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Full text of "Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France ... [sér. 1] t. 1-52, 1819-26; [sér. 2] t. 1-78, 1820-29"

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;y/-/ 



GENERAL LIBRARY 
UNiVERSmr OF.MICHIGAN. 



THE 



Hagerman Collection 

OF BOOKS RBLATINtt TO 

HISTORY AND POLITICAL SCIENCE 



SOI 



JAMES J. HAGERMAN OF CLASS OF '61 

IN THB HANOS OP 

Professor Charics Kendall Adams 

IN TNB VIAN 

1883. 



y 



^ 



3^ 



«■ •■ 






nom- 



lÉMOIRES 



iTOIRE DE FRANCE, 






; MiTiCËS SUR CHAQUE AUTEUR , 
(IVKCIIYATIOHS SUS CHAQUE OUVRAGE, 



Pau m. PETITOT. 



PARI-. 
IIMDK, UI'Klu 

'INrii. 



LEBEL, IMPRIMEUR DU ROI, A VERSAILLES. 



COLLECTION 

f COMPLÈTE^ 

DES MÉMOIRES 



RELATIFS 



A L'HISTOIRE DE FRANGE, 

DEPUIS LE RÉCITE DE PHILIPPE-AUGUSTE , JUSQU^'AU COHHEïTCEMEIiT 

DU DIX-SEPTIÈME SIECLE } 

AVEC DES NOTICES SUR CHAQUE AUTEUR ^ 
ET DES OBSERVATIONS SUR CHAQUE OUVRAGE; 

Par m. PETITOT. 



TOME m. 





PARIS, 

1 OL CAULT, LIBRAIRE, RUE DES NOYERS, N.» 37. 

18 19. 



EXTRAITS 



DES 



MANUSCRITS ARABES, 

DAirS LESQUELS IL EST PARLÉ DES ÉVÈHEMEHS HISTORIQUES 
RELATIFS AU RÈGITE DE SAUTT LOUIS ; 



TKADCJITS 



PAR M. CARDONNE, 

5EC&ÉTAI1E IXTEtriiTE DU &0I tOVK LEJ VÂMQVtS 0%ltMlkLE%. 



3. 



EXTRAIT 



DU 



MANUSCRIT ARABE, 

ijttitule: 

Essulouh li marifet il duvel il Mulouh y 

G^EST-A-DIRE : 

m 

LA VOIE POUR LA CONNOISSANCE DES RÈGINES 

DES ROIS. 

Cest l'histoire des Sultans Curdes-Eioubûes , de la postërité 
de Saladin, et celle des deux dynasties qui ont régné en 
Egypte; Tune^ des Esclaves Turcs , connus sous le nom de 
MameluS'Baharites ; et l'autre , des Circassiens. 

Cet ouTrage a été composé par Makrisi : cet liiatorien ëtoit né fan de l'hé^ro 
769 , c'est-à-dire , cent vingt-deux ans après l'expédition (ie S. Louis. 



JLe Sultan Melikul-Kamil mourut à Damas le ai de 
la Lune deRegeb, Tannée 635 de Thégire [10 mars 
1238 ] : Melikul-Adil-Seifeddin^ un de ses deux fils, 
fut proclamé le lendemain dans la même ville, Sultan 
de Syrie et d*Égypte. Il fut le septième roi de la posté- 
rité des Eioubites qui descendoient de Saladin. Il arri* 
va le 1 7 de la lune de Ramadan un Ambassadeur du 
Khalife de Bagdad; il étoit porteur d'un étendard et 
d'un riche habillement pour le Sultan ; foibles restes 
de la vaste autorité dont les Khalifes successeurs de 

I. 



4 EXTRAITS 

Mahomet (i) jouissoient autrefois, et que les Sultans 
n'avoient pas jugé à propos de leur enlever ! 

Melikul-Adil à peine sur le Trône , au lieu de s'ap- 
pliquer au gouvernement, se livra à toutes sortes de 
débauches : les Grands de l'État qui auroient pu lui 
reprocher la dissipation dans laquelle il vivoit, furent 
exilés sous divers prétextes , et remplacés par des Mi- 
nistres complaisans. Il crut qu'il n'auroit rien à craindre 
quand les troupes seroient pour lui ; et, pour les gagner, 
il leur fit des largesses ; ses profusions jointes à celles 
qu'exigeoient ses plaisirs, épuisèrent les trésors que 
son père avoit amassés avec bien de la peine. 

Une conduite si indigne d'un Souverain le rendit 
méprisable , et tous les peuples faisoient des vœux 
pour que son frère Nedjm-Eddin lui arrachât la cou- 
ronne. Ce Prince n'avoit point d'autre envie ; mais il 
n'osoit pas confier entre les mains d'un peuple incons- 
tant, un projet de cette nature. Enfin tous les ordres de 
l'Etat , lassés des tyrannies de Melikul-Adil , appelèrent 
Pîedjm-Eddin au trône ; il fit son entrée au Caire le 9 
de la lune de Cheval, l'année 687 [ 3 mai 1240 ] , et fut 
proclamé Sultan de Syrie et d'Egypte. Melikul-Adil 

(i) Les Khalifes successeurs àe MaLomet étoient autrefois les maîtres 
de la Syrie, de l'Egypte et généralement de toutes les conquêtes faites 
par les Mahométans ^ corrompus par le luxe et la mollesse , ils se lais- 
sèrent enlever, par les Fathimites, l'Egypte et la Syrie ^ du temps de l'ex- 
pédition de S. Louis , il ne leur restoit que Flrak-arabe. Ils avoient ce- 
pendant conservé une ombre d'autorité sur les autres provinces qu'on 
leur avoit prises ; les Sultans d'Egypte se soumettoient à une espèce d'i- 
nauguration do leur part, qui consistoit à revêtir un habillement que ces 
Khalifes leur envoyoient. Cet usage n'est pas encore aboli; et le Grand- 
Seigneur envoie un pareil habillement aux Kans de Crimé'e et aux Hos- 
podars de Moldavie et de Yalakic, quand il les nomme à ses princi- 
pautéiB. 



DESMANUSCaiTS ARABES. S 

fut confiné dans une prison , après avoir régné deur 
anset dix-huit jours. 

Nedjm-Eddin en montant sur le trône , ne trouva 
dans le trésor public qu'une seule pièce d'or , et mille 
drachmes d'argent ; il fit assembler les Grands de 
rÉtat et surtout ceux qui avoient eu quelque part à 
l'administration des finances sous le règne de son frère j 
il leur demanda quelle raison les avoit engagés à dé- 

• 

poser Melikul-Adil : « parce qu'il étoit insensé » ré- 
pondirent-ils : pour lors le Sultan, s'adressant aux gens 
de loi, leur demanda si un insensé pouyoit disposer 
des finances de l'État; et, sur leur réponse, que cela 
étoit contre la loi^ il ordonna à tous ceux qui avoient 
reçu quelque somme de son frère de la rapporter au 
trésor, ou qu'ils payeroient de leur tête leur déso- 
béissance : il recouvra par ce moyen sept cents cin- 
quante-huit mille pièces d'or, et deux millions trois 
cens mille drachmes d'argent. 

L'année 638 [ } 24© ] , Salîh-Imad-Eddin qui avoit 
surpris Damas sous le règne de Melikul-Adil , craignît 
que le nouveau Sliîtan ne lui arrachât une injuste 
conquête; pour la conserver, il fit une ligue ofiensive 
et défensive avec les Francs de Syrie ; il leur donna, 
pour mieux les engager à le soutenir, les villes de 
Safet (i) et Chakif{i) avec leur territoire, la moitié 

(1) Safet, Tille de la Palestine, de moyenne grandeur; elle a une for- 
teresse qui domine sur le lac de Tibériade ; elle est à 57 degrés 35 minutes 
de longitude, et 3a degrés 3o minutes de latitude. Aboutféda. 

(a) Chakif^ Aboulféda fait mention de deux forteresses sous le nom de- 
Chakif, Chakif-Arnoun et Chakif-Tiroun : la première, taillée en partie 
dans le rocher , est sur Puu des chemins qui conduisent de Seyde à Damas ^ 
c^est de la seconde , appelée Tiroun , quMI est fait ici mention ; elle est 
eo tirant Ters la mer , à Tégard de Safet. Chakif-Arnoun est pareillement 
loin de la mer , sur la crête du Liban. 



8 EXTRAITS 

nûens (i) : ce peuple, qui ne respiroit que la guerre et 
le butin^ accourt du fond de TOrient ; ils passent TEu- 
plirate au nombre de dix mille combattans, sous la 
conduite de trois Généraux; une partie' se jette sur 
Balbek, l'autre va jusques aux portes de Damas, pil- 
lant et mvageant tout ce qui se présente; Salih-Imad- 
Eddin dBrenferme dans Damas, sans oser arrêter ce 
torrent qui inondoit ses Etats. Après avoir ravagé tout 
le pays du côté de Damas, ils se présentent devant Jé- 
rusalem , l'emportent d'assaut ; les Chrétiens sont pas- 
sés au fil de l'épée; et les femmes et les filles, après 
avoir essuyé toute la brutalité du soldat effréné, sont 
chargées de chaînes ; ils détruisent l'église du Sépulcre 
de Jésus-Christ; enfin, ne trouvant plus rien parmi les 
vivans pour assouvir leur rage , ils ouvrent les sépul- 
cres des Chrétiens et brûlent leurs cadavres qu'ils 
avoient tirés du sein de la terre. Après cette expédition 
ils allèrent à Gaza, et députèrent quelques-uns de 
leurs principaux officiers à Nedjm-Eddin : ce prince 
les caressa beaucoup , les fit revêtir d'habits superbes , 
et leur fit présent de chevaux et d'étoffes d'un grand 
prix ; il les pria de faire rester leurs troupes à Gaza , 
où se feroit la jonction des deux armées, et leur pro- 
mit de les mener devant Damas. Bientôt les troupes 
du Sultan furent en état de marcher; elles étoient 

(i) Kharesmiens , peuple du Khouaresmj ce pays est situé en partie eu 
deçà du Gihon ou de FOxus, du côté du Khorassan, et en partie au-delà , 
en confinant au Mawarainaliar ou à la Transoxane ; il est borné à Poccident 
et au septentrion par le Turquestan , par la Transoxane à l'orient, et par 
le Khorassan au midi ; il est éloigné de cinq ou six journées de Fembou- 
chure de l'Oxus, et Ton ne trouTe point de villes dans cet intervalle- de 
vastes déserts Tenvironnent, et le climat est très-froid. Après plusieurs 
rév<)lutions ces provinces sont tombées sous la domination des Usbek& , 
et font présentement partie de leurs États. JTHerbelot. Ahoulféda. 



DES MANUSCRITS ARABES. 9 

SOUS la conduite de rÉmir Rukneddin-Bibars , un de 
ses esclaves favoris y et sur la bravoure duquel il se re- 
posoit entièrement. Bibars se joignit^'à Gaza{i) aux 
Kbaresmiens. 

Imad-Eddin de son côté leva dans Damas des troupes j 
elles' marchoient sous les ordres de Melik-Mansour, 
prince de Hemesse {i\ Les Francs étoient prêts aussi 
à se mettre en campagne ; et les deux armées se ren- 
contrèrent à Acre pour n'en plus former qu'une. Nasir- 
Daoud^ Prince de Karak (3), et Zahir fils de Songour 
amenèrent aussi quelques soldats au prince de Damas : 
ce lut pour la première fois que l'on vit les étendards 
des Chrétiens sur lesquels il y avoit la figure d'une 
croix, flotter avec les étendards Musulmans : Les Francs 
formoient Taîle droite, les troupes de Nasir-Daoud 
formoient la gauche , et Emir Mansour étoit au centre 
avec ses Syriens. Les deux armées se rencontrèrent 
aux environs de Gaza : les Kbaresmiens attaquèrent les 
premiers : les Syriens firent peu de résistance et pri- 
rent aussitôt la fuite : Zahir qui commandoit Faile 
gauche ayant été fait prisonnier , il ne restoit plus que 
les Francs qui se défendirent encore ; mais bientôt ils 

(i) Gaza, Tille de la Palestine, près de la Méditeri-aiiéc; son terri- 
toire est très-fertile, sur-tout en palmiers : elle est à îy^ degrés lo mi- 
nutes de longitude, et 33 degrés de latitude. Aboulfcda. 

Ça) Hemesse ou Hems, ville ancienne et une des principales de la 
Syrie; elle est située dans une plaine, et n^est éloignée du fleuve Oronte 
que d^un mille ; son territoire est le plus fertile de toute cette ] rovince. 
Elle est à 60 degrés ao minutes de longitude et 34 degrés ao minutes de 
latitude. j4boulféda. 

(3) Karak ou Kerek, ville célèbre, située sur les conâris de la Syrie 
du côt^ où elle est jointe à l'Arabie pétrée; cette ville avoit autrefois une 
forteresse imprenable et ëtoit une des clefs de la Syrie : elle est à 56 de- 
grés 5o minutes de longitude ^ et 3i degrés 3o minutes de latitude. Abonl- 
féda. 



lO EXTRAITS 

furent enveloppés par les Kharesmiens ; la plupart pé- 
rirent dans cette occasion , excepté un petit nombre 
qui eut le bonheur de se sauvei'; Ton fit huit cents pri- 
sonniers, et il resta sur le champ de bataille plus de 
trente mille morts , tant Chrétiens que Syriens Musul- 
mans. Mansour retourna à Damas avec un petit nom- 
bre de soldats. Les Kharesmiens firent un butin im- 
mense. 

La nouvelle d'une victoire aussi complète arriva au 
Caire le 1 5 de la lune de Gémaz-il-ewel, Fan de l'hégire 
64» [9 octob. i244]« Nedjm-Eddin, au comble dç sa 
joie, ordonna des réjouissances publiques; elles furent 
annoncées au peuple au son des tambours et des trom- 
pettes; la ville, le château du Sultan (i) furent illumi- 
nés pendant plusieurs nuits ; les têtes des ennemis qui 
avoient péri dans le combat furent envoyées au Caire 
et exposées sur les portes de la ville : les Francs pri- 
sonniers arrivèrent en même temps, montés sur des 
chameaux; Ton avoit par distinction donné des che- 
vaux aux plus considérables d'entre eux : marchoient 
ensuite Zahir-ben-Songour,, un des généraux Syriens 
qui avoit été pris , et les autres ofiiciers de l'armée de 
Syrie ; ils traversèrent la ville en pompe, et furent ren- 
fermés dans les prisons. 

L'Émir Bibars et l'Émir Abouali eurent ordre du 
Sultan de mettre le siège devant Ascalon : mais la place 
étoit trop forte et trop bien défendue pour être prise : 

(i) Le château du Sultan: c'est le château du Caire, que le Sultan 
Saladin fit construire des pierres qu'il tira de la démolition de plusieurs 
petites pyramides qui ëtoient proche deTancienne Memphis, vis-à-vis le 
vieux Caire ^ où sont encore aujourd'hui quelques grandes pyramides. 
I^es Pachas, gouverneurs de TÉf^ypte, font leur résidence dans ce châ- 
teau f qui est situé au bas de la montagne de Josef. 



DES MANUSCRITS AKABES» II 

Bibars resta devant Ascalon ^ et Abouali alla se pré^ 
senter devant Napoulous; les autres Généraux de 
Nedjm-Eddin s'emparèrent de Gaza ^ de Jérusalem ^ de 
Khalily de BeiuDjebril (i), et de Gaur (2). Nasir- 
Daoud perdit presque tous ses Etats , et il ne lui resta 
que la forteresse de Kerek, Belka (3) ^ Essalib (4) et 
Adjeloun. 

Nedjm-Eddin avoit promis aux Kharesmietis de les 
mener devant Damas; il comptoit pour rien la der- 
nière victoire s'il ne recouvroit cette ville : il résolut 
de faire en personne une conquête aussi importante. 
Les Karesmiens le suivoient avec joie^ et Damas fut 
assiégée ; Ton dressa les béliers et les machines à lancer 
des pierres ; les assiégés faisoient une vigoureuse résis- 
tance ^ et le siège duroit depuis plus de six mois sans 
que la place fût entamée : cependant les provisions 
commençoient à manquer dans la ville ^ et Mansour 
Prince de Hémesse s'aboucha avecBerket, un des chefs 
des Kharesmiens, pour traiter de la reddition de la 
place : l'on resta enfin d'accord que la ville seroit re- 
mise au sultan , et que Imad-Eddin , Mansour et les 
autres chefs Syriens auroient la liberté de se retirer 
avec toutes leurs richesses, La ville de Balbek (5) et 
tout son territoire fut donnée à Imad-Eddin ; Hémesse 

(i) Beil-DJebril, petite ville enire Jérusalem et Gaza. 

(1) Gaur, pays creux que traverse le Jourdain depuis le lac de Tibé- 
riade jusqu^à la Mer Morte. 
' (3) Belka ou Al-Belkaa, est une contrée au-delà du Jourdain. 

(4) Essalib ou , selon quelques Auteurs , Essolet ; c^est un château 
près du Jourdain et au-delà , de même qu'Adjeloun. 

(5) Balbek ou Héliopolis, ville de Syrie, fameuse par les anciens 
monumens qui s'y trouvent encore; son territoire est un des plus fertiles 
de cette province : elle est située à 60 degrés de longitude et 35 degrés 
5o minutes de latitude, jiboulféda. 



12 EXTRAITS 

et Palmyre furent le partage de Mansour. Les Khares- 
miens qui s'étoient flattés du pillage de Damas , au dé- 
sespoir de s'en voir frustrés, se brouillèrent avec le 
Sultan, et Tannée suivante se liguèrent avec Mansour 
et les autres chefs Syriens : ils allèrent assiéger Damas ; 
la ville étoit réduite à la dernière extrémité par la di- 
sette des vivres; les habitans, après avoir épuisé les ali- 
mens lès plus vils n'eurent pas d'horreur , pour soute- 
nir leur vie, de se nourrir des cadavres de ceux que 
la mort enlevoit. Nedjm-Eddin qui étoit retourné en 
Egypte, revint enfin en Syrie avec tine armée nom- 
breuse , attaqua les Kharesmiens , et les défit entière- 
ment dans deux batailles. 

L'année 644 [1^46] l'Emir Fakreddiû prit sur les 
Francs le château de Tibériade et la ville d'Ascalon, 
et fit raser l'un et l'autre. Cette année fut fatale aux 
François, par la division qui se mit entre eux. 

L'année 645 [ 1247 ] le Sultan revint en Egypte et^ 
passa par Jiamlé (i); il lui survint un abcès qui se 
changea en fistule; malgré cet accident il continua sa 
route et arriva au Caire : de nouveaux troubles sur- 
venus en Syrie le rappelèrent dans cette province ; mais 
ayant appris à Damas (2) que le& François $e prépa- 
roient à venir attaquer l'Egypte , il aima mieux défendre 
en personne ses États : malgré Ies,douleurs violentes 

(i) RamU. Rend signifie sable. Ramlé est une ville à quelques lieues 
de Jaffa , ou de Joppé , sur le chemin de- Jérusalem. 

(a) Ayant appris à Damas, L'Historien Makrizi, dans sa description 
de rÉgypte, dit que Tannée derhégire647 et de J. C. 1249, l'Empereur 
envoya un ambassadeur au Sultan Nedjm-Eddin, qui pour lors ëloit 
malade à Damas 5 que cet ambassadeur , qui étoit travesti en marchand , 
fit part au Sultan, au nom de son maître, des préparatifs du Roi de 
France contre TÉgypte : le texte porte ImpereuLor el Alamanië , Empe- 
reur des Allemands} mais il ajoute qu'il résidoit dans File de Sicile. 



DES MANUSCRITS ARASES. l3 

qu'il souffroit, il monta en litière, et arriva à Açhmoum- 
Tanah (i) au commencement de l'année 64-7 [avril 
1249]. Comme il ne doutoit point que la villç de Da- 
miette ne fût la première attaquée , il tâcha de la mettre 
en état de défense; il fit des amas de vivres, d'armes 
et de munitions de toute espèce; l'Emir Fakreddin 
eut ordre de marcher du côté de cette ville pour em- 
pêcher la descente des ennemis. Fakreddin campa au 
Gizé de Damiette ; le Nil étoit entre cette ville et son 
camp. 

Cependant la maladie du Sultan empiroit, et il fit 
publier que ceux à qui il étoit dû (2) quelque chose, 
eussent à se présenter à son trésor , et qu'ils seroient 
payés. 

Le vendredi, 21 de la lune de Sefer de l'an de l'Hé- 
gire 647 [vendredi 4 juin 1249] (3), la flotte des Fran- 
çois arriva à deux heures de jour; elle étoit chargée 
d'une multitude innombrable de troupes, commandées 
par Louis, fils de Louis, Roi de France : Les Francs 
qui étoient les maîtres des Etats de la Syrie, s'étoient 
joints aux François. Toute la flotte mouilla à la plage 
vis-à-vis le camp de Fakreddin. 



(i) Achmoum-Tanah ou Achmoum, ville sur le bord du Nil» et ca- 
pitale d^une des proTinces de TËgypte appelée Dahkalié : elle est à 54 
degrés de longitude et 3i degrés 54 minutes de latitude. Aboulféda. 

(a) A qui il étoit dû. Cest un point de la loi de Mahomet^ de payer 
ses dettes avant que de mourir; et ceux qui parmi eux se piquent de ri- 
gidité ny manquent jamais. 

(3) Le sentiment des Ghronologistes sur Tannée de Jésus-Christ qui 
répond à celle de Phégire étant partagé, il n^est pas étonnant que Join- 
ville et Makrizi ne soient pas d'accord : Toinville fixe' l'expédition de 
S. Louis à Tannée de J. C. ia54v et Makrizi à Tannée de Thégire 647 > 
année qui, selon les Table» de Gravius. que f ai suiyies, répond i celle 
J. C. ia49* 



î4 E5LTRA1ÏS ' 

Le Roi de France, avant de commettre aucune hos- 
tilité, envoya par un héraut une lettre au Sultan 
Ned)m-Eddin; elle étoit conçue en ces termes : 

« Vous n'ignorez point que je suis le Prince de ceux 
« qui suivent la Religion de Jésus-Christ, comme vous 
» Fêtes de ceux qui obéissent à la loi de Mahomet y 
» votre pouvoir ne m'inspire aucune terreur, et com- 
» ment m'en inspireroit-il? moi qui fois' trembler les 
» Musulmans qui sont en Espagne, je les mène comme 
» un berger conduit un troupeau de moutons; j'ai 
» fait périr les plus braves d'entre eux , j'ai chargé de 
» fers leurs femmes et leurs enfans; ils tâchent de m'ap- 
» paiseret de détourner mes armes par des présens. Les 
y> soldats qui marchent sous mes étendards couvrent les 
» plaines, et ma cavalerie n'est pas moins redoutable. 
» Vous n'avez qu'un moyen de détourner la tempête 
» qui vous menace ; recevez des Prêtres qui vous en- 
» seignent la Religion Chrétienne; embrassez-la, et 
» adorez» la Croix : autrement je vous poursuivrai par- 
» tout , et Dieu décidera qui de vous ou de moi doit 
» être le maître de l'Egypte ». 

Nedjm-Eddin à la lecture de cette lettre ne put 
retenir ses larmes ; il fit écrire la réponse suivante par 
le C^di Behaeddin son secrétaire. 

ce Au nom de Dieu tout-puissant et miséricordieux , 
» le salut soit sur notre Prophète Mahomet et sur ses 
» amis. J'ai reçu votre lettre; elle est remplie de me- 
» naces, et vous faites parade du grand nombre de 
» vos soldats; ignorez-vous .que nous savons manier 
» les armes, et que nous avons hérité de la valeur de 
» nos ancêtres? Jamais personne n'a osé nous attaquer 
» qu'il n'ait éprouvé notre supériorité. Rappelez-vous 



DES MANUSCRITS ARABES. l5 

>> les conquêtes que nous avons faites sur les Chré- 
» tiens; nous les avons chassés des pays qu^ils possé- 
» doient, les villes les plus fortes sont tombées sous nos 
» coups. Ressouvenez-vous du passage de TAlcoran, qui 
» dit que ceux (/ui combattront injus.tement périront ; et 
» d'un autre y qui dit; combien de fois des armées nom- 
» breuses ont-elles été défaites par une poignée de sol- 
» dats ! Dieu favorise la justice ^ et nous ne doutons 
» point qu'il ne nous protège et qu'il ne confonde vos 
» desseins orgueilleux. » 

Le samedi les François firent leur descente à la 
même plage oîi étoit assis le camp de Fakreddin ; ils 
dressèrent une tente rouge pour leur Roi : les musul- 
mans firent quelques mouvemens pour les empêcher 
de mettre pied à terre; l'Émir Nedjm-Eddin et ITlmir 
Sarimeddin furent tués dans ces escarmouches. 

A l'entrée de la nuit FÉmir Fakreddin décampa avec 
toute son armée, et passa sur le pont qui conduit à 
la rive orientale du Nil ^ où se trouve située Damiette ; 
il prit la route d'Achmoum-Tanah : par cette marche 
les François se trouvèrent les maîtres de la rive occi- 
dentale du fleuve. 

Rien ne peut représenter la désolation des habitans 
de Damiette, quand ils virent l'Émir Fakreddin s'éloi- 
gner de leur ville et les abandonner à la fureur des 
Chrétiens; ils n'osèrent attendre l'ennemi, et se reti- 
rèrent avec précipitation pendant la nuit. La conduite 
du Général Musulman étoit d'autant moins excusable , 
que la garnison étoit nombreuse et composée des plus 
braves de la Tribu de Beni-Kénané , et que Da- 
miette ( I ) étoit plus en état de résister que quand 

(i) DamietU» La Tille de Damiette estplac^ un peu au-dessus d'une des 



l6 EîtTKÀltS 

elle fut assiégée par les Francs sous lie règne du Sul- 
tan ElmelikuUKamil ; cependant quoique là peste et 
^ la femine affligeassent pour lors cette ville , les Francs 

•mlKXÙchuresduNil : ce fleuve à SchatDouf ville au-dessous du Caire, se 
divise en deux grandes branches j la branche occidentale va à Rosette , 
* «C (îe là se jette dans la mer ; quand la branche orientale est parvenue à 
Djewdjer, petite ville située presque vis-à-vis Man^oura, elle se subdi- 
TÏse encore en deux autres branches j la plus orientale des deux coule à 
Achmoum-Tanah , et de là va se jeter dans le lac de Tinnis , qui se dé- 
charge dans la mer; l'autre, que Ton peut tiommer occidentale, relative- 
ment à la précédente, prend son cours entre Damiette et ce que l'on 
nomme le Gizé de Damiette , sur la rive occidentale : ce terme arabe si- 
gnifie extréniitff, angle, côte, rive. Damiette, suivant cette description, 
•e trouve située entre ces deux dernières branches du fleuve. 

Cette ville avant l'expédition de S. Louis avoit déjà été prise plusieurs 
foisj les Empereurs Grecs s^en étoient rendus maîtres Tannée de Thé- 
gSre 131 et de J. C. yBS , et Tannée de Thégire 238 et de J. C. 85^ \ le fils 
de Roger, Roi de Sicile , la prit Tannée de Thégire 55o et de J. C. 1 155. 

Les Princes croisés Tan de Thégire 565 et de J. C. 1 169 , sous le règne 
de Salah-uddin ou Saladin, Tassiégèrent durant cinquante-cinq jours 
skDB pouvoir s'en rendre maîtres j leur flotte, selon Makrizi, éloit com- 
INMée de douze cent voiles : enfin Tannée de Thégire 61 5 et^de J. C. 1218 , 
trente-un ans avant Tarrivée de S. Louis en Egypte, Damiette fut assiégée 
par les Princes croisés sous le règne du Sullan Melikuladil , père de 
Nedjm-Eddin : leur armée, selon Makriu, étoit de soixante-dix mille 
hommes de cavalerie et de quatre cent mille dMnfanterie ; ils débarquèrent 
vis-à-vis Damiette , à cette terre que Ton appelle le Gizé de Damiette : 
c^est le même endroit où S. Louis trente-un ans après fit sa descente j ce 
qui le prouve , c^est que ce Prince mit pied à terre à la même plage où 
étoit campé TÉmir Fakreddin ^ or cet Émir plaça son camp sur cette rive 
du Delta nommé le Gizé de Damiette , dont S. Louis se trouva le maître 
par la retraite du Général Egyptien. Pour revenir au premier siège de 
Damiette par les Croisés, dès qu^ils furent débarqués, ils entourèrent 
leur camp d'un fossé profond , et le revêtirent d^une forte palissade \ il y 
avoit À l'embouchure du Nil , de chaque côté , une tour défendue par 
une nombreuse garnison j Ton tendoit une grosse chaîne de fer entre ces 
deux tours , qui empéchoit les vaisseaux d^entrer dans le Nil. Les Croisés 
assiég^ent la tour qui étoit du côté dé leur camp , c'est-à-dire , la tour 
occidentale ^ s'en rendirent les maîtres , et rompirent la chaîne. Le fils du 
Sultan, qui étoit campé proche Damiette, fit construire un pont à Tem- 
bouchure du Nil; pour empêcher Tentrée des vaisseaux \ mais les Chré- 



DES MAHUSCRITS ARABES. I^ 

n^avoient pu s'en rendre maîtres qu'après seize mois 
de siège. 

Le dimanche matin [ 6 juin i ^49 ] les Français se 
présentèrent devant la ville ; étonnés de ne voir pa- 
roître personne , ils craignirent quelque surprise ; 
mais , bientôt instruits de la fuite des habitans , ils se 
rendirent maîtres sans coup férir de cette importante 
place y et de toutes les munitions qui s'y trouvoient. 

A la nouvelle de la prise de Damiette par les Fran- 

tiens rompireot le pont : pour lors il résolut de combler tout-à-fait Tem-* 
bouchure du fleuve ; il fit couler à fond plusieurs gros bateaux ^ par ce 
moyen Pentrëe en devint impraticable : enfin , après bien des succès dif* 
férens et un siège de seize mois et vingt-deux jours, les Franc» empor- 
tèrent cette place d^assaut, l'année de Fhégire 6i6^ et de J. C. laiq* Celte 
année de Iliégire 616 fut fatale aux Musulmans j les Francs d'un côté et 
Djenghis-Kban de Fautre, en firent péril' un nombre infini par Fépée; 
celui des prisonniers ne fut pas moins considérable. Trois années et quatre 
mois après, le Sultan reprit Damiette par composition ^ et cette place resta 
au pouvoir des Egyptiens jusqu'à ce que S. Louis s'en empara, l'an de 
rhégire 647 1 et de J. C. 1349* 

Deux années après le départ de S. Louis , sous le règne de Maazeddin - 
Aibek le Turcoman , premier sultan de la dynastie des Mamiluks-Baha- 
rites, ou Turcs, le bruit ayant couru que les Francs menaçaient une se- 
conde fois rEgypte , l'on résolut de détruire Damiette ; cette place fut ra- 
sée de façon qu'il n'en resta aucun vestige, excepté la grande mosquée. La 
ruine de Damiette ne rassura pas les Egyptiens^ et onze années après, 
sous le règne de Bibars-Elbondukdari , on combla l'emboucbure du Nil , 
afin que la flotte des Francs ne pût pas remonter ce fleuve : depuis ce 
temps-là les vaisseaux ne peuvent plus eutrer dans le Nil y et sont obligés 
de mouiller au large, hors de l'embouchure^ ils chargent et déchargent 
les marchandises par le secours des bateaux plats ^ dont la construction a 
été introduite pour cet effet. 

La ville de Damiette qui subsiste aujourd'hui^ fut bâtie après la ruine 
de l'ancienne ; elle est un peu au-dessus du même côté j elle est devenue 
avec le temps, par son conmierce, une des villes les plus considérables 
de l'Egypte , et Fabord des navires de toutes les nations : elle est à 49 
degrés 35 minutes de longitude et 3i degrés ai minutes de latitude. 
L'ancienne ville pouvoit être plus au nord de a minutes. 

3. a 



I 



elle fut assi^^ 

tan Elmelikul-KAmil: a-^. 

la famine affligeaïiseiit |>oiir 



«ruboucburci du Nil ; Ce Oni 
divine rn Jeux grande* linn 
«l de là »F jelte d(Dt I* Bitrt 
DjBwdjer, petilo «ille «Itu*. 

Achmouto-T.nab , et .1. M. ■ 
chirga dini la mer j I «ulr» , 
ment à la précédente, prcrii' 
pommelé Cis^ de Daiiiieiii-, 
giiiGe extrémité, angle, i-.ila 
te troDTD située entre ep« dri 

Cette «il]« avant l'si^iLt» 
foi»; Jet Empereurs Gr«r. . 
EiKiïiïtdeJ.C.îîS. «!■ 
de Roger, Eoi de Sicilv , U |i 

Lei Princes nroisés l'au d.' 



).r. l: 



le dont 






trenls-uu ansaïaairamï^r.li 
pac les Princes croisji aiiui 
Mcdiin-Eddin r leur an»*", ' 
huiuQics de cavalerie el iSe ijn i 

c'ptt le lufine endroit DÛ S. i 
qui le prouve, c'est que ce 1 
«toil campé l'Émir Faknxl.t.T. 
du Ddu , nommé le Gitt i" ' 
fat la vctraile du Génénl L'..' 
□amiclte par le> Croliéi, :'i 
leur camp d'un fossé {iroroK.i 
avoit à l'emboucbuie Aa Nil 




iC nombrensi 



,y.n 



iiCpidentaleis'en tendlniiii :< 



boacliure du NU, pOiU c: 



DSSMAirUSCKlTS ARABES. ip 

encore quelques jours ; que si ce prince vôuloit les in* 
quîéter, ils seroient toujours les maîtres de s'en défaire. 

Nedjm-Eddin, malgré le triste état où il se trôuvoit> 
ordonna son départ pour Mansoura ; il monta dans son 
bateau de guerre (i) et arriva le mercredi 2 5 delà 
lune de Sefer [9 juin 1 249] ; il mit cette ville en état 
de défense , et toute l'armée étoit occupée à ce travail : 
les bateaux que ce prince avoit commandés^ avant son 
départ , arrivèrent chargés de soldats et de munitions 
de toute espèce; tous ceux qui étoient en état de 
porter les armes venoient se ranger sous ses éten* 
dards; les Arabes surtout s'y rendirent en grand 
nombre. 

Dans le même temps que le Sultan faisoit touâ ces 
préparatifs , les Français ajoutoient de nouvelles for- 
tifications k Damiette et y mettoient une nombreuse 
garnison» 

Le lundi dernier jour de la lune de Rebiul-ewel 
[lundi 12 juillet 1249], l'on conduisit au Caire trente 
six prisonniers Chrétiens, dé ceux qui gardoiént le 
camp contre les courses des Arabes, parmi lesquels 
il y avoit deux cavaliers. Le 5 de la même lune , on y 
en avoit conduit trente-sept ; le 7 , vingt-deux , et 
le 16 [20, 22 et 3o juin], quarante-cinq, parmi les- 
quels il y avoit trois cavaliers. 

Différens princes Chrétiens possesseurs des côtes de 
la Syrie, avoient accompagné les Français, et leurs 

( I ) Bateau de guerre : le terme arabe signifie proprement haleau 
â artifice ; on ae serroit sans doute de ces bateaux pour mettre les 
matières du feu grëgeois et les machines propres à le lancer : Makrizi 
dans rhistoire du premier siège de Damiette, parle beaucoup de ces 
brûlots , et dit même que les Musulmans s^en servoient pour mettre le 
feu aux faîsseam des Chrétiens. 

2. 



20 EXTRAITS 

places se Irouvoient dégarnies : les habitans de Datnas 
choisirent ce temps-là pour mettre le siège devant 
Seyde; cette ville, après quelque résistance, fut obligée 
de se' rendre ; la nouvelle de cette prise portée au 
Caire y causa une joie extrême : elle sembla consoler 
de la perte de Damiette. 

On faisoit presque tous les jours des prisonniers sur 
lés Français : l'on en conduisit cinquante, le i8 de la 
lune de Diemazil-ewel [29 août 1249]- 

La maladie du sultan alloit toujours en empirant , 
et les médecins désespéroient de sa guérison ; il étoit 
attaqué en même temps d'une fistule et d'un ulcère au 
poumon; il expira enfin la nuit du lundi, le i5 de la 
lune de Chaban {lundi 22 novembre], après avoir dé- 
signé pour son successeur, son fils Touran-Cbah. 
Nejdm-Eddin étoit âgé de quarante-quatre ans , et en 
avoit régné dix : ce fut lui qui institua la milice des 
esclaves ou Mainelucs Baharites (i), ainsi appelés parce 

(1) Esclaves Baharites. MeUkuI-Salih-Nedjin-.Eddin, fils de Melikul 
Kamil le pénultième des princes de la dynastie des Eioubites, fraya , 
pour ainsi dire , le chemin du trône à ces Esclares : ce Prioce assiégeait 
Napoulous; ses troupes Pabandonnèrent lâchement; les esclaves Baharites 
soutinrent seuls le -choc de Pennemi, et donnèrent le temps à Nedjm-£d- 
din de se sauver. Depuis cet instaUt, ce Prince leur donna toute sa con- 
fiance : appelé peu de temps^ après par les Égyptiens pour être leur Sultan 
a la place de son frère Melikul- Adil-Sei&Eddin , iIt:ombla de bienfaits ces 
Esclaves et les éleva aux premières dignités de PÉtat. Il quitta le châ- 
teau , résidence ordinaire des Sultans , pour venir habiter celui qu'il 
avait fait construire dans une petite lie nommée Raoudah, viï-à vis le 
vieux Caire; les esclaves Baharites en eurent la garde; et c'est de-là 
qu'ils prirent le nom de Baharites ou Maritimes, les Arabes donnant le 
nom de Mer aux grands fleuves comme à la mer même. L'historien Ma- 
krizi dit que ces Esclaves ou Mamelucs-Baharites étaient au nombre de 
huit cents lors de Texpédition de S. Louis : ce furent eux qui, à la journée 
de la Mansoura, repoussèrent ce Prince, qui était déjà parvenu jusqu'au 



DES MANUSCRITS ARABES. 2r 

qu'ils étoient logés dans le château que ce prince 
avoit fait bâtir dans l'île de Raoudah vis-à-vis le 
Vieux Caire. Cette milice, par la suite , s'empara du 
trône de l'Egypte. ^ . 

' Dès qu'il fut expiré, la sultane Chegeret-Eddur^ 
son épouse, fit venir le général Fakreddin et l'eunuque 
Diemaleddin ; elle leur fit part de la mort dû Sultan, 
et les pria de vouloir bien l'aider à supporter le poids 
du gouvernement dans un temps aussi difficile : tous 
trois résolurent de tenir secrette la mort du Sultan, et 
dagir en son nom, comme s'il eût été vivant; cette 
mort ne devoit être publique qu'après l'arrivée de 
Touran-Chah, à qui l'on expédia courriers sur cour- 
riers. » 

Malgré ces précautions, les Français furent instruits 
de la mort du Sultan-, leur armée aussi-tôt quitta les 

palais du Sultan : ils contribuèreot beaucoup à la deruière Tictoire que 
remportèrent les Égyptiens contre S. Louis : aussi le même historien 
remarque que , depuis ces deux batailles , leur nom et leur pouvoir aug- 
mentèrent beaucoup. Feu de temps après ils assassÎRèrent Touran-Chah, 
dernier Prince de la dynastie des Eioubites , et s^emparèrent du trône. 
Azeddin-Âibegh le Turcoman fut le premier qui y monta, et prit le nom 
de Melikulmuez. Ghegeret-Eddur, son épouse, Payant fait assassiner, son 
61s âgé de douze ans occupa sa place et ne régna que deux ans. Khotouz 
lui succéda. Bibars-Elbondukdari , le même qui à la léte de tous les Ma- 
melucs Baharites chargea avec tant de fureur la cavalerie Française qu^il 
TobUgea d^abandonner la Mansoura , monta sur le trône Tannée 658 de 
rbégire, et de J. C. 1289 , et prit le nom de Melikuldaher j après un règne 
glorieux de dix-sept ans il mourut à Damas : cette dynastie régna e» 
Egypte et en Syrie pendant cent trente-six années, et eut yingt-sept sul- 
tans. Les Mamelucs Baharites étaient Turcs d'origine, et avtient été 
vendus au sultan Nedjm-Eddin par des marchands Syriens. Les Esclaves 
ou Mamelucs Circassiens les détrônèrent à leur tour Paonée de l^égire 
784» et de J. C. i38a, et commencèrent une nouvelle dynastie, qui pofi-< 
séda rÉgypte jusqu'à la conquête de ce royaume par le sultan Selim 
Empereur des Turcs, Tau de Pbégire gaS , et de J. C. i5i 7. 



%% EXTRAITS 

plaines de Damiette et vint camper à Fari^kour (i); 
des bateaux chargés de munitions de guerre et de pro- 
visions de bouche remontoient le Nil et entretenoient 
Fabondance dans leur armée. 

L*émir Fakreddin envoya une lettre au Caire pour 
instruire les habitans de Tapproche des Français , et 
les exhorter à sacrifier leurs biens- et leur vie pour la 
défense de la patrie. Cette lettre fut lue dans la chaire (a) 
delà grande mosquée , et le peuple n'y répondit que par 
des sanglots et des gémissemens; tout étoit dans le 
trouble et la confusion : la mort du Sultan, dont Ton se 
doutoit y augmentoit encore la consternation ; les plus 
lâches songeoient à quitter une ville qu'ils croyoient 
hors d'état de résister aux Français ; les plus coura- 
geux , au contraire, marchoicnt du côté de Mansoura 
pour joindre l'armée Musulmane. 

Le mardi, i**" jour de la lune de Ramadan [mardi 7 
décembre 1249], il y eut quelques légères escarmouches 
entre différens corps de troupes des deux armées; cela 
nVmpécha pas l'armée Française de camper à Char-- 
mesah (3); le lundi d'ensuite septième de la même 
lune [i3 décembre 1249] , elle vint à Bermoun (4). 

Le dimanche, 1 3"**^ jour de la même lune [19 dé- 
cembre], l'armée Chrétienne parut devant la ville de 

(i) Fariskour, ville située sur la riT€ orientale du Nil, à treize milles 
éè Damiette. 

(a) La Chaire : c'^toit la eoutome depuis Mahomet, d^assembler le 
peuple dans les mosquées pour lui annoneer quelque -éTénemeot intéres- 
sant; ses successeurs Tavoient toii)our8 pratiquée. 

. (3) Charmesaky ville située sur la rive orientale du Nil, à quarante- 
trois milles de Damiette. 

(4) Bermoun , jpetite TiHe entre Damiette et la Mansoura , éloignée de 
douze milles de Mansoura. 



DES MANUSCRITS A H A 6 E S. il' 

Mansoura (i);le bras d'Achmoum ëtoit entre eux et 
le camp des Égyptiens. Nasir-Daoud Prince de Karak 
ëtoit à la rive occidentale du Nil avec quelques 
troupes ; les Français tracèrent leur camp^ Tentou- 
rèi*ent d'un fossé profond revêtu d'une palissade ; ih 
dressèrent ensuite leurs machines pour jeter des 
pierres sur l'armée des Égyptiens ; leur flotte arriva 
dans le même temps, et Ton se battoit sur la terre et 
sur Teau. 

Le mercredi iS"** jour de la même lune [mercredi 
II décembre} y six transfuges passèrent au camp des. 
Musulmans , et les instruisirent que l'armée Françiase 
commençoit à manquer de vivres. 

Le jour du Bairam (2) l'on fit prisonnier un sei-^ 
gneur, parent du Roi de France. U ne se passoit 
point de jour qu'il n*y eût quelques rencontres entre 
les deux partis, et les succès étoient variés ; les Musul-^ 
mans tâchoient surtout de faire des prisonniers,^ pour 
être instruits de l'état de l'armée ennemie, et usoient 
pour cela de toutes sortes de stratagèmes. Il y eut un 
soldat du Caire qui s'avisa de mettre sa tête dans un 
melon deau, dont il avoit creusé l'intérieur, et de 
s'approdier ainsi en nageant du camp des Français ; 
un soldat Chrétien ne soupçonnant point la ruse , se 

(i) Mansoura f ville d'Egypte située sur le Nil, presque vis- à -vis 
Djewdjer, dans Pendrok où la branche orientale de ce fleuve est subdi- 
visée en deux branches, dont Tune va à rocctdenl de Damiette, et Fautre 
à Achmoum. Le sultan Melikul-Kamil , après la prise de Damiette par 
les Croisés, Tan de Phégire 616 , eida J. C. 1219» fit bitir cette ville , qui 
se trouve entre le Cake et Damiette, afin d^empèeher les Francs d^avan- 
cer davantage dans TEgypte. Elle est à 53 degrés 3o minutes de longi- 
tude, et 3o degrés 35 minutes de latinde. Maknù. Aboulféda, 

(3) Le grand Bairam le premier de la lun» de Cbewal , fnl le jeud 
6 janvier iiSo. 



26 EXTRAITS- 

raie y que les fuyards avoient augmentée ; les portes dd 
Caire ëtoient restées ouvertes toute la nuit pour les 
recevoir. Un second pigeon , porteur de la nouvelle" de 
la victoire remportée sur les Français y remit le calme 
dans la ville ; la joie succéda à la tristesse , chacun se 
£élicitoit de cet heureux événement; et Ton fit de& 
réjouissances publiques. 

Dès que Touran-Chah eut appris la mort de son pèi^ 
Nedjm-Eddin , il partit de HusnrKeifa ( i ) : ce fut le 
1 5 de la lune de Ramadan qu'il quitta cette ville , suivi 
seulement de cinquante cavaliers ; il arriva à Damas 
vers la fin de la même Lune. Après avoir reçu Thommage 
de tous les Gouverneurs des villes de Syrie , il en partit 
un mercredi 27"'® jour de la lune de Chewal et prit la 
route de l'Egypte : la nouvelle de son arrivée releva le 
courage des Musulmans; la mort de Nedjm-Eddin 
n'avoit pas encore été déclarée publiquement, le ser- 
vice du Sultan se feisoit à l'ordinaire , ses ofiiciers pré- 
paroient sa table comme s'il eût été vivant y et tous les 
ordres étoient donnés , en son nom. La Sultane gou- 
vernoît l'Etçit, et trouvoit dans son génie des ressources 
à tout : dès qu'elle eut appris l'arrivée de Touran-Chah 
àSalieh, elle s'y rendit et se dépouilla de la souveraine 
puissance pour la lui remettre. Ce Prince voulut pa- 
roître à la tête des troupes et prit le chemin de Man- 
soura, oJi il arriva le 5"*« de la lune de Zilkadé [8 fé- 
vrier, ia5o]. 

Des batteaux que l'on envoyoit de Damiette appor- 

oient au camp des Français toutes sortes de provisions 

et y entretenoient l'abondance ; le Nil étoit pour lors 

(1) Husn-Keifa, Tille âe Diarbekir , siiuée sur le bord da Tigre y cUm» 
!a péninsule n>nomar ou Miafarikein. Aboulféâa, 



DES MANUSCRITS ARABE 5. 2 7 

dans sa plus haute crue (i). Touran-Chah fit construire 
plusieurs bateaux et les fit charger tout démontés sur 
des chameaux qui les transportèrent proche le canal 
de Méhalé (a); là ils furent lancés à Feau, diargés de 
troupes et mis en embuscade. Dès que la petite iflotte 
des Français parut devant l'embouchure du canal de 
Méhalé y les Musulmans sortirent de leurs retraites et 
vinrent fondre sur les Français : dans le temps que les 
deux flottes combattoient^ d'autres bateaux partis de 
Mansoura et chargés de soldats Egyptiens , arrivèrent 
et assaillirent les Français ; en vain ils voulurent 
échapper par la fuite ; mille Chrétiens furent tués dans 
l'action , ou faits prisonniers. Par celte victoire , cin- 
quante-deux de leurs bateaux remplis de provisions 
leur furent enlevés, la navigation du Nil et la commu- 
nication entre leur camp et Damiette furent interom- 
pueSy bientôt la disette la plus terrible se fit sentir 
dans leur armée; les Musulmans les entouroient de 
tous côtés , et ils ne pouvoient ni avancer ni reculer. 
Le I*' de la lune de Zilhigé [7 mars laSo], les 
Français surprirent sept bateaux , mais les troupes 
' qui étoient dedans eurent le bonheur d'échapper. Mal- 
gré la supériorité des Égyptiens sur le Nil, les Fran^ * 
çais tentèrent encore une fois de faire venir un convoi 
de Damiette : mais il leur fut enlevé, trente-deux de 

(1) Haute crue. Comment Makrizi peut-il mettre que le Nil étoil dam 
ta plua haute crue, puisque Pou étoit au 8 de février, et que ce fleuve 
n^est dans cet état que dans le mois de septetibre? La date est juste, et 
cet auteur est d'accord arec JioioTille, qui cite le même éyènement un 
jour de caréme-prenant ; c'éloit le mardi ^as. 

(s) Méhalé est une des principales villes du Delta , située à peu de dis- 
tance de la grande branche orientale du Nil. Il y a plusieurs canaux entre 
le NU et Méhalé. 



'jsn 



28 EXTRAITS 

leurs bateaux furent pris et conduits à Mansoura, le g 
de la lune de Zilhigé [i6du même] : cette nouvelle 
perte mit le comble à leurs maux ; ils proposèrent au 
Sultan une trêve, et envoyèrent des ambassadeurs 
pour traiter. L'émir Zeineddin et le cadi Bedreddin 
furent nommes pour conférer avec eux. Les Français 
offrirent de rendre Damiette (i), à condition qu'on 
leur donneroit en échange Jérusalem et quelques autres 

(i) Les Français offrirent de rendre Damiette, Je reviens encore à 
rezpédition des Croisés contre TEgyp^®» ®° Tannée de Phégire 616^ elle 
ressemble en bien des circonstances à celle de S. Louis : Damiette fat 
d^abord prise par les Chrétiens j les deux armées Franques campèrent au 
même endroit^ la communication entre Damiette et leur camp fut in ter- 
rompue j elles furent toutes les deux réduites à la dernière extrémité, «t 
ces deux guerres finirent également par la reddition de Damiette. Pour 
en mieux juger, il faut Toir le détail que fait Makrizi de cette guerre ^ qui 
dura depuis Tannée 616 jusqu'^en 618. 

Le sultan Melikul-Kamil , après la prise de Damiette par les Croisés, 
se retira à deux journées de cette ville, et campa à Pangle formé par la 
branche orientale d^Achmoum, où il bâtit ensuite la ville de Mansoura^ 
les princes croisés quittèrent les plaines de Damiette, et vinrent camper 
vis-à-vis Parmée du Sultan , de Pautre côté de la branche d'Achmoum : la 
communication entre Parmée Chrétienne et Damiette ayant été bientôt 
interrompue, les Croisés offrirent de rendre cette ville, à condition 
qu'on leur céderoit Jérusalem, Ascalon et Tibériadej proposition qui fut 
rejetée : ils se trouvèrent dans le plus grand danger ^ le Sultan fit passer 
de nuit des troupes par le bras d'Achmoum; ces troupes firent une saignée 
sur le bord du Nil, qui était dans sa plus haute crue; tout le camp des 
Croisés fut inondé, il ne leur resta qu'une chaussée étroite ; pour lors le 
Sultan fit jeter des ponts sur la branche d'Achmoum , et fit passer de& 
troupes qui se saisirent de la chaussée : les Croisés brûlèrent leurs tentes , 
leurs machines de guerre , et voulurent prendre la route de Damiette , 
mais il leur fut impossible d'avancer; ils offrirent de rendre cette ville , et 
la paix fut conclue, à cette condition, l'année 618 de Phégire et de J. C* 
1231. L'on ne peut pas douter que l'armée de S. Louis ne fût campée au 
même endroit où Pétoit celle des Croisés, trente-un ans auparavant, c'est- 
à-dire , proche Pentrée du canal d'Achmoum ; puisqu'avec des machines 
de guerre les Français jetaient des pierres dans le camp des Musulmans, 
qui étaient à Mansoura ; le bras d'Achmoum séparait les deux armées. 



DES MANUSCRITS ARABES. 29 

places de la Syrie. Cette proposition fut rejetée et les 
conférences furent rompues. 

Le vendredi 27 de la lune de Zilhigé [vendredi 
I*' avril i25o], les français brûlèrent toutes les ma- 
chines de guerre et les bois de charpente qu'ils avoient , 
et mirent presque tous les bateaux qui leur restoient 
hors d'état de naviguer. 

L'année 648 de l'hégire^ dans la nuit du mardi (1) 
3°**» jour de la lune de Muharrem [mardi 5 avril 
après Quasimodo i25o], toute l'armée Française 
décampa et prit la route de Damiette ; quelques ba- 
teaux qu'ils avoient conservés-, descendirent en même 
temps le Nil. Le mercredi à la pointe du jour, les 
Musulmans s'étant aperçus de la retraite des Fran- 
çais , les poursuivirent et les attaquèrent : le fort du 
combat fut à Fariskour; les Français furent défaits et 
mis en fuite ; dix mille des leurs restèrent sur le champ 
de bataille y d'autres disent trente mille : plus de cent 
mille cavaliers fantassins ou gens de métier furent faits 
esclaves; le butin fut immense en chevaux, mulets, 
tentes et autres richesses; il n'y eut que cent hommes 
de tués du côté des Musulmans : les esclaves Baharites^ 
sous la conduite de Bibars-Elbondukdari , donnèrent 
dans cette action des preuves de leur valeur. Le Roi 
de France, suivi de quelques seigneurs, s'étoit retiré 
sur une petite colline ; il se rendit sous promesse de 
la vie, à Teunuque Djemaleddin-Muhsun-Elsalihi ; il 
fut chargé d'une chaîne de fer, conduit dans cet état à 
Mansoura, et renfermé dans la maison d'Ibrahim- 
ben-Lokman , secrétaire du Sultan , sous la garde de 

(1) La nuit du mardi, JoinTille date cet événement un mardi au soir 
après ToctaTe de Pàquef • 



3o EXTRAITS 

Teunuque Sahil ; le fi'ère du Roi fut pris en même 
temps que lui et conduit dans la même maison : le 
Sultan pourvut à leur subsistance. 

, Le grand nombre d'esclaves que l'on avoit faits em- 
barrassoit ; le Sultan ordonna à Seifeddin-Iousef-ben* 
tardi de les mettre à mort ; toutes les nuits ce cruel 
ministre des vengeances de son maître en faisoit sortir 
trois ou quatre cents des prisons ; et , après leur avoir 
fait couper la tête , il faisoit jeter leurs corps dans le 
Nil : cent mille Français périrent de cette manière. 
^ Le Sultan partit de Mansoura et alla à Fariskour , 
où il fit dresser une tente superbe ; il fit aussi cons- 
truire une tour de bois sur le Nil : délivré d*une 
guerre fâcheuse , il se livra dans cet endroit à toutes 
sortes de débauches. 

La victoire qu'il venoit de remporter étoit trop écla- 
tante pour n'en pas instruire tous les peuples qui lui 
étoient soumis; il écrivit à l'émir Djemal-edden-ben* 
lagmour, gouverneur de Damas ^ une lettre de sa 
propre main ; elle étoit conçue en ces termes ; 

« Grâces soient rendues au Tout-puissant, lui qui 
<c a changé notre tristesse en joie ; c'est à lui seul que 
« nous devons la victoire; les faveurs dont il a daigné 
« nous combler sont innombrables , et la dernière est 
« la plus précieuse. Vous annoncerez au peuple de 
« Damas, ou plutôt à tous les Musulmans, que Dieu 
c< nous a fait remporter une victoire complète sur 
« les Chrétiens , dans le temps qu'ils avoient conjuré 
« notre perte : le lundi premier jour de cette année, 
« nous avons ouvert notre trésor et avons distribué 
ce nos richesses à nos fidèles soldats , nous leur avons 
(( donné des armes; nous avons appelé à notre secours 



DES MANtJSCKtTS ARABES. 3l 

« les tribus Arabes , une multitude innombrable de 
V soldats se sont rangés sous nos étentards : la nuit du 
« mardi au mercredi nos ennemis ont abandonné leur 
ft camp avec tout leur bagage ^ et ont marché vers 
« Damiette ; malgré l'obscurité de la nuit nous les 
« avons poursuivis; trente milledes leurs sontrestés 
« sur la place y sans compter ceux qui se sont préci- 
cc pités dans le Nil; nous avons fait périr et jeter dans 
c( le même fleuve les captifs sans nombre que nous 
<c avions faits : leur Roi s'étoit retiré k Minieh ; il a 
n imploré notre clémence, nous lui avons accordé la 
<c vie y et rendu les honneurs qu'exigeoit sa qualité : 
fc nous avons repris Damiette. » 

Le Sultan avec la lettre envoya le bonnet du Roi , 
qui étoit tombé durant le combat; il étoit d'écarlate, 
garni d'une fourrure de petit-gris ; le Gouverneur de 
Damas mit sur sa tête le bonnet du Roi de France , 
pour faire en public la lecture de cette lettre. Un 
poète fit ces vers à l'occasion de ce bonnet. 

Le bonnet du Français étoit plus blanc que du papier y 
nos sabres Font teint du saog de l'ennemi et ont changé 
sa couleur. 

La vie sombre et retirée que menoit le Sultan avoit 
irrité tous les esprits ; il n'avoit de confiance que dans 
un certain nombre de favoris, qu'il avoit amenés avec 
lui de Husn-Keifa ; il les avoit revêtus des premières 
charges de l'État, dont il avoit dépouillé les anciens 
serviteurs de son père ; il témoignoit surtout une haine 
implacable contre les esclaves Baharites, quoiqu'ils 
eussent tant contribué à la dernière victoire ; ses dé- 
bauches épuisoient ses revenus ^ et, pour y subvenir, il 



32 EXTRAITS 

obligea la sultane Chegeret-Eddur de lui rendre 
compte des richesses de Nedjm-Eddin son père : la Sul- 
tane effrayée implora la protection des esclaves Bafaa- 
rites ; elle leur représenta les services qu'elle avoit 
rendus à l'Etat, dans des temps difficiles, et l'ingrati- 
tude de Touran-Chah , qui lui devoit la couronne qu'il 
portoit Ces esclaves, déjà irrités contre Touran-Chah, 
ne balancèrent pas à prendre le parti de la Sultane; ils 
résolurent d'assassiner ce Prince ; et , pour exécuter 
leur dessein, choisirent l'instant qu'il étoit à table ; 
Bibars - Elbondukdari lui porta le premier coup de 
sabre , qu'il para avec sa main , mais ses doigts furent 
coupés ; il s'enfuit dans la tour de bois qu'il avoit fait 
construire sur le bord du Nil et qui étoit à peu de 
distance de sa tente; les conjurés le poursuivirent, et 
voyant qu'il avoit fermé la porte, ils y mirent le feu : 
toute l'armée étoit présente ; mais ^ comme ce Prince 
étoit généralement détesté , personne ne prit sa dé- 
fense ; en vain il crioit du haut de la tour, qu'il abdir 
quoit la royauté et qu'il s'en retourneroit à Husn-Kei- 
fa, les assassins furent inflexibles. Enfin les flammes 
gagnant la tour, il se jeta dans le Nil; ses habits en 
tombant s'accrochèrent, et il resta quelque temps sus- 
pendu; dans cet état il reçut plusieurs coups de sabre, 
il tomba ensuite dans le fleuve où il expira ; ainsi le 
fer, le feu et l'eau contribuèrent à lui arracher la vie : 
son corps resta trois jours sur le bord du Nil, sans 
que personne osât lui donner la sépulture ; l'ambassa- 
deur du Khalife de Bagdad obtint cette grâce et le fit 
ensevelir. 

Ce Prince cruel en montant sur le trône avoit fait 
étrangler son frère, nommé Adil-Chah; quatre.es- 



DES MANUSCRITS ARABES. 3i$ 

* 

ckvcs Baharites avoiènt été chargés de cette exécution: 
ce fratricide ne resta pas impuni , et lies quatre mêmes 
esclaves furent les plus acharnés à le £eiire périr. Dans ce 
prince s'éteignit la dynastie des Eioubites , qui avoit 
possédé l'Egypte quatre-vingts années sou» huit difFé- 
rens rois. 

Après le massacre de Touran-Ghah, la sultane Chege- 
ret-Eddur fut déclarée souveraine de l'Egypte 3 c'est la 
première esclave qui ait régné dans ce pays : cette prin- 
cesse étoit Turque, d'autres disent Arménienne j le sul- 
tan Nedjm-Eddin l'avoit achetée et raimôit si éperdue- 
ment, qu'il la menoit à la guerre avec lui et ne la quittoit 
jamais : elle eut un fils de ce sultan, qui fut nommé 
Khalil, et qui étoit mort en bas âge. L'émir Azeddin- 
Aibegh , Turcoman de nation , fut nommé général des 
troupes ; le nom de la Sultane fut mis siir la monhoie. 

L'émir Abou-Ali fut nommé pour traiter avec le roi 
de France, de sa rançon et de la reddition de Damiette t 
après bien des conférences et des contestations , il fut 
arrêté que les Français évacueroient Damiette, et que 
le Roi et tous les prisonniers qui étoient en Egypte au- 
roient leur)iberté, sous la condition de payer comptant 
la moitié de la somme qu'on fixeroit pour la rançon. Le 
roi de France commanda au gouverneur de Damiette 
de rendre cette ville ; mais il refusa d'obéir, et il fallut 
de nouveaux ordres : enfin cette ville rentra sous le pou- 
voir des Musulmans, après avoir resté onze mois entre 
les mains des ennemis ; le Roi paya quatre cent mille 
pièces d'or, tant pour sa rançon que pour celles de la 
Reine, de son frère et des autres seigneurs qui étoient 
avec lui ; tous les Francs qui avoient été pris sous les 
règnes des sultans Hadil-Kanul, Salih^-Nedjm-i^Eddin et 
3. 3 



31 EXTRAITS 

■'..'■ ~ ■ 

*Toûraa-Cliah furent délivrés ; ils étoient au nombre de 
'doute mille cent hommes et dix femmes. Le Roi avec 
tous les Français passa à la rive occidentale du I^il et 
Rembarqua un samedi pour Âci*e [ samedi 7 mai isiSo. 
Joinville met le samedi après F Ascension ]. 

Le poète Essahib-Giémal-Edden-ben-Matroub, fit 
à l'occasion du départ de ce Érince les vers suivans : 

Portezauroide France^ lorsque vous le verrez ^ ces 
paroles tracées par un partisan de La vérité : 

La mort des serviteurs du Meàsie a été la recom- 
pense que Dieu vous 9 donnée. 

Vous avez abordé en Egypte , comptant vous en em- 
parer; vous vous étiez imaginé qu'elle u'étoil peuplée 
que de gens lâches, 6 vous! qui êtes un tambour 
rempli de vent. 

Yous croyiez que le moment de perdre les Musul- 
mans éloit venu ^ et cette fausse idée a aplani à vos 
yeux toutes les difficultés. 

Far votre belle conduite vous avez abandonné vos 
soldats dans les plaines de l'EgyptCi et le tombeau s'est 
entr'ouvert sous leurs pas. 

Que reste-t-il de soixante dix mille qui vous accom* 
pagnoient? des morts, des blessés, ou des prisonniers! 

Que.Dieu vous inspire souvent de pareils desseins; 
ils causeront la ruine de tous les Chrétiens , et VEr- 
gypte n^a^ra plvis rien à redouter de leur fureur. 

Sans doute ^os prêtres vous annonçoient des vic- 
toires; leurs prédictions étoient fausses. 

cr Bi^pportezrvous en à ua oracle plus édairé : 

Si le desîr de la vengeance vous pousse à retourner 
en'Égypte, il vous assure que la maison de Lockraian 



/ 



DES MAKtISCKiTS ARABES. 35 

subsiste encore , que la chaîne est toute prête et que 
Tennuque est éveillé (i). 

Uon fit des réjouissances au Caire et dans toute l'É* 
gypte au sujet de la reddition de Damiette; Farmée 
quitta son camp et retourna dans la capitale ; la Sultane 
combla de présens les officiers , et ses libéralités s'éten- 
dirent jusqu'au moindre soldat. 
g. Le roi de France (2) aprës avoir échappé heureu- 
sèment des mains des Egyptiens, résolut de porter la 
guerre dans le royaume de Tunis; il choisit le temps 
qu'une disette affreuse ravageoit l'Afrique : il envoya 
un ambassadeur au Pape , que les Chrétiens regardent 
comme le vicaire du Messie , ce pontife lui donna la 
permission de prendre pour cette guerre le bien des 

(1) Le poète fait ici aJlusioo à la prison où S. Louis fut mis , et à Peu- 
nuque qui le garâoit. 

(a) Le roi de France, Les Egyptiens se repentirent d'avoir laissé écbap- 
per ce prince de leurs mains ; le bruit courût plusieurs fois qu'il méditoît 
de nouveau de porter la guerre en Egypte. Makrizi) dans son livre de la 
description de ce royaume, dit que ce bruit se renouvela sous le règne 
deBibars-EIbondukdarij ce Sultan assembla son conseil, et il fut résolu, 
pour être a portée de secourir la nouvelle Damiette quivenoit d*^rehAtie 
proche l'ancienne , qui avoit été ruinée , de construire un pont depuii 
Kiloub jusqu'à cette ville : Kiloub est un village éloigné de Damiett* de 
deux jours de marche \ quand le Nil est dans sa hauteur, les chemins, de- 
puis ce village jusqu'à cette ville, sont impraticables. L'émir Achoub^ un 
des principaux Mamelucs, eut la direction de cet ouvrage j trente miUe 
' hommes furent employés à la construction de ce pont, et six centt bœufs 
transportoient les terres et les matériaux : le pont fut achevé en un mois;^ 
il avoit de longueur deux journées de marche . et «x cavaliert pouvaient 
y passer de front. Au reste oe pont ne devoit pas être fo^t élevé, puisqu'il 
n'étoit pas bâti sur le Mil , où il eût été impossible d'en construire ^ ce qui 
prouve qu'il étoit bâti sur les terres, c'est qu'il ne deVoit servir que dans 
Pinondation : c'étoit plutôt une chaïusée qu'un pont { elle étoit assez élevée 
pom- être à fabri du débordement du Nil. On en construit encore aujour i 
dtMÛ de yrdllesy pour etnpéclinr qu^in tarrein ne soU inondé. 

i. 



3*6 EXTRAITS 

églises : il envoya aussi des ambassadeurs à tous les 
rois de la Chrétienté, pour leur xlemander du«ecours 
et les engager à se joindre à lui : les rois d'Angleterre, 
d'Ecosse et d'Arragon ; le comte de Toulouse et plu- 
sieurs autres princes Chrétiens se rendirent à son invi- 
tation. 

Abouabdoullah^Muhammed - Elmoustausir - Billah , 
fils de l'émir Abizikeria, règnoit pour lors à Tunis; 
le bruit de cet armement destiné contre lui parvînt k 
sa connaissance ; il envoya un ambassadeur au roi de 
France pour lui demander la paix moyennant quatre- 
vingt mille pièces d'or ; le Roi reçut la somme et n'en 
porta pas moins ses armes en Afrique ; il aborda sur 
le rivage des plaines de Carthage , et mit lé siège de- 
vant Tunis le dernier de la lune de Zilkadé, l'aîinée 
668 [21 juillet la-jo ] de l'hégire; son armée étoit 
composée de trente mille hommes d'infanterie et six 
mille de cavalerie ; le siège dura six mois. Le 1 5 <lu 
mois de Muharrem , premier mois dé l'année 669 , il 
y eut une bataille sanglante , qui fit périr beaucoup 
de monde des deux côtés ; les Tunisiens étoient près 
de succomber, lorsque la mort du roi de France chan- 
gea la face des affaires ; les Français ne songèrent plus 
qu'à faire la paix et à s'en retourner dans leur pays. 
Un certain Ismaèl-Erreian , habitant de Tunis, fit pen- 
dant le siège les vers suivant : 

Français , ignores-tu que Tunis est la sœur du Caire ? 
songe au sort qui t'attend ; tu trouveras devant cette 
ville le tombeau au lieu de la maison de.Lokman ; et les 
deux terribles anges Munkiret Nakir ( i ) remplaceront 
Teunuque Sahil. 

(3) Munkir et JYahir : Ce sont dea>: anges qui^ selon la croyance des 



DES M AlfÙSC RI TS* ARA.BES. Î7 

Ce roi de France avoit l'esprit fin et artificieux (2). 

Musulmaos, interrogent le mort aussitôt qu^il est dans le tombeau j ils 
commencent Finterrogation par ces paroles : « Qui est ton Seigneur? et^ 
qui est ton Prophète ? » 

(a) j?( artificieux. Il est honteux pour Mi^rizi , historien d^ailleurs as- 
sez fidèle, de s^étre laissé séduire par TaTersion qui règne ordinairement 
chez' les Musulmans contre les Chrétiens. Aboul-Mduassen, autre auteur 
Musulman, rend plus de justice à S. Louis; Toici le portrait qu'il fait de 
ce prince : « Le roi de France .étoit d'une belle figure; il avoit dePesprit^ 
« de la fermeté et de la religion : ses belles qualités lui attiroient la Vé- 
<c nération des Chrétiens , qui aToient en lui une extrême confiaQce^ 24 
(Voyez Fextrait de cet historien, ci-aprés^age 43 '^^ 



38 EXTRAITS 



EXTRAIT 



MANUSCRIT ARA.be 



intitule: 



Ennu(fjioum ussahiràk fi Mulouh masr vê 

Kahirahs 



C*EtT-A-DlRB': 



LES ETOILES FLORISSANTES SUR LES ROIS 
D'EGYPTE ET DU CAIRE ; 

Composées par Gemal-Eddin-Âboalmoasen-Ionsef , fiU de Makar-Tagri-Bardi ^ 
Intendant des deux royaumes de Damas et d'Alep. 



JLi'ANKÉE de l'hégire 6^6 [an de J. C. 1248], Salih- 
Nedjm-Eddin, prince de la race des Eioubites, régnoit 
en Egypte ; il étoit en guerre avec le sultan d'Alep au 
sujet de Hums, et il assiégeoit en personne cette ville; 
treize béliers, dont il y en avait un d*une grandeur dé- 
mesurée, battoient la place jour et nuit; et il espéroit 
s'en rendre bientôt le maître , malgré les rigueurs de 
la saison ; car c'étoit pendant l'hiver qu'il faisoit ce siège» 
Hums étoit vivement pressé ; mais le sultan d'Egy te 
apprend. que les Francs menacent ses Etats; cette nou- 
velle jointe au dérangement de sa santé, lui fait prêter 
Toreille à des propositions de paix; il la conclut , part 
en litière pour l'Egypte > et arrive à Achmoum-Tanah 



i 



DES MATTUSCRIirs ARABES. ^9^ 

au commencement .de Tannée de Vltégire 647 [ 1^9]- 
Le bruit qui avoit couru de Texpédition des France 
lui est confirmé ; il sait que la flotte Française a hiver- 
né dans rtle de Chypre , et qu'elle porte un nombre in- 
fini de soldats commandés par le roi de France , un 
des pins puissants monarques de la Chrétienté &t le 
Prince le plus couragteux de son temps. 

Medjm-Eddin ne douta point que le premier effort 
des Chrétiens ne fût contre Damiette; il pourvut cette 
ville de munitions de guerre et de bouche , et y tnit 
une garnison nombreuse; Fakreddin, général de ses 
armées, couvroit la ville avec un corps de troupes. La 
flotte Française parut enfin dans le mois de Sefer, {et 
mouilla vis-à-vis le camp de Fakreddin; le lendemain 
les Français débarquèrent sur le même terrein où étoit 
campé le général Égyptien ; le^ Chrétiens descendus 
à terre marchèrent contre lui ; les émirs Nedjm-Eddin 
et Veziri ayant été tués dans ce premier choc , Fa- 
kreddin; se retira en désordre , passai le Nil sur un poitft 
et se retira jusqu'à AchmouDfl-Tanah. ~ 

La garnison et les habitans de Damiette, térxTpins 
de la fuite de l'armée Musulirïané, eurent peur à leur 
tour; ils abandonnèrent la ville pendant la nuit; le 
lendemain matin les Français s'en emparèrent sans coup 
férir, et y trouvèrent un amas prodigieux d'armes, 
de machines de guerre et de provisions de bouche. La 
lâche retraitre de Fakreddin fut la cause de la perte 
de cette place, quiauroitpu résister long-tenips ; elle 
avoit soutenu trente-deux années auparavant , un siège 
de plus de douze mois , quoiqu'elle ne ftit ni si bien 
fortifiée ni si bien munie. 

Le Sultan au désespoir «é celte perte, fit pendre 



4o EXTRAITS 

toute la garnison et se retira à Mansoura ; il fit publier 
dans toute l'Egypte , que ceux qui étoient en état de 
porter les armes se rendissent à son camp : il se . vit 
par ce moyen à la tête d'une armée nombreuse , corn- 
poséç d'Egyptiens et d'Arabes. 

Plusieurs mois se passèrent à s'observer mutuelle- 
ment et à tâcher de se surprendt*e ; il y avoit tous lç& 
jours des escarmouches entre les différens corps des 
deux armées. Cependant la maladie du Sultan empi- 
roit , et les médecins désespéroient de sa guérison : îl 
expira dans le mois deChaban, l'année 647 [1249]» 
après avoir régné neuf ans sept mois et vingt jours ; 
Prince qui par ses grandes qualités ^ eût effacé tous ses 
prédécesseurs, si elles n'avoient été ternies par ses 
cruautés et par un orgueil insupportable ; aussi ^ malgré 
la crise violente où étoit l'Egypte, Nedjm-Eddin fut 
peu regretté de ses peuples; ses ministres, ses courti- 
sans et $e& domestiques se réjouirent de la mort d'un 
prince .devant lequel ils trembloient continuellement 
pour leur vie. • 

La sultane Chegeret-Eddur gouverna l'état jusqu'à 
l'arrivée de Touran-Cbah , fils de Nedjm-Eddin, qui, 
prit possession du trône au commencement de l'année 
de l'hégire 6^8 [ i25o ]. Les premiers momens du règne 
de ce prince furent d'un heureux présage pour les Mu* 
sulmans ; le jour qu'il prit le commandement de l'ar- 
mée, ses troupes remportèrent quelque avantage sur 
les ennemis. 

Les Français étoient campés depuis quelques mois 
proche Mansoura ; les Egyptiens les harceloient con- 
tinuellement : tous ces petits combats, joints à la ma- 
ladie qui se mit dans l'ariflée Chrétienne et à la difïî- 



DES MANUSCRITS ARABES. ^t 

Gulté qu'elle avoit de faire venir des vivres, Tavoient 
considérablement diminuée ; là mortalité s'étendit jus- 
qu'aux chevaux j enfin le Roi, voyant le triste état de 
ses troupes, >prit la résolution de décamper pendant la 
nuit, et de retourner à Damiette ; pour faciliter sa 
retraite , il fit construire sur le Nil un pont d'arbres 
de pin ; mais le de^ein des Français ne put être si 
scret que les Égyptiens n'en fussent instruits ; ils 
passent sur le même pont que leurs ennemis, les attei- 
gnent, et malgré l'obscurité de la nuit, les attaquent. 
Les Français investis de tous côtés ne font qu'une foible 
résbtance , et se retirent en désordre à un village ap* 
pelé Minieh : tandis que l'on se battoit sur terre , la 
flotte Égyptienne attaque sur le Nil celle des Français ; 
tous leurs batteaux sont pris , et ceux qui les montent 
sont faits prisonniers; le Roi, suivi de cinq cents cava- 
liers des plus braves de son armée , s'étoit retranché 
dans la maison d'Abiabdaellah , seigneur du Minieh ; 
ce prince témoin de la déroute de ses troupes , vit bien 
que la résistance étoit inutile , et qu'il y auroit plutôt 
de la fureur que du courage de combattre contre une 
armée entière avec si peu de monde ; il fit appeler 
l'eunuque Rechid et l'émir Seifeddin-Elkanieri , et 
consentit à mettre bas les armes, à condition qu'on 
lui accorderoit la vie et à toute sa troupe. Les Égyp- 
tiens cependant poursuivirent toujours les Français, 
et ils furent tous massacrés , excepté deux cavaliers qui 
poussèrent leurs chevaux dans le Nil , et rencontrèrent 
dans les eaux de ce fleuve la mort qu'ils avoient voulu 
éviter sur terre ; les tentes , le bagage des Chrétiens 
furent la proie des vainqueurs , qui firent un butin im- 
mense. 



4^ EXTRAITS 

•Le roi de France fut embarque sur le Nil dansrtFâ 
bateau de guerre ; il ëtoit escorte d'un nombre infini de 
barques égyptiennes, qui le conduisoient en triomphe ; 
les tambours et les timbales se faisoient entendre. L'ar- 
mëe Egyptienne étoit sur la rive occidentale de ce 
fleuve , et marchoit à mesure que la flotte avançoit^ 
les prisonniers suivoient larmée , les mains liées avec 
des cordes ; les Arabes étoient sur la rive orientale du 
Nil ; la joie éclatoit sur tous les visages, et chacun se 
félicitoit d'un événement aussi heureux. 

Saad-Eddin rapporte dans son histoire, que si le roi 
de France eût voulti il se seroit sauvé, soit à cheval , 
soit dans un bateau ; mais ce prince n'abandonna 
jamais ses troupes , et il ne cessoit. de les animer au 
combat. L'on fit vingt mille prisonniers, parmi lesquels 
il y avoit des princes et des comtes , et il y eut sept 
mille hommes de tués. Le même historien dit qu'il se 
transporta sur le champ de balaiUe, qui étoit tout 
couvert de corps morts : ce qu'il y cul de plus^ extra- 
ordinaire , c'est (pi^'ii'ne përit pas plus de ceM Musut 
mans. 

Le Sultan euToya aux princes et aux comtes qui 
avoient été pris , des babits au nombre de cinquante ; 
tous s'en revêtirent^ le Roi seul dédaigna (i) de se 
soumettre à cet usage ; il dit fièrement qu'il étoit sou- 
verain d*un royaume aussi vaste que l'Egypte , et qu'il 
étoit indigne de lui de se revêtir de l'habit d'un autre 
roi. Le Sultan fit préparer un grand repas et le fit prier 
de s'y trouver ; mais le Roi fut également inflexible ; if 

* 

(i) D€daigna, Uusage de distribner des habits subsiste encore aujour- 
d'hui dans POrieiit : S. Louié avoit d'anUat pkis de raiflôn de ne point se 
soumettre à ce cérémonial , qu'il ne se pratique jamais que du^upérimir s 
Finférieur. 



DES MANUSCRITS ÀKABE s; 4^' 

ne dissimula point qu'il déméloit à traders les politesses 
du Sultan , l'envie qu'il avoit de le donner en spectacle 
à son armëe. Ce prince étoit d'une belle figure ; il avoit 
de l'esprit , de la fermeté et de la religion ; ses belles 
qualités lui attiroient la vénération des Cbrétiens, qui 
avoient en lui une extrême confiance. Quelques his- 
toriens ont assuré que Ton avcnt enfermé ce prince à 
Mansoura dans la maison de Lokman ^ sous la garde 
d'un eunuque y qui avoit ordre de le traiter avec tons 
les ^ards dûs à un roi ; d'autres disent qu'il fut con* 
duit au Caire et mis dans la maison de Lokman : ce 
sentiment me paroît le plus probable. 

Touran-Cbah ^ après la bataille ^ fit massacrer tous 
les prisonniers; il ne réserva que les gens d'art ou de 
métier qui pouvoient lui être utiles : il fit part au 
gouverneur de Damas de la victoire qu'il venoit de 
reniporter, et lui envoya le bonnet du roi des Fran- 
^ çais, que ce prince avoit laissé tomber dans la chaleur 
du combat. Le gouverneur mit sur sa tête ce bonnet, 
et envoya , à cette occasion, ces deux vers en réponse 
au Sultan : 

Dieuy sans doute, vous destine à la conquête de l'u- 
nivers , et vous allez marcher de victoire eu victoire. 
Qui peut en douter ? puisque vos esclaves se couvrent 
dë)k des dépouilles que vous faites sur les rois. 

Le roi. de France resta prisonnier jusqu'à la mort 
de Touran-chah, qui fut assassiné par les esclaves 6a- 
harites. Hussam-Ëddin-ben-ali futi nommé pour trair> 
ter avec le prince vaincu ; les conditions furent qu'il 
rendroit Damiette^ et qu'il payeroit lasomis^e de cin^ 
cent mille pièces d'or pour sa ranço^: et celle de tous 



44 EXTRAITS 

les Français : il partit pour cette ville, suivi d'un d^ 
tachement de l'armée Égjrptienne ; mais quel fut Tâ- 
tonnement dé ce prince, quand il vit les éteadar4s 
Musulmans qui étoiçnt déjà arborés sur Les remparts 
de Damiette ! il changea de couleur , et ne doutant 
point qu'il n'eût été trahi, il perdit toute espérance de 
liberté : c'étoit le sentiment de Hussam-Eddin , qui 
vouloit profiter de cet événement ; mais le turcomaii 
Aibegh-Elsalihi qui gouvernoit l'Egypte, et les autres 
Mameluks Bahari tes, n'y voulurent jamais consentir^ 
la crainte de perdre les cinq cent mille pièces d'or fut 
la cause d'une générosité qui n'étoit que. feinte, et 
qu'ils pallièrent du spécieux prétexte de ne point man- 
quer à la fidélité qu'on doit aux traités. Hussam-Eddin^ 
durant les conférences qu!il eut avec le roi de France., 
lui demanda de combien de soldats étoit composée son 
armée quand il aborda à Damiette ; il lui répondit qu'il 
avoit neuf mille cinq cents hommes de cavalerie et cent 
trente mille hommes d'infanterie , en y comprenant les 
ouvriers et les domestiques. 

Saad-Eddin, que j'ai déjà cité, rapporte ce qui. re- 
garde la reddition de Damiette d'une autre manière; il 
dit que les conditions furent, que les Français ren- 
droient Damiette , qu'ils pay croient la somme de huit 
cent mille pièces d'or, en dédommagement des muni- 
tions de guerre et de bouche qu'ils avoient trouvées 
dans cette ville lors de sa prise, et qu'ils délivreroient 
tous les prisonniers Musulmans qu'ils avoient faits- 
' durant la guerre : ils jurèrent d'observer ce traité, et 
une partie de l'armée se mit en marche pour e» 
prendre possession.' Lés troupes Egyptiennes, inca-. 
pables de discipline, entrèrent dans Damiette comme 



DES MAIfUSCKITS ARABES. 4^ 

dans une place prise d'assaut ; elles commencèrent par 
piller et par égorger les Français qui y étoient; leurs 
officiers furent obligés d'employer la force pour faire 
cesser le carnage et les faire sortir de la ville ; l'on es- 
tima les munitions qui y étoient , quatre cent mille 
pièces d'or^ que l'on diminua sur les huit cent mille que 
Ton devoit recevoir ; le Roi paya les quatre cent mille 
qui restoient, et eut la liberté de quitter l'Egypte; il 
s'embarqua sur les trois heures après midi : dès qu'il fut 
au large , il envoya par une chaloupe un ambassadeur 
aux Mameluks; celui-ci, s'étant présenté devant eux, 
leur dit, par l'ordre de son roi, qu'il n'avoit jamais 
tîonnu personne qui eût moins de religion , de recon*- 
noissahce et d'esprit qu'eux ; qu'ils avoient montré leur 
peu de religion et leur ingratitude en massacrant leur 
sultan , dont la personne étôit sacrée pour eux et qui 
étoit le fils (i) de leur fondateur et de leur bienfai- 
teur; que, pour l'esprit^ ils avoient prouvé qu'ils n'en 
avoient point, en relâchant pour une somme modique 
un prince comme lui, qui étoit le maître de la met* 
et qui auroit donné son royaume pour recouvrer la 
liberté. Ce prince, de retour dans son pays, méditoit 
une seconde expédition contre l'Egypte ; Ton se repentit 
de l'avoir laissé partir ; mais la mort prévint ses desseins^ 

(i) Le fils. Nedjm-Eddin, père de Touran-chah, avoit institué la mi- 
lice des esclaves Baharites. Voyez la note page 20. 



I . 



46 EXTRAITS 

EXTRAIT 

D'UN 

MANUSCRIT ARABE, 

IltTITUtS: 

Elmuthasarji ihbar Elbecher y 

bis 

ABRÉGÉ DE UHISTOIRE UNIVERSELLE. 

L*Aatettr de ce Livre eit le iultati Abotilféda , Priucé de Hamafa. 



JLj'awwêe de l'hégire 647 [1M9]? ^^ roi de France, 
un des plus puissants monarques de la Chrétienté , 
hiverna dans l'île de Chypre ; il parut ensuite avec 
toute sa flotte devant Damiette* Le sultan Nedjm-Ed- 
din régnoit alors en Egypte; il étoit instruit depuis 
long-temps des desseins des Français , et il ne doutoit 
point que Damiette ne fut la première conquête qu'ils 
tenteroient ; il avoit fait fortifier cette place , et y avoit 
amassé des munitions de guerre et des provisions de 
bouche ; la tribu de Beni-Kénané renommée par son 
courage, en formoitla garnison : le Sultan, non content 
de toutes ces dispositions , avoit envoyé Fakreddin à 
la tête d'un corps nombreux de troupes pour s'opposer 
au débarquement des Français; mais, lorsque leur 
(lotte parut, ce général j loin de les empêcher . de 



DES MAirUSCRlTS ARABES. 47 

mettre pied à terre , passa de la rive occidentale du 
Nil à l'orientale; toute Tarmée ennemie débarqua le 9 
de la lune de Sefer, et campa sur la rive occidentale 
du Nil. 

L'arrivée des Français et la retraite de Fakreddin 
remplirent de crainte les habitansde Damiettef la gar** 
nison abandonna lâchement la ville et en laissa les 
portes ouvertes; c'est ainsi que cette place impor* 
tante tomba entre les mains des Français ^ avec toutes 
les munitions de guerre et d^ bouche qui y étoient 
renfermées. Nedjm-Eddin au désespoir de la prise de 
Damiette, malgré la foiblesse où il étoit, vint en per-^ 
sonne à Mansoura pour combattre les. François; ce 
sultan étoit attaqué d'une fistule et d'un ulcère au 
poumon, il trainoit depuis long-temps une vie languis- 
sante; il expira enfin dans la quarantième année de son 
âge y après avoir régné neuf ans huit mois et vingt jours. 
Ce prince étoit courageux, entreprenant et plus oc- 
cupé des afiàires du gouvernement que de ses plaisirs; 
il vouloitétre instruit de tout par lui-même, et aucun 
de ses ministres n'auroit osé agir sans ses ordres; il ne 
croyoit point qu'il fût de la majesté d'un sultan de 
conférer avec des sujets ; aussi parioit-il fort peu ; ses 
domestiques ne l'abordoient qu'en tremblant; toutes 
les afiàires se traitoient par des mémoires, auxquels 
il répondoit lui-même. 

Dès qu'il fut expiré , la sultane Chegeret-Eddur en 
fit part au général Fakreddin et à l'eunuque Djemal- 
Eddin-Muhsun ; ils résolurent de tenir secrette la mort 
de Nedjm-Eddin, dans la crainte que cette perte ne 
devint favorable aux Français, et les ordres furent don- 
nés, au nom du Sultan défunt, comme s'il eût été en- 



48 EXTRAITS 

core en vie : l'on expédia un courrier à Touran-Chab 
son fils; Fakreddin l'exhortoit à se rendre au plutôt en 
Egypte pour venir prendre possession du trône, et 
le défendre contre les ennemis qui Tattaquoient. 

Malgré toutes les précautions, la nouvelle de la 
mort du Sultan ne laissa pas de transpirer ; les Fran<» 
çais résolurent de profiter d'un événement qui leur 
étoit si avantageux ; toute leur armée quitta les plaines 
de Damiette , et vint camper aux environs de Mansoura ; 
il y eut à la fin du mois de Ramadan une action très- 
vive entre les deux armées, et un grand nombre de 
gens de distinction et d'officiers y périrent parmi les 
Musulmans : les Français après le combat vinrent à 
Gharmesah. 

Un mercredi 2 5™^ de la lune de Zilhigé, à la pointe 
du jour, un corps de leurs troupes donna l'alarme dans 
Mansoura; le général Fakreddin étoit pour lors au 
bain ; il monta aussitôt à cheval, mais il fut entouré 
de tous côtés et percé de coups ; sans les esclaves Ba- 
harites tout étoit perdu ; ils rallièrent les fuyards et 
chaînèrent les Français avec tant de furie, qu'ils les 
obligèrent de reculer à leur tour, et d'abandonner la 
ViUe. 

Dès que Touran-Chah eut appris la mort de son père,- 
il se mit en marche et arriva à Damas dans le mois de 
Ramadan; de là il partit pour Mansoura, où il arriva 
un jeudi '^i"*" de la lune de Zilkadé. 

Il se passoitpeu de jours qu'il n'y edt quelque action 
entre les deux armées, et l'on se battoit avec acharne- 
ment sur la terre et sur l'eau ; la flotte des Egyptiens^ 
attaqua celle des Français sur le Nil : trente-deux de 
leurs bateaux furent pris; cette perte les afibiblit ^ et ils 



DGSMA.KUaCRITaAKABE9. 49 

(iSrireot de i-eodre DainieUe, pourvu qu'on leur don- 
Dât CD échange Jérusalem et quelques places maritimes 
de la côle de Syrie; mais ces propositions furent reje- 
tées : bientôt une famine affreuse se mit dans leur armée; 
la communication entre Damiette et leur camp étoit 
interi-ompue; enfin la nuit du mercredi 3"" jour de 
ta Inné de MuLarrem l'année 648, ils se mirent en 
marche et prirent le chemin de Damiette; les Égyp- 
tiens les atteignirent à la pointe du jour et en Grent un 
carnage terri M e ; plus de trente mille Français res- 
tèrent sur la place; leur Roi et tous les seigneurs qui 
Taccompagnoient furent faits prisonniers et conduits à 
Mansoura : ce prince fut chargé de chaînes et enfermé 
dans la maison deFahreddin-Lokman. 

Touran-Cliah, après cette victoire, alla à Fariskour, 
ou il fit bâtir une tour iur le Iiord du fiil ; les esclaves 
Baharites méconteas de ce prince l'assassinèrent dans 
sa lente; Bihars, qui fijt ensuite roi d'Egypte, lui 
porta le premier coup; ce prince se réfugia dans sa 
tour, mais les conjurés y ayant mis le feu, il fut obligé 
de se précipiter dans le Nil, où ils achevèrent de lui 
ôter la vie à coups de flèches ; Chegeret-Eddur fut pro- 
clamée reine d'Egypte, et le Turcoraan Azzeddin- 
^begh devint général des armées. Ce fut sous Je règne 
de cette princesse que le roi de France traita de sa 
rançon; il olTrit de rendie Dumiette, les conditions 
furent acceptées , et il recouvra la liberté avec tous les 
Français qui étoient en Egypte; Damiette fut remise 
aux Musulmans un vendredi troisième jour de la lune 
de Scfcr, et le lendemain le Roi s'embarqua pour 
Acre. 



48 EXTRAITE 

core en vie : Toa expédia un courrier à Touran-Chab 
son fils; Fakreddin Fexhortoit à se rendre au plutôt en 
Egypte pour venir prendre possession du trône, et 
le défendre contre les ennemis qui Fattaquoient. 

Maleré toutes les précautions, la nouvelle de la 
mort au Sultan ne laissa pas de transpirer ; les Fran<» 
çais résolurent de profiter d'un événement qui leur 
étoit si avantageux ; toute leur armée quitta les plaines 
de Damiette , et vint camper aux environs de Mansoiira ; 
il y eut à la fin du mois de Ramadan une action très* 
vive entre les deux armées, et un grand nombre de 
gens de distinction et d'officiers y périrent parmi les 
Musulmans : les Français après le combat vinrent à 
Gharmesah. 

Un mercredi 25™«de la lune de Zilhigé, à la pointe 
du jour, un corps de leurs troupes donna l'alarme dans 
Mansoura; le général Fakreddin étoit pour lors au 
bain ; il monta aussitôt à cheval, mais il fut entouré 
de tous côtés et percé de coups ; sans Içs esclaves Ba- 
harites tout étoit perdu ; ils rallièrent les fuyards et 
chaînèrent les Français avec tant de furie, qu'ils les 
obligèrent de reculer à leur tour, et d'abandonner la 
ViUe. 

Dès que Touran-Chah eut appris la mort de son père,; 
il se mit en marche et arriva à Damas dans le mois de 
Ramadan ; de là il partit pour Mansoura , où il arriva 
un jeudi 2i™« de la lune de Zilkadé. 

Il se passoitpeu de jours qu'il n'y eût quelque action 
entre les deux armées, et l'on se battoit avec acharne- 
ment sur la terre et sur l'eau ; la flotte des Égyptiens- 
attaqua celle des Français sur le Nil : trente-deux de 
leurs bateaux furent pris} cette perte lesafibiblit^ et ils 



DES M'A UrUSGRITSARABES. 49 

offrirent de rendre Damiette, pourvu qu'on leur don- 
nât en échange Jérusalem et quelques places maritimes 
de la côte de Syrie; mais ces propositions furent reje- 
tées ; bientôt une famine affreuse se mit dans leur armée ; 
la communication entre Damiette et leur camp étoit 
interrompue; enfin la nuit du mercredi 3"*® jour de 
la lune de Muharrem l'année 648 , ils se mirent en 
marche et prirent le chemin de Damiette; les Egyp- 
tiens les atteignirent à la jpointe du jour et en firent un 
carnage terrible; plus de trente mille Français res- 
tèrent sur la place; leur Roi et tous les seigneurs qui 
Faccompagnoient furent faits prisonniers et conduits à 
Mansoura : ce prince fut chargé de chaînes et enfermé 
dans la maison deFahréddin-Lokman. 

Touran-Chah , après cette victoire, alla à Fariskour, 
oîi il fit bâtir une tour sur le bord du Nil ; les esclaves 
Baharites mécontens de ce prince l'assassinèrent dans 
sa tente; Bibars, qui fut ensuite roi d'Egypte, lui 
porta le premier coup; ce prince se réfugia dans sa 
tour, mais les conjurés y ayant mis le feu, il fut obligé 
de se précipiter dans le Nil , où ils achevèrent de lui 
ôter la vie à coups de flèches ; Chegeret-Eddur fut pro- 
clamée reine d'Egypte, et le Turcoman Âzzeddin- 
Aibegh devint général des armées. Ce fut sous le règne 
de cette princesse que le roi de France traita de sa 
rançon; il offrit de rendre Damiette^ les conditions 
furent acceptées , et il recouvra la liberté avec tous les 
Français qui étoient en Egypte; Damiette fut remise 
aux Musulmans un vendredi troisième jour de la lune 
de Sefer, et le lendemain le Roi s'embarqua pour 
Acre. 



3. 



48 EXTRAITE 

core en vie : Toa expédia un courrier à Touran-Chah 
son fils; Fakreddin Fexhortoit à se rendre au plutôt en 
Egypte pour venir prendre possession du trône, et 
le défendre contre les ennemis qui Fattaquoient. 

Malgré toutes les précautions, la nouvelle de la 
mort au Sultan ne laissa pas de transpirer ; les Fran-^ 
çais résolurent de profiter d'un événement qui leur 
étoit si avantageux ; toute leur armée quitta les plaines 
de Damiette , et vint camper aux environs de Mansoùra ; 
il y eut à la fin du mois de Ramadan une action très- 
vive entre les deux armées, et un grand nombre de 
gens de distinction et d'officiers y périrent parmi les 
Musulmans : les Français après le combat vinrent à 
Charmesah. 

Un mercredi 25™* de la lune de Zilhigé, à la pointe 
du jour, un corps de leurs troupes donna l'alarme dans 
Mansoùra; le général Fakreddin étoit pour lors au 
bain ; il monta aussitôt à cheval, mais il fut entouré 
de tous côtés et percé de coups ; sans les esclaves Ba- 
harites tout étoit perdu ; ils rallièrent les fuyards et 
chargèrent les Français avec tant de furie, qu'ils les 
obligèrent de reculer à leur tour, et d'abandonner la 
Ville. 

Dès que Touran-Chah eut appris la mort de son père^^ 
il se mit en marche et arriva à Damas dans le mois de 
Ramadan; de là il partit pour Mansoùra, où il arriva 
un jeudi :âi™« de la lune de Zilkadé. 

Il se passoit peu de jours qu'il n'y eût quelque action 
entre les deux armées, et l'on se battoit avec acharne- 
ment sur la terre et sur l'eau ; la flotte des Egyptiens^ 
attaqua celle des Français sur le Nil : trente-deux de 
leurs bateaux furent prisj cette perte les afibiblit^ et ils 



DESMAMUSCRITSABABES. 49 

oQrirent de rendre Daraiette, pourvu qu'on leur don- 
nât en échange Jérusalem et quelques places maritimes 
de la côte de Syiie; maïs ces propositions furent reje- 
ttes: bientôt une famine affreuse se mit dansleurarm^ei 
la communication entre Oamiette et leur camp ^toit j 
interrompue; enfin la nuit du mercredi 3™' jour dw" 
la lune de Muharrem l'année 648, ils se mirent en 
marche et prirent le chemin de Damiette ; les Égyp- 
tiens les atteignirent à la pointe du jour et en firent un 
carnage terrible; plus de trente mille Français res- 
tèrent sur la place; leur Hoi et tous les seigneurs qui 
l'accompagnoient furent faits prisonniers et conduits à 
Mansoura ; ce prince fat chargé de chaînes et enfermé 
dans la maison deFalueddin-Lokman. 

Touran-Cliah, après cettevictoire, alla h Fariskour, 
où il fit bâtir une tour sur le bord du Nil; les esclaves 
Bahnrites mécontens de ce prince l'assassinèrent dans 
sa tente; Bibars, qui fut ensuite roi d'Egypte, lui 
porta le premier coup; ce prince se re'fugia dans sa 
tour, mais les conjure's y ayant mis le feu, il fut obligé 
de se précipiter dans le Nil, où ils achevèrent de lui 
ôter la vie à coups de flèches ; Cliegeret-Eddur fut pro- 
clamée reine d'EgypIe, et le ïurcoraan Azzeddin- 
Aibegh devint général des armées. Ce fut sous le règne 
de cette princesse que le roi de France traita de sa 
rançon; il offrit de rendre Damiette, les conditions 
furent acceptées , et il recouvra la liberté avec tous les 
Français qui étoient en Egypte; Damiette fut remise 
aux Musulmans un vendredi troisième jour de la lune 
de Sefer, et le lendemain le Roi s'embarqua pour 
Acre. 



3. 



î)0 ^xtnkirê 



I l • I I I I ^>Ê^ 



■^— ^i>— i**-Jrit^M 



EXTRAIT 

DU 



MANUSCRIT ARABE, 



intitule: 



Lethaifahbar el ecoel fi men iessarréfé fi musr 

men erbabil duçel , 



c'e8T-a-dire : 



HISTOIRE DES DYNASTIES QUI ONT RÉGNÉ 

EN. EGYPTE; 



Composé par Isbaki. 



Lje sultan Essalih-Nedjm-Eddin , fils de Melik-Kamil, 
succéda à son frère Adil-Aboubekr , qui fut détrôné 
l'an de l'hégire 63 -j [laSg], et fut lavant'^dernier roi 
de la dynastie des Eioubites. 

Ce fut sous le règne de ce prince que le roi de 
France se présenta devant Damiette; jamais conquête 
ne coûta moins de peine ; la garnison et les habitans 
saisis de frayeur, avoient abandonné la ville et laissa 
les portes ouvertes : les Français , étonnés de ne voir 
paroître personne, n^osent d'abord approcher et crai- 
gnent quelque surprise ; mais bientôt instruits de la 
désertion des habitans, ils entrent dans la ville : la 
perte de cette place fut attribuée à la maladie du Sul- 
tan : mais la lâcheté de la garnison en fut la seule 



DES MANVSCIVITS ARABES. 5l 

cause; elle ne resta pas impunie, et Nedjm-Eddin in 
digne, fit étrangler cinquante des principauxoflSciers. 
Après cet exemple il se rendit à Mansoura , maigre le 
triste ëtat où sa santé étoit réduite, et tâcha de forti- 
fier cette place le mieux qu'il lui fut possible. Cepen- 
dant la maladie de ce prince empira, et il mourut 
le i4 de la lune de Ramadan l'année 647 de l'hégire; 
l'arrivée des Français en Egypte , et la crainte qu'ils 
ne profitassent de la mort du Sultan pour pousser 
leurs conquête , furent cause qu'elle fut tenue secrette • 
la sultane Chegeret - Eddur son épouse n'en fit part 
qu'à l'émir Fakreddin et à l'eunuque Djemal-Eddin- 
Muhsun; l'on expédia un courrier à Touran-Chah 
pour lui apprendre la mort de son père , et l'engager 
à se rendre promptement au' Caire : cependant les 
ordres continuoient à s!expédier dans toute l'Egypte 
au nom du sultan Nedjm-Eddin, comme s'il eût été 
encore vivant. 

Malgré toutes ces précautions les Français* fiirent 
instruits de la mort du Sultan ; ils sortirent de Da- 
miette et vinrent camper à Fariskour : la mort du Sul- 
tan n'étant plus un mistère pour ceux à qui l'on avoit 
tant d'intérêt de la cachei-, on en fit part aux habitans 
du Caire, et on leur marqua en même temps que l'en- 
nemi approchoit; la lettre fut lue dans la chaire de la 
grande Mosquée; la consternation fut générale; l'on 
n'entendoit, dans l'assemblée, que soupirs et sanglots; 
et il sembloit que l'ennemi fût aux portes de la ville; 
personne ne dont oit que l'Egypte , pirivée de son Roi 
ne devînt la conquête des Chrétiens ; on leva des troupes 
dans le Caire , on en fit venir de toutes les places de 
l'Egypte, et on les rassembla hors de la ville. 

4. 



54 EXTRAITS 

Touran-Chah fut assassiné l'année 64 7 de l'hégire, 
dans la lune de Muharrem; les menaces qu'il fît en 
demandant les trésors de son père, à la Sultane, furent 
la cause de la mort dé ce prince; la Sultane intimidée 
et craignant pour sa vie, résolut de le prévenir; elle 
anima les esclaves Baharitcs contre lui; le caractère 
sombre, mélancolique et soupçonneux du Sultan, 
avoit aliéné tous les grands du royaume ; les esclaves 
Baharites en servant le ressentiment de la Reine ven- 
geoient leurs propres injures; Touran-Chah à peine sur 
le trône les avoit éloignés des charges, et sembloit 
les mépriser; ils n'ignoroient point que, lorsqu'il et oit 
ivre il allumoit des bougies, et que, du tranchant de 
son sabre il en faisoit voler les extrémités en disant ; 
(Test ainsi que je veux traiter les es claires Baharites. 
Ils entrèrent un jour dans sa tenté , le sabre nu à la 
main ; ce prince prend la fuite ; ils le poursuivetit et 
lui déchargent quelques coups ; il échappe , se réfugie 
dans un donjon de bois qui étoit sur le bord du Nil, 
et se barricade ; les conjurés y mettent le feu , malgré 
les promasses qu'il leur faisoit de quitter le trône et 
de s'en retourner à Kéifa ; la flamme gagne le donjon; 
le sultan se précipite dans le Nil, où ces barbares 
achevèrent de le massacrer ; de sorte que le fer, le feu 
et Teau furent toùr-à-tour mis en usage , pour lui ôter 
la vie : son corps resta trois jours abandonné sur les 
bords du Nil. On lui donna ensuite la sépulture. 

Après le massacre de Touran-Chah , la Sultane fut 
proclamée reine d'Egypte; l'émir- Azzeddin-Aibegh, 
Turcoman de nation , fut déclaré généralissime de 
toutes les troupes, et premier ministre : cette prin- 
cesse, après avoir régné trois âpiois, abdiqua voloptaire- 



DES MANUSCRITS ARABES. 55 

ment la royauté; rémir Aibegh de premier ministre 
devint roi, et commença la dynastie des esclaves Ba- 
harites: après avoir régné sept ans, la Sultane qui la- 
voit épousé et avoit quitté la couronne pour la mettre 
sur la tête de son époux , le fît assasiner ; Aibegh étoit 
brouillé avec elle depuis quelque temps ; il étoit las de 
n'avoir que le nom de roi, et d'être obligé d'obéiir à 
tous les caprices d'une femme impérieuse et jalous 3 en 
même temps ; elle lui reprochoit sans cesse de l'avoip 
placé sur le trône ^ et de lui avoir remis toutes les ri- 
chesses du sultan Nedjm-Eddin ; elle avoit poussé la 
jalousie si loin , qu'elle l'avoit forcé de répudier une de 
ses femmes, mère de Noureddin son fils. Aibegh ^ pour 
se séparer de la Sultane, avoit abandonné le château, 
séjour ordinaire des rois, et avoit pris un palais dans 
un autre quartier du Caire ; ensuite il se fiança avec la 
fille du prince de Mousol; à cette nouvelle la Sultane 
devint furieuse, et elle jura de se venger; elle dissimula 
cependant, et lui envoya un homme de confiance, sous 
prétexte de vouloir se réconcilier avec lui; Aibegh 
donna dans le piège et retourna au château : au bout 
de quelques jours la Sultane choisit l'instant que ce 
prince étoit au bain; elle entre suivie de cinq assasins, 
les uns le saisissent à la gorge , et les autres le prennent 
par les parties que la pudeur ne permet pas de nom« 
mer; il tâcha de toucher la sultane, et soit qu'elle fût 
véritablement émue ou qu elle feignit quelque pitié, 
elle dit aux assasins de l'épargner ; mais ils achevèrent 
de le massacrer, en répondant à la Sultane que s'ils 
laissoient la vie à Aibegh, il s'en vengeroit sur elle et 
sur eux. Nourreddin, fils de ce prince d'une autre de 
ses femmes , conçut la haine la plus violente contre la 



56 EXTR AltS 

Sultane; il résolut de la punir du meurtre se son père; 
il corrompit à force d'argent les propres esclaves de 
cette princesse, qui l'assommèrent à coups de ga- 
loches (i); son corps fut jeté tout un dans un fosse, 
et resta dans cet ëtat quelques jours ; on le mit ensuite 
dans le tombeau que , de son vivant, elle avoit fait bâtir 
pour elle. 

Le sultan Nourreddin succéda à son père Aibegh , et 
fut le second Sultan de la dynastie des esclaves Baba- 
rites; il régna deux ans et huit mois, et fut assassiné. 

Elmelik-Eldaer, autrement dit Bibars-Elbondukdari 
fut le troisième prince des esclaves Baharites ; il régna 
avec gloire dix-sept ans et deux mois et demi, et 
mourut à Damas ; c'est le même Bibars qui , k la tête 
des Mamelucs , empêcha le roi de France de s'em- 
parer de M ansoura. 

Le sultan Echref-Hagi fut le dernier des esclaves 
Baharites; il monta sur le trône à Tâge de six ans,* sous 
la tutelle d'un certain Berkoukielboga, qui chassa son 
pupile et s'empara du Royaume l'année 784 de l'hégire ; 
il fut dépossédé à son tour, et le sultan Echref-Hagi 
remonta sur le trône; quelque temps après, dégoûté 
de la royauté, il l'abdiqua volontairement , et Berkouk 
lui succéda. Ce Berkouk commença. la dynastie des es- 
claves Circassiens, qui ont régné en Egypte cent vingt* 
un ans sous vingt-deux rois diflférens; le dernier de cette 
dynastie fut Toumaiibey , que sultan Sélim , empereur 
des Turcs , après avoir conquis toute l'Egypte , fit 
pendre à une des portes de la ville du Caire. 

(i) De .galoches i les esclayes portent dans U maison des espèces de ga 
loches. 



DES MANUSCRITS ARABES. 57 



EXTRAIT du Manuscrit turc, intitulé : Tevarich, 
Masr; c est-à-dire : Annales de V Egypte, composées 
par Salih , fils de Gélaleddin. 

A u co mmencemen t de l'année de l'hégire 64o [ia4a](i), 
les Français se présentèrent devant Damiette , et s'en 
rendirent maîtres sans coup férir , la garnison et les 
habitans ayant lâchement abandonné cette ville. 

Salih-Nejm-Eddin régnoit alors en Egypte : à la 
nouvelle de la prise de Damiette , il s'avança jusqu'à 
Mansoura et y rassembla son armée ; ce prince trai- 
noit depuis long-temps une vie languissante ; enfin il 
expira au milieu de ces occupations guerrières. La 
sultane Chegeret-Eddur son esclave favorite , tint se- 
crette la mort du Sultan , et n'en fit part qu'à quel- 
ques grands du royaume; elle expédia un courier à 
Touran-Chah, pour l'instruii e de la mort de son père; 
le jeune prince partit sur le champ de Husn-Kéifa , et 
arriva en quarante-cinq jours en Egypte ; être pro- 
clamé sultan, se mettre à la tête de son armée, livrer 
la bataille et la gagner, fut pour ce nouveau sultan 
l'afiaire d'un jour ; trente mille Français y perdirent 
la vie. 

Le cadi Gazal-Uddin étoit à ce combat \ ce saint 
personnage s'apercevant que la victoire se déclaroit 
pour les ennemis, parce que le vent souffloit dans le 
visage des Musulmans , et élevoit une poussière qui 
les empéchoit de combattre , adressa la parole au vent, 

(i) 640. Il est certain que cet historien a fait une faute de chronologie; 
tous les autres fixent à Tannée 647 de Phégire Texpéditioii de S. Iiouis. 



DES 

PLAITS DE LA PORTE, 

ET 

DE LA FORME QUE NOS ROIS OBSERVOIÉTÎT 
POUR RENDRE LA JUSTICE EN PERSONNE. 

( JoiNTiLUE , page >84*) 



Î9i les rois ont esté de tout temps jaloux de leur au- 
torité j et s'ils ont affecté de faire éclater leur puis- 
sance sur leurs sujets^ aussi bien que sur leurs enne- 
mis f ils ont aussi voulu si^aler la douceur et la mo- 
dération de leur gouvernement ^ par la distribution 
de la justice, et par rétablissement des gouverneurs , 
et des juges en toutes les places de leur royaume, pour 
la leur rendre en leur nom. Mais, comme il arrive sou- 
vent que les peuples sont oppressez par ceux mêmes 
qui sont instituez pour les garantir de l'outrage, et 
que ceux qui ont Tautorité en main pour les défendre, 
n'en usent que pour en former leurs avantages parti- 
culiers, on a esté pareillement obligé d'avoir recours 
aux princes, et d'apporter les plaintes à leurs trônes, 
pour obtenir de leur équité, ce que l'abus et l'injus- 
tice des juges sembloit refuser. C'est ce qui a donné 
sujet à nos rois, pour ne pas remonter plus haut, d'é- 
tablir des justices dans leurs palais mêmes, et d'y pré- 
sider en personne , pour recevoir et décider les plaintes 



58 EXTRAITS DES MANUSCRITS ARABES. 

en criant de toute sa force : O uentj dirige ton souffle 
contre nos ennemis ; le vent obéit à sa voix, et cet évé- 
nement contribua beaucoup à la victoire ; le roi de 
France fut fait prisonnier. Dans le temps que Ton se 
battoit sur terre, une tempête affreuse s'éleva sur le 
Nil , les bateaux des Français se brisèrent les uns 
contres les autres , et toutes les troupes qui étoient 
dedans furent submergées. 

Touran-Chah ne jouit pas long-temps de sa victoire; 
les esclaves Baharites l'assassinèrent : ainsi finit en 
Egypte la dynastie des Eioubites^ Les Syriens et les 
Egyptiens avoient réciproquement des prétentions sur 
le trône , et il y eut bien du sang répandu des deux 
côtés ; enfin d'un commun accord la sultane Chegeret- 
Eddur fut déclarée souveraine de l'Egypte : Le khalife 
de Bagdad, indigné du choix des Egyptiens, leur écri- 
vit que c'étoit une foiblesse de leur part de se laisser 
gouverner par une femme ; que , si parmi eux il ne 
s'étoit trouvé personne digne du trône, ils auroient 
dû le lui faire savoir , et qu'il y auroit pourvu. 

Malgré la défaite des Français, Damîette étoit restée 
entre leurs mains : la reine Chegeret-Eddur assemblai 
son conseil , et il fut résolu que l'on mettroit le Roi 
et tous les Français en liberté , si ce prince consentoit 
de payer pour sa rançon la somme de huit cent mille 
pièces d'or et de rendre la ville de Damiette ; la paix 
fut conclue à ces conditions , et le Roi fut relâché. Ce 
prince de retour en France , avoit formé le projet de 
porter de nouveau ses armes en Egypte ; mais la mort 
arrêta ses desseins , et délivra les Égyptiens de cette 
inquiétude. 

FIN DES EXTRAITS DES MANUSCRITS ARABES, 



DISSERTATIONS 



ou 



RÉFLEXIONS 

SUR L'HISTOIRE DE S. LOUYS, 

DU SIRE DE JOINYILLE; 

I 

PAR CHARLES DU FRESNE, 

SIEUR DU CANGE, 

COIfSEILLER DU ROI^ TRÉSORIER DE FRANCE ET GÉNÉRAL 
DES FINANCES EN LA GÉNÉRALITÉ DE PICARDIE. 



64 dissertàtioj^s 

dier promptemenfles parties ; en sorte qu'elles se rc- 
tiroient satisfaites de la bonne justice qu'elles y avoient 
reçue. Cette grande^ facilité, que le roi S. Louys ap- 
portoit pour estre approché de ses sujets, est fort bien 
exprimée par le sire de Joinville, en ces termes : 
ce Maintefois ay veu que le bon Saint , après qu'il avoit 
ce oiiy messe en esté , il se alloit esbattre au bois de 
<c Vicennes et se seoit au pié d'un chesne, et nous fai- 
tt soit seoir tous emprés lui ; et tous ceux qui àvoiënt 
ce ailaire à lui, venoient à lui parler, sans ce que au- 
ce cun huissier , ne autre leur donnast empesche-^ 
ce ment : et demandoit hautement de sa bouche , s^il y 
ce avoit nul qui eust partie. » Et peu auparavant , cet 
illustre auteur nous apprend que cette justice, véri- 
tablement royale, puisqu'elle estoit exercée parla per- 
sonne même du Roy, estoit reconnue pour lors sous le 
nom de Plaits de la porte , parce qu elle se rendoit à 
la porte du palais, où il estoit libre à un chacun de 
venir plaider sa cause, de déduire ses interests, et 
d'adresser ses plaintes. 

Mais depuis que nos roys eurent établi leurs par- 
lemens pour distribuer la justice à leurs sujets , ils les 
divisèrent en diverses chambres et compagnies sui- 
vant la différence et la nature des affaires. Celles -qui 
se pouvoient terminer par plaidoyers, estoient jugées 
de la chambre des plaits , qui est la grande chambre, 
les autres en celles des Enquêtes. Les jugemens qui 
estoient émanez de ces cours souveraines, estoient 
différents. Caries uns estoient appeliez Arrests, Ar- 
resta, qui estoient ceux qui estoient rendus publique- 
ment par les juges sur les plaidoyers des advocat», 
dont la formule estoit, quibus rationibus utriusque 



, 65 



SUK L HISTOIRE DE S. LOUTS. 

partis hînc inde auditis, dictum fuit per arrestum 
Curiœ etc. Les autres estoient appeliez judicia , juge- 
mens : et c'estoit ceux qui estoient rendus sur les pro- 
cès par écrit, et sur les enquêtes ou -^/>me5, faites 
par Fun des )uges commis à cet eflfèt , qui en faisoit 
son rapport à sa chambre : La formule de ces juge- 
mens est oit, Visd irujuestd, et diligenter inspecta elc. 
pronuntiatum fuit per Curiœ judicium, etc. II y avoit 
encore d'autres jugemens qui estoient nommez Consi- 
lia, qui estoient des délaiz, qu*on donnoit aux parties 
pour instruire leurs affaires , qui n'estoient pas encore 
en estât d'estre jugées, avec le conseille leurs advo- 
cats : La formule de ces prononciations estoit : Dies con- 
' silii assignata est taliy super tali lite, ad aliud parlamen- 
" tum proximum , cuit ad aUos dies Trecenses , etc. C'est 
delà que la fomie de prononcer les appointez au con- 
seil, et à écrire et produire a pris son origine. Enfin ^ 
il y avoit d'autres jugemens, appeliez Prascepta^ ou 
' Mandata, qui estoient des ordres envoyez par les 
juges du parlement aux baillis , aux sénéchaux , et 
c autres juges inférieurs , par lesquels il leur estoit en- 
h joint d'observer dans leurs assises, et d'y publier les 
B ordonnances qui avoient esté faites au parlement, ou 
p de faire les enquêtes qui leur estoient addressées , ou 
!e renvoyées , et généralement tout ce qui leur estoit or- 
ts donné de la part des juges du parlement. La formule 
p de ces jugemens e^toiX. i Injunctwn est baillivo tali, etc. 
9 U y avoit encore d'autres affaires , qui n'estoient pas 
f* de la conséquence des autres , et qui se pouvoient ter- 
K miner par simples exposés et requêtes : ce qui donna 
s occasion d'établir la chambre des requêtes, composée 
■ de certain nombre de conseillers , duquel le Roi en 
3. 5 



t)6 DlSfeEUTÀTlOWé 

tiroit deux, qui dévoient estre à la suite de la cow. 
Ceux-ci, dont l'un estoil clerc, l'autre lay, estoient 
nommez Poursuwant le Roi, et estoient obligez de se 
trouver et de seoir chacun jour, aux heures accoutu- 
mées, en un lieu commun, pour ouïr les requêtes > 
qui leur estoient adressées. Ils faisoient serment de ne 
passer aucunes lettres qui fussent contraires aux or- 
donnances, et de ne délivrer, ni passer aucune des re- 
quêtes, dont la connoissance devoit appartenir au par- 
lement, à la chambre des comptes, ou au trésor, mais 
de les renvoyer à ces justices , suivant la nature et le 
sujet de ces requêtes. Ils estoient encore obligez de 
donner avis au Roi des requêtes d'importance, avant 
que de les juger, comme de récompense de service, 
de restitution de dommages, de grâces, et de dire contre 
arrests rendus au parlement. En ciptte qualité ils es- 
toient logez et defTrayez au dépens du Roi, comme il 
se recueille des ordonnances de Philippes le bel de 
l'an 1289, et de Philippes le long, des années iSij 
et i32o. Cslle de la maison du Roi et de la Reine faite 
à Vicennes aulEnois de janvier, l'an ii85 , qui se trouve 
en un ancien registre, et qui n a pas esté encore don- 
née au public , justifie la même chose en ces termes : ■ 
« Clercs du conseil, maistre Gautier de Chambly, 
« maistre Guillaume de Pouilly, maistre Jean de Pu- 
•'. seus^ M. Jean de Morencies, M. Gilles Gamelîn, 
{i M. Jacques de Bouloigne, M. Guy de Boy, M. Robert 
« de Harrecourt^ M. Laurens de Vezins, M. Jcanli 
« Duc, M. Philippes Suars, M. Gilles Lambert, M. 
« Robert de Senlis : tuitcist nommez ne mangeront 
« point à court , et prendront chascun cinq sols de 
« gaiges, quant ils $eroM à court, ou en parlement, 






SUR l'histoire de s. louts. 67 

te et leurs manteatis quant ils seroht aux festés. Mon- 
« seigneur Pierre de Sargines, Gilles de Compiengne, 
« Jean Malliere^ ces trois auront les ple^ de là porte , 
« et aura ledit Gilléë autant dès gaiges/ comme inaistré 
« Pierre de Sargines j et mangera avec îe chàtnbèl- 
cc lati (f). » L'ordonnancé de la maison dti iroi Phi- 
lippes le Grande ouk LcHig^ faiteàLdrriién G^tinoi^^ 
le jeudi 17 dé névéinb^e, l'âh i3i7, spécifié pIUs parti- 
culièrement ce qui devoit estre livré par les officiers 
de la raaisdn du Koi à chacun de ceux qui suivoiént là 
cour pour ouïr les requêtes : « De ceux qui suivront 
ce le Roi pour les requeëtes , aura toujours à court uii 
€< clerc et un lay, et se ils sont plus , ils ne prendront 
« riens , se ils Tie soht inandet , et mangeront à court 
K et seront hebergiei ensemble. Et sHls ne vientiient 
«c manger à court, ils n'auront nulle livroison, et pran- 
« dront chascun trois provendes d'àvoinë, et trente- 
te deux deniers de gaiges chascun pour létirs vatlets , 
« et pour toutes autres choses , fors que chascdn aura 
<r coustes et feurres h Favenant. Et se lès deux gisent 
ce en un hostel, ils auront une mole de bu^he/ét li- 
ce vroison de chandelle, chascun deux quayers^ et 
« douze menues : et ou temps qu'ils seront eii pàrle- 
ct metit, auront douze s6ls de gaiges par jour, et ne 
« prandront* nulle autre chose à court. Rtàistre Phi- 
« lippes le convers derc des reqùestés , pourra veniï* 
T( à court toutes les fois qu'il lui plaira , non cohtres^ 
ce tant la clause dessiisdite d'endroit ceux des re^ 
« questes , et mangera son clerc en ^Allëy et sàn es- 
te cuyer aura trois provendes d'avoine pour toutes 

(t) Gommuiiiqué f «r lil. 'Mer(mya1. 

5. 



68 BiSSERTÀTIOJirS 

K choses^ et naura rien plus^ ne gaiges, ne autl^e- 
« ment(i). » 

De ces ordonnances etréglemens^ nous apprenons 
premièrement pourquoy les maitres des requêtes qui 
ont succédé à ces juges de la porte ^ ont encore ce que 
l'on appelle le droit de manteau , qui n'estoit autre 
que celuy qui appartenoit à tous les officiers de h 
maison du Roi, ausquels on donnoit les livrées ^ et les 
manteaux aux festes solennelles , et aux changemeiis 
des saisons de Tannée. En second lieu, il resuite que 
ces juges de la porte estoient commensaux dii Roi^ et 
en cette qualité, mangeoient avec les autres officiers 
de son hostel, et avoient droit de busche et c|*autre8 
livraisons. Cette qualité de commensaux du Soi e$t 
aussi ancienne que la monarchie , nos rois n^^yant re^ 
connu les officiers de leur maison, que sous cet illustre 
nom de Corwivœ Régis. La loi salique (2) nous . en 
donnée une preuve en ces termes : Siquis Jiomment Mo- 
manum conv^wani Régis occident^ etc. et celle des3Qur- 
guignons (3) : Quicumque hospili venienti tecUan (tut 
Jbcum negaiferit, 3. solidorum inlatione mulctetur* , &' 
çon{fi{fa Régis est, 6. solides mulctœ nomine soU^at» La 
vie de S. Agile (4) abbé écrite par un auteur qui vivjoit 
de son temps : Fuit quidam ex primis PaUuii optùjfiar 
tibus — nobilissimis juUalibus oriundus , ejusdewnque 
régis ( Cfdldeberti ) cony^ira et consiliarius , nomine 
AnoJialdus. Jonas (5). en la vie de saint Columban : 
Chanericus Theodéberti régis conviifa. Enfin Fortu- 
nat (6) parlant de Çondon domestique : 

{i)Reg. de la ch. des comp. cottéJYoster p, 79. — (2) Lex Sél, tH. 
43 §. 6. — (3j Lex Burg. tit, 38. — (4) P^ita S. AgUi cap. i, mpui 
Chifflet, ~ (5) Jonas cap, a8. — (6) JUb. 7. Carm. 16. 



\ 



SUR L^fllSTOIRB DE S. tOUTS. 69 

Juiik et egreghs inUr residere patentes , 
Conyivam red^ns proficientf gradi{ 

J'avoue neantmoins que ce titre n'est pas de Vinven- 
tion de nos rojs^ et qu'il est probable qu'ils Font ti- 
rée des empereurs romains^ veu que Glaudiau(i)seinbie 
l'avoir reconnue en ces vers : 



Claro tjuod nohiUs ortu , 



Convwa et Dominû 

De sorte qu'il est à présumer que ce sont ceux; ddnt 
parle une loy, qui se lit au code Theodosien (a), qui 
et diuinis epulis adkibènturj et adorandi Principis fa^ 
cultatem antiquitus meruerunt. ^ 

Mais y laissant à part ce qui se peut dire au sujet 
de cette qualité de commehsaùx et de domestiques 
de la maison du Roy^ )e remarque que nos prindes con- 
tinuèrent cette coutume introduite de long-temps dans 
leurs palais^ et observée particulièremeiit et exacte- 
ment par S. Louys^ d'ouïr et de jtiger les requêtes eu 
personne. Charles Y, alors régent , en son édit du 27 
jour de Février, l'an iSSg/en donne une preuve, et 
en règle la forme. « Nous tiendrons requestes en là 
« présence de nostre grant conseil chasque semaine 
« deux fois. Nul de nos officiers de quelque estât qu'ils 
« soient ne nous feront requestes, si ce n'est par 
<f leurs personnes, sinon ùostre chancelier, et nos 
<c conseillers du grant conseil, nos chambellans, 
« nos maistres des requestes de nostre hostel, 
ic nostre confesseur; et nostre aumosnier (3). » Et 
Charles VI, par son ordonnance du 7 jour de Jan* 
vier 1407 > vcu^ ^ V^^ ^^ Vendredy soit adonné à lui 

(1) Claud. in Eutrop. /.a — (£) L 1 C Th. de Comit. et Trih. 
Schol. — (3) JReg, Pater, 



70 .DISSERTATION» 

ce séant en son conseil pour respondre les requestea 
« des dons, grâces, et antrement, que seront rappor- 
cc tëes par le$i oiaistres des requestes* » De sorte que 
nau&Yoyoiifipstf' l^<que nos roys ont tousjours afiecté 
dé rendii'e la [ufitice en personne à leurs sujets ^ et <{ue 
les maîtres des requêtes ont esté tirez premiereioent 
de la chambre des requêtes du parlement , que leur 
première fonction fut de faire le rapport au Roy des 
r,i^Tftét^^ ^t de les }uger avec lui, quelquefois ipéme^ 
$ans le IVoy, ce que le $ire de Joinville témoigna r^A 
termes diserts, écrivait que S. Louys estant sor^ djCt 
l'église lui demandoit, et au sire de Nealle et an 
çoiixte à^e Soisson^, « comment tout se portoit, et s'il 
> y avpit npl qti'pa.^e peut depeçcher sans lui, ^% 
ce qviant il y eu avoit aucuns; Us le lui di^kjnt^ 
ft qt alp^^les e.Qvoioit quérir, et leur de^mandoit à quoy j 
ce il teppijt qu'ils . Ei'avpient aggréable YoSre de 3e$ 
€c gens, n Ce qui nççus montre évidemment quc| ks 
maîtres; des requêtes, eurent jurisdiction dan$.les cobh 
mepqQm^ns de leur ■ iostitutipn en l'absence de uos 
rois, qui, avec le tçHPupS;, $p dispensèrent de ce pénible 
eii^Fcice, ej^taii^it d'ailiers accablez des afiaires impor- 
tantes :4e leur élat : c'est ce qui donna sujet d'ea aug« 
luenter le noD9d)re. M^is Philippes de Valois , par Tor- 
domxdjiçe. du 8 joyr d'Avyil i342, les réduisis à six, 
trQJ;$ cl^rcS' et trois lais : ^t comme ils s'estpiçat eu- 
coreaccrevs en nombre, Charles V, alors régent^ par 
sdn ordonnance du 27 de. février i.359,.les réduisit à 
huit, sçavoir quatre çlei^c^ e^ quatre lais , comnie fit 
aussi Charles Vill, par sa déclaration du 5 de Février 
i488 (1). Depuis ce tepps-là le npp[ibre des maîtres des 

(1) Ord. du Parlem, fol, m. y. les Ord. 






I 



SUR L HISTOIRE DE S. LOUYS. 'Jt 

^ requêtes, aussi bien que leur pouvoir a esté notable- 
Q ment augmenté y et particulièrement depuis que la 
vénalité des offices a esté introduite en France. 
Quant aux gages des premiers maîtres des re- 
. quêtes y je les ay observez dans un Compte de& 
Aydes(i) imposez pour la délivrance dii roy Jean, 
commençant au premier jour d'avril i368, en ces 
termes : «cMaistre Pierre Bourneseau clerc et maistre 
« des requestes de Thostel du Roy , lequel icelui sei- 
<c gneur a retenu son cons. et maistre des requestes 
« de son hostel, en lieu de maistre Ânceau Chotart , 
« et lui a ottroié le Roy que il ait tel gaiges comme 
« prenait ledit feu Anceau en son vivant, c'est assa- 
<c voir six cens francs par an , et iceux gaiges lui a as- 
« signé à prenre des deniers des Aydes. » 

Mais comme les juges embrassent aisément les occa- 
sions d'augmenter et d'étendre leur jurisdiction , l'on 
a esté obligé de temps en temps de limiter et de res- 
traiqdre celle des maîtres des requêtes. Philippes de 
Valois ensuite des états tenus à Nostre Dame des 
Champs, prés de Paris, fit cette ordonnance, sur ce 
sujet, le i5 jour de Février l'an i345. « Comme plu- 
« sieurs de nos sujets se soient dolus de ce qu'ils sont 
« travaillez pardevant les maistres de nos requestes , 
« nous ordonnons que lesdits maistres des requestes 
« de nostre hostel n'aient pouvoir de nul faire adjour- 
« ner pardevant eux, ne tenir court, ne cognoissance, 
« se ce n'est pour cause d'aucun oflûce donné pour 
ce nous, duquel soit débat entre parties, ou que l'en 
« feist aucune demande pure personnelle contre aucun 
(c de nostre hostel. Item par tele manière ordonnons 

(i) En la Ch. des Comp. de Paris. 



7^ DISSERTATIONS 

« que les maistres de nostre hostel, de nostredite 
« compagne, et de nosdits enfans, n'ayent aucune 
« connoissance, se ce n'est des personnes de nostre hos- 
« tel, ou cas que l'on feroit quelque demande pure 
« personnelle. » Et plus bas : « Item pource que plu- 
(c sieurs se doutent desdits maistres de nostre hostel , 
« de ce qu'ils taxent plusieurs amendes excessivement, 
« et en prenans grans profits, nous ordonnons que 
ce nule amende ne soit taxée par eux, se ce n'est en 
« nostre présence, quand nous orrons nos requestes.» 
Je passe en cet endroit ce qui se pourroit dire au su- 
îet de la jurisdictiôn des maistres des requêtes, qui 
m'emporteroit au delà de ce que je me suis proposé : 
je remarque seulement que plusieurs estiment que 
ces mots qui se trouvent dans les deux éditions de 
nostre auteur au sujet des Plets de la Porte , que 
maintenant on appelle les requestes du palais , ne 
sont pas de lui, mais ont esté ajoutez, dans le texte, 
par forme d'explication : ce qui est probable , non que 
l'établissement des requêtes du palais soit postérieur 
au temps du sire de Joinville, comme ils prétendent, 
mais parce que les requêtes de l'hostel et les re- 
quêtes du palais estoient différentes, quoy que celles 
de l'hostel fissent originairement partie de celles du 
parlement , comme j'ay remarqué. Car les anciennes 
ordonnances qui concernent l'établissement des parle- 
mens justifient pleinement qu'il y avoit des juges dé- 
putez et destinez pour ouir les requêtes. Une de 
l'an 1291 (i), tirée d'un registre de la chancellerie 
de France : Per totum parlamentum pro requeslis 
audiendis qualibet die sedeant très personœ de Con^ 

(i) ch, 61. 



SUR l'histoire de s. louys. 73 

silio nostro, etc. Une autre sans date, du même temps, 
« A oïr les requestes seront deux clercs et deux lais ^ 
« et deux notaires qui néant ne recevront par leur 
ce serment, et ce que il délivreront li chancelier sera 
« tenu à sceller, si comme il est dessus dit, et ce que 
« il ne pourront délivrer, il rapporteront à ceux de Ja 
a chambre. » L'ordonnance de Philippes le Long de 
l'an i3!20, parle aussi amplement des maîtres et juges 
des requêtes du parlement, que le roy Charles VII, 
réduisit en un corps séparé, composé de presidens et 
de conseillers, par son édit du i5 jour d'avril i453, 
rapporté aux ordonnances barbines (i). 

Telle donc a esté la forme observée par nos roys , 
particulièrement de la dernière race , pour distribuer 
en personne la justice à leurs sujets, car pour celle 
qui fut gardée par ceux de la première et seconde, 
je me reserve à en parler cy-apres, lorsque je traitte- 
ray des comtes du palais. Mais comme le gouverne- 
ment du grand et auguste roy S. Louys a esté plein 
de justice, de légalité, et de fidélité, nos rois l'ont 
toujours envisagé comme un riche patron de leurs plus 
belles actions, et comme un rare exemplaire sur lequel 
Us avoient à se conformer : jusqiieslà même que dans 
les plaintes que leurs sujets ont faites dans les assem- 
blées des états, et dans d'autres occasions, de Taffé- 
blissement et de l'altération des monoyes, ils ont ac- 
cordé qu'elles fussent remises en l'état qu'elles estoient 
sous le règne de ce saint Roy. Ainsi Charles VIII, 
ayant dessein de travailler à la reformation de son 
royaume , et sçachant bien qu'il importoit à un grand 
Prince comme il estoit, d'écouter lui-même les plaintes 

(i) fol, i5o. 



^/^ DISSERTATIONS 

de ses peuples ^ et de leur donner audiance dans les 
'occasions les plus pressantes, et où ils ne pouvoient 
tirer la justice des juges ordinaires , s'enquit curieuse* 
ment de la forme que S. Louys observoit pour li 
rendre en personne , et écrivit une lettre sur ce sujet 
à la chambre des comptes de Paris , dont Foriginal 
m'a esté communiqué par monsieur d'Herouval , du- 
quel j'ay parlé tant de fois , qui mérite d'estre icy coït- 
chée pour fermer cette dissertation. « A nos amez et 
cr féaux les gens de nos comptes à Paris , de par le 
« Roy. Nos amez et féaux ^ parce que nous voulodi 
<c bien savoir la forme que ont tenu nos prédécesseurs 
« rois à donner audience au pauvre peuple, et mesmes 
ce comme monseigneur S. Loys y procedoit : jWous 
« voulons et vous mandons qu'en toute diligence CBiiles 
a rechercher par les registres et papiers de nos^e 
« chambre des comptes ce qui s'en pourra trouver, 
« et en faites faire un extrait , et incontinent a[>rés k 
te nous envoiez. Donné à Amboise le ^2 jour de de* 
« cembre. Signé, Charles, etplusbasMorelot, au dessus 
« est écrit, apporté le 3o jour de. décembre 1497* » 



DES ASSEMBLEES SOLENNELLES 

DES ROIS DE FRANCE. 

(JOIV VILLE, p.199. ) 



JLIans le premier établissement de la monarchie 
Françoise , nos roys ont choisi une saison de Tannée 
pour faire des assemblées générales de leurs peuples, 
pour y recevoir leurs plaintes, et pour y faire de nou- 



SUR L^HISTOIRE DE 8. LOUYS. 75 

» veaux regleroens, et de nouvelles loix, qui dévoient 

■ estre receuës d'un consentement universel.. Us y fai- 

■ soient encore une reveuë exacte de leurs troupes et de 
' leui^ soldats y acause dequoy quelques auteurs (i)Qnt 

■ écrit que ces assemblées furent nommées champs de 
î Mars y du nom de la deité qui presidoit à la guerre, 
t Grégoire de Tours (â) parlant de Clovis : Transacto 
1 ^erh anno jusnt amnem Gjum arff^^rum apparabi ad- 

venire phaloHgûun j Qst^èmrani in campo Martio 
suorum armorum niuxrem. Et véritablement il semble 
que nos François (3) donnèrent ce nom à ces reveuè's 
générales des troupes, à lexemple des Romains , (4) 
qui avoient coutume de les Eure dans le champ de 
Mars, proche de la ville de Rome, et oit ils exer- 
çoient ordinairement leurs soldats; d'où vient que 
nous lisons que la plupart des grandes villes des pro- 
vinces qui leur ont appartenu , ont eu prés de leurs 
murs ces champs de Mars, à rimitaiion de celle de 
i Rome : ce que la vie de S. Eleuthere (5) remarque à 
I regard de celle deToniay dont il estoit évesque, Gir 
f. rolamo dalla corte pour celle de Vérone (6), et Vel- 
ser (7), pour plusieurs autres. Trebellius Pollio en la 
vie de l'empereur Claudius (ait asscï voir que ces 
exercices de la guerre se faisoient dans les campagnes : 
Fecerat hoe etiam àdolescens in mililid, cum ludicro 
Martiali in campo^ ludamen inter Jbrtissimos quosçue 
monstraret. 

Mais il est bien plus probable que ces assemblées 

(i) Flodoard l. i. Hist. Rem. e. i3. VitaS. htmig. — (a) Greg. 
Tur. l. a. Hist. c. 27. — (3) Aimoin l. i. ç. la. Gesta Fr. c. lo* 
FioiL vUa S. Rem. — (4) /^. Auior, cU, d Roslno l.^,c, 11 . — 
(5) yUa. S. EUuther. c. 2 J. 5. - (6) HUt. dl Verona , /. 7. p. 4i5. 
-- (7) VtUtr, l. 5. Rer. ^end. 



76 DISSERTATIONS 

furent ainsi nommées , parce qu'elles se faisoient an 
commencement du mois de mars. La clironiqvie de 
Fredegaire parlant de Pépin : Ei^oluto anno prœfaJtm 
Jtex à Kal. Mari, omnes Francos , sicut mos JFraiu»' 
rum est, Bernaco villa ad se venire prœcepit. Ui 
titre (i) de Dagobeit est souscrit , Jie Calendarm 
Martiarum in Compendio Palalio j qui estoit le jour 
auquel on commençoit ces assemblées. Il y a mémci 
lieu de croire que nos premiers François prirent (K^ 
casion de commencer les années de ce jour-là ; a 
qu'on peut recueillir des termes du décret de TassK 
Ion ( 2) duc de Bavière : Nec in publico mallo transâC' 
tis tribus Kalendis Mardis post hœc ancilla pernkmeaL 
Car ce qui est icy appelle Mallum publicum^ est Domr 
mé Placitum dans Fredegaire (3) : Commentas en ce 
passage d'Aimoin (4) ' Bituricam veniens^ Cwwmt 
tum , more Francico , in campo egit. Ailleurs il k 
nomme Contentas generalis. 

Cette coutume de convoquer les peuples au pi«- 
mier jour de mars eut cours long-temps sous la pre»! 
miere race de nos rois. Mais Pépin jugeant que odfcj 
saison n'estoit pas encore propre pour faire la ré 
des troupes , et encore moins pour les mettre en c» 
pagne y changea ce jour au premier de May (5). Ce* 
ce que nous apprenons de Fredegaire (6) :. m 
citum suum campo Madio, quod ipse primus pro 
Martio pro utilitate Francorum instituity tenens ', 
tis muneribus a Francis et proceribus suis ditatus 
Quelques annales (7) rapportent que ce changem* 

(1) In Chr. Fontantll. ci. — (q) Décret. Tassil. c. 2, J. la. — 
Fredeg. A, 766. — (4j Aimoiriy L 4, c. 67. — (5) Id, c. 68, 70, 71, «. 
— {fi) Fted, A* 766. — (7) Annal. Fr. tom. 2. Hist. F'r.'p, 5 
et apud Lab, (0. a. Bihl. p< 734- 



ï 



StJR LHISTOIIIE DE 8. LOUTS. ^7 

. se fit en l'an 755, et l'auteur de la vie de S. Remy 
archevesque de Reims, marque assez que ce fut pour 
'i la raisoD que je viens de dire : çuem Con^entum poste- 
riores Franci Mail campum , quando Reges ad bella 
. soient procedere ^ vocariinstituerunU Depuis ce temps- 
t là ces assemblées changent de nom dans les auteurs (i) , 
I dans lesquels elles sont appellées indifièremment Camr 
pi Magii ^ ou MadiL Quelques-uns (2) ont écrit que 
la ville de Maienfeld au diocèse de Goire, au canton 
des Grisons, fut ainsi nommée acause de ces assem- 
blées qui se tenoient au mois de may. Car Maienfeld 
signifie champ de may^ Non seulement on y traittoit 
des afiàires de la guerre, mais encore généralement 
de toutes les choses qui regardoient le bien public. 
Fredegaire (3) : Omnes optimales Francorum ad Dura 
in pago Riguefinse ad campo Madio pro salute patriœ 
et ulililate Francorum tractandd^ plqcito instiiuto , ad 
se venire prœcepitj ce qui est aussi touché par le 
moine Aigrad (4) en la vie de S. Ansbert archevesque 
de Rouen. 

Les roys recevoiènt en ces assemblées les présens 
de leurs sujets, ce qui est particulièrement remarqué 
par le passage de Fredegaire, que je viens de citer, 
et par tous les auteurs (5) qui ont parlé de la grande 
autorité des maires du palais , lorsqu'ils écrivent qu'ils 
gouvemoient l'état avec un tel pouvoir, qu'il ne res- 
toit aux princes que le seul nom de roys, lesquels se 
contentoient de mener une vie casanière dans leur 

(1) Chr. Moits. A. 777, 790. (a) CKr, S. GaU. A, 77$, et stq, Gol- 
dast, — (3) Fredeg. A. 761. — (4) Aigrad, in vita S. Ansber. c. 5, 
jt. 32. «— (6) Annal. FuUL Mar. Scot. A. 75o. Chr. Tur. A. 670. 
Andr, Sjrlu. A, 662. 



^8 DISSERTATIONS 

palais y et de se faire voir une fois Fan en ces assem- 
blées , où ils recevoient les présens de leurs peuples: 
In die anletn Martis campo, secundhm antUfuam con- 
suetudineni j dona illis Regibus, à populo offerebantm. 
Ce sont les paroles de la chronique d'Hildesheim (i). 
Ce qui est encore exprimé par Theophanes , en ces 
termes, au sujet des rois de la première race : l9oç ycç 
^v ahxoii Tov xuptov aÙTWV, yÎTO£ tov P)5ya, xaxà yévoç flfp* 
yziv, xat \xYiSkv irpaTTetv, ri Jtotxeîv, 7r).y3V £k6yri^<^ eaSceev m 
^Ttvecv, otxoi te âiaxplSeiv, nal xaià Maïov pt>îva TrpoâiT? Toi 
aïjvo; TrpoîwtÔéÇsaS'ai eTrt Travtoç toû eSvow;, xac TzpoaxvvA 
aùroùç, xat TTpooxvveraSac utc aùtwv, xat S(ûpo(fopûaBM ù 
xatà ouvy^detov, xat* àvTi<$'ovat aûxor^, xoi oi/to); e(oç tou aJJlob 
Mafou xa9* Iûcutov fiscyeiv (?.). Les annales de Fi^né^ 
tirées de Téglise de Mets (3) remarquent plug parti* 
culierement ce qui se pratiquoit en ces assembléeSi 
tant à l'égard des affaires qui s'y traittoient , que de 
ces présens qui se faisoient aux roys. C'est à Fendroit 
où il parle de Pépin l'Ancien , maire du palais ; «S«- 
gulis verb annis in kalendis martii générale cum om- 
nibus Francis, secundkm priscorum consuetudînem, 
concilium agebat. In quo ob regii nominis réitère» 
tianij quem sibi ipse propter humilitatis et mansueta* 
dinis magnitudinem prœfecerat, prœsidere jubebàti 
dpnec ab omnibus optimatibus Francotum donariis 
acceplis , verboque pro pace et defensione eccle^ior 
rum Dei et pupillorum, et viduarum facto , raptuûue 
fœminarum , et inccndio solito decreto interdicto , eacer^ 
citui quoque prœcepto dato , ut quacumque die illis de- 
nuntiaretur, parati essent in partent, quant ipse dispo- 

(i) Chr. Hildes. A, 'jSo. — (2) Theophan. p. 337. — (3) Annul 
IF r. Met l 69-?. 



Stîl L^HISTOIKE DE S. LOtJYS. «JQ 

fieretj proficiscL Nous apprenons de ce passage la raison 
pour laquelle Pépin fils de Martel transfera ces assem- 
blées au premier jour de may, et que ce fut pource 
que la saison n'estant pas encore assez avancée, Ton ne 
pouvoit pas mettre les troupes en campagne .: de sorte 
qu'il faloit prescrire le jour auquel les peuples se dé- 
voient trouver sous les armes, pour marcher contre 
les ennemis, estant ainsi obligez de s^assembler une 
seconde fois. Hincmar (i), archevesque de Reims, dit 
que ces présens se faisoient par les peuples aux roys, 
pour leur donner moyen de travailler à leur défense 
et à celle de Fétat : causa suce defensionis. Quant à 
ce qu'il les appelle dons annuels , cela est confirmé 
par plusieurs passages de nos annales (2), qui se servent 
souvent de ces termes : celles qui ont esté tirées de 
Tabbaye de S. Bertin : Ibique habito generali conventu^ 
et obhUa sibi akuuà donà solenni more suscepit^ et le- 
gaiiones plurimas , quœtam de Roma et Benei^entOj, 
çuàm et de aUis longuinquis terris ad eum vénérant^ 
audmtj atquè absohit (3), Ce qui montre encore qu'on 
reservoit les occasions de ces assemblées pour recevoir 
les ambassadeurs (4) , afin de leur faire voir la magni- 
ficence de ces cours royales. Ces dons et ces présens 
sont appeliez tantôt annualia donaj et souvent annua, 
parce qu ils se faisoient tous les ans , et mêmes d'abord 
au commencement de Tannée : acause dequoy les 
auteurs (5) leur donnent quelquefois le nom d'é- 
trénes (6), nos roys en ayant usé comme ces anciens 

(1) Hincmar, in Quater. p. 4o5. apud Cellot. — (2) Annal. Fr. 
Bert. A. 829. —(3) Annal, Eghin. A,^j,Ann.B€rL A, 832,835, 
83;. Annid. £gh,A, 829. Bert. A. 864, 869, 874. — (4) lup. Ferrar- 
ep, 32. — (5) Hincmar, Quatern, — (6) Frot. ep.%\. Fest. Symm, 
l. I. ep, ^, 



8o DISSERTATIONS 

roys romains y qui en inventèrent le nom et la coft' 
tume. Un poëte du moyen temps (i) : 

Slrenœ prœterea nitent 

Plures aurtolcB munere regio , 
OUm Principihus probis 

lani principiis auspicio datœ , 
Fausto temporis omine : 

Utferret ducihus strenua strenuU' 
Annus gesta recentior, 

nias nobilitas Cœsaribus plis , 
Rex dignU procerum dahdt , 

Urbit quas Latiœ tum juueni deâit 
Rex Titus Tatius prior, 

Festas accipiens , paupere munere y 
Verbenas , studio patrum 

Solers poster itas quas créât aureas. 
Sentant dona tamen 

A luco veteri nomine strenuœ. 

Du moins je remarque que ces présens sont souvent 
appeliez xenia dans Plodoard (2) en l'histoire de Tëglise 
de Reims, qui fait voir que l'usage en estoit en France 
sous Clovis, et les premiers roys; et je crois ^ue c'eà 
pour la même raison que les tributs , que les peuples de 
Dalmatie payoierit aux roys de Hongrie , et à la repn- 
blique de Venise , lorsqu'ils leur ont esté sujets, es- 
toient nommez strinœ ou strinnœ^ d'un terme tirëda f 

r I 

Latin strena, parce que c'estoient des dons gratuits | 
et volontaires , qui ne se faisoient que par forme de 
reconnoissance. Ce qui semble estre exprimé dans un 
titre de Sebastiano Ziani doge de Venise de l'an 1 174, 
pour les habitans de Trau (3) : Nolumus utaliquo modo 
offendantur, negue tollatur eis aliqua inconsueta strin- 

(t) Metellus in Quirinal. tom. i. Canisii p. 44* 4^* — (2) Floà. 
l. I. HiH, Rem, c. i\, iS* /. a. c. 11 , 17 , 19. •— (3) Apud lo, ZMcittin 
/. 3. de Riegn, Dalnu c. lo, /. 6. c. a. Statut a RagusU /. 7, c* 56. 



SUR l'histoire de s. louts. 8i 

, na , nisi quam ipsi sponte dure voluerint. Cela est con- 
forme à ce que Constantin Porphirogenite écrit , 
que l'empereur Basile son ayeul persuada aux Dal- 
mates de payer aux Sclavons pour acheter la paix d^eux , 
ce qu'ils avoient coutume de payer à leurs gourver- 
neurs, et de donner quelque peu de chose à ces mêmes 
gouverneurs , pour marque de dépendance , et de 
leur soumission à l'empire (i). 

Je ne doute pas encore , que ce n'ait esté à l'exemple 
de nos roys, que les seigneurs particuliers ont em- 
prunté ces expressions de dons , pour les levées qu'ils 
ont faites sur leurs sujets, ayant de tout temps cherché 
des termes doux et plausibles pour déguiser leurs in- 
justes exactions. Un titre de Guillaume le Bâtard (2) : 

Ut liber sit ab omni consuetudine ^ Geldo , Scoto ^ 

et auxilio , et dono , et Danegeldo. Le Cartulaire de 
Féglise d'Amiens (3) ; In omni territorio communi 
JV^igellœ fiabent Canonici très partes terragii, et medie- 
tatem doni, et in terrd f^auctssorum medietatem terra^ 
giij et medietatem doni. Il est souvent parlé en ce Car- 
tulaire de ce don, d'où le nom est demeuré encore, à 
présent à la levée, qui se fait dans Amiens pour les 
marchandises qui y entrent par le courant de la ri- 
•vicre. Ce qui justifie que ces dons, qui d'abord n'es- 
"toient que gratuits , devinrent à la fin forcez , et pas- 
sèrent avec le temps pour des impositions ordinaires. 
Les présens qui se faisoient aux roys , n'estoient pas 
-toujours en argent , mais en espèces , et souvent en 
<:hevaux. Ce que nous apprenons de quelques additions 

I (1) Constantin Porph, Je Adm. Imp. c, 29. —(2) To. 1. Monastm 
I ^ngl. p» 352. — (3) TabuL EccL Amb,foU a , 19, so, 27. 

3. 6 



8;i DISSERTATIONS 

à là Iby Sâliqué (i), qui ordonnent que ces chevam 
auront le nom de ceux qui les présentent. JEt hoc nbbù 
prœcipiendum esij ut tfuicumque in donc kboio ctt- 
bàllos dêtuterint , în ufiïahtUjUemque simtn notnen hut 
béant scriptum. Et ce afin qu'on Sçût qui êstoient cem 
qui avoient satisfait à ce devoir et à cette reconnois- 
sance , et cieux qui n'y avoient pas satisfait. Ces prf^ 
sens y sont appeliez royaux ^ dé même qu'en une 
épitre de Pfothaire éveéque de Thoul (2), qui cob- 
firme encore ce que je viens de remarquer , que ces 
préseus se faisoient souvent en ôhevaux : JVam nâ h^ 
ruTti itînerum incommoda , qtiéé vèl nunc egimus , vÀ 
àcturi sumus , seu ad donà regalià^ quœ ad palaUm 
dirigimns , perte quidqmd ex optimis equis haîmimuàj 
distribuère compulsisumus. Nos annales (3) disent que 
roy Pépin ayant défait les Saxons , ces peuplés s'obt 
gèrent de lui faire présent tous les ans de trois cens 
chevaux , lorsqu'il tiendroit ses assemblées générales: 
Et tune demhm potliciti sunt régis Pipini "voluntat» 
facere^ et honores ^ si^e dona^ m suo placito prϏet 
tandos , id est pér aiinos singutos etfiios trecentos ; oi 
le terme A'honôlres mérite une réflexion , nous apiie^ 
nant que les présens qUi se faisoient dans ces occasicMB, 
estoient des préiSeUs d^lionneur et de reconnoissanceit 
ainsi les annales d'Êguiûârd portent ces mots (4). t\ 
singulis àhnis honoris causa ad getteralem commenta» 
eqtQs ^ccc , pto mùfiere daturos. Ces chevaux , qui se 
donhoieUt aUx princes par forme de tribut , ou de re- 
devance annuelle, sont appeliez equi canonici^ dans 
le code Theodo^en (5). 

(r) Capit ad Leg. Sal §. i3. — (a) Frotkar, ep. 21. — (3) Ann 
Franc. Met. A. 753, 758. — (4) Annal. Eginh. A. 758. — (5) £.3 
Çod. Th. de Eqnor. Conlat. 



\ 



SUR L^HISTOIÀÈ DE 8. LOUTS. 83 

I Les monastère^ n'e^toient pas exempts de ces préàens; 

1 car comme ils ne se faisoient (}ae pèÀr subvekiir à la 

N nécessité de l'état , et pour contribuer aux dépenses 

• que les roys estoicnt obliges de feire pour la cafter- 

b vation de leurs peuples, et de leurs biens, les eccle- 

■ siastiques y estoient aussi obligez àcause de leurs do- 
K| fnaines > qu'ils tenôient pour la plApatt de la libéralité 
a des princes. Ce qui a feit dire à Hincmar (i), Parjura 

I regum JEcclesia possidet possessiones. Le même écrivain 

■ à ce sujet , Causa suie defensionis , Régi ac Reipubliù(t 
mJ uegdgalia, quœ nohis AïfKtJA dona voùantur, prcèstat 
p, Ecclesiù,, servans guodjubet Apostolus^ cuihonorêm^ 
à honorent, eut vegtigal, vegligal, sub'auditut prœstare 
m Régi ae defensoribus vestris, etc. Les epîtres de tYo- 
t thaire evesque de Toul, et de Loup abbé de Ferriereè , 
i que j'ay citées, confirment la même cbose. Entre ces 
( monastères il y en avoit qui estoient obligez de fournit 
il non seulement ces dons et ces présens, mais encore des 
y toldats ; il y en avoit d'auti^s qui n'estorenl tenus 
s qu'aux présehs ; et enfin il y en avoit qui ne dévoient 
^ ni l'un ni l'autre, mais seulement estoient obligea de 
^ faire des prières pour la santé des princes, et âe là 
i( maison royale, et pour la prospérité des afiaires pu^ 
g bliques. Il se voit une <x)nstitution de Fempëreut 
^ Louys le Débonnaire (i), qui copient un dénombre- 
H ment des monastères de ses états, guœ dona ist militiàm 
g Jacere debent, quœ sola dona sine militia^ et quœ nèc 
» dona nec militiam , sed solas orationes pro sutute /m- 
I peratorisj veljiliorum efus, aà stabilitate imperii. ïê 

crois que c'est de là qu'on peut tirer Torigiûe des se- 

hi (i) Hincmar. in ÇuaUrH, p. 4o5, iàb. Bom. c. ii. — (a) Tom. a. 

j Hist. Franc, p. 3a3. 



^4 DlSSERTATIOÏffS 

cours d'argent, que nos rois tirent de temps en temps 
du clergé de France, particulièrement depuis que les 
milices des fiefs ont esté abolies; car au temps que 
toupies fiévez estoient tenus de se trouver dans les ar- 
mées des roys, et des souverains, les ecclésiastiques 
estoient pareillement obligez d'y servir , mêmes en per- 
sonne , acause de leurs terres , de leurs regales , et 
de leurs fiefs ; non qu'ils y portassent les armes , comme 
les séculiers, mais pour y conduire leurs vasseaux^ 
tandis que de leur part ils employoient leurs prières 
pour la prospérité des armes du Pririce (i). . 

Le camerier , c'est-à-dire le garde du trésor di 
Roi, avoit la charge de recevoir ces présens , et estoit 
soumis en cette fonction à la Reyne , à qui elle.appar 
tenoit de droit. Hincmar écrivant de l'ordre du palais 
de nos roys : De honestate s^ero palaùi^ seu speciaîiter 
pmamento regali, nec non et de bonis A]vnuis militum^ 
absque cibo et potu, vel eqids ad Reginam prœcipyk, 
etsub ipsdadccunerariumpertinebat (2). Puis il ajoute 
qu'il estoit encore de la charge du camerier, de rece- 
voir les présens des ambassadeurs étrangers, c'est4- 
dire qu'il les de voit avoir en sa garde, comme faisflps 
parties du trésor royal. Car d'ailleurs ces dons se .&• 
soient par les sujets aux rois (directement , qui les re 
cevoient de ceux qui les leur présentoient, tandis que 
leurs principaux, ministres ou conseillers regloientlcs 
affaires pi:^bliques..//i^r//w vero, quo hœc in Régis ab-\ 
sentid agebantur, ipse princeps reliquœ multitudini w 
suscipiendis muneribus , salutandis procerihus . . , ^ oc 
cupatus erat (3). 



(i) Galland au traité du franc aletL — (a) Hincmar de ord. pakL 
n. a2« Opuac. i4 (3) Jd. n. 34, 35. 






\ 



StJR l'histoire de s. tOUYS. 85 

Ces assemblées générales se tinrent d'abord une fois 
l'année^ au premier jour de mars , ce qui fut depuis 
i remis au premier de may, ainsi que j'ay remarqué. 
I Mais sous la seconde race , comme les états de nos 
I princes, et par conséquent les affaires s'accrurent ex- 
I traordinairement, ils furent aussi obligez démultiplier 
\ ces assemblées^ pour donner ordre aux nécessitez pu- 
I bliques, et pour régler les différents, qui naissoient 
I de temps en temps entre les peuples. Desorte qu'ils 
i en tenoient deux, l'une au commencement de Fan, 
l'autre sur la fin, vers les mois d'aoust, où de sep- 
tembre. Hincmar, Consuetudo autem tunctemporis erat^ 
uinon sœpius, sed bis in anno, placita duo tenerentur ( i ). 
Et afin que l'on fust certain des jours, ausquels elles se 
dévoient tenir , on designoit dans la dernière assetnblée 
le temps de la prochaine : les annales de France , Ubi 
etiam denub annuntiatum est placitum générale kalen- 
das septembris Aurelianis habendum (2). Et ailleurs , 
ad Placitum suum générale ^ çuod in Strimniaco prope 
Lugdunum ciuitatemse habiturum indiXeratj profectJUs 
est. Hincmar dit que la première assemblée , qui se te- 
noit au coinmencement de Tannée , estoit beaucoup 
plus solennelle que la seconde^ parce qu'en celle-là on 
regloit les affaires de toute l'artnée , et l'on ne renversoit 
pas ordinairement ce qui avoit esté arresté qu'avec 
grande nécessité. Ordinabatuf status totius regni ad 
anni i)ertentis spatium : quod ordinaturn nullus euentus 
rerum, nisi summa nécessitas , quœ similiter toti regno 
incumbebatj mutabatur. Et comme on y traitoit des af- 
faires de haute conséquence, tous les états du royaume 
estoient obligez de s'y trouver : In quo placito gênera- 

(i)Hiucmar, deord. palat. o. 39. —(3) Annal. Fr. Berdn. A. 83a. 835* 



86 disseutàtions 

litas unii^ersorum majorum , iàm clericorum ^ çukm 
laicorum , cojweniebau Ms^is quant à l'autre assem- 
bla ^ t[ui $e teaoit sur la fin de Fan^ il ny avpit que 
les principaux seigneurs et conseillers qui s'y trou- 
vassent , où Ton regloit les projets des affaires de 
Tannée suivante : et c'étoit en cette seconde assem- 
blée oik les roys recevoient les présens de leurs &ujets. 
Çœterian autem propter dova generaUter danda aHiid 
placitum cum senioribus tanûan, et prœcipuis cansUUt 
riis habebaiHr. In quo jam futi4n anni status tractari 
incipiebapAr j, si forte talia aliçua se prœmonstrahara i 
prq quibus necesse erat prœmeditando ordinare (i). Ce 
qui est confirmé par nos annales (t») à Tégard des pré* 
sens , qui se faisoient en cette seconde assembl^^ la-* 
quelle on remettoit à ce temps-là , acause d^la saison 
plus commode pour les chemins ; car on y venoit à céC 
effet de toutes les provinces de Tetat : les annales 
tirées de l'abbaye de Fulde : Rastizen gra^i cateni 
Ugatum sibi prœsentari jussitj: çwnque Francoruin jw^ 
dieîa , et Bofcariorum^ nec non et Sclas^orum^ çui jk 
diversis regni pro%^inciis Régi munera déférentes ade* 
r^tfitj morte d^mnatum^ luminibus tantùm oculonm 
prii^ari prœcepit(iy 

Ce passage fait voir que dans ces assemblées générales 
de nos François, on ne traitoit pas seulement des a0aires 
d'étsrt et de la guerre j mais qu'on y décidoit encore 
les grands diflèrens d'entre les princes et les seigneurs 
de la Cour. De sorte que si quelque duc, comte, ou 
gouverneur estoit accusé envers le Roi , ou l'Empe^ 
reur, de trahison, de conspiration, ou de lâcheté, il 

(i) Hincniar. n. 3o. — (a) Annal. Pr. Bert. A. 829, 832, 835, 864, *^ 
874, — (3) Atonal. Fr^ Fuld. A. 870. 



[ 



SUR l'histoire de Si0 LqUTS. $7 

estoit cité à ces asis^mblée^ , où il e^.taît obUgé ^ r^^ 
pondre sur les cbe& de Taccusatipn , e( s'il estoit trouvé 
coupable , il y estait condamné p^r le jv^emea^ sou- 
verain du Prince et des grands seigneurs, qui X^m^ 
ioient : ce qui a donué lieu dans la suite des ^e^upci à 
la cour des pairs ^ dans laquelle les barons , c'est ^dire 
les grands seigneurs ^ et ceux qui relevoient immédia- 
tement du Roy^ esitoient jugez par leurs égaux et leurs 
pairs. Il y.a une infinité d'exemples dans nos anqales 
des jugemens reudus en ces graudes assemblées pour 
les crimes d'état^ lesquelles furent appeUées pour cette 
raison Placita^ parce qu'on y décidoit les différents 
d'importance \ et pour les dî^Unguer des plaits or-r 
dinaires ^ les auteurs les app^Ueut souveut Pheita 
magna et gen^ralia (i). Il se trouvera occasion ailleurs 
de parler de l'origine de ce mot PlaçU^niy qui eat &yr 
uouyme à celui de MaUumj, comme fay remarqué. Ces 
assemblées générales commencèrent à cesser 3ur la fin 
de la seconde race, lorsque toute la Frauce se trouva 
plongée dans les divisions intestines. Durant la troi- 
sième, ou en fît d'autres sous le uom de parlemens, et 
d'états généraux, oix l'ou resolvoit des affaires publiques , 
et des (lecQurs , que les ordres du royaume dévoient 
faire mu^ rpys pour 1^ guerres, et les nécessites pres- 
santes. 

Les ancieus Anglpis sembleut avoir .emprunté de 
nos Frauçois, l'usage de ces assemblées, et de ces 
champs de may ; car nous Uspus dans les loix d'E-* 
doiiard le Confesseur (?) , que ces peuples estoient 
obligez de s'assembler tous les ans, in capite kalen- 
darum maii^ oh ils renouvelloieut les serment entre 

(0 Cbr. Fontanell. A. 85f . — (a) Lf., Edw. Conf. €, 35. 



8i DISSERTATIONS 

eux pour la défense de Tëtat, et robeïssance qu'ils dé- 
voient à leur Prince. C'est à cette coutume qu'il faut 
rapporter ce que quelques auteurs anglois écrivent en 
Fan 1094» Dermh in campo Martii convenere , uhiilU^ 
qui sacramèntis inter illos pacem conjftrmav^ere ^ Régi 
omnem culpam imposuere (i). Ce qui montre que 
quoy que ces assemblées se tinssent au premier jour de 
.may , elles ne laissoient pas toutefois de conserver le 
nom de champs de mars , et qu'elles furent encore 
en usage sous les premiers roys normans. 

Les présens méiùes y estoient faits pareillement aui 
roys. Orderic Vital parlant de Guillaume le Conqué- 
rant : Ipsi v^ero Régi, ut fertur , mille et sejcagihta 
librœ Sterilensis monetœ , solidique triginta, et ires 
aboli ex justis reditibus Angliœ per singulos dies reir 
dunt^r: exceptis muneribus regiis^ et reatuum redemp- 
tionibus j aliisque midtiplicibus negotiis ^ quœ Régis 
œrarium quotidie adaugent (2). Peut-estre que par ces 
termes de présens royaux , cet auteur entend les 
redevances en espèces, que les peuples estoient oblige 
de faire de jour en jour , pour la subsistance de ' k 
maison du Prince , dautant que in primilivo remi 
statu post conquisitionem j regibus de fundis suis non 
auri vel argenté pondéra , sed sola victualia soïve- 
bantur (3) : ainsi qu'écrit Gervais de Tilesbery. Mais 
d'ailleurs il est constant que ces présens faits aux 
princes par leurs sujets ont esté en usage depuis le 
temps auquel Guillaume le Bâtard vécut, veu que 
nous lisons qu'au royaume de Sicile, où des roys, 

{i) Simeon Dunelm. de gest. Angl. Flor. H^igorn. et Brompton, 

A. 1094, — (a) Orderic. L 4, p. 5a3 (3) Gervas, TiUsb. àpud SeU 

4çn, ad Eadmer,p. 21O» 



SUR l'histoire de s. louys. 89^ 

Normans de nation , commandoient , les sujets leur 

donnoient des étrénes au premier jour de janvier. D'oîi 

i vient que Falcand remarque que Tamiral Majon ayant 

5 esté tué sous prétexte d'avoir voulu s'emparer du roy- 

I aume, sur ce que Ton avoit trouvé des couronnes d'or 

[ dans sa maison y ses amis Ten excusèrent , disans qu'il 

ne les avoit fait faire, que pour en faire présent au 

Boy au jour des étrénes , suivant la coutume : Falswn 

enim quidqmd ipse cœdisque factœ socii adi^ersus Ad- 

miratum confixerant : nec iUum inventa in thesauris 

ejus diademata sibi prœparcLsse , sed Régi, ut eodern- 

in kalendis januarii strenarum nomine^ juxta con^ 

suetudinem ei transmitteret (i). 

* ■ - - ■ ■ ■ 

DES COURS ET DES FESTES SOLENNELLES 

DES ROIS DE FRANCE. 

(JouiyiLLE y p. iQg.) 



Outre ces champs de mars^ ou de may, et ces as- 
semblées générales, que nos roys convoquoient tous 
les ans pour les afiaires publiques , ils en feisoient en- 
core d'autres aux principales festes de l'année, où ils 
se faisoient voir à leurs peuples et aux étrangers, avec 
une pompe et une magnificence digne de la majesté 
royale : ce qui fut pratiqué pareillement dés le com- 
mencement de la monarchie Chrétienne ; car nous 
lisons dans notre histoire que Chilperic estant venu à 
Tours, y solennisa la feste de Pasques avec appareil (2) ; 

(1) Hugo Falcand, de Sicil, Calam, SS;. — (a) Greg. Tuf, l. 5. 
Hitu c. 3. 



go '^ DISSE II.TA.TIONÇ 

Ç/ùlpericus .>* .'Toronis venity ibiçMe et dies sanoêot 
Pascka^ tenuit, Eguinart témoigne que Pépin observa 
le» mêmes cérémonies aux festes de Pasques et de Noël 
dans tout le cours de sa vie , ce qui fut continué par 
ses success6UT9, Le^ même auteur écrit que Cbarif- 
magne avoit coutume de parétre dans ces grandes 
festes revêtu d'babits de drap d'or ^ de brodequiqg 
brode? de pef'leç , et des autres vétemens royaui y 
avec la couronne ^W la teste : In fsstis^itatibus <veste 
miro tejptdj, ei caldamentis gemrruuis^ etfibuld tiuàreà 
sagum astringmte , diademate quoque ex aura ^ 0I 
gemmis omaUis inçedebat (i). Thegan fait la même 
remarque de Louys le Débonnaire : Num/uam aureo 
resplenduit indumento , nisi tanûan in summis festir 
vitaiihus, sicut patres ejus solebant agere. Nikil (U»f 
diebus se induit pr celer camisiam, etfeminalia nisi cum 
auro texta ^ lembo Qureo , hc^liheo prœcincU^, et enie 
auro fulgente j ocreas aureas , et chlamydem auro te3> 
tam^ et eoronam auream auro Julgentem in capiu 
gestans, et baculum aureum in manu tenens (a). Je crois 
que ces devix empereurs; françoi$ voulurent imiter en 
cela ceuic de Ck>nstantinopley q^i avoient coutume ik 
se trpuver dans l^s églises aux grandes fe$tes de IW [ 
née^ revêtus de leurs habits impériaux, et avec la oou* 
ronne si^r la teste , ce que Theophanes (3) nous appr^ 
en la vie du grand Justinian. Pu moins il est constant 
que Charles le Chauve S^& cl? ï^ouys le Débonnaire, 
affecta particulièrement de les imiter , ainsi que les 
annale^ de Fulde rapportent : Karolus rex de ItaUd 

(1) Eguinardi Annal, A. ySg. et seq. Id. in Carolo M. p. loa. — 
(a) Thegfin. 0. 19. Annal M^, A, 837. — (3) Theaphan. p. \^Z^ 
196. Codin, de off. 



SUR LUISTOIRE DE &. LOtJTS. 9I 

in Galliam rediens , novos et insolitos hc^bit^s assump- 
sisse perbibeU^r. Nam talari J)alrmUçd indi^ms j, eê 
baUfieo dçsuper accinctus pen^ente^ mque ^d p^des^ > 
nsçnon capite im^luto serjcik v^landne, <|e dMwuUe 
desuper imposito j dominiçis e$Jestis diebusi ç4 ecçler 
siofn procédera ^oleb^U Qmnem emm eon^iêêiMlmeni 
reg^m Francorum contemnens , Grmç^ glarif^ QpU- 
ny^s arbitraiaUir(i). 

Mais ces termes regardent la fûrme des v^temens et 
celle de la couronne ; car quant aux habits de^ Fran- 
çois de ces siecles-là , le moiae de S* Gai (2) en fait la 
description , et fait voir qu'ils estoient Uien différents 
de ceux des Grecs ; dautant que nos princça porloient 
alors au dessus de leurs babUs, et de leur bwdrier^ 
im manteau blanc , ou bleu, de forxae qwarr^e, court 
par les côteii, et long deyçint et derrière : UlUnwn lia- 
bitus eorum eralpallium amumji vH ^(^phîrinum qua^ 
drangulum ^ duplexe ^ sicjbrmatmn, ut cUm impone- 
retur fuimeris , ante et rétro , pçd^ tangeretj, dp late^ 
rïbus vero vix genua contegeret. Tertullian (3) parle 
en quelque endroit de ces matUeaux quarre^^ que les 
Grecs nomment Teipaywva. C'est ^nsi que Charlc- 
magne est représenté à Rojpe en VegUse de sainte 
Susanne ^ en un tableau à la mosaïque , pu il est à 
genoux devant S. Pierre, qui lui met entre les vç^dÂns 
un étendard bleu parsemé de roses rQUges, ^veç Ç^s 
caractères audessus, f. n. v- ca^vm> Rgx ; de l'autre 
côté est le pape Léon, avec ces mots, -f. s^çis^i^ys d* k.. 
LEO pp. au dessus de la teste de S- Pierre, $ca petavs. 
au dessous de ses pieds , est le fragment de cette ins- 

(1) Annal. Fuld. A. S76. •* (s) Monaok. ^ungmlL l 1, «. 36. — 
^3) Teriull. de Pallio, et ibi Salrnasius , p. $6, 



Q^ ■' DISSERTATIONS 

cription, donas bicto ta. Cette 

forme de manteau s'est toujours conservée depuis ce 
temps-là en France. Manuel Comnene (i) empereur 
de Constantinople , estant à Antioche, voulant foire 
voir aux François qu'il n'estoit pas moins adroit qu'eux 
à manier la lance dans les tournois, y parut à la fran- 
çoise couvert d'un manteau , qui estoit fendu par h 
droite; et attaché d'une agraffe, afin d'avoir le bras 
libre pour combattre : yXoL^v^x ^aS/jUcvoç dç-eiorépcs 
IXepi Tov fi^iGv w/jLOV Trepoyoujmévyjv , xat aqjtSÉtjav ekevOépcof vu 
yeipay,o(,':i xo izopuriiix. De sorte que c'est cette espèce de 
manteau , dont il est parlé au testament de S. Everard 
duc de Frioul (2) , Mantellum unum de auro paratuan, 
eumjibuld aured. Le compte d'Estienne de la Fon- 
taine (3) argentier du Roy de l'an i35i, décrit ainsi 
les manteaux de nos roys, des princes du sang^ et 
des chevaliers : « pour xx. aulnes et demie de fin 
« velluiau vermeil de fors, pour faire une garnache, 
« un long mantel fendu à un costé, et chaperon de 
•c meismes tout fourré d'ermines pour le Roy à la 
« dernière feste de l'Estoille, etc. pour fourrer m 
« surcot, un mantel long fendu à un costé, et chape- 
ce ron de meismes , que le Roy ot d'une escarlate ver 
« meille , pour cause de ladite feste. » Et ailleurs : 
« pour le duc d'Orliens, pour fourrer un grand surcot, 
« un mantel fendu à un costé, et chaperon de meismes, 
«« que ledit seigneur ot d'une escarlate vermeille. » Ce 
manteau representoit le paludamentum des Romains, 
et est encore entre les habits royaux de nos princes, 
d'où les presidens à mortier du parlement les ont em- 

(1) Nicet, Chon. in Man, /. 3, §.3. - (a) Vand^rhaer Mir. etc. ^ 
(3) En la Ch, des Compt. de Paris , Com, par M. de Vion, 



\ 



SUR L^HISTOIRE DE S. LOUTS. g'i 

. pruntez. J'ai fait cette reflexion en passant à Tégard 
. des manteaux des anciens François y acause que le 
sire de Join ville remarque que le roy de Navarre 
parut en cotte et en niantel à la cour solennelle que 
le roy S. Louys tint à Saumur en Tan 1242. 

Il est constant que non seulement les roys de la se- 
conde race ont solennisé les grandes festes avec ces céré- 
monies, et cet appareil, mais encore ceux de la troi- 
sième. Helgaud (i) parle des cours solennelles que le 
le roy Robert tint aux jours de Pasques en son palais 
de Paris ^ oti il fit des festins publics. Orderic Vital 
écrit que le roy Philippes I , ayant esté excommunié 
acause de son mariage avec Bertrade de Montfort , 
cessa deslors de porter la couronne , et de se trouver 
à ces festes solennelles : Nunquam diadema portavit, 
necpurpuram induit,, neque solennitatem aliquam regio 
more celebrai^it (2). Et quoy que le roy S. Louys af- 
fecta la modestie dans ses habits, neantmoins il observa 
tousjours dans ces occasions la bien-seance qui estoit 
requise à la dignité royale : comme il iÇt en cette 
cour et maison ouverte ^ qu'il tint à Saunlur, où, 
au récit du sire de Joinville, il fut vêtu superbement, 
et où il ne se vit jamais tant d'habits de drap d'or. Et 
quoy qu'il ne dise pas qu'il y parut la couronne sur 
la teste , cela est neantmoins à présumer , puisque le 
roy de Navarre , qui s'y trouva présent , y estoit 
« moult paré et aourné de drap d'or, en cotte etman- 
» tel, la çainture,fermail, et chappael d'or fin. » Nangis 
confirme cette magnificence de S. Louys, en ces termes : 
In solennitatibus regiis , et tàm in quotidianis sump- 
tibus domus suœ , quam in parlamentis et congrega- 
(i) Helgald, in Rob. p. 66, 70. — (a) Ordr. l. 8, p. 699. 



1)4 biSSERTÀTlONS 

tionihûs nïditutn tt hâtônuntj sicût clbcèbat règiath 
dignitatefti, tiberâiiièr ac largiter se habebat, etc. (i) 
Ce qu'a sètnbJiB avbir tiié de tiostre auteur : « Aux 
« parletn^tas 6t états qu'il tint à faire ses nouveaux 
« establisséiïiens y il Faiâoit tous servir à sa court les 
« seigneurs, chevaliers, et autres, en pltis grande 
« abondance, et plus hautement^ qu^ jamais n^avoient 
« feit ses prédécesseurs (îi) » . Mais ce qui justifie que hos 
roys portoient la coufôune en ces occasions , est le 
tiestainiônt 4^ Philippes de Valois , qu'il fit au bois de 
Vihfcennes \è 2 de juillet Tan ï35o, par lequel il donâà 
à la reynèBlânèhè de Navarre, sa femUie, tous ses joyaux, 
« tôxceptée tant Seulement uos^re couronne royale, 
t< de laquelle nous àvon^ usé, ou accoustunié à aset 
« en grands festes, ou ett solennités, et de laquelle nous 
« usâmes, et la portâm'es à la chêValerie de Jean, uostrë 
« ainsné fils. » Ce sont les termes du testament. C*csl 
doUc aùause de la couronne que les roys portoient stor 
la teste eh ces grandes festes, qùé ces cours solennelles 
sont appeHéeâ cuHûi coronatde ^ dans le titre de h 
commune , qui fut accordée à la ville de Laon par le 
roy Louys le Jeune l'an 1 138 (3) : Fro hù igitur _, a 

aliis béneficiis , (ftxdè prœdiùlù civiius regali heni^nir 
taie contuJimus , tpsiUs pacis homines hatic nobis con- 
veritiùnem hàbuefuht , quod exctptd ctJiUA coroitata , 
swe expôditione j vel e^uitatu , tribus uiûibus in annô 
singulas procuratiônès , si in ciuitatetn Denerimus^ pro 
eis XX^ libr. nobis persolvent. 

La eour des princes est toujours remplie de cour^- 
tisans, et c'est assez de dire que le Roy est en ùti lieu, 

(1) iVangius in S. Lud. «^ (a) Joinuille. — (3) Reg, delPhiUp. 
August. appart. d M- éCHerou-uah 



StJR LBISTÛI&B DE S. LOUTS. 95 

pour inférer qu'il est fréquenté d'un grand nombre de 
personnes. Ce qui a fait dire à Gwitherus : 

Non en magnùrurH eurh panais i/ivcre hegum. 
QuotUhet emUlai, plures tamen aula resertuA. 
JVec Pnnceps laUhnUf nec sol dériderai nnibtOM : 
Abtcondat $oUm , qui vult abscondere Begem. 
Sive novi veniant , seu qui venére recédant , 
Semper inexhaustd celebratur curia turbd, (i) 

Toutefois les roys ont choisi les occasions des festes 
solennelles j pour y faire parétre leur magnificence 
par le nombre des seigneurs et des prélats ^ qui y 
arrivoient de toutes parts pour composer leur cour, 
par Tédat de leurs habita, et de ceux des officiers de 
la maison royale , par les splendides festins , les lar- 
gesses et les liberalitei; ; et enfin par les grandes céré- 
monies et particulièrement celles des chevaleries , 
c[u'on reservoit pour ces jours-là. Ainsi c'est avec 
raison qu'on appelloit ces grandes assemblées , Cours 
plenieres (2) , solennelhi ( 3 ) , publiques ( 4 ) > gene^ 
raies (5), ouvertes (6). La chronique de Bertrand du 
Guesclin : 

Et toute ta vaisselle fasse amener droit là , 
Pùurce que cour plainiere de dit tenir voudra. 

Ils chobissoient toujours à cet effet un de leurs palais , 
ou quelque grande ville , capable de loger toute leur 
suite , comme les annales d'Eguinhart, et les au- 
teurs font foy f et entre autres le même Guntherus (7} ^ 
en ces vers , parlant de l'empereur Frédéric I : 

(1) Guntker. L 4. Ligur. p. ^. — {%) Monast. Angl. to. 2,p. 2S1. 
îo. i^p. 44. — (3) To. 4* Spieil, p. 55o. Goldast. to. i. ConstiU Imp, 
p. 366, ao8. Thu^rocz. — (4) /T. Heda p. 334, lEdit. — (5) Chr. 
Longipont. — (6) JoinviUe. — (7) Gunther, l. b, p. 1 10. 



96 DISSERTATIOHS 

Jnstabat veneranda diês, qua Christus in und 
JEijfualis Deitate Patri, sine temporis ortu , 
JVatus ah œterno , suh tempore , temporis auctor 
Cœlitus infiésd vohiii dé f^irgine nasci, etc. 
Hune celehrare diem digno meditaius honore 
Cœsar, uhi illustrem legertt sibi Curia sedem , 
Quœ posset pleno tôt millia pascere cornu , 
H^ormatiam petiit , etc. 

Dans la seconde race de nos roys , je ne remarque 
presque que les festes de Pasques et de Noël., où ils 
tinssent ces assemblées : mais dans la troisième il y en 
avoit d'autres. Un titre du roy Robert (i), par lequel 
il exempte le monastère de S. Denys de ces cours so- 
lennelles, y ajoute les festes des roys, et de la Pente 
coste. Un autre du roy Louys le Gros de l'an 1 133 (2) 
est ainsi souscrit, Actum Suessioni generali curia Pert- 
tecostes coram archiepiscopis , et episcopis ^ et coram 
oplimatibus regni nostri, Ives évesque de Chartres parle 
en l'une de ses epîtres de la cour , quœ Aurelianis in 
Natali Domini congreganda erat (3) ^ où il fait voir 
qu'on y traittoit des affaires publiques. 

Mais, afin que les princes du sang, toute la mai* 
son royale , les grands ofliciers de la Couronne , et 
ceux de l'hostel, ou de la maison du Roy, y parussent 
avec éclat, les roys leur faisoient donner des habits ! 
suivant le rang qu'ils tenoient, et qui estoient conve- 1 
nables aux saisons ausquelles ces cours solennelles se 
celebroient (4) : ces habits estoient appeliez Iwrées (5) 
parce qu'ils se livroient et se donnoient des denien 
provenans des coffres du Roy, et dans les auteurs La- 

(i) Apud. Doublet, p. SaS, et in prob. Hist. Mont, mon p. 9. — 
(a) Chr. Longip. p. 8. — (3) It^o ep, 190. — (4) Compte de l'Hostel àm 
Roy del'aD laSS, rapporté dans les Obnerv. Rigalt et Meurs. — (5) Qdost, 



SUR LHlSTOlAe DE 8. LOUYS. Q^ 

tins Liberatœ (i), et Liberationes (2) et souvent les 
nouvelles Robes (3). Malliieu Paris, Appropinquantc 
verb et imminente prœclarœ DonUnicm Natii^itatis Jes- 
tiuitate,gud mutatoria recenUa, quœ vulgariter :eroTAs 
ROBAs appellamus , Magnâtes suis domesticis distribuere 
consuevferunty etc. (4) U parle encore ailleurs eu divers 
endroits des robes de Noël (5). C'est delà qu'on dit 
que celui qui porte les livrées , ou les robes de quelque 
seigneur, est censé estre de sa maison (6). Les loix 
des barons d'Escoce , Dummodo non sit persona sus- 
pecta, utpote sifuerit tenens suus , vel de familid sud, 
vel portons robas suas, etc. Et, aujourd'hui, nous ap- 
pelions liirrées les habits des domestiques et des valets 
des seigneurs , qui sont ordinairement d'une même 
couleur, ainsi que Corippus décrit ceux de la suite de 
Justin : 

œta$ quihut omnibu» una , 
Par habitas i par forma fuit, vestisque rubebat 
Concolor , atque auro lucebant cingula mundo. (7) 

Le moine de S. Gai dit que l'empereur Louys le Dé- 
bonnaire faisoit des présens à ses domestiques, et don- 
noit des habits à chacun d'eux, selon leurs qualités: 
Cunctis inpalatio ministrantibus , et in curid regid ser^ 
vientibus,juxta singuhrum personas donativa latgitus 
est : ita ut nobilioribus çuibuscumçue , aut baltheos > 
aut JUisciïones , pretiosissimague vestimenla à lads- 
simo imperio perlata, distribui juberet; inferioribus 
^*erb saga Fresonica omnimodi coloris darentur (8). 
Les comptes d'Estienne de la Fontaine, argentier du 

{i) y- Spdman. — (aj WiU, Malmetb, l. a. Hist. JYou. p, 178. — 
{Z)Ho\ved. p. 738. — C4) Math, Paris. A. 1243. — (5) Id. p. i/fi, 
1S7, 17», iSS. — (6) Quoniam aUach, c. i3 , $. a. — (y) Coripp. L 4 , 
de laud. Justini. ^. 67. — (8) Mon. Sangall. l. 2 , c. 4i* 

3. 7 



U8 DISSERTATIONS 

Roy de Tan i35i ^fonl mention des livrées qui- se dos* 
noient à la maison du Roy , aux festes de Noël^ de k 
Chandeleur^ de laPentecoste^dela my^aoust^et de h 
Tou^sains>6t nous apprennent quelles se donnoieot 
aux reynes^ aux princes du sang^ aux officiers de Ii 
couronne, aux chevaliers de Thostel, qui sont nom* 
mez vulgairement les chevaUers du Roy, et générak^ 
ment à tous les officiers de la maison du Roy^ et en- 
core à ceux qui estoient faits chevaliers par Le Roy es 
ces solennitez. On appelloit encore ces livrées. Mtm» 
teauXj et en latin Pallia, parce qu'aux uns on don* 
noit des manteaux , aux autres des robes. Un coropU 
du trésor de Tan 1 3oo ^ Pallia militum de termina Pen? 
tecosu etc. Pallia clericorum , etc. Robc^ ualletorum 
et aliorum hospitii, (i) etc. En une ordonnance de 
Charles V, de l'an i364, pour le parlement : J^adii 
et Pallia (2). Une autre de Charles VII (3), pour 
les officiers du parlement du 24 de fevr. i439, porte 
que les présidens, les conseillers , les greffiers, et ks 
notaires du parlement seront payez de leurs gage« 
et de leurs manteaux par debentur. Ce droit de maé* 
teaux appartenoit pareillement aux maîtres des re- 
quêtes, aux maîtres des comptes, et aux trésoriien 
de France, comme on peut recueillir de la lecture 
des anciennes ordonnances. Cela ne fut pas particu- 
lier à nos François, puisque nous lisons dans le coifc 
Théodosien que cette coutume flit encore pratiqué 
par les empereurs d'Orient, qui dbnnoient des habits 
aux officiers de leur palais : Otim statuimus , ut ubrà 
definitas digniUUes nullus nec annonas , nec strenas 
perciperet. Sed quia plerosque dé div^ersis palutinis 
(i) Corn, par M. d'Herouyal. — (a) Ordon. BarHnesfol, 54. — (3)i*. 






STIH LHIITOIRB DE S. LOUTS. qO> f/ Jt ^9 

vfficiis suh occasioTte indepti honoris strenas et vesuR^ ^\^ 
cœteraçue solennùt ulirà stalutum numenun percepiss^ 
cognovùmu ,etid quod ex superjtuo presbitutn ett gjeigi 
yàaas, «I deinceps ultra slaouas dignitates, nihU prœ- 
beri permittas (i). Ces étreines, qui estoient données 
aux officiers, furent depuis appellées J!iogœ(a). 

Hélgaud, le sire de Joinville, et Ifts tutres auteurs 
remarquent encore qu'à ces festes solemnelles il se 
fàisoit des festins publics, oit les roys mangeoient en 
prâence de tonte leur suite , et y estoient servis par 
les grands officiers de la Couronne , et de l'hos- 
tel, .chacun selon ta fonction de sa chatte. Il y 
avoit avec cela les divertîssemens des ménestrels, ou 
des ménétriers. Sous ce nom estoient compris ceux 
qui joiîoient des naquaires , du demy-canon , du 
cornet, de la guiteme latine, de la fluste beha^e, 
(bohemiene) de la trompette, de la guiteme Mo- 
resche, et de la vieille, qui sont tous nommez dan» 
nn compte de l'hostel du duc de Normandie et de 
Guienne de l'an 1 34**- H y avoit -encore dos farceurs , 
des jongleurs (/ocuAifor'e;) et des plaisantins , qui dî- 
vertissoient les compagnies par leurs facéties et par 
leurs comédies, pour l'entretien desquels les roys, 
les princes, et les simples seigneurs âisoient de si 
prodigieuses dépenses , qu'elles ont donné lieu à Lam- 
bert d'Ardres(3),etau cardinal Jacques de Vitry (4^ 
d'invectiver contre ces superfluitca de leur temps , qui 
avoient ruiiié des&milles entières. Ce que S. Augustin 
avoit fait avant eux, en ces termes : Donare res suas 

(l) L. 11. C. Th. de Palatin. Sacrar. Largit, ^ {■>) Luithpr. V. 
Mtan'ù Glott. — (3) Lambert. Arà. p. ilfj. — ("4) /«•■ A Vitriacn 
in Uiit. oteid. l. a , c 3, 



10) DISSERTATIONS 

fc que Monseigneur ou le Prince vous présente. Kt de- 
« vant sa table doit crier, Largesse, Largesse, Largesse, 
« et prendre garde de quel estât il est et, selon les sain» 
« tations cy-dessus escrites , selon Testât de quoy est 
« celuy qui fait la feste en la manière de la salutatioB 
« qui luy esjt deuë, doit nommer aprës , Largesse de 
« très, etc. avec les titres de la seigneurie dont kl 
« heraux au devant doivent estre informez, et par pre» 
« nant garde en cette manière , apeine peuvent CsdUir. 
« Et après quand il a crié, tous heraux et poursuivam 
(c doivent crier après luy, Largesse, sans dire autre 
« chose , et en plusieurs lieux , au long de la saUe, oa 
<c palais, doit estre fait en telle manière que chascno 
ce l'oe , etc. Et pour mieux faire entendre cris deLar^j 
ce gesse, en sera mis deux cy-aprés, l'un pour VEiii- 
cc pereur , Vautre pour le Roy, etc. Largesse de Ferrj 
ce le ti es-haut des haults de tous Princes^ Emperew 
ce Auguste roy des Romains , et duc en Autriche La^ 
tt gesse. Largesse, Liargesse. Et au premier se doit criff 
« trois fois, et en la fin tous les herauds le doivent crier 
c< et poursuivre tous ensemble seulement Largesse^etc 
ce Largesse, Largesse, Largesse de Henry parla gnee 
ce de Dieu très-haut et tres-Chrestien et tres-paîs- 
« sant roy Franc des François et Anglois, seignem 
ce d'Irlande , Largesse , Largesse, Largesse, etc ». Tho« 
mas Milles (i) auteur anglois écrit qu encore à pré- 
sent en Angleterre on fait les cris de Largesse, en 
François : ce qui est confirmé par le cérémonial (a), 
lorsqu'il. parle. de l'enti-eveuë du roy François I, et 
d*Henry VIII, roy d'Angleterre entre Guines et Ardres 
Van i5ao^ 

(i) Thomas Milles^ de NohUit, Polit, p. Sg, 7a, 109.^ (q) Çen- 
mon. de Fr. to. 2 , p. '^t^^. 



SUR l'oistoirb de s. louts. io3^ 

' ' L*asage de œs festes royales , car c'est .ainsi que 
f Matliieu Paris les appeUe, {regaliafasta) (i) fut in- 
* troduit en Angleterre par Gmllaumè le fi^tard , âpres 
! qu'il eut conquis ce royaume. Orderic Vital (a)> 
^ inter b'ella GmUelnms ex cwitdsUe Guentajuhet afferri 
i coronam , aliaque omantenta regaUa et i^asa , et éU- 
i mîsso exercitu in castris ^ Eboracum^venit , ihique N'a- 
I taie Sabmtoris nostrî concelehrat, Guillaume de Mal- 
I mesbury écrit la même chose de lui en ces termes (3) : 
I Comni^ia in prœcipuis festivitalibus sumptu/osa et ma- 
gnifica inibat. Natale Domini apud Glocestriam > 
Paschaapud Wintonianij Pentecostem apud Westmo-- 
nasterium agens i/uotannis , quibus in Anglid morari 
liceret : omnes eo cujuscunufue professionis Magnâtes 
Regium edicîum aocersebat, ut exterarum gentium 
iegali speciam mukitudinis , apptUumque deliciarum 
mirarentur, nec ullo iempore comior, aut indulgendi 
facilior erat , ut qui adyenerant Imrgitaieni ejus cum 
dwitiis conquadrare ubigue gentium jactitarent. Les 
tmnales de France nous font voir en quelques en- 
droits , que nos roys de la seconde race choisissoient 
pareillement ces occasions^ pour recevoir les ambas- 
sadeurs étrangers. 

Guillaume le Roux fils et successeur dq GuiUaume 

le Bâtard p continua ces festes solennelles. Le roy 

Henry 1 les célébra pareillement avec de grandes 

;: magnificences. Eladmer, qui rend ce témoignage de 

^ Jui^ appelle ces jours de solennitez, les jours de la 

* coui'onne du Roy (4) > parce qu'il la portoit en ces 

(i) Math. Paris , A. ii35, p. 5i. — (2) Ordtr. l. 4,^. 5i5. — 
(3) Will, Malmesb, l. 3, p, ni. — (4) Eadmer, l. 4. HitU Dfovor. 

p. 103. 



Io4 DISSEKTATIOKS 

occasions. Ii\ subsequenti festivitate Pentecostes rex 
Henricus curiam suam Londoniœ in magnd glorid, 
et dwite apparaiu delebrasfit^ qui transaclis coeou 
suce fesUviorihus diehas ^ cœpit agere eum epùcojk 
et regni principibus , quid esset agendum (i). Il nov 
apprend eticore que les roys se faisoient mettre la 
couronne sur la teste par Farclievesque , ou Fevesqne 
le plus qualifié^ à la messe ^ qui se disoit le jour de k 
feste (îi). In sequenti Natii^itate Domini Christi rej- 
fium Angliœ ad curiam Regù Lundoniœ pr,o more ew^ 
çenitj et magna solennitas habita est, atque sublimiSs 
Ipsd die archiepiscopus Eboracensis , se loco Prinut' 
fis Cantaariensis Regem coronaturum j et missam spt 
rans célebraturum , ad id animo paratum se exhUuît, 
Cui episcopus Lundoniensis non acquiescens corbnam 
capiti Régis imposuitj eumque per .dexteram induxà 
Ecelesiœ , et officium diei percelebrai^it. Et ailleurs 
(3) il raconte comme lorsqu'Henry épousa Alix À 
Brabant sa seconde femme, Raoul archevêque àt 
Cantorbery, qui avoit le droit de couronner le roy 
d'Angleterre , aprës avoir commencé la messe , Tayaut 
ajiperceùavec la couronne dans son siège, quitta Fair 
tel, et vint lui demander, qui la luy avoit misé sur la 
t&te, et éhsiiile il l'obligea de la tirer; mais les Ba- 
rons firent tant envers lui, qu'il la luy rendit. Ces 
tSvir^ Solennelles cessèrent en Angleterre sous le règne 
d4i roy Estieiihe (4) , qui fut obligé d'en abandooner 
Tusa^ge \ acause des grandes guerres qu'il eut sur les 
bras, et parce que dé son temps tous les trésors d» 
royaume furent épuisez. Guillaume de Malmesbury, 

(i) Eadmer. l. a , vitœ S. Anselmi Cant. c. 3. — (a) Id. p, io6.— 
f3) Lib.6, p. 137. •- (4) Rog. Howed. part. ^ , p. l\^i. 



SUR L*UISTOIIlE DE 8. LOUTS* ICv5 

riant de Guillaume le Bâtard : Quem morem cou" 

g^ivandi primus successor obstinatè ténuité tertius omisiti 

:«iCe qui est encore témoigné par les historiens anglois , 

iet entre autres par Henry d'Huntindon, Curiœ soïen- 

nés, et omatus regii sohematis ab antiqud série dès*' 

cendens prorsus ei^anuerunl(i). Mais Henry II y (2) son 

successeur les rétablit , Roger de Hoveden remarquant 

^^*il se fit couronner jusques à trois fois avec la reyne 

^ Eleonor sa femme, et qu'à la troisième fois en une 

p^feste de Pasques, Tun et l'autre estant venus à Tof^ 

il^frande^y quittèrent leurs couronnes , et les mirent 

f^ sur Tautel y^voi^entes Dec , quod nunquam in yitâ sud 

p de cœtero coronarentur (3). Ce que j'interprète de ces 

cours solennelles. Le roy Jean en l'an laox, célébra- 

, vit Natale Domini apud Guildenford> ubi mulla mili-r 

I tibus suis festiv^a distribuit indumenta^ %t au jour de 

I Pasques suivant estant venu à Cantorbery , ibidem die 

I Paschœ cum regind sud coronam portaviu Mathieu de 

Westminster dit qu'Henry lU célébra pareilliement 

^ ces ïesies avec appareil en l'an i349; ^ Westminster, 

ubi cum dapsili valde conyii^iOy ut solet, dics transe- 

\ git Natalitios , cum mukitudine nobilium cQpiosa (4)« 

Et, en Fan i253, il remarque qu'à une feste q^u'il tint 

à Wincestre à Noël, les habitans de cette \î\\^yjuxta 

ritum tantœ solennitatis fecerunt (Rcgi) oçenium nobir 

lissimum (5). Ce qui sert encore pouir justifier qu'en 

ces occasions les roys reçevoient des prese^S; de leurs 

sujets, et que les habitans des villes où ces festes se 

solennisoient estoient tenus de contribuer à une partiç 

(i) Ilenrie. Hunlind. l. 8, p. Bgo. — (a) Boh. de Monte A. h^q. 
Gesta Steph, fieg. — (3) Math. Paris, p. 53. Rog. Howed. part. 2, p. 
491. — (4) Mai. Jf^est. A. laoï. — (5) Màih. Tf^est. A. 12^9 , iti53. 



io6 DISSERT ATIONS 

des dépenses : ce qui est exprimé dans le titte de 
commune de La<m y dont f ay fait mention. Ëdomrd 
les mit aussi en usage , au récit de Thomas de W 
gham, Itex vero Bristoliam veniens, ibique 
DonUnicœ Naliv^itatis tenait eo anno{i). Ckimmeai 
Edoiiard II, suivant le même auteur, Rex iter <oi 
insulam Eliensem arripuit, ubi solennitatem Pmsi 
lem tenuk nobiliier^ et Jestîi^e (2) ; où il faut rei 
quer ces termes de tenir /este y qui estoit une exp»{ 
Françoise. Guillaume Guiart en l'an 1202, pai 
de Philippes Auguste : 

Tint H Rois leans une feste , • 

Où moult dépendi grant richece. 

Les grands seigneurs ont aussi affecté à rexeni 
des souverains de tenir leurs cours solennelles ami 
grandes festes de Tannée. Un ancien auteur (3) dit qm 
Richard II, duc de Normandie, avoit coutume è 
tenir sa cour aux festes de Pasques au monastère de 
Fescan, qui avôit esté bâti par son père : Ibi eratscit 
tits Jerè omni tempore suam curiam in Paschali sfÀn» 
nitate tenere. Il est souvent parlé des cours pleniem 
des seigneurs dans les titres , particulièrement dxA 
un de Pierre comte de Bigorre , qui porte ces mote'. 
Curia namque ibi erat magna et plenaria (4)- Mais f 
crois que ces cours pleniaires estoient des assemblées 
des pairs de fief, et où le seigneur se trouvoit, daw 
lesquelles on décidoit et on jugeoit les diflférents dei 
fiévez. Il y a au Cartulaire de Vendôme un jugement 
rendu plenarid curid i^idente (5). Aussi cette cour pie- 

(i) 7%. îTalsingh. p. 5a. ^ (2) Id. p. io4. — (3) Addit. aét fTill. 
Gemet. p, 317. — (4) Reg. Bigorr.fol. i3. -- (ô) Tabular. Findoc. 
Jol, aSo. 



SUR LHISTOI&E DB 8. tLOUTS. IO7 

■kùere estoit une dëpeadance des grands ûeb, et qui 
Iflfstoit accordée par le prince. Goillaume le Bâtard la 
Rdonna à Tëglise de Dunelme :. Et ul curiam suam ple^ 
Mariamj et Frech in terrd sud libère, et quieth in per^ 
mpetuum habeant, ^concéda et confirmo (i). II sejfcrouve 
r^une autre charte d'Henry III ^ aussi roy d'Angleterre 
Hpour le prioré de Repindon au comté de Derby, qui 
g porte de semblables termes (a), Et curiam suamplena-^ 
^riam, prœterquam de fards, et de honùmbus Comi-» 
p fis, etc. Ce qui fait voir que ces cours plenieres des 
seigneurs regardoient pour l'ordinaire la justice et la 
connoissance des cas qui en dépendent. Il y a au Car«« 
tulaire dé Tabbay^ de Valoires(3), au diocèse d'A-< 
miens , un titre d*Enguerrand vicomte de Pont de 
Remy de Tan 12747 P^i* lequel Tabbé et les moines 
de ce monastère reconnoissent qu'ils sont obligez de 
le loger, et sa suite dans les maisons qui leur appar- 
tiennent dans Abbeville, le jour de la Pentecoste , et 
les trois suivans, et de lui fournir des estables, deux 
chareltes de fourage, des cuisines, des tables, et des 
Dapes,au casque le comte de Pontieu l'obligeât de 
venir à Abbeville, loisqu^il y tiendroit sa cour. Ce 
qui fait voir que les vassaux estoient obligez à raison 
de leurs fiefs de se trouver aux cours solennelles de 
leui^ seigneurs. Conformément à cet usage , j'ay leu 
un autre titre de Renaud d'Amiens, chevalier sei- 
gneur de Vinacourt , de l'an 19-10, par lequel il recon- 
noit qu*il est homme lige d^Enguerrand seigneur de 
Pinquegny (4), et qu'il luy doit six semaines de service 
au même lieu avec armes, à ses propres dépens, s*il 

(i) 3fonaster, Angl. to. \,p. 44- — (a) I^- to. a, p. aSi. — (3) Corf. 
de Valoirts. — (4) TahiUar. PincoAien sep. $7. ^ 



ro8 BISSEKTATÏOBTS 

en a besoin pour sa guerre. Puis ajoute ces laot^, Et 
dictas Viceâominus rne prof esta faciendo swnrnonuerti, 
ego cwn uxore med per octo dies secum Hd 
meum debeo remanere , etc. Par un autre aveu 
Tan 1^80, Dreux d'Amiens seigneur de Vinacourt, 
connoit qu'il doit huit jours de stages , et huit jours 
fyste au vidame d'Amiens ; où il est à remarquer 
"ce qui est icy appelle ^è^/ï/m , est appelle dans un autaj 
titre du même Enguerrand de l'an 12 18 dies hastihii} 
et dans un autre de Jean vidame d'Amiens de Tan 1271, 
le jour du Bouhordeisy parce qu'en ces jours-là onfid 
soit des behourds , des tournois ^ et des joustes* Bl 
afin que ces assemblées fussent plus célèbres , les «« 
gneurs obligeoient, ainsi que j'ay dît fleurs vassaux d< 
s'y trouver à leurs dépens , et leur envoyoient faire Id 
semonces à cet effet. Mais parce que la matière 
tournois et des behours est curieuse , et que leur ori- 
gine est peu connue , je prendray icy occasion d'en 
faire quelques dissertations qui ne sçauroient estre qu'a- 
gréables , puisqu'elles en découvriront la source, et 
en feront voir l'usage, et les abus. 

Non seulement les vassaux estoient tenus . de « 
trouver aux festes de leurs seigneurs, mais encore ih 
y estoient obligez à quelques devoirs particuliers, sa- 
vant les conditions des infeodations (i). Bans un acte 
passé^Tàn i34o, Humbert dauphin donn» à Aynard de 
Clermont la terre de Clermont en Trieves, avec k 
titre de vicomte, à la charge que, lorsque le tlau- 
phin, ou son fils aîné seroit fait chevalier, le vicomte 
porteront l'espée devant luy , et qu'aux jours de cheva- 
lerie et de mariage, il servir oit à cheval, ou à pied, 

(1) M. de Boissiea au (raité des Droits Seig. ch. 4. 



» 



StJll L HISTOIRE BÊ 8. LODtâ. I09 

Ijtelon que la feste le requerroit, pour raison, dequoy 
i|il prendroit deux plats et quatre assietes d'argent de 
i8eize marcs ^ et si la feste duroit plus d'un jour, un 
nplat de quatre ou cinq marcs chaque jour. 



■ DE L'ORIGINE ET DE L'USAGE DES TOURNOIS. 

r 
B 



J. ous les peuples qui ont aime la guerre | et qui en 
ont fait le principal but de leur gloire^ ont tâché de 

. iy rendre adroits par les exercices militaires. Ils ont 
crû qu'ils ne dévoient pas s'engager d'abord dans les 
combats, sans en avoir appris les maximes et les règles. 
Us ont voulu former leurs soldats , et leur apprendre 
k manier les armes ^ avant que de les employer contre 
leurs ennemis : Ars erdm hellandi j si non prœtuditur^ 

' eiimnecessariafuerit , non habetur{i), dit Cassiodoreir 
C'est pour cette raison que S. Isidore écrit que les Goths^ 
qui estoient estimez grands guerriers ^ in armotiim ar^ 
tibus spectabiles , avoient coutume de s'exercer par 
des combats innocens : Exercera enim sese telis . ac 
prœliis prœbtdere maxime diliffintjf ludonan certa-- 
mina usu çuotidiano gérant (a). 

Les François qui ont esté effectivement les plus bel- 
liqueux d'entre toutes les nations , les ont aussi culti-t. 
vez plus que les autres. Ce sont eux qui sont les inven- 
teurs des tournois et des joustes , qu'ils n'ont mis en 
usage, que pour tenir les gentilshommes en haleine, et 

(1) Ctusiod. l, 1 , ep. ^o. •— (a) liid. .in HUt, Goth, inii. Roder. 
ToUt, L I. Hist. Hisp. c. 9. 



ilO DISSERTATIONS 

pour les préparer pour les combats. Ce qui a fait 
dire à un poète de ce temps (i) : 

Anl6 homines dûnrniêse fera» gens GaUica ah olim 
Sanxitf et ad dmrog belU anmorumgue labores , 
Exercere domi rigidct prœludia pugnœ. 

Et comme les tournois ne furent inventer que pour 
exercer les jeunes gentilshommes ; c est pour cela 
qu'ils sont appeliez par Thomas de Walsingham ludi 
militares (a) , par Roger de Howeden militaria exer^ 
citia (3) ^ par Lambert d'Ardres gladiaturœ (/{.) ^ par 
l'auteur de Thistoire de Hierusalem imaginariœ bel- 
lùriun prolusiones , (5) et enfin par Guillaume de Neu- 
bourgs Fnediiationes militares^ armorum exercitia , 
belU prœludia , quœ mdlo interveniente odio , sedpro 
solo exercitio , atquc osieniatione viriumfiebant (6). 

Alexandre Nediam^ Lazius (jj), Chifflet (8)^ et 
autres auteurs estiment que le nom aussi bien que 
l'origine des tournois , vient de ces courses de clie**^ 
veaux des anciens , qui sont nommez Trojœ, et Tro'^ 
jani ludi , et qui furent inventes premièrement par 
Enee , lorsqu'il fit inhumer Ancfaise son père dans la 
Sicile, d'oiï ces courses passèrent ensuite chez les 
Romains. On ne peut pas douter que ces jeux troyens 
n'ayent beaucoup de rapport avec les tournois , com-* 
me on peut recueillir de la description que Virgile 
nous en a donnée : car ils ne coosistoient pas dans de 
simples courses de chevaux , comme le P. d'Outreman 

(i) i{. P. Lto B. Ord. FF, Minor, m Pmmg, Ludov, XlV. edito 

A. letft. ^ (a) fraiÊingL p. h^ ^ (3) Âùg. ifou^ — (4) Lamh. 

Ard^p. i3. — (5)irùciSriemf.^.ii77.^V!&)^. A'embrig. LS , c. ^. 

— {a) AL NtekÊm, £m^. L lo. Comum. de Hep, Kam. c, a. ^ (è) Chif- 

Jhtm ^ FmmÊ. t. pmu #• 3i. Imd. d'OHemms md TmeiL L ii , 



SUR LfiIS1^0IR£ DE S» tODYS. tll 

a écrit , puisque Virgile témoigne assez le contraire 
par ces vers : 

. . . pugnœque cUnt simulcccra suh armis. 
Et nunc terga fitgd nudant nune spécula vettunt 
. Infensi , factd pariUr nunc pace fcmntur ( i ). 

Il est constant toutefois , qu'il sefaisoît d'autres exer-^ 
cices dans les tournois et d'autres combats. II est 
mêmes probable que le nom de tournois' ne vient pas 
de Troja , quasi Trojamentum , comme les auteurs , 
que je viens de nommer, ont écrit, mais*plûtot du 
mot François tourner ^ qui signifie marcher ou courir 
en rond. C'est ainsi que Papias interprète ce mot de 
tornat , in gyrum mittit (2) ; terme qui ne semble pas 
nouveau , puisque Paul Diacre et l'empereur Maunce 
en ses Tactiques nous apprennent que celui de tor- 
na (3) estoit en usage dans les combats, pour obliger 
les soldats à tourner aux occasions qui se presentoient. 
Aussi plusieurs estiment que ces femmes qui sont ap- 
pellées tomatrices (4) dans Hincmàr , ont ce nom , 
acanse qu'elles dansoient en rond. C'est encore de là 
que nos anciens François ont emprunté le mot de re- 
turnar (5) , qui se trouve dans le traité de paix d'entre 
Loujs et Charles le Chauve son frère, et de retorna- 
re (6) dans les capitulaires du même Charles le Chauve, 
qui est à présent commun parmy nous , pour rei^enir 
de quelque endroit. 

Ces exercices militaires ont esté en usage parmy 
nos premiers François : du moins Nithard nous ap- 

(1) Virqil, /. 5. 'jEneid. v. 585. — (a) Papias, Doutreman. in CP. 
Bulg.lih. I» c. 1 1. J. 6. — (3) PauL Diac. Hist, Mise. Maurio. intactic. 
— (4) Hincmar ta. i ,p. 714. — (5) Cap. 3, dist. 5, de consecr. — 
(6) JYUhard. l. 3. Capit. Car. C. tU. 16, §. 14. 



112 DISSERÏAt I0N5 

prend qu'ils estoient connus sous la seconde race dé 
nos roys. Car décrivant Tentreveuë de Louys roy 
d'Alemagne et de Charles le Chauve roy de France 
en la ville de Strasbourg , et racontant comme ils se 
donne'rent toutes les marques d'unie amitié récipro- 
que, il ajoute que pour rendre cette assemblée plus 
solennelle, il se fit des combats à cheval entre les 
gentilshommes de la suite dés deux princes , pour 
donner des preuves de leur adresse dans les armes : 
Ludos etiam hoc ordine sœpe causa exerciùi frequenr 
tabant, ConuenieBànt autem quocumque congruum spec- 
taculo videbatur : et svhsistente hinc omni tnultitUdine , 
primiim pari numéro Saxonorum ,Wascanorum , Aias^ 
trasiorwn , Britannorum , ex uiraque parte , velutisibi 
inx^icent ad^ersari ^vellent], alter in alterum vélo ci cur- 
su ruebat; fdnc pars terga versa umbonibus ad socios 
insectantes euadere se velle simulabant. At versd vice 
iterùm illos , quoÈ fugiebantj persequi studebant : do- 
nec noi^issimè utrique reges cum omni jus^entute\, in* 
genli clamorCj equis emissis , hastilia crispantes exi- 
liunt, et nunc his , nitnc illis terga dantibus , insistante 
Eratque res dijgnà pto tantâ noUlitate , nec et mode-- 
ratione, digna spectacmo. Non enim quispiam in tantd 
multitudine ac dii^ersitate gèneris , uii sœpe inler pau-- 
cissimos j etnotos' contingere solel , alicui j auL lœsionisj 
aut vituperii quippiam inferre audebat(i). On ne peut 
pas revoquet en doute, après ce passage, que les 
tournois, ne se- soient fait devant la troisième race de 
nos roys. 

Cependant les anciennes chroniques en attribuent 
l'invention à Geoffroy seigneur de Preuilly, qui fut 

(0 Niihard. l. 353. ffist. p. 375/ 



SUR L*BISTOIRE DE S. LOUTS. Il3 

j» 

père d'un autre Geoffroy, qui donna Torigine aux 
comtes de Vendôme. Celle de Tours^ rend ce témoi-, 
gnage de lui : Anno io6Ç> Gaufridus^ de PruUaco ^ 
qui torneamenta im^enit,^ apud j4i'^degavum occidi*- 
turCi) Et celle de S. Martin de. Tours : Amo Henric^ 
Imp. VU, et Philippi régis VI , fuit pro^itio apud Ander 
gas^um , Gaufridus de Pruli^co et ajii barones occi$i 
sunU Hic Gaufridus de j^ruliaco tqrnetamenta initie-- 
nit (2). D autre part nous lisons ;dans Lai^bert d'Arv 
dres (3) que Raoul comte de Gruineç ^ fils du comta 
Ardolphe , estant veni^ en. France pour y fréquenter 
les tournois, reçut dans ^un de ces combats. un coup 
mortel , qui lui fit perdre la vie. Qr Raoul \yivoit avant 
Geoffroy de PreuUy : car le même auteur ^cirit qu'Elue* 
tache son fils ayant appris la mort, de son père , vint 
aussi-tôt en Flandres, et fit hommage de son .comté 
au comte Baudouin le Barbu^, qui tint, le ççjnté de 
Flandres depuis Tan pSc}^ jusques en Tan iq34* ■■ '^ 
De sorte que j'estime que ce seigneur .A'inye|ita»pas 
ces combats et ces exercices ];nilitaires, mai^.qu^il fut le 
premier qui en dressa les loix et lesregl^,^et n^én^esqui 
en rendit la pratique plus çommuae el; plus fréquente-' 
Ce qui est d'autant plus probable,, q^e nous ce lisons 
pas le mot dé toui'noy ayant ce temps-là.. D'ailleurs 
la pluspart des écrivains étrangers reconnoissent in- 
genuëment que les tournois estoient particuliers aux 
François. C'est pourquoy ils sont appeUez par Mathieu 
Paris confiictus Gallici , les combats ordinaires des 
François, en ce passage : Henriçus rex Anglonun 
junior mare transiens in cowflictibus Gallicis, et pro- 

(1) Chr. Tur, A. 1066. — (2) Chr, S. Martini Turon, A. Du 
Chctne en l'Hist. des ChasUigners. — (3) Lamb. Ard, p. i3. 

3. 8 



Il4 blSSEKTATlOlri 

fiisioribus expefisis , trienmum perègit , regidqué nia- 
jestate prorsus depositdj totus est de rege iranslûtus 
in miliiefn, etjleacis in gyrùrà frcni$ , iti vaHis con* 
gressionibus triumpkum repoîténs , sui Ttominis famam 
ùircumguaftie respersit Çi). Rlaoul de Coggesball en sa 
chronique manuscrite (2) rend le moitié témoignage ^ 
écrivant <jue Geoffroy de MandeviJle mourut en la 
ville de Londi^es^ d'-Unte bfefôure qu'il reçût, dion 
MORE Fraitcôaum ^ tfoM fiostis , ^ùél ùontis^ se ^e curstm 
ébruitantes titècissîm iW^eterent. 

Aussi les AuWurs ont ^-eraairqué que les Fran^i^ 
ont esté adroits en ces 'exercices plus que les autres 
nations. Le comte Baltazar de Castillon en son Coiir* 
tisan parie de cette ^adresse de nostre nation : NA 
tomearCj tener An passo j 'combatere ttna sbarra (3)j 
et comme la lanc^ estoit la principale aitn^, dont XHï 
se servoiten cette sorte de <::ombaty ils y ont tousjouft 
excellé : ce qiJi a dontïé sujet à Fouclter de Charttës 
de dire qu'ils estoient probissimi beilatores ^ et mira" 
•biles de lanceii péroussores (4). Albert d'Aix (5) feit une 
description de teùl^ laûces :et AtthfeComnétie(6), îfi- 
cetas (7), et Ciïihamus (8) rendent cet honneur à la no- 
blesse Françoise d'avoir eu une adresse toute partiodiiere 
pour les maniet, -et pc^ur s'en servir dans les occasi6tks« 

Les Anglôis emprutttereiit dè?s François Tusage dès 
tonrnois, qui ne commencèrent à e^re connus d'eux , 
qufe sous le reffae du roy Estieune^ ciùn per é/us 
indecentiem TFêolUtèéhi nullus es'sët publicœ ^ngor disdi^ 

(i) Mdth. Parist A. 11 79, p. gS. — (ii) Raàulf, Coggesh. in Chr, MS 
— (S) Bahh. Cast, i»e/. Vorteg. l. \. — (4) P'ulchér. Camtit. l. a, t, 
f\\, — (5) AU>. Aq. l. 4> c. 6. — (6) Anna. Comn. in Alex.p. 171, 
172, 207, 277 , 445» 469. — (7) IVicet. in Man, /. 3, c. 3. — (g) Giicii' 
/. 2. 



SUR l'histoire de s. louts. ii5 

plince(i), ainsi (jue Ouillaume cle Neubourg écrit. 
Car alors , et sons le règne du roy Henry II, <jui suc- 
céda à Estienne, les Anglois tjr<mum eooerdtivs in 
Anglîd prorsus inhiintis , qui forte armonan affec- 
tantes gloriam exerceri yolebant , pransf retantes in 
terranim exercebantur confiniis. Roger de Howeden 
et Brompton (2) confirment cette remarque, racontant 
que Geoffroy comte de Bretagne ayant esté fait che- 
valier par le roy Henry H, son père, passa de l'An- 
gleterre en Normandie, et que dans les confins de cette 
province et de celles de France , il se trouva dans les 
tournois, où il eut la satisfaction de se voir rangé 
au nombre des chevaliers qui excelloierit dans ces 
sortes diUfcmbats. Mais le roy Richard fut le premier 
qui en introduisit la pratique dans T Atigleterre 5 -car cet 
illustre Prince considérant que les François e^oient 
d'autant plus vaillans, qu'ils estoient exercez, tanto 
esse acriores , quanto exercitatiores atçite instruc- 
tiores , sui quoque regni mUites in propriis Jinihus 
exerceri yoluity ut ex bellorum solenni prasludio ^ i^ro- 
rum addiscerent artem usumque bellorum , née insul- 
tarent Galli Anglis militibus ^ tanquam rudibus et 
minhs gnaris (3). Mathieu Paris dit la même dbèse , 
ce qu'il semble rapporter à l'an 1 194 (4) • Eodem tem- 
pore (5) rex Richardus in Angliam transiens, stalim 
perloca certa tomeamentafieri , hacjbrtassis mâuctus 
ratione , ut milites regni utriusque concurrentes vires 
suasjlexis in gjrumfrenis experirentur : ut si bellùm 
^ adversus crucis inimicos , uel eticun Jinitimos mouere 

(i) Jf'ill. JVeub. Z. 5, c. 4* — (2) Roger Howed, et BrompU A. 1 177. 
— (3) ITiU. Neub. /. 5, c. 4. — (4) Math. Par. A. 1 194. — (0) Maih. 
Wt$tm. ^.1194. 

8. 



X l6 DISSERTATIONS 

. décernèrent, agiliores ad prœUum , et èy:ercitatiores 
redderentur. Mais ce grand roy est blâmé (i) de ce 
« que voiant Tardeur extraordinaire que les siens avpient 
pour se trouver à ces exercices militaire , il en prit 
..occasion. pour lever de l'argent sur ceux qui voudroient 
y aller ; rege id decerneniey et à singulis qui exerceri 
ifellent indictœ pecuniœ modulum exigente (aj. 

Les Alemans ne mirent pareillement les tournois en 
usage , qu'après qu'ils les eurent receûs des François. Je 
sçay bien que Modius (3) en fait l'origine beaucoup plus 
ancienne en ces pays-là, nous ayant donne des tooiw 
. nois qui furent célébrez en Alemagne long-temps avant 
. Geoffroy de Preuilly. Mais aussi ceux qui sont tant 
soit peu versez dans l'Histoire/ n'ignore^jjj^as que 
ce livre est remply.de fables, et il faut avouer que sqn 
auteur a passé les bornes de l'impudence , lorsqu*il 
nous a donné (4) un Antoine marquis de Pont à 
Mouçon, Claude comte de .Tolose, Paul duc de Bsir, 
Ligore comte de Bourgogne, Sigismond comte d*A- 
lençon , Louys comte d'Armagnac , Pliilippes comte 
d'Artois, Antoine comte de Boulogne, et autres princes 
imaginaires , qui se trouvèrent, à ce qu'il dit, avec 
Tempereur Henry J, en la guerre contre les Hongrois* 
Il est bien vrayque. Munster a écrit que les tournois 
commencéreut à paroitre dansl'Alemagne en l'an io36, 
en laquelle. aauiée il s'en fit un dans la ville de A^gde- 
bourg (5); que si ce qu'il dit est véritable, cela $e 
fit au même temps que Geoffroy de Preuilly Jcs 
inventa, n estant pas hors de probabilité de crpire 

(i) Math. Jf^est. Neubrig. — (2) Brompton,p, ia6i. — {^)Fr, Mo- 
dius in Pandect. Triumph. A. Favyn. L lo. du Théâtre d'Honneur, 
— (4) Id. Modius. «o. a, /. I , p. i5. — (5) Munster, Geog. L 3, p. 8^ 



SUR L^riïitOIllE DE S. tOtJYS. II7' 

<Jue les Alemans en apprirent l'usage de lui, au 'méiûe 
temps que les François. 

Mais entre tous les auteurs, qui ont écrit des tour- 
nois, les Grecs avouent franchement que ceux de leur : 
nation en ont tiré la pratique des Latins , c'est à dire 
des François , qui en furent les inventeurs. Nicephôre 
Gregoras en parle de la sorte. Efra xat iydùvai è^srikeat 
9ûo , jxipyiw xiva twv OXu/iTrtaxwv : aTToacifovTaç,.... 0! Sri Tôfç 
Aaxivotç iroXac émvevéïixou yviivadiAq iveyca, aw/iaTOç , OTToSev 
aypXiiv ayoïevmwKokeiiuitûv (i). Jean Cantacuzene (2) de- 
signe plus distinctement le temps auquel on commença 
à user des tournois dans Tempire d'orient : sçavoir 
lorsquAnne de Savoie, fille d'Ame IV, comte de 
Savoy e vint à Constantinople pour y épouser le jeune 
Andronique Paleologue empereur (ce mariage se 
fit en l'an 1^26) ; car alors la noblesse de Savoie et 
de France, qui avoit accompagné cette princesse^ 
fit des tournois dans cette capitale de l'empire ^ et 
en apprit ainsi l'usage aux Grecs •' nai njv Xsyofxévyjv 
rÇovç-ptxv , YM ri xepveiiiy:» avxol rcfH&voi èdiia^av Ptùnaiouç , 
ou77Gt> nporepov nepl tocovtuv e136taç où^év. Mais il y a 
lieu de douter si les tournois ne commencèrent à estire 
célébrez dans l'empire Grec, que depuis ce temps-là. 
Car Nicetas (3) nous apprend que l'empereur Manuel 
Comnene estant en là ville d'Antioche, les Grecs com- 
batirent contre les Latins dans un tournoy, et lui- 
même voulant faire voir qu'il ne cedoit en rien aux 
François dans la dextérité à manier là lance, il s*y 
trouva, et y combattit avec ceux de sa nation. Il y a 

(i) Niceph. Gregor. L lo, p» SSg. — (2) lo, Cantacuz. (, i, c. 42, 
— (3) Nicet. in Man. /. 3 , c. 3. 



Il8 DISSBftT ATIOSS 

même llea de croire que ce Prince les mit en usage 
dans ses ëtats ; car Cinnamus écrit qu estant parvenu 
à Fempire^ il enseigna à ses peuples une nouvelle 
façon de combattre , leur ordonnant d'user à Tavenir 
de longs ëcus, au lieu de ronds , d'apprendre à manier 
de longues lances , comme les François^ et à monter 
à cheval ; puis il les obligea de s'exercer entre eux 
par des combats innocens , qui ne sont autres que les 
tournois : voici les termes de cet Auteur. Tàç yàp et t&w 
TroXfpW œjécuifTtokéfKùy autoç izoïtiaS^ou Bù^oiv iioipourKeviq , 
cTnreveaâau ddièri ti ito})^, ayfîiixze TroXe/ioii izenoiv^iévoç , 
r.apaxd^etç tivaç oyxipLexdmovç oXk^^JXK^ Iça. 0^(ù ts SopaGiv 
ènùccùvfûv toïç avro^ùloiç xtiftioiv èyviÀydaomo xriv èv roîç 
onkoiç (i). Anne Comnene semble encore parler de ces 
exercices des tournois^ et faire voir qu'ils estoient 
en quelque façon en usage sous l'empire 'd'Alexis 
son père : EmfiekQç tf otnatieveiv ônoaç yjph To|oy xtivziv , 
'4,0.1 Sopv xpaicuveiv , iTHome eXavveiv , xal fiepixiç TioieTaâat 
ovvToi^etç (2). Ces dernières paroles désignent assez les 
tournois , où les combats se faisoient en troupes. 

Le principal but de Tusage des tournois estoit pour 
exercer ceux qui faisoient profession des armes , pour 
appuendre à les manier, et à monter à cheval , et pour 
donner des preuves de leur valeur : pro solo exercitio^ 
atque ostentatione i^irium ; ainsi qu'écrit Guillaume 
de Neubourg, yv^LVoLciotç ëvETta adaiiaroç, comme parle 
Gregoras, et enfiû, ut ex solenni bellorum prœludio 
verorum addisceretur ars ususque bellorum. Car il est 
malaise de faire de belles actions dans les combats, si 

(i) Cinnamus y l, 3, p. i34' — (2) Anmji Comnen. l. i5. jile- 
xiad. 



SUll L HISTQI&E DE S. LOUTS. I ip 

on n'a passé par les exercices miliçç^ires, et si on n'a 
fait les épreuves nécessaires pour ^Qtrepjp^ndre uh 
métier si difficile , et si dangereux, {loger de Howeden 
parlant au sujet des tournois , après s'estrçi servi du 
passage.de Cassiodore^ que j'^i cité, ajoute ces paroles : 
Nonj}otest aihleUi magMtos spiritus ad certamen afferre, 
qui nunquam suggillatus est. llle qyi sangmnem suum 
vidit^ cujus dentés erepuerunê sub pugno ^ ille qui sup- 
plantatus adi^ersarium ioto iuUt corpore , neo profecit 
animum projeciuSj qui quolies ceçidii contumaciar sur- 
rexit, cum m(9gud spe descendit ad pugnam- ( i ) 

Comme dofic on ne combattoit aux tournois , que 
pour y apprendre le métier de la guerre, et pour s'y 
exercer, aussi on n'y employoit aucunes armes qui 
pussent blesser ceux qui entroient en lices. Dion écrit 
que l'empereur Marc Aurele vpulut que les gladia- 
teurs usassent d'épées , dont les pointes seroient 
émoussées et rabat^és, et au bout de.squeUes il y au- 
roit un bouton, ai$infttov yip oùcfeTrors oucfevc airâv ôfu 
€$ur.ev, oik}ji xac cefiSléaiv &GT:ep èacpxiptùyiiyouç i^xeç 
€/juz/ovTo. Seneque (2) appelle cette sorte d'armes /a- 
soria arma , lusoria tela , et nos François des glaires 
courtois , c'est à dire des lances innocentes , sans aucune 
pointe de fer. Le traité des chevaliers de la Table 
ronde, dit que ces chevaliers (3) « neportoient nules 
« espées, fors glaives courtois, qui estoient de sapin, 
« ou d'if, avec cours fers , sans estre trenchant, ne 
ce esmoulus. » Mêmes les diseurs, ou l^s juges des 
tournois , faisoient faire sermens aux chevaliers qui 

(1) Jlouwedj p. 58o. Math. ïVestm. p. 375. — (2) Seneca , 
ep. 117, /. a. quest. natur. — (3) Traita MS, <l«s Cbevnl. do 1^ table 
ronde. 



-laO ' JXISSB&TÀTIOFS 

y dévoient combatre, « qu'ils ne porteroient épêes f 

ce a9^ilre9 y ne basions affustiez , ne enfonceroient leurs 

'^ a^mes> ne eàtaquettes assises par iceux diseurs , )i 

lundi qu'il .est porté dans un traite manuscrit (r) des 

- tmu^ois y mais comba'troient ce à espées sans pointe 

a et-rabatuëSy etauroit chascun toumoiant un baston 

« pendu à«a selle^ et feroient desdites espées et basions 

M tant qu'il plairoit ausdits diseurs. » Un autre traité 

4es tournois ajoute que les chevaliers « toumoioient 

ce d'espées rabatuës , les taillans et pointes rom- 

« pues, et de bastons, tels que à toumoy appar- 

« tient ^ et dévoient frapper de haut en bas^sanstirer, 

c( ne sans saquier. » Le cri des tournois, dans Jacques 

Valere (2) en son traité de la noblesse ^ porte que les 

toumoyans doivent estre « montez et armez de nobles 

« hamois de tournoy, chascun armoié de ses armes, 

« en hautes selles , pissiere , et chanfra^n , pour tour- 

ct noyer de gratieuses espées, rabatuës, et pointes 

<r brisées, et de cours basions. » Et plus bas il est dit 

quHIs dévoient c< fraper du haut en bas sans le bou- 

cv ter d'estoccf^ ou hachier, ne tournoyer mal courtoi- 

. ce sèment. Car ep ce faisant il ne gaigneroit riens, 

ce ne point de prix d'armes n auroit, mais l'amenderoit 

« oi^.^t des juges. » Un ancien auteur écrit à ce 

sujet. qu6 'tomeamenbim percutiendo nonetiam infrin- 

gendp 9 juxta solitum eocercetur. Si donc le tournoiant 

3^n avcit usé. autrement, ilestoit blâmé par les juges 

du toumoy. Mathieu Paris en l'an laSa, dit que Roger 

de. L^)qi)>ur9e chevalier anglois ayant blessé mortelle- 

nxentià lagorgQ Hernaud de Montigny de la pointe 

[\) Traité MS. des Tournois. — <a) Traité de Jacques Valere MS. 



SUK l'histoire de s. LOUTS. 121 

d*un« lance non émoussée y lanceœmucronej tpd prout 
debebat non erat hebetatus (i>, quoy qu'il se dît 
innocent, fut neantmoins soupçonné d'avoir usé de 
trahison en cette occasion ; mais s'il arrivoit que quel- 
qu'un eut blessé /«^ou tué son adversaire avec les armes 
ordinaires du tournoy , pourveu qu'il n'eut rien fait 
contre les loix des tournois, il ne recevoit aucun 
blâme. Ce qui est remarqué particulièrement par 
Gregoras en ces termes: ïnd ym xiv rpdaavxa, */i xoti 
ànoxxelvovTa Gvixëiu oiroai tzcùç , xScu zoig àyô^^iv à/xf otépaeç , 
àvéyiùyirov dvai atpm véiitiiov i?v (a). 

Ceux (3) qui estoient commis en cette qualité de 

juges des tournois mesuroient et examinoient les 

lances des chevaliers et leurs autres armes, et pre- 

noient garde s'ils n'estoient pas liez à leurs selles, ce 

qui estoit défendu par les loix des tournois , comme 

il est exprimé au traité MS. que je viens de citer : « à 

« laquelle entrée se tiennent les susdits deux juges et 

« officiers d'armes de la marche, lesquels ravissent 

<c leurs espées, pour sçavoir si elles sont raisonnables, 

« et aussi le baston s'il est de muison. » Le cry des tour-- 

nois : « et lendemain tenir fenestrè comme dessus, et 

« après disner à l'heure dessus nommée venir es pleins 

« rens, montez et armez à tout lances mesurées et 

« et muisonnées de lances de muison, et courtois ro- 

<c. chets: c'est asavoir mesurées à la gauge qui y sera 

ce -commise et ordonnée de messieurs les adventureux, 

ce sans estre liez ne attachez. Car se il estoit seu , ne 

ce trouvé, jaçoit ce qu'il forjoustast, si perdroit-il 

c< sen pris pour la journée : et qui jousteroit de plus 

(i) Math. Paris, p. 566. — (a) Niceph. Greg. p. 34o. — (3) Des- 
crip. I^ictor. obtent. per Carol. Reg. Sied. to. 5. Hist, Fr. p. 845: 



laa ^ DISSERTATIONS 

« longue lance qu'il ne devroit, il perdroit la lance 
« garnie. Et ^ui jousteroit de forcours y il peut bieu 
« perdre et rien gagner. » 

Quoy que les inventeurs des tournois^ et de leurs 
loix y sembleat avoir apporté toutes, les précautions 
nécessaires pour éviter les inconveniens qui en pou- 
voient arriver, souvent neantmoins il en survenoit 4ç 
grands par la chaleur du combat y ou par la iiaine et 
la jalousie des tournoyans. Car il y en avoit, qui 
n'estans pas maîtres d'eux-mesmes , se laissoient em- 
porter à la passion, et à l'ardeur qu'ils avoient de 
vaincre, et qui n'observans pas entièrement les règles 
qui leur estoient prescrites, faisoient tous leurs efforts 
pour renverser leur adversaire , de quelcjue manière 
que ce fust. 11 y en avoit d'autres qui prenoient ces 
occasions pour se venger de leurs ennemis. C'est pour- 
quoy on jugea à propos d'obliger ceuiç qui se faisoient 
faire Chevaliers , de faire serment qu'ils ne fréquente- 
roient les tournois , que pour y apprendre les exer- 
cices de la guerre , se tirocinia non nisi causa militaris 
exercitii frequentaturas (i). Car souvent ces copibats 
qui d'abord ne se faisoient que par divertissement, et 
pour s'exercer, se tournoient en querelles, et en de véri- 
tables guerres. Henry Knighton parlant du tournoy 
qui se fit à Chalon en l'an i2;j4> où le roy Edouard 
avec les Anglois combatit contre le comte de Ghalon 
et les Bourguignons, dit que les deux partis s'y por- 
tèrent avec tant de chaleur et de jalousie , que plusieurs 
y demeurèrent sur la place, adeb ut non torneamen- 
tum , sed parvum hélium de Clialon communiter dice^ 
retur (2). Et Mathieu Paris racontant un autre tour- 

(1) W. Hedain, Hist. Epise» Traject. — (a) Henr. Knighton , /. a, 
Je Event. Angl, 2459. 



SUR L^HISTOIRE DE S. LOUTS. X'Jbi 

DOy en Fan ia4<9 Fuerunt auiem ibidem multi tam 
milites^ çuam armigeri yuln^rati j, ^ çle^U çç^six et 
groviter lœsij eo quod invidia vmkormn bffik*m ih 
praslium commutatHt (i)' 

Les histoires sont remplies de oe$ funeste» «coideos 
qui arrivoient aux tournois. Raoul comte de Quioes 
y perdit la vie au reeit de Lambert d'Ardres (a)» 
Robert de.Hierusalem comte de Flandres y fut blessé 
à mort (3). Geoffroy de Magneville comte d'E)$se:( en 
Angleterre y fut tué en Tan 1216 (4). Florent comte 
de Hainaut et Philippes comte de Bologne et de Cler«- 
mont périrent pareillement au tournoy qui fut tenu 
en la ville de Corbie, en Tan i223 (5). Comme aussi le 
comte de Hollande à celuy qui fut tenu à Neumague 
l'an 1234 (6). Gilbert comte de Pembroch en l'an 
ia4ï (7)* Hemaud de Montigny chevalier Angloia en 
Fan 1252 (8). Jean Marquis de Brandebourg en Tan 
1269 (9). Le comtedeClermonty fut tellement bles^é^ 
qu'il en perdit Tcsprit Tan 1279 (ro). Louys fils du 
comte palatin du Rhin y perdit la vie en l'an 1289 (i i). 
Jean Duc de Brabant en l'an 1 294 (i 2). Et plusieurs au- 
tres personnes de condition , que je passe , dont le$ 
auteurs (i3) font mention. 

Ces funestes accidens donnèrent occasion aui( papes 

(i) Math. Par. p. 383. — (2) Lamb. Ard. p. i3. — (3) J^". Mal-- 
mesb. l. 3. Hut. Angl. p. io5. — (4) Math. Par. p. 194* — (^) ^^^ 
Reka^ W. Ueda, Jo. a Leydisy L aa , c 16. '-p (6) Godef. JMton. A. 
iij^.Hist. Archiep. Rrem. p. 110. — (7) Math. Paris, p. 383. Math, 
ff^estm. p 3o5. — (8) Math. Paris , / 566. — (9) Chr. Austral. 
A. 1269. ^^''' C^^^^nse , ^. 8i3. — (10) G^std Phil. III. Reg. Fr. -^ 
(11) Chr. Austral. A. 1289. — (la) Mag. Chr. Relg. A. 1394. Chr, 
de Flandr. c/i. 3i. Math, ff^estm. A. 1295. •»" (i3} To. 2, Monast- 
Angl. p. 220, aaa. Petrarch. epist. fanUL 73. M- Çhr. Uelg. A» 
la4o. 



ia4 DI8SSRTÀTI0SS 

d'interdire les tournois^ avec de griëves peines, ex-' 
communiant ceux qui s'ytrQuvei oient , et défendant 
d*inhumer dans les cimetières sacrez ceux qui y per- 
droi^ent la vie. Innocent (i) II, Eugène III, et après 
eux. Alexandre III, au concile de Latran de Fan 1 179, 
furent les premiers qui fulminèrent leurs anathemes, 
déclamant contre les tournois, et les appellant (a) 
detestabUes Tumdinas "vel feritis^ quas vulgb tomem^ 
menta ^vacant, in qiUbus milites ex condicto conuenire 
soient , et ad ostenUitionem virirnn suarum et audadœ 
temerè congrediuntur , unde mortes hominum et peri"^ 
cula amimarum sœpe proueniunL Ce concile ajoute 
ces mots : et si cuis eqrum ibi mortuus fuerit , qurnav^iM 
ei pœnitentia non denegetur, ecclesiasticd tamen ça* 
reat sepulturd. Innocent III Ci) les interdit pareille-^ 
ment pour cinq ans sous peine d'excommunication. 
C'est ce qui a fait dire à Cœsarius (4) qu'il ne faisoit 
pas de difficulté d'avancer, que ceux qui estoient tueij 
dans les tournois estoient damnez : de his verb qui 
in torneamentis cadunt^ nulla quœstio est , quin ^or 
dont ad inferos ^ si non fuerint adjuti benejicio conr 
tritionis. U parle ensuite d'une vision qu'un prestre es- 
pagnol eut de quelques chevaliers qui avoient esté- 
tuez dans les tournois, qui demandoient d'estre 'Re- 
courus par les prières des fidèles. Â quoy l'on peut 
rapporter une autre vision, dont Mathieu Paris (5) 
parle en Fan 1227, écrivant, que Roger de Toëny 
vaillant chevalier s'apparut à Raoul son frère , et lui 
tint ce discours : Jam et pœnas vidi malorian, et 

(i) Baron. A. ii48, n, 12. — (a) Conc. Lat. — (3) To. 5, ffiu. Fr. 
p. 759. — (4) CcBsar. Hiit^ de JUifae. 1 12, c 16, 17. —(5) Math, Far, 
p. 237. 



StJR L^HISTOIRE DE 8. LOUTS. 1^5 

gaudia beatorum : nec non supplicia magna, quibus 
miser deputatus sum , oculis meis conspexi. Vœ ,. vœ 
mihii quare unquam tomeamenta exercui, et eà 
tamo studio dilexi. La grande chronique Belgique (i) 
raconte qu'en l'an i24<>> îï se fit un tournoy à Nuis 
prés de Cologne après la Pentecoste j où soixante tant 
chevaliers qu'ecuyers ayant perdu la vie , pour avoir 
esté pour la plupart sufibquez de la poussière y on en- 
tendit après leur mort les cris des démons y qui y pa- 
rurent en guise de corbeaux et de vautours', au dessus 
de leurs corps. C'est donc des termes de ces conciles , 
que les tournois sont appeliez par S. Bernard (2) , 
l'autheur de sa vie , Cœsarius , et Lambert d'Ardres ^ 
mmdinœ execrabiles ^ et maledictœ. 

Innocent IV, n'apporta pas moins de rigueur pour 
abolir les tournois, que ces prédécesseurs ; mais ne pou- 
vant en empêcher entièrement l'usage , il les défendit 
pour trois ans au concile tenu à Lyon l'an l245 (3)^ 
prenans ^our prétexte qu'ils empéchoient les gentils- 
hommes d'aller aux guerres d'outretneri On prenoit 
encore celuy de la dépense que les cheValiers faisoient 
dans ces occasions, que l'on tâchoit d'arrêter, aussi 
l)ien que toutes les autres, comme superflues , et qui les 
mettoient dans Fimpuissance de fournir à celles qu'il 
leur falloit faire pour les guerres saintes. Lambert 
d'Ardres, (4) Cian omninb tune temporis propter Do-> 
juinici sepulchri peregrinationem in toto orbe interdicta 
/tussent torneamenta. Et véritablement les gentils- 

(i) iPf. Chr. Belg. A. xil^o, — (2) S. Ber, ep. 358. Theoder. Abb, in 
vUa S. Bem. l. 1, c. 11. Cœsar. l. 7, c. 39. /. ii> c. 1^. Lambert^ Ard. 
p, i3, 39. — (3) Math, Par, p. 455. ConciL Lug. -^(4) Lambert, Ard. 
p. sôo. 



tunnîM» tsà§nient A^ yroàipeusei dépensas dans cies 
r^jwc^wtref , imt acame de la HMignificcnce de leurs 
lM>hit»t <^^ ^kf lettf?» 9a\Vn^ et le prix de leurs cfaevanx, 
i{U(t fyaree 4|u'ib eftoient wvrent obligei^ d'entreprendre 
d^r long» Toyage» poor en aller cfaercher les occasions: 
e^ qui a iait tenir cei paroles an cardinal Jacques de 
Viiry f un i(ii}et des peuples <]ui souffrotent infiniment 
\mr e^s dépenses des seigneurs ; maxime -chm eonan 
itôtnùn prodigaUtatl 'traçantes et iujmi pro tomeameniis 
tt pomposd »œcuH ^aniUtîe49Xffenns superj/tuis et debitis 
UHlringahantur , <«f fcmm(i);etle même Lambert par- 
lant din» prodigalités d'Amoul le jeune seigneur d'Ar- 
ùvdn : tichi extra ptitriam mwnificus et liberalisj et ex^ 
prnsaticus, dicereiur, ettirca tnilitiam quicquid rmli- 
tantium et tomeamentantium ctmsueiuio poscehat et 
ratio , quari prùdigaliter expenderet. (2) 

1^6 pape Nicioks IV (3) témoigna le même zèle pour 
peindre les tournois, particuiiei^ment -en Fiance, 
oiV ils se faisoient plus fréquemment <{ue dans les 
autres royaumes , excommuniant ceux qui contreviens 
droient à cfes défenses. Et sur ce que le cardinal de 
Sdinte Gecrle leghtdu Saint Siège, qui les avoit fait 
publier, en accorda lasurseance pour irois ans à la 
pmre du Roy , il l'en reprit aigrement par la lettre 
qu*îl lui écrivit, qui est insérée dans les annales eccle- 
^(inistiques. 

Clément V interdit pareillement les tournois , prin- 
cipalement acause du dessein qui! avoit de foire entre- 
pi>!?ndiNtî aux princes Chrétiens la guerre contre les 
uiiidélcs« Sa bulle est datée à Pemen de Cransille prés 

(i> /*H^^ «It l'♦^ t *i, Hist. OccU. c, 3- — v^) LambfFt, Ard.p, 167. 



SVÈ. L HISTOlKE DE S. LOUYS* Hà*] 

deMalausane au diocèse de Bazais, le 1 4 de l^eptembre 
Tan 8 de son pontificat , de laquelle f ay extrait ce qui 
sert à mon sujet : Cùm enim in tortieafhtntis etjustis 
in aliquibus partHms fieri solitis multa periculà immi" 
néant anïmarum et corporunij tfuorum dèstrucûLones 
plerumque continguntj neminivertiturin dubiumsantB 
mentis , quin ilU qid tomeamenta facinnt , vd fieri pro-^ 
cutant, impedimentum procurant j passagko faciendo ^ 
ûd quos hominesj eqvi, et pecunia et expen^œfore ne- 
cessaria dinoscuntur , quorum tomeamentorum factura 
cum grai^is pœnœ adjectione à nostris prœdecessoribus 
est interdicta. 

Mais l'ardeur de la noblesse estoit si grande , pour 
les occasions qui s'offroîent de donner des preuves de 
sa valeur dans les temps dé paix , qu'ïl n*y avoit point 
d'ana thème , ni de bulle des papfes qui en pût arrêter 
le cours. Ce qui a fait dire à Guillaume de Neubourg : 
Licet solemnem iHum tironûm concursum tdntà suh 
graià censura vetuerit pontifiùum aiUoritas y fervor 
tamenjuvenum armorum vànis'simam affectantium glo- 
riam ^ gàuderts favore prindpum pro'batos kabere 
tirones voleUtcum j ecclesiasUcœ ptovisionis sprey^it 
decretum (ï). Et Henri deKnyghtcFn en Tan 1 191 .'fie- 
bant rnterea ad tirùnum exercitium intermissa diu tor- 
neamenta , quasi hétlorum prùeludia , nonobstànte pa- 
pâli prohibitione (2). 

Comme donc le péril qui se trouYoît dans les conibats 
des tournois estoit si grand , que cela a donné pre- 
mièrement sujet aux papes (3) de les interdire sous les 
peines d'excommunidation , l'on jugea aussi à propos 

(0 tf'Neuhn — (a) U. Knygh. p. 2l\o%, — {^\ Favyn, to. 2, 
A 1751. 



l3o OIS5£ATATIOfiS 

de décembre Tan i3 1 1 , qui est insérée dans un registre 
de la diambre des comptes de Paris (i), qui m'a esté 
communiqué par monsieur D*Herouval^ dont voicy 
rentrait, le même Roy ne prend pas d'autre prétexte 
que celuy des desordres qui en arriv oient: 

Philippus D> g. Francorum rex universis et sùir 

m 

gulis baronibus , et çiubusciurufue nobilibus regni 
nostri^ nec non omnibus bailUvis et senescalUs^ et aliù 
quibuscumque justitiarus regni ejusdem ^ ad quos pres- 
sentes Utterœ pen^enerint ^ Salutem, Periculis et incomr 
modis quœ ex iomeamentis, congregatiombus arma* 
torum , et armorum portationibus in div^ersis regni nos- 
tri partibus hactenus proifenisse noscuntur j obviare in>- 
letUes , ac super hoc prorsus nostro tempore prout ex 
oJFcii nostri débita tenemur y salubriter provider e , vobis 
et cuilibet ^vestrûm sub Jide qua nobis tenemini^ et sub 
omnipœna quam vobis infliger e possumus, prœcipimus 
et mandamus quateruis congregationes armatorum et 
armorum portationes facere , *vel ad tomeamenta 
accedere , quas et quœ presentibus prohibemus sub 
pœna prœdicta, ullatenus de cœtero prœsumaUs ^ née 
in contrarium Jim permittatis à quocwnque, "vos que 
senescaUi j hmUiàd et justitiarii nostri prœdicti in 
assisiis et aJiis in bH:is vestris ac ressortus eorwn fadetis 
prœdicta celeriier publicari. Contrarium attentanies 
capiads cum eorumjamiliis , equis ^ armis, hamesHsj 
nec non terris el hœreditatibus eorum. Quas terras et 
hœreditates ciim aliis eorum quibuscumque bonis tenea- 
tis et expletetis sine omni deliberatione de recredentid 
Jacienddde his sine nostro speciaU mandato, Prœmis- 
sam tomeameniorum prohibiiionem durare vohimus,^ 

(i) CamerœeompuuPmriSyf. i6, 55. reg. dutrdsordes ehart. du ny. 



SUR l'histoire de s. louts. i3x 

ijuamdiu nostrœ plaeuerit voluntxnU ^ ex omnihus sub^ 
jectîs nostris sùhfide qua nobis ad'Stricti tenentur iomea^ 
menta hujusmodi proJubemMis, Datum Pùsiaci pemdti'' 
ma die decemb, an* D* 1 3 1 1 . 

Pbilippes le Long prohiba pareillement les tour- 
nois par une ordonnance générale du ^3 jour d'octobre 
Tan i3i8, et dans une autre particulière du 8 de 
février de Tannée survante addressée au liailly de 
Vermandois. Le Roy rend la raison de sa défense, en 
ces termes : « Quar se nous les souffrions à faire, nous 
fc ne pourrions pas avoir les nobles de nostre royaume 
ic si prestement pour nous aidier à nostre guerre de 
« Flandres, etc. » 

Quelquefois on a défendu les tournois et les joustes 
pour un temps, acause de quelque grande solennité^ 
de crainte que les grans seigneurs et les chevaliers, qui 
desiroient faire parétre leur adresse dans ces occasions, 
négligeassent de se trouver à ces cérémonies , qui au* 
roient esté moins solennelles, s'ils ne s*y fussent pas 
trouvez. Ainsi le roy Philippes le Bel ayant dessein de 
faire ses enfans chevaliers, et den rendre la cérémonie 
plus magnifique, fit une semblable défense en l'an 1 3 1 2 ^ 
par une ordonnstnce tirée de l'original, qui est con* 
serve en la chambre des comptes de Paris , laquelle je 
ne feray pas de difficulté d'insérer entière en cet en* 
droit, d'autant plus qu'elle parle jd une forme de tour* 
nois, ou de jouste, qu'elle nomme tupineiz^c^i est 
un terme qui m'est inconnu, ne l'ayant pas encores 
leû ailleurs, et qui peut-estre signifie les tables 
rondes. Elle m'a esté communiquée avec quantité 
d'autres pièces par monsieur d'Herouval. 

R Philippe par la grâce de Dieu roy de France^ 

9- 



f3ï DI3SERTÀTIDKS 

<c à nostre gardien de Lions , Salut.. Gomme nous ien*> 
<c tendons à donner à nostre très-cher ainzné fils Loys 
« roy de Navarre comte de Ghampàigne, et de Brie 
c( Palazin^ et à nos autres deux fils ses frères en ce 
<c nouviau temps , ordre de chevalerie : et jà pieça par 
€c plusieurs fois nous eussions fait défendre générale- 
€( ment par tout nostre royaume toutes manières 
<( d*armes, et de tournoiemens^ et que nuls sur qàan* 
(c ques il se pooient mefTaire envers nous^ n'allast à 
« tournoiemens en nostre royaume ne hors , ou feist 
« ne alast à joustes, tupineiz, ou fist autres fais ou 
« portemens d'armes , pource que plusieurs nobles et 
« grans personnes de nostre garde se sont fait faire , et 
fc se sont accoustumez de eux faire faire chevalien 

• 

c< esdits tournoiemens y et non contrestant cette ge- 
« neral défense , plusieurs nobles personnes de nostre 
(c dite garde aient esté et soient allez au tournoiemenl 
« par plusieurs fois à joustes, à tupineiz, tant en 
ce nostre royaume comme dehors, et en autres plu-. 
4c sieurs fais d'armes en enfraignant nostre dite défense^ 
<c et en iceux tournoiemens plusieurs se soient fait faire 
ce chevaliers, et seur ce qu'ils ont fait contre nostre 
• ce dite défense vous n'ayez mis remède, laquelle chose 
« nous desplaist moult forment ; Nous vous mandons 
(c et commandons si estroitement comme nous poons 
ce plus, et sur peine, d'encourre nostre malivolence, 
ce que tous ceux que vous saurez de nostre garde qui 
f( ont esté puis nostre dite défense à tournoiemens, 
c( joustes , tupineiz , ou en autres faiz d'armes , ou que 
c< ce ait esté en nostre royaume , ou hors , que vous 
« sans delay les faciez prandre et mettre en prison 
« pardevers vous en mettant en nostre main tous leurs 



SUK L*UlSTaiKE DE Sw LOUTS. I'33i 

« biens. Et quant il seront devers vous en prison , si 
« leur faites amander ce qu'il auront fait contre nostre 
« dite défense : et ce fait si leur recréez leurs biens^ 
« et avec ce quant il auront amendé", si leur faites. 
« jurer sus Sains, et avec ce leur défendez de par nous 
« sus poine d'ancourir nostre indignation et de tenir 
ce prison chascun un an , et sus poine de perdre une 
« année chascun les fruiz de sa terre, qu'il tendront 
ce les ordenances que nous avons fait sus le fait 
« d'armes, qui sont teles : C'est asavoir que nuls ne 
« soit si hardi de nostre royaume qui voist à tour- 
ce noiemens, à joustes, tupineiz ou en autre fait 
K d'armes, soit en nostre royaume ou hors, jusques 
« à la feste S. Remy prochaine venant , et leur faites 
c< bien savoir que encores avons nous ordené que s'il 
<c font au contraire de ce, que leur chevaux et leur 
(c hamois nous avons abandonné aux seigneurs sous 
« qui jurisdiction il seront trouvé, et quant il auront 
•t ensi juré, si leur délivrez leur cors. Encore vous 
<c mandons nous que l'ordenance dessusdite vous 
« faciez crier et publier solempnellement sans delay 
ce par les lieux de vostre garde , où vous saurez qu'il 
et sera à faire, et de défendre de par nous que nuls ne. 
ce soit si hardy sur la peine dessusdite d'aler aux armes 
ce à tournoiemens, joustes, ou tupineiz, en nostre 
« royaume, ou hors, jusques à ladite feste de Saint 
le Remy, et faites cette besoigne si diligemment, que 
€c vous n'en puissiez estre repris de négligence , ou de 
ce inobedience , auquel cas se il avient, nous vous puni- 
ce rons en tele manière , que vous vous en apercevrez, 
ce Donné à Fontainebliaut le a8 jour de décembre 
« l'an de grâce i3i2. » 



l34 DISSERTATIONS 



DES ARMES A OUTRANCE, 

DES JOUSTES, DE LA TABLE RONDE, 
DES 6EHOURDS , ET DE LA QUINTAINE. 



Les tournois, dont je viens de parler , n'estoient 
que jeux et passe-temps, et ne se faisoient que pour 
exercer la noblesse : c'est pourquoy on n'y employoit 
que des armes innocentes ; et s'il y arrivoit quelque- 
fois de funestes accidens, c'estoit contre Vintentiou 
et l'esprit de ceux qui les inventèrent, lesquels tâchè- 
rent d'y remédier par les règles et les loix qu'ils y 
prescrivirent. Mais dans la suite des temps on en mit 
d'autres en usage , oà l'on combatoit avec les armes , 
dont on se sert dans les guerres, c'est à dire avec des 
lances et des épées dont les pointes, n'estoient pas 
émoucëes : d'où Mathieu Paris a pris sujet d'appeller 
cette espèce de tournoy (i), tomeamentum aculea^ 
turrif et hostile ^ parce que les deux partis y venoient 
aux mains avec des armes offensives , comme avec des 
ennemis. Nos François luy ont donné le nom d'armes 
à outrance , dautant que ces combats ne se ter- 
minoient presque jamais sans effusion de sang, ou 
satts la mort de ceux qui entroient en lice , ou sans 
l'aveu et la confession de celui qui estoit terrassé et 
vaincu. 

(i) Maûi. Par. f>. 554, 57a. 



SUR L^UISTOIRE DE S. LUXJTS. l3S 

L^ordonnance de Philippes le Bel (i) pour les duels » 
et Hardoûin de la Jaille ( 2 ) en son traité snr le même 
siijet, qu'il dédia à René roy de Sicile, admettent 
plusieurs cas, ausquels on estoit tenu pour vainca 
dans les duels. Le premier est lorsque Tun des com« 
batans avoiiioit le crime dont il estoit accusé, et se 
rendoit volontairement à son accusateur ; Tautre estoit 
quand Tune des parties estoit jettée hors des lices, ou 
qu'elle avoit pris la fuite; et enfin le troisième estoit 
lorsqu'elle avoit esté tuée dans le combat : car en tous 
ces cas le gage de bataille estait outré ^ ainsi que 
parle le Roy (auquel endroit André Favyn a mis mal 
à propos le mot ottroié) : c'est à dire qu'il estoit terminé 
par la mort, la fuite, ou la confession de l'une. des 
parties : car outrer signiSoit proprement percer son 
ennemy de l'épée, ou de la lance *, d'oii nous disons, 
il lui a percé le corps d'outre en outre. Robert de 
Bourron en son roman de Merlin (3) : ce II ne cuide 
« pas qu'il ait un seul chevalier el monde, qui dus- 
« ques à outrance le puest mener, ou dusques à la 
€c mort. » Georges Châtellain , en l'histoire de Jacques 
de Lalain chevalier de la Toison d'or, a aussi usé de 
ce mot en cette signification (4 ) : « Mais ne demeura 
fc gueres de grand haste et ardeur , que le seigneur de 
« Haquet avoit de ferir et outrer messire Simon de 
« Lalain. » 

On appelloit donc particulièrement armes à ou- 
trance , les combats qui se faisoient avec armes 
offensives, de commun accord, et de commun côn- 

(1) Orà. de Phil, U Bel dans Fauj-n^ Sauaron. etc. — (a) Hard. de 
la Jaille MS. — {Z) Roman de Merlin MS, — (4) Georg. Chast . 
ch. 55. 



l36 DISSERTATIONS 

sentementy sans aucune ordonnance de juges, et néant- 
teoins devant des juges qui estoient nommez et choisis 
par les parties j et sous des conditions , dont on de- 
meuroit d'accord réciproquement. En quoy ces com- 
bats, s'ils estoient singuliers, c'est à dire d'homme à 
homme, differoient des duels, qui se faisoient toujours 
par l'ordonnance du juge. 

Les armes à outrance se faisoient ordinairement entre 
ennemis, ou entre personnes de différentes nations, 
sious de différents princes, avec les défis et les conditions 
du combat, qui estoient portez par les roys d'armes et 
les herauds; les princes donnoient à cet effet des lettres 
de sauf-conduit à ceux qui dévoient combattre dans 
les endroits des deux états, dont on convenoit. Les 
juges du combat estoient aussi choisis par les princes, 
et mêmes les princes s'y trouvoient quelquefois en cette 
qualité. Souvent ces défis se faisoient en termes géné- 
raux , sans désigner les noms des personnes qui dé- 
voient combattre; mais on y marquoit seulement le 
nombre de ceux qui dévoient faire le combat, la 
qualité des armes, et le nombre des coups qu'on devoit 
donner : d'où vient que Jacques Valere, en son traité 
de la noblesse, appelle cette espèce de combat,' 
champs à articles , au à outrance ( i ) > acause des 
conditions qui y estoient apposées : et Froissart, 
joustes mortelles , et à champ (2). 

Quoy que le nombre des coups qu'on devoit donner 
fust ordinairement lijnité, souvent neantmoins les par- 
ties ne se séparoient point sans qu'il y en eut de morts, 
ou de grièvement blessez. C'est pourquoy Froissart 
décrivant le combat d'entre Renaud de Roye cheva-» 

(*) Jacq. Vadere MS, ^ (a) Froiss. 4- vol, c. 6. 



SUR l'histoire de s. LOUYS. lij 

lier picard, et Jean de HoUand chevalier anglois, 
tient ce discours : « Or regardez le péril oîi tels gens 
ce se mettoient pour leur honneur exaucer. Car en 
« toutes choses n'a qu'une seule mésaventure : et un 
« coup à meschef (i). » Et pilleurs racontant le com- 
bat d'entre Pierre de Courtenay chevalier Anglois,^ 
et le Seigneur de Clary en Picardie; « Puis leur furent 
a baillez leurs glaives à pointes acérées de Bourdeaux ,, 
« tranchans et affilez. Es fers n'y avoit point d'espargne , 
ce fors l'aventure, telle que les armes l'envoient (2) ». 
Ces combats, quoy que mortels, se faisoient ordi- 
nairement entre des personnes, qui pour le plus sou- 
vent ne se connaissoient pas, ou du moins qui n'avoient 
aucun dëmélë particulier entre eux; mais seulement 
pour y faire parétre la bravoure, la générosité, et l'a- 
dresse dans les armes. C'est pour cela qu'on avoit en- 
core étably des loix et des règles générales pour cette 
manière de combattre , ausquelles neantmoins on dé- 
rogeoit quelquefois par des conditions, dont on con- 
venoit, ou qu'on proposoit. La plus ordinaire de ces 
loix estoit , que si on combattoit avec l'épée ou la lance , 
il faloit frapper entre les quatre membres ; que si on 
frappoit ailleurs, on estoit blâmé et condamné par les 
juges ; d'où vient que Froissart parlant d'un chevalier 
qui en cette occasion avoit frappé sur la cuisse de son 
ennemy , écrit, « qu'il fut dit que c estoit villainement 
« poussé (3). » La peine de ceux qui n'observoient pas 
la loy du combat estoit la perte de leurs armes et de 
leurs chevaux. Le même auteur, ailleurs, « les An- 
ce glois virent bien qu'il s'estoit mesfait , et qu'il avoit per- 

(i) Froiss, — (a) FroUt. 4» ^ol. ch. 6. — (3) Froiss, a. vol, 
ch. 64. 



l38 DISSERTATIONS 

« du armes et cheval, si les François voulaient (i). » 
n y a une infinité d'exemples de cette espèce de com- , 
bats dans Mathieu Paris ('î), dans le même Frois- 
sart (3), dans Thistoire de Louys duc de Bourbon 
écrite par d'Orronville (4), dans Georges Châtel- 
lain (5) , Monstrelet (6) , Coxton (7) , et autres au- 
teurs, qui font voir qu'ils se faisoient pour l'ordinaire 
en attendant les occasions d'un combat général entre 
les nations ennemies , en estant comme le prélude , 
ainsi que parle Roderie archevesque de Tolède : Aga-^ 
reni etiam in modum torneamenti circa ultimam par'* 
tem castrorum quœdcan belli prœludia attenuAant (8). 
Desorte qu'on usoit du terme vulgaire de toumoier^ 
lorsqu'on faisoit de légers combats contre les ennemis 
avant la bataille, que les écrivains nomment hélium 
campale. La lettre d'Arnaud archevesque de Nar- 
bonne , au sujet de la victoire remportée par les roys 
de Castille, d'Arragon, et de Navarre sur les Mores 
l'an 1212, parlant des escarmouches qui se firent la 
veille du combat : Arahihus etiam ex parte ipsorum 
tomeantibus cum nostris^ non more Francico , sed se^ 
cundhm aliam suam consuetudinem tomeandi cum 
lanceis sine cannis. Le sire de Joinville (9) parle d'une 
joute mortelle que fit un chevalier génois contre un 
Sarrazin. 

Quelquefois les armes à outrance se faisoient entre 
des personnes qui n'étoient pas ennemies d'état, le 

(i) Froissarty 4- voL c. la. — (a) Math. Par. p. 492 , 554 > ^1^- "^ 
(3) Froiss. 2. vol. c. 64. 3. vol. c. 49, iSg. 4- vo/. ch. 6, la. — (4) Dor^ 
ronviUej ch. 44. — (5) Georg. Chapelain, cA. 54- — C^) Monstre- 
let^ i.vol.ch. i4y a3,5a. 2. voLp.6S, io5,io6. — (7) Coxton ad Po- 
lychr. l. ult. c. 7. — (8) Rod. Tolet. l. 8. Hist. Hisp, c. 8. UghelL 
in Episc. Sahin. — (9) Joint^ille, de la collection des m^m. p. 356. 



SUR l'histoire de 8. 1.0UTS. iBg 

défi se proposant contre tous ceux qui voudroieiit 
entrer en lices ^ suivant le& conditions qui estoient arr^ 
tées par ceux qui £àisoient les défis. Ce genre de cxim* 
bat est appelle par Mathieu Paris tarneamemum quasi 
hostile (i). Car comme il ne se £aiisoit pas entre des 
personnes ennemies , les effets neantmoâns estoient 
semblables y puisque Von j employoit les armes dont 
on se seit dans la guerre contre les esmemis^ et que 
les suites avoient les mêmes périls. Noos avons un 
exemple singulier d'un tournoy de cette nature, qui 
fut proposé et entrepris par Jean duc de Bourbon en 
Fan i4<4- I^^ parce que les lettres de défi, qu'il fit pu* 
blier, nous découvrent l'usage de cette espèce de com- 
bat y outre que d'ailleurs elles n*ont pas esté publiées , 
\e les insereray en cet endroit , après avoir reconnu 
que je les ay tirées des Mémoires de M. de Peiresc (2). 
ce Nous Jeait duc de Bourbokois comte de Cler- 
« monty de Fois, et de Tlsle^ seigneur de Beaujeu, pêr 
« et chambrier de France , desirans eschi ver oisiveté, 
« et explecter nostre personne , en advançant nostre 
ce honneur par le mestier des armes ^ pensant y acque* 
« rir bonne renommée^ et la grâce de la tres-belIe, 
« de qui nous sommes serviteurs ^ avon n'agueres 
. <c vo lié et empris ^ que nous accompagné de seise autres 
« chevaliers et escuyers de nom et d'armes , c'est 
ff asavoir Tadmiral de France , messire Jean de Cha- 
ce Ion , le seigneur de Barbasen y le seigneur du Cbas^ 
<c tel y le seigneur de Gaucourt, le seigneur de la 
(c Heuze y le seigneur de Gamaches, le seigneur de 
« S. Remy, le seigneur de Monsures, messire Guil- 

(i) Math, Par. A, ia4i ,/». 372. — (2) Communiqué par M. €tlle^ 
rouual. 



l4o DISSERTATIOirS 

« laume Bataille , messire Droûet d'Asnieres, le sei* 
€t gneur de la Fayette , et le seigneur de Poularques 
«c chevaliers : Carmalet, Loys Coehet, et Jean du 
fc Pont escuyers , porterons en la jambe senestre chas- 
te cun un fer de prisonnier pendant à une chaisne, 
« qui seront d'or pour les chevaliers, et d'argent pour 
« les escuyers par tous les dimanches de deux ans 
ce entiers, commençans le dimanche prochain apr& 
« la date de ces présentes ou cas que plûtost ne trou- 
« verons pareil nombre de chevaliers et escuyers de 
a nom, et d'armes sans reproche, que tous ensemble-' 
« ment nous vueillent combattre à pied jusques à ou- 
« trance, armez chascun de tels harnois qu'il lui plai- 
« ra , portant lance , hasche , espée , et dague , ou 
« moins de baston de telle longueur que chascun voû- 
te dra avoir , pour estre prisonniers les uns des autres^ 
« par telle condition que ceux de nostre part qui 
« seront outrez, soient quittes en baillant chascun 
« un fer et chaisne pareils à ceux que nous portons : et 
« ceux de Fautif part qui seront outrez seront quittes 
« chascun pour un bracelet d'or aux chevaliers et d'ar- 
« gent aux escuiers pour donner la où bon leur 
« semblera , etc. » Un autre article fait voir que des 
armes se dévoient faire en Angleterre, « Item y et 
et serons tenu nous duc de Bourbonnois quand nous 
« irons en Angleterre, ou devant le juge que sera 
« accordé, de le faire sçavoir à tous ceux de nostre 
« compaignie que ne seroient pardeçà , et de bailler 
« à nosdits compagnons telles lettres de Monseigneur 
n le Roy qui leur seront nécessaires pour leur licence 
fc et congé, etc. Fait à Paris le premier de janvier l'an 
« de grâce i4i4* ^ 



Sun LBtSTOIRC DE S. tOVtS. {4^ 

Comme il se faisott des tournois de cette natute ^ 
c^est à dire des combats généraax , il s'en faisoit aussi 
des particuliers (i). Tel fut le combat de Philippe 
Boyle chevalier Arragonnois, contre Jean Astley escilier 
anglois ^ qui se fit en la ville de Londres , en présence' 
d'Henry VI, qui en voulut estre le juge > et qui après 
qu'il fut achevé, fit Astley chevalier, et lui donna cent 
marcs d'argent. Le même escuier avoit combatu aupa- 
ravant de cette sorte de combat contre Pierre Masse 
escuier françois, avec cette condition, que celui qui 
seroit vainqueur, remporteroit le heaume du vaincu, 
par forme de prix, qu'il présenteroit à sa maîtresse. 
Ce combat se fit à Paris devant S. Antoine le 29 jour 
d'aoust l'an 142^8, en présence du roy Charles VII, 
dans lequel l'Ânglois perça de sa lance la teste du 
François. Quant au chevalier Arragonnois , il avoit 
spécifié dans son défi qu'il lui avoit esté commandé de 
se battre à outrance contre toute sorte de chevaliers 
et d'escuiers, pour l'honneur et le service du roy 
d'Arragon et de Sicile son maître; et que n'ayant 
trouvé personne en France , qui eut voulu entrer dans 
le combat avec lui, il avoit passé dans l'Angleterre, 
pour accomplir son emprise, avec cette condition, 
que le vainqueur remporteroit pour marque de la 
victoire le heaume , ou Tépée du vaincu. Tels furent 
encore les combats que Poton de Saintraille cheva- 
lier entreprit au mois d'avril l'an 14^3, en la ville 
d'Arras contre Lionel de Vandonne chevalier Bpulo- 
nois, et en l'an i4î^9> contre Nicolas Menton chevalier, 
au même lieu, en présence d'un grand nombre de 
Noblesse. 

(1) Mémoires MSS» de Spelman 9 envoyez â feu M. de Peiresc. 



l42 9lSSE1l1*ATIOl9S 

Le mot de tourooj estoit un terme général, qui 
comprenait tous les combats^ qui se faisoient par forme 
d'exercice ; mais proprement on appelloit ainsi ceux 
qui se laisoieiit en troupes j et oà plusieurs coml>atoient 
en miîme temps contre plusieurs , representans la 
forme d'une bataille. C'est ainsi que Nicephore Grè^ 
gorasdiécrit les tournois des Latins , p.eptl^ovxM ytaatzaSâa 

opoû (i); et Thomas de Walsingham racontant le tour- 
noy de Chalon , dont f ay parlé ailleurs (^) : Die ilaque 
statuto congrediuntur partes , gladiisque in alterutrum 
ingemenantes ictus , mres suas exercent. 

Après que ces combats généraux estoient achevez, 
on venoit aux combats particuliers : car alors ceux qui 
avoient dessein de donner des preuves de leur adresse , 
et de se faire remarquer comme vaillans, entrepre- 
noient des combats singuliers, et y combatoient, ou 
de leurs espées , ou de leurs lances , contre ceux qui 
se presentoient. Les coups qu'un chacun devoit donner, 
y estoient limitez pour Fordinaîre à trois. Ces combats 
estoient appeliez par nos François /oii^te^. Guillaume 
de Malmesbury (3) : Tentavere primb regii prœludium 
pugnœfacere, quodjustam vacant j quia taliarte erant 
periti. Il n'est pas aisé de deviner l'origine de ce mot, 
si ce n'est que nous disions qu'il vient du hsitin ^juxta^ 
et du François ^ jouxté , parce qu'ils se faisoient de 
prés, comme se font les combats singuliers. Aussi Gre- 
goras, qui les appelle joustes , x^ovçpa, (4) aussi bien 
que Jean Cantacuzene, dit qu'ils representoient une 

(i) JYiceph. Greg, L lo , p. SSg. — (a) Jf^alsing, in JËfypod, Neustr. 
(3) WilL Malmetb. l, 2. Hist. JYofel. p. 187. 



SUR L HISTOIRE BS S. IiOUYS« l^d 

forme de duel , et avoient fiovoisjxxlaq ev^etl» (i). Jean 
Moine de Mairmoutier, en Thistoire de Creofiroy duc 
de Normandie décrivant le tournoy , qui se fit entre 
les chevaliers normans , et les Bretons , en suite du 
mariage de ce duc y dit qu'après que Ton eut combatu 
en troupes y les Normans proposèrent la jouste aux 
Bretons : Normanni verb confusione inopinatd dejecti, 
singulare ceriamen Britonibus proponunt (ss). Et de là 
vient que le reclus de Moliens en son miserere , a usé 
des termes de gagner joustes au tournoy (3) , c'est 
à dire remporter le prix du combat singulier dans 
le toumoy. La grande chronique de Flandres décrit 
ainsi la jouste qjue fit Jean duc de Brabant en Tan 1 294 : 
Sed nobiUssimus princeps , cîim eo die .... ab omnibus 
optaretur , ut suce militiœ probitatem armorum ,exer- 
ciiio prœsentibus ostentaret, annuit votis optanlium , et 
circa horam vespertinam armis accinctus ^ unum ex 
prœsentibus prœcipuœ probitatis militem adsingularem 
eoncursum elegit , cuiscilicet eques occurreret , et ambo 
se se lancearum incursionibus per depuiatas ad hoc 
vices exercèrent, etc. (4) 

Les joustes ne se faisoient pas seulement dans les 
occasions des tournois , mais souvent séparément (5) , 
on en faisoit les publications et les cris, de la part des 
chevaliers qui les proposoient , lesquels s'offroient de 
combatre contre tous venans seul à seul, dans les lieux 
qu'ils designoient , et aux conditions qui estoient por- 
tées dans les lettres de leurs deffis. Ces combats sont 

• 

(i) /o. Cantac, — (a) Jo. Monac. L i. Hist. Gaufr. p. a3. — (3) Le 
Reclus de Moliens MS. - (4) M. Chr. Belg, A 1294. — (5) La Co- 
lomb, en son Th. d'Honn. ta, i , p. 48. Cerem. MS. 



l44 DiSSÊRTÀTIOlfi 

appeliez en Thistoire du maréchal Boucicaud (i)^ 
joustes à tous venans , grandes, et plenieres. 

Or il eâtoit plus honnorable de combatre aux tour» 
noiSy qu*aux joustes : ce qui paroi t en ce que celuy 
qui combatoit aux tournois pour la prenliere fois ^ 
estoit obligé à son départ de donner son heaume aux 
rois et herauds d armes ^ comme aussi celuy qui com- 
batoit aux joustes pour la première fois. Mais celuy 
qui ayant combatu au tournoy , venoit à combatre 
pour la première fois à la jouste , n'estoit pas obligé^ 
de donner une seconde fois son heaume aux herauds ^ 
ce qui n^estoit pas de celuy qui ayant combatu à la 
jouste venoit après combatre au tournoy, car il ne 
laissoitpas d'estre encore obligé de laisser son heaume. 
C'est ce que nous apprenons de ces termes d'un traité 
des tournois (2) : « Item pour les nobles qui tour- 
« noient, s'ils n'ont autrefois tournoie, doivent leurs. 
« heaumes aux officiers d'armes, ores qu'ils ont autre- 
ce fois jouste. Car la lance ne peut affranchir l'espée, 
(( mais l'espée affranchit la lance. Mais il est à noter, 
<c si un noble homme tournoie , et qu'il ait paie son 
ce heaume , il est affranchi du heaume de la jouste : 
ce mais le heaume de la jouste ne peut affranchir celui 
ce du tournoy. » D*où on recueille encore que l'espée 
estoit farme du tournoy, et la lance celle de la jouste. 

Ces joustes plenieres, dont je viens de parler^ 
estoient proprement ce que l'on appelloit les combats 
de la table ronde : que les auteurs confondent 
avec les joustes. Car ils* remarquent qu'ils differoient 
des tournois, en ce que les combats des tournois 

(1) Hift. «le Bouc, p, 3i. Froiss. 2. tM>/. ch, i54. — fa) Traité MS. 



SUR L^HISTOIRE DE S. LOUYS. l45 

estoient des combats en troupes ^ et ceux de la Table 
ronde estoient des combats singuliers. Mathieu Paris 
en l'an i252^ Milites ut exercitio militari peritiam 
suam et strenuitatem experirentur , constituerunt unor. 
nimiter^ non in hastiludio illo guod communiter etvidr 
gariter tomeamentum dicitur , sed potius in illo luda 
militari, qui mensa rotunda dicitur^ vires atten^ 
tarent. Puis , il adjoûte que les chevaliers qui s'y 
trouvèrent y j jousterent : Et secundum quod constitur 
tum est in illo ludo Martio , illd die et crasiind quidam 
milites Anglici nimis et viriliter, et delectabiliter ^ ita 
ut omnes alienigenœ ibidem prœsentes adm,irarentur ^ 
jocabantur. La bulle de Clément V , de laquelle j'ay 
fait mention cy-devant, confond pareillement les com- 
bats de la Table ronde , avec les joustes : Quinetiam 
in faciendis justis prœdictis , quœ tabulje rotundje 
in aliquibus pariibus vulgariter nuncupantur, eadem. 
damna et pericula imminent , quœ in torneamentis 
prœdictis , idcirco certa causa idem jus statuendum 
existit. C'est donc des joustes, qu'il faut entendre ce 
passage d'Alberic : Multi Flandriœ barones apud 
Hesdinum , ubi se exercebant ad tabulam rotundam , 
cruce signantur (i). Mathieu de Westminster en l'an 
i352^ Factum est fiasiiludium, quod tabula rotunda 
qfocatur , ubi periit strenuissimus miles Hernaldus 
de Munteinnij en l'an i285. Multi nobiles transmarini 
. . . apud Neuyn in Sv^anduna, in choreis et hastiludiis^ 
rotundam, tabulam celebrarunt; et en l'an 1296 : 
JEodem anno dux Brabantiœ , vir magni nominis ^ 
fecit rotundam tabulam in partibus suis , . . , et ipse 
dux in primo congressu à quodam milite Franciœ 
(1) Albenc MS* A» 1 a35* 

3. 10 



|46 î)19SEftTAti01fS 

latiOéd percussus , obiit ipso die (i). ThoittslS de Waî- 
gingham : Illustris nUlèS Rogèfus âè Mortuo mari 
ëpud KelingWùnhè ludufn militàtetn^ ifuefn vacant 
rotundam tabulant y eètitum militutn , àc toi dami- 
narum eonétituit, ad ^isani ptô atniùtum eXerdtia dé 
di^èrsis regnis confluxit militia fnultà nitnis (2). prescjoe 
la même chose est rapportée dé ce Roger dé Mdrtemer 
dans Mathîe» de Westminster, en Tan 1279, et en 
l'histoire du priôtë de Wigmôfé étt Atigleterté (3). 

lies anciens Romains donnent au fameut Arthur 
roy des Bretons la gloite de l'invention dés toumofe, 
des jonstes , et de la table ronde. Les Anglois même 
se persuadent que d'est cette table qui se Voit èndore à 
présent attachée 9t\kX murailles du vient château de 
Wincester en Attgletert-e : oe cjne le sçavant Cambden 
révoque en doute avec sujet y écrivant que cette table 
est d'une febriqwe bien pltts récente (4). Thomas de 
Wabingham (5) dit que le tbj Edoiiard III fit bÉtif 
au château de Windsore une maison, à laquelle îl 
donna le nom de table ttméey dont le dlamettte 
ésloit de deux cens pieds« L^ancienne chronique de 
Bohême est en cette éf renr, à regard du roi Artns. 
AetesiefuM tid Rêgérn quidam jwenés bàt-onutn fiUij, 
pbiê Imtatê! ftiàm ^trertUkate môti , dicentes. Domine 

Rexj per tùrtièantèïità ethanitudia .... vestra dif^ 
Jkndêiut glofiaj »^^ èdicite itatjue iabulatn rotundam 
régis Artusii âufiam , et glatiatti éx haû reponabùis 
perpéÊuii tempôrihus repûriandatn (6). 

{y^Math. Florileg, p. îôi, 4i2, 4^' -*- W Tho, Wtàs, in éd. i, 
A. laSio I p. 4g. -— \^)Math, H^estmin. p, 409. To. 3, Monast.An^. 
p.i^y^li) Catnhden. in Ênt&n, — (ô) Th, fTatsing, pi 164. - 
(6) Chr. AuUe regiœ c. 7. 



SUR L HISTOlIlE b£ S. LOUTS. l^^J 

t^lusieurs estiment avec beaucoujj dé probabilité , 
^u'on appella aitlsi lied joustes acausé qUè les cheva^ 
liers qui y avoient combatu ^ VetioieUt àU retitmr sou^ 
per cfaet oeluy qui estoit autéut* ée la jôust^, et é^ëiënt 
assis à une table roùdë^ ce qui se pràtitJUôit à Teiéitiplè 
des aticiens seigneurs giaulois, qui au ilicit d'Âthé-^ 
tiée (i), avciiétit cbûtûme de s*èsseoii^ aûtbur d'uhë 
tablé roiide j ayafls châCuti detriere ëùx Ifeuir ésctiiër , 
et ce vrày-'ëetnblablëitient pbut* éviter leà dispute^ qui 
arrivent ordihairement pour les préséances. Le traité 
des tournois (2) retaàrqùe que lorsque les fcbëvaliers qui 
avoient combatu au toUrnoià, où à la jousté, estoiènt 
retournée dans leurs hostels , ils se désàrttioient j et se 
lavoient le visage , puis ils vénoient souper chez lèa 
seigrieur^ qui faisoieut la cérémonie de te^ exercices 
militaires; et, tandis qu'ils estbièùt asèis à la table pour 
maùger, les priticipàux juges des tôUif-nois^ qu^ilnoUimë. 
diseurs j avec le roy d'armes , aCcotnpàgneî de deuJt 
chevaliers , qu'ils choisissdieùt , procedoieUt à l'enqUétë 
de ceat qui avoient lé mleut reiisSi ; ce qui Se faisoit 
de la sorte : Ilsdemandoient l'atis de Chacun des chë-* 
valiers , qui avoient assisté à ces combats y qui en nom** 
moient trois ou quatre decéux qui s'estoient le mieux 
aquité de leur devoir ^ et de ce nombre-là ils s'arré- 
toient à la fin à un ^ & qui on donnoit le prix. 

Gomme les François n'estoient pas moins civils et 
courtois envers les dames, qu'ils estoient vaillans dans 
les armes y souvent ils les constituoient juges des 
tournois et des joustes. Le vieux cérémonial (3): 
« Le roy Ârtus d'Angleterre et le duc de Lencastre 

(0 ^then, L 4. Àffinr. — ((a) Traité Hf S • des Tournois. — (J) Cc- 
rem, M<S* 

10. 



l4<3 BlSSfiRTÂÏIOlffâ 

ce ordonnèrent et firent la table ronde , et les bc- 

ic hoursy tournois, et joustes^ et moult d'autres choses 

jK nobles, et jugemens d'armes, dont ils ordennerent 

ce pour juger, dames et damoiselles , roy s d'armes et 

ce heraux.» L'auteur de la chronique latine (i)^ qui 

commence à l'an i38o et finit à l'an i4i^> décrivant 

comme Louys II , roy de Sicile, et Charles son frère 

furent faits chevaliers par le roy Charles YI y en Tan 

1 389 , dit qu'à cette cérémonie on fit des tournois et 

des joustes, et que le prix en fut donné par les damess 

Tum dominœ , quarum ex arbitrio sentcntia bnnm 

dependebat , nominanmt quos honorandos et prm* 

miandos singulariter censuerunU Le traité des tour' 

nois ne dit pas que les dames en aient esté les Juges, 

mais bien qu elles donnoient le prix, qui estoit « an 

ce mieux frappant une espée de toumoy, et au mieux 

(K défendant un heaume , tel qu'à tournoy appar-* 

fc tient. » Chez les Grecs, les loix défendoient aux 

dames de se trouver aux combats gymniques (a), 

ainsi que remarque le scholiaste de Pihdare , dont la 

raison est rendue par iËlian , en ces termes : 

fxèv yip Yxd xm àytùvlcu;^ xai ttï^ xot auTJjv owfpoouvqC 

vofxoç êkaûvti Tûcç j»uva£ca; (3). 

On peut ranger sous les joustes les pas alarmes : 
car c'estoient des combats particuliers, qui s*entre<^ 
prenoient par un, ou plusieurs chevaliers. Bs choi- 
sissoient un lieu , pour le plus souvent en plaine cam- 
pagne, qu'ils proposoient de défendre contre tous 
venans, comme un pas, ou passage, qu*on ne pouvoit 
traverser qu'avec cette condition de combatre celui' 

(i) Chr. MS. — (2) Schol. Pind. Olymp. od.^, ^ (3) jElian, Je 
Animal, l. S, c. 17. 



SUR L HISTOIRE DE S. LOUTS. 1^9 

OU ceux qui le gardoientr Mathieu Paris donne ce 
nom aux chemins étroits ^ qui sont appeliez dans les 
auteurs latins ^ clusœ ^ clausœ, clausurœ, Dwn per 
çuoddam iter arctissimum , quod vulgariter i^assus 
dicitur , forent transituri. Les entrepreneurs de ces 
pas faisoient attacher leurs armoiries à un bout des 
lices, avec quelques autres escus de simples, mais dif- 
férentes couleurs , qui designoient la manière des^ 
emprises y et des armes avec lesquelles on devoit com- 
battre (i) : de sorte que ceux qui se trouvoient là , et 
venoient à dessein de faire des armes, choisissoient lisi 
manière du combat , en touchant à Tun de ces escus 
qui la specifioit. Au pas de l'arc triomphal qui 
fut entrepris par François duc de Valois et de Bre- 
tagne, et neuf chevaliers de nom et d'armes de sa* 
compagnie , en la me de S. Antoine à Paris , Tan i^i^, 
pour la soUennité du mariage du roy LouysXII (2), il y 
eut cinq escus attachez à cet arc triomphal, le pre- 
mier d'argent , le second d*or, le troisième de noir, 
le quatrième tanné, et le cinquième gris. Le premier 
signifioit le combat de quatre courses de lances ; le 
second d'une course de lances , et à coups d'espée sans 
nombre ; le troisième à pied à pouls de lance , et à 
coups d'espée d'une main ; le quatrième à pied , à un 
jet de lance, et à l'espée à deux mains; et le cin- 
quième estoit pour la défense d'un behourt , ou d*un 
bastillon. Ces manières de combats estoient spécifiez 
au long dans les defiis , et les articles qui se publioient 
de la part de l'entreprenant par les herauds d'armer 
dans les provinces, et dans les royaumes étrangers, 

(1) Georg. Chastell. cA. a5, 3i. — (2) Cerem. de France. 



l5o DI58EKTATIOHS 

A Tendrait de ces escus il y a¥oif des officiers d'armes , 
qui avoient soin de recueillir et d'enregistrer les nom^ 
de ceux qqi touchoieDt aux escus, pour e^re 4fipé- 
diex à tour de rôl|e, selon cju'ils ayoient toiidie à 
ces escus. 

Il semble que cette espèce de jousite a esté )4 plus 
en usage dans les derniers siècles. Nous en avons de9 
exemples dans lliistoire de Georges châtellain (i)^ 
dans la science héroïque du sieur de la Colombiere, 
et en sop théâtre d'honneur (2). Le tourpoy ou U 
jouste, où le roy Henry II perdit la vie, estoit aussi 
un pas d*armes; et parce que le cartel qui en fut 
publié pour lors, p*est pas commun, il ne sera pas 
hors de propos de Tinserer en cet en^oit, ccopme 
une pièce curieuse pour notre histoire. 

« De vAi^ Lï Rqt. Apres que par uqe loqgue guerre, 
« cruelle , et violente les armes Qut esté exercée^ et 
« exploitées en divers eqdrcâts avec efiVisipn de ss^^g 
« hMPidin, et autres pernicieux actes, que la gueire 
c^ produit, et que Pieu psjr sia sainte grâce, clen^ncq 
« et bonté a voulu donner repos à cette affligée Clir^- 
« tienté p^r une bonne et sevire p^i?^ , il est pl^s que 
« raisonnable que chacun se mette en devoir ayeç 
a toutes démonstrations de joyes, plaisirs, et ajle- 
« gresses de louer et celebver un si gr^qd bien , qui a 
« cQnverty toutes aigreurs et ii^ii^itie? en dai]^ceurs 
« et parfaites amitiez , par les estroites alliances de 
(< CQusanguinité, qui se font moiepnant les mariages 
« accordez par le traité de ladite paix. C'est à sça^yoir 

(1) Geor. ChasU eh, 59, 60, — (2) La Colomb, en sa Science 
Héroïque oh» 43, et au t» vol. de son Théâtre d'Honneur jp. ai5 , 



SUR L HISTOIRE DE «• I«OUTS. T$t 

« de très-haut , trQ$^pui39ant et tr^$-magoit9ime princç 
« Phiu?p9 roy catholique des !£sp9gDeS| av^c tr^s- 
« haute f t treH^welleute princef^ M^d^meE^is^h^th^ 
a fille ai^mée d9 tres-baut, tre«-puissapt «t tr^Hi^a- 
« gnauime prince Henry second de ce nom trçs^i^hr^s^ 
« tien rpy de France nostre souverain Seigneur ; Et 
« aussi de très -haut et pjuissaîit priuçç Philibeit'* 
a Emauuël duc de Savpye » avec tre«-baute et tres- 
se excellente princesse Madame Marguerite de France 
a Duchés^ de Berry y sœur unique du4it seigneur 
« ftoy tr^^^hveêtim^ Uotr« souverain Seigneur, le« 
u quel considérant que avec le$ occasions qui s'oiirent 
a ^t présentent , les armeç maintenant eslpign^es de 
ce toute cruauté et violence , se peuvent et doivent 
<c emploier avec plaisir et utilité par ceux qui dési- 
^ rent s'esprouver, et exerciter en tous vertueux et 
«c loiiables fiûts et actes» Fait à sçavoir à tous princes, 
V seigneurs, g^tils-hommes, chevaliers, et e^uyers 
« suivant le fait des armes, et désirant faire preuve de 
a leurs personnes en iceUes , pour inciter les jeunes 
a à vertu, et recommander la prouesse des experi- 
« mentez , qu'en la ville capitale de Paris le pas est 
« ouvert par sa Majesté tres-^chrestienne , et par les 
« princes de Ferrare, Alfonse d'Est, François de Lor- 
ce raine duc de Guyse, pair et grand chambellan de 
et France , et Jacques de Savoy e duc de Nemours , 
c< tous chevaliers de Tordre , pour estre tenu contre 
u tous venans deuëment qualifie;^, k commencer au 
fc seizième jour de juin prochain» et continuant j^us*- 
i( ques à l'accomplissement et effet des emprises , et 
« articles qui s'ensuivent. La i^^. emprise à cheval en 
ce lice, en double pièce, 4 coups de lance et uneppui 



m 



l52 DISSERTATIONS 

« là dame ; la a™**, emprise, à coups d'esp^e k cheval, 
et un à UT) y ou deux à deux , à la volonté des maistres 
« du camp ; la 3"**. emprise à pied, 3 coups de pique, 
« et 6 d'espée en harnois d'homme de pied , fourniront 
« lesdits tenans de lances de pareille longueut et 
« grosseur , d'espéeset piques , au choix des assaillans : 
« et si en courant aucun donne au cheval, il sera 
« mis hors des rancs, sans plus y retourner, si le Roy 
« ne l'ordonne. Et à tout ce que dessus seront ordon-- 
«nez 4 maistres de camp, pour donner ordre à 
<t' toutes choses. Et celui des assaillans qui aura le plus 
« rompu , et le mieux fait, aura ,1e prix dont la valeur 
fc sera à la discrétion des juges. Pareillement celuy 
« qui aura le mieux combattu à l'espée et à la pique,* 
« aura aussi le prix à la discrétion desdits jiîges. Se- 
ce ront tenus les assaillans tant de ce royaume, comme 
« estrangers , de venir toucher à l'un des escus qui 
« seront pendus au perron, au bout de la lice, selon 
« les dessusdites emprises, ou toucher à plusieurs 
ce d'eux , à leur choix, ou à tous, s'ils veulent : et là 
« trouveront un officier d'armes, qui les recevra jpour 
« les enrooUer, selon qu'ils voudront, et les escus qu-ils 
« auront touchez. Seront aussi tenus les assaillans 
« d'apporter ou faire apporter par un gentil-homme , 
« audit officier d'armes leur escu armoié de leurs 
« ainnoirieç , pour iceluy pendre audit perron trois 
« jours durant, avant le commencement dudit tour- 
te noy : et en cas que dans ledit temps ils n'apportent 
« ou envoient leurs escus , ils ne seront receus audit 
« tournoy , sans le congé des tenans. En signe de 
ce vérité, Nous Henry par la grâce de Dieu roy de 
^ France avons signé ce présent escrit de nostre 



SUR L^HISTOIRB DE S« LOUTS. l53 

« main. Fait à Paris le 22 may iSSg. Signé, Henry, 
« et DU Thier. » 

Montjoye roy d'armes de France en la description 
du pas d'armes de Tare triomphal dont je viens de 
parler, remarque que « la cinquième emprise de ce pas 
ce estoit, que les tenans se trouveroient dans un be- 
« hourt , autrement dit bastillon , délibérez se deffen- 
« dre contre tous venans , avec hamois de guerre (i). » 
Ainsi le behourtj estoit une espèce de bastion, ou de 
château, fait de bois, ou d'autre matière, que les 
tenans entreprenoient de défendre contre tous ceux 
qui voudroient l'attaquer. Cet exercice militaire estoit 
encore une dépendance des tournois, dont le terme 
comprenoit tous ceux qui se pratiquoient pour ap- 
prendre à la noblesse le métier de la guerre, et ne fut 
inventé que pour lui enseigner la manière d'attaquer 
et d'escalader les places. Spelman (îî) ne s'est pas éloi- 
gné de cette signification , ayant expliqué le mot de 
bohorder j ou de hordiare , ad palos dimicare , c'est 
à dire combattre aux barrières des places, ce que nos 
écrivains François appellent vulgairement ;t?a/eter^ 
quasi ad palos pugnare , combattre aux lices des villes 
assiégées. 

Le nom de cet exercice militaire est différemment 
écrit dans les auteurs, qui le nomment tantost Ao- 
hourd, tantost behourd; mais le premier est le plus 
commun. Le roman de Garin, dont l'auteur vivoit 
sons Louys le Jeune, usa toujours du mot de bo^ 
horder : 

Ses escus prennent , bohorder vont es prés. 
(1) Cenm. de France, — (a) Spelman , in Bordlare. 






l54 DI s SK STATIONS 

Ailleurs : 

La veissiez le bon chastel garnir, 
Tresches e% bous encontre lui venir ^ 
Et des vallep bohorderplus de mil» 

Alain Chartier au débat des deux fortunes d' Ammir ; 

Jouste, Essais, Bouhors , et tourna iemens, (i) 

Lambert d'Ardrcs , ut Ulic bohqrdiça frequenUir^ et, 
tomiamenta (2). On a ensuite abrégé ce i^q% çn celui 
de border. Le traité des tournois des chevaliers de 
la table ronde : « Ainsi bordoient , et brisoient Iwo^ 
<ç jusques k basses vespres, que la retra^itç eçtoit 3QR- 
<c née (3). » Delà celui de burdare, dans upe^emQnçç 
d'armes , qui se lit au3ç additions sur Mathieu Paris (J^)^ 
i^d turniandunij et hurdandum. Je crois ç^éoifi que 
c'est de ce mot qu^l faut, tirer l'origine du terpae dç 
bourde j, çt de bourder dont nous usons prdinairenient 
pour une chose feinte ^ et mentir j acau3^ qw*? Içs 
combats des bohours n'estqient que çombat3 temUi* 
Les statuts de Tordre de la Couronne d'iipinç u^ôpt 
du mot de bourdeur (5) : « En cetui saint disiiçr W>it 
« bien gardé que hirauif et bourdeurs ue f^cent Jew 
ce office f » où les bourdeurs sont ceux que 1^ hù'» 
toires appellent ménestrels. 

Plusieurs écrivains usent aussi du tenue de behourd, 
et de hehourder. ]j^ chronique de Bertrand du Ques^ 
cJiin : 

Encore vous vaulsist il miex aler esbanoier^ 
Et serer les béhours, jouster , et toumoier (6). 

(1) Alain Chart, p, 566. — (a) Lambert, Ard. p. ^Ifi. — (3) Traité 
de la TabU Ronde MS. — (4) In addit. ad Math, Par. — (5) Star 
tuts de l'ordre de la Couronne d'espine , ch. 22. — (6) Chr, M S* 
Bertrand du GueseUn. 



SUR l'histoire de 3« LOUTS. 1 55 

Robert Bourron ^u roman 4e lif erlÎQ : fi Alerent li cbe- 
^ valier behourd defofs Is^ v\\fi ^s cb^ns , si ^erept 
« li plus jeuqe pour voir 1^ bebpurdeis (i), p (^?içbror 
nique d^ Flandre? : « et disoit qw'iJ voloit ftler bçbçurr 
« der (a). ^ 

Il n'est p^s aisé da d^vin^r d'oii e^ mot ^ prt^ aon 
origine ; car je n'oserois p(is avancer qu'il ?oit tiré du 
mot de kord (3) , saxon , qui signifie upe maison , un 
hostel , d^où nous ayons emprunté celui de borde en la 
même signification, et qu ainsi hgpder j, ou bohorJl^r, 
seroit attaquer y qe maison , comme on feroit un cbâ-- 
t^au,' On pourroit encore le dériver de l'Aleman hor- 
de (4)^ ou hurdcj qui signifie une claie, dont Qn se 
sert pour faire ce que nous appelions h^urdisj, lors- 
qu'on veut élever quelque bâtiment , parœ qu'en ces 
occasions on élevoit des espèces de châteaux et de 
hastioQs y qui n'estoient faits , que de bois et de claies^ 
Le mot de baardj chez les Anglois signifie une table, 
comme b4>rd ches les anciens Saxons (5), d'qù l'on 
pourroit se persuader que le &aAour</ seroit le combat 
de la table ronde , et que ce terme auroit esté intro- 
duit par le Anglois, 

Mais, laissant à part toutes ces etymologies, qui pour 
le plus souvent sont incertaines , il est constant que le 
terme de behourd est pris pour l'ordinaire dans les au- 
teurs que je viens de citer, pour le combat du tournois, 
ou de la jouste. Un titre (6) de Jean, vidame d'A- 
miens de l'an i2<^i, parle Au jour du bouhourdeis ^ qui 
est appelle dans un autre du vidame Enguerran de l'an 

(i) Eoman de Merlin MS. « (a) Chr. de Fland. eh. i3o. — 
(3) Somner. in Gloss. Sax, — (4) Kilian, Spelm. v. Hurdicium, »^ 
(5) Somner, in Gloss. Sax. ^ (6) Cartul. de Piquigny. 



l56 DISSERTATIONS 

1 2 1 8 , dies IiastHudii. Ces jeux et ces combats sont ainsi 
exprimez dans un compte du domaine du comté de Bo- 
logne de Fan i4o2 , qui est en la chambre des comptes 
de Paris, sous le chapitre intitulé (i), « Recepte des 
ce Behourdichs : c'est asavoir que tous ceus qui vendront 
« poissons à haut estai ou marquiet de Boulogne , doi- 
w vent ce jour jouster ou faire jouster à la quintaine 
« que Monseigneur leur doit trouver , et doivent jous- 
« ter de tilleux pelez , ou de plançon d'armes , et les 
« doit-on inonstrer au vicomte, qu'il ne soient cassez 
« de cousteaux, ou autrement. Et ou cas qu'ils ne 
« joustent, ou font jouster, ils doivent à ce jour à la 
« dite vi-comté 2 sok Par. Néant receu pour Fan de 
« ce compte, pour ce qu'ils firent tous courre. » Ce 
qui fait voir que l'on exerçoit encore les communes 
aux exercices de la guerre, pour pouvoir se servir des 
armes, lorsqu'elles seroient obligées de se trouver 
dans les guerres de leurs seigneurs , ou des princes. 
C'est à ce même usage qu'il faut rapporter les jeux de 
l'espinette , qui ont esté si frequens dans la ville de 
l'IUe en Flandres, qui estoient des espèces de tournois 
et de joustes , qui se faisoient par les habitans, et dans 
lesquels les grands seigneurs ne faisoient pas de diffi- 
culté de se trouver. Ces jeux et ces tournois estoient 
appeliez du terme général de Bouhourd (2), ainsi 
que Buzelin a remarqué, qui ajoute que quelques- 
uns en rapportent l'origine et l'institution au roy S. 
Louys. 

Après tous ces exercices militaires, que je viens de 

(1) Compte du Dom. de Bologne de l'an i4o3, communiqué par 
A- d'Herouval, — (a) Buzelin^ l, 3. Gallojft. c. 33. Vander Haer , en 
ses Châtelains de l'Ille. 



SUR L* HISTOIRE DE S. LOUTS. iS^ 

nommer, est celui de la quintaine y qui est une espèce 
de bust posé sur un poteau , où il tourne sur un pivot , 
en telle sorte que celui qui avec la lance n'adresse pas 
au milieu de la poitrine, mais aux extrëmitez le fait 
tourner ; et comme il tient dans la main droite un bâ- 
ton, ou une épée, et de la gauche un bouclier , il en 
frappe celui qui a mal porté son coup. Cet exercice 
semble avoir esté inventé pour ceux qui se servoient 
de la lance dans les joutes, qui estoient obligez d'en 
frapper entre les quatre membres, autrement ils estoient 
blâmez, comme maladroits. Il est parlé de la quintaine 
dans Robert le Moine en son histoire de Hierusalem : 
Tcntoria variis omamentorum generibus venustantur, 
terrœ infixis sudibus sciUa apponuntur , quibus in 
crastinum qtdntane ludus sciUcet equestris exercea^ 
tur (i). Mathieu Paris, jm^enes Londinenses j statuto 
Pai^one pro brai^io j adstadium , quodvulgariter Quin- 
TENA dicituTy vires proprias et equorum cursus sunt ex- 
perti (2). La chronique de Bertrand du Guesclin : 

Quintaines y jftst drecier , etjousteryfaisoit^ 

Et donnoit un beau prix celui qui mieux joustoit (3). 

Une autre chronique manuscrite du même duGuesclin : 
« Fist faire quintaines , et joustes d'enfans , et ma- 
« nieres de tournois (4)* » Enfin le roman de la Maie- 
marastre : « Emmy les prez avoit une assemblée de 
<c barons de cette ville , et tant que ils drechoient une 
« quintaine, et qui mieux le faisoit, si avoit grant 
« loange (5). d Les Grecs mêmes ont connu cet exer- 

(i) Robert Mon. L 5. Hist, Hier, p. 5i. —(a) MatK Paris, A. ia53, 
p. 578. — (3) Chr. de Du GueseUn MSS. — (4) Ch. 5. — (5) Roman 
de Merlin, 



l58 t)I88ERTATIONS 

doe que Balsamon appelle Kbvxàtvà}t6vxa^ (i), pat'Cê 
que Ybû s'y eïet'^it atefc le Contusj ou la lahce. Mais 
je crois qu'il n'a pas bien tnenèdiltré, lorsqu'il a dit qtoé 
tie jeu a esté âîiiài appelle du nom de Quintus, son in- 
venteur. U est pltls probable qu'il fut ainsi nomme, 
par ce que les habitans des villes , à qui il estoit plus 
fkmilier , l'silloièlht exercer datis la càmpàgtië qui eti 
éÉtoit voisine , et dah^ la bàn-lieiië, que leà coutumes 
èftlës titres appellent Qmntéè (ii), ou Quintaines. IsU 
dote (^) y Papias (4), et yElJhic , disent que Quintûr 
ntt est cette partie de là rue, 6Ù un dhaHot peut totuS^ 
ner, pafs ptàtetbj tjtàd tutpentutn pr^oi^ehi pôtéàt D'où 
l'on pourroit ï'ecueillir qdë coïnïne les bàbitàns deft 
tilles dhôisissoient léS dàrfdurs, comme dés lieux ^pa- 
cieuk pour tiref à la quintaihè, le lioni lëtir sètoit de- 
inéUté de cet quîntâihes , du 6arf6Uré. J'ay fait voir cy- 
detaàt comme les seignetit^à obligeôient leurs sujets je 
courir la quintaiùe , soils la peine de quelque amendé: 
cela e^t énCdre ëottflfnlë pat le^ remarques que Ra- 
gueau fait à ce sujet (5)i 

La noblesse estoit tellement portée pour les tour- 
Hois^ que plusieurs en cheisissoient les occasions pour 
s'y faire faire chevaliers ; et tant plus on s'y estoit 
trouvé-, tant plus on estoit en réputation de valeur et 
d'adresse. Jean duc deBrabant^ qui perdit la vie dans 
une joute l'an i ^94 j s'estoit rencontré en soixante et 
dix tournois, tant en Franee, en Angleterre, en 
Alemagne , qu'autres païs éloignez (6). De sorte que 

(i) Balsamon in Nomoc. tiL i3, c. 29. — (a) Chiffleten sa Beatrix 
|>. 4, 8. Cmét. éCAngé^i art. 35. -^ {3)hid, l i5. orig. à. a. — (4) Pa- 
piOà, Glotê, Sût. -^ {Si) Ràgaéaa v. Çm^Aiwé. — (6) M.Chr. Bélg, 
A. 1294. 



StJR L HI6T0IKE DE S. LaXJTS. iSg 

pour louer un vaillant cheTaliei*^ on disoit qu'il avoit 
fréquenté les tournois : éloge qui est dôiiné à Roger 
de Mortemer chevalier aîiglois^ etl son épitaphe, qui 
se voit au prioré de Wigûiore. ( i ) 

Militiam scivit , semper tormenta (9) sutivit. 

Aussi les rois favorisoient tellement les gentilshommes 
dans ces occasions , qu'ils ordonnèrent qu'ils ne pour- 
roient estre arrêtez en leurs personnes , ni leurs 
biens saisis pour leurs détes, tandis qu'ils seroient aux 
tournois. Ce que fapprens d'un ancien acte con- 
tenant (3) ce la vente faite par Jean de Flandres che- 
<c valier sire de Grevecœur et d'Alleuz de onze vint 
» sept livres dix-huit sols huit deniers de rente avec 
« faculté de le pouvoir prendre, et arrêter, et de 
« tenir, luy ses hoirs et successeurs , et leurs biens, ... en 
c< toUrnoy, et hors tournoy, en parlement et hors 
<c parlement, et nommément par tout où ils seront 
(c trouvez, jusques adonc qu'ils auroient fait gré à 
ce plain de la rente escheuë , et de la peine , etc. La- 
ce dite rente ratifiée par Beatrix de S. Paul sa femme, 
ce et confirmée parle Roi, comme sires souverains, 
ce au mois de mars 1^16, confirmée par le Roy en 
ce may iSi'j .» 

Je finiray cette dissertation par l'ordonnance faite 
sur les tournois , tirée de l'ancien cérémonial , la- 
quelle est conceuë en ces termes (4) : 

c< C'est la manière et l'ordonnance, et comment 
« on souUoit faire anciennement les tournois. 

(1) Moruut, Angl. to. 3 » p> «39. —- (ar) Pro Tomeamente. — (3) Reg, 
du Patlem. commençant à l'an i3iG, / 94a. — C4) ^* ^ Théâtre 
d*honneur de la Colombiere to, i, p. 48* 



a6p DISSEATÀTiOlTâ 

« Item le cry est tel. Or oyez, seigneurs cheva* 
« liers, que je vous fais asçavoir le grand digne pardon 
« d'armes ) et le grand digne tournoyement de par 
« les François , et de par les Vermandoiciens et Beau- 
« voisins, de par les Poitiers(i ), et les Corbeioîs, de 
« par les Arthisiens, et les Flamens, de parles Cham- 
« penois et les Normans, de par les Angevins, Poite- 
« vins, et Tourangeaux, de par les Bretons et Man- 
ie ceaux, de parles Rives (>-) et Hasbegnons(3), et 
« de par tous autres chevaliers, qui accordez s'y sont, 
« et accordèrent qui venir y vouldront, à estre aus 
« hostieux accompagnez le dimanche après S. Remy, 
« et les diseurs prins Percheval de Varrennes, et 
« Wi tasse sire de Campregny (4), et conseillers le 
« sire de Meullant, et le sire de Hangest, et pour faire 
« fenestre le lundy, pour tournoier le mardy, et 
c< de batesist marthe (5), pource qu'il ne aûroit pas ses 
ce chevaus , ne son hamois , il pourroit faire cesser les 
«t tournois jusques à jeudy , qu'il est fin de la sep- 
« maine, et qui ne le voudroit attendre, et que Ton 
« tournoyast, ce seroit un tournoyement sans accord, 
« et doivent le héraut crier, que l'on boute hors 
« les bannières, blasons, ou housses d'escu, ou çn- 
« seignes d'armes, pourquoi on puisse tournoier* par 
« accord. 

« Item doivent les diseui-s aller avec les hérauts 
c( aux lieux, où les seigneurs donnent à manger aux 
« chevaliei*s , ou aux places où ils pourroient trouver 
« lesdits chevaliers , qu'ils viennent armez pour tour- 

^ (i) Picards , ceux des environs de Pois. — (2) Ripuarii : Alemao» 
rers le Rhin. — (3) Hashanienses : l^aTarrois , #-> (4) CampFemj. •— 
(5) Sic in MS. 



SÛR L HISTOIRE DE S. LOTJTS. l6l 

« noier , et prendre les fois desdits chevaliers ^ qui ne 
« porteront espées,. armures, ne basions afTustiez^ 
« n'enforceront les armes, estaquetes assises par les- 
te dits diseurs, et tiendront le dit de3dits diseurs. 

« /te/w la veille du tour noy doivent faire, s'il leur 
« plaist, les chevaliers mettre les selles sur leurs 
« chevaux, et de leurs escuiers, pincheres, et cham- 
w froy de leurs armes, affin qu'on puisse voir et con- 
« noistre l'estofFe et Testât de chascun endroit soy , et 
« ne peut avoir chascun chevalier que deux escuiers 
« s'il ne veut naentir, tant soit grand sire. 

c< Item le jour du tournoy doivent les chevaliers 
« aller aux messes, et faire faire les places à l'espée, 
« et doivent les diseurs aller voir la place oil le tour- 
ne noy doit estre fait sans advantage , et attacher les 
« attaches en chascune route, es batailles il y doit 
« avoir deus estachettes de part, et l'autre d'autre part, 
• « et là doivent les chevaliers essongniés chevaux et 
« harnoistout asseurez, sans qu'on leur puisse rien 
« mefTaire, s'ils ne veulent fiancer leur serment, et 
« mentir leur foy. 

« Item doivent les diseurs à l'heure qu'ils Verront 
« qu'il sera temps, soit à jour de tournoier au matin, 
« ou aux vespres faire crier laisser ( i ) : et lors se 
« doivent toutes manières de chevaliers et escuiers 
« eux armer, et doivent les hérauts assés-tost après 
« crier, issez hors, seigneurs chevaliers, issez hors. 
« Et quand les chevaliers sont hors, et chascun est 
<c retrait en sa banhiere , et en sa route , ou en la route 
« de son issue, les diseurs viennent pardevant les 
« batailles, et font passer ceux qui ont ordonné pour 

(i) Lissez. 

3. II 



l63 DISS£KTÀTXOfid 

« passer^ pour faire le toumoy à compte de chascun 
« chevalier y toutefois au dit des seigneurs sous qui 
« ils sont. 

c< Item ce fait y les deux diseurs se doivent mettre 
«c en place devant les batailles , et se doivent quitter 
« la foy l'un à l'autre, et lors est le tourhoy par 
« accord, et se mettront les pays chascun au droit de 
c( son issue, et doivent lesherauz porteries bannières, 
f( et des communes de chascun pays, selon ce que ils 
« ont accoustumé^ et au cas qu'ils ne voudroient 
« quitter leur foy l'un à l'autre, le. toumoy seroit 
« sans accord. 

cf Item si*tost que le roy des heraus, et les autres 
« heraux verront que le tpurnoy aura assés duré, et 
ce qu'il sera sur le tard , et temps de partir , ils doivent 
« faire lever lesestaches, et crier, seigneurs cheva- 
« liers allez-vous en, vous ne pouvez huymets ne 
« perdre, ne gagner, caries estachettes sont levées. 
« Item quand les chevaliers seront revenus à leurs 
« hostels , ils se desarmeront, et laveront leurs visages, 
« et viendront manger devers les seigneurs qui donnent 
« à m^ger, et tandis que les chevaliers seront assis 
« au souper , seront prins lesdits diseurs , avec le roy 
S) desdits heraux , accompagnez de deux chevaliers, 
«tels comme ils voudront prendre, pour faire l'en- 
«c queste des bienfaisans : et en l'enqueste faisant, les 
f( chevaliers qui parleront, diront leurs advis, ils en 
« nommeront trois ou quatre, ou tant qu'il leur plaira 
ce des bienfaisans , et au derrain ils se rapporteront à 
« un, lequel ils nommeront, et celui emportera la 
ce voix, et ainsi ce fait de main en main à tous les 
« chevaliers, et prennent morceaux de pain, et celui 



SUR l'histoire de s* louts. i63 

^ qui plus en a, c'est celui qui passe rcmtè : et ceux 
tx qui font Tenquestre font serment qu'il la feront 
€c bien et loyauraent. 

« Item et ou cas que le tournoy se feroit sans 
« accord, la partie qui sercHt déconfite, celui qui 
« demourroit derrenier à cheval d'icelle partie des- 
(c confite auroit le heaume , comme le mieux defièn- 
« dant, et l'autre partie celui qui seroit le mieux 
« assaillant auroit l'espëe. 

« Item le lendemain du tournoy sHl y a aucun des- 
« tord de droit d'armes, tant de ceulx gagnez ou 
<c pardus, comme des chevaliers tirez à terre, depuis 
<c les estaches levées , et comme de tous autres droits , 
ce soient d'ostel prins, d'ostel a^meures, ou autres 
ce choses quelconques, il en est à l'ordonnance et juges 
« des chevaliers. 

ce /item on doit parler aux eschevins, aux majeurs, 
ce et gouverneurs des bonnes villes, où le tournoy se 
ce doit faire, d'avoir prix raisonnable de tout ce qui 
«c est nécessaire, c'est à sçavoir de foing, avoyne, 
ce nappes, toiiailles, et de toute autre vaiselle es hos- 
c( lieux, chascun endroit soy, là où il sera logié, ou 
ce faire prix sur les hostelaiges, lits, et vaisseaux, et 
« au cheval foing et avoyne de hors; et est dit que 
ce se aucun chevalier n'a dequoy payer son hostelaige, 
ce qu'il fasse courtoisement fin et accord. 

« S'ensuit la déclaration des harnois qui appar- 
ie tiennent pour armer un chevalier , et un es- 
» cuier. 

ce Premièrement un harnois de jambes couvert de 
« cuir cousu à esguillettes au long de la jambe, jus- 
« ques au genoiiil, et deux attaches larges pour 

XI. 



l64 OISSERTÀTIOl^S 

ce attacher, à son barruier . ( i ) , et souleres values 
« attachez aux grues.. 

« Item cuisses et pouUains de cuir, armoiez de 
» Vareun^ des armes au chevalier. . 

c( /tem uae chausse de mailles pardessus lé harnois 
« de jambes^ attachée au brayer, comme dit est, jiar- 
cc dessus les cuisses, et uns espérons tiorez, qui sont 
ce attachez à une cordelette autour de la jambe, afin 
c< que la molette ne tourne dessous le pied. 

fc /item uns anciens, et unes espaulieres. 

ce /item paus et manohez qui sont attachez à la 
ce cuirie, et la cuirie à tout ses esgrappes sur les es- 
te paules, et une seurseliere- sur le pis (2)'davant. 

» Item bracheres à tout les.housson, et le han 
ce escuçon delà bannière sur le col couvert de cuir, 
ce avec les tonnerres pour les attacher au'braier, à la 
ce cuirie : et sur le bacinet une poifFe (3) de mailles, 
ce et un bel orfroy pardevant au front, qui veult. ' 

ce Item bracellets attachezr aux espaules à la cuitie. 

ce Item un gaignepain pour mettre es mains du che- 
ce valier. ...i.. 

ce /^m un^heaumer, et le tymbre, ter comme il 
ce voudra. ' ' ' 

ce Item deux çhaiiies à attachier à là poitrine delà 
ce cuirie, ûae pour l'edpéejj^t l'autre pour le baston 
ce en deux vigeres(4)'pour le heaume attacher. ' • 

» .jtem le harnois de Tesçuier sera tout pareil , ex- 
ce cepté qu'il ne doit avoir nulles chances de m^lle, 
ce ne coiffette de maille sur le bacinet, mais doit avoir 
ce un chappeaude-Mont^uban , et si ne doit alvoir ifuUes 

(i) Bràytfr. — (2) Peçtus. ^ (3) âl. 'Creste. — (4) In alto MS. Vi- 



SUR LHISTOTllE DE S. LOUYS. r65 

« bracheres , et (fcs autres choses se peut artnerconiW 
« iHn chevalier, et né doit point â<r6îr dé sâùtobr à 

ç sa 3elle. • ■ • f , , r ' 'f : • '^ ■'« • '• :::•' (>( ' 



DE L'EXERCICE DE LA CHICANE/ 

OIT DÛ JEU DE PAUME À CHEVAL. 

mmtimmmmibi ■lIKi I I ' 

E me suis frop engagé dans la matière des exei'cices 
militaires , pour ne ri^^ dire de la. \Chiçane , •. qui y 
appartient. C'est un s\]jet qui nlest<pas' indigne 'de* la 
curiosité, puisqu'il est connu de peu de pers^mnes, 
et qu'il nous découvre ui^e espe^ede manège pratiqué 
particulièrement par \e^ npuv.eaux Grecs ^ qui semble 
avoir esté ignoré dans l'occident. Il ne leur a pas? e^té 
toutefois si particulier^ qu'pn i^e p^îsse. dire, ayec fon- 
dement qu'ils l'ont empruinté des Latins^ puisqu'il e3t 
constant que le nom en ,e$^ françois et qu'il .est .ep- 
core en usage parmy nous. ; . - . , r 

La science et l'adre^e de bien manier, un cheval , 
qui est ce que nou? appelions Manège j , terme tiré de 
ritalien, est l'un des exercices des» plus pççessairea 
pour ceux qui font le ^métier dp la guerre. Aussi nous 
lisons qu'il a esté pratiqué de tout temps par les; Ro- 
mains et les Grecs, ^ui inventèrent pour, cet effet les 
courses des chevaux. Ils trouvèrent encore non seu- 
lement la méthode de les dresser^ en telle sorte qu'il 
pussent tourner de part et d'autre au gré du cavalier, 
et au moindre signal qu'il en donn^roiit ; mais ils vou-- 
lurent que le cavalier, apprist à se tenir ferme dessus. 



l66 DISSERT ATlOirs 

la selle, sans que pour quelque mouvement extra- 
ordinaire du cheval , il pust estre jette par terre , y estant 
comme collé, et pour user des termes de Nicetas, o5- 
Twç mTTOTyîç a)ç cfirep rp èfferrcplSi èyLnempovYi'co (i). Ce sont 
ces exercices que Suetoiie appelle exeroitationes equo^ 
rum campestres (2) , parce qu'il se faisoient dani les 
campagnes : acause dequoy les chevaux de manège 
semblent estre nommez equi campitores (3), en deux 
passages de Dudon doye» de S. Quentin. Theodoric 
dans Cassiodore appelle encore ces exercices equina 
exercitia : Si quando enim rel^are libuit animwn rei 
publicœ curd fatigatum , eqUina exercitia petèbàmus ^ 
ut ipsd varietate rerum^ soliditas se corporis, vigorçue 
recrearet (4). . . « 

Ces exercices de mèthége sont encore décrits dans le 
moine Robert en son histoire dé la guerre Sainte (5) : 
Aleœ, scéèci, veloces eursus equo'rum , ftexis in gynan 
frenis non defuerunt. Et dans RadéviC (6) : Ccepiujue 
vertibitem equum moctb impetu h^ehetHenti dimittère, 
modo striàtis habenis ingyrthh ; iit ^huic negotio rnos est^ 
reifocare moxque i^ariosj pefpl'éxà!sque per amfractus 
discurrere. Cest ee'qn'^Anne'Coiiïnétie en son Alexiade 
appelle Ittîtov êXaûvéh» (7). Màiis ehtre autres, Pro- 
cope (8) a décrit élégamment ces exercices dans son 
histoire des guerres des Goths dans un passage que 
)e passe à dessein. 

Ces chevaux de manège , qui «ont si bien appris à 

^ (1) Nicet, in Alpx. Ang, L i, n. 3. — (a) Suet. in Aug. c, 83. — 
(3) Dudo de art^ Norm. p. 94, 124- ""* C4) Cassiod. l. S^ep. 4i. — 
(5) Roh. Mont. L 5. Htst. Hier. p. 5i. — (6; Radevic, l. 3, de gest. 
Frid.c. 37. — {'j)Abfinu Corn. L i5. Aleaù, -^ (S) Procop. l, 4. Gotîu 
cuit. 



SUR L*HIIT01RE DES. LOITTS. T&J 

tourner à toutes mains , et à faire le caracola semblent 
estre nommez pour cette raison sphœristœ par Gré- 
goire de Tours (i) : Puiasne ifidebiturut bos piger pa- 
lœstrœ hidum exerceat ? aift asinus segnis inter sphœ^ 
ristarum ordinem céleri uolatu discurraû on peut aussi 
appliquer ce passage à ces exercices de chevaux , dont 
les auteurs byzantins font souvent mention , qui estoit 
celuy de jouer à la paume à dieval. Ce jeu est appelle 
par eux, d'un terme barbare, T^vxaviç^piov , qui 
estoit aussi le nom du lieu qui servoit à ces exercices. 
Ce lieu estoit dans Tenclos du grand palais de Cons- 
tantinople, prés de l'appartement doré, que les Grecs 
appellent p^u(70TpuxX&£ov (2), ainsi que nous apprenons 
de Luithprand : ex ed parte , qua ZucanistrUmagnitudo 
protenditur , Constantinus per cancellos crines solutus 
eaput exposuit Codin (5) le place proche des Thermes 
de Constantin : et ailleurs il dit que des quatre ga-* 
leries, ou portiches qui furent construites par Eubule, 
et qui du palais tiroient vers les murs de terre ferme, 
l'une avoit sa longueur depuis le Tzycanisterium , 
jusques à l'église de S. Antoine. Scylitzes (4) le 
place prés de l'Hippodrome, et la galerie des gardes 
du palais. Léon (5) le grammairien parle de la des- 
cente pour aller à ce lieu, ou plutôt de l'esplanade de 
ce lieu , qull appelle xaraSacrtov xoxj TÇyxavioryif tow , et 
Codin fait mention du Tpixu/xSa^ov toû TÇuxav(ry}piou (6). 
Nous apprenons du même auteur (7) que ce fut l'em- 

(i) Greg. Tur. l. i, de Glor. Confess. — (a) Luithpr. l. 5,c. 9. — 
(3; Codin, in Orig, CP. Lambec. — (4) Scylitz. in Michaele Calaph. 
— (5) Léo Gram. in Leone. — (6) Codin, MS. apud /illat. Grœc. le- 
cent. Ttmpl, — (7) Cod. Lamb. 



l68 DISSERTATIONS 

pereàr Theodose le Jeune qui le fit construire , et que 
Basile le Macédonien l'agrandit. 

Ce lieu estoit d'une vaste étendue, comme on re- 
cueille des termes de Luithprand, çua Zucanistrii ma- 
gnitudo protenditur. Ce qu'Anne Gomnene(i), Cons^n-» 
tin Porphyrogenite (a) et Theophanes (S) , témoignent 
encore^ et véritablement il faloit qu'il fût bien grand ,. 
pour pouvoir y faire ces exercices , qu'il ne nous seroit 
pas aisé de concevoir, si. Cinnamus ne nous en avoit 
donné la description (4) : où toutefois il supprime le 
mot de T^wxavjçTî'pov, comme barbare , afTeetan t la pure- 
té du discours dans tous ses écrits. Il dit donc que les 
anciens inventèrent uii honneste exercice, qui n'estoit 
que pour les empereurs,- ses enfans, et les grands sei- 
gneurs de sa cour, et estoit tel. Les jeunes princes 
se divisans en deux bandes, en nombre égal, se te- 
noient à cheval , aux deux extremitez d'un lieu spa- 
cieux, entendant par là le Ti^uYLciviçTipioyj puis on jettoit 
dans le milieu une balle faite de cuir, de la grandeur 
d'une pomme. Alors les cavaliers des deux bandes 
partoient à brides abàtuèV, e.f couroient à cette balle, 
tenons chacun en la main une raquette, telle que sont 
celles dontnous nous servons aujourd'huy pour jouera 
la paume, dont Tinvention paroît par là n'esLre pas si 
récente^ comme Estienne Pasquier (5) nous veut per- 
suader. C'estoit à qui pourroit attraper cette balle, 
pour la pousser avec la raquette au delà des limites , 
qui estoient marquez : en sorte que ceux qui la pous- 
soient plus avant demeurpient et restoient vainqueurs. 

(i) Anna com. /. i5, p. 492. — (a) Const. Porp. de adm. Imp, c. 4. 
— (3) Theoph. A. 3o, Copron, — (4) Cinnam» l. 4» "- (5) Pasquiei: 
en ses Recher. sur la France , L 4, ch. i5. ^ 



SUR L UI8T0IEE DE S. LOUYS. l6g 

Cet auteur remarque que c*e$toit un* exercice. dan-^ 
gereuxy où Ton couroit souvent risque^ de sa peir^nne, 
et d'estre culbuté, ou blessé grièvement : ludus péri- 
eulosœ plenus aleœ. Car il faloit que ces ca^valier^ 
courussent à cette balle sans ordre, et pour l'attrapper 
avec leurs raquettes, ils estoient obligez de se pancher 
des deux cotez jusques en terre. Souvent ils se pous- 
soient et se blessoient réciproquement, et se jettoient 
les uns les autres à bas de leurs chevaux. Aussi Anne 
Comnene (i) écrit qu'Alexis son père s'exerçantun 
jour à ce jeu , Tattice l'un de ceux qui joiioiént avec 
lui, fut emporté par son cheval vere l'Empereur j et 
le blessa aux genoux et au pied, dont iLse sentit le 
reste de^^ vie. Cinnamus (2) dit pareillement, que 
l'empereur Manuel petit fils d'Alexis s'exerçant à ce 
jeu de paume, ( j'use de ce mot, qqoy. qu'impi;x)pre ) 
tomba de son cheval, »et se blessa si. griéveu^ent à 
la cuisse et à la .main , qu'il pp fut. .malade à l'ex- 
trémité. 

Mais j'estime qu'il importe de donner en cet endroit 
la description que Cinnamus nous a.ti:acée de cette 
Sphœromachie j qui est un terme dont Seneque (3), et 
Stace (4) se sont servis, parce que l'usage n'en est pas 
connu dans nos écivains, Je sçay bien que plusieurs 
n'approuvent pas ces longues citations en langue 
grecque, qui n'est pas femiliere à un chacun ; mais 
aussi je ne le fais que pour contenter les plus curieux, 
et pour les soulager de la peine d'aller chercher ce 
que je mets en avant dans les auteurs que je cite : 
outre que ceux qui n'entendent pas le grec, se peuvent 

(i) Anna Corn, /.g, p. aSg. - (a) Cinnam. l. 4. — 'Jl) Scneca, 
ep, 80. — (4) Stat. îib. 4. sylv. • . 



I^O DISSBRTATIOlfS 

contenter de ce que j'en ay écrit, è^me Se 6 x^^f^ùy^ 

oafaay^^aixhoy 9è A/XydSovç , èm to dtafoovuov xaBieof 
yvyLvdmov éavxov, elOiaiiévov tv ^(Jtkevat kcu Tiaïai fixdùioiy 
avênaOev. veaviai tivèç îlç i^à SiaipeBévreç y oKh^loiq a^aîpai^ 
(jxuTOUç [lev TienoiYiiiévfiUy juujAo) de siifspdTo fiéyeOoç , elq x^^poy 
Tcva iftûcaiv, oq au SrikaSy) cnjiiiJLeTpYi<joL(xtjoiq avTOtç ^ofij, 
€7r* abririv, oiovzi a9).ov, èv iiaxai)(jpL((ù x,eiiiévYiv irco pvT^poç 
oofXiOéovdiv Slrt^oiç, paSiov èv Se^iâ yeipiÇ6p.£Voq lnaçoq, 
çvpipLéxpoç pLTjV èîTipîîoj , eï<; Se Ko^pLizvnv T«va T:loc:eïa)f a^va 
TfiXeuTWffov, rjç to piéaoy x^p^at? T(a« xpovo) fjièv àvoLvOiodaiç , 
à^^Xoi^ $e Sixxvtù-zou Tcva aviinenlEyiiévouç Sioù^aiiëdvexcu 
rpoirov. oiuoujyjv fxévioe tmxepoy Tzetiolrixan /uiépoç, oTiot)^ ov 
irri S'OTfipov TrpwTepeaavreç /xetayaywat Tréjoa; , /S AjXdvoTt 
àp3:^6V aÙTor^ ÂTrodédtxrac. èi:eiS* au yip Tat<; pâSSoiq ûq 
OTTorapoûy e7reftyo|uisvos , o dcpaipaç àfixyixai T:êpaç, toOtcç) ij 
vnaj ex£tva> tô fxépci yivexou. 37 fxèv 7ra£(yta TO£a(Ï£- Ttç Sçiv 
SktaOripà îrûfyT>î xat xtvJi^VûMVjç. VTrrcaf eev yàp aet , xai inyidl^eiv 
oQfdcpcfi Toy TauTîQy jueTcoyra, iy xuxXo) ^e toy ÎTUTroy nepte'klc' 
Gr«y, xai TrayToiîxTCOil TToisrordat rovç SpopLovç , toœoutocç t5 
xtwîaecay iîreyïfiyqtS'ai rf^eaty, ^docç 5>ÎTrou xaî Tyjy (rtfoupwf 

Voilà les termes de Cinnamus, qui nous font voir que 
cet exercice n'appartenoit qu'aux grands seigneurs. Ce 
que Constantin Porphyrogenite (i) témoigne encore en 
Thistoire de l'empereur Basile son ayeul , en ceux-ci : 

oXXoy £vp)i(75(Ç î(70jui)7xy) Tod Tcpoç jSoppctv xac hoSpopLOV dcixu- 
Xoy^ «XP^ '^^S |3aaiXocSç auXy]; xoc aiiToy TrapaTStvoyia, xàd' 
i)y pieO' ÎTrnou 9faipt(feiy jSaozXeifciy, xaî tor^ evSaiix6v(ùv itairsi 
xoâfpjxe ovwjâfç. Cest donc de là qu'il faut interpréter 

(1) Omit. Porph. in BasiUo, c. 55. 



SUR L HISTOIRE DES. L0I7TS. I7I 

Aciimet (i) en ses Onirocritiques ou interpréta tioDS 
des songes, lorsqu'il écrit que si quelqu'un a songé qu'il 
a joîié à la paume à cheval avec TEmpereur, ou avec 
quelque grand seigneur , cela lui pronostique qu'il lui 
doit arriver autant de bonheur qu'il aura poussé la 
balle bien loin, et que le cheval sur lequel il estoit 
monté se sera bien gouverné. De mêmes si l'Empereur 
en songe avoit joiiéàcét exercice, que cela signifioit 
que le succès de ses affaires devoit estre heureux, ou 
malheureux, suivant qu'il auroit bien, ou mal poussé 
la balle : ausquels endroits cet auteur se sert du mot de 
Tfuxavtjetv, et dç ayaFpav ekcmttv (a), pour jqUer à Ic^ 
halle à chev^ah Ce qui fait voir que les termes qui se ren- 
contrent dans AnneComnene, de eîç vniciihxffiov é^têvcu, 
et de acfMpi^eiv, (3) sont synonymes à celui dé TÇuxavt* 
(ecv.Nous apprenons encope de ces auteurs, que c'est de 
ces exercices, dont il fiiut entendre I^on le grammai- 
rien, et Scylitzes (4), lorsqu'ils . racontent , comme 
l'empereur Alexandre, frère de Léon le philosophe, 
après quelques excès de débauches, les bains, et le 
sommeil, i^ntreprit d'aller JQiier à la paume; et que 
durant cet exercice, lui estant survenu des contorsions 
de boyaux et des douleurs cuisantes , acause de l'abon- 
dance du vin et des viandes ydpnt il avoit chargé son 
estomachy fut obligé de retourner au palais, où il 
mourut le lendemain d'unçaimoragie qui lui prit parle 
nez et par les parties honteuses. Zonareje diteif^^tei^ines 
plus exprés, et montre que lorsqu'Alexandre jqiia à Isi 
paume , il estoit à cheval : Scna^ ifuç^aaç perà lovxpov, 

j 
* \ ■ 

(i) u4chmes Oniroc. c. i55. — (a) Anna Com. p. J74 , 4^^. — 
(3) Ead. p, aSy , 4^4 ** 449* "" (4) ^^^ Gram. et Scylit. in Alexand. 



lyî* DISSERTATIONS 

xcd xoDyi y(^YirjdyL£voç t>5 yctçpiy xai àizlinT^ç ocxpoLTiaàciiBVOÇy 
Gfpeaphou izpoéàtTO^ xcd xaTatetvaç to cjcSfxa vn iTtnaaioL, xaî 
roûç TTj^ Gtpalpoiç iKXpoLyrikiazai y pr^iv UTrfr^I j "^cd oiiia. iiot 
Te pivoç y,ev(i)'70Lç mli vn^ aî(Joiî;,|i£Ta [iItj r,iJ.époLV 9i£ktizisy (i). 

Cette espèce d'exercice ressemble à VArenata pila 
des anciens, où' Ton avoit coutume de jouer en 
troupes (2)^ Quant in grege ex circula ajtantium spec- 
tandumque emissam, ultra justum spatiwn excipere et 
remitXere consuexferant , ainsi qu'écrit Isidore (3). D'oii 
Sidonius (4) a pris sujet de dire, sphœristarum se tur- 
malibus immiscuit. C'est pourquoy ce jeu de la balle 
est nommé eTreicotvoç dansPoUux (5), où toutefois quel- 
ques-uns lisent eTTticovi; , parce qu'on y joùoit dans une 
plaine , qu'on parsemdit de sable , a cause de quôy ce 
jeu a pris le nom d^arenata pila , ce que Martial (6) 
fait assez connoître en divers endroits de sels épi- 
grammes, où il lui donne le nom à^Harpastus^ parce' 
que chacun des partis feisoit ses efforts pour s'enlever 
et s'arracher la balle. Pollux ayant dit que les joueurs 
se partagéoient en deux bandes, ajoute, que la balle 
estoit jettée sur' la ligne du milieu, et qu'aux deux 
extréttiitei, derrière les lieux où les joueurs estoient 
placez, il y avoit deux autres lignes, au delà desquelles 
on tâchoit de porter la balle, ce qui ne se faisoit pas 
sans la« pousser ^et repousser auparavant de part et 
d'autt-e. ' • ' 

Le jeu de la choie, qui est encore a présent en usage 
partny lès païsanis de nos provinces, a aussi quelque 

(1) Zonar. in Alexand. — (2) Hier. Mercurialls. — (3) Isid. l. 18. 
Orig. c. 69. Papias. — (4) Sidon. ep. 17. — (5) Jul. Pollux ,/. 9. — 
(6) Martial. L 4, Epigr. 19. /. 7, Ep. 66, /. la, Ep. 84, et l. i4, Ep. 

48. 



SUR L^UIÇTOI&E DE S. LOUtS. 1^3 

rapport avec ces exercices du Tzjcanisterium (i)^ sauf 
qu^il se fait entre personnes qui sont à pied. En certains 
jours solennels de l'année , et le plus souvent auxfestes 
des patrons des villagjes y les païsans invitent leurs 
voisins à ces exercices. A cet eilèt on jette une espèce 
de balon dans un grand chemin , au milieu des confins 
de deux villages, et chacun le pousse du pied avec 
violence, tant que les plus forts le font approcher près 
des leurs, qui de cette sorte remportent la victoire, 
et le prix qui est proposé. Lambert d*Ardres en son 
histoire des comtes de Guines en fait mention , en ces 
termes :Locus,qui nunc Ardensium populi f requérir 
tatur accessu , pascuus erat , et raro cultus habitatoreé 
Mansit tamen in média agri pascui secus viam^ in loco 
ubi nunc Ardeœ forum rerum frequentatur venalium, 
quidam cerei^isiœ brasiator, i^el Cambarius^ ubi rustici 
homines et incompositi ad bibendum , vel ad cheolan" 
dum, vel etiam hercandum, propter agri pascui largam 
et latam planitiem conuenire solebant. Et même j*ose 
avancer que c'est ce jeu de la balle des anciens , appellée 
pila paganica, parce qu'elle estoit en usage parmy les 
paysans. Martial en a fait aussi la description (2). 

Mais pour retourner au jeu de la balle à cheval , 
que les Grecs appellent Tzycanisterium , il semble que 
ces peuples en doivent l'origine à nos François, et que 
d'abord il n'a pas esté autre que celui qui est encore 
en usage, dans le Languedoc, que Ton appelle le jeu 
de la chicane , et en d'autres provinces le jeu de mail , 
sauf qu'ep Languedoc ce jeu se fait en plaine campagne, 
et dans les grands chemins, oti Ton pousse avec un 

(i) Pt.ad Senee. ep. 80. — (q) Mart.l. 4- £ptg' 45. 



1^4 1>I8SB&9ATI095 

petit maillet , mis au bout d'un bâton d une longuetit 
proportionnée, une boulle de buis. Ailleurs cela serait 
dans de longues allées plantées exprés, et garnies tout 
à Tentour de planches de bois. De sorte que chicaner^ 
n*est autre chose que le T^uxavfi;eiy des Grecs ; qui ont 
la coutume d'exprimer'le C ou le CH des Latins , par 
le TZ , comme Euslathitis (i) sur Dionysius nous 
apprend : ce qui est d'ailleurs confirmé par plusieurs 
exemples, que M. Rigaud et Meursius en ont donnez 
en leurs glossaires. Ensuite ce que les nostres ont 
fait à pied, les Grecs Tout pratiqué montez sur des 
chevaux, et avec des raquettes, qui estoit la forme 
de leur chicane. 

Quant à l'origine de ce mot , comme toutes les con- 
jectures , dont on se sert en de semblables rencontres , 
sont pour le plus souvent incertaines, je ne sçay si je 
dois m'y engager : car je n'oserois pas avancer qu'il 
vienne de l'ànglois Chicquen^ qui signifie un poullet; 
en sorte que chicaner seroit imiter lespoullets, qui ont 
coutume de courir les uns après les autres pour 
s'arracher le morceau hors du bec ; ce que font ceux 
qui jouent à la chicane à la façon des Grecs, jettaos 
une balle au milieu d'un champ, et chacun tàcliant de 
l'enlever à son compagnon. 

Quoy qu'il en soit, on ne doit, pas ce me semble, 
révoquer en doute que le terme de chicane, dont nous 
nous servons aujourd'hui, pour marquer les détours 
des plaideurs {x^ililigatores) et que nos vieux praticiens 
appelloient barres^ ne soit tiré de ces exercices. Car 
chacun de son costé faisant ses efforts poiu: dilayer pai* 

(i) Eustath, Sohol: ad Ùionys. Perieg, p, loo. 



SUR L HISTOIRE DE S. LOVTS. 1^5 

des fîiites aiTectées, et par des procédures inutiles ^ 
tâche d*embarasser sa partie y les uns et les autres se 
renvoyans ainsi la ba le, comme nous disons vulgaire- 
ment : ce que font ceux qui jouent à la chicane , lors- 
qu'ils se renvoient la balle , et par les embaras qu'ils se 
forment réciproquement, font durer le jeu plus long- 
temps. 

Je sçay bien que quelques sçavans (i) ont cherché 
une autre origine au terme de chicane en fait de plai- 
deurs , et qu'il y en a qui le dérivent de lat»v6ç (2), 
qui selon Galien en quelque endroit signifie une malice 
mêlée de tromperies , rapportans la raison de cette 
signification au naturel des Siciliens , nommez lixavoi 
par les anciens (3), quorum naturafacilisfuitad quere^ 
las (4)> dit Cassiodore. Il y en a d'autres qui le tirent 
des termes de Chicoj et de Cfuquiy dont l'un est es- 
pagnol, l'autre gascon (5), qui signifient petit -^ ensorte 
que chicaner seroit s'arrêter aux choses de petite con- 
séquence , et aux bagateles. 



DES CHEVALIERS BANNERETS. 

( JoinTilk , p. so5. ) 



XJA noblesse a toujours esté dans une particulière 
estime en tous les états de l'univers, et il n'y a pres- 
que à présent- que celui des Turcs, où elle n'est pas 

(1) Simon d^ Olive, l. a, des Quest. de droit, ch, i. — (i) Galen. in 
Lexic. Hippoer. — (3) Clui^er. l. i. Sicil. Antiq. c. 17. — (4) Cfl^- 
siod. l. 1 , epist. 3. — (5) Oyhen. in Not. Vase* 



1^6 DISSERTATIONS 

considérée. Ils défèrent tout à la vertu et aux belles 
qualitez des personnes, sans considérer le sang et l^ 
naissance. Turçee^ nemincnij, jie suprum quidem, r^isi 
ex se pendant, \^ol4dorno Qûionuinorum excepta., quœ 
suis ce7isetur\ natqlibuts (i). Ce sont, les .paroles d'un 
ambassadeur de Jçiuperçuv Ferdinand I. Mais la. France 
a esté le royaume du monde ^ où elle a eu les plus 
grands avantages: y composant un. ordre partiçuliçr, 
qui y tient le prçm^ier et le principal rang^ les honneurs 
et les gouvernemens de$ provinces et des places^ n'y sont 
copfiez q|a'a|i}x gentilshommes^ et l'on a toujo)ifs crû 
que la force de l'état réside dan,s. lei^rs pei;sonnes, 
acause de la générosité naturelle, et de la grandeur de 
çoAragequi lesacçoii^p^gne. ^ , , .. 

Encore bien que le caractère de la noblesse soit 
uniforme, etq,u'il est en quelque fa^çon vray.de dire 
qu'un gentilhomme n'est pas plus gentilhomme, qi^' un 
autre : si est-ce qu'^ y. a toujours^ eu divers dégrez 
entre les nobles, qui ont composé des différents ordres 
entre eux , car les uns ont esté plus relevez que les 
autres , à raison des dignitez qui leur estoient con- 
férées par le prince , les autres par les prérogatives , que 
les qualitez et les titres de chevaliers leur donn oient. 
Desorte que nous remarquons qu'il y a eu en France 
trois degrez et trois ordres de noblesse. Le premier 
est celuy de : Barons^ qui comprenoit tous les gentils- 
hommes qui estoient élevez en dignitez, tant acause 
des titres qui leur avoient esté accordez parles Rois, 
qu'acause de leurs fiefs, en vertu desquels ils avoient 
le droit de porter la bannière dans les armées du Roy , 
d'y conduire leurs vassaux, et d'avoir un cry particulier: 

(i) Busbec. in Uiner» CP,' . 



StJR LHISTOmfe DE S. LOUTS. 177 

C'est pourquoy ils sont ordinairement reconnus soùs 
!e nom de bannerets , et souvent sous le terme 
gênerai de barons. Ce qui a fait dire a Dii^œus , que 
barones i^cari soient ii proceres^ qui vexillum in bel- 
lum efferunt (i). Le second ordre estoit celui des 
bacheliers . ou des simples chevaliers, et le troisième 
celui des èscuiers. 

La noblesse de Bearn (2) estoit pareillement dis- 
tingu(?e en barons, en ca^^ers , ou chevaliers, et en 
dommangers , ou damoiseaux, qui sont ceux que nous 
appelions escuiers. Le royaume d'Arragon avoit aussi 
ces trois ordres dans sa noblesse (3) : le premier estoit 
celui des ricos hombres; le second celui des cai^alleros; 
et le troisième des infan-çons ^ qui sont les damoiseaux , 
ou escuiers. Les ricos hombres , ou les riches hommes , 
estoient les principaux barons du royaume. Ils avoient 
part au gouvernement du pays, et possedoient les 
grands fiefs mouvans de la Couroune. Us dévoient 
acause de ces fiefs servir le prince dans ses guerres, et 
estoient obligez d y conduire leurs vassaux sous leurs, 
bannières, d'où ils furent appeliez ricos hombres de 
Sériera y c'est à dire bannerets, et parce que ces riches 
hommes qui conduisoient leurs vassaux à la guerre 
sous leurs bannières, estoient ordinairement revêtus 
de la qualité de chevalier, il est arrivé delà que ces 
barons sont reconnus pour le plus souvent sous les 
noms de chevaliers bannerejts. 

Les autres chevaliers, qui n'avoient pas cette préro- 
gative, sont nommez vulgairement bacheliers, c'est à 
dire bas chei^aliers, acause qu'ils estoient d'un second 

(i) P. Divœus l. 7, Ber, Brahant. p. 85.— (a) Hist, de Bearn, l. 6. 
ch. 24. — (3) Hier. Blanca» in Comment. Ber. Arag. 

3. la 



1^8 DISSEKTATIONS 

ordre, .et inférieurs en dignité aux barons. C*csl la 
raison pourquoy ils sont tiommez milites secundi et 
tertiiotdims (i), dans Brunon en l'histoire de la guerre 
de Saxe : et dans Guillaume le Breton , en ces vers : 

Intra Murellum cum Simone contulerant se -^ ^■ 

Pêrsonœ primi multœ , pluresque secundi 
Ordinis (a). 

et ailleurs il désigne ainsi ce second ordre de nobles : 

Exemple quorum proceres , comilesque , ducesque, 
Ordoque militiœ minor ecclesiûsque ministri, etc. 
Signo se signare Crucis properanter a^^ebant (3). 

Dans Mathieu Paris le bachelier est nommé minor mi- 
les (4)* Guillaume archidiacre de Lisieux^en Thistoire 
de Guillaume le Bâtard, roy d'Angleterre, appelle les 
bacheliers, milites mediœ nobilitatis (5). Desorte qu il 
estoit de ces chevaliers, comme de ces comtes du 
premier, du second, et du troisième ordre, dans la 
cour des empereurs romains. Mais parce que mon 
dessein n'est à présent que de parler des chevaliers 
bannerets je ne dirai riéh ici des chevaliers bacheliers^ 
ni de ce second ordre de noblesse. 

Tay déjà remarqué que le terme de banneret estoit 
général pour le premier ordte des nobles, et qu'il com- 
prenoit les gentilshommes, d'une dignité relevée, et 
qui avoient le droit de porter la bannière dans les 
armées du prince. La plupart des auteurs s'en sont 
servis «en ce sens. Rigord parlant des seigneurs qui 

(0 Bruno de hello Sax. p. i33. — (a) W^iU, Brito, l. 8, PhUipp. 
p. igS. — (3) Lih. 5,p, lai. — (4) Math, Par, A. iiiS. — (5) Gesta 
Gûill. p, 207. 



SUR L HISTOIRE D£ S* LOtJTS. I79 

t 

forent pris à la bataille de Bovines^ par Philippes Âu-« 
guste : Eodem vespere citm adducti fuissent ante cons* 
pectum Régis proceres qui capti fuerant , quinque vi* 
delicet comités^ , et XKV alii , qui tantœ erant no&i- 
litatisj ut eorum quilibet vexilli gauderet insignibus , 
pr aster alios quamplurimos inferioris dignitatis (i). 
Guillaume Guiart : 

En estécon ne voit point negier. 

Va U Mois la ville assiegier , 

O lui mains princes à bannières , etc» 

Monstrelet dit qu'à la bataille d'AzincoUrt « il fut 
« trouvé qu'à compter les princes y avoit mors cent 
ce à six vints bannières {^) ». La chronique de Flandres 
comprend entre les bannerets j les ducs et les comtes : 
(c adonc jesirent tous les bannerets à toutes leurs 
« batailles, fors le duc de Bourgogne, et le comte 
ce d'Armagnac. » Les Provinciaux, qui sont les livres 
des herauds d'armes, qui représentent les armoiries 
des nobles de chaque province, réduisent d'ordinaire 
les nobles sous les deux titres de bannerets et de bâche* 
tiers, metlans sous le premier indifféremment les 
chevaliers bannerets, et les ducs, les comtes et les 
barons. 

D'autre part nous voyons que souvent les chevaliers 
bannerets sont reconnus dans les autres auteurs sous 
le terme simple de barons (3). Les loix de Simon comte 
de Montfort pour les habitans d^Alby, de Carcassonne, 
de Beziers et de Razez , dressées l'an 1 2 1 9 , compren- 
nent formellement les chevaliers bannerets sous ce 
nom, les distinguant d'avec les simples chevaliers, qui 

(1) Rigord. — (a) MonstreL i. vol. ch. i^^, Ch. 79. — (3) Galland 
au traité du Franc aUu, 



l80 DISSERTATIONS 

sont les bacheliers : SI Inde con^ictij aut confessifueHni, 
dabunt singuli X libras , si fuerint barones: si nm- 
plices milites, centum soUdos , etc. Froissart (i) en a 
ainsi usé en divers endroits de sa chronique , comme 
lorsqu'il rapporte les noms des grands seigneurs, qui 
passerient avec le roi d'Angleterre en France, Tan i346, 
et ailleurs, parlant d'un combat qui se fit auprès de 
Calais : « Tous ceux estoient barons et à bannière. » 
Et la chronique de Flandres, décrivant la bataille de 
Bonne , a compris sous le mot de barons les bannerets : 
« Tant y eut pris de barons, de bacheliers, et de ser* 
(c gens, que ce fu merveille (2). » Il faut neantmoins 
demeurer d'accord qu'il y avoit de la diffefence entre 
les barons et les bannerets : car on appelloit barons 
tous les nobles qui possedoient les grands fiefs qui re- 
levoient de la Couronne, ou de quelque souveraineté. 
Et parce qu'il n'y avoit point de barons qui n'eussent 
le droit de faire porter la bannière dans les armées , 
acause qu'ils possedoient de grandes seigneuries, et des 
terres considérables , qui avoient beaucoup de vassaux, 
il est arrivé que ce titre a esté communiqué indistincte- 
ment à tous les bannerets. Du Tillet (3) dit que le comte 
de Laval débatit au seigneur de Couèquen en Bretagne, 
le titre de baron , soutenant qu'il n'estoit que banneret, 
et qu'il avoit levé bannière , acause de quoy on se 
railla de lui, et on l'appellale chevalier au drapeau 
quarré. 

Pour parvenir à la dignité debanneret , il ne sufiisoit 
pas d'estre puissant en fiefs, et en vassaux , il falloit estre 
gentilhomme de nom et d'armes (4); cette qualité 

(1) Froiss. 1. vol. ch. m , i5i. — (2) Chron. de Flandr, ch. i5. 
' — (3) />« Tillet, 10. I. p. 43i. — (4) Oregor, Tolos, L 6, c. g. 



SUR l'histoire de s. louts. îSî 

* 

requise estoit essencielle ; et parce que jq n'ai pas re- 
marqué que pas-un auteur ait bien expliqué la force 
de ces termes, je me propose d'en dire mon sentiment 
dans la dissertation suivante. 

Le vieux cérémonial décrit ainsi la forme et la 
manière de faire les bannerets (i) : « Comme un bache- 
« lier peut lever bannière , et devenir banneret. Quant 
« un bacheler a grandement (2) servi et suivi la guerre, 
« et qu'il a terre assez, et qu'il puisse avoir gentils- 
« hommes (3), ses hommes, et pour accompagner sa ban- 
« niere, il peut licitement lever bannière, et non autre- 
ce ment. Car nul homme ne doit porter, ne lever ban- 
« niere en batailles , s'il n'a du moins cinquante hommes 
« d'armes, tous ses hommes, et les archiers et arba- 
« lestriers qui y appartiennent. Et s'il les a , il doit à 
« la première bataille, où il se trouvera, apporter un 
ce pennon de ses armes, et doit venir au conestable, ou 
c( aux mareschaux, où à celui qui «sera lieutenant de 
« Tost , pour le prince requérir qu'il porte bannière (4), 
« et s'il lui octroient, doit sommer les heraulx pour tes- 
« moignage (5), et doivent couper la queue du pennon, 
« et alors le doit porter et lever avant les autres ban- 
« nieres, ail dessoubs des autres barons. » Il y a en ce 
même cérémonial un autre chapitre, qui regarde encore 
le banneret, et est conclu en ces termes : « Comme se 
« doit maintenir un banneret, en bataille. Le banneret 
« doit avoir cinquante lances, et les gens de trait qui y 
a appartiennent : c'est asavoir les xxv pour combattre, 

(1) Cérémonial MS.et celui qui est imprimé avec un liseré intitulé , 
La Division du monde Van iSSg. — (a) Longuement. — (3) Tant comme 
il puisse tenir 5o gentilshommes. — (4) Soit banneret. -— (5) Faire 
ionner les troropetcs pour témoigner. 



l8a DISSERT ATIOirS 

<( et les autres xxv pour lui, et sa bannière garder (i). 
« Et doit estre sa bannière dessoubs des barons. Et 
a s'il y a autres bannières , ils doivent mettre leurs ban- 
« nieres à Tonneur, chascun selon son endroit, et pareil- 
ce lement tout homme qui porte bannière (2). » 

J'ay rapporté les termes entieis de ce cérémonial, 
afin de n'estre pas obligé de les diviser dans la suite de 
ce discours , et aussi pour avoir sujet de les examiner, 
et de les conférer avec ce que les auteurs ont écrit des 
bannerets. Et pour commencer par les premières con- 
ditions qu'il requiert pour parvenir à cette dignité, il 
remarque qu'il fiiut que celui qui veut se faire ban- 
neret, soit chevalier, et qu'il ait esté souvent dans les 
occasions de la guerre : il est constant que ceux qui 
voul oient la^er bannière j dévoient estre chevaliers : et 
l'Histoire nous fournit une infinité d'exemples , comme 
ceux, qui dans les occasions de la guerre vouloient 
lei^er bannière ^ et qui n'estoiont pas encore chevaliers, 
se faisoient donner ce titre avant que de lei^er bannière» 
La chronique de Flandres : « A ce jour leva bannière, 
« le comte de Maubuisson, qui fut au comte d*Ar- 
« magnac, et fut ce jour nouveau chevalier (3). » 
Froissart : « Là furent faits chevaliers , et levèrent 
ft bannière à une saillie, que ceux de la Charité firent 
« hors, messire Robert d'Alençpn, fils du comte d'Alen- 
cc çon, et messire Louys d'Auxerre, qui estoit fils du 
« comte d'Auxerre, et le frère du comte d'Auxerre (4).» 
Et ailleurs il dit que le comte de Nevers , fils du duc 

(1) Garder son corps et sa bannière, —(a) £t s^il y a autres bannières 
en honneur selon quUls sont nobles , et pareillement tous hommes qui 
portent bannières. — (3) Ckr. de Fland. ch, 79. — (4) f^roiss, 1. vol. 
ch. 22S} 4- '^^^* <^^' iS> 73^* 



SUR L^IIISTOIILE DE S. LaVTS» l8î 

de Bourgogne , conducteur des troupes françoises' aix 
secours du roi de Hongrie contre le Turc, estant entré 
dans le païs ennemy y fut fait chevalier par ce Roy, et 
Ici^a bannière. Les fils des rois n'estoient pas dispensez 
de cette loi. Le même Froissart parlant d'une bataille ^ 
qui fut donnée entre les Ecossois et les Anglois : « adon«> 
fc ques fist le comte de Douglas son fils chevalier^ ' 
« nommé messire Jacques, et lui fist lever bannière : 
« et là fist-il deux chevaliers des fils du roy d'Escosse ,, 
« messire Robert et messire David , et tous*deujt 
a levèrent bannière (i). » 

L'autre condition pour estre feit banneret, et qui 
estoit la plus nécessaire, estoit qu'il faloit estre puis- 
sant en biens, et avoir un nombre suffisant de vassaux, 
pour accompagner la bannière. C'est pourquoy les 
Espagnols appelloient les bannerets ricos kombres, 
et les François, les riches hommes^ comme fai justifié 
en mes observations* Au contraire les simples chevaliers 
sont nommez jfoui^res hommes, dans le rôUe des che-* 
valiers qui accompagnèrent Saint Louys au voyage 
de Thunes : « Et est à savoir qu'il doit passer à chascun 
M banneret un cheval, et li chevaux emportele garçon 
« qui le garde, et doit passer le banneret lui sixième 
« de personne , et le pauvre homme soi tiers. » 

Quant au nombre de vassaux, le cérémonial veut 
que le banneret ait sotis sa conduite cinquante hommes 
d*armes, outre les archers, et les arbalétriers, qui y 
appartiennent : c'est à dire cent cinquante chevaux : 
car Froissart dit en quelque endroit (a) que vingt mille 
hommes d'armes, faisoient soixante mille hommes de 
guerre , chaque homme d'armes ayant deux hommes 

(i) Froissartf a. vol. c. lo. —(a) Froiss. 4. vol. 



l84 DISSERTATIONS 

à cheval h. sa suite. Olivier de la Marehe écrit que 
suivant Fancienne coutume , il faloit que le pennou 
de celui qui pretendoit à cette dignité fust accompagné 
de vingt-cinq hommes d'armes au moins. Maïs les 
comptes des trésoriers des guerres du Roy nous ap- 
prennent le contraire, et nous font voir qu'il y avoit 
souvent des chevaliers bannerets, qui avoient un beau- 
coup moindre nombre.de vassaux à leur suite, dont les 
uns estoient ]>acheliers, les autres escuiers. Aussi un 
autre^erémonial veut qu'un chevalier ou escuiei'i^ pour 
estre fait banneret, « soit accompagné au moins de- 
ce quatre ou cinq nobles hommes , et continuellement 
<c de douze ou seize chevaux. » Il est vray que pour 
l'ordinaire les chevaliers bannerets allans à la guerre 
du prince, comme la pluspart estoient grands seigneurs^ 
avoient un bien plus grand nombre de vassaux, entre 
lesquels il y en avoit des chevaliers, qui avoient pareille- 
ment leurs vassaux à leur suite , ce qui formoit une com- 
pagnie fort raisonnable sous la conduite du banneret. 
Et ainsi ce sont les bannerets qu'Albert d'Aix a designé 
par ces termes : ^d çuinquaginta in arcu,lanced^ et 
gladUo ceciderunt viri forùssimi , et usquc adhanc diem 
in omnibus prœliis inuictissimi , singuli redditibus terra^ 
runij et locorum possessionibus ditati, et ipsieqmtes suh 
se habenteSj alius viginti, alius decenij alius qwjufue , 
alius duo ad minus (i). Et Geoffroy de Malterre (2), 
pour faire voir que Tancrede, père du fameux Robert 
Guischard, avoit la qualité de chevalier banneret, et 
qu'ainsi il n'étoit pas de si basse extraction , comme 
Anne Gomnene (3), et quelques autres auteurs ont 

(i) Albert. éTAq, l, la, c. 3i. — (2) Gaufr. Malat. l i,c. ^o.— 
'^3) Anna Com, 1. 1, , 



SUR l'histoire de s. louts, i85 

icrit, dit qu'il estoit à la cour de Richard II du nom, 
duc de Normandie, commandant à dix cheraliers \ln 
curid comitis decem milites sub se habens servii^it. 

Le banneret estoit fait par le prince, ou le lieu- 
tenant général de Farmëe en cette manière. Le cheva- * 
lier qui estoit assez puissant en revenus dé terrés, et en 
nombre de vassaux pour soutenir Tétat et la condition 
de banneret, prenoit l'occasion de quelque bataille qui 
se devoit donner, et venoit se présenter devant le 
prince , ou le chef de l'armée , tenant en sa main une 
lance, à laquelle estoit attaché le pennon de ses armes 
enveloppé, et là il faisoit sa requête ou lui-même ou 
par la bouche d'un heraud d'armes, et le prioit de le 
faire banneret , attendu la noblesse de son extraction, 
et les services rendus à l'état par ses prédécesseurs, 
veu d'ailleurs qu'il avoit un nombre suffisant de vassaux. 
Alors le prince, ou le chef d'armée, dévelopant le pen- 
non, en coupoit la queue", et le rendoit quarré puis 
le remettoit entre les mains du chevalier, en lui disant, 
ou faisant dir^ par son heraud, ces paroles, ou de 
semblables : « Recevez l'honneur que vostre prince vous 
<c fait aujourd'hui, soyez bon chevalier, et conduisez 
« vostre bannière à l'honneur de vostre lignage. » 
Froissart décrit ainsi cette cérémonie ( i ) : « Là entre les 
a batailles apporta messire Jean Chandos sa bannière, 
ce laquelle encore n'avoit nullement boutée hors de son 
» estuy. Si la présenta au prince, auquel il dit ainsi : 
« Monseigneur veez-cy ma bannière : je vous la baille 
« par telle manière qu'il vous plaise la desvelopper, et 
« qu'aujourd'huy je la puisse lever : car Dieu mercy , 
« j'ay bien dequoy en terre et héritage pour tenir estât 

(i) Froissart, i. voL c/i. a4i. 



/ 



l86 DISSERTATIONS 

« comme appartient à ce. Ainsi print le prince, et le 
<c roy dom Piètre qui là estoit^ la bannière entre leurs 
<c mains y qui estoit d'argent à un pieu aiguisé de 
« gueules, ^i la desveloperent, et la lui rendirent par 
« la hante^ en disant ainsi : Messire Jean, veez cy vostre 
ce bannière , Dieu vous en laisse vostre préu faire. Lors 
<( se partit messire Jean Chandos, et rapporta entre 
<c ses mains sa bannière, et dit ainsi : Seigneurs, vees^ 
<c cy ma bannière et la vostre , si la gardez ainsi qu il 
« appartient. Adonc la prindrent les compaignons, et 
a en furent tous resjouis , et dirent que s'il plaisoit à 
fc Dieu et à S. Georges, ils la garderoient bien, et s'en 
fc aquiteroient à leur pouvoir. Si demoura la bannière 
<c es mains d'un bon escuier anglois, qu'on appelloit 
c^ Guillaume Alery, qui la porta seurement en ce jour, 
<€ et qui loyaument s'en aquitta en tous estats. >» Le 
même auteur décrit encore ailleurs cette cérémonie, 
en ces termes (i) . « Là furent appeliez tous ceux qui 
« nouveaux chevaliers vouloient estre , et premiere- 
« ment messire Thomas Trivet apporta sa bannière 
« toute envelopée devant le comte de Bouquingam^ 
« et luy dit. Monseigneur, s'il vous plaist, je desvelop- 
ce peray aujourd'huy ma bannière, car. Dieu mercy, 
tt j'ay assez de revenu pour maintenir estât comme 
c( à la bannière appartient. Il nous plaist bien, dit 
« le comte; adonc prit la bannière par la hante, et 
ce lui rendit en sa main, disant, Messire Thomas, 
«c Dieu vous en laisse vostre preu faire cy et autre 
K part. » 

Le pennon, ou le pennonceau estoit l'enseigne du 
ckeyalier bachelier^ sous lequel il conduisoit ses vassaux. 

(i) Froisiart, a. vol, c. $4* 



SUR L^HISTOIKB DE 8. LOUTS. 187 

Jje cérémonial au cbapitre de Yordonnance du Roy 
quand il va en armes , le dit en termes exprés : 
ce Âpres les pages viennent les trompettes, après les 
ce trompettes viennent les pennons des bacheliers, après 
Cl les pennons viennent les bannières des derrains ban- 
cc nerets. i> Et à Tendrolt où il décrit les cérémonies 
des obsèques : « La qiiatriesme offrande doit estre d'un 
ce cheval couvert du trespassé, et sera monté dessus 
« un gentil-homme, ou ami du trespassé, qui portera 
« sa bannière, s^il est banneret, ou s'il est bachelier, 
<c son pennon. i> Froissart attribue pareillement en 
plusieurs endroits de son histoire (i) les pennons aux 
bacheliers, et fait voir quMIs estoient armoiez de leurs 
armes. Quelquefois les grands seigneurs portoient en 
même temps la bannière et le pennon. Le cérémonial 
attribue ce droit non seulement aux roys et aux sou- 
verains, mais encore aux ducs, aux marquis, et aux 
comtes, et ajoute que c'est en cela qu'est la diflfèrence 
d'entre le comte et le baron (2). Mais Froissart nous ap- 
prend le contraire, nous représentant divers seigneurs 
qui n'estoient pas revêtus de ces hautes qualitez, qui 
portoient la bannière et le pennon en même temps (3). 
« Là estoit messire Hue le despensier à pennon, et là 
« estoit à bannière et à pennon , le sire de Beaumont, 
« messire Hue de Caurelée, et messire Guillaume Hel- 
« men, et à pennon sans bannière messire Thomas 
« Dracton , etc. » Mêmes Georges Châtelain attribue 
une bannière et un pennon en même temps à un es- 
cuier (4). Il est constant que les souverains avoient la 

(1) FroUtart f i. vol. c. 198» a4i » sSy. 2. vol. c. na, i35y 161 j 4. 
vol. cA. 18 , ai , 79. — (a) Chr, de Fland. c. 1 13. — (3) Froissart^ a. 
voL e. i35. — (4) HûL de Jac. de Lalain, c, fS* 



1 88 D I s S,E R T A T I O W s » 

bannière et le pennon, et à F^ard du roy de France, 
sabanniere estoit en la charge du grand chambellan, et 
son pennon en celle de son premier valet trenchant(i% 
Froissart parle en quelque endroit (2) du pennon du 
roy de France. Et la raison pour laquelle les grands 
seigneurs avoient la bannière et le pennon en même 
temps, est que comme ils avoient un grand nombre 
de vassaux, les banneretsse rangeoîent dans les guerres 
sous bannière, et les bacheliers, qui relevoient immé- 
diatement d'eux sous son pennon (3). Le pennon differoit 
de la bannière, en ce que la bannière estoit quarrée, 
et le pennon avoit une queue semblable à ces enseignes 
que les Latins nommoient dragons. C'est cette queue 
que Ton çoupoit, lorsqu'on faisoit les bannerets. 

Comme les bannerets se faisoint aux occasions des 
batailles, ou de quelques entreprises militaires, ce qui^ 
est remarque par Froissart (4), Monstrelet, Olivier de 
la Marche, et autres auteurs : Il s'en faisoit aussi quel-' 
quefois dans les occasions des festes solennelles , ou des 
tournois. Jacques Valere en son traité d'armes de 
noblesse : « S'il est roy , ou prince qui soit au dit 
« tournoy, et s'il lui plaist peust faire de grâce cheva- 
« liers, et .d'un chevalier un banneret, pour alors 
« prendre bannière. » Et plus bas : « Celui qui lieve 
et bannière en to urnoy , ou en bataille, doit au roy d'ar- 
« mes, ou heraux de la marche , dix livres Parisis (5). » 

Cette qualité de banneret en la personne du cheva- 
lier, le faisoit reconnoitre ordinairement sous le nom 
de bannière^ comme on recurille des auteurs, et partî- 

(i) Certmon. de France. (2) Froiss, 4- vol. ch. 18. — (5) TTieatre 
éPHon. de la Colomb, to. i, p. 63.— {/OFroiss. i.vol. c. aaS. 2. -vol. c 
125, 169, 164. 3. vol. chr 14,* 4» v^^- ^9y^c. — ^ (5) Jacq. Valere MS. 



SUR L*HIST0IEE DE S. LOUYS* 189 

culierement de ce passage du sire de Joinyille, où il 
écrit qu'il accompagna le roy S. Louys, lui troisième 
de bannières j c'est à dire avec deux autres chevaliers 
portans bannières : milites vexillaferentes{i)y comme 
ils sont nommez par Mathieu Paris ^ qui sont appeliez 
vexillarii (2) dans une ordonnance de Pliilippes le 
Hardy. De là vient le proverbe usité en ce temps-là , 
cent ans bannière , cent arù civière , pour marquer 
la décadence des fiimilles , et je ne sçay si on ne doit 
pas rapporter à ce mot de ciVierc^ ces deux vers, qui se 
lisent en l'histoire des archevesques dé Brème : 

Erat Ùacus nobilis sanguine Regalis 
Ex maire ^ sed genitor mUes civeralU (3), 

C'est à dire un chevalier du dernier ordre. Du Tillet 
dit encore que la famille des bannerets , pour marque 
de prérogative et de noblesse, estoit appellée hostel 
noble et bannière j et que ce titre est donné à la maison 
de Saveuses en Picardie, dans un ancien arrest du Parle- 
ment d^ Paris. J'ajoute à ces remarques que dans une 
ordonnance de Charles VIII de l'an i^gS pour les 
droits de geolage, la femme du banneret y est nommée 
une dame bannerete. 

Ce nom de bannière estoit encore attribué à la terre 
du chevalier banneret, et estoit ainsi nommée, parce 
qu'elle avoit un grand nombre de fiefs qui en dépen- 
doient , et par conséquent assez de vassaux pour obli- 
ger celui qui en estoit seigneur de lever bannière; ce 
qui est tellement vray, que le titre de banneret pas- 
soit à tous ceux qui la possedoient, mêmes avant qu'ils 
eussent esté revêtus du titre de chevaliers. C'est pour- 

{i)Math. Paris, p, 3^, 4o3. — (a) To. S , Hist. Fr. p. 553, -^ 
(3) Hiit. Arch, Brem* p. 116. 



ÏQÙ DISSBUTAtflOlrl 

quoy dans les comptes de Jean le Mirey de Barthélémy 
du Dracky de Jean du Gange, et autres trésoriers ddi 
guerres du Roy, qui sont en la chambre des comptei 
de Paris, nous y voions les escuiers bannerets au ser* 
vice du Roy, avec leur suite, composée de chevaliers 
et d'escuiers; mais avec cette différence, que jusques 
à ce qu'ils eussent esté faits chevaliers, ils'marcfaoient 
après les bacheliers, doift ils avoient les gages et la 
paye, et estoient nommez par leur nom propre, et 
non point du titre de messire^ ou de monseigneur, qui 
n'apparten oient qu'aux chevaliers. De sorte que les 
terres bannières estoient comprises sous le nom géné- 
ral de militiœ (i)> qui se rencontre souvent dans les 
titres pour designer les fiefs des chevaliers j nommea 
milites feudales en d'autres, et lesfiejs de haubert, 
pous les raisons que nous dirons ailleurs. Car quant 
aux fiefs des bacheliers, c'est-à-dire des chevaliers sim« 
pies, ils semblent estre nommez baccalariœ dans di-^ 
vers titres du cartulaire de l'abbaye de Beaulieu en 
Limosin , que j'ay leus , et dont plusieurs ont esté 
transcrits par M. Justel, en son histoire d'Auvergne 
et de Turenne. Il est encore parlé de cette espèce de 
fief dans les coutumes d'Anjou et du Maine (2). Quel- 
ques écrivains flamans (3) ont donné le dénombrement 
des terres bannières du comté de Flandres. 

Geluy-là donc , qui estoit possesseur d'une terre 
bannière, c'est à dire qui avoit assez de fiefs depen- 
dans pour fournir le nombre de vassaux suffisant pour 
former un banneret, et qui ^voit esté possédée par 
des bannerets, prenoit l'occasion d*une bataille pour 

(i) In Gloss. lat. harb, — (2] Coutt. d'Anjou, art, 69. Jhi MuiuU 9 
art. 7». C3) VEspinoy, 



StJK L HISTOIRE DE S. LOUTS. IQt 

déployer, développer ^ lei^er j relei^er, et mettre hors 
sa bamuere (i) : car 'les auteurs se servent de toutes 
ces feçoDS de parler. Il y avoit toutefois différence entre 
reles^r banniere^, et entrer en bannière : car celui-là 
entrait en banniete, qui se faisoit donner par le prince 
le privilège de banneret, acause d'une ou plusieurs 
terres, dont il est oit possesseur, et qui lui fournissoient 
un nombre sufiisant de vassaux, pour maiïiteirir cette 
dignité; et celui-là lofoit ou relevait bannière, qui 
dëveloppoit et déployoit la bannière de sa terre , qui 
lui estoit ëcheuè' de succession ou qui se faisoit banneret 
acause d'une terre qui avoit eu le titre de bannière, 
et dont il devenoit possesseur. Nous apprenons cette 
distinction d'Olivier de la Marche, dont je rapporteray 
ici les termes : « la vey je messire Louys de la Vie- 
ce ville , seigneur de Sams, relever bannière, et le pre- 
fc santa le roy d'armes de la toison d'or , et ledit mes- 
« sire Louys tenoit en une lance le pennon de ses 
« plaines armes, et dît ledit toison, mon tres-redouté 
fc et souverain seigneur, voicy vostre tres-humble sujet 
« messire Louys de la Yieville , issu d'ancienne ban- 
« niere à vous su jeté , et est la seigneurie de leur 
ce bannière entre les mains de leur aisné, et ne peut, 
fc ou doit, sans mesprendre , porter bannière quant à 
<c la cause de la Yieville , dont il est issu : mais il a 
ce par partage la seigneurie de Sains, anciennement 
ce terre de bannière , par quoi il vous supplie , consi- 
c( deré la noblesse de sa nativité, et les services faits 
« par ses prédécesseurs, qu'il vous plaise le faire ban- 
<c neret, et relever bannière. Il vous présente son pen- 
ce Apn armoié, suffisamment accompagné de vingt-cinq 

(i) Froissait et aL passim. 



\i)2 DlSSEaTATIÔHS 

ft hommes d'armes pour le moins > comme est, et doit 
.« estre Tancienne coàtume. Leduc lui respondit, que 
« bien fust-il venu , et que voulontiers le feroit. Si 
(( baille le roi d*arme8 un couteau au duc , et prit le 
« pennon en ses mains , et le bon duc sans ester le 
« gantelet de la main senestré'^ fit un tour autour de 
ce sa main de la queue du pennon , et de Tautre main 
ce couppa ledit pennon, et demoura quarré, et la 
ce bannière faite, le roy d'armes bailla la bannière 
c< audit messire Louys , et lui dit, noble chevalier rê- 
c< cevez rhonneur que vous fait aujourd*huy vostre 
c< seigneur et prince, et soyez aujourd'huy bon cheva- 
c( lier, et conduisez vostre bannière à l'honneur 
ce de vostre lignage. Ainsi fat le seigneur de. Sains re- 
cc relevé en bannière. Et prestement se présenta mes* 
ce sire Jacques seigneur de Harchies en Hainàut ) él 
n porta son pennon suffisamment accompagné de gen's 
c< d'armes, siens, et d'autres qui Faccompagnoienf. 
c< Celuy messire Jaques requit à son' souverain seî- 
(( gneur , comme comte de Hainaut , qu*il le ûst 
ce l)anneret en la seigneurie de Harchies. Et à la vérité 
(c bien lui devoit estre accordé , car il estoit un tres- 
« vaillant chevalier de sa personne , et avoîent lui et 
(c les siens honnorablement servi en toutes guerres. Si 
ce lui fut accordé , et fut fait banneret celui jour le 
« seigneur de Harchies. Et dé ces deux baniiieres je 
c( fais différence : dautant que l'un relevé sa bannière , 
c( et l'autre entre en bannière , et tous deux sont non- 
ce veaux bannerets celui jours, comme dit est (i). 
Ce qui sert pour entendre un ancien provincial, ou 
recueil de blazons, qui après avoir donné les armes 

(i.) O^V. de la Marche l. 6, eh, 25 ,p.2f^i* 



StlK L HISTOIEE DE S. LOtJTS* igi 

ûes chevaliers bannerets de Hamaut, fait une autre 
chapitre, avec ce titre : Cy-^aprés s'ensuivent Ms noms 
et les armes d'aucuns seigneurs à bannière qu'on a yeu 
en Itainaut^ gui sont morts sans . relever. Et ensuite 
il met, le sire de Beaumontf frère au bon comte GuiU 
laume, le sire d'Avesnes ,.le sire de Roeux^ et autres : 
faisant assez voir par là que. ces chevaliers, ou sei- 
gneurs, qui possedoient des fiefs de bannière^ estoient 
décédez, avant que l'occasion se fust présentée de la 
relever en quelque rencontre de guerre par la permis- 
sion du prince. 

Je trouve que c'est avec raison que le vieux cérémo- 
nial a inféré delà , que la bannière est la marque d'in- 
vestiture du banneret, lorsqu'il dit que le duc reçoit 
l'investiture par la couronne , le marquis par le rubis 
qu'il mettoit au doit du milieu , le comte par le dia- 
mant, le vicomte par la verge d'or, et les barons et 
les bannerets par la bannière. Quoy que ce qu'il met 
en avant des marquis et des autres dignitez soit sujet 
à la censure, il est au moins constant que le banneret 
estoit investy de sa dignité par la bannière. Car 
comme la bannière est une espèce d'étendart, sous 
lequel les vassaux se rangent , pour aller à la guerre 
du prince, il. est constant que toutes les investitures 
qui se font des terres, de quelque qualité qu'elles 
soient , qui donnent le droit à ceux qui les possèdent , 
de conduire leurs vassaux à la guerre, se sont toujours 
faites par la bannière. C'est ce que nous lisons dans 
l'ancien droit des Saxons (i) : Imper ator confert cum 
sceptre^ spiritualibus , et cum vexilUs^ sœcularibus 

(i) SpecuL Saxon. L 3, art, 60 , $. i. Art* 5S, $. 1. Art* 62, §. 2. 
An, Sa, J. 3. Art, 53^ $.1. 

3. i3 



tg4 DTsanâvAtiôirs 

feààa omma iHnstriœ digrtitatis. Nûû Kcee eifiuâum 
n>ts3tilli^ucùn^ pertùnnutn et diern non côUaturH-tffnere. 
Ef quoique peu après, il nous fierit Toir qtte^m le ttoiâ 1 
i!« fief de bannière, estoietrt <îO«fpris les gfamies sri^ 
gffeûrtes ared dîj^rie* r Septcfn i^exiRortan feuda in 
Saxonid sunt defirdta , Ducatns Sûxonieé , Pcdantia , 
Marchia Bfctndebvcrgertds , LandgPûvionatnn Titrât' 
]gict, etc. n nomme quelquefois ces gmnds fiefs ^e^lfe 
fettdcdia , qdelqtiefois/bttsfcx 'tfcxUU. Le dtoif des fiefe de 
^le les appeHe FeudùueâciUa (i)\, oii Fèuda 'trexiÔa 
habenlia. Et enfin dans quelques arrests fes tetres i 
barttmieres y sont nommiées , fmdn vexîttorum ^ et les 
chevaKers , niAftes v^xillati. 

Ndus lisotis sfOttYetft diii« les srtiteurs (2), confortorf- 
Weitt à ee qui est porté éMi^ lé dt oit des Saxoms, qu>à 
Alèmagne W dùdhez et autres gi^ndis fieik e^cÂeiÉt 
<?ottftre* par fes? ettpereui*s par la bftniîrtere'. <ytk^ 
€¥tsf!(âtè de Pri^rtgfetr dit que là aodixxKm estoit ctaf hi 
Étom* iûipemle^ Vt régna per ghidiuni, prdpindtè pér 
"vedeillum h pritieipe trizdantur , nbel recijnantur (3)f.<îe 
ftit donc suivant! c^t usage que Feitfpereur Henry ftf- 
tlèStit son beau-frei'e du d'udbé de Baviefé, pttr k 
tratiittiere, Cutnque hàstd sigtttferd dncatunt dedH {Ij^j. 
Wîiîppes roy dfesr ftomafitfs investit en Fan^ i it>7 Thef- 
fifâS Comte de Saroye àû ce courte, et atrtrfe^ fierïlss|Mbr 
troîsbanmeres (5),jfe»«£t ptistàm Imparti c^mstnaieùdt' 
ném : ce qui s'esl: éticoré prâtiiqtïé eif dPfimtrefs tcfyAXttafH. 
Caf nous lisons q^e Wefpher marquis dSe Tosfcâtic, 
Cousin gèfmaîn dVf ettîpereùr Pirëtfèric I, dîstf ibtfia sept 

(j) Jus Feudale Sax. cap. 16, §• 3,4, 7. Cap. 24, §. i. — 
(a) Raguèauy P^. ÉwMïént. — (3) O^ /Vw. Z. a. de gsst. Pria, û, $, Sa. 
— (4) DUmar. l, 6. — (5} Langius: 



SUtl L^HISTOI&E DE 8. LOUTS* IqS 

comtez à certains barons ^ et les en investit avec autant 
d'étendarts , baronibus terrcé septém ComitatMs eum 
toi vexUUs concessit (i)^ Âitisi Frédéric roy de Sicile 
investit Richard frère du pape Innocent III ^ du comié 
de Sore (2) ^ per regale vexiUum, quod illi transhUsit» 
Baudoiîih II ^ roy de Hierusalem en usa de même (3) , 
lorsqu'il donna le comté d'Edesse à Josselin de Cour* 
tenay : conmie encore le pape Honorius à l'iendroit de 
Roger comte de Sicile (4), lorsqu'il l'investit du duché 
de la Pouïlle et de Gàlabre y et le même Roger (5) , 
lorsqu'il donna la principauté de Capouë à Alphonse 
^n fils. Les comtes de Goritie recevoient l'investiture 
des ducs de Veûise par un éténdart de taffetas rouge (6)^ 
et les dauphins de 'Viennois (7) par l'épée delphinale, 
et par la batiniere de S. Georges. Je p.isse tous les 
autres exemples qui se peuvent tirer des auteurs (8)^ 
qui font de semblables remarques. Ce que je tiens de 
rapporter suffit pour justifier ce ^ue j'ay mis en avant ^ 
que tous les grands fiefe y sont fiefs de bannière y et que 
la bannière estoit la uïarque de l'investiture de cette 
espèce de fiels. 

Quant aux moindres fiefs, qui estoient omet du 
titre de bannière y ils avoient des privilèges particuliers : 
car au duché de Bretagne ils avotent droit de haute 
justice j de lever justice à quatre pUiers ^ et les pe^*- 
sesseurs de porteur leucs armes en bannière^ c\ st^i^^re 
en un écusson quarré. En Dauphiné les banùerèts ont 

(1) Guichenon^ Abh, Usper^. — * (i) Gegta Innoc* lilfp. tj. «^ 

— (3) }FiU. Tyr. i. la, c. 4. — (4) Alexander Cebesin. L i, c..i6. 

— (5) Id. l,^,c. it. — (6) Sansovin. nelU/ami. d*tial. — (7) A. 
Du Chetntj en l'HUt déè Dauph. p, i65. ^ (fi) d'Argtntré. Fr, 
Marci deci$, Delph, to, i, p. 339. et 386. G, Papœ decis, 346 et 5i5. 

i3. 



196 DI.S5Ç.RTATI0HS 

pareillement toute justice dans retendue de leurs. sei* 
gneuries, et le droit de faire visiter les grands cheminS| 
d'avoir procureur fiscal y les confiscations pour crime 
d*heresie, et autres prérogatives, qui sont remarquées 
par quelques jurisconsultes de ces pays-là. 

Les bannerets avoient encore le privilège de cry de 
guerre , que Ton appelle cry d'armes , qui leur estoit 
particulier, et leur appartenoit priva tivement à tous 
les bacheliers , comme ayans droit de conduire leurs 
vassaux à la guerre , et d'estre chefs de troupes y et d'no 
nombre considérable de gens d'armes. Mais comn^ 
c'^st encore une matière curieuse , et que Tusage de 
ces cris est peu connu d'un chacun, je reserve à ep 
traiter à fonds dans les dissertations suivantes» 

A regard des armes en bannière, c'estoit un fies 
|lirincipaux privilèges des bannerets du duché de Bre- 
tagne et de quelques autres provinces , comme de ce])f 
dje:Poitou,dont la coutume porte en termes exprés, (i), 
« que tout seigneur qui a comté, vicomte, ou baronr 
cc nie, ( elle désigne assez les bannerets par ces mots) 
<c peut eh guerre , ou armoiries, porter ses armes en 
% quarré , ce que ne peut le seigneur cbasteltûn:, 
a lequellespeutseulement porter en forme d'escusson*» 
]«ie Traité manuscrit des armeç des familles étei^:^ en 
Normandie, que j'ay leu parmy les recueils -dé Bf. 
Pereisc, marque cette différence en deux endroits, en 
ces termes (2) ; « Le sir de Mailleville est d'ancien 
« lignage, et porte les armes de Quernoiiaille, qui, a 
« esté anciennement bannière^ et chief d'armes, et 
« pour ce sont mises en targe y qui signifie bacheler, 
« et banneret. » Et ailleurs, au sujet des armes d'Èr- 

(i) CoiU. de Pokoui art, i.— .(») Pereisc. MS, 3. vo/. 



SUR L HISTOIUE DE 8. LOUTS. 197 

loenonville' : « Et pour ce que ledit sire dTErmenon- 
« ville ne a point portées à bannière, laquelle chose 
<c il peut faire selon le devis du livre de Monfôië , 
« comme ailleurs est dit , sont mises icy en targe , qiii 
€( signifient banneret et bacheler , et se doivent aiû^ 
« porter, jùsques à ce que la bannière en soit relevée. » 
La figure dé la targe est presque quarrée par le bas , 
et un peu arrondie par le haut, et fendue aussi en 
haut au premier quartier. Je ne veux pas m'arrêtera 
ce que Pierre de S. Julien et la Colombiere ont écrit (i ), 
que les ban'neréts avoient droit de porter au dessus de 
leurs armes un chappellet, ou cercle d'or; rehaussé 
de quelques pierles, parce que cela est destitué de 
fondement'. 

Les chevaliers bannerets , lorsqu'ils àlloient à la 
gtfétre dû Roy (a) j avoiènt le double de la paye des 
bachelier.' La paye ordinaire' des bannerets éstoil de 
vingt sols touhiàis par jour ; celle deis chevaliers bachfe- 
liei*s et des escùiers bannerets, de dil sols chacun ; dés 
escuicrs simples, de cinq sols; des gentilshommes * à 
pied, de deux sols; dessergens à pied, de douze deniers; 
et des arbalestriers , de quinze deniers. En quelques 
comptes des trésoriers des guerres du Roy de l'an i346, 
la paye de l'éscuier monté au prix, c^ést à dire surTih 
cheval de prix, est de sept sols tournois , de l'éscuier^ 
moindre prix de cinq sols, de gentilhomme à pieddb 
deux sols six deniers, et du sergent et de l'arbalétrier à 
pied de quinze deniers (3). Quelquefois le Roy (4) aug- 
mentoit cette solde , qui s'appelloit la grande paye , et 

(i) P. S. Julien en tes MesL Hist, p. 571. — (a) Science Heroiq. 
p. 384- — (3) Comptes det Trésoriers des guerres, — (4) Du Tillet, 
des Trait: d'Angl. p. 918. 



JpS DISSE ATATIOMS 

alors il dëclaroit qn'fl n*entendoit pas qu'elle passfti 
pot:r gages y mais pour une manière de prest , comme 
il fit en Tan iSiS, on pour une grâce, conmie il est 
énoncé au commencement du compte de Jean da Gange 
de Fan i34o, dans lequel a on compte par joar aux 
« dievaliers à bannière trente sols tourqois ^ aux c|ie< 
a yaliers bacheliers i5 sols T. a Tescuier monté sur 
a cheval de si5 livres, et au dessus, 7 sols 6 den. k 
a Tescuier monté sur cheval de prix dessous a 5 livresi 
tt 5 sols T. et à chascun sergent de pied 2 sols T. » 

Je pourrois fermer cette dissertation par les ban-* 
nerets d'Angleterre, que plusieurs auteurs estiment 
estre les mêmes que les bannerets de France; Inais 
parce que c'est une matière qui est hors de mon sujet,- 
et que d'ailleurs elle a esté traitée par deux savans 
auteurs anglois, Spelman (i) et Selden (2) , je cirey 
qu'il suffit dV renvoyer le lecteur, outre que peut-estre 
l'occasion se présentera d'en dire quelque chose ailleurs! 
Jjd dernier a aussi traité doctement à son ordinaire des 
bannerets (3) et des fiefs de bannière (4). 

• ■■ ■! 1 . Il . J l s ■ ^l■■ I . ... . , , , ' il II 

DES GENTILSHOMMES DE NOM ET D'ARMES. 



L/Àirs l'état et la condition de la noblesse, il semble 
qu'il n'y a aucune prérogative qui élevé l'un plus que 
l'autre , et qu'il en est comme de l'ingénuité parmi les 

(r) SpèUn. in Gloss, — (a) Selden. Titles ofhonor, a. part, e. 5", 
J. êfi» —(3) Seld. a. part, c. 5, §. âS , 39. — '(4) Cap. li §. 26. 



SUR L*«I#]r9<aB DB l^p I.i>UTS. I99l 

)jiiri0GO|i«iil|«Sy kqueUe ne reçoit m le ^u» «i )^ OMWi. 
U y a toyteiQi$ l^eu de pré$««ier ^a^ h ^^Mté 4» 
gmtilhw^m^ de mmi et 4'ttrme€^ a qiid^[ue çboi^ è» 
pka relevé 9 et est d'un de^é plue emineftl que li» 
sîiB^ple geolilbomiue 9 puisq^ie^ fer$qiu'il est bcfimii d» 
dboisir des seigneurs de baute ««U'dctioa ^ M dont lit 
noblesse doit entrer es eon^ei^tâieua, cevome dansltes 
ordres de dievalerie^ on a désiré q«i'ils fiissenj; revêtus 
de cette qmalité. PhiJbîpf^, due .de Boturgc^e^ en Tor- 
donnance jde l'ordre de la T^isoft d*i»r , «eut que les 
treDte*«ix cheratiers .qui y aercknt adinis^ ment gett- 
iilshommes êm non 4tf d'armes sans rep^rocbe (i). Le 
roi Louis XI^ en rétablisasment de Tordre de & Mi*^ 
cbel : « Ordonnons qu'en ce présent ordre y aura 
u Uvmte^ix dkevaUers, gentilshonunes At nom et 
§i d*armes eaas reproche^ ^loni nous serons Tub , jchef 
<c et sonves^ftin, (s).etc n Le roi Henri III, errait, 
f 5 de cehti de Tordre du $• Espiit ^ veut que œux qui 
y etiireront soiieni pareillement ^emUstwmmes de 
nom H d^wrmes de trois, races pour le moins. V(n> 
donnanoe de Nois (3) veut que mal na soA pour^en 
aux estais de baiUjr^ ou de senjeschal^ 4pd ne soit §eM* 
tilhomme de nom ei d'armes. L'ordonnance de Mou- 
lins (4) et œlle d'Orléans (5) requièrent seulemiNit 
qu ils soient gentilshommes. Cette &çon de parler se 
trouve eiKMore souvent daos les auteurs. En la descrip- 
tion du tournoy qui se fit à Nancy le 8 octobre Tan 
i5i^y il est spécifié que les tenants estotent i(6) mx 

' (i) Looriut in Ckr. Mslg. an. i!^Zu — (i) Mirœiks in Dipiom, 
Belg. L I, c. ^, A[tt. I. — (S) OrÂ, de Bhisy arL M. ^ {^ Of4. 
de Moulins, art. 91. *- (5) Qrd. d^QtleéviSf Mit. 48. — (6) La Co- 
iombiere au Théâtre tPhonn, to. i, c. i3. 



AOO OdS-SKAT.ifTIOlf 8 

gmuikhcmmes éôimém^ d^wtnws y tous de ta maison 
du due de Lùmûnéi 'FtoièSBitt (i^ r Eies-^'vctus noble 
fnomme de nom et'd'afmési* Et ^aillmirs , ih perdirent 
"éms^iran soixante che^aKers et-^escuiersy tous de nom 
€t d'armes. Dans Monstrelet^^ gentilskotnmes de nom 
wt dnrmes^ans reproche (2). Dans lef même Frais- 
sart (3) ^ chevalier du royaume de France de nom, 
d^ armes j et de nation; No BILES IN jiRMiS (4)> en 
uo arrestidu parlement de Grenoble de l'an 1496; 
Gentilhomme d'armes, dans M onstrelet (5). Tous les- 
quels termes signifient un véritable gentilhomme y et 
auquel on ne peut reprocher aucun défaut en sa no- 
blesse» Froissart voulant designer un bon firançois, 
Vappelle {/rancoif de nom et d'armes (6); dans l'his- 
toire dumareschal Boucicault, Renommez de nom^eî 
dfoM^nws .{f]).<jye toutes ces remarques je veux conclure 
que les gentilshommes de nom et d'armes ont quel- 
que chose. qui les relevé par dessus le commun ; car 
4$n vain on demanderoitce titre, s'il n'estoit pas pltK 
teinîiient que celui de la simple noblesse. Mais, comme 
îb>y a> plusieurs opinions sur ce sujet, il est à pro- 
pos d'en faire la déduction, et de lesdiscuter toutes, 
^v4èdX que de m'engager plus avant sur cette ma- 
tière. - 

JeaB Scohier (8), eh son traitté de l'état et com- 
portement des armes, estime que ceux-là sont gentils- 
hommes' de nom et <l'armes, qui portent le nom de 
quelque province, ville, bourg, château, «eigneurie, 

(1) Froiss. 4. vol. c. ai , 33. — (a) Monstrélet, i. vol. c. 8 , g, — 
(3) Froiss, 4- vol. o. 6.^4) OuidoPapœ decis.p. 3gi. — (5) Monstrel. i. 
vol. ch. 93. — : (6) Fkois^. 1. 4^ o. aa4 — (7) Hût. de Boiicic. p* 



SUR LHIfiTOlUE DE S* I.OVTS. âbt 

OU, fief noble, ayant armes f>aiiica]iéresr^ encore bien 
qvCils ne soient seigneuits de telles seigneuries ; et sur 
ce fondc^Qient il fbnne plusieurs questions r mais je ne 
vois pas quelle est la .prérogative, ni Teminence 4e 
cette noblesse pardessus les autres : car combien y a- 
t-il de famille^ relevées qui n'ont point le nom d'uue 
terre, et lesquelles pour cela ne laissent pas d'entrer 
journellement dans les ordres de chevalerie, et d'être 
adpaises aux grandes charges, oii cettCv qualité est re- 
quise ? Avoir le nom d'une terre , ne relevé pas la per*- 
sonne ni la noblesse. Un duc, ou comte, qui tireca 
son extraction d'une personne anciennement annoblie, 
et qui n'a jamais porté le nom d'aucune terre, ne laîs^ 
sera pas d'entrer. 4ans les ordres de chevalerie, et de 
pas$eK pour véritable gentil-4iomme. - 

.Biilutres (i) tiennent que les gentils-hommes de nom 
et d'arnies sont ainsi appeliez, non acause des armoi- 
ries , mais acause des armes dont ils font profession ; 
pour les distinguer, disent-ils, des chevaliers. en loys, 
qui sont ceux de la robe , que le prince a honorez du 
titre de chevalerie, et qui ne font aucun métier des 
armes. H est parlé de ces chevaliers en loix dans Frois- 
Siart (a), Monstrelet (3), d'Argentré (4) et autres; mais 
qui se persuadera que c'ait esté la pensée des fondateurs 
des ordres militaires, et des rois qui ont fait les or- 
donnances, de restraindre la seule noblesse à l'espée. 
D'ailleurs pourquoy qualifier tels gentils-hommes de 
nom, comme si cette adjection feisoit et ajoûtoit quel- 
que degré à la noblesse de sang. 

(i) Jean Chenu en son liure des Offices, tit. 4o» e. 39. ~^ (s) Froiss. 
I. voL c. 17S9 i» vol. c. 34. — [Z) Monstr. 1. vol.p, io5. b, i^S. b, •— 
{0 Argent, au Traité des Nobles quest. i4> 



2I09 f>IS$£ATATIOtf S 

tt y «n a d autres (i) qui croient que les gentils-' 
hoBunes de nom et d'araiec sont ceux qui portent les 
armes afièctées au nom 4e leur famille ^ sans toutefois 
que cette qualité les mette au dessus de ceu^ qaç ¥^/a 
qualifie simplement gentils-hommes : cette ad)ection 
de ¥iam et d'armes^ n^estant que pour designer une no- 
blesse bien fondée ^ et sans reproebe , dautant qu'enb^ 
les preuves dont un'gentiI4iomme se sert pourprou-* 
▼er sa noblesse , il y en a une par laquelle il justifie 
que le surnom et les armes qu'il porte ont esté portciv 
par son père, son ayeul et son bisayeuL Et il semMe 
que c'est là le sentiment d'André Duchesne , lequel 
écrivant de la maison de Du Plessis, et pariant du 
cardinal de Kicbelieu , dit ces paroles : « Il estoit aussi 
m chef des armes de sa maison, composées d'anj^ca 
« d'argent à 3 chevrons de gueulles, lesquéHV'^ 
«e descendans ont tousjours portées et retenues jusque^ 
« à présent, avec le mesme surnom de Du Plessis. De 
« sorte qu'à juste titre il doit participer à la gloire et 
«à la renommée de ceuic qui ont esté reconnus de 
« toute antiquité pour gentils-hommes de nom et 
fr d'armes (â). » Et en l'histoire de la maison de Bé- 
tkrine : « Les armes ou armoiries sont si propres, et 
« si essentielles aux nobles, qu'il n'y a qu'eux qui 
k puissent justement en porter; d'où vient que, pour 
fc exprimer la vraie noblesse, l'on dit ordinairement 
K: qu'il est gentil-homme de nom et d'annes (i). » 

Quoy que cette opinion ait quelque fondement en 
apparence , toutefois s'il m'est permis de m'en départir, 
sans blesser l'autorité d'un auteur si judicieux, et de 

(i) Ptug. éH êet Heeher, l, a, e, i6. — (i) A, du Ches, en PHiH* dm 
PJessit^^. I, p, i9« — ^3) £n l'HUt. de Bethune, l.ïyC, 5, p. 3a. 



SUR l'uibtoieb de s. louts. %ôi 

ceux qui Tont embrassée ^ je tiens qa^l est plus pro-* 
bable que Fpn appelle gentils^ioipmes ^e nom etd'ar^ 
mes, ceux qui peuvent justifier leur naf^lesse , h0k 
seulement de leur estât, c'iest à dire par leur père et 
leur ayeul , en faisant voir qu'ils ont toôsjours feit 
profession de noblesse , qii'ils ont es|té réputée gentils^ 
hommes, et que le nom et les armes qu'ils portent ont 
esté portez par leurs père et ayeul, qm est la forme 
ordinaire de justifier une noblesse simple^ mais encore 
par les quatre qui^tiers ou lignes. Cecy se fistisoit en 
montrant que leur ayeul et ayeule paternels , ayeul 
et ayeule maternels estoient nobles. Ce qui se prouva 
par le plan de la généalogie, et par les armes des 
ayeuls et des ayeules, tant du côté paternel que ma-^ 
temel : dautanirque les armés estant les véritables mar-> 
ques de la noblesse , puisqu'elles n'appartiennent qu'aux 
nobles, celuy qui peut justifier dans sa généalogie que 
ses ayeuls et ayeules paternels et maternels ont porté 
des armes ou armoiries , il s'ensuit que ces ayeuk «t 
ayeules sont nobles , et partant qu'il est sorty et issu 
de parens nobles de quatre diverses maisons , qui est 
ce que nous appelions lignes. 

Je m'explique, et dis qu'il est nécessaire k celuy 
qui se dit gentil»homme de nom et d'armes, de justi- 
fier la noblesse de ses ayeuls et de ses ayeules , tant 
du côté paternel que maternel, qui sont quatre per^ 
sonnes; dont la première est l'ayeul paternel duquel 
il feut prouver la noblesse , pour justifier que celuy 
qui est issu de luy est noble de nom, c'est à dire de 
son chef qui est designé par ce mot : car disant voir 
qu'ayant porté le même nom que soo ayeul, qui estoit 
noble, il s'ensuit que luy, qui en est issii^ est pareil^» 



âo4 DlSSEaTATIONS 

fôineQt noble ; et afin qu'il puisse d*abonâant se dire 
Doble d armes y il luy est nécessaire de prouver c^ué 
soti ayeule paternelle , son ayeul et son ayeule ma- 
ternels estoient no1)les : ce quHl fera en justifiant qu'ils 
ont porté des armes ou armoiries. Et alors il luy sera 
lôiiible de faire apposer à son tombeau , et par tout 
ailleurs, outre ses armes, celles de ses ayeuls et ayeules, 
dont il est descendu , et de prendre qualité de gentû- 
hbmme de nom et d'armes. 

Cecy semble estre expliqué par ^ené roy de Sidlè 
aux statuts de Tordre du Croissant qu'il institua le 1 1^^ 
jour d'aoust l'an i448> où il déclare que « nul ne poui^ 
« rà estre receu, ne porter ledit ordre, sinon que il 
& soit ou prince, marquis, comte, vicomte, ou issu 
hi d'ancienne chevalerie, et gentil-homme de ces quatre 
i( lignes, et que sa personne soit sans vilain cas-, et 
i( àans reproche (i) : » termes qui sont synonyme^^ 
et' ont même force que ceux qui sont couchez dans 
les ^atuts des autres ordres militaires , et dans les ^dits 
ée nos rois cy-devant rapportez, sçavoir que « nui 
« né sera admis ausdits ordres, s'il n'est gentil-homme 
« de nom et d'armes sans reproche. » Les statuts ê^ 
la Jarretière le disent plus clairement, expliquans ces 
termes , « Item est accordé que nul ne sera esleu 
« compagnon dudit ordre , s'il n'est gentil - homme 
« de sang, et chevalier sans reproche (2). » A la suite 
djesquèls mots sont ceux-cy pour explication : n Et 
« quant à la déclaration d'un gentil-homme de sang, 
« il est déclaré et déterminé qu'il sera extrait de trois 
« descentes de noblesses, à sçavoir de nom et d'armes 

(1) La Colomh. to, i du Theatr. d^honn. c. 7. •— (a) Statuts de 
tordre de la Jarretière MS. 



SUR L HISTOIEE DE S. LOUTS. ^oS^ 

« tant du costé du père que de la mère. » Fr. MocUus 
parlant de ceux qui pouvoient se trouver aux tour-: 
nois , décrit ainsi cette noblesse de nom et dVrmes ; 

Quisçuis recentioris est notas nobilis ^ et non taUs^j, 
ut à stirpe nobilitatem suam et origine quatuor saltem 
generis auctorum proximorum Gentilitiis insignibus 
probare possit, is çuogue ludis his exesto (i)« ... 

Or ce n est pas sans raison que les rois , et les che& 
ou instituteurs des ordres militaires n'ont voulu adr 
mettre à ces ordres et aux plus hautes charges de Tëtat, 
^e ceux qui estoient nobles à bon titre ^ et sur les- 
quels il n'y avoit aucun reproche , soit en ce qui con- 
cerné la personne, soit pour la naissance et Textrac- 
tion; en un mot', qui estoient gentils-hommes de nom 
et d'armes : d^autant qu'en France on a toujours, tant 
fait d*estime de la noblesse , qu'il n'estoit pas pçr^is 
aux gentils-hommes de prendre alliance ailleurs que 
dans les familles nobles, à peine de déçheoir des prii^- 
cipales prérogatives qui àpparten oient aux noble;^, e^ 
-d'estre notez, en quelque façon , d'infamie : ce qui a eu 
lieu dés le commencement de la monarchie , les Fran- 
çois n ayant pas voulu admettre au royaume d'Âustra- 
sie les enfans du roy ^heodoric, Quia erant materm 
iateré minhs nqbiles (2) , et ce , suivant les pr^miere^ 
loix des Saxons et dés peuples septejntrionaux, dont 
parlent Eguinhart et Adam de Brème , qui ne spuf- 
froient point que les nobles prissent alliance ailleurs 
que dans les familles nobles : Generis quoque ac nobi^ 
litatis suas providisinjnani curàm habentes , nec facile 
ullis aUarwn gentinm , vel sibi inferiorum connuAiis 



I > • 



(i).irr. Modiut (o. a <2e HastUmd. L ufol. 9 y verso. — (2) jUmoin, 



• > \ .■>•>)•,'. ^i ■.!* .' \'.v l'i"^ 



âo6 D188KIIT ATI ONS 

mfeùti, propriam et dnceranij tanûimque sibisimitem 
pMémfacBTB oartati sUnL Quatuor igàur differerttiù 
gens iltêt ccfnsiitKâ, hobiUumscUicet, liberorum^ liber* ' 
t»ru/n; ei àervottan ; et id legibus firmatum , ut fiuUa 
pafs in cùptdandis canjugiis propriœ sortis terminos 
transforatj sed nabSis nabilemdusat uœorem , et liber 
liberam , Ubettus oanjunfjaèur Ubertœ, ei sen^us an" 
ciUœ. Siverb qvdspiam hanaa sibi non congruent&n , 
et ^gênera prœstantiorem duxerit uxorem, euin yàœ 
^iàs damna oompariatÇi). Ainsi ^ les Juifs , les SaDiari?' 
tains et 'le$ Ibetes (.ià)y ne p^mettoiént à aucun d'eia 
de prendre allialncte daos les nations étrangères y tant 
ils feisoietit état de la leur, lacjnelle ils ne vouioient 
point «stre Bi^ngée «Eaiiire sang ^ cpie de oeluy qiû> 
le ^^remier^ leur avoit doÉné Testre* Cette estime que 
Von a fait en France des attîaiices par femmes ^t fbiH 
éée Èttt ia raison naturelle ^ dai^tant que les énfans e»- 
Uttkt procréer de Thomme et de la fenmié , et^ par con- 
^qaent prévins les qualités de Tim et de Tatitre^ 
ite participent orditMiirement ii leurs bonnet ou maa- 
^faises mclînàtîons (3). Car comme les nobles sont 
pvôCÊéeti d'un sang pins épuré ^ et qu'à raison de lear 
«outritiire et de leur édocation ils sent portez an 
Mên m. à rhonneur par ufte pente naturelle , il ne se 
peut presque faire autrement , que leurs enfans n -ajreiit 
pttt't à ces bonnes indinatîoiss : 

Fàrits idMtntu^fùrtibus et ttonU : 
£st in jutfeneis ,eitin e^iuig pètnim 
P^irtus: nec inbellem féroces 

Progenerant aquilœ columham. (4) 

(i) Adam Brem. c. 5. — (2) Jalcat in lib. Eslher. ConsU Porp, 
de màên. Imp, e. 45. Benèam. in itiner. — (3) Fr. rAloitét, en. gén IVwt. 
des nobles, /. 1 , c. 4- — (4) HoraU Flacci, od. IV. Lib. IV. tti.>j 



8tJR LHISTOl&B DE S. COtTlT^. âO^ 

C^esl pourquoy Sidonius a raison de àm^Est quidém 
JPrifècept in génère monstrandé partis paMêrUki^ pnêro^ 
gativu, sed tamen mtdtum estquod debemus éi matri'- 
bus (i). Au contraire lésenfans qui tiaissênt de ces^cèif- 
jonctions inégales y partiîcipent aux incltnatiofirs^ basses 
et viles de lenrs pères ou de leurs «leres^ qui n^-ont 
point de naissance et d'extraction, soit qu'elles passent 
tfvec le sang dans letirs pefson&es^ soit que reducâtidn 
qu'ils oontractent dan^ leur enfance en imprime insen- 
siblement les caractères. Mats lai priticipale raison qui 
a donné sujet d'interdire cîvilemeM ces soiièd d'al- 
liances roturières aux gentils4vomme8 , a esté' parc^ 
qu'ils avilissoienrt parla la rioblesse et le lustre de tetfr 
famille. C'est celle que Tlieodoserend, lorsqu'il d^ihl 
AUX femmes nobles d'^ouser leurs esclaves ^ Né insi^^ 
nium famUiarum clara noUlitas indigni cùns^^tiifœâi* 
taie vilescal ^ epçuadjplenddre Jbtsitàin SerUàU>ri^ g&^ 
nerositatis obtùmerat, eontaùtu i^llissiméb soeietaiis 
amuUat(3). A qBf&f est ce^nforme cé^e 1» loy des ' Wisi- 
gotks dit à ce sujet : Geaerosa ^Mkib'tas iH/eriori^ tadtu 
fit turpis^ et àUaitm generis sùrÂe^ito^mnUànione 
abjeciœ condiùonis (3). C'est ce qui est appelle dans la 
dtronîqtte d'Autridie^ depressiù gensris (4) , et par 
DOS franchi» y <*aMaÛMmeitf dé ligkAge ou de ma-- 
riage. • " • ♦ • • 

Ce que j*ay avancé des gentil&^liomme» qui settiesal* 
lioienty est telkniàeiit vray y q»'à peinte oiï rejfnitdît 
nobles ceux qui prenoientdès alliages roturières. Les 
termes du vieux oerémontai as ohapiln^e des obse^iM^ 

(i) Sidon, L ^; cf». ai. — (a) ]}^ov. Theod. de mulicrib. quœ se prop, 
aerp. ^unxe^nt»^-^ (3) Lex fTisig. l. 5, tfC. .7, $. 17. a. (4) Chr. 
Au9t.A, 1370. 



le font assez voir ^ où après avoir dit que les quatre 
cierges qui se mettoient aux quatre coings du cercueil^ 
armoiez des escussons.et des armes des quatre Jignes, 
dévoient estre portez par les plus proches du lignage , 
dont sont lesdites armes ; il ajoute ces mots (i) : 
ce Et par les armes ^ et ceux qui portent les ciergeâ à 
« l'accompagner y est cogneu les quatre lignes se sont, 
tt dont il est descendu ^ et quelque ancienneté qu'il 
(c ait selon le lignage de quatre lignes il doit estre 
« honoré. Car quand homme a prins ligne de quatre 
« lignes en la manière susdite ^ il se peut dire gentil- 
ce homme ^ et à qui noblesse appartient. Et se un no^ 
« ble homme d'ancienneté est issu après sa noblesse 
a de quatre lignes non nobles , c'est à sçavoir , de celle 
<c de lesle et de suselle (2) ^ et de mere^ il ne se dèvroit 
« plus nomiper gentil-homme ; et pour cette catise 
« tout noble homme doit désirera soy mariera noble 
ce lignie. Car se ce n'est en celle faute ^ sa lignie sera 
c( tousjours dite noble, quelque chose qu'elle &sse, 
fc combien que le noble honune de sa nature doit tous- 
«; jours faire nobles œuvres, ou il fait honte à sa 
:« nature. » 

D'où il est arrivé que tels gentils-hommes qui avoiôit 
forligné (3), pour user du terme de MonstreLet et de 
Geoi^es Chastellain , c'est à dire qui avoient pris al- 
liance en maison roturière, encore qu'ils conservassent 
le titre de noblesse, et en cette qualité fussent exempts 
. de tailles, et d'autres subsides , ausquels les roturiers 
sont sujets , ils ne pouvoiènt pas toutefois aspirer aux 
dignitez eminentes, ni se trouver dans les assemblées 

(1) Cérémonial, MS, — • (a) ayeule et bûayeule. «— (^) MonstnUt, 
1. vol. c. 44* Hist. de Jacq, de Lalain , c* a. . ^ .. • 



SUR L HISTOIRE DE S.. LOUTS. 200 

ties chevaliers aux tournois / oii" ailletirs, cpioy <ji*e 
leurs enfans peussent parvenir à Tordre ae chevalerie* 
Car suivant les étahlissemens de France ^ i),$elon Fus^gj^ 
du châtellet de Paris y « STiins hom de ^rant lignagl» 
« prenoit la fille à ung villain à femme , si en&ns poi^ 
a roient bien estre chevalier par droit ^ se il vôuf 
ce loient. » Ils estoient mêmes exclus de toute com^ 
pagnie de noblesse > et il leurs estoit défendu dé se 
trouver aux tournois* t'*)? ainsi qu*il est formellement; 
exprimé dans le traîtté que Kené roy de Sicile a feit 
sur ce sujet ; où il est porté qu'après que tous ^e^ cjie^ 
valiers et les escuiers , qui se doivent présenter pQuj 
combatre aux tournois, sont arrivez dans la ville où ils 
se doivent faire,*' et Ils envoient dans ie lieu de leur 
ic assemblée « qui est oi^dihairement un cloistre, leuris 
ce bannières, heàlim^es, et tymbres : et la sont rangez 
« par le roy d'artïieS t puis viennent les juges du tour-* 
« noy avec le^' 'tfànife's , Tes chevaliers , et esiqu^ers 
« pour le» visiter, un héraut ou poursuivant, nom^ 
ce mant tout haut les "noms de ceux à qtii ils appaf^ 
ce tiennéttl*; affiri que s'il y a quelqu'un qui ait oiesdit 
« des dames , ou commis lascheté ou crime sur la À&- 
ce' noncitftion lâèëditès damés ou chevalier , le chevaliei: 
ce toui^noiailt s6ît ptiny selon Téxigence du cas, et eux- 
ce pesché de tournoier. » Le roy René rapporte trois 
cas, outre le premier, qui touchent l'honneur dés 
dames , qui méritent punition ; le premier est quand 
un gentil-homihé s'est trouvé faux et mauvais menteur 
en cas d*honneur ; le second , quand il se trouve usu- 
rier \ et le troisième , lorsqu'il s'est rabaissé par ma- 
riage, et s'est marié à femme roturière et non noble : 

(i) Chap, laS. — (a) TraM âô$ Tournois. 

3. i4 



ràïù Dissttit ktioîii 

« Desquels trois cas les deoi premiers et principeatut 
fi (ce sont les propres termes du traitté) ne sont point 
« remissibleSy ainçois leur doit-on garder au tonrnoy 
« toute rigueur de justice ^ se ils sont si fols et si ou- 
ïe trecuydez d^eux y trouver^ après ce que Ton leur 
a aura notifié et l>outé leur heaume à terre. Estant k 
« noter que s'il vient aucun au toumoy qui ne soit 
K point gentil -homme <le toutes ses lignes^ et que de 
« sa personne il soit Tertueux ^ il ne sera point batu de 
« nul pour la première fois, fors seulement des princes 
« et grands seigneurs , lesquels sans lui mal&ire, se 
« joueront à lui de leurs espëes et masses y comme s^ils 
« le vousissent battre : et celui sera à tousjours mais 
« attribué à grand honneur à lui fait par lesdits princes 
« et grands seigneurs^ et sera signe que par grand4>on- 
« té et Tertu il mérite d'oresenavant estre du touf- 
« noy : et sans ce que on lui puisse jamais en rietl ré- 
« prouver son lignage en lieu d'honneur oh il se troU- 
M ve, tant oudit toumoy qu'ailleurs^ et là aussi pourrïi 
n porter tymbre nouvel , ou adjoiister à ses àtlnes 
it comme il voudra pour le maintenir ou temps adve- 
« nir pour lui et ses hoirs. 9 Nous apprenons de ce 
passage que la peine que Ton faisoit souffrir à oeul 
qui ne s'estoientpas bien comportez dans les tôui^tiôis, 
estoit d^estre bastonné^ ou d'estre mis à la ôtMÛe ^ 
terme qui vient de baculus* Mathieu Paris pâtle de 
cette peine pratiquée dans les tournois^ en pliisièuts 
endroits de son histoire (i). 

Quoy que ces mariages fussent permis par leâ lôix 
canoniques y neantmoitis les loix civiles et politique^ y 
ou plutôt les usagés introduite par un commun coti* 

(i) Math. Paris p. 5od^ 554, ^7^9 ^^9- 



SUK LHISTOIRS DE 8. LOUTS. 211 

• 

lentement de la noblesse , ont établi des peines pour 
les empeschen Parmy les Wisigots , une fille noble^ 
-qui s'estoit mésalliée^ Quœ honestatis suœ oblita^ 
personœ suœ non cogitans slatum, ad inferiorem forih 
mariùjun deuenerat (i), perdoit la succession qu'elle 
avoit eue , ou devoit avoir de son pere^ et estoit exclue 
de celles de ses frères et si)ear$. Par cette raison il n'es- 
toit pas permis aux barons^ qui avoient la garde-noble 
des filles des gentils-hommes , de les marier qu'à des 
personnes nobles (s), et nepouvoient pas les déparager 
sans encourir la peine qui estoit ordonnée par les 
statuts, et particulièrement par celuy de Merton en 
Angleterre y dont il est parlé dans Littleton> et dans les 
loix des barons d'Escosse : Hœredes mariteniùr sine 
disparagalione (3) , ainsi qu'il est porté dans la grande 
charte des franchises d'Angleterre. 

De ces remarques il est vray de dire, qu'en France 
on n'a jamais réputé pour véritables gentils-hommes , 
que ceux quiestoientgentils^iommes denom et d'armes, 
c'est à dire de quatre lignes. C'est cette noblesse que 
Kerre de S. Julien en ses meslanges paradoxales qua- 
lifie y à proprement parler , mobiesse de notât, et 
d'armes (4) , laquelle il soustient ne recevoir ni le plus 
ni le moins: un geutiKhomime de cette manieiie^ q^ûy 
que pauvre , n'estant pas moîtis gentil-homme qu'un m- 
gneur riche et opulent, non plus qu'un roy n'^st pas 
plus roy qu'un autre, quoy qu'il soit plus riche, l'é- . 
tendiie de pays qui est sous sa domrination, ne defai- 

(i) Ltx JVUig. L 3, tU, i, J. 8. — (i) Math. Par. A. i2i5rtp. 
371. Assises de Hier. c. 190. tf^. Tyr, L 12, c. 12.-^ (3) LittUl, sect. 
io3» 107. LL. Baron. Seût. «.91 «192. -— (4) S. Julien en ses Mesî> 
Hisu p. 632 , ^40. 

4- ■ 



!2l4 DISSERTATIONS 

Marche en la préface sur ses mémoires joint aussi le 
stirnom avec le cry , « et commencerons à cette très- 
ce haute et renommée maison d'Austriche, qui est 
ce vostre surnom y vostre cry et premier titre (i). » 
La chronique de Flandres se sert du terme de relayer 
le cry , c'est à dire le nom et les armes d'une famille ^ 
ce à l'assembler fut occis le sire de Beaujeu , par trop 
<c hastivement assaillir ses ennemis : mais Guichard 
ce son frère releva le jcry de Beaujeu (a). » Plusieurs 
ont ignoré l'origine, l'usage et la signification du cry 
d'armes, et ceux qui en ont touché quelque chose, 
n'en ont pas écrit assez exactement : ce qui m*a porté 
a en faire la recherche, et de rapporter en cet endroit 
ce que le livres m'en ont appris. 

Le cry d'armes n'est autre chose qu'une clameur 
cohceuë en deux ou trois paroles, prononcée au com- 
mencement, ou au fort du combat et de la mêlée, par 
un chef, ou par tous les soldats ensemble, suivant 
les rencontres et les occasions ; lequel cry d'armes 
éstoit particulier au général dé l'armée , ou au chef 
de chaque troupe. Il est diversement exprimé par les 
auteurs latins , estant appelle bellicus clamor (3) par 
Paul Diacre, et Robert le Moine ; signum militare (4), 
par le même Robert et par Guillaume de Tyr ; signum 
elarrtoris (51 , dans Raymond d'Agiles ; signum excla^ 
mationis (6)y dans Foucher de Chartres ; signum bel- 
Ucum (7), dans Guibert ; signum castrorum (8), dans 
Radevic ; signum militare (9), dans Guillaume de Mal- 

(i) Olivier de la Marche, — (a) Chron. de Fland.c. 91. — (3) Hist. 
mise. l. 18, p. 537. -^ (4) Rob. Mon. t. %, p. 35. Id. l. 3, p. 4i. 
Tyrius. — (5) Raym. é^ Agiles , p. i4o. — (6) Fulcher , l. 1 ^ o. g» 
— (7) Guibert » /. 3 , c. 9. — . (8) Radevic , Z. 3, c. a6. — (9) fT. Mal- 
mesb. l. 4>P' i33« 



SUR iJaiS^Ql^Z pS s, LOUTS. SlS 

me^bury ; signum (i) simplement, àn& Gilon de Pam, 
Tudebodus, et Orderic yital; symbohan (a), dan« Con- 
rad abbé d'Usperge; sonus (3), daofi le mtfme Tuàebodusf 
çt t'o^r (4)y dan$ Guillaume le Breton. Quelques-uns 
de nos ecrivians sç 9Q0t servis du mot d'enseigne, 
lie roman de Garin : 

Ailleurs , 

^ensagne crie, Chei^aliersferez y, 

La chronique MS. de Bertrand de GuescUu * 

Chascuns crie s'enseigne , ^ans fis^re rêereans* 

En un autre endroit , 

En Ifestour seferi, si com Ustoire erie. 

Avec une gent qui sont de la partie , 

De la gent aus Anglais, et leur enseigne prie» 

Froissart et quelques autres auteur^s i»sent encore de 
ce mot. 

Comme le bruit et le tintamarre qu^e le tonnerre 
fait dans les nuè's y en mérn^ temps que le carreau de 
la foudre vient à se lancer sur la terre , ajoute beau-» 
coup à Fétonnement que ce meteor^ a coûtum/e de 
former dans les esprits ; Il en est de même des cris des 
soldats qui vont à la charge ; car ces voi^ confuses 
poussées avec allégresse , augmentent Tefiroy <et Té- 
pouvante des ennemis , qui les prennent pour des preu- 
ves indubitables de courage , le silence au contraire 
estant une marque de crainte y laquelle au dire d'un 
auteur (5) est le lien de la langue. C'est pourquoy 

(i) Gilo Paris. /. 4* Orderic. p. 849* — (a) Ahkat Usperg. «^ 
(>) TudebA. i, p. 849. -- (4) frUl. Brito. L a. PhiL - (5) AchUl. 
Tatius,L2. 



ai6 DiSSEKTÀTIOir s 

Gaton (i) ^ au rapport de Plutarque , entre les perfec* 
tions d'un bon soldat ^ vouloit^ qu'il fust non seule- 
ment hardy ,:et prompt de la main pour l'exécution , 
mais encore q^e son visage, et particulièrement sa voix 
ressentist je ne sçay quoy de martial , et qui pût jetter 
de l'effroy dans le cœur de son ennemy , c'est la raison 
pourquoy les hommes vaillans sont appeliez par Ho-» 
mère (3oay ayoôoi (2). Aussi l'expérience a fait recon- 
noitre que les cris des soldats^ mêmes avant la mêlée, 
ont mis plusieurs fois les ennemis en fuitte (3), et a 
fait que presque toutes les nations du monde ont com- 
mencé les batailles par là, suivant la remarque de 
César : Neque frustra antiquiUis institutum est, ut signa 
undique concilièrent , clamoremque unwersi tollerent ; 
quibus rébus et hostes terreri , et suos incitari- existir- 
maverunt (4). Les livres des anciens auteus (5), tant 
grecs que latins, sont remplis de semblables observa- 
tions qui ont esté ramassées par ceux qui ont écrit 
sur la politique de Tacite (6). 

;Ces. cris n'estoient pas toujours des voix incertaines 
et. confuses, mais souvent articulées, et qui consi^ 
toîent en la prononciation de quelques mots, par leS" 
q[uels les soldats s'excitôient les uns les autres à feire 
quelque action de générosité : clamor permistus ex- 
horiatione (7), dans Salluste, lequel cry est pour cette 
raison • appelle des Grecs TrapaxsXeixypoç (8). On re- 
marque que les Germains et les Gaulois , entre tous 

(i) Plut, in Cat. majore. — (a) Homer. — (3) Léon, Tact, c. ao, 
§. 114. — (4) Cœs. l. 3, htll. civiL — {5) Scipione Ammirato nel âis^ 
eorsi polit. /. 14» c. 5.— {la) Jean. Gruterin diseurs, ad Tacit. p. io3. 
— (7) SaUust. de bello Jug, — (8) Const^ Manas5es,p. 23 1, 1. Edii^ 
Gr. ^ - 



SUR l'histoire DE -8. LOUYS. 21*7 

les peuples, en ont use plus que les autres : ayant cou- 
tume avant la mélëe de s'exciter à la valeur par céiv 
taines chansons, ou plutôt clameur, appellée en leur 
langue harditus , du nom des bardes prêtres gaulois, 
qui suivant Âmmian Marcellin (i) chantoient en vers 
au son de la lyre, les actions vertueuses de leurs rois et 
de leurs ancêtres. Tacite • parlant des Germains , Sunt 
ilUs quoque carmina , quorum relatu , quem barditum 
^ocanty accendunt animos , futurœque pugnœ fortunam 
ipso cantu augurantur : terrent enim trepidantue prout 
^sonuit acies , ftec iamvocis ille , quant virtutis con--' 
centus videtur. Affectatur prœcipuh a^peritas sonij, et 
fractum murmur objectis ad os scutis , quo plenior et 
grauîor vox repercussa intumescat (2). De ce cry 
d'armes des Germains et des Gaulois , les Romains ont 
retenu le mot de barditusj pour signifier le cry des 
soldats, avant ou dans la mêlée : encore qu'il paroisse 
que Vegéce semble lui donner le nom de barritus (3)^. 
acause de la ressemblance de ces cris aux mugissemens 
que les elephans font ordinairement : clamor autèm 
quem barritum vooant , priUs non débet attolli , quhm 
acies utraque se junxerit : imperitorum enim, vel igna-- 
s/orum est vociferari de lon^ , ckm hostes magis ter- 
reanturj si cum telorum ictu clamoris horror accesse- 
rit. Cette coutume de chanter les loiianges des grands 
hommes devant les combats, s'est encore conservée 
sous nos rois François, sous lesquels ces chansons es- 
toient reconnues du nom de chansons de Hollande 
parce que Ton y exaltoit le» hauts faits du fabuleux 
Rolland, et des anciens palladins François : Guil- 

(i) Amm, Marc, l, i5. — (2) Tacit. de mor, Gerni. '^ (3) F'egel. 
/. 3, c. 18, 24* 



ai8 DISSENT ACTION s 

laume de Malmesburj parlant de G nillaume le Bâtard 
prest à entrer dans le combat : Tune eantUewta Boh- 
landi inchoata , ut martium viri exemplum pugnaturos 
accenderet : inclamatoque Dei auxiUo prœlium utrimr 
que consertum (i). Ces cris de guerre estoient appelles 
par les Grecs ak<ikay(jLot (2)^ parce que les soldats en* 
trans dans le combat , avoient coutume de prononcer 
le mot Alala : c'est pour la même raison que danc 
Constantin Manassës ils sont appeliez 'kakxyal iptïxm (3). 
Tel donc a esté Tusage des cris de guerre composez 
de quelques paroles, qui portoient les soldats à la 
Taleur , et les excitoient à fondre généreusement sur 
leurs ennemis : mais les Chrétiens qui ont toujours référé 
le sjuccés des combats à Dieu seul, qui dans les pro- 
phètes se dit si souvent le Dieu des armées, et qui 
donne les victoires et les triomphes à qui il lui plaist, 
laissans les coutumes des Payens, inventèrent des cris 
d'armes composez de quelques mots conçus en termes 
d'invocation, qui estoient proferez par tous les soldats 
au même temps que le signal de la bataille estoit donné. 
Ce qui semble avoir esté mis en usage par le grand 
Constantin, après qu'il eut embrassé la véritable rdi- 
gion, Eusébe remarquant qu'il enjoignit à ses soldats 
d'invoquer Dieu dans les occasions de la guerre : il 
leur prescrivit mêmes cette prière qui est rapportée 
par le même auteur : ^g fiôvov oï&ejuicv Beov, fjk ^àsa 
yvtùptÇofisv , dk ^YtBovivoQcakoviiîS^ay iropà aotf xàç vvKaç iipér 
^t^ay etc. (4). « Nous sçavons que vous estes le seul Dieu, 
« nous vous reconnoissons pour Roy , nous invoquons 

(1) Willel, Malmesb, l. 3 , de Gest, Angl. Alheiic. an. 1066. — 
(2) Math, fFestmin, p. aa3. — (3) Manass. edit. Meurs, p. a33. — - 
(4) Euseb. L^f de vUa. Constc. igy20jde laud. Const. p. 4l65, 



SUR L HISTOIRE DE S. LOUTS. ^ I9 

« vostre aide , c'est vous qui nous âvcz donne les vic- 
« toires^etc. » Cette louable coutume continuft depuis 
en la personne de ses successeurs > et genémlenient de 
tous les princes chrétiens > qui ne livroient jamais 
aucun combat, quils n eussent auparavant invoqué 
l'assistance du Dieu des armées^ et que dans les com- 
mencemens des batailles ils n'eussent fait proférer à 
tous leurs soldats son saint nom. Anne Gonmene (i) 
racontant le combat que l'empereur Alexis son père 
livra aux Scythes, dit qu'au même temps qu'il eut fait 
sonner la trompette, ses soldats, avant que de com-* 
mencer la mêlée, invoquèrent tout d'une voix le Tout^ 
puissant, tôv oXoav xupiov tlç ïkiov yua (ptav^ imvcLkeaccfiîvoi, 
Chrisii myocata clementia. Dans Albert d'Aix, et Gun* 
therus décrivant l'armée de l'empereur Frédéric Bar- 
berousse , lorsqu'il passa en Italie : 

Sic pulchro fœlix acies instructa tenore , 
Carminé belligero, longèque sonaniihus hymnia 
Diyinam sibiposçit opem, {%) 

Quoy que ces cris fussent pour le plu^ souvent dîffê- 
rens en paroles, ils étoient neantmc^ins conceu5 en 
termes d'invocation. L*empereur Léon en ses consti- 
tutions militaires , prescrivant l'ordre qu'il faut tenir 
dans les combats , veut qu'avant que de les commen- 
cer, et lorsque Tarmée est proche de lennemy, il y 
en ait un qui crie à haute voix, |3o)55ei(3) aj^dez^et 
que tous les soldats répondent unanimement , ©eoç. Le 
même Empereur témoigne que l'on crioit encore 
vucy) Toù çavpoi (4) y ou comme il est écrit dans Ce- 

(i) Anna Corn. L^^p. a32. — (a) Albert, 29, /. 4» c. 5a. Gunthtr. 
l. 7 , Ligur, — (3) Léo in Tact. c. 7 , §. '^\. — {fj C la, §. 69, io6. 



2aO DISSERTATIONS 

dpenus en la vie de Basile, çcMph^ v€vm\yti (i) • cry 
qui semble avoir esté institué par Constantin après 
qu'il eut défait Maxence par la puissance de la croix 
qui parut au ciel à l'instant du combat. Le même 
Cedrenus fait mention d'un autre cry semblable à 
celui dont parle Léon , Xpiçi ^o^Bei (a). Et Maurice en 
ses • Stratégiques veut qu'avant la bataille les prê- 
tres et le général même commencent et entonnent 
le Kvpu ekéïi*j6v (3) , qui a servi souvent de cry aux 
Chrétiens. Luithprand parlant du combat d'entre l'^n- 
pereur Henry I et les Hongrois y ffaud mora betban. 
incipitur j aique ex Christianoruni parte sanctâ^ mira'^ 
bUisque vox Kûpis, ex eorum turpis et diaboUca 
Hui , Hidj fréquenter auditur (4). Ditmar evesque de 
Mersebourg décrivant une bataille entre les troupes^ 
de l'empereur Henry H et les Polonais, Ut prindan 
castra visis agnouere tentoriis , alid voce per Kyrie 
eleison sodos conuocantes , hostes effugarunt (5). Et 
Rohertus Monachus écrit qu'à la prise d'Antioche 
les Chrétiens y crièrent Ku/ste eXiyj^ov, afin de se faire 
distinguer des Turcs , ut per hoc nostris innotescereni 
qubd non Turci , sed Christiani essent (6). L'empereur 
Rodolfe en un combat qu'il eut contre Ottocar roy de 
Bohême^ l'an 1278, fit crier à ses soldats, Christus , 
Christus (7). L'auteur de la vie de S. Germain eves- 
que , qui porta la religion Chrétienne dans l'Angle- 
terre, raconte que ce saint s'estant joint aux Bretons, 
qui dévoient combatre contre leurs ennemis, fit crier 

(i) Ceâren, in Basil, p. S j 2. — (a) Cedrenus, p. 781. — (3) Mau" 
rie. l. 3, Strateg. c. 19. — (^4) Luithprand, l. 2, c. 9. Conrad, Abh» 
Vf p. p. ai3. — (5) Ditmar, l. 5 , p, 56. — (6) Rohert. Mon. l. 6, p. 55. 
— (j) Hist. Austr. on. 1278. 



SUR LHISTOIILE ITE 8* LOUTSf. !l2f 

trois fois Alleluya, par les prêtres , qui ensuite fut crié 
par tous les soldats : Securisque hostibus qui se inspe-^ 
ratos adesse confiderent , AUehrya tertib repetiUan sa-- 
cerdoles inclamant. Sequituruna vox omnium , etele- 
^atum clamorem , repercusso aëre, montium inclusa 
m:ultiplicant ( i). 

Entre les cris dont les Grecs se servoient encore y 
estoit celui de 0eoç (ie5^ ^fxwy, dont il est parlé dans 
Anne Comnene en son Âlexiade(t2)y et dans Yegece; 
Deus nobiscum (3) : No&'(7xot;ji (4) dans les Stratégiques 
de Maurice. Emanuel en Hébreu a la même signification 
que ce cry d'armes , suivant la remarque de S. Grégoire 
de Nysse , (5) et de Juuencus en son Histoire Eyan* 
gelique : 

Hanc cecinit vates futuram ex origine prolem , 
Nohiscum Deus est cui nomen. (6) 

Les Turcs même ont coutume d'implorer le secoui-s d^ 
Dieu dans leurs combats y qu'ils commencent ordinaire- 
ment par ces raoiSj Allah AllhahÇ'])^ qui signifient Dieu 
Dieu, et qui sont les premières paroles de la prière 
que Mahomet prescrivit aux siens, Allah Allha vah 
Cubar Allha{é)y qui est interprétée par un auteur 
Grec. Joannes Cananus décrivant le siège que Bajazet 
mit devant Constantinople Fan i4îi2, dit que le Sultan 
s^approchant des rangs , s'écrioit , Rasul Rasul Maho- 
meth, et quelquefois , ^Z/aA tancry Rasul Mahometh(Q): 
Ensuite de cette loiîable coutume, les roys et les 

(i) Constantius in vita S. Germ. l. i , c. 19, apud Sur. to. 4« — 
(a) Anna Com, — (3) f^eget. l, 3, c. 5. —(4) ^^uric. L 3. Strat. c. 19. 
— (5) S. Greg. Ifyss, orat. 1 , de resurr. Dom. (6) Juvencus , /. i.— . 
(7) Scipione Ammiraio , l. 14, c. 5. — (8) Saracenica Sylburg. p.'^i. 
"^ {^ Joan» Cawm. p, i^. 



221 DISSERTAT ions 

princes ont inventé des cris d'armes, qui leur ont est^ 
particuliers y et k tous les soldats de leur armée ^ pour 
estre proferez dans le commencement , ou dans le fort 
de la mêlée. Par ces cris ils invoquoieiit Tassistance de 
Dieu dans les périls evidens des batailles, quelquefois par 
rintercession delà Vierge, ou de quelques autres saints, 
qu ils reclamoient , et ^i la protection desquels ils 
avoient mis leur personnes et leurs états : car il est 
vray de dire que les premiers cris d'armes estoient 
conçus en termes d'invocation , d'oii ils sont apelles 
ayocesJidei{ i ) dans Roderic archevesque de Tolède^ c'e&t 
à dii^ des cris de confiance en Tassistance de Dîeu| et 
s'il y en a eu d'autres, c'a esté pour quelque rencontre, 
ou excellens faits d'armes , qu'ils ont esté choisis par 
quelques seigneurs particuliers, comme la suite de ce 
discours le fera voir* 

Les François qui se trouvèrent à la première con- 
quête de la Terre Sainte , avoient pour cry gênerai ces 
mots Adjiwa Deus{%)y ainsi que nous apprenons de 
Foucher deChartres, et d'un ancien auteur, ou bien £» 
Deus adfuua nos Ci) ^ suivant lliistoire de Hierusalem.. 
Raymond d'Agiles (4) rapporte la cause et l'origine, de 
ce cry à la vision de Pierre Barthélémy , qui trouva h 
sainte Lance au temps que les Turcs assiegeoient la 
ville d'Antioche sur les nostres : Car durant ce si^ 
S. André luy estant apparu plusieurs fois, il luy en- 
joignit de persuader aux Chrétiens d'avoir recours à 
Dieu dans les fatigues du siège, et de la faim qu'ils 
enduroient , et de prendre dans les combats pour 

(0 Roder, t. 8, deReh. Hisp. c.6. — (a) Fulch. ^àriïct. £, i , c. 18, 
/. 2 , c. 10 y /. 5 , c. 42 , 4^ 9 5o. Gesta F fane, expug. Hier, l, 1, c. 36} 
43. — (3) Gesta Dei, p. 60a.— (4) Raymond d^Agi. p, i53. 



SUR L*HISTOIRE DE S. tOÙTS. SisS 

Ci*y d^armes Ces mots Deus adjura : Et sit signum çlœ- 
moris i^estri^ Dëvs AtxrvvÀ> et réitéra Deus adjuvabit 
vos , qui sont les paroles de S« André. Roderic arche- 
vesque de Tolède dit qu'au siège et à la prise de Cor- 
douë sur les Sarràzins d'Espagne^ les Chrëtiens criè- 
rent aussi Deus adjura (i)« Us ajoustoient quelquefois 
à ce cry ces mots Deus vutt , ou pour parler en lan- 
gage du temps j et suivant qu'ils sont énoncez en la 
chronique du mont Cassin^ Diex elvohj dont Torigine 
est rapportée au concile de Clermont en Auvergne , 
oti le.Pàpe Urbain II, ayatlt fait une forte exhortation 
pour porter les princes chrétiens à prendre les armes 
pour aller retirer la Terre Saitite des mains des Infi- 
dèles, Ita omnium qui aderant affectus in unum concir 
tavit, utofnnes acclùmarentj Deus volt, Deus volt (vi). 
Après quoy le Pape , ayant rendu grâces à Dieu; dit 
entre autres paroles celle-cy : Sit ergo vobis vox ista 
in rébus hellicis militare signum, quia verbutn hoc à 
Deo estprolaium; ckm in hostemfiet belUoosi impetus 
oongressio erit uni\>ersis hœc ex pari» D^i una voci- 
feraUo, Deus vuli, Deus vulL D'où on recueille 
pourquoy le cry est appelle 5E^tim Dei(i) daiis quel^ 
ques auteurs. Boëmond, qui faisoit la guerre en la 
PouïUe, ayant appris qu'il estoit arrivé un grand nombre 
de gens de guerre , qui alloient dégager lé S* Sépulcre 
du joug des infidèles (4) , s'enquit à l'instant qui ils 
estoient, quelles armes ils portoient, et quel cry ils 
crioient ^ Quod signum ( hœe gens ) in certamine sonat. 
Cui per ordinem dicta sunt omnia, Deferunt arma 

(i) Roderic. ToUt, l. i^, de reh. Hisp, o. 16. — {i) Gtsta Fran. 
tifm^. Hier. l.i,c, a6. cAr. Caès. Bèsly des ducs de Guienne , c. 39. 
— (3) /ïod. Mon, I. 1. — - (4) Gtstn Fmn, exp. Hien L i , c. 8. 



!à94. DISSERl?ÀTIOIîé 

j agiter q,d hélium congruenUa, in dextrd ^ vel inter 
utrasque scapulas Crucem Christi bajulant , sonumverQ 
Deus hoc vult^ Deus hoc vult , Deus hoc vulty simut 
und voce conclamant(i). Nous lisons qu'ils ont encore 
crié ces mots^ Christus vincit, Christus régnât, Christus 
imperat (2) , que nos rois ont depuis fait graver dans 
leurs monnoy es d'or et d'argent , et particulièrement > 
dans celles que nous appelions escus. Cœsarius nous 
apprend qu'ils crioient encore , Dieu aide , et le S. Se- 
pulcre , Deus adjui^a, et sanctum Sepulcrum (3). 

C'est de ces cris de guerre de nos paladins françois^ 
et de nos conquerans de la Terre-Sainte , que les ducs 
de Normandie ont reçeu le leur, conçeû en ces termes, 
Diex aie. Dame Diex aie (4)> par lesquels Us recla- 
moient l'assistance de Dieu, ces motssignifiansi)om^ 
Deusadjuva : au lieu dequoy quelquesuns ont pensé 
qu'ils signifioient , Nostre Dame Dieu aide , acause de 
Dame qui signifie en cet endroit seigneur. Défait ceuj!^ 
qui ont écrit l'iûstoire d'Angleterre (5) les ont tournez 
par ceux-cy , inclamato Dei auxilio. Orderic Vital 
parlant des premières guerres saintes , Illi uerbjam 
acriter pugnantes ins^enerunt, etsignum Normannorum 
Deus adjuva j fiducialiter vociferali sunt (JS). 

Ainsi les seigneurs de Montmorancy avoient pour 
cry, suivant uti provincial M S. Dieux aieue {']), ôtt 
selon les autres Dieu aide au premier Chresiien. Quel- 
ques historiens en rapportent l'origine au premier s^- 
gneur de Montmorancy^ qu'ils nomment Xi^oie, qui 

(i) Tudebod. /. 1. — (a) Fulch. Car. Z. a, c. 3i. Gesta Fran. exp. 
Hier, l. 1 , c. 56. ffist. Hier. p. 607. — (3) Cœsarius, l. 10, c. "la. — 
(4) Loisel en VHist, de Beauvais ,p. i54> — (5) ff^illelm, Malmeti* 
/. 4> p- loi. •-- (6) Orderic, l, 10, p, 798. — (7) Provincial 3iS, 



SUR l'histoire de s. LOUTS. 225 

tat lé premier des genlils-hotames françois , qui em- 
brassa le Christianisme avec le roy Clovis , et qui fut 
baptisé par S. Remy. Ses successeurs ayant de là pris 
sujet de crier en guerre , Dieu aide au premier chres^ 
tien (ï), comme estant un honneur deû à cette maison 
d'avoir produit le premier qui aprës son prince ait 
quitté les erreurs du paganisme ^ pour embrasser la 
véritable religion^ La maison de Bauûremont en Lor- 
raine et en Bourgogne avoit un cry semblaJ)le à celuy 
de Montmorancy , les seigneurs de cette famille crians 
en guerre, Bauffremont au premier Chrestien, ainsi 
que nous apprenons de quelques provinciaux (2), acàuse 
peut-estre qu'un de cette maison fut le premier d'entre 
les Bourguignons , qui vinrent s'établir en ces pro- 
vinces , qui embrassa la foy chrétienne. 

Plusieurs princes ont reclamé le secours de la tres- 
sainte Vierge dans leurs cris , comme les ducs de Bour* 
gogne, dont le cry estoit selon Monstrelet, Georges 
Chastellain, et quelques herauds, Nostre Dame Bour- 
gogne (3). Les 4uts tle Bourbon de la maison royal 
crioient Bourbon nostre Dame (4)> ainsi que nous 
apprenons de Jean Dorronville qui a écrit l'histoire et 
la vie de Louys troisième duc de Bourbon. Les comtes 
de Foix avoient pour cry de guerre Nostre Dame 
Bierne ou Beam (5). La maison de Vergy ces mots , 
Vergj a nostre Dame (6). Froissait fait mention de 
plusieurs seigneurs qui crioient Nostre Dame (7) dans 

(1) Chr.MS. de France parlant de la bat. de Bovines. Ph. Mor. 
Doublet auxAntiq. de S. Denfs, l. i, c. 17. — (2) ProtHncial. MS, 
^- (3) MonstreL i. vol. c. ^^\Hist. de Jacq. de Lai. c. 14. -^ 
(4) lyOrron. en la viede Louys duc de Bour. c. 5o. — (5) Prt^ 
rinc' — (6) Hist. de la Maison de f^ergy, /. 1 , c. 3. — (7) J^row. 1. vol. 
e. aaa. 

3. i5 



^'^(y 1) i s s E II T À T I o jSr 5 

les combats. Le comte d'Auxerre crioit JYostre thime 
Auxerre{i) -, le connétable du Guesclin, Nostre Dame 
Guesclin (a) ; le comte de Sancerre, Nostre Diune 
Sancerre (3) ; le roy de Poitugal , Nostre Dame Portà- 
gal(^) j le duc de Gueldres^ Nostre Dame Gueldres (5); 
le seigneur de Coucy, Nostre Dame au seigneur ffc 
Coucy (G). Le comte de Henault dans Monstrelet, 
crie Nostre Dçme Hainault (7) ; m<^mes les t<à% de 
France^ suivant Tautoiité d'une chronique M S. qui 
finit au ixîgne de Charles Vi, laquelle dit q»e le roy 
Philippe Auguste à la bataille de BoTÎnes cria y Nostre 
Dame 5. De^js Momjoie (8). 

Les papes aTOtent aussi leur cry de gutrre , aussi 
bien que les prinœs seculiiters y et crioient y suivant les 
provinciaux, Nostre Da^ie S* Pierre (9)^ invoquais 
particulièrement outre la sainte Vierge te prÎTice des 
apôtres , que Jesu»^hrist a établi chef de son Eglise, 
dont ils tiennent la place , en rhonneur duquel ils feflil 
de-s chevaliers appeliez clievaliers de S. Pierre , et coif- 
fèrent ce degré de chevalerie à TEnxplirenr même, lors- 
qu'il vient à Rome pour s'y faire couronner (îo). Gaa- 
iiei^ comte de Brienne estant au royaume de ]Na|>le6 pour 
poursuivre l«s droits de sa femme, sçavoir la prince 
pauté de Tarente «t le comt^ de Liches, qui luy avaient 
esté confirmeE par le pape Innoce^it III (ii)> «t aymft 
^t^ établi bail et régent du royaume durant la wifto- 
rittf de Frédéric, ae prqparant au ooHit>at contre Die* 
pold lieutenant général des armées de l'Empereur, en 

(1) I^roiBsart , 1. vol. c. -sat. — («) sftjS , 3ia. — (3) 3. vol. c. 9. — 
^) 3. vol. «, i5. — (5) 3- vol. c. 1419. — (6) 4* vo^» <^' 74- "~ (7) S^^initr. 
*. vol. c. 47. -^ (8) Chr. MS. en la B^ de M. -de Mes. -* -(g-) ÏVvw'a- 
niai MS. *** {ip)Or. jR<3wi. i. i, /». 'S6, 76. — (ii)| Gesia /mi/Ifl- 
eP. p. 23. 



SUR L HISTOIRE DE S. LOUTS. Jk^n 

présence du légat apostolique ^eria *S. Pierre: Confarr 
tatus in Domino j disent les actes de ce pape, prosilUt ad 
arma cum suisj, et benedictione ac remissione h L^g^to 
receptdj cùm idem Legatus maledixisset hostibus , in 
nomine Domini Cornes altd voce Sanctum Petrum in- 
vocans adjutorem, proeessit ad pugnam. Bru non en 
ses livres de la gueiTe de Saxe (i) asseure encore que 
les Saxons de son temps crioient dans les combats, 
4$. Pierre : Ibi quidam de nostris adi^ersarium sibi 
videns <ibifium, velut suum sahuaifit sociuni , dicens 
sancte Petre , quod nomen Saxones pro symbolo tens- 
bant omnes in ore , etc. 

Outre la chronique M S. dont je viens de parler un 
Provincial cité par les sieurs de Sainte-Maithe en leur 
histoire généalogique de la maison de France (2) , porte 
que les rois de France ont pour cry, Nostre Dame 
Montjoie S. Denys au tres-chrestien roy de France. 
Ce qui semble estre confirmé par la chron. M S. àe, 
Bertrand du Gnesclin : 

Et approuchent Anglais , en disant Dieu aye 
Mo/itjoUi noUrp Dame au Roy de saint. Denye. 

Toutefois on ne lit point dans les autres Provin- 
ciaux , ni dans nos histoires, que nos rois aient eu 
auti*e cry d'armes que celuy de Montjoie S. Denys 
simplement. Non seulement ils reconnussent ce saint 
pour patron de leur royaume, d*abord qu'ils eurent 
embrassé le Christianisme qu'il avoit établi et ciment^ 
par reiTusion de son sang à Montmarte : mais encore ils 
voulurent qu'il fust reclamé dans les combats : Quem 
ipsius Ecclesiœ sponsum , suh auxilii et honoris U'tulo ^ 

(1) Bruno de heiio Saxon, p. 187, to. i. rtr. Germ. Freheri. — 
(«){. i,b. II. 

i5. 



228 DlSSÉIlT AT IONS 

in bellorum discrimine vindicare majestas regîa àon- 
sueuit (i); ce sont les termes d'un litre du roy Cfcarles 
V, du mois de juillet de Tan 1^67, rapporté par 
Claude Emeré en son traité de Tuniversité de Paris. 
Orderic Vital (2) dit en termes formels que Montjôie 
estoit le cry des François : Latitantes vero sub stramine 
subito proruperunt, et regale signum Anglonun cum 
plèbe vociférantes ad munitionem cucurrerunt. Sed 
ingressi j meum gaudium j quod Francorum signum 
est , versd vice clamaverunU Mathieu Paris dit la 
même la chose : Quasi pro edicto fréquenter 'procla- 
mante altd et reboante voce eodem Constahtino Ikfontis^ 
gaudium , Montis-gaudium j adjui^et Dominus , et Do- 
^minus , noster Lodoi^icus (3). Et ailleurs : Etfdcio con^ 
gressu acclamalum est terribiliter ad arma, ad arma, 
hinc regales, regales, inde Montis- gaudàim , sciUcel 
régis utriusque insigne. Le roy Philippes Auguste eria 
Montjôie au siège d'Acre Fan 1191, suivant Guilkaame 
Gîiiart,et à la bataille deBouvines l'an 1 214, suivant Ma^ 
thieu de Westminster, et la chronique de Flandre (4). 
Philippes Mouskes (5) parlant de la même bataiUe ; 

Souvent oissUfs à grantjoie 
lYos Frtmçois s'escrier Montjôie. 



•M 



La même :> 



Et huçoient à grant haleine , 
Quant on avoit sonné Varaine, 
Montjôie Dieux et Saint Denys. 



Et plus bas : 

Et quant on escrie Montjôie , 
JS^iot Flamen qui ne s*apptoie. 

(0 Cl. Hemer. de Jcad. Paris. l.2,p. 3o. — (a) Ord. Jf^ital^ l. 12, 
p, 849> -^. Il 19. — (3) Math. Par, in Henr, III, an. laaa , p. a 18. » 
(4) Cron. de Fland. c. 1 5. Math. Westmin. — (5) PhU. de MdUsk. MS. 



\ 



^ 



f 



SUR L HISTOIRE DE S. LOUYS. 22(> 

Et ailleurs : 

Maintefois oissiez le jour ^ 
Crier Montjoie sans séjour, 
Cis mos esmaia les Flamens , 
Cis mos leur fu paine et tormens, 
Citxmos les. a tous abaubis , 
Cis mos abati blaus et vis, 
Cis cris les esmaia si fort , 
Que foible deviennent lifort. 
Et li hardy furent coûart , 
Les ciés tornérent d'autre part. 

Le Roman de Garin : 

Monjoie escrie tensagne Saint Denis. 

Les François crièrent Montjoie S. Detiys au sîége de 
Damiele sous S. Louys , en la bataille de Furnes Fan 
1297, en celle du Pont à Vendin Tan i3o3, en la ren- 
contre prés de Ravenberg en la même année , en la 
bataille de Mons en Puelle en Fan i3o4, et celle de 
Gassely suivant la chronique de Flandres (i). Monstrelet 
parlant des François, lorsqu'ils firent lever le siège que 
les Anglois avoient mis devant Montargis Tan 14^6 : 
« Ferirent vaillamment et de grande volonté sur les 
« logis des Anglois, qui de ce ne se donnoient garde, 
<c crians Montjoie S. Denjs (2). » Et à la prise dé Pon- 
toise Fan i44î 7 le roy Charles VII et tous les autres 
seigneurs et capitaines « firent armer et habiller leurs 
c< gens, et les exhortèrent , tous eux crians à haute 
« voix, S. Denys ville guignée (3). » 

La difficulté n'est pas aisée à résoudre pourquoy 
en Finvocation de S. Denys patron de la France, on 
a ajouté le mot àe Montjoie . La plupart de ceux 

(i) Chron. de Fland. c. 23 , 34 > 36 ^ 4^ ^ 44 > 67 > gS. — (2) Monstr^ 
%. vol. p. 3a. — (3) ibid. 186. 



aSo t) I s â F 11 T A T I o N s 

qui en ont écrit (i) , ont estimé que le grand Clovis fut 
le premier qui prit ces mots pour cry , lorsque s'estant 
trouvé en péril en la bataille qu'il livra alix Âllemans 
à Tolbiac, il reclama Tassistance de S. Denys , qu'il 
protesta de vouloir adorer à l'avenir, et dereconnoître 
pour son Jove , ou son Jupiter, s'il remportoit la vic- 
toire sur ses ennemis. 11 est bien vrai qu'on dit que 
Clovis reclama en cette occasion le Dieu que Chlotilde 
sa femme adoroit, et protesta que s'il remportoit la 
victoire, que ce seroit le sien : Nam ex hoc rJie , tu solus 
mihi eris Deus et ueneranda potestas : ainsi que noujs 
lisons dans la vie de S. Vaast evesque d'Arras (2). Raoul 
de Praesles, en la préface de la traduction qu'il fit des 
livres de S. Augustin de la cité de Dieu, et qu'il a adressé 
à Charles V, semble convenir que Clovis fut le premier 
de nos rois qui prit ce cry d'armes , en ces termes : 
ce Clovis premier roy chrestién combattant contre 
« Dandat qui estoit venu d'Allemagne aux parties àe 
« France , pt qui avoit mis et ordonné son siège à Con- 
« flans Sainte Honorine , dont combien que la bataille 
ce commencée en la vallée , toutefois fut-elle achevée 
c< en la montagne, en laquelle est à présent la tour de 
ce Montjôye, et là fut prins premièrement et nommé 
« vostre cry en arrhes, c'est à sçavoir Montjoie S.Denyso) 
EstiennePasquier (3) se persuade qu'il est plus probable 
que le mot de Montjoie a esté pris au lieu de Stajoie, 
par Clovis , ou celuy de ses successeurs qui le premier 
a choisi ce cry d'armes, par lequel il vouloit donner à 
connoître que S. Denys estoit sa joie, son espoir, et 

(i^l Roh, Cœnal. Fauchet aux antiq. de France, /.a, c. 17, — 
(ï) Vita S. P^edasti apud Éoland,^. Febr. p. 795. — (3) Pasquier , /. 8> 
des Recherch. sur la France, c7z. 21. 



SUR l'histoire de s. louts. à3i 

sa consolation, et auquel il avoit toute confiance, 
ayant employé un ailicle impropre de Mon , au lieu 
de Ma^ ainsi que nous voions que les Allemans , les 
Ànglois, et autres étrangers pratiquent assez souvent 
quand ils n ont pas encore acquis une parfaite connois- 
sance de nostre langue ; ce qui peut estre arrivé à Clovis, 
dont les ayeuls estoient sortis de la Germanie. Il semble 
qu'Orderic Vital au passage que je viens de citer, avoit 
ainsi conceû le sens de ce mot , l'ayant tourné par 
meum gaudium. 

Mais sans faire tort aux sentimens de ces grands 
hommes, j'estime qu'il est peu probable que le mot de 
montjoie ait esté pris, ni pour mon Jove^ ni pour ma 
joie , et encore moins pour moult de joie ^ comme veut 
Rouïllard (i), toutes ces explications estant forcées, 
et peu naturelles. 11 y a bien plus de fondement de 
croire que nos rois se sdnt servis d'un terme pur fran- 
çois, que non pas déguisé, comme l'on veut se per- 
suader, et que par le cry de Montjoie Saint Denys , ils 
ont entendu la montagne ou la colline de Montmartre, 
où S. Denys souffrit le martyre avec ses compagnons 
sous Decius, ( laissant à part la question tant agitée 
des deux saints Denys) : car monjoie^ en vieux françois 
est un diminutif de mont, et signifie une colline , qui 
est la raisbn pourquoy la tour de Conflans sainte Ho- 
norine est appellée la tour de Montjoie, c'est à dire la 
tour élevée sur une colline , non que le cry d'armes 
de nos rois ait pris delà son origine , comme veut 
Raoul de Praesles , estant constant que la bataille 
dont il fait mention ne fut pas donnée prés de Paris , 

[i) Seh. Rou'dl. en la vie de S. Isahel Rerne de France. 



a3a DISSERTATIONS 

mais prés de Cologne. Othon de Frisingen-(i) décri- 
vant comme l'empereur Frédéric I entra dans Rome 
par la ville Léonine (qui est le Borgo) et par la porte 
dorée , dit qu'il descendit avec ses troupes par le pan- 
chant d'une montjoiej et entra ainsi dans la ville r rex 
castra moyens , armatus cum suis per declismm monlit 
Gaudîî deseendens j edportd, quam auream ^ocant , 
Leoninam urbem , in qud B. Petri ecdesia sita nosd* 
tur^ intnwit. Ce que Guntherus a ainsi exprimé : 1 

Jamque per oppositi Princeps declivia montis (a) 
jidvcniens, claram quant nondum viderai urbem 
jispiclty huic populijesti.'um Gaudia nomen 
Imposuete loco : si quidem qui mœnia clara 
Illd parte petunt , ex illo vertice primiim 
Urbem conspiciunt , et te sacra Roma salutant. 

Mais cet auteur se trompe en la raison qu'il rend de 
cette appellation , qu'il avoit veuë dans Othon, qui 
ne s'est servy de ce mot , mons gaudii , que pour ex-* 
primer la petite colline qui est prés de Rome, parus 
terme familier et usité de son temps, et particulière-, 
ment des François , avec lesquels il avoit eu cômmii^ 
nication en son voiage d'outremer, L'auteur du pane* ^ 
gyrique de Berenger a parlé de cette colline i • ' 

Interea Princeps collem , qui prominet urbi, (3l) ^ 

Prœteriens , etc. ' ■ • 

Otton Morena la place vers la porte, à laquelle il^ 
donne le nom de Viridaria, du côté de S. Pierre i" 
Adportam Romasyquœ decitur porta Viridària, çuat'. 
est ex parte S. Petri j versus montem Gaudii venions (4)% 



ï-Tt 



(i) Otho Fris. Lit, de gest. Frid. c. aa. (a) Gunther. l. 4> LigÙF»^ 
initio. — (3) Panegir, Berertg. p, 53. — (4) Otto Mon Landensis^ ^<V * 
^167. : 



SUR L^HISTOIRE DE 8. LOUTS* 233 

Et la chronique du mont Cassin dit que cette colline, 
est celle qui fut appellée par les anciens mont de 
Mars : mùit in occursum ejus in montem Gaudii , qui 
et Martzi (Ucitur (i), etc. De sorte que ces montjoies 
prés de Rome, ne sont autre chose que ces collines 
du Vatican , appellées montes f'^aticani{*i) dans Gice- 
ron , et Vaticani colles dans Festus (3) , au bas des- 
quelles estoit le champ de Mars. L'auteur (4) qui a écrit 
des miracles de saint Foursy, a aussi fait mention de 
ce mons Gaudii prés de Rome. 

Quelques auteurs latins et françois se servent en- 
core de ce mot mons Gaudii en cette signification. 
[Adhemar de Chabanois (5) parle de la montjoie ou 
îolline qui est prés de Limoges. Ceux de Languedoc 
în ont formé leur mongausi pour une petite monta- 
[ne , monticulus. Alain Chartier (6) en divers endroits 
le «es poèmes , pour dire le sommet d'honneur , se 
Tt de ces façons de parler : 

C'est d'honneur la droite Montj oie. 

lilleurs: 

Car Je vjr d'honneur la Montjoie : / 

It plus bas: 

Oestoit Montjoie de doulours. 

doublet (7) remairque que la royale Abbaye de S. Denis 

conservé pour devise de ses armes, ces mots, Montjojc 

Denis. La chronique M S. de France de la biblio- 

Lcque de M. de M esmes donne pour cry au comte de 

(i) Chr. Cass. l. 4» c, 39. — (2) Cicero ad Attic» l. i3, epist. 33. 

(3) Fest. Apud Boland. 16. — (4) Janu. p. 5o. — (5) Ademar, 

p. 173, 272 , apud Labeum M, Chron. Belg. an. 1 160. — (6) Al. 

Ihar. p. 5^9» ^45, 72a , 724- {')) Doublet, aux Antiq. de S. Denys, l, i, 

18. 



5^ 34 DlSS£&TATIÛZfS 

S. Paul, à la bataille de Bovines, Montjoye à Chastûbm, 
qui estoit composé de celuy du Roy, et decelay de 
sa famille. 

Comme les rois de France (i) invoquoient dans 
leur cry d'armes l'assistance de S. Denis, comme le 
principal protecteur de leur royaume ; ainsi les rois 
de Castille imploroient celle de l'apôtre S. Jacques, 
patron tutelaire de leurs états , dont le corps, et 
les prétieuses reliques reposent à Compostelle au 
royaume de Galice , par ce cry, San lago , qu'ils 
crioient dans les combats. La chronique MS. de Ber- 
trand du Guesclin décrivant la guerre d'entre Pierre 
le Cruel roy de Castille, et. Henry le Bâtard, 

Car fay ouy Saint Jacques reclamer et huchier. 

Ils commencèrent à user de ce cry depuis le règne de 
dom Ramir roy de Léon, qui défit plus de soixante 
mille Mores l'an 944 (^)> en la bataille de Clavijo, la- 
quelle il avoit entreprise à la persuasion de ce saint 
qui lui apparut en songe, où il lui promit la vic- 
toire, et de se trouver lui-même au combat, comme 
protecteur de l*Espagne; ce qu'il fit (3), y ayant paru 
monté sur un cheval blanc , avec un étendart de même 
couleur , chargé d'une croix rouge ^ combattant et en- 
courageant les chrétiens. Extunchœc invocatio^ inolevit 
Deus adjuua , etsancle Jacobe (4) , ainsi qu'écrit Roderic 
archevesque de Tolède : quelques auteurs toutefois 
révoquent en doute la vérité de cette histoire (5). * 

(i) Suger. in Lud. f^l. Loisel aux Mem. de Beauvaisy p. 154* 
Froiss, 3. vol. c. 14. — (a) Lud. lYonius in Hisp. — (3) Lucas Tu- 
Jens. in Chr. ara 880. — (4) Roderic. Tolet. l. ^ , c. i3 j Z. 9, c. 16. 
(5) Sandoual au traité de la bat. de Clavijo. Marca au l. 5 de 
rifist. de Bearny c. 7, n. 3. 



S'UR L HISÏOIRE DB S* LODTS. 235 

Les rois d'Angleterre crioient 5. George ^ ainsi que 

nousapprenonsdeFroissarl,deMonstrfelet,etautres(i). 
Thomas de Walsingham parlant d'un combat d'Edouard 
ill, prés de Calais : Rex Eduardus prondh frendens 
nprimoréj etab ird etdolore tarbatus, evaginato gladio^ 
S. Edwardutn , et S. Georgium im^ocai^ît dicens , Hh 
S. Edwarde^ Ha saint George. Robert d'Artois (^), 
combatant en Flandres avec les Anglois contre les 
François, y cria 5. George. Martial de Paris parlant 
de la prise de Pontoise l'an 1437 (3) • 

Quand ils se virent les plus forts , 
Commencèrent à pleine got'ffe, 
Crier tant qu'ils peurent alors : 
Taille gagnée, vive S. George. 

Roger comte de' Sicile (4), fils de Tancrede, le recla- 
ma pareillement dans les combats. La Maison de Vienne 
au duché de Bourgogne crioit Saint Georges au puis'- 
sant Duc. La dévotion des empereurs at des princes a 
esté de tout temps très-grande envers S- George; ils 
l'ont invoqué dans les batailles , et plusieurs d'entre 
eux , ayant ressenti des secours visil)les par son interces- 
sion , lui ôntdi-essé des autels, et bâty des temples (5). 
Les empereui*s d'Orient le représentoient dans l'un de 
leurs xiï étendarts , dont ils se servoient dans les cé- 
rémonies (6); et ceux d'Occident, qui ont eu pareille- 
ment une grande confian<^ en l'intercession de ce Saint 
en ont un qui se porte conjointement avec l'aigle de 
l'empire aux entrées solennelles des Empereurs (7). 

(l) Froiss, Monstrelet. Henry Knighton^p. a5o8.— (a) Chron. de 
Fland. c. 79. — (5) f^igiles de CharL Vlly Gaufr. Malaterra , /. 2 , 
c. 33. — (4) Le Roy d^ armes. — (5) Cedren. Codin. de offic. — 
(6) Chron. Reichersp. p. 2^5. — (7) Ceremon, Rwn. l, g , p. 5o. 



l 



236 DISSERTATIOUS 

Les dauphins de Viennois recevoient l'investiture du 
Dauphiné par Tépée ancienne du Delphinaty et la 
bannière de S. George (i). Les Ethiopiens et les Abys- 
sins Vavoient aussi en grande vénération , comme il 
est remarqué par le Tasso (2). Ceux que l'on appelle 
Géorgiens dans l'Orient, sont ainsi nommez, acause 
que dans les batailles contre les Infidèles ils invoquent 
S. Georges, et parce qu'ils ont une particulière con- 
fiance en son intercession, suivant la remarque du 
cardinal Jacques de Vitry (3) ; laquelle se trouve con- 
firmée par ces vers de Gautier de Mets, tirez de son 
roman intitulé la Mappemonde : 

Celle gent sont boin Crestien , 
Et ont à nom Géorgien : 
Car Saint Georges crient toujours 
En bataille, étés estottrs 
Contre Païens , et si Vaourent 
Sur tous autres , et Vhonnourent, 

L'église Romaine a co&tume de l'invoquer avec S- 
Maurice et S. Sebastien dans les guerres que les Chré- 
tiens ont contre les ennemis de la foy (4). Enfin c'est le* 
patron des chevaliers : et dans les sermens qui se fei- 
soientpar ceux qui dévoient se battre en duel, il y 
est appelle S. Georges Iç bon ches^alier. Lorsqu'on 
faisoit les chevaliers , ils se faisoient Au nom de Dieu 
et de monsieur S. George (5). Un auteur ancien (6) 
remarque que Robert comte de Flandres qui se trouva 
aux premières guerres 'Saintes , fut surnommé /îlius 
Georgiiy parce' qu'il estoit vaillant chevalier. Lés roi& 

(i) -^. Du Ches, en Vhist. des Dauf, — (2) Tasso , Canton, Stanza 
a3. — {3) Jacob, de Vitriaco , /. i,c. 79. Sanut, — (4) Baron, ad Mar- 
tyr. Godefr. Mon an, 1190. — (5) Tagano Patau. Hist. exped^ 
Asiat. Frid, i,io. 5. Canis. — (6) Guido Pap. quest, 6aa. Gesta 
Franc, exp, ffieruSfp, 5jJ^» 



SUR L HISTOIRE BË S. tOVTS. 23*} 

d'Angleterre (i) Font choisi pour patron de Tordre de 
1^ Jarretière , dont le collier porte Timage de ce Saint 
figuré en cavalier délivrant une dame^ preste d'estre 
dévorée d'un serpent : le cardinal Baronius (2) a donné 
la raison pourquoy il est ainsi représenté par FEglise 
Romaine; car les Grecs le figuroient et le dépeignoient 
autrement, ainsiqu* jàtigerius Busbequius (3) a rémarqué. 
Il y a eu encore d'autres ordres érigez sous son nom 
que je passe sous silence , aussi bien que tout ce que 
le sçavant Selden (4) a ramassé sur le sujet de ce Saint. 
Les ducs de Bretagne avoient pour cry Malou , ou 
selon quelques Provinciaux, 5. Malo au riche duc. 
Monstrelet (5) et Berry (6) heraud d'armes en l'His- 
toire de Charles VII disent que les Bretons à la prise 
du Pont de l'Arche l'an i449> crièrent S. Yves Breta- 
gne. L'histoire (7) remarque que Charles duc de Bre- 
tagne, de la maison de Châtillon , portoit une dévotion 
si particulière à ce Saint qu'il voiia d'aller nus pieds 
jusques à l'église de Triguiei^, où son corps repose de- 
puis le lieu de la Rochedarien, où il avoit esté pris en 
bataille. Froissart écrit (8) que Bertrand du Guesclin 
connétable de France et gentilhomme breton, crioit 
S. Yves Guesckn. Le comte de Douglas Escosais dans 
le même Froissart , crioit Douglas S. GilleSy qui estoit 
en vénération parmy les Escossois, particulièrement 
dans Edimbourg capitale d'Escosse. Les Liégeois , dans 
Monstrelet (9) crient 5. Lambert , patron du Liège. 

(1) ITiom. Smith, de rep. Angl. /. i. — (:») Baron, loco cit. — 

(3) Busbeq. in Itiner. p. 58. — (4) f^- Selden tilles of Honors. et ce 

que je remarque surAnn. Comn. A. Du Ches, en VHist. de IHontmor. 

i. 1 , c. 4- — (5) Monstrel, 3. vol. — (6) Berry en VHist. de Charl. 

VU, p. i€8. — (7) Hist. de la Mais, de Chastillon, — (8) Froiss. 

1. vol. c. 220 j a. voL c. 10, 146. — (9) Monstrelet , 1. vol. c. 47. 



a38 Di$s£iit'ATioN« 

Tous les cris de guerre n'estoient pas toujours (fonças 
en termes d'invocation : car souvent ils estoient tirei 
de quelques devises des ancêtres y qui avoient leur 
origine de quelque avi^nture notable , ou de quel* 
ques mots qui marquoient la dignité , ou Tei^oellence dd 
la maison ; Ils estoient lùéme quelquefois tirez des ar^ 
moiries : et le plus ordinairement le simple nom de 
la famille servoit de cry. Nous avons plusieurs exem*- 
pies de la première sorte de ces cris énoncez en forme 
de devises^ tirés pour la plupart de quelque actioo 
généreuse 9 ou de quelque discours de bravade tenus 
dans les occasions de la guerre (i). Ce sont ces cris qui 
sont appeliez par Guibert abbé de Nogent arrogans 
varietas Sigriorum {?.), lorsqu'il parle de nos François 
qui alloient en la guerre sainte : Remotd autem arro-" 
garai varietaJbe signorum > fwmiliCer in bellis fidelitor^ 
que conclamaburU, Deus id vult. Ce qui fait voir Tan* 
tiqnité de ces cris d'armes, et qu ils estoient en usage 
parmy nos François avant les guerres d'Outremer (3)« 
Tel fut. le cry des comtes de Champagne (4) et de San*- 
cerre (5), Passm^ant UMeUlor^ ou Passavant la Thibmit 
qui leur fut si familier^ qu aucuns d'eux le portèrent en 
leur contreseel pour devise , comme l'on peut voir (m un 
SB^u (6) de Thibaut IV, surnommé le posthume ^ qui 
est pendant à une Charte de l'an 1217, dont l'ori- 
ginal est au trésor de S. Martin de Paris , et à une 
autre de l'an \%%i^ qui a esté représenté par M^Perard« 
La vielle chronique de Normandie, après Gasce en son 

(1) M^ià. Mon, Aur. ValL e. 18. <— (a) Guibert, l, 2 , c. i. ^ 
(3) Perard en ses mem, de Bourg, p» 33i. -^ (4) jPitkou ds Ment, def 
Connus de Champ* p. $70. — (5) HLst. de JUfontmor. l* i, e. 4.-^ 
(6) PhU, Monetf eu son TrûiUf des nrmoir. 



^Xjn LHISTOIEE DE S. LOtltS* âSg 

roman ^ donne aussi à Thibaud I dit le Tricheur comte 
de Chartres le cry de Passavant au combat qu'il fit 
contre Richard I duc de Normandie , sur la rivière 
cTÂrque : je réduis encore sous cette espëce de cris de 
guerre les suivans : le cry de la maison de M ontoison 
en Dauphinéy A la recausse Montoison , que Philibert 
de Clermont seigneur de Montoison obtint du roy 
Caries VIII en la bataille de Fournouè\ ainsi qu'il est 
amplement rapporté par un auteur de ce temps (i). 
Celuy des ducs de Brabant, Lembourg a cehtf qui l'a 
conquis (2)^ que Jean I duc de Brabant prit api'â avoir 
conquis le duché de Limbourg^ qui lui estoit disputé 
parle oomte de Gueldres, qu'il défit en la bataille de 
Waronckl'an 1288.. Car les ducs de Brabant avoient 
avant ce temps-là pour cry Louv^ain au riche duc (3). 
Le cry de la maison d'Anglure, Saladin ou Damas, 
dont l'origine est racontée par Papire Masson en l'e- 
loge du seigneur de Givry. Mais je serois trop long , 
si par une curieuse re>(^rche j'enireprenois de m'é- 
tecuire sur l'origine et le sujet de ces cris : c^est pour* 
quoy je me contenteray d'en faire le dénombrement 
suivant la distinction que j'ay établie fîyndessus. 

La maison de Chauvigny en Berry , suivant l'auteur 
du roy d'armes , avoitpour cry, ckeivtliers pleiii^ent(^); 
Mais un Provincial MS. dit que le seigneur de Chau- 
vigny crie Hierusàlem, plainement. 

Le seigneur de la dhasti^ , à V aurait des bons che-^ 
valiers. 

Le seigneur de Calant , au peigne d'or* 

(i) Hilarion de la Coste , aux Eloges des Daufins , p. 3, 4« — 
(a) Chron. de Flandr. c. ag. — (3) Hist. de la Maison de Chastitton , 
2. 3 , c. 8. — (4) Rof d'armes. 



tà/^O OISSEKTÀTIONS 

. Salvaing-Boissieu en Dauphiné^ à Salvaing le plug 
Gorgius. 

Y SLudenay y au bruit (i), 

La maison de Savoy e, crioit quelquefois Savoy Cy quel- 
quefois «S. Maurice , et souvent bonnes nouvelles (2). 

Le seigneur de Rosière en Barrois, grand joye* 

Le vicomte de Villenoir en Berry , à la belle. 

Le seigneur de CLasteauvillain ^ Chastel^ilain à 
l'arbre d'or. 

Le seigneur dTîtemac, main droiue. 

Le seigneur de Neufchastel en Suisse j espinari à 
l'escosse. 

Le seigneur de Waurins en Flandres , mains que le 
pas. 

Le seigneur de Kercournadeck en Bretagne en diex 
est (3). 

Ceux de "R^v aufeu, au feu. 

Ceux de Prie , cans d'oiseaux. 

Ceux de Buves en Artois y bui^es tost assis. 

La maison de Molac^ gric à Molac^ qui sign^^ 
silence (4). 

Messire Simon Morbier, grand maistre dliostel de 
la reine de France (ce sont les termes d'un Provincial) 
prevost de Paris sous Charles VI, et. grand [artisan 
des Anglois, crioit, Morhier de l'extrait des Preux 
(5). 

Les chevaliers du S. Esprit au droit désir , autre- 
ment de Yenneu ou del Nodo , instituez par Louys de 
Tarente roy de Sicile le jour de la Pentecoste l'an 

(i) La Colomhiere. — (2) M. Guichenon , p. 140. — (3) La Co 
lombiere, — (4) Science Héroïque. *- (5) Provincial MS* 



StR L HISTOIRE DE 8. LOtJTS* ^4^ 

l352, après avoir crie le cry de leurs familles, crîoîent 
le cry de l'ordre, qui estoit au droit désir (i). 

Les anciens seigneurs de Préaux en Normandie 
avoient pour cry , César Auguste (2). 

Il y avoit de ces cris de guerre qui marquoient la 
dignité annexée à la famille, dont le prince ou seigneur 
estoit issu. Ainsi les premiers ducs de Bourgogne avoient 
pour cry Chastillon au noble duc ; les ducs de Brabant, 
Louvfcdn au riche duc (3); le duc de Bretagne, S. 
Malo au riche duc (4) ; le comte de Mœurs, Mœurs 
au comte ; les comtes de Hainault, HainaXiltau noble 
comte, ou Hainault simplement, dans la ctronique 
de Flandres ; les comtes dauphins d'Auvergne , Cler* 
mont au dauphin d'Au\fergne; les ducs de Milan , dans 
Froissart , Pa\fie au seigneur de Milan (5). Penerus 
parlant du comte de Los , Clamans tertib titulum sui 
comitatus , scilicet Loz , audacter hostium cuneos pe- 
netras^it. Les anciens comtes d'Anjou crioient f^alie(6), 
qui est le nom d'un, pays voisin du comté d'Anjou , que 
l'on nomme vallée , ouest Beaufort. Philippes Mouskes 
en la vie de Charles le Simple, parlant des Normans r 

Lors s'en alérent à gens tantes^ 
Qu'ils arsent la cité de Nantes , 
Touraine, et Angers ^ et Ango 
Le Mans , et P^alie et PoUo. 

Il y en avoit qui estoient tirez de quelques epithetes^ 
d'honneur attribuez aux familles. Ainsi la maison de 
Bousies en Hainault crioit Bousies au bon fier ; les 
seigneurs de Maldenghen en Flandres, Maldenghen 

(1) Le Feron, Ordonnances MS. dudit Ordre. — (a) Traité MS, 
des armes des familles de Norm. esteintes. — (3) Chron. de Flandé 
c.6^.^ (4) Froiss. i. vol. c. 63. — » (5) Froiss. 4- vol. c. a5. — (6) 
Chapeauill. in not.ad jEgid. aur. Vall. Mon. c» m. 

3. i6 



^^4^ DXSSERTATlOjrs 

la loiale; les ^gaeurs de Coucy en Picardie ^ Caucy 
à la merveille , ou ^lon d'autre» , place à Ja ban- 
nière ; les seigneurs de Vilain iasus îles Ckasteliaios de 
Gand , Gand à VUam sans reproche (i). 

On ea resa^rque d'uuti^jes lârez et estimai ts Aa blason 
<les ai^fiies 4e la familie : tel estoit le oy <ies comtes de 
Flandres y Flandres au Jyon ; «ert: oeloi de la maison de 
Waudripont en Hainault, cul à cul Wcmdripont, 
parce <c[uteUe p4M:*te en armes deux lyons adosses. 

Quelques |iriBOés fiarvenus à des roy^usKS, ou 
principauteiK «eimeraines.^ .pour marquer Torigiae de 
leur arnoieiuie .esti^action , •ea ont xsonservé la mémoire 
|>ar le «nom de leur ?£uQaîUe , idont ils estoient issus , 
qu'Us ont pris f>oiir cay d*armes. C'est pour cela que 
les rois de Navaive.^ si nous croycMis Afidrë Fairyii {%\ 
a voient pourcry de guerre , Megorre , Begorme, coamie 
issus ^etpnenans leur extraction des anciens comtes de 
Bigorre. Jean «de fiaôlleal roy jd'Ëcosse retiiU; teàjonrs 
le cry*(de «a makon^ MeUiaœat ^n Pomieu (3)^ ^ 
«est une baronnieisituée au comté xle f ootieu, laquelle 
•lui appartenoit de son propre y avec les seigneuries ide 
Bailleul en Vimeu, et de Harjioy , ^ qui est à présent 
en la maison de Rouhaut-Gamadies : d'où on recueille 
l'erreur de Nicolas Vigner (4) en sa bibliothèque bisto- 
riale , de la Croix-du-M aine en sa bibliothèque fran- 
co ise (5), et de î)enis Sauvage sur la chronique de 
'Flandres (6) , qui ont crû que ce Roy estoit seigneur 
de ïïarcourt en Normandie, Tayant confondu avec 
'Hëllicourt , qui est au comté de Pontieu. Dans Frois- 

{i) Hist.de la liaison de GancZ.— (a) A, Favyn, — (3) Proumc, 
MS» — (4) F'ignier sous Van 1286. — (5) Bihlioth, Franc, p, Sa^ 
— (6) Chron, de FUmdrea p. 85. 



SUR l/uiSTOIRE DE S. LOUTS. ^43 

sart le oomte de Derby , de la maison de Lancastre ^ 
crie Lançastre au çomtie Derhy (i). 

Souvent les rois et les prino^ ont crié le nom de la 
capitale de leurs états. L'^mperem* Qtbon à la bataille 
de Bovines cria Rome; Philipp«$ Moiii&kiçs: 

lÀ RoU Othe peur son roeMm 
Cria Roumc trois fais s* enseigne ^ 
Si corne proesse li enseigne (a). 

Ottocar rojr 4e Bohême en un combat contre les AUç» 
mans cria Prague, Prague (i); le$ ducs dp Brab^o;t 
cri oient Louuain , comme j'ay déjà remarqué. Le camtç 
Raymond de S. Gilles , en la première guerre d'outre- 
mer, crioit Tolose , et acclamata Tolosa, çuod erat 
signum comitis , discessit (4) > dit Raymond d* Agiles j 
et Willebrand d'Oldenbourg écrit que les rois d'ar- 
menie crioient Ncu^ers ou Navarzan^ qui estoit }e nop^ 
d'un fort château d'Ârmenie (5). 

Les communes crioient ordinairement Iç nom de l^ 
ville principale de leur contrée. Les Normans à^Jx^ 
Philippes Mouskes crient Jiouën, les Gascons, JSçr'^ 
deaux. 

Et Ruen escrient li ^ormant{(S) , 
Bretagne huçeiU U Breton , 
RourfUoMP et BUtves li Oasçon» 

Les Avalois, qui sont c^iw ^6 twixom de Cologne^ 
terme que Sauvage n'a pas entendu en la chronique 
de Flandres (7), crièrent à la bataille djç Bovines ^ 
suivant le même poëte, Cologne: 

Li Asfalois crient Coulogne. 

(i) Froiss, I, vol. c. 3a. — (a) Philippes de ÂfousL — (3) Hist. 
Aust. an. layS , p. 339. — (4) R^» d* Agiles, p, \^o. — (5) îVillebr, 
d'Oldenb. in itiner. Terr. Sanct. p. i3€^, i4o« Il Loredan. l. 5, p. a33. 
— ^6) Phil. de Mousk. en la vie de CharUmagne, — (7) Chron. d^ 
Fland. c. lo. 

16. 



!i44 DISSERTATIONS 

Les :Flameiis révoltez contre leur prince , dont les 
principaux estoient ceux de Gand, crioient Gmtdj 
Gand, suivant Froissait (i). 

. Mais pour le plus souvent le cry d'armes- estoit le 
nom de la maison ; d'où vient que nous lisons presque 
à toutes rencontres dans les Provinciaux , ou recueils 
de blasons , il porte de etc. et crie son nom. C'est à- 
dire que le cry d'armes est semblable au nom de la 
famille. Dans Froissart, le seigneur de Roye crie, 
Roye au seigneur de Roye (2).Guillebert de Bernevillè 
en l'une de ses chansons parlant d'Erard de Valéry : 

Va sans t'arrester (3) 
" Erard saluer. 
Qui Valéry crie. -, ' 

Ainsi le comte de Montfort en la guerre contre 
les Albigeois crioit Montfort, comme Pierre Moine 
du Vaux de Sarnay (4) nous l'apprend, et après luy 
Philippes Mouskes. Roderic de Tolède parlant de 
celuy qui port oit l'étendart du comte Gomez en la 
bataille contre le roy d'Arragon : Miles quidam, de 
domo Oleœ , qui vexillum comitis in sud acie prœfé- 
rebat, occisso equo, ad terram cecidit, et ampulatis 
manihus, solis hrachiis vexillum tenens non cessahat, 
Oleam , Oleam fortiter inclamare (5). 

(i) Froiss, a. vol. c. 97, 98, ilfl. — (a) Froiss. i. vol. c. ao8, 
aog. — (3) GuUl. de BemewiU. — (4) Pet. Vàll Sam. in Hist. Al- 
igne 4o , 58. — (5) Roder. Toi. l. 7, de Eeb, Hisp. c, 2. 



». X 



SUR l'histoire de s. louts. 24^ 



DE L'USAGE DU CRY D'ARMES. 



1 ous les gentils-hommes et tous les nobles n'avoient 
pas le (iroit du cry d'armes : c'estoit un privilège qui 
n'appartenoit qu'à ceux qui estoient chefs ou conduc- 
teurs de troupes, et qui avoient bannière dans l'ar- 
mée. C'est pourquoy ceux-là (i) ont raison, qui entre 
les prérogatives du chevalier bannere|t, y mettent 
celle d'avoir cry d'armes : d'autant que le cry ser- 
voit proprement à animer ceux qui estoient sous la 
conduite d'un chef, et à les rallier dans^ le besoin. 
De sorte qu'il arrivoit que dans une armëe il y avoit 
autant de cris comme il y avoit de bannières, chaque 
cry estant pour le particulier de chaque compagnie , 
troupe , ou brigade , ou pour parler en termes du 
temps, de chaque route. D'où vient que Guillaume 
Guiart se seit du terme de crier bannière en l'an i igS ; 

Et r'oïssiez crier Montjoie , 

Que la bataille ne remaingne 

Saint Pot, Ponti, Drues, Champaigne^ 

Melun , Bourgoingne , Ferrieres , 

Et autres dii>er$es bannières. 

Froissart et les autres usent des termes de crier les 
enseignes, comme j'ay remarqué. 

Mais outre ces cris particuliers il y en avoit un qui 
estoit général pour toute l'armée, différent du mot du 
guet , lequel cry estoit ordinairement le cry de la 
maison du général de l'armée, et de celuy qui com- 

(1) jé. Favyn au TheaXre d* Honneur^ l, t , p* 24. 



^46 DISSERTATIONS 

mandoit aux troupes , si ce n'est que le roy y fust en- 
personne : car alors le cry général estoit celuy du 
Roy. Ce que nous apprenons de » roisôart^ écrivant de 
la bataille de Cocherel (i). «Quand ceux de France 
« eurent toutes ordonnées leurs batailles à leurs ad- 
« vis , et que chascun sçavoit quelle chose il devoît 
•t faire, ils parlèrent entre eux , et regardèrent longue* 
« ment quel cry pour la journée ils crieroicnt, et à 
« quelle bannière, ou pennon ils se trairoient* Sî 
c furent grand temps sur tel estât que de crier Nostre 
<t Dame Auxerre , et de feire le comte d' Auxerre lewr 
« souverain pour ce jour: mais le ledit comte ne s*y vou» 
« lut oncques acorder, ains s'excusa moult gàiérease*' 
« ment , disant , Messeigneurs , grand mercy de Thon- 
ce neur que me portez et voulez faire; mais quant à 
« môy je ne veux point cette charge, car je suis en-* 
ff core trop jeune pour encharger si grand fais, et tel 
« honneur, cai' c'est la jMremiere jouraée arrêtée où je 
« fus oncques. C'est pourquoi vous prendrez un. autre 
« que moy : icy avez plusieurs bons chevaliers, comme 
« Monseigneur Bertrand du Guesclin , etc. » Et peu 
après (a) : « si fut ordonné dVm commun accord qu'on 
« crieroit Nostre Dame Guesclin , et qu'on s'ordon- 
« neroit cette journée du tout par ledit Messire Ber- 
ce ti*and. » Le même Froissart (3) fait encore cette re- 
marque ailleurs touchant le cry général , en ces termes : 
«c Adonc prirent un cry les Escossois, et me semble que 
ce tous dévoient crier, Douglas S. Gilles. » Et au troi- 
sième volume : c< Là eurent-ils parlement pour sçavoir 
« quel cry ils crieroient; on voulut prendre le cry Mes-' 

(i) Froiss. I. vol. c. 162. a vol. c. laa. — {1) Froiss, i. T/oh e, 
î aa. — (3) a. vol. c. lo. 



SUR I^UISTOIRE DE S. LOUTS. Utê^ 

« sire Ber tpamd, mois il ne le voulut phie : et enco^i»^ plus, 
(c itdit<p>'il ne bouteroit ja hors ce joi»"l)»<imeFey ne^petH 
R ncm^ mais se vonloit conbatti^e dessous' là bannières 
<t de M^ssîre Jean de Bù«it (i ). »> Quelquefbis it y avdit 
deux cris:giéntfratt2Ldaii9 «n^ âiëintô*afm^ ; mais- c'estoit 
lorsqu'elle efstoit coèfiposëe' de* àëiA» dilferentes natiotts. 
Ainsi en I» iKilaiHe qui fiit dcrmiée emtre le bâtard* 
Henry (SrGdstille^ et k'coy dbfâ Pieti'e, on cria de la 
part des^ Espagnols y CasêUle au roy Henry , et de la 
part de» François^ qifti estoienff a« secours, et dans Far- 
m^e dd màne Henry, sous^la conduite de Bertrand du 
Guesdw, on ma Nostre Dame Gueselin (2). 

Souvent toiMefois dan^ le» batailles on erioit fe cry 
du prince , q«oy ^fo?îl n'y fuet pas préisetht. La chronique 
die Ftandres^ (3-) iraccmtaiit un^^ cc^nbat qui Ait donnté en 
Gascongive entre te comto d'Artrâ, général du* roy 
PbîHppe» leBiel , et les Gascons et les Angleis, le comte 
de Foix, qui eBtoit feint aux troupes (te France ^'^i^^t/if a 
et cria M&ntf4>ie k kauÉ& vmx, et assemèta à ses' enne- 
mis. En la bataille de Furnes Fan 1 2:97, le même comte 
d'Artois y cria encore Monijoie. Il est vray que le cry 
des comtes d'Artois estok aussi Monijoie, comme il 
sera dit cy-aprës ; ce qui pourront faire douter que l'on 
ait alors crié son cry, plutôt qtbe celui du roy. Quoy 
qu'il en soit , oa peut fustifierpar qjuelques passages de 
Monstrelet, et autres, que l'o» a souvent crié le cry du\ 
roy de France en son absence. Mais quaiift au cry dm 
banneret, il ne se erioit point en son absence ,. qu<^ 
que ses troupes fussent en l'armée ; eosune aoii» apr 
prenons de Froissart (4). 

(i^ Ffioissarty3. vol.c. yS. — {i)FroUs, i.vol. c. a45. "—(3') Chron. 
de Fland. c. 34, 36. — (4) Froiss. a. vol, c. iî6, 117. 



^48 DISSERTATIONS 

Le cry gênerai se prononçoit unanimement par tous 
les soldats en même temps, et avant que de venir aux 
mains avec les ennemis , ou plutôt dans l'instant de la 
mêlée , et lorsqu'on s'approchoit de prés : ce qui se fai- 
soit, tant pour implorer l'assistance du dieu des armées 
par des cris et des termes d'invocation, que pour s'a- 
nimer les uns les autres à combattre vaillamment, et 
à défendre l'honneur et la réputation du général. Ces 
cris se poussoient avec vigueur et avec alegresse, qui 
marquoient tout éloignement de frayeur et de crainte : 
d'où vient que Godefroy moine de Pantaleon de Colo- 
gne dit qu'à la mort d'un certain seigneur Alleman qui 
fut tné par les Turcs, Omnes clamorem beliicum mu- 
tauerunt in vocem flenlium (i). Aussi Conrad ablié 
4'Usperge prend ces cris pour des marques d'arrogai\cè, 
Aquitani mox genitali tumentes fastu Sjmbola conclor 
mant (2), etc. Aussi bien que Guibert quand il dit, 
Arrogans signorum varietas (3). Tudebodus parlant du 
siège d'Antioche témoigne quecescris seprononçoieht 
gaiement. Cœperunt jocundd voce clamare Deus hoc 
^ult(J^). Dans Guillaume Gujart en l'an 11 91 : 

Lorsfu Montjoic redbaudie. 

Je pourrois confirmer cet usage des cris par un 
grand nombre d'autoritez (5), n'étoit que je crains 
d'ennuier le lecteur par une déduction d'une chose 
commune , et qui se trouve à toutes rencontres dans les 
histoires du moyen temps. Je remarque seulement que 
cette coutume ne nous a pas esté particulière , et que 
les peuples les plus barbares l'ont pratiquée à même 

(i) Godef. Mon. an. 1190. — (2) Ahhas Usp. an, 1101. — (3) Gui- 
hert. — (4) Tudebod. Z. 3, p. 793.— (5) Fulch. Car. Z. a, c. 10, ai : 
f. 3> c. 4a, 4^ , 5o. Froiss. a. vol, c. 975 3. vol. c. 3a , etc. 



SUR L^HISTOIRE DE S. LOUTS. ^49 

fin. Joseph à Costa raconte (i) qu en la bataille que 
les Mexicains livrèrent aux Tapanecas, sous la conduite 
du roy Iscoalt, et du fameux capitaine Tsacaèllec, le 
signal ayant esté donné ils vinrent fondre avec allégresse 
sur leurs ennemis, crians tous d'une voix Mexique y 
Mexique j se remettans en mémoire par ces mots la 
vertu et l'ancienne gloire des Mexicains, pour la dé- 
fense de laquelle ils ne dévoient pas épargner ni leurs 
corps, ni leurs vies. 

Aux assauts des villes , et lorsqu'on montoit à l'esca- 
lade, on crioit ordinairement le cry général (2). A 
celuy d'Antioche les pèlerins crièrent Dieu le veult (3) : 
à celui de Hierusalem , les mêmes y crièrent Deus ad- 
juv^a (4), Deus vulu (5); à Tassatit de Rosse en la 
Macédoine les soldats de Raymond comte de S. Gilles 
crièrent Tolose (6); à celuy de Rome les soldats de 
Robert Gutchard duc de la PouïUe montèrent à l'esca- 
lade , Guiscardum clamoribus ingeminando (7). Ainsi à 
la prise de la ville de Luxembourg par les Bourgui- 
gnons, les soldats y crièrent Bourgongne y comme té- 
moignent quelques vers MSS. faits en ce temps-là : 

Neantmnins par subtile manière , 

Prit -on la ville en toutes parts , 

Et au prendre eut maintes bannières 

Desploiées , et tant d'estendars , 

Tant de glaiv^es et tant de dars , 

De lances en la compagnie, • 

Qu*ils boutèrent hors les soldats , 

En haut criant ville gagnie. 

(1) Jos à Costa en l'Hist. des Indes j l.ij ,c. i3. — (a) Froiss. 3 . voi. 
e, loa. — (3) Fulcher. l, i, c. 9. Guibert. l. 5 , c. 5. Gest, Franc, exp. 
Hier. l. i, c. 19. Tudebod. l. 3, p. 793. — (4) Gest. Fr. exp. Hier, l! 
1 , c. 26. — (5) Fulcher. /. 1 , c. 18. — (6) Ray n, éC Agiles , p. i4o. — 
(7) Malater. l.Z,c. 37. 



a5o DISSERTATIONS 

Puis pour au chef de la besengnê 
Aceroistre le nom en tous lieux , 
Crioient Bourgongne , Bourgongne , 
Trestous ensemble qui mieux mieux. 

Le cry général ^ aussi bien que le particulier^ sewoii: 
encore aux soldats pour se reconnottre dans la mêlée. 
Nous en avons un exemple dans Brunon^ au livre (ga'il 
a fait de la guerre de Saxe (i). Ibi guidam de nostrif 
adi^ersarium sibi v>idens obvium , velut suum salutavit 
socium, dicensj Saitcte Petre , quod nofnen Saxones 
pro sjmholo tenebant omnes in ore^ lUe i^erb nimiànt 
superbus , et tantum deridere nonien exorsus ^ in ejm 1 
vertice librato mucrone; hœcy inquit, Ubi tuus Petrus^ 
mîttit pro munere, eic. L'on se sert aujourd'bay du 
terme, Qui i^i^e. Mais comme le cry estoit canna» éga- 
lement -des deux partis, il arrivoit souvent que les en- 
nemis s'en prévaloient, et, lorsqu'ils estoient en péril 
de leurs personnes, ils crioient le cry de leur en- 
nemy, et, à sa faveur, s'évadoient. Pierre, moine de 
Vaux de Sarnay, en cotte deux exemples ^ en son- his- 
toire des Albigeois : Dominiun etiam Cabareti Petrum 
Rogerium bis 9el ter cepissent , sed ipse cum nostris 
cœpit clamare, Monsfortis j Monsforiis , prœ timoré, 
ac si noster es set , sicque evadens etfugiens rediit Ca- 
baretum. Et ailleurs : Fugientes hostes prœ timoré 
mortis exclamabant fortiter Monsforiis , Monsforùs 
ut sic sefingerent esse de nostris , et manus persequen- 
tium ev^aderent arte tali, etc (2). 
. Quant au cry particulier, il estoit ordinairement 
prononcé par les chefs, pour animer, dans la mêlée, 

(i) Bruno de hello Sax. p. 137. — (a) Petr. Mon. Vall, San 
c. 4o, 57. 



SUR L*HI8TOlKE DE S* LOUTS. 25x 

Jes troupes qui estoient sou» leur conduite ^ et le plus 
souvent par le chef même , ou celui qui portoit sa bsoiv 
niere^ qui mjtrchaîi devant Ivtj^ afin de le» porter par 
les crjs d'aU^resse à la d^endre couragemsement^ La 
chronique de Bertrand du Guesclin : 

•^^ iùr» étia gentemeHê 
Son enseigne et wûn cry pour reêjeuîr Ma gfint. 

Guillaume Guiart, en Fan lao^ : 

Lijtos des François ^ui apfùnhe 
Les a en cHam envahis ^ 
A eusy À eus y il sont trahis^ 
De toutes parts Montjoie huchent 
A V assembler tant en trébuchent. 

Le roman de Garin : 

Crient Montjoie por hr gent esbaudir. 

Ailleurs : 

Bologne escrie por les siens esbaudir. 

Que y s'il arrivoit qu'un chevalier banneret commandât 
à plusieurs bannières ^ ou compagnie»^ comme le plus 
ancien, ou le plus qualifié, et qu'il fast envoie pour 
attaquer, ou défendre une place, ou Contre des troupes 
ennemies, alors le cry de ce banneret estoit général 
pour tous ceux qui estoient sous sa conduite. Froissart 
en fournit quelques exemples (i). 

Comme le principal usage des cris de guerre , estoit 
de les pousser avec vigueur , et quelque sorte d'allé- 
gresse, dans les attaques et dans les occasions, où la 
bonne fortune sembloit favoriser poui' animer davan- 
tage les soldats contre leurs ennemis : ainsi, lorsqu'un 
chef estoit en péril, pour estre vivement attaqué ou 
environné de tous cotez, et hors de pouvoir de se ti- 

(i) Froiss. i,vol. c. ao8, aog. 



aSa DISSERTATIONS 

rer sans l'assistance des siens , luy-méme, ou ceux 
qui estoient prés de luy, crioient son cry, afin d'atti- 
rer du secours de toutes parts pour le venir dégager. 
Raymond d'Agiles : Tandem exclamauimus signum 
solitum in necessitatibus nostris , Deus adjm^a , Deus 
adjuva (i). Ainsi^ Robert, duc de Normandie , après 
la prise de Nicée, voyant ses troupes vivement re- 
poussées par les Turcs , faisant tourner bride à son 
cheval, et tenant en sa main une enseigne dorée, cria 
le cry des Pèlerins, Dieu le ueutj et, parce moyen, 
les rassura. Robertiis Monachus : Et nisi citb cornes 
Normannus aurewn v^exillum in dextrd s^ibrans eqmim 
cony^eriisset , et geminatis v^ocibus militare signum, 
Deus vult, Deus v^ult, exclamasset , nostris illa dies 
nimis exitiabilis esset (2). Ce que Gilon de Paris a 
ainsi exprimé : 

£t nisi dum Jugèrent, dum palmam penè tenerent (3) 
Turci vincentes, se conuertisset in hostes , 
Dux JYormannorum, Signum clamando suorum , 
Lux ea plenamalis nostris foret exitialis. 

De méihes dans Guillaume Guiart, en l'an 1207,1e 
comte de Montfort estant en péril de sa personne, 
appella ses gens à son aide parle cry de Montjoie: 

Douteus de mort prent à crier , 
Pour sa gent vers lui rallier , 
Qu'il a adonc soultaidiez 
Montjoie Saint Denys aidiez , 
Vray Diex en qui nous nous fion 
Secourez vostre Champion. 
François qui les cris en entendent , 
Grant erre cela part destendent. 

(i) Raymond d! Agiles, p. i63. — (a) Roh. Monachus, l. 3.— (3) GiU 
Par* l. 4> gest. viœ Hieros. 



SUR LHISTOIRE DE S. LOUTS. ^53 

La chronique MS. de Bertrand du Guesclin : 

S'enseigne , va criant pour avoir le secours . 

Proissaii: , parlant du comte de Derby , « Et s'avança 
« si avant du premier assaut qu*il fut mis par terre , 
« et là luy fut monseigneur de Mauny bon confort : 
<c car par appertise d'armes, il le i éleva, et osta de 
« tous périls, en escriant Lencastre au comte 
« d'Erby (i) ». Et ailleurs parlant du comte de 
Flandres, qiii estoit descendu au marché de Bruges, 
pour faire teste aux Gantois, qui avoient pris la 
ville, dit qu'il y eiitroit à grande foison de falots, 
en criant, Flandres au Lyon au comte (2). D'Or- 
ronvilleen la vie de Louys III, duc de Bourbon, ra- 
conte que ce duc faisant armes en une mine au siège 
deVertueil contre Renaut de Montferrand, un des 
siens qui apprehendoit pour la personne de ce prince , 
s'escria ; Bourbon , Bourbon Nostre Dame (3) ^ au 
quel cry Renaut ayant reconnu qu'il avoit affaire au 
duc de Bourbon, se retira et s'excusa envers luy^! 
Nous avons quelque chose de semblable en l'histoire 
du maréchal Boucicault (4), et dans Monstrelet (5). 
Philippes Auguste, selon la chronique de Flandres, en 
la bataille de Bovines, ayant eu son cheval abatu ou 
tué sous luy. Cria Montjoie à Tiaute voix j et fut aussi- 
tost remonté sur un autre destrier (6). La même 
chronique parlant du siège de Damiete entrepris par 
S. Louys : « Quand les chrestiens virent le Roy s'aban- 
cc donner, tous saillirent hors des nefs, prirent terre, 
« et crièrent tous à haute voix, Montjoie S. De- 

(i) Froiss. 1. vol. c. 3a. — (2) 2. vol. c, 98. — (3) D'Orronv, c. 
5o. — (4) Hist. de Boucic. 1. part. c. 17. Froiss. 3. vol, c. 3i> •— 
(5) Monstr. sous Pan 1437 , p, 35* (6) Chron. de Fland, ch. i5. 



a54 DISSERTATIONS 

« nys (i) )i. En }a b^taîUe à^ M ons en Puelle Tan 1 3o4 
le roy Philippe^ le Pel voyant « Que les Flamens 
ce avoient jà tué deux bourgeois de Paris , qui à son 
a frein estoient, et messire Gilbert de Chevreuse qui 
ce jgisoit mort devant luy , Foriflambe entre ses bras, 
« s'escria le noble roy : Montjoie S. Denys, et se 
« ferit en Testour. » TeU cris estoient appeliez , cris à 
la recousse ; ainsi que Froissart nous enseigne en plu- 
sieurs endroits (2) : « Quand les François les virent i&- 
<c sir, et ils ouïrent crier Mauny à la recousse , ils re- 
<c connurent bien qu^ils estoient trahis. » Et ailleurs , 
là crièrent leurs cris à la recousse. E^ conime par 
les cris on faisoit venir du secours , il en arrivoit 
quelquefois inconvénient , spécialement dans les que- 
relles particulières, oh ceux qui se battoient crioient 
les cris de leurs seigneurs, afin d'attirer par ce moyen 
à eux ceux de leur party et de leur brigade. Ce qui 
donna occasion à Tempereur Frédéric I, en ses cons- 
titutions militaires de faire celle-cy : «Si alter cwn al-- 
tero rixatus fuerit , neuter débet vociferari signa cas- 
trorum, ne indesui concitentur adpugnam (3). Et cette 
autre; Nemo vociferahitur signo castrprum, nisi çuœ^ 
rendo hospiùum suum (4). 

Non seulement on cï*ioit le cry général au commen- 
cement de la bataille, mais encore chaque soldat 
crioit le cry de son capitaine, et chaque cavalier celuy 
de son banneret, d'où vient que Guillaume le Breton 
voulant dire que la bataille n'estoit pas encore com- 
mencée , se sert xle cette façon de parler , 

(i) Chrotif. de Flandr, c. i5, a3.y 44- — (9) Froiss. x. vqL c. i5i , 
223; 2, voLc, 162^ 3..vo^. c. i5. (3) Madeyic. tUgest. FntL L 3, c. 26. 
(4) Gunther. L 7. Lifftr. /i. i58. 



SUR l'uistoire de s. I^OUTS. !|55 
N^ec dum vox alla sonahaU (i) 

Froissart parlant du combat qui se fit au Pont à Co- 
mines Tan iSSs, et racontant comme une petite troupe 
de cavaliers François attaqua un grand nombre de Fia* 
mens, sous la conduite du maréchal de Sancerre, ëcrit 
que ce maréchal , avant le combat leur tint ces pa- 
roles (2) : « Tenons-nous icy tous ensemble , et atten- 
« dons tant qu'il soit jour , et que nous voyons devant 
ce nous les Flamens, qui sont à leur fort à leur advan- 
ce tage pour nous assaillir y et quand ils viendront, nous 
« crierons nos cris tous d'une voix , chascun son cry 
« ou le cry de son seigneur à qui il est ; jaçoit que 
« tous les seigneurs ne soient pas icy : par cette voix 
« et cris nous les esbaliirons, et puis frapperons en 
« eux de grande volonté. » Et au chapitre suivant: 
« Si dirent entre eux quand ils viendront sur nous (ils 
« ne peuvent sçavoir quel nombre de gens nous 
ce sommes) chascun s'écrie quand viendra à assaillir 
c< l'enseigne de son seigneur dessous qui il est, jaçoit 
et que il ne soit pas icy, et le cry que nous ferons, et 
« la voix que nous entre euxespanderons, les esbahira 
c( tellement qu'ils s'en devront desconfire, avec ce nous 
c( les recueillerons aux lances et aux espées. » Puis 
parlant du combat: c< Là crioit-on S. Py, Laval, San- 
c< cerre, Anguien, et autres cris qu'ils crièrent dont il 
« avoit gendarmes. » La chronique de Flandres rap- 
.portant la rencontre prés de Ravemberg en Flandres , 
vers l'an i3o3 (3). c< Aussi-tost que le comte Othe (de 
ce Bourgongne) et les autres hauts hommes les virent 

(1) WiUel. Brito, l. a. Fhilipp. — {1) Froiss, 2, vl.e. 116 y 117. 
— 13) Chron, de Flandr, c. 43,44- 



256 ElISSE&TÀTlONâ 

« approcher, incontinent ferirent à eux chascun criatit 
<c son cry à haute voix, et commença l'estour mult 
<c crueux. » Et ailleurs parlant de la bataille du Pont 
à Vendin en la même année : « Quand les François les 
ce eurent apperceus si ferirent en eux, crians leurs 
« cris à haute voix. » La chronique M S. de Bertrand 
du Guesclin : ' 

François montent à mont , chascun crie son cry» 

On crioit encore le cry des chevaliers dans les occa- 
sions des tournois , lorsque les chevaliers tournoyans 
estoient prêts d'entrer en lice , et au combat. Les or- 
donnances du tournoy dressées par René d'Anjou roy 
de Sicile (i) : « Et cela fait, criera ledit roy d'armes 
ce par le commandement des juges par trois grandes 
et hallenées, et trois grandes reposées, couppez cordes, 
ce et hurtez batailles quand vous voudrez ; et lorsque 
« le troisième cry sera fait ceux qui seront ordonnez 
ce à cordes coupper, les coupperont : et adonc crie- 
c< ront ceux qui porteront les bannières , avec les ser- 
c< viteurs à pied et à cheval, les cris chascun de leurs 
ce maistres tournoyans. Puis les deux batailles se as- 
ce sembleront, et se combatteront tant si longuement , 
ce et jusques à ce que les trompettes sonneront la rê- 
ce traitte par l'ordonnance des juges. » George Châ- 
tellain en fournit divers exemples en l'histoire de 
Jacques de Lalain (2) chevalier de la toison d'or. On 
crioit aussi le cry du seigneur prédominant, lorsqu'on 
arboroit la bannière au château de son vassal , quand 
il luy faisoit hommage. Un titre de l'an 1245, conte- 
nant l'hommage dé Signis veuve de Centulle comte 

(1) La Colomb, au Theatr. d'honn. i. vol. c. 5. p. 75.— (2) Ch> 
12, 20. 



SUE L^UISTOIRE DE 8. LOUT8. 267 

cl*Estrac, et de son fils CentuUe au comte Raymond 
de Tolose, dit que le Viguier de Tolose de l'ordre du 
comte monta au principal château ^ et que là il arbora 
sa bannière ratione et jure majoris dominii (i)^ p^is, 
qu'il y fit préconizer et crier à haute voix le cry de 
guerre du comte , qui estoit^ Tolose, Fecit ascendere 
vexillum , seu banneriam dicti domini comitis Tolo- 
sani, et ex parte ipsius ter prœconizari y et clamare 
altd voce signum dicti comitis , sciUcetj Tolosam, Un 
autre de Raymond Pelet seigneur d'Alet de Tan 1 2 1 7 : 
Cœterum ad muUUionem domini debetis vos et hœredes 
vestri (parlant à Simon comte de Monfort) levare 
vexillum vestrum in turri m,ed de Alesto ^ et signum , 
seu edictum vestrum facere ibi clamare. 

Gomme il n estoit pas loisible aux puiiiez de prendre 
les armes de la maison qu'avec brisure, de même ils 
ne pouvoient pas en prendre le cry qu'avec difierence ; 
dautant que par la règle générale receuë universelle- 
ment, les plaines armes, le nom et le cry de la famille 
appartenoient à l'aîné, comme je l'ay justifié par quel- 
ques articles de nos coutumes : ce qui se pratiquoit 
ordinairement , en soustrayant , ou ajoutant quelques 
paroles aux mots qui composoient le cry d'armes. Les 
exemples s'en peuvent observer en la maison royale de 
France , dont le cry estoit Montjoye S. Denys ; car 
les princes de cette famille ont voulu conserver les 
marques de cette illustre extraction, non seulement 
dans les armes qu'ils ont portées avec brisure , mais 
encore dans le cry de Montjoye qu'ils ont retenu , 
auquel mot ils en ont ajouté d'autres pour différence 
de celuy du roy de France , chef de la maison. Ainsi 

(i) Registre de Tolose , p, 109. 

3. ï7 



258 DISSERTATIONS i 

les derniers ducs d'Anjou crioient Montjoye Anjou : 
ce dernier mot qui faisoit la différence du cry prin- 
cipal , marquoit l'excellence du duché d'Anjou , qui 
appartenoit et donnoit le nom à cette branche. Un 
héraut blasonnant les armes de René roy de Sicile et 
duc d'Anjou , 

// crie Montjoye Anjou , car tel est son plaisir , (i) 
Pour de*^ises Chauffreltes il porte d'ardant désir . 

Charles comte d'Anjou combattant contre Mainfroy 
roy de Sicile , cria le cry du roy de France son frère 
sous les auspices duquel il avoit entrepris cette con- 
queste, et sire Charles suwit l'estour criant à fiaute 
voix Montjoye saint Denjs (2). Les ducs de Bour- 
gogne, tant de la première, que de la seconde branche, 
toutes deux issues de* la maison royale de France , 
avoient pour cry Montjoye au noble duc^ ou Montjoye 
S. Ândrieu (3) , acause de la particulière dévotion qu'ils 
portoient à ce saint, qu'ils avoient choisi pour patron. 
Les historiens de Bourgogne (4) racontent qu'Estienne 
roy de Bourgogne fut le premier qui prit pour en- 
seigne de guerre la croix de S. André , et que ce fut 
lui qui l'ayant apportée de l'Achaïe , la donna au Mo- 
nastère des religieuses de Weaune proche de Mar- 
seille , d'où depuis elle fut transférée en l'église de S. 
Victor vers l'an i25o, otielle se voit à présent- Quel- 
ques-uns estiment que cet Estienne roy de Bourgogne, 
n'est autre que Gundioche , qui mourut en la bataille 
de Châlons contre Attila, dautant qu'il ne se lit point 
qu'il y ait eu aucun roy de ce nom dans la Bour- 

(1) A. Fa\»yn. La Colomb, — (a) Chron. de Fland, c. 27. — 
(3) Chijfflet, en ses Chew, de la Toison d'or, p. 3. «^ (4) Parad» de 
antiq, stat. Burg. Chifflet, in Vesont, L 1 , c. 48. 



SUR L^HISTOltlE 1>B S. LOUYS. sSg 

gogne, et que d'ailleurs l'on pourroit présumer que 
Gundioche estant mort catholique, auroit eu le nom 
d'Estienne au baptême y quoy que tous les historiens 
de ce temps-là ne fasse aucune mention de ce nom^ 
Le duc Jean de Bourgogne , fils de Philippes le Hardy , 
la remit en vogue (i) : car lorsque la Bourgogne fut 
i-eiinie à la couronne de France, les Bourguignons 
avoient pris la croix droite , et Philippes le Hardy qui 
estoit bon François Tavoit toujours portée. Ce qui 
me donne sujet de croire que ce fut le même duc qui 
prit ce cry d'armes de Montjoye 5. Andrieu j que 
Chilïlet en ses chevaliers de la toison d'or remarqué 
avoir esté pris par les ducs. Tant y a que Monstrelet (2), 
Berry (3) , et autres historiens témoignent que depuis 
ce temps-là la croix de S. André a servy d'enseigne aux 
Bourguignons. Un Provincial donne encore pour cry 
aux ducs de Bourgogne, Nostre Dame Bourgogne^ 
et un autre (4) dit que les premiers ducs, c'est à dire 
de la première race, crioient Chastûlon au noble duc^ 
peut-estre acause de la seigneurie de Châtillon sur 
Seine, qui leur appartenoit, et laquelle ils tenoient en 
fief de l'evesque de Lan grès. 

Les comtes d'Artois, suivant les mêmes Provinciaux , 
crioient Montjoye au blanc esprei^ier; Ce qui peut 
avoir pris son origine de l'éprevier, dont le roy Phi- 
lippes le Bel fit présent environ l'an lagS à Robert IL 
comte d'Artois (5), ayant ordonné qu'à l'avenir il 
tiendroit son comté de la couronne de France au re- 

(i) Olivier de la Marche, en son Introd. ch. 3. (a) Monstrelet , i. 
l'oZ. c. 127 , 192 ; 2. voL p, 114. — (3) Berry en VHist. de Charl. Vil, 
sous Van i4i8, p. 4a. — (4) Preuves de VHist. de la Maison de 
Chast. p. a. Provinc» MS. — (5) Bersarius apud Locrium in Chron. 
Belg, un. 1393. 

^7- 



a6o DISSERTATIONS 

lief du même oiseau , qu'il lui seroit loisible de prendre 
efi la fauconnerie du Roy. Les lettres patentes en 
forme de commission décernées Fan i33o par le roy 
Philippes de Valois au duc de Bourgogne, portent ces 
mots , c( Que comme ledit duc acause de la duchesse 
« sa femme , et comme bail d'icelle , le requiert que 
ce comme la reine Jeanne estoit en possession et saisine, 
• ce et en sa foy et hommage du comté d'Artois y et du 
« fief de Fesprevier, etc. » Et c'est pour cela qu'encore 
à présent la cour des pairs de la ville d'Arras dans le 
seau dont elle se sert , a la figure d'un cavalier , ayant 
un éprevier sur la main droite. Les comtes d'Artois le 
portoient encore pour cimier de leurs armes, entre un 
double vol , ainsi que l'on peut voir en une vitre de S. 
Pierre de Lille en Flandres , en la chapelle de Nôtre 
Dame, dont la représentation est insérée en l'histoire 
de la maison de Bethune dressée par André Du 
Chesne (i). 

Il semble que cette même coutume d'ajouter quelques 
mots pour différence aux cris des aînez s'est observée 
en la maison royale d'Angleterre , dont le ciy estoit 
S. George , sans addition d'aucun mot. Car nous lisons 
dans Froissart (2) que le prince de Galles, à la bataille 
de Poitiers, et à celle de Navarret, cria S. George 
Guienne , parce qu'il avoit esté investy du duché de 
Guienne, ce dernier mot Êdsant la différence du cry 
principal, qui appartenoit au roy d'Angleterre. Toute- 
fois je trouve en la chronique de Flandres que Bichard 
roy d'Angleterre estant en la Terre Sainte , au si^e 
de Jafie, aria Guienne au roy d^ Angleterre (3). A la 

(\)Hist.deU Mmisom et Beth. l, 3, c. 5. — [iï)FnHss. i. vol c 
lia, a4i. -^ (3) Cknm^de FUmd, c. 9, 96. 



SUR L^HISTOIRE DE S. LOUYS. sGl 

bataille de Fumes le roy d'Angleterre , dit la même 
chronique, issà hors à bannières desployées en criant 
Guienne à haute voix , et se ferit en la commune. Il 
en estoit de même de toutes les familles particulières , 
dont les puinez crioient le cry ou le lïom de la maison^ 
mais avec addition du nom de leur seigneuries : et 
c'est en ce sens qu'il faut entendre les Provinciaux, 
quand ils disent que les cadets, dont ils blasonnent 
les armes , crioient le nom de la famille ; car le cry 
simple, aussi bien que les arm'es, appartiennent à 
l'aîné. 

Depuis que le roy Charles VII eut étably des 
compagnies d'ordonnance, et dispensé les gentils- 
hommes fievez d'aller à la guerre,^ et d'y conduire 
leurs vassaux, et par conséquent d'y porter leurs ban- 
nières , l'usage du cry d'armes s'est aboly. 

Il est aisé d'inférer de toutes ces remarques que je 
viens de faire, que le cry d'armes , est bien différent 
du Tessera des latins ^ du (juvdy)|xa des Grecs , et du 
mot du guet des Françofs, quoy que l'un et l'autre 
consiste en la prononciation de quelques mots , et qu'ils 
conviennent en quelque chose pour l'usage même , qui 
est pour reconnoistre les partis : car le mot du guet 
se change tous les jours par le général. Ne ex usu^ ce 
ditVegece(i), hostes signum agnoscantj et explorato^ 
res inter nos ^ersentur impunè ^ où le cry d'armes est 
perpétuel, et attaché à la famille, et partant presque 
autant connu des ennemis que des autres. Neantmoins 
le mot du guet est quelquefois appelle cry (2), comme 
dans le traitté de la guerre que Philippes seigneur de 

(5) P^eget. 1.1. — (a) Phil, Duc de Clevcs, en son traité de la guerre, 
I . part. p. 38, 4^, 96. 



l62 DISSERTATIONS 

Ravestain et duc de Cleves composa pour remperenr 
Charles V, et quelquefois cry de la nuit. La chronique 
scandaleuse (i) s'est servie du terme de nom de la 
nuit. Bouleiller en sa somme rurale , parlant des droits 
des connétables de France, l'appelle aussi cry de la 
nuit, iiltem à la charge de demander auroy toutes les 
fc nuits le cry de la nuit, et de le faire sçavoir aux 
« mareschaux, les mareschaux de le faire sçavoir aux 
« capitaines de gensdarmes ». Et plus bas, parlant du 
grand maître des Arbalestriers , Assiet les escoiUeSj et 
eni^oye guerre le cry de la nuit (2). 



DES COMTES PALATINS DE FRANCE. 



iL^ous la première et la seconde race de nos rois, les 
comtes faisoient la fonction dans les provinces et dans 
les villes capitales du royaume, non seulement de gou- 
verneurs, maiseoicore celle de juges. Leur priocipsii 
employ estoit d'y décider les différents et les proG& 
onlinaires de leurs )usticiables; et où ils ne poavoient 
se transporter sur les lieux, ils commettoient à cet 
effet leurs vicomtes et leurs lieutenans. Quant aux af- 
fiiires d'importance, et qui meritoient Jestre jugées 
pair kl boaclie du prince , nos mêmes rois aboient des 
oxmles dans leurs palais, et près de leurs personnes, 
ansfcjuels ils eu eiconmètloîent la connoissanoe et le 
|il$^«ieat ^ ^ui e$A^ent nommea ordimireoienl, acause 
^ ci^l iUu$lT«^ «^«ttpk>J> c^^m^ Ja. p>tÊlàiù^ ou comies 



SUR l'histoihe di s. LOUTS. ^63" 

palatins. Jean de Sarisbery évesque de Charti^es nous 
apprend cette distinction , et la fonction de ces comtes, 
en ces termes : Sicul alii prœsules in partem sallicîtu^ 
dinis à summo ponlifice e^ocantur^ ut spiritualem exer* 
ceant gladium^ sic à principe in ensis materialis com^ 
munionem comités quidam , quasi mundani juris prœ- 
sules asciscuntur. Et quidem qui hoc officii gerunt in 
palatio juris auctoritatej palatini sunt, qui inproyinciis^ 
prot^inciales, Utrique vero gladium portant^ non utique 
qub carnijicinas expleant veterum tyrannorum^ sed ut 
diuinœ pcureani legi, et ad normam ejus utilitaii pu- 
blicœ serviant, ad vindictam malejactorum ^ laudem 
a^erb bonorum (i). 

Mais laissant à part les comtes provinciaux ^ que 
Ton ne peut pas révoquer en doute avoir £aiit office de 
juges dans les provinces , où ils esloient envoiez, il 
est certain que les comtes du palais ont eu aussi }u- 
risdiction. Us estoient commis par les rois pour exer- 
cer les jugemens, et pour décider les diilferents qui 
leur estoient dévolus, soit par appel , soit en première 
instance , suivant l'importance de l'affaire dont il s'agis- 
soit : nos princes se déchargeans sur eux de ces juge- 
mens qu'ils leur laissoient, comme à des personnes 
expérimentées, et capables de les terminer dans la 
justice. Hincmar archevesque de Reims en Tepître 
qu'il a faite de Tordre et des charges du palais, justifie 
cecy en ces termes : Comitis palaliij inter castera penè 
innumerabilia , in hoc maximh sollicitudo erat, ut 
omnes légales quœ alibi ortœ pr opter œquitatis judi- 
cium palatium aggrediebanturj juste ac rationabiliter 
determinaret, seu perverse judicata ad œquitatis trami- 

(i) Joan, Saris, car. Epist. 363. 



:a64 DISSERTÀTIOWS 

tem reduceret (i). D'où il se recueille que les affaires 
d'importance estoient jugées directement et ,en pre- 
mière instance par les comtes du palais y comme aussi 
celles qui estoient dévolues par appel , lorsque les 
parties se plaignoient de l'injustice du jugement rendu 
par les comtes provinciaux ; ce que le capitulaire de 
Charlemagne (2) de l'an 797 publié par Holstenius 
montre clairement. Les affaires de cette nature sont 
nommées causœ palatinœ (3)^ par le même Hincmar^ 
et dans une ancienne notice du monastère de S. De- 
nys (4), qui porte ces mots : Coram Gilone comité, 
gui causas palatinas in vice Fulconis audiebat, ^vel 
discernebat. On appelloit encore ainsi les audiences 
publiques , qui se tenoient par les comtes du palais , 
comme nous apprenons d'une autre notice de Charles 
le Chauve : Jussit ut prœcepta Carlomanni et Caroli, 
sed et suum prœceptum caram suis Jidelibus in generali 
placito suo apud Danziacum in causis palatinis lege- 
rentur (5). Et ce n'est pas sans raison que ces plaits 
publics estoient ainsi nommez y parce que les jugemens 
estoient prononcez et les plaits tenus par les comtes 
du palais, dans le palais même de nos rois. La vie de 
S. Priet evesque et martyr : ^d palatium properat, 
etj ut mos estj apud régis aulam, in loco ubi causœ 
ventilanturj introiit (6). 

Hincmar ajoute que co^lme il estoit de la charge 
de l'apocrisiaire, ou du chapelain du palais, d'intro-^ 
duire vers la personne du prince ceux qui avoient à 

(1) Hincmar, de ord. et ojffic, Palatii , cap, ai. opusc. i^. — 
(2) Capit. Car. Mag. §. 4- — (3) Hincm. ib, c. 33. — (4) Doublet, p. 
7 16. — (5) In appen. ad Flod. et apud Hinc. opusc. 6o. — (B) Vitu 
S. Prœjecti Episc. et Mart. c,Z,n. ii. apud Bol. cap 19. 



Sun l'histoire de s. louys. ^65 

Fentretenir des affaires ecclésiastiques, il en estoit de 
même du comte du palais pour les affaires séculières y 
Tun et l'autre en prenans les instructions , pour les 
communiquer, et en faire le rapport au prince. Que 
si c'estoit une affaire secrète dont le prince seul dût 
estre entretenu, ils dévoient les luy présenter : De 
omnibus sœcularibus causis vel suscipiendi curant ins^ 
tanter habebat, ita ut sœculares priiis domnum regem 
absque ejus conSultu inquietare haberentj quousque ille 
prœvideret, si nécessitas essetj ut causa ante regem 
meritb venire deberet. Si vero sécréta esset causa ^ 
quam prius congrueret regij quàm cuiquam alteri di" 
cere^ eumdem dicendi locum eidem ipsi prœpararet, 
introducto priiis regCj ut hoc juxta modum personœ, 
*velhonorabiUterj vel patienter , vel etiam misericordi- 
ter susciperet. Cassiodore (i) attribue une semblable 
fonction au maître des offices parmi les empereurs 
romains : et Eguinard (2) en fournit un exemple, pour 
les comtes du palais , parlant de Charlemagne : Chm 
calciaretur et amiciretur, non tanûim amicos admise- 
bat^ verhm etiam. si comes palatii litem aliquam esse 
diceret, quia sine ejus jussu dejiniri non possetj statim 
litigantes introducere jubebat^ et velut pro tribunali 
sederet, lite cognitd, sententiam dicebat Et en l'epitre 
IX qu'il écrit à Geboïn comte du palais : Rogo dilec- 
tionem vestram , ut hune pagensem j nomine Dayid , 
nécessitâtes suas tibi referre volentem exaudire digne* 
ris : et si causam ejus rationabilem esse cognoveris ^ 
locum eifacias ad domnum imperatorem se reclamare. 
Non seulement les affaires civiles estoient de leur 
jurisdiction et de leur connoissance , mais encore les 

(1) Cassiod. lib.6, ep. 6. — (a) Eguin, in vita Caroli Mag. 



268 DISSERTATIONS 

que parle Mathieu Paris. Ce qui semble avoir pris scm 
origine de ce. que les empereurs et les rois se sont 
soumis volontairement à la rigueur des loix qu'ils ont 
eux-mêmes établies , suivant l'exemple de ces bons 
princes, qui instituent des procureurs généraux, non 
tant poui' conserver leurs droits, que pour répondre 
en jugement à ceux qui ont à former quelques plaintes 
contre eux. Pline parlant à Trajan, en son panégy- 
rique ; Dicitur actori atque etiam procuratori tUo , in 
jus venij sequere ad tribunal (i). 

Il y a lieu de croire que dans la première race de nos 
rois , et mêmes dans le commencement de la seconde, 
la charge de comte du palais n'estoit exercée que par 
un seul, qui jugeoit les differens, assisté de quelques 
conseillers palatins , qui sont appeliez scabini pala-- 
tii (2)^ échevins du palais, dans la chronique de S. 
Vincent de Wltume : d'où vient que nous voyons dans 
le moine de S. Gai le comte du palais , rendant la 
justice au milieu de ses conseillers , comitem palaiii in 
medio procerum suorum concionantem, où ce n*est pas 
sans raison qu'il appelle ces conseillers et ces asses- 
seurs, proceres : car non seulement les échevins du 
palais, ou les docteurs , legum doctores (3), ainsi qu'ils 
sont nommez dans un titre de Pépin maire du palais, 
assistoient à ces jugemens, mais souvent les comtes, 
et autres grands seigneurs et mêmes les evesques qui 
estoient choisis à cet effet par le Roy, toute l'autorité 
neantmoins résidant en la personne du comte du pa- 
lais. La chronique de S. Bénigne de Dijon : Rodulfus 
rex Burgundiam adiit , residensque castra Div^ion. 

(1) PUn. Pmneg. — (a) To, 3. Hist. Fr. p. 690. — (3) Doublet, p. 
69a. 



SUR L*HISTOIB:E DE S. LOUYS. ^69 

merise apriUj chm causas suas teneret Robertus cornes 
palatii, et Gislebertus cornes Burgundiœ, aliique plu* 
res tant comités, tfutan nohiles viri, interpellatus est 
vicecomes, etc (i). 

Souvent aussi les comtes du palais ne tenoient pas 
le premier lieu dans ces assyses, quoy que l'instruction 
et le rapport des afiàires leur appartinssent, mais es- 
toient précédez par des archevesques , ou évesques, 
et par d autres personnes d'une qualité plus eminente. 
Le cartulaire de l'abbaye de Gasaure , qui est fen la 
bibliothèque du Roy, en fournit la preuve, en un juge^ 
ment, qui commence par ces mots : Dum prœstaniissi-- 
mus ac gloriosissimus domnus H. Ludoui^icus imperator 
per JRomaniam transiens fines adisset Spoleùnos pro 
justitiarum commoditate ^ et malignorum astutid deprî- 
mendd^ insUtuit fidèles et optimates suos^ scilicet Wi- 
chosdum venerabilem episcopum, Adelbertum comitem 
stabulij quos ad distringendum in eodem placito prœ- 
fecit, et Hucbaldum comitem palatii, Hechideum Pin- 
cernam primum, Ruatemirum sacri palatii archinota- 
riwuj Winigisum armigerum Begeri optimaterri , et 
fratrem suum Othjonem,, Bebonem consiliarium , re- 
ginarium capellanum , vel de reliquis quampluribus 
palatii j etc. On ne peut pas toutefois disconvenir qu'il 
n'y ait eu en même temps plusieurs comtes du palais ; 
car Eguinard en une de ses épîtres (2) , dit en termes 
exprés qu'Adalard et Geboïn estoient comtes du pa- 
lais en même temps. Et un titre de Louys le Débon- 
naire de l'an 988 , qui se lit aux antiquitez de l'abbaye 
de Fulde (3) est souscrit de ce Gebawinus, ou Gebui- 

(0 Chr. Benigniy A.g^B. — (a) Epist, 11. - (3) Antiq. Fuld, L 
l. pag. 819. 



^'jo Dissertations 

nus, et de Ruadbertus , qui y prennent qualité de 
comtes du palais. Il y a un titre du même empereur 
dans le trésor des chartes du Roy, expédié en l'an 819, 
pour le monastère de S. Ântonin (i), qui porte ces 
ihots : Consilio Jidelium nostrorum , quorum nomina 
hœc sunt, Bemardus , et Emenonus et Bernardus , et 
Ranulfus , isti sunt comités palaù'i nostri. Delà vient 
que nous lisons quelquefois les comtes du palais nom^ 
mez en pluriel, comme dans les ancienne^ formules 
de Lindenbrog (a). Un titre (3) de Louys II empereur; 
in prœsentia ducum ifel comitum palatii mei. Un autre 
de Pépin roy de France et d'Aquitaine, pour la même 
abbaye de S. Antonin , ad acclamationes comitum suc- 
rum palatinorum, monasterium S. Pétri apostoU, quod 
dicitur MormacuÉ , situm in pago Caturcino , super 
Jlusfium Avanionis, in perpetuum tradidit monasterio 
B. Antonini martyris. Je sçay bien qu'on peut croire 
que ces comtes palatins, n'estoient pas comtes dupa* 
lais, mais comtes provinciaux, qui se trou voient à la 
cour au temps de l'expédition de ces patentes, ou bien 
des seigneurs qui navoient que le simple titre de 
comtes , qui estoient à la suite du prince. 

Souvent mêmes les rois assistoient en personne aux 
assises des comtes du palais (4), et les jugemens qui 
y intervenoient estoient inscrits de leur nom, lesquels 
ordinairement faisoient mention que le Roy les avoit 
rendus sur le rapport, et à la relation du comte du 
palais : ou bien qu'il confirmoit ce qui avoit esté ar- 
rêté par eux. Marculfe (5) nous a donné la formule 

• 

(1) Tolos Sac. 5. — (2) Form. Lind. c. 172 — 3) To. 3. Hist. Fr. 
p. 691. —(4) nta LuJ. Pu, A, S 12, Capit. Car. M, Edit. ab ffoUte- 
nio, §. 4* — (5) Marculf. /. i , c. a5. 



SUR LHIST0IK£ DE S« LOUTS. 2^1 

(l*un jugement prononcé par le Roy, et nous en avons 
lexemple dans un de Clotaire II, rapporté par M. Bi- 
gnon, et dans un autre de Charles le Chauve, qui se 
voit dans les mélanges du P. Labbe, où le comte du 
palais ne laisse pas de faire la fonction de président 
et de principal juge. Mais ce qui mût nos rois à mul- 
tiplier les comtes du palais , fut l'accroissement de 
leurs états, quils étendirent dans TAlemagne, dans 
l'Italie , et autres provinces. Car, comme il ^toit sou- 
vent nécessaire de faire des enquêtes sur les lieux, 
mêmes d'y décider les différends acause de l'éloigné-^ 
ment" de la cour, et de la grande distance de la de- 
meure du prince , souvent ils choisissoient l'un de ces 
comtes du palais , pour se transporter en quelque 
contrée éloignée, pour y terminer les procès en der- 
nier ressort. Ce qu'ils faisoient, soit que la nature 
de l'affaire requist célérité, ou que nos rois voulussent 
épargner la peine de leurs sujets , par des voyages 
longs et de grande dépense , ou enfin parce qu'il im- 
portoit au bien de l'état qu'ils fussent décidez aux 
lieux, où ils avoient pris origine. Eguinard en ses 
annales (i), dit que Lothaire ayant eu ordre de son 
père, Louys le Débonnaire, de faire ou d'aller exer- 
cer le justice en Italie, {ad justitias faciendas) c'est à 
dire , d'y tenir les plaits , le vint trouver à Pavie : 
Qui ciun impêratori de justiùd in Italid à se parUm 
factd , partim inchoatd Jecisset indicium , missus est 
in Italiam Adalhardus cornes palatii y jussumque est 
ut Mauringum Brixiœ comitem secum assumeret et 
inchoatas jusàtias perjicere curaret. 

Les empereurs d'Alemagne semblent avoir conservé 

(i] Eguin. Ann, 823. 



a-ja DISSERTATION s 

delà cette coutume d'envoyer en Italie des comtes dti 
palais y pour exercer la justice souveraine en leur nom , 
et en leur absence , lorsqu'ils y possedoient quelques 
provinces. Luithprand (i) fait mention d'Odolric comte 
du palais, lequel avec plusieurs autres seigneurs s'en- 
gagea dans une conspiration contre le roy Berei?ger, 
et fut tué par les Hongrois. Il peut estre toutefois que 
se seigneur exerça la charge de comte du palais sous 
le même Berenger, lorsqu'il possedoit le royaume 
d'Italie ; car il est constant que les rois d'Italie fai* 
soient exercer leur justice par des comtes du palais , 
entre lesquels Hubert Marquis se trouve avoir pris 
ce titre sous les rois Hugues et Lothaire, en une an- 
cienne charte rapportée par Francesco Maria , en Ja 
vie de la comtesse Mathilde (2). Léon d'Ostie (i) parle 
de Grégoire comte palatin en Italie , qui vivoit vers 
Tan 1070 ; mais je ne sçay s'il n'estoit pas de ces com- 
tes , qui estoient appeliez comtes du palais deLatran, 
de la dignité et de la fonction desquels il y a une cons- 
titution de Louys IV (4), empereur de Fan iSaft, 
rapportée par Goldast. Guntherus remarque que de 
son temps les empereurs avoient un comte palatin en 
Italie , qui faisoit sa résidence ordinaire à LuneUo , 
château qui estoit des dépendances de l'empire : 

Aspice quàm turpi Lunelli nohile Castrum (5) , 
Atque Palatini sedem , fidosque penaleis 
Verterat illa dolo , Comitem civeisque wocabat 
Perfida , etc. 

Et incontinent après il décrit ainsi la fonction de ce 
comte, en ces vers: 

(i) Luiihpr, L i, c. a6. — (2) Memoria di Mathilda , lih. 3,t;.43. 
— (3) Léo Ou. l. 3, c. 36. — (4) To. 1. Constit. Imper. — (5) Gun- 
thetn l. 3. Ligun 



SUR l'histoire de s. louts. 273 

Et nuno iste Cornes consors et regius auîa , 
Ille potens Princeps, sub quo Romana wemrta 
Jtaliœ punire réos de more vetusto 
Debuit, injuste victricicogUururbi, 
Ut modicus setvire cUens ^ hulloque reUcio 
• Jure sibi, dominas metuit mandata superbœ. 

Mais il est sans doute qu'il y a erreur en ces vers de 
Guntherus , et qu'au lieu de Lùnelli nobile castrum ^ 
il y faut restituer Lumelli, ou Lomelli ; car il entend 
parler des comtes palatins de Lomello j dans le dis- 
trict de Pavie y dont il est fait mention dans les paten-- 
tes de l'empereur Frédéric I, de l'an 1 164, par lesquel- 
les il donne à Guy, Geoffroy, et Ruffin, qui y sont 
qualifiez comités Palatini de Lomello ^ le château de 
Poblezano , assis au comté et en l'eveché de Plaisance , 
et prend tous leurs biens en sa protection. Elles sont 
insérées dans un grand registre de la chambre des 
comptes de Paris (1), contenant les privilèges des no*- 
bles des citez de Pavie, de Gumes , de Verceilles, de 
Novare, et d'Alexandrie, avec plusieurs autres chartes 
des empereurs d'Alemagne expédiées en faveur de cette 
famille, desquelles il resuite , que les comtes palatins 
de Lomello avoient entre autres prérogatives, à raison 
de cette dignité , le privilège de porter l'épée de*- 
vaut l'empereur, lorsqu'il estoit en Lombardie, pour 
marque de la justice souveraine, appellée jus gladii^ 
par les jurisconsultes, qui leur avoit esté acccordée 
dans l'Italie. Ce titre de comte palatin en Itialie a esté 
changé depuis en celui de vicaire de l'empire , qui a 
esté donné par les empereurs à divers princes et po- 
tentats d'Italie. 

(1) Com. par M. d'Hérouval , Fol. %i et sequentes et Fol. aB; 
etseq. 

3. 18 



2<^4 DISSERTATIONS 

Les comtes du palais estant envoyez dans les pro- 
vinces, commettoient quelquefois des lieutenans aux 
endroits, où ils ne pouvoient se transporter, lesquels 
sont appeliez vicomtes du palais (i)^ en la chronique 
de S. Vincent de Wlturne, et lieutenans (à), dans une 
notice de S. Maitin de Tours , où il est fait mention 
^Adalardus, locum tenens vice Ragenarii eomùis pur 
latiié Quelquefois mêmes les comtes des lieux esloîent 
commis par eux pout* juger souverainement en leurs 
places les diflferens des parties. Comme nous appre- 
nons du cartulaire du monastère de Cassure (3). Ego 
Heribaldus cornes in vice comitis palatii (Itucèùldi 
scilicetj qui sub Ludov. II, Imp. id muneris obiisse diti'- 
tur in eod. tabul.) ad singulas hominum justiiias Jh- 
ciendas , vel deliberandas ^ residentibus mécum Leùi*- 
naldo et Erifredo ^ et Caripràndo bassis dotnifii impé- 
ratorisj AdelbertOj Joanne, Majulfo juditibus , etc. 
Ce titre fait voir encore que lès vassaux du prince 
estoient appeliez aux [ugemens des eotntes du Palais , 
avec les juges des lieux : ce qui peut avoir donné l'ori'- 
gine à la justice et à la cour des paii^, qui n'estoient 
autres que les vassaux d'un seigneur, ainsi nommez y 
parce qu'ils estoient égaux entre eux, et relevoient éga- 
lement d'un autre. 11 est encore parïé de cet Heribald 
en un autre jugement rendu la vingt-quatrième année 
de l'empire de Louys II , le quatrième du mois de dé- 
cembre Indict. 7 y au même cartulaire, où la qualité de 
cornes sacri palatii Im est donnée. Mais ce qui est re^ 
marquable, est qu'il y reconnott lui-même qu'il ne 
sçait écrire, dans la souscription^ en ces termes : Sig- 

(i) Chn S. Vincent, Ub. a. a- (2) To. 3^ HUu Ff.p. 6c>o. Pmncfuuta 

Nigra. — (^3) Tahul. Casaur. N. 23y. 



SUR L*HISTOIAE DE S. LOUTS. 2*^5 

hum Heribaldi caaUtis sacripalaiii^ qui ibifui, etprop- 
ter igriorantiam liUerarum, signum S* Crucisfeci : xi'ôù 
il s'ensuit que ces dignitez n'estoient pas toujours con» 
ferëes aux personnes sçavantes^ et qu'elles n'ont pas tou- 
jours esté du nombre de celles que Cassiodore appelle lit- 
terarum dignitates( i\^T\ajit delà charge de questeur. 
Comme donc il y a eu des comtes provinciaux ^ aus* 
quels on a commis le vicariat , ou la lieutenance des 
comtes palatins, pour exercere n leur absence les juge- 
mens souverains, et ceux des afiaires qui regardoient 
le bien de l'état dans le district de leurs comtez , il y en 
a eu d'autres qui ont obtenu la dignité de comtes da 
palais y conjointement avec celle de leurs comtez , ou 
gouvememens particuliers, pour en faire la fonction 
seulement dans leur étendue, et pour, en conséquence 
du pouvoir qui y est annexé, juger les difTerens en der- 
nier i*essort, ayans à cet effet la puissance et l'autorité 
royale en toutes choses. Bracton (2) , auteur Anglois , 
après avoir dit qu'il n'y a que le Roy qui puisse juger 
les traîtres et les criminels de leze-majesté , ajoute , Et 
hœc vera sunt, nisi sit aliquis in regno j qui regalem 
habeat potestatem in omnibus , sicutsunt comités Paleys : 
d'où nous apprenons que Richard I roy d'Angleterre 
a entendu parler de cette jurisdiction, ou justice souve- 
raine , lorsqu'il donne à l'évesque , et à l'église de 
Dunelme, certaines possessions, cum dominio et liber-* 
tatibus comitis palatini (3) , c'est à dire avec toute 
haute justice , telle qu'est celle qui appartient au ^ 
comte du palais : car ainsi qu'il est énoncé en une 
ancienne constitution , touchant la fonction du comte 

(i) Ciusiod. l. i^ep. la,* /. 5, ep. 4 ,' l- 8, ep. i8. — (a) Braoton, l. 3, d^ 
Corona , c. 3, §. 4- — (3) Jb. i , MonasU Angl. p. 47« 

i8. 



a^6 DISSERTATIONS 

palatin^ rapportée par Goldast^ le comte palatin adeb 
amplam potestatem , jurisdictionemy et auctoHtatem ha- 
bet , ut demptd regid cUgnitate , nullus omnihb jlutitia' 
riorum ampliorem, sed neque parem habeat (i) 

Toutefois en ce cas la dignité de comte du palais 
n estoit pas tellement annexée à celle de comte provin- 
cial , qu'il ne ftist en la liberté du prince de Fen séparer , 
s'il le jugeoit à propos , et d'en priver le comte, si le 
cas y écheoit y qui pour cela ne laissoitpas de demeurer 
en la jouissance de sa première dignité de comte pro- 
vincial. Arnould de Lubec fait voir clairement cette vé- 
rité ^ écrivant au sujet du comte palatin duRfain vPala- 
tinus sarie qui partes fratris in&tanter jm^abat, continuas 
minas à Philippo audiebat, çubddignitatemPalaU'i, 
çuam circa Rhenum liabebat, perderet^ nisi a fratre 
recederet ; dicebat enim se nolle tolerare ^ quod rébus 
Palatii grai^aretur, quas ipse et non alius dispensare vi- 
der etur (2) ; où il est à observer que le comte palatin 
est dit avoir eu cette charge aux environs do Bhin : ce 
qui est conforme à ce que Guntherus écrit du comte 
Herman : 

..... Hermannus sacras Cornes addilus aulcBf 
Cujus erat tumido tellus circurnflua Rheno (3). 

Les empereurs allemans, suivans le même usage, 
ont établi des comtes palatins dans les autres provinces 
de leur empire , ayant communiqué cette dignité à 
divers comtes. Quelquefois ils ont donné ce titre à 
quelques seigneurs dans l'étendue de la seigneurie des 
ducs ou des comtes provinciaux , pour y exercer la 
jurisdiction impériale en leur nom : car il est hors de 

— (1) Goldast. to. a, ConstU. Imper, p» ^oi. — (a) Arnold, Lubec* L 
6 , c. 6. .— (3) Guntherus , Lib. 5| Ligur, 



stiK l'histoike de s. LOUTS. i'J'J 

controverse qu'il y a eu des comtes palatins dansla Saxe, 
dont Rineccius a donné ( î ) la généalogie , qui estoient 
autres que les ducs de Saxe : et Thistoire parle souvent 
des palatins de Schiem et de Witelespach , qui l'ont 
possédée dans la Bavière^ qui avoit ses ducs : mêmes 
les palatins du Rhin avoient cette dignité dans la Fran* 
conie^ qui avoit aussi les siens. La Lusace en a eu 
pareillement, au récit de Lambert de Schairnabourg(2). 
L'empereur Frédéric I joignit ou plutôt conféra la di- 
gnité de comte du palais à Othon son fils comte de 
Bourgogne en l'étendue de ses états (3). La cftonique 
d'Hildesheim (4) fait mention d'un grand nombre 
d'autres comtes palatins d'Aj^magne. Enfin, pour user 
des termes du spéculum Saxon : Quœlibei prosfincia 
terrœ Theutonicœ habet smum Palans graï^ionatum^ Sa- 
xonia, Bavaria^ et Franconia (5). 

Les rois de Bourgogne ont eu aussi leurs comtes pa- 
latins, entre lesquels je remarque un Odolric rJ^étu de 
ce titre en une patente du roy Conrad de l'an 900 , 
qui se voit dans le cartulaire de l'abbaye de Cluny (6) 
de la bibliothèque de M. de Thou. La Pologne, et la 
Hongrie ont eu pareillement de tout temps leurs pa- 
latins, dont la dignité et l'autorité est grande encore 
à présent en ces royaumes-là. Mais je ne prétends pas 
en cet endroit m'étendre sur les comtes palatins d'Alle- 
magne et des autres pays, pource que cette matière aesté 
traittée par les auteurs allemans (7), et par le sçavant 
Selden (8) en son livre des titres d'honneur : auss^ je 

(1) In append. ad JfUik. — (a) Lamh. Schaffhab, A. 1057. — 
(3) GoL l. %yrêr.Seq, c. 37. An, io34i io38, io85, 1095, 1099, iio5, 
iio8, iiii, iii3, iiao. — (4) HisU de Mets, p. Sog* — (5) Spco. 
Sax, L 3, art. 53, J. i. — (6) Fol, 199- — (7) Freher. de orig. Comil. 
Palat, — (8) Selden , Titlet ofhonor. part, a, c. i , J. 55, et seq. 



S^8 DISSERTATIONS 

n'ay entrepris cette dissertation qu'au, sujet des comtes 
palatins de France ^ et pour faire voir que nos rois 
ont eu ces officiers dans leurs palais dés la naissanœ 
de la monardiie ^ qu'ils les ont conservez long-4emps ^ 
même bien avant dans la troisième race^ et eùËn que 
toutes les autres nations ne les ont empruates que 
d'eux. 

Pour justifier ce que j'avance , je me sens obligé 
d'en faire succintement le dénombrement. Le premier 
donc qui paroit dans nostre histoire avec le titre de 
comte db palais, est GuciUon, sous Sigebert roy d'Âus* 
trasie, dans Grégoire de Tours (i). Le même au^ 
teur (2) donne encore d^^e qualité à Trudulfe, et à 
Romulfe sôus Childebert, et y fait voir clairement que 
le comte du palais estoit différent du maire du palais y 
quoy qu'Aimoin (3), l'auteur de la vie deS.Drausin(4)y 
Philippes Mouskes et autres les confondent imprudem- 
ment, ^acilon fiit comte du palais sous Dagobert I (5). 
L'auteur de la vie de S. Wandril , la chronique 
de Maillezais , et Molanus donnent encore ce titre 
à ce saint sous le même règne , comme plusieurs 
auteurs (6) à Badefrid , père de sainterAustreberte. 
Une patente de Clovis II fils de Dagobert pour le mo- 
nastère de Saint-Denys, fait mention àHAyffdfe (q) 
comte du palais sous ce Roy. La chronique de Fre- 
degaire (8) donne aussi cette qualité à Berthaire sous 
le même Clovis, comme l'auteur de la vie de sainte 
Berthe., à Rigobert père de cette sainte, qui y est nom* 

(») C^rgg. Tur.l. 5, c. 1^. — (a) Id. /. 9 , p. la , 3o. — (i) uélùn. i. 5, 
c. ^ } i. 4 , ^. â8. — (4) To. 1. Hist. Pr. p. 68ô. - (5) Gest, Da^h. 

c. 37. —(6) VhaS. Jiictrud. yUa S. Aust.c. i, «. 4 (7) pUr. 

Wig. /7. 5Sa. — (B) )Fred, c^o. 



SUE L0ISTOI11B D« ^y I.0UT8. ^J^ 

mé comte palatia. Andobald est qualifié comte 4u p^-r 
lais sous Clotaire III*^ dans un titr0 4^ S. Benign^ d« 
Dijon y et Chrodebert sous Thierry I^ en I4 vie de S. L(3- 
ger (i)^ qui probablement est le ménie que ce Chunra^ 
debald, dont il est parlé en un titre de Fabbaye de St 
Denys, et dans Miraumont. Quoy que rauteur(2) 4e \». 
vie de S. Hubert donne à ce saint la qualité de comte 
palatin sous le roy Thierry , si est-ce que je n'oserois 
pas assurer qu'il ait eu celle de comte du palais ^ laquelle 
est attribuée par Grégoire de Tours (3) à Temulje ^ 
sous le roy Childebert II. • 

Sous la seconde race de nos rois nous en trouvons pli^f- 
sieurs revêtus de cette dignité : et premièrement sous 
leroy Pépin , Wicbert(^)\ sousCharlemagne, Amelme^ 
f^oradcy ou ainsi qu'il est nommé ep un titre pour 
l'église de S. Pierre de Trêves , Vpradin , et Treante (5) j 
sous Louysle Débonnaire , Régnier (6), Bemard\^\ Rt^r- 
nulfe(fi)^ Adhalard (9), Sertric (10) successeur d'Ad- 
halard y Morhard {il), Geboïn et Ruodbert (iu)> desr- 
quels Eguinard fait mention en divers endroits : soms 
LothairCy Ansfrid{ 1 3) : sous Louy s II , Rodolfe ( 1 4) • sous 
Charles le Chauve ^ Adhalard (i5), Bodrad (16), ffil^ 
merad (17), Boson (i 8) ejt Foiufues,( 1 9) : sous Ëudes^ El- 
domn : sous Charles le 3impl.e , Guy (20) : soms Raoul, 

(1) Vaa Sancti Leod. c. i4. .- (a) Doublet. yUa S. HuberU , c. %, 
*- (3) -Grtg Tur. dû Mirac. S. Mart. l. 4» c. 6. -:- (4) Doublet^ p. 693. 
— (5) Eguin. Gesta Fran. Episc. Cenoman. — (6) P^ita Lud. P. 
rtn. 817. — (7) Vet. carta, an. 819. — (8) Ead. carta. — {g)Eguin. 
an. 8aa , 8ï3, Si^. — (10) Eguin. — (11) Thtgan, c. 45. (la) Eguin. 
ep. 9. Thom. Lcod. p. i3. — (i3) JVoUt. Eaçl. JBelg. c. 3?* .— 
(i4) ^nnal. Fr. Fuld. an. 85;. — (i5) Capit. Car. C. tit. 43. — 
(16) Ihid. tit: 4i . — (17) Chron. Fontanell. Mem. dé Languedoc, p. SS^. 
—(18) Camusaty p. 87. — (19) Flod, l. 3, pi^t. Rem. «./A. — (>o) TVi- 
^uL Areniar, 



%60 DISSERTATIONS 

OU Rodolphe, Robert (i) : sous Louys IV, Magenoi'* 
re(2) : enfin sous Lothaire fils de Louys , HeribertlII 
du nom, comte de Vermandois et de Troyes, que ce 
Roy qualifie comte de son palais , en un titre de Fan 
980, qui se lit aux antiquitez de Troyes (3) de Ca- 
musat. 

Nous trouvons aussi des comtes du palais dans la 
troisième race de nos rois , entre lesquels Hugues de 
Baui^ais paroit avec cette dignité, qu'il obtint du roy 
Robert , au récit de Glaber (4). Ensuite l'on remarque 
plusieurs comtes provinciaux revêtus de cette qualité, 
sçavoir les comtes de Champagne, au sujet desquels 
nous avons entrepris ce discours, les comtes de To- 
lose, de Guienne et de Flandres, qui en conséquence 
de ce titre avoient droit d'exercer la justice souve- 
raine , et presque royale , dans l'étendue de leur com- 
tez. 

A l'égard de ceux de Tolose, plusieurs patentes jus^ 
tifient qu'ils ont pris la qualité de palatins, conjointe- 
ment avec celle de comtes de Tolose, entre autres^ 
le comte Pons, qui vivoit. en l'an io56,qui en une 
charte du cartulaire de Moissac , s'intitule Poncius 
Dei gratia cornes palalinus : et dans une autre de Van 
io63 qui se voit au même endroit, et est rapportée 
par M. Catel (5) en son histoire des comtes de Tolose, 
il est parlé de Pons et de Guillaume son fils , en ces 
termes : Mei seniores ac palatini comités, Poncius , 
et ejus filins Willermus. Nou seulement ces deux 
comtes se sont ainsi qualifiez , mais encore Raymond , 
surnommé de S. Gilles, cpmte de Tolose, fils de Pons, 

(1) Chron. S, Benigni, p. 426. — (a) Panch. Nigra S. Mart. 
Turon. — (3) p. gG. — (4) Glahtr , /. 3 , c 2. — (5) Catel , /. 1 , c. 3. 



SUR L HISTOIRE DE S. Lt>T7YS. iSl 

et fi^re de Guillaume ^ comme nous apprenons de ses 
monnoyes, entre lesquelles monsieur Charron conr 
seiller du Roy et auditeur en sa chambre des comptes 
de Paris y trèMirieux en cette sorte d'antiquité > en 
conservoit un#petite d'argent , qui est à présent dans 
le cabinet de médailles du Roy. D'un côté, est une 
croix de Tolose , vuidée . clechée , et pommetée aux 
extremitez , teUe que fut celle que le grand |Gonstan- 
tin éleva dans le marché de Gonstantinople , sem-* 
blable à celle qu'il avoit veuë au ciel , lorsqu'il coni'* 
battit Maxence, qui estoit garnie de petites pommes 
aux extremitez , ev xotç àatptiàxripKX'MÏq /xépsae ç-poyyiloiç 
fJLiihiÇy ainsi que nous apprenons de Codin aux ori- 
gines de Gonstantinople : ces mots se trouvent dans 
le cercle d'alentours r. comes palatii ; à l'autre revers 
est un croissant surmonté d'une étoille, et pour lé- 
gende il y a ces mots , dvx marchio pv. c'est à dire 
provinciœ , d'où il paroit que les comtes de Tolose ont 
eu la dignité de comtes du palais , et qu'en cette qua- 
lité ils ont exercé toute la justice ; qui y estoit attri- 
buée y dans l'étendue de leur comtez , et aussi qu'on 
ne peut pas dire, sans s'exposer au ridicule, qu'ils l'a- 
voient obtenue des empereurs d'Alemagne. 

Quant aux ducs de Guyenne , la chronique de S. Es- 
tienne de Limoges semble la leur attribuer, en ces 
termes : ^. 1187, m. Id, ApriL obiit Willelmus pala- 
tinus cames Pictai^nsis , ultimus Dux Aquitanorum ( i ). 
J'avoue neantmoins qu'on peut avec justice disputer 
cette qualité aux comtes de Poitou et aux ducs de 
Guyenne , veu que dans le grand nombre des titres de 

(i) Chron, S. Steph. Lemofic. 



284 DISSERTATIONS 

sont toujours inscrits palatins y et souvent cuens palais, 
d*un vieux terme François usité en ces temps-là, et, 
entre autres Thibaud roy de Navarre , en une charte 
d'Aubert abbé de Ghâtris, au cartulaire de Cham- 
pagne (i), de la bibliothèque de M. de Thou, en ceà 
termes, « Thibaus rois de Navarre, de Champagne et 
ce de Brie, cuens palais » , façon de parler dont le ro- 
man de Garin le Loherans se sert quelquefois* 

Et dit li niéi, merveilles ay ot, 

Qant cuens paies roy de France aatist 

De tomoier, et il lifaut einsi. 

Et Gautier de Mets en sa mappeïnonde MS. (a) par- 
lant de Charlemagne , 

Si manda son fil Loeys , 
Et les Barons de lor pays, 
Evesques, dus, et quenspalais. 

Je ne doute pas aussi que le nom de conspalatius (3)^ 
qui est donné dans un titre d'Heribert comte de Ver- 
mandois et de Troyes , à Fouques comte du palais de 
Charles le Chauve , n'ait esté formé du françois cuens- 
palais, ce Fouques y estant qualifié Imperatoris cons- 
palatius , de mêmes qu'Eldouïn cornes et conspala- 
tius, en une notice de l'an 898 qui se lit au cartulaire 
de l'abbaye de Montier en Der, rapportée par André 
du Chesne aux preuves de l'histoire de Vergy (4)* 
Quelquefois ils se àîisoienl palazins et cuens palazins, 
d'un terme dont Philippes Mouskes s'est pareillement 
servi , lorsqu'il parle d'Ebroïn , maire du palais , con- 
fondant, comme j'ay remarqué, les maires avec les 
comtes du palais : 

(i) Fol. 34a. — (a) Mappem. MS. c. 14.— (3) Camusat, p. 83. b, — 
14) P' '9- 



SUR L HISTOIRE DE S. LOUTS. 285 

Maiê lues (Archenoald) moru, et Euteùns, 
Unsrices Ber^quens palatins 
Fu primes fais , et Mariskaus , 
Et de toute la tiere haus. 

Et ie même roman de Garin : 

Or vo dirai del mesage Pépin , 
Qui aloit querre le comte palazin. 

Ensuite y les comtes de Champagne s'estant apper- 
çiis que les empereurs avoient accordé le titie de 
comtes palatins à plusieurs seigneurs dansTAlémagne, 
(ce que je crois avoir suffisamment justifié) pour faire 
voir qu*ils ne tenoient pas cette dignité de l'empire , 
mais qu'ils la dévoient à la bonté et à la libéralité de 
nos rois, desquels ils relevoient, se sont souvent inti- 
tulez comtes palatins de France. Eudes, entre autres, 
dans un titre de l'abbaye du Val-Secret, se dit Odo 
Francorum cornes palatinus (i). Thibaud IV , fils 
du comte Estienne, dans une patente de l'an ii47 
qu'il expédia pour la maladerie des Deux-Eaux prés 
de Troyes, se qualifie gloriosus Francorum regni co^ 
mes palatinus. Et Henry I du nom, surnommé le 
Large, ou le Libéral , au nécrologe de S. Martin de 
Troyes, prend le titre de comes palatinus Galliœ, 
ainsi que Camusat a remarqué (2). 

Quelquefois mêmes ils ont supprimé le titre de pala- 
tins, et se sont dits comtes de France, ou des Fran- 
çois simplement, et par excellence, parce qu'ils es- 
toient presque les seuls qui possedoient le titre de 
comtes palatins, dans le palais de nos rois, dont ils 
exçrçoient la justice souverainement , et comme leurs 
lieutenans. Heribert comte de Vermandois et de 

{\)ApuàSammarth. in Gall, Chr, '^(pi) p, Sag. 



!28a DISSERTATIONS 

ces ducs, et de ces comtes, que Besly a insem m 
son histoire , il ne se trouve pas cfu'ils l*y ayent prise. 
Au contraire il est probable que les écrivains de ces 
siecles*là se sont servis de ces termes pA^r designer ks 
pairs de France, comme a fait MatJilku Paris, daos 
lequel Tevesque de Noion est appelle , cornes palaù- 
nus et unus de, xii paribus Franciœ (i). Je ne sçay pas 
même si Ton ne doit pas donner ce sens aux paroles 
de Lambert d'Ardres, lorsqu'il attribue le titre de 
palatin à Arnoul le Grand, comte de Flandres, filsda 
comte Baudouin le Chauve : Hic sùfuidem ArnoliËiS 
cognomento Magnus, vel Vetulus, à Balduiiw Ferreo 
tertius, à Lidrico Harlebeccense , qui ah Incamatione 
Domini anno dccxcu Flandriœ cornes faotus et eem^ 
tituius est primas, in Genealogiœ lined seactus cofl^^u- 
tcUur cornes et Palatinus. 

Mais comme je demeure d'accord qu'on pe^t dou- 
ter de ces titres de comtes palatins, à Tégard des 
comtes de Poitiers et de Flandres , il faut aussi tenir 
pour indubitable que les comtes de Champagne en 
ont jpiiy depuis leur établissement jusques à ce que 
ce comté a esté reiiny à la couronne d^ France , soit 
qu ils aient obtenu cette dignité de temps en teiups 
de nos rois, ou qu'ils se la soient fait con&rmer aux 
investitures ; ou enfin , ce que )e tiens plus vray -sem- 
blable, qu'ils se la soient conservée , comme descendus 
des comtes de Troyes , qui en joiitssoient au temps 
de la décadence de ce royaume : car après la funeste 
bataille de Fontenay, qui commença à épuiser le sang, 
et la noblesse de la France , et ensuite des irruptions 
des Normahs, qui achevèrent de déchirer ce misérable 

{i) Math, Par. A, la/fQ. 



SUR LHISTOIAE BE 8« LOUTS. 283 

état y la plupart <les gouveriMHirs des prorâices €t des 
places, méprisans Tautoriléy ou plûtâi la fiébiesse de 
nos rois, s'arrogèrent eo propre leurs g^iuvememens, 
avec les fflémes titres et qualiiez qu'ils les poseedoient 
et les transmirent à leurs héritiers. De sorte que le$ 
comtes de Troyes «'estant trouvez alors revêtus du 
titre de comtes palatins, leurs successeurs continuèrent 
de le prendre , et de le j^findre à celuj de leurs gou« 
vernemens. 

J'ay remarque cy^levant qu« Heribert III, comte 
de Vermandois, et de Troyes en estoit revêtu en 
Tan 980, estant probable ^qu'il le transmit au comte 
Estienne son fils , au droit duquel Eudes comte de 
Blois et de Chartres, qui après le decés d'Estienne, 
s'empara , malgré le roi Robert , du comté de Cham- 
pagne, continua de se dire comte du Palais cornes pa-- 
latinus (t), comme il est qualifié en une charte de 
Geoffroy vicomte de Châteaudun de l'an io3 1 , et dans 
le titre de fondation de rAbl>aye de S. Satur prés de 
Sancerre en Beny. L'on voit ensuite le comte Thi- 
baud , fils du comte Eudes , avec le même titre en une 
charte de Geoffroy comte de Mortagne, qui se lit en 
la bibliothèque de Cluny (a) : Estienne de Bloîs, fils 
de Thibaud parott avec cette qualité dans Orderic Vi- 
tal (3), et dans Yves évesque de Chartres (4) «n une 
de ses epîtres, qui, dans une autre qualifie Adèle 
femme d'Estienne Palatina comitissa : Thibaud , fils 
d'Estienne, est pareillement qualifié comte palatin 
dans Suger en la vie de Louys le Gros (5). 

Ensuite, tous les autres comtes de -Champagne, se 

(0 Tab. Clun. — (a) Bibl. Clun. p. 54a, 544- — (3) Ord. l. lo. — 
(4) ivo Car. ep. 49, 136- — (5) f^Ua. Lud. VI , c. 9 , ao. 



284 DISSERTATIONS 

sont toujours inscrits palatins y et souvent cuens palais, 
d'un vieux terme François usité en ces temps -là, et, 
entre autres Thibaud roy de Navarre , en une charte 
d'Aubert abbé de Châtris, au cartulaire de Cliam- 
pagne (i), de la bibliothèque de M. de Thou, en ces 
termes , « Thibaus rois de Navarre , de Champagne et 
ce de Brie, cuens palais » , faconde parler dont le ro- 
man de Garin le Loherans se sert quelquefois. 

Et dit U nuis, merweilles ay oT, 

Qant cuens paies roy de France aatist 

De tomoier, et il Ufaut einsi. 

Et Gautier de Mets en sa mappemonde MS. (2) par- 
lant de Charlemagne , 

Si manda son fil Loeys , 
Et les Barons de lor pays, 
Evesques, dus, et quenspalais. 

Je ne doute pas aussi que le nom de conspalaUus (3)^ 
qui est donné dans un titre d'Heribert comte de Ver- 
mandois et de Troyes , à Fouques comte du palais de 
Charles le Chauve , n'ait esté formé du françois cuens- 
palais j ce Fouques y estant qualifié Imperaiorù cons- 
palatins j de mêmes qu'Eldouïn cornes et conspala-- 
tins, en une notice de Tan 898 qui se lit au cartulaire 
de l'abbaye de Montier en Der, rapportée par André 
du Chesne aux preuves de l'histoire de Vergy (4)« 
Quelquefois ils se disoient palazins et cuens palazins, 
d'un terme dont Philippes Mouskes s'est pareillement 
servi , lorsqu'il parle d'Ebroïn , maire du palais , con- 
fondant , comme j'ay remarqué, les maires avec les 
comtes du palais : 

(i) FoL 34a. — (a) Mappem. MS. c. 14. — (3) Camusat , p, 83. b. — 
[4) p. 19. 



SUE L^HISTOIRK DE 8. LOVTS. ^85 

Mais lues (Archenoald) moru, et Eureùm, 
Unsrices Ber^quens palatins 
Fu primes fais, et Mariskatis, 
Et de toute la tiere haus. 

Et le même roman de Garin : 

Or vo dirai del mesage Pépin , 
Qui aloit querre le comte palazin. 

Ensuite^ les comtes de Champagne s'estant apper- 
çi^s que les empereurs avoient accordé le titre de 
comtes palatins à plusieurs seigneurs dansTAlemagne, 
(ce que je crois avoir suffisamment justifié) pour faire 
voir qu*ils ne tenoient pas cette dignité de Tempire ^ 
mais qu'ils la dévoient à la bonté et à la libéralité de 
nos rois, desquels ils relevoient, se sont souvent inti- 
tulez comtes palatins de France. Eudes, entre autres, 
dans un titre de l'abbaye du Val-Secret, se dit Odo 
Francorum cornes palalinus (i). Thibaud IV, fils 
du comte Estienne, dans une patente de Fan 1147 
qu'il expédia pour la maladerie des Deux-Eaux prés 
de Troyes, se qualifie gloriosus Francorum regni co- 
rnes palatinus. Et Henry I du nom, surnommé le 
Large, ou le Libéral , au nécrologe de S. Martin de 
Troyes, prend le titre de cornes palatinus Gallice^ 
ainsi que Camusat a remarqué (2). 

Quelquefois mêmes ils ont supprimé le titre de pala- 
tins, et se sont dits comtes de France, ou des Fran- 
çois simplement, et par excellence, parce qu'ils es- 
toient presque les seuls qui possedoient le titre de 
comtes palatins, dans le palais de nos rois, dont ils 
exerçoient la justice souverainement , et comme leurs 
lieutenans. Heribert comte de Vermandois et de 

{\)ApudSammarih, in GaU, Chr. •« (a) /i. Sag. 



2Q0 DlSSBAT A.TI0S8 

baçulo et perd in ecclesid B. Nicolaiy reconcessit Ila^y^ 
nerio abbaxi et numachis Absiœ ierragia* La chroni-^ 
^e de Beze (i), Hugo miles .... in die qud peram 
assiunpsit ad Ifierosoljrmitanum iter faciendum; et 
celle de Vezelay (2) : assumpto baculo et perd, çuasi 
B. DioTvysii petiturus oracula. Et cela s'est pratiqué 
mêmes par nos rois, lorsqu'ils ont voulu entreprendre 
ces lox^s et âcheux voyages d'outremer (3) : car après 
avo^r chargé kurs épaules de la.figure de la croix, ils 
avoient coutume de venir en Fabbaye de S. Denys^ et 
là y après la célébration de la messe ^ ils recevoient des 
mains de quelque prélat le bâton àe pèlerin et Tes- 
carcelle , et mêmes l'oriflamme , ensuite de quoy. ils 
prenoient congé de S. Denis , patron du royaume* 
C'est ainsi que l'on parloit alors. L'auteur de la vie de 
Louys le Jeune , écrivant au sujet de ce roy , lorsqu'il 
se croisa pour le voyage de Hierusalem (4) : JTemt Bex, 
ut moris est, ad ecdesiam B. Dionysiij à martyribus 
licentiam accepturus , et ibi post celebrationem mis-- 
sarum baculum peregrinationis , et vexiUui» S. Dio^ 
nysii, quod oriflambe gallicè dicùur, valde rêve- 
renter accepit. Eudes de Dievil parlant du roy Louys 
VII (5) : Dum igiturà B. Dionysio vexillum etabeundi 
licentiam petiit j qui mos semper victoriasis regibus 
fuk , etc. Et plus bas : Deinde sumpto vexillo desuper 
altari, et perd , et benedwtione à Summa Ponii/îce > 
in dormitorium monachorum , multitudini se subduciL 
Philippes Auguste (6) en usa de la même manière , 

(i) Chr. Besuense, p.^SZ. — (a) Chr. Vezeliac. 1.5, p. S6i. — 
(3). Fita S. Teliai EpUc. Landau, apud Bol. g. Febr» o. a, a. 6. •» 
(4) Fita Lud. FI, c. 4. — (5) Od. dfi DiogiL /. 1. — (6) Bigord- 
A, 1190. 



SUR L HISTOIRE DE 8* LOUYS. 289 

sian, que mehtisj esioietit la même chose que pera(i). 
Quant à moy j estime que Cassiana entendu dire que 
ces moines y outre ce vêtement fait de peaux ^ avoient 
encore coutume de porter un petit sachet ^ et un bâ» 
ton f dont ils se servoient durant leurs pèlerinages : ce 
qui se peut aisément concilier ^ en restituant le mot 
appellalury ou le sousentendant ^ après melotes* TsûûX 
y a que Cassian parle du bâton des moines au chapitre 
suivant ; et dans Tune.de ses collations (a)^ il fait assez 
voir que lorsqu'ils entreprenoient quelque voyage , ils 
prenoient Tun et Tautre : Cùm accepissemus peram et 
baculum , ut ibi mori^ est monachis uniyersis iter ^igenr 
tiius. Le moine d'Angouléme Ci) écrit que le corps de 
Gharlemagne, après sa mort, fut inhumé avec tous 
ses habits impériaux ^ et que pardessus on y posa Tes- 
carcelle d'or^ dont les pèlerins se servent ordinaire- 
ment, et qu'il avoit coutume de porter lorsqu'il alloit 
à Aome : et super vestimentis imperialibus pera père* 
grinalis aurea posita est, quam Romam portare soUtus 
erat. D'où il resuite que le bâton et l'escarcelle ont 
toujours esté la marque particulière des pèlerins , ou 
comme parle Guillaume de Malmesbury (4)^ solatia 
et indicia itineris. 

Les pèlerins de la terre sainte, avant que d'entre- 
prendre leurs pèlerinages y alloient recevoir l'escarcelle 
et le bourdon des mains des prestres dans l'église : un 
titre de Sebrant Chabot , qui vivoitenTan ii35, au 
cartulaire d'Absie en Gastine : Siebrandus Chabot vo» 
lens ire Uierusalem , coram Deo et reliquiis SS. accepta 

(i) Isidor, l. 19,' c. a4. Papias, Mlfrie Gloss, -* (a) CoUat, n » 
e. 5. — ;3) Monach. EngoL in t^Ua Car. Mag. A, Si^. — (4) Jf^ilL 
Maintesb. L i^de Gcst. Pontif, Angl, p. aai , Fol, 89. 

3. 19 



292 DISSERTATIONS 

partes transmarinas de S. Dionysio^ etibiaccepitperam 
.et baculum peregrinationis suœ, quos benedixit et red*- 
didit sibi in ecclesid *S. Dionjsii Radulfus episcopus 
Albanensis , tune Apostolicœ Sedis legatus in Francid 
et partibus transmarinis. La chronique de Flandres 
dit (i) que S. Louys après avoir pris l'écharpe et le 
bourdon en l'église de Nostre Dame de Paris , vint à 
S. Denys, où il reçût roriflamme. 

Nos auteurs emploient ordinairement le mot d'ë- 
charpe, au lieu d'escarcelle, parce qu'on attacfaoit 
ces escarcelles aux écharpes, dont on ceignoit les pe* 
lerins, d'où les mots de pera ou penda^ dans le 
glossaire latin-françois MS. sont traduits . par celuy 
àiescharpe. Guillaume Guiart en l'an 1190 : 

lÀ Rois en icel tems s'apreste, 
Si oome Dieu l'en avisa. 
Delà aler où promis a , 
Autrement cuideroit mesprendre, 
Uescherpe et le bourdon va prendre , 
A Saint Denis dedans l'église. 
Puis a Voriflamhe requise y 
Que P Abbés de leans li baille. 

La chronique de France M S. qui est en la biblio« 
theque de M. de Mesmes, en cette même année, par- 
lant de Philippes Auguste : « Et print roriflamJ|;>e et 
a l'emporta , et prist l'escharpe et bourdon de la mai- 
« son de son oncle l'archevéquè deRains, et prist deux 
« chandelles, et deux enseignes de croisettes dessus les 
« châsses au benois Sains , etc. » 

Ces escarcelles, ces écharpes, et ces bourdons es- 
toient bénis par [les prêtres , qui y prononçoient des 
prières et des oraisons, qui se lisent dans le sacerdo- 

(i) Chron, de Flandr. ch. ao. 



SUR l'histoire de s. louys. 2&^* 

tal romain, et dans les illustrations du P. le Royçr (i)^ : 
sur rhistoire de Tabbaye de Monstier S. Jean , au dio- 
cèse de Langres, à raison dequoy il y avoit de certains r 
droits qui appartenoient aux curez , dont il est fait 
mention en un titre de Pierre ëvesque d'Angouléme 
de Tan 1162 : Quœ offeruntur à peregrinis , citmeiis 
capellanus baculum et peram tradideriu Et dans un. 
autre de Manasses évesques de Langres de. l'an 1 185 :. 
Reliqua medietas sit presbjteri, cuni jure presbytera- 
tus , quod taie est : perce peregrinorum j oblationes 
sponsi et sponsŒy etc. De cet usage observé par les pe« 
lerins, et ceux qui entreprenoient les voyages d'ou- 
tremer, de porter des bourdons, les hérétiques Albi- 
geois prirent sujet de se railler des Croisez qui avoient^ 
entrepris de les combattre, en les appellant bourdon-, 
niers, ainsi que nous apprenons du moine de Vaux de 
Sarnay (2) : Burdonarios autem vocabant peregrinos , 
eb çubd baculos déferre solerent, çuos lingud communi- 
burdones vocamus. Quant, au mot de bourdon, et 
pourquoy il a esté appliqué aux bâtons des pèlerins ^ 
il n'est pas aisé de le deviner. Papias (3), qui vivoit en 
l'an io53 suivant le témoignage d'Alberic, ijous fait 
voir que de son temps il estoit en usage en cette si- 
gnification : verubus , virgis ferreis j burdonîbus. Je 
crois neantmoins qu'on a donné ce nom à ces sortes de 
bâtons, parce que les pèlerins pour l'ordinaire , et le 
plus souvent faisans leurs voyages , et leurs pèleri- 
nages à pied, ces bâtons leur tenoient lieu de mon- 
tures, ou de mulets, que l'on appelloit alors bour- 
dons, et Burdones (4) dans les auteurs du moyen 

(i) Pag. 611. — (a) Monach, ValLSarn. c. 6a. — (3) Papias, 
L. Uem Legato, de Légat. 3 , f^. — (4) Cuiac. /. 1 1 . Obs. c. i6. et 
Oloss. nostr. ad scrip. mtdiœ Latinit. 



294 DISSERTATIONS 

temps ^ qui est un terme, dont le jurisconsulte Ulpîan 
s'est mêmes servi. Everard de Be thune nous définit 
ainsi le bourdon : 

Burdonem producit equus conjunctus asellœ. 
Procréât et mulum junctus aseUut equ<B. (i) 

Comme les pèlerins de la Terre Sainte, lorsqu'ils 
entreprenoient leurs voyages, y alloient avec le bour- 
don et l'escarcelle : ainsi quand ils les avoient achevez, 
et qu'ils estoient sur lé point de retourner dans leurs 
pays, ils coupoient des branches de palmiers, qui sont 
frequens en la Terre Sainte, et les rapportoient comme 
une marque de l'accomplissement de leurs pèleri- 
nages. Guillaume de Tyr parlant du comte de Flan- 
dres : Completis orationibus , et sumptd palmd , quod 
est apud nos consummatœ peregrinationis signum, 
quasi ùmnino recessurus j Neapolim abiit (2). Foucher 
de Chartres (3) semble dire qu'on alloit couper ces 
branches de palme vers Hiericho : In Hierico ramis 
palmarum cœsis , ad deferendum, ut mos est^ omnes 
assumpsimus j et secundd die iter renieabile cepimus, 
Pierre Damian marque (4) encore qu'on les portoit en 
la main : Ex HierosolynUtand peregrinatione des^e^ 
niensjpalmamferebat in manu. Et Herbert dit (5) que 
la palme estoit aussi une marque de pèlerinage : Vidit 
..... stantenij instar alicujus Hierosolymitani palmd j, 
perd, et baculo insignitum. Enfin Gotefi^oy de Viterbe 
parlant du retour de ceux qui accompagnèrent l'em- 
pereur Conrad : 

Palm^etique viri p^uci redeunt redwiyi (6). 

. (1) Eberard, Berth. de Grœcismo, -^ {7) Will. Tyr.l. ai^ c i^. «^^ 
(3) Fulcher. l.ifC. aal. — (4) Pctr. Dam. L 2 , e/>. i5. — (5) Herlerl y 
1. 1. de Mirac, ç. 25. — (6) Gotefr^ p^iierh. part. 17. " 



SUR l'histoire DE-9. LOUTS. Iê!^^ 

Roger de Howeden dit (i) que le Pape donna ties 
palmes à ceux qui avoient accompagné Philippes Au- 
guste au voyage de la Terre Sainte , quoy qu'ils n'euft^ 
sent pas accompli entièrement leur vœu : Et UcH 
voium non solvissent, tamen p Aimas iis distribuii, et 
cruces collis eorum suspendit, statuens ^qubd essent 
peregrini. Les pèlerins estant ainsi de retour dans 
leurs maisons y venoient rendre grâces à Dieu dans les 
églises du bon succès de leurs voyages y et pour ibarque 
de Taccomplissement de leurs vœux, ils presentoient 
leurs palmes aux prêtres , qui les posoient sur TauteL 
La dironique de Beze : Pariterque palmas^ quas testes 
peregrinationis suce à Jeridio tuhratj altari superponi 
rogavit (a). 

DU MOT DE SALE, ET PAR OCCASION, 
DES LOES ET DES TERRES SAUQUES. 

(JdnnriLLi, p. su.) 



Lje mot de Sale signifie vulgairement les grandes 
chambres de nos maisons, qui sont appellées parViiruve 
et les autres auteurs latins Oeci (3), par Pline et Stace, 
Asarota (4)- Philander sur le même Yitruve estime 
qu'elles sont ainsi nommées, h saltando, parce que 
Ton a coutume d'y faire les festins de noces^ et d'y 
danser : ou bien à salutadonej acause que ce sont ot^ 
dinairement les lieux, où les mattres des logis reçoi- 
vent ceux qui viennent les saluer, ou visiter, de mémeà 

(i) Roger. Hoved. p. 71a. — (a) Chr. Bez, p. 574. — (3) P'itruye y 
L 6,^. 5. — C4) ^^'i* /. 36 , c. a5. Stat. 



396 DIftSBRTATIOllS 

qiieces chambreS'Voisines des églises, que les historieiis 
eeclesiastiques appellent atmaçTipia , et salutatoria ,.ott 
lesévesquesreoevoienl ceux qui les venoient voir. Mais 
comme ce n'est pas- là la véritable etymologie de ce 
mot y ce n'est pas aussi son ancienne signification : car 
an temps de S. Louys, et beaucoup devant, le mot de 
saU' signifioit un palais, une grande maison, comme 
en cet endroit de l'histoire du sire de Joinville, qui 
forme la matière de cette reflexipn : « Ce Serrais estoit 
•s^eeluy qui avoit en garde et gouvernement les pavil-» 
« Ions du Souldan^et qui avoit la chaîne de nettoier 
ce cfaascun jour ses salles et maisons. » Hugues de 
Bercy, qui vivoit sous notre S. Roy, se plaignant que 
de son temps les princes et le grands seigneurs com- 
mençoient à abandonner les villes , pour se retirer à la 
campagne , se sert pareillement de ce tenQe en cette 
signification : 

Mais k Roy , H âuc,etli comte. 

Aux grandes f estes font grant honte. 

Qu'ils n^ aiment mais palais ,. ne sales ^ 

En ordes maisons et en salles 

Sereponent, et en bocages^ • 

lA}rs cours et ert pauvres et umbrages^ 

Orfuient-^ils les bonnes vUUs. 

Gautier dé Mets en sa mappemonde MS. (i) parlant 
du*paUis dîAix la Chapelle, biâti par Charlemi^ne :> v 

'^ ' " A Aix Sale et capelle fin, ' - ^> 

C est ainsi que les^loix des Aléinans usurpent celùy dé 
sula : Si qvis super aliquèm focum in nocte miserit, u^ 
4omum ejus inçendat, seu etsalam, ^o solidis comjjky^ 
nat Si èhim domum infra curtem incenderit^ 52 soUdi$ 

{i) Mapp^m^J^Si^ ç. i4, ... . • 



SUR L*HI8TOIllE DE S. LOUYS. ^97 

ccfmponat (i). L'on voit dans ce passage la difierence 
que ces loix font de celuy qui a brûlé une maison^-ou 
une sale , d'avec celuy qui a brûlé la maison de lâi 
basse-court^ et ainsi. la sale estoit. la maison du sei*. 
gneur, et l'autre la maison du fermier. Cette distinctioii 
se reconnoit encore dans les loix des Lombards^ qui 
font difierence de celuy qui avoit le soin du bétail de. 
la sahf et de cêluy qui estoit su6 massario^ c'est à 
dire le fermier (2). Si quis servum alienum bubulcum^ 
de sald occident , componat solidis ao. Si cuis servum 
alienum rusù'canum, qui sub Massario est^ occident, 
componat solidis 16, où la mort du serviteur et du valet 
de la sale, est punie d'une plus grande amende, que çeUe 
du valet du fermier : aussi les premiers servoient ceux 
qui y sont appeliez hommes libres, c'est à dire gentils-, 
hommes : de illis verb pastoribus dicimus, qui apud 
Uberos homines setviemnt, et de saldproprid çxierunU, 
De sorte (\\xe sala est proprement le château ou la 
maison d'un seigneur de village. C'est ainsi que ce mot 
se trouve emploie dans une epître du pape Grégoire IH 
à Charles Martel, au sujet des Lombards : Omnes salas 
S. Peiri desiruxerur^t, etpeculia quœ remanserant ahs^ . 
Uderunt (3) : comme encore en ce titre de Pi^erre. consul 
de >Rome. et dtic, de Tan 19 de l'empire deLouys, fils. 
deLothaire, dans le,cartulaire de l'abbaye de Casaure ; 
Pro solario habitationis meœ, cum ared in qud^exta^^ 
cum curte et sald , seu capelld, quœ inibi œdificataesté, 
(4) et plus bas, cum curte j capeUd, sald, balneqyet vi", 
ridario. Et dans le synode de Ravenne (5) tenu sous 
Jean VIll. PP. dans la collection romaine SHolste- 

(i)/L£. AUm, tit. 81. — - (3) LL. LongJ. i , tU, ii. — (3] 7b. 3' 
fiisi, France, p. 703. — (4) TabuL Casaun — (5) Cap* 17. 



ligS DISSERTATIONS 

nias : Cortes, massas , et salas, tam par Rai^ermam et 
Pentapolem , etc. Hariulfe en la chronique de S. Ri- 
quier Tusurpe encore pour une Taaison ^ Et sic per por^ 
tam 5. Gabrielis , ac per salam domni Ahha/ds taft^ 
bulando (i), etc« Enfin les Gascons , et particulière- 
ment ceux de la Basse Navarre , appellent encore 
aujourd'huy sales les maisons des gentils-hommes à la 
campagne. Guillaume Morin en Thistoire du Gâtinois 
dit qu'on appelloit ainsi le château de Paucourt, prés 
de Montai^s (2). 

Âventin (3) en ses annales de Bavière a esté le pre* 
mier, qui a écrit que les Saliiy dont il est parlé dans 
les histoires d'Âmmian , et de Zozime, et ensuite ceux 
qui sont appeliez Salici, ont pris leur nom de Bdlà^ 
estant les principaux d'entre les François, qui avoiént 
part au gouyernement de l'état, et qui estoit de b 
sale , c'est à dire de la cour, ou de la maison du 
prince. Cette opinion a esté suivie par Isaac Po&ta* 
nus (4) en ses origines des François, et par Godefroy 
Wendelin (5), qui tiennent que les Loix saliques ont 
pareillement tiré leur nom de ce même mot, estant 
ainsi appellées , parce qu'elles contenoieht de» regle- 
mens particuliers pour les grans seigneurs , et leurs 
terres , qui y sont appellées Terrœ Salices : ce qui 
semble conforme à ce qui s*est pratiqué depuis entre 
les princes François, comme on recueille du cofittract 
de mariage de Robert prince de Tarente^ et empe-^ 
reur de Gonstantinople (6) avec Marie de Bourbon de 

(1) Hariulf, i. 3, c. 11. — (a) Hist. du Gastinois, L i, ch. 3. — * 
(3) Av^entin. l. ^9 p- i83. — (4) Isaac. Pont. L 6, orig. Fr, c. 17.— 

(5) Gotefr. ff^endelin. in Natali solo legum Salie, et in GUns, — • 

(6) V. VHiit. du JEmp. de CF. i. 8, n. 9. 



SUR l'histoire ûï s. louys. 299 

l'an i347, dans lequel l'un et l'autre déclarèrent, qu'ils 
entendoient vivre suivant la coutume des princes du 
sang de France : more RegaUwn , et Francorum jure 
utentes. Ces auteurs confirment encore Tetymologie 
et l'origine des loix saliques, par un usage qui s'est 
pratiqué long-temps depuis ; faisant voir que les princes 
et les seigneurs rendoient ordinairement leuris juge- 
mens dans leurs sales ^ et dans leurs maisonâ^ et par 
conséquent y dressoient leurs loix et leurs statuts. Ce 
qui 'est conforme à une notice qui se lit au cartulaire 
de Casaure : Dum residissemus nos Odelerius missus 
Berengctrii et Ildeberti comitum inplacito, in Marsd, 
sald pubU<id domni Régis , pro singulôrum causis aiir 
diendis, veZ deliberandis (i). C'est pour cela qu'en 
plusieurs lieul de la Flandre, du Brabant et du Hay- 
naut , on appelle encore à présent du nom de sale , les 
auditoires publics, et les endroits où l'on rend la jus- 
tice , comme à Lille , suivant le témoignage de Vander 
Haer(2)en l'histoire des Châtellains de Lille; à Valen- 
tiennes , et en divers lieux du Brabant rapportez par 
Wendelin } et même en Alemagne, au récit de Fre- 
her (3) en ses origines des comtes palatins. De toutes 
ces remarques on conclu d que les loix saliques sont 
celles qui otit esté dnsssées pour les officiers , et les 
gentils- hoibmes de la maison du prince, ou bien qui 
ont esté dressées en sa maison, et en sa sale, et où il 
faisoit encore retidre les jugemens par ses officiers. 

Cecy peut estrel appuie d'une autre observation que 
Wendelin fait au sujet des Malberges j remarquant 
que les premiieres loix saliques , qui ont esté faites pai: 

(1) TahuL CcLsaur. ilPart. — (a) HUl, des Chast. de Lille, /. i , f>. 
66. - (3) F/^^cr, p. 56. ' '^ ' ' ' ^^ ' ' 



3oO DISSERTATIONS 

les rois de France, payens, telles que sont celles qui 
ont esté publiées par Herold, portent presque à chaque 
chapitre, ou titre, les lieux où elles ont esté premiè- 
rement arrêtées, qui y sont appeliez Malbergia ^ Mal-^ 
lober gia, ou Malberga, avec l'addition du nom du 
lieu. De sorte qu'il estime que ce terme signifie en 
vieux idiome thiois, ou aleman, la maison où l'on te- 
noit les plaids , estant composé de Mallum, qui signifie 
plaitj ou jugement, et de Berg qui signifie maison .,- 
selon la signification qu'il donne à ce mot, qui n'est* 
pas éloignée de celle que Kilian (i) lui attribue. Mais 
il y a lieu de révoquer en doute cette etymologie, 
estant plus probable que Mallobergium vient du mot 
de Mallum, et de Berg qui signifie une montagne, de, 
sorte que Mallobergium signifieroit le mont, ou la mon- 
tagne des plaits, mons plaçai j ainsi qu'il est tourné dans 
les loix de Malcolmell du nom, roy d'Ecosse (2), en ces 
termes : Dominus rex Malcolmus dédit et disiribuit 
totam terram regni Scotiœ hominibus suis , et nihil sibi 
retinuit in proprietate , nisi regiam dignitaterrij et mon- 
tem Placid in villd deScona : Où Skeneus jurisconsulte 
Escossois fait cette belle remarque : Montent^ seu locum 
inlelligit, ubi placita ^ vel curiœ regiœ de placiùs et 
çuerelis subditorum soient tenerij ubi barones compa-- 
reantyet homagiunij ac alia servitia débita offerant, et 
vulgb OMNis TERRA vocatur^ quia ex terrœ mole etcon- 
gerie exœdificatur : quam regni barones j aliique sub-", 
ditiibi ùoniparentes ^vel coronandi Régis causât ^el ad 
comùia publica jQjel ad causas agendas et dicendas ^ CO" 
ram Rege^ inunumquasi cumulum ejL monticulum con- 
ferpbanV De sorte que ceux qui alloient aux lieux où 

(1) Kiliani eiymoL — (a) M. Malcomi II, c. i , §.2. 



SUR L HISTOIRE DE 8. LOUTS. 3ol 

Ton tenoit les plaits, soit pour y faire la fonction de 
juges, soit pour y plaider devant eux, pour faire voir 
que les premiers avoient toute sorte de liberté dans 
leurs jugemens , et les autres dans la poursuite de 
leurs droits, portoient tous dans le pan de leurs robes 
de la terre de leurs maisons, ou héritages, et la dé- 
chargeoient aux lieux où se tenoient les plaits, et 
jcomme il y avoit un grand nombre de plaideurs , ils 
en formoient une espèce de montagne, où chacun 
d'eux se tenoit comme dans une terre commune , qui 
appartenoit paiement à tous, et qui estoit omnium 
terra, et ainsi indépendante de toutes les puissances 
séculières. Partant je ne fais pas de difficulté de croire 
que les Escossois n ayent emprunté.ces Monts de Plaits 
des Malherges des premiers Françoii^, et que les Fran- 
çois mêmes n'ayent observé ces cérémonies pour la 
tenue de leurs assises. Nous avons encore un reste de 
ce nom en IsL tour de Maubergeon en la ville de Poitiei^^ 
que Besly estime estre ainsi appellée des Malberges (i). 
Comme je ne veux pas combattre directement les 
opinions que ces grands hommes ont avancées au sujet 
de Forigine des loix saliques, aussi je ne puis pas con- 
venir de tout ce quils en ont écrit. Car quoy que les 
Saliens fussent François, et que depuis qu'ils passèrent 
le Rhin, ont ait appelle ainsi ceux de ces peuples qui te- 
noient le premier rang entre eux, j'estime pareillement 
qu'il faut demeurer d'accord, qu'avant que les Fran- 
çois vinssent dans les Gaules, les Saliens y formoient 
un peuple particulier : de même que les Leti, les CAa- 
maifi, les Bructeri, et les autres qui sont nommez dans 
les auteurs, composoient pareillement d'autres peuples. 

(i) Besly en PHist. des comtes de Poitou à la fin du vol. 



3o2 DISSEllTATIONâ 

Il n est pas toutefois facile de rechercher l'origine de 
tous ces noms, qu'ils peuvent avoir empruntez des 
pays septentrionaux, d'où'ils estoient sortis. Cecy est, 
à mon avis, très-bien justifié par ceux qui ont fait men- 
tion des Saliens : Âmmian Marcelin parlant de l'em- 
pereur Julian le dit clairement : Petit primas omnium 
Francos , quos consuetudo Salios appellai^it ^ ausos 
olim in Romano solo apud Toxaniriam-locum habitor- 
cida sibi jftgere prœlicenter (i) ; car il nest pas proba- 
ble qu'il ait voulu dire qu'il n'y ait eu que les grands 
seigneurs françois, qui aient osé passer dans les terres 
de lempire, et y établir leurs demeures : mais il a dit 
que les peupïes d'entre les François , qui estoient ap- 
peliez Saliens, passèrent dans les terres des Romains. 
Aussi Zozime pairlant d'eux , dit qu'ils faisoient une 
portion des François, tcôv ^payxwv àTiofjLoipov , c'est à 
dire que c'estoient des peuples particuliers , qui avec 
plusieurs autres composoient la nation françoise. Cet 
auteur écrit que l'empereur Julian entreprit de faire 
la guerre aux Quades, peuples saxons , qui avoient 
chassé les Saliens de leurs terres, et les avoient obligez 
de se retirer dans l'isle de Batavie, qui appartenoit alors 
aux Romains, et qui ensuite s'estoient encore établis 
dans la contrée de Tessender-Lo au Brabant. U deffit 
les premiers, et quoy qu'il eust trouvé mauvais que 
les Saliens eussent occupé les terres de l'empire, neant^ 
moins il ne voulut pas qu'on leur courust sus^ parce 
que ce qu'ils en avoient fait, n'avoit esté qu'acause 
qu'ils avoient esté chassez de leurs terres par les 
Quades. De sorte qu'il les traitta favorablement ^ et 
leur permit d'habiter lès terres de l'empire, ce qu'ils 

(i) Amnâan , L i^. 



StJR L HlSTOiaS DR S. LOUYS* 3o3 

firent y ayant quitte la Batavie j et estant venus s'éta- 
blir dans le Tessander-Lo. Libamm fait mention de 
cecy, quoy qu'en termes généraux, écrivant que ces 
peuples demandèrent des terres à l'Empereur y et qu'il 
leur en accorda, xaè yyjv >îtouv, xat ikdfiSavov (i).Ce que 
Julian fait encore voir plus disertement, disant qu'il 
chassa les Chamaues, peuples pareillement François^ 
et qu'il reçût les Saliens : bmis^aiiYiv fxiv fxoTpav toû 2a- 
Xtwv gâvovç, Xa[iixSovç è^^laaa (a) : où il faut remar- 
quer le mot IBvoç, qui montre assez que les Saliens fu- 
rent des peuples, de mêmes que les Chamaves, et non 
pas les principaux seigneurs françois comme ces au- 
teurs prétendent. Wendelin dit (3) que depuis ce 
temps-là ils furent employez par les Romains dans 
l'infanterie , parce qu'ils habitèrent un pays plus pro- 
pre au labourage, qu'à nourrir des chevaux de guerre ; 
et que c'est pour cela que dans la notice de l'Empire 
les Salîî Gallicani sont sous le commandement du 
magister peditum. C'est aussi pour, la même raison 
que Sidonius dit que les Saliens estoient recomman- 
dables pour leur infanterie : 

vincitur iilic 

Cursu HeruluM, Churmus jaouUs, Franeusque natatu , 
SauromuUâ cfypeo , Salius pede^falca Gelonus (4). 

Yignier (5), Savaron, et autres interprètent ce passage 
de la disposition du corps et des pieds de ces peuples ^ 
et estiment mêmes qu'ils furent ainsi nommez à sa- 
liendo : mais je laisse toutes ces recherches, qui sont à 
présent trop triviales, après ce que tant d'auteurs ont 

écrit sur ces matières. 

« 

(i) Liban. oraU Funeh. in mortem JuUanL •— (a) Julian, Ep. ad 
Athen. — (3) Pag, 91. — (4) Sid. Carm. 7. — (5) F'i^nier de l'orig. 
des anciens Franc. 



3o4 DldSERl'ATIÔJlfS 

Comme les Saliens s'établirent dans les Gaules aveï* 
l'agrément de l'empereur Julian , il est probable quife 
obtinrent de lui plusieurs privilèges , qui les firent ref- 
connoître dans la suite pour les principaux d'entre les 
François. Ce qui a fait dire à Othon évesque de Frr- 
singen parlant au sujet de la loy salique : Hdc nqUi- 
Ussind Francorum , qui Salici cUcuntur , adhuc uUm- 
tur (i) : et quelques-uns estiment que l'cmperetir 
Conrad fut surnonimé SaUcus , acause de la noblesse 
de son extraction. Ces prérogatives consistèrent prin- 
cipalement dans la franchise des terres qui leur furent 
accordées par Julian , et que les principaux et les 
chefs de ces peuples se départirent entre eux, à cpn* 
ditibn de le servir dans ses guerres , et d'y conduire 
leurs vassaux : ce qui se fit eu égard au nombre de terres 
que chacun d'eux possedoit ; car c'est de ces distributions 
des terres militaires, que les sçavans tirent l'origine 
des fiefs, les Romains ayans coutume de les distribuer 
à leurs vieux soldats, et mêmes aux nouveaux, à con- 
dition de les servir dans leurs guerres, particulière- 
ment pour la garde de leurs frontières. Ces terres sont 
nommées xT)3fxaTa ç-paTiooTr/ca (2) dans une novelle de 
l'empereur Constantin Porphyrogennete ; et celles qui 
estoient obligées à des services de chevaliers , sont ap- 
pellées -ù^içm éTrTrwot' (3), dans un décret des Smyrneens 
donné au public par Selden , qui estoient semblables 
à ces fiefs, qui sont nommez fiefs de haubert, ou de 
chevalier. C'est donc pour cette raison qae ces terres 
ne passoient pas par succession aux filles, parce qu'elles 
estoient incapables de porter les armes , et de rendre 

(1) Oïko Fris, l. 4, Chr. c. 3a. — (a) Apud CatvL Labbeum. — 
(3) Marmara Arundel. 



SVH L HlSTOI&£ i>S S. LOUTS. 3o& 

^ucUn service, de ^erre^Lampridius^ ait (i) que l'em- 
pereur Alexandre Severe donna aux (capitaines «I aux 
soldats^ qui estoient en garnison sur les frontières de 
Tétat y les terres qui avoient esté prises sur les ennemis : 
Ita ut eorum ita essent, si hœredes eorum militarenU 
C'est-là le motif de cet article de la ioy salique : De 
terrd verb Salicd nulla poriio hœreditatis mulieri ve^ 
niai , sed ad vilirem sexum tota terrœ hœreditas per^ 
venii (2). Ce qui s'est observé long'-temps dans Fusage 
des fiefs, qui ne pouvoient estre te^us que par des 
hommes et des majeurs; car s'ils écheoient aux filles, 
lorsqu'elles venoient dans un âge nubile , elles estoient 
obligées de se marier, au gré du. seigneur , à une per- 
sonne qui pût deservir le fief; et s'ils écheoient à des 
mineurs, les tuteurs les deservoient, et mêmes s'ea 
disoient seigneurs tant qu'ils les possedoient en cette 
qualité, comme je l'ay justifié ailleurs (3). 

Le partage que les Saliens firent entre eux, des. 
terres, qui leur furent accordées par l'empereur Julian, 
se fit de la sorte. Les principaux seigneurs et les capi- 
taines distribuèrent à leurs soldats des terres pour le 
labourage , à condition de quelques redevances , et 
de les suivre dans lesxguerres. Quant à eux, ils s'en 
réservèrent une partie, avec les châteaux et les plus 
belles maisons des lieux, où leurs lots leur échurent, 
ou bien ils y en bâtirent, qui furent appellées Sales ^ 
acause que c*estoit la demeure des chefs des Saliens. Et 
comme ils tenoient ces seigneuries avec toute sorte de 
franchise, n'estant sujets aux empereurs à raison d'au* 
cune redevance, mais seulement estant obligez de les 

(0 Lamprid. in Alex. Sey. — (a) TU. 6a. — (3) En VHisL de 
CP. 

3. 20 



3o6 DISSERTATIONS 

servir dans leurs guerres ; et veu d'ailleurs qu'ils estoîent 
les principaux d'entre les peuples françois, ilest arrivé 
que les personnes libres , et non sujettes à ces imposi- 
tions , ont esté reconnues dans la suite des temps sous 
le terme de Francs. Papias (i)^ Liber y Francus homo : 
d'où vient que les terres qui estoient possédées par les 
gentilshommes y estoient appellées Mansi ingenuiles , 
ce que je reserve à discuter dans une autre occasion. 
Ces prérogatives des terres possédées par les François- 
Saliens ont éclaté particulièrement par la comparaison 
de celles qui furent nommées Létales, ou Lidiales 
mansi (2) ^ dont Cœsarius abbé de Prum parle en son 
glossaire y en ces termes : Ledilia mansa sunt quœ mul- 
ta quidem dominis commoda ferebant j sed continua 
Serviebant (3). Ils sont appeliez Mansi létales et sen^iles 
dans un titre de Louys le Débonnaire \ et ceux qui les 
labouroient sont Bommez dans les anciennes loix y et 
dans les chartres Liti , qui estoient une espèce de 
serfs, d'où le mot de Litige a esté formé, comme je ju£- 
tifieray ailleurs. Ces terres ainsi sujettes à ces condi- 
tions viles , et à des redevances foncières, sont les 
mêmes qui sont nommées Terrœ Leticœ (4)^ dans le 
code Theodosien, acause qu'elles furent distribuées par 
les empereurs aux peuples appeliez Leù, (qui estoient 
aussi François, ou du moins Gaulois) dans diverses-pro- 
vinces des Gaules, à condition de les labourer, d^en 
payer les redevances au fisc, et de servir pai^eillement 
à la guerre. U est parlé de ces peuples dans Am- 
mian(5), Zozime {^\Eumenius, et dans le Panégyrique 

(i) Papias. — (q) Apud Brouuer. in Ann. Fuld, — (3) Apud 
ChapeavilLto. i, Hist, Leod. p. 148. — (4) t. 9. Cod. Th, de Cen- 
sitor. — (5) A/iimiam. L 16. — (6) Zozim, l, 3. 



SUB. L*HISTOlB.E DE S. LOITTS. So'J 

qui fut prononcé devant l'empereur Gonstans^ qui 
marque assez que cet Empereur les reçiit dans ses 
troupes, et leur donna des terres abandonnées, a/va 
jacentia, pour les cultiver. Ceux-cy furent distribuez^ 
comme je viens de dire, en diverses provinces des 
Gaules, comme on peut recueillir de la notice de FEm- 
pire. Il y en a même (i) qui estiment que la Bretagne 
Armorique fut nommée Letauia , acause de ces peuples 
quiriiabiterent. Mais depuis que les François-Saliensse 
rendirent maîtres de toutes les Gaules, ils établirent 
la même franchise qu'ils avoient dans leur première 
demeure, en celles qu'ils y conquirent, ayant toute- 
fois laissé les terres qui estoient sujettes à ces imposi- 
tions en Tétat qu'elles estoient lorsqu'ils les envahirent. 
Et c'est-là la véritable origine des terres franches et 
serviles, comme aussi des fiefs. 



DE LA BANNIERE DE S. DENYS, 
ET DE L'ORIFLAMME. 

( JOINVILLE, p. 9l6. ) 



JL^oEiFLÀMME estoit la bannière et l'enseigne ordinaire, 
dont l'abbé et les moines de la royale abbaye de S* 
Denys se servoient dans leurs guerres particulières^ 
c'est à dire dans celles qu'ils entreprenoient pour 
retirer leurs biens des mains des usurpateurs, ou pour 
empêcher qu'ils ne leur fussent enlevez. Et comme 
leur condition et l'état ecclésiastique où ils estoient 
engagez ne soulfroit pas qu'ils maniassent les armes , 

(i) Cambden, VUa S. GUda $ap, e, 3. n. iG. 

ao. 



3o8 DISSE RTATIOICS 

ils abandonnoient cette charge à leur avoué , qui re- 
cevoit des mains de Tabbé cette enseigne, avec des 
cérémonies et des prières , dont nous parlerons dans 
la suite , et la portoit dans les combats : car c'est-là le 
véritable usage de l'oriflamme, quoy que quelques 
sçavans en ayent écrit autrement , et ayent avancé des 
choses peu conformes à la vérité : Ce qui m'oblige de 
repasser dessus leurs remarques, et d'examiner dili- 
gemment ce sujet , en rapportant l'histoire entière de 
cette bannière , si fameuse , et si célèbre dans nos his- 
toires. 

Pour commencer par la recherche du nom d'ori- 
flamme, la plupart des écrivains estiment, qu'on le 
doit tirer de sa matière, de sa couleur, et de sa forme. 
Quant à sa figure , il est hors de doute qu'elle estoit 
faite comme les bannières de nos églises, que l'on 
porte ordinairement aux processions, qui sont quar- 
rées, fendues en divers endroits par le bas, ornées de 
franges, et attachées par le haut à un bâton de travers 
qui les tient étendues , et est soutenu d'une forme de 
pique. Ils ajoutent que sa matière estoit de soye, ou 
de tafetas , sa couleur rouge , et tirant sur celle du 
feu, et de la sandaraque, à laquelle Pline (i) attribue 
celle de la flamme. Il est vray que pour la couleur 
tous les écrivains conviennent qu'elle estoit rouge. 
Guillaume le Breton en sa Philippide , la décrit ainsi : 

jist Régi salis est tenues crispare per auras (a) 
yexUlum simplex , cendato simplice textum , 
Splendoris rubei, letania quàUter uti 
JEcclesiana solet, cerUs ex more diebus, 
Quod cum flamma haheat vulgariter aurea nomen 
Omnibus in beUis habet omnia signa preire, 

(0 Plin. l. 35, c. 6. — (a) GuiH BrU, L 2, p. aaS. 



Stlll LltlSTOlItE DE S. LOtJTS, 3o)J 

Guillaume Guiarl en son histoire de France, en la 
TJe de Philippes Auguste , a ainsi traduit ces vers : 

Oriflamme tst un* bannière, 
A ucunpoi plut forte qaequimpU, 
De ctndal roiijàiant et simpU, 
Sans pourtraiture d'autre affaire. 

La chronique de Flandres (i) convient pareillement 
en cette description de l'oriflamme, en ces termes : 
« Et tenoit en sa main une lance, à quoi l'oriflamme 
i< estoit attacliié, d'un vermeil samit, à guise de gon- 
<i fonon à trois queues, et avoit entour houppes de 
« soye verte, a Enfin Guillaume de Presles, advocat 
général , au traité qu'il en a adressé au roy Charles V, 
la décrit ainsi : » Et si portez seul d'entre les rois, ô 
« Roy, l'oriflambe en bataille, c'est à sçavoir un glaive 
■f (lance) tout doré, où est attaché une bannière ver- 
n meille (2). n 11 pa rois t assez de ces descriptions, 
quelles ont estez la matière , la couleur, et la forme de 
l'oriflamme; mais on n'en peut pas induire pour cela 
que la couleur vermeille et roujoiante , ait donné 
sujet au nom d'onyiamme. Au contraire il est bien 
plus probable que ce nom fut donné à cette bannière , 
du mot /lammulum , qui dans les auteurs du moyen 
temps, signifie la même chose, comme dans f^egetiiu (3), 
Modestus (4), Anaslasius (5), et autres (6) , et de la ma- 
tière de la lance, qui la soûtenoit, qui estoit dorée, 
ainsi que Guillaume de Presles remarque, et après lui 
l'auteur de la vie de Charles VI (7), lorsqu'il raconte 

(1} Ch. 67. — (a) DoubUt en FHUt. de S. Denyï, l. x.ck.^i. — 
(3) yeget.t. i,e. t. — M) Mode$t. rfe tiocuï. roi HtUU, —(S) Ana^- 
lai. IR Stepk. ty. — (6) nigalt. Mturi. tt FabroL in Cltui. - 
(7) Scripler vit<t CaroU f7, <x BiU. Tkuana. 



3lO DISSE RT A.TI ONS 

comme le Roy donna la charge de porter l'oriflamme 
au seigneur d'Aumonl : Sic vexillum ferre dignum 
duxit y donec ingruente belli neeessitate , hastœ aureœ 
applicasseU Le nom de flammulum, ou de Jlamme j 
ayant esté donne' à cette espèce de bannière, parce 
qu'elle estoit djBCoupée par le bas en la figure de 
flammes , ou parce qu'estant de couleur vermeille , 
lorqu'eiie voltigeoit au vent, elle paroissoit de loin 
en guise de flammes. 

L'oriflamme estoit l'enseigne particulière de l'abbé 
et du monastère de S. De- ys, qu'ils faisoient porter 
dans leurs guerres par leur avoiié : car c'estoit-là la 
principale fonction des avoiiez , qui en qualité de dé- 
fenseurs et de protecteurs des monastères et des églises, 
en trepren oient la conduite de leurs vassaux pour la 
défense de leurs droits , et portoient leurs enseignes 
à la guerre : d'où vient qu'ils sont ordinairement ap- 
peliez les porte-enseignes des églises , signiferi eccle- 
siarum, comme j'espère justifier ailleurs. Les comtes 
du Vexin et de Pontoise avoient ce titre dans le mo- 
nastère de S. Denys (i), dont ils estoient les avouez , 
et les protecteurs, et en cette qualité ils portoient 
l'oriflamme dans les guerres , qui s'entreprenoient 
pour la défense de ses biens. D'où vient que pour le 
plus souvent cette bannière est nommée ^exilban 
S. Dionysii, l'enseigne de S. Denys, dans les auteurs, 
non parce qu'elle estoit conservée en l'église de ce 
monastère, mais parce qu'elle estoit la bannière or- 
dinaire qu'on portoit dans les guerres de cette abbaye. 
L'auteur (^) de la vie de Louys VII, VexiïlumB, Dio* 

(i) A, Du ChesnetnVHist.deBethuiif, l, i, ch,"^. — (a) Gesta 
Lud, VU, c. 4. 



SUR L*HISTOIRE DE S. LOUTS. 3lX 

nysii , quod galUcè oriflanibe diciiur. Le roman de 
Guarin le Loherans : 

Je vo cornant tenseigne saint Denjrs. 

Plus bas : 

JEt Garin porte l'enseigne saint Denise. 

Et ailleurs : 

Devant en vient Venseigne saint Denys , 
Blanche et vermeille , nus plus bêle ne vit. 

En un autre endroit, il luy donne le nom d'oriflamme 
de S. Denys : 

Les gens Girhertvit venir tos rengie's. 
Et VOriflamhe saint Denys baloier. 

Rigord en l'an 1 2 1 5 : Revocatur vexillum B. Dionjsii, 
quod omnes prœcedere in bella debebaU Plus bas , Ad'- 
veniunt legiones communiarum, quœ fere ad hospitia 
processerant , et vexillum B. Dionjsii. Nangis (i) en 
la vie de S. Louys : Prœcedente quoque juxta ipsos in 
alio nacello B. Dionysii martyris vexillo. Le sire de 
Joinville parlant de la même chose, la nomme aussi 
la bannière de S. Denys. 

Ces auteurs justifient assez par ces passages que 
Toriflamme estoit la bannière ordinaire de l'abbaye 
de S. Denys : d'où l'on peut induire qu'elle n'a esté 
portée par nos rois dans leurs guerres, qu'après qu'ils 
sont devenus propriétaires des comtez de Pontoise et 
de Mante, c'est à dire du Vexin; ce qui arriva sous 
le règne de Philippes I, ou de Louys le Gros son fils ; 
car l'histoire remarque (2) que Simon comte de Pon- 
toise et d'Amiens, ayant dessein de se retirer au mo- 

(1) Nang. A, ia49* " (^) Pf^^^cs de l'Bist. de Coucy, p. 3i3. 
HtbL Clun. p, $37. 



3ia niSSERTÀTIONS 

nastere de S. Claude , donna à Fabbaye de Clonj là 
▼ille de Mante, et ses dépendances^ et que le roy Phi- 
lippes s*en estant emparé , vraysemblablemeni comme 
d*une place frontière, et nécessaire à Testât , sur ks 
plaintes qui luy en furent faites, en fit la restitution 
à ce monastère, par acte passe à Mante Tan miDe 
soixante et seize, qui est Tannée que Simon se retin 
à S. Claude. Mais il y a lieu de croire que le Roy s'en 
accommoda depuis, avec les moines de Clany, dau- 
tant que nous lisons qu*incontlnant apr& cette place 
fut en sa possession, et qu*il en disposa comme d*Qn 
bien qui luy appartenoit *, car Guillaume de Jnmie- 
ges (i) parlant du siège que Guillaume le Bâtard roy 
d'Angleterre mit devant la ville de Mante Tan mille 
quatre-vingts sept, en laquelle année il mourut, dit 
en ternies formels que cette place appartenoit en 
propre au roy Philippes. Et Orderic Vital (2) assure 
que le même Roy voulant appaiser Louys, surnommé 
le Gros, son fils, qui vouloit se venger de Bertrade 
de Monfort sa belle-mere, qui Tavoit voulu empoi- 
sonner, lui fit don de Ponloise, de Mante , et de tout 
le comté du Vexin. Suger (3) ajoute que Louys, à la 
prière de son père , consentit depuis que Philippes , 
fils du roy et de Bertrade, jouïst du comté de Mante : 
et ce en faveur du mariage, que le Roy et Bertrade 
procurèrent à ce jeune prince avec Theritiere de Mont* 
Ihery : tant y a qu'il paroît assez de ce discours , que 
le comté du Vexin tomba au domaine de nos rois en 
ce temps-là , et qu'ainsi ce fiit en cette qualité qu'ils 
ont commencé à faire porter l'oriflamme, ou l'enseigne 

(1) Jf^ill. Gemet. /. 7, <?. 44- "" W Orderic, l. ^t ity i^,p , «00» 
8i3^ 884. — (3) Suger, in Lud, c. 8» 17. 



iSUn LHISTOIAE DE S. LOUTS* 3l3 

de s. Denys, dans leurs guerres , l'histoire n'en faisant 
aucune mention avant le règne de Louys le Gros : car 
je ne m'arrête pas au discours de ceux qui ont avancé 
qu'elle estoit connue dés le temps de Dagobert, de 
Pépin, et de Charlemagne, toutes ces histoires, qui 
ont débité ces fables, estant à bon droit réputées pour 
apocryphes. Je ne laisseray pas neantmoins de repré- 
senter en cet endroit ce qu ils en disent, et entre autres 
Guillaume Guiart (i), dont je conserve le manuscrit : 

Li Rois en icel tams s^appreste. 

Si corne Dieu l'en avisa , 

De là aller oii promis a, 

Autrement cuideroit mesprendre^ 

L*escherpe et le bourdon va prendre 

A Saint Denjrs dedens Pyglise» ^ , 

Puis a l'oriflambe reguise , 

Que Vahhés de leans li baille 

Devant lui Vaura en bataille^ 

Quant entre Sarazins sera , 

Plus seur en assemblera ^ 

S* or rois ci la raison entière ^ 

Orijlambe est une bannière^ 

Aucun poi plus forte que guimple. 

De cendal roujoiant et simple , 

Sans portraiture d'autre affaire^ 

Li rois Dagobert la Jist faire 

Qui Saint Denys ça en arriéres p 

Ponda de ses rentes premières. 

Si corne encore appert leans f 

Es chappleis des mescreans , 

Devant lui porter la faisoit , 

Toutes fois qu'aler li plaisait, / 

Bien attachée en une lance , 

Pensant que il eut remembrance. 

Au raviser le cendal rouge , 

Ou la mort pot au fils Dieu plaire 

Pour nous des peines d'enfer traire 



(0 A. 1 190. 



*v 



3l4 DISSERTATIOWS 

Et (jue quelque part qu'il venist 

De son cher tanff li souvénist y 

Qui a terre fut espandu. 

Le jour qu'on l'oi en crois pendu. 

Et qiCU eust en l'esgardant, 

Cuer de sa foi garder ardant, 

eu rois qui ainsi en usa , 

Maint orgueilleus ost reusa , 

Et vainquit mainte fiero emprise» 

Par luifust à Saint Denys nUse, 

Li moine en leur tréwr Vassistrent , 

Si successeur après li pristrtni , 

Toutesfois que ce s*arroierent , 

Que Turcs ou Païens s''arroierent , 

Qui parfaitement sont damnez, 

Oufaus Chrestiens condamnez, 

S*a autre vousissent meffaire^ 

Ils la vousissent contrefaire, 

D*euure semblable et aussi plaine* 

Pépins et ses fils Karlemaine , 

Qui tant Sarasins descontrerent 

En maint fort estour la monstrerent , 

Et en mainte diverse place , 

Et Dieu li donna si grant grâce , 

Que souvent sans joindre fuioient, 

Li contraire qui la veoient y 

Aufuerdegent desconfortée» 

Et coment que Ven Voit portée 

Par nacions blances et mores, 

JSlle est d Saint Denys encores, 

Là Vai-je n'agueres veuë. 

Je ne m'arrête donc pas à toutes ces fables qui n'ont 
aucun fondement certain , et non pas mêmes à ce que 
quelques savans (i) ont mis en avant, que l'oriflamme 
estoit connue avant le règne de Louys le Gros ; à l'effet 
dequoy ils se veulent servir d'une patente du roy Ro- 
bert de l'an neuf cens quatre-vingts-dix-sept, qui se 
lit dans l'histoire de l'abbaye de S. Denys, dont voici 

(i) ChiffleUiri'Vind. Hisp, 



SUK L*UISTOIRE DE S. LOUYS. 3l5 

les termes : Hac itaque regiœ largitionis nostrœ indul- 
gentid cupimus SS. martjrwn Dionjrsii, Rusùci, et 
Eleutheriij quibus olim omnem spei nostrœ Jiduciam 
commisimus, patrocinia promereri^ quatenus hostibus 
nostrîs et victrices dextras inferre, ac cum triumplio 
DÎctoriœ , invicta, annuente Deo , exinde de eorum 
sub/ectîone vexilla referre {\) : car qui ne s'apperçoit 
pas que ces derniers termes n'ont autre force, et autre 
signification, que de remporter une victoire. Je ne 
m'arrête pas encore à ce que quelques auteurs anciens 
ont donné à l'oriflamme le nom de bannière de Char- 
lemagne, par ce que ce n'a esté que sur de fausses 
traditions, et pour n'avoir pas sceu son origine. Un 
auteur anglois (2) en l'an 11 84 est en cette erreur, 
écrivant ainsi de cette bannière : Protulit hac vice rex 
Francorum Philippus signum régis KaroU , quodà 
tempore prœfati principis , usque inprœsens, signum 
erat in Francia mortis vel victoriœ. Comme aussi 
l'auteur de la chronique du monastère de Senone (3) : 
Rex verb secum de Parisiis vexillum Caroli Magni, 
quod vulgh auriflamma vocntur, quod nunquani, ut 
fertur, à tempore ipsius Caroli pro aliquâ necessitate 
a secretario régis expositumfuerat , in ipso bello ap- 
portaveraU- 

Il faut donc tenir pour constant que Loujrs le Gros 
fut le premier de nos rois , qui en qualité de comte 
du Vexin tira l'oriflamme de dessus l'autel de l'église 
de S. Denys, et la fît porter dans ses armées, comme 
la principale enseigne du protecteur de son royaume, 
et dont il invoquoit le secom^ dans son cry d'armes. 

(i) Doublet, l. 3, ch, II. — (a) Gervas, Doroh. A. \\%L — 
(3) Chron» Senoniense ,1. 3, c. i5. 



3l6 DISSERTATIONS 

Ce fut parlîculiëremcnt lorsqu'ayant appris que Hen- 
ry V, roy d'Alemagne , venoit en France avec ses trot- 
pes ( I ) : Communicato cum palatinis consilio^ ad SS» 
martyrum basilicam, more anlecessonan suorum per- 
rexit, ibiquc prœsenlibus regiis optimalibus , pro regni 
defensionc eosdem patronos suos super altare eorumr 
dem eles^ari pro affecta et amore effecit : ainsi quHl est 
énoncé en une patente de ce Roy de Fan 1 1 îà4 , où il 
ajoute ces mots : Prœsenti itaque venerabili ahbate 
prœfatœ ecclesiœ Sugerio, quemjidelem etfamiliarem 
in consiliis nostris habebamus, in prœsentid optinuUum 
nostrorum vexillum de altario beatorum martjman, 
ad quos comitatus F^ilcassini, quem nos ab ipsis infech 
dum habemusj spectare dinoscitur, morem antiquum 
antecessorum nostrorum servantes et imitantes^ sigrd* 

ê 

fieri jure, sicut comités f^ilcassini solili erant, susce" 
pimus : d'où il est évident que le roy Louys ne reçût 
des mains de Tabbë de S. Denys Foriflamme, qu'en 
qualité de comte du Vexin, more antecessorum sua- 
rum , c'est à dire en la manière que les comtes du 
Vexin ses prédécesseurs en ce comté, avoient coâtume 
de la recevoir. 

Il est arrivé dans la suite que nos rois, quîestolent 
entrez dans les droits de ces comtes , s'en sont servis, 
pour leurs guerres particulières , comme estant la 
bannière qui portoit le nom du protecteur de leur 
royaume , ainsi que j'ay remarqué, la tirans de dessus 
Tautel de l'église de S. Denys , avec les mêmes cérémo- 
nies, et les mêmes prières, que l'on a voit accoutumé 
d'observer, lorsqu'on la mettoit entre les mains des 
comtes du Vexin pour les guerres particulières de ce 

[y)DoubUt,lZ,ch. i3. 



SUR i^UISTOIRE DE S. LOUYS. 817 

tnonast^ere. Ces cérémonies sont ainsi décrites par 
Raoul de Presle, au traité dont je viens de parler, en 
ces termes : « Premièrement la procession vous vient 
« à rencontre jusques à l'issue du cloistre, et après 
« la procession, atteints les benoists corps saints de 
« monsieur S. Denys, et ses compagnons, et mis sur 
« l'autel en grande révérence , et aussi le corps de 
« monsieur S. Louys, et puis est mise cette bannière 
« ploiée sur les corporaux, où est consacré le corps 
« de N. S: Jésus Christ, lequel vous recevez digne- 
ce ment après la célébration de la messe : si fait celuy 
« lequel vous avez esleu à bailler, comme au plus 
« prud homme et vaillant chevalier : et ce fait , le 
« baisez en la bouche , et luy baillez , et la tient en 
« ses mains par grande révérence , afin que les barons 
« assistans le puissent baiser comme reliques et choses 
« dignes , et en luy baillant pour le porter, lui faites 
<i faire serment solemnel de le porter et garder en 
ce grande révérence, et à l'honneur de vous et de vostre 
ce royaume. » Juvenal des Ursins (i) a aussi touché ces 
cérémonies, qui s'observoient , lorsqu'on confioit l'ori- 
flamme au chevalier qui la devoit porter : <« Le Roy 
ce s'en alla à S. Denys, visita les corps saints, fit ses of- 
ce firandes , fit bénir l'oriflamme par l'abbé de S. De- 
^e nys, et la bailla à messire Pierre de Villers, lequel 
ce fit le serment accoustumé. » Le même auteur (2) 
ailleurs : ce Le Roy alla à S, Denys etc. les corps de 
ce S. Denys et de ses compagnons furent descendus 
ce et mis sur l'autel. Le Roy sans chapperon et sans 
ce ceinture, les adora, et fit ses oraisons bien et dé- 
-ce votement et ses offrandes, et si firent les seigneurs. 

{i)J.des Ursinsy A. i38i. — (a) /</e/n^ /df. i382. 



3l8 DISSEKTATIOWS 

« Ce fait , il fit porter roriflamme , et fut bÀillëe k 
« un vieil chevalier, vaillant homme, nommé Pierre 
« de Villers l'Ancien, lequel reçût le corps de N. S. 
« et fist les serraens en tel cas accoustumez : et aprës 
« s'en retourna le Roy au bois de Vinciennes. » L'his- 
toire latine du roy Charles VI dit la même chose en 
la même année : His ergo rite peractis, cum Rex de 
inanibus e/us (abbatis) videlicet vexillum suscepisset, 
illud Petro de Villaribus domus regiœ magistro , cum 
pacijico osculo ^ tradidit deferendum. Le même écri- 
vain en l'an \^i*i : VexiUiferum eUam regium multi- 
pliciier commendavit {abbas) qui priiis percepto Eu- 
charisûœ sacramento , inter regem et abbatem flexis 
genibus, et sine capuUo mansit^ donec verhis finem 
fecit : et chm publiée super corpus Christi Jurasset, 
quod illud usque ad mortem fideUter custodiret , mox 
illud rex de manu abbatis recipiens, cum pacis osculo, 
ad collum ejus suspendit, priscorum ceremonias obser" 
vans. Enfin cet auteur en l'an i4i47 parlant du sei- 
gneur de Bacqueville , qui porta l'oriflamme en cette 
année-là , remarque encore la forme de porter cette 
bannière : Et illud, quasi pretiosissimum momie , a 
collo usque ad pectus dependens detulit multis feriis 
successi^is ante regem, donec Sili^anectum peruenisset. 
L'oraison qui se recitoit par l'abbé de S. Denys, lors- 
qu'il donnoit l'oriflamme , se voit dans l'histoire de 
cette abbaye (i); mais quant au serment qui estoit 
fait par celuy à qui on en donnoit la charge , je l'inse- 
reray en cet endroit, parce qu'il n'a pas encore esté 
publié : « C'est le serement que fait le chevalier, à qui 
« le Roy baille l'oriflambe à porter. Vous jurez et pro- 

(i) Doublet, L I, e, ^i. 



1 

stj& l'histoire de s. lovts. 3i9 

« meltez sur le précieux corps de Jésus Christ sacré 
« cy-present , et sur le corps de monseigneur S. Denys 
« et ses compagnons qui cy sont, que vous loyalment 
ce en vostre personne tendrez et gouvernerez l'ori- 
« flambe du Roy Monseigneur, qui cy est, à Tlion- 
c< neur et profit de luy, et de son royaume , et pour 
« doute de mort, ne autre avanture, qui puisse venir, 
« ne la délaisserez , et ferez par tout vostre devoir, 
« comme bon et loyal chevalier doit faire envers son 
« souverain et droiturier seigneur. » 

Plusieurs sont tombez en cette erreur, qu'ils ont crà 
que Toriflamme n'estoit tirée de l'église de S. Denys, 
que lorsque nos rois avoient de fâcheuses guerres sur 
les bras pour repousser leurs ennemis, qui venoient 
attaquer leurs états, et pour les défendre contre leurs 
insultes ; et non mie quand on ueut conquester autre 
/9a;^^> ainsi que* Juvenal des Ursins parle en quelque 
endroit de son histoire (i), ou bien lorsqu'on faisoit la 
guerre aux infidèles, ainsi que Froissart (2) a avancé : 
parce qu'il est sans doute que cette enseigne a tous- 
jours passé pour la principale de nos armées , soit que 
la guerre fust entreprise pour la défense des fi'ontieres, 
soit qu elle fust au dedans contre les ennemis de l'état. 
Mêmes le poète Breton témoigne qu'elle se portoit de- 
vant toutes les autres bannières : 

Omnibus in bellis hahet omnia signa preire. 

Ce que Rigord assure pareillement, en ces termes, 
f^exillum S. Dionysii^ quod omnes prœcedere in bella 
solebat (3). Il y en a mêmes qui estiment que le poète 

(i) Des Ursins, A i386. — (a) Fmss, 2 voL c. ia5. ~ (3) BiQord , 
A, iii5. 



3lt> DtSSB&TÀTIOMâ 

florentin a fait allusion à cette coutume ^ lorsqu'il a 
donné le nom à la Viei^e, â^oriajiamma ,pacifica{i): 
parce que comme Toriflamme precedoit toutes les 
autres bannières y ainsi cette reine des cieux estoit 
la conductrice des compagnies bienheureuses des 
saints : 

Cosi guella pacifîca oriafîamma , 
JYel mezto s^auuiuàva e d*ogni parte , 
Perigual modo alUntaua lajiamma. 

Mais afin qu'il ne reste aucun sujet de douter que 
cette sacrée bannière de S. Denys n'ait esté portée en 
toute sorte de guerre de nos rois, il est à propos d'en 
donner toute l'histoire , et de marquer exactement 
les occasions où elle a esté employée. 

Pour commencer par Louys le Gros, qui fut le pre- 
mier qui devint possesseur du comté de Vexin , j'ai re- 
marqué qu'il la fit porter dans ses armées, lors- 
qu'il marcha contre Tempereur Henry V. Son fils 
Louys VII (2), ayant entrepris le voyage d'outremer 
en l'an iil^^, Aditer tantœ peregrinationis ifenit, ut 
moris est, ad ecclesiam B. Dionjsii à martfribus A- 
centiam accepturus : et ibi post celebrationem missa- 
rum,baculum peregrinationis, et uexillum B, Diony^ 
sii, quod oriflambe gallice dicitur, i^alde ra^erenter 
accepitj sicut moris est antiquorum regum, quando 
soient ad bella procedere , uel votum peregrinationis 
adimplere. Philippes Auguste, fils de Louys, estant 
sur le point de faire le même voyage (3) : Ad eccle- 
siam beatissinU martyris Dionjsii cum maxitno co- 
nùtatu uenit causd licentiam accipiendi. Consue^erant 

(1) DanU net Parad. Cant.^i. — (a) GestaLud. VU ^ c. 4. — • 
(3) Rigordf A. 1190. Odo, de Diogilo, 1. 1. 






SUR L*BISTOIB.£ DE S.^ LOUTS. 321 

tyiim antiquitus reges Francorum , quod quando^ 
vunique contra hostes arma moi^ebant, i^exillum desu- 
per altare B, Dionjsii pro tuteldj seu custodid secunv 
portabant, et inprimd acie pugnatorum ponebanu Le 
même Roy en la bataille de Bovines y porta en- 
core Toriflamme, ou l'enseigne de S. Denys (i) : Ve- 
xillum S. Dionjsii, cum signo regali , \fexillo scilicét 
floiibus lilii distindo , quod ferebat die illd Galo de 
Montiniaco miles fortissimus , sed non dives. Ce que 
Guillaume le Breton témoigne encore en ces vers (a) : 

Ait Régi salis est tenues crispare per auras 
P^exillum simplex, cendato simplice textum, 
SpUndoris rubei , letania qualiter uti 
JEcclesiana solet , certis ex more diebus^ 
Quod ciim flamma haheat vulgariter aurea itomen. 
Omnibus in beUis habet omnia signa preire 
Quod Regiprœstare (3) solet Diùnysius abbas^ 
Ad bellum quoties sumptis proJtdsciUir armis. 

Puis y distinguant Toriflamme de la bannière de 
France, il ajoute : 

Ante tamen Regem signum regale tenébat 
Montiniacensis virfortis corpore Galo» 

Et ainsi il paroît évidemment que Philippes Mous- 
kes (4) en son histoire de France s'est mépris, lorsqu'il 
a confondu ces deux bannières : 

£t par le conseil de sa gent.^ 
Si a fait bailler esramment 
Uori flambe de saint Denyse, 
A un clieva lier par devise j 
fF'aiode Montigny ot nom 
Qui moult estoit de grant renom. 

L'auteur de la chronique de l'abbaye de Senone est 

(i) Rigord. A. iai5. Odo de Diogilo, L i. — (a) ff^ill, Brito, /.a, 
Philip, p. 228. — (3) Gall. preiter, — (4) Ph. Mousck. 

3* ai 



3^4 DISSERTATIONS 

quatre , cette même oriflamme y fut portée par Ânsean 
de Chevreuse , vaillant chevallier, qui y perdit la vie 
ayant esté étouffé de la chaleur et de la soif : qui fe* 
rebat tuncj et aliàs pluries tuleratde prœcepto Reeb, 
ob fidelitaiem et integritatem eximiam, ainsi qu'un 
auteur de ce temps-là, cité par Vignier raconte. Meier 
écrit que les François la perdirent en cette bataille, 
et qu elle fut prise et déchirée par les Flamens. Il est 
vray que la chronique de Flandres dit (i) que la nuit 
qui suivit ce combat, elle fut à terre sur le champ 
où la bataille fut donnée. Mais Guillaume Guiart 
qui y fut présent, ainsi qu'il raconte luy-méme as- 
sûre que l'oriflamme, qui y fut perdue en ce combat 
n estoit pas la véritable , maïs une oiiflamme contre- 
faite j que le Roy avoit fait élever en ce jour-là, pour 
échauffer le courage des soldats : 

Aussi U sires de Chevreuses 
Porta Voriflambe merveille. 
Par droite semblance pareille 
A. celé s*éle voit esgarde. 
Que tAbbé de S, Denys g€wde. 

Et plus bas : 

Anssiau le sieur de Chevreuse 
Fut , si corne nous apprismes , 
Esteint en ses armes meisme , 
De trop grande halene et retrait^, 
Et l'oriflamme contrefaite 
Chaï à terre , et la saisirent 
Flamens , qui après s*enfuirent, 

H n'y a donc pas lieu de s'étonner, si les Flamens se 
persuadèrent alors qu'ils s'estoient rendus maîtres de 
l'oriflamme , n'ayant pu distinguer la fausse d'avecla 

(i) Chront de Fland. c, 47. 



SUR L tlISTOkRE DE S. LOUTS» 3^5 

véritable : ce qui est d'autant plus probable, que 
nous voyons qu'incontinent après elle parut encore 
dans nos armées. Car, en Tan i3i5, le roy Louys 
Hutin la fit porter en la guerre qu'il eut contre les^ 
mêmes Flamens , et en donna la garde à Herpin d'Er- 
query (i). Ensuite nous lisons que Miles de Noiers 
chevalier du duché de Bourgogne la porta en la ba- 
taille de Mont-Cassel l'an mille Vtois cens vingt-huit. 
Gilles de Roye, parlant de ce combat : Ordinay^it de- 
cem acies j in quarum média, scilicei in quintay erat 
Jiex armatus, et ante ipsum quatuor vexilla cœteris 
altihs eleuata, in quorum medio eminebat olaflamma 
Régis, Et plus bas : postea rex Franciœ ad S. Diony- 
sium \fenit, et obtulit oliflammam suam, qud contra 
Flamingos usus fuerat (2). Le même Roi la fit encore 
élever en ses troupes , à la funeste bataille dé Crecy , 
où Miles de Noiers la porta, et aussi lorsqu'il alla au 
au secours de Calais, qui estoit assiégée par les Ân- 
glois , en Fan mille trois cent quarante-sept. Le même 
auteur (3) : Philippus Francorum rex oliflammam 
suam apud S. Dionjsium accepit, et congregato exer- 
citu uenit ad succursum illorum de Calesia à rege An- 
glorum obsessorum. Et Jean Villani (4), parlant de 
cette expédition : Fere trarre cU son Dionigi Vensegna 
d' oro efiamma, la qualejffBr usanza non si trae mai, 
se non a grandi bisogni, e nécessita del lie e det 
reame. La quale e addogata d'^oro e di s^ermiglio, e 
quella diede al siri di,,,, {f, Noieri) di Borgogna , no- 
bile gentïluomo , e prode in arme. Nous lisons qu'en- 
suite nos autres rois l'ont fait porter dans leurs guerres 

(1) Chron. de Fland. — (a) Meier, l. |a. — (3) ^5. de Rojra , A, 
i347* — (4) ^^0, yiUaniy /. 12, c. 85. 



3^6 DISS£RTÀTIOIf s 

par les plus vaillans chevaliers de leur royaume (il; 
car , en Tan mille trois cens cinquante-six , Geoffioy 
seigneur de Charny la porta à la bataille de Poitiers. 
Arnoul d*Àudeneham^ maréchal de France, fat choisi 
par le roy Charles V, pour la porter en ses armées. 
La chronique de Bertrand du Guesclin, parlant de ce 
seigneur : 

Li Mareschaus par la , ^uifu bien doctrinez (a) , 
Du, roy de France fu moult prisiez et amez. 
Car pour le plus preudhomme , qui peut estre trouvez f 
Lifu li oriÛans bailliez et délivrez. 

Au compte de Jean, l'huissier receveur général des 
aydes, qui est en la chambre des comptes de Paris, il 
y a un mandem^ent du Roy (3), du vingt-sixième jour de 
novembre Van mille trois cens soixante et dix, par le- 
quel il ordonne de payer la somme de deux mille 
livres, au seigneur d'Audeneham, chevalier son con- 
seiller établi pour porter l'oriflamme , aux gages de 
deux mille libres francs par an à sa \^ie , pour souste^ 
nir son estât j, lorsqu'il luy commit la garde de son 
orïflambe (4). Après la mort d' Arnoul , le roy Char- 
les VI (5) , en donna la garde ^ Pierre de Villiers sei- 
gneur de l'Isle-Adam grand maître d'hostel de France 
qui la porta dans les guerres de Flandres (6) en 
l'année mille trois cens quatre-vingts un et la sui- 
vante. En l'an mille trois cens quatre-vingts trois Guy 
de la Trimoiiille chevalier , en fut chargé par le 
même Roy (7), à la recommandation du duc de Bour- 
gogne, lorsque l'on fit marcher les troupes contre les 

(1) Froiss. I vol» oh, i64« — ()) Chron. de B. du Guesçlin^ MS, — 
(3) Com,par M. à^HerouvaL — {J\)Juven. des Ursins. — (5) Hist, Ca» 
roli yi, Froiss. a. vol. c, n^. — ($) Oiron. de Fland. c. ii. — 
(7) Des Ursins, Voa Car, VI. 



STjn L HISTOIRE DE S. L0UT8. 3^7 

Gantois révoltez. Ensuite , l'histoire (i) remarque que 
Pierre d'Aumont , surnommé Hutin , premi<Sr cham- 
bellan du Roy, en fat chargé en Fan rnillé qùati*é ééns 
douze y le Roy, comme Jùvetial àès Ûrgîfts écrit, 
estant venu à S. Denys, ainsi qu'il est accoutumé y ë( 
l'ayant prise, la bailla à ce seigneur, c[t^i reçût k' corpà 
de N. S. et fit les sermens ordinaires. Estant décédé 
incontinent après, le Roy là donna à Guillaume Mar- 
tel, seigneur de Bacqueville son chambellan (2), qui 
en fit les sermens, et parce qu'il estoit avancé en âge, 
on luy donna pour aide son fils aîné, et Jean de Betac, 
chevalier. Depuis ce temps-là, l'histoire rie fait plus 
de mention de l'oriflamme, estant propahle que nos 
rois cessèrent de la faire porter dan'sr leurs armées , 
depuis que les Ânglois se rendirent maîtres de Paris , 
et de la meilleure {liârtie dé la France, soùs le ré^àè de 
Charles VII qui , SLptéÈ les avoir chasse», ayahit établi 
une nouvelle mariTere dé faire la guerre, et iriéti(ué 
des compagnies d'orddnnânce , îôventa^ ausât )a corrietté 
blanche, qui a esté dans la âuite là princî^lé baririîére 
de nos armées. Quafht à l'oriflamme , Fauteur dé Fhft- 
toire de Fabbaye de S. Denys (3) rapporté qtferiî Fin^' 
ventaire du trésor de cette église , fait par lès comnoSs- 
saires de la chambre des comptes , en Faii- mille cinq 
cens trente-quatre, elle se trouve énoncée sous ces 
termes : Etendart d'un cendalfort espais, fendu par le 
milieu en façon d'un sphfanon , fhrl tetàuque, e/ive- 
lopé autour d'un baston, coui^eri d'un cuii^re doré^ 
et un fer longuet, aigu au bout. Le même auteur 
ajoute qu'il a vu cet etendart repri» en 6ét inven- 

(i) Galand, des Estandarts de France. Texere, eU, — (2) Des Uf 
êimt, Fita Car. VL — (3) DouhUu 



[ 



328 DISSERTATIONS 

taire , encore après la réduction de Paris par le roj 
Henry IV. 

Pour conclure cette dissertation, je rapporteray 
icy les vers de Philippes Mouskes , qui font voir Fes- 
time que Ton faisoit de son temps de roriflamme. C^esl 
en la vie de Louys Vlll : 

Quar par raison doit-on douter 
France y et le Roy par tôt le monde, 
Quarc*est la couronne la plus monde ^ 
Et plus nette et plus deliteuse 
Et adiés plus cevaleureuse ; 
France a les cevaliers hardis , 
Et sages parfais et par dis ^ 
France tient et porte Vespée 
De justice y et developtfe 
L'enseigne saint Denys de France 
Ki François oste de souffrance. 

Enfin f ajoute à toutes ces remarques, que rauteur(i) 
de la vie de l'empereur Henry Vil semble lui attribuer 
entre ses bannières , Foriflamme , nec minus exiemplo 
aqmlas , aureamque flammam explicans, in Florentiœ 
fines processiL Mais il est probable qu'il a entendu pai' 
cette façon de parler, ou le Carrocio des Italiens^ ou 
du moins la principale bannière de ses troupes. De 
même que le roman de Guiteclin se sert de ce terme, 
pour toutes sortes d'enseignes : 

Por tel que en bataille porteras Voriflor, 

Ailleurs : 

Mainte enseigne i baloie tainte en greine 
Vorijlambe Karlin est devant premieraine. 

Un autre roman : 

Bequourent celé part , où virent Voriflour. 

I 

(i) Albert MussaU dfi gest. Henrici VU, c. 3« 



SUR l'histoire de s. louts. 829 



DU TOURMENT DES BERNICLES, 
ET DU CIPPUS DES ANCIENS. 

( JOIRVILLE , p. 990. ) 



jLe sire de Joînville dit que le sultan de Babylone , 
• ou son conseil fit faire au Roy des propositions peu 
raisonnables y croyant qu'il y consentiroit pour obtenir 
sa délivrance , et celle de ceux de sa suite , qui avoient 
esté faits prisonniers avec luy en la bataille de Mas- 
soure; et sur ce que le Roy refusa absolument d'y 
donner les mains , il le voulut intimider , et le mena- 
ça de lui faire souffrir de s'rands tourmenSr Mathieu 
Paris : Chm fréquenter à Saracenis cum terribilibus 
comminaUonibus sollicitaretur Rex ut Damiatam red- 
deretj et noluit ulld ratione ^ postularunt summam 
sibi pecuniœ persolvi sine diminutione j vel diuturno 
cruciatu usque ad mortem torqueretur. Ce tourment est 
appelle par le sire de Joinville les bernicles ^ lequel il 
décrit en ces termes. « Et voians les Sarrazins que le 
« Roy ne vouloit optemperer à leurs demandes ^ ilz le 
ce menasserent de le mectre en bernicles : qui est le 
« plus grief tourment qu'ilz puissent faire à nuUy. Et 
f( sont deux grans tisons de bois, qui sont entretenans 
j) au cliief. Et quant ilz veulent y mectre aucun, ilz 
« le couschent sur le cousté entre ces deux tisons , et 
« lui font passer les jambes à travers de grosses che- 
cc villes : puis couschent la pièce de bois y qui est là 
« dessus y et font asseoir ung homme dessus les tisons. 
« Dont il advient qu'il ne demeure à celui qui est là 



33o DISSER'T ATIONS 

« cousché point demy pié d'ossemens , qu'il ne soil 
« tout desrompu et escaché. Et pour pis lui faire, 
c< au bout des trois jours lui remettent les jambes ^ qui 
c< sont grosses et enflées, dedens celles bernicles, et 
c< le rebrisent derechief, qui est une chose moult 
« cruelle à qui sauroit entendre : et la lient à gros 
a nerfz de beuf par la teste , de paeur qu'il ne se remue 
<c là dedans » . 

Plusieurs estiment avec beaucoup de probfabilité 
que ce tourment n'est autre que le cippus des Latins, et 
le TTo Joxaxyj des Grecs, qui estoit une espèce de macbine 
de bois, composée de telle manière, qu'on faisoit passer 
les jambes du criminel par des trous fort éloignez, les 
faisans demeurer long-temps en cette posture , avec les 
jambes si écartées et si ouvertes, qu'ils leur estoit impos- 
sible de se remuer. Notker en son martyrologe (i) a 
parlé de ce tourméht : Diu in carcere maceratus , et 
in cippo missusj deinde in mare demersus est. Et la vie 
de S. Luperc martyr ; Deinde eum jussit in carcerem 
tnidij et in arcto cippo extendi. Mais il est décrit plus 
exactement par S. Paulin en ces vers (2) : 

JPrimus supplicii de carcere texiturordo, 
Ferrea junguntur tenehrosis vincula clausirisy 
Stat nianibus colloque chalybs ^ nervoque rigescunt 
Diducente pedes. 

Et par Prudence (3) : 

In hoc haratkrum conjicit 
Truculentûs kostis Martyrém , 
Lignoque plantas inscrit 
Diwaricatis cruribus. 

Puis parlant des trous, par où on faisoit passer les 

(i) a/a/itt.— (a) PauLlS'at. 4. — (3) Prudent. vfpt'Srs(p, in S. Jf^incent, 




SUR L HISTOIRS DE 8. LOUTS. 33l 

jambes du criminel , que le sire de Joiaville nomme 
improprement, chevilles : 

Duplexque morsut stipitis 
JRuptû oavernis disêilU, 

e tourment est encore exprimé par Lucian (i), où 
parlant d'un certain Àntiphile accusé d'avoir volé le 
temple d'Anubis, il dit que dans la prison, on luy fai*^ 
soit passer les jambes dans les trous d'un bois , en sorte 
qu'ils ne pouvoit les étendre : lintvoan ToiyoLpovv Hâîri, xai 
i:ovinp(ùÇ tiyipt , olov ecxoç X^i^^^ iMâtiSovxa , xai xrjq wxro; 
oiii ânoreevety xi okO^ ivvdiiivov , h xîù |uX(^ xaraxe x7wS(r 
cfiiva. C'est ce que l'orateur Lysias appelle èv rtî^ ^tj)m 
ieiétJÔM (a). Harp<!^cration parlant du ttô Joxaxyj , dit que 
c'est To ^vïov To êv iiayiOiXYipita , et Suidas, comme aussi 
les gloses dans les basiliques : Tro^xctxy) , |uXov xi h 
apXTY7^ iv w xovç ToSxi; èiiSxklovxeç avvé'/pvaiVy 8 napi Po- 
liaioiç xahïxM xoijcitoç. D'où il se recueille que ce tour- 
ment estoit composé de pièces de bois trouées et per- 
cées, et que l'on faisoit passer les jambes des criminels 
par les trous qui estoient éloignez les uns des autres , 
afin de les obliger à les avoir écartées , en sorte que 
cela leur causoit une sensible douleur, n'ayant pas 
la liberté de les rejoindre. Ces pièces de bois sont 
appellées transi^ersariœ dans une epître de S. Cyprian : 
O pedes compedibus et transversariis cunctabundi, sed 
celeriter ad Chris tum glorioso idnere cursuri (3). 

Il y avoit en cette pièce de bois divers trous , dont 
les uns estoient plus éloignez que les autres , par les- 
quels on faisoit passer les jambes du criminel, suivant 

(i) Lucian, in Toxari. — (a) Lysias orat, i , contra Theomnest. p» 
117. — (3) iS. Cyprian. tp. 'j'j. 



\ 



332 DISSERTATIONS 

la qualité de son crime, ou de la peine qu'on vouloit 
encore luy. faire soufTrir. Simeon Metaphraste en k 
vie de S. Lucian décrivant le Tio^ojtaVyj , dit que c'est 
un bois qui a quelque longueur, et est percé en quatre 
endroits; et que lorsque Ton fait passer les jambes du 
criminel par les plus éloignez, c'est Fextréniité du 
supplice, fvXov ^è npoir/inéç èçi çpeSX(»iTnpiov, àiiffoxépw; 
abxoij xovç tioSolç èveStSa^ov, èni xioaapa. xpinyLaxa $u}xùacoh 
Teç , onep èçi to tyjç ziyLoapiixç zavxYiç jSapurepov. Ce qui 
convient à la description qu'Eusebe en a fait en son 
histoire ecclésiastique, où il met jusques à cinq trous: 
xiç xar' elpaxT^v èv x(ù (jxorec xaî tw j^aXsirwTOTCo X^P^V ^ 
xXecSeiç , xac xiç èv x(ù ^uX(«> èictxdaeK; xtùv Trof^côi/^ èni to 
TréfXTrrov Aareivo/uievov xpiwri(ioL (i). C'est à ces trous éloi- 
gnez que quelques sçavans rapportent ces vers de 
Tibulle(2): 

Spes etiam durd solatur compede vinctum , 
Crura licèt longo cuspite vincta sonent. 

OÙ ils restituent ainsi après les MSS. ce second yers., 
cuspis estant cet anneau de fer, avec lequel on ato- 
choit la partie inférieure de la lance. De sorte que 
cuspus et cippus ont esté formez delà, qui n'est autre 
chose qu'un anneau de bois , ou un trou dans le bois. 
Ce qui est confirmé par Eustathius sur Homère , qui 
dit qu'on appelloit ainsi le cercle, ou l'anneau, dans 
lequel on mettoit le bout de la lance, âv 37 à7reûivo>)Toç 
ykdùOGdt, KouoTTov xaXfif, ex /jteTaç opa; xoîj nepi touç mSa^ 
^uXaoû Seaiioij. Ces trous donc sont appeliez anneaux, 
et ceux à qui on faisoit souffrir ce tourment annulati, 
comme on recueille de l'ancien glossaire, qui traduit 

(i) Euseh, L 5, c. 1, Salm. ad TertulL Pall. — j(a) Tibull, L a- 



SUR l'histoire de s. XiOUTS. 335 

ce mot , par celuy de cviino^ia^évxeç, y restituant annur 
laiij au lieu d'anati^ ainsi que porte Fimprimé. Apulée 
s'est aussi servy de cette façon de parler, ped^s servo- 
rum annulati. 

Il semble que les jambes estant ainsi passées, estoient 
liées étroitement avec des nerfs et des cordes, afin 
qu'elles ne pussent s'en retirer. C'est ce que S. Paulin 
dit formellement : 

. . . Nervoquç rigescunt 
Diducentê pedet. 

Et Guillaume le Breton de l'ordre des frères mineurs 
en son vocabulaire MS. cite ces vers , tirez probable- 
ment de l'auteur du grecisme, qui confirment Oecy : 

Nervo torqueris , in cippo quando teneris : 
Memhraque Jîrmantur nervis quibus ossa Ugantur, 

L'epltre de S. Phileas, qui se lit dans Eusebe (i) et 
Nicephore Calliste (2) , remarque que les tyrans exer- 
cèrent toute sorte de tourmens contre luy et ses com- 
pagnons, et entre autres qu'ils leur firent passer les 

jambes dans des trous d'une pièce de bois , et mêmes 
jusques au quatrième, ensorte qu'ils estoient obligez 

de se tenir renversez : fjdoaf 9i oî xai fxeià ouKiaiiobq ém tov 

|u^ou xecfuvoe $ti tâv xeatjapôiv ottûv iyxixexafj.évoi êciifcù rco 

mis, wçwczàccvdyKYivabxovç èm toû ^vXov uttccou; dvai (3): 

où Grégoire, qui vivoit du temps de ces martyrs, et 

qui en a décrit les actes , explique ainsi cette espèce 

de tourment : Tanta ^verb in his crudelitas eratj ... 

ut posteaquam omne corpus vel tormentis, vel verbe- 

ribusfuisset absumptum, trahi rursum pedibus juberen- 

(i) Euseb. /. 8, c. 11. — (a) Niceph, i. 7 , 0. 9. — (3) Apud Boland. 
^, Febr, c. i , n. 4< 



334 DIS8BATATIONS 

tur ad carcerem, atque nervo pedibus canclusis, recen- 
tiims adhuc vulneribus, rejicerentur in saàtru^ testarum 
fragmenùs subierstralum (i). De sorte (ja^il y a lieu 
de douter, si le nervus des anciens , estoit le même 
tourment que le ctppusj. veu que Ton doit tenir pour 
constant que dans le cippus, les pieds estoient liez, 
ce qui a donné sujet à Forateur Lysias Juser de ces 
termes y iv tw fû)/j) SeSéaBony in ligno poni{'i)^ dans les 
actes des martys, et mêmes le criminel^ y estoit atta- 
ché par le col, ainsi qu'on peut remarquer de quel- 
qiîies écrivains , ce qui est aussi spécifié par le sire de 
Joiovillie à T^ard des bernictes. Le même auteitf 
ajoute qu'au Wurment des bernicles on faispit tomber 
une pièce de bois sur les jambes du criminel , sur 
laquelle on faisoit asseoir un homme, afin de peser 
dessus, et d'écraser les os. Je remarqtie quelque chose 
de semblable en un passage de Grégoire de Tours; 
qui se lit encore dans Flodoard : Erat erdm hufusmpdi 
carcer, ut super struem tignorum ay:es validi super'- 
positi pulpitarentur, ac deinceps gui eosdem, opprime^ 
rent^ insignes fuerant lapides cQllacàti (3), 

Après toutes ces remarques , je ne fais pa9 de diffi*^ 
culte d'avancer que l'auteur du roman de Gariu le 
Loherans a entendu parler de ce tourment^ sous le 
nom de buie^ qu'il décrit en ces vers : 

Sor une coûte se gist elpalé oler , 

En une huies avoU les pies boutés , 

A deux chaarres (jf) fêtes de fer trempé, 

(i) f^. Baron, ad 3 Fehr. — (a) A et a Mar. ScilUv, apud Baron. 
A. aoa , n. a. Festus Isidor. L 9. — (3) Greg. Tur. /. 4 » de 
Mit, Saint MarL c. 26. Flod. L 4, HiH, Item. c. 5o. — (4) 
Ghaisnes. 



SUR LHISTOIAB DE S. L0UT8. 335 

Dont li coron (i) tiennent el mur serré. 
N'en pot esir (9) , neque el ciel monten 

Plus bas : 

Devant lui gardé vit un pestel ester , 

Dont Ven soloit les poisons {3} destrempttf 

Quant le pestel ot sessi et coubré 

Par tel vertu s*estjus del lit colés. 

Que les grans buies , qui ne porent tomér. 

Tranchent la char, li sans en est colésy etc. 

En cette description je remarque premièrement que 
le criminel estoit assis sur une coûte ^ c'est à dire un 
lit; ce qui pourroit faire croire que dans le sire de 
Joinville il fkudroit lire^ ils le couchent sur une coûte, 
au lieu de sur le costé, ce qui est plus difficile à con- 
cevoir; secondement que les pieds estoient passez dans 
les trous de ces buies ; en troisième lieu , que le cri- 
minel estoit attaché au mur, ce qui est aussi observé 
par le sire de Joinville ; et enfin qu'avec une pièce de 
bois y quil appelle pestel, ou poteau, on brisoit la 
chair du criminel, en sorte que le sang en découloit. 

Quant au terme de buie, il est tiré du latin boia (4)> 
qui signifie une espèce de chaîne, ou collier, avec 
lequel on attachoit le criminel. Papias use du mot de 
bogia (5); l'auteur des miracles de sainte Foy, de celuy 
de bodia (6); et Udalric dans les coutumes de Tordre 
de Cluny, de celuy de boga (7). Guillaume Plagon en 
sa version Françoise de l'histoire de Guillaume arche- 
vesque de Tyr (1. 11, ch. 2a), traduit ainsi ces mots latins : 
prœcepit captum vinculis mancipari, en ceux-ci, il fut 

(1) Cordong. — (2) Sortir, issir. — (3) Prisons. — (4) Fest. Isid. 
— (5) Papias. — (6) Plaut. Gloss. Lat, Gr. Gtoss. jElfn S. Hier. 
Lu, in Herem. c. 27. MetelL in Quir, et al. à nobis laudandi in GlosSm 
A non. de Mirac. S. Fid, c. 14. — ij) Udalric. l. 3, c. 3. 



336 DISSERT ATlOW s 

pris, et mis en bonnes buies. Or il ne faut pas s'Stonnfer 
si le roman de Guarin a donné le nom de buie au 
cippus des anciens, veu que nous avons remarqué qtfif 
estoit encore appelle nerv^us, parce que le criminel y 
estoit attaché avec des nerfs de bœuf, d'où vient que 
S. Isidore écrit que boia est dit quasi jugum bov^is (i)^ 
les termes de boia, et de cippus estant depuis devenu» 
synonymes, pour ce que Tun et l'autre estoient eflcc- 
tivement des espèces de chaînes et de colliers. S. Oiieir 
en la vie de S. Eloy : Cippi eûam fracti , et claudorum 
hacterii in argumento ostenduntur (2). Et comme on 
lioit les criminels dans les prisons, les concierges sont 
appeliez chepiers, etcepiersÇi) dans les lois normandes 
de Guillaume le Bâtard, et ailleurs, qui sont lesméihes 
qui sont nommez dans les gloses des basiliques Koua- 
TraTOjoe; , et ^vT^couç'ai. 

L'observation que l'on fait à ce sujet , que Ton peut 
appliquer à ces buies, et à ce tourment des bernicles^. 
la remarque de Jean Villani (4), a beaucoup de pro- 
babilité : sçavoir que S. Louys ayant recouvré la li- 
berté, et qu'estant de retour en France , en mémoire 
de sa prison, et des tourmens dont on Tavoit menacé , 
il en fit empreindre les figures en ses tournois, ou 
monnoies , du côté de la pile , sçavoir les buies et les 
menottes des prisonniers, jusques à ce que luy ou ses 
barons en eussent tiré la vengeance. Voicy les termes 
de cet auteur : Et corne lo re Luis et suoi baronifu-^ 
rono liberati et ricomperaù, furono pagate dette mo^ 
nete , et si ritornarono in Ponente, et per ricordanza 
délia detta pressura , accioche vendetta ne fosse 

(i) Isid. l. 5, c. a;. — (2) 4^. Audoën, l, 2, c. 77, Ch. 4. — (3) Gloss^ 
Basil. — (4) Giou. nu. L 6, c. 37. 



SUR L HISTOIRE DE 8. LOUTS. 33*] 

Jntla j o per lui, o per li suoi baroni, il detto re Luis 
Jece fitre nella moneta del tomese grosso, dal lato 
délia pila le boie da prigioni. Il est vray que nous 
ne voyons pas que ces figures qui se rencontrent dans 
les tournois de S. Louys, et de quelques-uns de ses 
successeurs y ayent esté empreintes dans les monnoyes 
de ses prédécesseurs rois de France. J'en ay remarqué 
seulement une presque semblable^ dans une monnoye 
d'argent de Philippes d'Alsace comte de Flandres, que 
ce comte fit frapper à Alost , après qu'il se fut rendu 
maître de cette seigneurie vers l'an 1 166, laquelle d'un 
côté a ces mots, moneta alost (i), et de l'autre une 
double légende : la première , gracia dohini dei nri 
FACTvs svM ; la seconde celle-cy : ph. comes fland. (2), 
où toutefois j'avoue qu'il y a quelque difierence pour 
la figure d'avec les monnoyes de S. Louys. 

D'autre part, je ne sçay si S. Louys n'auroit pas 
plutôt voulu remettre en vogue et en usage la marque 
que Louys le Débonnaire faisoit empreindre en ses 
monnoyes , qui estoit une espèce d'église , sommée 
d'une croix avec cette légende xristiana religio, oh 
il est à remarquer que ce temple est soutenu de divers 
piliers, ce qui me porte à croire que le mot de pile, 
qui est demeuré parmy nous à un revers de nos mon- 
noyes , vient de ces piliers qui s'y voient exprimez , 
ou du moins en celles de S. Louys, comme a l'autre 
celuy de croix, acause de la croix qui y est repré- 
sentée. Guillaume Guiart en l'an 1 295 : 

Cornent qu'il pregnent croix , ou pile. 

(i) lindan. in Tenerem, n. aa5. — (a) HUt. des C de GuineSf l, 4, 
c. 6. 

3. 23 



338 DISSËKT ATIOMS 

Et la chronique de Bertrand du Guesclin : 

Je n'aime ne crois, ne pile, si ait m'ame pardon. 

Le glossaire latin François MS. donne le nom de pile 
aux revers des monnoyes : nomisma, figure qui est au 
denier j pile, ou denier : d*où il semble qu^on peut 
inférer que nos François ayant donné le nom de pile 
à ces revers , ont pris ces figures pour des piles , ou 
piliers , ignorans peut-^stre que ce fussent des buies ^ 
estant vray que ces figures , qui sont au monnoyes de 
S. Louys^ et d'aucuns de ses successeurs , et mêmes 
de quelques-uns des barons françois, qui de tout temps 
ont affecté de faire les leurs approchantes en figure de 
celles de nos rois , ont quelque rapport avec la des- 
cription que le sire de Joinville fait des bemides : 
car comme il dit que ce tourment est composé de deux 
pièces de bois , qu'il ap|>elle en cet endroit et ailleurs , 
d'un terme impropre , £/>o/w^ qui s'entretiennent, c*est 
à dire qui se joignent par le chef et par le haut, cela 
se voit dans la figure qui est aux monnoyes de saint 
LouySy les deux pièces estant percées par le bas^ gai 
pourroit estre l'endroit par oti on faisoit .passer les 
jambes du criminel. Quant à l'autre pièce de bois sur 
laquelle il dit que l'on faisoit seoir un homme, elle 
semble estre représentée au dessous, percée pareille- 
ment parles deux bouts, le surplus de la figure n'es- 
tant que pour l'ornement de la monnoye. J'ay veû plu- 
sieurs de ces monnoyes qui représentent ces buiçs (i), 
tant de S. Louys que de Philippes le Hardy, de Phi- 
lippes le Bel, du roy Jean, d'Alphonse comte de Poi- 
tiers, et d'autres, dont nous verrons un jour les figures 

(i) y. les Ohseru. de Cl, Menard. 



Sur l^uistoire de s. louys. 33q 

dans les curieuses recherches , que M. Bouterouë 
conseiller en la cour des monnoyes, a faites sur ce 
sujet. 



DE LA RANÇON DE S. LOUYS. 

(JoiNVILLEy p. agi.) 



Par le traité qui se fit pour la délivrance du roy 
S. Louys, et des autres prisonniers, faits à la bataille 
de Massoure et ailleurs , entre les députez de Sa Ma- 
jesté et du sultan de Babylone , il fut convenu que le 
Roy payeroit au Sultan dix cens mille besans d'or, qui 
valoient alors, au récit du sire de Joinville, cinq cens 
mille livres : c'est ainsi que porte l'édition de Claude 
Menard , car celle de Poitiers porte mal deux cens 
mille besans. Le besant estoit une monnoye d'or des 
empereurs d'Orient, ainsi appellée du nom de Bjzan^ 
tium, qui est la ville de Constantinople. Baldric de 
Dol (i) en son histoire de Hierusalem : Direxerunt 
itaque legationem Constantinopolim , qucé vocabuto 
antiquiori Bjzaniium dicta fuit : unde et adhuc mone* 
tas ci^itatis illius denatiàs byzanteos vocamus, Guil- 
laume de Malmesbury : ( 2 ) Constantinopolis primîim 
Byzantium dicta : formam antiqui vocab li prœfe^ 
runt imperatorii ' nummi Bjzantini vocati. Et Gun- 
therus en son histoire de Constantinople, parlant de 
cette capitale de l'Orient : Grœco nomine Byzaniion 
vocabalur ^ unde et apud modernos nummi aurei, qui 

(1) Baldric, Dol. L t. — (2) Malmesb, l. ^j de gesL Angl. 

22. 



34o DlSSEaTATlON» 

in illd formari consueverant , a nomine ipsùiS urJnx 
Bjzantii appellabantur ( i ). Ce terme estoit gënéral 
pour toutes les monnoyes d'or des empereurs de Con- 
stantinople , lesquelles ne laissoient pas d'avoir leon 
noms chacune en leur particulier. Par exemple on 
appelloit Michalatij celles qui avoient le nom et 
la figure de Michel Ducas ; Manuelati , celles qui 
avoient este battues par Fempereur Manuel Conmene, 
et ainsi des autres , dont je traiteray ailleurs. Il est parlé 
de ces besans d'or très-souvent dans les auteurs (2}. 
Je trouve mêmes qu'il y avoit des monnoyes d'argent 
ausquelles on donnoit ce nom de besans, ayant remar- 
qué dans un titre de l'an iSgg, expédié en Fisle de 
Cypre , par lequel on fait don au couvent des FF. Pré- 
dieurs de Nicossie, où Hugues de Lezignan prince de 
Galilée avoit esté inhumé, de mille besans blancs de 
Cypre , {bjzantii albi de Cypro) pour la fondation de 
fanniversaire de ce prince. 

Mais il ne s'agit pas icy de cette espèce de besans 
d'or de l'empire de Constantinople : car S. Louys en 
la lettre qu'il a écrite au sujet de sa prise et de sa 
délivrance , Guillaume de Nangis en la vie du même 
Roy, Vincent de Beauvais (3), et Guillaume Guiart 
disent qu'il fut convenu qu'on paieroit au Sultan huit 
cens mille besans sarazinois^ auquel nombre le Sultan 
réduisit sa demande , suivant le sire de Joinville. Ces 
besans sarazinois, qui sont x^ovoïsïqt. Byzantii sarace-- 
nad , dans les auteurs de ces siecles-là (4), estoient 
probablement tant la monnoye des sultans de Baby- 

(1) Gunther, cap. i5. — (a) Tudeb. L'i. CapU. Radelch. Prime, 
Benev. c. 20 , 27, et al. — (3) F^inc. Belu. l. 32 , «. loi. — (4) Gaut. 
Cancell, p. 463. 



SUR L HISTOIRE BE S. LOUYS. 34^ 

lone^ que des sultans de Coni, ou de la Cappadoce. 
Ceux-cy estoient plus particulièrement reconnus sous 
le nom àesoldans (i), ou de sultanins, Guillaume de 
Nangis , Vincent de Beauvais (2), et autres auteurs (î) 
en parlent souvent. L'une et l'autre de ces monnoyes 
ne portoient' aucune figure, parce que chez les Sara- 
zins et les Turcs, cela est défendu, comme par une 
maxime opposée à celle des Chrétiens : mais ils estoient 
marquez de caractères arabes. Theodulfe évesque d'Or- 
léans les a ainsi exprimez (4) •* 

Iste gravi numéro nummos fert divitis auri, 
Quos Arabum sermo, sive character arat. 

Quelques scavans se sont persuadez que ces monnoyes 
des Sarazins , ainsi marquées de caractères arabes , 
avoient esté reconnues en France sous le nom de bar- 
barins (5), dont il est parlé dans une epître de Geof- 
froy abbé de Vendôme, dans la chronique de S. Mar- 
tial de Limoges , et en celle de S. Estienne de la même 
ville en l'an 1 263 ; mais les termes de ces chroniques 
justifient pleinement que ce nom de barbarins est oit 
celuy de la monnoye des anciens vicomtes de Limoges, 
encore que j'avoue qu'il est malaisé de deviner la raison 
de cette appellation. Quant aux besans sarazinois qui 
estoient inscrits des mots arabes, El-Macin en sa chro- 
nique nous apprend que ce fut le calyphe Abimelech, 
appelle par les Arabes Gabdomelic, et Abd-Amalech, 
qui le premier des princes arabes fit battre de la mon- 
noye, et qui la fit marquer de ces caractères, allâho 

(i) frai. Tyr. /. 12 , c. a5. — (2) Vinc. Bell. l. 3a , c. 56 , 201. 
— (3) Innoc.lII. PP. L i5, ep. i'j5, et al. JYang. A. 1248. Vinc. 
Bell, l, 3i , c. i4o, 143 , 144 > '5»o,* L 32, c. 54. — (4) Theodulf. in 
Parœnesi. — (6) Sirmond.. 1. 1 ,c;>. 21. 



34^ DISSERTATIONS 

SÀMADON (i)y qui signifient Dieu est le Seigneur : Cèf 
avant ce temps-là les Arabes ne se servoient que de 
la monnoye de Perse d'argent, et de celle rTor des 
Grecs : ce que cet auteur rapporte à Tan de N. S, 
695 ; et Theoplianes (2) deux ans auparavant. 

Le sire de Join ville remarque en cet endroit, ou du 
moins donne à connoitre , que chaque cent mille de 
besans d*or, faisoit la somme de cinquante mille livres 
d'or. Un auteur anglois (3) dit que toute la somme, 
qui composa la rançon de S. Louys, fut de soixante 
mille livres d'or fin, sans les antres deniers communs, 
sçavoir les esterlins, les tournois, les parisis, qui allè- 
rent à l'infini : Summa autem redemptionis régis Fnat 
corum erat sexaginta millia librarum auri primi et 
purissimi, absque aliis denariis communibus, wdelicet 
esterlingis , turonensibiis , et parisiensibus , qui ad infi- 
nitum numerum ascenderunt. Il appelle aurutn primum, 
ce que nous disons or fin, les Latins ohryzum; à la 
diflerence de l'or allié avec d'autres métaux, qui seroit 
nommé secundum , de même que l'argent allié avec 
du cuivre est ne mmé dans Cinnamus, Ssùrepov (4), 
et dans Juvenal tenue argentum , venœque secundœ^ 
Pour la même raison l'argent fin est nommé updiTiroy, 
dans l'auteur de la narration de l'image de K. S. dite 
TOI» ÂvTiywvyjToîî (5), dans Constantinople, donnée au 
public par le R. P. Combefis , laquelle fait mention 
du premier et du second argent, en ces termes : f/èv 
yip 3taga«T€/50i EUféôifi |ULeTa©vy}5etç zi^ àpyûpiov Tzpdyciçov , 
Tov xaXou/:x£vov T:£VTet(T(fp(zyiçov. Se iiokiSSoç elç €?.aTTOV 

(1) Elmacin. — (a) Theoph. Zonar. p. 75. — (3) Math, fT'esim. 
ji. ia5i. - (4) Cinnamus.p. 33. — (5) p. ^1, 



SDR L^HISTOIRE DE S. LOUTS. 34^ 

ftèVy ^oxi|:xoy ié, 8(i(ùç ^ ahxoç fxetaTreTcoeÎQTûti sic ^svrepov 
apyopiov» Ainsi en la vie de Claudius la moindre huile 
est appellée olewn secundum (i). Les Espagnols appel- 
lent cet argent second^ acendrado, comme nous ap- 
prenons de Covarnivias (2). 

Mathieu Paris écrit que les Sarazins ayant demandé 
au Roy pour la rançon de ses gens cent mille livres d'or, 
ils le quittèrent pour cent mille marcs d'argent : a 
quoy se rapporte la lettre du chancelier écrite au 
comte de Cornouaille, dans le même auteur, l'histoire 
des archevesques de Brème (3), et Sanudo (4), qui 
disent que le Roy paya les cent mille marcs d'argent. 
D'où il faut conclure que les huit cens mille besans 
d'or, à quoy la rançon de S. Louys, ou plutôt celle 
de ses gens fut arrêtée , valoient alors quatre cens 
mille livres, et par conséquent faisoient en argent 
cent mille marcs : c'est ce qui est à examiner. Et pour 
parler premièrement de l'évaluation, ou de la reduc 
tion des huit cens mille besans d'or à la somme de 
quatre cens mille livres, il faut présupposer qu'en 
France la livre a toujours valu vingt sols, aussi bien 
qu'à présent , ce que nous apprenons particulièrement 
de ce passage tiré des annales de France en l'an 882 : 
Munera autem taUa erant : in aura et argerUo bis mille 
librœ, et 'jo^ vel paulb pluSj qtxam libram perviginti 
solidos computamus expletam (5) ; d'où il s'ensuit que 
les cent mille besans ayant valu pour lors cinquante 
raille livres , chaque besant en son particulier valoit 

(1) Pollio in Claud. — (a) Covarr. de vet. nunUs. Collât, c. 2,n.6. 
Georg. Agr. de pretio monet. p. 270, 271. — (3) Hist. Epis, Brem. 
A. i2jo. — {^) San. l.Z , part. 12, c. 3. — (5) Annal. Fr. Fuld. 
A. 882. 



344 DISSEKTATIOH s 

dix sols en argent, qui est à peu prés le prix que 
Raymond d'Agiles donne à la monnoye d'or des Si- 
razins de son temps, sinon qu'il la fait valoir moins 
d'un sol , ou deux. Ce qui me feroit croire que les 
besans sarazinois du temps du sire de Joinville au- 
roient esté plus forts, ou ce qui est plus probable, 
que l'or auroit augmenté de prix depuis le temps au- 
quel cet auteur vivoit, qui estoit au commencement 
du onzième siècle , et par conséquent cent cinquante 
ans avant le règne de S. Louys. Les termes de ce't 
historien sont : Volebat nobis dare rex Tripolis épùa- 
decim millia aureorum Saracerdcce monetœ, ..• valebal 
quippe unus aureus octo vel no\'eni solidos monetœ noS' 
tri exercitus. Ce qui se rapporte encore au prix que 
Sanudo (i) donne aux besans d'or vieux , qui valoient 
de son temps quelque peu plus qu'un florin d'or ; car 
le florin , ou denier d'or valoit dix sols parisis, comme 
on recueille de quelques titres (2), encore que pour 
dire le vray il est malaisé d'établir un fondement cer- 
tain sur l'évaluation de ces monnoyes, qui s'est diver- 
sifiée selon les temps. Par exemple je ti'ouve dans un 
titre de Godard de Godarville , gentilhomme norman 
de l'an 1 2 1 5 , que le besant estoit évalué à sept sols de 
la monnoye courante : Reddendo inde nobis et hœre- 
dibus nostris de ecclesid Fiscanensi singulis annis ad 
Natale Domini duos bjzantios vel quatuordecim so^ 
lidos monetœ currenùs (3). Et dans un arrest rendu 
au parlement de Paris en Fan 1282, Bjzantius auri 
quem cornes Suessionensis débet annuatim ecclesiœ 

(i) Sanut. L 1 , part. 1 , c. 6. (a) — P^. les Preuves de l'Hist. 
dès Fie, de Turenne, p. 90 , 127. — {3) Tabul, Fiscanense , fo(. 
46. 



SUR L HISTOIRE DE S. LOUYS. 34^ 

1 B> Mariœ Suession. œstimatus fuit octo solidis turon. 
A quam œstimationem procurator ecclesiœ acceptavit ( i ). 
' Quoy que ces estimations des besans d'or regardent 
,. peut-estre les monnoyes d'or des empereurs de Cons- 
I tantinople^ on en peut neantmoins tirer cette induc- 
I tion y que les besans sarazinois estoient à peu prés de 

même poids et de même prix. 
' Quant aux cent mille marcs d'argent , ausquels les 
auteurs, que j'ay citez, évaluent la rançon de S. Louys, 
' s'ils faisoient la somme des 4oo>ooo livres que va- 
loient les 800,000 besans d'or, il s'ensuit que chaque . 
marc d'argent valoit alors huit besans en or, et quatre 
livres ou quatre vingts sols en argent, et que chaque 
besant valoit dix sols , qui est le prix , que nous leur 
avons donné. Ce qui ne s'accorde pas avec un titre ^2) 
de l'an 11 98, qui fait voir qu'en cette année là le 
marc d'argent n'étoit évalué qu'à cinquante sols, d'où 
îl s'ensuivroit que les monnoyes auroient augmenté 
notablement au temps de S. Louis : ce qui n'est pas 
hors de créance, veu que nous lisons dans quelques 
mémoires, qui contiennent les évaluations des marcs 
d'or et d'argent , que ces évaluations changeoiént 
notablement, non seulement tous les ans, mais mêmes 
presque tous les mois. Par exemple le marc d'argent a 
valu depuis l'an ia88jusquesen 1 296 , cinquante huit 
sols tournois; la même année à Pasques, 61 s. t.-, à la 
Trinité de 1296 , 66 s. ; à Noël suivant, 68s. ; en 1299, 
I 1. 5 s. ; en 1 3o4 , 6 1. 5 s. ; et ainsi du reste. On pour- 
roit encore remarquer en cet endroit qu'il y avoit au 
temps de S. Louys quatre sorte de marcs de diOerents 

(i) Registre du Parlem. cotte B.fol. 5g, et to. 3 oper. MolinaL — 
('^) Roverius in Reomao , p. 23a. 



346 DISSERTATIONS 

poids (i) : sçavoir celuy de Troyes, qui estoit le plus 
généi^l, ayant cours non seulement en France, mais 
encore dans les pays étrangers, le marc de Limoges, 
le marc de Tours , et le marc de la Rochelle , ou d'An- 
gleterre. Mais il se présentera occasion d'en parler 
ailleurs. 

Resteroit à voir si Ton peut accorder Mathieu 
Paris avec le sire de Joinville : car suivant son calcul 
il faut que les cent mille livres d'or, que les Sarazins 
demandèrent d'abord à S. Louys pour sa rançon, 
ayent valu un million, c'est à dire les dix cent milfe 
besans d'or, dont parie le sire de Joinville : et en ce cas 
la livre d'or auroit valu dix besans d'or, et le besant 
deux sols d'or. Mais je ne veux pas m'engager à pré- 
sent dans cette discussion, qui est de trop longue 
haleine , il suffit que les curieux peuvent avoir recours 
à ce que les sçavans (2) en ont écrit. 

Tout cela ne s'accorde pas avec l'extrait d*un re- 
gistre de la chambre des comptes de Paris, qui a rapport 
à la page 3o5 de l'histoire du sire de Joinville, et gui 
marque que la rançon de S. Louis monta à la somme de 
167,102 livres 18 sols 8 deniers tournois, la quelle 
fut prise sur les deniers de son hostel. Jean ViUani 
ne s'éloigne pas de ce calcul , écrivant que la rançon 
de ce prince fut de deux cens mille livres de Parisis. 
Mais à l'égard de ce qui est rapporté dans cet extrait, 
cela se doit entendre que cette somme de 167,102 1. 
fut prise sur celle qui estoit destinée pour la dépense 
de l'hostel du Roy, le surplus des 4oo mille livres 

(1) Reg. delà Ch. des Comptes de Paris , intitulé NosieTyf. 3o4, 
295, com. par M. iVHeroiwal. — (a) Budceus de Asse. Coi^arrup, 
Scalif^er. Sirmond ad Capit. Car. C. 



SUR L HISTOIRE D£ S. LOUYS. 3 

ayant esté pris sur les deniers destinez pour la dépei 
de la euerre. 



DES ADOPTIONS D'HONNEUR EN FRERE, 

ET PAR OCCASIOJBT DES FRERES D* ARMES. 

( JOIKTILLC f p. 340. ) 



IjEs anciens Romains n'ont reconnu en quelque façon 
que ce soit les adoptions en frère, parce qu'elles ne 
pouvoient éstre fondées sur aucune des raisons qui 
ont introduit l'usage des adoptions : tvîv Se àSek^Donolav 
ov<Σpea ÊtWyei izpi^x'iiz , ainsi qu'écrit un jurisconsulte 
grec (1). Ce qui a fait dire à Harraenopule (2) , que 
cette s rte d'adoption estoit du rombre et de la qua- 
lité de ces choses qui ne se peuvent faire, et qui ne 
se font pas ordinairement. D'où il s'ensuit qu'on n'y 
peut pas a;^pliquer les termes de la loy 58 De hœred, 
institut, en laquelle f rater diciiur, qui fraternd chari- 
tate diligitur. il est vray toutefois, que comme l'étroite 
amitié qui se contracte entre deux personnes, a seiTi 
de fondement aux adoptions en fils, qui se faisoient 
par honneur, ainsi les adoptions honoraires en frères 
n'ont esté fondées que sur cette amitié réciproque de 
deux amis, qui s'entraimoient d'une bienveillance fra- 
ternelle. Quœ enim potest esse amicitia tamfelix, quœ 
imiteturfraternitatetn?A\i ledeclamateur (3). Il est donc 
indubitable que l'origine de ces adoptions soit en fils, 

(1) Math. Blast. l. 8. Jur. Grœcorum, — (%) Hartttennp. l. 4, fit. 
fi. 5. ao. — (3) QuintiL decl. Zii. 



348 DISSERTATIONS 

soit en frère , ne ,doit pas estre puisée dans le droit 
romain y mais dans une pratique et dans un usage , xjui 
s'est observé de long-temps parmi les princes barbares 
et septentrionaux : car ils affectèrent d'adopter en fils, 
ou en frères les princes voisins de leurs états , ou leurs 
enfans, d'un manière extraordinaire, et qui ne don- 
noit aucun droit de succession aux enfans , ou aux 
frères adoptez , ces adoptions estant faites seulement 
par honneur. 

L'adoption en frère se trouve avoir esté pratiquée 
en deux manières par les peuples étrangers , que les 
Grecs et les Latins qualifient ordinairement du nom 
de barbares ; car parmy ceux dont les mœurs et les 
façon d'agir ressentoient effectivement quelque chose 
de rude et d'inhumain, elle se faisoit en se piquant 
réciproquement les veines , et beuvant le sang les uns 
des autres. Baudoiiin comte de Flandres et empereur 
de Constantinople reproche (i) cette détestable cou- 
tume aux Grecs mêmes , non qu'ils en usassent entre 
eux, mais parce que dans les alliances qu'ils contrac- 
toient avec les peuples barbares , pour s'accommoder 
à leurs manières d'agir, ils estoient obligez de suivre 
leurs usages , et de faire ce qu'ils faisoient ordinaire- 
ment en de semblables occasions. Hœc est > ce dit-il , 
çuœ spurcissimo gentilium riiu pro fraternd societate, 
sanguinibus alternis ebibitis, cum infidelibus sœpe ausa 
est amicitias firmare ferales. L'empereur Frédéric I 
avoit fait auparavant ce mesme reproche aux Grecs , 
ainsi que nous apprenons de Nicetas (2). Mais ce que 
les Grecs firent par nécessité, nos François qui estoient 
resserrez dans Constantinople, et attaquez par dehors 

(i) In Epist, de Urh. CP. expugn. — (a) JYiceL in Isaac. l. •%, n* 5. 



SUR LUISTOIRE DE S. LOUTS. 349 

de toutes parts ^ furent contraints de le faire , et de 
subir la même loy, en s^accommodant au temps , 
pour se parer des insultes de leurs ennemis. C'est ce 
que le sire de Joinville dit en ces termes « A icelui 
ce chevalier oiiy dire, et comme il le disoit au Roy, 
ce que l'empereur de Constantinople , et ses gens , se 
ce allièrent une foiz d'un Roy, qu'on appclloit le roy 
ce des Gommains, pour avoir leur aide, pour conquérir 
ce l'empereur de Grèce, qui avoit nom Vataiche. Et 
ce disoit icelui chevalier, (jue le roy du peuple des 
ce Commains pour avoir seurté et fiance fraternel 
ce de l'empereur de Constantinople pour secourir l'un 
ce l'autre ; (ju'il faillit qu'ilz et chacun de leur gens 
ce d'une part et d'autre se feissent seîgner, et que de 
ce leur sang ilz donnassent à boire l'un à l'autre, en 
ce signe de fraternité, disans qu'ilz estoient frères, et 
ce d'un sang. Et ainsi le convint faire entre noz gens, et 
ce les gens d'icelui chevalier, et meslérent de leur sang 
ce avec du vin, et en buvoient l'un à l'autre, et di- 
cc soient lors qu'ils estoient frères d'un sang. » Georges 
Pachymeres (i) raconte la même chose des Comains. 
Et Alberic (a) en l'an 1187 nous fait assez voir que 
cette coutume eut pareillement cours parmy les Sa« 
razins, écrivant que la funeste alliance que le comte 
de Tripoly contracta avec le sultan des Sarazins , se 
fit avec cette cérémonie , et qu'ils y burent du sang 
l'un de l'autre. Je passe ce que Salluste (3) , M inutius 
Félix (4), Lucian (5) et autres ont dit sur ce sujet, 
me contentant de remarquer que les Hibernois em- 
ployoient les mêmes cérémonies pour confirmer leurs 

(t) Pachym. /. 3, Hist. c. 3. — (a) Alberic. MS. — (3) Salust. in 
CatU. — (4) MinuU FeL — (5) Lucian, in Toxari. 



35o DlSSERTATIOlirS 

alliances, et établir une espèce de fraternité avec leurs 
alliez. Mathieu Paris parlant de ces peuples : Barbon 
illij et eorum duces ac mngistratus, sanguinem "vena 
prœcordialis in magno vase per minutionem furlerunt, 
etfusum sanguinem insuper perturbantes, miscuerunt, 
et mixtum postea sibi ad inxficem propinantes exhaxt 
serunt, in signum qubdessent ex tune in antea indisso- 
lubili, et quasi consanguineo fœdere colligati, et in 
prosperis et diuersis usque ad capitum exposiiionem 
indii^isi (i). 

Telle fut donc cette alliance et cette adoption fra- 
ternelle y qui se pratiquoit par les nations entièrement 
barbares. Mais celle qui fut en usage parmi les peuples 
qui estoient plus policez et plus civils , quoy que 
payens , ne fut point soiiillëe de cette espèce d'inhu- 
manité , ni de cet épanchement de sang réciproque; 
car elle se faisoit comme Tadoption honoraire en fils, 
more gentium^ pour user des termes de Cassiodore (2), 
c'est à dire, à la mode des Gentils, ou pl&tdt des na- 
tions étrangères , par les armes, per arma, en enyojsint 
les armes , ou bien par un échange réciproque qu'ils 
en faisoient. C'est ce que nous apprenons particuliè- 
rement de Geoffroy de Malaterre (3) en son Ustoire 
de la conquête de la Sicile par les Normans , écrivant 
qu'un des plus puissans seigneurs sarazins du château 
Jean, nommé Brahen, feignit de contracter avec Ser- 
lon , frère de Robert Guîchard , une alliance tres- 
étroite, afin de le faire tomber dans le piège qu'il 
avoit dessein de lui dresser, et que l'un et l'autre con- 
tractèrent cette fraternité par les armes, à la mode 

{l) Math. Par. A. i23€. — (a) Cassiotl. l. ^ , etc. — (3) Gaufr. 
Malat. l. a , c. ^f6- 



StJR L*HISTOlKE DE S. LOUYS. 35l 

des Sarazins de Sicile iSaraceniis autem de potentiori" 
bus castri Joannis, nomine Brahen , cum Serlone, ut 
eurri faciliiis deciperet, fœdus inierat, eorumque more 
per arma adoptivum fratrem, aller alterum factum 
'vicissim, susceperat ; où rimprimé porte mal per au- 
rem, au lieu de per arma : ce que la suite du discours 
justifie assez y faisant voir que le Sarazin envoya ses 
armes à Serlon : Sciât fraterniias adoptivi mei, quod 
tali vel tali die ^ etc. C'est le Sarazin qui parle, appel- 
lant ainsi Serlon du titre de frère : puis parlant de 
Serlon, qui sur le bruit de l'approche des ennemis, 
prit les armes , arma sibi delata corripiens adop- 
tii^i, etc. 

Cette communication des armes estoit réciproque 
entre les frères adoptifs, se les donnans réciproque- 
ment, tant pour attaquer leurs ennemis, que pour 
se défendre contre eux, ne pouvans donner une plus 
grande marque de leur amitié , qu'en se communi- 
quant ce qu'ils avoient de plus cher. C'est en ce sens 
qu'on doit entendre ce passage d'Ethelred (i) abbé de 
Rieval, lorequ'il raconte comme Edmond roy d'An- 
gleterre contracta une étroite alliance avec Knuth roy 
des Danois au sujet du partage du royaume : Quid 
plura? annuitEdmunduSj et Knutho de regni diwione 
consentit.,,. Dispositis itaque armis , in oscula ruunt, 
... deinde in signum fosderis vestem mutant et arma, 
rei^ersique ad suos, hiodum amicitiçe pacisque prœscri- 
buntj et sic cum gaudio ad sua quisque re\/ertitur. Un 
autre auteur (2) dit en termes plus formels , que ces 
deux princes contractèrent en cette occasion une fra- 
ternité , avec les sermens ordinaires : Ubi pace, ami- 

(i) Ethelred , Math. Jf^estm. — (2) Florent. Vuigorr.p. 618. 



35a DISSERTATIONS 

citia,fraternitatepacto et sacramentofirmatd^ regnunt 
dwiditur. 

Certes il n'y a pas lieu de clouter que cette commu- 
nication des armes n'ait esté réciproque en cette -es- 
pèce d'adoption, veu que l'un et l'autre adoptoit, et 
cstoit adopté en frère , et que le nom de frères qu'ils 
se donnoient , emporte avec soi , et communitaiem 
amoris, et digmtatis œqualitatemj pour user des termes 
(ÏEumenius (i) : ce qui n'estoit pas dans les adoptions 
en fils-, où l'un tenoit lieu de père, l'autre d'enfant, 
l'un adoptoit, l'autre estoit adopté, et enfin J'un don- 
noit les armes, et l'autre les recevoit. Je ne fais pas 
de doute que ce n'ait esté avec ces mêmes cérémonies 
qu'Humfroy de Toron connétable du royaume de Hie- 
rusalem contracta une fraternité avec un grand sei- 
gneur turc, auquel, fraterno fœdere junctus eratj et 
in eo tenacissimus, domesticus erat et familiarisa ainsi 
que parle Guillaume archevesque de Tyr (2). 

Cette fraternité se contractoit encore f)ar rattott- 
chement des armes, en les faisant toucher récipro- 
quement les unes aux autres. Cette coutume estoit 
particulière aux Anglois, avant que les Normans se 
rendissent maîtres de l'Angleterre , principalement 
lorsque des communautez entières faisoient entre 
eux une alliance fraternelle, en usans de cette ma- 
nière, au lieu du changement réciproque des armes, 
qui n'auroit pas pu s'exécuter si facilement. C'est ce 
que nous apprenons des loix d'Edoiiard le confes- 
seur (3) : Cùm quis accipiebat prœfecturam Tf^apen- 
tachii^ die statuto, in loco ubi consueverant congregari, 

(i) Eumen. in ^rat, act. -^ (a) ^ill, Tyr. /. 17 , c. 17. — (S) Leg. 
S. Edw. Conf. c. Sa. 



SUR l'histoire de s- louts. 353 

emnes majores natu contra eum conveniebant , et des-- 
' ce fi dente eo de equo suo , omnes assurgebant eu Ipse 
vero erectd lanced sud ab omnibus secundhm morem 
fœdus accipiebat : omnes enim quotquot vem'ssent cum 
lanceis suis ipsius hastam tangebant, et ita confirma* 
bant per contactum armorum, pace palam concessd. Et 
plus bas : Quamobrem potest cognosci , quod hac de 
causd lotus ille com^entus dicitur Wapentac, eo qubd 
per tactum armorutn suorwn ad invicem confœderati 
sunt. Cesi en suite de cette cercfmonie que les sujets 
de ces premieis rois d'AngleteiTe se qualifioient entre 
eux frères conjurez , fratres conjuraU , parce qu'ils 
faisoient serment de s'aimer et de se protéger, comme 
frères, contre leurs ennemis, et de maintenir unani- 
m(»ment le royaume contre tous les étrangers qui vou- 
droient l'empiéter. Les mêmes loix d'Edoiiard (i) : 
Statutum est quod ibi debent populi omnes et gentçs 
uniyersœ singulis annis semel in anno convenir e, sciU" 
cet in capite Maii, et sejide et sacramento non fracto 
ibi in unum et simul confœderare et consolidare, sicut 
conjurati fratres , ad defendendum regnum contra 
alienigenas ^ etc. Ce qui eut. lieu même après que les 
Normans se furent emparez de l'Angleterre-, comme 
nous apprenons des 'loix de Guillaume le Bâtard (2) ; 
StatAumus etiam ut omnes liberi homines totius regni 
sint fratres conjurati ad monarchiam nôstram et reg" 
num noslrum defendendum ^ oii les sujets du royaume 
sont appeliez y/ere5co/2ywre2^ parce qu'ils s'obligeoient 
tous par un même serment, à la défense de l'état, et 
à une mutuelle protection de leurs personnes contre 
leurs ennemis communs : ce qui se faisoit d'abord avec 

(i) Cap, 35. - (a) U^. fTiU. JYoÛU, 0. 5^ 

3. a3 



354 DISStRTÀTlOKS 

k cérémonie du tact des armes ^ dont il est parlé dans 
les loix d'Edouard. De sorte qu en conséquence de ce 
serment , si le royaume estoit attaqué par les ennemis, 
chacun estoit obligé de prendre les armes ^ et de se 
trouver dans les troupes du prince, après qu'ils avoient 
esté sommez par luy, suivant la force de leurs facultez, 
et le nombre des fiefs et des terres qu'ils possedoient^ 
et avec les espèces d'armes , qui estoient spécifiées par 
les loix. 

Ceux qui furent premièrement appeliez frères conju- 
rez , furent depuis appeliez jurati ad arma (i)^ soit 
parce qu'ils avoient fait le serment sur les armes, dfh 
quel nous avons plusieurs exemples dans Thistoire, et 
dont je parleray ailleurs^ ou acause qu'ils Tavoient 
fait y lorsqu'ils touchoient la lance et les armes de leur 
gouverneur, ou enfin parce qu'ils faisoient ce serment 
à l'effet de prendre les armes pour la défense du 
royaume. Tout cecy s'apprend de deux semaaces , ou 
de deux ordonnances du roy Henry I, qui oot pour 
titre , Mandata super juraùs ad armaj. qui se voient 
aux additions à Mathieu Paris. De ces. vemavques, il 
est aisé de voir^ que M. du Chesne eu son histoire de 
la maison de Goucy (2) ne s'est pas apperçù de la 
force du mot juratusj en ce vers^ de GuiUaujotie le 
Breton : 

Cui preerat Comilis juratus in arma Aàdulfrts (3). 

Tayant interprété,, comme si Raoul. eust esté l'ennemi 
capital du comte, de Flandres : ce qui est entièrement 
opposé à ce que cet auteur dit daxis la suite. Ce poëte 

(i) /h Gloss. ad script, meâiœ Latinit, — (a) £.6, eh, 13. —* 
(3) fFiU. BrUo , JW*. ai J^hU. 



SUR l'histoire de s. louys. 355 

se servant d'ailleurs de cette façon , de parler en un 
sens contraire, et particulièrement en ces vers : 

Tu nuper Re^is amicus (i) 

Usurpativi contra nos bella gerthns , 
Impia Tancredi juratu» in armay meamque 
Uxorem patris soUo privare volebas. 

Mais entre tant de cérémonies qui se sont obsei*vées 
pour contracter une fraternité, celle qui a esté pra- 
tiquée par les peuples chrétiens , est la plus plausible 
et la plus raisonnable : car pour abolir et pour éteindre 
entièrement les superstitions qui les accompagnoient , 
et qui tenoient du paganisme , ils en ont introduit une 
autre plus sainte et plus pieuse en la contractant dans 
l'église , devant le prêtre, et en faisant reciter quel- 
ques prières ou oraisons , nous en avons la formule 
dans VEuchologium. Les Grecs donnèrent le nom d'a- 
iekfomçla (2) à cette sorte d'adoption , parce qu'elle se 
faisoit avec le serment prêté devant le corps de N.S. 
suivant la remarque du docte Alaman (3). Ce qui eut 
aussi lieu dans les adoptions en fils , ainsi que nous 
apprenons d'une nouvelle de l'empereur Léon , où il 
est porté qu'elles se faisoient dans l'église, 9ui xshxvjç (4), 
c'est à dire avec des prières, et durant le sacrifice de 
la messe. Léon le Grammairien (5) rend le même té- 
moignage de l'adoption fraternelle, lorsqu'il raconte 
comme Basile le Macédonien , depuis empereur , fut 
adopté en frère par Jean, fils d'une dame nommée 
Danielis : xa« ù3m h t>3 «xX/iatit , ènolriasv a^igXyoTrowjaiv. 
Dans Constantin Porphyrogenite (6) en la vie de cet 

(0 vrai. Brito , £. 4 , Fhil — (a) Euch. Gr. — (3) Alaman, ad 
Proeop, — (0 Hist. Arc. Léo Nov. a^. — (5) Léo Gram. in BasiL '— 
(6) Congt. Pérpk. in BatU, 0. 10 , 53. 

a3. 



356 DISSERTATIONS- 

empereur son ayeul, où il rapporte la même circons- 
tance , cette espèce d'adoption est appellée une frater- 
nité spirituelle , iivevyLaziTirj «(îeXyotyj;, parce qu elle 
estoit contractée dans l'église devant le prêtre : d'où 
il faut inférer que Straiegius Magister, et Ses^erus 
patrice , dont le premier est qualifié frère adoptif, 
àStkffonoiYi'zoç , de l'empereur Justinian I du nom , 
l'autre de Justinian qui fut tué en Sicile , dans les 
origines de Constantinople de Codin (i), n'avoient 
contracté cette fraternité que de cette manière : aussi 
bien que Nicetas patrice avec S. Jean l'aumônier (2), 
patriarche d'i^exandrie , et Nicephore Bryennius avec 
l'empereur romain Diogene , dans Anne Comnené (J). 
Hugues Falcand au traité qu'il a fait des misères 
de la Sicile, écrit, que Majon grand amiral de ce 
royaume contracta une fraternité avec l'archevesque 
de Palerme, et en raconte ainsi les circonstances : 
Dictuni est prœterea quod ii, juxta consuetudinem 
Siculorum, fratemœ fœdus societalis contraxerint , 
seseque in^icem jurejurando astrinxerint , ut alter al- 
terum modis omnibus promos^eret, et tam in prosperù 
quam in ad^ersis unius essent animi , unius voluntatis 
atque consilii , quisquis alterum lœderet amborum 
incurreret offensam : auquel endroit cet auteur a bien 
remarqué que cette fraternité et cette alliance entre 
ces deux seigneurs se fit suivant la coutume qui s'ob- 
servoit en Sicile ; mais il en a oublié les principales 
cérémonies, qui sont observées par PamphiUo Cos- 
^ianzo (4) en son histoire de Sicile , où racontant la 

(i) Codinua in orig. â Lambtcio editis , p. 53, 7a.. ■*- (a) Simeon 
Sfetaphr, in vita S. Joan. £leemos. ci, n. 4* apud Boland. — 
(3) Anna Com. 10. AUx, p, ^76. — (4) CosUinM, part, i. lib. 5. - 



SUR l'histoire de s. louys. 357 

même chose , il dit que cette fraternité ne fat pas . 
seulement confirmée par des sermens solennels , mais 
encore par le prétieux corps de N. S. dont l'un prit . 
une partie , et l'autre une autre : et per ages^olare la 
testura delT ordita tela, sifece con Tarcwescos^o {corne 
si dîce in Sicilia ) fratello in Christo , partando si la 
sacra Eucharistia nella communione , et con tema di 
Dio a chi fosse per contaminar la. On peut rapporter 
à cette circonstance les paroles que le pape Pascal II (i) 
tint durant le sacrifice de la messe , à Tempe reur Henry 
V avec lequel il s'estoit reconcilié, où après qu'il luy 
eut mis la couronne sur la teste , Cîim ad kostiœ con- 
fractionem venisset, partent ipse sumens , reliquam 
Imperatori tradidit , dicens , sicut pars ista vi\^ijici 
corporis dii^isa est , ita dii^isus sit à regno Christi gui 
pactum istud rumpere ac violare tentassent. 

Mais entre les exemples de cette espèce d'adoption , 
il n'y en a pas de plus singulier que celuy , que l'his- 
toire de Hongrie nous représente en la personne de 
Ladislas roy de Hongrie (a), qui pour donner un témoi- 
gnage certain à Ladislas et à Mathias, enfans du grand 
Huniades , qu'il leur pardonnoit de tout son cœur l'as- 
sassinat qu'ils avoient commis en la personne du comte 
de Ciley son oncle : Utrosque comités j Ladislaum scili^ 
cet et Mathœum ,fideli subjuramenlo super sacratissimo 
corpore Christi prœstito in fratres adoptaviu Enfin les 
Irlandois semblent avoir pratiqué quelque chose de 
semblable , suivant l'auteur de la description de l'Hi- 

bernie (3) : Sub religionis et pacis obtentu ad sacrum 

« 

(i) Petr. Diac. L 4* Hist. Coss. c. 4a, Masson, in Not, ad ep. 
ivon, — (2) Thutfroez, in LadisL c. 59. — (3) SilyeHtr Girald, in 
Topogr, Uibem. dist. 3 , c. aa. 



'iÔO DISSÉRTATIOWS 

promettans une protection et un secours mutuel, as 
cas qu'ils fussent attaquez de leurs ennemis, et pro- 
testans de prendre les aimes, et de défendre celuy 
d'eux qui S(*roit attaqué» Le même des Uisins (i) par- 
lant du duc de Bouigogne : « Au duc d'Orléans mort, 
« peu de temps avant qu ils le fist tuer en la manière 
ce dessusdile, il fist le serment sur le corps de Nostre 
« Seigneur sacré, d'e.-tre son vray et loyal parent, et 
« promit d'estre son frère d'armes, portoic son ordre, 
(c et luy faisoit bonne cliere. » Ainsi dans l'histoire, 
de Charles VU, de Berry heràud d'armes, et dans 
Monstrelet (i) il est dit que le roy de Castille (ai frère 
d'armes et allié du roj\ dans l'histoire de Bourgogne 
de Jacques du ClcTcq , que le roy d'Arragon et Phi- 
lippes duc de Bourgogne estoient^rere^ et compagnons 
d'armes \ et enfin dans l'histoire d'Artus duc de Bre-. 
tagne et connétable de France, écrite par Jacques 
Gruel, que ce duc et le duc de Bourgogne estoient 
frères d'armes. L'emprise à outrance de Jean duc de 
Bourbonnois et de ses chevaliers, de l'an \^i.^j que 
j'ay leuè* dans les mémoires M S S. de M. Peiiesc ^ 
touche cette façon de parler : « Item nous tous jurons, 
« promettons, et serons tenus de nous enlre-aymev 
« et entretenir en bon et loyal amour.. . . et de faire 
« et tenir les uns vers les autres, durant ladite ém- 
et prise, toute loiauté et confraternité, que frères et 
« compagnons se doivent faire et entretenir. » En tous 
ces passages les frères d'armes sont encore appeliez 
compagnons d'armes , parce qu'ils se promettoient ré- 
ciproquement de. porter les armes ensemble., faisan^ 
entre eux alliance offensive, et défensive, auquel 

(i) Juv, des Ursins, A, 1419. — (5) Monstrdtt , A. i445. 



N 



SUR L HISTOIRE DE S. LOUTS» 36l 

sens Berry (i), l'auteur de Fancienne chronique de 
Flandres (2), et Georges Châtelain (3) usent de ces 
termes. 

Je suis neantmoins contraint d'avouer que ces es- 
pèces de fraternité n'estoient pas tousjours contractées 
dans l'église, et avec les cérémonies que je viens de 
remarquer : car Monstrelet en l'an i458 dit en'termes 
formels que le roy d'Arragon se ^X. frère d'armes du 
duc de Bourgogne, lequel il n'avoit jamais veû : « Ce 
« roy icy eust esté frère et compagnon d'armes au dufç 
ce Philippes de Bourgongne : et jaçoit ce que ils fussent 
« loin Tun de l'autre , neantmoins ils s'entraimoient 
« teLement, qu'ils portoient les ordres l'un de l'aur 
« tre, et si ne virent onques l'un l'autre. » Il se peut 
faire toutefois que ces fraternitez furent contractées 
entre ces princes nbsens par leurs ambassadeurs dans 
l'église, et avec les cérémonies accoutumées, ou du 
moins par traitez particuliers. Telle fut celle qui fut 
contractée entre le roy Louys XI et Charles dernier 
duc de Bourgogne, comme on pourra voir par cet ex- 
trait tiré de la Chambre des comptes de Paris, que je 
dois à M. d'Herouval (4). 

« Lots, etc. à tous, etc Comme puisnagaires bonne 
<^ paix et amitié ait esté faite et traitée entre nous, et 
« nostre très-cher et tres-araé frère et cousin le duc 
« DE .BouuGOGNE, ct pour icclle encore mieux afler- 
« mer, et en manière qu'elle soit perpétuellement in- 

(1) Berry , p. i43. — (2^ Chron. de Fland. c. 78. — (3) Georg. 
Chastel. en la fie de J. de Lalain^ c. 46. — (4) Sur le dos est écrit, 
Minute premièrement faite pour M. le Greffier M. Guillaume de 
Cerisay de ta fraternité d'armes. Il estoit greffier du parlement en rao 
1470. F", Ph. de Commines de VEd. du Louvre , p. 44 ■• 



36a DISSERTATIONS 

« violable, aussi pour y mettre et enraciner plus par- 
ce faite et cordiale amour, ait esté fait ouverture de 
« contracter fraternité d'armes entre nous : Scavoir 
<t faisons que nous cognoissans le grant bien qui est, 
« et peut venir à toute la chose publique de nostre 
ce royaume , pour l'union et jointure , et fraternité 
ce d'armes d'entre nous et de nostre dit frère et cousin ; 
ce considérant aussi la grande vaillance, proiiesse, hon- 
ce neur, loiauté, sens, prudence, conduite, et autres 
« hautes et excellentes vertus, qui sont en sa personne, 
ce et la singulière et parfaite amour qu'avons especiale» 
ce ment à lui par dessus tous autres, Nous de nostre cer- 
ce taine science, et par grant avis et meure délibération, 
ce avons fait, contracté, et conclud, faisons, contrac- 
ce tons, et concluons par ces présentes, bonne, vraye, 
ce seure, et loyale fraternité d'armes j avec nostredit 
« frère et cousin de Bourgogne , et l'avons prins et ac- 
ce cepté, prenons et acceptons en nostre seul Jrere 
ce d'armes , et nous faisons , constituons et déclarons 
ce le sien, et lui avons promis et promettons icelle fra- 
ce ternité continuer et entretenir sans jamais nous eu 
ce départir : et avec de le porter, aider, sùUstenir, 
« favoriser, et secourir de nostre personne, et de toute 
ce nostre puissance en toutes ses questions et querelles 
ff contre quelconques personnes que ce soient, ou 
ce puissent estre, qui peuvent vivre et mourir, sans 
ce personne quelconque excepter, et en tous ses af- 
ce faires^p et en toutes choses faire son fait le nostre 
« propre, sans lui faillir de rien, jusques à la mort in- 
ce clusivement. Toutes lesquelles choses dessusdites, et 
« chascune d'icelles, nous avons promises et jurées, 
ce promettons et jurons par la foy et serment de nostre 



SUR l'histoire de s. louts. 363 

a corps sur les saints évangiles de Dieu, sur nostre bon- 
« neur, et en parole de Boy, avoir et tenir fermes, 
« estables, et agréables sans jamais venir au contraire 
ce en quelque forme ou manière que ce soit , et quant 
« à ce nous submettons , etc. » 

Je puis joindre à ce traité un autre que je dois aussi 
à monsieur d'Herouval, qui n'est pas moins curieux , 
qui fut fait entre Bertrand du Guesclin connétable de 
France, et le seigneur de Cliçon, qui nous apprend 
quel estoit l'effet de ces fraternitez, et de ces ligues 
offensives et deffensives. 

(t A TOUS CEUX qui ces lettres verront Bertràn du 
f' GuERCLiN duc de Mouline , connestable de France , 
« et Ollivier seigneur de Cliçon, salut. Sçavoir fai- 
a sons que pour nourrir bonne paix et amour perpe- 
« tuellement entre nous et nos hoirs, nous avons pro- 
« mises, jurées et accordées entre nous les choses qui 
« s'ensuivent. C'est à sçavoir que nous Bertran du 
ce Guerclin voulons estre alliez, et nous alions à tous- 
ce jours à vous messire Ollivier seigneur de Cliçon contre 
c< tous ceulz qui peuvent vivre et mourir , exceptez le 
« le roy de France, ses frères, le vicomte de Ro)ien, 
ce et nos autres seigneurs de qui nous tenons terre : et 
« vous promettons aidier et conforter de tout nostre 
ce povoir toutesfois que mestier en aurez et vous nous 
« en requerrez. Item que ou cas que nul autre ser- 
ce gneur de quelque estât ou condition qu'il soit, à qui 
ce vous seriez tenu de foy et hommage, excepté le roy 
ce de France , vous voudroit déshériter par puissance , 
ce et vous faire guerre en corps, en honneur, ou en 
ce biens, nous vous promettons aidier, defièndre, et 
ce secourir de tout nostre pooir, se vous nous en Te* 



364 DISSERTATIOWS 

« quercz. Item voulons et consentons que de tous et 
<c quelconques proufitz et droitz, qui nous pourront 
« venir, et échoir dore en avant, tant de prisonniers 
ce pris de guerre par nous ou nos gens, dont le prouffit 
« nous pourroit appartenir , comme de païs raen- 
« connë , vous aiez la moitié entièrement. Item ou cas 
ce que nous sçaurions aucune chose qui vous peust 
ce porter aucun dommage, ou blasme, nous le vous 
ce ferons sçavoir, et vous en accointerons le plustost 
« que nous pourrons. Item garderons vostre corps à 
cc.nostre pooir, comme nosXxc frère. Et nous Ollivier 
et seigneur de Cliçon, voulons estre alliez, c*t nous al- 
cc lions à tousjours à vous, roessire Bertran du Guer- 
cc clin dessus nommé , contre tous ceulx qui peuvent 
« vivre et mourir, exceptez le roy de France, ses fre- 
« res, le vicomte de Rohen, et nos autres seigneurs de 
« qui nous tenons terre , et vous promettons aidier et 
<c conforter de tout nostre pooir toutesfois que mestier 
« en aurez, et vous nous en requerrez. Item que ou 
« cas que nul autre seigneur de quelque estât ou cod- 
c( dition qu'il soit, à qui vous seriez tenu de foj ou 
« hommage, excepté le roy de France, vous voudroît 
c( déshériter par puissance, et vous faire guerre en 
et corps, en honneur, ou en biens, nous vous promet- 
ce tons aidier , défendre , et secourir de tout nostre 
ce pooir, se vous nous en requerrez. Item voulons et 
ce consentons ^ue de tous ou quelconques proufitz et 
ce droits qui nous pourront venir et écheoir dore en 
(t avant, tant de prisonnier pris de guerre par nous^ 
ce ou nos gens , dont le prouffit nous pourroit appar- 
(( tenir, comme de pays raenconné, vous aiez la moi- 
K tié entièrement. Item ou cas que sçaurions aucune 



SITB. l'histoire DE S. LOUTS. 365 

« chose qui vous peust porter dommage aucun , ou 
« blasme , nous le vous ferons sçavoir , et vous en ac- 
« cointerons le plustost que nous pourrons. Item gat- 
« derons vostre corps à nostre pooir comme nostre 
« frère. Toutes lesquelles choses dessusdites et chacune 
ce d'icelles, nous Bertran et OUivier dessus nommez 
ce avons promises, accordées, et jurées, promettons, 
ce accordons, et jurons sur lessaintz évangiles de Dieu 
ce corporelleraent touchiez par nous et chacun de nous, 
ce et par les foys et sermens de nos corps bailliez l'un 
ce à l'autre tepir, entériner , et accomplir, l'un à Tau- 
ce tre, sans faire, ne venir en contre par nous, ne les 
ce nostres, ou de l'un de nous, et les tenir fermes et 
ce agréables à tousjours. En tesmoing desquelles choses 
ce nous avons fait, mettre nos seaulx à ces présentes 
« lettres, lesquelles nous avons fait doubler. Donné à 
ce Pontorson le 24 jour d'octobre l'an de grâce mil trois 
ce cens soixante et dix. Et sur le reply est écrit , par 
ce monsieur le duc de Mouline connestable de' France, 
ce Signé, Voisins. » 

Cette sorte de traité n'est pas tant une fraternité, 
qu'une espèce d'alliance étroite , ou de ligue offensive 
et défensive , en vertu duquel les contractans s'obli- 
geoient à un mutuel secours dans les occasions, tel que 
deux frères seroient tenus de se donner. J'ay leu le traité 
qui fut fait entre Sigismond roy de Hongrie, marquis de 
• Brandebourg, gouverneur du royaume de Bohême, et 
Louys II roy de Sicile duc d'Anjou , du 1 3 de février 
1407, indict. i5, par lequel ils s'unissent ensemble 
contre Ladislas fils de Charles de Duras, leur ennemy 
commun, contractans entre eux, amicitiam, frater- 
ifiTATEM, unionem, ligam, etjidelem confcederatio^ 



366 DISSERTATIONS 

fiem. J*ay encore veû une instruction donnée à monsi 
Moreau de Wissant chambellan , M. Pierre Roger de 
Bissac maître d'hostel de M. d'Anjou , et Thibaud Ho* 
oie secrétaire du Roy, envoyez par le duc d* Anjou ao 
roy de Castille , au sujet du différent qu'il avoit pour 
la succession des roys de Majorque et des comtes de 
Roussillon et de Cerdagne, qui porte ces mots : oPce- 
« mierement diront audit roy de Castille donnant ledit 
« monseigneur d'Anjou, pour le tres-grant bien et vail- 
« lant de sa personne l'a esleu en frère , et en singu- 
« lier et especial ami, et mis en lui sa fiance et ferme 
« espérance sur tous les rois et princes du monde, 
« après le Roy son très-cher seigneur et frère; pour j 
ft avoir refuge, et trouver ayde, conseil, et confort en 
« tous ses besoins. » En tous les actes de cette ambas- 
sade que je tiens de monsieur d'Herouval^ ces deoi 
princes se traitent toujours de frères. 

Quant à ce que Chifflet (i) en la defiense de l'Es- 
pagne contre la France écrit que Ton appelloit ^reref 
Jt armes ceux qui estoient chevaliers, et qui portoieot 
le collier d'un même ordre, se réfute aisément par ce 
que je viens de remarquer , et encore par un autre 
passage du même Juvenal des Ursins, lorsqu'il raconte 
ce qui se fit à la reconciliation des ducs d'Orléans et 
de Bourgogne : « Et encore pour plus grande confir- 
« mation desdistes fraternité et compagnie d'armes y 
« ils prirent et portèrent l'ordre et le collier l'un de 
cr l'autre. » Aussi ceux qui sont chevaliers d'un même 
ordre de chevalerie, ne sont pas appeliez yrere^ ^iur" 
mes j, mais frères et compagnons de l'ordre, conmie 
dans les statuts de celui de S. Michel institué par 

(i) Chifflet. in nndic, Hisp. 



StJR l'hISTOIUE de s. LOtJTS. 36^ 

Louys XI , roy de France ; compagnons de Vord^e ^ 
en celui de la jarretière art. 4* Georges Châtelain en la 
vie de Jacques de Lalin (i) : « Ce gentil chevalier Jac- 
« ques de Lalin fut éleu à estre frère et compagnon 
« d'icelui ordre de la Toison d'or. » 

Enfin pour achever cette dissertation au sujet des 
adoptions en frères , je tiens qu'il est fort probable que 
ces princes et ces seigneurs anglois y qui se disoient en« 
tre eux conjuratij et cidjurali fratreSj n'avoient con- 
tracté cette alliance que par ces mêmes cérémonies. 
Simeon de Dunelme en l'histoire de Wichtrede comte 
de Northumbelland : Tandem amicorum instantid re- 
ducti in concordiam , alterna sese satisfactione médian^ 
libus amicis placabant , atque adeo in amorem alte^ 
rutrum sunt adunati, utfratres adjurati simul Romam 
tenderenu Le même auteur en l'histoire d'Angleterre y 
en l'an 1072 : Aldredus nihil mali suspicans à Carlcon^ 
Juraio sibi fraVre occiditur (2). Roger de Howeden : 
Malcolmus Rex Scotorum sui conjurati fratris Tosii 
Comitaliun, id est NorUuunbriam fortiter depopulatur. 
Et ailleurs, il fait parétre le roy Richard, qui qua- 
lifie le roy Philippes Auguste , Dominum suum et so^ 
cium adjuratum in peregrinatione Hierosofymitand, 
Adam de Brème (3) , jàrckiepiscopus tempori setviens , 
ut conjurâtes tantùm fratres ab invicem div^elleret, 
Hermanmun eomitem adoptavit in militem. Ailleurs , 
conjurati sodales , termes qui font assez connoitre que 
ces fraternités estoient contractées avec des sermens 
tolemnels. 

Les adoptions en frères n'ont tiré leur soi^^ce que 

(1) Ch. 79. -^ (3) Simeon Dunelm. de gest, AngjL. — (3) Adam. 
Brem. c. iSg* 



368 DISSEUTATIOKS 

de sembla]>les adoptions en fils, qui ne se faisoient 
pareillement que par honneur. Et comme la pratique 
en a este fort commune parmy les peuples septentrio- 
naux , et en suite dans TOi ient et dans l'Occident, et 
que c'est delà que les sçavans tirent l'origine des che- 
valeries (i), je me persuade que j'obligeray les cu- 
rieux, si je donne encore en cet endroit ce quej'ay 
remarqué sur une matière assez peu commune. 

DES ADOPTIONS D'HONNEUR EN FILS, 

ET PAR OCCASION DE l'oRIGINE DES CHEVALERIES. 

(JOIH VILLE, p. 340.) 



JLe mariage est l'un des plus grands biens , dont 
l'homme soit redevable au souverain auteur de la 
nature, puisqu'il le garantit en quelque façon du 
tombeau , et le rend participant de l'immortalité. La 
procréation et la succession continuelle des en/ans, 
fait qu'il ne meurt pas; ce qui a fait dire au sage, 
que celuy-là ne doit pas estre réputé mort, qui baisse 
son semblable après soy : mortuus est^ sed quasi non 
esset mortuus j reliquit enim similem sibi (a). Cette 
pensée a donné sujet à certains hérétiques (3) de croire 
que la résurrection des corps , dont il est ^arlé dans 
l'Ecriture Sainte j devoit estre interprétée, non à la 
lettre , mais dans un sens allégorique , sçavoir de la 
procréation des enfans , qui fait revivre l'homme une 
seconde fois, et le rend immortel. D'ailleurs on. ne peut 
pas souhaiter une satisfaction plus grande , dit l'em- 

(i) C. a^;. (a) EccUs, c. 3o. — (3) Philastn de JSœres. 



SUR LHISTOIRB DE S. LOUTS. 36q 

pereur Léon, (i) ^^ ^^^ soulagemens plus doux dans 
les tracas , et les chagrins de la vie , et particulière- 
ment dans les incommoditez d'un âge avancé , que 
ceux qu'on tire des enfans. Mais dautant^ dit le même 
prince (a) , que cet avantage n'est pas tellement uni- 
versel , qu'il ne se trouve plusieurs qui en sont privez , 
les législateurs y ont apporté le remède par l'adoption, 
et ont suppléé par le secours de la loy aux défauts de 
la nature : car ce qui a donné la première occasion aux 
adoptions ) a esté le défaut des enfans , et particulière- 
ment des mâles. Avec le temps on a permis indifférem- 
ment d'adopter à ceux qui en avoient, comme à ceux 
qui n'en avoient point (3). Or conmie l'adoption imite 
la nature, selon les jurisconsultes (4), ces mêmes lé- 
gislateurs ont voulu que les enfans adoptez fussent 
semblables en tout, quant aux effets civils, aux enfans 
naturels ; que les pères adoptifs eussent la puissance de 
la vie et de la mort sur eux , comme sur leurs enfans 
naturels ; que ces enfans prissent le nom du père 
adoptif y comme estant entrez et entez dans sa famille ; 
que comme les naturels ils eussent part à leur succes- 
sion , et que comme eux ils pussent estre des-heritez. 
Ces adoptions ont eu lieu long-temps sous les Ro- 
mains, mais depuis que les nations du Nort se sont 
répandues dans leur empire, on y en a vej parétre 
une autre espèce , laquelle n'estoit pas tant une adop- 
tion qu'une alliance entre les princes , qui se commu- 
niquoient par là réciproquement les titres de pères et 
de fils , et par ce moyen contractoient entre eux une 
liaison de bienveillance beaucoup plus étroite. Ces 

(i) Léo JYotf. a6. *- (a) Id. Nov. ay. — (3) §. Minorem instit. de 
adopt. L ^^,dclib,et poith. — (4) Calpum. Place. decL 3o. 

3. a4 



3^0 DISSERTATIONS 

adoptions n'estoient que par honneur, et ne donnoietit 
aucune part au fils adoptif en la succession de cehi 
qui adoptoit. C'est pourquoy Nicephore Bryenmus dit 
qu'elles ne se faisoient que iiéxpiloyov (i) , c'est à dire 
en apparence et non en effet, n'y ayant rien qui appro- 
chât de l'adoption des Romains, que les noms de père et 
de (ils, qu'ils sedonnoient. Ce que Justin fit assez con- 
noître , lorsque les ambassadeurs de Cabades roy de 
Perse lui offrirent la paix de la part.de leur maître, an 
cas qu'il voulust adopter Cosroes, fils de la sœur de ce 
prince (2) : Cet empereur leur ayant fait réponse, qu'il 
le vouloit bien , pourveu que ce fust à la mode des 
barbares, et des étrangers, c5>ç /Bafêapco 7rpo(7^x«, maii 
non pas de cette adoption pratiquée par les Romains , 
qui donne le droit aux enfans adoptifs dans la succes- 
sion de celui qui adopte. 

Hunimond roy des Sueviens fut adopte de cette 
espèce d'adoption par Theodemir, frère de Walemir 
roy des Goths, qui l'ayant fait prisonnier dans un com- 
bat, veniam condonauit^ reconciliatusque cunt Siuei^is, 
eumdem quem ceperat adoptans sibifiUum^ remisitcian 
suis in Sueviam (3). Ce sont les termes de Jomandes, 
Le même auteur écrit que l'empereur Zenon adopta 
de cette adoption Theodoric roy des Goths : non 
qu'elle eust esté alors en usage dans l'empire d'Orient, 
mais parce, que probablement Theodoric rechercha 
cet honneur de ce prince, avec lequel il contrac- 
toit alliance , suivant la coutume des peuples de 
sa nation, qui la pratiquoient en de semblables ren- 
contres- 

(i) JVicepk. Bryenn, /. 4, c. 38. — (a) Procop, L i. de bello Péri' 
cap, a. — {^)Jomand, de reb, Got, c. 53, 57. 



1 

SUA L HISTOIRE D E S. LOI7T8. Syi 

Ce fut donc ainsi que le roy des Hernies fut adopté 
parle méineTheodoric ( i ) ; Atlialaric roy des Goths , par 
le même Justinian ('a)j ou comme le docte Alaman (3) 
écrit « parle même Justin; Cosroes roy de Perse par 
l'empereur Maurice (4) ; Boson par Jean XXII pape (5) ; 
Louys (ils de Boson par Tempereur Charles le Gras (6); 
Isâc et Alexis Comnene, dont le dernier fut depuis 
empereur, par Fimperatrice Marie, femme de Nice- 
phore Botaniale (7) ; Godefroy de Boiiillon duc de 
la Basse-Lorraine, par le même Alexis (8); Andro- 
nique Ducas par Andronique Comnene le Tyran (9) ; 
lathatin sultan de Coni par Tempereur Isâc TAnge (10) ; 
et enfin le roy de Hongrie par l'empereur Rodol- 
phe (11). 

Gassiodore (12) est celui qui nous a représenté les 
cérémonies qui s'observoient en ces adoptions hono- 
raires, particulièrement parmi les peuples du Nord^ 
écrivant que c'estoit un honneur et une faveur con- 
sidérable chez les nations étrangères, d'estre adopté 
par les armes : Per arma possejieri JiUum grande in- 
ter génies constat esse prœconium. Ailleurs : desiderio 
quoque concordiœ factus est per arma filius , termes 
qui justifient ce que j'ay écrit, que ces adoptions se fai- 
soient pour lier davantage une alliance et une confédé- 
ration. En un autre endroit : Gensinvmdus ille toto orbe 

(i) Cassiod. l. 4 , ep. 2. — (a) Senator. l. S, ep, i. — (3^ AUman , 
ad Procop. anecd. p. i8, i- ^dU. — (4) E%^a^r. /. 6» c. i6. Theoph, 
uinast. Annal. Fuld. -^.887. - (5) Jo, Vlll. ep. 1 19. — (6) Herman. 
Contr A. 886. — (7) Niceph. Brycnn. L ^j c. 38. Anna Corn. l. a. 
Alex. p. 44 — \S) Albert, Aq. l. a> c. 16. Af". T^r, /. a, c. a. Ahb. 
Usptrg. — (9) Nicet. in Andr. L 1, c. 11. — (lo) Acrop, c. 9. — 
(11) H ut Austral. 1397* •» (la) Senator, l. t^^ep.^y l. 8/ ep. i, 9. 
Jomand, c, Sy, 

a4* 



3^^ DISSERTATIONS 

cantaBilissoliimarmisJilius foetus. Conformëmeiitàcef 
passages , Jornandes parlant de Theodoric adopté par 
Zenon : Et post aUquod tempus ad ampliandum homh 
rem ejus in arma sibi eum filium adopiauit. Le même 
Cassiodore explique encore diseilement cette manière 
d'adopter y dont il nous a représenté la formule^ nom 
apprenant qu'elle se faisoit y en revêtant celui qui e»* 
toit adopté y de toutes sorte d'armes, qui lui estoient 
données par celui qui adoptoit : Et ideo moregentium, 
et condilione virili , Jilium te prœsenti munere procreor 
mus j ut competenter per arma nascaris Jilius , gui bel- 
licosus esse dignosceris. Damus quidem tibi equos, en- 
ses, cljpeos, et reliqua instrumenta bellorum , sed qùœ 
sunt omnibus fortiora j largimur tibi nostra indicia. 

Ces façons de parler , et ces expressions inier sen- 
tes , more gentium, etc. montrent que cette sorte dV 
doption fut particulièrement pratiquée par les peuples 
barbares, ou étrangers, qui usoient en cette occasion 
de la tradition des armes. Ce que Procope assure 
encore en ces termes, ov ypcc(i[i(xaiy ol ^pSapot roUq 
TiaïSa^ TTOtouvrai, aKk ottAwv (7xei»>5 (i). Ce qui me fait 
croire quil faut rapporter à cet usage, ce que Gon- 
tran pratiqua lorsqu'il adopta Childebert son neveu (2), 
lui ayant mis sa lance eiitre les mains , pour marque 
qu'il le tenoit pour son fils. Les annales de France ti- 
rées du monastère de Fulde, disent qu'en l'an 878 
les ambassadeurs de Sigebert roy des Danois, et d'Halb- 
den son frère prièrent l'empereur Louys II : ut rex 
dominos suos reges in loco Jiliorum habere dignaretur, 
et illi eum quasi patrem venerari vellent cunctis die- 

(i) Procop. l. \ , de helh Fers, c. 11. — (2) Greg. Tur. L 5 Hist. 
c. 18. /. '). C.33. 



SUH L^HISTOIHE DE S. tOUTS. 3^]^ 

bus vitœ suce (i). A cet effet ils lui présentèrent une 
ëpée, dont le pommeau estoit d*or massif. Mais il 
semble que cette espée n'estoit que pour marquer la 
forme de leurs sermens : Jurabant enim juxta ritum 
gentis suce per arma suuj quod nullus deinceps de re- 
gno dominorum suorum regnum régis inquietarej aut 
alicui in illo lœsionem inferre deberet. C'estoit encore 
une coutume établie parmi les Lombards^ que le fils 
du roy ne pouvoit seoir à la table de son père , qu'il 
n'eust reçu auparavant ses premières armes des mains 
de quelque prince étranger (2). 

Les histoires Byzantines n'ont pas spécifié les céré- 
monies , dont les empereurs de Constantinople se ser- 
virent, lorsqu'ils pratiquèrent ces adoptions. Anne 
Comnene dit (3) qu'Isâc son oncle , et Alexis son père , 
furent adoptez par l'impératrice Marie, suivant l'u- 
sage reçu en ces occasions : xata tov iiapaxovhiOinoconot 
Tepi Twv ToiouTwv TToXac TUTTwv. Albert d'Aix (4) parlant de 
l'adoption de Godefroy de Boiiillon par l'empereur 
Alexis Comnene , se contente de dire , qu'il fut adopté 
en fils, sicut mos estterrœ. Et Guillaume archevesque 
de Tyr : Adhibita juxla morem curiœ solennitate qua- 
dam, quam in ejusmodi arrogationibus fieri solet, se^ 
cundiun regionis morem (5). De sorte qu'il est incertain 
quelle fut cette cérémonie, et si cette adoption se fai- 
soit par les armes, comme celle des Barbares, ce qui 
d'abord ne paroît pas éloigné de la probabilité ; car 
Ton ne doit pas trouver étrange qu*en cette occasion 
rimperatrice Marie ait adopté par les armes les deux 

(i) Annal. Franc. Fuld. an, 873. — (a) Paul. IVar. nefr. dû 
Gest. Langob. c. 33, 34* — (3) Anna Com. l. 2., Alex. — (4) Aib. Aq^ 
^ 2, c. 16. — (5) H^ilL Tyr. l. a, c. a. 



3^4 disseutA TioNS 

frères Comnenes, puisque nous lisons dans Orderic 
Vital ( i), que Cécile, fille de Philippes I roy de France, 
et pour lors veuve du fameux Tancréde prince d'An- 
tioclie, donna l'ordre de chevalerie à Gervais seigneur 
breton , fils d'Haimon vicomte de Dol , dont la céré- 
monie se faisoit avec les armes. Je trouve encore dans 
un compte de Thostel du Roy (2), du terme de ]*ascen« 
sion de Tan 126a que la reine de France fit le seigneur 
de S. Yon chevalier en une feste de Pasques. 

Mais d'ailleurs je remarque dans l'histoire des guerres 
saintes qu'il se pratiquoit anciennement une autre céré- 
monie pour les adoptions d'honneur, que celles par les 
armes , qui estoit, que celui qui adoptoit faisoit passer 
l'adopte sous sa chemise, ou son manteau , faisant 
connoître par là qu'il le tenoit comme son fils etcoia- 
me sorti de lui. Le prince d'Edesse adopta de cette 
manière R'îudouïn, frère de Godefroy de Boiiillon, 
qui fut depuis roy de Hierusalem : Baliiuùmm siU 
Jiliutn adoptiv^um fecit , sicutmos regionis illius etgentis 
habetur , nudo pectori suo illuni astringens , et sub 
proximo camis suœ indumento semel hune ùwestiens ^ 
fide utrimque data et accepta : ce sont les termes 
d'Albert d'Aix (3). Guibert abbé de Nogenl raconte la 
même chose en ceux-cy (4) : jidoptationis autem taUs pro 
gentis consuetudine dicitur fuisse modus, Intra lineam 
interulam , quant nos i^ocamus camisiam, nudum in- 
trare eum faciens sibi astrinjcit : et hœc omnia osculo 
Ubato Jirmaviu Idem et mulier posùnoduni Jecit , etc. 
Comme Foûcher de Chartres (5), qui accompagna 

(i) Orâeiic. l. \\. — (a') En la Ch. des Comptes de Paris ^ — (3) AU 
hert. Aq. L 3, c. ai. — (4) Guibert. l. 3. Gest, Dei^ c. i3. — {S) Fnl- 
cher. Carnot. /. i,c. 6. 



SUR L*HlSTOIRE DE S. LOUTS* 375 

Baudouin en cette expédition , Guillaume de Tyr(r), 
et Conrad abbé d'Usperg(2) écrivent en termes formels^ 
que celui qui l'adopta ^ estoit un prince grec , quiavoit 
esté envoyé en cette place par l'empereur de Cons- 
tantinople pour y commander, il semble plus pro- 
bable que cette façon d'adopter , estoit celle qui es- 
toit pratiquée par les Grecs. Ce que l'on peut encore 
recueillir de ce que Mauro Orbini en son histoire 
des Sclavons remarque que Marie Paleologue reine de 
Bulgarie adopta ainsi Svestislas, qui fut roy du même 
pays après Smiltze ; Alla fine Maria si risolse d'adot- 
tare per figUuolo esso Suestislau , et questo fece pu- 
blicamente nella chiesaj abbraciando con una parte 
del suo manto Svestislau , et con l'altra Michèle fi^ 
gliuolo di lei(i). C'est ce qui a donné sujet à Suri ta 
de dire que c'estoit la manière ordinaire des adoptions 
de ces temps-là : Adoptionis jus illorum temporum 
institulo more : rite sancitum iradunt, gui is inoleveraty 
ut qui adoptaret , per stolœ fluentis sinus eum qui 
adoptaretur traduceret (4). On pourroit encore rap- 
porter à cette cérémonie celle qui est racontée par 
le sire de Joinville (5), lorsqu'il parle de l'alliance 
que le prince de la Montagne contracta avec S. Louys 
par sa chemise et son anneau qu'il lui envoya. Les 
Grecs adoptoient aussi dans l'église y devant les prê- 
tres, qui recitoient des prières à cet effet, comme 
nous verrons dans la suite. 

Il ne faut pas douter , que la chevalerie n'ait tiré 
son origine de cette espèce d'adoption (6), qui se 

(i) ff . Tyr, l. 4,c. a. — (a) Conrad. Utptrg.'-'i^) Orbini nella Hist. 
degliSlavi, p. 464> — (4) Surila, L i ; Jnd. A. c. io34' '— (5) Collée, 
det Mém, t. 2, p. 3a6. — (6) Selden. Titles ofhonor , a. pari. c. i. 



i'^6 DISSERTATlOir» 

faisoit par les armes , et de la cérémonie qui s*y olihi 
servoit , oh Ton revétoit d'armes pour la guerre celui 
qui estoit adopté; ce qui se pratiquoit aussi lorsqa*oi 
faisoit quelqu'un chevalier : car comme dans ces-adop* 
tions d'honneur, on présentoit toutes sortes d'armei 
au fils adoptif y pour s'en servir dans les premières 
occasions des batailles ; ainsi celui qui faisoit un ciie^ 
valier, lui donnoit Tépée, le haubert , le heaume et 
généralement le revétoit de toutes les armes qui sont 
nécessaires à un bon soldat pour se trouver dans les 
combats. C'est-pourquoy il estoit alors appelle miles: 
parce qu'il commençoit à entrer dans la profession de 
la guerre^ et se faisoit armer de toutes pièces ^ pour y 
faire le métier d'un vaillant soldat. 

Le moine de Mairemontier (i) décrivant les céré- 
monies qui s'observèrent lorsque Geoffroy duc de 
Normandie fut fait chevalier, dit qu'on l'équippa de 
toute sorte d'armes. Voicy comme il en parle : Adducd 
suntequi, allata sunt arma, ... induitur loricd incom-^ 
parabili, qucè maculis duplicibus intexta , nullnts lafi" 
ceœ veljaculi cujuslibet ictibus transforabiUs haberetur^ 
Calciatus est caligis ferreis ex maculis itidem dupUci-^ 
bus compacds : calcaribus aureis pedes ejus astricti 
sunt : clypeus leunculos aureos imaginarios hahens 
collo ejus suspenditur : imposita est capiti ejus cassis 
multo lapide pretioso relucens , quœ talis temperaiurœ 
erat, ut nullius ensis acum,ine incidi, vel Jalsificari 
valeret, Allata est ei hasta fraxinea ferrum, Pictauense 
prœtendens; ad ultimum allatus est ei ensis de ihesauro 
regio, etc. Ce passage fait assez voir, qu'anciennement 
lorsqu'on faisoit des chevaliers, on les revétoit d^ 

{m) Jo, Monach. L i. Hist. Gauf, Duc. 



SUR L*HIST0IRE DE S. LOUTS. i'J'] 

toute sorte d'armes , ce que Ton appelloit adouber un 
cheualier. L'ordene de chevalerie de Hues de Taba* 
rie (i) ; 

Sire Chou est li remenhranche , 

De celui qui l*a adoubé 

A chet^alier, et ordenéj etc* 

Le roman de Garin le Loherans : 

Fêtes mes frères chevaliers le matin , 
Si nCaideront cette guerre à tenir. 
Et dit li pères, voUntiers^ biax omis, 
H Us adoube, et chevaliers enjist. 

Ailleurs : 

Mon droit seigneur, qui soefme nonif 
Qui m^adouba , et chevalier mejist. 

Les vieilles ordonnances qui sont dans les archives de 
la ville de.Padoue (2), veulent, que celuy qui sera 
podestat de Vicenza, facial se fieri militem adoba- 
tum. 

Mais les expressions les plus ordinaires en ces occa* 
sions estoient celles de donner des armes (3) , au lieu 
de dire, ^ire un chevalier. Robert Bourron conjoint 
le mot d'adouber, avec ceux-cy : « Or aten jusques à 
« le matin , que je l'adouberay, et te donray armes. » 
Dans les auteurs latins il n*y a rien de plus commun 
que ceux de armare, dare arma, arma accipere, dans 
le méhie sens. Un titre d'Alfonse roy de Castille (4), 
vulgairement appelle l'Empereur, de Tan ii94> porte 
cette date : Hœc carta fuit facta eo anno quo dictas 
imperator armavit jïlium suum Fernandum militèm in 
Palentia, in festo-natalis Domini. Guillaume de Mal- 

(i) Vord. de Cheval MS. — (a) Apud Felic. Osium. — (3) Ro- 
man de Merlin MS. — (4) Chifflet, in Find. Hisp. p. SgS. 



378 DISSERTATIOH8 

mesbury parlant de la chevalierie de Henry fils de 
Guillaume le Bâtard : Anno œiatis 19 in JPenêeeaste 

apud Westmonnsterium sumpsit arma à pâtre ( i ). Howe* 
den parlant du même Henry, se sert de ces termes: 
Filium suum Henricum armis militaribus honorauù{2). 
Et Henry d'Huntindon de ceux-cy : Henrictan JUùm 
suum juniorem virilibus induit armis (3). Le mérae au- 
teur en un autre endroit : Henrico nepoti suo David 
rex Scotorum virilia tradidit arma (4)« Une ancieniie 
chronique citée par Selden : Alexander rex Scotim 
Joannem, scotum, comitem de Huntedone , et plures 
alios nobiles viros armis militaribus induit in die Pen-^ 
tecostes. Le roman de Garin se sert aussi en quelles 
endroits de cette façon de parler : 

Et si uot mandes comme estes amis (5) > 
Que dogntés armes l^enfani Girberc s'enfuie. 
Si hautement que li Dus n'en menteist y 
Par grant chierté le vos envoie icy , 
Car bien trovast chevalier en feist. 

En un autre endroit : 

Et chevalier afet de Garnerin , 

Cest li plus j ânes de tos les fuis Hervi, 

Cheval li donne, armes, et ver et gris. 

C'estoit proprement la première occasion où le jeune 
gentilhomme prenoit des armes : car jusques là , s'il 
s'estoit trouvé dans les combats , ce n'avoit esté qu'à 
la suite d'un chevalier, et en qualité d'escuyer ou de 
valet. C'est ce qu'un vieux glossaire (6) appelle arma- 
tara prima, dautant qu'alors il s'armoit de pleines 
armes j qui est le terme, dont on qualifioit les armes 

(0 ff^ilL Malmesh. l. S. — (a) Rog. Hoved. — (3) Hen, Hunt, 
— (4) Id. p. 395. — (5) Ze Jioman de Garin MS, (6) Apud JU" 
gai. in Gloss. V, A*pfACtTOvpa. 



SUR l'histoire de s. LOTJTS. • 3^9 

du chevalier, et commençoit à devenir soldat, miles ^ 
qui estoit le titre qui lui e&toit donne. Je sçay bien 
qu'on peut prendre encore ce mot ^armatura, pour 
les exercices militaires, qu'Ammian Marcellin (i) ap- 
pelle proludia disciplinée castrensis. 

Nos histoires (a) nous fournissent encore une autre 
espèce d'adoption d'honneur, qui se faisoit en coupant 
les cheveux de celuy qui estoit adopté en fils, lors- 
qu'elles racontent que Charles Martel envoia Pépin 
son fils à Luithprand roy des Lombards, afin qu'il lui 
coupât ses premiers cheveux , et que par cette céré- 
monie il luy tinst à l'avenir lieu de père. C'est ce que 
nous apprenons de Paul Warnefrid en son histoire des 
Lombards : ( 3 ) Circa hœc tempora Karolus princeps 
Francorum Pipinum suum par\*ulum fiUunij ad Luith- 
prandum direxit, utefus juxta morem, capillum susci- 
ciperet : qui ejus cœsariem incidenSj ei pater effectus 
est, multisque eum ditatum regiis muneribus genitori 
remisit. La chronique de Novaleze dit cecy en d'autres 
termes : Ut ei juxta morem ex capillis totonderet, et 
fieret ei pater spiritalis , quod et fecit (JÇ). Warnefirid 
fait voir que Pépin estoit alors fort jeune , d'où il faut 
conjecturer que c'estoit pour la première fois qu'on 
luy coupoit les cheveux. C'est donc à cette cérémonie 
qu'on doit rapporter ce qu'Anastase bibliothécaire (5) 
raconte de l'empereur Constantin le Barbu, qui en- 
voia au pape Benoît II les floccons de cheveux de Jus- 

(i) Vidt VaUs. ad Amm. /, i4. — (2) Chr. Auhs Reg. c. i3. Reg. 
des FUfs de Champ, fol. 3 , etc. L'ancien Coust. MS. de JVorm. 2, 
part, ch, a5. — (3) Paul JVarhef. de Gest, Long. l. ^ ^ e. ^j l.B, c^ 
53. — (4) Chr, Nouai. Hariulf. /.a, c. 1. Adrevald. l. i, de Mi^ 
rae^ S. Ben. c. i^. Rad. de Diceto. Aimoini Cont,l.^, c, 57, — 
(5) Anast. Bihl. in Bened. U ,p. S;. Edit, Reg. Baronius. 



38o DISSEATATI0H8 

tinian et d'Heraclùts ses enfans , voulant doDBer I 
connoitre par là, ainsi que quelques savans (i) ont ob- 
servé, qu'il vouloit qu'ils reconnussent le pape et k 
souverain pontife de Rome, comme leur père spirituel: 
Hic unà cum clero et exercitu iuscepit mallones cofû- 
lorum domini Justiniani et Heraclei filiorum clemen- 
tissimi principisj simul etjussionem per çaam significai 
eosdem capillos cUrexisse, 

Cette cérémonie a esté fort en usage parmy ks 
payenSy comme on peut recueillir de divers auteurs et 
particulièrement de ces vers de Stace : 

Accipe laudatos juuenis Pcebcîe crines (a) , 
Quoi tibi Cœsareus donat puer , accipe lœtus , 
Intonsogue ostende Patri. 

Elle s'est tousjours pratiquée parles chrétiens , les- 
quels ne pouvans et n'osans pas abolir entièrement les 
superstitions des payens^s'accomoderent à. la foiblesse 
de leurs esprits , et aimèrent mieux les purifier par 
des oraisons et des prières, que de les irriter en vou- 
lant les oster absolument : Perûnaci paganisme muta-- 
tione subi^enientes j ciim rei in totum mutaùb potiiis 
irritdssety ainsi qu'écrit le vénérable Bede(3). Âmmian 
Marcellin (4) raconte qu'une sédition s'estant élevée 
dans Alexandrie , la populace payenne se jetta sur 
Dracontius j et sur Diodore Comte, qu'elle fit mourir : 
le premier, parce qu'ayant la garde du temple élevé 
à la déesse Moneta il l'avoit jette par terre , après qu'il 
se fut fait chrétien, ainsi qu'il faut présumer ; l'autre, 
parce qu'ayant esté employé pour édifier une egUse^ 

(i) Baron, A. Ç%^. — (a) Statius l. 3. Syh,in Coma Earini, Anthot^ 
Gr. /. 6 , c. aa. — (3) Beda, — (4) Ammian. L 33» 



SUR L^HISTOIKE DE S* LOUTS. 38l 

il ne laissoit pas de couper les cheveux des jeunes eii- 
fanSy estimant que cette cérémonie n'appartenoit pas 
à la religion des chrétiens, mais bien à la leur : Aller 
qubd dum œdificandœ prœesset ecclesiœ, cirros pue- 
rorum licenUhs detondebatj id quoque ad deorum cuir 
tum existimans pertinere. Ce passage , qui a donné de 
la peine aux savans interprètes de cet auteur, justifie 
que dans les commencemens de Téglise naissante , on 
continua de couper les cheveux aux jeunes enfans ; 
mais dans la suite, cette cérémonie fut purifiée, et 
se fit dans les églises. Le livre des sacremens de saint 
Grégoire (j) nous représente la prière que le prêtre 
faisoit dans l'église, lorsqu'on coupoit les cheveux pour 
la première fois aux jeunes enfans, dont le titre est 
oratio ad capillaturam : il y en a d'autres dans VeU" 
chologium des Grecs (2), qui appellent ces premiers 
cheveux coupez , les prémices. Elles font encore voir 
que dans ces occasions on se choisissoit des parrains : 
Tov TtpoaeïBovxa Soijkov gov x6v8t mapyjnv noiYJaaG^ixt Jteipa- 
(j^M xhv HQiÂYiv XYJç îceyaXwç «ÙTotî eùXoyy}(70v. a/jta Toiî aùiov 
ivaSoyipv. Mathieu Blastares {i) d^Gute que le prêtre 
mettoitces floccons de cheveux couper entre les mains 
du parrain , qui selon quelques-uns les envelopoit dans 
de la cire', oîi il imprimoit une image de nostre Sei- 
gneur, et les conservoit comme un gage d'une chose 
qui avoit esté consacrée à Dieu : Upzhq izapaSliodi tccç 
Tpi)aq eîç xàç x^Fpaç tou àvaS6)(pv, }tal abxoq npocTMJVinGaq 
TÔv lepéa, ànokùei. Simeon métropolitain de Thessalo- 
nique semble dire que le prêtre gardoit ces cheveux 

(i) Liber Sacn S. Greg, p. a5o. edit. Menardi. — (a) Euch. 
Grec, Goar. p, 375. — (3) Math, BUutan in Jure Gr, Ro. Jac, 
Goar, 



38o BISSERTÀTIOKS 

tinian et diHeracUus ses enfans , voulant donner i 
connoître par là, ainsi que quelques savans (i) ont ob- 
servé, qu'il vouloit qu'ils reconnussent le pape et le 
souverain pontife de Rome, comme leur pere spirituel: 
Hic unà cum clero et exercitu iuscepit mallones capS- 
lorum domini Justiniani et Heraclei filioram clemen- 
tissimi principisj simul etjussionem per quant signifient 
eosdem capillos direxisse. 

Cette cérémonie a esté fort en usage parmy les 
payens, comme on peut recueillir de divers auteurs et 
particulièrement de ces vers de Stace ; 

Accipe laudatos juuenis Pœbeïe crines (a) , 
Quos tihi Cœsareus donat puer , accipe lœtus , 
Intonsoque osttnde Patri. 

Elle s'est tousjours pratiquée par les chrétiens, les- 
quels ne pouvans et n'osans pas abolir entièrement les 
superstitions des payens , s'accomoderent à.lafoiblesse 
de leurs esprits , et aimèrent mieux les purifier par 
des oraisons et des prières, que de les irriter en vou- 
lant les oster absolument : Pertinaci paganismo muta- 
iione suhvenientes j cum rei in totum muUUio potiùs 
irritassety ainsi qu'écrit le vénérable Bede(3). Âmmiau 
Marcellin (4) raconte qu'une sédition s'estant élevée 
dans Alexandrie , la populace payenne se )etta sur 
Dracontius j et sur Diodore Comte, qu'elle fit mourir : 
le premier, parce qu'ayant la garde du temple élevé 
à la déesse Moneta il l'avoit jette par terre , après qu'il 
se fut fait chrétien, ainsi qu'il faut présumer ; l'autre, 
parce qu'ayant esté employé pour édifier une église, 

(i) Baron. A. 684- — (a) Statius l 3. Sylvain Coma Earini, AnAoL 
Gr. /. 6, c. 2!i. — - (3) JBcda, ~- (4) Ammian. L 33» 



SUR L^HISTOIRE DE S« LOUTS. 38l 

il ne laissoit pas de couper les cheveux des jeunes en- 
fans, estimant que cette cérémonie n'appartenoit pas 
à la religion des chrétiens , mais bien à la leur : Aller 
çubd dum œdificandœ prœesset ecclesiœ, cirros pue^ 
rorum licentiiis detondebat, id quoque ad deorum cuir 
tum existimans pertinere. Ce passage y qui a donné de 
la peine aux savans interprètes de cet auteur, justifie 
que dans les commencemens de Téglise naissante , on 
continua de couper les cheveux aux jeunes enfans ; 
mais dans la suite, cette cérémonie fut purifiée, et 
se fit dans les églises. Le livre des sacremens de saint 
Grégoire (j) nous représente la prière que le prêtre 
faisoit dans Téglise, lorsqu'on coupoit les cheveux pour 
la première fois aux jeunes enfans, dont le titre est 
oratio ad capillaturam : il y en a d'autres dans YeU" 
chologium des Grecs (2), qui appellent ces premiers 
cheveux coupez , les prémices. Elles font encore voir 
que dans ces occasions on se choisissoit des parrains : 
Tov TtpoaeïBovxa iîovXdv aou xovSe inapy/iv noiYJaoLGâûu Y.dpa." 
(j^M TTîV }t6[ÂYiv tHç xefaknç aÙTOu evXoyyiaov. âiJLCc tov auioi; 
àvaSo^ov. Mathieu Blastares (î) ajoute que le prêtre 
mettoit ces floccons de cheveux couper entre les mains 
du parrain , qui selon quelques-uns les envelopoit dans 
de la cire', où il imprimoit une image de nostre Sei- 
gneur, et les conservoit comme un gage d'une chose 
qui avoit esté consacrée à Dieu : 6 cepeùç napaStâoci tccç 
xplyCiç €iç xàç X^^P^^ "^^^ œfaSoYpv y }ud auro^ T:po(TM)yriQCf.q 
TOV upéoLy «TroXuet. Simeon métropolitain de Thessalo- 
nique semble dire que le prêtre gardoit ces cheveux 

(i) Liber Sacr, S. Greg. p. a5o. edit. Menardi. •" (a) Euch. 
Grec, Goar. p. 375. •» (3) Math» Blastar, in Jure Gr. Ko. Jac. 
Goar. 



384 DISSE RT AT lOirS 

Gomme les chrétiens purifièrent la cérémonie de la 
coupe des cheveux des enfans par des prières saintes^ 
ils firent de même pour celle des premiers poils delà 
barbe. Les oraisons que Téglise latine et la grecque 
ont introduites pour ce sujet ^ sont insérées pareille 
ment dans le livre des sacremens de Saint Grégoire (i), 
et dans Xeuchologium des Grecs (2). M. de Valois Fun 
des plus savans que nous ayonsaujourd'huy en France, 
a écrit que cette cérémonie estoit appellée barbalù' 
ria (3), terme qui est interprété dans les glossaires 
grecs par celuy de Trwyovoxoupta (4)> et qui est usurpé 
en ce sens dans le prétendu fragment de Pétrone donné 
depuis peu au public, que les doctes (5) rejettent aFec 
fondement. De sorte qu'il estime que c'est de c^iie 
cérémonie, de laquelle il faut entendre Grégoire de 
Tours (6), lorsqu'il dit que Tabbesse de Poitiers fut 
accusée d'avoir souffert qu'on fist cette cérémonie 
dans l'enclos de son monastère : Quod vittam de auro 
exomatam nepti suœ superflue dederit, barbaiorias 
intus eo quhd celebras^eriL Mais d'autres (7) veulent, 
que barbaiorias facere en cet endroit, est (sire des 
mascarades , qui est un terme encore à présent fort 
commun dans la plupart des provinces de France, 
où l'on appelle les masques , dont on se sert pour se 
déguiser, des barboires , comme en Picardie-, barba- 
doiiires dans le Gevaudan, et barbauts dans l'Auvergne : 
parce qu'ordinairement on accompagne ces. masques 
de barbes , faites d'étranges et dijQferentes figures : ce 

(1) S. Greg. lib. Sacr. ^ (a) Euch. Gr. — (3) ffad. raies. Ifot. 
ad Paneg. Berehg, — (4) Gloss. S. Bened, et Grœcolat, — (5) ff^a- 
gensel, et Valesius. — (6) Greg. Tur. l. lo , Hist, c. i6. — (7) M» d» 
la Lande in Gloss, ad Suppl, Conc. GalL 



\ 



SUA l'histoire de s. L0UT8. 385 

qui a fait dire à un père de TEglise parlant des dé- 
guisemens qui se faisoient aux Bachanales : In istis 
diebus miseri homines j et quod pefiu est etiatn aUqui 
bapùzali sumunt formas adultéras , sumunt species 
monstruosa> (i), etc. Il y de semblables paroles dans 
le décret de la Faculté de Paris de Tan i444> ^^ sujet 
de lai J'este des fols, qu'on abolit en ce temps-là , et 
qui n estoit autre que celle des Bachanales. Je sçay 
bien qu'on peut interpréter ces mots des déguisemens 
en cerfs y et autres animaux^ qui se .faisoient en ces 
rencontres-là. 

Dans ces adoptions par la coupe des cheveux ^ et de 
la barbe, il se contractoit une affinité spirituelle, qui 
faisoit donner le nom de père à celuy qui estoit pris 
pour parrain , et celuy de fils à l'enfant de qui on cou- 
poit les cheveux , et le poil de la barbe. Cette même 
affinité se contractoit avec beaucoup plus de fonde- 
ment entre les enfans qui estoient baptizez, et ceux 
qui en estoient les parrains : car en ces occasions^ 
comme les parrains prenoient le titre de pères spiri- 
tuels, ainsi les baptizez prenoient celuy d*enfans adop- 
tifs. Procope dit (2) que c'estoit la manière ordinaire 
d'adopter parmi les chrétiens, lorsqu'il raconte que 
Belissaire estant sur son départ pour l'Afrique, adopta 
ainsi avec Ântonine sa femme un certain Theodose ^ 
qu'il avoit élevé dans sa maison : ifkouae [liv 6 Behaadptoç 
TO Bdov }iO\jTpov , icoLi yitpaiv 0tveX^/xevo; èvâiv9s oixeiaiç, 
ehnoiTiTiv eTiotrlaaTO |uv r^ yvvaui naïSa , ^mp tîfnioieh^ai 

vofioç. C'est en ce sens qu'il faut entendre S. Nice- 

i 

1 (1) Faust. Epis, in Semi. in KaL Janu, »- (a) Procop. Hist. 
Arcana , p. S , i. edù, 

3. 35 



386 DISSEUTÀTlOïrS 

phore (i), quand il écrit que l'empereur Herachs 
feignit de vouloir faire baptiser son fils , et de le Ëiire 
adopter ou tenir sur les fonts par Crispus : Kjycmm. 
a HpaxXnoç tw fieiw XoyTpw Tov wov îtarayvc'Çciv, wà- 
xtia^at 9k avTÔv uro "Kpicuov. Le même auteur se sert 
encore ailleurs de cette façon de parler ; y.od xiç imm 
yaixExiç al toutwv alxQv tw Beitù XouTpw erexvoSo'avTo owjuyoi. 
Alaman (2) rapporte à cette espèce d*adoption Fordon- 
nance de l'empereur Léon (3) , qui condamna ceDes 
qui se faisoient sans les cérémonies de l'église, oyw 
têXêt^ç, holI upîùu cô^ivwv, sine ceremoniis ^ et sacrœTt- 
generationis ritu^ oîi quelques-uns (4) restituent i(tev 
au lieu d'cbJtvwv. Je n'estime pas toutefois que celte 
novelle se doive entendre des adoptions quijse£aâsoieiit 
par le baptême, mais généralement des véritables 
adoptions , ce qu'il désigne assez , lorsqu'il défend fes 
alliances de mariage entre les freves natuiels et les 
adoptife, lesquelles n'estoient pas défendue dans les 
afiinitez qui se contractoient par le baptême eotrç les 
enfans baptizez , et les enfans de leurs parraija5. C'est 
donc de ces adoptions par le iDaptéme^ dont Theo- 
phanes (5) a parlé, quand il raconte que Tiath roy 
des Lazes estant venu à Constantinople visiter Justi- 
nian, et .ayant receula couronne de luy par honneur^ 
voulut aussi se faire chrétien j et qu'alors l'eiapcareur 
l'ayant tenu sur les fonts le qualifia son fils. Sï fiaaûri 
auTov S£^oifievo(; ,4(f(iy:iaev avTov^xoLLvioy àuYiyopevatv, S. Rem- 
bert (6) en la vie de S. Anschaire archevesque4e Ham- 

(0 JYiceph. CP. in HeracL p. 12 , i. edit. — (a) ^lam, ad Prodf 
— (3) Léo Noy. 24. — (4) Gothafr, - (5) Theoj^, p. xAL ^,^,t 
Hi$t. Eccl. — (6) S. Aembert. in uita S. Ansch. c. 3, n. jo 



SUR LHISTOIHE DE S. LOKTS. 38^ 

bourg , dit que l'empereur Louys le Débonnaire ayant 
persuade! Herold roy des Danois de se faire baptizer, 
Ipse de sacrb fonte suscepil, sihiqueinjilium adoptavit. 
Ainsi Anlaf roy de Norlhumberland estant venu pa- 
reillement visiter Eadniond roy des Anglojg, ce roy 
le fil liaptizer par l'evesque de Wincester : Corijirman 
ab ppiscopo Jecit, sibi in filium adoptant, regiotpie 
miinere donavit. Ce sont les termes de Florent de 
Wigorne (i), qui se sert en cél endroit de celuy de 
conjirmari , au lieu de baptizari ; \>eM\.-iis\xe par ce 
qu'anciennement le sacrement de confirmation suivoit 
immédiatement ce!uy du haptéme {i). Aus^^i un autre 
auteur (i) qui raconte la même chose, se sert du der* | 
nier : Eode-m anno rex Aulafujn regem ... de lavacrv i 
sanctœ regenerationis suscepit, regioejiie muriere dont 
vit. Comme ceux qui sont baptisez reçoiveni le nom 
de iils, ou plûlût de filleul {Jïlialus (4)t dans les ca- 
pilulaires d'Herard arcljevet<que de Tours), ainsi lei 
parrains tiennent lieu de pères en cette cérémonie; 
Ce qui a fait dire à l'évesque de Poitiers : 

Gtrminttjui non est, lU tibi fonte parent (S). 

La circonstance que Procope remarque, dans le past J 
sage que je viens de ciler, est considérable, qui es( J 
que Beiissaire voulant' adopter Tbcodose, le prit I 
entre ses mains pour le piésempter au bapténte, | 
^cpiiv âvii.ôfuvoi ivSùiE ùxiwLti, ou plfttôt le prit pax-À 
la main pour le présenter au prêtre : car Theodos^ | 
estoit alors avaucé en âge, puisque le même Pro- 

(i) Ftor. ffig.p.6,o. — (a) Euelt. Gr. p. 356.— (3)&M«mi 
Duntlni. et Bromp. A. ^. — (4) HerariU Cgpit. e. •}. — (5) For- 
lunat. L 5, poè'n. 4- 



388 DISSEllTÀTTONS 

cope (i) écrit qu'incontinent après avoir esté baptisé^ 
il suivit Belissaire, en qualité d'homme de guerre, en 
son expédition d'Afrique. Theoplianes se sert du mot 
de Se^dfisvoçy et encore à présent nous usons de cem 
de tenir sur les fonts de baptesme. C'est pourquoyk 
parrains sont appeliez gc5ta/ife5 dans S. Augustin (ij; 
\iT:o86y(pi^ susceptores , dans S. Denys l'Areopagite (3); 
sponsores dans TertuUien {l^) \ fidejussores dans le 
même S. Augustin (5) : parce qu'ils portoient les cn- 
fans entre leurs bras ; ou si c'estoient des grandes 
personnes ils les prenoient par la main , et les pre- 
sentoient aux prêtres, pour estre baptisez , se faisoient 
pièges de leur foy et de leur créance , respondoient^ 
en cette qualité, pour eux aux interrogations des prê- 
tres; et enfin ils s'obligeoient de les instruire, et 
d'en avoir le même soin, comme de leurs propres en- 
fans : dés lors il se formoit une étroite affinité entre 
les parrains et les filleuls , qui estoit telle , qu'il ne 
se pouvoit contracter aucune alliance de mariage 
entre eux. Le pape Nicolas répondant aux demandes 
des Bulgares : Est inter patres etfiUos spirituales gra- 
tuita et sancta communio , quœ non est dicenda cou- 
sanguinitas , sed potîus habenda spiritualis proxirm- 1 
tas j unde inter eos non arbitramur fieri passe quoi- \ 
libet conjugale connubium, quandoquidem nec inter 
eos qui naturd, et eos qui in adoptione filii sunt vent 
nmdœ Romance leges matrimonium contrahi permk 
tant (6). 

(i) Procop. l. i, de hello Vand. c. 13. — (a) S. Aug, l. 4. cotfXn 
JuUan, et ep. a3 , io5 , 107 , c. 8. — (3) «^* Dion. Areop, de Sacr. Siff- 
€. a. — (4) Teriull, de Bapt. c. 18 ^ de Corona MUU. c, 3. — (5) i 
Aug. domin, i. post Pasch. -^ (6) Ificol PP. consult. Bulgar. 






SUR L HISTOIRE DE S. LOCT3. J 

A l'exemple de ces aDciens empereurs et des princes 
étrangers , qui ont adopté par honneur ceux avec les- 
quels ils ont voulu contracter une alliance étroite , le» j 
rois et les princes des derniers siècles ont inventé une I 
autre manière d'adoption , par la communication qa'îla j 
ont faite de leurs noms, et de leurs armes , ou armoi- 
ries f a quelques-uns de leurs plus affidez qu'ils ont ad- 
mis par ce moyen dans leur famille : ce qui ne s'est fait 
pareillement que par honneur, sans que pour cela les 
adoptez passent prétendre aux successions, et aux 
autres droits et privilèges des maisons. Ainsi nous li- 
sons que Sigismond roy de Pologne adopta Emilio 
Malvezzo, gentilliomme bolonois, et le fit de sa fa- 
mille : Fu adoltato el falto da lui delta famigUa sua i 
reale (i), comme Sansovino écrit. Le même raconte 
que Hcrcoîe BcnU'voglio fut adopté de la même ma- 
nière en la famille de la Roiiere, Tiberto Brandolino^ 
et Nicolas comte de Corregio en celle des Visconti ; et 
ajoute que Louys Sforce duc de Milan traita le dernier 
du nom de (î!.s. Mathias roy de Hongrie, au récit de 
cet auteur, adopta de cette adoption Borso, comte de 
Corregio : Fu da quel re molto honorato , in tanto che J 
lojece délia sua famiglia, et U dono l'arme, laquel 
Borso iruftiarto con l'arme corregia. Ferdinand roy 
do IVaples adopta Philippes de Croy , comte de Chi- 
™*y (■*)( ^l l"i permit de porter le surnom et les 
, armes d'Arragon. La lettre qu'il lui écrivit à ce sujet 
dattée de Castelnovo de Naples , du i3° jour d'a- 
vril 147^» porte ces termes : Ilhutrissimo viro Pht- 



l'ii. 18a. 18; 
Cor. p. Si. 



mUie lUuitr. d'ital. /. ■ , 35 , «1 
— {^■t^Ssohiereii la Gtn. delà n, 



SgO DISSERTATIONS 

lippo de Croy de Aragonia , comiti Simticensi, amh 
nostro charissimo , rex Siciliœ. Illustrissime i^ir anàe 
nobis chnrissiine , si gratum , ut litteris ^estris signifr 
casds , quhd in nostram domum \Hys susceperimus j ei 
nostrœ domus cognomine , armisque donauerimus, 
maxime lœtamur, etc. Deux ans après, le mêmt Roj 
accorda ce privilège à Jean Benlivoglio, second fils 
d'Annihal Bentivoglio , par Philippes Salarvol,8on 
ambassadeur : Per lo i/uale il detto Re lo hat^eva fol- 
io di casa Arragona co suoi figlinoli et riescendend in 
perpétua , donando li larme et le devise regali, con pro- 
visione de quatro mila ducati d*oro Tanno ( i ). Le duc 
de Milan, ainsi que Jacques Valere écrit , donna ses 
armes à Nicolas Piechesino , lequel il lustra , et le fit 
de son HgnageÇi). On peut ranger en cet endroit les 
adoptions honoraires que la republique de Venise fit 
de Catherine Cornare, reine de Cypre, qui donna ce 
royaume aux Vénitiens , et de Blanche Capello , fille 
de Barthélémy Capello, sénateur et chevalier Véni- 
tien , seconde femme de François de Medici grand 
duc de Toscane : ayant toutes deux pris le titre de 
filles de la republique (3). Les Vénitiens permirent 
aux Cornares de porter les armes de Cypre, parties 
de celles de leur famille , en considération d'un pré- 1 
sent de cette conséquence , que cette Reine , qui en | 
estoit issue, leur fit. 

On pratique encore à présent dans l'Italie, particu- 
lièrement dans Fétat de Gennes , une forme d'adop- 
tion, que l'on appelle Albergue. Elle se fait parle 

(i) Sansovino. — (2) Jacq* Valere en son Traité 3fS, de la no- 
blesse. — ^3) Bernb. l. 1. Chr. Venet. Sansovino. Est. Luzignan en 
ses Geneal. ch. ^S. 



SUR l'histoire de 8. LOUTS. Sgi 

consentement de toute une famille^ qui députe des 
procureurs pour traiter avec ceux ausquels elle désire 
communiquer son nom , ses armes y et ses préro- 
gatives. Charles Venasque produit deux exemples 
de cette manière d'adopter (i). En la famille des 
Grimaldi^ qui ont communiqué leur nom et leurs 
armes à quelques gentilshommes du surnom d'Oliva, 
et de Ceba, par deux actes passez à Gennes Tan i448, 
par lesquels ces gentilhommes sont admis en la famille 
des Grimaldi, avec faculté de se trouver à l'avenir en 
toutes les assemblées de la famille, à condition de 
fournir aux dépenses qu'il conviendra faire, pour Id 
conservation et le maintien de sa dignité. Réciproque- 
ment, les procureurs, au nom de la famille de Gri- 
maldi, déclarent qu'ils reçoivent les adoptez, avec 
leurs enfans et leur postérité, en la famille de Gri- 
maldi, cum omnibus signis ^insignibus , décore , clari- 
tudine , honore, éUgnitate , cognomento , ac jurihus 
quomodoUhei compeientihus , et competituris eœteris 
antiguis et i^erd origine Grimaldis. Salnste Tibère de 
torneto, en son formulaire (2), a aussi donné la for- 
mule de ces adoptions, ou albergues, que Selden a 
insérée en ses titres d'honneur (3), 

(1) Geneal. de la maison de Grimaldi, — {lyimpr, d Rome, i6ai. 
— (3) Titles of honor a. part. c. 8 , J. 3. 



3g^ DISSERTATIONS 



SUITE DE LA DISSERTATION PRÉCÉDENTE, 

TOUCHANT LES ADOPTIONS D^HONNEUR EUT FILS , 

OÙ deux Monnoyes de Theodebert I, et de Childebert II , rois d^iistmîe 

sont expliquées. 



CiOMME dans les véritables adoptions il se contrao 
toit une affinité ^ non seulement entre le père adop- 
tif y et les enfans qui estoient adoptez y mais encore 
entre les parens des uns et des autres : ainsi dans les 
adoptions d'honneur, quoi qu'elles ne donnassent au- 
cun droit aux successions, Talliance passoit aux en- 
fans , et aux parens de ceux qui estoient adoptez en 
fils, ou en frères. Athalaric, roy des Goths d'Ita- 
lie, dans Cassiodore (i), écrivant à Justinian, ou 
plutôt à Justin , comme veut Alaman (2), dit qu'il a 
droit de se dire son parent et son petit fils, puisque 
Theodoric son ayeul avoit eu l'honneur d'être adopté 
par luy : Atque a^eo pacem non longinquus , sed 
proximus peto, quia tune mihi dedislis gratiam nepotis, 
quando meo parenti adoptionis gaudîa prœstitistis. 
Ainsi, dans Anne Comnene (3), le faux Diogene qua- 
lifie Nicephore Bryennius, son oncle, parce que ce 
seigneur avoit contracté une adoption en frère avec 
l'empereur romain Diogene , dont il prétendoit être 
le fils. 

(i) Senator, L 8. ep. i. — (a) AUman. ad Procop. Hist. arcan. — 
(3) Anna Corn. l. lo. Alex. 



SUR L*III8TOiaE DE 8. LOUTS* ^Q^ 

La qualité de père que Theodebert I et Childe- 
bert II du nom, rois d'Austrasie, donnent dans leurs 
lettres, Tun à l'empereur Justinian, rai||r^ à l'empe- 
reur Maurice , pourroit faire présumer qu'il se fit de 
semblables adoptions d'honneur entre ces princes, en 
suite des traitez d'alliance, que l'un et l'autre de ces 
rois firent avec ces empereurs ; car comme ceux qui 
estoient adoptez s'estimoient honorez lorsqu'ils pou- 
voient se dire les enfans de ceux qui les adoptoient,. 
il est probable qu'ails leur donnoient en même temps 
le titre de père. Conrad Abbé d'Usperg (i) parlant de 
l'empereur Alexis Comnene, qui adopta de cette ma- 
nière quelques-uns de nos princes François, qui al- 
loient à la con^iuéte de la terre saitite : Singularum 
tunnarum principes Alexius , more suo , sub appellor 
tione FiLlohtM suscepit, eisdemque post manus ac- 
ceptas, sacrumentaque Jirmata,... munera dispertiv^iL 
Comme donc Alexis reconnoissoit ces princes sous le 
nom de ses enfans, il ne faut pas douter qu'ils ne luy 
ayent donné celui de père. 

Pour commtîncer par Theodebert : Freher (2) et 
aprcs lui M. Du Chesne Ci) ont donné au public trois 
lettres que ce Roy écrivit à Justinian. L'inscription de 
la première ne lui donne autre titre que celui-cy : 
Domino illustri , incUlo triumphatori , ac semper au- 
gusto, Justiniano imperatori. Mais dans celles des deux 
suivantes, Justinian y est qualifié père, en ces termes : 
Domino illustri et prœcellentissimo Domino et PATRI 
Justiniano imperatori* On recueille de la première 
lettre, que cet empereur rechercha le premier l'a- 

(0 Conrad. Uxperg. ^. iioi. — (a) Freheri ep. Franc. — (3) Du 
Chesn. to. i , Hist. Fr. p. 86a. 



3c)4 DISSERTATIONS 

mitié et Talliance de Theodebert j pour avec son se- 
cours combatre les Goths en Italie , et afin de ïj 
porter plue |^issamment il lui envoya des ambassa- 
deurs et de riches présens. De sorte que comme il n'j 
avoit pas encore pour lors aucun traité entre ces 
princes, Theodebert répondant à la lettre de Justifliaii 
ne lui donne que le titre qui estoit donné ordinùie- 
nient aux empereurs : mais depuis qu'il y eut des trai- 
tez entre eux, Theodebert, donna le titre de père à 
Justinian dans les inscriptions des lettres qu'il lui 
écrivit : ce qui pourroit faire présumer^ comme fay 
avancé, qu'il y eut alors des adoptions d'honneur con- 
tractées entre eux, en vertu desquelles Theodetert 
qualifia Justinian du nom de père. 

L'une (i) des trois lettres que ce prince écriVil a 
cet empereur marque évidemment qu'il y eut des 
traitez entre eux , probablement après la mort de 
Theodat, dont Theodebert semble entreprendre la dé- 
fense dans la première de ces lettres, si ce n'est qu'il 
entende parler de Theodoric, ce que je tieodrois pins 
probable, à qui les loiianges , qu'il donne à ce prince 
qu'il défend, conviennent beaucoup mieux qu'à Theo- 
dat. Procope (2) dit en termes exprès^ que Theodebert 
s'obligea de servir l'Empereur dans ses guerres d'Italie , 
écrivant que Vitiges roi des Goths ayant voulu engager 
à son secours Childebert, Theodebert et Chlotaire, 
qui commandoient en ce temps-là dans la France, 
ces princes lui firent réponse, qu'ils ne le pouvoient 
pas foire ouvertement, mais qu'ils lui envoyeroient 
secrètement des troupes tirées des provinces qui leur 
appartenoient , parce qu'ils s'estoient obligez peu au- 

(r) Epist. 19. — (a) Procop. /. i , cie bello Goth. c. 14. 






SUR l'histoire de s* louts. 395 

paravant envers FEmpereur de le servir en cette 
guerre , èirzi iKlytù itpértpov Bûttf Aet U tdt^ff thv TtoXe/zov 
|uÀ}.>5'|e(j3a« i^ixokoyrifiAv : OÙ il est à remarquer que Jus- 
tinian traita avec Childebert roy de Paris, parce qu'il 
avoit une partie de ses états dans la Provence, et par- 
ticulièrement la ville d'Arles, comme on peut recueillir 
de l'auteur (i) qui a écrit la vie de S. Caesarius, et 
des epîtres du pape Vigilius (o^). Le même Procope (3) 
rapportant ailleurs l'irruption que Theodebert fit dans 
les terres qui appartenoient à Justinian dans l'Italie, 
dit que Belissaire , qui commandoit alors les troupes 
de l'Empereur écrivit à Theodebert et se plaignit de ce 
qu'en cette occasion il avoit si fort méprisé les traitez 
qu'il avoit jurez si solennellement avec son maître, qu'il 
ne faisoit aucune difficulté de les violer, et d'y contre- 
venir ; ce qui estoit indigne fl'uii prince puissant , 
comme il estoit. De sorte qu'il n'y a pas lieu de douter 
qu'il n y ait eu des traitez d'alliance entre Justinian et 
Tlieodebert, ce qui est d'ailleurs confirmé par Gré- 
goire de Tours (4), lorsqu'il parle de Mummolus, qui 
fut envoyé par Theodebert à Constantinople en qua- 
lité d'ambassadeur. Comme donc depuis ces alliances 
Theodebert commença à traiter l'Empereur du titre 
de père, ce qu'il ne faisoit pas auparavant, on pourroit 
présumer que Justinian l'adopta d'une adoption d'hon -• 
neur, en vertu de laquelle il ait pu prendre celui de 
son fils : ce qui est d'autant plus probable , que ces 
adoptions se faisoient alors assez souvent par les em- 
pereurs, lorsqu'ils s'allioient avec les princes étrangers, 

(i) Messian. Presb. L i, vitœS. Cœs. — (a) P^igiUiPP.epist. apud 
Baron. A. 538, aSy 545, 4; 546, 6i. — (3) Procop. /.a, c. a5. — 
^\) Greg, Tur. /. i , Je Olar. Mart. c, 3t. 



3g6 DISSERTATIONS 

qui les inventèrent et en apportèrent Tusage et la coâ- 
tume dans TKurope y oîi elles estoient inconnues au- 
paravant. On peut dire la même chose de Cliildebert I 
dont je viens de parler^ qui traitoit pareillement Jus- 
tinian du titre de père, comme nous apprenons de 
quelques lettres que le pape Pelage écrivit àCiiil- 
deberty oh parlant de Justinian, il use de ces termes, 
PyiTER vester prœcellenlissimus imperator (i). Ausâ 
je remarque qu'ensuite de ces alliances Childebert et 
ses sujets avoient des déférences toutes particulières 
pour l'Empereur , comme s'ils eussent esté ses vas- 
saux (2). 

On peut opposer à cet égard que cette quafa'téde 
père, que Theodebert et les deux Childeberts donnent 
dans leurs lettres aux empereurs Justinian et Maurice^ 
n'est qu'un stile de cfaancelerie , et que les princes 
étrangers traitoient ainsi ordinairement les empereurs. 
C'est ce qu'il y a lieu de révoquer en doute, veu 
que l'inscription de la première lettre de Theodebert 
semble marquer le contraire puisqu'elle ne porte pas ce 
titre, mais seulement celles des deux suivantes^ qui 
furent écrites après les traitez d'alliance. D'ailleurs 
Marculfe (3), qui n'estoit pas éloigné de ces sîecles-là, 
et qui a dressé les formules, c'est à dire le stile de la 
chancelerie de France, nous apprend que nos rois 
écrivans à d'autres rois, les traitoient de frères, en ces 
termes : domino glorioso atque prœcellentissimo /ratri, 
illi régi, in Dei nomine ille reXy où le terme de prœ- 
cellentissimus est à remarquer, qui se trouve dans les 
inscriptions des lettres que Theodebert et Childebert I 

(i) Pelag» PP. epist. apud Baron. A* 556. 27 , 39. — (a) Baron» 
A. 545 , 7. — (3) Marculf. l. i , form. 9. 



SUR LHISTOIllE DE S. LOUTS. 897 

écrivirent à Justinian , et qui est un titre qu'on don- 

noit même à nos rois , comme on recueille des epîtres 

de S. Grégoire le Grand (i). Cet usage est conforme à 

ce que Grégoire de Tours (2) écrivit, qu'Alaric roy 

des Goths traitoit du nom de frère le roy Clovis I. En 

second lieu nous ne voyons pas que les princes de ce 

temps-là écrivans aux empereurs, les ayent jamais 

traité de pères, mais bien de frères. Constantin le 
Grand écrivant à Sapor roy de Perse lui donne ce 

titre (3). L'empereur Justin donne à Cabades, aussi roy 
de Perse, le nom de frère, dans Theophanes (4) ' et 
Cosroesdans un autre auteur (5) à l'empereur Justinian. 
Un autre Cosroes en use de même à l'égard de l'em- 
pereur Heraclius. Charlemagne dans les lettres qu'il 
écrivit à l'empereur Nicephore, le qualifie aussi son 
frère (6). Ce qui a fait dire à Eguinart, que ce prince 
ayant pris la qualité d'empereur, irii^idiam suscepti 
nominis, Constantinopolitanis imperaioribus super hoc 
indUgnanUbus j magnd tulit potentid, [ficitque eorum 
contumaciam magnanimitate , quâ ei procul dubio 
longe prœstandoreratj mittendo ad eos crebras lega- 
ùones, et in epistolis eos fratres appeïlando (7). Dans 
Anne Comnene (8) l'enapereur Alexis traite l'empereur 
Henry de frère. Isâc l'Ange écrivant à Louys VII roy 
de France, au récit d'un auteur de leur temps, pro^ 
Uxam adulationenidepinxit j regem nostrum nominando 
^anctumj amicum et ftatrem (9). Je ne veux pas icy 
enfler mon dicours des autres exemples qu'on pourroit 

(1) Greg. M, l. 4, cp. 1 , 5a 5 /. 11 , ep, 10. — (a) Greg. Tur, /. a , 
HUt. c, 35. — (3) Euseh. H, de vita ConsU — (4) Theoph, p, i43. 

— (5) AfenanderProt. in Légat. — (6) Chron, Alex, p. 918. Alcuin, 
ep. III. (7) Eghin. Baron. ^.871 ) 54* — (8) Anna. Com, 1,2, p. g3. 

— (9) Odo. de Diogilojp, i5* 



398 DISSERTATIONS 

rapporter des autres rois et des priaces qui se sont 
traitez de frères, parce qu'outre qu'ils oat esté observez 
par quelques auteurs de ce temps (i), j« n'ay entre- 
pris que de marquer ceux qui sont au sujet des empe- 
reurs. De sorte qu'on peut dire qu'on ne lit pas que 
les rois lesayent qualifié du titre de père, hors cette 
occasion de l'adoption d'honneur. Il est vrai que Cos- 
roes roy de Perse écrivant à l'empereur Maurice, \\û 
demande la permission de se dire son fils, et son sup- 
pliant, Xoejpoyj; 6 aoç vtoç xai cxfr»;; (a) ; mais ce fut la 
seconde qualité qui lui fit rechercher la première, es- 
tant tombé dans la disgrâce de la fortune, qui lui fit 
réclamer le secours de l'Empereur contre Varam , 
qui l'avoit dépossédé de ses états (3). Mais Idhsque 
les empereurs accordoient les adoptions d'honnewr 
aux princes étrangers , comme la plupart de ces 
princes n'avoient pas de peine de leur céder en di- 
gnité , ils ne faisoient pas aussi de difficulté d'embras- 
ser la qualité de fils , et de leur accorder celle de 
pères. 

Je ne sçay pas si je dois rapporter à ces traitez d'à/- 
liance , que Theodebert fit avec Justinian, deux mon- 
noyés d'or de ce prince françois , qui nous ont esté re- 
présentées par M Bouteroue (4) conseiller en la cour 
des monnoyes dans les curieuses et sçavantes recher- 
ches qu'il a faîtes sur celles de nos rois de la première 
race. D'un côté il paroît un prince armé et couvert à 
la romaine , le javelot sur l'épaule droite , le bouclier 

(i) Oiho Fris.l. I , degest.Frid^ c. 23, ?4, to. 4. Hist. Fr, ;?.% 
— (a) Meurs, in 'A^e^<wov Hadr. VaUsiu9 ad ^tfimian, l, 17. — 
(3) Simoxuata, H,c. ii. -^(4) iW. BouterouH en wâs Monnoya de 
France, p. a3o. 



SUR L IttSTOtltE DE S. LOtiTS. 099 , 

dans le bras gauche, sur lequel est empreint un cavalier 
avec le javelot en la maîa. La teste du prince est cou- 
verte d'une couronne, ou d'un diadème eu forme de 
casque } et pour inscription on y lit ces mots, dw. theo 
DEBERTVs.vicTou;- eu l'autfe Fevers cst unc victoire avGC 
des aisles , tenant de la main droite une longue croix , 
avec ces caractères à IVntour , victoua avccci ; au 
dessous de la figure est le cohob, qui se rencontre en la 
plupart des médailles du fias Empire. L'une de cesmon- 
nojes a encore aux cotez et aux pieds de ]a victoire ces 
deux lettres b.e. 

Cette espèce de monnoye peut recevoir deux expli- 
cations ; car en premier lieu , comme elle leprésente 
en ses deux faces , ou revers , les mêmes figura qui se 
rencontrent dans les médailles dé Justinian, on pour- 
roil avancer avec l>eaucoup de fondement , que Tlieo- 
debert ayant conclu les traitez d'alliance avec c«ît Em- 
pereur , dont j'ay parlé cy-dessus , et ayant esté adop- 
té par luy à lamodedesGentils (si toutefois on doit pré- 
sumer cette adoption des termes de ses lettres) pour 
donner des marques de l'estime qu'il faisait de son 
amitié' , fit empreindre , et la figure et les devises de 
Justinian , telles qu'il les fatsoit marquer dans ses mon- 
noyes, qui sont entièrement semblables à celles quise 
rencontrent dans les monnoyes de Tlieodebert, comme 
on peut aisément recueillir en les conférant avec celles 
de Justinian, dont Aiaman ( i ) nous a donné l'empreinte. 
Baronnius , Lipse , et Gretzer (a) nous en ont repré- 
senté d'autres de cet Empereur avec les mêmes ligures , 



(i) Aiam. ad Proco)>. Hiil. ait. p. 1 
Cruce , p. 1855. Lips. l. i , de Crua 



4oO DISSERTATION» 

sauf qu'au lieu de javelot il porte an monde croise. 
Ghifilet (i) en son Childeric nous a pareillement donné 
les empreintes de plusieurs monnoyes du Bas Empire, et 
entre autres de Theodose le jeune, de ValentinianllI; 
de Marcian, de Léon, de Zenon, de Nepos, et de 
Basilisque, qui y sont tous figurez avec le même 
diadème , le javelot et le bouclier orné de la figure 
du cavalier; ce qui peut donner sujet d'inférer que 
la figure qui se rencontre dans la monnoye de 
Theodebert , est celle d'un empereur. 

Quant à Tautre revers, il se trouve pareillement 
semblable dans les monnoyes de Justinian : ensorte 
qu il semble confirmer que la figure qui est representëé 
en l'autre est celle de cet Empereur, puisque i'io^ 
cription y marque les victoires d'un empereur , ceqae 
l'on ne pourroit pas attribuer à Theodebert , qui ne 
s'arrogea jamais ce titre , mais se contenta de celuy de 
roy, qui luy est attribué dans ses autres monnoyes. 
Le coNOB, estoit particulier pour les monnoyes de 
Fempire (2) , ou des empereurs , ne se trouvant que 
très-rarement en d'autres. Et parce que VexpUcation 
de ces lettres, ou plutôt les conjectures qu'on peut 
apporter sur ces caractères , ont esté données par les 
sçavans (3), aussi bien que sur les trois ccc ou ggg qui 
suivent av, et la lettre i, qui se rencontre après ces 
lettres , je n'en diray rien en cet endroit. Je remarque 
seulement que les rois Goths d'Italie , qui ont tousjours 
contrecarré les empereurs, et qui au rapport de 
Procope se sont arrogez les mêmes omemens qu eux, 

(1) Chifflet. in jinast. Child. e. 17. — (a) Anto, Aug. Dial. *] , dt 
numism. — ^ (3) Gretzer. to, i , de S. Cruce , /. 2, c. 56. Oeco. p, 566. 
S, Amant , to,3, p. 5o3. Chifflet, in» Anast. p. aGS , a64« 



Stin LBISTOinE DE s. LOUT5, LfOI 

n'ont jamais entrepris de faire graver dans leurs nion- 
noyes ni le conoe., ni le tictoria avc&g. Tlieodat qui 
fut souvent en guerre avec Justinian, et qui eut peine 
à s'abaisser aux hommages et aux reconnoissances de 
ses prédécesseurs, paroît dans ses monnoyes avec les 
oriiemens impériaux et avec un bonnet ou diadème 
fermé, diflerenl de celuy des empereurs , avec ces 
caractères : dw. theodahatvs. res(i); mais quoy qu'en 
l'autre revers il y ait une victoire postée sur la pointe 
d'un vaisseau, ou sur un litiius, il se contenta d'y laire 
graver ces mots, Victoria, princip, ou comme ils se 
trouvent écrits dans une autre monnoye de cuivre de 
ce Roy (a), VICTORIA PRiMciPVM (3); termes qui semblent 
marquer ses victoires en particulier, quoy qut; Baro- 
nius estime qu'il voulut par là flatter Justinian ai; 
sujcl de celles qu'il remporta sur le roy des Vandales. 
Enlin on ne remarque en aucune autre monnoye de 
nos rois la forme de la couronne (jui est figurée en celle 
de Tlieodebert : au contraire ils y paroissent presque 
tousjours avec le dindéme de perles, ou avec la cou- 
ronne de rayons, l'ombelle, le mortier, et le casque- 
Jl n'est pas sans exemple que des princes ayent fait 
battre leurs monnoyes, sous l'image et la figure d'ua 
autre prince L'histoire de ce siecle-là , auquel Theode- 
bert vécût, nous en fournît dans les personnes d'Ata- 
laric, de Theodat, de Vitiges et de Thelas rois des 
Goths d'Italie, dont les monnoyes ont d'un côté les 
portraits des empereurs Justin, Justinian, et Anastase, 

(i) (ha. Strada, p. tHo. Baron. A. 534, T'- — '^ Monnaya àa 
TheoJal. appa.l. à M. du Mont, CenseUUrà AmUn: — (3) QueU 
^H-uii» portent relie même MffnAe, vicioiit «tmcirvM, «Tea 
ijiulre leltret renvertéca. M, Rollin , Cbing. (te iron»., pense ijue c'^ 
iDicnl dei pièce* coulnfutti , mûa qui ■tuieat coura. ;.N. du libr.-édit.) 

3. t.6 



4o'i liiaSEKT KTlOh À 

avec rinscription de leurs noms, et dans Tautre reven 

une couronne de laurier avec le nom de ces princes ao 

milieu (i). Il est vr^i que ces rois goths rendirent os 

déférences aux ekipereurs en suite de la promesse 

que Theodoric fit à Zenon (2) , que s'il conquerdt 

ritcilie sur Odoacre qui la possédait , il la tiendroit(ie 

luy, et en seroit son vassal. Cest-pourquoy noùsli" 

sons que Theodoric affecta tousjours de conservera 

paix avec les empereurs y jusques-là qu ayant dedaré 

Athf)lariCy fils de sa fille , son successeur en sesétats, 

£i in mandalis dedii , ac si testatnentalî ^voce denair 

tians j, ut principem Orientalem placatum semper prù* 

pitiumgue habereL Ce fut donc sur la politique de ce 

prince que Totilas Tun de ses successeurs rechercha 

d'estre en paix avec Justinian , au récit de Procope^^). 

Pour parvenir a l'obtention de cette paix , ces princes 

furent obligez d'accorder les principaux honneurs âui 

eppereur3^ et de les r^connoitre pour leurs souverains. 

Theodat même s'pbligea par le traite qu'il fit avec 

Justinian de ne pas souffrir qu'on lui élevât aucune 

statue, qu'on ae fist le même à JustiBÎan, qui devait 

avoir la sienne k la droite (4)* Ainsi iiest à présumer, 

quoy que Thistoire n'en fasse pas mention , que dans 

les traitée ^e paix que les empereui^' firent avec les 

Goths d'Italie, il fut arrêté que leurs portraits y tien*- 

droient pareillement le premier lieu. 

Je demeure d'accord qu'on ne peut pag dire la même 
chose de Tbeodebert I et des deux Childeberts : et je 

Cl) Oeu Smê^^ P* a3o, a3i, 1^34. Oceo,p. 583. Paul. PeL in 
Cnorism- p- %• Banm^ At 536 , 8. -r- (a) Jorn, c. 5j , Frvoul, to. % , 
l. 5i, c. 18, S^nqtor, L i, ep, \, Jo/rn, c, Sq, —- (3) Proeop. L 3, * 
htllo Goth. — (4) Procop. l, ly de bttUo Golh. c 6, 



I 



Sun l'histoire ne s- î-oots. 4"^ 

conviens que comme nos premiers rois n'ont jamais 
este' vassaux des empereurs d'Orient, il n'est pas pro- 
bable qu'ils se soient abaissez à cette làchetë, que de 
consentir par des traitet que leurs monnoyes por- 
tassent ia ligure et les devises des empereurs : mais il 
n'est pas inconvénient que pour tlaller ces seigneurs 
du monde, ainsi qu'on les qualifioit alors, ils n'ayent 
quelquefois fuît battre des monnoyes en leur honneur, 
et qu'ils n'ayent souffert qu'on y imprimât, ou leurs 
ligures, ou leurs devises, pour gagner par là leurs 
ailèelions. Car alors nos rois, non plus que les autres 
monarques , ne faisoient pas de difficulté d'accorder les 
déférences d'honneur aux empereurs, dont la domi- 
nation estoit d'une étendue bien plus grande, que 
celle de ces petits princes, qui se fesoient plus signaler 
par leur valeur et par leurs armes , que par le nombre 
des provinces qui estoient sous leur gouvernement. 
C'est- pou rquoy nous lisons si souvent qu'ils tenoieot î 
honneur de recevoir les titres des dignilez de la cour 
de l'Empire , qui leur estoient déferez par les empe- 
reurs. Ainsi Theodoric roy des Ostrogolhs ayant esté 
mandé par Zenon en sa cour, cet empereur àigno 
suscipiens honore inter proceres palatii collocavit (i). 
Quelque temps après il l'adopta d'une adoption d'hon- 
neur, et le fit consul ordinaire: Quod summum honum, 
primninque in mundo decits edicilur , ainsi qu'écrit 
Jornanfies; car les pi-emieres dignitez qu'il posséda eq 
cette cour furent celles de magister militum et de 
patrice. Stgîsmond roy de Bourgogne y obtint aussi 
celle depalnce{a) de l'empereur Anastase, qui con- 
féra pareillement celle de consul ^ Clovis J (3) du 
(■)yorn. c. lT. — {t)AvUu>, ep. 7. — (3) Cng. Tur. i. a.ffirt, ç. 38. 
2(>. 



4o4 DISSElLTÀTIONft 

nom y qui en fit les fonctions> ou du moins les Dà^ 
monies. 

C'est donc à ces dignitez qu'il faut rapporter ces 
termes dont le même Sigismond roy de Bourgogne 
use dans la lettre qu'il écrivit à Anastase : Nom Ûck 
mundum latere nequeat vestra prosperitas ^ et oriem 
Simm radiis perspicuœ claritads illusirei : élulce tamm 
est, si fu quos milMœJascibuSj etpeculiarîs gratiœjM- 
tate sustollitis , quos in extremis terrarum partibus aulm. 
pollentis contubemio , et venerandd Romani nominis 
participaUone ditatis , specialiter gaudia 'vestrœ peren' 
nitatis agnoscant , quœ generaliier cunctis Jkma con- 
célébrât {i). Mais ce^ue ce prince ajoute dans lasaite, 
monstre clairement que ces petits souverains ne {ei- 
gnoient pas de se dire vassaux et sujet de Tempire y 
quoy qu'ils n'en relevassent point : Omat guippe Im* 
perii vestri amplitudinem longinquitas subjectorum ^ et 
diffusienem- reipubUcœ vestrœ asserit çuod remotias 
possidemur. Et dans une auH*e épître il tient un sem- 
blable discours : f^ester quidem est populus meus , sed 
me plus ser^ire vobis , quàm prœesse détectât, Traxit 
istud à prouvais generis mei apud vos , deeessoresque 
vestros , semper arUmo Romaiia de^otio , ul illa nobis 
magis claritas putaretur, quam vestra per miliUœ ti- 
tulos porrigeret celsitudo, cunctisque autoribus meis semr 
per m>agis nmbitum est quod à principibus fumèrent, 
quàm quod ù patribus attulissent. Ciimque gentem> nos- 
tram videamur regere, non aliudnos quàm milites ves- 
tros credimus ordinari (2) : termes qui font voir que ce 
Prince s'abbaissoit jusques à ce point que de se dire 
vassal de l'Empereur , quoy qu'il fust indépendant de 

(1) Ayit. eip, 69. — (a) £pist, 83, 84. . 



scK l'histoihe de s. LOtJTs. 4o5 

luy ; tant il est vray que tous les petits souverains de 
ce temps-là n'estoîent rien en comparaison des em- 
pereurs, et qu'il n'y en avoit pas-un qui ne leur ren- 
dist les dernières soumissions : Non minuit majesta- 
tem vestram , dit le même prince , t/uod accurrere non 
omnes valent ; salis ad reverentiam vobis debitam suf- 
ficit , «juod omnes h propn'is sedîi/us vos adorant. Ce 
n'est pas que j'estime que le terme de mites en cet 
endroit signifie un vassal , comme il a esté usurpé 
dans la suite du temps, mais seulement un officier, 
comme on peut recueillir encore de quelque passage 
de Grégoire de Tours (i). En tout cas nous voyons 
que Tlieodoric roy des Ostrogoths parlant à Zenon , 
ne fait pas de difficulté de luy tenir ce discours : Ego 
qitisum scrvus vester etjîlius (a). 

Toutes ces soumissions de ces petits princes envers 
les empereurs, dont nous avons d'autres exemples en 
l'histoire Byzantine , peuvent faire présumer avec 
beaucoup de fondement qu'ils ont pu s'abbaisser à 
celle de faire frapper de la monnaye en leur lionneur, 
qnoy qu'ils fussent indépendans de ce vaste empire 
quant au gouvernement de leurs états : car ce que l'on 
avance si universellement qu'il n'y en a pas que des 
souverains aient jamais fait fabriquer de la monnoye 
en leurs terres, sous le nom , la figure cl les marques 
d'autres princes étrangers, se détruit par les monu- 
mens contraires , que l'antiquité a i-eservés pour nos 
siècles; car les antiquaires conservent des raonnoyes, 
ou des médailles, de Roemetalces roy de Thrace, qui 
ayant reçu de puîssans secours de l'empereur Auguste 
«n la gueire qu'il eut contre Vologese , fit battre une 
p(») Gnjg. Tur. l. 4, tfiif. e. 3G. — (i) Jwnand. c. 5j. 




^06 DISSERTATIONS 

monnoye en Thonnèur de cet empereur, où d*uncotf 
est son portrait avec ces mots, kaiîapoi* îEBAXtor. 
en Tautre reviers sont deux visages l'titi «ur Vautre, qw 
M. Seguin doyen de S. Germain F Auxerrois de Paris, 
qui nous a donné les empreintes de ces monnôyes (fj^ 
estime estre de ce Roy et de sa femme", ou bien d'Au- 
guste et de Livie, avec ces termes , B\!siAEn2. portlîh 
TAAKor. Il s'en voit une autre (2) de Demetrius roy 
de Syrie, avec cette inscription AHMflTPîor. baziaeûl; 
et en l'autre revers sebaitot. BASiAÈriî. , qui fait voir 
qu'elle fust frappée par ce Roy en l'honneur du même 
Empereur. M. Seguin (3) nous a donné l'empreinte 
â'une médaille tres-curieuse d'Hei^^de rôy de la Cal- 
cide , que ce prince fit frapper en ^honneur de Fem- 
pereur Claudius, dont il estoit amy, avec ces mots 
au milieu d'une couronne de laurier , ÉAÀrAm. 
KAIZAPI. 2EBA2Tn., en l'autre revers est la fîgurèd'He- 

rode,avec ces caractères, baziaêts. HPnA , A102., où M. 

Seguin restitué* judicieusement le mot entier de 01AO- 
KAAi'Aios., au lieu de ces caractères eiïacez. EnGalepu^ 
hlic lui (4) est encore redeval^le de cette belle médaille de 
Liicille , femme de l'empereur Luciiis Férus , qui porte 
d'un côté la figure de cette Impératrice, avec ces mots , 
AorKTAAA. CEBACTH.j de l'autre une Ceresy avec ces ca- 
ractères, baciabyc-màNnoc» oiAOPnMAioG. : termes qui 
momtrent clairement que le rojr Manrmsyiivà estoit un 
prince dans l'Arabie y n'avoit fait battre cette mpunoye 
qu'en qualité d'amy et d'allié, et non de sujet de l'em- 
pk«y eh rbonneur de cette Impératrice , avec laquelle 

(r) Pétr, S&guin. in sélect, numis. p. J3. — (a) Occo ^ ». ^. -» 

(3) P. 4i.-- (4) P. ,52*. 



SUR l'histoire »t s. LOUTS. 4^7 

probablement ilavoit eu quelques entretiens fctWiliéi'S, 
lorsqu'elle fut à Antioche âved sort tilëry (i). Il èh est 
de même des tnônnoyes des Abgafes rois des O^rlioê- 
niens et des Edesseniens (2), où d'un côté cei prihceè 
paroissent dVed uii diftdëttié dtiVert par léS côtcfîi en 
forme de croiss&tit ^ semblable à la tiare des Perses/ 
dont parle Siébnius en ce vers : 

Pléctit Atiujéméhius lunatarti Persa tiaram (5). 

et de Fadtre, les empereurs Alarc Aurele, Septimius 
Severe, et Gordian III; car tous les sçavans demeurent 
d'accord que ces monnoyes lurent /"rappées par ces 
Tois, qui y firent empreindre les figuros et les titres de 
ces empereurs, pour une marque d*hotineur et d'amitié. 
Il n'est donc pas sans exemple que des princes sou- 
verains ayentfait battre de la monnoye en 1 honneur 
des empereurs : et je ne sçay pas même si on ne doit 
pas rapporter à cette pratique , et à cet usage celles 
qui portent le nom de Cliilderic et de Chlôtaire con- 
jointement (4), où le coNOB. se rencontre , estant cons- 
tant que Childeric fit divers traitez avec les empereurs 
d'Orient, et particulièrement avec Tibère, qui le re- 
gala de plusieurs prêsens , et entre autres, de diverses 
grandes médailles d'or, chacune du poids d'une livre, qui 
avoient d'un côté son portrait, avec ces mots, tiberii 
coNSTANTiNi pERPETvi AVGvsTi., et dc l'autre le même 
prince dans un char tiré de quatre chevaux, avec ceux- 
cy , GLORIA ROMANORVM. Quant à Chlôtaire , j'ay re- 
marqué qu'il entra pareillement en traité avec Justi- 

{\) M. de S. Amant, tri ses comtneM. Hist. tOi i , p* 63ê; to. a, 
p. 5i8, 5i9, Sao. —(a) Occo , p. 487, 438. —(3) Sidon, ApoL 
Carm.2. — (4) A^- Bouter, p. 219, 3o4. Oreg. Tiir. idem y l. 6> 



4o8 DISSERTATIONS 

nîan pour la guerre d'ïta'ie, au même temps que Théo' 
debert et Childebert I. De sorte qu'on pourroit avan- 
cer, non sans fondement que toutes les monnoyesde 
nos rois de la premire race, qui ont ces mots^ victoiu 
AVGGG. et le coNOB. , ont esté frappées en Thonneurdes 
empereurs par nos princes , lorsqu'ils ont voulu gagna 
leurs afFections , et les engager dans leur protection. 
M. Petau (i) nous en a représenté une d'or, où^Jim 
côté est la figure d'un roy , avec ces mots, vicxviu 
AVGs, , et de l'autre, une victoire tenant de la gauche ane 
croix avec ces caractères, victvri avg., et au dessous, 
COK. M. Bouteroué nous en a donné une autre, qui 
d'un côté a la figure d'un roy avec le nom du moné- 
taire, Doccio MONET., ct dc l'autre une victoire, avec 
ces mots, Victoria aug. conob. Cette monnoye fui frap- 
pée à' Lyon, comme on peut recueillir d^une qui porte 
le nom du même monétaire, et celuy de la ville de 
Lyon : ce qui me fait avancer , que la plupart de cette 
espèce de monnoye fut frappée par les rois de Bour- 
gogne , ou d'Austrasie , qui eurent alliance avec les 
empereurs. Mais ce qui peut former quelque diSBculté 
sur ce sujet, est un passage de Procope (a), qui dit que 
les rois françois n'avoient pas coutume de battre leurs 
monnoyes d'or qu'avec leurs figures, et non avec celles 
des empereurs , comme les autres princes avoient ac- 
coutumé de faire , indiquant par là les rois goths d'I- 
talie, et nommant aussi entre ces princes les rois de 
Perse (3). A quoy l'on peut répliquer que cela est 
vray à l'égard de nos rois , qui n'ont jamais reconnu les 
empereurs pour leurs souverains : mais si Theodebert 

(i) Paul. Pet. in GnoHsm. — (a) Procop. /.3, debelio Goth, c,^ 
■!— (3i) ^. Sirmond ad epist, 78, Aviti. 



SDR l'histoire DE S. lOUYS. 4<>9 

t quelques autres ont fait imprimer leurs figures 
i leurs devises, ce n'a esté que pour les {latter, et noUf ■ 
point par devoir. Ce qui me fait croire que la monnoya<l 
deTlicodat, dont fay fait la description, et où la fi- 
gure de ce prince paroi t, fut frappée durant les guerres 
qu'il eut avec Justinian , ne se trouvant que cette mon- 
noye d'entre celles des rois gotlis, qui n'ait pas la fi- 
gure des empereurs. 

Voila à peu prés ce qui se peut dire en faveur de 
cette opinion, touclianl l'explication des monnoyes de 
ïheodebert ; mais comme tout cela n'est fondé que sur 
des conjectures, on peut aussi tourner la médaille, et 
dire que ce pi ince les fit frapper avec ces figures et ces 
devises, pour contrecarrer la vanité de Justinian, qui 
prenoit dans ses titres celui de FRAncicva, ou de vain- 
queur des François: car riiisloire remarque(i)que cela 
irrita tellement ce prince victorieux et magnanime, 
qu'il résolut de rompre les traitez qu'il avoit fajts avec 
cet empereur , et de passer dans l'Italie avec une armée 
de cent mille, ou selon Frcculfe(a), de deux cens 
mille liommes, Grégoire de Tours (3) dit qu'il y fut en 
personne jusques à Pavie , qu'il y fit de grands progrès, 
et qu'enfin ayant esté obligé de retourner en ses états 
acausc de la maladie qui attaqua ses troupes , il y 
laissa Buccelin et Mummolene pour chefs, qui défirent 
Naises général de l'Empereur en plusieurs rencontres, 
et conquirent une grande partie de l'Italie. Les auteurs 
rapportent cette entreprise de Tlieodebert à l'an de 
Nostre Seigneur ^o; c'est à dire deux ans après la dé- 

(i] Agalh. '. I, p. iS, tdit. rtg. Proe. loc, cit. Vita Sancti Joann. 
Abb. Reom. l. i. «. i , i- 4. — {i) Fneul/. 1». a, i. S , a. 3i. — 
t3] Grcg. Tur. l. 3 , HUt. c. 3i. 



^lO DISSERTATIONS 

faite de Vitigês par Belissaire. De sorte qu*on pourroiî 
avancer avec quelque foiidemetit , cjue Thèodébcrt 
ayant ainsi vaincu Justinian dans l'Italie , et s'estant 
rendu maître de la plus grande partie des "provinces (pc 
les Goths y avoient possédées , il en prit lé titre deroj, 
et comme eux s'at'iogea les ornemé'tis imperiiaux. Ceqm 
peut confirmer cette cohjectnre e^t Tinscription dé^es 
monnoyes, (jui a beaucoup de rapport aVec celles des 
rois goths d'itîllié , qui à l'exemple de quelques ethpe- 
reurs de leur temps mettoient dcvattt leùris notts ces 
deux lettres D N. c'est à dire dômirlus Hostér, ce^c 
fait Theodebet't en celleS-dy , h'àyatit pas retttàrtjué 
qu'aucun de no» rois lés ait fait graver dàtis Ses itoù^ 
noyés. 

Theodebert toutefois n'y pretid p^i le ndtû de to^ , 
mais seulement le glorieux titre dé vslitiqueiïr, tictoti, 
pour marquer les avantages qu'il retnportà, taht sur 
Jùstiniâin, que sur ses autres etinerais , et pour tfiôntjher 
qu'il avoit plus de sujet que lui dé se l'arroger. Et vé- 
ritablement il a esté Tuti de no^ prîndes qtii a le plus 
signalé sa Valeur dans lés occasions ^ qtii â le plti^ téttL" 
porté de victoires, et qui a eu lé botllretil' de pousser 
bien avant toutes ses conquêtes (i). Ce qui a foît dire à 
Aurelian ardiévesqué d'Arles en la lettre qu'il lui écri- 
vit : MultUm hâmque tuis onustâ ifiràitibus cUr^it Jama 
ôurri pondère , et verîs opiniônibus jam âdsuetd dé te tàn- 
tUm didicit non rtiéttdri. Puis exàggeratit ses hautes ac- 
tions et son courage invincible : Cédant si qua &Unt man- 
data literù y facta priscor'utti super grédètis , antiàUità' 
tem exemplis, tempora meritis , maximus dominio , quia 
magnus in i^oto, felix conscientid^ chm pius in \fitâ* 

[i^ To, i,Hist. Fr.p.SS']. \ 



Cette repulation de ce grand Prince alla si loin , que 
Justinian eut la curiosîlé de savoir quelles estoienl les 
provinces qu'il avoît conquises , et qui esloient les 
peuples qui lui obeïssoient. A quoy Theodebert répon- 
dant , il les lui marque avec Utle espèce de bravade en 
l'une de ses leltres, en ces termes : Idverb quoddigna- 
mini esse soUin'li in quitus prowinciis habilemus, mil 
ffuœ génies noiirte sint Deo adfutore dilioni noslrœ sub- 
jeclœ , Dei nostri misericorditi féliciter suhaclis Thurin- 
gis, et eomm proi/inciis ac(]uiiitis , extinctis îpsorum 
tune temporis regibus, Norsavorum gentis nobis placata 
Tnnjestas coUa subdidit , Deoque propilio Wisigoihis qui 
ineolebant Francis septemtrionalem plagam, Panno- 
niam cum Saxonibus Eucii%, qnise nobis voluntate pro- 
prid tradiderunt, per Danubiam el limitent Pannoniœ, 
usque in Ocèani Uttaribus, oitstodientc Deo, doniinatio 
nostra porrigitur : oEi il osl à remarquer qu'il parolt 
par ce discours que Justininii n'avoit eu autre pensée 
que de sçavoir le nombre et la qualité de ses conquêtes, 
et si il avoit étolily sa cSur et sa résidence en quelques- 
unes , n'ayant pas dotilé que son partage fust dans la 
France , comme celui des autres rois. 

11 ne faut donc pas s'étunner si toutes ces victoires 
remportées sur tant d'ennemis, lui firent mâritor à 
lion droit cet illustre titre de vainqueur, qu'il aflècta 
de prendre dans les monnayes qui font la matière de 
cediscaut^,^t dansdeu): autres, t'utie desquelles puite 
ces caraclei-es k rentoi;r de sa figure , qui est ortiée d'un 
handeau de perle, TREoutHEKTi, \ — (i), c'eGtàdire 
Theodeberti victoris, le dernier mot CstarU designé pa>- 
le V renversé, que quelques-uns prennent pour un C. 
_ (0 ^f. Bouler. ^. i3 1 . ï3i , a33. 



\ 



4ia DI SSERT ATIO V s 

Dans l'autre la teste d% ce prince est couverte d'une 
espèce de diadème en forme de casque ( i ) , avec ce mot 
VICTORIA; au revers est une tour^ sur laquelle est écrit 
METIS y qui est le nom de la ville de Mets capitale de 
FÂustrasie, où elle fut frappée , et à Tentour victoiu 

THEODIBERTI. 

Quant à ce que dans les revers de ceUes dont nous 
traitons, il y a Victoria avggg. et le conob. , on peut se 
persuader que comme Theodebert afiecta dans les 
autres d'y parétre avec les habits et les accoutremens 
impériaux , il voulut aussi en ceux-cy faire représenter 
les devises ordinaires de l'empire, pour marquer à tout 
l'univers son indépendance et sa souveraineté, et pour 
contrecarrer et braver en tout la vanité ambitieuse de 
Justinian , qui avoit témoigné par les titres imaginaires 
qu'il prenoit si publiquement, que toute la nation 
françoise estoit soumise à ses ordres et à son empire. 
On pourroit encore dire que Theodebert, et ceux qui 
ont fait frapper les monnoyes qui portent les devises 
des empereurs, dont nous avc^s parlé, en usèrent de 
la sorte , pour leur donner un plus grand cours dans 
les pays étrangers , comme nous voyons que dans la 
troisième race de nos rois , les ducs et les comtes qui 
avoient droit de faire battre monnoye , affectoîent de 
les rendre à peu prés semblables en figures à celles des 
rois. Tay étallé toutes les raisons qui peuvent au-^ 
toriser les deux explications pour les monnoyes de 
Theodebert , laissant à un chacun la liberté de prendre 
tel party qu'il voudi*a : Jïœc putavi colligenda , tu st^ 
quere quod voles (2). 

Mais si les conjectures qu'on peut apporter sur le 

(1) Sirmond, ad Awitum, — (a) Tcrcntian, Maur. 



SUR l'histoiiië de s. louys. 4i5 

Bujel des monnoyes de ce Prince peuvent partager les 
esprits des plus sçavans , celle qui a encore esté re- 
présentée par M, Bouterouë (ij et cjui porte le nom de 
l'empereur Maurice , n'a pas moins formé de diObrentes 
opinions. Cette monnoye est d'or, et a d'un côté la 
figure de cet empereur, avec ces mots à l'entour , dm. 
MAvmu^civspp. AV. De l'autre est la figure du Labarutn, 
avec l'A et l'il qui cependant ne se rencontre en au- 
cune autre des monnoyes de Maurice. A l'entour sont 
ces mots, vieniva de ofpicina laveemti. Cette dernière 
inscription m'a fait avancer que cette monnoye a esté 
fiappée en la ville de Vienne en Daupliiné, et par 
conséquent par un de nos rois, qui vivoit sous l'em- 
pereur Maurice, puisqu'il est constant que de son 
temps les empereurs n'avaient aucune souveraineté 
dans la France. 

Les raisons sur lesquelles j'appuie ma pensée me 
semblent si fortes, que je n'estime pas qu'il y ait lieu 
d'en douter. La première est , qu'au temps de Maurice 
il n'y avoit aucune ville dans l'Europe qui portât le 
nom de Vienna : et ainsi on ne peut pas dire que cette 
monnoye ait este' frappée ailleurs qu'en la ville de 
Vienne en France. Je sçay bien que quelques sçavans 
se sont persuadez qu'elle peut avoir esté frappée à 
Vienne en Austriche par les Avares, qui la tenoient 
alors , et qu'il se peut faire que par quelque paix , qui 
fut conclue entre le Chagan ou le roy des Avares, et 
Maurice, il fust accordé par ce prince infidèle, qu'il 
feroit frapper ses monnoyes dans ses vUle avec la figure 
de TF-mpereur et ses devises. Mais j'aurois peine à me 
rendre à cette conjecture pour beaucoup de raisons 

(1)^.136. 



4l4 DISSERTATIOlfS 

quil est nécessaire de déduire^ avant que de passer 
plus outre. 

L'histoire remarque que les Avares , que quelques 
auteurs (i) appellent Huns, pu Ghuns^ qui tenoieot 
au temps de Maurice une partie des Pannonies, et 
qui habitoient les contrées voisines du Danube^ fureot 
long-temps en guerre avec cet Empereur , et qu'ils 
ne conclurent la paix qu'à condition que , quoy qne 
ce fleuve dût servir de borne aux deux empires, il 
leur seroit permis neantmoins de le traverser pour 
aller faire la guerre aui^ Sclavons(2). Par ce traite' 
Maurice s'obligea de leur fournir une somme de vingt 
mille sols d'or, par forme de tribut , et pour obtenir la 
paix de ces peuples inquiets. 11 resuite premièrement de 
ce trailë , que la ville de Vienne en Aust riche , si tou\e- 
fois elle paroissoit alors sous ce nom , estant sur la rive 
gauche du Danube , estoit par conséquent dans les 
états du Ghagan des Avares. En second lieu il n'est 
pas probable qu'un prince victorieux , et qui avoit 
obligé cet Empereur à lui payer un tribut^ eust souilèrt 
qu'on forgeât des monnoyes dans ses terres en Vbon- 
neur d'un prince , à qui il avoit donné la loi. D'ailleurs 
les écrivains de ce temps-là (3) remarquent que le 
Chagan estoit d'une humeur si altiere, qu'il méprîsoit 
les empereurs , et se donnoit des titres , qui mar- 
quoient assez sa vanité et son ambition, prenant celui 
de despote des sept nations , et de seigneur des sept 
climats du monde. Y^nïm il n'est pas vray^semblable 
qu'un prince infidèle, et qui faisoit la guerre, non "tant 
aux sujets de l'empire, qu'à leur i^ligion, en ait voulu 

(i) Paul ff^arneft. L i , de gest. Dagoh. o. 27 , a8. — (a) Theop. 
Simocatta , l. ^, c. i5. — (3) Id. /. i , c. 3 ^ /. 7 , c. 7. 



Stm L HISTOIRE DE S* LOUYS. 4^^ 

faire empreindre les marques dans ses monnoyes, aus- 
quelles il ait voulu donner cours dans ses états. Et 
quand bien ce prince les auroit fiait frapper , il est 
à présumer que les inscriptions auroient esté en sa 
langue, qui n*estoit pas latine, comme furent celles 
des Huns sous Attila, auquel il avoit succédé. 
: Quand à la ville de Vienne en Âustriche, il est 
encore constant que si elle subsistoit alors , elle n'estoit 
pas au moins connue sous le nom de Vienna , qui tie 
se trouve dans les auteurs que long-temps depuis Mau- 
rice ; car à peine les historiens en font mention avant 
le règne de lempereur Frédéric I. Othon évesque de 
Frisingen, qui vivoit de son temps, en a parlé en ces 
termes : In vicinum oppidum Hyenis , quod olim à 
Romanis inhqbitatum Fav>ianis dicebatur, declina\>it{i), 
où il faut restituer indubitablement TVienis y ayant 
voulu exprimer le nom vulgaire de cette place Wieny 
que plusieurs estiment lui avoir esté donné de la 
petite rivière de même nom , qui l'arrose. La charte 
de la fondation de labbaye des E^cossois bâtie en cette 
ville par Henry duc d'Austriche Tan 1 1 58 , montre 
évidemment que ce terme de Vienne estoit moderne 

alors : Abbatiam inpreedio nostro fundas^imus, in 

territorio sçilicet Fas^ianœ , quœ à modernis TVienna 
nuncupatur : ce qui est si constant^ (\x3l Eugippius j 
qui vivoit au même siècle que Maurice , et qui écrivit 
la vie de S. Severin vers Tan 5ii, parlant de cette 
place , la nomme aussi Favianis , en ces termes : 
eodem tempore witatem nomine Fai^ianis scBs/a fa-- 
mes oppresserai (2) : où Velser (3), qui a le premier pu- 

(1) Otho J.i,de gett. Frid. - (a) Eugipp. c. 3. — (3) EdU. Fel- 
sert y e. i y $ 9* 



4l6 lilSSEKTÀtlOlrS ' 

bliécët auteur en Tan iSgS, dit ces mots : In conjesso^ 
quod pluribus ostendit Lazius j Fabianis , truncatis 
utrimque sjllabis , et A in E mutatd > Wien vdgi 
esscj Windebona aUàs (i). Et quand on voudroit dire 
que de Fa\fiana on en auroit formé Viana dans k 
suite du temps y on ne rencontreroit pas encore k 
nom de Viennaj qui se trouve en cette monnoye: 
ensorte que pour l'attribuer à la ville de Yienoe ta 
Austriche , il faudroit cotter un auteur ancien, qui 
Teust reconnue sous ce nom y ce qu'il ne seroit pas 
aisé de rencontrer. 

Mais outre ces raisons ^ qui sont assez fortes, il y 
en a d'autres qui ne méritent pas moins une sérieuse 
reflexion , pour montrer clairement que cette mon- 
noye a esté frappée en France. Je ne veux pas meUrc 
en ce. rang celle qu'on peut tirer de ce qu'elle s'y ren- 
contre , ayant esté tirée du cabinet de M. Seguin, 
dont j'ay parlé, estant probable , qu'elle a esté trouvée 
en France , et qu'elle n'y a pas esté apportée de l'Aus- 
triche. Celle qu'on peut tirer du mot xayju&^ivs; 
est plus considérable , où FS du milieu , qnoy. qu'iau" 
tile est couché, cette lettre ainsi figurée ne se rencon- 
trant que dans les monnoyes de France , oii elle se 
trouve si souvent, que M. Bouterouè" (a) ayant dressé 
un Alpbabet des lettres , dont nos premiers François 
usoient,rya comprise. D'ailleurs le mot d'O^eiVia, 
qui s'y rencontre , semble leur avoir . esté familier , 
pour marquer le lieu ob. l'on battoit la monnoye, 
dont il ne faut autre preuve que cette médaille d'or 
de Julian l'Apostat , qui a pour inscription de son 

(i) Boland, 8. Joan. Irenic, l. ii, Exeges, Germ, p, ai5. ^ 
(a) M. Bouur. p, 336, 342, 349, 354, eUs. 



suK l'histoire de s* louts. 4^7 

I revers, OFPiciN-K lvgdvnensis. Ce qui fait voir qu'on 
I appelloit ainsi vulgairement en France les forges des 
I monnoyes, ausquelles les latins donnoient le nom de 
il monetUy et les Grecs celui d'ap^^upoxoTTEcov. Cecy est 
, encore confirmé par un passage de S. Oiien(i)en la 
^ vie de S. Eloy évesque de Noyon , écrivant que le 
,1 père de ce saint, ayant reconnu Faddresse de son fils 
I dans les ouvrages des mains, tre^didit eum imbuendum ho^ 
- norabiliviro^Abbofiivocabulo^ quieo tempore in urbe 
,, Lemonicd piiblicam JiscàUs monetœ OFFICINAM 
gerebat , à quo in breui hujus officii usu plenissime 
L doctus , cœpit inter i^icinos et propinquos in domino 
laudabiliter honorari. En eiTet , S. Eloy paroit ensuite 
en la cour de nos rois en qualité de monétaire , ayant 
esté employé par eux pour fabriquer les monnoyes 
[ du palais, appellées monetœ palatinœ dans leurs ins- 
criptions , et dont il est parlé dans les capitulaires de 
Cbarles le Chauve , se trouvant nommé avec ce titre 
en quelques-unes , dont les figures ont esté représen- 
tées par M. Bouterouè (2). 11 est vray que ce terme 
àiofficina en cette signification n*est pas particulier 
pour la France (3) , puisqu*il se rencontre dans di- 
verses inscriptions , qui se voyent à Rome , dont Tune 
porte ces mots : p. lollio. màximo. NrMMVLARio. primo. 
OFFic. MONET. ARGENT. Une autre ceux-ci : d. m. m. 

VLP. SECVIfDO. IirVMMVLARIO. OFFIC. MONETAE. Et eufiu 

une troisième est ainsi conceue : hercvli. avg.. sacrvm. 

OFFICINATORES. ET. NVMMVLARI. OFFICINARVM. ARGENTA- 

BiARVM. FAMiLiAE. MONETARi. Daus la première de ces 
inscriptions le maître de la monnoye , ou des forges ^ 

(1) £. 1 ^ c. 3. — (a) M, BouUr. p. 293 , 376. Capit, Car, C. tit. 
3i , J. 12. — (3) Gruter. 638, i j 583 , 7 ,• 45, 3. 

3. 27 



4l8 DISSBRTATlOarS 

et qui avoit rintendance sur tous les autres ouvrien, 
est appelle numrmdarius primus (i) ^ et dans la der* 
niere officinator : terme qui est synmiyme, et est uni 
explique dans Tanden glossaire |;pec-bitin , oJfiÔMh 
tores , if,yaçyipidp)(M. H est aussi employé «n ce sens par 
Vitruve et Âpulëe (s) y pour des mattres de bootîqfiies. 
Mais quoy que le terme d'offîcina (3) > pour une ferge 
de monnoye y soit latin , il ne sVnsuit pas pour oâs 
que nos François de ce temps-là ne Tayent pft em- 
ployer y aussi bien que celai de mtmetarùu qoi ne I!eik 
pas moins , pour un maitre de la monnoye , m*y ayâM 
pas plus de raison pour Fun que pour Fautre. Et mioj 
que Tëlegance du discours latin ne régnât pas alors si 
universellement en France j acause des incursions ties 
nations étrangères y qui avoientbani Fusage des lettres , 
il ne laissoit pas d*y avoir un grand BOiid>re de per- 
sonnes sça vantes , qui ëcrivoient assez élégamment , par- 
ticulièrement dans les provinces qui avoi^inent ritali^ 
dont il ne faut autre preuve y que les ouvrages de Si- 
donius (4) , à'Awtus (5) ^ A' AurelianiHs , et autres qui 
ont vécu sous nos premiers rois. Aussi le même Sêdo^ 
mus (6) congratule deux orateurs de son temps , de 
ce qu'ils avoient remis en vogue la pureté de la langue 
latine y et de ce qu'ils en avoient banny la bai^Me 
•rie : et Sigismond roi de Bourgogne écrivant à f em- 
pereur Anastase dit qu'il lui «nvoye un de ses con- 
seillers y qui quantum ad ignoranêiam ^Uteanam ^ et»- 
teros prœire liieris œstimatur : tant il est vray que 
quoy que leloquence gauloise , estimée par les an- 
Ci) Gloss. Lau GatL — (a) P^itrut*. /. 6, c. ii. j^puL t 9. - 

(3) Grut. 641 , 3. — (4) Sidon. l. a, ep, lo j L 4, ep, iS (5) ji^it. 

€p, 86. • (6) Sidon, L$, ep. 2. 



sxin l'histoire de s. louys. 4'9 

ciens ait esté altérée dans le commun du peuple, 
elie ne laissoît pas de se conserver en certain nombre 
dcsçavans(i)- Mais on pourroit avancer que le mot de i 
moneta esloit incomparablement plus élégant que ceJ.I 
lui ài'officina , puisque c'est ainsi que les Latins ap-' | 
pelluient le lieu où l'on battoit la monnoye; jusque- 
là même que quelques auteurs l'ont employé pour 
toutes sortes d'officines , comme Seneque (a) , Ma- 
crobe(3) et Sidontus jipoUnarù (4). 

Ce n'est pas encore un petit argument, à monavis, 
pour convaincre que cette monnoye a esté frappée en 
France, de ce que le nom du monétaire s'y trouve ex- 
primé : car je n'ay pas remarqué que celte coutume se 
soit observée ailleurs, non pas même dans les monnoyes 
des rois des Visigoths en Espagne dont les empreintes 
nous ont esté données par Antanius Augustinus. Le 
nom même de ce monétaire qui y est marqué, estoit 
familier alors dans la province Viennoise , comme ou 
peut recueillir de quelques epîtres d'Ai/itits arcbe- 
vesque de Vienne (5\ qui fait mention en divers endroits 
d'un Laurenlius, auquel il donne le titre de vir Ulus- 
trisj qui en estoit originaire. D'ailleurs on ne trouve pas 
que les noms des villes , oii tes monnoyes estoient frap- 
pées, soient inscrits dansles cercles, sinon en celles de nos 
rois, et en quelques-unes des.Visigotbs d'Espagne (6) ;■ 
car en celtes du Bas Empire, ils se trouvent sauvent 
exprimez en abrégé au dessous de la figure du revers. 
([) V. Pilk^umin tp- Lim. ad Qumtil. DrcUm. Creiiol. l. i, 
vacat. autumn . p. i5. iSoi^aron. jfnnerum. Hob. BuJctum , I. x , île 
mit, etc. L. ■ , §. 6, IJ.adUg. Jul. peeal. Sûlon. Carm. ^3.~{i)Sf 
titea de Brr.c/. l.3,c. 35. — (5) IHacroi. l. i , in lomn. Seip. c. 6. 
— {'V)Sidon.l.i.ep.i.~~{S)A.'tlus.rp. 7^1 , j(a, ;43. — (6) itf. 
Bouter. p. iji). 



4aO BI SSEllTÀTIONS 

Il a cst<$ nécessaire dVtablir pour fondement de ce 
que fay à dire de cette monnoye dans la suite , qu*elk 
a esté frappée à Vienne en Dauphiné^ pour inférer de 
là que c'a esté par quelqu'un de nos rois, puisqu'il est 
certain qu'on ne la peut pas appliquer à Maurice^ qui 
n'a jamais rien possédé dans la France y ni dans Je 
royaume de Bourgogne, Pour découvrir cette vé- 
rité, et le prince à qui on la peut attribuer y il faut re- 
marquer qu'au temps de cet Empereur, Gontran estoit 
roy de Bourgogne (i) , qui après la mort de ses enEsnis 
adopta le jeune Ghildebert II roy d^Austrasie son 
neveu /incontinent après celle de Sigebert I père de 
ce prince, qui mourut en l'an S*; 5. Ghildebert ensuite 
de cette adoption traita son oncle du nom de père (a), 
et Contran le reconnut pour son unique héritier (3), 
luy donnant le pouvoir de disposer de toutes choses , 
et reconnaissant que tout ce qu'il possedoit estoit à 
luy, Omnia enim quœ habeo ejus sunt^ ainsi qu^il parle 
dans Grégoire de Tours : toutefois la correspondance 
qui devoit estre entre ces deux princes fut souvent 
broiiillée durant le cours de leur règne par divers in- 
cidens (4) y au sujet des successions des oncles de Ghil- 
debert, et quoy que Gontran se déchargeât souvent 
de ses affaires sur son neveu , si est-ce qu'il ne lai^oit 
pas d'agir de son chef, jusques à ce que sur la fin de ses 
jours il s'enferma dans un monastère, où il mourut en 
réputation de sainteté (5), 

Gela présupposé, il est probable que l'un de ces deux 
princes fit battre cette monnoye ; mais comme il est 

(0 Greg. Tur. /. 5 , c. 6 , 18, 26. — (2) Jd, LS,c. 13. — (3) id. 
/. 9 y c. 30. — (4) Aimoin, l.Z, c, 79. *» (5) To, 2, SpècîL AcherUmif 
p- ^i , iSigeb, 



k présumer que la ville de Vienne estant la capi- 
tale du royaume de Bourgogne, appartenoit à Gon- 
tran, on pourroit en me'me temps avancer que ce fat. | 
luy qui l'y fit frapper en l'honneur de Maurice : 
Gi-egoire de Touis (i) semble confirmer cecy à l'égard 
de la possession de la ville de Vienne , écrivant i 
Sabaudus évesque d'Arles estant rnorl , Licerius ré- 
férendaire de Gontran lui succéda, et qu'Evantius 
évesque de Vienne estant pareillement décédé, F^irus 
l'un des sénateurs lui fut substitué par le choix que le 
Roy en fit : ce terme de roi ne se pouvant entendre que 
de Gontran, duquel il avoit esté parlé peu auparavant. 
Cependant on ne voit pas de raison assez puissante 
pour porter à croire que cette monnoye fut frappée 
par Gontran en l'honneur de Maurice, dautant que 
l'histoire ne parle d'aucuns traitez qu'il ait faits avec c^M 
Empereur, mais bien de ceux que Childebert fit avedj 
ce prince, ce qui m'a fait avancer qu'on la doit plûtôrl 
attribuer à Childebert, qu'à Gontran : car comme cet I 
états coufinoient à l'Italie, Sigebert son père ayant i 
succédé à ceux de ïheodebert et de Thibaud son fils, 
qui en estoient voisins, comme on peut recueillir de* I 
guerres que ces princes eurent en Italie, il se pre-* j 
senta souvent occasion de faire des traitez d'alliance' J 
entre eux (:i). Il est vray que ce qui donna sujet d'abori£ i 
àcespourpalers, futia captivité du jeune Athaoagildé' I 
neveu de Childebert, qui avoit esté conduit à Consul 
Lintinople après la mort d'Iogonde sa mère. Mais depuis' ï 
ce temps-là Childebert rechercha avec beaucoup d'env» 
pressement par ses ambassadeurs l'alliance de Mau- 

(■) Crcg. Tur. l.6„c. 3g — [i] Greg. Tur. l. 6 . c.40, ep. Fr' 
10. I . //(.(. Fr. p. 8G7 , 8:3. 



/{.22 DISSE ATATIOVS 

rice (i)y auquel il donne le titre de père en la plAput 
de ses lettres : ce qui pourroit faire présumer la mène 
cbose que j'ay remarquée de Theodebert, que ceprina 
fut adopté par honneur par cet Empereur. H écmit 
à cet effet à tous les grands seigneurs de la cou de 
Maurice y au patriarche , au légat apostolique, ktnû, 
perc de FEmpereur , au fils de Maurice , etautrespnr 
les prier de donner, leurs entremises pour Tobtewr» 
En celle qu'il écrivit au fils de FEmpereur il use de ces 
termes : Et quia ad serenissimum atque piùsùmimn* 
T&EM nostrum, genilorem vestrum ^ Afauritium Impt 
ratorem . . . Legatarios direximus. Et dans uneautre(i) 
qui fut adressée à Childebert de la part de Maoïioe, 
cet Empereur y est traité du titre de père , et flmpe- 
ratrice de celui de sœur de ce priace. Ce qui monslTC 
que celui de père est oit personnel pour TEmperear, 
probablement acause de Fadoption d'honneur, et que 
celui de sœur regardoit le commun des souverains et 
des rois, qui se traitoient réciproquement du nom 
deTreres. Les conventions (3) de ces traitez furent que 
Maurice feroit délivrer à Childebert cinquante mille 
sols, et que Childebert seroit tenu d'aller &ire la guerre 
aux Lombards dltalie. Ensuite de ces traitex , Childe- 
bert passa dans Fltalie en Fan 584 ^ ^ obligea ces 
peuples à demander la paix, laquelle ayant esté ar- 
rêtée, il envoya ses troupes dans FEspagne. Cela n'a- 
gréa pas à Maurice (4), qui se plaignit du mauvais 
employ de son argent, et de ce qu'il Famusoit de belles 
promesses, sans en venir auxeifefs. Enfin pressé par ses 
ambassadeurs, il y retourna. Fannée suivante (5), et 

(i) Greg, Tur, ep, a5, Sg, 4a, 44, 45. — (a) Epist. Sg. — (3) G/rg. 
Tur. /. 6, c. 4a. — (4) EpUt. 41. - (5) Grcgf. Tur. l, B , c. i8. 



stin l'histoibe de s. louts. 4*3 

tii probablemeal coDlinua cette guerre en sa faveur, veu 
M qu'en l'an 588 , il fit demander du secours à Contran 
)kr. son oncle pour chasser les Lombards d'Italie, aiin de 
Kl reprendre cette partie qui avoit appartenu à son père , 
tk et de rendre le surplus à rp-mpereur, Grégoire de Tours 
ft remarque (i) qu'il y envoya alors des troupes , après 
la en avoir doiint! avis à Maurice par ses ambassadeurs» 
■T: et qu'elles y furent taillées en pie'ces. Cette bonne in- 
■i, telltgcnce de Childebert avec ce prince, reçût quelque 
^ altération ('>), parla rencontre d'un mauvais traitement 
,5 que quelques gentilshommes de la suite de Grippon 
I, ambassadeur de Childebert, qui alloit de sa part à 
L Constantinople , reçût en Afrique. Mais l'Empereur 
ayant satisfit Grippon, Cbildebert envoya aussitôt 
. fies troupes dans l'Italie, où ses chefs trouvèrent les Am- 
1 bassadenrs de Maurice, qai leur donnèrent avis d'un 
grand secours, qui leur arrivoit de la paît de leur 
maître-, mais outre que ce secours ne parût pas, la 
maladie s'estant mise dans les troupes de Cbildebert, 
cette entreprise fut sans effet. Enfin les Lombards fa- 
tiguez des fréquentes irruptions des François, en- 
volèrent leurs ambassadeurs à Contran pour obtenir la 
paix, avec promesse de lui obeù-, et de lui conserver 
la même fidelittî que leurs prédécesseurs. Contran ren- 
voya ces ambassadeurs à Cbildebert, qui les congédia, 
avec promesse de leur faire sçavoir sa réponse : ce qui 
fait voir que cette guerre d'Italie se faisoit avec la par- 
ticipation, et sous l'autorité de Goutran.JNous ne lisons 
pas si Childebert retourna depuis ce temps-là dans l'I- 
talie , ni s'il lit de nouveaux traitez avec l'empire depuis 
la mort de Contran son oncle , ensuite desquels il 




4^4 DISSERTATIONS 

auroit pu faire frapper cette monnoye en lliODneiir de 
Maurice ; mais seulement que Theodoric son fils, qui 
lui succéda au royaume de Bourgogne , envoya ses 
ambassadeurs à cet Empereur pour lui offrir son se 
cours contre les Avares, au cas qu'il voulust lui folI^ 
nir de largent pour la levée et rentretenementdeses 
troupes (i). 

Pour appliquer plus précisément toutes ces obser- 
vations au sujet de cette monnoye, qui porte le nom 
de Maurice , je dis qu'il se peut faire que Gontran Tait 
fait frapper dans la ville de Vienne, en conséquence des 
traitez d alliance qu'il eut avec cet Empereur pour 
marque de déférence et d'honneur, quoy que Tbistoire 
n'en fasse aucune mention : car il est constant que tous 
nos rois françois de la première race eurent et firent 
des alliances avec les empereurs, ce qu'^»^<lu5^ et les 
épîtres de Theodebert et de Childebert , dont j'ay parlé, 
disent en termes formels : ce que l'on peut présumer 
d'autant plus de Gontran , que, comme j'ay remarqué, 
Childebert son neveu faisoit la guerre en Italie sous son 
aveu ; et encore que nostre histoire ne parle pas des 
traitez qu'il fit avec Maurice, il ne s'ensuit pas qu'il 
n'en ait pas fait, veu queProcope nous apprend que Chil- 
debert I et Chlotaire estoient joints avec.Theadeberten 
ceux que ces princes firent avec Justinian, quoy que nos 
écrivains ne parlent en cette occasion que du dernier. 
Il se peut faire encore que Childebert neveu et suc- 
cesseur de Gontran la fit frapper dans la ville de Vienne 
après la retraite et la mort de son oncle, ou même de 
son vivant : car comme il entra en quelque manière 
dans le gouvernement des affaires de Gontran, aprév 

(i) Theoph^ Simoe» /. 6, c. ^ 



SUR LHISTOIHE DES. LOUVS. 1^23 

qu'il en eut esté reconnu héritier , on peut aussi pré- 
sumer qu'il agissoitavecautorité dans ses états, comme 
dans les siens. D'autre part comme il est sans doute 
que les partages des princes françoîs de ce temps-là 
estoient meslez et engBgez lesuns dans les autres, et 
que les villes mêmes estoient souvent partagées par 
moitié, et appartenoient quelquefois à deux et à trois, 
U n'est pas inconvénient de croire que Childebert ait 
possédé celle de Vienne de son clief , ou qu'il y ait eu 
part, puisque nous lisons que Contran lui fit don 
de la moitié de Marseille , et qu'il posséda la ville d'A- 
vignon (i), ces deux places cependant t'aiscins partie du 
royaume de Bourgogne (a). Quant à ce qu'un dit que 
la ville de Vienne n'est pas comprise entre les villes 
qui apparlenoient, ou qui échurent à Childebert par le 
traité d'Andelo (3), il ne faut pas s'en étonner, veu 
que ce traité ne se fit que pour les places qui avoient 
appartenu à Charibert, ou qui estoient en contestation 
entre Contran et ChHdebert, n'y estant pas parlé non 
plus de Marseille, d'Avignon, et d'autres, qui cons- 
tament appartinrent à Childebert (4). Tout ce dis- 
cours peut justiGcr que l'histoire n'a pas bien éclaircy 
cette circonstance. 

Je me suis un peu étendu sur ces monnoyes , que j'ei 
time effectivement estre de tres-riches ornemens pour^ 
nostre histoire , quand on aura bien pénétré dans le vé- 
ritable motif de ceux de nos princes, qui les ont fait 
frapper. Que si je me suis départy de quelques opi- 
nions qui ont esté avancées sur ce sujet , ce n'a pas 

Cl) Mariât AvenlU. S. Crtg. M. l. 4, «p. a. — [i) C«g, Tur. 
/.B, B. ii.-[3)FrïJ(s, CAiW. e.5. — (ij) Gng.Tar. l {,, c. jo,- 
/ 7. Cl». 



I 



4^6 DISSEETÀTIOirS 

esté avec un dessein de les ce tre directement» 

mais parce que f ay crû qu'il importent de déterrer m 
belles antiquitezy et d*en recherdier les ori^nei. VA 
leurs f ay usé en cette occasion de la liberté qai eit 
donnée à un chacun de produire ses sentimens , et stf 
conjectures sur ces énigmes : c*est ainsi que Pmdeiioe 
appelle les revers des médailles ^or^eTileiÉi œfugnuat4}\ 
dont le sens n'est pas toujours facile à conceToir* 



DE LA PREEMINENCE DES ROIS DE FRANCE 

AU DESSUS DES AUTRES ROU DE I.A TS&&S , 

Ta par occasion ât quelques circonstances qui regardent le npe li* 

Loajs VU , roy de France. 

(JOIHVILLE, p. 359.) 



^E sire de JoinyiUe dit que S. Louys fut le plus grand 
roy des Chrétiens. C'est un éloge qui ne fut pas parti- 
culier à ce grand prince ^ mais qui fut commun à tous 
les rois de France, acause de l'étendue de leurs êlBis^ 
leur puissance, et leur valeur. Il se rencontre encore 
dans un titre d'Ame comte de Savoye de Tan i397, en 
ces termes : Le roy de France qui est le plus grand et 
le plus noble roy des Chrétiens (2). Mathieu Paris (3) 
parlant de S. Louys passe plus avant, et dit que le 
roy de France estoit le plus illustre et le plus riche 
d'entre les rois de la terre : Doininus rex Francorwn 
regum terrenorûm altissimus et ditissimus. Il enchérit 

(i) Prudent. Hym, in S. Laurent, — (a) j4ux preu. de VHist. de 
Sauoye, p. a44- —(3) Math. Par, A. laSi, ia54, i25y , p. 564 > 
634. 



SVK LHISTOIXE DE S. LOUTS. 4^7 

ailleurs au dessus de cette pensée, écrivant qu'il estoit 
le roy des rois : Dominas rex Francorum, qui TEnnis- 
TSiuH BEX REGiTM est, tUm propler caelestem efus inunc- 
tionem, ciim propter sui potestalem, et militiœ eminen- 
tiam. Et en l'an 1257 : Archiepiscopus Brmensis. qui 
regem Francorum cœlesti consecrat chrismate, qua- 
propter rex Francorum censetur dignissimus, etc. C'est 
pour cette mcme raison qu'il appelle en un autre en- 
droit le royaume de France, regnum rrgnorum. 

Ces éloges sont d'autant moins suspects, qu'ils sont 
donnez à nos rois par un auteur étranger, et qui vivoit 
lous la domination d'un prince puissant, et ennemy 
de la France. Aussi n'a-t-il rien mis en avant en celte 
occasion , qui n'ait esté alors dans le consentement 
universel de tous les peuples de la terre, et particu- 
lièrement du monde chrétien. Ce qui paroit assez par 
ce qu'Anne Comnene cciit en son Alexiade (i), que 
lorsque nos François entreprirent la conquête de la 
terre Sainte, Hugues comte de Vermandois, frère du 
roy Philippesl, estant prest de partir de son pays, 
écrivit à l'euipcreur Alexis Comnene, père de cette 
princesse, et lui manda qu'estant le roy des rois, et 
le plus grand d'entre les princes qui fussent sous le 
ciel, il devoit venir au devant de lui, et le recevoir 
suivant la dignité de sa noblesse : îoBt ù ^aaiKtO , ùiç 

iyùi Ô BAÏLVEVÏ TON BAEIAEllH, XùÙ 6 fiîi'fww r(UV Ûic' OÙ- 

poaôv. xai itaTaï.apSscwovta fiE Vf^ ÈDSiyixm ûitavrnoai tî xat 

Il est sans doute que Hugues n'écrivit pas en ces 
termes à l'emperetii' de CouslantÎQople , veu qu'il n'est 

~. h) Anna Corn. l. ,o- 



4^8 DISSBETATIOirs 

pas probable qu*il ait affecté ces titres pompeux de 
roy des rois , lui qui n*avoit que le titre de comte, 
et de grand, gonfalonier de lEglise en cette eiqpedi- 
tion. Mais ce qui a imposé à cette princesse , est qu'a* 
lors le roy de France estoit qualifié roy des rois par 
tous les peuples de la terre. De sorte que sur le bruit 
de cette fameuse entreprise ^ on disoit par tout que le 
frère du plus grand de tous les rois estoit le conducteur 
de ces troupes. Robert le moine en soi) histoire parlant 
de Hugues : Is honestaie morwn, et elegantid corporù, 
et animi virtute regalem, de qud ortus erat, cotnmen- 
dabat prosapiam (i). A quoy Guibert ajoute. Et lieèt 
alionun procerum multb nuyor quàm ipsius repuiare' 
tur autoritas j prœsertim apud inertissimos homimm 
Grœcos , de régis Francorum fratre prœvolaral ùj^ 
nita celebritas {pt). De sorte qu'il ne faut pas s'étomier 
si la princesse Anne témoigne en son histoire que œ 
qui donna le plus de frayeur à son père , fut le bruit 
qui courut alors, que le frère du roy des rois devoit 
entrer dans les terres de l'empire. Chacun sçait que 
les rois de Perse ont autrefois affecté ce titre ambi- 
tieux de roy des rois, comme ceux des Parthes celui de 
grands rois. Mais tous ces titres sont des marques et 
des effets de leur vanité, et sont donnez à beaucoup 
plus juste sujet par les auteurs aux rois de France, 
ausquels tous les rois de l'univers n'ont pas fait de 
difficulté de céder la prérogative (3). 

Anne Comnene dit que ce prince françois, le porta 
si liaut acause de la noblesse de son extraction , ses 

(i) Rob, Mon, l, a. — (a) Guibert. l. a, Gest. Dei, c. 58. — (3) Me* 
nander ProUctor, Eustath. ad Dion. p. i3a. Benjamin. Itin. SimoeatU, 
i. 4- ^' Sy l' 5 , c. i3. Au$on, et al. 



Sun l'histoire te s. locts. 4^*) 

richesses immenses , el son grand pouvoir, qu'il en 
esloit tout boiifii d*orgueil , et imitoit en cela cet 
lieresiaique Novatus , que tous les écrivains ecclésias- 
tiques (i) ont blâmé, particulièrement pour son arro- 
gance insupportable, qui est un vice commun à tous 
les hérétiques, omnes enim luntent (2), ainsi que Ter- 
tullian écrit. Les termes de celte princesse sont : Oùffoç 
ié Tiî o toù pïiyii ^pay^iaç àdû.^i^ putmûw rà JSxtjcczov, 
in' sùyatiot xai îi).oûrw,x«( Svvâjiu (3). Je les ay rappor- 
tez, pour faire voir que son sçavant interprète n'en a 
pas bien pris le sens en cet endroit , et ailleurs , pour 
ne s'estre pas apperçû que cet hérésiarque, qui est 
appelle' par les auteurs latins NovaUis, est nommé par 
les Grecs Nauaro;. Mais ce qui marque encore la puis- 
sance de ce comte, est la remarque que cette prin- 
cesse fait , qu'il partit de la France comme un roy, ou 
plutôt en équipage de roy, à la teste d'une nombreuse 
armée, faisant ainsi parler Godefroy de Bouillon, à 
Hugues, qui vouloit le persuader de faire hommage 
■i l'Empereur : 2y w; ^siX^ù; i^ i^i'aç é^ik^l-u^ùi% x^^f «* 
fi£T« roOTÛTOU TtloÙTOU Tuù fjadTïOfjiaToç , vvv i^ Ûi|'ouî to- 
■^ùtou eîç Saïtkw ta?iw éauTÔv ouvjjjatjac (4)- 

Je m'étonne qu'Anne Comnene se soît servie du 
terme de (îaatî.iv; lorsqu'elle a dit que le comte de 
Vermandois se qualtTioit !e roy des rois , et qu'il partit 
en équipage de roy, veu que les Grecs affectoîent de 
tte donner cette qualité qu'à leurs empereurs, comme 
elle fait elle-même en cet endroit, quand elle dit que 

(1) Ëuiti. t. 6. HUt. F.ctl. c. Ï3. met 
Wraiia?. JViceph. Call. I. 6, c. 5. - 
{Ji)^nna, Com. L6, p. 179. — (\) Ann 



49.8 D188BETÀTIOVS 

pas probable qu*il ait affecté ces titres pompeux de 
roy des rois , lui qui n*avoit que le titre de comtes 
et de grand gonfalonier de FElglise en cette eiqpedi- 
tion. Mais ce qui a imposé à cette princesse , est qu'a- 
lors le roy de France est oit qualifie roy des rois pu 
tous les peuples de la terre. De sorte que sur le bnût 
de cette fameuse entreprise^ on disoit par tout que le 
frère du plus grand de tous les rois estoit le conducteur 
de ces troupes. Robert le moine en sori histoire parlant 
de Hugues : Is lionestate morum, et elegantid corporis, 
et animi virtiUe régalent, de qud ortus erat, commenr 
dabat prosapiam (i). A quoy Guibert ajoute. Et licèt 
aliorum proceruni multh major quàtn ipsius reputare- 
tur autoritas , prœsertim apud inertissimos haminum 
Grœcosj de régis Francorum. fratre prœvolaratinji- 
nita celebritas (2}. De sorte qu'il ne faut pas s'étonner 
si la princesse Anne témoigne en son histoire que ce 
qui donna le plus de frayeur à son père , fut le bruit 
qui courut alors , que le frère du roy des rois devoit 
entrer dans les terres de l'empire. Chacun sçait que 
\e^ rois de Perse ont autrefois affecté ce titre ambi^ 
tieux de roy des rois, comme ceux des Parthes celui de 
grands rois. Mais tous ces titres sont des marques et 
des effets de leur vanité, et sont donnez à beaucoup 
plus juste sujet par les auteurs aux rois de France, 
ausquels tous les rois de l'univers n'ont pas fait de 
difficulté de céder la prérogative (3). 

Anne Comnene dit que ce prince françois, le porta 
si liant acause de la noblesse de son extraction , ses 

(1) Rob. Mon. l, 2. — (a) Guibert. l. a, Gest. DeL c. 58. — (3) Me- 
nanJer Protector, Eustath. ad Dion. p. i32. Benjamin. Itin.Simocatta, 
i. 4. ^' Sy l' 5 f c. i3. Auson, et al. 



SCS l'bistoirs de s. lovts. 43* 

empereurs d'Orient sur ce sujet , écrivant qu'ils témoi- 
gnoient eslre fort ignorans, quand ils estimoient que 1 
le mot de rex, estoit un terme barbtire , et que quoy J 
qu'il fust latin , ils dédaignoient de le tourner par un ' 
autre terme grec, qui a la méiue force : Quod si ita 
est, quia non jam barbarum, sed lalinum est, oportel 
ut cum ad manus vestras pervenen'l, in lin'guam ves- 
tram fideti translaù'one vertatur : quod liactum fuerit, 
çuid aliud nui hoc nomen ^x^û.siii rex interpretabitur ? 
De sorte que quand Suidas (i) dit que par le mot de 
p^J le loy des François estoit de'signé tww 0p«j7wv 
àpXty^i Wr *^^'3 se doit entendre de l'empereur d'Oc- 
cident et d'Alemagne, que les Grecs appellent ordi- 
nairement roy des François, et non que le roy de 
nôtre France ait esté ainsi appelle par excellence, 
comme quelques-uns se sont persuadez. Nos annales (3) 
remarquent que les ambassadeurs de Nicepborp em- 
pereur de Constantinopie ayant tait alliance avec Char- 
lemagne, more suo , id est grœcd lingud, laudes ei 
dixerunt, imperntoretn eum et basHeum appellattles. 
Comme les Grecs refusèrent et envièrent souvent ce 
litre de ^irâîû^ aux empereurs françois et Alemans, 
les rois doglois-saxons aflecterent particulièrement 
de le prendre, laissant celui de rex, comme on peut 
recueillir de leurs histoires et de leurs patentes (4^. 

Celle grande estime de la grandeur et de la majesté 
du roy de France qui a esté psu-my les Grecs au temps 
de Tempereur Alexis Comnene, a passé jusques aux 
dei'niers siècles : car lorsque ces peuples se virent dé- 

[l-jSaiiai. — [1) Coiul. 4e ajm. Imp. - {^) .4nHsil. Fr.A.%n 

(4) GuilL bibl. in Hadr. II. PP. Monaat. An^lis. et HUt. Angl. 




43o DISSE&TATIOUS 

ce prince estoit frère du roy de France , rou p/eftA 
i^payxlai i9îAf6i : et encore lorsqu'elle parle de Fem- 
pereur d'Alemagne, qu'elle qualifie toujours du titre 
de p^{ ( I ) * Molesté siquidem ferunt tpibd eomm 
{Theutonicorum) rex Romanorum se dicit imperatih 
rem. In hoc enim suo detrahi videtur imperutorij (juem 
ipsi monarcham, id est singulariter principari omnlms 
dicunt, tamquam Romanorum umcum et sobun impt' 
raiorem (2) : ce sont les paroles de Tarchevesque de 
Tyr, ausquelles sont conformes celles de Fauteur (3) 
de la vie de Louys VU, roy de France, de Luith- 
prand , àUfelmodus (4) > et autres sur ce sujet. C'est 
pourquoy la plupart des auteurs grecs font scrupule 
de donner le titre de ^aàiiç (5) à d'autres princes 
qu'à leurs empereurs, aimans mieux se servir du terme 
barbare de f,^^, lorsquils parlent des autres rois, 
comme fait Olympiodore (6) au sujet du roy des Huns, 
Nicetas , et Cmnamus en divers endroits, lorsqu'ils 
parlent des rois de France , d'Angleterre, et de Sicile. 
Ev^agrius (7)^ et Procope remarquent plus précisé* 
ment cette différence, quand ils racontent qvCOdoacre 
et Theodoric s'estant emparez de l'Italie , s'abstinrent 
du titre de ^xqCKvj^, et se contentèrent de celui de pi^Ç, 
quoy qu'ils etissent au surplus toutes les marques de 
la dignité impériale ; Procope ajoute que les barbares 
appelloient ainsi leurs princes : outo) yip cfw xo\^ iye* 
fAoyo^ oî ^dpSoipoi KakeQf veifoyLUaai (8). Mais l'empereur 
Louys II se raille (9) adroitement de la vanité des 

(i) Anna , l. i , p. 3o. — (a) ff^. Tyr. l. i6 , c. ai. — (3) Vita Lud, 
Vil, e. S. — (4) Luithpr, in Ugal. Helmodi l.2,c, i5. — (5) Meurs. 
V. Wg — (6) Olympiod. apud PhoL p. iS5. — (7) Euagr, L a, 
€. 16. — (8) Procop. L 1, de bêUo Goth.c. i. — (*>) Apud JBar.A.Bji, 



SUR l'histoire de s. louys. ^'H 

si puissant , comme estoit le roy de France, eust voulu 
s'abaisser si extrao dînairemcnt , que de quitter le 
preitiier rang à un empereur grec, que les chrétiens, 
de ce temps-là ne reconnoiss oient que pour un simpUt '1 
roy, particulièrement depuis que le titre impérial fut 1 
transféré à Ctiarlemagne , dans son propre palais (i)i- ' 
li est encore moins à croire que Louys ait pris séance 
dans ces pourparlers sur un sic'ge plus bas que ne fut 
celuy de l'Empereur. Tous les auteurs latins, qui ont 
parlé de cette entrcveue de ces deux princes , convien- 
nent que le roy de France fut reçîi dans Constanti- 
nople avec beaucoup d'appareil et de magnificence, 
que tous les princes du sang, et tes grands seigneur^ m 
de la coar sortirent de la ville , pour aller au devaut J 
de lui, ce que Cinnamus témoigne aussi en termes 
formels, et que l'Empereur même le vînt recevoir jus- 
ques dans ses portiches ou galeries. Eudes de Dievil 
depuis abbé de S. Denys, qui accompagna le Roy eu 
ce voyage, en parle de la sorte : Processimus igitur, 
et nobis appropinquanlibus civilati, ecce anines illius 
nobilcs et di\files tam cleri quàm populi catervatim 
Régi obviant processerunt, et euni debilo honore smc^-À 
perunt, rogantes ut ad Imperalorem inlraret , et (if J 
sud visione el coltucatione desiderium adimpleret (aj/l 
L'ardievesque de Tyr rend un semblable témoignage, 
en ces termes: Inlerea rex Frartcorum pmè iisdi 
secutus vestigiis, cumsuo exercitu peruenerat Constant^ 
linopolim, ubi secreU'ortbus ciim Imperatore usas collo 
quiis , et ab eo honori^ficentissim'e , et mutid muneria 
prosecutione dûrussus, princtpibus quoque siùs^ p 



(l) Pro^i, 



- (») Odo Je DiagUo, l. 3, 



434 DI88ERTATIOH8 

miun honoratisj etc. (i). Ce (jui est conforme à ce que 
le Roy même écrivit à Suger abbé de S. Denys, auquel 
il manda qu'il avoit este reçu de rEmpereur, gaudmo» 
et honorijice (a). 

Quant à la séance des deux princes, Eudes de Die?3 
ne dit pas que le roy de France eust este assis sur on 
siège plus bas que celui de TEmpereur, mais seulement 
que deux sièges ayant esté préparez ils s'assirent , et 
s'entretinrent quelque temps : Tandem p<}st amplexus, 
et oscula mutub habita, interihs processerunt^ uhipo* 
sitis duabus sedibus pariter subsederunU Et pour fiiire 
Yoir qu'il est probable que les séances des deux prin- 
ces furent réglées de la sorte , que Fun ne pourroit pas 
avoir d'avantage au dessus de l'autre , le même au- 
teur (3) raconte que l'empereur Manuel ayant Ëiit prier 
le Roy, qui avoit passé le détroit et estoit dans l'Asie , 
de retourner en son palais pour y traiter de quel- 
ques nouvelles affaires qui estoient survenues, il le 
refusa et manda l'Empereur, ut in ripant suam descen* 
deret , vel in mari ex œquo coïloquium fieret : ce qui 
marque assez que Louys ne voulut pas céder à l'Em- 
pereur, ni lui donner cet avantage de l'aller trouver 
chez luy, mais qu'il se comporta en ces occasions 
comme avec un prince d'une égale dignité. 

11 est vray que Manuel voulut traiter avec l'empe- 
reur Conrad , qui avoit devancé avec ses troupes le 
roy de France, pour la forme de l'entreveuë, qui se 
devoit faire entre eux , et avoit voulu exiger de lui 
des conditions qui ne lui estoient pas honorables, ce 
qui obligea Conrad de passer dans l'Asie sans voir 

(i) TVilL Tyr. l. i6 , c. 2a. — (a) Lud, epist, ad Suger, apud Chiffl. 
- (3) Oâo de Diog. l. 4. 



siin l'bistoire de s. locts. 4^S 

ds Manuel : Sed alius ingredi civitatem , atius egredi ti- 
1 muit, aut noluit , et neuter pro altéra mores suos aut 
f^Jastits consuetudinem tcmperafit(^i). Ce sont les paroles 
de Eurles de Dievil, (jui justifient asses l'erreur de 
^ Tarclievesque de Tyr, qui e'crit qu'il se (it alors une 
^, entreveuë entre ces deux princes. De sorte que Manuel 
g qui avoit eu passion d'entretenir Conrad, de crainte 
j, que Louys ne fist le me'me , et qu'il ne passast dans 
|. l'Asie sans le voir, ce qu'il souliaittoit avec passion, Ait 
obligé de lui accorder ce qu'il avoit refusé à Conrad (a); 
, sçavoir qu'il viendroit au devant de lui pour le rece- 
. voir, ce qu'il fil^ estant venu jusques aux galeries des 

gardes du palais. 
' Les mêmes contestations pour la forme de l'entre- 
veuë se renOHvelierent , lorsque Conrad retourna de 
' la Terre Sainte; car estant arrivé à Epliese, Manuel 
l'envoya prier de passer par Constantinople. Enfin 
après plusieurs débats, on demeura d'accord qu'ils se 
verroient tous deux à cheval, et qu'ils se saluëroient 
réciproquement en même temps. Arnoul de Lubec 
décrit ainsi tous ces démeslez , et l'iiumcur alliere des 
princes grecs r £st guœdam delestahilis consueludo 
régi Crœcorum , qui etiam. propter nimium fastum 
diviliarum suarum Imperatorem se nominal , quam 
Utmen dignitalem à Constantino ejusdem civitatis fun~ 
dalore traxerat, ut osculum salulatiom's nuili ojferat, 
sed giucumque Jaciem ejus videre nterelur, incurvatus 
genua ejus osculatur. Quod Conradus rex oit honorent 
rontani imperii omnmb deteslahatur. Cutnque rex 
Grcecorum in hoc consensisset, ut osculum ei porrige- 
' ret, ipso tarnen sedente, nec hoc Conrada régi placuit. 

I (!) Odo Je flcg. — (î) Cinnamn, It.p. ;8. 

38. 



436 niSSERTÀTIOlfS 

Tandem sapieniiores ex ulraque parte hoc consilùm 
dederuntj ut in eqiUs se vidèrent j et ita ex pariUtale 
coni^enientes , sedendo se, et osculando salutarent, quoi 
etfactum est (i). Ce qu'Amoul de Lubec dit en cet 
endroit y que les empereurs de Constantinople estaient 
si altierSy qu*ils vouloient que les souverains , qniles 
venoient visiter, leur baisassent les genoux , semble 
estre confirmé par Anne Comnené (a) , laquelle ra- 
conte que Saisan sultan de Coni estant venu trouver 
Tempereur Alexis , père de cette princesse , dans son 
camp y d'abord qu'il Fapperç&t descendit du chevalet 
lui baisa le pied, zay^ Tuc^sutraç^ toviziict yjandaaro: mais 
le roy de France estoit trop grand seigneur pour s'a- 
baisser à ces lâchetez. Aussi Fhistoire remarque que 
Manuel le vint recevoir à l'entrée de son palais, et qa il 
envoya hors de la ville au devant de luy tous les grands 
seigneurs de sa cour ; et qu à la seconde entreveuê 
qu'il souhaita avoir avec lui /le Roy lui manda que 
s'il la desiroit, il devoit prendre la peine de le venir 
trouver sur le rivage de la mer où il estoit pour lors ; 
ou bien faire cette entreveuê sur la mer, avec égalité 
de démarche, vel in mari ex œquo colloquiuin fiereti 
car c'est ainsi qu'il faut lire, et non ex equo, comme 
porte rimprimé, veu qu'on ne pouvoit pas faire cette 
entreveuê* à cheval sur la mer, comme fut celle de 
Conrad avec Manuel dans Constantinople. 

Boëmond prince d'Antioche faisant la, guerre à 
Alexis Comnene, il se présenta une occasion d'une 
entreveuê entre ces deux princes pour traiter de quel- 
que accord (3) : mais Boëmond ne la voulut accepter 

(i) Arnold. Lubec, /.a, c. i5. — (a) Anna Corn, l, i5. in Alex, p> 
478. —{3) Anna Com. L i3. 



SUR L aiSTOIHE DE s. LOVTS. 4^7 

à condition qu'arrivant dans le camp de l'Erapen 
'''on envoiroil au devant de lui les princes du sang, et\ 
*^ les grands seigneurs de la cour, et qu'entrant dans s 
b tenle, l'Empereur se leveroit de son si^ge , et lui don- 
«neroit la main, et qu'il s'asseoiroit à côté de lui' 
oqui fut atcomply , y.ai éyyji toù ^xaO.uoù T.ot^tç 
' Bfioviiu. II est même probable que le siège de Roëmond 
ii ne fut pas plus bas' que celui de l'Empereur, ce qu'Anne 
(Comnene, qui raconte ces circonstances n'auroit pas 
1 oublié. Si donc un simple seigneur, qui n'avoit aucune 
:1 qualité de souverain , obligea Alesîs de le traiter d'égal , 
lE à plus forte raison doil-on présumer qu'un roy de 
) France ne s'abaissa pas à soudrir les làchetez ordî- 
I naires, ausquellcs se sofimettoient les petits princes 
f voisins de l'empire , et qui dépendoient d'eus , ou qui 
cstoient leurs tributaires , comme fut le sultan de Coni, 
et Baudouin III, et Amaury rois de Hierusalem. Ces 
deux rois estant venus à Constantinople , pour tâcher 
d'obtenir de Manuel du secours contre les Infîdéles, 
ils y furent reçus par cet Empereur assez honorable- 
ment. Mais dans les pourparlers qu'ils eurent ensemble. 
L'histoire ( i ) remarque que les sièges sur lesquels ils 
■urent assis estoientplus Las que celuy de l'Empereur. 
Guillaume de Tyr parlant de l'entreveuë de Baudoiîia 1 
avec Manuel , secus eum in sede honesld , humiliore J 
tamen locutus est (a) ; et il ne faut pas s'en étonne^,^ 
parce qu'alors les rois de Hierusalem estoient en quel» 1 
que manière sous la dépendance des empereurs de J 
Constantinople , }usques-là même que dans les datesl 
des inscriptions un y mettoit leurs noms avant ceux J 
de ces rois. 11 s'en voit une encore à présent dansl 
(0 Cinnam.p. loi. — (ij/r. Tyr. L ifl, ci,; t. ,q.c. i, a*. 



438 DISSERTATIONS 

l'église de Nostre Dame de Bethléem sous un tableaa 
de la Prësentation de N. S. ali temple ^ fait à la mo- 
saïque, oh il est remarqué qu'il fut fait et achevé sou 
Tempire de Manuel Comnene y et ati temps d^ÂmiD- 
ry roy de Hierusalem et de Raoul ëvesque defietih 
leem. Elle est conceuë en ces termes : 

ETEAHiflH. TON. HAPON. EPIoN. AIA. XrPOC (\^ 

ji_ 

EOPAI. MA Co) HC'PlOr A0«» , MtrCIATOPOC 

T 

Bni HC BACIAEIAC MANvHA. MErAAtt. 

BACIAE2. nOPOYPOrENNHT«. T». KOMNHNv. 

^ -, 

KAI Eni TAC HMEPAO » MEFAAOT PHrOC.ltPO 

COATMwN KTP« AMMOPI 

T 

KAI TOT ^C AriAC BHÔAEEM Ari«TA« 
EniCKÔn« KrP« PA«A' NETp AX02. 
INAIK^ON B 

H 

Cette seconde indiction du règne d'Amaury roy de 
Hierusalem tombe en Tan du monde , selon la manière 
de compter des Grecs, 6677, et de N. S. 1169; d*où 
je conjecture qu'il faut restituer ainsi les caractères 
qui désignent les ans du monde , ç-XOZ. Quant à ce 
Raoul évesque de Bethléem , qui semble éstre appelle 
Raoulinet en cette inscription , Guillaume archevêque 
de Tyr en fait mention en plusieurs endroits de son 
histoire (3), où il reriiarque qu'il fut chancelier do 

(0 %»prfç. *■ (a) Mcey/çpw. — (3) fT. Tyr. l. i6, c. 17 ,• i. 18 , c. aft 
/. 19, c. 24» 28;/. ao, c. 3a. Bib, Clun.p, i43a. 



SUR l'bistoise de s. louts. 4^9 

roy Baudouin III , et qu'il fut promu à cet évesché 
par la faveur du pape Adrian IV, qui estoit anglois 
de nation comme lui. 

Puisque je me suis trouvé engage à dire quelque 
chose de Tentreveuë de Louys VU avec l'empereur 
Manuel, je tàcheray d'éclaircir encore en ce't endroit 
un poinct de nôtre histoire (i) qui regarde ce Roy, 
L'auteur qui a écrit sa vie dit qu'estant sur son départ 
de la Terre Sainte , in porta Acconensi nayigium con- 
scentîit, marisçue nullo impediente pericuto ad regnum 
proprium reverms est. Cependant la plupart de tous 
les autres écrivains (a) conviennent qu'il s'en falut peu 
qu'il ne tombât au pouvoir des Grecs , qui estoient 
alors en guerre avec les Siciliens, dans l'artnée navale 
desquels il s'estoit mis pour estrc escorté d'eux. Vin- 
cent de Beauvais dit me'me qu'il fut pris par les Grecs, 
et que comme on le conduisoit à l'empereur Manuel 
qui assiégeoit Corfou , Georges amiral de Sicile, qui 
retournoit des environs de Constantinople, où il avoit 
brûlé les fauxbourgs et les palais d'alentour, ayant 
même fait décoclier des flèches d'w dans celuy de 
l'Empereur, le tira de leurs mains. Cinnamus (3) con- 
firme la même chose, et dit qu'il s'en falut peu que le 
Roy ne fust pris; ce qui arriva, ainsi qu'il écrit, de la 
sorte. Louys ayant résolu de retourner en France, 
loiia les vaisseaux qui estoient aux ports de la Terre 
Sainte, et s'embarqua. En chemin il se joignit à l'ar- 
mée navale des Siciliens, qui couroit la mer, et ren- 
contra celle des Grecs, qui estoit conduite par Chu- 

(■) Hiit.lud. vire, ■>^.—{l) Bob. de Monte Fine. Bel. pan. 
3.i.i7,c. ii6. Saiiut. t.3. port. G, «. ao. M. C'Ar. Aig p, i;j. 
Banfm. Dec. a , (. a. — (3) Cinnamui. 1. 1 , p. ^. 



44o DISSERTÀTIOir's 

rupes. Le combat s*estant livre entre eux, Louys qui 
avoit quitté son vaisseau y pour entrer dans un dès 
Siciliens y s'y trouva engagé : mais comme il vit le 
péril dans lequel il estoit, il fit arborer Tëtendart (Tun 
des vaisseaux des alliez de TEmpire; ce. qui fut cause 
que Ton ne Tattaqua pas. Toutefois quelques-uns des 
siens ne laissèrent pas d'estre pris , que rempereur 
Manuel renvoya depuis à sa pnere, avec tout ceqû 
leur avoit esté enlevé. Philibert Mugnos (i) en ses gé- 
néalogies des maisons illustres de Sicile , rapporte une 
patente du roy Roger en faveur de Georges LîndoUno, 
qui donne la gloire à ce chevalier d^avôir délivré en 
cette occasion le roy Louys VII des mains des Grecs* 
Voicy ce qui regarde cette action : Majcimè tu ipsemet 
personaliter tamquam prœfectus de duabus nostris rt" 
giis triremibus nosirœ classis maritimce , cum dwino 
auxilio coopérante j et nostrorum militum^ eorumque 
prœfectorum fortitudinej Jidelilatej et prudehtid, non 
procul Grœcorum hostium, eorumque naines et trirèmes 
expulisti, et tandem à captiuitate illustrissimum regem 
Ludouicum VII suosque proceres, et Galliœ magnâtes 
manumisisii. Mais il est sans doute qu'il y a erreur en 
la date de cette patente , qui porte Tan ii46, auquel 
temps Louys n'estoit pas encore allé en la Terre Sainte ; 
ce qui peut faire douter de la fidélité de cette pièce. 
Quoy qu'il en soit, il resuite assez des auteurs que je 
viens de citer, que Fazello {'/) s'est mépris , quand il 
a écrit que Louys au retour de ce voyage, ayant esté 
pris par les Sarrazins , fut délivré par le roy Roger, 
qui estoit alors en mer avec ses vaisseaux. 

(i) Philadelfo Mufinos, l. 4* del Theatro Gcneal. dtlU Jamig, di 
Sicilia. — (^a) Tho, FazeL dec, a, /. 7, c. 3. 



HtSTOIKE DE S. LODV 



44t 



DES GUERRES PRIVEES 
ET DU DROIT DE GUERRE PAR COUTUME.. 



JLes guerres du comte de Chalon et du comte du Rour- 
■ gogne son fils, dont le sïre de Joinville parle en son 
Iiistoire, me portent à embrasser en ctft endroit une 
matière très -importante poiirrintellii;ence des auteurs, 
et qui n'a pas encore esté traitée à fond , quoy qu'au- 
cuns l'aient effleurée légèrement (i). Il n'y a rien de 
plus commun dans tout le cours de nos histoires , et de 
celles de nos voisins, que ces guerres qni se faisoient 
entres les barons et les gentils- hommes à la veuë et au 
sceu du prince souverain, et sans sa participation : 
en sorte que qui ne sçauroit pas démesler l'origine et 
l'usage de ces funestes entreprises sur l'autorité royale, 
aurait sans doute bien de la peine à en deviner la 
source, et h en concevoir la pratique. Elles ont esté 
si universelles, qu'on peut dire que les vassaux des 
princes entroient avec eux en partage du plus beau 
fleuron de leurs couronnes, qui estoit le droit de faire 
et de déclarer la guerre : mais parce qu'il y avoit des 
règles et des maximes établies et receuës pour cette 
espèce de guerre , je prélens faire voir en cette disserta- 
tion quelles elles ont esté, et comme les seigneui^ eo 
ont usé en ces occassions ; ce que je propose de puiser 
particulièrement de Philippes de Bcaumanoir en sa 
coutume de Beauvaisis qui n'a pas encore este' publie'e, 

(0 Clément Vaillant, l. i. de Cancien Eiim de la France. Dadin 
lU AUattntt, l. i. de Ducii. et Coinil. c, i. 



44^ DISSEUTÀTIOlffS 

OÙ il a fait un chapitre entier au sujet de cette espèce 
de guerre j (jui est le cinquante-neufiéme , auquel il a 
donné pour titre ces mots , « Comment guerre se fait 
ce par coutume y et comment elle faut, et comment on 
« se pot aidier de droit de guerre. » J'entreprens 
d'ailleurs cette matière d'autant plus volontiers qu'elle 
appartient à l'histoire de S. Louys, puisqu'il est cons- 
tant qu'il est l'un de nos rois qui a le plus travaillé à • 
anéantir et à détruire ces malheureuses guerres qui en- 
tretenoient toute la France en de peipetuelles divisions. 
C'a esté un usage observé et reçu de tout temps parmi 
les nations germaniques, de tirer la vengeance des in- 
jures particulières par la voie des armes, et d'y intéres- 
ser toute une parenté. Celui qui avoit fait un tort no- 
table à un particulier, ou qui lui avoit causé la mort , 
se trouvoit avoir sur les bras tous ceux de la famille de 
l'offensé, qui prenoit les armes pour venger l'injure 
ou l'assassinat commis en la personne de leur parent. 
Tacite (i) en a fait la remarque j^ lorsqu'il parle des 
Germains : Susclpere tant inindcitias seu patris ^ seu 
propinquij quant amicitias necesse est. C'est pour cette 
raison que nous lisons si souvent dans les loix an- 
ciennes (2) , que lorsque quelque assassinat avoit esté 
fait , non seulement on en exigeoit la peine sur ceux 
qui l'avoient commis, mais même sur toute leur pa- 
renté. Ces inimitiez mortelles qui s'entretenoient entre 
les familles, y sont rxovsiïaées f aidas ^ que les loix des 
Lombars traduisent par ces mots A'inimicitiœ (3); 
terme qui semble estre tiré du saxon ancien, yœA2A(4)^ 

(1) De morib. Germ, — (2) Lex Saxon, tit a, §. S, 6. f^efi" 
delin. in Gloss, Salico, V, Chrtntcruàa, — (3) Ltg. Long, L i , tif» 
7 > §• 1 9 i5; /. 2, tU. iJ^, §. 10. — (4) Lambaudé 



SUR l'histoirï: dï s. lout». 44^ 

OU fehihe , et de l'aleman Jhede etfeide (i), cjui 
signifie la même chose. D'où il est arrivé que ce mot 
a esté plis pour la vengeance qu'on tife de la mort 
d'un parent , et dans la snite pour toutes sortes de 
guerres particulières, comme en l'ordonnance du roy 
S. Louys du mois d'octobre raille deux cens quarante- 
cinq , dont je parleray dans la suite. Nous avons quel- 
ques exemples de ces guerres privées sous la première 
race de nos rois, dans Grégoire de Tours (2) et 
ailleurs. 

Mais pour procéder avec quelque ordre en cette 
dissertation, il faut voir premièrement qui sont ceux 
qui ont droit de guerre par coutume , puis entre quelles 
personnes elle se fait, pour quels sujets, en combien 
de manières on la déclare , qui sont ceux qui y entre, 
ou qui en sont exceptez , et enfin en combien de façons 
elle finit; et ensuite, je feray voir comme cette dé- 
testable coutume de faire la guerre entre les vassaux 
du prince a esté entièrement abolie. 

Tous les gentilshommes, selon Philîppes de Bau- 
raanoir, avoient droit de faire la guerre : Autre que 
gentilhomme ne poeut guerroyer. Et ainsi il en eaclud 
tous les roturiers, qu'il appelle hommes de poësté , 
c'est à dire qui sont sujets à leurs seigneurs, et qui ea 
dépendent absolument , en sorte qu'ils en peuvent 
disposer selon qu'il leur plaist : ce qui n'estoit pas 
(ies vassaux fiévez. Il en exclud pareillement les boui^ 
geois, entre lesquels, s'il arrivoit quelque démêlé, ou 
pdnr user de ses termes, manéces ou de_ffiêmerts , ou 
meUêes sourdent , le crime commis esloit puny par le 
juge ordinaire, suivant sa qualité, telles personnes 

(j)Spelman. Somntr. etc. Lindenbr. — (») Creg. Tur. (.7, c. ». 



444 DlSSBRTÀTIOirS 

ne poùvans user du droit de la guerre. Par le terme 
de gentilshommes y on doit entendre tous. les fiévez, 
parce qu'anciennement les fiefs ne pouvoient estre te- 
nus que par les Nobles. Les évesquei, les abbez^ et 
les monastères, qui avoient des terres de cette nature, 
avoient aussi ce droit. Et parce que leur condition 
ne leur permettoit pas de porter les armes , ils faisaient 
leurs guerres par leurs Vidâmes, et par leurs avoiiez; 
ce que le cardinal Pierre Damian (i|ne peut approu- 
ver : Quod mihi plane salis videtur absurdum-, ut ipsi 
Domini sacerdotes attentent j quod turbis vulgaribus 
prohibetur, et quod i^erbis impugnant, operibus asse- 
rant. 

D'ailleurs il ne pouvoit y avoir guerre entre les 
gentilshommes d'une part, et les roturiers, ou les 
bourgeois d'autre. La raison est, que si le gentil- 
homme faisoit la guerre à un bourgeois , ou à un ro- 
turier, qu'il nomme toujours homme de poësié, le 
bourgeois ou le roturier, n'ayant pas le droit de faire 
la guerre, pour n'estre pas revêtu du titre de noblesse, 
auroit esté souvent maltraité, ou tué parles gentils- 
hommes. Desorte que lorsque le cas arrivoit qu'il y 
eut quelque notable démêlé entre le gentilhomme et 
le roturier , celui-cy pour se mettre à Tabry de Vin- 
suite de son ennemy , requeroit asseurement^ qui luy 
estoit à l'instant accordé. Que si le roturier negligeoit 
de le demander, le gentilhomme en la personne duquel, 
ou de ses parens, l'injure avoit esté faite, pouvôit li- 
citement en poursuivre la vengeance par les armfes. 
Au contraire si le gentilhomme avoit outragé le rotu- 
rier, ou le bourgeois, l'un et l'autre nç pouvoient pa^ 



SDR l'histoire nBs. louts. 44^ 

poursuivre la réparation de l'injure par la guerre, mais ■ 
par les voyes ordinaires de la justice. L'usage du I 
royaume d'Arragon semble avoir esté autre à l'égard •) 
des infnnçons ou escuyers (i) : car si un roturier, ou 
villain , avoit tué un infançon , si le faict estoit avéré^ 
les parens du mort puuvoîent lui faire la guerre, c'est à 
dire tirer la vengeance de l'outrage par la voye des 
armes; mais si le faict estoit dénié, avant qu'on en 
vinst à la preuve, il devoit obtenir asscurement des 
parens du mort. 11 y avoit encore plus, car quoy que 
suivant les ordonnances du royaume, nul ne pâtat- 
taquer un autre sans défiance, si est-ce que le rotu- 
rier, ni l'infançon, n'estoient pas obligez de se défier, 
si l'un ou l'autre avoit tué l'un de leurs parens, parce 
que les fors ou coutumes les tiennent pour défiez ; 
pourveu toutefois que le crime fust apparent et prouvé; 
ce qui fait croire que les usages estoicnt dilTérens selon 
les royaumes- 
Toute sorte d'injure ne pouvoit pas estre vengée 
par les viiyes de la guerre. Il falloit que ce fust un 
crime atroce, capital, et public : «coustume suefre 
« les guerres en Biavaisis , entre les gentixliommes por 
(I les vilonies, qui sont faites apparens» (v.) : Ce sont 
les termes de Baumanoir, qui au chapitre suivant en 
donne l'interprétation par ceux-cy : «Quant aucuns 
« fui avenoit de mort, de niebalng, ou de baturc, 
« cil à qui la vilonnie avoit esté faite, déclaroit ta 
« guerre à son ennemy. a Ainsi ce qui donnoil sujet à 
cette espèce de guerre, estoit l'atrocité du ciime, 
cl qui pour l'ordinaire, dans l'ordre d'une justice re- 

(i] filai. Epiie. apuil Hier, Blaneam in Comment, ncr. /img, 
p. 7Î3. — (i) Bcaum.inu,r, Ch. Cu. 



i(^6 DlSSBRTATIOlfS 

glée f méritoit la peine de mort. Ce qui justifie encoK 
cette proposition, est ce qu'il ajoute ^ que quoy que 
le gentilhomme eut droit de poursuivre par les voyes 
de la guerre la réparation du forfait commis en sa 
personne, ou de ses parens, en d'autres occasions 
que celle de la guerre ouverte entre eux ; cela n'em- 
péchoit pas que le seigneur duquel celui qui avoit 
Élit l'injure estoit vassal, ne le fist juger et condamner 
par sa justice, et s'il pouvoit le faire arrêter , le livrer 
au supplice , suivant l'exigence et l'atrocité du crime. 
Ce qui avoit lieu même encore qu'après la guerre la 
paix se fust ensuivie, si ce n'estoitque ce fut par l'en- 
tremise du Roy, ou du baron seigneur de la partie, 
qui avoit commis le crime : « car autre signeur ne 
ce poeut fere ne soQrir ces manières de pez. » La rai- 
son pourquoy le seigneur peut poursuivre la vengeance 
de tels crimes, est, «que cil qui font les vilains mef- 
ce fez de cas de crieme, ne mefibnt pas tant seulement 
« à adverse partie, n'a lor lignage, mez au signor 
ce qui les ont en garde , et à justice. » 

Ce que j'ay remarqué des matières et des sujets qui 
donnoient occasion aux guerres particulières, sçavoir 
les crimes et les meffaits , ne semble pas estre général 
pour toutes les provinces ; car nous lisons que souvent 
on les a entreprises pour des différents meus au sujet 
des successions et des héritages. Ce qui est encore re- 
marqué par le cardinal Pierre Damien (i) : mais il 
faloit que ces sortes de guerres eussent esté ordonnées 
par le seigneur dominant. Ce que j'apprens particulie- 
ment d'un titre du cartulaire de Vendôme (a) : Qui" 
dam miles j nomine Fulcradus, vicarietatem alodiorum 

(i) Peir, Dam. /. 4, ep. 9. (a) Charta io3. 



SUE L SISTOISZ D-E E. LODTS. 44? 

vohiit calummari, tanidtjue inslantid perslilït, ut et 
inde bellum. indiceret nobis, judicio comitis Gaufridi. 
Paratis autem hominibus ad bellum procedenUbus j , 
agnovit non esse bonum certamen arripere contra do-' 
minum , etc. Je ne sçai si l'on doit rapporter à ce sujet 
la conslitution de l'empereur Frédéric II, qui se lit 
dans Alberic , qui deOend k ses vassaux de faire la guerre 
absque prœcedcnte (fuerimonid (i) : tant y a qu'il est 
constant que lesseigneurs elles gentilshommes ont sou- 
vent entrepris des guerres contre leurs voisins pour 
d'autres sujets que de crimes. L'Instoire nous en four- 
njt une infinité' d'exemples, et entre autre nôtre sire de 
Joinville, lorsqu'il traite de la guerre, qui se mût sous 
le règne de S. Louys entre le comte de Champagne et la 
reyne de Cyprc, au sujet de la succession de ce comté. 

Les guerres particulières ou privées se declaroient 
en diverses manières, sçavoir pariait, ou par paroles. 
Par fait, «quant caudes mellées sourdent entre gen- 
«1 tixhommes d'une part et d'autre : » c'est à dire, lors- 
qu'on en venoit à une querelle ouverte, et à mettre 
la main aux armes : et en ce cas, ceux qui estoient 
présens à la mêlée et à la querelle, esloient engagez 
dans la même guerre , suivans le party , à la suite du- 
quel ils se trouvoient : net lors doit-on savoir, que 
n quant elles viennent par fel, cil qui sont au fet sont 
n en la guerre , si-tost corne li fez est fet. » Les guerres 
se declaroient par paroles , « quant li un manece l'autre 
V à fere vitonnie , ou anjude de son cors, ou quant il 
'< le dellie de li et des siens :» c'est à dire, lorsqu'on 
en venoit aux menaces, ou que l'on faisoit porter 
les délis, ou défiances à son ennemy. 

(i) Atbtric. A. 1134. 



45o DlSSEKTATIOirS 

parlé de la guerre d'entre le dauphin de Viennois et le 
comte de Savoye : « Le dauphin requist par lignage 
« plusieurs de ses amis^ qui petit lui firent d*aide. » Ce 
qui a fait dire à Piei re Damian : Plerique mox lâ 
eis vis infertur injuriœ , ad indicenda protinus bdla 
prosiliunt, amiatorum cuneos instmunt, siajue hostes 
suos acriUs forte , quam lœsi f aérant ^ ulcisan- 
tur (i). 

Quand je dis que tous les parens des diefs de guerre 
entroient en guerre avec lui^ cela se doit entendre 
îus([uesau degré oh la parenté finissoit. Anciennement^ 
ainsi que Beaumanoir écrit, on se vengeoit par droit de 
guerre jusque au septième degré de parenté, parce 
qu'après ce degré la parente estoit censée estre finie , 
Tcglise ne souiTrant pas les alliances par mariage ^ 
sinon au delà du septième. Mais depuis qu'elle s'est 
relâchée de cette rigueur, et qu'elle les a sonfièrts an 
delà du quatrième, Tusage s'est aussi introduit que 
les parens qui passoient ce degré, n'estoient et ne 
pouvoient estre compris dans la guerre, comme pa- 
rens, quoy qu'en fait de successions , ceux qui sontplus 
éloignez en degrez, poussent hériter de leurs parens- 
D'où il conclut que ceux, qui sous prétexte de la 
guerre, attaquent les parens de leur ennemy plus éloi- 
gnez en degré que le quatrième , se rendent cou- 
pables, et se soumettent à une punition rigoureuse. 
Grégoire de Tours (2) rapporte quelques exemples à 
l'égard des parens qui entroient en guerre , ou du 
moins qui s'interessoient en la vengeance du crime 
commis en la personne de leur parent , qui est une 

(1) P. Damian, l. 4, ep. 9. — (a) Greg. Tur. l. 5, Jlùt, c, 5 , S3 ; 
l» S, c. \Sj l. 10, c. ay. 



SUR L HISTOIRE DE S. lOUYS. 449 

et de passer pour traître. Alberic (i) rapporte une or- 
donnance de l'empereur Frédéric II qui enjoint la 
nicmc chose, arrtît^e tk Francfort l'an mille deux cens ■ 
trente-quatre (2), qui fut renouvcUëe par deux autres, | 
l'une de Louys de Bavieres (3) l'autre de Charles j 
3V (4)- Cette dernière ordonne encore que ces de'fis si 
doivent faire dans les lieux de la demeure ordinaire 
de ceux à qui Ton déclare la guerre, pour éviter toute 
sorte de surprise. Car, en ces rencontres, on a 
tâche' d'employer toutes les pr(:cautions, pour évi- 
ter les occasions de trahison ; jusque-là qu'on fai- 
soit passer pour traîtres tous ceux qui portoieut 
la guerre à leui-s ennemis, avant que de les avoir 1 
défiez. (5) 

L'auteur de la guerre, c'est à dire celui qui la d^ll 
claroit, et qui se pre'tendoit offensé par son erinemy,,! 
est appelle par Philippes de Beaunianoir le quieve*^ 
taine, ou le chef de laguerre. Quant à ceux qui y eD" 
troient avec lui , les premiers estoient ceux de son 
lignage ; car la guerre estant ouverte et déclarée , toijs 
les parens du chef de la guerre y estoient compris sans 
autre déclaration particulière , et s'y trouvoient, le 
plus souvent enveloppez malgré eux, sous prétexte 
de venger l'injure faite à leurs parens , ou de les def- 
fendre, lorsqu'ils estoient attaquez, estant un fait qui 
regardoit l'honneur de la famille. Ce qui et justifié 
dans une histoire de France MS. (6), qui est en la 
bibliothèque de M. de Mesmes, à l'endroit où il est 
(t) ^ItHiric. — {1) Ui/old. Nortof. in Chr. Marc. A. .356. — 
(3) froUi. i.vol. ek. 35. — [4) ButU d'or de ChmUt tr, t-h. 17. _ 
(5) TurpiH in Carolo M. e. 17. ytutor Hiil. Uieroi. A. 1177. Rai- 
nald- A. iiSi, n. ii. Chr. Auitr. A, is;8. fUle-hard. n. m. — 
(Ë) Fol. ioi. 

3. ag 



45l DlfiSËRT ATlOKtf 

par amis. » Mais à l'égard de ceux qui ne s*estoient pas 
trouvez présens à la mêlée > ils avoient quarante jours 
de trêve y durant lesquels ils avoient le temps et la li- 
berté d'entrer dans la guerre , et de faire leurs prépa- 
ratifs pour cet effet, ou bien de faire leurs efforts ponr 
rechercher asseurement, ou la trêve , ou la paix. De 
sorte que celui qui, au préjudice de ces quarante 
jours accordez aux parens , les alloit attaquer, et leur 
faisoit outrage , soit en leurs personnes , soit en leon 
biens, ils estoient traitez comme trattres, et comme 
tels , s'il y avoit eu quelqu'un de tué, ils estoient traî- 
nez et pendus , et leurs biens confisquez. Que s^il n'y 
avoit que quelque blessure il estoit condamnée tenir 
prison , et en une amende à la volonté dupseigneur 
qui tient en baronnie. Bouteiller en sa somme ru- 
rale (i), dit qu'on appelloit ce delay la quarantaine 
du Roy , et écrit qu'elle fut ordonnée par S. Louys, 
qui commença par ce règlement à donner attainte à 
cette espèce de guerre, dautant que durant ce temps-là 
la plupart des parens cherchoient des voyes pour s'en 
tirer. Philippes de Beaumanoir fattribuë à Philippes le 
Hardy, son fils. Il est neantmoins constant que S. Louys 
fut le premier qui l'ordonna , comme on peut encore 
recueillir des lettres du roy Jean de l'an mille trois 
cens cinquante-trois, dont je parleray cy-aprés, où 
la substance de l'ordonnance de S. Louys est rappor- 
tée en ces termes : J^idelicet quod quodescumque ali- 
quœ discordiœ , rixœ , mesleiœ , aut delicta inter ali- 
quos regnicolas in motus calidi conflictu, vel alihs 
pensaUs insidiis , (versio gallica vêtus habet (2), en 

(i) Bouteiller, i. i , c. 34. ^ (a) Registre de VHosUlde la vilU 
à^Amiens. 



Sun l'histoire de s. louïs. 4^' 

cofitump qui a pass^ (iatis les siècles suîvaDS, où 
□on seulement les nobles, mais encore les roturiers 
se sont maintenus dans ce droit, ou plutôt dans cette 
injuste pratique, comme on peut juslilier par une in- 
finité de passages d'auteurs. Ils y estoient tellement 
I obligez, qu'ils ne pouvoient pas s'en dispenser sans 
renoncer à la parenté, et se rendre , par ce moyen , 
incapables de succéder à aucuns de leurs parens, 
i ou de profiter des amendes, et des intérêts civils, qui 
i pouvoient arriver des assassinats commis en leurs per- 
1 sonnes ■ cequi est expressément remarqué, ou plutôt 
I ordonne' dans les loix d'Henry 1 du nom (i), roy 
1 d'Angleterre. A quoy quelques sçavaus (a) rappoilmt 
1 encore l^titre de la loy salique : De eo qui se de pa- * 
\ rentilla tollerevult, où les cérémonies de cet acte sont 1 
j rapportées. 

I Mais parce qu'il arrivoit souvent que ceuï-du lï- 
I gnage ou de la parenté des chefs de la guerre, n'a- 
Toient aucune nouvelle de son ouverture, et des dé- 
fiances qui avoient esté portées, et ainsi estoient sur- 
pris par les ennemis de leurs parens, qui leur con- 
voient stis, et les attaquoient avant qu'ils eussent eu I 
avis des défis , l'on arrêta que ceux du lignage n'entre- ' 
roient en guerre, que quarante jours après la décla- 
icttion, et les défiances qui en auroient esté faites, si 
ce n'estoit qu'ils eussent esté présens au fait, c'est à 
dire, lorsque la guerre s'étoit ouverte par querelle et 
par voyes de fait. "Car cil qui sont au fait présens , se 
(i doivent bien garder pour lefét, neverscixne quiert 
I R nule trive devant qu'elle est prise par justice, ou 

(l) /./,. Hinricil.c. 88. — (a) M'tn.UUn. in Glo„. ad irg- S..I 
y. AlvinotfaiU,. 



4.54 DISSERTAT rONS 

estoit de même des parcns (i) qui s'interessoient libre- 
ment dans ces guerres avant ce temps-là ^ et qui se 
trouvoient avec armes avec les chefs de la guerre, et 
paice que cette ordonnance estoit émanée du Roy, les 
juges royaux ont soutenu autrefois , que Tinfraction de 
la quarantaine, même dans les terres des hauts josti- 
cicrs, estoit un cas royal. Mais au récit de Bouteiller^ 
il fut jugé qu'il y avoit lieu de prévention en ce cas, et 
que si les officiers des hauts justiciers prevenoient ceux 
du Roy, la connoissance leur en appartenoit, et ainsi 
au contraire à Tégard des officiers du Roy. Il est parlé 
de cette quarantaine dans Thistoire des évesques de 
Liège (2) , et des comtes de la Mark (3). 

Or, parce que ceux du lignage et de la parente des 
deux parties estoient compris dans la guerre , Phi- 
lippes de Beaumanoir résout que deux frères germains 
ne se pouvoient faire guerre par coutume , et en ap- 
porte cette raison , dautant que Tun et l'autre n'ont 
point de lignage qui ne soit commun à tous les deux; 
et que celuy qui attouche de parenté également les deux 
chefs de la guerre , ne peut et ne doit s'y engager. De 
sorte que si deux frères estoient en différent ensemble , 
et l'un d'eux mefFaisoit à l'autre , il ne se pouvoit ex- 
cuser sous prétexte du droit de guerre ; non plus que 
celuy des parens communs qui seroit engagé au se- 
cours de l'un d'eux pour lequel il auroit eu plus d'a- 
mitié ou d'inclination : si bien qu'en ce cas le seigneur 
devoit punir rigoureusement celuy qui avoit méfiait à 
l'autre. Il en auroit esté autrement , dit le même au- 
teur , de deux frères consanguins , ou utérins , entre 

{i) Bouteillier. ~ (a) Jo. Hooiem, ui Adolpho à Marka Epite. 
Çcod. c. a3. — (3) Le^ol, IVort. in Chron, Mark. A, i356. 



SUR l'iustoiive nie s. tours. ^5^ 

lesquels il auroit pu arriver guerre, paice que rnn a 
des paretis que l'autre n'a point. Mais quant auxpnrens 
communs , et qui approchent et altouclieot egalL'ineut 
de parenté l'un et l'autre , ils pouvoient et uWaie dis- 
voient s'excuser d'entrer en guerre. 

Quoy que les parens éloignez fussent exclus , ou 
pifttût dispensez de la guerre, ils pomoient neant- 
moins s'y engager de leur propre mouvement , en se 
déclarant pour l'une des deux parties : ce qui se faîsoit 
ou par delSs, ou par fait. Par exemple, dit PliJlippes 
, de Beaumanoir , si quelqu'un alloit au secours et en 
la compagnie de l'une des parties avec armes , ou s'il 
luy préloit ses armes et ses chevaux , ou sa maison 
pour l'en aider à combattre son ennemi , en tel cas 
ce parent se mettroît et s'engagcroit dans la guerre 
par son fait; et s'il lui arrivoil disgrâce, ou mcdait, 
celuy qui en seroit l'auteur aurait juste raison de s'en 
excuser pur le droit de la guerre, quoy qu'il fust 
égah-ineot parent des deux parties. D'où il conclut 
que celuy-là se mettoit dans la guerre , qui alloit 
au secours de celuy qui faisoit la guerre, quoy 
qu'il ne luy eust appartenu en rien de parenté : 
« Car qui tant ayme les parties qui sont en guerre , 
Il qu'il se mette en s'aide et se compaignie , por 
« grever ses ennemis, il se met en la guerre, tout 
« soit ce qu'il ne leur appartienne de lignage «. 
La chronique des comtes de la Mark (i ) nous donne 
des exemples des delliances envoyées par les parens 
éloignez , qui confirment ce que Philîppes de Beau- 
manoir écrit à ce sujet, et les auteurs en four- 
nissent d'autres qui justi&ent que ceux qui entroient 



456 DISSEKT A^TIOUS 

en guerre pouvoient encore tirer du secours de leurs 
alliez ; ce qui se faisoit en suite des traitez d'alliance ^ 
et de ligue offensive et deffensive, tels que sont ceux 
que les historiens des maisons de Vergy (i) et d'Au- 
vergne (2) , M. de Boissieu (3) , le P. Yigner (4), et 
autres auteurs nous représentent. 

Quoy que ceux qui s'estoient trouvez au fait, qui 
avoit donné matière à la gueiTe , y fussent compris 
comme complices sans autres deflfcinces , que celles 
qui se faisoient aux chefs de la querelle , et à ceux 
qui avoient fait l'outrage et le meffait, tels complices 
neantmoins pouvoient se tirer de la guerre en faisant 
appeller l'ennemi en la justice du seigneur , pour en 
sa présence dénier avec serment d'avoir jamais con- 
senti au meffait qui avoit donné sujet à la guerre ^ 
avec protestation de ne secourir directement ni in- 
directement sa partie y ni ses amis; et le serment 
estant fait, le seigneur le devoit asseurer en sa per- 
sonne seulement , et il devoit demeurer en paix , si 
ce n'est que la partie adverse ne le voulust directe- 
ment accuser du fait. 

Entre ceux du lignage , les clercs , c'est à dire ceux 
qui estoient engagez dans les ordres ecclésiastiques , 
estoient exceptez, comme encore les religieux, les 
femmes , les enfans mineurs , et aussi les bâtards , 
si ce n'est qu'ils se missent en la guerre par leur 
fait. On exceptoit encore ceux qui s'estoient mis dans 
les hospitaux et les maladeries, ceux qui au temps 
que la guerre s'étoit meue estoient dans les terres 

(1) Hist. de la M. de Vergy ,1. 5, c. a. — (a) M. Justel enVHist. 
à*Auwergne^p. i6a. — (3) M. de Boissieu de l'usage des Fiefs, en. 
«— (^) Vigneraux Oen. d* Alsace, p, i^6. 



" «un l'histoiee de s. louvb. 4^7 

""d'outremer, ou en peleiinage éloigné, ou envoyez 
' D» Cn teires étrangères par le Roy , ou pour le bien 
'^f public ; parce qu'il auroit esté bien injuste que ceux 
e^ qui estoient ainsi dans les voyages lointains pussent 
P-^ estre attaquez ou tuez dans les lieux où ils se se- 
roient trouvez , ou bien en faisant leurs voyages , 
m avant qu'ils eussent rien sceu de la guerre ni des 
la deflîances , et ainsi il en seruit arrivé de grands itv- 
oi, conveniens , qui n'auroient pas tant passé pour des 
e&. vengeances que pour des insignes trahisons. Quant aux 
,6: femniesque j'aî dit estre exemptes du droit de guerre, 
tn *t ne devoir estre comprises entre les parens qui en- 
fi tfoientnecessairemcnt dans la guerre , c'est parce que 
ri c'est un fait d'armes , dout elles ne sont pas capables. 
jj Ce qui nous ouvre la raison pourquoy les loix des Lom- 
g bars (i) ne vouloîent pas qu'elles pussent profiter de 
Il l'amende et des interests civils qui estoient ordinai- 
, rement accordez aux parens de ceux qui avoicat esté 
assassinez ou tuez. Jusque là même que si le mort 
n'avoit laissé que des filles, ces interests passoient aux 
parens à leur exclusion : Quia Jlliœ ejus , eb qubd 
Joemmeo sexu esse probantur , non passant ipsamjài- 
dam levare , où ces termes , levarc faidam , ne signi- 
fient rien auti-e rhose que ce que nous disons lever 
ramciidc , et les interests civils , dont on esloît 
convenu , ou qui avoient esté ordonnez par le juge. 
Le motif de cette loy est pai'ce que les filles n'estant 
pus de condition à porter les armes comme les 
hommes, elles n'estoient pas en état de tirer la ven- 
geance de l'injure ou du raellàit commis en la personne 
de It^urs parens, ni d'obliger ceux qui avoient fait 
{,^) Ltg. Long. t. i,tU. 9, $. <g. 



4-^8, DISSERTATIONS 

l'attentat h payer des interests civils*, et Tainende dont 
le fruit et le profit ne devoit , et ne pouvoit passer 
qu'à ceux qui par la force des armes les contrai- 
gnoient à venir à une composition légitime. 

Outre ceux du lignage , et les amis^ qui se décla- 
roient volontairement pour l'une des deux parties , les 
vassaux et les sujets des chefs de guerre y estoient 
compris , et généralement ceux qui estoient obligez 
d'aider et de secourir leurs seigneurs , « cix à qui il 
« convient faire ayde par reson de signorage ». Tels 
sont les hommes de fief, les hostes acause de leurs 
hostises , les hommes de corps , qui estoient tenus de 
secourir leurs seigneurs, lorsqu'ils estoient en guerre, 
quoy qu'ils ne leur eussent pas appartenu de parenté. 
De sorte que tant qu'ils estoient à la suite , et au 
secours de leurs seigneurs, ils estoieut censez estre 
en guerre. Mais lorsqu'ils estoient retournez en leurs 
maisons, on ne pouvoit pas les attaquer, ni trouver 
mauvais qu'ils eussent porté les armes pour lui , veu 
qu'en ces occasions ils s'estoient acquitez des devoirs 
ausquels la qualité de vassaux et de sujets lés obUgeoit 
envers leurs seigneurs. Cecy est exprimé en divers 
endroits de nos histoires, et particulièrement dans 
les anciennes coutumes du monastère de la Reole en 
Guienne(i),qui portent que les vassaux et les hommes 
de Taurignac, de S. Michel, et de Guarzac estoient 
obligez de venir au secours du prieur , lorsqu'il auroit 
guerre en son nom , à raison des fiefs qu'ils possédoient 
dans l'enceinte de la ville. 

Ce seroit icy le lieu de parler des fiefs rendables 
0t jurahles , dont les possesseurs estoient obligez 

(l) To. 2 , Bihl, Làbei. 



SUR l'histoire de s. i.ouïs. 4^9 

de rendre et de remettre leurs cliâleaiix et leurs 
forteresses au pouvoir de leurs seigneurs, pour s'en 
servir contre leurs ennemis dans leurs guerres propres. 
On pourroit aussi traiter en cet endroit du droit 
d'host et de chevauchée , auquel les vassaux et les 
sujets estoient tenus durant les guerres de leurs sei- 
gneurs , et des diverses conditions de ces droits ; mais 
ct's matières sont de trop longue baleine, et contien- 
nent trop d'antiquitez pour estre renfermées en cette 
dissertation. Je reserve seulement de traitter des fiefs 
rendables et jurables en la suivante, parce que c'est 
Vm sujet assez curieux. 

Ceux qui esloient àla solde des deux parties, estoient 
aussi ccnsez eslre en guerre, tandis qu'ils esloient à 
leur suite et en leur compagnie, et lorsqu'ils en estoient 
partis ils estoient hors de la guerre, et on ne pouvoit 
leur mesfaire , ni leur courir sus avec justice , et sans 
encourir le lilâme. 

Encore bien que les gentiis-iioranies eussent le droit 
de guerre, si est-ce qu'ils ne pouvoient pas attaquer 
par cette voye le seigneur, duquel ils relevoicnt , ni le 
defTier : et s'ils en usoient autrement , ils confisquoient 
leurs fiefs, particulièrement si le seigneur qui estoit 
appelle de trahison ou de meurtre, offroit de s'en 
deifendre par les voyes de la justice, et devant ses 
pairs (i). 

Apr^s avoir trailté de ceux qui entroient en guen-e , 
pour suivre l'ordre que j'ay établi au commencement , 
il ne reste plus que de voir quelles ont esté les voyes 
pour la faire finir. Philippesde Beaumanoireii rapporte 
plusieurs, dont la première est la paix, Lorsque lapai^ 

(il F.lablisi. de S. Loiiyi. t. i. 



I 



46o DISSEKT ATIOKS 

estoit faite, signée, asseurée sous de bonnes cautions 
et sous de bons pièges, tous ceux qui estoient en la 
guerre, tant les chefs, que les parens, et les amis 
estoient obligez de la garder. Il n'estoit pas même né- 
cessaire que tous les parens des deux partis qui estoient 
de la guerre eussent esté presens à la conclusion et à 
l'arrêté de la paix : il suffisoit qu elle eust esté faite et 
signée par les deux chefs de la guerre. Que s'il y avoit 
quelqu'un des parens qui ne voulust pas y donner 
son consentement et l'accorder , le chef de la guerre , 
au secours duquel il estoit, devoit avertir l'autre et 
lui mander qu'il se donnât de garde de lui, et cet aver* 
tissement estoit tellement nécessaire , que s'il en fust 
arrivé inconvénient, ou mesfait, ilpouvoit estre pour- 
suivi de paix brisée. Les chefs de la guerre dévoient 
encore faire en sorte que leurs parents et leurs amis 
s'abstinssent de tout acte d'hostilté, en leur donnant 
avis de la conclusion de la paix ; car ce n'auroit pas 
esté une excuse de dire qu'on n'en auroit pas eu d'avis. 
D'autre part ceux qui avoient déclaré qu'ils ne vou- 
loient pas entrer en la paix , ne pouvoient estre aydez 
ou secourus par ceux qui avoient fait la paix, pu ceux 
du lignage qui estoient en la guerre, si ce n'est qu'ils 
eussent pareillement fait sçavoir à l'autre partie , qu'ils 
ne desiroient pas entrer en cette paix, autrement on 
les auroit pu accuser de bris et d'infraction de paix. 
. Or la paix se faisoit en trois manières, sçavoir par 
fait et par paroles j parfait sans paroles ^ ou par 
paroles sans fait : ce qui est ainsi expliqué par Phi- 
lippes de Beaumanoir. Celuy-là faisoit la paix par fait 
et par paroles qui mangeoit et beuvoit , ou se trou- 
voit en compagnie avec celuy qui estoit son ennemy , 



>t RE DE S. LO 



46 1 



il t 



. De s 



1 estoit en guerre- 
cela il anivoit qu'il l'attaquât par voye de fait, ou lui 
fist outrage , il pouvoit estre mis en justice comme 
triiîlre , et pour avoir brisé la paix. Celuy-là faisoit k 
paix par paroles sans fait, qui en présence de ses amis 
et d'autres personnes d'honneur, ou même devant les 
juges declarott qu'il estoit en paix avec son ennemy, 
et qu'il la vouloit garder à l'avenir. Ceux qui estoient 
en pnix par fait sans paroles estoient les parens, ou 
ceux qui estoient du lignage des chefs de la guerre qui 
avoient fait la paix, et qui n'avoient fait aucun man- 
dement, ni deffiance, mais alloient et conversoient 
avec ceux qui estoient auparavant leurs ennemis : car 
ils faisoient assez voir par effet qu'il n'y avoit pas lieu 
de se garder d'eux, puisqu'ils paroissoîent aux yeux 
d'un chacun pour amis. 

Les traittez de paix qui se faisoient pour terminer la 
guerre par cofttume estoient ordinairement emologuez 
et enregistrez aux registres des justices des seigneurs 
dominans. Du moins j'en ay rencontré un qui est in- 
séré dans un registre de la chambre des comptes de 
Paris (i), contenant les arrests et les jugemens rendus 
en l'an mille deux cens quatre-vingts huit aux grands 
joui-s de Troies, où présidoient pour lors l'évesque de 
Senlis , Maître Gilles Lambert, Mons. Guillaume sei- 
gneur de Grancey , et Gilles de Compiegne : et parce 
que cette pîece nous représente la formule de ces 
traittez , je ne feray pas de difficulté de la donner en- 
tière sous le titre de « BalUvia de f^itriaco. C'est la paix 
•> de Raolin d'Argées, et de ses enfans, et de leur 
« lignage, d'une part : et de l'JIermite de Sethenai, 
ar M. itJIerout'ai , J'ol. r^. 



462 DISSERTATIONS 

« et de ses enfans, et de leur lignage , et de totes ses 
« aidans y d^autre part, apportée en la cour de Cham- 
« pagne. Li Hermite jura sur sains li vuitiesme de ses 
« amis, que bien ne li fu de la mort Raolin d'Argées, 
ce ains l'en pesa plus, que biau ne Fen fu : et a donë 
ce li Hermite cent livres as amis Raolin le mort pour 
<c faire une chappelle, où Fen chantera pour Famé 
<c dou mort : et en doit aler Girard li fils FHermite 
a outre mer , et movoir dedans les octaves de la S. 
<c Rémi, et revenir quand il voudra : mais que il aport 
« lettres que il ait esté outremer par le tesmoing de 
c( bones gens. Et parmi ce fait , il est bone pais des en- 
« fans Raolin d' Argées , et de leur lignage , et de tous 
« leurs àidans d'autre part. Et requerent li enfant 
« Raolin à la court, que se li enfant FHermite , ou li 
« ami requerent lettres de tesmoignage k la court, 
« que la cour leur doint. Et cette pais ont rapportée li 
c< Ckastelains de Bar, et li sires de JNoroie, et Mess. 
« Gauchier de Cornay, seir qui lesdites parties se 
« mistres , si com il dient. Et ceste pais la court a re- 
« cheuë, et fait enregistrer, sauf le droit le Roy et 
« Fautrui. » 

La seconde , ou plutôt la quatrième manière de faire 
cesser la guerre, qui se faisoit par coutume, estoit 
Fasseurement (i). Le seigneur dominant, ou le Roy^ 
commandant aux parties chefs de la guerre de s'asseurer 
réciproquement, ce qui se faisoit de la sorte : Fune des 
parties qui ne vouloit pas entrer en guerre, on qui y 
estant entrée , parce qu'elle estoit la plus foible , en 
vouloit sortir, s'adressoit à son seigneur, ou à sa jus- 
tice, et requeroit que sa partie avec laquelle elle 

(i) Beauman. eh. Sg 



SUR l'histoire de s. louys. ^6i 

esloit en guerre, ou estoit prest d'y entrer, eust à lui 
donner asseurement, c'est à dire asseurance qu'il né 
luy seroit fait aucun tort , ni en sa personne, ni en ses 
biens , se remettant au surplus du différent qui avoit 
causé la guerre , à ce que la justice de son seigneur en 
décideroit , ce que le seigneur ou sa justice ne pouvoit 
refuser; et alors il enjoignoit à son vassal de donner 
asseurement à sa partie , laquelle estoit obligée de le 
faire o])server par ceux de sa parenté ou de son lignage : 
en sorte que si l'asseurement venoit à estre enfraint 
ou brisé, celuy qui l'avoit enfraint, et celuy qui l'a- 
voit donné, quoy qu'il fust constant qu'il n'eust pas 
esté présent au fait, pouvoiént estre traduits en la jus- 
tice du seigneur pour bris, ce qui n'estoit pas de la 
trêve , de l'infraction de laquelle celuy seul qui l'avoit 
brisée estoit responsable. Ce qui a fait dire à Philippes 
de Beamanoir , que quoy que le lien de la paix qui 
a esté traitée par les amis communs, ou qui a esté 
faite par autorité de la justice , soit bon et soit fort, 
neantmôins le lien d'asseurement est encore plus puis- 
sant, et plus assuré. L'asseurement differoit de la trêve, 
en ce que la treize est une chose qui donne seureté de la 
guerre el tans que elle dure , et l'asseurement aussi bien 
que la paix, estoit pour tousjours. Il dilïèroit encore 
de la paix et de la trêve , en ce que le seigneur pou- 
voit contraindre ses deux vassaux chefs de la guerre à 
faire la paix , et à accorder la trêve , mes de V asseu- 
rement se devoit-il souffrir , se l'une des parties ne le 
requeroit. Il est parlé dans lés loix des Lombards (i), 
des trêves enjointes par le ministère des juges. Il y a 
une ordonnance de S. Louys donnée à Pontoise au 

(i) Lex Longob, Lu, lit, 34* 



4-64 DlSSERtÀTIOJfiïS 

mois d'octobre Tan mille deux cens quarante-cinq, par 
laquelle il enjoint à ses baillis , quatenus de omnibus ter- 
ris etfaidiis suce balliviœ ex parte Régis capiant, et 
dari faciant rectos tres^gas , jus faciendo ah inslantx 
nalivitatis B, Joan, Bapt, in quinque annos duraturas, 
sans attendre que les parties les requissent, voulant 
qu'elles fussent contraintes de les accepter ; laquelle 
ordonnance se fit dans le dessein du voyage d'outremer, 
qui ne s'exécuta que trois ans après. En quoi il suivit 
l'exemple de nos premiers conquerans de la Terre 
Sainte, qui arrêtèrent entre eux, et ensuite de ce qui 
en avoit esté ordonné au concile de Clermont , ut {i) 
pax {quœ verbo vulgari trev^ga dicitur) ab omnibus 
obsen^aretur illibata , ne ire volentibus , et ad neces- 
saria discurrere , ullwn ministraretur impedimentum. 
Ce sont les termes de l'archevesque de Tyr , au sujet 
de cette trêve , qui fut appellée la Trêve de Dieu (2), 
comme ceux qui sont versez dans nos histoires , sçavent 
assez. 

L'asseurement se demandoit au plus prochain du 
mort au dessus de quinze ans , s'il y avoit meurtre , ou 
assassinat. S'il n'y avoit que quelque blessure , ou des 
coups donpez , il se demandoit à celui-lk même , qui 
avoit esté blessé ou frappé. Que s'ils se détournoient, ou 
s'absentoient pour ne pas consentir à la trêve , ou à 
l'asseurement, le seigneur les devoit faire appeller par 
quinzaines. Et dautant qu'il pouvoit y avoit du péril 
dans les délais , il devoit envoyer des gardes sur celui 
de qui on requeroit la trêve, ou l'asseurement: et si 
lors les délais expirez , il ne vouloit pas comparoir en 

(1) frui, Tyr, /. 1 , c. i5. — (a) Alhtric, A, logS. Orderie, VM. 
i. 9 et al. 



SUR L^HISTOIRE DE S* LOTJTS. 4^5 

la cour de son seigneur, il estoit condamné au bannisse- 
ment ; et alors on s'adressoitau plus prochain du lignage 
pour demander la trêve ou Fasseurement. Ce qui (est 
encore exprimé dans les anciennes coutumes de Ten-^ 
remonde (i). Que si enfin celui-cy ne vouloit pas les 
accorder , le seigneur prenoit le différent en sa main , 
et faisoit défenses aux uns et aux autres de se mesfaire • 
à peine de confiscation de corps et de biens. Guillaume 
Guiart (2) en son histoire de France a représenté fort 
naïvement cet usage des asseuremens, en la vie de 
Philippes Auguste , en ces vers r 

Cils d'Augi (3), et cils de la Marche , 
Que Jouhan (4) orendroit emparche. 
Estaient pour s* amour aquerre^ 
Guerroyer en estrange terre. 
Quant ils oient le mauvais fait , 
Dont li rois Jouhan si ert mesfait , 
Qu'a ne doivent jamais amer , 
Au roy François s'en vont clamer^ 
Pour Dieu li prient qu'il Us oie. 
Phelippe au roy Jouhan envoie , 
Et li soupplie doucement, 
Qu'aus comtes face amendement . 
Du forfait dont se sont clamez y 
Si qu'il n'^en soit plus diffamez. 
Ou sans soi de droit reùser , 
Si viengne en sa cour escuser. 
Et pour avoir pais plus seure , 
Veut que les comtes asseure 
En chemin et en destoumée . 
Cils li met certaine journée , 
D'estre en sa cour pour deffendi^ 
De ce dont l'en le veut reprendre. 
Sans faire l'asseurement , 
Come cil qui ne quiert purement 

(i) Art. i5. apud Lindan. in Teneren. /. i , c. 9. — (2) Guiart 
MS, A. laoï. — (3) C. dPEu. — (4; il ^Ang. 

3. 3o 



466 DIBSE&TÀTIOJN s 

SqU que leur pais soUfrance et quasse. 
Li rois de France fait la muse, 
Jouhan ne vient , nul ne Vescuse , etc. 

Et plus bas : 

Au rois JeuhMn itérée foi$ mande , 
Et par ses lettres U commande , 
' Sellées de cire à gomme , 

Cerne à celui qui est son homme , 
Que vers le» oomtes face tant. 
Dont il se va entremettant , 
Que chascun apaié s'en tiengne , 
Ou en sa courplaidier en çiengne , 
Et qu'il veuille asseurer. 
Ou se ce non , il peut jurer ^ 
Que li Rois , qui en lui se fie , 
De lui et des siens le dlsfie . 

Que si ni l'un ni l'autre des deux chefs de guerre ne 
vouloient pas requérir, ni demander tr^ve ou asseu- 
rement , le roy saint Louys par son édit ordonna que 
tous ceux qui tenoient leurs terres en baronie , quand 
ils auroient avis des défiance^ , pourroient obliger les 
parties à donner trêve ou asseuren[ieut ^^ sôus les peines 
énoncées cy-dessus. 

L'asseurement estoit réciproque , è'fest à dire que la 
seureté et la promesse de nefaireaucunmesfait à sa par- 
tie, ainsi qu'il est porté en la coùtuàie de Bretagne (i), 
soit de la part de celui qui la donnoît, et à qui on la 
demandoit , soit de la part de celui qui la requeroit. 
Et alors on expedioit des lettres et des actes souscrits 
des pleiges et des cautioiid, qt»e les pa^rties g^rdoient. 
En voicy un tiré du cartulaire de Champagne (a) de la 
bibliothèque de M. de Thou : Ega MaUiuBus dux Lo- 
thoringiœ et Marchio notum fado etc. Qubd eg9 

(jL) Coût, de Bret. art. 669 fa) JPoL aoy. 



SUR l'histoire de s. louvs. 4^^ 

'Hgnetem de Novacastro et Petrum Jïlium ejus assecu- 
ravi , nunquam. in personas eorum. manus violentas 
mi^surus, sed eos eadem liberiate, ifud anlè frueèanturi 
gaudere permiltnm. Super quo obsides dominant meam 
B. Cmitissam Trecensem palat. etD. meum Th. Comi~ 
temCampanlœ Jïlium ipsias Comitisxte, etc. act. anno 
1221. 11 y a au quatrième volume des bisloriens de 
France(i)nn autre asseureraent d'Henry II roy d'An- 
gleterre , où la seurete àoimée est réciproque, avec 
promesse de faire la paix , qui 8«roit arrêtée par ceux 
qui y sont nommez. 

L'asseurement est une dépendance de la haute jus- 
tice ; en sorte que le bas justicier n'a pas droit de 
contraindre de donner trêve , ni de faire faire asseure- 
ment, comme Philîppes de Beanmanoir écrit formel- 
lement. Ce qui est aussi spécifié dans les coùtumt-s de 
Troyes , de Bar-le-Buc , et de Sens (•«), Je n'approuve- 
rois pas toutefois , ajoute-t-il , que ceux qui se seroient 
accordé la trêve les uns aux autres devant un seigneur 
has justicier , qui n'atu^oit pas le pouvoir de la rece- 
voir, ou deFordonner, se bazardassent de la briser 
ou l'asseurement ; car les trêves et l'asseurement se 
peuvent donner sans l'entremise du seigneur : et celui 
qui les aoroit violez ou brisez, ne seroit pas moins 
coupable, ni sujet à de moindres peines, que si les 
trêves et les asseuremens avoient esté ordonnez par 1« 
Roy, «car trives ou asseuremens se poeni faire entre 
(< parties par paroles, tout .tans justice (3). » 

Comme donc il n'appartenoît qu'aux hauts justi- 
ciers de donner la trêve , ou l'asseurement , aussi la 



(O To. 4, Hitl. Fr.p 
nar-U-Duc. art. 3q.<ieA'. 



581. 



il) Coul. âe Troya, an. ni; Je 
.170. f:\. ^[i) Btauman. ch.6t. 

3o. 



^68 DISSERTATIONS 

connoissance de l'infraction ou du bris qui s'en feisoit, 
estoit pareillement de leur ressort. Les étaUissemens 
de S. Louys (i) : « Se ainsinc estoit que uns home 
« eust guerre à un autre, et il venist à la justice pour 
« lui fere asseurer , puisque il le requiert , il doit fere 
« jurer à celui de qui il se plaint, ou fiancer, que il ne 
« li fera domage , ne il , ne li fieu ; et se il dedans ce, 
« li fet domage, et il en puet estre prouvez , il en sera 
ic pendus : car ce est appelle trive enfrainte, qui est 
(c une des grans trahisons qui soit : et cette justice si 
« est au baron. » Neantmoins je trouve (2) que par 
arrest du mois de.mars 1287 , les majeurs et les es- 
chevins d'Amiens furent maintenus en la connaissance 
du bris des asseuremens qui avoient esté faits devant 
eux, contre le bailly d'Amiens, qui soûtenoit que l'as- 
seurement estoit des dépendances du meurtre, dont 
la jurisdiction ne leur appartenoit point, mais au 
Roy, 

Or la trêve > ou l'asseurement ne se brisoient pas par 
un différent survenu de nouveau, et qui n'avoit rien de 
coinmun avec le premier sur lequel la trêve oa l'asseu- 
rement avoient* esté donnez ; ce qui se doit entendre 
entre ceux du lignage des deux parties , qui ne fian- 
cèrent pas la trêve , ou l'asseurement ; car ceux qui di- 
rectement, et en leurs personnes, avoient donné la 
trêve et l'asseurement , nepouvoient entrer en guerre, 
sans encourir la peine du bris et de l'infraction de l'une 
et de l'autre; mais ils estoient obligez de se pourvoir 
par les voyes delà justice. Les assises de Champagne (3) 
en l'an lug'j : Dicebat qubdpostquam à dicto milite fuc 

. (1) L. 1.-^ (a) Reg, des Charles de VHoaUl de Ville à^ Amiens , foi 
34* -^ (3) L, \, ch 34. V' Rag^eau, 



SU& L BISTOl&B DE S. LOCTS. 4^9 

rat assecuratus , Jictus miles eum cum armis invaxerat, 
et cruHeliter ijulneraverat , etc. Quarc diclus clericus 
pcfehat apponi sibi remedium opportunum , et ijuœdam 
eme.nda competens sibijierel de excessu memorato, etc.- 
Tuule la matière des asseuremens est traitée fort au 
long par Bouteiller en sa somme rurale , dans quelques 
coutumes, et particulièrement dans les usages MSS. 
de la cité d'Amiens, dont l'extrait mérite d'estre icy 
insère. « Se mellée ou manechcs ont esté entre les 
n jurei, li maires à la requeste de chiatis qui se dou- 
K tent, ou sans leur requeste, se li maires doute kîl 
e i ait péril, il fera l'une partie et l'autre aaseurcr, 
(■ et tuil chil qui on ara fait le lait autresi. Et li un 
«1 et li antre feront asseurement plain d'aus et des leur 
« à cliîaus, et à leur, pourche qui sunt du contens 
« kief. Mais s'il avenoit que l'une des piuties desist, 
o ou les deux parties, qui ne vausissent asseurei" de 
R lui , ne des siens , pour le péril d'aucun de son 
" lignage , qui ne fust mie en le vile , ou qui .fnst 
u clercs, ou croissiez, qui nepeust meltre en l'asseu- 
II rement , il asseiiroît taiitost plainement , fors de 
« ses amis forains , et des clercs et des croisiez , et 
» donroit un jcmr saffisant de nommer par nom et 
Il par seurnom les clercs et les croisiez , et les forains, 
a et cliiaus qui ne porroit meltre en l'asseurance , et 
H sen seroit creable par son sairement k'il en feroit 
u son pooir, sans le sien donner, et adiu pour les 
Il converra par nomet par seurnom nommer, et les 
n mettre hors, et en sera hors de l'assearement, et de 
« chu péril, et tous chu lignages ki li ara mis en l'as- 
w seulement, i seront, et cens k'il ara mis hors, n'en- 
« seront mie. Derekief, quicunques ait asseuré plaî- 



470 DISSERTATIONS 

«c nement autrui lui et les siens , de lui et des siens, 
fc sans mettre ne cler, ne croisié hors, et après en 
ce veille, mettre les clercs et les croisiez hors, il ne 
<c porra nul mettre hors. Derekief aucuns estranges 
« ou foraiq$ à mellëe ne contens à ciax de le vile , et 
« il vient , ou soit atains en le vile , li maires le doit 
c( contraindre et retenir tant k*il ait fait aseurement 
fc envers celui à qui il a contens , et s'il i a eu caup 
<c féru , ne menaches , li maires le tenra tant k'il ait 
tt assure plainement de lui et des siens , et tant con 
a li païs et le banlieue s'estent, ne ne porra les forains 
<c métré hors, fors les clercs et les croisiez, et que-i 
a mandera li maires à slon juré faire autre tel aseure- 
« meii<4 Derekief ,s'aucuiis a asseuré, et Fautre partie 
« ne 5oit mie de le vile, et ne veuUe mie aseurer, le 
<c partie qui aseure puet requere au maieur k'il soit 
« quite de Taseuremen t, puisque cil ne veut mie aseu-» 
« rer. Li maires doit Tasenrement restaindre et 
« r'^peler dusques à che que l'autre partie ait aseure. 
a Derekief, se li maires quémande aucun a tenir païs, 
€( ou à aseurer chelui sans plus de lui sans plus, nus 
«: n'est en péril de l'aseurement, se chil, meimes ses 
a cors non, et sine fourfait proprement au cors celui, 
<( et s'il li mesfaisoit , n'enfraignoit l'aseurement et 
ce atains en estoit, on abatroit se maisoin, ne ne souf- 
<c ferroit on à demourer en le vilç duc à tant k'il aroit 
ce paie 60 livreâ, 3o 1. à le quemungne, et 3o l. au 
a Roi. Derekief, quiconques ait aseure plainement 
ce autrui de lui et des siens, celui et les siens, et se 
c< chil qui a aseure mesfaisoit à nullui de s^en lignage , 
ce puis ki les a mis en Tasseùreinent ; on abatroit se 
t^ m^iâon , pour 1- aseurement k'il aroit eofràint , et 



SUR LHIBTOTItB DE G. LOUTS. 4? ' 

(- payera d'amende 60 1. io 1. au Roy , et 3o 1. à le 
" quemugne. Et puis k'il aia fait gré à le vile et au 
i< Roy , il ara sa teneure , et s'il aveiioit k'il ne fust mie 
v tenus , il sera banis de le vile et de la banlieue de 
« le cliite' d'Amiens , dusques à cbe k'il ara payé che 
•« ki devers, et fait gre, et puis r'aia sa teneur, De- 
«t rekief, se li bonies et le feme tant corne il sunt en- 
« samblc, et leur biens de kéniun, li uns ne puet 
<i ne ne doit estre asseurez de l'autre. Derekief, 
« s'aucuns a fait à feme aucun fourCùt , dont il si- 
« doute à lui et as siens , s'ele s'en veut clamer à le 
» justiclie, si en ara plain droit. Et feme ne puet 
« aseurer de lui, ne des siens, sans son baron pre- 
« sent. Derekief quiconques ait ascuré de lui plaine- 
« ment de lui et des siens, se feme est en l'aseure- 
« ment aveuc lui , car li liom est cliiez de se feme , 
« et quiconques soit aseurez pleinement il et li sien, 
« se feme est aussi en l'aseurement , et est aussi aseu- 
« rée en l'esgart de l'aseuremcut. Derekief, aseuré- 
n mens n'et enfrais, se par ire laite, n'i a eu caus 
« férus, ou jetez, ou atains, ou mis mains l'un à 
« l'autre. Derekief, puisque chii qui est aseurez fait 
« pais à chelui qui l'a aseuréli aseuremens est cheus 
« plainemenL Derekief, puisque cliil qui a aseuré, 
D mangue et boit aveuc celui k'il a asseuré, li aseu- 
u remens est plainement cUeus, et jus mis ». 

La troisième manière de finir la gucne, au rapport 
de Beaumanoir, estott quand les parties plaidoient 
encore par gage de bataille, d'un faict, pour lequel 
ils pouvoient estre en guerre , c'est à dire , lorsqu'elles 
s'estoient pourveuës devant la justice du seigneur, et 
que le juge avoit ordonné que l'aiTaire se de'cideroît 



^n«& DISSEKTÀTIONS 

par le duel : car on ne pouvoit pas légitimement tirer 
la vengeance de l'outrage que l'on avoitreç& de son en- 
nemi par la voye de la guerre , et par droit de court, 
c'est à dire par la voye de la justice. Quand donc la 
plainte de la querelle avoit esté portée devant la jus- 
tice du seigneur , le seigneur devoit prendre la guerre 
en sa main^ et deffendre aux parties de se mesfaire 
les uns aux autres y et puis leur faire droit , et leur 
rendre justice. 

La quatrième et dernière manière de finir la guerre, 
estoit lorsque la vengeance avoit esté prise du crime, 
ou du mesfait, par la justice, pour laquelle la guerre 
avoit esté entreprise. Par exemple , si celui qui avoit 
tué un autre , estoit appréhendé par la justice , et 
avoit esté condamné à mort par les formes ordinaires, 
en ce cas les parens et les amis du mort ne pouvoient 
pas tenir en guerre les parens de celuy qui avoit com- 
mis l'outrage, ou le crime. 

L'on voit assez par ce que je viens de remarquer, 
que l'usage de la guerre par coutume , avoit esté non 
seulement en pratique sous nos premiers Gaulois^ mais 
encore avoit esté retenu par les François qui leur suc- 
cédèrent, et généralement par tous les peuples septen- 
trionaux , qui avec le temps s'établirent si puissam- 
ment dans les provinces et les terres qu'ils conquirent 
dans l'empire d'Occident, qu'on a eu bien de la peine 
à y donner atteinte , et à l'abolir entièrement. Cepen- 
dant cette faculté de se faire ainsi la guerre est contraire 
au droit des gens , qui ne souffre pas qu'aucun autre 
ait le pouvoir de déclarer et de feire la guerre , que 
les princes et les souverains , qui ne reconnoissent 
personne au dessus d'eux. Qu'il est même entièrement 



svR l'histoibe de s. louts. 4^5 

opposé aux maximes cliiétiennes qui veulent qu'on 
laisse la vengeance des injures à Dieu seul, ou aux 
juges qui sont établis pour les punir ; Quidenim ma- 
gis christianœ legi videtur esse contrarium, çuànt red- 
hibitio lœsionum (i)? On n'a pu toutefois y donner 
atteinte qu'avec beaucoup de peine, et dans la suite 
du temps; parce qu'il sembloit estre étably sur des 
privilèges qui avoient esté accordez aux nobles en 
considération des services qu'ils avoient rendus à h 
conquête des terres étrangères , comme s'ils avoient 
dû entrer en partage des droits de la souveraineté 
avec les princes, sous les enseignes desquels ils avoient 
remporté conjointement tant de victoires. Neantmoins, 
nous lisons que nos rois ont souvent fait leurs efforts 
pbur en abolir la pratique , soit que ces guerres par- 
ticulières fissent brèche à leur autor té, ou pource 
qu'elles causuient hop de divisions dans les peuples, 
chacun se donnant la liberté de tirer la vengeance des 
outrages qui iivoient esté faits en leurs personnes, et 
celles de leurs parens, sans y apporter la modération 
qui estoit requise en telles occasions. Charlemagne (a) 
qui travailla puissamment à les éteindre, se pleint de 
ceS desordMs, qni s'estoient introduits dans ses états, 
en ces termes : Nescimus tjud pemoxid invenlione à 
nonnullis usurpalum est, ut ht qui nullû ministerio pu- 
blico fulcitintiir, propter sua odia , et diversissimas 
voluntates pessimas , indi-bitum sibî usurpant in vin- 
lUcandis proxtmis^ et int^rficiendh hominibus vindictœ 
mifiisterium : et t/uod Rex saltem in uno exercere de- 
bueral propter terrorem multorurn, ipsi impudenter in 
multis perpetrare non meUiunl propler prîyatum odiupi : 

{ t) Ptir. Jiamian. t. ', , fp. 9. _ (,) Copil tW ,1/. !.!,<[ iSn 



( 




^•^4 t)ISSERTATIONS 

et pillant sibi licere ob inimi^itiarum vindictaSj, quoà 
nolunt ut liex faciat propter Dei vindictam. 

Ce fut donc cet Empereur qui le premier tâcha d'ar* 
réter ces desordres par ses constitutions , qui se lisent 
dans les capitulaires (i) , et dans les loix des Lom» 
bards (2), par lesquelles il ordonna que les comtes 
et les juges seroient tenus de pacifier les diflerents qui 
survenoient dans leurs comtez, et d'ester les occasions 
de division et de guerre entre ses sujets ^ obligeans les 
criminels de payer les interests civils aux parties mal- 
traitées, et de leur imposer la paix , et de leur fairç 
faire serment de la garder, enjoignant aux. mêmes 
juges de condamner au banissement ceux qui ne vou- 
droient pas déférer à leurs ordres, Charles le Chauve (3) 
fit de semblables édits à l'exemple de son ayeul : et 
Edmond (4) roy d'Angleterre, estimant qu'il estoit de 
la prudence des rois d'éteindre ces inimitiez capitales 
entre les (suailles ^ prudentium essefaidas cçntpescere, 
voulut qu'avant qu'elles entrassent en gperre, celuy 
qui avoit commis l'attentat et le mesfait, offrît d'a^ 
bord aux offensez, ou à leurs parens, de reparer J'in- 
Jure, et de payer les interests civils , afin de couper 
par ce moyen le mal à la racine. A' l'imitatîon de ces 
princes , Frédéric I empereur voulut que tous ses 
vassaux de quelque condition qu'ils fussent observassent 
la paix entre eux (5), et que s'il leur survenoit quel- 
que différent, il fust terminé par les voy es de la justice : 
ce qu'il ordonna sous de grandes amendes. Frédéric U 
fit de semblables prohibitions, qui se lisent dans les 

(1) Capit. Car. M. l. 4,$ 17. — (2) L. Longob, lib. i, tit. 9, 
J.^4^ — (5) Capit, Car. C. tit. 34 > $10. — (4) Edmond, apud SpeUn. 
V'faida. — (5) Radevir. l. 4 , c. y. 



suti l'histoire de s. louts. 4?^ 

coQStitutioDS de la Sicile (i), deffendant à tous ses 
sujets de se venger de leur propre autorité des injures 
et des excez qui auroient esté commia en leurs per- 
sonnes, soit par les voies de presaîlles , ou de repré- 
sailles, soit par les voies de fait, et par la guerre : les 
obligeans d'en rechercher la réparation dans l'ordre de 
la justice, ce qu'il enjoignît aux comtes, aux barons^ 
et aux chevaliers d'obsei-ver sous peine de la vie. 

Ces rigueurs et ces menaces des souverains ne 
parent pas toutefois arrêter ie cours d'un mal si invé- 
téré, et d'autant plus, comme j'ay remarqué, que les 
gentils-hommes estoient si jaloux de ce droit, comme 
d'une marque ou plfttôt d'une participation de l'auto- 
rité souveraine , qu'ils n'ont jamais pu consentir à son 
anéantissement : au contraire ils se sont fortement op- 
posez, lorsque les rois y ont voulu donner quelque 
atteinte, et mêmes se sont soulevez. C'est pour cd» 
qu'en l'an mil cent quatre-vingts quatorze le traita à*: 
la Lréve qui avoit esté arrêté entre le roy Philîppes *■- 
guste et Bichard roy d'Angleterre, fut roaipn 
parce que le roy de France vouloit que tous ccoi ^fc i 
avoient pris le party de l'un ou de l'autre ■> 
compris , sans qu'il leur fust loisible de *- tt~ 
uns lesauti-es, ni dese faire la guerre eoi ■ ■ 
ce que Richard ne voulut pas accejiii-: - 
l'iolare nolebat consuetitdiius et èrr- 
aliarum terrarum suarum, im^Êiiim- 
antiquo , ut magnâtes causai w *" " 
garent : ce qui fait voir Cpie ~ 

tirer la noblesse, en 

Comme donc il n' 

(i) ConiM.Stc. t. 1, ^s 




^•jfi DISSERTATIONS 

des rois, et des souverains d'oster ces abus, acause des 
intérêts des barons et des gentils-hommes, qui compo- 
soient la fQrce, et la plus illustre partie de leurs états, 
on se contenta d'abord de reprimer les désordres et les 
inconveniens de ces guerres particulières, dont les 
principaux estoient les meurtres, les vols, les pilleries, 
et les inaendies qui se commettoient sous ce prétexte. 
C'est la plainte que Guibert abbé de Nogent fait au su- 
jet de ces désordres^ qui estoient de son temps, et 
avant que nos François entreprissent les voyages delà 
Terre Sainte : Erat eo tempore antequhm gentium 
fieret tanta profeclio : maximis ad inv^icem hosùlita^ 
tibus loties Francorum regni facta perturbatio : crehra 
vbique lairocinia , viarum obsessio passim audieban- 
tur : Imb fiebant incendia infinita , nuUis prœter sold 
et indomitd cupiditate existenlibus causis exstruebantur 
prœlia , et ut brevi totum claudam , quidquid obtutibus 
cupidorum subjacebat nusquam attendendo cujus esset, 
prœdœ patebat (i). 

^ Il estoit donc important d'en arrêter le cours : c'est 
ce qui fut premièrement ordonné au concile de Cler^ 
mont (2) en l'an mil quatre-vingts quinze, puis en celui 
tenu*à Troies en Champagne par le pape PasclMl l'an 
mil cent sept : In quo decrevit, ut per nullam guer- 
ratn incendia domorum fièrent y nec aves aut agni ra^ 
perentur , ainsi que nous apprenons des chroniques de 
Maillezais (3), et de S. Aubin d'Angers (4). Ce qui fut en- 
core reïteré au concile tenu à Rome (5) l'an iiSg, et 
en celuy qui fut tenu à Reims (6) l'an 1 148 ; d'où je 

(1) Guihert. l. i. Hist. Hier. c. 7. — (a) Orderic. l. 9. Aller, etc. (3) 
Chr, Mail. A. 1107. —(4) Chron.S.Alb. --(5) Conc, Rom, c. 18- 
— (6) Conc. jRent.c. ii. 



SCR l'histoire de s. i.ouTs. 477 

me persuade que ce fut en conséquence de ces décrets, 
que les comtes de Flandres firent des defFenses tres- 
étroites dans IVlendué de leurs terres, de faire aucun 
vol," ni de semblables attentats durant les guerres par- 
ticulières, Gautier clianoine de Teroiianne en fait la 
remarque, en ces termes : ^b antiquo enim h comiti- 
bus lerrtB nostrce statutum , et hactenus quasi pro lege 
est observatum , ut quanlacumçiie inter <jttoslibet homî~ 
nés gnerra emergeret, nemo in FlandriU (juiâquam 
prœdari, vel alitjuem capçre aut exspoliare prœ- 
sumerel (i). 

H estoit neantmoins permis d'attaquer, de renver- 
ser, et même de brûler les forteresses des ennemis, ces 
delfenses ne regardans que les maisons particulières. 
Ce qui est assez explique^ dans la constitution de l'em- 
pereur Frédéric 1, de Tan mil cent quatre-vingts-sept, 
qui se lit dans Conrad abbé d'Usperge : Si liber hor/to 
ingeriaus , ministerialts , vel ciijuscumtjue conditionis 
fuerit , incendium commîserit pro guerre proprid, pro 
amico, pro parente, vel causœ cujuspiam alterius occa- 
sione , de senlentidetjudicio proscriptioni slatim subjec- 
tus habeatar. Hic excipiuniur si qui Jbrth manijestd 
giierrd castra manifeste capiunt, etsiqua ibisuburbia, 
aut stabula, alinve tuguria prœjacent, igné succendunt 
{■x). Je crois qu'il faut rapporter à ce sujet l'ordonnance 
de Guy comtedeNeverset deForest, et delà comtesse 
Mahatit sa femme, de l'an mil deux cens quarante. 



que ] 



'ai leuë dans les mémoires de M, de Peiresc, 



par 



laquelle ils font deQénse à leurs sujetj : ne quis aliqiid 

occasions j vel malignitate , in JVifernensi , /tutisioda- 

rensi, et Tornodorensi comitatibus , nec infra terini~ 

'^t) CualUr. in vUa S- Caroli , c. 19. — (3) Conrad. jiBb. Vs/itr, 



48ô MssERrrÀTioBrs 

guerras hujusmodi, tam ex casibus prœteritis quhm 
pendenlibus etfuluris , omnibus et singulis subdids nos- 
tris prohibemus , sub pœnd corporis et bonorum, quaai 
ip%o facto vahunus incurrere , si contra faciant , cujus- 
cumque status aut conditionis existant; quant prohibi- 
tionem facimUs j quousque super his fuerit ordinatum. 
Prohibemus insuper in partibus etpatrOs supradictiSj si" 
eut in aliis, in quibus consuetudo, seu corruptela non fuit, 
omnes portationes armorum -, et coniH}cationes honUnum 
armorum , sub pœnd conterUd in alid constiuaione tuI" 
per per nos édita super isù's , quam constùutionem in 
prœsenti prohibitione per vos senescallos et bailli%^s 
omnibus baronibus , nobUibus , et aUis subditis nostris 
senescaUiarum et bailUidaruni ipsarum, vel .earum 
ressorti publicari prœcipimus , ne possint ignoraniiam. 
aUegare. Dot» PissiacipenulL die Decemb, An. Z). 1 3 1 1 . 
Trois ans après, le même Roy réitéra ses deflSsnses sous 
prétexte des guerres qu^il avoit contre les Flamens y 
parce que ses vassaux estant occupez à se £ûre la guerre 
les uns aux autres, n^auroient pu se trourer en ses 
ai mées. Cette seconde ordonnance se Toit au premier 
registre des mémoriaux de la chambre des comptes de 
Pans (i)y qui m^a esté communiqué par monâeur 
dUerouTal. « Philippes par la grâce de Dieu roys de 
« France, à tous les justiciers du royaume ausquiex 
« ces présentes lettres yerront , Salut. Comme nous 
« ou temps de nos guerres de Gascongne et de Flandres 
« toutes manières de guerres, entre toutes manîms 
« de gens quelque estât et condition que il sment, 
« eussions deâèndu et &ît ck&odre par cry solemoel, 
« et tous gages de bataille avec ce, et après que im^ 



^^i} FqL 6*. 



L HISTOIRE DE S. LOVVS. 

; furent fiiit-es plusieurs personn 
« soient avanciées de guerre faire entre eus, si comme J 
ti nous entendons, et maintenant li cuens et li geai. 
« de Flandres en venant contre la paix derraine faittij 
(1 entre nous et eus, nous facenl guerre ouverte, nouBj 
« puur ladite guerre, et pour autres justes causes, de* 
« fendons sus peines de cors et d'avoir, que durant 
K nosi redite guerre, nul ne face guerre, ne portement 
« d'armes l'un contre l'autre en nostie royaume, et 
(I commandons que tuit gages de bataille soient tenus 
a en souspens, tant comme il nous plaira. Si vous 
« mandons, etc. Donné à Paris le lundy après la Mag^ 
« delaine,ran i!)i4- » 

La restriction que Pliilîppes le Bel apporte en la pre- 
mière de ces deux ordonnances, quant prohib{tîonené\ 
facimus , çuoiisque super his plcnîus fuerit ordinauimj 
monstre qu'il ne vouloit pas oster entièrement ce droit J 
aux gentiis-hommes, et sans espérance de le leur re- 
mettre en un temps plus commode et plus calme : mais j 
la noblesse françoise s'estant softleve'e vers ce temps-là, 
sous prétexte des entreprises des officiers du Roy s 
leurs franchises et leurs privilèges, elle présenta ses ar«, 
ticles contenant ses plaintes sur ce sujet qui furent ré-J 
pondus et apostitlez par le Koy au mois d'avril l'an mil T 
trois cens quinze. Entre les articles des plaintes des no- ] 
blesdu duché de Bourgogne, des diocèses de Langreset'l 
d'Authun, et du comté de Forests, le sixième est conceiï 1 
en ces termes : « Li dit noble puissent et dotent userl 
u des armes quant tour plaira, et que il puissent guei^l 
(1 roier et contregager ; a sur lequel le Roy leur ac- 
corde les armes et la guerre en la manière qu'ils t 
ont usé , et promet de faire faire enquête aux pays , 
3. 3i 



^83 DISSERTATIONS 

comment ils ont accoutumé d'en user anciennemeoU 
Puis il ajoute : « et se de guerre ouverte li uns avoit 
c( pris sur l'autre, il ne seroient tenu de rendre , ne de 
« recroire , se puis la deffense , que nous sur ce leur 
« auriains fête , ne Tavoient prins. » Guy Coquille a 
parlé de cette plainte en l'histoire de Nivernois (i) : 
Quand le roy se sert de ces termes , ainsi quûs ont 
accoutumé d'en user j il semble indiquer que les usages 
de cette espèce de guerre estoient differens. En effet 
je remarque que Henry roy d'Angleterre par ses lettres 
données à Londres le vingt et unième jour d'avril Van 
mil deux cens soixante-trois, reconnoist que Baimond 
vicomte de Turenne avoit droit de faire la guerre (a), 
mais à ceux seulement qui ne relevoient point de sa 
couronne, cette restriction estant particulière : Et 
similiter quod si aliquis extra nostram potestatem exis- 
tens cum armis eum impetierit ^ cum armis se et terram 
suam defendere possit , etj si necesse fuerit y impetere. 
A quoy l'on peut rapporter ce qu'Eudes abbé de Cluny 
raconte (3) que Geoffroy vicomte de Turenne attaqua 
en guerre Gérard comte d'Aurillac^ qui ne relevoit 
point du même seigneur que luy. 

Mais il est probable que ces promesses de nos rois 
ne se faisoient que pour ne point effaroucher la no- 
blesse , et qu'ils avoient résolu de tenir rigueur à l'ob- 
servation de ces deffenses qui estoient utiles et profi- 
tables à ceux mêmes qui les vouloient faire lever , et 
apportoient un singulier soulagement^ et un grand 
repos aux peuples. Us prenoient neantmoins tous)Ottrs 
le prétexte de leur guerre, pour interdire à leurs 

(i) P. 1 aa. — (a) M, JusUl aux preuves de PHist, de Xun ^.6a. — 
(3) Odo Clun. in vUœ Geraldi^L i , c. S;. 



sujets celles qu'ils prétendoient avoir droit de faire 
pour la vengeance des outrages faits en leurs personnes y \ 
ou de leui-s parens ; car il n'estoit pas juste que leS 
vassaux du Roy s'excusassent sur leurs interests parti- 
culiers, pour ne se pas trouver dans ses armées, comme 
ils y estoicnt obligez à raison de leurs fiefs ; et d'ailleurs 
il n'estoit pas raisonnable que tandis qu'ils servoient 
leur prince dans ses troupes, ils fussent attaquez par 
les voyesde fait dans leurs biens, et dans les personnes 
de leurs parens et de leurs amis. Le roy Jean (i) par 
ses lettres donne'es à Paris au mois d'avril l'an mil 
trois cens cinquante trois, sur la plainte qui luy fut 
faite que les hahitans d'Amiens n'observoienlpas l'oi^ 
donnance de S. Louys pour la quarantaine, et que 
sans y avoir égard , ils entroient d'abord dans la guerre , 
ou plutôt dans la vengeance des injures, et commet- 
toient plusieurs excez, ordonna qu'ils seroient tenus 
de l'observer sous de grieves peines ; puis il ajoute : /n- 
tenlionù tamen nostrœ non exlitit per prœdicta guerras 
aut diffidaliones çuascumçue inter (fuoscumque subdi- 
torurn nostrorunt nobiliitm aut ignobilium , cujuscumnue 
status aut conditiorùs existant j nostris durantibus 
gucrris , laudare (juoniodolibet , vel etiam. approbare : 
sed prohibitiones et defensiones nostras super bis aliàs 
tam in noslri prœsentid, quant imdique per universas 
rcgni nos tri partes per nostras litteras super bis Jactas 
solenniler publicatas , maxime dîctis guerris nostris 
duranlibus , teneri, et de puncto in punctum Jirmiter 
observari per prœsenles volumus etjuhemus. Mais depuis 
ce temps-là, comme l'autorité royale prenoit de jour 
en jour de nouveaux accroisscmens , le même Roy fil 



(.)it.g.« 



c Chartrti Je e/Ioiul lU yilUi'AmUm,fol. 175. 
3l. 



464 DISSE RT ATIOir s 

d'autres deffenses bien plus rigoureuses sur ce sujet : 
car fay leû ( i ) dans les registres du parlement une autre 
ordonnance du cinquième jour du mois d'octobre 
Tan mil trois cens soixante et un , par laquelle il def- 
fend les deffiemens et les coutumes de guerroier, tant 
entre les nobles , quelles roturiers, durant la paix, 
comme durant la guerre. Et par une autre du dix- 
septiéme de septembre mil trois cens soixante-sept , 
le roy Charles V deffènd les guerres entre ses sujets, 
nonobstant toutes coutumes et privilèges , et enjoint 
au prévôt de Paris de punir rigoureusement les infrac- 
teurs. Mais ce qui justifie particulièrement la vigueur 
et la rigueur quepos rois ont apportée de temps en temps 
pour abolir et anéantir entièrement ces funestes guerres 
de coutume , est la pièce qui suit , que j'ay copiée sur 
l'original (2) , qui est en la chambre des comptes de 
Paris. 

ft AuDouiN Chauveron docteur es loix , bailly d'A- 
ce miens, à nostre amé Pierre le Sene receveur de la- 
ce dite baillie, salut. Nous avons receu les lettres du 
ce Roy nostre sire, des quelles la teneur ensuit. Charles 
ce par la grâce de Dieu roy de France , aux baillis de 
ce Vermandois et d'Amiens , et à tous nos autres justi- 
ce ciers, ou à leurs lieutenans, salut. Comme par nos or- 
ce donnances royaux toutes guerres et voyes de faict 
ce soient defFenduè's entre nos sujets et en nostre roy- 
ce aume , pour ce que aucuns puissent , ne doivent 
« faire guerre durans nos guerres, et nous ayons en- 
ce tendu que Charles de Longueval , escuier sire de 
« Maigrement , de sa volonté a deffié et fait deffier 
« nostre amé et féal chevalier Guillaume Chastellaih 

(i) Reg. OUm»Jbl, ^. — (a) Communiqué par M. dUltrouval, 



SDH l'histoise de s. iouts; 4^^ 

*! DE Beadvais et grant queu de France, et s'effbvce 
« ou veut eflbrcier par lui , et ses adberaus , de faire » 
" ou vouloir faire grieve audit Chastellain, et à ses amis, 
H contre nos ordonances, et attemptant contre icelleB, 
" et pour occasion de ce ledit Chastellain voulant re- 
n sister contre ledit Charles s'efibrce de faire armées 
« et assemblées de ses amis, et par ce lesdites parties 
a delessent à nous servir en nos guerres, .dont iJ nous 
«1 de'plaist , s'il est ainsi. Pourquoy noua voulans pour- 
« voir à ces choses , et pour obvier aux périls et incon- 
« veniens,qui pouroient enssievir , vous mandons et 
a enjoignons étroitement , et à chascun de vous , si 
t( comme il appartiendra, en commettant se mestîer 
« est, que ausdites parties, et à chascune d'icelles, se 
« trouvées peuvent estre , à leurs personnes , vous def- 
« fendez, et faites faire inhibition et detTense de par 
n nous, sur canques il se peuvent mesfaire envers nous. 
Il que il ne procèdent en voye de guerre, ne de faict 
« les uns contre lesautres, mais s'en cessent et desîs- 
« tent du tout , en les contraignant à ce par prinse de 
<i corps et de biens, et autrement , si comme il appar- 
« tiendra. Et ou cas que eux ou l'un d'eux ne pour- 
« roîent estre trouvez, faites ladite defiense semblable- 
u ment à leur amis , adherens, aliez et complices, et 
o h ce contraignez, et faites contraindre rigucreuse- 
n ment, et sans déport, les rebelles et autres qui 
<c feroient ou pei-severeroieat au contraire par prinse 
<< et détention de corps et de biens, en mettant et 
« multipliant et faisant mettre et multiplier Mak- 
« cEtJtis et degasteurs en leurs hostcux et sur leurs 
u biens et en faisant descouvhr leurs maisons , se 
piestier est par toutes autres voyes et remèdes que 



;i 



486 DISSERTATIONS 

« faire se pourra et devra par raison , jusques à ce 
« qu'il aient cessé ou fait cesser ladite guerre, ou 
f( qu il aient donné ou fait donner bon et seur estât, 
« ensemble et en ces choses procédez , et faites proce- 
« der par main armée se mestier est, car ainsi le 
« voulons nous estre fait, nonobstant mandemens et 
« impetrations sur ce faitçs subrepticement au con- 
« traire. Donné à Paris le i8 jour de may Tan de 
€< grâce mil trois cens quatre-vingts , et de nostre 
c< règne le dix-septiéme , ainsi signé par le Roy , à la 
« relation du conseil....... Et comme nous eussions 

« esté mainte voye par ledit mandement de contrain- 
ce dre Charles de Longueval escuier seigneur de Mai- 
« greinont , et aussi messire Guillaume Chastellain de 
« Beau vais grand queu de France et leurs amis et 
fc complices pour oster la guerre et voye de faict, 
ce qui entre icelles parties estoit mené, comme et par 
ce le manière que ou dit mandement est contenu pour 
ce l'entérinement duquel mandement a pour lesdites 
ce parties contraindre par le manière dite, pour ce 
ce que de fait il faisoient l'un contre l'autre grans as- 
ce semblées et chevauchées , nous envojrasmes plu- 
ce sieurs sergeans du Roy nostre sire atout ledit man- 
« dément par devers lesdites parties pour à iceux ex- 
ce poser le contenu d'icely , et les contraindre par 
ce toutes voyes raisonnables , lesquelles lettres furent 
ce monstrées à noble homme le seigneur de Longue- 
ce val , et à plusieurs autres du costé dudit Charles , 
ce et ledit Charles n'a ovases prés , et à iceux fait les 
ce commandemens et défenses , selonc la teneur dudit 
« mandement, ausquels commandemens il ne vau- 
« lient aucunement obeïr ; mais toudis en persévérant 



SUK I.'llIST01IIB DE 8. LOOTS. 4^7 

« s'efibrçoient et s'eflorceirent de maintenir ladite 
1 ffuerre , et de faire plusieurs grans chevauchées tant 
i l'une partie comme l'autre. Et pour ce ijue par ledit 
i mandement nous estoit mandd scur ce estre pour- 
t< veu, tant par main arme'c comme autrement, et 
t que iceiles parties perseveroient en guerre de mal 
* en pis, comme dit est, nous et vingt-quatre hommes 

< d'armes en nostre compaignie la ù estoient le pre- 
1 vost de Vimeu , le prevost de Fouilloy , et autres 
1 le 24. jour de may dernier passé , nous transpor- 
1 tasmes en plusieurs des cttasteaux et forteresses 
1 appartenans > tant audit seigneur de Longueval , 

< comme au seigneur de Betisy , et à plusieurs autres 
' }iors des metes dudit bailliage, et ou bailliage de 
t Veimandois , la û estoient lesdis chevaliers , et 
> pour îceux contraindre, les (ismes prisonniers du 

< Hoy nostre sire, avcuc mess. Seigremor de Longue- 
' val , mons. Danel , le seigneur de Naves , mess. 
■ Broiiet de Candoure, mess, Floridas de Basicourl, 
I le seig. d'Avuiller, mess. Hue de Sapegnies, le Seig. 
1 de Riviy , le seig, de Bousincourt, le seig. de Glisy, 
I mess. Fremin de Maucreux , dit Florimont, cheva- 
i liers, Joan Buridan, Terefu Maquerel, Auliert d'A- 
( veluis , Lionnel de Bousincourt, Jean seig. de Puce- 
t viller, Robert de Beaumont, le Bnstart de Betisy, 
I et Simon de Maucreux escuiers, cousins et amis 

< dudit Charles, en prenant et mettant en la main 
' du Roy nostre sire tous leursdts cbastcaux et posses- 

< siuns, jusques au secont jour de juillet , que les 

< dessusdis se rendront prisonniers du Roy nostre 
' sire,ains et que ladite guerre il aroient mis au 

, et fait amende pour les pors d'armes par aus 



488 DISSERTATIOirS 

« fait. Et ce fait nous transportâmes à Mourcourton 
« Chastel dudit lieu, pour trouver ledit Cliastellain 
ce de Beauvais, lequel s'estoit absenté^ ou au mains ne 
« le peusmes trouver : et pour ce en la présence de 
o madame sa femme , et de plusieurs autres des gens 
€c dudit cliastellain , fismes les commandemens et def- 
ce fenses parle manière que oudit mandement est con- 
« tenu, et pour plus icelly Chastellain venir à obeïs- 
« sance, nous fismes prendre en le main du Roy nostre 
« sire ledit chastel de Mourcourt, et icely fismes 
« garder par les gens du Roy nostre sire , aveuc toutes 
ce les autres possessions à icely appartenans , et si de- 
« meurent, et encore seront tous les dessus nommez 
« en procez contre le procureur du Roy : adfin qu'il 
« feissent et deussent faire amende au Roy nostre sire 
<c pour les causes dites. En lequelle exécution, nous 
« et lesdits vingt-quatre hommes d'armes avec nous, 
ce entendismes et besognasmes, tant en allant que en 
ce venant, comme en besongnes, quatre jours. Si vous 
ce mandons que des deniers de vôtre recepte vous 
ce nous bailliez et délivriez pour chascun jour huit sols 
c< à chascun pour ses despens, qui valent dix livres 
c< pour jour , pour payer et deffraier lesdites gens 
ic d'armes, qui comme dit est ont esté en ladite 
ce besongne en nostre compagnie, et icelle somme 
ce qui monte pour les quatre jours à quarante livres 
K parisis nous vous ferons déduire et aloiier en vos 
« comptes par cèly, ou ceulx à qui il appartiendra, 
ce Donné à Amiens sous le seel de ladite ballie le 28 
ce jour de may l'an i38o. » . , 

Enfin pour achever cette dissertation et les remarques 
«ur une niatiere assez importante pour l'intelligence 



SUK L HISTOIRE DE S. LOUYS. 4^9 

de nos histoires, Jean le Cocq rapporte deux arrests 
du parlement de Paris , l'un de l'an mille trois cens 
quatre-vingts six, par lequel la guerre fut deOenduë 
entre les sujets du Roy , non seulement durant la 
guerre, mais mêmes durant les trêves (i); l'autre de 
l'an mille trois cens quatre-vingts-quinze, par lequel 
défenses furent faites au comte de Perdiac, et au 
vicomte de Carmain dune part, et au seigneur de 
Barbazan en Gascogne d'autre , de se faire la guerre, 
et de mettre en avant (2) , quod licitum esset eis ^ ^el 
aliis de regno Franciœ guerram facere regiis guerris 
durantibus. Ce qui fait voir que l'on a eu bien de la 
peine à abroger cette espèce de guerre, puisque pour 
ne pas choquer absolument la noblesse, on a apporté 
de temps en temps ce tempérament, qu'ils ne pour- 
roient pas en user durant la guerre du prince (3). 
Enfin Loys XI qu'on dit avoir mis les rois hors de 
page, n'estant encore que dauphin de Viennois, par 
ses lettres du dixième de décembre mille quatre cens 
cinquante et un , vérifiées en la chambre des comptes 
de Grenoble, abrogea cet article, qui est le quator- 
zième des libertez de ceux de Dauphiné , quo cai^etur 
effectualiter ^ quhd nobiles hujus patriœ, unus contra 
aluunypossuntimpune sibi guerram induere , et facere 
proprid auctoritate ^ donec eisdem ex parte justîtiœ 
fuerit inhibitum. Mais quoy que cette espèce de guerre 
se soit abolie insensiblement dans la plupart des roy- 
aumes, elle subsiste encore à présent dans l'Alemagne, 
où les empereurs n'ont pu estre si absolus, qu'ils 
ayent pu empêcher que les princes de l'Empire ne se 

(i) Jo. Galli <fuœst. 198. ^- (a) Quœst. 335. — (3i) Guido Papœ 
lUeit, 437. 



m 



/^()0 . DISSERTÀTlOirS 

soient conservez dans cette prérogative (i) : et d'au- 
tant plus qu'elle se trouve avoir esté concédée spécifi- 
quement à quelques uns d'eux. 



DES FIEFS JURABLES ET RENDABLE& 



Il n'y a rien de plus commun dans les titres, et dans 
les hommages , que ces termes de jurable et renJabk, 
qui nous découvrent une espèce de fief, ou flûiôt une 
condition apposée aux infeodations , de laquelle ceux 
qui ont traité des fiefs n'ont presque point parlé. Ce- 
pendant c'est une antiquité , dont la connoissance est 
nécessaire pour l'intelligence des anciennes diartes, 
et de Fusage qui s'observoit dans la possession des 
grands fiefs , qui avoient des forteresses. Ce qui me 
donnera sujet de m'étendre sur cette matière , et d'en 
rechercher curieusement la pratique , par la confé- 
rence de divers passages , tant des auteurs , qoe des 
titres. Je feray voir ensuite que ces obligations, que 
les vassaux avoient de les remettre au pouvoir de leurs 
seigneurs, n'est qu'une dépendance du droit de guerre 
par coutume. 

Cette espèce de fief ^ est de la qualité de ceux, qoe 
les feudistes nomment impropres et irreguliers. Henry 
de Rosental (2) dit que les Alemans l'appellent m 
offert hauss, et le décrit en ces termes : Ç)uando nemfi 

{i) Bibl.Sebus, Cent, i, c. 3i. — (2) Tract, de F*eud, c. i. Cbw/- 

78. 



SUR l'histoire de s. louys. 49^ 

alicui aliquod castrum, aut arx ea conditione inféoda^* 
turj ut domino semper ad nutum pateat, ac illi cum 
suis liber eb sitaccessus, vel ut vassallus illud domino 
tempore belli contra hostes^ aut omnes accommodare, 
et intérim eo carere teneatur, La plupart des titres 
anciens appellent ordinairement ces fiefe jurables et 
rendables. Le codicille (i) de Robert duc de Bour- 
gogne de l'an i3o2 : Lou fié de Montagu jurauble et 
rendauble. Un titre (a) de Tan 1197 : Cepide Odone 
duce Burgundiœ in feodwn et casam,€ntum Auxonam 
*villam meam cum Castro, jurabilem et reddibilem sibi 
et successoribus suis. Ces termes qui se rencontrent sou- 
vent ensemble dans les vieilles chartes, se trouvent 
quelquefois divisez ; car il y en a plusieurs , où cette 
sorte de fief est appelle simplement fief jurable, yètt- 
€Utm jurabile. Un titre (3) de Pons de Mont S. Jean de 
l'an 1 2 1 1 : Chm Theobaldus Campaniœ cornes conces^ 
sissetmihi qubd ego faciam. apud Rie quamdam domum 
Jbrtem jurabilem ipsi , qualemcumque voluero, etc. 
Un autre (4) de Robert comte de Dreux de Tan 1206 : 
Faciam fiyrteritiam quœ erit jurabilis. Un autre (5) de 
l'an 1223 : Ego recognoi^i coram ipso Theobaldo fi^r- 
teritias illas esse jurabiles ipsi comiti ad fnagnam vim 
et parytun. Un titre (6) de Gautier archevesque de 
Sens de l'année suivante : Jtecogno^it coram nobis qubd 
Jbrterida de Noolun jurata est domino régi ad magnam 
"vim etparuam. Un autre (7) de P. comte de Vendôme 

(i) jéux Pr, de l'Hist. de Bourg, p. loS,* de Vtrgy , p. 219. — 
(2) Preuv. de VHist.de f^ergy, p. laa. — (3) Aux Pr. de f^€rgy,p^ 
173. — (4) Gallandj au Traité du Franc-aleu. — (5) Preu. de Vergy. 
— (6) 3i. BiRg. du Trésor des Ch. du Roy, fol. 21. — (7) Aeg. du 
chasteau du Loir» 



49^ DISSERTATIONS 

de Fan 124^ .* Cîim inter nos contenlio esset... defeodo 
de MesuncelliSj etjuratione domus de Mesuncellis, etc. 

Ces fiefs sont nommez en plusieurs autres titres sim- 
plement rendables. Un (i) de Tan i34o : Concessitin 
feudum antiquum et reddibile , etc. Par un autre (2) 
de Tan i25o, le seigneur de la Tour reconnut .qu'il 
tenoit de l'église de Lyon le château de S. André en 
Reversmont, semper reddibile. Un autre (3) de Eudes 
duc de Bourgogne de Tan 1 197 ; Dominus Huojuravit 
mihi et meis Virgcium reddibile» La chronique des 
évesques de Mets (4) •* Feodum de Maurimont cum 
appendiciis suis reddibile, et Ruckesuignes reddibile... 
acquisiifit. Cette condition de ce genre de fief est ap- 
pellée redda (5) dans un titre de Bernard abbé deTialles 
en Limosin ; et redditio, et redditus (6) dans un autre 
de Tan 1 289 : Quiitasfitjuramentum et redditionem mon- 
tis S. Johannis* 

Le terme de jurable désigne le serment particulier, 
et la promesse que le vassal faisoit à son seigneur, de 
remettre son château entre ses mains , et en son pou- 
voir, toutes les fois qu'il en auroit besoin, et qu'iJ lui 
en feroit la demande. Ce serment estoit diflèrent de 
l'hommage , et n'estoit que pour la forteresse du vas- 
sal , et non pour le surplus de son fief, dont il y a plu- 
sieurs formules dans les anciennes chartes. Un titre (7) 
de Eudes duc de Bourgogne de l'an 1197 : Pro juror 
mentOj quod mihifecit idem Huo super dungione Ver- 

(i) Aux Pr. de VHist. des Dauph. p. 61. — (2) Justel, en PHist. 
d^Auuerg, aux Pr.p. 35i. — (3) Preuv. de Vergjr, p. i5i. — . (4) To. 
6. Spicil. p. 674* — (5) Aux Pr.de VHist. de Turen. p, 39. — - ^6) Aux. 
Preuv. de Fergy , p. 170, 171. — (7) Preuy, de P^ergy , p. i5i , 
193, etc. 



1 



> 



SUR L*HISTOIRE DE S. LOUTS. 49^ 

geiî mihi et successoribus meis reddendo. Un autre (i) 
de Raymond vioomte de Turenne de l'an i253 : Ego 
etiam et successores mei tenebimur jurare quod nd 
magnam vint et parvam,,» reddemus castrum Turenis. 
Linfeodation du château de Gimel à Renauld vi- 
comte de Gimel par Raymond vicomte de Turenne : 
Pro verb isto feudo idem Raynaldus fuit homo litges 
prœdicti vicecomitis Rajmundi, etjirnwxfit ci, ac ju- 
rauit castrum de Gimel cum omni prœdictd terrd, ut 
quocumque tempore, vel quocumque modo, ipse Ray- 
inundus vicecomes Torrennensisj vel ejus successores, 
jam dicto Rajnaldo et ipsius successoribus castrum. de 
Gimel sibh reddi petierint j ojmni fraude remotd, sine 
ulld dilationej autoccasione reddatur eis (2). Un titre 
de Matfred de Castelnau de Fan 122 1 : Et promisi in 
virtute prœstiti sacramenti , quod prœfatum castrum 
omni tempore ei redderem (3). Il paroît assez de ces re- 
marques qu'il se faisoit lin serment particulier diffè- 
rejit de Thommage , quoy que souvent Tuil et l'autre 
se fissent conjointement y et au même temps , et que 
les lettres, qui s'expedioient pour les hommages, con- 
tinssent aussi les conditions de ces sermens, encore 
bien que l'un diOerast de l'autre : car c'est une condi- 
tion apposée pour la forteresse qui dépendoit du fief, 
qui pouvoitestre relâchée par le seigneur, sans préju- 
dice à l'hommage qui lui estoit dû. Le titre de Guil- 
laume seigneur de Mont saint Jehan de l'an 1289 dont 
je viens de parler iRemisit etiam mihi ethœredibus meis, 
et quittaifitjuramentum et redditionem montis S. Johan- 
nisj dominio montis S* Johannis de suo feodo ligio re- 

(i) Juitel, aux Pnu» de l'HisL de Turen. p. 55. — (a) Idem yf^34— 
(3) Idem, p» gi. 



494 ' DISSERTATIONS 

numente ( i ) ; où le mot de juramentum est à remar- 
quer, qui montre que le serment estoit distinct et 
diflerent de Thommage : ce qui est encore exprimé en 
un titre de Robert évesque de Clermont , qui *ra 
rapporté cy-aprés , où juramentum , et fidelitas sont 
distinguez. Ce qui n*est pas sans fondement ; car par 
le mot de feauté est entendu Thommage ^ qui n est 
qu^un acte de respect et de révérence envers le sei- 
gneur que le vassal rend entre ses mains y sans &ire 
aucun serment, ne faisant qu^une simple promesse de 
fidélité. Mais dans le cas de la reddition, en Eût de 
châteaux y le vassal faisoit serment sur les saints évan- 
giles, ou sur les reliques des saints, ou enfin en une 
autre manière, et s'obligeoit aux conditions ordinaires 
de ces fiefs envers son seigneur. Aussi les feudistes (a) 
font distinction entre Thommage , et le serment de 
fidélité que les évesques font au Roy ; et à ce sujet on 
rapporte que le pape Âdrian soutint à Fempereur 
Frédéric I, que les évesques d'Italie ne lui dévoient 
point hommage , mais seulement le serment de fidé- 
lité (3). On peut neantmoins justifier que les hommstges 
se sont faits avec serment, mais non pas toujours (4). 
Je laisse cette matière pour continuer ce qui est de mon 
dessein. 

Le terme de rendable^ regarde le seigneur domi- 
nant , à qui le vassal estoit obligé de rendre son châ- 
teau et sa forteresse dans les occasions, et dans ses 
besoins, en telle sorte qu'il en demeuroit le maître 
absolu : le vassal même étant obligé d'en sortir avec 

(i) j4ux Preu, de VHist. des Ducs de Bourg, p. ^5. — (a) M. le 
Mattre au Traité des Regales, ch. 6, i3, 14. — (3) ItadetHc, l, a. — 
(4) Cousu é^ Anjou , art, 187 , i38. 



SDR L HISTOIRE DE S. LOtJTS. ^C)5 

toute sa famille^ comme nous remarquerons dans la 
suite. Testime que c^est en cela*, que y ce que les titres 
appellent yèiM/tt/n receptabile, diffère du reddibile, en 
ce que par la condition du premier le vassal estoit 
obligé de recevoir le seigneur, sans qu'il fust tenu d'en 
sortir, ni sa famille. Je remarque ce terme en un ar- 
rest du parlement de Paris dé l'an 1890, où le duc 
de Lorraine déclare qu'il tient du Roy, comme comte 
de Champagne , la ville et le château de Neufchastel , 
infeudo receptabili, et non reddibilL Et dans le testa- 
ment (1) de Charles duc de Lorraine de Tan 14^4^ ^ 
est dit que le château de Billestein sera rendouble et 
receptauble au duc et à ses succeseurs : c'est à dire , 
que ceux qui en seront possesseur i, seront tenus de 
recevoir le duc , quand il y viendra pour ses affaires , 
et de le rendre , et lui remettre entièrement entre les 
mains, lorsqu'il en aura besoin pour ses guerres. L'hom- 
mage d'Estienne comte d'Âuxonne fait à Eudes duc 
de Bourgogne l'an 1 197, porte qu'il sera oblige de re- 
cevoir le duc et les siens dans sa place, sans que le 
comte soit tenu de se retirer : Juramus Auxonam 
villam cum castra jurabilem et reddibilem duci Bur- 
gundiœ , et successoribus suis contra omnes. Hoc ex^ 
cepfjo quod ego et successores mei in prœdicto Castro 
tnansionem nostram habebimus, et si duci Burgundiœ 
nécessitas incubuerit, prœdictum castrum ducem Bur- 
gundiœ jui^abit , et dux et sui in codent Castro recep-^ 
taculum suum habebunt (2). Puis est ajouté le cas, où 
le comte est obligé d'en sortir, qui est, s'il entre dans 

[if Aux Preu. de VHist, de la M. de Chastillon, p. io6, J07. 
yigner aux orig. d* Alsace y p» i83. — (i) Preuves de VHisL de 
f^^rgjTy p. lu. 




496 DISSERTATIONS 

rbommage du comte Othon de Bourgogne. De sorte 
que \e Jief receptable (1), est celui que quelques feu- 
distes appellent Jief de retraite , parce que le vassal 
est ol)ligé de recevoir son seigneur en son château , et 
de lui donner retraite, lorsqu'il en a besoin, sans que 
le vassal soit obligé d'en sortir. Au contraire \t fief 
rendable, est lorsque le vassal est obligé de sortir de 
son château, et de l'abandonner à son seigneur. Cette 
condition est ainsi expliquée en l'hommage que Ray- 
mond des Baux prince d'Orenge, .fit à Charles dauphin 
de Viennois le 28 jour de juillet l'an i349, P^^^' 
les châteaux de Montbruison , de Curaiere , et de No- 
vesan , lesquels il reconnut tenir in feudum francum 
et nobile, reddibile tamen; quœ reddibilitas sic intelli- 
gitur, videlicet, guod quotiescumque dominus delfinus, 
vel sui , guerram haberent, vel habere limèrent veri- 
similibus conjecturis ^ ad ejus requisitionem rèddi de- 
béant dicta castra ^ et ea tenere possit guerrd durante 
cum expensis d. delfinij nihil accipiendo de redditibus 
vel exitibuSj, vel aliisjuribus dictorum castrorum, guer- 
rd sopitd ipsa castra dicto domino principi reddere 
teneatur : si verb d. princeps pro bono dominio ipsi 
d, delphino redderet ipsa castra, tiim dictus delphinus 
cum expensis dicti d, principis ipsa debeat custodire. 

Tous les seigneurs n'avoient pas le droit et le pri- 
vilège de se pouvoir faire rendre les forteresses de leurs 
vassaux. Il faloit qu'ils fussent fondez , ou en droit com- 
mun , en coutume , et en usance généralement re- 
ceuë dans l'étendue de leur seigneurie,- ou bien en 
convention particulière avec leurs vassaux (a). Le 
règlement dressé par Alphonse comte de Poitou et de 

{i) M. JSowieu, — (2) Galland au Traité du Franc-aleum 



auR LHISTOIBE DE S. LOuys. 497 

Tolose l'an 1269, pour l'extinclion et l'abolition du 
radial à mercy, désigne ces deux cas, dans lesquels 
il est permis au seigneur de se faire rendre et remettre 
le château de son vassal, en ces termes : « Et encores 
(I porroit nostre sires li cuens devant dis prendre les 
« cbasteaus et les forteresses, et de tenir à soi, es cas 
te où il le puet faire par droit, ou par coustume, ou 
« par convenance. i> De sorte que le seigneur peut 
avoir ce privilège par un droit commun, reçu de luut 
temps dans l'étendue de sa seigneurie. Par exemple 
en la plupart des provinces de France, et particuliè- 
rement en celle de Beauvaisis, tous ceux qui tenoient 
en baronié avoient cette prérogative, qu'ils pou voient 
prendic les châteaux de leurs vassaux pour leurs be- 
soins. Philippes de Beaumanoir (i) en son coûtumier 
de Beauvaisis en fait la remarque, en ces termes : « Il 
« cuens, et tuît cil qui tiennent en baronie, ont bien 
ti droit sor lors homes par reson de souverain , que s'il 
« ont mestier des forteresses à lor homes, por lor 
« guerres, ou por mettre lor prisonniers, ou lorgar- 
n oisons, ou pour eus garder, ou por le pi dit com- 
H muD du pays, il les peut penre. » Et plus bas : » Se 
i( cil qui tient en baronie prent la forteresse de son 
H homme pour son besoing , etc. u 

Celte coutume de rendre les châteaux des vassaux 
au seigneur, receue dans l'étendue de sa seigneurie, 
se trouve exprimée en divers titres, et particulièrement 
dans les loix que Simon comte de Montfort dressa pour 
les peuples d'Alby, de Bezieres, de Carcassonne, et de 
Kazez, l'an 1212 : Onines fmrones. miUleSf et alii do- 
mini in tcrrd comiiis tenentur reddcre castra ei/ortias 
(1) Pkilifpei da Beaumanoir MS. ch. 58- 

3. 3ï 



4.98 DISSERTATIOirS 

coîniù j sine dilaùone et contradictione aliqud, irato 
vel pacato, ad voluntalem suam, quotiescumque vo- 
luerit , etc. Beranger-Guillems seigneur de Clermont 
de Lodeve reconnut en l'an la-j i, qu'il estoit obligé de 
rendre son château à Tévesque de Lodeve , juxta mo- 
rem et consuetudinem in recognitionibus castronan feu- 
dqlium ejusdeni diœcesis observari solitam ( i ). Le même 
Berenger rendit son château en l'an i3i6 à l'évesque 
Guillaume , quemadmodum cœteri ejusdem episcopi 
vassalli facere consueuerunt. Aine IV, comte de Sa- 
voye (2) , donna à Thomas de Savoye comte de Flan- 
dres son frère le château de Bard en la val d'Aouste 
l'an 1 24^ 7 s^vec cette condition , qubd ipsufn castrum 
sibi redderet secundian quod consuetudo est in valle 
Augiistensi de castris reddibilibus. Les anciennes cou- 
tumes de Catalogne (3) commencent par ce titre, qui 
est au premier chapitre : « Aysi comenssen les cous- 
ce tûmes de Catalunya entre lo senyors, els vassels, 
« los quels tenen castels , ho altre feus , per senyors 
« hor es esgarda feu à homenatge. » Et en suite est cet 
article : « Si lo senyor ha demanat al sen vasseJ que 
« li done postât del caste! , o de casa, lo quai, o la 
« quai te per el, o ayan demanat fermer dret, lo 
« vassel deu fer so que demanat li es ses tota contra- 
« dictio. » Celles du comté de Bigorre (4) rédigées 
par Bernard fils de CentuUe comte de Bigorre établis- 
sent la même usance : De castello qvàsquis in terra 
voluntate et consilio camitis tenueritj securian comitem 

(i) Plantavil. in Episc. Luteu, p. 311 , 371. -r- (a) Guichenon^ aux 
Pi^u. de l'Hist. de Sayoye , p. 90. — (3) Les Coustumes de CataUi- 
nya, MS.-^{/\) Beg. deBi^ore. Extatetiam apud Marcàni in Hist. Be» 
neharn. ^. 8»5. 



f 



■; 



SUR l'histoire de s. louts. 499 

facial, ne iratus, vel absgue ird comiti castellum reti- 
neat, ne ei quifJquid mali inde exeat, nec cornes eum 
lege terrœ de castello decipiat. 

Comme il n'estoit pas permis au vassal d'élever au- 
cune forteresse sans le consentement de son seigneur, 
ainsi qu'il est porté dans les mêmes coutumes de Bi- 
gorre , Nemo militum terrœ castellum sibi audeatfa- 
cere sine amore comitis ; ainsi ses consentemens ne se 
donnoient qu'avec cette condition, que les vassaux les 
remettroient au pouvoir des seigneurs, pour s'en ser- 
vir dans leurs besoins. Les titres (i) fournissent une 
infinité de ces conventions entre le seigneur et le vas- 
sal , touchant la reddition de leurs châteaux. Edoiiard 
roy d'AngleteiTe déclare par ses lettres qu'il permet 
à Gailhard de Blanhas de bâtir une forteresse : Salvo 
nobis et nostris hœredibus, qubd illud Jbrtalitium red" 
datur nobis, et hœredibus nostris, nos troque senescallo 
T^asconensi, et cuilibet alii mandato nostro, Hi/gues 
duc de Bourgogne permit en l'an 1 184 à Guy seigneur 
de Trichâtel , (2) ut castrum Tilecastri firmaret hoc 
modo, ipsum vero castrum muro claudi , cujus altitudo 
à ripd exteriori sit unius lanceœ absque batalliis , et 
muro antepectorali , etc. à condition , entre autres 
choses, d'hommage lige, et que Guy rendroit le châ- 
teau au duc , lorsqu'il l'en requerroit. C'est en ce sens 
qu'il faut entendre ces termes d'Ildefonse roy d'Ar- 
ragon et marquis de Provence en ses lettres du mois 
de may 1277 (3) , par lesqueUes il permet à l'abbé dé 

(1) Beg. de la Connestablie de Bourdeaux , fol. 307. Com. par 
M, d*HerouvaL — (a) Re^. des Fiefs de Bour. Corn, par M. d*He* 
rouval, — (3) Cartul. de S. Victor de Marseille, fol. 77 vers. Com, 
par M. d*Uerouval. 

3a. 



&00 DISSERTATIONS' 

S. Victor de Marseille , et autres , regid autoritaie 
castella construere, et villas de no^o œdificarcj avec 
tout privilège de franchise et d'immunité, saludtamen 
honorijicentid et jideliiate et potestate, quandocumr 
que nohis placueriu Souvent encore les seigneurs qui 
n'avoient pas ce droit d'exiger de leurs vassaux , que 
leurs châteaux leur fussent rendus, soit par la coutume, 
soit par la permission de les élever, Tacqueroient et 
l'achetoient d'eux. Ainsi Ponce de Mont S. Jehan pro- 
mit ( i ) en l'an 1 2 1 9, à Blanche comtesse de Champagne, 
et à son fils Thibaud , moyennant certaines rentes 
qu'ils luy donnèrent , de les aider de ses forteresses : 
Ego juravi eis super sanctos , guhd ipsos et hœredes 
eorum hondjide juvabo de me et gentibus meisj et de 
forteritiis meis^ etc. Les titres (2) sont pleins de sem- 
blables acquisitions. 

Ces mêmes titres (3) spécifient ordinairement di- 
verses conditions , avec lesquelles le vassal est oit obli- 
gé de remettre son château et sa forteresse au pouvoir 
de son seigneur, sça^oir à grande et à petite force. La 
coutume de Bar, qui est la seule de nos coutumes qui 
ait parlé de cette espèce de fief, porte « que tous les 
« fiefs du duc de Bar, en son bailliage de Bar sont 
« fiefs de danger, rendables à luy à grande et petite 
« force , sur peine de commise. » Les chartes latines 
tournent pour le plus souvent ces mots , ad magnam 
vim etparvam (4), qui se rencontrent presque en toutes 
celles qui font mention de cette espèce de fief. Il y en 

(0 Prtus^ts de PHist. de Vergy, p. 173. — (a) Coust, de Bar, 
art. I. To. 4, Hist. Fran. p. 585. Besly, /». 498 . 49g. _. (3) p^^^, 
dt VHisU de rergr, p. 174, 193, 194. - (4) De JBetune, p. ua. «tç. 
DeMontm. p, ii6« etc* 



SDR LHISTOIKE DE S. LOTYS. 5oi 

a une au cartulaire du comté de Montfort(i), qui met 
ces termes au pluriel, où Pieire de Richeboui^ che- 
valier reconnoist en l'an r535, qu'il tient sa maison 
de Richeboiirg d'Ainaury comte de Monlfort, ad mag- 
nas vires et pan-as, quotîens suœ placuerit voluntad. 
Une autre de Hugues duc de Bourgogne (a) de l'an 
1184 : Juraïut eliam quôd eamdcm Jirmitalem , quo~ 
tiescumque quœreremus, vel quœri faciemus , cum mag- 
neî foriitudine , vel pan'd, ahsque dilatione reddet. 
Celles de Hugues seigneur de Partenay (3) de l'an 
1253 : Ad magnamforciam eiparuam. Enfin untitre (4) 
de Guillaume comte de Genève de l'an i23a : Ego 

Ciuillelmus cornes Gehennensis notnm facio , etc 

qitod ego teneo in fcodum à nobiti viro ... Htigone duce 
Burgundiœ castrum meum de Cleies, ita qubd de ipso 
Castro potest ad voluntalem suam guerrare, ad magnas 
gentes et ad parvas, et cum armis et sine armis. Ces 
derniers termes justifient évidemment que toutes ces 
façons de parler ne sont que pour faire voir que le 
vassal estoit oblige de remettre son cliâteau à son sei- 
gneur, soit qu'il y voulust entrer le plus fort, et en 
faire sortir le vassal, soit qu'il y voulust venir avec sa 
suite ordinaire pour y exercer les marques de supério- 
rité, comme nous dirons incontinent- 

11 a plusieurs titres qui représentent d'autres termes. 
Celuy de Matfred de Castclnau (5) de l'an laai : El 
promisiin virtute prœstili sacramenli , quod prœfalum 
castrum omni tempore eidem redderem , cum forts - 
facto , et sine forisfacto , ad omnem ejus suhntoni- 

(1) Cart.de .\tontfort. — (a) fle?. dei Firjs île Bourg, t. part 
fol. 9Ï. — (3) M. Ptrard , p. 160. Beily. — (4) M. Ptrard, p. 4aS. 
ftux Preu, dr l'Hiit. de Tureane , p. ^1. 



5oa DISSERTATIONS 

tionem, vel certi nuntiisui. Il y en a un autre ^i) sem- 
blable de Tan 1190 en l'histoire des évesques de Ca- 
hors , qui est de Raymond vicomte de Turenne. Dans 
le cartulaire du comtc^ de Bigorre (2) qui se conserve 
en la chambre des comptes de Paris , je lis ces mots : 
Arnaldus Aragonensis reddidit castros Petro comiti 
Bigorrensi , qui vorantur Ors , Luci, Ferrer, Belsen, 
tribus vicibus in anno j ab ird , et sine ird _, abfeii, et 
foras feit , à lui , et à se lignage. L'hommage de For- 
taner de Gordon (3), pour plusieurs châteaux qu'il 
posséaoit au diocèse de Cahors j fait à Raymond comte 
de Tolose l'an 1241, use d'autres termes qui ont la 
même signification : Et promittx) vobis per solennem 
stipulationeni , quod hœc prœdicta uniuersa et singida 
reddam et tradam vobis et successoribus a^estris , irattis 
et paccaius , cum delicto et sine delicto, quotiescumque 
h vobis per vos, vel vestrum nuntium super hocfuero 
requisitus , sine omni diffugio atque mora, Celuy de 
Hugues Arnauld au même Raymond de l'an 1287, qui 
se lit dans l'histoire des vicomtes de Turenne (4), re- 
présente les mémQS mots. Un autre de Centulle comte 
d'Estrac de l'an 1280, en fournit d'autres, mais qui ont 
la même signification : Ad çommonitionem vestram , 
vel nuntiorum vestrorum , quotiescumque , et quando- 
cumque volueritis irati vel pacati , cum commisso , et 
sine commisso vobis reddemus. 

Je crois que toutes ces expressions ont une signifi- 
cation différente de celles Ae grande et de petite force , 
et qu'elles forment une condition, qui regarde les 

(i) La Croix , in Episc. Cadurœns. p. ^S. — (a) Census et débita 
Bis^orrœ. — (3) Reg. des C. de Tolose, fol. i8. Com. par M. d'He- 
rouyal, -— (4) Aux preuves , p, i54- 



ÉVK l'histoire de S. L O U T S. 5o7 

personnes du seigneur et du vassal , au cas qu ils ayenl 
quelque différent ensemble, ce qui est expliqué plus clai- 
rement par la formule qui se rencontre ordinairement 
dans les titres d'iratus etpacatus , en vertu de laquelle le 
seigneur déclare qu'il a droit d'entrer dans le château de 
son vassal, soit qu'il ait différent avec luy , et qu'il y ait de 
la mésintelligence entre-eux, iratus, ab ird; soit qu'il 
n'ait aucun démeslé avec luy^ pacalus , ovl pacificus ^ 
comme porte un titre (i) de Hugues comte de la Marche 
touchant le château deBelac ; Etipsumcastrum nonde^ 
bent ei vetare pacijico ^ nec irgto. Un titre (2) d'Udefonse 
roy d'Arragon de l'an ii^i : Et tu et successores lui 
dabitis mihi et meis successoribus in perpetuum potestU" 
tein irati et pacati de Lorda , et de omnibus çastellisj 
munitionibus etfortitudinibus ejusdem comitalus et terrœ. 
Mais parmi une infinité de titres , qui représentent ces 
termes, je me contenteray de rapporter cet hommage 
de Roger de Mirepois (3): EgoRogeriusde Mirapeis et 
Arnaldus Rogerii, et ego Rogerius Isarni, et ego Sufi 
frêdus de Marlag , juramus tibi Rogerio comiti Fuxensi 
jilio Rogerii et Stephaniœ castellum Mirapeis ab la 
forsa , et ab las forsas , quœ nunp ibi sunt , et inantea 
erunt , que nol ten tollam , ne non ten decipiant de las 
forsas quœ nunc ibi sunt^ et inantea erunt; et si erit 
homo aut Jœmina ^ qui hoc foceritj recti adjutores tibi 
erimus , donec recuperatum hubeas , et inantea in sa'- 
cramento staremus, quod pacificati et pacati reddemus 
eum, cum totasjbrcias tibi et tuo misso ^ quando tu vo^ 
lueris , juramus tibi per Deum., et per istos Sanctos. Ce 
. titre semble encore expliquer les termes grande et 

(1) Reg. des Comtes d'uingoulesme coUé 2S. — (2) Ilist, de Bearn^ 
l. 6 , ch. 9. — {^) /6. 2. 8, c. II. 



5o4 DISSERTATIONS 

petite force, et faire voir qu'ils regardent les forces qui 
sont dans le château du vassal y desquelles il doit aider 
son seigneur , soit que par ces mots on entende les ar- 
tilleries, soit qu'on les prenne pour les garnisons et les 
soldats qui gardoient la forteresse. Au traite d'alliance 
qui se fit en l'an 1266, entre Henry comte de Luxem- 
bourg et Ferry duc de Lorraine, le comte promet 
d'aider en bonne foy le duc contre le comte de Bar, m 
bonne foj à sonpooir à grant force et à petite (1). 

Les anciennes coutumes de Catalogne (a) disent que 
le vassal est obligé de mettre son château au pouvoir; 
et entre les mains de son seigneur, lorsqu'il lui en fera 
la demande : et ensuite elles forment cette difficulté au 
sujet du vassal, qui est en procès avec son seigneur pour 
quelque différent qui concerne le fief : car quoy qu'il 
allègue qu'il en a esté dépoiiillé par luy , ou d'une par- 
tie , et qu'il n'est pas tenu de répondre au seigneur, 
jusques à ce qu'il luy eust rendu et restitué ce dont 
il a esté dépouillé, si est-ce , disent ces co&tumes, que 
le vassal ne doit estre oiii en aucune manière, dautant 
qu'en ce qui regarde la feauté , c'est à dire les devoirs 
des vassaux envers les seigneurs, on n^est pas reçu, à 
alléguer aucune raison : 5^ lo senjor ha plajdeiat ah 
son vassal en juhezi sobre alcuna cosa , que riquirisca 
fcjclo vassal allégua que el es dessoulac per lo se- 
njor d' alcuna part delfeUy ho d' alcuna altra cosa , per 
que dyu que no es tengut de respondre al senyor , entro 
que sia restitua en so de que es despulat^ si aquest cas 
lo vassel no deu essor hoit en neguna manera. Car en 
so que requerfeltatj e par contradir se sequeys bausia , 
no espresa neguna defensio. Cet article semble expli- 

(i) Vigner, aux Geneal. d'Alsace, p. 1^6. — (a) Art, t. 



I 



I 



SUR L'HISTOIRE DE S. LOUTS. 5o5 

quer disertement le mot d'iratus^ et justifie que quoy 
que le seigneur et le vassal soient en diffèrent au sujet 
de leurs fiefs , le vassal neantmoins ne pouvoit pas en 
ce cas refuser à son seigneur de rendre son château. 
U explique encore les termes (i), cum forisfacto et 
sine forisfacto , cum delicio et sine delicto , qui sont 
exprimez par celuy de hausia , comme j'espère le jus- 
tifier ailleurs : car il dit qu'en ce qui requiert la feauté, 
par le refus de l'accomplir, il y a lieu à la félonie , et 
que le vassal ne peut sous prétexte de différent se deffen- 
dre de rendre sa forteresse à son seigneur. Ainsi le vas- 
sal estoit oblige de remettre son château à son seigneur 
à la première sommation, soit qu'il fust en différent 
avec luy acause de son fief, soit qu'il fust en ^^vx.jpacatus. 
Le seigneur avoit droit de demander que son vassal 
remit en son pouvoir son château, ou sa forteresse 
pour s'en servir dans ses besoins. C'est ce qui est ex- 
primé en plusieurs Chartes. La chronique de Senone(2); 
Castrum suum Morhenges .,. ab eodem duce infeodo 
recepit , ut si quando ipsi nécessitas occurreret , illud 
castrum absque ulld contradictione redderetur. Un 
titre (3) de Voldemar duc de Justie de l'an i326 : jin- 
tedictœ ^verb munitiones, semper nobis , vel nostris 
azéris hœredibus apertœ erunt ad omnem nostram ne- 
cessitatem. L'hommage d'Arnaud Otton vicomte de 
Lomagne (4) à Alphonse comte de Poitou et de To- 
lose : Dicta etiamfeuda iratus et pacatus vobis reddam, 
çuandocumque fuero requisitus , quœ tamen restituere 
mihi debebitis necessitate Jinitd. Cette nécessité s'en- 

(i) In Gloss. Lat. Barh. V. Bosiare. — (a) Chron. Senoniense, o. 
121. — (3) Fontan, l. 7. rerum Danioar. — (4) Reç. de la cQn' 
nétahUe de Bordeaux ^ fol. i83. 



5o6 DISSERTATIONS 

tendoit tant pour les grands besoins , que j>our ceux 
qui estoient de moindre importance. Un titre de Guil- 
laume de Guierche (i) : Prœterea domino Régi jura- 
mento astricti sumus, quod non denegabimus ei , vel ] 
mandato ejus , domum nostram de Segreio in magnd 
vel par^d jiecessiiate. Ces besoins sont remarquez par 
Philippes de Beaumanoir au passage que j'ay rapporté 
cy- devant , sçavoir pour les guerres du seigneur, pour 
mettre ses prisonniers , pour y avoir sa retraite et s'y 
faire garder , et pour le profit commun du pays. 

Le premier cas se trouve ainsi exprimé ep l'hommage 
de Pierre Bermond (2) seigneur de Sauve , d'Anduse 
et de Sommieres qu'il rendit à Louys VIII , Roy de 
France , l'an 1 226 : Et ego super sacrosancta juravi do^ 
mino Régi, quodomnia castra , quœ nunc teneo dfi ipso , 
tradam ei et hœredibus suis admagnam vim et pan^am, 
et pro grauandis hostibus suis , quotiens inde à domino 
Rege , vel hœredibus suis , fuero requisitus, Philippes 
Auguste donna la terre de Conches à Robert de Cour- 
tenay (3), à condition qu'il seroit tenu, et ^e^ succes- 
seurs , de rendre au Roy forteritias prœdictorum cas- 
trorum , ad guerrandum , et ad magnam vim et ad 
parvam, Berenger-Guillems seigneur de Clermont de 
Lodeve : Etiam castra confessus estreddere decimddie, 
velinfra, ad ejus , ejusque nuntii commonitionem prop- 
ter bellum. Un titre de Garcias Arnaud de Navailles 
de Tan 1 262 : « Encores promeismes et jurasmes à Mons. 
« Edoart, que nos hères à tos jors rendron à li, o à 
« ses hers , et à lur seneschal, o à lur certein mesage 
« l'avant dit chasteu de Saut. . . totas las horas que il 

(i) Reg. dePhil. Aug. appartenant à M. d'Herouvfaly p, 126. — 
t'i) Reg. de Carcassone , fol. 60. — (3) Reg. de PhiL ALug. p, 85. 



:/-3 



SUR L^HISTOIRE DE S. LOUYS. 5o^ 

« nosre qùlrunt por lur guerra, que in a'uront en GasT 
<c conhe^ et les tendrunt tant con lur guerre durra à lur 
« cost, sauve à nos les rentes et les issues des terres. Et 
ic quant lur guerre sera fenie, o paix fet sera, o trive 
« prise, eus nos rendrunt à nos hères les chastiaus 
a avant dits. » 

Que si le vassal faisoit sa demeure dans un autre 
royaume, que celui où son fief estoit situé, et ainsi 
fust sujet naturel d'un autre prince , que celui de qui 
son fief relevoit mediatement, ou immédiatement: en 
ce cas, si les deux princes entroient en guerre en- 
semble , le vassal estoit obligé d'abandonner ses châ- 
teaux au prince ennemy de son prince naturel, pour 
s'en servir tant que la guerre dureroit. J'ay leû l'ori- 
ginal d'un hommage que Nugno Sanche comte de 
Boussilion et de Cerdaigne fit au roy Louys VIII, 
pour les vicomtez de Fenolhedes et de Pierre Pertu?e, 
au camp devant Belpech,au mois d'octobre l'an 1226, 
qui porte que le comte fait hommage lige au Roy pour 
ces vicomtez : Salya fideliiate régis Aragonum, ita 
tamen qubd si aliquo tempore guerra inter Nos^ (c'est 
le roy de France qui parle) et dominum regem Ara- 
gpniœ contra noSj vel hœredes nostros de eo quod tenet 
de nobis es set, totum illud nobis, vel hœredibus nosiris 
durante guerrd redderetur, et illuc teneremus quousque 
guerra firUretur : qudjinitd totum illud ad ipsnm, vel 
hœredes suos sine contradictione aliqud reverteretur. 

L'autre nécessité, et l'autre besoin du seigneur, à 
l'égard des châteaux de son vassal , estoit pour y mettre 
ses prisonniers, et les y faire garder, ou pour y mettre 
ses garnisons, c'est à dire, tant les soldats pour le 
garder, que les vivres et autres nécessitez de ses 




5o8 DISSERTATIONS 

Brûlées. L'hommage de Geoffroy de L&ignen vi- 
comte de Châtel eraud du mois de may 1^24, au roy 
Louys VIII : Quotiens autem, et quando dominus Rex 
erit in partibus Pictayfiœ, teneor reddere castrum meum 
de F'omfent domino Régi, vel mandata sua, adponen" 
dum in eo gamisionem suani, quamdiu erit in partibus 
Pictavfiœ, et in recessu suo rehabebo castrum meum de 
youxentj, etc. Enfin le sire de Beaumanoir dit que le 
seigneur pouvoit prendre le château de son vassal 
pour l'utilité publique , et pour le profit commun du 
pays. C'est ce qui fut représenté au concile provin- 
cial tenu à Wincestre l'an iiBg, sous Estienne roy 
d'Angleterre (1) : Certèj quia suspectum est tempuSj, 
secundiim morem aliarum gentium, optimales omnes 
clav^es munitionum suarum debent voluntati Régis con" 
trader e , qui pro omnium pace débet militare. Confor- 
mément à cette maxime la coutume de Bassigny le 
Lorrain à Gondrecourt la Marche, arrêtée par le duc 
de Lorraine le i5 de novembre l'an i58o, porte «que 
« tout vassal du duc est tenu de lui prêter ses châ- 
« teaux et forteréces pour un temps, pour la conser- 
« vation de sa vie, ou de son pays. » 

Comme l'hommage se faisoit à toute mutation du 
seigneur et de vassal, du moins en la plupart des cou- 
tumes , ainsi le seigneur avoit droit , en cas de cette 
mutation, d'entrer dans les châteaux de ses vassaux, 
d'y exercer les marques de souveraineté , et d'y arbo- 
rer ses enseignes ; ce qui se pratiquoit avec les céré- 
monies , qui sont remarquées dans les titres. L'hom- 
mage de Signis , veuve de Centulle comte d'Estrar, 
et de Centulle son fils, pour le comté d'Estrac, à 

(1) fFill. Malmesbur. L 3. Hist. JYoi^ellœ , p, i83. 



SUB. L*UI8T0IRE DE S« LOUTS. 5og 

Raymond comte de Tolose du mois de novembre Fan 
1^4^ y porte, qu'après que Thommage eust esté fait 
au comte, Petrus de Tolosa {l^^ nomine et loco ipsius 
donUni comitis Tolosani, et de mandato ipsius speciali, 
. accessit ad castrum no\fum de Barbarene , ad Durba^ 
num, ad montem Cassinum j et ad Simorrem, et ibi . 
super turrim castri nov^ij et super turres et portalia 
ahorum suprascriptorum locorum, ratione et jure ma- 
joris dominii , fecit ascendere vexillum, seu banneriam 
dicii comitis Tolosani j et ex parte ipsius ter prœco* 
nizari j et clamare altd voce signum dicii comitis , 
I sdlicet ToLOSAM : et dicta castra et villas pro eodem 
I domino comité , et nomine et loco ipsius recepitj et ab 
I eadem Signi, et Centullo ejusjilio, ratione et jure feodi 
I 9i majoris dominiieidem Petro de Tolosa traditas fue^ 
b J%cnf. Ainsi Berenger Guillems chevalier seigneur de 
1^ dermont de Lodeve (2) faisant hommage à Guillaume 
., '..•évesque de Lodeve acause de son château de Clermont 
eo Van i3i6 , remit son château au pouvoir de l'éves- 
îfiie, qui y entra , tandis que le seigneur de Clermont 
avec sa femme , ses enfans , et sa famille demeura au 
dedans de l'enceinte inférieure, c'est à dire dans la 
basse-court du château, et hors l'enceinte supérieure, 
qui estoit le château. Après quoy l'évesque entrant 
avec sa suite en l'un et en l'autre, fit fermer les portes, 
puis ses escuiers arborèrent sa bannière sur les murs , 
en divers endroits du château , crians à diverses re- 
prises à haute voix , Clermont, Clermont, pour Mon- 
seigneur ïevesque de Lodeve j et S. Gênez : ce qu'es- 
tant achevé, l'évesque se retira, et rendit au seigneur 
de Clermont le château avec les clefs. Par le traité 

(i) Reg, de Tolose. — (a) Hist. des Ev. de Lodeve , p, 373. 



V 




5lO DISSERTATIONS 

qui fut fait entre Henry roy d'Angleterre et Raymond 
vicomte de Turenne il fut convenu que le vicomte 
feroit à l'avenir liommage au roy d'Angleterre (i), 
et qu'à chaque changement du Roy, il seroit tenu, 
pour marque et reconnoissance de souveraineté, in 
signum dominii j, de remettre les clefs des châteaux 
de Turenne et de S. Ceré entre les mains du Roy, ott 
cle ceux qui seroient commis par lui y lesquels au 
nombre de deux ou trois entreroient dans ces châteaux, 
sans que le vicomte, ni sa famille, fussent obligez de 
se retirer, et là feroient voir la bannière du Roy : après 
quoy les clefs seroient rendues au vicomte, et ceux 
qui y seroient entrez de la part du Roy seroient aussi 
obligez de se retirer. Arnaud archevesque de Nar- 
bonne , ayant receu , en qualité de* duc de Narbonne, 
l'hommage d'Aimery vicomte de Nari)onne , recepit 
palalium, posito signo ecclesiœ in turri , pro dorrùnio 
et ducatu {p), ainsi que nous lisons dans l'histoire des 
ëvesques de Lodeve , laquelle nous apprend encore 
que cette cérémonie d'arborer les bannières , pour 
marque de seigneurie , se faisoit avec les fanfares des 
trompettes : Et eleyato in turris summitate ejusdem 
episcopi vexillo^ buccinaverunt more consueto. 

Cela s'observoit ordinairement, ainsi que j'ay re- 
marqué, lorsqu'on rendoit les hommages pour cette 
espèce de fiefs , où le vassal estoit obligé de desempa- 
rer son château, et de le mettre au pouvoir de son 
seigneur : si ce n'est qu'il y eust convention au con- 
traire. L'hommage du prince d'Orenge de l'an i34q 
dont j'ay parlé cy-devant : Et in qualihet mutatione 

(i) Aux Preu. de VHist. de Turen. p, 6ï , 70. — (2^ ffist. des Ev 
de Lodeue, p, 11 5. y. Guid, Papœ decis. 160. P. ao3, aiq ^334 



SUR l'histoire de s. louys. 5ii 

domini et vassalli etiam dicta castra redduntur domino 
Delfino, et suis, tenendo per très dies, duntaxat cum 
vexillo Deljinali , nihil de bonis dictorum castrorum 
a^ccipiendo. Nous en avoijs un autre exemple singulier 
au cartulaire de rarclievesché d'Arles (i), en ces ter- 
mes : Anno Dom. 1 263^ 5 die mensisfebr. in prœsenlid 
dominorum P. Aurasicensis episcopi , et Joannis de 
Arsisio senescalli de Venaisino, etc. fecerunt homa" 
gium D. Florenlio Arelatensi archiepiscopo , sub eadem 
forma et verbis, et juramento, quibus supra proxime, 
Amaudus, Pontius, et Raimundus de Montedraconis 
et D. Rixendis uxor D. Ponlii de Montedraconis. Acta 
fuenint hœc in dicto Castro, et desemparato priiis cas^ 
tro, cum uxoribus, liberis, et totd familid sud , et ap'- 
portatis cla^fibus castelli extra portam ad prœsentiam 
dicti archiepiscopi. Estant à remarquer que par un 
autre hommage , que Guillaume seigneur de Mondra- 
gon fit à l'archevesque d'Arles l'an ii43, ce seigneur 
s'oblige de rendre son château à sa semonce (o.) : d'où 
il se recueille que faire entrer, ou arborer la bannière 
dans un château, estoit une marque de seigneurie. Ce 
qui paroît encore assez par Ja reconnoissance que Jean 
sire de Vergy sénéchal de Bourgogne donna au sei- 
gneur de Villey, que quoy qu'il fust venu en la maison 
de Villey, et que ses bannières y fussent entrées, il 
declaroit qu'il n'y avoit aucun droit, ni par raison 
de fief, ni par raison de justice , ou de seigneurie. 

Non seulement le vassal estoit obligé de remettre 
ses forteresses au pouvoir de son seigneur, aux deux 
cas que je viens de spécifier, mais encore en toutes oc- 

(i) Liun Noir de VArch. £ArUs intUuU , Liher auctoritatum 
SS. PP. fol. 19. — (a) Aux Preu. de VHist, de Vergy , p, 394. 



Sll DISSERTATIONS 

casions , et toutes les fois qu'il en avoit besoin , u 
mêmes qu'il voudroit y venir. L'histoire des évesques 
d'Auxerre (i) dit que Pierre comte d'Auxerre rendit 
le château de Mailly ad beneplacitum episcopi, et par 
son ordre à Hugues archidiacre , qui nomine epùcopi 
casirum ipsum recepit : et qu'Hervé comte de Nevers 
reconnut qu'il estoit obligé de rendre à l'évesque les 
tours de S. Sauveur, de Châteauneuf , et de Cône, 
quoties vellel , et ad libitum suum, Raymon de Layrat 
fit la même reconnoissance à Pierre évesque de Lo- 
deve, quoties idem Petrus ibi habitare vellet (2). M. de 
Boissieu (3) rapporte un titre de l'an i2o3, par lequel 
Guillaume de Clermont reprend à hommage de l'église 
de Vienne ses châteaux de S. Joire et de Crepol , et 
s'oblige , qubd ad petitionem archiepiscopivel canonicch 
rurrij omni cessante dilatione, redderet castra istaj vel 
quandocumque ipsi horum peterent^ et inde passent fa- 
cere placitum et guerram ad libitum suum* C'est pour- 
quoy dans les hommages, et dans les titres , qui par- 
lent de cette nature de fiefs, il est presque toujours 
porté que le vassal doit remettre et rendre son château 
à son seigneur, ad voluntatism suam, et quotiescumque 
^olueritj si ce n'estoit que dans les infeodations ou 
dans les conventions particulières faites sur ce sujet, il 
n'y eut des clauses au contraire. Car souvent il y es- 
toit spécifié combien de fois en l'an le seigneur pou- 
voit obliger son vassal à lui remettre son château. Par 
exemple , dans le traité fait entre Gaston vicomte de 
Bearn , et Raymond Garsie seigneur de Navailles l'an 

(0 HUt. Episc Antisiod, c, 5g, p, 489, to, i. Bibl. Labei. — 
(a) Hist. des Eu. de Lodeve p. 83, voL m. — (3) il/. Boissieu, de 
rusage des fiefs , c. a4. 



s« 



ï d( 



il est porté que le seigneur de Navailles est obli- 
rendie son château au vicomte trois fois l'an : 



Esl autem conventio talis, quod H. G. débet tradere et 
reddere domino Gasloni îrato etpacalo, et tuw succès- 
sorièits ter in anno casUum de Navalhes (i). Au car- 
tulaire de Bigorre est l'acte suivant : Raymundus Gar- 
iias de Laveda voluit capere Petriim camilem Bigor- 
rensem, et cecideruntin Levitano.... po.stea li. Garsias 
Jtnem Jkcit cum comité , tali paclo , ut onines castras 
suos reddidisset tribus vicibus in anno, h lui et à son 
iigneitge. ab fiit, et ab fora feit , ab ira et sine ira (a). 
Quelquefois encore le temps que le seigneur pouvoit 
le garder estoit limité. Le traité d'entre le duc de 
Bourgogne et le seigneur de Vergy de l'an laifi : Et 
f/uotiens ego vel met f' irgeium requiremus , nobis red- 
deretur, etpossemus illud tenereper ijuatuordecim dies, 
si nobis placerel, et amplius tcncre non possemus , nisi 
abbates Cistertiensis et Busserias negotium evideris et 
manifestum vidèrent , pro quo viros tenere debere- 
mus (3). Toutes ces conditions n'estoient pas de droit 
commun, mais de convention particulière. 

Tandis que le seigneur estoit dans le château, ou 
dans les places de son vassal, il en estuit lellcment le 
maître, qu'il avoit le droit d'y exercer tous les actes 
de justice à l'endroit des habitans, pourveu q^ e les 
procès n'eussent pas esté commencez, ou terminez du 
moins. Ce privilège est attribué à IKmpereur dans les 
villes , qui sont du ressort de l'empire, dans le droit 
ancien des Saxons (4) : In quamcumque civiialem t'm- 

(i) Hiit. de Biarn. t G, c. i3, n. ». — Ja) Ctnsu, et dclUa Bi- 
gorrce. — [_'ij ylux Prcu. de t'Hiit. dei D.ile Bourg, p. ^■j.~{^)Jui 
Saxon, t. 3, un. 6o, ffichbiid. Magdcb. an. 8. 



I 



5l4 DISSERTATIONS 

perii Rex de\^enerit, ibi telonea vacabunt sibi et mO' 
netœ. Quamcumque etiam provinciam , seu territorium 
intrav^erit , judicium illius sibi vacabit, et ei Hcebitju" 
dicare omnes causas quœ eorum fudicio non fuerunt 
incœptœ , antfinitœ. Ginnamus (i) en son histoire re- 
marque que l'empereur Manuel estant arrivé à An- 
tioche, dont Renaud de Châtillon estoit alors prince 
et seigneur , durant le temps de huit jours qu'il y de- 
meura , toute la justice du prince cessa , et les hahitans 
y furent jugez par les juges de l'Empereur : zonaixtiV 
ye fJi>îV ^ovXoTrpgTreiav kyxioyitiq zi^ avxov èneisi^avro y &çe 
avxoû ToF; PevofXJbu èvdiarpiSovxoç 96[iotç^ obfelç olSi^kiccu 
Tû>v àif-cpiGëcdlovrov nocpi toFç ojxoysvéatv èStxùcaàto iatriv, 
Sri jutij Trapà Pwfxac'otç. Ce que Manuel fit ensuite du 
traité qu'il avoit conclu avec Renaud , par lequel ce 
prince s'estoit obligé, Prœstito corporalitersxcTiAUEinTO, 
quod domino imperatori Anttochiam ingredi voleniij 
vel ej'us prœsidium , sive irato , sive paçato , liberum 
et trarupullum non denegaret introitum (2). Ce sont les 
termes de Guillaume archevesque de Tyr, qui ajoute, 
qu'en suite de ce traité on éleva la bannière de J'Em^ 
pereur au dessus delà principale tour du château d'\n- 
tioche. Et cet usage estoit tellement constant à l'égard 
des souverains , lorsqu'ils venoient dans les châteaux 
et dans les places de leurs vassaux, que nous l'avons veû 
pratiquer encore de nostre temps par le roy Tres-Cbres- 
tien à présent régnant , lequel estant venu à Avignon 
le vingtième jour de mars Fan 1660, y fut salué par les 
consuls et les luagistras comme comte de Provence, 
et comme leur souverain. La garde du Pape à qui cette 

(1) Jo. Cinnamus , L i,p, ^0^, — (a). ^Uk T%r, L i^^ e, uU. 



SUR l'histoire de s. I-OIITS. 5l5 

ville appartient, y fut lovée, toutes les jurisdiclions 
oïdinaiies cessèrent, celle du roy y fut établie, et le 
Roy même y donna les grâces , et la liberté aux prî- 



Qijoy que le vassal fust oblige de remettre son châ- 
teau au pouvoir de son seigneur, loisqu'il l'cn avoit 
requis, il y avoit touteibis des cas où il ponvoit en 
faire refus, sans pour cela encourir le crime de félonie, 
ou confiujner son fief. Du moins avant que de lui livrer, 
il lui estoit permis de prendre ses précautions , et de 
demander des seuretez à son seigneur. Par- exemple, le 
seigneur ne pouvoit pas demander le ciiâteau de son 
vassal, pour s'en servir contre lui en quelque guerre 
que le vassi^l auroil contre un autre , ou bien pour y 
introduire l'ennemy du vass.l. Il ya une pièce ancienne 
aux preuves de l'iiistoire des comtes de Foiton du sieur 
Besly (i), qui liait voir que lorsque le vassal avoit quel- 
que sujet de défiance de soii seigneur, il pouvoit avec 
fondement lui demander des cautions, nu des iiostages, 
avant que de mettre son château en son pouvoir -.Cornes 
■ver'o dixit eî, si fidticias iiult dore tîùi , e/uof/ inhiiici 
tui castrum non hebeant, non pôles eum tenere. Et plus 
bas, parlant du vassal résolu de garder son château, à 
moins que le seigneur ne lui donne caution •■ Misit Hugo 
omnia necessaria in castrum, et vrduit eum tt-nere 
contra omnes . sijiilucîas non darent et. A la fin Hugues 
rendit son cbilteau à son seigneur, à condition que son 
enuemy n'y pourroit entrer sans son consentement, et 
qu'il ne lui en seroit lait aucun dommage. 11 y a un autre 
exemple de cecy en des lettres de l'an i igy (a) , où 



(i) llttlyen fIJiH.df C. de Po 
WXBUt. dti Duci Je Bourg, p. Gu. 



- W^ 



X Pitu. de 



5l6 DISSERTATIONS 

Robert évesque de Clermont déclare, Quoniam sus^ 
pecti videmur j ex eo quod Pontius de Capiolio contra 
nosfecil, manente nobis jdramento ef fidelitate ^moJ 
habemus in Castro Vertazionis , illudper quinque annos 
ab instanti festo S. Mariœ Magdalenes non require^ 
mus ,, sed ex tune polerimus reqjuirere. Et delà vient 
que souvent dans les sermens et les hommages qui se 
rendoient à Toccasiou de cette sorte de fiefs, le vassal 
apposoit cette condition , que le seigneur n'y pourroit 
recevoir Tennemy capital du vassal. L'hommage du 
seigneur de Clermont de Lodeve à Tëvesque de Lodeve, 
dont j'ay. parlé cy-devant , porte expressément , que 
Tvon reciperet episcopus in dicto Castro capitalem inimi- 
cum dicti dotnini de ClaranionteX.i), 
. Philippes de Beaumanoir (2) propose cette question, 
sçavoir si un vassal quia la guerre en son particulier, 
peut estre obligé par son seigneur de lui rendre son 
château, quand il l'en requiert, et la résout en ces 
termes : « Avenir porroit que nostres sires aroit besoing 
ce de me forteresse et mestier , et moi aussi en tel point 
« en aroie tel mestier, que jeseroie en guerre : si serait 
« périlleuse cose, que li autre,. que mi ami y allassent, 
« ne m'estoient repérant. Car tout ne le vousist pas 
« mes sires, si pourrois-je estre grevex par cex qui de 
« par eus i $eroient- Donques en tel cas ne suis pas tenus 
« àbaillier me tour au commandement mon seigneur, 
« se ses cors meismes n'i est. Et s'il ne me prent à aidier , 
« et à garentir de me guerre , tant con il i sera residens. 
ce. Car ce que nous avons dit queli.signeur poeut penre 
<c les forteréces de leurs hommes , c'est à entendre qu'il 
(c soient gardé de domage et de péril. » 

(i) Plantawilz, p. 275. — (2) Ch. 58. 



Lorsque le seigneur vouloit se faire rendre le châ- 
teau de son vassal , il étoit obligé de l'envoier sommer , 
ou pour user des termes de ce temps-là, il le devolt 
semondre ; et alors le vassal avoit quelques jours pour 
se préparer à l'y recevoir, ou ses députez, et pour en 
faire enlever ses meubles et sa famille. Un hommage 
que j'ay rapporté cy-dessus (i), tiré de l'histoire des 
évesques de Lodeve, porte que le vassal estoit tenu de 
remettre sa forteresse au pouvoir de son seigneur en 
dedans dix jours après sa semonce. Le vassal même 
s'obligeoit par la reconnoissance qu'il donnoit à son 
seigneur, de bien traiter son envoyé, et de ne pas souf- 
frir qu'il luy fusl fait aucune injure, ou aucun dom- 
mage. Un titre {«) de Bertrand de S. Arnaud de l'an 
1 1 3 1 : El quoliefis nos ammonueris per te, vel per nim- 
cium tuum , reddemus supradiclum castrum, et du am- 
monitione non vetabimus , et ammonilori damnutn vel 
injuriam non inferemus , nec consiîio noslro inferetur. 
J'ay leu (i) un semblable hommage pour le château de 
Montdragon à l'archevesque d'Arles. 

Les anciennes coutumes de Catalogne {'y) expri- 
ment exactement ce que le vassal estoit obligé de 
faire après la semonce, qui luy avoit esté faite de la 
part de son seigneur , de luy abandonner son château : 
qui estoit qu'en même temps il estoit tenu d'enlever 
tous ses meubles , non seulement du château , mais 
encore de son enceinte; puis le seigneur y estant en- 
tré, ou son député , devoitfaire monter deux ou trois 
de ses gens en la plus haute tour, et y faire criera 
haute voix son nom et son cry \ et alors le vassal devoit 

£0 foj-«p.5o9.— (i) Livrt Nou.deCArchtwcIié ir.4ik>.fol.%^ 
.[3)/4./o/, 33.- (4) Cxp. a. 



5l8 DISSERTATIONS 

sortir du château, et de son enceinte, ne pouvant y 
demeurer que par le consentement exprès du seigneur, 
si crt n'est qu'il n'eust aucun pourpris aux environs du 
château , où il pust se loger et se retirer : car autre- 
ment demeurant dans l'enceinte du château , il tom- 
boit dans le crime de félonie , suivant cette coutume. 
Quant au seigneur il devoit mettre au château autant 
de gardes qu'il en faloit pour le garder , et dix jours 
passez, le l'endre au vassal. Et parce que ces coutumes 
n'ont pas encore esté publiées , il est à propos d'en 
rapporter icy les termes : si per lo senyor es deman- 
da postât al vassel del sen castel , deu li esser donada 
per aguesta manera, Lo vûssel premierament gitara 
totes ses cases del castel j et de tôt le terme del casUd 
e ses tota contradictio e retencio , lo castel delivrara 
al senyor , e intrat que sera lo senyor, ho altres per 
el ,^n la fortalissi del castel , lo senyor fara puyar 
2 ou 3 aytans quant se "voira en lo plus ait de la terre , 
las quas ab grans vous cridaran , e envocaran lo 
nom, del senyor, E adoncs lo ^vassel exsira de tôt lo 
castel , e del terme. Car no deu remembre a qui, si 
non aytant quant sera de volentat expressada del 
senyor. Si doncs lo vassel no as^ia alcu porpri a lou 
dintre lo terme del castel, en lo quai remanir pojria. 
En altra manera , quant lo vassel séria remanzut en 
lo terme del castel, no séria en tes que agues donada 
postât , aus séria reputat Bauzador , so es que auria 
feyre Bauzia , segons costuma de Catalunya , e séria 
Bauzador aytant de temps, quo estaria et vigaria de 
donor plena postât, E lo senyor rezeben la postât, pour 
zaria francamente y e se nés lot en payament gardes 
en lo castel, aytant que neees^ari fossen à erardari^^ 



SEB l'histoire de s. lodys. Sig 

ait castel , o mutlar enfre los lo tfies. Enaylal cat,ne 
séria entes (jue lo vassel, è f/ues tfoiiada plena, et li' 
beral postât dcl castcl. E en iijtel cas ne correrien al 
scnjor los lO dîes , aftant pot que en cas f/uet i^asseZ 
remangiies en le terme del cnstel , o tiytant par ni'O 
en cas quel vassel tomes enfre los termes abans de 
temps. Mes se la hores commenssaren a carrer los 
dies , quant lo vassel aura donada plena e libéral pos- 
tal, e no sera tornat en los termes abans que temps 



Ce qui est (lit en ces coutumes que le seigneur 
devoit sortir du didteau de son vassal, apre's qu'il y 
auroit demcUrd l'espace de dix jours, qui comnien- 
çoient à courir de celuy auquel il en avoît esté mis en 
pleine possession , regarde les usages particuliers de la 
Catalogne. Car en d'autres cofttumes le seigneur pou- 
voil le retenir tant que sa gperre duroit , laquelle 
estant finie, il avoit encore quarante jours pour en 
sortir , et pour en retirer ses gens et ses meubles. 
Ce qui est exprime' dans l'acte d'hommage (i) que 
Matliien duc de Lorraine fit à Blanche comtesse de 
Cliampagne et à Thibaud son fils, l'an T2ao,pourla 
cliâtellenie de Neucbâtel -.Et eis jurayi bond Jide , et 
sine malo ingénia , quod qnandocumque , et quolies- 
cumqaefuero requisilus ab ipsis , vel ex parte ipsorum, 
tradam eis , yel eorum mandata , dictum castrum , 
Jbrteritiam uiJelicet et burgnm , ut ibi ponant de suis 
gentibus ad valuntatem suam. Ipsi autem infra XL dies , 
postquam de ossonia . vel de giierrd sud liberati erunt , 
icnentur mi/ii reddere per juramentum suunt castrum 
illud ita munitum , et in eo punclo in quû eis tradiCum 
tO Lib. Princ. Cvm. par M. d'IIcroui'al. 



5^0 DISSECTATIOirs 

fucrit bond fille. Les mêmes termes se rencontrent en 
une semblable reconnoissance de Guy de Châtillon (i), 
fils aîné de Gautier comte de S. Paul, pour ses forte- 
resses de Champagne : Dictas siquideni cornes Jecit ju- 
rare in animant suam quhd infra XL dies posUpuwi 
exierit de essonio suo , dictas forteritias rnihi et Hugom 
fratri nostro', vel hœredibus nostris^ £n eodem statu, 
in çiio easdem recepit, restituet bonnd Jide. Dans le 
traité d'entre Eudes duc de Bourgogne et Estienne 
comte d'Auxonne (2) de Tan 1197, le duc s'oblige de 
rendre Âuxonne au comte, infra vil dies postquam 
diLJC nrgotium suum de Castro et villa fecerit : ce qui 
fait voir que les usages estoient difierents pour cette 
sorte de fiefs. 

Le seigneur, ou ses députez, estant entrez dans une 
pleine possession du château du vassal , s'ils y trou- 
voient des vivres, des meubles ou des provisions, ils 
pouvolent s'en servir avec discrétion, et autant qu'ils 
en avoient besoin pour eux , et pour leurs gardes , 
tant qu'ils tiendroient le château, que s'ils n'y trou- 
voient rien , qui fust à l'usage de ceux qui estoient 
établis pour sa garde, en ce cas ils estoient obligez de 
fournir à la dépense, qui leur devoit estre rendue par 
le vassal. Les coutumes de Catalogne (3) :rf 5/ /o5e/i/or^ 
quant rechebra la postât del castel^ troba negunes cau- 
sas del vassel en so castel ^ o en le terme, lo senyor, 
o les seues gardes poyron aqueles cauzes penre e des- 
pendre tempradament aytant que necessari sara , men- 
tre que lo castel tenga. E si non troba res ^ o si troba 
cozo que non vaste a ops de les gardes ^ adoncs la 

(i) Lih. Princ. Com. par M, d'HerouvaL — (a) Preuu.d€l'Hiii.d^ 
Vcrgj^^p. laa. — (5) Ch. a. 



stiR l'histoire de s. LOiirs. 5ai 

senyor, efseu.fara les despens , mes enpero lo vassel 
es tengut âc retre aque les al senyor. 

Cecy estoit encore particulier à la Catalogne, car 
de droit commun et ordinaire, la dépense de ceux 
qni gardoient le château du vassal de la part du sei- 
gneur , estoit à la charge du seigneur. Philippes de 
Beaumanoir {i}. n Se cil qui tient en baronie , prent 
" la forteresse de son home poursonbesoing,ce ne doit 
« pasesfre au coust de son home. Carseil imetgarni- 
K sons, ce doit estre du sien, et s'il y a prisonniers, il 
« les doit ferc garder du sien , et s'il empire de rien la 
«1 forteresse , il le doit réfère. » La plupart des titres 
toutefois exceptent le foin et la paille du vassal, que 
le seigneur n'estoit pas obligé de restituer, s'il les 
avoit consumez tandis qu'il avoit tenu son chàteau(2). 
I.e traite' d'entre Estienne comte d'Ausonne et Eudes 
duc de Bourgogne de l'an 1 197 : Et si dujc et sut in 
eadem vUld aliquod damnum intérim fecerint , pree- 
tergtutm de fœno et stramine, dujc infra XI dies posl- 
quam submonitus fuerit, emendabit (i). Un titre de l'an 
13 16: Et si dum illud teneremus , par nos , vel per 
nosiros j aliquod damnum , prœterquam de fœno et 
stramine, ibi in rébus suis Jieri contingerei, infra XL 
dies post/juam requisiti essemus damnum illud restau- 
rabimus (4). Pour ce qui est du foin et de la paille, il 
semble que les vassaux estoient obligez d'en fournir 
au seigneur en ses guerres, et lorsqu'il se trouvoit 
en la maison du vassal. Un titre de l'an 1208 : Si verô 
guerram habuerit, obedientiariam in aliquo . excepta 

(1) CA.sa.- w Go//i,i. /. 6 . c/,. 3S. - (3) ^i.ip,^,..derm,t. 

_ de rtrgj; p. iS, ( Jm D. Je Bomgog. p. 67. — (4) JIJ. Peraid ta 



5âd BISSERT ATI 05 s 

fœno et pàled, non gravabit (i). Aussi ce tribut est 
fort ancien , et est appelle fodrum dans les auteurs du 
moyen temps ^ et estoit fourni généralement par tous 
les sujets du prince, lorsqu'il venoit dans les villes, ou 
à ses envoyez et à ses commissaires. Frédéric I empe- 
reur appelle ce droit qui estoit dû aux empereurs, 
fodrum regale (2), en une de ses patentes de l'an 1 164; 
mais je reserve à en parler en une autre occasion. Si 
le seigneur hepouvoit consumer que le foin et la paille 
Al château, et de la place de son vassal, à plus forte 
raison le vassal demeurait en la jouissance et en la 
perception de ses droits qui luy estoient deus : C'est ce 
qui est exprimé dans un titre de Pierre vicomte de 
Castillon de Tan iq46 : Et hoc non obstante nos vel 
htisredes nostri , vel successoreSy redditus nostros de 
Castro et de Castellanid Albœ terrœ et pertinentiis 
eorum libéré et intègre percipiemus (3). 

Au surplus le seigneur devoit user du château de son 
vassal comme un bon seigneur, et un bon père de 
fisimille , et le lui rendre, après que ses guerres ou ses 
afikires seroient achevées, au même état quillui a voit 
esté confié. Les loix de Simon comte de Montfort : 
Et ipse cornes y tanquam bonus dominas y in illojtatu et 
valorCy inquo receperity tenetur reddere eisdeni, sine 
diminutione , aiU damno , peractis negotiis suis. Un titre 
de Faû 1219, Dominas Amalricus ita faciat de castro 
seu de castriSj et eadeni teneat ut bonus dominas (4)- U 
devdit faire en sorte qu'il ne souffrît ^ucun dommage. 
Le traité de Raymond Gafsie de Navailles de l'an 1 2o5 : 

(1) S. Julien, aux Antiq. de Mascon ,p. aSg. — (2) Apud Ughel. 
in Episc, Reatin. — (3) Reg. d'Angouksme. — (f\) Rtg. de Carcas" 
sonne, fol. i6» 



SUR l'histoire de s. LOUYS. 53? 

Domînus autem Gasto débet tenere castrum ahs<jue 
dnmno ( i). Il estoit obligé de le rendre et de le resti- 
tuer avec les mêmes artilleries , les me'mcs armes , et 
autres choses qui servoient à sa défense, qu'il yavoit 
trouvées. Un titre (a) de Roger comte de Comminges 
de l'an 121 1 : Et ipse et sut qitando prœilicta castra 
mihi reddent, eodem modo mihi munita et garnila 
reddent , quomodo fit invenen'nC munita et gtirnita die 
receplionis, sine damna meo , vel meorum. Enfin il le 
devoit rendre sine fraude (3), comme parle la chro- 
nique du Vigpois, cu/Ti integritate (^), comme dit celle 
des évesques d'Auxerre : mais si le seigneur pour son 
profit avoit fortifie' et amëliorë la forteresse qui lui 
avoit este confiée , le vassal ii'estoit pas obligé de liiy 
rendre les améliorations , ainsi que le sire de Beauma- 
noir a observé en ces termes : « Et s'il l'amende pour 
« estre plus fort, ou plus bel pour son besoing, ses 
i< homes ne l'en est tenue à riens rendre, parce que 
« ce ne fat pas fet por U , tout soit ce que li porfit 
« l'en demeure ». 

Voilà ce qui concerne les usages et la pratique, 
lorsque le vassal mettolt son château au pouvoir de son 
seigneur : mais si sans aucune excuse légitime il di- 
laioit, ou rcfusoit de le délivrer, après que les se- 
monces avoient esté laites dans l'ordre de In part de 
son seigneur, alors le château tomboit en commise, 
et estoit confisqué au profit du seigneur. Le traité de 
Raymond Garsie de Navailles, dont j'ay parlé cy- 
devant : Sitamen fi. G- nollet traders castrum Do- 
mino Gastoni, quacumque liord exigerct , liaymundus 



(4) ff«'. E 



) Heg. (le Careauone. - 



.(3) CI,. KMct«t«. — 



524 DISSERTATIONS 

GarsiaSf vel ejus successor, esset prodiior et perjurus 
DonUni Gastonis , et totius sui generis ; et si Dominus 
Gasto per vim posset postea habere castrum de Na- 
valhes y nunquam teneretur reddere illud Rajnumdo 
Garsiœ , nec suo successori (i). Rigord en la vie de 
Philippes Auguste en fournit un exemple en la per- 
sonne du comte de Bologne : Petiit Rex ah eo, utei 
traderel munitiones , quas cum ei contra jus et consue- 
tudinem patriœ denegasset, ex Rcongregato exercitu 
accessit ad prœdictum castrum ^ . . . . et quarto die per 
vint cepit (>.). Henry I roy d'Angleterre en usa delà 
sorte à l'endroit de Renaud de Bailleul, quifideU- 
tatem régis reliquerat, eique poscenti ut domum suam 
de Mànsione Renuardi redderet, superbe denegave- 
rat (3). Comme encore à l'endroit de Hugues de Mont- 
fort, qu'il avoit fait sommer de lui rendre son château de 
Montfort, ut munitionem castri Montisfortis sibi red- 
deret (4). Car ces seigneurs n'ayant pas voulu déférer 
aux semonces du Roy, leurs places furent assiégées , 
prises, et confisquées. 

La confiscation toutefois ne suivoit pas à l'instant 
le refus, mais le seigneur estoit obligé de sommer son 
vassal en sa justice de reparer et d'amender le tort , et . 
d'attendre un certain temps et limité , après lequel , si 
le vassal ne se mettoit pas en son devoir , le fief estoit 
déclaré confisqué au profit du seigneur. En la con- 
vention qui se fit entre Roger évesque de Beauvais, 
et Francon seigneur de Gerl^eroy , l'évesque fait cette 
promesse à Francon : Franco , non tibi ero in damno 
de castello Gerboredo, ut tu illud perdus me sciente, 

(i) Hist. de Bearn. Z. 6, c. i3i n. a. —(a) Rigord. A, laia, — 
(3) Order. Fiu L la , p. 849. — [l\)ld.p. 876. 



rT^ i^tK^ 



à 



i contra me forhfeceris ; et si contra mejhrisfece- 
rîs , postquam nomine hnjus sacramenli emendare le 
submonupro , aut per mCj ant per meum missum , 
nuabus quaâra^esimis emnniîationftm tiiam expectabo ; 
et si infra duas quadragesimas illud mihi emendave- 
ris , aut emen dation em ftiam accipiam, aut tibi perdo- 
nabo ; etdeinccps hanc ipsam rom'enicntiam ohservabo, 
si contra nifi etcontra illos hommes quos intromitlere vo - 
luero , illud ipsum castellum Gerboredum non defenderis, 
et si sacramenta quœ mihi jurasti , et convenientias quî- 
bus mecum convenisti , per omnia in fîdelitate medmihi 
observaveris {i'). Il est aisé de voir que ce traité regarde 
Je refiis que le seigneur de Gerlieroy pouvoît faire à 
l'e'vesque de Beauvais de luy rendre son ctâteau (a), 
et s'il le faisoit, IVvesque déclare qu'il attendra deux 
quarantaines, pour voir s'il ne reparera pas le tort et 
le refus, et ce suivant la loy des fiefs, qui ne soufTroit 
pas que le seigneur entreprist rien sur son vassal , sous 
préteste de quelque attentat que ce fust sur sa per- 
sonne, ou les droits de sa seigneurie , qu'après qua- 
rante jours, pendant lesquels il estoit permis au vassal 
de se purger de ce que son seigneur l'accnsoit ou de 
l'amender. 11 est encore parlé de cette quarantaine 
en un traité qui fut fait entre l'empereur Alexis Com- 
nene et Boémond prince d'Antioche, dans l'Aie- 
xiade d'Anne Comnene (3) fille de cet empereur. 
Tant y a que c'est à cet usage qu'il faut rapporter ces 
termes de l'hommage de Geofroy vicomte de Chastel- 



{\\ I.OHvet aux jinlirj. de Reawait. — (ï) Loiiel. l. S. des ImU 
'k. ^, art. Si. Pilhou sur la Coiisl. de Troiet, arl. ii, I3,a4, 
87. BroJeaa sur la Couil.de Parii , art. -j—i^) Anna Conn. l. l3 
p. 4.0- 



Sa6 DISSEUTÀTIONS 

leraud de Taa laal dont j'ay parlé cy-devariit : lia 
qubd si ego deficerem de hoc Jàcienda ^ c'est à dire 
de rendre son cliâteau, Dominus Rex sine se mesfor 
cere posset assignare ad qiddquid teneo de eo^ et te- 
nere in manu sudj donec id esset emendatum per/udi-- 
cium curiœ suœ. 

Comme le vassal confisquoit son fief au profit de 
son seigneur, par le refus qu'il faisoit de le mettre 
entre ses mains , de même le seigiïeur perdoit^ noi^ la 
tenue et la mouvance, mais la reddition^ c'e&tàdire 
le droit d'obliger son vassal de luy rendre soa châ- 
teau lorsqu'il en auroit besoin , et ce , s>^il en u&oit 
contre la coutume, et contre la bonne foy qu'il estoit 
obligé de garder à son vassal. Par exemple , si le sei- 
gneur ne vouloit pas restituer à son vassal le château 
qu'il lui avoit confié, après que ses guerres estoiei^ 
finies^ et achevées, alors si le vassal pouvoit le re- 
preadre par la force des armes sur son seigneur, il 
estoit dispensé à l'avenir de cette charge. L'hommage 
de Raymond Garsie de Navaiiles à Gaston vicomte de 
Beam : Si tamen doniinus Gasto, vel ejus suecessor^ 
per suam nuditiam nollet reddere castrum Maymundo 
Garsiœ ^ vel eius successori liœcfacere volenti, et R. G. 
vint posset recuperare castrum, mmquam pvstea tene^ 
retur fedderc casij'um Z>. Gastoni , vel suo successori j 
et ipse Gasta cum suo successore esset proditar et per- 
jurus jRajrmundi Garsiœ > el lotius sui generis. 

Philippes de Beaumauoir (i). rapporte plusieurs caSi 
où le seigneur peut mesfaire , c'est à dire , se rendre 
criminel envers son vassal, et entre autres , s'il se 
faisoit rendre le château de son vassal, sous prétexte 

(i) Ch. 68. 



Stra L HISTOIRE DE S. LOUTS« BHk^ 

de guerre, quoy qu'il n'en eust point : « comme s'il 
« disoit je l'ay pris pour moi aidier de me guerre, et 
« il n'avoit point de guerre. Dont apparoist-il qu'il 
c< ne le feroit, fors por son home grever. Et^aussi 
« s'il les prenoit pour mettre ses prisons, et il les y 
« lessoit residens longuement et il le peut bien a- 
« mender, si come il les bienoster (i) de Baesques 
« légèrement, et mener en le soe prison. En tel cas 
c< se mefferoit-il envers son home, et aussi s'il faignoit 
« qu'il en eust aucun mestier, et il avoit haine, ou 
« maintes fétes à celi qui la forterece seroit. On s'il lé 
« fesoit pour ce qu'il vousist pocacier vilonie de se 
« feme, ou de se fille, ou d'autre feme qui seroit en 
le se garde. En to» ces cas se mefferoit-il. » Puis il 
ajoute la voie que le vassal doit tenir en ces cas pour 
tirer raisoa de l'injure qui luy est faite par son sei- 
gneur, en ces termes : » et si tost come il font tex de- 
« savenans , et delaissier ne le veuroient à le requête 
<c de lor homes, se \i homs le denonchoitauRoy, ba- 
« rons ne doit ja soffrir plet ordené entre le soigneur et 
ce son home en tel cas : aincois doist tantostfére savoir 
<c por quel cause li sires a saisi le forterece son home. Et 
(c s'il voit qu il Tait saisie por resnable cause, ou par 
« son loyal besoing, on li doit soffrir : et se non , on l'en 
« doist oster, etrendre à son home, et li défendre sor 
« quanques il pot meffere, qu'il ne Ten preigjne plus, 
« se n'est por son besoing cler et apparant. 

(i) Sic in 3fS^ 



TABLE DES MATIÈRES 



CONTENUES 



DANS LE TROISIEME VOLUME. 



Extraits des manuscrits arabes, dans lesquels il 
est parlé des évènemens historiques relatifs 
au règne de S. Louis; traduits par M. Car- 
donne. . Page, I 

ESSULOUK LI M ARIPET IL DUVEL IL MuLOUK , OU la 

*voiepour la connaissance des règnes des rois^ 
par Makrizi. 3 

Enkud'jioum ussahirak fi Mulouk masr vè Ka- 
HiRAH, OU Les étoiles florissantes sur les rois 
d'Egypte et du Caire j, par Gemal-Eddin- 
Aboulmoasen-Iousef. 38 

Elmuthasar fi ihbar Elbecher , OU Abrégé de 
l'histoire unii^erselle , par Aboulféda. 46 

LeTHAIFAHBAR EL EWEL FI MEN TESSARRÉFÉ FI 

MASR MEN ERB ABiL DuvËL , OU Histoire dcs dy- 
nasiies qui ont régné en Egypte , par Isuaki. 5o 

Tevarichi Masr^ ou Annales de V Egypte^ par 
Salih. 57 

Dissertations, ou réflexions sur l'histoire de 
S. LouTs , DU sire de Joinville , par j^n 
Gange. 59