle
(i) Sur l'obsidienne, Pline, H. N. 1 (2) N'ayant pas subi l'action du feu.
XXXVI, 67. I
38 INTRODUCTION
apparence. En voici la préparation. On broie l'or et le plomb en une pous-
sière tine comme de la farine, 2 parties de plomb pour i d'or, puis, ayant
mêlé, on incorpore avec de la gomme, et Ton enduit Panneau avec cette
mixture ; puis on chaulTe. On répète cela plusieurs fois, jusqu'à ceque l'objet
ait pris la couleur. Il est difficile de déceler (la fraude) ; parce que le frotte-
ment donne la marque d'un objet d'or; et la chaleur consume le plomb,
mais non l'or. »
39. Ecriture en lettres d'or.
« Lettres d'or : safran ; bile de tortue fluviale. »
40. Fabrication de l'asèm.
« Prenez étain blanc, très divisé, puritiez-le quatre fois ; puis prenez-en
4 parties, et le quart de cuivre blanc pur et i partie d'asèm, fondez: lorsque
le mélange aura été fondu, aspergez-le de sel le plus possible, et fabriquez
ce que vous voudrez, soit des coupes, soit ce qui vous plaira. Le métal sera
pareil à l'asèm initial, de façon à tromper même les ouvriers. »
41. Autre [procédé).
α Argent, 2 parties; étainpurifié, 3 parties ; cuivre... drachmes; fondez;
puis enlevez et décapez; mettez en œuvre comme pour les ouvrages d'argent
de premier ordre. »
42. Enduit du cuivre.
«. Si vous voulez que le cuivre ait la couleur de l'argent ; après avoir purifié
le cuivre avec soin, mettez-le dans le mercure et la céruse : le mercure seul
suffit pour l'enduit. >>
C'est du cuivre simplement blanchi à la surface par le mercure.
43. Essai de l'Or.
« Si vous voulez éprouver la pureté de l'or, refondez-le et chauffez-le :
s'il est pur, il garde sa couleur après le chauffage et reste pareilà une pièce
de monnaie. S'il devient plus blanc, il contient de l'argent ; s'il devient plus
rude et plus dur, il renferme du cuivre et de l'étain ; s'il noircit et s'amollit,
du plomb. »
Ce procédé d'essai sommaire répond a des observations exactes.
PAPYRUS DE LEIDE 3g
44. Essai de l'argent.
« Chauffez l'argent ou fondez-le, comme l'or ; et, s'il reste blanc, brillant,
il est pur et non fraudé; s'il parait noir, il contient du plomb; s'il parait
dur et jaune, il contient du cuivre. »
Pline donne un procédé analogue (H. N. XXXIII, 44). On voit par là
que les orfèvres égyptiens,, tout en cherchant à tromper le public, se réser-
vaient à eux-mêmes des procédés de contrôle.
45. Écriture en lettres d'or.
« Ecrire des lettres d'or. Ecrivez ce que vous voulez avec de la soudure
d'orfèvre et du vinaigre. »
46. Décapage des objets de cuivre.
« Ayant fait cuire des bettes, décapez soigneusement avec le jus les objets
de cuivre et d'argent. On fait bouillir les bettes dans l'eau. »
47. Cuivre pareil ά Vor.
« Cuivre semblable à l'or par la couleur, soit : broyez du cumin dans
Teau; laissez reposer avec soin pendant trois jours ; le quatrième, ayant
arrosé abondamment, enduisez le cuivre et écrivez ce que vous voudrez.
Car l'enduit et l'écriture ont la même apparence. »
48. Décapage des objets d'' argent.
« Nettoyez avec de la laine de mouton, après avoir trempé dans de la
saumure piquante ; puis décapez avec de l'eau douce (sucrée?) et faites
emploi. »
49. Dorure de l'argent.
« Pour dorer sans feuilles (d'or), un vase d'argent ou de cuivre, fondez
du natron jaune et du sel avec de l'eau, frottez avec et il sera (doré). »
Recette obscure. Elle se réfère au natron jaune, corps dont il est question
dans Pline, H. N. XXXI, 46. Pline le donne comme un sel natif; mais,
dans les lignes précédentes, il parle de la fusion du natron avec du soufre:
ce qui formerait un sulfure, capable en effet de teindre les métaux. Zosime
signale aussi le natron jaune.
40 INTRODUCTION
5o. Écriture en lettres d'or.
« Broyez l'arsenic (i) avec de la gomme, puis avec de Teau de puits ; en
troisième lieu, écrivez. »
5 I . Dorure de l'argent .
« Broyez le misy avec la sandaraque et le cinabre et frottez-en l'objet
d'argent. »
53. Ecriture en lettres d'or.
« Après avoir séché des feuilles d'or, broyez avec de la gomme et écrivez. »
54. Préparation de l'or liquide.
Il Placez des feuilles d'or dans un mortier, broyez-les avec du mercure et
ce sera fait. >'
55. Coloration en or.
« Comment on doit préparer l'argent doré. Délayez du cinabre avec de
l'alun, versez dessus du vinaigre blanc, et ayant amené le tout en consis-
tance de cire, exprimez à plusieurs reprises et laissez passer la nuit. »
11 semble qu'il s'agit ici d'un enduit préliminaire.
56. Préparation de l'or.
>c Asèm, I statère, ou cuivre de Chypre, 3 ; 4 statères d'or ; fondez
ensemble. »
C'est une préparation d'or à bas titre.
57. Autre préparation.
Ί Dorer l'argent d'une façon durable. Prenez du mercure et des feuilles
d'or, façonnez en consistance de cire ; prenant le vase d'argent, décapez-le
avec l'alun, et prenant un peu de la matière cireuse, enduisez-le avec le
polissoir et laissez la matière se fixer; faites cela cinq fois. Tenez le vase
avec un chiffon de lin propre, afin qu'il ne s'encrasse pas ; et prenant de la
braise, préparez des cendres, adoucissez avec le polissoir et employez-
le comme un vase d'or. Il peut subir l'épreuve de l'or régulier. »
(i) Sulfure d'arsenic.
PAPYRUS DE LEIDE 4I
Ces derniers mots montrent qu'il s'agit d'un procédé de falsification, à
répreuve de la pierre de touche.
58. Ecriture en lettres d'or.
« Arsenic couleur d'or, 20 drachmes ; verre pulvérisé, 4 statères ; ou blanc
d'œuf, 2 statères, gomme blanche, 20 statères, safran,... après avoir écrit,
laissez sécher et polissez avec une dent(i). »
59. Fabrication de Vasèm.
« On prépare aussi Pasèm avec le cuivre ; (argent,! 2 mines; étain en
bouton, I mine ; fondant d'abord le cuivre, jetez-y l'étain et du coupho-
lithe, appelé craie (2), une demi-mine par mine ; poursuivez jusqu'à ce que
vous voyiez fondus l'argent et la craie ; après que le reste aura été dissipé et
que l'argent restera seul, alors laissez refroidir, et employez-le comme de
l'asèm préférable au véritable »
60. Autre [préparation^.
« L'asèm perpétuel i^3) se prépare ainsi : i statère de bel asèm; ajoutez-y
2 statères de cuivre affiné, fondez deux ou trois fois. »
6 1 . Blanchiment de l'étain.
« Pour blanchir l'étain. Ayant chautîé avec de l'alun et du natron,
fondez. »
62. Ecriture en lettres d'asèm.
« Délayez de la couperose et du soufre avec du vinaigre ; écrivez avec la
matière épaissie. »
63. Ecriture en lettres d'or.
« Fleur du cnecos (4), gomme blanche, blanc d'œuf mélangés dans une
coquille, et incorporez avec de la bile de tortue, à l'estime, comme on fait
pour les couleurs ; faites emploi. La bile de veau très amère sert aussi pour
la couleur. "
(1) FoiV Pline, ii. A''., XIII, 25. ] gileuse, jouant le rôle de fondant.
(2) Ce n'est pas notre craie, mais, ' (3) Voir recette n" 7.
sans aucun doute, quelque terre ar- | (4.) Plante analogue au carthame.
42 INTRODUCTION
Ici la couleur est à base organique.
64. Essai de Vascm.
<c Pour reconnaître si l'asèni est fraudé. Placez dans la saumure, chauf-
fez ; s'il est fraudé, il noircit. »
Cette recette est obscure. Se rapporte-t-elle à la formation d'un oxychlo-
rure de cuivre ?
65. Décapage de l'étain.
« Placez du gypse dans un chiffon et nettoyez. »
66. Décapage de l'argent.
« Employez l'alun humide. »
De même aujourd'hui, dans le Manuel Roret (t. II, p. igS ; i832].
« Dissolvez de l'alun, concentrez, écumez, ajoutez-y du savon et frottez
l'argent avec un linge trempé dans cette composition. »
6j. Teinture de l'asèm.
«. Cinabre, i partie; alun lamelleux, i partie ; terre cimolienne, i partie;
mouillez avec de l'eau de mer et mettez en œuvre. »
68. Amollissement du cuivre.
« Chauffez-le; placez-le dans la fiente d'oiseau et après refroidissement
enlevez. «
69. Teinture de For.
« Misy grillé, 3 parties; alun lamelleux, chélidoine, environ i partie;
broyez en consistance de miel avec l'urine d'un enfant impubère et colorez
l'objet; chauffez et trempez dans l'eau froide. »
jo. Ecriture en lettres d'or.
« Prenez un quart d'or éprouvé, fondez dans un creuset d'orfèvre ;
quand il sera fondu, ajoutez un kération (carat, tiers d'obole) de plomb ; après
qu'il a été mélangé, ôtez et refroidissez et prenez un mortier de jaspe, jetez-y
la matière fondue ; ajoutez i kération de natron et mêlez la poudre avec soin
avec du vinaigre piquant, à la façon d'un collyre médicinal, pendant trois
jours ; puis, quand le mélange est fait, incorporez i kération (mesure) d'alun
lamelleux, écrivez et polissez avec une dent. »
PAPYRUS DE LEIDE 43
7 1 . Écriture en lettres d'or.
« Feuilles d"or ductiles ; broyez avec du mercure dans un mortier ; et
employez-le pour écrire, à la façon de Fencre noire. »
72. Autre [préparation].
«Soufre apyre,..., alun lamelleux . . . ; gomme ...; arrosez la gomme
avec de l'eau. »
-3 . ^ litre {préparation) .
« Soufre apyre, ..., alun lamelleux, une drachme ; ajoutez au milieu delà
rouille sèche; broyez la rouille, le soufre et Palun finement ; mêlez pour le
mieux, broyez avec soin, et servez-vous-en comme d'encre noire à écrire,
en délayant dans du vin exempt d'eau de mer. Ecrivez sur papyrus et par-
chemin. ■
74. Autre [préparation].
« Ecrire en lettres d'or, sans or. Ghélidoine, i partie; résine pure.
I partie; arsenic couleur d'or, ι partie, de celui qui est fragile: gomme
pure ; bile de tortue, i partie ; partie liquide des œufs, 5 parties ; prenez de
toutes ces matières sèches le poids de 20 statères; puis jetez-y 4 statères de
safran de Cilicie. On emploie non seulement sur papier ou parchemin ;
mais aussi sur marbre bien poli ; ou bien si vous voulez faire un beau dessin
sur quelque autre objet et lui donner l'apparence de l'or. »
j5. Dorure.
(( Dorure faisant le môme effet. Arsenic lamelleux, couperose, sandaraque
dorée (i), mercure, gomme adraganthe, moelle d'arum, à parties égales;
délayez ensemble avec de la bile de chèvre. On l'applique sur les objets de
cuivre passés au feu, sur les objets d'argent, sur les figures de (métal) et sur
les petits boucliers. L'airain ne doit pas avoir d'aspérité. »
(i) Il s'agit probablement d'un sul-
fure d'arsenic naturel ou artificiel, in-
termédiaire entre l'orpiment et le réal-
gar. La poudre même du réalgar est
difié par un commencement de gril-
lage, mode de traitement auquel tousles
minéraux usités en pharmacie étaient
alors soumis. (Voir Dioscoride, Mat.
plus jaune que la masse compacte. ! méd., passim,' et spécialement V, 120
Peut-être aussi était-ce du réalsar mo- I et 121).
44 INTRODUCTION
76. Autre [procédé).
« Misy des mines, 3 statères ; alun des mines, 3 statères ; cliélidoine,
I stature ; versez-y l'urine d'un enfant impubère; broyez jusqu'à ce que le
mélange devienne visqueux et trempez (-y l'objetl. »
77. Autre [procède'].
« Prenez du cumin, broyez, laissez infuser trois jours dans l'eau, le
quatrième, enlevez ; enduisez-en les objets de cuivre, ou ce que vous voulez.
II faut maintenir le vase fermé pendant les trois jours. »
78. Ecriture en lettres d'or.
" Broyez des feuilles d'or avec de la gomme, séchez et employez comme
de l'encre noire. »
79. Ecriture en lettres d'argent.
« Ecrire des lettres d'argent. Litharge, 4 statères; délayez avec delà fiente
de colombe et du vinaigre ; écrivez avec un stvlet passé au feu. »
80. Teinture de Vasèm [ou en couleur d'asèm).
" Cinabre, terre cimolienne, alun liquide, parties égales ; mêlez avec de
l'eau de mer, chautîez et trempez plusieurs fois. «
8 1 . Coloration en argent.
'( Afin qu'elle ne puisse être enlevée que par le feu.
« Chrysocolle et céruse et terre de Chio, et mercure broyés ensemble ;
ajoutez du miel et, ayant traité d'abord le vase par le natron, enduisez. »
82. Durcissement de Vétain.
<! Fondez-le, ajoutez-y un mélange homogène d'alun lamelleux et de cou-
perose ; pulvérisez, et aspergez (le métal), et il sera dur. »
Le durcissement (τ/,'/,-Γ^ρω::::. τά.τ,ρχτ.χ] de l'étain et du plomb [ 1 ; sont regar-
dés ici comme corrélatifs de leur purification.
83. Fabrication de Vasèm.
« Bon étain, i mine; poix sèche, i3 statères: bitume, 8 statères; fondez
(i) Voir recettes i, 24.
PAPYRUS DE LEIDE 45
dans un vase de terre cuite luté autour ; après avoir refroidi, mêlez lo sta-
tères de cuivre en grains ronds et 3 statères d'asèm antérieur et 12 statères
de pierre de Magnésie broyée. Fondez et faites ce que vous voudrez. »
84. Fabrication de Vasèm égyptien.
« Recette de Piiiménas le Saïte. Prenez du cuivre de Chypre doux, puri-
fiez-le avec du vinaigre, du sel et de l'alun ; après l'avoir purifié, fondez en
jetant sur 10 statères de cuivre 3 statères de céruse bien pure, 2 statères de
litharge couleur d'or ou provenant de la coupellation de For:, ensuite il
deviendra blanc ; alors ajoutez-y 2 statères d'asèm très doux et sans défaut,
et l'on obtiendra le produit. Empêchez en fondant qu'il n'y ait liquation.
Ce n'est pas l'œuvre d'un ignorant, mais d'un homme expérimenté, et l'union
des deux métaux sera bonne. »
Cette recette est fort claire, sauf l'omission des agents destinés à réduire
la litharge et la céruse.
'5^
85. Autre procédé).
« Préparation exacte d'asèm, préférable à celle de l'asèm proprement
dit. Prenez : orichalque (i), par exemple, i drachme ; mettez dans le creuset
jusqu'à ce qu'il coule; jetez dessus 4 drachmes de sel ammoniac '2 , ou cap-
padocien; refondez, ajoutez-y alun lamelleux, le poids d'une fève d'Egypte;
refondez, ajoutez-y i drachme de sandaraque décomposée (3), non de la san-
daraque dorée, mais de celle qui blanchit ; ensuite transportez dans un
(i) Laiton ou analogue. j de fumée. Mais dans Geber, Stimm.i
(2) Ilestplusquedouteuxqu'ils'agisse | perfectionis, livre I, ch. X et Libri in-
ici de notre sel ammoniac moderne. i ves/ig'iTiÎOiHS (LVsiècle), ainsi que dans
C'est plutôt une variété de sel gemme | Avicenne (XI" siècle), cité dansleSpe-
ou de carbonate de soude, d'après les culum majus de Vincent de Beauvais
textes formels de Diqscoride, Mat. [Spéculum naturale,\.YlU. 60), le mot
méd., V, 125; et de Pline, H. N., sel ammoniac s'applique h un corps
XXXI, 3q. De même, dans le traité sublimable, tel que notre chlorhydrate
De Mineralibus, attribué à Albert le ' d'ammoniaque. Le sens de ce mot a
Grand. 1. V, tr. I, ch. II, Dans le Pseu- J donc changé dans le cours des temps.
do-Aristote, auteur de l'époque arabe, I (3) Sulfure d'arsenic, probablement
(Manget, Bibl. chem., t. I, p. 648), | en partie désagrégé par le grillage.
c'est aussi un sel fusible, qui n'émet pas
46 INTRODUCTION
autre creuset enduit à l'avance de terre de Chio ; après fusion, ajoutez un
tiers d'asèm et employez. »
Cette préparation donne un alliage de cuivre et de zinc arsenical.
86. Autre [p-océdé].
« Prenez: étain, 12 draclimes ; mercure, 4 drachmes: terre de Chio,
2 drachmes; fondez l'étain ; jetez-y la terre en poudre, puis le mercure ;
remuez avec un morceau de fer; mettez en globules. »
87. Doublement de l'or.
« Pour augmenter le poids de l'or. Fondez avec le quart de cadmie, et il
deviendra plus lourd et plus dur. »
Il fallait évidemment ajouter un agent réducteur et un fondant, dont la
recette ne fait pas mention. On obtenait ainsi un alliage de l'or avec les
métaux dont les oxydes constituaient la cadmie, c'est-à-dire le zinc, le cuivre,
ou le plomb spécialement ; alliage riche en or. La même recette se lit aussi
dans le Pseudo-Démocrite, mais comme toujours plus compliquée et plus
obscure. Ce qui suit est plus clair.
8S. Autre [procédé).
« On altère l'or en l'augmentant avec le misy et la terre de Sinope (i) ;
on le jette d'abord à parties égales dans le fourneau ; quand il est devenu
clair dans le creuset, on ajoute de chacun ce qui convient, et l'or est
doublé. »
8g. Autre [jirocédé].
'c Invention de l'eau de soufre (2). Une poignée de chaux, et autant de
soufre en poudre fine; placez-les dans un vase contenant du vinaigre fort, ou
de l'urine d'enfant impubère (3i; chauffez par en-dessous, jusqu'à ce que la
(i) Minium ou sanguine.
(2) Ou de l'eau divine; le mot grec
est le même.
(3) L'urine d'un enfant impubère,
παιδόςάοΟο'ρου, était employée par les an-
ciens dans beaucoup de recettes,
comme on le voit dans Dioscoride, dans
Pline, dans Celse, etc. Elle agissait
vraisemblablement comme source de
phosphates alcalins et d'ammoniaque,
résultant de la décomposition de l'urée.
Mais nous ne voyons pas pourquoi
toute urine humaine ne ferait pas le
même effet; à moins qu'il n'y ait là une
idée mystique. Plus tard, le mot d'en-
fant ayant disparu dans les recettes des
PAPYRUS DE LEIDE
47
liqueur surnageante paraisse comme du sang ; décantez celle-ci proprement
pour la séparer du dépôt, et employez. «
On prépare ainsi un polysulfure de calcium, susceptible d'attaquer l'or,
du moins à sec, capable aussi de teindre les métaux par voie humide.
Ueau de soiifre ou eau divine joue un très grand rôle chez les alchimistes
grecs.
90. Comment on dilue l'asèm.
« Ayant réduit l'asèm en feuilles et l'ayant enduit de mercure, et appliqué
fortement sur la feuille, on saupoudre de pyrite la feuille ainsi disposée, et
on la place sur des charbons, pour la dessécher et jusqu'à ce que la couleur
de la feuille paraisse changée ; car le mercure s'évapore et la feuille s'at-
tendrit. Puis on incorpore dans le creuset i partie d'or (i), 2 parties d'ar-
gent (2); les ayant mêlées, jetez sur la rouille qui surnage de l'arsenic cou-
leur d'or, de la pyrite, du sel ammoniac (3), de la chalcite (4], du bleu (5),
et ayant broyé avec l'eau de soufre, grillez, puis répandez le mercure à la
surface. »
Les recettes suivantes sont des recettes de teinture en pourpre.
9 1 . Fixation de Vorcanette.
« Urine de brebis ; ou arbouse, ou jusquiame pareillement. «
C'est un fragment de recette sans suite, recueilli sans doute par un copiste
ignorant. A moins qu'il ne s'agisse d'un simple détail, destiné à compléter
une recette connue du lecteur.
copistes, celles-ci ont appliqué Fépi-
thète à l'urine; et il n'est plus guère
mention que d'urine non corrompue
(oûpov αφΟορον) dans les ouvrages alchi-
miques grecs. Cependant la notion
primitive a subsisté pendant tout le
moyen âge, dans quelques textes. Ainsi
on lit encore dans la Bibliotheca
Chemica de M.^nget, t. I. Préface,
avant-dernière page (1702I : a Sal vola-
tile et βχιαη, ut et spiritus iirince, sic
parantur. Recipe iirinœ puerorum
13 circiter annos natorum, etc. ».
(i) L'or est désigné ici par le signe du
Soleil, exactement pareil à celui des
alchimistes : c'est le plus vieil exemple
connu de cette notation.
(2) L'argent est désigné par le crois-
sant lunaire, toujours comme chez les
alchimistes.
(3) Voir la remarque de la page 45.
(4) Minerai pyriteux de cuivre.
(5) Sulfate de cuivre, ou émail bleu,
ou azurite.
4S
INTRODUCTION
92. Dilution [falsification] de Vorcanette.
« On dilue l'orcanette avec les pommes de pins (?^ la partie intérieure des
pêches, le pourpier, le suc des bettes, la lie de vin, l'urine de chameau et
l'intérieur des citrons. »
93. Fixation de l'orcanette.
« Cotylédon (i) et alun mêlés à parties égales, broyez finement, jetez-y
Forcanette. »
94. Agents stj'ptiques.
<i Melanteria (2), couperose calcinée, alun, chalcitis, cinabre, chaux, écorce
de grenade, gousse d'arbre épineux, urine avec aloès : ces choses servent en
teinture. >•
g5. Préparation de la pourpre.
« Cassez en petits morceaux la pierre de Phrygie (3) ; faites bouillir et,
ayant immergé la laine, abandonnez jusqu'à refroidissement; ensuite jetant
dans le vase une mine (poids) d'algue (4I, faites bouillir et jetez-y une mine
d'algue ; faites bouillir et jetez-y la laine, et, laissant refroidir, lavez dans
l'eau de mer [la pierre de Phrygie est grillée (5), avant d'être concassée],
jusqu'à coloration pourpre. »
96. Teinture de la pourpre.
<■<■ Mouillez la chaux avec de l'eau et laissez reposer pendant une nuit ;
ayant décanté, déposez la laine dans la liqueur pendant un jour ; enlevez-la,
séchez ; ayant arrosé l'orcanette avec du vinaigre, faites bouillir et jetez-y la
(i) Plante, voir Dioscoride, Mat.
méd., IV, go et 9 1 .
(2) Vitriol, produit par la décompo-
sition de certains minerais à l'orifice
des mines de cuivre (Diosc, Mat. mé-
dicale. V, 117).
(3) Pline, H. N. XXXVI, 36. —
Dioscoride, Mat. médicale, V, 140.
Cette pierre ét^it autrefois employée
pour la teinture des étoffes. Il sem-
ble que ce fût une sorte d'alunite.
(4) Herbes et lichens marins fournis-
sant l'orseille.
(5) Ceci s'accorde avec Pline. C'est
d'ailleurs une parenthèse, la coloration
en pourpre s'appliquant à la laine. Il y
a avant deux mots inintelligibles, par
suite de quelque transposition du co-
piste.
PAPYRUS DE LEIDE 49
laine et elle sortira teinte en pourpre — Torcanette bouillie avec l'eau et
le natron produit la couleur pourpre). »
« Ensuite séchiez la laine, et teignez-la comnie il suit : Faites bouillir
l'algue avec de l'eau, et, lorsqu'elle aura été épuisée, jetez dans l'eau une
quantité imperceptible de couperose, afin de développer la pourpre, et alors
plongez-y la laine, et elle se teindra: s'il y a trop de couperose, elle devient
plus foncée. »
Il y a là deux procédés distincts, l'un avec Torcanette. l'autre avec
Forseille.
97. Autre (procédé).
« Broyez des noix avec de Torcanette de bonne qualité ; cela fait, met-
tez-y du vinaigré fort ; broyez de nouveau; ajoutez-y de Técorce de grena-
dier; laissez trois jours ; et après, plongez-y la laine et elle sera teinte
à froid. »
« On dit qu'il y a un certain acanthe (i) qui fournit de la couleur pour-
pre ; mouillé avec du natron de Bérénice, au lieu de noix, il produit le
même effet. »
g8. Autre procédé).
« Nettoyez la laine avec Therbe à foulon, et tenez à votre disposition de
l'alun lamelleux ; en broyant la partie intérieure de la noix de galle, jetez
avec l'alun dans un pot, puis mettez la laine et laissez reposer quelques
heures ; enlevez-la et laissez-la sécher. Au préalable, suivez cette marche.
Ayant broyé de la lie (2I et l'avant mise dans un vase, versez de Teau de
mer, agitez et laissez déposer. Puis décantez l'eau claire dans un autre vase
et tenez-la à votre disposition. Prenant de Torcanette et la mettant dans un
vase, mêlez avec Teau de la lie, jusqu'à ce qu'elle s'épaississe convenable-
ment et devienne comme sablonneuse. Alors mettez le produit dans le vase
(réservé), délayant à la main avec Teau précédente qui provient de Torca-
nette. Ensuite, lorsqu'il sera devenu comme visqueux, mettez-le dans une
(i) Plante non identifie'e.{yo!rDiosc., ] (2) La lie de vin agit ici par le bitar-
Mat. méd. III, 17. — Pline, H. N. 1 trate de potasse qu'elle contient.
XXII, 34.) I
5ο INTRODUCTION
petite marmite, ajoutez-y le reste de l'eau d'orcanette, et laissez jusqu'à ce
qu'il ait tiédi ; alors plongez-y la laine, laissez quelques heures et vous trou-
verez la pourpre solide. »
9g. Autre [procédé).
« Prenant de l'orcanette, de la léontice (i), ôtez l'écorce, prenez-la pour
la broyer dans un mortier, aussi fine que de l'antimoine : ajoutez-y de l'hy-
dromel dilué avec de l'eau, broyez de nouveau, mettez le produit broyé dans
un vase, et faites bouillir : quand vous verrez tiédir ,1a liqueur:, plongez-y
la laine; laissez séjourner. La laine doit être nettoyée avec l'herbe à foulon
et épaissie (cardée et feutrée). Alors prenez-la, plongez-la dans l'eau de
chaux (2), laissez imbiber ; enlevez-la, lavez fortement avec du sel marin,
séchez ; plongez de nouveau dans l'orcanette et laissez séjeurner. »
100. Autre [procédé).
« Prenez le suc des parties supérieures de l'orcanette et une noix de galle
compacte [omphacite (3)] grillée dans la rôtissoire ; l'ayant broyée avec addi-
tion d'un peu de couperose, mêlez au suc, faites bouillir, et donnez la tein-
ture de pourpre. «
loi. Substitution de couleur glauque [^ .
« Au lieu de couleur glauque, prenez la scorie de fer, écrasez-la avec soin
jusqu'à réduction à l'apparence du smegma(5), et faites bouillir avec du
vinaigre, jusqu'à ce qu'il durcisse ; plongez la laine préalablement nettoyée
avec l'herbe à foulon épaissie (cardée et feutrée), et vous la trouverez teinte
en pourpre ; teignez ainsi avec les couleurs que vous avez. »
DioscoRiDE. Extraits du livre sur la Matière médicale.
102. Arsenic. — io3. Sandaraque. — 104. Misy. — io5. Cadmie.
— lob. Chrysocolle. — 107. Rubrique de Sinope. — 108. Alun. —
loq. Natron. — 1 10. Cinabre. — 1 1 1. Mercure.
(i) Plante. Voir Diosc, Mat. méd. ; (4) Bleu verdâtre. Cette recette est
III, 100. — Pline, H. N. XXV, 85. j obscure et incomplète.
(2) Est-ce la même chose que la disse- 1 (5) Variété d'oxyde de cuivre pro-
lution de la chaux vive dans l'eau? j duite par le vent du soufflet sur le cui-
(3) Diosc, M.u. méd. I, 146. 1 vre fondu. Pline H. X. XXXIV, 36.
PAPYRUS DE LEIDE 5l
On se borne à rappeler ces titres pour mémoire, les articles avant été
tirés d'un Ouvrage connu et publié [voir p. 26I.
EXPLICATION DES RECETTES DU PAPYRUS DE LEIDE
Ces textes étant connus, il s'agit maintenant de les rapprocher et d'en
tirer certaines conséquences.
Les recettes relatives aux métaux sont les plus nombreuses et les plus
intéressantes. Elles montrent tout d'abord la corrélation entre la profession
de l'orfèvre, qui travaillait les métaux précieux, et celle de l'hiérogram-
mate ou scribe sacré, obligé de tracer sur les monuments de marbre ou de
pierre, aussi bien que sur les livres en papyrus ou en parchemin, des carac-
tères d'or ou d'argent : les recettes données pour dorer les bijoux dans le
papyrus sont en effet les mêmes que pour écrire en lettres d'or. Nous com-
mencerons par ce dernier ordre de recettes, dont les applications sont tou-
tes spéciales, avant d'entrer dans le détail des préparations métalliques;
car elles forment en quelque sorte l'introduction aux procédés de teinture
des métaux.
I . — Recettes pour écrire en lettres d'or.
L'art d'écrire en lettres d'or ou d'argent préoccupait beaucoup les artisans
qui se servaient de notre papyrus; il n'y a pas moins de quinze ou seize
formules sur ce sujet, traité aussi à plusieurs reprises dans les manuscrits
de nos bibliothèques; Montfaucon et Fabricius ont déjà publié plusieurs
recettes, tirées de ces derniers.
Rappelons rapidement celles du papyrus :
Feuilles d'or broyées avec de la gomme (53) et (78).
Ce procédé figure encore de nos jours dans le Miinîie/ /îorei it. II, p. i36;
i832) [Triturer une feuille d'or avecdu miel et de la gomme, jusqu'à pulvé-
risation, etc.]
52 INTRODUCTION
Or amalgamé et gomme (341 et (71).
Amalgame d'or (54 .
Dans une autre recette (70) et (451, on prépare d'abord un alliage d'or et
de plomb, auquel on fait subir certaines préparations.
Dans les recettes précédentes, l'or iorrae le fond du principe colorant.
Mais on employait aussi des succédanés pour écrire en couleur d'or, sans or :
par exemple, un mélange intime de soufre natif, d'alun etde rouille, (72^ et
(73,1, délayés dans du vin;
Et encore : litharge couleur d'or (35) ;
Safran et bile de tortue (39) ;
Cuivre rendu semblable à l'or par un enduit de cumin ί47Ί ; voir aussi [■]■]].
Fleur de carthame et bile de tortue ou de veau (63' .
Les recettes suivantes reposent sur l'emploi de l'orpiment (arsenic des
anciens); telles sont les recettes (5o; et (58), avec addition de safran.
Dans une autre préparation plus compliquée (74), l'orpiment, la chéli-
doine, la bile de tortue et le safran sont associés, suivant une recette com-
posite.
L'orpiment apparaît ici comme matière employée pour sa couleur pro-
pre, et non comme colorant des métaux, emploi qu'il a pris plus tard.
Ontrouve encore une recette 1621 pour écrire en lettres d'asèm mlliage
d'argent et d'or;, au moyen de la couperose, du soufre et du vinaigre ; c'est-à-
dire sans or ni argent;
Et une recette 179) pour écrire en lettres d'argent, avec de la litharge
délayée dans la fiente de colombe et du vinaigre.
Il existe aujourd'hui des recettes analogues dans le Manuel Roret Λ. II, p.
140; 1 83 2) : « Étain pulvérisé et gélatine, on forme un enduit, on polit au bru-
nissoir; on ajoute une couche de vernis à l'huile ou à la gomme laque, ce qui
fournit une couleur blanche, ou dorée, sur bois, sur cuir, fer, etc. »
Si j'ai donné quelques détails sur ces recettes pour écrire des lettres
d'or ou d'argent, c'est parce qu'elles caractérisent nettement les personnes
à qui elles étaient destinées. Ce sont, je le répète, des formules précises
de praticiens, intéressant spécialement le scribe qui transcrivait ce papyrus,
et toute la classe, si importante en Egypte, des hiérogrammates; car il ne
s'agissait pas seulement d'écrire et de dessiner sur papyrus, mais aussi
PAPYRUS DE LEIDE 53
sur marbre ou sur tout autre support. Certaines de ces recettes, par une
transition singulière, sont devenues, comme je le dirai bientôt, des recettes
de transmutation véritable.
II. — Manipulation des Métaux .
Venons aux formules relatives à la manipulation des métaux. Elles por-
tent la trace d'une préoccupation commune : celle d'un orfèvre préparant
des métaux et des alliages pour les objets de son commerce, et poursuivant
un double but. D'une part, il cherchait à leur donner l'apparence de For
et de l'argent, soit par une teinture superficielle, soit par la fabrication
d'alliages ne renfermant ni or, ni argent, mais susceptibles de faire illusion
à des gens inhabiles et même à des ouvriers exercés, comme il le dit expres-
sément. D'autre part, il visait à augmenter le poids de l'or et de l'argent
par l'introduction de métaux étrangers, sans en modifier l'aspect. Ce sont
là toutes opérations auxquelles se livrent encore les orfèvres de nos jours ;
mais l'Etat leur a imposé l'emploi de marques spéciales, destinées à définir
le titre réel des bijoux essayés dans les laboratoires officiels, et il a séparé
avec soin le commerce du faux, c'est-à-dire les imitations, ainsi que
celui du doublé, du commerce des métaux authentiques. Malgré toutes
ces précautions, le public est continuellement déçu, parce qu'il ne connaît
pas et ne peut pas connaître sutîisamment les marques et les movens de
contrôle.
Il y a là des tentations spéciales : les fraudes professionnelles ne sem-
blent pas toujours, dans l'esprit des gens du métier, relever des règles de
la probité commune. Le prix de l'or est si élevé, les bénéfices résultant
de son remplacement par un autre métal sont si grands, que, même de nos
jours, il s'exerce de la part des orfèvres une pression incessante dans ce
sens, pression à laquelle les autorités publiques ont peine à résister. Elle a
pour but, soit d'abaisser le titre des alliages d'or employés en orfèvrerie,
tout en les vendant comme or pur; soit de vendre au prix du poids total,
estimé comme or, les bijoux renfermant des émaux ou des morceaux de
fer ou d'autres métaux ; même de notre temps, c'est là une tradition com-
3^ INTRODUCTION
merciale que l'on n'a pas réussi à interdire. Déjà l'on disait au siècle
dernier, au temps des métiers organisés par corporations: « Il semble
que l'art de tromper ait ses principes et ses règles; c'est une tradition que
le maître enseigne à son apprenti, que le corps entier conserve comme un
secret important. « Ici, comme dans bien d'autres industries, il y a ten-
dance perpétuelle à opérer des substitutions et des altérations de matière,
fort lucratives pour le marchand et exécutées de façon que le public ne
s'en aperçoive pas; sans cependant se mettre en contradiction flagrante avec
le texte des lois et règlements. Au delà commence la criminalité, et il n'est
pas rare que la limite, soit franchie.
Or ces lois et règlements, cette séparation rigoureuse entre l'industrie
du faux, du doublé, du plaqué, des imitations, et l'industrie du vrai
or et du vrai argent, ces marques légale?, ces moyens précis d'analyse
dont nous disposons aujourd'hui, n'existaient pas au temps des anciens.
Le papyrus de Leide est consacré à développer les procédés par lesquels
les orfèvres d'alors imitaient les métaux précieux et donnaient le change
au public. La fabrication du doublé et celle des bijoux fourrés ne
figurent cependant pas dans ces recettes, quoiqu'on en trouve des traces
chez Pline ii). Les recettes sont ici d'ordre purement chimique, c'est-à-
dire que l'intention de fraude est moins évidente. De là pourtant à l'idée
qu'il était possible de rendre l'imitation si parfaite qu'elle devînt identique
à la réalité, il n'y avait qu'un pas. C'est celui qui fut franchi par les alchi-
mistes.
La transmutation était d'autant plus aisée à concevoir dans les idées
du temps que les métaux purs, doués de caractères définis, n'étaient pas
distingués alors de leurs alliages : les uns et les autres portaient des
(i) Hist. nat., XXXIII, 6, anneau de
fer entouré d'or; lame d'or creuse rem-
plie avec une matière légère ; 52, lits
plaqués d'or, etc. Les monnaies four-
rées, c'est-à-dire formées d'une âme de
cuivre, de fer ou de plomb, recouverte
d'une feuille d'argent ou d'or, ont été
usitées dans l'antiquité et même fabri-
mèlait en certaines proportions avec la
monnaie lovale dans ses émissions, dès
le temps de la République romaine et
aussi a l'époque impériale, ce que l'on
appelait miscere monetcim : — tingere
OM inficerenionetam, — dernière expres-
sion applicable à l'or. [La Monnaie
dans l'antiquité, par Fr. Lenormant, I,
quées par le Gouvernement, qui les | 221 à 2 56|.
PAPYRUS DE LKIDE 55
noms spcciiiques, regardés comme équivalents. Tel est le cas de l'airain
(cEs\ alliage complexe et variable, assimilé au cuivre pur, et qui était sou-
vent désigné par le même nom. Notre mot bron:[e reproduit la même
complexité; mais ce n'est plus pour nous un métal défini. Le mot de
cuivre lui-même s'applique souvent à des alliages jaunes ou blancs, dans
la langue commune de nos jours et dans celle des artisans. De même Torichal-
que,qui est devenu après plusieurs variations notre laiton (i); le chrysochal-
que, qui est devenu notre chrysocale ou similor, etc. L'electrum, alliage
naturel d"or et d'argent, a servi à fabriquer des monnaies en Asie Mineure,
(Lydie et villes d'Ionic;, en Campanie et à Carthage, où l'on prenait même
soin de leur faire subir une cémentation, destinée à leur donner l'aspect de
l'or pur (v. p. lô). L'airain de Corinthe, alliage renfermant de For, du cui-
vre et de l'argent, n'était pas sans analogie avec le quatrième titre de l'or, usité
aujourd'hui en bijouterie. L'alliage monétaire, employé pour les monnaies
courantes, était aussi un métal propre; de même que notre billon d'aujour-
d'hui; la planète Mars lui est même attribuée, au même titre que les autres
planètes aux métaux simples, dans la vieille liste de Celse. Le claudianon et
le molybdochalque, alliages de cuivre et de plomb mal connus, souvent
cités par les alchimistes, ne sont pas sans analogie avec le clinquant, le po-
tin et avec certains laitons ou bronzes artistiques, spécialement signalés
dans divers passages de Zosime. Mais ils ont disparu, au milieu des nom-
breux alliages que l'on sait former maintenant entre le cuivre, le zinc, le
plomb, l'étain, l'antimoine et les autres métaux, ht pseudargyreàe. Strabon
est un alliage qui n'a pas non plus laissé d'autre trace historique; peut-être
contenait-il du nickel. Les Romains ajoutaient parfois au bronze monétaire,
(cuivre et étain), du plomb, jusqu'à la dose de 29 p. 0/0 dans leurs mon-
naies. Le stannum de Pline était un alliage analogue au claudianon, ren-
fermant parfois de l'argent, et dont le nom a fini par être identifié avec
celui du plomb blanc, autre alliage variant depuis les composés de plomb
et d'argent, qui se produisent pendant le traitement des minerais de plomb,
jusqu'à l'étain pur, qu'il a fini par signifier exclusivement. La monnaie
(Il Le nom même du laiton vient [ pendant le moyen âge, d'après du
aeleclrum, qui avait pris ce sens 1 Cange.
56 INTRODUCTION'
d'étain frappée par Denys de Syracuse, d'après Aristote, devait être un
alliage de cet ordre ; même au temps des Sévères on a fabriqué des mon-
naies d"étain, simulant l'argent (Lenormant. La Monnaie dans l'antiquité,
p. 2i3 et qui sont venues jusqu'à nous.
Au point de vue de l'imitation ou de la reproduction de l'or et
de l'argent, le plus important alliage était l'asèm, identifié souvent avec
l'électrum, alliage d'or et d'argent qui se trouve dans la nature : mais le
sens du mot asèm est plus compréhensif. Le papyrus X offre à cet égard
beaucoup d'intérêt, en raison des formules multipliées d'asèm qu'il ren-
ferme. C'est sur la fabrication de l'asèm en effet que roule surtout l'imitation
de l'or et de l'argent, d'après les recettes du papyrus : c'est aussi sa fabri-
cation et celle du molybdochalque. qui sont le point de départ des procédés
de transmutation des alchimistes. Toute cette histoire tire un singulier
jour des textes du papyrus qui précisent nettement ce qu'il était déjà per-
mis d'induire à cet égard (i) : je les rapprocherai des textes des vieux alchi-
mistes que j'ai spécialement étudiés.
Abordons donc de plus près la discussion du papyrus. Nous y trouvons
d'abord des recettes pour la teinture superficielle des métaux (2) : telles que
la dorure et l'argenture, destinées à donner l'illusion de l'or et de l'argent
véritables et assimilées soit à l'écriture en lettres d'or et d'argent, soit à
la teinture en pourpre, dont les recettes suivent. Tantôt on procédait par
l'addition d'un Uniment ou d'un vernis : tantôt, au contraire, on enlevait
à la surface du bijou les métaux autres que l'or, par une cémentation qui en
laissait subsister à l'état invisible et caché le noyau composé v. p. 161.
On V rencontre aussi des recettes destinées à accomplir une imitation
plus profonde : par exemple, en alliant au métal véritable, or ou argent, une
dose plus ou moins considérable de métaux moins précieux ; c'était l'opé-
ration de la diplosis, qui se pratique encore de nos jours (3j. Mais l'orfèvre
(1) Origines de l'Aichittue. Les aie- | testée autrefois par des raisons à priori;
taux chez les Égyptiens, p. 2 1 1 et sui- la diplosis étant réputée inconnue avant
vantes. lemovenâge.Maisla connaissance posi-
(2) Ibid., p. 238. tive de cette opération chez les anciens,
|3) Manilius, poète latin du 1" siècle ; établie par le papyrus de Leide, tend à
de l'ère chrétienne, en parle aussi dans j rétablir la valeur du texte de Alanilius.
un vers dont l'authenticité a été con- I — Voir Origines de l'Alchimie, p. 70.
PAPYRUS DE LEIDE Dy
égyptien croyait ou prétendait faire croire que le métal vrai était réelle-
ment multiplié, par une opération comparable à la fermentation ; deux
textes du papyrus [masse inépuisable, recettes 7 et 60), etc.] le montrent
clairement. C'est là d'ailleurs la notion même des premiers alchimistes,
clairement exposée dans Enée de Gaza (ij.
Enfin la falsification est parfois complète, l'alliage ne renfermant pas
trace d'or ou d'argent initial. C'est ainsi que les alchimistes espéraient
réaliser une transmutation intégrale.
Dans ces diverses opérations, le mercure joue un rôle essentiel, rôle qui
a persisté jusqu'à nos jours, où il a été remplacé pour la dorure par des
procédés électriques. L'arsenic, le soufre et leurs composés apparaissent
aussi comme agents tinctoriaux: ce qui complète l'assimilation des recettes
du papyrus avec celles des alchimistes.
Les divers procédés employés dans le papyrus, pour reconnaître la
pureté des me'ia2/x(docimasie, 43, 44. 64. 32 ; pour les affiner et les purifier
(15, or), (26, argent), (2, 3, 4, étaini, -21, 22, asèm) ; pour les décaper, opéra-
tion qui précède la soudure ou la dorure 46, 48, 65, 66, 20, 20 bis , sont
rappelés ici seulement pour mémoire.
En ce qui touche la soudure des métaux, il n'y a que deux recettes relatives
à la soudure d'or ichrysocoUe;. Observons que ce nom a plusieurs sens
très différents chez les anciens : il signifie tantôt la malachite 2 , tantôt un
alliage de l'or avec l'argent (3;, ou avec le plomb, parfois avec le cuivre ; ces
divers corps étant d'ailleurs mis en œuvre simultanément. Enfin on le
trouve appliqué dans Olympiodore à l'opération même, par laquelle on
réunissait en une masse unique les parcelles ou paillettes métalliques. C'est
un alliage de l'or et du cuivre, associé à l'argent ou à l'asèm, qui est désigné
sous ce nom dans notre papyrus, recettes 31 et 33 .
'Venons aux procédés pour dorer, argenter, teindre et colorer les métaux
superficiellement. Deux formules de décapage rappelées p*lus haut 19, 20,
20 bis) ont déjà cette destination; dans un but de tromperie, ce semble, en
modifiant l'apparence de la monnaie. La recette 25 tend vers le même but:
(i) Origines de l'Alchimie, p. j5. j (3) Pline, Hist. A'at., XXXIII, 29.
(2) OioscoRiiiE, Mat. med., y. 104. \
58 INTRODUCTION
c'est à peu près celle du cément royal, au moyen duquel on séparait l'or de
l'argent et des autres métaux (p. ni. Employée comme ci-dessus, elle a
pour effet de faire apparaître l'or pur à la surface de l'objet d or, le centre
demeurant allié avec les autres métaux. C'est donc un procédé de fraude
(v. p. i6). Maison pouvait aussi s'en servir pour lustrer l'or.
Aujourd'hui encore les orfèvres emploient diverses recettes analogues,
pour donner à l'or une belle teinte:
« Or mat, salpêtre, alun, sel ;
« Or fin, avec addition d'acide arsénieux ;
« Or rouge, par addition d'un sel de cuivre ;
'c Or jaune, par addition de salpêtre, de sel ammoniac.
« Pour lustrer et polir. Tartre brut, 2 onces; soufre en poudre, 2 onces;
sel marin, 4 onces ; faites bouillir dans parties égales d'eau et d'urine ;
trempez-y l'or, ou l'ouvrage doré.» {Manuel Roret, t. 11, p. 188; i832).
Le soufre et l'urine se retrouvent ici, dans le manuel Roret, comme chez
les alchimistes égyptiens.
Voici maintenant des procédés de dorure véritable. L'un d'eux (38) est
remarquable, parce qu'il procède sans mercure, au moyen d'un alliage de
plomb : il représente peut-être une pratique antérieure à la connaissance
du mercure, dont il n'est pas question jusqu'au v= siècle avant notre ère.
En tout cas, c'est toujours un procédé pour tromper l'acheteur, comme
le texte le dit expressément.
Un autre procédé (571 est destiné à dorer l'argent, par application avec
des feuilles d'or et du mercure. L'objet, dit l'auteur, peut subir l'épreuve de
l'or régulier (la pierre de touche) : c'est donc un procédé de fraude.
D'autres recettes donnent seulement l'apparence de l'or: on la commu-
nique au cuivre par l'emploi du cumin par exemple 28 ; avec des variantes
(47) et (77 .
Rappelons ici les recettes pour écrire en couleur d'or avec l'aide du safran,
du carthame et de la bile de veau ou de tortue (39 , (63 , \74 . Pline explique
également que l'on colore le bronze en or avec le fiel de taureau {H. N.
XXVIII, 146).
Une autre recette est destinée à dorer sans or un vase d'argent ou
de cuivre, au moyen du natron jaune, substance mal connue (49) : c'était
PAPYRUS DE LEIDE DQ
peut-être un sulfure, capable de teindre superficiellement les métaux
(v. p. 39).
Une recette pour dorer l'argent (51) repose sur l'emploi de la sandaraque
(c'est-à-dire du réalgar), du cinabre et du misy (sulfates de cuivre et de fer
basiques). Elle constate ainsi l'apparition des composés arsenicaux pour
teindre en or. Mais ces composés semblent employés ici seulement par
application, sans intervention de réactions chimiques, telles que celles qui
font au contraire la base des méthodes de transmutation par l'arsenic che^
les alchimistes.
Une apparence de dorure superficielle (69) et (76) repose sur l'emploi du
misy grillé, de l'alun et de la chélidoine, avec addition d'urine.
Ces procédés de teinture superficielle sont devenus un procédé de trans-
mutation dans le Pseudo-Démocrite [Physica et Mj^stica), qui s'exprime
ainsi :
« Rendez le cinabre (i) blanc au moyen de l'huile, ou du vinaigre, ou du
miel, ou de la saumure, ou de l'alun; puis jaune, au moyen du misy, ou du
sory, ou de la couperose, ou du soufre apyre, ou comme vous voudrez.
Jetez le mélange sur de l'argent et vous obtiendrez de l'or, si vous avez
teint en or; si c'est du cuivre, vous aurez de l'électrum : car la nature jouit
de la nature. «
Cette recette est reproduite avec plus de détails un peu plus loin, dans le
même auteur.
Ailleurs le Pseudo-Démocrite donne un procédé fondé sur l'emploi du
safran et de la chélidoine, pour colorer la surface de l'argent ou du cuivre
et la teindre en or : ce qui est conforme aux recettes pour écrire en lettres
d'or exposées plus haut.
La chélidoine apparaît aussi associée à l'orpiment, dans l'une des recettes
du papyrus pour écrire en lettres d'or sur papier, sur parchemin, ou sur
marbre (74. .
A la suite figure un procédé de dorure par vernissage, fondé sur l'emploi
simultané des composés arsenicaux, de la bile et du mercure (75).
(i) Ce mot semble signifier ici le minium (oxyde de plomb), sens que 1 on trouve
dans Dioscoride.
6ο INTRODUCTION
Ce procédé rappelle à certains égards le vernis suivant, pour donner
une couleur d'or à un métal quelconque {Manuel Roret, t. II, p. 192;
i832) :
« Sangdragon, soufre et eau, faire bouillir, filtrer: on met cette eau dans
un matras avec le métal qu'on veut colorer. On bouche, on fait bouillir, on
distille. Le résidu est une couleur jaune, qui teint les métaux en couleur
d'or. On peut encore opérer avec parties égales d'aloès, de salpêtre et de sul-
fate de cuivre. »
Les procédés suivants sont des procédés d'argenture, tous fondés sur une
coloration apparente, opérée sans argent. Ainsi 42 , sous le nom d'endtiit
de cuivre, on enseigne à blanchir le cuivre en le frottant avec du mercure :
c'est encore aujourd'hui un procédépour donnera la monnaie de cuivre l'ap-
parence de l'argent et duper les gens inattentifs.
De même un amalgame d'étain, destiné à blanchir le cuivre (27).
De même le procédé pour colorer l'argent (81).
La teinture en couleur d'asèm 80; et (67), intermédiaire entre l'or et l'ar-
gent, est répétée deux fois.
Citons encore une recette pour blanchir le cuivre par l'arsenic î23i.
Au lieu de teindre la surface des métaux, pour leur donner l'apparence
de l'or ou de l'argent, les orfèvres égyptiens apprirent de bonne heure à les
teindre à fond, c'est-à-dire en les modifiant dans toute leur masse. Les pro-
cédés employés par eux consistaient à préparer des alliages d'or et d'argent
conservant l'apparence du métal: c'est ce qu'ils appelaient la ii/p/05 /ί, l'art de
doublerIepoidsderoretderargent(V.plus haut p. 56) ; expression quiapassé
auxalchimistes,enmême temps que la prétention d'obtenir ainsi des métaux,
non simplement mélangés, mais transformés à fond. Le mot actuel de rfoîiii/e
se rapporte au même ordre d'idées, mais avec un sens tout différent, puis-
qu'il s'agit aujourd'hui de deux lames métalliques superposées. Chez les
anciens la signification était plus extensive. En effet, le mot if;j?/osî5impliquait
autrefois, tantôt la simple augmentation de poids du métal précieux, addi-
tionné d'un métal de moindre valeur qui n'en changeait pas l'apparence, (16)
et 17 , 56 . 87 et 88 : tantôt la fabrication de toutes pièces de l'or et de
l'argent, par la transmutation de nature du métal surajouté; tous les métaux
étant au fond identiques, conformément aux théories platoniciennes sur la
PAPYRUS DE LEIDE 6l
matière première. L'agent même de la transformation est une portion de
l'alliage antérieur, jouant le rôle de ferment.
Toutes ces préparations sont aussi claires et positives, sauf l'incertitude
sur le sens de quelques mots, que nos recettes actuelles. Il n'en est que plus
surprenant de voir naître, au milieu de procédés techniques si précis, la
chimère d'une transmutation véritable ; elle est corrélative d'ailleurs avec
l'intention de falsifier les métaux. Le faussaire, à force de tromper le public,
finissait par croire à la réalité de son œuvre ; il y croyait, aussi bien que la
dupe qu'il s"était d'abord proposé défaire. En effet, la parenté de ces recet-
tes avec celles des alchimistes peut être aujourd'hui complètement établie.
J'ai déjà signalé l'identité de quelques recettes de dorure du papyrus
avec les recettes de transmutation du Pseudo-Démocrite ; je poursuivrai
cette démonstration tout à Theure en parlant de l'asèm. Elle est frappante
pour la diplosis de Moïse (i), recette aussi brève, aussi claire que celle des
papyrus de Leide et tirée probablement des mêmes sources; du moins si
l'on en juge par le rôle de Moïse dans ces mêmes papyrus ice volume,
p. i6).
Le procédé de Moïse, exposé en quelques lignes, est celui-ci :
« Prendre du cuivre, de l'arsenic (orpiment), du soufre et du plomb 12) ;
on broie le mélange avec de l'huile de raifort; on le grille sur des charbons
jusqu'à désulfuration ; on retire; on prend de ce cuivre brûlé i partie et 3
parties d'or ; on met dans un creuset; on chauffe ; et vous trouverez le tout
changé en or, avec le secours de Dieu. ■>
C'est un alliage d'or à bas titre, analogue à ceux signalés plus haut.
Les soudures d'argent des orfèvres de nos jours sont encore exécutées
au moven des composés arsenicaux. On lit par exemple dans le Manuel
Roret, t. IL p. 186 (i832':
« 3 parties d'argent, i partie d'airain : fondez ; jetez-y un peu d'orpiment
en poudre.
« Autre: argent fin, i once; airain mince, i once; arsenic, i once. On
fond d'abord l'argent et l'airain et Ton y ajoute l'arsenic.
(i) Manuscrit 299 de Saint-Marc | (2) Ou bien du soufre natif; d'après
(M), f. i85, recto. I le symbole du manuscrit.
62 INTRODUCTION
« Autre : argent, 4 onces; airain, 3 onces; arsenic, 2 gros.
(t Autre: argent, 2 onces ; clinquant, i once; arsenic, 4 gros; couler de
suite ; bonne soudure. »
On remarquera que l'énoncé même de ces formules de nos jours affecte
une forme analogue àcelui des formules du papyrus (23 notamment) et des
manuscrits. C'est d'ailleurs par des recettes analogues que l'on prépare
aujourd'hui le tombac blanc ou cuivre blanc, et le faux argent desAnglais. En
tous cas, le cuivre est teint dans le papyrus au moyen de l'arsenic, comme
chez les alchimistes ; le tout dans une intention avouée de falsification.
La formule d'Eugenius, qui suit dans le manuscrit de Venise, est un peu
plus complexe que celle de Moise.
Elle repose aussi sur l'emploi du cuivre brûlé, mêlé à l'or et fondu,
auquel on ajoute de l'orpiment : ce composé traité par le vinaigre est exposé
au soleil pendant deux jours, puis on le dessèche; on l'ajoute à l'argent, ce
qui le rend pareil à Pélectrum ; le tout ajouté à l'or, par parties égales, con-
somme l'opération.
C'est toujours le même genre d'alliages, que l'auteur prétend identifier
finalement avec l'or pur.
III. — Fabrication de l'Asèin.
Le nœud de la question est dans la fabrication de l'asèm.
L'asèm (i) des Egyptiens désignait à l'origine l'électrum, alliage d'or et
d'argent, qui se trouve dans la nature et qui se produit aisément dans les
traitements des minerais. Son nom a été traduit chez les Grecs anciens par celui
de 7.-τ,\ι.ζΊ. y.Tr,\j.z:, ou ασήίΛη, qui étaitaussi celuide l'argent sans marque, c'est-
à-dire sans titre, lequel est devenu chez les Grecs modernes le nom même de
l'argent. De là une confusion extrême dans les textes. Mais à l'origine Yasèm.
égyptien avait un sens propre, comme le montrent, sans doute possible, les
papyrus de Leide. D'après Lepsius, d'ailleurs, l'asèm était regardé comme
un métal distinct, comparable à l'or et à l'argent ; il est figuré à côté d'eux
(i) Origines de l'Alcliimie, p. 21 5.
PAPYRUS DE LEIDE 63
sur les monuments égyptiens. Il a été placé de même sous le patronage
d'une divinité planétaire, Jupiter, qui, plus tard, fut attribuée à l'étain, vers
le v" ou vi= siècle de notre ère, lorsque Félectrum disparut de la liste des
métaux.
Cependant ce métal prétendu variait notablement dans ses propriétés,
suivant les doses relatives d'or, d'argent et des autres corps simples, alliés
dans sa constitution : mais alors la chose ne paraissait pas plus surpre-
nante que la variation des propriétés de l'airain, nom qui comprenait à la
fois et notre cuivre rouge, et les bronzes et les laitons d'aujourd'hui.
Ce n'est pas tout : l'asèm jouissait d'une faculté étrange : suivant les trai-
tements subis, il pouvait fournir de l'or pur, ou de l'argent pur, c'est-à-dire
être changé en apparence en ces deux autres métaux.
Enfin, et réciproquement, on pouvait le fabriquer artificiellement, en al-
liant l'or et l'argent entre eux, voire même sans or, et sans argent et en
outre avec association d'autres métaux, tels que le cuivre, l'étain, le zinc, le
plomb, l'arsenic, le mercure, qui en faisaient varier la couleur et les diverses
propriétés : on va citer tout à l'heure de nombreux exemples de ce genre
de fabrication (v. aussi p. 54 et 56, les formules des monnaies falsifiées).
C'était donc à la fois un métal naturel et un métal factice. Il établissait
la transition de l'or et de l'argent entre eux et avec les autres métaux et sem-
blait fournir la preuve de la transmutation réciproque de toutes ces subs-
tances, métaux simples et alliages. On savait d'ailleurs en retirer dans un
grand nombre de cas l'or et l'argent, au moins par une analyse qualitative, et
l'on y réussissait même dans des circonstances, telles que le traitement du
plomb argentifère, où il ne semblait pas qu'on eût introduit l'argent à
l'avance dans les mélanges capable de fournir ce métal.
Tels sont les faits et les apparences qui servaient de bases aux pratiques,
aux conceptions et aux croyances des orfèvres des papyrus de Leide, comme
à celles des alchimistes gréco-égyptiens de nos manuscrits. On voit par là
que, étant donné l'état des connaissances d'alors, ces conceptions et ces
croyances n'avaient pasle caractère chimérique qu'elles ont pris pour nous;
maintenant que les métaux simples sont définitivement distingués, les uns
par rapport aux autres, comme par rapporta leurs alliages. La seule chose
surprenante, c'est la question de fait : je veux dire que les praticiens aient
64 IXTRODUCTION
cru si longtemps à la réalité d'une transmutation complète, alors qu'ils
fabriquaient uniquement des alliages ayant l'apparence de l'or et deTargent,
alliat^es dont nous possédons maintenant, grâce au papyrus de Leide, les
formules précises. Or ces formules senties mêmes que celles des manuscrits
alchimiques. En fait, c'étaient là des instruments de fraude et d'illusion vis-
à-vis du public ignorant. Mais comment les gens du métier ont -ils pu croire
si longtemps qu'ils pouvaient réellement, pardes pratiques d'artisan, ou par
des formules magiques, réussir à changer ces apparences en réalité ? Il y a
là un état intellectuel qui nous confond. Quoi qu'il en soit, il est intéressant
de pousser la connaissance des faits jusqu'à son dernier degré, et c'est ce que
je vais essayer de faire.
Le nombre des recettes relatives à l'asèm s'élève à 28 ou 3o; c'est plus du
quart du nombre total des articles du papyrus. Elles comprennent des pro-
cédés pour la fabrique de toutes pièces ; des procédés pour faire l'asèm
noir, correspondant à ce que nous appelons l'argent oxydé; des procédés
pour teindre en asèm; pour faire des lettres de cette couleur, pour essayer
l'asèm ; enfin des procédés pour doubler et multiplier la dose de l'asèm, pour
le diluer, etc. : ce qui répond à la diplosis de For, signalée plus haut (p. 56
et 60).
Entrons dans quelques détails, en commençant par les procédés de fabri-
cation, qui mettent en pleine évidence le caractère réel de l'asèm. On trouve
désignés sous ce nom, indépendamment de l'asèm naturel ou electrum, al-
liage d'or et d'argent figuré sur les monuments égyptiens :
i" Un alliage d'étain et d'argent i3).
C'est un procédé de diplosis de l'argent.
2° Un amalgame d'étain, (5; et 186,1.
Ici il s'agit uniquement de simuler l'argent.
Dans une autre recette ^37i, l'étain affiné est simplement additionné d'un
peu de mercure : ce qui montre que la dose de ce dernier variait.
3° L'étain affiné aété parfois identifié à l'asèm (v. p. 55), commele montre
la recette suivante, tirée du manuscrit 299 de Saint-Marc (M, fol. 106, recto) :
« Prenez de l'étain affiné, fondez-le et, après cinq fusions, jetez du bitume
à sa surface dans le creuset ; et chaque fois que vous le refondrez, coulez-le
dans du sel ordinaire, jusqu'à ce qu'il devienne un asèm parfait et abondant. »
PAPYRUS DE LEIDE 65
C'est la formule (3; du papyrus, dans lequel elle précède la fabrication
d'un alliage d'étain et d'argent. En tous cas, elle montre la similitude par-
faite des recettes du papyrus et de celles du manuscrit de Saint-Marc.
4" Le nom de Fasèm paraît avoir été aussi appliqué à un alliage de
plle procédé tiré du
Manuel Roret, que j'ai exposé plus haut p. όο . L'auteur dit finalement :
«iCette matière de la Chrysopée accomplie par des opérations naturelles est
celle de Pamménès, qu'il enseignait aux prêtres en Egypte. »
Art de faire de l'asf;m. — Il expose ensuite la fabrication de Fasèm, ou
Argyropée :c'est-à-dire l'art de faire de l'argent;.
Première recette — On blanchit le cuivre par les composés volatils de
l'arsenic; cette action opérée par sublimation étant assimilée à celle du
mercure i).
Deuxième recette. — Le mercure sublimé est éteint avec de l'étain, du
soufre et divers autres ingrédients ; et l'on s'en sert pour blanchir les métaux.
Troisième recette. — Analogue à la précédente et appliquée à un alliage
de cuivre, d'orichalque et d'étain.
Quatrième recette. — Sulfure d'arsenic et soufre employés pour blanchir
et modifier les métaux.
Cinquième recette. — Préparation d'un oUiage blanc à base de plomb.
Si.xicmc recette. — C'est un simple vernis superficiel pour donner au cui-,
vre, au plomb, au fer, l'apparence de l'argent; ce vernis étant fixé par décoc-
tion et enduits sans l'action du feu v. p. 521.
Septième recette. — Elle représente une teinture par amalgamation, et la
8« recette un simple vernis.
On voit que toutes ces recettes du Pseudo-Démocrite et d'Olympiodore,
aussi bien que celles du papyrus de Leide, sont réelles, positives, sans mé-
lange de chimère. Plus tard sont venus les philosophes et les commenta-
(i) De là, l'idée des deux mercurcs, j nie, qui se trouve souvent chez les al-
l'un tiré du cinabre, l'autre de Tarse chimistes.
MÉTAUX ET PLANÈTES yS
teurs, étrangers à la pratique et animés d'espérances mystiques, qui ont jeté
une grande confusion dans la question. Mais le point de départ est beau-
coup plus clair, comme le montrent les textes que je viens analyser.
J'ai cru utile de développer cette étude de l'asèm, parce qu'elle est nou-
velle et parce qu'elle jette beaucoup de lumière sur les idées des Egyptiens
du llli^ siècle de notre ère, relativement à la constitution des métaux. On
voit en effet qu'il n'existe pas moins de douze ou treize alliages distincts, dési-
gnés sous ce même nom d'asèm, alliages renfermant de l'or, de l'argent, du cui-
vre, de l'étain, du plomb, du zinc, de l'arsenic. Leur caractéristique com-
mune était de former la transition entre l'or et l'argent, dans la fabrication
des objets d'orfèvrerie. Rien n'était plus propice qu'une semblable confu-
sion pour donner des facilités à la fraude : aussi a-t-elle dû être entretenue
soigneusement par les opérateurs. Mais, par un retour facile à concevoir,
elle a passé des produits traités dans les opérations jusqu'à l'esprit des opé-
rateurs eux-mêmes. Les théories des écoles philosophiques sur la matière
première, identique dans tous les corps, mais recevant sa forme actuelle de
l'adjonction des qualités fondamentales exprimées par les quatre éléments,
ont encouragé et excité cette confusion. C'est ainsi que les ouvriers habi-
tués à composer des alliages simulant l'or et l'argent, parfois avec une per-
fection telle qu'eux-mêmes s'y trompaient, ont fini par croire à la possibilité
de fabriquer effectivement ces métaux de toutes pièces, à l'aide de certaines
combinaisons d'alliages, et de certains tours de main, complétés par l'aide
des puissances surnaturelles, maîtresses souveraines de toutes les transfor-
mations.
II.- RELATIONS ENTRE LES METAUX ET LES PLANETES
LE NOMBRE SEPT (1).
α Le monde est un animal unique, dont toutes les parties, quelle
qu'en soit la distance, sont liées entre elles d'une manière nécessaire. «
(i) Cet article a été publié dans
mon ouviai'e intitulé : Science et
Pliilosophie. Toutefois j'ai cru de-
voir le reproduire ici avec certains
10•
74 INTRODUCTION
Cette phrase de Jamblique le Néoplatonicien ne serait pas désavouée par
les astronomes et par les physiciens modernes; car elle exprime Tunité
des lois de la nature et la connexion générale de l'Univers. La première
perception de cette unité remonte au jour où les hommes reconnurent
la régularité fatale des révolutions des astres : ils cherchèrent aussitôt
à en étendre les conséquences à tous les phénomènes matériels et même
moraux, par une généralisation mystique, qui surprend le philosophe,
mais qu'il importe pourtant de connaître, si l'on veut comprendre le
développement historique de l'esprit humain. C'est la chaîne d'or qui
reliait tous les êtres, dans le langage des auteurs du moyen âge. Ainsi
l'influence des astres parut s'étendre à toute chose, à la génération des
métaux, des minéraux et des êtres vivants, aussi bien qu'à l'évolution
des peuples et des individus. Il est certain que le soleil règle, par le flux
de sa lumière et de sa chaleur, les saisons de l'année et le développement
de la vie végétale; il est la source principale des énergies actuelles ou
latentes à la surface de la terre. On attribuait autrefois le même rôle,
quoique dans des ordres plus limités, aux divers astres, moins puis-
sants que le soleil, mais dont la marche est assujettie à des lois aussi
régulières. Tous les documents historiques prouvent que c'est à Babylone
et en Chaldée que ces imaginations prirent naissance; elles ont joué un
rôle important dans le développement de l'astronomie, étroitement liée
avec l'astrologie dont elle semble sortie. L'alchimie s'y rattache également,
au moins par l'assimilation établie entre les métaux et les planètes,
assimilation tirée de leur éclat, de leur couleur et de leur nombre même.
Attachons-nous d'abord à ce dernier : c'est le nombre sept, chitfre sacré
que l'on retrouve partout, dans les jours de la semaine, dans l'cnumération
des planètes et des zones célestes, dans celle des métaux, des couleurs,
des cordes de la lyre et des tons musicaux, des voyelles de l'alphabet
grec, aussi bien que dans le chiffre des étoiles de la grande ourse, des
sages de la Grèce, des portes de Thèbes et des chefs qui l'assiègent, d'après
Eschyle.
développements nouveaux, parce qu'il [ des textes et des notations alchimi-
est indispensable pour l'intelligence | ques.
METAUX ET PLANETES
75
L'origine de ce nombre parait être astronomique et répondre aux pliases
de la lune, c'est-à-dire au nombre des jours qui représentent le quart de la
révolution de cet astre. Ce n'est pas là une opinion a priori. On la trouve
en effet signalée dans Aulu-Gelle, qui l'a attribuée à Aristide de Samos (i).
Dans le papyrus W de Leide, il est aussi question (p. 17) des 28 lumières
de la lune.
L'usage de la semaine était ancien en Egypte et en Chaldée, comme en
témoignent divers monuments et le récit de la créationdans la Genèse. Mais
il n'existait pas dans la Grèce classique et il ne devint courant à Rome qu'au
temps des Antonins (2). C'est seulement àl'époquede Constantin et après
le triomphe du Christianisme qu'il fut reconnu comme mesure légale de
la vie civile: depuis il est devenu universel chez les peuples européens.
Le hasard fit que le nombre des astres errants (planètes), visibles à
l'œil nu, qui circulent ou semblent circuler dans le ciel autour de la terre
s'élève précisément à sept : ce sont le Soleil, la Lune, Mars, Mercure,
Jupiter, Vénus et Saturne. A chaque jour de la semaine, un astre fut attribué
en Orient: les noms même des jours, tels que nous les prononçons mainte-
nant, continuent à traduire, à notre insu, cette consécration babylonienne.
A côté des sept Dieux des sphères ignées, les Chaldéens invoquaient
les sept Dieux du ciel, les sept Dieux de la terre, les sept Dieux malfai-
sants, etc.
D'après François Lenprmant les inscriptions cunéiformes mentionnent
les sept pierres noires, adorées dans le principal temple d'Ouroukh en
Chaldée, bêtyles personnifiant les sept planètes. C'est au même rapproche-
ment que se rapporte, sans doute, un passage du roman de Philostrate sur
la vie d'Apollonius de Tyane (III, 41), dans lequel il est question de sept
anneaux, donnés à ce philosophe par le brahmane larchas.
La connaissance des divinités planétaires de la semaine ne se répandit
dans le monde gréco-romain qu'à partir du 1=' siècle de notre ère '3i. On a
trouvé à Pompéi une peinture représentant les sept divinités planétaires.
(i) Koctes Atticœ, III, 10. Luniecur-
riculum confici integris quatuor septe-
nis diebus.. . auctorem que hujus opi-
nionis Aristidemesse Samium.
2i Dion Cassius, Histoire Romaine,
XXXVII, 18.
|3) Luiue cursum stellarumque sep-
tem imagines. Pétrone, Satj^ricon, 3o.
y6 INTRODUCTION
De même divers autels sur les bords du Rhin. Une médaille à Teffigie d"An-
tonin le Pieux, frappe'e la S"" année de son règne, représente les bustes des
sept Dieux planétaires avec les signes du zodiaque, et au centre le buste de
Sérapis (i).
Une autre coïncidence, aussi fortuite que celle du nombre des planètes
avec le quart de la révolution lunaire, celle du nombre des voyelles de l'al-
phabet grec, nombre égal à sept, a multiplié ces rapprochements mystiques,
surtout au temps des gnostiques : les pierres gravées de la Bibliothèque
nationale de Paris et les papvrus de Leide en fournissent une multitude
d'exemples. Ce n'est pas tout : les Grecs, avec leur esprit ingénieux, ne tar-
dèrent pas à imaginer entre les planètes et les phénomènes physiques des
relations pseudo-scientitiques, dont quelques-unes, telles que le nombre
des tons musicaux et des couleurs se sont conservées. C'est ainsi que l'école
de Pythagore établit un rapport géométrique des tons et diapasons musi-
caux avec le nombre et les distances mêmes des planètes 12 .
Le nombre des couleurs fut pareillement fixé à sept. Cette classification
arbitraire a été consacrée par Newton et elle est venue jusqu'aux physiciens
de notre temps. Elle remonte à une haute antiquité. Hérodote rapporte
[Clio, f)S"• que la ville d'h^lcbatane avait sept enceintes, peintes chacune d'une
couleur dirférentc : la dernière était dorée; celle qui la précédait, argentée.
C'est, je crois, la plus vieille mention qui établisse la relation du nombre
sept avec les couleurs et les métaux. La ville fabuleuse des Atlantes, dans
le roman de Platon, est pareillement entourée par des murs concentriques,
dont les derniers sont revêtus d'or et d'argent; mais on n'y retrouve pas le
mystique nombre sept.
Entre les métaux et les planètes, le rapprochement résulte, non seulement
de leur nombre, mais surtout de leur couleur. Les astres se manifestent
à la vue avec des colorations sensiblement distinctes : siiiis ciiique coloi- est,
dit Pline [H. N. II, 16). La nature diverse de ces couleurs a fortifié le rappro-
chement des planètes et des métaux. C'est ainsi que l'on conçoit aisément
l'assimilation de l'or, le plus éclatant et le roi des métaux, avec la lumière
(i) De WiTTE, Galette archéologi- | (2) Pline. H. .Y.. II. 20. — Th. H.
que, 1877 et 1879. I Martin, Timéc de Plalou, t. II, p. 38.
METAUX ET PLANETES 77
jaune du soleil, le dominateur du Ciel. La plus ancienne indication que
l'on possède à cet égard se trouve dans Pindare. La cinquième ode des
Isthméennes débute par ces mots: « Mère du Soleil, Thia, connue sous
beaucoup de noms, c'est à toi que les hommes doivent la puissance pré-
pondérante do l'or » .
MiTsp 'AXio'j, -o).uti)vu;ji£ Ηει'α,
σε'ογ'έ'κατι και αεγασΟενη νο';ϋσαν,
■/ρυσόν άνθρωποι πϊρκόσ'.ον όίλλων.
Dans Hésiode, Thia est une divinité, mère du soleil et de la lune, c'est-à-
dire génératrice des principes de la lumière [Théogonie, 371, JÎ74;. Lin vieux
scoliaste commente ces vers en disant : « de Thiaetd'Hvpérion vient le soleil,
et du soleil, l'or. A chaque astre une matière est assignée. Au Soleil, Lor;
à la Lune, l'argent: à Mars, le fer: à Saturne, le plomb; à Jupiter, 1 electrum;
à Hermès, l'étain; à Vénus, le cuivre [n ». Cette scolie remonte à l'époque
Alexandrine. Elle reposait à l'origine sur des assimilations toutes naturelles.
En etl'et, si la couleur jaune et brillante du soleil rappelle celle de l'or
orbem
Per duodena régit mundi sol aureus astra (2);
la blanche et douce lumière de la lune a été de tout temps assimilée à la
teinte de l'argent. La lumière rougeàtre de la planète Mars [igneiis, d'après
Pline; r.j^iv.i d'après les alchimistes) a rappelé de bonne heure l'éclat du
sang et celui du fer, consacrés à la divinité du même nom. C'est ainsi que
Didyme, dans son commentaire sur l'Iliade il. Vi, commentaire un peu an-
térieur à l'ère chrétienne, parle de Mars, appelé l'astre du fer. L'éclat bleu-
âtre de Vénus, l'étoile du soir et du matin, rappelle pareillement la teinte
des sels de cuivre, métal dont le nom est tiré de celui de l'ile de Chypre,
consacrée à la déesse Cypris. l'un des noms grecs de Vénus. De là le rapproche-
ment fait par la plupart des auteurs. Entre la teinte blanche et sombre du plomb
et celle de la planète Saturne, la parenté est plus étroite encore et elle est
constamment invoquée depuis l'époque Alexandrine. Les couleurs et les
(Il PiN'D.^RE, édition de Bœckh, t. II, 1 (2) Virgile, Géorgiques, I, 482.
p. 340, 1819.
yS INTRODUCTION
métaux assignés à Mercure l'étincelant (ιτΓ/.βων .; radians, d'après Pline; ap-
parence due à son voisinage du soleil), et à Jupiter le resplendissant (Φαέθων),
ont varié davantage, comme je le dirai tout à l'heure.
Toutes ces attributions sont liées étroitement à l'histoire de l'astrologie
et de l'alchimie. En effet, dans l'esprit des auteurs de l'époque Alexandrine
ce ne sont pas là de simples rapprochements; mais il s'agit de la généra-
tion même des métaux, supposés produits sous l'influence des astres dans
le sein de la terre.
Proclus, philosophe néoplatonicien de V' siècle de notre ère, dans son com-
mentaire sur le Timée de Platon, expose que « l'or naturel et l'argent et
chacun des métaux, comme des autres substances, sont engendrés dans la
terre sous l'influence des divinités célestes et de leurs etHuves. Le Soleil pro-
duit l'or; la Lune, l'argent; Saturne, le plomb, et Mars, le fer » (p. 14 C).
L'expression définitive de ces doctrines astrologico-chimiques et médi-
cales se trouve dans Tauteur arabe Dimeschqî, cité par Chwolson {sur les
Sabéens. t. II. p. 38o, Sgô, 41 1, 544). D'après cet écrivain, les sept métaux
sont en relation avec les sept astres brillants, par leur couleur, leur nature et
leur propriétés : ils concourent à en former la substance. Notre auteur ex-
pose que chez les Sabéens, héritiers des anciens Chaldéens, les sept planètes
étaient adorées comme divinités; chacune avait son temple, et, dans le tem-
ple, sa statue faite avec le métal qui lui était dédié. Ainsi le Soleil avait une
statue d'or; la Lune, une statue d'argent; Mars, une statue de fer; Vénus,
une statue de cuivre; Jupiter, une statue d'étain; Saturne, une statue de
plomb. Quant à la planète Mercure, sa statue était faite avec un assemblage
de tous les métaux, et dans le creux on versait une grande quantité de mer-
cure. Ce sont là des contes arabes, qui rappellent les théories alchimiques
sur les métauxet sur le mercure, regardé comme leur matière première. Mais
ces contes reposent sur de vieilles traditions défigurées, relatives à l'adora-
tion des planètes, à Babylone et en Chaldée, et à leurs relations avec les
métaux.
Il existe, en effet, une liste analogue dès le second siècle de notre ère. C'est
un passage de Celse, cité par Origène [Opéra, t. I, p. 646: Contra Celsum,
livre "VI, 22; édition de Paris, 1/33] . Celse expose la doctrine des Perses et
les mystères mithriaques,et il nous apprend que ces mystères étaient expri-
METAUX ET PLANETES yg
méspar un certain symbole, représentant les révolutions célestes et le passage
des âmes à travers les astres. C'était un escalier, muni de 7 portes élevées,
avec une 8= au sommet.
La première porte est de plomb: elle est assignée à Saturne, la lenteur
de cet astre étant exprimée par la pesanteur du métal (i).
La seconde porte est d'étain; elle est assignée à Vénus, dont la lumière
rappelle l'éclat et la mollesse de ce corps.
La troisième porte est d'airain, assignée à Jupiter, à cause de la résistance
du métal.
La quatrième porte est de fer, assignée à Hermès, parce que ce métal est
utile au commerce, et se prête à toute espèce de travail.
La cinquième porte, assignée à Mars, est formée par un alliage de cuivre
monétaire, inégal et mélangé.
La sixième porte est d'argent, consacrée à la Lune;
La septième porte est d'or, consacrée au soleil ; ces deux métaux répon-
dent aux couleurs des deux astres.
Les attributions des métaux aux planètes ne sont pas ici tout à fait les
mêmes que chezlesNéoplatonicienset les alchimistes. Elles semblent répon-
dre à une tradition un peu différente et dont on trouve ailleurs d'autres
indices. En effet, d'après Lobscki A glaophamus, p. 936, 1829), dans certaines
listes astrologiques, Jupiter est de même assigné à l'airain, et Mars au
cuivre.
On rencontre la irace d'une diversité plus profonde et plus ancienne
encore, dans une vieille liste alchimique, reproduite dans plusieurs manus-
crits alchimiques ou astrologiques et où le signe de chaque planète est
suivi du nom du métal et des corps dérivés ou congénères, mis sous le
patronage de la planète. Cette liste existe également dans le Ms. 2419
de notre Bibliothèque Nationale fol. 46 verso , où elle fait partie d'un
traité astrologique d'Albumazar, auteur du IX" siècle, avec des variantes
et des surcharges qui ne sont pas sans importance : une partie des mots
grecs y sont d'ailleurs écrits en caractères hébreux, comme s'ils avaient un
sens mystérieux voir dans ce volume, texte grec. p. .24 . Dans cette liste,
(i) Salurni siJiis gcUdj; ac rigentis esse natiirœ. Pline, H. N., II, 6.
8ο
INTRODLXTION
la plupart des planètes répondent aux mêmes métaux que dans les énuméra-
tions ordinaires, à l'exception de la planète Hermès, à la suite du signe de
laquelle setrouve non le nom d'un métal, mais celui d"une pierre précieuse:
l'émeraude. Le mercure est cependant inscrit vers la fin de l'énumération
des substances consacrées à Hermès, mais comme s'il avait été ajouté après
coup. Or, chez les Egyptiens, d'après Lepsius, la liste des métaux compre-
nait, à côté de l'or, de l'argent, du cuivre et du plomb, les noms des pierres
précieuses, telles que le mafek ou émeraude, et le chesbet ou saphir, corps
assimilés aux métaux à cause de leur éclat et de leur valeur (i).
Dans le roman égyptien de Satni-Khàm-Ouas. le livre magique de Tahout
est renfermé dans sept cotfres concentriques, de fer, de bronze, de bois de
palmier, d'ivoire, d'ébène, d'argent et d'or (2). La rédaction primitive de
ce roman remonterait aux dernières dynasties; sa transcription connue,
au temps des Ptolémées. Tout ceci concourt à établir que la liste des sept
métaux n'a été arrêtée que fort tard, probablement vers l'époque des
Antonins.
C'est ici le lieu de parler des tablettes métalliques trouvées à Khorsa-
bad. Dans le cours des fouilles, en 1854, M. Place découvrit, sous l'une
des pierres angulaires du palais assyrien de Sargon, un coffret contenant
sept tablettes. C'étaient des tablettes votives, destinées à rappeler la fondation
de l'édifice (70U ans avant J.-C), et à lui servir en quelque sorte de Palla-
dium. Quatre de ces tablettes se trouvent aujourd'hui au Musée du Lou-
vre. J'en ai fait l'analyse, et les résultats de mon étude sont consignés
plus loin dans le présent volume. Je me borne à dire ici que les quatre
tablettes sont constituées en fait par de For, de l'argent, du bronze et du
carbonate de magnésie pur, minéral rare que Ton ne supposait pas connu
des anciens, et dont l'emploi reposait sans doute sur quelque idée reli-
gieuse. Les noms des matières des tablettes, tels qu'ils sont indiqués dans
les inscriptions qui les recouvrent, sont d'après M. Oppert, l'or Jiiirasi ,
l'argent [kaspi., le cuivre \iiriidi ou er [bronze' 1, puis, deux mots [anaki
(Il Voir les métaux égyptiens, dans
mon ouvrage sur les Origines de l'Al-
chimie, p. 221 et 233, Steinheil, i88i.
12I Histoire ancienne de l'Orient, par
Fr. Lenormant, q" édition, t. III,
p. i58(i883|.
MÉTAUX ET PLANÈTES 8l
et kasa^atiri ou abar] que les interprètes ont traduit par plomb et ctain,
bien que l'un d'eux semble en réalité désigner la 4" tablette signalée plus
haut (carbonate de magnésie), et enhn deux noms de corps portant le dé-
terminatif des pierres, et traduits par marbre sipri ou -{akour) et albâtre
[gis-sin-gal]. Rien d'ailleurs n'indique des attributions planétaires, si ce
n'est le nombre sept. Ajoutons toutefois que, d'après un renseignement
que m'a fourni M. Oppert, deux métaux étaient désignés par les Assyriens
et les Babyloniens sous des dénominations divines : le fer sous le nom de
Ninip, Dieu de la guerre : ce qui rappelle l'attribution ultérieure du métal
à Mars; et le plomb, sous le nom du Dieu Anu, Dieu du ciel que l'on
pourrait rapprocher de Saturne : toutefois ce ne seraient pas là des Dieux
planétaires.
Voilà ce que j'ai pu savoir relativement à l'interprétation des noms
métalliques contenus dans ces tablettes. Un des points les plus essentiels
qui résultent de leur étude, c'est l'assimilation de certaines pierres ou
minerais aux métaux, précisément comme chez les Egyptiens.
Il y a là le souvenir de rapprochements très différents des nôtres, mais
que rhumanitéa regardé autrefois comme naturels, et dont la connaissance
est nécessaire pour bien concevoir les idées des anciens. Toutefois l'assi-
milation des pierres précieuses aux métaux a disparu de bonne heure ;
tandis que l'on a pendant longtemps continué à ranger dans une même
classe les métaux purs, tels que l'or, l'argent, le cuivre, et certains de
leurs alliages, par exemple l'électrum et l'airain. De là des variations
importantes dans les signes des métaux et des planètes.
Retraçons l'histoire de ces variations ; il est intéressant de les décrire pour
comprendre les écrits alchimiques.
Olympiodore, néoplatonicien du vi= siècle, attribue le plomb à Saturne;
Télectrum, alliage d'or et d'argent regardé comme un métal distinct, à
Jupiter; le fer à Mars; l'or au Soleil; l'airain ou cuivre à Vénus; l'étain à
Hermès (planète Mercure' ; l'argent à la Lune. Ces attributions sont les
mêmes que celle du scoliaste de Pindare cité plus haut; elles répondent
exactement et point pour point, à une liste du manuscrit alchimique de
Saint-Marc, écrit au xi"^ siècle, et qui renferme des documents très
anciens.
ir
82 INTRODUCTION
Les symboles alchimiques qui figurent dans les manuscrits comprennent
les métaux suivants, dont l'ordre et les attributions sont constants pour
la plupart :
jo L'or correspondait au Soleil, relation que j'ai exposée plus haut
(p. -j-j•^ — voir aussi fig. 3, PI. 1, 1. i, à gauchej.
Le signe de l'or est presque toujours celui du Soleil, à l'exception d'une
notation isolée où il semble répondre à une abréviation (ms. 2327, fol. 17
verso, 1. 19; ce volume, fig. 8, PI. VI, I. 19I.
2° L'argent correspondait à la Lune et est toujours exprimé par le signe
planétaire (ce volume, fig. 3, PI. I, 1. 2).
3° L'éleclrum, alliage d'or et d'argent: cet alliage était réputé un métal
particulier chez les Egyptiens qui le désignaient sous le nom d'iiièm ; nom
qui s'est confondu plus tard avec le mot grec asemon (a'jr,;i.îv), argent non
marqué. Cet alliage fournit à volonté, suivant les traitements, de l'or ou
de l'argent. 11 est décrit par Pline, et il fut regardé jusqu'au temps des
Romains comme un jmétal distinct. Son signe était celui de Jupiter
(ce volume, fig. 3, PI. I, 1. 4I, attribution que nous trouvons déjà dans
Zosime, auteur alchimique du ui"' ou iv' siècle de notre ère.
Quand l'électrum disparut de la liste des métaux, son signe fut affecté à
l'étain, qui jusque-là répondait à la planète Mercure (Hermès). Nos listes
de signes portent la trace de ce changement. En effet la liste du manuscrit
de Saint-Marc porte [ce volume, fig. 3, PI. 1, 1. 4^ : « Jupiter resplendissant,
électrum », et ces mots se retrouvent, toujours à côté du signe planétaire,
dans le manuscrit 2327 de la Bibliothèque nationale de Paris, fol. 17 recto,
1. 16 (ce volume, fig. 7, PI. V, 1. 16) ; la première lettre du mot Zeus, figu-
rant sous deux formes différentes majuscule et minuscule). Au contraire
un peu plus loin, dans une autre liste du dernier manuscrit (fol. 18, verso
1. 5 ; ce volume, fig. 10, PI. VIII, 1. 5i, le signe de Jupiter est assigné
à l'étain. Les mêmes changements sont attestés par la liste planétaire citée
plus loin.
4° Le plomb correspondait à Saturne : cette attribution n'a éprouvé aucun
changement; quoique le plomb ait plusieurs signes distincts dans les listes
(ms. de Saint-Marc, fol. 6, dernière ligne à gauche et ce volume, fig. 3,
PI. I, 1. 3 ; ms. 2327, fol. 17 recto, 1. 11 et 12 et ce volume, fig. 9,
MÉTAUX ET PLANÈTES 83
PI. VII, 1. II et 12). Le plomb était regardé par les alchimistes égyptiens
comme le générateur des autres métaux et la matière première de la trans-
mutation ; ce qui s'explique par ses apparences, communes à divers autres
corps simples et alliages métalliques.
En effet, ce nom s'appliquait à l'origine à tout métal ou alliage métal-
lique blanc et fusible; il embrassait Tétain iplomb blanc et argentin,
opposé au plomb noir ou plomb proprement dit, dans Pline), et les nom-
breux alliages qui dérivent de ces deux métaux, associés entre eux et avec
l'antimoine, le zinc, le bismuth, etc. Les idées que nous avons aujourd'hui
sur les métaux simples ou élémentaires, opposés aux métaux composés ou
alliages, ne se sont dégagées que peu à peu dans le cours des siècles. On
conçoit d'ailleurs qu'il en ait été ainsi, car rien n'établit à première vue
une distinction absolue entre ces deux groupes de corps;
5° Le fer correspondait à Mars. Cette attribution est la plus ordinaire.
Cependant, dans la liste de Celse, le fer répond à la planète Hermès.
Le signe même de la planète Mars se trouve parfois donné à l'étain dans
quelques-unes des listes (ms. 2827, fol. 16 verso, 1. 12, 3= signe [ce
volume, tig. 6. PL IV. 1. 12]; fol. 17 recto, 1. 12, 3^ signe [ce volume,
fig. 7, PI. V, 1. 12]). Ceci rappelle encore la liste de Celse, qui assigne à
Mars l'alliage monétaire. Mars et le fer ont d'ailleurs deux signes distincts,
quoique communs au métal et à la planète, savoir : une flèche avec sa
pointe, et un Θ, abréviation du mot Οΐυρά;, nom ancien de la planète Mars
(ce volume, fig. 3, PI. I. 1. 5 ; parfois même avec adjonction d'un π.
abréviation de tzjîîîi;, l'enflammé, autre nom ou épithète de Mars (ce
volume, tig. 7, PI. V, 1. 17) ;
6° Le cuivre correspondait à Aphrodite (Vénus;, ou Cypris, déesse de l'île
de Chypre, où l'on trouvait des mines de ce métal ; déesse assimilée
elle-même à Hathor. la divinité égyptienne multicolore, dont les dérivés
bleus, verts, jaunes et rouges du cuivre rappellent les colorations diverses.
Le signe du cuivre est en effet celui de la planète Vénus (ce volume, fig. 3,
PI. I, I. 6, et fig. 8, PI. VI, 1. 3); sauf un double signe qui est une abré-
viation ^ce volume, fig. 8, PI. VI, 1. 41.
Toutefois la liste de Celse attribue le cuivre à Jupiter et l'alliage
monétaire à Mars, etc. La confusion entre le fer et le cuivre, ou plutôt
84 INTRODUCTION
l'airain, aussi attribué à la planète Mars, a existé autrefois ; elle est
attestée par celle de leurs noms : le mot ers qui exprime l'airain en latin
dérive du sanscrit aj^as qui signifie le fer (i). C'était sans doute, dans
une haute antiquité, le nom du métal des armes et des outils, celui du
métal dur par excellence.
y" L'étain correspondait d'abord à la planète Hermès ou Mercure.
Quand Jupiter eut changé de métal et fut affecté à l'étain, le signe de la
planète primitive de ce métal passa au mercure (ce vol. fig. 10, PI. VIII, 1. 6).
La liste de Celse attribue l'étain à Vénus ; ce qui rappelle aussi l'an-
tique confusion du cuivre et du bronze iairain).
8" Mercure. Le mercure, ignoré, ce semble, des anciens Egyptiens, mais
connu à partir du temps de la guerre du Péloponèse et par conséquent à
l'époque alexandrine, fut d'abord regardé comme une sorte de contre-argent
et représenté par le signe de la lune retourné (ce volume, fig. 3, PI. I, 1. 19).
Il n'en est pas question dans la liste de Celse (n= siècle). Entre le vi' siècle
(liste dOlympiodore le Philosophe, citée plus hauti et le vu" siècle de notre
ère (liste de Stéphanus d'Alexandrie, qui sera donnée plus loin), le mercure
prit (fig. 10, PI. VIII, 1. 6) le signe de la planète Hermès, devenu libre
par suite des changements d'affectation relatifs à l'étain. Dans la liste
planétaire, il a été également ajouté après coup, à la suite des dérivés
de cette planète, spécialement affectée à l'émeraude (voir p. 79).
Ces attributions nouvelles et ces relations astrologico-chimiques sont
exprimées dans le passage suivant de Stéphanus : « Le démiurge plaça
d'abord Saturne, et vis-à-vis le plomb, dans la région la plus élevée et la
première; en second lieu, il plaça Jupiter vis-à-vis de l'étain, dans la seconde
région; il plaça Mars le troisième, vis-à-vis le fer, dans la troisième région;
il plaça le Soleil le quatrième, et vis-à-vis l'or, dans la quatrième région ; il
plaça Vénus la cinquième, et vis-à-vis le cuivre, dans la cinquième région;
il plaça Mercure, le sixième, et vis-à-vis le vif-argent, dans la sixième
région; il plaça la lune la septième, et vis-à-vis l'argent, dans la septième
et dernière région 12'. » Dans le manuscrit, au-dessus de chaque planète, ou
de chaque métal, se trouve son svmbole. Mais, circonstance caractéristique,
(Il Origines de Γ Alchimie, p. 223. | (2) Manuscrit 2327, folio 73 verso.
MÉTAUX ET PLANÈTES 85
le symbole de la planète Mercure et celui du métal ne sont pas encore les
mêmes, malgré le rapprochement établi entre eux ; le métal étant toujours
exprimé par un croissant retourné. Le mercure et l'étain ont donc chacun
deux signes difterenis dans nos listes, suivant les époques.
La copie de la liste planétaire donnée par Alhumasar (ix= siècle) et
traduite en hébreu et en grec dans le manuscrit 2419 (fol. 46 verso) porte
aussi la trace de ces changements itexte grec, I, viii, p. 24, notes). Non
seulement le signe de la planète Hermès répond à l'émeraude, le nom de
Mercure étant ajouté après coup et tout à fait à la fin, comme il a été dit
plus haut ; mais Fauteur indique que les Persans affectent réuiin à la
planète Hermès. De même, la planète Jupiter étant suivie de l'étain,
Tauteur ajoute également que les Persans ne font pas la même affectation,
mais assignent cette planète au métal argenté [ii ; ce qui se rapporte
évidemment à l'asèm ou éfcctrum, dont Fexistence était déjà méconnue
au ix' siècle. Ce sont là des souvenirs des attributions primitives.
Voilà les signes planétaires des métaux fondamentaux, signes qui se
retrouvent dans ceux des corps qui en dérivent; chacun des dérivés étant
représenté par un double signe, dont l'un est celui du métal, et l'autre
répond au procédé par lequel il a été modifié division mécanique, calci-
nation, alliage, oxydation, etc. .
Les principes généraux de ces nomenclatures ont donc moins changé
qu'on ne serait porté à le croire, l'esprit humain procédant suivant des
règles et des systèmes de signes qui demeurent à peu près les mêmes dans
la suite des temps. Mais il convient d'observer que les analogies fon-
dées sur la nature des choses, c'est-à-dire sur la composition chimique,
telle qu'elle est démontrée par la génération réelle des corps et par leurs
métamorphoses réalisées dans la nature ou dans les laboratoires ; ces ana-
logies, dis-je, subsistent et demeurent le fondement de nos notations scien-
tifiques ; tandis que les analogies chimiques d'autrefois entre les planètes et les
métaux, fondées sur des idées mvstiques sans base expérimentale, sont tom-
bées dans un juste discrédit. Cependant leur connaissance conserve encore
de l'intérêt pour l'intelligence des vieux textes et pour l'histoire de la science.
(0 ()'. 0; Ιίερσι•. o>/ oO-to;, αλλά οιάογυρο; : Texte grec I, viii, p. 24 (notes).
86
INTRODUCTION
ΠΙ. _ LA SPHERE DE DEMOCRITE
ET LES MÉDECINS ASTROLOGUES
La sphère de Démocrite, inscrite dans le papyrus V de Leide, représente
l'œuvre de l'un de ces Ίατρίμαθηματικίί, ou médecins astrologues dont
parlent les anciens. Ils prédisaient l'issue des maladies. Horapollon ;I, 38)
cite ce genre de calculs, et il existe un traité attribué à Hermès sur ce sujet,
dans les Physici et medici grœci minores d'Ideler (i). La prédiction se faisait
d'ordinaire à l'aide d'un cercle ou d'une table numérique; elle reposait sur
un calcul, dans lequel l'âge du malade, la somme des valeurs numériques
répondant aux lettres de son nom, la durée de sa maladie, etc., se combi-
naient avec le jour du mois et les phases de la révolution lunaire. J'ai
retrouvé six figures de ce genre dans les manuscrits alchimiques et astro-
logiques de la Bibliothèque nationale.
Donnons d'abord le texte du papyrus V.
« Sphère de Démocrite, pronostic de vie et de mort. Sache sous quelle
lune ^dans quel mois) le malade s'est alité et le nom de sa nativité (2 .
Ajoute le calcul de la lune (3), et vois combien il y a de fois trente
jours, prends le reste et cherche dans la sphère : si le nombre tombe
dans la partie supérieure, il vivra; si c'est dans la partie inférieure, il
mourra. »
La sphère est représentée ici par un tableau qui contient les trente
premiers nombres inombre des jours du moisi, rangés sur trois colonnes
et d'après un certain ordre. La partie supérieure contient trois fois six
(i) T. I, p. 387 et 43o. Le traité a
été imprimé deux fois sous des titres un
peu différents, par une singulière né-
gligence.
(2) Le nom donné le jour de la nais-
sance, afin de calculer le nombre repré-
senté par les lettres de ce nom.
(3) C'est-à-dire, ajoute le nombre du
jour du mois où il s'est alité au nombre
représenté par le nom du malade.
-MÉDECINS ASTROLOGUES 87
nombres ou dix-huit; la partie inférieure en renferme trois fois quatre ou
douze.
Le mot sphère répond à la forme circulaire qui devait être donnée au
tableau, comme on le voit dans certains manuscrits (voir les figures ci-
dessous).
Il existait en Egypte un grand nombre de tableaux analogues. Ainsi dans
le manuscrit 2327 de la Bibliothèque nationale, consacré à la collection des
alchimistes, on trouve au folio 293 (rectO; ;
L'instrument d'Hermès trismégiste, renfermant 35 nombres, partagés en
trois lignes : « on compte depuis le lever de l'étoile du Chien (Sothi ou
Sirius', c'est-à-dire depuis Épiphi, 25 juillet, jusqu'au jour de Falitement ;
on divise le nombre ainsi obtenu par trente-six ii et on cherche le reste
dans la table ».
Certains des nombres représentent la vie, d'autres la mort, d'autres le
danger du malade. C'est un principe de calcul différent.
Dans le manuscrit grec 241g de la Bibliothèque nationale, collection
astrologico-magique et alchimique, il y a deux grands tableaux de ce genre,
plus voisins de la sphère de Démocrite, et deux petits tableaux. Les deux
grands sont circulaires et attribués au vieil astrologue Pétosiris, qui avait
déjà autorité du temps d'Aristophane.
L'un d'eux, dédié ifol. 32) par Pétosiris au roi Necepso î2;, se compose
d'un cercle représenté entre deux tableaux verticaux. Les tableaux renferment
le comput des jours de la lune ; le cercle principal renferme un autre cercle
plus petit, partagé en quatre quadrants. Entre les deux cercles concentriques
se trouvent les mots : grande vie, petite vie, grande mort, petite mort. En
haut et en bas : vie moyenne, mort moyenne. Ces mots s'appliquent à la
probabilité de la vie ou de la mort du malade. Les nombres de i à 2g sont
distribués dans les quatre quadrants et sur une colonne verticale moyenne
formant diamètre.
Voici la photogravure de ce tableau :
(i) Ce chiffre rappelle les 36 décans I (21 Ces deux noms sont associés pa-
qui comprennent les 300 jours de Tan- reillement dans Pline l'Ancien, Hist.
ne'e. | ?iai.,\. II, 21 et 1. VII, 5o.
88
INTRODUCTION
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MÉDECINS ASTROLOGUES 8g
L'autre cercle de Pétosiris fol. i56!, dédié aussi au très honoré roi
Necepso. porte extérieurement et en haut : LevaMi, au-dessus de la terre,
entre les deux mots grande vie, petite vie ; en bas : Couchant, au-dessous de
la terre, entre les deux mots grande mort, petite mort ; mots précisés par
les inscriptions contenues entre les deux cercles concentriques :
En haut : « ceux-ci guérissent de suite — ceux-ci guérissent en 7 jours î.
En bas : « ceux-ci meurent de suite — ceux-ci meurent en 7 jours ».
Les diagonales sont terminées par les mots : air, terre, feu, eau.
Entre les deux régions, sur le diamètre horizontal : « limites de la vie et
de la mort ».
A l'une des extrémités de ce diamètre : « Nord — milieu de la terre ».
A l'autre extrémité : « Midi — milieu de la terre ».
Sur les octans : « Nord, au-dessus de la terre, (région) de Borée. — Midi,
au dessus de la terre, (région) de Borée. — Nord, au-dessus de la terre,
(région) du Notus. — Midi, au-dessus de la terre, (région) du Notus. »
Les nombres de i à 3o sont distribués suivant les huitièmes de circonfé-
rence et dans la colonne verticale moyenne.
Voici la photogravure de ce tableau :
12-
90
INTRODUCTION
Kx>KAOc
JxJT-^^oiXoc.: . ^^^^^^:::^^ jMi^ oc-0-à/JGu
Figure 2. — Autre Cercle de Pétosiris.
MEDECINS ASTROLOGUES gi
Quant aux bases et procédés de calcul, il est inutile de nous y arrêter.
_ Les personnes qui s'y intéresseraient trouveront sur ce point des rensei-
gnements très intéressants dans une notice publiée par M. Paul Tannery :
Sur des fragments d'Onomatomancie arithmétique (Notices et Extraits des
manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. XXXI, 2•= partie, i885). Il y
montre l'origine de la preuve par neuf, d'après un passage fort curieux des
Pliilosophiimena, où l'on enseigne à prendre le résidu par 9 ou par 7 de la
valeur numérique des lettres du nom propre, en diversifiant le procédé
de calcul suivant des conventions arbitraires. On calculait ainsi, d'après les
nombres des noms propres : soit la vie d'un malade ; soit le succès d'un
combat entre deux guerriers; soit le résultat de diverses autres alternatives
relatives au vol, au mariage, aux voyages, à la survivance, etc. Ce mode de
divination était attribué à Pythagore.
M. P. Tannery donne, d'après les manuscrits 2009, 2256, 241g et 2426 de
la Bibliothèque nationale, une prétendue lettre de Pythagore à Telaugès(ou
à Laïs, ou à Hélias, suivant les manuscrits), avec table divinatoire annexée,
table fondée sur de pures combinaisons numériques(i), sans données astro-
logiques proprement dites. Plus loin, il présente le texte et la traduction
des deux petits tableaux dont je vais parler.
En effet, au folio 33 du manuscrit 2419 se trouvent deux tableaux qui
ressemblent beaucoup plus que les précédents à la sphère de Dém'ocrite et
à l'instrument d'Hermès. Le premier, sous la rubrique ψη?3ς δόκιμος... (cal-
cul éprouvé...), consiste en trois lignes, renfermant chacune douze nombres
horizontaux de i à 36, par tranches verticales. Vis-à-vis la première ligne :
ζωή (vie); vis-à-vis la seconde : état moyen (μΐ(7α); vis-à-vis la troisième
ligne : θάνατος (mort) .
Voici le résumé du texte :
«Calcule le jour où le malade s'est alité, où l'enfant est né, où le fugitif a
disparu, où l'on s'est embarqué, enfin opère pour tout ce que tu désires ;
comptes aussi depuis le 18 mai (2) Jusqu'au jour donné, et du nombre obtenu
(i) « Calcule le nom du malade et le
jour de son alitement. Si le nom du
malade l'emporte, il vivra; si c'est le
jour de l'alitement qui l'emporte, il
mourra, etc.».
(2) Epoque de l'entrée du soleil dans
02 INTRODUCTION
retranche 36 autant de fois que possible. Prends le reste. Si le nombre se
trouve dans la première ligne, le malade vivra, l'événement sera heureux
(αγαθά I, etc.; dans la troisième ligne, c'est la mort ou le malheur(èvavTÎa); surla
seconde ligne, la maladie sera longue, etc. (ε!ς ;j.3cy.p:v)». — Ce tableau est une
variante de Finstrument d'Hermès contenu dans le manuscrit alchimique.
Le second tableau est sous la rubrique : ψηφ:; έβδο^ΑΛτική ήΐΑερών Ο'.αγνωιτ'./,ή
ζωής ν.Λ'- Οανάτ:υ: calcul d'après les jours de la semaine pour diagnostiquer
la vie ou la mort. Ce sont deu.x colonnes verticales, chacune de i5 chiffres,
de I à 3o, Tune ayant pour titre•: vie ; l'autre : mort. Le calcul est à peu
près le même, sauf variantes (i), que celui de la sphère de Démocrite du
Papyrus de Leide, traduite plus haut. De plus, il n'y a que deux colonnes
dans le manuscrit 2419, tandis qu'il en existe trois dans le Papyrus.
Il m'a paru de quelque intérêt de rapprocher ces divers tableaux et cer-
cles de la sphère de Démocrite, contenues dans le Papyrus V, ainsi que
l'instrument d'Hermès, transcrit au manuscrit 2327. En effet les noms
d'Hermès et de Démocrite, ainsi que l'existence du tableau du Papyrus,
établissent l'antiquité de ces pratiques, contemporaines des premiers alchi-
mistes : elles en montrent l'origine orientale et spécialement égyptienne.
On voit en même temps, par une nouvelle preuve, comment le nom de
Démocrite, dans l'Egypte hellénisante était devenu celui du chef d'une école
d'astrologues et de magiciens; le tout conformément aux traditions que j'ai
exposées et discutées ailleurs (2).
IV. _ SIGNES ET NOTATIONS ALCHIMIQUES
Les alchimistes avaient, comme les chimistes de nos jours, des notations
et des nomenclatures particulières : ces notations étaient construites, en
partie du moins, d'après des méthodes précises et qui rappellent même, à
certains égards, nos conventions actuelles. La difficulté que présente la lecture
les Gémeaux et commencement de
l'été, au temps de l'Empire romain,
(i) Telles que l'addition du nombre
10 et l'omission du \<''' jourde la maladie.
(2) Origines de l'Alchimie, p. i56
et suivantes.
NOTATIONS ALCHIMIQUES q3
des vieux textes alchimiques, qui remontent jusqu'au temps de rÉgvpte
romaine et des Antonins, résulte souvent du peu d'intelligence que nous
avons de ces notations.
Elles sont cependant nécessaires à connaître, pour ceux qui veulent faire
des recherches sur les doctrines et les pratiques de la Chimie, de la Méde-
cine, de la Pharmacie, de la Métallurgie et de la Minéralogie, dans l'anti-
quité et au moyen âge. C'est ce qui m'a engagé à les reproduire ici.
Un seul auteur jusqu'à présent a essayé de les figurer : c'est le savant Du
Cange, au xvii« siècle, dans son Glossaire du grec au moyen âge. Mais cette
publication est très incomplète, très négligée et très incorrecte. 11 n'était
pas facile d'ailleurs de transcrire ces signes avec une précision parfaite, à
une époque où les procédés fondés sur la photographie n'étaient pas connus.
En outre, le plus vieux et le plus beau manuscrit qui existe, celui de
Saint-Marc, à Venise fin du x= ou commencement du xi= siècle'i, ne parait
pas avoir été connu de Du Cange.
Ayanteu occasion depuis quelques années d'étudier d'une manière appro-
fondie les textes manuscrits des alchimistes grecs, pour la composition de
mon ouvrage sur « les Origines de l'Alchimie », j'ai fait reproduire en photo-
gravure les symboles des manuscrits, en prenant comme types ceux du
manuscrit de Saint-Marc 'xi^ siècle) et ceux du manuscrit n» 2327, le plus
complet qui existe à la Bibliothèque nationale de Paris, lequel a été copié
en 1478.
Ces symboles, de même que ceux de la Chimie actuelle, sont placés en
tète des manuscrits. Ils ont été construits suivant deux règles différentes :
l'une applicable aux métaux et à leurs dérivés, l'autre aux substances miné-
rales et aux produits de matière médicale, ainsi qu'à certains mots d'usage •
courant.
Les symboles des métaux sont purement figuratifs : ce sont les mêmes que
ceux des planètes, auxquelles les métaux étaient respectivement dédiés par
les Babyloniens; c'est-à-dire des astres sous l'influence desquels les métaux
étaient supposés produits dans le sein de la Terre ^voir p. 78). Parmi
ces symboles, ceux du Soleil et delà Lune or et argent' figurent déjà dans les
papyrus de Leide. qui remontent au m'' siècle de notre ère .voir p. 25 et 47).
J'ai reproduit sur ce point les opinions de Proclus, du Scoliaste de Pin-
94 INTRODUCTION
dare \p. 81;, ainsi que la vieille liste de Celse p. 77 et 78), et les attributions
d'Olympiodore le Philosophe (p. 81), correspondant à la liste du inanuscrit
de Saint-Marc, figurée dans la colonne droite de notre planche I.
Rappelons brièvement les notations et symboles suivants :
I» Or, correspondant au Soleil et représenté par le même signe ;
2° Argent, correspondant à la Lune et représenté par le même signe
S'Electrum ou asèm, dont le signe était celui de Jupiter.
Cependant, dans les vieux textes, où Tasèm est confondu avec l'argent,
il en atfecte Î;[uelquefois le signe, à savoir un croissant dont l'ouverture
est tournée vers la droite. "
L'asèni ou électrum ayant cessé d'être regardé comme un métal particu-
lier, vers le vi'- siècle de notre ère (p. 84), le signe de Jupiter fut affecté à l'étain
qui, jusque-là, répondait à la planète Mercure (Hermès). Nos listes portent
la trace de ce changement (ce vol. fig. 3, PI. I, 1. 4, à droite ; fig. 7, PI. V,
1. 16, signes de l'électrum ; fig. 10, PI. VIII, 1. 5, signe de l'étain).
On trouve, notamment dans la fig. 7, PI. V, 1. 1 2 et 1 3 : deux signes pour
la planète Jupiter et son métal (p. 82) ; trois autres signes pour l'étain, et
trois autres signes, semblables aux derniers, pour la planète Hermès.
4° Plomb, correspondant à Saturne; il a plusieurs signes dans les listes,
(fig. 7, PI. V,l. 1 1 et 121. Le nom même du plomb comprenait à l'origine la
plupart des métaux ou alliages, blancs et fusibles (p. 83).
5° Fer, correspondant à Mars.
Cependant le fer et Fétain sont représentés par des signes pareils dans
notre fig. 6, PI. IV, 1. 12 (troisième signe de l'étain), comparée à la fig. 7,
PI. V, 1. I, 12 et i3 ,Cf. p. 83!.
6° Cuivre, correspondant à Vénus et représenté par le même signe (p. 83).
Ce nom s'étendait à diverses variétés de bronze, confondues sous le nom
d'airain.
7° Étain, correspondant d'abord à la planète Hermès ou Mercure, plus
tard à Jupiter (p. 84;.
Le signe de Jupiter semble avoir eu à un certain moment un caractère
générique : du moins on le trouve en outre associé à celui de Mercure dans
l'une des listes (fig. 7, PL V, 1. 5).
8" Mercure, d'abord représenté parle signe de la Lune (argent) retourné.
NOTATIONS ALCHIMIQUES g5
c'est-à-dire par un croissant dont la convexité est tournée vers la droite
(fig. 3, PI. I, col. de droite, 1. 19; ftg. 6, PI. IV, 1. 5). Nous avons dit (p. 84)
comment, entre le v= siècle (liste d'Olympiodore le Philosophe) et le vu= siècle
de notre ère (liste de Stéphanus d'Alexandrie), le mercure prit le signe de la
planète Hermès, auparavant atfecté à Tétain (ftg. 10, PI. VIII, 1. 6j.
Cette ati'ectation nouvelle figure aussi dans la liste planétaire du Traité
d'Albumazar (ix^ siècle), transcrite par le manuscrit 2419 (fol. 46 versoi.
Le mercure et Tétain ont donc chacun deux signes différents dans nos
listes, suivant leur époque.
L'étain a encore d'autres signes (fig. 7, PI. V, 1. i31, et ceux du plomb
sont multiples, comme il a été dit.
Le fer, métal plus moderne que les autres, a également plusieurs signes
(fig. 3, PL I, 1. 21 ; fig. 7, PL V, 1. i) dans les listes.
Mais les signes fondamentaux de For, de l'argent, du cuivre, ne semblent
pas avoir varié, du moins depuis l'époque où nos tableaux ont été établis.
Tels sont les signes des corps simples ou radicaux, comme nous dirions
aujourd'hui.
Ces signes sont le point de départ de ceux d'un certain nombre de corps,
dérivés de chaque métal et répondant aux divers traitements physiques ou
chimiques qui peuvent en changer l'état ou l'apparence.
Par exemple, la limaille, la feuille, le corps calciné ou fondu, d'une part ;
et, d'autre part, la soudure, le mélange, les alliages, le minerai, la rouille
ou oxyde (PL Y, col. de gauchei.
Chacun de ces dérivés possède un signe propre, qui se combine avec le
symbole du métal : exactement comme on le fait dans la nomenclature chi-
mique de nos jours. Quand le nom du métal reparaît dans celui d'un alliage,
d?une dissolution, d"une évaporation, d'un précipite, d'un minéral, ou d'une
plante, il est remplacé par son symbole.
Le symbole de la litharge (mot à mot, pierre d'argenti, renferme, par
exemple, celui de l'argent (argyrion'i ; la sélénite, celui de ce même argent,
c'est-à-dire de la Lune (sélénè) ; quoique le nom du métal n'aitété introduit
dans ces dénominations et ne leur ait été appliqué que par analogie. La con-
crétion blanche renferme aussi le signe de l'argent : la concrétion jaune,
celui de l'or fig. 3, PL I, I.21 et 22. ;\droite\ Le signe du molybdochalque,
g6 INTRODUCTION
alliage de plomb et de cuivre, renferme celui du cuivre ifig.6, PI. IV, 1. i3).
Le signe du plomb se trouve dans celui de Pantimoine (sulfuré), par
suite d'une certaine confusion entre les deux métaux (fig. 7, PI. V, 1. 10).
Lesymboled'unmétal figure également dans les noms de certains minéraux,
dont ce métal peut être extrait : par exemple, le signe du vermillon du Pont
renferme celui du mercure (fig. 6, PI. IV, 1. 24, 2' signej. Tous ces rappro-
chements, les derniers surtout, rappellent nos nomenclatures.
Les listes alchimiques ne contiennent pas seulement les noms des métaux,
mais aussi ceux des substances minérales et des produits employés, soit
dans l'industrie, soit dans la matière médicale. Les signes correspondants
ont été formés toujours suivant une règle pareille à celle qui préside aujour-
d'hui à la formation des symboles de nos corps simples et de nos radicaux
composés ; je veux dire en prenant les premières lettres ou les lettres prin-
cipales du nom que l'on voulait exprimer : c'est ce qu'on peut voir dans les
planches qui suivent.
Les listes inscrites dans ces planches se rapportent à des époques très
diverses; les plus anciennes remontent au commencement du moyen âge.
Mais elles ont été remaniées à plusieurs reprises : chaque copiste ajoutant
à la suite tous les signes qu'il connaissait, ou qu'il trouvait dans d'autres
ouvrages, sans craindre de donner trois ou quatre signes distincts pour le
même nom plusieurs fois répété. Il est facile de reconnaître ces additions
ou intercalations, soit d'après le changement de sujet, soit d'après le mot
ά'λλίιΐς (autrement , parfois écrit dans les manuscrits avec une initiale rouge.
L'analyse des signes du manuscrit 2327, comparés avec ceux du manus-
crit de Saint-Marc, du manuscrit 2325, du manuscrit 2419 et de quelques
autres, permet d'y reconnaître dans la liste fondamentale au moins neuf
listes partielles de ce genre, successivement ajoutées.
Développons cette discussion.
1°. On distingue d'abord une première liste, très courte et très ancienne,
laquelle renferme seulement les signes des sept planètes, suivies des noms
des sept métaux correspondants, donnés en sept lignes dans le manuscrit de
Saint-Marc (PI. I, col. de droite, 1. i à 7). Dans le manuscrit 2527, on
retrouve les cinq derniers métaux : plomb, électrum, fer, cuivre, étain, sui-
vant le même ordre et avec les mêmes èpithètes (PI. "V, delà 1. i5, dernier mot,
NOTATIONS ALCHIMIQUES gy
à la 1. i8), l'or et l'argent ayant été inscrits auparavant et séparément.
Seulement les signes des métaux sont à la suite des noms, au lieu de les
précédercomme dans le reste des planches. Les cinq mêmes métaux, désignés
pareillement, sans For, ni l'argent, existent aussi, à la suite d'une liste diffé-
rente, dans le manuscrit 2325. Cette première liste ne comprend ici que les
métaux et les planètes et elle répond à une autre liste beaucoup plus déve-
loppée, dans laquelle se trouvent, à la suite de chaque signe planétaire, les
diverses substances dérivées du métal correspondant ou corfiacrées à sa pla-
nète. Nous y reviendrons tout à l'heure. Observons encore que dans la liste
présente de Saint-Marc l'électrum figure avec le signe de Jupiter et l'étain
avec le signe d'Hermès. Dans le fragment de liste correspondant du manu-
scrit 2327 (PI. V, 1. i5 à 18), Jupiter et l'électrum sont représentés par deux
signes distincts; mais celui de l'électrum dérive en réalité de celui de Zeus,
déformé par le copiste, comme le montre sa comparaison avec le manuscrit
de Saint-Marc (voir la planche 1, 1. 14); d'autre part, l'étain a perdu son signe :
le copiste transcrivait machinalement des symboles qu'il ne comprenait plus.
2° Une seconde liste, plus longue et plus méthodique, comprend les
noms des métaux et de leurs dérivés : or, argent, cuivre, fer, plomb, étain,
mercure. Elle est très claire et très nette dans le manuscrit de Saint-Marc
(PI. 1, col. de gauche, 1. i à 26, et col. de droite, 1. 10 à 19). Cette liste est plus
moderne que la précédente ; car l'électrum n'y figure plus comme un
métal spécial, mais comme un dérivé de l'or (chrysélectron, 1. 5* avec
un symbole complexe, dérivé de ceux de l'or et de l'argent : la nature chi-
mique véritable de la variété d'électrum à base d'or était donc reconnue. Le
mercure est inscrit à la suite de l'étain, mais à part et sans dérivés particu-
liers ;son signe est celui de l'argent retourné, et non celui de la planète Her-
mès: ce qui répond aussi à une époque intermédiaire, quoique antérieure à
celle où Hermès est affecté définitivement au mercure.
Cette liste manque dans le manuscrit 2325, le plus ancien après celui de
Saint-Marc; tandis qu'elle forme le début de celle du manuscrit 2327 (PL IV.,
1. 4 à 17 . Seulement l'argent a été intercalé ici au milieu des dérivés de
l'or, ainsi que le mercure, placé à côté de l'argent. Le chrysélectron a dis-
paru ; deux des dérivés de l'argent feuille et limaille sont omis à la fin des
dérivés du cuivre. Après (opiyz/.•/.:; PI. IV, 1. 11 vient le mot ya/.y.î;, puis
1 *>•
g8 INTRODUCTION
κατίίττ,ρίς (1. 1 2) ; à la place du fer et de ses dérivés, inscrits dans la liste
du manuscrit de Saint-Marc. Ceux-ci sont rejetés plus loin dans le manuscrit
2327 (PI. V, 1. I et 2', avec des noms identiques, et des signes différents.
Mais le manuscrit 2327 reprend par le plomb PI. V, 1. i ij, dont le nom
est ΒηΐΛ'Ι par les mots intercalés : -/.pivi; φαίνων ; puis viennent les dérivés du
plomb, les mêmes dans les deux manuscrits (sauf une inversion). L'article
étain, coupé en deux par le plomb intercalé, reprend, dans le manuscrit 2327
^Pl. V, 1. 1 5), par le second des signes de ce métal, donné dans le manuscrit
de Saint-Marc PI. I, col. de droite, 1. 141 et précédé de même du mot άλλως
(autrement). Bref, toute cette liste est évidemment la même dans les deux
manuscrits; mais elle est régulière dans le manuscrit de Saint-Marc; elle est
transcrite, au contraire, avec une certaine confusion dans le manuscrit 2327.
3° Les noms et les signes des métaux sont suivis dans le manuscrit de Saint-
Marc iPl. I, col. de droite, 1. 20-27, et PI. II, col. droite d'abord; puis
col. de gauche, 1. i à 3 , par des mots tels que νειέλη, etc., se rapportant
aux dérivés du mercure (PI. I, 1. 20 à 22), à la litharge, au soufre, à la
sélénite, à la couperose, etc., jusqu'aux mots : un jour et une nuit, puis
ττέταλα (PI. II, col. de gauche, 1. 11).
Tout ceci manque dans le manuscrit 2325, aussi bien que la seconde liste.
Dans le manuscrit 2327, au contraire, la même suite de mots formela fin de
la planche IV, lignes 17 à 27, jusqu'à -πί-χ'/,χ exclusivement, et sauf des
variantes de dialecte et autres, peu importantes.
Cette troisième liste peut être regardée comme la suite de la seconde,
puisqu''elle coexiste dans les mêmes manuscrits. Mais elle n'a pas subi les
inversions et les confusions qui distinguent la seconde dans le manuscrit
2327. Le manuscrit 2275, dans ces premières parties, est exactement con-
forme au manuscrit 2327 ii ; identité d'autant plus remarquable, qu'il n"en
reproduit pas les figures, mais celles du manuscrit 2325. Il y a donc eu une
source commune, antérieure aux trois manuscrits.
4° Le manuscrit 2325 débute par une liste toute différente des trois
précédentes; laquelle manque dans le manuscrit de Saint-Marc, mais se
(1 1 Le manuscrit 2275 est antérieur de I toujours une copie directe de 2325,
i3 ans au manuscrit 2327; c'est presque I faite avant la mutilation de ce dernier.
NOTATIONS ALCHIMIQUES 99
retrouve dans le manuscrit 2327. Dans ce dernier iPl. V, 1. 3), le fer et ses
dérivés, transposés comme il a été dit plus haut, sont suivis du mot χαλν.ίΐν.
qui manque ailleurs. Puis vient le mot θάλασσα, début de ce qui nous reste
de la liste mutilée du manuscrit 2325, jusqu'à λΕυζ,ή αιθάλη ή υδράργυρος
λέγετα'. (PI. V, 1. ι5). Tout ceci est communaux manuscrits 2325, 2275 et
2327, mais manque dans le manuscrit de Saint-Marc.
Ensuite on trouve dans les trois premiers les noms des cinq métaux, autres
que Ter et l'argent aplomb, électrum, fer, cuivre, étain), conformes par les
épithètes à la première liste de Saint-Marc; on a déjà signalé ce rapproche-
ment. La similitude des manuscrits 2325 et 2327 à cet égard atteste une
certaine communauté d'origine.
5» Les quatre manuscrits de Saint-Marc, 2325, 2275 et 2827, contiennent
ensuite une même liste, faisant suite à la troisième dans le premier manus-
crit. Elle débute par /.λαυί'.ανίν PI. Il, col. gauche, 1. 12'; (PI. V, 1. r8)
et se poursuit sans variante importante, jusqu'à χυλίς :P1. III, 1. ιό, et PI.
VI, 1. 3). Cette liste renferme à la fois des mots de Chimie et de Minéra-
logie, des mots de Botanique et de matière médicale, et certaines abrévia-
tions d'usage plus commun. Les listes du manuscrit de Saint-Marc sont
ainsi épuisées. On voit qu'elles se retrouvent entièrement dans le manuscrit
2327 ; mais non dans le manuscrit 2325 .
6» A la suite de la précédente, on lit dans les manuscrits 2325, 2275 et
2327 une petite liste, en cinq lignes PL VI, 1. 3 à 7), contenant les
noms des métaux et divers autres, depuis χρυσά; jusqu'à σ'.ΐήρεως. Le cuivre
y figure deux fois, l'une avec son signe ordinaire, l'autre avec deux signes,
dont l'un n'est autre que la première lettre du mot yx'/.y.i:. Ceci accuserait
une origine plus moderne. Mais, par contre, le mot μζίσ'.ρ'.; semble répondre
à une source égyptienne. On y voit encore ici le mystérieux mercure d'arsenic
(1. 4) lequel était probablement notre arsenic métallique, corps sublimable,
susceptible d'être extrait par l'action de divers agents réducteurs du sulfure
d'arsenic, et aussi capable d"être fixé par sublimation sur le cuivre qu'il
blanchit : le tout à la façon du mercure ordinaire, extrait de son sulfure.
7" Cette liste est suivie par une autre, existant dans les manuscrits 2325,
2275 et 2327, et qui débute par le mot caractéristique άλλο (PL VI, 1. 8 à 20)
C'est une série d'abréviations très diverses, et plus modernes, comme en
lOO INTRODUCTION
témoigne le mot v£,::v. c^ui signitie eau d;ins le grec actuel. Les symboles
de l'ange et du démon semblent indiquer que cette liste a été tirée de quelque
livre magique. L'or y est désigné par un signe nouveau 1. 19).
Là s'arrêtent les listes des manuscrits 2?25 et 2275.
8" Le manuscrit 2^27 renferme ensuite une huitième liste, comprenant
des matières médicales et débutant par le mot άλλως (PI. VI, 1. 20 à 25).
Elle se termine au mot άλίη. — Ce qui définit cette liste comme distincte
c'est son existence séparée dans le manuscrit 2419 de la Bibliothèque
nationale (fol. 274, verso 6). Là les signes seuls y sont dessinés, sans
interprétation, à l'exception des mots καριία icceurl et η-χρ (foie).
Cependant la suite du manuscrit 2327 (PI. VI, 1. 26 ; PI. VII, PI. VIII,
I. I à 41 n'accuse aucune transition brusque ; sauf peut-être au mot pom-
pholyx (PI. VIII, l.i.
Cette liste parait d'ailleurs formée par diverses juxtapositions, comme le
montre la répétition de certains mots (camphre, aloès).
II existait en effet bien des listes de ce genre au moyen âge : je citerai, par
exemple, une liste de signes et abréviations, transcrite dans le manuscrit 2419,
[fol. 1 54, tout à fait distincte par l'ordre des mots qu'elle renferme ; quoique
ceux-ci soient en sonime les mêmes et répondent pour la plupart aux mêmes
symboles ou abréviations: par exemple lOr, l'argent, le fer, le cuivre. Téta in,
le plomb, le ciel, etc. Il y a cependant quelques signes différents, tels que
ceux de l'ange, du démon, de la couperose. La céruse notamment est expi;i-
mée au moyen d'un ;j. barré par une ligne verticale, etc. Mais revenons au
manuscrit 2327.
q» Le mot αλλ (o: iPl. VIII, 1• 4 marque dans ce manuscrit le début
d'une dernière liste, probablement composite comme la précédente. Elle
débute par les noms des métaux. Elle est plus moderne, car l'électrum a dis-
paru etl'étain s'y trouve avec le signe de la planète Jupiter, au lieu du signe
de la planète Hermès, qu'il possédait dans les premières listes. Au contraire
le mercure a pris le symbole de la planète Hermès.
En résumé, ces listes multiples semblent avoir été tirées de manuscrits dis-
tincts par l'époque et la composition, dans lesquels elles figuraient d'abord;
elles ont été mises bout à bout en tête de la collection du manuscrit 2327.
Celle du manuscrit de Saint-Marc est la plus ancienne et a passé entière-
NOTATIONS ALCHIMIQUES ΙΟΙ
ment dans le manuscrit 232- : ce qui est fort important pour les questions de
tiliation ; mais elle a subi des intercalations et transpositions, qui témoi-
gnent de remaniements considérables.
Je donnerai maintenant le résumé des comparaisons entre les signes mul-
tiples d'un même corps, et spécialement d'un métal, telles qu'elles résuit en
de Texamen de ces tableaux.
Les métaux sont représentés surtout par les signes des planètes corres-
pondantes. Cependant, à côté des signes planétaires des métaux, on en
trouve d'autres, qui sont de simples abréviations, réduites parfois à l'ini-
tiale du nom de la planète ou du métal ; tels que :
Or PI. VI, 1. i9j;
Cuivre, PI. VI, 1. 3 et 6];
Fer (PI. V, 1. i et 17];
Mercure PI. VI, 1. i5 ;
Étain (PI. V, 1. 12 et 16).
De même le nom de Teau est tantôt figuré par son hiéroglyphe iPl. II, 1. 5 ;
PI. IV, 1. 26 ; PI. V, 1. 3 ; tantôt par l'abréviation du mot grec correspondant
[PI. VI, 1. 5). De même le mot fleuve PI. III. 1. 1 ; PI. V, I. 25 : comparées
avec PI. VII, 1. 7).
Le nom de la litharge a aussi deux signes : l'un, dérivé de l'argent, l'autre,
simple abréviation (PI. IV, 1. 19 et PI. VIII, 1. 20 .
Le signe générique des rouilles (oxydes) métalliques offre deux variantes
fPl. 1,1. 19 et 25; PI. VI. 1. 11), etc.
Signalons maintenant les répétitions.
Tous les noms des métaux existent dans les listes de Saint-Marc, deux
fois; une fois séparément, une fois dans la liste planétaire. En outre, le
nom de l'or se retrouve cinq fois dans la seconde liste, celle du manuscrit
2327 (PI. IV. 1.4; PL VI, 1.3 et 19: PI. Vil. 1. 9: PI. VIII, I. 5). Son signe
est toujours celui du Soleil, à l'exception d'un signe figuré dans lu plan-
che VI, 1. 19, qui est double et semble une abréviation.
Le nom de l'argent se lit trois fois dans la seconde liste iPl. IV, 1. 4 :
PI. \'l 1 1. 1. 6 et 22). Son signe n'a pas de variante, si ce n'est que le crois-
sant est placé horizontalement à la dernière place.
Le nom du cuivre est écrit six fois dans la deuxième liste (PI. IV, 1. g;
I02 INTRODUCTION'
PI. VI, 1. 3, 6, I I : PI. VII, 1. 6; PL VIII. 1. 6). Sonsigne o.i're six variantes,
dont l'une répond à l'un des signes du fer (PL V, 1. 12).
Le nom du fer esttranscrit quatre fois dans la deuxième liste (PL V, 1. i et
17 ; PL VI, I. 20 ; PL VIII, 1. 5 et 22). Son signe offre quatre variantes princi-
pales. En elîet, le nom du fer est représente' par quatre signes principaux.'
L'un d'eux une flèche avec sa pointe, semble une abréviation du signe pla-
nétaire. Un autre signe, un Θ, est nous l'avons vu l'initiale du mot θ:υρά;.
nom ancien de la planète Mars; parfois avec adjonction d'un -. abréviation
du zjpci'.ç. l'enflammé, autre nom ou épithète de Mars (PI. V, 1. 17).
Le nom du plomb ligure six fois dans la deuxième liSori corps ana-
logue — Ïx/Oiv.
jaune; signe
d'écriture plus
moderne.
Laccha, sorte
dorcanette.
Ce'ruse.
Les blancs. —
0'J)X\'1.ZZ
'ili.
'Oz-.zxy.z-,
IV/.:--.,
"Avv:.7
ϋορυ,ω-'.ί
Λχβών . . . .
—τ ή;;.•/; (sic) ■
îune ;
signe ancien.
Œil.
.Les œufs.
Coquilledesceufs
— répété avec
autre signe plus
moderne.
Bleu.
\'erre — autre
signe plus mod.
Epreuve des mé-
taux coupella-
tion) — autre
signe plus mod.
Avant pris.
Antimoine.
2ô
Deuxième colonne, à droite.
' y-.lZZ ΧΊ.Γ,ΊΙΖΖ .
l'aiiv.v:•/ ίλα
Κί/,;•/:•/ ϊΊ.χ'.ΖΊ .
y,i-pz;
5 Σ-■J--■r,z\z ζγ•.ζ-
—-.\>~-.τ,ζ:χ :
10 ILp.W-- . .
. λ'Ιη doux.
. Huile de raifort.
. Huile de ricin.
. Natron.
Alunen lamelles
,:;γγύ/.γ; Allun arrondi.
Pvrite.
Kaî;j.Î2 Cadmie.
Ma-;vr,7;:z Magnésie.
Λλα-Γ
Sel.
.V>.ar Ί.Ζ'.ΊΖΊ
Sel commun.
— zy.ov'.ay.dv \si&
Ύ--.χ'ηζ
■'A.C3.t:;
Sel ammoniac.
Chaux, plâtre.
Chaux vive —
2'' signe ancien.
'l.'viM-•.: ζ:ντ'.•/.ή. . . .
Rubrique du
Pont — 2= signe
ancien.
15
Ι ΙΟ INTRODUCTION
Figure 5. — Planche III
® β ?.o t . t
ΪΗγοΝ
β
ï< TNoj-Traaicr-ê-fJL
15
•' —
<v« β VI e'axjual" φ 1 •>νθ f <p uj M -t-h e-*-£ \ AJ f -nH t -t-h j-i-h t te «LlTt y^HC ;
••• .1 I Ll.) C H r : ijULf t Λ_ :
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-rrx^r-CHMr' -fl -ΐ ο r f Β f »jl .
Λ_φτΠ•0•ί Wf •• H f I . 7s . f . D f » c ■•
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χ^lt^^-u^^oc •. ffpn
C
NOTATIONS ALCHIMIQUES
I I I
Folio 7, verso. — Planche 111.
Τ1:-χ\χίΐ Fleuve. — ςχνθίν, jaune — signe plus mod.
"Οξΐς Vinaigre.
Σ^ψ:ν Faites fermenter.
BcTaptsv Botarion ^vase de digestion ?)
ô Βΐ7νβ•.τα Fumier, liente — signe plus moderne.
Βίτάνη Plante.
Αιθάλη îjpavîj Vapeur céleste.
Χώνη Creuset.
Λω-ζί y.jOpa Matras de terre cuite.
Kvf/.avBîv [sic) Fleur de cnécos ou carthame.
10 Κώμαρ'.ς •. Sélénite ou talc.
Γη Terre.
Αίθάλαι Vapeurs sublimées, fumées.
Άριθμές Nombre — répété avec signe plus moderne.
λίτρα, livre (poids) 1
xcètz-zg, chaux vive • signes plus mod.
τρίβε, broyez. )
15 Χωλή Bile.
Χυλ:ς Suc.
Σύνθεμα ϊλΐν Formule complète.
Ονέματα των çChoiiçon της <)z'.x: 1-;ίτή;;.η; y.x: -.iy/r,;.
Noms des Philosophes de la Science et de Γ Art divins.
Μο)5η; Moïse.
20 Αημίκρ'.τ:; uémocrite.
^■jv£-'.;; Synésius.
Παύτηρ'.ς Pauséris.
Πηβ;•/'.:; Pébichius.
Mxpix.
— fKV.:x-r,:.
25 Άίρ•;/.αν:ς.
Α;υ7.άς. . . .
Αΐίγένη;. . .
"Ir-T-x^zç...
Χίμης. .". . .
Xî'.jT'.avdr .
Xénocrate.
Africanus
Lucas.
Diogène.
Hippasus.
Stephanus.
Chimès.
Le Chrétien.
'F'-if-
Θε:-έ6£•α. . .
Αγχθίΐαίμων
θείί.λ:.:....
ΙΤ-ίΐωρ;;. . .
Θαλή; {sic . .
Ήρά/,λε-.τ:;.
Ζ(07•μ:-:
Φ'.λάρετ:;.. .
Ι:υλ'.α•/ή . . .
Marie.
Pétasius.
Hermès.
Théosébie.
Agathodémon.
Théophile.
Isidore.
Thaïes.
Heraclite.
Zosime.
Philarète.
Juliana.
Sergius.
■ Cette dernière liste a un intérêt historique, plutôt que technique. Son
commentaire se trouve dans l'ouvrage sur les Origines de rAlchimie, cite
plus haut, ρ . I 28 et suivantes.
1 12 INTRODUCTION
FiGURK 6. — Planche IV
'^^ '
15
20
25
• » 'Λ '^-5** s.
cpûVi
NOTATIONS ALCHIMIQUES Il3
SIGNES DU MANUSCRIT iZi-j.
Planche IV, feuille 16 du manuscrit, verso.
Vois ces signes et comprend-Ies bien :
Interprétation des signes de l'art sacré et du livre sur la matière
de l'or.
Au commencement : or — limaille d'or — argent.
Mercure — feuilles d'or — or calciné ou fondu.
δ Soudure d'or — mélange ou alliage d'or.
Terre ou minerai d'argent — soudure d'or et d'argent — argent
calciné ou fondu — cuivre de Chypre — terre de cuivre.
Limaille de cuivre — feuille de cuivre.
Cuivre calciné — rouille de cuivre — orichalque bronze et al-
10 liages analogues).
Cuivre" — étain quatre signes) — plomb.
Saturne brillant — molibdochalque (alliage de cuivre et de plomb)
— terre ou minerai de plomb.
Limaille de plomb — plomb calciné.
Autre signe de l'étain — terre ou minerai d'étain — limaille
d'étain — feuille d'étain — étain
15 calciné — brouillard ou vapeur condensée — litharge
concrétion blanche — vapeur concrétée jaune.
Litharge — soufre apyre, n'ayant pas subi l'action du feu.
matières sulfureuses — soufre
natif — sélénite — vin d'Amina.
Huile de raifort — huile de ricin — natron ^deux signes;.
.,Q Alun en lamelles — (alun) arrondi — pyrite.
Cadmie — magnésie — sel — sel
commun — sel ammoniac enabrégéi — chaux deux signes),
chaux vive.
Vermillon du Pont — autre signe — couperose.
Chalcite minerai pyriteux de cuivre) — pierres en abrégé —
.,r Chélidoine.
Eaux marines — eaux de pluie — eau
Jours — nuits — heures — un jour et une nuit.
114
1(1
2 ι
INTRODUCTION
Figure 7. — Planche V
στΗ/ίγ^^ a7fli>i>ifff^ciQ^iff«o'Y^AASS"
NOTATIONS ALCHIMIQUES 113
Planche V, feuille 17 du manuscrit, recto.
Fer — minerai de fer — limaille de fer.
Feuille de fer — rouille de fer.
Chalque (poids et monnaie — mer — fleuve — noir.
Air et astérite (pierre précieuse) — feuille de nover.
5 Drachme — poignée (mesure — mercure (deux signes qui pré-
cèdent le mot;.
Terre de Cimole et suc de tiguier sans signe) — feuilles — ar-
bouse.
Sandaraque et arsenic — sandaraque (au-dessus de la ligne) —
chaux — litharge.
Mine (poids) — safran — œuf — coucher du soleil — urine.
Soufre — vinaigre — scrupule (fraction de l'once) — levain.
Sélénite — stimmi (antimoine) de Coptos mélangé.
10 Soufre apyre commun — le plomb a quatre signes.
Puis vient une ligne de signes se rapportant au plomb, à Jupiter,
deux signes (électrum\ à Tétain, trois signes.
Hermès en a trois autres (trois signes) — l'or est tel — le
cuivre.
Le soufre natif et le soufre brûlé parle feu (fondu ;) et Saturne,
c'est-à-dire le plomb, s'écoulant de lui-même (cette ligne n'a
pas de signe spécial).
15 L'eau de plomb et la vapeur condensée blanche qui se dit mercure.
Saturne brillant — Jupiter resplendissant — électrum.
Mars enflammé (deux signes) — Vénus lumineuse.
Mercure étincelant; étain (pas de signe) — claudianon — cinabre.
20 Safran — ochre — arsenic ((autre signe double).
Sandaraque — séricon (soie r ou couleur rouge?) — orcanette.
Sandaraque de Laodicée. — autre signe — misy — sory.
Laccha — céruse — molibdochalque.
Les blancs — œil — les œufs — coquille d'œuf.
Bleu — verre — coupellation — ayant pris.
Antimoine — fleuve — vinaigre — ferment ou septique (?).
•25 Botarion (vase à digestion) — fumier — plante — vapeur cé-
leste — le signe est à la page suivante).
Il6 INTRODUCTION
Figure 8. — Planche VI
10
15
20
OMPV<r^' KIK^a/uvi^di ©'^»^ • αΟ^^μζ/Οϋ^'
NOTATIONS ALCHIMIQUES I I y
Planche VI, feuille 17 du manuscrit, verso.
Ciel — creuset — matras de lerre cuite — fleur jaune du cnécos
(plante assimilée parfois au carthame) — cnécos (sans signe).
Sélénite ou talc — terre • — vapeurs sublimées.
Nombre — bile — suc ■ — or — cuivre (deux signes).
Plomb — mercure d'arsenic.
5 Vinaigre (deux signes) — (vinaigre) piquant — eau de pluie —
eau de mer.
Séricon (pigment rouge) — cuivre (répété deux fois —
deux signes). Πυρο'ε'.ς ! Ι, 5.
'Ραφάν.νον ελαιον : II,
3; IV, 20.
'Ρέον: VIII, I.
'Ρίζα : VII, 8.
'Ρινημα. ρίνισμα : VI,
ig.lVoir les mé-
taux.)
'Ροοο'σταμον : VIII, 2.
'Ρου: VIII, 2.
Σανοαρά/η : II, 19 ;
V, 7, 20 ; VIII,
22.
Σαντάλην : VIII. ι.
'Ζί -ijio : VII. 26.
Σελτίνη : Ι. 2; VII.
12.
Σεληνίοιον : VI, 2 5.
Σελτ,νο'σ-ερμα : VII,
20.
Σεμνον : VIII, 24•
Σημείον : VI, 24.
Στίρ'.κον, σίρ'./.ον : II,
i7;V,2o;VI,6;
VII, 12, 20.
Σί)ψον;ΙΙΙ, 3;V,25.
Σιοηρε'ως : VI, 7•
Σίδηρος, (s'.ot'iÇO'j :
Ι, 5, 21 ; V, Ι,
i7;VI,2o;VIII.
5,22.
— γη : Ι, 22 ; V, 1.
— ίο'ς : Ι, 25; V, 2.
— ::ε'ταλον : Ι, 24;
V, 2.
— ρίν.σμα, ρίνημα :
1,23; V, 2.
Σινωπ'ις ποντ'.ζή : Π,
26; IV, 24.
Σ/.αμονία : VII, ι 3.
Σμτίριος VIII, 24.
Σμφνομε'λανος Γ VI,
7•
Σμύρνη : VII, 1 5.
Σμύρτον : VII, 12.
Σ~έρματα : VI, 2 Ι ;
VIII, 20.
Στατηρ : VIII, 1 6.
Στάχης: VII, 2 1.
Στημη, στίμμι : II,
32; ν,25; VIII.
20.
ΣτΛβο^ν : Ι, 7.
— /.ο-τ•-/.όν : V, ΙΟ.
Στρογγίλον : VII, q;
VIII, 20.
126
INTRODUCTION
Στρώ[Αα : VII, 2 5.
— θαλάσσης : VI, η .
-γη :Ι, ι5; IV,
— πέταλα : 1,3;
Στυπτηρία σ-/_ισττ| :
— \μίΚ'&'Λ•-^ : V, Ι 5.
ΙΟ.
IV, 5.
II, 6; IV, 21.
— Οετοϋ : VI, 5.
— 'ιός : Ι, Ι g; IV,
— ρίνημαοα ρίνισμα:
— στρογγυλή : II,
"Υαλος : V, 24•
11; VI, II.
Ι, 2; IV, 4.
7; IV, 21.
"Υελο; : Π, 29.
— χεχαυμε'νος . Ι, 1 8 ;
Χρυσο'κολλα : Ι, 6;
Σύνθεμα, σύνθημα :
Ύετοϋ (ϋοωρ-) : VI,
IV, II.
IV, 6.
III, 17; VI. ι8.
5.
— χύ-ριος : Ι, 14;
Χύθρα:ΙΙΙ,9;νΐ,ι.
Συχης οπός : V, 6.
'Υιός : VII, 2.
IV, 9•
Χυλός: III, ι6; VI,
Σχιστόν : VI, 17-
Ί'σκίαμος : VII, 23.
— πέταλα : Ι, 17:
3; VIII, 8.
Σφο'ορα : VII, Ι.
IV, ΙΟ.
Χυμή : VIII, 12.
Σώρι : ΙΙ,2ΐ; ν, 2 1.
Φ
— ρίνημα, ρίνισμα :
Χειμός(-/υμός): VIII,
Ι, ι6; IV, ΙΟ.
'9-
Τ
Φαέθων : Ι, 4•
Χαραχττ[ρισμα : VI,
Χωλή, χολή :ΙΙΙ, ι 5;
Φαίνων Κρο'νος : Ι, 3.
ΙΟ.
VI, 3; VIII, 1 8.
Τε'λειον : VIII, 23.
Φησιν : VII, 8.
Χάρτης : VI, 9•
Χώμα : VII, 7•
Τέταρτο; : VIII, ίο;
Φοΰ ; VII, 21.
ΧερσεΤος : VII, 1 1.
Χώνη:ΙΙΙ,8; νΐ,ι.
Ι4•
Φριχτής : VII, η.
Χηνάριον : VIII, 26.
Χώνευσον : VIII, 9•
Γίτανος: 11,25; IV,
Φύλον : VII, 24-
Χλορόν : VIII, 7•
23; VII, 25.
Φωσφόρος : Ι, 6.
Χοινίχη : VI, 21 ;
Ψ
Τουρμόν : VII, 1 3.
VIII, ι3.
Τρείς : VIII, 1 3.
Χ
Χοιρε'ου : VIII, 27-
Ψιμύθιον . II, 23;
Τριδλίος : VIII, 12.
Χρόνος : Ι, ί ; IV,
V, 22; VIII, 2θ.
Τρίβε : III, 14.
Χαλβάνην : VII, 14•
ι3; V, Ι. S 16;
Τρίψον : VII, 3.
Χάλ/ανθο; : II, Ι ;
VII, 10; VIII, 5.
Q
IV, 25; VII, 3;
Χρυσήλεχτρον : Ι ,
Γ
VIII, ΙΟ, 22.
5.
Ώά : II, 26; V, 23.
Χαλχίον : V, 3.
Χρυσός," χρυσού : Ι,
Ώόν : V, 8.
Ύδρίάργυρο; : Ι, ig '.
Χαλχίτης : II, 2 : IV,
i;IV,4;V, ι3;
Ώβρύζωσι; : Π, 3ο;
IV. 5; V, 5, ι5;
25; VIII, 17-
VI, 3, 19 ; VII,
V, 24.
VI, ι5; VIII, 6,
Χαλχός, -/αλκοϋ : Ι,
9; VIII, 5.
Ώχυανός : VIII, 0.
8.
6, i4;IV,i2;V,
— ιός : VI, ΙΟ.
-Ωραι:ΙΙ,9;ΐν,27.
— άρσενί/.ου : VI, 4•
ι3, 17; VI, 3, 6;
— κεχαυμε'νος : 1,4;
Ώρίχαλχος : Ι, 2θ:
"Υδωρ : II, η; IV,
VII, 6; VIII, 6.
IV, 6.
IV, 11.
26; VII,5;VIII,
Ι 5.
— μάλαγμα : 1,7;
Ώς : VII, 2.
6,8.
Χαλχών : VIII, ι6.
IV, 6.
"Ωχρα: II, Ι 5; V, 19-
FIGURES D APPAREILS I27
V. — FIGURES D'APPAREILS
ET AUTRES OBJETS
Les manuscrits alchimiques renferment un certain nombre de ligures
d'appareils et autres objets, destinés à faire comprendre les descriptions du
texte. Ces figures offrent un grand intérêt. Quelques-unes ont varié d'ailleurs
dans la suite des temps ; sans doute parce que les expérimentateurs qui se
servaient de ces traités en ont modifié les figures, suivant leurs pratiques
actuelles. Le tout forme, avec les figures de fourneaux et appareils d'une
époque plus récente, tels qu'ils sont reproduits dans la Bibliotheca Che-
mica de Manget, un ensemble très important pour l'histoire de la Chimie.
Je me bornerai à étudier les plus vieux de ces appareils ; car ce serait sortir
du sujet de la présente publication que d'en discuter la suite et la filiation
jusqu'aux temps modernes ; il serait d'ailleurs nécessaire de rechercher les
intermédiaires chez les Arabes et les auteurs latins du moyen âge.
Les figures symboliques mériteraient à cet égard une attention particu-
lière, par leur corrélation avec certains textes de Zosime, dans son traité
sur la vertu, etc. Je citerai, par exemple, de très beaux dessins coloriés,
contenus dans le manuscrit latin 7147 de la Bibliothèque nationale de
Paris, représentant les métaux et les divers corps, sous l'image d'hommes
et de rois, renfermés au sein des fioles où se passent les opérations ^fol. 80,
81 et suivants). Dans la Bibl. Chemica de Manget, on voit aussi des figures
du même genre (t. I, p. gSS, pi. 2, 8, 11, i3, etc; Genève, 1702). Il y a là
une tradition mystique, qui remonte très haut et sans doute jusqu'au
symbolisme des vieilles divinités planétaires.
Mais ce côté du sujet est moins intéressant pour notre science chimique
que la connaissance positive des appareils eux-mêmes. En ce qui touche
ceux-ci, je ne veux pas sortir aujourd'hui de l'étude des alchimistes grecs.
J'ai relevé tous les dessins qui se trouvent dans le manuscrit de Saint-Marc
(χιβ siècle), dans le manuscrit 2325 de la Bibliothèque nationale (xiii= siècle).
128 INTRODUCTION
et dans le manuscrit 2327 (xv= siècle), ainsi que dans les manuscrits 2249,
22 5oà 2 252, 2275,2829, enfin danslesdeux manuscrits alchimiques grecs de
Leide et dans le manuscrit grec principal du Vatican. J'ai fait exécuter des
photogravures de ceux de Paris et de celui de Venise, afin d'éviter toute
incertitude d'interprétation. Ce sont ces figures qui vont être transcrites
ici : on y renverra dans l'occasion, lors de l'impression des textes cor-
respondants.
Figures du manuscrit de Saint-Marc.
Je donnerai d'abord les figures les plus anciennes, celles du manuscrit
de Saint-Marc, savoir :
La Chrysopée de Cléopâtre, formée de plusieurs parties corrélatives
les unes des autres, les unes d'ordre pratique et les autres d'ordre mys-
tique ou magiques : c'est la figure 1 1.
La figure 12 en est l'imitation grossière (partielle), tirée du manuscrit
2325, et la figure i3, tirée du manuscrit 2827, dérive du même type,
avec des variantes considérables et caractéristiques.
Les figures 14 et 14 bis reproduisent l'alambic à deux récipients {dibicos),
déjà dessiné dans les précédentes, mais avec diverses variantes.
La figure i5 est celle de l'alambic à trois récipients (tribicos).
La figure 16 représente un appareil distillatoire, sans dôme ou condensa-
teur supérieur, et muni d'un seul récipient.
La figure 17 est celle du tribicos, d'après le manuscrit 2325.
La figure 18 a l'apparence d'une chaudière distillatoire.
La figure 19, à peine ébauchée, semble le chapiteau d'un appareil ana-
logue.
Les figures 20 et 21 sont des appareils à digestion, en forme de
cylindres.
La figure 22 est un bain-marie à kérotakis (palette pour amollir les
métaux).
La figure 23 en est la reproduction, d'après le manuscrit 2325.
La figure 24 est un autre bain-marie à kérotakis.
FIGURES D APPAREILS I 2g
Les figures 25, 26, 27 reproduisent des variantes et détails des appa-
reils précédents.
Le manuscrit de Saint-Marc ne renferme pas seulement des figures
d'appareils, mais aussi divers dessins mystiques ou magiques, comme la
Chrysopée de Cléopâtre en a déjà fourni l'exemple : je les ai fait également
reproduire.
Ce sont :
Fig. 28 : la formule de l'écrevisse (ou du scorpion^ qui semble résumer
une transmutation.
Fig. 29 : deux alphabets magiques ou cryptographiques.
Fig. 3o : le Labyrinthe de Salomon, d'une écriture plus moderne.
Fig. 3 I : un symbole en forme de cœur renversé, contenant le signe de
l'or, du mercure, etc.
La plupart de ces figures du manuscrit de Saint-Marc ont été recopiées
dans le manuscrit 2249 '^^ ^^ Bibliothèque Nationale de Paris ; dans le Voss,
de Leide, dans le principal manuscrit du Vatican et dans divers autres ;
quelques-unes ont été imitées d'après les manuscrits 2249 et autres, dans
l'histoire de la Chimie de Hcefer et dans les Beitrage de H. Kopp. 11
m'a paru intéressant d'en donner les types originaux et complets, tels qu'ils
ont été dessinés à la fin du x= ou au commencement du xi' siècle, sans nul
doute d'après une tradition beaucoup plus vieille; car ils répondent exac-
tement aux descriptions de Zosime, de Synésius et d'Olympiodore l'alchi-
miste. Je les rassemblerai donc tous ici. bien que certains d'entre eux
s'appliquent à des traités qui paraîtront seulement dans les livraisons sui-
vantes : remarque appliquable aussi aux figures tirées des manuscrits 2325
et 2327, dont il va être question.
Le manuscrit 2327, en effet, a été écrit en 1478, quatre ou cinq siècles
après le manuscrit de Saint-Marc ; les figures des mêmes appareils y repa-
raissent, mais profondément modifiées; elles ne répondent plus exactement
au texte, mais sans doute à des pratiques postérieures.
Le manuscrit 2325 (xiii"= siècle) reproduit au contraire les forroâs des
appareils du manuscrit de Saint-Marc, quoique avec des variantes, impor-
tantes.
17-
1 3ο INTRODUCTION
Figures du manuscrit 2327.
Dans le manuscrit 2327, on trouve, outre la figure i3 déjà présentée,
deux grandes figures du serpent Ouroboros, variantes développées de
celle de la Chrysopée de Cléopâtre. Il suffira d'en donner une seule :
c'est la figure 34.
La figure 35 reproduit le signe d'Hermès, grossièrement dessiné, d''après
le même manuscrit.
La figure 36 est celle de quatre images géométriques, d'après les manu-
scrits 2325 et 2327.
La figure 32 est un dessin mystique, tiré du manuscrit 2327.
La figure 33, tirée du manuscrit 2325, reproduit le même dessin. Ce
dessin singulier semble une variante du symbole cordiforme de la
figure 3 I .
Les figures qui suivent représentent des appareils; elles sont tirées des
manuscrits 2325 et 2327, mais dessinées d'une façon bien plus grossière que
dans le manuscrit de Saint-Marc.
Ainsi la figure 37 comprend l'alambic à trois récipients (tribicos de la
fig. 17) ; plus un alambic à un seul récipient, et des vases à digestion.
La figure 3S reproduit quelques variantes de la précédente.
La figure 39 est tirée du manuscrit Ru. 6 de Leide : c'est un vase à
digestion et à sublimation, correspondant à l'un de ceux des figures 37 et 38.
La figure 40, tirée de la Bibliotheca Chemica de Manget, est l'aludel décrit
dans Geber; instrument qui répond de très près aux figures 38 et 3g et en
donne rintérprétation.
Lafigure4i représente un petit alambic, tiré du manuscrit 2327.
La figure 42, l'alambic de Synésius, d'après le même manuscrit.
La figure 43, le même alambic de Synésius, d'après le manuscrit 232i.
La figure 44 est une simple fiole (2327).
La figure 45, un alambic avec appendice à 6 pointes (2327).
FIGURES D APPAREILS
i3i
Figures du manuscrit 2325
Enumérons spécialement les figures du manuscrit 2325, figures dont
plusieurs viennent d'être transcrites. On y trouve :
L'alambic de Synésius, qui forme la figure 43.
Le dessin mystique de la 3* leçon de Stéphanus ^fol. 46, verso ; repré-
senté figure 33;
On y voit aussi les quatre dessins géométriques (fol. 3)' de la figure 36;
Ainsi que (fol. 83) la formule de TEcrevisse de la figure 28.
Puis vient un alambic à une pointe, avec deux petits appareils à fixa-
tion (1), dessinés dans la figure 12, qui répond à la figure 1 1 de Saint-Marc.
Citons aussi le tribicos, dont nous avons reproduit les variantes (figi", 3-
et 38) : le tout répond à la figure i3 ;
Quant à l'appareil distillatoire de la figure 16, qui se trouve aussi dans
le manuscrit 2325, il nous a paru inutile de le reproduire.
Nous avons donné, toujours d'après le manuscrit 2325, un appareil à
digestion, sphérique et à kérotakis (fig. 23) ; qui répond à la figure 22,
tirée de Saint-Marc.
Telle est l'énumération des figures différentes qui sont dessinées dans les
manuscrits fondamentaux. J"ai cru devoir les reproduire toutes, afin de
fournir un fondement solide à la double étude technique et historique
des appareils et des opérations décrits dans les textes.
Je vais transcrire maintenant ces figures, en accompagnant chacune
d'elles de commentaires et de renseignements spéciaux.
Figure 11. — EUeest reproduite en photogravure, d'après le manuscrit de
Saint-Marc (fol. 188, verso), avec une réduction d'un cinquième environ.
Elle porte le titre de Chrysopée de Cléopâtre, Κλει-άτρη; Χ;υ7:-:'.;α.
(ι) Opération qui avait pour but de
durcir les métaux mous, de solidifier
les métaux liquides, de rendre fixes les
métaux volatils ; enfin de communiquer
aux métaux imparfaits une teinture
stable [fixé] d'or ou d'argent.
l32
INTRODUCTION
KT^t
τηΤΓΤΉ C ΧΤ V~ f TTD lï JL
Figure i ι . — Chrysopée de Cléopâtre.
FIGURES d'appareils i33
Commentons les diverses portions de cette grande tigure :
1° Au-dessous du titre se trouve un premier dessin, formé de trois cercles
concentriques. Au centre des cercles, les signes de l'or, de l'argent (avec
un petit appendice) et du mercure.
Dans l'anneau intérieur : Εις i—'.v i ςΐ'.ς ; ΐ'χω•' "-"' ':•' \j.î-x îj: τυνΟέματχ :
η le serpent est un, celui qui a le venin, après les deux emblèmes. »
Dans l'anneau extérieur : 'Έν -ïî ζδν -/.χ: oC jîjtiîj to -àv y.a'; ε'; xj-i τ: τ.χί
7.x'•. εΐ μή Ιχβ'. τϊ παν ουδέν έιτ'.ν τ: τ.χί (ι).
« Un est le tout et par lui le tout et vers lui le tout ; et si le tout ne contient
pas le tout, le tout n'est rien. »
A droite, le cercle extérieur se prolonge par une sorte de queue, qui
montre que ce système est la figuration du serpent mystique.
2° Puis viennent divers appendices et signes d'apparence magique,
situés à droite, dont la signification est inconnue. Cependant je serais porté
à rapprocher le double cercle incomplet, muni de huit appendices supé-
rieurs, du signe de TEcrevisse à huit pattes antérieures, dessiné figure 28 ;
lequel est traduit par les mots : molybdochalque (alliage de plomb et de
cuivre) brûlé, et argyrochalque (alliage de cuivre et d'argent) brûlé. Ces
signes seraient alors les symboles chimiques d'une opération de trans-
mutation du plomb en argent, de même que ceux de la figure 28.
Au-dessous des grands cercles sont des signes répondant à des opérations
chimiques, exécutées dans certains appareils que je vais énumérer.
3° Tel est le petit dessin central, représentant un appareil pour fixer
les métaux. Il est posé sur un bain-marie, muni de deux pieds recourbés
et placé lui-même au-dessus d'un fourneau. Cet appareil est pourvu d'un
tube central qui le surmonte, tube destiné sans doute au départ des gaz ou
des vapeurs. Ce dessin est reproduit d'une façon plus précise, avec le mot
T?;;'.r, sur le folio 220 du manuscrit 2827 (v. fig. i3, à droite).
4° Le petit dessin, situé à gauche du précédent, représente un appareil
analogue, avec un ballon supérieur, destiné à recevoir les vapeurs dégagées
par la pointe du tube. Le tout répond à l'alambic de gauche de la figure i3.
5° Les deux petits cercles, situés à droite et munis de trois appendices
(i) Cf. Olympiodore, texte grec, p. 84, lig. i3.
1 34 INTRODL'CTION
rectiligncs, semblent représenter des appareils avec leurs trépieds posés sur
le feu; tels que celui de gauche des figures i3 et 38. On pourrait en rappro-
cher aussi le symbole du βοτάριον (fig. 5, 1. 4 et fig. 7, 1. 27), représentant un
vase à digestion sur son fourneau, analogue au dessin situé à gauche et en
bas de la figure 37 et au dessin situé à droite de la fig. 38.
6° Le cercle inférieur, muni d'un point central, symbolise l'œuf philoso-
phique (?), ou le cinabre (Voir fig. 4, PI. II, lig. i3,et la note de la page 122).
7° Vers le bas à gauche, est figuré le serpent Ouroboros, avec l'axiome
central : Έν -.i τ.χί ; le tout est un.
8° Sur le côté droit du serpent, un grand alambic à deux pointes (dibicos),
posé sur son fourneau, lequel porte le mot : φώτα, feux. Le récipient inférieur,
ou chaudière, s'appelle λω-άς, matras. Le récipient supérieur, dôme ou chapi-
teau, est la φιάλη, mot qui signifiait autrefois tasse ou coupe, mais qui a
ici le sens plus moderne de fiole ou ballon renversé.
Voici l'usage de cet alambic. La vapeur monte du matras, par un large
tube, dans l'ouverture plus étroite du chapiteau ou ballon renversé ; elle s'y
condense et s'échappe goutte à goutte, par deux tubes coniques et inclinés.
A côté du tube gsuche, se trouvent les 'γ-;':ς :-τ,:ά-/.'.ν;ν~, pour les recevoir et les empêcher d'arriver jusqu'au
foyer.
Il semble même que l'on ait cherché à ce moment à opérer une certaine
séparation entre les matières solides, telles que métaux non ramollis, frag-
ments divers, etc., et les matières liquéfiées; on y parvenait, soit à l'aide
d'un ballon percé de trous (fig. 21), soit à l'aide d'un crible (fig. 20).
Les produits liquéfiés qui tombaient ainsi au fond se rapprochaient sans
cesse du foyer (φώτα). La même chose pouvait arriver au mercure liquide,
condensé à la partie supérieure et retombant ensuite par son poids, voire
même au soufre et aux sulfures d'arsenic fondus et coulant sur les parois, si
la chaleur était suffisante. Mais ces dernières substances, aussi bien que
les corps qui déterminaient la liquéfaction des métaux (mercure, soufre,
sulfures d"arsenic et autres), en atteignant le fond, éprouvaient un nouveau
changement. En effet, les matières sublimables contenues parmi ces corps
et substances, lorsqu'elles arrivaient vers le fond de l'appareil, se trouvaient
portées à une température élevée; elles se vaporisaient alors et remontaient
vers les parties supérieures.
Le caractère rétrograde de cette opération, qui permettait aux vapeurs
d'attaquer de nouveau le métalou la substanceplacée sur la kérotakis, paraît
avoir frappé les opérateurs : de là sans doute le nom de y.apy.iv:; (écre visse),
c'est-à-dire appareil fonctionnant en sens rétrograde, donné à certains de ces
appareils. De là aussi, ce semble, le signe de l'Ecrevisse dans la formule de
la figure 27, signe surmonté des mots : alliage de plomb et de cuivre brûlé;
alliage d'argent et de cuivre brûlé. L'emploi de ces sublimations réitérées,
pour blanchir le cuivre et pour amollir les métaux, c'est-à-dire pe?• rem
cerandam, est indiqué par les alchimistes du moyen-âge.
Supprimons la kérotakis dans de semblables appareils et nous aurons
Yaliidtl, instrument de digestion et de sublimation décrit dans les œuvres
de Geber et figuré dans la Bibliothcca Chemica de Manget (t. I, planche
19*
14*3
INTRODUCTION
répondant àla page 540;. Les figures qui se trouvent dans ce dernier ouvrage
tome I, au bas de la planclie 5, p. 988, en haut de la planche 6 à gauche, ainsi
qu'au milieu de la planche 14, paraissent avoir une destination analogue. Je
citerai encore les dessins qui se trouvent aux folios 179 verso, 180, 181, du
vieux et beau manuscrit latin 71 56, sur parchemin, de la Bibliothèque
nationale de Paris. Dans le manuscrit latin de la même Bibliothèque 7162,
folio 64, on voit la figure d'un bain de sable iarena). Dans le manuscrit latin
7161 (fol. 58 et fol. 1 13 verso] existe la figure d'un appareil à digestion, sur
son fourneau. Tous ces appareils correspondent à la suite d'une même tra-
dition technique.
Observons ici que les appareils cylindriques pourvus de la kérotakis n'ont
été employés que par les plus anciens alchimistes. Ils sont figurés seulement
dans le manuscrit de Saint-Marc et dans les copies qui en dérivent; mais
ils n'existent ni dans le manuscrit 2325, ni dans le manuscrit 2275, ni dans
le manuscrit 2327.
Figure 22. — Cette figure (manuscrit de Saint-Marc, fol. igS verso) est
φ a^xjjaacay κ '-''-t' ° 'Τ-κιΛ< Uxr-
FiouRE 22.— Bain-marie à kérotakis. — Rcduit.iux 2/3.
aussi un appareil à digestion, appareil sphérique et porté sur trois pieds.
Au-dessous de la kérotakis et des vases à condensation supérieurs, il y existe
FIGURES D APPAREILS
147
un digesteur, distinct du foyer, et intermédiaire ; le tout fut désigné soui
le nom de fourneau de Marie ralchimisie (i), prototype de notre bain-
marie.
Le digesteur dessiné sur cette même figure 22 est long d"une palme, comme
rindiquent les mots -αλχ'.—'.αΤιν -/.ay.iv.iv. Il semble criblé de trous ; à moins
qu'il ne s'agisse d'une ornementation superficielle. C'était là d'abord un
bain de cendres, ou un bain de sable. Dans l'une des formules de dorure
du Papyrus X de Leide, il est question aussi de l'emploi des cendres
(formule 57, ce volume, p. 40).
La palette des préparations, ο3.^\ι.τ/.ζ') γ.τ,ζζΊτ/.τ,ς [sic], offre ici de grandes
dimensions. Elle est chauffée seulement au milieu.
Deux coupes inférieures, placées immédiatement sous la kérotakis, l'une
grande et surmontant une coupe plus petite, reçoivent les matières fusi-
bles.
Les produits sublimés sont récoltés dans deux condensateurs supérieurs,
concentriques et successifs. L'un est appelé ΐ'.άλη (coupe) ; l'autre /.^υ.ςάνη
(tasse).
Figure 23. — Cette figure, imitation de la précédente avec de légères
Figure 2,^. — Bain-marie à kérotakis uMs. 2525).
D'aprcs décalque.
(i) Origines de l'Alchimie, p. 171
148 INTRODUCTION
variantes, est reproduite d'après le manuscrit 2325, folio 84 recto. Elle
existe aussi dans le manuscrit 2275, folio 5; verso.
Figure 2 jf. — Cette figure ^manuscrit de Saint-Marc, fol. 196), est encore
un appareil analogue aux précédents, sauf quelques variantes plus impor-
tantes.
La palette porte deux coupes inférieures vers ses extrémités. Dans la
coupe supérieure (^ιάλη), on lit le mot βάθι; (cavité).
Figure 24. — Autre bain-marie. — Ridiiction aux2/3.
Figure 24 bis. — Au-dessous, se trouve la kérotakis, ou palette triangulaire.
Figure 24 '
■ Kérotakis. — Réduction aux 2/3.
C'est une seconde forme de cet instrument, distincte de celles qui sont
représentées figures 22 et 25.
Figure 25. —Cette* figure (manuscrit de Saint-Marc, fol. 112 en marge)
représente une disposition différente de l'appareil à digestion sphérique.
FIGURES D APPAREILS
149
Ce dessin et les deux suivants se trouvent à la fin de l'article : T;j yp'.--
■:•.αν:ϋ -ερ\ ij -ταΟεία; του y_p'j-z\t, en marge ; ils sont d'une écriture posté-
rieure au texte courant et presque effacée. Ils paraissent répondre a une
description d'appareils, qui forme le dernier paragraphe de cet article.
A côté de la figure 2 5 se trouve le mot κάμ-'ν:; ; au-dessous on lit, en
caractères du xvi^ siècle, une inscription devenue presque illisible, mais
dont les lettres restées distinctes répondent sans nulle incertitude au texte
Ycy
Figure 2 5. — Vase à kérotakls. — Décalque.
Les inscriptions sont reproduites ici en caractères actuels,
mais avec l'orthograplie du manuscrit. — Réduction aux 2/3,
suivant : y.xpvJ.tsç δ'έπΐ λ^υκώσεως ' ν.εϊτχ'. δ'ό λόγίς έ'μ,πρίσθεν ; c'est-à-dire
« écrevisse pour le blanchiment ; l'explication se trouve au-dessus du texte
précédent » (i).
(il Voir plus loin la formule de
l'Écrevisse. — Sur le sens de ce mot
appliqué à un appareil chimique, voir
p. 145.
I30 INTRODLXTION
Ce texte précis est tiré du manuscrit 1 174 du Vatican, où il accompagne
deux dessins à peu près identiques aux ligures 25 et 27 ; sa comparaison
avec les lettres non effacées du manuscrit de Saint-Marc ne laisse aucun
doute sur le sens des mots formés par ces dernières.
Le même appareil est grossièrement dessiné dans le manuscrit 2275,
folio 57 verso, avec une inscription similaire. Il existe également dans le
manuscrit 2325 (fol. 841, avec la même inscription, laquelle se reconnaît
encore, quoique effacée aux trois quarts. Enfin il existe dans un manuscrit
grec de Leide. (Voss. in-4°, n° 47, fol. 55 verso).
Le texte que je viens de transcrire semble indiquer un appareil destiné à
une opération rétrograde, c'est-à-dire telle que les produits tombés au fond
par fusion remontent par volatilisation à la partie supérieure. Il est pro-
bable qu'il s'agit de la sublimation du mercure, ou de l'arsenic, destinés à
blanchir le cuivre, en s'alliant à lui ip. 145).
La légende intérieure de la figure 25 est plus lisible que l'inscription
placée à côté ; l'écriture semble également oin,
au second du manuscrit de Saint-Marc. Les alphabets du manuscrit 2419
semblent, d'après leur traduction superposée en lettres rouges presque
efiacées, répondre à l'alphabet latin de préférence à l'alphabet grec.
C'étaient là en réalité des jeux d'esprit individuels, plutôt que des
alphabets usuels. En tout cas, il m'a paru intéressant de reproduire les
spécimens ci-dessus, surtout le premier, qui se retrouve à peu près pareil
dans deux manuscrits dissemblables de composition et d'origine.
Figure 3o. — Cette figure (manuscrit de Saint-Marc, fol. 102 verso)
représente le Labyrinthe de Salomon, avec un commentaire en vers ;
FIGURES D APPAREILS
07
le tout d'une encre et d'une écriture plus modernes, probablement du
χιγβ siècle.
Figure 3o. — Labyrinthe de Salomon. — Réduction à 1/2.
On donnera ailleurs [Texte grec, I, xxj ce commentaire.
Figure 3 1. — Cette figure (manuscrit de Saint-Marc. fol. 51 estTun symbole
Figure 3i. — Symbole cordiforme. — Dccalque.
cordiforme, avec les signes de l'or, de l'argent, et peut-être d'autres métaux ( i );
|i) Le cercle droit d'en bas renferme j la figure actuelle,par suite d'un accident
dans le manuscrit quatre signes mal de gravure,
définis, dont un 7 , lequel a disparu dans I
1 58 INTRODUCTION
il se trouve à côté de la première ligne de Stéphanus, écrit à l'encre
rouge ; il est contemporain du texte. Il semble que ce soit là un symbole
de Part de fabriquer Tor et l'argent. On croit utile d'en rapprocher la
figure suivante.
Figures 32 et 33. — C'est un dessin mystique, formé par l'assemblage de
divers signes destinés à représenter une opération chimique; on dirait une
Figure 32.— Dessin mystiqne (2327). Figure 33. — Deesin mystique (2325).
Décalque. Décalque.
sorte d'équation chimique, analogue aux équations atomiques et renfer-
mant comme les nôtres les symboles des corps intervenants. Elle se trouve
au folio 47, verso, du manuscrit 2327, vers la fin de la troisième leçon de
Stéphanus, vis-à-vis des mots : :!<-::; iz-Vi s έτήσ'.ις c ■;:apcpiji.:ç i ::ΐλύχρωμΐς.
« C"est la pierre étésienne, le support polychrome (des teintures?). » Puis
vient tout un développement mystique sur la pierre philosophale.
Le relieur du manuscrit, au xvi« siècle, a coupé une partie de la branche
gauche du dessin. Mais il n'y avait là rien de particulier, comme le montre
le manuscrit 2325 qui contient la même figure (fol. 46, verso). On a re-
produit cette dernière à côté (fig. 33).
Telles sont les figures fournies par le manuscrit de Saint-Marc et les
dessins congénères de ces figures, reconnus dans les autres manuscrits.
Figures du manuscrit 2327.
Etudions maintenant les figures propres du manuscrit 2327, en commen-
çant par les figures mystiques.
Figure 34. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 196) est celle du serpent
FIGURES D APPAREILS
09
Ouroboros (i), en tête d'un article reproduit dans le Texte grec Ί, v). Il est
formé de trois cercles concentriques, comme la figure supérieure de la Chry-
sopée de Cléopâtre ; mais de plus il a ici trois oreilles et quatre pattes. La
tête, les oreilles et l'anneau extérieur sont peints en rouge vif [rrr] ; le blanc
Figure 34. — Serpent Ouroboros. — D'après décalque.
de l'œil est blanc, la pupille noire ; le premier anneau est écailleux. Le second
anneau (moyen) est écailleux et jaune [jjj]. L'anneau intérieur est d'un vert
continu (vv), ainsi que les pattes. Ces couleurs d'ailleurs ne répondent pas
exactement à une description de Stéphanus (Lettre à Théodore), d'après
laquelle l'origine de la queue est blanche comme du lait ; le ventre et
le dos, couleur de safran, la tête noir verdâtre. Il devait y avoir bien des
variantes.
Au folio 279 du même manuscrit se trouve une seconde figure du serpent,
avec un teste un peu différent : celui-ci n'a que deu.x anneaux ou cercles ;
ses écailles sont mieux marquées.
(i) Origines de l'Alchimie, p. Sg et 256.
1 6ο INTRODUCTION
Figure 35. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 297 verso) représente le
signe d'Hermès, assez informe; le folio a été remonté sur une bande
blanche.
Fir.LRE 35. Figure 36.
Signe d'Hermès. Images géométriques.
Décalque. . Décalque.
Figure 36. — Cette figure renferme quatre images géométriques, desti-
nées à commenter le texte du folio io6 recto (manuscrit 2327}. Elles
existent aussi au manuscrit 2325 (fol. 1 1 1), au manuscrit 2275 (fo). 78
verso), etc.
Les figures qui suivent concernent des appareils nouveaux, dont il con-
vient de comparer soigneusement les formes avec celles des figures corres-
pondantes du manuscrit de Saint-Marc.
Figure 3γ. — Cette figure (manuscrit 2327, folio 81 verso) contient deux
alambics et deux vases à digestion.
1° A gauche, on voit l'alambic à trois pointes [tribicos), dont la forme
générale (sauf le nombre de becs) s'est rapprochée de celle des alambics
modernes en verre, usités au siècle dernier, et dont on fabrique encore
aujourd'hui quelques échantillons.
Le matras ou chaudière porte d'ailleurs la même inscription que la
figure i5 (λω-άς θείου olt.ùçiz-j : matras contenant le soufre apyre) ; il est posé
de même sur le feu (φώτα).
Le chapiteau est surmonté du mot yxK/J.z-i (vase de cuivre), et les trois
tubulures sont figurées cylindriques : l'un des trois récipients a été coupé
par le relieur.
2° A côté se trouve un alambic à un seul bec, posé sur un fourneau
(•/.α(;.ήνιον, sic) ; la forme générale en est la même. On doit le regarder comme
FIGURES D APPAREILS
l6l
équivalent à celui de la figure i6; à cela près que le tube de ce dernier
(σωλήν) est remplacé par un chapiteau (χαλκιιν).
On donnera tout à l'heure une iigure similaire (fig. 38), d'après le manus-
crit 2.127 fol. 221] ; laquelle n'est pas identique à la précédente et se rap-
proche de celle de Saint-Marc, plutôt que de nos alambics actuels.
'Sn
Figure 37. — Alambics et Vases à digestion.
Par contre, la forme de l'alambic est devenue à peu près identique à celle
de nos vieux instruments (en verre), dans la figure, unique d'ailleurs et mal
faite, du manuscrit 2252, copié au xvn« siècle. Dans ce manuscrit, au-des-
sous des trois cercles concentriques et au début des Mémoires authentiques
(γνή-•.χ ΰ-:;Λνή;ΛΛτα) de Zosime, on aperçoit un alambic (3'J"''•:; Ji/.iv:;), sur
un foyer (-/.αύ-τρ), et un récipient condensateur à col étroit, /.c-i; ή ά'γγος
c-îVî5-:o;j.:v [sic]. On voit qu'il y a de légères variantes dans les inscriptions.
3° A gauche et en bas, dans la figure 37 du manuscrit 2327, se trouve un
21-
102 INTRODUCTION
appareil à digestion ou à cuisson, formé d'une fiole sur un bain de sable,
chauffé par un fourneau v~^?)•
La fiole est désignée par un mot coupé en deux par le relieur, et terminé
par les syllabes τητ'.ς, tel que. ϊτ.-τ,^ι: (cuisson . L'inscription qui désigne le
fourneau est également coupée en deux; mais on lit sur les trois lignes
superposées les syllabes finales λχ•. — χΧζί — μίν.ιν. Il est facile de recon-
naître ici l'inscription de la figure 22 : ijzx) λαι (j-i) αΐΐν (y.rz)' μίν.ςν.
Il paraît donc que c'est là l'équivalent du bain de cendres, destiné à
chauffer la palette ou ν.τ,ρζτχν.ίς. Mais la palette est tombée en désuétude et les
opérations effectuées à l'Origine avec son concours ont été simplifiées dans
le cours des temps, et réduites à de simples digestions ; celles-ci sont
opérées également sur un bain de sable ou de cendres. La matière même,
au lieu d'être placée sur une palette métallique, est déposée soit sur une
pièce plate (fig. 38) ou conique (fig. 37), au-dessous du bouchon, soit même
au fond de la fiole. Dans ces conditions, l'emploi de la palette constituait
une complication inutile.
4° C'est ce que confirment le dessin et l'inscription placés à droite de la
figure 37. Nous avons ici une fiole, le mot ΐυάλη [sic] ayant passé du sens
ancien coupe au sens moderne _;îo/e.
Cette fiole est surmontée d'un bouchon ou tête, assez ^compliqué, au-
dessous duquel il semble qu'il reste quelque indice de la kérotakis, sous
l'apparence d'une pièce conique peu distincte. Le tout est enfermé dans une
enceinte, formée d'un cylindre inférieur, posé sur le fourneau, καμήν.ιν [sic),
et d'une coupe hémisphérique renversée, qui constitue le haut du cylindre.
Il serait difficile de reconnaître à première vue que cet appareil a rem-
placé celui de la figure 25, ou plutôt ceux des figures 20 et 21 ; car la kéro-
takis a disparu. Mais la filiation des appareils résulte des inscriptions qui
les accompagnent. En effet, on lit au-dessus du dessin (4°) de la figure 37,
les mots : •/.αρν.ινοειδές vM-a'. oï ï λόγος εμ-ρισΟεν ; c'est-à-dire la même inscrip-
tion que sur la figure 25. Ce serait donc là encore un appareil à digestion
et distillation rétrograde, dans lequel les produits sublimés retombent sur
la matière inférieure qui les a fournis : ainsi qu'il arrÎA'erait dans un appa-
reil disposé pour blanchir le cuivre par la sublimation réitérée du mercure
ou de l'arsenic (p. 145].
FIGURES D APPAREILS
l63
Ajoutons qu'on lit au-dessous de l'ensemble de ces appareils la formule
mystiques des opérationsqui s'y accomplissaient : « en haut les choses céles-
tes, en bas les terrestres ; par le mâle et la femelle TiEuvre est accomplie »
(manuscrit 2827, fol. 81 verso) : ά'νω τα ουράνια, -/.άτω τα έ-ιγηία, ο: 'άρενος ν.Άΐ
Οήλϊΐ; -ληρούμενίν τΐ έ'ργίν.
Figure 38. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 221 verso) reproduit le
dessin de la tigure 3j, sauf variantes.
^ 2
^«^«^u.
Figure 3S. — Alambics et Vases à digestion.
1° Le dessin à gauche et en haut \tribicos) est à peu près le même.
2° Le dessin de l'alambic à un seul bec offre une variante, qui le rapproche
de la figure 16. Cette forme existe aussi, grossièrement dessinée, dans le
manuscrit 2275 (fol. 57 verso).
3° Le dessin de la fiole à digestion, reporté ici tout-à-fait à gauche, est
à peu près le même que dans la figure 37.
4° Mais le dessin voisin est un peu différent. Le bouchon de la fiole
offre des traits dissemblables, et peut-être un dernier reste de lame hori-
zontale, répondant à la kérotakis. Il porte d'ailleurs la même inscription,
caractéristique d'un appareil à opération rétrograde, que la figure 37 ; sauf
la substitution du mot y.u-xyzj (ailleurs) au mot ϊ\ι.τ.ρζ7<ΐνκ
164
INTRODUCTION
50 A gauche, en bas, un vase à digestion {aludel mal fait ?) sur un
grand trépied, avec l'inscription : v,'îjv tî r.xpl•) y.ay.iv.:•/ ίζ-\•ι ναρ.'.'ίζν.Ιϊζ ζ
λ:ν;ί y.ErTz;. « Le présent fourneau est rétrograde; la description est ici. »
iV.p. 134.:
Figure 39. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 289 versol, répétée deux
fois, est un alambic à tubulure unique.
Figure 3o.
Petit alambic.
Décalque.
FlGlRE 40.
Alambic deSynésins
Décalque.
FlGlRE 41.
Alambic de SynésitiB
(Ms. 2325.) Décalque.
Figure 40. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 33 verso), fait partie de
l'ouvrage de Synésius et répond exactement au texte de l'auteur : c'est l'une
des plus intéressantes, en raison de la date de cet ouvrage (iv" siècle). Elle
représente un alambic, sur une marmite servant de bain-marie (λεβ-ί;;), portée
elle-même sur un trépied. Elle rappelle tout à fait la disposition de nos appa-
reils modernes.
A côté se trouvent les mots caractéristiques : ':rixp\j.i'lt-:x: τω βί-αρίω 'Λ'κ'.ίζί
:ργαν:ν r/(ov ;^.α7τά:'.:ν. « On ajuste au matras inférieur (βιτάρ'.ιν) un instru-
ment de verre, en forme de mamelle [[j.xs-ip'.s'i). » Cet instrument est muni
d'une gorge, ou rainure circulaire, destinée à récolter les liquides con-
densés dans le chapiteau et à les conduire dans la tubulure qui aboutit au
récipient. C'est un appareil qui est encore en usage aujourd'hui. Le sens
jusqu'ici obscur des mots βιτά,ΐ'.ΐν et \).xz-.ip:z'i se trouve précisé par ce texte
et cette figure.
La figure manque d'ailleurs dans le manuscrit de Saint-Marc, quoique
le texte soit le même ; mais elle existe dans le manuscrit 2325 \\\\\^ siècle).
Le manuscrit 2275 la reproduit ifol. 16).
FIGURES d'appareils I 65
Figure 41. — Elle reproduit le dessin fort élémentaire du même alambic,
d'après le manuscrit 2325.
Tout ceci est fort important pour l'histoire de la distillation. A l'origine,
on distilla le mercure, en le condensant simplement dansun chapite au posé
sur un pot Dioscoride, Pline). Ce n'est que plus tard que l'on adapta une
gorge à la partie inférieure, pour empêcher les liquides condensés de
retomber dans le pot; puis cette gorge fut pourvue d'une tubulure, destinée
à conduire au dehors le liquide condensé. On voit par le texte et par la ligure
conforme de Synésius que ces progrès étaient réalisés dès la fin du iv« siècle
de notre ère. Rappelons que Synésius, dans une lettre à Hypatie, publiée
parmi ses œuvres connues, a décrit aussi Taréomètre, œuvre d'une science
déjà avancée.
Figure ^2. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 112 verso), répétée deux
fois, est une simple fiole.
Figure 42. — Fiole. Figure 43.
Décalque. Alambic
avec six appendices
Décalque.
Figiirej[3. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 184 verso;, malheureu-
sement coupée par le relieur, se trouve vers la fin du poème de Théophraste.
On y discerne un alambic, mais avec un appendice supérieur, fort singulier
dont la position rappelle la -/.^.îCTa•/.•!;. Il est muni de six lignes verticales,
répondant au texte suivant : ιέ::ντζ; τίι; ïz -,<-•>•ιχ~ ώς τίγ^,α [sic) ;άγ:ζ'.. « Por-
tant six ceintures [enveloppes) pour absorber la matière fondue.»
1 66 INTRODUCTION
Figures du manuscrit 2325
Les figures du manuscrit 2325 sont très intéressantes parce qu'elles
répondent à une époque intermédiaire (xni= siècle) entre celui de Saint-Marc
et le n" 2327 de Paris. Elles sont en général conformes à celles du manuscrit
de Saint-Marc, bien que le manuscrit 2325 n'en dérive certainement pas
directement, comme je le montrerai. Il résulte de cette double circonstance
que la date des dessins du 2325 est antérieure à la copie actuelle du manu-
scrit de Saint-Marc, et même à la date de ses prototypes immédiats ; cepen-
dant ils doivent dériver tous les deux de quelque source commune et plus
ancienne. Quant au détail, le nombre, la forme et la dimension des parties
des appareils sont assez différents, pour quelques-uns du moins. Le manu-
scrit 2325 contient en plus l'alambic de Synésius, figure 41, et le dessin
(fig. 33) mystique de la 3" leçon de Siéphanus. Par contre, les appareils à
digestion y sont moins multipliés.
Nous avons donné les figures essentielles de ce manuscrit, telles que : la
figure 41 (fol. 23 verso) représentant l'alambic de Synésius, avec la chau-
dière (λέ6ϊ;ς), et le feu (τ^Ορ).
La figure 17 (tribicoç), est analogue à celle du manuscrit de Saint-Marc
(fig. i5). Toutefois les dimensions relatives du matras à soufre (λωττάς 6£Î:j
άττύρου), du tube vertical, du condensateur supérieur et des ballons qui
recueillent le produit distillé sont différentes; le dessin de l'un de ces bal-
lons a même disparu. — En outre, le mot τ.Χιρ (feu) a remplacé καύσ-ρα
(foyer). La figure du tribicos, de même que toutes celles du manuscrit 2325,
est beaucoup plus grossière que celles du manuscrit de Saint-Marc.
A côté se trouve également, très grossièrement dessiné, l'appareil distil-
latoire à large tube de cuivre (χαλ•/.ί:ν), de la figure 16; mais j'ai jugé inu-
tile de reproduire ce dessin du manuscrit 2325.
Au-dessous du tribicos, on voit la figure 23 donnée plus haut : c'est celle
d'un appareil à kérotakis, analogue à celui de la figure 22. Mais le fourneau
(παλα'.-τ'.αΤον καμ.{νΐίν) est plus petit et les condensateurs supérieurs (φιάλη),
sur l'extérieur, sont plus gros. Les ponctuations, indicatrices de trous sur
FIGURES d'appareils I 67
le bain-marie, couvrent un espace bien moindre. Le mot de kérotaivis n'y
figure pas.
Enfin, au-dessous du τωλήν et du ■/xKyL••!, on voit un autre appareil à
k,érotakis, reproduisant le χαΐκίνις de la figure 25, avec des variantes trop
légères pour que j'aie cru utile de le donner.
On remarquera que les figures sont moins nombreuses dans le manus-
crit 2325 que dans le manuscrit de Saint-Marc ; elles sont d'ailleurs concen-
trées en tête du mémoire de Zosime, dans le manuscrit 2325 aussi bien que
dans le manuscrit 2327. Ce mode de distribution est évidemment plus
moderne que celui du manuscrit de Saint-Marc.
Figures des manuscrits de Leide.
L'histoire des appareils alchimiques tire une nouvelle lumière de l'exa-
men des manuscrits alchimiques grecs de Leide. L'un d'eux (Codex Vossia-
nus, in-40, n" 47, fort mal écrit d'ailleurs, reproduit presque toutes les
figures du manuscrit de Saint-Marc, entre autres :
Nos trois planches I, II, III (fig. 3, 4, 5), sauf quelques inversions;
La Chrysopée de Cléopâtre de la figure 1 1 ι fol. 49 verso) ;
La double figure 14 et 14 bis du dibicos (fol. 5o verso) ;
La figure i5 du tribicos ifol. 5i verso) ;
La figure 16 de l'appareil distillatoire ι fol. 5i verso);
La figure 18 de la chaudière distillatoire (loi. 58 recto);
Les deux appareils cylindriques de nos figures 20 et 21 (fol. 53 verso);
Les kérotakis de nos figures 22 et 24 (fol. 52 verso);
La palette de la figure 24 bis (fol. 53 recto) ;
La figure 25 du vase à kérotakis, portant à côté le mot /apy.'.vîe'.îàç (fol.
55 verso);
Les récipients de la figure 26 (fol. 55 verso);
Le vase à kérotakis cylindrique de la figure 27 (fol. 55 verso) ;
La figure 3i corditorme (fol. 5i recto);
La formule magique de l'Ecrevisse (fig. 28), avec son explication (fol. 70
recto), fidèlement copiée.
1 68 INTRODUCTION
Il est clair qu'il s'agit dans tout ceci d'une simple copie, directe ou indi-
recte, des figures du manuscrit de Saint-Marc.
L'autre manuscrit de Leide est noté xxui. Ru. G (ayant appartenu à
Ruhnkenius); il a été écrit au xvu« siècle et est fort analogue par sa table,
laquelle forme une grande partie de son contenu, à notre manuscrit 2327.
Il en reproduit textuellement tout le tableau des signes, c'est-à-dire les cinq
pages qui forment nos figures 6 à 10, planches IV à VIII.
Aux folios 21 et 22, il renferme diverses figures pareilles, avec des
variantes dans les inscriptions et dans les dessins, dont quelques-unes fort
importantes. Je vais les signaler :
Folio 2 1 : alambic de Synésius, conforme à la figure 40 ci-dessus; mais
il porte quatre mots, au lieu du seul mot λέβης inscrit au manuscrit 2327,
mot qui se retrouve d'ailleurs aussi sur la marmite, dans le manuscrit Ru.
On y lit en outre : '/mt.x; sur le matras, ΐ'.άλη sur le chapiteau, ΐ;-/εΐ;ν sur le
récipient.
Au-dessous on voit 5 dessins intéressants, savoir, degauche à droite :
1° Un alambi; à une pointe, correspondant à celui des figures i3 et
3-. Il porte les mots ■/.7.\ι.[ψ.ν> sur le fourneau, λω-ά; sur le matras. La forme
du chapiteau indique très nettement que c'est une fiole renversée, dont le col
entoure celui du matras, les lignes des deux cols n'étant pas confondues. —
Cette différence ne m'a pas paru assez grande pour exiger la reproduction
du dessin.
2° Un alambic, sans chapiteau, mais à large tube, répondant à celui des
figures 16 et 38. On y lit les mots 7.a;j.Îv'.:v sur le fourneau, ΐ'.άλη sur le matras,
-/αλκείΐν [sic] sur le gros tube; le récipient n'a pas de nom. Ces mots ne"
coïncident pas exactement avec ceux des figures 16 et 38; ce qui montre
que le manuscrit Ru. n'a pas été copié directement sur les nôtres.
3° Au-dessous de ce dessin, un matras à digestion (ΐ'.άλη), sur un bain de
sable, chauffé surun fourneau (πΛλχυτιαΐιν/.αι^.ίνιον), avec l'indication ;--r,7iç,
comme dans la figure 37.
4° Une fiole à digestion, recouverte d'une sorte de cloche, reproduisant à
peu près identiquement la fiole de la figure 38, avec les mêmes appendices à
la partie supérieure ; appendices dérivés, comme je Fai établi, de la kérotakis
(fig. 22 et 25). La seule inscription qui existe dans ce dessin est placée sur le
FIGURES d'appareils I 69
fourneau : v.x[j.l•/::•/ 7:χλα•.-τ'.αΤ;ν. Ces mots confirment l'opinion qu'il s'agit
d'une transformation de l'appareil des figures 22 à 25.
50 Enfin, à la droite on voit le petit trépied de la Chrysopée de Cléopâtre
(fig. II). Au-dessoussont les mots έν β:λ!ίτ:•.ς 'dans le fumier . Ces mots sont
caractéristiques. En effet, ils montrent qu'il s'agit d'un appareil destiné
à être maintenu en digestion à une douce chaleur, au milieu du fumier en
fermentation. Cet appareil est posé sur un trépied et parait identique à celui
qui est dessiné à gauche, au-dessous du tribicos, dans la figure 38.
En somme, ces cinq dessins sont les mêmes que ceux des figures Sj et 38;
ils répondent à ceux des figures 1 2 et 1 3, lesquels sont eux-mêmes des dérivés
faciles à reconnaître des dessins de la figure 1 1 ;Chrysopée de Cléopâtre.
Toute la filiation des figures apparaît ainsi, de plus en plus clairement,
grâce au détail des dessins et des inscriptions.
L'étude des dessins de la feuille 22 du manuscrit XXIII Ru. 6 de Leide
permet de pousser plus loin et d'établir d'une façon directe la relation entre
les appareils des alchimistes grecs et ceux des Arabes, tels qu'ils figurent
dans les ouvrages de Geber. Ces dessins sont une sorte de doublets de ceux
de la feuille 2 i ; précisément comme dans le manuscrit 2327, les dessins de
la figure 38 (fol. 221 verso) sont les doublets de ceux de la figure 37 (fol. 81
verso). Cette répétition du même système d'appareils, qui semblerait à
première vue due à une inadvertance du copiste spécial du manuscrit 2327,
doit en réalité résulter d'une répétition plus ancienne, puisqu'elle se
retrouve dans un manuscrit en somme assez différent, quoique de même
famille. Décrivons ces dessins du manuscrit Ru. de Leide.
On y voit:
1° Un tribicos, avec son matras (λω-ά; θείιυ x-jpz'j), son chapiteau {'/x'/<-
■/.sisv), ses trois tubulures et récipients, et son fourneau (καμ.ίν.ΐν). La Jonction
du chapiteau au matras indique très clairement, comme plus haut, l'emboi-
tement de deux vases tout à fait distincts.
2° A droite, le dessin d'un alambic à une seule tubulure, reproduction du
numéro i" de la série précédente, c'est-à-dire des figures i3, 37, 38, portant
notamment les trois inscriptions du dessin central de la figure 37.
3" Au-dessous, à gauche, le matras (λωττάς) à digestion (Η-τηΐ'.ς), posé
sur le -αλα'.ΐτ'.α';•/ y.xjj.iv.cv.
22*
INTRODUCTION
170
4" Les deux dernières figures sont si caractéristiques, que je vais les
reproduire.
Figure. 44. — Vase à digestion.
Figure 44. — Vase à digestion, — D'après un dessin.
La figure de droite reproduit l'appareil à digestion des figures 3- et 38,
placé de même sous une enveloppe générale en forme de cloche. Pour plus de
précision, je remarquerai que mon dessinateur a raccourci les petites oreilles,
situées à droite et à gauche de la lettre β. Dans le manuscrit, ces oreilles
s'étendent jusqu'à l'enveloppe et la touchent, de façon à marquer la divi-
sion de cette enveloppe en deux portions superposées, telles qu'elles sont
dessinées en effet dans les figures 37 et 38. Cette enveloppe générale
semble avoir été symbolisée par la dénomination de l'œuf philosophique.
D'autre part, les trois portions intérieures de cet appareil à digestion sont
dessinées à côté, séparées^et superposées, de façon à en montrer nettement
tout l'ajustement.
FIGURES D APPAREILS lyi
Avant d'en discuter la signification, donnons les inscriptions corres-
pondantes. Elles sont d'une grécité de très basse époque. Sur le dessin de
droite, la panse du matras y porte les mots : gjj.i'.cv ενε τ;ΰ-3 μ.ετά τρία -/.iiJ.a-
τ•.α [sic], c'est-à-dire : « ceci reproduit les trois segments séparés du dessin
qui est à côté. »
Sur le fourneau, on lit : έν βιλβίτ:'.; ■/.ay.iviGv, c'est-à-dire :« fourneau en-
touré de fumier. "
Au-dessous de l'ensemble de ce dessin : ν.χρ-λνιον.οϊς y.st-ai oà ό λίγις à'jj.-
zpuOcV :« appareil rétrograde; la description est au-dessus. » — Rappelons
que ces mots caractéristiques se trouvent à côté du matras analogue des
figures 3j et 38 et de l'appareil à kérotakis de la figure 25.
Sur le côté, on lit, inscrits verticalement, les mots : έναταλωνάτι οιλίαζη
Y.xix -χ τρία 7.ΐ|;.άτ'.α, c'est-à-dire : « dans les trois segments, on ramollit et on
combine 'les matières) ».
Venons au dessin de gauche, qui représente les trois segments séparés,
avec lettres correspondantes. On lit à côté, inscrits verticalement, les mots :
-οι)- ' έ[Α-νέϊ;ς το ά'λ:ν y.al τ: ά'λ:ν ένατάλω ή -ρώ-:ς, οεύτεριν, -ρίτον [sic] ;
c'est-à-dire: «voici l'un des vases où l'on évapore, et l'autre où Ton ramollit;
c'est-à-dire le i^'', le 2=, le 3= (segment). »
Ces inscriptions confirment exactement les opinions émises plus haut,
relativement à l'usage de cet appareil. D'après lesdites inscriptions en effet
il répond aux figures 22, 24, 25, c'est-à-dire aux appareils à kérotakis. Il
suffit d'imaginer que les appareils placés au sommet des figures 22 .et 25
ont été enveloppés par la sphère de la partie inférieure, pour comprendre
les figures 38 et 3j : c'est toujours là l'appareil rétrograde, destiné au blan-
chiment du cuivre par le mercure ou par l'arsenic sublimé. Ajoutons que,
les trois segments intérieurs ne sont autre chose que les trois parties des
figures 20 et 21 du manuscrit de Venise, représentant des vases à digestion
cylindriques. — De même la figure 27, qui en exprime une forme un peu
différente, donnant en quelque sorte la transition entre la figure 20 et les
figures 22, 24 et 25.
Mais la figure 44 nous permet d'aller plus loin et d'établir que ces appa-
reils correspondent à l'aludel de Geber et des alchimistes arabes. Il suflSt,
pour s'en assurer, de jeter un coupd'œil sur les dessins des aludels, figure45.
\η2 INTRODUCTION
Nous avons ici les trois segments à digestion des alchimistes grecs; avec
cette différence pourtant que les deux segments inférieurs sont réunis en
un seul morceau dans les dessins des aludels. Le couvercle s'ajustait à
frottement doux sur.la paroi delà région moyenne : et cela dans une por-
tion considérable de sa hauteur. Les deux morceaux extrêmes sont terminés
Figure 45. — AlucicI des Arabes.
chacun par une couronne ou bague extérieure, l'une se superposant à l'autre,
de façon à compléter la jonction. Tout ceci est décrit endétaildans l'ouvrage
de Geber.
Le couvercle offre deux formes différentes: l'une hémisphérique, l'autre
conique. Ces aludels étaient en verre.
Cette figure est tirée de la Bibliotheca Chemica de Manget (t. I, p. 540,
iig. 2 — Genève, 1702I.
Dans la même planche de l'ouvrage précédent, sont représentés (fig.i) le
fourneau, au centre duquel l'on plaçait l'aludel (fig. 3), ainsi qu'un autre type
d'aludel, changé en alambic par l'adaptation d'un tube à son chapiteau, le
tout chauffé à la partie inférieure à l'aide d'un fourneau, etc.
La description de ces appareils existe, en traduction latine, dans le
second livre de l'ouvrage de Geber, intitulé : De priiicipiis magisterii
et perfectione. Ce livre peut servir sur quelques points de commentaire
aux traités de Zosime sur les fourneaux et instruments ; il continue et
développe la tradition des alchimistes grecs; non sans y ajouter d'ailleurs
bien des choses nouvelles. Mais cette comparaison nous mènerait trop loin.
Quoi qu'il en soit, on voit que ces diverses figures jettent un grand jour
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS IjS
sur les pratiques et appareils des anciens alchimistes, sur les changements
que ces appareils ont éprouve' dans le cours des temps, ainsi que sur la
filiation des manuscrits.
VI. — REXSEIGNEMEMS ET NOTICES
SUR QUELQUES MANUSCRITS ALCHIMIQUES
Il existe dans les catalogues imprimés des bibliothèques publiques d'Europe
des notices sur le contenu des manuscrits alchimiques de ces bibliothèques.
M. H. K(ipp a réuni et rapproché ces notices dans ses Beitrage :{ur Ges-
chichte der Chemie (iSôg), p. 256 à 3i5 ; mais sans prendre une connais-
sance directe des textes eux-mêmes. J'ai donné moi-même dans mes Origines
de VAlchimie, p. 335 à 385, une analyse plus détaillée du manuscrit 2327
de la bibliothèque de Paris et du vieux manuscrit de la bibliothèque de
Saint-Marc, à Venise.
Je les avais comparés entre eux, et avec les manuscrits 2325, 2275 et 2249,
que j'ai eus aussi entre les mains, ainsi qu'avec les manuscrits de la Lau-
rentienne à Florence et quelques autres; ces derniers, d'après les catalogues
imprimés. La publication présente rendra inutile ces analyses pour les cinq
premiers manuscrits; mais j'ai cru utile de préciser davantage la connais-
sance de certains autres, tels que les manuscrits du Vatican, que j'ai fait
examiner sur place par mon fils, M. André Berthelot; les deux manuscrits
de Leide, celui de Gotha et divers manuscrits des Bibliothèques d'Allema-
gne, examinés également par mon fils; ceux de l'Escurial, que M. de Loynes,
secrétaire d'Ambassade à Madrid, a bien voulu collationner pour certains
passages importants ; le manuscrit 24 1 9 de la Bibliothèque nationale de Paris,
que j'ai étudié moi-même; enfin un manuscrit arabe d'Ostanès, appartenant
à la même Bibliothèque et dont j'ai tait traduire quelques pages. — Ce sont
ces renseignements que je vais communiquer. Je les ferai précéder par quel-
ques données précises, tirées des manuscrits eux-mêmes et spécialement du
manuscrit de Saint-Marc, lesquelles fournissent des indications nouvelles
sur le mode suivi dans leur composition, sur l'ordre relatif et la filiation
174 INTRODUCTION
de leurs copies, et sur les accidents survenus pendant leurs transcriptions
successives. Le tout forme une douzaine de petites notices sur les manu-
scrits alchimiques.
I. — Ancienne liste du manuscrit de Saint-Marc.
En tête du manuscrit de Saint-Marc se trouve une liste de traités alchi-
miques, qui ne coïncide avec le contenu même du manuscrit, ni par les titres
des traités, ni parleur disposition; quoique la majeure partie des traités s'y
retrouve. L'examen et la discussion de cette liste sont essentiels pour établir
la filiation des manuscrits actuels.
Donnons d'abord la liste elle-même. Elle a été imprimée en 1745 par
Bernard dans son édition du Traité de Palladius de Febribus, p. 114 a i ιό.
Il suffira d'en fournir ici la traduction :
(1) Voici la table du livre des sages, avec l'aide de Dieu.
(2) Stéphanus d'Alexandrie, philosophe œcuménique et maître, sur l'art
sacré de la fabrication de l'or [i" leçon).
(3) 2" leçon, du même.
(4} Lettre du même à Théodore.
(5) Sur le monde matériel, 3<= leçon.
(6) Sur ce qui concerne l'acte (ενέργεια), 4= leçon.
(7) 5' leçon, (8) 6= leçon, (9) 7= leçon.
(10) Sur la division de l'art sacré, 8" leçon.
(11) Enseignement du même à l'Empereur Héraclius, 9" leçon.
(12) Héraclius Empereur, sur la chimie, à Modestus, préfet de la ville
sainte (ConstantÎnoplei.
(13) Du même Héraclius, onze chapitres sur la fabrication de l'or.
(14) Colloque du même Héraclius sur la question des philosophes, rela-
tive à cet art sacré.
(15) Lettre de l'Empereur Justinion.
(16) Du même Justinien, cinq chapitres sur l'art sacré et entretien avec les
philosophes.
(17) Entretien de Gomérius le philosophe avec Gléopâtre.
(18) Dialogue des philosophes et de Cléopàtre.
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS lyS
(19) Héliodorelc philosophe à l'Empereur Théodose, sur l'art divin: vers
iambiques.
(20 Théophraste le philosophe, sur cet art : vers iambiques.
(21) Hiérothée le philosophe, sur cet art divin: vers.
(22) Archelatis le philosophe, sur cet art divin et sacre : vers.
(23) Pelage le philosophe ; Chrysopée.
(24) Ostanès le philosophe à Pétasius sur Part sacré.
(25) Démocrite sur la pourpre et la fabrication de VoT,Plirsica etmystica.
(26) Du même, sur la fabrication de l'asèm.
(27) Synésius le philosophe à Dioscorus (commentaire sur le livre de
Démocrite) : dialogue relatif au livre du divin Démocrite.
(28) Le philosophe Anonyme, sur l'eau divine du blanchiment.
(29) Du même, surla Chrysopée, exposant l'enchaînement delà Chr\"sopée,
conformément à la pratique, avec le secours de Dieu.
'30) Zosime le divin, de Panopolis, sur la vertu.
(31) Chapitre d'Agathodémon (principalement sur la fabrication du tout).
(32) Chapitres d'Hermès, Zosime, Nilus, Africanus.
(33) Du Chrétien, sur l'eau divine.
(34) Zosime le philosophe à Eusébie, sur l'art sacré et divin, 34 chapitres.
(35) Olympiodore le philosophe, sur la Chrysopée.
(36) Pappus le philosophe, sur l'art divin.
(37) Moïse, sur la diplosis de l'or.
(38) Chapitres d'Eugénius et de Hiérothée.
(39) Zosime, sur les instruments et fourneaux.
(40j Du même, sur l'eau divine.
(411 Du même, sur les instruments et fourneaux. Mémoires authentiques.
(421 Trempe ou changement du pyrochalque, en vue derastrochalque.
(43 Trempe et fabrication du fer indien.
(44) Trempe pour les épées et instruments pour tailler la pierre.
(45) Fabrication de l'asèm, du mercure et du cinabre.
(46) Extrait de l'ouvrage de Cléopâtre sur les poids et mesures.
(47) Du Chrétien, sur la bonne constitution (εύιτάθεια) de l'or.
(48) Du môme, sur la Chrysopée, 3o chapitres.
(49) Περ'; φύρμων χ,αΐ τόλων.
ι yô INTRODUCTION
(50j Sur la diversité du plomb et sur les feuilles d'or.
(51) Lexique de la Chrysopée, par ordre alphabétique.
(52) Autres chapitres de divers opérateurs sur la Chrysopée.
Cette liste représente une rédaction plus ancienne que le manuscrit de
Saint-Marc qu'elle précède, du moins tel que nous le possédons. Elle en dif-
fère par la composition et par l'ordre relatif.
Au point de vue de la composition, les dix premiers numéros sont com-
muns à la liste etau manuscrit ; mais les quatre traités (1Γι,(12), (13), (Ί4\ attri-
bués à Héraclius,et les deux traités (15), (16), attribués à Justinien, ont dis-
paru. Rappelons ici que l'Empereur Héraclius était un grand fauteur d'as-
trologie et de sciences occultes. Son nom se retrouve dans les ouvrages
arabes et dans la Tiirba philosophorum (sous la forme erronée de Hercules).
Stéphanus,son contemporain, lui a dédié l'une de ses leçons authentiques.
Les traités attribués à l'Empereur Justinien sont évidemment pseudonymes
et, à ce qu'ilsemble d'après quelques fragments, d'une date peu reculée: peut-
être s'agit-il de Justinien II, l'un des successeurs d'Héraclius, à la fin du
vii° siècle. Il existe encore une mention qui se rattache à ces traités (pra-
tique de Justinien) dans l'article d'une écriture plus moderne, ajouté sur
une page de garde du manuscrit de Saint-Marc (Origines de l'Alchimie,
p. 348. — Texte grec, II, iv bis, Appendice Γ). Une page du môme auteur
nous a été conservée à la fin de l'un des manuscrits alchimiques de Leide
(Voss. n° 47, fol. 70 verso). Je la donnerai plus loin.
Ces six traités perdus avaient été probablement rattachés à ceux de Slé-
phanus. Je montrerai tout à l'heure la trace laissée par cette perte.
Quant aux traités de Comérius, ou Comarius, et de Cléopâtre [Π et (18),
il en subsiste un débris dans le manuscrit de Saint-Marc et des portions
beaucoup plus étendues, sinon la totalité, dans le manuscrit 2327.
Les numéros (19) à (52) de la vieille liste existent encore aujourd'hui,
en substance du moins, dans le manuscrit de Saint-Marc ; quoique cer-
tains, par exemple le numéro (32), chapitres d'Hermès, Zosime, Nilus,
Africanus, et le numéro (38, chapitres d'Eugénius et de Hiérothée,
aient peut-être subi des mutilations, qu'il n'est pas possible de pré-
ciser.
Le numéro (42), trempe du pyrochalque, n'existe plus sous ce titre; mais
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS I77
il est probable qu'une partie en a été conservée dans un article relatif à la
trempe du bronze [fol. 1 18).
Le traité de Zosime, indiqué sous le numéro (34), comme adressé à Eusé-
bie (au lieu de Théosébie), se retrouve aussi (fol. 141 à 161), à l'exception
du titre et des premières lignes, qui ont disparu: sans doute par suite de la
perte d'un feuillet.
Signalons par contre des traités contenus dans le manuscrit de Saint-Marc,
dont la liste ancienne ne fait pas mention : tels que les traités sur la fabri-
cation des verres (fol. 1 15 verso); sur les vapeurs (fol. 1 16 verso); sur la bière
et l'huile aromatique (fol. 162); les chapitres de Zosime à Théodore
(fol. 179, à 181); deux articles tirés d'Agatharchide (fol. i38à 140), etc.
Citons aussi le Labyrinthe de Salomon (fol. 102), figure très caractéris-
tique, mais ajoutée à une époque postérieure et vers le xiv« ou xv^ siècle.
La liste initiale et le contenu actuel du manuscrit de Saint-Marc ne se
superposent donc pas exactement, quoique la plupart des traités soient
communs. 11 y a aussi des modifications dans l'ordre relatif, modifica-
tions dont je vais signaler les principales, en répartissant par groupes les
numéros de la liste.
/" Groupe. — Les numéros [1] à (11) sont communs et disposés dans le
même ordre (fol. 8 à 43 du manuscrit actuel ; puis vient une lacune, numé-
ros (12) à (18;, comme si un ou^plusieurs cahiers du manuscrit antérieur, qui
a servi de type à la vieille liste, avaient disparu. Les poètes, numéros (19) à
(22), et les traités de Pelage, d'Ostanès, de Démocrite, de Synésius, ceux de
l'Anonyme, de Zosime, d'Agathodémon, d'Hermès, du Chrétien, numéros
(23) à ^33, etc., suivent dans le même ordre (fol. 43 à 101). Quant au traité
(34), il est probable qu'il est représenté, au moins en substance, ou plutôt
à l'état fragmentaire, dans les folios i ig à 128 et dans les folios 141 à 09.
Jusqu'ici le même ordre se maintient donc dans la vieille liste et dans le
manuscrit actuel.
2" Groupe. — Mais le traité (351 d'Olympiodore se retrouve seulement
aux folios 103-179, 35 feuillets plus loin. Le numéro (36), serment de Pappus,
les numéros (37), (38!, diplosis de Moïse et chapitres d'Eugénius, enfin les
numéros (39), (40), i41), traité de Zosime sur les fourneaux, etc., forment
presque à la suite les folios 184 à 195. Cependant il y a intercalation des
23*
lyS INTRODUCTION
chapitres deZosime à Théodore (fol. 179 à 181) et du traité de l'Anonvine
sur l'œuf (fol. 181).
3^ Groupe. — Un autre groupe de traités, consécutifs aux précédents dans
la vieille liste, en sont au contraire séparés dans le manuscrit actuel. Ils
occupent les folios 104-1 iS, transposés par le relieur Origines de V Alchi-
mie, p. 35o-35i), et renfermant les articles (44) à (48). Peut-être aussi une
partie se retrouve-t-elle dans les folios 141 à iSq, déjà attribués pour une
fraction au numéro (34'.
4<'Groupe. — Lesnuméros (42) et (43) delà vieille liste répondent à peu près
au folio 118.
5= Groupe. — Les numéros (49), (50), (51, lexique), répondent aux folios
129 à i38, placés à la suite.
En somme, la place du troisième groupe a été changée par le relieur,
comme il est facile de l'établir par la lecture des testes, et il n'y a qu'un autre
renversement important, celui des traités du second groupe, lesquels for-
ment en quelque sorte un cahier à part, déjà interverti avant la constitution
de la copie actuelle.
Si l'on cherchait à décomposer ces traités en séries distinctes, d'après
leur contenu, on pourrait trouver ainsi les séries suivantes :
i'^ Série. — Stéphanus, en connexion avec les traités perdus d'Héraclius
et de Justinien, et probablement avec les Dialogues de Comarius et de
Cléopâtre : le tout a formé peut-être à l'origine une collection partielle et
indépendante.
2« Série. — Les poèmes, collection également distincte, dont la place
varie et qui manque même dans certains manuscrits, tel que le 2325.
3^ Série. — Les vieux auteurs Pelage, Ostanès, Démocrite, Synésius,
l'Anonyme, Zosime, les extraits d'Agathodémon, de Moïse, d'Eugénius, etc.
Le tout formait sans doute unç collection spéciale. A la vérité, les œuvres
de Zosime sont coupées en trois dans le manuscrit actuel de Saint-Marc;
mais c'est là évidemment le fait des copistes d'une certaine époque.
4' Série. — Olympiodore semble avoir été à part ; il est cependant con-
nexe avec les auteurs précédents. Mais la place de son traité varie dans les
divers manuscrits.
5" Série. — Le Chrétien étaïtaussi à part. Ilest coupé en deux (n"s 33, 47)
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS lyg
dans la vieille liste ; ce qui semble accuser quelque transposition, faite par
le copiste d'un manuscrit antérieur.
6' Série. — Une ou plusieurs autres collections renfermaient des traités
techniques, lesquels nous sont venus en grande partie par d'autres manu-
scrits, par le 232" principalement. Dans la vieille liste, aussi bien que dans
le manuscrit de Saint-Marc actuel, on rencontre cependant la trempe du
bronze et du fer, et la fabrication de l'asèm, du mercure, ainsi que du cinabre.
Onya joint dansle manuscrit actuel de Saint-Marc les fabrications du verre,
de la bière et de l'huile aromatique, non mentionnées dans la vieille liste.
L'extrait d'Agatharchide est une annexe d'un autre genre, qui ne figurait
non plus pas dans la vieille liste et qui a été abrégée dans le 2327.
7» Série. — A la fin de l'un des manuscrits qui ont précédé celui de Saint-
Marc, on avait sans doute transcrit l'ouvrage de Cléopâtre sur les poids et
mesures et le lexique. Ce lexique devait former la fin du manuscrit originel,
d'après un usage assez fréquent chez les anciens copistes. On est autorisé
par là à penser que ce qui suit dans la vieille liste représente l'état d'un
manuscrit déjà modifié, par des additions faites à un prototype plus antique
encore.
II. — Sur les copies actuelles de la (j'• Leçon de Stephanus.
L'étude comparative des divers manuscrits qui renferment les leçons de
Stephanus fournit des renseignements très précis et spécifiques pour établir
la filiation de ces manuscrits. J'ai déjà signalé quelques-uns de ces rensei-
gnements; mais il me paraît utile d"y revenir et de les compléter. C'est dans
la 9= leçon de Stephanus que se trouvent les principales ditie'rences.
I" Dans le manuscrit 2325 de la Bibliothèque Nationale de Paris, cette
leçon finit beaucoup plus tôt que dans le manuscrit 2327 et dans le ma-
nuscrit de Saint-Marc. Elle s'arrête en effet (fol. 81 verso) par une phrase
qui répond au folio 73 recto ligne 6, du manuscrit 2327, et à la page 247,
1.'23, du t. II d'Ideler : νιηρίς ' -/.al ;η;';ν bi -z\: 'IhyizXz ;Λΐτά τ: ïz κάτω y.a'i
γενήΐΐτα;. Le dernier mot est ainsi répété pour la seconde fois dans le
manuscrit 2325, et cela conformément à la ligne 21, située au-dessus dans
1 8ο INTRODUCTION
Ideler, laquelle ligne contient précisément les mots : s'a κάτω -/.α• ';i-n,zi-.v..
Tandis que dans Ideler (ligne 23) e^ dans le manuscrit de Saint-Marc, on
lit après la répétition des mots: la κάτω καΙ... le mot γέλεσαν, au lieu de γενή-
ιετα•., le texte poursuivant. Dans le manuscrit 2325 la 9° leçon s'arrête là ;
puis vient un tiers de page blanche, suivi des mémoires authentiques de
Zosime, avec les figures mystiques des cercles concentriques; sans qu'il
soit aucunement question de Comarius, ni de Cléopâtre.
Telle est la finale la plus courte de la g" Leçon de Stéphanus. Cette finale,
suivie d'un signe qui caractérise la fin du traité, est aussi celle de la 9"^ leçon
dans le manuscrit 2275 de la Bibliothèque de Paris, lequel reproduit fidèle-
ment les figures du manuscrit 2325 ; voire même (fol. 56) celles qui ont été
coupées en partie par le relieur de ce dernier manuscrit, au temps de Henri II:
aussi semble-t-il en être une copie directe, faite avant cette reliure. La finale
de la 9" leçon dans le manuscrit de Leide, Voss. n" 47, a lieu au même endroit,
mais avec une variante dans le dernier mot, qui est: γέλε^αν, au lieu devîvr,-
CTî-a'.. On y lit en etîet : fol. 1 1 : μετά ts έ'α κάτω και γέλεc7αv. Le dernier mot
est celui du manuscrit de Saint-Marc et d'Ideler. Mais dans ces deux der-
niers, le texte poursuit par : κα• άλήΟειαν. etc. pendant plusieurs pages; tan-
dis que la 9= leçon de Stéphanus s'arrête là, dans le manuscrit de Leide
comme dans le manuscrit 2325; Cependant un copiste, ou un lecteur, a pris
soin d'ajouter en grec dans le manuscrit de Leide : « la fin manque ». Il
avait sans doute eu connaissance des autres manuscrits. En tous cas, cette
remarque prouve que le manuscrit de Leide n'a pas été copié directement
sur le manuscrit de Saint-Marc; quoiqu'il appartienne à la même famille.
Telle est la seconde finale de la q*^ leçon de Stéphanus.
2° Le manuscrit 2327, au contraire (fol. 73 recto, ligne 6), après le pre-
mier : εα κάτω καΐ γενήιεται, poursuit de la façon suivante : άρα τι γενή^εται "
οϋκάρα ίις νιηρίς καΐ οηιΐν ό ίΛεγας λυ•,;.-'.5ΐωρ:ς {sic] bi τοις όγριΐς έπ'.ιτε^θη τ:
μυστήρ'.ιν τ•?;; 7ρυ7:7::'.;α;. et la suite jusqu'au folio 73 verso, ligne 5. Le tout
constitue une page additionnelle; après laquelle le manuscrit 2327 conti-
nue comme dans le manuscrit de Saint-Marc et dans Ideler, où cette page
manque. La jonction du texte du manuscrit 2327 avec celui de Saint-Marc
et d'Ideler) se fait par les mots : μετά το εα κάτω καΐ γενήϊετα'. (répétés pour
la seconde fois), έκάλε^εν κα'; άλήΟε-.αν ειπών (2327, fol. 7^ verso). — Dans le
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS l8l
manuscrit de Saint-Marc (et dans Ideleri, on lit : [>.ί-'-χ '.l ïx ν.άιω ■/.r.-;i\i-y.-i -/.y!:
à\rfiî-x-i y.x: αλήΟΐ'.χν ιΙτ.ζί. C'est donc entre les deux répétitions des mots
μ.=τά Ts l'a ν.χ-Μ que se trouve le passage intercalaire du manuscrit 2327.
Cette répétition même, comme il arrive souvent dans les copies mal colla-
tionnées, a pu être l'origine de l'omission de ce passage par le copiste du
manuscrit de Saint-Marc qui, sautant une page de son original, au moment
où il commençait un nouveau feuillet, aurait formé ainsi le mot γίλϊταν,
en réunissant la syllabe initiale γε de -'ενή^ϊτα•. avec les syllabes finales
du mot (έκα) λεσεν. Cette hypothèse ingénieuse est de M. Em. Ruelle. Elle
s'accorderait avec le texte du manuscrit de Saint-Marc, dont le folio 3ο verso
se termine en effet par γε; tandis que le folio 40 commence par λε^αν et
continue comme il a été dit. Mais l'existence du mot γελε^αν comme finale
définitive dans le manuscrit de Leide semble moins favorable à cette hypo-
thèse, à moins de supposer quelque intermédiaire.
3° C'est alors que se trouve le passage relatif aux relations entre les mé-
taux et les planètes, passage plus complet et plus clair dans le manuscrit
2327 que dans Ideler, et dans le manuscrit de Saint-Marc (fol. 40^ dont le
texte d'Ideler dérive par voie indirecte; carily est mutilé et incompréhensible
(Ideler, t. II, p. 247, lignes 3 1 à 36). En effet, dans ces deux derniers textes,
Saturne et le plomb sont seuls opposés d'une façon régulière ; tandis que le
mercure figure vis-à-vis de .Jupiter, par suite de quelque confusion; puis
viennent le Soleil et la Lune, sans métaux correspondants. Au contraire, il
existe un parallélisme régulier et complet entre les 7 planètes etles 7 métaux,
dans le texte donné par le manuscrit 2327 : ce texte est donc le seul logique
et complet. Le manuscrit 2329 (fol. i58) reproduit le même passage.
40 Au delà, les textes de Saint-Marc, d'Ideler, du manuscrit 2327 et du
manuscrit 232g sont sensiblement conformes entre eux, jusqu'au folio 74 du
2327, répondant à la page 248 d'Ideler, ligne i3, et jusqu'à ces mots : v.x:
ίν.χζ-ΖΊ αυτών έν τη γ?; y.iy.pj--x: iv τη ΐΐία îîçï;. Après ces mots, le manuscrit
232g termine en cinqjlignes : . . . iv τη W.x οίςη γχίρο -j^•. y.x: εύτρε-ίζιντα'.. ώ:
\xi'K'j 6ε:3 τ:5 έν τρ'.άδ'. υμ.νου[;.ενου, τ: ΐώΐΐν x\j-:s\ç — ροττάςαντι; εϊνα•.; puis vient
la finale banale « attendu qu'il convient d'attribuer en tout gloire, honneur
et vénération au Père, au Fils, au Saint-Esprit, maintenant et toujours, dans
les siècles des siècles. Amen ». C'est une troisième finale de la g'' leçon.
lg2 INTRODUCTION
50 Au contraire, après le mot odïr;, le manuscrit 2827 poursuit pendant
trois pages, lesquelles manquent dans le manuscrit de Saint-Marc, dans
Ideler et dans le manuscrit 2329; il poursuit, dis-je, jusqu'à la fin de la
qe leçon de Stéphanus, fin explicitement signalée. C'est la quatrième finale,
qui paraît la plus exacte.
6° Puis le manuscrit 2327 transcrit un traité de Comarius, grand prêtre,
maître de Cléopâtre, renfermant le dialogue des Philosophes et de Cléo-
pâtre (fol. 74 à 79 verso), et précédé de son titre. Le manuscrit 2252 con-
tient aussi le traité de Comarius. Ce traité et ce dialogue répondent aux
numéros (17) et (18) de la vieille liste de Saint-Marc.
70 Mais le manuscrit de Saint-Marc ne reproduit ni le titre ni les débuts
de ce traité. Au lieu de cela, après les mots : y.a• ïy.xi-c•) αυτών iv τ^ γη v.Îy.pjr.-
-.Ά\ bi Tfj '.sta δίςγ;, ce manuscrit poursuit en plein texte, et sans apparence de
lacune ou d'alinéa (fol. 40, 1. 4 en remontant), par les mots : v.y.\ ΰμεΐ;, ώ
φίλΐΐ ίτ ' Sv τήν τέ-/νην ταύτγ;-; -γ,ί r.ip-.v.xkf, βούλεσθε. (Ideler, t. Π, ρ. 248, 1. ι 3),
et ainsi de suite pendant 7 pages jusqu'à la fin du traité : ce qui constitue
la cinquième finale de la 9" leçon. Or ces pages, tirées du traité de Coma-
rius, ne sont pas la vraie fin de la leçon de Stéphanus ; laquelle fin manque
en réalité dans le manuscrit de Saint-Marc, ainsi que dans Ideler, dont la
publication a été faite d'après une copie de Dietz, exécutée, paraît-il, sur le
manuscrit de Munich, qui est un dérivé indirect de celui de Saint-Marc. Elle
manque aussi dans la traduction latine de Pizimenti, faite sur quelque
manuscrit de la même famille, dérivé également de celui de Saint-Marc,
mais non identique, puisque cette traduction contient la lettre de Psellus. Il
y a là dans la g' leçon de Stéphanus une solution de continuité brusque et
dont le copiste de Saint-Marc ne s'est pas aperçu.
8° Les mots mêmes : ϊταν τήν τέχνην... se retrouvent dans le traité de
Comarius (2327, fol. 75, 1.3 en remontant), ainsi que les 7 pages consécutives
du manuscrit de Saint-Marc et d'Ideler. Elles sont conformes en général à
la fin de ce traité dans le manuscrit 2327 (jusqu'au fol. 79 versol. Letraitése
termine pareillement dans les deux manuscrits parles mots : ένταϋθα γαρ -ης
ç.i/-:7:5''aç ή τέχνη τ.ι-'κτ,ρω-χ:. Ces derniers mots manquent dans Ideler
(ce qui fait une sixième finale) ; mais la phrase précédente est identique.
J'ai cru nécessaire d'entrer dans ces détails minutieux, parce qu'ils carac-
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS l83
térisent les familles de manuscrits et peuvent servir à reconnaître sûremenrouvons, comme titres et
ordre relatif (sauf légères variantes), parfaitement conforme à la vieille liste
qui se trouve en tête du manuscrit de Saint-Marc l'fol. 2 à 5), liste que j'ai
transcrite dans l'un des articles précédents (p. 1 74I . Or le contenu actuel du
manuscrit de Saint-Marc ne concorde pas avec cette liste, ni comme matière,
ni comme ordre relatif.
Ces détails étant donnés, une question capitale se présente : le manuscrit
de l'Escurial renferme-t-il réellement, comme le catalogue de Miller
semblerait l'indiquer, six à huit traités qui manquent dans tous les
autres? La question avait beaucoup d'importance pour la présente publi-
cation.
J'aurais désiré la vider en examinant moi-même le manuscrit de l'Escurial.
Mais le prêt à l'étranger, d'après ce qui m'a été répondu, est absolument
interdit aux bibliothèques espagnoles. Heureusement j'ai pu y suppléer et
résoudre complètement la question, griàce à l'obligeance de notre ambas-
sadeur, de M. de Laboulaye, et de l'un des secrétaires de l'ambassade, M. de
Loynes. Je lui ai adressé les titres exacts, en grec et en latin, des 18 premiers
articles de la vieille liste de Saint-Marc, avec prière de vérifier s'ils existaient
dans le manuscrit de l'Escurial; et, dans ce cas, de relever la première et la
dernière ligne de chacun d'eux ; enfin de rechercher dans la 9" leçon un
passage caractéristique, celui où la leçon de Stéphanus est interrompue
brusquement dans le manuscrit de Saint-Marc, sans aucun indice apparent
de solution de continuité ; le manuscrit donnant à la suite la fin du dialogue
Ι go INTRODUCTION
des philosophes et de Cléopâtre. Cette lacune et cette juxtaposition font suite,
comme je l'ai dit plus haut p. 182) aux mots : y.a't ε•/.αστ:ν αυτών έν τη γί)
■/.iv.yjT.-x'. έν τη ίΐία οίΞη. et la suite débute aussitôt par : κα; 'j[i.v.z. ώ çiXet,
'i-y.'i τήν -.iyrçt ταύτην τήν -ερ'.ν.αλη βούλεσθΐ...
M. de Loynes a eu l'obligeance de passer deux jours α l'Escurial pour
faire cette \'éritication et cette recherche.
Il a transcrit exactement les 17 premiers articles du catalogue grec placé
en tête du manuscrit Ψ-Ι-ι3, catalogue qui se trouve exactement conforme
à la vieille liste de Saint-Marc, tel que je l'ai reproduit ci-dessus ip. 174) :
la traduction donnée par Miller est donc incorrecte. Puis il a relevé les neuf
leçons et la lettre de Stéphanus, en en transcrivant le titre, la première
ligne, la dernière ligne et en indiquant le nombre des folios de chacune
d'elles : le tout concorde très exactement avec le texte du manuscrit de
Saint-Marc, sauf quelques variantes d'orthographe sans importance. Les
10 premiers numéros étant ainsi reconnus identiques, M. de Loynes a
vérifié que les huit numéros suivants de la vieille liste (n"* 12 à 18 de la p. 174)
manquent absolument dans le manuscrit de l'Escurial. La dernière ligne de
la dernière leçon de Stéphanus s'y trouve suivie immédiatement par le
poème d'Héliodore, lequel forme notre numéro 19 : le titre, le premier et
le dernier vers ont été relevés.
Les traités disparus dans le manuscrit de Saint-Marc n'existent donc pas
davantage dans le manuscrit de l'Escurial.
Ce n'est pas tout :1a lacune et la juxtaposition finales delà 9° leçon de Stépha-
nus se retrouvent exactement, avec les mêmes mots, dans le manuscrit de
l'Escurial ; ce dernier poursuit de même, sur une étendue comparable, et la
9^ leçon se termine, par les mêmes mots : ενταύθα --ic της ΐ'.λίτιιίας ή τέχνη
-ϊ-λήιωτα; (ι).
Ily a plus: en marge, après les mots W.z ςίςη du manuscrit de l'Escurial,
il existe un renvoi d'une autre écriture, postérieure au manuscrit, lequel con-
tient les mots suivants, que M . de Loynes a eu l'obligeance de décalquer sur un
papier transparent : εντεύθεν iipytix'. -.'x /.:;j.api;j τ:ϋ ç'Xczizi-j y.al άρχιέρεως
ο•.ΐάτ/.ΐντ:ς /.λει-άτρα; ; c'est-à-dire « ici commence l'écrit de Comarius,philo-
(i) Voir page 182.
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS igi
sophe et grand prêtre, maître de Cléopàire ». Quelqu'un des lecteurs du
manuscrit s'était donc aperçu de la lacune et de la juxtaposition ; probable-
ment d'après l'autre manuscrit, copié, ainsi que je l'ai dit, d'après le 2327,
où cette lacune n'existe pas.
La question de savoir si les manuscrits de l'Escurial ont une valeur ori-
ginale et renferment quelque traité perdu, qui n'aurait pas subsisté ailleurs,
est donc ainsi vidée. En fait, Tun de ces manuscrits est une copie du 2327
et l'autre, une copie du manuscrit de Saint-Marc.
V. — Manuscrits alchimiques forces du Vatican et des Bibliothèques
de Rome.
Ces manuscrits ont été en i885 l'objet d'un examen détaillé par mon tils
André Berthelot, membre de l'Ecole française de Rome, examen consigné
dans un rapport publié cette année dans les Archives des Missions scien-
tifiques {3" série, t. XIII, p. 8 19 à 854). J'en extrais les indications suivantes.
Le principal manuscrit est à la bibliothèque du Vatican. Il porte le numéro
1174. Il est écrit sur papier et parait être du xv'= siècle. Il comprend i55
folios, de 21 à 22 lignes à la page. 100 folios seulement appartiennent au
texte original ; 1 8 ont été recopiés à une époque tout a fait récente. Il a beau-
coup souiîert et renferme de graves lacunes, dont certaines ont été comblées
par Angelo Maî, au xix= siècle. Plusieurs folios ont été ajoutés.
Ce manuscrit a été connu par Léo Allatius, dans son état originel et il
formait probablement l'une des bases du projet (non exécuté) que ce savant
avait formé, relativement à la publication des manuscrits alchimiques grecs.
Les traités qu'il renferme sont les mêmes que ceux des autres manuscrits,
mais avec des différences très notables dans Tordre relatif. En outre, il a été
mutilé. Il y manque une partie de Zosime, de Stéphanus, des poètes, ainsi
que les traités de Comarius, Pelage, Sophé, Ostanès, etc.
Il comprend:
I et III. — Les Physica et niystica de Démocrite, en deux fragments dis-
tincts; la teinture en pourpre (fol. 33 à 35) étant séparée du reste (fol. i à 10).
II et X. — Deux fragments d'Olympiodore (fol. 1 1 à 33 et fol. 71 à 731. Le
second fragment forme le début du traité, tel qu'il existe dans le manuscrit
jq2 INTRODUCTION
de Saint-Marc. Entre deux, il manque trois paragraphes (-/pj3i-/.î/./vX, -ίνος ζρώ-
IV_ Un traité de l'Anonyme dédié à l'empereur Théodose, sur l'œuf
(fol. 35 à 42>. Le nom de de Théodose ne figure pas dans le manuscrit de
^aint-Marc.
V. — Un traité de Zosime sur les fourneaux (fol. 42 et suiv.). La fin a dis-
paru. 11 est interrompu après ces mots : α Marie a décrit beaucoup d'appa-
reils, non destinés à la distillation des eaux; mais elle a donné beaucoup de
figures de kérotakis et d'appareils de fourneaux (i). »
VI. — Un fragment intercalaire (fol. 45 à 49), transcrit plus récemment.
VII et IX. — La neuvième leçon de Stephanus (fol. 54 à 68j, avec la même
lacune que dans le manuscrit de Saint-Marci. Le texte est à peu près confor-
me à celui d'Ideler, avec addition finale des mots ένταϋθα γαρ τΐ;ς αιΧααοοίχς
ή τΕχνη τ.ζ-'/.τ,ρω-χ'.. La finale et la lacune 17°, p. i82j sont caractéristiques.
La fin de la lettre de Stephanus à Théodose (fol. 70), complétée de la main
d'Angelo Mai, forme le IX.
VIII. — Le poème d'Héliodore: 49 vers seulement (fol. 69).
XL — Le traité de l'Anonyme : sur l'eau du blanchiment (fol γ3 à j5).
XII. — Autre traité de l'Anonyme (fol. j5 et suiv.), incomplet.
XIII. — Synésius i^fol. 79 à 91 .)
XIV. — Le lexique (fol. 91 à 93), jusqu'à la lettre K.
— Puis vient une lacune (fol. 94 à loi).
XV. — Petits traités techniques (fol. 102 à 112).
— Les folios 120 à 126 sont en blanc. — Le texte reprend aux folios 127
jusqu'à i3o. — Aux folios i3i à i32, lacune. — Puis le texte recommence
(fol. 1 33- 134).
Ces petits traités techniques existent dans les autres manuscrits connus,
.l'en reproduis ici la liste, à cause de la dédicace de certains de ces traités
à Théodose, dédicace qui manque dans le manuscrit de Saint-Marc : ce qui
indique que le manuscrit r 174 du Vatican dérive directement, ou indirecte-
ment, d'une source un peu différente :
Economie du corps de la magnésie — Calcination des corps — L'ochre
(I) Manuscrit de Saint-Marc, folio i8tj, avant-dernière ligne.
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS Ig3
— Eau de soufre — Sur les mesures, adressé au grand Empereur Théo-
dose — Sur le soufre, adressé au même empereur — Ce qui est substance
et non substance — L'art parle d'une seule teinture, adressé à Théodose
— Les quatre éléments nourrissent les teintures (les sept dernières lignes de
ce traité manquent) — Ensuite il existe une lacune — Puis vient la fin d'un
fragment : Diversité du cuivre brûlé — Eau divine tirée de tous les liquides
(avec figures, connues d'ailleurs) — Recettes diverses.
XVI. — Traité de Cléopâtre sur les poids et mesures; incomplet [fol. 134
à i36. — Lacune (fol. 187 à 144).
XVIL — Liste des signes (fol. 145 à 146).
XVin. — Fin du Lexique (fol. 146 à 147).
XIX. — Chapitres de Zosime à Théodore (fol. 147).
XX. — Traités techniques (fol. 148 à i5o). — Chrysopée de Cléopâtre et
serpent Ouroboros, muni de pattes — Lacune (fol. i5i à iSa).
— Fragments (fol. i53-i55).
Ces textes sont en général conformes au manuscrit de Saint-Marc, à la
familleduquelilsserattachent, quoique avec de notables différences, lesquelles
indiquent une dérivation non identique, quoique parallèle. On trouvera à
cet égard des détails circonstanciés dans la publication de M. André Ber-
thelot, à laquelle je me borne à renvoyer.
VI. — Manuscrits de Gotha ou d'Altenbourg et de Munich.
Le manuscrit de Gotha se trouvait à l'origine à Altenbourg: de là deux
noms distincts d'origine pour un même manuscrit, lesquels ont amené
quelques erreurs. La liste des opuscules qu'il renferme a été publiée dans
ItsBeitràge ^ur altern Litteratur. . . . (Bibliothèque de Gotha von Fi:
Jacobs und F. A. Ukert, Leipzig, i835, p. 216. J'ai collationné cette liste
avec soin. Le manuscrit lui-même a été examiné par mon fils André Ber-
thelot, ainsi que celui de Munich. Il résulte de cet examen que le manus-
crit de Gotha est copié purement et simplement sur celui de Munich, ainsi
que les manuscrits de Weiniar et de Leipzig, examinés pareillement. Celui
de Munich lui-même a été copié en majeure partie sur le manuscrit de
Saint-Marc.
25*
104 INTRODUCTION
Les deux copies de Gotha et de Munich répondent aux folios S-igS du
manuscrit de Saint-Marc. Mais le copiste a ajouté à la suite et comme com-
pléments ifol. 204 a 21 5 du manuscrit de Gotha) sept morceaux qui man-
quentdansle manuscrit de Saint-Marc, notamment la lettre de Psellus,une
partie des signes, une 2« copie d'Ostanès, la lettrede Démocrite à Leucippe
le discours d'Isis à son fils, suivi par le mélange du remède blanc, et
les noms des faiseurs d'or. Les morceaux nouveaux existent d'ailleurs dans
le manuscrit 2327 et ils ont dû être empruntés soit à ce manuscrit, soit
à un manuscrit pareil.
Griiner, vers la fin du xvin= siècle et au commencement du \\y.<^ siècle, a
tiré de ce manuscrit quelques petits articles : sur la bière et l'huile aroma-
tique (attribués à tort à Zosime); la première leçon de Stéphanus ; les ser-
ments herméiiqiies; sur la trempe du bronze; sur la trempe du fer; ces der-
niers ont été reproduits dans les Eclogœ physicœ de Schneider, p. 95, 96);
sur la cadmie (Καθμ(αςπ7^ύσίς); sur la fabrication du verre. Enfin l'éditeur a
copié à la suite un morceau tout différent, ayant pour titre: ό cTy.oç c χερΈ
συνάζωνπάντα (ν. manuscrit 2327, fol. 90 verso). Ces petits articles, publiés
dans des dissertations inaugurales et dans des programmes universitaires,
sont très difficiles à trouver. Plusieurs renferment, comme il vient d'être
dit, des confusions singulières.
Les manuscritsde Vienne et deBreslau,exécutésparCornéliusdeNauplie,
à la fin du xvi" siècle, appartiennent à la famille du manuscrit de Venise,
avec quelques différences dans l'ordre relatif des traités. Le manuscrit de
la Laurentienne (Florence) est au contraire fort analogue au 2327.
VII. — Comparaison du contenu du manuscrit de Saint-Marc, avec ceux
dun° 23-25 et du n" 2327 de la Bibliothèque nationale de Paris.
Attachons-nous à comparer les trois manuscrits fondamentaux que nous
avons surtout employés dans notre publication, savoir celui de Saint-Marc
(xi« siècle), le numéro 232 5 (xin<= siècle) et le numéro 2 3 27 (xv^ siècle), de Paris.
J'ai déjà donné une analyse développée du premier et du dernier de ces
manuscrits, dans mes.Originesde Γ Alchimie; mais je me propose de serrer de
plus près les comparaisons.
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS Ig5
11 est facilede voir que ces manuscrits appartiennent à deux types très diffé-
rents. Voici quelques-uns de leurs caractères différentiels:
1° Le manuscrit de Saint-Marc contient des traités qui manquent dans
les deux autres, tels que le traité d'Ostanès (fol. 66), et les chapitres de
Zosime à Théodore (fol. 179 et suiv.).
2° La liste des signes y est plus ancienne et moins étendue ; question sur
laquelle je renverrai à la discussion qui a été développée dans ce volume,
p. 96 et suivantes.
3° Les figures des alambics ont une forme plus ancienne, ainsi que les
figures 'des digesteurs avec kérotakis ; ce dernier instrument ayant disparu
dans les figures du manuscrit 2327 (voir la discussion que j'en ai faite
p. i5o et 160).
4° La liste des opérateurs manque dans le manuscrit 2?25. Dans le
manuscrit de Saint-Marc, elle offre des différences très sensibles par rapport
au manuscrit 2327 : parmi ces différences, je rappellerai le nom de Juliana.
Il s'agit probablement de cette Juliana Anicia, pour laquelle fut faite à la
fin du V• siècle de notre ère une copie de Dioscoride, copie célèbre et
magnihque, conservée autrefois à Constantinople avec un soin reli-
gieux et qui existe aujourd'hui à Vienne. Il semble donc que les pre-
miers auteurs de la liste des opérateurs, inscrite dans le manuscrit de
Saint-Marc, aient eu connaissance du manuscrit de Dioscoride.
5° Les articles relatifs à la trempe des métaux /ol. 104 et 118) sont plus
développés dans le manuscrit de Saint-Marc que dans les manuscrits 2325
et 2327. Mais ils ne contiennent pas la mention caractéristique du bronze
des portes de Sainte-Sophie (i), laquelle existe dans ces deux manuscrits.
6» Le passage d'Agatharchide sur les mines d'or existe (sauf la fin) dans le
manuscrit de Saint-Marc, et il est conforme au fragment plus considérable
du même auteur, conservé par Photius. Il a probablement été transcrit sur
le texte même de Photius, car il n'offre que des variantes insignifiantes.
Dans le manuscrit 2325, ce passage manque.
Dans le manuscrit 2127, il a été remplacé par un résumé, qui en modifie
profondément la signification.
(i) Origines de l'Alchimie, page io3.
ig6 INTRODUCTION
7° La Chrysopée de Cléopâtre, avec ses figures multiples, forme une
page entière du manuscrit de Saint-Marc, page que nous avons reproduite
(p. i32 du présent volume). Dans les manuscrits 2325 et 2327, ce titre a
disparu. Mais la figure principale, formée de trois cercles concentriques,
avec ses axiomes mystiques, est à la même place ; c'est-à-dire en tête du
mémoire de Zosime sur les instruments et fourneaux, avec lequel elle
s'est confondue. C'est là l'indice d'une rédaction plus moderne, pour cette
partie du moins, dans les 2325 et 2327. Toute cette comparaison a été dé-
veloppée, p. 134 à 137.
8° Au contraire, le labyrinthe de Salomon, figure cabalistique, offre une
physionomie très postérieure. Il a été transcrit vers le xiv^ siècle et
après coup dans le manuscrit de Saint-Marc (v. p. ; 57). Mais il manque dans
les manuscrits 2325 et 2327. L'existence simultanée dans un même manus-
crit de la Chrysopée de Cléopâtre et du labyrinthe de Salomon peut être
regardée comme une preuve sans réplique, propre à établir que ce manuscrit
a été copié (par voie directe ou indirecte) sur celui de Saint-Marc.
9° Dans la Chrysopée de Cléopâtre, on aperçoit le serpent Ouroboros,
figuré simplement, avec l'axiome central evxôirav, au-dessous des cer-
cles concentriques. Mais ce serpent n'accompagne pas les trois cercles
concentriques dans les manuscrits 2325 et 2327. En outre, dans Saint-
Marc, il n'a pas de pattes. Dans le manuscrit 1 174 du Vatican, on trouve
aussi une figure simple du serpent, mais avec quatre pattes. Dans le
manuscrit 2327, il y a deux grandes figures du serpent, avec quatre pattes,
l'une avec deux anneaux, l'autre avec trois anneaux coloriés (figure
34, p. 157), sans légende intérieure, mais avec une page entière de com-
mtntaires [Texte grec, I, v, et I, vi), tirés en partie de Zosime et d'Olym-
piodore.
10° Plusieurs traités de l'Anonyme, sans dédicace dans le manuscrit
de Saint-Marc, sont adressés à l'empereur Théodose dans d'autres manu-
scrits, tel que celui du Vatican (v. p. 192). Il y a là l'indice d'une filiation
spéciale.
Le nom de Scrgius, auquel sont adressés quelques traités du Philosophe
Chrétien, donne lieu à des remarques analogues; car il n'existe pas dans
tous les manuscrits.
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 1 97
II" Le manuscrit 2325 ne renferme pas les poètes ; ceux-ci devaient donc
former à l'origine une collection à part.
12° Le manuscrit 2325 ne renferme aucun traité de vieil auteur impor-
tant, qui ne soit dans le manuscrit de Saint-Marc.
Il contient en moins le traité d'Ostanès, les chapitres de Zosime àThéo-
dore, le serment de Pappus, le traité de Cléopâtre (poids et mesures) et quel-
ques autres articles ; articles qui manquent également dans le manuscrit 2327.
La liste des signes offre certaines confusions et diversités (v. pages 97 et
98 du présent volume).
Le manuscrit 2325 ne contient aucune trace des traités de Comarius.
Il contient en plus, par rapport à Saint-Marc, certains traités techniques,
tel que celui de l'arabe Salmanas sur les perles, et la fabrication des éme-
raudes et autres pierres colorées, d'après le livre du Sanctuaire. La Chry-
sopée de Cosmas est ajoutée à la suite, d'une écriture plus moderne et
presque effacée.
Dans le manuscrit 2325, l'ordre relatif est absolument, et du commen-
icment àla tin, le môme que celui du manuscrit 2327. Ce dernier dérive évi-
demment d'un type commun, mais complété par des intercalations et ad-
ditions considérables.
Au contraire, l'ordre relatif est trèsdifférent entre ces deux manuscrits et
le manuscrit de Saint-Marc : on y reviendra.
1 3° Examinons les traités qui manquent dans le manuscrit de Saint-Marc
et qui existent dans le manuscrit 2327. Parlons d'abord de ceux qui portent
des noms d'auteurs.
Le manuscrit 2327 débute par la lettre de Psellus adressée à Xiphilin.
Dans certains manuscrits, cette lettre est adressée à Michel Cérularius ;
l'identité complète des deux lettres aurait besoin d'être vérifiée.
Le traité de Comarius se trouve dans le manuscrit 2327, sous sa forme
la plus complète.
Je signalerai encore :
Le traité de Jean l'archiprêtre, qui manque dans le 2325 ;
Le traité de Salmanas et celui des émeraudes, qui s'y trouvent au con-
traire, ainsi que laChrysopée de Cosmas, transcrite à la suite et à une époque
postérieure dans le 2325 :
igS INTRODUCTION
Les livres de Sophé (Chéops);
La lettre d'Isis à Horus ;
Le livre de Démocrite à Leocippe ;
Le traité d'Agathodémon sur l'oracle d'Orphée ;
La coction excellente de l'or, avec les procédés de Jamblique ;
La chimie domestique de Moïse ;
14° Enfin, parmi les articles anonymes manquant dans le manuscrit de
Saint-Marc, et existant dans le manuscrit 2327, on peut citer :
La liste des faiseurs d'or (manquant dans le 2325).
Ainsi que tous les articles et traités consécutifs, tels que :
Le serpent figuré, avec commentaires ;
Le travail des quatre éléments ;
L'assemblée des philosophes ;
L'énigme alchimique, dont les vers existent cependant à Fétat séparé
dans une addition postérieure du manuscrit 2325 ;
La liste planétaire des métaux ;
La liste des mois ;
Le traité de la' fusion de For.
Et diverses additions finales (voir Origines de l'Alchimie, p. 346).
i5° La lettre d'Isis à Horus mérite d'être signalée, comme élément de
classification des manuscrits, autres que celui de Saint-Marc. En effet,
elle existe sous deux rédactions très différentes dans le manuscrit 2327
et dans le manuscrit 225o (Texte grec, L xiii et I, xiii bis). Il y a aussi de
grandes différences entre les divers textes d'Olympiodore.
16° Au point de vue de l'ordre relatif, les parties communes de la plupart
des manuscrits offrent souvent de très grandes différences. Le manuscrit
2327, en particulier, présente un essai de coordination systématique, qui fait-
défaut dans les parties semblables de celui de Saint-Marc. En effet, on y voit,
à la suite de la lettre de Psellus, sorte de préface, des indications géné-
rales, telles que : le traité de Cléopâtre sur les poids et mesures, lequel
figure au contraire au milieu du manuscrit de Saint-Marc, et qui était
même placé vers la fin dans l'ancienne liste de ce dernier.
Puis viennent dans le manuscrit 2327 : les signes, lesquels sont au début
du manuscrit de Saint-Marc ;
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 1 99
Et le lexique, qui ne se trouve que vers les deux tiers de ce dernier
manuscrit (presqu'à la fin dans l'ancienne liste).
Dans le manuscrit 2327, on lit ensuite les traités de Démocrite, de Synésius
et de Stéphanus, le premier étant le plus ancien, et les autres représentant
des commentaires successifs de ce traité.
Tandis que dans le manuscrit de Saint-Marc, on débute par Stéphanus ;
les poètes; Pelage, qui est rejeté vers la fin du manuscrit 2327 ; Ostanès,
qui y manque ; puis viennent Démocrite et Synésius : c'est-à-dire qu'il
n'existe aucun ordre systématique dans ce manuscrit.
170 Les poètes, qui suivent Stéphanus dans le manuscrit de Saint-Marc,
sont placés beaucoup plus loin, et avant la liste des faiseurs d'or, dans le
manuscrit 2327. Leur texte offre des différences considérables, suivant les
manuscrits.
18° Le serpent et Olympiodore manquent dans le manuscrit 2325.
Le dernier texte est à part dans les manuscrits qui le contiennent et il
offre des variantes très notables.
190 Les traités de Zosime sur les fourneaux et appareils viennent pareil-
lement après. Seulement, dans le manuscrit 2327, c'est une répétition de
traités déjà transcrits une première fois à la suite de Stéphanus : ce qui
indique que le copiste puisait à deux sources différentes (v. p. 109 sur le ma-
nuscrit Ru. 6 de Leide). Le texte de ces traités offre de grandes variantes,
qui vont parfois jusqu'à des rédactions distinctes, quoique parallèles.
20^ Les additions initiales et finales, faites sur les pages de garde, marges
et parties blanches des manuscrits, sont très importantes pour en marquer la
filiation. Je citerai : dans le manuscrit de Saint-Marc l'addition de la première
feuille sur la scorie, avec paroles et signes magiques [v. p. i5i), et le traité
sur les songes de Nicéphore ;
Dans le manuscrit 2327, la lettre de Psellus au début, les fragments sur la
colle, sur l'asbestos [i\ etc., et vers la fin, le dire de Rinaldi Telanobebila
(Arnaud de Villeneuve], etc.. (voir Origines de l'Alchimie, p. 336 et 3461.
Il y a encore bien d'autres différences de détail dans la distribution des
(i) C'est l'article : Zosime dit sur la | entre la préface de Psellus et le traité
Chaux, ajouté sur des pages blanches, I de Cléopâtre.
200
INTRODUCTION
traités du Chrétien et de l'Anonyme, mais moins importantes. Les remarques
précédentes sont d'ailleurs assez nombreuses et minutieuses pour permettre
de caractériser les filiations des manuscrits.
VIII. — Hypothèses générales sur l'origine et la filiation des manuscrits
alchimiques grecs.
•
D'après l'ensemble des observations que j'ai recueillies, l'origine des ma-
nuscrits alchimiques grecs pourrait être établie avec quelque probabilité
de la manière suivante :
1° Il existait en Egypte, avant l'ère chrétienne, des groupes de recettes
techniques, relatives à l'orfèvrerie, à la fabrication des alliages et des métaux
pour les armes et les outils, à la fabrication du verre et des émaux, à la tein-
ture des étoffes, à la matière médicale.
L'emploi de ces recettes était accompagné par certaines formules ma-
giques.
Le tout était transmis traditionnellement, comme secret de métier, depuis
une époque fort reculée, avec le concours de signes hiéroglyphiques, des-
tinés à servir de mémentos, plutôt qu'à exposer le détail des opérations (i).
Ces signes étaient inscrits sur des stèles; ils étaient anonymes, comme
toute la science égyptienne d'alors. Il semble qu'il y avait aussi des textes
écrits en démotique sur papyrus ; tels étaient le Livre du Sanctuaire, cité à
plusieurs reprises, et le texte transcrit dans le papyrus V de Leide (p. 8 du
présent ouvragej.
2° Vers l'ère chrétienne, on commença à écrire en grec {sur papyrus;, les
recettes et les formules magiques, d'une façon précise et détaillée. Une partie
de ces recettes nous ont été transmisesdansles écrits de Dioscoride, de Pline
et de Vitruve.
Les papyrus de Leide, écritsau m" siècle, mais dontletexte est plus ancien,
fournissent le détail précis et authentique de quelques-unes d'entre elles ,ce
volume, article I). La plupart de ces recettes sont claires, positives ; elles con-
(i) Voir ce que j'ai dit sur la Chry-
sopée de Cléopâtre et sur la formule
de l'Ecrevisse, pages 137 et 1 53 à
i55.
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 201
cernent l'imitation, parfois frauduleuse, de Tor et de l'argent, ainsi que la
fabrication de l'asèm, alliage doué de propriétés interme'diaires. Dioscoride
et le papyrus V ont conservé le nom de certains des auteurs d'alors, tels que
Phiménas (Pammenès) et Pétésis. Il existait un grand nombre de papvrus
analogues ; mais la plupart ont été détruits systématiquement par les
Romains, vers le temps de Dioclétien. Cependant il est incontestable qu'un
certain nombre de recettes relatives à l'asèm et à d'autres sujets, conservées
dans nos manuscrits actuels, offrent un caractère semblable à celui du papy-
rus et remontent probablement à la même époque. Le traité des émeraudes et
pierres vitrifiées, « d'après le Livre du Sanctuaire », a été reproduit sans
doute de vieux textes analogues, et il en est probablement de même du traité
des perles, qui nous est venu sous le nom de l'arabe Salmanas : c'est vrai-
semblablement l'auteur des derniers remaniements de ce traité technique.
3" A la même époque, c'est-à-dire vers la fin du règne des Ptolémées, il exis-
tait des écoles gréco-égyptiennes, participant dans une certaine mesure de la
science hellénique : j'ai signalé spécialementuneécoledémocritaine, àlaquelle
appartenait Bolus de Mendès : cette école mit ses écrits sous le patronage
du nom vénéré de Démocrite (Or/g'fnei rfe/'^/c/ziw/e, p. i56etsuiv.l. Il nous
en est parvenu un traité Phjsica et mj^stica,, formé de trois fragments, l'un
magique, l'autre relatif à la teinture en pourpre, le dernier à la fabrication,
ou plutôt à l'imitation de l'or et de l'argent. Les recettes du dernier fragment
sont analogues à celles du papyrus de Leide ; quelques-unes même iden-
tiques. Mais, dans les écrits de cette école, les recettes positives sont associées
à des interprétations mystiques, association que l'on ne trouve pas dans les
papyrus de Leide; quoique la magie abonde dans ces derniers.
40 L'Ecole Démocritaine d'Egypte a créé une tradition scientifique, spé-
cialement en alchimie; tradition qui s'est prolongée jusqu'au vii'^ siècle de
notre ère, par toute une suite d'écrits originaux et de commentaires, lesquels
forment la partie principale de nos collections actuelles.
Les auteurs qui l'ont continuée au début étaient des gnostiques, des païens
et des juifs, qui ont développé de plus en plus le symbolisme mvstique.
Le principal auteur venu jusqu'à nous, Zosime, semble avoir constitué
vers la fin du m' siècle, une sorte d'encyclopédie chimique, reproduisant
spécialement les traités de Cléopâtre, sur la distillation, ceux de M arie la Juive,
20*
202
INTRODUCTION
sur lesappareilsà digestioa, ceuxde Pamménès et de Pétésis, surles alliages
métalliques, etc. Nous possédons près de i5o pages tirées des ouvrages de
Zosime, sous la forme d'extraits faits plus tard par des Byzantins, non sans
quelques additions ou interpolations, dues aux commentateurs.
Les écrits d'Africanus, auteur aujourd'hui perdu, seraient du même temps
que Zosime. Nous en avons quelques fragments dans nos textes alchimiques.
5" Vers la même époque que Zosime et Africanus remontent les écrits
pseudonymes attribués à Sophé (Chéops), qui rappellent un texte d'Africa-
nus, compilé par Eusèbe ( i).
Avant Zosime également, ou vers le même temps, ont été écrits les frag-
ments attribués à Hermès, à Agathodémon, les écrits du Pseudo-Moïse, les
recettes de Jamblique, ainsi que la lettre d'Isis à Horus.
6" Entre le faux Démocrite et Zosime, semblent aussi se placer les écrits
d'Ostanès, de Pelage, de Comarius, de Jean l'Archiprêtre. Mais, sous la
forme où nous les possédons, ces écrits manquent d'authenticité. Il est diffi-
cile d'y distinguer la trame originale des interpolations successives faites
par les moines chrétiens d'Alexandrie et de Byzance.
7° C'est au même temps que remonterait la première rédaction des textes
actuels des traités techniques sur le verre, les perles artificielles, la trempe
des métaux, etc.; textes qui se rattachent à une tradition beaucoup plus
ancienne, mais qui ont été remaniés à diverses reprises, pendant le cours
des siècles.
8° Vers le temps des deux empereurs Théodose, on trouve le commentaire
de Synésius sur Démocrite, qui est l'ouvrage le plus philosophique de toute
la série, et le groupe des poètes, complété plus tard.
9° Olympiodore, auteur un peu postérieur, se rattache aussi aux commen-
tateurs Démocritains.
10° La tradition se continue par le Philosophe Chrétien, par l'Anonyme,
et par Stéphanus, jusqu'au vii= siècle de notre ère. Les traités pseudonymes
d'Héraclius et de Justinien, aujourd'hui perdus, seraient aussi de cette dernière
époque; car lisent précédé les Arabes, qui citent fréquemment Héraclius.
(i) Origines de l'Alchimie, p. 58. Les
traités astrologiques et autres de Zoroas-
tre, Manéthon, Pythagore, seraient
aussi du même temps.
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 203
1 1° Vers le vn° ou le viii= siècle de notre ère s'est constituée une première
collection, qui semble avoir été formée autour du commentaire de Sté-
phanus, avec adjonction des auteurs de l'École Démocritaine et des premiers
commentateurs. Cette collection, grossie parcelle des poètes et par plusieurs
autres dont j'ai donné la liste (p. 178), et reprise parmi les 53 séries de
Constantin Porphyrogénète, au x» siècle, aurait servi à constituer le pro-
totvpe, duquel dérivent la vieille liste de Saint-Marc et le manuscrit de
Saint-Marc.
Cependant un certain nombre de mémoires d"auteurs renommés, de recettes
partielles et plusieurs traités techniques n'étaient pas compris dans cette
collection. Ils sont entrés plus tard dans d'autres collections, fondues
avec la principale dans le manuscrit 2325, et depuis, avec des additions plus
étendues, dans le manuscrit 2327.
Les traites de Cosmas et de Blemmydès sont postérieurs.
12° Je pourrais essayer d'expliquer maintenant plus en détail, comment
la collection primitive, modihée par des additions successives, a constitué
plusieurs prototypes, dont le principal O) répondait au manuscrit qui a
précédé la liste initiale du manuscrit de Saint-Marc.
De ce prototype a dérivé un manuscrit iP), répondant à cette liste.
Mais il a perdu plus tard les cahiers qui renfermaient les traités attribués
à Héraclius et à Justinien et il a formé alors un autre type (Q).
C'est à cet autre type que se rattache le manuscrit 2327, quoique non direc-
tement. En effet, il a été grossi par l'adjonction de traités tirés d'un autre
prototype, contenant par exemple Jean l'Archiprêtre, la lettre d'Isis, etc. ;
A un certain moment, le type (Qj a éprouvé une mutilation, vers la fin
des leçons de Stéphanus, et il a perdu plusieurs feuillets, comprenant cette tin
et le commencement du traité de Comarius. Cette mutilation n'a pas coïn-
cidé avec la première, attendu que le manuscrit 2327 contient la hn de
Stéphanus et le traité de Comarius ; tandis que les traités d'Héraclius et de
Justinien y manquent.
C'est plus tard qu'un copiste ignorant, ayant transcrit à la suite le manus-
crit mutilé, sans s'apercevoir de la lacune, a constitué le type R , qui est
celui du manuscrit actuel de Saint-Marc ; une lacune analogue y a mutilé
le traité du jaunissement, etc. ;
Î04
INTRODUCTION
Le manuscrit de Saint-Marc a perdu dans le cours des siècles un ou
plusieurs folios, à la tin des fragments d'Agatharchide;
Il a eu plusieurs cahiers transposés par le relieur, cahiers qu'il a conservés
d'ailleurs;
Enfin il a éprouvé diverses additions, telles que le Labyrinthe de Salo-
mon et quelques autres, aux xV et xvi= siècles. C'est ainsi qu'il nous est
parvenu.
La filiation des manuscrits 2325 et iT>i-j est plus complexe. Rappe-
lons d'abord que le contenu et l'ordre relatif du manuscrit 2325, le plus
ancien des deux (xiii= siècle), se retrouve exactement dans le manuscrit 2327
(xv'^siècle). Mais ce dernier est plus étendu et renferme un grand nombre de
traités techniques ou mystiques, qui manquent dans le manuscrit de Saint-
Marc et qui ont été tirés de prototypes tout différents. Aussi, quoiqu'il
représente sur certains points une rédaction plus moderne que celui de
Saint-Marc, il en est d'autres où il répond à des souches antérieures. Le
manuscrit 2275 paraît la copie directe du 2325 ; le manuscrit 2329, le
second manuscrit de l'Escurial, le manuscrit de la Laurentienne et celui
de Turin, dérivent du manuscrit 2327, ou d'une souche commune.
Les manuscrits 225o, 225i, 2252, qui appartiennent à une même copie
faite au xvii" siècle (i), accusent une souche distincte à certains égards des
précédentes : par exemple, pour la rédaction de la lettre d'Isis à Horus. Le
manuscrit du Vatican et celui de Leide, Voss. n" 47, otïrent aussi d'assez
grandes diversités, quoique dérivés en somme de la môme souche que le
manuscrit de Saint-Marc.
Sur le manuscrit de Saint-Marc, ont été copiés directement ou indirecte-
ment 12) presque tous ceux qui existent en Allemagne, d'après ce que j'ai
pu savoir : tels celui de Munich, qui a servi à la publication d'ideler, celui
de Gotha, probablement ceux de Vienne et de Breslau ; de même le numéro
2249 delà Bibliothèque de Paris, celui sur lequel Pizimenti a fait sa traduc-
tion latine, l'un de ceux de l'Ambroisienne, l'un de ceux de l'Escurial, etc.
(i)Mise au net du 2329 corrigé, pour
la majeure partie.
(2) Avec certaines additions finales, ti-
rées des autres souches, telles que la let-
tre de Psellus, le traité de Démocrite à
Leucippe, la lettre d'Isis à Horus, etc.
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 2o5
Pour pousser plus loin la discussion détaillée de toute cette filiation,
userait nécessaire de faire une comparaison minutieuse de tous les manus-
crits, comparaison dont je ne possède pas encore les éléments complets ;
je ne crois donc pas utile d'en dire davantage.
IX. — Sur le ttianuscrit grec 241η de la Bibliothèque nationale de Paris.
Ce manuscrit in-folio, transcrit vers 1460 par Georges Midiates (fol. 288),
est des plus précieux pour l'histoire de l'Astronomie, de l'Astrologie, de
l'Alchimie et delaMagie aumoyenàge; c'est uneréunion indigestededocu-
ments de dates diverses et parfois fort anciens, depuis l'Almageste de Ptolé-
mée et les auteurs arabes jusqu'aux écrivains de la fin du moyen âge. L'écri-
ture en est souvent difficile à déchiffrer. La table des matières de ce manu-
scrit a été imprimée dans le Catalogue de ceux de la Bibliothèque nationale
de Paris. Aussi je me bornerai à relever les morceaux et traités qui offrent
quelque intérêt pour les études auxquelles le présent volume est consacré.
Au folio I se trouve une grande figure astrologique du corps humain, des-
• sinée avec soin, placée au milieu de deux cercles concentriques, avec indica-
tion de la relation entre ses parties et les signes du Zodiaque. Cette figure
répondant à des textes dOlympiodore (i) et de Stéphanus, je crois utile
d'en donner la description.
En haut : le Bélier. Puis se trouvent deux séries parallèles, l'une à droite,
l'autre à gauche.
Adroite :
Le Taureau commande le cou .
L'Ecrevisse la poitrine.
La Vierge l'estomac et
le ventre.
Le Scorpion les parties
génitales.
A gauche:
LesGémeauxcommandentlesépaules.
Le Lion le cœur.
La Balance les deux fes-
ses.
Le Sagittaire lesdeuxcuis•
ses.
LeCapricorne les genoux. Le Verseau les jambes.
Au bas, les Poissons commandent les pieds.
(i) Texte grec. p. 10 1 et loG.
20b INTRODUCTION
On peut voir un texte analogue dans la Bibl. Client, de Manget, I, 917.
Au folio 32, on rencontre le cercle de Pétosiris, pour prévoir l'issue des
maladies; cercle dont j'ai donné (p. 88) la photogravure et la description.
Au folio 33, on lit deux tableaux horizontaux analogues, que j'ai également
décrits, à cause de leur similitude avec le tableau d'Hermès du manuscrit
2327 (p. 87) et avec la sphère de Démocrite du papyrus de Leide (p. 86).
Ils accompagnent des traités de l'astrologue Pythagoras et divers calculs
pour connaître le vainqueur d'un combat singulier.
Au folio 4O verso, on rencontrela liste desrelations entre lesplanètes et les
métaux et autres corps subordonnés à ces astres. Celte liste est la même qui
figure dans plusieurs manuscrits alchimiques ; les noms en sont également
grecs ; quelques-uns sont transcrits en caractères hébraïques. La liste faitjpar-
tie d'un traité d'Albumazar, astronome arabe du ix« siècle (800 à 885) de
notre ère iv. p. 79 du présent volume et Texte grec, p. 24, notes;. J'y relève
deux indications caractéristiques.
Le signe de la planète Hermès comprend parmi les corps dérivés, vers
la fin de son paragraphe, le nom du mercure, ΰοράργυρ:;, et à la suite les
mots: oloï T.ip-x: 7.χ7α•-ερζΊ ; « les Persans rangent sous ce signe l'étain ».
Le signe de Jupiter comprend l'étain et à la suite les mots : οι Sa πέρσαι
ουχ ούτως, άλλα ο•.άργυρ;ς. «Les Persans ne l'entendent pas ainsi, mais rangent
sous ce signe le métal argentin» c'est-à-dire l'asèm ou électrum. Ceci est
conforme à ce qui a été dit ailleurs sur les changements successifs des nota-
tions métalliques et planétaires (pages 81 à 85).
.\la suite vient une liste des animaux répondant à chaque planète.
Au folio 86 verso : sur les sorts royaux, traité attribué à Nécepso.
Au folio 99- 100 : figures de comètes.
.\u folio 1 19 : traité divinatoire de Zoroastre.
.\u folio i53 ; tableau des mesures antiques.
Au folio 154: tableau des signes et abréviations. Ils sont semblables en
général à ceux de la fin de la liste du manuscrit 2327, sauf un petit nombre
de différences : par exemple, pour les mots ange et démon^voir p. 100); mais
l'ordre n'est pas le même.
Puis vient un ouvrage de Bothrus, qui s'intitule roi de Perse; c'est un
astrologue, inconnu d'ailleurs.
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS ΊΟη
Au folio ι5ό : autre cercle médical de Pétosiris, dont j'ai donné la pho-
togravure et la description (p. 90).
Au folio 205 verso : liste des plantes qui répondent aux 12 signes du
Zodiaque, d'après Hermès Trismégiste.
Au folio 271 verso et au folio 272 : préparations chimiques.
Au folio 273 : motsmagiques,analoguesà ceux qui figurent dans.iamblique.
dans les papyrus de Leide, au-dessus de la formule de l'Ecrevisse dans le
manuscrit de Saint-Marc (p. i53), etc.; sans qu'aucun m'ait paru identique,
à première vue du moins.
Au folio 274: une page renfermant un grand nombre d'alphabets magiques,
lesquels ne sont autres que des alphabets grecs altérés (v. p. 1 56), analogues
à ceux du manuscrit de Saint-Marc. Dix-sept de ces alphabets 'figurent au
recto, cinq au verso. La traduction existe à l'encre rouge, presque effacée,
dans les intervalles des lignes.
Au folio 274 verso : listedes signes, en4 lignes, sans traduction, sauf pour
quelques mots tels que ceux-ci : cœur et foie. Cette liste se retrouve exacte-
ment transcrite, vers la fin de celles du manuscrit 2327, PI. VI, 1. 20 à 25,
jusqu'à άλέη (ν. p. 100).
Au folio 279 commence un ouvrage considérable intitulé : « la voie droite
vers l'art de l'Alchimie, cial, qui débutent ainsi :
τα τήν άπο του χρυσορρόου ποταμ-οΰ σύ[Αφυραν άφαιρέματι...
προς μίξεις οΐι ποιήσει φύραμα ε'ις λεκάνην οστρακίνην...
ώς φύραμα αργύρου...
Les articles qui suivent: sur les feux, le cuivre brûlé, la trempe du fer persan,
et celle du fer indien, les poids et mesures (fol. 56 à 64), ne diffèrent pas du
manuscrit de Venise.
La liste des signes (fol. 70 à 72) reproduisant nos figures 3, 4, 5, PI. I,
II, III, est très significative; car c'est celle des signes du manuscrit de
Saint-Marc, modifiée par des interversions, dues évidemment au copiste qui
a embrouillé Tordre des colonnes. La liste finale des noms des philosophes
est exactement la même.
A la fin on lit (fol. 70) la formule de TEcrevisse (notre fig. 28J, avec son
explication et le texte qui l'accompagne, dans l'addition faite au début du
manuscrit de Saint-Marc (v. p. i52 à i55). Ce dernier texte est terminé de
même par les mots : « Ainsi a été accomplie, avec l'aide de Dieu, la pratique
de .Tustinien. »
Formule et texte sont précédés par un autre morceau sur Fœuf, attribué à
Justinien et que je vais reproduire, comme formant avec la phrase précédente
les seuls débris qui nous restent de ces traités alchimiques de Justinien,
indiqués dans la vieille liste du manuscrit de Saint-Marc (p. 176). Il semble
que c'était l'œuvre pseudonyme d'un commentateur, analogue à l'Anonyme
et à Stéphanus. En tout cas, l'existence de ce morceau prouve que le Voss.
a dû puiser dans des sources perdues aujourd'hui. Cependant, sauf quel-
ques petits fragments, on vient de voir que son contenu n'apporte rien
d'essentiellement nouveau. Peut-être vaudra-t-il plus tard la peine d'être
collationné avec le texte grec de la publication présente.
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 2ID
Codex Vossianus (Leide), n" 47, in-4"' — fol. 69 verso :
Ιουστινιανός οΐίτως κεκληται -ά τ,ρίς το ώον εν.αστα.
Τον κρόκον ώχραν άττικήν. σινω-ίΐην -όντ'.ον. νίτρον ^ούτ'.ον. •/αλκίτην οπτήν.
κυανον άρμέν'.ον. κρόκον κ'.λίκ'.ον. έλύορ'.ον.
Το 3ε οστρακον,χαλκον, σίδηρον, καυίίτηρον, μ5λ'.βοον(1). σώμα στερεόν.
Τήν δέ άσβεστον, γην χίαν. άστερίτην. άφροσέληνον. κόμην άκάνθης. οπον ΐυκτ)ς.
έπον τιθυμάλου. μαγνησίαν λευκήν. ψιμμύθ'.ον.
Το 0£ ςανΟον ϋδωρ κυανό^ρωον. ΰδωρ θείου ά-ύρου.Ίίΐωρ αρσενικού, iloojp κίτρ'.ον.
χογχύλην. αρ'.στολοχίαν. Οοωρ χρυσο-υρίτου. ϋθ(ι)ρ φέκλης . και ά'λλα έτερα.
Το 5ε λευκον υοοιρ έκάλεσε θείον ΐιζωρ. ά-ολελυμένον οΞος. υοοιρ στυ-τηρ(ας.
ίΐδωρ άσβεστου, ΰδωρ σποοοΰ κράμβης. oupov. γάλα καινον θηλυζουσα. γάλα αϊγός.
γάλα σ-οδοΟ λευκών ξΰλων. γάλα ιοινίκης. άργυροζώμιον. ϋδωρ νίτρου λευκόν.
κα'ι έτερα.
« Justinien met ainsi en lumière chacune des parties relatives à l'œuf
(philosophique ; v. Texte grec, I, m et I, iv) :
Le jaune, c'est l'ocre attique; le vermillon du Pont; le nitre roux; la
chalcite grillée; le bleu d'Arménie, le safran de Cilicie, la chélidoine.
La coquille, c'est le cuivre, le fer, Tétain, le plomb, le corps solide.
La chaux, c'est la terre de Chio, la pierre scintillante, la sélénite ; la
gomme d'acanthe; le suc du figuier; le suc dutithymale; la magnésie blan-
che ; la céruse.
L'eau jaune qui teint en bleu, c'est l'eau du soufre apyre, l'eau d'arsenic,
Feau citrine, le coquillage, l'aristoloche, l'eau de la pyrite dorée, Teau de lie,
et les autres choses.
Il a appelé Teau blanche : eau divine obtenue par écoulement, vinaigre,
eau d'alun, eau de chaux, eau de cendresde choux, urine, lait nouveau pro-
duit par une femelle (?),lait de chèvre, lait de la cendre des bois blancs, lait
de palmier, liqueur argentine, eau de nitre blanc, et le reste. »
XI. — Manuscrits divers.
Je relaterai, pour ne rien omettre, dans le manuscrit ii3 de la Biblio-
(i) Le nom de chaque métal est suivi de son signe dans le manuscrit.
2l6 INTRODUCTION
thèque du Métoque du Saint-Sépulcre, à Constantinople, un petit traité
περίχημ-ΐκών, ainsi que la lettre de Psellus au patriarche Michel sur l'art
chimique : ces indications m'ont été fournies par M. J. Psichari, qui a
visité cette Bibliothèque l'an dernier.
Enfin M. Ludwig Stern a publié dans la Zeitschriftfur œgypt.Sprache,
pages I02-1 19, 3« livraison, i885, des fragments d'un Traité copte, écrit à la
fin du moyen âge et composé surtout d'une série de courts articles, qui
semblent avoir un caractère pîarement technique.
XII. — Manuscrit arabe d'Ostanès.
Il existe à la Bibliothèque Nationale de Paris un manuscrit alchimique
arabe, renfermant unTraité attribué à Ostanès (n" 972 de l'ancien fonds). Ce
manuscrit est d'une très belle écriture ; il a été transcrit au xiv° ou au xv" siècle.
Un savant très compétent a bien voulu en traduire verbalement pour moi
quelques pages, que j'ai prises sous sa dictée, et que je vais reproduire, à titre
de renseignement :
« Livre dcsDou^e Chapitres d' Ostanès le Sage sur la Science de la Pierre
illustre. Introduction. — Au nom de Dieu, etc., le sage Ostanès dit: ceci est
l'interprétation du livre du Contenant, dans lequel on trouve la science de
l'œuvre, sa composition et sa dissolution, sa synthèse et son analyse, sa dis-
tillation et sa sublimation, sa combustion et sa cuisson, sa pulvérisation et
son extraction, son grillage, son blanchiment et son noircissement, l'opéra-
tion qui la rend rouge, sa fabrication avec des éléments provenant des règnes
minéral, végétal, animal, et la constitution de l'or philosophique, lequel est
le prix du monde : ainsi que l'acide et la composition du sel et le dégage-
ment de l'esprit; la synthèse des mercures et l'analyse des soufres, et tout ce
qui se rapporte à la méthode de l'œuvre. »
Avant l'introduction, il est dit que l'ouvrage a été traduit du pehlvi, du grec,
etc, etc., et le traducteur prétendu ajoute :
« La première partie renferme: un chapitre sur la description de la pierre
philosophique et un chapitre sur la description de l'eau ; — sur les prépara-
tions ; — sur les animaux.
« La seconde partie renferme un chapitre sur les plantes ; — sur les tem-
NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 217
pcraments ; — sur les esprits ; — sur les sels ; — ^ un chapitre sur les pierres ;
— sur les poids ; — sur les préparations ; — sur les signes secrets.
« J'ai donné, ces clioses, dit-il, d'après les paroles d'Ostanès le Sage et j'ai
ajouté à la tin deux chapitres, d'après les paroles d'Hercule (Héraclius) le
Romain, les paroles d'Abu-Alid l'Indien, les paroles d'Aristote l'Égyptien,
les paroles d'Hermès, les paroles d'Hippocrate, et les paroles de Géber, et
les paroles de l'auteur d'Emèse. »
Ailleurs, il cite Aristote comme son contemporain : « j'ai entendu Aristote
dire... » Il cite aussi Platon (fol. 34), Galien (fol. 19 verso), Romanus
(fol. 17 verso et 23 verso), les livres des anciens en langue grecque (fol. 14
verso), Abubekr(i), alchimiste arabe du iv'' siècle de l'Hégire (fol. 23 verso),
Djamhour, autre alchimiste arabe (fol. 3).
La personne qui me traduisait ces pages n'a pas retrouvé dans le manu-
scrit les chapitres techniques annoncés plus haut et qui auraient offert beau-
coup d'intérêt. Voici seulement quelques extraits, qu'elle a eu l'obligeance de
me dicter :
« i" Chapitre : Sur la description de la pierre, tirée du livre diî Conte-
nant (2); le sage dit :
« La premièrechose qu'il fautchercher, c'est la connaissance de la pierre
qui fut recherchée par les anciens, et dont ils acquirent le secret avec le tran-
chant du sabre. Et il leur fut interdit de la nommer, ou s'ils la mentionnaient
nominativement, c'est par un nom vulgaire. Et ils conservaient le secret
jusqu'à ce qu'ils pussent le révéler aux âmes pures, η
Et plus loin :
« La pierre, on l'a décrite en disant qu'elle est l'eau courante, l'eau éter-
nelle ; — qu'elle est le feu ardent, le feu glacé, la terre morte, la pierre dure,
la pierre douce ; — c'est l'esclave fugitif; le stable et le rapide; la chose qui
fait, celle qui est faite ; celle qui lutte contre le feu, celle qui tueparlefeu ;
celui qui a été tué injustement, qui a été pris de force ; l'objet précieux,
l'objet sans valeur ; la plus haute magnificence, la plus basse abjection; il
exalte celui qui le connaît ; il illustre celui qui s'y applique ; il dédaigne
(i) C'est Rhazès. —Voir Ru/us d'E-
phèse, éditionde 1879, préface, p. xlviii.
(2) Ce titre est le même que celui de
l'ouvrage médical de Rhazés.
28*
2l8 INTRODUCTION
celui qui l'ignore; il abaisse celui qui ne le connaît pas; il est proclamé
chaque jour partoute la terre. Ο vous, cherchez-moi, prenez-moi — etfaites-
moi mourir, puis après m'avoir tué, brûlez-moi: après tout cela, je ressus-
cite et j'enrichis celui qui m"a tué et qui m'a brûlé. S'il m'approche vivant
du feu, je le rends glacé. Si l'on me sublime entièrement et qu'on me lie
fortement, je retiens alors la vie dans mes convulsions extrêmes et par Dieu
je ne m'arrête que lorsque je suis saturé du poison qui doit me tuer. »
« Je t'ai montré ces sources ^de la connaissance) en principe et non pas
en fait... Et je n'ai rien caché, Dieu m'en est témoin... Je l'ai posée d'une façon
exacte dans le but. — 11 ne faut pas que tu le dépasses »
Ce langage mystique et déclamatoirerappelle à la foisZosime et les vieux
alchimistes arabes du moyen âge, cités dans Vincent de Beauvais.
Au folio 62 on lit un second ouvrage, attribué aussi à Ostanès. En voici
une.\trait: « Le sage Ostanès dit en réfléchissant et en regardant cette œuvre:
L'amour de cette œuvre est entré dans mon cœur et en même temps le souci
a pénétré en moi, de sorte que le sommeil a fui mes yeux et j'ai perdu le
boire et*le manger: par là mon corps s'est affaibli et j'ai changé de couleur.
Lorsque je vis cela, je m'adonnai ù la prière et au jeûne. »
« Il a prié Dieu, et il a vu, étant couché, une apparition qui lui dit: Lève-
toi et elle le conduisit à un lieu où il vit sept portes. Mon guide médit:
cesont les trésors de ce monde que tu recherches. Je lui dis: Donne moi la
faculté d'y pénétrer — • Il répondit : il faut l'aile de l'aigle et la queue du ser-
pent ».
« 11 vit plusieurs tablettes : sur l'une était écrit ce qui suit. Celait un
livre persan, plein de science, où il était dit : l'Egypte est une contrée tout à
fait privilégiée. Dieu lui a donné la sagesse et la science en toute chose.
Quant à la Perse, les habitants de l'Egypte et des autres contrées lui sont
redevables: rien ne réussit sans son concours. Tous les philosophes ont été
en Perse, etc. »
Il est difficile de distinguer dans ces citations ce qui appartient en propre
à l'auteur arabe et ce qui pourrait provenir d'une source grecque, plus ou
moins éloignée. Mais le dernier morceau a une physionomie singulière;
on y voit alors une apparition, conformément aux vieilles traditions magi-
ques du persan Ostanès ; l'éloge de la Perse semble pareillement l'indice
MÉTAUX CHALDEENS 219
d'une antique tradition. On peut aussi rapprocher les paroles relatives à
l'Egypte, de celles qui concernent la terre de l'Ethiopie dans le dialogue
grftc de Comarius Jdeler, T. II, p. 253, lig. 11), dialogue où Ostanès est
également cité (même ouvrage, II, p. 24S, lig. 27).
VII. — SUR QUELQUES MÉTAUX ET MINERAUX
PROVENANT DE L'ANTIQUE GHALDÉE
En poursuivant mes études sur les origines de l'Alchimie et sur les métaux
antiques, j'aieu occasion d'examiner diverses matières, provenant, les unes
du palais de Sargon, à Khorsabad, les autres des fouilles de Tello par
M. de Sarzec.C'estgrâce à l'extrême obligeance de notre confrère, M. Heuzey,
conservateur au musée du Louvre, que j'ai pu étudier ces échantillons, tirés
des précieuses collections de notre grand Musée national. Je vais présenter
les résultats de mes analyses, etj'exposerai ensuite divers documents nouveaux
ou peu connus, relatifs à l'origine de l'étain employé par les anciens dans
la fabrication du bronze.
Commençons par les objets provenant de Khorsabad.
Dans le cours de ses fouilles, en 1854, M. Place découvrit, sous l'une
des pierres angulaires du palais de Sargon, un coffre de pierre contenant
des tablettes votives, couvertes d'inscriptions cunéiformes très nettes, des-
tinées à rappeler la fondation de l'édifice (70ό av. J.-C.l. D'après M. Place,
ces tablettes auraient été au nombre de cinq ; mais les inscriptions indiquent
formellement qu'il y en avait sept, désignées nominativement. Quatre
seulement de ces tablettes se trouvent aujourd'hui au musée du Louvre.
Les trois autres sont perdues. Les quatre tablettes qui restent portent des
inscriptions longues et détaillées. M. Oppert a publié la traduction de trois
d'entre elles, dans l'ouvrage intitulé ; Ninive et l'Assyrie, par V. Place
(t. II, p. 3o3 ; 1870). Le sens en est à peu près le même pour les trois et il se
rapporte à la construction du palais. D'après cette traduction, les tablettes
étaient en or, argent, cuivre, en deux autres corps dont les noms ont été
identifiés avec le plomb et l'étain, ce dernier plus douteux, d'après M. Oppert:
220 INTRODUCTION
enfin en deux derniers corps portant le déterminatif des pierres employées
comme matériaux de construction, et qui sont regardés comme du marbre et
de Talbâtre. Malheureusement, chaque tablette ne contient pas à part le nom
de la matière dont elle est faite.
J'ai examiné les quatre tablettes actuellement existantes au Louvre. Elles
sont rectangulaires et épaisses de plusieurs millimètres. La lame d'or est
la plus petite ; elle se reconnaît aisément, quoiqu'elle ait perdu son éclat.
Elle pèse environ 167 gr Elle a été façonnée au marteau. Le métal n'est ptas
allié avec un autre en proportion notable.
La lame d'argent est également pure, ou à peu près. Elle est légèrement
noircie à la surface, en raison de la formation d'un sulfure, comme il arrive
à l'argent exposé pendant longtemps aux agents atmosphériques. Elle pèse
environ 4355^ Je donne ces poids à titre de renseignements, sans préjuger
la question de savoir s'ils répondaient aux valeurs relatives des métaux à
l'époque delà fondation du palais. On sait que le rapport de valeur de lor
à l'argent a varié beaucoup suivant les temps et les lieux.
La lame réputée de cuivre est profondément altérée et en partie exfoliée
par l'oxydation. Elle pèse, dans son état présent , environ 9528''. Ceci joint
à la densité du métal, moindre que celle de l'or et de l'argent, suffit pour
montrer que les dimensions en sont beaucoup plus considérables que celles
des deux autres. La couleur en est rouge foncé, déterminée surtout par
la présence du protoxyde de cuivre. Cependant ce n'est pas du cuivre pur,
mais du bronze. En effet, un échantillon prélevé à la lime sur les bords
renfermait, d'après l'analyse :
Etain 10,04;
Cuivre 85,25 ;
Oxygène, etc 4i7 ' !
100,00
Il n'y a ni plomb, ni zinc ou autre métal en quantité notable. La pro-
portion de l'étain repond à celle d'un bronze jaune d'or; mais la présence
du protoxyde de cuivre a altéré la couleur. Cette composition se retrouve
d'ailleurs dans un grand nombre de bronzes antiques. Je citerai seulement
un miroir égyptien, datant du xvii= ou du xvni= siècle avarît notre ère, et que
METAUX CHALDEENS 221
j'ai analysé autrefois pour M. Mariette. Il renfermait 9 parties d'étain et
91 de cuivre.
La quatrième tablette est la plus intéressante de toutes, à cause de sa
composition. Elle pèse environ I85s^ Elle est constituée par une matière
d'un blanc éclatant, opaque, compacte, dure, taillée et polie avec soin. Elle
a été réputée jusqu'ici formée par un oxyde métallique et désignée même à
Torigine sous le nom de tablette d'antimoine, d'autres disent d'étain; d'après
l'opinion qu'elle aurait été fabriquée autrefois avec un métal que le temps
aurait peu à peu oxydé. Cependant, ni l'antimoine ni l'étain ne possèdent
la pr( priété de s'altérer de cette façon, surtout lorsqu'ils sont contenus
dans un coffre de pierre. Tout au plus le plomb ou le zinc sont-ils suscep-
tibles de se changer en oxyde, ou en carbonate, dans un milieu humide •
mais alors ils se désagrègent et tombent en poussière, tandis que la tablette
est parfaitement compacte et couverte d'une inscription très fine et d'une
extrême netteté. Sa nature réelle constituait donc une véritable énigme.
Pour l'examiner de plus près, nous avons d'abord pratiqué avec précaution
un sondage, et constaté qu'il n'existait pas de feuille de métal centrale dans
l'épaisseur de la tablette. L'analyse chimique a indiqué ensuite que la ma-
tière de la tablette est du carbonate de magnésie pur et cristallisé, substance
bien plus résistante aux acides étendus et aux agents atmosphériques que
le carbonate de chaux. Le poli de cette tablette paraît avoir été complété à
l'aide d'une trace presque insensible de matière grasse, laquelle se manifeste
par calcination.
Observons ici que notre magnésie et ses sels étaient inconnus dans l'an-
tiquité et au moyen âge, le nom de magnésie ayant eu autrefois des sens très
différents, multiples d'ailleurs i).
Dans Pline, ce mot désigne divers minéraux noirs, blancs, ou roux,
provenant des villes et provinces du même nom: en particulier la pierre
d'aimant ou pierre magnétique (qui en a conservé la dénomination) ; un
minéral qui parait être notre oxyde de manganèse (autre transformation
du même nom) ; enfin les pyrites de fer, de cuivre, peut-être d'étain
et de plomb. Par extension, le nom de magnésie fut ensuite appliqué aux
(il Voir ce volume, p. 28. 66, i53 et plus loin.
222 INTRODUCTION
produits successifs : oxydes et même alliages, provenant du grillage et du
traitement de ces diverses pyrites.
Le sens du mot a changé encore chez les Alchimistes, qui Γοηι e'tendu
à certains alliages et amalgames, parfois argentifères. C'est seulement vers
le xv!ii= siècle qu'il a été donné aux mélanges de sulfate et de carbonate
de chaux, renfermant souvent des sels de magnésie; et finalement au car-
bonate précipité du sel d'Epsom : dernière attribution qui a conduit le mot
magnésie à sa signification actuelle.
Quoi qu'il en soit, le carbonate de magnésie pur et cristallisé est un miné-
ral fort rare, que Haiiy ne connaissait pas encore au commencement de ce
siècle. Son association intime avec le carbonate de chaux engendre la
dolomie, roche au contraire fort répandue. On rencontre surtout le carbo-
nate de magnésie proprement dit, en veines intercalées dans les schistes
talqueux, serpentines et autres silicates magnésiens ; il résulte de la décom-
position lente de ces schistes par les agents naturels. La matière de la
tablette du palais de Sargon renferme en effet quelques traces de silice, qui
trahissent la même origine.
Le choix d'un minéral aussi exceptionnel, pour fabriquer une tablette sa-
crée, n'a pas dû être fait au hasard : il répondait sans doute à quelque idée
religieuse particulière. En tous cas, il prouve que les Assyriens connais-
saient le carbonate de magnésie comme une substance propre. A quel mot
répondait réellement cette tablette dans Tinscription, où elle parait figurer
sous l'un des noms réputés jusqu'ici métalliques ? Malgré l'absence d'une
dénomination spéciale sur cette tablette, M. Oppert a bien voulu me dire
qu'elle était désignée par le mot a-bar, pris auparavant pour celui de l'étain.
Il m'a semblé utile, pour tâcher d'obtenir quelque lumière nouvelle à cet
égard, d'analvser la matière même avec laquelle sont construits les grands
taureaux du musée du Louvre et de rechercher surtout si elle contiendrait
de la dolomie. Mais j'ai vérifié que c'est du carbonate de chaux cristallisé,
présentant la constitution physique soit du marbre, soit plutôt de cette va-
riété de calcaire, confondue autrefois sous le nom d'albâtre avec le sulfate
de chaux anhydre. Il ne m'appartient pas de discuter davantage la question
philologique de la vraie dénomination de ces matières (v. ce volume, p. 80).
Pendant que j'étudiais les tablettes de Khorsabad, M. Heuzeyappela mon
MÉTAUX CHALDÉENS 223
attention sur certains objets métalliques, provenant des fouilles faites à Tello
par M. de Sarzec : c'étaient un fragment d'un vase et une figurine votive.
Le fragment représente une portion d'un cordon circulaire cylindrique,
(jg -mm à S""" de diamètre, qui formait l'orifice d'un vase moulé, préparé
par fusion et coulage. On voit encore une partie de la gorge qui séparait
ce cordon du corps du vase proprement dit. La forme en est très simple et
sans aucuns linéaments délicats, ni inscription. La surface est couverte
d'une très légère patine, d'un noir jaunâtre. La masse est formée par un
métal brillant, noir, dont la cassure présente des cristaux volumineux et
miroitants. La matière même est très dure, mais fragile. D''après l'analyse,
elle est constituée par de l'antimoine métallique, sensiblement pur et ne
renfermant à dose notable ni cuivre, ni plomb, ni bismuth, ni zinc, mais
seulement quelques traces de fer. La patine paraît être un çxysulfure, for-
mé par l'action des traces d'hydrogène sulfuré qui existent dans l'atmos-
phère.
L'existence d'un fragment brisé de vase moulé en antimoine pur a
quelque chose de singulier ; car l'industrie actuelle n'emploie pas ce métal
pur à un semblable usage, quoiqu'elle se serve fréquemment de ses alliages,
et je n'ai vu aucun autre exemple analogue dans les ustensiles, soit du temps
présent, soit des temps passés.
Cependant on m'avait affirmé que les Japonais l'emploient dans leurs
fabrications et Ton m'a même remis un petit dauphin ailé, réputé constitué
par de l'antimoine. Mais l'analyse exacte de ce dauphin a montré qu'il con-
tenait du zinc et divers métaux associés (étain, bismuth, fer), mais qu'il
était loin d'être formé par l'antimoine pur. Si l'antimoine pur a été réelle-
ment employé par les Japonais, ce dont je doute, il y aurait là un rappro-
chement singulier avec les antiques industries chaldéennes.
C'est d'ailleurs une circonstance extrêmement curieuse que la trouvaille
authentique d'un tel fragment travaillé d'antimoine, faite à Tello, lieu de-
meuré inhabité depuis le temps des Parthes, et qui renferme les débris de
la plus vieille civilisation chaldéenne. L'antimoine, en effet, est réputé ne
pas avoir été connu des anciens et avoir été découvert seulement vers le
xv^ siècle. Cependant on doit observer que les anciens connaissaient par-
faitement notre sulfure d'antimoine, minéral naturel auquel ils donnaient
224 INTRODUCTION
le nom de stibium ou slimmi et qu'ils employaient à de nombreux usages,
particulièrement en Médecine. Il existe même dans Dioscoride un pas-
sage reproduit par Pline et dont je crois pouvoir conclure que Tantimoine
métallique avait de'jà été obtenu à cette époque. On lit en effet dans Dios-
coride [Matière médicale, liv. V, ch. xcix) : « On brûle ce minéral en le
» posant sur des charbons et en soufflant jusqu'à incandescence ; si Ton pro-
» longe le grillage, il se change en plomb (ι^-ίλυβο^ΰτα'.) ». Pline dit de même
[Histoire natu!-elle,ïiv. XXXIII,chap. xxxiv) :« Il faut surtout legriller avec
« précaution, pour ne pas le changer en plomb {ne plumbum fiât) ». Ces
observations répondent a des phénomènes bien connus des chimistes. En
effet, le grillage ménagé du sulfure d'antimoine, surtout en présence du char-
bon, peut aisément le ramener à l'état d'antimoine fusible et métallique,
substance que Pline et ses contemporains confondaient, au même titre que
tous les métaux noirs et facilement fusibles, avec le plomb. L'existence du
vase de Tello prouve que l'on avait également en Mésopotamie, et dès une
époque probablement beaucoup plus ancienne, essayé de préparer des vases
moulés avec cette prétendue variété de plomb, moins altérable que le plomb
ordinaire.
Depuis la première publication de ces analyses, j'ai reçu une lettre de
M. R. Virchow, qui m'annonce avoir imprimé, dans leBulletiii de la Société'
anthropologique de Berliti (il, une Note sur de petits ornements en anti-
moine, trouvés dans une ancienne nécropole transcaucasienne iRedkin-
Lager), datant probablement du temps de la première introduction du fer.
C'est là un autre exemple de l'antique connaissance de l'antimoine.
La figurine métallique votive de Tello donne lieu à des observations non
moins intéressantes. Elle représente un personnage divin, agenouillé, tenant
une sorte de pointe ou cône métallique. Elle porte le nom gravé de Gou-
déah, c'est-à-dire qu'elle répond à l'époque la plus ancienne à laquelle
appartiennent les objets trouvés jusqu'ici en Mésopotamie. M. Oppert lui
attribuerait une antiquité de quatre mille ans avant notre ère. Nous nous
trouvons ainsi reportés aux temps les plus reculés de la métallurgie histo-
{i) Verhandlungen der Derliner An- | vom 19 Januar I884. Les dessins sont
thropologischen Gesellscliafft, Sitzung | aux pages 129 et i3o.
MÉTAUX CHALDÉENS 225
ri que (i). Cette figurine est recouverte d'une épaisse patine verte. Au-dessous
de la patine se trouve une couche rouge, constituée par le métal, profondé-
ment altéré et oxydé dans la majeure partie de son épaisseur. Puis vient un
noyau métallique rouge, qui offre l'apparence et la ténacité du cuivre pro-
prement dit : c'est le dernier reste du métal primitif, progressivement
détruit par les actions naturelles.
J'ai analysé ces différentes parties.
La patine verte superficielle est un mélange de carbonate de cuivre et
d'oxychlorure de cuivre hydraté. Ce dernier composé est bien connu des
minéralogistes sous le nom A\itakamite. Il résulte de l'altération du métal
par les eaux saumâtres, avec lesquelles la figurine s'est trouvée en contact
pendant la suite des temps.
La couche moyenne est du protoxyde de cuivre à peu près pur, ne ren-
fermant ni étain, ni antimoine, ni plomb ou métal analogue, ni zinc, à dose
notable; elle résulte d'une altération lente du cuivre métallique.
Enfin le noyau est constitué par du cuivre métallique, très sensiblement
pur.
L'absence de tout métal autre que le cuivre dans cette figurine mérite
d'être notée ; car les objets de ce genre sont d'ordinaire fabriqués avec
du bronze, alliage d'étain et de cuivre, plus dur et plus facile à travailler
que ses composants. L'absence même de l'étain dans le cuivre de Tello
pourrait offrir une signification historique toute particulière. En effet,
l'étain est bien moins répandu que le cuivre à la surface de la terre et son
transport a toujours été, dans l'antiquité comme de nos jours, l'objet d'un
commerce spécial. En Asie notamment, on n'avait, jusqu'à ces derniers
temps, signalé d'autres gîtes d'étain un peu abondants que ceux des îles de
la Sonde et des provinces méridionales de la Chine. Le transport de cet
étain vers l'Asie occidentale se faisait autrefois par mer, jusqu'au golfe
Persique et à la mer Rouge, au moyen d'une navigation longue et pénible;
et il était transmis de là sur les côtes de la Méditerranée, où il venait faire
concurrence à l'étain des îles anglaises files Cassitérides), transporté soit
(i) La figurine est dessinée dans
l'ouvrage intitulé : Découvertes en
Chaldée, par E. de Sarzec (PI. li
figures 3 et 4).
29*
226
INTRODUCTION
à travers la Gaule, soit par le détroit de Gadès; ainsi qu'à celui des gîtes
moins abondants de la Gaule centrale (i), oùl'étamagedu cuivre fut d"abord
pratiqué (2) ; enfin à Pétain des gîtes de la Thrace, peut-être aussi à celui de
la Saxe et de la Bohême, et autres provenances locales, répondant àdesgîtes
peu abondants (3), mais dont la connaissance par les anciens est incertaine.
L'importance de ces gîteslocauxa été spécialement discutée dans l'ouvrage de
M. A. B. Meyer surdes fouilles en Carinthie, intitulé : Giirina in Obergail-
thales (Karnthen) i885 (p. 65 et suivantes); ouvrage que l'auteur a bien voulu
m'adresser. Elle mérite d'autant plus notre attention que des voyages aussi
longs et aussi pénibles, des navigations si difficiles n'ont dû s'établir
qu'après bien des siècles de civilisation. Les Phéniciens, venus autrefois
des bords du golfe de Persique à ceux de la Méditerranée, paraissent avoir
été les premiers promoteurs de cette navigation, du moins en Occident
(Strabon, liv. 111, chap. V, 1 1).
En fait, j'ai eu connaissance récemment de deux documents, qui sont de
nature à fixer une origine moins lointaine à l'étain des bronzes de l'Assyrie
et de FÉgypte (3). En effet, d'après une Note publiée par M. G. Bapst, dans
lesComptesrendusde l'Académie des inscriptions (1886), un voyageur russe,
M. Ogorodnikoff, aurait appris des habitants de Meched qu'il existait, à 120
kilomètres de cette ville et dans divers points du Khorassan (4 , des mines
d'étain. actuellement en exploitation. Ces renseignements sont regardés par
l'auteur comme sujets à caution, en raison de l'incertitude de témoignages
de cet ordre, purement oraux et fournis par des Tatars.
Cependant, circonstance remarquable, ils se trouvent en certain accord
avec un passage de Strabon, que m'a indiqué M. P. Tannery. Strabon si-
gnale en effet (liv. XV, chap. H, 10) des mines d'étain dans la Dran-
giane, région qui répond au sud du Khorassan, au-dessous d'Hérat, vers
(i) Strabon le signale aussi en Lusi-
tanie (IJv. III, ch. II, 8).
(2) Pline. H. N.A. XXXIV, 48.
(3) Quelques auteurs ont supposé
qu'il avait dû exister autrefois des mi-
nerais d'étain dans l'Ibérie du Caucase.
Mais les géologues n'en ont jamais
trouvé jusqu'ici dans cette région. Voir
sur cette question : Recherches anthro-
pologiques dans le Caucase, par E.
Chantre, t. I, p. 81 (i885), ei Age du
brou'^e, t. II, p. 3o5.
(4) L'existence de mines d'étain au
Khorassan a été signalée par Von Baer,
Arcliiv fur Anthropologie, t. IX,
METAUX CHALDEEXS 227
les limites occidentales de notre Afghanistan. Mais le transport de Pétain
de ce point jusqu'à la Chaldée aurait encore exigé un voyage par terre, de
longue durée, à travers des régions où les modernes eux-mêmes ne par-
viennent que bien difficilement. A la vérité, les métaux usuels et leurs
alliages semblent avoir été transportés autrefois à travers le monde par des
fondeurs nomades, analogues aux Tziganes et qui passaient partout.
La principale difficulté que Ton puisse objecter à ces petits gîtes et à ces
transports individuels d'ctain, c'est l'abondance et la diffusion universelle
des armes de bronze, pendant de longs siècles. Les hypothèses précédentes ne
semblent pas répondre aux besoin d'une fabrication aussi prolongée, aussi
générale et aussi considérable. Pour y satisfaire, il a dû exister des
transports réguliers de masses d'étain, Λ"enant de mines abondantes et
inépuisables.
Si l'étain est rare dans le monde, il n'en est pas de même du cuivre. Les
minerais de cuivre se trouvent sur un grand nombre de points. Les mines
du Sinaî, pour ne pas en citer de plus lointaines, sont célèbres dans la
vieille Egypte. L'extraction du cuivre métallique à l'aide de ses minerais
est d'ailleurs facile.
En raison de ces circonstances, plusieurs archéologues ont supposé qu'un
âge du cuivre pur, c'est-à-dire un âge ou l'on fabriquait avec ce métal les
armes et les ustensiles, avait dû précéder l'âge du bronze. Le bronze, plus
dur et plus résistant, aurait ensuite remplacé le cuivre, dès qu'il fut décou-
vert. Pour juger de cette hypothèse et pour établir la date à laquelle ont
commencé ces transports lointains et cette vieille navigation, il serait néces-
saire de posséder l'analyse des objets les plus anciens qui aient une date cer-
taine, parmi les débris de l'antiquité venus jusqu'à nous. Or le bronze à
base d'étain existait déjà en Egypte, près de deux mille ans avant notre ère,
d'après les analyses de ce genre (v. p. 220).
L'analyse de la figurine de Tello semble indiquer, au contraire, que l'é-
tain n'était pas encore connu, à l'époque reculée de la fabrication de cet
objet, l'étain n'arrivant pas alors jusqu'au golfe Persique.
Ce n'est là d'ailleurs qu'une induction, quelque circonstance religieuse
ou autre ayant pu déterminer l'emploi exclusif du cuivre dans cette figu-
rine : il faudrait examiner des objets plus nombreux et plus variés pour ar-
228
INTRODL'CTION
rivera cet égard à une certitude. Mais il m'a paru intéressant de signaler
les problèmes d'ordre général soulevés par l'analyse des métaux de Tello.
VIII. — NOTICES DE MINERALOGIE, DE METALLURGIE
ET DIVERSES
Durant le cours de mes recherches sur les Alchimistes, j'ai recueilli dans
les auteurs anciens et dans ceux du moyen âge, un grand nombre de ren-
seignements intéressants sur la minéralogie et sur la métallurgie des anciens;
renseignements qui n'ont pu trouver une place suffisante dans les articles
de l'Introduction, ou dans les notes de la Traduction. C'est pourquoi il m'a
semblé utile de les reproduire ici dans un article spécial, lequel ne sera
pas, je l'espère, sans quelque fruit pour les personnes qui étudieront le
présent ouvrage. J'en donne d'abord, pour plus de clarté, la liste alpha-
bétique; puis viendront les notices elles-mêmes.
LISTE ALPHABÉTIQUE DES NOTICES
jEs, Airain, Bronze, CUIVRE, -/a/./.o; et
dérivés. — yErugo,v{ride œris,ceruca
— rilbigo — Ίό; χαλ/.οΟ. Ίόν ξυστόν —
scole.v — Flos, άνθος /αλζοϋ — œs IIS-
tum, -/αλκό; /.îzxjijir^o; — scoria, lepis
— ■ squama — stomomj — smegma,
— diphryges — fxx ceris — craie
verte, théodotion.
Aétite, pierre d'aigle.
Alchimistes grecs (tradition au moyen
âge.)
Alphabets et écritures hermétiques.
Alun, στυ-τηρια.
Ammoniac (sel).
Antimoine (sulfuré), σ•υ;;χα•., larbason,
nlabastrum — soufre noir — anti-
moine brûlé, — métallique. — blanc.
— rouEre.
-Arsenic (sulfuré) — jaune, orpiment
— rouge, sandaraque, réalgar ; Ker-
mès minéral — métallique — second
mercure — l'hermaphrodite.
Cadmie — naturelle (minerais de cuivre
et de laiton) — artificielle, ou des
fourneaux — ses espèces : capnitis,
pomphoiyx ; botruitis, placitts, joni-
tis, orrychitis,ostracitis — cathmia — •
niliil album — spodos, laiiriotis —
antispode — tutie— magnésie.
Chalcanthon — couperose — vitriol —
sens multiples — Misy, sory — col-
cothar — melunteria.
Chalcitis.
Chaux, όίσβίστο; — titanos — gypse.
Chrysocolle — cerugo — santerna —
soudure des orfèvres — sens mul-
NOTICES DIVERSES
22g
tiples. — MaLtchite — A^tiritc —
arineniuni — sens actuel.
Chuysolithe — moderne, ancienne.
Cinabre.
Cl.\udianos.
Clefs (les) de l'art.
CoB.iLT, cobathia, kobold.
CouPHOLiTHE, talc et analogues.
Eléments .actifs.
Esprits, ::v£Jaata — corps et .imes; sens
de ces mots. — Les esprits : mer-
cure, sel ammoniac, soufre, arsenic,
marcassite, magnésie, tutie, wismath
— explication de ces mots.
Etain — κασσι'τίοο; — stanniun — plomb
blanc.
EtymolOgies CHIMIQUES doubles: asem,
chimie, sel ammoniac.
Fer et dérivés — basalte — rubi^o ou
ferrugo, Ιό;, rouille — squama —
scoria — sideritis — aimant, magnes
ou pierre magnétique, — ferrum vi-
vutn — hématite — pierre schisteuse
— ocres — pyrites — chalcopyrite.
Feu (vertus).
Figures géométriques des saveurs et
des odeurs.
Fixation du mercure et des métaux.
Gag.a.tes (jais), — pierre de Memphis
— asphalte.
Ίο';, virus. — "ίωσ;;, plusieurs sens.
Magnésie — sens multiples — pierre
d'aimant — minerai du molybdo-
chalque — sulfures, oxydes, alliages et
amalgames divers — magnésie noire
— magnésie calcaire, — sens mo-
derne.
Marcassites.
Massa.
Mercure, argentum vivum et hydrar-
gyrum — sa sublimation dans l'aiii-
bix — αίΟάλτ;. — Anecdote d'Aristote
— idées et synonymes alchimiques —
dialogue de l'or avec le mercure.
Métaux — Génération d'après Aristote
— d'après les Arabes et les alchi-
mistes — odeur des métaux.
Minium, rubrique ou matière rouge —
\i.\k-r,; — oxydes de fer (sanguine, ocre
brûlée, hématite), de plomb, de mer-
cure, de cuivre— sulfures métalliques
— sinopis, — terre deLemnos— mi-
nium, sens multiples — fausse sanda-
raque — cinabre — Sundj'.x; sericuni
— découverte de Callias — couleurs
bleues : cœriileum ; armenium —
couleurs vertes : chrysocolle, verdet
— couleurs jaunes — ocre — sil, etc.
NiTRUM — natron — spuma nitri,
αφρό; '/(içjoj.
Opérations alchimiques.
Or — coupellation par le soufre d'anti-
moine (loup des métaux, bain du
roi, etc.).
Paros et Porus.
Plomb et dérivés — plomb noir et plomb
blanc — stanuuiii — galène — plomb
lavé — plomb brûlé — scorie — spode
— pierre plombeuse — molybdène —
scorie d'argent — helcysma — en-
cauma — litharge — chrysitis — ar-
gyritis — écume d'argent — céruse
— minium.
PSEUDARGYRE.
S.Î.MOS (pierre de).
Sélénite, aphroselinon.
Sel — fossile — de Cappadoce — fac-
tice.
— flos — favilla.
Soufre — apyre.
Terres diverses.
Trempe et teinture — Ba^r^.
TUTIE.
laniigo — muria, saumure
23ο INTRODUCTION
JEs. Airain, Bronic, Cuivre, -///Μς.
Ce mot était employé pour représenter à la fois le cuivre pur et les alliages
très divers qu'il forme par son association avecl'étain, le zinc, le plomb, le
nickel, l'arsenic et divers autres métaux; c'est-à-dire les bronzes etles laitons
des modernes. Le mot cuivre, même de nos jours, est parfois usité dans
un sens aussi compréhensif : cuivre rouge, cuivre jaune, cuivre blanc, etc.;
tandis que le mot airain, dans la langue de nos orfèvres, a fini par désigner
un alliage particulier, formé de 9 parties de cuivre et 3 de zinc. Mais le sens
ancien du mot airain était synonyme de celui du cuivre.
Le nom même du cuivre vient d'une épithète appliquée à l'airain de
Chypre (Κύπριος); notre cuivre pur n'était pas désigné par un mot unique
chez les anciens peuples, pas plus chez les Orientaux, que chez les Grecs,
ou chez les Romains; du moins jusqu'au in'" siècle de notre ère, époque où
apparaît le mot cupritm.
Insistons sur ce point que ni les Grecs, ni les anciens Romains n'ont
employé deux mots distincts et spécifiques pour le cuivre et le bronze, et que
l'on ne doit pas chercher deux noms de ce genre chez les vieux Orientaux.
Le mot œs, airain, s'appliquait indifféremment au cuivre et à ses alliages avec
l'étàin, le plomb, le zinc. Pour bien comprendre les textes anciens, il con-
vient d'écarter de notre esprit les définitions précises, acquises par la chimie
de notre temps; car les corps simples n'ont, a première vue, aucun caractère
spécifique qui les distingue de leurs composés. Personne dans l'antiquité
n'a regardé le cuivre rouge comme un élément qu'il fallût isoler, avant de
l'associer aux autres. Les anciens, je le répète, n'ont pas conçu ces alliages
comme nous, en les ramenant à l'association de deux ou trois métaux élé-
mentaires, tels que notre cuivre, notre étain, notre plomb, métaux élémen-
taires que nous fondons ensemble pour obtenir les bronzes et les laitons.
Mais ils opéraient surtout sur les minerais de ces métaux, plus ou moins
purs, minerais appelés cadmies, ou chalcites ; ils les mélangeaient, avant
d'opérer la fabrication et la fonte du métal proprement dit; parfois, quoique
plus rarement, ils unissaient entre eux les alliages et métaux obtenus du
premier jet.
Tout métal et alliage rouge ou Jaune, altérable au feu, s'appelait χαλ-Λΐς ou
œs; tout métal et alliage blanc, fusible et altérable au feu, s'appelait à l'ori-
NOTICES DIVERSES
23l
o\ne plomb. Plus tard on distingua deux variétés : le plomb noir, qui com-
prenait notre plomb et, plus rarement, notre antimoine, etc.; et le plomb
blanc, qui comprenait notre étain et certains alliages de plomb et d'argent.
Quant au -/χ'κ/.Ιζ ou œs^ on en distinguait les variétés d'après le lieu de
provenance ( i : cuivre de Délos, d'Egine, de Chypre, de Syracuse, de Cordoue ;
ou d'après le nom du propriétaire de la mine : cuivre Sallustien, Marien,
Livien i2' ; sans que l'on attachât à l'une de ces variétés, le caractère
d'un métal plus simple, plus élémentaire que les autres.- Les seules dis-
tinctions précises que nous lisions dans les auteurs anciens sont celles de
l'orichalque, et de l'airain de Corinthe. L'orichalque, mot dont l'étymologie
est inconnue, est regardée par Hésiode et par Platon comme un métal
précieux (3). D'après Pline, sa découverte fit tomber le cuivre de Chypre en
discrédit; mais le minerai qui le fournissait s'épuisa. Le cuivre Marien en
approchait, et était employé de préférence pour les monnaies les plus chères,
telles que les sesterces et les doubles as: le cuivre de Chypre étant réservé
pour les monnaies plus viles, telles que les as. On sait ailleurs que la valeur
de l'orichalque a été double à une certaine époque de celle du cuivre ordi-
naire : c'était sans doute quelque bronze plus beau et plus résistant.
Quant à l'airain de Corinthe, c'était un alliage du χαλ•/.:; avec l'argent
et l'or. On distinguait trois variétés : la blanche, où l'argent dominait; la
jaune, où l'or dominait; et une troisième, formée à parties égales avec les
trois métaux; il y avait encore une variété de couleur hépatique.
L'airain avait des dérivés assez nombreux, que nous allons énumérer et
définir d'après les textes. Ajoutons que la distinction absolue de ces déri-
vés entre eux ne parait pas'possible en toute rigueur, parce que leur identi-
fication avec les composés définis de la chimie actuelle ne peut être qu'im-
parfaite, nos composés n'ayant été ni isolés, ni spécifiés par les anciens.
^rugo; ■pSiTÎoisrubigo, viride œris. Âiriica. Ί;ς -/αλ•/.:ϋ. Ί;ν ;j-t:v. —
vert de gris — raclure de cuivre (4).
(i) Pline, //. iV., 1. XXXIV.
(2) Le Claudianos était probablement
un métal analogue (v. ce mot).
13) Origines de l'Alchimie, p. 226.
(4) Diosc, Mat. méd., I. V, 91.—
Pline, H. N., 1. XXXIV, 26; 1. XXXIII,
29. — ViTRuvE, 1. VII, chap. 7. —
λ'ΐΝΧΕΝΤ DE Beauvais (Spec. majus),
VIII, 3o. — Lexicon Alch. Ridandi,
page 14 et suivantes.
232
INTRODUCTION
Le mot œriigo désignait :
1° Des produits naturels formés dans les mines de cuivre, les uns par
efflorescence ; les autres par déliquescence, ou imbibition. Les produits
étaient lavés, séchés, grillés dans un plat neuf. jErugo fossilis était une
matière congénère de la chalcitis (pyrite cuivreuse), du vitriol bleu et de
la chrysocolle (malachite et autres sels basiques de cuivre, de couleur verte).
Pour la soudure de l'or, les orfèvres opéraient avec de l'urine d'enfant
impubère, broyée dans un mortier de cuivre (v. ce volume, p, 46; ; opéra-
tion qui produisait un sel de cuivre basique, aux dépens du mortier.
2° Des produits factices et spécialement \&verdet (acétate de cuivre basique),
substance dont Dioscoride et Pline décrivent la préparation au moyen des
lames de cuivre et de la vapeur du vinaigre, ou bien du marc de raisin.
Scolex : 'I;j ι/.ώλη;, rouille vermiculaire (i). — Matière native et factice,
congénère de la précédente. On la préparait avec du cuivre, ou l'un de ses
minerais, associé avec du vinaigre, de l'alun, du sel, ou du natron; le mélange
était exposé au soleil. Ces préparations pouvaient fournir, suivant la nature
et la proportion des ingrédients, des acétates, sulfates, oxychlorures, car-
bonates basiques de cuivre.
jEris flos [2], άνθος χαλκιϋ. Fleur de cuivre {}). — Matière rejetée par le
cuivre fondu, sous la forme d'écaillés légères projetées par lèvent du souf-
flet pendant la coulée. On l'obtenait aussi sous l'influence de l'eau, projetée à
sa surface.
On la définit encore : Paillette des vieux clous de cuivre; elle devient rouge
sous le pilon. Ceci parait être du protoxyde de cuivre, souillé sans doute
par des oxydes de métaux étrangers.
Le nom àe flos œris a été appliqué plus tard au vert de gris. Ce corps, pas
plusque les précédents, nedoit pas être identifié avec le -/x/.y.Tifi:-!. couperose
ou vitriol, qui est notre sulfate de cuivre. Mais les deux produits sont con-
génères et les deux norns ont été souvent confondus dans les manuscrits,
confusion rendue plus facile par les abréviations des copistes.
(1) Diosc, Alat. méd., 1. V, 1)2. —
Pline, H. N. 1. XXXIV, 28.
|2) Diosc. Mat. méd., V, 88. —
Pline, H. N., 1. XXXIV, 24. —
Lexicon Alchem Rulandi, page 12.
(3) Le mot βο3 dans Pline signifie
couleur — floridus , d'une couleur
vive.
NOTICES DIVERSES 233
.Έ3 ustiim λ\ ν.ζ/.χ\ι\λέΊ:ς γχΑν.ζ;. — Cuivre brûlé. Pour le préparer, on
chauffait du vieux cuivre avec du soufre et du sel, placés au-dessous et
au-dessus, dans un vase de terre crue, à couvercle lute; ou bien, avec de
l'alun, du soufre et du vinaigre. On l'obtenait encore en chauffant le cuivre
seul, pendant longtemps; ou bien parfois, en l'aspergeant de vinaigre de
temps en temps. On lavait à l'eau de pluie, avec broyage et décantation,
jusqu'à ce que le produit eût pris Taspect du minium. On le fabriquait à
Mcmphis et à Chypre.
Ceci paraît répondre à notre protoxyde de cuivre. On sait aujourd'hui
que ce corps peut être obtenu en chauffant, dans un vase fermé, 24 parties
de sulfate de cuivre sec et 29 parties de fil de cuivre.
L'action de la chaleur sur Vœriigo fournissait le même produit.
Scoria. — Obtenue par l'actionde l'air sur le cuivre chauffé; corps congé-
nère du précédent.
Lepis, \t-':z. — Squama (2). Matière détachée par le marteau des clous
forgés avec les pafns de cuivre de Chypre; congénère de la fleur, qui se
détachait d'elle-même, et du stomoma, duvet plus fin que la lepis.
Le stomoma s'obtenait aussi par la macération du cuivre dans l'urine
d'enfant. Le vinaigre changeait la lepis en vert-de-gris.
Ce sont encore là des sous-oxydes de cuivre, ou des sels basiques, tels
que acétates, phosphates, sous-chlorures, etc.
Smegma (3•. — Matière projetée par le vent du soufflet sur le cuivre fondu,
entouré de charbons.
Diphryges — fœx œris (4). — « Le cuivre coule ; la scorie sort du fourneau;
la fleur surnage ; le diphryge reste. » C'est donc le résidu, qui n'a pas fondu
pendant le traitement. Ce nom est aussi attribué à la pyrite grillée, jusqu'à
transformation en matière rouge (peroxyde de fer ou sulfate basique) ; ainsi
qu'au limon d'une caverne de Chypre, séché et calciné ,c"étaitprGbablement
un oxyde, ou un sel basique de fer hydraté).
(i) Diosc, Mat. med.. 1, V, 87. —
Pline, H. N., 1. XXXIV, 23, 24.
(2) Diosc, Mat. méd., !. V, 80. —
Pline, H. iV. 1. XXXIV, 24, 2 5. Vin-
cent DE Beauvais, Sp. m. V'III, 29.
— Lexicon Alch. Rulandi, p. 12, 18.
(3| Pline, H. N., 1. XXXIV, 36.
(4) Diosc, Matière médicale, 1. V,
119. — Pline, H. N., 1. XXXIV, 3;.
30*
234
INTRODUCTION
La craie verie paraît être soit un hydrocarbonate de cuivre, soit de la
cendre verte. La meilleure variété, nommée Οειίίτ'.ιν. venait de Smyrne
(ViTRuvE, l.VIII, chap. 7.)
AÉTiTE ou pierre d'aigle {\].
Variété géodique de fer hydroxydé, ou d'argile ferrugineuse, jaune ou
rougeàtre, contenant un noyau mobile, qui résonne quand on agite la pierre.
Cette pierre, grosse en apparence d'une pierre plus petite, était réputée par
analogie avoir une influence sur 'les grossesses dés femmes; préjugé qui
s'est perpétué jusqu'à notre époque chez les gens ignorants. On pensait
qu'elle était employée par les aigles dans la construction de leurs aires; de
là le nom de pierre d'aigle. Le nom d'aétite semble avoir été employé pour
toute géode renfermant un novau mobile. Pline en distingue quatre espèces.
On a même étendu le sens de ce mot aux pierres renfermant un liquide.
D'après Solin (ch. XXXVII), le son produit par cette pierre était attribué
à un esprit ou âme intérieure et Zoroastre regardait Faétite comme ayant
une grande puissance magique. On trouve un passage analogue dans les
Alchimistes. Un aigle tenant une pierre exprimait la sécurité chez les Egyp-
tiens, suivant Horapollon.
Alchimistes Grecs (tradition au moyen âge).
Les noms et la tradition directe des Alchimistes grecs ne se retrouvent que
peu ou point chez les Alchimistes latins, lesquels se rattachent eux-mêmes
directement aux Arabes. Les noms de ces Grecs ne reparaissent pas d'une
manière explicite et détaillée avant le XV° siècle, époque où les manuscrits
grecs se répandirent en Occident. Il n'en est que plus intéressant de signaler
les quelques réminiscences qui s'y rapportent chez les latins du moyen âge.
Quant aux Arabes, j'en ai signalé ailleurs la tiliation immédiate avec les
Grecs d'après le Kitab-al-Fihrist (2) ; et je donnerai plus loin certains autres
souvenirs analogues, en parlant des alphabets hermétiques.
Dans la Bibliotheca Chemica de Manget, t. II, il existe des planches indi-
quantla figure des divers philosophes alchimiques, d'après la tradition du
moyen âge : chaque figure est accompagnée par une sentence, à peu près
(i) Pline, H. N., 1. X, 4; 1. XXXI,
39. — Diosc, Mat. méd., 1. V, 160. —
Lexicon Akhemia; Rulandi, p. 21
(1U12). — Sabnasii Plinianœ exercita-
tiones, p. 177, 5oi, 5o2 (1689).
(21 Origines de l'Alchimie, p. i3o.
NOTICES DIVERSES 235
comme dans la Titrba philosophoruin. J'y relève les noms suivants : Hermès,
Cléopâtre, reine d'Egypte, Anaxagore, Zamolxis, Michel Psellus, Marie
l'Hébreuse, Démocrite le Grec. Pythagore, Platon, Hercule (c'est-à-dire
Héraclius), roi sage et philosophe, Stephanus le philosophe chimique,
Albert le Grand, une multitude d'Arabes, etc.
La Turba pliilosophonim relate de même la plupart de ces noms, mais
à ce qu'il semble, à travers une transmission arabe. Je n'insisterai pas sur
Hermès, dont le nom est toujours resté étroitement lié aux spéculations de
l'Alchimie et de l'astrologie. Mais les autres auteurs étaient moins connus.
Dans leTraité De Mineralibiis, attribué à Albert le Grand (1. 111, traité I,
ch.4), on rencontre une mention de Démocrite l'alchimiste, d'après lequel
la chaux et la lessive {lixiviiim ou aqtia aciita) seraient la matière des métaux.
Dans un autre passage, on lui attribue cette opinion que les pierres ont
une âme, un principe intérieur de vie. Callisthène y est cité comme alchi-
miste. Rappelons aussi quelques indications tirées du traité de Théocto-
nicos. traduction grecque de l'ouvrage d'Alchimie attribué à Albert le
Grand (ceA'olume, p. 209 et suiv.).
Les Traités alchimiques du Pseudo-Aristote arabe, tels qu'on les connaît
par des traductions latines, me paraissent toucher de très près, sur certains
points du moins, à la tradition des alchimistes grecs. — Donnons encore
cette citation, tirée de la Bibl. chein. de Manget, t. I, 917 : « Le secret est
dans le plomb, d'après Pythagore et Hermès, etc».
Alphabets et écritures hermétiques.
Dans Zosime et dans Olympiodore, les inscriptions hiéroglyphiques sont
regardées comme ayant un sens alchimique. Ces inscriptions étaient
aussi réputées des talismans, destinés à protéger les trésors contenus dans
les chambres des pyramides. Il semble même que la description de certaines
opérations chimiques ait été réellement consignée sur des stèles (i): mais
c'était là une circonstance rare, car aucune de ces stèles n'a été retrouvée
jusqu'à présent. Cette circonstance, généraliséeparsuite d'une hypothèse fort
répandue, aurait donné lieu au préjugé précédent. Il a duré jusqu'à notre
temps; en effet, d'après Sylvestre de Sacy, « les Orientaux regardent les
(i) Origines de l'Alchimie, p. 23, 29, etc. — Voir Texte grec : Jean l'Archiprëtre.
236
INTRODUCTION
monuments Egyptiens comme destinés à des opérations alchimiques, magi-
ques, etc.; ils appellent écritures hermétiques les hiéroglyphes, convaincus
qu'ilsrenferment la révélation du secret de ces opérations. » (Sylvestre de
Sacy, Magasin encyclopédique, p. 145 ; novembre 18 19.)
De là l'imagination des alphabets hermétiques, destinés à l'interprétation
des écritures secrètes. On peut voir divers exemples de ces alphabets mysté-
rieux dans un ouvrage intitulé : Anciens alphabets et caractères hiérogly-
phiques, expliqués en arabe par Ahmed ben Abubekr ben Wahschijich, et en
anglais, par .1. Hammer, Londres, 1806.
Ce livre, soi-disant trouvé au Caire, renferme 80 alphabets imaginaires,
mais dont les noms mêmes indiquent la préoccupation de l'auteur et des lec-
teurs. Tels sont les alphabets des philosophes: Hermès, Platon, Pythagore,
Asclépius, Socrate, Aristote, etc. ; — de Ptolémée le grec; — de Hermès,
père de Tat (Toth), qui a écrit sur le grand œuvre; — de Dioscoride, qui a
écrit sur les herbes, les plantes, leurs vertus, etc.; — du sage Démocrite,
, lequel l'a reçu, dans un souterrain, du génie qui préside à la planète
Mercure; — du sage Zosime l'Hébreu, écriture mystique pour les traités
sur le grand œuvre — Le nom de Théosébie, congénère de Zosime, se
trouve un peu plus loin. — On y rencontre encore les alphabets des
anciens rois, parmi lesquels Kimas l'hermétique (le Chymes des textes
Grecs) ; — les alphabets des sept planètes, des douze constellations —
une interprétation des hiéroglyphes, etc.
Tous les signes de cet ouvrage ne représentent guère que des jeux
d'esprit individuels; mais les noms propres auxquels ils sont attribués
témoignent que le souvenir même des vieux alchimistes avait été conservé
en Egypte par une certaine tradition.
Nous avons signaléprécédemment (p. 207) les alphabets magiques du ma-
nuscrit de Saint-Marc (p. i56) et ceux du manuscrit 2419 : ils ne portent
aucun nom propre. La formule de l'Ecrevisse dans Zosime (p. i32) se
rattache de plus près à la tradition des symboles alchimiques.
Alun, στυπτηρία. Alumen (i).
(1) Diosc, Mat. med., 1. V, 122. —
Pline, H. N., 1. XXXIIl, 25 ; 1. XXXV,
52 ; 1. XXXVI, 37. — Lexicon Akh.
Rulandi, p. 32 et suiv.
NOTICES DIVERSES Ιύη
L'alun était employé comme fondant et purificateur des métaux. On dis-
tinguait, d'une part : l'alun blanc et l'alun noir, corps en réalité de teinte
voisine du blanc, mais probablement ainsi nommé parce qu'il noircissait
au contact de certains sucs végétaux, en raison de la présence de fer dans
l'alun, et du tannin dans les sucs. Ces corps étaient employés pour purifier
l'or.
D'autre part, les auteurs indiquent : l'alun lamelleux (schiste), blanchâtre ;
— l'alun rond; — l'alun capillaire, appelé aussi schisteux, lequel peut être
rapproché de notre alun de plume, efflorescence mêlée de sels de fer et d'alu-
mine.
L'alun liquide, solution de sulfate d'alumine plus ou moins pur, et l'alun
calciné étaient aussi employés.
Les alchimistes désignaient encore sous le nom d'alun, l'acide arsénieux,
comme on peut le voir dans Olympiodore (ce volume, p. 67 et 68).
Ammoniac (sel).
Dans la Cyrénaïque, ce sel se trouve sous le sable, en longues aiguilles
sans transparence, d'après Pline [H. N., 1. XXXI, Sgj. Cette indication rap-
pelle un carbonatede soude fossile, et non notre chlorhydrate d'ammoniaque.
Dioscoride (1. V, I25) nomme le sel ammoniac, en disant qu'il se distingue
par un clivage facile et suivant des directions droites : ce qui semble aussi
le caractère d'un sel cubique, c'est-à-dire du sel gemme.
Dansle Pseudo-Aristote [Mangct, Bibliotheca Chemica,t I,p. 648) il est dit
que le sel ammoniac, chauffé sur une lame de métal, doit fondre sans répan-
dre de fumée; ce qui répond au carbonate ou au chlorure de sodium, mais
non au chlorhydrate d'ammoniaque. Cependant ailleurs le même auteur en
indique la sublimation (Manget, I, 645) : ce qui répond bien à notre chlor-
hydrate. Le mot de sel ammoniac a donc désigné deux substances très dif-
férentes. Le sens actuel du sel ammoniac sublimable est indiqué expressé-
ment dans ce passage d'Avicenne (xi' siècle), cité par Vincent de Beauvais
(Spéculum majus, VIII, 60) : « Il y a quatre esprits (c'est-à-dire quatre corps
sublimables), le soufre, l'arsenic, le sel ammoniac et le mercure. » On trouve
déjàune indication analogue dans Geber \Summa perfectionis,\. I,ch.x,etc.
Bibl. chemicaae. Manget, t. i, p. 525, i'° colonne). La préparation même en
est décrite dans l'ouvrage intitulé : Libri investigationis (p. SSg du t. 1. de la
238 INTRODUCTION
Biblintheca de Manget), ouvrage attribué au même auteur. Le sel ammoniac
véritable aurait donc été connu au ix= siècle. (Voir aussi le présent volume,
p. 45, Note.)
Antimoine, 3tî;j.;j.'.. stibi, larbason, chalcédoine; élément féminin (par oppo
sition avec l'arsenic, élément masculin?).
C'est notre sulfure d'antimoine, le soufre noir des alchimistes. D'après
Dioscoride (i), c'est un corps brillant, rayonné, fragile et exempt de parties
terreuses. On le brûle en le recouvrant de farine ; ou bien, en l'exposant
sur des charbons allumés, jusqu'à ce qu'il rougisse (oxysulfure ?). Si on
prolonge, ajoute l'auteur, il prend les caractères du plomb (c'est-à-dire
que l'antimoine métallique ou régule se produit). D'après Pline [H. N., 1.
XXXIII, 33), on l'appelle stibi, alabastrum, larbason mâle et femelle; il est
blanc et brillant. S'il devenait ainsi blanc, c'est sans doute après un grillage
qui l'avait changé en oxyde d'antimoine, corps confondu souvent chez les
anciens chimistes avec notre minium blanchi par certains traitements.
L'antimoine oxydé se trouve d'ailleurs dans la nature, ainsi que l'oxy-
sulfure rouge (Kermès minéral). Ce dernier a du être pareillement con-
fondu avec la sandaraque, le minium, la sanguine et le cinabre, substances
que l'on trouve souvent prises les unes pour les autres.
Arsenic.
D'après Dioscoride (2I, ce corps est terreux et doré: c'estdoncun sulfure d'ar-
senic (voir ce volume, p. 43) ; une autre variété est rougeâtre, d'après Pline
(H. N., 1. XXXIV, 56). C'est l'orpiment (voir aussi Vincent de Beauvais,
VIII, 69, 70). Le nom même de l'orpiment figure textuellement dans le
texte grec de Théoctonicos, auteur du xiii" ou xiv^ siècle (ce volume, p. 210).
Sandaraque. — D'après Dioscoride [Mat. Méd., V, 121), c'est une ma-
tière rouge, brillante, couleur de cinabre ;voir aussi Pline,//. .V., 1. XXXIV,
55; 1. XXXV, 22). C'est le réalgar; peut-être, aussi dans certains cas, le
Kermès minéral ou oxysulfure d'antimoine.
Rappelons que le nom de sandaraque est appliqué aujourd'hui a une
résine d'une composition toute différente, dérivée de la colophane, et que
les anciens ne connaissaient pas sous ce nom.
(n Mat. méd.. 1. V.gg. | (2) Mat. méd., 1. V, 120.
NOTICES DIVERSES
23q
Il a été employé aussi par les anciens pour le cinabre et pour le minium.
Vitruve, notamment, indique la préparation de la sandaraque par la cuisson
de la céruse au four.
Notre arsenic métallique a été entrevu par les alchimistes, qui l'ont
regardé comme un second mercure [i), de nature analogue au vif argent,
sublimable comme lui et communiquant pareillement sa volatilité à ses
dérivés, spécialement aux sulfures. La sandaraque (réalgar) a été ainsi assi-
milée au cinabre. Le rapprochement entre le mercure et l'arsenic se com-
plète à ce point de vue, si l'on remarque que l'arsenic blanchit le cuivre
par sublimation, comme le fait le mercure, et qu'il attaque de même à
chaud la plupart des métaux.
L'arsenic est parfois appelé l'hermaphrodite, en tant que réputé inter-
médiaire entre l'or et l'argent et composé, comme eux, de soufre et de mer-
cure (2). Mais ce sens ne lui est pas propre.
Cadmie (3).
Chez les anciens ce mot avait deux sens; il désignait:
i" un produit naturel, tel que la pierre dont on tire le cuivre, ou plutôt le
laiton : par exemple notre aurichalcite, carbonate de zinc et de cuivre ; notre
hydrosilicate de zinc, notre carbonate de zinc ou calamine, etc.
2» Un produit artificiel, sorte de fumée des métaux, soulevée dans les
fourneaux de cuivre par l'action de la flamme et du soufflet. Ce produit
adhérait aux parois, au sommet, et à l'orifice du fourneau.
Le grillage de la pyrite des monts de Soli (Chypre) en fournissait aussi.
Les fourneaux d'argent en développaient un autre plus blanc, moins pesant.
On distinguait la capnitis, c'est-à-dire la cadmie plus tenue, recueillie à
la bouche desortie des gaz, laquelle doit être rapprochée diipoinpholyx ;
La bittruitis, suspendue en forme de grappes, cendrées ou rouges;
ha placitis ou placodes, agglomérée en croûtes, le long des parois; par-
fois elle était entourée de zones, et dite alors :[onitis :
(i) Voir notamment notre PI. 'VI,
1. 4, et ce volume, p. 99.
(2) M.\NGET. Bibl. Chem., t. I, p. 920.
(3) Diosc, Mcit. meJ., 1. V, 84. —
Pline, H. N., 1. XXXIV, 2, 22. —
Vincent de Beauvais, VIII, 28. —
Lexicon Alchetniœ Rulandi, p. i 10
et suiv. — Dict. de Chimie de Mac-
quer, 1778.
240 INTRODUCTION
L,Ouychitis, bleuâtre à la surface, avec des veines intérieures plus blan-
ches, rappelant l'onyx ; elle se trouvait aussi dans les vieilles mines ;
Uostracitis, mince, noirâtre, d'apparence testacée.
Macquer [Dict. de Chimie, 1778) distingue de même la cadmie natu-
relle, ou fossile, qui est la calamine employée à la fabrication du laiton;
et la cadmie des fourneaux, i,\ib\\mé produit dans la fusion des minerais
de zinc, laquelle éprouve une demi-fusion et forme incrustation aux parois
des fourneaux. Il ajoute que quelques-uns appellent aussi cadmie fossile
un minerai de cobalt (répondant à notre arséniosulfure actuel).
En réalité, ce nom était donné à toute suie et sublimé métallique, s'élevant
dans la fonte en grand du cuivre et des autres métaux. Au point de vue
de la Chimie moderne, la cadmie des fourneaux serait de l'oxyde de zinc,
mêlé d'oxyde de cuivre, de plomb, parfois d'oxyde d'antimoine et d'acide
arsénieux; ces oxydes étant en outre unis quelquefois au soufre, sous forme
d'oxysulfures ou de sulfates basiques.
Dans les livres du moyen âge, on trouve encore ce mot Cathmia ou Cathi-
mia appliqué à certaines veines des mines d'or ou d'argent; aux sublimés
des fourneaux d'or ou d'argent; à l'écume échappée de l'argent, de l'or, du
cuivre, etc.
Les modernes, suivant un usage courant en chimie et en minéralogie, mais
très fâcheux pour l'histoire de la science, ont détourné le mot cadmie de
son sens primitif et l'ont appliqué à un métal nouveau, le cadmium, inconnu
des anciens.
Il convient de rapprocher de la cadmie certaines substances congénères,
telles que le pompltolj'x (i), devenu depuis le niliil album des auteurs du
moyen âge, et confondu avec la .ψθιΥθ5 blanche, laquelle s'envole au loin et
va s'attacher aux toits. D'après un texte de Pline, le pompholyxse produit
pendant la purification de l'aircun ; ou bien encore, en projetant le jet des
soufflets sur la cadmie.
La spodos ou spodion (cendre) est au contraire, d'après Dioscoride, la
partie plus lourde et plus noire, qui tombe sur la sole des fourneaux de
(i) Diosc, Mat. méd., 1. V, 85. — Pline, H. λ\, 1. xxxiv, 34. — Lexicon Alch.
Rulandi. p. 442.
NOTICES DIVERSES 241
cuivre, OÙ on la balaie ensuite. Elle est mêlée de paille, de poils et de terre,
dont on la de'barrasse par des lavages. La spode des fourneaux d'argent
s'appelle lauriotis (nom qui vient des mines du Laurium . L'or, le plomb
en produisent aussi. Elle peut être de couleur cendrée, jaune, verte, rouge,
noire.
Le Lexicon Alchemiœ assimile la spode au vert de gris [œi-iigo œris, ios
ieris).
Vantispode (i\ est un produit que Ton substituait au spode pour les
usages médicaux. C'était la cendre de divers végétaux, incinérés dans une
marmite de terre crue, à couvercle percé de trous, puis lavés.
Le nom de la cadmie a été remplacé pendant le cours du moyen âge par
celui de tutie, donné de même à toute fumée métallique. Nous appliquons
aujourd'hui ce nom de tutie à l'oxyde de zinc ; mais il avait autrefois un
sens plus compréhensif.
La magnésie de Démocrite, de Geber et de certains alchimistes est, dans
certains cas, équivalente à la cadmie ou tutie, mais réputée plus volatile
qu'elle; sa réduction fournissait le molybdochalque, alliage renfermant du
plomb et du cuivre et analogue à certains bronzes.
Chalcanthon, χάλ•/.ανθ:ν, couperose, vitriol, noir de cordonnier (2). •
Cette matière se préparait avec une liqueur résultant de la macération
spontanée ou provoquée des minerais dans l'eau, à l'intérieur des mines de
cuivre.
Le premier produit obtenu par évaporation spontanée était du sulfate de
cuivre, bleu, demi-transparent, lancéolé. On l'obtenait aussi en concentrant
la liqueur au feu, et l'abandonnant à la cristallisation dans des bacs de bois,
sur des cordes ou des barres suspendues. Après le sel pur, venaient des sul-
fates plus ou moins basiques et ferrugineux. Le nom de vitriol apparaît au
xni= siècle, dans Albert le Grand.
Observons les sens divers de ce mot couperose, ou de son équivalent
vitriol, tels que :
Vitriol bleu : sulfate de cuivre.
(i) Oiosc, Mat. méd., 1. V, 86. —
Pline, H. N., 1. XXXIV, 35.
(2) Diosc, Mjt. méd., 1. V, ii3.
— Pline, H. N., 1. XXXII, 32. —
Vincent de Beauvais, Spec. Majiis,
Vin, 32.
31*
242 INTRODUCTION
Vitriol vert : sulfate de fer, et sulfate de cuivre basique.
jaune et rouge : sulfates de fer basiques.
blanc : sulfate de zinc; sulfate d'alumine, voire même alun.
La décomposition spontanée des pyrites peut fournir tous ces composés,
suivant leur degré d'impureté.
Le cuivre contenu dans les eaux mères résultant de cette décomposition
en est précipité aujourd'hui sous forme métallique, au moyen des débris de
fer de toute origine, lesquels fournissent des dépôts de cuivre, reproduisant
souvent la forme et l'apparence des morceaux de fer. De là celte opinion,
très répandue parmi les alchimistes, que le vitriol peut transmuter le fer en
cuivre. Elle reposait sur un phénomène réel, mais mal compris.
Misj• [i].
D'après les anciens, le misy de Chypre est doré, dur, et scintille quand
on l'écrase.
C'était de même une concrétion naturelle ou minerai, à cassure dorée,
qui a été décrite sous le nom de misy dans les mines de Gozlar au
xvn« siècle. Le vitriol, ajoutait-on, se change aisément en misy.
A la fin du xvni"= siècle, on appelle misy une matière vitriolique jaune, lui-
sante, en pierre, ou en poudre non cristallisée (2) et assimilée à la couperose
jaune.
En somme, c'est toujours là un sulfate de fer basique, renfermant du sul-
fate de cuivre et parfois du sulfate d'alumine, résultant de la décomposition
spontanée des pyrites.
Sory (3). — On appelait de ce nom une matière congénère du misy, plus
grasse, à odeur vireuse, de couleur rouge, tournant au noir.
Les Arabes désignaient sous ce même nom de sory le vitriol rouge (voisin
du colcothar).
Enfin les Grecs modernes ont assimilé parfois le sory à la céruse brûlée
(minium).
(i) Diosc, Mjt. méd., 1. \', 110.
— Pline, H. .V.. 1. XXXIV, 3i. —
Lexicon Alch. Ridandi, p. 336.
(2) Macquer, Dict. de Chimie, t. IV,
p. 85; 1778.
(3) Diosc, Mat. méd., 1. V, 118.
— Pline, H. N., 1. XXXIV, 3o. —
Lexicon Alch. Riilandi, p. 142. —
Salmasii Pliti. Exerc, p. 814, 6 E.
NOTICES DIVERSES
243
Melanteria [\]. — On appelait ainsi une sorte d'efflorescence saline, déve-
loppée dans l'orifice des mines de cuivre ; une autre partie apparaissait à
leur face supérieure. Elle se trouvait sous terre en Cilicie. Elle présentait,
ajoute-t-on, une couleur de soufre légère et noircissait aussitôt au contact
de l'eau (présence du manganèse 'A.
D'après Rulandus, c'est une sorte de vitriol, dont la couleur dépend des
terres qui l'ont produite et varie du jaune au bleu.
Chalcitis(2) : minerai de cuivre, pyrite cuivreuse spécialement.
On en tirait le cuivre métallique, le misy, le sory, etc.
En fait, la pyrite de fer, sous l'influence de l'air et de l'eau, se délite et
s'oxyde, en formant des sulfates de cuivre, de fer, d'alumine et de l'alun.
Le sel de fer ainsi produit devient bientôt basique, en se suroxydant.
Chaux vive : ïsiiz-.zz — titanos : chaux, ou plutôt pierre calcaire.
Gypse, γύψ:ς, plâtre.
Ghrysocolle — œriigo — santerna — -soudure des orfèvres (3).
Ce mot a plusieurs sens, il désigne :
1° L'opération même de la soudure de l'or.
2" Les matières employées pour cette opération, telles que certains allia-
ges d'or, encore usités chez les orfèvres. Dans le Lexique alchimique, on
interprète molybdochalque falliage de cuivre et de plombi par chrysocolle.
3° Un sous-sel de cuivre mêlé de fer, provenant de la décomposition d'une
veine métallique par l'eau ; décomposition spontanée, ou provoquée en
introduisant l'eau dans la mine en hiver jusqu'au mois de juin ; on laissait
sécher en juin et juillet. Le produit natif était jaune.
4° La Malachite proprement dite, sous-carbonate de cuivre vert :
L'azurite, carbonate de cuivre bleu congénère, était désigné sous le nom
d'aiménium ; prohablemcm parce qu'on la tirait d'Arménie (4). Peut-être
aussi le bleu de Chypre {■/:jx-ii;] a-t-il été parfois exprimé par le même nom.
(i) Diosc. Mjt. méd., I. V, 117.—
Lexicon Alch. Rulandi. p. 329.
(2) Diosc, Mat. méd., 1. V, ii5 v.
— Pline, H. N., 1. XXXIV, 29. —
Vincent DE Beauvais, VIII. — Lexicon
Alch. Rulandi. p. 141.
(3) Pline, H. N., 1. XXXIII, 26, 27,
28, 29. — Diosc, Mat. méd., 1. V,
104. — Voir le présent volume, p. bj.
14) Diosc, Mcîî. méd., 1. V, io5, 106.
— Pline, H. N., 1. XXXV, 28.
244 INTRODUCTION
5° Le produit obtenu en faisant agir sur le vert de gris l'urine d'un gar-
çon impubère et le natron. L'urine apportait ici des phosphates, des chlo-
rures et des sels ammoniacaux.
Ajoutons que nostraite's de minéralogie moderne ont détourné le mot chry-
socolle pour rappliquer arbitrairement à un hydrosilicate de cuivre.
Chrvsolithe.
La chrysolithe moderne est le péridot : mais ce corps n'a rien de com-
mun avec le sens ancien du mot.
La chrysolithe ancienne désignait la topaze et divers autres minéraux
jaunes et brillants, qu'il est d'ailleurs difficile de préciser complètement.
Cinabre. — Ce mot s'applique aujourd'hui à une variété de sulfure de mer-
cure, appelée aussi anthrax autrefois; mais chez les Grecs et chez les Alchi-
mistes, il a eu des sens plus complexes. Il a exprimé également :
Notre oxyde de mercure;
Notre minium, mot employé par les anciens dans des sens multiples
(voir les articles plomb et rubrique) ;
Notre réalgar (sulfure d'arsenic) ;
Tous les sulfures, oxydes, oxysulfures métalliques rouges ;
Enfin le sang dragon, matière végétale qui est le suc du dracœna draco.
Le signe (PI. 11,1. i3) du cinabre est un cercle avec un point central. Mais
le même signe a été plus tard et à la fin du moyen âge employé pour l'œuf
philosophique, pour le soleil, ainsi que pour l'or : de là diverses confu-
sions, contre lesquelles on doit se tenir en garde (v. ce volume, p. 122).
Claudianos ou claiidianon.
C'était un alliage de cuivre et de plomb, renfermant probablementduzinc.
Il n'en est question que chez les alchimistes. Ce nom semble dériver du
mot latin Claudius. S'agissait-il d'un corps fabriqué au temps de cet empe-
reur et analogue aux cuivres Marien, Livien, etc. ? Pline n'en parle pas.
Clefs (les).
Le mot clefs est employé comme titre d'ouvrages, dès l'époque alexandrine
(aprèsrèrechrétienne,dansHermès(i),Zosime, etc.). Les Arabes s'en servent
fréquemment et il a été fort usité au moyen âge.
(i) Cité par Lactance et par Stobée (v. ce volume, p. 16, note).
NOTICES On-ËRSES 245
Dans le sens alchimique, voici quelles sont les clefs de l'art, d'après Roger
Bacon (i) : siint igitur claves artis : congelatio, resolutio, inceratio. pf'opor-
tio ; sed alio modo, purificatio, distillatio, separatio, calcinatio etfixio.
C'est-à-dire : <f les clefs de l'art sont la solidification, la résolution (à l'état
liquide ou dissous;, le ramollissement, l'emploi des proportions coπΛ'ena-
bles (dans les matières, ou dans les agents, tels que le feu) ; ou d'une autre
façon, la purification, la distillation (par évaporation ou filtration, d'après
l'ancien sens de ce mot : couler goutte à goutte), la séparation, la calcina-
tion et la fixation (des métaux fusibles ou volatils, ramenés à l'état solide et
résistant au feu) ».
De même dans Vincent de Beauvais [Spéculum majiis, VIII, 88; : » les clefs
ou les pratiques de cet art sont la mortification (amortissement des mé-
taux), la sublimation, la distillation, la solution, la congélation, la fixation,
la calcination ». Basile Valentin parle aussi des douze clefs de l'art.
Cobalt — cobathia — kobold. — Le cobalt est réputé avoir été découvert
en 1742 par Brandes, qui l'isola sous forme métallique. Son nom même
est tiré de celui de certains de ses minerais, appelés kobalt ou kobold, et
constitués par des arséniosulfures complexes. Ce nom de kobold a été
expliqué jusqu'ici par celui de certains démons trompeurs, habitant les
mines : c'est, dit-on, une allusion à la diflicultc de traiter ces minerais et
aux tentatives infructueuses que l'on avait faites pour en extraire du cuivre,
métal indiqué par la production des verres bleus, qui dérivent de ce
minerai.
En fait, le bleu de cobalt était connu des anciens. H. Davy a trouvé ce
métal dans certains verres bleus, d'origine grecque et romaine, et M . Clemmer
dans des perles égyptiennes. Le bleu mâle de Théophraste, opposé au bleu
femelle, ne serait autre que du bleu de cobalt, opposé aux dérivés bleus
du cuivre. L'étymologie même du mot cobalt semble remonter au grec.
En effet, dans le Lexicon Alchemiœ Rulandi, p. i58, on lit: Cobatiorum
fumus est kobolt ; c'est-à-dire « la fumée des cobatia, c'est le kobolt ». Cette
expression « fumée des cobathia » figure dans un passage d'Hermès cité par
Olympiodore {texte grec, p. 85). Elle est traduite dans le Lexique alchi-
(i) Bibl. chem. de Manget, t. I, p. 623.
246 INTRODUCTION-
mique [texte grec, p. 9, note) par » les vapeurs de l'arsenic (sulfuré) » : il
s'agit donc bien d'un composé arsenical. Il y aurait eu dès lors pour l'éty-
mologie du. cobalt une confusion entre un mot grec ancien et un mot
allemand, analogue à celle qui s'est produite entre l'égyptien et le grec,
pour les mots chimie, sel ammoniac, etc. : ces mots n'auraient pas d'ailleurs
eu le sens précis de notre cobalt au début, mais ils l'auraient acquis par
une extension postérieure.
Quant au cobalt métallique, sa connaissance remonte au-delà du
xvin<= siècle. En effet, on lit dans le Lcxicon Alchemiœ Rulandi, ouvrage
publié à Francfort, en 1612, p. 271, un texte latin, suivi d'un texte allemand
équivalent, dont voici la traduction : « Kobolt ; kobalt ou collet : c'est une
matière métallique, plus noire que le plomb et le fer, grisâtre, ne possédant
pas l'éclat métallique ; elle peut être fondue et laminée (au marteau) ». Puis
viennent des indications relatives au minerai, exprimé par le même nom.
« C'est un soufre donnant des fumées, et sa fumée entraîne le bon métal. —
C'est aussi une cadmie fossile d'où l'on tire un airain utile en médecine, etc.»
La première phrase désigne évidemment le cobalt impur, l'un de ces demi-
métaux dont Brandes reprit plus tard l'étude. Observons que les alchimistes
du moyen âge traitaient les minerais métalliques par les mêmes procédés
de grillage, réduction et fonte que les modernes, et dès lors ils ont dû obtenir
les mêmes métaux; mais ils n'avaient pas nos règles scientifiques pour les
purifier, les définir et les distinguer avec exactitude. .l'ai déjà mis en évidence
la connaissance du régule d'antimoine dès l'antiquité, mais il était confondu
avec le plomb. Le cobalt et le nickel ont dû être confondus aussi, soit avec
le fer, soit avec le cuivre et ses alliages (v. Pseudargyre).
CouPHOLiTHE. — Ce mot semble avoir été appliqué au talc et à des sili-
cates tendres, analogues. Le nom de coupholithe est resté parmi les noms
des pierres usitées par les orfèvres (i). Il est aussi appliquéenMinéralogieà
une variété de prehnite (silicate d'alumine et de chaux ferrugineux et hydraté)
qui se présente tantôt en lames minces blanches, analogues au sulfate de
chaux; tantôt en masses fibreuses un peu verdâtres.
Il semble d'ailleurs que ce soit là un vieux nom, conservé à l'une des
(i) M.muel Ruret du Bijoutier, t. I, p. i3o, i832.
NOTICES DIVERSES 247
substances auxquelles il s'appliquait autrefois; et non une dénomination
ancienne transportée à une substance moderne, comme il est arrivé trop sou-
vent, en Minéralogie. Autrement on ne comprendrait ni la persistance de ce
nom chez les orfèvres, ni sa spécialisation à une simple variété.
Eléments actifs.
D'après Aristote (Météorol. 1. î V), il y a deux éléments actifs, le chaud et
le froid; deux passifs, le sec et l'humide.
Ailleurs il s'agit de simples qualités, mises en relation avec les quatre élé-
ments ordinaires {de Generatione, L. II, ch. 3 et 41. Le feu est chaud et sec;
l'air chaud et humide; l'eau froide et humide; la terre froide et sèche; etc.,
etc. Ces éléments se transformentles uns dans les autres. Stephanus expose à
peu près la même théorie. Ces idées ont joué un grand rôle en médecine.
Aristote dit encore (Météorol. 1. III, ch. 7): « ilya deux exhalaisons (àva-
θυμίαϊεις), l'une vaporeuse (άτμ'.ΐώίης), l'autre enfumée (κ3!::νώΐτ;ς).
« L'exhalaison sèche et brûlante produit les matières fossiles (ορυκτά),
telles que les pierres infusibles, la sandaraque, l'ocre, la rubrique, le
soufre, etc. L'exhalaison humide produit les minéraux (μεΐαλλευτά; , c'est-à-
dire les métaux fusibles et ductiles, comme le fer, le cuivre, l'or, etc. En
général, ils sont détruits par le feu [r.-jpz\>-a'.) et contiennent de la terre,
car ils renferment une exhalaison sèche. L'or seul n'est pas détruit par le
feu... » — On voit ici l'origine de certaines idées alchimiques. C'est ainsi
que Stephanus 16' leçon dans Idelcr. t. 11, p. 224, 1. 7), dit, presque dans les
mêmes termes qu' Aristote :
« Il y a deux choses qui sont les matières et les causes de tout, la
Vapeur qui s'élève et l'exhalaison fuligineuse des corps, en laquelle est la
cause des modifications en question. La vapeur est la matière de l'air; la
fumée, la matière du feu, etc. ».
Esprits (■κνεύμΛ-α).
Les mots esprits, corps, âmes, sont fréquemment employés par les alchi-
mistes dans un sens spécial, qu'il importe de connaître pour l'intelligence
de leurs écrits. Les passages suivants, quoique d'une époque plus moderne,
jettent beaucoup de lumière sur ce point.
On lit dans le traité de Mineralibiis, prétendu d'.-Mbert le Grand (Ί. 1, tr. i,
ch. i"") : « ce qui s'évapore au feu est esprit, âme, accident; ce qui ne s'éva-
2^8 INTRODUCTION
pore pas, corps et substance ». Cet auteur attribue encore à Démocrite Topi-
nion qu'il y a dans les pierres une âme élémentaire, laquelle est la cause de
leur génération (1. I, tr. i, ch. 4).
Le Pseudo-Aristote (i) définit de même les corps et les esprits, et il
ajoute : « les corps volatils sont des accidents, parce qu'ils ne mani-
festent leurs qualités et vertus que s'ils sont associés aux substances
ou corps fixes : pour opérer cette association, il faut purifier les uns
et les autres. » Il y a là un mélange de pratiques matérielles et d'idées
mystiques.
Vincent de Beauvais, Spéculum majus [VIII, 6o\ donne sous le nom
d'Avicenne l'exposé suivant.
« Il y a quatre esprits minéraux : le soufre, l'arsenic, le sel ammoniac, le
mercure, distincts par leur aptitude à être sublimés; et six corps métalliques :
l'or, Fargent, le cuivre, l'étain, le ter, le plomb. Les premiers sont des
esprits, parce que leur pénétration dans le corps (métallique) est néces-
saire, pour accomplir sa réunion avec l'âme » — « Spiritus, inquam, sunt
quia per eos imprimitur corpus ut possit cum anima conjungi. » Et plus
loin (VIII, 62) : -( Nulle chose ne peut être sublimée sans le concours
d'un esprit. La pierre ne s'élève pas d'elle-même par l'action du feu ;
tandis que les esprits s'élèvent d'eux-mêmes, c'est-à-dire se subliment, se
dissolvent et déterminent la dissolution des autres substances; ils brû-
lent, refroidissent, dessèchent et humectent les quatre éléments. » Cette
dernière phrase attribue aux esprits le rôle des qualités aristotéliques
citées plus haut.
« Ce qui ne fuit pas le feu », dit encore Avicenne, «est dit fixe: tels sont
les corps des pierres et des métaux. »
Dans la langue même de notre temps, le nom d'esprits volatils est encore
appliqué à certaines substances, tels que l'ammoniaque, l'alcool, les
essences, etc.
D'après Geber (2) il y a sept esprits, dont voici les noms, rangés dans
Tordre de leur volatilité : le mercure, le sel ammoniac, le soufre, l'arsenic,
(i) De perfecto magisterio, Bibl. I (ïl Voir aussi Le.xicon Alchemice
cliem. de Manget, t. I, p. 638. | RiiLtnJi, p. 442.
NOTICES DIVERSES 24g
(c'est-à-dire son sulfure, placé auprès du soufre par l'auteur), la niarcassite,
la magnésie et la tutie.
Geber dit encore :
ï Les esprits (corps volatils) seuls et les matières qui les contiennent en
puissance, sont capables de s'unir aux corps métalliques ; mais ils ont
besoin d'être purifiés pour produire une teinture parfaite, et ne pas gâter,
brûler, noircir les produits. Il y a des esprits corrosifs et brûlants, tels que
le soufre, l'arsenic (sulfuré), la pyrite; d'autres sont plus doux, tels que les
diverses espèces de tutie (oxydes métalliques volatils). C'est par la subli-
mation qu'on les purifie. » — Cette sublimation se compliquait de l'ac-
tion oxydante de l'air, spécialement dans le cas de la pyrite et du sulfure
d'arsenic.
L'Aludel, appareil destiné à ces sublimations, devait être construit en verre,
ou en une substance analogue, non poreuse, et capable de retenir les esprits
(matières volatiles) et de les empêcher de s'échapper, d'être éliminés par
le feu. Les métaux ne conviennent pas, parce que les esprits s'y unis-
sent, les pénètrent, et même les traversent. Tout ceci est très clair pour
nous.
Le Pseudo-Aristote donne la même liste (i) des esprits que Geber, en assi-
milant ces êtres aux planètes.
Dans Rulandus, qui développe la même énumération, la magnésie est rem-
placée parle wismath, lequel semble être un sulfure métallique, se rattachant
aux minerais d'étain et de plomb. Ce nom a été détourné de son vieux
sens, pour être appliqué parles modernes à un métal nouveau, inconnu des
anciens, le bismuth ; de même que le nom de cadmie a été détourné de son
sens pour être appliqué au cadmium. Mais ce n'était pas là la signification
ancienne du mot.
Revenons aux esprits de Geber et d'Avicenne, afin de tâcher de com-
prendre les idées d'autrefois et les faits qui leur correspondaient. Les uns
de ces esprits, tels que le mercure, le sel ammoniac, le soufre, le sulfure
d'arsenic, sont en effet des substances susceptibles de sublimation pure et
simple. Les autres sont réputés secondaires: la sublimation n'ayant lieu
(i) De Perfecto Magisterio, Bibl. chem. de -Manget, t. I, p. 638.
32*
25ο INTRODL'CTION
que par l'effet d'une opération complexe, et mal comprise, mais dontla com-
plexité avait été entrevue par les alchimistes. En effet la marcassite, ou pyrite,
chauffée dans un appareil distillatoire en terre, donne d'abord du soufre, en
laissant un résidu ; ce résidu s"oxyde peu à peu sous l'influence de Fair, qui
pénètre dans l'appareil, et une partie du produit se sublime à son tour peu à
peu, à une température plus haute, en fournissant des oxydes métalliques,
blancs ou colorés. Geber distingue nettement ces deux phases du phénomène
[Bibl. Chemica de Manget, t. I, p. 534).
La tutie était réputée le moins volatil des esprits; la magnésie était inter-
médiaire entre la tutie et la marcassite : enfin la sublimation de la tutie et
celle de la magnésie étaient assimilées à la seconde phase de celle de la
marcassite, phase dans laquelle l'action de l'air développait les oxydes
métalliques.
On voit par là que la magnésie de Geber, comme celle du Pseudo-Démo-
crite, et, plus tard, la tutie, désignaient à la fois certains minerais sulfurés de
zinc, de plomb, d'étain, de cuivre, etc., ainsi que le mélange des oxydes for-
més par sublimation lente aux dépens de ces minerais de zinc, de plomb, de
cuivre, etc.; c'est-à-dire que cette magnésie se rattache à la famille des cad-
mies, dans laquelle on rencontre également le double sens de minerai natu-
rel et de ses dérivés obtenus par grillage. Les sens du mot magnésie sont
d'ailleurs plus compréhensifs encore, comme il sera dit plus loin.
Etain — κασσίτερίς — Stanmim — plomb blanc (1).
Dans Homère, le mot v.xzz'.xî^cç désigne un alliage d'argent et de plomb
(ou d'étain?). Le sens actuel du métal étain n'a peut-être été acquis à ce mot
d'une manière précise et exclusive que vers le temps d'Alexandre et des
Ptolémées, bien que le métal même ait été employé comme composant du
bronze depuis les époques préhistoriques. De même le mot stannum est
donné par Pline au plomb argentifère (H. N., 1. XXXIV, 47), aussi bien
qu'au plomb blanc, qui était l'étain véritable. Dans la lecture des anciens
auteurs, il faut se métier continuellement de ces sens multiples et variables
avec les temps des dénominations métalliques qu'ils emploient. Pour
pouvoir tirer d'un mot des conséquences certaines, au point de vue des
(i) Pline, H. N., 1. XXXIV, 47.
NOTICES DH-ERSES 25 I
connaissances chimiques d'une certaine époque, il est nécessaire, en général,
déposséder des objets, armes, statues, ou instruments, répondant exactement
à cette époque et à ce mot. En dehors de cette règle, on est exposé aux
erreurs et aux confusions les plus étranges.
Pline ajoute qu'on contrefait l'ctain avec un mélange renfermant i/3 de
cuivre blanc et 2/3 de plomb blanc; ou bien avec poids égaux de plomb
blanc et de plomb noir: c'est ce qu'on appelait alors plomb argentaire. Ces
fraudes sont encore usitées aujourd'hui, les fabricants d'objets d'étain
mêlant le plus de plomb qu'ils peuvent à l'étain pur, à cause du bas prix
du plomb.
Etymologies chimiques doubles. — C'est une circonstance digne d'in-
térêt qu"un certain nombre de mots chimiques ont deux etymologies : l'une
égyptienne, qui paraît la véritable; l'autre grecque, qui semble fabriquée
après coup et pour rendre compte de la transcription hellénique du mot
ancien.
Je citerai, par exemple, les mots asèm, chimie, sel ammoniac .
Le mot asèm désignait un alliage métallique particulier imitant l'or et
l'argent et spécialement ce dernier métal (p. 62 et suiv.). Il a été traduit en
grec par les mots : ά'τημ:;. άιημίν, άιή;Λη. lesquels signifiaient d'abord l'ar-
gent sans titre, et ont pris, en grec moderne, le sens complet de l'argent.
La confusion entre ces mots est l'une des origines des idées de transmu-
tation.
Le mot chimie paraît dérivé du mol égyptien chemi, qui est le nom de
l'Egypte elle-même. Mais les Grecs l'ont rattaché soit à '/yy-i: (suc), soit à
χέω (fondre), parce que c'était l'art du fondeur en métaux.
Le nom du sel ammoniac (carbonate de soude d'abord, plus tard chlorhy-
drate d'ammoniaque (p. 45), est dérivé de celui du dieu égyptien Ammon.
Mais il a été rattaché aussi par les Grecs au mot a';j.;j.;v, sable, etc.
Ces fausses etymologies rappellent le système de Platon pour les cas ana-
logues.
Fer.
Le basalte était désigné par le nom du fer chez les Egyptiens.
On distinguait parmi les dérivés du fer, les corps suivants :
Rubigo ou /erriigo, ίίς, la rouille, c'est-à-dire l'oxyde de fer hydraté et
252
INTRODUCTION
les sels basiques de même teinte (i). A l'état anhydre ce corps est devenu le
colcotar du moyen âge, qui est à proprement parler le résidu de la calcina-
tion des sulfates de fer.
Squama. ■ — C'est l'écaillé tirée des armes pendant leur fabrication, ex
acie aiit mucronibus (2). Il semble que ce corps répondait à notre oxyde des
batitures.
Scoria (3), autre résidu ferrugineux. — Elle est appelée aussi sideritis.
Au fer se rattachent l'aimant ou pierre magnétique, l'hématite, la pierre
schisteuse, les ocres, les pyrites, ainsi que la rubrique.
Donnons quelques détails sur ces différentes matières.
Aimant ou magnes, dénommé parfois également sideritis (4).
L'aimant était appelé/errz/în vivion et assimilé à un être vivant, à cause
de son action attractive sur le fer. On distinguait le mâle et le femelle. On
en reconnaissait plusieurs espèces : les uns roux, les autres bleuâtres, qui
étaient les meilleurs ; d'autres noirs, sans force; d'autres blancs et n'attirant
pas le fer. Uaimant tirait son nom de magnes, de celui de Magnésie, qui
appartenait à une province de Thessalie et à deux villes d'Asie (v. Magnésie).
Hématite (5). — Le sens moderne de ce mot est resté à peu près le même
que le sens antique : fer oligiste et fer oxydé hydraté. La pierre schiste est
congénère (6) : c'est l'hématite fibreuse.
Ocres {y). — L'ocre, brûlée dans des pots neufs, donnait la rubrique (san-
guine). Les mots sil, tista (8) ont un sens analogue. On les obtenait aussi
en brûlant l'hématite (g).
Pyrites {10). — Ce mot désignait les sulfures de fer et de cuivre et les corps
congénères : sens qu'il a conservés. La pyrite blanche et la pyrite dorée
(1) Pline, ÎT. N., 1. XXXIV, 45. —
Diosc. Mat. méd., 1. V, gS.
(2) Pline, H. N., 1. XXXIV, 46.
(3) Diosc, M.it. méd., 1. V, 94.
(4) Diosc, Mat. méd., 1. V, 147. —
Pline, H.N., 1. XXXIV, 42, et 1. XXXVI,
23. — Le.vicoti Alch. Ridandi, p. 275,
314.
(5) Diosc, Mat. méd., 1. V, 143. —
Pline. H. Λ^, 1. XXXVI, 25.
(6) Pline, H. N., 1. XXXIV, 37.
(7) Diosc, Mat. méd., 1. V, 108. —
Pline. H. N., I. XXXV, 16, 20, 22.
(S) Pline, H. N., 1. XXXV, 32 ;
1. XXXIII, 56, 57.
(9) ViTRUVE, 1. VII, ch. ΛΊΙ. — Pline,
H.'n., 1. XXXVI, 37.
(10) Diosc, Mat. méd., 1. V, 142. —
Pline, H. N., 1. XXXVI, 3o.
NOTICES DIVERSES
253
notamment sont distinguées par Pline. La chalcite, ou minerai de cuivre
répondait surtout à la pyrite cuivreuse.
D'après Pline, le même nom était donné à la meulière et à la pierre à bri-
quet, que l'on supposait contenir le feu produit par leur intermédiaire.
Le mot Chalcopyrite, qui désignait sans doute à l'origine la pyrite
cuivreuse, a changé de sens plus tard : il aurait signifié le plomb iou
plutôt l'un de ses minerais) chez les alchimistes, d'après le Lexicon Alch.
Rulandi.
Le mot marcassite a remplacé celui de pyrite au moyen âge, avec un
sens encore plus étendu. (Voir ce mot.) ...
Rubrique. — Ce mot désignait la sanguine; mais on l'appliquait aussi au
minium, au vermillon et même parfois au cinabre.
Feu (les vertus du\
D'après Pline : Ignis accipit arenas, ex quibiis alibi litrum, alibi
argentuvx, alibi minium, alibi plumbi gênera, alibi medicamenta fundit.
Igné lapides in ces solvuntur, igné ferrum gignitur ac domatur, igné aurum
perficitur, etc. (i).
Ce passage aurait pu être écrit par un alchimiste. On lit déjà dans un
hvmne chaldéen au feu, traduit par M. Oppert « Ο toi qui mêles ensemble
le cuivre et le plomb (2) ; ô toi qui donne la forme propice à l'or et à
l'argent, etc. »
Figures géométriques des saveurs et des odeurs.
Démocrite leur a attribué des figures. On lit aussi dans Théophraste, de
Caitsis Plantarum, 1. VI, ch. i :
La saveur douce résulte de matières rondes et grosses;
— ■ acerbe et aigre, de matières polyédriques, âpres;
— aiguë — de certains corps pointus, petits, courbes;
— acre — de corps ronds, petits, courbes;
— salée — de corps anguleux, grands, tordus, etc.;
— amère — de corps ronds, légers, tordus, petits;
— grasse — de corps ténus, ronds, petits;
(1) Pline, S. N., 1. XXXVI, 68.
(2) Ou l'étain, suivant d'autres inter-
prètes.
254
INTRODUCTION
Fixation des métaux.
Ce terme est employé comme synonyme de transmutation ; il signifie, à
proprement parler :
1° L'acte qui consiste à ôter au mercure sa mobilité, soit en l'associant à
d'autres métaux ou bien au soufre, soit en l'éteignant à l'aide de divers
mélanges.
2» L'opération par laquelle on ôte au mercure et plus généralement aux
métaux très fusibles, tels que le plomb et l'étain, leur fusibilité, de façon à
les rapprocher de l'état de l'argent.
3° L'opération par laquelle on ôte au mercure sa volatilité.
Les métaux étant ainsi fixés et purifiés de leur élément liquide,
4° On leur communiquait une teinture solide, fixe, qui les amenait à l'état
d'argent ou d'or. Arrivés au dernier état, ils étaient définitivement fixés,
c'est-à-dire rendus incapables d'une altération ultérieure.
Gagates (pierre), notre jais? (i) Pierre de Memphis (2), sorte d'as-
phalte.
los — !î; — virus.
Ces mots ont des sens très divers chez les anciens.
Virus s'applique dans Pline à certaines propriétés ou vertus spécifiques
des corps, telles que : l'odeur (3) du cuivre, du sory, de la sandaraque (4) ;
— leur action vénéneuse.
L'action médicale des cendres d'or (5) ;
La vertu magnétique communiquée au fer par l'aimant 6).
Ίός signifie plus particulièrement la rouille ou oxyde des métaux, ainsi
que le venin du serpent, parfois assimilé à la rouille dans le langage sym-
bolique des alchimistes. La pointe de la flèche, symbole de la quintessence,
l'extrait doué de propriétés spécifiques, la propriété spécifique elle-même;
enfin le principe des colorations métalliques, de la coloration jaune en parti-
culier.
(i) Pline, 1. XXXVI. 04. — Diosc,
Mat. Méd., 1. V, 145.
(2) Diosc, Mat. méd., 1. V, 1 bj.
(3) Quelque chose de ce sens s'est
conservé dans les mots « odeur vi-
reuse », usités en botanique et en
chimie.
(4) H. N., 1. XXXIV, 3o. 48, 55.
(5) Pline, U. N., I. XXXIII, 2 5.
(6) Id., 1. XXXIV, 42.
NOTICES DIVERSES 255
losis, — «05'.;, — signifie :
I" L'opération par laquelle on oxyde (ou l'on sulfure, etc.) les métaux;
2° La purification ou affinage des métaux, tels que l'or : c''est une consé-
quence des actions oxydantes exercées sur l'or impur, avec élimination des
métaux étrangers sous forme d'oxydes ;
3° La virulence ou possession d'une propriété active spécifique, commu-
niquée par exemple à l'aide de l'oxydation;
4° Enfin la coloration en jaune, ou en violet, des composés métalliques,
coloration produite souvent par certaines oxydations.
Nous conserverons quelquefois ce mot sans le traduire, afin de lui laisser
sa signification complexe.
Magnésie. — C'est l'un des mots dont la signification a le plus varié dans
le cours des temps (v. p. 221). Jusqu'au xviii'' siècle, il n'a rien eu de commun
avec la magnésie des chimistes d'aujourd'hui.
A l'époque de Pline et de Dioscoride, la pierre de Magnésie désigna
d'abord la pierre d'aimant, l'hématite (voir le mot feri et divers minéraux
appelés aussi magnes, de couleur rouge, bleuâtre, noire ou blanche, origi-
naires de la province ou des villes portant le nom de Magnésie; ils compre-
naient certaines pyrites métalliques. Le magnes était l'espèce mâle et la
magnesia l'espèce femelle.
Les alchimistes grecs ont appelé de ce dernier nom les mêmes corps
et spécialement les minerais, parfois sulfurés, tels que les pyrites, employés
dans la fabrication du molybdochalque (voir p. i53), alliage de cuivre et de
plomb (Zosime). Ils l'appliquent même au sulfure d'antimoine (voir le
Lexique alchimique). Puis, par extension, ce nom a été donné aux cadmies
ou oxydes métalliques, au plomb blanc et même aux alliages, provenant
du grillage et des traitements des pyrites. *
En raison de son rôle dans la transmutation, le molybdochalque, substance
appelée aussi métal de la magnésie {-:: 'jZrj.x τη; \j.x';rr,-:':xz] . est appelée tî τΛί
(le tout), en certains endroits de Zosime.
Plus tard, chez les Arabes, le mot magnésie s'applique à des minerais de
plomb et d'étain, sulfurés aussi ; ainsi qu'aux marcassites ou pyrites, suscep-
tibles de fournir des sublimés analogues à la cadmie et à la tutie ;Geber et
le Pseudo-Aristote, Bibl. chem. de Manget, t. I, p. 645, 649, etc.).
256
INTRODUCTION
Les alchimistes latins (i) ont désigné sous le nom de magnésie non seu-
lement les pyrites (dont certaines appelées juismatli], mais aussi rétaiii
allié au mercure par fusion, et un amalgame d'argent très fusible, de con-
sistance cireuse, appelé la magnésie des philosophes, parce qu'il servait à
fabriquer la pierre philosophale. C'était « l'eau mystérieuse congelée à l'air
et que le feu liquéfie. »
D'après un texte du Lexicon Alcli. de Rulandus (p. 322), la magnésie
représentait un certain état intermédiaire de la masse métallique, pendant
les opérations de transmutation.
Il est difficile de ramener de semblables notions à la précision de nos
définitions modernes.
Dans le Pseudo-Aristote arabe (2), on lit pareillement : Dicitur argen-
tiim viviim, qiiod in corpore magnesiœ est occultatum et in eo gelandum.
Il entendait par là un synonyme du mercure des philosophes, que l'on
supposait contenu dans le métal de la magnésie.
La magnésie noire désignait chez les anciens, tantôt un oxyde de fer, tan-
tôt le bioxyde de manganèse (3). Elle est déjà mentionnée comme servant à
purifier le verre dans le livre De Mineralibus{L. II, tr. II, ch. 1 1), attribué à
Albert le Grand.
Macquer {Dictionnaire de Chimie, 1778), à la fin du xviii" siècle, dis-
tingue :
1° La magnésie calcaire, précipité formé par la potasse (carbonatée) dans
les eaux-mères du nitre ou du sel commun : c'était du carbonate de chaux
impur, parfois mêlé avec le carbonate de magnésie actuel ;
2° Une autre magnésie calcaire, formée en précipitant les mêmes eaux-
mères par l'acide sulfurique ou par les sulfates: c'était du sulfate de chaux;
3° La magnésie du sel 'd''Epsom ou de Sedlit:{, précipité obtenu au moyen
du carbonate de potasse : c'était notre carbonate de magnésie, dont l'oxyde a
seul retenu définitivement le nom de magnésie, dans la chimie scientifique
actuelle. Le carbonate en porte aussi le nom en pharmacie.
(i) Lexicon Alch. Rulandi, p. 3 16.
(2) Tractatulus ; Bibl. chem. de
Manget, t I, GGi.
(3) Le nom même de notre manga-
nèse est une autre transformation mo-
derne du mot magnes.
NOTICES DI\ERSES 2^7
Marcassite.
Ce mot, regardé parfois comme synonyme de pyrite, est employé par
les alchimistes du moyen âge pour désigner les sulfures, arséniosulfures et
minerais analogues, de tous les métaux proprement dits: fer, cuivre, plomb
et antimoine, étain, argent, or. La marcassite blanche ou pyrite argentine
était appelée spécialement Wismath ou magnésie. La marcassite plombée
est le sulfure d'antimoine.
Massa, μχ'ΐχ.
Ce mot est donné comme synonyme d'Alchimie dans le traité attribué à
Albert le Grand et dans sa traduction grecque (Théoctonicos; V. p. 2091. On
trouve également dans le Lexicon Alch. Riilandi : Kj-iniis, id est massa.
Kiiria velkymia, id est massa, alchimia.
Mercure (i).
PlinedistinguePargeH/Îiin viviim, métal natif, et ['hj-drarg-j-rum ou argent
liquide, métal artificiel.
Il prépare celui-ci sans distillation, en broyant le cinabre et le vinaigre
dans un mortier de cuivre avec un pilon de cuivre.
On obtenait aussi le mercure en plaçant le cinabre dans une capsule de fer,
au milieu d'une marmite de terre, surmontée d'un chapiteau [ambix], dans
lequel se condensait la vapeur sublimée : (αΐθάλ-ί;). On lit dans Dioscoride :
H yxp r.pzziZz'jzx τω â';j.6i7.'. αιθάλη α-:ςυ;θοΤ"α ν.χ: αζίψυχΟΐΐτα όοράργορίς
γ!νετα•.. « La vapeur sublimée adhérente à l'alambix , raclée et refroidie
devient mercure. » — C'est l'origine de l'alambic.
Dans Aristote se trouve le curieux passage que voici :
« Quelques-uns disent que l'âme communique au corps son propre mou-
vement : ainsi fait Démocrite, lequel parle à la façon de Philippe, auteur
comique. Ce dernier dit que Dédale communique le mouvement à une
Vénus de bois, en y plaçant de l'argent liquide ». (De Anima, 1. I, ch. 3.1
C'est déjà le principe de l'expérience du culbuteur chinois, que l'on
fait aujourd'hui dans les Cours de Physique. Mais on peut aussi voir là
l'origine de quelques-unes des idées mystiques des Alchimistes, qui ont pris
au sérieux les apparences tournées en plaisanterie par les anciens Grecs.
(i) Dioscoride, 3fi7/. méd., 1. V, iio. — Pline, H. N., 1. XXXIII, 32-42.
33*
258
INTRODUCTION
Le mercure des philosophes, ou matière première des me'taux (i), repré-
sentait pour les Alchimistes une sorte de quintessence du mercure ordinaire ;
ces deux corps étant tantôt confondus, tantôt distingués. C'est dans ce sens
qu'il convient d'entendre ce qui suit.
D'après les Alchimistes du moyen âge, le mercure est For vivant ; la mère
des métaux. Il les engendre par son union avec son mâle, le soufre ; il tue
et fait vivre ; il rend humide et sec ; il chauffe et refroidit, etc.. L'Eau c'est
Adam, la Terre est Eve (Rulandus, Lexicon Alchemiœ, p. 47), etc.
Tout ceci atteste la persistance des vieilles formules, à travers le moyen
âge ; car la dernière assimilation remonte à Zosime et aux gnostiques.
Citons encore quelques-uns des synonymes alchimiques du mercure :
Aqiiam autem simplicem, aliàs vacant vencnum, argentum viviim, cambar,
aqiiam permanentem, gumma, acetum, uriiiam, aquam maris, Draconem,
serpentem (2).
On lit les noms suivants du mercure dans Vincent deBeauvais,Sj?ecMZ«m
majus, VHl, 62 :
Acetimi attrahcns, et aqua aggrediens et oleum mollificans . . . servus quo-
qiie fugitiviis (3).
Puis vient un dialogue entre l'or et le mercure. L'or dit au mercure :
« Pourquoi te préfères-tu à moi? je suis le maître des pierres qui ne souff'rent
pas le feu. Et il lui répond : « Je t'ai engendré et tu ne sais pas que tu es né
de moi. Une seule partie tirée de moi vivifie un grand nombre des tiennes;
tandis que dans ton avarice tu ne donnes rien de toi dans les traitements. »
Le mercure est présenté comme l'élément de tous les corps métalliques
liquéfiables par le feu; après leur liquéfaction, ils prennent l'apparence
rouge.
D'après Avicenne [Bibl. cliem. de Manget, t. I, p. 627), « le mercure est le
serpent qui se féconde lui-même, engendrant en un jour; il tue tout par son
venin ; il s'échappe du feu. Les sages le font résister au feu ; alors il accomplit
les oeuvres et mutations. . . Il se trouve dans tous les minéraux et il possède
avec tous un principe commun; c'est la mère des minéraux.
(i) Origines de l'Alchimie, p. 27g.
(2) Voir Tiirba philosophorum (Bi-
blioth. Client, de Manget, t. I, p. 5oo)
(3) Voir Ostanès, ce v. p. 217.
NOTICES DIVERSES
259
«Un seul métal tombe au fond, c'est l'or et par là tu connais le plus grand
secret, parce que le mercure reçoit dans son sein ce qui est de la même
nature que lui. Il repousse les autres, parce que sa nature se réjouit plus
avec une nature pareille qu'avec une nature étrangère (i). Il est le seul qui
triomphe du feu et n'est pas vaincu par lui; mais il s'y repose amicalement...
Il contient son propre soufre excellent, par lequel on fixe l'or et l'argent,
suivant le mode de digestion. »
Métaux. — Génération des métaux.
Aux opinions des anciens, relatives à cette question et rapportées dans mes
Origines de l'alchimie, il paraît intéressant d'ajouter quelques textes.
Les métaux sont formés d'eau et de terre, d'après Aristote {Météor,, 1. IV,
chap. 8) : ce qui exprime leur fusibilité et leur fixité, aussi bien que leur
aptitude à être changés en oxydes.
Anstoie (De Generatione, 1. I,chap. 10) distingue encore les corps en récep-
tifs ou passifs, et actifs ou donnant la forme :ώς θάτε,ιιν μέν ΐϊ•/.τ•.7.ςν, θάτερον
δ'είοος. C'est ainsi que l'étain disparaît, en subissant l'influence de la matière
du cuivre qui le colore : τάΟος -\ ών άνευ ϋλης του χαλν,ΐΰ ογ-ΙοΊ αφανίζετα'.,
ν.χ: \χ.•.γβί•.ς x-r.v.z: χρωματίιζς ;j.:v:v. Nous touchons ici aux notions alchi-
miques.
J'ai cité plus haut (article éléments actifs, p. 246) le passage d'Aristote sur
l'exhalaison sèche et sur l'exhalaison humide, laquelle produit les métaux.
Une partie de ceci rappelle, sous une forme plus vague, les théories
actuelles sur les minéraux de filons, produits par les vapeurs souterraines.
Et ailleurs iMétéor.,\. IV, ch. 2): « L'or, l'argent, le cuivre, l'étain, le
plomb, le verre et bien des pierres sans nom, participent de l'eau : car tous
ces corps fondent par la chaleur. Divers vins, Furine, le vinaigre, la lessive,
le petit-lait, la lymphe participent aussi de l'eau, car tous ces corps sont
solidifiés par le froid. Le fer, la corne, les ongles, les os, les tendons, le bois,
les cheveux, les feuilles, l'écorce, participent plutôt de la terre : ainsi que
l'ambre, la myrrhe, l'encens, etc. »
(i) Ceci montre quel intérêt on at-
tachait à des propriétés qui nous pa-
raissent aujourd'hui peu importantes.
On remarquera aussi l'axiome du
Pseudo-Démocrite sur les natures, re-
produit par Avicenne.
200 INTRODUCTION
J'ai cité des passages analogues tirés du Timée de Platon (i).
Tous ces énoncés témoignent de l'effort fait par la science antique pour
pénétrer là constitution des corps et manifestent les analogies vagues qui
guidaient ses conceptions.
La Théorie des exhalaisons est le point de départ des idées ultérieures sur
la génération des métaux dans la terre, que nous lisons dans Proclus (voir
Origines de l'Alchimie, p. 48), et qui ont régné pendant le moyen âge (voir le
présent volume, p. 78). On lit encore, dans Vincent de Beauvais (VIII, 6) :
« D'après Rhazès, les minéraux sont des vapeurs épaissies et coagulées au
bout d'un temps considérable. Le vif argent et le soufre se condensent d'abord.
Les corps transformés graduellement pendant des milliers d'années dans les
mines arriventà l'état d'or et d'argent ; mais l'art peut produire ces effets en un
seul jour. »
Dès les temps les plus anciens, ces idées se sont mêlées avec des imagina-
tions astrologiques, relatives aux influences sidérales (ce volume, p. jB et
suiv.). C'est ainsi qu'on lit dans la Bibl. Cliem. de Manget, t. I, p. 9 1 3 : « Les
métaux et les pierres n'éprouvent pas les influences célestes, sous leur forme
même de métaux ou de pierres, mais lorsqu'ils sont sous la forme de vapeurs
et tandis qu'ils durcissent. » On voit par là le sens mystique de ces mots
attribués à Hermès par Albert le Grand : «la terre est la mère des métaux;
le ciel en est le père. » De même cet autre axiome hermétique: « En haut les
choses terrestres; en bas les choses célestes « (2^ lequel s'appliquait à la fois
à la transformation des vapeurs dans la nature et à la métamorphose analo-
gue que l'on effectuait par l'art dans les alambics.
Avicenne, après avoir décrit le détail supposé de cette création des métaux,
ajoute : « Cependant il est douteux que la transmutation effective soit
possible. Si l'on a donné au plomb purifié les qualités de l'argent (chaleur,
saveur, densité), de façon que les hommes s'y trompent, la différence spéci-
fique ne peut être enlevée parce que l'art est plus faible que la nature (Vin-
cent DE Beauvais, VIII, 84). »
Albert le Grand (De Mineralibus, 1. III, tr. i, ch. 9) dit de même : « Ceux
qui blanchissent par des teintures blanches et jaunissent par des teintures
(\)0riginesdel'Alchimie,^.2(><}ai-\. \ (2) Ce volume, p. 161 et i63, fig. 37.
NOTICES ΰΙΛΈΚ8Ε5
26 1
jaunes, sans que Tespèce matérielle du métal soit changée, sont des trom-
peurs, et ne font ni vrai or, ni vrai argent. . . J"ai fait essayer Tor et l'argent
alchimiques en les soumettant à six ou sept feux consécutifs ; le métal se con-
sume et se perd, en ne laissant qu'un résidu sans valeur. »
Dans le traité d'alchimie pseudonyme, attribué au même auteur, il est
dit que le fer alchimique n'attire pas l'aimant et que l'or alchimique ne
réjouit pas le cœur de l'homme et produit des blessures qui s'enveniment;
ce que ne fait pas l'or véritable.
Odeur des Métaux : D'après Ar'istote (De sensu et sensilibus, ch. 5) :« L'or est
inodore; le cuivre, lefer sont odorants; l'argent et l'étain moins que les autres.
Il y avait un cuivre indien de même couleur que l'or parmi les vases du tré-
sor de Darius; les coupes de ce métal ne se distinguaient que par l'odeur (De
}7iirabilibus, ch. 49).
Minium, Rubrique ou matière rouge. — \j.Ch-z; —
Sous ce nom on trouve confondues un grand nombrede substancesrouges
d'origine minérale, telles que, d'une part:
Les oxydes de fer (sanguine, ocre brûlée ou usta, hématite).
Lesoxydes de plomb 'minium et congénères) et peut-être l'oxyde de mer-
cure (confondu avec le cinabre), ainsi que le protoxyde de cuivre ;
D'autre part, le sulfure de mercure (vermillon, cinabre), le sulfure d'ar-
senic (réalgar, appelé aussi sandaraque), le sulfure d'antimoine sulfure artifi-
ciel précipité et kermès minéral), son oxysulfure, et divers composés métal-
liques analogues, que les anciens ne savaient pas bien distinguer les uns
des autres i^voir plus haut l'article cinabre, et plus loin Van'icls plomb).
Ainsi les mots rubrique, rubrica (μ.0ν-5ς), minium, cinabre, vermillon,
sont-ils souvent synonymes dans les anciens auteurs.
Laisinojjis, ou rubrique de Sinope (i), était à proprement parler un oxyde
de fer naturel et artificiel (usta); mais ce nom a été aussi donné à notre
minium (oxyde de plomb) et à notre sulfure de mercure.
La terre de Lemnos (2) était aussi une rubrique (probablement un per-
oxyde de fer hydraté) ; on la vendait sous cachet.
(1) Diosc, Mjt. méd., V. iii. —
Pline, //..V., l.XXXV, 16; XXXVI, 27.
(2) Pline, H. X., 1. XXXV, 14.
202
INTRODUCTION
La sinopis, broyée avec du sil brillant ι ocre jaune) et du melinum (argile
blanche), donnait le leucophoron, matière employée pour fixer l'or sur le
bois (i)..
Le minium ou ammion (petit sable) désigne :
Tantôt un oxyde de plomb, dans le sens d'aujourd'hui, oxyde obtenu par
la calcination ménagée de la céruse et nommé aussi iista, comme l'ocre (2),
ou bien encore/aiisse sandaraque (3) ;
Tantôt le vermillon et le cinabre ou sulfure de mercure (4).
Le minium, chauffé à parties égales avec la rubrique, fournissait lesan-
dyx (5), nom qui a été appliqué aussi au minium seul (6). Cette confusion
se retrouve dans certaines dénominations modernes : c'est ainsi que le
minium de fer, employé aujourd'hui pour peindre ce métal, est formé de 60
pour cent de minium et de 40 pour cent d'oxyde magnétique.
Un premier germe des idées alchimiques sur la fabrication de l'or se
trouve dans ce fait, rapporté par Théophraste (7), que l'Athénien Callias, au
v=siècle avant notre ère, vers les commencements de la guerre du Péloponèse,
découvrit le minium dans les mines d'argent et qu'il espérait obtenir de l'or
par l'action du feu sur ce sable rouge.
Le sandyx mêlé de sinopis constituait le syricum ou sericum (8).
Ajoutons, pour compléter ce qui est relatif aux couleurs dérivées des mé-
taux dans l'antiquité.
L'armenium, matière bleue qui paraît être la cendre bleue, ou l'azurite ;
Et le ceruleum ou azur (9), mot qui désigne à la fois une laque bleue,
dérivée du pastel, et un émail èZezi, fritte ou vitrification, obtenu avec du na-
tron, de la limaille de cuivre et du sable fondu ensemble (Vitruve).
Parmi les couleurs vertes, on cite l'œrugo, le verdet, la chrysocolle
(malachite; cendres vertes et sous-carbonates de cuivre).
Les couleurs jaunes étaient : l'ocre ou sil, parfois mêlé de matières végé-
(1) Pline, H. iV., 1. XXXV, 17.
(2) Pline, H. N., 1. XXXV, 20.
(3) Le même, 22.
(4) Vitruve" — Dioscoride, Mat. méd. ,
1. V, 109. — Pline, H. N., 1. XXXIII,
3; à 41.
(5) Pline, H. N., 1. XXXV, 23.
(6) Diosc, Mat. méd., 1. V, io3.
(7) De Lapidibus, 58, Dg.
(8) Pline, H. N., 1. XXXV, 24.
(9) Pline, H. N., 1. XXXIII, 57.
NOTICES DIVERSES 263
taies; l'arsenic ou orpiment; les sous-sulfates de fer (misy et congénères);
parfois la litharge, le soufre, l'or en poudre: enfin diverses matières ve'gétales.
NiTRUM — v{-pov — natron, — à proprement parler notre carbonate de
soude.
C'est par erreur que la plupart des éditeurs des auteurs grecs ou latins
traduisent ces mots par nitre ou salpêtre, substance presque inconnue dans
l'antiquité, et qui apparaît seulement à partir du vi» siècle à Constantinople,
avec le feu grégeois dont elle était la base ι li.
Les anciens parlent aussi du nitrum factice, préparé avec les cendres de
chêne, c'est-ù-dire du carbonate de potasse.
Spuvta nitri, àsp:; νίτριυ ou άορίν.τριν. — Se trouve dans des cavernes-
Ce devait être dans certains cas du nitre vrai.
Opérations Alchimiques. — Voici le nom de quelques-unes des opérations
signalées dans les écrits des Alchimistes Grecs; j'ai cru utile de les réunir
ici pour la commodité du lecteur (2).
άναζωπύΐωΐ'.; Régénération par le feu: coupellation.
ανάλυσες Dissolution, désagrégation.
άποΐείρωιις Décantation.
άχλύωι•.; Obscurcissement de la surface brillante d'un métal,
par oxydation, sulfuration etc.
έκστρίφή, εχιτρεψ'.ς . Extraction, transformation.
έλαίω;'.; ... Graissage; Transformation en huile.
έςίωιις Réduction, affinage.
έξυδάτωΐ'.; Dessiccation; opération par laquelle on dépouille un
corps de sa liquidité.
έπ:5ολα•' Projections.
'ΐ'ψη:•.ς Décoction.
Γωΐ'.ς Oxydation; affinage; coloration en violet ^v. p. 255j.
καΰσ'.ς Grillage; calcination.
λείωΐ'.ς Pulvérisation; délaiement.
\-.•χ/Μζ:ζ Blanchiment.
(i)Voirmon ouvrage :S!ir/.7/orcerf(.'s 1 (2) Voir aussi ce volume, p. 210.
matières explosives, 3= éd., t. I, p. 352. |
264 INTRODUCTION
μελάνωτι; Teinture en noir.
οπτηΐ'.ς Torréfaction.
ζάνΟωσ'.; Teinture en jaune.
τ:λύ'•.ς Lavage.
σηψ'.ς Putréfaction, décomposition.
υλη Matière.
<f -jj'.ç Nature, qualité intérieure.
Or.
Rappelons sa coupellation par le sulfure d'antimoine, qui en sépare
même l'argent. On fond ensemble ; la fonte se sépare en deux couches ; la
couche supérieure renferme les métaux étrangers, sous forme de sulfures
unis à l'antimoine; la couche inférieure contient l'or et le régule d'anti-
moine. On répète la fonte deux ou trois fois ; puis on soumet l'or à un
grillage modéré, qui brûle l'antimoine ; en évitant de chauffer trop fort
pour ne pas volatiliser l'or.
En raison de ces propriétés l'antimoine était dit au moyen âge le loup
dévorant des métaux; ou bien encore le bain du roi ou du soleil. Mais elles
ne sont exposées très explicitement que vers la fin du moyen âge.
Paros et PoRus (i).
La pierre appelée /oz-mî, était blanche et dure comme le marbre de Paros;
mais moins pesante. Ces deux mots sont parfois confondus dans les Papy-
rus de Leide.
Plomb : On distinguait 2 espèces, le noir et le blanc, ce dernier assimilable
à notre étain (2).
Du plomb noir on extrayait aussi l'argent. — Il était soudé par l'intermède
de l'étain. Le métal de première coulée, obtenu avec le plomb argentifère,
s'appelait stanmim; le second, argent; ce qui restait dans le fourneau,
galène. La galène refondue produisait du plomb noir.
On voit que le mot stamnim signifie ici un alliage d'argent et de plomb.
Quant au mot galène, il n'avait pas le même sens qu'aujourd'hui, où il veut
dire sulfure de plomb.
(i) Pline, H. N., 1. XXXVI, 28. | (2) Pline, H. N., 1. XXXIV, 47.
NOTICES DIVERSES 205
Chez les anciens, le plomb était souvent confondu avec ses alliages d'étain,
aussi bien qu'avec l'antimoine (v. p. 224I et le bismuth, métal plus rare et
dont la découverte est moderne.
Plomb lavé. — 7:£zXj;;.£v:;^:Ajîî:; (i).
Voici la préparation de cette substance.
On broie de l'eau dans un mortier de plomb avec un pilon de plomb,
jusqu'à ce que l'eau noircisse et s'épaississe : ce que nous expliquons
aujourd'hui par la formation d'un hydrocarbonate de plomb, résultant de
l'action de l'air et de l'eau sur le métal. — On lave par décantation. — On
peut aussi broyer de la limaille de plomb dans un mortier de pierre.
Vincent de Beauvais [Spéculum majus, VIII, 17) décrit la soudure auto-
gène, plomb sur plomb, qui a été regardée comme une invention moderne.
Plomb brûlé, — v.v/.xj^vizç μ;λυβΐ:ς (2). — Voici la préparation de ce corps :
«On stratifié dans un plat des lames de plomb et de soufre. On chauffe, on
remue avec du fer, jusqu'à disparition du plomb, et transformation en une
sorte de cendre. D'autres remplacent le soufre par de la céruse, ou par de
l'orge. Si Ton chauffe le plomb seul, le produit prend la couleur de la
litharge ». — Le produit obtenu par ces procédés est un sous-oxyde de
plomb, mêlé, suivant les cas, de sulfure et de sulfate.
Scorie [de plomb] (3). — Corps jaune, vitreux, analogue à la céruse, ou
plutôt à notre litharge impure.
Spode [de plomb] (4). — V. l'article jEs, sur le seiis du mot spode.
Pierre plombeuse (5). — C'est notre galène (sulfure de plomb)?
Galena. — Minerai de plomb (6), employé dans la fusion de l'argent. On
appelait aussi de ce nom le résidu des fontes du plomb argentifère (v. plus
haut).
Molybdène — •y.'i.ùizx'.-i-x [-). « Ce corps est produit dans les fourneaux d'Or
et d'argent. Il est jaune, et devient rouge par le broiement; il est semblable
à la litharge». — Ce nom a été aussi étendu à la plombagine (notre graphite)
(1) Diosc, Mjl. méd., 1. V, gS.
(2) Diosc, Mat. niéd., 1. V, 96.
Pline, H. N.. 1. XXXIV. 5o.
(3) Diosc, Mat. méd., 1. V, 97.
Pline, H. K.. 1. XXXIV, 49, 5i'.
(4) Pline, H. N., 1. XXXIV, 12.
(5) Diosc, Mat. méd., 1. V, 98.
(6) Pline,!. XXIII, 3i.
(7) Diosc, Mat. méd., 1. V, 100.
Pline, H. N., 1. XXXIV, 53.
34*
266
INTRODUCTION
et à notre galène (sulfure de plomb natif). — On en a rapproché encore (i)
la scorie d'argent, appelée aussi helcysma ou encauma.
Le mot molybdène a été suivant l'usage fâcheux des modernes, détourné
de son sens historique par les chimistes de noyé temps, pour être appliqué
à un métal inconnu de l'antiquité.
Litharge (2). — Elle se préparait avec un sable (minerai) plombeux, ou bien
elle était obtenue dans la fabrication de l'argent, ou dans celle du plomb. —
La litharge jaune s'appelait chrysitis; celle de Sicile, argyritis; celle de la
fabrication de Fargent, laiiriotis (mot qui rappelle les mines du Laurium) :
«ce sont à proprement parler les écumes d'argent, produites à la surface du
métal; la scorie est le résidu qui reste au fond» (Pline).
Céruse — ψιμ.ύΘιον (3). — Les anciens ont indiqué le procédé de préparation
de la céruse par le plomb et le vinaigre. — Dioscoride décrit aussi sa torré-
faction (οπτητέον), sa cuisson (καΰσαι θέλων), laquelle lui donne une couleur
rouge et la change en sandyx (minium).
Minium (v. p. 25 1,260; Rubrique). — Rappelons que ce mot a désigné non
seulement le sur-oxyde de plomb, appelé aujourd'hui de ce nom, mais aussi
le vermillon, le cinabre, le réalgar et certains oxydes de fer.
PSEUDARGYRE.
On lit dans Strabon (4) : « Près d'Andira on trouve une pierre qui se change
en fer par l'action du feu. Ce fer, traité par une certaine pierre, devient du
pseiidargyre, lequel, niôlé avec du cuivre, produit ce que l'on appelle ori-
chalque.
Le pseudargyre se trouve aussi près du Tmolus. »
Était-ce du zinc, ou du nickel, ou un alliage?
Samos (pierre de). — C'est le tripoli.
Sel (5). — Sel fossile naturel, notre sel gemme, ou chlorure de sodium —
sel de Cappadoce, sel factice obtenu par l'évaporation des salines.
Laniigo salis. — "Αχνη αλός. — Paillette écumeuss, produite par l'eau de
mer déposée sur les rochers.
(i) Diosc, 1. V, 101.
(2) Diosc, Mat. med., V, 102.
(3) Diosc, 1. V, iu3. — Pline.
ΧΧΧΠΙ, .^4. — ViTRUVE, 1. Vll.ch. 7.
(4) Liv. XIII, 56.
(5) Oiosc, Mat. méd., 1. V, i25, i3o.
- Pline, H. N., 1. XXXI, 39-45.
NOTICES DIVERSES 267
Saumure — muria. — \'/,\j.r,.
Flos salis, — άλ:; à'vO:;. — ElUorescences salines et odorantes, couleur de
safran — elles surnageaient dans certains étangs, ainsi que dans l'eau du Nil.
Favilla salis. — Efflorescence blanche et légère.
Sélénite (i) ou aphroselinon, pierre de lune, pierre spéculaire, glace de
Marie; blanche, légère, translucide.
Ce mot désigne notre sulfate de chaux et notre mica, ainsi que divers sili-
cates, lamelleux et brillants.
Soufre (2). — Soufre vif, ou apyre.
Pline ajoute : Ignium vim magnam ei inesse; il renferme beaucoup de feu
— sans doute parce qu'il s'allume aisément.
Terres (3).
On désignait sous ce nom divers calcaires et surtout des argiles blanches,
ou grisâtres, employées :
Soit comme fondants en métallurgie;
Soit comme base de poteries en céramique;
Soit comme ciments dans les constructions;
Soit comme supports de couleurs en peinture;
Soit comme collyres, et pour divers autres usages, en matière médicale.
Ces terres étaient lavées à grande eau, mises en trochisques, cuites dans
des plats de terre, etc.
On distinguait : la terre de Chio, la terre de Samos et la pierre de Samos,
la terre cimolienne, la terre d'Erétrie, la terre de Melos (assimilée autripoli)
la terre de Sélinonte, la terre de Lemnos (v. Rubriquep. 25i, 260), le Pai-œ-
tonium, la pignitis, Vampelitis ou schiste bitumineux, etc. La terre de Lem-
nos était une sanguine, ou oxyde de fer hydraté.
Trempe — Teinture — Βα;ή.
La trempe du fer était connue de toute antiquité. Homère en fait mention
dans rOdyssée (1. IX, SgS). Les alchimistes grecs y ont consacré plusieurs
articles que nous reproduirons. La trempe du bronze est aussi décrite par eux.
(i) Diosc, 1. V, i58. ■- Lexicon
Alch. Rulandi, p. 289 et 427.
(2) Diosc, 1. V, i23. — Pline, //. Λ'.,
1. XXXV, 5o.
(3) Diosc, Λ/αί. méd., l.V, 170 a 180.
— Pline, H. N., 1. XXXV, 3i, 32, 53
à 55 ; XXXVI, 40, etc. — Lexicon
Alch. RuLindi, p. 463.
258 INTRODUCTION
Il est digne d'intérêt que le môme mot βαφή signifie :
1° La trempe des métaux;
2" La teinture des étoffes, du verre et des métaux;
■ 3» Par extension la matière colorante elle-même,
4° Et aussi le bain dans lequel on la fixait.
TuTiE. — Le nom detutie, qui semble ancien (3), n'apparait avec certitude
— qu'au temps des Arabes. Il a désigné surtout le pompholyx, oxyde de zinc
impur. Mais il a été appliqué aussi à toute cadmie, toute fumée des métaux,
et il en a souvent remplacé le nom chez les alchimistes du moyen âge. On
en a parfois rapproché la magnésie (v. ce mot).
( 1 1 On trouve la mention de la Tutia 1 latin de la Bibliothèque nationale de
Alexandrins (manuscrit -i6i du fonds I Paris, f. i3).
COLLECTION
ALCHIMISTES GRECS
TEXTE GREC
NOTE PRELIMINAIRE
Sl!R LES ABRKVIATIONS, LES SIGLES DES MANUSCRITS, ETC.
Les variantes et autres remarques paléographiques sont indiquées par les abrévia-
tions usuelles des mots latins addit (add.), omittit (om.), correxit (corr.), fartasse
legendum (f. 1.), fartasse melius (f. me\.), fartasse delendiiui If. del.). — Corr. conj.
désigne une correction conjecturale.
Folio est abrégé f. ; recto, r. ; verso, v. ; page, p.
Le ms. 29q de S'-Marc, à Venise [W s.], a pour sigle M ; — les mss. de Paris 2327
(de l'an 1478), A; — 2 32 5 (χιιιβ s.), Β; — 227? (de l'an 1465), C; — 2326 (xvi<^ s.Î, D; —
2329 (xvi-xvii!• s.), E; — 2249 (xvi" s.), K; — 225o, 225i, 2252 (xYii« s.), L ou La,
Lb, Le; — 2419 (de l'an 1460), R; — 1022 du supplément grec (xvii= s.j, S ; — le
ms. de la Laurentienne, à Florence, lxxxvi, 16 (de l'an 1492), Laur.
Conformément h l'usage adopté généralement aujourd'hui, les mots placés entre
crochets droits [ ] sont ceux dont on propose la suppression ; les mots placés entre
crochets obliques < >, ceux que l'on propose de suppléer.
La sigle d'un ms. est suivie de rabréviation mg. (par ex. : M mg.) lorsque les mots
qui suivent sont placés en marge de ce ms.
On a négligé le plus souvent les variantes qui portent : i" sur le ν final éphelkys-
tique suivi d'une consonne (par ex. : 'h-:•/ -i ^ά,^ιμαζον), d'un usage presque constant
dans M ; 2° sur la confusion de voyelles causée par l'iotacisme (βηχο; pour SiV.o;) ;
3° sur la ponctuation. On n'a reproduit, d'ailleurs, dans les notes, que les variantes
qui paraissaient contribuer à l'amélioration du texte. Les autres variantes, qui ont
été recueillies, pourront figurer dans une publication à part.
Le texte imprimé est toujours, sauf indication spéciale, conforme à celui du
manuscrit sur lequel la transcription a été faite.
Lorsque le texte grec n'a pas de titre, on y supplée par la suscription d'un titre
en français.
Les renvois d'un morceau à un autre sont effectués au moyen de divisions
conventionnellesen Parties, Sections ou Morceaux et Paragraphes. (Ex. : Cp. I, 1 1 1,5 :
Comparez I''" partie, nr morceau, § 5).
Les notes philologiques suivies des initiales M. B. sont de M. Marcelin Berthelot.
Les initiales C . E. R. signifient Ch. -Emile Ruelle.
PREMIERE PARTIE
INDICATIONS GÉNÉRALES
I. I. — DEDICACE
Publié par Bernard, dans son édition de Palladiiis, De Febribus ;
et par Emm. Miller : Catalogue des Mss. grecs de l'Escurial, p. 410.
Transcrit sur M, f. 5 v.
Τήν βίβλον δλβον ώστ.ιρ èy/.£y.p'j[jLjj.£vov
έλουσαν άθρει τήνόε, —ας Μουρών φίλος.
Άλλ'εί θελήσο',ς τάς -ολυχρυσους ολέ€κς
ταύτης έρευναν τάς σοοώς κεκρυ[Λ(Λένας,
5 νοος το φαώρον o|jiu.a -ρος θείας ούσεις,
ΰψε'. οιάρας -αν^όοοις εΰο-τίαις,
o'jToj γραοήν οίελΟε τήν σοφωτάτην,
καΙ ττλουτον ευρο'.ς γνώσεως ύπερτέρας,
ζητών, ερευνών τήν τριτολβίαν φύσιν,
10 [Λονην ούσεις νικώσαν ένΟέω τρόπω,
καΐ -/ρυσόν αίγλήεντα τίκτουσαν ιχόνην,
τήν -αντοττο'.ον, ήν ©ρεαΊν ιχουσοστόλοις,
θείας έρασταΐ γνώσεως εΰρον αόνοι.
Ταυτην έφευρών, ι^-ή γαρ δστις ή φράσω,
ΐδ θαύααζε νουν, φρόνησιν άναρών ένθέων,
ώς οημιουργών σίοαάτιον καΐ -νευαάτων,
-ώς εσ•/ον οΰτίος γν^όσείος υψος |^•εγ«,
ψυγουν, άζοκτενε'.ν τε καί ζ(οοϋν ττάλιν,
INDICATIONS GENERALES
10
ώστε ξένως πλάττειν τε καΐ μορΦΟΰν ξένως
°Ω Οα0[7.α, τήν άνασσαν υλην ολβίαν !
ήσπερ οιαγνους καΐ μαθών τάς εκβάσεις
αΐνιγματώδοο; ενοον έγκεκρυ[Λ[Λένας,
δ νους ό παγγέραστος, αί κλειναί φρένες
Θεοδώρου πλουτοΟντος ένθέοις τρόποις,
πιστοΟ τελούντος δεσποτών τταραστάτου
συνηψεν, έντέθεικε συλλογή ν ςένην
έν τηδε βίβλω -ανσόφων νοη[Λάτων,
δνπερ σκεπών, φυλαττε, Χριστέ παντάναξ.
Ι. II. — LEXIQUE
Transcrit sur M, f. 1 3 1 r. — Collationné sur B, f. 2 v. ; — sur A, f. 19 r. ; — sur Ε
(copie de A), f. i63 v. — sur L, page 249 ; — sur Védition de Bernard (= Bn). —
Dans M, beaucoup de noms de corps sont surmontés de leurs signes. A moins
d'indication contraire^ les leçons de M et de Bn [transcrit sur Ml sont identiques.
ΛεΞΙΚΟΝ ΚΑΤΑ ΣΤΰΙΧΕΙΟΝ ΤΗΣ ΧΡΤΣΟΠΟΠΑΣ
Α
'Αφροδίτης σπέριχα εστίν άνθος yaky.oQ.
'Αλάβαστρος εστίν άσβεστος, άπο των φλοιών των ωών, και άλας
15 άνΟιον, καΐ άλας ά[Λ[Λωνιακάν, και άλας κοινίν.
11. Titre dans Β : Λεξ. κ. στ. της tspî;
τέχνης. — Titre dans ΑΕ : Λεξ. /.. στ.
τΐ)ς ίερα; τέχνης, πρώτον Ιλληνιστ'ι μετα-
λευτι/ον, των δε (των τε Ε) σηαειων χαΐ των
όνοϋίάτων. — Titre dans L : Λεξ . κατά
άλοάβητον μεταλλευτικόν των όνοι^άτων τη?
Θείας και 'ιερά; τέ-/νης τη; έν τΐ] χ^ρυοούλω
ταύτη βίβλω. — 12. Au-dessus de Άορο-
διτης, AEL donnent 'Λρ/ή το3 Α, et ainsi
de suite en tête de chaque lettre, sauf
que Ε supprime le plus souvent les
mots άρ/ή του. M écrit en rouge l'initiale
du premier mot. — Β a perdu le com-
mencement du Lexique jusqu'à l'article
άνοροοάαα; inclus. — 14. των ώων gratté
dans M ici et presque partout. — 15.
Après άΐλριωνιακόν] άλας άρωνιακόν add.
BAL, pour ap;j.ortiaxuv (M. B.).
LEXIQUE 5
"Ασβεστος Έρ^χοΟ των ώων έστιν ή αίθαλoυιJ^.έvη οι ' ο^ους καΐ
ήλιαζο[/.ένη ' κρείττων γάρ έστιν γ^ρυσοϋ.
"Αλας άνθιόν έστι θάλασσα, και άλυιη»καΙ άλος ά/^νη.
(f. 131 ν.) Άφρος παντός είδους έστΙν υδράργυρος.
5 Άρ^ύρζο'•^ ν5[/.α, αιθάλη θείου καΐ υδράργυρου.
Ασηαός έστιν 6 ίος ο ά-ο της αιθάλης.
Άχίας, άνθος λαχάς έστιν.
"Ανθος χαλκού καλάκανθος καΐ -/αλκιτάριν και -υρίτης καΐ θεΓον
λευκον οΐκονοαηθέν έστιν.
10 Άλας έστΙ το οστρακον του ώοΰ, το θείον οϊ, το λευκον αύτοΟ,
yi'ky.œ^fiov οϊ, Ό y.poy.oc αύτοΰ.
ΆνοροδάΐΑας έστι -υρίτης και άρσένικον.
Άφαίρεμά έστι πίτυρα σίτου.
Αιθάλη έστιν ΰοωρ θείου και αολυβδο/άλκου.
15 Άοροσέλτνόν έστι κώααρι; και κουοόλιθος.
Άκρατο Ο όρο ς άγγ&ί έστιν οστοάκινον.
ι ι ι ^ i ί ^ 1
Άφροσύαλον ϋορίρ-'^'υρός έστιν ή ά.τ.6 apyjpo'j και λίθος σκυθερίτης.
Ά-οσ-εραατισίΑος οράκοντός έστιν υδράργυρος.
Άρρηκτον έστιν ά'©ευκτον..
20 Άετίτης λίθος έστΙν •/pυσόλιθoc, καΐ ττοοουοίτη;, και -οο-ϋυοόνοωυ.ος
* ^ /^t ■ ' lit 1 • ' ι ι ι /.Ι ι -
αακεδωνικος και ΤΓολύ'/ρωίΛος.
Άκαυστωσίς έστι λεύκωσις.
Άσκιος -/αλκός έστιν άνθος '/αλκου.
Άλλοίωσίς έστι βαφή.
25 Άλιχυρία έστι χρυσόκολλα.
Άργυρόλιθός έστιν y.opofyik^ov .
1. Rédaction de BAL : "Ασβ. Έ.
ι. ή α'.θάλη τών ώων η λυομένη διά όζους
7.α\ ήλ. — 11. /άλζανΟο; BAL. — 13.
Premier article dans Β. — 14. Rédac-
tion de BAL : Α•.θ. è. ûo. κασσ-.τε'ρου κα;
ιχολϋβοου κα; /αλκοϊ. — 15. κο'αϊ,ο;; ΜΒΑ;
κομαρο; EL. — 16. i. όίγγ. L. — 5. Après
ϋδρ.] ή άπα κίνναόάρεως add. BAL. —
20. ô χρυσό").. AL. — 21. Après Γολυ-
-/ρωαο;] καΰστωσ;; κα; βαοη. Άλμυρία κ.
τ. λ'. L.
^
6 INDICATIONS GENERALES
A — ασα ΰοοάργυρος λέγεται ή οία τριών θείων ά-ΰρων σύνθετος.
*Άθι/.τον, το καθαρον και άαόλυντον.
*"Αθικτΰν κυρίως λέγεται το άψηλάφτ,τον και άτκίαστον, και "/ρυ-
σάνθεΐΑον.
δ Β
(f. 132 Γ.) Βατρά/ιόν έστι -/ρυσόκολλα, καΐ /ρυσό-ρασον.
Βώλος θείον έστιν ώαόν.
Βοστρυ-/ ίτης , -υρίττ,ς και ετήσιος καΐ -/ρυσόλιθός έστιν.
Βασανιστής Ουία εστίν.
10 Βαφή άλλοίωσίς έστιν.
Βοτάναι -ασαι ξανθαι χρυσόλιΟοί εισιν.
Βύνη, [Ίλαστάριον ζύθου.
Γ
Γάλα βοος [χελαίνης έστιν ΰοράργυρος ά-ο θείου.
15 Γη άστε ρ ί τη ς έστι ττυρίτης, καΐ γη '/ύ^-, και λιθάργυρος, και θείον
λευκον, καΐ στυπτηρία, και καοαεία λευκή, και ααστί^η.
Γη αίγυπτία έστιν ή κεραμική.
Γη σα υ. ία έστιν άρσένικον, και θείον λευκόν.
Γάλα εκάστου ζώου έστι θείον.
Γύψος έστ'ιν ή -αγείσα ύοράργυρος.
•20
Δρόσος έστιν ή ά-ο άρσενίκου ϋοράργυρος.
Δίφρας έστιν ύοωρ ύοραργύρου.
Δράκοντος '/ολή έστιν ύοράργυρος ά-ό κασσιτέρου.
1. Jj,_ Μ, et au-dessus : σύνΟε-α (main
du copiste?) ; συνθέτου Α. Leçon conj.
— 2. L'astérisque désigne ici les articles
qui ne figurent pas dans M. — Cet arti-
cle-ci et le suivant sont des additions de
AEL. — L réunit les deux articles addi-
tionnels en un seul et les rédige ainsi :
"AO. έστ'. τ. καθ. ζ. ά;-ΐ., κυρίως 8έ λε'γ. κ. τ.
λ. • — 7. βόλο; Μ. — 12. βύνη Ιστ! €λ. κα;
ζ. L. — 22. οίοα; Μ (qui écrit souvent çj
pour 9p) ; ot'spo; L. — 24. Après καΐϊ.]
ήγουν ά-ό κ!νν»5άοΞ(.)ί add. BAL.
LEXIQUE η
Ε
"Ελκυ'τυ.ά ïizvi b άνακαυΟί'.ς [Λολυβοος.
Εγκέφαλος έ^Τ'.ν άσβεστος των coco ν tcôv cpXotcùv.
Έψησίς έστι σκό— ησις καΐ AîÎcotu καΐ ο-ττ^σις.
5 Έΰίβλησίς έστι συλλείωσ',ς καταστ:coL;.έvη.
Έλαιον τα άνθη τοον βάφουν είσιν.
Έκλεκοσίς έστι Λεύκωσις, καΐ επιστροφή και ύύραργύρωσις.
*Έξίιοσίς έστιν εκστρεψις αετά ζωαου, τουτέστι ιχεταβολή.
*Έτήσιος, Ό -/ρυσόλιΟος.
10 ζ
Ζ υ (Λα ρ ιό ν έστι ΟεΓον.
!f. 132 ν. Ζοο^.ος βαοικός έστι καλακάνΟην ή Ιμέρας, εάν θελήσεις, εύρήσεις αύτον και χ^ρυσάνορωπον.
1. VI. — LE SERPENT
(2ηιβ ARTICLE)
Transcrit sur A, f. 279 r. — Texte sans titre.
20 1] Τουτό έστιν το [χυστήριον ό ούροζόρος όράκων, τουτέστιν ή
λείωσις των σωιχάτων \έκ^ της εργασίας αύτοΟ.
2] Τα δέ φώτα των αυστηρίων της τέχνης αύτοΟ ή ΗάνΟωσις.
4. εϋϊΤΞύίΐ Α. F. 1. εύ μαιεύέι, ^αίί
naître dans de bonnes conditions. [C. E.
R.) « Avec α'.ΐΛατεύεί le sens serait meil-
leur » [M. B.]. — 13. Πρώτον Οϋσον
jusqu'à la fin du §] même texte avec
presque toutes les mêmes incorrec-
tions, I. VI, 5. — IG. F. 1. ό γάο ίερεύΐ ό
'/αλκάνθρω"θ; /.. τ. λ.
l'instrument d'hermès 23
ο] Tô et τ.ρίσινον αϋτοΰ έστιν Γωτ'.ς, τουτέστιν ή σηψ'.ς αϋτοΟ "
01 οε -5θες αυτού οι τεσσαοες εισιν η τετρασωα'.α της 'zzyyr^^
τοΟ συνθέματος " τα οέ τρία ώτία αϋτου είσιν αί τρείς αίΟάλαι
κα'. τα ιβ συνΟέΐΛατα ' καΙ ό iôç αΰτοΟ, τουτέστιν το οξος.
Ο 4:J zju οε εν τούτοις τον νουν έχων, ω φιλτατε...
ο] Δράκων τις παράκειται ου^.άττων τον ναον τούτον <(και^ τον
■/ειρωσάαενον . κ. τ. λ. (La suite comme dans Ι, ν, 5.)
1. vu. — ΕΡΜΟΥ ΤΡΙΣΜΕΓΙΣΤΟΪ ΟΡΓΑΝΟΝ.
Transcrit sur A, f. 293 r.
1] Φιλοκαλίας -/άριν έκκείσΟω ή ύο' Έρμο Ο ύ-ΰοδεί'/θεΓσα
10 <^αέΟοοος^. Έρμης συμβουλεύει άριΟμεΐν άπα της του κυνος
έ-ιτολης, τουτέστιν από έ -isl τη Ιουλίου κε εως της ημέρας της
κατακλίσεως, και τον έ-ΰίσυναχΟέντα αριθμόν έττιμερίζειν τταρά των λΤ',
τάς οέ —εοιλειοΟείσαο οοα εν τω όο-.'άνω.
2] ΔηλοΓ το μεν Ζ ζιοήν, το οέ θ θάνατον, το \θέ^ Κ κίνουνον.
α.
Γ-
ι .
ζ.
f ^
Ι^'.
ί
•0. ιη. κ. κζ'.
κο. κε. κη
λ.
λβ.
e.
0.
θ.
ιβ.
iC ιζ κα. κγ
y.C κζ. λγ.
λς.
ί *
'•
η. ιε ιΟ. Κ.
κΟ. >.α. λο.
5. § 4] Phrase écrite le long de la
marge extérieure. (Cp. p. 22, 1. 9.) —
έ'/ων] ε/ον Α. Corr. conj. F. 1. ε/ε. —
9. A mg., le signe d'Hermès, à l'encre
rouge. — 15. Z.] On a remplacé ici les
lettres à l'encre rouge du ms. par des
majuscules. — 16. λς'] /.ζ' Α. Corr.
conj.
24
INDICATIONS GENERALES
1. VIII.
LISTE PLANÉTAIRE DES METAUX.
Transcrit sur A, f. 280 r. — CoUationné sur E, f. 2i3 v.;
f. 241 r.; — sur R, fol. 46 v.
sur L (copie de E),
EK ΤΩΝ ΜΕΤΑΛΛΙΚΩΝ
1] Signe de Saturne. Μόλυβοος ' λιΟάργυοος ' λίΟο'. υ.ηλίται,
γαγάτχι " κλαυδιανος, και τα τοιαύτα.
2] Signe de Jupiter. Κασσίτερος ' κοράλλιον • και -ας λίθος
δ λευκός ' (τανοαρά•/•/] ' θείον, καΐ τα τοιαΟτα.
3] Signe de Mars. Σίδηρος, υιαγνίτης ' ψηο'•? ' '^^'• λίΟακες
ττυοοοι, και τα τοιαύτα.
4j Signe du SoleiL Χρυσός ' άνΟραξ " υάκινθος " άδάυ.ας " σάα-
φυρος, καί τα τοιαύτα.
10 5] Signe de Vénus. Χαλκός ' ααργαρίττ,ς ' ονυχίττ,ς • άαέΟυστος *
νάφθα ■ πίσσα ' σάκ•/αρ ' άσοαλτον ' ιχέλι ' και ααριωνιακόν ' Ου[Λίαυ.α.
1. Titre dans EL : Έζ των α=-. Sir.zç,
άνατίΟεντα'. τοί; Ι-τά ;:λαντί-α'.ς. • — Dans R,
il y a trois articles sur les plantes, les
minéraux, les animaux : Ποία των eîSîîv
άνη/,ει Ι/.άστιο άιτίο; • — έ/. των μ. ταϊτα •. —
ζα'ι έ/. των ζοίων ταΰτα. [Μ. Β.). — Les
mots λιΟά^ογυςο;, γαγάττ,;, /.χ: ζλαυί'.ανό;
sont transcrits, dans R, en lettres hé-
braïques, avec ordre inverse, comme il
convient [M. B.). — |Ληλΐτα•., γαγάται
EL, f. mel. — 2. Réd. du § i dans
EL : Kstl τω ;jL3v Κρόνω ανατίθενται ταΰτα •
μόλ. κ. τ. λ. — 4. Réd. du § 2 dans
EL : Τω 3ε Δ;';, ταύτα • ζασσ. /.. τ. λ. — R,
après le mot κασ^ίτιοο; • ο• Sa Περσαί oiy
ούτως, αλλά ■ δ'.άργυρο; (en lettres hébra-
ïques) ^τ^ρΟ-ος ■ 7.α• :;ά;, etc. ; Θΐΐον est en
lettres hébraïques {M. Β.). — R, après
le mot σ'οτ,οο; • λίθο; μαγνίττ,; (ce dernier
mot en lettres hébraïquesl, ψηοηοοΐς κα•
οσα λίθο; πυοο';, κα: τά το'.αΰτα. {Μ. Β.). —
Réd. du § 3 dans EL ; Τω οι "Αμ:,
ταΰτα • σίοηρος κ. τ. λ. — μαγνήτη; EL.
F.l. μαγνητ•;. — 8. §§ 4-5]- Dans R, la
ligne du Soleil et celle de Vénus sont
interverties. Le signe est celui de l'or
ou du soleil. — σάμφυρος en caractères
hébraïques avec μ. Le signe de Vénus
est suivi du signe du cuivre, avec une
variante, puis μαργαρίτη; en lettres hé-
braïques, σαροόνυξ en caractères hé-
braïques ; αμέθυστος, ναύΟα, ::;σσα, ασοα-
τον, υγράσοαλτος, με).•., σά"/αρ θυμ'.άμΞ'.;.
άμωνι'ακον. {Μ. Β.). — Même ligne. Signe
du Soleil] signe de la chrvsocolle A; τω
δΙ ί,λίω EL. — ϊά-^ειρο; EL, f. mel. Σάμ-
ojpo; est une forme inconnue et dou-
teuse ; toutefois on trouve σαμφυρο/ρου;
I pour σα^ειρό/ pou;?) dans Léon Magis-
ter. Cp. Thésaurus d'Estienne, éd.
Didot, 5!/^ voce. — 10. Τί) oï Άοροοίττ),
ταΰτα • /αλζό;, κ. τ. λ. — 11. ^ά/αρ Α.
NOMS DES FAISEURS D OR
G] Signe d'Hermès (Mercure). Σαάραγοο;; • ί'ατ-ις • /c'jcroX'/Joç
■/_άν-
■ψ'χ/'.ος, ■ ΰοράργυρος " ήλε/.τεος " λίζανος καΙ ααστί/τ,.
7] Signe de la Lune. "Αργυρο; • Ο'ελος
ορα ■ γη λευκή, καΐ τα i'uio'.a.
5 Ι. ,χ. _ NOMS DES FAISEURS DOR.
Transcrit sur A, f. 193 v. (= A'). — Collationné sur A, f. 21)4 r. (= A=). —
sur E, f. 2i3 V. ; — sur L, f. 245 r. — Rapprocher de ce morceau la liste insérée
dans M, f. 7 v. et traduite dans les « Origines de l'Alchimie >'. p. 128, texte dont
nous donnons les va?-iantes.
Ί] Γίνωσκε, ώ φίλε, και τα ονόιχν-ν. των ποιητίαν. [Άρ•/ή.] Πλά-
των, Άρισ-τοτέλτ,ς, ΈρίΛης, 'Ιωάννης ιερεύς της έν Εύασία τη
θεία, Δηαίκριτος, Ζώσιαος, ο αέγας Όλυα-'.όδωρος, Στέοανος ό
οιλότοοος, Σοφάρ ό έν Περτίοι, Συνέσιος, Λιόσκορος ό ίεοεύς του
10 αεγάλου Σαρά-'.οος του έν ΆλεΗανορείο;'., Ό Όττάνης ά- ' Αίγυ-
τττου, κχΐ ό Κοαάρ'.ος ά.-' Αίγύ-του, ή Μαρία, και ή Κλεοτ:άτρα
ή γυνή Πτολεμαίου του βασιλέως, Πορφύριος, καΙ Έτ:ι6'ή•/ιος,
Πελάγ',ος, 'Αγαθοδαίυι.οον, Ηράκλειος Ό βασιλεύς, Θεόφραστος, Άρ-
1. — Réd. de EL : Τώ 5έ Έοα^, ταύ-
τα • σμάοαγίος./.. τ. λ. — R : ΐαάςαγοον •
Vas-•.;, en caractères hébraïques, -/p-jiô-
λ'.Οο;, en caractères hébraïques, ήΛεκτίον,
λιβανον, ζαΐ μαστιχη, ces deux mots très
abrégés, le second se réduisant à un
a, un στ et un / superposés. (M. B.)
— 2. R : za; jopapYJ^co; ■ oi 03 Πέρσα;
■/.ασίτηρον. On remarquera que l'ambre
est masculin dans certains mss. et neutre
dans d'autres. (M. B.) ηλεκτρον L. —
Après iLxrrrj/T] (sic) : κα; τά τοιαύτα add.
Ε. — 3. Dans R, le signe de la Lune
manque, ainsi que ses dérivés [M. B.)
Réd. de EL : ττ; δέ σΐλτ^ν»; ταΟτα • άργυ-
ρος κ. τ. λ. — στ•.'αη Α. Corrigé d'après
EL. — ζτ,ψ'/'.Λ EL. — 5. Titre ajouté
dans L : Περί των ::θ!ητών ταύτης της
-i/yTii. — 6. γινοίσκϊ] μάθε Α*. — Après
των -οιητών] της τε'/νης add. Ε. — -7.
Après Έραής] 6 τρισμε'γιστο; add. Ε. —
άρ/ίερεύς της έν Εϋαγ^'α τ. 0. EL, f. mel. ;
της ένευασι'ατ. 0. Α' ; της ένεβαγι'ατ. 0. Α'. — •
8. Ζ(όσ•.;^ος ό [ΛΕγας (ό ,α. souligné), ό ,αε'γας
Όλ. Ε. — 10. Άλεξανδρεία- Α'. L'iota
adscritsembleindiquerquele ms. origi-
nal de A' était un « codex vetustissimusB.
— ό Όστάνης] ΌστάνηςόΕί. — ε;Α•γύπτου
A'. — 11. Κωαάρ'.ος EL. — 12. ΙΙηζ:7•.ος
M ; έπ•.βύ/!θς (pour Έ-!?η/•.ο;) A».
4
26
INDICATIONS GENERALES
γιΚαος, Πετάσιος, Κλαυδιανος, άνεπίγραφος δ φιλοσ-οφος, Μένος Ό
φιλόσοφος, ΙΙάνσηρις, ^^έργιος.
21 Ουτοί είσιν οι τϊανεύφηρ.οι και otκoυ|J:εvLκol οιοάσκαλοι και
νέοι έξηγηται coO Πλάτωνος και 'Αριστοτέλους.
5 3] Ai οέ -/ώραι εν αίς τελείται το ΟεΓον έργον 'ζουτο ' Αίγυπτος,
Θοάκη, 'Αλεξάνδρεια, Κύπρος, και εις το ιερόν της Μέ[Λφεως.
Ι. χ. _ ΠΕΡΙ ΤΟΪ ΜΕΤΑΑΑΙΚΟΪ ΑΙΘΟΤ ΕΝ ΟΙΣ ΤΟΙΣ
ΤΟΠΟΙΣ ΕΚΕΙΝΟΙΣ ΚΑΤΑΣΚΕΥΑΖΕΤΑΙ.
Transcrit sur A, f. 241) r.
Il Χρή γαρ γινώσκειν οτι έν τη Θηβαι'δι γη έν ω τόπω εΐσί,
10 έν ω το ψηγ|Λα σκευάζεται ' Κλειόπολις, Άλυκόπριος 'Αφροδίτη,
Άπόλενος και Έλεφάντινα.
2] Έστι δε ό μεταλλικός λίθος [^.αρμαροειαής, σκληρός, και
οί άνΟρω-οι έκεΐσε μεγάλω μόχΟω ορύσσαντες σκευάζουσιν ένδον έσ-
[ΑΐνΟους λύ•/νους κατέχοντες, τήν φλέβα κατέχουσιν ευρισκόμενοι .
15 αί δε γυναίκες αυτών τρίβουσιν, και άλήΟουσι.
31 "Οταν δε στΛΟον ποιήσαντες το ΰόωρ -/^υμαΐΌν έμβάλλουσιν
ύποκάτω σανίδας, και κοίλας άντιστασίμους ζγοντζς ' και το μεν
άνυρώδες και κουφον και άχρηστον περί τοΟ ΰόατος έψεται ' το
δε νρήσιμον εις τόπους τών σανίδων οιά το βάρος ύπολέληπται.
-20 Και τότε τη έψήσει περιδώσι το συναχθέν εις άγγος κεράμου
1. Apres Ιΐε-άσιο;] jjaaiXîj; Άρμίνι'ας
Ε. — Réd. de EL : Κλαυδιανός, Πάνσ.,
Σε'ργ., MÉ|j:vojv ό φιλόσοφος, χα'ι άλλοι πολ-
λοί άνεπίγραφοι (Ε add. : και απο^τοι). —
2. Παύσηρι; Μ. — 5. Après -οΐίτο] εϊσ'ιν
αύται add. Ε. — 6. Θράκις Α*. — Après
Μέι^ιφεω;.] Τέλος add. Ε. — 7. F. 1. έν
οϊς τισι το'-ο'.;. — 8. F. 1. ίν.ζ'.'/ος. — 9.
Θτ,ξαίοι] 0r|5a ί'ΐα Α. Corr. conj. — 'ν
ώ] έν Tj Α. Corr. conj. — 10. έν ώ τό ψ.]
Ινη τό ψ. Α. Corr. conj. — Κλειο'πολ•;]
F, 1. ΊΙρακλειο'πολις. — 12. § 2] Cp. le
fragment d'Agatharchide (Photius, Bi-
bliothèque, cod. 2 5o), reproduit dans
les Geographi minores de Didot, t. I,
p. 126. — 13. έσιζι/Οού;] F. 1. àfiuîpoù;
(lanternes sourdes?). — 15. 0! οέ γυναΐχε; — 8. /.α'ι λαβών εξ αύτη;] Addition
de L. — 11. άρσ;ν!/ο3 AL et EL*. — 12.
<παί3ό;> (M. Β.). — 13. λιθάργυρος est au
masculin dans E*. — 16. σ-ο3ο3 L, EL*.
— ταύτα ::. λ. om. A. — ^ δξο; δρ![ΐ.ντατον
λ. ξηρ. A — 18. είτα έ-ίβαλε] έ-ίβαλωv(sic)
Α. —20. εΟΌρυ—ος] F. 1. ευθριπτο;. —21.
θερ[χάλα-ον L. — Ιξ αΰτοϋ cm. Α. • — 24. έπι-
βάλλων EL*.
32
IXDICATIOXS GENERALES
αΰτώ τοΟ λευκοΟ φαραάκου γ° γ' κατά αικρόν, εως αν γένηται
ύ-όλευκον το',-τόν. ΚαΙ 7ναβών à-ô της -/ώνης, u.iHov αϋτώ ΰόραρ-
γύρου μέοος α', καΐ αΰτοΰ υ-ερη ούο ' και -οίη'ΐον αΟτο όνύ•/ου
πάνος. Εί δέ μή πάνυ έλαύνεται, -/ώνι^ιοΊ αϋΟ',ς, καΐ γίνεται ώ;
5 κηρός.
13] Είτα κατασ-κευάτας τον ζω[Λάν του ήλιοκοσιχίου καΐ ήλιοκογ-
νυλίου /ωρίς -/αλκάνΟου, καΙ '/ωνης τρύγου καΐ βαλών έν ύελίνω
τα τέταλα, άττόΟου ήυ,έρας λε', έως αν ο-υτσα-ή. Είτα και άνελόυιενος
10 14] Είτα Λαβών το λευκον οάρυ-ακον το Ο'.ά υδράργυρου, καΐ
[Λαγνησίας, και οέκλης, και άρσ-ενικου, και καοαείας, f. 258 Γ.; και
πυοίτου, και ψιαυΟίου, και λαβών •jopi.pyupov, [ΛΐΗον αύτη τον ζωριάν
του σιδηροχάλκου και τα εΓίη. Eo-tco οή ό ζωαος έ-ιτιολάζων τοΟ
ΐ9αουι.άκου δακτύλους δύο, και εατον ήαέρας ιε' έν ^κια σα-ηναι,
10 και εχε άποκείυ.ενον.
15] Ότε δε (χέλλεις λευκαίνειν τι των σωιχάτων, ούτως ποίει.
Ααβών ύδοάογυρον καΐ στάκτην άσβεστου και ούρον, και γάλα
αίγειον, και νίτρου, και άλας, λείου και λεύκαινε.
16] Έξ Γσου δε εγνωσται ό'τι καΐ τα υ,έλλοντα σοι ρηθήσεσΟαι,
•2) \αί^ διπλώσεις τε και καταβαφαι και οικονομία', πασαι, και παν
δ τι ούν εις ενα νουν, και ^είς^ έν ïpyo^j συντείνουσιν. Νόησον ούν
TÔ μυστήριον, τέκνον, του φαρμάκου της γτ,ρ'Χ-ζ-
17] Ή δε αιθάλη ούτως αίρεται. Ααβών άρσένικον, έψει εν
ύδατι, και βα7^ών έν τω ΐγοίω, λείου μετά στάχεως σύν έλαίίο
1. γ" γ'] οΰγγία; τρεις EL*. — 3.
-θ''τ;σον αυτό] λαβών Α. — 4. -/ωνευό-
μενον Α. — 6. ήλ'.οκοσ[ΐ;ου /.ϊ": om. Α.
F. Ι. y ρυσοκοσαίου -χα! -/ρυσοζογ/υλιου. —
8. σεσα-η Α. — 11. άρσεν./.οΰ .î\L, EL'.
— 12. υδράργυρον] signe de l'argent
dans A. — 13. A mg. : 5pa ξάντο^^:;
(F" main). — τω φαρίΛΧ/,ω L, EL*. —
Après οαρμά/.ω, Ε* place un signe final
(:~), à la dernière ligne du fol. 2i5
V., puis commence le fol. 216 avec
οα/.τΰλου? sans indiquer un commence
ment d'article. — 18. κα'; λεύκαινε om.
A. — 19. Réd. de L, EL' : Έξ Ίσου δέ
'ε'γνωσταί σοι 7:άντα καΐ "ασα: α• Ο'.τζΧ. και α:
καταξ .κ. ol•/.., κα'; -άντα (κα; πάντα τις Ε) ε'.;
ένα νουν και ε;; εν ϊρ••;0Ί συντεν/ου^;. —
21. F. Ι.συντείν;•.. — 23. έν om. .\..
ISIS Λ HORIS. 2'' RKDACTIOX
όλίγω, καΐ οχλών έν λω-7.0'. καΐ νΐάλΤρ i-y.vco τ.ύ'/.τ^ζ έ^'.τίΟου
έ-ΰ' άνΟιάκων, îcoç ου ΓλΟ•/; ή αίΟ'/λη. ' )aoiojç καΐ την σανοα-
ράχην ζοίει.
Ι. .\ιιι*'*.
DEUXIÈME RÉDACTION
Trjuscritsur L (copie de E), f. 217 r. — Collalinuiié sur E, f. 2 15 r.
ΙΣΙΔΟΣ, ΒΑΣΙΛΙΣΣΗΣ ΑΙΓΪΉΤΟΥ ΚΑΙ ΓΥΝΑΙΚΟΣ
5 0Σ1ΡΙΑ0Σ, ΠΕΡΙ ΤΗΣ ΙΕΡΑΣ ΤΕΧΝΗΣ ΠΡΟΣ ΤΟΝ ΪΙΟ.Ν
ΑΥΤΗΣ ΤΟΝ ΩΡΟΝ.
]ΣΙΣ ΙΙΡΟΊΉΊΊΙ. TiJ• ΛΊΩ: \ΥΎ\ίΣ 11\'ίΐ:
Ι] Σύ αέν έβουλήΟης, ώ τεκνον, ά-ύνα', ε-Ι της το5 T'Jctovoç
αά-/ης, ώττε καταγ^ονίτατΟα'. -ϊ;1 της τοΰ -y.Tccc σου οασι-
10 λείας. Εγώ οέ ΐΛίτά τήν ο•ήν αζοοηίΑίαν, -αρεγενόυ-ην είς <':αα-
νουθΐ, δΰ ου ή ίε;ά τέ/νη της Αίγϋ-του αυστ'.κώς κατασκευάζεται.
Ένταΰθα οέ, f. 219 Γ.; ίκανόν ycôvov οιατρίψασα, έζ'ουλόαην
—αρανίοοησα'.. Εν οέ τώ avaycoccïv αε έττιτεΟεώετ,κέ αέ tic των
-οοοτ.τών r, των 7Λ'*'ελίον ο; θ'.έτο'.€εν έν τώ ttocotco στεοείόαατ'.,
ι 1 < i II - t II. ι ι ^
Ιό ός "ροσελθων έαοί, έοούλετο αίςεcυς κο'.νωνίαν —sic εαέ ττοιησαι .
Έγώ οέ ουκ έ-έτ^εττον αϋτω είς τούτο γίνεσΟα'. αε/./.οντ'., ά'/.λ'
ά— ήτουν α- ' αϋτου τήν του νευσου κα-. άο^'ΰοου κατασκευτν. Αυτός
,1 ι /*| III ι -
οέ υ.0'. άττεκιίνατο ουκ εκείνα', αϋτώ ~εΐ', τούτου έίειζείν οιά τήν
II -Il ί
του αυστηοίου ϋζε,οβολήν.
ι il II
20 2] Τ•?ί οέ έΗης TjfJ'-ipK, ήλθε -ρός ρ.έ ο -ρώτος άγγελος καΐ ζρο-
οήτης αυτών καλούΐΛενος Αιχναήλ. (f. 221 Γ.) Εγώ οέ πάλιν αΰτον
περί της του νουσοΟ και άογύρου κατασκευής èrTroojTcov. Εκείνος
1. ΐΓ,',τί^τ-Λ L•, EL*. — ο. Après -οίε:] Τ^Άο; τή; '■'Ιτιοο; add. EL*.
34
INDICATIONS GENERALES
δέ ΐΛΟί έπεδείκνυέ τι στ^ΐ-ζΐον 6'περ είχεν έπΙ της κεφαλής αΟτοΟ καΐ
κεράΐΛΐίν τι άπίσσωτον πλήρες ΰοατος οιαυγοΟς, όπερ είχεν εν ταΐς
χ_ερσι, καί ουκ έβούλετο το αληθές ειπείν.
3] Τη οέ έξης ή[χέρα, πάλιν έλΟών "προς έμέ κατελήφθη τοΰ
5 ίρωτος τ,ρος i[i.i, και εσπευοεν εφ ' ω παρήν. Έγώ οέ ούκ έφρόντιζον
αΟτοΟ ■ εκείνος οέ αεί [Λε έπείρα•, και παρεκάλει.
4] Έγώ δέ ούκ i~zcioo'Jv έααυτήν, αλλ' έπεκράτουν αύτον της
Ίού'ζου έπιθυαίας άχρις αν το σηίΛεΐον το έπι της κεο/αλής αύτοΟ
έπιδείξηται, και τήν των ζητουμιένων (f. 223 r.) μυστηρίων παρά-
10 δοσιν άφθόνως και αληθώς ποιήσηται.
5] Λοιπόν ούν και το σημεΐον έπεδείκνυτο και των ρ-υστηρίων ή
παράοοσις έποιείτο, άρςαι^ένου αύτοο τ.ρό-ζρον λέγειν τ^αροί^^'ζλίοίς
και 6ρ-λθΐ)ς προς î^jà ούτως. Όρκίζω σε κ. τ. λ. La suite comme
dans A (voir ci-dessus la première i^édaction, g 5), puis : Όρκίζω
15 σε εις Έρ[λήν και Ανουβιν και εις υλαγμα του κερκουροβόρου δρά-
κοντος και κυνος τρικέφαλου τοΟ Κέρβερου τοΰ φυλακος του "Αδου.
Όρκίζω σε εις τον πορΟαία εκείνον, και <(δ'./ 'Αχέροντα ναυτίλον.
Όρκίζω σε κ. τ. λ. (La suite comme dans A, l"réd.)ον πυρ
έπΙ ώρας C" ή θ'. ΚαΙ είθ' οΰτως έκβαλών, εύρήσεις αυτά βωλο-
ποιηΟέντα σιοηροειοη. ΤοΟτο λείωτον εις ^ρυσον [α.ετά ύδατος -ολ-
5 λάκις ■ δσον γαρ λειώσεις αυτά, τοσούτον ξανθά γίνονται. Το γαρ
θεΓον άπυρον τα οευκ-^ά άφευκτα ττοιεί.
2] Περί κινναβάρεως. — ΔεΓ γινώσκειν ό'τι ή άνάκααψις της
κινναβάρεως otà νιτρελαίου γίνεται, και ούτως χωνεύεται αετά τυράς
λεπτής, ώς έπινοεΓς.
10 3] "Αλλως περί κινναβάρεως. — ΔεΓ γινώσκειν οτι ή [JLαγvησία
ή ύελουργική ταύτη έστιν ή της 'Ασίας, δι ' ης ό (ίελος τάς βαοάς
οέ•/εται, και ό ίνοικος σίοτ^ρος γίνεται, καΐ τα Οαυαάσια ξίοη.
Après Çî'-jT). Β continue avec un morceau intitulé v.oi-eXui-yq λίθου f. i6o v.; A' et K,
comme M, avec /c morceau qui suit ; A-, avec le livre de Sophë. — III. xli).
1. XVIII. — ΜΩΣΕΩΣ ΔΙΠΑΩΣΙΣ.
Transcrit surTA, f. i85 r. — Collationné sur K,f. gS v. {K dérive ici, directement de M.
Χαλκού καλαϊνοΰ γ" α', αρσενικού, θείου απύρου
και
15 θείου άΟίκτου γ° α', σοί^^οχρίγτις γ° α'. Αείωσον oaçiavivco έλαίω.
1. οιαώσα;] 3 η μοσα; ΒΑ; ατ,ιχοΊΛ•. Κ.
— 'ε'/ον το -.] ε/οντο; τ.ί/ος ΒΑ. — 2. ώσε'ι
δα/.τύλου; ΒΑΚ, f. mel. — αύτομχτάοιν Μ.
— Réd. de ΒΑΚ : κα• έμβαλείν αυτόν ε!; aù-
το'[χατον πυρ ζτζ: ώ. — Réd. de M en mg. de
K. — 3. y.al om. BAK. — εΰρτ,θίίσεται γαρ
αυτά ΒΑΚ. — 4. Tojto λϋ'ωσον] -.ο^το, signe
de λείωσον OU -oii^o'j M ; τοϋτο οεΐ τρίψα;
ΒΑΚ. . — 5. όσον γαρ τρίβεις ΒΑΚ. —
7. η κο'.νή κάαψις Α'. — 10. μαγνησία
ΰελ. Α- . — 11. ταύτη έστιν ή τη; Ασία;]
τοιαύτη Ι. οία η τ. Άσ. ΒΑΚ, f. mel.;
αύτη Ι. ή τ. Άσ. Α•. — 12. ινδικό;]
Ινδαν.κό; Μ; ινοανό; ΒΑΚ; ϊνδανικό; Α- .
Corr. conj. — A- mg. : λεγ. τό άτζάλη
(écriture du temps). — 14. καλαϊνοΰ
sans accent M. — 15. Après γ" α', les
mss. donnent un cercle coupé par deux
lignes parallèles ascendantes, signe qui
ne figure pas dans les tableaux de sé-
méiographie chimique. C'est probable-
ment un signe fautif. (C E. R.). A
moins qu'on ne traduise ce signe par
σηπτη; « décomposée ». La sandaraque•
décomposée figure dans plusieurs recet-
tes, et le signe de σηψον est presque le
même. {M. B.).
LABYRINTHE DE SALOMON
39
μολύζοω ήαερας γ' * ejxSaXXî ν.ς άκυιάοιον, καΐ Οές ί~\ γ.θ!.ρζώ-
νων έως ΙκΟειωθη, καΐ κατάσπα, και εϋρήσεις " ycàcz-ov τοΟτο
Ιμερος Ιν, χρυσοΟ αέρη γ • -/_ώνευ(7ον όςύνων τήν /ώντ;;, καΐ
εύρήσεις το ζαν -/ρυτον σύν βεω.
5 Ι. XIX. — ΕΥΓΕΝΙΟΥ <ΑΙΠΛΩΣΙΣ>.
Placé à la suite du morceau précèdent, dans M et dans K-
ΧαλκοΟ κεκαυίλένου μέρη τρία * χρυσοΟ μιέρος α'. Χώνευσον
καΐ έ-ίβαλε άρσένικον * καΟσον, και εϋρήσεις Ορυπτόν. Είτα
λείω;7ον οξει ήι^έρας ζ' έν ήλίω * είτα ξηράνας, -/ώνευσον ά'ργυ-
ρον • και γέλασαν τι f?j έκβαλε έκ τούτου τοΰ συνθέματος, καΐ
10 εύρήσεις τον άργυρον ώς ήλεκτρον. Τούτο ί'σω σύμαιξον -/ρυσον,
και έξεις οβρυζον καλόν.
Ι. XX. — ΛΑΒΥΡΙΝΘΟΣ ΗΝΠΕΡ ΣΟΛΟΜΩΝ ΕΤΕΚΤΠΝΑΤΟ.
Transcrit sur Μ, ί. ΐ02 ν. {main du XIV'' ou XV^ siècle).
El τίνα λαβύρινθον άκοΰεις, ξένε,
ήν—ερ ^ίοΧου-ων έκ νοος έκτυπώσας,
15 λιΟοις έτεκτόνησε τορνοσυνθέτοις,
τούτου θέσιν σχημά τε και -οικιλίαν
γραμμα^ς άμυοραις εικονίζων -ρος λόγον,
όρων το λοιτον τάς ελίξεις μυρίας
εσωοεν έξω, σφαιρικούς ανάδρομους,
20 εκείθεν ένθεν κυκλικώς έστραμμένους.
1. άκ[ΐάδιον] ά•/.μ.α ΜΚ. Corr. conj. {C.
Ε. R.). 'Ay.iiioiov, vase conique pour le
grillage, décrit ensuite. (Λ/. B.). — 8.
Èv τω ήλίο) Κ. — 9. γΐλάσαν ΐΐ] F. 1. γραί-
σαν Τ! (une partie écumeuse). On con-
naît απογραίζα), écumer, qui suppose
γραί^ω. — 11. εΰ'ρ'^ζον mss. Corr. conj.
40 INDICATIONS GENERALES
τον του βίου [χάνθανε κυκλικον ορόαον,
οΛισθον έ[Λοαίνοντα των συντριαυ-άτων,
έκ των κυκλικών σφαιρικών κυλισμάτων
ελίσσεται κατ ' !'σχ_νος συνθέτοις στρόφοις,
δ ώσπερ πονηρός ταΓς έλίξεσι o^iiv.i!iv
έρπων παρέρπων έαφανών κεκρυ[Λμένως '
έχων δε λοξήν και ουσέκβατον θύραν,
οσον τρέμεις εςιοϋεν και οραυιειν ϋελων,
TRAITES DEMOCRITAINS
νίκου, ή aoLVCOipy.yr^c, ή ώς έ-ινοείς, πηςον ώί εΟος, και έ-ίβαλλε
ναλκω (7ΐοήρω θεαοΟέντι, καΐ ΛευκανΟήσεται ' το ο ' αΰτο ττοιεί καΐ
[Λαγνησία λευκανθεϊσα, καΐ άρσένικον έκστραφέν, καΐ καo[J:ίκ οτττή,
και σ-ανοαράχη ά'-υρο;, και -υρίτης λευκανθείς, καΐ ψ',αΰΟιον άυ^α
5 Οείω έ—τηθέν. Τόν οέ σίοηρον λύσε',ς, ααγνηίτίαν έ-ιίάλλιον, ή θείου
το ήΐΛίσυ ή [Λαγνητος ^ραχυ. <_) γάρ μ-άγν^ς ε•/ ει συγγένειαν -ρος τον
σίδηρον. Ή <^γάρ)> φύ(7ΐς τη φύσει τέρπεται.
21] Λαβών τήν -ρογεγραα[Αένην νεφέλην, έ'ψει έλαίω κικίνω ή
ραφανίνφ, . προσμίξας βραχ_ύ στυπτηρίας. Είτα λαβών .κασσίτερον,
10 κάΟαιοε τώ Οείω ώς εOoc, τ τω πυοίτ'Λ;, τ ώς επινοείς. ΚαΙ κατέρα
[Αετά της νεφέλης, και ποίει [xi^ay.. Λος οπτασΟαι φωσίν είλικτοΓς,
και εύρήσεις \τι^ ψιαυθίω παpε|J.φεpές " το φάρ[Λακον τούτο λευ-
καίνει παν σώ[^.α. Πρόσυιισγε οέ αύτω έν ταϊς έπιβολαις γην /ίαν,
ή άστερίτην, ή άφροσέληνον, ή ώς έπίνοείς ' το γαρ y.opO'Jikr^vo'j
15 τη ΰδραργύρω υ.ιγέν παν σώJJLα λευκαίνει. Ή <^γάρ/ φύσις τήν φυσιν
νίκα.
22] Μαγνησίαν λευκήν ' λευκάνης οέ αυτήν, άλ[Αη και στυπτηρία
σειστή έν υοατι Όαλασσίω, ή /υλώ, κίτρω λέγω, ή θείου αιθάλη.
3. Μ mg. : ωοε, à l'encre rose ; main
du XV" siècle. — Au-dessus de μαγνησία,
le signe du cinabre M. Les signes
superposés dans ce passage (M seul)
sont tous tracés à l'encre rose. — Au-
dessus de άρσίνίζον, signe de l'or. — Au-
dessus de έζσ -paosv, signe de l'argent.
— 3-4. Au-dessus de -/.αοαία et de σανοα-
ρά/η, signe du sel ammoniac (?). —
Au-dessus de ά;:υρο; : άληΟ (commence-
ment du mot àj.rfii;, exact. — De même,
ligne 5, au-dessus de 0;:ou. — 5. M
mg. , sur une ligne verticale σζευασια
i.^>jjrjryj -/.α,-'χ άλτ{Οε!«ν (main du XV^ s.).
— Au-dessus de λευ/.ανΟε•';, signe du
cinabre. — Au-dessus de ψιαύΟ'.ον (tl'.ji-
αύΟ'.ον B.\ presque partout), signe du
mercure. — 7. σίοηρον] signe de la pi. I,
lig. 3 (Berthelot, Notations aichimi-
ques), dans M : signe de la pi. V, 1. i,
dans BCA. — Même observation aux
§S 23, 25, etc. — 8. Au-dessus de νζ-μΧψ,
signe du mercure. — νεφίλην] signe du
mercure B. — Au-dessus de ■/.•./.■'νω,
signe du soufre natif. MB. — 10. Au-des-
sus de "'jp^tTi, signe de l'or. — 11. μετά]
■/.axàmss. Corr. conj. — εΐλικτοίς] F.l. ,u.3•.-
λ'.χτοΐς ? àXri/.tot; ? — 12. Au-dessus de
ψί[χυΟίω, dans M : M". F. 1. μίγμα •|•.μ.
παρεμο. — 13. έν] i-\ ΒΑ. — Au-dessus
de νην, signe du cinabrτω, καΐ τό ΰοωρ νυχΟήαερον εν έχε ' είτα λαζόαενος των ουο
έ; Γσου βάλλε εις p^^fÇ^ ' ^ψ-'- έλαίω κικίνίο, ή ραφανίνω εως αν
Ηηρανθή, κα• ε/ ε. Ε•::ε'.τα ^λαβίαενοζ/ yxLxi^i ΤΓ^ς ϊσ-ου ώς Οτι
10 αάλιστα κοράλλιον άΟικτον ' ούκ Ιχώνων, έ-ίαιςον έκ των τεχνιτών
3αλλόντων, —οώτον κάοαιοε ΰελον ' είτα έ^ίου ώί ΰστεεον ύ— οΟτσοοαι "
είτα έ— ίβαλλε, χαΐ εσται λευκό; ' οιχάτας έχε, ώς είτ όν τοι γρζίο'.•'^.
4] Λαβών αόνον οϋν του οίκονοατ Οέντο; ναλκου αέετ οΰο, καΙ
ζοΟ άοσενίκου <^καΙ^ σ•ανοαοάγτς ανά αέοο; α , τη; ττυτττηία; tticoc
Ιό τ,αισυ, καΐ του κοόκου ααλάγαατο: ιχέοτ οΰο " λείου έ-Ι Γΐχίζχζ
κα , ή 10 ή ζ ' ~poç τ^ν λείω^ιν έ— ίβαλλε το ΰγρον ζγ.τ.•. του-/
το άττοσειρώτα; , και όρας εν τλ, λειώσει ôiasopàv χρωαάτων ώς τοΟ
χα \,ίΐαι^ λέοντος " όττηνίκα οέ u.riκέτι αεταβάλ).Λΐ εις ίοέας -ολλάς,
τότε νόει ζζ καλώς έχειν τήν λείωίτιν [τοΰτο] άναλααβανοαένην χέν^
20 Αίγυτζτίων 7:ρο^.ήταις εις τεύχος ΰελίνω, καΐ ο— τουτιν ολίγον και
έτιβαλοΰτιν.
ο] Ήαεΐς οέ οϋχ ούτως \yàp] ' ΰφεττώτες γάρ έ-ιο-τεΰΟηταν
άνθρωττοι, κοιν? rrv αετά ταΰτα τέγνην. Λαβόαενο; /αλκόν τε ει; τήν
ί-,'οήν έλαιώοες οάοαακον, καταΟου εί; -υ;ίοα καί σ-Γ.ύον ταέοα; αα ,
25 ή κα , ή ιε , αάλιστα αέν οϋν έν ί— — εία κό-ρω, είτα άνε- f. 259 ν.
λόιχενος έχε ' /.είωτον ιατρικώς, -προσβάλλων \είς^ το σΰνΟεαα
1. άΐθόίου Α. F. 1. άιθορου <;;a;oo;>. —
ôjî'.ç χυτρ;ο;; Α. — 2. /.'.τριών] κυτρίων Α. —
3. το σανοαρά/τ,ν Α. — 4. ί/.«.ην Α. — 9.
■/χα" τι;; ι'ΐου À. F. 1. /αΛκίτην (C. Ε. R.)
ο Vaut mieux». {M. ΒΛ. — 10. κοραλλο;
Α. — Réd. proposée : oj/. Ιν. /ωνών των τε/ν.
βαλλ. Ιπια. (3/ β.| — έ;•ο. Α. — 12. ώ;] εΤ;
Α. — 13. ;jL'Jvo: Α. — 14. άρ3Ξνιχο3 Α. ici et
presque dans tout ce morceau. — σανδα-
'^i'/T, A. — 17. ά-ί5:ρώ5α; A. — wç] ίω; A.
— 20. τ:ρο5Τ|Τα•. A. — js/.'.vov A. — 23. xo'.voî
A. — 24. — jç'oav A. forme médiévale
assez fréquente dans ce ms. — 25. A
mg : στ, <'J4•'ω3»'.>. — 26. — :οσβϊ/.Αον Α.
56
TRAITES DEMOCRITAINS
τούτο αίσεως όαοΟ, y cCK'a6.v^o'j ίκανοΟ, κρόκου, έλυορίου τούτων
ύφ ' εν έΗίσου, γινόμενον [χέρος εν προς αέρη δ' τοΟ σαπέντος toO.
Έπειτα νώνευσον μοσχία δλη κό[Λαι ςανθοΟ ιχικρον, λείου άπο της
(ΓΓ,ψεως της τηρησάσης το πραγμια άιχετάβοΛον. Οπηνίκα οέ λειώ-
5 σεις ιατρικώς, επίβαλλε έκ τοΟ ύγροΟ των βοτάνων ιχετά αλός
άνθείου, και πράσου -/υλίν. Είτα άνελόαενος εις τροΰλλιον εψει
ιατρικώς σπαθίζων, τρίβων οέ εψει έπι ήι^έρας γ', έκ τριών έψή-
σεων, διιες τάς ήΐΛερας ωρών ο " όπηνίκα οε εκτελέσεις την έψη-
σιν, τηρών το σύνΟευ-α μη ξηρανΟή, άλλα ελαίου πά^ος εχη, βάλλε
10 εις τεΟ•/ος ύέλινον, εψει ολίγον βολβίτοις εως παγ^ ' άρον και λείω-
σον και εγε ' και λαβών γης αργύρου ουσίας της άπαλωτάτης ην
τίνες γην yiav ζ^ϊ^ ώ•/ραν κα/νοΟσιν, ταύτης ρ-έρη δύο, σινοπίδος
ποντικής [^.έρος εν, και του... έν τω ληκυΟίω αέρη ούο, λείου όαοΟ
το ùrobv τοΟ θείου και οπτα έπιστάσιαον, και εΰρήσεις σώυ,α ρωσ-
15 τικον, ή κινναβαρίζον, ή κοραλλικον, ή σινωπιτικόν. Άοιήγητον,
αέγιστον θαΟυια τοΟτο καλοΟσιν νρυσοκόραλ^ιον, και τα ά'λλα όνο-
αατα άπερ όνουιάζονται, ουκ ι'σασιν. ΤοΟτο επίβαλλε και καίε άργυ-
οον, και το άο' ήυ,ών λευκανΟεν κρύβε, ω Λεύκιππε, το παν ' έφΟό-
νησαν. Έρρωσο.
.οΠ. ,„. — ΣΓΝΕΣΙΟΥ ΦΙΛΟΣΟΦΟΥ ΠΡΟΣ ΑΙΟΣΚΟΡΟΝ ΕΙΣ
ΤΗΝ ΒΙΒΛΟΝ ΛΗΜΟΚΡΙΤΟΪ, ίΐΣ ΕΝ ΣΧΟΛΙΟΙΣ
Transcrit sur M, f. 72 ν. — Collationné sur Β, f. 20 r. ; — sur C, f. 14 /jusqu'à la
fin du I 3) ; — sur A, f. 3 1 r. ; — sur S, congénère de Β [passim) ; — sur l'édition de
Fabricius (Bibl. gr. vin, p. 233 = Fabr.l — (Contenu aussi dans Laur. V' arti-
cle ; — le ms. de Vienne ; — le cod. Ambrosianus de Milan.) — L'éd. de
1. — όαοΰ] F. 1. ώιχοίΐ. — 3. όλ!-/.0|Λΐξάνθου
A, — 4. τί,ρϊΐιάαεις Α. — πράγι^αν Α. —
6. Ιστροϋλον Α. (Corrigé par M. Β.). —
7. τρίβον Β. — 8. Sià; Α. — 9. ΐ/,ειν Α. —
13. ζα'ι τοϋ.,.] Lacune non indiquée
dans le ms. — λεζυνΟ:'ω A. — 15. Άΐιη-
γητον ζ. τ. λ.] Cp. Berthelot, Orig. de
l'alchimie, p. 162. — 17. ούσίσασιν A. —
■/aii] χηε'ι A. — 18. λευχβνΟε'ντι A. — to
Αεύζι-πϊ] oj λΐϋζή -αϊ Α. — 19. ερρωιοι Α.
SYNESIUS.
DIALOGUE SUR DEMOCRITE
37
Fabricius a été faite d'après la copie d'un dis. de Paris, probablement A. La
traduction latine qui l'accompagne est celle de Pi^^imenti (= P'^v) ' '•''''-' dérive
de M. — Lorsque les variantes de BCA Fabr. sont identiques, on ti'a indiquéque B.
— 0)1 a maintenu la division en ,^§ de Fabricius en dédoublant quelques para-
graphes au tnoyen d'un bis.
Αιοσκόρω ίερει τοΟ μεγάλου Σαρά-ιοος έν Άλεξανορείο;'. Οεου τε a'j-
νευοοκοΟντος Συνέσιος φιλόσοφος, χαίρειν.
1] Της -εαφθείσης μοι επιστολής -αρά σου -ερί της του θείου
Δηαοκρίτου €ίβλου, ουκ άαελέστερον εσχ^ον ' άλλα σζουοή -ολλή
^ καΐ — όνω έυ.αυτον βασανίσας, εορα^υι,ον -ρος σε. Έν ω οΰν -ρόκειται ή[χΓν
ειπείν τίc αν εϊη Ό άνήο εκείνος ό c}ιλόσoooc. Ανιαόκοιτος έλΟών άττο
Ά'^οτ^ρων φυσικός ων, και πάντα τα φυσικά έρευνήσας καΐ συγγραψά-
μενος τά οντά κατά φύσιν. Άβδηρα δε έστι πίλις t^py.xr^ç ' έγένετο δέ ο
àv.'jp λογιώτατος, ος έλΟών έν Αίγύπτω έαυσταγωγήΟη παρά τοΟ μεγά-
^" λου Όστάνου έν τω ίερώ της Mέw.ciεωc, σύν και πασι τοΓς ίεοευσιν
Αιγύπτου. Έκ τούτου λαβών άφορμάς, συνεγράψατο βίβλους τεσσάρας
βαφικάς, περί y ρυσοΟ και άργΰρου, καΐ λίθων, και πορφύρας ' λέγω οή
τάς άφορμάς λαβών, συνεγράψατο παρά του μεγάλου Όστάνου. Εκεί-
νος γάρ ήν πρώτος ό γράψας οτι ή φύσις τη φύσει τέρπεται, και ή
^^ ούσις την φύσιν κρατεί, και ή φύσις την φύσιν νικά, καΐ τά έξης.
2] 'Αλλ ' ήμϊν άναγκαίόν έστι τά του φιλοσόφου άνιχνευσαι [ί. 73 Γ.
και ααθεΓν τις ή γνώμη και ποία ή τάξις της έν αύτω ακολουθίας.
"Οτι μεν ουν δύο καταλόγους έποιήσατο, δηλον ήμΐ'ν γέγονεν, λευ-
κού και ςανθου ' και πρώτον μεν τά στερεά κατελεςεν, έπειτα οέ τους
"^ ζωαοϋς, τουτέστιν τά υγρά ' καίτοι μηδενός τούτων προσλαμβανο-
μένου έπι της τέ-/νης. Αύτος γάρ μαρτυρεί" λέγων περί του μεγά-
λου Όστάνου οτι ούτος ό άνήρ ούκ έκέ'/ρητο ταίς των Αιγυπτίων
10. -ίσ•.] -αισ\ Β ; -Ϊ3•. MS. — C.
ponctue : σύν /.α; -αίσ';, τοΐ; ίϊρ. Α'.γ. —
12. 7ρυσοϋ] signe du cinabre Fabr., ici
et partout. — 13. συνεγράψα-ο γάρ Fab.
— Όΐτάνου; M. — napi] τζζο: M. — 14.
ό cm. M. — χα• ή] ή om. Fabr. — 16.
Avant 'Αλλ' • ήμίν] Άρ/η ■ MBCA. —
19. λευχοϋγάρ ζ. ς. BCAS Fabr. — Après
ξανθοί] ζαταλογου; (/.ατάλογον Fabr.) add.
Β. — τοίι; ζω|ΐούί] τόν ζωίΑΟν Fabr.
8
58
TRAITES DEMOCRITAINS
έπιβολαΐς, ουδέ οπτήσεσιν ' άλλ ' έξωθεν διέχριε τάς ουσίας, και
πυρών, είσέκρινε το φάρ[α.ακον. Είπε δέ δτι εΟος έστΙν Πέρσα'.ς τοΟτο
ποιεΓν. Ό 61 λέγει, τοΟτό έστιν, οτι ει ριή έκλεπτύνης τάς ουσίας,
καΐ ανάλυσης, καΐ έξυδχτώσης, ουδέν ποιήσεις.
5 3] ΈλΟω(Λεν ουν έπΙ τήν του άνορος ρησιν, και άκούσωμιεν αυ-
τού λέγοντος. Λέγεται δέ και το πόντιον ρά. Βλέπε τοσαύτην τίαρα-
τήρησιν του άνορός " άπο βοτάνων ήνίξατο, ίνα αηνύση το άνθος.
Αϊ γαρ βοτάναι ανθοφόροι είσίν. Είπε δέ και το πόντιον ρά, ώς
δτι ό Πόντος καταρρέοιτο ύπο των ποταμών και πάντες οί ποτα[Λθΐ
ΙΟ εις αυτόν καταρρέουσι. Κατάδηλον οδν ή[/.ΐν ποιού[Λενος, σημαίνει τήν
έξυδάτωσιν και άχλυσιν και λεπτυσμον τών σωμάτων, ήτοι ουσιών.
3 bisj Διόσκορος λέγει ' Και πώς είπεν δτι ορκία ήμίν εθετο
μηδενι σαφώς έκδοΰναι ;
— Καλώς είπε « μηόενί » , τουτέστι μηδενι τών άμυήτων ' το
1.5 γαρ «μηδενι» ού κατά παντός κατηγορείται ' αυτός γαρ περί τών
μεμυημένων και γεγυμνασμένον τόν νουν έ-/όντων είπε.
4] Βλέπε γαρ έν τη εισβολή της /ρυσοποιιας, τί είπεν "
ùopap-]"jpoç ή από κινναβάρεως, -/ρυσόκολλα.
Διόσκορος. Και τοιούτων χρεία εστί ;
20 Συνέσιος. Ούχι, Διόσκορε.
Διόσκορος. Άλλα τίνος έστι χρεία ;
— Ήκουσας, και πάλιν άκου -i^f. 73 Γ.) σον. Η άνάλυσίς έστι τών
σωμάτων, ίνα ανάλυσης αυτά και ΰδατα αυτά ποίησης, και ρεύ-
σωσι και ά/λυωθώσι και λεπτυνθώσι. ΤοΟτο δέ καλείται ύδωρ
2. Après h-h] o-jtjj add. BCA Fabr. —
3. F. 1. έ/.λ;πτυνεΐς, αναλύσει;... Ιξυδατώσει;.
— 6. -οντιον] F. 1. ποντκόν ici et plus
loin. — 7. ήν'ξατο] ή'ρξατο Fabr.; e.vorsus
est (trad. lat.), f. mel. — 8. ώ; om. S.
— 9. ό Πο'ντο; iir.à τ. r.ox. -/.χ-οί^ρέζτοι•.
BC; ό Πο'ντο; am τοΰ ζαταρρείν (κα-ωρρεων
Α) τό ijr.à τ. τιοτ. Α Fabr. ; ό Πο'ντο; λε'γε-
τα; άπο το3 κάτω τών ~οτ. όείν S. — 10. "/.α-
τάοηλον] /.«τάλληλον AS Fabr. — zo'.o-j;jiî-
νο;] -OirjiajjLîvo; Β. — ση,ααίνειοε Α. Fabr.
— 11. α^λυσ'.ν] ayXjojatv BCS; α•/λθϋ>σ[ν
Α Fabr. qui ajoutent και κατάλυσιν. —
κα\ λεπτυσ;χόν] κα'ι 'kiXzr.vjuu.évov Α; καιλελε^τ-
-υσαε'νων Fabr. — 12. ΒΑ mg. : Dialo-
gus. — λέγει] οηο! BCAS Fabr. — 14.
τουτε'στ; — \ίτ^ιψ. om. Fabr. — 17. ,βλε'-
πει; Fabr. — 18. ύοράργυρο; ή ά.-.ο κινν.]
σελτίντ, ίτΛ κινν. Fabr. — 20. Συνε'αιο;.]
σύνε;; Fabr. — 23. αυτά om. Β.
SYNESIUS.
DIALOGUE SUR DEMOCRITE
39
θεΓον , καΙ υδράργυρος, καΙ -/ρυσόκολλα, και θείον UT.Oprjv. ΙνχΙ
δσα άλλα ονόυ.ατά είσιν " ή γαρ λεύ/.ωα-'.ς καΰσίς έστι, και
ή ξάνθωσις, άναζωο-ύρησις ' αυτά γαρ έαυτά καίουα•'., καΙ αυτά
έαυτά άναζωττυροΟσιν ' Ό οέ <^υ•.67οροζ -ολλοΓς ονόαατιν έκάλεσεν
δαύτα, ποτέ [Λεν ένικώς, ποτέ οέ πληΟυντικώς , ί'να γυανάση ήαας,
και Γόη εί εσυι.εν νοήμονες. ΕΓρηκε γαρ ΰττοκατιών ούτως ' «Έάν
ής νοήμων και -οιήσης ώς γέγραπται, εση μακάριος ' νικήσεις γάρ
μεθόοω πενίαν, τήν άνίατον νόσον.» Άτοδιαττεμπόμενος ουν και
ά-οπεριστών ήμας τής ματαίας -λάνης, ώστε ά-αλλαγηναι ήμας
10 της πολυυλου φαντασίας. Πρόσεχε οέ εν τη εισβολή της βίβλου
τί είπεν ' «Ήκω οή κάγώ εν Αίγύ-τω φέρων τα φυσικά, ό'-ως
της τολλης ύλης καταφρονήσητε.« Φυσικά οέ ειρηκε τά στερεά
σώματα. Εί μή γάρ αυτά άναλυΟώσι, και -άλιν τταγώσιν, ουδέν
εις -έρας -ροσέλθοι τοΟ πράγματος.
15 δ] ΚαΙ ί'να νοήσωμεν οτι έκ των στερεών λαμβάνεται τά ΰδατα,
τουτέστι το άνθος, ορα πώς είπε ' «Τά δέ έν ζωμοΓς, κρόκον
κιλίκιον, και άριστολο/ίαν,» και τά έξης. Τά άνθη ειπών, έδήλωσεν
ήαΓν δτι έκ των στερεών τά ύοατα λαα.βάνεται. Και ίνα ru.y.c
πείστ) δτι ταΰτα ούτως έ•/ει, μετά το είπεΓν, ούρον άφΟορον, είπεν '
20 και ΰοωρ άσβεστου, και ΰόωρ σποδοκοάα.βης, καΐ υδωο ^έκΛης,
και ΰόωρ στυπτηρίας, και έπι τέλει είπε κυνος γάλα. Και δη^-ον
ήμίν έστιν δτι το έκ του κοινού άναοεοόαενον ' τά γάο λυτικά
των σωαάτων ποοστνεγκεν, υοωο νίτοου , και ΰοωο οέκλης.
ι lli' ι É' lit'
Και δρα πώς είπεν " Αυτή ή ΰλη της χρυσοποιίας, f. 74 r.
25 ταυτά είσι τά μεταλλοιοΰντα τήν ΰλην και μεταλλεύοντα και πυρί-
1. ύοράογϋίος] ηζ'/.τ^•/τ, Fabr. — Dans C,
au-dessus de OSca;>v. et du signe de θείον,
une main du temps a écrit jotopif'ryj. —
3. Après θείον απυρον] Réd. de B. et de
ses dérivés: άλλα orj και όσα λοιπά όν. είσιν.
— F. 1. άναζωο:;ύρωσ!ς. — 4. άναζωπυροΰ-
σιν C. — 5. BCA mg. ; 02α ::οντ;ρ•'αν
οίλοσο'οο^ν. Voyez la malice des philoso-
phes! — 7. "οιτίσι-, Fabr. — 8. ουν] ήν
Β. — 9. ά-τ,λλάνΤ|•:α'. Fabr. — 11. M
mg.,à l'encre rose : ά- 'ώοε, avec renvoi
à φυσιζά (main du XV' siècle). — 14.
προϋέ/.Οτ; Β. — Ιδ. Au-dessus de κρο'/.ον
et de άρ•.ίΐτολο-/_{αν, signe du mercure M
(encre rose) BCA. — 23. ::ρο!ΐε'.σ7;νεγκεν
Β; -ροε'.σν/ιγκεν CA Fabr.
6ο
TRAITES DEMOCRITAIXS
[Ααχα -οιοΟντα ' ί/.~6ς γαρ τούτων οϋοέν έίττιν ασφαλές. Έάν oôv
ης νοήμων καΙ -οίησης ώς γέγρα-τα'., εση αακάριος.
6] Δ'.οσκορος. Και -ώς ν/ω νόησα-., φιλόσοφε, τήν [^.έΟοοον
-αρά σοΟ βουλθ[χα'. ΐΛαθεΓν. Έάν γαρ ακολουθήσω τοις είρη^λένοις,
5 οΟοέν όνΓ,σοααί τί -αο ' αυτών.
— Ακουσον, Διόσκορε, αΟτου λέγοντος, καΙ οξυνόν σου τον
νοΟν, Διόσκορε, και βλέπε — ώς λέγει " «Έκστρεψον αυτών τήν φύσιν,
ή γαρ :5ύσις ενοον κέκρυπται.»
— ^Ω Συνέσιε, τίνα έκστροοήν λέγει :
10 — Τήν των σωαάτων λέγει.
— Και -ώζ αυτήν έκστρέψω ; ή -ώς φέρω τήν φύσιν εξω ;
— Οξυνόν σου τον νουν, Διόσκορε, και -ρόσεχε πώς λέγει. Έάν
οΰν οίκονοαήσης ώς δει, φέρεις τήν φύσιν έ;ω. Γη -/ία και άστε-
ρίτης, καό[Αία λευκή, καΐ τά έξης. Βλέπε πόστ, παρατήρησις του
15 άνορος, πώς πάντα λευκά ήνίςατο, ίνα οείξη τήν λεύκωσιν. Ό λέγει
οΟν, Διόσκορε, τοιούτον έστι ' Βάλε τά σώματα υιετά της ΰοοαο-
yjpo-j, και ρίνησον εις λεπτον " και άναλά(α.βανε ύδράργυρον έτέραν '
πάντα γαρ ή ύ^ράρ^υρος ε'ις έαυτήν έλκει • και εασον πεφθηναι
ή[Λέρας τρεΓς ή τεσσάρας ' καΐ βάλε αυτήν εις βωτάριον επι θερυ,οσ-
20 ποοιας ιχή έχούσης το πΟρ διάπυρον, άλλα έπι θερ[Αοσποδιάν πραεΓαν '
ο έστι κηροτακίς. Ταύτη ούν τη άναοόσει του πυρός, συναρμόζεται
τω βωταρίω ύέλινον όργανον ε^ον ααστάριον, έπΙ τά άνω ~ροσί•/θΊ,
καΐ έπικέφαλα κείσΟω. Και το άνερχόαενον ΰδωρ οιά του υ.αζοΰ
2. μακά,ΐ'.ο:] Interrompu ici la colla-
tion de C; noté seulement quelques
variantes dans la suite. — 7. Après
vo'jv] Λ'.οσ/.ο;;; om. et το•; έγκει,αένοί; add.
Β. — βλε' -î] -ιοσ/ε; Β. — 9. Avant to
Συνε'σιε] Λ. Fabr. (abréviation de Λιο'σ-
•/.αοος). • — ^10. BCAmettent cette réponse
en marge. — 12. -ώ; λεγε'.| τοις εΐοηαε'νο•.;
Β. — 14. -Λ\ι om. Μ. — 16. Μ mg. sur
une ligne verticale et en lettres retour-
nées : çavcfov. BCA ont reproduit ces
caractères sans les comprendre. — A
mg. or,. — Figure d'appareil dans BCA.
— 20. Après θερμοσ-οδ'.ά;] -ραε•'α; • δ οή
βωτάριον έττι κηροτα/.''; BCA Fabr. Le
ms. A restitue en mg. (écriture du
temps), entre Οερ;α.θ5-οο'.ϊ; et -ραείας : [ΐή
έ/ούσ•.; [sic] το — jp S'.a-upov ■ άλλ' in: Οερ-
|χοσ-οθ'.άς. — 22. ύάλινον Β. — 23. έπ'./.ε-
οαλα] κατά κάρα κείμενο•/ Β. — Α mg :
ήγουν έ;:;κε'5αλα κϋσΟω (f. 1. κε•/50ω|. — Dans
Fabr. : κΐ! κάτω κάρα ' κ;:αΐνον ή, et en
note : ' in ora codicis adscriptum : έ-•.κε-
^aÀaiojaOoj. (Note de A mal déchiffrée.)
SYXÉSIUS. DIALOGUE SUR DÉMOCRITE 6l
Ziyyj κχΐ îyi καΐ σ-ηψον. ΤοΟτο λέγεται ΰοωρ ΟεΓον. Αΰτη έστΙν
έκστοοοή ' ταύτη τη αγωγή φέρεις εξω τήν ενοον κεκρυυ.υ.ένην ' αΰτη
καλείται λύτις σωαάτων. Τοΰτο όταν σα-ή, καλεΓται οΗος, και οίνος
ά[ΛηναΓος, και τα ojj.oia.
5 7] ΚαΙ Ί'να ΟαυίΛασης f. 74 ν.) τήν του άνδρας σοφίαν, βλέ-ε -ώς
ουο καταλόγους έ-οιήσατο, χρυσοποιίας καΐ άργυρο-οιίίας, και -άλιν
δυο ζω[/.ούς, τον αέν ένα εν τω 5αν0ω, καΐ τον ένα εν τώ λευκώ,
τουτέο^τι χρυσον και άργυρον, και έκάλεσε τον του yz^j'jrjij κατάλογον
χρυσοΰοιΐαν, τον όέ τοΟ αργύρου, άργυροΰοιίαν.
10 <Αιό;7κορος.> Πάνυ καλώς έοης, ώ φιλόοΌοε Συνέσιε " και ποίον
πρώτον έστι τής τέχνης, το λευκάναι ή το ςανΟώσαι ;
Συνέσιος. Μάλλον το λευκάναι.
Διόο-κορος. Και οιά τί τήν ξάνΟωτιν εΐ-ε πρώτον;
— Επειδή προτετίυ.ηται ό -/ρυσος του άργΰοου.
1δ — Και ούτως οφείλοιχεν ποιήσαι, Συνέσιε ;
— Ου', Διόσκορε, άλλα γυυ,νάσαι ήαών τον νουν και τάς οοένας '
ούτω συνετάγησαν ' άκουτον αΰτου λέγοντος " « Ώ; νοτ αοτιν ΰαϊν
ό[Λΐλώ, γυ[λνάζων ύlJLώv τον νουν». Έάν δέ βούλη το ακριβές γνώναι,
πρόο-ενε ει; τους ούο καταλόγους, ό'τι r.zo πάντων ή ΰοοάογυοος
20 έταγη, καΐ εν τω ςανθώ, τουτέστιν γρυσω, καΐ εν τω λευκώ,
τουτέστιν άογύοω. Και έν υ.έν τώ νουσώ ειπεν ■ ϋοοάο^'υοος τ, από
κινναβάρεως, έν οέ τω λευκώ εΐπεν • ύορίρ^^υρος ή άπό αρσενικού, ή
σανδαρά-'/ης, και τά έξης.
81 Αιόσκοοοί είπε ' Aiaooooc ούν έστιν ή ΰδοάογυοος;
1. χαι 77;ψον] c'î σ^ψ'.ν Β. — 2. 'xJ'r,
— Zc/.oj,u.;jic'vr,v om. Β. — 4. «[χηνίο; Β.
— 7. 7.α\ τόν ενα] "όν δέ ItcOov Β. —
10. <Α;οσ-/.ορο;> ] Λ. Fabr. — 16. τό γύμ-
νασα; BC. — Οαών BC. — 17. συνητανη-
τησαν Fabr. — ώ; νοη^ιασιν ημών όμ'.λίΐ
Fabr. — 18. ί,μών Fabr. — 'Eiv 5; βούλτ;...
Le morceau commençant par ces mots
et finissant avec le § q est cité textuel-
lement par Olympiodore (II, iv, 3oL
Nous rapportons les principales λ'3-
riantes de cette citation, qui sera sup-
primée dans le texte d'Olvmpiodore
et nous les désignons ici par un asté-
risque. — 19. /,ουσω... άργύρω] signes
de l'or et de l'argent dans les mss. —
21. y.x: om. Fabr. — 24 ο:ί-^οοο; ojv] /.a
Î'.ï:;oîo: B.
62 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
Συνέσιος. Ναι, οιάφορός έττι, μ-ία ούσα.
Διόσκορος. ΚαΙ, εί αία έστΙ, πώς έστι διάφορος ;
Συνέσιος. Ναι, διάφορος γίνεται και |α.εγία•την ούναμ-ΐν ε•/_ει.
Ούκ ήκουσας τοΰ ΈρμοΟ "λί^ιοντοζ ' «Το κηρίον το λευκον, και το
5 κηρίον το ξανθόν » ;
Διότκοοος. Ναι, ήκουσα ' oizt^ δε βουλο[Λαι μαθεΓν, Συνέτιε,
τούτο αε δίδαξον το ποίημα. Πάντως αυτή τά είοη πάντων οίγι-
'ztx.i ;
Συνέσιος. Ένόησας, Διοσκορε ' ώσπερ γαρ Ό κηρος, οίον ο'άν
10 προσλαμβάνη χρώμα δέχεται, ούτω και ή υδράργυρος, φιλόσοφε,
αΰτη λευκαίνει πάντα, και πάντων τάς ψυχάς έλκει, και έψεΐ αυτά
και έπισπάται. Διοργανιζομένη ούν και έχουσα εν (f. 75 Γ.) εαυτή
τάς ΰγρότητας πάντως, και σήψιν υφισταμένη αμείβει πάντως τά
χρώματα, και υποστατική γίνεται, ανυπόστατων αυτών υπαρχόντων.
15 μάλλον δε, ανυπόστατου αυτής ύπαρχούσης τότε και κατόχιμος
γίνεται ταΓς οίκονομίαις ταΐς οια των σωμάτων και των υλών αυτών.
9] Διοσκορος. . Και ποΓά εΐσι ταύτα τά σώματα και αί υλαι
αυτών ;
Συνέσιος. Η τετρασωμία, και τούτων τα συγγενή.
20 Διόσκορος. ΚαΙ ποία είσι τά τούτων συγγενή;
Ήκουσας ό'τι αί ύλαι αυτών ψυχαΐ αυτών είσι ;
Και αί υλαι ούν ψυ"/αι αυτών είσι ;
Ναί ■ ώσπερ γαρ Ό τέκτων, εάν λάβη ςύλον
<^και ποιή Ορόνον) ή δίφρον, ή άλλο τι, μόνον τήν υλην έργάζε-
25 ται, ούτω και ή τέχνη αυτή, ώ φιλόσοφε, έπειοή έτεμεν αύτα.
"Ακουσον, ώ Διοσκορε. Ό λιθοξόος ξέει τον λίθον, ή πρίζει, ίνα
επιτήδειος γένηται εις τήν χ_ρείαν αύτοΟ ' Όιι.οίίος και ό τεκτων
Διόσκορος.
Συνέσιος.
αιόσχορος.
Συνέσιο ς.
15. Après ύ-αο/ούσης] Εν ο•; add. Μ*,
f. mel. — 21. ϋλαι ούν Α. — 23. γάο om.
Fabr. — 24. ζαΊ r.o'.fj Ορονον suppléé par
Fabr. et Pizz. Rapprocher la rédaction
de M* : i">ar.z^j γαρ ό τ. i. λ. ξ. ::οι^ (ποιεί
Μ) ζϊΟεοραν η δίφρον, ζαι ^ο'νον τ. ϋ. έργ.
κιΐ! O'joàv άλλο αϋτω χαρίζεται δ τεχν'της,
εί αή [i-o'vov τό ν.οος, oixoj και ή "^^'/yi
αυτή. "Αχουσον /.. τ. λ. (F. mel.). — 25.
ζα'ι om. Fabr.
SYNESIUS.
DIALOGUE SUR DEMOCRITE
63
tÔ ςυλον r.z'.Zti καΐ Ηέϊΐ, ώστε γενέσθαι Gpévov ή oispov, και ουδέν
^άλλο^ χαρίζεται 6 τεχνίτης εϊ αή αόνον το είδος ' ουδέν γαρ ■(άλλο^
έστιν ει ια.ή ξύλον * όαοίως καΐ ^ό^ χαλκός γίνεται άνδριάς <^ή κύκλος^
ή άλλο \τι^ σκεύος, του τεχνίτου αΟτο αόνον το είδος /αριζου-ένου '
5 ούτως ουν και ή ùopis-'^"jpoç φιλοτεχνου[Λένη ΰο ' ήαών -αν είδος αυτή
άναοέχεται και -εοηΟεΓσα, ώς εί'ρηται, εν τετραστοίγω συ^υ,ατι ίσνυρά
και άοίωκτος υ,ένει, κρατοΟσα και κρατουαένη. Λιά τούτο και Πιβήν ιος
— ολλήν συγγένειαν εχειν ελεγεν.
10 Αιόσκορος. Καλώς έττέλυσας, οιλόσοοε ' έδίδαξάς αε, οιλόσοοε.
10 Βούλοααι ούν έ-ι την τοΟ ανδρός άναορααεΐν ρησιν, και έξ ά-αο-
χης είοέναι τα ΰ- ' αύτοΟ λελοξευ[λένα ώς είρηαένα ' 'Υδράργυρος ή
άπα κινναβάρεως ' — ασα if. 75 Γ. ι ούν υαρίρ-^^'Όρος ά-ο σωι^άτων γίνε-
ται. Ούτος δε κιννάβαρις είτιεν, ώς δήλον αυτήν άπο κινναβάρεως ουσαν ;
Καίτοι γε ή κιννάβαρις ϋοράρ^^'υρος Ηανθη έστιν, αύτη δέ λευκή, ή
1δ iiopipyjpoç.
Συνεσιος. Ενεργεία ι^έν λευκή ύ-άρ-/ει ή υδράργυρος, δυνάριει δέ
ξανθή γίνεται.
Διοσκορος. Μή άρα το Οτο ελεγεν ό φιλόσοφος ' ώ φύσεις ουράνιοι,
φύσεων οηΐΛίουργοι ταΓς [χεταβολαΓς νικώσαι τάς ούσεις ;
20 — Ναι, δια τούτο ειρηκεν " ει αή γαρ έκστραήν ψάαΐΛον καταλήςας ψύγεται.
1. Μ mg. sigle de ώραΤον. — Γ•'ν;τα•.
0£...] Réd. de L ; "Α-ισα ή Εργασία τ^;
ταρι-/ΐία; γίνΐται. — La phrase Γίνετα: —
γη; est citée dans le morceau III, xxix,
2, et complétée ainsi : μ=/.?'ΐ *'' ~^ ΐ^,λώ-
δες εξεΤ-θτ) και είς ψάμ,μον ζαταληξτ;. — 2.
Après ό φιλόσοφο;] -ερ; τη; γη; add. L. —
5. -λύσιν] -λϋσιν Μ partout ; πλύνσιν AL
partout. — 6. Après ε!; τ. ψ.] μεταβεβλη-
με'να add. L. — άργυρίζοντα] ή -/ρυσίΓοντα
L. — 7. δ εστίν — λιθάργυρο•/] Réd. de
L : τοϊτε'στιν άργ. η ypjooj, η |χολ, ypoiàv
ε/οντα • όθεν αύτη; |-ε'9. λιθάργ. — 10. ει;
αύτην] Ιν αύτη L. —
δέ. — 13. διαττηαατο
σκευην, και ριή Ιάσας...
ΜΚ. — είσι] ση;ϋΐα'ν;
ων L. — 18. Τω 5έ]
20. Après έστω σοι]
και Α; om. L. — δτ
L : δτι ή ταρί/ευσι;
— Μ mg. : sigle de
το'ν, puis : άληΟ (άλη
πηλό;] και add. L. •
Réd. de A : /αίρ;
12. Tô γάρ] F. 1. -Jj
i; του ^T^pio'j ποιεΐν τήν
L. — 16. ά-0/.είριενον
ι L. — 17. ών τίνων]
Τό δ'ε AL, f. mel. —
τοι'νυν add. L. — ώ;
δεΐται] Réd. de
:ών οψ. y ρ. τ. δεΐται.
ώραΐον et de 7ρη3-
9ε;). — 22. Après ό
- ψΰγεται — μεχιρ]
ται ίξ ά-ό μηνό;.
TRAITES DEMOCRITAINS
6] ϊώ οί « ά-ο ij.rjvôç [f-f/lp κε ίως [ΛεσωρΙ κε' » έα-ήμ,ανεν ό'τ'.
άπο της ταριχ^είας εις το πυρ βάλλεται. Ούκ είπε οέ οτι μετά τα
τέλος τ&ΰ μεσωρΐ εις το πΟρ βάλλεται, άλλ' άπο ^f. 164 r.) της ταρι-
γείας ήτοι πλύσεους, [χάλλον οέ ςηράνσεως.
5 7] Τφ δε α δσα αν ούντ) ταριχεΟσαι και πλυναι », έσήμανε το της
ουσίας είοος και το της ςηράνσεως, τω [χιν « οσα αν δύνη y> το της
ουσίας είόος, τω οέ « ταριχ_εΟσαι και πλυναι » το της ξηράνσεως "
δεΓται γαρ ταύτης πάντοτε ' και ου'τως πλύνεται, και το της ουσίας είδος
έδηλώΟη τω δεσπόττ] μου, τίς ή ταριχεία, και τις ή πλύσις, και τίς ή
10 ξήρανσις, ήτοι ψύξις ' ώς καί που Δημόκριτος φησι στυπτηοίαν
έξυποθεΓσαν, <^ουκ/• ήθέλησεν Ό φιλόσοφος φαντάσαι τους έντυγνάνοντας
είς τε στυπτηρίας τινάς αποβλέποντας, και προς στυπτικόν ήδη πλαζομέ-
νους άκήρατον χρόνον έκδαπανησαι. Το οέ της πλύσεως διττον, το μεν
μυστικόν, το οέ άπολελυμένον. Πλύσιν ουν είρήκασιν μυστικήν και πλύ-
15 σιν άπολελυμένην. Και πλύσις μυστική ταύτόν έστι, και αδιαφορεί ή
τις γίνεται όιά του θείου ύδατος. Ή γαρ πλύσις πλύσις έστιν ή δι
ευφημίας και μόνης πειθήνιον των ΌμορρίΌστΎΐσάνζων φευκτών, ήγουν
την των άσωματωΟέντων σωμάτωσιν και των πνευμάτων, τουτέστιν
των ψυχών αυτών οια μόνης της φύσεως τελούμενα και où δια yzi-
20 ρω./ ώς τίνες νομίζουσιν. Ό γάρ Έρμης φησιν ' α Όταν λάβη μετά
την μεγάλην Οεραπείαν, τουτέστιν τήν πλύσιν της ψάμμου », ίδού
1. ίσημανεν] σημαίνει AL, ici et plus
loin. — 2. οϋχ είπε] où λε'γω L. — [ΐετά
το τεΟνΟ;...] Réd. de L : μετά τό τελος τοϋ
μεσωρΊ ήγουν τοϋ αϋγούστου μηνός χαι πλύνσεω;
η μάλλον ξηρ. ε".ς τό πυρ βάλλεται, άλλ ' από
τη; ταρ. ώς είρηται. — 5. τΛ 3È] τό οέ L.
— 8. και τό της ουσίας είδος. Έ8ηλώ0η 3έ
AL. — 9. τίς έστ ν η ταρ. AL. — 10. ώςχαί
που Δημ.] φησ'ι οέ που ό Λημ Α ; οησ'ι 3έ χαί
ό Δημ. L. — 11. έξυπορ'.Οε'ις Α ; ές:πωΟεΐσαν
Κ ; έξσηπ'ιοΟείσαν (sic) L ; « F. 1. έκσηπ-
τωΟείσαν. »(Μ. Β.). Cp. ρ. 44ι 1• ^4• —
Les mots έΟεΟιησεν — εζδαπανησαι sont
omis ici dans L qui les place (avec
variantes) après άπολελυμε'νην (ligne i 5).
— 14. O'Jv] γάρ L. — είρη/.ασιν] ει'ρηζαν M.
— 15. Après άπολελυμε'νην] Réd. de L :
πλύνσιν ούν ήθεΟ,ησεν ό φ-.λο'σο^ος ο. ώστε μή
στυπτηρίας τινάς αποβλε'πείν */.αΊ προς τό στ.
ή'δη πλανάσθαι κα\ ά/.τ^ρατον '/ρο'νον εκδαπα-
ναν. — άδιάοορος L. — 16. Réd. de L : ή
γάρ πλύνσις έστΙ κυρία. — 17. Réd. de L ;
και μο'νης καλλίστης εργασίας πείΟι^ν.α ή των
όμ. φ. — η τ ' ουν Μ. — 18. Réd. de L :
σωμάτοισις, ήτοι των ψυχών αυτών και
τών πν. τ. δ. μ. τ.φύσεω; τΐλουμε'νων. — 20.
νομίζουσιν restitué par L. — λάβης L. —
21. "ιδού] οΊ δέ Α; ιδού τοίνυν L.
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
73
τήν οΰσίαν ψάαυ-ον έκάλεσεν, τήν 6ϊ πλύσιν, τουτέστιν τήν αεγάλην
θεραττείαν. ΚαΙ ΆγαΟοοαίαων ει; ζοΟ^ο συντ,νοοεϊ. ΒαβαΙ της του
φιλοσόφου αφθονίας ! οΰοείς των àoyx'MV οΰτως το -ράγ[Λα έφώ-
τισεν, καΐ όνοααστί το είδος έξεΐ-εν, ει αή ούτος ο άριστος και
δ -άνσοφος ανήρ ' ή ,γαρ καθαρά -λΰσις οτ,Λον ό'τι αεγάλτ,
( '"'1
'κονοαιαν
απεια
εστίν. T■âoGήσoιJ^.αι δε σοι και τήν της -/ρυσοκόλλης οΊκ'
8] ΠΕΡΙ ΧΡΥΣΟΚΟΛΛΙΐ:::. -(f. 16ί V.1 Χρυσόκολλά έστιν, του-
τέστιν τον -/ρυσον τ.^οζ τον -/ρυσον κολλησαι, ά τινά έστι τα -έταλα
τοΟ χρυσοΰ τα ^ωρισΟέντα ά-ο των ψάυ.υ.ων. Πώς -/ρή αυτά
10 ένώσαι, ήτοι κολλήσαι, και προς έαυτά συνελθείν, Ίνα το -νεύμα
αυτής το βαπτικον συντηρηΟή ; Το -νεΰμα λέγει του t.^j^oç τήν
^θαιχαλωτέραν καΰσιν, ίνα u.τ^ τή ΰολλή έκπυρώσει τα υ.ή χοί^ίτ-
κοντα γενωνται.
Άλλ6
α κυρίως κολακεία τινι και έ-ιεικεία
καίηται ' ίνα αή εκκα-νισΟεΓσα ή νεφέλτ^ έξαναλωθή, ή νεφέλη
15 έστΙν ή τρέχουσα " ή δέ zziynu^r/. in-vj ή υδράργυρος, ήτις εστί
νεφέλη. Αΰτη ούν ή νεφέλη ήτοι •jop6:p^;-jpoç τω τ:υρΙ προσοριιλοΟσα
έκκαπνίζεται, \καί/ ώς κατΐνος [/.όνος οιά της χώνης έςέρ-/εται, ούτω
και τα πέταλα του χρυσοΟ, ά τίνα ο Ζ co σ ι α ο ς κλαυόιανά
πέταλα καλεΓ, τή ^ία τοΟ πυρός άφυώς καιόαενα εκκαπνίζονται.
20 9] ΜάΟοις αν, ώ φίλε των Μοç L. — νοημοσι] νοη-
;χασ! ΜΑ. — Après προσομ;λ.| οΰτω γ^γρ.
L. — 6. αυτοί;] αυτών έστ'.ν L. — ό Ζώσ.]
ό add. L. — -7. -co; add. L. — γνησ•'ω om.
L ; πλησίω A. — 8. περί τοϋ rrjpoç opovTt'-
ζε•. L. En bonne grécité, -spi est inu-
tile. • — v.a: γάρ κα\ -ρώτον L. — Réd. de
A : y.x: -ζώτΟΊ αύτοΐς pi ' ημέρα; (en signe)
■/.a; μάλ'.στα. — 10. τυγ/άνον] τυγ-/άνε'- τό
πΰρ AL. — 11. άκρ'.βοΰσΟα'. AL, puis addi-
tion de L : Α•.ό /.α\ ό Αημοκριτος έξέΟετο Trfj
μέ•/ ~ράω πυρΊ. — 12. οτε] οτ'. mss. Corr.
conj. — 13. ΐυσ•.7.ΓΤ); M, sur grattage de
yjr::y.6;. — 14. Au lieu de ανΟραξ: ■ — άρρε-
νοθήλη οντά. (1. 20l, réd. de L : βύσ;•. γαρ
τα εμ7:ν=υματούμενα πάντα, άλλα μεν oîtTat του
πυρός, ώςτά μεταλλι/,ά, /.α'• τά της μαγε-.ρ'./.η;
τε'-/νης, κα•. τά εξη; ■ άλλα 3ε οείτα; τοϋ άε'ρος,
ώ; τά άεροπόρα ζώα • άλλα δέ δείτα: τοΰ ύδατος
ώς Ο! ϊ'/Ούες, ίλλαδέ δείται της γης. ώςτά φυ-
τά. Τά δε εΐοη τά οντά εν τούτοις τοΤς τε'σταρπί
,στο!•/είθ'.ς, άρρενοΟηλεα οντά, πολλανς -/ροιαΤς
και ούΐεσιν άλλεπαλλήλαις, μεριχαΐς κα'ιγεν.-
καΐς οιακε'/.ι;ίνται προς άλληλα. Και ταϋτα
ειδότε; κ. τ. λ. — 21. διά τούτο AL, f. mel.
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
79
έκάλυψαν τή -ολυ-ληΟεία των λίγων. ΙΙάντως γάρ οείται ή τέ/νη
τινός τούτων ' έκτος Τ. 167 ι*, γαρ τούτων ουδέν έστιν άτοαλές. Φησί
γαρ ό Δηαόκρ'.τος ' « Ούτε γάρ ίχυο-ταίη ποτέ τι '/,ωρίς τούτων. »
lo^Ji οέ, ί;ιΟι ό'τ•. κατά δΰνααιν γεγράοηκα, ασθενής ύ-άρ'/ων οΰ
5 [χόνον τω λόγω, άλλα καΐ τω νω. ΚαΙ υ.ή αοι αηνιείτω ζαρακα/^ώ
εύναΓς ύαών ή θεία δίκη, οτ•. έτόλ[Λησα σύγγρα[χυ.α -οιήσαι ' ΓΚίών
αο', νένοιτο κατά ττάντα τοόπον ' αΟ'ται αί Λίγυ-τίων γραοαι, καΐ
Ίϊοιήσεις, κχΐ δόςαι, -/ρησ-αοί τε οαιαόνων και εκθέσεις -ροφητών *
νους τε ά—έοαντος έπΙ το ττοοκεί^ενον -ροσΰελαζει ' καΐ εις εν ΰερας
10 λήγει το -ΰροκείαενον.
IS Τοίνυν γνώτω ή ύαετέρα άγ•/ίνοια οτι ονόιχασι ΰολλοίς έ•/_ρτ,-
σαντο κατά του θείου ύδατος ' τούτο γαρ το θείον ύοωρ εστί το
ζητού[χενον ' καί δια τοΰ ονόαατος του θείου ΰοατος εκάλυψαν το
ζητούμενον. Ινα οέ σοι αικρον λογΰοριον -αρενοείςω, άκουε συ ό
1-, —άστ; v.ct-fc εντο; ""ενόαενος. Dioa γάο τον —υοσον των οοενών σου
καί τό άγαΟον καί το άνε^ίκακον. θέλω γάρ σοι -αραστήσαι τον
νουν των άοναίων, οτι κυρίως οιλόσοοοι οντες εν φιλοσοφοις Λελα-
λήκασι καί τ:αρεισήνεγκαν τη τέ•/_νΥ] δια της σοφίας τήν φιλοσοφίαν,
[Αηδέν ά-οκρΰψαντες, άλλα -άντα φανερώς γpά•J;αvτες ' καί έν τού-
20 τοις εύορκοΟσιν. ΑόΗαι γάρ είσιν αί γραφαί αυτών, καί ουκ έργα '
τινές γάρ των ουσικών :>ιλοσόοων τον ζτ.ζρΐχ των στοι-/_είουν λόγον
έ-ί τάς άονά; άναοέοουσιν, ώς •/.ySi'j\v/.(a~.izy.z ούσας των στοινεί^ον.
Εί'-ωαεν τοίνυν ζώ; ή ά;-/ή καΟολικωτέοα εστί των στοινείοον
ττάν της τέ•/νης αναφέρεται ' ώς καί ΑγαΟ οο α ί υ. co ν
2. Les mots ιρησ; γάο ό Ληα. placés dans
L après /ωρ•; TOJTOjv. — 4. γΐ'γραοα L. —
ό. οϋ αο'νον] οΰ [χο'νω L. Cori". conj.; om.
MA. — Ka\ ij:t[ \xi ίΛε'μο'σΟϊ'. vi'o; -:ό L. —
6. îù/aî; ΰ|χών om. L. — ϊλειόν] αλλ'
ίλεω; L. — τοϋτο τό σύγγ. συγγράψα; L.
— 7. Après γε'νοιτο] τό ΟεΤον add. Α. — αΰτα•.
γοΰν ε'.σίν αί Α'.γ. γρ. L. — 9. ίτλ add. L.
— εν ~ip»; τό τ:ροζ.-/.αταληγ;•. L. — 11. όνό-
ααιί τ£ :τολ/ο!; Μ. — Réd. de L : γνοίτίο
TO-.vjv η υαετερααγ/. OTt ~. ον. O'.aoyaîo :•/ρ.
— 14. -ap;vor|70) Μ. — σίι om. Μ. — Ιδ.
Réd. de ΑΙ. : οίοαγάρ σου Τ'ϊ εα^ειρον Tr7)v
-jp. — IG. Après άγ.] /.a\ TOom. M ; Toom.
A. — 19. à-o-/.p. Toî; vor^aoït L. — 20. M mg.
Renvoi à εϋορ-/.οΟσ•-ν, puis : μυστΓ,ρ\ξε(,υ.υ•3-
Trjp'.ov ξένον), main du XIIP-XIV" siècle.
■ — Après έργα] L aj. ." za''. έν τούτοι; ε^ορζοΰσ'.
τό αυσττ,'ρ'.ον. — 24. αϋτη γάρ] ε'.; αυτήν γαρ L,
f. mel. — ώ;-/.αΊ Αγ.] -/.α• γάρ -/.α• ό '.\.γ. L.
8ο
TRAITES DEMOCRITAINS
τήν ό^ρ/ήν ς εΰρήσε;;
γράμματα λέγοντα τήν λευκήν σϋο:'αν • έν δέ
δυτική εισβολή του '.ιοο^ εΰρήσε•.; τήν ξανΟήν
ψάμμον κατ ' όρυγμα ~τ,-/ών τρ'.ών, του δ':
:τή•/εως εις το ήμ-συ εΰρήσεις ζώνην με'/.α-.ναν.
ή γΚωρί•/ ■ κα\ άρον σύ, καΙ οϊκονομει. Άκουε
δέ καΐ του Άτζόλλοινο; λε'γοντο; όίτ; ή ψάμμο;
οΐκονομείτΟϊκ, έ'ωΟεν λαμβανομε'νη. » Ί'ο δέ
(( εωθεν » δηλοΤ οζι ~ρο τή; ανατολή; εστίν ό
~ρό τή; λευκώσεως καιρό; τοΰ παντό; έργου
κα\ ή καταρ/ή. — 14. εΰρίσκε•. Α. — 15. έν
δέ σκ. και έν Τερ.] άττοσυνΟείνα'. έτε'ραν νοΰ-
Or,v Α. — κ;. Μ mg. ώδε len lettres re-
tournées).
88
TRAITÉS DÉMOCRITAINS
αετά ορύγίΑατος τζτ^γών τριών, ποΟ οέ -ή'/εως ήα'.τυ. Εις το ήμιισυ
των το'.ών -η•/ών εϋρήσεις ζώνην αέλαιναν ' άρα; οίκονίαει και
άλλανοΟ νλωράν ' και έν τω άπηλιώτΥ] καΐ τω λιβυκω ορει γεγραυ.-
μένα -/ρυσωρυ/εΓα, πάντα έν ij.'jc7Tr,pico ειρηαένα. Και [Λή -αραίράυιτ^ς-
5 μεγάλα μυα-τήριά είσι. Παρατηρεί βτι ày.r/Jtj πεφανέρωται ττάντα.
31] 'Εντεύθεν τήν άρ/ήν της εργασίας -οιεΓται • oii και εΐζεν
ό'τι τη ανατολή δίδοντες τήν λευκήν οϋα-ίαν, τουτέστιν τήν άρ/ήν
της έργαα-ίας απονέμοντες τη àpyr, της ήαέρας ήτις έ7τ1ν 'ζοΰ
ή7αου ύ-έρ γήν ανατολή. Δηλον γαρ ό'τι ή λεύκω^ις, ώς -ρος τήν
10 ξάνθωσιν, άρ'/ή της ό'λης εργασίας εστίν * ει και ουκ ευθύς -αρ
αυτά άρ-/ου.ένη ήμΓν αυτή γίνεται έως αν ή /ιορίς πυρός σηψις
γενηται.
'Αλλ ' ίερεΓ πώς εχομεν νοεΓν λέγεσθαι παρά τήν άρ-/ήν τον τ,ρο της
λευκώσεως καιρόν, άκουε τοίνυν τοΟ Άπόλ/.ων ος λέγοντος ' « Οίκονο-
10 αηθεΓσα, έωΟεν λαμβανομένη. » Τό δε « έωθεν » δηλονότι προ της
ανατολής έστιν ή προ της λευκίόσεως του ζρ^ου r.ot.'^'zoçy.oi.'OLpyri.
Είτα τήν του παντός îpyo'j τελείωσιν (λέγω οέ τήν ξάνθωσιν' τη
όύσει άπένειμεν, ήτις έστι πλήρωμα της όλης ημέρας ' Το δε
« εις το ήαισυ των τειών πηνών, εϋοήσεις (Ιώνην αέλαιναν » είοη-
20 ται ~ερΙ τών Οειωοών, τουτέστιν του μολύβοου ημών, του μετά τήν
λεύκωσιν ευθέως οια της θερμής σήψεως και πήςεως κατασπωαένου
σκωοιοίου, ευτελούς τώ εϊοει ' ον, ΟΛσ'ιν, έπεΟύαησαν ιοιΐν οί Αίνυπ-
τίοον προνήται.
32 i ΙναΙ osa ό'τι ό σκoπôc ούτο; ό τών ψάααίυν άλλτ'Όοία
β
1. [χετά όρύγαατος] ορυγ;χα Α. — Toj 5;
~ΐ"/£ως ϊϊ; του; υμίσΓ; των γ'~ί'/ών .'\. —
2. ια.ελάνΓ|ν Μ. — άρα σύ ο'.ζονο'αε; Α. — 3.
■/.a't ταύτα iv τώ ά-ηλ. Α. — 4. — άντα] ταύτα
Α , f. mel. -— εν τω ;rj^T. γεγραμμε'να Α. —
δ. παραττ|ρει] -αράτό opr, Α. — 6. Μ mg :
l'ioî (sic) en lettres retournées. — 11.
αρ/ομεντ,ν M. — 13. αλλ ' ΐερε•] άλογω;
Έραή; .\. F. 1. άλλ • ε! ερεΤ;... — 17.
δέΐ F. 1. οή. — 18. τό -Xripwaa .AL. —
iM mg. : groupe de trois demi-cercles
avec point au centre de chacun d'eux,
à l'encre rose; guillemets jusqu'à la
ligne L'3 inclusivement. — τό oyi-\ τών
τριών CTi /ών L. — 19. Après [ΐέλαιναν] f]
yÀMpivadd. L. — 20. μολ;β5ου M, ici et
plus loin. — τ-/υτε'ΐτ;ν -ερ'ιτιϊ αολ. L. —
Après ήαών] fjo-jv add. L. — 21. Οερ-
ιχοτ/^-Ιζω; AL•. — 22. Après sr.a'rv] ,αόλυβ-
oov add. L. — 0•. τών Λ;γ. ~o. L.
OLYMriODORE. — SUR l'aRT SACRÉ 89
έστιν, ουχ_1 τήν (f. '171 Γ.) ψά[Λυ.ον αίνίττονται, άλλα τάς ουσίας.
Πόθεν δε στηριζόΐΑεΟα οτι ή ανατολή τω άρρεν, απενεμήθη, ή δε
ούσις τη θηλεία; καΐ έκ τοΟ Άδάα " ούτος γαρ πάντων ανθρώπων
πρώτος έγένετο έκ των τεσσάρων στοιχείων. ΚαλεΓται δέ καΐ παρ-
5 θένος y?], καΐ πυρά γη, καΐ σάρκινη γη, και γη αίματώδης. ΤαΟτα
δε εύρήσεις έν ταις Πτολεμαίου βιβλιοθήκαις. ΤαΟτα δέ μοι lppi^r\ '
ώς 017. το παραστήσαι περί των ιερών, οτι ούκ άλόγως έρρέθη τοΓς
άρχαίοις τι τών όντων. Τη δέ θηλεία ή δύσις ' Και Ζω σιμό ς έν τη
κατ ' ένέργειαν βίβλω του λόγου * οτι αληθή σοι προσφωνώ μάρτυρα
10 καλώ Έρμήν λέγοντα ' « "Απελθε προς Ά•/αάβ τον γεωργον, και
μαθήση ώς δ σπείρων σΓτον σιτον γέννα. Ούτω γάρ σοι κάγώ ελεγον
τάς ουσίας άπα τών ουσιών βάπτεσθαί φησιν ή γραφή ' το δέ βάπ-
τεσθαι εις ουδέν άλλο διαιρείται, ει μή εις σώμα και άσώματον. Ή
δέ τέχνη αΰτη αμφότερα δέyεται. » Τά μέν σώματα λέγει είναι τα
15 χυτά, τά όε ασώματα, λίθους ' οϊον ανούσια λέγει τάς ψάμμους * τά
δέ /ωρίς -πυρός, δια τήν πρώτην έργασίαν. Πελάγιός φησιν προς τον
Παύσηρην " « θέλεις ίνα βάλωμεν αύτον εις τήν θάλασσαν πρΙν ή συλ-
λαβή τά μίγματα; » Και φησιν ό Έρμης ' « Καλώς έφης και ακρι-
βέστατα » ■ Ή οέ θάλασσα έστιν, ώς φησιν ό Ζώσιμος, άρρενόθηλυς.
1. οΰ/Ι γάρ ΤΓ,ν ψ. L. — αΐν'ττεται L.
— 2. πο'θίν] ό'θεν Α ; ετ•. οέ L. — 3. /λ: h.
τοϊ Άοάμ — Ιγε'νετο] Réd. de L : ΚαΙ γάρ ό
'Αοά[ΐ -άντων τών άνθρ. πρ. Ιγ. — 4. Après
στοιχείων] addition de L : καΙ δε'δωκεν «ΰτώ
ό Θεό; ττ,ν άνατολήν, ζαλεΐτ»'. /.. τ. λ. —
Μ mg. : groupe de 3 points, en rose,
répété sur καλείται. — δ. /.α'• ττυρά γη om.
AL. F. 1. πυρρά γη. — οίματώδης γη L qui
ajoute : τη δέ Έυα Ιδο'θη ή δύσι;. Cp. Ζο-
sime, Instruments et fourneaux, ci-après
III, xnx, 5. — 6. έν ταΐς^τοϋ Πτολ. AL. —
ζαΊ ταύτα 3ε' jjlcii L. — 7. ώ; διά τό ι^ή παρ.
Α; ώστε παρ. υριΐν L. — 8. ή τι τών οντιον Α.
— τη δέ θ. ή δύσι; om. L. — Και Ζώσιμο;
— λέγοντα] Réd. de L : ΚαΊ ό Ζ. Ιν τη ζατ
Ιν. αΰτοΰ βίβλω τοΰ κατάλογου οησι'ν ■ Οϋτω;
έ'γω σοι προσ3. και καλώ τόν Έ. άληΟη [χάρ-
τυρα λε'γοντα. — Π. Μ mg. : περΊ σίτου.
— ελεγον] λε'γω AL. — 12. ό'τι τά; ουσία; L.
— 13. Μ mg. : σώματα, en lettres re-
tournées.'sur une ligne verticale descen-
dant jusqu'au bas de la page du ms. —
14. άαφο'τερον A. — διαοε'/εται AL. — τά
μέν γάρ σο5μ. L. — Ιδ. τά δέ άσοίματα —
ψάμμου;] Réd. de L : τά δέ άσώμ. τά; ψάμ-
μου; • ανούσια γάρ σώματα καλοϊμεν τά; ψ.
— Μ. mg. en rose : περί λίΟ — 16. τά
δέ] το δέ L. — Α mg. : ση. — Ό Πελ.
δέ ο. L. — 17. Μ mg. ; •/., signe répété
sur θεΤ-ει;. — Πάνσηριν AL. — βάλλωμεν
AL. — 18. Και ο. ό Έρμη;] και ούτο;άπε-
κρίνατο L, — 19. δέ] F. 1. γάρ. — άρρενο-
Οήλεια L, f. mel.
12
90
TRAITES DEMOCRITAINS
33] Ότι οικονο[ΛηθεΓσά έστιν εωΟεν λαΐΛβανο[Λένη, έχουσα ετι τήν
δρόσον εν εαυτή ' άνατείλας γαρ ό ήλιος άρυεται δια των άκτίνων
αύτοΟ τήν έπικειμένην αυτή προς τροφήν ορόσην. Και ευρίσκεται,
ώσπερ /ήρα και άνανδρος, ώς φησιν και 'Απόλλων ' το θεΓον ύδωρ,
5 τήν έμήν δρόσον λέγω, το άέριον υοωρ. Και ιδού πόσαι [χαρτυρίαι
6'τι ■κρ&'-.ον ùypoO τίνος οειται το αυτό σύνθεμια ' ίνα, φησίν,
(f. 171 ν.) ή ΰλη οΟαρεΓσα άμετάτρεπτον το είδος φυλάξη. Και
έκ τοΟ « φθαρείσα » έσήμ.ανεν οτι ypovou τίνος δεΐται εις το σήπεσ-
αι
σήψις γαρ ου γίνεται ποτέ ει αή όι υγροΟ τίνος.
Ό
10 κατάλογος των υγρών, φησιν, έπιστευΟη το μιυστήριον.
34] Περί οέ των ψάμμων, οτι περί αυτών πάντες οί άργαΐΌι
φροντίζουσι ' και ό'τι προς Αίγυπτον ποιούνται τον λόγον, παραθήσω
πάλιν έξ αυτών [Λαρτυρίας χάριν της σης δυσπιστίας.
35] Ζώσΐ[Αος τοίνυν έν τή τελευταία αποχή, ~ρος θεοσέβειαν
15 ποιούριενος τον λόγον, φησίν " « "Ολον το τής Αιγύπτου βασίλειον, ώ
γυναι, άπο των τριών κ. τ. λ. (f. 172 ν.) Μόνοις δε Ίουδαίοις έξον ην
λάθρα ταύτα ποιεϊν και γράφειν, καΐ έκοιοόναι. Αιο και εύρίσκοριεν
θεόφιλον τον Θεογένους γράψαντα δλα τα τής χωρογραφιας χρυσω-
ρυχεία, και Μαρίας τήν καριινογραφίαν, και άλλους 'Ιουδαίους.
20 3G] Και Συνέσιος προς Διόσκορον γράφων φησί περί τής υδράρ-
γυρου τής ετησίας τής νεφέλης, επειδή οιδασιν αυτήν πάντες οί
άρχαΓοι λευκήν και φευκτήν και άνυπόστατον, οεχο[χένην οέ πάν
1. "ϋτι oly.ov. — ΤΓ,ν δρόσον] Réd. de
L : Τό 3έ οϊκονομείαΟο) σηααι'νει τό ε'ωΟεν
λαι^βανίσΟω και έ-/ε'τω ετι τήν δρο'σον. — 4.
ό 'Απόλλων L. — 5. λε'γω] λε'γω δέ L.
F. 1. λε'γω οή. • — άε'ριον] εριον Μ ; έναε'ριον
AL. Corr. conj. — και !3ού] ιδού τοι'νυν
L. — μαρτυρίαι είσ'ιν L. — • 6. δεΐται τό
τοιούτον σύνθημα AL. — Ίνα, ώς φησ'ιν AL.
— 10. Μ mg. : κατάλογος (?) en abrégé ;
main du XV" siècle. — 12. προς τοϋ;
Αιγυπτίους ποιούνται τους λο'γους L. — παρα-
θήσω] παραδίοωσιν Α; παραΟτίσομαί σοι L.
13. μαρτυρίας τινάς L. — 14. ό Ζώσιμος L.
— άποχΐ)] πηγή Α. — 15. "Ολον τό της Αιγύπ-
του...] Citation du traité de Zosime pu-
blié ci-après (III, lu, i-3). Voir, au dé-
but de ce même traité, la note relative
aux variantes fournies par le texte
d'Olympiodore. — 16. τριών] δύο. MA.
■ — 20. Réd. de L : ό Συνε'σιο; προς τόν
Λιο'σκ. γράφει περ'ιτηςτης ύορ. καινεφ. αιτίας.
— 21. της ετησίας] αιτίας Α. — 22. οευκτήν
— σώμα] Réd. de L : φευκτήν [κα'ι άνυπ.
κα'ι λευκή
κην και οζγ. παν σ(ομ.α.
OLYMPIODORE.
SUR L ART SACRE
91
σώμα χυτον καΐ εις εαυτή ν ελκουσαν, ώς και ή -είοα έοίοαζεν, καΐ
φησίν οϋ'τως '« Έάν βούλη το ακριβές γνώ/αι κ. τ. λ
« Και δια 'ζοϋ'το ΙΙηβίχιος τολλήν συγγένειζν ε•/ειν ελεγεν. —
Καλώς έοίδαξας, φιλόσοφε. «
5 3/] Τούτων -λέον τί εχ_ουι.εν άκοΟσαι; Ως ό'τι ή υδράργυρος
φιλοτέχνου αένη υποστατική γίνεται, άνυ-οστάτου αυτής ούσης συ[α.-
μεταβαλλοι/,ένη παντί σώαατι /υτώ; ά-ο άφυΐας δε γινορι,ένη φευκτή
γίνεται. Οΰτως και ή ήυ,ών μαγνησία, ή το (f. 173 r.j στίμμι, ή οί
πυρίται, ή ψάμμοι, ή ό'σα φημίζουσιν ήμΓν σώματα κατασπώμενα
JQ νιτρελαίω ή αύτοματαρείω ή φυσητηρίω ή δ'πως αν ονομάζειν έΟέ-
λοιεν, κατασ-ώμενα υτ.6 ευφυΐας έκτεφροΟνται. Και γαρ σώμα ϋποσ-
τατικον, ό φημιζόμενος παρ' αΟτοίς μόλυβδος μέλας, βν έ-εΟΰμησαν
είοέναι οί Αιγυπτίων προφήται, και οί τών δαιμόνων γρτ^σ^οΐ ιζί-
οωκαν, σκωρίδια και τέφραι Μαρίας. Έξ
α 07 Γ,
ν.ψ-
αρ αυτά ισασιν
J5 είναι. Δια τοΰτο μέλανσις " και έν τη εργασία, άπομέλανσις, ήτοι
λεύκωσις ' ούόεν γαρ άλλο σημαίνει ή λεύκωσις, εί μή το έκμελα-
νίσαι κατά στέρησιν τοΟ μέλανος. Και ό'ρα άκρίβειαν, ώ σοφέ. Ώδε
γαρ εχ_εις πάντα τον μόχθον αιχμάλωτοι» ' ώδε έχεις το απ' αιώνος
ζητούμενον " οίδα σου το άνεξίκακον της σοφίας.
2Q 38] Τοσαύτη κλεΐς λόγου τής εγκυκλίου τέχνης ή σύνοψις. Μή
παραοράμης τι τών ένθάοε ' ανοίξει γάρ σοι πύλας του θεωρητικού
1. êXxouacxv αυτό L. — τ,ΐίΧί ίοίΖαξιν L.
— 2. Έάν βουλή ζ. τ. λ.] Citation de
Synésius (p. 238, éd. Fabricius et ci-
dessus, II, III, fin du § 7, §§ 8 et 9.)
Voir, sur les variantes de cette cita-
tion, page 61, notes de la ligne 18. —
5. Τούτων] τούτου A ; τούτου τοίνυν L. —
ώ; δτ;] ώ; om. A ; ή δτι L. — 6. οιλο-
τΞ'/νουμενη Οο ' ημών AL. — ουαης] 0~αρ-
■/ούση; AL. — Après συ|α.μ=ταβαλλθ[Αε'ν7]]
δέ add. L. — 7. -/υτω — γίνεται om.
L. — 8. οΰτω; — η όσα φτ,αίζουσ^ν] Réd.
de L : ούτω 3έ zat ή ημέτερα ααγν. καΐ το
στ. και ή ψάμμος και ό πυρίτης και οσα OT/I-i.
— 10. αύτοματαρείω] «ύτω τω βοταρίο) AL,
f. mel. — εΟόΟ,η; L. — και έγ/.ατασπ. L.
— 11. τό σώμα τό ύ;:οστατικόν L. — 13.
ώς και οι τών δαιμ. L. — 14. τε'φρας • /.αι
ή Μαρι'α γαρ ές άρχ^ής Α. — έξαρ-/_ης Μ
partout. — Réd. de L : ... τε'^ροας ■ και ή
Μαρία 3ε ίς άρ"/_ης αυτόν οίδε τόν μο'λυβδον.
— 15. ^τοι λεύ/.ίοσις γίνεται L. — 16. ουδέν
— λεύζωσις om. Α J ουδέν — με'λχνο; om.
L. — 18. αί/μάλωτον mss. Corr. conj.
— ά::ό τών αιώνων L. — 20. Réd. de L:
Τοσ. Ιστιν ή κλείς του λο'γου καΊ•τη; εγκ. τ.
— Και μτ) AL. — 21. r.OLÇ^aàoi^r^;^ ;:αράβϊί;
(παραβείς?) Α. — ΑρΓέβπύλας] ;vTijfj£vadd.
L. — Réd. de L ; τοϋ Οεωρ. κ. ττρακτ. «ύτή
η τε'χνη • κα'ι μαΟηστ) ό'τι τά σζωρ.
92
TRAITES DEMOCRITAINS
και πρακτικοΟ, γνους δ'τι τα σκωρίδιά είσιν τα ό'λον μ,υστήριον " δλοι
γαρ εις αυτά κρέ[Λανται καΐ ά-οβλέπουσι ' καΐ τα [χυρία αίνίγια,ατα
εις αυτά ανατρέχει ' και αί βίβλοι αί τοσαΟται αυτά αίνίττονται '
λεύκωσιν γαρ και ξάνθωσιν ύποτίθενται. Δυο γάρ είσιν άκρα /ρώ-
5 ματα, λευκον και μέλαν " και το μεν λευκον διακριτικόν έστιν, το
δε μέλαν συνεκτικόν. Και τοΟτο Ζώσιμος αίνιττόμενός φησιν • «Τήν
κόρην τοΟ οφθαλμού τιαραφέρει και τήν ιριν τήν ούρανίαν ». Και ούκ
αισθάνονται οί ανόητοι τί έστιν το διακριτικον και συνεκτικόν. Το
μεν γαρ συνεκτικόν και συνεχόμενον εις αύτο πυκνόν έστιν κατα-
10 κομιζόμενον ύπο των ιδίων σωμάτων. Κατακομίζεται γαρ ύπο της
ύγρας ουσίας καΟελκομένη ή φύσις του μολύβδου, ώς φησιν Ό ενθεος
Ζώσιμος, -πίσ-^ς αληθείας έστήρι-(£. 173 ν.) κται γνώσεως θεοΰ ' και
τον άόρατον κόσμον μηκέτι έν εαυτή επιδεικνύουσα, τουτέστιν ή ψυχ_ή
άλλως έν άλλω σώματι του àpjupou επιδεικνύει, έν τω άρ••^'ύρω το
15 πυρροΟν αίμα, τουτέστιν τον χρυσόν.
39] ^Ω άφθόνως έχων φίλε μοι, στήσον ώς έν παρατάςει τον σον
λόγον, άμυντηρίοις χ_ρώμενος ^τής σης καλοκαγαθίας ' το πραον και
άνεξίκακον προς το ράθυμοντής πολυφλοίσβου σπουόης, ού τήν σπου-
δήν λοιδορών μή γένοιτο, άλλα το ράθυμον της σπουδής. Τοίνυν το
20 διακριτικόν έστιν το λευκον ' το γαρ λευκον χραίμα ού λέγεται κυρίως'
1. γνούς] μάΟτ,ς 3έ Α. — εστί Μ. —
μυσ-πίριον] Voir III, ιν ^"", Appendice ι.
— 2. όλοι] -άντε; L. — Μ mg. : σή.
— 3. αυτά] αΰτώ Α. F. 1. οΰτό. — 4. Α
mg. : une main. — 7. παραφέρε;] περιφέ-
ρει L, qui ajoute ί] μάλλον ειπείν τα τρία
γρώματα τοΰ όϊθαλμοϋ. (Glose marginale
insérée dans le texte ?) — Τήν ούρανίαν]
του οΰρανοΟ AL. — 8. άνον,τοι] F. 1. αμύη-
τοι. Ut infra (p. 93 1. 3). — 9. αυτό] lautzô
L. — καταχομιζόμενον et 1. 10, κατακομίζε-
ται] καταχυμ. M. — Réd. de L : έστιν, όπερ
κατακομίζεται ύττό των ιδ. σωμάτων. Κατα-
ζοιμιζεται. γαρ η φύσι; τ. μολύβδου υ. τ. υ.
ουσίας καΟοΙ; -ώησίν... — 11. ώ; φησ'ιν ό.
ενΟεο; Ζώσιμο; en petites onciales M. —
ώ; φ. και ό ϊ. Ζώσ. Α. — 12. στηρίζω régit
d'ordinaire le datif et non le génitif;
f. 1. <έ-•> πάση; άλ. έστ. κ. γν. — 13.
όρατον AL. — Μ mg. : ση , de première
main. — Réd. de A : ... κο'σμον έν
έαυτώ μηκε'τ: επιδεικνύουσα. — Réd. de
L : κοσμον έν ε. οΰζ ετι επιδεικνύει, τουτ. ή
ψυ/ή αύτοΰ, άλλ ' oj;. . . — 14. έπιοείκνυσιν L.
— έπ'ι τοΰ αργ. AL. — 15. πυρροϋν] ττυρόν
Α; πυρρόν L. — τουτ. τοΰ yfj^oj AL.
— 16. ώ ά-ίθ. — έστι τό λευκον cm. L. —
17. Après άμυντηρίοι;] -/ροίμασιν add. Α.
— 20. Après κυρίως] χρώμα add. L.
OLYMPIODORE.
SUR L ART SACRE
93
T.y.v γαρ -/ρώΐΛα δέχεται καΐ διακρίνει " το γαρ μέλαν ypiTjay. ίσ-ι
κυρίως, καΙ τοΟ ιχέλανος ττολλαΐ οιαφορχί. ΚαΙ τζερί χρωμάτων δια-
λεγόαενοι, συ^-χείται ό νους των άμυήτων " άλλ' ήαεΓς μή υ.ετα?ώυ.εν
των λογισμών. Μέλανα γαρ οΓοασιν οί àpyaîOi τον μόλυίδον. Εστί
5 οέ ό μόλυίόος ΰγρας ουσίας ' καΐ βλέπε άκρίβειαν δια το λέγειν
ήμας ανωτέρω ττερί της καθελκομένης ψυ/^ης ύ-ό της ΰγρας ουσίας.
Τω βάρει γαρ καταδύεται και έφέλκεται εις έαυτήν πάντα. Και
ωίιΐ έχεις πάντα τα φημιζόμενα μυστήρια.
40] Και δέον πρώτον παραθέσθαι μαρτυρίας ολίγας, και πάλιν εις
10 το ήμέτερον έπανιέναι. Ή Μαρία τοίνυν έξ άρχης μέλανα μόλυβδον
υποτίθεται, καί φησιν " « Έάν Ό μόλυβδος ημών μέλας γένηται, ιδού
γεγένηται " ό γαρ μόλυβδος ό κοινός έξ άρ-/ης μέλας εστίν ». Ούκουν
ού περί μολύβοου κοινού λέγει, άλλα τοΟ γινομένου. Και «πώς γίνεται;
φησιν ή Μαρία. 'Εάν μή τά σώματα άσωματώσης και τά ασώματα
15 σωματώσης, και ποίησης τά δύο εν, ουδέν τών προσδοκώμενων εσται. »
Και άλλαχοΰ ' « Έάν μή τά πάντα τω πυρί έκλεπτυνΟή, και ή
αιθάλη πνευματωθεΓσα βαστα-/Οή, ουδέν εις πέρας ά•/θήσεται. » Και
άλλαχοΟ * α Ό yαλκoμόλυ-(f. 174 Γ.) βδος ετήσιος λίθος.» 'Εξίσου τα
πάντα όμορρευστήσαντα χρύσοπτα πάντα ποιεί " δυνάμει τά ωμά
20 όπτά ποιεί", τά όπτά διπλοί ' ει δε κα» λευκάναι εΰροις ή ξανθώσαι.
ούκέτι ουνάμει, άλλα και ενεργεία. « Έγώ δε λέγω αυτόν, φησιν ή
Μαρία, χαλκόν μόλυβδον είναι δια οικονομίας οντά. » Ή ούν οικονο-
μία τών σκωριδίων, ή διδαχή έστιν αυτή. Έτήσιον ή λιθοφρύγιον
1. AprèsSiaxpivEi] έν Ιαυτώ add. L. —
Réd. de L : Τό δέ (mel.) ιχΛαν y p. |j.dvov ΙστΙ
y.up. y^ui'^x, /.il r.oXXxi είαιν α'ί Ο'.αφ. τοΰ
[jleT.. puis addition : πηγή γάρ h~i πάντων
τΰν άλλων -/ρωμάτων το αε).«ν ypûfia • 3to
•/.α; πόρΐ y ρ. θ'.αλ=γοαένων ημών... — 4. μή
om. AL. — 7. £■; Ιαυ-όν Α. — 10. ή om.
Μ. — 13. μολ;'β3ου mss. — άλλα -ερι ■uO'j
γιν. AL. — 14. Au-dessus de σώματα]
-ως Μ (main du XV° siècle. — Après
σοΐματα] πώς 3έ γένοιτ ' «ν ; add. L. (Glose
insérée dans le texte). — za• τά ασώματα
σωμ. om. M A. — 15. Au-dessus de 5ύο]
-Mi M (XV^ siècle). — 18. M mg. : ώοε,
en lettres retournées. — λίθος έστ:ν L.
— χα• έξ ι'σου L. — 19. πάντα om. L. —
20. εΰροις] βουλήστ) L. — Après ξανΟώσαι]
εΟρήσ£•.ς add. L. — 22. τόν μολυβοον yαλ/.όv
MKL ; signes du cuivre et du plomb
A. Corr. conj. — 23. τών Sjo σ/.ωρ. AL.
— xa\ ή διδ. L. — λιθοφρύγιον ' όξυνε 03 και
πρ. L. — δξει και Α.
94
TRAITES DEMOCRITAINS
δξυνε ■ τροκατάβατττε, γλιάνας, λείου καΐ ε^ε. ΚαΙ Δηαόκριτος '
« Άπο στίμ[/.εως καΐ λιθάργυρου κατάτ-α αόλυβόον.» ΚαΙ -αρεγγυάται,
oùy ά-λώς λέγων, ίνα ρ-ή τΐλανηθης, άλλα [λέλαν. τω ήαών. Και
Άγαθοοαίμων οια [Λολύβοου του ή[Λών ποιείται τάς ίώτεις, και σκευ-
5 άζει μιέλανα ζωμον άπο [Λολύβδου λειών και έξ υδάτων δια το ψαφα-
ρωθηναι τον χρυσόν.
41] 'Ιδού δλως σκευάζουσιν αέλανα μόλυβδον ' ως γαρ ειπον, ό
κοινός [Λολυβδος έΗ άρ/ης [Λέλας εεττίν ' ό δε ήαέτερος γίνεται ριέλας,
[χή οντος αύτου τοιούτου. Ή πεΓρα διδάσκαλος, πάλιν τε αληθείς
10 άποοείξεις και πιθανάς συνάδειν τω προκεΐ[λένω, και εις το πρότερον
ήαέτερον έπανιέναι πειρώααί. Ού " "
χρυσός, μή γένοιτο, αλλ' ή εργασία εστίν. Ού
δίκαιον τους αρχαίους " « το μεν γαρ γράμμα άποκτείνει, το όε πνεύμα
ζωοποιεΓ. » ΤοΟτο συνάδει και πασι τοΓς λεγομένοις ύπο των αρχαίων
15 των εις ταύτα ήσχολημένων, το ΰπο τοΟ Κυρίου είρημένον τοΓς
έρωτήσασιν αύτον μή λογιζομένων. Ει και τήν κεκρυμμένην τέχνην
της χυμείας επίσταται, οησιν τιρος αυτούς ό'τι « πώς μεταβολήν νυν
δρω ; πώς το ύδωρ και το πΟρ, έχθρα και εναντία άλλήλοις και
<^προς τήν^ άντιπαράθεσιν πεφυκότα εις το αύτο συνηλθον ομονοίας
20 και φιλίας χ^άριν » και τά ^f . 174 ν.) έξης. Ώ παραδόξου κρά-
σεως ! πόθεν ήτις ή τών έχθρων ί-κροσ^ογ.τ,'ζος φιλία ;
42] Πάλιν οί χρησμοί του 'Απόλλωνος συνηγοροΟσι * ταφήν
γαρ, Ώσίρεως ύποτίθενται. Ή δε ταφή του Ώσίρεως τί έστιν ;
γαρ, ως φησιν, ο ασ'/;μος γίνεται
γαρ εκφαυλιζειν
1. και -/λ'.άνα; L. — λείοί Μ ; συλλείου
L. — 6 Δη[ΐ.ο/.ρ. AL. — 2. κατά παντός
χοτασπαν τόν μολ. L. — /.α\ -αρεγγ.] κα;
om. AL. — 3. λέγω AL. — 4. Άγαθ. δ=
L. — σκευάζεται AL. — 5. Après μολύβ-
δου] -οιών κα• add. L. — έξυδατεΤν Α ; έξυ-
δατών L, f. mel. — 7. Ιδου -άντε; σκ. Α;
ιδού δε δλω; πάντες σκ. L. — 8. κοινέ; μεν
μόλ. L. — 9. αύτου] αύτω L. — Après
τοιούτου] τινός πρότερον add. L. — και ή
ηεΐρα διδ. Α ; ή π. δέ διδ. εστα: L. — πάλιν
δε και L. — 11. και ήμε'τερον L. — ώ; ο. ό
άργυρο; ήγουν ό αα. L. — 12. ο /ρυσό; L.
— 13. Μ mg. •/. τό μΓ/ σώμα, avec ren-
voi à γράμμα. — τό μέν γάρ σώμα, γράμμα
Α. Cp. Paul, II, Corinthiens, III, 6. —
14. τοϋτο δέ L. — 16. μή λογιζ.] και μή
λογιζόμενοι; L. — 17. /.ιμεία; Μ. F. 1.
-/ημειας. — φησ'ιν — οιλία (ligne 2ΐ) cm.
L. — 22. πάλιν] ετι δε και L. — 23.
Όσίριδο; L 2 fois. Όσιρι;, ιδο;, est la
forme usuelle. — όποτίθ. είναι L.
OLYMPIODORE. SUR l'aRT SACRÉ g5
Νεκρςς έστ'.ν κηρίαις κατισγηαένος, το -ρόσω-ον [jlovov γυμνον έχων.
Καί οησιν έραηνεύων ό -/ρησ[ΛΟς τον Ωσιριν • « "Ωσιοίς έττιν ή
ταφή έσοιγαένη, κρύπτουσα πάντα τά Ώσίριοος μι.έλη, ρ,όνον -ρό-
σωπον έιχοαίνουσα τοΓς βρότοις, τα δέ σώαατα κρύψασα έθάυιβησεν
5 ή ουσις " αύτος γαρ αρχή ύγρδίς ουσίας 7:ά(7ης, κάτο/ος ύτ:άρ-/ων
ταΓς του -υρος σοαίραις. Αύτος τοίνυν συνέσοιγξεν [χολύβοου το
-αν. » ΚαΙ τα έξης.
43] Και άλλος χρησμός αύτοΟ ούτως φησίν ' α ΧρυσόλιΟον λάβε,
δν καλοΰσιν άρρενα τον χρυσοκόλλης και môpy. συμττεφυρμένον. Στα-
10 γόσιν γαρ αύτου τίκτει το χρυσίον Αίθιοπίοος γης. Ένθα μυρμήκων
γένος χρυσόν τε έκοέρει, και ανάγει, κερι ψά[χΐΛου τι λελαλή-
κασιν, τάς ουσίας αίνιττό[Αενοι. Ταριχευοντες οε τα θειώδη τινές,
'ζοΟ φαρμιουθι [Αηνος έλθόντος, εκαστον των εΐόών βάλλοντες εις
λινοΟν στερεον και -υκνον ράκος, ζεννύουσι τη Οαλάσση τα είδη,
10 ά-οβάλλοντες το ζέμ-ο. τε-οιηαένον, και -άλιν έώντες έν τη θαλασσή
βρέχεσθαι, ουκ άφ ' εαυτών ουδέ 'ζοΰτο τεκμιηράμενοι, άλλ ' ά-
έκείνων ών φησιν Έριχής εις •7:ολλούς τόπους, δτι « Ζέσον εις ράκος
λινοΟν στερεόν. » Αΰτος [Λέν βοτάνην εί'ρηκεν ζεννύσθαι, και οικαίως '
« Αύξησιν γαρ λαυι.βάνει ' » ή γαρ αύξησις οΰκ έστιν ααταία ' εις γαρ
15 τροφήν και σπεραάτωσιν αΰξάνουσιν. Και [χέανηνται πολλοί των
αρχαίων των ζέσεων " καΐ Μαρία καΐ Αηαόκριτος οτι κ Πλο-
νον και πλΟνον έως φύγη ή αελανία του στίαυιεως ' και ταύτην τήν
πλυσιν λεύκωσιν αίνίττονται, ώς και ανωτέρω εϊρηται.
30] Πάλιν περί της ξανθής ουσίας φροντίζοντες κατάλογον
20 ξανθών ειδών ποιούνται ' καί οησιν ' « Δυο είσΐ λευκώσεις, ώς και
δυο ςανθώσεις, και δύο συνθέαατα, ^-fipo-/ και ΰγρόν, τουτέστιν έν τώ
καταλόγω του ξαν-(Γ. 177 ν.) θοΰ βοτάνας καί [λέταλλα, και ζωμούς
δύο, ένα έν τώ ξανθώ, καί ένα έν τώ λευκώ ' καί έν αέν τω ςανθω
ζωιχώ, τα δια τών ξανθών βοτάνων, οίον κρόκου καί i/.'J'jz'io'j , και
1. οασιν Μ. — Réd. de L : θ!/.ος ήν σα.,
βλέπων ~ρος ουσιχά;, -ρό; S; k'yji τά; ε'.σο-
οους. — 4. Πάλιν 3έ άναο. L. — 6. Τούτου
Α. — 7. Réd. de L: τ*ρΐ"/. δε'τ.νεςτοΰοαοα.
[1. Ι. ήγουν "οϋ άπριλίου έχαστον. — 8. Μ
mg. : aapijLouOt i-f••''» (main du XV" siècle).
— ε'.ς λευ/,όν κα'ι λινοϊν ■/«! ΐτερεόν L. — 12.
ών] tô; AL. — 6 Έραής L. — 5x'.] λε'γε;
γάρ αυτό; L. — 13. καΙ αυτός δικαίω; L. —
15. <ΐ:τερ[ΐά-ωσιν] σπερμ-ατιάσα: Μ ; σ-ερμα-
τ'ώσ'.ν Α. — αυςάνουσ'.ν] λαμβάνετα*. κα\ αΰ-
ξανομιε'νη Α ; λα|αβάνεσΟα'. αύξανοριενη L. —
Kal μεριν. πολλοί] Λ'.ό /.α'; ~. μεμν. L. —
16. η Μαρία 7.α\ ό Δημ. L. — δτ;] λε'γουσ•.
γάρ L. — 17. εως αν AL. — στ'μμεος L. —
19. Και -άλίν -ερί της λευζης καΐ ξανθής AL.
— 20. ζαί φησ'.ν • δύο] Λ'.ό "/.. οησ'.ν ■ ούο
τοίνυν L. — 21. ξηρόν τε και υγ. L. — 22.
τοϊ ξα'^Οοϋ] τώ ξανθόν Α. F. 1. τών ξανθών.
— βοτάνας] εύρητε:; ,ίοτ. L, f. mel.
lOO
TRAITES DEMOCRITAINS
των όαοίων ' και έν τώ λευκώ πάλιν α-υνΟέαα-:'., καΐ εν ρ.έν τω ζηρώ
πάντα τα λευκά, οίον γη κρητική, κιΐΛωλία, και οσα τοιαΟτα. ΚαΙ
πάλιν έν τω ϋγρω του λευκού, οτα λευκά ΰοατα, οίον ζύΟον και
νυ/.οΰς και οπούς βοτάνων ' Και ταύτα πάντα περί γρω(Λάτων αίνιτ-
5 τόαενοι, ποιούνται την οροντίοα. Αΰτοι οέ, ώς συνετοί, κρίνατε, προ-
γεγυ[ΛνασΐΛένοι έν τούτοις. Ήαεις μεν γάρ πάντων τούτων καταφρο-
νήσαντες, κατά τον Δη^λόκριτον ' « Ίσιχεν γάρ της ΰλης την
διαφοράν, και έπι τά χρησΐ[Λώτατα χωρουια,εν. » Και δρα πώς έν τη
κατ' ένέργειαν βίβλω, τω δευτέρω λόγω, τί φησιν περί της λευκώσεως
10 της λευκής ' « Δύο είσιν λευκώσεις, ώς και δύο ξανθώσεις ' [λία οιά
λειώσεως, και ετέρα δια έψήσεως. Ή οϋν διά λειώσεως γίνεται ' ου
γάρ απλώς συλλειοΰται, άλλ' έν οίόαατι ίερατικώ " έκ όέ του
δώαατος εκείνου του ίεροΟ ov/.yj, έο' ϊσα τά [^έρη, πανταχόθεν λίμιναι
καΐ κήποι παρακείσΟωσαν ' ίνα ια.ή ο X^f^^M^oc, πνέων και κόνιν έκ
15 του σύνεγγυς έπισύρηται κατά της Ουείας. » 'Ιδού τον τόπον της
λειώσεως είπεν αυστικώς. « Και αύτοι, ώς συνετοί, κρίνατε το [/.έσον
τοΰ δώαατος. » Και το « λίαναι κάΙ κήποι, » τί έστιν.
δ1] Έρμης τοίνυν αικρον κόσμον υποτίθεται τον ά'νθρωπον,
λέγων οτι ό'σα εχ_ει ό μέγας κόσμος, έχει και ό άνθρωπος. Έχει ό
20 μέγας κόσμος ζώα -/ερσαία και ενυόρα ' έχει καί ο άνθρωπος
ψύλλους και φθείρας, και [ένυδρα] έλμιγγας. "Εχ__ει ό μέγας κόσμος
ποταμούς, πηγάς, θάλασσας ' έχει ό άνθρωπος τά εντε-(Γ. 177 ν.)
ρα. Έχει ό μέγας κόσμος τά αέρια ζώα ' έ•/ει και ό άνθρωπος
1. /Λ', έν τώ] έν δέ χώ AL, 1. mel. — ■
2. γην κρητικήν, •/.'.[^ωλίαν L. — 5. έν τούτο'.ς
(avec Α)πθ!θϊ3νται τ. op.L. — ι5./.αταΏρονοΰν-
τη; AL. — 9. Réd. de L : έν τω οευτ. λόγω -'.
α. ό Z(oo'.[j.o;. — 10. η [ϋ'α δ. λ. /.. ή έτερα L.
11. ούν] oi L. — γίνϊτα; ημίν -ρώτη L. —
13. τουίεροϋοικουοπη. L. (Glose marginale
insérée dans le texte de M ?i. — • έφ ' "σα
τά [ΛΕρη] έχ'ίύσα τ. |jl. Α ; έζφύσα φΤ|σ\ τά
μίρη L. — -αντα^οΟεν] κα\ παντ. ε'.ζοτω;
L. — 14. -αρεστηκε'.σαν Α; -ζρίν.ίνκα.'. L.
— και κο'ν.ν] και om. L. — 15. κατά τ. θ.
om. L. — 17. α! ).i|xva'. L. — 18. Ό SI
Έρμης L, qui om. τοίνυν. — 19. Έ/ει
ό [χε'γας κόσ[χο; ζ. y. και εν.] Réd. de A:
"Εχει ό κ. (Λεγάλα (avec Α) ζ. /. κα; εν. ό κ.
μεγάλα (avec Α) κα\ μ'.κρά ζ. ■/ . καΐ εν. — Voir
la réd. suivie de L (jusqu'à la fin du para-
graphe), un peu plus loin (Appendice ii|.
— 21 . και οΟείρας, κα\ έτερα έλμίγκα; Α. — 22.
τάεντερα] xaom.AL. — Après έντερα] ολε'βα;
κα\ έξεορας add. AL. — 23. άε'ρια] άγρια Α.
OLYMPIODORE.
SUR L ART SACRE
ΙΟΙ
τού; κώνωττχ;. Έ/ει ό αέγα; κόταος -νεύαατα άναοιοόυ-ίνα, οίον
άνέαους ' έχει καΐ ό άνΟρωττος τάς οϋτα;, οίον τωοε. Ey/t ό αέγας
κόσίΛος ήλιον και σελήνην ' Γ/ει καΐ Ό άνΟρω-ος τους ούο οοΟαλ-
αους, καΐ τον jjièv δεξιον οφΟαλαον τω ήλίω άνατιΟέασι, τον οέ άρια•-
5 τερον τη σελήνη. Έ/ε', ό αέγας κίσαος ο^•ί] και βουνούς ' και ό
άνΟρωττος τα οστέα. Ε^ει ό αέγχς κόο-αος τον οΰρανόν ' ε/ ε', και ό
άνΟοωτϊος τήν κεοαλήν. Ένει ό ούοανος τα οώοεκα ζωοια ά-ό κριοΟ
την κεφαλήν εως !-/Ονων τους -ίοας. Και τοΟτό έστι το φηο-ΐζό-
αενον Trac ' αύτoΓc τό κοσαικον αίμηαα ο και εν τη βίβλω της άρετης
10 μέανηται ο Ζώσΐ[Αος. ΤοΟτό έστιν καΐ ή γη του κόσμου.
52] Και μήν άνθρω-ον εχομεν λειώσαι και έπιβαλεΓν ; φησίν ό φιλό-
σοφος ~ρος τον Ζώσιιχον. Ό δε φησιν ' « Έτεκμηράμην ώς εκ τοΟ κοσ-
μικού, τοΰτο ώον είναι. » Πάλιν εν τη πυραμίοι Ό Ερμής το ώόν αίνιτ-
τόμενος, κυρίως ούσίαν και χρυσοκόλλης και σελήνης έλεγεν το ώόν.
15 Και γαρ το ώον -ροκαλεΓται τον y zuiôxoaov κόσμον ' οί\(^ρω-ον γαρ
Οσιν τον άλεκτουόνα ό Έου-η; καταραθέντα ϋττο του ηλίου.
είναι
φΓ^
ΤαΟτα λέγει έν τη άρ•/αϊκή βίβλω. Έν αΰτ.ώ δε μέμνηται και τ:ερι τοΰ
άστ:άλακος, οτι και αυτός άνΟρωζος ήν " και εγένετο Οεοκαταρατος,
ώς έξειπών τα του ηλίου μυστήρια. Και έτιοίησεν αυτόν τυφλόν. Α-
20 μέλει και εάν φΟάση Οεωρηθήναι ύττό του ηλίου, οΰ οέχεται αυτόν ή γη
1 . Après κώνωπα;] μυία; (,αΰγας Α) κα; τα
εξτ,ς add. AL. — 2. Après άνε'ίχους] βρόν-
τα; κα': άστρα~ά; add. AL. — φύσας] ουσείς
Μ. Corrigé d"après L. — τωοί] ασθενείας
κα; κινδύνου; AL. — 3. Après κόσαο;] τού;
ούο οωσττίρας add. AL. — 6. όττε'α κα\
χρε'ας AL. — Après οΰρανόν] και του;
άστε'ρα; add. AL. — 7. Après κεφαλήν]
και τά ώτα add. AL. — έ/ε; καΐ ουρανό;
— κα• τοΰτο] même rédaction dans Α.
que dans L (voir l'Appendice ii), puis
A continue ainsi : κρ'.όν συναρμομε'να (lire
συνηρ[ΐοσ[ΐΕνα ?) ί~\ (lire ά-ό ?) τοϋ σώ|^ατο;
αΰτοΰ εως χάτω των ποδών τους ίχθϋα;. —
3. δ] ου L. tnel. — 10. τοϊτο έστιν jus-
qu'à συμφωνοϋσίν (ρ. suiv., 1. 8) om. L.
— 11. μήν] μή Μ, avec second accent
grave à l'encre rose, sans doute pour
corriger ή en ήν ; ,αή AK. — έπ'.δαλεΐν] έπι-
βάλα! ΜΚ; επιβάλλον 5ησ\ν Α. Corr. conj.
13. πυραΐΑΐδ;] κυριανίδτ; Α; κυραν^'δ•. Κ. —
τό ώόν] ώόν gratté Μ ; espace blanc Κ ;
τόσον Α. — 14. Τό ώόν. ΚαΊ γάρ τό ώόν
προκαλείτα;] τό (ώόν gratté). Κα'ί γ. τό ζωόν
πρ. Μ; το'σον τό ζώον πρό; καλή (1. προσκα-
λεί ?) Α. — 15. τό ώόν] τό ζώον ΜΚ; το'σον
Α. Corr. conj. [M. Β.). — -/ρυοόκομον
κο'σμον] κόσαον précédé du signe de l'or
M.4.; /ρυσόκομον L. Corr. conj. [M. B.)
— 16. ήλ;ου] ou -/ρυσοϋ. C'est le même
signe {M. B.). — 17. l•/ αϋτώ] ίνταΟθα Α.
102
TRAITES DEMOCRITAINS
εωςέσ-έρας. Λέγει ό'τι « ώς καΐ γιγνώσκων τήν [^.οργην τοΟ ηλίου ό-οία
ήν. » ΚαΙ έξώρισεν αυτόν εν τ?) [Λελαίν/] y/j, ώς 7:αρανο[Λήσαντα, καΐ
έξειπόντα το [Λυστήριον τοΓς άνΟρώττοις.
53] Όμοίως το συναγόαενον έκ τούτων συντομίας χάριν ' ειω^ν/ώσ-
5 κίον ώς ποος τάς γονάς γένος υπάρξει και τω εΐ'οει [Λονον θια->Γ. 178 Γ.)
φέρον κατά των πτηνών δια το πρόχειρον, και ύπο εαυτού φρουρού-
αενόν έί7τιν, καν τε των γ /■χμ.ζρπών ζωών, καν τετραπόδων, καν όιενη-
νό/ασιν αλλήλων προς είδος, άλλα τ^ δυνάι^ει συ[Λ.ΐρωνοΰσιν. Ό δε
άνθρωπος ώς τιαιώτερος πάντων των άλογων ζωών, τοΟτο φερουσιν έπι
10 ρήΐ-'-ης πάλιν, Συνεσίου προς Διόσκορον ^[ρ'ί':^ον-ος. Φησίν ' « Προ-
τετί[Ληται ό άνθρωπος πάντων τών ζώων των έπι της γης. » Το γάρ
κυρίως της δλης τέχνης, φησΙν 'Ωρος κ λαΟραίως είληφέναι το του
άρρενος σπέp[Jια, άλλα πάντα άρρενόθηλυ ύπάρχειν, » ώς πού φησιν ή
Μαρία' « Ζεύξατε άρρενα και θήλειαν, και εύρήσεται το ζητού[Λενον
15 /ωρις γάρ ταύτης της οίκονοιχίας της συζυγίας, ουδέν δύναται κατορ-
θωθηναι " ή γάρ φύσις τη φύσει τέρπεται ». Και τά έξης.
54] Ό δέ Δη[ΛΟκριτος εκ τούτων λαβών <(άφοραάς)> συνεγράψατο
βιβλία τέσσαρα τω της a'^opit.-riç ονόμιατι. Και Μαρία" « χΥαβών πέτα-
λον το μιήνης... » Και άλλαχοΟ ' « Το πέταλον της κηροτακίδος... »
20 κηροτακίδα καλήσασα τήν θάλψιν τήν δια πετάλου. Και γάρ το πέτα-
λον ράκος έκ βοτάνης έστιν εΊργασρ.ένον... » Και άλλαχοΟ ή αυτή'
1. ηλίου οποία] ποιίας précédé du signe
de l'or et du soleil A. Le copiste a
voulu écrire /ρσοποίίας. — 2. μελαίντ)
γτί] μελανί δή γη Μ; [ΐ-ίλανιδηγη Α; μύ^Λ-
viSr) γη Κ. Corr. conj. — -t. ειω γινώσ-
κων] εσο γιν. Μ ; ε'ΐο ίπ'ι γινώσκον Α. F. 1.
επιγίνωσκε. — 5. Οίαοε'ρει Α, f. mel. —
ύπ ' αυτοΰ Α. — 6. κατά] F. 1. καν τε. —
7. καν τε] καΐ Α. — καν] και Α. — 8 . Ό
3έ άνθρωπος — προτετίριηται] Réd. de L :
Διό καΐ ό Συνε'σιος προς Διυσκ. διαλεγο'με-
νός φησιν • Ό όίνΟρ. προτ. — 9. τί;χί'ότερον
π. τ. κτηνών ζ. Α. — 10. [Αντίρ,η ■ πάλιν...
Α. — Après αησ'ιν ; point rouge Α. —
Cp. Synésius, ci-dessus II, πι, η, p.
64, Ι. 12. — 11. Τό γάρ — άλλϊ om.
L. — 12. Όρο; ΜΑ. — 13. πάντα τά
άρρενοΟτίλυα ύπάρ-/ουσιν Α ; παντά οέ άρ-
ρενοΟήλεα ΰπάρ•/ουσιν L. — 14. Ζ. γ. ο.
όίρρ. και Οηλεα L. — θιίλειαν] θήλυ Α. —
εΟρησετε L. f. mel. — M. mg. : groupe
de points. — 15. οικονομικής συζ L, f.
mel. — 16. τη φύσει] τήν ούσιν AL. —
18. ή Μαρία AL. — τέρπει L. — 19. τό
[Αί,νης {sic) Μ ; τό μύνης Α ; τό μήνης Κ.
— Και άλλα/ où] και πάλιν ή αυτή L —
20. κηρ. οέ καλεί L. — πετάλων AL — Και
γάρ τό πε'ταλον] Réd. de L : πε'τ. oi έστι
κα'ι βοτάριον ε'ιργασμε'νον • και άλλα/οϊ! πάλιν
ή αυτή • μή ΟεΤ-ε κ. τ. λ. (ρ. suiv., 1. 3).
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
io3
« τώ αύτώ μ.ωτα.ρίω της ξανθής σοί^/οιχρά/τ^. ']οοί και Οηλυκον ονο[Λα
σανοαρά/η ■ τα γαρ αωτάρια, ώς ιττε,έκ ράκους εϊτίν, και έν τη <τ-/γ^ί\
τf,ς άρσενοειόοΟς ύποκάτω τοΟ ζωδίου Μαρίας έστΙν τàoJoε■ «Συν καΐ
-ασι ypr^ixaT',. » ΚαΙ c/.Woî/oO ' «Πύρινον οάραακον... » Και άλλανοΟ
5 οησίν ή Μαρία ' « Μή θέλε ψαύειν yv.poîv " ουκ ει γένους Άβρα-
[Αίαίου ■ και ει ρ.ή ει έκ τοΟ γένους ήια.ών... » Και δρα οτι ειδική έστιν ή
τέχ_νη (f. 178 \.] και οΰ κοινή, ώς τίνες δοκοΟσιν, και τ.ρος είδότας ή
λαβόντας λελαλήκασιν. Άλλα σύ, κάλλιστε υιέ, τα δοκοΰντα γρτισιμοι.
άναλέγου, παραινούμιενος παρά τοΰ φιλοσόφου ώς " « Νοή(Λοσι λέγ(.ο,
10 γυμνάζων υμών τάς φρένας εις το τίσι όεΓ κε^ρήσΟαι «. Και ει έν τού-
τοις ΰπήρχον ασκούμενοι οί νέοι, ουκ αν έδυστύχουν κρίσει έ-ι τάς
πράξεις ορμώντες. Και ' α Γίνεσθε παΐάες ιατρών, ίνα νοήτε τάς φύσεις,
όπηνίκα αύτο ύγιεινον φάρμακον κατασκευάσαι βουλόμενοι, ζοΰζο ουκ
άκρίτω ορμή πράττειν έπιχειρουσιν ». ΚαΙ τα έξης.
15 5θ] Βλέπε ούν πώς έρρέΟη οτι ή τέyvη ειδική έστιν, και οΰ κοινή.
Άκούετε τοίνυν, άφρονες, τί φησιν "Ωρος Ό -/ρυσωρυ/ίτης ~ρος Κρο-
νάμμονα περί της μερικής τέχνης τε και των ειδών. « Μικρόν λογύ-
δριον παρενθήσω της άληθίνης φύσεως τήν έρμηνείαν ποιησάμενος,
τοσούτον παρ ' ήμΓν μνημονευθεισών τάξεων, και μηδαμοΰ της άλη-
20 θείας της δια ψάμμων καΐ λίθων εκδοθείστ^ς ' άλήΟειαν είπον της δια
ψάμμων ' τών γαρ τάςεων μηοαμώς εις πέρας ά'/θεισών. Τίς γαρ ούκ
οίδεν δτιπερ και γ^ρυσος και όίρ-'^'υροζ και χαλκός και σί^τ^ρος καΐ
μόλυβδος και κασσίτερος και γαΓ και λίθοι και μέταλλα έκ της γης
εισιν και χρήσιμα τυγχάνουσι ; ΚαΙ έκ τούτων τήν συγγραφήν έποιή-
25 σαντο, ποιήσαντες και ζωμούς έκ βοτάνων χυλών και οπών, δένδρων
1. μωταριω] βοταρίω Α, f. mel. — 2. σχν-
δαρι/η; Α, f. mel. — 3. άρΐί'/οιΛο^;] F.l.
άρσενοτίτου. Cp. le paragraphe jg. — -4.
-ύρινον] F. 1. r.-jzi'.oy (M. B.). — 5. /;•.-
poîv] "/.îpoTv M ; χερσ'ιν AL. Corr. conj. —
Réd. de L : Où γαρ l•/. γένου; ε• άβρα-
μ,ιαίου -και γαρ εί,υ-η Ι/, τ. γ. ηριών η (lire
ει), οΰ δύνασαί ψαΐσαι, οτι μερική έστιν
αϋτη ή τε'/νη, χα• ού κο'.νή. Puis omission
des mots ώ; -iv:; 3ο/.οϋσίν jusqu'à κα\ τών
εϊίών (1. IJ). — 11. κρι'σε•.] αδιακρίτως
Α. F. 1. διακρίτως. — 16. ο^ο; ΜΚ; ό ερο;.
Corr. conj. — 17. Avant μικρόν] 'Εγώ δέ
add. L. — 18. Après ποίΓ,σάμενο;]. Voir
ci-après, Appendice m, la rédaction de
L jusqu'à la fin du texte d'Olympiodore.
I04
TRAITES DEMOCRITAINS
και καοΰών και ςύλων ςηρών καΐ υγρών " έκ τούτων ζωι^.ούς κατασ-
τήσαντες, συνεστήσαντο τήν "Α'/ντρ έκ ταύτης της [Λίας, ώς εν οέν-
δοον εις ρ^ρίους κλάοους οιελέντες, μυρίας τάξεις έποιήσαντο. Έ•/εις
ουν ώίε ολη ουνάαει το όλον (f. 179 Γ.) τοΰ έργου ' -/αλκομόλυβδος,
5 έτήΐ7ΐος λίθος έΗίσου ό[Λορρευστήσαντα χρύσο-τα ττάντα -ο'.εΓ. Το οέ
«όαορρευστήσαντα» ουδέν άλλο σηυιαίνει, ή τοό[Λου καΐ κατ' αΰτον όευ-
σαντα, δηλονότι οια τοΟ -υρίς.
Η. IV Β.^ _ OLYMPIODORE. — APPENDICES.
APPENDICE Ι
10 § 38. — (Voir p. 92. 1
Nous croyons devoir donner ici une page écrite en tète du i "" folio du ms.
M, d'une main du XV"^ siècle et dans un dialecte presque barbare, texte dont
nous tentons la restitution. Cette page est suivie par des termes magiques,
puis par la formule de l'Ecrevisse, avec interprétation; enfin par les mots
15 bxÎîv h-.•, τα λεγί'λενα !7•/.ωρ''δ'.ά s'.7'.v -3 ïXsv [;.υΐτήρ'.:ν. — Les variantes intro-
duites dans ce texte sont toutes des corrections conjecturales.
Λαβών την άπουιένουσαν Ηηράν και ΐΑελανουιχένην τρυγέαν, λεύκανον
ούτως... Έστω σοί τινι τϊροκατετκευασίΛενον το οι 'άο-βέσ-του ΰ<ιΜ^, ήτοι
θΐοίζε~α.^ί).ίνην οια σποοου αλαβάστρινου ώσει σαπουναρική στακτή.
20 'Επίβαλε τήν τε έν τούτω και -λΟνον αυτά καλώς εως ου ^αελάνωσις
τώ υδατι γένηται ' καΐ ήΟου ' κατάγγιζε το ύδωρ ά- 'αυτού. 'Έ':ζρον
έ-ίβαλον και, ει βούλει, -ροκαταχώσας ήαέρας τινάς, ήΟου το άγ-
γείον ■ πλΟνον ομοίως κατά την προδηλωΟεΓσαν τάξιν. Είτα καταγγίσας
3. δι•λο'ν-ε;] οιη/.ωντα; (λων écrit de 1'''= [ όαορ. om. Α. — τ.ο'.ζχ] F. 1. πο'ζ:. — 6.
main au-dessus de κων M; otrj/.wvxa; Κ; Îj το] ήτοι Α. F. 1. η τί. — — 18. Après
διάζειντα! Α. Corr. conj. Dans le passage ' οϋτω;, espace blanc dans le ms. — • 'Έστ(ο
correspondant (Appendice m), La Sirj/.ov. | σο'.τ''ν'.]£στοσίτ;νη ms. — 19. στά/.τη ms. —
— 4. όιχορευστ. mss. ici et 1. suiv. — M 21. ζατάγγυζ'ε ms. — 22. ε•, βούλε•.] ή βου«
mg. : groupe de points. — 5. -/ρύσο-τχ j ms. — 23. κατ£γ•ρσα; ms.
OI.YMPIODORE. — APPENDICES
I05
αΰΟ'.ς, τα ιχελανίζον γαρ υοωρ έ-Ι το άλλο αέρος συνε-ίβαλε. Είτα
χώσας τοσαύτας τ^ιι,ίρχς, ήΟοΟ τος άνΓγεί?), καΐ -λΰνον. ΚαΙ τούτο -οιών
αναλίσκεται ή αελάνωσις οι ' επιφανείας, κχΐ λευκόχροος γίνεται, ϊά
όέ -ροσ(χελανισθέντα υοατα έ'αβαλε εν σκευει τινι ύελίνω, καΐ ζεοιζη-
5 λώσχς, ξηράνας κατά/οοσονήαέραςτινάς. Καΐώς ιόν γενόαενον, άνιγε (?)
οι ' οργάνου [/.ασθωτου * και λευκον πάλιν γίνεται. ΤαΟτα οϋ'τως ποοσ-
λευκάνας καΟά -ρολέλεκται, ξήρανον και βάλε έν ίγοίω ' επίβαλε αϋ-
τοΓς έκ τον προητη αασαένον (?) λευκον ύδωρ ' κατ ' ολίγον [ολίγον] επί-
βαλε και τρίβε, ά'χρις αν καλώς προπλυΟή και κτήσηται ^έν^ καιρώ
10 συστασιν τε και ιχοργί^ν. Και ξηράνας τοΟτο, βάλε έν βικίω ύελίνω, και
άσφαλισάαενος, κατά/ωσον ήυιέρας τινάς, τουτέστι ά-/ρις ο'ϋ τέορα οιηΟη-
θεΓσα άραιωΟεΓσα και προς ίκανήν ελΟη λευκωσιν " οιαλειοΓ, και άοαι-
οΟται ■ και τεΟείτα επάνω τινός οΗους, καΐ προσδε•/όυ.ενος τάς δριμείας
αύτοΰ άταίοας, παραλειοΟται, δηλαδή λευκον γίνεται δίκην ψιυ,υΟίου
15 το άπο υ.ο\6ζζου γινόυι.ενον. Αυνατον γαρ οΰ'τως γενέσθαι και άσβεστος •
τεθέντα δηλαδή τον ήί^έτερον λίΟον επάνω τοΟ οξους δρΐ[Λέον άταον,
αολυβΰινον πέταλον. Ει όέ ξανθον ταύτα κατασκευάσαι βούλιον αέτα (?)
ίκανώς πλυΟήναι και ξηρανΟήναι [και ξηρανθήναι] ξανθοίς σεσ-/;υιυιένοις
ΰόασιν ποτισΟήναι και πλυθήναι,και πλασΟήναι αυτά λευκον, και αετέ-
20 πειτα ξηρανΟήναι, και καλώς θήναι ' και έπληρώΟη σύν θεώ /ρίσις
'Ιουστινιανού.
APPENDICE II
§ 5ι (après le mot ïrjoçx). Réduction de L. (Voir p. loo, 1. 19.)
"Ε-/ει και Ό άνθρωπος ψύλλους κ. φθ., -/ερσαΐα, και έλαινθας,
25 ενυόρα. "Εχει ο αέγας κόσαος ποτ., πηγ., Οαλ. " έ^ει κ. ο ixvf)p.
έντερα, φλέβας, εξέδρας. Έχει ό α. κ. αέρια ζ. ' έ•/ει κ. ό άνΟρ.
1. ίπιτό άλλον f'5!cy μέρος ojv επίβαλε ms.
— 2. ήΟοϋ το; άνίγε] F. 1. ήΟοϋ τό ά-^γείον
(ut supra). — 5. ανιγε] F. 1. άναγε. — 7.
ajTOÎ; Ι/, ιόν 7:ρθΓ,•:7;ιχασαενον] F. 1. αϋτ^; ε/.τον
(se. με'ρος) προκατεσζευασμε'νον. — 9. ζΐτίσετα;
xaipousi; ταστ,ντα ms. — 11. α/ ρις οϋ τετζα
διαΟϊ'.σα ms. — 12. άρα-.ωΟείσα] άρεοΟ•'σαν
ms. F. 1. άρακοθί) τε. — 14. 7:«ραλε:ο0ται]
;:αραλίετε ms. — 15. γινομε'νου ms. — 17. ν.
οι] 5] δέ ms. — ^ούΧιο•/ με'τα] F. 1. βουλοί-
[ΐεθα. — 21. Ίουστίανοί ms. — 24. κ. sO-]
Nous abrégeons la plupart des mots
existant dans le texte d'Olympiodore
publie' ci-dessus.
14
I06 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
"/.ών., αυίας, καΐ τα έξης. Ε-/ει ό α. κ. ζνεύακτα άναο., οίον αν.
βροντά;, άστρα-άς " εχε-, κ. ό άνΟρ. τάς φύίτας, καΐ τάς -πορδάς,
καΐ τάς ασθενείας, και τους κινούνους, καΐ τα έζης. Ε•/ει ό u.. κ.
τους δύο φωστήρας, τον ήλιον κ. τ. σελ. ' εχε'. καΐ ό ά'νΟρ. τους
5 δύο φωστήρας, τους οφΟ., τον υ.έν οεςιον οφθ.,ώς τον ήλιον, τον
δε αρ., ώς τήν σελήνην. Έχει ό α. κ. ορη καΙ β. ' ε^ει κ. ο
άνΟρ. οστέα καΐ κρέας. Έχει ό [λ. κ. τον ούρ., και τους αστέρας'
ε^ει κ. ό άνΟρ. τήν κεφ. και τα ώτα. Έ•/ει ό ιλ. κ. τα δώδεκα ζώδια
του οΰρανοΟ, ήγουν κριον, ταΰρον, οίουυιον, καρκινον, λέοντα, παρ-
10 Οένον, ζυγον, σκορπίον, τοξοτην, αίγόκερον, υύρογόον, ί^θυας '
ε]/ει κ. ό άνΟρ. αυτά άΰο κεφαλής, ήγουν ώς άπο τοΟ κριοΟ
[Λ.έχρι των -οοών, οί' τίνες νο[Λί'ζονται οί ϊ/θυες, και τοΰτο
APPENDICE III
§ 55 (jprès le mot -οιησάα:νος). Rédaction de L. (Voir p. io3, 1. i8.)
15 Ίστετοίνυν, ώ φίλοι χρυσοτε-/νΐται, οτι δεΓ καλώς και εύτεχνεστάτως
κατασκευάζειν τάς ψάμαους, ών (f. 1. ώς) και — ρότερον ερμήνευσα "
άνευ γαρ τούτων [Ληδα[Λώς ή ττραξις εις ττέρας ά^Οήσεται. Καλούνται
δε '|iaui[jioi έκ των άρ-/αίων -άντα τα επτά υ.έταλλα ' εκ της
γής γάρ εϊσι, και λιΟώδη, και χρήσιυια τυγχάνουσι ' και περί
20 τούτων άπαντες συνεγράψαντο. Έτι οε και οί ζωυ,οι, οί έκ βοτάνων,
και -/υλών, και οπών οένορων, και καρπών, και ξύλων ξηρών και
υγρών ■ έκ τούτοον γαρ συνεστήσαντο τήν τέ-/νην, ήν ώς δένδρον
ποιήσαντες, εις υιυρίους κ/^άοους παντα-/_όσε οιήκον εις [χυρίας τάξεις
και πράξεις κατεσκευάσαντο ταύτην. Έ-/εις ούν ώδε, δλη δυνάμει,
2ϋ ολον ΤΟ έργον τοΟ χαλκού ' ος έστιν Ό ο(.'.τί]σιος λίθος ' ον έξ ίσου δμορ-
ρεύσαντα χρυσόπτα και πάντα ποίει τά της τέχ^νης. Το δε « Ό^ορ-
ρεύσαντα » oùoïv άλλο σημαίνει ή το όαοΟ και κατά ταύτον ρεύσαντα,
δηλονότι, διά του πυρός. Τέλος τοΟ Όλυμπιοδώρου.
ίΐ^
COLLECTION
ALCHIMISTES GRECS
TRADUCTION
NOTE PRELIMINAIRE
Les sigles des manuscrits et les abréviations sont les mêmes que pour le
texte grec. — Elles ont été indiquées à la page 2 de ce texte.
PREMIERE PARTIE
r r
INDICATIONS GENERALES
I. 1. — DEDICACE
Regarde ce volume comme renfermant un bonheur secret, qui que tu
sois qui es l'ami des Muses. Mais si tu veux en explorer les veines char-
gées d'or, qui sont habilement cachées; ouvre l'œil vif de l'esprit et élève-le
vers les natures divines, avec une parfaite perspicacité ; parcours ainsi ce
très savant écrit, et trouves-y le trésor d'une connaissance supérieure, en
cherchant et explorant la nature trois fois heureuse, la seule qui domine
les natures d'une manière divine (i), la seule qui enfante l'or brillant, celle
qui fait tout; celle que seulsont découverte, par leur esprit inspiré des Muses,
les amants de la gnose divine. Celui qui l'a inventée, je ne dirai pas qui
il est. Admire Tintelligence, la sagesse de ces hommes divins, créateurs des
corps et des esprits (2); (Admire, dis-je) comment ils ont atteint la hauteur
sublime de la gnose, de façon à animer, à tuer et à vivifier, à créer des
figures et des fermes étranges (3).
Ο merveille ! ô bien heureuse et souveraine matière ! Celui qui la con-
naît à fond et qui sait les résultats cachés sous ses énigmes, celui-là, oui,
c'est l'intelligence digne de tout honneur, c'est l'esprit éminent de Théo-
dore, qui s'enrichit d'une manière divine, lui le fidèle défenseur des prin-
(i) C'est la formule favorite du Pseu- i lement les substances volatiles que l'on
do-Démocrite. 1 peut fixer sur les métaux, ou en sépa-
(2) Le mot corps, σώμ,ατα, s'applique | rer (v. Introduction, p. 247).
dans la langue des alchimistes, aux mé-
taux régénérés de leurs oxydes et autres
minerais. — Le mot esprit, -νεύματα, a
un sens plus vague ; il signifie spécia-
(3) Ces expressions mystiques signi-
fient la production des métaux, leur dis-
parition par oxydation, dissolution, etc.,
et leur régénération.
4 INDICATIONS GENERALES
ces. Il a rassemblé, il a fait entrer une collection étrange dans ce volume
de conceptions savantes.
En le protégeant, Christ, souverain maître, tiens-le en ta garde I
Sur le Théodore auquel est adressée cette Dédicace.
L'indication de ce nom, qui se rapporte à un haut fonctionnaire de l'empire
byzantin, est la seule que nous possédions sur la formation de la collection alchi-
mique. Elle concerne une époque comprise entre Héraclius et le commencement
du xi•^ siècle, date du ms. de Venise; époque qui comprend celles des compilations
de Photius et de Constantin Porphyrogénéte (voir Origines de l'Alchimie, p. g8).
— Le nom de Théodore est d'ailleurs trop répandu pour qu'on puisse espérer iden-
tifier, sans autre indice, le personnage actuel avec quelque byzantin, connu autre-
ment dans l'histoire. Dans les ouvrages de Zosime, on trouve aussi, sous le titre de
« Chapitres à Théodore », un résumé des sommaires de divers traités {Origines de
l'Alchimie, p. 184). Stephanus écrit pareillement à un Théodore (Ideler, t. Il, p. 208),
lequel pourrait être'notre personnage : il serait alors contemporain d'Héraclius.
l. II. — LEXIQUE DE LA CHRYSOFEE
PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE (i)
A
Semence de Vénus. — C'est l'eflHorescence du cuivre (2).
Albâtre ou Alabastron. — C'est la chaux tirée des coquilles d'œufs, le sel
des efflorescences (3), le sel ammoniac (4}, le sel commun.
(1) D'après le manuscrit L ; Lexique
métallique, par ordre alphabétique, des
noms de l'art divin et sacré employés
dans ce volume sur la matière d'or. —
D'après A Ε : Lexique métallique de
l'art sacré, par ordre alphabétique, ren-
fermant les signes et les noms, écrit pour
la première fois en langue grecque, etc.
— Ce qui semblerait indiquer qu'il
aurait été traduit d'une autre langue à
l'origine (?).
(2) \''ert de gris et corps analogues
(v. Inlrod., p. 232).
(3) Salpêtre, ou sesquicarbonate de
soude, ou sulfate de soude, ou même
chlorure de sodium'fv. Nitrum : Introd.,
p. 263), suivant les terrains.
(4) Ce mot ne désignait pas à l'ori-
gine le chlorhydrate d'ammoniaque ;
mais, à ce qu'il semble, une variété
de natron. Plus tard il a pris son sens
actuel (voir Introd., p. 23-).
LEXIQUE 5
Chaux d'Hermks. — C'est la chaux tirée des œufs (i), sublimée par le
vinaigre, et exposée au soleil (?!; elle est meilleure que l'or (2).
Sel efflorescent (3). — C'est la mer, la saumure, la mousse du sel.
Ecume d'une espèce quelconque. — C'est le liquide mercuriel.
Liquide ARGENTIN. — C'est la vapeur sublimée du soufre et du mercure (4.
AsÈM. — C'est ïios provenant de la vapeur sublimée (5).
Fleur d'Achaïe. — C'est la laccha (6).
Fleur du cuivre. — C'est la couperose, la chalcite (7), la pyrite, le soufre
blanc après traitement.
Sel. — C'est la coquille de l'iïuf ; le soufre est le blanc de l'œuf; la coupe-
rose en est le jaune (8).
Androdamas. — C'est la pyrite et l'arsenic (0).
Ce que l'on MET λ part. — C'est le son du blé.
Vapeur sublimée. — C'est l'eau du soufre et du molybdochalque (10).
Aphrosélinon (Ecume d'argent). — C'est la comaris, la coupholithe (11).
Amphore a vin. — C'est un vase de terre cuite.
Βαλέ. — C'est le mercure tiré de l'argent et la pierre scythérite.
Éjaculation du Serpent. — C'est le mercure (12).
Indestructible. — Ce qui ne peut être volatilisé.
(i) Il s'agit icidesœufs philosophiques
et d'une préparation mercurielle. —
D'après BAL : η c'est la vapeur des œufs
dissoute par le vinaigre, etc. »
{2) Les mots « que l'or « sont omis
dans plusieurs ms. — Au lieu de : «ex-
posée au soleil » il faut peut-être lire :
« devenue couleur d'or s; le même si-
gne représentant l'or et le soleil.
(31 Voir la note (3) de la page pré-
cédente.
(4) M donne le signe du mercure,
puis vient cette phrase :
(5) Asèm, Electrum, alliage d'or et
d'argent (voir Origines de l'Alchimie.
p. 2i5;etInirod., p. 62). Divers alliages
et amalgames étaient désignés par le
même nom : ce qui explique le rôle
attribué ici au mercure (α;θάλη)-Ιός que
l'on traduit d'ordinaire par rouille, signi-
fie plutôt ici la matière que l'on prépare
au moyen de la vapeur sublimée.
(6) Orcanette.
(7) Minerai de cuivre {Introd.,p. 243).
(S) Voir Texte grec, ou Traduction,
I, m et IV.
(g) Pyrite arsenicale et sulfures d'ar-
senic.
(10) BAL. « C'est l'eau de l'étain et du
plomb et du cuivre » ; le mercure des
philosophes (Orig. de l'Alchimie, p. 272
et 27g). Le mercure se retire aussi par
sublimation de ses amalgames avec les
métaux.
(iil Syn. de talc, ou desélénite.
(12) BAL ajoutent : « Extrait du
cinabre. »
6 INDICATIONS GÉNÉRALES
Pierre d'Aigle. — C'est la chrysolithe, le porphyre, la pierre pourprée de
Macédoine et la pierre polychrome.
Incombustibilité. — C'est le blanchiment.
CoivRE couvert d'ombre (ou obscurci). — C'est la fleur du cuivre.
Changement de nature. — C'est la teinture (i).
Saumure. — C'est la chrysocolle.
Argyrolithe (Pierre d'argentj. -— C'est la sélénite.
Tout mercure. — Se dit du mercure composé avec les trois soufres
apyres.
Natif (produit). — Se dit de ce qui est pur et non souillé. C'est, à pro-
prement parler, ce qui est intact, non obscurci et brillant comme la
fleur de l'or.
Β
Renoncule. — C'est la chrysocolle et la chrysoprase (aigue-marine).
Bol (ou masse pilulaire). — C'est le soufre cru.
Bostrychite. — C'est la pyrite, la pierre étésienne, la chrysolithe.
Pierre de touche. — C'est la pierre du mortier.
Teinture [ou trempe . — C'est le changement de nature.
Toutes plantes jaunes. — Ce sont les chrysolithes.
Orge. — C'est le germe (2) de la bière.
Lait de la vache noire. — C'est le mercure extrait du soufre (3).
Terre (dite) astérite. — C'est la pyrite, la terre de Chio, la litharge, le
soufre blanc, l'alun, la cadmie blanche, le mastic (4).
Terre d'Egypte. — C'est la terre à poterie.
Terre de Samos. — C'est l'arsenic et le soufre blanc.
Lait DE tout animal. — C'est le soufre.
Gypse. — C'est le mercure solidifié.
(I) Dans L, les articles précédents
sont confondus, par suite de quelque
erreur de copiste.
(21 Orge germée.
(3) C'est-à-dire du sulfure noir de
mercure.
(4) Résine naturelle.
LEXIQUE 7
Δ
Rosée. — C'est le mercure extrait de l'arsenic (i).
Litière. — C'est l'eau du mercure.
Bile du serpent. — C'est le mercure extrait de rétain (ou du cinabre; addi-
tion de BAL).
Ε
Helcysma. — C'est le plomb brûlé (2).
Encéphale. — C'est la chaux des coquilles des œufs.
Décoction. — C'est la dispersion, le délaiement, le grillage.
Adjonction. — C'est l'agglomération attractive.
Huile. — Répond aux fleurs (3) des teintures.
Pulvérisation complète. — C'est le blanchiment, la mutation, la réduction
en mercure (des espèces BAL).
Raffinage. — C'est l'extraction au moyen des liquides, c'est-à-dire la
transmutation.
Pierre étésienne. — C'est la chrysolithe.
Ζ
Petit levain. — C'est le soufre.
Levain. — C'est la combinaison des corps métalliques avec la vapeur
sublimée de l'échoménion (4) et avec la fleur du carthame (5).
Liqueur tinctoriale. — C'est la couperose traitée suivant les règles (de
l'Art., AL.)
H
Demi-corps. — Ce sont les vapeurs sublimées (6).
(li C'est-à-dire l'arsenic sublimé, ] serait donc une variété de litharge.
regardé comme un second mercure, à j (3) Couleur, _/?05.
cause de sa volatilité et de son action (4) Basilic? — - Voir plus loin.
sur le cuivre (hitrod., p. 99 et 239).
(2) Pline, H. N., 1. XXXIII, 35.
Scoriam in argento Grœci vocant hel-
(5) Cet article est tiré de L. σώαατα
signifie les métaux réduits de leurs mi-
nerais.
cysma. — Dioscoride, Mat. méd., \. \ (6) Cette expression rappelle les demi-
V, loi, dit aussi : « La scorie d'argent métaux des auteurs du xvm« siècle,
s'appelle helcysma ouencauma. ». Ce
8 INDICATIONS GENERALES
ÉcHOMÉNioN (i). — C'est la fleur de carthame.
Électrum. — C'est la poudre (de projection) parfaite.
Chevelure du Soleil. — C'est le soufre extrait de l'or.
Disque salaire. — C'est le mercure e.Ktrait de For.
Θ
Soufre blanc. — C'est la vapeur sublimée du mercure, fixée avec la compo-
sition blanche.
Soufre blanc. — C'est la pierre chrysétésienne, l'hématite.
Soufre non brûlé. — C'est la vapeur sublimée et le mercure.
Soufre liquide (ou fusible). — Ce sont les deux antimoines et la litharge.
Eau de soufre (a). — Ce sont les blancs d'œufs coagulés (?) et le marbre
travaillé.
Rameaux des palmiers. — C'est le soufre blanc.
Soufre non calciné. — L'eau mêlée et blanchie, extraite de l'arsenic et
de la sandaraque ,3).
Soufre natif. — C'est le safran tiré des liqueurs.
Eau de soufre. — Celle qu'on tire du plomb (4).
Eau de soufre. — C'est celle que l'on extrait par dissolution de la chaux
et de l'albâtre.
Soufre en suspension (5). — C'est une eau.
(i) Ce mot ne se trouve nulle part
ailleurs que chez les alchimistes. —
Serait-ce pour Ωζυαε'ν.ον : Basilic ? Le
Basilic, plante et animal, joue un grand
rôle dans les sciences occultes du moyen
âge. Il était assimilé au Serpent qui se
mord la queue, à la Salamandre, au
Phénix, etc. {Bibl. Cheiii. de Manger,
t. I, p. 106 et 706).
(2) Eau de soufre ou eau divine par-
tout : le mot grec étant le même. Les
mêmes signes désignent quelquefois
l'eau de plomb. — Les articles relatifs
au soufre offrent de nombreuses va-
riantes et interversions dans les ma-
nuscrits. — On voit par les textes du
Lexique que le sens des mots soufre,
eau de soufre, etc., était singulièrement
flottant.
(3) Au-dessus du mot arsenic, on lit
son signe ouvert à droite dans M; au-
dessus du mot sandaraque le signe de
"arsenic est retourné et ouvert vers la
gauche (ce qui rappelle le signe du mer-
cure opposé à celui de l'argent). Cet
article est confondu dans M avec la fin
de la ligne 7 (texte grec!.
(4) Rappelons que le même signe
exprimait le plomb et le soufre.
(5) Cela se rapporte-t-il à l'extrait de
Saturne, précipité formé dans l'eau ordi-
naire par les sels de plomb basiques ?
LEXIQUE g
Corps sulfureux. — Ce sont les minerais métalliques.
Eav de soufre. — C'est la décoction du plomb (i).
Eau de soufre (pour le jaunissement, tirée de la sandaraque) (2). — C'est le
vin aminéen, extrait de la chélidoine.
Soufre LAMELLEux. — C'est l'arsenic (orpiment).
Deux soufres : ce ne sont pas des compositions; ils accomplissent l'œuvre
divine.
Le Marbre thébaïque. — C'est la chaux des œufs ; il est (appelé) aussi tita-
nos; alun lamelleux — celui de Mélos est le soufre apyre.
L'Eau de soufre. — C'est notre vinaigre.
Soufre blanc. — C'est le plomb après traitement.
Soufre. — C'est le cuivre après traitement.
I
los raclé (3). — C'est la vapeur sublimée et la chrysocolle (soudure
d'or,
los. — C'est le jaunissement ; l'eau de soufre natif; le comaris de Scythie ;
le pastel de l'Inde; la renoncule; la chrysoprase ; la chrysocolle.
Pierre sacrée. — C'est la chrysolithe.
Pierre sacrée. — C'est le mystère caché (A E\
Κ
(Substance) brûlée de Coptos. — C'est la lie, l'écume de l'argent.
Fiente de l'or et Minerai d'or, chrysammos. — C'est la chrysolithe (pierre
d'or.
Étain. — C'est le cinabre.
Eau de Calaïs [4). — C'est l'eau de chaux.
(i) Même sens que plus haut. ' priétés spécifiques, et, par extension, le
(2) D'après Β A. — Il s'agit de l'acide principe delà coloration et la propriété
arsénieus impur, obtenu par le grillage spécifique elle-même, etc. (Introd.,
du réalgar. [ p. 254).
(3) los a un sens complexe : c'est la I (4) Ce mot se trouve appliqué au
rouille des métaux; c'est la pointe de , cuivre dans la Diplosis de Moïse : il
la flèche ; c'est le venin, c'est-à-dire le semble que ce soit un nom de lieu,
principe actif, l'extrait doué de pro- '
ΙΟ INDICATIONS GENERALES
Cinabre. — C'est la vapeur sublimée, obtenue par cuisson dans les mar-
mites (i).
Cnouphion (2). — C'est le chapiteau (de l'alambic).
Fumée des cobathia. — Ce sont les vapeurs de l'arsenic (sulfuré) (3).
Colle attique. — C'est la larme de l'amande (4).
Gomme. — C'est le jaune (d'œuf).
Claudianos. — C'est la chaux des œufs, le peuplier noir et le cassia (5).
CoMARis de Scythie. — C'est le soufre et l'arsenic, avec tous ses noms.
Cadmie. — C'est la magnésie.
Huile de ricin. — C'est celle que l'on extrait des figuiers sauvages ; car
beaucoup la préparent ainsi.
Cire solide. — Signifie les corps (métalliques) solides (6).
Substance brûlée. — C'est la substance blanchie (7).
Roseau. — C'est le soufre.
CoMARis. — C'est l'arsenic.
Sang de moucheron (8). — C'est l'eau d'alabastron après traitement.
Λ
Cuivre d'oseille (9). — C'est le vinaigre.
Pierre de Dionysios. — C'est la chaux.
Pierre blanche (leucolithe). — C'est la pyrite.
Pierre qui n'est pas une pierre. — C'est la chaux et la vapeur sublimée,
délayée avec du vinaigre.
Pierre phrygienne fio). — C'est l'alun.
(1) C'est-à-dire le mercure sublimé
(v.DioscoRiDE, Ι.ν,ι 10), ou son sulfure.
(2) Tiré du nom du dieu Cnouphi
(voir Origines de l'Alchimie, p. 3i).
(3) RuLANDUs [Lex. Alch., p. 1 58) tra-
duit ce mot par Kobolt; c'est toujours
un composé arsenical (v./)!i;Oii.,p. 245).
(4) Le lait fait avec la pâte d'amandes.
(5) Voir Introd., p. 344.
(6| C'est-à-dire les métaux fusibles ou
les amalgames, se solidifiant à la façon
de la cire.
(7) Par exemple, le zinc, le plomb,
l'antimoine, etc., changés en oxydes
blancs par le grillage.
(8) Voir la nomenclature prophétique,
dans l'Introduction, p. 10 à 12.
(9) C'est-à-dire le verdet, acétate de
cuivre basique et analogues (v. Introd.,
p. 232).
(io)V. DioscoRiDEjA/ai.încii., l.V, 140.
— Pline, H. N., 1. XXXVI, 36; sorte
d'alunite, employée par les teinturiers
(v. Introd., p. 48).
LEXIQUE Ι Ι
Ecailles des cobathl^. — Ce sont les (matières) sulfureuses, et surtout
l'arsenic.
Orcanette. — C'est la fleur d'Achaïe (i).
LiTHARGE BLANCHE. — C'cst la ce'ruse.
Cuivre blanc. — C'est Teau de soufre apyre.
Teinture blanche. — C'est ce qui teint profondément et qui ne suinte pas.
Pierre phrygienne. — C'est l'alun et le soufre (21.
Blanc brillant. — C'est ce qui pénètre profondément.
M
Plomb. — C'est le semblable de la céruse.
Magnésie. — C'est le plomb blanc et la pyrite (3).
M.iGNÉsiE. — C"est le vinaigre non adouci, et l'extraction.
Magnésie. — C'est l'antimoine femelle (4) de Chalcédoine.
Emolliens (ou amalgames). — C'est toute matière jaune et amenée à per-
fection (5).
Nature une. — C'est le soufre et le mercure, après traitement différent.
Noir indien. — Est fait d'isatis et de chrysolitlie.
Minium de montagne. — C'est le misy jaune, avec celui qui coule tout
seul (6).
Miel attique et Plomb. — C'est l'eau divine {7).
Notre Plomb. — C'est celui qui se prépare avec les deux antimoines (8) et
avec la lithargc.
(i) Je corrige ici le texte en admet-
tant λακ/α Ά/α;ας. — (Orig. de l'Alchi-
mie, p. 359, 36 1).
(2) Répétition de l'un des articles pré-
cédents. Ceci montre que le lexique de
M résulte de la réunion de plusieurs
listes plus anciennes.
(3) V. plus haut : Cadmie, au K. — On
voit, que le mot magnésie a plusieurs
sens. Il s'applique aussi à l'oxyde de
fer magnétique, à la pyrite et au sulfure
d'antimoine (v. Introd., p. 255).
(4) Β A L : de Macédoine (v. Diosco-
RiDE, Mat. méd., 1. V, 9g.) — Pline,
(H.N., XXXIII), distingue l'antimoine
femelle, qui est lamelleux et brillant;
c'est notre sulfure d'antimoine natif.
(5) L : «c'est tout mélange accompli. »
(6) Ici il s'agit d'un oxyde de fer ana-
logue à la sanguine, dérivé du misy qui
coule tout seul ; c'est-à-dire de la pyrite
en décomposition (v. Introd., p. 242).
(7) Ceci semble faire allusion h la
saveur sucrée des sels de plomb.
(S) Mâle et femelle : variétés de no-
tre sulfure. En outre, on voit que le
régule d'antimoine était confondu avec
le plomb (v. Introd., p. 224 et 238).
12
INDICATIONS GENERALES
MoLYBDOCHALQUE . — C'est la soudure d'or.
Mystère de toute pierre métallique. — C'est la pyrite.
Grande plante. — C'est l'orge.
Nuage noir. — C'est la vapeur sublimée et la pierre d"or.
Ν
Nuage. — C'est la vapeur sublimée du soufre.
Raclure de la pierre de Naxos. — C'est la matière à aiguiser des bar-
biers (i).
Natron. — C'est le soufre blanc qui rend le cuivre sans ombre (2). La
(même substance) se nomme aphronitron (3) et terre résineuse (ou fluidi-
fiante).
Nuée. — C'est l'obscurité des eaux, la vapeur sublimée, l'humidité vapo-
risée, le précipité qui reste en suspension (?).
Vapeur jaune sublimée du cinabre. — C'est la vapeur sublimée des sub-
stances sulfureuses et l'argent liquide.
Préparation jaune. — C'est le minerai de fer, traité par l'urine let) le
soufre [c'est aussi la cadmie, Β A L].
Ο
Coquillage et os de seiche. — C'est la chaux des œufs.
Suc de calpasos. — C'est la sève de cette plante .
AxoNGE de porc. — C'est le soufre non brûlé.
Vinaigre (4) commun. — C'est celui qu'on obtient par la litharge et par la lie.
(i) DioscoRiDE, 3/Λί. tjiéd., 1. V, 167.
(2) Parfaitement brillant. Il s'agit
d'un fondant employé dans la réduc-
tion du cuivre oxydé ou sulfuré.
(3) Il semble qu'il s'agisse ici de notre
salpêtre.
(4) Cette définition semble signifier
l'acétate de plomb. Mais le mot vin-
aigre avait chez les alchimistes un sens
beaucoup plus compréhensif. Il dési-
gnait tous les liquides à saveur piquante,
tels que :
i" Les liquides acides, assimilés à notre
vinaigre;
2" Certaines liqueurs alcalines, à sa-
veur piquante, comme le montre l'assi-
milation de ce motavec l'urine altérée;
3^ Diverses solutions métalliques,
acides ou astringentes, à base de plomb,
de cuivre, de zinc, de fer, etc.
LEXIQUE Ι 3
Suc DE TOUS ARBRES ET DE TOUTES PLANTES. — C'est l'eau divine (i) et le
mercure (2).
Ce que tu sais. — C'est l'alun.
Cuisson. — C'est la décoction et le jaunissement.
OsiRis. — C'est le plomb et le soufre.
Vase cylindrique. — C'est (le mortier L et) le pilon.
Π
PoMPHOLYX (3). — C'est la fumée de l'asèm.
Fixez. — Au lieu de « renforcez » (4).
Ce qui s'évapore au feu. — C'est la vapeur sublimée du soufre.
Pyrite. — C'est le sory et la magnésie (et la pierre blanche, A).
Miel complet. — C'est l'eau de soufre (5).
Teinture (Pinos'. — C'est ce qui teint à l'extérieur (6).
Fixations. — Ce sont les opérations chimiques utiles.
Polychrome. — C'est la couleur de pourpre.
Porphyre. — C'est la pierre étésienne et l'androdamas.
Dissolvant universel. — C'est la vapeur sublimée qui émane de toutes
choses, c'est-à-dire l'eau native.
Feuilles qui entourent la couronne. — Ce sont la pyrite et la ma-
gnésie.
«Ayant aigri préalablement ». — C'est : « ayant baigné dans le vinaigre )>.
« Ayant aigri fortement». — C'est : « ayant passé au feu ».
« Ayant été torréfiée au soleil ». — Cela se fait en 6 jours.
Limon de Vulcain. — C'est l'orge (7).
(i) On voit que le nom d'Eau divine
désignait, non seulement les solutions
de sulfures alcalins [Introd., p. Gg),
mais aussi tout suc végétal actif.
(4) Fixer un métal, c'était lui ôter
sa volatilité, sa fluidité, etc. (Introd.,
p. 2 52).
(5) V. plus haut le miel attique.
(2) Le mot mercure désigne ici toute 1 Allusion au goût sucré des sels de
liqueur renfermant un principe actif j plomb ?
essentiel. , (5) Πι'νο; opposé h Βχφη.
(3) Oxyde de zinc sublimé, et mêlé
d'oxydes de cuivre, de plomb, d'anti-
moine, d'arsepic, etc. (Intrud., p. 240).
{7) Souvenir de la nomenclature pro-
phétique (Introd., p. 10).
H
INDICATIONS GENERALES
Ρ
Purifiant. — Cest le natron jaune (i) et l'aphronitron.
Rephecla (2). — C'est le cyclamen.
Limaille d'or. — C'est la soudure d'or.
Nénuphars desséchés. — Ce sont ceux qu'on tire des cours d'eau
d'Egypte.
Lie. — C'est la sélénite et l'alun lamelleux.
Sandyx ^3). — C"est l'or.
A.LUN. — C'est le soufre blanc et le cuivre sans ombre.
Sandaraque. — C'est le mercure extrait du cinabre.
Les (quatre) Corps métalliques. — Ce sont le cuivre, le plomb, l'étain
et le fer. On en extrait le stibium en coquille.
Corps intervenant dans la coMBrNAisoN. — On les appelle caméléon : ce
qui signifie les quatre métaux imparfaits.
Stibium. — C'est le coquillage ou la coquille (4).
Mutation et Régénération. — C'est la calcination et le blanchiment.
Éponge m.arine. — C'est la cadmie, la chrysolithe, la pierre sacrée, le
mystère caché, la cendre de la paille, l'émeraude, l'émeril.
Fer. — C'est le tégument de l'œuf.
Titanos. — C'est la chaux de l'œuf.
Nom propre de la composition liquide. — C'est l'eau divine, tirée de la
saumure, du vinaigre et des autres matières.
Nom propre de la composition solide. — Ce sont les quatre corps, appelés :
le claudianos, le plomb, la pyrite, le mercure.
(i) Nitrum flavum de Pline, H. N.,
1. XXXI, 46. Il en est aussi question
dans le Papyrus de Leide {Introd.,
p. 39J.
(2) Mot inconnu.
(3) Couleur rouge {v. Introd., p. 2U0).
Pline, H. N., 1. XXXV, 23. — Diosc.
1. 7 V, io3, vers la fin.— Minium pré-
paré en calcinant la céruse. — Rappe-
lons que l'écarlate figurait au moyen
âge, et figure encore l'or dans le blason.
(4) Voir Introd., p. 6•/^
LEXIQUE 1 5
Y
Mercure, fixé au moyen des vapeurs sublimées : blanchit le cuivre et
fait ΓοΓ.
Eau scythiqle. — C'est le mercure (i).
Eau divine native. — C'est le mercure fixé avec les sels.
Eau DE Carthame. — C'est Teau native du soufre.
Eau lunaire. — Eau de cuivre [eau de sel, L], eau ignée, eau de verre,
eau d'argent, eau de sandaraque, eau d'arsenic, eau de fleuve ; c'est le
nuage. A].
Eau Fluviale, Eau de Plomb. — C'est le soufre et le mercure (2).
Hyssope. — C'est le lavage des laines en suint.
Eau de mercure tinctoriale (3). — C'est le mercure extrait du cinabre.
Eau de Vénus, de Lune, d'Argent, de Mercure, et eau Fluviale. — C'est
l'eau divine et le mercure (4).
Eau de soufre natif. — C'est la composition blanche qui disparaît.
Eau simple. — C'est celle que l'on fabrique avec les trois composés sul-
furés, au moyen de la chaux.
Ε.Λ,υ (extraite) de l'Asèm (.5). — Elle est dite écume, rosée, aphroselinon
liquide.
Eau divine tirée du mercure. — Elle est appelée (6;, d'après Pétasius, bile
de serpent.
Eau divine fixée p.ar les transmutations. — C'est le mercure (que l'on
extrait) du cinabre, c'est-à-dire la tétrasomie (7).
(i) Variante: la sandaraque BAL. —
Il s'agit de l'arsenic métallique sublimé,
regardé comme un second mercure.
Introd. p. 289.
(2) Il y a diverses variantes et inter-
versions dans les articles précédents,
suivant les manuscrits.
(3) De la teinture blanche, L.
(4) Répétition de l'un des articles
précédents. Variantes diverses.
(5) De l'argent, L, au lieu de l'asèm :
ce qui indique que le texte de L est
plus moderne.
(ΰ) Le nuage est dit : eau élevée par dis-
tillation, bile de serpent. B. Le mot bile
de serpent répond à la nomenclature
prophétique (Introd., p. 10 à 12). Péta-
sius ou Petesis, seul auteur cité dans le
Lexique, est un nom égyptien, cité
aussi par Dioscoride ; il désigne un
vieux maître alchimique (Origines de
l Alchimie, pages 128, i58, 168, etc.
— Introd., p. 1 j et 68).
(7) Réunion des quatre métaux im-
parfaits.
i6
INDICATIONS GENERALES
Φ
Lie. — C'est le dépôt du vin, la chaux avantageuse pour les pourpres (i).
Algue (2). — C'est la teinture extérieure et brillante.
Préparation. — C'est la vapeur sublimée, composée au moyen du trai-
tement.
« Fais griller ». — C'est-à-dire « Fais cuire ou jaunis ».
(Teinture) qui (ne) passe (pas). — C'est la véritable (?).
Scorie des lentilles. — C'est la couperose.
X
Scorie DU cuivre. — C'est la couperose.
Or. — C'est la pyrite, la cadmie et le soufre (3).
Chalkydrion. — C'est l'or fabriqué et rouillé par les manipulations de fixa-
tion, faites au moyen du soufre.
Chrysitis (4). — C'est la composition tirée des vapeurs sublimées.
Cuivre médical. — C'est le métal blanchi, le soufre et la céruse.
Sueurs du cuivre. — C'est le jus de camomille.
Chrysocolle et Eau de cuivre. — C'est le molybdochalque (5).
Liqueur d'or, Chélidoine, Coquille d'or, Ios sans ombre. — C'est le
soufre blanc [ou bien le mercure fixé avec la composition blanche.
A L].
Couperose. — C'est le jaune de l'œuf.
Pierre chrysétésienne. — C'est l'hématite.
Chalcopyrite fulgurante (6). — C'est l'eau de soufre (7) ; c'est le soufre
tiré du mercure (L).
(i) Il s'agit de la crème de tartre,
employée pour fixer les matières colo-
rantes sur les étoffes.
(2) Orseille.
(3)Voir Introd., p. 206, et les deux au-
tres définitions de l'or donnéesplus loin.
(4) Litharge couleur d'or, dans Pline
et dans DioscoRiDE,Afiîi. méd.,\.V .102.
Peut-être s'agit-il dans le Lexique de
l'oxyde de mercure.
(5) Variantes de L. Le corail d'or et
l'eau de chrysochalque, c'est le plomb
et le cuivre. » Cette variante semble ré-
sulter d'une interprétation différente
des mêmes signes.
(6) A cause de sa couleur : Pyrite cui-
vreuse.
(7) C'est le soufre, l'eau de mercure,
BA.
LEXIQUE 17
Or (ι•. — Ce sont tous les fragments et les lamelles jaunis (21 et amenés
à perfection (3).
Limaille d'or, Soudure d'or. Fleur d'or, Liqueur d'or. — C'est la chrysitis,
la coquille d'or, l'ios, le soufre et le mercure.
Cuivre. — C'est la coquille des œufs.
Or cuit. — Ce sont les vapeurs sublimées jaunes.
Chalkydrion, Argent liquide, Bile de tout animal. — C'est Pios parfait,
le soufre, le cuivre, l'électrum, lorsque leur éclat devient accompli
et tourne au jaune et qu'ils se fixent ; c'est le mercure extrait! du
cinabre.
Chélidoine. — C'est l'élydrion.
On appelle Or : Le blanc, le sec, le jaune et les (matières, dorées, à l'aide
desquelles on fabrique les teintures stables (i).
Chrysocolle. — C'est le molybdochalque (4), c'est-à-dire la composition
complète.
Sphère d'Or. — C'est le safran de Cilicie [ou bien l'arsenic et la sandara-
que, BAL].
Chrysophite. — C'est la vapeur sublimée, après traitement avec le cuivre,
pulvérisation et réduction en ios.
Cl'ivre de Chypre. — C'est le cuivre calciné et lavé; c'est le terme du blan-
chiment et le début du jaunissement.
Ψ
Morceaux. — C'est ce qui est transformé quant à l'espèce.
Petit Morceau. — Ce sont les cendres délayées dans l'eau, celles qui
tapissent le fond du fourneau, à l'épaisseur d'un doigt.
Sable (ou minerai . — C'est la chrysocolle.
Céruse. — Est produite par le plomb.
(i) Cette définition est caractéristique
et conforme aux procédés de teinture
en or du Papyrus de Leide. (Introd.,
p. 20.)
(2) D'après BAL. Dans M ce sont les
minerais, α:ταλλά, au lieu des feuilles
(3) Et atténués, AL.
(4) Répétition.
l8 INDICATIONS GÉNÉRALES
Ω
Ocres, obtenues par un mélange devin et d'huile, sont dites blâmables (ou
falsifiées) ?
Mercure cru. — C'est le mercure produit par le plomb [par le molybdo-
chalque, L.].
OîTis (pierre d'œuf?). — Est nommée aussi Terenouthin et Chrysocolle.
Ocre attique. — C'est le jaune de l'œuf.
Ocre attique. — C'est l'arsenic
Orichalquede Nicée. — C'est celui qu'on obtient par la cadmie.
Le Lexique alchimique, tel que nous venons de le reproduire, est tiré du manu-
scrit de Saint-Marc (fin du s." ou commencement du xi•^ siècle) : il n'a guère été
modifié dans les manuscrits postérieurs. Il est formé de portions diverses, ajoutées
successivement, comme le prouvent par exemple les articles relatifs au soufre, à
l'eau de soufre, à la magnésie, etc. Certains articles remontent jusqu'à la vieille
tradition gréco-égyptienne, ainsi que le montrent les rapprochements (cités en note)
avec la nomenclature prophétique de Dioscoride et du Papyrus de Leide. Les catalogues
du blanc et du jaune, attribués à Démocrite (0Γ;§•;Ηί5 ie i'^4/c/n"w/e, p. i 55-i56),
lesquels formaient la base de la Chrysopée et de l'Argyropée, ainsi que les nomen-
clatures de l'œuf philosophique, paraissent représenter les premières formes de ce
Lexique. Au moven âge, il a pris une extension considérable et s'est enrichi d'une
multitude de mots arabes, en même temps que les mots grecs disparaissaient en
partie. On peut en voir une forme nouvelle dans le manuscrit 24 iq de Paris,
transcrit vers 1460 (v. /«iroi., p. 2o5). Plusieurs de ces Lexiques ont été rassemblés
par Johnson dans la Bibliotheca Chemica de Manget (Genève, 1702), t. I, p. 217
à 291. Mais l'ouvrage de ce genre le plus utile à connaître et le mieux rédigé, est
le Lexicon Alchemiœ, auctore Rulando (Francfort, ιΓ)ΐ2). Je l'ai cité fréquemment
dans mon Introduction.
I. lu. — SUR L'OEUF PHILOSOPHIQUE
Voici ce que les anciens disent sur l'œuf (i) :
1. Les uns (l'appellent) la pierre de cuivre, [les autres, la pierre d'Armé-
(i) Cp. Origines de l'AlcIiimie, p. 24.
SUR L ŒUF PHILOSOPHIQUE
19
nie, A]; d'autres, la pierre encéphale ; d'autres, la pierre ctésienne ; d'autres,
la pierre qui n'est pas une pierre (i ) ; d'autres, la pierre égyptienne ; d'autres,
l'image du monde (2).
2. La coquille de l'œuf, c'est la partie (3) crue, le cuivre, l'alliage de fer et
de cuivre, Falliage de plomb et de cuivre et fplus généralement) les corps (4)
métalliques solides.
3. La coquille calcinée signifie : la chaux vive, l'arsenic, la sandaraque,
la terre de Chic, la terre astérite (5), la sélénite (6), l'argent cuit, l'antimoine
de Coptos, la terre de Samos, la terre convenable, la terre Cimolicnne, la
terre brillante, le bleu (7) et l'alun (8).
4. Les parties liquides de l'œuf sont dites : les parties séparées, Pios et l'ios
du cuivre, l'eau verte de cuivre, l'eau du soufre natif, la liqueur de cuivre,
la préparation de cuivre à apparence de miel, la vapeur sublimée, les corps
réduits en esprits ^9), la semence universelle. (Ces parties liquides) reçoivent
encore beaucoup d'autres dénominations.
5. Le blanc de l'œuf s'appelle la gomme, le suc du figuier, le suc du
mûrier et celui du tithymale.
6. Le jaune de l'œuf s'appelle le misy, le cuivre, la couperose de cuivre,
(i) Cette expression mystique a été
souvent reproduite au moyen âge. Je
citerai Roger Bacon : De Secretis ope-
ribits artis et naturœ (Bibl. Chem. de
Manget, t. I, p. 622). Il attribue à Aris-
tote Im libro Secretorum) les paroles
suivantes : « Ο Alexandre, je veux te
raconter le plus grand des secrets. . .
Prends cette pierre qui n'est pas une
pierre, présente en tout temps, en tout
lieu... On l'appelle l'œuf philosophi-
que. » De même dans le traité qui porte
le nom d'Avicenne (iiiè/. Chem., t. I,
p. 633) : est lapis et non lapis. Dans la
Turba philosophorum (mime recueil,
t. I, p. 449) ; Hic igitur lapis non est
lapis, etc. (v. aussi Bibl. Chem., I, (|35).
(2) En marge de M. « Ceci doit être
entendu dans un sens mystique et non
un sens physique. »
(3) Ou peut-être l'ensemble (o;i.ov au
lieu de ώι,ιον), par oppositionaux parties
séparées.
(4) Métaux et alliages métalliques.
(5) Pline {H. N., 1. XXXVII, 47)
donne ce nom à une pierre précieuse
blanche, à reflet intérieur. Mais il s'a-
git plutôt de l'une des deux espèces
de terre de Samos, désignée sous le
nom d'aster, dans Dioscoride, Mat.
Méd., 1. V, 171.
(6) C'est-à-dire notre argent, AL.
(7) Sel de cuivre.
(8) A ajoute après le bleu : le vermil-
lon de Coptos, la terre de Pont.
(9) σώ[^α exprime un métal régénéré
de son oxyde ou de ses minerais ; —
onpourraitaussi lire : άσιόαιτα ί:ν;ΰματα;
les esprits séparés des métaux.
20
INDICATIONS GENERALES
la couperose cuite, l'ocre attique, le vermillon du Pont, le bleu, la pierre
d'Arménie, le safran de Cilicie et la che'lidoine.
7. Le mélange de la coquille des œufs et de l'eau préparée avec la chaux
vive, c'est ce que l'on appelle k magnésie et les corps (métaux) de la magné-
sie, l'alliage de plomb et de cuivre, notre argent (i), l'argent commun, la
céruse.
8. Le blanc, on l'appelle l'eau de la mer, parce que l'œuf est rond comme
l'océan; l'eau d'alun, l'eau de chaux, l'eau de cendre de chou, l'eau de chè-
vre (2) des anciens. (Prendre Feau dans le sens du lait.)
9. La liqueur jaune, on l'appelle le soufre natif, le mercure, celui qui est
dit extrait du cinabre; l'eau du natron roux, l'eau du natron jaune, le vin
Aminien.
10. La composition jaune s'appelle l'or et l'électrum en décomposi-
tion, la teinture d'or, la teinture d'argent (3) extraite des citrons, celle qu'on
extrait de l'arsenic et de l'eau du soufre apyre. De même que le citron pré-
sente la couleur jaune à l'extérieur, et, à l'intérieur, la saveur acide ; de
même aussi, l'eau tirée de l'arsenic. L'eau du soufre apyre est le vinaigre des
anciens.
11. Le blanc de l'œuf (4) s'appelle mercure, eau d'argent, cuivre blanc,
vapeur sublimée blanche, ce qui se volatilise au feu, soufre excellent, eau de
soufre natif, écume marine, eau fluviale, rosée, miel attique, lait virginal,
lait coulant de lui-même, eau de plomb, ios de cuivre, ferment irrésistible,
nuage, soif ardente, astre suspendu de la vapeur sublimée.
!2. Quant à toi, aie ceci dans l'esprit: la nature se réjouit de la nature;
la nature maîtrise la nature; la nature triomphe de la nature. C'est elle qui,
mélangée d'en haut, accomplit le mystère cherché et tiré d'un seul corps]. —
Ces phrases signifient que les sulfureux sont maîtrisés par les sulfureux, les
(i) L'argent des adeptes, opposé à l'ar-
gent commun.
(2) Voir la nomenclature des Pro-
phètes ou prêtres égyptiens dans Dios-
CORIDE et dans les Papyrus de Leide
[Introd., p. 11).
(31 M. donne ici un signe dont le
sens est inconnu, mais qui ressemble
au chrysélectrum, c'est-à-dire à l'élec-
trum. Ce signe est omis dans A, comme
si le sens en eût été déjà perdu.
(4) Toute cette fin n'existe pas dans
M. Le § 1 1 rappelle le langage amphi-
gourique et de plus en plus vague, des
alchimistes arabes et de ceux da moyen
âge occidental.
NOMENCLATURE DE L ŒL'F
21
humides par les humides correspondants. — Si les corps ne perdent pas l'état
corporel et si les corps ne reprennent pas l'état corporel (i), ce qui est
attendu ne se réalisera pas.
i3. Il y a deux (2) compositions opérées par les corps métalliques et par
les eaux divines et les plantes; elles transmutent la matière, celle que tu
trouveras en poursuivant la chose cherchée. Si deux ne deviennent pas un,
et trois un, et toute la composition une, le but cherché ne sera pas atteint.
FIN DE L ŒUF
I. IN
NOMEXCLATURE Di: L'OEUF
(3)
Nomenclature de l'Œuf: c'est le mystère de l'art.
1. On a dit que l'œuf est composé des quatre éléments, parce qu'il est
l'image du monde et qu'il renferme en lui-même les quatre éléments. On
l'a nommé aussi « pierre que fait tourner la lune », pierre qui n'est pas
pierre, pierre d'aigle et cerveau d'albâtre (4).
2. La coquille de l'œuf est un élément semblable à la terre, froid et sec;
on l'a nommée cuivre, fer, étain, plomb (5).
Le blanc d'œuf est l'eau divine: le jaune d'œuf est la couperose; la partie
huileuse est le feu.
3. On a nommé l'œuf la semence, et sa coquille, la peau; son blanc et
(i) C'est-à-dire : si les métaux ne
disparaissent pas par oxydation ou
métamorphose chimique, et s'ils ne
reparaissent pas à l'état métallique.
Le § 12 est formé de citations des plus
vieux auteurs.
(2) Variantes de AE. « Telles sont les
eaux divines, parmi lesquelles je com-
prends celles qui sont tirées des natures
molles, aussi bien que des métaux. Si
tu es intelligent, il y a deux composi-
tions, etc. »
(3) L'article iv est une variante de
III. J'ai reproduit dans l'Introduction
(p. 21 5), un autre article analogue, at-
tribué à Justinien et tiré du Codex
Voss. de Leide. Il en existe encore un
autre dans les ouvrages de l'Anonyme,
qui seront donnés dans la troisième
livraison.
(4) L'albâtre est ia chaux tirée des co-
quilles d'œuf : (v. Lexique alchimique,
p. 4). La coquille entoure l'œuf comme
le crâne entoure le cerveau ; de là ce
symbolisme bizarre.
(5) Ce sont les quatre métaux impar-
faits, qui servent à la transmutation et
à la composition de l'or et de l'argent.
22
INDICATIONS GENERALES
son jaune, la chair; sa partie huileuse, Tàme; sa partie aqueuse, le souffle
ou l'air.
4. La coquille de l'œuf, c'est ce qui élève ces choses hors du fumier ii)
pendant dix jours. Délayez-la, avec l'aide de Dieu, dans du vinaigre ; plus
vous la broyez, plus vous faites œuvre utile. Lorsque vous aurez battu la
composition pendant huit jours, vous ferez fermenter; et vous préparerez
la poudre sèche. Lorsque vous aurez accompli ce travail, jetez-y du mer-
cure, et si vous n'obtenez pas la teinture du premier coup, répétez une
seconde et une troisième fois.
5. On a nommé d'abord le jaune de l'œuf : ocre attique, vermillon du
Pont, natron d'Egypte, bleu d'Arménie (2), safran de Cilicie, chélidoine;
le blanc de l'œuf délayé avec l'eau de soufre est le vinaigre, l'eau d'alun,
l'eau de chaux, l'eau de cendres de chou, etc.
I. V.
LE SERPENT OUROBOROS
I . Voici le mystère : Le serpent Ouroboros (mordant sa queue), c'est la
composition qui dans son ensemble est dévorée et fondue, dissoute et trans-
formée par la fermentation (3). Elle devient d'un vert foncé, et la couleur d'or
en dérive. C'est d'elle que dérive le rouge appelé couleur de cinabre : c'est
le cinabre des philosophes (4).
(i) Dans le bain-marie, chauffé au
moyen du fumier. Il y a là la descrip-
tion sommaire d'un procédé pratique,
laquelle contraste avec le style vague
des autres paragraphes. Le § 4 semble
une intercalation. ,
12) Dans l'article précédent, ces mots
signifient deux bleus distincts, comme
dans DioscoRiDE, Mat. méd.^ 1. V, io5
et 106. — Ce sont des minerais de
cuivre analogues à l'azurite (Introd.,
p. 243).
(3) Le mot σήψις est plus général, et
signifie toute décomposition analogue
à une fermentation, ou à une putré-
faction.
(4) Il est difficile de savoir exactement
à quels phénomènes chimiques ces for-
mules mystiques font allusion. On
pourrait y voir une allusion à la décom-
position des pyrites, fournissant des
sels basiques de cuivre verts, tels que la
chrysocoUe [Introd., p. 243); puis le
misy et le sory, sels basiques de fer et
de cuivre, jaunes (Introd., p. 242), et
l'oxyde de fer rouge (Introd., p. 261).
Cette décomposition préoccupait beau-
coup les alchimistes grecs.
LE SERPENT
23
2. Son ventre et son dos sont couleur de safran; sa tête est d'un vert fonce';
ses quatre pieds constituent la tétrasomie (i); ses trois oreilles sont les
trois vapeurs sublimées.
3. L'Un fournit à l'Autre son sang (21-, et l'Un engendre TAutre. La
nature réjouit la nature; la nature charme la nature ; la nature triomphede la
nature; et la nature maîtrise la nature [3); et cela non pas pour telle (nature)
opposée à telle autre, mais pour une seule et même nature (4), (procédant)
d'elle-même par le procédé (chimique), avec peine et grand etfôrt.
4. Or toi, mon ami très cher, applique ton intelligence sur ces matières
et tu ne tomberas pas dans Terreur; mais travaille sérieusement et sans
négligence, jusqu'à ce que tu aies vu le terme (de ta recherche).
5. Un serpent est étendu, gardant ce temple (et^ celui qui l'a dompté;
commence par le sacrifier, puis écorche-le, et après avoir pris sa chair
jusqu'aux os, fais en un marchepied à l'entrée du temple; monte dessus et
tu trouveras là l'objet cherché. Car le prêtre, d'abord homme de cuivre, a-
changé de couleur et de nature et il est devenu un homme d'argent; peu de
jours après, si tu veux, tu le trouveras changé en un homme d'or (5).
1. vi. — LE SERPENT
I. Voici le mystère: le serpent Ouroboros, c'est-à-dire la dissolution des
corps effectuée par son opération.
(i) Les quatre métaux imparfaits :
Plomb, Cuivre, Étain, Fer, exprimés
en un seul mot.
(2) Ou bien selon une autre version :
l'Un fait naître l'Autre.
(3) Ce sont les axiomes du Pseudo-
Démocrite.
(4) S'agit-il ici de la transmutation
opérée sur un métal unique; et non
sur un alliage? — Voir I, xv: Assemblée
des Philosophes, et la citation du traité
De Mineralibus (d'Albert le Grand livre
III, ch. 8), faite dans la β /W. Chem.de
Manget, t. I, p. 984.
(5) Origines de l'Alchimie, p. 6o. Zo-
sime a reproduit cet exposé avec plus
de développement; ce qui montre que
c'étaient là de vieilles formules, expri-
mant la transmutation des métaux. On
pourrait imiter ces changement_s par des
précipitations galvaniques successives :
mais rien ne prouve l'identité des opé-
rations anciennes avec celles là.
24
INDICATIONS GENERALES
2. Les lumières (i) des mystères de l'art, c'est la teinture en jaune.
3. Le vert du serpent, c'est Viosis, c'est-à-dire sa fermentation; ses quatre
pieds, c'est la te'trasomie employée dans la formule de l'art; ses trois oreilles,
ce sont les trois vapeurs et les douze formules ; son ios (2), c'est le vinaigre.
4. Or toi, mon ami très cher, applique ton intelligence sur ces ma-
tières.
5. Un serpent est étendu, gardant le temple (et) celui qui l'a dompté. (La
suite comme an § précédent.)
II. — INSTRUMENT D'HERMES TRISMEGISTE
(3)
1. Pour l'amour de l'art, exposons la (méthode) indiquée par Hermès. Il
conseille de compter depuis le lever du Chien (4), c'est-à-dire depuis Epiphi,
25 juillet, jusqu'au jour où le malade est alité, et de diviser le nombre ainsi
obtenu par 36. Maintenant, voyez le reste dans le tableau ci-dessous.
2. La lettre Ζ ('ζωή) désigne la vie; Θ, (Οάνατ:;) la mort; K, (y.ivîuvs;) le
danger (5).
I. 6.
z.
10.
i3. 14. 18. 20. 22. 24.
25. 28.
3o.
32.
2.
4•
(-).
12. 16. 17. 21. 23. 26.
27. 33.
35.
3.
5. 8. i5. Kl. K. 20. 3
• ?4•
(i) L'auteur joue sur le mot φώτα,
qui signifie aussi les feux des fourneaux
sur lequel on exécute les opérations.
(2) 'Venin, ou rouille, ou propriété
spécifique active (v. Introd., p. 254).
(3) Voir Introd., p. 86 : les médecins
astrologues.
(4) Sirius.
(5) Ces lettres sont prises en même
temps pour leurs valeurs numériques
dans le tableau : Ζ signifiant 7; Θ, 9;
K est pris pour 1 1 (au lieu de 20).
Le signe du nombre 35 dans le grec est
également erroné.
LISTE PLANETAIRE DES METAUX
25
I. viii. — LISTE PLANETAIRE DES METAUX '"
LES MINÉRAUX (2)
1° Saturne : Plomb•, litharge; pierres de miel; pierres gagates (3); clau-
dianos (4) et autres substances analogues.
2° Jupiter : Etain ; corail (5) ; toute pierre blanche; sandaraque; soufre et
autres substances analogues.
3° Mars : Fer; pierre d aimant; pséphis (6); pyrites rousses (7) et substan*
ces analogues.
4° Soleil : Or; escarboucle; hyacinthe; diamant (?); saphir et substances
analogues.
5° Vénus : Cuivre; perle; onyx; améthyste; naphte; poix; sucre; asphalte;
miel; (gomme) ammoniaque; encens.
6» Mercure : Emeraude ; jaspe ; chrysolithe ; hésychios (8) ; mercure;
ambre; oliban et mastic.
7* Lune : Argent ; verre ; antimoine ; cuir ; chandra (9) ; terre blanche et
substances analogues.
La liste transcrite dans R, c'est-à-dire dans le manuscrit 2419 (traité d'Al-
humazeiT]; Introd., p. 79 et 206, mérite une attention particulière. Elle répond
à une tradition astrologique plus complète et plus ancienne, remontant pro-
bablement aux Chaldéens; car elle est encadrée entre une liste de plantes
et une liste d'animaux, également consacrées aux Planètes (10). Un certain
nombre de noms de pierres précieuses (saphir, sardoine, jaspe, chrysolithe,
perle), de minéraux ipierre d'aimant, litharge), d'alliages (claudianos, asèm
(1) Cp. Origines de l'Alchimie, p. 232
et suivantes. — Les signes des planètes
sont en marge des manuscrits, à côté du
nom du métal. — Voir Introd., p. 79,
206 et les notes du Texte grec.
(2) Consacrés à chaque planète, R.
voir la note du Texte grec.
(3) Pierre bitumineuse. — Diosco-
RiDE, Mat. méd., 1. V, 145. — Introd ,
p. 254.
(4) Alliage métallique. — Introd.,
p. 244.
(5) Dans R: au lieu du corail, le béryl.
(6) Mot à mot : caillou; c'est quelque
minerai de fer.
17) R : Pierre de feu.
(8) Corps inconnu : Ce mot manque
dans R.
(q) Corps inconnu.
(10) Te.xte grec, p. 24, note.
26
INDICATIONS GENERALES
OU diargyros), sont transcrits en caractères, hébraïques, comme si l'on avait
voulu en interdire la connaissance aux gens non initiés : c'est l'indice d'une
vieille tradition mystique.
L'ordre des corps est parfois plus naturel : le sucre, par exemple, n'étant
pas interposé entre la poix et l'asphalte, comme dans les manuscrits alchi-
miques, mais se trouvant à côté de son congénère, le miel.
Le mercure (métal) est placé tout à la fin de la liste de la planète Her-
mès; ce qui accuse l'addition de ce métal à une liste plus ancienne, où l'é-
meraude, mise à la suite du nom de la planète, jouait le rôle d'un métal,
comme le mafek égyptien (Origines de V Alchimie, p. 220, 234). L'existence
de cette liste antérieure est indiquée plus nettement encore par les mots ajou-
tés: « les Persans attribuent à cette planète (au lieu du mercure) l'étain. »
— De même, dans la liste des matières attribuées à la planète Jupiter, après
le mot Etain, on lit: '< Les Persans attribuent à cette planète (au lieu de l'é-
tain) le métal argentin » ; ce qui signifie l'asèm ou électrum. Il y a là une
indication très remarquable des changements survenus dans les attributions
des métaux aux planètes, après que l'asèm ou électrum eut disparu de la
liste des métaux, vers le vi° ou vu" siècle de notre ère (v. Introd., p. 81 à 85).
I. ,x. _ NOMS DES FAISEURS D'OR"•
I . Connais, mon ami, les noms des faiseurs d'or :
Platon, Aristote, Hermès, Jean le grand prêtre dans la divine Evagie (2) ;
Démocrite, Zosime, le grand Olympiodore, Stephanus le philosophe,
Sophar le Persan, Synésius, Dioscorus le prêtre du grand Sérapis à
Alexandrie, Ostanès l'Egyptien, Comarius l'Egyptien, Marie, Cléopâtre
la femme du roi Ptolémée (3), Porphyre, Epibechius (4), Pelage, Agatho-
(i)Vo\T Origines de l'Alchimie, γ. 128
et suivantes. Voir aussi la liste ancienne
du manuscrit de Saint-Marc, donnée
dans Vlntrod., p. iio.
(2)Cp. Origines del'Akliimic.^. i iS.
(3) Cléopâtre, la femme alchimiste.
a été confondue plus tard avec la reine
de ce nom. Origines de l'Alchimie,
p. 173.
(4) Alias, Pebechius, Pebichius. C'est
Horus l'Epervier : Origines de l'Alchi-
mie, p. 168.
NOMS DES VILLES
27
démon, Héraclius l'empereur, Théophraste, Archélaiis, Pétasius (i),
Glaudien, le philosophe anonyme, le philosophe Menos (2), Pauséris,
Sergius.
2. Ce sont là les maîtres partout célèbres et œcuméniques, les nouveaux
exégètes de Platon et d'Aristote.
3. Les pays où Ton accomplit cette œuvre divine sont: l'Egypte, la
Thrace, Alexandrie, Chypre et le temple de Memphis (3).
l. X. _ NOMS DES VILLES
Sur la pierre métallique ; en quels lieux elle est préparée {^.
1. Il faut connaître en quels lieux de la terre de Thébaïde se prépare la
paillette métallique ; Cléopolis (Héracléopolisi ; Alycoprios (Lycopolis) ;
Aphrodite; Apolenos (ApoUinopolis) ; Eléphantine.
2. La pierre métallique ressemble au marbre ; elle est dure, et les hommes
qui, dans les lieux précités en font l'extraction avec beaucoup de peine, la
préparent à l'intérieur (de la terre) ; ils portent des lampes..., et lorsqu'ils
trouvent un filon, ils l'occupent. Leurs femmes broient (la pierre) et en
font mouture.
3. Lorsque, après avoir réduit le minerai en poudre, ils l'ont étalé sur
des tables garnies de rainures contrariées et disposées en pente douce, ils y
font couler de l'eau ; la partie pulvérisée, légère et inutile, est entraînée par
l'eau, tandis que la partie utile, retenue par son poids, est recueillie dans
les rainures des planchettes. Alors, pour la cuisson, ils resserrent le dépôt, le
(i) Ou Pétésis = Isidore en grec.
Introd., p. 1 1 et Lexique alchimique,
traduction, p. i 5.
(2) EL. «Memnon le philosophe et les
autres anonymes. » Il n'est pas question
ailleurs de ce Menos. Serait-ce le vieux
roi Menés ? Il existe des écrits alchi-
miques sous le pseudonyme du roi
Chéops(Sophé). — Origines de l'Alchi-
mie^p. 58.
(3) Le temple de Phtha.
(4) Voir Origines de l' Alchimie , p. 1 2g.
C'est l'abrégé d'un morceau d'Agathar-
chide sur l'extraction de l'or de ses mine-
rais ; morceau qui se trouve intercalé au
milieu des recettes alchimiques dans M.
28 INDICATIONS GÉNÉRALES
placent dans un vasede terre cuite et, faisant un mélange selon la formule (i),
ils lutent le vase, et le font cliaulîer sur un fourneau, pendant cinq
jours et cinq nuits ; le vase a une issue pour l'extraction (des produits).
Un Traité des Poids et Mesures, attribué à Cléopâtre, se trouve dans la
plupart des manuscrits alchimiques grecs. Il a été imprimé d'abord par
H. Etienne, au début de son Thésaurus Grœcœ lingiiœ, puis reproduit,
discuté, commenté par les auteurs qui se sont occupés des mesures antiques,
par Hultsch en particulier : ce qui m'a paru en rendre la réimpression su-
perflue.
.le crois au contraire utile de reproduire ici la liste des mois égyptiens,
avec traduction latine grécisée, d'après le manuscrit A, fol. 280; en mettant
en regard les noms des mois coptes actuels, qui montrent la permanence des
vieilles traditions. (Je les ai tirés de Y Annuaire du Bureau des Longitudes,
pour 1886, p. 24.)
NOMS ANCIENS NOMS LATINS GRÉCISÉS NOMS COPTES MODERNES
Phamenoth Martios (Mars) Barmhat .
Pharmouthi Aprilios (Avril) Barmudeh.
Pachon Maïos (Mai) Bachones.
Payni Junios (Juin) Bawne.
Epiphi Julios (Juillet) Abib.
Mesori Augustos (Aoûti Mesori.
Thoth Septevrios (Septembre) Tut (7= mois de l'année).
Phaophi Octobrios (Octobre) . . . Bobeh.
Athyr Noevrios (Novembre) . Hatur.
Chiak Decevrios (Décembre) . Koyhak.
Tybi Januarios (Janvier). . . . Tubeh.
Méchïr Fevruarios (Février). . . Amchir.
|i) Cette formule est donnée par A^atharchide, p. 12S \Geogr. grœci, Ed. Didot).
SERMENT
29
1. XI.
SERMENT
1. Je te jure (i), mon honorable initié, par la bienheureuse et vénérable
Trinité, que je n'ai rien révélé des mystères de la science qui m'ont été
transmis par elle, dans les retraites secrètes de mon âme : toutes les choses
dont je tiens la connaissance de la Divinité, relativement à l'art, je les ai
déposées sans réserves dans mes écrits, en développant la pensée des anciens
d'après mes propres réflexions.
2. Toi-même, aborde tous ces écrits dans un esprit de piété et de
prudence; si nous avons dit quelque chose d'erroné, par ignorance, mais
sans mauvaise intention, corrige nos fautes dans ton intérêt et dans l'intérêt
des lecteurs fidèles à Dieu, exempts de malice et honnêtes, qualités qui
sont en vérité difficiles ù rencontrer (2). Salut ! au nom de la sainte et consub-
stantielle Trinité; je veux dire le Père, le Fils et le Saint-Esprit (3). La Tri-
nité (3) dans l'unité, c'est le Fils, qui s'est incarné sans péché parmi les hom-
mes, pour la glorification de la dyade (4), à laquelle il participe lui-
même; il a revêtu la nature humaine, tout en demeurant irréprochable; la
voyant sujette à faillir, il l'a redressée.
1. XII. — SERMENT] DU PHILOSOPHE PAPPUS '='
I. Je te jure par le grand serment, qui que tu sois : j'entends le Dieu
unique, par l'espèce et non par le nombre, celui qui a fait le ciel et la terre
et le quaternaire (6) des éléments et les substances qui en dérivent ; ainsi que
(i) Ce serment est tout imprégné des
idées de la métaphysique chrétienne
des Grecs byzantins, du iv au vi" siè-
cle; surtout dans les deux additions
finales; car le commencement pourrait
avoir été écrit par un néo-platonicien.
(2) La suite manque dans plusieurs
manuscrits : c'est une addition.
(3) C'est une formule finale. La suite
manque dans l'une des copies de A ;
elle répond sans doute à une seconde
addition postérieure.
(4) Le Père et le Saint-Esprit.
(3) Appelé aussi Pappoas.
(6) La Tétractys, formule pythagori-
cienne.
3ο
INDICATIONS GENERALES
nos âmes rationnelles et intelligentes, en les harmonisant avec le corps;
le dieu que portent les chars des chérubins, et que célèbrent les légions
des anges.
2. Quelques-uns (i)ont délayé le jauned'œuf (2) avecles liquides du même
cenre, jetant une cotyle (3) d'eau dans une once du corps (en question);
après avoir renfermé (ce mélange), ils l'ont soumis à l'action des étuves;
Topération accomplie, ils ont enlevé Yios; — après l'avoir exposé à Fair,
ils l'ont incorporé à la cire et au soufre. Ayant ainsi soumis le mélange
à l'action de la chaleur, pour parfaire l'opération dans des étuves régulières,
c'est-à-dire par des dissolutions ou des cuissons, ils ont déposé le produit
solide dans des vases de verre, suspendus dans un local chaud et recevant
de préférence la lumière du côté du levant, ou du couchant et du midi,
plutôt que du nord; ainsi que l'a prescrit en détail Stephanus, très aimé
de Dieu, et comme nous l'avons exposé en abrégé dans notre traité dédié à
Moïse, le trois fois bienheureux.
3. Ainsi nous avons bien composé notre écrit. En effet, si tu vois que le
liquide s'étend vers le nord, comme il est dit dans le discours sur l'eau de
soufre natif, alors hâte-toi de le corriger en délayant avec la saumure, le
natron, l'antimoine, la couperose destinée à l'affinage (4). — Il voulait dési-
gner par là la mortification du produit (5) et l'accomplissement de l'œuvre
exposée dans tout son discours (6).
(i) Cette fin est étrangère au serment.
Peut-être est-ce une recette, dont la
révélation devait être précédée par le
serment de l'initié.
(2) Voir la nomenclature de l'œuf,
p. 19 à 22.
(3) Mesure de volume.
(4) Cette description énigmatique du
grand œuvre repose sur des allusions
vagues à diverses opérations chimiques.
Elle est d'une basse époque, postérieure
au vn" siècle, à en juger d'après la cita-
tion de Stephanus.
(5) Qu'il fallait éviter, pour accom-
plir l'opération.
(6) La phrase finale est une glose de
commentateur, ajoutée en dernier lieu.
ISIS A HORUS
3l
1. xui. — ISIS A HORUS
(1« RÉDACTIOX)
Isis la Prophétesse (i) ά soti fils (2).
I . Isis, la prophétesse à son tils Horus : « Tu devais f éloigner, mon enfant,
et aller combattre contre Finfidèle Typhon, pour le trône de ton père. Moi-
même m'étant rendue à Hermonthis, ville (où l'on cultive) l'art sacré de
l'Egypte (3), j'y ai passé un certain temps. D'après le cours des circonstan-
ces, et la révolution nécessaire du mouvement des sphères (4), il arriva que
l'un des anges qui résident dans le premier firmament, m'ayant contemplée
d'en haut (5), voulut s'unir à moi i6). II s'avança, se disposant à en venir à
son but : mais je ne lui cédai point, voulant apprendre de lui la prépara-
(i) Voir Berthelot, Orig. de l'Alch.,
p. i38. Cp. Hœfer, Hist. de la Chimie,
t. I, p. 2qOj 2" édition. — Titre de L :
Isis, reine d'Egypte, épouse d'Osiris,
sur l'art sacré, à son fils Horus ». — Les
variantes notables de la seconde rédac-
tion du teste, d'après L, sont données
en notes dans la traduction présente.
(2) Le titre est suivi du signe de la
lune dans le manuscrit A. Ce signe, qui
est aussi celui de l'argent, indique que
tout le morceau a un sens alchimique
caché. — Ici il remplace le nom du fils
d'Isis, ce qui semble se rapporter à
l'identification d'Horus enfant avec
Harpocrate, et au rôle lunaire de l'Har-
pocrate thébain, désigné sous le nom
de Khons (v. les mots Aah [dieu lunaire]
et Khons, dans le Dictionnaire d'Ar-
chéologie égYptienne, par Pierret, iSyS).
Ceci tend à faire remonter jusqu'aux
vieilles traditions égyptiennes la pre-
mière rédaction de ce morceau. L'exis-
tence de deux rédactions, notablement
différentes, pourrait répondre à deux
interprétations distinctes d'un même
texte hiéroglyphique.
(3) D'après L : « Moi-même, après
ton départ, m'étant rendue k Ormanou-
thi (Hermonthis), où l'art sacré de
Γ Egypte est cultivé mystérieusement...»
Ceci correspond à une note marginale
de A : elle parle dans un sens mysté-
rieux », et nous rappelle le symbolisme
alchimique de ce morceau.
(4) Cette phrase, qui répond au carac-
tère sidéral d'Horus et d'Isis, manque
dans L ; on y lit seulement : Je voulais
me retirer; pendant que je m'éloignais,
l'un des prophètes ou anges, etc. »
(5) Manque dans L. Il y a quelques
variantes peu importantes dans ce qui
suit.
(6) Dans A, ce mot est suivi du signe
du cuivre, c'est-à-dire d'Aphrodite (Vé-
nus), déesse assimilée à Isis-Hathor. Il
semble donc qu'il s'agisse ici, dans un
langage mystique, d'une combinaison
chimique où le cuivre figurait comme
matière de la transmutation (voir la
note 2) ; combinaison assimilée, sui-
vant un symbolisme fréquent chez les
alchimistes, à l'union de la femme avec
l'homme.
32
INDICATIONS GENERALES
tion de l'or et de l'argent. Comme je l'interrogeais là-dessus, il me dit qu'il
ne lui était pas permis de s'expliquer à cet égard, vu la haute importance de
ces mystères, mais que le jour suivant, il viendrait un ange plus grand,
l'ange Amnaël (i), et celui-là serait' en état de me donner la solution de la
question.
2. Et il me dit que celui-là porterait un signe sur sa tête (2) et qu'il me
montrerait un petit vase non enduit de poix, rempli d'eau transparente. Il
(ne) voulut (pas) révéler la vérité.
3. Le jour suivant, lorsque le soleil était au milieu de sa course, apparut
l'ange Amnaël, plus grand que le premier ; pris du même désir à mon égard ;
il descendit vers moi, il ne resta pas immobile, mais se rendit en hâte au
lieu où je me tenais ; et moi je ne cessai pas de m'informer de la question.
4. Et comme il tardait (à me répondre), je ne me livrai point, mais je
contins son désir jusqu'à ce qu'il m'eût fait voir le signe qu'il avait sur la
tête et qu'il m'eût transmis sans réserve et avec sincérité les mystères que je
cherchais.
5. Enfin, il me montra le signe et commença la révélation des mystères ;
proférant des serments (3), il s'exprima ainsi : Je te le jure par le ciel, la terre, la'
lumière et les ténèbres; jeté le jure parle feu, l'eau, l'air et la terre; je te le jure
parlahauteurducieUparlaprofondeurdela terreetduTartare; jetelejurepar
Hermès, parAnubis, par les hurlements du Kerkoros (4), par le serpent qui
(i) En marge de A : « Elle parle d'un
être versé dans la connaissance de
Dieu. » Dans L, tout le passage est
abrégé en ces termes :
« I. Le jour suivant, vint à moi leur
premier ange prophète appelé Amnaël.
« 2. Je l'interrogeai de nouveau sur la
préparation de l'or et de l'argent. Il me
montra un signe qu'il avait sur la tête, et
un vase, non enduit de poix, rempli d'eau
transparente, qu'il avait dans les mains,
et il ne voulut pas révéler la vérité.
« 3. Le jour suivant, il revint, il re-
nouvela sa tentative amoureuse et
s'efforça d'atteindre son but. Mais je ne
m'occupais pas de lui; et il continua à
me tenter et à me prier par son désir.
« 4. Mais je ne me livrai point, et
je le dominai jusqu'à ce qu'il m'eût fait
voir le signe, etc. »
(2) Ceci paraît une allusion au disque
qui surmonte les cornes en croissant
(demi-cercle), lesquelles servent de coif-
fure au dieu lunaire Khons ou Aah. Dans
L ce signe est décrit seulement un peu
plus loin, lors de l'apparition d'Amnaél.
(3) Il semble que le serment aurait
dû être prononcé par Isis. Le début
rappelle le serment des Orphica.
(4) Her-Hor est le premier prophète
d'Ammon ; c'est le nom d'un per-
sonnage historique de la XX" dynastie
(Dict. d'Arch. égypt. de Pierret). Ici il
est devenu un personnage infernal.
ISIS A HORUS
33
garde le temple (i); je te le jure par le bac et par le nocher de l'Achéron; jeté
le jure par les trois Nécessités (Parques), par les Fouets (Furies), parl'Épée.
6. Après tous ces serments, il me demanda de ne (rien) communiquer
à qui que ce fût, excepté à mon fils chéri et légitime, afin que toi-même tu
fusses lui et que lui fût toi [2''. Ainsi donc, observe en passant, interroge
l'agriculteur Acharantos (3) et apprends de lui quelle est la semence et
quelle est la moisson, et tu sauras que celui qui sème le blé récolte du blé,
que celui qui sème de l'orge récolte de l'orge.
7. Quand tu auras, mon enfant, entendu ces choses, par manière de préam-
bule, considères-en toute la création et la génération, et sache que l'homme
sait engendrer l'homme, le lion engendre le lion, et le chien engendre le
chien. S'il arrive qu'un être soit produit contrairement à la nature, c'est un
monstre qui est engendré et il n'a pas de consistance (4:. La nature charme
la nature, et la nature triomphe de la nature.
8. Les adeptes ayant participé à la puissance divine, et ayant réussi
par l'assistance divine, éclairés par l'effet de la demande (d'Isis) (5); ils firent
des préparations avec certains minerais métalliques, sans se servir d'autres
substances (non convenables). Ils réussirent ainsi au moyen de la nature
substantielle à triompher de la matière employée dans la préparation (6).
(i) C'est le serpent Ouroboros. Dans
L on lit : « le hurlement de Kerkourobo-
ros le serpent, et du chien tricéphale.
Cerbère, gardien de l'Enfer». — Ker-
koros et Ouroboros sont ici confondus
en un seul mot, par l'erreur du co-
piste. D'ailleurs le hurlement du ser-
pent n'a pas de sens. Cerbère paraît
avoir été ajouté en raison de l'ancien
mot, gardien (du temple); (voir l'article
I, V, 5), qui n'était plus compris et qui
a été appliqué à l'Enfer par l'un des
copistes dont L procède.
(2) Ceci semble faire allusion à l'iden-
tité du Dieu lunaire Aah, (symbole de
l'argent) avec Khons iHarpocrate, qui
est encore Horus. — Cette phrase
mystique, tirée du culte égj'ptien, a
disparu dans L.
(3) Ailleurs : Achaab (Texte grec,
p. 89, 1. 10 ). Ces noms propres ont
été remplacés par « un certain agricul-
teur » dans L.
(4) Cette phrase philosophique man-
que dans L.
(5) Le commencement de ce paragra-
phe jusqu'à cet endroit manque dans L,
qui débute ainsi : « 8. Il faut préparer
la matière avec les minerais métalliques
et non avec d'autres substances. En
effet, comme je lai dit précédemment,
le blé, etc. »
(6) Ceci paraît vouloir dire qu'il faut
faire intervenir la nature prépondérante
de l'or, jouant le rôle d'un germe ou
élément générateur, pour surmonter et
changer la nature de la matière des
autres substances employées dans les
transmutations.
34
INDICATIONS GENERALES
En effet, de même que j'ai dit précédemment que le blé engendre le blé et
que l'homme sème l'homme ; de même aussi l'or sert à la moisson de l'or,
et généralement le semblable, à celle de son semblable (i). Maintenant le
mystère a été révélé.
9. Prenant du mercure, fixe le(2) : soitavec laterrebolaire,ouavecle métal
de la magnésie, ou avec le soufre ;etgarde-le: c'est l'amalgame fusible (3).
Mélange des espèces : plomb facilement fusible (amalgame), i partie ; pierre
blanche, 2 parties; pierre crue (ou entière) (4), i partie; sandaraque (5) jaune,
I partie; renoncule (6), i partie; mélange tout cela avec du plomb pris en
masse, et fais fondre par trois fois.
10. Mélange de la préparation blanche, laquelle est le blanchiment de tous
les corps (métalliques) (7). Prends i partie de mercure blanchi avec addition
de cuivre (81; et prenez i partie de magnésie, désagrégée par les eaux (chi-
miques^; I partie de lie de vin, traitée par le jus de citron; i partie d'arse-
nic Î9I, délayé avec l'urine d'un enfant impubère; i partie de cadmie;
1 partie de pyrite, cuite avec de la litharge; i partie de céruse, cuite avec du
(1) Tout le paragraphe 8 semble une
addition, faite après coup, au texte pri-
mitif du S 7, qu'ellerépèteengrande par-
tie. C'est en quelquesorte une transition
mal agencée entre ce texte et les re-
cettes techniques des paragraphes sui-
vants, recettes très anciennes d'ailleurs
et fort voisines de celles du Papyrus
de Leide.
(2) Ceci signifie : soit le mercure éteint
par son mélange avec une argile, soit
le mercure amalgamé avec un alliage
métallique, soit le mercure sulfuré par
l'action du soufre, ou des sulfures
métalliques.
(3) L : « c'est l'amalgame fusible, sui-
vant le mélange des espèces : plomb
facilement fusible »,'etc.
(4)V.la Nomenclaturedel'Œuf, p.ig.
(5) Réalgar.
(6) Ce nom symbolique exprime
quelque substance minérale jaune : voir
le Lexique, p. 6.
(7) Cette préparation représente un
mélange de dive.''s oxydes métalliques
(cuivre, mercure, fer, arsenic, zinc,
plomb, etc.), salifiés plus ou moins
complètement par le bitartrate de po-
tasse et par le vinaigre très fort; c'est-
à-dire par un acide, ou un alcali, ou
un autre corps piquant, assimilé au
vinaigre; le tout est ajouté au mer-
cure éteint ou amalgamé. En fai-
sant chauffer ce mélange dans un creu-
set, avec addition d'un fondant, on
obtiendra un alliage complexe. — Les
Recettes d'asém dans le papyrus de
Leide, Introd., p. 29 (recettes 5, 6), p.
3o (recette 9), p. 3i (recette i3), p. 82
(recette- 18), p. 33 (recette 19), p. 35
(recette 27), p. 37 (recette 37), p. 45
(recettes 84, 85, 86), p. 47 (recette 90);
sont tout à fait analogues aux descrip-
tions contenues dans les § 10, II et 12.
(8) Il y a là une inversion : c'est au
contraire le cuivre qui est blanchi par
le mercure.
(9) Orpiment.
ISTS A HORUS
35
soufre; 3 parties de litharge, cuite avec de la chaux; i partie de cendres de
cobathia (i). Délaie tout cela avec du vinaigre hianc très fort et, après avoir
fait sécher, tu obtiendras la préparation blanche (2).
1 1. Ensuite (3), prenant du cuivre et du fer, fais-les fondre, puis jettes-y
peu à peu les substances que voici, pulvérisées : soufre, i partie ; magnésie,
10 parties; jusqu'à ce que le fer devienne bien ductile. Après avoir broyé,
mets de côté.
12. Prenant (4) un peu de cuivre rendu ductile par la chaleur, fais-en
fondre 4 parties, et jettes-y i partie de fer broyé (5), en l'ajoutant peu
à peu et l'agitant, jusqu'à ce que le fer et le cuivre fassent un alliage.
Puis, prenant de cet alliage le poids d'une livre, fais-le fondre, en y pro-
jetant 3 onces de la préparation blanche, (ajoutée) peu à peu, jusqu'à ce
que la matière broyée devienne blanchâtre. Puis, en la prenant au sortir
du creuset, ajoutes-y du mercure: ι partie pour 2 parties du mélange;
donne-lui l'épaisseur d'un ongle. Si le métal n'est pas tout-à-fait ductile,
fais le fondre de nouveau, et il deviendra mou comme la cire (ô).
i3. Ensuite (3), après avoir préparé une liqueur pour la dorure [7), une
liqueur de coquille d'or (Si, sans couperose, ni résidu de creuset, place les
lames dans un vase de verre, mets à part pendant 35 jours, jusqu'à ce que
le dépôt soit rassemblé. Puis, enlève et garde le produit (9).
14. Ensuite (loi, prends la préparation blanche obtenue au moyen du
mercure, de la magnésie, de la lie de vin, de l'arsenic, de la cadmie, de la
pyrite et de la céruse ; prends aussi du mercure, mêles-y la liqueur du sidéro-
(i) Voir Introd., p. 255.
(2) Tout ce paragraphe est une répé-
tition plus développée de la recette
contenue dans le précédent.
(3) Le mot <c ensuite » signifie sim-
plement que l'auteur passe à une pré-
paration nouvelle ; laquelle ne fait pas
nécessairement suite à la précédente.
Souvent le copiste, ayant sous les yeux
deux recettes semblables, en a mis bout
bout les parties parallèles.
(4) Mot à mot : un Kéras ou Kération,
c'est-à-dire un Carat, tiers d'obole, poids.
(5) Limaille de fer, ou fonte broyée?
(6) Ceci• paraît encore se rapporter à
la formation d'un amalgame. Le § 12
développe la recette du § 11.
(7) Il y avait probablement ici le signe
de l'or, que le copiste grec a traduit par
ήλιο/.ο'σιχιον, pour χρυσοχ.όσίΑΐον.
(8) Le mot d'or en coquille est encore
usité chez les bijoutiers.
(9) Recette sommaire pour dorer,
analogue à celles des Papyrus de Leide
(voir Introd., p. 70).
(10) Ce paragraphe est une variante
des précédents.
36
INDICATIONS GENERALES
chalque et les espèces susdites. Que la liqueur surnage la préparation de
l'épaisseur de deux doigts; laisse macérer pendant quinze jours à l'ombre,
et conserve le dépôt.
i5. Lorsque tu veux blanchir quelqu'un des corps métalliques (i), procède
ainsi : prenant du mercure, de la lessive de chaux, de l'urine, du lait de
chèvre, du natron et du sel, délaie et blanchis.
i6. On sait pareillement que les choses qu'il me reste à expliquer (2I,
c'est-à-dire les diplosis, les teintures et tous les traitements, tendent à un
seul et même sens, à une seule et même œuvre. Comprends donc, mon
enfant, le mystère de la préparation de la veuve (3).
17. Voici comment on élève la vapeur sublimée (4) : prends de l'ar-
senic (5), fais-le bouillir dans l'eau, et le mettant dans un mortier, pile-le avec
le stachys et un peu d'huile ; mets le matras et la fiole (6) sur des charbons.
Au-dessus de l'entrée (du fourneau?) dispose l'appareil. Jusqu'à ce que la
vapeur s'en aille. Traite la sandaraque de la même façon.
I. XIV.
LES MOEURS DU PHILOSOPHE
Quelles doivent être les qualités morales de celui qui poursuit Vétude
de la science (7) .
Celui qui poursuit l'étude de la science doit premièrement aimer Dieu et
les hommes, être tempérant, désintéressé, repousser le mensonge, toute
fraude, toute mauvaise action, tout sentiment d'envie, être enfin un sin-
(i) C'est une recette pour blanchir
les métaux par amalgamation, analogue
à l'une des précédentes.
(2) Ceci semble indiquer l'inten-
tion de l'auteur d'exposer tout un en-
semble de recettes, dont ce qui pré-
cède aurait été seulement le début.
(3) Isis, veuve d'Osiris. Ce mot mar-
que la fin de la principale addition.
(4) Ceci est une recette, ajoutée à la
suite des précédentes. C'est une subli-
mation, opérée dans l'alambic, au mo-
yen des sulfures d'arsenic, mélangés de
divers produits organiques.
(5j Orpiment.
(6) Voir figure 1 1, Introd., p. i32.
(7) Voit Origines de l'Alchimie, pages
119, 160 et 206. Ce morceau est attri-
bué à Démocrite par Cedrenus. Il se
retrouve avec développement dans
Geber et les alchimistes arabes.
LES MŒURS DU PHILOSOPHE
3?
cère et fidèle enfant de la sainte, consubstantielle et coéternelle Trinité (i).
Celui qui ne possède pas ces belles qualités, agréables à Dieu, ou qui ne
s'efforce pas de les acquérir, celui-là se trompera lui-même, en voulant
atteindre les choses inaccessibles; il ne fera que se nuire à lui-môme.
I. XV.
SUR L'ASSEMBLEE DES PHILOSOPHES
1. Les philosophes envoyèrent les uns chez les autres en vue de former
une réunion, attendu qu'une querelle et un grand trouble les avait assaillis ;
ce trouble venait de l'erreur qui s'est abattue sur le monde en ce qui concerne
les natures, les corps (2), les esprits i3), touchant la question de savoir si c'est
au moyen de plusieurs espèces, ou d'une seule, que s'accomplit le mystère (4) .
2. Le philosophe, répondant clairement des choses connues d'eux,
s'exprime ainsi : « 11 n'appartient pas à ceux de notre race (5), provenant
d'une seule espèce, de nous reprocher nos livres et de nous jeter des impré-
cations à la tête. Relativement à la teinture de l'or que l'on veut obtenir,
voici ce qui m'a été indiqué par les gens du métier : Si quelqu'un vient
à exposer les enseignements relatifs à la multiplicité des espèces, il est dans
l'erreur; car le but poursuivi est autre. Le fourneau est unique, unique le
chemin à suivre, unique aussi l'œuvre ».
3. Rien ne conduira au but (même au prix de 5o deniers) (6). Mais le sei-
gneur Dieu l'a livré gratuitement), à cause des mendiants et des désespérés.
(i) C'est le langage des Grecs byzan-
tins de la fin du iv et du v<^ siècle.
(2) Métaux, corps fixes.
(3) Corps volatils (v. Introd., p. 247).
(4) Cela paraît signifier : La transmu-
tation s'opère-t-elle sur un métal
unique, dont on change la nature spé-
cifique; ou bien fabrique-t-on Γογ et
l'argent, en les composant à la façon
des alliages, tels que le bronze et le
laiton? On pourrait encore entendre'
par là la pierre philosophale. En effet, on
'lit dans un commentaire sur la Turba
philosophorum [Bibl. client, de Manget,
t. I, p. 499) : Multis disputationibus
Lapidem vel diversis, vel duabus, vel
unâ tantum re constare, diversis nomi-
nibus contendunt. — Voir plus haut la
note 4 de la page 23.
(5) Il y a là, ce semble, une allusion
au rôle des Juifs parmi les alchimistes;
des phrases analogues;, mais plus préci-
ses, sont attribuées à Marie (Origines
de Γ Alchimie, p. 56).
(6) Ce passage est une interpolation
évidente. Il semble qu'il y ait là un
38
INDICATIONS GENERALES
4. Le philosophe parle ainsi: « Prends dans les chairs {i)la partie jaune,
car c'est la meilleure parmi les produits macérés (2); et prends la pierre; mets
sur le feu, et aussitôt après, dans l'eau; puis reprends cette pierre, ainsi
qu'une partie des chairs macérées, et mets le tout) dans un fourneau solide,
destiné à faire le verre. Prends l'huile qui surnage la pierre (3), et (alors) la
pierre demeure à l'état de verre. En prenant le même vinaigre, on possède
le vinaigre des philosophes (4) ».
I. xvi. — SUR LA FABRICATION DE L'ASEM '»'
Prenez du Plomb fusible (6), tiré des minerais lavés. Le Plomb fusible est
très compact. On le fond à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'il devienne asèm.
Après avoir obtenu l'asèm, si vous voulez le purifier, projetez dans le creuset
du verre de Cléopâtre et vous aurez de l'asèm pur. Car le plomb fusible fournit
beaucoup d'asèm 7). Chauffez le creuset sur un feu modéré et pas très fort.
débris de quelqu'autre écrit, intercalé
au hasard. La phrase qui le termine
peut être rapprochée de certains énon-
cés, très fréquents chez les alchimistes
arabes, d'après lesquels la pierre philo-
sophale était formée de matières qui
se trouvaient partout, à la disposition
des plus pauvres : Est vilis in pLiteis
et iti vus ejectus pedibiis hoini>ium
calcatur et ab uno qtioque paupere
potest acquiri. (Avicen.ne, dans Bibl.
Chem. de Manget, t. I, p. 633, — voir
aussi p. 935).
(1) L'auteur se sert ici du langage
symbolique des parties du serpent (v.
p. 23). Le mot chair signifie quelque
matière insoluble dans les liqueurs
employées, matière colorée en jaune
ou en rouge.
(2) Il y a dans le grec un jeu de mot
symbolique, relatif à l'embaumement
des corps humains.
(3) Il semble qu'il s'agisse d'un fon-
dant liquéfié, qui coule à la surface du
métal dans le creuset.
(4) Vinaigre des philosophes, ou eau
mercurielle qui dissout les métaux.
Cette dernière phrase ne semble pas
faire suite à ce qui précède. — La pre-
mière partie de l'article XV est relati-
vement claire ; mais la fin est trop
vague pour offrir un sens précis : c'est
une addition de copiste.
(5) iM. fol. 106. Il y a deux titres;
le signe du second est celui de l'ar-
gent.
(6) Le signe traduit ici par fusible
est celui de l'eau. S'agit-il de l'amal-
game de la page 34 ? Cette recette et
celles qui suivent sont des recettes
techniques, positives, analogues à celles
du Papyrus de Leide.
(7) Entendre par asèm un alliage
' de plomb et d'argent (voir les recettes
du Papyrus de Leide, Introd., p. 65).
FABRICATION DU CINABRE
39
2. Fabrication de Vasèm. — Prenez de l'étain ( i), fondez-le, et après cinq
fusions, jetez du bitume à sa surface dans le creuset. Chaque fois que vous
le refondrez, coulez-le dans du sel ordinaire, jusqu'à ce qu'il devienne un
asèm parfait et abondant. Si vous voulez l'employer pour un travail
d'Eglise (2), opérez entre le moment de la fusion et celui du durcis-
sement.
3 . Fabrication de Vasèm. — On le tire du plomb ordinaire purifié; comme
il est dit sur la stèle d'en haut. Il faut savoir que cent livres de plomb
ordinaire fournissent dix livres d'asèm.
I. xMi. — FABRICATION DU CINABRE
1. On met dans un mortier une livre de soufre apyre et deux livres
de mercure; on les broie ensemble pendant un jour. On introduit le tout
dans un alambic de verre; on en ferme l'orifice avec un lut charbonneux,
capable de résister au feu, épais de trois doigts. On soumet ce vase à l'ac-
tion du feu, pendant 6 à 9 heures. Après ce traitement, vous trouverez une
masse agglomérée, d'apparence ferrugineuse. Broyez-la à plusieurs reprises
avec de l'eau, pour obtenir une couleur dorée. Car plus vous broierez,
plus elle deviendra jaune. Le soufre apyre rend fixes les matières vola-
tiles.
2. Sur le cinabre. — 11 faut savoir que la régénération (du mercure au
moyen) du cinabre se fait au moyen de l'huile de natron (3). On fond sur
un feu léger, comme vous le comprenez bien.
3. Autre article sur le cinabre ^4 . — Il faut savoir que la magnésie (5)
(i) S'agit-il de notre étain moderne ?
ou bien de cet alliage de plomb
et d'argent, désigné par Pline sous
le nom de Stannum? (Introduction,
p. 25o).
(2) Addition d'un copiste praticien;
à moins qu'il ne faille lire Ι/.πλάσεω;,
(œuvre de) moulage, au lieu de Ελ•/.λη-
σίας.
(3) Emploi de la soude pour réduire
le sulfure de mercure.
(4) Dans ce §, cinabre signifie la san-
guine, ou hématite, et non le sulfure
de mercure.
(5) Le mot de magnésie désigne ici le
minerai de fer magnétique, employé à
la fois dans la fabrication du verre et
dans celle des armes.
40
INDICATIONS GENERALES
du verrier est de la nature de celle de l'Asie, au moyen de laquelle le verre
reçoit des teintures ; c'est avec elle que se fabriquent le fer de l'Inde et les
épées merveilleuses.
I. xMii. — DIPLOSIS DE MOÏSE '*'
Cuivre de Calais (2), i once; arsenic, soufre apyre, i once, et plomb (3)
natif, I once; sandaraque décomposée, i once. Broyez dans l'huile de rai-
fort, avec du plomb, pendant trois Jours. Mettez dans Yacniadion (vase de
grillage) et placez sur des charbons, jusqu'à désulfuration; puis retirez, et
vous trouverez votre produit. De ce cuivre, prenez i partie et 3 parties
d'or; faites fondre, en poussant vivement la fusion, et vous trouverez le
tout changé en or, avec l'aide de Dieu.
I. x,x. _ DIPLOSIS D'EUGENIUS ^
Cuivre brûlé, 3 parties; or, i partie. Faites fondre, et ajoutez de l'arsenic.
Faites brûler et vous trouverez le produit ramolli. Ensuite broyez dans du
vinaigre, pendant 7 jours, au soleil. Puis, après avoir desséché, faites fondre
de l'argent, et quand il est à point (5), projetez-y cette composition : vous
trouverez l'argent à l'état d'électrum. Mélangez au produit de l'or, à
parties égales, et vous aurez un bel or pur.
(i) Voir Introd.,p. 61. C'est un pro-
cédé pour fabriquer de l'or à bas titre;
aussi bien que le procédé suivant.
(2) Voir Lexique Alchimique, p. 9 .
(3) Le signe du plomb est parfois le
même que celui du soufre : Introd.,
p. 102. — Voir aussi dans le Lexique,
p. S et 9, deux des articles : Eau de
soufre, p. 9, l'article Soufre blanc ; et
p. i3, l'article Osiris.
(4) Ce nom ne reparaît pas ailleurs
dans nos ouvrages alchimiques. — Il
rappelle celui du rhéteur païen, pro-
clamé empereur par Arbogaste et mis
à mort par Théodose en 394.
(5) J'adopte γελάσαντ•..
LE LABYRINTHE DE SALOMON
41
1. XX. — LE LABYRINTHE
QUE SALOMON AVAIT FAIT CONSTRUIRE (1)
As-tu entendu parler, e'tranger, d'un labyrinthe dont Salomon forma le
plan dans son esprit et qu'il fit construire avec des pierres rassemblées en
rond? Ce dessin en représente la disposition, la forme et la complication,
tracées par des lignes fines, d'une façon rationnelle. En voyant ses mille cir-
cuits, de l'intérieur à l'extérieur, ses routes sphériques qui reviennent en
rond, de çà et de là, sur elles-mêmes, apprends le cours circulaire de la vie,
te manifestant ainsi les coudes glissants de ses chemins brusquement repliés.
Par ses évolutions sphériques, circulaires, il s'enroule subtilement en cor-
dons composés; de même que le serpent pernicieux, dans ses replis, rampe
et se glisse, d'une façon tantôt manifeste, et tantôt secrète.
Il a une porte placée obliquement et d'un accès difficile. Plus tu accours
du dehors, en voulant t'élancer, plus lui-même, par ses détours subits, 't'jen-
gage à l'intérieur, vers la profondeur où se trouve la sortie. Il te séduit
chaque jour dans tes courses; il se joue et se moque de toi par les retours de
l'espérance ; comme un songe qui t'abuse par des visions vaines, jusqu'à ce
que le temps qui règle la comédie se soit écoulé, et que le trépas, hélas !
réglant tout dans l'ombre, t'ait reçu, sans te permettre de réussira atteindre
la sortie.
(i) Voir la figure 3o, Introd., p. ibj.
— Ce labyrinthe est une œuvre caba-
listique du moyen âge, qui n'appartient
pas à la vieille tradition des Alchi-
mistes 2recs.
DEUXIEME PARTIE
TRAITÉS DÉMOCRITAINS
A2>
II. 1.
DEMOCRITE
QUESTIONS NATURELLES ET MYSTÉRIEUSES
I. Mettez dans une livre de pourpre, un poids de deux oboles de scories
de fer, macérées dans sept drachmes d'urine, posez sur le feu jusqu'à ébulli-
tion. Puis, enlevant du feu la décoction, mettez le tout dans un vase. Reti-
rant d'abord la pourpre, versez la décoction sur la pourpre et laissez trem-
per une nuit et un jour. Puis, prenant quatre livres de lichen marin (i),
versez de l'eau de façon qu'il y ait au-dessus du lichen quatre doigts d'eau,
et tenez (le mélange dans cet état) jusqu'à ce qu'il s'épaississe; filtrez alors,
faites chauffer et versez sur la laine disposée d'avance. Foulez ce qui est trop
lâche, de façon que le jus pénètre la laine à fond ; puis laissez deux nuits et
deux jours. Prenez ensuite et faites sécher à l'ombre ; déversez le jus.
Puis reprenez le même jus et, dans deux livres de ce jus, mettez de l'eau,
de façon à reproduire la première proportion. Tenez de même (le mélange
dans cet état), jusqu'à ce qu'il s'épaississe ; puis l'ayant filtré, mettez-y de la
laine, comme tout d'abord, et laissez une nuit et un jour. Prenez ensuite
et rincez dans l'urine, puis séchez à l'ombre.
Prenez de l'orcanette (2), broyez; mettez quatre livres d'oseille et faites
(1) Orseille.
(2) Ici commence un second procédé
de teinture en pourpre, indépendant du
premier. On procède cette fois au
moyen delà Laccha. — Le mot orcanette
estindiqué comme traduction commune
pour les mots laccha et anchusa, par les
dictionnaires (Voir aussi Saumaise, Pli-
nianœ exercitationes).
Dans la recette g6 des Papyrus de
44 TRAITES DEMOCRITAINS
bouillir avec de l'urine, jusqu'à ce que l'oseille soit délayée; ayant filtré
Peau, mettez Torcanette, faites cuire jusqu'à épaississement et, ayant filtré
à nouveau l'orcanette, mettez la laine. Ensuite lavez avec l'urine, et après
cela avec de l'eau. Faites sécher de même à l'ombre. Exposez aux vapeurs
des algues marines la laine trempée dans l'urine, pendant 2 jours.
2. Voici ce qui entre dans la composition de la pourpre : l'algue qu'on
appelle fausse pourpre (i), le coccus (2), la couleur marine (3), l'orcanette (4)
de Laodicée, le cremnos (5), la garance d'Italie, le phyllanthi on d'Occident (6),
le ver à pourpre (7;, tiré de , le rose d'Italie. Ces couleurs ont été
estimées entre toutes par nos prédécesseurs. Celles qui ne donnent pas de
teinture fixe sont de nulle valeur. Telles sont la cochenille de Galatie, la
couleur d'Achaie, qu'on appelle laccha, celle de Syrie qu'on appelle
rhizion, le coquillage et le double coquillage de Libye, la coquille
d'Egypte de la région maritime qu'on appelle pinna, la plante appelée
isatis, et la couleur de la Syrie supérieure que Ton appelle murex. Ces cou-
leurs ne sont pas solides, ni estimées parmi nous, excepté celle de l'isatis (8^
3. Ayant recueilli ces notions de notre maître précité, et connaissant la
diversité de la matière, nous nous sommes efforcés de faire concorder les
natures. Mais, notre maître étant mort avant que nous fussions initiés, et
dans un temps où nous nous occupions encore de la connaissance de la
matière, on nous dit qu'il fallait essayer de l'évoquer de l'Hadès. Et je
m'efforçais d'atteindre ce but, en l'invoquant directement par ces mots : Par
Laide [Introd., p. 48) ; il y a aussi deux
procédés parallèlesde teinture, l'unavec
l'orseille, l'autre avec l'orcanette. Ces
deux matières différentes formaient-
elles la base des teintures doubles
(étoffes ciôasot, dont parlent les anciens
auteurs)? ou bien celles-ci étaient-elles
exécutées avec une même matière? La
description ci-dessus, reproduisant deux
fois le traitement avec l'orseille, est
plutôt favorable à la seconde opinion.
(i) Mot à mot : faux coquillage.
(2) Sorte de cochenille.
(3) Orseille.
(4) Anchusa.
(5) Matière inconnue :
(b) Ou des plongeurs -
(7) Voir Salmasii Plinianœ exer-
citationes, p. 192, b, Ε et F. et pages
suivantes (1689).
(8) Ce qui précède est le fragment
de divers procédés de teinture en pour-
pre, tirés des notes de quelque teintu-
rier et analogues aux recettes du Papy-
rus de Leide {Introd., p. 48). Puis
vient un morceau magique, suivi d'un
fragment alchimique : v. Origines de
l'Alchimie, p. 1 5o. — La traduction
actuelle du premier fragment a été
soumise à une révision nouvelle.
DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES
43
quels dons récompenses-tu ce que j"ai fait pour toi ? Après ces mots, je
gardai le silence. Comme je l'invoquais à plusieurs reprises, lui demandant
comment je pourrais faire concorder les natures, il me dit qu'il lui était
difficile de parler sans la permission du Démon (génie). Et il prononça
seulement ces mots : « Les livres sont dans le Temple. ■>
Retournant au Temple, je me mis à chercher si je pouvais être mis en pos-
session des livres ; car il ne m'avait pas parlé de ces livres de son vivant, étant
mort sans avoir fait de dispositions testamentaires. II avait, à ce qu'on prétend,
pris un poison pour séparer son âme de son corps ; ou bien, à ce que dit son
fils, il avait avalé du poison par mégarde. Or, avant sa mort, il comptait mon-
trer les livres à son fils seulement, quand celui-ci aurait dépassé le premier
âge. Aucun de nous ne savait rien de ces livres. Comme après avoir fait
des investigations nous n'avions rien trouvé, nous nous donnions un mal
terrible (pour savoir) comment s'unissent et se confondent les substances et
les natures. Mais lorsque nous eûmes opéré les compositions de la matière,
le temps étant venu d'une cérémonie dans le Temple, nous fîmes un festin
en commun. Donc, comme nous étions dans le naos, tout d'un coup, une
certaine colonne s'ouvrit, mais nous n'y vîmes rien à l'intérieur. Or, ni lui,
ni personne ne nous avait dit que les livres de son père y eussent été dépo-
sés. S'étant avancé, il nous conduisit à la colonne ; nous étant penchés,
nous vîmes avec surprise que rien ne nous avait échappé, saufi cette for-
mule précieuse que nous y trouvâmes :
« La nature jouit de la nature ; la nature triomphe de la nature ; la nature
maîtrise la nature. »
Nous fûmes très surpris qu'il eût rassemblé en si peu de mots tout son écrit.
« Je viens (il moi aussi apporter en Egypte le traité sur les (questions)
naturelles, afin que vous vous éleviez au-dessus de la curiosité du vul-
gaire [2) et de la matière confuse. »
(i) Ceci paraît être le vrai commen-
cement du traité du Pseudo-Démocrite ;
ce qui précède représentant des lam-
beaux surajoutés. Le traité même est
constitué par les deux livres sur le blanc
et le jaune, c'est-à-dire l'Argyropée
et la Chrysopée, dont parle Synésius.
(2) Cette expression semblait consa-
crée dans les expositions de doctrine
secrète : 3:ά τήν των -ολλών -ιοιζ^γ.χ'/, dit
aussi le Papyrus V de Leide, col. 12,
1. 18 (Introd., p. 10).
46
TRAITES DEMOCRITAINS
CHRYSOPEE
4. Prenant du mercure, fixez-le avec le corps métallique(i) de la magnésie (2),
ou avec le corps métallique ( i ) de l'antimoine d'Italie, ou avec du soufre apyre ,
ouavecdela sélénite, ou avec de la pierre calcairecuite, ou avec l'alun de Milo,
ou avec l'arsenic (3), ou comme vous l'entendrez. Mettez la terre blanche
(ainsi préparée) sur du cuivre et vous aurez du cuivre sans ombre (4). Ajou-
tez de l'argent jaune (5) et vous aurez de l'or ; avec l'or (le résultat) sera
du chrysocorail (6) réduit en corps (métallique).
Le même effet s'obtient avec l'arsenic jaune (7) et la sandaraque (8)
traitée convenablement, ainsi qu'avec le cinabre tout à fait transformé. Le
mercure seul produit le cuivre sans ombre. La nature triomphe de la na-
ture (9).
(i) Métal réduit de ses minerais, ou
autres composés.
(2) Ce mot signifiait à l'origine la
pierre magnétique ; mais dans le Le-
xique, il est traduit par : plomb blanc,
pyrite, antimoine femelle (sulfure d'an-
timoine en grands cristaux), cadmie
(oxyde de zinc impur, mêlé de cuivre).
Il désignait aussi l'étain et l'alliage du
cuivre et du plomb. Les sens multiples
de ce mot ont été donnés dans V Intro-
duction, p. 255. Il semble en particu-
lier qu'il s'appliquât à tout minerai
noir ou blanc, susceptible de fournir
par sa réduction un métal, un alliage,
ou un amalgame, blanc et fusible.
(3) Sulfure d'arsenic : soit l'orpiment.
(4) C'est-h-dire désoxydé, blanchi et
amené à un éclat uniforme. D'après
le Lexique, p. 6 : le cuivre couvert
d'ombre, c'est la fleur de cuivre (pro-
toxyde, sous-sels, vert-de-gris), (/«iroi.,
p. 232.)
(5) Ou plutôt de l'Electrum, d'après
le signe de B.
(6) Autrement dit coquille d'or, ex-
pression encore usitée en orfèvrerie.
(7) Orpiment.
(8) Réalgar.
(9) Voici quelle paraît être la signifi-
cation générale des recettes de ce para-
graphe. Faites avec le mercure un amal-
game, ou éteignez le avec une substance
quelconque. Puis étendez le produit
(terre blanche) sur le cuivre ; celui-ci
deviendra d'un éclat argentin uniforme.
Cette terre ou pâte blanche est encore
désignée sous le nom d'amalgame fusi-
ble, et de préparation blanche, à la fin
de la lettre i'Isis à Horus, ρ . 34.
Les composés arsenicaux peuvent
aussi blanchir le cuivre par sublimation ;
de même le cinabre, soit à chaud, soit
en le décomposant par quelque artifice.
Enfin le cuivre blanchi à la surface
peut être doré ensuite par un traite-
ment convenable, au moyen de l'élec-
trum, ou de l'or en feuilles, ou en poudre
(coquille d'or).
Il s'agirait donc en fait d'un procédé
d'argenture apparente du cuivre, précé-
dant une dorure superficielle : ce qui
est conforme aux analogies tirées du
Papyrus de Leide. ITntrod., p. 56.)
DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES
47
5. Traitez la pyrite d'argent, que l'on nomme aussi sidérite, suivant Tu-
sage, de manière à la rendre tluide. Or, on la rendra fluide au moyen de
la litharge grise, ou de lablanclie, ou au moyen deTantimoinc d'Italie. Puis
saupoudrez avec du plomb (je ne dis pas simplement avec du plomb, pour
que vous ne fassiez pas d'erreur, mais avec le plombde Coptos) et avec notre
litharge noire, ou comme vous l'entendrez. Faites chauffer, puis mettez dans
la matière du jaune factice et teignez (i). La nature jouit de la nature.
6. Traitez la pyrite jusqu'à ce qu'elle devienne incombustible (2), après
ayoir perdu sa couleur noire. Traitez-la avec la saumure, ou avec Furine
non corrompue, ou avec l'eau de mer, ou avec l'oxymel, ou comme vous Ten-
tendrez, et faites cuire jusqu'à ce qu'elle devienne pareille aux paillettes
d'or qui n'ont pas subi l'action du feu. Cela réalisé, mêlez-y du soufre
apyre ou de l'alun jaune, ou de l'ocre attique, ou ce qui vous conviendra.
Puis ajoutez de l'argent, pour avoir de l'or ; et de l'or, pour avoir la coquille
d'or. La nature domine la nature (3).
j. Fabrication de l'or jaune. — Prenant duclaudianos (4), rendez-lebrillant
et traitez-le selon l'usage, jusqu'à ce qu'il devienne jaune. Par conséquent
jaunissez-le (pour jaunir je ne parle pas de la pierre, mais de la partie utile
de la pierre) (5). Or vous jaunirez avec l'alun décomposé, avec le soufre, ou
avec l'arsenic, ou avec la sandaraque, ou avec le calcaire, ou avec ce que
vous voudrez. Et si vous ajoutez ce composé à l'argent, vous obtiendrez de
l'or; si vous l'ajoutez à l'or, vous obtiendrez de la coquille d'or (6). La
nature victorieuse domine la nature.
(i) Cette recette paraît signifier que
l'on doit traiter un minerai d'argent
(argent sulfuré, couleur gris d'acier)
par la litharge et le plomb (ou l'anti.
moine), de façon à obtenir un alliage;
puis on colore cet alliage en jaune, à
l'aide d'une matière non définie ici.
(3) C'est-à-dire grillez, jusqu'à désul-
furation et disparition de la couleur gris
d'acier du sulfure d'argent, ou analogue.
(3) Cette recette paraît exprimer le
grillage de la pyrite argentifère, suivie
de traitements par des liqueurs renfer-
mant du chlorure de sodium. Finale-
ment, on prépare un alliage couleur
d'or, et renfermant soit de l'argent,
soit une certaine dose d'or, associés au
cuivre et à d'autres métaux.
(4) Alliage du plomb avec le cuivre,
l'étain, le zinc, etc. [Introd., p. 244, et
Lexique, p. 10).
(5) Glose d'un copiste, intercalée
dans le texte.
(u)Cette recette a pour objet la fabri-
cation d'un alliage couleur d'or, avec le
concours de l'arsenic (Introd., p. 67).
48
TRAITES DEMOCRITAINS
8. Rendez le cinabre (i) blanc au moyen de l'huile, ou du vinaigre, ou du
miel, ou de la saumure, ou de Palun (2); puis jaune au moyen du misy,
ou du sory (3), ou de la couperose, ou du soufre apyre. ou comme vous
Tentendrez. Jetez (le mélange) sur de l'argent et vous obtiendrez de l'or,
si vous avez opéré la teinture en vue de l'or; ou de l'electrum, si vous avez
opéré sur du cuivre (4). La nature jouit de la nature.
9. Faites blanchir selon l'usage la cadmie de Chypre, je parle de celle qui
a été affinée. Ensuite faites-la jaunir; or vous la jaunirez avec de la bile de
veau, ou de la térébenthine, ou de l'huile de ricin, ou de raifort, ou avec des
jaunes d'œufs, toutes substances pouvant la jaunir ; puis jetez le mélange
sur de l'or. Car l'or s'obtiendra au moyen de l'or et de la liqueur d'or. La
nature triomphe de la nature (5).
I o. Traitez l'androdamas (6) avec du vin âpre au goût, ou de l'eau de mer,
ou de l'urine, ou de la saumure, toutes substances pouvant éteindre sa force
naturelle. Délayez avec de l'antimoine de Chalcédoine, puis traitez de nou-
veau avec de l'eau de mer, ou de la saumure pure, ou mêlée de vinaigre.
Lavez jusqu'à ce que la couleur noire de l'antimoine ait disparu (7). Faites
griller ou cuire, jusqu'à ce que la matière ait jauni (8); puis faites bouillir
dans l'eau du soufre natif (9). .Jetez sur l'argent et, lorsque vous aurez mis du
soufre apyre, vous obtiendrez de la liqueur d'or (lo). La nature domine la nature.
(i) S'agit-il du sulfure de mercure, ou
bien du minium ? (V. Introd., p. 244).
(2) Un commentateur du xv siècle a
écrit en marge une interprétation mys-
tique. (1 L'alun, et l'éther, et le mer-
cure, et le cuivre sans ombre. »
(3) Minerais de cuivre. Voir Introd.,
p. 242.
{4) Dans cette recette, il s'agit d'un
vernis couleur d'or (Introd., p. Sg).
(5) C'est une recette de vernis pour
teindre superficiellement en or ; ou pour
modifier la couleur d'un objet d'or.
(6) D'après le Le.viqiie, p. 9 ; Pyrite
et arsenic, c'est-à-dire pyrite arsenicale.
M et A mettent e•" marge le signe de
l'or, qui se rappo Ί couleur de ces
substances: du moms à l'origine de ces
recettes, et tant qu'elles ont eu un ca-
ractère pratique ; car plus tard les com-
mentateurs les ont entendues dans un
sens mystique.
(7) Les sulfures métalliques sont
changés par là, en vertu d'une oxydation
lente, en oxysulfures, et sels basiques.
(8) Formation d'oxysulfures.
{9) Polysulfure de calcium, ou ana-
logue, d'après le papyrus de Leide.
(Introd., p. 68). Mais le sens du mot
est plus compréhensif d'après le Le-
xique, p. 8 et 9.
(10) C'est-à-dire teignant l'argent en
or, par une sulfuration superficielle. —
Une recette analogue se trouve dans le
papyrus de Leide, à la suite de l'article
sur l'eau de soufre {Introd., p. 47I.
DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES
49
11. Prenant de la terre blanche, j"entends celle que l'on tire de la céruse,
et des scories d'argent (i), ou de l'antimoine d'Italie; puis de la magnésie,
ou encore de la litharge blanciie, faites blanchir. Or vous faites blanchir
(cette terrel avec de l'eau de mer ou de la saumure adoucie, ou de l'eau du
ciel : j'entends en l'exposant à la roséç et au soleil, de façon que (cette terre)
réduite en poudre devienne blanche comme la céruse. Faites fondre et mettez
deladeur de cuivre (2) et de la rouille raclée (je parle de celle qui a subi le trai-
tement) ; ou bien du cuivre brûlé très altéré, ou de la chalcite; et jetez-y du
bleu (3), jusqu'à ce que la matière devienne solide et compacte, elfet qui sera
facilement obtenu. Ce que l'on obtient ainsi, c'est le molybdochalque (4).
Assurez-vous si le produit est d'une teinte claire: s'il n'en est pas ainsi, ne
vous en prenez pas au cuivre, mais plutôtà vous-même, vu que vous n'aurez
pas fait une bonne opération. Préparez donc un métal de teinte claire, divi-
sez-le et ajoutez les substances capables de le jaunir; cuisez, jusqu'à ce que
la couleur jaune soit obtenue. Ajoutez-en dans toute espèce de corps métal-
lique, ; car le cuivre de teinte claire, en devenant jaune, teint toute espèce
de corps (5). La nature triomphe de la nature.
12. Délayez avec du soufre apyre, du sory et de la couperose. Le sory
est une matière bleuâtre, rugueuse, que l'on trouve toujours dans le misy : on
l'appelle couperose verte (6j. Faites le cuire sur un feu modéré pendant
Trois jours, jusqu'à ce qu'il devienne jaune (7). Jetez-le sur le cuivre, ou sur
l'argent fabriqué par nous, et vous aurez de l'or (8).
Déposez le métal réduit en feuilles dans du vinaigre, de la couperose, du
misy, de l'alun, du sel de Cappadoce, du natron roux, ou ce que vous
voudrez, pendant trois ou cinq ou six jours, jusqu'à ce qu'il se forme de la
(i) Après coupellation.
(2) Voir DioscoRiDE, Mat. ηιέά.,Υ, 88.
— Ce mot désigne un protoxyde de
cuivre impur et dessoas-sels. [Inirod.,
p. 232).
(3) Azurite, hydrocarbonate de cuivre
ou corps analogues. (Iiitrod., p. 243).
(4) Alliage de cuivre et de plomb (par-
fois avec antimoine, etcj. — Ce qui pré-
cède en décrit la préparation avec assez
de clarté.
(5) Ceci est une recette d'alliage
jaune (bronze ou laiton), à base de
cuivre et de plomb (et d'antimoine).
(6) Sulfate de protoxyde de fer,
probablement mêié de sulfate de cui-
vre.
(7) Le sulfate de fer se change ainsi
en sel basique de peroxyde.
(8) C'est-à-dire que le métal sera teint
à la surface d'une couleur dorée.
5ο
TRAITES DEMOCRITAINS
rouille, puis teignez (i). Car la couperose fait de Tor avec la rouille. La
nature jouit de la nature.
i3. Mélange pour la teinture. Traitez la chrysocolle de Macédoine (2), qui
ressemble à la rouille de cuivre, en (la) délayant dans l'urine de génisse.
Jusqu'à ce qu'elle soit transformée. Car la nature est cachée à l'intérieur
(des substances). Quand la chrysocolle sera transformée, plongez la dans
l'huile de ricin, en faisant passer au feu à plusieurs reprises et en teignant.
Ensuite mettez cuire avec de l'alun, après avoir préalablement délayé avec
du misy, ou du soufre apyre; jaunissez et teignez tout le métal en or (3).
14. Ο natures productrices des natures (4), ô natures majestueuses qui
triomphez des natures par les transformations, ô natures qui charmez les
natures d'une façon surnaturelle 1 Telles sontdonc les choses qui concernent
la grande nature. Il n'y a pas d'autres natures supérieures à celles-ci, dans
les teintures ; il n'en est pas d'égales, ni d'inférieures. Toutes ces choses sont
exécutées au moyen de la dissolution. O mes confrères en prophétie, je
sais que vous n'avez pas été enclins à l'incrédulité, mais à l'étonnement;
car vous connaissez la puissance de la matière. Tandis que les jeunes
gens sont embarrassés et n'ajoutent pas foi à ce qui est écrit, parce qu'ils
sont dominés parleur ignorance de la matière; ne sachant pas que les
enfants des médecins, lorsqu'ils veulent préparer un médicament propre
à guérir, n'entreprennent pas de le faire avec un élan inconsidéré; mais
ils essaient d'abord quelle substance est chaude, quelle autre réunie à celle-
ci opère un mélange moyen; quelle substance est froide ou humide, et dans
quelle condition elle doit être pour favoriser un mélange moyen. Et c'est
de cette façon qu'ils préparent le médicament qu'ils destinent à la guérison.
i5. Mais ceux-ci, qui se proposent de préparer la cure de l'âme et la déli-
vrance de toute peine, ne s'aperçoivent pas qu'ils seront embarrassés en procé-
dant par un élan dénué de discernement etde raison. En effet, croyant que nous
(i) Cette phrase se rapporte à une
autre recette, probablement celle de
l'affinage de l'or par voie sèche. (V. In-
trod., p. 14 à 16.)
(2) Chrysocolle signifie h la fois
alliage d'or pour soudure, et ma-
lachite. [V. Introduction, page 243.)
(3) Il semble qu'il s'agisse d'un affi-
nage superficiel, par cémentation de
l'alliage d'or.
(4) Le charlatan enthousiaste reparaît
ici.
DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES
5l
tenons des discours fabuleux et non symboliques, ils ne font aucune épreuve
des espèces : de manière à voir par exemple si telle espèce est bonne pour
nettoyer, telle autre accessoire ; telle bonne pour teindre, telle pour produire
la combinaison complète ; si telle convient pour donner du brillant; tandis
que telle autre est à éviter par rapport au brillant. Ils ne cherchent pas si telle
substance ressortira du fond (de la matière teinte) ; si telle autre résistera
au feu, et si telle autre par son adjonction rendra le corps plus résistant au
feu. Ainsi, par exemple, comment le sel nettoie la surface du cuivre et même
ses parties internes ; et comment il rouille (i)les parties externes, après le dé-
capage, et même les parties internes. Et ensuite, comment le mercure blanchit
les parties externes du chrysochalque et les nettoie, et comment il blanchit
les parties internes ; comment il est éliminé à la surface et comment il sera
éliminé des parties internes. Si les jeunes gens étaient exercés dans ces
matières, ils n'échoueraient pas dans les préparations entreprises précipi-
tamment. Car ils ne savent pas qu'une seule espèce transforme jusqu'à
dix espèces de natures contraires. En effet une goutte d'huile suffit à faire
disparaître une grande quantité de pourpre, et un peu de soufre peut brûler
beaucoup d'espèces. Voilà ce que nous avions à dire sur les substances
sèches, et comment il faut donner son attention à ce qui est écrit.
i6. Maintenant, parlons des liqueurs. Prenant de la rhubarbe pontique,
broyez-la dans du vin aminéen de saveur âpre. Amenez en consistance ci-
reuse, étendez sur la feuille d'argent [2], afin de produire l'or (3). Donnez
l'épaisseur de l'ongle et servez-vous d'une couche encore plus mince de la
préparation , placez-la dans un vase neuf, luté de toutes parts; faites chauf-
fer doucement jusqu'à pénétration jusqu'au centre de la feuille. Puis met-
tez la feuille métallique (4) dans le reste de la préparation.
Délayez dans le vin prescrit pour cet usage, jusqu'à ce que la liqueur s'épais-
sisse. Mettez-y aussitôt la feuille, avant qu'elle ne soit encore refroidie. Laissez
(i) Par une action immédiate, il dé-
cape ; tandis que par un contact et une
action prolongés, il détermine la for-
mation d'une rouille (oxychlorure de
cuivre). Tout ceci est assez clair.
(2) Il s'agit ici de teindre en or l'argent
([ir|vr)), à l'aide d'une couleur appliquée
a sa surface (v. Papyrus de Leide et
Introduction, p. 6). Il en est de même
du procédé suivant.
(3) C'est-à-dire la couleur d'or super-
ficielle, ou vernis.
(4) Que vous voulez teindre.
52
TRAITES DEMOCRITAINS
rimbibition se taire. Puis prenant (la feuille], fondez et vous trouverez de l'or.
Si la rhubarbe est ancienne, mêlez-y une égale quantité de chélidoine,
que vous aurez préalablement macérée selon l'usage; en effet la chélidoine a
de l'affinité pour la rhubarbe. La nature jouit de la nature.
17. Prenez du safran de Cilicie(i)•, délayez les fleurs de safran dans le jus
de la vigne prescrit pour cet usage et faites une liqueur, à la manière ordi-
naire. Trempez-y l'argent en feuilles, jusqu'à ce que la couleur vous
plaise. Et si c'est une feuille de cuivre, cela vaudra mieux : puritiez le
cuivre au préalable, suivant l'usage. Puis prenant de la plante aristolo-
che, deux parties ; du safran et de la chélidoine, une dose double : mettez
en consistance de cire et, après avoir enduit la feuille, travaillez suivant
la première marche : vous serez surpris du résultat.
En effet le safran de Cilicie a la même action que le mercure; comme
le cassia a la même action que la cannelle. La nature triomphe de la nature.
18. Prenant notre plomb rendu peu fusible (2), au moyen de la terre de
Chio, de la pierre de Paros et de l'alun ; faites-le fondre sur un feu de
paille et projetez sur de la pyrite.
Prenez (d'autre part) le safran, le carthame, la fleur d'œchomène (3), la
chélidoine, le marc de safran et raristoloche; délayez-les dans du vinaigre très
fort et faites une liqueur, suivant l'usage; puis laissez le plomb s'imbiber dans
de la rhubarbe, et vous trouverez de l'or (41. Que la composition contienne
aussi un peu de soufre. La nature domine la nature.
19. Cette matière de la Chrysopée, accomplie par des opérations naturelles,
est celle de Pamménès, qui l'enseigna aux prêtres en Egypte. Or ne vous
étonnez pas si une seule espèce accomplit un tel mystère (5). Ne savez-vous
pas que la multiplicité des préparations, même avec beaucoup de temps et
(i) Dans les ms. Aet Β il y a au-dessus
le signe du mercure (arsenic métallique).
Peut-être s'agit-il d'un composé arseni-
cal. En effet le mot safran a été appliqué
jusqu'à notre temps à divers composés
minéraux jaunes : safran de Mars signi-
fie un oxyde ou sel basique de fer ; safran
des métaux, un oxysulfure d'antimoine.
— Misy cru signifie aussi safran, d'après
la Chimie de Moïse (publiée plus loin).
(2) 'Voir Introd., p. 28, l 's^ recette du
Papyrus de Leide; — p. 35, 24" recette;
p. 44, 84" recette.
(3) Echomène dans le Lexique. —
Basilic ? — (Lexique, p. 8, note).
(4) C'est encore une recette pour ver-
nir en couleur d'or la surface des métaux.
(5) Voir I, XV, p. 37.
DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES
53
de peine, ne ressoude pas la fracture du fer; tandis que l'excrément
humain (i) ν réussit aussitôt. Dans les maladies qui exigent l'emploi des
caustiques, la multiplicité des remèdes ne sert à rien; tandis que la chaux
vive seule, mise en œuvre convenablement, guérit la maladie. Souvent la
variété des traitements dans l'ophthalmie a pour effet de faire du mal; tan-
dis que le nerprun épineux est une plante qui réussit bien, dans toute affec-
tion de ce genre. Il faut donc dédaigner cet ensemble de matières vaines et
intempestives et se servir des seules substances naturelles (convenables) (2).
Maintenant jugez d'après cela si quelqu'un peut accomplir l'œuvre, sans
les natures exposées précédemment. Mais si l'on ne peut rien faire sans
elles, pourquoi aimons-nous cette fantaisie de matières diverses ? Pourquoi,
chez nous, ce concours de nombreuses espèces tendant au même résultat,
étant donné qu'une seule nature triomphe du Tout ?
Voyons la composition des espèces, en vue de l'Argyropée.
FABRICATION DE l'aSÈM (3)
20. Fixezsuivantl'usage le mercure (4Uiré de l'arsenic ou de la sandaraque,
ou préparé comme vousl'entendrez; projetez (le) sur le cuivre et le fer (5) traité
par le soufre, et le métal deviendra blanc (6).
Le même effet est produit par la magnésie blanchie (7), l'arsenic (8)
(i) Il s'agit de quelque recette pour
raccommoder le fer.
(2) Note du XIV" siècle dans M, au bas
de la page : « La lie brûlée avec le sel a la
même vertu que le borax pour la soudure.
Pour braser (?) : le soufre et l'urine,
et le vinaigre et l'ail, un peu de sel et
un peu d'eau ».
Suit une troisième recette, avec des
mots barbares.
(3) Ce titre, comparé à la phrase pré-
cédente, tend à identifier l'asèm avec
l'argent; ce qui est en effet le sens
moderne du mot ά'ιηαο;. Mais à l'origine
l'asèm était un alliage spécial, intermé-
diaire entre l'or et l'argent, etanalogue à
l'électrum. — [Introd., p. 62.)
(4) Le mot mercure signifie ici notre
arsenic sublimé. (Introd., p. 99 et 23g.)
(5) Leçon de A Β : « mettez du cuivre
dans du fer. . . ».
(6) Cette recette répond au blanchi-
ment d'un alliage cuivreux par les
composés arsenicaux. — La suivante
est plus obscure; mais elle paraît avoir
le même sens. — En raison de ce blan-
chiment, on croyait que les composés
arsenicaux contenaient une espèce de
mercure. (Introd., p. 99-)
(7) Signe du cinabre au-dessus, dans
M. S'agit-il d'un amalgame"? (Voir
Introd., p. 2 55.)
(8) Signe de l'or au-dessus, M. Est-ce
l'arsenic couleur d'or (orpiment)?
54
TRAITES DEMOCRITAINS
transformé (i), la cadmie calcinée, la sandaraque (2) apyre (3), la pyrite blan«
chïe (4I, et la céruse (5) cuite avec du soufre. Vous amollirez le fer en y
mettant de la magnésie, ou du soufre (6), moitié moins, ou de la pierre
magnétique en petite quantité; car la pierre magnétique a de Taffinité pour
le fer. La nature charme la nature.
21. Prenant la vapeur (7) décrite précédemment, faites la cuire dans
rhuile de ricin (8) ou de raifort, avec addition d'un peu d'alun. Puis prenant de
Fétain, purifiez avec du soufre suivant l'usage, ou avec de la pyrite (9), ou
comme vous l'entendrez. Incorporez avec la vapeur (mercurielle) et faites le
mélange. Mettez cuire sur une flamme enveloppante, et vous trouverez un
produit analogue à la céruse. Cette préparation blanchit toute sorte
de corps (métalliques). Mêlez-y dans les projections la terre de Chio (lo),-
ou l'astérite, ou la sélénite, ou ce que vous voudrez; car la sélénite
mêlée au mercure blanchit toute sorte de corps. La nature triomphe de la
nature (i il.
22. Magnésie blanche (12) : blanchissez-la avec de la saumure et de l'alun
lamelleux, dans de l'eau de mer (i3); ou dans un jus naturel, je parle du jus de
citron; ou bien dans la vapeur de soufre. Car la fumée du soufre étant blan-
che, blanchit tout. Quelques-uns disent aussi que la fumée descobathia (14)
blanchit (la magnésie ?) Mêlez-y après le blanchiment une quantité égale
de lie, afin qu'elle devienne très blanche. Après avoir pris 4 onces de cuivre
(i) Par grillage. Signe de l'argent au-
dessus, M.
(2) Les deux signes (Pi. II, 1. 17;
Introd., p. 108) du sel ammoniac, au-
dessus des mots cadmie et sandaraque,
M. L.
(3) Au-dessus, le mot «exact», M. Ce
quisemble indiquer que les signes précé-
dents représentent une variante de
la recette, par interprétation.
(4) Au-dessus, le signe du cinabre, M.
(5) Au-dessus, le signe dumercure,M.
(6) Au-dessus, le mot « exact » dans M.
(7) Dans A et Β à la place de vso/Xtjv,
le signe du mercure. Est-ce le mercure ?
ou l'arsenic ?
(8) Au-dessus, le signe du soufre, M.
(q) Au-dessus, le signe de l'or, M. —
Pyrite couleur d'or.
(lo) Au-dessus, le signe du cina-
bre, M.
(i i) Cette recette répond à la prépa-
ration d'une composition propre à
blanchir les métaux par amalgamation
superficielle. — Voir papyrus X de
Leide, recette n" 86. (Introd., p. 46.)
(12) Signe du cinabre au-dessus, M.
( 1 3) Au-dessus,le signe du mercure, M.
(14) Vapeurs des sulfures arsenicaux
(grillés), d'après le Lexique, p. 10.
(Introd., p. 245.)
DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES
D?
blanchâtre, je parle de Forichalque, fondez-les et jetez-y peu à peu i once
d'étain purifié d'avance, en agitant par en bas (le creuset) avec la main,
jusqu'à ce que les substances se soient mariées. Projetez ainsi la moitié de
la préparation blanche, et ce sera la première (opération ; car la magnésie
blanchie ne rend pas les corps métalliques fragiles, et ne ternit pas l'éclat du
cuivre. La nature domine la nature.
■23. Prenant du soufre blanc, blanchissez-le en le délayant au soleil, avec
de Furine, ou avec de l'alun et de la saumure de sel. Le soufre natif est de
beaucoup le plus blanc. Délayez-le avec de la sandaraque, et de l'urine de
génisse, pendant 6 jours, jusqu'à ce que la préparation devienne semblable
au marbre. Quand elle le sera devenue, il y aura là un grand mystère ; car
elle blanchit le cuivre, elle amollit le fer, elle rendl'éiain compacte (i),et le
plomb peu fusible; elle rend solides les substances métalliques et fixe les
teintures. Le soufre mêlé au soufre rend les substances métalliques sulfu-
reuses, parce qu'elles ont une grande affinité pour lui. Les natures
charment les natures (2) .
24. Broyez la litharge propre à blanchir avec du soufre, ou de la cadmie,
ou de l'arsenic, ou de la pyrite, ou de l'oxymel (3), afin qu'elle ne soit plus
fluide. Faites cuire sur un feu très clair, après avoir consolidé le vase.
Tenez la composition dans l'état, en y ajoutant du calcaire cuit, imbibé de
vinaigre, pendant 3 jours, afin qu'elle devienne plus propre à décaper. Pro-
jetez donc (sur le métal) la préparation devenue plus blanche que la céruse.
Elle devient souvent jaune, si le feu a été excessif; mais si elle devient
jaune, dès lors elle ne vous est plus utile; car il s'agit de blanchir les
corps métalliques. Faites-la donc cuire convenablement et jetez-la sur tout
corps métallique destiné à être blanchi. Si la litharge perd sa fluidité,
elle ne peut plus redevenir du plomb. Or cela arrive facilement, car la
(i) Sans cri? — Voir les développe-
ments de Geher. Bibl.Chem. de Manget,
t. I, p. 525.
(2) Il s'agit ici d'un alliage blanc à
base de plomb, rendu moins fusible par
l'addition de quelque autre substance.
Toutes les préparations qui précèdent
reposent sur un blanchiment opéré
par le mercure, ou l'arsenic, ou sur la
fabrication d'alliages blancs.
Celles qui suivent (sauf peut-être le
n» 24) sont des simples vernis superfi-
ciels. Le même ordre a été suivi plus
haut, dans les recettes de dorure.
(3) 'Voir Lexique, p. 1 1 et 1 3. Il s'agit
de quelque sel de plomb.
56
TRAITES DEMOCRITAINS
nature du plomb se transforme aisément en beaucoup d'autres. Les natures
triomphent des natures.
25. Prenant du safran de Cilicie, broyez-le dans de l'eau de mer ou de
la saumure et faites une liqueur; mettez sur le feu et teignez-y des feuilles
de cuivre, de plomb, de fer, jusqu'à ce que le résultat vous plaise (i). (Ces
feuilles) deviennent ainsi blanches. Puis prenez la moitié de la prépara-
tion, et délayez avec de la sandaraque, ou de l'arsenic blanc, ou du soufre
apyre, ou ce que vous voudrez, et donnez (au mélange) la consistance cireuse.
Enduisez la feuille et placez dans un vase neuf bien luté, selon l'usage.
Placez sur un feu de sciure de bois pendant tout un jour. Ensuite, ayant
enlevé (du feu), placez dans une liqueur pure, et le cuivre sera blanc,
très blanc. Faites le surplus comme Tartisan ; car le safran de Cilicie
blanchit avec Peau de mer et jaunit avec le vin. La nature charme la nature.
26. Prenez de la litharge blanche et broyez-la avec des feuilles de laurier,
de la terre Cimolienne, du miel et de la sandaraque blanche, et faites un
mélange visqueux. Enduisez le métal avec la moitié de la préparation, puis
mettez au feu selon l'usage. Trempez dans le reste de la préparation, après
avoir délayé avec de l'eau et de la cendre de bois de peuplier ; car les
mélanges sans substance propre (2) opèrent bien sans feu. On rend ainsi
les teintures (3) capables de résister à la chaleur, même aidée des liquides. La
nature triomphe de la nature.
27. Prenant la vapeur sublimée décrite plus haut, broyez avec de l'alun
et du misy, et après avoir imbibé avec du vinaigre, jetez-y un peu de cadmie
blanche, ou de magnésie, ou de chaux vive, afin que d'un corps métallique il
s'en forme un autre. Broyez avec du miel très blanc ; faites une liqueur, dans
laquelle vous teindrez à chaud ce que vous voudrez ; laissez déposer etla trans-
formation sera accomplie. Ajoutez à la composition un peu de soufre apyre,
afin que la préparation pénètre à l'intérieur (4). La nature domine la nature.
(i) C'est un procédé pour colorer
superficiellement le cuivre, le plomb,
ouïe fer en blanc d'argent, à l'aide d'un
enduit. (Voir Papyrus de Leide. Introd-,
p. 52.)
(2) Ceci semble s'appliquer aux ver-
nis appliqués à la surface du métal;
par opposition au cas où le métal même
est attaqué.
(3) Teinture par vernissage.
(4) Il semble qu'il s'agisse ici d'une
teinture par amalgamation.
DEMOCRITE A LEUCIPPE
57
■28. Prenez i once d'arsenic, une demi-once de natron, 3 onces de la pel-
licule des feuilles tendres du pêcher, une demie (once) de sel, i once de suc
de mûrier, de l'alun schisteux une quantité égale. Délayez tout ensemble
dans du vinaigre, ou de l'urine, ou de la chaux liquide (il, jusqu'à ce qu'il
se forme un liquide (homogène). Teignez-y à chaud les feuilles obscurcies
(oxydées) du métal et vous obtiendrez un métal sans ombre (brillant) (2). La
nature domine la nature.
29. Ecartez toutes les choses utiles à l'or et à l'argent, et il ne reste rien;
il n'y a plus rien à exposer, excepté la montée (évaporation) de la vapeur
sublimée et de l'eau (3); mais je passe à dessein ces choses sous silence,
attendu qu'elles figurent largement dans mes autres écrits. Profitez du
présent écrit (4).
11. n.
DEMOCRITE A LEUCIPPE
(Livre V de Démocrite adressé à Leucippe.)
Démocrite à Leucippe, son ami, salut (5).
I. Sache ce qu'il y avait sur ces arts des Egyptiens, ô Leucippe, dans les
livres des prophètes persans (6). J'ai écritdansle dialecte vulgaire; parceque
c'est celui qui convient le mieux au sujet; mais le livre lui-même n'est pas
vulgaire ; car il contient des énigmes mystiques, anciennes et très raisonna-
bles; énigmes que les ancêtres et les rois de la divine Egypte ont exposées (7).
(i) Eau de chaux, ou lait de chaux.
(2) Teinture par amalgamation.
(3) En d'autres termes, l'auteur s'en
réfère à ses autres ouvrages sur la dis-
tillation.
(4) C'est la conclusion des deux trai-
tés relatifsà la teinture en or et enasém,
ou argent ; teinture opérée tantôt à la
surface, par coloration directe du mé-
tal ou vernissage ; tantôt à fond, par fa-
brication d'un alliage. Ces traités con-
sistent en une série de recettes, congé-
nères de celles du Papyrus de Leyde;
mais à la suite desquelles l'auteur a a jou-
té les axiomes mystiques relatifs à la na-
ture. L'idée de la transmutation vraie
n'y est pas manifeste.
(5) Cette phrase a été omise par acci-
dent, dans le texte grec imprimé.
(6) Cp. Orig. de l'Alch., p. 47.
(7) Il y a là dansle grec quelques mots
inintelligibles, par suite des erreurs
du copiste.
8
58 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
Quant à moi qui suis ton ami, je me servirai d'énigmes raisonnables,
telles que personne n'en a écrites pour moi parmi les initiés Egyptiens.
Toi, médecin, qui as l'esprit éveillé, j'aurai soin de l'expliquer ouvertement
toutes choses. L'ouvrage comprend le blanchiment et le jaunissement, ainsi
que les amollissements et les cuissons du minerai de cuivre. Je laisse de
côté la teinture; mais plus tard je reviendrai sur tous les produits sin-
guliers qui se fabriquent au moyen de ce même cuivre et du cinabre.
Tu peux faire de l'or avec la cadmie et les autres espèces, par calcinations et
alliages, et fabriquer des produits singuliers.
2. Or, le livre commence ainsi : Prenez de l'arsenic lamelleux, et fabri-
quez des feuilles métalliques. Mettez dans un pot rond, et brûlez. Puis,
lorsque (la préparation) est à point, jetez-y du lait ancien, en le versant sans
incliner le vase. Lorsqu'il est coagulé, enlevez et délayez avec de l'alun
arrosé d'urine de génisse, pendant sept jours ; puis, faites sécher au soleil ; et
délayez-y de nouveau de la saumure; jetez-y l'efflorescence saline (i) ; gar-
dez pendant sept jours, et le produit se forme. Prenez-le; faites sécher de
nouveau au soleil; mettez cette (préparation) dans un pot, faites-la cuire avec
de l'huile de ricin ou de raifort, jusqu'à ce qu'elle devienne jaune. Projetez-y
du cuivre et il blanchira. Le même effet est produit par la sandaraque. En
traitant de même par la matière verte, la moitié du cuivre sera employée
pour le jaunissement, et l'autre partie pour certains arrangements (2).
3. Voici comment s'Opère le traitement des matières sulfureuses pour le
blanchiment du cuivre. Prenant de l'arsenic, faites macérer, soit dans le sel
pendant neuf jours, soit dans l'urine d'un impubère; ou bien, car cela vaut
mieux, pendant vingt et un jours. Puis délayez dans du vinaigre ^3; de
citron, pendant sept jours, en y mélangeant la partie blanche des citrons;
ensuite faites sécher. Puis, prenant de la sandaraque couleur de fer, mettez-
la en morceaux et faites macérer dans la saumure, pendant vingt et un jours.
Puis, prenant de Peau et du calcaire, faites une liqueur, desséchez et conser-
vez. Ensuite, prenant la sandaraque, faites la bouillir avec de l'huile pendant
(i) DioscoRiDE, Mjt. iJiéJ., y. 128. I cette paraît être une teinture pour
- Introd.,p. 26j. ■ | blanchir le cuivre au moyen de l'arsenic.
(2) Le commencement de cette re- | (3) C'est-à-dire dans le jus acide.
DEMOCRITE A LEUCIPPE
39
un jour; faites bouillir pareillemeni sur un feu) de sciure de bois, avec
de la chaux et maintenez l'eau en contact pendant un jour et une nuit.
Ensuite, prenant de l'une et de l'autre parties égales, jetez dans une rogé(\).
Faites cuire dans l'huile de ricin ou de raifort, jusqu'à ce que la matière
soit sèche, et conservez. Ensuite (prenant) du minerai de cuivre, pareil
(en couleur) au corail natif, sans opérer la fusion à la façon des artisans,
mélangez (?). D'abord nettoyez le vase de verre (destiné à contenir le
mélange?) ; puis, affinez de la manière que j'exposerai plus tard. Ensuite,
projetez (sur le métal), et le produit sera blanchi (2). Partagez en deux pour
l'usage, ainsi que je vous l'ai dit plus haut (3).
4. Prenant seulement deux parties du cuivre traité ; de l'arsenic et
de la sandaraque, une partie de chaque; de l'alun, une demi-partie; et de
la pâte de safran, deux parties ; délayez, pendant vingt et un, ou quatorze,
ou sept jours. Pour délayer, jetez le liquide sur la matière, et après l'avoir
épuisée, vous verrez pendant le délayement, un changement de couleur,
pareil à ceux du caméléon. Mais lorsque la matière ne change plus et cesse
d'offrir plusieurs apparences, alors comprenez que vous obtiendrez heu-
reusement le délayement en opérant, suivant le procédé des Prophètes
égyptiens, dans un vase de verre ; ils font cuire légèrement et ils projettent.
5. Pour notre part, ceux qui nous inspirent confiance exposent autrement,
en langage ordinaire, les opérations subséquentes. Prenant le cuivre et
plaçant dans le mortier la préparation huileuse, mettez le produit dans une
boîte et faites macérer pendant 3 i, ou 21, ou 1 5 jours, principalement dans
le crottin de cheval (4); enlevez ensuite et gardez. Délayez à la façon des
médecins, jetant dans la composition du misy, de la couperose, en quantité
convenable, du safran, de la chélidoine, à raison d'une partie de chaque
contre quatre parties de rouille (5) macérée. Puis faites fondre, après avoir
délayé avec un peu de jaune (bile de veau), et attendri avec de la gomme
le produit amené à un état constant par la macération consciencieusement
(i) Nom de quelque vase ou instru-
ment, qui ne se trouve pas dans les
dictionnaires.
(2) C'est encore un procédé pour
blanchir le cuivre au moyen de l'arsenic.
(3) A la fin de la recette précédente.
(4) Afin d'entretenir une douce cha-
leur.
(5) De cuivre ?
6ο
TRAITES DEMOCRITAINS
pratiquée. Lorsque vous aurez délayé à la manière des médecins, ajoutez
quelque peu de la partie aqueuse des plantes, avec de l'efflorcscence saline
et du suc de poireau (i). Ensuite reprenant le produit, faites le cuire à la
manière des médecins dans une cuiller, en agitant avec une spatule. Broyez,
faites cuire pendant trois jours : trois décoctions de quatre heures chaque
jour. Lorsque vous aurez achevé la cuisson, en veillant à ce que la com-
position ne se dessèche pas, mais conserve la consistance oléagineuse ;
mettez dans un vase de verre; faites digérer peu à peu dans du fumier, jus-
qu'à ce que la matière se solidifie. Enlevez et délayez : gardez.
Prenant du minerai d'argent; de la terre de la qualité la plus tendre,
celle que quelques-uns nomment terre de Ghio ou ochre, deux parties ;
du minium du Pont, une partie, et du contenu de la fiole, deux parties ;
délayez avec la partie liquide du soufre et faites cuire sur un feu régulier :
vous trouverez un corps puissant, possédant la couleur du cinabre, ou
du corail, ou du minium. Cette grande merveille, cette merveille iné-
narrable, on la nomme chrysocorail (corail d'or). Quant aux autres noms
qu'elle reçoit, le vulgaire les ignore (2). Projetez cette substance et sou-
mettez l'argent à l'action du feu. Cache ce Tout (3) que nous avons blanchi;
par crainte de l'envie, ô Leucippe. Bonne santé.
H. m. — SYNESIUS LE PHILOSOPHE A DIOSCORUS
SUR LE LIVRE DE DÉMOCRITE. — COMMEXTAIRES
A Diosconis, prêtre du grand Sérapis, à Alexandrie, avec Γ approbation
de Dieu, le philosophe Synésiiis, salut.
I. La lettre que tu m'as adressée sur le livre du divin Démocrite ne m'a
pas laissé indifférent; loin de là. Avec beaucoup de zèle et un grand effort, je
(i) Ou d'algue marine.
(2) Cette recette est celle d'une poudre
de projection ; elle est trop obscure pour
que le sens puisse en être précisé. Le
nom même du « corail d'or » repré-
sente une préparation dont nous ne
connaissons pas le sens exact.
(3) Synonyme de l'alliage de plomb
et de cuivre. (Introd., p. i53.)
SYNESIUS A DIOSCORUS
61
me suis mis l'esprit à la torture et j'ai eu hâte de venir auprès de toi. Nous
nous proposons de dire quel était cet homme, le philosophe Démocrite, ce
naturaliste venu d'Abdère, qui a dirigé ses investigations sur toutes les
choses de la nature et qui a traité des êtres naturels. Abdère est une ville de
Thrace. Démocrite était un très savant homme qui, venu en Egypte, fut
initié aux mystères par le grand Ostanès, dans le sanctuaire de Memphis,
par lui et ses disciples, prêtres d'Egypte. Tirant de luises principes, il com-
posa quatre livres de teinture, sur l'or et l'argent [i], sur les pierres et sur
la pourpre. Par ces mots, « tirant ses principes », j'entends qu'il écrivit
d'après le grand Ostanès. Car cet (écrivain) est le premier qui ait émis ces
axiomes : « la nature est charmée par la nature »; et « la nature domine la
nature » ; et « la nature triomphe de la nature )■, etc.
2. Mais il est nécessaire que nous recherchions (le sens des écrits) du
Philosophe (2) et que nous apprenions quelle est la pensée et quel est l'ordre
de ses enseignements successifs. Qu'il ait formé deux catalogues, c'est un
fait certain pour nous ; car il a fait deux catalogues, à savoir : celui du jaune
et celui du blanc. D'abord il a catalogué les solides, puis les liqueurs, c'est-
à-dire les matières aqueuses, bien qu'aucune de celles-ci ne soit employée
dans l'Art. En effet, lui-même, en parlant du grand Ostanès, atteste que
celui-ci ne s'était pas servi des projections des Egyptiens, ni de leurs procé-
dés |de cuisson ; mais qu'il opérait sur les substances avec des enduits
placés au dehors, et faisant agir le feu il effectuait la préparation. Et il dit :
c'est l'usage chez les Perses d'opérer ainsi (3). Or ce qu'il dit signifie que : si
(i) Les deux premiers de ces livres,
ou leurs extraits, ne sont autres que
les deux collections de recettes sur l'art
de faire de l'or (ou de teindre en or) et
sur la fabrication de Tasèm (ou de l'ar-
gent), quiconstituent la partie essentiel-
le du Traité intitulé : « Questions natu-
rellesetmystérieuses ». — Le troisième
est perdu : cependant l'ouvrage sur l'art
de fabriquer le verre et les pierres pré-
cieuses artificielles, que nous trouvons
dans les Collections alchimiques, doit en
tirer sa première origine. Quanta l'ou-
vrage sur la pourpre, il n'en subsiste
qu'un débris en tète des « Questions
naturelles ». — Ces divers sujets sont
demeurésla matière commune des vieux
traités alchimiques, comme le prouve
le titre que j'ai reproduit (Origines de
l'Alchimie, p. i23) et le contenu du
Traité de Moise, donné plus loin.
(2) Le Philosophe par excellence,
Démocrite.
(3) Ce passage semble établir une dis-
tinction entre les métaux colorés, après
fusion au creuset, par la projection de
62
TRAITES DEMOCRITAINS
tu n'atténues (i) pas les substances, si tu ne les dissous pas, si tu ne les e'pui-
ses pas de leur partie liquide (2 , tu ne feras rien.
3. Arrivons maintenant aux discours de l'écrivain; écoutons ce qu'il dit (3).
Il est d'abord question de la rhubarbe du Pont. Remarque la circonspection
de notre auteur. II a commencé par les plantes, afin d'indiquer la fleur (4);
car les plantes portent des fleurs. Il a parlé de la rhubarbe du Pont, parce
que le Pont-Euxin (5) est alimenté parles fleuves qui s'y écoulent. Voulant donc
mettre ce point en lumière, il entend par là (6) Pépuisement de la partie
liquide, l'assombrissement (7) et l'atténuation (8) des corps métalliques, ou
des substances.
3 bis. Dioscorus. — Et dans quel sens dit-il: '< le serment nous a été imposé
de ne rien exposer clairement à personne » ?
Synésius. — Il a dit avec raison « à personne », c'est-à-dire à personne
d'entre les non initiés. Le mot personne ne se rapporte pas à tout le monde
absolument; car lui-môme parle pour ceux qui sont initiés et qui ont
Pesprit exercé.
certaines matières, et les métaux colo-
rés par voie d'enduit. L'enduit pouvait
d'ailleurs constituer un simple vernis
superficiel ; ou bien attaquer le métal,
en formant à sa surface un alliage,
amalgame, sulfure, ou arséniure, dont
la nuance était en outre modifiable par
l'action du feu. (V. /ji/rOii.,p. Sg et 60.)
(i) C'est-à-dire qu'il faut réduire les
corps à leur dernier degré de division;
à leur quintessence, comme on a dit
plus tard au moyen âge.
(2) On voit apparaître ici l'idée de fixer
les corps, en leur enlevant leur liqui-
dité, ou fusibilité ; cette qualité étant
envisagée comme un élément distinct
des corps. (C'p.flrigines de l'Alchimie,
p. 280 et 281.)
(3) Aux recettes obscures, mais posi-
tives du Pseudo-Démocrite, qui sont
celles d'un expérimentateur, succèdent
les commentaires mystiques d'un phi-
losophe néo-platonicien.
(4) C'est-à-dire la couleur, flos, άνθος
Il y a ici un jeu de mots.
(5) Le grec dit simplement : -ο'ντο;, la
mer. Il y a là un autre jeu de mots
dontle sens nous échappe. Amoins que
l'on n'interprète cette phrase par la
figure 18 de l'Introd., p. 141 ; où se
trouve représenté un récipient appelé
πο'ν-ος, en forme de bassine, et dans
lequel s'écoule le jet d'une distillation,
opérée avec les produits désignés ici
sous le nom mystique de fleurs.
(6) Voir la note (2) ci-dessus.
(7) Oxydation ou sulfuration superfi-
cielle qui détruit l'éclat du métal. Les
métaux en effet perdent leur éclat en
s'oxydant et se changeant en matières
pulvérulentes, telles que le vert-de-gris,
la rouille, etc.
(8) C'est-à-dire la réduction à leur
dernier degré de division. Voir la note
(1) ci-dessus.
SYNESIUS A DIOSCORUS
63
4. Remarque encore ce qu'il dit dans l'Introduction de la Chrjsopéc : « le
mercure, provenant du cinabre et la chrysocolle ».
D. — A-t-on besoin de ces sortes (de substances) ?
5. — Non, Dioscorus.
D. — Mais desquelles a-t-on besoin ?
S. — Tu l'as entendu dire ; entends-le encore une fois. En parlant de la
dissolution des corps (métalliques), on veut dire que tu les dissolves et que
tu en fasses des eaux(i); afin qu'ils deviennent fluides et qu'ils s'assom-
brissent (2) et qu'ils soient atténués (3). C'est là ce que l'on appelle eau
divine (4), mercure, chrysocolle, soufre apyre.
Il y a aussi d'autres dénominations. Ainsi le blanchiment est une cal-
cination, et le jaunissement une régénération ignée ; car telles de ces
(substances) se calcinent elles-mêmes, et (telles autres) se régénèrent elles-
mêmes (5). Mais le Philosophe les a désignées par plusieurs noms (6) et
tantôt au singulier, tantôt au pluriel, afin de nous exercer et de voir si nous
sommes intelligents; car il a dit, en poursuivant son discours : «Si tu es
intelligent et que tu procèdes comme il a été écrit, tu seras bienheureux; car
tu vaincras par la méthode la pauvreté, ce mal incurable ». Il nous détour-
ne donc et nous détache de la vaine erreur, afin de nous affranchir de
cette imagination de la pluralité des matières (7).
(i) Des liquides.
(2) Voir la note (7) de la page précé-
dente.
(3) "Voir la note (i) de la page précé-
dente.
(4) Ou eau de soufre. — En d'autres
termes, pour obtenir ces effets, les
métaux doivent être attaqués avec le
concours de l'eau divine, du mercure,
de la chrysocolle et du soufre. La phrase
grecque est elliptique. En affirmant
que l'on n'a pas besoin de ces subs-
tances, l'auteur paraît vouloir dire que
ces agents n'éprouvent pas par eux-mê-
mes la transmutation : ils n'en sont
pas la matière fondamentale, mais les
intermédiaires.
(5) Faut-il entendre par là les pyrites
qui, une fois échauffées, brûlent, se
grillent et se changent en oxydes, sans
combustible extérieur? Et les sulfures,
qui peuvent régénérer leurs métaux
par un grillage ménagé, comme les
sulfures de plomb, d'antimoine, etc ?
(6) Sur cette multiplicité des noms
mystiques, destinée à voiler la science
aux non-initiés, voir la nomenclature
prophétique, Introd., p. 10. Ces noms
d'ailleurs ne s'appliquent pas nécessai-
rement a une même substance ; mais
ils désignent parfois les substances
différentes, employées dans la suite
d'une même opération.
(7) Voir I, XV, p. 37 de ce volume.
64
TRAITES DEMOCRITAINS
Fais attention à ce qu'il dit dans l'Introduction de son livre : « Je viens
moi aussi en Egypte, apportant les questions naturelles, afin que vous
dédaigniez la matière multiple « (i). Or il appelle naturels fies corps (métal-
liques) solides. Car si ces (corps) ne sont pas dissous, puis de nouveau soli-
difiés, rien n'aboutira pour Taccomplissement de l'œuvre.
5. Pour que nous comprenions bien que les liquides dérivent des solides, —
autrement dit la fleur (2), — vois comment il s'exprime : « Les produits
contenus dans les liqueurs sont le safran de Cilicie, Taristoloche, etc. ».
En parlant ainsi des tîeurs, il nous a fait voir que les eaux dérivent des soli-
des. Et pour nous persuader qu'il en est ainsi, après avoir dit « l'urine d'un
impubère », il ajoute : « l'eau de chaux, l'eau de cendre de choux, l'eau
de lie, l'eau d'alun » ; et, à la fin, il parle du lait de chienne. Il est évident
pour nous que cela est pris dans le sens vulgaire ; car il a introduit comme
substances propres à dissoudre les corps (métalliques), l'eau de natron et
l'eau de lie. Vois comment il a dit : « L'objet même de la Chrysopée, ce
sont les choses qui transforment la matière et produisent les métaux (?) et
les (substances) qui résistent à l'action du feu ; car en dehors de ces choses
il n'y a rien de sûr. Si donc tu es intelligent et que tu procèdes comme il
a été écrit, tu seras bienheureux».
6. D. — • Et comment dois-je comprendre ? Philosophe, je désire apprendre
de toi la méthode. Car si je m'en rapporte seulement aux explications
données (précédemment), je n'en tirerai aucun profit.
5. — Ecoute, Dioscorus, comment il parle; aiguise ton esprit sur le texte
de son discours, et applique-toi (à saisir) dans quel sens il dit : « Transforme
leur nature, car la nature a été cachée à l'intérieur» (4).
D. — ■ Ο Synésius, de quelle transformation parle-t-il ?
S. — De celle des corps (métalliques.)
(i) Le texte grec de Démocrite donné
plus haut est un peu diflërent (v. p. 43
du Texte grec et p. 44 de la Tra-
duction).
(2) Le principe colorant fourni par
une dissolution (v. Flos, Floridiis. —
Introd., p. 232).
(3) L'auteur joue sur la similitude
des mots μίταλλοιοϋντα et ι^εταλλεύοντα.
(4) S'agit-il ici de la régénération
des métaux, latents dans leurs mine-
rais? ou de la fabrication des alliages
diversement colorés et qu'il con-
vient de teindre, non seulement à
la surface, mais dans la profondeur?
SYNÉSIUS A DIOSCORUS 65
D. — Et comment l'accomplir, comment en transporter la nature au
dehors ?
S. — Aiguise ton esprit, Dioscorus, et fais attention aux expressions
employées.
D. — Comment s'exprime-t-il?
S. — Si donc tu traites (la matière) comme il faut, tu transportes la nature
au dehors. Il s'agit de la terre de Chio, de l'astérite, de la cadmie blanche, etc.
Remarque quelle est la circonspection de l'auteur, comment il a fait
allusion à toutes sortes de substances blanches, afin de faire entendre le
blanchiment. Ce qu'il dit, Dioscorus, revient donc à ceci : Mets les corps
(métalliques) avec le mercure et divise finement, puis reprends un autre
mercure. Car le mercure attire à soi toutes choses. Laisse macérer 3 ou
4 jours ; jette le produit dans un botarion (matras ou vase de digestion), et
place sur un bain de cendre qui ne soit pas chauffé par un feu ardent,
mais chauffé doucement; c'est-à-dire sur un bain à kérotakis. Pendant
l'action du feu, on ajuste au botarion un instrument de verre en forme de
mamelle, adapté à sa partie supérieure, avec chapiteau (i). Reçois l'eau
qui s'échappe par la pointe de la gorge et garde-la pour la décomposition :
c'est là ce qu'on appelle l'eau divine (ou l'eau de soufre).
Elle produit la transformation, c'est-à-dire l'opération qui amène au
dehors la nature cachée : c'est ce qu'on appelle la dissolution des corps
(métalliques).
Cette (préparation), lorsqu'elle a été décomposée, prend le nom de vinai-
gre, ou de vin aminéen, et des noms analogues.
7. Pour que tu admires l'habileté de l'auteur, vois comment il a formé
deux catalogues : [l'un' de la Chrysopée, (l'autre) de l'Argyropée, et en outre
deux liquides : l'un pour le jaune, l'autre pour le blanc, c'est-à-dire pour l'or
et pour l'argent; il a nommé le catalogue de l'or, Chrysopée, et celui de
l'argent, Argyropée (2).
D. — Tu parles tout à fait bien, philosophe Synésius. Mais quel
(i) Cette description est celle d'un
alambic, avec bain-marie et fiole de con-
densation (v. fig. 40, Introd., p. 164).
(2I Ce sont les deux chapitres des
« Questions naturelles et mystérieu-
ses 3), p. 45 et p. 52.
9
66
TRAITES DEMOCRITAINS
est le premier point de l'art, est-ce le blanchiment, ou le jaunisse-
ment ?
S. — C'est plutôt le blanchiment.
D. — Et pourquoi parle-t-il d'abord du jaunissement?
S. — Parce que l'or est préféré à l'argent.
D. — Devons-nous procéder ainsi, Synésius ?
S. — Non, Dioscorus; mais il convient d'exercer notre esprit et notre
pensée. Voici comment les choses ont été arrangées. Ecoute le parler: «Je
m'entretiens avec vous comme étant des gens intelligents, et j'exerce votre
esprit. «Maintenant si tu veux savoir exactement les choses, fais attention que
dans les deux catalogues le mercure a été classé avant toutes choses, et dans
le jaune : ce qui signifie l'or; et dans le blanc: ce qui signifie l'argent. Dans
(le traité de) l'or, il est dit : « Le mercure qui provient du cinabre ». Et dans
le (traité du) blanc, il est dit : « le mercure qui provient de l'arsenic ou delà
sandaraque (i) », etc.
8. D. — Le mercure est donc de différentes sortes ?
S. — Oui, il est de différentes sortes, tout en étant un.
D. — Mais, s'il est un, comment est-il de différentes sortes ?
S. — Oui, il est de différentes sortes, et il a une très grande puissance.
N'as-tu pas entendu dire à Hermès : « Le rayon de miel (2) est blanc», et
« le rayon de miel est jaune » ?
D. — Oui, je (le lui) ai entendu dire. Mais ce que je veux apprendre,
Synésius, enseigne-le-moi : c'est l'opération que tu sais. Le mercure prend
donc de toute manière les apparences de tous les corps ?
S. — Tu as compris, Dioscorus. En effet, de même que la cire affecte
la couleur qu'elle a reçue ; de même aussi le mercure, ô philosophe,
blanchit tous les corps et attire leurs âmes; il les digère par la cuisson et
s'en empare. Etant donc disposé convenablement, et possédant en lui-
(i) Ceci montre que le mot mercure
signifiait à la fois notre mercure et notre
arsenic (Introd., p. 239 et 99). — II
s'agit ici de l'action tinctoriale que l'ar-
senic, aussi bien que le mercure ordi-
naire, peut exercer sur les métaux. De
là l'idée d'une essence commune aux
deux agents. Il semble que les observa-
tions relatives à ces deux corps aient
été le point de départ de la notion du
mercure des philosophes, ou matière
première métallique, destinée à être
l'intermédiaire de la transmutation.
(2) C'est-à-dire le mercure.
SYNESIUS A DIOSCORUS
67
même le principe de toute liquidité, lorsqu'il a subi la décomposition, il
opère partout le changement des couleurs. Il forme le fond (i) permanent,
tandis que les couleurs n'ont pas de fondement propre. Ou plutôt le mer-
cure, perdant son fondement propre, devient un sujet modifiable par les
traitements exécutés sur les corps métalliques et sur leurs matières (2).
9. D. — Et quels sont ces corps et leurs matières (3)?
S. — C'est la tétrasomie (4) et ses congénères.
D. — Et quels sont ses congénères?
S. — Tu as entendu dire que leurs matières sont leurs âmes (5).
D. — Ainsi les matières (des métaux) sont leurs âmes ?
5. — Oui; car de même que le menuisier, lorsqu'il prend un objet de
bois et qu'il fabrique un siège, ou un char, ou quelque autre chose, ne tra-
vaille que sur la matière; de même aussi opère cet art, ô philosophe, lorsqu'il
divise les corps. Ecoute, ô Dioscorus : le tailleur de pierre taille la pierre,
ou bien la scie, afin de la rendre propre à son usage. Semblablement aussi
le menuisier scie et taille le bois, pour en faire un siège, ou un char : Tartiste
ne cherche pas par-là à modifier autre chose que la forme ; car il n'y a rien
là que du bois. Semblablement aussi, l'airain façonné en statue, en
anneau, ou en] tout autre objet : l'artiste ne cherche à modifier que la
forme (6).
De même aussi le mercure travaillé par nous reçoit toutes sortes de for-
mes. Fixé sur un corps formé des quatre éléments, ainsi qu'il a été dit, il
y demeure fermement attaché et il est impossible de l'en chasser : il est à
(1) La notion de la matière première
apparaît ici très clairement (v. Origines
de l'Alchimie, p. 265 et 267), et cela
avec le double sens opposé, développé
dans le Timée. D'une part, la matière
première est le fond permanent des
choses et subsiste par là; tandis que,
d'autre part, elle est dépour\-ue d'une
forme qui lui soit propre, et éprouve les
modifications qui répondent aux qua-
lités particulières des corps; à leur cou-
leur, par exemple, dans le cas actuel.
(2) C'est-à-dire que le mercure est :
d'une part, la matière première et
générale, qui forme le fond de la trans-
mutation ; et, d'autre part, qu'il perd
son caractère propre et individuel, dans
l'exécution de celle-ci.
(3) L'auteur distingue la matière du
métal, c'est-à-dire son fond propre, de
ses qualités apparentes.
(4) Mot qui désigne l'ensemble des
quatre métaux imparfaits: cuivre,plomb,
étain, fer.
(5) Cp. Introd., p. 248.
(6) Cp. Enée de Gaza ; Origines de
l'Alchimie, p. 75.
68 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
la fois dominé et dominant. Voilà pourquoi Pébéchius disait qu'il avait une
grande affinité.
10. D. — Tu as bien résolu (les difficultés), philosophe. Tu m'as instruit,
philosophe.
S. — Je veux donc revenir en hâte à la parole de l'auteur, en repre-
nant dès le commencement les choses qu'il a dites en langage indirect :
« le mercure (ordinaire) provient du cinabre ». Mais tout mercure est
engendré par les corps (métalliques) (i).
D. — Ne parle-t-il pas ici du cinabre, afin de montrer que le mercure
(ordinaire) provient du cinabre ?
S'. — Le cinabre désigne la substance mercurielle jaune; tandis que la
substance mercurielle blanche est le mercure. En acte, il existe à l'état
.blanc; tandis qu'en puissance, il devient jaune (2).
D. — Le Philosophe n'a-t-il pas dit :« Ο natures célestes, créatrices des
natures, vous triomphez des natures au moyen des transmutations ! «.
S. — Oui ; c'est pour cela qu'il a dit : « ... car si tu n'opères pas la trans-
formation, il est impossible que l'effet attendu se produise. C'est en vain
que prendront de la peine ceux qui approfondissent l'étude des matières, à
moins qu'ils ne recherchent les natures des corps (métalliques) de la magné-
sie ». Car il est permis aux opérateurs et à ceux qui transcrivent les mêmes
enseignements d'employer indifféremment telle ou telle manière. Donc il a
dit : « le corps de la magnésie » ; ce qui signifie le mélange des substances.
C'est pour cela qu'il dit, en poursuivant, dans l'introduction de (son livre
sur) la fabrication de l'or : « Prenant du mercure, fixez- (le) avec le corps
(métallique) de la magnésie » (3).
1 1. û. — Ainsi le mercure est l'élément qu'il faut préférer ?
S. — Oui, car c'est par lui que le Tout est défait, puis rétabli de
nouveau : suivant le degré convenable pour chaque traitement, on réussit
(i) Ceci paraît signifier que tout mé.
tal renferme un élément mercuriel.
(2) Ceci est très clair : il s'agit ici d'un
côté du mercure libre, et de l'autre du
mercure combiné, existanten puissance
dans le cinabre, son minerai.
(3) Il s'agit ici d'un alliage complexe,
le métal de la magnésie, formé proba-
blement par l'union des quatre corps
ou métaux fondamentaux, et auquel on
associe le mercure, pris dans son sens
ordinaire, ou plutôt dans le sens mys-
tique du mercure des philosophes (v.
aussi Introd., p. 2 56).
SYNESIUS A DIOSCORUS
69
avec la chrysocolle (i), autrement dite batrachinn (2), qui se rencontre parmi
les pierres vertes.
D. — • Qu'est-ce que la chrysocolle ou batrachion ? Quelle est la significa-
tion de ces mots : « qui se rencontre dans les pierres vertes » ?
S. — Il est nécessaire que nous le cherchions. Nous devons donc con-
naître ce qui est relatif aux couleurs vertes. Eh bien ! parlons-en, d'après
ce qui est relatif à l'homme. Car l'homme est le plus important de tous les
animaux vivant à la surface de la terre. Nous disons de l'homme qui a
pâli (3), qu'il est devenu vert; il est évident que, comme l'ocre, il change
de qualité spécifique en passant à la couleur dorée. Ceci est encore plus évi-
dent, si on le compare à l'écorce de citron, qui représente la qualité même
de la couleur Jaune pâle. L'auteur poursuivant a parlé aussi de l'arsenic
jaune (4), afin de montrer qu'il s'agit bien de la qualité spécifique de la
couleur pâle.
12. Mais, pour que tu voies combien il a mis de circonspection pour expo-
ser cela en détail, observe avec attention dans quel sens il dit : « Le mercure
qui provient du cinabre, (c'est) le corps métallique de la magnésie » (5). Puis il
ajoute la chrysocolle, le claudianos, Farsenic. Il a introduit le nom de
l'arsenic (6) (c'est-à-dire du masculin), afin de le distinguer des substances
féminines (7). Après le claudianos, il parle de l'arsenic jaune : il met d'abord
deux substances jaunes du genre féminin (8), puis deux substances du genre
masculin. Il faut donc approfondir et voir ce que cela peut vouloir dire.
Comme j'avance, Dioscorus !lci il transforme l'or, puis il reprend la
(i) Malachite; employée dans la sou-
dure de l'or. — Introd., p. 243.
(2) A proprement parler : la matière
couleur de grenouille verte. Ce mot
signifie aussi Renoncule aquatique.
(3) L'auteur joue sur le mot pâli, ώχ,•;;α-
σαντα, signifiant littéralement jauni et
qui peut être dérivé de&ypx, ocre jaune.
Il veut expliquer comment la chryso-
colle ou malachite, matière verte, sert à
faire l'or qui est jaune; il cherche donc à
montrer la parenté de la couleur verte
à la couleur jaune et le passage de l'une
à l'autre ; ces deux couleurs ou qualités
des corps étant envisagées comme ayant
une existence propre.
(4I Orpiment.
(5) C'est-à-dire la matière première
du métal de la magnésie.
(6) L'auteur joue sur le double sens
de άρ3ε'νι•/.ον : arsenic ou masculin.
(7) Il s'agit d'abord du mercure, qui
est féminin, η υδράργυρο;; puis de la
chrysocolle.
(8| Le mercure, c'est-à-dire le cinabre,
et la chrysocolle, opposés au claudianos
et à l'arsenic.
yo TRAITES DEMOCRITAINS
cadmie, ensuite l'androdamas ; or, l'androdamas et la cadmie sont des
substances sèches. II met en évidence la sécheresse (i) des corps, et afin
de rendre cela bien manifeste, il a ajouté l'alun décomposé. Remarque
quelle est la circonspection de l'auteur. Il voulait que les gens sensés com-
prissent dans quel sens il les instruisait, en parlant de l'alun décomposé;
car il devait se faire entendre en cela, même des non initiés. Mais, afin que
la chose devînt plus certaine pour toi-même, il a ajouté aussitôt le soufre
apyre, c'est-à-dire le soufre non calciné. Le Tout, c'est-à-dire les espèces
desséchées, signifie les corps métalliques amenés à l'unité (2). Ensuite
il ajoute la pyrite désagrégée, ne désignant aucun autre corps et sans spé-
cifier. Ceci est établi comme une vérité, à savoir que ce qui reste à la
fin est sec. Faisant des subdivisions dans cette matière, il ajoute le mi-
nium du Pont (3). Ainsi, passant des substances sèches aux substances
liquides, il a parlé du minium, et spécialement de celui du Pont. Car s'il
n'avait pas ajouté « du Pont », il ne serait pas arrivé à se faire compren-
dre (4). Et voulant confirmer (son dire), il a ajouté l'eau du soufre natif,
provenant du soufre seul.
i3. D, — Tu as bien résolu (les difficultés), philosophe; mais prends
garde dans quel sens, il a dit : « si en le purifiant par la chaux... »
S . — Ο Dioscorus, tu ne fais pas attention. La chaux vive est blanche,
et l'eau qui en provient est blanche et âpre, et l'eau de soufre, par ses
exhalaisons, blanchit. Pour plus de clarté, il a ajouté aussitôt : « la vapeur
de soufre ». N'a-t-il pas rendu tout cela évident pour nous ?
D. — Oui, tu as bien parlé. Après cela (il mentionne) le sory jaune, la
couperose jaune et le cinabre (5).
S. — Le sory et la couperose, des substances jaunes ? Comment cela?
Tu n'ignores pas qu'elles sont vertes (6). Ayant donc en vue la réduc,
(i) La sécheresse, qualité, est prise ici
avec un sens substantiel ; comme plus
haut la couleur jaune.
(2) La fin de la phrase est inintel-
ligible, le copiste ayant probablement
répété le membre de phrase qui pré-
cède.
(3) Introd., p. 261.
(4) Jeu de mots sur la mer, -όντος,
matière humide par excellence, v. p. 62.
(5) Une variante indique ici le sel
ammoniac, au lieu du cinabre.
(6) Le mot χάλ/.ανΟος, couperose, ex-
prime à la fois le sulfate de cuivre bleu,
le sulfate de fer vert et leurs mélanges.
Le sory est un sulfate de cuivre basique.
SYNESIUS A DIOSCORUS
71
tion du cuivre (à l'état métallique), c'est-à-dire sa recherche, ou plutôt la
teinture du Tout (i), il s'est exprimé ainsi, en apportant une nouvelle
confirmation, et il a ajouté sur la fin : « Après que l'on a fait disparaître la
rouille, opération appelée réduction, alors la projection des liquides ayant
eu lieu, il se produit un jaunissement stable. » Réellement la libéralité de
l'auteur est rendue ici manifeste.
14. En effet, vois comme aussitôt il réunit les choses dans son explica-
tion. « Quant aux substances susceptibles de former des liqueurs, ce sont
le safran de Cilicie (2), l'aristoloche, la fleur de carthame, la fleur du
mouron à fleurs bleues ». Que pouvait-il dire ou énumérer de plus, afin de
nous persuader, sinon parler de la fleur du mouron? En effet, admire avec
moi. Il ne parle pas seulement & du mouron », mais encore de « sa fleur » ; le
mot mouron nous indiquant l'ascension de l'eau (3), et le mot fleur, l'ascen-
sion des âmes de ces plantes, c'est-à-dire celle de leurs esprits (4). En effet,
plus ou moins ferrugineux, provenant
de l'altération des pyrites. Mais le sul-
fate de fer pur, ou son mélange avec le
sulfate de cuivre, ne tarde pas à s'oxy-
der à l'air humide et à se changer en
sels basiques qui sont jaunes. Ces
composés peuvent donc passer du vert
au jaune, par des actions en apparence
spontanées. Quant au cinabre, sa cou-
leur rouge est ici, comme précédem-
ment, rangée sous la rubrique du jaune .
(i ) Le mot Tout, πϊν, revient dans tout
ce morceau avec un sens mystérieux,
qui semble s'appliquer à la matière
première des transmutations métalli-
ques. C'était à proprement parler le
molybdochalque, ou encore le métal
de la magnésie (v. Jiitrod-, p. i53).
Il s'agit toujours d'étudier comment
une même matière peut affecter des
couleurs diverses, suivant les traite-
ments et les procédés de teinture.
(2) Au-dessus le signe du mercure
dans A. B.
(3) L'auteur joue sur la ressemblance
des mots άναγαλλίς (mouron) et άναγαγεϊν
(faire monter). Faire monter l'eau signi-
fie la distillation ou la sublimation.
(4) Le jeu de mots continue, en s'ap-
pliquant à l'ascension (sublimation) des
matières volatiles, appelées esprits ou
fleurs des métaux, et assimilées aux âmes
des plantes; lesquelles fleurs se produi-
sent pendant les fusions et traitements
des minerais. Ce sont pour nous des
oxydes sublimés (oxyde de zinc), ou
entraînés par les gaz. On dit encore
aujourd'hui, dans un sens analogue qui
remonte aux alchimistes -.fleurs argen-
tines d'antimoine; fleurs de jinc ; fleur
de soufre. On disait également au siè-
cle dernier : fleurs d'antimoine, pour
le sublimé jaune et en partie oxydé
formé par le sulfure naturel ; fleurs rou-
ges d'antimoine, pour un sulfure rouge
formé en présence du sel ammoniac;
fleurs d'arsenic, pour l'acide arsénieux
sublimé ; _/?ea)-i de sel ammoniac, pour
ce sel sublimé, _/?eur5 de benjoin, pour
l'acide benzoïque sublimé, etc. \Dict.
de Chimie de Macquer, 177
On
lit de même dans le Lexicon Alchemiœ
72
TRAITES DEMOCRITAINS
s'il n'en est pas ainsi, il n'y a rien de sûr. Livrés à de vains efforts, les
misérables qui sont ballottés sur cette mer, avec une multitude de peines
et de fatigues, ne pourront jamais avoir aucun profit.
i5. D. — Et pourquoi, encore une fois, ce philosophe généreux, ce
maître habile, a-t-il ajouté la rhubarbe du Pont ?
S. — Remarque la libéralité de l'auteur. Il a parlé de la rhubarbe elle-
même, et afin de nous persuader, il a ajouté « du Pont ». Car y a-t-il un
philosophe qui ne sache que la mer (ττίντος) est alimentée de tous côtés par
Feau des fleuves (i) ?
D. — Tu as parlé véridiquement, Synésius, et tu m'as réjoui l'âme
aujourd'hui ; car ces choses ne sont pas médiocres. Maintenant je te prie de
m'enseigner en outre, pourquoi il a parlé plus haut de la couperose jaune;
tandis qu'ici, il ajoute ce mot, sans spécifier « avec la couperose bleue » (2).
S. — Ces mots, ô Dioscorus, indiquent les fleurs, car elles sont jaunes,
mais, comme l'eau que l'on fait monter (3) a besoin d'éprouver une fixa-
tion, il a ajouté aussitôt : « la gomme d'acanthe ». Ensuite il a ajouté : «l'urine
d'un impubère, l'eau de chaux, l'eau de cendres de chou, l'eau d'alun (4),
l'eau de natron (5), l'eau d'arsenic et de soufre (6) ». Remarque comme il a
mis en avant toutes les (substances) susceptibles de produire la dissolution
et la dispersion, nous enseignant évidemment par là la dissolution des corps
(métalliques).
16. D. — Oui, tu as bien parlé. Et dans quel sens a-t-i! dit à la fin : « le
lait de chienne » ? Est-ce afin de montrer que le Tout est tiré de la chose
commune (7) ?
S. — Réellement, tu as compris, Dioscorus; mais observe avec attention
dans quel sens il dit : « Cette matière est celle de la Chrysopée. >■
D. — Quelle matière ?
de Rulandus, p. 216 (1612) : Flos est
bolus per sublimationem extractus...
Flos spirituosa rei substanlia est...
Omnis flos per se volatilis et spiri-
itiosus.
(i) "V. p. 62 et la note (4) de la p. 70.
(2) C'est-à-dire avec le sory (?) — Voir
plus haut, p. 70, note 6.
(3) Par évaporation et distillation.
(4) Variante : l'eau de sel ammoniac,
Fabr.
(5) Variante : l'eau de molybdochal-
que, Fabr.
(6) Variante : l'eau de couperose, Fabr.
(7) Y a-t-il là un jeu de mots, sur
•/•jvd; (de chienne) et r.oivd; (commun) ?
SYNESIUS A DIOSCORUS
73
S. — Qui ne sait que toutes les choses (dont il s'agit) sont volatiles ? Car
ni le lait (i) d'ânesse, ni le lait de chienne ne peuvent résister au feu. Le
lait d'ânesse, si tu le déposes quelque part, pendant un nombre de jours
convenable, finit par disparaître.
D. — Que signifient ces mots : «Telles sont les (substances) qui transfor-
ment la matière; telles sont celles qui rendent les corps résistant au feu,
étant elles-mêmes volatiles »? Et ces mots : « En dehors de ces substances,
il n'y a rien de sûr » ?
5. — C'est afin que les misérables pensent que ces choses sont vraies (2).
Mais écoute encore ce qu'il dit et ajoute : « Si tu es intelligent et que tu
procèdes comme il a été écrit » ; au lieu de : « Si tu es habile et que tu dis-
cernes le calcul qu'il faut employer ; alors tu seras bienheureux. » Et que
dit-il ailleurs? « Je m'adresse à vous qui êtes des gens sensés. »
Il faut donc que nous exercions nos esprits et que nous ne nous trompions
pas, afin que nous évitions la maladie incurable de la pauvreté et que nous ne
soyons pas vaincus par elle; de crainte qu'étant tombés dans la vaine pau-
vreté nous ne soyons malheureux, étant devenus incapables de tirer profit
de nos travaux. Nous devons exercer nos esprits, aiguiser notre intelligence.
17. D. — Pourquoi ajoute-t-il le mot « projeter » ?
S. — 11 ne parle pas des choses dites au commencement, mais de celles
qu'il faut entendre. Voilà pourquoi il dit encore : « Traitez par (projection)
Por, par le corail d'or; l'argent, par l'or; le cuivre, par l'or; le plomb ou
Fétain, par le molybdochalque » (3). Voici qu'il nous a fait monter les degrés
(i) Le mot lait est pris ici dans un
sens symbolique ; de même que les mots
sang, bile, semence, etc., dans la lan-
gue des prophètes ou prêtres égyptiens.
[Introd., p. 10). Ainsi, le lait de la vache
noire a signifié le mercure [Lexique,
p. 6). — Les mots lait de chaux, lait de
soufre, se sont conservés jusqu'à notre
temps dans la langue des chimistes.
(21 Les non initiés étant déçus, parce
qu'ils prennent les noms dans leur sens
littéral.
(3) Ainsi chaque métal est modifié
par la projection d'un métal plus pré-
cieux, destiné à le transformer en en
changeant les propriétés; de façon à le
rendre identique à lui-même (diplosis),
par une sorte de fermentation. Rappe-
lons d'ailleurs que les recettes (7) et
(60) du Papyrus {Introd., p. 29, 41, Sy)
reposent sur une pratique analogue.
On voit comment la préparation des
alliages décrits dans le Papyrus de
Leide {Introd., p. 70, et dans les Ques-
tions naturelles et mystérieuses, p. 44 et
suivantes) est devenue, par une inter-
prétation mystique, la transmutation
même des métaux.
10
y4 TRAITES DEMOCRITAINS
de l'Art, (afin que) nous n'allions pas, en faisant de vains efforts, tomber
dans le gouffre de l'ignorance et méconnaître les choses qu'ils ont voulu
désigner (i). Grande est l'habileté de l'auteur; car après qu'il a dit : «Ainsi
a été exposée la matière de la Chrysopée » ; il ajoute ces mots : α maintenant,
et à la suite, traitons amplement la question de TArgyropée (2) » ; afin de
montrer qu'il y a deux opérations (distinctes), et que l'Argyropée a été con-
sidérée avant toutes les autres; elle les précède et, sans elle, rien ne se fera.
18. Écoute-le encore lorsqu'il dit: « Le mercure tiré de l'arsenic, ou du
soufre (3), ou de la céruse, ou de la magnésie, ou de l'antimoine d'Italie. » Et
(plus) haut dans la Chrysopée : « Le mercure, qui provient du cinabre » (4).
Ici il dit : « le mercure, tiré de l'arsenic, ou de la céruse, etc.
D. — Et comment admet-il que la céruse se change en mercure ?
S. — Il n'a pas dit que nous extrayons le mercure de la céruse ; mais il a
voulu exprimer le blanchiment des corps (métalliques), c'est-à-dire leur
retour (à une forme commune ?) (5). En effet, ici, il parle de toutes les (subs-
tances) blanches, et dans l'autre passage, des substances jaunes, afin que
nous comprenions.
Vois comment il s'est exprimé : « Le corps (métal) de la magnésie (pro-
duit) seul le chrysocorail. » Là il s'agit du corps (métal) de la magnésie, de
celui de la magnésie seulement, ou de celui de l'antimoine d'Italie.
Qu'il suffise de vous dire ceci brièvement. Mais il faut exercer l'esprit
d'avance, afin que nous discernions les actions de la nature, relativement aux
choses qui doivent être accomplies avec leconcoursde Dieu (6). Sachez qu'il
(i) Probablement il s'agit des anciens
chimistes, ou prophètes égyptiens.
(2) Cette phrase et diverses autres,
citées par Synésius, ne se retrouvent
pas dans les Questions naturelles de
Démocrite, telles que nous les possé-
dons. Il est probable que nous avons
seulement un extrait de l'ouvrage ori-
ginal.
(3) Var. : de la couperose, Fabr.
(4) Var.: du sel ammoniac, Fabr.
(5) Celle du mercure des philoso-
phes? — ■ On pourrait encore appliquer
ce passage à l'asém, lequel désigne tout
alliage doué d'un brillant argentin :
qu'il ait été préparé, soit par amalgama-
tion superficielle ; soit par blanchiment
superficiel au moyen de l'arsenic; ou
bien encore, par des compositions di-
verses de cuivre, de plomb, d'étain, ou
d'antimoine. — Introd., p. 62.
(6) Cette phrase a une signification
mystique et implique l'intervention
d'actions supérieures à celles de
l'homme. — Voir plus loin Olympio-
dore, § I et § 9.
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
75
faut d'abord faire macérer les espèces et, dans les fusions, amener celles qui
ont des couleurs pareilles à l'identité de couleur. Les deux mercures ( i) exer-
cent ainsi leur action mercuriliante, et se séparent dans la décomposition.
Avec le secours de Dieu, je commencerai mon commentaire (2).
II. IV. — OLYMPIODORE, PHILOSOPHE D'ALEXANDRIE
(3)
Commentaire sur le livre α Sur Vaction » de Zosime, et sur les dires
d'Hermès et des philosophes.
i.« La macération se fait depuis le 25 méchir (février) jusqu'au 25 mésori
(août). Toutes les choses que tu peux faire macérer et lessiver, laisse-les
déposer dans des vases (convenables); et, si tu le peux, accomplis l'œuvre de
la macération, toi le meilleur des sages « (4).
Il était d'usage chez les anciens de cacher la vérité et les choses tout
à fait évidentes pour les hommes, au moyen des allégories et (du langage) de
(i) Celui du cinabre et celui de l'ar-
senic {Introd., p. 99 et 239).
(2) Il semble par ces mots que le petit
traité de Synésius soit l'extrait et le
préambule d'ua ouvrage plus étendu.
(3) A ajoute ces mots intercalaires:
« à Petasius, roi d'Arménie, sur l'art
divin et sacré et sur la pierre des philo-
sophes ». Les diverses copies de ce
traité offrent des variantes considéra-
bles; spécialement le manuscrit L, qui
appartient à une classe à part. Petasius
ou Petesis (Isidore), peut être un per-
sonnage réel ; mais le titre de roi d'Ar-
ménie est fictif, et ajouté par quelque
adepte (v. Orig. de l'Alchimie, p. iSg
et 168.)
(4) Ce premier paragraphe représente
le texte proprement dit (de Zosime sans
doute); puis vient le commentaire. Ce
texte répondait à l'origine à l'opération
de la lévigation des minerais d'or ;
comme le montre l'insertion du mor-
ceau d'Agatharchide relatif aux mines
d'or dans M.; (Orig. de l'Alchimie, p.
22), morceau abrégé et mutilé dans A
(V. le présent volume, p. 27). Ce traite-
ment des minerais naturels semble avoir
été envisagé plus tard comme représen-
tant svmboliquement la transmutation.
C'est toujours le passage du sens
matériel et positif d'une opération pra-
tique, à un sens mystique postérieur.
Peut-être s'agit-il d'ailleurs d'une opé-
ration réelle, accomplie surles minerais
destinés à fournir plus tard par des trai-
tements convenables) non plus les pail-
lettes d'or, mais un alliage imitant l'or.
yô TRAITES DEMOCRITAIN3
l'art des philosophes (i). En effet, non seulement ils ont tenu dans l'ombre
ces arts honorables et philosophiques par leur exposition obscure et téné-
breuse ; mais encore ils ont remplacé les termes communs par d'autres termes :
comme cela a lieu quand on intervertit ce qui est dans le sujet et ce
qui n'est pas dans le sujet. Tu sais toi-même, philosophe mon maître, que
Platon et Aristote ont procédé de môme par allégories et modifié le
sens des mots. Ainsi Aristote dit que la substance n'est pas dans le sujet,
mais que c'est l'accident qui est dans le sujet. Platon de son côté établit la
même opposition : d'une part, il ne place pas la substance dans le sujet; et,
d'autre part, il place l'accident dans le sujet. En un mot, de même qu'ils ont
exposé beaucoup de choses de cette nature, suivant la manière qui leur a paru
convenable ; de même, en ce qui concerne cet art honorable, les anciens y
ont mis toute leur application, ayant pour unique affaire et pour art unique
d'exposer [les faits) au moyen de certaines considérations et énigmes ; ils se
proposaient d'aiguillonner les chercheurs et de les faire sortir des choses
naturelles, pour les tourner vers la poursuite des choses mystérieuses : ce
qui eut lieu en effet. C'est ce que montrera le présent traité.
2. « La macération s'effectue au moyen de la terre limoneuse «.
Ici le philosophe veut parler de la terre qui doit être lessivée. Car
il faut laver et relaver, jusqu'à ce que la partie limoneuse disparaisse,
suivant ce que dit la divine Marie. En effet toute terre de cette nature.
(i) Cp. Origines de l'Alchimie, p. 2g.
τάς άρχ^άς των πραγμάτοιν άί:οζρύψαντε;
(Clément d'Alexandrie, Stromates, V).
D'après la lettre apocryphe, mais an-
tique, de Platon à Denis: les philosophes
employaient des symboles, susceptibles
deplusieursexplications, qui permissent
de communiquer le secret à des per-
sonnes choisies, en maintenant les au-
tres dans l'illusion. — On lit dans le
Pseudo-Aristote arabe (Bibl. Chemica
de Manget, 1. 1, p. 622, citation de Roger
Bacon) : « Celui qui révèle les secrets
naturels, rompt le sceau divin et il en
résulte pour lui de grands maux. On
rencontre dans les livres une multitude
dechosesquel'onne peut entendre sans
un maître». — D'après Rhazès (même
ouvrage, t. I, p. 923) : II a plû aux
anciens de cacher le sens de ces choses
sous tant de noms qu'on n'en peut guère
inventer de nouveaux. — De même Mo-
rîenus:a: Rien n'a causé plus d'erreurs
danscetart que la multitude des noms.
Les anciens se sont servi de comparai-
sons, d'énigmes, de fables poétiques. »
— D'après Geber (p. 918) : «ilsont écrit
de telle sorte, qu'ils ne peuvent être
compris que par Dieu, ou par l'aide de
sa grâce, etc. » — C'était là une tradition
constante, jusqu'au temps de la science
moderne.
OLYMPIODORE.
SUR L ART SACRE
77
contenant un corps (métallique), lorsqu'elle est lavée, est réduite à l'état de
minerai (i).
Ainsi donc, après un lavage sérieux et purificateur, tu trouveras les corps
métalliques dans les sables; c'est-à-dire les paillettes d'or (2), argentées
ou plombées (ce qui veut dire ayantla couleur de l'argent ou du plomb), ainsi
que les pierres (3); le minerai qui contient la substance s'apercevant d'en
haut. C'est celui que les anciens ont appelé par le nom propre de pierre
d'argent, et il est permis d'y trouver le mot dont le nom a quatre syllabes et
neuf lettres (4).
3. L'expression « depuis le mois de méchir » ne signifie rien (en soi) :
elle a été placée là, afin que celui qui la rencontre croie que la poudre
sèche (5) et la manipulation dépendent d'un certain intervalle de temps,
et que, laissant de côté la droite voie, il recoure à la route incertaine et
épineuse.
4. L'expression « déposer dans des vases », signifie les digesteurs de
terre cuite. Zosime est le seul à en faire mention.
5. Par les mots α Accomplir l'art de la macération », il nous exhorte à
l'œuvre efficace. Et en effet le mot « action » est pris ici dans le sens d'opéra-
tion pratique. Sache que celui qui macère a besoin d'ingrédients, d"uii
certain (laps de) temps et d'une époque favorable (6). Ainsi donc le limon
lessivé à cette époque, ayant été réduit à l'état de sable, est desséché.
(i) La lévigation isole ainsi les pail-
lettes d'or et les autres minerais métal-
liques, plus denses que les matières
argileuses et les gangues analogues,
qui sont entraînées par l'eau.
(2) C'est-à-dire l'or, ou les métaux
susceptibles de l'imiter par leur alliage.
(3) Les pierres, c'est-à- dire les frag-
ments de roche volumineux, ne sont
pas entraînées par la lévigation à cause
de leur poids.
(4) Allusion à l'Énigme de la Sibylle
(Origines de Γ Alchimie, p. i36). Le mot
grec λιθάργυρο; ayant dix lettres, on ne
voit pas bien comment Olympiodore
l'applique à cette énigme; h moins que
les deux dernières lettres ne comptent
que pour une seule, ou que l'on ne
prenne une autre terminaison, telle que
λιΟάργυρα.
(5) La poudre de projection, ou pierre
philosophale. — Ce paragraphe semble
une interpolation postérieure.
(6) La nécessité d'une époque favo-
rable, et d'un laps de temps déterminé,
a toujours été reconnue par les alchi-
mistes, conformément aux doctrines
de l'astrologie. Sa dernière expression
se trouve dans le Lexicon Alchemiœ
Ridandi, p. 33o, h l'article Mensis phi-
losophicus (mois philosophique). « C'est
dit-il, le temps de la décomposition,
y8 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
6. L'expression « depuis le 25 du mois de méchir, jusqu'au 25 mésori »,
signifie que, à la suite delà macération, le minerai est traité par le feu. Or,
il n'a pas dit : « après la fin de mésori », il est traité par le feu ; mais à partir
de la macération, ou du lessivage, ou plutôt du dessèchement.
7. Les mots : « Toutes les choses que tu peux faire macérer et lessiver »,
signifient l'espèce qui renferme la substance (i) et celle qui est obtenue par
le dessèchement. « Toutes les choses », c'est l'espèce qui renferme la subs-
tance ; « macérer et lessiver », c'est l'espèce obtenue par le dessèchement;
car on a toujours besoin d'y recourir. Ainsi s'opère le lessivage. Ces mots :
aTespècequi renferme la substance > ontfait voira mon maîtreceque c'est que
la macération, le lessivage, la dessiccation, l'évaporation. Démocrite parle
quelque part de l'alun décomposé (2) : ce philosophe (n')a (pas) voulu que les
lecteurs imaginassent qu'il fallait prendre n'importe quels aluns, ou qu'ils
fussent égarés parmi les espèces, gaspillant (ainsi) tout leur temps. 11 y a deux
sortes de lessivage, le lessivage mystique et le lessivage au sens propre. On
a donc parlé du lessivage mystique et du lessivage au sens propre. Le lessi-
vage mystique est précisément celui qui se fait au moyen de l'eau divine.
C'est là le lessivage essentiel, celui dont on assure le succès par les paroles
de bon augure et l'obéissance (aux règles) (3) : il s'agit des matières fluides
qui s'écoulent ensemble, c'est-à dire de la régénération à l'état métallique des
métaux qui en avaient été dépouillés, ainsi que des esprits, c'est-à-dire de
leurs âmes (4) : opération qui s'accomplit par la seule action de la nature,
dont la durée répond au mouvement
de la lune ; il est de trente jours pour les
uns; de quarante pour les autres. Il
répond à la fabrication de la pierre phi-
losophale; et peut être renfermé dans
un moindre nombre de jours, étant
défini par la nature de l'objet et l'accom-
plissement de l'œuvre. »
(i) C'est-à-dire le minerai, dont l'or
(ou l'alliage qui offre l'apparence) sera
extrait ensuite par l'action du feu.
(2) P. 47; §7. Il s'agit probablement
du sulfure d'arsenic, changé en acide
arsénieux par oxydation, à l'aide de
diverses opérations décrites plus loin
dans Olympiodore, § 12, et qui pré-
cisent les désignations vagues : macé-
ration, lessivage, etc.
(3) Réd. de L : « en suivant les régies
de l'œuvre unique et excellent. »
(4) Les métaux purs ou alliés sont
d'abord transformés par des opérations
chimiques, qui les privent de leur état
ou apparence métallique. Puis, en y
fixantcertains élémentsvolatils (esprits)
qui restituent aux métaux leurs âmes,
(principes intérieurs d'activité), on les
régénère avec une couleur et des pro-
priétés nouvelles.
OLYMPIODORE.
SUR L ART SACRE
79
et non par la main des hommes, comme le croient quelques-uns. Car
Hermès dit : « Lorsque tu auras pris (quelque substance] après legrand trai-
tement, c'est-à-dire le lessivage du minerai... » Voilà donc qu'il a nommé le
minerai, substance, et le lessivage, grand traitement. Agaihodémon parle
dans le même sens. Ah ! quelle libéralité chez le Philosophe ! Aucun des
anciens n'a jeté ainsi la lumière sur Pœuvre ; aucun n'a appelé l'espèce par
son nom, sinon cet homme excellent et doué de toute science ; car le
lessivage purificateur est évidemment le grand traitement.
Je vais t'expliquer (maintenant) l'économie de la soudure d'or.
SUR LA SOUDURE d'or
8. La soudure d'or, c'est (i) l'art de réunir l'or avec l'or, en opérant sur les
paillettes d'or tirées du minerai. Comment faut-il unifier ces paillettes,
c'est-à-dire les souder et les joindre entre elles, afin que l'esprit tinctorial
de la chrysocolle y soit conservé (2) ?
Pour conserver cet esprit, il dit qu'il convient d'employer une combus-
tion à feu modéré, afin que, par suite d'une grande incandescence, des
choses non convenables n'arrivent pas. Il faut quele feu brûle avec modé-
ration et douceur, de crainte que la vapeur ne s'en aille en fumée et ne soit
perdue. Il s'agit de la vapeur, qui tend à s'échapper. Cette vapeur, c'est
le mercure. Cette vapeur donc, autrement dit le mercure (3), éprouvant
l'action du feu, s'en va en fumée. Or, lorsqu'elle s'en va en fumée et sort
du creuset, les paillettes d'or, celles que Zosime appelle paillettes de clau-
dianos, brûlées maladroitement par la violence du feu, s'en vont aussi en
fumée (4).
(i) C'est la réunion de l'or avec l'or.
Les paillettes d'or sont les parties tirées
du minerai. Le mot or comprend
d'ailleurs aussi les alliages couleur d'or.
(2) Il s'agit de réunir les paillettes
métalliques d'or (ou de l'alliage qui en
offre l'apparence), en une masse unique,
au moyen de la chrysocolle ; en leur
donnant une couleur homogène, et
sans qu'on voie la soudure.
(3) Réd. de L : ï Donc cette vapeur,
autrement dit l'eau d'argent, c'est-à-
dire r(élément) qui atténue l'argent ».
Le mercure dont il s'agit ici paraît être
l'arsenic métallique (Introd., p. 61, 90
et 239).
(4) Toute cette description est obs-
cure, quoiqu'elle paraisse se rapportera
desopérationsréelles. La mention finale
du claudianos, alliage de plomb, de
8ο
TRAITES DEMOCRITAINS
g. Apprends, ô ami des Muses, ce que signifie le mot économie (i], et
ne va pas croire, comme le font quelques-uns, que l'action manuelle à elle
seule soit suffisante; il faut encore celle de la nature, une action supérieure
à l'homme (2). Lorsque tu as pris de l'or (3), tu dois le traiter, et si tu opères
avec soin, tu obtiendras de l'or (4). Et ne suppose pas, dit-il, que la tein-
ture aura lieu avec certaines autres idées et certaines autres plantes (5) ; mais
travaille suivant une pratique conforme à la nature (6), et tu obtiendras
l'objet cherché.
Quant au mot économie, il a été employé en mille endroits par tous les
anciens (7); car ils veulent parler de la marche opératoire pour fixer la
teinture (8). Or qu'est-ce que la fixation d'une teinture? sinon la fixation
de quelque mercure fugace. Car Zosime dit : « Fixe le mercure avec le corps
(métallique) de la magnésie. «
cuivre, dezincetautres métaux (/îiiroi.,
p. 244), y jette quelque jour ; car c'était
là un alliage métallique, destiné à imiter
l'or. — • La description s'applique à la
fois à l'or pur et à l'or simulé, c'est-à-
dire au claudianos. Il semble que l'or
véritable, aussi bien que le faux or,
fussent obtenus d'abord à l'état de
paillettes; que l'on agglomérait ensuite
au moyen du mercure (ou plutôt de
l'arsenic métallique, envisagé comme
un second mercure). Puis on chauf-
fait à feu doux, en évitant la déper-
dition de la vapeur, du mercure, ou de
l'arsenic par volatilisation ou oxyda-
tion.
La mention finale s'appliquerait à la
destruction de l'alliage et à la vaporisa-
tion de certains de ses composants, tels
que le zinc, sous forme d'oxydes, par
l'influence d'une calcination trop éner-
gique.
(i) Le mot économie est employé,
même dans la pratique de notre temps,
avec le même sens que dans ces textes.
On dit, par exemple : « Voici toute
l'économie du procédé », etc.
(2) Le côté mystique et magique des
opérations apparaît ici.
(3) Il semble que dans cette phrase le
mot or soit employé successivement
dans deux sens différents : Lorsque tu as
un métal qui a l'apparence de l'or. .., etc.;
tu obtiendras de l'or véritable. On
peut encore entendre d'abord le métal
en paillettes ; puis le métal aggloméré
par la soudure.
(4) Réd. de L : « Tu auras de l'or; mais
travaille toujours conformément à la
pratique de l'or ».
(5) Plantes, dans le même sens mys-
tique que fleurs, p. 71.
(6) C'est-à-dire les opérations pure-
ment manuelles sont insuffisantes, etc.;
(7) Réd. de L : « Car ils veulent qu'il
y ait dans l'art un principe fixateur,
qui retienne les substances fugaces; ce
principe, c'est le feu, qui fixe le mer-
cure, c'est-à-dire la vapeur. Or ce n'est
pas seulement le mercure qui fuit le
feu, mais encore toutes les substances
(de la même classe) du catalogue ».
(8) Κάτο/ος fixation d'une matière
colorante, sur une étoffe, par exemple.
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
8l
10. On a dit que la soudure d"or est le mélange des deux substances;
le principe fixateur qui en résulte, je sais le maintenir dans le composé.
Nous savons en effet que la vapeur (mercurielle) (i) est fugace; et il est
spécifié en mille endroits que ce n'est pas seulement la vapeur (mercurielle)
qui est fugace, mais encore toutes les (substances de la même classe) du ca-
talogue. Avant et après, le philosophe s'attache au mercure, comme à toutes
les substances fugaces du catalogue, telles que celles dont les anciens ont
fait mention, couleurs et plantes, et autres; parce que toutes ces subs-
tances, en éprouvant l'action du feu (2), sont fugaces.
11. Quant à moi, Je ne t'en expose pas toutes les classes, vu leur grand
nombre et les témoignages des anciens, tous d'accord sur ce point; afin de ne
pas perdre le temps mal à propos. Mais je te soumettrai un petit nombre de
choses, comme les plus intéressantes, les plus faciles à comprendre, et à Tabri
du reproche de futilité.
Il fait allusion ici (3) aux anciens, dont quelques-uns ont dit des choses
futiles et fait perdre aux chercheurs un temps infini. Sache donc, dans ta
science excellente, que les anciens font trois teintures : La première est celle
qui se dissipe promptement (4), comme les soufres; la seconde, celle qui se
dissipe lentement, comme les matières sulfureuses ; la troisième, celle qui
ne se dissipe pas du tout, comme les corps métalliques liquéfiés et les
pierres i5).
12. Première teinture, teignant le cuivre en blanc au moyen de l'arsenic,
comme il suit.
(i) Le mercure proprement dit (ou
l'arsenic métallique), employé dans la
teinture du métal, est volatil; mais le
mercure des philosophes, fixé par l'ac-
tion du feu, ne doit pas l'être : de telle
façon que la teinture dont il fait par-
tie demeure fixée sur le fond métal-
lique. Il yalà un mélange d'idées réelles
et d'idées mystiques.
(2) Le mot fugace s'applique ici à la
teinture et aux agents qui la produisent.
Il signifie, non seulement la volatilité
de l'agent colorant, mais le défaut de
fixité de la teinture, dû à une oxyda-
tion ou à une cause quelconque.
(3) C'est unegloseducommentateur;
la phrase précédente est probablement
de Zosime.
(4) On avait d'abord traduit οεϋζτά
par volatiles. Mais le sens semble com-
prendreaussi les corps colorants qui dis-
paraissent par liquéfaction, dissolution,
oxydation, etc. ; c'est-à-dire qu'il est plus
général.
(5) L ajoute : « Et la terre ».
11
82
TRAITES DEMOCRITAINS
L'arsenic (sulfuré) est une espèce de soufre qui se volatilise promptement;
Je veux dire, se volatilise au feu. Toutes les substances semblables à l'arsenic
sont aussi appelées des soufres et des corps volatils (i). Or la préparation se
fait ainsi : prenant de Tarsenic lamelleux couleur d'or, 14 onces (2, tu le
coupes en morceaux, tu le porphyrises de façon à le réduire en parties aussi
fines que du duvet ; puis tu fais tremper dans du vinaigre, pendant deux ou
trois jours et autant de nuits, la matière renfermée dans un vase de verre à
col étroit, en lutant le haut avec soin, afin qu'elle ne se dissipe pas. Agitant une
fois ou deux par jour, fais celapendant plusieurs jours; puis, vidant le (vase),
lave avec de l'eau pure, seulement jusqu'à ce que l'odeur du vinaigre ait dis-
paru. Garde la partie la plus subtile de la substance ; mais ne la laisses pas
s'écouler avec l'eau (3). Ensuite, laissant la masse se dessécher et se con-
tracter à l'air, mélange et broie avec 5 onces de sel de Cappadoce.
Or l'emploi du sel a été imaginé par les anciens pour éviter que l'arsenic
adhère au vaisseau de verre. Ce vaisseau de verre est nommé asympoton, par
Africanus. Il est luté avec de l'argile (4) ; un couvercle de verre en forme de
coupe est posé par-dessus. A la partie supérieure, une autre coupe enveloppe
le tout ; elle est assujettie de tous les côtés, afin que l'arsenic brûlé ne se
dissipe pas (5).
Fais-le donc brûler à plusieurs reprises et pulvérise-le, jusqu'à ce qu'il soit
devenu blanc; on obtient ainsi de l'alun blanc et compacte (6). Puis on fait
fondre le cuivre avec du cuivre dur de Nicée ; ensuite tu prends de la fleur
(i) Réd. de L : « Or il se dissipe sous
l'influence du feu, etc. ».
(2) Var. AL : 4 onces.
(3) C'est-à-dire : décante avec soin
le dépôt du liquide surnageant.
(4) Réd. de L : « Ensuite lute la coupe
et assujettis-la de tous les côtés s.
(5) Cette description répond à celle
d'un appareil de sublimation, formé
d'un récipient inférieur, surmonté de
deux coupes ou chapiteaux, emboîtés
l'un dans l'autre en forme d'aludel.
Ce dernier appareil a été attribué aux
Arabes; mais la description actuelle le
fait remonter jusqu'à Africanus (iii<= siè-
cle). On lutait avec soin; et on con-
densait dans ces chapiteaux la partie
sublimée. — Voir Introd., p. 143, 146,
fig. 20 et 22. La double coupe répond
à la figure 22, mais sans kérotakis ;
ou bien encore aux figures 26 et 27,
ρ . 1 5o, 1 5 1 . — Voir aussi fig. 44 et 45,
p. 170, 172.
(6) Dans cette opération, on oxyde
lentement l'orpiment ou sulfure d'ar-
senic, de façon à le changer en acide
arsénieux. On voit que ce dernier
est désigné ici sous le nom d'alun
blanc.
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
83
de natron, tu en jettes au fond du creuset 2 ou 3 parties pour ramollir (i).
Tu projettes alors la poudre sèche (arsenic brûlé), avec une cuiller de fer ;
tu en jettes la valeur d'une once pour 2 livres de cuivre. Après cela, tu
ajoutes dans le creuset pour une once (de cuivre) un peu (2) d'argent, en
vue de rendre la teinture uniforme. Tu projettes encore dans le creuset une
petite quantité de sel. Tu auras ainsi un très belasèm (3).
i3. Deuxième teinture, celle qui se volatilise lentement:
Le cuivre brûlé (4), la rubrique et les substances analogues ne se dissipent
pas promptement, mais lentement. Or il faut savoir que la fabrication de
l'émeraude se fait ainsi. Prends: deux onces de beau cristal ; cuivre brûlé,
une demi-once. Chautft d'abord le cristal, dans ses parties extrêmes, et jette-le
dans l'eau pure; puis neitoie-le, afin qu'il n'ait pas de crasse. Ensuite (5) tu
le pulvérises dans un mortier propre, sans le réduire en poudre impalpable;
et tu délaies, avec la rubrique et le cuivre brûlé. Tu en fais fondre la valeur
de 4 livres sur un feu de charbon. Après avoir luté tout autour et fermé le
creuset à sa partie supérieure, et après avoir chauffé sur un feu bien régu-
lier (6), tu auras ce que tu cherches. Or il est préférable d'opérer la fonte
dans un creuset d'argile crue, non cuite; parce que dans les creusets des
orfèvres, l'émeraude fond avec la matière du creuset et donne lieu à un
retrait qui fait éclater le creuset. Elle demande à être refroidie dans le four-
neau même, et à être enlevée après refroidissement; attendu que si tu l'en-
lève pendant que le fourneau est encore chaud, le creuset éclate aussitôt (7).
(i) C'est un fondant.
(2) [ϋλιαρίσιον ne se trouve pas dans
les dictionnaires. — A moins que
ce ne soit le mot latin millième, gré-
ci se.
(3) Variante de A : argent. Cette va-
riante est postérieure. Larecetteprécé-
dente est une préparation positive : c'est
celle d'un arséniure de cuivre blanc,
analogue à l'alliage appelé tombac.
Elle rappelle quelques-unes des fabri-
cations d'asèm du Papyrus de Leide
traduit dans V Introduction, p. 34, 45, 6 1 .
(4) L'auteur ajoute μαργάρων : mot à
mot, des perles ; sans doute parce que
ce produit servait à colorer les perles
artificielles. Le cuivre brûlé répond à
notre protoxyde de cuivre : c'est une
matière rouge (V. Introd., p. 233).
(5) Réd. de L : « Ensuite pulvérise-le,
ainsi que le cuivre brûlé et la rubri-
que, dans un mortier ; fais les fondre
sur le feu. Lutant le creuset, le fermant
à sa partie supérieure et chauffant sur
un feu égal, etc. ».
(6) Glose insérée dans le texte : « le
feu ne doit pas chauffer une partie, en
n'échauffant pas une autre partie ».
(7) C'est là un procédé technique de
fabrication d'un verre coloré en vert,
84
TRAITES DEMOCRITAINS
14. Troisième teinture, celle qui ne se dissipe pas du tout.
Onadit « se dissipe au feu »; et deux mystères sont exposés parlà(i):run
concerne le corps dissipé ; Pautre, le corps qui détermine la dissipation.
De même Démocrite a parlé quelque part des trois (teintures) antiques:
L'une se dissipe promptement, c'est-à-dire par le départ des liquides (2),
ou par la montée de la vapeur ^3). C'est pour cela qu'il dit: Les substances
qui se dissipent promptement, telles que les soufres; car les soufres sont
très prompts (à se réduire) en fumée.
Les autres se dissipent lentement, telles sont les matières sulfureuses.
Et il parle du principe de la fixation des mêmes liquides fugaces, lors-
qu'ils deviennent plus lents à se dissiper (étant composés par le mé-
lange) des (substances) fugaces avec les• substances fixes et les corps métal-
liques (4).
Ensuite il parle de la troisième classe : celle qui se dissipe à la façon des
corps (métalliques) fusibles. C'est là ce que l'on appelle proprement la tein-
ture. (On l'obtient) après avoir fait le traitement et placé séparément les
corps qui ne se dissipent pas et les corps qui se dissipent.
En effet il est impossible de faire cela (en une seule fois) ; mais c'est en
desséchant progressivem.ent et jusqu'à la fin qu'avec la coopération de Dieu
nous rendons les (substances) tout à fait fixes (5).
i5. « Comme les corps métalliques fusibles. »
ou émeraude artificielle. C'est donc
encore une teinture; mais il ne s'agit
plus d'un métal (Voir Origines de l'Al-
chimie, p. 220, 222, 23g).
(i) Réd. de L : « et c'est pourquoi
deux mystères sont exposés ».
(2) Réd. de L: « mais Démocrite dit
au sujet de ce qui se dissipe prompte-
ment, que cette chose se dissipe dans le
départ des liquides, etc. ».
(3) La disparition de la teinture ou
coloration peut avoir lieu : soit par l'éva-
poration (ou l'oxydation) de la matière
qui teint ; soit par son extraction au
moyen d'un liquide, à l'aide duquel elle
est dissoute ou décomposée.
(4) Réd. de L : « Quant à ce qui ne se
dissipe pas du tout, il dit que cette (tein-
ture est véritablement et proprement
la troisième teinture : tels sont, par
exemple, les corps fusibles et métalli-
ques. Car après que nous avons traité
et disposé ces (substances) séparément,
les matières dissipables deviennent fixe s
et les corps non métalliques se change nt
en métaux ».
(5) La matière colorante se fixe par
suite de l'évaporation du liquide q ui
la contenait. C'est la pratique de la
teinture des étoffes qu'il faut prendre
comme terme de comparaison, pour
entendre tout ceci.
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
85
Il est évident que ces corps étaient d'abord dissipables par ractioii du feu,
parce qu'ils ne rencontraient rien qui pût les Hxer; lorsqu'ils ont au contraire
été amenés à une fixité complète (i), la nature indélébile de la teinture les a
fait passer à l'état de métaux. Ces corps ont reçu un nom semblable, en
raison de leur résistance au feu et de leur fixité. Si le corps dissipable
rencontre l'agent fixateur, il acquiert une nature indélébile. Entends par
là, la nature qui existe dans le Tout; conçois celle qui subsiste jusqu'à la
fin, inextractible et demeurant toujours: c'est là l'indélébile, ce qui reste à
jamais inaltérable. Car les anciens connaissaient toutes les (matières) sans
stabilité qui existent dans le catalogue, et leur but était de faire comprendre
aux gens intelligents de quelle nature sont les matières stables et les matières
instables. C'est pour cela qu'ils ont établi que toute matière appartient soit
à la classe des solides, soit à celle des liquides (2).
16. Sache que cet art ne se pratique pas au moyen d'un feu (violent). Ainsi
donc, ils ont écrit comme s'entretenant avec des (lecteurs) intelligents, et
tel était leur but. Zosime fait un discours particulier sur le feu ; néan-
moins dans chacun de ses livres il s'occupe du feu, comme tous les anciens.
Le feu est le premier agent, celui de l'art tout entier ; c'est le premier des
quatre éléments. En effet, le langage énigmatique des anciens, par cette
expression « les quatre éléments», désigne l'art. Que ta vertu examine avec
soin dans les quatre livres de Démocrite les endroits où il parle des quatre
éléments, dans le langage qui convient à un naturaliste. 11 s'explique (ainsi);
11 a exposé d'abord les choses qui ont besoin du feu, et qu'il convient de
traiter tantôt sur un feu doux, tantôt sur un grand feu, tantôt sur des char-
bons (3).
(i) Ceci désigne à la fois la résistance
à la volatilisation, à la fusion et même
à la dissolution.
(2) On voit que la liquidité est regar-
dée ici comme le symbole de l'aptitude
à se dissiper; et la solidité, comme celui
de la fixité.
(3) Réd. de L : « Car, naturellement,
toutes les choses pourvues d'esprit ont
besoin les unes du feu, comme les subs-
tances métalliques, celles qui se ratta-
chent à l'art culinaire, etc.;
Les autres ont besoin de l'air, comme
les animaux qui vivent dans l'air ;
D'autres ont besoin de l'eau, comme
les poissons;
D'autres ont besoin de la terre, comme
les plantes.
Mais les espèces qui sont dans ces
quatre éléments, étant mâles et femel-
86
TRAITES DEMOCRITAINS
Puis il parle de Pair et des choses de l'air, telles que les animaux qui
vivent dans l'air.
Pareillement des choses des eaux, telles que la bile, les poissons, tout ce
qui se prépare au moyen des poissons et au moyen des eaux.
De même il parle des choses de la terre, telles que le sel, les métaux et les
plantes. Il sépare en classes chacun de ces êtres, d'après leurs couleurs, leurs
propriétés spécifiques et génériques, tous étant susceptibles d'être mâles et
femelles.
17. Sachant cela, tous les anciehs voilèrent l'art sous la multiplicité
des discours. De toute manière l'art a besoin de quelqu'une de ces choses;
en dehors d'elles, il n'y a rien de sûr. Démocrite le dit : rien ne pourrait
subsister sans ces (éléments). Mais sache-le, sache que j"ai écrit suivant mon
pouvoir; étant faible, non seulement dans mon langage, mais encore dans
mon intelligence. Et je demande que par vos prières, vous empêchiez la
justice divine de s'irriter contre moi, pour avoir eu l'audace d'écrire cet
ouvrage : Qu'elle me soit propice de toute manière (i).
Voici les écrits des Egyptiens, leurs poésies (2), leurs opinions, les oracles
des Démons, les expositions des prophètes : une intelligence infinie est né-
cessaire pour embrasser ce sujet, et il tend vers un but unique.
18. Que ta sagacité sache que les anciens ont employé plusieurs noms
pour l'eau divine. Cette eau divine désigne ce que l'on cherche, et ils
ont caché l'objet de la recherche sous le nom d'eau divine. Je vais te
donner une petite explication: écoute, toi qui es en possession de toute
vertu. Car je connais le flambeau de tes pensées, ta bonté, ta patience. Je
veux te présenter l'esprit des anciens; te dire comment, étant philosophes,
ils ont le langage des philosophes et ils ont appliqué la philosophie à l'art,
par le moyen de la science; ne cachant rien aux (esprits) intelligents, mais
décrivant toutes choses avec clarté. En cela ils tiennent bien leur sér-
ies, ont été distinguées entre elles par
des couleurs multiples et des natures
multiples et réciproques, au point de vue
particulier et au point de vue général ».
La rédaction de M, traduite dans le
texteprincipal,semblelaplus ancienne;
car elle est en relation plus directe avec
ridée de classification, qui est la base
du traité démocritain.
(i) V. p. 76 note (i).
(2) Ou leurs procédés opératoires, le
mot grec ayant un double sens.
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
87
ment (i). Car leurs écrits traitent de la doctrine, et non des œuvres pratiques.
Quelques-uns des philosophes naturalistes rapportent aux principes
le raisonnement sur les éléments, parce que les principes sont quelque
chose de plus universel que les éléments. Disons donc comment le
principe premier est plus universel que les éléments. En effet, c'est à lui que se
ramène tout l'ensemble de l'art. Ainsi Agathodémon ayant placé le principe
dans la fin, et la fin dans le principe, il veut que ce soit le serpent Ouro-
boros;. et s'il parle ainsi, ce n'est pas (pour cacher la vérité) par jalousie,
comme le croient certaines personnes non initiées. Mais cela est (rendu)
manifeste, ô initiateur, par le mot pluriel: les œufs (2).
Vois, toi qui sais tout, et apprends ce qu'est Agathodémon. Quelques-uns
racontent que c'est un ancien, un personnage des plus vieux, qui philo-
sopha en Egypte. D'autres disent que c'est un ange mystérieux; ou que
c'est le bon génie (3) de l'Egypte. D'autres l'ont appelé le Ciel, et peut-être
tient-on ce langage parce que le serpent est l'image du monde. En effet,
certains hiérogrammates égyptiens, voulant retracer le monde sur les obélis-
ques, ou l'exprimer en caractères sacrés, ont gravé le serpent Ouroboros.
Or son corps est constellé d'astres. Telles sont les choses que j'ai expli-
quées au sujet du principe, dit Agathodémon. C'est lui qui a publié le
livre de la Chimie.
Après l'avoir personnifié, cherchons maintenant comment il se fait que le
principe soit plus universel que les éléments. Nous disons que ce qui
est pour nous un élément, est aussi un principe ; car les quatre éléments
constituent le principe premier des corps. Mais tout principe n'est pas
pour cela un élément. En effet le divin (4;, l'œuf (5), l'intermédiaire, les
[\) Réd. de A: « Ils se sont parjurés
en révélant le mystère ; car les écrits
des étrangers, etc. » L ajoute ici : « Et
en cela ils jurent par le mystère ». L
met ce membre de phrase, après les
œuvres pratiques.
(2) Il s'agit ici de l'assimilation entre
le serpent qui se mord la queue et l'œuf
philosophique, tous deux emblèmes de
l'œuvre. La pluralité sur laquelle le
texte insiste semble être celle des qua-
tre éléments.
(3) C'est la traduction du grec Άγαθο-
δα'αων écrit en deux mots. — C'était en ef-
fet le nom grec d'une divinité égyptienne.
(4) L'auteur joue sur le mot θείον, qui
veut dire à la fois : le soufre et le divin.
(5) L'œuf philosophique, image du
monde. L donne ôv : l'être. La confu-
sion desdeux mots est peut-être voulue .
88
TRAITES DEMOCRITAINS
atomes (i), sont pour certains philosophes les principes des choses ; mais
ce ne sont pas des éléments (2).
19. Cherchons donc, d'après certains signes, quel est le principe de toutes
choses et s'ilestunou multiple. S'il est unique, est-il immuable, infini, ou dé-
terminé? S'il y a plusieurs principes, les mêmes questions se posent: sont-ils
immuables, déterminés, ou infinis (3)? Qu'il y ait donc un principe unique,
immuable et infini de tous les êtres, c'était l'opinion de Thaïes de
Milet, disant que c'était l'être (de l'eau] (4), [c'est-à-dire l'être de l'eau divine,
l'or; c'est-à-dire l'œuf (5) de Peau divine, l'or] (6). Car celui-ci est un et
immuable; il est exempt de toute mutation apparente ; il est de plus infini :
en effet le divin {7) est d'une puissance infinie, et personne ne peut en
dénombrer les puissances.
20. Parménide (8) prend aussi pour principe le divin (9), dont la puissance
est une, immuable, déterminée; car celui-ci, comme on l'a dit, est un et immu-
able, et l'énergie qui en émane est déterminée. Observe que Thaïes de Milet,
considérant Tessence de Dieu, disait qu'il est infini ; car Dieu est d'une puis-
sance infinie. Mais Parménide, (ayant en vue) les choses qui proviennent de
lui, disait qu'il est déterminé (10); en effet, il est partout évident que, la
(i) Au lieu de -i όίτοα» (M): A porte
τό άμα: l'ensemble; ce qui semble une
faute de copiste. — L, qui représente un
arrangement postérieur : τό i;j.a -/.ai τά
ατοια,α. C'est-à-dire que le dernier copiste
a ajouté les deux versions.
(2) Voir Aristote, Physica, 1. I.
(3) Réd. de L : «Qu'ilyait un principe
immuable et infini de tous les êtres,
c'était l'opinion des anciens. C'est pour-
quoi Thaïes de Milet disait que l'être
était un. Il s'agit pour nous de l'eau de
soufre et de Γογ : c'est un principe un,
beau, immobile ».
(4) Plusieursmanuscrits portent l'œuf,
ώον, identifié avec l'être, Sv, ou le
monde. Voir la note (5) de la page 87.
— D'après Thaïes, l'eau était le principe
des choses. V. Origines de l'Alchimie,
p. 25 1 et suiv.
(5) Mêmes remarques.
(6) Gloses d'alchimiste. L'or, en
raison de son caractère un, inaltérable,
divin, et de la puissance qu'il commu-
nique, est assimilé par ces gloses au
principe universel.
Tout ce texte est rendu fort confus
par le symbolisme alchimique. Il est
probable qu'à l'origine, il était écrit en
grande partie en signes à double sens,
que les copistes ont ensuite transcrits et
commentés de diverses façons.
(7) Ou le soufre. — Toujours le même
emploi de mots à double sens.
(8) Réd. de L : « Parménide disait
qu'une puissance est immuable et infi-
nie et qu'une autre est limitée, le
divin (ou le soufre) ».
(9) Ou le soufre.
(10) Parce que toute action s'exerce
dans des conditions finies et limitées.
OLYMPIODORE. — SUR L ART SACRE
89
puissance étant déterminée, ce que Dieu produit répond à une puissance
finie (i). Entends (par là) les choses périssables, à l'exception des choses
intellectuelles. Ces deux hommes, je veux dire le Milésien et Parménide,
Aristote est d'avis de les rejeter du chœur des naturalistes ^2). En effet, ce sont
des théologiens s'occupant de questions étrangères aux choses naturelles,
et s'attachant aux choses immuables ; tandis q ue toutes les choses naturelles
se meuvent, car la nature est le principe du mouvement et du repos.
21. Thaiès a admis l'eau comme principe déterminé des êtres, parce
qu'elle est féconde et plastique. Elle est féconde, puisqu'elle donne
naissance aux poissons; et plastique, puisqu'on peut lui communiquer la
forme que l'on veut. En effet tu fais prendre à l'eau la forme que tu veux :
dans quelque vase qu'on la mette, elle en prend la forme ; je veux dire dans
un setter, ou dans un pot de terre, ou dans un vase triangulaire ou qua-
drangulaire, ou enfin dans tout autre que tu voudras. Ce principe unique
est mobile; l'eau se meut en effet ; elle est déterminée et non pas éternelle (3).
22. Diogéne soutint que le principe est l'air, parce qu'il est opulent et
fécond : car il engendre les oiseaux. L'air, lui aussi, est plastique; car on
lui donne la forme que Ton veut; il est un, mobile et non éternel (3).
23. Heraclite et Hippasus ont soutenu que le feu est le principe de tous
les êtres, parce qu'il est l'élément actif de toutes choses. Un principe en effet
doit être la source de l'activité des choses issues de lui, d'après ce que
disent quelques-uns. Le feu est aussi fécond ; car tous les êtres naissent dans
réchauffement.
24. Quant à la terre, nul n'en a fait le principe, sinon Xénophane de
Colophon ; comme elle n'est pas féconde, nul n'en a fait un élément. Et
que celui en qui réside toute vertu (4) remarque ce fait que la terre n'a pas
été considérée par les philosophes comme un élément, parce qu'elle n'est
(i) « Il est déterminé quant à sa puis-
sance » L.
(2) Parménide άφύσν.ο;. Cp. Arist.
fragm.. n" 33, (éd. Didot); — Méta-
phys., I, 4, p. 472, 1. 30-40. — ■ Dans
le fragment aristotélique tiré de Sextus
Empiricus, on nomme Mélissus et Par-
ménide. Le texte d'Olympiodore indique
<i le Milésien et Parménide », et il est
la conséquence du développement qui
précède.
(3) L'auteur entend plutôt : non infi-
nie, non illimitée.
(4) Son interlocuteur. Dans A le
mot (1 remarque κ est remplacé par
« Acriboulos » nom propre ?
12
go TRAITES DEMOCRITAINS
pas féconde : le sens de cet énoncé se rapporte à notre recherche. En effet
Hermès dit quelque part :
« La terre vierge se trouve dans la queue de la Vierge » (i).
35. Anaximène professe que le principe de toutes choses, un, mobile,
infini, est l'air. Il parle ainsi : L'air est voisin de l'incorporel, et comme
nous existons grâce à son écoulement, il faut qu'il soit infini et opulent,
puisqu'il ne fait Jamais défaut.
Anaximandre dit que le principe est l'intermédiaire : ce qui désigne la
vapeur humide, ou la vapeur sèche (fumée). Car la vapeur humide est in-
termédiaire entre le feu et la terre. En général, tout ce qui est intermédiaire
entre le chaud et l'humide est vapeur ; tandis que l'intermédiaire entre le
chaud et le sec c'est la fumée.
26. Venons à l'opinion propre de chacun des anciens, et voyons comment
chacun veut établir la sienne et se poser en chef d'école, par son point de
vue personnel. En effet, çà et là quelque omission a eu lieu, par suite de la
complication de notre marche.
Récapitulons donc par parties, et montrons comment nos philosophes
(chimiques), empruntant à ceux-là le point de départ, ont construit leur
système. Zosime, la couronne des philosophes, dont le langage a l'abon-
dance de l'Océan, le nouveau devin, suit en général Mélissus en ce qui
concerne l'art et dit que l'art est un comme Dieu. C'est ce qu'il expose
en mille endroits à Théosébie ; et son langage est véridique. Voulant
nous affranchir de la confusion des raisonnements et de celle de toute la
matière, il nous exhorte à chercher notre refuge dans le Dieu un et il
dit (2) : « Reste assis à ton foyer, ne reconnaissant qu'un seul Dieu et
qu'un seul art, et ne va pas t'égarer en cherchant un autre Dieu ; car
Dieu viendra à toi, lui qui est partout; il n'est pas confiné dans le lieu le
plus bas, comme le Démon. Repose ton corps, et calme tes passions; te
(i) Ceci est énigmatique. L'expres-
sion de la terre vierge se retrovive
plusieurs fois dans les auteurs de ce
temps (.Orig. de l'Alch., p. 258 et 333).
On la lit aussi dans Theoctonicos, au
xiv siècle (Introd., p. 210. V. aussi
la note 4 de la p. 93, plus loin). —
J'ai interprété le texte d'Hermès en
disant : « Hermès associe l'idée de la
terre à CÊlle de la vierge non fécon-
dée )i.
(2) Réd. de L : « C'est pourquoi il
parle en ces termes à cette femme phi-
losophe ».
OLYMPIODORE.
SUR L ART SACRE
9»
dirigeant ainsi toi-même, tu appelleras à toi l'être divin, et l'être divin
viendra à toi, lui qui est partout (i). Quand tu te connaîtras toi-même,
alors tu connaîtras aussi le seul Dieu existant en soi ; agissant ainsi tu
atteindras la vérité et la nature, rejetant avec mépris la matière ».
27. De même. Chymes suit Parménide et dit : « Un est le Tout, par le-
quel le Tout est ; car s'il ne contenait pas le Tout, le Tout ne serait rien. »
Les Théologiens parlent sur les choses divines, comme les naturalistes
sur la matière.
Agathodémon, tourné vers Anaximène, parle de l'air (2).
Anaximandre parle de Fintermédiaire, c'est-à-dire de la vapeur humide
et de la fumée sèche.
Pour Agathodémon, c'est tout à fait la vapeur sublimée. Zosime le dit
aussi ; et il a été suivi de préférence par la plupart de ceux qui ont fait la
philosophie de notre art.
Hermès parle de la fumée, à propos de la magnésie: « Laisse-la, dit-il,
brûler en face du fourneau (3), en la soumettant à l'action des écailles de
cobailiia Touges » (4). Car la fumée des cobathia, étant blanche, blanchit les
corps. La fumée (5) est intermédiaire entre le chaud et le sec; et, dans le
cas présent, cette fumée est la vapeur sublimée (6) et tout ce qui en
résulte. Mais la vapeur humide (7) est intermédiaire entre le chaud et
l'humide; elle désigne les vapeurs sublimées humides, celles par exemple
que distillent les alambics et les appareils analogues.
28. Pour éviter une vaine phraséologie, je te ferai une transmission brève;
je t'expliquerai clairement ce qu'ont dit les anciens, ô rejeton des nobles
(i) Il y a là quelque réminiscence de
l'extase des philosophes alexandrins.
(2) D'après L : η Regarde Tair comme
l'essentiel. Anaximandre dit que l'es-
sentiel est rintermédiaire, etc. ».
(3j A ajoute : κ sur un feu blanc ».
(4) D'après le Lexique (p. 10) : La
fumée des cobathia, ce sont les vapeurs
de l'arsenic. Le mot cobathia semble
donc signifier le sulfure rouge d'arse-
nic ou un arseniosulfure (v. Jiitrod.,
p. 245), qui en produirait par sa subli-
mation en vase clos. Le grillage de ces
composés développe de l'acide arsé-
nieux, qui se volatilise, et il joue un rôle
dans le blanchiment du cuivre.
(5) Ka;;vo:.
(6) Αιθάλη s'applique spécialement au
mercure et à l'arsenic métallique subli-
mé, blanchissant le cuivre comme le
mercure et assimilable par là à un second
mercure (Introd., p. 99 et 239).
17) Άταος.
g2 IRAITES DEMOCRITAINS
Piéride?, l'ie veux dire) des neuf Muses, ό chef des orateurs; car Dieu t'a
envoyé pour cela. Apprends, au moyen d'un écrit de peu de prix, à faire
les plus grandes choses fil. Car Dieu veut t'éprouver de deux côtés, par ta
piété notoire aux êtres supérieurs, et par ton habileté bienfaisante à l'égard
des êtres terrestres. Sache donc, sache, pour abréger les choses que tu
devras prescrire, comment j'ajusterai mon discours aux écrits primitifs.
Or il vous a été dit, ô vous les hommes les plus considérables, que les
anciens ont parlé des quatre éléments. Sachez en effet, que c'est au moyen
des quatre éléments que sont constitués les choses sèches et les choses
humides; les choses chaudes et les choses froides (2), le mâle et la femelle.
Deux (éléments) se portent en haut, et deux en bas. Les deux éléments
ascendants sont le feu et l'air; les deux éléments descendants sont la terre
et l'eau. Ainsi donc, c'est au moyen de ces quatre (éléments) qu'ils ont cons-
titué toute la description de l'art; ils l'y ont renfermé (3), en en garan-
tissant les lois par des serments. Connaissez vous-mêmes toutes les subs-
tances du catalogue, telles qu'elles sont constituées par le feu, l'air, l'eau et
la terre.
Mais pour que la composition se réalise exactement, demandez par vos
prières à Dieu de vous enseigner, ditZosime; car les hommes ne trans-
mettent point (la science) ; les démons sont jaloux, et l'on ne trouve pas
la voie. On cherche en vain ceux qui la savent, et les écrits n'ont pas de
précision. La matière est multiple; l'embarras se produit; et ^l'œuvre) ne
s'accomplit pas sans une grande fatigue; il y a lutte, violence et guerre. Le
démon Ophiuchus (41 introduit la négligence dans ces choses, entravant
notre recherche, rampant de tous côtés, du dedans et du dehors, amenant
tantôt des négligences, tantôt la crainte, tantôt l'imprévu, en d'autres
occasions les afflictions et les châtiments, ahn de nous faire abandonner
(l'œuvre) (5). Mais moi, je lui dirai : Qui que tu sois, ô démon. Je ne te céderai
point; mais je tiendrai bon jusqu'à ce que, ayant consommé (l'œuvre), j'aie
connu le résultat. Je ne me laisserai pas abattre, étant doué de persévérance et
(i) Voir la note 6 de la page 3-. 1 (4) Constellation, envisagée ici comme
(2) Voir les éléments actifs d'Aristote, un démon ennemi.
Introd., p. 247 et p. 259, 260. ' (5) Toat ce passage met en évidence
(3) A L ajoutent : «dans le monde». j le côté mystique de l'œuvre alchimique.
OLYMPIODORE.
SUR L ART SACRE
03
luttant, en prenant mon appui sur une vie lionnête et des puritîcations
philosophiques. Ainsi donc, ayant recueilli les préceptes utiles des sages, je
vous les présenterai (en commençant) par le commencement, d'après les
anciens ; car votre sagacité en présence d'un langage étranger n'est pas
déroutée par les milliers d'espèces, tant liquides que solides, dont les
anciens donnent le catalogue. Parmi ces couleurs diverses, les unes sont
crues, les autres cuites ; dans la cuisson, certains corps prennent les couleurs
et d'autres s'y conservent sans ciianger de couleur ; tantôt ils doivent être
traités sur un feu vif, tantôt sur un feu doux : (toutes circonstances) qui
exigent une grande circonspection dans (la pratique de) l'art ^i).
2q. Ces choses ont été dites par moi, afin que vous sachiez que les mille
classes (de corps) que les anciens établissent doivent passer par ces diverses
opérations et par mille autres encore, tel que pulvérisations, décoctions,
décompositions diverses, à chaud et à froid, expositions à la rosée, ou en
plein air, et mille autres choses. C'est pourquoi, en raison de la multiplicité
des explications et• à cause des traitements dont on ne parle pas, l'esprit
de ceux qui abordent cet art est jeté dans la confusion. Or il nous affranchit
de tout cela, le Dieu dispensateur de tous les biens.
3o. Entends donc, toi dont l'esprit est inspiré, ce qu'ils ont écrit en s'a-
dressant à des Egyptiens (2); c'est pourquoi ils n'expliquent pas clairement
l'objet cherché. Non seulement ils ont décrit mille procédés pour faire de
l'or; mais encore ils ont ritualisé (3) ces choses. Ils ont ilonné les mesures
des excavations et des intervalles et assigné les positions (4) des entrées et
des sorties de leurs temples, en considérant les quatre points cardinaux (5j;
(i) RéJ. de L : « Dans la cuisson ces
choses font voir les couleurs et la qua-
lité; car elles changent leurs couleurs
suivant le mode de fabrication sur un
feu vif, ou sur un feu doux; vu qu'il y
a une grande circonspection à mettre
dans la (pratique de) l'art ».
(2) Accoutumés au langage des sym-
boles et écritures sacrées.
(3) Il semble que nous ayons ici affaire
à une interprétation alchimique des hié-
roglvphes et des procédés mis en
œuvre par les Égyptiens pour ériger
leurs temples et creuser leurs mines.
(V. Introd., p. 235).
(4) Orientation.
(5) Après les mots: « en considérant
les points cardinaux», L continue:«en
effet ils ont attribué à l'Ourse (nord) le
noircissement, au levant le blanchi-
ment, au midi la coloration en violet, au
couchant le jaunissement. D'un autre
côté, ils ont attribué au levant la subs-
tance blanche, c'est-à-dire l'argent, et
94
TRAITES DEMOCRITAINS
*.
attribuant le levant à la substance blanche, et le couchant à la substance
jaune. Les mines d'or de l'Arsenoéton 1 1) (sont à la porte orientale, c'est-
à-dire que tu trouves à l'entrée du temple la subtance blanche. A Térénou-
thi (2), dans le temple d'Isis, à l'entrée occidentale du temple, tu trouveras
du minerai jaune, après avoir creusé (à une profondeur) de trons coudées (3)
et demie. A la moitié des trois coudées tu trouveras une couche noire.
Après ravoir enlevée, traite-(la; [et tu en trouveras une verte ailleurs].
Ces choses relatives aux mines d'or, inscrites sur la montagne de l'Est,
et sur la montagne Libyque, ont été dites dans un sens mystérieux. Ne passe
pas légèrement à côté; ce sont de grands mystères : remarque qu'ils ont été
tous démontrés vrais.
3 I . C'est de là qu'il fait partir son opération ; c'est pour cette raison qu'il
a dit : « Attribuant au levant la substance blanche », c'est-à-dire, assignant
à l'origine des opérations le commencement du jour, le lever du soleil sur
la terre. Carie blanchiment, par rapport au jaunissement, est le véritable
commencement de l'opération; lors même que celle-ci ne se fait pas en débu-
tant de suite parla, parce que l'on attend que la décomposition ait débuté
sans le (secours du) feu.
Est-ce sans raison qu'Hermès (4) a voulu faire entendre au prêtre, outre
le commencement, cette circonstance qui précède le blanchiment? Ecoute
Apollon (5) disant : « (la terre) est traitée, étant prise dès l'aurore ». Or l'ex-
au couchant le jaune, c'est-à-dire l'or.
En effet Hermès, s'exprime ainsi : « Les
mines d'or de l'Arsenoéton sont à la
porte orientale, c'est-à-dire qu'à l'en-
trée du temple d'Isis tu trouveras des
caractères où il est question de la subs-
tance blanche; et à l'entrée occidentale
du temple tu trouveras le minerai jaune;
en creusant (à une profondeur) de trois
coudées; à une demi-coudée, tu trouve-
ras une couche noire ou verte. Enléve-
là toi-(même) ettraite-(la). Ecouteaussi-
ApoUon disant : Que le sable soit traité,
étant pris dès l'aurore. Or l'expression
« dès l'aurore, etc. . . »
(i) 'Voisines d'Arsinoé (Αρσινόη), ville
d'Egypte fondée par Ptolémée Phila-
delphe.
(2) Denderah et son temple consacré
à Hathor ?
(3) Par suite d'une erreur de lecture,
on avait traduit ailleurs, trois sources»
(^;γών), au lieu de «trois coudées» (-7;/ ών).
(4) On suit ici le texte de A : la
phrase, telle que la donnent les manu-
scrits, est peu intelligible; mais les
mots άλο'γως et '.ΐοων Se retrouvent à la
page suivante.
(5) Les Oracles d'Apollon, cités plu-
sieurs fois dans les écrits alchimiques.
C'était quelque recueil analogue aux
livres Sibyllins et aux Orphica.
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
95
pression « dès l'aurore» fait voir que le moment qui précède le lever (du
soleil), est aussi celui qui précède le blanchiment et le commencement de
tout Treuvre.
Ensuite rachèvement de tout l'œuvre (j'entends par là le jaunissement),
il l'a attribué au couchant, qui est l'accomplissement du jour entier. La
phrase : « à la moitié de la hauteurdes trois coudées, tu trouveras une couche
noire (i)», a été dite au sujet des matières sulfureuses, c'est-à-dire au sujet
de notre plomb (2), celui que l'on retire des scories (espèce de peu de valeur)
aussitôt après le blanchiment, au moyen de la décomposition opérée à chaud
et de la fixation. (C'est ce plomb), dit-il, que les prophètes des Egyptiens,
s'efforçaient d'obtenir.
32. Sache que cet énoncé des minerais est une allégorie (3). Car ils
n'entendent pas parler des minerais, mais des substances.
Sur quoi nous appuvons-nous (pour dire) que le levant a été attribué au
masculin, et le couchant au féminin? Il s'agit d'Adam (4). Car celui-ci, le pre-
mier de tous les hommes, est issu des quatre éléments (5^. On l'appelle aussi
terre vierge (6) et terre ignée, terre charnelle et terre sanglante (7). Tu
trouveras ces choses dans les bibliothèques de Ptolémée. Je les ai dites pour
établir relativement aux choses sacrées, qu'aucun des êtres n'a été expliqué
irrationnellement par les anciens. Car le couchant est attribué à l'élément
(i) L ajoute : « ou verte ».
(2) Le plomb et le soufre étaient
exprimés par un même signe (Introd.,
p. 1 14, "planche V, 1. 12^ et Lexique,
p. i3, article Osiris).
(3) Les anciennes descriptions posi-
tives des traitements de minerais sont
devenues ainsi des récits symboliques
pour les alchimistes (v. p. -ji).
(4) Les quatre lettres du nom d'Adam
étaient prises comme exprimant les
quatre points cardinaux : 'Ανατολή,
Λύσι;, "Asy.To;, Μεσημβρία (voir aussi Ori-
gines de l'Alchimie, p. 64). Les noms
d'Adam et Eve ont conservé un sens
mystique chez les alchimistes latins. On
lit en effet dans la Biblioth. des Philo-
sophes chimistes, t. IV, p. S-o et 578
(1754): «Adam: terre rouge, mercure
des sages, soufre, âme, feu de nature —
Eve, terre blanche, terre de vie, mercure
philosophique, humide radical, esprit. »
De même dans le Lexicon Alchemiœ
Rulandi (1612), p. 024 : « Matière pre-
mière ji8<= sens), c'est l'épouse, Eve».
On voit par là que les expressions du
texte : terre vierge et terre ignée, etc. de-
vraient être attribuées à Eve. Il y a eu
quelque erreur de copiste sur ce point.
(5) L ajoute : « et Dieu lui attribue
le levant ».
(6) Orig. de l'Alch., p. 64 et 333.
(7) L ajoute : s A Eve, le couchant a
été attribué ».
θ6 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
féminin. Zosime dans son livre sur l'Action (i) (dit ceci! : « Je proclame et
j'appelle Hermès comme témoin véridique, lorsqu'il dit : Va-t-en auprès
d'Achaab le laboureur (2,1 et tu apprendras que celui qui sème le blé pro-
duit le blé ». Moi aussi je dis de même que les substances sont teintes par
les substances, d'après ce qui est écrit. Or le fait d'être teint ne comporte
pas d'autre distinction que celle de la substance corporelle (3) et de la subs-
tance incorporelle (4) : cet art admet l'une et l'autre. Il dit que les substances
corporelles sont les substances métalliques) fusibles; tandis que les subs-
tances incorporelles (sontl les pierres. Il désigne comme n'ayant pas le
caractère de substances (5) les minerais et les matières qui n'ont pas été
traitées par le feu, à cause de la nécessité de ce premier traitement (6! .
Pelage dit à Pausiris : « Veux-tu que nous le jettions dans la mer, avant
que les mélanges soient effectués [j\'f » Et Hermès dit : « Tu parles très bien
et avec une grande exactitude ». La mer, comme ledit Zosime, c'est l'élément
hermaphrodite (8).
33. (La terre) est traitée, étant prise dès l'aurore, cela veut dire étant
encore imprégnée de la rosée (9). En effet le soleil levant enlève par ses
rayons la rosée répandue sur la terre, pour s'en nourrir. La terre (ainsi) se
trouve comme veuve et privée de son époux, ce que dit aussi Apollon.
Par l'eau divine, j'entends ma rosée, l'eau aérienne (10).
{ 1 ) L ajoute : « à propos du catalogue » .
(2) Voir plus haut (I, xiii) cet axiome,
cité dans la lettre d'Isis.h Horus, p. 33 :
Le laboureur y est nommé Acharantus.
(3) Par exemple les métaux.
(4) Métal oxydé ou transformé.
(5) C'est-à-dire ne possédant pas le
caractère d'un être défini, homogène.
L, aprèsles minerais, continue : « Nous
appelons les minerais des corps sans
substance ».
(6) Traitement nécessaire pour obte-
nir des produits définis proprement
dits, existant par eux-mêmes et séparés
du mélange confus primitif, qui consti-
tuait les minerais.
(7) L ajoute : et Et celui-ci répondit n
au lieu d'Hermès).
(8) Pour l'élément hermaphrodite,
Cp. Origines de l'Alchimie, p. 64. —
Tout ce langage symbolique est diffi-
cile à interpréter. Peut-être s'applique-
t-il à l'action de l'eau salée sur'les mi-
nerais, qu'elle transforme, en en isolant
certains composés, opération compa-
rable à une fécondation. En chimie,
même aujourd'hui, on dit : la généra-
tion des composés.
(9) Réd. de L : « Les mots qu'elle
soit traitée, signifient qu'elle soit prise
dès l'aurore et qu'elle soit imprégnée
de rosée ».
(10) C'est-à-dire produite par la con-
densation dans l'alambic, après réduc-
tion sous forme aérienne par la distil-
lation."
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
97
Vois combien il y a de témoignages pour établir que cette composition a
besoin d'abord de quelque liquide; afin , dit-il, que la matière ayant été cor-
rompue garde son caractère spécitîque invariable. Par les mots « ayant été
corrompue », il a fait entendre qu'il faut un certain temps pour que la décom-
position ait lieu. Or la décomposition ne se produit jamais sans le concours
de quelque liquide (i). En effet, c'est au catalogue des liquides, dit-il, que
le mystère a été contié.
34. Au sujet des minerais : « Tous les anciens s'en sont préoccupés ».
Comme ils adressent leurs discours aux Egyptiens, je t'alléguerai encore leur
témoignage, à cause de ton incrédulité.
35. Zosime donc, dans son livre de l'Accomplissement (2), s'adressant à
Théosébie, s'exprime ainsi : « Tout le royaume d'Egypte, ô femme, est sou-
tenu parcestroisartsf3), l'art des choses opportunes (4), l'art delà nature et
l'art de traiter les minerais. C'est l'art appelé divin, c'est-à-dire l'art dogma-
tique pour tous ceux qui s'occupent de manipulations et de ces arts (5) ho-
norables, que Ton appelle les quatre (arts) chimiques (6). (Cet art divin),
enseignant ce qu'il faut faire, a été révélé aux prêtres seuls. En effet la
manipulation naturelle du minerai appartenait aux rois; aussi lorsqu'un
prêtre, ou ce qu'on appelait un sage, expliquait les choses qu'il avait
reçues en héritage des anciens, ou de ses ancêtres, lors même qu'il en pos-
sédait (complètement) la connaissance, il ne la communiquait pas sans
réserve : car (autrement) il était puni. De même que les artisans chargés de
frapper la monnaie royale ne la frappent pas pour eux-mêmes (7), attendu
(i) C'est l'axiome : Corpora non
agunt nisi soluta.
(2) Origines de V Alchimie , p. i83.
(3) Var. : Deux. — Le texte grec sera
publié seulement dans la 3= partie,
parmi les œuvres de Zosime. Mais on
a cru utile d'en reproduire ici la traduc-
tion, afin de donner un caractère plus
complet à l'ouvrage d'OlympioJore.
(4) 7.α•.,5'.-/.ών. — Peut-être l'astrologie.
(5) Le mot art divin comprend les
quatre arts chimiques. On a préféré
répéter le motart, au lieu d'adopter dans
le second cas une synonymie qui alté-
rerait le sens.
(6) C'est-à-dire des quatre livres de
Démocrite : relatifs à la Chrysopée, à
Γ Argyropée, et peut-être à l'art des vitri-
fications, et à l'art de la teinture des
étoffes, conformément au titre de vieux
traités conservés dans les manuscrits
(Origines de l'Alchimie, p. i23; — le
présent volume, p. 61, note i).
(7) Réd.de L: «les artisans chargés de
frapper les monnaies royales et qui les
altèrent secrètement pour eux-mêmes ».
13
g8 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
qu'ils seraient châtiés (i). De même aussi, sous les rois d'Egypte, les artisans
préposés aux opérations faites par la voie du feu, ainsi queceux qui avaient la
connaissance du lavage du minerai et de la suite des opérations, ne travail-
laient pas pour eux-mêmes ; mais ils étaient chargés d'accroître les trésors
royaux. Ils avaient des chefs particuliers, préposés aux richesses du roi (2),
et des directeurs généraux, qui exerçaient une autorité tyrannique sur le tra-
vail du minerai par le feu. C'était une loi chez les Egyptiens que personne
ne divulguât ces choses par écrit.
« Quelques-uns reprochent à Démocrite et aux anciens de n'avoir pas fait
mention de ces arts dans des termes appropriés, mais d'avoir exposé seu-
lement ceux dont on parle publiquement (3). Il est injuste de le leur reprocher;
car ils ne pouvaient faire autrement. Etant amis des rois d'Egypte, et s'hono-
rant d'occuper les premiers rangs en dignité parmi les prophètes, comment
auraient-ils pu révéler au public des connaissances contraires aux (intérêts
des) rois et donner à d'autres le pouvoir dominateur de la richesse? Quand
même ils l'auraient pu, ils ne l'auraient pas fait; car ils étaient jaloux (de
leur science). Les Juifs seuls parvinrent à en connaître la pratique, ainsi qu'à
décrire et à exposer ces choses clandestinement. Voilà comment nous
trouvons que Théophile, fils de Théogène, a parlé de toute la description
topographique des mines d'or; il en est de même de la description des
fourneaux par Marie et des écrits des autres Juifs. »
36. Synésius s'adressant à Dioscorus parle du mercure (et) de la vapeur
sublimée étésienne (4) et dit que tous les anciens savent que ce sublimé est
blanc et volatil, et sans substance propre. Il s'unit à tous les corps fusibles ;
il les attire en lui-même, comme l'expérience l'a enseigné ; l'auteur s'exprime
ainsi : « Si tu veux savoir exactement les choses, etc. » — (Olympiodore
( I ) 1 Car ils étaient châtiés s'ils le fai-
saient. » L. (Cp. Origines de l'Alchi-
mie, p. 23, et Diodore de Sicile, 1. iv,
v. la note de la p. 76).
(2) Origines de l'Alchimie, p. 23.
(3) « Les arts principaux et honora-
bles.» L. — Dans les livres hermétiques,
promenés en procession, suivant la (des-
cription de Clément d'Alexandrie, les
traités relatifs aux métaux et aux indus-
tries chimiques ne sont pas mention-
nés {Origines de l'Alchimie, p. 40 et
44). Même de nos jours, les industriels
cherchent toujours à tenir leurs pro-
cédés secrets.
(4) Pierre étésienne ou chrysolithe
(pierre d'or) : d'après le Lexique, p. 7.
C'est la cadmie, qui sert à faire le laiton.
OLYMPÎODORE. — SUR L ART SACRE
99
reproduit ici le passage de Synésius, donné de la p. 66 jusqu'à la p. 68).
— « Voilà pourquoi Pébéchius disait qu'il possède une puissante affinité. »
37. Que pouvons-nous entendre de plus? C'est que le mercure travaillé
devient matière réceptive, échangeant sa substance contre celle de tout
corps (métallique) fusible. Privé de nature propre, il devient volatil (i).
De même aussi notre magnésie, ou Fantimoine (sulfuré), ou les pyrites,
ou les minerais, ou (enfin) tous les corps métalliques que l'on peut nom-
mer, transformés au moyen de l'huile de natron (2), soit dans le récipient
à digestion spontanée (3), soit par l'action du soufflet (4), soit par un autre
appareil, de quelque nom que tu veuilles l'appeler ; — je dis transformés con-
formément à leur aptitude naturelle, — sont réduits à l'état de cendres (5).
En effet, le corps réceptif par excellence, celui qui est appelé parmi
eux le plomb noir, celui qu'ont désiré connaître les prophètes des
Egyptiens, celui que les oracles des Démons ont révélé, ce sont les
scories et les cendres de Marie (6). Car ils savent que ces choses
existent dès le principe. C'est pour cela qu'il y a coloration en noir
et dans (le cours de) l'opération, décoloration, c'est-à-dire blanchiment;
car le mot blanchiment ne signifie pas autre chose que le fait de décolorer,
par privation du noir. Vois l'exactitude de tout ceci, ô sage. Car tu possèdes
ici le fruit de tout le labeur du captif; tu possèdes ici ce que l'on cherche
depuis des siècles : je sais la persévérance de ta sagesse.
38. Telle est la clef du discours, et le résumé de l'art dans son ensemble.
Ne passe légèrement à coté d'aucune deces choses; car cette clef t'ouvrira les
portes de la théorie et de la pratique; tu as appris que les scories sont le
mystère tout entier. Tous (les philosophes) sont suspendus et attentifs à ces
(scories) ; des milliers d'énigmes s'y rapportent ; des livres en aussi grand
(i) L'auteur parle ici du mercure des
philosophes, qui constitue la matière
première de toute fluidité métallique,
privée de substance propre, mais suscep-
tible d'être associée aux diverses subs-
tances métalliques.
(2) Substance mal connue.
(3) M : αΰτομ.α-αρΐ;ω — Dans A il
s'agit du botarion (v. p. 65; v. surtout
le rnotarion, p. 1 12).
(4) C'est-à-dire en chauffant dans un
fourneau, avec le concours du soufflet.
(5) C'est la transformation des mi-
nerais métalliques en oxydes ou corps
analogues, par grillage, ou après disso-
lution.
(ô) Réd. de L : « les scories et les
cendres. Et Marie a su que c'est le
plomb lui-même, dès le principe »
(V. p. ici).
lOO
TRAITES DEMOCRITAINS
nombre y font allusion; c'est le fondement du blanchiment et du jaunisse-
ment. En effet, il y a deux couleurs extrêmes : le blanc et le noir; le blanc
est séparaiif, et le noir compréhensif. Zosime faisant allusion à cette cou-
leur, dit : « Elle entoure la pupille de l'œil (i), ainsi que l'arc en ciel. »
Les gens sans intelligence ne saisissent pas ce que c'est que le se'paratif et
le compréhensif. Or le compréhensif, ainsi que ce qu'il comprend, est tiré
des corps (métalliques) eux-mêmes. C'est ainsi que de l'essence liquide (2),
on extrait la nature intime du plomb, comme le dit aussi le divin Zosime;
et il s'appuie sur toute vérité et connaissance venant de Dieu. Cette nature
intime, dis-je, c'est-à-dire cette âme (du plomb), cessant de manifester en
elle-même le monde invisible, se manifeste dans un autre corps (métallique],
celui de l'argent; et dans l'argent elle manifeste le sang rouge, c'est-à-dire l'or.
39. Ο mon ami, toi qui es généreux, institue ton discours pour ma jus-
tification, employant les moyens de défense que te suggère ton honnêteté;
que ta douceur et ta patience, en présence de la négligence et du désordre
de cette étude, ne s'en prenne pas au sujet de l'étude elle-même, mais à la
négligence delà forme.
Ainsi le blanc est séparatif; car le blanc ne s'appelle pas à proprement
parler une couleur. En effet toute couleur comprend et distingue (certaines
variétés) : ainsi le noir est une couleur véritable, puisqu'il y a plusieurs
variétés de noir (3). Lorsqu'ils discourent sur les couleurs, l'esprit des non-
initiés tombe dans la confusion ; mais nous, ne nous écartons pas du bon
sens. Les anciens savent que le plomb est noir. Or le plomb possède l'es-
sence liquide; remarque l'exactitude de ce que nous disions plus haut de
l'âme attirée par l'essence liquide. Car par sa pesanteur celle-ci tend à des-
cendre et attire tout à soi. Voici que tous les mystères t'ont été divulgués.
40. Il faut d'abord apporter quelques témoignages, puis revenir à notre
(1) L : « Ou pour mieux dire les trois
couleurs de l'œil. »
(2) C'est-à-dire de la liquidité, envi-
sagée comme substance ou élément;
ou plutôt comme matière première
des métaux (note 4 de la p. io3).
— Ce paragraphe est un mélange
de subtilités et d'allégories dont le
sens est parfois difficile à pénétrer.
(3) Réd. de L : « mais la couleur noire
est seule une couleur à proprement
parler et il y a plusieurs variétés de
noir; car la couleur noire est la source
de toutes les autres couleurs. C'est
pourquoi discourant, » etc.
OLYMPIODORE. — SUR L ART SACRK
ΙΟΙ
opinion. Marie suppose que le plomb est noir dès le principe, et elle dit : « Si
notre plomb noir est fabriqué, voici dans quel sens; carie plomb commun
est noir dès le principe » (i). Ainsi elle ne parle pas du plomb commun,
mais du (plomb) produit par l'art.
Or (i comment est-il produit ? » dit Marie. « Si tu ne rends pas les subs-
tances corporelles incorporelles et si tu ne rends pas incorporelles les subs-
tances corporelles (2), et si des deux (corps) tu n'en fais pas un seul, aucun
des (résultats attendus ne se produira » (3).
Et ailleurs : « Si tous les corps métalliques ne sont pas divisés par Faction
du feu, et si la vapeur sublimée, réduite en esprit, ne s'élève pas, rien ne
sera mené à terme. »
Et ailleurs encore : « Le molybdochalque est la pierre étésienne (4).
Toutes les (substances) fondues et coulées ensemble, (il) les change en or
par l'action ignée. En puissance, il a la vertu de cuire les choses crues et
de doubler les choses cuites (5). Mais si tu réussis à blanchir ou à jaunir,
ce ne sera plus seulement en puissance, mais en acte. Voici ce que j'affirme,
dit Marie : le molybdochalque existe par Teffet du traitement. »
Il s'agit du traitement des deux scories (6) et la doctrine est la suivante.
(i)Ceci semble indiquer une distinc-
tion entre le métal factice et le métal
naturel ; distinction que l'on retrouve
souvent chez les anciens; par exemple
pour lemercure (Pline, //.A\,l. XXXI II,
32-42. — Introd., p. 257).
(2) C'est-à-dire : si tune transformes
pas les métaux, en leur ôtant leur état
métallique, et si tu ne les régénères pas
dans cet état, avec des propriétés nou-
velles, en réunissant plusieurs métaux
en un seul. C'est ce que nousappelons
un alliage; mais il était assimilé aux
métaux véritables.
(3) Au-dessus du premier mot « cor-
porelles » dans M., une main du xv<^
siècle a écrit « comment? η ce qui a
passé dans le texte de L sous la forme
suivante : « comment cela peut-il arri-
ver ? » Au-dessus du mot « deux » la
même main a écrit dans M : « com-
ment ? »
(4) Appelée aussi pierre d'or, dans le
Lexique, p. 7 (v. la note i de la page 98).
(5) C'est la diplosis, ou art de doubler
le poids de l'or et de l'argent, par l'ad-
dition de la cadmie.
(6) Ceci paraît vouloir dire que l'on
réduit ensemble la pyrite de cuivre et
le sulfure de plomb (ou d'antimoine),
préalablement scorifiés, c'est-à-dire
grillés par voie sèche, ou désagrégés par
voie humide, ou sublimés sousforme de
cadmies. Leur réduction simultanée
fournit le molybdochalque, alliage des
deux métaux, que l'on peut ensuite as-
socier par fusion à l'or ou à l'argent
pour en opérer la diplosis. Tout ce pas-
sage éclaircit ce qui précède, relati-
vement au mystère des scories (p. 99).
102
TRAITES DEMOCRITAINS
Traite par le vinaigre la pierre étésienne, ou la pierre phrygienne; trempe
(la) d'abord dans la liqueur, puis après l'avoir ramollie, broie-la et con-
serve.
Démocrite disait : «de l'antimoine (sulfuré) et de la litharge (i), retire le
plomb », et il observe : « Je ne parle pas dans le sens propre, de peur que tu
ne t'égares; mais il s'agit de notre (plomb) noir » (2). Agathodémon, au
moyen de notre plomb, fait les affinages; il prépare une liqueur noire avec
le plomb et les eaux (chimiques), liqueur destinée à désagréger l'or.
En général, ils préparent du plomb noir; car, ainsi que je l'ai dit, si le
plomb commun est noir dès le principe, le nôtre est noir par fabrica-
tion, ne l'étant pas d'abord.
41. L'expérience nous servira de maître et je m'efforcerai de nouveau
d'expliquer la question par des démonstrations véridiques, en revenant à
notre premier sujet. L'asèm ne devient pas or de lui-même, comme on le
dit; et il ne le deviendrait pas, sans le secours de notre oeuvre.
Il n'est pas juste de déprécier les anciens ; car « la lettre tue, mais l'esprit
vivifie ». Ce mot adressé par le Seigneur à ceux qui l'interrogeaient sans
réflexion, s'applique à tout ce qu'ont dit les anciens qui se sont occupés de
ces matières. Celui qui connaît l'art caché de la chimie, leur dit (31 : « Com-
ment dois-je entendre maintenant la transmutation? Comment l'eau et le
feu, ennemis et contraires l'un à l'autre, opposés par nature, se sont-ils
réunis dans le môme (corps), par concorde et amitié? etc. Ô l'incroyable
mélange! D'où vient cette amitié inattendue entre des ennemis? » (4).
(i) Ceci montre que l'antimoine était
assimilé au plomb (Jntrod., p. 224,
238 et Lexique, p. 11).
(2) La tradition d'après laquelle le
plomb jouait un rôle fondamental dans
la transmutation, se retrouve chez les
alchimistes du moyen âge, comme un
souvenir des alchimistes grecs, qu'ils
ne connaissaient pas directement. Ainsi
on lit dans la Bibl. Chein. de Manget,
t. I, p. 917. « Pythagore dit que tout
le secret est dans le plomb. Hermès dit
aussi qu'il existe dans Saturne (c'est-
à-dire dans le plomb), joint aux natures
complémentaires, la terre, l'eau, l'air
et le feu. » .Λ,η lieu de la tétrasomie
métallique, il parle ici des quatre élé-
ments antiques.
|3) A ceux qui l'interrogent.
(4) Tout ce passage montre combien
les phénomènes chimiques avaient
excité l'admiration des premiers obser-
vateurs et revêtu dans leur esprit et
dans leurs écrits une forme poétique.
C'est le premier germe des poèmes al-
chimiques.
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE
I03
42. Ici encore les oracles d'Apollon déclarent la \'érité, car ils parlent du
tombeau d'Osiris (i). Or qu'est-ce que le tombeau d'Osiris? C'est un mort
lié et entouré de bandelettes, n'ayant que le visage découvert (2). L'oracle
dit, en désignant Osiris : « Osiris, c'est le tombeau étroitement resserré,
cachant tous les membres d'Osiris et ne laissant voir aux mortels que son
seul visage. Mais en cachant les corps, la nature a voulu exciter notre
étonnement. Car Osiris (31 est le principe de toute liquidité (4I ; c'est lui qui
opère la fixation dans les sphères du feu. C'est ainsi qu'il lie et resserre
le Tout (5) du plomb, etc. »
43. Un autre oracle du même Dieu s'exprime ainsi : « Prends le chryso-
lithe, celui que l'on nomme le mâle de la chrysocolle (6), c'est-à-dire l'homme
destiné à la combinaison. Ce sont ses gouttes (7) qui enfantent l'or de la
terre Ethiopienne. Là une espèce de fourmi extrait l'or, le porte au jour et
en jouit (8). Mets avec lui la femme de vapeur, jusqu'à ce qu'il soit
transformé (9) : c'est l'eau divine, amère (10^ et styptique (11), celle que
l'on appelle la liqueur de Chypre et la liqueur de l'Egyptienne aux tresses
d'or (12). Avec ce (produit), enduis les feuilles de la déesse lumineuse (i3),
(i) Origines de l'Alchimie, p. 32.
(2) Momie dans sa gaine.
(3) Ce mot était traduit par soufre
et plomb, dans le langage chimique.
Lexique, p. i3.
(4) D'après les idées mystiques expo-
sées ici, il semble que le plomb, métal
fusible, ait été regardé à l'origine
comme le support de la liquidité mé-
tallique et la matière première des mé-
taux (v. p. 102, note 2I ; attributions
qui ont passé depuis au mercure, dont
la découverte est plus récente. C'est
ainsi que le plomb paraît à l'origine
avoir joué dans la dorure le rôle attri-
bué plus tard au mercure (Introd.,
p. 58).
(5) C'est-à-dire le molybdochalque.
(6) Chrvsolithe est masculin, chryso-
colle féminin.
(7) Le liquide résultant des traite-
tements ignés (v. p. 101).
(8) Origines de l'Alchimie, p. loS.
(9) L'homme exprime ici le minerai
primitif; la femme de vapeur signifie
l'eau divine, distillée.
(10) Réd. de L. Après l'eau divine :
(I elle est amére ; on l'appelle aussi l'es-
pèce styptique, Γί'οχ de Chypre, l'Égyp-
tien aux tresses d'or, et le suc ».
(11) Dans le Papyrus de Leide, cette
eau divine est un poh'sulfure, capable
de colorer les métaux par voie humide
et de dissoudre l'or par voie sèche
(Introd., p. 68).
(12) Hathor ou Cypris, c'est-à-dire
le cuivre. Tout ce langage offre l'obs-
curité des oracles ; mais on entrevoit
le sens des allusions. Il existait un
livre alchimique désigné sous le nom
d'« Oracles d'Apollon » |p. 94, note 5).
(i3) C'est le synonyme d'Aphrodite,
c'est-à-dire du cuivre [Introd., p. 104,
planche I, 1. 6).
I04
TRAITES DEMOCRITAINS
celles deCypris la blonde, et fais fondre, en comprenant For dans ton invo-
cation. »
Ason tour,Petasius le phÎlosophe,parlantdu principe de l'œuvre, s'accorde
avec ce qui a été déjà exposé au sujet de notre plomb et dit : « La sphère de
feu est retenue et enserrée par celle du plomb » (i). Et le même, se faisant
son propre commentateur, ajoute : « Cela veut dire à partir du produit qui
vient de Teau mâle » (2). Or c'est l'eau mâle qu'il a appelée la sphère de feu 1 3} .
Il a dit (aussi) que le plomb est tellement possédé_du démon (4 et livré à
l'impudence, que ceux qui veulent apprendre (la science) tombent dans la
folie, à cause de (leur) ignorance (de ses propriétés).
44. Voici ce qui a été dit dès le début au sujet des éléments, ce qui est pro-
clamé ici. J'ai dit que le plomb est l'œuf (philosophique), composé des
quatre éléments; Zosimel'exposeaussiquelquepart. Or le Tout (5) aboutit au
plomb. En etïet, quelle que soit l'espèce qu'ils comprennent dans le cata-
logue, ils entendent par là l'ensemble : « les quatre sont un » dit Marie. Si
tu entends parler des minerais, comprends par là les espèces (métalliques);
et si tu entends parler des espèces, comprends les minerais. En effet, les
quatre corps forment la tétrasomie.
C'est au sujet de cette tétrasomie que Zosime dit: « Ensuite la malheu-
reuse (6),tombéeet enchaînée dans le corps (métallique) du quadruple élément,
subit aussitôt les colorations voulues par celui qui l'assujettit au moyen de
l'art : telles que la coloration noire, ou la blanche, ou la jaune. Ensuite,
ayant reçu les couleurs et, parvenue peu à peu à l'adolescence, elle atteint
la vieillesse et finit dans le corps à quadruple élément : [ce qui signifie (l'en-
(i) L : « par le travail du plomb ».
(2) 11 y a ici un jeu de mots, le même
terme signifiant mâle et arsenic.
(3) S'agit-il ici de la teinture en jaune
du plomb (ou des alliages fusibles con-
fondus sous ce nom) par la vapeur des
sulfures d'arsenic, dans les instruments
à kérotakis des fig. 20, 21, 22, etc.; ou
peut-être même par ces sulfures fondus
dans une certaine région des appareils?
(V. Introd., p. 144 et suiv.)
(4) Allusion allégorique à la difficulté
d'opérer les colorations et transmuta-
tions prétendues du plomb.
(5) Ce mot signifie à la fois l'ensemble
des quatre éléments, la composition
complète et le molybdochalque(/;i;roi.,
p. i53).
(6) Allégorie relative à la matière mé-
tallique, envisagée en général, et aux
transformations et colorations qui l'in-
corporent dans les alliages métalliques,
jusqu'à transmutation totale.
OLYMPIODORE. SUR l'aRT SACRÉ I05
semble constitué par) le cuivre, le fer, l'étain et le plomb (i^j. Elle finit avec
eux dans l'opération de Tiosis, comme détruite par ces (métaux) et surtout
ne pouvant plus s'échapper; [c'est-à-dire entrelacée avec eux et ne pouvant
s'en échapper (2)]. Et de nouveau elle se retourne avec eux, retenant lié avec
elle celui qui la poursuit du dehors, au sein de l'appareil circulaire » (3).
Or qu'est-ce que l'appareil circulaire? si ce n'est le feu et la cause de l'éva-
poration sans issue, opérée dans la fiole sphérique. De même que, dans la
maladie le premier sang étant corrompu, il se forme un nouveau sang dans
le rétablissement (de la santé) ; de même il manifeste dans l'argent le ^nouveau)
sang couleur fauve, c'est-à-dire l'or.
45. Tels sont tous les témoignages. Autant que possible, je les ai résu-
més, les tirant de beaucoup de discours ; non que nous manquions de
papier (4); en effet quelle quantité de papier suffirait pour exposer les puis-
sances si vastes de l'art? Lors même que je préparerais un papier aussi étendu
que le ciel, j e ne pourraisdévelopperici qu'une petite partie de cequi concerne
la matière rendue corporelle. En cela, notre art ressemble à l'intelligence
parfaite et ineffable. C'est pourquoi nous devons nous exercer, selon le
divin Démocrite [c'est là une comparaison (5)], disant : « C'est pour-
quoi nous devons nous exercer et avoir une intelligence ouverte et per-
çante. » Zosime dit aussi : « Si tu es exercé, tu possèdes le fruit de tes
exercices ; en effet l'art demande de l'intelligence, et se développe par
elle. »
46. Vois comment toutes choses te sont devenues faciles à comprendre.
Après avoir recueilli ce qui a été dit dès le principe, j'ai fait un choix de
tout ce qui t'a été présenté (6).
Ce fait qu'ils ont parlé des substances liquides et sèches, induit les lecteurs
en erreur. En effet le mot liquidité a un double sens. Tantôt il s'agit d'un
liquide proprement dit, tel que l'eau; tantôt on nomme liquidité, comme
(i) Glose. I (4) L ajoute : η afin de ne pas te pa-
(2i Glose.
(3) Ce langage allégorique répond à la
circulation des vapeurs opérées dans le
καρκίνο; (Introd., p. 145). C'est ce qu'ex-
plique d'ailleurs la phrase suivante.
raître fatigaot ».
{5| Glose omise dans L.
(6) L ajoute : « je te l'ai exposé, sui-
vant mon pouvoir et mon goût ».
14
io6
TRAITES DEMOCRITAINS
parmi les artisans, la qualité onctueuse des pierres (i). Or, il est impossible
d'exprimer deux choses contraires par un seul (mot). .
Ici s'applique vraiment la parole de Petasius le philosophe, disant que
« le plomb est tellement possédé du démon {2I et présompteux, que ceux
qui veulent apprendre tombent dans la folie et perdent Tespril » . Mon
cher ami, éclaire-moi sur les choses obscures. Il faut que tout mensonge
disparaisse. Car les philosophes, ces modèles de générosité (3), connaissent
toute vérité. J'ai besoin de pardon, car il est possible que vous ayez à
corriger mes erreurs ; tandis qu'elles deviendront un voile pour ceux à qui
il ne nous est pas permis de faire la révélation (41.
47. On (5! attribue au plomb les deux qualités contraires, attendu qu'il
donne à la fois la sensation d'un corps liquide et celle d'un corps sec. II pos-
sède trois propriétés en lui-même, il est blanc, jaune et noir (6) ; et il est
aussi liquide (7). Voici qu'il se produit aussi (avec le plomb) quatre couleurs
ditféientes du jaune (8). Le plomb comporte encore deux traitements. C'est
à boa droit que (Petasius) fait reposer l'art sur lui ; mais c'est à tort qu'on
lui adjuge le caractère théâtral et éclatant (9), le même en vérité qu'à la
(pierre) astérie (10). C'est à cause d'une semblable nature, que la plupart des
(i) La notion de l'eau répond en
effet à des sens multiples, chez les alchi-
mistes et chez les philosophes anciens
(Cp. Orig. del'Alch., p. 268). Citons
encore, pour jeter quelque lumière
sur ces opinions subtiles, celle d'Albert
leGranti, de MitieralibuSjViv. III, ch. 2;
ch. 5, tr. 2 : « Dans les métaux, il y a
deux humidités onctueuses, l'une exté-
rieure, subtile et inflammable; l'autre
interne, retenue au fond du métal, et qui
ne peut être ni brûlée, ni rendue com-
bustible; telle est celle des matières vitri-
fiables. » Bibl. Chem. de Manget, t. I,
p. gSG. Cette' théorie semble voisine
de celle d'Olympiodore. •
(2) L ajoute : « et impur ».
(3) D'après L : « car les philosophes
savent être des modèles de générosité
dans le domaine des choses vraies ».
(4) Voir la note i de la p. 76.
(5) L : « Petasius attribue... »
(6) C'est-à-dire qu'il possède de lui-
même chacune de ces trois couleurs,
ou produit des composés qui les pos-
sèdent : Par exemple la céruse, blanche;
la litharge, jaune; le sulfure de plomb,
noir.
(7) Voir la note 4 de la page io3.
(8) Tels sont les oxydes et autres com-
posés blancs (céruse), noirs (sulfure),
rouge (minium), puce (bioxyde), et d'au-
tres teintes encore, qui dérivent du
plomb.
(9) Ce verbiage signifie peut-être que
le plomb ne produit pas de composés
doués de couleur éclatante.
(10) Pierre précieuse blanche, bril-
lante et à reflet intérieur. Pline, H.N.,
1. XXXVII, 47, distingue X'asteria
^
OLYMPIODORE. SUR L ART SACRÉ IO7
anciens placent Tart dans le plomb. Zosime le dit ainsi : « Le Tout aboutit
au plomb. » Et ailleurs : « Le plomb, c'est notre magnésie ; il est liquide
par nature. » En outre la scorie du plomb ressemble à la scorie produite par
la fonte du minerai aurifère (i). C'est surtout pour cette raison, qu'on fait
résider l'art dans le plomb.
48. Ainsi le corps (métallique; de la scorie, regardé par tous comme un
produit sans application, vil et méprisé [2), mérite au contraire les éloges
qui viennent de lui être décernés. On doit penser (à ce sujet) comme tous les
anciens, lui rendre sa gloire et le traiter par l'art. « Ne sois pas iniimidé
par ton inexpérience, dit Zosime, et lorsque tu verras que tout est devenu
cendre, comprends alors que tout va bien » (3). Pulvérise donc cette scorie et
épuise-la de sa partie soluble, lave-la six ou sept fois dans des eauxédulco-
rées (4), après chaque fonte. Ces fontes ont lieu en raison de la richesse
du minerai. En suivant cette marche et ce lavage, dit Marie, la composition
s'adoucit.
Tout Fart repose sur les éléments ; car après la fin de l'iosis, une projection
ayant lieu, le jaunissement stable des liquides se produit. En faisant cela,
tu fais sortir au dehors la nature cachée à l'intérieur (5). En effet, transforme
leur nature, et tu trouveras ce que tu cherches.
C"est là, pour nous, un sujet inépuisable : tant il est difficile de louer
dans une mesure suffisante la gloire de l'art; c'est donc par respect pour
notre propre sujet que nous mettons un tenne à notre discours.
Il fait aussi allusion à la demeure des âmes des philosophes et dit : « Il y
avait une demeure sphéroïde, ou ovoïde (6), regardant le couchant, côté où
elle avait son entrée ; elle était en forme de spirale. » Tu en trouveras la
description dans le discours rappelé plus haut.
Vastrion,Vastroîtes etVjslrobolon -,οοη- suivent sera donné dans les œuvres de
génères de la ceraunia et de Γί>ΐ5. On Zosime, III, xlvi, 2.
attribuait à plusieurs de ces pierres à (4) Allusion au goût sucré des sels de
reflet des propriétés magiques. plomb ?
(i) La coupellation, qui sert à puri- (5) C'est-à-dire : tu développes une
fier l'or, s'accomplit au moyen de la matière colorante, qui ne préexistait
litharge. l pas sous forme sensible.
(2) Voir la note 6 de la p. 3-j. (6) Œuf philosophique.
(3) Le texte grec des dix lignes qui I
io8
TRAITES DEMOCRITAINS
49. On rapporte encore l'art au soleil et à la lune; or le soleil préside au
levant, et la lune au couchant. On apporte comme démonstrations plau-
sibles sur ces choses, ce qui a été dit du minerai, c'est-à-dire des substances
que Ton en tire (i).
Quelques-uns font macérer les substances sulfureuses (2) : quand arrive
le mois de pharmouthi (3), ils placent chacune des espèces dans une étotîe (4)
de lin solide et d'un tissu serré. Ils les font bouillir dans de l'eau de mer (5),
rejetant le bouillon produit et laissant de nouveau baigner dans de l'eau de
mer. Ils ne connaissent pas à simple vue le résultat, mais par les (signes)
dont parle Hermès en plusieurs endroits (lorsqu'il dit) : « Fais bouillir dans
une étoffe de lin solide. »
Lui-même a dit de faire bouillir la plante (6), et (cela) avec raison : « en effet
elle prend de raccroissement ». Cet accroissement n'est pas une chose vaine,
car les plantes croissent pour la nourriture et la production des semences.
Un grand nombre d'anciens ont mentionné les ébullitions. Marie et
Démocrite (ont dit) : « Lave et relave, jusqu'à ce que l'antimoine ait perdu
sa couleur noire » (7). Par ce lavage, ils veulent faire entendre le blanchi-
ment, ainsi qu'il a été dit plus haut.
50. En s'occupant maintenant de la substance jaune, ils font le catalogue
des espèces jaunes. C'est pourquoi l'on dit: « Il y a deux blanchiments, et
deux jaunissements; il y a deux compositions, l'une sèche, l'autre liquide» (8);
c'est-à-dire que dans le catalogue du jaune, tu trouveras des plantes et des
(i) Le soleil, c'est l'or; la lune, c'est
l'argent : métaux que l'on extrait des
minerais.
(2) Pyrites. Leur traitement jouait
un grand rôle dans les pratiques des
alchimistes.
(3) Avril, M. d'après une addition du
xv" siècle.
(4) L. ajoute «blanche ».
(5) Traitement des sulfures métalli-
ques par une solution de sel marin.
(6) S'agit-il ici du gonflement et de
l'exfoliation de la pyrite soumise à l'ac-
tion de l'air et de l'humidité, phéno-
mènes assimilés à l'accroissement d'une
plante ?
(7) Le sulfure d'antimoine peut être
changé par là en oxychlorure.
(8) Rappelons ici que les recettes du
Papyrus de Leide se rapportent à deux
catégories, savoir : d'une part, par voie
sèche, les argentures ou dorures, ainsi
que les alliages couleur d'or ou d'ar-
gent; et, d'autre part, par voie humide,
les vernis jaunes ou blancs, ainsi que
les couleurs d'am.algamation, appliqués
à la surface des métaux (Introi., p. b-j
et 60).
OLYMPIODORE. — SUR L ART SACRÉ IO9
minéraux. Tu trouveras aussi deux liqueurs : l'une dans le chapitre du
jaune, et l'autre dans celui du blanc.
Dans le chapitre des liqueurs jaunes (i), figurent les produits obtenus
avec les plantes jaunes, telles que le safran, la chélidoine et autres sem-
blables.
Dans la liste des compositions blanches, et parmi les matières sèches, sont
toutes les (substances) blanches, telles que la terre de Crète (la craie) (2), la
terre de Cimole et autres analogues.
Dans le chapitre des liqueurs blanches, sont toutes les eaux blanches, telles
que la bière, les sèves, les sucs propres des plantes.
Rangeant toutes ces choses parmi les couleurs, ils y ont appliqué leurs
soins. Jugez-en vous-mêmes, gens intelligents, après vous être préala-
blement exercés en ces (matières). Quant à nous autres, dédaignant toutes
ces choses, suivant Démocrite, .< nous connaissons les diversités de la
matière et nous allons au plus utile ».
Vois dans le traité de l'Action, au second livre, ce que ditZosimeau sujet
du blanchiment : « Il y a deux blanchiments, comme aussi deux jaunisse-
ments, l'un par délaiement (3), et l'autre par cuisson. Voici comment on opère
par délaiement : l'opération n'a pas lieu simplement, mais elle s'accomplit
dans une demeure consacrée. A l'extérieur de cette demeure sacrée, distribués
pareillement dans tous les sens, sont disposés à l'entour des pièces d'eau et
des jardins, afin que le zéphir en soufflant (ne dessèche pas) la poussière
et ne l'enlève pas hors du mortier. » C'est ainsi qu'il a parlé, en termes
mystiques, du lieu de la pulvérisation. « Et vous-mêmes, gens intelligents,
distinguez « le centre de la demeure »; ainsi que le sens de ces mots :
« les pièces d'eau et les jardins ».
5 1. Hermès suppose que l'homme est un petit monde (microcosme),
lorsqu'il dit : « Tout ce que possède le grand monde, l'homme aussi le pos-
sède. Le grand monde a des animaux (4) terrestres et aquatiques; l'homme a
aussi des puces et des poux, en fait d'animaux terrestres, et des helminthes,
(i) II manque, pour la symétrie, les j (3i Délaiement précédé d'une pulvé-
matières jaunes sèches. | risation.
(2) Toute terre ou argile blanche | (4) AL :« petits et grands ».
était appelée de ce nom. j
IIO
TRAITES DEMOCRITAINS
en fait d'animaux aquatiques. Le grand monde a des fleuves, des fontaines,
des mers; et l'homme a des intestins (i). Le grand monde a les animaux
aériens, et Thomme a les cousins (2). Le grand monde a les souffles partout
répandus, tels que les vents (3) ; et l'homme a les flatuosités (4). Le grand
monde a le soleil et la lune (5) ; l'homme a ses deux yeux, et l'on consacre
l'œil droit au soleil, et l'œil gauche à la lune. Le grand monde a des mon-
tagnes et des collines, et l'homme a des os (6). Le grand monde a le ciel (7);
l'homme a la tête (8). Le grand monde a les douze signes du Zodiaque (9),
savoir : le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion, la Vierge,
la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau et les Pois-
sons. L'homme a ces choses depuis la tête, c'est-à-dire depuis le Bélier,
jusqu'aux pieds, qui répondent aux Poissons.
C'est là ce que les anciens expriment, en disant que l'homme est l'image
du monde; ce que rapporte Zosime dans son livre de la Vertu. De même la
terre est l'image du monde.
52. Ne pouvons-nous pas aussi délayer l'homme et en faire des projec-
tions ? dit le philosophe, s'adressant à Zosime. Or celui-ci dit : « Nous avons
prouvé que cet œuf (philosophique) est la reproduction de l'univers. » Her-
mès, aussi, faisant entendre par énigme l'œuf dans la pyramide (10), disait
que l'œuf était à proprement parler la substance de la chrysocolle et de
l'argent (11). L'œuf est appelé le monde à la chevelure d'or; et Hermès
désigne le coq (12) comme étant un homme maudit par le soleil. Voilà ce
(1) A ajoute : « des veines et des
varices (?) ».
(2) ALajoute: «les moucherons, etc. ».
(3) AL ajoutent : « les tonnerres et
les éclairs ».
(4) AL ajoutent : « les ventosités, les
maladies, les accidents, etc. ».
(5) AL, après le mot monde, ajoute :
« a deux flambeaux ».
(6) AL : et de la chair ».
(7) AL ajoutent : ι et les astres ».
(8) A : (( et les oreilles ».
(9) L'énumération de ces douze signes
n'existe pas dans M. — Elle est tirée de
AL. — Cette description répond exac-
tement h la figure astrologique du folio i
du ms. 2419 et aux développements
traduits dans r/nirorf., p. 2o5.
(10) Dans le livre des Kyranides, A K.
Cp. Origines de l'Alchimie, p. 47.
(11) C'est-à-dire la conjonction des
métaux dans une même composition,
susceptible d'engendrer l'or.
(12) Dans la Bibl. des Philosophes chi-
miques, t. IV, p. 575, on lit : le coq
pris pour le symbole de la chaleur natu-
relle, attachée à Mercure, qui la lui
transmet du ciel astral, dès la pointe du
crépusculaire de l'aurore matinale ».
Est-ce le même symbole ?
OLYMPIODORE. — SUR I. ART SACRE I I I
qu'il dit dans le livre antique (i]. C'est là qu'il fait mention de la taupe,
disant que cet animal avait aussi été un homme ; il avait été maudit de Dieu,
pour avoir révélé les mystères du soleil (2) et (Dieu) l'avait rendu aveugle.
Et de fait, si la taupe monte à la face du soleil, [la terre ne l'accueille plus
jusqu'au soir. Il dit que cela est arrivé parce que cet homme avait connu la
forme (mystérieuse) du soleil (3). (Dieu) le relégua dans la terre noire, comme
ayant transgressé la loi, et révélé le mystère aux hommes.
53. Résumons tout ceci, pour abréger (4). On reconnaît que le genre (ani-
mal) existe en raison de ses générations successives et se distingue en espèces,
telles que les êtres volatils (et ceux qui ne le sont pas), lesquels sont à la portée
de la main,sans autre défense qu'eux-mêmes. De même les reptiles et les qua-
drupèdes, distincts entre eux quant àrespèce,tandisqu'ilss'accordent par la
puissance (de reproduction) (5). Mais l'homme est supérieur à tous les ani-
maux sans raison, comme Synésius l'écrit à Dioscorus (6). Il dit: « L'homme
est le plus important de tous les animaux vivant à la surface de la terre. »
« Le but propre de tout l'art, dit Horus, c'est d'avoir pris secrètement la
semence du mâle (7); tandis que toutes choses sont mâles et femelles. «
Gomme le dit quelque part Marie : « Unissez le mâle et la femelle et vous
trouverez ce qui est cherché. En effet sans le procédé de cette réunion, rien
ne peut réussir, car la nature charme la nature, etc. »
54. Démocrite, à l'occasion de ces choses, a composé quatre livres sous
ce titre : Le Principe (8;.
Marie dit : a prenant une feuille d'argent » ; et la même, ailleurs :
« prenant la feuille de la kérotakis (9) ». Or elle appelle kérotakis l'instru-
(i) Il y a là quelques vieux mythes ! suite de notes et d'extraits incohérents,
égyptiens défigurés. — Doit-on enten- (5) Tout ce passage est obscur; il
dre que la taupe est citée ici parce , paraît fondé sur l'opposition des ter-
qu'elle fouille la terre et révèle ainsi mes .-genre et espèce.
l'or? — A-t-elle été aveuglée par l'éclat (6) Cp. Synésius, § 1 1, p. 69.
de l'or, assimilé au soleil ? {7) Allusion obscure aumythed'Osiris.
(2) C'est-à-dire de l'or; le signe est V. aussi la mention de la terre veuve,
le même. privée de la rosée fécondante, c'est-h-
(3) Var. dans A : « La forme de la dire de son époux, comme Isis, p. gO.
Chrysopée. « — L'auteur joue sur l'iden- (S) Cp. Orig. άβΙΆΙοΙι.,ρ. i3i, 1.7,en
tité du signe de l'or et du soleil. j montant : « Sur les dissertations. »
(4) Ces paragraphes renferment une | (g) Y. I>itrod.,p. 144.
112
TRAITES DEMOCRITAINS
ment employé pour échauffer la feuille. [Le mot feuille désigne (aussi) un
débris de plante (i)].
Et ailleurs, la même : « Dans le même motarion (mets) de la sandaraque
jaune, y [Remarquez le nom féminin de la sandaraque. Quant aux «iofarUT
comme vous le savez, ils sont faits avec du linge (2)].
Et sur la stèle, au-dessous de la figure de l'espèce masculine (3), il y a ces
mots de Marie : « et avec toutes choses » ; et ailleurs : « la préparation
ignée ». Marie dit encore : « Ne va pas toucher avec tes mains; tu n'es pas
de la race d'Abraham; tu n'es pas de notre race » (4).
55. Remarque que l'art est spécial et non commun, comme quelques-uns
le croient : ils ont parlé comme à des auditeurs ordinaires, capables de
connaître et de comprendre. Mais toi, mon excellent fils, recueille les
choses qui te paraissent utiles, conseillé par le philosophe en ces termes :
« Je (vous) parle comme à des gens intelligents, exerçant vos esprits à
connaître de quelles choses il faut se servir ». Si les modernes avaient été
exercés dans ces matières, ils n'auraient pas échoué en s'engageant sans
discernement dans les opérations. Et (encore) : « Devenez tels que les fils
de médecins, afin de comprendre les natures ; en effet les fils de médecins,
lorsqu'ils veulent préparer un remède salutaire, n'opèrent pas avec une
précipitation inconsidérée, etc. »
Voici dans quel sens il a été dit que l'art est spécial et non livré à tous.
Ecoutez, gens sans réflexion, ce que dit Horus (5) l'extracteur d'or à Cro-
nammon, sur l'art des divisions et des espèces : « J'introduirai une petite
explication, exposant l'interprétation de la véritable nature, seulement en
ce qui touche les classes mentionnées parmi nous ; la vérité concernant
(i) Le mot feuille est pris ici pour
lame métallique ; mais *le glossateur
rappelle son autre sens, qui veut dire
partie de plante. Dans L, au lieu de
cette phrase, il y a : « la feuille est tra-
vaillée dans le botarion » ; ce qui con-
corde avec les figures d'appareils plus
modernes, telles que les fig. 3j et 38 de
Vlntrod., p. 162, i63.
(2) Linge dans lequel on enveloppait
le minerai, tel que la sandaraque, que
l'on faisait digérer dans l'eau de mer.
Voir plus haut, p. 108 et 99, note 3.
La partie entre crochets est une glose.
(3) Ou arsenicale, opposée à la san-
daraque féminine nommée plus haut.
(4) Var. de L : « Si tu n'es pas de
notre race, tu ne peux le toucher, parce
que l'art est spécial et non commun. »
(5) A. porte l'Amour, έ',οω;, au lieu
d'Horus : sur ce mot, Cp. Origines de
l'Alchimie, p. 85.
OLYMPIODORE.
APPENDICES
ii3
les minerais et les pierres n'ayant été publiée nulle part. Je dis la vérité
relative aux minerais; car les classes n'ont jamais été épuisées jusqu'au
bout. En effet qui ne saitque l'or, l'argent, le cuivre, le fer, le plomb, l'étain,
comme aussi les terres, les pierres, les minerais métalliques sont (extraits)
de la terre et sont mis en œuvre? »
C'est d'après ces (données) qu'ils ont fait leur écrit; ils exposent aussi les
liqueurs tirées des sèves et des sucs des plantes, des arbres, des fruits, des
bois secs et humides. En composant des liqueurs avec ces substances, ils
ont constitué l'art. Ils ont partagé cet art unique comme un arbre divisé en
mille rameaux, et ils en ont formé mille classes.
Tu as donc ici, en toute puissance, l'ensemble de l'œuvre. Il comprend
le molybdochalque, la pierre étésienne et toutes les substances dorées,
obtenues par cuisson et qui s'écoulent ensemble. Or ces mots : « les
substances qui s'écoulent ensemble i> ne signifient pas autre chose que les
substances qui se liquéfient simultanément et par cet agent (i), c'est-à-dire
au moyen du feu.
II. IV B.s_ _ OLYMPIODORE. — APfeNDICES
APPENDICE I
Texte anépigraphe. — Commentaire de la Formule de l'Ecrevisse (2).
Prenant le sédiment sec et noirci qui reste, blanchis-(le) de cette façon. Prends
de l'eau de chaux préparée à l'avance, ou de l'eau de chaux fabriquée au moyen de
ia cendre d'albâtre, en guise de lessive pour savonner. Projette les matières dans le
liquide et lave bien, jusqu'à ce que l'eau soit noircie; filtre, puis transvase l'eau qui
en provient.
Ajoute d'autre eau, si tu veux; après avoir laissé l'eau digérer pendant quelques
jours, filtre; lave encore le (contenu du) vase, en suivant l'ordre indiqué précédem-
ment. Ensuite transvase de nouveau l'eau noircie, avec la précédente. Puis ayant
(i) C'est-à-dire la fabrication des
alliages métalliques couleur d'or, dont
les composants demeurent unispendant
lafusion et la coulée du métal, sans qu'il
y ait séparation ou liquation.
(2) Introd., p. 1 52. — On reproduit ici
ce texte en petits caractères, parce qu'il
est donné comme développement des
§§ 3 1, 38, 40, 48 d'Olympiodore, relatifs
aux scories (p. gS, 99, loi, 107).
15-1
Λ
114
TRAITES DEMOCRITAINS
-;ί
fait digérer pendant le même nombre de jours, filtre le contenu du vase et lave.
En faisant cela plusieurs fois, la couleur noire disparaît h la surface, et la matière
devient d'une couleur blanche. Quant aux eaux noircie^ auparavant, mets-{les)
dans un vase de verre et, après avoir luté le vase tout autour, laisse sécher et fais
digérer pendant quelques jours. Le produit passé h l'état d'ios doit être mis dans
l'appareil à gorge. Il redevient ainsi blanc.
Après l'avoir blanchi d'abord, comme il a été dit précédemment, sèche-le et mets-
le dans un mortier; jettes-y de l'eau blanche, (provenant) des produits précédents.
Ajoutes-en peu à peu et broie, jusqu'à ce que la matière soit bien lavée d'avance et
arrive à l'état et à la forme voulue. Après l'avoir desséché, mets-le dans un alambic
de verre luté soigneusement (i); fais digérer pendant quelques jours, c'est-à-dire
jusqu'à ce que la cendre se délaie, puis parvienne à un blanchiment convenable.
Qu'elle se délaie et se désagrège. Expose-la au-dessus du vinaigre : sous l'influence
de vapeurs piquantes, la matière se divise et devient blanche comme la céruse
provenant du plomb.
Il est possible de produire aussi cet effet avec de la chaux, en plaçant notre pierre
au-dessus de la vapeur acide du vinaigre, à la façon d'une feuille de plomb (2).
Mais pour donner à ces matières la coloration jaune, après que la prépara-
tion a été convenablement lavée et desséchée, il faut d'abord l'arroser avec des eaux
jaunes et faire macérer : la matière prend ainsi la couleur blanche : il faut ensuite
dessécher et traiter convenablement (3l.
Ainsi aura été accomplie. Dieu aidant, la pratique de Justinien.
Cette recette s'applique à la transformation d'un composé métallique noir, te!
qu'un sulfure ou un résidu de fusion, en oxyde blanc (ou carbonate), par l'action
lente de l'eau et de l'air. Quant au rapport entre cette recette, qui s'applique au
lavage des scories, et la formule de l'Ecrevisse, il résulte de ce que l'oxyde ainsi
obtenu servait à la préparation de l'alliage appelé molybdochalque [Introd., p. i53;
voir aussi le présent volume, p. 101, texte et note 4).
APPENDICE II
§ 5 1 . — Rédaction de L pour le passage relatif au microcosme et au macrocosme. —
Ces variantes ont été données en détail dans les notes de la Traduction du texte.
(1) Ceci semble répéter l'alinéa pré-
cédent.
(2) C'est-à-dire comme dans la pré-
paration de la céruse.
|3) Cette phrase est tronquée; on
n'aperçoit pas l'agent qui détermine
la coloration jaune.
n
k
OLYMPIODORE. — APPENDICES lO
APPENDICE III ^
§ 35. — Rédaction de L. Après le passage : « Horus ii Cronammon exposant ^
l'interprétation de la véritable nature i>, le manuscrit poursuit en ces termes :
Sachez donc, ô mes amis, vous les artisans de l'or, qu'il faut préparer les
minerais convenablement et avec une grande habileté, ainsi que je l'ai
expliqué précédemment; car autrement l'opération ne pourra être amenée à
son terme. Or le nom de minerais est donné, d'après les anciens, à l'ensem-
ble des sept métaux; car leurs minerais sont extraits delà terre, et de nature
pierreuse : on les met en œuvre. Tous ont écrit sur ce sujet.
(Il y a), en outre, les liqueurs (extraites) des plantes et des sèves, des sucs
des arbres, des fruits et des bois secs et humides. Avec ces données, ils
ont constitué l'art et, le traitant comme un arbre divisé de tous côtés en
mille rameaux, ils l'ont distribué en mille classes et opérations.
Tu possèdes donc ici, en toute puissance, l'ensemble de l'œuvre du cui-
vre, c'est-à-dire la pierre étésienne, les substances dorées, obtenues par
cuisson et qui s'écoulent ensemble, et tout ce qui concerne l'art. Or ces mots :
« les substances qui s'écoulent ensemble », ne signifient pas autre chose que
les substances qui se liquéfient simultanément et par cet agent, c'est-à-dire
au moyen du feu. — Fin d'Olympiodore.
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i
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