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Full text of "Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie"

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BULLETIN 



COMMISSIONS ROYALES 



DVVRT p]ï D'ARCHÉOLOTtIR 



BULLETIN 



COMMISSIONS ROYALES 



D^ART ET D'ARCHÉOLOGIE 



DEUXIEME ANNÉE 




BRUXELLES, 

iM r iiTjrKKTi: de boi.s-wittouck 



i.sr;:, 



THE GEITY GENTER 
LIBRARY 



COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS. 



RESUME DES PROCÈS- VERBAUX. 



SÉANCES 
(les 5, 9, 10, ir, lo, 17, 20, ii'2, 2i, 27 ut 31 Janvier 1865. 



ACTES OFFICIELS, AFFAIRES IMP'RIELRES, OBJETS DIVERS. 

M. le Ministre de l'Intérieur transmet pour la biblio- 
thèque de la Commission , un exemplaire photographie 
de la partie de la carte dite : de Peutinger, qui concerne 
la Belgi(|ue. Cette carte , offerte par le Gouvernement 
autrichien, semble être la copie, exécutée au xiii' siècle, 
d'un travail remontant probablement à l'époque d'Alexandre- 
Sévère et constitue, selon l'opinion de divers savants, 
le plus précieux document graphique que l'on possède sur 
la géographie ancienne de la Belgique. 



6 — 



M. Vincent signale à rattention du Colléiie un candé- 
labre du XIV" siècle, un fragment de pierre funéraire de la 
même époque, une croix de style ogival et les fonts baptis- 
maux qui existent dans l'église de Chapelle-à-Watlines 
( Hainaut). La Commission engage cet honorable membre 
correspondanl à lui faire parvenir la description et le dessin 
de ces divers objets, afin de les publier dans le bulletin. 

Les nombreux dessins que M. Jean Van der Plaelsen a 
recueillis d'après les peintures murales du moyen âge , 
dans le cours de son récent voyage en Allemagne, ainsi que 
le rapport de ce jeune artiste, })rouvenl que celui-ci a 
i-empli avec distinction la mission qui lui a été confiée. 
A l'unanimité, la Commission })ro})ose au Gouvernement 
d'allouer à ce peintre d'histoire un nouveau subside destiné 
à couvrir les frais d'un second voyage consacré à l'étude de 
la peinture nmralc à l'étranger. 

La Commission appelle l'attention du Gouvernement sui- 
les inconvénients qui pourraient résulter, pour quelques 
monuments de la ville de Liège, de l'exploitation de la 
houille sous une partie de cette ville. 

L'expérience démontre combien il serait utile d'adresser 
à MM. les Gouverneurs et à ^LM. les chefs diocésains une 
circulaire conçue dans le sens indiqué par M. le Ministre de 
l'Intérieur, au sujet de l'exécution des travaux d'art. La 
question de savoir à quel artiste il faut confier la restaura- 
tion de t(.'l ou tel ancien objet d'art a donné lieu à bien 
des conflits avec les bureaux de marguilliers, les adjninis- 
tj-ations communales et même les administrations provin- 
ciales. Dans les cas semblables, les intéressés peuvent être 
entendus; mais le Gouvernement doit se réserver le choix 



— 7 — 

définitif. L'intervention de l'État semble aussi devoir être 
exigée, lorsque le concours financier du trésor est superflu , 
mais qu'il s'agit d'ouvrages de grand mérite. Afin de 
ménager autant que possible toutes les susceptibilités, la 
Commission ne verrait pas non plus d'inconvénient à per- 
mettre aux administrations locales de formuler également 
leurs vœux quant au cboix des artistes, lorsqn'il s'agit 
d'œuvres nouvelles et qu'elles supportent une partie impor- 
tante de la dépense II est juste de stipuler que la moitié des 
frais sera supportée par l'administration ou l'établissement 
propriétaire de l'œuvre d'art à restaurer, et cela, soit au 
moyen de ses propres fonds, soit à l'aide de souscriptions. 
Mais il serait fâcheux d'admettre une règle invariable, 
attendu que les communes , les hospices et les fabriques 
d'églises se trouvent parfois dans l'impossibilité absolue de 
faire des sacriiîces suffisants en faveur d'œuvres, à la con- 
servation desquelles le pays entier est vivement intéressé. 
M. le Ministre de l'Intérieur, après y avoir mûrement 
réfléchi, a reconnu qu'il y aurait des inconvénients à faire 
des monographies des principaux monuments du pays 
l'objet d'une publication officielle. Cette intervention directe 
du Gouvernement dans des affaires qu'il faut laisser à l'ini- 
tiative des particuliers est en effet un mode d'encourage- 
ment auquel la Législature a demandé, à diverses reprises, 
qu'il fût définitivement renoncé. Et il faut bien le recon- 
naître, sous l'empire de nos libres institutions, le devoir du 
Gouvernement est de stimuler les initiatives privées dans 
tout ce qui touche au domaine des arts, des sciences et 
de l'industrie, mais non pas d'y substituer son action. 
Ces considérations ont empêché le Gouvernement de 



— 8 — 

(I(Mii;iii(l('r à l;i Législaturo Ir crédit que la Commission 
proiiosait d'inscrire au budget des beaux-arts ))our la publi- 
cation des monographies. Mais M. le Ministre promet 
volontiers d'encourager eiïicacement cette publication par 
des subsides et des souscriptions |)roportionncs à l'impor- 
tance respeclive des ouvrages. En ce qui concerne spéciale- 
ment la description de l'abbaye de Villers, M. le Ministre 
attendra, pour prendre une décision, que ce travail ait reçu 
un commencement d'exécution et se réserve de demander 
alors à la Commission ce qu'il conviendrait de faire en 
faveur des auteurs. 

ÉDIFICES RELIGIEUX. 

ÉGLISES, DÉPE^DA^'CES, AMEUBLEMEXT. 

La Commission rejette : 

A. Les dessins de l'ameublement destiné à l'église de 
Lierde-Sainte-Marie (Flandre orientale); 

B. Le pi-oj(^t de chaire de vérité soumis par le conseil 
de lal)rique de l'église d'Oignie (Namur) ; 

C. Le dessin des nouvelles fenêtres de l'église de Mont- 
bliart (Ilainaut). 

Le dessin de la chaire de vérité destinée à l'église de 
Morialmé (Namur) devra être modifié. Tout le mobilier 
;i i)laccr dans cet édifice est évalué à 4,678 francs. Il ne 
semble guère possible de recourir, en cette circonstance, 
à une adjudication publique. 

Le Collège propose d'autoriser : 
1" Le placement dans l'église de Caggevinne- Assent 
(Urabani) d'un orgue cl d'in» maitre-autel provenant de 



— 9 - 

l'ancienne église du Petif Béguinage à Louvain. Les frais 
sont évalués à 2,546 francs ; 

2" La consolidation de la nèclic de l'église de Ronquièrcs 
(Hainaut). Devis estimatif: 1,240 francs; 

o" La réparation de l'église de Familleureux (même 
province). Devis estimatif : 1,608 francs; 

4" Divers travaux à l'église de Werm (Limboiirg). Devis 
estimatif : 3,465 francs ; 

5" La reconstruction de la partie supérieure du clocher 
de Coyghem (Flandre occidentale). Devis estimatif : 
6,028 francs; 

6° L'agrandissement de la chapelle de Groyenne, com- 
mune d'Andenne (Namur). Cette chapelle pourra contenir 
550 personnes après l'exécution des travaux projetés; le 
devis s'élève à 10,238 francs. 

L'ensemble du plan présenté pour l'agrandissement de 
la chapelle d'Andenelle (même commune) est approuvé; 
mais il conviendra de mieux établir l'harmonie entre la 
partie ancienne et la partie neuve. Les moditications que 
la Commission propose à cet effet ne sont pas de nature à 
augmenter la dépense, dont le total s'élève à 13,020 Irancs. 
Cette chapelle pourra contenir 650 personnes. 

L'état de délabrement de l'église de Berlingen (Lim- 
bourg) est tel que le conseil communal s'est vu obligé d'en 
interdire l'accès dans l'intérêt de la sécurité publique. L(> 
collège approuve les propositions faites pour l'agrandisse- 
ment et la restauration de cet édifice. La dépense est 
évaluée à 13,300 francs, déduction faite de la valeur des 
vieux matériaux; 275 personnes ])Ourront ensuite se placei- 
dans cette église. 



— 10 — 

Le jihiii et le dinis (17,604 francs) de la synagogue 
i[ii"il s'auil d'crigor à Arlon (Luxembourg) ne donnent 
lieu à aucune objection. Cet édiiice contiendra environ 
•200 ])ersonnes. 

Le projet relatif à la consiruclion d'une nouvelle église 
à Biesmes-sons-Tliuin (Hainaut) donne lieu aux observa- 
tions suivantes : Les dimensions des sacristies sont troj) 
restreintes; l'escalier du jubé est insuflisant; la charpente 
n'offre pas les garanties de solidité nécessaires. L'auteur est 
invité à faire une nouvelle étude de son projet, sous ces 
divers rapports, et à communitpicr le croquis de l'église 
actuelle. La Commission désire également savoir si l'édifice 
existant ne contient pas de pierres tumulaires ou d'autres 
objets intéressants. 

La reconstruction de l'église de Ramscappelle (Flandre 
occidentale) est autorisée. Le nouvel édiiice pourra recevoir 
600 lidèles. Le devis estimatif, s'élevant à 51,lo9 francs, 
est bien établi. 

Un nouveau i)rojet (»st soumis pour la construction d'une 
église à Boussoit (Hainaut). L'auteur ayant tenu compte 
des obsei-valions contenues dans le rajtjiort du juillet 
dernier (p. ô5o), la Commission émet un avis favoral)le. Elle 
j)ersiste toutefois à croire (jue la somme de 41,")00 francs, 
total du devis estimatif, sulïira diflicilement pour exécuter 
les tra\aux avec le soin convenable. 

Après avoir jiris connaissance des nouvelles explications 
transmises par M. le Couvei'neur de la province de Liège, 
l;i Commission pense ipi'il y a lieu d'autoi'iser la reconstruc- 
i'um du bàlimenl aliénant à l'église de Lixhe et la réparation 
de la toitun; de; la ])etite nef et de la sacristie. Elle n'a pas 



— 11 — 

à intervenir dans les stipulations qui devront être arrêtées 
entre la commune et la fabrique de l'église, quant au place- 
ment d'une pompe à incendie dans ce nouveau local. Le 
devis estimatif s'élève à 768 francs. La Commission ne 
croit plus pouvoir, à l'avenir, s'occuper de projets qui ne 
rempliront pas loutes les conditions voulues par le cha- 
pitre XI de son règlement. 

En conformité du rapport du délégué qui s'est i-endii 
à Ougrée (Liège) et après avoir examiné les nouveaux 
documents communiqués à l'égard du projet d'agrandis- 
sement de l'église de cette commune, la Commission 
l'econnait qu'une reconstruction totale est impraticable: 
elle adopte le plan au sujet duquel elle avait cru d'abord 
devoir soulever des objections. Le devis estimatif s'élève 
à 41,650 francs. Cette église pourra contenir îôOO per- 
sonnes, après l'exécution des travaux proposés. 

Rien ne s'oppose à ce qu'il soit donné une suite immédiate 
au projet pour la construction d'une église à Olloy (Namur), 
sauf les réserves indiquées dans le rapport du 16 septembre 
1862 (v. p. 424;. Le devis estimatif monte actuellement à 
62,700 francs. 

Afin de pouvoir émettre un avis en pleine connaissance 
de cause, quant aux propositions faites pour la reconstruction 
de l'église de Moerkerke (Flandre occidentale), la Commission 
désire recevoir la communication du plan cadastral de la 
localité et d'un croquis de l'ensemble de l'édilice actuel. 
Elle désire savoir aussi si cet édilice ne contient j)as d'objets 
d'art dignes d'être conservés. 

L'église de Lize, sous Seraing (Liège), qui ne date 
{jue de quelques années, s'est récennnent lézardée eu 



12 — 

divers endroits ))ar suite du mouvement que l'exploilalion 
de la houille cause dans le sol. Il résulte des explications 
et des dessins communiqués à la Commission que, pour le 
moment, la sûreté publique n'est pas compromise, mais que 
la commune et la fabrique agiront sagement en faisant 
vérilier, à de fréquentes re])rises, la situation de l'édifice et, 
en particulier, celle de la tour et de la charpente, afin de 
pouvoir rendre compte, sans nul retard, de tout arrachement 
ultérieur. 

La question de savoir si la maçonnerie qui remplit les 
deux arcades latérales, sous la tour de l'église d'Oostcamp 
(Flandre occidentale) peut être enlevée, est trop délicate 
pour permettre de donner un avis avant d'avoir fait visiter 
l'édifice par des délégués. Cette inspection aura lieu lorsque 
d'autres affaires réclameront la présence de commissaires- 
inspecteurs dans la province. 

La Commission indique les modifications qu'elle juge 
utile d'introduire dans le projet relatif à la restauration de 
l'église romane de Theux (Liège) et insiste pour que le style 
de cet édifice soit religieusement respecté. 

Il existe quelques différences entre le plan relatif 
à l'achèvement de la façade et de la tour de l'église de la 
Madeleine, à Bruges, lequel a été approuvé le 1" mai 1858, 
et le dessin portant la date du 50 août ]8()2. Mais comme 
les variantes n'ont pas d'im])ortance et ne soulèvent aucune- 
objection, la Commission propose d'autoriser, d'après 
ce dernier dessin, l'exécution des travaux (pii restent 
à terminer. 

Afin de compléter les documents qui lui sont soumis 
cunccrnant la restauration de l'éiilise Saint-Hubert, la Com- 



— 15 — 

mission réclame un dessin indiquanl, la siUialion aLiiiellc 
de l'un des an"ies de la tour el des deux clochetons à la 
hauteur des bas-côtés, y compris la travée qui touche à cet 
angle. 

La Commission s'est acquittée d'un devoir pénible en 
signalant (rapport en date du 22 octobre 1861), comme 
peu satisfaisante, la direction donnée aux travaux de res- 
tauration qui s'exécutent à l'église Notre-Dame du Lac 
à Tirlemont. Les ouvrages exécutés depuis lors ont été 
dirigés avec plus de soin, mais ils ne sont cependant pas 
encore irréprochables. Les réparations qui restent à faire, 
principalement en ce qui concerne la façade, sont assez 
importantes et assez délicates pour justifier l'allocation d'un 
subside extraordinaire, subside destiné à imprimer plus 
d'activité à l'entreprise. Mais il sera indispensable d'exiger 
qu'un artiste expérimenté, ayant étudié spécialement le 
style ogival, soit adjoint à l'architecte actuel, qui, vu l'état 
de sa santé, ne peut plus exercer sur les travaux une sur- 
veillance constante et rigoureuse. 

M. le Ministre de la Justice fait connaître que le Gou- 
vernement, ayant égard aux propositions de la Commis- 
sion, accorde un subside extraordinaire de 20,000 francs 
pour la restauration de l'église Sainte-Gertrude, à Nivelles 
(v. p. 515). 

On a soulevé des objections quant au maintien du portail 
établi dans le transept de l'église Saint -Martin à Liège. 
Après avoir revu les pièces de l'instruction, la Commission 
passe à l'ordre du jour et persiste dans son premier avis. 

Le rapport des délégués qui ont examiné les travaux 
de restauration exécutés depuis 1855 à l'église Notre-Dame 



— 14 — 

(le la Chnpelle, à Bruxelles, est favorable, sauf des réserves 
(Il ce f[ui concerne le bas-relief ornant le tympan de la 
liorle cl la fenêtre du transept méridional. Le bas-relief, bien 
qu'étudié, n'est pas conçu toutefois dans le style de l'époque 
cl devrait s'harmoniser avec la façade du transept plutôt 
({u'avec les nefs latérales. La reproduction complète d'une 
ancienne fenêtre du chœur n'est pas heureuse. Mieux 
eût valu, en effet, tout en s'inspirant du type logiquement 
adopté, tenii- compte des différences de dimensions et du 
rôle important qui est assigné à la maitresse-baie de l'une 
des faces du monument. Lorsqu'il s'agira de restaurer la 
face septentrionale du transept, et dans le cas où l'on voudrait 
établir la symétrie en reproduisant la fenêtre exécutée vers 
le midi, il conviendra d'examiner alors l'opportunité de modi- 
lier préalablement cette dernière fenêtre. On pourrait aussi 
profiter de cette circonstance pour affecter aux niches une 
moulure d'angle romane, qui leur fait actuellement défaut. 
L'église Saint-Germain, à Tirlemont, est un monument 
l'cmarquabie et il est à désirer que les réparations exté- 
rieures et urgentes qui rcsiciit ;i y faire soient pro- 
chainement t('i")nii)(''es. L'évalualioii de ces réparations, 
(ô5,;Jôo francs j, faite par M. rarchilecte jirovincial, est 
plutôt trop modérée qu'excessive. La Commission , parta- 
geant l'avis de la députation permanente du Conseil provin- 
(•i;il, pi'oposc il M. le Ministre de la .iuslice (rallouiM" à 
l'église Sainl-Ceriiiaiii un subside exiraoïdiiiaire. Il est 
à remarquer que cet ('tlilice a élé traité jusqu'aujourd'hui 
moins favorablemeni (pie les aiilr(\s consli'uctions de la 
même importance, puis(pie le subside annuel de l'Éfal ne 
s'élève (|u'à 4,000 francs. 



;) — 



Des coniinissaircs-in.spec((Hirs ont, conslalé, à différenles 
reprises, l'urgence de faire à la belle éulise ogivale de 
Wervicq d'im])ortants travaux de restauration et de conso- 
lidation. Le comité des membres correspondants de cette 
province évalue à 150,000 francs les réparations nécessaires 
et à 60 ou 70,000 francs les ouvrages urgents. Gomme on ne 
pourrait, sans un certain danger, tarder davantage à mettre 
la main à l'œuvre, la Commission signale l'état des cboses 
à la liante sollicitude de M. le Ministre de la Justice. 

Les travaux exécutés dans le cours de 1861 à la tour de 
Notre-Dame, à Anvers, ont coûté 51,500 francs. Le l" jan- 
vier 1862, la dépense totale s'élevait à 755,819 francs. Des 
délégués feront l'inspection de ces travaux lorsque d'autres 
affaires réclameront leur présence à Anvers. 

PIERRES SÉPULCRALES, TOMBEAUX. 

La proposition que fait M. Scliuermans, membre corres- 
l)ondant, de protéger par des haies et des fossés les groupes 
de tumuli appelés de ticee tommen et de dric tommen , 
existant à Montenaeken, Gorthys et Fresin (Limbourg), 
est parfiiitement justifiée ; mais la Gommission pense qu'il 
faut préalablement exiger des communes qu'elles se char- 
gent d'assurer la conservation et l'entretien des travaux 
exécutés aux frais de l'Etat. 

M. le comte van der Straten-Ponthoz , grand maréchal 
du jialais , communique les empreintes des pierres tumu- 
laires : 1" d'Alard deHierges, xxif abbé de Waulsorl, qui 
lit reconstruire le chœur de l'église de Hastièi-e ( Namiir) 
et mourut en 1268; 2" d'un chevalier de la maison de 



— K) — 

TiiN lies; cette j)ieiTe date du xiv'' siècle; 5" d'un sire d'Abée, 
desceudaiit par sa inèrc des sires de Warfusée, et de sa 
leniine (xiv'' siècle) ; 4-° d'Engelbert d'Aulrive et de Margue- 
rite de Fumai, son épouse (1557) ; 5" de Gérard d'Anthisnes 
et de sa femme Isabelle Profondrieu (1511-1546). Ces 
pierres [trésentent un vif intérêt archéologique et sont assez 
bien conservées. Le Collège prie instamment MM. les Gou- 
verneurs des provinces respectives de prendre les disposi- 
tions nécessaires afin de garantir ces monuments funéraires 
(le toute dégradation. 

On semble craindre un conflit entre l'administration locale 
de Sotteghem et le Conseil de fabrique, à propos du caveau 
qui contient les restes du comte d'Egmont. La Commis- 
sion se rend difficilement com])te des motifs qui pourraient 
donner lieu à ce conflit. L'exécution de l'une des mesures 
qu'elle a proposées rendrait, en effet, toute profanation 
impossible, et ce qui semble dans l'intérêt même de l'admi- 
nistration communale, mettrait chacun à l'abri de tout 
soupçon. La Commission se réfère, du reste, à son rapport 
du 29 juillet dernier et prie M. le Ministre de la Justice de 
vouloir bien remarquer que, d'après la marche constamment 
suivie lors des inspections, les délégués se sont bornés 
le 11) juillet à examiner l'état des choses, à recueillir les 
i-enseigncmenls nécessaires pour s'éclairer et n'ont ni 
exprimé un avis, ni pris une décision. C'est à la Commission 
entière, convoquée régulièr(Mn('iit cl en conformité du 
règlement, qu'il appartient d'adopter un parti, et personne 
n'a eu l'idée de faire une exception aux règles ordinaires, 
alors qu'il s'agissait d'une question grave qui a vivement 
ému l'opinion publique. 



17 — 



l'UESDYTi;i'.F.S. 



La Coimiiissioii |)ro|)OS(' (raulorisci- : 

1" Les réparations projetées au nuii- de clùlure et aux 
dépendances du presbytère de Werui (Linil)ourti); devis : 
1,522 francs; 

2" L'approprialioii du jireshvlèi'c de Givry (llainauT); 
devis : 1,G52 francs ; 

T)" La réparation du presi)ylère de Tlii('usi(\'^ (llainaul ); 
devis : 2,811 francs; 

4" La restauration du prcsbylèi-c de Grandniénil (Luxciii- 
l)Ourg), à la condiiion de donner à la façade un carac- 
tère conforme à la destination du l^àtiment. Cette niodili- 
cation ne nécessitera qu'une légère augmentation de 
dépense; le devis s'élève actuellement à o,888 francs; 

5" La réparation du presbytère des Rièzes (Hainaut); 
devis : 6,100 francs; 

La construction des presbytères à : 

G" Ilerderen (Limbourg), à la condition que Fauteur fei-a 
une nouvelle étude de la charpente afin de faire disparaître 
le |iorte à faux des arbalétriers e( des jambes de force. Le 
devis estimatif s'élève à 9,975 francs; 

7° Vellereille-lez-Brayeux(IIainaut): l'attention de l'archi- 
tecte est appelée sur la distribution défectueuse des dépen- 
dances. La somme de 11,800 francs formant le total du 
devis estimatif suffira diliicilemeid, pour exécuter convena- 
blement les travaux projetés ; 

8" Horrues (Hainaut) : il conviendra, toutefois, de donner 
à la toiture une disposition plus avantageuse à l'écoulement 
des eaux pluviales. Devis estimatif : 15,000 francs ; 



— 18 — 

9" Eysden (Limboiirg). Devis cslimatil' : 15,230 francs; 

10" Bcausaint (Luxembourg). Le pignon de la façade 
est trop aigu et devra être modifié. Le devis estimatif 
s'élève à 1 4,707 francs; 

1 1" Waeregliem (Flandre occidentale). Le tympan de la 
porte devra être disposé de façon à donner plus d'impor- 
tance à la niche qui la couronne. Il ne sera guère possible 
de rester dans les limites du devis estimatif dont le total 
s'élève à 10,002 francs. 

Le terrain affecté primitivement au nouveau presbytère 
de Jemmapes (Ilainaut) étant indispensable pour l'agrandis- 
sement de l'église, il ne peut être donné suite à la combi- 
naison qui avait été soumise k la Commission. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE. 

La Commission maintient, au sujet de l'agrandissement de 
riiôl)ital civil deFurnes, ses observations premières, que l'au- 
teur du projet combat en s'appuyant sur des considérations 
qui semblent de peu de valeur. Il n'est pas indispensable 
d'élargir le corridor longeant les nouvelles salles de malades 
au détriment de la cour et il n'y aurait ])as d'inconvénient 
à restreindre légèrement ces salles , afin d'obtenir l'amélio- 
ralidii })roposée. Les communications de la cuisine, soit 
(pi'elles se fassent par une salle de malades, soit qu'elles 
aient lieu par une salle de convalescents, offrent de graves 
inconvénients. Le nouveau bâtiment qu'il s'agit d'établir 
dans la cour a trop d'importance et obstrue celte cour 



— 19 — 

d'une manière fâcheuse. Le Collécie l'ail, remarquer que le 
j)lan présente actuellemenl une confusion regrellable et il 
désire être saisi à l'avenir de projets indiquant séparément 
la situation réelle des différents étages, etc. M. le Minisire 
(le la Justice jugera sans doute utile de communiiiuer le 
dernier travail de l'architecte au Conseil supérieur d'hygiène, 
avant de faire connaître ses intentions définitives à cet 
artiste. 

MAISONS COMMUNALES, BEFFROIS, HALLES, DONJONS, etc. 

L'administration communale de Hal est d'avis qu'on no 
pourrait remplacer le perron actuel de son hôtel de ville 
par une arcade appuyée sur des murs pleins et débouchant 
directement sur la Grand'PIace, sans s'écarter du style de 
l'édifice. La Commission partage cette manière de voir 
et propose de rétablir exactement l'avant-corps qui existe 
aujourd'hui. 

Des délégués ont visité les ruines du chàtean de la Roche, 
(Luxembourg), de concert avec M. l'architecte provincial 
Bouvrie. Les travaux de consolidation terminés sont : I" La 
reconstruction de l'angle de la grande terrasse , vers la 
claire-rue, ainsi que diverses réparations aux fondements 
de l'édifice; 2" le rétablissement delà voûte de décharge 
de la tour de la chapelle ; 5" la restauration de la voûte do 
la porte d'entrée vers la cour centrale; 4° la démolition 
de la voûte de décharge de l'une des parties intéri(Hires 
de la tour dite : Tour du diable; 5° l'enlèvement des })ierres 
qui étaient sur le point de se détacher du contrefort entre 
les tours qui dominent la claire-rue; G" le nettoyage des 



— ^iO — 

Icrrasses du cavalier. Les ouvrages urgenls qui reslenl à 
exécuter sont : .1. rélablisscmeut d'une chape sur les murs; 
à cet effet il faudra faire usage de pierres scliisleuses et 
lie pas se borner à employer de la chaux hydraulique; 
l). fermer les vides (jiii, en de nombreux endroits, existent 
dans les murs par suite de l'enlèvement des pierres de taille ; 
C. boucher les ouvertures ou arcades qui, en ce moment, 
sont étançonnées ; D. enlever les nombreux décombres qui 
cachent le pied des constructions , surchargent certaines 
parties et rendent la circulation difficile. Une somme de 
4,000 francs à répartir sur quatre ou cin({ exercices succes- 
sifs est nécessaire pour exécuter ces différents travaux. Le 
système de la régie, déjà adopté à Sichem et à Bouvignes 
offre seul, dans cette circonstance particulière, des garanties 
complètes de bonne exécution. Il importera de mettre ces 
ouvrages sous la direction de l'architecte provincial et la 
surveillance de l'administration communale. Le premier 
point dont il conviendra de s'occuper est la consohdation 
de la partie du château qui domine la claire-rue. Outre 
la nécessité d'exécuter ces travaux pour garantir la sûreté 
des habitations qui existent au pied du l'ocher que le château 
couronne, l'intérêt qui s'attache à ces belles ruines est plus 
que suffisant pour justifier la dépense proposée. 

PEINTURE, SCULPTURE, CISELURE, TAPISSERIE, etc. 

OUVRAGES MODERXES. 

iJes délégués ont visité les jieintuj'cs nuirales en voie 
d'exécution dans le chœur de l'église Saint- Remacle , à 



— 21 — 

Verviers. Leurs ohsorvalions criliriiics son! comnimiirniéos 
à M. le Ministre do l'Inlérieur. 

Des commissaires-inspecteurs se sont rendus à l'église 
Sainte-Croix, à Liégv, aiin d'examiner les peintures murales 
exécutées dans le chœur de cet édifice. L'ensemble du 
travail est satisfaisant; toutefois il sera utile d'avoir égard 
aux points suivants , lorsqu'on s'occupera de la décoration 
du vaisseau : T II importe de ne pas multiplier les 
détails de décoration et de ne point trop varier les motifs, 
afin d'éviter un certain papillotage cpii serait de nature 
à nuire au caractère du monument ; 2" les grandes lignes 
architecturales doivent toujours dominer et par conséquent 
rester franchement accusées. Le style des figures peintes 
dans le chœur a fait l'objet de consciencieuses recherches. 
Après avoir reçu à cet égard des éloges mérités , l'auteur a 
été engagé à s'attacher de plus en plus à l'étude des meilleurs 
modèles de l'époque. En admettant toutefois qu'il soit utile 
de s'inspirer des peintures anciennes, on doit toujours agir 
avec circonspection et ne pas exagérer Varchaisme. 

La Commission a}»puie la djemandc de subside que forme 
le conseil de fabrique de l'église d'Offagne (Luxembourg), 
afin de pouvoir faire exécuter par M. Van Reuth une copie 
du Cln^ist de Rubens, appartenant au Musée d'Anvers, desti- 
née à remplacer le tableau qui décore actuellement le maître- 
autel de cette église et don! l'état est tel qu'une restauration 
est impraticable. Si la proposition est accueillie, la Commis- 
sion recevra avec plaisir le tableau ancien , afin de vérifier si 
cet ouvrage est sans mérite et ne peut plus être utilisé. 

Le Christ qui se trouve dans le cimetière de la paroisse 
de Notre-Dame du Sabloii, à Bruxelles, date seulement du 



— 22 — 

xvii'^ siècle, cl n'est luillciiienl en rap})orl avec le style de 
l'égiisc. Comme, dn reste, la Commission partage complè- 
tement l'avis du conseil de fabrique, (juant à l'opportunité 
(le n''(;iMir les choses telles qu'elles existaient primilivement, 
elle |)ropose à M. le Ministre de l'Intérieur d'allouer un 
subside pour exécuter, afin de le placer sous l'arc triom- 
phal, un Christ conforme aux traditions du style ogival 
tertiaire. 

Le dessin mis sous ks yeux de la Commission ainsi que 
le ra])port des membres du Collège qui ont vu, à l'exposition 
(le Londres, la chaire de vérité exécutée par MM. les frères 
CoN'ers, de Louvain, domient une idée favorable de cet 
ouvrage de sculpture. Mais il existe des doutes quant au 
|)oinl de savoir si cette chaire ne serait pas trop importante 
eu égarai aux })roportions de l'église Saint- Médard , à 
Jodoigne, pour laquelle on propose d'en faire l'acquisilioi). 
Alin de résoudre la question, il faudrait faire un croquis, 
conqirenant la partie de l'église contre laquelle on placerait, 
le cas échéant, l'œuvre des frères Goyers et en tracer la 
silhouette sur ce dessin. , 

La Commission adopte, moyennant quelques modifica- 
lioiis i)eu importantes, le projet soumis pour la décoration 
(lu nouveau pont sur la Meuse, à Liège. Il sera indispensable, 
afin d'obtenir de l'unité dans le travail, que les modèles 
(le tous les bas-reliefs et statues soient exécutés au tiers 
(le l;i gi';iii(!('ur d'exécution, alin d'être soumis à la fois à 
rc\;iiii('ii (If M. ring(''nieur cliargé du service de la Meuse 
et des délégués de la Commission. 

Invitée à se prononcer au sujet de l'emplacement qu'il 
conviciil <l(! donner an groupe en bronze des frères Van 



— 23 — 

Eyck, la Goniinission vu l'opposition (juc rencontre de la 
part des habitants la suppression du chêne existant au centre 
d(î la Grand'Place do Macseyck, exprime le désir de 
connaître préalablement l'avis de l'administration commu- 
nale et de recevoir en communication le plan cadastral 
de la ville. 

OUVRAGES ANCIENS. 

Le Conseil de fabrique de l'église d'Opwyck (Brabant) 
s'étant plaint de ce qu'un tableau récemment restauré : 
La Vierge et l'enfant Jésus, par Crayer, était de nouveau 
endommagé et recouvert de moisissure, la Commission a 
cru devoir s'assurer immédiatement de l'état réel des choses : 
l'humidité avait, en effet, formé une buée sur cette toile ; 
mais il a suffi de frotter légèrement avec un morceau de 
vieille soie pour rendre tout l'éclat à la peinture et faire 
disparaître toute apparence de dégradation. 

Après avoir examiné le dessin des peintures murales qu'il 
s'agit d'exécuter dans l'une des chapelles collatérales du 
chœur de la cathédrale de Tournay, la Commission exprime 
le désir de voir faciliter ce travail au moyen d'un subside de 
l'État et de le faire exécuter sous la direction d'archéologues 
capables. La dépense est évaluée à 9,000 francs. 

M. le chanoine Baguet, secrétaire de l'archevêché de 
Matines, soumet à l'examen de la Commission le carton 
original d'un vitrail donné par Charles-Quint à l'église 
Saint-Rombaut. Il ne reste de ce vitrail que la figure du 
Christ placée dans le tympan. La Commission exprime le 
désir de voir refaire cette œuvre remarquable de préférence 



— 24 ~ 

;i !a romposilion moderne en faveur de hKniclIc des sous- 
(•ri|>(ions()nt été recueillies avant la découverte dudit carton. 
Quant à la (|uestion de savoir s'il faut reconstruire dans leur 
style priiiiilif les meneaux de la fenèli-e, leColléii'e s'en occu- 
ltera a])rès avoir de nouveau visité l'édilice. 

Les délégués qui se sont rendus dans l'atelier de M.Victor 
Le Roy, peintre-restaurateur, ont constaté que la restaura- 
tion du tableau de l'église de Dieghem (Brabant), re])résen- 
laut sdinl CoriuùUe, s'e.xécute avec tout le soin désirable, 
mais que deux mois sont nécessaires encore pour com})lélcr 
c(M important travail. 

Il existe dans l'église de Verrebroeck (Flandre orientale) 
uu grand tableau, de l'école de Jordaens, représentant 
XAiloralion des Mages. L'état de conservation de cet ouvrage 
est déplorable, par suite de fréquents lavages au savon, et 
parce cpie, pour faciliter le placement du tabernacle, on a 
découpé la partie inférieure de la toile. Son mérite est assez 
réel pour Justilier la dépense de G50 francs que sa conserva- 
tion exige impérieusement. Un double rentoilage est néces- 
saire ; de nombreuses écailles se soulèvent en divers endroits 
et devront être lixéesav(X' un soin s('rui)uleu\. Kii avançant 
\(\ tabernacle et en modiliant légèrement sa disposition, 
il sera possible de re}ilaeer le tableau dans de bonnes condi- 
tions lorsfpi'il aura été restauré. Comme les ressources 
locales sont resticintes, le Collège pi-opose à M. le iMinislre 
de rintérieiir (rallouer un subside de 500 francs sur les 
fonds de l'État, à la condition tpie les 350 fraiics nécessaires 
poiii' compb'lci- le total de la dépense seront donnés par 
la province, la comnHine et FÉgiise. 

L<'s '2,;jOO b'ancs nécessaires pour la l'olaiiralion du 



— :2:) — 

r('(al)I(^ (1c l'égiiso de Ilni'ciilJials (Anvers), irprésenlaiil 
le martijre des SS. Crépiii et Crépinieu, soiil, réunis. La 
Commission propose de confier ce Iravailà M. Mallail, qui a 
une aplitude particulière pour les entreprises sem!)lal)les 
et (pii a réparé d'une l'aron irré|)roel)aI)le le grand rélahk 
dû à un maître de l'école d'Anvers, dont l'église de Tongres 
vient de faire l'acquisition. 

Les ouvrages de sculpture (jui aj)partiennent k l'église d(! 
Boendacl,sous L\elles(v. p.3'2G),daleiit desxv" et xvf siècles 
et doivent être classés au nombre des oljjels remarquables 
de ce genre qui existent en Belgique. Il est vivement à 
désirer que la province et l'État consentent à faire, en cette 
circonstance, un sacrifice exceptionnel, vu (pi'on ne pourrai I, 
sans de graves inconvénients, ajourner la restauration pro- 
jetée. La dépense serait, du reste, échelonnée sur quatre 
ou ciiK] exercices successifs. 

Le Secrétaire de la Commission roijalc des MoiuimriitSj 

Jules Dugniolle. 
Vu en conformité de l'ai'licle ^20 du l'èglemenl. 

Le Vicc-I'ré.'^idciil. 

i^aron de Roisix. 



NOTE CONCERNANT LES ACQUISITIONS 

DU 

MUSÉE ROYAL 

D'ANTIQUITÉS, D'ARMURES ET D'ARTILLERIE, 
EN 1862. 



Déjà nous avons essaye de rappeler succinclement les 
origines et de retracer les progrès du Musée royal d'anti- 
quités, d'arrnures et d'artillerie. Depuis que cette notice a 
été i)ubliée(i), le Musée a reçu des accroissements notables. 
Un aperçu de ces acquisitions nouvelles étant de nature à 
intéresser le public , nous nous proposons de signaler 
brièvement les objets les plus importants dont les trois 
sections du Musée se sont enricbies en 1862. 



(i) Voir Bulletin dos Comniissions royales d'art cl d'archéologie, t. I"', p. 29 
et suivantes. 



— 28 — 
I. 

ARMEt^ A.NCIENNES ET MODERNES. 

L(; cahiiK't fort coiiiiu de fou W. Vcrliclsl, ;i G;iii(l, conU;- 
iinil une collection Irès-intércssanle (r.'ii'ines en silex et en 
l)ronze, au nombre de 41 pièces, découvertes pour la 
l)luj)art dans les environs de Gand et de Bruxelles. Les 
pièces les plus importantes de cette collection, qui appar- 
tient maintenant au Musée, ont été décrites par De BasI 
dans son Recueil (t Antiquités et ]^ar Burlin dans l'ouvrage 
intitulé : Oryctographie ou Descripdon des fossiles décou- 
verts dans les environs de Bruxelles. (Bnw., 1784, in-fol.). 

L'administration communale d'Atli a fait don d'une autre 
liaclie en jade, trouvée à Mailles. 

La belle collection des armes espagnoles s'est encore 
enrichie d'une magnifique épée à poignée ciselée. L'arme 
|)orte la signature de Sébastien Hernandez , armuriei' de 
l'empereur Charles-Quint. Cette épée vraiment précieuse a 
é'té conservée pendant longtemps au château de Mirwart; 
<»u sup|)()se (ju'ellc a aiiparlenu à la maison de Croy. 

Citons encore, comme des objets intéressants, un chan- 
fi-ein en cuivre avec la dal(? de 1378; un morion sur lequel 
est gravée l'aigle impériale , et une hache qui ])orte les 
armoiries de l'abbaye de Saint-Pierre (Gand). 

Un don d'une grande importance est venu accroître 
la ((illcclion des anciennes pièces d'artillerie. M. Alexandre 
Aiuaiid , projiriétaire de Faiicien château de Bouvignes. 
il \\\n\ voulu dispdsci-, en faveur du Musée, d'un assez 



'-)() 

uraiid nuiiilirc cruiijcls égalciiiciil invciciix ihhii' l'iiis- 
toire el pour l'archéologie. Ils ra|ipelk'iil , en elTet , le 
sac de Bouvignes par les Iroupes de Henri II , roi de 
France , en 1554 ; ils doimenl , en oulre , une idrc 
aussi exacte que possible de l'artillerie employée en 
Belgique à la fin du règne de Charles -Quint. On 
remarque notamment un petit canon à croc ; trois autres 
canons du xvr siècle; des chambres ou boites à feu de 
Formes différentes; des boulels en pierre el en ler ; des 
marteaux et des pioches d'artillerie; des tenailles, des 
j.'inces, etc. Tous ces objets avaient été jetés pèle-mèlc, 
avec les cadavres des défenseurs du château, dans un ])uits 
de 40 pieds de circonférence et d'une profondeur d'en\ iron 
133 pieds. Cette immense citerne, taillée au marteau dans 
le roc vif, était comblée depuis trois siècles et (ont à fait 
oubliée. En 1858, un heureux hasard en révéla l'existence ; 
M.Amandfit déblayer et vider le puits qui avait été retrouvé, 
et c'est ainsi que furent mis au jour les canons dont s'étaient 
servis les braves défenseurs de Bouvignes. 

Grâce à un crédit spécial, libéralement volé par la légis- 
lature, le ]\Iusée possède également une magnitique collection 
d'armes orientales, quiavaientété recueillies, pour la plupart, 
à Constantinople. Elle comprend les objets suivants : hache 
en acier taban; pistolets, monture en filigrane d'argent; 
masses orientales, en cuivre doré; petite hache en taban; 
handjar persan, manche en jade bleuâtre; handjar turc, 
avec mancîie en ivoire garni de vermeil et orné de coraux ; 
handjar de janissaire, poignée et fourrure en cuivre doré; 
handjar tscherkesse, poignée en dent de morse sculptée; 
espingole persane; bec-à-corbin (masse d'armes); autre 



— 50 — 

masse d'armes on acier ineriislé d'argent ciselé. Il faut 
menlionner en outre une poire à poudre persane en acier 
laban et une écuelle orientale en métal doré. 



II. 



AMIQUITES. 

Va\ I8G2, (les fouilles ont été entreprises, avec l'appui 
du Gouvernement, dans les lumulus de Frésin (Limbourg), 
sous l'intelligente direction de M. Scluiermans, membre 
correspondant de la Commission royale des monuments, 
et de M. l'abbé Kempeneers. Ces exjdoralions ont été 
couronnées d'un succès éclatant. Elles ont mis au jour des 
objcls de la plus grande valeur et delà })lus grande rareté. 
Elles ont enrichi réellement la collection d'antiquités 
romaines du Musée. Trois objets surtout sont dignes d'at- 
tention : une coupe en verre rouge sous forme de grappe; une 
lampe en bronze avec tète de cygne; une bu ire également 
en bronze avec figures et ornements sculptés. — Mais nous 
devons laisser à l'un des explorateurs (M. Schuermans) le 
plaisir de faire une description détaillée des objets si remar- 
quables trouvés dans le tumulus central de Frésin. 

D'autres antiquités d'une nature différente ont été trou- 
vées dans les travaux du fort Sainte-Marie (bas Escaut). 
Telles sont une espèce de mortier en piei-re et une remar- 
(|uable figurine en terre cuite (moyen âge). 

Tous ces objets d'origine belge seront classés jtius tard 
dans la Galerie nationale qui doit être ajoutée au Musée. 

Les matériaux de celle g.derie nouvelle deviennent plus 



— TA — 

nombreux et plus remarquables. On s'est efi'orcé et on s'ef- 
force chaque jour de retrouver et de rassembler les chefs- 
d'œuvre de l'industrie de nos pères de même (pie les mille 
objets qui peuvent rajipeler la vie nationale des Belges. 

Bornons-nous à mentiomier ici les acquisitions les pins 
importantes faites en 18G2. 

Citons d'abord une cheminée en pierre dans le slyle de 
la Renaissance. Elle provient, selon la tradition, de la 
maison qu'habitait à Audenarde l'architecte du célèbre 
liùtel de ville de cette commune. 

Le Musée possède également le confessionnal du xvi" siècle, 
qui avait fait partie du cabinet de Verlinden-MuUer, à Gand. 

En 13G3, un concile tenu à Milan décréta que le con- 
fesseur et la pénitente seraient désormais séparés par une 
jalousie de bois. On tire de la recommandation du concile 
de Milan la conséquence que l'usage des confession- 
naux actuels était encore inconnu dans la première moitié 
du xvf siècle, ou, du moins, que les confessionnaux dont il 
s'agit étaient très-rares. Quelle que soit la valeur de cette 
observation , le confessionnal possédé maintenant par le 
Musée paraît antérieur à loGo. Il résulte, en effet, de 
renseignements authentiques que ce confessionnal provient 
de l'ancienne église de l'abbaye d'Averbode (Gampine) et 
que les armoiries déchitïrées sur les panneaux sont celles de 
l'abbé Gérard Van der Schaeft, élu le 23 août 1501 et mort 
le 20 juillet 1532, ou bien celles de son cousin et successeur 
immédiat , Denis Van der Schaeft, mort le A mai 1541 . 

Les chaires en bois du xvf siècle sont également rares. 
C'a donc été une bonne fortune pour le Musée que de 
pouvoir acquérir la petite chaire (dans le style de la Renais- 



— 52 — 

sanco), ([ui dccdrail iiiiuiicrc la 1)L'1Ic église d'Alsi.'iiibcru' 
(Brabanl). C'est niic espèce de eiive de forme Iiexagone sou- 
leiiiie |)ariiii]tédicule ; àrexlérieiir, les paimeatix sont décorés 
d'arcades avec rosaces, colonnettes el autres ornements de 
style flandjoyanl; le ])anneau principal contient en outre, 
dans des niches, les statuettes des quatre évangélistes. La 
hauteur d(i la chaire est de 2"C)0. (Voir le dessin ci-joint.) 

Non iiidiiis |)j-écieiises Sont les pierres tombales et les 
(hdles riiiiéraires en cuivre également ac(iuiscs par le Musée. 

Parmi les monuments (|ui décoraient autrefois l'église 
de Tabbavc de Villei-s on l'einarquait surtout les riches 
mausolées de llem'i II et de Jean 111, ducs de Brabant. 
Ces tombeaux disparui-ent à la lin du xviif siècle, et il 
n'en l'eslc d'autres vestiges que les dessins donnés par 
Le Roy dans son Théâtre .sacré du, Brabmd (tome I'"', 
]). 11-14) et par Butkens dans ses Trophées sacrés et 
profanes du duché de Brabant (tome I'"', p. 259 et p. 4.45). 
Mais une sorte de tradition historique laissait sujtposer que 
les monuments des jirinces brabançons n'étaient pas 
eiilièremenl anéantis, (jn avait même inq)rimé que ce (pii 
lestait du mausolée de Jean 111 ornait un château à Ilévil- 
1ers. Malheureusement celte assertion n'était point exacte. 
On avait pris pour les mausolées des princes brabançons 
deux pierres tombales (pii soid aujourd'hui déposées au 
Musée et (pii proviennent effectivement de l'église de l'ab- 
baye de Villers. Ces pierres, incrustées de marbre blanc, 
jjorlent l'une et l'autre l'effigie d'un chevalier brabançon 
du XIV" siècle, étendu sous une chapelle gothique, les 
pieds a]»puyés sur un lion. L'une de ces pierres n'a point 
d'iuMjription ; mais, d'après le style des orneuients el le 



Bull dfS t}tniin' rmi'" il iirl fi- li /a-*rt'/.y/-- -.'.-iim-i fl I 




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costumo du personnage représenté, elle est au moins aussi 
aneiennc que la seconde. Celle-ci contient encore des 
fragments de l'inscription primitive ; et on peut lire qu'elle 
recouvrait les restes de Raus de Greis , porte-étendard du 
duc Jean V' à la bataille deWoeringen, mort en 1518, 

Les deux plaques en cuivre ciselé, qui sont venues enri- 
chir la collection nationale, ont appartenu à l'église de Heer 
(Limbourg). L'une, la plus riche et la plus remarquable, 
remonte au xiv" siècle; l'autre est du xvf . 

La première porte, également sous une chapelle gothique, 
les figures de deux seigneurs « en plein harnais » : Jean 
seigneur de Heer, chevalier, mort en 1552, et Gérard, 
seigneur de Heer, mort en 1598. (H. 2 m. 27. L. 1 m. 51). 
L'autre plaque représente en plein harnais Richard, 
seigneur de Heer, mort en 1540, à côté de sa femme, 
Jeanne Scheiffart de Mérode, morte en 1567. 



m. 



ETHNOLOGIE. 

Les acquisitions destinées à la troisième section ont été 
moins importantes. Mais il convient toutefois de signaler 
le don fait par M. Daluin, consul général de Belgique à 
Tanger, des armes fort curieuses qui sont en usage chez 
les Kabyles du Riff. 

J. 



MUSÉE ROYAL D'ANTIQUITES, 

D'ARMURES ET D'ARTILLERIE. 



EXTRAITS DES PROGES-VERBAUX 



DES SÉANCES l)i; LA COMMISSION niRiXTRICK. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1862. 

Il est fait don au Musée des objets suivants : 

Un plat flamand en terre rouge émaillée , offert par 
M. le comte de Limbourg-Stirum (Gand). 

Deuxpetites bannières de procession provenantde la corpo- 
ration des bottiers de Bruges, offertes par ^1. F. Vander- 
haeghen (Gand). 

La Commission vote des remercîments aux honorables 
donateurs. 

SÉANCE DU 18" AOUT 1862. 

Acquisitions faites et approuvées : 

Une serrure aux armes de la maison d'Arenberg et 
portant la date de 1671 ; 
Un couteau chinois ; 



— 56 - 

Planche gravée en l)oi.s ])rovenant d'une fabrique de cuir 
doré existant autrel'ois à Matines ; 

Grande cheminée en pierre sculptée* provenant d'Aude- 
narde (xvi' siècle) ; 

Canon très-ancien retiré de la mer à Nieuport et statuette 
en terre cuite trouvée dans la même localité; 

Grand lustre en cuivre du xvir siècle. 



SÉANCE DU 20 OCTOBRE I8C2. 

Acquisitions faites et approuvées : 

Une corne à boire (xv!*" siècle) montée en argent avec 
armoiries et inscription flamande ; 

Une mandoline (?) (xvr siècle) ; 

Deux livres avec chaînes en fer (libri catenaii) sont 
envovés en don par M. le Ministre de l'Intérieur. 

SÉANCE DU 17 NOVEMBRE 18C2. 

La Commission est informée que les objets trouvés 
en 1859 dans un puits du château de Bouvignes, et dont 
M. Alex. Amand a fait don au Musée, viennent d'arriver. 

Cette remarquable collection comprend : 

Un gros vvglaire en douves de fer battu, cerclées, se char- 
geant })ar la culasse ; un autre canon de la même espèce, 
mais dont l'âme n'a (jue 1(> ('ciilimètres de diamètre; 

Un petit fauconneau cerclé de seize anneaux, également en 
IV'i- forgé, s(; chai'geanî, aussi par la culasse, et muni de sa 
chimibre ; 

Un ])etit canon demain à croc; 

Six boîtes à feu de dinV'rciites grandeurs; 



._. 37 — 

Vingt-deux balles en granit de différents diamètres; 

Huit balles en fer de différents diamètres ; 

Les diverses pièces d'un affût ; 

Quatre tenailles ; 

Une erminette et une fourche d'assaut ; 

Deux fragments de pelle; un fragment de scie; fragment 
de poignée en bronze; un marteau; fragment d'une épée ; 
fragment d'un fer de lance et deux fers de javelot; 

Quarante-deux petits carreaux émaillés; 

Trois fragments de creusets ; 

Trois fragments de serrure ; 

Un chenet gothique en fonte. 

SÉANCE DU 15 DÉCEMBRE 1862. 

La Commission examine avec le plus grand intérêt les 
objets provenant des fouilles opérées dans les environs de 
Frésin, savoir . 

Une buire en bronze avec hgures et ornements sculptés ; 

Un vase en bronze à large panse ; 

Grand bassin en bronze contenant des cendres; 

Amphore en verre, forme de grappe ; 

Fiole contenant un liquide huileux; 

Lampe sépulcrale en bronze ; 

Brûle-parfums avec godet; 

Petit trépied en cuivre recouvert d'une couche d'étain ; 

Grains de coHier; 

Deux monnaies (Domitien et Adrien) ; 

Quatre lampes sépulcrales en terre ; 

Potiche (vase aux libations) ; 

Patère en terre rouge, etc. ; 



— 58 — 

^I. Chàloii fait connaître que des antiquités gallo- 
romaines ont été découvertes dans les environs de Binche. 
M. Pinchart, chef de section aux archives de l'État, a dirigé 
quelques fouilles qui ont donné lieu à des résultats inté- 
ressants. — Il est tenu note de la communication de 
M. Chalon 



ÎGLISE 
Flandi i' 




BULLETIN DES COMM^ ROYALES 
D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE 



^- 1 ■■ 1 r - 



JJkuiij 



LOO, 

SON ÉGLISE ET SA TOUR. 



La reconstruction de la tour de Loo nous reporte tout 
naturellement à l'époque de sa fondation, qui remonte au 
xif siècle. 

Avant ce temps Loo était une localité importante de la 
Morinie, située sur une voie romaine qui aboutissait à 
Cassel et portait, comme elle porte encore en différents 
endroits, le nom de Looweg. 

Ce n'est que vers la fin du xi'' siècle que Loo figure dans 
l'histoire de la Flandre. Thomas, prêtre ou curé de cette 
localité, réunit plusieurs autres prêtres, qui embrassèrent 
la règle de Saint- Augustin et vécurent en commun. 

Dans une charte, publiée par M. le Chanoine DeSmet, 
dans sa notice sur Guillaume d'Ypres (i), et que nous lui 
avons communiquée, Jean, évèque de Térouane , parle, 

(i) Mémoires de l'Académie de Bruxelles, t. XV. 



— 40 — 

on H 00, de cette congrégation comme si elle ne venait que 
d'être formée. « Lorsque, dit-il, nous visitâmes, d'après 
» notre habitude, toutes les congrégations de notre diocèse, 
» nous trouvâmes dans le lieu conmiunément appelé Lo, 
» des chanoines réguliers de Saint- Augustin. » Ces cha- 
noines s'étaient constitués, sans consulter l'évèque, et avaient 
transgressé les saints canons par sinq^licité, comme le dit 
Jean de Térouane. Il les absout et leur accorde la posses- 
sion de l'église, à condition qu'ils paient annuellement à la 
mense épiscopale la modique somme de cinq sols. 

Le monastère de Loo s'accrut insensiblement et devint 
par la suite une abbaye renommée. A l'exemple de son père, 
le fameux Guillaume d'Ypres, vicomte de Loo, la dota de 
plusieurs terres et privilèges, etc. Après avoir passé une 
grande partie de sa vie au service des rois d'Angleterre, il 
revint à Loo âgé et aveugle, et y vécut encore dix ans dans 
la jinilique des vertus chrétiennes. Son château se trouvait 
à l'endroit d\i\e Mont terrible; on en voit encore des vestiges. 

En 1770, on découvrit dans un tombeau, à côté de l'autel 
dédié à saint Pierre, les ossements du vicomte de Loo, 
mort le 23 janvier 1162. Ces restes témoignaient d'une 
slalui'c (lui ;)vait été plus qu'ordniaire (i). 

L'église, qui primitivement était paroissiale et adminis- 
trée par un curé et des marguilliers, devint mixte, c'est- 
à-dire que, depuis leur érection canonique, les moines 
occupaient le chreur et les fidèles une partie du vaisseau de 
l'église. De l;i de nombreuses contestations entre le couvent 



(i) Ne conviendrait-il pas de perpétuer la mémoire de ce grand guerrier, 

nommé nar rarchidiùcred'Hiindini;dfin Vir wrifiinr probilatis belli pcri- 

lissiniiis, au moyen d'une inscription placée dans l'église de Loo ? 



— 41 — 

et la paroisse tant pour l'entretien du bàtinieni que pour 
les places à occuper. 

Les archives de l'abbaye de Loo, conservées en partie au 
séminaire épiscopal de Bruges, mentionnent plusieurs de 
ces contestations et c'est là que nous avons puisé les données 
historiques que nous nous empressons de publier à l'occasion 
de la reconstruction de la tour de cette église abbatiale. 

La tour, telle qu'elle existe actuellement, est la seule 
partie qui subsiste encore de l'ancienne église, construite 
vers le commencement du xiT' siècle; elle présente des par- 
ties romanes et des parties ogivales; ses proportions indi- 
quent qu'elle a appartenu à un édifice très-vaste. L'intérieur 
accuse des restaurations et des modifications importantes, 
faites à des époques incertaines. 

Quelques documents constatent cependant des faits relatifs 
aux restaurations. Dans une charte de Gui de Dampierre, 
comte de Flandre, du 14- mai 1289, il est question de 
l'écroulement de la tour et de sa réparation. Le comte 
dit que la tour (la flèche probablement) est tombée par 
leur de faute et qu'ils doivent la rebâtir en tele forme 
kc cle fat avant ke ele kei (chut), ou mellior sil le voussisent 
faire. La restauration devait être terminée avant la fête de 
Saint-Martin de l'année suivante (11 novembre 1290). Je 
présume, par ce qui reste de la tour, que la lléche seule a 
croulé. Les pieds-droits , sur lesquels repose le carré de 
l'édifice, sont bâtis en pierres ferrugineuses. L'intérieur, 
coulé en fragments de pierres et de mortier réduit en 
poussière, petit appareil, indique une antiquité remontant 
de beaucoup au delà de 1290. 

Les guerres du xiv- siècle entre les Flamands et les rois 



— 42 — 

de France et d'Angleterre avaient été tellement funestes 
à ral)l)aye de Loo, que les prévôts vendirent plusieurs terres 
et rentes pour restaurer leur monastère et leur église. Ces 
actes de vente datent de 1580 à 1597 et il est dit dans l'un 
que la vente se fait pour subvenir au dommage que le cou- 
vent a souffert par les guerres. 

Une autre pièce des archives, sans date et sans sceau, 
contient un appel du prévôt de Loo à tous les fidèles de 
la chrétienté, afin d'en obtenir des aumônes pour la recon- 
struction de l'église détruite. 

Le 1 2 mars 1 440 le prévôt et les échevins de Loo signent 
une nouvelle convention pour l'entretien des bâtiments 
de l'église. Le couvent venait de bâtir un nouveau cloitre, 
ou déambulatoire, qui était adossé au mur nord de l'édifice. 

Le 7 mai 1496, une autre convention est signée entre le 
prévôt, le curé, le bailli et les échevins de Loo, relativement 
à la reconstruction d'un mur de l'église s'étendant du 
transejit sud jusqu'au pignon de la façade principale. Ces 
divers documents prouvent que le monument, tel que nous 
le voyons, n'a pas été exécuté en une fois. Nous pourrions 
ajouter que l'église et l'abbaye furent dévastées par les 
iconoclastes au mois d'août de l'année 1 566 , comme le 
dit une lettre de l'évéque d'Ypres, Martin Rythovius, qui 
autorise, le 20 septembre de celte année, le prévôt à lever 
une somme d'argent pour l'entretien des soldats préposés 
à la garde de l'abbaye contre les gueux des bois. 

Il y a vingt ans à peine que la nef latérale nord a été 
élargie sur l'emplacement de l'ancien cloitre. 

Malgré les vicissitudes qu'elle a subies, l'église de Loo est 
toujours une des plus belles de l'ancienne Wesl-Flandre, 



— 45 — 

tant par sa grandeur et son style archilectonique que par 
les objets d'art qu'elle renferme. Elle a 65 môtr(\s de longueur 
hors-d'œuvre , depuis le fond de l'abside jusqu'à la porte 
d'entrée à l'ouest. La largeur des transepts mesure 29 mètres 
50 centimètres. 

Le chœur est vaste et conçu dans un style vraiment 
original. Il est éclairé de chaque côté par trois |)etites 
fenêtres ogivales à lancettes et d'un oculus trilobé. Le fond 
du chœur est terminé par un mur plat, percé autrefois d'une 
grande fenêtre ogivale. Après l'année 1659, l'abbé Jean 
Reynaert, fit murer cette fenêtre, pour ériger le retable 
en bois de chêne, de style corinthien, peint en marbre 
noir et blanc et orné d'un excellent tableau de Broekhorsi, 
dit Langenjan, représentant le Christ crucifié entre les deux 
larrons, la Vierge et saint Jean. Le tabernacle en bois 
d'ébène, avec ornements ciselés en cuivre doré et orné de 
statuettes et d'arabesques, porte les armoiries du même abbé. 

L'ensemble de l'autel , conçu dans le style de la renais- 
sance, n'est pas en rapport avec l'architecture du chœur. 

Lorsqu'on songe à l'effet que devait produire dans le 
fond de l'abside une grande verrière peinte, avec un autel 
à retable gothique et les lumières mystérieuses, projetées 
par les fenêtres latérales, on regrette tout ce qui a disparu 
par le pillage, la dévastation et les transformations. Quoique 
beau dans son genre, l'autel de Loo est un hors-d'œuvre. 

Après la destruction de l'abbaye, les moines se retirèrent 
pendant quelque temps dans leur refuge à Ypres. L'abbé 
Jean Snipgat, nommé le 5 avril 1588, fit réparer les plus 
grands dégàls, causés au temps de la guerre civile. Il mou- 
rut en 1604 et eut pour successeur Rémi Zaman, dont l'élec- 



44 — 

(ion fut confirmée par les archiducs Albert et Isabelle le 
10 septiMiibre 1604. On peut considérer cet abbé comme 
le restaurateur de la maison. Il reconstruisit les édifices 
ruinés par les hérétiques , et y i-amena de l'exil ses reli- 
gieux. Il lit exécuter de grandes réparations à l'église 
en 1608. 

En 1624 il fit placer les belles stalles en bois de chêne, 
sculptées par l'Yprois Taillebert, dans un style analogue à 
celles de Saint-Martin, à Ypres. Elles sont formées de quarante 
et un sièges disposés sur deux lignes, ou formes hautes et 
basses, couronnées de dais. Les accotoirs et les Miséricordes 
sont variés et couverts de sculptures délicates. Si le style 
n'est pas conforme à l'architecture du chœur, l'art n'en est 
pas à dédaigner. 

Le ciseau de Taillebert a été mis en réquisition pour 
d'autres ouvrages de sculpture de cette église et notamment 
])our la chaire de vérité, dont les bas-reliefs représentent 
des scènes de la vie de saint Pierre , savoir : saint Pierre 
ès-liens, les Animaux mondes et immondes, Paissez mes 
agneaux, et Éloignez-vous de moi Seigneur, parce que je 
suis pécheur. 

Quinze bas-reliefs, représentant les mystères du rosaire 
et hauts chacun de trente centimètres, sur quarante-cinq 
cenliniètres de largeur sont encore du même sculpteur, de 
même que l'e banc des pauvriseurs. Ces pièces })ortent la date 
(le l()26 Dans le fond sont peintes les œuvres de Miséricorde, 
■par Tierendorf. 

La partie supérieure du jubé en bois de chêne est d'une 
bonne facture; la partie inférieure, en bois de tilleul, a été 
ajoutée j)Ostérieurenienl. 



— 45 — 

L'église de Loo est riche en tableaux de l'école flamande. 
Le tableau de l'autel dédié à saint Roch, représentant ce 
saint priant pour les pestiférés, fut exécuté, en 16G0, par 
Victor Boucquet, peintre furnois. 

A côté du même autel on voit la Résurrection du Christ. 
Descamps dit, dans son Voyage pittoresque en Flandre, 
que ce tableau est assez bon et qu'il était placé dans la cha- 
pelle de l'abbé. L'autel de la Vierge, au fond de la nef 
sud, est orné d'un tableau sur panneau, l'Adoration des 
bergers, sujet bien composé et bien peint, par Jérémie 
Tierendorf, en 1621. Il a formé le milieu d'un triptyque, 
dont les deux volets sont incrustés dans les côtés de l'autel 
Saint -Pierre à l'entrée du chœur. L'un de ces volets 
représente l'Annonciation de la Vierge et, au revers, 
Fange Gabriel; l'autre, l'Immaculée Conception et la Visi- 
tation de la Vierge à sainte Elisabeth. 

Près de l'autel de la Vierge se trouvent sept tableaux 
peints par Victor Boucquet en 16S8-59 et 60. Plusieurs 
létes ont de l'expression , mais le dessin n'est pas correct 
et les figures sont trop courtes. Sur un de ces tableaux 
représentant Jésus au milieu des docteurs, on lit : Memoria 
R. Dni. Francisci Wynckelman, hujus ecclesiœ canonici 
sacerdotis, dono data à nobiliviro Jacobo Wynckelman Dni 
de Montigny, etc. 

Le tableau du retable de l'autel, dédié à sainte Anne, 
représente cette sainte montrant à lire à la sainte Vierge. 
Il fut exécuté, en 1705, par Yeurdigne, sourd et muet, qui 
j)eignait bien le paysage. Ce tableau est dans la manière de 
Corbeen, son maître. 

Un tableau de maître inconnu et représentant saint Jean 



— de- 
dans la chaudière d'huile bouillante provient de l'hôpital 
de Loo, où il était considéré comme une œuvre de valeur. 

Un tableau non placé et représentant le crucifiement du 
Christ .est dû au pinceau de Guillaume Van Heede, de 
Furnes. 

Un petit tableau de genre, haut de 60 centimètres et large 
de 79centim., représente les œuvres de Miséricorde. Senave, 
jieintre, né à Loo et mort à Paris, en fit don à l'église en 
J820; c'est un des meilleurs tableaux de cet artiste. Le 
peintre a écrit au bas de son œuvre : Gejond aen deze kerk 
door J. A. Senave, knnstschilder hinnen Parijs, geb. in Loo 
7 sept, in iiet jaer 1758. 

Wie die icilt aen God behaagen , 
Moet den armen onderschraagen. 

Une copie du tableau d'Egide Bakereel, conservé à la cathé- 
drale de Bruges, fut donnée en 1845 par le peintre Charles 
Recour, à l'église de son lieu natal. Elle est placée dans 
le transept sud, et représente saint Charles Borromée offrant 
des secours spirituels à des pestiférés. Dans le transept nord, 
un triptyque représentant le Christ en croix, avec la Vierge, 
saint Jean, la Madeleine et les larrons; à droite, des abbés 
posant la mitre sur la tète d'un jeune intronisé ; à gauche, 
Tabbé Rémi Zaman, agenouillé, nu-tète, tenant la crosse ; 
derrière lui son patron avec la colombe. L'abbé porte la 
barbe en pointe. Sur sa pierre tombale il est représenté 
.sans barbe. 

Les trois premières fenêtres du bas- côté nord repré- 
sentent : 

a) La Nativité du Sauveur; 



— 47 — 

b) La Présenlalion au Temple ; 

c) La Vierge donnant le saint Rosaire à saint Dominique. 
Ces verrières sont endommagées ; la restauration en est 

confiée à M. Capronnier, de Bruxelles. Les pierres sépul- 
crales, qui ne datent que du commencement du xvif siècle, 
sont placées contre les murs des bas-côtés ; presque toutes 
représentent des abbés. 

Derrière les stalles, au bas-côté sud, se trouve un monu- 
ment funéraire , érigé à la mémoire de Joseph Liebaert ; 
il est composé d'une pyramide et d'un bas-relief, dû au 
ciseau de Van Poucke ; il représente un ange qui pleure et 
qui sert de tenant à deux armoiries. 

La sacristie renferme quelques ornements précieux, l'un 
en velours rouge, l'autre en damas d'argent, richement 
brodés. Ces objets proviennent de l'abbaye, de même qu'un 
missel orné de coins en vermeil et en pierres antiques non 
taillées. 

Sur une plaque ovale est représenté un Christ en croix, 
parfaitement ciselé avec l'inscription : In Loo 1547. Un 
grand plat en vermeil et ciselé porte les armoiries de l'abbé 
Zaman, et un autre en argent, avec arabesques repoussées, 
est orné des armoiries de l'abbé Jacques David, décédé 
en 1709. 

Un calice en vermeil, haut de 57 cent. , représente sur 
le pied et sur la coupe différents sujets de la passion. Les 
ornements fondus sont d'un fini extraordinaire. Pareil calice 
se trouve dans l'église de Menin et un ciboire de l'éghse 
Saint-Bertin, à Poperinghe, est exécuté dans le même style 
du commencement du xvif siècle et orné des mêmes 
bas-reliefs. 



— 48 — 

Il résulti^ do (ont ce qui précède que l'église de Loo ren- 
ferme quantité d'objets d'art dont un seul est du wf siècle. 
Tous les autres ne datent que du commencement du siècle 
suivant. Le vaisseau de l'église a été reconstruit en grande 
icirtie au \iv'' siècle et le plan de la nouvelle tour est conçu 
dans le slyle de cette époque. L'ancioinie tour est dans un 
si mauvais état de conservation, qu'il serait dangereux d'y 
toucher pour y faire des restaurations. Il y a des mouve- 
ments dans les pieds-droits qui forment sa base. Espérons 
que bientôt la ville de Loo verra son antique et belle église 
couronnée d'une tour nouvelle! 



F. Vain de Putte. 



L'ART MONUMENTAL BELGE 



PAR LA CRITIQUE ARCHÉOLOGIQUE D'OUTRE-RÏÏIN, 



ARCHITECTURE RELIGIEUSE. 



II. 



PERIODE ROMANE ET DE TRANSITION 



Durant la première moitié du xii^ siècle, nous l'avons 
reconnu avec MiM. Schnaase et Rugler (i), la Belgique, 
architectoniquement parlant, n'est qu'une province assez peu 
importante de l'Allemagne. Maintenant qu'elle prospère et 
va développer le germe de sa lloraison, elle inclinera vers 
la France, mais l'Allemagne maintient son influence dans 



(i) Conférez : Geschichie iler Bildendenkiinsl von Cari Schnaase, t. V. Dus- 
seUiorf, I806, p. 209, 22.j; — Geschichie der Baukunst, von Franz Kuglcr,t.II. 
Stuttgardt, 18j8, p. 550-561, t. III.p. 406-408; — Mederldndische Itriefe , 
von Cari Schnaase. Stuttgard und Tubingen, 1854. 



— oO — 

la vallro de la Meuse, Ainsi ht pclile (jalerie sous la cor- 
niche, inaugurée h Saint-Nicolas en Glain, couronne-t-elle, 
à Saint-Servais de Maestricht , l'abside flanquée de deux 
tours carrées et qui rappelle labside orientale du Munster 
de Bonn; tandis que les arcades aveugles superposées, 
(■( dont les archivoltes retombent au premier ordre sur des 
ressauts, au deuxième sur des colonnettes, sont une viiml- 
uisvoucc des Saints- Apôtres de Cologne, mais d'un faire plus 
léger. Quant au transept occidental, bien qu'évidemment 
de construction postérieure, il se réclame également du Rhin 
tant par l'ordonnance que par rornementation. Citons aux 
mêmes titres, à Maestricht, l'abside de l'église Notre-Dame^ 
probablement contemporaine de celle de Saint-Servais ; à 
l'intérieuf- du chœur, on reconnaît cette hardiesse décorative 
de Saint-Martin de Cologne. 

L'église Sainte-Croix de Liège accuse le style rhénan 
avancé, dans les errements des Saints- Apôtres ,mRis peut-être 
de date plus récente, 1250 environ. — Même style enfin, 
mais dans toute la richesse de son développement, à Notre- 
Dame de Ruremonde, consacrée (1224) par Engelbert I, 
archevêque de Cologne. La disposition du chœur est ici 
apparentée aux Saints- Apôtres, par les trois absides englo- 
bant la c(Hipole, et par les deux tours surgissant des angles 
rentrants; mais comme au Miinster de Bonn, les tours sont 
carrées et les absides polygonales. L'ornementation, mieux 
é])anouie, ])lus luxuriante qu'à Cologne, se rapproche de 
iionn et conqjrend, au premier ordre : des surfaces lisses, 
encadrées de ressauts, que relie la petite arcature; au 
deuxième : de larges baies cintrées, dont les archivoltes 
à multiples moulures sont étroitement agencées, ce qui 



— 51 — 

doiiiK.' du ])leiii à cos liariiioiiicux iiioiivenicnls de la ligue 
ronde. Sous la petite (jaterie, règne ce cordon de quadrila- 
tères, adopté par les églises r]iénancs, voire déjà ]y,\r Sainte- 
Marie du Capitale, et comme pour compléter l'analogie avec 
les Saints- A patines, nne robuste antéglise greffe sur l'édilice 
roman le style ogival mais comparativement en progrès sur 
Cologne. 

En admettant que les parties principales de Notre-Dame 
de Ruremonde aient été construites vers l'époque de la 
consécration (1224), on aurait la preuve qu'en ces contrées 
l'on s'en tenait, de prédilection, au style roman, et môme 
à l'intégrité des formes romanes, alors que les provinces de 
l'ouest donnaient accès au gothique primaire. 

Le vrai critérium de l'architecture romane, dans l'ouest 
de la Belgique, c'est, eu égard à un caractère de beauté 
réellement hors ligne et à une influence exercée par 
delà les frontières jusques en Picardie : la cathédrale de 
Tournai. Malheureusement, il y a pénurie de documents 
historiques , et le passé de cet intéressant édifice reste 
une énigme que l'archéologie indigène n'a pas encore 
résolue à souhait. 

Tournai, mis à sac par les Normands (882), appauvri à ce 
point que le chapitre métropolitain , réuni à celui de Noyon, 
ne put être réintégré qu'en 1145, Tournai n'aura vu réédi- 
lier sa cathédrale qu'au xr siècle, et, en effet, la consécration 
daterait de 1060 ou 1070. Mais le monument actuel, en 
ses parties romanes, ne saurait remonter si haut. Nous 
savons d'ailleurs qu'en 1140 il est fait mention d'une 
nouvelle église en voie de construction et qu'en 1198 
l'évèque de céans octroie la somme nécessaire à l'éta- 



— 52 — 

blisscniciil (11111 nouveau jilafond ou charpente , ce qui 
doit s'entendre du vaisseau actuel , dont raclièvement 
intéirral ne s'effectua que par la mise en voûte , opérée 
seulement au siècle dernier.' En 1213, enfin, on con- 
sacra le chœur, remplacé au plus lard un demi-siècle après, 
par le magnitlque chœur actuel. Telles sont les données 
historiques qu'il nous incombe de contrôler, en interro- 
pceant un monument, qui, pris dans son ensemble, reste 
l'une des créations les plus grandioses et les plus imposantes 
de l'architecture religieuse. Au centre, en elïel, surgit une 
puissante coupole , s'accompagnant de quatre robustes 
tours carrées, qui la dépassent en hauteur. La façade occi- 
dentale, actuellement défigurée par de lourdes baies ogivales 
et par un porche du xiV siècle, permet néanmoins de resti- 
tuer l'ordonnance primitive, à savoir : une double rangée de 
fenêtres, au droit des galeries et des jours supérieurs, et 
deux tourelles rondes aux angles de la nef centrale. A partir 
de ce frontispice , se prolongent longitudinalemcnt trois 
ordres de fenêtres en partie richement décorées d'archivoltes, 
de colonnettes et déversant la lumière aux collatéraux, aux 
galeries, comme à la grande nef elle-même. Latéralement, 
enfin et en saillie sur les tours, s'arrondissent les croisillons 
semi-circulaires; tandis qu'à l'orient du vaste transept se 
dresse le splendide chœur ogival. Pénétrons -nous dans 
l'auguste métropole, des anomalies flagrantes nous ouvrent 
un vaste champ d'études. 

Le plein cintre règne on cette hasUique à piliers, élageant 
ses collatéraux par des galeries dont les arcades évidées 
(comme dans les églises normandes du xi'' siècle) repro- 
duisent les dimensions des arcades du rez-de-chaussée. Les 



— 55 — 

piliers, ensemble leurs arcs quasi en fer-à-cheval (i) sont en 
ces deux ordres vigoureusement moulurés; les chapiteaux 
des colonneltes engagées ( à base attique pourvue de 
griffes) s'ornent de volutes, d'arabesques, de feuillages et 
de spécimens du règne animal , le tout d'un faire excellent 
et d'une grande variété. Au-dessus des galeries court un 
triforium à plein-cintre mais écourté, que couronne l'aligne- 
ment des hautes baies, extérieurement pourvues de colon- 
nettes, et correspondant en nombre à la double rangée 
d'arcades inférieures. Cette ordonnance simple, régulière et 
néanmoins mâle et énergique, cette répétition d'arcades 
symétriques accusent une réminiscence de l'art antique ; 
tandis que le détail, l'éminente sculpture des chapiteaux, les 
riches profils des arcs proclament une époque qui, dès long- 
temps, a cessé d'être primitive. 

Au transept , également le domaine du plein-cintre ; les 
pourtours des hémicycles, à l'instar des collatéraux des nefs, 
supportent galeries et triforium : mais ici , les voûtes des 
pourtours et des galeries opèrent leurs retombées, non sur 
des piliers, mais bien sur de sveltes colonnes (2) ; et tandis 
qu'aux nefs, les galeries assimilées à leur rez-de-chaussée 
respectif s'étagent d'un triforium bas et sans importance, 
les croisillons adoptent un rhythme accentué d'élévation qui 
procède par échelle décroissante. A l'ordre inférieur, en elTet, 



(0 M. Kugler voit dans ces arcs une réminiscence orientale, mieux caracté- 
risée aux porciies latéraux, par la disposilion des voûtes et l'encadrement trefflo 
de la façade, accusant au surplus, comme les fenêtres ogivales des tours, l'époque 
de transition. 

(2) L'étroitesse des entre-colonnenieuts rappellent, dit M'. Kugler. les absides 
à colonnes de la France. 



— u — 

hauteur et élancement, à tel jioint que le bandeau prend 
idiiiiienient avec les chapiteaux des galeries collatérales; au 
deuxième ordre : galeries comparativement très-réduites , 
mais de proportion moyenne, eu égard au triforium plus 
développé qu'elles supportent. Sonune toute, dans les nefs : 
le principe antique, la ligne horizontale; aux croisillons : déjà 
le principe ascendant. Remarquez encore que l'ordonnance 
du transept est conçue en vue de voûtes d'arêtes nervées 
et que le vaisseau ne possédait originairement qu'une clô- 
ture plane. Par contre, aux croisillons l'exécution de détail 
est moins élégante, moins achevée; les bases de colonnes 
sont pourvues de griffes, mais les chapiteaux pèchent par 
monotonie , sécheresse de formes, et les arcades sont plus 
sobrement moulurées. 

Ces contrastes devaient avoir pour résultat d'obscurcir 
la question de priorité; aussi les historiographes du monu- 
ment ont-ils incliné à conférer le droit d'ainesse au transept, 
et, en effet, il serait dilïicile d'assigner aux nefs une date plus 
reculée que la moitié du xif siècle; car alors seulement 
l'Allemagne nous exhibe aux arcs concentriques , ce 
luxe de moulures inconnu en France durant la période 
romane, même en de somptueux monuments. Ce qui com- 
plique encore le problème, c'est que la rudesse de forme, 
la tendance ascendante, la superposition rhythmique de 
plusieurs ordres qui caractérisent le transept, nous ramènent 
également à l'époque dont nous venons de parler et que, dès 
lors, il doit paraître au moins étrange qu'cà Tournai l'on ait 
quasi simultanément obéi à une double influence. 

D'autre part, ne serait-on i»as fondé à admettre que, en son 
état achif'l, le vaisseau constitua moins le fait d'une con- 



— 55 — 

struction complètement neuve que celui d'une restauration, 
de rornementation d'une haute nef préexistante et primiti- 
vement dotée de piliers et de galeries sur collatéraux , à 
l'instar des églises normandes et de ceWede Samt-Vincenl de 
Soignies? L'adoption du [n'foriiim, forme étrangère au style 
roman , s'expliquerait par cette circonstance que, vers le 
milieu du xii" siècle, le chapitre ayant résolu l'agrandis- 
sement de la métropole, consacrée en 1066 et par trop 
modeste en ses proportions : on aurait déhuté par le tran- 
sept, et, après l'achèvement de celui-ci, entamé les nefs, pro- 
cédé à leur ornementation et finalementrecouru à l'expédient 
d'un triforium , en vue de raccordement avec le transept. 
Cette hypothèse concorderait avec la tradition, d'après la- 
quelle, en 1198, le vaisseau réclamait une charpente neuve. 
Il a pu également arriver que l'on ait eiïeclué la restau- 
ration des nefs sous une iniluence allemande , et de même 
entamé ultérieurement la construction du transept en imitant 
les types de Cologne; mais que, par la suite, la continuation 
des travaux ait été confiée à un maître français, lequel, 
voulant donner de l'élancement à son œuvre et se montrer 
constructeur, prit dès lors médiocre souci du détail, 
comme le comportaient à la fois de telles préoccupations et 
les divergences entre les deux écoles allemande et française. 
Toujours est-il éminemment curieux de voir, à Tournai, 
les deux éléments français et germanique en contact et 
même aux prises. D'une part, au vaisseau, ordonnance franco- 
normande, exécution allemande; de l'autre, au transept, 
ordonnance germano- rhénane, exécution française. Rap- 
pelons que le transept à croisillons semi- circulaires de 
la noble cathédrale n'a pas tardé à engendrer ses congénères 



— o6 — 

de Cambrai et deNoyon, partant que cette forme, originai- 
rement rhénane, ne s'est propagée en France qu'après avoir 
subi l'addition française de la galerie et du triforium; et le 
lecteur accordera que Tournai devait rli'e une importante 
station, quant au commerce intellectuel des deux nations. 

Nos lecteurs nous sauront gré, sans doute, de leur com- 
muniquer l'extrait d'une lettre que nous écrivait en 1859, 
au courant de la plume, M. de Verneilh , a])rès une visite à 
la cathédrale de Tournai. 

« ... Je me suis rendu à Tournai, grâce à de pres- 
santes sollicitations dont je vous remercie. Les notes tra- 
duites du texte de M. Schnaase , dont vous vous étiez 
dépouillé en ma faveur, m'ont mis irhmédiatement au cou- 
rant de la question. Mais cette question n'en est plus une 
pour moi, et les transepts de Tournai sont certainement 
postérieurs à la nef. L'ornementation est plus recherchée 
dans cette dernière partie du monument, mais le style est 
plus avancé dans l'autre; d'ailleurs, dans les piliers d'angles 
de la croisée, les colonnettes ajoutées pour supporter les 
voûtes du transept, et dont les bases sont à un niveau diffé- 
rent, recouvrent le reste; les joints ne s'accordent pas et les 
bases anciennes tournent derrière les autres; en enlevant 
un peu de mortier cela deviendrait parlaitement clair pour 
tout le monde (i). Ce n'est pas tout. Au-dessus de ce 
même point, la galerie qui règne à la naissance des voûtes 
du transept, ]u-end deux étages pour encadrer les petites 



(i) En 1860, M. le chanoine Voisin, lecture faite sur les lieux de la lettre de 
JI. de Venioilh, remarquait en notre présence et pour la première fois, au grand 
arc du croisillon méridional, un raccordement, nouvelle preuve de la priorité de 
la nef. 



— 57 

ouvertures qui continuent, sur une partie des bras de la croi- 
sée, la série de celles de la nef et qui étaient préexistantes. 

« M. Schnaase avait tort, en conséquence, de tant hésiter 
})uisqu'il jiencliait du bon côté. Je proposerais seulement 
une modification dans les dates de la cathédrale de Tournai. 
Sans remonter avec M. Dumortier jusqu'aux Mérovingiens, 
il ne me parait pas indispensable de croire que rien d'im- 
l»ortant n'a pu être bâti avant le démembrement de l'évcché 
et du chapitre de Noyon. Antérieurement à 1 l/t^, la ville de 
Tournai était déjà considérable, et son ancienne cathédrale 
pouvait très-bien être l'objet d'une reconstruction sur une 
jilus grande échelle, dès le commencement du xif siècle. - 
Si l'on veut, et c'est aussi mon avis, que les transepts de 
Tournai aient transmis à ceux de Noyon le type rhénan, il 
faut leur laisser le temps de se bâtir, ou du moins de se 
commencer; et comme on s'accorde à reconnaître que la 
cathédrale de Noyon remonte à IloO, il ne resterait qu(; 
cinq ans pour faire toute la nef de Tournai, changer de style 
et d'architecte et ébaucher le transept. Ainsi, dans l'hyjio- 
thèse où la nef de Tournai serait antérieure aux transepts, il 
faut aussi qu'elle soit antérieure à llio. En 1146, ou de- 
mandait du bols pour la couvrir, mais (jui nous dit que 
c'était la première fois. 

» L'architecte de ces transepts était-il français, comme 
on le dit? Je le croirai plutôt tournaisien. Il avait vu les 
|iremiers monuments gothiques de la France, Saint-Denis 
par exemple, comme il avait vu Cologne. Mais s'il eût 
appartenu à l'école française, il n'aurait pas mélangé le ber- 
ceau aux voûtes d'arèles, il aurait pratiqué plus exactement 
le style français contemporain. » 



— 58 — 

Revenons à M. Schnaase. 

Vue pi-oiivo qu'à la (*a(ii(klrale de Tournai les croisillons 
(lu Iransepl sont postérieurs en date au vaisseau, c'est que 
la rudesse, l'aspérité de Ibruies (pie nous leur imputons se 
re|)roduis(Mit dans la plu])art des monuments vrais précur- 
seurs du style ogival en Belgique. C'était la conséquence de 
l'adoption de certains détails du style gothique français, un 
fait, qui, détournantl'art belge de ses errements germaniques 
antérieurs, comportait ravénement d'un style de transition 
aux formes larges et roluistes. Ainsi la colonne monocylin- 
dri(iue, qui restera support de prédilection, bi(^n que se 
produisant maintenant à l'état rudimentaire, supplante le 
pilier; — l'ogive devient prédominante, mais n'exclut nul- 
lement le plein cintre. — Les fenêtres inscrivent fréquem- 
ment plusieurs lancettes adhérentes dans un cintre, parfois 
(surtout aux tours) dans un arc en trètle aigu, dont les 
coudes i-entrants posent sur des colonnettes (Saint-Jacques 
de Tournai), disposition normande, pour ne citer que Sainl- 
Étiennede Caen. L'ornementation accuse rudesse et pénurie, 
mais l'extérieur des monuments assume des allures tranchées, 
nous allions dire belliqueuses, d'un pittoresque effet. Comme 
en Normandie, la tour principale se dresse sur la croisée, 
tandis que la façade flanquée de deux tourelles rondes 
groupe les fenêtres au-dessus du portail. Dos spécimens de 
ce gem-e apparaiss(!nl (l(;jà aux églises, d'ailleurs essentielle- 
ment romanes, Saint-Nicolas et Saint- Jacques de Gand , 
construites après l'incendie de 1120. A Tournai, les façades 
de Saint-Pierre (démoli) et de Snint-Piat, ])lus éh'gantes, 
s'ornent de baies et d'arcades cintrées , à l'exemple de la 
cathédrale, tandis qu'à l'unique vaisseau de Saint-Qticntin 



— 59 — 

l'art en revient au type antérieur, mais avec emploi de l'ogive, 
et par une ordonnance dont la vigueur plait à Fceil. La façade 
s'accompagne de deux tours i-ondes, dont les (lèches coniques 
ont leur point de départ au droit de la naissance du 
comble en égout; puis elle étage le portail cintré, |)ai- 
deux ordres de lancettes triples, la centrale proéminente 
et empiétant même à l'ordre supérieur sur le pignon. Les 
contre-forts sont rares en Belgi(iue, les arcs-boutants plus 
rares encore; il faut le dire, une circonstance enrayait 
en quelque sorte le progrès dans la voie ogivale. On ne 
comprenait pas, ce semble , l'opportunité du voûtemenl 
intégral des édifices religieux, du moins les églises que nous 
venons de citer n'ont-elles reçu ce complément désirablo 
que plus tard, et rien n'indique un plan conçu en vue d(.' 
voùtement. 

Ce style de transition austère et tlottant se maintient dans 
les provinces belges jusqu'en plein xiif siècle , témoin 
l'église de ki Chapelle ix Bruxelles, ainsi nmiimée, parce que 
la chapelle qui s'élevait jadis sur son emplacement fut érigée, 
l'an 1216, en paroisse. Cet édifice accuse en effet, d'une 
manière très-prononcée, le mélange des formes rhénanes et 
françaises. Les arcades cintrées , les ressauts réunis aux 
façades du transept par la petite arcature, les colonnes libres 
aux parois du chœur polygonal, rappellent la transition 
rhénane (i); tandis que le tracerie des fenêtres de l'absido 



(i) Pai'ticulièremenl Saint-Martin de Cologne, et l'église cistercienne de 
Heisterbach, dans les Sept Montagnes, près de Bonn.« A la Chapelle, dit M. Burck- 
hardt, les détails d'ornementation, traités avec un soin remarquable, rappellent 
les monuments delà Saxe el de la Franconie et l'emportent de beaucoup sur les 
églises rhénanes du xir siècle, toute majestueuse et splcndide que soit l'ordon- 



— 60 — 

correspond à celui des fenêtres de Notre-Dame de Paris, h 
cela près que l'are formant archivolte, au lieu d'être brise, 
contourne la rosace pol\lobée. A. Saint- Jacques de Tournai, 
la grande nef construite de 1219 à 1251, étage sur colonnes 
monocylindriqiies un double //■//br/«/«, évidemment à l'imita- 
tion de la cathédrale; mais la tour adopte le plein cintre et le 
système précédemment décrit. A la Madeleine, bien que la 
fondation n'en remonte qu'à 125 1,1e vaisseau ouvre des baies 
cintrées, et le chœur, des fenêtres à triples lancettes inscrites 
par un cintre. Commencé (d'après inscription) en 1221 , le 
chœur de Saint-Martin d'Y près, l'un des beaux spécimens 
du genre, affecte la forme polygonale, sans collatéraux, et 
s'ajoure par deux rangées de fenêtres, les supérieures en la 
forme jjrécitée, les inférieures à lancettes géminées. L'église 
de Pamele d'Audenarde, entreprise (d'après inscription) en 
12Ô4, p;ir maître Arnulphus de Bincho, relève également 
de la transition, bien qu'elle se rapproche du gothique. Nefs 
à colonnes monocylindriques, — • chœur polygonal , à pour- 
tour bas, sans rayonnement de chapelle, ni arcs-boutants,— 
triforium, — fenêtres lancéolées uniques ou triples inscrites 
dans un cintre. Arrêtons-nous à l'une des plus importantes (i) 



iiaiice de ces dernières. Nous retrouvons ces colonueUes d'angle, formes carac- 
ti-ristiquesdes écoles de Gosslar et d'Hildesheim. Les ressauts, rares et grossiers 
iiu Rhin, sont ici traités avectinesse et ornés d'un boudin. \\ en est de racnie 
de la [letite arcature, lii où elle se rencontre (sous Ja corniche du chœur elle est 
remplacée par un cordon à tètes griniaçantos). Les chapiteaux sont simples mais 
élégants.... Bref, il y a si loin de la Chapelle et de Sainte-Giidule aux moiui- 
meiits romans de Liège et du reste de la Belgique (l'auteur n'a pas visité Touriuti) 
que l'on doit admettre une influence non pas rhén:ine, mais d'au delà du Rhin. - 
- Uie kunstwerke der beUjischen SKhIle. J. Bunkhardt, Dusseldorf, 18i"2. 

()) D'îme importance égale, dit Knglcr. qu'il s'agisse de la tin du lomanisme, 
on de l'nvéncmenf du gothique. 



— (jl — 

créations monumentales de cette époque : l'abbaye cister- 
cienne de Villers, non loin de Nivelles. 

Bien que fondée dès 1 147, Villers nefutdotée de construc- 
tions plus solides qu'en 11 97, date à laquelle on peut faire 
remonter approximativement le réfectoire. Ce dernier nous 
offre des voûtes, supportées par des colonnes et maintenues 
par des contre-forts. Les hauts jours consistent en simples 
baies romanes, mais au rez-de-chaussée de larges baies cin- 
trées inscrivent deux lancettes ogivales surmontées d'un 
œil. Quant à l'église, bien que construite (d'après les der- 
nières recherches) entre 1240 et 1260, elle accuse des 
formes de transition que l'on peut qualifier de surpre- 
nantes. Le vaisseau appartient déjà au gothique primaire; 
mais les colonnes monocylindriques, à l'étonnement de l'ar- 
cliéologue, sont pourvues de bases rondes et de chapiteaux 
octogones et dénudés, lesquels servent de lit de pose à des 
arcades ogivales à moulures épaisses et arrondies, partant de 
vrais profils de transition. L'arcature, en manière de triforium 
aveugle, n'est surmontée, à chaque travée, que d'une simple 
baie lancéolée; — les colonnettes engagées (supports de 
voûte) ne prennent naissance qu'à une grande hauteur, de 
sorte que le système fondamental du style gothique, dans 
les provinces belges, est comme inscrit en programme dans 
l'ordonnance que nous venons de décrire. La haute nef est 
contrebuttée par des arcs-boutants développés mais opaques; 
— la corniche repose encore sur des corbeaux; — enfin, le 
(ïhœur, à clôture polygonale (i), ouvre au premier et au troi- 



(i) Le système de pilastres rappelle jusqu'à un certain point le style roman 
bourguignon (Kugicr). 



— 62 — 

sièmo ordr(' des haies lancéolées; à l'ordre intermédiaire 
il superpose deux œils sous un cintre ; disposition insolite, 
plus insolite encore aux murs terminaux du transept, où 
ces disques ajourés, y compris les cintres qui les inscri- 
vent, s'échelonnent par nomhre tei'naire, sans parler de deux 
œils au tympan. Cette forme disgracieuse inconnue en 
France et, pour autant qu'on le sache, en Occident, rap- 
])elle les jours pratiqués dans les tahlettes de marhres 
tenant lieu de vitrages, aux fenêtres de Sainte-Sophie de 
Constantinople, au Catholicon d'Athènes et ailleurs. Il n'est 
guère admissible que le règne de l'empereur Baudouin de 
Flandre ait été, cette fois du moins, la cause efliciente d'une 
transmission byzantine, si l'on rélléchit qu'eu égard à l'Orient 
Tordre de Citeaux n'était rien moins que le médiateur conve- 
nable. La coïncidence fortuite s'explique parfaitement par la 
prédilection marquée des cistériens pour les ouvertures circu- 
laires que Ton rencontre dans tous les monuments de l'ordre. 
Somme toute, l'église abbatiale de Villers ténjoigne de cet 
esprit inventif, particulier aux disciples de saint Bernard et 
que proclament en tous lieux les édifices construits par leurs 
mains. Tandis qu'à Villers l'emploi des contre-forts et des 
arcs-boutants im))lique une influence française très-expli- 
cable, alors qu'il s'agit d'une maison de Cîleaux, d'autres 
monuments font preuve de persistance dans l'emploi de 
f(»-mes l'omanes : tel \o chcenr de Sdinl-Léoncml de Léaii, 
dans le Bra])ant méridional , aux contins du comté de 
Linibourg et commencé en I2Ô7. Chceur polygonal, avec 
poiii'loui' siins l'ayomienient de chapelles ni arcs-Jjoutants , 
— colonnes monocylindri(pies, — fenêtres à tracerie, — 
certaines formes pleinement gothiques; par contre, sous la 



— Cô — 

corniche, la pcldc fjalcrie gormano-rliéiiano, à celte va- 
riante près, que les colonnetles y supportent des arcs brisés. 

Nous avons donc constaté, en ces contrées, un style de 
transition à certains égards : le produit du mélange des 
formes allemandes et françaises, mais qui n'en fait pas moins 
bonnes i)reuves d'individualité, tout d'abord au fenestrage, 
par l'agencement de lancettes inscrites dans un cintre ; — 
])ar l'emploi de prédilection de la simple colonne monocy- 
lindrique, j)ourvue de bonne heure d'une base circulaire et 
d'un chapiteau octogone; — enlin, par l'adoption du pour- 
tour du chceur moins le rayonnement de chapelles, autant 
de traits caractéristiques et qui étonnent d'autant |)lus 
que leur raison d'être ne saurait se motiver, ni par l'adhérence 
à un style indigène, ni par un principe architectonique 
quelconque. Peut-ètreconvient-il d'en faire honneur, en partie 
du moins, à l'action latente encore, chez les Belges, de 
l'instinct du pittoresque, instinct auquel les tendances con- 
slructives du style français restaient étrangères, et peu sym- 
liathique, d'autre ])art, à ces recherches de détail de la tran- 
sition allemande; instinct productif en certaines spécialités 
et s'attachant dès lors à combiner des formes sévères ou 
agréables à l'œil. De là ce développement particulier des 
façades, cette substitution de la colonne au pilier, en vue 
(le la projection moins intense de son ombre. Faisons la part 
d'une inlluence française, en vertu de laquelle l'impression 
que nous laisse l'aspect des monuments de la Belgique 
(ceux du pays de la Meuse excepté) et abstraction faite de 
la diversité des tendances, nous porte à les assimiler h 
l'école française plutôt qu'à l'école allemande. 

Enlin, vers le milieu du xiir siècle, le style gothique 



— 64 — 

liMiirais LiîiLiiir la liaiilc main, cl le i)romior édifice belge 
francliement maniiié à son em})reinte est |)eiil-èlre la 
cathédrale Sainte-Giiilule de Bruxelles. 



( A roudmier.) 



Baron F. de Roisin. 



LISTE 



DES 



SOCIÉTÉS SAVANTES DE L'ÉTRANGER ET DU PAYS 



AUXQUELLES LE BULLETIN EST ENVOYÉ. 



-VWVIAAV^ 



\. La Société des Antiquaires (le France, à Paris. 

2. La Société Archéologique de la Frise, à Leeuwarde. 

5. La Société Historique d'Utreclit. 

4. La Société provinciale du Brabant septentrional, à 

Bois-le-Duc. 

5. La Société Royale-Grand-Ducale, à Luxembourg. 
(). La Société Archéologicpie de Trêves. 

7. La Société des Antiquaires de la Morinic, à Saint- 

Ouier. 

8. La Société des Antiquaires de la Pi"ardi(', à Amiens. 
{). La Société Française pour la conservation des Monu- 
ments, à Gaen 

10. La Société de la Suisse-llomaiide, ;i Lausanne. 



- 66 " 

1 1 . La Société dos Antiquaires d'Orléans. 

12. La Société des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers. 

15. L'Editeur des Collectanea antiqua (sir Gli. Roacli 

Smilli, à Strood, comté de Kent.) 
li. La Société des Antiquaires de Londres. 
K). La Société des Antiquaires du Nord, à Co|)('nhague. 
1(). La Bibliotlièque Impériale de Saint-Pétersbourg. 

17. La Société Impériale d'Archéologie de Saint-Péters- 

bourg. 

18. La Société d'Archéologie et de Numismatique de 

Berlin. 
I'.). La Commission Impériale des Monuments, à Vienne. 
20. Le Comité des Flamands de France. 

BELGIQUE. 

1 . La classe des lettres de l'Académie royale de 

Belgique. 

2. Lit Commission royale des Monuments. 

5. La Connnission administrative du Musée royal de 
peinture et de sculjiliirc. 

4. La Commission directrice du Musée royal d'armures 

et d'aiiti(piilés. 
o. La Société d'émulation , à Bruges. 
('). La Société Archéologique, à Ypres. 
7. La Société IIistori(pie et Archéologique de Tournai. 

5. La Société provinciale »lu Ilainaut. 
••>. Li! Cercle d'Ai-chéologie de Mons. 

Kl. Le Cercle d'Archéolouie de Namur. 



— 67 — 

1 1 . La Société Archéologique d'Arlon. 

12. L'Instiliit Archéologique de Liège. 

13. La Société Archéologique de Saint-Nicolas. 

14. La Société Archéologique de Tongrcs. 

15. La Société de Numismatique à Bruxelles. 
IG. L'Académie d'Archéologie d'Anvers. 

17. La Revue d'Histoire et d'Archéologie. 

18. Le Messager des Sciences historiques de Gand, 



COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS 



RÉSUMÉ DES PROCÈS- VERBAUX. 



SÉANCES 
des '4, 7, 10, 11, 17, -21, -2i, -27 ut -2« lévrier 1805. 



ACTES OFFICIELS, AFFAIRES INTERIEURES, OBJETS DIVERS. 

M. le Minisire de l'Intérieur transmet poîir la biblio- 
thèque un exemplaire de la carte archéologique, ecclésias- 
tique et nobiliaire de la Belgique, publiée par M. Vander 
Maelen. 

M. Mussely, secrétaire et archiviste de la ville de Courtrai , 
guidé par le désir de conserver un -souvenir de la tour 
de l'église Saint-Martin, détruite par la foudre, le 7 août 1802, 



- 70 — 

a rechcrclir et recueilli tous les doeuments pouvant, aider 
à relraeer l'iiistoire et la jdiysionomie du monument dont 
il ne reste plus que des débris. Les résultats de ces recher- 
ches sont consignés dans une notice historique sur l'église 
et la tour, sur la sonnerie, l'Iiorloge et le beau carillon, 
dont cette ville était tière. M. Mirssely offre un exemplaire 
de son travail à la {Commission, qui remercie l'auteur et lui 
.adresse des félicitations. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS RELIGIEUX. 

ÉGLISES, DÉPENDANCES, AMEUBLEMENTS. 

La Commission émet un avis favorable sur : 

1" Le nouveau projet de confessionnal destiné à l'église 
de Maissin , commune de Villance (Luxembourg) ; 

2° Le dessin de l'autel latéral à placer dans l'église de 
Romedennc, comnume de Surice (Namur). Devis estimatif : 
/i.70 francs ; 

5" Le dessin de la chaire de vérité soumis par le conseil 
de fabrique de l'église d'Oignie (Namur). La raideur de 
l'escalier devra toutefois être diminuée. Devis estimatif: 
801 francs. 

L'autorisation d'établir un jubé dans l'église de Sévi.s- 
courf, commune de Bras ( Lu\('nd)ourg), n'étant pas 
demandée selon les règles adnjinistratives, M. l'architecte 
provincial de l'arrondissement est cliargé de régulariser 
rinslniction cl, le i-as (''clH'anl , de faire i-cciitier le projet. 

Le dessin des deux confessionnaux destinés à l'église de 
CJcr/iionl (Nauiiir), ;iinsi ipic le devis cslimnlif s'éhn'ant 



— 71 — 

à 1,929 francs, y compris la rcparatioii du haiic de coni- 
inuiiion et le ])laccmciU d(; grilles ililérieurcs en fer, ne 
donnent lieu à aucune objection. 

Avant de décider s'il convient de faire choix du style 
ogival pour l'ameublement de l'église d'Ucimont (Luxem- 
bourg), le Collège désire recevoir communication d'un 
croquis de l'intérieur de l'édifice. Dans tous les cas, il serait 
préférable de simplifier la décoration des divers objets et 
de stipuler que les statues et statuettes seront exécutées 
en bois de chêne et non en terre cuite. La somme de 
12,687 francs qu'il s'agit de consacrer à l'ameublement 
projeté semble considérable; des renseignements supplé- 
mentaires sont nécessaires pour permettre d'apprécier cette 
évaluation. 

La Commission pense qu'il y a lieu d'approuver : 

1" Le plan relatif à la construction d'une tribune j)arli- 
culière contre le chœur de l'église d'Orbais (Brabant), à la 
charge de prendre toutes les précautions possibles pour 
éviter l'infiltration des eaux pluviales dans la face latérale 
de cette église ; 

2" La reconstruction du belTroi et divers travaux d'aj)- 
propriation à l'église de Wiekevorst (Anvers). Devis: 
1,032 francs; 

5" La restauration de l'église de Saint-Denis (Hainaut). 
Quant au devis, qui s'élève à 2,100 francs, la Commission 
se réfère à la lettre de M. le commissaire voyer d'arron- 
dissement, qui propose d'augmenter de 500 francs la somme 
destinée aux réparations extérieures ; 

4'' La réparation du clocher de l'église et du presbytère 
de Baisicux (Hainaut). Devis estimatif: 5,100 francs; 



-^ 72 — 

o" L'exécution eu régie clos travaux urgents de restau- 
ration que réclame la toiture de l'église de Hulsle (Flandre 
occidentale). 

La partie supérieure de la tour de l'église de Merckem 
(Flandre occidentale) exige diverses réparations. M. l'archi- 
tecte provincial devra visiter l'édifice et faire connaître 
ensuite si les dégradations n'ont pas fait de nouveaux 
progrès depuis 1847 et si le devis estimatif, dressé à cette 
époque , ne doit pas être moditié par suite de l'augmenta- 
tion du prix de la main-d'œuvre et des matériaux. 

Le projet relatif à la construction d'une tour à l'église 
d'Amonines (Luxembourg) est revêtu du visa. L'attention 
de l'auteur est appelée, toutefois, sur les proportions trop 
élancées de la fenêtre de la façade. Il semble aussi superflu 
d'établir une colonnette au centre des fenêtres latérales de 
la tour, attendu (pie cet ornement ne se reproduit pas dans 
d'aut,res baies. Devis estimatif : 12,075 francs. 

Les pièces communiquées par M. le gouverneur du 
Luxembourg ne constatent pas l'urgence des travaux pro- 
jetés pour la restauration de l'église de Muno. L'architecte 
est invité à justifier ses propositions par une note explicative 
et à donner des renseignements sur l'état de la char- 
])ente, à laipielle il s'agit de faire d'importantes modifi- 
cations. 

La Commission approuve le projet qui lui est soumis 
pour la restauration et l'agrandissement de l'église romane 
de Sluze (Lini!)ourg), ainsi que le devis estimatif qui 
s'élève à 29,500 francs. Cette église j)0urra contenir 500 
]iers(»iines (voir ]). 292, tome i du Bull.). 

Après avoir pris connaissance d'une lettre de M. l'archi- 



— 75 — 

tecte provincial Liifiin et de la clclibéralioii du conseil 
communal de Jemelle, en date du 12 décembre dernier, 
concernant la reconstruction de l'église de cette commune, 
la Commission croit devoir approuver le projet qui lui est 
soumis. Cette église pourra contenir 575 personnes. Le 
devis estimatif s'élevant à 29,948 francs n'est pas exagéré. 
Quant aux modifications à introduire encore dans les 
dessins, le Collège s'en rapporte aux indications données 
à l'auteur lors de la conférence du 29 novembre dernier 
(page 505, tome i du Bull.). 

L'auteur des plans relatifs à la construction d'une église 
à Barnich (Luxembourg) est prié d'examiner si les cloche- 
tons de la flèche ne pourraient pas recevoir une disposition 
plus heureuse. Les proportions de la fenêtre qui surmonte 
le portail semblent laisser également à désirer. La Commis- 
sion s'est aussi demandé si les angles aigus que les tou- 
relles de la façade présentent sur le plan ne pourraient être 
évités? Enfin, elle désire recevoir communication du plan 
cadastral des lieux, ainsi que du croquis de l'église actuelle. 

M. l'architecte provincial Gife ayant émis l'avis que la 
construction des voûtes de la nouvelle église romane 
de Saint-Joseph, à Anvers, offrirait un certain danger, si 
on persistait à ne pas établir d'arcs-boutants, la Commission 
déclare ne pas partager cette manière de voir. Elle n'entend 
pas toutefois imposer son opinion dans une question aussi 
importante ni assumer la responsabilité de travaux qu'il 
ne lui appartient pas d'exécuter; elle croit donc devoir 
consentir à l'emploi éventuel d'arcs-boutants. 

Alîn de pouvoir émettre un avis sur le point de savoir 
s'il était possible de tirer parti des restes de l'église d'Over- 



— 74 — 

meirc (Flandre orientale), réceimneiit ineendiée,la Commis- 
sion avait chargé l'un de ses dessinateurs de lever les dessins 
de ces ruines; mais celui-ci n'a pu remplir sa mission 
attendu (|ue tout est déjà démoli. Des peintures murales 
existaient dans cet édifice. Il est vivement à regretter qu'on 
n'ait i)u en prendre des calques. Un rapport est adressé 
à M. le Ministre de la Justice, afin de lui rendre compte 
de ces faits. 

Le projet d'agrandissement d(,' l'église de Braine-l'AUeud 
(Brabant) est approuvé. Cet édilice pourra, après l'exécution 
des travaux, conlenir 2,900 personnes. Devis : 82,527 francs. 

L'église d'Alseniberg (Brabant) est un monument digne 
à tous égards de l'attention de l'administration supérieure 
et il est à désirer qu'on entame sans retard les travaux de 
restauration (pi'elle exige.'. Le Collège, tout en approuvant 
le projet t[ui lui est soumis, engage l'auteur à faire une nou- 
velle étude de quelques fenêtres dont les meneaux sem- 
blent pouvoir être simplifiés. Le devis estimatif, (jui s'élève 
à ()4,4oG francs, n'est nullement exagéré. 

Consulté par M. le Ministre de la Justice au sujet de la 
])roposition cpie fait le conseil de fabrique de l'église de 
Grimberghen (Brabant) de nommer M. Baeymaeckers , 
architecte de l'église, le Collège émet un avis favorable. 

L'architecte de l'église Saint-Charles, à Anvers, évalue 
à 7,<.)1)0 francs, la dépense nécessaire pour rétablir le socle 
en saillie qui régnait le long de la façade de cet édifice (voir 
page ;)09, tome i du Bull.). La Commission réclame l'avis 
du comité provincial des membres correspondants sur les 
diverses (piestions soulevées précédemment à ce sujet, ainsi 
que sur le devis estimatif ipii })arait exagéré. 



— 7:i — 

Le projet pour la reconslniclion de la Idiir et de la llèehe 
de l'église de Loo (Flandre (({'cidenlale) esl approuvé. Le 
devis eslinialif s'élevaut à 48,0 1 G franes semble modiipic, 
quand on eonsidère qu'il s'agit d'un (ravail (pii exige des soins 
partieuliersel pour lequel on doit absolument faire usage de 
matériaux de premier eboix (voir page 59, tome ii du Bull.). 

Les travaux de i-eslauralion à exécuter à l'église primaire 
de Dinant ne jieuvent l'aire l'objiM d'une entreprise générale. 
La requête par laquelle le bureau des marguilliers demande 
l'autorisation de faire faire en régie les travaux préliminaires, 
semble })ar eonséquent devoir être aeeueillie. 

Le conseil de fabricpie de l'église de Notre-Dame du Lae, 
àTirlemont, demande (jne la Conmiission désigne un arelii- 
Icctc pour diriger, de concert avec son arcbitecte actuel, les 
travaux de restauration qui s'exécutent à cette église. Connue 
l'art. 55 du règlement interdit au Collège de satisfaire à ce 
vœu, il se borne à exprimer le désir de voir jirendre une 
prompte décision et de faire clioix d'un artiste capable ayant 
déjà dirigé avec succès des travaux de la même importance. 

Le dessin et le devis estimatif (4, 726 francs) de l'écbafau- 
dage nécessaire ])our la restauration de la grande fenêtre 
sud du transept de la catbédrale de Bruges (voir page 149, 
tome I du Bull.) sont a})prouvés. Ce travail est proposé par 
suite de la conférence que des membres de la Commission 
ont eue à Bruges, le 18 mars 1862, avec les délégués des 
diverses administrations intéressées. 

Dans un rapport daté du IG novembre 18G0, la Conmiis- 
sion énumérait les travaux de consolidation et de restaura- 
lion qu'il inq)orlait d'exécuter encore à l'église Saint- 
Jacques, à Liège : 1" l'établissement d'un fort ancrage pour 



— 76 — 

relier les laces latérales et augmenter ainsi la solidité des 
voûtes; 2" le renouvellement de six fenêtres en pierre de 
sable ; 3" idem de la grande fenêtre en face de l'autel de la 
Vierge; 4" le placement de la galerie en pierre bleue sur le 
gable ouest du transept et la reconstruction de la galerie 
inférieure de ce gable; 5" la restauration des galeries exté- 
rieures sous les cheneaux; 6" le remplacement de cinq 
pinacles ; 7" la réparation de la toiture vers la rue du Vert- 
Bois. Des délégués, lors d'une visite récente, ont constaté de 
nouveau combien il est urgent d'exécuter tous ces travaux. 
La Commission recommande ce splendide monument à la 
bienveillance éclairée de M. le Ministre de la Justice et lui 
propose d'allouer un subside, tant pour le paiement des 
derniers ouvrages urgents qui ont été exécutés, que pour 
permettre la reprise des travaux dès le retour de la bonne 
saison. 

M. l'architecte provincial Goulon annonce que, les fonds 
étant épuisés, on ne peut s'occuper en ce moment de la 
couverture de la flèche de l'église Sainte-Gertrude , à Ni- 
velles. Aussitôt qu'une décision à ce sujet aura été prise, 
il soumettra à la Commission un projet pour l'exécution 
des travaux complémentaires arrêtés lors de la conférence 
du 18 décembre dernier, dans le but de mieux assurer 
encore l'assemblage des plates-formes et de mettre le beffroi 
à l'abri de tout danger d'incendie. 

PIERRES SÉPULCRALES , TOMBEAUX. 

M. le Ministre de la Justice fait connaître que la j)ierrc 
liiiiuihiirc (hi Mil' siècle, qui était encasirée près de la nef 



— 11 — 

latérale-sud de l'église de Forcst (Brabant) et dont la 
Commission a signalé la disparition, sera placée, sans nul 
retard , dans l'intérieur de cet édifice. 

PRESBYTÈRES. 

L'nrgence des réparations qu'il s'agit de faire au i)resl)y- 
tère de Quévy-le-Petit (Hainaut) est sufiisamment démon- 
trée. Devis estimatif : 1,346 francs. 

La Commission émet un avis favorable sur des dessins 
qui lui sont présentés pour la construction d'un presbytère 
à Aulnois (même province). Elle demande toutefois que 
la façade soit mise en rapport avec la destination du bâti- 
ment. Devis estimatif : 16,736 francs. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISAINCE. 

La Commission se réfère à l'avis de la députation perma- 
nente du Conseil provincial du Limbourg et approuve les 
travaux d'appropriation projetés à la ferme de la colonie 
agricole du dépôt de mendicité de Reckheim. (Devis esti- 
matif : 1,200 francs.) 

MAISONS COMMUNALES, BEFFROIS, HALLES, DONJONS, etc. 

M. le Ministre de l'Intérieur, répondant au rapport du 
Collège en date du 30 décembre dernier, relatif au projet 
d'édilice destiné aux expositions des beaux-arts et aux solen- 
nités publiques, s'exprime ainsi ; « Quant à l'agglomération, 



» il est à remarquer que, toute proportion gardée, on a 

» concentré dans le palais du Louvre diverses collections 

» d'un caractère essentiellement distinct et que l'on n'a pas 

» cru devoir assigner à chacune de ces collections des 

» locaux spéciaux. Si la Commission des Monuments s'est 

» préoccupée des dangers d'incendie, je demanderai si, au 

» moyen des précautions que la science moderne indique 

» et de l'emploi de matériaux incombustibles, le danger 

» dont il s'agit ne ])ourrait point être conjuré. Quant 

» à la question d'air et d'espace, le l'alais-Ducal avec ses 

» dépendances est entouré de rues, d'un boulevard d'une 

» grande largeur et d'une place ])ublique. Il ne s'agit pas 

» d'empiéter ni sur l'un, ni sur l'autre. Il y a, d'ailleurs, 

» à (enir compte d'un fait des plus importants , c'est 

» que le Palais-Ducal et ses dépendances appartiennent à 

» l'Etat, et que l'écononne prescrit d'en utiliser, aulant ({ue 

» possible , les parties de terrain qu'il peut offrir de 

» disponible, atin d'agrandir des locaux incomplets et 

» évidemment insuffisants. Entrer dans la voie que semble 

» indiquer la Commission des Monuments, c'est s'engager 

» dans des dépenses énormes d'acquisition de terrain, à 

» moins que l'on ne fasse choix d'un emplacement situé fort 

» en dehors du périmètre de la ville, choix qui ne doit cepen- 

» dant pas être repoussé sans un examen a])|irofondi. On 

» peut consulter ce qui a été fait à cet égard dans d'autres 

» cités capitales, telles que Munich. A Vienne, la galerie 

» inqiériale contenant les galeries de tableaux est située 

» au Belvédère, distant de ])lusieurs centaines de mètres 

» des immenses glacis, dans le faubourg de Loiidslrasse. 

» La Conmiission aurait désiré que le Gouvernement 



— 79 — 

» arrêtât un programme bien précis des conditions qui 
» doivent présider à l'élaboration d'un plan du palais 
» des beaux-arts, mais les conditions sont très-facilement 
>■> appréciables par la Commission elle-même et les plans 
» qui ont été soumis à son avis constituent des pro- 
» grammes... Bien que le règlement d'ordre de la Gom- 
» mission n'en fasse pas mention, il serait très à désirer 
» que pour les affaires importantes elle désigne un ou 
» deux rapporteurs qui les examinent et fassent un rap- 
» port circonstancié avant d'aborder la discussion. Dans 
» des questions d'une solution aussi difficile que celle dont 
» il s'agit, le Gouvernement doit désirer que la Gomniis- 
» sion aille au fond des clioses et mette l'administration 
» à même de se prononcer avec une entière connaissance 
» de cause sur l'admission ou le rejet des projets soumis 
» à son appréciation. » La commission, après s'être livrée 
à un nouvel examen des diverses questions qui lui sont sou- 
mises, répond en ces termes : « En disant que, dans notre 
)) opinion , il serait regrettable de voir établir une immense 
» agglomération de bâtiments autour du Palais - Ducal 
» (voir p. 316, tome i du Bull.), nous avons voulu exprimer 
» cette idée : qu'il serait regrettable de voir supprimer les 
» vues ou percées qui existent entre le Parc ou la place 
» des Palais et le boulevard, vues qui se reproduisent à 
» l'opposite vers la ville. Il est à remarquer, d'ailleurs, 
» que les établissements et les collections publiques que 
» certaines personnes voudraient voir concentrer dans un 
» seul et même palais des beaux-arts , ne sont nullement 
» réunis au Louvre. C'est ainsi que les objets d'art moder- 
» nés occupent une })artie du palais du Luxembourg; 



— 80 — 

» qu'un édifice spécial est consacré à l'école des beaux-arts 

» et à ses collections ; que les expositions d'objets d'art 

» ont lieu dans le palais des Gliamps-Élysées, etc., etc. 

» On ne doit pas oublier non plus que le Louvre est une 

» ancienne résidence royale , qui aurait sans doute été 

» établie dans d'autres conditions , si les auteurs avaient 

» eu la destination actuelle en vue. Dans tous les cas, 

» l'immense terrain que ce monument occu]>e se trouve 

» divisé par des cours et des espaces assez considérables 

» pour atténuer les dangers d'incendie. Des catastrophes 

» récentes démontrent que la science moderne n'est pas 

» parvenue encore à faire disparaître complètement les 

» chances d'incendie, alors surtout qu'il s'agit de salles 

» d'une étendue exceptionnelle, dont la décoration exige 

» l'emploi du bois et de la toile. Les édifices affectés aux 

» dépôts artistiques , littéraires et scientifiques , que la 

» capitale possède , laissent généralement à désirer sous le 

» rapport de leur appropriation; c'est là une circonstance 

» fâcheuse à laquelle il inq)ortcrait de remédier. S'il entrait 

» dans les vues du Gouvernement de faire étudier des projets 

» d'amélioration , nous croyons devoir appeler particulière- 

» ment l'attention sur le point de savoir s'il ne serait pas 

» préférable de diviser les divers services plutôt que de 

» les centraliser. En adoptant le ])remier parti, on enibelli- 

» rait à la fois plusieurs (juartiers de la capitale et on par- 

» viendrait plus facilement à se procurer des terrains 

» favorables. D'après nous, il faudrait ériger des bâtiments 

» spéciaux pour : 

» i" La bibliothèque royale et les archives ; 

» 2" Lescullcclioiis de tableaux etd'ouvragesdesculj)ture; 



- 81 — 

» 5" L'école des boaux-arls et ses galeries do modèles ; 
» 4° Le conservatoire royal de musique ; 
» 5" Les fêtes publiques, les expositions, etc. , etc. Des 
locaux destinés aux académies pourraient faire j^irtie de 
l'un de ces édifices. Les questions que l'érection de ces 
monuments soulève sont compliquées et leur solution 
exige le concours d'artistes expérimentés et des adminis- 
trations intéressées. Sans vouloir enlever aux architectes 
la faculté de résumer leurs vues et leurs programmes per- 
sonnels dans des dessins, nous pensons cependant que 
le Gouvernement ne peut complètement abandonner à 
leur initiative le soin de résoudre des problèmes aussi 
graves; nous croyons, au contraire, qu'il convient de 
guider ces artistes, en leur communiquant un programme 
général, résumant les conditions essentielles à remplir. 
Cette marche a été suivie pour les plans du palais de 
justice projeté à Bruxelles, et dans d'autres circonstances 
encore; elle est indispensable d'ailleurs, si l'on veut 
empêcher les artistes de s'engager dans l'étude de projets 
inadmissibles. A ce sujet, nous devons déclarer que nous 
verrions, avec infiniment de regrets, établir des salles 
consacrées éventuellement à des fêtes publiques de nuit 
dans un édifice contenant des collections précieuses. 
A moins donc que le Gouvernement ne déclare formel- 
lement être d'un avis contraire, toujours nous combat- 
trons les projets de palais contenant des salles sembla- 
bles. Nous persistons, du reste, à penser que le rapport 
du 30 décembre dernier exprimait notre opinion avec 
une clarté suffisante et que nous n'avions pas à nous 
occuper des détails du projet, avant de connaître votre 



— 82 — 

» décision sur les deux quostious de principe: l'aggloméra- 
» tion considérable de l)àlinienls sur un emplacement qui 
» ne nous semble pas approprié à cet usage et la rédac- 
» lion préalable d'un programme. » 

La commission, a))rès avoir examiné le projetde M. Gisler, 
relatif à l'érection d'un palais des beaux-arts sur le plateau qui 
domine l'étang de Saint-Josse-ten-Noodc et après avoir par- 
couru ce terrain , pense que, sous le rapport de la situation 
pittoresque et de la possibilité de réaliser des effets gran- 
dioses, cet emplacement se trouve dans de; (rès-bonnes con- 
ditions. Elle pense donc qu'un vaste édifice, destiné à des 
collections d'objets d'art, à un Pantbéon national ou à tout 
autre service public, serait là convenablement placé. II faut 
tenir compte du rapide accroissement de la population, de 
la difficulté d'obtenir des terrains favorables dans le sein 
même de la cité, et l'administration, en s'attacbant à embellir 
la capitale, doit naturellement se préoccuper des exigences 
de l'avenir. Toujours la Commission éprouvera de vives 
sympatliies pour les idées 'qui lui paraîtront de nature à 
exercer une lieureuse influence sur la splendeur de la ville 
de Bruxelles. 

Les déblais exécutés dans l'intérieur des ruines du cbà- 
teau de Grevecœur, à Bouvignes (Namur), ont mis au jour 
la partie supérieure de la poterne. Le crédit de 2,400 francs, 
alloué pour la consolidation de ces ruines, sera procliaine- 
mciit ('•|(iiis(''. M. rareliileclo provincial, cliargé de la direc- 
li(tii (l(ï {'(Mili'eprise, demande s'il doit faire continuer les 
travaux ou les suspendre provisoirement, en attendant de 
nouveaux fonds. La Commission invile cet architecte à ne 
pas dépasser la somme disponibli; et demande à M. le Mi- 



— 85 — 

nislro de rintcriour si los ressources du budget ne ])ermet- 
traienl pas d'élever le cliilTre fixé par décision du 2^ août 
18G2. Quant aux ohjels découverts jusqu'à ce jour, la Com- 
mission pense ([u'ils n'olïrent pas assez d'intérêt j)our être 
déposés au Musée de l'I-'tat et (pi'il serait ])eut-étre jirélc- 
raltlf^ d'approprier, pour les y])lacer, Tunt* des salles du 
cliàteau. Elle se réserve, du reste, de formuler un avis défi- 
nitif sur cette question, à la suite de la ju'ochaine visite des 
commissaires-inspecteurs. 

PEINTURE, SCULPTURE, CISELURE, TAPISSERIES, ktc. 

OUVRAGES MODEUNES. 

Les disp(^sitions ])roposées pour le placement d'un chemin 
de la croix dans la nef du Saint-Sacrement à l'éuiise de 
Notre-Dame, à Anvers, sont bien conçues. Les conditions 
particulières dans lesquelles ladite nef se trouve font désirer 
qu'on fasse choix de la sculpture de préférence à la peinture 
pour l'exécution de ces stations. 

Conformément aux instructions de M. le Ministre de l'In- 
t(''rieur, un délégué du Collège s'est rendu à Liège, afin 
d'examiner, de concert avec l'un des membres correspon- 
dants, les ouvrages de sculpture destinés à la décoration 
extérieure de l'église de Dison. Le modèle de la statue de 
Saint-Fiacre, qui doit occujier une niche au-dessus du por- 
tail, a été approuvé à la condition (pie l'auteur y fasse quel- 
ques changements. 

Après avoir pris connaissance de l'instruction supplé- 
mentaire relative aux protestations qui se sont élevées contre 



— u — 

reiulroil assigné, àJVIaeseyck, au groupe des frères Van 
Eyck, la Commission pense qu'on ne pourrait, sans de gra- 
ves inconvénients, placer ce groupe ailleurs qu'au centre de 
la Grand' Place. Les dimensions du monument sont considé- 
rables et ont été arrèlées, de même que toutes les combi- 
naisons du statuaire, en vue de l'emplacement fixé en 
premier lieu et des axes des rues voisines. Le choix de 
tout autre endroit eût nécessairement exercé , sur la ])Ose 
des personnages, une notable influence. Le chêne qu'il 
s'agit d'enlever a été planté en 1797 et MM. les Bourgmestre 
et Échevins attestent (pie cet arbre est dépourvu de tout 
caractère historique. 

OUVRAGES ANCIENS. 

La Commission est d'avis qu'il y a lieu de payer au con- 
seil de fabrique de l'église Saint-Jacques, à Liège, une 
partie du subside ])romis par l'Etat, pour la restauration des 
peintures murales qui décorent les voûtes de cet édifice. 
Des commissaires-inspecteurs ont récemment constaté que 
ces travaux marchent d'une façon satisfaisante. Ainsi qu'il 
l'a déjà dit, le Collège ne pense pas qu'il soit équitable 
d'imposer aux artistes la dépense des échafaudages (voir 
page 172, tome i du Bull.). 

La Commission propose à M. le Ministre de l'Intérieur 
(le conlier à M. le sculpteur Van Arendonck la restauration 
du retable en bois de chêne qui appartient à la chapelle 
de Saint-Quii'in , commune de Loenhoul (Anvers). Elle 
prie M. le Ministre de prendre à la charge du Gouvernement 
une ))artie de la dép(;nse de 800 francs et de stipuler que le 



— 8:; — 

travail so fera conl'oi'inéinciil ini\ inslriicUions du coinitô 
provincial des ineinbros coiTCspondanLs. Co nîl;d)Io divise; 
en trois compartiments, parait dater d(5 la première moitié 
du xv!!*" sièele ; à cùlé de réseaux de style llamhoyaiit, on 
y voit des aralxîsqnes et des rinceaux de la renaissance. 

Ia> Si'fn'iiiirc ilc In doiiiiitission roijnlc des ]Ioiiinin'iits, 

Jules Ducmolli;. 
Vu en conformité de l'article T.î du règlement. 

Le Vice-Président, 

Baron de Roisin. 



SEANCES 



(les .",, 7, II), 1-2, 11, ]•:), 21, 2}, 28 et ."I m;ii.s 18(iô. 



ACTKS 01 I ICIKIS, AM AIRES INTÉRIEURES, OlUETS DIVERS. 

M. le Ministre de l'Intérieur adresse, en faveur de la 
l)il)li()tlièque , l'ouvrage intitulé : Histoire descriptive , artis- 
tiijue et pittoresque du monastère royal de Saint-Laureut, 
vulfjairement dit : de l'Escicrial, par Don Antonio Rotondo. 

La Commission rappelle à M. le Ministre la demande 
formulée lors de la dernière séance générale, par le comité 
provincial du Limbourg, dans le but d'obtenir la franchise 
de port" pour les lettres adressées par les membres corres- 
pondants : 1", à MM. les gouverneurs de toutes les pro- 
vinces ; 2", à leui's collègues sans excejjtion ; 5", à M. le 
dircciciii' (lu musée d'aiiti(iuilés à lîruxcllcs; 4", aux bourg- 
mestres de toutes les communes de la })rovince. Si toutefois, 
il était impossible d'accorder une iVancbise de port aussi 
large, la Commission croirait devoir particulièrement insistei- 



87 — 

jioiir qu'au moins colto laveur soil nccoi'dt'c aux (l('p(''clics 
erliangc'os onlro MM. los tiouvci-ncui-s cl les iiicniltns cdi'- 
l'ospondanls. 

Aux termes de l'arl. 50 du l'ègiemenl, les arcliileclcs 
c'Iiargés de travaux de restauration plaeés sous la haute sur- 
veillance du Collège sont lemis d'adresser des rap})orls tri- 
mestriels détaillés. Ces rapporis doivent: 1" indiquer le 
nombre et la spécialité des ouvriers attachés aux ateliers; 
•2" rendre compte de la situation des approvisionnements et 
mentionner toute innovation appoi-lée ou projetée dans le 
choix des matériaux; ô" indiquer, au l)esoin, pai- des ci'o- 
quis, les parties de l'entreprise terminées dans le cours du 
trimestre précédent; 4-° citer les difiicultés qui ont pu surgii- 
et les accidents imprévus ; 5" rappeler la date de chacun(» 
des visites faites par l'architecte; 6" relater les travaux 
arrétéspour le trimestre suivant et contenir, en un mut, tous 
les faits propres à faire appré(;ier la situation exacte ûvs 
choses. La Commission propose à MM. les Ministres de 
l'Intérieur et de la Justice d'invilei- tous" les architectes 
chargés de semblables travaux ;i se conformer !nun('diale- 
ment à ladite disposition réglementaire. 

Lors de la .séance générale du T){) septeml)re I8()'2, jiiu- 
sieurs membres de l'assemblée ont, en confornu'ti' de la 
proposition faite par un membre correspondant de la Flan- 
dre orientale, demandé que des sondages soient elTectu(''s, 
alin de retrouver les carrières qui , après avoir fourm' d'ex- 
cellentes pierres pendant (\o longues années, sont poui- ainsi 
dire inconnues aujourd'hui. La Commission |»i'ie M. le Mi- 
nistre de l'Intérieur de reconnnander ce vœu à ralteiiti(»n du 
département des Travaux Publics, (pii naguère a l'ail laire 



— 88 — 

lie ii(iiiil)r(Hisos r(>cli('rcli('s au sujet des iiiairriaiix de con- 
slniclimi <|ui oxisloiil o\\ l)elti'i(iue. 

Après avoir pris connaissanco dos oxplicalions (ransniises 
|)ar M. le Minisiro de l'Intérieur, la Commission est d'avis 
(piil y a lieu de soumettre à la sanction royale le règlement 
adopté |)ar le conseil jirovincial de Xaniur pour la sûreté, 
la garde et la consei'valion des monumeiils liislori({ues et des 
objets d'art ([ui existent dans cette province. 

M. le Ministre de l'Intérieur a communiqué à M. le Minis- 
ti'O des Travaux Publics 1(3 rapport de la Commission qui 
avait ]i(»ni' ((bjel de signaler à la sollicitude du Gouverne- 
nient les dangers auxquels l'exploitation des liouillères 
pourrait exposer certains monuments de la ville de Liège. 
L'avis de l'administration supérieure est que les faits con- 
statés depuis un grand n()nd)re d'années ne sont pas de 
nature à réclamer des modifications aux règles admises et 
coiislainment suivies. Du reste, les ingénieurs des mines 
sui'veillent avec sollicitude les travaux (jui iiourraicnt excep- 
lionnellcmeiil exiger des précautions itai'liculières. 

KDIFICKS LT MONUMENTS UELIGILUX. 

ÉGLISKS, DKPENDAXCKS, AMEIJBLEMKNÏ. 

La Commission approuve les projets concernant : 
1" Le ])lacement d'un confessionnal dans la cbapelle de 
Belgrade, coiinnune de Fla\vinne( Naniui"). Devis estimatif: 

2" L'ameublement d(^ l'église de Sart-Saint-Laurent, com- 
mune de Floi-effe, nicnic province. Devis : '2, (iOO francs. 



— 8î) — 

7)" L;i roronslriiction pai-liellc de 1a tour do l'ôaiisc de 
Berco, coiiiiuuiio de Lu Kcid (Liège). Devis : 5.007 francs. 

/*." La restauration de la lourde l'église de Mortsel (Anvers). 
Devis : 5,29() francs. 

5" La réparation de la toui' de Meir, même j^rovince. 
Devis : 5,501 francs. 

G" La construction d'une tour et quelques autres travaux 
qu'on ]»ropose d'exécuter à l'église de Straincliamps, com- 
mune de Hollange (Luxembourg). Devis : 5,755 francs. 

7" Divers travaux de restauration et d'appropriation à 
l'église et au presbytère de Benoncliamjis, commune de 
Wardin , mèmi* province. Les autels latéraux devront être 
simplilîés. Devis : 7,820 francs. 

8" La construction d'une nouvelle façade à l'église 
d'Athus , commune d'Aubange, même province. Devis : 
14,995 francs. 

9" Lareconstruclion particUede l'église Saint-Job-in t'Goor 
(Anvers), à la condition de relier plus solidement la llèche 
à la tour. Le devis monte à 20,527 francs. Cette église 
pourra contenir 600 personnes environ. 

10" La construction d'une tour et l'agrandissement de 
règlise de Moresnet (Liège). La supei-ficie est calculée de 
façon à permettre la réunion de COO personnes. Dc^•is : 
21,574 francs. 

1 1° La construction d'une clia])clle à Recbrival, commune 
de Tillet (Luxembourg). Il conviendra toutefois d'augmen- 
ter d'un mètre l'élévation intérieure de cet édifice qui 
pourra contenir 250 personnes. Devis : 22,715 francs. 

De nouveaux renseignements ayant démontré l'urgence 
de faire a l'égHsc de Muno (Luxembourg) des réparations 



(•(Hi.si(U'r;il)l('s, le devis esliiiialif s'clevanl à l/i',ô(){)IVaiics est. 
;ip|)i'oiivé. La Commission conserve toutefois des doutes suj- 
le jioiiit de savoir si la suppression des entraits de la cliar- 
peiile ne présenterait j)as d'inconvénient. Il serait prudent, 
pensc-l-ell(}, de conserver ces entraits ou de les remplacer 
par des tirants en fer. 

Deux ))rqje(s sont présentés i)our la construclion d'une 
éiiiise à Forzée, conmiune de Buissonville (Namur). Le 
travail de M. l'architecte provincial semble supérieur sous 
le rapi)ort du caractère et des garanties de solidité; mais il 
faudra augmenter les proportions du chœur et des sacristies 
et élargir les trois nefs d'un mètre cinquante centimètres. 
Ce résultat sera obtenu sans la moindre augmentation de 
frais ( le devis s'élève à 20,501 francs), si on renonce à réta- 
blissement d'un transept simulé et si on sup])rimc certains 
(irnemenis qui ne sont pas indispensables. 

Le plan pi'ésenlé pour la reconstruction ])artielle de 
l'église de (lentinnes (Brabant) est approuvé. Il conviendra 
<rinelinei' davantage les toitures et de donner plus d'anqileur 
aux archivoltes du premier ordre à l'intérieur de l'édifice. 
Les dépenses sont évaluées à 38,900 francs; 750 personnes 
pourront se réunir dans ce temple. 

La Commission indique sur papi(>r cabpie les modifica- 
tions qui doivent encore être introduites dans le projet de 
reconstruction de l'église de Barnich, commune d'Autelbas 
(Luxembourg). Cet édifice coûtera environ 58,920 francs et 
pou)Ta contenir ooO personnes. 

Après avoir comparé les dessins soumis })our l'achève- 
ment de l'église Saint -Georges, à Anvers, avec le plan 
original dont il a demandé la communication, le Collège 



conslatc que les nouveaux dessins ne reproduisent pas 
exactement le projet primitif. C/est ainsi (jue la largeur d(! 
la base des deux llèclies est réduite, sans que celte moditi- 
cation soit justifiée. Les croix supérieures auxquelles il eût 
été i)référable de donner plus d'ampleur semblent plus 
grêles encore dans les épures. 

Le projet présenté pour la restauration de l'église d'Op- 
Itter, ainsi que le devis estimatif s'élevant à 21,595 francs, 
sont approuvés. Cette église, l'une des plus intéressantes 
de la Campine lind)ourgeoise , a subi des dégradations 
regrettables par suite de la négligence qu'on a mise à 
veiller h son entretien. La tour n'est guère en liarmonie 
avec le reste de l'édifice, mais comme les ressources finan- 
cières sont restreintes, on ne peut songer, du moins aujour- 
d'hui, à y apporter des changements. 

A la suite d'un nouvel et mûr examen de la question , la Com- 
mission pense qu'il serait préférable de renoncer à l'érection 
de tout bcàliment nouveau dans l'angle occupé jadis par la 
maison du chapitre, à l'église des SS. Michel et Gudule, 
à Bruxelles (voir p. 489, tome i du Bull.), et, par consé- 
quent, de se borner à restaurer et à approprier la partie 
du monument que cette maison masquait. 

M. le Ministre de la Justice fait connaître qu'une somme 
de 6,000 francs est allouée, sur les fonds de l'État, poui- 
reprendre la restauration de l'église Saint-Pierre , à Louvain. 
La Commission, se référant à son rapport du 27 mai 1862, 
propose à ce haut fonctionnaire de stipuler que les fonds 
disponibles seront employés, non à continuer la restaura- 
tion de la tour, mais à faire en recherche, dans toutes les 
parties de la construction et notanmient à la toiture, les 



— î)2 — 

i'('|);ii-;(li()iis nécessaires, alin d'eiiipèclier les ravagx's si désas- 
li'eux des injillratioiis pluviales. 

l'I'.ESBVTÈKES. 

Deux ai'chilectes ont été appelés à s'occuper de la con- 
slruclioii d'un presbytère à Buissonville (Naniur). La Com- 
mission , t(Mil en coiislalanl que la disiribulion du plan 
dressé par M. l'architecte provincial est préférable et (|ue 
l'ensemble du travail est supérieur, désire voir donner aux 
façades un caractère sévère en harmonie avec la destination 
du bâtiment. Le devis de M. l'architecte provincial s'élève 
à 14,520 francs. L'évaluation des dépenses présentée par 
l'auteur du second projet (H, 5S4 francs) est illusoire, i)uis- 
qu'elle contient diverses lacunes. 

La Conmiission a])prouve, sauf quelques légers change- 
ments, le plan du nouveau presbytère de Sohier (Luxem- 
bourg). Le devis estimatif s'élève à 14,115 francs. 

Les dessins du presbytère de Hoboken (Anvers) ayant 
été rectiliés d'après le désir du Collège, sont approuvés. 
Le devis estimatif (18,105 francs) ne soulève aucune 
objection. 

PIERRES SÉPULCRALES, TOMBEAUX. 

La construction d'une chapelle funéraire destinée à la 
fann'lle de M. le comte de Glymes, contre le chœur de 
l'église de Spienncs (Hainaut), ne domic lieu à aucune 
objeclioii sous le ra|)j)()rt de l'art. 

MM. les Minisires de la Justice el de rinh'rieur, adoptant 
la pi'(ip()siti(tn de M. le gouvei'iieur de la pr(nince, comptmt 



— 95 — 

laisser siins suite, iioiir lo iiiomcnl, , los divers rapiiorls 
eonceniant les niesui'es à prendre pour einpèclier foule 
profanation des restes du eoinle d'Egnionf et de sa lainille, 
déj)Osés à Sottcglieni (Flandre oi-ienlale). Le Gouvernement 
se rései've toutefois d'cxaniinei- plus tard s'il y a lieu de 
reprendre les négociations avec radminislration connnu- 
nal<^ et le conseil de fabrique et de provotpn^r rexécution de 
l'une des mesures pro])Osées par le rapport de la Commis- 
sion en date du 29 juillet 1802. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS CIVILS. 

ÉTABLISSEME^TS DE BIENFAISANCE. 

Après avoir entendu le rajjport des délégués qui ont 
visité, à Hal, la maison destinée à l'hospice des orphelins, 
la Commission approuve les tra\aux d'agrandissement et 
d'appropriation projetés. Quant au devis estimatif, dont le 
total s'élève à 8,150 francs, elle pense qu'il faut le porter 
à 15,000 francs. Il sera en effet préférable de faire de 
suite et en une seule fois tous les travaux dont la nécessité 
est évidente. Les frais imprévus seront d'une certaine im- 
jiortance, attendu que des mécomptes sont inévitables lors- 
qu'on touche à d'aussi vieux bâtiments. 

Consulté sur le projet d'établir une nouvelle salle de bains 
à rhô[)ital Saint-Pierre, à Bruxelles, le Collège répond à 
M. le Ministre de la Justice que les questions soulevées par 
ce projet semblent plus particulièrement du ressort du con- 
seil supérieur d'hygiène et qu'elle se réfère à l'avis (pie ce 
conseil émcllrn. 



— 94 - 

MAISOiNS COMMUiNâLï:S, beffrois, halles, donjons, etc. 

La Commission adresse à M. le Ministre de l'Intérienr, 
en conformité de ses instructions, le dessin de la balustrade 
à placer au sommet de rancienne tour à feu de Nieuport, 
ainsi que le profil de la plate-forme sur laquelle cette balus- 
trade doit être établie. 

Gomme il est Indispensable qu'aucun travail de nature 
à causer des dégâts ne soit entrepris lorsque l'appro- 
priation et la décoration de la grande salle de l'Hôtel de 
Ville d'Anvers seront commencées, l'administration com- 
munale désire que les ouvrages qui doivent être exécutés 
sous cette salle, dans le but d'obtenir, au rez-de-cliaussée , 
un vestibule plus vaste et plus convenable, soient effectués 
sans retard. Après avoir entendu le rapport des com- 
missaires-inspecteurs qui ont visité récemment le monu- 
ment, et les explications verbales de MM. les bourgmestre 
et écbevins ainsi que de l'arcbitecte, la Connnission approuve 
la marcbe du projet qui lui est soumis. Des observations 
quant à quelques points accessoires, ayant été faites, l'auleui- 
s'est engagé à communiquer le résultat de ses nouvelles 
études avant de mettre la main à l'œuvre. 

La Commission transmet à M. le Ministre de l'Intérieur, 
en la recommandant à son attention, une lettre par laquelle 
l'Institut archéologique liégeois se ])laint notannnent des 
obstacles que l'organisation de son musée rencontre, pai- 
suit»' du relard qu'éprouve l'appropriation de l'aihî de l'an- 
cien palais des princes-évèques qui est mise à sa disposition. 

Il existe eiiBelgiipie peu (\o traces de rancienne arcbitec- 



— 95 -— 

funMuililaire. Les dcvaslalions des Fraiirais sous Louis XIV 
et les édits de Joseph II lii'onl, disparaître la plupart des 
tbrtilications que le temps et la guerre avaient respectées. 
Parmi les rares monuments de ce genre qui ont échappe à 
ces diverses causes de destruction, la porte de Visé (ancienne 
porte des Marais) à Tongres, est sans contredit l'un de ceux 
qui offrent le plus d'intérêt. Ce donjon, de forme carrée, 
est bâti en blocage revêtu de pierres de sable; il est percé 
d'une porte ogivale et présente, à l'étage, une ouverture 
cintrée, surmontée de deux fenêtres rectangulaires. La par- 
tie supérieure forme actuellement terrasse. Les quatre angles 
sont garnis de tourelles prismatiques construites en encor- 
bellement. Le sommet des revêlements se terminait autre- 
fois par des créneaux , comme l'indique le rang d'arcatures 
((ui existe encore autour des couronnements. Un reste d'in- 
scription, taillée au-dessus de la baie intérieure, donnant accès 
à l'escalier, porte la date de 1379. Quelques personnes ayant 
proposé de faire démolir la porte de Visé, afin de faciliter 
la circulation, MM. Driescn et Perreau, membres du comité 
provincial du Limbourg, ont protesté contre ce projet, La 
Commission, après avoir pris connaissance de leur rapport, 
prie M. le Ministre de l'Intérieur d'allouer -un subside de 
2,750 francs pour restaurer ce monument, à la condition que 
la commune et la province supporteront le reste de la 
dépense évaluée à 5,500 francs. Elle formulera son avis 
motivé au sujet du plan à suivre pour les travaux de i-estau- 
ralion, aussitôt qu'elle connaîtra le taux de la somme dont 
il sera possible de disposer. 

M. le Ministre de l'Intérieur, désirant combler des lacunes, 
a fait remettre au Musée royal d'antiquités, d'armures et 



— 90 — 

d'arlilloric trois des objets découvorls dans les ruines du 
cliàteau de Crévecœur, à Bouvignes : la chambre à anse et 
cerclée (c'est-à-dire la chambre à feu (Vun ancien canon), la 
serrure et enlin la ])ierre cylindrique de 0'",'28c. de diamètre 
et de 0"\20c. de hauteur. Les autres objets ont été déposés 
dans les collections de la Société archéologiiiue de Namur 
où leur |)lacc est mar(|uée à raison do l'intérêt qu'ils i)résen- 
tenl au point de vue de l'histoire de la province. M. le Mi- 
nistre examinera ultérieurement s'il est possible d'augmenter 
le subside de 1,200 francs qui a été alloué jiour subvenir 
aux travaux à exécuter pendant l'année 1865, pour la conso- 
lidation du château de Créveco'ur. Il désire toutefois que 
l'on s'apj)lique autant que ])ossible à ne pas dépasser cette 
somme qui doil être prélevée sur les ressources ordinaires 
du budget. 

PEIMUUE, SCULPTUHE, CISELURE, TâPLSSERIE, ktc 

OUVRAGES ANCIENS. 

L'église d(î Bossut , commune de Bossut-Gottecliain 
(Brabantj, ])ossède un tableau représentant la Nativité, dont 
l'état déplorable est dû })lutùt à d'ineptes travaux de restau- 
ration qu'aux ravages du temps. Ce tableau, qui a 4 m. /i-o c. 
de hauteur sur une largeur de 2 m. 40 c, doit être rangé 
])ai'ini les bons ouvrages de G. De Graver. Gomme les res- 
sources locales sont très-restreiutes, la Gommission propose 
à M. le Ministre de l'inléricui- (rallouor un subside au (-onseil 
<l(' ral)i'i(|U(', ;i(iii (le CDUvi'ir une parlie de la déj)ense que la 
(•onsei'valioii (le celle inli'l'essanle (eu\ i'<' d'arl exilée. 



— 97 - 

Il l'L'Siilto (lu rapport dos cominissairos-inspoclcur.s quo la 
rostaumlion cl l'appropriation dvs fonts baptisinau.v romans 
de l'église Notro-Danie, à Termondo, ont été exécutées 
conforniément au plan adopté par la conunission. 

L'ornement sacerdotal que possède l'église Sainte-Brice, 
à Tournay, date du xvii' siècle et offre un intérêt réel 
sous le rapport de l'art. Il se compose d'une chasuble, 
de deux dalmaticpies et d'une chape, ornées de broderies 
d'or et de soie et ])or(ant des médaillons qui représentent 
des sujets se rapjiortant, pour la plnpart à la vie de 
saint Pierre. La Commission, après avoir examiné ces 
objets, appuie Ja demande de subside formulée par le 
conseil de fabrif[ue. Comme ce travail offre de grandes 
difficultés, surtout en ce qui concerne les groupes et les 
ligures, et exige des soins aussi intelligents quo conscien- 
cieux , elle propose à M. le Ministre de l'Intérieur de 
stipuler, dans le cas où un subside serait accordé, que 
la restauration se fera sous sa surveillance spéciale. 

La Commission, à l'occasion d'un fait récent, rappelle 
dans une lettre adressée à M. le Ministre de l'Intérieur, 
les principes qui la guident chaque fois qu'il s'agit de 
restaurer les chefs-d'œuvre des anciens maîtres de l'École 
llamande. Un artiste peut avoir un talent très-réel et 
n'être pas apte à exécuter des réparations. L'expérience l'a 
démontré et il serait facile de citer, à cet égard, plus d'un 
fait regrettable. La restauration des productions des anciens 
maîtres est tellement difficile et a donné lieu ;i de tels abus 
(ju'on ne peut apporter, dans le choix des artistes-restaura- 
teurs, une circonspection trop scrupuleuse. Dans des 
questions aussi graves, la Commission ne pense pas que 



— 98 — 

la juslicc (li.slril)iilive puisse constamment servir de règle 
et (lu'il (-onvieniie de ré|)arlir les commandes entre des 
liommes qui n'offrent pas absolument les mêmes garanties 
de savoir et d'expérience. De tout temps la question du 
choix (les artistes-restaurateurs a domié lieu à des cor- 
res))()ndances animées et à des récriminations; mais celte 
polénnque n'a guère ému le Collège, attendu que l'intérêt 
des (Ouvres dont il est appelé à garantir la bonne conser- 
vation, doit êti'e avant tout sa principale préoccui)ation. 

Le Sccrélfiirc de la dommissioit roijule des Mo)innieuls, 
.llM'.S DUGMOLLE. 

Vu en conl'onnil('' de Fai-licie ^2") du règlement. 

Le vice-I*rési(lt'}tt , 

Baron de Roisin. 



// fiiirf i':- ,1 ArctiÀ^.t.ju- . 7itiii/- //. 




EXPLORATION 



DE QUELQUKS 



TUMULUS DE LA HESBAYE 



~ -lAArtAAVJW'^^- - 



PREMIER ARTICLE. 

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 

D'où vieni , malgré le respect dû aux morts et la prolcc- 
lioii dont le législateur entoure les sépultures, la curiosité 
du siècle à fouiller les tombeaux anciens pour en exhumer, 
au nom de la science, les ustensiles et les objets mobiliers 
enfouis par un soin pieux? Partout on force les asiles funé- 
raires, pour en livrer les secrets aux échos du monde, 
comme si le temps était venu où doivent se réaliser les 
paroles de l'Écriture : Ecce ego aperiam tumulos vcstros, 
et educam vos de sepulcris vestris... Ossa (eorum) visitatu 
sunt et post mortem prophetaverunt (i)! 

{\) EzECii., c. 57, V. \-l\ Fxf.i.ES., c. 49, v. 18. 



— 100 — 

Mais ces rechcrclies, s'y livrc-l-on bien par pure cmiosilé, 
et le seul résultat acquis a|)rès ces invesligalions (jui ont 
pour ])remier elTet de troubler le repos de la mort, est-il 
de satisfaire l'indiscrète manie de rpichpio eullcflionneur 
ou même d'enricliir (pielrpie Musée? 

Certes, si tout se bornait là, alors peut-être serait-il vrai 
dédire qu'entre l'intérêt s'attacbant aux cboses de l'art dans 
le passé, et le culte dû aux morts, il n'y a pas à elioisii-, et 
que co dernier doit l'emporter (i). Mais dans ces explora- 
tions réprouvées par aucuns comme des profanations , le 
savant ou l'antiquaire digne de sa mission, n'est pas seule- 
ment guidé par l'intérêt de l'art, mobile déjà assez élevé 
et assez pur en lui-même pour lever plus d'mi scnqiule; 
une pensée |)lus haute préside aux fouilles que la science 
dirige. Et en effet, ces recherches, que sont-elles au fond , 
sinon un ajipel aux leçons du |)assé? Ce qui en ressort, 
(Ml dernière analyse, n'est-ce pas un austère enseignement ? 
« Lorsqu'un bel objet sort de terre, dit le savant abbé 
Cochet ('■2) , lorsqu'une pièce importante se révèle sous la 
bêche, je n'y suis certes jamais indifférent ; mais une 
fois lire de la terre, il j)erd pour moi la moitié de sa 
valeur , et (piand il a été étudié , il n'en a plus du 
(diil. ,)(' le dépose avec bonheur dans une collection 
piil)li(iuc, cl je nie résignerais presque à ne plus le 



(ij (Compte reiulii delà séance générale dit 7^0 septembre IStiii (k; ht Comwis- 
sio)i roijale des iiioniinienls, \). 7o; voii' iiii.ssi Messager des sciences historiques, 
ISGI, ]). 4i)7, en note. 

(i) Auteur de l;i Normandie souterraine, des Sépultures gaiiloises, romaines, 
franqnes et normandes, l'i d'uulres <iu\ mues précieux sur l":ii(liiMil(ii;ic des 
sépidluics. 



— 101 — 

revoir; ce que je cherche au sein de la terre, c'est une 
pensée : ce que je poursuis à chaque coup do pioche 
de l'ouvrier, c'est une idée; ce que je désire recueillir avec 
ardeur, c'est moins un vase ou une médaille qu'une ligne du 
passé, écrite dans la poussière du temps, une phrase sur 
les mœurs antiques, les coutumes funèbres, rindustrie ro- 
maine ou barbare; c'est la vérité que je veux surprendre 
dans le lit où elle a été ensevelie par des témoins qui ont 
à présent douze, quinze ou dix-huit cents ans. Je donnerais 
volontiers tous les objets possibles pour une révélation de 
ce genre : les vases, les médailles , les bijoux n'ont de prix 
et de valeur qu'autant qu'ils révèlent eux-mêmes le nom et 
le talent d'un artiste, le caractère et le génie d'un peuple, 
en un mot la page perdue d'une civilisation. Voilà ce que 
je poursuis au sein de la terre (i). » 

Des fouilles dirigées dans cet esprit sont dans l'ordre 
moral ce qu'est, dans l'ordre matériel, la dissection anato- 
mique qui met à nu les viscères du corps humain, pour 
en arracher le secret de sa constitution interne. Si le culte 
de la mort doit l'emporter sur les hautes nécessités de la 
science, flétrissez donc la mémoire de Vésale au lieu de 
lui élever des statues! 

Ce qui, dans l'intérêt général, est permis sur la dépouille 



(i) Un de nos écrivains a exprimé , en ces termes , la même pensée : « Oui , 
ce sont des trésors que l'on va chercher au sein de la terre. Car ces exca- 
vations fécondes valent mieux que des mines d'oi' : elles renferment les 

titres qui manquaient à l'humanité pour établir sa généalogie L'homme 

de science travaille pour la vérité qu'il adore, et dont la lumière est le flambeau 
du genre humain. >. (H.-G. Moke, Revue frimeslrielle, XXXVHI. avril 1865, 
p. 18.) 



— 102 — 

mortelle de riiomme avant son inhumation, sur ce cadavre 
que le scalpel fouille et déchiqueté; — ce qui n'est pas 
considéré comme une profanation, tandis que les parents, 
que les amis du défunt lui survivent ; — pourquoi cela 
serait-il défendu après des siècles, lorsqu'on ne s'alta- 
((ue pas directement à une poussière qu'aucun de nos 
contemporains ne pourrait Soutenir être celle de l'un 
des siens , et qu'on se borne à rechercher des secrets 
utiles à l'archéologie et à l'histoire, en respectant la mort 
elle-même? 

Il y a lieu cependant de faire une concession importante 
à l'opinion respectable des personnes qui mettent au-dessus 
de tout le culte de la tombe : pourquoi ne pas replacer soi- 
gneusement les dépouilles mortelles à l'endroit même où la 
piété des contemporains les déposa? Pourquoi les étaler 
aux regards indifférents de la foule sur les tablettes d'un 
Musée public ou particulier (i)? Que la sépulture ne cesse 
pas d'être une sépulture. Que le peuple le sache bien, après 
l'opération des fouilles comme avant, ces tombes remuées 
doivent être pour lui un lieu sacré : elles commandent le 
respect et méritent la vénération au même titre que les fosses 
modernes de nos cimetières. S'il en arrivait jamais à mépri- 
ser les unes, c'en serait bientôt fait aussi de son respect 
pour les autres. 



(i) Parfois, à cet égard, le cœur de l'antiquaire se bronze trop facilement : 
« J'ai, disait sans grande émotion M. Schayes, j'ai fait transporter au Musée 
quelques têtes, tibias et fémurs des squelettes les mieux conservés. » {Bulletin 
de l'Académie royale de Belgique, X\l , 1", M9). Mieux avisé, le conservateur 
actuel du Musée de la porte de Hal, M. Juste, a fait déposer ces ossements 
dans un endroit plus convenable. 



— 105 — 

Une autre concession non moins importante consisterait 
à attribuer exclusivement à l'autorité supérieure la surveil- 
lance et le contrôle des fouilles à opérer clans les anciennes 
sépultures. Jamais le Gouvernement ne devrait octroyer la 
permission de procéder à des fouilles, sans avoir vérifié, 
au préalable, le but qu'on se propose et les moyens qu'on 
a d'y atteindre ; en un mot le pouvoir exceptionnel , déléga- 
tion delà puissance publique, de procéder à une exliumation, 
ne devrait être accordé que dans le seul cas où la science 
y serait intéressée, et exclusivement en faveur de ceux qui 
offriraient les garanties morales nécessaires. Encore cette 
autorisation devrait elle être toujours subordonnée à l'obli- 
gation de restituer à la terre les cendres qui auraient été 
momentanément déplacées. 

Les explorateurs des tumulus de Fresin ont été animés 
de cet esprit : munis de l'autorisation du Gouvernement, 
ils ont procédé aux fouilles avec la ferme intention d'éloi- 
gner de leurs travaux, légitimes seulement à raison de 
leur utilité scientifique (i), toute idée de violation de 
sépulture. 

Pénétrés de l'importance de leur mission , ils se sont 
efforcés de justifier la confiance placée en eux, en se consa- 
crant à leurs travaux avec une pleine sollicitude. Ils se sont 
dit : si , en fait d'archéologie, et surtout d'archéologie des 
sépultures (2), d'après l'expression de l'abbé Cochet, nous 



(i) « Le souvenir de la loi Salique, si sage, qui protège la tombe, nous est 
revenu plus d'une fois, lorsque, d'une main avide, nous déplacions les ossements 
pour découvrir quelques objets précieux ; mais l'amour de la science, le désir 
de la doter d'une découverte nouvelle doivent servir d'excuse à l'archéologue. » 
(M. Hagemans, Bulletin de l'Institut archéologique liégeoix. H, p 467.) 

(«) Nunv. sont., p. 188. 



— 104- — 

en sommes encore à l'origine des choses, c'est peut-être 
parce que pendant trop longtemps les antiquités ont été 
le domaine exclusif d'érudits plutôt que de véritables 
savants, et ont été fouillées plutôt avec la plume qu'avec 
la pioche (i). Aussi, laissant là tout système, nous som- 
mes-nous mis résolument à l'œuvre, ne faisant atten- 
tion qu'aux faits et nous gardant surtout, autant que 
possible, de ne pas les entrevoir à travers le faux jour 
d'idées préconçues; ces faits (2), l'auteur les a consignés 

(1) « Sans doute, il est bon de citer et réciter César, Pline, Ptolémée, 
Vopiscus, AusoNE et Peutinger; mais il est bon aussi de sortir quelquefois de 
ses livres, de se dérouiller au grand air, d'aller interroger en personne les témoins 
vivants de l'antiquité et d'enregistrer avec soin leurs vivants témoignages. » 
(M. le président Grandgagnage, Bull.de l'inst. archéol. Hég., I, p. 163.) 

« Jusqu'à ce jour on s'est beaucoup occupé du texte et des rares noms de 
lieux donnés par les auteurs , mais pas assez, selon nous, des nombreuses traces 
laissées dans le sol. Les auteurs ont trop travaillé dans le cabinet. En effet, sans 
l'étude du sol, tout reste vague et incertain. «(M. Hauzeur, Annales de la Société 
archéologique de Namur, VII , p. 253.) 

(2) « Les monuments de l'antiquité les plus insignifiants en apparence, les 
plus informes débris, peuvent acquérir par la comparaison avec d'autres monu- 
ments, ou par le rapprochement avec d'autres faits, une importance inattendue; 
en érudition, il ne faut rien négliger de ce qui peut sembler d'abord inutile 
ou indifférent. » (M. Raoul-Rochette, cité iMd.^ II, p. 223.) 

« L'archéologue, au sujet du placement des objets, sait tirer parti du moindre 
renseignement pour déterminer leur emploi. » (M. Piot, Revue d'histoire et 
d'archéologie, II, p. 296.) 

« Je veux lire dans la terre comme dans un livre : aussi j'interroge le moindre 
grain de sable, la plus petite pierre, le plus chétif débris; je leur demande le 
secret des âges et des hommes, la vie des nations et les mystères de la religion 
des peuples. Le sol m'a toujours paru le plus complet, le plus vrai des livres, 
un volume de six mille ans, dont chaque siècle écrit une page avec de la cendre 
et de la poussière, et elle se ranime au contact de la vie, comme les morts à la 
voix d'Elisée. Sous la cendre refroidie des années, vous verrez se lever palpitante 
la figure du passé, avec sa couleur véritable et son inaltérable physionomie, car 
le passé est caché là comme un de ces dieux antiques enfouis par les barbares 
ou par la main de leurs adorateurs, et que nous lirons aujourd'hui de leur couche 
de sable pour les faire trôner dans nos Musées, les sanctuaires des arts. Et puis, 
quel a donc été le rédacteur de ce livre antique écrit avec des ossements et des 



— IOj — 

minutieusement en les rapprochant d'autres faits récem- 
ment révélés dans les localités les plus voisines, surtout 
dans celles de notre pays; il a tâché, comme on exprime 
jusqu'à la dernière goutte les sucs d'un fruit, de tirer de ces 
faits tout ce qu'il était permis d'en extraire, en essayant d'ap- 
puyer, de contrôler ou de combattre des observations anté- 
rieures (i); en recourant même parfois à l'hypothèse et à 
la conjecture (2) , quand une affirmation positive pouvait 



ruines? L'écrivain, c'est la mort qui ne ment jamais , et qui, de sa main de fer, 
a dépouillé impitoyablement tout ce qu'il y avait de faux chez l'homme pour ne 
plus laisser subsister que le vrai. Marchez donc franchement sur les pas de celte 
cruelle ennemie du mensonge; elle a déchiré le masque dont se couvrait l'huma- 
nité vivante, et, à présent, vous ne trouvez plus que l'humanité nue avec la 
poussière de son voile. Tous les siècles, tous les peuples sont cachés dans 
la terre. Le Gaulois y est couché à côté du Romain , et le Romain y dort à côté 
du barbare. Ces- hommes, il ne s'agit plus que de les faire parlei' et de comprendre 
leur réponse; mais, pour cela, il ne faut pas confondre les langues : il faut savoir 
discerner les tons, les nuances, les couleurs, les physionomies de chaque peuple 
et de chaque civilisation. » (Cochet, fsorm. sont., p. 3.) 

(i) « Il est assez rare qu'une fouille présente des objets inconnus; mais ce 
qui caractérise une fouille bien dirigée, c'est de révéler un détail qui n'existait 
pas ailleurs, un caractère que le temps avait oblitéré, ou une observation qui 
avait échappé à de précédentes explorations. » (Cochet, ibid., p. A.) 

(2) « Plus d'un esprit réfléchi pourra me reprocher d'avoir fait un usage trop 
fréquent de la probabilité et de l'analogie, et d'avoir souvent émis de simples 
opinions où il aurait fallu apporter des preuves. Mais mon objet n'a pas été 
de convaincre les opposants ou de réfuter les objections. J'ai cherché à exposer 
aussi simplement que possible ce que la nature de mon intelligence me dispose 
a accepter comme vrai. D'autres intelligences sont peut-être organisées de ma- 
nière il voir les choses à un point de vue tout différent. Mes paroles n'ont point 
la prétention de leur imposer ma manière de voir. Dans un sujet si vaste, si loin- 
tain, la tolérance scientifique doit largement s'exercer. » Ces paroles de M. le 
major Liagre {Bull, de l'Acad. roy. de Belg., 2« série, t. xii), on peut sans 
contredit les appliquer à l'archéologie et aux études spéculatives auxquelles elle 
donne lieu parfois. 

« On objectera, disent de leur côté MM. Gérard et Warnkoenig, dans leur 
Histoire des Carolingiens , que telle explication n'est fondée que sur des conjec- 
tures; mais s'il fallait exclure de l'histoire tout ce qui est conjectural, on la 
réduirait à de bien minces proportions. » 



— 106 — 

parailre téméraire; enfin parfois aussi, en posant seulement 
la question, quand la solution semblait par trop para- 
doxale. Malgré le développement donné à ces observations, 
l'auteur ne cherche pas à le dissimuler, le sujet n'a i)as 
été étudié d'une manière comjilète; plus d'une science 
étrangère à l'archéologie, l'archéologie elle-même, auraient 
encore bien de renseignements complémentaires à four- 
nir : chaque jour d'étude permet d'ajouter une remar- 
([uo nouvelle, d'affirmer un point jusqu'alors douteux ou 
de modifier une assertion trop absolue; mais il faut s'arrêter 
à un moment quelconque , quitte à confesser franche- 
ment l'imperfection de l'œuvre (i), et sauf h se promettre, 
à part soi, de la compléter un jour. D'ailleurs, telle 
quelle, cette œuvre, contint-elle peu d'observations nou- 
velles, n'en présente pas moins une utilité relative, à raison 
des faits qu'elle constatées); cnlin le Gouvernement, à la 



(i) « Je n'ai pas la prétention d'avoir épuisé mon sujet. Plusieurs questions 
ne recevront leur solution qu'à la suite de travaux spéciaux. L'ethnologie, la 
zoologie, la géologie, la minéralogie, la botaniciiie, la chimie et d'autres sciences 
ont encore de précieux renseignements a fournir. >< (Fr. Tuoyon, Habitations 
lacustres des temps anciens et modernes, p. ix.) 

(2) « Nous ne consignons les faits et les suppositions que comme des rensei- 
gnements destinés ii appeler l'attention sur les tuniulus de notre pays, encore 
si imparfaitement étudiés jusqu'ici. De nouvelles observations venant se joindre 
dans l'avenir k celles qui ont été déjà recueillies, Uniront sans doute par faire 
mieux coimaitre et respecter ces antiques monuments, jadis si nombreux dans 
nos contrées, mais qu'aujourd'hui la main des hommes semble se complaire 
à détruire impitoyablement. » (M. del Marmol, Ann. de la Soc. archéol. 
de Aamiir, IV, p. 26.) 

« Vouloir reconnaître exclusivement l'état du pays avant et pendant la domina- 
tion des Romains , au moyen des monuments éci'its, c'est nier leur insullisiince : 
La carte de Peutincer et l'itinéraire d'ANTONiN ont-ils dit le dernier mot 
sur les routes dont les Homains dotèrent le pays depuis leur invasion jusqu'à 
leur retraite, les forteresses qu'ils élevèrent et les camps qu'ils y construi- 
sirent?. . . . Ces questions, qui sont pour nous de la plus grande importance, ne 



— 107 — 

générosité éclairée duquel est due la subvention accordée 
pour les fouilles, a droit à un compte rendu, non pas uni- 
quement de l'emploi des fonds , mais surtout de la valeur 
scientifique des résultats obtenus. 

L'auteur doit un témoignage tout particulier de recon- 
naissance aux personnes qui l'ont aidé : — M. Gérard, 
architecte, son collègue comme membre correspondant delà 
Commission des monuments , qui a bien voulu se charger 
de la partie technique et des dessins; — M. l'abbé Kempe- 
neers, de Montenaken, docteur en droit canon, ancien 
professeur au grand séminaire de Liège, auteur d'ouvrages 
importants sur l'histoire de sa commune et des localités 
environnantes, homme aussi modeste qu'éclairé, et d'autant 
mieux disposé à nous prêter sa collaboration précieuse de 
tous les instants, que nos fouilles réalisaient un désir conçu 
et exprimé par lui depuis longtemps (i); — enfin, le digne 
et respectable M. Van Hamont, bourgmestre de Fresin 
depuis trente-huit ans, homme à l'éducation distinguée et 



sauraient être résolues si ce n'est au moyen des études arctiéologiques. C'est 
en recherchant les débris d'antiquités dispersés sur le sol, c'est en les étudiant 
et en les interrogeant, que nous pourrons un jour en apprendre quelque chose. 
Sans les restes d'antiquités trouvés aux environs des voies romaines, il eût 
été impossible de déterminer la position précise de plusieurs localités indiquées 
sur la carte de Peutinger. C'est donc aux études archéologiques à suppléer 
aux lacunes de l'histoire écrite; c'est aux recherches des archéologues qu'est 
réservée la solution d'une foule de questions. Ces recherches, commencées à 
peine il y a soixante ans, sont poussées seulement de nos jours avec activité, 
grâce à la sollicitude des diverses sociétés scientifiques créées dans tous les 
centres tant soit peu importants. Les résultats déjà obtenus sont immenses et 
nous permettent de juger combien de richesses archéologiques les travaux 
de l'agriculturp ont fait disparaître. » ( M. Piot, S*' édit. de Schayes, la Belgique 
avant et pendant la domination romaine, III, p. 397.) 

(i) De oude Vnjheid Montenaken , of historisch en nerkeiyk afbeelsel eener 
vrye gemeente in HaspenQouw (Louvain, Fonleyn, 1861), t. i, p. 20, note 1. 



— 108 — 

à l'esprit élevé, dont la sympathie bienveillante pour nos 
efforts a été récompensée par le résultat inespéré obtenu 
dans ces antiques tumulus, gloire de sa commune. — 
Et puis, à côté du père, pouvons-nous oublier le lils, 
M. Alpli. Van Hamont, qui, par un travail patient et délicat, 
est parvenu à restituer bien des débris dans leur forme 
primitive et même à retrouver plusieurs vases de l'existence 
desquels nous ne nous doutions pas , véritables phénix que 
les mains habiles de notre restaurateur ont fait renaître 
de leurs cendres, 

FOUILLES DANS LES DRY TOMMEN A FRESIN. 

S I". 

Placé sur un point élevé de l'une des vastes plaines 
de la Hesbaye , le groupe des dry tommen (i) , sans être 
précisément remarquable par les dimensions aujourd'hui 
bien réduites des tumulus dont il se compose (v. pi. i 
en regard; , se découvre de loin et se découpe nettement 
à l'horizon dans notre ciel gris auquel ce genre de monu- 
ments éloquents par leur masse convient parfaitement (2). 



(t) Bulletin des Commissions royales d'Art et d'ArcIn'ologie, I, p. 1 16. (Notice 
sur les monuments du lAmbourg antérieurs au moyen âge); une erreur s'est 
glissée dans la carte jointe a cette notice où les trois tombes ont été placées 
sur le territoii'e de Corthys : les içroupes des dry tommen et des twee tommen 
doivent être un peu reculés vers la droite, de façon ii ce que la ligne séparative 
de Cortliys et de Fresin ne laisse qu'une des trois tombes à la première de ces 
lomniuncs. 

(2) Galesloot, Bull, de l'Acad. roy. de BeUj. , XIV, 1", p. 490. 




J. Gérard del 



BULLETIN DES COMM^ ROYALES D'ART ET D'ARCHEOLOGIE 




— 109 — 

Le groupe des dry tommcn , situé sur la limite des 
communes de Fresin et de Corthys (i) , est fort rapproché 
de la chaussée de Nivelles, voie secondaire {diverticulum , 
divortium ) qui , sortant , près d'Oreye , de la grande 
chaussée de Tongres sur Bavay, se dirige vers Nivelles 
et qui, dans tous les anciens documents compulsés par 
M. l'abbé Kempeneers (2), porte toujours le nom de 
Katsei, chaussée , via calciata ou de heerbaen (via mili- 
tons) (3), indiquant très -vraisemblablement une origine 
romaine. D'après M. Vander Rit (4), le chemin de Saint- 
Trond par Niel qui passe à travers le groupe, en sépa- 
rant les deux tombes de Fresin de la tombe de Corthys en 
même temps que le territoire des deux communes (5), pour 
continuer sur Hollogne, Omal, vcrsVinalmontetHuy, serait 



{i) Province de Limbourg et non de Liège, conirae le porte par erreur le 
3e vol., p. 460, Ae la Belgique, etc., par Schayes. Une autre erreur de cet 
ouvrage provenant d'énonciations extraites du mémoire de M. Vander Hit, cité 
ci-après, consiste à attribuer les trois tumulus k la seule commune de Fresin. 

(2) De oude vryheid Montenaken, 1, p. 228 et 590, et II, p. 47. 

(3) Dig., XLIII, titre vu; IsiD. de Séville, Orig.,W, i6; voir aussi 
Adr. Heylen, Historische Verhandelingen over de Kempen, ch. x, 2« édit. p. 225; 
Schayes, la Belgique, etc., II, p. 462. 

(4) Étude théorique et pratique sur les anciennes chaussées romaines traver- 
sant le royaume de Belgique (Journal de l'Architecture de Marchand et autres), 
1851, p. 95etsii^'. 

(o) Circonstance qui , si Corthys n'était point une dèlibation de la com- 
mune de Montenaken dont les limites en cet endroit ont été litigieuses, pourrait 
d"èmontrer au moins la très -grande ancienneté du chemin, comme le fait 
observer M. Galesloot (Revue dliist. et d'urchéoL, I, p. 359) : en effet, les 
communes , en s'établissant, ont dû accepter pour limites les chemins précé- 
dents, démarcations toutes naturelles; tandis que les chemins secondaires 
nouveaux {vicinaux, c'est-ii-dire de voisinage, a. moins qu'on ne préfère 
l'étymologie a vico ad vicum), affectent la direction plutôt du rayon que de la 
tangente, puisqu'ils ont pour but de réunir les communes par leurs centres. 



— 110 — 

Ini-niùine un divertirulum romain (i); mais MM. Roulez (2) 
ot Sc'hayes (r>)oiil.vivcmontcomI)altu plusi(nirs des assertions 
(le M. Vander Rit, auquel ils reprochent d'attribuer indis- 
tinctement aux Romains tous chemins ])lus ou moins anciens ; 
d'ailleurs, les vieux documents et registres, si expressifs 
poui'la chaussée de Nivelles, ne mentionnent jamais le che- 
min d'entre les tombes , sinon comme une voie ordinaire. 

Quelques sondages opérés à l'aide d'une tarière de deux 
mètres de longueur, en certains endroits de l'un et de 
l'auli'c de ces chemins, à l'effet d'y découvrir les couches 
de pierres ou de gravier des Romains, n'ont abouti à aucun 
résultat; il est vrai que ce peuple, semble-t-il , empierrait 
les chemins secondaires à l'aide d'une simple couche de 
cailloux (4), laquelle a pu disparaître en beaucoup d'endroits 
par défaut d'entretien (.^;). 

Nous nous mîmes à l'œuvre au commencement de septem- 
bre 18r)2, en prenant à tâche de ne pas perdre un seul 
instant les ouvriers de vue , pour éviter , surtout dans le 
principe, qu'ils ne détruisissent ou ne dispersassent des 
objets insignifiants pour eux, et qui ])ouvaient être pré- 
cieux pour nous. Il était à craindre aussi que, intrigués 



(1) Voir, sur les voies roniaines, quelques observations de M. Mauzf.ur, Ann. de 
la Soc. archéol. de Namiir, V. p. '22. »> 

(2) Bull, de VAcad. roy. de Belg., XVI, 2", p. io3, et XXI, l«, p. 122. 

(3) La Be.lqique, etc., II, p. 162, note I, et Bull, de VAcad. roi/, de Bclg., 
XVI, 2", p. -ioT. 

(i) Vander Rit, niéin. eité, et Bull, de VAcad. roy. de Behj., XVI, 2**, 
p. 435 et suiv. 

f.-i) Polyplifjue de Vabbé Irminon, ou dénombrement des mansen, etc., de 
Vabbayc de .^ainl-Gcrmaiu-des-I'rés soiix Charlcmagnc , avec des pi'ok^iromèiies 
par H. GuKRAHi), tome II, i^ i2'f, où il es! parlé du mauvais état des routes dès 
le XII" siècle. 



— m — 

de nos recherches, ils ne fussent tentés de s'approin-iiM- Tuik^ 
ou l'autre chose leur paraissant avoir quoique valeur (i). 

Il avait d'abord paru préférable d'entamer les tombes 
par des tranchées à ciel ouvert; mais bientôt l'on a pu 
se convaincre de rexcelloncc et de la simplicité du travail 
par galeries horizontales ou légèrement inclinées depuis 
la base du tumulus jusqu'à un plan un peu au-dessous 
du niveau (2) ; il y eut à peine lieu d etrésillonner les 
voûtes en quelques endroits où se faisaient remarquer des 
excavations dues soit à des terriers de renards, soit au 
travail de l'homme. 

La première tombe, celle qui est du côté de Borloo ( au 
N.-E. par rapport aux deux autres ), fut fouillée dans tous 
les sens, par une galerie qui la traversa d'outre en outre, 
et par des entrées de galerie latérales, creusées pour donner 
plus de latitude aux explorations faites à l'aide de la tarière. 
Aucun objet, sinon des fragments peu intéressants, n'y fut 
découvert. Mais l'on ne tarda pas à suivre , par tout le 
tumulus, une trace noire de combustion, au-dessus d'une 
mince couche de terre blanchâtre sans doute étalée à des- 
sein; on y trouva des fragments de terre cuite, noircie 
par en haut, rougie par-dessous, et une grande quantité de 



(1) Aujoiirtriuii, notre personnel, épuré et initié au but purement scientifique de 
iKis rodierclies, est bien persuadé que nous ne chercbons pas des trésors, mais 
des objets ayant une valeur intrinsèque minime, et nous pouvons nous reposer 
plus librement sur nos ouvriers. 

(2) M. ScHAYEs avait imaginé un système de galeries en diagonale qui devait, 
d'après lui, offrir plus de résistance [Bull, de VAcad. roy. de Helg., XVtl, 1", 
p 541); mais il ne paraît pas s'en être trop bien trouvé, h en croire M. d'OîHEPPE 
deBouvette; car ce dernier rapporte que les fouilles d'Omal furent interrom- 
pues par un éboulenient. {Essai de tablettes liégeoises, TtQ" livr , la Hesbaye, 
p. 46). Au surplus, le sol est fort sablonneux à Ornai. 



— 112 — 

charbons de bois provenant d'un foyer très -étendu; ce 
foyer avait été alimenté à l'aide d'un courant d'air vers le 
milieu de la tombe, où l'on découvrit une cavité dont le 
fond était également calciné (i). La chaleur de ce foyer 
devait avoir été fort intense et entretenue sans doute pen- 
dant plusieurs jours, à en juger par une ligne bleuâtre 
semblant indiquer une couche de fer fondu (-2) , et dont cer- 
taines parties, soumises à l'action d'un instrument en acier, 
offraient une résistance toute métallique. 

A n'en pas douter , la première tombe occupait l'empla- 
cement (lu hustum ou ustrinum , où le bûcher (rogus) 
avait été élevé (5). Si les autres tombes contenaient des 
sépultures, nous avions la confirmation d'une remarque 
faite avant nous : à proximité d'une réunion de tumulus 
funéraires, dit M. Toilliez (4), il y en a toujours un qui 
semble indiquer, par l'existence d'une masse extraordinaire 
de charbon de bois, qu'il a anciennement servi de bûcher. 



(i) Circonstance semblable a été rcniarquée par M. Hauzeur, Ann. de la 
Soc. Archéol. de Namur, V, p. 187. 

(2) Circonstance très-possible, car l'on sait que les fourneaux primitifs, d'où 
proviennent ce qu'on nomme crahiats de Sarrazins, fonctionnaient en plein aii- 
{Ann. Soc. archéol. de Namur, \ll, 274). Laconviction unanime des explorateurs et 
des ouvriers, au sujet de la nature ferrugineuse de la lignebleuàtre, aété quelque 
peu ébranlée par rallirmalion contraire de M. Kupflerschlaeger, professeur à Liège, 
qui y a trouvé des traces non de fer (sinon de l'dxyde auquel la terre doit sa colo- 
ration) , mais de tourbe ou de lignite. N'est-il pas possible cependant que la 
matière même ait disparu par l'oxydation, et qu'il n'en soit plus resté qucles 
apparences; ou bien les échantillons, envoyés à Liège, ont-ils été soit mal choisis, 
soit en quantité insuffisante? L'expérience sera répétée, et il y aura lieu d'exa- 
miner si l'apparence de tourbe ou de lignite n'est pas due à la carbonisation de la 
terre blanchâtre. 

(3) Anthony RiCH, Dictionnaire des Antiquiti's romaines cf grecques, traû. par 
Chékl'El,V'* liustum et Ustrinum; dom Bkrn. uk Montfaucon, r.inliquité expli- 
quée, V. p. 29; loi des XII Tables , de jure sacrorum, p. 10. 

(i) .Mess, desscienc. hist., 1851, p. 85. 



— 113 — 

Une autre observation se trouvait aussi confirmée : comme 
dans le tumulus de Ilanret (Namur), Vustrinuiii était ])lacé 
du côté de l'Est relativement au caveau sépulcral (i). 

Si, comme on peut être porté à le supposer, l'endroit 
où les restes mortels devaient être inhumés était préparé 
à l'avance , de manière à les recevoir immédiatement 
après la combustion (2), il n'y avait pas lieu d'espérer de 
trouvailles dans le premier tumulus dont l'emplacement 
tout entier avait servi (Wistrinum : du reste, l'on vérifia 
aisément que ce tumulus avait été formé d'une couche du sol 
différant de la terre rapportée sur les deux autres; celle-ci 
était une argile d'une couleur uniforme, celle-là, prove- 
nant des couches inférieures du sol adjacent, à trois mètres 
de profondeur et davantage, était striée de veines blanchâ- 
tres; d'où la conclusion que le travail de remblai n'avait pas 
été simultané, et aussi que si les deux autres tombes, con- 
tenant par hypothèse des fosses sépulcrales, avaient été 
élevées les premières , on ne trouverait rien dans la 
troisième tombe. 

Le tumulus, élevé sur le bûcher, indépendamment de 
toute destination purement honorifique, avait une raison 
d'être, apparemment le respect des parcelles de cendres 
humaines restées dans le foyer éteint; seulement, au lieu 
de comprendre dans le même tertre, comme ailleurs (3), 
et la sépulture et le bûcher, les travaux de terrassement 
avaient été divisés. 

La question, au moins pour le tumulus du milieu, ne 



(i) Ann. Soc. archéol. de Namur, III, p. 593. 

(j) Ibid. 

(s) Ibid. , III, p. ÔOri, et IV, p. 15. 



— 1U — 

pouvait donc être douteuse : là était la sépulture ou l'une 
des sépultures. 

Mais à quel usage était réservé le troisième tumulus? Ici, 
absolument aucune trace de bûcher ni de fosse sépulcrale; 
toujours une terre uniformément compacte; pas de sol meu- 
ble , malgré les recherches les plus minutieuses , malgré des 
sondages dans toutes les directions, rien qu'un puits en en- 
tonnoir venant d'en haut, plein, à la vérité, d'une terre très- 
meuble mais sans mélange de débris quelconques, et ne 
pénétrant pas, du reste, assez bas i)our avoir pu amener des 
découvertes (i). L'hypothèse que, si la tombe du centre 
contenait vraisemblablement les restes d'un chef tué dans 
un combat , la tombe de Corlhys recèlerait peut-être ceux de 
ses compagnons d'armes morts avec lui , cette hypothèse 
ne s'est pas réalisée. Il ne reste donc à considérer la troi- 
sième tombe que comme purement honorifique (2), comme 
formant le pendant du tumulus-bùcher, et comme destinée, 
ainsi que celui-ci, à remplir quasi l'office de sentinelles au- 
près de la tombe médiate. Ce n'est pas, du reste, la première 
fois (3) que dans le voisinage d'un tumulus ayant servi de 
sépulture, l'on constate la présence de tertres complètement 
vides; peut-être les anciens, lorsque le temps et les moyens 
leur manquaient d'élever des remblais considérables comme 

(i) Quant au caveau dessiné dans le troisiènie tumulus, (pi. i, coupe horizon- 
talc), il a été creusé, par nos ouvriers, dans le sol primitif, pour permettre 
à la tarière de sonder dans le tréfonds. 

(2) GuTiiEnius, De jure manium, chap. spécial de imaymaria sepuHura , 
inani et honorario tumulo, «p. Gr.cv. , T/tesaur. autiq. roman., XII, I^Ori; 
l'on y cite entre autres ces vei's de l'Enéide oii iiigem agfjerilur tumulo tellus en 
l'honneur des niànes de Polydorc, et le passage de Suet. in Claud., cap. I, k 
propos du tumulus honorilique élevé à Drusus. 

(s} Auu. Soc. archéol. de Namur, II, p. 75, et iV, p. ■15 et suiv. 



— Ha- 
lls le laisaienl parfois, se bornaient-ils d'autres fois (i), à en 
donner la menue monnaie; peut-être aussi, dans l'impossi- 
bilité de retrouver les corps des combattants ayant péri 
dans une même circonstance, voulaient-ils élever au moins 
un tertre à la mémoire des ])lus notables d'entre eux. 

Ces désenchantements qui, sans nous décourager, nous 
tenaient en baleine, furent amplement compensés p;u- un 
résultat presque immédiat obtenu au lumulus du centre, 
celui sur lequel les échevins de Montenaken étaient venus 
plus d'une fois prononcer des jugements, et où la commune 
de Fresin avait fait exécuter en 1765 une condamnation capi- 
tale (2) dont le souvenir vit encore dans les traditions du 
pays. Une fosse se signala d'emblée aux travailleurs qui, en 
creusant la galerie, remarquèrent que, du côté gauche, un 
peu avant le centre actuel (5) du tunuilus, le sol était plus 
meuble sous leurs bêches. La galerie fut coupée par une voûte 
ouverte au-dessus de la sépulture présumée ; la tarière 
essayée avec précaution ramenait toujours du tréfonds 
un sol friable bien distinct du résultat des sondages opérés 
soit dans le sol vierge, soit dans les parois des galeries, où, 
toute légère que la terre extraite fût rendue par le travail 



(i) y. Bull, des Comm. roy. d'Art et d'ArchéoL, I, p. -100 et siiiv. 

(2) Ilnd., p. M". Lestumulus, outre les feux du carnaval, de la Saint-Jean, etc., 
qu'on y allume, ont souvent été choisis pour lieux de supplices, témoin les 
tumulus de Seron , Arm. Soc. archéol. de Namur, IV, p. 20. 

(5) Actuel, dit-on ici, parce que, à raison soit des empiétements des rive- 
rains, soit des larges marches pratiquées en 1763, soit de l'établissement du 
chemin qui longe ce tumulus du côté de Corthys, le centre primitif peut ne plus 
être le milieu du monument tel qu'il est arrivé jusqu'à nous; et sauf aux 
tumulus qui, comme à Frizet et Seron {Ami. Soc. archéol. de Nawiir, III, p. 595, 
et IV, p. 21), ont conservé des restes consommés de pieux, ti'aces palpables du 
centre primitif, il est parfois difficile de déterminer celui-ci avec précision. 



— 116 — 

circulaire de la tarière, se trouvaient des tranclies coagulées 
de l'argile primitive ou lassée. En outre , la tarière s'était 
heurtée parfois à des cor})s durs , et les pelletées de terre 
enlevées ne tardèrent pas à révéler la présence d'un nombre 
considérable de pierres assez singulières de forme pour 
intriguer des ouvriers habitués pourtant à fouiller le sol de 
la Hesbaye, et pour ne pas être reconnues par eux comme 
des produits naturels du sol. 

On continua avec l'espoir mêlé de crainte dont les ar- 
chéologues qui ont opéré des fouilles , peuvent seuls se faire 
une idée, et enfin, après avoir traversé à 0'"60 l'une de 
l'autre deux couclies horizontales de cendres (i), l'on trouva 
à 2'"80 de profondeur, au milieu d'une dernière couche de 
cendres, occupant, comme les précédentes, toute la largeur 
du caveau, ce terrain d'une nuance et d'une nature particu- 
lière, qui , soit noirci par le bois, soit rougi par la rouille, 
soit verdi par l'oxyde de cuivre, est si connu des fouilleurs 
et où gisent les richesses de l'art, les trésors de la science, 
les cendres humaines. « Là, s'écrie l'abbé Cochet (2), là 
est enveloppée la pensée antique; elle va s'envoler avec la 
poussière qui la recouvre : à vous de la saisir au passage ! » 

Le 15 septembre 1862, à l'endroit même où la descente 
était opérée , dans la partie principale de cette couche urni- 
fère, se montra le bord d'un grand bassin en bronze ren- 
versé , qui , déterré avec précaution , apparut aux regards 



(i) L'abbé Cochet, Norm. sont., p. "5, a, de son cùté, trouvé au fond des 
fosses fouillées par lui , des eouches horizontales de Lçravois provenant du foyer 
éteint et composées de cliaibon de bois et de poteries pulvérisées. 

(i) yorm. soiiL, p. 50. 



— 117 — 

contenant encore une forte partie de cendres Imniaines , et 
les jours suivants, la découverte fut complétée par celle 
de deux monnaies de Domiiien et d'Hadrien, ainsi que 
d'une quantité d'objets destinés à servir d'escorte à l'urne 
principale qui s'était révélée la première. 

Ces objets divers se trouvaient en un désordre extrême ; 
quelques-uns même étaient complètement brisés. Adifférents 
endroits, surtout vers le Nord-Est et vers le côté méridional, 
un mouvement s'était opéré dans la fosse : ici , il y avait des 
vides; là, la terre était extrêmement friable et légère; 
ailleurs les couches de cendres, dessinées horizontalement 
dans les parois, s'étaient affaissées, disloquées, déformées 
et confondues; ailleurs encore, il y avait eu éboulemenl 
et infiltration d'eau , ce qui rendait une partie de la terre, 
surtout vers le fond, tout à fait massive et compacte, à tel 
point que les objets semblaient collés au sol. 

A quoi attribuer ce grand bouleversement? à un mou- 
vement dans le tumulus tout entier dont le contre-coup 
se serait fait sentir dans la fosse? A la vérité, d'une 
part , l'on n'a pas perdu la mémoire du tremblement de 
terre du 23 février 1828 (i) qui a tari à Fresin même plu- 
sieurs sources (2) et asséché le territoire de cette commune 
autrefois extrêmement humide (3). D'autre part, à la partie 

(i) Il est fait mention de ce tremblement de Icirc dans del Vaux, de Fouron, 
Dictionnaire géographique de la province de Liège, "1^ édit.. H, pp. 40 et 357, 
à propos des conniumes de Berloz et de Racour également en Hesbaye. 

(2) L'aïUeui' doit ce renseignement à l'honorable M. Van Hamont, qui était 
déjà bourgmestre de Fresin k cette époque. 

(3) Le nom de Fresin, en flam. Vorssen, dont plus loin on hasardera une 
autre étymologie, ponrrait bien venir de l'état frais el humide de la localité 
avant t8:28. V. cependant Kejipeneeks, De oitde Vrijiieid Montenaken , II, 
p. 296. 



— 118 — 

extérieure du tuuiulus, presque au-dessus de rexeavaliun , 
l'on remarque une dépression très-sensible qu'on pourrait 
croire être le résultat d'un enfoncement du dehors au de- 
dans. Mais un tremblement de terre n'aurait pas produit un 
bouleversement partiel, il aurait déchiré les parois de la 
fosse qui sont restées intactes, et, quant à l'enfoncement 
présumé, s'il correspond à quelque chose à l'intérieur, c'est 
plutôt à un puits en entonnoir par où, fort vraisemblable- 
ment (i), on a essayé un jour de descendre dans le cœur du 
tumulus; mais cet entonnoir, plein de strates alluviales et 
d'infiltrations pluviales qui s'arrêtent au-dessus du niveau 
de la campagne, n'a pas la moindre communication avec 
la fosse sépulcrale. 

Avait-on, comme en d'autres sépultures, placé des plan- 
ches verticales le long des parois du caveau, ou horizon- 
tales entre les trois couches de cendres? Ces planches, 
rongées par le temps , avaient-elles ensuite cédé à la pression 
des terres? Il peut y avoir lieu d'en douter, car, tandis qu'on 
découvrit au fond de la fosse des parcelles de bois très- 
reconnaissables provenant de caisses ou coffrets, nulle part 
ailleurs ne se révéla la présence de restes ou même de simples 
traces de planches ; mais , d'un autre côté , si un couvercle 
a existé, placé en contact direct avec la terre et avec l'humi- 
dité, n'a-t-il pas dû disparaître nécessairement avant les 
coffrets qu'il garantissait? 

Il vient d'être parlé de coffrets; en effet, en cinq endroits 
différents, l'on trouva des garnitures, clous, charnières, 



(i) Ce qui parait résulter d'une partie de terre remuée qui, dans la dépression 
«xténeure, ligure* assez bien l'orilice irini l'enfuniidir. 



— 149 — 

anses ou poignées en cuivre , plus une anse en verre, prove- 
nant incontestablement de caisses plus ou moins grandes où 
certains des objets funéraires avaient été renfermés. Là, nous 
louchons du doigt une cause probable de détérioration des 
objets ; car ces caisses , à la suite de la destruction de leurs 
parties ligneuses, se sont effondrées : alors s'est produit 
nécessairement un vide qui a entraîné une partie des terres 
supérieures ; un tassement, dont le contre-coup inévitable 
a exercé son action dans toute la fosse, s'est fait avec plus 
ou moins de violence, et a bouleversé et culbuté les objets 
placés au fond. 

Une autre cause de désordre est le vide qui s'est produit 
par l'effondrement des caisses ou par la destruction du 
couvercle prolecteur, s'il en a existé un, et à cause de 
ce vide , la chute parmi les objets funéraires de ces 
pierres singulières signalées plus haut, et que le savant 
et obligeant professeur de géologie, M. Dewalque , a 
reconnues être tout simplement des concrétions calcaires 
dont la présence avait été constatée par Dumont dans le 
limon de la Hesbaye (i). Ces pierres amassées en quan- 



(i) Avant ceUe constatafion, les hypothèses les plus diverses avaient surgi à 
propos de ces objets auxquels nos ouvriers avaient donné le nom de mannekens, 
mérité par leurs formes bizarres. Au cœur de ces objets, se trouve le plus 
souvent une petite cavité indiquant une sorte de contraction produite par l'action 
de la chaleur. Fallait-il y voir ou des amulettes en terre cuite, ou ces armes 
rudimentaires de ces soldats accensi qui lapidibus et pugnis depugnabant? ou 
bien ces boules incendiaires dont César et Tacite nous entretiennent (v. notam- 
ment Tacite, Hist., 11,21, et Y, 17, et aussi Sohayes, la Belgique, etc., 
I, 80 et 102). Ce qui donnait de l'intérêt à ces djflërentes hypothèses était 
surtout la trouvaille faite récemment à Baarle-Nassau, par M. Cuypers [Berigt 
omirent eenige grafheuvels orider Baaiie-Nassau , pi. ii), d'un dépôt de pier- 
railles assez semblables pour la forme; mais M. Cuvpers, en cuisant de l'argile 



- 120 — 

tités considérables avaient été ou })laquées dans les parois 
de la fosse, ou étalées en couches horizontales, ou bien 
mises autour des coffrets (i), et remplissaient sans doute le 
même rôle que ces cailloux ou tessons , moniteurs fidèles des 
sépultures, dont la présence a été si souvent remarquée dans 
les tombes anciennes(2). A Fresin, la dimension de ces pierres 
augmentait à mesure que l'on descendait plus profondément 
dans la fosse, soit que l'on eût avec intention placé les plus 
petites à la partie supérieure, soit que les plus pesantes 
eussent été plus facilement entraînées au fond. Ces pier- 
railles , si elles avaient un but de consolidation , saxn 
cinerum custodes comme le disait Juvénal , remplissaient 
bien mal leur rôle, en ce qu'en s'abattant au milieu des 
vases, elles augmentaient encore le bouleversement, de 
manière que, comme le dit l'abbé Cochet, ce qui devait 
protéger le dépôt funéraire devenait avec le temps le plus 
cruel ennemi des vases et de la sépulture elle-même (5). 

D'autres causes de destruction ont en outre pu agir sur 
les objets funéraires : h moins d'admettre l'hypothèse de 
l'existence d'un couvercle, il est presque impossible que le 



trouvée surplace, avait produit des exemplaires identiques. [Mess, des sclenc. 
hist., 18?!, p. 84), et la iiiénie expérience répétée à Fresin n'abonlit pas à un 
résultat analogue. Au surplus, lors des fouilles de la troisième tombe sous 
Corlhys , opérées à plus de ô™00 de profondeur dans le sol vierge, l'on décou- 
vrit, quand on arriva ii une couche de terre blanchâtre comme celle qui forme 
les stries du tunnilus-bûcher, un certain nombre de ces concrétions calcaires : 
ainsi est confirmée la donnée de la science que les pierres sont dues à la nature 
et non ii la main de l'homme. 

(i) Cochet, ^onn. sout., p. 107. 

(2) Id., ibid., pp. 67, 76, 77, 91, 98 et 169; Ann. Soc. archéol. de ^omur, 
III, p. 39ÎJ. 

(5) Norm. sont., p. 169. 



— 121 — 

jet df terres, fût-il fait avec des précautions infinies, sur 
la pente d'un talus ou du haut de marches descendant 
jusqu'au fond de la fosse, n'ait pas exercé une influence 
funeste sur le mobilier funéraire ; il est difficile aussi de 
croire que les piétinements, les manœuvres de ceux qui 
érigèrent le tumulus au-dessus de la sépulture, que l'appe- 
santissemont même de la terre en se tassant, n'aient pas 
occasionné, dès le principe, une pression désastreuse sur 
le contenu de la fosse. 

Enfin, il est reconnu, d'après des découvertes faites dans 
plusieurs tombes anciennes , que la destruction de certains 
objets était parfois intentionnelle, soit pour exprimer par là 
que la mort avait tout rompu et renversé pour le défunt (i) , 
soit pour indiquer que nul après lui ne devait plus se servir 
d'objets qui lui avaient été chers (2); ce dernier mobile semble 
le plus probable, car, cela a été évident dès le premier mo- 
ment, nous avions devant nous, non pas une tombe chré- 
tienne pour laquelle le secours d'explications symboliques 
eût été naturel, mais une tombe païenne, et les païens. 
Grecs , Romains et barbares, se représentaient leurs morts 
comme doués d'une seconde vie, où ils faisaient encore 
usage de certains objets d'ici-bas, tels que les aliments 
apportés sur la tombe des défunts , ou tels que les souliers 
destinés à passer les sentiers scabreux du Walhalla (3). Le 
paganisme , loin d'attacher à la mort une idée toute spiritua- 
liste, devait donc restreindre la destruction volontaire aux 



{{) Opinion de M. de la Saussaye, ap. Cochet, \orm. sont., p. 85. 

(2) Cochet, ibid. 

(3) ScHAYEs, la Belgique, etc., I, 169. 



— 122 — 

objets chers au dcfiint, mais tout à fait inutiles ta son nou- 
veau mode d'existence , par exemple, d'après tes religions , 
à ses armes, à ses bijoux, à ses objets de toilette, aux usten- 
siles dont il s'était servi plus particulièrement, etc., mais 
dont il n'avait plus que faire au delà de la tombe. C'est là le 
secret de ces épées calcinées, brisées, ou faussées, de ces 
objets (ustensiles ou monnaies) jetés dans le bûcher et brûlés 
avec le mort, de ces vases signalés comme cassés à dessein 
ou enfouis tout brisés, qu'on a trouvés dans plusieurs sépul- 
tures païennes (i); c'est aussi peut-être le secret,àFresin,de 
plusieurs tas distincts de verre de couleurs différentes, pilé 
au point d'être réduit à peu près en poudre, tas dont chacun 
était placé dans un coffret à part , et qui provenaient sans 
doute d'autant de coupes ou de flacons dont le défunt avait 
fait plus spécialement usage. 

Au contraire, tous les objets parfois entièrement neufs, 
parfois aussi déjà altérés par un long usage, et même quel- 
quefois rapiécés et raccommodés, dont il y avait lieu de faire 
emploi dans les cérémonies des funérailles (2), ou dans le 
mobilier de la sépulture (0), comme les lampes, les brûle- 



(i) Batissier, Hist. de l'art mon., pp. 308 et 309; id , Élém d'archéol. nat., 
p. 270; DE Cauhont, Cours d'ant. montim., II, p. 274; Scnxy es, la lielgiqite, etc., 
I, p. 82; Cochet, Norm. sont., p. 83, et Sépiilf. ganl., pp. 19 et 47 ; Fr. Troyon, 
Habitat, laciiatrea, etc , pp. 347 et 348; Ann. Soc. arrliéol. de Natnur, IV, 
pp. 14 et 16; VII, pp. lo, 36, 262 et 413; Annale/; du Cercle archéologique de 
Mous, I, pp. 90 et 91. 

(2) De (>aumont. Abécédaire ou r)idiments d'archéologie, p. 60; Cochet, 
Sépult. gaul , etc., p. 43; Ann. Soc. archéol. de IS'amur, IV, p. 16; VI, 
p. 351, et VII, p. 414 (observations de MM. dei. Maumoi, et Alf. Béqiîet). 

(3) Batissier, Hisl. de l'art monum., p. 309, cite même des exemples de 
vases sans fond et n'en ayant jamais eu, qui, par conséquent, pouvaient avoir eu 
pour unique but l'ornement des tombeaux où on les a trouvés. 



BULLETIN DES COMM^ ROYALES DART ET D^ARCHÉOLOGIE. 



Tète (ni partie supéneure dvi caveau. 



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j Biusùi en li/vnxe. 

2 Deujù nio/t/iai&s 

3 Petit trçiud. 

4/ Za/iù/s /actite'^/w/e. 

J J^io/e canJauvit /aie matiàe onctuett-ve^. 

6 l'rui id. 

/ (buc/ie di oerre di<i/ic pM ou fioudre trèr/me', 
co//î'el,c/uvniàes,ffarinture c/t cuiore. Jetons. 

â à li. flaco/ui brisés. 
i.S Hise^ c/i tene cnM«jaunàefe, irisé'. 
i6' /.a/npe- en âronxe- À cow de (^^/u^. 
ly Coudte de oe/vejcut/tcttrepUi:, co/J'het; c/iar- 

nié/es en ciUort; ivue ou r/ufiotte c/c oerre . 
ta cl lo. Crains de col/iej;jeto/is, dés. 
2J Hise ai terre cuite rôii^e, hrisé- 

23 et 23. Deujù tu/n^es m terre- cuite-. 

24 yiise- e/v èrofvie cuiec anse^ scu//otée . 
sS Peti/, calice dotU>fe- aoec-^odet. 



2i> et 2/ JJeuj: /iiMtes ituiipis en terre cuite . 

20 l-^se e7i cciiore- d grosse /janse^. 

^ à' Jj. Arrtphore- ou layf/u , deuay autres 

crucAes e/i terre cuite, irisées et d^//erents 

déà/is de poteries. 
03 Coiirde en oerre enyàr/ne- de- grappe-. 
33 ci 33,7fvis prises à o/fra/uies et à àiatioris, 

dont u/i-yrnnd et deux petits. 
3/> G}ucAc de oerre /auneitre pdé-, co/^et'. 
J^ cJ .Sa. J)eu.T pijtuus en te/re- cuitC' 
3ff Tek en terre ctute, irisée' 
4o et- 4"- d)euj>poucÂes eti- terre- noirâtre/ 

42 et 43. ûeuoc- pcuères trv terre- si^iUée'. 
44 /'crraii/es . 

43 Ossements, ceruù-es, co//re/. 

46' 0.!.\c/nentr d'une cAèore^ ou d'un mouton 
4/ iouc/te de oerre Uanc pde , co^et. 



— 125 — 

parfums , les flacons à essences , les vases aux offrandes 
cl aux libations, ou les récipients quelconques dans lesquels, 
selon les rites, on déposait les cendres du défunt, l'eau lus- 
trale, le vin, le miel, le lait, les victuailles, etc.; ces objets-là, 
eussent-ils servi au défunt, étaient placés entiers dans la 
tombe, et les dégradations dont ils ont pu être atteints 
doivent être attribuées à des circonstances tout à fait indé- 
pendantes de la volonté des survivants ; tel a été notamment 
le vase de bronze trouvé à l'endroit n° 24 (pi. ii, ci en re- 
gard), lequel semble avoir été manié et usé par un long 
service. La précieuse fiole trouvée au n° 32 (ihid.), n'aura 
même dû sa conservation qu'à la circonstance d'avoir été 
employée dans les funérailles , circonstance heureuse qui a 
préservé cette fiole du sort de celles dont les quatre coffrets 
(n" 7, 17, 36 et 47, ihid.) contenaient les débris. 

Les fouilles de Fresin, en révélant à la fois ces deux genres 
de destruction, l'un intentionnel, l'autre fortuit, concilient 
deux opinions contradictoires, trop absolues l'une et l'autre, 
qui s'étaient produites à ce sujet, et la distinction qui vient 
d'être proposée permet de faire une juste part à chacune 
d'elles. 

Quant aux travaux des fouilles en eux-mêmes, ils n'ont 
pas produit de dégradation des objets trouvés, sauf toutefois 
pour une petite fiole, toute mignonne, trouvée au n" 4 
(pi. Il), dont le goulot a été brisé par la maladresse d'un 
ouvrier. 

Lorsque fut accompli le travail de recherche des objets 
déposés au fond de la fosse, celle-ci, entièrement déblayée, 
se fit voir telle qu'il y a bien des siècles elle avait été 
creusée. Sauf du côté gauche où il y avait eu un éboule- 



— 124 — 

ment causé peut-être par l'afTaissement des terres d'un 
talus ou de degrés qui auraient existé en cet endroit, les 
parois de la fosse, restées immobiles comme des murs, 
avaient à elles seules supporté le poids du vaste amoncelle- 
mont des terres du tumulus. Et tandis que même la terre 
superposée s'était tassée et durcie, le contenu de la fosse 
était resté meuble en grande partie et se détachait , 
au moindre effort, des parois dénudées où se voyaient 
encore les traces des couches horizontales de cendres. Au 
fond de ce véritable caveau , même dureté que dans les 
parois . la bêche rencontrait une couche de terre blanche. 
Là était la limite du travail des enlbuisseurs anciens : là 
devaient aussi s'arrêter les dé fouisseurs modernes. Les ébou- 
lements et la masse compacte formée par la terre amoncelée 
au fond, sous des piétinements impossibles à éviter, empê- 
chèrent de reconnaître si , comme en d'autres sépultures (i), 
ce fond avait été préalablement battu et damé, point du 
reste peu intéressant. 



Sn. 



Avant d'aborder la description des objets trouvés dans la 
fosse sépulcrale de Fresin, il est utile de former un ensemble 
de quelques points de comparaison , à l'aide de sépultures 



(i) Dans les sépultures des environs de Benaix, M. Joly rapporte que ce 
fond était si dur que k's ouvriers disaient : l.à a existé une rue (daer is eene 
straet fjeioeesf) , comme si le sol s'était tassé sous un passaire continuel (iV<?ss. 
des scienc. hixt., 18i9, p. 208). V. aussi Ah». Soc. archéol. de ^amur, l[, 
p. 62. 



— 125 — 

au fond desquelles on a trouvé des monnaies de la même 
époque ou des objets semblables (i). 

La tombe Hémava (2), aujourd'hui nivelée, était située à* 
quelques minutes des dry tommen ; ce n'est pas, à la vérité, 
une monnaie d'Hadrien qui détermine ré})oque la plus 
ancienne à laquelle elle puisse remonter, mais ce (jui en 
indique le maximum d'antiquité , c'est une monnaie de 
Trajan , prédécesseur de ce prince; d'ailleurs une grande 
similitude existe entre les objets découverts dans cette tombe 
et dans les suivantes, points de repère qu'elle a de commun 
avec celle de Fresin ; enfin une seconde monnaie, de Galba, 
provenant de la tombe Hémava, est antérieure à la monnaie 
de Trajan d'une période analogue, précisément à celle qui 
sépare les dates des deux bronzes de Fresin. 

A Omal, en 1862 (s), à une centaine de mètres des quatre 
tumulus acquis par l'Etat, et dans le sous-sol d'un tertre 
actuellement nivelé, on a exhumé des objets rappelant à la 
fois la tombe de Fresin et la tombe Hémava ; la date approxi- 



(i) « Qu'on nous permette de rappeler quelques trouvailles plus anciennes, il 
est vrai , mais dont le souvenir, évoqué de nouveau, fera mieux apprécier l'im- 
portance et la nécessité d'opérer ces fouilles avec ordre. Le rapprochement avec 
les découvertes récentes conduira peut-être à des inductions curieuses pour l'his- 
toire et la géographie de notre pays. » (M. Pinchart, Notice sur des antiquités 
giillo-roinaines trouvées dans le Hainaut, p. 10; Méin. Acad.roij. de Belg., XXII, 
Savants étrangers.) 

(2) Bull, des Comm. roij. d'Art et d'Archéol, t. I, p. 121. 

(3) M. d'OiREPPE DE BouvETTE, /. cit., pp. 104 et lOo. Ces objets sont déposés 
au Musée de l'Institut archéologique, à Liège. M. Thirion, propriétaire, a bien 
voulu donner à l'auieur de la présente notice, sur tes lieux oii il avait fait la 
découverte, des renseignements d'oii résulte que la direction de la série des 
quatre tombes de l'État et du caveau de huit pieds de profondeur oii se trouvaient 
les objets est exactement la même que celle de l'axe du groupe des tumulus 
ef de la fosse sépulcrale de Fresin. 



— 126 — 

iiiativo do celte sépulture est fixée par la trouvaille, due 
aux fouilles faites par M. Schayes en 1851 dans les tuniulus 
voisins, d'une monnaie d'Hadrien (i), en même temps que 
d'objets en métal blanc pris par l'inventeur pour un alliage 
de cuivre et d'argent, et n'étant sans doute, comme plusieurs 
des objets indiqués ci-ai)rès, qu'un mélange du premier métal 
avec l'étain (2). Les rapprochements à tirer des fouilles 
d'Omal en 1851 et en 1802 ont d'autant plus d'importance 
que Omal, peu éloigné de Fresin, offre aussi un groupe 
de plusieurs tombelles. 

A Thisnes, en 1826, des fouilles ont mis au jour, outre 
plusieurs objets importants comme éléments de rapport, une 
monnaie de Domitien comme à Fresin, et une autre de Tra- 
jan comme dans. la tombe Hémava (3). 

Une sablonnière creusée lors des travaux de la section du 
chemin de fer de Tirlemont à Landen , près du tumulus 
d'Overwinden , sans doute sur l'enqtlacement d'un tumulus 
nivelé, a fourni plusieurs objets se rapprochant des décou- 
vertes de Fresin, mais dont, en l'absence de monnaies, la 
date probable n'a pu être précisée (4). 

Enfin, il n'est pas inutile d'attirer l'attention sur les 
fouilles effectuées en la province de Namur dans les tumulus 



(1) Bull. Acad. roij. de Belg., XVII. 2% p. 5il, et cI'Otreppe, /. cit. p. 46. 

(2) Ces objets ne sont pas inscrits au Calalogue du musée royal d'antiquités, 
par Schayes, bien que ce catalogue ait été publié en 1834 ; M. (I'Otreppe, /. cit., 
p. 46, affirme néanmoins qu'ils sont au Musée, où l'auteur de la présente notice 
les a cherchés sans les trouver. 

(3) Del V.\ux, /. cit.. M, p. 356. 

(i) Ces fouilles n'ont été décrites nulle part au su de l'auteur de la présente 
notice; mais il a appris que jikisieurs des ol).jcts découverts sont entre les mains 
de deux amateurs d'antiquitésà Bruxellesct à Buvingen. 



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— 127 — 

d'Hanrel et do Seron (i) ot dans \o cimetière de Flavion (-2) , 
en Brabant à Schaerl)eek(3), en Angleterre dans les lumulus 
des Bartlow-Hills U), en Normandie dans jilusieurs dos 
sépultures explorées par l'abbéCochet (5), fouilles qui toutes 
ont révélé des monnaies d'Hadrien. 

Voici maintenant la description détaillée des objets décou- 
verts à Fresin. 

A. — Objets de métal. 

I. Grand bassin ovale en bronze (pi. m en regard, n" Ij, 
fortifié en dessous par une armature en deux parties ayant 
chacune la forme d'un fer à cheval, et muni d'un rebord 
ainsi que d'une partie interne simulant un fond concave. 

Ce vase constituait l'urne principale et contenait une forte 
partie de cendres humaines dans le fond concave, au des- 
sous duquel l'on n'a plus rien trouvé , circonstance qui 
avait fait croire d'abord au placement d'un double bord 
et d'un double fond , pour orner , })our renforcer ou 
même pour réparer le vase (car il a été trouvé considérable- 
ment détérioré) ; mais peu à peu l'observation a dégagé 
l'inconnue du problème ; les dégradations ont pu être attri- 
buées, sinon uniquement, au moins en grande partie , au 



(i) Ann. Soc. archéol. de ?iamur, III , p. 393, et, IV, p. -2(.i, touilles dirigées 
par M. DEL Marmoi.. 

(2) Ibid., VII, p. 4 et siiiv., décrites parle même. 

(3) Revue d'hist. et d'archéol. , III, p. 57, et Bull. Acad. rmj. de Belg., 
XXX^ année. 2<' série, XI, p. 501, fouilles opérées par MM. Cuai.on et I.ehon. 

(4) Archoroloqia, revue anglaise d'antiquités, XXIV, p. 1, et XXIX, p. 1 et suiv. 

(5) iVw/w. sont., p. 78; Sépull. gauL. pp. 59 a 67. 



— 128 — 

renvorsemeiit violent du vaso qui était couché sur le côté 
vers l'Ouest. Quant au rebord et au prétendu fond, on est 
parvenu à les rapprocher et à trouver l'endroit précis où 
ils se rejoignaient : nous avions donc une sorte de couvercle 
concave ou convexe selon la manière dont on le posait sur 
le vase; ou mieux encore deux bassins distincts pouvant se 
placer l'un dans l'autre. 

Le grand bassin n'était-il pas im malluvnim ou pclluvium, 
et avant d'être placé dans la terre, n'avait-il pas servi à l'un 
des usages auxquels sont employés nos récipients destinés à 
recevoir les eaux de toilette, ou les vases dits bains de pied ? 

L'abbé Cochet (i) a trouvé un bassin semblable dans un 
cimetière frank en Normandie; les fouilles d'Omal en 1862 
en ont fourni un autre ayant exactement par -dessous la 
même armature en fer à cheval que celui de Fresin. 

IL Deux médailles en bronze (p\. m, n" 2). 

L'une, avec un beau profil, très-reconnaissable, de Domi- 
tien, et l'inscription suivante : imp. caes. (Domit. Aug. 
Germ. (2)), ces. xvi. cens. per. p. p. — Revers fruste. 

L'autre à inscription illisible du côté de la face, où le 
savant numismate M. Piot a recormu le type d'Hadrien. Au 
revers, un génie avec les lettres S. C. 

Ces deux bronzes n'ont pas été trouvés sur place , mais il 



(i) Sépiilt. gnul., p. 176. V. aussi Ann. Soc. archt'ol. de bannir, VII, 
p. 3S5. 

(2) Mots effacés, mais restitués par comparaison, et qui avec le restant don- 
nent la légende: Imperator Cœsar Domitianus Augustus Gennanicus, consul. \VI, 
censor perpeluus, pater palriœ. Au revers se trouvait sans doute la Pallas 
debout , tenant la foudre, le liasf et le bouclier, qu'on retrouve souvent sur les 
bronzes de Domitien de la même époque. (Annales delà Société d'émulation pour 
l'éfiidr de l'histoire des antiquités de la Flandre, VI, T série, p. 418.) 



PI. I\' 

LETffl DE5 COMMISSIONS ROYALES 
D'ART ET D-ARCHÉOLOGIE 





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— {'29 — 

y a presque ceiiilude que la terre et les débris où ils ont été 
découverts provenaient de très-près de l'endroit n" 1 (pi. ii); 
l'analogie confirme cette conclusion : au cimetière de Fla- 
vion, les monnaies, dont plusieurs d'Hadrien, ont toutes, 
sauf dans un cas, été trouvées dans des urnesdegrandedimen- 
sion, et dans la tombe Hémava, les deux monnaies de Galba 
et de Trajan avaient été placées, avec une intention non 
douteuse, à la partie supérieure de l'anse de l'urne princi- 
pale ; cette dernière cii'constance permet même à peu près 
d'afïirmer que les deux bronzes de Fresin furent , lors du 
dépôt des cendres dans la fosse, superposées au large bord 
de l'urne funéraire, d'où le renversement de celle-ci les aura 
fait glisser sur le sol. 

Le xvi^ consulat de Domitien, comme on le sait, corres- 
pond à l'année 92 de l'ère chrétienne, en laquelle ce prince 
eut pour collègue au consulat A. Volusius Saturninus, consul 
pour la seconde fois. Quant au règne d'Hadrien, il a pour 
limites les années 117 et 158. 

ni. Deux buires en bronze, la première à goulot rond, 
et à anse ciselée et sculptée, mais dont le travail est un peu 
effacé à la partie la plus maniable, preuve de frottement et 
par conséquent d'usage avant le dépôt dans la fosse (pi. m, 
jjos 24=» et 24^ et pi. iv en regard, sous plusieurs aspects); 
l'autre à goulot terminé en bec, à anse de fer pour la 
plus grande partie détruite par la rouille, et à panse basse 
et large (pi. m, n° 28). 

A Omal, en 1862, on a trouvé deux vases ressemblant 
fort à ces deux buires ; celle qui correspond au n» 28 
de Fresin a conservé presque intacte son anse; mais en 
revanche celle qui est annalogue au n" 24 a perdu la sienne. 



— 130 — 

En une sépulliire touillée à Poulseur et décrite par le 
docteur Bovy (i) , l'on a également découvert deux vases 
de bronze, dont l'un parait avoir eu delà ressemblance 
avec la buire à panse large (son anse bien conservée a 
permis de reconstituer hypothétiquement l'anse de celle de 
Fresin) ; et dont l'autre est identique de forme avec la buire 
n" 24 , et n'en diffère que par les dessins de l'anse : M. le 
professeur Fuss considérait celle-ci comme un monument 
très-intéressant (:2). 

Dans la buire n" 24, qui a été trouvée couchée sur le flanc, 
s'est tait remarquer un dépôt cristallisé, non encore analysé, 
semblant provenir d'un licjuide autre que l'eau, desséché et 
dénaturé par l'oxyde de cuivre, peut-être d'un parfum (s); 
il est donc à supposer que si l'un des deux objets a servi de 
prœfericidum ou vase lustral (4), c'est plutôt le n" 28. 

La buire n" 24, à laquelle on remarque des traces de 
dorure, est jiarticulièrement intéressante à raison de l'anse. 



(1) Promenades historiques lUins le pays de Liège, par le docteur B..Y, 
II, p. Iu3. 

(•2) Ibid , p. 159; M. Davrelx, de Liège, a ajoute au rapport de M. Fcss, 
sur cet objet, une analyse du métal même des deux buires de Poulseur; d'après 
lui, les vases sont aniboutis(c'est-k-dire battus au marteau pour les rendre con- 
vexes), et les anses ont été coulées, sans préjudice à une ciselure ultérieure. 

1,3) M. Fl'ss, ap. Bovy, Prom. hist., II, p. 139, pense que le vase de Poulseur 
k anse ciselée, pourrait bien avoir contenu un parfum ou un liquide odorilérant; 
cependant il croit plus vraisemblable le dépôt en ce vase de cendres liumaiiies, 
hypothèse contredite par la trouvaille de Fresin. 

(i) V. un prœfericulum au Musée royal d'antiquités (Catalogue de Schaves, 
2"= part, n» :28l); un autre a été décrii dans la i'e\ue Arcliœologiu, XXIX, 
p. i et suiv. V. aussi un vase assez semblaMe au n" 28 par sa |)anse épanouie, 
dans le Bulletiuo archeulogico napolitano, anno VI, tav. V, n" I. D'après 
DE Mo.NTFAUcoN, Suppl., t. Il, p. o9 fct suiv., pi. xiu, XV et x\i, l'ou appelait 
aussi prœfericulum le vase contenanl le vin destiné a être versé dans les 
patères. 



— 131 — 

(•ette partie du vase si soignée \ydv les artistes anciens (i); 
un trident, autuur duquel s'enroule la queue d'un dauphin, 
y surmonte un groupe d'un beau relief représentant un 
vieillard chauve, dont le vêtement foi'me une sorte de 
coHet {'i) et i(ui de la main gauche tient un masque; scénique 
ayant une sorte de bandeau ou de toque, masque qui, dans 
les bas-reliefs et sculptures antiques, est ceku" des vieillards, 
des parasites et des esclaves de Plante et de ïérence (s). 
Les yeux du masque et du vieillard sont incrustés d'ar- 
gent. Il ne faut pas songer, semble-t-il, à chercher, comme 
le professeur Fuss l'a fait pour l'anse de Poulseur, le por- 
trait du défunt parmi les ligures représentées en relief; l'on 
n'aurait guère eu le temps ni les moyens, entre la mort et les 
funérailles, de ciselerun vase à cette intention; puis, sembla- 
ble ciselure faite exprès, n'eût pas porté comme à Fresin de 
traces d'usure : il faut donc ne voir que des sujets de fan- 
taisie dans les détails relatifs à l'art théâtral ou musical 
trouvés à Poulseur et à Fresin. 

La partie supérieure de l'anse de la buire n" 24 est tri- 
digitée; mais les trois doigts qui affectent une disposition 
semblable en bon nombre de vases recueillis dans les Musées 
de Rome et de Naples (4), sont remplacés par un rebord 



(i) A. RiCH, v° Ansa. V. aussi Plin., Hist. nat., XXXIII, 53 et 35, sur 

l'estime oii les anciens tenaient la ciselure et la main-d'œuvre artistique des vases. 

(2) V. dans l'édition de Tertullien, De pallio, par Saumaise, p. 114, diffé- 
rentes observations qui pourront aider à fixer la nature de ce vêtement ; v. aussi 
les ouvrages divers traitant De re vestiaria, par Rubenius. Stephanl's, Fer- 
RARius, etc. D'après DE Montfaucon, III, p. 17, la toge n'avait pas de collet; 
le même, ibid.^ pi. iv, n' 5, donne le dessin d'un vêtement qui en possède un. 

(5) De Berger, Comnientatio de personis, vulyolarvis, seu mascheris, passini. 
V. aussi DE Montfaucon, III, pi. cxlvi. 

(t) De CAYi.rs, Rccneil d'antiquités t'ijyplifniies , élrnsques, ijrecqiies, roiiiai- 



— 132 — 

enroulé sur lui-même el deux ailerons se rattachant au vase, 
forme qui, du reste, se rencontre aussi dans les antiques, 
et qui est celle du vase de Poulseur. 

Le trident à dents carrées se retrouve, mais entre deux 
dauphins, dans un dessin fourni par de Montfaucon (i). 

Quant au groupe, on en voit souvent d'analogues dans les 
camées et sculptures anciennes : c'est tantôt une jeune tille 
regardant en riant le masque tragique sous lequel elle s'est 
fait apj)lau(1ir; tantôt un vieillard revêtu du. pal liuni philo- 
sophique et contemplant le masque d'une jeune tille ; tantôt 
enfin, un sujet en tout semblable à celui du vase de Fresin (2).' 
Mais pourquoi le trident et le dauphin ? 

IV. Petit trépied (pi. m, n" 5) en métal d'apparence 
argentine, mais étant seulement du cuivre étamé, combinai- 
son connue des anciens, aussi bien des Romains que des 
barbares (3). 

On jiourrait être tenté de placer ce trépied comme socle 
sous la lampe sépulcrale ci-après (pi. m , n° 16), groupe 
dont les fouilles de Pompéi (4) ont fourni des échantillons; 
mais plusieurs raisons contrarient cette supposition : la 
différence des matières, des proportions, de la situation dans 



ries, 1, pi €, 11° 1 ; IV, pi. xciii, ii" vin; dk Montfaucon, III, p. Ui et 152, 
pi. Lxxiv et Lxxxiv; Pistoi.kzi, Museo borbonico, III, pi. lxxiv, xciii; IV, pi. vu, 
XLii, II"* I et 4, xMv , i.xxvui; V, pi. xix, xxxvii; VIII . |)1. vu et xxi. 

(1) II, pi. XLIX. 

(2) Jx mascliere sceniclie e le figure comiclie d'unlichi romani, parFitANC. 
de' FicoKONi, j)!. Lxxvi; V. aussi pi. Lxxxii, i.xxxv, etc. 

(ô) Cochet, }\orm. août., p. 80; Schayes , la Belgique, etc. , I, p. 151. 
V. aussi Plin. , Hlst. nat., XXXIV, pp. 20 et48, qui rapporte (iiie les anciens 
recoiivraienl parfois irélaiii leurs vases de cuivre pour en empêcher l'oxydation. 

(4) A. Ricii, p. 102; V. aussi Ann. Soc. ttrclical. ilc yaitiiir, III. ]). Ô1I5, mais 
le trépied y est plus élevé. 



la fosse sépulcrale (voy. pi n), enfin la présence au milieu du 
liodet d'une broche très-reconnaissable, broche qui a même 
dû èlre assez longue, si certain objet enduit de malière 
grasse et pris d'abord pour un clou, était le bout brisé de 
cette broche, retombé, après la brisure, dans le godet où on 
l'a trouvé, et dont la présence en cet endroit serait inexpli- 
cable s'il s'agissait d'un simple clou. 

Cette broche est caractéristique; la lampe sépulcrale, à sa 
partie inférieure , ne présente aucun trou ou écrou où elle 
puisse s'insérer ; elle ne peut donc être autre chose que le 
support d'une de ces chandelles de poix, de cire ou de suif, 
à moelle de jonc en guise de mèche, dont se servaient les 
anciens (i). Or, à Ornai, en 1862, où aucun autre objet de 
luminaire n'a été trouvé dans le caveau, il y avait un trépied 
identique, et M. Thirion, l'inventeur, a déclaré à l'auteur de 
la présente notice avoir parfaitement reconnu autour de la 
broche de ce trépied une matière semblable à du bois brûlé. 
A Hanret, M. del Marmol a également découvert un trépied 
du même genre, avec une broche en son godet, et il n'hésite 
pas à en faire un chandelier (^). 

Nous aurions donc le candelabram liumile dont parle 
Quintihen (3). 

Quant à la forme, le trépied de Fresin l'emporte sur le 
trépied assez grossier de Hanret ; mais quoique plus délicat 



(i) Plin., Hist. nat , XVI, p. 70; Rich, v Candeln. 

(2) Ann. Soc. archéol. de Nai)itii\ II, p. 597. V. aussi au Musée de l'Etat 
un petit trépied-ciiaudelior provenant de la collection de M. Hacemans, et portant 
le n" provisoire 584. 

(5) Inst. orat , VI, p. 36. « Candelabrum a candelariim himine, « dit Pi.in., 
XXXIV, 6. 

9 



que le Irépied d'Onuil, il le cède ;i celui-ci, orne de tèle.s 
de lion, en importance artistique. 

V. Lampe sépulcrale en bronze, dont l'anse est formée par 
un cou de cygne retourné du côtéde la mèche (pi. m, n° 16). 

De Montfaucon (i) et de Caylus (2) donnent l'un et l'autre 
des. dessins de semblables lampes en bronze; d'après le 
second de ces auteurs, le modèle en est celui des lampes 
employées dans les temples d'Apollon, dieu auquel le cygne 
était consacré. 

La lampe n° 16 portait à son bec des traces évidentes de 
la combustion d'une matière huileuse, et il y était resté de 
nombreux iils de la mèche ou ellijchnium (0), dont quelques- 
uns, soumis à l'action du feu, ont laissé après eux une odeur 
de toile brûlée (le « brùlin » de nos anciens briquets). 

Moins crédules que les antiquaires des siècles derniers, 
nous n'avons pas cherché à vérifier si , à l'ouverture de la 
tombe, la lampe encore allumée jetait un dernier éclat (4); 



(i) V. p. 204, pi. cxLi. 

(2) IV, pi. cm, 11° IV. 

(3) La même chose a été observée à Frizet [Bull. Acad. roy. de Belg., X, 1», 
p. 193, notice de M. Borgnet), et cette remarque tranche la discussion, du reste 
bien surannée, entre I.icetus et Vives sur l'existence de cet eUijctimum (v. Fekra- 
Rii's, De velerii»! luceniis sepiilcralibiis, ap. Graev., XII, p. uno) 

(i) Gi iDO Pancikoli, Raccoha brève d'alcune cose plu seijnalate cliebbero gli 
antichi e d'alcune altre trovate du moderni; Lioetus, De luceniis aniiq. recon- 
duis; GuTHEKius, De jure manium; Moresteemis, Pompa feralis seu jusia fune- 
bria velerum, ces deux derniers, ap. Graev., XII, 1248 et 1451 . V. à ce propos 
Fekkarius (a/J eumd. XII, 998 et 1015), et M Galesi.oot (Bull. Acad. roy. de 
Belg., XIV, 1", p. 490). Galliot, qui publia une histoire de A'ainur à la tin du 
siècle passé (1788-1791), raconte encore une fable semblable prétendument 
arrivée en 1641; mais la date du lait eût permis à Galliot de se retrancher 
derrière l'excuse facile de Licetus, qui disait : « Ardentes lucernas nunquam 
vidi, » et qui ajoutait : « sed legi scriptores qui id affirmant multos. » C'est ainsi 
qu'un excès d'érudition a propagé bien des erreurs qui se seraient perpétuées par 



— loi) — 

il nous a suffi de constater la vérité de cette inscription 
antique (i) : ardentem lucernam huic tumulo N. posait; si la 
lampe ne brûlait plus, elle avait brûlé. Il resterait seulement 
à savoir pourquoi , même dans une fosse comme celle de 
Fresin, l'on déposait des lampes sur l'extinction immédiate 
desquelles, lors du comblement, l'on ne pouvait se faire 
aucune illusion; car il ne faut pas songer à soutenir avec 
Licetus qu'on éclairait les tombes pour ne pas laisser les 
défunts dans l'ombi'e, ou, avec un archéologue du xvr' 
siècle (2), que « on baillait aux morts de la lumière, ]jour à 
leur retour et selon leur loy , estre estoffés de tout ; » il est 
même impossible d'accepter, avec d'aucuns, une lueur aussi 
passagère comme un indice de noblesse ou comme un sym- 
bole d'immortalité. La seule raison plausible à donner est 
que l'emploi de lampes allumées dans les sépultures antiques 
était sans doute conforme au rite funèbre, tout comme 
l'usage de cierges dans nos chapelles ardentes et dans nos 
services mortuaires. 

VI. Petit calice du même alliage que le trépied ci-dessus, 
ayant deux parties semblables opposées symétriquement 
l'une à l'autre (pi. III, n^âo). 

De Montfaucon (3) donne le dessin d'une petite coupe 



contagion, de savant, à savant, si l'on ne s'était enfin décidé a prendre i'antiqnité 
sur le l'ait, en se laissant guider désormais par l'observation et non plus unique- 
ment par la tradition. Saumery, Délices du pays de Liège, II, p. 139, n'est pas 
moins crédule que Galliot; mais de Montfaucon, V, p. 215, fit justice de ces 
niaiseries. V. aussi Sch^pflinn, Alsatia illiistrata, p. 514. 

(i) PiTiscus, Lex antiq. loiti., v" Liicenia; Gctherius, cq). Gkaev., X!I 
p. 1248. 

(2) Revue d'hlst. et d'arehéoL, IV, p. 62. 

(3) III, pi. LXXXIII. 



— 156 — 

en verre, pareille ù certains de nos verres à vin du Rhin , 
et ayant comme eux et comme notre n°2o, deux récipients 
pouvant indifféremment servir de pied ou de tète; mais 
ce qui empêche de trouver aucun ra})port entre la coupe 
de de Montfaucon et le calice de Fresin, c'est la présence 
d'un accessoire caractéristique. 

Un petit objet ressemblant à un bout de canne ou de 
flèche avait été trouvé dans la terre extraite du caveau 
sépulcral : cet objet, fort bien conservé, nous intriguait tous 
vivement, lorsqu'une visite au Musée royal d'antiquités 
iburnit la clef du problème. Ce Musée possède trois dou- 
bles calices semblables à celui de Fresin, sinon par leurs 
dimensions un peu moindres, au moins par la l'orme; 
étudiés superficiellement par M. Schayes, ils avaient de sa 
part donné lieu à l'annotation manuscrite suivante : « Petits 
coquetiers pouvant se retourner des deux côtés. » L'au- 
teur, cherchant la justification de cette rubrique, remar- 
qua, dans l'un de ces prétendus coquetiers, un petit godet 
fixe fort gênant pour qui eût voulu y placer un œuf; à ce 
godet , deux onglets de métal de la même forme étaient 
enlevés, juste en face l'un de l'autre; ce n'était pas un 
jeu du hasard , car ils se retrouvèrent identiques au bout 
de canne de Fresin sous la terre dont on le débarrassa, 
et le godet restitué s'adapta dans l'un des calices, au milieu 
duquel on distinguait parfaitement l'endroit d'où il s'était 
détaché. Plus de doute, nous étions en présence d'un brùle- 
parfums antique, et les ouvertures pratiquées au bas du 
godet avaient pour but d'activer la combustion des grains 
de myrrhe, d'encens ou d'autres aromates placés dans la 
cassolette. Aussi l'amiotation de M. Schayes, que lui inspii*a 



— 157 — 

sans doute la vue do certains coquetiers d'argent du dernier 
siècle (i), disparaitra-t-elle du nouveau catalogue, actuelle- 
ment en préparation. 

VII. Deux petits objets ti-ouvés dans la terre extraite du 
caveau. 

L'un de ces objets , en plondj , métal très-])ropre à cet 
usage à raison de sa dillficulté à s'oxyder, était probablemeni 
une spatule ou ligula pour onguents (pi. m, n" 49) ; l'autre, 
en bronze, est sans doute une cuiller du genre de celles 
qu'on nomme cuillers à parfums (^i) (pi. ni, n" 48). 

VIII. Débris en grande quantité de coffrets en bois avec 
garnitures en bronze et poignées du même métal, sauf 
le n° 17 qui est en verre (pi. v ci-après, n"' 7, 17, 36 et 47). 

Ces débris, dont ceux de la plus grande dimension appar- 
tiennent au coffret trouvé à l'endroit n° 47 de la pi. ii, se 
composent de charnières, moraillons, pentures, agrafes 
(pi. V, k, grandeur naturelle, indiquant l'épaisseur des 
parois du coffret), et d'une cinquantaine de clous en cuivre 
de toutes les formes (a, 6, c, d, e, /", plus g en tète ornée, 
ayant constitué sans doute le bouton du milieu de la 
pièce 56). A toutes ces pièces adhéraient encore des 
parcelles de bois devant sans doute à l'oxyde de cuivre 
dont elles sont imprégnées leur conservation après tant 
d'années. 



(i) L'aiiteur eu a vu un à double calice h Monteuakeu , chez M. le uotaire 
GOYENS, bourgmestre, qui a bieu voulu, dès le principe, prêter son concours 
obligeant à l'organisation de nos travaux. 

(2) Ann. Soc. archéol. de Namiir, IV, p. 381 ; Mémoires de la Société histori- 
que et littéraire de Tournai, V, p. 93; A7m. Cercle archéol. de Mous, I, pp. 78 
et 93. Un objet assez semblable de l'orme a (Hr trouvé ;i I.ansaumont (livll. Inst. 
archéol. liégeois, V, p. '237). 



— 158 — 

A chaque coffret ou œrarium correspondait un tas de 
verre pilé et naèlé à une quantité de cendres plus grande 
que partout ailleurs; mais l'on ne peut afiirnier absolu- 
ment que le mélange ait été intentionnel, car il existait 
au fond du caveau, comme on l'a vu plus haut, une 
couche de cendres dans laquelle les coffrets effondrés 
pnr la vétusté ont nécessairement versé leur contenu; 
or, comment aujourd'hui distinguer ces deux sortes de cen- 
dres, si deux sortes ont existé réellement dans et hors les 
coffrets. 

Les sépultures antiques ont lourni parfois des spécimens 
(le l'industrie du temps, analogues aux coffrets de Fresin : 
M. del Marmol a trouvé à Champion une poignée ressem- 
hhint au n" 56 ci - dessus (i) ; MM. de Caumonl (2) et 
Cochet (ô) donnent le dessin de poignées en verre , de 
moraillons en bronze et de garnitures du même métal, 
au\(iuelles comme à Fresin des parcelles de bois, très- 
reconnaissables par leurs libres ligneuses (4), étaient encore 
attachées. 

IX. Quantité considérable de ferrailles dont le poids total 
s'élève à environ dix kilogrammes (pi. v, n"' 44% i'i'' et 45). 

I)i(Mi (|ue, pnr le déplacement, il s(^ soit opéré une certaine 
confusion entre deux am;is distiiicts de ferrailles trouvés 
dîins la tombe, il y a lieu de croire (jue les fragments 44^ et 



(i) Ann. Soc. archéol. de Namur, II, pi. 1, n» 15; v. aussi ibid., III, p. 594-, 
clV, p. 180. 

(2) Abécédaire, etc., p. 60. 

(3) Korm. sont., p. lOîJ. 

(4) CnciiKT, Le tombeau de Chilperic, roi des Francs, restitué à l'aide de 
l'archéologie, p. 59; Sépult. gaul., pp. 45 et 176. V. aussi i4nK. Soc. archéol. 
de Namur, VU, p. .ÏO.") of suiv. 



— 159 — 

/i'4'' proviennent d'un gril (i). Ce gril, qu'on est plus ou 
moins parvenu ;i reconstituer hypothétiquement, nurait-il 
servi à rôtir la chair des victimes inmiolées aux mânes du 
défunt, ou bien à empêcher l'obstruction de la cavité latérale 
paroù la llamme du bûcher prenait son courant d'air? 

A côté de ce gril, se trouvaient les débris d'une caisse plus 
grande que les coffrets n"' 7, 17 et 56, à laquelle on serait 
tenté d'attribuer la sorte de « clichette » (n" /j-o), si celle-ci ne 
portait pas de traces de passage par le feu , mais à laquelle 
appartiennent certainement les grandes pièces i et / ; la forme 
de ces pièces se rapproche de celle de la sica ou supina, dague 
recourbée comme la défense d'un sanglier dont se servaient 
certains gladiateurs (2) ; pourlant un examen attentif a fait 
abandonner l'idée qu'il s'agirait là de pièces d'armes ; des 
fibres ligneuses très-reconnaissables , bien que durcies par 
la rouille, recouvrent ces objets jusqu'à la pointe et sem- 
blent plutôt indiquer l'armature en fer, sous forme de clous 
recourbés de 0'",20 environ de longueur, d'une caisse à 
parois arrondies. A la même caisse appartiendraient aussi 
les autres clous représentés par les lettres m, n, et p , la 
plupart encroûtés de vestiges de bois, comme on en a éga- 
lement trouvé à Thisnes. 

S'il existait des débris d'armes dans la tombe, il faut les 
rechercher plutôt dans les ferrailles passées au feu, car c'était 



(i) Batissier, Hist. de l'art monuni., p. 508, parle de grils trouvés dans les 
sépultures antiques; V. aussi Aim. Soc. archéol. de Namur, II, pp. 6ri et 69, 
pi. 11, n" 9, où un petit gril a été trouvé superposé à un vase de la forme 
dite tèle. 

(2) A. RiCH, v'» Sica et Supina; he MoNTFArcoN, V, pi. cxcvi, d'api'ès un 
bas-relief de la colonne Antonine. 



_ 140 _ 

l'usage chez les anciens de jeter dans le bûcher non-seulement 
les armes du défunt, mais encore celles de ses soldats, et même 
des prisonniers de guerre (i); or, dans la sépulture de Fresin, 
la fusion assez forte pour produire la couche ferrugineuse 
qu'on a cru rencontrer dans le bûcher, et en tout cas assez 
puissante pour souder au fer, soit le fer lui-même (voir 
litt. 771), soit des vitrifications produites par la combustion du 
verre, a nécessairement rendu méconnaissables les armes, 
s'il y en a eu. Un seul objet assez distinct semble avoir 
appartenu à une arme, c'est l'anneau h, qui pourrait avoir* 
servi à contenir soit la douille d'une lance à l'endroit où 
le bois s'y emboîtait (2), soit le bois lui-même s'il s'agissait 
d'un fer y pénétrant à l'aide d'une pointe. 

Les ferrailles trouvées dans presque toutes les sépultures 
antiques ont donné lieu à toutes sortes d'hypothèses ; les uns 
y attachent un sens allégorique (5) ; d'autres y voient ou des 
attaches tenant lieu de fibules (4), ou des clous de bou- 
clier (.')) ou des fragments de mors de chevaux (g) ; d'autres 
supposent que ces clous proviennent des caisses en bois dans 
lesquelles on plaçait les vases sépulcraux (7); et enfin, il en 



(1) V. les auteurs cités par Mohkstellus, ap. Graev, XII, p. 1157. 

(2) Comme on le voit pour certains angons des Franks, Archœologia, XXXVl, 
p. 78, pi. VIII ; Magasin piltoresqiie, 1861, p. 75, et .l««. Soc. arcJu'ol. deNamur, 
VI, p. 356, pi. Il, n»2i. 

(3) Raoi'l-Rochette , Nouveaux Mémoires de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres, xni,p. 785. 

(t) Mess, des scienc. hisl., 1851, p. 55. 

(k) Opinion réfutée par la Revue d'Iiist. et d'archéol., III, p. 56. 

(g) Mess, des scienc. Iiist., 1848, p. 257. 

(7) Renne d'Iiist. et d'arcfiéol., III, \). 56; Cochet, Norm. sont., p. 167; 
De ikUwhswe, Mémoires, p. 450; DeCaumont. (juirs d'antiq. moniint., \1. '256 
et -275. 



— lil — 

est qui, îrouvant des clous jusque dans des vases herméti- 
quement fermés, ou dans des sépultures où évidemment 
les objets fuiKTaires avaient été déposés sur le sol nu sans 
caisses pour les protéger, se refusent à voir dans les ferrailles 
découvertes en de semblables circonstances autre chose 
que les clous de l'espèce de cercueil ou de banc funéraire, 
placé sous le cadavre pendant l'ustion (i). 

A Fresin, il y a lieu de croire que les deux dernières 
destinations ont été remplies à la fois ; car l'on a, comme on 
l'a vu, trouvé des pièces de fer les unes encore entourées de 
bois et par conséquent non soumises au feu , et les autres 
avant subi l'action de la chaleur la plus forte. 

B. — Objets en verre (2). 

1. Six fioles de dimensions diverses, mais toutes à col 
très-allongé relativement au fond (pi. m, n°' 4, 0,6,8, 
9 et 10). 

Ce modèle est assez rare et assez extraordinaire ; l'abbé 
Cochet (ô) en signale néanmoins qu'il a trouvées à Fécamp, 
et que, à cause de leur forme, les ouvriers comparaient à 
des chandeliers; les fouilles faites à Thisnes, en 1826, ont 
de leur côté fourni « une fiole à cou très-allongé , ressem- 
blant parfaitement à une fiole de médecine ; * enfin les 



(i) Me$s. des scienc. hist., 1848, p. 237; Ann. Soc. arcbéol. de yamur, VII, 
p. ôo (fouilles (le Flavion et du cimetière de la Motte-le-Comte, à >'amur, par 
MM. Del Mabmol et Alf. Béûcet). 

Cs) V. plus haut, parmi les garnitures de coffrets, une poignée en verre. 

is) yorm. soiit.. p. 104, V. aussi Sch.cpfu», Mmtia, p. 51.3. 



— 142 ~ 

sépultures de Flavion ont également donné un exemplaire 
se rapprochant du dessin des fioles de Fresin (i). 

Le n° 4- est une toute petite ampoule en verre verdàtre, 
couleur fréquemment observée dans le verre antique (2), et 
due à un excès de jiotasse ou de protoxyde de fer, dont l'argile 
ou lalumine employée à la confection du verre n'avait pas 
été épurée par l'arsenic ou le peroxyde de manganèse (5). 
Cette ampoule, plus exposée à la détérioration à cause de sa 
pelitesse (4), a vu son goulot brisé dans le travail des 
fouilles, et les fragments de ce goulot ont été malheureuse- 
ment égarés. Elle contenait une poudre d'un gris noirâtre, 
soumise à l'analyse par M. Kupfferschlaeger de Liège, et 
décrite par lui en ces termes : « Cette poudre est composée 
d'étain , de plomb et de fer sulfurés ; le sulfure d'étain 
domine; le fer n'y existe qu'en petite quantité. » Semblable 
mélange pourrai!, d'après l'auteur de l'analyse, être la pous- 
sière laissée par des médailles en plomb et étain, avec alliage 
d'un peu de fer, soumises aux émanations sulfureuses qui 
sont fréquentes sous terre; mais ce n'est pas le cas ici, 
car la poudre a été introduite avec intention et même avec 
effort dans la fiole. On en est réduit aux conjectures sur la 
nature de l'objet dont le résidu a été placé dans cette fiole : 
peut-être faut-il y voir quelque chose d'analogue à cette 



(i) V. aussi Archœologia, XXXII, pi. ii, fig. 2. 

(2) Cotigrès scientilique de France , 10^ session, tenu à Arras , II, p. 575 
(Observations de M. Dancoisne sur le verre antique) ; Archœoloçjia, XXV, p. H, 
Batissier, p. 509. Schayes, la Belgique, etc., II, p. 'iOô. 

(3) Dictionnaire denarlsel manufactures. II" vol., 2" part., v» \'erre. 

(i) Souiblablc accident est arrivi'i ii M. .loi.Y, pour une tiolc identique. Mcxi^. 
firx srieuc. Jiiitl., IS.'il, pi. xi, ii" 11, p. i.ïS. 



— 145 — 

poudre de verre qu'on a trouvée dans les coffrets, et dont 
la signification est si problématique. 

Le n° 5 contenait une matière huileuse, non soumise 
à analyse, mais réduite à l'état de cambouis ou d'adipocire, 
et ressemblant assez au contenu de la liole suivante. Il 
s'agira d'examiner ultérieurement si cette matière n'est pas 
un parfum, comme on en a trouvé ailleurs (i). 

Le n'' 6, dont le goulot était brisé au rebord et obstrue par la 
terre, a paru, à raison de cette obstruction, })lus favorable à 
une analyse scientifique. Voici comment M. Kupfferschlaeger 
rend compte de cette opération : « Les plaques soumises à 
l'examen ont une couleur jaune avec quelques taches d'un 
brun violacé; c'est une matière grasse d'origine animale 
composée principalement de graisse colorée par un peu de 
sang altéré. L'examen microscopique n'y a fait découvrir 
aucune trace d'organisation, mais bien des grains de sable 
et des cellules végétales allongées, telles que celles que l'on 
remarque dans des plantes textiles comme le lin et le chan- 
vre. La présence de ces fibres' textiles ferait supposer qu'on 
avait enfermé la matière grasse dans un linge; peut-être 
l'y a-t-on fondue ou brûlée partiellement. » 

La conclusion à tirer de cette analyse échappe encore, à 
moins de voir dans cette graisse mêlée de sang un produit 
de la combustion recueilli sous le bûcher dans un linge ; mais 



{^) V. notamment l'analyse d'un parfum trouvé dans une sépulture de Flavion, 
Ann. Soc. archéol. de Namur, VII, p. 25, et les assertions du narrateur des 
fouilles de Saventhem, édité par la Revue d'hisl. et d'archcoL, IV, p. 59. Le 
contenu d'une des fioles trouvées à Omal en 1862 a été remis ii un chimiste de 
Liège pour être analysé (M. d'Otreppe , /. cit., p. 105); malheureusement, 
ce chimiste vient de mourir (avril lH6ô) sans avoir achevé son travail. V. aussi 
Garius, Columbarium, pp. 11 èt4^9, et M. Fuss,ap. Bow^Prom. hisl.. H, p. 159. 



_ Ui — 

roininent se représenter la possibilité matérielle d'une sembla- 
ble o])éra(ion? Ou bien, aurait-on peut-être mis en pratique 
l'usage défini par ce passage d'une description peu scienti- 
fique, faite au wi" siècle, des fouilles de Saventhem (i) : 
« Selon les histoires et croniques fait ascavoir que les Romains 
et gentilz, en enterrant les corps morts des princes et aultres 
illustres personnes, ils ostoient les yeux, oreilles, nez, lèvres, 
le cœur, la foye et aultres principaux membres, mesmement 
les boyaux, nettoyez et mis ap})oinct ; chacun desdits mem- 
bres se mettoit appart ;... le demeurant se brusioit. » Mais si 
cet usage existait en effet (2), ce qu'il n'a pas été donné à l'au- 
teur de vérifier « dans les histoires et cronicques, » quelle 
partie du corps se résumerait ainsi en graisse et en sang, sans 
trace de cartilage, de fibre ou d'organisation quelconque? 
Le n" 8 et le n° 9, en partie brisés, paraissent avoir été 
déposés vides dans la tombe : si leurs dimensions ne s'opposent 
l)as à ce qu'on les considère comme fioles lacrymaloires (3), 
le \ide apparent d'aujourd'hui pourrait être dû à l'évapo- 
ration du liquide aqueux qu'elles auraient contenu, et ainsi 



(1) Revue d'Iiist. et d'archéoL, IV, p. 0:2. 

(2) Jl y a lieu d'en clouter, car Pline (W/s/. iiat., XI, 71) atlirmequc le cœur 
ne brùlc pas sur le bùdier, quand la personne est morte du poison ou de maladie 
cardiaque, preuve évidente que !e cœur ne se mettait pas à part avant la 
crémation. Le même cite aussi VII, p. 55, des exemples d'individus sortis de 
léthargie sur le bûcher. 

(3) Il semble que cette expression devrait être réservée aux tout petits vases 
de verre, comme notre n» 4. Cependant on voit le nom d'urnes lacrymales donné 
à des flacons de toutes les tailles et de toutes les formes : hexagones, carrés, etc. 
{Bull. Acad. roij. de lielg., XIV, 2^ 26C), et jusqu'à des vases de poterie (Mess. 
des scierie. Itist., 1855, p. 503 ; Ann. Soc. archéol. de JSamur, IV, p. 89 et suiv., 
.\nn. Cercle archéol. de Mons, I,p. 9"2. V. sur les Uoles lacrymales, de Caylus, 
ni- MoNTKALcoN, CocHET, pass'iiii , l't unc disserlation spéciale Dr rasis.... 
pli/alh larrnwfilorjif.., etc., ii;ii' de la Chaissi;, np. Gkaev., \II, p. !);)5. 



— 14o — 

se trouverait résolue, contre M. Roulez, la question de l'exis- 
tence dans les tombes antiques de vases recelant de véritables 
larmes, question dont il fait dépendre la solution de la cir- 
constance suivanle : « Il pourrait être utile de constater si 
partout où l'on découvre des vases ayant inconlestablenient 
contenu des parfums, on ne remarque pas également l'ab- 
sence de lacrymatoire, c'est-à-dire de vases qui, dans mon 
opinion, servaient au même usage (i). » Au surplus, la 
découverte dans le Luxembourg d'une liole hermétiquement 
fermée et contenant un liquide de même nature que les 
larmes (2), ôte une partie de son intérêt à la preuve nouvelle 
que l'on pourrait tirer des fouilles de Fresin. 

Le n" 10, de même forme mais de dimensions beaucoup 
})lus fortes que les précédentes fioles, contenait au fond 
un sédiment rougeâtre, brillant et irisé, où l'on a cru 
reconnaître un dépôt de lie de vin déjà signalé dans leurs 
fouilles par MM. Joly et Del Marmol (3). Ce sédiment, sou- 
mis à l'analyse par M. Kupfferschlaeger, a été reconnu par 
lui comme composé de petites paillettes blanches très-fines 
en silice, provenant de l'écaillement intérieur de la fiole 
corrodée à la longue par un liquide comme le vin, le lait, 
le miel ou les essences, toutes matières qui, en s'acidifiant, 
ont pu acquérir une grande force dissolvante ; car le verre 
ancien sedévilrifie, se désagrège, s'altère, se gerce et s'exfolie 
beaucoup plus facilement que le verre moderne (4). A s'en 



(i) Bull Acad. roij. deBelg., V, p. 315. 
(î) IMd.,\\, 2", pp. 422 et 428. 

(5) Mess, des scienc. hist., 1815, p. 425, et 1848, p. 250; Ann. Soc. archéol. 
de Namur, VI, p. 552. V. aussi B.\tissieu, Hist. de l'art monum., p. 509. 
(4) Bull, de rinst. archéol. liéfj.. Il, p 485; Revue d'hist. el d'archi'ol, Kl, 



— 14() — 

rapporter à la nuance rougeàtre de l'irisation , il y aurait 
lieu de supposer que le liquide contenu par ce flacon a été 
du vin. 

II. Plusieurs flacons de différentes formes (voy. pi. m, 
n"' 11, 12% 12'', 13 et U) , trouvés en pièces, mais dont 
la brisure, comme celle de (pielques-uns des précédentes , 
est tout à fait accidentelle, à la différence du verre concassé 
et pilé trouvé dans les colfrets. 

Jusqu'à présent les flacons n"' 12' et lô sont seuls ai'j-i- 
vés à un degré suffisant de restauration |)our permettre d'en 
reconnaitre la forme : l'un est une délicieuse ampoule glo- 
bulaire en verre blanc ligné (vase à eau lustrale); l'autre est 
un flacon en verre blanc un peu mat, à quatre faces bosse- 
lées ou à fossettes comme on en a fréquemment trouvé clans 
les sépultures antiques (i), notamment à Ornai, en 1862 (2). 

Les ampoules M et 14 ont été reconstituées par hypo- 
thèse, d'après les indications un peu vagues encore des 
débris rajustés jusqu'à présent; mais il y a espoir qu'une 
reconstitution plus positive sortira du travail patient et minu- 
tieux auquel se livre M. Van Hamont lils, digne émule d(,' 
M. Lim(!lelte, de Namur, à qui le Musée de cette ville 
doit de si parfaites restaurations des objets les plus déhcats. 



p. S8 (articles de MM. Hacemans et Lehon). V. aussi les observations de M. Dan- 
coism:, au coiigi-ès d'Arras, citées ci-dessus ; l'iiblicalions de la Société pour 
la recherche et la conservation des momunenis historiques du Grand-Duché de 
Luxembourg , 18W, pp. 59 et Gi. [Considérations sur la fabrication du verre 
chez les anciens.) 

(i) Cochet, ISornt. sont., pi. vi, et Séiiult. ijaul., p. (JO; Ann. Soc. 
archéol. de ^'aniar, IV, pi. i, ii" 10; VI, p. 5j"2 ; Arcliœoloijia ., XXXV, pi. m, 
ri" 6 et 10. 

(î) Ce vase, qui est au Musée de Liège, se distingue en outre par quelques 
moulures. V. d'OiREPPE, /. cit., p. iOi. 



— 147 — 

Le seul objel 1*2^ sorte de racine d'anse, ne se rapporte 
à aucun fragment qui puisse le compléter; mais il y a lieu 
de supposer qu'il appartient au vase n" 11 . 

III. Petite amphore en verre violet, représentant une 
grappe de raisin mûr (pi. m, n" 52). 

Qu'on permette de donner ici la description charmante 
et exacte de cet objet par M. Nestor Considérant (\) : « Le 
joyau par excellence de cette admirable collection est une 
coupe d'un verre rouge violet, transparente et aussi intacte 
que si elle venait de sortir des mains de l'ouvrier. Le col, 
très-mignon, est rattaché à la coupe par deux anses si 
déliées qu'on craint de les briser en y touchant, et qui figu- 
rent deux ceps de vigne. Le corps de la coupe représente 
une grappe de i-aisin dont tous les grains, régulièrement 
formés par les mille convexités du verre, sont groupés avec 
une appétissante vérité; à boire là-dedans, l'illusion était 
complète; on devait croire à la réalité de la fable des bac- 
chantes, pressant de la main dans la bouche les dons savou- 
reux de leur dieu. Mythologie à part, l'objet est des plus 
précieux et des plus rares; un de nos compagnons qui a 
récemment visité le musée Gampana , nous a assuré n'y avoir 
rien vu d'aussi beau et d'une conservation aussi parfaite. » 

M. Hagemans a bien voulu permettre d'extrai]"e d'un 
sien ouvrage en publication (2), le passage suivant du cha- 



(i) Feuilleton de l'Indépendance belge du 30 octobre 1862, consacré aux 
fouilles de Fresin. La valeur de celle tiole, unique dans son genre, croit-on, a été 
lixéc par des coiinaisseurs à cinq ou six mille francs au moins, et l'on estime même 
(lu'elle atteindrait un prix de beaucoup supérieur, si elle était livrée à Paris a la 
chaleur des enchères publiques. 

(-2) Un cabinet d'amateur, p. 461. V. l'introduclion de cet ouvrage dans 
lu II"-' vol. du Bull, de l'înst. archéoL Hécjeois. 



— 1/^8 — 

pilrc rokUif à In verrerie des anciens : « Vous trouverez 
dans les Musées, dit-il, des coupes admirablement gravées, 
ornées d'animaux, de fleurs, de fruits; vous en verrez imitant 
ces fleurs, ces fruits dans leurs formes et leurs couleurs 
naturelles, rappelant le cratère de cristal de roche décrit par 
Achilles Tatius (i), avec des raisins qui semblent mûrir à 
mesure (|u'on y verse le vin. » 



(i) Romancier grec d'Alexandrie qui, vers la fin du III* siècle, écrivit les 
AuKiurs de Clitoplion et de Leucippe. » Voici la version par Du Perron di: 
Castera {Bibl. des romans grecs, trad. en français), du passage signalé par 
M. Hagemans : (I Mon père me lit boire dans un vase destiné aux libations 
de Baccluis et travaillé par le célèbre Glaucus de Scio; il était de cristal ciselé; 
une treille qui semblait avoir pris naissance dans le fond, serpentait jusqu'au 
bord qu'elle couronnait de ses feuillages. Le pam|>re était entremêlé de grappes 
qui paraissaient vertes lorsque la coupe était vide, et mûres lorsqu'on la rem- 
plissait de vin : au milieu de cet agréable relief, l'art avait représenté Bacchus 
qui cultivait le vigne. » M. Hagemans, dans une lettre spéciale, signale les 
différences entre la coupe de Tatius et celle du tunuilus de Fresin : « Celle-là, 
dit-il, représente une treille tout entière, et était probablement incolore ou de 
cette nuance verdàtre des verres anciens qui n'étaient jamais très-blancs; celle- 
ci est, au contraire, pour mieux imiter le fruit de cette belle teinte pourprée qui 
avait fait la réputation des coupes lesbiennes, n D'après Straron, liv. XVI, en 
Egypte seulement se trouvait la matière sans laquelle ne pouvait s'obtenir la 
coloi'ation du verre, estimée comme du plus grand prix par les anciens. V. lîu- 
i-ENGERi, De conviviis, p. 266. C'est là sans doute (en supposant qu'il s'agit de 
vases de vei're et non de cristal), ce qui fit considérer le don de calices crislallini 
alexanUrini (Jul. Capitol., iu Ail. Ver.,\) connue un cadeau d'un luxe exorbi- 
tant. 

V. au surplus sur la fabrication du verre antique, Pi.in., Hisl. nat., XXXVI, 67, 
et XXXVII, 10, et un mémoire de M. Deville , Edumen de detijc passages 
de Pline, relalif's ù l'art de la verrerie, dans les Mémoires de la Société des 
Antiquaires de Normandie, IV, 2'^ série. 

Virgile, dans sa troisième églogue, donne la description d'un vase |>roposé 
connue prix du ciiant, et, quoifiuc (riiric autre matière, se rappriicliaiit de 
celui de Tatius : 

... l'oriila |ioiiaiii 
Fagiiia ciL'Ialiim diviiii opis .\li'iniP(lniilis, 
Lcnta qiiiliiis tonio f.itili supeiaddila \iti« 
Diiriisos licitpia veslit [laUc'iite cciivinbos. 



— 149 — 

La parfiiilc conservation de ce délicat objet eu verre qui a 
l)ravé les outrages du temps, tandis que tant de vases en 
métal et en terre cuite sont tombés en débris, rappelle l'ex- 
clamation de rai)bé Cocbet, à propos d'une ampoule de verre 
représentant également un fruit, un petit vase pyi'iforme, 
trouvé par lui en Normandie (i) : « La l'raicheur et la con- 
servation de cette pièce antique, dit-il, ont quelque chose de 
si prodigieux que, à l'inspection, on ne s'imaginerait pas 
{{u'elle a seize à dix-sept cents ans. On la croirait plutôt 
achetée récemment dans un bazar de Rouen ou de Paris. 
J'avoue que, pour mon compte, je ne l'aurais jamais crue 
ancienne, si je ne l'avais déterrée de mes propres mains. » 

Quel n'eût pas été l'enthousiasme de cet archéologue à la 
vue de la délicieuse grappe de Fresin : à côté de celle-ci, le 
délicat pot au lait trouvé a Schaerbeek (^) et déposé au Musée 
d'antiquités de Bruxelles, perd lui-même de l'importance (|iii 
y avait été si justement attachée jusqu'ici. 

La poire de l'abbé Cochet fut trouvée par lui reniplie 
d'une liqueur grasse et onctueuse ; la grappe de Fresin , 
renversée , contenait seulement quelques llocons d'une 
matière noirâtre qui fut soumise à l'analyse par M. Kupffer- 
schlaeger. Voici conmient celui-ci déci'it le dépôt : 
« L'examen microscopique de ces petits morceaux, d'une 
couleur brune noirâtre, à cassure brillante ou résinoïde, ac- 
compagnés de quelques filaments bruns, y a fait reconnaitre 
la présence de débris d'insectes, tels que vers et moucherons 
empâtés dans ce dépôt. L'analyse chimique est parvenue à 



(i) Norm. sont., pi. I, n" -41, pp. 70 et 195. 

(•2) Bull. Acail. roij. de Belq., W\^ année, a*" si^rie, XI, p. 50i . 

10 



— KiO — 

grand' peine à cunslater que ce dépôt était du sang desséché 
presque au point d'être carbonisé, par conséquent du sang 
à peu près complètement décomposé et désorganisé par un 
temps extrêmement long, et par une chaleur lente, peu vive, 
puisque les squelettes des insectes étaient encore visibles 
et pas entièrement détruits. » 

La présence de lioles contenant du sang humain est 
presque généralement considérée comme un indice de sé- 
pulture chrétienne (i) ; cependant l'on en cite des exem- 
ples (2) dans les sépultures païennes, et l'analyse qui vient 
d'être reproduite tend à en augmenter la série : les chrétiens 
auraient-ils emprunté cet usage aux païens ? Quoi (ju'il en 
soit, tout en laissant du doute planer sur la destinalion de 
cette liole, il est impossible de ne pas faire remarquer un 
rapprochement entre elle et cette autre fiole où l'on a trouvé 
de la graisse colorée par un peu de sang. 

La grappe de raisin des dry tommen a-t-elle servi anté- 
rieurement de vase à boire ou de gourde? Sa forme, qui sem- 
ble disposée pour le passage d'une courroie ou autre ligature 
à travers les deux anses, pourrait faire croire à la seconde 
hypothèse ; en outre, il est impossible de la maintenir debout 
comme un verre de table. Cependant est-il bien probable 
ipi'on ait fait usage comme gourde d'un vase (jui , s'il a été 
conservé intact par un hasard merveilhnix, n'en est pas moins 

(1) Fabretti, /«SC/7J3/., cà\). VIII, p. 5oo, et autres écrivains cités par 
l'auteur d'une notice publiée clans les Anu. de la Soc. d'émiilalion pour l'élude de 
l'hisl. et des antiq. des Flandres, VII, -2'' série, 1849, p. 57. D'après Arrighi, 
lioma sublerranea, l'on avait de nos jours découvert dans les catacombes des 
lioles contenant du sang encore li(iuide, Bull. Acad. roy. de liehj., X, i°, 
p. 195. 

(•2) KiKCHMANN, De /uiicribus, pp. 187 et 492; Scii.ti'FLi.NN , Alsnfia, p. îilO. 



— loi — 

d'une délicatesse et d'une fragilité extrême? En outre, l'on 
sait que pour les nombreux vases à boire, dénués de pieds, 
dont se servaient les anciens, on avait introduit la mode 
d'un petit nioid)le dit apotheca sur lequel on les établis- 
sait (i). Resterait toujours à savoir pourquoi les deux anses? 
-~ Autour de ces anses se voient des filaments de verre, 
très-ténus, dus sans doute (à la fusion opérée à l'aide du 
clialunK'au , et l'on comprendrait diflicilement comment la 
soudure des anses au vase aurait pu être opérée, sinon à 
l'aide de cet instrument. Il semble même que les grains de 
raisin , qui tous ont une concavité interne répondant 
à leur convexité extérieure , ont exigé l'emploi du cha- 
lumeau, soit pour être i-ejointoyés, soit peut-être même pour 
recevoir leur forme; le simple moulage, en effet, n'eùt-il 
pas, en laissant les ])ar(>is de la liole tout à fait unies à l'inté- 
rieur, nui à la transparence à raison de l'inégalité d'épais- 
seur des grains? Il a donc fallu, poui- ainsi dire, (pie cha(|uc 
grain fût soufflé à part. 

Si ces observations énoncées par des persomies })lus com- 
pétentes sur la matière que l'auteur de la présente notice 
sont fondées, il en résultera une preuve de plus (2) que 
l'usage du chalumeau est antérieur au xviu' siècle, où, 

(1) L'auteur doit ce renseignement à l'obligeance de M. Hagemans. Voici, à 
cet égai'd, ce que contiendi'a son Cabinet (rAiitiquitt's, p. 460 : « L'apotheca 
était, à vrai dire, une chambre placée dans la partie supérieure de la maison, au- 
dessus du fumarium, et où l'on gardait des amphores en terre cuite remplies 
d'un vin que le passage de la fumée à ti'avers la place devait, selon les anciens, 
bonifier. Le petit meuble dont nous parlons prit son nom des espèces de 
chantiers à ouvertures qui servaient à contenir les amphores dans ce grenier 
a vin. » 

(2) En voir un autre cité par M. Hoclez, Bull. Acud. roij. de BeUj., XX, 2°, 
p. 422. 



— 152 — 

selon quelques-uns (i), Antoine Swal) en ;i l'ait l'invention, 
et qu'il remonte à la plus haute aiiliquilé (2). On sait en 
effet, i)ar la chronique d'Eusèbc de Gésarée, que Glaucus 
de Scio, à (jui Achilles Tatius attribue la confection du 
vase de verre décrit ] ta r lui, est considéré comme ayant 
inventé l'art de souder le 1er; cet artiste aura, selon toute 
vraisemblance, été conduit d'une idée à l'autre par les mêmes 
moyens : habitué à travailler le verre non-seulement au rouet, 
mais encore au chalumeau , il aura employé celui-ci pour 
ouvrer le fer. Ce ne sera pas la première fois, comme le dit 
M. Roulez, que les faits archéologiques suppléeront au 
silence des textes, et, ajoutera-t-on ici, redresseront des 
erreurs trop répandues. 

C. — Poteries. 

1. Quatre lampes sépulcrales en terre cuite (pi. v en regard, 
n'" 22, 25, 26, 27), très-ressemblantes à celle qu'on a trouvée 
dans la tombe Hémava et dans la sépulture d'Overwinden (3). 

Elles diffèrent entre elles de grandeur, mais non de forme, 
et à la différence de la lampe de bronze (pi. m, n" IG), 
aucune ne semble avoir été allumée : l'une d'elles, à l'inté- 
rieur, laisse encore apercevoir une plaque blanchâtre, défaut 
de fabrication qui eût été dissimulé par l'usage. 

La trouvaille de plusieurs lampes dans le même sépulcre 
n'est pas un fait extraordinaire (4), mais n'en est pas plus 



(i) Diclionnaire de la Conversation, v° Chuliimcan. 

(2) Magasin pilloresque, 18G1, p. 5:22. 

(7.) Voir aussi Ann. Soc. ardiéol. de Affww/-, IF, |ii. m, n" l(i, et Archœologia, 

XXXll, pi. Il, fig. i». 

(4) Del Vaux, /. cil. (Inuilics de 'liiisiii'sj, 11, p. 550. 




PL.V 



T G-er^ri del 



BULLETIN DES COMM^ ROYALES D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE 




Fijabc dcf Jk Jnndfur naturtDf rij.17.31 36*5 46 « h. moiuc d 



Le rcsif au 1i d'etrculum, laiil' 31' qui csl rédm» lu 'i 



explicable : poiii'(iuui ces lampes non allumées ni même 
préparées , et placées quelquefois l'une sur l'autre ou l'une 
dans l'autre (i)? Mettait-on à la disposition du défunt des 
lampes de rechange destinées à être alimentées par lui à 
l'aide de la cruclic à huile trouvée également dans plusieurs 
sépultures (2)? 

il. Cruche en terre à bec trétlé par un pincement opéré 
avant ou pendant la cuite, de manière à former deux ouvei-- 
tures, l'une grande pour l'introduction du liquide dans la 
cruche, l'autre toute petite et circulaire pour le passage du 
liquide versé dehors goutte à goutte (pi. v, n" 21). 

Nombreuses sont les cruches de cette forme, mais de 
matières et de dimensions bien diverses , trouvées dans les 
sépultures antiques (5). On n'est pas d'accord sur leur 
destination : tel échantillon, à la vérité très-petit, a été ap- 
pelé urne lacrymale (4) ; tel autre en bronze a été considéré 
comme un prœfericulum ou vase lustral; bien que le yullus 
ou lecythus dont on se servait pour verser dans les patères le 
vin des libations, fût généralement en corne ou en verre (3), 
il semble difficile de ne pas trouver un rapport sensible entre 
le nom de guttus et la disposition toute spéciale du goulot. 



(1) Ann. Soc. archéol. de Namur, IV, p. :2I. 

(2) Ibid., p. 23; voir aussi II, p. 68. 

(:>) V. iiotaniment Cochet, Nonn. sont., p. 59, pi. 11, n" 5i, pi. m, 11" 9, et 
Sépiilt. gaiil , p. il; Ann. Soc. archéol. de Namur, II, pp. 64, 68, 69, et. 
pi. 1 , 11" 4 ; pi. II, 11" 5 et 10 ; IV, p. 16, n" 6 et 17 ; VI, p. 531 ; Mess, des scienc. 
Itisf., 1848, p. 595, et pi. XIII, n^ 5. V. aussi ScnK\z$,Catalogne, etc., 2« part. 
Il" 76, et Pnblicat. Soc. de Luxembourg, 1845, pi. iv, n"" vu, xii et xvii ; 1849, 
pi. II, n" 4; pi. III, n"' 16 et suiv. 

(•i) Mess, des scienc. hist., 1848, p. 595, pi. xiii, n" 5. 

(r>) A. RicH, V" Guttus et Epichysis V. aussi Pitiscls, Leile. antiq. nmi., 
V" Guttus. 



— 154 — 

III. Plusieurs autres cruches ou débris de cruches 
distinctes (pi. v, ir 20, 50, 51% 51'', 51% 51'^). 

Le 11° 51" est une cruche en terre grise, ayant la forme 
signalée comme rare (i), et assignée par Rich (2) à la lagena, 
qui, d'après lui, diffère de l'amphore, de la diota et de Vojra, 
par un j)ied sur lequel elle peut se tenii' droit (3), tandis que 
les autres, également à deux anses (4), mais terminées en 
pointe, devaient ou être appuyées soit contre un mur, soit 
sur un support, ou être enfoncées dans le sol ; elle diffère de 
l'urne à voter dans les comices (5), en ce que celle-ci était 
ovoïde et avait les anses plus proéminentes; enfin elle diffère 
de ce que rabl)é Cochet appelle lagène (e) , en ce que celle-ci 
a un goulot à deux phalanges, comme les deux cruches 
n"' 29 et 50, et n'a pas deux anses ; M. Joly, de son côté, de 
même que M. Schayes, ne donne qu'une anse à la 
lagène (7). 

La lagène de Fresin, si lagène y a, est plus élégante 
qu'aucune de celles qu'on! tj'ouvées dans notre pays 
le chanoine de Bast en plusieurs endroits (s) et M. del 



(i) Ann. Soc. archéol. de Namur, VII, p. 415. On en a trouvé une seule de 
ceUe forme dans le vaslc cimetière de Fiavion, ibid., VII, p. 15. 

(2) V's Lagena et Diola. 

(3) Les Ann. Soc. archéol. de ^amiir, II, ji. 25, |)l. 11. n" :2, et IV, p. 92, 
pi. I, litt. F, appellent cependant anipliore nn vase seiiililablo ii noire laiîène. 
V. aussi VII, p. 15, pi. n, n" 7. 

(i) Malgré lY'tymologie, Pniscus, v» Ampliora, Schavks, Revue d'Iiist. cl 
d'archéol., I, p. 550, Bull, de VAcad. roij. de lielg., XIV, 2", p. 2G6, et 
Cochet, Sépull. gauL, p. 5it, parlent d'anipiioirs à une anse. 

(s) A. RiCH, v" Urna. 

(e) Norm. sont., pi. vi, lig. 10. 

(7) Mess, des scienc. hisl., 18 58, p. 587, Sciiayks, Catalogue, etc., 2'- part., 
Il"' Mi à 125, et 257-258. 

(s) liecuril d'aulUiuités romaines cl gauloises trouvées dans les Flandres, 



— loo — 

Marmol h Champion. Celui-ci croit pouvoir assigner aux 
siennes la destination cle cruche à Iniile, à raison d'une 
expérience intéressante faite par lui au moment de la décou- 
verte : un bâton frotté au fond du vase laissa sur du papier 
une trace huileuse (i). Bien que la présence d'huile n'ait 
pas été reconnue dans la lagène de Fresin, dont les débris 
étaient épars, il n'est pas impossible qu'elle ait eu la même 
destination; car autant qu'il a été donné de le constater, 
cette cruche était placée , comme celle de Champion , à 
l'Est de la partie inférieure du caveau , et non loin des 
lampes sépulcrales. 

Les deux cruches n"' 29 et 50 ont un goulot se divisant 
en deux phalanges dont l'inférieure se rattache à l'anse; la 
seconde cruche est, sauf une légère différence à l'orifice du 
goulot, la réduction exacte de la première. 

Des cruches semblables, mais de dimensions différentes, 
existent, au Musée d'antiquités de Bruxelles (2), et l'on 
en a découvert en grand nombre dans les sépultures 
antiques (0), ayant même jusqu'à trois phalanges au 



pl. XIV, n" 15, et pi. XV, 11"' 1 et 5. V. aussi Leemans, Romeiusche otidheden 
te MaestricM, pl. v, n" 58 , et Public. Soc- de Luxembourg, 18i5 , pl. iv, n" vm; 
cette Revue donne même une semblable lagène à quatre anses dont les plans 
se coupent à angle droit, deux par deux, ibid., n" vu. 

(i) Ann. Soc. archéoL de Namur, II, p.25, pl.ii, n°2, IV, p.25et VII,p.2o8. 

(2) Entre autres un vase indiqué sous le nom de potiche aux n"' 261 à 2G5 du 
Catalogue de Schayes. 

(r>) Cochet, Sêpult. gaul., p. 60; Ami. Soc. archéol. de Aamur, II, pl. 11, 
n"' 5 et 22 ; VII, p. 50, pl. 11, n" 5; Revue d'hist. et d'archéoL, t. III, p. 54, 
n" 4, Lettres sur des antiquités trouvées à Fetuy et aux environs (extr. des 
Ann. Cercle archéol. de Mous), par le docteur Norbert Ci.oquet, pl. i , n" 10. 
V. aussi Bull.de Vlnstif. archéol. liég., V, p. 217; Archœologia , XXXV, p. 96, 

pl. III, n" 1 ; DE MONTFAICON, III, ]»1. I.XXVII. 



— 156 — 

goulot (i), exagération d'élégance qui se rapporte évidem- 
ment à une époque de décadence artistique. 

Le n° 31'' est une grande cruche en poterie commune 
dont l'anse se rattache directement à un goulot assez large; 
ce vase est une sorte de capis (2) , pot à vin à une seule anse, 
forme très-simple qui resta employée longtemps dans les 
cérémonies religieuses , parce que les vases de terre étaient 
à la fois considérés comme plus durables et plus purs (inno- 
centiora) que les vases en métaux précieux (s). 

Les n"^ 31 "^ et 31'' sont des fragments encore incomplets 
de deux autres vases : un débris de goulot et un autre 
de fond. 

IV. Cinq vases (4) en terre noirâtre ou bistrée, dont un 
plus grand et quatre plus petits, affectant la forme d'urnes 
ou de gobelets plus renflés à la panse et plus étroits au col 
(pi. V, n"' 53, 34, 35, 40 et 41). 

Des cendres gisaient au fond du grand vase n" 33 et d'un 
des petits vases 34-35; mais il n'est pas imj)Ossible qu'elles 



(i) Ann. Soc. archéol. de iSaiiiur, VII, p. ôo, pi. ii, n" J. 

(2) A. RiCH, v" ce mot. V. un vase ayant assez de ressemiilancc avec le 
n" Sib, Public. Soc. de Luxembourg, 1859, pi. v, n° 2. 

(3) Plin., Hist. nat.., XXXV, 46. V. des vases d'une disposilhin à peu i)rès 
identique : Revue d'hist. et d'archéol'., III, p. 54, n" 5 ; Ann. Soc. archéol. de 
Namur, VII, pi., 11, n° 9; Cochet, Sépult. gauL, p. 59 et 60; Leemans, 
/. cit., pi. V, n" 59. 

(i) On évite de se servir ici du nidl policlu: |)arci' (iiie, loin de correspondre a 
un terme de la céramique ancienne, il n'est pas même admis par le Dict. de 
IWcadémie ni par le Supplément; en outre , si tenté que l'on puisse être 
d'emprunter aux arcliéoloi-Mics distingués de Namur une expression appliquée 
par eux à des vases semblables {Ann. Soc. archéol. de Namur, II, pi. i, n"' 1 J 
et i-l, et p. 63; V. aussi Mess, des scienc. hist., 1844, p. 525, et 18i5, pp. 98, 
100, MO et 1 18), l'usage n'est pas assez général à cet égard pour s'imposer, car 
le Catalogue du Musée royal d'antiquités, par Schayes, donne le nom de potiche 
a une crucjic du genre de uns n"' 20 et 50, V. p. 154, note 2. 



— \:n — 

y soient descendues par suite de l'aflaissement des couches 
supérieures. 

L'une des petites urnes 54-5o laisse voir à sa partie interne 
un défaut de fabrication semblable à celui qui a été remar- 
qué à l'une des lampes, comme si une feuille adhérant à la 
paroi n'avait été enlevée qu'après la cuite ou l'application de 
l'enduit : ce vase était donc neuf au moment où il a été placé 
dans le caveau. 

L'abbé Cochet croit que la forme du grand vase n° 35 
est celle des vases aux offrandes, et la forme des plus petits 
celle des vases aux libations (i). M. Janssens, conservateur 
du Musée de Leyde (2), donne à des vases semblables à ces 
derniers le nom de zalf-potjes (pots à onguent) ; mais c'est là 
plutôt une comparaison qu'une attribution; cependant les 
d(;ux petites urnes n"' 40 et 41 , de même, au sur])lus, qu(^ 
le grand vase n" 33 , sont parsemés à l'extérieur de grains 
de sable, comme pour les empêcher de glisser dans la main, 
caractère que les archéologues croient pouvoir assigner aux 
récipients destinés aux matières grasses , comme huiles 
ou onguents (3). 

Des vases semblables ont été trouvés dans plusieurs sépul- 
tures anciennes fouillées en Belgique (4). 



(i) Norm. sont., pi. vi ; Sépidt. gauL, p. iô. 

(•2) Gedenkleekenen der Germanen en Romeyiieii arti den liiiker oerer van den 
^eder-Ryn, pass'im. 

(3) MM. JoLY, Antiquités celto-germaniques et gallo-romaines, tromées sur le 
territoire de Benaix, p. 49.; del Mahmol, Ann. Soc. archéol. de Naniur, IV, 
p. 22, et ScHAYKs, Bull. Acad. roy. de Belg., XIH, 2», p. 196. V. aussi De 
Bast, Becueil d'antiquités, pi. ix, tig. 10; Janssen, Gedenkleekenen, pi. m, fig. 10; 
pi. XVII, fig. 6. 

(i) Ann. Soc. archéol. de ISainur, II, p. 68, pi. i, n"" i et 12, Bull. .\cad. 
roy. de Belg., xxx*" année, 2'= série, XI, p. ôOl. 



— 158 — 

V. Deux patines en terre rouge découvertes près de l'ori- 
fice de la grande urne n" 35 qui était renversée, et à laquelle 
elles pourraient bien avoir été superposées (pi. v, n"' 57 
et 58). 

Ces patines, en l'absence de toutes poteries sigillées plus 
particulièrement destinées à cet usage, ont sans doute servi 
à contenir des aliments solides avec sauce (i). 

Un objet semblable, mais en terre grise, a été découvert 
à Champion (->). 

VI. Deux jarres à bec (hypothétique pour la plus petite) 
destiné à faciliter l'écoulement des liquides qui y étaient con- 
tenus (pi. V, n"' 1o et 59). 

Ces objets dont le plus grand i)araît avoir contenu des 
cendres, rappelIcMit certain ustensile de ménage nommé tèle, 
qui sert notamment à recueillir la crème dans les laiteries, 
et l'on en a trouvé quelques-uns, assez semblables, dans les 
fouilles faites dans notre pays (5). 

Le n" l'iest muni d'un manche en forme de bouton qui 
])ourrait bien en faire un scaphium , sorte de vase destiné 
à recevoir les aliments liquides (4) et peut-être les boissons 
ou le sang des victimes (3). Cependant le manche du 
scaphium est en général' plus allongé (e). 



(i) A. RicH, v" Patina. 

(2) Ann. Soc. archéol. de ^amin\ II, ji!. ii,n" lo, p. 68. 

(.-)) Mess, des scienc. Iiist., l8.io, p. 98 et 450, pi. m, ii" 0, pi. ix, n" 15; 
Ann. Soc. archéol. de Nanitir, II, pp. 62, 65, 68 et 69, iil. i, n" 7, ]\\. ii, ir9; 
VII, p. 413; V. aussi dk Cayms, I, pi. cm, n" 4. 

(i) A. Ricii, V" Paiera. 

(s) Mess, des scienc. Iiisl., 18i8, p. 596, pi. .\iii, n" 4. 

(6) V. Bull, archéol. napol., ann. V, lav. lU., et Archœolof/ia, XXlV, p. 6, 
pi. II. 



— lo9 — 

Dans certaines sépultures, les terrines de la forme du n" 59 
étaient surmontées d'un gril (i) et le scaphium du modèle 
n° 15 contenait une cruche à bec pincé (2). 

VII. Deux soucoupes en terre blanchâtre recouverte d'un 
enduit rouge pour la faire ressembler à la terre sigillée, 
mais ayant perdu une partie de l'éclat de cire à cacheter 
qui distingue ordinairement ce dernier genre de poterie 
(pi. V, n''^42et 45). 

Ce sont là, sans doute, des récipients ayant servi à con- 
tenir des liquides, et dans lesquelles on versait le vin des 
sacrifices à l'aide du guttus (.ï), ou bien des soucoupe 
comme les hypocratêridia dont parle Philostrate (4). 

Des objets semblables ont souvent été trouvés dans les 
sépultures anciennes de la Belgique (■;) , et la tombe Hé- 
mava (e) dont il sera peut-être donné à l'auteur de la pré- 
sente notice de parler ici même, a fourni un service complet 
de véritable poterie sigillée, poterie très-estimée des anciens. 

D. — Autres objets {jeux, ornements). 

I. Plusieurs grains de collier en pâte mate, trouvés suc- 
cessivement dans les pelletées de terre extraites de la fosse 
(pi. III, n" 18). 



(i) Ann. Soc. archéol. deNamur, II, /. cit. 

(2) Archœologia, l. cit. 

(3) A. RicH, v" Paiera. 

(1) Vie d'.Apolloniiis de Thyane, Uh.W.ap. de Montfaucon, IIF, p. 149. 

(s) Revue d'hist. et d' archéol., III, p. 54, n" 9; Lettres sur des antiquités 
trouvées à Feluy (extr. des Ann. du Cercle archéol. de Mons), par le docteur 
Norbert Cloqiet, n" 9; Bovy, Prom.hist., II, p. 133. V. aussi .Xrchœologia, 
XXXII, pi. II, fig. 5. 

16) Bull, des Cnmm. roy. d'Art et d'. Archéol., I. p. 121. 



— 160 — 

Les anciens, Romains et barbares, lionimes et lemnies, 
se plaisaient à porter ce genre d'ornements; aussi l'on a 
trouvé un grand nombre de grains de collier dans les sépul- 
tures (i). On comprend, du reste, la variété infinie de formes 
et de matières qui distingue ces objets, tantôt en or , tantôt 
en argent, en perles, en verre, etc. Ceux qui se rapprochent 
le plus des grains trouvés à Fresin ont été décrits par 
MM. Joly (2) et Alf. Béquet (3). 

II. Dé cubique à jouer, en os ou en ivoire, ayant les 
points marqués au milieu de deux cercles concentriques 
(pi. III, n" 19). 

De Montfaucon (i), de La Chausse (5) et Rich (e) don- 
nenl des dessins de tesserœ lusoriœ en tout semblables au dé 
(le Fi'çsin ; Oberlin (7) en a dessiné une paire que Schiiep- 
ninn avait trouvée en Alsace, dans une urne, à côté de pions 
et d'une monnaie de Vespasien, et V Encyclopédie métho- 
dique (.s) affirme qu'on en a découvert également en Suisse. 

Enfin, l'abbé Cochet a rencontré, dans ses fouilles, 



(0 ScHEFKEiius, De nntiq. lonpiibus, iip. Gu.ev., xn,ii. 900, et spécialement 
cyp. XII, p. 0i5 : Quad in urtivcrsum gcntibus torques fueril in um; dk Mont- 
FACcox , I , p. Il ; II, p. 248 ; 111, |pp. 55 et ÔOl ; Sciiayes, la Belgique, etc., 
I, pp. 75 et 169; Tkoyon, Habitations lacustres, etc., pp. 540 et ôil ; Ki.emm, 
Hamlbuch der deutschen AUerthumskunde, pi. xu etxiii; Ann. Soc. archéol. 
deNamur, VI, pp. 547 et 578 (à Flavion, ibid., VII, p. 16 et pp. 42-45, on 
a trouvé deux fois plus de soixante grains de collier dans une seule sépulture) ; 
Leemans, Romeinsche oudheden te Maestricht, pi. m, n" 18. 

(-2) Mess, desscienc. hist-, \SAi, pi. n, u" 1. 

(ô) Ann. Soc. archéol. de Namur, VII, p. ilo. 

(i) IM, pi. ci.xxvi. 

(.-;) Ap.CjW.Y.w XII. p. 962, dissertation De vasis , bullis, tesseris, etc., 
tab. VIII. 

(o) V" Tessera. 

(i) Muséum Srlur/Iiui [ 1, lupides^ mannorn, vasa), pi. xv, 11?. 9, et p. 155. 

(8) V" hr 



— 1()1 — 

deux paires de dés (lui, d'après lui, sitiil les ))reiiiiers que 
des sépultures antiques aient fournis en France (\). 

La Jielgi(pie aura désoi-niais aussi son contingent à a|)por- 
ter, et Fresiii ne sera pas même la première localité que sem- 
blable trouvaille signale, car le tumulus de Champion a 
révélé un dé en ivoire à M. del Marniol (^). 

Le jeu de dés, comme on le sait, était aussi bien en usage 
chez les Romains que chez les barbares (ô). 

in. Certain nombre d'objets d'une malière vitreuse sem- 
blable d'aspect à l'agate et à l'albâtre, et ayant la forme de 
boutons d'habit, mais sans attache. Ces objets étaient au 
nombre de treize blancs et de neuf noirs , dont quatre plus 
grands ; quelques autres ont été retrouvés adhérents à des 
parties de fer fondu, et l'on sait que trois ou quatre, (ant 
blancs que noirs, ont été soustraits, ce qui en porte le nom- 
bre total à trente environ (pi. m, n" 20). 

On pourrait croire que ces objets trouvés successivement 
dans les pelletées de terre provenant à peu près de l'empla- 
cement des colïrets étaient simplement des ornements variés 
de nuances et encastrés dans le couvercle de ceux-ci ; mais 
l'opposition du blanc et du noir, qui sont les couleurs habi- 
tuelles des pions de deux camps en présence, la trouvaille du 
dé n" 19, la découverte faite par l'abbé Cochet de dés et de 
jetons dans une même sépidture(4), enlin, robscrvalion sou- 



(i) Norin. sont., pi. vi, ii"^ 7 et 8; Batis.sikr, Hisf. de l'art iiioniun. , p 309, 
cite cependant la découverte de dés dans les tombeaux anciens comme n'étant 
nullement extraordinaire. 

(2) A»n. Soc. archéol. de Nainiir, IF, p. 72. 

[T,) JiL. Capitol., 2« .■Ëlio Vero, v; Cw.., lib. I, De diviml. ; Tacit., .1/w. 
Germ., xxiv; Schayes, la Belgique, etc., 1, p. 20-4. 

(4) ynnii. wiil., p. Lj-'i. 



— 162 — 

veul l'aile (|iie les anciens i)la(;aient à la fois dans les tombeaux 
des dés et des jetons (i), tout cela ne permet-il pas de supposer 
qu'il s'agissait d'un jeu d'agrément analogue à nos dames, 
à nos écliecs ou à notre trictrac? Cependant un doute sérieux 
peut naître de ce que, d'une part, les jeux d'asduodecim scrip- 
torum {scruponiml) n'exigeaient en tout que vingt-quatre 
jetons, douze de chaque couleur, et d'autre part, (pie les jeux 
où les dés sont nécessaires , comme dans le trictrac , exi- 
gent une superposition de ces jetons, impossible avec la 
surface convexe de ceux de Fresin (2). 

S III. 

Une première question , qui s'offre tout naturellement à 
l'examen , concerne la date à assigner à la sépulture dont le 
mobilier vient d'être décrit. 

A qui faut-il donner raison, ou à Sclueptliim et à 
Mi\I. d'Otreppe et Renard (jui voient dans les lombelles de 
notre pays des sépultures celtiques, ou à MM. Schayes et 
Perreau qui croient y reconnaître une origine germaine, 
ou à M. Galesloot qui attribue ces monuments aux popu- 
lations belgo-romaines , ou à M. Driesen (jui les rappoi-le 
aux Franks , ou enlîn à la tradition populaire qui les appelle 
encore aujourd'hui to?nbes romaines, et (jui n'hésite pas à 
les considérer comme des traces directes de ces conquérants? 



(i) 'A 'fesseras talosque, disait Oberlin l. cit., siiiti )ioununqi(unt ud infcrus 
comités dedere veteres. » V. aussi Batissieu, /. cit., p. 5U'J. 

(s) V. pour d'autres découvertes de jetons : Bull. Soc. liist. et litt. de 
Tournai, I, p. 105; Atui. Cercle archéol. de Mous, I, p. 79; Ja.nsse.n, Gedenk- 
teeUenen, etc., (ig. xii, u" 1:2. 



— 165 — 

Les cendres liumaiiics nous indiquent à l'instanl cette 
période qui prit fin soit dans la seconde moitié du m" siècle 
soit vers le commencement du iv'' (i), et où le feu régnait 
sans partage dans l'empire des morts. 

De leur côté, les vases, par leur l'orme, appartiennent 
incontestablement à la civilisation romaine, et non à la bar- 
barie celtique ou germanique (2), et l'on sait que chez les 
anciens, si éloignés de la versatilité de nos mœurs actuelles, 
la nature de la pâte , le mode de laçonnage, le style des orne- 
ments et des contours, étaient généralement constants (5), à 
tel point qu'un archéologue a pu s'écrier : Montrez-moi les 
vases d'un peuple, je vous dirai quel il était (4). 

Or, la plupart des vases trouvés à Fresin rencontrent leurs 
analogues dans des sépultures du if siècle (5); ce sont no- 
tamment les deux buires en bronze, le trépied, les coffrets, 
les fioles de verre, les cruches à goulot Iréllé ou divisé en 
phalanges , les urnes à libations et à offrandes , les patines 
en terre cuite, et les patères en terre sigillée , etc. 

Un seul objet, le bassin de bronze n" 1, peut induire en 
doute, à raison d'un bassin ovale semblable découvert dans 
un cimetière l'rank à Londinières, par l'abbé Cochet (g); 

(i) « Licet nrencli corpora defuniJorum iisiis nostro sœciilo (iv« siècle) 
nullus sit, » dit Macrobe, Satitru., VII, 7. V. au^si liciKc de l'art clircficn par 
Taljbé CoRBLET, I, p. Hîo. 

(2) V. sur les caractères particuliers de la cérauiitpie barbare : bRoNGM.VRT, 
Traité des arts céramiques, et Cochet, Arc/téologie céramique ei sépulcrale, etc. 
passim; V. aussi Adr. Heylen, Hlstorisclie verhandelingen over de Kempen , 
2e édil.; p. 281 ; Schayes, la Belgique^ etc., et surtout la pi. du II'-' vol. 

(3) Brongniart, /. cit., I,p. 6. V. observations dans le même sens de M. Alb, 
ToiLLiEZ, Ann. Cercle archéol. de Mous, I, p. ii-2, note 2. 

(+) Boucher de Perthes, Antiquités celtiques et antédiluviennes, p. 7 't. 
(3) V. ci dessus, p. 124. 
(6) Sépult. gatiL, p. 76. 



— 1()/.. — 

mais ce savant ne dissijnulc pas sa surprise ; il signale ce 
Ijassin comme étant d'une forme tout à fait originale et sin- 
gulière; il semble, en un mot, (jn'il lui répugne d'attribuer 
r()i)j('l trouvé par lui ;i une séj)ullui'e l'ranke. N'est-il pas 
possible dès lors, se demande-t-on , que le sol du cimetière 
de Londinièrcs eût servi à des enterrements plus anciens (i)? 
question d'autant plus naturelle à poser que, on ne l'ignore 
pas, les Franks ont clioisi des élablissemenls romains |)()ur 
leurs premières résidences (2). La présence de débris tle 
coffrets avec garnitures en bronze à côté du bassin de Lon- 
dinières comme à côté de celui de Fresin , donne de la vrai- 
semblance à cette supposition , d'autant plus qu'à Onial , 
dans une sépulture de la période belgo-romaine , un bassin 
semblable avait été placé (5). En tout cas, s'il n'y avail 
pas lieu d'aller aussi loin que M. le général Renard, et de 
faire remonter les vases en cuivre trouvés dans les sépul- 
tures jusqu'aux Celtes (4), s'il était même interdit d'anti- 
ciper d'un siècle ou deux sur la date assignée par l'abbé 
Cocbet à sa découverte, il est au moins incontestable que 
le bassin de Fresin, contenant des cendres, est anlc'ricui- 
aux Franks qui ne brûlaient |)lus leurs morts (5;, ce (|iii 
sulïit pour réfuter l'opinion de M. Driesen {a). 

Tous les vases du caveau sépulcral de Fresin révèlent 



(i) Eli voir des exemples dans A. Mlhcikk, Lu séiiv.llnrc thrclicinic en France 
d'après les monuments, Paris, 1855, p. 125. 

(2) Observalioii faite par iM. I'iot, Rcime d'hist. et d'anliéol., 11, p. 50!l. 

(5) V. cet objet au Musée areiiéol. de Liège, et M. d'Otuei-i'e, /. cil. 

(1) Bull. Soc. hist. et litt. de Tournai, I, p. 55. 

(5j Cochet, I\'orm. sout., p. 29; Bidl. des Comiu. roi/. d'.Art et dWrcliéol., I, 
pp. 12-2 et 125. 

^g) Compte rendu de VAssemblée yénérale de lu Comm. roy. des Monuments, 
eu l-Siil, p. 70. V. une opinion aiiaioj;ue de ueFem.kh, citée par liovy, ii, p. 195. 



— Kio — 

1)1011 celte grande époque de la puissance de Rome pendant 
le Haut-Empire. Quoique la céramique antique lut peu sujette 
àscmodilier, il n'en est pas moins vrai qu'elle n'a pu com- 
plètement se soustraire à l'intluence du goût du temps : à 
une époque où les arts sont llorissants, correspondent des 
modèles simples, élégants, harmonieux, proportionnés (i); 
à une époque de décadence, des formes forcées, outrées, 
exagérées, surchargées, ahàtardies. Or, non-seulement les 
vases de Fresin, même en simple terre cuite, se distinguent 
par un cachet essentiellement artistique , mais ils sont accom- 
pagnés d'objets en verre qui défieraient presque l'imitation 
moderne, et de vases en bronze à détails et ornements dus 
à ces mains exercées et conduites par le sentiment du beau 
qui ont sculpté les vases en tout semblables recueillis dans 
les Musées de la haute Italie (^2). 

Enlin, comme pour limiter le champ des suppositions, les 
deux monnaies de bronze de la sépulture de Fresin précisent 
une époquecertaine, depuis l'an 92 de l'ère chrétienne jusqu'au 
règne d'Adrien, mort en l'an 138. Chose remarquable! 
connue on l'a dit plus haut, deux monnaies ont été éga- 
lement découvertes dans la tombe Hémava (3) ; ces deux 



(1) « Lorsqu'aujourd'hui nous découvrons un simple objet d'art des temps 
anciens, nous jugeons par sa perfection plus ou moins grande, à quelle période de 
l'histoire d se rapporte; s'il mérite notre approbation, soyez sûrs qu'il date d'une 
époque où la société, bien assise, était grande par la parole, par les sciences 
comme par les arts. » (Discours de Kapoléon III, prononcé au Louvre le 2o jan- 
vier 1863, lors de la remise des récompenses aux exposants français, Indépen- 
dance du -21 janvier). 

(2) V. pius haut, p. 129. 

(ô) Bull, des Comni.roij. d'Ail et d'ArcliéoL, I, p. 121. La lecture de ces 
médailles que Mad. Jamar de llasselhrouck a bien voulu permettri' de (•(inlicr 
a l'auteur, a été l'aile par le savant numismate M. Piot. 

11 



— nw; — 

niéd;iili(\^, })kiC(Je.s ;ivoc iiilentioii sur l'anse de l'unie ciné- 
raire où elles oui élé trouvées, indiquent une période 
ayant à peu près la même durée, depuis Galba qui régna 
moins d'un an (GS-OD) jus([u'à Trajan, (pii mourut en 
l'année 117. A la vérité, le numéraire des princes restait sou- 
vent en circulation bien des années après leur décès, et il 
en fut ainsi tout spécialement des monnaies des empereurs (i) : 
il n'est pas impossible,- par conséquent, d'assigner aux sépul- 
tures une date plus récente (pic celle des ])ièces trouvées; 
mais si l'on réllécliit ;i la perte vraisemblable de l'usage du 
naidiis ou obole à Garon, que, depuis l'incinération , il était 
devenu impossible de placer dans la bouche des défunts; si 
l'on rélléchit en outre à la circonstance qu'une seule monnaie 
suffisait à titre de naulus (i) , on est tenté de considérer la 
découverte des deux monnaies du tumulus de Fresin et de la 
tombe Hémava, non comme lixant uniquement le maximum 
d'antiquité de ces sépultures (5j, mais comme en déterminant 
la date réelle (4). Ainsi le placement de ces deux pièces serait 



(1) Mess, des scieiic. Iiist., 1851, p. 57, Schayes, lu Belgique etc., i>. iHi, 
note 1. 

(2) Sur le iKiinbrc de pièces servant à cet usage, V. GrTHKiiUs, De jure 
Manium, et Mokksïellls, Pompa feralis {ap. Graev., XII, pp. 1087 et liôl), 
dont l'un s'appuie sur .Vpllée pour soutenir qu'une pièce suliisait, l'autre sur 
Aristophane pour prouver qu'on employait parfois deux et même jusqu'à trois 
pièces. Le fait est, du reste, qu'on a parfois trouvé plusieurs pièces dans la même 
fosse sépulcrale: Bull.Acad. roy. de Belg., XIV, 1", p. -iOO; Ann. Soc. archéol. 
de Naïuur, VII, pp. (>, 15, "25 et i!6; Schayes, lu Belgique, etc., II, p. 5(5i; 
Deiaaix, l.ril., 11, p. ôod; Revue d'Iiist. et d'archéol., IV, p. 05, n» M; 
l'i.NciiART (.Uc/«. Acad. roij. de Belg., XXIII), A'o/ice citée, pp. 5 et G. Quant 
aux dépôts dans des urnes de centaines de pièces de monnaies (V. la première 
notice du même, ibid., XXII, p. 9); ces trésors, dont on trouve des exemples 
à toutes les époques, n'avaient sans doute rien de funéraire. 

(5) Schayes, In Belgique, etc., II, 476, note I. 

(i) V. dans le même sens M. ue la Sal'ssave, ap. (Jocuet, Acr/w. sout., \\. bO. 



— 167 — 

un fait aussi inloiUionnel que le scelleineiU de luédailles dans 
la première pierre de nos édifices, cl l'on obliendrait counne 
indication, pour la sépulture de Fresin, une période pou- 
vant aller de 25 à 46 ans, à raison du commencement du 
règne d'Hadrien en 117 et de la mort de ce prince en 158. 
Si cette période est celle de la vie du personnage dont les 
restes ont été déposés dans la tombe , évidemment la 
marge est encore assez grande : pour des Italiens plus 
précoces que les habitants du Nord, pour des Romains, 
chez qui les fils de famille occupaient dès leur jeunesse 
des emplois militaires, témoin Pompée et Octave en- 
treprenant la guerre civile avant d'avoir atteint l'âge de 
vingt ans, témoin encore Néron proclamé empereur à dix- 
sept ans (i) , il n'est nullement nécessaire de recourir à 
l'hypothèse que la première des deux médailles indiquerait 
une autre date que la naissance, par exemple celle de l'en- 
trée en fonctions. 

Nous voilà certes bien loin des Celtes quoiqu'on ait essayé 
d'atlribuer à ceux-ci les tumulus de la Hesbaye {^) : depuis 
longtemps dt'jà, même avant César, les populations ger- 
mano-belges avaient expulsé les Gaulois de cette partie de 
notre pays (ô). 



(i) Tacit., Ann., XIII, 6; Sueton., in Néron., ix. 

(2) M. d'Oïhepi'e de Bouvette, la Hesbaye, p. 12, cl Bull, liisl. ardu'ol. 
liég., m, p. 269. V. aussi Sch/epflinn, Alsatia, pp. 525 cl 409; M. Renaku, 
Bull. Soc hist. et litt. de Tournai, I, pp. 55 et 95, et id. ap. Schayes, la BeUji- 
({ue, elc, II, p. 153. Le système de M. Renard repose sur cette idée erronée 
que les armes des Gaulois étaient en fer, etcelles des Romains en bronze trempe. 

(3) On connaît à cet égard les textes de César si souvent cités : Belgas ortos 
a Germaiiis, Rhenumque antiquitus transcluctos, Gallosque e.ipulisse {Bell. galL, 
II, 4, et de Tacite : Qui primi Rltenum Iransgressi Gallos expuleruut Tuiigri 
{Mor. Germ. II). V. aussi Schayes, la Uelgique, etc., t. I, pp. 17 et 18. 



— 168 — 

Mais avant de raisonner déjà, comme si elle était démon- 
livo, dans l'hypothèse que le tumiihis de Fresin est une 
lonibe purement romaine, n'y aurait-il pas lieu d'examiné!- 
s'il ne faut pas attribuer la sépulture aux vainqueurs des 
Gaulois , aux Belges , soit encore nomades , soit déjà subju- 
gués eux-mêmes et établis dans l'une ou l'autre station 
romaine à titre de sujets ou d'alliés (i) comme l'étaient 
les Bélasiens, les Tongres, les Xerviens ou les Bataves? 
Les uns et les autres pouvaient en elïel cire en possession 
de monnaies et d'aulres objets romains, car on en a trouvé 
même jusque dans des contrées où les conquérants ne 
pénétrèrent jamais {'■>)''! 

Quant aux hordes beUjo-yerm'nnes (5) encore vagabondes 
cl indomptées, elles pratiquèrent, il est vrai, l'usage de 
brûler les morts et de déposeï' les cendres de ceux-ci 
dans des urnes funéraires sous des combles sépulcraux; 
elles coimaissaient l'emploi des colliers, des dés, de l'al- 
liage du cuivre avec l'élain : il n'est même ])as impos- 
sible que certains objets d'origine purement romaine et des 
monnaies impériales soient arrivées dans leurs mains (4). Mais 



(i) Schayes, Mém. sur les documenta du moijen ûgr, relatifs à la Belgique 
avant et pendant la domination romaine, p. 57. (Méiii. roiiroiiii. de l'Acad. de 
Belg., 1857, XII.) 

(4) ScHAVEs, la Belgique, etc., II, p. fi; Cleffei-, Germ. aniiq., 10, § 9. 

(3) Libi'e à chacun de leur donner nn nom plus recherché, cotnine l'avait fait 
ce magisirat français qui , dans une notice envoyée à l'Académie royale de 
ttelgique, appeliiit Scandinavo-snévique un cimetière delà Flandre Irançaisc dont 
tous les caractères étaient ceux de l'époque i;a!lo-romaine (/{////. Acad. roy. de 
lielg., XIV, 5", p. \x'd.) 

(4) <■ Ext videreapud illoa ur(jeulea vasn, legalis el prinriijibus eorum muneri 
data;.... proximi, ob usiim commerciorum, formas quasdaut iwstrœ peciniiir 
afjtiosciiut iilifiie eliqiiul. » Tacit. , Mor. demi., v. 



([iiollc apparence y a-l-il (pic ces p(Mii)la(les (pii esliiiiaicMit 
les vases de métaux ju'éeieux à la iiièiiie valeur (pie les vases 
de terre cuite (i), qui n'eniployaient ni les vases de verre ou 
de bronze (2), ni les parfums (3), qui n'élevaient sur la 
tombe de leurs morts que de légers (4) tertres de gazon, 
dont, au surplus, on connaît la céramique grossière (5j, se 
fussent complu à enq)i'unter aux Romains leurs vases et 
jnsqu'à leurs moimaies; à renoncer à leurs mœurs que 
Tacite, conteini)0]'ain, puisqu'il mourut vraisemblablement 
en l'an 154((i), décrivait si simples, précisément par oppo- 
sition aux fastueuses cérémonies funèbres des Romains; à 
accumuler dans un caveau profond (7) les vases à onguents 
et à essences, les brûle-parfums, etc., à élever sur les cen- 
dres d'un des leurs un amoncellement considérable de terre, 
et, qui j)lus est, à établir, tout à côté, deux autres tertres 
non moins grands, tertres vides complètement inutiles 
et contraires à leurs babitudes, à eux qui méprisaient l'iion- 
neur pénible, coûteux et lourd des monuments funéraires (s)? 



Il) H Argciitefi vasa nou in ulia rilifate qiiam quœ litimo fiiHiiinlur. " 
Iri., ibid. 

(2) SciiAYES, la Belgique, etc., 1, p. 51 o. 

(3) « Striiem rof/i... nec odoribus cumulant . » Tacit. , Mor. (ierm. , xxvij. 

(4) Id., ibid. 

(5) ScHAYEs, la Iteh/ique, fie, I, pp. 515 et 51(i; Klemm, Handbuch uer 
deuisclies Altherlhumskunde , pi. xii etxin;Ai). Heylen , Historische ver- 
handelingen over de Kempen, ]). 218, et la planche. V. aussi les divers écrits de 
CrYPERS, Hermaxs,Jassses sur les fouilles opérées dans des sépultures germani- 
ques. V. au surplus Brongmart, Cochet et de CAi]MONT,surla poterie primitive 
des Celtes, qui, d'après Schayes, /. cit., avait lu plus grande analogie avec celle 
des Germains. 

(e) Notice de Daunol' sur Tacite, éd. Nisard, p. vu. 
(7) V. ci-après, p. 17^). 

(s) Il Monnmentovum arduuni et operosiim linnorein, ut fjravem defuuctis, 
adspernantur. » Tacit. /. cit. Une oliservalion inuioitanle icsulte de la conipa- 



— 170 — 

liiioud'e, circonstance délerminantc el qui, si elle eût élé 
connue de iMM, Schayes(i) et Perreau (2), les eût empêchés 
d'afïirmer que les tombes de la Hesbaye sont toutes d'origine 
uermaine, la belle buire de bronze n" 24 donne le dessin 
d'un masque scéni<]ue ( pi. iv), et nous savons par Tacite (5) 
que l'uniijue spectacle usité chez les Germains consistait 
en jeux d'adresse et de force, et non en représentations 
théâtrales connues seulement des Grecs et des Romains. 
Or, cette buire, ])as plus que ranq)oule en forme de grapp(3 
de raisin n" 52 (autre produit d'une civilisation très-avancée 
dans les arts), n'a pu arriver dans les mains des descendants 
ou des congénères de ces Nerviens signalés par César (4) 
comme repoussant systématiquement les échanges commer- 
ciaux : l'élut de guerre avec Rome, conséquence inévitable 



raison ilcs tombes de la Hesbaye avee celles de la Campiiic. Les premières sont 
des monticnles considérables représentant parfaitement Vardtiiis, operosus et 
gravis honor, méprisé par les Germains, tandis (pi'a Haarle-Nassau, Alpben, 
nergeyck, Meerbout, Heythuyzen, Casterlé, Hoogstraeten (V. les notices de 
iM. Clypkks, le UuU. Acad. roij. de lielf/., XIII, 19;>, et nne note de M. l'avocat 
général I'.ki.tjkns, au Uidl. Iitst. archéol. lu';/., V, iSO, etc.), et comme l'auteur a jm 
le véritier également ii Caulille, en compagnie de M. Jl'stk, conservateur du Musée 
royal d'antitiuités, les sépultures de la Canipine, qu'il est naturel d'attribuer aux 
Germains, ont à peine un mètre de baut, et répondent parlaiten.ent a la descriji- 
tion de Tacite : septdcrum cespes ernjil, passage que M. Schayes, /. «7., semble 
appliquer a tort aux tunuihis de la Hesbaye, qui sont des amoncellements consi- 
dérables de teri'c. 

(i) La lielf/iqtœ, etc., M, p. lô.'i, et Hixl. de l'arcliil. en IkUj. , I, pp. 1 1 et 18. 

(-2) Recherches sur les titmuli {Hiill. delà Soc. scient, el litt. du l.imb., 
I, p. 188), et Ann. de l'.Acad. d'archéid. de Uelg , l\, pp. 9i et !»7 

(3) « Cenus spectaciilflnim nniini alqne in omni cœtu idem, yiidi jiirenes, 
qitibns id Utdicrium est, inler (fladios se alque infestas franieas siiltii jacinnl . n 
Mor. Germ., xxiv. 

({) « .4 cul tu atque humanitate Provinciœ (Hclgœ) lonfiissime absunt minhnc- 
que apud eos mercatores sœpc commeant , atque ea quw ad e/l'eniinandos aninios 
pertinent, important. > Bell. (Util., i, '. 



— 171 — 

de la piTsenco dos hordes sunposéos harharcs sur iiii sol où 
les Romains avaient ôhMidu leur domiiuiliou cl avaient lutté 
quelques années auparavant contre Civiiis, dev.'iil du reste 
suffire à lui seul pour détourner de ces peuplades les colpor- 
teurs romains qui répandaient au loin les échantillons de 
l'art et de la céramique de la métropole (i). 

Quant aux populations ùelgo-romaines (2) déjà assez sor- 
ties de l'état barbare proprement dit pour être j^arvenues 
à s'assimiler en partie la civilisation d(;s conquérants, cette 
assimilation supjiose la cessation de l'état nomade et par 
conséquent un étîiblissement à demeure fixe (r>), A la vérité, 
l'on a soutenu que le Pernacum ou Perviciacum des anciens 
itinéraires, à supputer les distances indiquées, correspon- 
drait plutôt à Montenaken, près Fresiii, qu'à Perwez; à la 
vérité, l'on aurait jusqu'à un certain point le droit de faire 
dérivei' le nom de Wardeow Custodia de Steps (4), ancienne 



(1) Hevue dlmt. et d'archéol., I, p. 189. V. cep. Tkoyon, Habilatioiis lacus- 
tres, p. ôio, qui cite des expoi'tations de vases sculptés chez les Helvétiens; 
mais ces peuples avaieut, contrairement aux Belges, des relations commerciales 
très-étendues, car on a trouvé au tond de leurs lacs le jade de l'Orient , le corail 
delà Méditerranée et l'amlire de la Baltique. 

(2) Expression juste employée pour la première fois par M. Roulkz, Bull. 
Acad. roy. de Behj., XIX, ô", p. -489. V. M. Galesloot, et Ann. de VAcad. 
d'archéol. de Belçj., VI, p. 67. La période belgo-romaine est contemporaine 
de l'époque gallo-romaine des écrivains français : Cochet , Archéol. céra- 
mique, etc., p. 8. 

(3) Cette observation importante qu'il ne peut exister de tumulns gallo- ou 
belgo-romains qu'à proximité d'un établissement fixe, ou tout au moins d'une 
villa ou autre habitation de la même époque, n'a pas échappé à M. dei, Marmoi, ; 
aussi, avant d'attribuer les tombes de Fri/.et, de Champion, de Seron ou d'Hanrei 
aux populations gallo-romaines, a-til soin de rechercher les snbstriictions des 
environs ou les autres traces de voisinage d'une population établie [Aun. Soc. 
nrchéol de j\amur, IV, \k 27). 

(1) Kempeneeiîs, De oude iri/heid Moiitenrihcii, II, pp. 47, 91, 92 et 292: 
V. aussi l'étymologie peut-être trop ingénieuse du mot uarde nn iuslodirn\ur 



— 172 — 

dt'peiitlaïue de Muiileiiakeii, do roxislciice d'un (''l;d)lissc- 
ment romain en cet cndroil; à la vcTité encore, bien qu'on 
place généralement les BetdsW dans le Hageland sur la i-ive 
uauclie de la Ghète, à Gcels-Belz. et à Brfecoin , il n'est pas 
défendu de su])poser que des vétérans bétasiens, licenciés 
par les rescrits de Trajan et d'iïadrien récemment décou- 
verts en Angleterre (i), et dotés de concessions de terres 
dans leur ])ays natal, ont l'onde, sur un des afiluents de la 
Gliète, WalsiW~ près Montenaken (-2); mais toutes ces 
bypotlièses de la tbéorie (5) resteront liasardées tant que la 
découverte d'un cimetière de rantifpiilé (i), signe certain 

donne Cn. Gkandgagnage, Vocabulaire des (oiciens noms de lieux de la Bel- 
ijique orieu/ale, p. 185. 

(i) RoACH Smith, Collectanea anliqtta; Revue d'hisl. el d'arcliéoL, I, p. 1H5, 
(article iiiti^rossant de M. Galesloot). V. aussi Bull, de l'Insl. anliéol. liéy.^ 
et ScHAYEs, Mém.hoiironné sur les docuiiwuls du iiioi/eu âge relatifs à la Del- 
(jique, p. n {Mém. Acad. roy. XMI, 1858); ii>., lluU. Acad. roi/, de Beh/., 
XVIII, 1", p. 658, et la Belgique, etc., I, p. 408. 

(2) Kempeneers, /. cit., I, p. 29 et II, p. 12; Ch. Gkandgagnage, /. t7/.,p. 80, 
aux mots Betasi el Betsica. 

(5) On peut, l'étymologie aidant, et l'on sait combien l'étymologie est complai- 
sante, aller même jusqu'à retrouver la bourgade de FeKesxe, dans FueslN, en 
flamand Vorscn, noms qui dans les trois langues, et d'après le même ordre, 
reproduisent les quatre consonnes d"un radical commun. Mais plac-'r k Fresin 
le Fereane de la carte de Pei'tinger, c'est faire l'aiiv un coude un jieu tort ;i la 
l'oute de Timgres à NMmègne. 

Le nom de Cortlujs, lui, sei'approclie beaucoup pins natuiollemeiit du mol latin 
curtis; mais ce n'est là qu'une dt^signation vague et générale d'un cortil ou grande 
ferme remontant sans doute au moyen âge. V. Kempeneers, onvr. cité. Il, p. 292. 

(4) Des fouilles qui auront lieu procbainement à la plat-tombe, sous Fresin 
irôme, aideront à la solution du problème: il n'est pas impossible en efl'etque cette 
tombe, comme les tombes plates de Wamoiil etde Waremme, etc., ait élénncime- 
tière commun à toute une population ; quant au tertre de ^Vale^ès, acquis il y a 
quelques années parle Gouveinement il semble que M. Schayes, la Belgi- 
que, ♦'te, I, p. ôOO, lui donne à tort le même caractère : malgré sa forme, 
elle porte le nom signilicalif de }fottel\. sur ce nom, Anu. Soc. arclu'ol. de \amur, 
III, p.'!:28y, et VII, p. ai) et sa posilion dans un bas-fond, non litin d'un ancien 
cliâleau.en conlirme l'ori^'ine féodale on rclali\(iii( ni moderne. 



— I7Ô — 

du voisiiiau:(^ d'un (''InljUsscniciit. i'wo (t), ou liint (|U(' l'exis- 
tonce do subsirurt ions antiques ne viendra pas confirmer les 
spéculations de l'ai'chéologie par le témoignage des ruines. 
Or, pas plus que dans le voisinage des tumulus d'Omal, de 
Thisnes, d'Overwinden ou de la lonihe Hémava, le sol n'a 
révélé jusqu'ici h Frcsin ou dans ses environs le moindre ves- 
tige d'une statio, mansio, nmtatio ou villa; et il est probable 
que le sol continuera à rester muet, à en croire les indices 
suivants : absence complète, dans la fosse tumulaire de Fresin. 
de ces fragments de tuiles convexes et à rebords ( f/?2/^7'/re.s' 
et feyidœ), attribut ordinaire des sépultures antiques (2) 
et moniteur probable de constructions voisines ; défaut com- 
plet d'inscription , sans doute par manque de moyens de 
la faire graver dans un établissement à proximité (5) ; eidin , 
impossibilité, vu le grand nombre des tombelles de la Hes- 
baye,de faire correspondre à cbacune d'elles, soit une de ces 
stations qui, d'après les anciens itinéraires, étaient toujours 



(i) RouLKz, Bidl. Acttd. roi/, de BeUj., XIX, 5", p. 491; V. aussi, «Jaiis les 
Ann. Soc. archtol. de Namur, VII, p. 409 et suiv., les inductions ingénieuses 
pour l'histoire de la ville de Namur, tirées par M. Alf. Béouet, de l'existence 
d'anciens cimetières à la Plante, a Salzinnes, a la Motte-le-Conite. 

(-2) Cochet, Sépult. gaul., \). 6~\ Hauzeur, Ann. Soc. archéol.def<amur, 
V, p. 189. 

(3) V. sur les plaques gravées ti'ouvées dans les sépultures anticiues : de Mont- 
faucon, V, pi. XI, Batissier, Hist. de l'art, moniim , p. 508, et A. Bien, v Olla 
ossiiaria. La seule inscription sit;nalée juscju'a présent sous un tumulus de notre 
[•ays : Carine fili mi carissime (De Bast. /. cit , II, p. 8:2, Heyi-en, Ane. Mém. 
de VAcad. de Bruxelles, IV, p. 445), a été trouvée en 1747 à Coninxlieini, 
tout près de l'établissement de Tongres , oii l'on a pu la faire graver. Quant 
à l'inscription en rhuniieur de Probus (Vopisc. xxi), qui fut gravée en une table 
de marbre sur le tumulus où se trouvait le sépulcr'C de cet empereur (sepulcrum 
elatis aggeribus), il y a lieu de remarquer que ce tumulus, élevé du reste dans 
la suite (postea) et non immédiatement, se trouvait dans la voisinage de Sirminm, 
oii Probus fut assassiné. 



— 174 — 

distantes entre elles de plusieurs lieues, soit même des éta- 
hlissements secondaires dont le nombre eût été à peu ))rès 
égal à celui des villages modernes. Aussi M. Galesloot, 
qui attribue ces tombelles auxi)opulationsbelgo-romaincs(i), 
fournit-il lui-même (2) des' arguments contre sa thèse 
dans les observations suivantes qui sont très-judicieuses et 
(pii renversent l'hypothèse d'établissements voisins, seul l'oii- 
demenl possible, semble-t-il, d(; ladite thèse : « Ces tertres, 
dit-il, étaient élevés par mesure de précaution pour empêcher 
que les tombeaux ne fussent spoliés, ce qu'il était bien facile 
d'exécuter au milieu des solitudes où souvent ils étaient 
dis])ei'sés. Cet aspect sévère dans les monuments pour 
les(piels les anciens peuples étaient passionnés, |)eut aussi 
être attribué non au défaut de moyens pécuniaires, mais 
;i la pénurie d'artistes capables de manier le ciseau du 
sculi)teur. » 

Enfin, unedernière raison pour ne pasallribiier aux jiopu- 
lations belgo-romaines le fnmuliis de Fi'esin , c'esl non 
])as la ])résence de tel ou tel exenqilai.'-e isolé dont ces j)o- 
})ulations auraient pu être accidentellement en ])ossession, 
mais la série nombreuse d'objets d'untî haute valeur artis- 
tique qu'on a trouvés; or, pour expliquer la présence d'un 
seni objet de ce genre dans les mains des ])euplades 
conquises ou alliées , il ne sullirait pas (h; supposer 
l'existence d'un établissement voisin, il faudrait la démon- 
trer : tant (pie cette preuve n'est pas faite, l'attribution ne 
peut être enlevée à ceux à qui elle revient naturellement, 



'Il Itrviic (l'Ii/st. et d'arc/u'ol., I, p. 188. 

(21 Kiill \c(iil. nii/. de llrlt/.. XVI, I", p. 4i)(). 



— 175 — 

c'est-à-dire aux Romains don! nous i-eeonnaissons, à dcis 
signes incontestables, le cachet artistique et le mobilier 
sépulcral, et dont aussi nous retrouvons tous les usages 
funéraires dans la tombe. 

C'est d'une part, l'emploi de vases aux libations, aux 
offrandes, à l'eau lustrale, de lampes sépulcrales, de brùle- 
parfums (i), l'observation scrupuleuse du précepte des 
XII Tables qui interdisait le dépôt de métaux précieux 
dans les tombeaux (!2); c'est d'autre part la présence de la 



(i) Les trois bi'ûle-parfuuis du Musée royal d'antiquités, auxquels ou a enlevé 
la dénomination erronée de coquetiers (v. plus haut, p. 156), étaient rangés 
parmi les antiquités romaines. Cependant l'on pourrait objecter certain vers 
d'OviDE qui, lu seul, semble en effet, indiquer que l'usage des parfums n'élait 
pas accepté comme convenable dans les cérémonies funèbres; c'est le troisième 
des vers suivants {Ttisf., 111, 15) : 

Fimeris ara milii feraU cincta cupiesso 

Conveuit, et stiiiclis namma parala rogis. 
Nec dare lliura libet nil exorantia (Jivos : 

In lanlis suljr'iint nec bona vorbn malis. 

(les (|uatrc vers indiquent une sitii;iti(ni toute personnelle au poète : Non, dit-il, 
non, pas d'encens sur ma tombe; a un malheureux, il faut des funérailles en rap- 
port avec ses malheurs! — Il s'agit donc d'une exception coiilirniant la règle 
générale, et non de la constatation d'une règle contraire. Voici, du reste, ce qui 
tranche la question : Tacite qui a éci'it ses Mœurs des Germains, en prenant 
chez ceux-ci tout ce qui était de nature à être proposé fl contrario comme critii|nc 
des usages de Rome, dit d'une paii des barbares {Mor. Germ., xvu) : « Slnieni rofii 
nec veslibus nec odoribiis cumulant; » et d'autre part des civilisés (.4?»?,., 111,2): 
« Vesiem, odores, aliaque funerum solemnia cremabant. » Mêmes expressions 
dans les deux passages, emploi ici du moi aliaque, là du mot satirique cumulant, 
tout démontre que les parfums brûlés, et même en quantités considérables, 
étaient une partie importante dos solennités funèbres, auxquelles on voulait don- 
ner de l'éclat, tandis qu'on la supprimait pour atta<'her a ces mêmes cérémonies 
quelque chose d'exceptionnellement lugubre. V. d'ailleurs Archœologia, XXIV, 
p. 20; KiRCHMANN, De funeribus, p. 501, et cette inscription rapportée par 
GuTHERius : Fusca maler eum lachrimis et opobahamo udum hoc sepulcro con- 
didit {ap. Graev., XII, p. i2-i8).V. aussi Plin.,VII, 54, et xiii, 1. 

(2) « Neve aurum addito; ast quo auro dentés vincti erunt, imo cum illo sepc- 
lire urereve sine fraude esta. » (L lo, XII lL?i\\\\\. de jure sacr.). A la vérité. 



— 176 — 

l;iiii|)(' il cou do cvu'iic, de la belle buire de bronze à anse 
sciilj)tée (i), et de la délicieuse i^rappe de raisin en verre, 
(jui attestenl le passa.tïe des niailres du monde dans les envi- 
rons de Fresin. 

Aussi, niali^ré la répugnance qu'éprouvenl les archéolo- 
gues à considérer les lumulus comme d'orig'ine romaine , 
parce que les Romains, dit-on, n'en ont jamais élevé en 
Italie et n'en établirent à l'étranger que dans des circon- 
stances exceptionnelles (V), l'on est réduit à donner gain de 
cause à la tradition populaire : celle-ci n'a cessé d'appeler 
« lombes romaines » la plupart des tumulus de la Hes- 
baye (3), et si les fouilles et les découvertes de Tbisnes, 



ailleurs 011 s'est i-clàclié de la rigueur de cette loi, sans (|u'oii puisse en conclure 
qu'il ne s'agissait pas d'une sépulture romaine: V. Roulez, Bull. Acad. roij. de 
Itelfj., XV, :2", p. 196; dll Vaux, Dict. gcoyr. de lapvov. de Liège, il, p. 5aG ; 
Batissiei!, Hist. de l'art inouiim., pp. 508 et 5U9. On sait d'ailleurs que les 
cendres de Trajan ont été déposées sous la colonne qui poi-te son nom, dans une 
urne d'or, Gantu, Hisl. univ., règne de Trajan, p. 9't (lirux., édit. de 184o). 
Malgré ces exemples assez nombreux d'infraciions a la loi, il n'est pas mauvais, 
semble-t-il, de faire attention dans les fouillés à la présence ou à l'absence de 
métaux précieux, car la première pourrait èti'c un indice de sépuliure non pure- 
ment romaine, mais appartenant ii des barbai-us nnuaiiiscs et non encore habi- 
tués à observer les lois des vainqueurs. 

il) L'attribution bypotliélique faite aux Uduiains pai' de Cavi.ls ( I, pi. c, 
n" I), d'une buire exactement semblalile pour la forme, se trouve confirmée par 
les découvertes de Fresin. 

(-2) De Calmont, Cours d'untiq. luuuuiu., l, p. loi ; Peukeau, liiill. Soc. soient. 
et litl. du Limboiirg, I, pp. 184 et 188); Gaueeieuk, art. publié par la Revue 
universelle des arts , de ï*\vi. l.xciwiK , II, p. 457. V. cependant les mentions 
suivantes de tiimuhis élevés par les Romains (sanscomplerles tunmlus de Poly- 
dore et de la nourrice d'Énée dont parle Viugile): sur les restes des légions 
de Varns (ÏAcrr., Ann., I, 62, et M, 7); en l'honneur de Drusus (Suéton., in 
Claud., I ); sur le corps d'Aradiou (Vorisc, in Prob., ix), et sur celui de Probiis 
(iD.-, ibid., XXI); enlin aux rives de l'Euphrale sur la déiiouille de Gordien, mis 
il mort par Philippe ii Gtésiiihoiite (Kuseiî., Chron., 1 ). 

[7,) V. DEi. Vatx, Dict. géofir., etc.. Il, pp. 15, 28 et pussuii. Il y a lieu d'en 
exce|)ler tout ce (jui porte le nom de « mottes, " et qui date iirohablcnicnt du 



— 177 — 

d'Omal, d'OverwiiKlei» (;t de la loinhc llrinava n'onl pas 
suffi pour de.-isiller los yoii.v des érudils, los découvnrtes do 
Fresiii ne laissent plus de prise au doute : nous sommes 
bien évidemment devant des sépultures du peuple-njj. 

L'existence d'un iombeau romain en pleine campagne, 
dans le voisinage d'un grand nombnî de tombeaux sembla- 
bles, et loin de tout établissement fixe, ne peut s'expli(|iici- 
que par deux hypothèses: celle d'un campement de (pichpie 
durée, ou celle de combats, des victimes desquels ces 
tumulus recouvrent les cendres ou rappellent la mé- 
moire. 

Il s'agit bien, sans doute, d'une sé])nlinre militaire; car si la 
fosse de Fresin n'a pas, comme celle de Thisnes ou comme la 
tombe Héniava, révélé des spécimens toutà lait incontestables 
d'armes, d'autre part, il y a été trouvé une telle quantilé de 
fer, dont une partie avait subi l'action du feu, qu'il est pour 
ainsi dire impossible de l'expliquer sinon par l'usage des 
liomaiiis de livrer aux llannnes du bûcher les armes du 
défunt et des soldats ayant servi sous ses ordres {[). Or, 
indépendannnent de l'invraisemblance d'une sépulture pure- 
ment civile loin de tout établissement (2), est-il possible 



moyen âge, par exemple les mottes de Ruinsdoi'p, de Sainte-Gertrude (Landeii), 
de Waleffes, etc. L'auteur ayant rcciioilli à Corswareiii même la preuve que la 
tombelle de cette localité dont il est parié au Bull, des Comin. roy. d'Art et 
dWrchéol. (I, pp. 115 et 11-4), est appelée Motte, abandonne provisoirement 
l'idée que ce tertre serait d'origine romaine. 

(i) Adam, Antiquités romaines, Il , p. ô'f7; A/ess. des scienc. hist., 18i8, 
p. 228. 

(2) Le cas pourrait pourtant se présenter dans des circonstances concordantes 
avec celles oii la sépulture de Fresin a été établie; on sait que lorsqu'un individu 
était frappé par la foudre, on l'enterrait sur place, et le lieu, devenu saci'é, pi'c- 
nait le nom de ùidental, à raison des moufons quon immolait aux mânes du 



— 178 — 

(ju'un fonctionnaire non purement militaire (i) ait fourni 
parmi les objets à son usage une quantité de fei- assez grande 
pour que les débris pesassent plusieurs kilogrammes et 
poui- (|U(' la fusion laissât des traces par toute l'aire ilu 
bùclicr? (Jujint à la présence d'objets précieux dans la fosse 
sépulcrale, elle n'a rien qui répugne à l'attribution de la 
séj)ulture à un commandant d'armée : Pline ne reproclie-t-il 
pas aux généraux romains de son temps d'oublier l'exemple 
de Fabricius qui n'emportait avec lui à la guerre qu'une 
salière et une coupe; et ne criti(pie-t-il pas le mobilier 
somptueux qu'ils traînaient a))rès eux dans les bagages de 
l'armée (^)? 

Eniin, une dernière preuve à l'appui de l'état de guerre 
où Rome se serait encore trouvée en notre pays du 
temps d'Hadrien, ne pourrait-elle pas être tirée de la pro- 
fondeur considérable de la fosse sépulci'ale de Fresin , 
comme des fosses d'Omal, d'Overwinden et de la londje 
Hémava (0) 1 

Dans touteslessépultures antiques, sans distinction de rites 
ou de cultes, ce qui frappe les explorateurs est en premier lieu 



(ii'lunl (B.vTissiKH, llist. (le l'art moninii., p. 50-2). Oi', (•(iiiiiur on le vci'i;i plus 
loin, les seuls ossements (raniinanx l'econnns ;i Kresin a|i|>aitieinient a (les 
mouton-. 

(i) V. sur les maL!;isti'ats romains de la Belgique, un mémoire ilc M. Roii.kz 
{Noiiv. Mém. Acail. roy. de Belg., 1844, pi. x\ii),oii il est question de plusieurs 
fonctionnaires contemporains d'Hadrien , notamment IHililius Celsus , Aulus 
Plretorius Nepos, Glaudius Saturniinjs, commandants militaires, plus nnprocii- 
ratorm administrateui' des linanees, qui eut pour secrétaire un en tain I'. .Kliiis 
Agrippinus, donl le nom a été conservé par une inscriptidii. 

(2) liisl. nat., XXXIII, 50 et 5-i. 

(s) Les détails manquent mallienreusenient dans uki. Vaux , II, p. 550, et 
BovY, II, p. lyU, sur la losse qui a pu exister ;i Tliisnes. 



— 17t) — 

le peu de profondeur des fosses sépulcrales (i), laquelle est 
parfois de quinze cenliniètres seulement, presque toujours de 
moins d'un mètre; quand elle atteint un mètre, l'anomalie est 
tellement saillante qu'on cherche à l'expliquer par des exhaus- 
sements dus à la culture, par des alluvions, etc. (ij). Or, 
qu'on le remarque, il s'agit là de sépultures ordinaires non 
protégées par un remblai de plusieurs mètres cubes. 

Quand un terrassement quelconque existe au-dessus de la 
sépulture, l'on est allé même jusqu'à ériger en règle absolue 
que jamais la sépulture ne doit être cherchée dans le InMonds 
du sol; voici ce qui a été dit à cet égard sans contradiction 
dans la première de nos assemblées savantes : « Il ne faut 
jamais fouiller plus bas que le terrain naturel; car les corps 
et autres objets y ont d'abord été déposés, et le tuniulus s'est 
élevé sur eux (r>). » . ... « Les travaux doivent se borner 
à une trouée de quatre ou cinq pieds de largeur qui n'irait 
que jusqu'au centre du cône, à niveau du sol {i). » 

Et, en effet, les tumulus tant celtiques (3; que germains (e) 



(4) De Caimont, Cours d'aiitiq. inontiiii.. Il, p. oô; Cochet, A'on«. so///., 
pp. 81 et 9i; Biill.Àcad. roij. de Bely., XVI, I", p. t;09; Mess, des scieuc. hlsl., 
1844, p. ii'-Ki; Bull, et Aîin. Acad. d'urchéol. de Bely., il, p. 171; Ann. Soc. 
archéid. de Naiimr., III, p. -20-2; IV, p. 88; VI, p. 546; VII, p. -270; Revue 
d'Iiisl. et d'arehéol., III, p. 34; Mém. Acad. roij. de Behj. (Savants t'tr.,XXII). 
Notice de M. Pinchart, p. 10. 

(•2) Cochet, Nonn. sout., p. 76; .l/c.ss. des scieuc. liLsl., 1S46, p. IM; 
Ann. Soc. archéol. de Namur. V. cependant des sépultures d'un peu plu.s d'un 
iHc'tie irouvées à Schaerbeek et à Tournai {Mess, des scienc. Iiist., 18î)o, p.oOô; 
Bull. .\cad. roij. de Belg., XXX<= ann., :2'' sér., XII, n. 60). 

(5) Bull. .icad. roij. de Belg., XII, r, p. 90. 

(4) Ibid., XVII, 1% p. 473. 

(5) Archœologia , XXX, p. 60; Batissiek, Hist. de l'art monum., p. .Ill ; 
ScuAYES, la Belgique, etc., I, p. il8-!19. 

(e) ScHAYES, Hist. de l'archil. en Belg., I, p. 19; ETT.MiiLLEii, Beowulf, 
Hetdengericlit des aciiten Jahrliunderts, v. ôî63 et 3166. 



— 180 — 

et romains (i) ont constamment été signalés jusqu'ici comme 
recouvrant les restes funéraires déposés à la surlace tout au 
plus un peu nivelée, et même au-dessus de cette surlace 
dans le tertre même (2). 



(i) Anciens 3/m. .Acffî/. de Brux., IV, p. 488; ii«//. Àcail. roy. de LU'Ig., 
X, 1", p. 191,-et XfV, r, p 4S8; Ann. Soc. (trchéol. de A'amiir, II, p. (w ; 
IV, pp. 15, 20 et ô66\ Revue d'hist. et d'archéoL, IV, p. oO et suiv.; Archivotu- 
gia, XXIV, p. 5, et pi. m; XXIX, p. 5 et siiiv. A la vérité, Iîatissikr, Ilifil. dr 
l'art momini., sigfiale l'usage des fosses sous les tuuiulus idinuie ayant exisK- 
dans les premiers temps de Rome; et les Ann. Soc. arclnwl. de A'am/*/', III, 
pp. 592 et596;lV, p. 1-i; V, p. 18G; VII, p. 289, signalent un ou plusieurs cas 
oii les objets funéraires auraient été déposés dans un creux au-dessous du niveau; 
mais ratlirmation de Batissiek ne repose sur le témoignage d'aucun auteur 
ancien, et elle est contredite par ue C-AiiiMONT et autres auteurs modernes qui 
soutieinieiit que les Romains n'élevèrent point de tumulus en Italie: iiuant aux 
faits cités par les Ann. Soc. archéoJ. de Aatniir, voici ce que M. dei. Marmoi. 
a bien voulu écrire à l'auteur de la présente notice : « Dans tjUelques cas, c'est 
dans nue excavation s'enfonçant plus ou moins iirofondément (|u'on a rencontré 
divers objets; mais je n'ai pas remarqué a cette profondeur de caveau propre- 
ment dii, et je pense qu'il serait dangereux d'en tirer quelque conséqueuce avant 
que de nouvelles découvertes aient éclairé sutlisamuient la question. Dans cet état 
de choses, j'aurais peine a me rallier (pour les fouilles de Namur) ii la suppo- 
sition I mise |.ar vous que ces excavations étaient destinées à mieux protéger les 
dépouilles mortelles contre les spoliateurs. « Ce (|ni manque dans la llesbaye 
nauMiroise et qui s'est signalé dans le Nord de la Heslxiye, tant a l''resin qu'à 
Onial, Overwindcn et dans la ton;l)e Hémava, e'est-a-dire des fosses véritables, 
peut donc avoir une signification sérieuse. M. Joi.v non jtliis, écrit-il, n'a jamais 
reinar(|ué d'excavation sous les tumulus de Renaix. 

Ajoutons toutefois que certains des tumulus dont s'occupent les autorités 
citées en léle de cette note, les tumulus de Saventliem, de Cliampion et des 
Rartlow-Hllls, offraient, au-dessus du niveau, de véritables caveaux en maçon- 
nerie ou en pierres assemblées qui constituaient une proleclion aussi ellicacc 
■ qu'une fosse dans le sous-.sol. 

(i) Une exploration rapide des tertres funéraires de la bruyère liet liostie a 
Caulille, dont mention est faite dans le Bull, den Conini. roij. d'Art et d'Arclu'ol., I, 
p. 100, avaient induit M. Juste, conservateur du Musée royal d'antiiiuités, et 
l'auteur de la présente notice, il croire il cette circonstance, dont, au surplus, la 
revue anglaise Arrliœoloijia, XXX, p. 00, donne un exemple des plus frappants : 
des morts ont été placés ;i différentes bailleurs dans b; tnnnilus même. 

A piiipos de Caiilille , remai'(inmis \v rap|ii'(icli';mcnt étym(dogi(|iif de 
cAULii.Icct i.Ati ai.iiini, moins frappant, mais plus vraiscniblablegéograplnqnement 



— 181 — 

Or, si l'on se rappelle ({uc, selon Pline (i), l'incinération des 
morts ne devint générale qu'à la lîn de la répuljli(|ue avec 
l'extension des conquêtes à l'extérieur; si l'on songe qu'en 
brûlant les corps, les Romains avaient pour but de dérobei' 
les restes des leurs aux outrages posthumes des vain(;us; si 
l'on remarque que les tumulus eux-mêmes n'étaient pas 
seulement élevés comme monuments, mais aussi comme 
garantie contre la spoliation des sépultures (2) ; il est assez 
naturel de supposer, quand cette spoliation était à redouter, 
qu'on ait cru utile d'ajouter, en guj^e de protection encore 
plus efficace, celle d'une fosse profonde. Quoi de plus vrai- 
semblable quand on se souvient que les Germains de Teu- 
loburg étaient allés jusqu'à détruire complètement le tumulus 
élevé par Germanicus sur les restes des légions de Varus (5)? 
Par hypothèse, c'est encore contre des hordes germaniques 
([ue les Romains avaient à lutter; n'était-il pas dès lors très- 
nalurel qu'ils ajoutassent la précaution d'une fosse profonde 
aux mesures insuffisantes prises jusqu'alors pour empêcher 
de semblables profanations. Or, quand celles-ci pouvaient- 
elles se faire craindre, sinon lorsque les conquérants ne jouis- 
saient pas encore avec sécurité des fruits de leur victoire? 



(juc celui de Fresin et Feresne. La bruyère liel hostie a tidèlenient conservé les 
ti'accs de vastes travaux couiine des retrauclienicnts qui pourraient bien provenir 
delà station indiquée sur la carte de PiiUTiNGER; en outre, différentes antiquités, 
tant germaniques que romaines, y ont été -trouvées, entre autres, en 186;2, une 
plaque de tibule, représentant un Bacchus au lion, une garde d'épée (antique ?) 
en bronze (forme de cou de cygne), des monnaies du Haut-Empire; enfin une 
poterie grossière qui sera jointe aux n"' 297 et suiv. du Musée royal d'antiquité#, 
provenant du même endroit. 

(i) Hist. nat., VII, 63. 

(2) M. Galesloot, Bull. Acad. roij. de Belij., XIV, 1°, p. 496. 

(s) Tacit., Ann., I, 62, et II, 7. 

42 



— 182 — 

Si ces données sont exactes — el elles le resteronl jusqu'à 
ce que l'observation constate ailleurs qu'en Hesbaye l'exis- 
tence de fosses sépulcrales sous des tumulus, ou dans la 
Hesbaye même la présence de substruc lions belgo-romaines 
— est-il défendu d'avancer comme un l';iit liisloriciue non 
trop invraisemblable que le Limbourg, où cinquante ans 
aupai'avant se passaient les épisodes de la lutte entre 
Civilis et Labéon (i), fut encore au second siècle le théâtre 
de luttes sanglantes entre les populations belgo-germaines 
et les armées romaine*, et que, sous Hadrien, la conquête 
de notre pays n'était pas achevée de ce côté? A la vérité, 
Rome par ses étaitlissements peuplés de Tongrois, de Ner- 
viens ou de Bétasiens (2), admis à tous les droits des 
citoyens romains, Rome, par ses alliances avec les Bataves, 
approchait bien près de la Toxandric ou Campine, et même 
étendait plus haut vers le Nord sa domination ou ses rela- 
tions; mais elle avait encore devant elle les solitudes désolées 
de cette Campine, que les haaiographes dépeignent comme 
étant restées pendant plusieurs siècles encore à l'état barbare 
et sauvage (3); là, sans doute, s'étaient réfugiés et durent 
être difficiles à réduire les débris des })euplades luttant contre 
la conquête ; dans ces bruyères protégées par des marais 



(i) Tacit., Hist., IV, 65, 66, 70 et 79. 

(î) La province de Urahant soiŒ l'Empire romain, par Gai-esloot (Revue 
d'hist. el d'archéuL, I,|). 185) ; Schayes, Bull. Acad. roy. de Uelg., XVIII, J", 
p. 658; Congrès scienlifiq. de France, 20*^ session, II, p. 213. 
• (r>) V. dans les Mém. Acad. roy. de Belg., ( luéni. cour, et savants LHi'ang., 
1857, XII et 1815, XVI j. Les dissertations de Schaves^ pp. 27 et28, et depAii.LAKD 
DE S'-Aioi.AN, p. Il, (pii rapportent des passages de Nicolas, de STEPiiiu.Nrs, 
de l'auteur de la vie de S'-Evremaihe, etc., sur l'état de désolation oii se tron- 
vail la Toxandrie au eomnicneenieiit du ruoven àiîo. 



— 185 — 

infranc'liissables ot par d'épaisses Ibrèls, riiinuoiu-c romaiiie 
essaya en vain de s'exercer, et de là parlaient peut-être 
des agressions contre lesquelles les conquérants avaient à 
se défendre (i) et auxquelles ils opposèrent l'établissement 
de Tongres, la station des Lœii /r///e/?.sei' dont parlent les 
Notices impériales (2), et les camps hypothétiques de la 
Ilesbaye. 

Mais trace de campement ou trace de champ de bataille, 
;"( quels événements du règne d'Hadrien se rapporterait la 
sépulture de Fresin ? 

L'histoire n'est pas très-explicite à cet égaj'd ; elle nous 
dit seulement que, lors des grandes pérégrinations d'Hadrien 
à travers son empire, ce prince passa vers l'an 120 de la 
Grande-Bretagne dans les Gaules (3); elle ajoute (pie le 
règne d'Hadrien se passa sans guerre (4). Mais n'y aurait-il 
pas au moins une relation quelconque entre l'établissement 
de la chaussée de Nivelles et des sépultures militaires qui la 
bordent en si grand nombre? La circonstance qu'il y a 
manque complet de documents sur la date où cette voie a 
été construite, et que, d'un autre côté, la contrée traversée 
par cette chaussée est comprise dans celles qui sont signalées 
comme étant encore dépourvues de moyens de connnunica- 



fi) MoKE, Mœurs, usages, fêtes el solennités des Belges, 1, p. 32; Schayes, 
la Belgique, etc., II, p. 197 et suiv., et Mém. couronné sur les documents du 
moyen âge relatifs à la Belgique {Acad., XII, ami. 1857, p. 29). 

(2) V. ap. Schayes, la Belgique, de, II, p. 472. 

(ô) Gi'.EHi'o, Mémoire sur les voyages de l'empereur Hadrien et sur les mé- 
dailles qui s'y rapportent, p. 81 . 

{i) « Pacem omni temporc imperii sni (Hailrioiuis) liabuit. » El'Troi'., VIII, 7. 
Si cet écrivain ajoute : « semel tantum per prœsidem dimicavit , » l'on est d'ac- 
cord poiii' adiiK'ttie qu'il s'agit là de la jiuci'i'C de Judée. 



— 181 — 

lion, avia beUjannii (i), par Tacile ({iii sans doute s'occujja 
delà révision de ses ouvrages dans les premières années du 
II'' siècle (2); tout cela ne permet-il pas de supposer qu'entre 
César et Agrippa (5) qui créèrent sans l'achever (4) le sys- 
tème des routes de la Gaule vers le Rhin, et Marc-Aurèle 
qui étendit ces routes jusqu'en Batavic pendant la seconde 
moitié du 11'' siècle (.•.), il y eut une série de travaux partiels 
dans la région intermédiaire, travaux dont la date des écrits 
de Tacite permet de lixer la confection aux règnes de Trajan 
et d'Hadrien? Ces princes, en effet, sont signalés l'un ei 
l'autre, comme s'étant occupés de grands travaux pu- 
hlics (g). 

Enfin, en admettant ({ue les roules principales de Tongres 
vers Bavay et vers Nimègue, fussent antérieures à la lin du 
i'' siècle, toujours restait-il à ramifier ces grandes artères 
par de nomhreuses veines (diverlicula et viœ vicinales). 



(1) Hist., IV, 70. 

(2) opinion de M. Dai:nuu, notice sur Tacite déjà citée, p. vu. 

(3) SciiAYEs, la Belfjique, etc., II, p. 451. 

(i) BuRET DE LoxGCHAMPs, Fostes univcrsels, III, p. il. 

(ô) Id., III, p. 63 (cet auteur ne cite pas ses sources); Lamprid., in CovwimL, 
xvu, se borne a dire que le lils de Marc-Aurèle ne continua pas les travaux 
publics commencés par son père, et Jui.. Capitol., in M. Anton., xi, dit seule- 
ment de ce prince : « Vias ilinermn dUigenfissime curavit. » Mais une inscrip- 
tion trouvée à Naaldwyck, en Hollande, et une colonne milliaire dans les ruines 
du du'iteau romain de Brittenburg, près de Katwyk, apprennent qu'Hadrien, 
MaiT-Auréle et Lucius Verus travaillèrent aux routes de la Batavic. (Sohayes- 
PioT, la Bel Clique, etc., 111, p. H3). 

(c) Casti;, Hist. unio., règne de Trajan, p. Oi (éd. de Bruxelles, 1815) : 
Batissieh, Hist. (le l'art inoniim. ; (Uir.ypo, ouvr. cité, donne une inscription 
trouvée à Hic/,, nii il est question d'une voie pavée établie par Hadrien; 
tlUTROP. , VIII, 7, résume les travaux d'Hadrien par ces mots : « miilla 
œdificavit. •■ V. pour Hadrien les monuments épii.'ra|)liiques dont il est question 
a la noie préci'denle. 



— 18o — 

travail (|ui, la chose est ro('Oiniuo(ij, osl i)()st(''ri('ur ;i la créa- 
tion des voies principales. 

L'établissement de tous ces chemins avait pour but de 
conserver et d'étendre les conquêtes de Rome et de mettre 
les frontières à couvert par le déplacement rapide des 
légions (2) ; les peuplades encor(^ insoumises de la CampiiK! 
vers laquelle Rome étendait ses voies comme autant de 
griffes, ces peuplades chez lesquelles vivaient encore les 
traditions d'Ambiorix et les exemples récents de Civilis, ont 
sans doute souffert avec impatience l'établissement déroutes 
de conquête et d'asservissement, et s'y sont opposées par les 
armes. Il y aurait donc eu, même après Vespasien, une 
succession de combats dont les tombelles de la Hesbayo 
seraient le vivant témoignage, traces glorieuses des luttes 
de nos pères, défendant pied à pied le sol natal contre 
les forces plus grandes des envahisseurs étrangers (5). 

.^ IV. 

Une autre (piestion, soulevée par la découverte de Fresin, 
est relative à la destination et à la disposition des nombreux 
objets trouvés dans le caveau sépulcral (i). 



(1) ScHAYES, la Belfjique, etc., Il, [i. 462. M. VandkrRit (Étude roproiluite 
\yA\'\c Journal de Varchit.^ 1851), reporte jusqu'aux Antonius i'aclièvenieiit des 
voies seeondaiics de la Heshaye; mais d'après ee qu'il a dit à l'auteur, ccu'estla 
qu'une approximation, et il n'est pas éloigné d'accepter le règne d'Hadrien comme 
époque de l'établissement de la chaussée de Nivelles dans sa partie qui se dirii;c 
de Fresin sur Avernas-le-Baudouin. V. cep. Bull. Acacl. roy. de Belg., XVI, 2", 
p. 455, à propos de l'opinion de M. Vander Rit. 

(2) Vandek Rit, ihid., p. 71. 

(3) Comm. roy. des Momim., séance gén. de 1862, p. 57; il n'y a donc rien 
d'antinational, quoi qu'on en ait dit, h soutenir l'origine romaine de ces lumulus. 

(i) V. sur toute cette matière, le chai». XXXII de Githerus fap. Gkaev., XII, 



— 186 — 

La tombe centrale était bien certainement consacrée à la 
séjuillnrc d'nn individu unique : cela résulte de la présence 
d'un seul vase ayant servi principalement d'uriie cinéraire, du 
grand bassin de bronze, autour duquel les autres objets, 
comme pour lui faire honneur, étaient groupés. comme de 
simples accessoires (0; d'ailleurs, si l'on avait eu plusieurs 
personnages à inliumcr, pourquoi ne pas élablir autant de 
caveaux distincts soit sous les deux tuniulus restés vacants, 
soit même sous le tumulus médial? 

La présence de certains objets en double échantillon a 
parfois frappé les explorateurs de sépultures antiques (12), 
et leur a fait supposer qu'elle indiquait une sépulture dou- 
ble connue de deux frères ou sœurs. A Fresin , la nième 
circonstance s'est révélée, et, si ce qui vient d'être dit est 
exact, elle est indifférente : le caveau a offert deux paires 
de petits vases aux libations (n"' 54 et 55, 40 et 41 ), deux 
patines (n"' 57 et 58), deux patères (n'"42 et 45), deux 
cruches de bronze (n"' 24 et 28), sans compter cinq lampes 
funéraires (5). Apparemment que dans les cas où l'on élait 
restreint à un petit emplacement comme celui d'une fosse 
de cimetière, et où l'on ne pouvait réunir qu'un nombre 
peu considérable de vases, l'on recherchait la variété des 



|). 1246). Qiiœ in sepulchris ciiin coriioribus cnnderentur. V. aussi dos observa- 
tions tic MM. DU Traignkalx et iji;i. Makmol [Ann. Soc. arcliéol. de ?ianiit)\ IV. 
p. 9i, et VII, p. 50), et Lehon {Revue d'Iiisl. el d'archéol., III, 5G). 

(1) Cochet, Non», sont., pp. 14, 15,28; Roach Smiïii, Colleclanefi aiiliqiia, 
pnxsim. M. dei. Marmol énonce cependant, mais sous forme d'un doute, l'opinion 
que lorsque dans une sépulture l'on trouve i»!usieurs vases contenant des cendres, 
cette sépulture a pu servir ii plusieurs {Ann. Soc. arcliéol. de yamur, VII, p, 29). 

(2) CociiKT, Sépitll. fjrnil.. p. (il) ; .jor.v , Mess, des scienc. Iiisf., IH'i."), 
p. 4^53. 

(3) V. aussi Itcriic d'Iiisl. cl d'orrin'ol., III, p. ."iT. 



— 187 — 

fornics pour lioiioror le inorl, eu dorinîml plus d'éclat au 
mobilier du toinhciau. Mais, lorsque la prodigalité des survi- 
vants s'ap])liquail surtout à remplir de nombreux objets un 
vaste tombeau, on ne devail plus avoir le même souci de 
ne pas se répéter : la quantité rachetait la (pialilé, (pn', du 
reste n'a pas été négligée àFresin ; puis cette recherche était- 
clle bien possible de la part d'mie armée en pays ennemi, 
qui devait nécessairement se contenter des objets transportés 
par elle dans ses bagages? N'est-ce pas In raison poui- 
laquelle dans la tombe Hémava (i), à défaut s;ins doiilc 
d'autres vases, l'on a enfoui ce (pie nous a})pellerions aujour- 
d'hui un service complet de table en terre samienne , des 
plats, des assiettes, des soucoupes, etc., en plusieurs échan- 
tillons de chaque forme, tandis qu'à Fresin , à Omal, 
sépultures de la même époque (pie la tombe Hémava, la pré- 
férence a été accordée aux vases de bronze et de terre cuite , 
abstraction faite presque complètement de la poterie sigillée? 

Le nombre considérable de vases ou récipients quelconques 
lrouv(^s à Fresin (onze ou douze en verre, dix en bronze, 
vingt-deux en poterie), sans compter une foule considérable 
d'accessoires, ne doit pasétomier; c'est là une circonstance 
fréquente dans les sépultures antiques, où les objets funé- 
raires forment les groupes les plus variés (2). 

« Pour le vulgaire, dit l'abbé Cochet (3), qui n'aperçoit 
ni ossements, ni squelettes, il n'a nullement l'idcîe que ceci 



(i) Bull, des Comin.roij. d'Art et dWrchéol. [, p. 121. 

(2) En voir des dessins dans Roach Smith, Cotlectanea nntiqua, pi. xii et 
autres; Cochet, Norm. sont., p. 28; Archéol. céram., p. 10, et Joi.y, Mess, des 
scienc. Jiist., 1819, p. 208; 1831, p. 35, etc., etc. 

(3) Norm. sont., p. 29. 



— 188 ~ 

soit une sépulture; il croit plutôt à un ménage antique, à 
une fabrique de poterie, à l'ollicine d'un marchand. En 
reconnaissant que tous ces vases ont été volontairement 
ensevelis sous terre, il s'étonne et se demande pour quel 
motif on a pu laii'e aussi inutilement une aussi grande dé- 
pense de poterie. » El M. Joly (i) renouvelle l'observation; 
ses fouilles lui avaient révélé un jour un grand nombre de 
vases de terre cuite, « ressemblant, dit-il, à de petits pots 
à onguent, tels qu'on en voit chez les pliarmaciens. Aussi 
les ouvriers se disaient-ils en plaisantant qu'ils venaient 
de dénicher tout l'altiiail d'im apothicaire des temps 
anciens. » 

Et l'idée vulgaire (2) se comprend : l'abbé Cocliet fouilla 
un jour la sépulture d'une femme artiste, à côté de laquelle 
ou avait descendu dans la tombe tout son mobilier de pein- 
ture, des flacons et des fioles par douzaines; dans une 
seule fosse, l'on a trouvé même jusqu'à ({uairc-vingt-sept 
vases dont cinquante-six en verre (3). 

A quoi donc, se demande-t-on, servait cette vaisselle abon- 
dante dont les anciens couvraient pour ainsi dire leurs morts 
des pieds à la tète (4)? 



(i) Mess, des scienc. hisl., 18i6, p. 106. 

(2) Il a été rapporte à railleur qu'il y a quelques auitées dans un endroit de la 
Hcsbayc qu'on n'apu préciser, on avait aussi mis la main un jour sur « toute une 
pharmacie soutcri'aine ; )i tant il y avait là de vases divers contenant une espèce de 
liquide ; malheureusement ce fait ne repose que sur une tradition vague, et on ne 
ie cite ici que conmie preuve de rinipressioii produite sur le ])eu|)le par le grand 
nombre de vases enfouis dans les tonibeau.v anciens. Il n'est pas impossible, du 
reste, que cette tradition ne soit relative à la découverte d'Overwinden déjà citée. 

(3) Cochet, Archèol. céram., p. 5. V. aussi ISon». sont., pp. 06, 7o, 91 ; 
Sépull. gaul., pp. ■il, 45. 

U) Cociiivr, ^orm. sont., pp. HTt cl l'J.j, Aniti'ol. rcram., p. 1 1. 



— 189 — 

Il sera facile de répondre à celle quesliuii, en relisant le 
passage des Fastes d'Ovide (i), où ce poëte décrit les céré- 
monies du culte des mânes : ce sont les présents funèbres 
apportés sur le bûcher refroidi, les tlours déposées sur le 
couvercle de l'urne sépulcrale, des essences, des grains de 
blé, du sel, un pain amolli dans le vin, la nourriture dé- 
posée pour rassasier le défunt, etc., etc. 

Tout dans cette description respire le matérialisme païen : 
la mort était moins le terme de l'existence qu'une nouvelle 
manière d'être, secunda vifa, comme dit Valère Maxime, 
une sorte de continuation de la vie au sein de la tombe, 
résidence des mânes divinisées (2) auxquelles restaient cer- 
tains des goûts, des habiludes et des ressouvenirs de la 
terre; à ces idées, dit M. Raoul-Rochette (3), nous devons 
le mobilier de la tombe qui a servi à former nos Musées, 
et qui continue tous les jours encore à les enrichir et à les 
orner; et à ce mobilier nous devons presque toutes nos con- 
naissances archéologiques. 

A mesure que les peuples se sont spiritualisés, les sépul- 
tures se sont appauvries (4) ; elles étaient bien riches dans 
ces temps de paganisme : sur les vases contenant la boisson 



(1) Est lioiior in tumulis... 

... in cxstinctas mimera l'erto pyras... 
Tcgnia projpclis satis ost velata coronis ; 

Et sparsœ frugps, pancaque mica salis, 
In(nie mero mollila Ceres, violaeqiie solut.c. 

... posilo pascilnr ninbia cIIjo. 

{FasI., II, 555 à 570.) 

... Exstincto feralia muucra ferto, 
Deque tnis lacrymis luimida serta dalo. 

{Trist., m, 3, 81.) 

(2) GUTHERIUS, p. 1155. 

(s) Nouv. Mém. Acad. des Inscript, et bell.-leltr., XIH , p. 585. 
(*) Cochet, Norm. sout., pp. 16 et 199. 



— 190 — 

et les îilimeiils deslines ;iii dérmil {i), ruii gravail ces inscrip- 
tions « Félix bibas! Utere felix! » A côté de ces vases on 

en déposait d'antres contenant de l'eau Iraiclie, du lait, du 
vin, du miel (2); on les accompagnait de récipients de toute 
nalure, d'objets destinés aux cérémonies tunèbres : vases aux 
offrandes, aux essences, à l'eau lustrale, lampes sépulcrales, 
fioles lacrvmatoires, brùle-parfums; on y ajoutait les osse- 
ments des victimes immolées aux mânes du mort, et les objets 
(|ui avaient été cbers à celui-ci {-1), ou dont on croyait qu'il 
aimerait encore à se servir dans le royaume des ombres 
(ornements, jeux, etc.), enfin les armes ou ustensiles rappe- 
lant des particularités de la vie terrestre du défunt (4). 

La législation civile et religieuse du christianisme ne cessa 
de protester contre ces ])ratiques (pi'il fut bien difficile de 
déraciner; les (^apitulaires et les Conciles, notamment celui 
de Leptines, prohibèrent ces dadsisas ou f(^stins sur la 
tombe, dont une part était réservée au défunt (5); les Pères 



(1) KincH.MANN, de fnncribus, pp. 487 et 5:21. iloniic réiiuniération dos (liflt'- 
reiits aliments, etc., contenus dans ces vases. 

(2) GuTHEiiHîs et MoRKSTKU.us, pass'iin; dk Montfaixon , V, \). oi; Cochet , 
Sorm. sont.,]). 195; Aij.\m, Antiq. rom., 11, p. 547 ; Sciiayes, la lîelgique, etc., 
Il, pp. 298 et 301. Ce dernier auteur parle plus spécialement des Germains; 
mais il est à remarquer qu'ayant pris à tâche de s'occuper particulièrement des 
populations belgiques avant et pondant la domination romaine, en faisant abstrac- 
tion des conquérants comme s'ils n'avaient fait que passer sans lais.ser de traces, 
.M. ScHAYEs rapporte constamment les anciennes sépultures aux Gaulois et aux 
Germains, en leui' attribuant ce qui parfois, peut-être, devrait être laissé aux 
Romains. 

(5) « Cum rcbiis qtiax dilcxcrdiil liomincs xcpclii'baitliir. » (Sbkvu's, nd lib. X, 
.'Encid. ) 

(i) MviiC.iEi!, /. cit., pp. X et 159. 

(.■î) Caimt. VI, c. 197: « Admoncautiir fidelcx ut ad ftuos morluos non agani 
en qi((i' de paqnnnrum rit a remnmenmt . FA f,uper mortuorum tinniilos depaqano- 
riini rihi uec mrnidiiciirc tier b/berc piursiuneiil. » (Heineccils, Corp. jtir. 



— 191 — 

(le rEii'lise essayèrent jnoiiic dV'inpIoyer Tanne du ridicule 
pour faire ressortir l'étrange contradiction qu'il y avait à 
i)rùler d'abord les morts de la manière la plus atroce, puis 
de les nourrir de la manière la plus goulue (i). 

Toutes les destinations diverses qui viennent d'être rele- 
vées, conservation des cendres du défunt, nourriture de ses 
inànes, etc., etc. , étaient représentées dans la tombe de 
Fresin. Il serait superflu de rechercher ici spécialement 
l'emploi de chaque objet particulier; le travail, à l'aide des 
indications recueillies et des points de comparaison rappelés 
plus haut (2), sera du reste des plus aisés pour les archéolo- 
gues qu'il intéresserait. 

Cet ensemble remarquable où rien ne fait défaut des 
usages antiques, est déjà à lui seul, indépendamment de 
l'élégance et du choix des objets, un indice incontestable de 
l'importance de la tombe de Fresin. Fn etîet, chez les anciens, 
les sépultures vulgaires étaient de simples fosses contenant 
quelques tessons recouvrant des cendres déposées sur le sol 
nu (X); l'emploi de vases dénote déjà une aisance relative; 



Ccrman., p. 1331). Capit. d'environ l'an 74i : « Ut superstitiones quas qiiibus- 
dam inlocis in exsequUs morlnorum normuUi faciunt eradicent. « (Id , p. 1512 
et l'io9).V. aussi un Capitul. de Carloman de l'an 747. (Id., p. -i88), et Vhidicii- 
liis Huperstitionum du concile de Leplines (les Estines en Hainaut), ap. Schayes, 
la Belgique, etc., II, 14-3 et Th. Lejeuse, Acad. archéol. de Behj., t. XIV, 
'><= livi". Le croirait-on? en plein xix»- siècle, dans les environs de Stavelot, les 
exhortations des curés ne sont pas parvenues à empêcher, la nuit de Noël, le 
dépôt d'aliments sur les tombes des cimetières {Ann. de la Soc. d'arcliéol. de 
Namur, VII, p. 56). 

(1) « Ego magis ridebo viilgiis , disait Tertllme.n, tune quoque eum ipsos 
defunctos atrocissime exuril, quos postmodum gulosissiine nutrit. » [ap. Gu.^v. 
Ml, p. 1015). 

(2) V. aussi Batissier, pp. 508 et 509. 

(3) Ann. Soc. archéol. de Naniur, Vil, p. 28 V. cependant ropiiiion de 



— 192 — 

mais celui de lampes sépulcrales (i), de colïrels funé- 
raires (;2), de vases de bronze, et surtout de vases de verre 
alors très-rares et lrès-})ré(;ieu.\ (r>) , rensevelissement de ce 
mobilier sous un lumulus (ô et l'éreclioii laile en même 
temps de deux autres lumulus purement bouorili(pies élevés 
à i2,Taud renfort de bras par les soldats de toute une légion 
peut-être, tout cela est un indice évident de l'opulence du 
(It'funl. Qu'est-ce donc (juand, parmi les objets mis au jour, 
on ti'ouve, en outre, quelques exemplaires revêtus de la 
forme arlisti(pie la i)lus ricbe et la plus élégante? Les fouilles 
de Fresin qui ontrévélé un seniblable trésor, sont d'autantplus 
importantes, au point de vue ai-cliéologique, que jusqu'ici Ton 
s'était accordé à considérer les tumulus trouvés dans noire 
pays, comme offrant en l'ai td'art, si non tout à fait de la pauvreté, 
au moins fort peu de chose qui fût digne de remarque (o). 

(Ji'TiiEr.iis souvent rériitc(Mlepuis par les laits (//;>. Gr.ev., \II, p. 1:225), d'après 
laquelle « ciipœ, ollœ, ossuariw, iirniv, (tmpitUœ, phi(tla\ scpiilchrn sioit plebis 
cl pauperiorum.t) 

(i) D'api'ès LiCETUs, n non nisi e noblliuni sepitlcliris IiiijksdkhH luccnur 
cniuntiir. « 

{-i) C'est l'opialoii de de Bast et de Caumost, V. Joi.v (Mess, des scicnc. 
Iiisf., 18io, p. ioô). 

(ô) Cochet, Norm. sont., pp. 81 et 185; de Cxnw^i, Cours d'aiiliq. nionim., 
H , I). 252 ; JoLY, Mm. des scienc. hist., 18i8, pp. 400, 402 et 405; Ihill. Acad. 
roij. de BeJg., \\\\ 1, 491; Batissieu, Hist. de l'art monum., p. 510. On rapporte 
que sous Néron l'on paya jusqu'à GOOO sesterces deux coupes en verre; V. aussi 
Nouveau Dictionnaire de la Conversation, v" Verre, p. 575 ; Laboulaye, Dict. 
des arts et manuf.. Il" vol., 2"= part., v° Yerre; et Complément, p. 81. Pein., 
XWIII, 2, XXXVl, 46, et XXXVII, 10, où il est dit nettement que les vases 
eti verre coloré, comme l'est la liole-grappe de Fresin , avaient de son temps 
chassé les coupes d'or et d'artrent. V. cep. de Montfaucon, III, qui, à propos de 
sa pi. iAxix,émet l'avisque le vcri'eétait commun chez les anciens inmi' iKinteilles, 
coupes et tasses. 

(i) Schayes, la Bdqiqnc, etc., I, pp. IIS et IH); .1»//. Soc. arcliM.de ^a- 
miir, IV, p. 21, et VII, p. 419. 

(r.) CxALESLoiiT, liitll. Acad. roii. de Itclu., \iV, 1", p. 490. 



— 195 — 

BioiHiiiolaposilioii respective des vases ne semble pas avoii' 
élé soumise à des règles invariables (i), il est intéressant de 
prendre note de la place exacte occupée par cliaque objcl ; 
c'est ce qu'a fait la pi. ii ci-dessus, où il imporle de lenir 
compte du bouleversement du sol, et qui a empêché de 
vérifier si, comme ailleurs (V), les vases étaient placés par 
rangs de trois ou quatre; cependant un rapprochement re- 
marquable a pu être saisi avec le tumulus de Champion 
exploré par M. del Marmol (5), et avec les sépultures de 
Schaerbeek (4) : l'urne cinéraire se trouvait égalen)ent 
déposée en tête de la chambre sépulcrale du côté du Midi, 
et les lampes sépulcrales avec la cruche à huile du même 
modèle que la lagune n" 51', étaient placées dans 1(ï coin 
gauche de la partie inférieure; dans le tumulus de Seron (■;;, 
les poteries secondaires étaient, comme à Fresin, rassem- 
blées l'une contre l'autre; enlin, bien qu'on considère l'orien- 
tation des tombes , tète à l'Ouest , pieds à l'Est , comme 
l'attribut des tombes dites celti(]ues (c) et des tombes 
chrétiennes (7), la fosse de Fresin, connue beaucoup de sé- 



(i) Mess, des scienc. hist.^ 1819, p. 208. 

(2) Arin. Soc. archéol. de Nnniitr, II, p. :20. 

(3) IMd., II, p. 75. 

(i) Reimed'hist. et d" archéol., II!, p. r>7. 

(5) Ilrid., IV, p. 20. 

(g) Bxt\ss,iER, Hist.de l'art monum., p. 511 ; Eue. Van Bemmei., Etudes sur 
les monuments druidiques, pp. 20 et 26 {Revue univ. des arts du bibliophile 
Jacob, IV, p. 195 et siiiv.).V. contr. Schayes, la Belgique, etc., I, pp. MSet 119, 
(pii parle de corps placés dans les sépultures la tête tournée au Nord. 

(7) A. iMuRciER, /. cit., p. 29; Lebeuf, Dissertation sur l'histoire de Paris, 
t. I, p. 261 etsuiv. ; Pior, Revue d'hisl. et d'archéol., II, p. 502. Telle est aussi 
l'opinion de de Caumont, rapportée par le Bull, de l'hisl. archéol. liég., H, 
pp. 465 et 485. 



— 194 — 

pultiires romaines (ij, a son axe dirigé du Sud-Ouest vers le 
Nord-Est, c'est-à-dire vers le point extrême de l'Orient où le 
soleil se lève au solstice d'été, et le groupe tout entier est 
aligné dans le sens de la longueur de la fosse {'■i). 

Quant aux points de dissemblance avec d'autres S(''pul- 
tures, ils sont assez nombreux et il convient de les 
signaler. 

Dans la plupart des fouilles faites jusqu'ici dans des sépnl- 
tures romaines, l'on remarque presque toujours mi cou- 
vercle quelconque sur le vase cinéraire principal ; c'est là, 
en termes généraux, la tegula d'Ovide ; parfois cette tegula 
est une tuile dans le sens propre du mot, d'autres lois 
c'est un couvercle soit upj)art(Miant au vase lui-même, soit 
provenant d'un autre vase, ou bien une pierre plate, une 
assiette, un trépied en terre noire (3), un bol de verre ren- 
versé sur une urne de même matière (4), ou enfin nnc 



(1) PioT, /. cil. , 1 1 , p. 30 1 , et la mémo Ueriie, IV, pj). f>9 et 65; Ann. Snr. archéol. 
deyamur. II, pp. 01 et 7o; III, p. 202; Piiblicat. Soc. de Linciidwiirg, i8o{), 
|). 201. Tous les tiiiuiiliis loiiillés jusqu'ici dans la Hcshave linibourgcoi.sc, 
il Mcl (au Tombosch) , connue à Montenakcn (tombe Iléinava et tnee tomwen), 
présentent un caveau creusé dans la même direction (pi'a Kresin; il en était de 
même du caveau d'Oniai exploré en I8(J2. 

(2) liATissiER, Éléments d'arcluhd. nation., p. 175,;! propos des tumulus 
oblongs, et A7in. Soc. archéol. de Namiir, \\, p. 15. Le caveau découvert à Ornai, 
en 18t)2, par M. Thirion, a également son grand axe dans le même sens ciue la 
ligne des quatre tombelles du Gouvernement. 

(s) De Caumont, Cours d'antiq. inoniim.. Il, p. 257; (".(((.iikt, iVo/v//. sont., 
\)\). 28 et 105; Sépvlt. gaul., pp. 43, \'.i et i7 ; .\. Iîk.h, n'" Urna v[ Epiclujsis; 
ScHAYKs, la Belgique, etc., Il, p. 56-i et suiv. ; l'iscnAirr {Mém. .\cad. roy. 
de lietfi., sav. élr., XXIII) .Notice citée, p. 12; liuU. Soc. liist. et litt. de Tournai, 
I, p. DH; Mess, des scienc. liist., IS-i9, p. 207; .!««. Soc. archéol. de Kamur, 
t«:>l, pi. I, n"' 8, '.) et 10; pi. II, n"' i, (i, 7; VII, ii. 2tJ5; lirritr unir, des arts, 
XIV, p. 71. 

(*; PisToi.Kzi, Museo borlmn., V, pi. X(,iii,cl l\, pi. i.xxv. 



— l9o — 

plaque sur laquello se trouve gravée rinscriptioii I'uik'- 
raire (i). 

Souvent, aussi l'on signale, sous l'urne principale, une 
assiette, une palère, un objet quelconque en guise de pié- 
destal (-2). 

Enfin l'on a (pielquefois découvert dans les vases les plus, 
grands et surtoutdans rurneprincipale(ô), une foule d'objets 
de petite dimension, comme des fioles en verre, des vases 
aux libations, des cuillers, des fibules, des tablettes, des 
bagues, des monnaies, etc. 

L'espace considérable dont l'on disposait à Fresin a-t-il 
fait préférer l'étalage des objets à leur superposition, motivée 
ailleurs par le désir d'occuper le moins de place possible? 
Toujours est-il (|u'à Fresin , sauf toutefois les deux patines 
n"' 37 et 58, qui paraissent avoir été placées au-dessus du 
grand vase n° 53, tous les objets étaient posés directement 
dans la couche de cendres du fond. Quant à l'urne cinéraire 
en bronze, elle a présenté cette particularité que les cendres 
se trouvaient dans le bassin concave servant de couvercle, 
et que rien n'a été placé au-dessus pour les recouvrir; car 
l'on n'a pas rencontré dans toute la fosse un objet assez large 
pour boucher l'orifice du bassin , et aucune trace de bois 
trouvée aux environs du vase ne permet de supposer qu'une 
planche ait été spécialement employée à cet usage. Quant aux 
menus objets que l'urne cinéraire a pu contenir, il y a lieu de 



(i) A. RicH, \° OUaossiuiria. 

(2) Mess, desscienc. hisl., 1844, p. 526; iUo, p. -428; 1849, p. 108. 

(s) Cochet, Nonn. sont., pp. 15, 28 et 6(3; Sépiilt. (jauL, pp. 42, .45, -i5 et 47; 
V. aussi ScHAYEs, la Belgique, eU:., 1, p. 501, pour les sépultures dites par lui 
sermaines. 



— 1% — 

restreindre l'hypothèse à la cuiller et à la spatule, ainsi qu'à 
quelques-uns des grains de collier ou des jetons dont la po- 
sition véritable n'a pas été déterminée, peut-être aussi aux 
deux pièces de monnaie, quoiqu'il y ait plus d^ vraisem- 
blance à su})poser qu'elles furent placées sur les bords du 
bassin n" 1,11 est du reste à remarquer qu'ailleurs les objets 
de parure, et sans doute aussi la plupart des objets d'impor- 
tance secondaire, étaient le plus souvent jetés ;ui liasard 
dans le groupe funéraire (i). 

La sépulture de Fresin se signale encore par l'absence de 
la cruche vide, placée invariablement d'après l'abbé Cochet (2) 
à côté de l'urne, ou de l'amphore trouvée constamment à 
l'Orient du groupe par M. Joly (5) ; mais peut-être ces diffé- 
rences tiennent-elles uniquement à la cause déjà indiquée, à 
savoir l'emplacement considérable dont on disposait et qui a 
pu augmenter la distance des objets entre eux et faire varier 
leur position relative dans le caveau. 

Quanta la destination des objets funéraires, il est indubi- 
l;iblo <|u'elle n'avait rien d'al)solu; ainsi, la présence en cer- 
taines sépultures de parfums dans des vases de bronze (i) 
ou de verre (5), de traces de vin ou de lait dans des poteries 
ordinaires ((>) ou en terre sigillée (7), de cendres ou d'osse- 
jnenls dans une criiclu; de terre du typii a])j)elé pul (tu jeu 



(1) Mess, des scieitc. Iiist., 18i'.), p. 209. 

(2) Norm, soûl., p. lOÔ. 

(3) Mess, desscieuc. Iiisl., I8i8, pp. :2.")U, et I.Si!», p|i. -2(17 et 20!). 

(4) CdCHET, yorni.soKt., p. l'Jj. 

(0) il). , p. 70, et Itevue d'Iiist. et d'arcliéol., 111, p. -ii,";. 

(c) Mess, des scienc. liisl., 18 55, p. 425. 

(7) De Caimo.nt, (loiirsd'untiq. mon.. II. p. 2ui. 



— 197 — 

par l'abbé Cochet (i), ou dans un vase de verre (2), de vases 
bu de coupes en verre pour offrandes ou libations (3), ne 
peut être érigée en règle; on se servait par occasion des 
objets que l'on avait sous la main, sans que l'emploi de tel 
récipient plutôt que de tel autre fût systématique. 

Pas non plus au fond des vases de Fresin, de ces gravois 
qui ont fait fait supposer à l'abbé Cochet (i) que des vases 
à parfums ou à libations, auraient été jetés avec leur contenu 
sur le bûcher et brûlés en même temps que le cadavre ; pas 
de ces terres charbonneuses trouvées par M. del Marmol (5) 
tout près de la chambre sépulcrale du tumulus de Seron; ni 
de ces aires de plusieurs pieds carrés dont le fond était con- 
stitué de terre ou de sable bien tassé, et dans lesquelles on 
recueillit, sous d'autres tumulus, des fragments des vases 
en verre et en terre cuite (e). TMais l'absence de ces détails 
à Fresin n'a aucune importance, et, de leur constatation 
en d'autres lieux, on ne peut tirer aucune déduction pro- 
bante. 

Un seul point reste à élucider; il concerne l'incinération 
elle-même et le dépôt des cendres ou des ossements dans un 
certain nombre de vases différents. 

Il y a lieu d'abord de faire complètement abstraction, dans 
cet examen, de certains ossements en assez grande quantité 



(1) Norm. sout,, pi. vi; Sépult. gaul., pp. 4-3 et 43; Ann. Soc. archéol. de 
Namiir, VII, p. 411. 

(2) Revue d'hist. etd'archéol., III, p. 443. 

(3) Revue univ. des arts, XIV, p. 71. 

(4) Norm. sont., p. 167. 

(s) Ann. Soc. archéol. deNamur, IV, p. '21. 

(e) Ibid. Peut-être s'agissait-il de parties déjà visitées par de précédents 
explorateurs? 

i3 



— 198 — 

trouvés à l'endroit u" 46 de la pi. u (i), au milieu d'une 
couche de charbons el de cendres : ces ossements, soumis 
à l'inspection du savant et obligeant professeur Spring, ont 
été déclarés, par lui, appartenir à un ruminant conmie le 
mouton ou la chèvre, à celui-là plutôt qu'à celle-ci; ces 
ossements, au moins la plus grande partie, n'avaient pas 
subi l'action directe du feu et ne peuvent donc provenir 
que de chairs placées crues ou cuites dans la tombe, soit 
de victimes immolées en l'honneur du défunt, soit d'aliments 
offerts à ses mânes (2); la dissolution de ces chairs avait 
produit autour des os, une sorte de terreau, et d'autres 
sépultures ont donné, du reste, des ossements non calcinés 
d'animaux (5). 

Restent une quantité d'esquilles calcinées et réduites en 
fragments si menus qu'il a été inqjossible de les attribuer 
avec certitude à un être humain : peut-être quelques-unes 
de ces esquilles ont-elles été fournies par les restes d'ani- 
maux jetés dans les flammes du bûcher (i) ; mais il est 



(i) Dans un coin de la grande caisse de bois, ou peut-êU'e en dehors de cette 
caisse. 

(2) Les animaux immolés en l'iionneurdu délunt. sont, outre le mouton {Ann. 
Soc. arch. de Aamur, IV, p. 5G5, et VII, p. o), le porc, le bœuf, le chevreuil, 
les oiseaux (gibier ou volaille) ; cependant la présence de terriers de renards dans 
kl plupai t des tumulns fait parfois douter de la destinaticm funéraire des osse- 
ments de ces derniers (lbid.,1. cit.; V, p. 188; VII, pp. U et ^5; liuU. Soc. hist. 
et litt. de Tournai, I, p. 92). Batissikr, Hisl. de l'art monum., p. 309, cite 
même des arêtes de poissons ou des écailles d'unifs (pii semblent plutôt se rap- 
porter a une destination alimentaire. 

(3) M. H.vuzKUR, Ann. Soc. archéol. de A'am«/-, IV, p. 365. 

(4) KmcHMANN, De funeribus, p. -289; Mokestellus, cap. Vil {ap. Gr^ev., 
XII, p. U37 et suiv.); VLK.,Epist. Il,lib. IV, etc. On en voit aussi un exemple 
dans Tacite, Mor. Germ., xvii, pour les Germains qui, avec le défunt, brûlaieni 
son l'heval. 



— 199 — 

probable que la plus grande partie vieni du corps du défuiil 
livré aux Ilammes. 

Quel a été le but de cette désorganisation du corj^s hu- 
main [)ar le feu ? A en croire Pline (i), le but de la crémation 
a été le désir de soustraire les restes mortels à des outrages 
posthumes. Les anciens auraient-ils eu, en même temps, 
pour but de transformer le cor|)S en une cendre indestruc- 
tible et en un incoiTuptible calcaire (-i)l Mais cette supposi 
tion n'est-elle pas un peu recherchée? Ne se baserait-elle pas 
uniquement sur le sens du mot calcinatio? Or, ce mot qui 
n'est pas de la haute latinité, avait dans le principe le sens 
d'oxydation des substances métalliques par le contact de 
l'air qui en enlevait ce qu'on nommait phlogistique; seule- 
ment depuis les progrès de la chimie, science toute moderne, 
le mot calcinalio, plus conforme à son étymologie, signifie 
l'opération ayant pour objet de séparer, sans le concours de 
l'air et par l'effet unique de la chaleur, les parties volatiles 
d'une substance quelconque organique ou minérale, et de 
transformer le carbonate calcaire en chaux vive, ]iar le déga- 
gement de l'acide carbonique du carbonate (5). Pour 
employer le feu, l'élément destructeur par excellence, dans 
le but de purifier et de conserver plus longtemps les restes 
des morts, il eût fallu que les anciens eussent en fait de chimie 
des connaissances bien avancées pour leur époque; en outre, 
à la profondeur de la fosse de Fresin, de semblables précau- 
tions, en les supposant raisonnées, étaient bien superflues. 



(1) A. MURCIER, /. c//., p. 7. 

(2) Cochet, A'orm. sont., pp. 16 et 163. 

(3) Dict. des arts et manuf., et Dict. de la Conversation, au iiidl (.alchiatwn. 



— 200 — 

car, à la diiïérence do nos cimetières qui altèrent, assez les 
matières organiques pour permettre de creuser de nouvelles 
fosses au même endroit tous les cinq ans, la sépulture de 
Fresin, à côté d'ossements calcinés, en a fourni d'autres ou 
complètement crus, ou seulement cuits avec la viande qui 
les entourait, et tout aussi bien conservés que les premiers; 
enfin, quelque matérielles que fussent les croyances des an- 
ciens, ils ne se faisaient pas illusion sur l'anéantissement 
complet de l'organisme humain : corpus i(/ni abolition, ut 
romanus mos, disait Tacite dans son langage énergique (i); 
cette destruction qui, chose bizarre, était chez eux compa- 
tible avec le culte des morts, ils l'exagéraient encore, 
s'il est vrai que les esquilles concassées l'aient été à des- 
sein comme en d'autres sépultures (2), et si nous, explora- 
teurs, ne nous sommes pas trompés, en attribuant à une 
intention déterminée plutôt qu'à un accident, le mélange 
de cendres et de verre pilé trouvé là où avaient été des 
coffrets. 

MM. Joly et del Marmol (3) remarquent que jamais les 
cendres n'occupent la capacité entière des vases où elles sont 
déposées et qu'elles se trouvent jusque dans les vases les 
])lus petits (observations confirmées à Fresin, avec la restric- 
tion que des cendres de la couche inférieure ont pu s'intro- 
duire dans les vases renversés), se demandent si un peu de 



(1^ .4mw., XVI, 6. Le chrétitMi Minuties Fki.ix disait (in Octavio): nec inter- 
est utrum fera' diripiant , an maria consumant, an humus contegat, an (lamma 
aubdncat. 

(2) (Cochet, ^orm. sout., p. 1 î ; Sépull. nfiiiL, pp. il et io. 

(3) Mess, des scienc. Iiisl., 1819, ji. "201, et 1S;JI, p. .")'(; Ann. Soc. archéol. 
(/(' .Vfl/n«r, VII, p. 29. 



— 201 — 

cendres et d'os, pouvant parfois tenir dans le creux de la 
main, est bien exactement tout ce qui reste d'un corps hu- 
main soumis à l'action du feu. M. Joly ne se contente pas à 
cet égard des explications tirées des méthodes plus ou moins 
perfectionnées de crémation, et suppose qu'on j^rcnait seu- 
lement des cendres du cadavre, la quantité jugée suflisante 
pour la consécration des vases funéraires dédiés aux nirànes 
du défunt (i). 

L'inhumation n'aurait été de cette manière qu'une céré- 
monie symbolique et fictive ; et il cite, à l'appui de sa thèse, 
des exemples d'urnes de grande dimension, ne renfermant 
qu'une pincée de cendres; il ajoute enfin que si l'on avait 
pris soin de rassembler tout ce qui restait du défunt sur le 
bûcher, cette quantité devait varier à chaque incinération, 
et être parfois assez grande pour remplir complètement 
l'urne. 

D'autres archéologues, s'appuyant sur les mots ossuaria, 
ossilegium, pensent que l'unique souci des anciens était de 
recueillir à la main les ossements, abstraction faite des cen- 
dres proprement dites, et ils croient que la poussière cendrée 
provient des ossements en partie réduits en poudre par le 
temps (2). 

Quant à cette dernière opinion, elle se réfute par la consi- 



(i) « Quelques poignées de cendres étaient recueillies sur le bûcher pour être 
déposées dans la tombe, » disent aussi les Ann. Soc. archéol. de Aamtir, VII, 
p. 418. 

(2) V. sur cette matière: Kirchmann, De fiinerilnts, pp. 509 et suiv.;GuTHERiL-s, 
cb. XWU, De reliquaruin co//ec/WHe (ap. Graev., X II, p. 1454), Morestellus, 
ap. etimd., p. 1441 ; celui-ci résume la controverse entre Casaubon et autres 
sur les moyens employés pour distinguer les cendres humaines des autres résidus 
du foyer; v. aussi Sch/epfflinn, Ahatia, p. 314. 



— 202 — 

dération qu'à Fresiii on n parfaitement discerné des dépôts 
de véritables cendres d'une part, et d'ossements de l'autre, 
à raison des places distinctes où on les avait placés dans la 
sépulture ; l'urne principale ne contenait que des cendres 
et pas d'os, et, puisque des os calcinés, qu'ils soient d'hom- 
mes ou d'animaux, ont été retrouvés dans la sépulture, il est 
impossible que les cendres du bassin n" 1 soient un résidu 
d'ossements réduits en poudre par le (emps. 

A l'égard de l'opinion de M. Joh , connue à l'égard de 
celle qui verrait uniquemciil dans les quatre tas de verre pilé, 
auxquelles les cendres auraient été confondues avec inten- 
tion, un emblème de la fragilité humaine, il semble que le 
symbolisme dont ces opinions sont empreintes sulïit à lui 
seul pour les réfuter. Le peuple qui déposait dans les sépul- 
tures du lait, du vin, du miel, du pain, du blé, du sel, des 
victuailles de toutes sortes pour les ombres matérialisées des 
défunts, aurait attaché une idée toute spirilualiste à la sépul- 
ture ! Evidemment il ne peut en être ainsi. A quoi bon ce 
bûcher colossal de Frcsin ; ce foyer activé pendant des 
jours entiers et assez intense pour fondre le fer; cette peine 
coûteuse prise pour réduire le corps en cendres ; si tout 
devait se résumer en un emploi ])urement tictif de quelques 
|)oignées de la poussière humaine? Pourquoi ce soin de cou- 
vrir ri/.s7?"m?/»i lui-même de terre? pourquoi ces énormes 
couches parallèles des résidus du bûcher, jilacées avec 
intention dans la fosse, si l'on n'avait pas été inspiré par 
une pensée pieuse ayant pour but de recueillir avec solli- 
citude jusipi'aux (h'bris douteux (pii pouvaient contenir 
encore quekpies piircelles humaines échaj)|>ées aux re- 
cherches ? 



— 203 — 

Certes, en archéologie, comme on le disait |)liis liant, le 
fait doit l'emporter sur la théorie, les fouilles dans le sol sur 
les fouilles dans les livres; mais quand, au lieu du fait, on 
ne recueille que des apparences, alors commence le rôle 
de l'érudition; ce serait une erreur que de prendre celle-ci 
pour base; c'en serait une non moins grande do ne pas 
l'accepter comme contrôle. 

Or, que nous disent les écrivains anciens? « Qu'une même 
urne, disait Ovide, si petite qu'elle soit, nous contienne l'un 
et l'autre (i). » «Fais, disait-il encore, fais transporter à Rome 
mes ossements dans une urne modeste ; au moins après ma 
mort, je ne serai plus exilé (2). » Ailleurs, c'est Tacite qui 
représente Agrip))ine ramenant d'Antioche les cendres de 
Germaiiicus, elles tribuns, ainsi que les centurions, portant 
ces cendres sur leurs épaules dans la cérémonie des funé- 
railles (3). Ailleurs encore, l'on nous montre Caligula rap- 
portant à Rome les cendres de sa mère et de ses frères (4), ou 
Plotine et Maltidie revenant de Sélinunte en Gilicie avec les 
cendres de Trajan pour les déposer sous la colonne Tra- 
jane (5), etc., etc. Or, à quoi bon ces voyages, ces transports, 
ces cérémonies, si les vases, au lieu de contenir ce qui restait 
(reltquiœ (e)) du défunt, étaient tout simplement des urnes 



(ij Urna... nos baboat quainlilii'l arda duos. 

{Her..\\, 1-21.) 

{«) Ossa tameu facito parva referantur in urna. 

Sic ego lion eliaiii moiLutis exsul ero. 

{Trist., 111,3,63.) 

(3) Ann., II, 75, et III, 2. 

(4) Dion , LV; Sueton., /« Cff%. xv. 

(5) Cantu, Hist. tmiv., règne de Tiajan, p. 9-i, Spaktian., in Hadrktn., v. 

(6) Tacit., Ann. III, 4; Spartian., /. cit.; Jul. Capitol., in M. Anton., vi. 



— 204 — 

consacrées à ses mânes et contenant seulement une pincée 
de ses cendres ? 

Non, tout en réduisant à aussi peu que possible l'enve- 
loppe terrestre dont l'ombre s'était débarrassée, les Romains 
attachaient même à la préservation de ce « presque rien, « 
une idée superstitieuse (i) : être privé de sépulture, était, 
dans l'antiquité , la peine des grands coupables (2), et 
pour empêcher les mânes de ceux dont on n'avait pu 
retrouver les corps, de vaguer errantes, on allait jusqu'à 
élever en leur honneur des sépulcres vides. Gomment 
dès lors eût-on songé, pouvant le contraire, à laisser 
hors de la sépulture une partie quelconque des reliquiœ du 
défunt? 

D'ailleurs, que l'on se re])résenle en imagination des funé- 
railles antiques dans une contrée inhabitée, comme l'était 
alors sans doute Fresin : le bûcher s'allume, la fosse est 
creusée ; déjà les vases destinés à reposer au fond de celle-ci 
sont apportés près du bûcher; ces vases sont en grand 
nombre , soit qu'on veuille étaler j)lus de pompe, soit parce 
qu'à l'avance il est impossible de déterminer de combien de 
vases l'on aura besoin pour contenir les résidus variables de 
la crémation, et parce que, à raison de l'éloignement de 
toute habitation, l'on ne veut pas être pris au dépourvu. 
Le bûcher .s'éteint; pour utiliser les vases consaci'és à la 
sépulture et qu'on se ferait sans doute scrupule de raj)porter 
vides, on dépose dans l'urne principale les cendres qu'on 



(i) ScETO.N., in Caiig., lix. 
(i) A. Mlrciek, /. cil., p. VI. 



— 205 — 

croit provenir des parties nobles; dans les vases accessoires, 
les cendres des extrémités ou celles dont on doute (i). Voilà 
comme nous agirions, si, païens comme les Romains de 
Fresin, nous avions à procéder aux mêmes devoirs pour 
l'un des nôtres. N'est-ce pas en effet le mode le plus simple 
et le plus naturel ? 

Enfin, au lieu de supposer un parti pris de ne placer 
dans les vases qu'une partie des cendres, n'est-il pas plus 
logique d'admettre que les urnes étaient autrefois plus rem- 
plies qu'elles ne le sont restées; parfois, quand le temps faisait 
défaut ou quand les éléments contrariaient les flammes, par 
exemple, si le vent, favorable à la crémation (2), ne faisait pas 
sentir son influence , la combustion devait rester plus ou 
moins imparfaite (3). Alors, il a dû s'être rencontré des cir- 
constances que l'opinion de M. Joly exclut, où les résidus 
de la combustion ont été suffisants pour remplir les urnes 
à plein bord (4), mais l'évaporation de l'humidité et la volati- 
lisation des parties les plus subtiles ont dû sans doute dimi- 
nuer le volume du dépôt et réduire le tas des cendres : ne 
serait-il pas , en eff'et , téméraire d'affirmer que le contenu 



(i) C'est aussi l'opinion de l'auteur d'une ancienne description d'antiquités 
rapportée par M. Pinchart {Mém. de l'Acad., savants étrangers, XXII), I^otice 
citée, p. 6; M. Schayes, la Belgique, etc., II, p. 5U4 et suiv., analyse également 
plusieurs fouilles à Tournai , oii l'on trouva entre autres une petite urne dans 
laquelle étaient déposés la phalange d'un doigt et un anneau de bronze brisé. 
Autre chose est, on le comprend, la mise à part de certains membres, avant 
(V. plus haut, p. 1-44) ou après la crémation; c'est de celle-ci seulement qu'il est 
présentement question. 

(2) MORESTELLUS, flj>. Graev., XII, p. 1435. 

(3) En voir un exemple dans Suéton., in Calig., u\. 

(4) V. du reste un exemple de vase rempli d'os et de cendres jusqu'à deux 
pouces de leur orifice, dans les Ann. Soc. archéol. de Namur, II, p. 79. 



— 206 — 

des unies n'a pas varié depuis dix-sept à dix-huit cents 
ans ? 

La minime quantité de cendres trouvée parfois au fond 
des vases n'a jamais donné lieu de la part de l'abbé Cochet, 
l'homme du monde qui a peut-être remué le plus de sépul- 
tures, à une observation semblable à celle de M. Joly; il 
affirme (i) que les vases accessoires ne contiennent jamais 
que les cendres qui n'ont pu trouver place dans l'urne prin- 
cipale, et qu'on en rencontre tant au fond de tous les vases 
à embouchure non étroite , que dans la caisse (unique le plus 
souvent) où ces vases avaient été placés. A Fresin, comme 
on l'a vu, l'on ne s'était pas même contenté de déposer les 
cendres dans le bassin de bronze et dans d'autres vases au 
fond desquels on en a trouvé; il semble que l'on ait voulu y 
rassembler religieusement jusqu'aux cendres de bois du 
bûcher, sans doute parce qu'on les croyait imprégnées du 
sang du défunt, et en recueillir une quantité assez consi- 
dérable pour en former trois couches parallèles se dessinant 
très-netlement dans les parois du caveau. 

Toujours est-il que, conséquents avec les })réini.sses posées 
ci-dessus dans les observations préliminaires , les explo- 
rateurs de Fresin on( cru devoir restituer à la tondje tous les 
ossements humains ou douteux, ainsi que toutes les cendres 
que les fouilles en avaient exhumées; et pour témoigner 
de leur respect pour la sépulture, asile qui doit être inviola- 
ble pour tous, païens comme chrétiens, nous avons ajouté 
au dépôt la modeste inscription que voici , copiée sur 



(t) Norm. xoiit., \). 1()7. 



— 207 — 

parchemin et placée dans une fiole bouchée de terre et de 
poix : 

AKNO MILL. OCTIXG. SEXAG. SECUNDO 

REGNANTE LEOPOLDO BELGARUM REGE PRIMO 

FAUTORE ALPH. VAN DEN PEEREBOOM PUBLIC. INTER. NEGOT. ADMINISTRO. 

« Elatos ex juxinposiia fossa, deceni pêclibus deprcssa, cujusdani romani. 
» niilit. ducis, cui sœculo post Christ, iiat. secundo incipiente, ad viam hic 
« Nivellen^eni inter alios duos tuniulos médius tributus, cineres, vasis solum 
» lagenis aliisque ulensilibus copiosis spendidisquc in archœologicœ scientia; 
» comniodum retentis, veneranter repositos voluere, » 

(Signé) J. Van Hamont, p. t. inagister loci de Fresiii (Vorsseii), amio magistratiis siii xxxviii; 
A. Kempexeers, presb.; 

1. Gérard, arch. e comit. reg. luonuni. unus ; 
H. Scui'ERMANS, procurât, reg. e comit. reg. monuni . uiius 

Après l'achèvement des louilles et en même temps que 
nous rendions à la terre les cendres et les ossements qu'elle 
nous avait prêtés, nous avons veillé avec soin à la restaura- 
tion du monument sépulcral lui-même : les terres extraites 
ont été replacées et foulées pour empêcher des vides et des 
tassements intérieurs; avant quoi, les terres avaient été 
préalablement passées par un tamis placé à l'entrée de la 
galerie, travail auquel on doit un certain nombre de frag- 
ments et quelques menus objets qui ont servi à complétei- 
la liste donnée plus haut. 

L'auteur a été heureux de saisir l'occasion de mettre en 
pratique les recommandations pour la conservation des an- 
ciens tumulus, présentées ])ar lui à l'assemblée générale dC' 
la Commission des Monuments le 30 septembre 1862 (i). 
Il a sollicité et obtenu du Gouvernement un subside, en 

(<) V. au compto rendu, p. 51. 



— 208 — 

l'absence do ressources communales, à l'effet d'établir une 
clôture autour des dry tommen; des haies de charmilles et 
d'épines, entrelacées à des poteaux par des fils d'archal ont 
été établies circulairement autour de la base primitive qu'on 
s'est efforcé de reconnaître; ces haies ont été entourées de 
fossés ; en outre il a été proposé au Gouvernement , dans le 
but de concilier la conservation des haies et les intérêts de 
l'agriculture, d'acquérir des propriétaires voisins la zone 
de terrain nécessaire pour parfaire un parallélogramme 
terminé par des lignes droites (i). Enfin, les administrations 
communales de Fresin et de Gorlhys se sont engagées à 
entretenir et à surveiller les clôtures nouvellement établies, 
précaution sans laquelle toutes les autres pourraient devenir 
superflues (2). 

Ainsi il y a lieu d'espérer que ces antiques monuments, 
souvenirs historiques si intéressants, échapperont à la des- 
truction plus ou moins prochaine qui les menaçait, à raison 
des envahissements , parfois insensibles mais continus , 
et parfois aussi très -brutaux, de la charrue et de la 
bêche 

H. SCHUERMANS. 
Hasselt, \o avril 1865. 



(i) C'est aussi par parallélogramme qu'a procédé le Gouvernement à Omal ; 
seulement la haie plantée a la limite du terrain de l'Ëtat nuit à l'effet deslumuius 
tandis que les haies circulaires en dessinent plus distinctement les bases. 

{i} On peut en trouver la preuve à Waleffes, oii depuis deux ans la haie de 
clôture établie autour de la grande Motte, lors de l'acquisition faite par le Gou- 
vernement il y a une douzaine d'aimées, se trouve dans le plus déplorable 
état, parce que la commune croit ne pas être obligée (un conseiller communal l'a 
affirmé à l'auteur) de contribuer a l'entretien d'un monument qui ne lui appailient 
plus. L'un des montants en pierre de taille de la porte d'entrée se trouve renversé 
depuis deux ans sans que personne ait songé à le relever. 



A r 



ARRETE ROYAL 



UNE INDEMNITE AUX COLLABORATEURS DU BULLETIN. 



LÉOPOLD, Roi des Belges, 
k tous présents et à venir, Salut. 

Vu notre arrêté en date du 23 février 1861, portant qu'il 
sera publié, jiar les soins du Ministère de l'Intérieur, un 
bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie; 

Considérant qu'il est équitable de rémunérer les travaux 
des auteurs dont les communications seront admises dans 
ce recueil ; 

Sur la proposition de notre Ministre de l'Intérieur; 

Nous avons arrêté et arrêtons : 

Article premier. — Notre Ministre de ITntérieur est 
autorisé à accorder une indemnité à raison de cinq francs 
par page d'impression (in-8°, petit-romain, interligné), aux 
auteurs dont des travaux auront été publiés dans le Bulletin 
des Commissions loyales d'Art et d'Archéologie. 

14 



— 210 — 

Art. 2. — Cette rémunération n*est pas applicable à 
l'inscrlion, dans ledit recueil, des rapports ou autres pièces 
dues à des membres des commissions olïicielles et qui seraient 
la conséquence de leurs fonctions. 

Ar.T. ù. — Notre Minisire de l'Intérieur est chargé de 
l'exécution du présent arrêté. 

Donné à Osborne, le 2 janvier 18G2. 

LÉOPOLD. 

Par le Roi : 

Le Ministre de l'Intérieur, 

Alp. Vandenpeereboom. 



COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS. 



RÉSUMÉ DES PROCÈS- VERBAUX. 



SÉANCES 
des 2, 4, 11, U, 18, 21, 25 et 28 avril 1863. 



ACTES OFFICIELS, AFFAIRES INTÉRIEURES, OBJETS DIVERS. 

M. le Minisire de l'Inlérienr a fait connaître que le Dépar- 
tement des travaux publics* ne peut étendre aux membres 
correspondants la franchise accordée au président de la 
Commission centrale, par la raison « qu'il est admis en 
» principe de n'accorder qu'aux présidents des diverses 
» Commissions établies la faculté de correspondre, en fran- 
» chise de port, avec certains fonctionnaires et avec les 
» membres de la Commission qu'ils président. Déroger à ce 



— ^212 — 

» principe en faveur de la Commission des Monuments, 
» serait engager les autres Commissions à réclamer à leur 
» tour un privilège qui ne pourrait leur être refusé, le 
» précédent étant posé, et qui deviendrait la source d'une 
» foule d'abus. » Le Collège insiste de nouveau pour 
obtenir la circulation gratuite des dépèches échangées entre 
MM. les Gouverneurs, à titre de présidents des comités 
provinciaux et les membres correspondants de leurs pro- 
vinces respectives. Les comités provinciaux s'assemblent 
régulièrement une fois par trimestre et leurs attributions 
sont réglées par des dispositions royales. Rien ne semble 
donc s'opposer à ce qu'ils soient assimilés aux autres Com- 
missions instituées par l'Etat. 

M. le Ministre de l'Intérieur a consulté le Collège sur 
le vœu émis dans les termes suivants par le comité provincial 
de Liège : « Le comité liégeois des membres correspondants 
» de la Commission royale des Monuments prie M. le Pré- 
» sidcnt de vouloir bien user de sa haute influence auprès 
» du Gouvernement et de la Commission centrale pour que 
» toutes les affaires concernant la restauration des monu- 
» ments historiques de la province soient soumises aux déli- 
» bérations du comité précité. Il est en effet à désirer, comme 
» cela se pratique dans d'autres provinces , que chaque fois 
» qu'il s'agit en principe de la Construction ou de la restau- 
» ration d'un édifice, d'un travail d'art, l'instruction des tra- 
» vaux se fasse avec la participation du comité des membres 
» correspondants et que les plans, devis, etc. soient soumis 
» à son avis avant d'être adressés à la Conniiission centrale. 
» Dans l'état actuel des choses, il arrive fréquemment (|ue 
» les membres correspondants sont appelés à examiner ou 



— 215 — 

» à surveiller les travaux en pleine voie d'exécution, dont 
» ils n'ont pu suivre la marche antérieure et sur le principe 
» desquels ils peuvent n'être pas d'accord. Il arrive encore 
» que, lors des visites dans les provinces, de MM. les délé- 
» gués de la Commission centrale, les membres correspon- 
» dants sont appelés à les assister, à donner leur avis sur 
» des travaux qui leur sont entièrement inconnus et sur les- 
» quels il est, par conséquent, impossible de délibérer avec 
» quelque utilité. Actuellement encore, il est notoire qu'il 
» s'agit de travaux importants de restauration à entrepren- 
» dre dans plusieurs monuments de la province, sans que 
» le comité en soit instruit autrement que par la rumeur 
» publique. Il importe de ne pas laisser se prolonger une 
» situation qui non-seulement tend à nous faire supporter, 
» devant l'opinion publique, une partie de la responsabilité 
>' d'actes posés sans notre participation, mais qui enlève 
» encore aux comités provinciaux l'efficacité d'action que, 
» sans doute, le Gouvernement a eu en vue de leur donner 
» en les créant. » L'avis de la Commission est que MM. les 
Gouverneurs ont toujours le droit de consulter préalable- 
ment le comité qu'ils président ou l'un des membres de ce 
comité; mais qu'on ne doit pas perdre de vue que ce n'est 
qu'à titre consultatif que ces comités sont admis à participer 
à l'instruction des affaires, dont l'examen en dernier ressort 
appartient exclusivement au Collège central. Cela résulte au 
surplus des articles 55 et 5G du règlement royal du 50 juin 
18G2. En ce qui concerne les inspections d'édifices publics, 
la Commission prie un ou plusieurs membres correspon- 
dants de se joindre à ses délégués chaque fois que les ques- 
tions à examiner ont une certaine importance. 



— 214 - 

La Commission pense que la collection spéciale de modèles 
originaux ou de copies en plâtre de statues, bas-reliefs, tom- 
beaux du moyen âge ou de la renaissance qu'il s'agit d(! 
former au Musée royal de peinture et de scul|Uure ne 
jiourra comprendre que des ouvrages remarquables et que 
ces ouvrages devront représenter, autant que possil)le, 
les différentes époques de l'art et les diverses écoles qui ont 
existé en Belgique. Quelques beaux spécimens des écoles 
allemande et française y figureraient aussi utilement à cause 
de l'influence que ces écoles ont exercée sur nos artistes. 
En conséquence la Commission adresse à M. le Ministre 
de l'Intérieur une première liste divisée en quatre parties : 
r les meilleurs statues, bas-reliefs, tombeaux, etc. dus à des 
maîtres belges des périodes romane et ogivale; 2" œuvres 
de l'école allemande appartenant à la même époque ; 
5° œuvres de l'école française ; 4° ouvrages belges de la 
renaissance. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS RELIGIEUX. 

ÉGLISES, DÉPENDAKCES, AMEUBLEMENT. 

Le dessin des autels latéraux à placer dans l'église de 
Bénonchamps, commune de Wardin (Luxembourg), est 
approuvé, à la condition que les dimensions du tabernacle 
seront légèrement augmentées et que l'auteur fera une 
nouvelle étude des proportions de ces autels. 

Il a été fait droit aux diverses observations formulées à 
l'égard de l'ameublement de l'église de Namècbe (Namur). 
(Voir tome i, }). 500). Le nouveau devis, s'élevant à 2,500 
francs, est bien établi. 



— i>\n — 

La Commission persiste à penser que l'ameublement dont 
les dessins lui sont soumis pour l'église d'Ueimont (Luxem- 
bourg) ne serait pas en rapport avec le st\ie de l'édilice, 
et que, dans le cas actuel, des objets d'une grande simpli- 
cité conviendraient mieux. 

Les dessins des appareils d'éclairage qu'on propose d'éta- 
blir dans l'église Notre-Dame du Sablon, à Bruxelles, ne 
j)euvent être approuvés, attendu qu'ils ne sont pas en rap- 
port avec le style du monument. 

Le projet du maître -autel destiné au même édifice 
semble devoir faire l'objet de nouvelles études : les détails, 
en général, et particulièrement les médaillons, sont trop 
compliqués et ne seraient guère vus; l'ornementation des 
gradins n'est pas conforme au style de l'église ; les cboux 
des rampants du gable sont mal agencés; les animaux fan- 
tastiques formant des espèces de gargouilles aux côtés du 
gable, sont déplacés, etc., etc. 

Le Collège approuve : 

1" Le projet de reconstruire le beffroi de l'église de West- 
malle (Anvers); devis estimatif : 2,591 francs; 

2° Les propositions faites pour la restauration de l'église 
d'Ogy (Hainaut) et la construction de dépendances au pres- 
bytère de cette commune; devis estimatif : 5,360 francs; 

5° Le projet concernant l'établissement d'une sacristie et 
l'exécution de diverses réparations à l'église de Péronnes, 
lez-Binche, à la condition que les dalles funéraires offrant 
de l'intérêt sous le rapport de l'art ou de l'bistoire seront pla- 
cées contre les parois intérieures de l'édifice et non dans le 
pavement. Une somme de 5,235 francs sera nécessaire pour 
exécuter ces travaux; 



— 216 — 

4° Les plans présentés pour la construction d'une église 
à Vaulx lez-Chimay, ainsi que la proposition de donner 
quatre travées à l'édilice; devis estimatif : 17,000 francs; 
la nouvelle église pourra contenir trois cents personnes 
environ ; 

5° Divers travaux de restauration projetés par le bureau 
des niarguilliers de l'église de Boucliout (Anvers); devis: 
7,082 francs; 

0° Le projet de restauration de l'église de Braine-le-Comte; 
devis estimatif : 15,952 francs. L'attention de l'auteur du 
projet est appelée sur le point de savoir si les mesures 
proposées pour l'étaiement de certaines parties de l'édifice 
seront suffisantes; 

7° L'agrandissement de l'église d'Evere (Brabant) , à la 
condition qu'on conservera l'édifice dans son état actuel 
jusqu'à l'entrée du chœur existant, attendu que l'exhausse- 
ment de la nef principale compromettrait la solidité de la 
construction, par suite de la poussée des arcs-doubleaux des 
nefs latérales. Si l'on adopte cette proposition , le devis 
estimatif, dont le total s'élève à 15,000 francs, pourra 
être réduit. L'église d'Evere agrandie contiendra sept cents 
personnes. 

Les délégués qui ont visité récemment l'église de Rhode- 
Saint-Genèse (Brabant) ont reconnu que les travaux d'agran- 
dissement ont été exécutés avec soin et que, sous tous les 
rapi)orts , cet édifice répond aujourd'hui aux exigences de 
sa destination. Le devis estimatif, présenté en 1859, s'éle- 
vait à 09,000 francs; mais celte somme a été dépassée à 
cause des circonstances imprévues qui se sont produites 
dans 1(3 cours de l'entreprise et, notamment, du pilotage 



— 217 — 

important qu'on a dû établir pour remédier à l'inconsistance 
du sol. La Commission propose, en résumé, à M. le 
Minisde de la Justice d'allouer un subside supplémentaire, 
afin de mettre le conseil de labriciue à même de combler 
le déficit. Cette église peut actuellement contenir 1 ,400 per- 
sonnes. 

Tout en approuvant le projet d'agrandir l'église de Des- 
schel (Anvers), la Commission engage l'auteur à s'occuper 
avec soin de la charpente du chœur et à examiner s'il ne 
conviendrait pas de donner aux extrémités des collatéraux , 
vers la façade, la forme rectangulaire au lieu de les con- 
struire à pans coupés. Cette église pourra, ajjrès l'exécu- 
tion des travaux, contenir 1,400 personnes; devis : 
57,008 francs. 

Afin de pouvoir donner en pleine connaissance de cause 
son avis concernant les propositions faites pour l'agrandis- 
sement de l'église de Glons (Liège), la Commission réclame 
le plan cadastral de la commune, ainsi qu'une coupe longi- 
tudinale de l'église telle qu'elle existe aujourd'hui. 

Le Collège, adoptant les conclusions du rapport des 
délégués qui se sont rendus à Munte (Flandre orientale), 
propose, à titre de moyen transactionnel, d'autoriser la 
construction dans cette commune d'une nouvelle église 
paroissiale, à la condition que les parties principales de 
l'église actuelle, dont l'intérêt archéologique est incontes- 
table , seront maintenues et transformées en chapelle. 

La Commission, après avoir fait examiner l'église de 
Saventhem par des délégués, engage l'auteur des |)lans 
présentés pour l'agrandissement de cet édifice à modi- 
lier quelques parties de son prqji^t. Comme le style ogival 



— 218 — 

n'exige nullement une l'égularitc sévère , elle ne peut ad- 
mettre qu'on déplace la chapelle des fonts baptismaux , qui 
est convenable et solide, dans le seul but de donner une 
})Osition régulière à la fenêtre de la travée contre laquelle 
ladite chapelle se trouve établie. Il est à remarquer, en 
outre, que la construction de la chapelle, proposée par l'ar- 
chitecte, nécessiterait l'enlèvement d'un contrefort, et que 
cette opération diminuerait la solidité de l'édifice. Les 
fenêtres et la rose de la façade projetée appartiennent à une 
époque trop ancienne , eu égard à l'édifice actuel , dont la 
construction date du xv" siècle. La rose a des proportions 
trop exiguës. 

La façade de l'église Saint-Pierre, à Ypres, dont la partie 
inférieure appartient au style roman , exige d'importantes 
restaurations. Le conseil de fabrique reconnaît l'urgence 
de ces travaux et désire aussi compléter la tour au moyen 
d'une flèche flanquée de quatre tourelles. Après avoir 
entendu le rapport des commissaires - inspecteurs qui 
se sont rendus à Ypres, la Commission émet le vœu que 
ces excellentes intentions puissent se réaliser. Quelques 
personnes voudraient voir donner à la partie supérieure de 
la tour le style roman, qui est celui de la base. Le Collège, 
ne partageant pas celte idée qui nécessiterait des dépenses 
plus considérables, propose de laisser intact tout ce qui existe 
et de faire les nouveaux travaux dans le style de la transi- 
tion. Si cependant on se décidait à rétablir l'ensemble de la 
tour en style roman, ce ne serait ])as un motif pour s'op- 
poser à la construction des (juatre tourelles, puisque les 
tours de l'époque oui j^arfois été couronnées de cette 
façon. 



— 211) — 

D'importun Is travaux sont en voie d'exécution à l'ancienne 
église cathédrale de Saint - Martin , à Ypres. Les voûtes 
du chevet du chœur, qui se composaient de planches et 
de toile, ont été reconstruites en pierres et en hriques. 
Ce travail a consolidé le chœur et notahlement diminué les 
chances fâcheuses en cas d'incendie de la toiture. La pierre 
bleue, composant les nervures, provient des carrières des 
Écaussines, tandis qu'autrefois on avait fait usage de la 
pierre de Tournay, qui est loin d'offrir les mêmes qualités 
que l'autre. La brique a été employée pour le reste du 
travail, attendu que la pierre eût été d'un poids trop 
considérable, et qu'il importail de ne pas surcharger une 
partie du monument qui a subi de nombreuses vicis- 
situdes , et a notamment été ébranlée par un tremblement 
de terre en 1640. D'autres ouvrages de consolidation ont 
été exécutés dans le chœur : les petites colonnes smiulées , 
en fer-blanc, qui figuraient les supports des nervures ont 
été reconstruites en pierre bleue; les diverses couches de 
chaux qui recouvraient la pierre et cachaient en partie 
l'étendue du mal ont été enlevées. Quelques travaux d'une 
utilité incontestable ont été faits aussi dans la chapeUe sud. 
A l'extérieur, on a complété la restauration de la chapelle 
nord ; une partie des matériaux nécessaires pour la répara- 
tion de la façade est du transept nord est préparée. Les 
commissaires-inspecteurs ont reconnu que les travaux sont 
bien conduits et qu'il a été fait un sage emploi des fonds 
alloués par l'État; ils approuvent aussi les projets qui leur 
ont été soumis quant aux travaux à exécuter prochainement. 
Des ouvrages assez considérables restent à faire dans le 
chœur; c'est le point dont il importe de s'occuper en prc- 



— 220 — 

micr lieu. L'aclniinislralion communale et le conseil de 
fabrique partagent cet avis , et il est à espérer que les res- 
sources financières permettront de terminer, avant la fin 
de 1863, cette partie si intéressante de l'entreprise. 

Le conseil de fabrique de la môme église désire, à l'occa- 
sion des travaux qui s'exécutent dans la cbapelle des Ames, 
remplacer le médiocre autel du xvii" siècle, qui est vermoulu 
et n'a pas de rapport avec le style du monument. La Com- 
mission approuve le dessin présenté et propose de faire des 
essais, au moyen d'un simulacre, avant de prendre un 
parti définitif sur le point de savoir s'il faut placer le nouvel 
autel dans l'axe du collatéral, ou s'il serait préférable de lui 
donner une position légèrement oblique. 

PIERRES SÉPULCRALES , TOMBEAUX. 

Il résulte des documents communiqués par M. le Gouver- 
neur de la province de Namiir, (jue la pierre tombale du 
xiv" siècle, qui existait dans l'église de Tliynes ( v. p. 15, 
2" année), a été brisée et que les fragments en ont été 
jetés ou employés pour le pavement d'un trottoir. La 
Commission constate avec un vif regret l'indifférence du 
desservant de cette église pour la conservation d'objets 
qui, sous tous les rapports, méritent le respect. Elle 
prie M. le Gouverneur d'informer M. l'évècpie des faits 
signalés par M. Bequet, membre correspondant, et d'inviter 
l'administration communale de Thynes à veiller avec soin 
à la conservation de l'église paroissiale et à rendre comj)te 
immédiatement de tout acte contraire aux règlements et 
uux instructions du Gouvernement. 11 résulte du rappoi'l 



— 221 — 

de M. Bcquet que celte église date du xii'' siècle et serait 
encore dans son état primitif si on n'en avait altéré le carac- 
tère en élargissant les fenêtres. 

PRESBYTÈRES. 

La restauration et l'agrandissement du presbytère de 
Boisschot (Anvers) peuvent être autorisés k la condition 
qu'on donnera à la façade un caractère spécial qui dénote 
la destination du bcâtiment. Devis estimatif : 7,294 francs. 

Le plan présenté pour la construction d'un presbytère 
à Radelange, commune de Martelange (Luxembourg), est 
approuvé; devis estimatif : 15,500 francs. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS CIVILS. 

MAISONS COMMUNALES, BEFFROIS, HALLES, DONJONS, ETC. 

On propose de démolir des ruines qui couronnent un 
rocher à Houfifalize (Luxembourg) et de faire aussi dispa- 
raître ce rocher afin de faciliter la construction d'une maison 
d'école. La commission prie M. le Ministre de l'Intérieur 
d'ajourner sa décision à cet égard, afin que les commissaires- 
inspecteurs, qui auront à se rendre prochainement dans le 
Luxembourg, puissent examiner si l'intérêt archéologique 
que ces ruines présentent n'est pas suffisant pour justifier 
leur conservation. 

Après avoir entendu les délégués qui ont fait récemment 
une nouvelle visite de l'hôtel de ville de Hal, la Commission 
pense qu'on peut, sans inconvénients, renforcer de dix cen- 
timètres les piliers qui soutiennent l'avant-corps de cet 



— 222 — 

édifice et par conséquent leur donner quarante-cinq centi- 
mètres de côté, ainsi que le propose M. l'architecte provin- 
cial. Elle maintient l'avis précédemment émis (voir p. 19, 
2*^ année) quant à l'opportunité de rétablir l'avant-corps 
dans son état primitif. Toutefois, l'agencement des escaliers 
et des balustrades devra faire l'objet de nouvelles études 
dans le but de diminuer la raideur de la montée. 

Une visite minutieuse des travaux en cours d'exécution 
au bâtiment des Halles, cà Ypres, viiMit d'être faite par quel- 
ques membres de la Commission. Depuis le 51 août 18G0, 
date du dernier rapport, on a complété la réparation de la 
face nord , renouvelé une partie des poutres du rez-de- 
chaussée de la face sud et remplacé la crête en pierre de 
cette face. Aujourd'hui il n'est qu'accessoirement donné des 
soins à cette entreprise, vu la nécessité de réserver les fonds 
pour les ouvrages considérables qui s'exécutent au Nieuic- 
Werk et on ne s'occupe guère que du rétablissement des 
portes des faces sud et ouest, ainsi que de la taille de la crête 
des toitures de l'ouest et du nord. Il restera ensuite : 
1" à renouveler les portes des faces sud et ouest; 2" à réparer 
la partie inférieure du rez-de-chaussée vers le sud et l'ouest; 
5" à compléter la crête des toitures; 4" à établir les portes avec 
cloisons vitrées à l'intérieur des salles du rez-de-chaussée, 
occupées par des bureaux ; 5^" à faire de nouvelles grilles alin 
de remplacer les clôtures provisoires du passage central; 
0" et enfin, à compléter la restauration de la base du monu- 
ment. Le rapport des délégués est favorable tant en ce qui 
concerne les travaux elTectués depuis 18G0 qu'à l'égard des 
idées qui leur ont été souuiises pour l'exécution des ouvrages 
à entamer dans un avenir plus ou moins prochain. 



— ^225 — 

La face sud du Nieuio- Werkaéié entièrement renouvelée 
et, à partir de cette face jusqu'au centre de l'édifice, la 
façade principale est aussi restaurée. De forts approvision- 
nements se trouvent sur place et beaucoup de pierres sont 
taillées déjà. Si aucune circonstance fâcheuse ne vient 
entraver la marche des travaux, toute la restauration exté- 
rieure du monument sera terminée le 1" janvier 1864. Des 
doutes ayant été soulevés quant au point de savoir si les 
grands mascarons, placés à la naissance des arcades, datent 
de l'époque de la construction de l'édifice et s'il convient de 
les maintenir, la Commission réclame le dessin d'une travée 
complète, ainsi que divers renseignements. 

L'administration communale de Tournay désire démolir 
l'ancien édifice situé sur la Grande Place de cette ville et qui 
contient au rez-de-chaussée la grand'garde et au premier 
étage le musée et les écoles de dessin, afin d'ériger un palais 
de justice sur son emplacement. Consultée quant au point 
de savoir si, sous le rapport de l'art et des souvenirs histori- 
ques, cette demande peut être accueillie, la Commission, 
se référant aux rapports de deux de ses membres corres- 
pondants ( voir page 280 ), répond que la démolition de 
l'ancienne Bourse de Tournay serait, à ses yeux, un acte 
déplorable et qu'elle ne cessera de s'y opposer autant qu'il est 
en son pouvoir. 

PEINTURE, SCULPTURE, CISELURE, TAPISSERIES, fïc. 

OUVRAGES MODERNES. 

Il est à désirer que divers changements soient introduits 
dans les peintures murales qui décorent le chœur de l'église 



— ^nh — 

Sainf-Remacle , à Verviers. L'auteur de ce travail recon- 
naîtra bientôt, on faisant une étude nouvelle et sérieuse, 
quelles sont les modifications que, dans son intérêt même, 
il convient d'y apporter. 

Après avoir entendu le rapport des délégués qui ont 
visité le bâtiment des Halles, à Ypres, la Commission pense 
qu'il importe, avant de commencer l'exécution de peintures 
murales dans la grande salle de cet édifice : 1" d'établir, 
à l'extrémité Est, des arcades semblables à celles qui sou- 
tiennent la tour et de ménager ainsi un emplacement pour 
l'escalier et pour la communication vers la salle échevinale; 
2° de visiter avec soin toute la charpente et de remplacer 
les pièces défectueuses; 5° de diminuer d'environ cinquante 
centimètres l'élévation du lambris projeté , dans le but 
d'augmenter l'espace réservé aux peintures; 4** de mieux 
assurer l'écoulement des eaux pluviales et d'étudier les 
mesures à prendre pour arrivera la suppression des conduits 
placés à l'intérieur des murs et qui ont déjà occasionné 
de graves inconvénients. Il restera à examiner plus tard 
si la charpente et notamment les maîtresses poutres et 
leurs jambes de force ne devraient pas recevoir des teintes 
polychromes afin d'établir une certaine harmonie dans 
l'ensemble. La disposition des panneaux telle qu'elle a été 
proposée semble heureusement combinée. Les peintures 
murales découvertes en 1844 sur la paroi Est de la salle 
du Magistrat sont assez bien conservées. La Commission 
pense qu'il n'est pas impossible de les rétablir dans leur 
état |)rimitif. MM. Guffens et Sv^erts, chargés de décorer les 
autres faces, parviendront facilement à mettre leur œuvre 
en harmonie avec ces peintures. Il importe aussi de main- 



— 225 — 

tenir la rose qui existe dans le tympan et de la dégager de 
nouveau, en adoptant le réseau dont rarcliitecle a soiniiis 
le projet. Les mesures proposées pour l'appropriation de 
cette salle sont conçues avec intelligence. La Commission 
engage l'architecte à donner moins de saillie à la partie 
inférieure de la cheminée, afin de faciliter la circulation, et 
moins de hauteur et par conséquent plus de surface à l'estrade 
destinée au conseil communal. La division projetée des 
panneaux ainsi que l'agencement des nouvelles portes ne 
donnent lieu à aucune objection et la frise, réservée pour 
les peintures, est aussi spacieuse que les proportions du 
local le permettent. Rien ne s'oppose actuellement à ce 
qu'une grande activité soit imprimée aux intéressants tra- 
vaux entrepris par la ville d'Ypres, avec le concours du 
gouvernement. 

Après avoir examiné la coupe longitudinale de l'église 
Saint-Médard , à Jodoigne, la Commission est d'avis que la 
chaire de vérité exécutée par MM. les sculpteurs Goyers 
(voir p. 22, 2*^ année) n'a pas des proportions trop considé- 
rables pour être placée dans cet édifice. Il est à désirer que 
l'achat projeté puisse se réaliser, attendu que cet objet d'art 
contribuerait à l'embellissement de l'édifice. 

Une dépèche de M. le Ministre de l'Intérieur annonce que 
le conseil communal de Maeseyck , se ralliant aux conclu- 
sions du rapport du 27 février dernier (voir p. 85, 2*^ année) 
a décidé que le monument des frères Van Eyck sera placé 
au centre du Grand Marché de cette ville. 

OUVRAGES ANCIENS. 

Les fonds nécessaires pour exécuter au grand triptyque 

15 



— 226 — 

do Quentin Metsys, la vie de sainte Anne, les travaux 
supplémentaires de restauration dont le Collège a conslalé 
l'ulilité (voir p. 169, V année) étant réalisés, le peintre 
restaurateur est invité à s'occuper de ce travail avec toute 
l'activité possible et à faire connaître l'époque à laquelle 
le dit tableau sera replacé dans l'église Saint - Pierre , 
à Louvain. 

La Commission a précédemment exprimé l'avis unanime 
qu'à cause de la valeur des deux productions capitales qui 
appartiennent à l'église Saint-Augustin, à Anvers, et de 
la nature des réparations qu'elles exigent, il importe de 
s'adresser au peintre restaurateur dont les antécédents 
offrent les plus complètes garanties. Elle maintient cette 
opinion et signale de nouveau combien la circonspection est 
nécessaire alors qu'il s'agit de toucher à des productions 
magistrales de l'école flamande. 

Ix Secrétaire de la Commission roijale des Mounmeuls , 

Jules Dugxiolle. 
Vu en conformité de l'article 2o du règlement. 

Le Vice-Président, 

Baron de Roisin. 






COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS. 



RESUME DES PROCÈS-VERBAUX. 



SÉANCES 



des 1, 2, 5, 8, 9, 12, 10, 21, 23, 29 et 50 mai 1865. 



ACTES OFFICIELS, AFFAIRES LNTÉRIEURES, OBJETS DIVERS. 

La Commission propose à M. le Ministre de l'Intérieur 
d'adresser un exemplaire du Bulletin des Commissions 
royales d'art et d'archéologie à chacun des 157 curés- 
doyens des neuf provinces. L'utilité de propager les notions 
archéologiques parmi le clergé est évidente et une telle 
mesure exercerait une heureuse influence sur la conserva- 
tion des anciens édilices du culte et des nombreux objets 
d'art qu'ils renferment. 

Le projet d'instruction rédigé par les soins du comité 
provincial de Namur, concernant la conservation des églises, 
de leur mobilier, etc., et destiné aux administrations com- 
munales et aux bureaux des marguilliers, est sagement conçu. 



— 228 — 

Toutefois, il serait peut-être utile d'indiquer dans cette in- 
struction les dispositions législatives et les règlements en 
vertu desquels l'autorité supérieure doit être consultée dans 
certains cas. La Commission pense aussi qu'il serait con- 
venable de recommander aux bureaux des marguillicrs de 
n(; jamais |)erdre do vue le style des édifices lorsqu'ils font 
faire des objets mobiliers. Des erreurs déplorables ne se 
commettent que trop souvent sous ce dernier rapport. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS RELIGIEUX. 

ÉGLISES, DÉPENDANCES, AMEUBLEMENT. 

La Commission se prononce favorablement sur les projets 
concernant : 

1" Diverses réparations à faire à l'église et au presbytère 
de Croix-lcz-Rouveroy (Hainaut); devis estimatif : 4517 fr.; 

2" La restauration de la toiture de l'église d'Harchies, 
même province; devis estimatif : 1,022 francs; 

5" La restauration de la tour de l'église de Lii)peloo 
(Anvers); devis estimatif : 2,152 francs; 

4° Le placement d'un maître-aulel et de fonts baptis- 
maux dans l'église de Doiscbe (Namur); devis estimatif : 
5,514 francs. Il faudra toutefois simplilicr les détails et 
donner plus d'unité au style de la décoration ; 

o" La restauration de la tour et de l'église d'Ocvel (An- 
vers); devis estimatif : 5,456 francs; 

6° La construction d'une seconde sacristie et le placement 
d'un nouveau dallage dans l'église de Meldert (Flandre 
orientale). Le devis estimatif s'élève à 5,880 francs, y com- 



— 229 — 

pris la reconstruction de l'escalier extérieur. La question de 
savoir si cet escalier doit être considéré comme une dépen- 
dance de l'édifice est résolue afïirmativemenl; 

7" La reconstruction de la flèche et la restauration de la 
tour de l'église de Russon (Limbourg) ; devis estimatif : 
8,200 francs. L'architecte est invité à examiner si, dans 
l'intérêt de l'aspect de l'édifice, on ne devrait pas établir 
latéralement des portes cintrées et renoncer ainsi h utiliser 
la porte actuelle de la façade. 

Des modifications devront être introduites dans les dessins 
dn nouveau clocher de l'église de Longchamps (Namur); 
devis estimatif : 8,100 francs; ce chiffre est insuffisant. 

Le projet d'ériger une chai)elle à Fays-Famenne , com- 
mune de Sohicr (Luxembourg), est approuvé à la condition 
que la tour sera couronnée par une flèche. Il faudra faire 
les deux statues du portail en pierre et non en terre cuite; 
devis estimatif : 2,300 francs. 

Les dessins de l'agrandissement projeté de l'église d'Oor- 
deren (Anvers) sont bien conçus; mais il sera diflicile 
d'exécuter, pour la somme de 50,411 francs, les travaux 
mentionnés dans le devis estimatif. Environ 930 personnes 
pourront se réunir dans cet édifice. 

Le Collège partage l'avis de M. l'architecte provincial, 
quant à l'opportunité d'augmenter légèrement le diamètre 
des colonnes intérieures de la nonvelle église de Castre 
( Brabant ). L'ordonnance générale du ju'ojet est bien 
entendue, mais il est à désirer que la façade soit mise 
conq)létement en rapport avec le caractère dn vaisseau 
de l'édifice. 

Le projet présenté pour l'agrandissement de l'église de 



— 250 — 

Galloo (Flandre uricnlale), donne lieu aux observations 
suivantes : la façade manque d'unité de style; l'ajustement 
de la porte et de la fenêtre qui la surmonte n'est pas 
heureux; les cordons subdivisent trop l'ensemble de celle 
façade ; les encorbellements ne produisent pas un bon 
effet ; l'emmanchement de la base de la flèche laisse à 
désirer. Une nouvelle étude de celte partie du projet semble 
indispensable. L'auteur devra également simplifier la déco- 
ration du chœur el élargir les portes des sacristies. 

La Commission approuve les dessins de l'église à ériger 
au hameau de Moiendorp , commune de Breedene (Flandre 
occidentale), tout en engageant l'auteur à ne pas perdre de 
vue les observations suivantes : les pinacles de la façade 
sont trop grêles; les parties simulées des fenêtres de la 
nef principale doivenl être modiliées; il convient d'établir 
des meneaux dans toutes les fenêtres. L'église projetée 
pourra contenir environ 1 ,000 personnes; devis estimatif : 
65,021 francs. 

La nouvelle combinaison proposée par le conseil de fa- 
brique de la paroisse des SS. Jean et Nicolas, au faubourg 
de Cologne, à Bruxelles, semble aussi bien entendue que 
les circonstances locales ainsi que l'édilicc actuel le permet- 
tent, et les explications verbales de ce conseil ont démontré 
la nécessité d'agrandir l'église et l'impossibilité d'en éj'iger 
aujourd'hui une seconde dans la même paroisse. Quant à la 
décoration architcctonique des constructions nouvelles, elle 
est le corollaire du système adopté primitivement et sur 
lc(piel le Collège n'a pas été appelé à émettre un avis. L'uti- 
lité de transformer en fausses portes les niches de la façade 
ne parait pas démontrée. Il semble diflicile d'éviter, pour 



— 251 — 

les toitures, un agencement fâcheux ; la Commission insiste 
sur la nécessité d'étudier ces (oilures avec le soin le plus 
scrupuleux, spécialement en ce qui concerne l'abside inté- 
l'ieure des collatéraux, à laquelle on pourrait peut-être 
adapter une couverture conique semblable à celle des 
hémicycles. L'édifice actuel peut contenir environ 850 
]iersonnes. Ce chiffre sera plus que doublé par suite de 
l'exécution des travaux projetés. 

Depuis l'année 1846 jusqu'au 1'" janvier 1862, on a 
dépensé 4'4o,000 francs pour la construction de l'église 
Sainte-Marie, à Schaerbeek. En ce moment on termine la 
construction du chœur et on commence à édifier le portail. 
Cette marche semble rationnelle et la Commission ne peut 
que l'approuver. 

Après avoir mûrement examiné les dessins concernant 
l'achèvement de la façade et des tours de l'église Saint- 
Georges, à Anvers, et pris connaissance des explications 
récemment données par l'architecte, la Commission pro- 
pose d'autoriser l'exécution des travaux projetés. Elle 
conseille toutefois de renforcer, vers leur naissance, les 
crochets des rampants du gable central, afin de mieux 
assurer la durée de ces ornements. Il est entendu aussi qu'on 
donnera plus d'ampleur aux croix supérieures. 

L'utilité de consacrer une somme de 10,240 francs 
aux travaux urgents que l'église d'Overyssche (Brabant) 
réclame, est reconnue. Ces travaux sont les seuls dont on 
puisse s'occuper actuellement. L'architecte évalue à 32,000 
francs la somme nécessaire pour restaurer complètement 
l'édifice. 

La Commission pense qu'avant de s'occuper des autres 



— 252 — 

réparations que l'église de Vilvorde exige, il importe de ter- 
miner les travaux qui sont en voie d'exécution aux parements 
extérieurs et à la base de cet édifice. 

Les états des travaux de restauration exécutés à l'église 
Saint-Michel, à Louvain, s'élevant ensemble à 6,549 francs 
pour l'année 1862, ne soulèvent aucune objection. La Com- 
mission rapi)elle que déjà, à différentes reprises, elle a de- 
mandé que des fonds plus im|)ortanls soient affectés à cette 
entreprise, afin de pouvoir inqirimer une certaine activité 
aux travaux. 

Le Collège partage l'avis du comité jjrovincial d(.'s mem- 
bres correspondants et de l'administration communale, qui 
est favorable à l'emploi de la pierre bleue, pour la restau- 
ration de la façade de l'église Saint-Loup, à Namur, attendu 
qu'il est de son devoir de respecter, autant que possilile , 
les combinaisons adoptées par les constructeurs des anciens 
monuments. Il est facile, du reste, de se procurer aujour- 
d'hui des j)ierres excellentes n'ayant aucun des défauts qui 
ont causé la ruine de la façade actuelle. Rien ne s'opj)Osc 
même à l'exécution en pierre bleue des meneaux. II impor- 
tera surtout de reproduire, avec la plus scrupuleuse exac- 
titude, tous les ornements sculptés; de simples ouvriers ne 
peuvent être chargés de ce soin et il semble opportun 
d'organiser un atelier sous la direction d'un artiste orne- 
maniste. Il n'a guère été fait usage en Belgi(jue de la ])ierre 
blanche citée par M. l'architecte de la ville, et il sera sage 
de .ne faire un choix définitif (|u'a))rès avoir approfondi 
1,1 (pieslion. Qiimit ;iii point de savoir s'il convient d'avancer 
plus ou moins la façade sur la voie publique, la Commis- 
sion désire, avant d'émettre un avis, recevoir : I" le plan 



— 253 — 

des fondations do la façade accompagné d'une note expli- 
cative; 2" un dessin en élévation, indiquant le raccord 
de la façade avec les faces latérales ; 5" le dessin de la porte 
principale et des marches, telles que l'architecte compte les 
établir si la suppression du perron est admise. 

La Commission eût désiré voir recouvrir de cuivre le 
dôme de l'église cathédrale de Namur; mais, après un nouvel 
examen de la question, elle pense qu'il faut renoncer à cette 
idée , attendu qu'une semblable entreprise nécessiterait des 
dépenses considérables, que les ressources sont très-res- 
treintes et qu'on aura à faire, dans un avenir prochain, des 
réparations coûteuses à diverses autres parties de l'édiiice. 
Il suffirait, à son avis, de garnir les côtes de ce dôme, de 
zinc d'un échantillon spécial et les fonds, d'ardoises de pre- 
mier choix. Ce travail, toutefois, ne pourrait faire l'objet 
d'une adjudication publique et devrait être garanti par l'en- 
trepreneur pour un grand nombre d'années. 

La partie de l'église de Munte (Flandre orientale), dont 
la Commission a demandé la conservation, offre un intérêt 
archéologique évident et l'administration supérieure s'expo- 
serait à de légitimes reproches, en consentant à sa destruc- 
tion. Il est donc à désirer que le Gouvernement facilite 
par un subside l'arrangement transactionnel proposé par le 
Collège. D'après ce qui a été dit lors de la conférence qui 
a eu lieu à Munte le 5 mars dernier, il y a lieu d'espérer 
que l'administration communale et le bureau des marguilliers 
feront de leur côté tout ce qui sera possible pour seconder 
ces vues. 

La Commission transmet à M. le Ministre de la Justice, 
en la recommandant à son attention toute particulière, une 



— ^254- — 

lettre par laquelle MM. Goulon et Moreau, membres corres- 
pondants, font valoir les diverses considérations qui exigent 
qu'une toiture soit immédiatement établie sur la flèche métal- 
lique de l'église Sainte-Gertrude, à Nivelles. 

La Commission considère comme suffisantes les disposi- 
tions que le conseil de fabrique de l'église Saints Michel et 
Gudule compte prendre jiour assurer le contrôle financier 
et la surveillance des travaux en cours d'exécution à ce 
monument. 



PIERRES SÉPULCRALES, TOMBEAUX. 

Se ralliant à l'avis de l'administration communale de la 
ville de Bruxelles, la Commission pense qu'il y a lieu d'en- 
lever la grille qui entoure le mausolée du comte Frédéric 
de Mérode, à l'église Saints Michel et Gudule. Il est convenu 
(pi'on ne touchera à cette grille qu'après avoir obtenu l'as- 
sentiment de la famille, aux frais do laquelle le monument 
a été érigé. 

En réponse à la connnunication cpie le Collège lui a faite 
au sujet des dispositions à prendre pour assurer la conser- 
vation de l'église deThyneset des objets inléressants qu'elle 
possède encore, M. le Gouverneur de la province de Namur 
communique la lettre suivante qu'il a adressée au chef dio- 
césain dès le 2G mars dernier : 

« Informé, par la Commission royale des Monuments, 
(pi'il (existait, dans l'église deThynes,une pierre tombale du 
commencement du xiv'' siècle, représentant un chevalier de 
la maison de Thynes, je priai M. Bequet, membre-secrétaire 



— 2Ô0 — 

de la Commission provinciale des monuments, de me don- 
ner des renseignements et son avis sur les moyens à 
employer pour la conservation de cet antique monument 
funéraire. J'ai appris avec regret, par le rapport de 
M. IkHjuet, ci-joint en copie, que cette tombe a été brisée, 
(|u'une partie de ses débris a été employée au pavement 
d'un trottoir ou jetée dans le cimetière et que le reste a 
disparu. C'est là, M. l'Évèque, une perte extrêmement déplo- 
rable au point de vue de l'art et de l'archéologie, et cette 
perte, réunie à celle d'autres pierres semblables , arra- 
chées de l'église en 1844-, prouve que, loin de mettre du 
zèle à la conservation des. objets de l'espèce, le desservant 
et la fabrique de cette église dédaignent d'en prendre le 
moindre soin ou les considèrent môme comme indignes 
de leur attention. Votre sollicitude éclairée pour la conserva- 
tion des édifices du culte et des œuvres d'art ou d'antiquité 
qu'ils contiennent, vous portera, je l'espère, M. l'Évèque, 
à adressera MM. les curés et desservants les recommanda- 
tions les plus pressantes, dans le but de prévenir le renou- 
vellement des actes de vandalisme qui se sont passés à 
Thynes, et de les inviter à se conformer strictement à l'art. 5 
de l'arrêté royal du 16 août IS'ii {Journal officiel, n"xLv). 
L'instruction de M. l'évéque de Langres, dont vous trouve- 
l'cz ci-joints quatre exemplaires, et qui a été adressée en 1856 
aux administrations des fabriques d'églises et descomnumes, 
contient sur ce point et sur d'autres objets d'une égale 
importance, des conseils que je souhaiterais vivement voir 
partout mettre en pratique. Il me serait agréable, M. l'Évè- 
que, de connaître la suite que vous aurez jugé à propos de 
donner à la présente dépèche. » 



— 256 — 

Des délégués ont constaté que les deux statues qui 
existent dans l'église paroissiale de Watou (Flandre occi- 
dentale) sont loin d'être dénuées de mérite, sous le rapport 
de l'art, et qu'elles présentent, en outre, un certain intérêt 
historique. Le monument dont elles faisaient partie a été 
érigé à la mémoire de messire Charles d'Ideghem, cheva- 
lier, seigneur de Boesbeke, comte de Watou, etc., qui fut, 
en 1620, commissaire au renouvellement des lois en Flandre 
et grand-bailli de la ville, salle et chàtellenie d'Ypres ; 
et de sa femme, Marie de Gortewyle, fille du grand-hailli 
de la ville et chàtellenie d'Audenarde. Ces statues sont 
placées dans une niche latérale du chœur, mais l'adminis- 
tration communale et le conseil de fabrique, désirant établir 
une salle de dépôt contre cette partie de l'abside, voudraient 
les voir transférer dans un édicule à établir dans le collatéral 
dont la construction est projetée. La Commission approuve 
cette proposition. Les frais à faire pour la réparation des 
deux statues ainsi que les autres travaux accessoires peu- 
vent être évalués h 4,000 francs. M. le Ministre de l'Inté- 
rieur sera prié de concourir à la dépense de concert avec 
la province, la commune et la fabrique de; l'église. 



l'IîESliVTERES. 

La (Commission approuve : 

1° Le plan présenté pour la consiruclion de (l('"|i('n(lances 
au pr(!sbytére(lc Lillo (Anvers); devis estiui;ilif : 857 francs; 

2'' Les répar.'iljdiis ((u'on propose d'exécuter au presbytère 
(le Gierle , même pi-ovincc; devis esliiu;ilif : 2,187 francs; 



— t257 — 

5° La restauration projetée du presbytère de Neder-over- 
Heembeek (Brabant); devis estimatif : 4-, 000 francs; 

A" Le j)rojct relatif à l'agrandissement du presbytère de 
Denderbelle (Flandre orientale) , à la condition que la porte 
sera modifiée; devis estimatif : 4,029 francs; 

5° Les plans pour la construction d'un presbytère à Petit- 
Waret (Liège), à la condition qu'on donne à la façade un 
caractère en rapport avec la destination du bâtiment; devis 
estimatif : 8,200 francs. 

Diverses améliorations doivent être apportées au projet 
de reconstruction du presbytère de la paroisse de Saint- 
Pierre, à Ypres; devis estimatif : H, 752 francs. 

Les plans et devis (15,109 francs) présentés pour la 
construction d'un presbytère à Dinez, commune de Mont 
(Luxembourg), ne donnent lieu à aucune observation. 

La disposition intérieure du presbytère qu'il s'agit de 
construire à Audenhove-Sainte-Marie (Flandre orientale) 
est vicieuse. L'auteur devra faire une nouvelle étude de son 
projet. La Commission désire recevoir la communication du 
plan cadastral indiquant le terrain sur lequel se trouve le 
presbytère actuel et l'emplacement destiné au nouveau 
bâtiment. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE. 

La Commission approuve les propositions faites pour 
l'agrandissement de l'hospice civil de Saint-Nicolas ainsi 
que le devis estimatif, dont le total s'élève à 4,701 francs. 

Le plan de l'hospice projeté h Couckelaere (Flandre occi- 



— 258 — 

dentale) est approuve''. Il serait utile toutefois d'augmenter 
de cinquante centimètr(;s la hauteur du rez-de-chaussée et 
de l'étage. Le devis estimatif, qui s'élève à 51,187 francs, 
devra être augmenté de quelques centaines de francs. 

MAISONS COMMUNALES, BEFFROIS, HALLES, DONJONS, etc. 

Il est impossible de se prononcer sur le dessin de la pompe 
monumentale qu'il s'agit d'établir sur la Grand 'Place de 
Philippeville, sans avoir sous les yeux le croquis cadastral 
de cette place, avec l'indication de l'emplacement dont il 
s'agit de faire choix. 

La somme qu'on propose d'affecter à la construction d'un 
bâtiment destiné à la justice de paix d'Andenne (Namur), 
ainsi qu'aux réunions publiques, est suffisante pour ériger 
un éditice convenable et assez complet sous le rapport de 
l'art pour contribuera l'embellissement de la commune; 
mais les dessins présentés n'étant pas satisfaisants, un nou- 
veau projet est indispensable. 

Après avoir examiné les dessins détaillés, dressés d'après 
son invitation , la Commission émet l'avis qu'il y a lieu de 
maintenir les mascarons qui existent à la naissance des 
arcades de l'hôtel de ville d'Ypres (le Nieuw-Werkj. 

PEINTURE, SCULPTURE, CISELURE, TAPISSERIE, etc. 

OUVRAGES MODERNES. 

llu conformité du contrat pour l'exécution des peintures 
murales de régli.se Sainte -Anne, à Gand, M. Cannée! , 
directeur de l'académie de cette ville , demande l'avis 



— ^259 — 

du Collège au sujet du })roeédé à la cire ou encaustique 
qu'il (3ompte mettre en usage. Gomme ce procédé est 
employé par plusieurs des artistes principaux qui s'occupent 
aujourd'hui de peintures murales en Allemagne et en 
France, la Commission ne croit pas devoir s'opposer à la 
proposition de M. Canneel, bien qu'il soit reconnu qu'en 
général le wnsserglass est préférable , attendu que sa com- 
position chimique offre des garanties plus complètes de 
solidité. 

Le nouveau dessin de la verrière à placer dans l'église 
Saint-Germain, à Tirlemont, peut être adopté aux condi- 
tions suivantes : A Le système de meneaux et de réseaux 
du dessin primitif sera maintenu ; B on augmentera la 
force des tons de l'ordre inférieur alin de donner pour ainsi 
dire un soubassement aux figures en pied; G l'auteur 
s'attachera à rej^roduire le dessin et le coloris des verrières 
du xvf siècle. 

L'exécution en pierre du bas-relief qui occupe le tympan 
de la porte principale de l'église Saint-Boniface, à Ixelles, 
est assez satisfaisante. Divers changements devront cepen- 
dant être introduits dans ce travail : les deux saints placés 
aux côtés du christ ne peuvent être couronnés du nimbe 
crucifère, vu que ce caractère spécial n'est attribué qu'aux 
trois personnes divines. Le bras de saint Pierre est trop 
rond ; la calvitie de ('e saint est exagérée ; les mains , 
en général, manquent de caractère. Il existe un défaut 
d'harmonie entre la pierre du bas-relief et le ton de la 
façade, qui date d'une dizaine d'années, mais le temps aura 
bientôt fait disparaître ce défaut apparent (]ui choque au 
premier abord. 



— 240 — 

Des perfectionnements récents ayant été introduits dans 
les procédés employés en Bavière pour l'exécution des pein- 
tures murales, la Commission demande qu'un artiste belge 
expérimenté reçoive la mission de faire une enquête à ce 
sujet et d'en consigner le résultat dans un rapport détaillé 
à publier dans le Bulletin. 

OUVRAGES ANCIENS. 

La réparation des peintures qui décorent la voûte du 
cliœur de l'église Saint-Jacques, à Liège, est terminée. 
Ce travail étant satisfaisant, la Commission propose de 
remettre aux artistes le prix de cette première partie de leur 
entreprise. Elle rappelle que des propositions motivées, 
accompagnées de dessins, devront préalablement lui être 
soumises chaque fois qu'il s'agira de rétablir des ligures 
ou des ornements qui n'existent plus, ou qui sont endom- 
magés au point d'exiger pour ainsi dire une composition 
nouvelle. 

Le Secrétaire de In Commission roifule des Moiiumeuts, 

Jules Dugmolle. 
Vu en conformité de l'article 25 du règlement. 

Le Vice-Président, 

Baron de Roisin. 



COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS. 



'XWo^- 



RÉSUMÉ DES PROCÈS-VERBAUX. 



SÉANCES 



des 3, 6, 11, 15, 18, 25, 27 et 50 juin 1863. 



ACTES OFFICrCLS, AFFAIRES INTÉRIEURES, OBJETS DIVERS. 

M. le Ministre de riiitérieur, adoptaulla proposition de la 
Commission, a, sous la date du 20 du mois de juin, adressé 
la circulaire suivante à MM. les Gouverneurs des provinces, 
afin de tracer la marche que désormais MM. les membres 
correspondants auront à suivre lorsqu'ils croiront utile 
d'entreprendre des voyages en dehors des limites de leurs 
provinces respectives : 

« Il arrive parfois que des membres correspondants de 
la Commission royale des Monuments se trouvent dans 
l'occasion défaire, dans l'intérêt général, des excursions 
archéologiques hors de la province qui leur est assignée. 

16 



— 2/1-2 — 

* 

La rî'gularilé adminisirative exige qu'une marche uniforme 
soit adoptée pour les cas de l'espèce. J'ai l'honneur de vous 
informer en conséquence, M. le Gouverneur, que pour tous 
les voyages que MM. les membres correspondants de la 
Commission royale des Monuments croiront utile, à l'avenir, 
d'entreprendre en dehors des limites de leurs provinces 
respectives, ceux-ci devront au préalable en référer à mon 
dé))artemenl , qui jugera s'il y a lieu d'autoriser ces excur- 
sions exceptionnelles. Dans rallirn^ative , ces excursions 
seront considérées comme des missions j)articulières et 
donneront lieu à des indemnités spéciales. Vous voudrez 
bien, M. lo (iouvenniur, adresser des instructions dans ce 
sens aux membres corrf'spondants pour voire province.» 

ÉDIFICES ET MONUMENTS RELIGIEUX. 

ÉGLISES, DÉPEXDANGKS, .\.M EL ELEMENT. 

La Commission approuve : 

1° Le dessin du mailre-autel (pi'on |)ropose de placer 
dans l'église de Gomery, commune de lileid (Luxembourg); 
devis estimatif : 2,7o0 francs ; 

T Lo maître-autel à placer dans l'église de Bellefontaine 
(Luxembourg), à la condition que divers détails seront 
modifiés; devis estimatif : 7,455 francs; 

3" Moyennant certaines restrictions, lautel principal de 
l'église de Meix - devant -Virton (Luxembourg); devis 
estimalif : 7,665 francs. 

La Commission ayant appris que divers objets d'ameuble- 
ment destinés à l'église Sainte-Croix, à Liège, ont été 
f'ornmandés sans rinlerv<'iili()t) de l'aulorilé supéi'ieure. 



— 243 — 

réclame dos explications ot la communication dos dessins 
de ces objets. 

L'utilité des réparations qu'on propose de faire à l'église 
et au presbytère de Molles (Hainaut) est reconnue; devis 
estimatif: 1,100 francs. 

Le projet concernant l'agrandissement de l'église de 
Hermalle-sous-Huy (Liège) est admis; mais l'attention de 
l'autour est appelée sur l'inclinaison de la toiture des bas 
côtés, qui n'est pas suffisante et ne se trouve pas en rapport 
avec celle de la toiture principale; devis estimatif : 15,004- 
francs; l'église pourra, après l'exécution desdits travaux, 
contenir OoO personnes. 

Il semble impossible de construire, d'après les dessins 
présentés, une église et un presbytère à Kerkhove (Flandre 
occidentale), sans dépasser les sommes de 52,300 et de 
10,000 francs. La Commission réclame un devis estimatif 
détaillé, ainsi que le plan cadastral du terrain sur lequel ces 
bâtiments doivent être établis. 

Le Collège fait parvenir à M. le Gouverneur du Brabant 
un dessin résumant son avis concernant la façade de la 
nouvelle église de Castre. Rien ne s'oppose actuellement 
à ce qu'il soit donné une suite immédiate au projet. L'église 
de Castre pourra contenir 970 personnes environ ; le devis 
estimatif s'élève à 08,923 francs. 

La Commission est d'avis qu'il y a lieu d'engager le con- 
seil de fabrique de l'église Saint-Boniface, à Lxelles, à 
faire placer un pai'atonnerre sur cet édifice. Comme la 
proximité de propriétés particulières constitue un danger 
permanent d'incendie, il serait, prudent, en outre, de 
faire garantir l'édifice par une compagnie d'assurances. 



— VvK — 

Lo projet présonlt' pour l;i l'ccunslruclion de l'église 
d'Overmeire (Flandre orientale) est approuvé à la condition 
que fauteur y apportera les modifications que le Collège 
indique dans l'intérêt de la solidité et du style du bâtiment. 
Le devis estimatif s'élève à 1 24,8o0 francs ; 1 ,400 personnes 
pourront se placer dans cette église. 

M. le Ministre de la Justice annonce qu'un subside de 
8,87d francs, payable en trois ans , sera accordé au conseil 
de fabrique de l'église de Celles (Namur), afin de compléter 
la somme nécessaire pour l'exécution des travaux urgents 
qu'exige cet intéressani moniiincnl de style roman. (Voir 
p. 586, l"' année.) 

La tour de l'église d'Oostcamp (Flandre occidentale) est 
une construction massive qui, à diverses é})oques, a été 
réparée ou modifiée, mais dont la partie primitive date du 
xii" siècle. Bien que l'ensemble de la construction soit 
solide encore , on remarque en divers endroits de légères 
lissures, ainsi que d'autres dégradations. La Commission, 
après avoir fait visiter l'édifice, est d'avis qu'on ne pourrait, 
sans s'exposer à des chances fâcheuses, ouvrir les deux 
arcades latérales et isoler, par suite, les (piatre piliers qui 
portent cette tour, ainsi (|ue le propose le conseil de 
fabrique. 

.\près avoir entendu M. l'ingénieur en chef directeur 
des ponts et chaussées dans la Flandre orientale, et s'être 
mis d'accord avec lui, le Collège adresse à M. le Ministre de 
la Justice le dessin (jui semble devoir être suivi pour la 
restauration des (|uatre loui-ellcs siq^érieures de la tour de 
Saint-liavon , à Gand, afin de rétablir autant (pic possible 
les choses dans leur état primitif. 



-- 24o — 

L(! coinple des travaux do reslaui"ili(jii (.'xécutés dans 
W. cours de 1862, à réglise de Dinant, ne soulève aucune 
objection. La Commission propose d'allouer de nouveaux 
subsides sur le budget de l'État, attendu (pi'il s'agit d'un 
monument digne d'intérêt dont diverses parties se trouvent 
dans un état déplorable, vu l'iiisulïisance des ressources 
locales. 

La Commission réclame des explications au sujet de 
modifications cju'il s'agit d'introduire dans la l'orme de l'un 
des contre-lbrts du transept sud de l'église Saint-Martin, 
à Liège, et demande aussi la communication de dessins 
à l'appui de ces explications. 

Le Collège approuve les propositions faites pour la restau- 
ration de l'église Saint-Quentin, à Tournay. Il croit fiéan- 
jnoins qu'on pourrait rendre la rose du transept plus opaque 
et suivre, quant aux clochetons de la tour, la disposition que 
présenlent les tourelles de la façade. 

PIEr.RES SÉPULCRALES, TOMBEAUX. 

La Commission insiste i)0ur que, conformément à ce qui 
a été convenu lors d'une conférence avec les diverses admi- 
nistrations intéressées, à l'église Saint-Jacques, à Bruges, 
il soit fait immédiatement une grande photographie du tom- 
heau de la famille de Gros, tombeau dont la restauration 
doit être commencée sans retard. Ehe rappelle de nouveau 
combien il importe que l'artiste restaurateur se pénètre du 
caractèi'e de ce chef-d'œuvre de la renaissance et s'acquitte 
de sa délicate mission avec un soin consciencieux, 

l'ne dépèche de M. le Ministre de l'intérieui- est conçue 



— 24C — 

dans les termes suivants : « Les restes mortels de feu M. le 
baron Surlet de Chokier, régent de la Belgique, en 1831, 
reposent au cimetière du village de Gingelom. La presse 
ayant appelé dans ces derniers temps l'atlentiuii du Gou- 
vernement sur le dénùment de cette sépulture, j'ai ci-u 
devoii' m'enquérir de l'état des choses. Il résulte des rcn- 
seignenicnts qui me sont parvenus, que les feuilles publi- 
ques étaient inexactement informées en avançant que 
cette sépulture était demeurée privée de tout soin pieux. 
Si la reconnaissance publique n'a effectivement rien fait 
jusqu'à présent pour rappeler la mémoire du défunt et 
les services qu'il a rendus au pays, un monument lui 
a toutefois été élevé dans le cimetière même de Gingelom, 
par l'initiative privée de M. Victor llennequin, bourg- 
mestre de la commune. Quoiqu'il en soit, le monument 
que M. llennequin, nu^i par un senlinjcnl qui l'honore , 
a fait ériger au régent ne dispense pas le Gouvernement 
d'acquitter envers la mémoire de ce grand citoyen la 
dette de gratitude du pays. J'ai l'homieur de vous prier, 
en conséquence, Messieurs, de vouloir bien examiner 
si le monument existant déjà est susceptible , i)ar sa 
forme actuelle, de reeevoii- un conqilément dont une 
inscription expliquerait l'origine et la portée. » La Com- 
mission répond 1" que le monument existant sur la tombe 
du baron Siirlel de Chokier ne sendjle pas pouvoir être 
embelli et complété; 2" qu'il n'existe pas de place pul)liqu<- 
à Gingelom ; 5" qu'elle ne considère pas comme convenable 
l'emplacement qui lui a été désigné, et (jui est situé aux 
confins de la commune, à quelques mètres de la station 
du chemin de fer. 



— 247 — 

PRESBYTÈRES. 

Des avis favorables sont donnés concernant les répara- 
lions j)rojetéés aux presbytères de : 

r Oppuers (Anvers); devis estimatif : 1,418 francs; 

2" Oevel (Anvers) ; devis estimatif: 1,545 francs; 

3" Wnestwezel (Anvers); devis estimatif: 2,701 francs. 

La Commission approuve les projets présentés pour la 
construction de presbytères : 

A Voftem (Liège), à la condition qu'on modifiera la façade 
de manière à donner au bâtiment le caractère de sa destina- 
tion. Le devis estimatif s'élève à 6,920 francs; 

A Okegem (Flandre orientale), il faudra construire la 
plintbe en pierre afin de préserver la base du bâtiment de 
riiumidilé; devis estimatif : 1 1 ,687 francs; 

A Élouges (Hainaut); devis estimatif : 15,250 francs. 

Le plan du })resbytère de Sulsique (Flandre orientale) 
])résente des défauts qui ne permettent pas de l'approuver. 

La Commission désire qu'un architecte soit chargé de 
s'occuper de la construction d'un presbytère à laXhavée, 
commune de Wandre (Liège); le plan qu'elle a sous les 
yeux est dû à un homme étranger à l'art des construc- 
tions. 

Un avis favorable est émis sur le projet d'hospice-hôpital 
qu'il s'agit de construire à Wachtebeke (Flandre orientale), 
à la condition que diverses parties accessoires seront amélio- 
rées; devis estimatif : 57,580 francs. 

CONSTRUCTIONS CIVILES. 

Les plans des constructions rurales que la ville de Spa 



— us — 

compte dever j)rès dos fontaines de Barisart et de la Géron- 
stèrc ne peuvent èlre admis. Il est à désirer en effet que 
toutes les constructions que cette ville élève donnent une 
idée heureuse du progrès des arts en Belgique, et des bâti- 
ments consirnils d'après les dessins proposés ne seraient 
nullement à la liauteur des li'avaux analogues exécutés par 
les administrations publiques , dans les pays voisins et 
notamment sur les bords du Bhin. 

PEINTURE, SCULPTURE, CISELURE, TAPISSERIES, ktc. 

OUVRAGES MODERNES. 

Le Collège considère l'échantillon de bronze que M. Du- 
trieux se propose d'employer pour la fonte de la statue de 
la princesse d'Épinoy à ériger sur une des ])laces de Tournay, 
comme réunissant toutes les conditions désirables. 

M. le Ministre d(> l'Intérieur répond comme suit à une 
proposition récente de la Commission : « Si des perlèction- 
» nements importants ont été réellement introduits dans 
» les procédés employés en Bavière, pour l'exécution des 
» peintures murales, il est à désirer, ainsi (ju(> vous le 
» faites remarquer, que nos artistes soient mis à même, au 
» moyen d'une enquête, de profiter de ces améliorations 
» matérielles. La proposition contenue dans votre rapport 
» du 29 mars dernier ne pouvait manquer, ]iar consé- 
» (picnt, d'rli'e, de la |iart de iixin administration, l'objet 
» d'un examen allcnliret bienveillanl. Mais si les procédés 
» techniques de la peinture touchent de j)rès au progi-ès 
)) de l'art, je ne ])()uvais jK'rdre de vue, non plus, (pie pai- 



— ^249 — 

» certains côtés ils intéressent la science et, sous ce rap- 

» port, il m'a paru que le premier corps savant du pays 

» devait être entendu d'abord. J'ai donc soumis la question 

» à la classe des sciences de l'Académie royale de Belgique. 

» Toutefois, Messieurs, cette question étant complexe en ce 

» sens qu'aux procédés considérés scientifiquement se rat- 

» tache intimement l'application de ceux-ci par le peintre, 

» j'ai invité la classe des sciences à se mettre en rapport 

» avec celle des beaux-arts, pour la rédaction d'une série 

» d'instructions qui emprunteront nécessairement à ce 

» double concours l'utilité pratique et l'autorité qu'elles 

» doivent avoir pour être fructueuses. » 

OUVRAGES ANCIENS. 

Sans méconnaître la valeur des explications justificatives 
concernant la restauration du vitrail r/es deux SS. Jean^ 
appartenant à la cathédrale d'Anvers, la Commission ne 
peut considérer ce travail comme aussi satisfaisant que la 
|)lu])art des restaurations exécutées récemment par le même 
|)eintre verrier. Elle pense aussi qu'il eût été possible d'uti- 
liser certains fragments qui ont été remplacés. Afin d'éviter 
le retour de critiques semblables à celles qui se sont pro- 
duites en cette circonstance, la Commission propose à 
M. le Ministre de l'Intérieur de décider, en règle générale, 
qu'aucun vitrail ne sera restauré à l'avenir avant qu'un 
calque exact n'ait été fait et que des délégués du Collège, de 
concert avec un représentant du conseil de fabrique inté- 
ressé, aient, après avoir vérifié ce calque et les verrières, 
indiqué les parties à remplacer. 



— 250 — 

La somme de 7,500 francs demandée pour restaurer les 
ornements sacerdotaux de l'église Saint-Brice, à ïournay 
(voir p. 97, 2" année), semble trop élevée à M. le Ministre 
de l'Intérieur. De son côté, la Commission croit d'autant 
moins pouvoii* actuellement appuyer la demande d'un sub- 
side sur le trésor de l'État , qu'elle verrait avec regret 
exécuter toutes les y;n'/ewc/we.s' restaurations qui sont proje- 
tées et dont quelques-unes sont de nature à altérer le carac- 
tère desdits ornements et à leur donner l'aspect d'objets 
neufs. 



Le Secu'liiiri' de la (iomnthsiuii roijali' (1rs Mointiucnli , 
JL'LES DUGXIOLLE. 

Vu en conformité de l'article 25 du règlement. 

Le vice-Président , 

Baron de Roisin. 



COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS. 



RESUME DES PROCÈS-VERBAUX, 



SÉANCES 



des 3, 4, 8, 11, li, ±2, 23, 25, 28 et 50 juillet 1863. 



ACTES OFFiCŒLS, AFFAIRES ENTÉRIFURES, OBJETS DIVERS. 

Le Collège accuse la réception du compte- rendu des 
travaux de la Commission impériale archéologique russe 
dans le cours des années 1859, 1860 et 1861 , que 
cette Commission lui a fait parvenir. Cette remarquable 
publication renferme notamment rexj)osé historique des 
fouilles exécutées près de Kertch ( Panticapée ) , dans 
le district d'Ekaterinoslav (au pays des Gherres), et sur 
la presqu'île de Taman, près de la station de Sennaïa (ville 
de Phanagorie). 



— "202 — 

M. le Ministre do la Justice fait parvenir iinr copie de 
la circulaire suivante qu'il a adressée à MM. les Gouverneurs 
provinciaux sous la date du 7 juillet courant : « Ce n'est 
généralement qu'au printemps, c'est-à-dire à l'époque où 
les travaux doivent commencer, (pie me |)arvieiiiieiit, 
afin d'approbation, les projets de constiudidn ou de 
restauration d'églises et de presbytères. Outre les retards 
qui peuvent résulter du grand nombre d'affaires qui 
sont adressées à la fois à mon département, cette marche 
présente de sérieux inconvénients : c'est ainsi (pi'avanl 
qu'il n'ait été procédé à l'adjudication publique, prescrite 
par l'art. 42 du décret du 50 décembre 1809, et que le 
Roi ail été mis à même d'approuver le plan, une i)artie 
de la bonne saison s'est écoulée. D'un autre côté, l'entre- 
preneur est toujours plus exigeant au moment où, de 
toutes parts, l'on mol la main ;i l'œuvre (pi'à l'entrée 
de l'hiver, alors qu'il a toute cette saison pour préparer 
les matériaux dont il a besoin et dont à cette époque 
le prix est moins élevé. Désirant donc hâter la déci- 
sion de ces affaires, je vous prie, M. le Gouverneur, 
d'inviter les administrations que; cela concerne à vous 
faire ))arvenir leurs demandes assez à lem|)s pour 
être à même, de votre côté, de les instruire et de 
me les soumettre, autan! que possible, avant la lin 
de l'année. » 

La Commission propose à M. le Ministre de l'Intérieur 
d'autoriser M. Al|). Wauters, membre correspondant, à faire 
un voyage archéologique à Tongres et dans les environs, à 
la condition (pi'il en consignera le résullal dans un rappoi-t 
à |)id)lier dans le Bullelin. 



— 2oo — 

M. le Ministre do riiitéricur adresse une anipliation de 
sa eircidaire ci-aprùs, en dale du 2o de ce mois : 

« M. le Gouverneur, 

» De fréquents subsides sont accordés sur les fonds de 

» l'État pour des restaurations d'anciens vitraux peints. Le 

« but que le gouvernement se propose en s'imposant des 

» sacrifices pour la conservation de ces œuvres d'art n'est 

» pas atteint lors(ju'il arrive aux artistes cjiargés de ces 

» restaurations de su instituer à des parties de verrières 

» détériorées, mais pouvant encore être utilisées, des frag- 

» ments entièrement nouveaux. Cette manière de procéder, 

» quel que puisse être le talent qu'y apporte l'artiste, pré- 

» sente un grave inconvénient , puisqu'elle altère le carac- 

» tère des œuvres à restaurer, en leur enlevant de leur 

» authenticité. Voulant à cet égard garantir dans l'avenir 

» la responsabilité de l'administration supérieure contre 

» toute éventualité de l'espèce, il m'a paru utile d'adopter 

» quelques dispositions qui, désormais, serviront de règle 

» pour l'instruction des affaires de la nature de celles dont 

» il s'agit. Avant toute chose, il devra être pris un calque 

» des vitraux peints dont la restauration aura été reconnue 

» nécessaire. Des délégués de la Commission royale des 

» monuments se transporteront ensuite sur les lieux, afin de 

» constater, en présence des représentants des fabriques 

f> des églises intéressées, l'exactitude du calque et d'indi- 

» quer, s'il y a lieu, à l'artiste restaurateur les parties pri- 

» mitives des verrières que ce dernier aura la faculté de 

» remplacer. Je vous prie, M. le Gouverneur, de porter ces 

» dispositions nouvelles à la connaissance des conseils de 



— 1U — 

» fabriquf! de votro province et de donner à la présente 
» communication In puMicilé dont votre administration 
» dispose. » 

ÉDIFICES ET MONUMENTS RELIGIEUX. 

ÉGLISES, DÉPENDANCES, AMEUBLEMENT. 

Le collège approuve : 

Les réparations projetées à l'anKîublement de l'église 
de Pondrôme (Namur) ; devis : 1,411 francs; 

Le nouveau dessin du jubé à établir dans la cliapelle de 
Seviscourl, commune de Bras (Luxembourg); devis: 
1,584 francs ; 

Les réparations projetées ;i la toiture et au cloclier de 
l'église de Warquignies (Hainaut); devis: 1,002 francs; 

Ainsi qu'à l'église de Jurbise (même pi-ovince); devis : 
1 ,900 francs; 

Divers travaux d'entretien à exécuter à l'église et au 
presbytère de Stoumont (Liège); devis : 3,000 francs; 

La reconstruction de l'escalier extérieur de l'église ainsi 
que du mur de clôture du cimetière d'Obourg (Hainaut) ; 
devis : 3,261 francs; 

Le dessin d'un portail pour l'église d'Oygbem (Flandre 
occidentale), et l'établissement d'une voûte en plaibnnage; 
devis : o,90G francs; 

Le plan relatif à la construction d'une tour en maçonnerie 
en remplacement de la petite flèche qui se trouve sur l'église 
de Zammel (Anvers); devis : 7,923 francs. 

La Commission est d'avis qu'il y a lieu de faire divers 
travaux d'entretien au temple prolestant de Dour (llainaulj, 



— ^orj — 

sous la surveillance spéciale de M. l'architecte provincial; 
devis : 1,608 francs. 

Les ressources locales étant très-minimes, la Commis- 
sion ne croit pas devoir insister pour que les changements 
qu'elle a indiqués soient exécutés à la tour de l'église de 
Russon (Limbourg). La reconstruction de la flèche et les 
travaux d'appropriation de la tour, tels (ju'ils ont été conçus 
primitivement, coûteront 8,200 francs. 

L'agrandissement de l'église de Freux (Luxembourg) ne 
peut se réaliser ainsi qu'il est projeté. Le' devis actuel s'élève 
à 19,500 francs. 

Le plan présenté poui* la construction d'une église à Mar- 
tilly, commune de Straimont (Luxembourg), donne lieu aux 
observations suivantes : le couronnement des j)ilastrcs et des 
angles de la façade est trop lourd; la corniclie de la tour 
n'est pas en rapport avec le style adopté ; une disproportion 
choquante existe entre la hauteur et la largeur du vaisseau 
de l'édifice; la charpente n'offre pas toutes les garanties 
désirables de solidité. 

La Commission approuve les dessins de l'église qu'on 
propose d'ériger à Biesmes,sousThuin (Hainaut), ainsi que 
le devis, qui s'élève à i2o,D20 francs. Cette église pourra 
contenir 350 personnes. 

Après s'être livré à un mûr examen de la question et avoir 
entendu le rapport des commissaires-inspecteurs qui ont 
visité la paroisse de Prayon, commune de Foret (Liège), 
le Collège pense, unanimement, qu'il y a lieu d'ériger la nou- 
velle église sur le terrain offert par M. Ancion-Laloux. Les 
considérations sur lesquelles cet avis est fondé sont les sui- 
vantes : 1" la population de la paroisse dépasse 1,500 âmes 



— 250 — 

t'I, s'accroif, chaque année d'environ oO personnes. L'empla- 
cement de la chapelle actuelle n'est pas suffisant pour per- 
mettre de construh'e une église proportionnée à l'importance 
d'une telle paroisse. L'achat de deux maisons et de leurs 
dépendances permettrait, il est vrai, de disposer d'un terrain 
d'une certaine étendue ; mais MM. les bourgmestre et éche- 
vins déclarent que cet achat coûterait au moins 10,000 francs. 
Il ne serait pas impossible d'exhausser le sol sur lequel se 
trouve aujourd'hui la chapelle, de manière à le préserver 
des inondations, mais cette opération nécessiterait une 
dépense assez grande; 2° à Prayon, comme partout, 
on établit de préférence les nouvelles constructions à proxi- 
mité de la station du chemin de fer et, par là, le centre 
tend à se déplacer; 5" le hameau de la Brouck, qui est 
le i)lus éloigné du terrain de M. Ancion-Laloux, est pres- 
que entièrement habité par des ouvriers. Mais ces ouvriers 
évitent de faire usage du })ont qui conduit directement à 
Prayon, afin de se soustraire au péage. Dès lors ce terrain 
est plus avantageux pour eux que l'emplacement actuel. Afin 
de combattre cet argument on fait valoir le mauvais état du 
chemin cpii longe la Vesdre, mais c'est là un motif de peu 
de valeur, car une dépense minime suffirait pour rendre ledit 
chemin praticable en toutes saisons; 4" les souscriptions 
particulières auront une im])ortance réelle, indépendamment 
du dun du terrain, si l'église est érigée à jiroximité de la 
station, tandis que cette ressource sera insigniliante si l'em- 
placement actuel est maintenu. Or, il est à désirer qu'on 
puisse construire immédiatement une église assez vaste pour 
ne pas devoir l'agrandir d'ici à (pielques années. Quant à 
la chapelle actuelle, il semble impossible d'en tirer j)arli. Du 



— 257 — 

reste, même en se bornant à un agrandissement, on ne pour- 
rait ménager une place jjublique convenable devant le por- 
/ail qu'en faisant, au prix de 10,000 francs, l'acbat des deux 
maisons citées précédemment. 

La Commission engage l'auteur des plans présentés pour 
la reconstruction de l'église de Moustier (Namur), à faire 
une nouvelle étude de l'ordonnance de son projet. Les 
absides de la façade ne produisent pas un beureux effet; le 
gable qui surmonte la porte principale est lourd; les [(repor- 
tions des fenêtres des bas côtés sont trop restreintes; le 
rapport entre les bas côtés et la nef centrale n'est pas conve- 
nablement combiné; les colonnes intérieures devraient avoir 
des bases en pierre. Enfin, il semble impossible d'exécuter 
les travaux projetés pour moins de 70 francs par mètre 
carré de superficie. 

Les dessins de la nouvelle église de Bracquegnies, com- 
mune de Strepy (Hainaut), sont approuvés, à la condition 
qu'on donnera moins d'importance aux croix qui couronnent 
les pignons. Le devis, s'élevant à 81,000 francs, parait 
insuflisant. Cette église pourra contenir 870 personnes. 

L'emplacement sur lequel il s'agit d'ériger la nouvelle 
église de Meirelbeke (Flandre orientale) est plus convenable 
et plus central que le terrain occupé par l'église actuelle. 
La Commission reconnaît aussi qu'on ne pourrait obtenir 
un résultat satisfaisant en agrandissant l'édifice actuel. Après 
avoir examiné les dessins de l'église projetée, elle conseille 
d'adopter complètement le style roman, afin de diminuer 
les dépenses, vu que ce style permet de simplifier le sys- 
tème de décoration architecturale. 

Des explications sont nécessaires au sujet de l'église qu'il 



— TM — 

s'ai2rit lIc construire à Moerkerke ( Flaïuin* oecideiitalt' ) : 
l'cdifico projeté pourrait contenir 2,500 personnes; ce chiffre 
parait exagéré, eu égard à la population de la paroisse; 
il semble d'autant plus impossible d'établir une construction 
aussi importante (1,075 mètres carrés de superficie), pour 
la somme de 96,898 francs, cpie la décoration intérieure est 
compliquée et coûteuse; les dessins ne sont pas suflisam- 
ment arrêtés pour permettre d'ai)précier les détails, et le 
devis n'indique pas la qualité des matériaux qu'il s'agit 
de mettre en œuvre pour certaines parties de l'éditice. 

Les propositions laites pour la reconstruction totale de 
l'église d'Eecloo donnent lieu à de graves objections. Il est 
fâcheux, du reste, qu'on ne se soit pas borné à proposer 
l'agrandissement de l'église actuelle, conformément à l'avis 
du Collège. La tour de cette église date du xiii" siècle et 
n'est nullement dénuée d'intérêt. Si les administrations 
locales se prononçaient définitivement en faveur du dernier 
projet, la Commission regretterait de voir élever la nouvelle 
construction sur un emplacement qui manque de commu- 
nications suffisantes et ne permet pas de ménager un j)arvis 
convenable. Dans ce dernier cas, on devrait absolument 
faire l'achat des maisons qui existent entre l'église actuelle 
el la place du Marché et tourner la façade vers cette place. 

La Commission, se conformant aux instructions formelles 
de M. le Ministre de la Justice, fait connaître à ce haut 
fonctionnaire, qu'écartant la (juestion de savoir si dans le 
cas actuel tel style doit être préféré à tel autre, elle pense 
qu'il faut faire choix du projet présenté par M. Van der Rit, 
pour la construction d'une nouvelle église à Saint-Josse-ten- 
Noode. D'après les pro])ositions de cet architecte , le vais- 



— >2o9 — 

seau de l'édilice coûlorait. 100,000 francs, la façade el la 
(OUI- 82,000 francs. Toulefois le Collège n'a pas l'intention 
d'approuver délinilivement le plan mis sous ses yeux, et 
il se propose d'indiquer ultérieurement les modilications 
à introduire encore dans ce travail. Les réserves formulées 
quant à l'emplacement sont aussi maintenues. ( Voir 
page 482, première année.) 

L'entrepreneur de la nouvelle église de Wettcren se trou- 
vant dans l'impossibilité de remplir ses obligations, la Com- 
mission , se référant à l'avis des diverses administrations 
intéressées, pense qu'afin de ne pas perdre de temps, il y a 
lieu d'autoriser le conseil de fabrique à continuer les travaux 
en régie. 

Elle émet une opinion semblable en ce qui concerne la 
restauration et l'agrandissement de l'église de Braine-l'Al- 
leud, le conseil de fabrique ayant démontré qu'il se trouve 
dans des conditions particulièrement favorables pour faire 
exécuter les travaux aux prix les plus bas. 

Se conformant à l'invitation de M. le Ministre de la 
Justice, la Commission adresse à ce haut fonctionnaire 
l'indication graphique des changements qu'elle désire voir 
introduire dans le dessin de la nouvelle façade de l'église 
de Saventhem (Brabant). Elle persiste à réclamer le main- 
tien de la chapelle actuelle des fonts baptismaux. 

La Commission, partageant l'avis du comité des membres 
correspondants de la province d'Anvers, le prie de faire 
des démarches près de l'administration des hospices de la 
ville d'Anvers, afin qu'aucune construction ne soit de nou- 
veau élevée contre l'élégante chapelle dédiée à saint Nicolas, 
qui date de 1422, et que les belles fenêtres ogivales, qui 



— ^200 — 

aujourd'hui sont partiellement murées, soient rétablies dans 
leur état primitif. L'administration des hosj)ices, proprié- 
taire de la chapelle, a lait récemment abattre les échoppes 
élevées il y a un siècle , et qui cachaient la vue de 
l'édifice. 

Les propositions faites par M. le sous-architecte provincial 
pour la restauration de l'église romane de Berg(Limbourg) 
sont admises, mais, vu l'impossibilité où l'on se trouve de 
dépenser pour le moment plus de 6,000 francs, il faudra se 
borner à exécuter les travaux les plus urgents, tels que le 
renouvellement total de la couverture en ardoises et la recon- 
struction partielle de la charpente. 

La Commission est d'avis qu'il y a lieu d'agrandir l'église 
de Glons (Liège), sans tenir compte de la protestation d'un 
certain nombre d'habitants; mais elle n'approuve pas le 
projet qui lui est soumis, et désire voir adopter le style 
roman, tant pour l'appropriation des constructions anciennes 
que pour les parties nouvelles. 

Consulté au sujet du parti à prendre pour la restauration 
d'une fenêtre des bas côtés (chapelle du Saint-Sacrement), 
à la cathédrale d'Anvers, le Collège répond qu'il s'en réfère 
à la proposition que font MM. les membres correspondants 
de reproduire fidèlement les détails qui ont existé autrefois, 
et de rétablir par conséquent les meneaux, conformément 
à une gravure datant du xviir siècle. 

Les délégués qui récemment ont visité la grande et belle 
tour de l'église d'IIoogstraeten (Anvers) déclarent que cet 
édifice exige les travaux suivants : A, le renouvellement 
d'une partie de la couverture en ardoises ; B, l'établissement 
de meneaux en pierre (diverses baies sont aujourd'hui ornées 



— 261 — 

(le meneaux provisoires en bois); C, la réparation do tous 
les cordons en pierre blanche et le remplacement des pierres 
de jietit appareil qui recouvrent les pinacles et les cloche- 
tons ; D, la réparation en recherche des diverses faces et la 
reconstruction de quelques parties en brique. L'état fâcheux 
du monument doit, en grande partie du moins, être attribué 
aux joints nombreux qui existent dans les pierres; il est à 
désirer ({ue des pierres dures de grandes dimensions soient 
seules mises dorénavant en usage. Afin de faciliter la bonne 
exécution des réparations projetées, il sera utile de lever les 
plans complets de cette tour. La grande arcade qui existe 
entre le vaisseau de l'église et la tour est bouchée au moyen 
d'une cloison ; le Collège demande que cette cloison soit 
enlevée, et que l'étendue intérieure de l'édifice cesse ainsi 
d'être inutilement restreinte. Il est à désirer aussi que 
la grande fenêtre de la façade soit entièrement démasquée, 
et qu'on enlève les couches de chaux appliquées sur les cha- 
])iteaux des colonnes des nefs, qui sont en pierre et fouillés 
d'une façon remarquable. La dépense à faire j^our ces diffé- 
rents ouvrages sera assez considérable, mais rien n'empêche 
de la répartir sur six ou huit exercices successifs. Il existe, 
dans un coin du jubé, deux petites statues en albâtre et un 
busl(^ qui ne sont nullement dépourvus de mérite et qu'il 
importo de placer dans un endroit ])lus convenable. 

Des commissaires-inspecteurs ont récemment visité les 
églises Saint-Jean, Notre-Dame et Saint-Bertin, à Pope- 
ringhe. 

Les travaux de restauration marchent convenablement 
à l'église Saint-Jean , mais les fonds disponibles ne suffisent 
pas pour imprimer à cette entreprise l'activité désirable. 



— 262 — 

Quelques ouvrages peu importants ont |iu seuls être faits 
depuis deux ans et demi , à la façade principale ainsi qu'à 
l'extérieur du chœur. Les premiers travaux dont il impor- 
tera de s'occuper sont l'achèvement de la façade et la répa- 
ration de la face latérale vers le Sud. Le conseil de fahrique 
se verra obligé de suspendre les travaux, si la province 
et l'Etat ne viennent sans relard à son aide : ce serait là 
un fait regrettable, car les ouvriers, qui déjà ont acquis 
une certaine expérience spéciale, seraient bientôt dispersés 
et l'on éjtrouverait ensuite de nouvelles difficultés pour la 
réorganisation d'un bon atelier. 

Les travaux exécutés pendant les trois dernières années 
à l'église Notre-Dame sont : l'organisation des ateliers; la 
restauration d'une partie de la face latérale vers le Sud; 
la réparation de la partie supérieure de la face Nord, com- 
prise entre le transept et l'angle de la face Est. Le reste 
de l'année sera employé à : 1" compléter la restauration de 
la ])artie de la face Nord comprise entre le transept Nord et 
l'angle de la face Est ; 2" restaurer la face du transept Nord; 
ô" n^construire la voûte inférieure de la tour qui s'est écrou- 
lée il y a quelques années. La face Sud de l'édifice sera 
entamée en 1864. 

Les derniers ouvrages dont on se soit occupé à l'église 
Saint-Bertin sont : .1, l'établissement des ateliers et des 
échafaudages ; li, la restauration partielle de l'extérieur de 
l'abside; C, la réparation d'une partie des faces de la nef laté- 
rale vers le Sud ; I), la construction de la nouvelle sacristie. 
Une certnine quantité de matériaux se trouve en outre à 
pied-d'œuvre. La lin de l'année sera consacrée : 1"à l'acliè- 
vemont (h) rcxtéricur de l'abside; 2" aux travaux complé- 



mentaires (jue les faces de la nef Sud exigent; 5" à la mise 
sous toit de la nouvelle sacristie. 

Les conseils de fabrique de ces trois églises s'imposent 
tous les sacrifices possibles, mais il est à regretter que l'ad- 
ministration communale de Poperinghe se m.ontre, à l'égard 
doses monuments, d'une indifférence déplorable alors que 
l'exemple de localités bien moins importantes devrait la 
stimuler et l'engager à adopter les idées généreuses qui 
partout se manifestent dans le pays. La Commission est 
d'avis que l'État ne devrait intervenir que si la ville, 
qui est la première intéressée, se décidait enfin à faire 
un certain sacrifice en faveur de ses trois églises monumen- 
tales. 

Après un nouvel examen des pièces et des plans relatifs à 
la restauration de la façade de l'église Saint-Loup, à Namur, 
le Collège croit devoir se rallier à la proposition que fait 
l'architecte de la ville, de démolir entièrement cette façade. 
L'entreprise offrira de nombreuses difficultés, et il faudra 
j)rendre les précautions les plus minutieuses afin d'assurer 
la bonne exécution des travaux. Le devis estimatif, s'élevant 
il 140,565 francs, n'est pas exagéré. La question de savoir 
s'il faut supprimer le perron, peut, sans inconvénient, être 
ajournée. 

PRESBYTÈRES. 

La Commission est d'avis qu'il y a lieu d'approuver : 
1" Les réparations projetées au presbytère de Bois- 
d'Haine (Hainaut); devis : 1 ,500 francs ; 

!2" La demande de subside formée par r;i(iiiiinislration 



- 204 - 

communale do Glioy (Hainaiit), afin de couvrir les frais des 
travaux exécutés d'urgence au presbytère de cette com- 
mune; 

5" Les propositions faites pour la reconstruction des 
dépendances du presbytère de Sommièrc (Namiir); devis : 
G, 006 francs ; 

4" La construction de presbytères à Bébange, commune 
de Habergy (Luxembourg); devis : 12,545 francs; 

5° A Courcelles (Hainaut); devis : 16,044 francs; 

6" Les dessins et devis (16,765 francs) du presbytère 
projeté à Masbourg (Luxembourg) , à la condition que l'au- 
teur fera une nouvelle étude de divers j)oints accessoires. 

Le Collège ne peut admettre les dessins présentés pour 
la construction d'un presbytère à Walermael-Boitsfort 
et demande qu'on donne à ce bâtiment un caractère spécial 
en rapport avec sa destination. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS DE BIE>iFAISAISCE. 

Le projet de reconstruire l'Iiospice des pauvres veuves à 
Lessines (Hainaut) est appi-ouvé; on ferait bien, toutefois, 
dans l'intérêt de la salubrité, d'éloigner la citerne de ce bâti- 
ment. Il sera difficile d'exécuter avec tout le soin convena- 
ble les travaux projetés, sans dépasser la somme de 16,560 
francs, qui l'ornio le total du devis estimatif. 

Le département de la guerre se propose, dit-on, de modi- 
fier le plan de la façade de l'ancien bùtel Van Liere, qui 
aujourd'])ui sert d'bùpital militaire à Anvers. Cet édifice 



— 26ri — 

figure au nombre des constructions civiles remarquables 
du XVI* siècle. Albert Durer, qui le visita en 1529, assure 
qu'à cette époque rAllemagnc ne possédait aucun hôtel 
qui pût lui être comparé. La Commission, se ralliant à 
la proposition du comité provincial d'Anvers , prie M. le 
Ministre de l'Intérieur de vouloir bien interposer ses bons 
olïices près du département de la guerre, afin d'obtenir 
que le caractère de l'ancien édifice soit respecté. MM. les 
membres correspondants ont l'ail une étude spéciale de 
la question et seraient heureux d'offrir leur concours à 
l'officier du génie chargé de la direction des travaux 
de restauration. Dans le but de justifier sa proposition, le 
Collège joint à son rapport quatre planches photographiées. 

MAISONS COMMUNALES, BEFFROIS. HALLES, DONJONS, etc. 

Un avis favorable est donné sur : 1° le dessin de la 
cheminée à établir dans la salle cchevinale du bâtiment 
des Halles , à Ypres ; 2" les propositions détaillées soumises 
par l'architecte, quant aux portes, lambris et carrelage de la 
même salle; 3° les épures des boiseries de la salle principale 
du monument. 

Consultée par M. le Ministre de l'Intérieur au sujet du 
désir exprimé par l'Académie royale des lettres , des 
sciences et des beaux-arts et par l'Académie royale de 
médecine, d'approprier la rotonde du Musée de Bruxelles 
à leur usage, le Collège répond : La rotonde du Musée est 
enclavée dans les différentes salles affectées au service des 
académies et n'est utile qu'à ces deux corps savants ; il 
semble donc rationnel de la mettre définitivement à leur 



— 260 — 

disposilion exclusive. Cette rotonde est particulièrement 
bien disposée pour le placement des bustes assez nombreux 
que les Académies possèdent déjà. Quelques centaines de 
francs suffiraient pour les travaux urgents d'appropriation; 
le prix des consoles ou piédestaux serait prélevé sur l'allo- 
cation particulière destinée à l'exécution des bustes. Plus 
tard, et lorsque des fonds seront disponibles, il sera facile 
d'embellir cette rotonde, qui déjà est remarquable sous 
le rapport de ses dispositions arcliilecturales. Indépendam- 
ment de (pielques peintures décoratives, on pourra alors 
placer deux tableaux historiques sur les cheminées et rem- 
placer la médiocre composition qui occupe le plafond. 

L'administration communale de Spa a donné au rapport 
du 5 juin dernier (v. p. 248), une interprétation erronée : 
La Commission ne désire pas faire transformer en monu- 
ments de simples constructions rurales, mais elle persiste 
à dire que, sans augmenter la dépense, on peut donner au 
plus modeste bâtiment un cachet spécial et un caractère 
artistique. Du reste, il n'est pas nécessaire, comme semble 
le croire l'administration communahV de Spa, de visiter 
les villes des bords du Rhin pour y étudier des constructions 
dont de nombreuses publications donnent une juste idée. 

PEINTURE, SCULPTURE, CISELURE, TAPISSERIES, ktc. 

OUVRAGES MODERNES. 

La Commission, se référant à l'avis du coniité des mem- 
bres correspondants, pense qu'il y a lieu d'autoriser le 
bureau des marguilliers de l'église^ Saint-Georges, à Anvers, 
à faire murer les deux fcnt-lrcs (\\i\ surmonlcnf les autels 



- 267 — 

latéraux, afin de les remplacer par deux compositions se 
rattachant à la décoration générale exécutée par MM. Guft'ens 
et Swerts. 

Le projet présenté pour la décoration du chœur de l'église 
Saint-Pholien, à Liège, est combiné de façon à respecter les 
grandes lignes architecturales et à faire valoir les vitraux 
peints. La sobriété des détails semble toutefois poussée trop 
loin en ce qui concerne le soubassement derrière l'autel et la 
voûte. Le ton est aussi trop froid à ces endroits, et on 
pourrait adopter là une richesse plus grande sans craindre 
de nuire à l'effet des verrières. La disposition des vitraux 
est bien entendue, mais l'auteur devra donner plus d'in- 
tensité de couleur au verre, afin d'éviter une transparence 
exagérée. Le dessin des objets mobiliers semble convenable, 
mais les pinacles des stalles devront être mieux combinés 
avec les arcatures des fenêtres du chœur. La somme de 
42,000 francs, qui forme le total du devis, n'est pas exagérée. 

La Commission ne croit pas pouvoir se prononcer favora- 
i)lement sur les propositions qui récemment lui ont été sou- 
mises pour l'exécution des vitraux peints du chœur de 
l'église Notre-Dame du Sablon, à Bruxelles. 

Elle ne pense pas non plus que les verrières qu'elle vient 
(le faire examiner par des délégués puissent, sous le rapport 
(lu style et de la composition, être j)lacées dans la remar- 
quable église de Léau. 

OUVRAGES ANCIENS. 

Il résulte du rapport de membres du Collège qui récem- 
ment ont fait un voyage d'inspection dans la Campine anver- 
soise, que deux volets, provenant d'un monument élevé vers 



— 268 — 

le commencement du xvi'' siècle à la mémoire d(î Corncill 
Van der Nootet de sa femme Jeanne Van denWyngaerdcn, 
servent actuellement de portes aux côtés de l'autel de la 
chapelle d'Overbroeck, commune de Brecht (Anvers). Ces 
volets représentent notamment des épisodes de la vie de 
saint Georges, et la peinture n'en est nullement dénuée de 
mérite. Il importe de les déplacer sans aucun retard, attendu 
(|ue le mouvement leur est très- nuisible, et ensuite de les 
réparer. Une somme de GOO francs suffirait pour remettre 
ces objets d'art en bon état. 

Un tableau représentant le Jugement dernier, et qui sem- 
ble dater du milieu du xv'^ siècle, se trouve dans l'une des 
salles du rez-de-chaussée, à l'hôtel de ville de Diest. Cet 
ouvrage, qui est remarquable sous divers rapports, a beau- 
coup souffert des injures du temps et de la négligence des 
hommes : le panneau est disjoint et vermoulu ; la couleur se 
détache par écailles ; enfin la crasse qui le recouvre a une 
épaisseur telle qu'on distingue difficilement certaines parties 
du travail. Ce tableau a 1 m. 80 c. de largeur sur 2 m. 20 c. 
de hauteur; le nombre des j)ersonnages des premiers plans 
s'élève à plus de soixante. En considération du fâcheux état 
de cette œuvre importante, on ne peut guère estimer sa 
valeur vénale à plus de GOO francs, tandis (pi'une somme 
de 1,250 francs est indispensable i)our la remettre en bon 
état. Le Collège propose à M. le Ministre de l'Intérieur 
d'inviter l'administration communale de Diest à déclarer : 
1" si elle est disposée à céder ledit ouvrage à l'État; 2" si elle 
préfère pourvoir, avec l'aide de la province et du gouver- 
nement, aux frais d'une restauration complète exécutée par 
un peintre restaurateur de j)i-emier mérite. 



— ^200 — 

L'église de Noire -Dame, à Acrschol, jtossède plusieurs 
tableaux remarquables , et notamment des œuvres de 
Crayer, Maes et Verliaglien , qui presque tous sont plus 
ou moins détériorés. Un tableau gothique, de l'école de 
Quentin Metsys, exige surtout des réparations urgentes ; le 
panneau se sépare et de nombreuses écailles de couleur ont 
disparu déjà. Ce tableau représente sainte Barbe et com- 
prend 25 figures. La Commission demande qu'une somme 
de 1 ,550 francs soit consacrée à réparer ces diverses pro- 
ductions de l'école flamande. 

Des vestiges de peintures murales ont été récemment dé- 
couverts dans deux chapelles de l'église Saint-Sulpice, à 
Diest. Les parties mises au jour représentent un arbre sym- 
bolique, des arabesques et contiennent des inscriptions; il 
y a lieu de croire que de nouvelles recherches feraient bien- 
tôt reconnaître l'existence de personnages et de compositions 
complètes. Comme le conseil de fabrique est obligé de 
consacrer toutes ses ressources aux importants travaux 
de consolidation qui s'exécutent en ce moment à l'édifice, 
le Collège prie M. le Ministre de l'Intérieur d'allouer 
un léger subside afin de permettre la continuation desdites 
recherches. 

Deux des fenêtres du chœur de l'église de Loenhout (An- 
vers) sont ornées de vitraux qui portent la date 1537. Mal- 
heureusement ces intéressants objets d'art sont dans un 
état déplorable, et, pour les sauver d'une destruction totale, 
il importe de s'en occuper sans nul retard. Ces vitraux se 
composent de 12 panneaux ayant chacun 56 c. sur 52. Afin 
de les réparer et de remplacer la base et le couronnement, 
qui ont disparu, une somme de 1,250 francs serait néces- 



— ^270 — 

saire, y com|)ris le prix du treillis extérieur en ter. Mais, 
outre cette dépense, on aura à s'occuper de la réparation 
des fenêtres du chœur, qui sont très-endominagées et se 
trouvent bouchées en partie. (Ces vitraux sont cités à la 
page 38 du compte rendu de la séance générale de 1861.) 
L'État vient d'allouer un subside pour la restauration du 
retable provenant d'une chapelle qui appartient au conseil 
de fabrique de Loenhout ; il conviendrait de placer ce 
retable sur le maître-autel de l'église paroissiale. 

Les fragments de vitraux [ieints de la renaissance, qui se 
trouvent dans l'église de Vlimmeren (Anvers), proviennent 
de deux fenêtres et sont trop incomplets pour permetti-e d'en 
proposer la restauration. Dans l'état actuel des choses, le 
seul parti à prendre est d'engager le conseil de fabrique 
à céder ces fragments au Musée archéologique d'Anvers. 

Un magnifique jubé sculpté en pierre existe à l'entrée du 
chœur de l'église primaire d'Aerschot. Cette œuvre, qui 
date du commencement du xvi'' siècle, est ornée de dix-sept 
groupes représentant des sujets tirés de l'histoire sainte. 
Six figures et quatre groupes ont disparu depuis un grand 
nombre d'années. Il est à regretter que plusieurs couches 
de couleur grossière soient venues altérer la finesse de ce 
travail magistral. La Commission propose à M. le Ministre 
de l'Intérieur d'allouer un subside pour restaurer ce jubé 
et lui rendre toute sa splendeur primitive. Provisoirement 
il inqiorle d'interdire au conseil de fabrique d'aggraver le 
mal en faisant appliquer de nouvelles couches de couleur. On 
pourrait aussi ouvrir les deux arcades latérales, et par suite 
dé[)lacer l'escalier, afin de permettre aux fidèles de voir le 
maitre-autel, ce qui est difficile dans l'étal actuel des choses. 



— 1271 — 

Les délégués qui se sont rendus récenimenl à Hruges oui 
constaté que le modèle de la statue du comte d'Egmont , 
exécuté par Calloignc et pour lecjuel ses héritiers réclament 
deux mille francs indépendamment des sommes payées 
avant 1850, ne peut être classé au nombre des meilleures 
productions de ce célèbre statuaire. Ce modèle a 2 m. 43 c. 
de hauteur, la plinthe non comprise. La fonte en bronze 
coûterait environ i 0,000 francs. En ajoutant un millier 
de francs pour les frais de transport, etc., il faudrait donc 
une somme totale de 15,000 francs pour donner suite, sans 
modification aucune, à ce projet. Dans ces conjonctures, 
la Commission pense qu'il serait préférable de faire exécuter 
par l'un de nos artistes les plus recommandables une statue 
en pierre à placer sur le piédestal qui depuis nombre d'an- 
nées existe au centre de la commune de Sottegem. Ce 
dernier parti permettrait de réduire la dépense totale à 
7,500 francs environ. 

Le Secrélaire de lu Coimnission royale des Monuments. 

Jules Dugisiollk. 



Vu en conformité de l'article 23 du règlement. 



Le vice-Président , 

Baron de Roisin. 



RECHERCHES 
CONCERNANT LA DATE DE LA CONSTRUCTION 



L'ÉGLISE NOTRE-DAME, 



A SAINT-TROND. 



Appelé à examiner, avec M. Décurie, membre de la Com- 
mission royale des monuments , le projet de restauration 
de cette église, présenté par M. l'architecte Gérard, j'ai fait, 
au sujet des dates de sa construction , des recherches 
afin de m'expliquer les différents styles qui y furent 
employés. 

Ces recherches ont mis au jour quelques détails incon- 
nus, puisés en majeure partie dans des documents inédits, 
et qui m'ont paru assez intéressants pour les publier. 

La ville de Saint-Trond, qu'il ne faut pas confondre avec 

18 



— 274- — 

l'ancien Sarchinium, siège de l'abbaye de ce nom, possédait 
une église dédiée à la Vierge et dont la construction était 
due à l'abbé Adelard, qui occupa le siège abbatial entre les 
années 1055 à 1082 (i). 

L'église fut détruite, en 1180, par un incendie, qui 
dévora la ville entière (2). 

Gomment et quand fut-elle rétablie? C'est ce que les 
documents ne disent pas; mais un acte du mois de mai 
1205 nous apprend que l'abbé de Sainl-Trond autorisa 
l'établissement d'une association, dite de Notre-Dame, dont 
l'autel se trouvait dans le transept de l'église (3). Par un 
autre acte, daté du 17 mars 1599, l'église fut érigée en 
collégiale d). 

La nouvelle église semble donc avoir été bâtie en croix, 
forme qu'elle n'a plus aujourd'hui et qui, indépendamment 
du style, permet de supposer qu'elle a été reconstruite 
postérieurement à 1205 d'après un plan nouveau. 

Les travaux de l'église actuelle étaient déjà en activité 
pendant l'année 1 421 , comme le constate le testament d'An- 



(1) Gesla abb. Sancti Trudonis, dans Pertz, Monuments, XII, 23o. Outre 
l'église de Saint-Trond, ce prélat, auquel on a donné à juste titre la qualilication 
de prélat-artiste, éleva encore relies de S. Gangoulphe, dans la niônie ville, 
li'Aalburg, de Weyi'lunacl , de Peer, de Scliafîen, de Webheconi , d'Orey et de 
Jiuneppo. A propos de Jenieppe, M. Koepke, l'éditeur de la elironiqiie de Sainl- 
Trond, publiée par Pertz, a confondu cette localité avec Gemappes , petite ville 
(jui appartenait aux ducs de Urabant, et dans hujm'Ue les abbés de Saint-Trond 
n'ont exercé aucun droit. 

(2) Ibid. 

(3) Ad opus precipue illiux uliaris, quvd vocal iw inferius allare bealœ MaruP, 
quod siib criice in predicta ecclesia sitiun liabeliir (Acte transcrit au fol, I du reg. 
87 des arcbives de l'abbaye de Saint-Trond, au dép(d des Archives générales du 
royaume, à Bruxelles). 

\i) Ibid. fol. 7. 



— 273 — 

loiiie Van'Dycko, qui lui légua, le 50 oclobre delà même 
année, une rente dont le revenu devait servir à la construc- 
tion (i). De celte époque datent probablement une partie 
des nefs et peut-être le chœur. 

La tour étant tombée en ruines, l'abbé de Saint-Trond 
et la ville firent, pour la réédifier, une transaction par 
laquelle ils convinrent, le 8 juin 1512, que le magistrat 
se chargerait exclusivement de la rétablir (2). Ensuite de 
cette convention, Henri Van Jueck, architecte, se chargea 
de la reconstruire et y travailla pendant les années I0I0 
à 1518. L'abbé autorisa de son côté le magistrat à établir 
une loterie dont le produit devait couvrir les dépenses des 
travaux (â). 

Enfin, le prélat la lit surmonter, en 1557, d'un toit en 
forme de pyramide (4). 

Cette tour, dont les formes étaient très-élégantes au dire 
des chroniqueurs, tomba en 1668(5). 

Quant à l'église, elle fut agrandie en partie au moyen des 



(i) Item beset dese voorschreve testateur tôt de bouwmeesterschap ende 
wercke Uer kercke van Orner Vrouweu, twee vaten rogge. (Ibid. fol. lU.) 

(2) Ttirris œdificiiim ciim illiusappendiciis ad pnedictum oppidum SU Trudonis 
et illius communitntem, minime ad nos [abbatem et conventum) spectant et per- 
tinent quodque arcus conjiciendus a testitudine navis prœdictœ ecclesiœ 

versus et ad lurrim prœdictum se reflecteiis et ille ammitens erit de gracia et 
minime de jure. Nos vero burgimagistri, consules etjuratipro Jiobis totaquecom- 
munitate et successoribus nostris prœsentium tenore attestamur. (.Ibid. lui. 155.J 

(3) Ibid. loi. 156. Acte du :24jiui) 151«. — Los comptes de rarcliilecle (/;y««- 
meesler) sont insérés dans le même volume. 

(4) Chronique manuscrite de l'abbaye de Saint-ïrond aux Archives du 
royaume. — Henri Van Herckenrode avait fait, en faveur de l'entretien de la 
tour, un legs de i"! muids de bled par an, par son testament du 21 novembre 
1314. 

(5) Ibid.,anno 1668. 



— 276 — 

IM'odiiils (runc lotorip que rablx- de Saiiit-Trond autorisa 
])aracte du lo janvier 1:349 (i). 

L'ensGinble de ces documenls prouve que l'église actuelle 
l'ut en toutou en partie construite vers li^I ; que, parsuile 
de la récdification de la tour pendant les années l;rl5 à 
1518, une partie du temple, celle (jui louchait à l'arc de la 
lour, l'ut reconstruite; qu'elle fut agrandie en 1549 et que 
la chapelle des SS. Roch et Sébastien, ainsi que celle des 
SS. Job et Quirin, y furent ajoutées en même temps. 

Ces dates se rapportent parfaitement au style de l'édifice 
qui, conçu en grande partie dans le goût ogival tertiaire, 
offre à la partie supérieure de la grande nef des motifs 
appartenant à la dernière période de l'épocpie ogivale. 

Les fenêtres de la grande nef et les arcadeltes du Irifo- 
rium accusent, par les détails, une construction de la pre- 
mière moitié du xvf siècle. 

L'ancien portail, avec ses vases de genre rocaille, et les 
deux arcades de la grande nef près de la tour, sont des 
constructions du xvii" siècle, qui ont été faites à la suite de 
la chute du clocher. Ce portail a été remplacé, il y a quel- 
(jues années, par un autre de style ogival moderne. 

Ces données historiques pourront peut-être servir à la 
monographie de cette église, si toutefois on la ])ublie un 
jour. 

(^H. PlOT. 



(i) Tôlier amplialie eiide vermeerdering der voorschreve kerke , ende toi 
ereclie van Iwee cappellen die iiii bi'nonsl syn : die eene van St.-Sebasliaen ende 
Ht.-Iiochiis indr d'nndere van Si. -Job ende St.-Qnirin. (lliid. IVil. 81.1 



LE DONJON DE SICHEM. 



La commune de Sichem , province de Brabant, possède, 
entre le Dénier et l'ancien emplacement du château sei- 
gneurial , un monument très-remarquable de l'architecture 
militaire du moyen âge en Belgique. C'est un donjon de 
l'orme circulaire, nommé vulgairement Vliiclit-Toren (Tour 
(le refuge ) ou Maria-Toren (Tour de Marie) à cause d'une 
niche qui, pratiquée à l'extérieur près de la porte d'entrée, 
renfermait anciennement une image de la Vierge. La con- 
struction se compose d'un souterrain, actuellement à fleur 
de terre, et dont la voûte est défoncée, d'un premier étage, 
couvert d'une voûte très-élégante de style ogival et ornée 
de peintures, et d'un second étage qui était entièrement 
à découvert, mais dont la voûte vient d'être rétablie (i;. 



(1) Anteurbcm, dit Gramaye, proixilùlc eut hoc loco (ifjricolaruin perfugia 
arcein fuisse, sive hirrim, qiiœ liodie conspicilur, a Deipara ( ciijiis iconcm con- 
spicilur) noinen obtinens, miiro altissimo pœne inexpugmbilem el sœpe castra 
perdilo profugisasylum faclinn bis iniqu/slemporibus. (Sichem, p. 01.) 



— 278 — 

Les archéologues qui se sont occupés de ce donjon n'ont 
pu fixer la date de sa conslruction. Je me trouverais peut- 
être dans un embarras semblable si, pour déterminer son 
âge, je devais m'en rapporter exclusivement aux formes 
de l'édifice, qui est percé d'ouvertures voûtées en anse de 
panier, comme le sont la plupart des constructions mili- 
taires du moyen âge. Celte forme de voussure, dont les 
époques d'apparition et de disparition n'ont pu être déter- 
minées pour constater l'âge des bâtiments militaires, ne 
permet pas de fixer, même d'une manière approximative, la 
date du monument auquel elle a été appliquée. 

Selon Gramaye, le château seigneurial avec ses dépen- 
dances a été construit en 1300, par Renier de Schoonvorst, 
seigneur de Sichem. C'est une erreur manifeste en ce qui 
concerne la date. La famille de Schoonvorst posséda ce 
domaine par suite de l'acquisition qu'elle en fit en 1385; 
seulement elle ne le conserva que jusqu'en 1430. Par con- 
séquent. Renier ne peut y avoir élevé des constructions en 
1300, lorsque la seigneurie apparlenail encore à Godefroi 
de Vierson, frère de Jean II, duc de Brabant. 

Je pense donc qu'au lieu de 1300, il faut lire 1400, erreur 
typographique, dont l'ouvrage de l'historiographe belge 
offre plus d'un exemple. 

Ce qui mieux encore me porte à (-roire que le donjon est 
delà fin du xiv'' siècle ou du commencement du suivant, 
et qu'il a été élevé par la fann'lle de Schoonvorst en même 
temps que le château dont il était une dépendance, c'est 
l'écusson de la clef de la voûte du jireniier étage. Cet 
écusson est parti d'un lion, cpii est de Sichem, et de 
neuf besants, qui sont de Schoonvorst. Comme les voûtes 



— 279 — 

et les murs sont d'un seul jet, je ne doute aucunement 
que la construction entière ne soit, ainsi que je le disais 
tantôt, de la fin du xiv'' siècle ou du commencement du 
suivant, et qu'il faut lire dans Gramaye 1400 et non 1300. 

Des vues du donjon ont été publiées : 

V Dans la Descriptioîi et figures des Pays-Bas, p. 287 ; 

2° Dans le Polygraphe belge, 1836 ; 

5° Dans le Recueil Héraldique du baron de Reiffenbcrg; 

4° Dans les Monuments de Hainaut, Luxembourg et 
Namur , du même auteur ; 

5° Dans Y Histoire de l'architecture en Belgique, de Schayes. 

Le gouvernement, dans l'intention de conserver cette 
belle ruine, en a fait l'acquisition et a ordonné des travaux 
alin de la consolider. 

Ch. Piot. 



-«x>o^§<cx>«>- 



ANCIENNE HALLE AUX DRAPS 



DE TOURNAT. 



Totiniay, le ii) mars 18()3. 
« Messieurs , 

» Vous m'avez fait i'Iiomieur de me communiquer, le 10 
de ce mois, une lettre de M. l'ingénieur Maus, en date du 9, 
par laquelle il vous prie de lui faire connaitre si l'éditice, qui 
occupe le centre de la Grande Place à Tournay, dont le rez- 
de-chaussée est occupé par la grand'garde, pourrait être 
démoli sans inconvénient, sous le rapport de l'art et des 
souvenirs; et vous me demandez mon avis sur cette grave 
question. 

» Je vais lâcher de satisfaire à votre désir. 

SOUVENIRS HISTORIQUES. 

» L'historien Cousin prétend que l'idole des Tournai- 
siens, dont parle la légende de saint Eleuthère, était placée 



BULLETIN DES COrtM^ROYALES D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE 




ANCIENNE HALLE AUX DRAPS 
de Tournay 



— 281 ^ 

en cet endroit. Cest esprit maling, dit-il, s'appelait Ebron 
ou Ebroin, son repaire et logis estoit au grand marche , au 
lieu ou a esté depuis la maison al treille ou la halle au 
DRAP, autrement dit le corps de garde, qui fut abattue par 
la tempesle des vens, le lendemain de Pasques, l'an 1G06, 
et fust commencée à estre rebastie à la moderiie ces te 
année 1610. 

» Quoi qu'en dise Cousin, il ne parait pas qu'on puisse 
faire remonter la date de ce monument au delà de 1228; 
car avant cette époque il n'y avait, en cet endroit, qu'une 
maison particulière. C'est ce que nous apprend une charte 
du 29 août 1228, par laquelle la commune de Tournay et le 
chapitre font les stipulations qui suivent : 

» On convient que la commune disposera d'une maison 
située sur la Grand 'Place, ayant appartenu autrefois à maî- 
tre Havet et qui portait alors le nom de Maison à le Treille, 
pour en faire une halle convenahie et propre à la vente des 
draps, par étal distinct, et où l'on poui'ra peser les laines. 
On devra aussi pouvoir y vendre et y mesurer le blé et les 
autres marchandises. A cette fin, on fait choix de deux 
bourgeois qui sont Henri à le Tache et Jean Castagne, et 
de deux chanoines, Syger l'hospitalier et Jean fabbé, aux- 
quels on confie l'exécution de ce projet. En cas de diver- 
gence d'opinion, le chapitre devra nommer une cinquième 
personne, mais à prendre parmi les laïques. 

» Le chapitre donne à la commune, pour couvrir une par- 
tie des dépenses que devra occasionner la construction de 
cette halle, la moitié du droit de tonlieu sur les draps, et la 
moitié du produit du droit de pesage, j)lus d'autres revenus 
spécifiés dans la charte. 



— 282 — 

» Movcnnaiil quoi, la commune cède au chapitre la moitié 
tant (lu fonds de l'emplacement (jue de 1 édifice lui-même, 
et la moitié de ce (pii proviendra de la location des étaux 
et de ce qui sera perçu dans la halle. 

» Lorsque l'édifice aura été construit aux frais de la ville, 
il sera, par la suite, enlj-etenu et réparé à frais communs avec 
le chapitre. Il en sera de même si on agrandissait la halle, 
en faisant pour cela l'acquisition d'un terrain conligu. 

» Enfin les parties s'engagent respectivement à ne pas 
aliéner leurs droits, mais aies exercer j)erpétuellement par 
elles-mêmes. Ce contrat si solennel n'avait cependant pour 
objet qu'un vaste édifice en bois, qui n'avait, dit Philippe 
de Hurges, dans ses mémoires (Ceschcriii, ni greniers, ni 
chambres, mais estait tout de charpcntuijc. 

>) Il demeuni néanmoins debout presque quatre cents 
ans. 

» Comme nous l'avons déjà dit, cette immense grange 
fut renversée |)ar une tempête le lendemain de Pâques 
en 160(i. On s'occupa aussitôt de sa reconstruction, mais il 
y eut beaucoup de pourparlers et de longues hésitations. 
On ne sait trop ce qui en serait résulté, si le gouverneur de 
la ville, 1(^ comte de Solre, ne fût venu mettre un poids 
dans la balance. Il visita l'enqilacement où l'on devait asseoir 
la nouvelle construction et se fit exhibei" le plan (|u'on avait 
fait faire. Il ne fut content ni de l'un ni de l'autre. Il fut 
d'avis (pie l'on devait acheter une maison contigué à l'nn- 
cienne halle pour faire un édifice de forme carrée (;t il lit 
adopter d'autant plus facilement sa manière de voir, qu'il 
avait obtenu du iirincc une remise de 10,000 florins sur la 
c<jnli'ibuli(»n ;innii('llc (|U(' |)ay;iit l;i viJN; sous le nom d'.4?/</e. 



— 283 -- 

» L'architecte Quiiitiii Rate, auteur du plan, obliiil le 
9 mars 1610 l'entreprise de l'édifice pour le prix de 22,000 
florins, et la maison achetée pour agrandir le terrain, qui 
avait pour enseigne : La toison d'or, fut payée plus de 
6,000 florins. 

» On voit dans cette délibération du 9 mars que la ville 
voulait se procurer une halle comparable aux halles de 
Gand, de Mons,de Valenciennes, d'Arras, d'Ypres, d'Aude- 
narde, de Courtrai, de Lille. 

» Le magistrat veut qu'il y ait à Tournay, comme dans 
chacune de ces villes, une brétèqiœ (une tribune), au milieu 
de la façade. 

» Vingt jours après, on mettait la main à l'œuvre et quatre 
délégués des consaux posaient les quatre premières pierres 
armoyées de leurs eûmes avec la date, dans l'ordre suivant : 
1° Pierre Louis de Lannoy,' chevalier, sieur du Haut-Pont; 
2" Jean de Cordes, chevalier, sieur de Gisignies; 3° Gérard 
Liébart, chevalier, sieur de Merlin ; 4" Michel de Gambry, 
conseiller des prévôts et jurés. 

» L'ouvrage se poursuivait avec beaucoup d'activité, lors- 
(pie lout à COU]) une grosse difficulté le fit stater. Michel de 
Gambry, en l'absence des autres membres délégués pour 
surveiller l'exécution des travaux, avait pris sur lui de faire 
avancer la construction six pieds hors de l'alignement des 
maisons de la Grande Place, pour donner à la halle la forme 
d'un carré parfait, même à l'extérieur. De là, grande rumeur, 
vifs débats ; fallait-il laisser continuer le travail, ou devait-on 
démolir ce qui était déjà construit? Pour s'éclairer sur la 
solution à doimer à ces questions, on décida qu'il serait écrit 
à Bruxelles, à Anvers et à Lille jwur mander trois archi- 



— 284 — 

tectes,iiii de chacune de ces villes, au jugement desquels on 
s'en rapporterait. La décision qu'il s'agissait (U' prendre 
avait une grande importance, car on avait travaillé jusqu'au 
18 octobre et la muraille de la façade étail achevée jus(|u'à 
la frise. Deux architectes seulement se rendirent à l'appel du 
magistrat : ce furent Matlieus Van Herle, <r.\nvers, et 
Augustin Leleu , de Lille. Avant de se metire ;i l'ieuvi-c, 
ils durent prêter serment de remplir consciencieusement la 
mission qui leur était confiée, et ils tirent leur rap])ort à 
l'assemblée des consaux du 10 avril 1611. Jls dirent avoir 
reconnu que le bâtiment estait trh-parfail en ce quil conte- 
nait, bien inventé et fort durable, n'y ayant (/ue reprendre 
et corriger; mais quant à son plan et assiete, que v estait 
une difformité trop grande sur le marché que de voir avan- 
cer de six pieds ce grand corps d'édifice oultre l'autre coing 
du réduit, etc. Ils proposèrent de démolir tout ce qui était 
fait de la façade et de fîiire rentrer l'alignement du côté 
opposé au beffroi, de trois pieds et demi; ce qui fut exécuté. 
Aucun autre incident ne |tarait avoii- retardé l'achèvement 
de la halle. 

STYLE DE L'ÉDIFICE. 

» Quel((ue imposante que soit la façade de la halle, on ne 
peut cependant pas se faire une idée complète de l'impor- 
tance de ce monument en le voyant de la Grande Place. 

»Le front de rue !ie présentant de ce côté qu'un développe- 
ment de vingt-cinq mètres environ, l'architecte a dû mettre 
la hauteur (le l'édifice en harmonie avec; sa lai-geur et adop- 
ter nécessairenieiil |)Our celte l'iiison des proportions beau- 



— 285 — 

coup plus restreintes. Mais il a su compléter soti œuvre 
dans la profondeur du terrain, en entouraiil un préau de 
^8 mètres environ de longueur sur la mètres de largeur, 
d'une très-belle galerie, formée par des arcades reposant 
sur des colonnes monolithes, de l'ordre dorique, avec archi- 
voltes du même style. L'intérieur de chaque travée est voûté 
sur nei'vures en pierre bleue, parfaitement bien conservées. 
Un étage fort élégant règne au-dessus de cette galerie 
éclairé par des fenêtres croisillonées, deux correspondant 
à chaque arcade; et séparées par des trumeaux de l'ordre 
ionique. 

» Quant à la façade, elle offre, comme les quatre ailes inté- 
rieures, les deux ordres dorique et ionique superposés, sur- 
montés d'un attique. Elle est couronnée par une balustrade 
qui règne maintenant d'un bout à l'autre, mais qui autrefois 
était coupée par trois grandes fenêtres pratiquées dans la 
toiture. 

» Les colonnes des deux ordres sont engagées et reposent 
sur des piédestaux fort saillants ; ce qui donne beaucoup de 
mouvement à l'architecture de l'édifice. 

«L'entrée est formée par trois arcades : celle du milieu en 
cintre fort surbaissé, et les deux autres en ogive et plus 
petites. 

«Au-dessus de l'entrée principale est une tribune en pierre 
du plus bel effet. On y entre de plain pied de l'étage et elle 
est protégée par un abat-voix, plat en dessous, soutenu par 
quatre pilastres en bois et bordé, à la partie supérieure, par 
un véritable treillis en pierre, qui rappelle celui qui entoure 
iu statue de la sainte Vierge à Lille, à laquelle on a donné le 
nom û(t Notre-Dame à 1(1 treille, et qu'une pieuse confrérie de 



— 286 — 

Tournny allait vénérer ('ha{jue année. Nul doiile qu'on n'ait 
ado])té cet ornement pour rappeler le vieux souvenir de la 
maison al treille, qui était la propriété de maître Havel, 
avant de devenir celle de la commune. 

» Tous les détails architectoniques de la halle de Tournay 
portent bien le cachet des constructions de notre pays de la 
lin du wf et du commencement du xvir siècle, et nous en 
avons une garantie dans le lémoiunaoe des deux architectes 
d'Anvers et de Lille qui sont venus faire l'éloge de l'œuvre 
de leur confrère de Tournay. 

» Il est inutile d'entrer ici dans de plus grands développe- 
ments : des dessins seront mis sous vos yeux et notre hono- 
rable collègue M. l'architecte Bruyenne vous fera, beaucoup 
mieux que je ne le pourrais faire, la descrij)tion de toutes 
les parties de la halle. 

ÉTAT ACTUEL DU MONUMENT. 

» Rien n'est j^lus à redouter pour la conservation d'un 
édifice que de perdre sa destination primitive. Il en résulte 
qu'on ne s'en occupe plus, qu'on l'oublie, qu'on le laisse se 
détéi'iorer; parfois on le inutile, et ce qui est pis, sous un 
prétexte plus ou moins futile ou économique, on le démolit. 
La halle de Tournay était destinée au commerce. En bas, 
sans doute, se trouvaient les balances pour peser les laines. 
Chaque travée de la galerie formait une échoppe, et l'étage, 
auquel on arrivait de l'extérieur, du côté du midi, par un 
perron à deux rampes latérales, placé au-dessus de la porte, 
était, au temps de foire surtout, occupé par des marchands, 
qui y étalaient ce qu'ils avaient à vendre. La pièce de 



— 287 — 

l'étage, sur le devant, servait aussi probablement au même 
usage, qui s'est i)er])étué à l'hôfel de ville d'Ypres jusqu'à 
nos jours. Mais ici, au commencement de ce siècle , tout 
cela a changé : les marchands ont quitté leurs anciennes 
échoppes pour aller s'installer sur la Grande Place, et la halle 
est demeurée vide. 

» La conséquence de cet abandon a été que toutes les parties 
cachées de cet édifice ont cessé d'être réparées, H qu'après 
de longues années, on a fini par douter de sa solidité. On a 
craint que les colonnes monolithes ne soient pas assez fortes 
et on a muré en briques toutes les belles arcades autour du 
préau. 

» On ne peut pas se dissimuler que les façades des quatre 
ailes intérieures ne soient en assez mauvais état et ne 
demandent de grandes réparations; mais il est certain que 
le mal n'est pas sans remède et qu'avec une dépense moin- 
dre, peut-être, que celle qu'on a faite pour le beffroi, on 
pourrait restaurer très-facilement l'intérieur de la halle. C'est 
ce que M. l'architecte Bruyenne démontrera facilement. 

CONCLUSION. 

«Sous le double rapport de l'histoire locale et de l'art, il est 
évident qu'il importe de conserver la vieille maison al treille 
de Tournay, la halle aux draps, le corps de garde, la Bré- 
tèque, où ont été publiés les lois et les règlements de la cité. 
Aussi ne puis-je croire qu'il soit sérieusement question de 
faire disparaître le monument civil qui fait l'ornement de la 
Grande Place, le seul qui nous reste avec la tour du beffroi. 
Sa démolition causerait un regret universel dans la ville et 



— 288 — 

avant deux ans d'ici on jcticrait la pierre aux auteurs d'un 
tel acte de vandalisme. 

» Il est une autre considération qu'il ne m'appartient pas 
d'émettre, mais qui a bien aussi sa valeur, c'est que la 
démolition de la halle occasionnerait à la commune une 
perte sèche qui n'aurait aucune compensation. En choisis- 
sant cet emplacement pour un palais de justice, on se met 
dans la nécessité de bâtir : 1° un corps de garde, 2" des 
classes de dessin, 3" un atelier pour le directeur de l'aca- 
démie et 4° un musée de tableaux. Or, la construction de 
ces locaux coûterait plus à la ville que l'acquisition d'un 
des sept ou huit terrains qu'on pourrait trouver ailleurs. 
Ajoutons encore que l'emplacement de la halle est trop petit 
pour un palais de justice et que sa position près d'un champ 
de foire, où l'on fait parfois des tapages épouvantables, ne 
serait pas sans inconvénient. 

» Agréez, Messieurs, l'assurance de mes sentiments les 
plus distingués. 

» {Signé) Voisin, 

» Vicaire générai. » 



BULLETIN DES COMM* ROYALES D'ART ET D'ARCHÉOLO&IE 








Vue perspective 

de la Cour intérieure et des Galeries. 
de l'ancienne Halle aux Draps à Tournay 



ANCIENNE HALLE AUX DRAPS 



."^ 



DE TOURNAI. 



L'édifice dont le rez-de-chaussée est aujourd'hui occupé 
par la grand'garde a été construit, en 1610, pour une 
halle aux draps, sur l'emplacement du Vieux-Marché, 
d'après les plans d'un architecte tournaisien, qui en dirigea 
liii-mcme l'exécution. Les différentes parties de ce monu- 
ment servent aux usages les plus divers. Le bas en est 
affecté à des bureaux , des salles, des magasins et des 
remises; l'étage est occupé par l'Académie de dessin, de 
peinture, de sculpture, d'architecture, et par le musée 
de peinture. 

La construction, de style renaissance, atout le cachet 
de l'architecture de notre pays à cette époque. C'est la 
seule construction civile de ce style, d'une certaine impor- 
tance, que possède la ville de Tournay. 

La façade principale, donnant sur la Grande Place, a 
25 mètres de longueur. Le centre de cette façade comprend 

i9 



— ^290 — 

cinq arcades à jour éclairant un porciic voûli', lequel donne 
accès au corps de garde et à ses dépendances, à un ve.stiJ)ule 
voûté conduisant ;i la cour et à un escalier. 

Chacune de ses extrémités est formée par trois entre- 
colonnemenls, garnis de lenètres avec montants et linteaux 
de pierre, à moulures, éclainnit deux grandes pièces, l'une 
à l'usage de l'officier et l'autre à celui des soldats de garde. 

Cette façade, sur sa hauteur, comprend deux ordres diffé- 
rents : le rez-de-chaussée, d'ordre dorique, est composé 
d'arcades et d'entre-colonnements, formés par des colonnes 
extrêmement engagées, avec souhassement à panneaux dia- 
mantés et entahlement à ressaut, dont la frise est garnie de 
triglyphes à gouttes, et de métopes ornés de rosaces et de 
tètes de bélier garnies de guirlandes de fleurs. 

La différence existant dans la largeur des arcades a pro- 
duit dans cette façade le mélange d'arcs surbaissés avec 
d'autres, de forme ogivale, tous ornés d'archivoltes en style 
de la renaissance, construits en aj)pareils de la même épo- 
(jue, mélange qu'on remarque dyns bien des constructions 
de cette date. 

L'étage supérieur, d'ordre ionique, est composé de onze 
entre-colonnements formés par des demi-colonnes adossées à 
des trumeaux, séparant des fenêtres garnies, comme celles 
du rez-de-chaussée, de linte;iux et de montants en ])ierre 
moulurée. Au centre de eel étage une trij)une à pans cou- 
pés, en saillie, supportée par une console formant la clef 
de l'arcade centrale. On arrive à cette bretéche, dont le 
dallage est de niveau avec celui du premier intérieur, par 
une petite porte doiin.'iiit (l;ins l;i pièce principale de cet 
étage. La p;irlie iiilV'i'icnre de celle Iriliiiiic liretèche est 



— 291 — 

coiisti'uilc en picMTc jusqu'à son a|)|»ui. Son couronnornenf, 
supporté par quatre pilastres gainés , en bois , d'ordre 
ionique, représente à l'extérieur une balustrade ajourée. 

Du centre de ce couronnement s'élève une statue dont la 
tète est surmontée d'un chapiteau ionique en tout semblable 
à ceux des colonnes de la façade. A en juger par le glaive 
qu'elle tient de la main droite et le livre que porte la main 
gauche, cette ligure représente la Justice. A droite et à 
gauche de cette statue sont des panneaux à bossage diainanté 
avec encadrement orné. La forme intérieure de ce couron- 
nement abat-voix est celle d'une écaille garnie de rayons. 

Les colonnes de l'étage de celte façade supportent un 
entablement dont la frise est ornée de cercles et de panneaux 
à moulures; au-dessus de cet entablement est un attique 
divisé par des panneaux aussi à moulures, ornés de motifs 
divers , tels que arabesques , découpures et écussons. 
Cet attique est couronné d'une corniche supportant une 
balustrade à claire-voie, aujourd'hui continuée sur toute la 
longueur de la façade et qui primitivement était divisée 
par plusieurs fenêtres ornées. Cette façade est construite 
toute en pierre. L'une des façades latérales de cet édifice, 
la seule visible, comprenant toute la largeur de la pièce 
principale de l'étage, également construite en pierre de 
taille, est terminée par un beau pignon de la même époque 
que le reste. On doit regretter qu'on ait fait disparaître son 
couronnement, qu'il sera du reste facile de refaire, et que 
la nécessité ait forcé d'y pratiquer à la hauteur de l'étage 
deux baies de fenêtres. Ces deux façades sont d'une très- 
belle conservation. 

La cour de cet édifice est de forme rectangulaire. Elle 



— 292 — 

mesure en largeur 15 mètres, divisés au rez-de-chaussée 
en cinq arcades, et en longueur 28 mètres 90 centimètres, 
comprenant neuf arcades. Elle est entourée des quatre 
côtés d'une galerie voûtée de 4- mètres 40 centimètres de 
l)rofondeur; ces voûtes d'arêtes comme celles du porche 
sont garnies de nervures et de clefs moulurées. 

L'architecture de cette cour est la môme que celle de la 
façade principale. Le rez-de-chaussée, d'ordre dorique, est 
composé de colonnes cylindriques à base attique supportant 
les cintres des vingt-huit arcades, tous oniés d'archivoltes 
renaissance, les uns surbaissés, les autres de fomn; ogivale 
comme à la façade principale. 

L'entablement de cet ordre, un peu lourd, est composé de 
trigiyphes à six gouttes posés d'aplomb sur chacune des 
colonnes, ainsi que sur la clef de chaque cintre et séparés 
entre eux par des métopes panneautés en relief. 

L'étage supérieur est d'ordre ionicpie, composé de pilas- 
tres formant trumeau, séparant les croisées. Le nombre de 
ces fcïiètres est double de celui des arcades. Comme à la 
façade principale, elles sont gai'nies de nioiitanls cl de lin- 
teaux en pierre moulurés. 

L'entablement a sa frise garnie de panneaux à moulures, 
les uns ornés d'arabesques et les autres de biseaux diaman- 
tés; ces derniers font suite aux |)ilastres. 

Au centre de chacune des j)eliles façades de celte cour, 
il y a, de niveau avec l'ajtpui de l'élage, une jietite 
niche supportée pai- une console saillante et couroimée 
par un dais ayant la forme d'une demi-sphère allongée. 

Les façades extérieures, construites en moellons, n'olTrenI 
aucun intérêt p;ir letii' i\v\'u{\\ de caractère. A la façade 



— 295 — 

postérieure, donnant sur une petite place, il existait ancien- 
nement un escalier droit à deux rampes avec palier condui- 
sant à une porte dont la baie est encore apparente et donnant 
accès aux galeries de l'étage. 

Depuis la suppression de cet escalier, on a pratiqué dans 
celte façade une grande porte au rez-de-chaussée et divers 
châssis à l'étage. 

Quoique les façades de cette cour soient entièrement 
construites en pierre et que l'état des gîtages soit excel- 
lent, la poussée des galeries et le poids des murs ont 
ébranlé les colonnes des galeries, lesquelles sont monolithes 
de 30 centimètres de diamètre sur deux mètres 34 centi- 
mètres de hauteur. L'ancrage, très-vicieux par en bas et 
qui fait complètement défaut dans la partie supérieure , n'a 
pas peu contribué à laisser opérer un désordre très-sérieux. 
Plusieurs colonnes ont perdu leur aplomb en tout sens, 
d'autres ont leur chapiteau cas.sé et en partie écrasé, la 
plupart des tailloirs sont brisés, et plusieurs pierres sont 
éclatées et fendues, etc Une courbe très-prononcée a rem- 
placé la ligne droite sur toute la longueur des façades; il 
en est de même sur leur hauteur, dont le centre accuse un 
hors-d'aplomb extraordinaire. 

On a cherché à arrêter ce niouvement, d'abord en 
doublant pour ainsi dire l'ancrage des voûtes, en ))laçant 
des tirants de fer entre les voûtes et le dallage des galeries 
de l'étage, en garnissant de collets en fer la partie unie des 
chapiteaux des colonnes qui étaient le plus endommagés, 
ensuite en bouchant par de la maçonnerie presque toutes les 
arcades de cette cour el en construisant, dans l'intérieur des 
galeries du rez-de-chaussée, des murs de refend en briques. 



— 294 — 

H est à regretter que la nécessité et les besoins de 
l'administration communale aient fait dénaturer complète- 
ment d'aussi belles galeries, en les employant à tout autre 
usage qu'à celui de leur destination primitive, car ces 
galeries ouvertes sont indispensables à la beauté de la cour 
de cet édifice. Il est fâcheux aussi que l'on ait enterré 
presque toutes les bases des colonnes. 

La conservation de cette partie de l'édifice devra être l'ob- 
jet d'études sérieuses ; elle exigera beaucoup de soins et 
l'emploi des meilleurs modes de restauration. 

Je joins au présent rap|)ort le dessin de la façade princi- 
pale et celui de la cour, le tout dans l'état primitif de cet 
édifice (i). 

Tournay, 20 mars 1863. 

(^Siyné) Justix Bruvenne. 



(0 C'csl |>ai' (M'ivur qu'à la façade |iriiifii):ile on a fait passer la lialiisliai 
(•(itiroiiriyiit l'attique en face des fenêtres siii' tuil. 



QUELQUES NOTES 



CONCERNANT DES 



BRODEURS BELGES DU W SIÈCLE 



ET DU SIECLE SUIVANT. 



La Commission royale des monuments voulut bien nous 
déléguer dernièrement, afin d'examiner les ornements 
sacerdotaux que le conseil de fabrique de l'église Saint- 
Martin, à Chièvres, avait décidé de faire restaurer. Ces 
objets consistent en une chasuble et deux dalmatiques, 
ornées d'orfrois d'or et de soie, figurant des rinceaux avec 
fleurs, style du milieu du xvif siècle. Au centre de la croix 
de la chasuble est un médaillon, orné d'une image de la Vierge, 
assise sur un croissant. 

Au bas des vêtements sont brodées les armoiries du 



— 296 — 

doua leur, fjui ne sont pas d'Egruoiit, comme on l'a supposé, 
mais d'Arenberg. Elles sont de gueules à trois quintefcuijles 
d'or, l)outonnées de même et sommées d'une couronne 
ducale, tandis que si elles étaient d'Egmont, elles seraient 
chevronnées d'or et de gueules de douze pièces (i). 

Ces ornements présentent d'autant plus d'intérêt qu'ils 
proviennent d'une famille qui a joué un rôle important 
dans l'histoire du pays, et (ju'ils sont peut-être les derniers 
produits de l'école des broderies historiées, si célèbre en 
Belgique pendant le moyen âge. 

En rendant compte à la Commission de notre examen, 
nous lui avons communiqué verbalement, au sujet de plu- 
sieurs brodeurs belges, des renseignements qui, sans avoir 
la prétention d'être complets, lui parurent assez intéressants 
pour nous engager à les publier. 

On comprend l'importance que la Commission attache 
à l'histoire de la broderie, qui, en Belgique, tient intimement 
à celle de l'art plastique et de l'induslrio. 

Les artistes les plus célèbres fournissaient parfois aux 
brodeurs des cartons remarquables. Gérard Horenbout, qui 
devint peintre de Henri VIII, roi d'Angleterre, fit pour 
l'abbaye de Saint-Bavon, àOand, les cartons destinés aux 
broderies d'une chape qui existe encore aujourd'hui dans 
la cathédrale de cette ville (2). Les tisserands les plus 
habiles, et dont les produits jouissaient en Europe d'une 



(1) Charles 1, conile d'Areiiberj,' et du Saint-Empire, épousa, en 1587, Aune 
de Croui, duchesse d'Arschot, princesse de Chiniai, etc., dont les ancêtres 
possédaient la seigneurie de (^hiévres. 

(î) Van \.OKKnL's, llislojj-c de rabbni^e (le Sainr-Ilnro}i,p. 1G8. 



— 297 ~ 

juste célébrité, roiiriiissiiionl los étoffes (i). Les pMssemcii- 
liers les plus adroits |)ré|)araient les soies, les ornements e( 
los tissus les plus riches (2). 

La ])lupartdes cités belges possédaient anciennement des 
brodeurs célèbres, dont nous pouvons encore admirer 
aujourd'hui les produits dans l'église SS. Michel et Cudule 
à Bruxelles, dans celle de Saint-Jacques sur Caudenberg en 
la même ville, dans les églises Saint-Pierre et Saint-Jacques, 
à Louvain, Notre-Dame, à Tongres, Saint-Léonard, <à Léau, 
d'Everbode, de Nieuwmunster, de Lapscheure, Saint-Sau- 
veur, Notre-Dame et Saint-Basile, à Bruges, de Marche, 
de Londerzeel (3), etc., etc. 

Partout nous trouvons encore des épaves, des œuvres 
dues au génie et à l'industrie de nos brodeurs qui , nés, 
comme tous les Belges, avec le sentiment des couleurs, 
savaient, au moyen de leur aiguille, produire des effets 
surprenants. Partout nous trouvons encore, malgré les 
destructions des iconoclastes et des vandales , des œuvres 
qui rappellent une époque pendant laquelle le beau et le 
bon étaient préférés au clinquant et aux procédés aussi 
mesquins qu'économiques de nos jours. 

Bruges, la ville de luxe par excellence, se distingua de 
très-bonne heure par son goût pour les broderies. Les 
princes de la maison de Bourgogne s'y faisaient faire, 

(i) Les satins de Bruges étaient, pendant le moyen âge, très-recherciiés en 
Angleterre et en France. (V. The privy parte exp. of king Henry VIII, 
p. i±2. L'inventaire des oi'nements de la cathédrale d'Auxerre.) 

(2) M. de Labordc cite des documents dans lesquels figurent des passemen- 
tiers et des brodeurs qui étaient valets de chambre des ducs de Bourgogne, 
comme l'était Jean Van Eyck. 

(3) Les ornements sacerdotaux de Londerzeel sont surtout remarquables et 
offrent des dessins défigures dignes d'un Memlinc. 



— 298 — 

en 1416, des robes brodées par Georges de Coriiewaille (i ). 
Déjà antérieuremeiil, en 1412, un certain Henri Vanden 
Leenbrucghe y avait brodé des bannières pour la ville (2), et 
en 1435 plusieurs maîtres brodeurs travaillaient, avec leurs 
compagnons, aux vêtements du duc de Bourgogne, qui 
étaient conservés dans son palais h Bruges (3). 

La ville de Tournay possédait, en 1444, un brodeur du 
nom de Thierri Dnchastcl, qui y confectionna pour l'évèque 
« huit images de brodure, assises sur les chasubles, tunique, 
» dalmatique de drap de damas blanc, que mondit seigneur 
» a l'ait faire (4). » 

Une autre ville, non moins importante dans l'histoire de 
l'art et de l'industrie, Audenarde, si renommé par ses tapis- 
series, avait aussi son école de brodeurs. Entre autres, un 
artiste du nom de Vander Porten y broda différents orne- 
ments sacerdotaux destinés à l'hôpital Notre-Dame en 
cette ville, et le magistrat, en distribuant annuellement les 
jetons de présence, les présentait dans des bourses riche- 
ment brodées (5). 

A Louvain, la ville aux drapiers et aux tapissiers, habitait, 



(i) De Labokde, Les ducs de Bourgogne; preuves. 

(2) Item (jhegheven Henricke Vanden Leenbrucghe, deu borduerwerkere, van 
IX banieren voor den heer van Sindale vorscreve te maken, te snidene ende van 
den fringen zide ende werke der toe te lever en., de viere van der wapenen 
van yiaenderen, viere vnn der wapenen van der stad ende een van der wapenen 
van Sinle Joris, etc. {Compte de liniyes, liôo.) 

(3) Item ghegheven , bi bevelle van buergrnieesters , den meesters ende 
gliexeUen bordiierwerkers, die wrochleu van borduere in mgns heeren hof an de 
juweelen ende verwapcninghe van onzen glicdnchten heere, de welcke de wet 
bethooclit waren ende dit in honjfschedcn . xii x. gros, (dompte de lirnges, I VSo J 

(4) dompte fil' l't^oqiic de I i4 I . 

(s) Vandkh Sthaktkn, dans les [iinalcs dr l'Àrodcmic d'airliéologie, t. xi, 
p. 235. 



— 299 - 

au coinineiicemenl, du wT' sièclo, un brodeur nommé Josso 
Van Ovcrbokc, (jui lit pour l'église de Léau différentes bro- 
deries, dont ell(^ conserve encore des spécimens si remar- 
(piables (i). 

Malines, autre ville où les arts et l'industrie ne furent pas 
moins en honneur, possédait également des brodeurs (2). 
Rombaut Vanden Hoye, qui habitait cette ville, est cité 
pour ses broderies dans les comptes de la fabrique de l'é- 
glise de Léau de 1505 à 1506 (3). 

Félix Ariaen,fils de Tack, établi également à Malines, fut 
employé, en 1510, par l'abbaye d'Everbode aux répara- 
tions et modifications des ornements sacerdotaux brodés de 
ce monastère, moyennant la nourriture, le logement et un 
vêtement de drap ])ar an, sans autre salaire (i). Ce brodeur 
était-il de la famille de Pierre Tack, sculpteur du maître- 
autel qui, pendant le xv' siècle, fut placé dans l'église de 
Notre-Dame à x\nvers? Nous n'osons pas répondi'e affirma- 
tivement à cette question ; mais nous ferons observer qu'en 
Belgique le goût des arts était très-souvent héréditaire dans 
les familles , et que l'organisation des corps de métiers 
ne contribuait pas peu à engager le fils à succéder à son 
père, dans le métier ou dans la profession qu'il exerçait. 



(i) Notre, notice sur la ville de Léau, p. 83. 

(2) Bock, Gescfiichte der Ulurgischen Gewander des MUtelalters, t. 1, p. 291. 

(3) Voir notre notice citée plus haut, p. S.l. 

(i) Félix Ariaen, Taxsoen, borduerwercker van Mechelen om te repa- 

reren, te reformeren, te versien, te sloppeti, te lappen, le versetten, wel eiide 
lofbaerlyche te onderhouden aile cappen, casuleîi, dienrocken, stolen, mani- 
piileii, altaerclederen eride aile andere misgewadeu ende ornamenten die der 
kerckcn van Everbode locbclworen... mils loyijs ende montcost. Ende over die 
(lachucren ende arbei/t sal de ruorsclireve Félix jairlicx van den al>t liebben 
vyfellen (jeverwl laken lot cenen tnbbuert. (Accoixl nis. du 9 sept. 151(1.) 



— 300 — 

Nous aurons du roste ciicoro l'occasion do tairo remarquer 
des analogies de noms de famille de brodeurs avec ceux 
d'artistes déjà connus. 

La rémunération que l'abbé d'Everbode accordait à Félix 
Ariaen était sans doute bien maigre en compensation de ses 
travaux, auxquels il était obligé de va(|uei' Ions les jours, 
sauf pendant les fêtes. Mais, à cette époque, la |)hipart des 
artistes, tels que les brodeurs, les architectes, les sculpteurs 
et même les musiciens, n'étaient guère considérés que 
comme des artisans. Ainsi, lorsque Jean Boonen et Jean 
Nopper, sculpteurs de Louvain, arrivèrent, en 1o47, à 
l'abbaye d'Everbode pour y sculpler deux })ierres tombales 
destinées à rappeler la mémoire de (pialrc abbés de ce 
monastère, ils ét^nent obligés, aux lermes d(^ leur contrai, 
d'aller prendre leurs repas à la table commune avec les 
autres serviteurs et ouvriers (i). L'organiste qui fut engagé 
par l'abbé d'Everbode, en 1549, devait non-seulement pren- 
dre ses repas avec les ouvriers, mais il fut encore astreint à 
servir la table des moines. 



(0 Jan Boonen, toi Loven wooncnde aen de Swertc. Zusteren, ende Jaii 
yopper, lot Loven op Sinte-Quintens straete woonende, stcenhonwers, hehbeii 
op daliim onderfjesrhreven aengenoiiien tegen den eerw. vader in Code Inereii 
Mallieens van Relfti , abt cndc prelael des Godsliui/s van Everbode, te rer- 
liouwen twee blriuts sercUsteenen , den eenen van herren Glieraet ende Dionys 
Vander Scaift, ubdten, ende den anderen voer heeren Pamveh ende Jlieroninuix, 
abten saliger memorie, naer iiytwysen den patroen by lienliedens tôt Everbode 
gemaict... op de voirwaerden hiernae volgende :... Item die tirée personnagieu 
op eicken zerchsleen, te lueeten d'abten met Imnne eoimippen, myteren, staven, 
luintschoenen, ringen ende andere behoirlyclie liabyten, .^^iillen .s// groeven ende 
hoHivvn eenen dngni diep, met lelleren ende geschriflen bcneden sliiende, liet xy 
romeynscbe, ilaliaenscbe oft andere ielteren, alsoe nien lien die geren sal, met 
oicii palroenen op de vier lioecken van elclien .steen, gelyeÀ lien dal geneel sal 
irurdex . 



— ÔOI — 

Que (liraient nos artistes si, par amoui' du jtassé, le pro- 
priétaire (jui a recours à leurs talents se permettait de les 
traiter aujourd'hui comme ral)bé d'Everbodc traitait jadis 
leurs prédécesseurs? Autre temps, autres mœurs. 

A Anvers, où les brodeurs faisaient partie de la gilde de 
Saint-Luc, nous voyons figurer Jean Krock, qui, en 1479, 
représenta la confrérie dans les contestations qu'elle eut avec 
les dominicains. Jean Vanden Broecke, domicilié dans la 
même ville, travailla pour l'église de Léau en lolO (i). 

S'il nous est permis d'en juger parles travaux que plu- 
sieurs brodeurs de Lierre exécutèrent pour le compte de 
l'abbaye d'Everbode, cette ville devait posséder, pendant 
le XVI'' siècle, une école très-remarquable. François Van 
llegliem ou Van Ytegem s'engagea, par acte du i 5 juin 1 lîlW , 
à faire, pour l'abbaye d'Everbode, une croix à cinq médail- 
lons, destinée à une chasuble et portant au milieu un autre 
grand médaillon, orné de scènes empruntées à la vie de 
saint Matthieu, apôtre et saint patron de l'abbé. Le reste 
<le la croix était orné de rinceaux et de l'écusson du prélat. 
Au-devant il devait répéter les mêmes rinceaux avec trois 
autres médaillons (2). La quittance de Van Ytegem, datée 



(1) Notice sur Léau, |>. 83. 

(2) El'u criiys lot eenen kascl of kasiircl voir de kercke vaii Ewiimle, op r/c 
conditien hier nae vohjheude : 

Item in deii iersten nioet 7 voiisc. ennjs ucitter laiick weesen Iweeelleiiende alsoe. 
breet alu den bort vander besten oappen toi Ererbode, die Iteer Dioni/.s, abt sdUrjer, 
lieeft doen macken; eiide daer inue^al hy moeten inaiken vyf rondeu , eiide in 
'/ vtidden eeii groote ronde, in de ivelcke ml liy nioeteit maiken de leyende van 
ulule Matlieo, apostel, wel gestoffeert met (joeden goude ende zye rtiii den selven 
coleuren ende fatschoen gelyk die voir se. cap is ende gelyck hem den palroen van 
den selven ronden geleverl is. Ende tusschen de ronden sal Iiy maiketi schoen 
loever trerck ende daer inné niyns heercn wapenen voir.sc ; ende de lyslen sal hy 
uiaiken ijelyck die lyslcn vander voirsc. besler rappen gcmaicl zyn. — Item den 



— Ô02 — 

(lu jour de SaiiU-Klienno 1551, porte son monogramme, 
composé des lettres V. Y. T. et dont nous donnons ici 
le fac-similé, afin que l'on puisse reconnaître les autres 
travaux exécutés par cet artiste. 



^ 



Ce vêtement sacerdotal est encore conservé aujourd'hui 
dans l'abbaye d'Everbode et porte également le mono- 
gramme que nous venons de reproduire. C'est une œuvre 
somptueuse, exécutée avec goût et dont le dessin rappelle 
l'ancienne école flamande. 

Le beau-frère de François Van Ytea:em est désiené dans une 
auln^ convention, du 18 janvier 1562, sous le nom d'Obetb. 
Il était également brodeur à Lierre et travaillait avec lui. 

Par cet acte, Antoine Van Roesbroeck et son frère Pierre 
s'engagèrent à broder, pour i'abbaye d'Everbode, une dal- 
matique historiée d'après un carton que l'abbé devait leur 
fournir. Aux termes de la convention , l'œuvre ne pouvait être 
inférieure à celle de Van Ytegem et de son beau-frère (i). 

bortvoirsc. sal langh moelen weesen zeven vierendeel ende alsoebreet als 't voirsc. 
achterste; ende daer inné salhy moeten mnicken drie ronden ghelyck, hem den 
patroen daer aff qelevert is, ende gelyst fielyck '/ voirsc. achterste. 

(i) llehhen aenyenomcn teghen heer Mathcusen van liethy, abt endeprelaet des 
goidsliiiys van Everhode, Antlionis Van Rooesbroech ende Peter Van Rooesbroeck, 
gebriiers, boerdurwerckers tut Lyere wonende, een boert met zipider toebehoirten 
te maken toi eenen subdiaken rocke , van zoe réel stucken ende ronden daer toe 
dienende, nae de patroen Inin gegheven ende namaels noch tegltevenen; van welcke 
stucken ofle boerden voirsc. den gront sal wesen van fynvn goiide daer aldcrbest 
toe dienende, wel wast (sic) bij een geleel ende met alsiilcken diversche coleu- 

ren vander beesler zyden alsdal behoirl ende dit boert nwet al zoe costelyck 

wesen endenyet argermaer bêler als dat boert is l'auwels Van Ytegem ende Obeth, 
zyn swager... zy zullen d'witt ojft naecken dat tôt desen boerde belioirt gemaickt 
le zyne, bel tzy de aensiclitenjiaiiden.voeten ende aiider.iins, zullen doen maken 
op hunnin kosl. 



— Ô05 — 

L'abbé qui |)assait. cet. acte était Mattbiou Volclers, de 
Rcthy, prélat remarquable par son goût pour les arts et 
dont Sanderiis fait le ])lus grand éloge. 11 atteste que 
Mattbieu Volders fit exécuter, de 154G au 26 novembre 
'156o, jour de sa mort, divers ornem(>nts précieux destinés 
à son église (i). 

Outre les ornements qu'il fit faire j)ar Van Ytegem et son 
l)eau-frère, par Antoine Van Roesbroôck et par Pierre, son 
frère, il confia encore à Jean Schernyers, aliàs Scherniers, 
(le Lierre, la confection des broderies de cinq cliapes 
historiées et ornées chacune de six médaillons, selon le 
modèle qu'il devait fournir ensuite d'une convention du 
20 novembre 1564. Ces œuvres devaient avoir les mêmes 
dimensions que celles de Barthélemi Vanden Kerckhove, 
brodeur de Bruxelles, dont nous dirons un mot plus 
loin (2). Jean Scherniers s'engagea encore, par un autre 
contrat daté du même jour, à restaurer, endéans deux ans, 
tous les ornements sacerdotaux de l'abbaye, moyennant 
le logement, la nourriture et un vêtement par an, plus un 
léger salaire. On le voit, la générosité avait fait des progrès 
depuis l'époque où Félix Ariaen, fils de Tack, avait été 
employé. 



(1) Sanderus, Cltotviira])liia sacra, t. 1, p. 2U8. 

Cet auteur indique par erreur le 20 novembre 1556 eoninie étant celui de la 
mort de Matthieu Volders. 

(2) Te maken op zi/nen kost eiule last , metten patroen daer toe dieneiule, eeit 
boordt met vytl'scliildcn offcapruynen,tuaen>an liet boordl zal hebben Yldiversclie 
patroonen off ronden oni op eene cappe le zetten vander historien , alzoo den 
selven Jannen op datum a]s boven te keimen gegeven is; welck boord sal alzoo 
breedt etide lanck tteesen als het boordt is d'tveick Barthelemeeus Vanden Kerck- 
hove, boriliicncercker lot Brussel wooneude, voere den voirsc. prelaet (lemaickl 
heeft. 



— 504 — 

Après l'achèvemenl de ce travail, il fut chargé, lo 9 mars 
15613, de faire une image de la Vierge, dont nous faisons 
suivre la description à cause de l'intérêt qu'elle offre sous 
le rapport de l'iconographie. D'après le contrat, la Vierge 
devait monter au ciel , porter une couronne au-dessus de 
laquelle seraient placées un grand nomhre d'étoiles; adroite 
et à gauche un ange et sous les pieds un croissant ; entre les 
figures des anges devait apparaître un soleil rayonnant (i). 
L'abhé lui confia aussi les broderies de fleurs d'or, de dal- 
matiques et de chasubles, dont les cartons lui furent pré- 
sentés, mais qu'il nous est impossible d'indiquer, à défaut 
de détails. 

Plusieurs ou du moins quelques-unes des œuvres de Scher- 
niers sont encore conservées aujourd'hui, nous assure-t-on, 
dans l'abbaye d'Everbode. Nous regrettons d'autant plus de 
ne les avoir jamais vues, que nous ne pouvons en donner ici 
au moins une description. 

Le nom de Scherniers rappelle celui d'une famille d'ar- 
tistes célèbres, appelés Scherniers, dite Conincksloo. Jean 
Scherniers appartenait-il à cette famille? Il y a lieu de le 
supposer, mais nous n'osons rien alïirmer à ce sujet. 

iNous avons parlé plus haut de Barthélemi Vanden Kerck- 
hove, brodeur de Bru.xelles. Cet artiste e.xécuta, pour l'église 
SS. Michel et Gudule de cette ville, des vêtements sacer- 
dotaux, ornés de scènes tirées de l'histoire du S. Sacrement 



(j) Te makeîi een figure van onsser LieverVrouwen, hoe dat zi/ opwaerts nae 
den fiemel voer : te weteii dat de lUjure sal Iicbbeu op liair hoeft eene croeite, met 
veel stenrn.daer bovcit geniaichl , eiide op elcU zi/de, zoo aeii de rechle als aen de 
slijncke zijde , tivee fujureii van riifielen, ciidr onder liairen voet de mune; item 
tKXHclien de fuiuren van de eiifielen sal coemen île snnae met liair straleti 



— 505 — 

de l'autel, qui fut profané à Bruxelles pendant le xiv" siècle 
par des juifs. La chape bi'odée par Vanden Kerckhove existe 
encore dans le trésor de l'église SS. Michel el Gudule, 
ainsi (ju'un grand nombre d'autres vêtements d'une magni- 
licenc*^ et d'une exécution remarquables. Le style des figures 
appartient à l'école flamande, tani en ce (|ui concerne les 
couleurs que le dessin , tandis que l'ornementation a été 
empruntée en partie à la dernière époque du style ogival et 
au goût nouveau de la renaissance. 

La belle exécution de ce travail porta sa renommée jusqu'à 
Everbode, où il exécuta, en 1564, deux médaillons destinés 
à une chape el représentant des scènes tirées de la vie 
de la Vierge. Les bords devaient être ornés de quatre mé- 
daillons (i). 

La ville d'Ypres, qui, pendant le moyen âge, jouissait 
d'une grande réputation à cause de ses draps, possédait aussi 
plusieurs brodeurs dont nous ne sommes pas parvenu à 
retrouver les œuvres. En 1556, Louis Vander Dursl y con- 
fectionna une chasuble destinée à la chapelle de la Chàtel- 



(i) Anno XVC LXll, martii quarto, slilo leodiense, heeft Barthlemeeus Vanden 
Kerckhove, borduenvercker lot Brtiessel bij Cantersteen woenende, teghen heeren 
Mattheeus.... aengenomen te maken een boerdt met twee schUden oft capruynen 
om op een cappe le .tetten vander historien... van onser Liever Vronwen, alzoe 
fjoet ende duedelyck met oyck de lengde ende breyde ende 7 selve faitsoen van 
lysten als dut boertinder kercken van Sinter Goelen tôt Brnessel voirxc. is vander 
historien van den heyligen Sacremente, te weeten den grondt van jynen cleynen 
goude, alzoe dichi te bedevken als dat zal moegelyckwesen, endevoirts aile zier- 
ragieendebequuemheyt melten naicten daerop te maken, naed'uuytivysen van den 
werckevoirsc. Des zal devoirsc. Barthelmeens selten in elcken boerdt vier divcr- 
sctie patroenen , daer nochtans in de voirsc. cappe van Sinter Goelen niaer drie 
patroenen en staen op elck zyde; voere welcke voirsc. cost ende arbeyt zal de voirsr. 
Burihelmeem hebben \00 Philippns daelders 



— 506 — 

leuie (i); Jean Malle, dii Van Hciickén. fit, on lo57, imc 
bannière {-2). 

Ces détails, (}aelque iiiconiplels qu'ils suienl, lonl connaître 
les auteurs de différentes œuvres qui existent encore aujour- 
d'hui, l'époque vers laquelle elles ont été confectionnées, et 
ils donnent une idée de la richesse et de l'importance artis- 
tique des ornements sacerdotaux du xvf siècle. A cette 
époque, une révolution (complète se manifesta dans l'art du 
l)ro{leur par l'emploi plus fréquent de l'or, que la découverte 
du nouveau monde venait d'amener en abondance en 
Europe, et par l'introduction du style de la renaissance. 
Un élément tout nouveau se lit jour alors, fournit à l'ai-tiste 
des motifs encore inconnus, l'inspira et se prêta merveil- 
leusement aux ca|)rices de son imagination et aux combinai- 
sons des ornements Dès ce moment les broderies historiées 
destinées aux vêtements sacerdotaux se développèrent sur 
un pied plus grand et j>lus riche; dès ce moment il fallut 
aussi modifier les formes de ces vêtements, autrefois si 
grands et si amples. Ils prirent, par suite de l'introduction 
des grandes broderies en oj-, les formes modernes, si raides 



(i) Uetaelt Lodewych Valider Utirst , bordnerwerckere , u'ooiieiidc hiiuieii der 
stede rail Vpii', de somme raii neglien poiiden twaclf soelliniieii parisis, te wetene 
de IX pondeii parisis orer deii coup eiide leverinijhe ran eeiider casule dienende 
ter ouUaere van der cappeUe ran der zeleer Casselrie,ende de twaelf svelliiighcu 
parisis voor zyn remboursement van belaelt 7 hebben dezelve van tivieden van 
de selre casule; aldits hier als V bli/r.t, etc. IX p. XII scli. par. (Compte de la 
iliàtellenie d'Ypres de 1336.) 

(2) lietaelt Jan Malte, dit Van lîetnken, pasmentier, ivoonende inder stede van 
Ypren, de somme van XXVIII st. VIII il. ende dal orer de lieilf van II liv. 
XV st. V den. bij hem verdient in 7 malien ende stojj'eeren van een vanelyne, die- 
nende omme jonckcre .Jacob Viin Ileileicein, heere van Unesiniili. (Compte de k 
cliàt. d'Ypres, loôT, |i. il \".) 



— 507 — 

ol si peu i>raeieuses. Los belles dniperies des vèleinciils 
sacerdotaux firent j)lace à des bi'oderies souvent remar- 
quables sous le rapport de l'exécution et de la composi- 
tion, toujours riches et d'une grande magnificence; mais 
si ces vêtements gagnèrent en richesse, ils perdirent en 
ce qui concerne la beauté des formes. 

Lorsque la révolution religieuse du xvi'' siècle eut porté 
ses coups les plus rudes aux arts en général , la broderie 
tomba dans une décadence complète. La broderie historiée 
devint de plus en plus rare et tomba, j)Our ainsi dire, exclu- 
sivement entre les mains des religieuses, qui se bornèrent 
à produire des fleurs et des rinceaux , auxquels manque 
souvent l'énergie des tons et de la composition qui distin- 
gue les brodei'ies anciennes. 



Ch. Piot. 



LES MUSEES ARCHEOLOGIQUES 

D'ALL EMAGNE. 



PEEMIER EAPPORT. 



A M. LE MINISTRE DE L INTERIEUR. 



briixelles, le 14 septembre 1863. 

Monsieur le Ministre, 

Pour me conformer à voire dépéclie du 12 mars dernier, 
je vais avoir l'honneur de vous faire connaître les musées 
arcliéologiques que j'ai pu visiter réccmnieiit. 

Ces musées sont principalement ceux de Munich , de 
Vienne, de Prague et de Dresde. Je passerai successivement 
en revue toutes les collections importantes, faisant de chacun 
de ces musées l'objet d'une monographie spéciale. Il me 



— 510 — 

senihlc (juc c'csl le meilleur moyen de mellre en relief la 
valeur des divers élablissemenls archéologiques. 

Bien que j'aie examiné, avec grand soin aussi, les inslilu- 
lions consacrées à la haute antiquité, je me bornerai à les 
mentionner dans ce rapport, pour donner toute mon attention 
aux musées historiques proprement dits et aux musées natio- 
naux. J)écrirc ces derniers, même d'une manière succincte, 
est dt-jà une lâche assez diflicile. 

Je réserverai les considérations générales ])Our le moment 
où ma mission sera entièrement remplie. Avant de formuler 
des conclusions, je dois avoir sous la main tous les éléments 
nécessaires : une élude complète est donc indispensable. 

Ce rapport partiel ne peut encore donner qu'une idée 
impai'faite des richesses arcliéologiques de l'Allemagne et 
de l'oi-ganisation de ses musées, qui sont très-nombreux. 

Tout en reconnaissant rim})orlance capitale de plusieui-s 
des établissements décrits dans ce rap[)ort, je me })ermettrai 
de regretter quelquefois <pie le classement ne soit point 
sans reproche. Les Allemands n'ontpas, comme les Français, 
l'art de faire valoir leurs richesses. Mais je ne hasarde 
cette réOexioii ({u'avcc ime cei'laine hésitation. J'ai remar- 
qué, çà et là, une mélliode jilus sûre , plus d'ordre, plus 
de goût. 

La |)hqtai'l des musées d'au delà du Rhin ont le tort aussi 
de ne pas être journellement accessibles, comni(> ceux de 
Paris et de liruxelles, où les visiteurs ne sont tejius à aucune 
réti-ibulion. N'ayantpointle dessein de m'éi'iger en censeur, 
je ne voudi-ais pas cependant condanmer cette coutume 
fiscale, sans savoir si elle n'est i»as justiliée i>ar des raisons 
ipie j'ignore. 



— ô\\ — 

C(î que je ])roclaiiie bien haut, e'esl que les Allemands ne 
le cèdent à aucini peuple en patriotisme. Les musées natio- 
naux, dc'yà fondés ou projetés dans les capitales des divers 
États, sont un témoignage remarquable de cet amour ardent 
de la patrie. 



WURTEMBERG. — STUTTGART. 

Je ne puis encore rien dire des collections archéologiques 
de la capitale du Wurtemberg. Elles n'étaient pas accessibles 
loi'S(pie je me trouvai à Stuttgart. Au surplus, ce n'est que 
depuis mon retour, et tout récemment encore, qu'on a 
ouvert dans cette ville un cabinet d'antiquités nationales. 



BAVIÈRE. — MUNICH. 

LE MUSÉE BAVAROIS, 

Dans la belle rue de Maximilien, création du successeur 
du l'oi Louis I", un vaste édilice, richement décoré, attire 
immédiatement l'attention. Il se compose d'un pavillon cen- 
tral à deux étages et de deux ailes, qui n'ont qu'un étage. 
La Bavaria, avec le lion emblématique, domine l'édilice; 
puis , au-dessous des armes royales , on lit l'inscription 
suivante : 

Meincm volk ;k 
Elir wul vorlùhl. 

Le roi Maximilien II a donc lait élever ce monument» 



— 512 — 

iioii-SL'ulemoiit pour honorer hi gloire des Bavarois, mais 
aussi pour exciter leur émulalion. 

Érigé d'après les plans d'Edouard Riedel, architecte cl 
insi)ecteur des bâtiments royaux, le Musée bavarois a été 
commencé dans l'arrière-saison de 1858, et aujourd'hui il 
est presque entièrement achevé. II a 500 pieds de longueur; 
la hauteur du pavillon du milieu est de 100 pieds, et celle 
des ailes adjacentes de 80. La suj)erlicie est de 45,000 pieds 
carrés. On n'a rien négligé ])our approprier l'édifice à sa desti- 
nation, pour lui donner un caractère à la fois monumental 
et national, h^ Bavaria est au sommet; plus bas, sur les 
façades latérales, on remarque quatre statues allégoriques, 
représentant les quatre parties du royaume : Bavière, Pala- 
tinat, Franconie et Souabe. Ces statues ont été coulées en 
zinc comme la Bavaria. Dix cariatides tiennent lieu de 
colonnes, et huit statues, également emblématiques, décorent 
la façade principale. Elles représentent les huit vertus 
cardinales du peuple bavarois, à savoir : l'amour de la patrie, 
l'activité, la piété, la fidélité, la sagesse, la justice, la géné- 
rosité et la bravoure. Nous passons sous silence d'autres 
figures symboliques. 

Si cet édifice n'est point un chef-d'œuvre d'architecture, 
il faut le considérer, en tctut cas, comme un témoignage 
imposant de patriotisme. 

Le rez-de-chaussée du Musée contiendra vingt-huit salles; 
le premier élage du bâtiment central vingt-neuf et le second 
étage quatorze. Ces dernières, ainsi que celles du rez-de- 
chaussée, sont destinées à recevoir les objets romains, ger- 
iiiani(iues et byzantins. L'architecture de ces salles est en 
liariiionic avec leur deslinaliun. 



— 515 - 

Les ving't-nouf salles du premier étage seront eonsnerées 
à l'histoire de la Bavière. Elles seront décorées do vingt-cinq 
statues et les murs ornés de cent quarante-cinq fresques. 
Non-seulement le peupleaura sous les yeux les chefs-d'œuvre 
de Tindustrie de ses pères, mais, en outre, il pourra 
faire un cours d'histoire nationale. Les statues seront 
consacrées aux principales célébrités de la Bavière et les 
peintures murales représenteront les épisodes les ])lus inté- 
ressants et les plus caractéristiques des annales des quatre 
])rovinces, depuis les temps les plus reculés jus({u'à la fin 
du règne de Maximilien-Joseph \"\ mort en \S%). 

On ne peut disconvenir que cette conception ne soit grande 
et, disons-le encore, vraiment patriotique. 

C'est le roi Maximilien II qui est le vrai fondateur du 
Musée bavarois; mais il faut ajouter qu'il a été bien secondé 
par un homme d'un mérite réel , M. le baron d'Aretin, 
intendant de la maison royale, conseiller privé, etc., etc. 
Dès 1854, ce savant archéologue avait publié, parles ordres 
du Roi, une œuvre qui pouvait servir comme de prospectus 
au Musée national; il s'agit du livre intitulé : Antiquités et 
œuvres d'art de la maison souveraine de Bavière. 

Mais ce n'était pas tout d'avoir un premier fonds; il fallait 
faire en sorte que le monument, décrété par le Roi, ne 
demeurât point à moitié vide. Nous croyons que les espé- 
rances du savant et zélé direcleur du Musée bavarois ont 
été dépassées. 

En attendant leur translation dans le vaste édilice d(» la 
rue Maximilien, les objets nationaux ont été provisoirement 
déposés et classés, autant que possible, dans le Maxburg 
(château du duc Max, bàtimeni de l'iTO). Ils v occuixmiI le 



— Ô14 — 

rez-de-cliausséc et lo premier étage, c'est-à-dire une série 
})rosque interminable de chambres, de salles et de corridors. 

Ces richesses sont immenses. Je crois même qu'elles 
dépassent la collection, pourtant si considérable, de riiôtel 
do Cluny, à Paris, Il est à ])eine croyable que l'on ait pu 
réunir en si ])eu de temps une si grande variété d'objets. 

Le premier fonds, comme je l'ai dit, provenait des 
résidences royales. Il s'est accru ensuite i)ar de nombreuses 
acipiisitions et par des dons également considérables. Les 
églises ont aussi fourni un précieux contingent. 

M. le baron d'Aretin a eu l'obligeance de me guider lui- 
même dans le Maxburg. En l'absence d'un catalogue, ses 
explications ont été infiniment intéressantes. Je ne puis 
cependant donner qu'un aperru de celte immense collection. 
En deux mots, elle renferme toutes les antiquités, toutes les 
œuvres d'art, tous les objets qui sont de nature à faire 
connaître la vie nationale des Bavarois, depuis les temps les 
))ius reculés jusqu'à l'avènement du roi Louis. Spécimens 
de toutes les industries, chefs-d'œuvre d'orfèvrerie de 
tous les siècles, anciens manuscrits enrichis de miniatures, 
empreintes des sceaux les plus curieux, portraits histori- 
ques, peintures du xv" et du xvi'" siècle ; ivoires ( il y en a de 
Duquesnoy); tapis (quelques-unes des plus belles pièces ont 
été faites à Arras ou en Flandre); armes, armures, drapeaux, 
étendards; pierres sépulcrales d'une forme particulière à 
l'Allemagne, etc., etc. Tel est, en l'ésumé, le pi-écieux dépôt 
(lu Alaxburg. Il révèle tous les secrets, toutes les curiosités, 
toutes les splendeurs de l'ameublement religieux et de 
l'ameublement civil du moyen ;'ige et de la Renaissance. 

Ouel sc|-;i r;u'i"angemenl d(''liiii(ir , lorsque loules ces 



— 5i:) — 

richesses auront été transportées dans le nouvel édillce? On 
commencera par classer les objets romains et, i>,ennan1- 
ques, el l'on poursuivra ainsi le travail chronologiquement, 
jusqu'au commencemeuL du xi\'' siècle. On possède assez 
d'objets pour lormer, à j^arlir du xv'" siècle, des ai>partements 
complets. 

Je n'hésite pas à prédire que le Musi-e bavarois deviendra 
une des institutions les plus intéressantes et les plus instruc- 
tives de Munich, si riche pourtant en collections précieuses. 
J*eut-éln> un jour sera-t-il digne de servir dt^ modèle. « Ce 
Musée, a-l-on dit avec vérité, sera un des plus considérables 
de l'Europe, car on pourrait s(^ l'aire diflicilement une idée 
du nombre et de la grande ricliesse des objets d'art que 
M. d'Aretin a su faire sortir de l'oubli des châteaux et rési- 
dences royales. » Au surplus, des sommes considérables 
ont dû être allouées pour accroître encore, pour com|)lé- 
ter les diverses séries. Le roi Maximilien II achève ainsi 
l'ieuvro de son père. Louis I''' s'était principalement attaché 
à rassembler, dans la Glyptothèque et la Pinacothèque, les 
monuments de l'antiquité. Le roi actuel, pour honorer et 
instruire son peuple, ajoute à ces grandes créations un musée 
bavarois, un musée national. 



COLLECTIONS RÉUNIES (Verct'nùjle samudiinijnn). 

L'entrée de ce Musée se trouve .sous les arcades du Jardin 
royal (Hofyarten). Goiiune l'indiipie la dénomination do 
colloctinus réunies, (tu y trouve une graixle variété (robj(Us. 



— 516 — 

Le Musée contient non -seulement des antiquités égyp- 
tiennes, grecques, étrusques et romaines, mais, en outre, 
des curiosilés de la Cliine et du Japon, des antiquités des 
Indes orientales, des objets provenant du Brésil et du 
Mexique, même du Kamsehatka. On y remarque aussi 
quelques curiosités historiques d'origine allemande. 

Ces collections réunies occupent sept salles de moyenne 
grandeur. 

On a tiré de ces salles, assez jnesquines d'ailleurs, je veux 
dire sans aucun caractère, tout le parti qu'on a pu. Les objets 
sont classés dans des armoires vitrées, le long des murs. Au 
milieu des salles se trouvent des tables sur lesquelles sont, 
déposés des modèles en liège de quelques-uns des plus 
célèbres monuments de l'Italie ancienne. On remarque la 
maison de Salluste à Pompéi, le temple de Neptune à 
Pœstum, le temple de Vesta à Rome, l'arc de triomphe de 
Titus, le tombeau de Plante entre Tivoli et Rome, l'arc de 
triomphe de Constantin, le tombeau des Horaces et des 
Curiaces , le Colysée. On trouve également des modèles 
du cliâleau de Heidelberg et de l'abbaye de Paulinzelle, en 
Thuringe. 

Parcourons les sept salles. Dans une espèce d'antichambre, 
au milieu des terres cuites, on remarque la table de travail 
de Schiller. Sur cette table sont déposées deux plumes qui 
ont servi au grand poète allemand. 

La première salle est consacrée aux antiquités de l'Egypte 
et de l'Étrurie. On y trouve aussi un assez grand nojnbre 
d'objets recueillis à Pompéi et rapportés par le roi Louis I" 
de ses voyages en Italie. Dans la seconde salle, également 
consacrée à l'Egypte et à l'Italie, l'attention est appelée 



— 517 ~ 

sur uno grande vitrino où brillent des bijoux antiques. Il 
faut admirer surtout une couronne d'or , trouvée dans 
un tombeau grec, près d'Armenti, comme l'atteste une 
notice écrite par le roi Louis lui-même. Les salles suivantes 
(m", iv% v") forment une curieuse galerie etbnologifiue. Mais 
on s'arrête peut-être avec autant d'intérêt dans la vi'' salle, 
({ni est consacrée aux sculptures et autres ouvrages d'art 
en ivoire, en bois, en pierre et en métal. Ces ivoires 
du xvif siècle, venus, les uns de la Flandre, les autres 
de diverses contrées de l'Allemagne, forment une collection 
assez remarquable. On trouve aussi de très-beaux émaux. 
Pour justifier à tous égards son nom de collections réunies, 
ce Musée nous montre dans sa dernière salle des armes 
turques et autres du xvif et du XYiif siècle. Mais on y 
remarque principalement quelques objets qui ont appartenu 
à des souverains célèbres à divers titres. Tels sont l'babit, la 
canne, la selle et les pistolets de Frédéric II, roi de Prusse ; 
la selle et l'épée dont Napoléon I" fit usage à la bataille 
d'Iéna; enfin la plume avec laquelle Louis r*", roi de Bavière, 
rédigea son abdication, le 20 mars 184-8. C'est ce qu'atteste 
d'ailleurs une note écrite par l'ex-roi. 



VASES PEINTS A LA PINACOTHÈQUE. — LA GLYPTOTHÈQUE. — 
l'aNTIQUARIUM et LES APPARTEMENTS DE CHARLES VII DANS 
l'ancienne résidence. — LA CHAPELLE RICHE. 

Bien que je ne doive point m'occnpor spécialement des 
monuments de la haute antiquité, je ne puis passer tout à 



— r,i8 — 

fait sous silenco los riches colleclions formées par le roi 
Louis. Il convient tout au moins de mentionner les vases 
grecs et étrusques, qui remplissent cinq salles de la Pina- 
cothèque. Parmi ces vases de Vulci, de Girgenti (;t d'autres 
endroits renommiîs se Irouvenl des chefs-d'œuvre de la 
céramique ;mti(jue. A la rilypt()(hè(|ue, l'antiquité se révèle 
!ive(; encore plus de ricluisse et plus d'éclat. De la salle 
(•(jijjdienne, (pii contient des monuments intéressants, on 
passe dans la salle étrusque ou des incunables , ce qui 
veut dire de l'art au berceau. Plus loin, dans les salles 
d'Apollon et de Bacchus, on a sous les yeux des ouvrages 
qui se rattachent à l'époque de la j)Ius grande splendeur 
de l'art grec. Mais il ne faut pas oublier ces marbres 
d'Éginesi bien décrits et commentés par IL Fortoul, dans 
son ouvrage : De Varl en Allemagne. La salle des héros 
el la salle romaine contiennent l'une et l'autre des statues et 
{\v-^ bustes qui méritent d'èln; soigneusement étudiés. 

L'archéologue doit également visiter le palais construit 
])ar le duc-électeur Maximilien I''', au commencement du 
xviii'' siècle. Là se trouve Wmiiquarium, qui se compose 
d'une collection d'antiquités égyptiennes : momies, sarco- 
phages, j)ierres tumulaires et votives, elc; et, en outre, 
d'antiquités grecques, romaines, germaniqucset Scandinaves. 

L'ancienne résidence des électeurs de Bavière est j)liis 
renommée encore pour les richesses accumulées dans l(>s 
appartements de l'empereur Charles YII, It; rival malheu- 
reux d(,' Marie-Thérèse. Ces aj)part(Mnents peuvent éti'c 
considérés comme un ajtpendice du Musée bavai'ois. On 
les trouve m(,'ublés, décorés et ornés comme s'ils étaient 
ciicon' liabih's pai- le (asliieuv ciiipcrcui-. Le wiiT' siècle 



~ r,i9 — 

revil là loiit (Mitier ol, on présenco de tant de belles choses, 
de ces ivoires, de ces porcelaines, de ces bijoux, de ces 
miniatures, on doute que les appartonienls de Louis XV à 
Versailles fussent aussi splendides. 

De ces appartemenis inii)ériaux, il faut passer dans la 
chapelle riche (Reiche capelle). Elle mérile ce nom par la 
splendeur de ses ornements et la valeur des objols d'ai-t qui 
y sont réunis. On y remarque des ciselures de BtMivenuto 
Cellini et une Descente de croix, relief en cire, attribuée à 
Michel-Ange. On y voit aussi le petit autel portatif devant 
lequel s'agenouillait MarieStuart durant sa longue captivité. 



AUTRICHE. 



MUSEE DE SALZBOURG. 



Ce Musée, trop peu connu, est un des plus intéressants 
des villes secondaires de TAutriche. Il a été formé ))rincipa- 
lement d'antiquités nationales, romaines et germaniques, et 
do nond)reux objets provenant des anciens archevêques- 
princes de Salzbourg. 

Il est établi dans les salles voûtées de l'ancien magasin à 
blé. C'est un bâtiment, sans grande apparence extérieure, 
mais assez bien approprié à sa destination actuelle. 

J'ai examiné ce Musée avec un véritable intérêt, et j'ai pris 
note de quelques objets dignes d'attention. Il m'a été im])os- 
sible, cependant, de suppléer au catalogue qui n'existe pas. 

On remarque en ]>remi(M' lirMi les antiquités i-omaines : 



— o20 — 

statuettes, autels, urnes, mosaïques, etc. La plupart ont été 
recueillies sur la place Mozart, dans les excavations qui ont 
été faites pour placer le piédestal de la statue érigée au 
grand compositeur. On trouve aussi des armes romaines 
d'une grande valeur. Il faut citer, entre autres, un casque, 
que l'on dit unique en Allemagne. 

Quelques objets du moyen âge sont également très-pré- 
cieux. Je signalerai, entre autres, des crucifix remontant au 
XI" ou au XII'' siècle et des reliquaires d'une époque aussi 
reculée. On peut mentionner, parmi les objets curieux, le 
chapeau de cardinal, les sandales, la croix épiscopalc, etc., 
du fameux Mathias Lang, archevêque de Salzbourg et légat 
du Pape, mort en io40. 

Je passe sous silence une très-l)elle collection d'instruments 
de musique, de même qu'un certain nombre de tableaux 
dus au pinceau de maîtres salzbourgeois. 



VIENNE. 

LA GALE RI F d'AMBRAS. 

Dans le Belvédère inférieur se trouve un Musée d'une 
importance capitale. 

Pour les raisons déjà dites, je ne m'occuperai pas des 
monuments antiques (statues, bustes, bas-reliefs, mosaï- 
ques, etc., etc.) qui remplissentla salle d'entrée et trois autres 
])ièces. Quelque précieuse que soit cette collection , qui se 
rattache au cabinet des antiques et des médailles, elle est 
éclipsée, sous plusieurs rapports, par les autres galeries 
aMX(|uelles je veux consacrer une notice spéciale. 



— 521 — 

Ces coUecUoDs provicniiont du plus ancien musée de 
rAllemagne. On ne peut, en effet, donner un autre nom au 
riche caljiiiet que l'archiduc Ferdinand, comte de Tyrol (i), 
avait créé dans son château d' Ambras, près d'inspruck. 
Ai)rès avoir combattu les protestants et les Turcs, après 
avoir été régent de Bohème, l'archiduc Ferdinand voulut 
se livrer plus complètement à ses penchants de collcctïon- 
neur. Vers 1567, il alla habiter le Tyrol, et, d'accord avec 
sa femme, la belle Philippine Welser, il fit du château 
d'Ambras une des plus spleiidides résidences de l'Alle- 
magne. 

Là fut créé mi Musée, qui , au xvi'' siècle, était sans doute 
unique. Il contenait plus de 150 armures qui, pour la plu- 
part, avaient été portées sur les champs de bataille par des 
jirinces ou des capitaines célèbres, presque tous contempo- 
rains de l'archiduc Ferdinand. On y voyait aussi, au nombre 
de plus de 900, les portraits des principaux personnages du 
XV" et du xvf siècle. Puis venaient des meubles du moyen 
âge, des ciselures de Benvenuto Cellini, des vases d'or et 
d'argent, des joyaux, etc., etc. Ce riche Musée était 
complété par une bibliothèque qui contenait plus de 500 
manuscrits, 4,000 ouvrages imprimés et des milliers de 
gravures en taille-douce. 

L'archiduc Ferdinand de Tyrol, mort en 1o9j, avait laissé 
le château d'Ambras et ses collections à son second fils , le 
margrave Charles de Burgau. Celui-ci les vendit en IGOG 
à l'empereur Rodolphe ainsi qu'aux autres archiducs. 



(j) Né a Liiiz, le 1 i janviei' 13:29, il clait le bccoiid lils de remiiereiir Ferdi- 
naiid I'^'', frèi'e de Cliarles-Quiiit. 



— .V22 — 

Les colleclions forniûcs i)ar Ferdinand de T\ roi denieu- 
rèronl au château d'Ambras jus(iu'au commencement de ce 
siècle. Lorsque, })ar la paix de Presbourg, le Tvrol eut été 
cédé à la Bavière, les collections dont il s'agit, considérées 
comme propriété de la lamille impériale, furent transportées 
à Vieime et, en 1814, placées dans le local où elles sont 
encore. Aux armures d'abord rassemblées ])ar le créateur 
de la galerie d'Ambras, les archiducs de la branche cadette 
de Tyrol en avaient joint quckpies autres, très-intéressantes 
aussi. 

Du reste, l'authenticité des armures qui proviennent de 
l'archiduc Ferdinand est hors de doute. Lui-même avait 
voulu consacrer cette authenticité i)ar un document irrécu- 
sable. Il chargea son secrétaire Jacques Schrenk deNotzing 
d'éci'ire la vie des héros dont les armures liguraient dans 
la galerie d'Ambras, et ces armures elles-mêmes furent 
gravées sur cuivi'o. En IGOI, l'ouvrage, en latin, ])arut à 
Inspruck ; bientôt traduit, on en lit également paraître une 
édition en allemand. 

J'ai rappelé succinctement l'origine delà galerie d'Ambras. 
Je vais maintenant mentionner les diverses salles et signaler 
les objets (|ui me semblent mériter une attention j)articulière. 
Si l'on désire une description complète, on peul i-ecourir 
aux ouvrages spéciaux publiés par l'ancien conservateur et 
par son digne et savant successeur (i). 



(i) DicK. K. Anil)ra.SL'i-Saiiimliiiig Iiosclirii'lnMi voii ]V Kdiiard fcoilicirii voii 
.Saeken, luistos ain K. K. iiiiiii/.- mul antikemahiiiotlc (Wieii, ISiio, 2 vol. iii-8°). 
— Die vorziii-'Hclistcn Riistimgcn uiul waflVii dci' K. K. Ai!il)ra.sci'-Samiii- 
liliii; in orii-'iiiai-pliotograiiliicn Iioi'ausjicj^clicii iiiid I)csciiricl)cn, iiel)st I)ioi;ra- 
|iiiibciioii tiki/zcn, \oii W Kd. Iicilifri-ii \nii Sjckoii , K. K. Cii!>lus. -=- DiC 



— 525 — 

Le |)iTiiiioi' cal)iiio(, oti la pn.'iiiiùi'e salle, csl coiisaci'i'' aux 
princes aulricliions et à quelques chefs étrangers. Une bar- 
rière en bois sépare la salle en doux i)arlies : dans l'une se 
Irouvent l(?s armures ; dans l'autre, du cùté des fcnèlres, des 
armes ayant appartenu à des personnages célèbres. On 
remarque tout d'abord, derrièi'e la bari-ière, deux cavaliers 
en i)lein harnais, sur des chevaux bardés : l'un représente 
l'empei-eur Maximilicn I" ; l'autre l'archiduc Ferdinand, le 
créateur de cette bcUecollection. Ils sontentourés d'armures, 
dont quelques-unes sont des chefs-d'œuvre. Je signalerai 
])articulièrement l'armure de Philippe le Beau sur laquelle 
sont gravés les insignes de l'ordre de la Toison d'or. Un juge 
conq)étent regarde l'armure de Philippe le Beau comme un 
chef-d'œuvre unique. L'armure damasquinée de don Juan 
d'iVutriche est aussi de la plus gi'ande élégance : les orne- 
ments révèlent un art adnn'rable. L'armure, plus ancienne, 
de Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, est au contraire 
de la plus grande simplicité. Indépendamment des trente- 
neuf armures ou demi-armures ex})Osées dans cette première 
salle, on y trouve encore quatorze pièces intéressantes. On 
peut signaler, entre autres, la barde du cheval de Phili})pe 
le Bon, duc de Bourgogne ; le bâton de commandement du 
mai'éclial Trivulee ; le casque et la rondache du fameux 
coniiélable de Bourbon, etc. 

La seconde salle est consacrée aux princes cl aux sei- 
gneursd'Allemagneetcontientcnmème tenqis une collection 



pholograpliieii von A. Groll (Wien, 1859, "i vol. iii-i"). — Ucbcrsidit dcr 

Kaiseiiich-Koniglicticii Amhraser-Saminliiiig iiacli ilirer (iciiiiali^en aul'stolluiig 

von Josepli Ucrginann, K. K. Uallic und Custus ((i^ édition), Wicii, 18G">, 1 vol. 
iii-li\ 



— 5!24 — 

d'armes orientales. Les armures sont au nombre de (juarante- 
iieuf. Onrcmarquccellesquiont aj^partenu aux fameux chefs 
delalig'uo proleslanle : JeanFrcdcric, électeur de Saxe; Phi- 
lippe le Magnanime, landgrave de Hesse ; Maurice, duc, 
puis électeur de Saxe. J'avais vu au Musée de Salzbourg le 
chapeau de cardinal de Mathias Lang : ici, j'ai trouvé son 
casque et sa cuirasse. Deux de ces armures de la 2'"'' salle 
ont appartenu à des personnages célèbres dans l'histoire des 
Pays-Bas : Pierre-Ernest de Mansfeldt, mort en 1C04, et 
Maurice de Nassau, l'illustre stathouder de la république des 
Provinces-Unies. L'armure de ce dernier est noire et sans 
ornements. 

Les murs et les trémcaux des fenêtres sont couverts de 
panoplies et de drapeaux. Parmi les pièces historiques, il 
faut mentionner l'épée et le casque du fameux Scanderberg, 
prince d'Albanie, mort en 14GG ; le carquois et l'arc de 
Kara-Mustapha, qui assiégea Yiemie en 1G85 ; le tomahawk 
ou la hache en silex de Montezuma, le dernier empereur 
ou chef indépendant du Mexique. Le Musée de Bruxelles 
possède le manteau, fait de plumes d'oiseaux rares, ainsi que 
l'arc et les flèches du prince dont la puissance fut anéantie 
par Fernand Gorlez. 

De la seconde salle on passe dans un cabinet rempli 
d'armes allemandes, hongroises et orientales, arcs, llèches, 
épées, arquebuses, mousquels, etc. Là se trouvent réi)ée de 
reini)ereur Maximilicn 1"', celle de Mathias Corvin, roi de 
llongi'ic, mort en 1490, et celle d'Olivier Croniwell, protec- 
teur de la réj)ublique d'Angleterre. 

La troisième salle, consacrée aux princes, comtes, géné- 
raux, duTyrol, d'Italie et d'Espagne, est })eut-ètre la plus 



— 525 — 

i'i'iiuu'<[iuil)Ii' , [lar la perfeclioii des armures. 11 y a là deux 
clicls-d'œuvre : l'aruiure milanaise du fondateur de la galerie 
et l'éblouissante armure de ])arade d'Alexandre Farnèse , 
prince de Parme. Les deux personnages sont représentés à 
cheval. 

Je dois encore signaler, dans cette salle, quelques armures 
historiques qui ont un certain intérêt pour nous. Elles ont 
appartenu à Philibert-Emmanuel, duc de Savoie, capitaine 
général des Pays-Bas de 1556 k lo59 ; au duc d'Albe et à 
l'un de ses meilleurs lieutenants, Christophe Mondragon. 

La quatrième salle contient 141 portraits à l'huile ou en 
détrempe. Authentiques pour la plupart, ils représentent les 
personnages les plus célèbres, depuis le xv" jusqu'au xviii" 
siècle. J'ai pris note des numéros suivants : 

N^G/k Philippe, iils de France, dit le Hardi (i). 

N" Go. L(; duc Jean de Bourgogne (Jean sans Peur). 

N" GG. Jacquehne de Bavière. 

■N"G7. Philippe le Bon. 

N" 47. Charles le Hardi. 

N" G8. Maximilién et Marie de Bourgogne. 

N° G9; Maximilién, plus âgé. 

N" 70. Philippe le Beau. 

N" 71. Jeanne de Castille (mère de Charles-Quint), 

N" 72. Charles-Quint. 

N"80. Don Juan d'Autriche. 

Grâce à l'obligeance de M. le conservateur , j'ai pu voir 



()) Au-dessus de ce portrait, on lit : Plie filz . de . France - di . le . hardi 
fPliilippe fils de France, dit le Hardi). Le portrait du lils de Philippe est sur- 
monté tic riiiscripliou suivante Le duc JcJi. de Iwurgongne. 

ai 



— Ô20 — 

dans Sun ciibiiicL une cullccliun non inuins inU'ressauU'. Ce 
sont égalenienl, des portraits de jx-rsonnagcs célèbres, mais 
dans de plus petites dimensions. La plupart se ratlachent à 
l'histoire d'Autrielie. Il m'a été permis aussi de feuilleter 
quelques [irécieux manuscrits provenant du château d'Am- 
bras. Enrichis de miniatures, ils sont consacrés à l'histoire 
de la chevalerie et donnent l'idée la jtius exacte des costumes 
et de l'ameublement de la lin du xV siècle. 

Mais je n'ai pas terminé la description de la galerie 
d'Ambras. Elle contient encore trois salles et plusieurs 
cabinets formant un pèle-mèle assez bizarre. Il y ^ l;i des 
objets d'histoire naturelle , des tableaux (assez médiocres , 
pour la])lupart), des antiquités, des meubles, des objets 
d'art du moyen âge , des armes, des objets péruviens et 
orientaux, etc., etc. Cet arrangement peu méthodique fatigue 
l'attention, et l'attention fatiguée, on passe trop rapidement 
devant un très-grand nombre d'objets précieux ou intéres- 
sants. Ici est la coupe de la maison de Bourgogne ; là sont 
les armes de Charles-Quint ; plus loin , les ouvrages si 
délicats, les lines sculptures d'Alexandre, Colyns , de Ma- 
lines, etc., etc. Pour émnnérer seulement les objets les plus 
remarquables, à l'exclusion des autres, il faudrait un vo- 
lume. J'aime mieux conclure en disant (pie la riche galerie 
d'Ambras contient, à certains égards, les éléments d'un 
urand musée national, d'un musée autrichien. 



I. AP.SKNAL [MI'i:iilAL. 



Non loin du IJcIvédère se trouve un des plus vastes et des 
lu> impoiiants établissements de TcMnpii-e d'.Vulrichc. C'est 



— 327 — 

lo nuiivL'l arsenal im|)éi'ial, coininencc on 184*.) cL achevé 
en 185o. Je n'ai point à décrire ce; magnifique élablisse- 
nioiU ni à parler de la fonderie de canons et de la 
nianiiracture d'armes. Je dois seulement mentionner le 
Musée liistori(iue qui est digne, à tous égards, d'une attention 
sérieuse. 

Le ]\Iusée d'armes, dans lequel on a rassemblé les 
objets historiques provenant de l'ancien arsenal et d'au- 
tres collections , est établi dans des salles ou galeries 
qui, par leur style, sont parfaitement appropriées à celte 
destination. 

Un classement méthodique a été introduit dans ce Musée 
très-riche et très- intéressant, mais moins vaste jiourtant que 
la Galerie d'Ambras. 

Dans la première salle on remarque les unifornies et les 
ordres des derniers empereurs et des plus célèbres généi-aux 
de l'Autriche, depuis Eugène de Savoie jusqu'à liadetzky. 

L'habillement militaire d'Eugène de Savoie était d'une 
grande simplicité. Il portait une fine cotte de mailles et par- 
dessus une peau de buflle. 

La galerie, où se trouvent quelques célèbres armures 
historiques, est imposante. J'ai surtout remarqué l'empereur 
Maximilien I" à cheval ; deux belles armures de Philij)pe II, 
mais principalement l'armure de parade de Charles-Quint, 
damasquinée, dorée, étincelante. 

Je pense que ces dernières proviennent de l'ancien arse- 
nal royal de Bruxelles. La liste officielle des objets qui se 
trouvaient dans le Musée des souverains des Pays-Bas 
mentionne du moins « l'armure de parade damasquinée 
d'or » de l'empereur Charles. 



— 52H 



L.\i;SENAL CIVIL. 



Lu (liilcric (VAuibnis cl rAr.xjiial iuiiiéiial nr soiil poiiil 
les seuls élablissements île Vienne (jiii eonlieiinent di'S ai'nies 
anciennes el des arniui-es. Il laul encore visiler l'anemd 
civil, siu' la place (jui poi'lc le nom de cour (aui Hof). 

Cet élai)lissenient esl égalcmenl considéraiile. On pi-élend 
qn'il renferme 10,000 armes el ai-inures de dilïcrenles épo- 
(pies. Ce chilTre ne siirjjrend plus lorsqu'on voit d'immenses 
galei'ies dont les murs disparaissent sous des panoplies , 
tandis (pi(; le sol est couvert de caisses regorgeant de l'usils. 
Mais ceux-ci sont modernes et ])roviennenl, m'a-t-on dil, 
de la garde nationale de Vienne. 

Dans les galeries dont je viens de parler, un double rang 
de mannequins repi'ésente des clievaliers autricliiens , polo- 
nais, bolièmes, cic Ils porleiit les anciens dra})eaux de la 
garde nationale ou ôcs étendards pris sur les Turcs. 

Quelques anaclironismes peuvent ciioqner, sans diminucj- 
toutefois la valeur ou l'importance d'une collection qui 
contient des spécimens très-rares ou même uniques. 

On remanpui plusieurs souvenirs inléi'essants ou curieux 
du l'anK.'ux siégt! de Vienne. Le vétéran, (pii me ser\ait de 
cicérone, appela pai'ticulièrement mon altention sur le crâne 
du grand vizir Kara-Mustaplia et sur le lacet avec lequel ce 
mirjisln; fut étranglé loj'S(]ue, après a\oir assiégé Viemie 
du lijuillel au 12 septend)re KiS."), il fut obligé de j'ejti-eli- 
dre la l'oule de lielgrade. !)u lesle, les armes orientales, 
(jiii sont iiond)reuses dans l'arsenal civil, méritent un 
examen alleiitif. 



— 529 — 

D'aulros Iropliéos doivent ("g-alomonl flallor lo palriofismn 
(les\iili'i('liioiis.,)<' (*iferai,rn(iTnu(n's,Io hiisie do rarcliidiie 
Charles siirmoulr de drapcanx français ; eolni du comie 
Wrhiia ri celui du IVId-iiinirclial j.aiidoii vih'ukiiiU's à droid; 
de drapeaux lurcs et à ii'auclie de dra]tc;iu\ prussiens. Kiilin 
je ne puis oniellr(> de nieiilioiiner un Beiue, car dans celle 
vasl(»et. inléressanle iiaiiM'ie, Tépée du feld-inaréclialCIorravI 
(tceupe une place (riionneiir. 



LE TKKSdU niPKIllAL. 

Dans une {\v> dépendances du liinr/ ou palais impérial 
se trouve le Trésor, rpi'on pourrait a])peler le Musée des 
empereurs d'Autriche. Il se compose d'une dizaine de 
salles, où sont exposés, dans des armoires vitrées, des ()hj(Ms 
iimomhrahles et du ])lus grand prix soit par leur ancienneté, 
soit par leur valeur inlrin.sèque. Telle est Timportance de 
celte colleclion qu'un examen, même su))erliciel , exige 
|)lus «l'une heure. ()r, on ne permet guère aux visiteurs 
de dépasser ce laps de temps, car l'admission au Trésor 
est nécessairement suhordonnée à certaines formalités et à 
certaines conditiiuis. 

II est assez malaisé de décrire cette grande et riche col- 
l«*ction. l)'al)ord lesohjets ne sont pas classés dans un ordi'e 
chronologicpie, et, en second lieu, aucun catalogue m- guide 
le visiteur. Les gardiens se hornenl à ajipeler soit ;itlenlion 
sur les ))ièces l(\s plus iniportantes. 

Aussi, dans cell(> grande ((uanlilé de joyaux de divers(S 



— 530 — 

époques, de chefs-d'œuvre en toutes matières, de souvenirs 
Jiistoriques, ne puis-je que signaler rapidement quelques-uns 
de ceux qui méritent une mention spéciale. 

En premier lieu, il faut citer la couronne, le sceptre, 
l'épée, le globe, la dalmatique, etc., de Cliarlemagnc. Ces 
grandes reliques , qui se trouvaient dans son tombeau 
à Aix-la-Chapelle, en furent retirées par l'empereur 
Frédéric-Barberousse , en H 05. L'authenlicilé des Joyaux 
carlovingiens , qui S(! trouvent maintenant au Trésor 
impérial, est hors de doute. Avant d'être déposés à Vienne, 
ils étaient conservés à Nuremberg. 

Je cite également la couronne, le sceptre et les ornements 
qui servaient au couronnement des empereurs d'Allemagne, 
à Francfort. Ils remontent au règne de Rodolphe II. 

Je ne dis rien des objets provenant de Napoléon l" et du 
duc de Reichstadt. Je passe également sous silence le sabre 
de Timour et le talisman de Wallenstein. J'aime mieux évo- 
quer le souvenir de Phili])pe le Bon, duc de Bourgogne, et 
deCharles le Téméraire, son fils. Le Trésor impérial possède 
la robe que revêtait Philippe le Bon lorsqu'il assistait aux 
cérémonies religieuses de l'ordre de la Toison d'or. Celte 
robe est ornée de broderies admirables et dignes du pinceau 
de Van Eyck. Le Trésor impérial ))os.sède aussi le fameux 
diamant qui, après la défaite de Charles le Téméraire à 
Granson, tomba entre les mains d'un goujat suisse el fut 
vendu par celui-ci à un marchand (h; lîerne pour 1;) lloi'ins. 

On est d'ailleurs ébloui par les diamants et les pierres 
pi'écieusesqui étincellenl dans les diverses armoires. 

Mais il faut réserver une grande attention jiour tous 
ces chefs-d'œuvre de l'art du moyen âge H de la Renaissance 



— 531 — 

(rnliqiiaircs, vases d'or ot d'argent, seiilplures, etc.) con- 
servés dans la maison dos Habsbonrcr depuis plusieurs 
siècles. 



Dans le parc du cliàteau impérial de Laxenburg , près de 
Vieime, rem])ereur François T' fit ériger, vers 1801, un 
manoir féodal, qui est la reproduction d'un château tyrolien 
du xv*" siècle. Ce manoir, qui porte le nom de Franzenshimj 
est, à certains égards, un musée extrêmement intéressant. 
C'est ])Ourquoi j'en dirai quelques mots ici. On y trouve une 
salie d'armes qui est décorée de très-belles armures du xv" 
et du xvf siècle : on y montre, entre autres, le cha])eau 
de bataille de Gharles-Quint. Les salles intérieures ou d'ha- 
bitation ne sont pas moins remarquables. Elles sont décorées 
et irieublées, selon le goût du moyen âge et avec des meubles 
remontant, pour la plupart, à l'époque de Maximilien T' 
ou de son petit-lils Charles-Quint. L'illusion est d'autant 
plus comj)lète que les verrières des lenétres et les boiseries 
du plafond et des murs proviennent d'anciens châteaux 
ou d'anciens couvents. La chapelle est un édifice de l'an 1222, 
enlevé à KIoster-Neubourg et transporté à Laxenburg 
pierre par pierre. 

Je trouve cette rejiroduction d'un ancien château féodal 
extrêmement instructive. Tout ce cpi'on voit rappelle le 
passé : tentures, meubles, bustes, portraits, vaisselle, verres 
de Bohême ou de Venise, poêles allemands du xvi" siècle 
en faïence , crédences, bancs, fauteuils, tout enfin. Cette 
résurrection du xvi'' siècle est réellement intéressante, e( , 
à mon sens, certaines parties du Franzensburg peiivcnl 



— 532 — 

rivalisoravcc les Musées Instoriqiies losplns célèbres ou les 
plus curieux. 

AvanI de quiller la capitale de FAud'iche, je dois men- 
tionner une mesure importante duc à l'initiative de IVmpe- 
l'cnr François-Jose])li. En Aulriclic, connue dans les autres 
pays où l'industrie teiul à se jjerfcclionner , on cIk^'cIio à 
tirer parti de l'archéologie. L'empereur a donc ordonné la 
fondation d'un « Musée autrichien d'art et d'industrie », sur 
le modèle du Rensinglon Muséum. Ce sera une nouvelle o[ 
grande application de l'art à l'industrie. 

Le « Musée autrichien d'art et d'industrie » doit être pro- 
visoirement établi au palais. On ajoute qu'il sera inauguré 
avant le commencement de l'hiver. 



BOHÊME. — PRAGUE. 

MUSÉE NATIOISAL. 

Ce Musée a été établi dans l'ancien palais de Nostilz. 
La salle réservée à l'archéologie est di-corée des busies 
des hommes célèbres de la Bohème. 

Le Musée de Prague, sans être très-vaste, contient des 
objets intéressants. Peut-èlre exisic-l-il wu catalogue en 
langue l{'liè(|ii('; en lout cas, je ne l'ai pas vu, cl je dois 
encore me seivii- de mes noies. 

Les antirpiilés de la Bohème oITient jilusieuis spc-cimens 
cui"ieux cl qui se rallachcnt à diverses ('porpics, pierres. 



l)ronzes, olc. Mais l'atlonlion osl surloiit appelée sur les 
souvenirs de la grande in Ile religieuse. Dans une vilrinc 
se trouvent les autograplies d<^ Jean Huss Inndé à Constanee, 
U) ('» juillet 141"), et de Jean Ziska, le reduiitahie clicr 
des Tal)orit(is. On monlre aussi le lae-siinile de la sen- 
tence (jui eondannia Jean Huss et souleva les populations 
de la Bohème. ]*lus loin, dans les panoplies rpii décorent 
les murs, on peut loucher les armures (^t les armes (entre 
antres de grands et lourds lléaux), dont les hussites se 
servirent dans leur longue et terrihic lui le. 

On remarque ailleurs des objets cpii ne se ra Hachent 
])oint à riiisloirc de la Bohème. Tel est le glaive de 
(lustavo-Adolphe (le nom du Boi est gi'avé sur la lame) ; 
t(^lle est aussi l'épée de Christophe Golomh, amiral, avec la 
date de 1491. 

]\Iais qu'est ce Musée, si on le compare à la célèbre cathé- 
drale de Saint- Vcir? L'intérieur de cette grande église, 
construite au xiv- siècle, est d'une richesse extraordinaire. 
Je ne fois pas seulement allusion au tombeau de saint Jean- 
Népomucène, entièrement d'argent. Ce monument ne ^latc 
que de 173G. Or, l'église de Saint-Veit contient, au point 
de vue archéologique, des monuments plus précieux. Citons, 
dans la chapelle de Saint-Venceslas, le casque, la cotte de 
mailles et le harnais de ce saint : ils datent de l'an 900; 
dans la chapelle de Sainle-Ludmille une croix duxiii'' siècle; 
enfin, dans celle de Sainte-Anne, un chandelier dont la 
partie inférieure (travail byzantin) est très-ancienne, sans 
provenir cependant du len)ple de Salomoii, selon la su|»po- 
silion naïve et ollicielle des marguilliers. 

La chambre du trésor est aussi d'une urandc richesse. 



— 554 — 

Là se trouvent des reliquaires, des couronnes royales, 
dos dalmatiqucs et d'autres ornements d'édisc de la plus 
lirande valeur comme œuvres d'art et comme souvenirs 
historiques. 

Parmi les anciens (ombeaux qui sont disséminés çà et Là 
dans la grande cathédrale, on remarque fout d'abord le 
mausolée des rois de Bohème. Il est en marbre de Carrare 
et il a été exécuté en 1589 par Alexandre Colyns, de Malines, 
celui-là même qui acheva Ui fanieux tombeau de l'empe- 
reur Maximilien V , à Inspruck (i). Le grand mausolée 
de la cathédrale de Prague renferme les cendres des rois 
de Bohème, depuis Ferdinand ï"', frèn^ de Charles-Quint, 
jusqu'à Rodolphe IL On remarque sur le monument les 
elïigies de Ferdinand L'', de sa femme et de leur 111s, 
l'empereur Maximilien IL 



SAXE ROYALE. — DRESDE. 

LE MUSÉF. HISTOUIQLIE. 

La plupart des riches colleclions artisti(pies et archéolo- 
giques de Dresde sont réparties entre le Musée ]u-o])rement 
dit (galerie de tableaux), le Musée japonais et h; Zwinger, 
vaste bâtiment dans le slyle du wiir sièch;. Cette réparti- 
lion n'csl |)as ('xlrèinriiiciit li('iii'(,'U.se. Les locaux soni, en 



(i) Alexandre Colin mi Colyns, m- ;i Malinos, en \'iiC>, niorl ii Insprink , 
le 17 :infif HÎJS. 



— 535 — 

général, insufiisants ou pou diiïncs des œuvres précieuses 
(ju'ils renferment. 

Le Musée historique occupe une des ailes du Zwinger, 
Ce Musée est un des plus riches cl des phis iirécieux de 
l'Europe. Quoique les ol)jct.s se rattachant à l'Iiisloire de la 
Saxe y soient en très-grand nombre et y dominent même à 
certains égards, les autres parties de l'Allemagne y sont 
également représentées. D'un autre côté, la France, la 
Pologne, l'Orient, l'Amérique ont aussi fourni leur contin- 
gent. Musée historique est donc la meilleure dénomination 
qui puisse être donnée à cette grande collection. 

Pour la décrire, même rapidement, il faudrait un 
volume (i). Je dois me borner ici à un simple aperçu. 

Le Musée est divisé en neuf galeries , partagées elles- 
mêmes en divers compartiments. L'ordre chronologique 
n'est point rigoureusement observé dans le classement des 
objets ; mais autant que possible, on les a groupés par caté- 
gories. Des meubles du xv" et du xvi" siècle remplissent la 
première salle. On y trouve le gobelet de Luther, sa petite 
armoire, présent de l'électeur Frédéric le Sage, et son épée. 
La deuxième chambre contient les armes et équipages de 
chasse des anciens Électeurs : arquebuses, fusils, cou- 
teaux, etc. Il faut mentionner, en outre, des cors en ivoire 
du XIV'' et du xv'' siècle. 

La troisième et la quatrième salle sont les plus impor- 
tantes. Elles peuvent rivaliser, à certains égards, avec la 
galerie d'Ambras. L'une est la salle dite des tournois; l'autre 



(i) Cft voliinio ;i cti- publié sous le titre de : J)er Fiihrer durch <las historhche 
Miixeiini zii Drrsûrn , son F. -A. Fronzol. I.oipzif;, hoj Woiiîol, i8"0. 



— 550 — 

esl la salle dos batailles. Elles coiiliennent runo ol l'autre 
une grande et riclie colloetion d'annes olïensives et défeii- 
sives, arrangées avec hcancoup de goût. L'aspect de ces 
galeries est imposant : les arnuires e! les bardes sont sur 
{\v<: clievanx de carlon-pieiTe, an nonihi-ç d'une soixantaine; 
les murs sont couverts, de lias en haut, d(! glaives, 
de rondaches., etc. Les armes liisloricpies al)ond<Mil. On 
remarque, dans la salle des tournois, la magnirKpK; armure 
de parade de rélecleiir Chrétien II, mort en KnSt). (Test 
un travail ilidien qui, dit -un, vaudrai! anjonrd'liui 
100,000 llialers. Dans la salle des batailles, on montre, 
entre autres, l'armure que l'électeur Jean-Frédéric portait à 
la bataille de Miihlberg (L'j/p7j; rariiun-e qni ne put ))rolé- 
ger l'électeur Maui'ice lorsqu'il l'ut mortellement blessé jirès 
de Sieversliausen (15y5); la cuirasse de Gustave- Adolphe; 
les bâtons de conunandement de Tilly et de l*apenheim ; 
la colle de mailles, le bâton de commandement et le sabre 
que Jean Sobieski, roi d(î iNtlogni', porlait devant Vienne 
en 1085. 

Dans la salle qui suil, on trouve! une précieuse collection 
d'armes à feu, depuis leui- invention jusqu'aujourd'hui. J'y 
ai vu, enli'e autres, des canons se chargeant par la culasse» 
et porliuil les d;iles de LSIO el de L'ilG. Je traverserai 
assez ra])idement la sixième chanibr(\ (pii contient les objets 
de parade employés sous le règne d'Auguste il, pour 
signaler la galerie suivanle, dont les Saxons sont liers à 
jusie lili'e. On s;iit (pu' réiecleiir ,le;m-(leoi"ge !II étnit 
accouru, comme Sobieski, au secours de Vicmie, assi(''g(''e 
par les Turcs en 1(')(S5. Ceux-ci ayant ('h' v;iincus dans la 
HK'morabN' balaillc du !':2 sepleiiibri', ri''Jecl*Mn' eiil, pour 



.)-)/ 



sa pai'l, ilii Ijuliii, la loiilf du uraïul vi/ir Kara-Altisla|tlia, 
sans parli'i' (rai'incs j)n''('i(Mis(\s cl. iVaud'cs objets. Ces 
Iropliécs (11' la bravoure sa\i»nu(3 sonl encore c.\|ioscs au 
Musée hislorique. 

Je Iraversei'ai rapideiiieii! aussi la chaïubre indicintc, (|ui 
reureruic des armes el des iisleiisilcs de Bonico el d'aulres 
contrées transatlantiques. Pour terminer eet. a|)ei'ru , je 
signalerai })lulùl la neuvième eliambre ou salle de j)arade 
(jui rappelle surtout, par diver.s objets de la ])lus grHnd(^ 
i-icliesse, le règne do l'électeur Auguste II conunc roi de 
Pologne. On y trouve, en outre, réj)ée de Pierre le Grand, 
celle de Charles XIÎ et, le manteau impérial de Napoléon l'''. 

En résunié, ce Musée donne la plus haute idée du goût 
des anciens électeurs de Saxe, de la s]>lendeur de leur Cour, 
et de la sollicitude patrioti(iue avec laquelle sont conservés 
tant de souvenirs si honorables ou si glorieux pour le pays. 



MUSEE DES l'OUCELAir^ES. 

Sur la rive droite de l'Elbe, dans la Neustadt, on trouve 
\c palais du Japon, appelé d'abord palais hollandais. L'inscrij)- 
liou suivante est gravée sur la façade : 



^fuseiDii uhui pnblico pulviis et 
Trcs Aitijusii comlidcruuL 



Ces trois Auguste sont : Krédéric-Augu^lc [" \ (pii acheta 
le ])alais et qui en lit sa résidence d'été; Frédéric-Auguste II, 
qui le coiujtléta, et Frédéric-Auguste III, qui lui domia sa 
destination actuelle. On prétend (pie l'intention de ce der- 



— 538 — 

nier ctail de faire décurer i-l reiuplir eiilièi'euieiil de pureu- 
laiiies toutes les pièces du vaste édilicc; mais il n'eut i)as le 
temps de réaliser ce ]irojel. 

Actuellement le palais japonais contient plusieurs collec- 
tions différentes. Le Musée des anticiues est au rez-de- 
chaussée ; la Bibliothèque royale au ])remier et au deuxième 
étage, et la coUeclion des j)orcelaines dans le suutei-rain. 

Ce n'est point là un local convenal)le i)Our une des plus 
riches collections de l'Europe. En effet, les dix-neuf salles 
du souterrain dont il s'agit renferment 600,000 i)ièces. 
L'inventaire manuscrit se compose, dit-on, de cinq volumes 
in-folio. Il est impossible de décrire ici une collection aussi 
considérable. Bornons-nous à dire qu'elle contient les plus 
beaux spécimens de la céramique, depuis les premiers essais 
de porcelaine saxonne par Boettiger jusqu'aux magnifiques 
l)roductions de la fabrique nationale de Meissen. Puis 
viennent les porcelaines de Sèvres, et, dans des salles 
distinctes, les chefs-d'œuvre de la Chine et du Ja])on. Le 
classement laisse peu de cliosc à désirer : il a pour base 
l'ordre chronologique. 

« Ce Musée, unique dans son genre, dit un juge compé- 
lent, renferme, outre ses porcelaines de la Chine et du 
Ja|)on, une colleclion nombreuse de toutes sortes de ])ote- 
ries, faïences et porcelaines européennes, formant pour ainsi 
dire un cours hisloi-ique de toute la céramique. Le Musée de 
Sèvres seul peut rivaliser pour cette bi-anche de sa collec- 
tion avec celui de Dresde. » 



Le [lalais japonais contient aussi le Musée des antiques, 

Anlih.'ii-Scuninluiif/ ou Ani/uslfum. Ces colleclions diverses 



— 059 — 

remplissent douze salles du i-cz-dc-chaussée, doiil ucul soiil 
eonsaerées aux chels-d'œuvrc de la staluainî. La dixième 
salle contient des spécimens très-intéressants des antiquités 
de l'Egypte et de Rome. Les vases grecs et étrusques 
enriciiisscnt la salle suivante. Viennent enlin des antiquités 
allemandes, au nombre de plus de sept cents pièces : vases, 
glaives, haches, lampes, statuettes de bronze, ornements 
divers, tibules, etc. La plupart de ces objets ont été trouvés 
dans les limites du royaume actuel de Saxe. Quelques-uns 
sont précieux. J'ai remarqué, entre autres, plusieurs urnes 
d'une forme très-rare. 



LE TRESOR DES ROIS DE SAXE. 

( 1. E (i II U E N E G E W OE I. U E. ) 

Cette collection d'objets d'art et de raretés forme cerlai- 
nement la partie la plus intéressante de l'antique château des 
rois de Saxe. Elle attire, avec raison, les étrangers. C'est un 
spectacle féerique , à certains égards, que ces huit salles 
remplies de joyaux, de bijoux, de vaisselle d'or, de cristaux, 
de bronzes , d'ivoires , enlin de tous les objets rares et pré- 
cieux qui, pendant trois siècles, se sont accumulés dans le 
Trésor de l'ancienne maison électorale. Aussi considérable 
peut-être, quoique moins remarquable sous le rapport 
archéologique, cpic le trésor impérial de Vienne, la collec- 
tion de Dresde justifie son renom européen de richesse et 
de splendeur. 



— r>4() — 

l)\)ù \i{'iil et' iHtiH de Gruiic (jeirol//e'! l*oiil-ùlrc do lu 
coulfMir vcrlc des aniioirios de la S;k\(î ; pcut-ùd'c ;ui.ssi d(j 
la couleur priniilivc des ehainbirs où le Irésor étail déposé. 
Eli (eut cas, celle déuominalion esl eu usage depuis 1010. 

Quaul au cabinet lui-même, il dut son exislence à l'élec- 
tcui' Auguste, qui gouverna la Saxe' de 1").")3 à lo8G. Ce 
cabinet s'accrut sous les successeurs d'Auguste, nolanniient 
sous Jean-George I" (IG! l-liKiC)) et sous Jean-George III, 
l'auxiliaire de Jean Sobieski devant Vienne, lient, je l'ai 
déjà rappelé, une grande part aux dépouilles des Turcs. J'ai 
signalé les trophées conservés au Musée historique; mais les 
armes les plus riches sont déposées au Trésor royal. 

Frédéric-Auguste II, élecleur de Saxe et roi de Pologne 
(1004-1755), ('ntj'('j)rit de donner i)liis d'imj)orlançe encore 
h la collection qu'il tenait de ses aïeux. Il l'enrichit de vases 
en vermeil et en cristal de roche, sans parler d'une inlinilé 
de curiosités ; il acipiil de mènic les ceuvres prnicij)ales de 
Dinulinuer, orfèvre et émailleiir célèbre du xvin' siècle. 
Frédéric-Auguste II lit ensuite classer les o!)j(3ts de sa col- 
lection dans liuit salles différentes, qui furent décorées avec 
le j)lus grand luxe. Or, ces salles sont encore aujourd'hui 
ce qu'elles étaient sous Auguste le Fort. 

Bien (jue les armoires viti'ées du Crime (îeiculùe renfer- 
ment des spécimens de la Kenaissanc(3, ce n'est |)oi]il celte 
épot|ue (pii prédomine. Les diverses séries d'objets donneiil 
plutôt ime haute idée du luxe (pii caractérisait le siècle de 
liouis XIV; elles témoignent aussi de la décad<Miee de l'ai'l 
et du giHÏl au xviU'' siècle. 

ComiiK! je r;ii (lit, le Crinte (îcicol/jc s(! conq)Ose de 
huit s;illes, dans l'ordre suivant : i. lii'onzes. H. Ivoires. 



— 541 — 

m. Mosai(|ucs, éiiiuux, etc. iv. Vaisselle d'or, d'argeiil et 
de vermeil, cle. v. Vases de pierres dures el de cristal 
déroche; i)ierres gravées, vi. Perles et bijoux, vu. Insignes 
du sacre des rois de Pologne, électeurs de Saxe ; sculptures 
en bois. viii. Salle du trésor; chefs-d'œuvre d'orfèvrerie 
de Dinglinger ; armes précieuses; ordres de chevalerie et 
décorations de famille, etc. 

Tous ces objets ont été décrits dans un ouvrage spécial 
auijuel je puis me référer (i). 

La collection du Griine Geioolùe est un fidéicommis de 
la famille royale et doit rester dans le pays, selon le texte 
delà constitution. On évalue à trois millions de thalers la 
valeur réelle de la collection; mais on a raison d'ajouter 
qu'une appréciation, même approximative, est difiicile. 



MUSEE SAXO^. 



Dresde possède aussi un « Musée d'objets d'art national 
du moyen âge. » Il a été fondé sous les auspices du roi 
Jean I''", lorsque ce prince, zélé protecteur des études 
historiques et archéologiques, était encore héritier présomptif 
de la couronne. Le Musée saxon est même établi dans un 
des palais royaux. Il occupe le rez-de-chaussée du palais 
du Grand-Jardin. 



(i) Le Griine GewOlbe a Dresde, ou trésor royal d'objets précieux par 
A. B. de Laudsber;,', direetcur au trésor. G' édition. Dresde, 1801, iii-8" do 
92 pages. 



Peut-ùlre ii'esl-cu là qu'un local provisoirt' ; car la collcc- 
liou, très-incomplète encore, doil nécessairement s'accroilre. 
Du reste, elle est imparfaitement classée et dépourvue de 
catalogue. 

Les objets sont ranaés, un peu pèle-mèle, dans sept 
chambres assez arandcs. Ils consistent en antiquités romai- 
nes et germani(iues, trouvées dans la Saxe, mais surtout en 
meubles ou ornements d'église. 

Parmi les monuments germaniques, on j'emarque une 
espèce de pyramide décorée d'un bas-relief très-grossier. 
Quelques objets du moyen âge sont également dignes d'at- 
tention. Il faut signaler, entre autres, des fonts baptismaux, 
en pierre, du xi", du xii' et du xiv'' siècle ; deux dalmatiques, 
l'une de la fin du xT siècle et l'autre du xiii''; plusieurs beaux 
retables du xiv" et du xv' siècle; des portraits historiques; 
un sépulcre en bois, fort curieux, de l'année 1480, etc., etc. 
Une des vitrines mérite une attention spéciale. Elle ren- 
ferme les em])reintes des sceaux les plus remarquables qui 
ont appartenu aux villes et aux monastères de la Saxe, 
depuis Louis le Germani(|ue. Elle contient aussi des diplô- 
mes, des missels, d'anciens documents historiques, et, entre 
autres, une indulgence signée Tetzel. 

En résumé, on peut considérer les objets rassemblés dans 
le palais du Grand-Jardin comme les premiers éléments d'un 
Musée saxon. 

Il n'est pas inutile de constater (pie, dans toute l'Allema- 
gne, les portraits historiiiues proprement dits et les monu- 
ments les plus intéressants de la sigillogra])hic font jiarlie 
des Musées nationaux. Les premiers sont comme rillus" 
tration de ces musées, les autres sont des monuments 



— 343 — 

aivhcolugiqucb (lui jcllciil le plus grand jour suj- lo moyen 

îliïO. 



Je lorniincrai ici ce premier rapport, sans mo dissimuler 
les lacunes cl les im))erfectionsdc mon travail. Mais, quelles 
(jue soient ces imperfections, je crois pouvoir attribuer à cet 
exposé une certaine valeur comme document à consulter. 
Je n'ai point d'autre prétention. J'ai seulement essayé de 
grouper, pour la première l'ois , et de décrire brièvement 
(pielques-unes des principales institutions archéologiques 
de l'Allemagne. 



Le eonscrvaleui' du Musée royal d'aiiliquités, 
crannures et d'artilloiie, 



Th. Juste. 



NOTICE IIISTORIOUE 



SUR 



L'ORIGINE ET LES ACCROISSEMENTS 



MUSEE DE BRUXELLES, 



»oî»;c 



C'est une oi)inion généralement accréditée que le Musée 
de Bruxelles doit son existence à l'arrêté du 14 fruclidor 
an VIII, qui décréta la formation de quinze collections de 
tableaux dé|)artemen taies dans les villes de Lyon, Bordeaux, 
Slrasboui'u', Bruxelles, Marseille, Rouen, Nantes, Dijon, 
Toulouse, Genève, Caen, Lille, Mayence, Rennes et Nancy. 
Cette opinion est cependant en contradiction manifeste avec 
les faits, ainsi qu'il nous sera facile de le démontrer. L'ad- 
niiiiislralion hicalc de Bruxelles avail |)ris, loniilenips avant 



— un — 

la publication de cet arrêté, l'initiative de la création d'une 
galerie publique dont elle possédait les éléments , ce qui 
était fort heureux pourelle, attendu que la part qui lui échut 
dans la distribution des tableaux tirés des magasins du 
Louvre et de Versailles était loin de suffire, comme on le 
verra plus loin, à former une collection qu'on pût décorer 
(lu nom de musée. 

Lors de l'invasion de la Belgique par les armées fran- 
çaises, en 1794, les commissaires républicains enlevèrent 
des couvents supprimés et des églises tout ce qui s'y trou- 
vait d'objets d'art. Les œuvres des grands maîtres de notre 
école furent expédiées par eux à Paris; celles qu'un nom 
célèbre n'avait point signalées à leur attention furent lais- 
sées à Bruxelles, où la totalité des tableaux et des morceaux 
de sculpture enlevés aux différentes localités de nos pro- 
vinces avait été transportée. Des dépôts de ces tristes débris 
avaient été établis en plusieurs endroits , notamment à la 
Chambre des comptes et dans une partie des bâtiments de 
l'Orangerie. Dès l'année suivante, en 1795, l'idée vint à 
l'administration locale de Bruxelles de se servir des tableaux 
dédaignés par les commissaires républicains, pour former 
une collection dans laquelle les jeunes artistes trouvassent 
(les moyens d'instruction et qui put offrir quelque attrait aux 
étrangers. Le promoteur de cette idée fut La Serna Santan- 
der, homme instruit, actif, plein de zèle pour le progrès des 
sciences, des lettres et d(3s arts, qui fut le véritable fonda- 
teur de la bibliothèque publique de Bruxelles et qui donna 
le plan d'un musée national. Ce fut à cet homme distingué, 
dont on ne saurait trop honorer la mémoire, qu'on dut de 
ne pas voir périr, dans les magasins où ils étaient accu- 



— ÔK) — 

mules, les livres et les tableaux abandonnés par les com- 
missaires français. Voici en quels termes s'exprimait 
M. Malaise, un des conservateurs du Musée, dont il sera 
parlé plus loin, dans un rapport adressé à l'autorilé admi- 
nistrative sur l'origine du dépôt dont la direction lui était 
confiée : 

« M. de La Serna ne se borna point à organiser la Biblio- 
llièque ; secondé par qu(;lques amis des arts et des sciences, 
il proposa successivement la création du Musée, du Jardin 
des plantes et du Cabinet d'histoire nalurello. Les tableaux 
qui existaient dans les bâtiments de I;i Cbandjrc des comptes 
et dans les locaux de l'Orangerie de la cour composèrent 
le fond de la collection. Ils avaient été réunis par les soins 
de M. Janssens, Tous provenaient des anciens couvents des 
Pays-Bas et des cabinets des personnes réputées émigrées. 
La suppression des corporations et des corps de métiers en 
augmenta le nombre. Les agents de l'administration supé- 
rieure expédièrent sur Bruxelles environ sept cents tableaux, 
plus quebpies statuts et d'autres objets d'art. » 

La Serna avait donc conçu le plan de la création du Musée; 
mais, absorbé ])ar les soins que réclamait l'organisation de la 
Bibliothèque, il ne pouvait pas s'occuper du soin de sa réa- 
lisation. C'est une mission qui échut à Bosschaert. Il nous 
semble convenable de consacrer ici quelques lignes à cet 
homme distingué, dont N.' nom se lie intiineineiil ;i l'histoire 
(l(î la fondation du Musée de Bruxelles. 

Né à Bruxelles, en 17.')7, et appartiMianl à un(î fiunille 
honorable, Bosschaert lit de boinies éludes et obtint le 
diplôme de licencié en droit, i.e coiiile de Cobenzl , aïKjiiel 
il (Ml! rocciisjoii (r(''lre ])r(''S(Mil<'', le prit jjoiir s(>er(''l;iire et lui 



— 547 — 

fît visitnr siiroossivomonl la Franco, l'Anglolcrrc el l'AIIe- 
mao-no, en vue d'inlrodiiiro dans dilTérents scrvicos publics 
do la Bolgiquo les amôlioralions que ])our'i'aient suggérer les 
renseignements recueillis par ses soins à l'étranger. On vit, 
en elïet, plus lard, appliquer les idées do Bosschaert sur la 
liberté du commerce des grains, ainsi que ses plans pour 
l'encouragemenl de l'industrie. 

A la mort de Gobenzl, Bosscbaert quitta les affaires publi- 
ques. Porté par instinct vers la culture des beaux-arts, il 
étudia la peinture sous la direction d'André Lens et fit des 
))rogrès assez rapides pour devenir, en assez peu de temps, 
capable d'exécuter des copies de tableaux de Rubens des- 
tinées à des églises. Il passe pour avoir aidé Lens dans la 
rédaction de son Traité sur le costume des peuples de 
rantiquité. 

La compétence de Bosschaert en matière d'art était assez 
bien établie pour qu'en 1782 M. d'Angevillers, surintendant 
d(^s bâtiments de France, avec qui il était en correspon- 
dance, le chargeât de faire à Munich des acquisitions de 
tableaux pour la galerie de Versailles. Sous Joseph II, Bos- 
schaert reçut une mission qui le préparait, en quelque sorte, 
à celle qu'il devait être appelé à remplir plus tard comme 
organisateur du Musée de Bruxelles. Il l'ut chargé de clas- 
ser les tableaux des couvents supprimés et de vendre ceux 
qu'il considérerait comme indignes de figurer dans les col- 
lections de l'Etat. Malheureusement Bruxelles n'avait pas , 
à cette époque, de galerie; ce qu'on appelait les collections 
de l'Elat, c'était le musée de Vienne, et bien des chefs-d'œu- 
vre qui faisaient la gloire de l'école flamande nous furent 
enlevés pour enrichir, à nos dépens, la galerie du Belv('>- 



— 548 — 

dère. En 1791, Bosscliaert visita l'Italio; il séjourna à Flo- 
rence, à Rome, à Venise, et ce voyage fut en quelque sorte 
le complément de son éducation d'artiste. 

Tel était l'homme à qui l'autorité locale confia le soin de 
présider à l'organisation du Musée. Il précise lui-même 
l'époque à laquelle la création de ce dépôt fut résolue, dans 
une note qui se trouve parmi les nombreux écrits de sa main 
conservés aux archives de la ville et qui est ainsi conçue : 
a L'administration centrale s'est occupée, dès l'an iv (179o), 
de faire rassembler, dans le local de l'Ecole centrale, les 
tableaux restants des maisons religieuses supprimées. Son 
but était de procurer aux amis de l'art un faible dédomma- 
gement des pertes que l'enlèvement , sans exception , des 
objets les plus précieux, à l'entrée des armées républicaines, 
avait fait subir à la Belgique. » 

Bosscliaert se mit activement h l'œuvre, mais le premier 
travail qu'il avait à faire était long et délicat. Tous les 
tableaux entassés dans les locaux de la Chambre des comptes 
et de l'Orangerie n'étaient i)as des chefs-d'œuvre; il s'en 
trouvait beaucoup de médiocres (;t beaucoup aussi d'abso- 
lument mauvais, auxquels on ne pouvait i)as accorder l'hon- 
neur de figurer dans un Musée. Il fallait, avant tout, faire 
un triage, procéder par voie d'élimination, pour former le 
fond d'une collection respectable. Peut-être Bosscliaert ne 
se souciait-il pas de prendre seul la responsabilité de celte 
opération. Quoi qu'il en soit, l'administration centrale 
nomma un Jury pour le seconder dans le tra\ail de classe- 
ment. 

« Considérant, était-il dit dans l'arrêté, (jue dans le 
grand nombre d(^ tableaux il s'en trouve qui ne mérileitl ))as 



— ô/(.0 — 

d'étro consorvés pour lo Miiséo, cl qiio le moyen 1(^ pins pro- 
pre de s'assurer qu'aucun bon tableau ne soit mis au rebut 
est de confier cette opération à un jury composé d'artistes 
et d'amateurs, arrête : 

» Article 1". Un jury composé de neuf membres fera le 
triage des tableaux déposés à l'Ecole centrale. Ses Ibnclions 
seront gratuites. 

» Art. 2. Sont nommés membres de ce jury les citoyens : 
Lens aîné, peintre ; François, peintre, professeur à l'École 
centrale; Janssens, sculpteur, membre du jury des arts; 
Foteyil, rentier; Debiefve père, rentier; Le Roy, peinire; 
Marneffe, marchand de tableaux; Thys, restaurateur de 
tableaux; Bosschaert, peintre, 

» Art. 5. Le jury mettra au rebut les tableaux indignes 
d'être placés dans le Musée et qui, sous aucun rapport, ne 
peuvent servir à l'instruction ou à la curiosité publique, soit 
comme monument d'antiquité ou d'histoire. 

» Art. 4. Un tableau ne pourra être rebuté que par 
décision du jury , composé de la moitié phis un de ses 
membres. 

» Art. 5. Il sera fait un inventaire des tableaux jugés 
dignes d'être conservés. Ils y seront classés suivant leurs 
genres distinctifs, que le jury pourra, s'il le juge convenable, 
subdiviser en plusieurs classes , pour distinguer le mérite 
relatif des tableaux. 

» Il sera ftiit également un inventaire des tableaux mis 
au rebut. » 

Dans la lettre adressée aux membres du jury pour leur 
faire part de leur nomination, il était dit : « La formation 
d'un musée près de l'École cenlrab^ est désirée depuis long- 



— r,5o — 

lomps par les amis des arts, et nous sommes persuadés qu'à 
ce titre vous remplirez avec plaisir une tàehe qui doit en 
préparer rétablissement. Des ])roiirès ))lus rapides dans 
l'instruclion et une nouvelle jouissance i)rocurée à vos 
concitoyens sont la douce récompense qui couronnera vos 
travaux, » 

Les membres du jury acceptèrent tous le mandai qui leur 
était donné. Comme détail des mœurs du temps, nous con- 
signerons ce fait qu'ils adressèrent une pétition à l'autorilé, 
à cette fin d'èlre exemptés du logement militaire, pour pou- 
voir se livrer activement à leurs travaux , et que ce qu'ils 
demandaient leur fut accordé, parce que leurs fonctions 
étaient gratuites. C'est que c'était, à cette époque, une 
lourde charge pour les habitants que celle des logements 
militaires! 

L'arrêté que nous venons de citer, et qui porte la date 
de 1797, établit bien nettement (pie la foi'mation d'un Musée 
à Bruxelles était décidée longtemps avant que l'institution 
des galeries départementales ïùl décrétée par le |)remier 
consul, sur la proposition du ministre Chaptal. Peu de 
temps après, Bosschaert fut nommé conservateur de ce 
Musée. 

Le jury institué par l'administration locale se mit en de- 
voir d(M'emplir la lâche qui lui avait été confiée. Il s'v con- 
sacra avec zèle; mais nous n'oserions pas allirmer qu'il ait 
toujours pris ses décisions avec disc(>rnement et en pleine 
connaissance de cause. Nous avons, au contraire, de fortes 
raisons de croire qu'il subit involontairement l'inlluence des 
prijugés de son teni|)s et que ces préjugés lui firent com- 
niclln' des erreur-; don! jec; miiles fiii-etil des ])lii>^ funestes 



— ôol — 

pour le Muséo. L'admiiiislralion avait été inspirée par une 
juste appréciation dos clioses, on disant dans son arrêté (pio 
les tabl(^aux mis au rebut seraient ceux qui ne pourraient 
pas servir à l'instruction ou à la curiosilé publique, ou qui 
ne seraient pas considérés comme des monuments d'anti- 
quité ou d'bistoire. L'idée exprimée dans ce dernier membre 
de pbrase semble loute naturelle de notre temps; mais il 
est extraordinaire de la rencontrer dans un document admi- 
nislratif de cotte époque. Celui qui songeait à consacrer, il 
y a soixanle-dix ans, la valeur liistorique des objets d'art, 
était en avance sur ses contemporains. La preuve, c'est qu'il 
ne fut pas compris des artistes mômes auxquels il s'adressait 
et qui n'observèrent que médiocrement ses sages recomman- 
dations. 

On ne comprenait pas, à la lin du siècle dernier, qu'une 
reuvre d'art pût être précieuse à d'autres titres que ceux qui 
résultent de l'application de certaines règles considérées 
comme les meilleures à un moment donné; on ne compre- 
nait pas qu'il y eût pour un tableau, pour une statue deux 
sortes de mérite, l'un absolu, l'autre relatif cà l'état général 
des connaissances techniques dans le temps où vivait l'ar- 
tiste auteur de ce tableau ou de cette statue. Il est vrai que 
de nos jours c'est le mérite absolu que de certaines personnes 
contestent, en méconnaissant, en niant même les lois fonda- 
mentales du beau. Chaque époque a ses travers. Quoi qu'il 
en soit, les maîtres primitifs n'étaient point en crédit à la fin 
du siècle dernier. Mensart et Descamps, dans les descrip- 
tions qu'ils ont données des objets d'art que possédaient en 
si grand nombre les églises et les monastères de nos pro- 
vinces, daignent à peine ciler quelques-unes des (ouvres 



— 5o2 — 

capitales des maîtres de l'ancienne école. Bossehaert et ses 
collègues lémoignèrent également, comme nous en fourni- 
rons bientôt la preuve, peu d'estime pour les curieux monu- 
ments des premiers âges de la peinture llamando. En même 
temps qu'il était conservateur du futur Musée, Bossehaert 
remplissait les Ibnclioiis de directeur de l'Association de 
peinture, sculpture et architecture ; en faisant le choix des 
tableaux destinés à former la galerie i)ublique, il n'avait 
qu'une pensée, ainsi qu'on le voit dans une foule de passages 
de ses rapports ofliciels et de sa correspondance : c'était de 
conserver des tableaux (jui lussent de nature à ])ouvoir 
servir à l'instruction des élèves. Il semblait ignorer qu'un 
Musée doit, autant que possible, présenter dans son ensem- 
ble l'histoire de la peinture représentée par des œuvres 
caractéristiques de toutes les époques. Son erreur à cet égard 
n'est pas une supposition ; des faits consignés dans la suite 
de cette notice le démontreront d'une manière irrécusable. 
Il est de toute évidence pour nous que la collection des 
tableaux de l'école primitive que possède le Musée de 
Bruxelles, bien que déjà fort intéressante, aurait pu être 
beaucoup plus riche encore, si le jury chargé d'opérer le 
triage des objets d'art provenant des maisons religieuses sup- 
primées avait rempli sa tâche avec j)lus de discernement 
et se fût conformé aux recommandations contenues dans 
l'arrêté de l'administration locale. 

Vers la lin de 171)7, le jury avait tcnniné ses opéj'ations, 
et Bossehaert avait rédigé un inventaire général des objets 
d'art contenus dans les dépôts où ils étaient entassés d(*puis 
leur arrivée à lîruxelles. Nous avons eu entre les mains une 
copie (le cet inventaire, qui nous a (''t('; d'une grande nlilil('' 



— -roo — 

|)(»ur cuiislalci' la i»ro\ ciiaïux' iruii ciu'laiii nombre tic 
tableaux. Toules les fois iiiie iiosscbéierl a )>u se procurer 
un reiiseii;iieiiieiil jH-écis sur l'origine de l'un des ol)jels d'art 
qui passaient entre ses mains, il l'a soigneusement consigné; 
mais il eu est beaucoup, mallieureusemenl, sur lesquels il 
n'a j)as obtenu et n'a i>u nous transmettre d'indications de 
ce genre. L'inventaire général des tableaux comprend treize 
cent et un numéros. Plusieurs tableaux étant souvent réunis 
sous le même numéro, on peut |iortcr à environ quinze cents 
le nombre total des toiles et des panneaux que renlérmaiimt 
les magasins dont le contenu avait été examiné par le jury 
et inventorié par Bosschaert. 

L'administration locale avait fait transporter dans les bâti- 
ments de l'Ancienne Conr les tableaux déposés d'abord à la 
Chambre des comptes et à l'Orangerie, et c'était là que devait 
s'ouvrir le; Musée. Bosschaert se plaignit de l'insulïisance des 
locaux assignés au dépôt considérable ((ui lui était confié. 
Ce dépôt avait reçu de nouveaux accroissements. L'autorité 
avait fait faire de nouvelles perquisitions dans les maisons 
religieuses supprimées, afin d'en retirer les objets d'art que 
les commissaires républicains pouvaient y avoir laissés lors 
de leur première tournée. Ainsi que l'écrivait Bosschaert à 
l'administration : « On s'est assuré que tous les tableaux des 
grands maîtres avaient disparu ; mais ceux de la deuxième 
et de la troisième classe se sont trouvés en grand nombre , 
et comme la plupart sont de grandes compositions exécutées 
pour des églises, la nécessité d'avoir un vaste local est 
deveime impérieuse. » 

Ce local, Bosschaert crut l'avoir trouvé dans l'église des 
Jésuites. Il proposa de faire enlever de cet édifice les é(iui- 



peniciils inililaircs <iui y cUiiciil déposés, pour y Iransporter 
les ol)jc(s d'art accuniulcs dans les salles derAncienne Cour. 
Il élail d'aulaiil plus indispensable, ajoutait-il, de prendre la 
mesure (pi'il sollicilail, (pic la vente du mobilier des paroisses 
de la conniiune allait avoir lieu, et que, les tableaux , les 
statues, les bas-reliefs, etc., de ces éiiliscs ayant été accordés 
,'iu Musée, il fallait avoir un emplacement propre à les 
recevoir. 

La demand(î de Bosscbaert fut prise en considération. Il 
fut autorisé à aller avec un arcbitecte visiter réglise des 
Jésuites, pour s'assurer du parti (|u'on en pourrait tirer. 
Toutefois il paraît rpie la combinaison rencontra des dilll- 
cultés. Elle fut abandonnée, et, peu de temps après, Bos- 
schaerl, a]»puyé par La Serna et i)ar les membres du jury des 
arts, demanda l'église des Minimes en remplacement de celle 
des Jésuites. Il ne fut pas plus heureux dans cette seconde 
négociation que dans la première. Bon gré mal gré, il fallut 
(pi'il se contentât des bâtiments de l'Ancienne Cour et qu'il 
trouvât le moyen d'y organiser le Musée, tout en conservant 
le dépôt des tableaux considérés comme indignes de ligurer 
dans la collection publique. Il i)arait que la pénurie des locaux 
est à Bi'uxelles un mal cbronicpie; on a même été quelque- 
fois t('nl(' de croire (ju'il était incurable. 

Le résultat des pi'cmières o|térations du jujy avait été un 
choix d'environ cent tableaux jugés dignes de ligurer dans 
l<; Musée. Toutefois Bosscbaert convint, dans le l'appoi'tcpi'il 
adressa à l'autorité, que des œuvres de mérite pouvaient 
avoir échappé aux rcclierches de ses collègues, attendu que, 
les toiles étant entassées les unes sur les autres, on n'avait 
pu |irocéder que très-dillicilement à leur examen. «Il n'a 



.)0.) 



été l'ait aucune luontiou des antiiiucs , ajoutait Bosschacrl, 
par la raison que la plupart do cos tableaux sont très-médio- 
cros el ne rempliraient pas même le l)u(, qui serait de rap- 
peler le eommenc(Miient et les })rogrès de l'art. » Ce que le 
conservateur du futur Musée appelait les antiques, c'étaient 
les tableaux des peintres antérieurs à la seconde moitié 
du \\f siècle. L'expression , tout impro])re qu'elle lut, 
resta, et l'on s'en servait encore naguère pour désigner 
les œuvres de nos vieux peintres. Cette phrase trahit les 
pré^'ugés de Bosschaert; elle atteste que, tandis qu'il se 
montrait, d'une part, plein de zèle pour les intérêts de 
rétablissement dont les destinées avaient été remises entre 
ses mains, il le desservait, d'un autre côté, par esprit de 
système. 

Ces antiques, dont il avait cru ne devoir faire aucune 
mention, forment une des parties les plus intéressantes du 
Musée. A la vérité, des acquisitions récentes ont beaucoup 
accru l'importance de notre collection de tableaux des an- 
ciens maîtres ; mais, si l'on veut accorder quelque attention 
aux indications de provenance données dans le catalogue, 
on verra que la série des productions de notre vieille école 
llamande s'est trouvée très-riche et très-intéressante, le jour 
où l'on a bien voulu les tirer de l'obscurité à laquelle les 
avaient condamnées d'injustes préventions. 

A}U'ès avoir dit que ce qui restait de tableaux dans les 
magasins ne pouvait, à l'exception d'un très-petit nombre, 
servir à la formation du Musée, Bosschaert ajoutait qu'on 
réaliserait, en les vendant, une assez grosse somme qu'on 
emploierait utilement à faire restaurer et encadrer ceux 
qui avaient été choisis. Celte proposition ne fut point 



— ôoC) — 

accueillie, Jieureuseiiieiil ; mais nous verrous plus larcl ([ue 
l'aulorilé ne suL pas toujours résister à des ouvertures de ce 
liciire. 

Non-seulement l'autorité locale avait pris l'initiative de la 
création du 31usée de Bruxelles longtemps avant qu'il lut 
question, à Paris, de former des collections départementales; 
mais encore des sollicilations fui-ent adressées au gouverne- 
ment, àl'elîet d'en obtenir ce que Chaptal accorda plus tard 
à quinze grandes villes. Il est permis de supposer que les 
demandes que ce ministre reçut de Bruxelles ne furent pas 
sans influence sur la conception du plan des collections 
départementales. En 1798, Bosschaert faisait parvenir à l'ad- 
ministration la copie d'une lettre adressée au ministre par 
le jury du déi)artement de la Dyle, touchant diftërentes (jues- 
tions de son ressort, et dans laquelle la cause du Musée de 
Bruxelles était plaidée chaleureusement. Le jury commen- 
çait i)ar rappeler qu'à l'entrée des armées réi)ublicaincs en 
Belgique, des commissaires nommés pour la recherche des 
objets d'art et de science avaient enlevé tout ce qui se trou- 
vait dans ce pays. « L'école flamande, jadis si célèbre, est 
dépouillée des productions de ses meilleurs maîtres. 11 ne 
reste plus, pour servir à l'instruction publique, un seul 
tableau deRubensnideVan Dyck. Daignez, citoyen, donner 
à notre sol les productions (pii lui sont nécessaires. La 
iKiture, de tout temps, l'avait destiné à la culture des arts. 
Vous ne j>crmettrez pas que l'abandon et la stérilité prennent 
la ])lacc des moissons abondantes (|ue cette terre, vivifiée 
par 1(; génie bienfaisant de l'enseignement, peut ])roduire 
encore. » Ainsi s'exprimait le jury dans sa lettni au minis- 
tre. Mettant à part l'emphase du style, qui était un travers de 



— 357 — 

l'époque, on no pciiL nier qu'il n'ait dit des choses fort justes 
et fort bonnes. 

Au mois de frimaire an vin (1799), La Serna Santander 
écrivait au représentant de l'autorité départementale , au 
nom du conseil d'administration de l'École centrale : « Nous 
vous prions de vouloir faire tous vos efforts auprès du minisire 
de l'intérieur, afin de l'engager à seconder l'établissement 
du Musée, si nécessaire aux progrès des arts. Cet établisse- 
ment ajoutera certainement un nouvel éclat à notre École 
centrale et servira d'encouragement aux jeunes artistes, » 

Au même moment (26 frimaire), Bosschaert adressait 
à l'administration, au nom du jury des arts, la note des 
tableaux destinés à former un Musée dans le local de la 
ci-devant Cour. « Le comité de salut public, disait-il, a fait 
enlever ce que nous avions de plus précieux; mais si, aux 
objets que nous avons eu le bonheur de conserver, le gou- 
vernement permettait d'ajouter une quarantaine de tableaux 
à prendre parmi ceux qui n'ont pas été choisis pour le Musée 
de Paris, nous ne doutons pas que celui de Bruxelles ne pût 
s'ouvrir avec distinction. » 

Nous pensons avoir démontré que l'initiative de la créa- 
tion d'un Musée à Bruxelles appartient h La Serna et à 
Bosschaert, secondés par l'administration locale. Les der- 
niers documents dont nous venons de citer des extraits 
sont du mois de frimaire an viii, et c'est seulement le 
14 fructidor, plus de huit mois après, que paraissait le décret 
relatif à l'organisation des collections départementales. 

Le Musée de Bruxelles allait s'ouvrir; en attendant qu'on 
fit droit à ses réclamations, Bosschaert avait rédigé un cata- 
logue, dont nous avons le manuscrit sous les yeux, quand 

i23 



— 558 — 

parut le déercl, du 14 fructidor qui instituait, dans les quinze 
iirandes villes que nous avons mentionnées plus liaul, des 
collections de tableaux dont les éléments devaient être 
fournis par le Musée d(! Paris, qui regorgeait d'objets d'art 
enlevés à tous les pays conquis par les armées françaises. 
Il fut décidé que l'inauguration de l'élablisscmenl fondé par 
la commune serait retardée jusqu'à ce que Bruxelles eût 
oblenu le lot qui lui était destiné. 

A peine le décret avait-il paru, que Bosschaert écrivait 
à l'administration locale et l'engageait à faire de vives 
instances auprès du gouvernement pour obtenir, en faveur 
de Bruxelles, une large part dans la distribution des objels 
d'art qui devait avoir lieu entre les quinze grandes villes : 
« Comment excuser, disait-il, le zèle de ces artistes étran- 
gers qui, regardant la Belgique comme un pays de conquête, 
sollicitèrent auprès du comité de salut ])ublic l'autorisation 
de nous dépouiller sans réserve et sans ménagement? S'il est 
juste que Paris, comme centre commun, réunisse les meil- 
leures choses, il l'est également qu'après avoir fixé son 
choix, il accorde, en restitution ou en remplacement aux 
départements réunis, la surabondance de ses richesses. Et 
(juci département a ])lus de droits ([uv le nôtre à ces 
i-icliesses? N'est-ce point à nos artistes que le Musée de la 
capitale doit son pi'incij)al éclat? » 

Bosschaert écrivit dans le même sens au j)réfetdu dépar- 
tement, et voici la i'é|)ouse ({u il reçut : « J'ai transmis au 
ministre de l'intérieur la réclamation (jue vous m'avez 
adressée pour obtenir que le Gouvernement rende à la ville 
de Bruxelles quelques-uns des tableaux qui lui furent en- 
levés à une éj)oque où la Belgique dut être traitée en pays 



— 559 — 

coïKjuis. J'ai insiste sur les rcgi'cls des artistes et des amis 
des arls de ne plus trouver, dans la patrie de Rubens et de 
Van Dyck, un seul monument de leur gloire, une seule trace 
de l'existence de ces grands Iionmics... » 

Il ne suflisait pas que le décret du 14 fructidor fût rendu, 
il fallait encore qu'on le mît à exécution ; or on sait qu'il faut 
s'armer de patience, quand on est aux prises avec les len- 
teurs administratives. Les mois s'écoulaient et l'on n'enten- 
dait parler de rien. Une occasion parut se ])résenter ])our 
faire parvenir au gouvernement une réclamation qui eût 
chance d'être écoutée. Un délégué du département de la 
Dyle allait se rendre à Paris pour assister à la fête nationale 
du 1" vendémiaire an ix. Le conseil d'administration de 
l'école centrale eut l'idée de faire plaider de vive voix la 
cause du Musée de Bruxelles. Nous trouvons dans les 
archives du Musée un curieux document relatif à cette 
inission. Il est intitulé : « Note remise par le conseil d'ad- 
ministration de l'École centrale au citoyen de la Puente, 
président du conseil général du département de la Dyle et 
député à Paris pour assister à la fétc du 1" vendémiaire 
an IX. » Cette note est un véritable mémoire; nous ne la 
transcrirons pas entièrement, à cause de son étendue; mais 
nous en citerons quelques passages, soit parce qu'ils ren- 
ferment des faits intéressants pour l'histoire du Musée, soit 
parce qu'ils attestent les vues justes et élevées des hommes 
qui avaient entrepris la noble tâche de faire refleurir en 
Be]gi(iue la culture des bcaux-arls. 

Les auteurs de la note commençaient par rappeler com- 
ment, la Belgique ayant été dépouillée par les commissaires 
républicains de toutes les productions des maîtres qui avaient 



— 5G0 — 

clé jadis la gloire de l'école flamande, radniinistralion cen- 
trale , « pour remplir autant que possible un vide aussi 
funeste, avait fait rassembler dans le local de la ci-devant 
Cour les tableaux restants des maisons supprimées. » Ils ajou- 
taient : « Si un grand nombre de tableaux pouvaient fonder 
la réputation d'un Musée, celui de Bruxelles n'aurait rien à 
désirer; mais, dans ce (pi'il possédait, la qualité était loin 
d'égaler la r(uantité. Bruxelles avait des droits à invoquer 
pour obtenir qu'on lui laissât faire un choix parmi les tableaux 
restés sans destination dans les dépôts de Paris ; mais les 
instances du jury des arts, celles du conseil général du 
département et du préfet sont restées sans effet. » 

Il ressort des termes de la note que non-seulement ou ne 
se presse pas de donner suite au décret du 14 fructidor, 
mais qu'on cherche même à en éluder l'exécution. On n'a 
obtenu du ministre qu'une réponse évasive; il a renvoyé à 
des moments plus favorables l'envoi des tableaux demandés 
par le Musée de Bruxelles , à cause de la dépense qui en 
résulterait. Le conseil d'administration estime que cette 
dépense ne s'élèverait pas au-dessus de deux mille francs et 
dit qu'au besoin on y ferait face par une souscription. « On 
peut affirmer, ajoute-t-il, que si l'on veut conserver parmi les 
Belges un talent qui leur est particulier, il est indispensable 
de leur restituer les tableaux dont on les a dépouillés. En 
effet, il n'en est pas de la ])einlure comme des autres sciences, 
dont les éléments se reproduisent à l'aide de l'inqiression. 
Chaque bon tableau n'existe qu'en lui-même. Il faut que 
l'artiste le voie, l'étudié en personne, si l'on peut s'exprimer 
ainsi. Dira-t-on (pie les modèles puisés dans la nature 
suffisent à l'artiste intelligent ? Non : l'art d'imiter la nature 



— 561 — 

est le fruit d'une longue expérience. Cette expérience 
s'acquiert en copiant, en méditant profondément les ouvrages 
des grands peintres. C'est donc d'abord l'intérêt des artistes 
qui veut qu'on donne de l'importance au Musée de Bruxelles ; 
c'est aussi l'intérêt de la ville, où les voyageurs ne trouvent 
plus rien qui les retienne. » — « Le gouvernement, disent 
encore les rédacteurs de la note, en accédant à notre 
demande, se souviendra que le charme des arts est l'attrait 
le plus puissant qu'on puisse offrir aux étrangers. » 

C'étaient là d'excellentes idées, des vérités qni n'ont mal- 
heureusement pas été toujours reconnues et à l'évidence 
desquelles il y a encore des personnes qui refusent de se 
rendre. Les auteurs de la pièce dont nous venons de citer 
quelques passages terminaient en exprimant le vœu que le 
conservateur du Musée de Bruxelles fût bientôt autorisé à se 
rendre à Paris, pour recevoir les tableaux accordés par le 
ministre et pour présider à leur expédition. Au bas de celte 
pièce se trouvent les signatures de La Serna, Heuscliling 
et Roffin. 

Un peintre nommé Le Monnier, Belge de naissance et fixé 
à Paris, avait été chargé par Bosschaert de le prévenir du 
moment où sa présence semblerait nécessaire pour hâter , 
par ses démarches personnelles , l'octroi de la faveur que 
Bruxelles sollicitait avec une constance digne d'un meilleur 
succès. Il reçut de son correspondant l'avis que plusieurs 
délégués des autres villes appelées à recueillir le bénéfice de 
l'arrêté du 14 fructidor, se trouvaient déjà à Paris. On le 
pressait d'arriver au plus vite, s'il voulait obtenir, dans la 
distribution des tableaux, une part proportionnée aux justes 
prétentions de Bruxelles et que des compétiteurs actifs 



— 562 — 

allaient lui disputer. Il partit muni de recommandations des 
autorités de la ville et du département pour le ministre, ainsi 
que pour des personnages dont on supposait que l'influence 
pouvait lui être utile. 

Dès son arrivée à Paris, Bosscliaerl se met en devoir de 
remplir ses fonctions de solliciteur ; il voit les autorilés, il 
multiplie les visites oflicielles et officieuses. Il ne tarde |">as 
à donner de ses nouvelles au maire de Bruxelles, (pii les 
attend avec im|iatience, car le Musée est une affaire impor- 
tante pour les magistrats de la commune, aussi bien que 
pour les amis des arts. Bosschaert annonce, avec bonheur, 
qu'il a obtenu du ministre la promesse d'une collection nom- 
breuse et bien choisie. Il s'est occupé aussi d(^ bien disposer 
en faveur de Bruxelles la commission chargée de faire la 
répartition des lots qui devaient échoir aux quinze villes dési- 
gnées dans le décret du 14 fructidor. Il a, du reste, éprouvé 
déjà certaines diflicultés auxquelles il fallait s'attendre. Le 
préfet d'Anvers, mécontent que sa ville n'eût pas été com- 
prise parmi celles qui devaient jouir de l'avantage de posséder 
un Musée, a employé tous les moyens en son pouvoir pour 
prouver qu'Anvers, la patrie de Rubens et de Van Dyck, 
avait, parle mérite de ses anciens artistes, des droits à la 
préféi'ence accordée à Bruxelles. Pour appuyer sa réclama- 
tion, il avait rappelé le grand nombre de tableaux précieux 
dont le Musée de l^aris était redevable à la ville d'Anvers. 
Bosschaert a cru devoir ne pas combattre les réclamations 
du préfet d'Anvers, M. d'Erbouvillc, mnis plutôt se liguer 
avec lui. Il a seulement fait observer que Bruxelles : « vantée 
jadis comme les f/c//V'c.s' de la lît^lgitpie , privée m.'iiutenant 
de tous ses anciens avantages, ne jtouvnit reii;iîlre (|ue jinr 



— 563 — 

la culture dos beaux-arts. » Il a cité aussi les artistes remar- 
quables auxquels Bruxelles avait donné le jour. 

L'adininislration du Musée de Paris est occupée depuis 
plusieurs mois, suivant ce que Bosschacrt fait connaître, à 
))asser en revue les tableaux déposés dans ses magasins; 
mais ces tableaux sont au nombre de quinze cents; il faudra 
du temps pour acbover un pareil travail. Du reste, il y a 
jiromesse formelle que Bruxelles et Anvers seront traitées 
jilus favorablement que d'autres villes auxquelles on ne peut 
reconnailre ni les mêmes avantages de situation, ni le même 
amour pour les arts. Bosscliaert annonce qu'il a formé une 
demande tendante à obtenir par anticipation le tableau 
(le Saint Martin) peint jiar Van Dyck pour Saventbem. A 
l'appui de sa demande, il a invoqué cette circonstance que 
le citoyen d'Erbouville, préfet d'Anvers, venait d'obtenir, 
également par anticipation , deux beaux tableaux. « Cette 
faveur ne manquera pas de faire beaucoup de bruit, dit le 
zélé conservateur du Musée de Bruxelles, etje crains que nos 
babitants n'en soient jaloux, qu'ils n'imputent à ma mala- 
dresse de n'avoir pas pu obtenir un don semblable; mais 
comment aurais-je pu balancer le crédit d'un liomme lié 
d'ancienne amitié avec le consul Lebrun et jouissant d'un 
facile accès auprès du ministre de l'intérieur? » 

Le maire répondit à Bosschaert qu'il s'était empressé 
d'écrire au préfet pour l'engager à appuyer, auprès du 
ministre, la demande de la restitution du Saint Martin de 
Van Dyck. Seulement, on peut conclure du passage suivant 
di; sa lettre que c'est au Musée de Bruxelles, et non à l'église 
de Saventhcm, qu'était destiné le tableau de Van Dyck , si 
l'on en avait obtenu la restitution : « Vous apprécierez corn- 



— 364 — 

bien il importe, pour la prospérité de cette ville, d'enrichir 
son dépôt d'objets de peinture de ce qu'il y a de plus 
remarquable. » 

Deux mois se passent, et Bosschaerl n'a pas vu le plus 
mince succès couronner ses efforts. Découragé, il écrit au 
maire": « Il faut avoir sollicité à Paris pour apprécier, je 
ne dis pas le bonheur de réussir, mais seulement celui d'ob- 
tenir une décision. » Il attendait avec impatience la réponse 
du ministre à la lettre du préfet. Elle arrive enfin; mais il 
n'y aurait pas lieu de se féliciter de son contenu, car le 
tableau de Saventhem est refusé, si l'on ne recevait en même 
temps l'assurance que Bruxelles jouira d'une belle et nom- 
breuse collection, Bosschaert arevu les commissaires charQ;és 
de la distribution des tableaux et il a eu soin de leur faire 
remarquer, dit-il : « que Bruxelles, placée au centre des 
communications, entre l'Allemagne, l'Angleterre, la France 
et la Hollande, doit pouvoir offrir à la curiosité des voya- 
geurs des objets intéressants. » C'était bien comprendre le 
rôle dévolu à la ville de Bruxelles par sa situation géogra- 
j)hique. On ne s'exprimerait pas mieux, à cet égard, en 1803, 
que ne le faisait Bosschaert, le G brumaire an x (1802) , 
dans la lettre dont nous venons de citer un extrait. 

Pendant que Bosschaert veillait activement aux intérêts 
du Musée, lui-même n'était pas oublié par l'administration 
de Bruxelles. Elle avait écrit au ministre pour solliciter sa 
bienveillance et sa justice en faveur de ce zélé fonctionnaire. 
Le conseillerd'ÉtatRegnault de Saint-Jean d'Angely envoya 
au maire de Bruxelles, M. Rouppe, la copie d'une lettre du 
ministre de l'intérieur où il était dit que , « d'après l'arrêté 
des consuls établissant un Musée à Bruxelles, il était à peu 



— 565 — 

près certain qno le conservateur actuel ne serait pas changé 
et qu'il recevrait un traitement. » 

On en était toujours aux promesses d'une part, aux espé- 
rances mêlées de craintes et de découragements de l'autre. 
La corres})ondance de Bosschaert enregistre jour par jour, 
en quelque sorte, les péripéties d'une mission qui semblait 
ne devoir aboutir jamais. Du reste, les obstacles ne faisaient 
qu'ajouter à l'énergie et à la ténacité du délégué de l'admi- 
nistration de Bruxelles. Nous trouvons des preuves de 
l'activité déployée par Bosschaert, non-seulement dans ses 
lettres, mais encore dans celles d'une foule de personnes avec 
lesquelles il s'était trouvé en relation, qu'il avait intéressées 
au succès de son entreprise et qui lui rendaient compte du 
résultat de leurs démarches. Ces lettres, qui furent sans doute 
envoyées à Bruxelles par Bosschaert comme pièces à l'appui 
de ses rapports ofticiels, existent dans les archives du Musée. 
Le général Eblé, inspecteur de l'artillerie, qui était au nombre 
des protecteurs de Bosschaert, avait écrit au général Duroc 
])0ur le prier de solliciter le premier consul en faveur du 
Musée de Bruxelles. Il reçut cette réponse : 

« Je n'ai pas oublié , mon cher général , ce que vous 
m'avez dit au sujet des tableaux de Bruxelles. Il n'est pas 
encore venu à ma connaissance que le premier consul ait 
donné des ordres comme vous le désirez. Je lui rappellerai 
volontiers la demande que vous lui avez faite; mais je crois 
qu'il serait nécessaire aussi que vous voulussiez bien en 
parler au ministre de l'intérieur. » 

On ne se doutait pas que le maréchal Duroc se fût jamais 
occupé du Musée de Bruxelles. Le général Eblé écrivit lui- 
mèni!' (juokjues jours après à notre obstiné solliciteur : 



— oGC — 

« Quoique je sois très-occupé, mon cher monsieur Bos- 
seliaert , il faut que je vous annonce que le premier consul 
va donner l'ordre aux commissaires chargés de la répartition 
des tableaux, de l'aire un bon choix pour Bruxelles et d'en 
faire l'envoi sans délai. Bonaparte m'a accordé cette faveur 
de la meilleure grâce du monde. J'ai préféré m'adresser à 
lui qu'à tout autre ; vous voyez que j'ai l)icn fait. » Au lieu 
d'aller trouver le ministre, comme le lui avait conseillé Duroc, 
le général Ehlé avait donc été porter directement au premier 
consul la réclamation du Musée de Bruxelles, sans doute en 
vertu de cet axiome, qu'il vaut mieux avoir affaire à Dieu 
qu'à ses saints. 

Bosschaert frappait à toutes les portes, se faisait des amis 
el des protecteurs dans toutes les classes. Nous venons de 
voir qu'il avait fait agir en sa faveur l'influence d'un oflicier 
très en crédit auprès du premier consul; il obtint égahMiient 
l'appui du médecin de celui-ci. Nous avons sous les yeux une 
lettre de Corvisart, qui annonce au conservateur du Musée 
de Bruxelles la prochaine réalisation de ses espérances. Une 
autre, du curé de Saint-Sulpice, est conçue dans les mêmes 
termes. L'armée, la Faculté et l'Église se liguaient pour faire 
triomplier la cause que Bosschaert s'était chargé de défendre. 
Lui-même, voyant que les choses traînaient en longueur, 
était revenu à Bruxelles, laissant aux amis, qu'il avait eu l'art 
de se faire en peu de temps, le soin d'agir pour lui. Le motif 
de son retour, comme nous le voyons dans une de ses lettres, 
était une délicatesse très-rare. Il ne voulait pas, écrivait-il 
à radiiiinistratioii , être à charge à la cominime et lui faire 
faire des dépenses inutiles. 

De rolour :i lîrnxollo^. ])eiidan( qii" ^e^ fondé.-; (]o pouvoirs 



— 5G7 — 

agissaient pour lui à Paris, Bosschacrt s'occupa activement 
(lo faire terminer les travaux d'appropriation des locaux des- 
tinés au Musée; car il élait dit dans l'arrêté du 14 fructidor 
rpie : « les tableaux ne seraient envoyés aux villes désignées 
(pi'après qu'il aurait été disposé, aux frais de la commune, 
une galerie pour les recevoir. » Déjà, précédemment, Bos- 
schaei'l avait adressé à la commune un rapport sur les 
mesures qu'il avait prises pour placer la collection que 
Bruxelles possédait, indépendamment de ce qui pouvait lui 
venir de Paris. Ce rapport nous apprend qu'outre les églises 
des Jésuites et des Minimes dont il avait été question pour 
y établir le Musée, celles du Grand-Béguinage et de la Gba- 
pelle avaient été proposées, mais qu'on avait renoncé à se 
servir de ces édifices, à cause du froid liumide qui y régnait 
et qui eût compromis la conservation des tableaux. Bos- 
schacrt annonça à l'autorité qu'il avait fait disposer dans le 
local de l'Ancienne Cour : 

« 1" Cinq salles de vingt pieds de haut et de trente pieds 
de profondeur : ensemble cent quarante-cinq pieds de 
développement; 

» 2" Cinq autres belles salles ; 

» 5" Quatre autres, dont une en forme de galerie ; 

» 4" Une salle souterraine de deux cent trente pieds de 
longueur. » — Celle-ci plus particulièrement destinée, sans 
doute, à recevoir les objets de sculpture. 

Bosschacrt a présidé aux derniers préparatifs d'organi- 
sation. Le local est prêt; viennent les tableaux attendus de 
Paris et le Musée pourra s'ouvrir; mais quand viendront-ils? 
lîosschaert apprend qu'il y a chance de voir terminer l'inter- 
minable affaire- de la répartition ; on lui dit que sa présence 



— 368 — 

est nécessaire : il part. Ses premières lettres , adressées au 
maire, prouvent que les choses étaient moins avancées qu'on 
ne le lui avait foit espérer II annonce que les trois artistes, 
chargés par le gouvernement de présider à la distribution 
des tableaux entre les quinze villes dotées des collections 
départementales, procèdent avec lenteur à leurs opérations, 
d'al)ord à cause des difficultés qu'elles présentent, et puis par 
suite de certaines circonstances particulières : ils ont dû 
quitter les logements qu'ils occupaient au Louvre et sont 
absorbés par les soins de leur déménagement. Ils s'occupent 
de leurs affaires, plutôt que d'une mission non réiribuée. 
Dans le nombre des huit cents tableaux qu'ils ont à distribuer, 
deux tiers au moins sont endommagés au point de ne pas 
pouvoir être transportés sans restauration. Or, comme la 
restauration est une opération délicate et lente, il se passera 
des années avant qu'un seul des musées qu'il s'agit de fonder 
ne soit complet. Le gouvernement a décidé qu'il ne so char- 
gerait pas des frais de la remise en état des tableaux ; ils 
seront supportés par chaque commune , pour les toiles qui 
tomberont dans leur lot. Bosschaert espère que Bruxelles 
ne se refusera pas à prendre ces frais à sa charge, pour 
ce qui la concerne, et qu'elle ne renoncera pas, dans des 
vues d'économie , aux objets précieux qui pourraient 
lui être offerts. Il invite le maire à écrire de nouveau 
au ministre. «Il serait trop juste, dit-il, qu'après l'enlè- 
vement de nos meilleurs tableaux , on songeât à nous 
dédommager de huil années de privation. Les villes de 
l'intérieur , qui n'ont pas les mêmes réclamations à 
faire valoir, ne sauraieni regarder comme un préjudice 
porté à leurs droits le remplacemenl d'une vingtaine 



— 369 — 

de tableaux accordés sans aulrc délai au Musée de 
Bruxelles. » 

Pour expli(iuer les retards dont se plaint Bosscliaert , 
radniiuislratiou du Musée de Paris lui fait remarquer qu'on 
ne peut pas presser les artistes qui se sont chargés gratui- 
tement d'inventorier huit cents tableaux. Il aurait pu répon- 
dre qu'il fallait payer ces artistes et les mettre en demeure 
de remplir leur tâche. Il se contente de dire qu'il y a déjà 
quatre cents tableaux inventoriés et que rien n'empêche de 
les distribuer, en commençant par les villes qui ont un local 
prêt pour leur Musée. Sa proposition n'est pas accueillie. Il 
faut attendre. « L'attente est longue, écrit-il; mais à Paris 
on est obligé de se soumettre à la contrariété des lenteurs, 
et s'estimer heureux de réussir enlin. » Il n'a pas manqué 
de faire observer que Bruxelles possède des restaurateurs 
capables ; mais il y a des toiles qui tombent en lambeaux 
et qu'il est absolument impossible de transporter. Gomme 
il se trouve dans le nombre d'excellents tableaux italiens, il 
faudra bien prendre son parti sur l'inconvénient d'une res- 
tauration à Paris. « Du reste, la commune ne devra pas sup- 
porter seule les frais qui en résulteront , puisque le Musée 
est pour l'ensemble du département. » 

Dans la lettre suivante, Bosschaert écrit qu'il est au déses- 
poir : les commissaires ont ajourné indédniment la continua- 
tion de leur travail. Autre contre-temps, le Sénat a demandé 
les tableaux de Rubens qui ornaient la ci-devant galerie du 
Luxembourg et dont une partie est actuellement au Musée. 
Ils seront remplacés par d'autres que l'on doit choisir parmi 
les meilleurs destinés aux villes. » Si, comme on me l'a fait 
entendre, dit-il, les ministres et les autres magistrats supé- 



~ 370 — 

rieurs veulent .s'entourer de tableaux, que restcra-t-il i)uur 
les Musées? » 

Fatigué d'uiK! nouvelle attente, Bosschaert repart pour 
Bruxelles au mois de germinal an x. Le 11 thermidor, 
quatre mois après, il reeoit de Renaut, peintre et commis- 
saire près le Musée de Paris, la nouvelle que les lots sont 
formés enfin et l'invitation d'aller recevoir celui qui est des- 
tiné à la ville de Bruxelles. Il demande au maire l'autorisa- 
tion de se rendre immédiatement à Paris pour cet objet. Le 
maire lui éci'it (pi'il l'autorise à faire ce voyage « à l'effet 
d'aller recevoir les tableaux accordés au Musée de Bruxelles 
par le gouvernement, le chargeant d'en délivrer récépissé, 
ainsi que d'assurer leur transport par tous les moyens qu'il 
jugera utiles. » 

Dans sa ])remière lettre datée du 24 thermidor, Bosschaert 
annonce qu'il a reçu du citoyen lîarbier-Neuvillc, chef de la 
division des beaux-arts, l'assurance positive qu'avant huit 
jours il sera en possession des t;djleaux échus au Musée de 
Bruxelles. Il s'était i)résenté des obstacles au sujet de tableaux 
d'une grande valeur, mais considérablement endommagés. 
Le gouvernement, effrayé de la déj)ense des restaurations , 
d'une part, et de l'autre, craignant d'en confier le soin aux 
villes, Jic décidait rien. Bosschaert rédigea uih! note ({u'il 
adressa aux commissaires, et dans laquelle il leur indiquait 
les moyens de lever les difticultés. D'après les idées qu'il 
Icursoiniietlait, on l'oriucrait trois catégories : P'ics tableaux 
intacts ; 2" ceux (|ui n'avaient (juc niédioci-enient .souffert; 
5" ceux qui étaient tellement endommagés, (\h"i\s ne pou- 
vaient être transportés avant d'avoir été restaurés. Bos- 
schaert proposait de délivrer innnédiatement les tableaux 



— 571 — 

tics deux premières calégorics. Quant à ceux de la troisième, 
les villes attendraient qu'ils eussent subi les restaurations 
jugées indispensables. « La conmume de Bruxelles, disait-il, 
se voyant en possession d'un certain nombre de beaux 
tableaux, seprètera volontiers à supporter les frais qu'il fau- 
dra faire pour réparer successivement les tableaux endom- 
magés qui formeront le supplément de son lot, au lieu que 
ne recevant rien et ne pouvant point, par conséquent, fixer 
son idée sur le mérite des œuvres qu'on lui destine, elle ne 
contractera aucun engagement pour les restaurations, d'où 
il ré'sulterait que la promesse d'un Musée ne serait pour elle 
qu'une promesse illusoire. » 

En voyant ces détails sur l'état où se trouvaient près de 
huit cents tableaux dont beaucoup étaient des premiers maî- 
tres et d'un prix inestimable, on ne peut s'empêcher de faire 
de tristes réflexions sur les conséquences de ce qu'on appe- 
lait jadis le droit de la guerre, droit qui consistait à détruire 
les plus précieux monuments des beaux-arts, plutôt que de 
les laisser intacts à leurs légitimes possesseurs. Tous ces 
tableaux qui se trouvaient dans les magasins du Louvre, 
délabrés au point de ne pouvoir pas être transportés, étaient 
vierges de toute altération, purs de toute souillure, quand 
on les enleva aux églises et aux musées d'Italie, d'Allemagne, 
de Belgi(pic. Arrachés de leurs cadres et de leurs châssis, 
roulés par douzaines, ou, si c'étaient des panneaux, empilés 
dans des caisses, sans précaution, sans ménagement, sans 
respect pour la mémoire des maîtres, on les dirigeait par 
fourgons sur Paris, où ils arrivaient frottés, froissés, écaillés, 
fendus ou déchirés même, comme on le verra plus loin par 
des détails précis. Une fois à Paris, ils étaient remis aux 



— 572 — 

liiuiiis d'iioiiiuios capal)los de les a|)])r6cicr uL de les traiter 
comme ils le méritaient ; mais il était trop tard, le mal était 
fait ; on peut dire qu'il était iiTéparable; car personne n'ignore 
quelle distance sépare la j)einture i)riinitive, telle qu'elU; est 
sortie des mains du maître, de celle sur laquelle s'est exercée 
la ])ratiqae du restaurateur chargé de masquer de graves 
détériorations. On a aujourd'hui d'autres idées sur les droits 
de la guerre : un sentiment unanime a soustrait les monu- 
ments des arts à l'action de son pouvoir destructeur. 

« Je ne suis pas encore en possession de nos tableaux , 
écrivait Bosschaert, le 4 fructidor. Comme le ministre ne 
donne sa signature qu'une fois })ar semaine pour les affaires 
courantes, il en résulte des relards inévitables; mais je serai 
trop heureux si, aj)rès avoir éprouvé les angoisses d'une 
cruelle attente, je parviens à renq)Iir, comme je le désire , 
l'objet de ma mission, » ;,v -„<• 

Le ministre ayant donne sa signature, Bosschaert n'avait 
plus qu'à prendre livraison des lahleaux dont se composait 
le lot échu à la ville de Bruxelles. Ce lot formait deux listes. 
La première, conq)renant douze tableaux , était conçue 
comme il suit : 

VouET, Saint Charles Borroniée. 

lU'itENS, Chasse aux tigres. 

Philippe de Champagne, la Présentation an Temple. 

(jDEHCHiN, la Vierge el l'Knl'ant Jésus clans une gloire, aceompagnés de deux 

anges; au bas quatre saints et un adolescent. 
Uapuaei,, la Vierge cl l'Enfant Jésus, des anges et plusieurs saints. 
15ASSAN, Cuisine. 
GuiDo Ueni, Fuite en Egypte. 
Ferdinand Bol, un Philosophe à son bureau. 
RuitENs, Christ à la Croix. 

I>ALMA IL Vecchio, Joseph d'Arimathie emportant le Christ au toinltcau. 
JoLVENET, Elévation en croix. 
CoL'iiiiN, le Christ mort sur les genoux de la Vierge. 



-- 375 — 

Lu seconde lisle se composait des tableaux suivants : 

CoxciE, le Coiiromicnieiit d'épines. 
Blanciiet de Lyon, le Baptême de roiiimque. 
Carl Van Loo, la Visitation de la Vierge. 

Id. la Naissance do Jésus. 

Id. la Salutation angéliquc. 

Id. la Présentation au Temple. 

Paul Vérokèse, Adoration des hery;ers. 
Inconnu, Saint Sébastien pansé par des femmes. 
Philippe de Champagne, Saint Joseph. 

Fd. Sainte Geneviève. 

RuBENS, Entrée de Jésus dans Jérusalem. 
Otto Venius, la Sainte Famille. 
RuBENS, Lavement des pieds. 
Rose d'Italie, Berger et Animaux. 
Brauwer, Tabagie et Dispute de joueurs. 

D'après Léonard de Vinci, la Vierge, rEnfant Jésus et saint Jean. 
D'après Raphaël, la Vierge, l'Enlanl Jésus et le petit saint Jean. 
LivENS, Mars et Vénus. 
Inconnu, Saint Pierre pénitent. 
)) Portrait vénitien, ovale. 
» Portrait vénitien, ovale. 
Restout, Saint François Xavier. 
JouvENET, Apollon et Thétis. 
Inconnu., Diane endormie. 
Vélasquez, Portraits de deux enfants. 
Écolevénitienne, la Madeleine aux pieds du Christ, à table avec des personnages 

dans un jardin. 
Carlo Mauatti, Apollon, Daphné et autres figures. 
École vénitienne, le Christ mort en croix, la Madeleine au pied de la ci'oix et 

saint Jean. 
D'après le Poussin, la Mort de la Vierge. 

Tel était, en deux parties, l'ensemble du lot échu à la 
ville de Bruxelles, plus un Jordaens (Adoralion des rois) et 
un J.-F. HalIé (Salutation angélique) que Bosscliaert mi 
porte pas sur sa liste, mais qui figurent sur l'état du Louvre : 
en tout quarante-trois tableaux. 

Bosschaert fut cruellement désappointé, lorsqu'il vit les 

24 



— 374 — 

tableaux dont on gratiliail le Musée de Bruxelles, auquel on 
avait lait espérer un lot particulièrement important, ]iour 
dédonnnager la Belgique de la ])ertc de tant de chefs-d'œu- 
vre enlevés par les commissaires réjmblicains. Il n'était ])as 
homme à se contenter de ce don dérisoire et à reprendre le 
chemin de Bruxelles sans faire de nouveaux efforts pour 
qu'on réparât une criante injustice. Ilrecommcnceses visites, 
ses sollicitations, frappe à toutes les portes, écrit lui-même 
au premier consul et lui fait parler par des personnes en 
crédit. Il charge Lambrechts de présenter au ministre une 
note dans laquelle il expose ses plaintes et indique nettement 
ce qu'il faut faire pour donner satisfaction aux légitimes 
désirs de la ville dont il a mission de défendre les intérêts. 
Un lui a promis des Rubens; il faut qu'on lui en donne; il ne 
peut retournera Bruxelles sans en emporlcr. Si l'on ne veut 
pas augmenter le nombre des tableaux qui lui son! dévolus 
en partage, que l'on fasse des échanges. Ce n'est pas à la 
(piantité qu'il tient; c'est à la qualité. Quelques jours après, 
il reçoit cette lettre de Lambrechts, son conqiatriote : « Mon 
cher Bosschaert, je viens de ])arler au ministre de l'inté- 
rieur. Je vous annonce avec ]>laisir (ju'il a reconnu que le 
Musée de Bruxelles était mal jiarlagé et qu'il m'a jiromis 
qu'on allait lui procurer des Rubens et des Yan Dyck par le 
moyen que vous avez indiqué dans votre mémoire. » Ce 
moyen, c'était l'échange avec d'autres villes qui n'avaient i)as 
les mêmes raisons que Bruxelles de tenir à la possession des 
œuvres des grands maîlres de l'école llaiiiaiide. Tendant (jue 
Bosschaert négocie, il lui lombe sous les yeux un journal de 
Bruxelles dans lequel on fait une description pompeuse des 
quarante-trois tableaux accordés au Musée de celte ville. Il 



— ô7ô — 

écrit au maire quccctarliclo lui cause le plus vil' chat'rin, 
parce qu'il craint qu'on n'en conclue que Bruxelles est satis- 
fait de son lot et que ses réclamalions ne manquent, en con- 
séquence, tout Icui- effet. Heureusement il n'en est point 
ainsi. Ce n'est plus à la commission des artistes non rétri- 
bués qu'il a affaire. Le ministre a donné des ordres, et ils 
sont exécutés. Bosschaert s'entend avec la direction du 
Musée de Paris j)our les échanges qu'il a proposés et qui sont 
admis. 

La prétendue Chasse aux tigres de Rubens n'était qu'une 
copie. On la remplace par la Vocation de saint Pierre de 
Baroccio. Bosschaert abandonne un petit Christ en croix de 
Rubens, tableau douteux, un Blanchet de Lyon, un Carie 
Vanloo, Y Entrée de Jésus dans Jérusalem et le Lavement 
des pieds de Rubens, œuvres secondaires du maître, un 
Rcstout, un Jouvenet, la Salutation anfjélique de Ilallé. En 
échange de ce qu'il abandonne, on lui remet les grandes 
compositions suivantes de Rubens : Y Adoration des rois, 
Saint François préservant le monde, le Couronnement de la 
Vierge, le Martyre de saint Liévin; et de Van Dyck : Y Élé- 
vation en croix et Y Adoration des bergers. Ces six tableaux, 
donnés en manière de su])plément, valaient à eux seuls dix 
fois autant que tous ceux qui étaient portés sur les premières 
listes. 

Bosschaert triomphe. Il écrit au maire, le 26 vendémiaire 
an XI : « Tout est fini. Depuis deux jours, nous emballons 
nos tableaux. Je ne ])uis exprimer assez la satisfaction {(uc 
j'éprouve d'avoir terminé une négociation aussi contrariée. » 
Il annonce qu'il restera jusqu'à ce qu'il ait vu les caisses sur 
le chariot qui doit les transportera Bruxelles. 



— 57G — 

Il va sans dire que l'administration locale de Bruxelles 
félicita Bossciiacrt de la manière dont il avait rempli sa mis- 
sion. Il eût été diflicile d'y employer plus de zèle, d'activité 
et d'énergie. Nous lui avons déjà reproché, nous lui repro- 
cherons encore de certains prtsjugés, qui ne lui ont pas 
permis d'apprécier l'intérêt offert ])ar une catégorie de 
tableaux auxquels on attache aujourd'hui, avec raison, une 
grande importance et dont il ne tenait qu'à lui de former une 
galerie précieuse ; mais il ne faut pas oublier que c'est à lui 
que nous devons de posséder les grandes pages de Rubens 
(pii sont la gloire de notre Musée. Les services qu'il a rendus 
■étaient tombés dans l'oubli; nous sommes heureux d'en 
réveiller le souvenir. 

Bosschaert revint donc à Bruxelles avec ses Rubens, ses 
Van Dyck et la j)lupart des autres tableaux portés sur la 
liste que nous avons donnée plus haut. Quelques-uns avaient 
dû être laissés à Paris pour être restaurés. Dans le nombre 
se trouvait le Raphaijl. Ce jjauvre tableau, pris par les com- 
missaires français à Florence, dans la galerie Pitti où il était, 
sans doute, dans le meilleur état de conservation, comme 
toutes les peintures de cette célèbre collection, souffrit cruel- 
lement durant son transport à Paris. Voici la note dans 
laquelle Bosschaert a constaté sa condition, lorsfpi'il en reçut 
livraison : « Ce tableau , sur bois , a été restauré à Paris. II 
(îst couvert de repeints, jauni, et, pour tout dire en deux 
mots, entièrement délabré. Le panneau est fendu dans toute 
la hauteur du t(djleau. » Plusieurs des tableaux rapportés 
par Bosschaert étaient aussi fort délabrés et avaient dû être 
restaurés. De ce nombre était X Ex-volo du Guerchin. Voici 
la note qui le concerne dans la liste dressée par Bosschaert : 



— 377 — 

« Nous avons reçu ce tableau dans un état pitoyable, déchiré 
en plusieurs endroits. Il a été rentoilé et restauré ;i Bruxelles 
par le peintre Thys. » On attendit, pour inaugurer le Musée, 
que ces restaurations fussent achevées. Enfin tous les pré- 
paratifs se trouvèrent terminés vers la fin de messidor an xi, 
et les portes de la galerie de tableaux purent être ouvertes 
au public. 

Le premier catalogue comprenait deux cent cinquante et 
un numéros. La moitié seulement des tableaux qui s'y trou- 
vaient décrits étaient visibles au moment de l'inauguration 
du Musée; l'arrangement des salles qui devaient contenir les 
autres n'étant pas entièrement terminé, l'ouverture en fat- 
ajournée, ainsi que l'annonce un avertissement de la pre- 
mière édition du catalogue : elle eut lieu, en effet, quelque 
temps après. Un astérisque était placé, dans la notice 
imprimée, devant les titres des tableaux venus de Paris, afin 
de signaler les dons du gouvernement à la reconnaissance 
des amis des arts. Après avoir donné, dans l'avertissement, 
l'explication du signe dont ils étaient marqués, on exprimait 
l'espoir d'obtenir bientôt du ministre la faveur d'un nouvel 
envoi. Le Musée était ouvert au public le jeudi et le samedi 
de chaque semaine. Des cartes d'entrée devaient être accor- 
dées, pour les autres jours, aux artistes qui auraient l'inten- 
tion d'y venir travailler. 

Bosschaert allait pouvoir reprendre à loisir la révision de 
l'énorme quantité de tableaux qui se trouvaient entassés dans 
les magasins de l'Ancienne Cour, et parmi lesquels il devait, 
avec un peu d'attention, en découvrir un bon nombre qui, 
non-seulement, ne dépareraient pas le Musée, mais encore 
seraient un jour classés parmi les plus précieux morceaux 



— 578 — 

(le la colloclion. Nous avons dit qncBosscliaort n'avait aucun 
penchant pour les œuvres des peintres de notre ancienne 
école. Il admit à figurer dans le Musée quelrpies-uns des 
tableaux désignés sous le nom (\ antiques ; mais il crut devoir 
s'en excuser dans une note du catalogue où il s'exprimait 
en ces termes : « Quelques tableaux, dignes à peine d'être 
exposés, figurent ici comme les premières données d'un art 
lent et diflicile. Insensiblement la ])einture se perfectionna. 
On aperçut des plans mieux raisonnes, des intentions plus 
clairement expliquées. Cependant l'estime qu'on avait portée 
jusque-là aux anciennes peintures cessa presque entière- 
ment à l'époque où la brillante Ilalie donna le jour à des 
artistes mieux inspirés. » 

Le dédain de Bosschaert pour les productions des anciens 
maîtres tenait à ce qu'il ne les avait pas étudiées et à ce qu'il 
était, par conséquent, incapable de les juger. Pour se rendre 
compte de la valeur des œuvres appartenant à l'une des 
formes que l'art a revêtues en passant par les phases succes- 
sives de son développement, il faut se pénétrer des idées du 
temps où cette forme a pris naissance; il faut se faire, par 
la pensée, le contemporain des artistes (jui l'ont euiployée; 
autrement la vue des monuments d'un autre âge serait 
comme la lecture d'un texte écrit dans une langue dont on 
ne connaîtrait ni les mots ni la grammaire. Quand Bos- 
schaert introduisit quelques tableaux, dits antiques, dans les 
galeries du Musée, ce fut uniqu<Mnent pour faire nombre , 
et encore fût-ce d'après le conseil que lui donna Malaise, 
ainsi que nous l'apprend celui-ci, qui devait lui succéder un 
jour, dans un ra])port adressé au conseil communal. Du 
reste, il les prit un peu au hasard, car plusieurs de ceux 



— 579 — 

qu'on rnngo aujoiircriiui parmi les joyaux do la collection 
man(|uai{'nl au prcniior caUiloguo, quoiqu'ils fussent, dès 
l'oi-igine, dans les magasins. La comparaison des premières 
notices imprimées avec l'inventaire et avec la liste des rares 
acquisitions laites ))ar la commune dans les années qui sui- 
virent l'installation du Musée démontre avec quelle légèreté 
avait été faite l'opération du triage des tableaux rassemblés 
dans les dépôts de la ville ])our former une galerie publique. 
On voit successivement apparaître des pages négligées ou 
dédaignées à un premier examen et dont K; mérite aurait 
dû sauter aux yeux des conniiissaires. 

Diverses circonstances amenèrent Bosschaert à fair(^ une 
nouvelle révision des tal)leaux en magasin. Nous avons dit 
que les églises avaient été complètement dépouillées par les 
commissaires républicains des objets d'art de tout genre 
qu'elles possédaient. Ayant appris qu'il existait, dans les 
greniers de l'Ancienne Cour, une masse considérable de 
tableaux qui ne devaient point trouver place dans le Musée, 
les fabriques de plusieurs églises de Bruxelles et des envi- 
rons adressèrent au préfet des demandes à l'effet d'obtenir 
qu'un certain nombre de ces tableaux leur fussent accordés, 
pour rendre quelques ornements aux temples dont l'an- 
cienne ricbesse avait été remplacée par une indigence qui 
répondait mal aux besoins des cérémonies pompeuses du 
culte catliolique. Avant de statuer sur l'objet de leurs solli- 
citations, le préfet consulta Bosschaert. Ce dernier com- 
mença par établir qu'il ne pouvait èlre question, pour les 
églises, de faire valoir des droits et que toute idée de restitu- 
tion devait être écartée, attendu que le Musée était légale- 
ment ])ossesseur de lous les objets d'art rpii se trouvaient 



— 380 — 

dans SCS magasins. Ces réserves faites, il déclara ne pas voir 
d'inconvénient à prêter aux églises les tableaux qu'on ne 
jugerait pas, pour le moment, à propos de placer dans la 
galerie publique. C'est dans ces termes que les demandes 
des fabriques d'église furent accueillies. Chaque faveur de 
ce genre, qui fut octroyée, donna lieu à un arrêté du préfet 
ainsi conçu : 

« Le préfet, vu la i)élition des receveur et régisseurs de 

l'église de , tendante à obtenir le placement dans ladite 

église de quelques tableaux déposés au Musée de l'École cen- 
trale; vu l'avis du citoyen Bosschaert, conservateur du 
Musée; considérant que, dans le nombre de ces tableaux, il 
en est plusieurs qui se trouvent placés dans la sixième classe 
et ne peuvent en aucune manière contribuer aux progrès de 
l'art ou à l'ornement du Musée, et désirant accéder au vœu 
des pétitionnaires autant que le ))ermet le vœu de la loi 
qui déclare acquis à la république tous les objets d'art et 
de science qui ont appartenu ci-devant aux établissements 
religieux , 

» Arrête que les tableaux ci-dessous désignés seront con- 
fiés aux pétitionnaires, à charge par eux d'être personnelle- 
ment responsables de leur conservation, ainsi que de leur 
restitution au Musée, à la ])remière réquisition qui leur en 
sera faite. » 

Voici quelle fut la forme des reçus donnés par les per- 
sonnes auxquelles des tableaux furent confiés en vertu de cet 
arrêté : 

« Les soussignés, receveur et régisseur de l'église de , 

reconnaissent avoir reçu du citoyen Bosschaert, conserva- 
teur du Musée, les tableaux suivants Les soussignés 



— 381 — 

s'engagent à conserver ces tableanx sous leur responsabilité 
et à les restituer au dépôt du Musée lorsqu'ils, en seront 
requis. » 

Les emprunts faits ]iar ])lusieurs églises aux magasins 
du Musée furent considérables. Sainte-Gudule obtint cent 
vingt-cinq tableaux ; la Chapelle, cent cinquante-six; Notre- 
Dame des Victoires au Sablon , cinquante-trois; les Augus- 
tins, cinquante-huit; la Madeleine, quarante-trois; les lots 
des autres furent plus modestes. 

Indépendamment des tableaux , on accorda des statues et 
des bas-reliefs en marbre, en pierre ou en bois à ces mêmes 
églises, car les greniers du Musée étaient encombrés d'objets 
d'art de tout genre. 

Ce ne sont pas seulement les églises qui obtinrent de 
pouvoir emprunter des tableaux aux dépôts du Musée. Les 
administrateurs des hospices sollicitèrent la même faveur, 
et elle leur fut accordée. Un grand nombre de peintures de 
tout genre, sujets religieux, portraits, paysages, etc., furent 
donc encore extraites de la réserve et distribuées entre les 
hospices de Sainte-Gertrude, des Alexiens, des Ursulines et 
de Saint-Jean. La remise en fut faite également à titre provi- 
soire et à charge de les réintégrer à la première réquisition. 
Leur destination était de servir à la décoration des réfectoires 
et autres salles des hospices en question. 

Bosschaert était consulté sur toutes les demandes de ce 
genre, et c'est lui-même qui désignait les tableaux accordés 
aux églises et aux hospices, comme n'étant pas dignes d'entrer 
dans les galeries du Musée. Cette déclaration , qui accom- 
pagne tous les arrêtés de concession, ne nous rassure en 
aucune façon sur les résultats que dut avoir, ])0ur le Musée 



— 582 — 

de Bruxelles, la dispersion d'une partie notable des œuvres 
d'art qui étaient accumulées depuis la suppression des com- 
munautés religieuses et des corporations civiles. Les listes 
qui accompagnent les reçus délivrés par les pétitionnaires 
auxquels l'aulorité avait accordé rol)jel de leur demande 
sont malheureusement très-sommaires ; les tableaux y sont 
le plus souvent inscrits sans noms de ))eintres; mais en les 
comparant avec l'inventaire, nous avons acquis la certitude 
que bien des productions de notre ancienne école avaient été 
distraites ainsi, sous prétexte d'indignité, de la collection où 
elles auraient pu figurer avec honneur. Nous en citerons un 
exemple qui prouvera en même temps comment les fabriques 
d'église usaient des dép(Ms qui leur avaient été conliés et 
comment elles exécutaient l'engagement qu'elles avaient 
pris, par écrit, d'être toujours en position de les restituer, 
si elles en étaient requises. Peu de temps après la mise à 
exécution des arrêtés par lesquels les églises de Bruxelles et 
des environs avaient reçu en prêt des objets d'art tirés des 
magasins du Musée, le maire apprit que deux des tableaux 
accordés à l'église de Sainle-Gudule étaient jtubliquement 
exposés en vente dans la salle d'un crieur nommé lîombaul, 
demeurant sur la Grand'Place. Il lit signilier immédiate- 
ment à ce crieur la défense de })rocéder à l'adjudication des 
tabh'aux en question, qui, par une disjmsition postérieure de 
l'autorité départementale, furent reportés au Musée. Or l'un 
de ces tableaux était la Ccnc de Michel Coxcie, que Bos- 
scliaert avait jugé indigne de la collection formée par ses 
soins et qui ])ourtaut ne déshonore pas, nous semble-t-il, 
notr(» galerie nationale. Il ])arait (|U(i les fabriciens deSainte- 
Guduh; ne furent pas les seuls ([ui se; montrèrent dépositaires 



— • 585 — 

iiifidèl(^s, car, pou do fomps après lu déeouvortf! du fait que 
nous venons do rapporter, lo pré^H prit un arrêté conçu 
dans cos torinos : « Informé que jilusieurs paroisses ne sont 
pas à l'abri du soupçon d'avoir vendu des tableaux prove- 
nant du Musée de cette ville, qui hun- avaient été confiés pour 
orn(>r l'intérieur de leurs églises; considérant que, parmi les 
tableaux dont il s'agit, deux, ])einls par le Goxcie, qui se 
trouvaient du nombre de ceux accordés à la paroisse de 
Sainte-Gudule, ont été soustraits de celte église pendant le 
courant de l'été dernier, pour être exposés en vente publique 
cbez le crieur Rombaut, d'où ils ont été enlevés et reportés 
au Musée, le préfet arrête qu'il sera fait un récolement des 
tableaux du Musée qui ont été confiés aux différentes 
paroisses. » En exécution de cet arrêté, le maire désigna 
Bosscliaert pour procéder, avec son adjoint, au récolement 
ordonné par l'autorité. 

Le penchant du clergé et des fidjriques d'église à se défaire, 
à prix d'argent, de leurs objets d'art, était un mal ancien, 
qui avait attiré déjà l'attention du gouvernement autrichien 
et dont le prince Charles de Lorraine s'était attaché, en 1777, 
à empêcher les elïels désastreux. De nos jours encore, il a 
fallu que l'administration supérieure prit des mesures pour 
])révenir l'aliénation de ce qui restait, dans les églises, de 
précieux témoignages du génie de nos anciens artistes, car 
on y faisait argent de tout. 

Quoi qu'il en soit, il ressort de ce qui vient d'être dit que 
Bosscliaert avait compris la Cène de Michel Goxcie parmi 
les tableaux provisoirement cédés à l'église de Sainte-Gudule, 
parce qu'il ne la trouvait pas digne d'être placé dans les 
galeries du Musée, Ce fait prouve combien les |)réjugés de 



— 384 — 

son époque inflnaionl sur ses jugements et nous autorise à 
supposer que l)onucoup d'reuvres, qu'on serait heureux de 
voir ligurer dans noire collection publique, en furent dis- 
traites en vertu des mêmes préjugés et des mêmes erreurs 
d'appréciation. 

Le Musée prêtait des tableaux aux églises : il n'en donnait 
pas. Le principe de la restitution invoqué contre cet établis- 
sement n'était pas admis. L'évèque de Gand réclama, au 
nom de la ville de Courtrai, VElêvaUon en croix de Van 
Dyck qui provenait de sa cathédrale et qui se trouvait parmi 
les tableaux envoyés de Paris au Musée de Bruxelles. Il l'ut 
répondu k cette réclamation qu'en décrétant la formation d'un 
Musée à Bruxelles, on s'était proposé d'y réunir le plus 
grand nombre possible d'obj(!ls d'art, sans avoir égard aux 
prétentions que différentes localités auraient à faire valoir 
sur leur propriété. Si ce principe n'était pas maintenu , 
ajoutait-on, le Musée serait bientôt dépouillé au détriment 
de l'intérêt ymblic. 

Pareille réponse» fut faite à l'église de la commune do 
Lennick-Sainl-Quentin, qui réclamait un tableau de Crayer 
représentant le Martyre de saint Quentin. On lui accorda 
seulement une copie de ce tableau par Verhaegen, que pos- 
sédait également le Musée. Le Saint Guidon de Crayer fut 
rendu à l'église d'Anderlecht, parce qu'il se trouvait, au 
Musée, des œuvres du maître supérieures k celle-là; mais 
on déclara qu'il était confié au maire de la commune sous sa 
responsabilité, c'est-à-dire à titre de dépôt. 

Des réclamations étaient faites également par des particu- 
liers qui avaient émigré et dont les tableaux, saisis en même 
tr-mps que leurs autres biens, avaient été transportés au 



— 385 — 

Musée. C'est ainsi ([u'uii rendit ù un sieur llugs, de Bois- 
Saint-Jcan, une Cliassc aux ours, une Chasse au sanglier et 
une Chasse au cerf de Sneyders. Toutefois on ne se croyait 
pas obUgc d'accueillir toutes les réclamations de ce genre. 
Une dame Del Marmol Blacrthem adressa à l'autorité une 
pétition à l'effet d'obtenir qu'on lui restituât des tableaux qui 
avaient été enlevés de chez elle à l'époque de l'émigration. 
Les tableaux en question lui furent restitués , parce qu'il 
résultait du rapport du conservateur « qu'ils n'étaient pas 
d'une assez grande valeur pour contribuer au progrès des 
arts et à l'ornement du Musée. » 

Parmi les réclamations de ce genre que des particuliers 
adressèrent à l'administration locale, il yen eut de plaisantes 
et d'autres, au contraire , de nature à faire naître de tristes 
pensées. On ne peut s'empêcher de sourire en lisant la péti- 
tion d'un sieur de Catoire qui prie qu'on lui permette de 
reprendre, dans les magasins de l'Ancienne Cour, son por- 
trait qui doit s'y trouver déposé. « Ce portrait, qu'on dit 
très-ressemblant, écrit-il, est réclamé par mon épouse. Le 
prix qu'elle y attache est trop flatteur pour moi, pour que je 
me refuse à ses instances. » Il va sans dire que l'adminis- 
tration accorda au naïf pétitionnaire l'objet de sa demande. 

En revanche, ({uelle impression pénible ne fait pas éprouver 
la lecture de la supplique dans laquelle sont exposés les faits 
que voici : « Le sieur Clops et la demoiselle de Pape 
demandent à être remis en possession de quatre figures en 
marbre blanc et de deux bustes qui faisaient partie des 
mausolées de leur famille, vendus avec le mobilier de l'église 
des Dominicains. Ils se sont rendus acquéreurs de ces mau- 
solées. Le préposé à l'adjudication leur a dit, au moment de 



— 580 — 

la vente, que loul, ce qui en avait fait partie et pourrait s'en 
trouver détaché serait remis aux acquéreurs. Gei)endant 
on ne leur a pas restitué les figures en question , car elles 
sont dans les magasins du Musée. » Il est foit droit à cette 
requête, à la condition que les postulants feront rétablir les 
mausolées dans une édise de Bruxelles. La condition était 
de trop; il fallait s'empresser d'accueillir une demande si 
légitime. Ainsi donc, des tombeaux ont été arrachés du })ieux 
asile delà mort, on les a vendus à l'encan sur la place 
publique ; aux familles qui les ont rachetés, on a promis de 
leur en remedre les débris dispersés, et les agents préposés 
à ces immorales exécutions n'ont pas même tenu leur enga- 
gement ; ils ont manqué aux conditions de la vente et frustré 
les acheteurs. Triste et caractéristique é])isodc des mœurs 
du temps! 

On voit que les magasins du Musée contenaient bien des 
objets différents. Pour nous l'apjirendre, il n'était pas besoin 
des |)élitions que nous venons de citer. L'inventaire nous 
fournit des renseignements précis sur l'étrange amalgame 
de ce dépôt. Les tableaux sont au nombre d'environ quinze 
ct'iils, ainsi (jue nous l'avons dit|>lus haut. Viennent ensuite 
des scul])tures en mar])re, en })icrre et en bois: statues, 
groupes, bas-reliefs, retables, fragments de mausolées, 
l)ierres tombales. Puis ce sont des boiseries sculptées pro- 
venant de jtlusieurs maisons religieuses et cpi'on a déposées 
dans les greniers de l'Ancienne Cour, en attendant qu'on en 
fasse usage. Il y a, entre autres, les boiseries de la biblio- 
thèque de l'abbaye d'Evcrbode, celles de la bibliothèque 
et de l'église de Villers , celles des abbayes de Bois- 
Seigneur-Isaac et d'Auderghem. De ces mêmes maisons 



— o»/ — 

viennent des vilj-aux peints et des arilles en fer d'un heau 
travail. 

Ce n'est pas tout : l'inventaire conlicnt encore une longue 
liste des objets réservés pour le Musée de Bruxelles, mais 
(jui n'y ont point encore été transporlés. Les statues de 
Jésus-Christ, de la Vit^-ge et des apôtres, lixées contre les 
piliers de la grande nef de l'église fw/er«)i/ Sainte-Gudule; 
la chaire de vérité, l'autel de la chapelle de la Vierge, les 
mausolées de cette même chapelle et de celle du Saint- 
Sacrement figurent en tète de cette liste. D'autres églises de 
Bruxelles, les églises de Louvain, de Diest, de Nivelles ont 
fourni à l'inventaire des objets réservés au Musée, des lots 
également importants, également variés. Aux statues, aux 
groupes, aux bas-reliefs, s'ajoutent les tabernacles, fonts 
baptismaux, stalles, confessionnaux, etc. Tout objet façonné, 
en ({iielque matière et de quelcpie dimension (pi'il soit, est 
porté à l'inventaire pour être donné, jtlus tard, au Musée, 
qui en fera ce qu'il pourra. Si le transport en a été ajourrié, 
c'est que les fonds ont manqué, comme nous ra})prend une 
note mise au bas de la liste en question. Pour le même 
motif; sans doute, des tableaux inscrits dans l'inventaire sont 
restés en place ou bien ont été déposés en divers endroits, 
pour être transportés par la suite à Bruxelles. Nous trouvons 
les mentions suivantes : un cylindre cacheté contenant cinq 
tableaux, déposé à la municipalité de Wavre; un cylindre 
contenant huit tableaux, provenant deFabbaye d'Everbode, 
déposé entre les mains du concieige de la munici})alité de 
Louvain; un autre cylindre de treize tableaux, même dépôt. 
Quand on voit comment s'y prenaient les commissaires répu- 
blicains, on ne s'étonne pas que la plupart des tableaux 



— 588 — 

enlevés par eux en Belgi(|ue , en Allemagne , en Italie, et 
expédiés par leurs soins, soient arrivés à l*aris dans le déplo- 
ral)Ie état où ils se trouvaient lorsqu'on en fit la remise aux 
villes désignées pour recevoir descoliectionsdépartementales. 
On s'explique encore la disparition de beaucoup de tableaux, 
dont on a perdu la trace depuis leur enlèvement. Plus d'un 
de ces cylindres, contenant des douzaines de toiles, n'aura 
pas été retiré de l'endroit où on l'avait déposé; plus d'un git 
encore , peut-être, dans une cave ou dans un grenier et ne 
renferme plus , sous son enveloppe cachetée, que des frag- 
ments de peintures décomposées. Des tableaux en bois 
étaient aussi restés déposés chez le concierge de la munici- 
palité de Louvain , et bien que , d'après la liste qui en est 
donnée, plusieurs fussent des œuvres de prix, aucune mesure 
ne parait avoir été prise pour leur conservation. Il en est 
que nous retrouvons au Musée; donc tous ne se sont jias 
égarés en route; mais on ignore le destin de beaucoui) 
d'autres. 

La commune dut songer à doter le Musée de Bruxelles. 
D'après un état de dépenses dressé par Bosschaert pour l'an 
XIII, nous voyons que le budget de cet établissement fut 
originairement de six mille francs. Dans le rapport qu'il joint 
à cet état en l'adressant à. l'autorité locale, Bosschaert se 
félicite d'avoir pu faire dix-sept cents francs d'économies. Il 
annonce que l'année suivante, les frais de réparations devant 
èlre moins considérables, le crédit alloué au Musée pourra 
être réduit de six mill(3 francs à quatre mille. Singulière 
façon d'agir de la part du directeur d'une collection nais- 
sante ! Le conservateur d'un dépôt public doit dépenser au 
moins les crédits qui lui sont accordés ; il ne remplit pas des 



roiiclioiisd'i'coiiomc ; sa iiiissioiic^l (rciiricliir le i)lusj)().ssibl(; 
sa collcelioii. Au lieu du l'aire des écoiiuiiiics, poiiniiioi lios- 
schaerl u'ajoiilail-il pas ({iicl<nios bons (abicaux au Musée. ? 
Les occasions d'en acheter n'étaienl pas rares alors, el les 
meilleurs élaienl à vil prix. 

En 1804, environ deux ans après l'ouverlni-e du Musée, 
le luaire do Bruxelles, (jui élail alors M. de ÎMérode, écril à 
Bosscliaerl relalivemcnl à la direclion du Musée, et, ajti'ès 
l'avoir félicité de son zèh.', il ajoute : « Je désire (pie vous 
vous occupiez, dans vos momenls de loisii', d'un niénioii'e 
au ministre do l'intérieur, à l'elfet d'en obtenir des tableaux 
pour le Musée de Bruxelles, car vous savez que le loi de notre 
ville, bien (pie renfermant des tableaux de prix, n'a point 
été îivautageux. Le moment est peut-être venu où, par des 
demandes réitérées, on parvieiidraà nous faire indemniser. » 
Bos>5eliaert était tout ])rèt à solliciter \o, iiouvernement en 
faveur du Musée; il l'avait déjà fait, sans attendre l'invitation 
du maire. Il wud compte à. celui-ci du peu de succès de ses 
instances. « Depuis (piehpie temps, écrit-il, je m'abstiens, 
parce que la guerre préoccii})e tous les esprits. Le directeur 
général du ]\ïusée Napoléon ayant demandé à èli'e einj^loyé 
à l'armée, son absence aurait rendu inutiles les démarches 
(ju'on aurait pu faire. Son retour, annoncé depuis peu, donne 
plus de chance de réussir. » 

Bosschaert avait eu une idée assez originale, pour solaire 
envoyer au moins un tableau de Paris : « J'avais été chargé, 
écrit-il à M. doMérode, d'acheter à la vente du brasseur 
l'auwelsun beauel grand Berchem |)our S. M. l'impéralrice. 
Ma commission s'étendait jus(prà douze mille francs. L(3 
tableau me fut îuljugé pour sepl mille. Je l'envovai à Paris, 



— 590 — 

soiuiu'usc'iiicni i-uuk' .sur un do nuscyiindiivs, (juc je priai i\c 
nous ronvoycr avec un tableau pour le Musée. M. Denon s'y 
est refusé, sous le préle.xle <|ue li- 3lusée de Paris n'esl pas 
au complet. » 

Bosscliaert terminait sa lettre au maire de Bruxelles en 
rengageant à écrire au minislr(> et h faire eu sorte que le 
préfet du département tentât, de son côté, une démarclie 
auprès du gouvernement. AI. de Mérode adresse , en effet, 
une demande pressante au ministre de l'intérieur. Les motifs 
qu'il invoque pour obtenir de nouveaux tableaux sont ceux 
qu'avaient déjà fait valoir ses prédécesseurs, lors([u'il s'était 
agi du premier envoi. Il est inutile de les reproduire ici. Nous 
citerons seulement le passage où, en j»arlantde Bosscliaert, 
le maire dit : « C'est à son zèle, à ses connaissances , à son 
amour pour l'art que la ville de jiruxelles doit le rétablisse- 
ment de son antique Académie de peinture et de sculpture, 
ainsi que la conservation des lableaux provenant des abbay<'S 
et couvents supj)rimés , (pii forment la majeure ])artie de la 
collection du Musée. » Ces lignes s'accordent parfaitement 
avec ce que nous disions plus Iiaul de l'origine du Mu.sée de 
lîruxelles. 

Bosscliaei't a jugé eniin le momeni laNorable : il ot paili 
l)Our Paris. Il écrit à M. de Mérode (|u'il a larde à lui doimei- 
des nouvelles de sa mission, j)ar('e (pi'il aurail eraiiil, ]>ar 
trop d'empressement, de faire regarder connue exagérées les 
espérances qu'il est fondé à expriiiier. .MM. d'Arenberg et 
J^and)reclits l'ont conduit à l'audience du minisire le lende- 
main même de son arrivée. L(* ministre se montra bien 
disposé ; mais il lit observer que rien ne ])Ouvait se faire en 
l'absence du di)'(;cteur général du Musé<.', alors éloiané de 



— 5«)1 — 

l'aris. Bosscliacrl avait prévu cette réponse et ne s'en est 
pas laissé décourager. Il sait que M. Denou a remis, en 
partant, l'adminislralion entre les mains d'une personne dont 
il a déjà reçu des services il y a quatre ans et sur les bons 
olïices de laquelle il croit jjouvoir encore compter. En effet , 
un musée de département, celui de Rennes, se trouve, 
depuis trois ans, en relard de payer la restauration de douze 
tableaux qui lui étaient écbus. L'administrateur ad intérim 
propose à Bosscliaert de prendre pour le Musée de Bruxelles 
les douze tableaux au prix de deux mille quatre cents francs, 
lixé pour les restaurations. Bosschaert annonce à M. de 
Mérode qu'il a accepté, à la condition de voir préalablement 
les tableaux et de faire ratifier ensuite le marcbé par la 
commune de Bruxelles. Cinq jours après (20 octobre 1806), 
Bosscliaert écrit ((u'il a eu occasion de voir les tableaux 
destinés à la ville de Rennes et qu'il serait à souhaiter qu'elle 
renonçât définitivement à en prendre livraison. Il en est un 
<{ui, à la vente des tableaux provenant des couvents suppri- 
més sous Joseph II , fut acheté à Bruxelles , pour le roi de 
France, au prix de trois mille six cents francs, c'est-à-dire 
douze cents francs de ])lus qu'on ne demande pour la restau- 
ration et l'encaissement des douze dont se compose la liste 
(lu lot de Rennes. N'ayant pas, pour le moment, autre chose 
à faire à Paris, Bosschaert annonce qu'il va partir, non sans 
s'être assuré que les intérêts du Musée de Bruxelles seront 
chaudement défendus auprès du directeur général. 

Un an se passe sans qu'il vienne de Paris une bonne 
nouvelle ]»our le Musée. L'affaire des tableaux de Rennes 
reste elle-même assoupie. Au mois d'octobre 1807, Bos- 
schaert retourne tenter de nouveau la fortune des sollicita- 



lions. Au iiioiULMiL où il ari'iva h Paris, on ouvrait IV-xposilion 
dos ol)jels d'arl rapporlés ci'AUcmaguc , à la suite de la 
campagne de Prusse. Bosschaert lémoigne à M. de Mérode, 
avec lequel il coi"r('sj)ond au sujet de sa mission, radmii-aliou 
(pie lui cause la vue des nouveaux cliefs-d'ieiivre dont s'i^st 
accru le Musée Nai)oiéon ; mais ce qui le charme surtout 
dans la vue de ces i-ichesses, c'est que les salles du Louvre 
ne peuvent jtlus suffire à contenir les nouveaux tableaux 
îijoulés aux anciens et qu'on a dû éliminer un certain nombre 
de ceux-ci, dont on fera vraisendilablement une distribution 
entre les musées de province. Cet espoir se change en cer- 
titude dans une audience que Bosschaert obtient du directeur 
général. Grâce à l'abondance d'univrcs capitales cpi'il a 
maintenant, le Louvre pourra se défaire des tableaux d'un 
moindre mérite, bien (|ue dv grands niititres, et Bruxelles en 
aura sa part. Fort de cette promesse, Bosschaert reprend la 
route de la Belgi({ue. 

L'idée fixe de Bosschaert était d'oblenii' des tableaux de 
Paris. Il néglig(.'ail trop les autres moyens d'enrichir le 
Musée. Au lieu de faire des économies sur son budget, il 
aurait dû le déclarer irisuflisant, faire com]>i'endre ;t l'admi- 
nistration locale (pie créer une collection pnblifpie dont on 
s'est d'ailleurs efforcé de démontrer l'ulilité, c'est prendre 
l'engagement de lui fournir les moyens de s'accroître, de 
répondn^ à sa destination. On restaurait les tableaux endom- 
magés , mais on faisait jx'U (rac(piisitions, et la manière dont 
liosschacrl formule ses j^i'oposilions à l'aulorilé, les précau- 
tions (ju'il |)rend pour aborder la question d'mie déi)cnsc 
n)énie insignifiante, prouvent qu'on avait des idées très- 
fausscs et très-étroites sur l'administration des établissements 



- âî).-, 

(l'ulililé piibliijiK'. i}ii('I(Hios oxlrails do la coiTCspondanco 
do Bosschaort eu feront juger. 

Voyons d'abord la lettre où il est {|uestion de l'achat d'un 
tableau de Ruysdaol. Bosschaert écrit que le peintre-restau- 
rateur Thys lui a montré un paysage de ci; maître, du prix 
(le (rente à quarante louis, qu'il laisserait au Musée jiendant 
un an et reprendrait ensuite avec un léger dédommagement, 
si l'on n'en était pas content. « Je pense, ajoutait Bosscliaerl, 
que cette mesure de précaution préviendrait les propos que 
la jalousie des marchands pourrait opposer à mes acquisi- 
tions. » La proposition fut apj)rouvée et l'achat du Ruysdael 
eut lieu, en même temps que celui d'une Chasse au Cerf, de 
Devries. Les deux tableaux furent payés huit cent vingt- 
neuf francs soixante-deux centimes. Assurément, ce n'était 
l^as ruineux. 

Une autre fois, c'est d'un tableau de Jordaens qu'il s'agil. 
Bosschaert annonce, dans son i'a])})ort, qu'un artiste distin- 
gué de Paris, ancien membre de l'Académie, M. Lemonnier, 
lui a écrit que des circonslances parliculières le décident à 
vendre, en faisant un sacrifice, une grande esquisse de Jor- 
daens, représentant l'entrée triomphah» du prince d'Orange 
à La Haye. « Le Musée de Bruxelles ne possède rien de ce 
peintre, émule de Rubens comme coloriste. Il y a quelques 
années que, le voyant à Paris, Bosschaert avait ]mr 
M. Lemonnier de lui céder ce tableau pour le Musée; mais 
il ne voulait pas alors s'en défaire. La nécessité l'oblige à 
revenir sur cette détermination, et il l'offre pour le ju'ix qu'il 
le paya, il y a trente ans. » Quel était ce prix? Six cents 
francs. Il n'était pas nécessaire de faire de grands frais 
d'éloquence pour démon! rer l'avanlage d'un pareil marché. 



— 59/i. — 

Du reste, ce prix de six cenis frai)cs, si inférieur à la valeur 
réelle de la belle esquisse de Jordaens, paraissait alors très- 
respectable. Il n'avait pas encore été fait d'acrpiisition aussi 
importante pour le Musée de Bruxelles. On croit l'èver lors- 
qu'on parcourt les comptes de cette époque (de 1802 à 1810) 
et lorsqu'on voit payer trois cent cinquante-cinq francs la 
grande Noce flamande de Van Tbulden; cent quatre-vingt- 
dix francs la Da^ne lioUandaise à sa toilelle, attribuée à 
J.-B. Weeninx et dans tous les cas une des perles du Musée; 
deux cent quarante-deux francs un paysage d'Artliois avec 
des figures de Teniers le Vieux, etc. Encore, dans le rapport 
où il fait mention de ce dernier tableau, Bosscbaert s'en 
excuse-t-il comme d'une folie en disant : « Le Musée n'ayant 
rien de ce maitre, dont les tableaux sont très-cbers, je me 
suis décidé à cette acquisition, » Quelle collection n'aurions- 
nous ]tas, si la commune avait lixé dès lors à vingt mille 
francs l'allocation annuelle accordée au Musée j^our ses 
acbats et si cette somme avait été dépensée par un bommc 
de goût! 

Par lettre du l*"'' avril 181 1 , le préfet fit connaître au maire 
(jii'il venait d'être officiellement informé que trente et un 
tableaux ])rovenant de la collection du Louvre venaient 
d'être accordés au Musée de Bruxelles et que le cbevalier 
Denon était autorisé à les mettre à sa disposition. 

Il ne restait plus, d'a|)rès la déi)êcbe du ])réfet, (pi'à les 
faire preiulre à Paris i)ar \\m\ personne possédant assez de 
(■()miaissances pour en soigner renibnilauc et !<> li-ansjxjrl. 
Cette personne ne pouvait être que liosscbaert : il fut, 
en effet, chargé par le maire d'aller à Paris recevoir les 
tableaux dont le Musée de Jiruxcllcs venait d'être gralilié 



— 595 — 

inopinc'menl. Après avoir viv(Miioiil sollicité pour les ol)lonir, 
ciiKi ans atiparavanl, il s'était sans doute lassé d'attendre et 
d'espérer, car il non était plus question depuis longtemps, ni 
dans ses rapports, ni dans sa correspondance. 

Le corps municipal de Bruxelles adressa au ministre de 
l'intérieur une lettre de remercimenls pour l'octroi des 
trente et un tableaux : « C'est à la patrie de Rubens et de 
Van Dyck, écrivait-il, rpi'il appartient de s'enorgueillir des 
cbels-d'œuvn^ de la |)einture. Nulle part on n'en sentira 
mieux le prix. » 

Voici la liste i\o^ tableaux accordés au Musée de Bruxelles 
par le décret du la février 1811, ordonnant une nouvelle 
disti'ibution des l'icbesses sural)ondanles du Louvre entre 
les villes de Lyon, Dijon, l^iruxelles, Grenoble, Caen et 
Toulouse 



Ecole ilii .SciiiAvoNE, Siiiiit Séhaslioii. 
TiNTORET, 1111 Martyre, esquisse. 
Sam.aert, une Procession. 

Iil. antre Procession. 
(Aipie (le Jlkes Romain, nue r)alaill('. 
École (In (;arava(".e, le Clirisl mort. 
Titien, Portrait en pied iriiii i^uerrier. 
Michel Coxcie, le D(3luge. 
Rur.ENs, Saint Bavon. 

Jordaexs, Saint Martin guérissant un possiuk'. 
Vandermeulen, la Vue de Tournay. 
J.-C. Procaccini, Saint Sébastien secouru par les anges. 
Paui. Véronèse, Junon versant ses trésors sur Venise. 
Dit du Soyaro, le Christ au tond)eaii. 

Paul Véronèse, la Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Catherine. 
(iAUDEN/io Eerrari, Jésus a(UM'é par les anges et un cardinal. 
Albane, Adam et Eve. 
P. iiE CiiAMPAC.NE, Saint Etienne. 

Id. Saint Ambroise. 

CiiuF,. Saint .térùme, saint Thomas el la Vierge, 

id. une Sibvllc. 



Ô^C. 



I.F.AMmo Bassan, rAssomption. 
TtNTOFtET, un Sonateur vihîition. 
FRANf. P'lorts, trois tt'tos sur un pannoan. 

Kcol(> llorentino, Yulcain dénonçant aux dieux rinliJélité de S(in (■pouse. 
Cif.NANi, la Vierge, Jésus et les Auges. 
Sass Fekâta (Sasso Fcrrato), une Tète de Vierge. 
Cru de Faxolus, la Vierge, Jésus et un Ange 
Maria Tiktorlt, un Repas. 
Canaletti, rintérieur de Saint-Marc, 
Id, une Vue de Venise. 



Nous avons transcrit cotlc liste d'après Tl'ImI original do 
transmission accompaixnanl renv(ud(ï 181 1 ; mais ilcstnécos- 
s.'iiro d'y joindre (|nel(jues explications ]X)nr les ))ersonnos 
(pii, ne retrouvant plus au Musée plusieurs des tableaux 
portés sur la liste, se demanderaient ce qu'ils ont pu devenir, 
car il n'y a pas eu, comme en 1802, dix tableaux retenus 
ou écliangés. Les (renie et une toiles annoncées sont bien 
effectivement arrivées, et lîosscliaert en délivra un reçu en 
règle. Il reste à dire ce qui est advenu d(^ (piebpies-unes 
depuis leur réception. 

Le Saint Sébaslioi, de l'écoN,' de Sclii;i\oiie, a élé placé, 
depuis longtemps, parmi les productions d'aulcurs inconnus; 
{aDéliifje, de Micbel Coxcie, a été resliliié à Cossiers, son 
véril;ible, ;iiileni'; le Kaxoliis ( F;i/olo) est devenu mi (ligoli ; 
les deux Canaletti ont élé, ;i juste litre, déb;iplisés pour 
deNcnii', l'ini ini (luardi, r;iiilre ini Bellolo. 

Ouniit ;!ii Jicpa.s , de Maria Tinlor(!t, nous renvoyons, 
polir ce qui le concerne, aux Xofcs de (Àuia d'Andréa de 
Micliieli. Lo S('ii(((('in' vriiilirii. de Tinlorel; le Polirait en 
jned (l'an f/iicrricr, de Titien; le ,SV///// Jvmmc et saint 
Thomas, du (luide; la Xicnic, l'Iùifaiit J<'.siis et tes anges, 
de Cignani, ont él('' rendus, ;ivec le j^'ipliai'l provennni de 



renvoi do 1802, au Papo, au grand-duc do Toscane et au roi 
ih Prusse, qui les firent réclamer di])lomnti(|uement en 181(5, 
ainsi qu'on le verra ])lus loin. Le Saint Bavon, de Paibens, 
est retourné à Oand, comme la Nativité, de Van Dyck, et 
y Elévation en croi.r. du UKMno maître, sont relournés, 
après 1815, l'un à Termondo et l'autre à Courtrai. 

Les taljleaux arrivés, il fallut les mettre en état d'ètn; 
exposés, et il parait que ce ne fut pas une petite affaire. 
Bosschaert informa l'adminislration (jue tous avaient du 
subir des réparations, sans lesquelles il eût été impossihhï 
de les placer dans les galeries du Musée. Les frais faits pour 
leur restauration s'élevèrent à la som^me de 1 ,477 francs. Un 
nouveau catalogue fut imprimé, à l'occasion des nouveaux 
accroissements du Musée. C'était le quatrième publié depuis 
l'inauguration de la collection. Los précédents avaient |)aru 
en 1802, 180G et 1809. Le catalogue de 1811 comprenait 
224 numéros pour les tableaux des écoles modernes et 
81 numéros pour les tableaux aniériours à la seconde moili*' 
du xvi'' siècle et qualifiés d'anciens. 

Il y a, vers cette époque, stagnation dans les accroisse- 
ments du Musée. Bosscbaort paraît être satisfait de l'état de 
la collection : les acquisitions s'arrêtent. Il n'est fait dcî 
déjjenscs que pour les restaurations. En fouillant dans les 
magasins, on Irouve encore des toiles très-dignes de lîgunM* 
dans le Musée et qui avniont écbappé à de i)récédenles 
recbercbes. De là vient que plusieurs tableaux dont l'ac(iui- 
sition n'est menlionnée dans aucun compte, apparaissent 
(ont à coup dans de nouvelles éditions du catalogU(\ Nous 
on avons reconnu ainsi, au moyen do l'inventaire, un corlain 
nond)re qui venaient des couvents siq^primés. Cela explifjuo 



— 508 — 

(îoiiimcnl il se fail que dos lal)leaux sont indiqués ])lns loin 
conniK' provenant de l'ancien fonds, tandis (juils lie sont 
])oint renseignés dans les premières éditions du catalogue. 

Si Ton n'achète plus de tableaux, on continue à en donner. 
A|)rès les églises et les hospices, vient le Jardin botain'que 
qui sollicite la faveur de puiser dans les magasins du Musée. 
On se demande probablement quel besoin le Jardin bota- 
nique pouvait avoir de tableaux. Une lettre du siein- Delliin, 
directeur de cet établissement, le fait connaître : « Il existe 
au dépôt du Musée, écrit-il au maire, quelques vieux et mau- 
vais tableaux qui ne peuvent pas servir à enrichir la collec- 
tion, mais qui pourraient être avantageusement utilisés pour 
garnir les châssis destinés à couvrir les seri'es du Jardin 
botanique. » En conséquence le sieur Delliin demande que 
Bosschaerl soit autorisé à lui délivrer ces tableaux, ainsi que 
quelques fragments de verre coloré qu'il jugera ne pouvoir 
))as être utiles au Musée. 

Tout étrange qu'elle est, cette demande est favorablement 
accueillie, Bosschaert ayant été consulté. Nous ne mettons 
j)as en doute que les tableaux appelés à l'honneur de couvrir 
les cbàssis du Jardin botanique ne fussent trop médiocres 
pour être placés au Musée; nous voulons croire qu'on a 
clioisi les plus mauvais; mais encore pouvait-on en faire un 
meilleur usage. Ne fût-ce que pour les princi|)es et par res- 
])ect pour la dignité de l'art, il ne fallait par leur iiiHiger 
cette deslinîilion vulgaire. Nous ne pouvons toutefois nous 
défendre de (puïlque arrière-pensée sur la qualité des tableaux 
en (piestiou. L'autorisation de les délivrej- porte qu'ils sont 
inscrits sous le n" 12()4 de l'inventaire général. Si nous con- 
sultons ce! invenlairi!, nous voyons (igurei- au n" I^<I4 : 



— 599 — 

« Ti'cnlG et un (iihleaiix nyanl sorvi de cinlros, roprésenlanl 
dos... » le reste de la phrase resta malheureusement dans la 
plume du rédacteur. 11 s'agissait évidemment des comparli- 
meiils d'un plafond; or, comme on n'a jamais chargé de 
travaux de ce genre des artistes sans aucun mérite, il y a 
lieu de supposer que les tableaux accordés légèrement par 
Bosschaert à son confrère du Jardin botanique auraient pu 
recevoir une meilleure destination. Et les fragments de verre 
colorés? C'étaient des vitraux arrachés aux fenêtres d'une 
église, très-précieux peut-être? On ne faisait alors aucun cas 
(le ces débris d'un art flétri de l'épithète de gothùiuc, car ce 
Jiiol (pii est devenu l'équivalent d'un éloge, en servant à 
désigner un style remis en honneur, était une flétrissure au 
commencement de ce siècle. Les fragments de verrières 
déposés, avec tant d'autres objets d'art, dans les greniers 
du Musée ont disparu sans qu'on sache ce qu'ils sont deve- 
nus. On les a donnés ou jetés; cela ne valait pas la peine 
d'être vendu. Un employé de l'administration du Musée de 
Paris qui avait rendu quelques services à Bosschaert, à 
l'époque de ses démarches de solliciteur, exprima le désir 
d'obtenir de ces vitraux peints dont il se plaisait à orner sa 
demeure, ainsi que nous l'apprend une lettre conservée dans 
un des dossiers des archives du Musée. Bosschaert demanda 
à l'autorité locale et obtint de pouvoir lui en expédier. Il n'y 
a pas de trace d'aucun autre emploi des verrières qui exis- 
taient dans les magasins de l'Ancienne Cour. 

Le Musée vivotait sous une administration pleine de bonne 
volonté, mais dépourvue d'initiative. La chute de l'enqiire 
français et la constitution du royaume des Pays-Bas vim-enl 
lui imprimer, comme à toutes choses dans l'Rtat, une vio- 



— 100 — 

lonlo secousso. il lil ik'spnrios, (.rime pari, des aeqiiisilions, 
de l'autre; il eul de^* craintes, des espérances et liiialeinenl 
il se retrouva, après une vive agitation, dans une situation 
peu différente de cell(,' où il était aiii)aravant. 

Dès 1<; milieu du mois d'août 181."), on s'occupa des 
mesures à prendre, concurremment avec les puissanc(\s 
îdliées, pour rentrer en possession des œuvres d'art enle- 
vées à la B(!lgi(pie par les commissaires républicains. Le 
18 août, le baron d'Anctlian, intendant départ(Mnental de la 
Dyle, écrivit au chef du bur(?au des arcliives générales pour 
lui demander « des renseignements propres à former un étal 
des objets d'art, sciences et documents nationaux ])ris par 
les armées étrangères dej)uis leur première invasion. » — 
« J'ai l'honneur de vous informer, répondit le fonctionnaire 
auquel s'adressait M. d'Anetlian, (pie les arcliives du gou- 
vernement (pii me sont eonliéi^s i"eiiferment peu de notions 
à cet égard, par la raison que les repi'ésentanls du ))eiiple 
et les commissaires français ont enlevé de nos églises et 
édilices publics, de nos bibliollièqu(\s et des abbayes, les 
tableaux, statues, nK'daiiles, maiiusei-ils, livres des plus pi'é- 
cieux, sans en dresser inventaire ou en laisser des récépissés 
détaillés aux persomuis qui en avaient la garde. » En 
l'absence des renseignements que n'avait pu fournir le dé|)ôt 
(\Q!i archives, on avait formé, en s'adi-essant aux autorités 
locales, une liste des objets d'ai-l (pi'avail pcM'dus la Belgi(jue 
à I;i siiile de finvasioii. Cetlii liste était sans doute bien 
ineoiiiplète ; mais il s'agissait moins de saNoir exaelenieiit ci; 
(pii avail éh' enlevé de nos provinces, (pi(^ de (toniiailre ce 
(|ui se trouvait dans les colieclions publi(pies de France 
d'objets d'arl (pie la Belgi(|iie élail en droit de revendiipier. 



— iOI — 

C'est ce i|a'oi) s'allachu à l'iiiro. L'iic coiiiiuissioii coiiiitosiki 
tic MM. Odcvacre, A[)oslool, Omnicganu-, Yan liai, Vaii 
Rcgemorlor , Stier cl Gainhici' l'ut chargée d'aliiu' recoii- 
naitrc les objets réclamés diplomaliqueinent par MM. de 
Fagel cl de Gaucrn cl de présider à leur oilcAeineiil, aiiisi 
qu'à leur rée.\))édilioii. Nous n'avons i)as à nous occuper ici 
de la manière doid lui remplie celle mission ni des diffi- 
cu.llés qu'elle rencontra. Ses résultats, relativement au 
Musée de Bruxelles, sont seids actuellemcnl de noire 
compétence. 

Les négociations suivies ii I*aris par les conmn'ssaires ont 
abouti à la restitution de ceux des tableaux enlevés à la 
Belgique qui liguraient au Louvre. Nous dirons i)lus tard 
comment leur mission échoua en partie, en très-grande 
partie, el ce qui résulta ])0ur \q Musée de Bruxelles de cet 
insuccès. Les tableaux repris au Louvre ont été emballés 
cl dirigés sur la Belgique. Ils l'oianent un convoi de quatre 
chariots lourdement chargés, dont deux ont Bruxelles i)oui' 
destination, tandis que les deux autres doivent continuer 
leur voyage vers les provinces septentrionales. Le trajet se 
l'ail l(Mitement et diflicilement. La saison est avancée, on 
louche à l'hiver, les roules sont mauvaises, et la dimension 
des caisses ne ]>ermettant pas de fj-anchir les portes des 
villes fortiliées, les chariots sont souvent obligés de faire de 
longs détours. Enfin ils touchent au terme du voyage. Le 
18 novembre le commandant de ])lace de Mons informe son 
collègue de Bruxelles de l'envoi de dix voitures chargées 
d'objets d'art, sous une escorte de (juinzc carabiniers du 
régiment n° 2, commandés par un officier. 

Par la même dépêche le comuiandant d(^ ])lace de 



— U)"! — 

liru.xi'llL's cUiil iiivilù à prescrire eu (jui devrait être l'iiil des 
voitures destinées à cette ville, desquelles il donnerait 
décharge, et à l'aire placer les autres à la Grand'Placc, 
devant la garde des pompiers, où elles stationneraient 
jusqu'à leur départ, qui aurait lieu dans un court délai. Le 
pi'écicux convoi lit son entrée à Bruxelles, le 20 novembre 
et les disposition^ indiquées furent prises. 

Les voitures chargées des tableaux atti-ibués aux |)j-o- 
vinces méridionales furent conduites au Musée et les autres 
restèrent sur la place de l'Hôtel de Ville, ainsi que l'avait 
])rescr.it l'autorité militaire à laquelle était confié le soin de 
les faire parvenir à leur destination et qui les oubliait un 
peu, connue le prouve une dépêche du maire de Bruxelles, 
M. Vanderlinden d'Hoouhvorst, au comte de Mercy-Argen- 
teau, gouverneur du BrabanI, en date du 26 novembre. 
Le magistrat municij)al invite l'administration compétente, 
« à faire en sorte que les chariots qui stationnent sur la 
Grand'Place soient mis en lieu de sûreté avant l'entrée des 
troupes étrangères, attendu qu'alors il n'en pourrai! i)lus 
répondre, les ponq)iers qui gardent ces chariots ne jiouvant 
résister à des troupes qui vont se répandre en grand nombre 
sur la ])lace. » Ces troiq)es étrangères étaient celles des 
puissances alliées qui traversaient la Belgique en regagnant 
le Nord. 

L'administration municipale de Bruxelles avait pris des 
mesures pour recevoir les tableaux dont le dépôt allait lui 
être confié. Son premier soin avait été de nommer, à cet 
effet, une commission dont la présidence revenait de droit à 
Bosschaert; mais le conservateur du Musée de Bruxelles ne 
(leviiit pas cire témoin des cliang(,'meiits (pii .illaiciil avoir 



— 405 — 

lieu dans Iclablissonicnt qu'il dirigeait depuis sa création. 
Il mourut au moment où l'adminislration municipale le 
chargeait des soins à prendre pour la réce])tion des tableaux 
arrivés de France. Son successeur fut le sieur Malaise aîné, 
chef de division à la Ville, (jui avait eu longt(Mn])s la surveil- 
lance du Musée dans ses attributions administratives et qui 
remplaçait Bosschaert dcjniis sa maladie. Nous ti'ouvons 
dans les archives, relativement au décès do ce dernier, une 
indication assez curieuse et qu'il ne nous a pas été possible 
de compléter à l'aide d'autres documents. Le bourgmestre 
de Bruxelles éci'it que : « les tableaux appartenant à feu 
M. Bosschaert seront expertisés et le montant de l'expertise 
sera versé enlrc les mains du représentant des héritiers du 
défunt. » liosschîiert avait donc déposé au Musée des 
lableaux (jui luia])i>arteiiaieut? La lettre du bourgmestre ne 
saurait s'expli(iuer autremenl. Qu(.'ls étaient ces tableaux? 
C'est ce qu'il ne nous a pas été donné de découvrir. 

Les lenteurs administratives ont parfois de graves incon- 
vénients. Elles eurent des résultats funestes dans le cas dont 
il va être question. Les lableaux arrivés de France avaient 
été déposés, le 20 novembre 181o, dans la cour du Musée. 
Un mois après, le 21 décembre, l'autorité locale en infoi-me 
le gouverneur de la province, en demandant l'autorisation 
de faire procéder à l'ouverture des caisses. Le gouverneui' 
en rélere au commissaire général de l'instruction, des arts 
et des sciences à La Haye, et c'est seulement le o janvier 1810 
(fu'il transmet au maire de Bruxelles la décision prise par 
ce dernier. Voici les termes de la lettre : « M. le commis- 
saire général de l'instruction, etc., à qui j'ai cru devoir sou- 
mettre la demande que vous m'en avez faite le 21 décembre 



— i04 — 

(leriiiiT, lie s'oppose point it ce (juc j(; lasse di'eaisser les 
lal)leau\ recouvrés de France et ajiparlcnanl au ]ii'abant 
nuTidioual qui se lrouv(;nl niainiiniaiil sons ma surveillance 
au Musée de Bruxelles, si la conservai ion de ces lablcaux 
exige celle opération. » Il était un jieu tard po m* songer à lu 
conservation des laljle;iux (pii de])uis cinq semaines étaient 
exjiosés aux intempéries de la mauvaise saison, dans des 
caisses mal jointes. 

Le ') janvier h; maire écrit à Malaise, le nouveau conser- 
vateur du Musée, pour (pi'il ait à l'aire ouvrir les caisses. 
.Malaise, qui ne se soucie pas de prendre seul la responsa- 
liililéde celte opération, se doutant bien sans doute de l'étal 
dans lequel vont se trouver les tableaux, demande la nomi- 
nation d'une commission. Le maire prend, le'J, un arrêté qui 
désigne, pour faire partie de celte commission, les sieurs Gode- 
cliarles, Paelinck et Tliys. 11 est décidé qu'un procès-verbal 
(tonstalant l'étal dans le(piel auront été trouvés les tableaux, 
sera tenu, par le conservateur du Musée. Le lendemain, 10, 
les caisses sont ouvertes en présence des commissaires délé- 
gués ]>ar la ville, et Malaise constate soigmnisemeiil dans 
son procès-vei'bal toiiîes les eirconslanees de l'opéralion. 
Ce (pie nous avons de mieux ii faire est de citer (juehjues 
passages de ce document. 

La première caisse ouverte conleiiail la (îméahxjk' de la 
Vierge, de Quentin Metsys : « .Nous avons constaté, disent 
les commissaires, que l'eau a pénétré dans la caisse, a coulé 
sur les peintures et y a formé différentes lâches blanches. 
J'ji outre rpielques jointures des panneaux ont travaillé jiar 
riiumidité. » 

fja deuxième caisse contenait le SaiiU Martin , d(} Van 



— W) — 

l)yck,ctla Mort île la Vien/e, de Coxcie. Lesdcux lal)leaux 
élaiciit sans cadres. En parlant du Saint Marlin, les com- 
missaires consiiïnùnMil l'observation suivante : « Ce tableau 
a suulTerl |)ar riiuniiditc, et son impression à la craie a été 
soulevée en trois endroits différents. » 

Dans la troisième caisse se trouvaient les Ermites nourris 
par le corbeau, de C rayer, et les Doyens du serment de l' ar- 
balète, du même maître; ces deux tableaux également sans 
cadres. Le })remier était endommagé : « L'eau a pénétré 
dans la caisse, dit le procès-verbal, et une grande partie de 
la peinture est tachée. » 

L'ouverture des caisses , la constatation de l'état des 
tableaux, leur mise en lieu sûr exigeaient des précautions 
et du temps. On fut obligé de suspendre après l'ouver- 
ture de la troisième caisse et de remettre au lendemain 
la reprise de l'opération accomplie avec les mêmes soins 
et les mêmes formalités. La quatrième caisse renfermait 
un grand cylindre sur lequel étaient roulés le Portement 
de la croir, de Rubens, et Y Assomption de sainte Catherine, 
de Crayer. Il n'y eut d'avaries constatées ni h l'un ni à 
l'autre. 

La cin(|uième caisse contenait le Christ sur les genoux de 
la Vierge, de Rubens, Voici comment se sont exprimés les 
experts : « Nous avons constaté que ce tableau est totalement 
cbangé par l'humidité, (jue le bas de la toile, détrempé par 
l'eau qui a coulé dans la caisse , semble pourri et qu'une 
graisse générale couvre la peinture. » 

Dans la sixième et dernière caisse se trouvait V Assomption 
de la Vierge, de Rubens. « L'humidité qui a pénétré dans 
la caisse a causé à cette peinture plusieurs grandes bosses 



— i(IC) — 

pai' lu cuiili'iiclioii de la loilc, (|iii a l'ail jdicr le châssis, ic(j(i(.;l 
est prèl à t'clalcr, (|iioi((iril soit lrès-l'ui-l. >< 

En IransmcUaiil col ariligeaiil i)ro(*ès-V('i'l)al au uoinci-- 
iiL'ur, le maire ajoiilail (iucl(jues détails jiai-licuiiers. Il 
n'avail é(é pris aucune précaiiliun jiour renihallatic des 
tableaux; les fentes des caisses n'avaient pas été boueliécs et 
on ne les avait pas recouvertes de loilc cirée. Et c'est dans 
cet état rpi'on les avait fait voyager au mois de novembre! 
Le Jiiaire lei'niiiiîiit en disant (ju'on avait déposé momciila- 
némeut les tableaux dans (\q^ salles ilu Petit-Quartier du 
Musée où l'on entretenait un feu modéré pnur qu'ils séchassent 
lentement. 

Pour l'honneur des commissaires chaïués d'aller recueillir 
à Paris les chefs-d'œuvre de nos anciens maîtres, nous 
aurions voulu i)asser ces tristes détails sous silence; mais 
nous ne le pouvions pas. Comment carhei' (jue h; Christ 
sur les genoux de la Vierge et ÏAssompliondc la Vierge, de 
Jlubens, ont sinuulièrement souffert? Et si la cause de leur 
altération n'est |)as connue, n'en accusera-t-on ])as l'ancienne 
administration du Musée, cpii aui'a laissé fart destructeur 
d'un maladroit restaurateur s'exercer sur les belles paues du 
maître? Plutôt que de laisser accuser ôqs innocents, nous 
nommons les cou])ables. L'équité nous en faisait un(^ loi. 
Nous avons dit dans (piel misérable état se trouvaient les 
tableaux lransj)ortés à Paris par les suius des commissaires 
Irançais après leui- enlèvement de Heliziipie, d'Italie et d'Alle- 
magne. Nos conqinti'ioles ne se sont montrés ni plus adi'oits 
ni ])lus soigneux, lorsipi'on les a envoyés pour veiller à l'heu- 
reux retour des chefs-d'œuvre de l'école nationale. Odevaere 
cl ses collègues étaient de fort braves gens, pleins de bonne 



— 407 — 

voloiilr ; mais ils oui mal rcmpii leur mission, en itc |ir('iiaiil 
j»as les pi'écaulioiis iiiditjiKJcs par le |)lus viiluairo bon sens. 
Kl le maire (|ni siuiiah; rinciiric des commissaires esl-il 
excusable d'avoir laissé phis d'un mois les tableaux dans les 
caisses où ils pourrissaient, avant de songer à demander la 
l)eniiission de les ouvrir? A cpioi bon, d'ailleurs, allendre 
celle permission? Est-ce qu'il n'y a pas des cas où il faut 
savoir éluder les formalités administratives? Nous ne com- 
)»renons pas que le conservateur ail Iiésilé à ])rendre sur lui 
de sauver les tableaux, quitte à demander ensuite l'autorisa- 
tion de le faire. Bosscbaert n'y cùtims manqué, et le ministre, 
s'il était homme d'espril, l'en eût félicité. 

Plusieurs mois s'écoulèrent avant qu'une résolution lui 
prise sur la destination des tableaux revenus de France et 
formant la i)art du Brabanl méridional. Un arrêté du 
15 août 1810 détermina ce qui serait fait à cet égard. Voici 
comment eut lieu la répartition : au Musée de Bruxelles , le 
Porlement de lu Croix, de Rubens, le Chris! mort sur les 
;jcnou,v de la Vierge et l' Assomption, du même mailre, ainsi 
(pie les Ermites nourris par le Corbeau, de Crayer; à l'église 
du Sablon, la Mort de la Vierge, de Michel Coxci(\ et les 
Doyens du serment de l'arbali'tc, de Crayer; à l'église de 
Sainte- Catherine, V Assomption de sainte Catherine, de 
Crayer; à l'église deSavenlhern, le Saint Martin , de Van 
Dyck ; à l'église de Saint-Pierre de Louvain , la Généalogie 
de la Vierge, de Quentin Melsys. Hélait ])ris, dans l'arrêté 
qui réglait cette répartition, des dispositions très-sages, pour 
])révenir le retour de l'abus et du scandale dont tant de 
fabriques d'église avaient donné l'exemple par la vente de 
leurs objets d'art. 11 était dit que l'acte de la remise des 



~ 108 — 

|[iljl(';iii.\ rcnroniierail une clause sjiéciliaiil ([u'ils ik,' ))uui"- 
raient être aliénés sans l'anlorisation du gouvernement. Les 
maires de Bi'uxclles, de I.ouvaiii et de Saventliem devaient 
veillei' à ee que les tal)leaii\ lussent tenus dans un bon étal 
de conservation. Un article de l'arrêté prescrivait encore 
qu'une commission d'artistes serait nommée par le gouver- 
neur de la province, poursiirveillei-h? placement des tableaux 
dans les locaux qui leur avaient été assignés. Le gouver- 
neur désigna, comme jnembres de cette commission, les 
sieurs Malaise, Paelinck, De Landsbeere, François et Tliys 
père. 

La Belgi(iue avait adressé des réclamations ; elle en reçut 
à son tour. Ces réclamations lui vinrent du pape pour la 
Vocation de mini Pierre , de Bîtroccio, et pour la Vie) (je, 
saiïit Thomas et saint Jérôme, du Guide; du grand-duc de 
Toscane pour le Raphaël enlevé à la galerie Pitti ; du roi de 
l'russe pour Y Allégorie de la Nature, dcCignani, pour un 
})ortrait de Titien et pour un autre de Tintoret provenant 
des collections de Berlin et de Cassel. Une longue corres- 
pondance s'engagea au sujet de ces réclamations, l^e conser- 
vateur du Musée rédigea de volumineux mémoires, dans 
lesquels il invoqua l'opinion de plusieurs jurisconsultes, 
pour établir que la ville de Bruxelles avait n.'çu de la France, 
à titre onéreux, les tableaux qui étaient devenus pour elle 
une proj)riété légitime. Les diplomates cliai'gés dr la négo- 
ciai ion riaient jtn.'ssants, le ministre écrivait à l'administra- 
tion locale lettre sur lettre i)Our (jue la restitution eût beu ; 
mais le conservateur persistait à soutenir les droits delà ville. 
La volonté du roi des Pays-Bas tranclia la question. Les 
tableaux furent rendus. La Vocation de saint Pierre, de 



— 409 — 

Barorcio, fut seule conservée, i)aree que le pape n'avait pas 
suflisammenl jusliné de la |>i'ov(Miaiice de ce lal)leau cl ]iar 
conscqueni du bien-fondé d<' sa demande. Quanl à la récla- 
inalion qui venait du côté de l'Allemagne, on aurait pu lui 
ojjposer cet excellent argument que le Musée de Mayence 
possédait cinq tableaux, di»nt deux beaux Jordaens, i)rove- 
nant de la Belgique, (|ui lui avaient été donnés par la France 
et sur lesquels il avait exactement les mêmes droits que le 
Musée de Bruxelles sur les tableaux provenant d'Allemagne 
et reçus également de la France. Il y avait donc lieu de ce 
c()té, non pas à une restitution, mais à un échange. Ainsi le 
voulait la justice; mais nous venons de dire que la volonté 
du roi des Pays-Bas en décida autrement. 

Le gouvernement français Ht aussi jtarvenir des récla- 
mations à celui des Pays-Bas. Il i-edeniandait les tableaux 
envoyés, en 1802 et en 1811, au Musée de Bruxelles. Il y 
avait une réponse bien simple à lui faire : elle fut faite. Les 
éléments en furent fournis par le conservateur du Musée de 
Bruxelles dans un long mémoire où la question était traitée 
d'une manière nette et précise. La Belgique avait fait récla- 
mer à la France deux cent trente et un tableaux. Sur ce 
nombre (piatre-vingt-douze seulement avaient été rendus : 
c'étaient ceux qui se trouvaient au Louvre. A l'égard des 
autres , répandus dans les dillérents musées de France et 
même des provinces d'Italie et d'Allemagne qui avaient fait 
quelque temps ])artie de remj)ii-e IVançais, ils devaient être 
i-estitués plus lard; M. Denon en avait pris l'engagement 
formel vis-à-vis des commissaires belges. On savait où ils 
étaient; le conservateur du Musée de Bruxelles le rappelait 
dans son mémoire. Ils étaient à Bordeaux, à (ïaen, à Dijon, 



— 410 — 

à Gronoblo, à Lille, à Lyon, ù Mayenco, à Marseille, ;i Milan, 
à Nancy, à Nantes, à Rennes, à Rouen, à Strasbourg, à 
Tours et à Toulouse, à Paris même, dans des éiiiises. 
C'étaient les œuvres des ])remiers maili-es de notre école. Le 
conservateur du Musée de Rruxelles Taisait observer, avec 
juste raison, qu'avant de demander la restitution de ce qui 
avait été donné à la Belgique connue une mince compensa- 
tion de ce qu'elle avait perdu , il lallail commencer par lui 
rendre ce qu'on avait à elle. Ces raisonnements, appuyés par 
le témoiiïuaue irrécusable des laits, lirent envisager la ques- 
tion sous son véritalde as])ect. Le gouvci-nement des Pays- 
lias réj)ondit dans le sens des observations contenues dans 
1(! rapport dont nous venons de parler. Malbeureusement les 
clioses en restèrent là. Le Musée de Bruxelles aurait bien 
volontiers écbangé contre les œuvres des maîtres (lamands 
gardées ])ar les musées de France, au préjudice des droits 
de la Bolgi(jue, les tableaux (jn'il avait reçus de Pai-is, sans 
compter qu'il avait déjà restitué au pape, au grand-duc de 
Toscane et au roi de l*russe plusieurs des plus j)récieux de 
ces tal)leaux. 

Le Musée de Piruxelles lit ciicoi'c (pu'hpies perles ; mais 
cène l'ut |tas, du njoins, l'étranger (pii en profila. .Se///// 
Baron distrihuanl ses biens aux pauvres, de Rubens, la 
Nalimlé de Jésiis-Chrisl, de Van Dyck, X Ercdinn en rroi.r, 
du mèm(> maître, furent rendus aux villes de (land, Ter- 
monde el (lourirai, coinnie ou Ta vu |)liis haut. 

Dans le j'aj)porl ipTil ad)'(^ssa à radiiiiiii>lralion commu- 
nale un an cnvirou après avoir pris possession {\v<, fondions 
de C(jnservaleur du Musée, Malaise dit que, |iour remplir les 
vides cau.sés dans les galei'ies p;u' les rcslilulions , ou eut 



^. 411 — 

recours au dépôt, où l'on retrouva encore de bons tableaux, 
nolamment le Calcaire, d'Olto Yenius. On l'avait cependant 
bion mis à conlrijjulion , ce nuilbeureux (irpôt, dans lequel 
on aflirniail, depuis quinze ans, qu'il ne restait plus ri(Mi qui 
IVil digne du Musée? Dans ce même rapport. Malaise s'atla- 
clieà jU'ouver (pie, par les dépenses qu'a laites la ville pour 
la mise en étal et pour l'entretien des tableaux du Musée, 
elle en est devenue véritablement proj»riétaire. A quoi sert 
la peine qu'il prend là? Qui songe à disputer à la ville la pos- 
session du Musée? Une pbrase, qui termine ce passage du 
rapport, nous ap])rend dans quelle intention Malaise s'est livré 
à une argumentation que nous regardons comme superflue 
et qui répond à une pensée de l'autorité dont il relève. Cette 
preuve est contenue dans les lignes que nous transcrivons 
textuellement : « On |)eut donc conclure de ce qui précède 
que la ville, possédant à titre onéreux, a le droit de se con- 
sidérer comme propriétaire de tons les tableaux de la galerie, 
surtout dans les circonstances actuelles où il est question 
d'en faire bommage à Sa ^Majesté. » 

La ville de Bruxelles avait donc l'intention de l'aire bom- 
mage du Musée au roi des Pays-Bas. C'est un fait curieux 
(pie nous n'uvions vu consigné nulle part et dont l'inuque 
trace se trouve, peut-être, dans le rapport du sieur Malaise. 
On aura fait conqirendre aux magistrats communaux, aux- 
quels était venue cette étrange idée, que leurs droits sur le 
Musée n'allaient pas jus(prà pouvoir en aliéner la possession ; 
que les collections de ce genre appartiennent à la nation , 
font partie de son patrimoine et n'en sauraient être distraites, 
fût-ce pour être offertes comme un bommage au prince. Ces 
dépenses faites pour le Musée et (pie Malaise invoquait pour 



— M'2 — 

éluhlir la (jualilé do propriétaire de la ville, qui les avait 
j)ayées? Les coniribiiables : or c'est à eux que le Muséea))par- 
tenait, et l'on n'avait )ias le droit de disposer de leur bien. 
Nous avons la conviction que le roi des Pays-Bas adressa 
lui-même ces objections aux magistrats de la ville de 
Bruxelles, si l'on pressentit ses intentions au sujol de la 
(lémarcbe (ju'on se proj)osait de faire. 

Malaise s'occupa de remettre en ordre l(i Musée un p(ni 
bouleversé par les événements que nous venons de rapporter. 
Son premier soin fut de faire restaurer les tableaux revenus 
de Paris dans le misérable état qu'on a vu. C'était une beso- 
gne dillicile et délicate. Elle fut exécutée avec prudence et 
aussi bien qu'on pouvait l'attendre de l'bommo réputé le plus 
liabile dans l'art de la restauration, art dangereux j)resque 
autant (pùililc, (jui a conservé quelques tableaux, mais (pii 
en a perdu plus encore el que bien peu pratiquent, aujour- 
d'hui encore , avec le tact et le discernemcnl qu'il exige. 
C'était M. ïliys, le père, qui était habilueliement chargé de 
la restauration des tableaux du Musée. Les travaux de ce 
genre qu'il eut à faire furent nombreux; on a vu (pu.'l c(>n- 
cours de circonstances les avait multipliés. Tirés des maga- 
sins où ils avaient été, pour ainsi dire, jetés pèle-mèle, 
envoyés de France où ils avaient été soumis à des causes 
semblables de détérioration, exposés à de j)lus grands dom- 
mages encore par l'incurie des commissaires et de l'adminis- 
Iialitju centrale, en 181.'), la plu|>arl des tableaux (jui (''(aient 
entrés successivement dans la galerie avaient dû passer par 
l'épreuve de la réparation. Beaucoup, ceux d(,' la ])lus grande 
dimension particulièrement, avaient même été renloilé's. 
Titul cela élait coril(Mi\, et,en\ r(''néclii>sanl, on ne doil ji.-is 



— 4io — 

s'étonner que le maigre budget accordé par la ville (de six 
à sept mille francs) ait été j)r('sque enlièrement absorbé 
cbaque année par les dépenses d'entretien et qu'il soit resté 
fort peu de chose à consacrer aux acquisitions. C'était par 
douzaines (pi'on enlevait les tableaux pour les restaurer, 
surtout de})uis la mort de Bosscliaerl, qui se montra, de ce 
côté, plus réservé, plus prudent que ses successeurs. Nous 
trouvons, parmi les comptes du Musée, une réclamation du 
peintre Tbys, ayant pour objet d'obtem'r le payement d'une 
somme qui lui est due pour la restauration de trente-sept 
tableaux dans le courant de l'année 1817. C'était, nous 
venons de le dire, le meilleur restaurateur de l'époque. Bos- 
scliaerl reiiq)loyait presque exclusivement. Le nom d'un 
autre restaurateur , nommé Alexandre, a))parait rarement 
dans les comptes et pour des travaux de peu d'importance. 
Une fois, l'administration centrale voulut, de sa propre ini- 
lialive, recourir aux services d'un praticien auquel le con- 
servateur n'avait point accordé sa confiance, et elle n'eut pas 
la main heureuse. Le 26 pluviôse an xiii, le maire, M. Van 
Langenhoven, adressa à Bosschaert une lettre ainsi conçue : 
« Je désire, d'après le compte que je me suis fait rendre, 
tpie M. Van Begemoorter, peintre d'Anvers, répare le beau 
tableau de Bubens, représentant V Adoration des Mages, qui 
existe au Musée, après, toutefois, qu'il aura été rentoilé par 
M. Alexandre, dont les talents me sont connus. » Le maire 
était peut-être bon juge en affaires administratives; mais il 
n'en était pas de même dans les clioses d'art, à l'égard des- 
quelles il aurait beaucoui) mieux fait de s'en rapporter à 
l'avis de gens {)lus compétents que lui en pareille matière. 
En dé|)it du compte qu'il s'élaif fait ivndre, M. Van Bege- 



— K\h ~ 

iiioorler (il do déloslabk' besogne. Peu do tomps n))rùs, il 
lallul roooinmonoer. Bosschaert proposa do oonlior à Tli\ s lo 
soin de réparer les fautes du reslauraleur anvorsois : « Il 
s'auit, disait-il dans son l'apport, d'enlever des masses de 
l'ojK'ints sur un tableau (pi'une mauvaise restauration a 
rendu niéconnaissablo. » Le maire lui répondit : « Vous 
recommanderez à M. Tbys d'employer les ]tlus grandes pré- 
cautions. Lorstpril s'agit de la conservation d'une ))roduc- 
lion du grand Rubons, elles sont indispensables. « Pounfuoi 
l(! magistj'at municijial n'avait-il pas l'ait cette judicieuse 
réflexion avant de cunlier la restauration de YAdoration des 
M(if/es à un peintre incapable de la bien faire? Quand le mal 
eut été réparé, Bosscliaert écrivit au maire : « La restaura- 
tion a ou l'effet désiré. Les repeints sont enlevés et le tableau, 
débarrassé iVun voile; qui l'obscurcissail , a re])ris tout son 
éclat. » 

Dans une autn^ circonstance, on eut encore l'occasion de 
reconnaître combien il est imprudent de conlier la restaura- 
tion d'(euvros de maitresà des praticiens dont l'iiabiloté ol la 
discrétion n'ont ))as c'-té éprouvées. Plusieurs tableaux de 
pi-ix avaient ét('' i-emis, |iour être restaures, à un certain 
Gippers. Dans le nondu-ese ti-oiivait It^ Christ porté nu tofii- 
lif'du. de l^dma l'ancien, un des plus beaux spécimens delà 
peinture^ italiemie (|ue iiossédàt l(i Musée. Cet bomme lit de 
mauvai.sos alTaires, se cacba pendant quelque temps pour 
écba])])or aux poursuites de ses créanciers, et les nombreuses 
lettres (pie lui ('crivait Tadministration coiinnunale pour lui 
|';iire restiliiei' le Palnia l'cslaienl sans iv'ponse. Il le rapporta 
enlin, mais d.uis un tel état, qu'il fut depuis lors inq)0ssij)l(! 
(le |(» re]il;icer (l;in> le>^ galei'ies du lMu<(''e. O mémo liabile 



lioiiiiiio avail ivnvoyé précécleinmciil deux auliTS lahlcuux 
qu'oïl lui l'cprocliail d'avoii' fort mal reslaurôs. Il eul l'iiii- 
pi'udciKM^ de répondre au bourgiuoslre : « Si, coiumo ou 1(î 
dit, rt''lùv(* (pii a ivparé ces dcnix lablcaux les a gàlôs j)ai' des 
j-epcints, j'enlèverai ces repeints et je les rendrai tels qu'ils 
étaieni » On aurait i)u lui demander pourquoi il imaginait 
qu'ils lui avaient été remis. 

Des accidents semhlahles ne sont plus à craindre. Les 
travaux de restauration du Musée de Bruxelles sont exécutés 
maintenant par un artiste dont le talent et l'expérience lais- 
sent l'administration dans une sécurité jiarfaite sur le résul- 
tat des missions qui lui soni confiées. La restauration des 
Rubens de la cathédrale d'Anvers a l'ait à M. Etienne Leroy, 
dans le monde artiste, une réputation qui rend superflu tout 
('loge de sa manière de pratiquer un art dont l'importance et 
la difficulté sont appréciées par les personnes qui savent 
combien de productions de grands maîtres ont été anéanties 
par l(! l';n'tde restaurations maladroiles. 

Malaise avait renq)lacé Bosscliaert à la fin de l'année ISK}: 
le o mai 1810, il donna sa démission, qui lui accept(''e. 
Nous ignorons quels furent les motifs de sa retraite. L'ad- 
ministration communale, ne sachant par qui le remplacer, 
s'adressa à Yan Hulthem en le priant de vouloir acceptei', 
ne lut-ce que provisoirement, les fonctions de conservateur 
du Musée, qu'il pourrait fort bien remplir concurremment 
avec celles de l)ibliolhécaire et de secrétaire perpétuel de 
l'Académie. Yan liulthem y consentit, et le bourgmestre 
informa le ministre de sa nomination. A partir de ce moment, 
en elîcl, il reçut, dans la correspondance oflicielle, le titi-e 
de conservateur du Mns('c de Bruxelles. Yan Uullhem élaii 



— i16 — 

1111 liomme de goût ; mais il manquait des connaissances spé- 
ciales nécessaires pour diriger un Musée, et la mulliplicilé 
(lèses occupations ne lui permettait pas, d'ailleurs, de don- 
ner à la surveillance de cet établissement tous les soins qu'il 
réclamait. Les ac(piisili(Mis lurent ])lus rares que jamais, et 
il ne se (it plus guère de restaurai ions. La ville ne. s'en plai- 
gnit pas; c'était pour elle une économie toiile claire, el les 
économies étaient de son goût. 

A cette même époque (18 18), iiikî correspondance s'éta- 
blit entre le conseil des hos))ices et l'administration commu- 
nale au sujet d'un tableau, un beau tableau, à ce qu'il parait, 
(\\i\ a élé trouvé dans le local dit de l'Infirmerie. Le conseil 
(\o^ bospices demande que la ville le lui aclièle ou qu'elle 
l'autorise à le vendre. Il a déjà tenté des démarcbes jiour 
obtenir (pie l'acquisition en soit faite par le roi. La ville 
répond qu'elle n'a pas d'argent disponible pour payer le 
tableau, mais qu'elle s'oppose à ce qu'il soit vendu. N'a-t-elle 
pas, chaque année, à combler le déficit des hospices? Le 
tableau doit être conservé à Bruxelles et placé au xVIusée, 
sauf à conclure sur ce jiied que la ville paierait, après exper- 
tise, l'intérêt du (capital à raison de cinq pour cent. Il est 
vraisemblable que cette affaire n'eut aucune suite, car nous 
n'avons trouvé dans les archives ni cxperlis(% ni convention, 
ni mention de l'entrée du tableau au Musée. La ville était, 
du reste, parfaitement fondée à répondre comme elle l'avait 
fait. Payant cha(pie année aux hospices une somme consi- 
dérable, elle jiouvait regarder comme un juste ('change le 
lilacement du tableau en (pieslion dans le Musée communal. 
D'ailleurs, i)eul-clni bien la ville aurait-elle eu plus de droits 
(|u'('ll(' ne le pciisail, ;i l'aire valoir (*onlr(^ les prélentions du 



— 417 — 

cuiiscil (l(!S ho.sj)icos. D'où venait ce labh^au relruuvé dans 
le local de l'iniirmerie? N'étail-cc pas un de ceux qui avaient 
été prêtés aux hospices par le Musée, à la condition de les 
réintégrera la première réquisition? S'il en était ainsi, pou- 
vait-on admettre (juc la ville dût i-aclieter une chose (pii lui 
apparlenaitV II n'y avait plus personne , mallieureusemeiit , 
qui pût fournir à l'administration communale des renseigne- 
ments sur la question soulevée par le conseil des hospices. 
Le Musée de Bruxelles était fort mal administré, ses archives 
étaient dans le plus grand désordre, et le lil des traditions 
était, en quelque sorte, rompu par la retraite de Malaise. 
Van Hulthcm ne connaissait pas ])lus l'histoire de la collec- 
tion qu'il ne se connaissait en tableaux. 

Au mois de mars 1819, M. Falck, ministre de l'instruc- 
tion publique, de l'industrie nationale et des colonies, informa 
le bourgmestre de Bruxelles que le roi, ayant fait l'acquisi- 
tion du Musée Lupus, désirait qu'il fût placé dans la ville de 
Bruxelles. Attendu ([u'il n'y a pas dans cette ville de local 
où le Musée en question puisse être convenablement installé, 
le ministre s'adresse aux bourgmestre et échevins, « qui 
|)ossèdcnt de vastes bâtiments consacrés aux arts et aux 
sciences, et dont ils j)Ourraient peut-être céder quelque par- 
tie. » Il termine en demandant si l'on ne pourrait ])as trou- 
ver également, jirès des salies qui seraient affectées au 
Musée Lupus, un logement pour le conservateur. Le bourg- 
mestre répond au ministre (jue dans les bâtiments de l'An- 
cienne Cour, où se trouvent déjà le nuisée de tableaux, un 
cabinet de pliysique, des écoles de médecine, de chant cl de 
danse, il y a une immense salle ayant jadis servi de biblio- 
thèque aux princes autrichiens, gouverneurs généraux, 



-- ils — 

I.'i'iucllc )i(imi-;iil icccvoir le (Irpul du .Miim-i! Lii|)U>. QiiaiiL 
uu l()!i,eiiient du conservaleur, les magislrats coinniunaiix 
expriiucnt le rogretdc «nojtuuvuirricii fain-pourM. Lupus. » 
Ce dernier avail doue vendu sa ('(illocliuii au rui des l*ays- 
lîas à la eoiidilioM d'eu cire le conservateur? 

M. le baron de Tliysebacrl, (jui venait d'être nommé con- 
servaleur du Musée, en remplacement de Van llultliem, fui 
invité ;i prendre des mesures pour iaire approprier ranciemie 
hihiiotlièque (ks ii'ouverncnirs ixéiu-raux à la nouvelle desli- 
nalionqui lui était donnée. On n'allait pas vile en besogne à 
l'administration du Musée, à moins que les lenteurs ne soient 
venues de l'autorité supérieure. Toujours est-il que les j)re- 
inières négociations relatives au placement du Musée Lupus 
eurent lieu au mois de mars 18it), et (pu; c'est seulement au 
mois de juillet 18*25 que se lit la cérémonie officielle de sa 
l'cmise aux magistrats communaux. Le collège avail délégué 
M. Van Gameren, éclievin, assisté de M. Thys, peintre res- 
taurateur du Musée, pour cette cérémonie; le gouvernement 
était représenté par M. Dugniolle. 

Nous ne savons pas au juste de quoi se comjiosait la col- 
Irciion Lupus, dont le sonveuii- s'est complétenuMit effacé, 
et nous avouons n'avoir pas fait de grands efl'orts pour nous 
en instruire. Il nous sullisîu't d'être renseigné sur ce qui cou- 
cei'nait les tableaux; oi', sous ce rapport, nous avons eu tous 
les éclaircissements désirables j)ar un catalogue qu'avait 
rédigé rancien possesseur de la collection, f^n tète de ce 
catalogue se trouve une indication de laciuellc; il résulte que 
les tableaux forn)aienl la dixième classe de l'ensemble de la 
collection. Le chevalier Liq)us s'était fait, ou voulait faire 
nailrc, d'étranges illusions sur la valeur des objets d'art qu'il 



— 4 lu ^^ 

iivail iciiiiis. S'il rallaiU'ii ci-oirc les auiiulali\)iis de l'iiivcii- 
taire ({u'il avait dresse avec plus d'endioiisiasiiie (|iii' de 
scienee, il n'y avait pas, dai)s sa [lelite galerie, un tableau 
qui ne lui un clief-d'univre ou (|ui ne dût cxeilcr le plus vil' 
intérêt par sun aneiennelé. Ses (»i)inions ou ses ])i"ét('ntions 
Liaient ce[)endant fort éloignées de la vérité. Les tableaux 
déei-its dans le catalogue du ebevalier Lupus étaient au noni- 
bi-c de (piatrc-vingt-dix. Presque tous apjjartenaient aux 
écoles llaniande et allemande du xv' et du xvi" siècle. 11 en 
était peu, dans le nombre, qui eussent (pielquc méi'ile ou 
qui olîrisseni un certain intérêt historique. 11 en est resté (oui 
au ])lus une dizaine dans le Musée, ainsi qu'on pourra le voir 
par les indications de provenance du catalogue. La plupart 
lurent relégués dans les gi-eniers, et nous pouvons certifier, 
a|)rès les avoir examinés, qu'on ne leur a pas fait d'injustice 
en les exilant de la galerie. 

On avait, il y a quarante ans, de singulières idées sur la 
manière d'administrer les dépôts itublics. Nous en avons cité 
dê\jà des exemples; nous en citerons encore, outre celui (pie 
voici. Le nouveau conservateur du Musée, le baron de ïliy- 
sebaert, écrit au boui-gmestre, en 1821, que })armi les 
tableaux qui existent au ^lusée, mais (jui n'ont point été 
jdacésdans les galeries, à cause de leur peu de mérite comme 
objets d'art, se trouve un portrait de l'impératrice Marie- 
Thérèse d'Autriche. Un Viennois qui a élé chargé de reeher- 
chei- une elïigie de cette princesse serait disjtosé à en faire 
Tacquisition. Le conservateur aftirme que jtareille occasion 
de se débarrasser de ce tableau ne se présentera plus. Des 
artistes l'ont évalué à cent francs; le Viennois en offre trois 
cents. C'est un marché d'or pour le Musée; le baron de 



— 4^20 - 

'rii\S('i)uci'l cspùn; (|ir(»ii rauluriscra à le; coiicluni. Il pi'o- 
j)Ose, ))ai' la luènK; occasion, de lain; droil à la requclc du 
curé de Saiiit-Jacquos (Caudeiiberg), leudante à oblenir le 
mécanisme du carillon de la ci-devant abbaye d'Aftlighcm, 
avec le cylindre (jui le metlait en mouvement. Quant aux 
clochettes du carillon , elles avaient été fondues par les 
Fi'ançais pour en faire des gros sous ou des canons. Ce méca- 
nisme se trouvait déposé dans les magasins du Musée, |)armi 
les innombrables objets non |)ortés à l'inventaire. Après 
avoir exposé au conseil communal la demande du curé de 
Saint-Jacques, M. de Thysebaert ajoutait : « Il se ibnd(î sur 
l'économie qu'il ferait en se passant d'un carillonnibur qu'il 
doit payer à chaque solennité et sur l'agrément <ju'il ])rocu- 
rerait à ses paroissiens, en leur donnant de la nmsi(jue tout 
le long du jour et même la nuit. » 

Le collège des bourgmestre et échevins donna son assen- 
liment aux deux propositions du baron de Thysebaert. Il 
n'y avait nulle dilliculté à accueilhr favorablement la 
demande de ce bon curé, qui croyait faire le bonheur de ses 
paroissiens en leurdoiniant de la musique (et quelle musi- 
que!) tout le long du jour, et même la nuit; mais comment 
pouvait-on consentir à ce que le conservateur duMuséi; ven- 
dit un tableau dont on ne prenait pas même la précaution 
de lixer la valeur par une expertise? 

L'administration du Musée allait de, mal en pis. A Bos- 
schaert, qui avait des préjugés, mais qu'une éducation tech- 
nifjue avait, du moins, pi'éparé à remplir ses fonctions, 
avaient succédé un homme d'administration. Malaise, puis 
un bibliophile, puis un personnage fort honorable .sans doute, 
mais (ju'aucuiic connaissance spéciale ne |)arail avoir pu 



— 4!2I — 

rccominander au elioi.x de rautorité coriiiiumalc. On cii vient 
à n'avoir i)lu.s ni eonservaleur, ni administrateur jiuur le 
Musée, dont le plus haut fonelionnairesc trouve être le con- 
cierge. Au mois de sei)tend)re 1822, le peintre restaurateur 
Tliys écrit au collège échevinal (|ue par la maladie du baron 
de Tliysebaert, suivie de sa mort, le Musée est resté sans 
surveillance et réduit aux soins d'un concierge. « Voyant cet 
établissement ainsi abandonné, il a ci'u pouvoir prendre sur 
lui de le surveiller, bien que n'y étant pas autorisé, dans 
l'intention de bien faire et pour cpie tout y restât en bon 
ordre. » Non-seulement Tlivs s'est constitué le surveillant 
du Musée, mais il s'occupe de radministration de ce dépôt. 
Dans sa lettre au collège échevinal, il fait remarquer que les 
fonds alloués pour le service de l'établissement sont restés 
disponibles depuis le commencement de la maladie de M. de 
Thysebaert. On pourrait les employer, dit-il, à l'entretien 
des tableaux, à l'amélioration des locaux et à des acquisitions. 
Il est de fait qu'on ne pouvait guère les employer à autre 
chose. Le conservateur officieux ajoute qu'on se procurerait 
facilement les moyens d'acquérir beaucoup de bons tableaux, 
en faisant une vente des toiles de rebut qui se trouvent en 
grand nombre dans les greniers du Musée. 

Dans une seconde lettre, datée du 25 novembre 1822, 
Thys ècril au collège échevinal : « Le concierge du Musée 
m'a fait rapport que le désir des membres de la régence 
était que la vente des tableaux de rebut soit faite incessam- 
ment. » II en a parlé, di!-il, à MM. François et Coene, mem- 
bres de la commission, qui lui laissent le soin d'organiser 
cette vente. Il sera nécessaire qu'il fasse insérer une annonce 
dans les gazettes et imprimer des alfiches. Des ouvriers lui 



— 422 — 

seront nécessaires pour Iransporter les tableaux jiesants et 
« pour défaire les cloisons qui ont été faites des grands 
tableaux du dépôt. » Il demande d'être autorisé à tout cela. 

On éiirouve un profond étonnement à la lecture de cette 
lettre. Elle donne une singulière idée de la façon dont la 
chose publique était administrée en 1822. Il y avait une 
commission au Musée, puisque Tliys dit avoir parlé à deux 
de ses membres, et il se trouve (pi'après la mort du conser- 
vateur, l'établissement reste saijs surveillance, à ce point 
que le peintre-restaurateur se croit autoiisé à en prendre la 
direction, Tliys apprend que les membres de la régence dési- 
rent que la vente des tableaux de rebut ait lieu prochaine- 
ment et c'est par le concierge qu'il en est informé. C'est lui 
qui choisira les tableaux destinés à la vente, et sous le con- 
trôle du concierge, sans doute, car nous ne voyons aucune 
autorité intervenir dans l'administration du Musée. Que fai- 
sait donc la commission, pourquoi l'avait-on nommée et 
quelles étaient ses attributions? 

Une autre particularité bien étrange nous (îst révélée par 
le dernier paragra])he de la lettre du peintre Thys, celui où 
il est parlé de « défaire les cloisons ipii ont été faites des 
grands tableaux du dépôt. » On avait donc employé des 
tableaux à faire des cloisons, de même qu'on en avait donné 
j)Our couvrir les châssis du Jardin botanique. Nous n'incri- 
minons ni les intentions ni les actes de nos devanciers; mais 
il n'est pas possible de ne point consigner des faits aussi 
bizarres dans une histoire du Musée. Il est bon de connaître 
les idées et les usages de chaque époque. C'est en voyant 
ce qui a été fait, qu'on apprend ce qu'il faut faire et aussi 
ce qu'il faut éviter. 



— 4-23 — 

Thys a reçu, vj-aiseinblablcineiit, l'autorisation qu'il avait 
deniandcc; il a pris tous ses arrangements, défait les 
fameuses cloisons, et il informe le collège échevinal de l'état 
des choses dans la ielti-e que voici : « Maintenant que la 
vente des livres de la Bibliotiièque est remise pour un autre 
temps, la vente des tableaux de rebut du Musée pourrait 
être accélérée. Grand nombre de ces tableaux sont déjà 
])lacéset numérotés. Il me paraît que l'annonce de cette vente 
pourrait être faite, pour (lue les étrangers en soient infor- 
més. » Quelle était cette vente de livres de la Bibliotiièque 
dont parlait Tliys? Il en est également question dans le pas- 
sage suivant d'une lettre adressée au bourgmestre, par un 
certain M. Picard, secrétaire de la Société royale des Beaux- 
Arts de Bruxelles : « M. Plaisant, avocat, demeurant rue de 
Ruysbroeck, coin de celle de la Paille, consent volontiers à 
faire partie de la commission chargée d'épurer la bibliothè- 
que du Musée. Il se connaît en livres. » Cette lettre est anté- 
rieure de six mois à celle de Thys. De quelle épuration 
s'agissait-il? Il y avait donc une bibliothèque au Musée? Elle 
devait être* composée d'ouvrages relatifs aux arts. Peut-être 
est-il question de la Bibliothèque communale. Que n'a-t-on 
pas vendu, si M. Plaisant et ses terribles collègues ont exécuté 
leur menace d'épuration? Encore une fois nos pères avaient 
d'étranges caprices. 

On eut pourtant des scrupules sur ce qui pourrait advenir 
d'une vente des tableaux dits de rebut, faite avec trop de pré- 
cipitation et sans contrôle. Le collège échevinal ajourna sa 
décision. L'aiïaire fut reprise l'année suivante et celte fois 
avec plus de régularité. L'administration du Musée avait été 
reconstituée. Le ''Ï7 juin 1825, le bourgmestre écrit à 



— i!24 — 

MM. Doviiick-d'Orp cl lleniiessy, cunsorvalcurs du ccl cta- 
blisscineiit : « Vous voncz d'informor le collège qu'il se 
trouve dans les bàliinciits de rAncieiine Cour à peu près 
douze cents tableaux, l)as-reliefs , ])aslels, miniatures et 
cslami)es (jui n'ont pas assez de mérite pour être placés dans 
les salles du Musée, et vous lui proposez de mettre lesdits 
objets en vente publique, afin d'en appliquer le produit en 
acliats d'autres tableaux de bons maîtres. Vous demandez 
en outre (pic cette vente ait lieu au local du Musée, dans la 
galerie Lupus, et à pouvoir y comprendre aussi quelques 
tableaux et ))astels provenant des familles Audenaerde et 
autres. Cette vente a été décidée par résolution du conseil 
de régence, du 25 août 1821. » Le bourgmestre ajoute que 
la vente pourra se faire dans la galerie Lupus; seulement il 
faudra qu'elle ait lieu publiquement. Les conservateurs 
devront faire les démarclies nécessaires pour retrouver les 
auteurs des dépôts anonymes et excepter provisoii-ement de 
la vente les objets ])rovenant de la famille Audenaerde ou 
d'autres familles connues. 

De certaines mesures d'ordre étaient prises, du moins, 
jiour cette vente dont il avait été tant de fois question et qui 
avait failli se faire de la manière la |)lus ii'régulière, la plus 
'■onlr.'iini aux principes d'une bonne adminislralion, ainsi 
(pi'aux intérêts du Musée. Les objels qui devaient èli'C mis 
en réserve comme provenant de différentes familles étaient, 
sans doute, ceux (jui avaient jadis appartenu à des émigrés 
ou (jui formaient les dépôts parliculicrs doiil nous avons vu 
(pic plusieurs Ini-cnl réchmiès el l'csiilut's. Kn interdire la 
vente était, de l;i p;irt du collège éclievinal, une preuve de 
tact et (rè(piil(''. Il eût été d'un grand intérêt de pouvoir 



— 42o — 

roenoillii' quelques indices sur l'importance et la valeur des 
lableaux, dessins, morceaux de sculpture, au nombre de 
douze cents, dont les conservaleurs du Mus('e sollicitèrent et 
obtinrent la mise en vente. La salislaclion d'éclaircir ce point 
curieux ik^ nous a pas été donnée. Un moment, nous avons 
cru y parvenir en partie, quand nous avons trouvé, dans les 
arcbives du Musée, un gros caliier poj-lant cette inscription : 
Catalogue des vieux tableaux à vendre. — 1823; mais ce 
prétendu catalogue n'est qu'une liste informe, sans noms de 
peintres, où les tableaux sont désignés sommairement, de la 
façon la plus ridicule, par une personne qui, outre qu'elle 
était étrangère à toute notion d'art, n'avait pas même l'intel- 
ligence des sujets représentés. Nous avons pu constater seu- 
lement, par le mot réservé mis en marge d'environ soixante 
numéros, qu'il a été fait une sorte de révision , de contrôle 
de l'opération, et que les tableaux dans lesquels un juge plus 
ou moins compétent avait cru trouver un certain degré d'in- 
térêt, furent exceptés de la vente. Le résultat même de l'ojié- 
ration nous aurait fourni quelques lumières; en voyant le 
prix auquel les tableaux furent vendus, nous aurions pu 
nous former approximativement l'idée de leur mérite. Nos 
recherches de ce côté ont été vaines, quoique secondées avec 
la plus grande obligeance par M. A. Wauters, le savant 
archiviste de la ville de Bruxelles. Il n'est fait mention, dans 
les comptes de la commune, d'aucune somme encaissée à la 
suite de la vente. Peut-être le produit total en fut-il laissé au 
Musée, pour être converti en acquisitions de tableaux, bien 
qu'une telle mesure ne s'accordât point avec les règles éta- 
blies en matière d'administration financière. Les comptes 
particuliers du Musée, déposés à l'iiôtel de ville, avaient dû 



— 4.26 — 

relater cette circonstance. Nous les avons parcourus, sans 
rencontrer aucune pièce (jui s'y rapportât. Il est certain 
pourtant que la vente de douze cents objets d'art, même 
médiocres, a dû produire une somme assez Ibrte. L'impossi- 
bilité de vérifier un fait aussi important dans l'histoire du 
Musée, d'un fait (jui s'est passé à une époque si rai)i)rocliée 
de nous, est vraiment inexplicable. C'est au point qu'on doute- 
rait que la vente ail eu lieu, si un document que nous avons 
rencontré dans les archives, et dont il sera bientôt fait mention, 
n'attestait qu'elle s'effectua conformément à la décision ])i'ise. 
Un grand danger menaça le Musée en 1827. Un incendie, 
allumé par l'imprudence des plombiers occupés à la répara- 
tion des toitures, dévora un certain nombre de tableaux dans 
les greniers et se communiqua à la galerie inférieure, à l'en- 
droit où se trouvaient précisément les chefs-d'œuvre de 
Rubens. Au premier signal du danger, on les avait trans- 
portés dans d'autres salles et pas un ne fut atteint. On par- 
vint heureusement à se rendre maître du feu; mais on ne 
profita |)oint, comme on aurait dû le faire, de la leçon don- 
née par cet accident. Le local du Musée présente, ])ar la 
nature de sa construction et par l'absence d'isolement, un 
danger permanent d'incendie qui inquiète les amis des arts, 
qui a fixé l'attention du gouvernement et aucpiel on s'occu- 
pera })ro{'hainement de le soustraire, il y a lieu de l'espérer. 
S'il faut s'étonner d'une chose, ce n'est pas que le feu ait pris 
au Musée en 1827 ; c'est (juc la collection n'ait i)as été brûlée 
vingt Ibis pour n\ui. On eut jadis l'imprudence d'accorder à 
plusieurs personnes la jouissance d'un logement dans les 
bâtiments d(ï l'Anciemie Cour. Il y a plus ; Tai-tilicier, entre- 
preneur des fêles oflic'ielles, y avait son habitation et son 



— 427 — 

atelier an commencement de ce siècle. Nous sommes , en 
vérité, plus sages que nos pères, quoiqu'on nous dise souvent 
le contraire. 

A (liri'érentes rc|)rises il s(^ présente des incidents dont la 
correspondance entre la commission administrative du Musée 
et l'autorité communale a;ardo la trace, et qui prouvent qu'à 
aucune époque le Musée n'a renoncé à ses droits sur les 
tableaux confiés aux églises et aux hospices. Le 15 décem- 
bre 1827, la commission du Musée écrivit au conseil com- 
munal pour lui rappeler dans quelles circonstances et à 
quelles conditions avaient eu lieu les prêts de tableaux. Elle 
est fondée à croire, dit-elle, que les mesures de conservation 
n'ont pas été prises par tous les établissements religieux ou 
civils dont les engagements à (îct égard étaient formels. Elle 
demande, en conséquence, l'autorisation de se livrer à une 
ins])('ction qui lui permettra de constater l'état de tous les 
tableaux remis par le Musée à litre de dépôts. Cette autori- 
sation lui est accordée. Du reste, les droits du Musée n'étaient 
pas contestés , et si certaines fabriques d'église les avaient 
violés frauduleusement par des ventes clandestines, d'autres 
se soumettaient franchement aux clauses des contrats qu'elles 
avaient signés. Trois ans avant la démarche faite par la com- 
mission du Musée pour être autorisée à ouvrir l'enquête dont 
nous venons de parler, le conseil de fabrique de la paroisse 
de Saint-Nicolas écrivit àl'administration communale qu'ayant 
(Mitrepris de faire exécuter, dans l'intérieur de l'église, des 
changements (jui ne permettraient plus d'y placer des 
tableaux dont le dépôt lui avait été confié par un arrêté en 
date du 25 vendémiaire an xiii, il demandaitoù il pourrait les 
aire transporter. 



-- i'2S — 

Quelques années après, le conseil communal renvoya à la 
commission du Musée une réclamation du bourgmestre de 
Oembloux, tendante à obtenir la restitution de quatorze 
tableaux provenant de l'ancienne abbaye de Gembloux et ((ui 
devaient se trouver dans les magasins de l'Ancienne Cour. 
La commission répondit que ces tableaux existaient, en effet, 
au Musée, mais qu'ils étaient sa propriété, en vertu de dis- 
positions légales qui avaient conservé toute leur force et 
toute leur autorité. Cependant les tal)leaux en question ayant 
peu de valeur et la connnune de Gembloux paraissant dis- 
posée à les racheter au Musée, la commission exprima le 
désir d'être autorisée à entrer en négociation sur ce point, à 
charge de convertir en acquisitions nouvelles la somme pro- 
venant du marché qu'il s'agissait de conclure. A cette pièce 
était joint le double d'un acte passé entre la commission du 
Musée et la commune de Gembloux pour la vente à celte der- 
nière, moyennant la somme de cent francs , de quatorze 
tableaux représentant le Christ, la Vierge et les Apôtres, 
par Dchaese. Cette proposition reçut l'assentiment du conseil 
communal. 

L'attention de la commission administrative du Musée 
s'était portée du côté de l'amélioration des locaux qui étaient 
insuflisants et qui le sont encore, car 1(^ mancpie de bàli- 
menfs convenables pour l'inslallalion des collections publi- 
ques est pour Bruxelles ui! mal jiermanent (\\\\ attend des 
remèdes eflicaces. La galerie actuelle, éclairée par le haut, 
fut établie, en 1828, sur l'emiilacement de ])lusieurs salles 
qui recevaient leur jour de fcnélres latérales. C'était imc 
amélioration; mais l'économie (pi'on fui obligé d'y mettre 
empêcha de donnera la conslriiclion lonle la soli(li(('' dési- 



JJiill <l,irl n- ,/ .lrr/i.'-/nf/i\-.ïoii,< II. 




Imp Simonau 'à. Tjovev 



FiOLE F.N l-CRME DF GRAPPE DE RAISIN 
troiu/ée dans les fouilles faif:esâ Freshu 



— /i.20 — 

rahlo. Sa léiièrolù avait le double iiiconvéïiioni, do l'oxposor 
aux chances d'incendie et de ne pas la prolég'cr contre les 
infiltrations d'eau, si préjudiciables à la conservation des 
(Guvrcs de peinture. Il est fortement question aujourd'hui 
de doter le Musée d'un local digne de recevoir ses richesses 
actuelles. C'est une mesure dont tous les amis dos arts sau- 
ront infiniment de gré au gouvernement. 

Les acquisitions du Musée n'avaient pas été nombreuses 
dans les années qui précédèrent la révolution de 1850; 
cependant le Musée s'était enrichi de quelques bons tableaux. 
Il est inutile d'en donner ici la liste, attendu que le catalogue 
fait connaître la date de l'entrée do la plupart des tableaux 
dans la collection. Plusieurs changements avaient eu lieu 
dans l'administration du Musée. On a vu plus haut qu'il y 
avait été nommé doux conservateurs après la mort du baron 
de Thysebaert, MM. De Vinck-d'Orp et Hennessy. Le pre- 
mier fut remplacé, on 1827, par M. de Wellens, fils du 
bourgmestre de Bruxelles. Outre les conservateurs, il y 
avait un conseil composé de MM. Navez, Van Assche et 
Odevaere. On avait voulu, sans doute, par cette combi- 
naison, réunir l'élément administratif à l'élément artiste 
dans la commission à laquelle était confié le soin de veiller 
sur les intérêts du Musée. 

En 1850, le gouvernement ])rovisoire nomma M. Eugène 
Verboeckhoven directeur du Musée de Bruxelles. Ce décret 
ne reçut pas son exécution. Le conseil communal contesta 
la légalité de la mesure et soutint que le gouvernement n'avait 
pas le droit d'imposer un directeur à un établissement 
a])partenant à la ville. Cotte o])jection était trop fondée 
))our n'être )ias accueillie. Le décret du gouvernoment 



— 430 — 

provisoire fut regardé comme non avenn, et le Musée 
conliiiua d'être administré par la commission d'origine 
communale. 

Une résolution prise par la commission duMusée,en 1850, 
prouve qu(3 la vente de 1825 cul lieu réellement, bien que 
la trace des résultats qu'elle j)roduisit ait écl)a])pé à nos 
reclierches. La commission décida qu'on vendrait encore un 
résida de tableaux et que le sieur Tliys s'entendrait avec le 
sieur Maestraeten pour en dresser le catalogue. Puisqu'il 
s'agit de vendre encore un résidu de tableaux, c'est qu'une 
première et grande opération de ce genre avait été réalisée 
précédemment. D'ailleurs, nous avons vu qu'en 1825 on 
avait dressé un inventaire de douze cents objets d'art, tandis 
que cette fois la liste ne comprend que quarante-neuf 
tableaux. C'est, comme on le dit, un résidu et il est réduit 
à de minimes proportions par l'incendie de 1827. Voici 
l'intitulé de la liste en question : « État descriptif d'une 
(juantité de vieux tableaux déposés dans les greniers de 
l'Ancienne Cour, qui ont fait partie ci-devant du Musée de 
cette ville, qui n'ont point été jugés propres à être conservés 
pour ledit service et dont la vente est, par suite, proposée. » 
Les tableaux que l'on va vendre cette fois ont donc fait pré- 
cédemment i)artie du Musée; ils proviennent d'une épura- 
tion. Nous voudrions croire qu'ils ont été éliminés en con- 
naissance de cause et (pi'aucun n'était digne, en effet, de 
rester sous les yeux du public; mais nous avons vu Irop 
souvent Ui ca))rice, l'esprit de système présider à ces préten- 
dues épurations, pour être complètement rassuré sur les 
effets de c(;lle-ci. La liste dressée en manière d'état descriptif 
est, comme les précédentes, très-sobre de renseignements; 



— /*51 — 

sauf en deux cas que nous allons citer et qui condamnent 
les épurations, elle ne permet de former que de vagues sup- 
positions. Le n" 17 porte cette indication : « Paj'sage d'Adrien 
Vande Velde. » C'est une erreur, sans doute; qui donc 
aui'ait i)u songera vendre un paysage d'Adrien Van de Velde? 
Non, ce n'est pas une erreur. Il s'agissait bien véritablement 
d'une œuvre du maître hollandais. D'où venait ce paysage? 
Nous n'avons pas rencontré la mention de son acquisition. 
Peut-être avait-il été, comme tant d'autres bons tableaux, 
retrouvé dans un coin du magasin. On le voit apparaître 
pour la première fois dans le catalogue de 1819, relégué au 
supplément et décrit ainsi : « Paysage esquissé; vue d'une 
partie du bois de La Haye; le devant est orné de quelque 
bétail, plus loin, passe le carrosse du prince statbouder. 
L'horizon indique les dunes de la mer. » On vendait ce pré- 
cieux échantillon d'un peintre dont on n'avait pas d'autre 
production, parce qu'il n'était pas terminé! Peut-être cette 
circonstance lui donnait-elle plus de prix encore. Qui sait si 
ce n'était pas le dernier ouvrage de l'artiste. Et qui donc 
ignore l'intérêt qui s'attache à l'esquisse d'un maître? La 
preuve que le paysage d'Adrien Van de Velde n'était pas 
aussi indigne que l'avaient pensé les épurateurs, c'est qu'il 
fut acheté, si les informations que nous avons prises sont 
exactes, par un amateur de Bruxelles, qui le possède encore, 
pour la somme d'environ seize cents francs, dans un temps 
où les tableaux ne montaient point à des prix élevés, et dans 

une vente où l'on avait annoncé d'avance qu'il ne se trouverait 
que des œuvres de rebut. 

Sous le n" 46 de la même liste se trouvaient indiquées : 

« Neuf dilTérenles esquisses représentant la Passion du San- 



— /(52 — 

veur, « 5;ans nom do poinlrc. Gos esquissos sont vraisonibla- 
IjIfMiicnt colles qui figuroiit à l'invonUiiro i^ônoral sous cotto 
(lésignaliou : « Sallaert, nouf pclils Uibleaux roulés et sans 
châssis, sujets de la Passion du Seigneur. — Esquisses faites 
l)ar Sallaert, exécutées par les élèves de Rubons sous sa 
direction. » Voilà encore ce (luo les épuralcurs, qui, décidé- 
ment, n'aimaieni pas les esquisses, ne (rouvaienl pas propre 
à être conservé dans le i\Iusé(\ On avait la manie dos ventes. 
Nous tenons d'un témoin oculaire que le Calvaire d'Ollo 
Venins fut, un jour, descendu dans la cour du Musée, ainsi 
que les admirables retables en bois, provenant de Louvain, 
et aujourd'hui dans la collection des antiquités de la porte- 
do Hal, pour être envoyés à la vente, et que ce fut le peintre 
Paelinck, membre de la commission, qui, survenant par 
hasard, empêcha qu'on no s'en défit à vil prix. Ces faits sont 
tristes à rappeler; mais ils font partie do l'histoire du Musée 
que nous avons entrepris d'écrire; il ne dépend pas de nous 
de les passer sous silence. Ce n'est pas moins mentir, (\o 
caclior la vérité que de l'altérer. 

A une faute, nous pouvons henrousomoni opposer une 
excellente mesure comme compensation. L'année où l'on 
vendait un Van do Voldo MHôO), on acholait le Gérard Don, 
un des joyaux du Musée. Nous n'avons pas cité chacune 
des acquisitions on particulier, dans le courant de celte 
notice; mais celle-ci mérite une mention spéciale. Elle 
marque, pour ainsi dire, une ère nouvelle dans l'histoire des 
accroissements du Musée. Jusqu'alors on s'était conlonlé 
d'acheter des œuvres d'un prix médiocre. Pour enrichir la 
cjaleric du tableau de Gérard Dou, on osa aller jusqu'à six 
mille fr'.'inr'S Tl '^o vendrai! aujourd'hui farilomoul quatre fois 



'JOO — 



aiiUuil; mais à celle cjioque et rclalivciueiiL surluul aux Ira- 
dilioiis du Musée, six mille francs élaiciil une grosse somme. 
A dater de ce momenl, il faut le dire, la commission du 
Musée entrait dans la bonne voie. Les beaux tableaux coûtent 
cher; mais il faut bien se décider à les payer leur prix, (juand 
on veut en avoir; or un Musée ne doit pas viser à en |)0S- 
sédcr d'autres. La (piantité n'est rien pour lui ; c'est à la 
qualité seule qu'il doit prétendre. 

Le Musée a failli devenir possesseur d'une collection 
d'estampes, en 1855. Voici dans quelle circonstance : Le 
ministre de l'intérieur (M. Rogier) écrit au conseil com- 
munal qu'une occasion s'offre au gouvernement d'acquérir, 
à des conditions favorables, un cabinet d'eslampes qui pour- 
rait être utilement adjoint à l'un des établissements publics 
de Bruxelles. Il serait disposé à faire jouir la ville de cet 
avantage, si elle pouvait mettre à la disposition du gouver- 
nement : l" une salle pour le placement de la collection; 
2^ un logement pour le conservateur. L'État prendrait tous 
les frais à sa charge. 

L'administration communale répond qu'elle ne peut pas 
accueillir la proposition du ministre, à cause de la résolution 
qu'elle a prise de ne plus accorder de logement au Musée et 
que, d'ailleurs, il lui est impossible de disposer d'aucune 
salle pour le dépôt des estampes. La résolution de ne plus 
accorder de logements au ^lusée était fort sage ; la prudence 
commandait de no pas s'en départir, à cause des dangers 
d'incendie que présentait cet ancien abus; mais la ville aurait 
dû ne i)as repousser si nettement l'offre du ministre et 
s'informer si la condition du logement ne pouvait pas être 
écartée. Il était diÛicile de croire, d'ailleurs, qu'elle n'eût 



— 454 — 

])as ihi salle à îiCfectcr au dépôt des estampes qu'on lui ])ro- 
posait. Si la commission du Musée avait été consultée, elle 
aurait dit assurément que l'adjonction d'une pareille collec- 
tion à la i^alcrie de tableaux offrait de c;rands avantaojes. La 
Bibliotlièque royale n'existait pas alors; il n'y avait pas de 
cabinet d'estampes à Bruxelles et les artistes regrettaient 
qu'un moyen d'étude aussi essentiel leur manquât. Trois ans 
après (183G), un comte de Straszewicz offrit à la ville de lui 
céder une collection d'estampes, dont il était propriétaire, 
pour l'annexer au Musée. Cette collection, dont il deman- 
dait (piinze mille francs, devait être fort belle, si elle répon- 
dait à la longue énumération qu'il en faisait. Elle contenait 
de nombreuses séries d'œuvres des anciens maîtres, parti- 
culièrement de l'école allemande. A l'offre du comte de 
Straszewicz était jointe une pétition signée de MM. Wappers, 
De Keyser, Leys, Madou et Lauters qui engageaient la ville 
à faire cette acquisition, en disant que, faute d'avoir à leur 
disposition un cabinet d'estampes en Belgiipie, les artistes 
étaient obligés d'aller faire à Paris les recherches nécessaires 
à leurs travaux. L'administration communale nonnna une 
commission pour examiner s'il y aurait lieu de faire l'acqui- 
sition proposée par le comte de Straszewicz, puis elle finit 
par donner une réponse négative pour cause d'absence de 
fonds. Nous ignorons s'il y a connexité entre la proposition 
du gouvernement et celle du comte de Straszewicz, et s'il 
s'agit dans toutes deux de la même collection d'estampes. 
Nous dirions que le refus de la ville fut regrettable, si depuis 
lors on n'avait j)as vu s'ouvrir à la Bibliothèque royale un 
cabinet d'eslanqjes, dont l'importance grandit chaque jour 
et qui ouvre aux artistes d'abondantes sources d'études. 



— 455 — 

Une seconde proposition du gouvernement au conseil 
communal eut une meilleure issue que celle ayant pour objet 
la création d'un cabinet d'estampes. Le M août 1854, le 
ministre de l'intérieur écrivit au collège échevinal pour lui 
demander s'il lui serait agréable que les tableaux modernes 
dont il avait fait l'acquisition, soit aux expositions, soit 
directement aux artistes, fussent déposés au Musée de 
Bruxelles. Non-seulement le collège répondit allirmative- 
inent à cette ouverture, mais il adressa des remerciments au 
ministre pour l'initiative, qu'il avait prise, d'une mesure à 
laquelle le Musée serait redevable de nouvelles richesses. 
Le 6 octobre, le ministre Ht connaître à la ville qu'il avait 
donné des ordres pour que les tableaux désignés dans sa 
dépêche précédente fussent transportés au Musée, en môme 
temps que les modèles des frontons du palais de Laeken et 
de celui de la Nation, par Godecharles. 

Le Musée se trouvait donc en possession d'un commen- 
cement de collection de tableaux modernes, pour faire suite 
à la galerie des œuvres d'anciens maîtres. A vrai dire, il avait 
reçu déjà, sous l'ancien gouvernement, les premiers éléments 
do cette collection; mais ce n'avait été que par occasion, et 
sans idée d'un développement futur. Le 2 octobre 1817, 
le commissaire général de l'instruction , des arts et des 
sciences informa le bourgmestre de Bruxelles qu'il avait plu 
au Roi que les tableaux achetés par son ordre, à l'exposi- 
tion de Gand, fussent placés au Musée de Bruxelles, (pii les 
recevrait par l'entremise de M. VanHultheni. Ces tableaux, 
au nombre de douze, la plupart de peintres aujourd'hui 
inconims, furent, en effet, envoyés au Musée, après la clô- 
ture de l'exposition de Gand. La commission fît, de son cùlè, 



— iô(; — 

(juehjiii'S acquisiliuiis de lal)lcaax de j)eiiitivî5 sisaiil^. el elle 
cul lorl, car sa mission était de travailler exclusivement, 
à la formation d'une galei-ie de productions des anciens 
niaitres. C'est au gouvernement ({u'il a|)|)artenait de créer 
un nuisée moderne. Cette vérité avait été comj)rise par 
l'administration sui)érieui'e, lorsqu'elle avait pris la résolu- 
tion de déposer au Musée de Bruxelles les tableaux qu'elle 
avait acquis aux expositions ou commandés directement 
aux artistes. Le 7 janvier 1855 parut un arrêté royal décré- 
tant l'établissement d'un Musée national , exclusivement 
consacré aux productions les plus remarquables des artistes 
belges. Par une disposition transitoire de cet arrêté, le 
ministre de l'intérieur était autorisé à faire déposer dans la 
galerie de tableaux du jMuséc de Bruxelles les ouvrages déjà 
acquis pour le comjUe de l'État et ceux cpii pourraient l'être 
à l'avenir, en attendant qu'ils fussent en nombre suftisant 
l)our former une collection séparée. C'était encore le manque 
de locaux qui obligeait le gouvernement à chercber dans 
un établissement communal un asile pour la galerie natio- 
nale qu'il voulait créer. Il y av-ait peut-être aussi cette consi- 
dération (pie le nombre des tableaux appartenant à l'Etat 
étant encore peu considérable, ils auraient formé une l)ien 
maigre collection, si on les avait rassemblés dans un local à 
part. D'un autre côté, leur adjonction au Musée des tableaux 
anciens avait quelque cliose d'irrationnel el cette fusion a été 
critiquée, non sans motif, ])ar la jjUqiart des écrivains qui se 
sont occupés du Musée de Bruxelles. 

Nous n'avons pas indiqué, au fur el à mesure qu'ils se 
présentaient, h's cbangemenls survenus dans l'administra- 
tion du Musée, soit par la retraite, soit par le décès des 



— 437 — 

incml)i'es de la couiinission directrice. II suiïira de rappeler 
les noms des personnes qui furent appelées à en faire partie 
dans la dernière période de l'histoire du Musée considéré 
comme établissement communal. En 1850, la commission 
se composait de MM. le baron Gliarlé, Ilennessy, Jules de 
Wellcns, Odevaere, Navez et Van Assclie. On y vit entrer 
successivement MM. Paelinck, Doucet, de Beauffort, Philippe 
Van Brée et Hellemans. 

L'état embarrassé des iinances de la ville de Bruxelles ne 
permettait pas à la commission du Musée de faire de nom- 
breuses acquisitions ; mais elle persévérait dans l'excellente 
voie où nous avons dit qu'elle était entrée en enrichissant la 
collection du précieux tableau de Gérard Dou. Négligeant 
les objets d'un mérite secondaire, elle employait toutes ses 
ressources à l'achat d'œuvres capitales, de ces morceaux de 
choix qui seuls peuvent faire la réputation d'un Musée et qui 
seuls doivent y trouver accès. Le portrait de Bembrandt, 
acquis en 1859 de M""" veuve Dansaert-Engels, remplissait 
certes ces conditions. Le conseil communal était animé 
d'excellentes intentions , mais il se décidait difficilement à 
faire les sacrifices nécessaires pour les réaliser. Au mois 
d'août 1859, le collège échevinal adressait à la commission 
du Musée un exemplaire du catalogue de la riche collec- 
tion de M. Schamp d'Averschoot, de Gand, dont la vente 
devait avoir lieu le 14 septembre suivant, en le })riant 
de l'examiner et de lui faire des propositions d'achat 
s'il y avait lieu. On comprend avec quelle satisfaction fut 
accueillie celte communication. La commission fit quelques 
choix dans le beau cabinet dont la dispersion était pro- 
chaine, et soumit au collège échevinal les propositions que 

28 



— 458 — 

celui-ci l'avail cugagcc à lui l'aire. Il lui lui ic]i()ii(lu (juc la 
ville n'avait pas de fonds disponibles, i)ai' suite de l'adjuisi- 
liou du porirait de Rembrandt, (pii avait chargé le budget 
du Musée jiour plusieurs exercices. 

Les intérêts du Musée allaient être remis en d'autres 
mains; il allait recevoir une nouvelle organisation et mar- 
cher plus rajiidement désormais vers le développement qui 
est le but en même temps que la condition d'existence des 
collections publiques. L'événement auquel nous faisons allu- 
sion ici est la convention du 5 novembre 1841 , conclue par 
le gouvernement avec la ville de Bruxelles, pour l'acquisi- 
tion d'immeubles et de collections scientifupies appartenant 
à celle-ci. La commune avait fait faire une évaluation de ces 
collections, et le Musée de peinture fournissait le chiffre le 
plus élevé au bilan des propriétés dont elle se proposait de 
faire la cession à l'État. Il était porté pour six millions 
de francs dans un compte montant à la somme globale de 
douze millions sept cent mille francs. Le gouvernement 
nomma des commissions d'expertise ))Our procéder à la 
contre-évaluation des propriétés en question. Les exjjerts 
pour le Musée des tableaux furent MM. Iléris et Van Nieu- 
wcnhuyscn. Le résultat de leurs opérations fut de réduire 
de six millions à douze cent cinquante mille francs l'estima- 
tion des tableaux du Musée. Les autres collections avaient 
subi également un(3 dépréciation considéiahle de la part des 
commissions gouvernementales. La commune ne pouvait pas 
consentir à ce que ces derniers calculs fussent pris pour ba^e 
de la convention à intervenir. Il fut conveiui que tous les 
o})jets à céder |iar la ville sei-aient évalués de nouveau par 
des commissions mixtes. En ce qui concernait le Musée, les 



— 45V) — 

coiiiiiiissuircs rurciil : pour le i^'<)uverii(3inoiil, M. Goorgc, 
expert des Musées royiiux de France, et ])our la ville, 
M. Navcz, directeur de l'Académie des beaux-arls de 
Bruxelles. Ces messieurs s'adjoignirent, de conniiun accord, 
en qualité de tiers cx])crt, M. Pérignon, peintre d'histoire 
à Paris, ancien expert des Musées de France, Les commis- 
saires exposèrent dans leur rajiport que l'objet le plus inq)or- 
tant de la collection étant l'ensemble des sept tableaux d(! 
Rubens, il leur avait paru convenable de commencer leur 
travail par l'estimation de ces tableaux. Pour en établir la 
valeur, ils avaient choisi comme termes de comparaison les 
prix de certaines œuvres du maître adjugées en vente 
publique : par exemple, le Chapeau de Paille, vendu à 
Anvers, 80,000 francs, et la Sainte Famille, du cabinet 
Lapcyrière, portée à 60, 000 francs. Jugeant ])ar compa- 
raison, ils estimèrent le Calvaire, 225,000 francs; le Mar- 
ii/re de saint Liéven , 200,000 francs; Y Adoration des 
Mages, 160,000 francs; le Christ s' apprêtant à foudroyer le 
monde, 150,000 francs. Quant aux trois autres tableaux de 
Rubens, les commissaires h'rent connaître que, les considé- 
rant comme inférieurs aux précédents, soit ])ar l'époque de 
la carrière du maître à laquelle ils se rapportaient, soit à 
cause des altérations qui s'y faisaient remarquer, ils en 
avaient fixé la valeur de la manière suivante : le Conronne- 
ment de la Vierge, 80,000 francs ; Y Assomption, 80,000 fr.; 
le Christ au tombeau, 00,000 francs. La somme totale des 
évaluations des commissaires fut d'un million six cent mille 
francs pour les tableaux anciens et de quarante- quatre 
mille francs pour les tableaux modernes. C'était beaucoup 
moins que l'estimation des experts de la commune; mais 



— 440 — 

celait plus que celle des experts du guuveriienienl. Les 
commissaires firent connaître qu'ils avaient fixé la valeur 
vénale de chaque tableau ])ris séparément; « mais, ajou- 
tèrent-ils, il existe une considération importante à faire 
valoir, celle de l'ensemble (pie présente le Musée par la réu- 
nion de plusieurs chefs-d'œuvre introuvables et de tableaux 
dont l'intérêt s'accroît en raison de la connaissance qu'on a 
de leur origine. » Les commissaires avaient, il faut le dire, 
apporté une extrême réserve dans leurs estimations. Même 
aux prix ordinaires des ventes à cette époque, la plupart des 
tableaux auraient atteint, dans une adjudication publique, 
un chiffre supérieur à celui qu'ils avaient indiqué comme 
représentant la valeur vénale. Aujourd'hui un grand nombre 
irait au double de leur évaluation. 

Quoiqu'il en soit, la convention du 5 novembre 1841 fut 
ratifiée par les Chambres, après des incidents qui en ajour- 
nèi-ent l'adoption jusqu'au 51 décembre 1842, et le gouvei- 
nement devint propriétaire du Musée. L'ancienne adminis- 
tration fut i)rovisoirement maintenue. Le 51 mars 1840, 
parut un arrêté royal donnant au Musée de peinture et de 
sculpture de Belgique son organisation définitive. 

A dater de ce moment, radminislralion du Musée devient 
plus régulière et plus active. Les accroissements de ce dépôt 
sont plus importants et plus rapides. Le gouvernement com- 
})rend (ju'il se doit à lui-même et au pays d'élever la galerie 
nationale au rang qui lui appartient dans la patrie de tant 
d'artistes fameux. On manque d'abord d'initiative, n'ayant 
pas l'habitude de faire pour les arts ce qu'on appelle des 
sacrifices. On met en avant les principes d'économie, sans 
songer (jue pour un gouvernemeiil l'écononue consiste moins 



— Ui — 

à ne pas dépenser qu'à bien dépenser; mais peu à peu les 
idées se reclifienl, s'élèvent, et l'inslant arrive où le mouve- 
ment d'impulsion se fait vivement sentir. L'important était 
que le Musée cessât d'être un simple dépôt communal pour 
devenir un établissement de l'État. Si l'on fit encore trop 
peu d'acquisitions dans le principe, si on laissa échapper des 
occasions qu'il fallait saisir, les choses prirent une tout autre 
tournure que sous l'administration de la ville. On n'hésite 
plus à mettre à l'achat de tel tableau une somme dont on 
n'aurait pas même osé jadis énoncer le chiffre. Non-seule- 
ment le gouvernement a des ressources qui manquaient à la 
commune; mais encore, et c'est là le point capital, il peut 
avoir des vues plus larges, parce qu'au lieu de représenter 
une seule ville, la première du pays, il est vrai, il représente 
le pays entier ; il ne s'agit plus du Musée de Bruxelles, mais 
du Musée de Belgique. Insensiblement cette idée gagne du 
terrain, le gouvernement trouve plus d'appui pour la réali- 
sation du plan qu'il a dû former, et les accroissements de la 
galerie nationale suivent une progression constante. Nous 
donnerons, pour terminer, la liste des acquisitions faites 
depuis que l'administration du Musée est passée dans les 
mains de l'État, jusqu'à l'impression de ce catalogue, en 
indiquant, pour chaque année, le nombre des tableaux et la 
somme qu'ils ont coûtée : 



Année. 


Tubioaux 


;t('i| 


|iiis. 


Somme dt'pcnsée. 


•1844 


y 






11,474 fr.. 


1845 


5 






1,500 


184G 


7 






7,317 


1847 


2 






3,000 


1818 


^ 






19,500 



Report !23 4-2,791 



112 — 



Vnni''e. 


ïabl 


eaux aequis. 


Somme dépensée, 




A reporter 


25 


42,791 


1849 




2 


5,700 


1850 




3 


51,810 


1851 




2 


15,219 


1832 




1 


500 


1853 




7 


42,710 


18î)4 




2 


3,515 


18oS 




2 


6,000 


1856 




10 


19,506 


1857 




■ ) 


14,357 


1858 




'i 


1-2,198 


18o9 




4 


6,000 


18G0 




1 


17,850 


18G1 




13 


88,550 


1862 




29 


80,285 



106 409,791 fr. 

Nous n'avons pas compris dans ce rolevé Adam et Kve 
(lo Van Eyck, parce que l'acquisition de ces deux pro- 
ductions capitales de la première école flamande , qui 
siiOiraient à faire la réputation d'un Musée, a été l'objet 
d'une négociation particulière entre l'administration cen- 
trale et le conseil de fabrique de l'église de Saint-Bavon, 
à Gand. 

Nous voici arrivé au Icrme de l'iiistoire du Musée. Quand 
nous en avons écrit les premières pages, nous n'avions pas 
pensé qu'elle aurait cette étendue ; mais l'abondance des 
documonls inédits (pie nous avions entre les mains nous 
a entraîné, j)Our ainsi dire, malgré nous. l)';iill(Mirs, Fliisloire 
du Mu.sée de Bruxelles a élé, à la fin du siècle dernier cl au 
commencement de celui-ci, l'histoire des arts en Belgi([ue, 
puisque c'est sur ce dépôt central qu'ont été dirigés la ])lu- 
parl des l;iblenu\' enlev(''S |).ir l(^s C(in)missair(\s républicains 



— i4ô — 

nnx ('glisos e( niix ciirpornlioiis snppriin<'os. Il nous a sonihlé 
((110 los dôlails que nous clions à même ih donner .sur eeUo 
l'poquc crilique, et qui sont pul)liés ici pour la première 
fois, seraient lus avec quel(|ue intérêt. 

Edouard Fétis, 



NOTICE 



LA DÉCORATION DE LA GlUNDE SALLE 



L'HOTEL DE VILLE D'ANVERS. 



Depuis que FÉtat cl la ville m'ont confié la décoration 
(le la grande salle de l'iiôtel de ville d'Anvers, j'ai étudié 
le genre et le caractère des oj-nements qu'il convient 
d'employer pour une maison communale. 

L'Iiôlcl (l(i ville est 1(> palais de la connnune; c'est le siège 
des députés des habitants. Connue tel, il doit avoir un cachet 
])arli('nlier ; chaque tahleau, chaque ornement, chaque 
emblème doit être en rapj)ort avec l'histoire de nos institu- 
tions civiles; à mon avis, ce monument doit être, pour ainsi 



— /I-/J.5 — 

dire, un livro ouvert dans Icqiiol cliaqiic ciloycn puisse 
apprendre à connaître ses droits et s'inspirer des nobles 
exemples de nos ancêtres. 

Aux siècles passés, lorsqu'il s'est agi d'orner ou de pein- 
dre l'intérieur des hôtels de ville, les artistes ont choisi 
dans l'histoire sacrée ou profane des sujets en rai)pûrt avec 
les fonctions des magistrats. C'est ainsi que le célèbre peintre 
Rogier Van der Weyden orna, à l'hôtel de ville de Bruxelles, 
la salle où les bourgmestres, les échevins et les conseillers 
se réunissaient pour rendre la justice et administrer les 
affaires de la commune, de peintures dont les sujets étaient 
expliqués au bas des tableaux et qui représentaient des 
scènes empruntées à la vie de l'empereur Trajan, à celle du 
pape Grégoire I^et à la légende d'Herkenbald; c'est encore 
ainsi qu'un peintre non moins illustre, Thierry Stuerbout, 
orna une des salles de l'hôtel de ville de Louvain de pein- 
tures représentant des scènes de la légende de l'empereur 
Othon III. Tous ces tableaux avaient trait à la justice 
qu'autrefois les échevins étaient appelés à rendre. 

De pareils exemples donnés par des maîtres que l'on 
considère à bon droit comme les chefs de l'école flamande 
suflisent pour tracer la route du peintre moderne. Mais 
Van der Weyden et Stuerbout n'ont eu à traiter que quelques 
sujets isolés. Le gouvernement et l'administration commu- 
nale d'Anvers, en me confiant le décor de la salle principale 
de notre hôtel de ville, m'ont mis à même de donner à 
mon travail un caractère d'ensemble. Je me propose 
donc d'y représenter une série de faits qui résumeront, 
je l'espère , le code des droits et des privilèges de notre 
commune. 



— 4/.G — 

Un mot préliminairo. Tout on fliorchnnt pour los 
siijols des faits consignés dans les annales des siècles 
l)assés, j'ai choisi des exemples qui ne s'appliquent pas 
seulement à noire époque, mais qui ]iouiTont èîre suivis 
à l'avenir. 

L'Iiùlel do ville d'Anvers a été construit de IliGO à Difii; 
il appartient à l'époque de la Renaissance; j'ai été assez heu- 
reux de trouver tous mes sujets dans noive propre histoire 
locale pendant le court espace de cinquante ans, de 1")14 
à 1.j62, c'est-à-dire pendant les années qui virent introduire 
dans nos provinces le style de la Renaissance, et qui furent 
aussi l'époque de la grandeur politique, artistique et com- 
merciale de notre ville (i). 

PREMIER SUJET. 

Le souverain, avant d'entrer dans la ville d'Anvers, fait, 
entre les mains du premier bourgmestre, le serment d'ob- 
server les lois en vigueur et de respecter les privilèges de 
ses futurs sujets. Exemple : La joyeuse entrée de l'archi- 
duc Charles, plus lard (Mupereur sous le nom de Charles- 
Quint [1514] (2). 

L'inauguration de nos souverains, coiiihk» dans l'histoire 
sous le nom da joyeuse entrée, donnait à nos ancêtres l'occa- 

(i) Pour la lédaction do cette notice, je iiio suis servi des notes que m'a com- 
iniini(|iiées M. 1>. Génard, arcliiviste delà ville d'Anvers. 

(i) Itood/hdvn'lcn pririlef/ie-boel,- et Traclaet van de. Ofj'icicri'n , en/., van 
Aiitmeipcn, ilaor dcu sfrrctaris If. de Moi/. K\i'ni|i|;iiiv iniisi'i'vi- ii l:i lîililiolln'- 
i|Ui' d'AiivciN, \). -2. 



— 447 — 

sion do fairo con.stalor ofliciollcmoiit par leurs princes leurs 
droits, leurs privilèges et leurs libertés. 

La ville d'Anvers et son territoire formaient anciennement 
une seigneurie à part, appartenant aux ducs de Brahant, 
mais cependant indépendante du duché, de telle sorte qu'elle 
}Kissa au xiv" siècle, pendant plusieurs années, entre les 
mains des comtes de Flandre. 

Avant d'entrer dans le marquisat du saint-empire, dont 
la ville d'Anvers était le chef-lieu, le souverain était tenu 
dejurer d'observer les lois en vigueur dans sa seigneurie et 
de respecter les privilèges de ses futurs sujets. 

Le 12 février 1514-, l'archiduc Charles d'Autriche, plus 
lard empereur sous le nom de Charles V, fit sajotjeuse entrée 
à Anvers. Cette cérémonie eut lieu à une heure de relevée. 

Le prince, accompagné de ses deux sœurs, les princesses 
Eléonore et Marie, plus tard reines de France et de Hongrie, 
arrivait de Bruxelles par Matines. 

Le magistrat d'Anvers avait fait placer au cîiamp de 
Bcrchem, près de la chapelle de Ter-Siecken, un nombre 
considérable de soldats, qui y restèrent rangés en bataille 
jusqu'à la fin de la cérémonie d'inauguration. 

L'ècoutète d'Anvers, à cheval, alla au-devant de son 
maître, jusqu'à la barrière du marquisat du saint-empire. 
Lorsque le prince y fut arrivé, le magistrat d'Anvers se 
présenta devant lui, accompagné du clergé, et le premier 
bourgmestre, messire Jean Van de Werve, lui offrit les clefs 
de la ville. 

Cette cérémonie terminée, l'archiduc descendit de cheval 
et entra dans une chapelle construite pour la circonstance, 
dcvniil le couvent de Tcr-Siprkcn. Lecture v fui donnée au 



— 448 — 

peuple du serment que le prince allait prêter, après quoi ce 
dernier prêta serment sur les saints évangiles devant le 
premier bourgmestre. 

Je me propose de traiter ce dernier sujet; il me semble 
que je ne pourrai trouver un exemple ))lus frappant des 
droits de nos ancêtres qu'en représentant le puissant archi- 
duc-roi, qui plus tard ceignit la couronne impériale, au 
moment même où il jure de respecter les privilèges du 
peuple anversois. 

DEUXIÈME SUJET. 

Ae droit de hoiircjeoisie. Exemple : Admission à la bour- 
geoisie d'Anvers de Battista Palavicini, de Gênes, en pré- 
sence des bourgmestres et des écbevins [1541] (i). 

Peu de villes possédaient au moyen âge autant de privi- 
lèges que la cité d'Anvers. Ses habitants avaient des droits 
(pic leur enviaient les citoyens de mainte république; aussi 
voyait-on les représentants des plus grandes maisons de 
l'étranger tenir à lionneur de devenir bourgeois d'Anvers. 

Les cérémonies de la réc(!ption d'un bourgeois étaient 
simples et graves. 

Le récipiendaire était conduit au Vierschaer du bourg 
d'Anvers; là, en plein air, devant l'écoutête, représentant 



(0 Ui'chten ende costumen van Antwerpen, édition de Piaiitiii, p. 142, et 
A. V\N Vaixkknissk, Généaloi/ies des familles patriciennes d'Anvers, nianuscrit 
conservé à la Bibliothèque iiul)li(}ii(' d'Anvers, j). 525. V. également les Vier- 
sciiaerhoeken. 



— 449 — 

le marquis souverain, et eu présenec; des éclicvius, assistés 
d'un de leurs secrétaires, il prétait sernicul de fidélité au duc 
de Brabant, en sa qualité de marquis du saint-empire, et 
jurait de veiller à la sécurité du bourg-, conjointement avec 
le burgrave et les bourgeois. 

Le serment prêté, la courte-verge sonnait publiquement 
du cor, en témoignage , disent, nos coutumes, que telle 
personne était admise à la bourgeoisie d'Anvers. 

Ainsi que je l'ai dit, les représentants des plus importantes 
maisons de l'étranger tenaient à honneur d'être admis au 
droit de bourgeoisie d'Anvers. 

J'ai choisi pour mon sujet le moment où Battista Palavi- 
cini, fils de Paolo, noble négociant de la république de 
Gênes, fut admis en 154-1, à la bourgeoisie par Guillaume 
Van de Werve, marquis du pays de Ryen et écoutèle 
d'Anvers, en présence des bourgmestres Corneille Van 
Spanghen et Jean Grombach, chevaliers, et des échevins 
Lancelot Van Urscl, François Van der Dilft, chevaliers, 
Arnould Schoyte, Gabriel Triapin, maître Nicolas de Scher- 
mere , Pierre Van Halmale , Corneille Van Berchem , 
Jean Draeck , Corneille Happacrt, Costin Van Halmale, 
maître Pierre Vledinckx , Jean Van der Heyden , Henri 
de Berchem, Corneille de Vos et Jean Rockox, assistés 
du célèbre secrétaire de la ville , Cornélius Scribonius 
Grapheus. 

J'ai choisi ce sujet, non-seulement parce qu'il consacre un 
fait important de nos annales, mais encore parce qu'il met 
en scène quelques-uns des personnages les plus distingués 
du XVI'' siècle, et aussi parce qu'il se rattache à l'époque 
la plus florissante du commerce d'Anvers. 



— m) 



TROISIÈME SUJET. 



Le ùoiu'jpiie.strc cl les écheeins uni le droil de conro(jner Id 
(jarde bourgeoise. Exemple : La dclensL' de la ville coiilrc 
Marliii Van Rosseiii [1342] (i). 

Los serments (gildes armées) étaient aux siècles passés 
ce que la garde civique est de nos jours; ils devaient veiller 
au maintien de l'ordre ; en temps de guerre, ils contribuaient 
à la défense du i^ays. 

Comme la garde civique, la garde bourgeoise se divisait 
en autant de corps (pi'il y avait d'armes diverses : on comp- 
tait le vieux et le jeune serment de l'arbalète (Saint-Georges), 
le vieux et le jeune serment de l'arc (Saint-Sébastien), celui 
des escrimeurs (Saint-Miclicl) , enlin celui des arquebusiers 
(Saint-Antoine). 

« De tout temps, dit le secrétaire de Moy, le premier 
bourgmestre (Jjuitcn-burfjemeesler) a été le chef des gildes 
et des gardes bourgeoises; il reçoit le serment de fidélité des 
doyens, des centeniers et des décemvirs; lui et les cclicvins 
ordonnent la défense de la ville contre les ennemis du 
deliors. » 

Les privilèges du bourgmestre d'Anvers furent confirmés 
d'une manière éclalan[e,Iors(pie, en lo42,laville fut assiégée 
par Martin Van Ilosscm. Dans ce moment su})réme, le 
bourgmestre convoqua les gildes à la grande place et leur 

(i) De Mov, Op. cil. p. 115. 



— 4ol -- 

ordonna de ddcndrc ki cilc coiilrc les projets du cajulaiiie 
giieldrois. L'éclicviii Van Spanglien, dil lo sccrélaii'c de Moy, 
cl non pas récoulèle, fut autorisé par rompereuj- Charles V 
à prendre le commandement de la garde bourgeoise; sa 
sage conduite sauva la ville des horreurs d'un assaut. 

Je me propose de reproduire ce beau lait de notre 
histoire locale; j'ai choisi le moment où le bourgmestre 
Lancelot Van Ursel harangue les gildes assemblées sur la 
Grand'Place et remet le commandement des gardes au 
chevalier Van Spanghen. 

QUATRIÈME SUJET. 

Ix bourgmestre est le chef de la police. Exemple : La 
duchesse de Parme remet, en temps de troubles, au 
magistrat les clefs de la ville (i). 

Un des privilèges auxquels nos ancêtres tenaient le plus, 
et qu'ils eurent à défendre plus d'une fois contre les préten- 
tions des officiers du duc, c'était celui de se voir gouver- 
ner par leurs bourgmestres et leurs échevins. Suivant eux, 
le premier bourgmestre ou ses délégués étaient les chefs de 
la police de leur ville. 

Un fait important vint, suivant \i témoignage du sccré- 
laire de Moy, consacrer les droits de nos concitoyens. Après 
les premiers troubles causés par la Réforme, dit le judicieux 

(0 De Moy, Op. cit., p. )jO. 



— 452 — 

écrivain, la duchesse de Parme viiil à Anvers; les clefs de la 
ville lui ayant été présentées par le magistrat. Sa Seigneurie 
les lui rendit , après quoi elles lurent conservées à l'hôtel 
de ville, par l'échevin M'' de Pape, sans que l'écoutète eût 
à intervenir. « 11 en résulte clairement, ajoute notre secré- 
taire, que l'officier supérieur pour les affaires criminelles 
n'est pas le chef de la police ; bien plus, il n'y a aucun 
droit et n'a rien à faire concernant la police (pie lorscpi'il 
s'agit de publier des ordonnances. » 



CINQUIÈME SUJET. 

Les hoimjmcslres et les échevins protéfjent les arls el les 
lettres. Exemple : Le Landjuweel de 1501 (i). 

Au xvi" siècle, l'école d'Anvers avait pris un dévelop- 
pement considérable. Depuis Quentin Metsys, notre ville 
avait remplacé Bruges comme siège principal de l'art 
flamand. 

A côté de la gilde des j)eintres ou de Saint-Luc, s'étaient 
élevées les chandjres de i'iiélori(jue la Violette, le Souci et 
la Branche d'Olivier. 

En lo()l, le bourgmestre Antoine Van Straelen et l'éche- 
vin Melchior Schets remplissaient les fonctions de chef- 
homme et de |)rince de la Violette. Ces protecteurs éclairés 
des arts et des lettres résolurent de convoquer à Anvers, 

(i) Speleu van sinue, 150:2. 



— 4:)5 -- 

poui- une lùU) appelée Lamljaiccel, tous les lilléraleui's et 
lous les artistes des Pays-Bas, 

Leur projet eut un plein suecès. Qualorze elianibrcs 
do rliétori(|uc répondirent à l'appel , et pendant plusieurs 
semaines les lelcs se succédèrent sans interruption. On 
y dépensa des millions. L'agent de la reine Elisabeth d'An- 
gleterre, sir Richard Clough, qui assista à ces solennités, 
dit que de mémoire d'homme on n'avait déployé un luxe 
pareil à celui de nosrhétoriciens. 

J'ai choisi le moment où le bourgmestre Yan Slraclen et 
l'échcvin Scliets, accompagnés du magistrat, remettent aux 
vainqueurs du Landjuiceel les vases d'argent tjui leur sont 
destinés. 

SIXIÈME SUJET. 

Acv bourgmcslrcs cl les cchecins prolégenl le cononenc et 
^industrie. Eocemple : Ouverture de la grande foire 
de 1562 (i). 

Suivant ses i)riviléges, la ville d'Anvers avait annuellement 
deux foires : la ))remière s'ouvi'ait le deuxième dimanche 
avant la Pentecôte; la seconde commençail le deuxième 
dimanche après la mi-août. Ces deux foires, protégées par 
les empereurs d'Allemagne et par les ducs de Brabant et 
aux(]uelles les magistrats de la ville donnaient un dévelop- 



(i) De Moy, Oi). cil., p. 171, cl llcchkn en cosltimen van Aiilwerpeii, 
ImI. Phuitiii, i». 'Jio, 



— /|.o4 — 

pumeiit considérable, devinrent, en quehiue surle, la soiii-ee 
de la grandeur eoniniereiale de notre cité. Au \\f siècle, 
toutes les nations de l'Europe y envoyaient leurs produits. 

L'ouverture de ces foires, pour lesquelles les gouverne- 
ments étrangers nous envoyaient souvent des délégués, se 
faisait avec solennité. 

La publication en avait lieu, suivant les coutumes, aux 
jours susmentionnés, parla ])lus ancienne des courtes-verges, 
dans une maison près de l'iiùtel de ville, nommée encore 
de nos jours de Maegd van Anlwerpen. On y faisait 
connailre les privilèges des empereurs et des ducs de 
Brabant, défendant d'arrêter les marchands (|ui se rendaient 
à la foire d'Anvers; on y lisait les chartes qui déclaraient 
les marchandises libres de toutes inqx^sitions , puis celles 
qui accordaient des saufs-conduits aux voyageurs et à leurs 
fann'lles, etc. 

J'ai choisi le moment où les bourgmestres Lancelot Van 
Ursel et Nicolas Rockox, le vieux, précédés des musiciens 
de la ville et accompagnés de la Pucelle d'Anvers, des 
échevins et de différents délégués étrangers, procèdent en 
15G2 à l'ouverture de la foire, après la publication faite par 
la courte-verge. 

On remarque dans h; cortège de nos jiremiers magistrats, 
les Fugger, les llochstetter, les Schetz, célèbres négociants; 
les consuls des différentes nations, les doyens de la Hanse, 
l'agent de la reine Elisabeth d'Angleterre, sir Thomas 
Gresham, le fondateur delà bourse de Londres; puis 
plusieurs membres des familles patriciennes d'Anvers : 
les Van de Werve, les Berchem, les Van Innnersecle, 
les Schoonhove, les Ilalmale, etc. 



— 455 



DISPOSITIONS GÉNÉRALES. 

l'ORTUAlTS DES SOUVEUAl.NS. — TEXTES DES PllIVlLÉGES. — 
BLASONS DES SERMENTS ET DES CORPS DE MÉTIERS. 

Poui' donner ;iux compositions des proportions convena- 
bles, j'ai cru devoir prendre les dispositions suivantes : 

La salle a la l'orme d'un carré long ; au centre se 
trouvera la cheminée en style renaissance ,(\onl les supports, 
composés de pilastres et de colonnes de marbre rouge 
et noir, seront couronnés d'un entablement en marbre 
noir. La frise en marbre blanc contiendra un bas-relief. 
Le manteau sera orné d'un baul-relief en marbre, iiguranl 
les armoiries d'Anvers avec leurs anciens tenants , un 
homme et une femme sauvages, le tout terminé par 
une voussure ornée d'un bas-relief. Le bas-relief de la 
voussure représentera le Commerce ; celui de la frise , 
les Arts. 

De chaque côté de la cheminée , il y aura un grand 
pan de mur destiné à recevoir les peintures à fresque; 
au-dessous il y aura un lambris, au-dessus une frise 
avec les blasons des principaux bourgmestres d'Anvers. 

Le mur à droite et celui à gauche contiendront chacun 
une grande composition; des deux côtés de la peinture, il 
sera établi une porte sculptée ; au-dessus de chaque porle 
seront peints les portraits en pied de trois souverains qui 
ont régné avant l'époque de la construction de l'hôtel de 



ville cl qui oui accuidé tic iii-aiuls privilèges à iiulrc cilc, 
savoir : 

\. GodcfroitUleBouilIon, marquis du sainl-ciiqureflOOC)). 

2. Henri, due de Lolliicr (1220). 

ô. Jean P% duc de Bi'abanl (121)0). 

i. Jean II, duc de Bi'abant (1500). 

'). Henri VII, enqiercur (1309). 

0. Jean III, duc de Brabanl (132G). 

7. Anloine de Bourgogne, duc de Brabanl (111 1). 

8. Sigisniond, roi des Romains (1415). 

9. Pliilipi)e le Bon, duc de Bourgogne {\iô^). 
10. Marie, duchesse de Bourgogne (1478). 

M. Maximilien, enqtereur (14-78). 
12. Philippe le Beau (1491). 

Les chartes originales accordées par la plupart de ces 
souverains se trouvent encore aux archives de h\ ville : 
je pourrai utiliser les sceaux dont elles sont munies , 
pour reproduire exactement les costumes que portaient nos 
pi'inces. 

Entre les l'enelro du côlé de la (jrand'Place, deux suj(Ms 
peints. 

l)i;s panneaux contiendront le Icxtc des ))i'incipaux privi- 
lèges d'Anvers. J'en Iranscj-is (pi(.'l(pi('S-uns (pii m'onl parli- 
culièrement Ira|»p('. Toussonl exli-aits de nos anciennes luis 
{'[ ('tiilinncs, (édiiion du xvT' siècle), niiiis il conviendi'a 
d'enq)loyer le tcxle incjne et roi'lhogi"q)lie i\vs chailes 
lirimitives conservées aux archives de la ville : ce travail 
reste à faire. 



— i.'ij — 

1 , in de siadl ofl vrj/hei/ill van Anttcerpen ayn aile men- 
srlicn vri/. cnde er sj/n fjecne slaven (Art. des anciennes 
Coron du XIll^siè^le. Voir Eun. Gens, Hist. d'Anvers,]). 81). 

Dans la ville el franchise dWnvers. tous les hommes sont 
Hhres, el il ??'// a point d'esclaves. 

2. Mie pcrsoonon die (jehoren syn binnen de stadl o/ï 
vryhei/dl van Anliverpen sijn poorlers, iveder hunne ouders 
aldaer poorlers ofl ivoonachliy syn ofl niel (i). 

Tous ceux (jui sont nés dans la ville el sa franchise sont 
bouryeois d'Anvers, que leurs parents y aient ou non demeuré 
ou joui des droits de bourycoisie. 

5. )]'?> een poorter van Antwerpen misdaen heeft en 
mach t'Anlu-erpen yeen poorter vorden , Ity en hebbe den- 
selven poorter daervan yenoech yedaen ende tevreden yesteit, 
7 sy met der minne ofl met den rechte (a). 

Celui (pli a offensé un bouryeois d'Anvers ne pourra pas 
decenir bouryeois d'Anvers avani (/u'il n'ait donné satisfac- 
tion à ce bouryeois et rpie la paix n'ait été rétablie soit à 
l'amiable, soit en justice. 

A. Geen poorter van Antwerpen mach van synen naluer- 
l y II en rechter afyetrokken worden (5). 

Personne ne peut distraire an tmuryeois d'Anrers de ses 
juyes naturels. 



(1) Gliecomplleerde Costuiimen vaii ÀiiliVi'rpL'ii , nianusctil eonservt' ii la 
Dibliotlièqiie piililique d'Anvers, n" 9580, p. 58, et Hechlcn en costnmen van 
Antwerpen, édit. Plantin, p. 14:2. 

(2) Ghecompileerdc Costinjmen, p. TiO. 

(-,) Ibiil. et Bctlifi'n m c«isliniieii, p. 1 i.")-l K» 



— 458 — 

V). Dp u'ooning van cenen poorler van Antircrpcn is 
onschendbaer (i). 

Le doînicile d'un bourgeois d'Anvers est inviolable. 

6. Ah een poorter trouwt een vremde huysrrouice , 7 sy 
jom/e dochter oft wcdnice , deselve vj^OKwe irordl ende blyfl 
poorteresse, iceduwe syndc, haer leeffe dagen lanrk i^i). 

Lorsqu'un bourgeois d'Anvers ('pouse une femme étran- 
gère, elle devient et reste bourgeoise uu'uic après Ui mori de 
son mari. 

7. Eene geborene poorteresse van Antwerpen, trouirenile 
buytendese .stadt eiute vrgheydt, verliest hare poorteryc niel 
binncn lief leven liaers mans noch oock daerna (r,). 

Une bourgeoise née à Anvers, se mariant à l'étranger, ne 
perd pas sa qualité de bourgeoise pendant la vie de son 
mari ni même après la mort de ce dernier. 

8. Die te Anlwerpen poorter is , en macli daerna nergens 
elders meer poorter syn (i). 

Un bourgeois d'Anvers ne peut être bourgeois d'auvuiie 
autre ville. 

9. Schepenen van Antu-erpen mogeu aile poinrlen ende 
ordonnantien der voorseyder stadt oorboorlyck tvesende 
maecken ende ordineren met den Schoutelli , deicelcke 



(i) Ghecompileerde cosliti/nirii,]). M), cl l'eclitcu en cosl., p. I <(i. 

(■>) Ibid., p. GO. 

(r.) UniL, p. (j:i. 

(i) Ibnl., p. (i-2. 



— /poO — 

moelen oiulerhouden ironlon. alsofso de flcrtofje selrc hndde 
fjemaeckt [1506] (i). 

Les ('chorius d'Anvers peuvent faire, eonjointement avec 
l'écoutète, toutes sortes d'ordonnances concernant leur ville , 
lesquelles seront suivies comme si le duc lui-mcme les avait 
faites. 

10. Borr/ejneesteren en Schepenen ^:ermof/lien aile of/icien 
van Antwerpen te c/even (2). 

Les bourgmestres et les échevius peuvent nommer à tous 
les emplois publics à Anvers. 

\ 1 . Borgemeesteren en Schepenen van Antwerpen liebben 
in de iersteinstantie kenni.'ise endeherichtover aile poorteren 
ende ingesetenen der stad ende vn/hegdt. aengaende aile 
civile en criminele saecken (5). 

Les bourgmestres et les échevins ont , en première 
instance , connaissance de toutes les affaires tant civiles que 
criminelles concernant les bourgeois et les habitants de la 
ville et franchise d'Anvers. 

12. Sonder voorgaenden oorlof van Borgemeesteren en 
Schepenen en mogen geene buytenrechters binnen de stadl 
ende vrijheydt van Antwerpen eenige rechterlycke acten of 
exploiten doen (4). 

Sans la permission des bourgmestres et des échevins aucun 
juge étranger ne pourra poser des actes judiciaires dans la 
ville et franchise d'Anvers. 

(1) Ordonnance du duc Jean III , de l'année 1506. 

(,2) CItecompileerde Costui/men van Antwerpen, niaim-crit, p. 10-17. 

(3) //m/., p. 16-17. 

(i) Ihid., \). 17. 



— m) — 

13. lioiujcmce.slpreu en iScheponen sijn ovorroochtio}) van 
a/h onhojacrde kindcven en andere vermonihoirdc pcr- 
soonen (i). 

Les /jonrrjmeslref; el les érherins sont premiers In/enrs 
de tous les mineurs el de /miles autres personnes sous 
tutelle. 

] 'i. Horgemeesteren en Schepenen is toehehoorende hesordi 
ende toesiclil le hebhen van ende opt régiment ende onder- 
houdl van de ijodtshuijsen daer arme licden onderlionden 
n'orden. mitsgaders op aile vergaderingen ende collégien 
soo van mannen als v(m vromven i^i). 

Les bourgmestres et les échevins on! la haute vïie sur l'ad- 
ministration des hospices dans les(jiiels les pauvres sont entre- 
tenus, de même que sur les assemblées ou collèges d'hommos 
et de femmes. 

Lo plafond de la salle sern o nu; des nrmoiriesdf^ la vill<', 
entourées dos hlasons dessermenls ou uildes années el des 
corps de métiers qui parlieip;uent anciennement à la forma- 
lion du Grand Cons(wl (LJreeden liaed) d(! la ville; ces 
derniers divisés en trois arands uronpcs, savoir : 

PREMIER GROUPE. 

Les bateliers, les forp:erons, les fendenrs de bois, les 
boulangers et meuniers, les pelldiers, les couvreurs de 



(0 Ghecomi)ilec)<li' Cofitnniiini r/ni Aitlicrrprn, inaiiiisnit, p. IS. 
ii) Iliiil., ]>. IS. 



cliauino, l(ïs scieurs c( les barijiors, roi'j)()i*oli()iis (jui se ivu- 
nissaienl à la cliainbre des l)al('Ii(;)'s. 

DKUXIÈMK GROri'E. 

Les merciers, les boucliers, les poissomiiers, l(>s tanneurs 
et les boîtiers, les savetiers, les niîiçons, les menuisiers, les 
portefaix et les brouettiers, corporations qui se réunissaiciil 
à la cbambre des merciers. 

TROISIÈME GROUPE. 

Les (oiuleursde drap, les tailleurs, les fripiers, les char- 
pentiers, les porteurs de tourbe, les cordiers, les tisserands 
et les tonneliers, corporations qui se réunissaient à la 
cbambre des tondeurs de drap. 

Viendront ensuite les blasons des cbaussetiers, des bras- 
seurs (cammers), des brasseurs de Van Scboonbeke, des 
fabricants de soie, des orfèvres, des ])lombiers, des vitriers, 
des maîtres d'école, des marchands, des marchands de blé 
et des monnayeurs, enfin ceux de la gilde de Saint-Luc ou 
des peintres, des chambres de rliétorique la Violetle, le 
Souci et la Branche d'Olivier, c'est-à-dire que toutes nos 
institutions civiles, toutes nos industries, le commerce, 
toutes nos associations scientillques, artistiques et littéraires 
y seront représentées. 

Anvers, le 5 juin 18G2. 

IL Leys. 



^x-o^-i 



LA BOURSE DE TOURNAT. 



it Bnixellcs, le 1.'» ni;irs 1805. 

» Messieurs, 

» Lu lioiirse (le. Toiiniiiy sur Ia(|ii('llo vous nui diMuaudoz 
mou avis est uu luouumeul coiislruit vers l'au l()00;sou 
archilecle se uoiiiinail Queuliu Halle. Elle csl dans uu style 
de rcuaissaucc de trausitiou eulièrcmeut aualogue à l'Jiôtel 
de ville d'Anvers, et sa façade principale, qui doinie sur 
le Forum, pin'-seule dans le has {\rs haies ofiivahs servant 
de portique, ainsi (prime li-ihuiieaiix liaraiiiiues. 

» L'inl(''ri(Hir offre uu carré long entouré sur les quatre 
faces d'un porliqueà ]»l('in cinlre, connue étaieul les hourses 
à celle épo((iic. 



— 465 — 

« Toiilos los l'iicndos iiifrricurcs ol, In faraclo donnani sur 
la grande place sont construites en pierres d'Ecaussincs, 
et leur conservation est telle, que les pierres tombées dans 
la cour de l'édifice, lors de la récente chute de la cheminée 
à vapeur voisine, n'ont pas même été écornées et peuvent 
élre remises en place sans avoir besoin d'être retaillées. 

» Si les pierres de construction n'ont subi aucune altéra- 
tion, les rpiatre façades intérieures de la bourse ont joué, et 
leurs murs présentent des hors-d'aplomb qui feraient naître 
des craintes sur la solidité de l'édifice. Mais la chute de la 
cheminée à vapeur, dont j'ai parlé, a montré que ces craintes 
sont sans nul fondement, puisque cette cheminée, dans sa 
chute, a coupé net une simple Iranclie de l'édifice et que le 
reste n'a pas souffert le moindn' ébranlement , malgré une 
aussi terrible secousse. 

» Cette rude épreuve montre donc la solidité de l'édifice. 

» Au point de vue de l'art et des souvenirs historiques, 
la bourse de Tournay est d'une importance capitale, puis- 
que, depuis l'incendie de celle d'Anvers, elle est l'unique 
édifice de ce genre restant en Belgique pour témoigner la 
puissance de l'industrie et des pouvoirs civils à l'époque 
communale. 

» Son style offre un intérêt d'autant plus grand (pi'il 
appartient à la transition de l'époque ogivale h celle de la 
Renaissance et qu'on sait combien sont ranvs et précieux les 
monuments appartenant à cette transition. 

» Vous vous rappelez, Messieurs, que lors de votre réunion 
à Tournay, l'an dernier, sous la présidence de M. Du Jardin, 
pour les affaires de l'église de Saint-Quentin , vous m'avez 
demandé de vous conduire voir cet édifice, et qu'en y entrant. 



— M\i — 

vous avez (''!('' frappé (réionneinent cl il 'ad m ir;» lion à la viio 
(le la seule el unique bourse reslanl encore en Bclgicpie. 

» Ce serait donc un acte de barbarie et de vandalisme 
(|ue la deslnietion d'un monunienl civil aussi imporlanl an 
double point de vne de l'art et des souvenirs liisloriques. 

» C'est pour eni)iè('ber de tels actes que la Commission des 
monuments a été instituée et que la loi communale a soumis 
à la publicité obligatoire, à l'avis de la dépulation perma- 
nente et à l'approbation royale les délibérations des conseils 
communaux rel;ilives à la deslruction des monuments de 
l'anliquilé. « Par là, dil le ra|tport de la loi communale, nous 
» avons voulu arrêter ces ma2,istrats iirnares, indiiïnes de 
» ce nom, qui, n'admirant que ce qni est créé d'hier, 
» portent à cbaque instant la hache du vandalisme sur les 
» resles précieux de l'antiquité (|ui font jiai'tie de la fiioire 
» nationale el que le peuple entoure de sa vénération et 
» de son respect. La commune qui a de l'aracnt i)onr 
» détruire de tels monuments doit en avoii' pour les 
» conserver! » 

» Non-seulement la bonrse de Tournny est un des 
monuments civils les plus remarquables de la Belgique, 
elle offre encore cette rare ])arl!(ulai-it('' que c'est un monu- 
ment comph'l et créf' d'ini simiI jet, ce qui en augmente 
le mérite. 

Ce monument a d'tiillcurs nue destination importante, 
puisqu'il est l'académie^ des bernix-ai'ts de Tournay, conq^re- 
nant à la fois et hi musée «les tablc;uix cl les (''colcs de 
peinture, de sculpture, de dessin, d'archileclure et de 
musiepie de cette ville si éminemment artistique. Les 
;iiii;iteiirs de c'(.'ll(; destruction, en voulant le renversement 



de kl buui'sc, jclleiil sur le pavé une école ijui l'ail la i^luire 
de Touriiay, car la ville ne i)Ossède aucun local propice si 
ce n'est celui-là. El si l'on construit ailleurs des locaux 
pour cette iniporlanto. destination, la ville, loin de faire une 
économie, aura créé une source de graves déi)enses, tout 
en renversant le seul monument civil qui lui reste. 

» En résumé, la bourse de Tournay est un des monu- 
ments civils les plus intéressants du pays. Elle est la seule 
bourse qui nous reste. 

» Comme style, clleest uns des monument lesjdus curieux 
de la transition du conmiencement du xvi"' siècle. Elle forme 
un tout complet, et tous ses profils sont connue s'ils avaient 
été faits d'hier. Sa destruction serait un acte de vandalisme 
([ui déslionorerail le pays tout entier. J'estime donc (pie la 
Commission des monuments ne peut assez protester contre 
un tel acte, et qu'elle doit prendre sous son patronage ce rare 
et précieux édifice pour faire rétablir la partie renversée par 
la chute de la cheminée à vapeur voisine et y faire exécuter 
toutes les choses nécessaires à sa conservation. 

» Veuillez agréer. Messieurs, l'assurance de ma considé- 
ration la plus distinguée. 



» LJ.-C. Du MoiniKr,. » 



COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS. 



RESUME DES PROCÈS-VERBAUX. 



SEANCES 



dos G, S, 11, 12, 18, 21, ±1 et 2.j aoiil I8()5. 



ÉDIFICES ET MONUMENTS RELIGIEUX. 

ÉGLISES, DÉPENDANCES, AMEUBLEMENT. 

Suivanl les conseils du Cullcgc, diverses aiuéliuralions 
oui élc iiili'oduites dans les dessins de ranieiihlcincnl 
ddcglise d'Ucimunl (Liixemhouru). L'abat-voix de la chaire 
de vérité devra cependant élre encore simplidé. La question 
de s;ivoii- s'il y a lieu de dépenser 10, '280 francs pour l'aineu- 
blenieiil d'un édilice (pii n'est guère digne de sa destination 



— 4()7 — 

reste à l'ésoudie luir riidiiiiiiisUulioii supérieure. Peul-ètre 
serait-il o|)})ortun de réserver tous les fonds dis|)onibIes 
pour l'érection ultérieure d'une église plus convenable. 

L'adniinislr.'ition communale de Montbliart (Hainaut) 
ayant pris une décision conforme à l'avis de la Commission, 
il y a lieu d'autoriser l'exécution immédiate des réparations 
urgentes que les fenêtres de l'église paroissiale de cette com- 
mune exigent, et d'allouer, à cet elTet, des subsides sur les 
fonds de la j)rovince et de l'État. 

La Commission approuve : 1" le ]irojet de construire une 
flècbe sur la tour de l'église de Saint-Georges-ten-Distel 
(Flandre occidentale), à la condition qu'il sera fait une nou- 
velleétudedecertaines parties du plan. Devis : 2,518 francs; 
2" les j^ropositions faites pour l'agrandissement de l'église 
de Melsbroeck (Brabant), laquelle, après ce travail, pourra 
contenir 800 fidèles. Devis : 14,500 francs. 

Des commissaires-inspecteurs se sont rendus à Oetinghen 
(Brabant), en conformité des instructions de M. le Ministre 
de la Justice. L'église, le presbytère et l'école occu])ent tout 
un côté de la place, sont symétriquement disposés et forment 
un ensendjle satisfaisant. Une inspection minutieuse n'a pas 
fait découvrir dans ces bâtiments le moindre travail superflu, 
et, loin d'avoir à signaler des dépenses inutiles, la Commission 
regrette qu'on n'ait pas donné plus de liautem* aux socles en 
pierre des colonnes et que, pour assurer la conservation du 
bas des murs, on n'ait i)as établi une i)lintbe intérieure. Au 
premier abord, les proportions du presb}tère peuvent paraî- 
tre exagérées; mais il est à remarquer que ce bâtiment a été 
établi dans le but de pouvoir loger, sous le même toit, le 
curé et le vicaire, ({ui précédennnent avaient des liubilalions 



— /|.()8 — 

sépaivc's. Une grille assez iiiiportanle règne tlevanl les Irois 
hàtiinciils; les Irais en oui été couverls au moyen de dons 
jiarlieiiliers. L'adininislration communale et le conseil de 
labriquc ont déclaré à diverses reprises et de la façon la 
plus formelle : 1" (pie l'église et le itresbytèrc ont été bâtis 
en 1858, tandis que l'école n'a été commencée qu'en I8()0; 
•2" (jue la moindre confusion n'a jamais existé dans la comp- 
tabilité des deux premières constructions et la conq^tabilité 
de la troisième (l'écohî). Il résulte des comptes (pu) 
IV. 17,4:21-15 ont été dépensés jusqu'à ce jour pour l'école 
et (juc 5,400 francs sont nécessaires encore pour terminer 
les tj'avaux. Rien ne |iorte à révoquer en doute l'exactitude 
de ces cbilTrcs. Les tenains (cour et jardin) annexés à l'école 
sont vastes; le prix des murs de clôture est compris dans la 
déjiensc de 17,421 francs. Un local, auquel on aura accès ])ar 
un escalier latéral, entièrement séparé de l'école, est réservé 
à l'étage pour le service de l'adnn'nistration communale. La 
construction de l'église et du presbytère a coûté 70,291) fr., 
tandis que les devis estimatifs ne s'élevaient (|u'à 57,700 fr., 
dont 12,700 pour le iiresbylèi'c. L'administration commu- 
nale et le conseil de fabri(jue aHIrment que les dépendances 
établies dans la cour du |iresbylère ont été construites aux 
Irais personnels du curé. L'avis de la Connnission est (pu; 
la dépense du presbytèi'e a déjtassé de 7,000 francs les jiré- 
visions et (|ue le reste du délicit (11,291) francs) provient 
(le la construction de l'église. Comme, en résumé, les trois 
édifices sont établis dans d(! boimcs conditions et sans 
le Jiioiiidre luxe, il \ a lieu d'avoir égard à la fàclieuse 
l)osition linancière du conseil de fabrique et de l'adminis- 
tration communali', ainsi rpi'aux bonnes intentions qui les 



uni guidés, vA, d'alluiicr des subsides pour couvrir en pjirlic 
le délicit cl pcrmellre raclièvenient immédiat de l'école. 

L'exiguïlé du terrain ne p(!rmelUuit pas de donner plus de 
largeur à la nouvelle église de Forzée, commune de liuisson- 
villc (Namur), la Commission pense qu'il faut renoncer à 
élablir (l'ois nefs. Du reste, ainsi que souvent déjà elle a eu 
l'occasion de le dire, il n'est pas rationnel de donner à des 
bâtiments aussi restreints la disposition des grandes églises. 

Le })rojet de l'église à ériger dans la commune de Vodeléc 
(i\amur) donne lieu aux observations suivantes: 1" les piliers 
placés à l'intersection du transept et des nefs ne sont pas 
sufiisants pour su}>porter la poussée qui, en cet endroit, sera 
considérable; "2" les ondi sont trop nombreux, et il semble 
inutile d'en variei- autant les proportions; 3" la forme de la 
sacristie n'est pas heureuse, et la combinaison de sa toiture 
aurait plus d'un inconvénient; 4" la somme de 'âSj^Oo francs, 
qui forme le total du devis, paraît insufiisanle. La Commis- 
sion réclame les croquis de l'église actuelle et désire savoir 
si cet édiiice ne renferme pas de pierres tumulaircs ou d'autres 
objets d'art intéressants. 

La Connnission approuve les dessins de la nouvelle église 
de Moustier (Namur), à la condition que l'auteur ne perde 
pas de vue les observations formulées précédemment quant 
aux absides de la façade et qu'il fasse une nouvelle élude delà 
sacristie. Cet édifice pourra contenir 900 personnes. Le devis 
s'élève à 45,758 francs et sera probablement insuffisant. 

L'ordonnance générale du ])rojel de la nouvelle église de 
Snelleghem (Flandre occidentale) est approuvée; maisdivers 
détails laissent à désirer : les dimensions de la porte principale 
sont trop exiguës, et la décoration du tympan ne concorde 

Su 



— 470 — 

pas avec cl'IIc des H'iiùlres tic la iaçatlc ; les baies suj^éiieiircs 
des parlics latérales de la façade seraient utilement reiii})la- 
cées par des quatre-leuilles ou de sinii)les créneaux. Il est 
indispensable de remédier aux inconvénients résultant de ce 
que les contre-forts du cliœur ne descendent pas jusqu'au sol. 
Le devis s'élève à 7-j,7oC francs. Cette somme semble 
insuflisante. L'édilice pourra contenir 1,000 personnes. 

A ju'opos de la construction d'une nouvelle église 
à Saint-Josse-ten-Noode, la Connnission a eu l'honneur 
d'écrire, le 18 novembre 18()''2, à M. le Ministre de la Justice: 
« M. Van derRil fera bien, le cas échéant, d'étudier de nou- 
» veau l'emplacement, en conformité du dernier i)aragr;qthe 
» de notre rapportdu 14 novembrecourant. » L'un des para- 
graj)hes du rapport du 14 juillet suivant est ainsi conçu : 
« 11 est bien entendu (juc notre intention n'est pas d'ai)i)rou- 
» ver définitivement les dessins de M. \'an der liit et ({ue nous 
» nous réservons de lui indicpier les changements à intro- 
» duirc encore dans son travail. » De]niis, aucune com- 
munication n'ayant été faite au Collège, concernant cet 
édifice, ce n'est pas sans sur])risc qu'il apprend qu'une 
j)artie des travaux est sur le point de faire l'objet d'une 
adjudication. Il signale lo fait à M. le Ministre de la Justice 
cl propose d'inviter M. rarchitecte Van der Ilit à soumettre 
les modifications à introduire dans les dessins de l'église, 
ainsi (jue le résultat de ses nouvelles études (juant à l'enqda- 
ccment. 

La Commission rappelle à la bienveillante attention de 
M. le Ministre de la Justice les rjipports (]u'à diverses épo- 
ques elle a adressés au Gouvei-nement, afin d'obtenir la res- 
tauration de lachai'mante chapelle romane de h?ainl-Nicolas 



— 471 - 

fil Giiiiii (Liège). Ce |)clil iiioiiuiiiciil, (|ui est cité thiiis [)lu- 
sioiirs ))tiblicalioiis iialioiialcs ol, clraDgèrcs , mérite d'èlrc 
sauvé (le la deslruclioii. Le itropriétairc eu oiïn; la cession 
à l'Elal, à des condilions luutlérées, e( depuis lonuleiiips les 
uoiulji-eu\ liabilauls voisins de la eliapelle demaudeul qu'elle 
soi! rendue à sa destination primitive. 

Se référant à l'avis favorable de la dépulalion pernianenli* 
du Conseil provincial du BrabanI, la Connnission j)ropose 
d'accueillir la demande du conseil de fabrique de l'éulise 
d'Aerscbot, tendante à pouvoir exécuter en régie de nou- 
veaux travaux de restauration, ainsi que cela s'est pratiqué 
])récédemmeut. 

En présence de la dégradation rapide de la tour de l'église 
de Roucourt (Hainaut), il est delà plus absolue nécessité 
de consolider avant l'Iiiver ]trocliain cette partie de rédifice. 
L'angle sud se détacbe el j)lusieurs pièces principales de la 
charpente su})érieure sont pourries au point qu'on s'at- 
tend à voir toute la toiture s'affaisser. Le belfroi se ti'ouve 
aussi dans un état périclitant. Il suffirait d'une dépense 
de 5,000 francs pour écarter tout danger cl empêcher 
le progrès des infiltrations pluviales. Quekjues membres 
du Conseil connnunal voudraient voir démolir une }>artie 
de la tour, alin d'éviter les frais de restauration. Cette tour 
offrant un as})ect assez inqiosant, la Commission regretterait 
une telle mesure. Il est à remarquer, d'ailleurs, que la démo- 
lition même serait onéreuse et que les matériaux seraient 
de nulle valeur. 

La nef principale de réglise de Wiers (Hainaut; date delà 
lin du XV'- siècle; mais les coloimes intérieures, ainsi ({uc 
leurs cha]>iteaux, appartiennent à une époque plus l'cculée 



— M^i — 

(XIV'' siècle), cl la Ilèclic qui surmuiilc la f»raii(Jc cl belle lour 
date seulement des premières années du xviii'' siècle; les 
bas-côtes ont clé reconstruits vers le milieu du xvi*. Une 
remarquable cliarpente ajjparentc couvrait ju'imitivement la 
nef principale; il serait facile et jxhi coûteux de la rétablir, 
attendu que de notables parties en subsistent encore et que 
plusieurs belles consoles sculptées sont intactes. Cet édifice 
peut à peine contenir un millier de personnes, tandis 
que la paroisse compte aujourd'bui 4,000 âmes. Des idées 
divergentes ont été émises quant aux mesures à prendre 
pour obtenir la surface supplémentaire (pii est devenue 
indispensable. Après avoir entendu le rapport de ses com- 
missaires inspecteurs, le Collège pense que le meilleur pai'ti 
serait de prolonger la construction vers le cbœur, d'établir 
un transept d'une certaine inqjorlance et, plus tard, d'élargir 
les nefs latérales. L'église est entièrement isolée, et le terrain 
se prête à cette combinaison. On serait ainsi obligé, il est vrai, 
de restreindre l'étendue du cimetière; mais cela n'aurait 
rien de fâcheux, car il est à désirer qu'on éloigne aussilùl 
que possible ce cimetière du centre d'une comnjune aussi 
importante. 

La Commission approuve le projet de M. Van Assclie 
(Aug. ), architecte à Gand, pour la restauration de la tour 
et des bâtiments de l'église momimcntah! de Vosselaere 
( Flandre orientale ) , tout en engageant l'aulenr à prendre 
des mesures supplémentaires de consolidation, aiin de 
faire face à la poussée de la charpente sur les murs de la 
grande nef. Le devis s'élevantà la sonnne de 1 8,405 francs 
ne soulèvi! aucune objection. MM. Jiélhune d'Ydewalle 
et le baron de Sainl-Genois, membres cojTespondants, ont 



— 475 — 

rendu compte, dans los lormos suivants, dos rochorchos 
qu'ils ont faites au sujet de eet édifice : 

« CoinuKM'Iégance, comme consiruction arcliitectoiiiqiie, 

« la tour de Vosselaerc est un des plus intéressants spéci- 

» mens d'architecture ogivale de nos contrées. Il existe sur 

» ce remarquable édifice un travail étendu, ])ul)lié par 

» M. A. Van Hoorelieke, dans le Messatjer des sciences liisto- 

» rî(/ues, ^nnnée 1845. Toutefois nous rectifions, dans ce rap- 

» port, quehpies données sur l'ancienneté de l'église de Vos- 

» selaere, lesquelles manquent d'exactitude. On sait que 

» dans notre pays les plus anciennes flèches des églises 

» étaient construites en bois, peu élevées et dépourvues d'or- 

» nemenis. Ce n'est guère que vers le milieu du xif siècle 

» que l'on vit surgir, soit au-dessus du transej)t, soit sur 

» la façade antérieure, ces belles tours carrées, rondes, 

» puis octogones, surmontées de flèches élégantes qui font 

» encore l'objet de notre admiration. La tour de Vosselaerc, 

» comme elle se présente aujourd'hui, est dans un triste état 

» de délabrement. Si l'on veut conserver ce joli monument 

» dans son entier, il est plus que temps qu'on en entreprenne 

» la restauration. Avant d'émettre notre avis sur les détails 

» de cette restauration, il sera utile de consigner aussi 

» quelques renseignements sur la construction de tout l'édi- 

» fice. La tour est bâtie en pierres de taille blanches, dites 

« de Baeleghem, es]»èce de piei'res qui a servi à la construc- 

» lion de la ))lupart des églises anciennes de l'arrondisse- 

» ment de Gand, entre autres à la cathédrale de Saint-Bavon. 

» Sa hauteur est de 56 mètres. Elle occupe le point central 

» de l'église ; sa forme est octogonale surmontée d'une pyra- 

« mid(^ bâiie en briques à l'intérieur et couvei-le, jusqu'au 



— Mh — 

» sommol, (Viiii l'ovèlonicnt de pioj'rcs l)lanchcs. Ln lour 

» est ])orc('(\ à liauleurs iiK-galos , de lucarnes à froiiious, 

» Iréllés. Une rcuille de Irèlle orne le sommet à l'ouesl. A la 

» hase de la llèche on voit une galerie bordée d'une balus- 

» trade (ijui csl iiuiiiilcnaiil lailc de mauvaises ))iè('esd<' bois) 

» s'appuyaul, aux aniiles, sur des piliei's cai'i'c'-s, dont le 

» sommet forme un j^nacle à erocbels. Ces piliers i-eposent 

» sur uni; large moulure ornée de gargouilles . De lous 

» les côtés, la base octogonale de la tour est percée de 

» fenêtres ogivales très -simples, fermées d'abat-vents en 

» ruine et encadré(\s dans un cordon qui fait le lour de 

» l'édilice. Chaque arête ou ligne angulaire de la flèche est 

» ornée d'une vingtaine de crochets ayant environ O'",o0 

» de saillie et sculptés en guise d(^ feuilles de chou crispées, 

» La tour est portée, à l'intérieur de l'édifice, sur quatre 

» |)ieds-droits reliés entre eux ])ar des arcs en ])leiii cintre. 

» Ces pieds-droits reposent suj' une base saillante et poly- 

» gonale et sont couronnés j)ar un simple tailloir; sous ce 

» tailloir on voit, sur deux côtés et dans deux des entailles 

» prismatiques divisant les pieds-droits en (pialre i)arlies, une 

•> tète f;iisaiit Console. Quant à ré|)0(jue de la coiislruclion 

;) (le la llèche, ;i laquelle M. Van llooreheke assigne l'année 

» 1087 (Messager c\[(i), nous pensons, d'après deuxcharles, 

» l'espectivement des années lî2ÔO et 15:20, conservées ;nix 

» archives de rc'glise et où il s'agit de irparalions de char- 

» pentes, qu'il y avait d'ahord sur IV-diliee inie loin' en bois. 

» Celle (ji le nous \' voNOUsaujourd "lui i esl d'une dale beaucoup 

» moins aiiciemie. Le savant arclK'ologiie M. (.le Caumont 

» déclare (pie les loins du genre ipii nous occiijk! n'accusent 

>> pas de (laie de conslniclion aiih'rieMre an xiv'" siècle. 



— 17;) ~ 

» Puisant dans les inlérossantes noios quo M. l'abbé 
» Lavavix , ancien précoptour au cliàloau de M. do Kcrkhove 
» d'Ousseltibem, bourg'meslre de Vosselaere, a bifMi voulu 
» nous eomnnini({uer, nous coniplélcrons ces dclaiis arclii- 
» tectoniques sur la tour par quel((ues éclaircissemenls sur 
» les aulres ))arties anciennes de l'église. 

» I, Dans le (ranssept, de cbaque côté de la nef du milieu, 
» on remarque Irois arcalures supportées par de grossiers 
» modillons en relraite. Ces arcatures sont ogivales, à l'ex- 
» ceplion de la première dans la nef gauche, qui est en ])lein 
» cintre. 

« II. Au fond de chaque nef latérale, on reirouve encore 
» les anciennes crédences ou piscines. Celle de la nef droite 
» est ornée d'une simple niche ogivale sans ornemenis, 
» celle de la nef gauche est trilobée ; au-dessus est une 
» arcature en forme de fenêtre ogivale. La présence de cré- 
» dences dans les églises accuse toujours une antiquité 
» architecturale respectable. . 

» III. La façade de l'église est en grandes pierres blan- 
» ches, dites de Baeleghem ; elle n'es! pas antérieure au xv^ 
» ou au XVI* siècle. On y remarque la trace de l'ancienne 
» toiture des bas-côtés exhaussés au xviii' siècle. A cette 
» époque, Irois fenêtres de forme ogivale évasée, hautes de 
» 1 "',20 et larges de 0"',7o, furent bouchées, de chaque côté, 
» dans la partie supérieure de la nef principale, 

» Cette église, dédiée à saint Eloi, a conservé plusieurs 
» belles dalles tumulaires. La plus ancienne date de loGS. 
» Elle se trouve di^vjmf la porte d'entrée. Trois autres 
» pierres se rapportent aux familles Van der Meersch et 
» Van der Vennet, qui, au xiv*" et nu xv*" siècle, pour- 



— /1.76 — 

» raioni l)ion avoir clé les généreux constructeurs de 
» l'église de Vosselaere. Les vilaines fenêtres du chœur 
» actuel étaient occupées aulrefois par trois fenêtres ogivales 
» à meneaux , aujoin-d'hui encastrées dans un pavillon 
du jardin au cliàleau de Vosselaere. Nous nous pro])o- 
sons de faire exécuter plus tard les frottis des dalles les 
mieux conservées. Elles représentent des chevaliers en 
armure, avec leurs femmes, et des écus armoriés remar- 
(jiiahlemenl hien taillés. Les archives de l'église renferment 
des ])iêces curieuses qui donnent des renseignements sur 
les consiructions, réparations, changements o])érés à 
diverses époques dans l'ensendjle de l'édifice. Voici les 
dimensions de l'église : La grande nef est formée de 
Irois travées ayant 5'", 50 d'ouverture d'axe en axe; la nef 
du miljeu a 7"\50 d'axe en axe ; les has-cùtés ont o"',l)o de 
largeur, indépendamment de labased(Ua tour, qui est sup- 
portée par des piliers très-forts, ayantdansleur plus grande 
épaisseur 2"\60. Le chœur a 0'",90 de profondeur dans 
l'œuvre, et les chapelles collatérales ont 7'", 00 de profon- 
d(;ur, avec luminaires j)olygonales. « 
Après avoir examiné les nouveaux dessins cl pi-is connais- 
sance du mémoire explicatif de raicliilcclc chaj-gé de res- 
taurer l'église Notre-Dame à Deynze, la Commission donne 
la préférence au projet qui assigne deux versants aux loilures 
des nefs latérales. Le devis s'élève ;i 74,804 IVancs. Il ne faut 
pas se dissimulerqu'on est exposé à des mécomptes lorsqu'on 
louche à un hàlinicnl aussi ancien, (|ui a V('r\i de nombreuses 
transformations, el (piela somme de5,ôi)2 IVancs j»orléepour 
les dépenses inqirévues sera j)robahlen)enl insufiisanle. L'éta- 
lilissenient de paraloimerres n'est pas conqu'is d;ms ce devis. 



— 477 — 

C'est In une dépense qui, cependnni, ne peni être ajournée. 
L'intérêt qui s'attache à cet écliti(;e a été signalé dans un 
rapport de MM. les membres correspondants Héthunc 
d'Ydewalle et le baron de Saint-Génois (voir page 485). 

Conformément au ra))port de ses commissaires inspec- 
teurs, la Commission croit devoir, vu la situation actuelle des 
choses, consentir à la construction du deuxième contre-fort 
(h la face sud du transept de l'église Saint-Martin à Liège, 
d'après celui qui existe à l'angle opposé. C'est à regret que la 
Commission se voit pour ainsi dire forcée de modifier l'avis que 
contient son rapport en date du 11 juillet dernier; mais il 
est impossible d'ajourner la reconstruction du contre-fort, qui 
a été radicalement démoli, sans qu'on ait pris toutes les pré- 
cautions usitées en semblable circonstance. Les pierres 
nécessaires pour la reconstruction projetée sont à pied d'œu- 
vre, tandis (pi'il serait presque impossible de rétablir avant 
l'hiver le contre-fort tel qu'il existait. D'autres monuments 
présentent des contre-forts portés en encorbellement, cl la 
symétrie n'est nullement exigée par le style ogival. 

Les diverses questions relatives à la restauration de la 
façade de l'église Saint-Loup à Namur ont fait, de la part de 
a Commission, après plusieurs visites des lieux, l'objet d'un 
nu'ir examen. Les graves dillicultés financières qui se pré- 
sentent en cette circonstance sont connues de la Commission, 
et c'est parce qu'elle a la conviction que tout autre parti serait 
blâmé avec raison, qu'elle a proposé d'adopter le projet le 
])lus coûteux. Le Collège ne demande, du reste, que le réta- 
blissement consciencieux de ce qui existe aujourd'hui, tandis 
(pi'on modifierait l'aspect de l'édifice en remplaçant par 
la pierre blanche certaines parties qui actuelhMiient existent 



— 478 — 

on piorro l)linio. L'('p,lisc Saint-Loup osl \o monnmcnl lo plus 
iTinarquabh* de la ville de Namur, et une augnienlalion do 
déponse do 15,o57 francs est peu considérable, quand ils'aiçit 
de la ('onservati(»ii d'un tel édilico. Ce n'esl p;is sans de 
puissantes raisons que rarcjiilecte a (-ombiné ici la jtierro 
l)lanebcet la pierre bleue, et la Gonnnission nian(pierait à sa 
mission en admettant une jjroposilion qui aurai! jiour 
résullalde dénaturer le caractère de ce beau monument . 



PRESBYTERES. 

D'après l'invitation de M. le Ministre de la Justice, des 
déléiïués ont visité avec un soin minutieux le presl)y(èro do 
Roucourt (Ilainaut). Il résulte de leur rajiport (|ue ce bâti- 
ment n'est nullement convenable pour l'babitation du curé 
de la paroisse, attendu : 1" qu'une distance do plus de 400 
mètres le sépare de l'église, tandis que la maison qui actuel- 
lement sert de presbytère se trouve au pied de cet édifice; 
2" qu'on ))()urrait diflicilemenl en enlever l'bumidité, que 
la |)lu]iarl ihs salles ( il n'existe jtas d'étage) sont établies 
dii'cclcmcnt sur la terre et qu'une seule cliambre est pourvue 
d'un i)lancber; ">" (pie les ré|>arali()ns ivcenles sont incom- 
plètes , (pie la voûte de l'une; iU'<: salles, construite sur 
dos poutrelles de bois, s'alïaisse et i|ue toute la loitui'e est 
iiolaiiiiiieiil j-estée dans un état déploi'able. Le loyer du 
presbytère actuel s'élève jtar année à WA) francs, el l'on 
pourrait toujours tirer un certain parti du vieux prosbytèro, 
au(|uel un terrain d'un(» certaine étendue est annexé. 

Les travaux d'ap[>ropi-i;(lioii el d'aurandissemeiil (ju'il 



— 170 — 

s'iigll (le faire au proshylèrc d'IIellebecq (Ilainaul) ne sont 
pas siinisants pour éviter (ie nouvelles dépenses dans un 
avenir j)rocliain. La Conmiission propose une conihinaison 
qui semble devoir obvier à eel inconvénient. 

Le Collège approuve : 

Divers travaux d'appropriation projetés au presbytère 
deBiébaries (nainaut). Devis estimatil' : 7,2()7 francs. 

Les dessins du nouveau presbytère de la Xbavée, coni- 
munedeWandre (Liège). Devis eslimatif: 7, 84G francs. 

La Commission persiste à considérer comme inacce))table 
le projet de presl)ytère ])réstMitè par l'administration com- 
munale de Watermael-Boilsforl (Brabant). Bépondant aux 
observations de cette administration, elle fait remarquer que, 
loin de désirer que les pi-esbytères soient l)àtis avec le luxe 
qui caractérise certaines constructions modernes, elle ne 
cesse de demander qu'ils soient simples, qu'ils aient un certain 
cacbet religieux et qu'on ne jouisse ainsi les confondre avec 
les babita lions particulières. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS DE P.IEXFAISANCE. 

Les plans du nouvel bospice de la Maternité, à Cand, sont 
convenables sous le rapport de la dislril)Ution intérieure; 
mais l'auteur ferait bien d'augmenter l'importance de l'esca- 
lier et d'en mieux faciliter l'accès. Quant à la façade, on 
devra en faire une nouvelle étude, vu que son ordoimance 
n'offre pas le caractère sévère qui convient à un tel édifice. 
Il semble imj)Ossible d'exécvil(M', avec tout le soin désirabl(% 



— /j.80 — 

los fravaiixprojr'U'ss.'in.s dépassorla somrno do 48,595 francs, 
(lui forme le total du devis. 

Le projet pour rap])ropriation et ragrandissement de 
l'hôpital civil delà Biloque, à Gand, est bien conçu et prouve 
que son auteur a fait une étude approfondie des exigences 
d'un tel établissement. La vaste salle à charpente apparente, 
qui aujourd'hui contient la plus grande partie des malades, 
sera maintenue et restaurée. Cette salle, de style ogival, 
offre, en elfct, un vif intérêt sous le rapj)ort de l'archéologie. 
Toutes les autres ])arties anciennes qui sont susceptibles 
d'être utilisées sont égalemcMit conservées. On obtiendrait 
sans doute un résultat plus complet en faisant pour les 
Iiommes une construction entièrement neuve, semblable 
au quartier des femmes ; mais les ressources disponil)les 
ne ])ermettent ])as d'adopter un parti aussi radical. La 
Commission s'en rapporte à l'architecte, quant aux quelques 
détails qui ont été signalés verbalement à son attention. 
Les différents devis, dont le total s'élève à 1,049,717 francs, 
sont bien établis. 

M. le Ministre de l'Intérieur communique une déi)éche 
dans laquelle M. le Ministre de la Guerre s'ex|)rime en ces 
Icrrnf'S : « J'ai (lonn('' les oi'dres nécessaires poui- (|u'il ne 
» soit exécuté provisoireuKMit, à la façade ]»rincij)al(' de l'hù- 
» pital militaire d'Anvers, que les réj)arations les ])lus indis- 
« jicnsables et qui ne peuvent, en aucune façon, modilier le 
» style architectural du bâtiment. Quant à la rcstiuii-ition 
» complète de celte façade, telle (|ue l'entend l;i CcHunussion 
» des monuments, le DéparteuKMit de la guerre ne peut en 
» supporter la dépense, évaluée à 20,000 francs, parce 
» (ju'elle n'est en aucune façon nécessaire au ))oint de vue 



— 481 — 

» de leiilrelioii ou de la cuii-solidation de l'édilice. L'iuLcrèt 
» de l'arl et des coiisidéralions d'arcliéulogie pouvant seuls 
» légitimer le travail proj)osé par la Coinmissioii des iiionu- 
» ments, la dépense qui en résulterait devrait évid<'innient 
» être imputée sur les fonds spéeiaux alloués au budget de 
» l'intérieur pour la conservation d(;s monuments du pays. » 
Cette dépêche est transmise au comité des mendjres corres- 
|)ondants de la province d'Anvers, alin d'obtenir les rensei- 
gnements nécessaires pour y donner suite. 

MAISONS COMMUNALES, BEFFROIS, HALLES, DONJONS, etc. 

Le nouveau travail cpie la Commission a reçu au sujet 
de l'appropriation et de l'agrandissemc^nt de la porte de liai 
est supérieur à celui du même auteur qui lui avait été soumis 
précédemment. La Commission n'hésite même pas à déclarer 
que ce travail ne soulèverait pas de graves objections s'il 
s'agissait d'ériger une construction entièrement nouvelle ; 
mais elle se trouve en présence d'un principe qu'il lui est 
impossible de perdre de vue, et son premier devoir est de 
veiller à ce que le spécimen le plus important de l'ancienne 
architecture militaire du pays ne soit pas dénaturé. Le Col- 
lège pense qu'il faut s'attacher à rétablir autant quejjossible 
la porte de Hal dans son état primitif et isoler les bâtiments 
dont le service du Musée d'armures et d'antiquités exige 
l'édification , de façon à ne pas absorber les lignes architec- 
toniques de la construction ancienne et à établir une dis- 
tinction entre le monument actuel et ses annexes. L'auteur a 
l'ait de louables efforts pour rentrer dans cet ordre d'idées, 



— 482 ~ 

l'I, vn purtic du iiiuius, ses dernières éludes onl été coiirun- 
iiées de succès. Toutefois ses }>ropositions ne ])euvent satis- 
luire encore, en ce qui concerne lu l'arade vers la ville. Là, 
en effet, il persiste à confondre les constructions nouvelles 
avec l'aMcien édifice, il établit une tour, ainsi que de irrands 
pavillons destinés à faire paiMie inii'ui'aiile du monument, et 
il aiiiiionière le tout, lamlis (pièces armexes devaient se rac- 
corder au bâtiment central sans en dénaturer le caractère 
et le style. D'après ces considérations, la Commission désire 
que les galeries enlonraiit le monument le masquent le moins 
possible. Afin d'atteindre C(! but, on ))ourrait déchausser 
le pourtour de l'édifice cl établir ])artiell('ment les galeries 
en contre-bas. Il est à remarquer ipie la largeur de li mètres 
donnée à ces galeries sendjle mesquine, alors surtout qu'on 
a l'intention d'établir des conlre-forts intéj'ieurs. Des salles 
destinées au dépôt de collections publiques doivent offrir 
une grande simplicité, et, dans le cas actuel, il vaut mieux 
éclairer latéralement vers la cour que par le haut. Plus 
d'espace entre ces galeries et le monument serait aussi 
nécessaire. 

l'EINTinE, SCLLPTIHE, ClSKLllU: , TAPISSERIES, ltl. 

OUVRAGES M0l>EnXES. 

Des viii'aux jxmiiIs onl l'écenmicnl été jtlacés dans la elia- 
polle (le la Vierge, à l'église d'[|[rr (Brabant). Il résulte du 
l'iqjport des membres (Ui la Coimnission qui se sont rendus 
dans les ateliers du peintre-verrier, M. Van der i*oorten, (pie 
les cartons d'a]irès les(piels ces ouvrages ont été exécutés 



— iH.") — 

sont satisi'aisaiils. Il est à rcgrctlcr, loulcluis, (jiio la j)ailic 
arcliilecluralcait plus de rapport avec le style du w" siècle 
(lu'avec celui du xiv% au<juel appartient la construction de 
la chapelle. 

OUVr.AGES A>CIE.NS. 

Les deux verrières du transept sud de l'église Saint-Léo- 
nard (Anvers), reju'ésenlant l'Annonciation et la Nativité, 
ont été restaurées avec un soin consciencieux et doivent être 
actuellement rangées au nombre des ouvrages les })liis inté- 
ressants de ce genre que la Belgique possède. Une somme 
de 8,8G4 francs est nécessaire encore pour réparer et appro- 
l)rier les quatre autres vitraux de l'époque de la Renais- 
sance, appartenant à la même église. Bien que cette somme 
l)araisse considérable, elle n'est pas exagérée , eu égard à 
l'importance et au mérite des ouvrages dont elle doit assurer 
la conservation pour un temps indéfini. On jiourrait, du reste, 
sans inconvénient, échelonner la déjjcnse sur six exercices 
successifs , afin de rendre le sacrifice moins lourd pour les 
difl'érentes administrations intéressées. 

L'église de Sichem (Brabant) possède un remarquable 
vitrail, datant du milieu du xn" siècle, dont on ne pourrait 
ajourner la restauration sans compromettre gravement son 
existence. La dépense est évaluée à 1,745 francs. Gomme les 
ressources locales sont restreintes et que d'importants tra- 
vaux de consolidation doivent être exécutés prochainement 
à l'église, le Collège propose à M. le Ministre de l'Intérieur 
d'allouer la moitié de ladite somme sur deux ou trois exer- 
cices successifs, à la condition que la i)rovince, la commune 



— 484 — 

cl l'éi^iisc prendront à leur cliargo le restant de Ja dépense. 
La Commission signale à l'attention de M. le Ministre de 
rintéricur le grand retable en bois de chêne sculpté qui 
appartient à l'église de Renlies (Hainaut). Cet ouvrage date 
du milieu du xvi* siècle, a !2'",7o de hauteur sur 2™, 50 de 
largeur et représente six éjjisodes de la Passion, Les frais de 
peinture et de dorure non compris , la restauration en est 
évaluée à 1,000 francs. 

Le Secret (lire de lu Coinniission rojiule îles }ioiinine)its, 

Jules DugiMOlle. 
Vu en conformité de l'article ^j du règlement. 

Le Vice-I'résidenl, 

Baron de Roisin. 



RAPPORT 



L'EGLISE NOTRE-DAME A DEYNZE. 



On peut considérer celte ville comme une des plus an- 
ciennes localités de la Flandre. Elle nous apparaît dans les 
annales du viii'-" siècle sous le nom de Douza. On prétend 
môme que saint Eloy y bâtit la première église et que le 
transept de l'église Notre-Dame actuelle offrirait des vestiges 
de cette construction primitive. Quoiqu'il en soit, sa position 
intermédiaire entre Gand et Gourtrai sur la rivière la Lys 
semble indiquer que de bonne heure , dans le moyen âge , 
Deynze était un point militaire important. Toutefois nous 
n'attribuerons pas sa fondation, comme le fait Sanderus, à 
quelque chef barbare du \f siècle. G'est là une assertion 
légendaire. 

31 



— 48() — 

Coiiinic loiiU; la Flandre, celte ville lui ravaiiée jiar les 
Normands au ix' siècle. Il csl probable (|ue e'esl après leur 
déj^art qu'on jeta les fondements de la l)clle église qu'on 
y voit aujourd'hui et que le comte de Flandre ])ril sous sa 
l)roleclion au commencement du xf siècle. Déjà en 1152, 
le comte Thierry d'Alsace accorda des franchises à Deynze, 
qui était dès lors défendu par un caslrum ou château fort, 
où ces princes residèrent (piehpiefois, et qui, selon la tradi- 
tion, s'élevait à l'endroit dit Kalkhof. Au xiii'siècle, Marguerite 
et Jeanne de Gonslantinople entourèrent celle ville d'une 
enceinte murée. On en voit encore des traces. Leur succes- 
seur, Guy de Dampierre, conlirma le privilège d'un mai'ché 
hebdomadaire et y institua une foire annuelle. 

Acquis en lôIO par Robert de Béthune, Deynze eul suc- 
cessivement pour seigneur la famille des sires de Nevele el la 
maison de Luxembourg. La ville fut éi-igée en manpiisat par 
le roi d'Espagne Phili])pc IV, en faveur de Didier ou Didacc 
(le Mexia de Guzman. Gclui-ci la vendit en IGôl à la lamille 
de Mérode, qui conserva de ce chef, jusqu'à la lin du siècle 
dernier, h; litre de marquis de Deynze. 

Cell(! ville eul beaucoup à soulTrii- (\^'<^ guerr<'S du iiioven 
âge et des tenq)S poslerieuis. Les Gaulois la saccagèrent entiè- 
rement en 1Ô82, lors du soulèvement dt; la Flandre contre 
Louis de .Maie. G'esl près de Deynze aussi, nous le dirons en 
]iassanl, (|ue])éril au pont de Reckelingen le caiiilaine gantois 
(Inilhiiiiiie Weiiemare, (pii , en 1525, y était venu livrer 
bataille à Robert de Cassel, chef des insurgés bi'ugeois. 

Deynze, qui dépendait de la chàtellenie de Gourtrai, se 
composait autrefois de doux parties distinctes : Deynze |)ro- 
prcment dit et Pcteghem. Peleghem est aujouj-d'hui une 



— 487 — 

commune sûparce (quoique conliguë à la vilh;), qui a 1,000 
habitants cl une église enlièremenl modernisée. Sa tour 
seule est ancienne. 

La ))opulalion de Deynze est de 4,000 habitants. Outre sa 
belle église de Notre-Dame, dont nous parlerons tout à l'heure, 
on y voit deux couvents : l'un est établi dîuis l'ancien liùpital, 
dont la chapelle, dédiée à saint Biaise, entièrement rebâtie 
en 1G62, est d'une construction assez élégante ; elle renferme 
le monument funéraii'e de Catherine Van de Woestyne, 
prieure de cet établissement, décédée en 1G72. La fondation 
de l'hospice Saint-Biaise remonte au xiii'" siècle. 

Nous arrivons maintenant à l'objet })rincipal de ce rap- 
port, l'église |)rimaire de Deynze, dédiée à Notre-Dame. 
C'est, dans son ensemble , un remarquable spécimen de 
l'architecture ogivale du xiif et du*xiv' siècle, quoique 
profondément altéré par des modifications successives. Une 
partie des bases dos murailles est en pierres grossières ou 
moellons irréguliers, dits opus inccrlum. La façade et les 
tours sont en pierres de taille bleue de Tournay , ainsi que 
la nef du nord. Le chœur est construit en pierre blanche 
dite de Baeleghem. 

Dans la nef du nord, dont il vient d'être fait mention, il 
est intéressant d'étudier les motifs de l'architecture prhni- 
tive. Cette nef est })ercée de cinq fenêtres ogivales qui éclai- 
rent les bas-côtés ; chacune de ces fenêtres, (|ui est entourée 
d'un large chanfrein, était surmontée d'un j)ignon et d'une 
toiture distincte, dont les eaux venaient se déverser par des 
gargouilles placées au sommet des contre-forts extérieurs. 
Cette combinaison laissait libre i'es})acc nécessaire j^our les 
fenêtres hautes de la nef du milieu. Les cheneaux établis sur 



— 488 — 

les murs de la gTandc iiel" éluieiit prubaljleiiieul bordés d'une 
balustrade en pierre à claire-voie, à laquelle aboulissaieiil, 
par une moulure qui est encore visible, les deux escaliers 
avis qui occupent les élégantes tourelles de la façade occi- 
dentale. Cette belle disposition a été mallieureusement modi- 
fiée. Les fenêtres primitives de la liaute nef, avec leurs mou- 
lures à colonnetles, dont les clia))itcaux à crocbets et les 
bases sont encore en bon état de conservation, onlété fermées 
dans le courant du dernier siècle ; la balustrade a disparu 
sous le prolongement du toit principal; les cinq pignons du 
bas-côté ont été nivelés et remplacés |)ar une lourde toiture 
en sous-pente. 

Le bas-côté du midi, (pii avait sans doute })artieliement 
disparu lors des dévastations des Gueux, fut reconstruit au 
commencement du xyii*" siècle. On y employa la bri(iue. On 
conserva le même nondjre de fenêtres ((u'à la nef du nord , 
mais on leur donna des dimensions plus grandes et moins 
gracieuses , et on les borda de moulures dans le style du 
temj)s, qui ne s'harmonise guère avec le reste de l'édilice. 

Le chevet ou abside n'a point perdu son caractère ogival. 
Composé sur le contour du décagone de cinq fenêtres à 
meneaux, aujourd'hui bouchées, il jtourrait aisément être 
rétabli dans son état primitif. 

La tour est octogonale et éclairée ]»ar de belles fenêtres en 
tiers-point bordées de colonnetles avec kîurs bases saillantes 
et leurs chapiteaux à crochets. Elle est d'un fort bel aspect. 

La façade occidentale constitue encore une jiarlie bien con- 
servée de l'église. Elle est flanquée de deux tourelles reliées 
autrefois, au-dessus de la porte d'entrée, ])ar une balustrade 
à claire-voie. Les meneaux de la grande fenêtre qui décore 



— i80 — 

collo, fnoadfi ont été renouvelés, mais les reslaiirations qu'on 
y a faites récemment en altèrent notablement le caractère 
architectural; elles appartiennent par leur style à une époque 
bien moins ancienne que cette partie de l'édifice. 

Les chroniques du temps nous disent que la belle église 
devint la ])roie des llammes en 1582, 1482, 1580 et 1G05. 
Les Gueux en ravagèrent tout l'intérieur en 1578. C'est 
grâce à la libéralité des habitants que ce beau temple 
catholique parvint à se relever à la longue de tant de désas- 
tres. Toutefois rintéricur de l'église a été si souvent modilié 
et EMBELLI (?) qu'il a perdu beaucoup de son intérêt au point 
de vue architectonique. Quant à sa disposition générale, elle 
n'a guère été modifiée, à l'exception de la voûte, qui avait été 
d'abord établie en bois de chêne et maintenue par des arcs à 
nervures dont on découvre encore quelques détails. Les cha- 
piteaux des piliers intérieurs sont aussi Irès-bien conservés. 

Les statues des apôtres qu'on y voit sont de l'année 1677, 
comme les archives de la paroisse le prouvent. 

Les principales restaurations modernes faites à l'église 
de Notre-Dame et qui en ont gâté l'extérieur datent de l'an- 
née 1057. Nous voyons également dans les archives qu'à 
cette époque, où tant de temples religieux , ruinés par les 
troubles antérieurs, furent rétablis sous l'active administra- 
tion de l'évèquc Triest, les habitants de Deynze et du 
hameau de Reckelingen obtinrent du roi d'Espagne de pou- 
voir exécuter à cette église, devenue trop petite pour le nom- 
bre des h'dèles , les travaux dont nous voyons encore 
aujourd'hui l'ensemble bâtard. 

Il paraît, en effet, que le chœur, un peu réparé , servait 
seul au culle à celle ép(»()ue, et que In ])arti(' antérieure avec 



— 490 ~ 

les bas-cùlé.s, — l)rùl(3eet dévasiéo, — était resléc privée 
de toiture et menaçait ruine. 

L'évêque Triest bénit l'église restaurée en 164.5. 

Il serait à désirer que désormais, dans les réparations qui 
seront successivement faites à l'église de Doynze, on tînt 
compte du slyle primitif de cet intéressant édifice. 

Nous espérons que les détails dans lesquels nous venons 
d'entrer pourront aider l'artiste eharué de la surveillance des 
travaux à atteindre ce but. C'est aussi dans les mêmes inten- 
tions quenous nous proposons de faire suivre procbainemenf, 
comme annexe au présent rapport, des plans dont nous avons 
cru pouvoir, de commun accord avec les administrations 
locales intéressées, confier l'exécution à l'arcbitecte Auguste 
Van Assche, plans dans lesquels l'église primaire de Deynze 
sera figurée dans l'état actuel et dans son étal primitif. 



Les nicniliros délégués, 

B"" DE Saixt-Genois et J.-B. Béthune d'Ydenvaeee. 



COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS. 



r>>*iC 



BKSUMÉ DES PROGÈS-VERBAaX. 



SÉANCES 



il.'s 1", ri, 1-2, lo, 18, 22 et 29 «.'[.Icmlire 18G3. 



ACTES OFFICIELS, AFFAIRES INTÉRIEURES, OBJETS DIVERS. 

M. lo Ministre cl(^ l'Inléricur adrosso une oxpcklilion do 
l'aiTélé royal par lequel MM. Chauvin, tlireeieur de l'Aca- 
démie des beaux-arts de la ville de Liège, et Ganneel, 
directeur de l'Académie des beaux-arts de la ville de Gand, 
sont nommés membres correspondants, en remplacement 
de MM. De Wandre el Deviune, décédés. 



— /1-92 — 
ÉDIFICES ET MONUMENTS RELIGIEUX. 

ÉGLISES, DÉPENDANCES, AMEUBLEMENT. 

Les proi)osilions l'ailcs pour le placenieiil d'un dallage 
en carreaux de Basècles, dans l'église de Schoonbroeck 
(Anvers), ainsi que le devis s'élevanl à 2,200 francs, sonl 
approuvés.. 

Il serait regrettable de remplacer par une voûte le plafond 
primitif de l'église de Saint-Pierre (Luxembourg), qui date du 
XII'' siècle. Le Collège demande des explications supplémen- 
taires au sujet de ce plafond et des travaux d'appropriation 
projetés. 

Les dessins des autels latéraux et du banc de communion 
à placer dans l'église Sainte-Croix, à Liège, n'ont aucune 
analogie avec le caractère du monument. Le Collège réclame 
de nouvelles propositions, signées par un architecte offrant, 
sous 1(! rap])ort des études et de rex])éi-ience, les garanties 
d'autant ])lus indispensables, qu'il s'agit d'un monument 
remar (piable en faveur duquel le Gouvcrnemenl a l'ail cl 
compte faire encore de grands sacrifices. 

L'architecte de l'église de Longchamps (Naniur) i)i-(>p(tse, 
dans l'intérêt de la solidité de l'édifice, d'augnK'ulcr les 
dimensions des tètes de murs (pii iiorleiit l'arc-doubleau du 
jubé. Tout en rendant justice aux motifs qui guident cet 
architecte, la Commission pense (jue, si les travaux sont faits 
avec tout le soin désirable et si l'on èlablil convenablement 
l'ancrage nécessaire, dans tous les cas l'cxi-culion riuouj-euse 



— /^93 — 

du plan approuvé par lo Gouvernement no peut offrir le 
moindre danger. 

Bien que le nouveau projet présenté pour la reslauration 
et l'appropriation de l'église de (lomblain-Ia-Tour (Liège) 
ne soit pas encore complètement satisfaisant, le Collège 
ne croit pas devoir s'opposer à son exèculion, attendu que 
cet édifice n'offre guère d'intérêt sous le rapport de l'art. 
Devis : 4,492 francs. 

La Commission partage l'avis de M. l'architecte provin- 
cial, quant à l'utilité d'établir en une seule pièce chaque 
seuil de fenêtre et chaque tablette de contre-fort de l'église 
de Desschel (Anvers), afin d'éviter l'infiltration des eaux- 
pluviales. Elle croit devoir faire remarquer que toutes les 
pierres de Rochcfort ne sont pas également bonnes et que 
le choix de la qualité exige un soin particulier. 

Le projet d'élever une tour à la façade de l'église de 
Noordschote (Flandre occidentale) est approuvé, à la condi- 
tion qu'on donnera plus d'importance à la porte principale. 
Devis : 7,845 francs. 

Avant de se prononcer sur la question de savoir s'il con- 
vient de payer à l'entrepreneur des travaux d'agrandissement 
une indemnité pour la reconstruction d'une partie de la toi- 
ture et de la voûte de l'église de Schilde (Anvers), endom- 
magée par l'écroulement de. la tour, la Commission désire 
connaître les circonstances qui ont motivé l'emploi, pour la 
démolition, de moyens violents qui ont causé des dommages 
d'une certaine importance à la partie de l'édifice dont le 
maintien était décidé. 

Conformément aux instructions de M. le Ministre de la 
Justice, des délégués ont visité l'église de Neder-over-Heeni- 



— 494 — 

ïuH'k (Drîibanl). Il résullo do leur rappori que colle église 
csl (rmio uraiulo siinplioilé, et qu'on n'aurait pu opôror la 
moindre économie sur les dépenses. La lour, le chœur ol la 
sacristie sont anciens; la nef ])rinci|)ale ol los collatéraux ont 
été complètement reconstruits. Les jiarties de Tédillce qui, 
d'après !<> projet pi'imilif, auraient dû être conservées se 
IrouvaionI dans un étal complet de vétusté, et il était impos- 
sible d'en lirer parli. Aussitùl que les dépenses faites 
|)onr la l'oconslruclion des nefs seront li([uidéos, il sera 
op])ortun de s'occu]ior : A, des réparations que la lour 
exige; B, du renouvollement de la cliarpenle du helTroi; 
C, des travaux d'enirction que la sacristie réclame, 

La Commission approuve les projets concernant : 

1" La reconstruction de la chapelle d'Envoz, commune 
de Couihuin (Liège)- Y^Q'^'i^ : 11,218 francs. Celle chapelle 
|)Ourra conlenir 210 personnes; 

2" La construction d'une église à Bourseigne-Vieille 
(Namur), à la condition que les colonnes engagées dans les 
murs du pourtour intérieur seront supprimées. Devis : 
22,907 francs. L'église pourra contenir 225 personnes; 

3" La consiruction d'une église à Ciollo (Luxcmhourg), 
pouvant conlenir 5G0 personnes. Devis : 29,227 francs; 

4" La consiruction d'une église à Saulain, commune 
de Sivi'V (Hainaut). Devis : 5.')-,G0G francs. 

L'auteur des plans ])résentés pour la consiruction d'une 
église au Kiel, à Anvers, est invité à indicpier, au moyen 
de teintes, la condjiiiaison des matériaux fju'il comjite melire 
en usage. L'emploi du l'ei- pour les meneaux n'est jkis 
admissible. L'amortissement des contre-foi'ts ))lacés aux 
anuios de l;i tour devra élre ninditié. 



— 10?) — 

Los (lélrgiiés qui ont visité l'égiiso qui s'élève à Curegliem- 
loz-Bruxolles ont constate que les travaux marchent conve- 
nablonienl. La construction a atteint 2 mètres ^iO centimètres 
au-dessus du sol, et cette hauteur sem au moins doublée 
avant l'hiver. L'élahlissement d'un châssis en bois sous la 
tour et d'ancrages supplémentaires destinés à relier enti'e elles 
toutes les parties de l'édifice n'était pas ])révu dans le devis 
et a coûté 8,788 francs. Ce travail est sufiisamment justifié 
par la mauvaise nalure du terrain et par les aeeidenis arrivés 
à divers bâtiments voisins. 

Après avoir entendu le rappori des délégués qui ont visité 
l'église Notre-Dame, à Aerschot, la Commission pense qu'il 
faut rétablir la flèche primitive de cet édifice et renoncer, 
par conséquent, à restaurer le couronnement moderne, 
partiellement incendié par la foudre. 

Les mesures prises par l'administration communale de 
Charleroi, jiour l'exécution des travaux de restauration que 
l'église de la Ville-Haute exige, sont bien entendues. La 
restauration a été adjugée pour la somme de 20,117 francs. 

Le projet présenlé pour la restauration de la partie exté- 
rieure de l'abside de l'église Notre-Dame, à Diest (Brabanlj, 
est approuvé, à la condition qu'on ne modifiera en rien la 
construction primitive. Devis : 10,074- francs. 

Les comptes des travaux exécutés dans le cours des 
années 1800, 1801 et 1802 à l'église Sainl-Sulpice, à Diesl, 
ne donnent lieu à aucune objection. La grande fenêtre de la 
façade est renouvelée, et l'on complète en ce moment la 
restauration de cette façade. Le Collège approuve la marche 
générale de l'entreprise et engage l'architecte à reclamer ses 
conseils chaque fois qu'il concevra des doutes au sujcl des 



— 496 — 

ouvrages dont il dirige l'exécution. Quelques figurines et 
ornements, fouillés avec talent, ont, dans l'intérieur de l'édi- 
fice, été dégagés des nombreuses couches de chaux qui 
empêchaient de reconnaître leur finesse. M. le Ministre 
de la Justice est prié d'auti^riser le conseil de fabrique 
à disposer de deux ou trois cents francs sur les fonds réunis 
])our la restauration, afin de compléter ce travail spécial. 

L'église de HoulTalize (Luxembourg) offre un vif intérêt 
sous le rapport de l'archéologie (voir p. 81 du compte rendu 
de la séance générale de 18G1). Malheureusement, les res- 
sources locales sont très-restreintes, et, en dépit des bonnes 
intentions de l'administration communale et du conseil de 
fabrique, divers travaux urgents ne peuvent s'exécuter. C'est 
ainsi que l'église manque de chéneaux, que diverses parties 
de la toiture sont dans un triste état et que les eaux jilu- 
viales s'intillront dans l'intérieur de la maçonnerie. En outre, 
des terres accumulées contre le pied de l'édifice le rendent 
très-humide. La Commission prie ^L le Ministre de la Justice 
d'allouer un subside sur les fonds de l'État, afin de couvrir 
partiellement la dépense peu élevée, du reste, que la con- 
servation de ce monument exige. 

L'église de Bastogne est également mentionnée dans le 
compte rendu de la séance générale de 186! (.voir p. 81). 
Cet édifice, de style ogival, réunit les conditions voulues 
|iour iustilier l'intervention de l'Etat dans les frais des 
travaux ju-ojetés. Ceux de ces travaux dont la promjite 
exécution est désirable sont : 1" la réjjaration de la partie 
supérieure des contre-forts et tous les autres ouvrages qui 
sont de nature à empêcher les infiltrations pluviales; '2" le 
])la(*ement de chéneaux )»arlouf où il n'en existe pas actuel- 



— 4^7 — 

lement; 5" le dcgageiiiciil du pied de leddice vers le midi, 
ainsi que cela a déjà été lait vers le nord, alin de faire dis- 
paraître les traces d'humidité; 4" le placement d'un })ara- 
tonnerre sur la tour, dont la toiture renferme une charpente 
formée d'une masse considérable de bois. Le conseil de 
fabrique a l'intention de rétablir le monument dans son 
état primitif. Ce but est louable, mais toutes les réparations 
faites depuis quinze ans dans cet ordre d'idées ne sont pas 
également exemptes de reproches. A cette occasion , le 
Collège croit devoir insister pour qu'il soit donné suite 
à sa proposition du 29 novembre 1862, et que, par consé- 
quent, un architecte caj)ablc reçoive la mission de présenter 
un projet comprenant tous les travaux qu'il importe d'exé- 
cuter à l'église de Bastogne. 

M. l'architecte provincial ayant exprimé le désir d'être^ 
déchargé de la direction des travaux de restauration qui 
s'exécutent à l'église primaire de Vilvorde, la Commission 
prie M. le Gouverneur du Brabant d'inviter le conseil de 
fabrique à faire connaître ses intentions quant au choix 
d'un autre architecte et à faire suspendre provisoirement 
les travaux. 

En présence des considérations que le conseil de fabrique 
et l'administration communale de Saint-Hubert font valoir, 
la Commission pense qu'il y a lieu de répartir sur quinze 
exercices successifs la somme de 220,000 francs, nécessaii'e 
pour la restauration de l'ancienne éghsc abbatiale de cette 
ville. Si la situation financière le permettait, on pourrait tei- 
miner ces travaux en dix années, mais un retard de cin(| ans 
n'est pas de nature à offrir des inconvénients graves. 

Comme il est impossible de réunir les fonds nécessaires 



— iOS — 

pour i'(.'>laui'ci- coiiijdt'lcincnl la ealhcdralu do Saiiil-Auhiii , 
à Nainiii', la Commission est d'avis qu'il faut se borner : 
1" à réparer le dôme d'après le système indiqué dans le rap- 
port du 12 mai dernier (voir p. 255, 2" année); 2" à faire 
à l'édilice tous les travaux propres à empêcher les infillra- 
tions pluviales ef à éviter de prochaines dégradations. 
D'après l'évaluation de M. l'architecte provincial, une soimue 
de 40,519 francs serait nécessaire pour le renouvellement 
de la couverture du dùme et de la lanterne, ainsi (pie pour 
les autres travaux de première nécessité. 

La Commission trouve exacts les calculs faits jtar M. l'ingé- 
nieur en chef, directeur des ponts et chaussées de la 
Flandreorientale,alin de démontrer que les travaux terminés 
ou actuellement en cours d'exécution à la tour de l'église 
Saint-Bavon, à Gand, couleront 70,000 francs, y compris 
la reconstruction en pierre de quatre tourelles sui)é- 
l'ieures. Le Collège pense aussi qu'une somme de 100,000 
francs au moins sera ensuite nécessaire pour compléter la 
reslauration de cette tour, entre la })artic déjà réj)arée 
et 1(> sol. 

Les dommages causés récemment par la loudre à la (our 
de l'Hôlel de Ville de Bruxelles sont venus démontrer de 
nouveau combien il est indispensable de placer des i)ara- 
loimeiTes sur les grands édilices publics et particulièrement 
sur ceux qui ])Ossèdent des tours ou des flèches. 

Se réiérantà saleftrcdu 4 iiovmibri^ 18G2, le Collège pense 
qu'il y a lieu d'inviter l'administration connnunalc d'Anvers 
à faire coimailn" la suite donnée au projet mentionné 
dans sa lettre du 1 1 du même mois, en ce (pii concerne 
l'église Notre-Dame. 



499 — 



PUESBYTEUES. 



La Coniniission approuve : 

1" Les réparations à faire au itresbylère de Genly (llai- 
uauf). Devis : 1,002 francs; 

2" Le projet d'a])pro]irialioii du presbytère de Niniy- 
Maisières (mémo province). Devis : 1,901 francs; 

5" Les plans du nouveau prcsl)ylèrc d'Ostiches (inônic 
l)rovince), à charge de domier à la façade un caractère spé- 
cial conforme à la destination du bâtiment. Devis : 7,970 fr.; 

4" Les plans et devis (1 1 ,920 francs) pour la reconstruc- 
tion du presbytère de Gedinne (Namur), moyennant les 
changements tracés sur papier calque. 

Les ])ropositions faites quant à rappro]iriation et à l'agran- 
dissement du prcsb}tèrc de Rongy (liainaul) ne peuvent 
être admises. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS CIVILS. 

ÉTABLISSEMEMS DE BIENFAISAISCE. 

Les plans du nouvel hositiee de la Maternité, à Caiid , 
ayant été modifiés d'après les observations du Collég(^, sont 
admis. L(! devis a été auumenté et s'élève actuellement 
ù 00,000 francs. 

Les changements introduits de commun accord dans le 
projet concernant rapj)ropria(ion et Tagrandissemenl de 
rhô])ital civil de la Biloque, à Gand , nécessiteront une 
augmentation de dépense s'élevant à 17,94.5 francs. Cotte 
somme ne semble pas exagérée, et rien, delà ])art de la Com- 
mission, ne s'opjiose |>liis à l'exécution de ce projet. 



— oOO ~ 

Le chàleuu des seigneurs de lloulTalize occuj)ail uutre- 
Ibis la crête d'un rocher qui s'élève vers le centre de la 
ville. Les restes de ce château féodal sont informes aujour- 
d'hui et ne peuvent donner une' idée de ce qui a existé. 
Leur démolition ne serait donc ()as à regretter; mais la 
Commission croit devoir signaler les inconvénients que 
le jtrojct de l'administration communale présente, à ses yeux, 
sous d'autres rapports. Ahn d'obtenir un terrain jtour la 
construction de l'école, on a l'intention de démolir ces ruines 
et de niveler le rocher. C'est là une opération diflicile et 
coûteuse qui exigera l'achat des terrains destinés à recevoir 
les remblais , le détournement de la petite rivière et la con- 
struction de forts murs de soutènement. Du côté du cours 
d'eau, rasj)ect du rocher est très-pittoresque, et l'exécution 
du projet aurait pour résultat de détruire l'un des plus beaux 
points de vue qui existent dans l'une des jolies localités 
du Luxembourg. Si nul autre terrain favorable n'existait 
dans la ville, le Collège s'expliquerait l'idée que l'administra- 
tion communale a conçue de faire un travail gigantesque; 
mais il résulte du rapport de ceux de ses délégués qui ont 
examiné les heux, qu'il serait i)eu difficile de se procurer 
un autre emjilaccmcnt convenable. La Commission commu- 
nique à M. le Ministre de l'Intérieur une lettre ])ar laquelle 
l'administration communale insiste })our qu'il soit donné 
suite à ses propositions. Celte lettre ne parle ))as des frais 
à faire pour le détournement de la rivière, l'achat d'une 
jirairie et la construction des murs de soutènement, ni du 
tort (pie le bouleversement causerait à une tannerie voisine. 
Il résulte des déclarations verbales de l'administration com- 
iiiuiiale (jue sa situation linaiicière est loin d'être bonne et 



— :ioi — 

(jiii' la (îonslruclion d'une école dans des coiidil ions ordinaires 
serait déjà pour elle une charge extrèmenienl onéreuse. 
Indépendainnienl de toute autre considération, il serait 
regrettable de })lacer une maison d'école sur une grand'- 
route étroite et jirésentaiit une forte déclivité. Le rocher (;t 
les ruines dont il s'agit sont la propriété d'un ))articulier. 
La Commission soumet à M. le Ministre de l'Litérieur le 
projet (pii, après un mûr examen et plusieurs conlërcnces 
avec M. l'ingénieur en chef lIoubott(s semble le plus conve 
nable pour la décoration du nouveau pont des Arches, à 
Liège. L'exécution de ce projet coûterait 32,G00 francs. 

PEINTURE, SCULFILUE, CISELUHE, TAinSSEHIES, me. 

OUVRAGES MODERXES. 

Le conseil de l'abricpie de l'église primaire de Slavelol 
a fait j)lacer des vitraux peints dans les deux premières 
fenêtres des nefs latérales de cet édifice, vers le chœur. 
Ces vitraux exécutés en Allemagne iw, sont supérieui-s sous 
aucun rapport aux œuvres des peintres verriers belges. Il 
est regrettable, en, outre qu'on ait adopté le style ogival 
pour un travail destiné à décorer un édilice élevé en 1751. 
La commission approuve le projet de placei' également 
des verrières dans les huit autres fenêtres des collaté- 
raux et de dé|)enser à cet elfet 0,400 francs. Toutefois, si 
l'Etat accorde un subside, il conviendra de sli[)uler (pie les 
nouvelles commandes seronlfaites exclusivementà des artistes 
nationaux. 

Des commissaires-inspecteurs ont remarqué dans l'église 
de Ilouffalize (Luxembourg) un lableau de la fin du 

32 



— :n)'2 — 

xvi" siècle qui rcprûseiilc des moines en adorai ion devani la 
Yierge, et qui n'esl nullement dénué d'intérêt. Des réparations 
y seraient utiles, mais elles peuvent sans inconvénient être 
ajournées. Le Collège propose à M. le Ministre de l'Intérieur 
d'inviler l'adminislration eoiiimunale el le conseil de fabrique 
à veiller avec soin à la conseivation de cette œuvre d'art et 
(W. leur annoncer (pie 1(^ (louv(U'nement est disposé à j)rendre 
plus lard une parlie des frais à sa charge. La inème église 
])ossède encore un beau lutrin (mi cuivre du xv" siècle et 
deux tombeaux ren)ar(jual)les, sculptés en ])ierre, des xiu*-" 
et xiv'^ siècles, qui sont cités à la page 8!2 du com|)le i-endu 
de la séance uénérale de 18G1 . Ces derniers objets se trouvent 
en bon état. 

L'églisedc Steenhulïel( Braltant)cst ornéede trois tableaux 
et (le deux vitraux peinis (pii ont une valeur incontestable et 
dont on ne peut davantage ajoiii'iici' ia restauration. La 
dépense pour les tableaux s'élèverait à 1,2')0 francs et pour 
les verrières à HJWV.) francs. L(! tableau du maître-autel, 
(pii a une hauteur de ô"',00 sur une largeur de 2'", 20, 
appartient à l'école de Gasj)ard De Ci"ay(M' et représente 
la Vierge entouré(î de (IInci-s pers()miag(S. Cette (euvre 
a été réparée et repeinte par des mains inhabiles. Le 
Martyre de saixt Nicohis ( "2"\iO sur 1"',80 ), ]ieint |tar 
Wauthiei' en KUM , se trouve dans des conditions aussi 
fâcheuses (pn; le tabh^au du maitre-autel. Le Calvaire, de 
réc(»l(î (If Van Uyck (5"',iO siii- 1"',70), estaussi très-endom- 
magé et a eu jtarlicuiièrement à soulTrir (l(> riiumidité. Ces 
trois ouvrages devront être rentoilés; il faudra ensuite fixer 
la couleur, nettoyer avec un soin minutieux et réparer sans 
altérer en i-ion le travail primitif. Les vitraux représentent 



— :m — 

la sainte Trinité et la Vierge des Sept-Douleurs, ainsi que 
les donateurs, et datent de 1555. Le style et la couleur sont 
roniar((uaI)les. Indépondaninient des parties l)risiîes, il man- 
que plusieurs panneaux entiers qui ont été remplacés j)ar 
des briques. 

La Commission rappelle aux artistes chargés de restaurer 
les peintures des voûtes de l'église Saint-Jacques, à Liège, 
que des propositions motivées accompagnées de dessins 
devront lui être préalablement soumises , cha<|ue l'ois 
qu'il s'agira, dans le cours du travail, de rétablir des 
parties qui n'existent plus , ou qui seraient endomma- 
gées au point d'exiger, pour ainsi dire, une composition 
nouvelle. 

Les voûtes de la nel' princi])alc et des collaléi'aux de 
l'église de Bastogne sont couvertes de peintures qui datent 
de iooo et offrent un vif intérêt. Ces i)einlures ont une cer- 
taine analogie avec celles qui existent dans l'église Saint- 
Jacques, à Liège, mais comprennent un nombre |)lus grand 
de sujets et de figures. Différentes réparations devraient 
y être faites; mais le conseil de fabrique ne pourrait inter- 
venir dans les frais , attendu qu'en ce moment ses faibles 
ressources doivent être réservées pour les travaux de restau- 
ration que l'édifice même exige. La Commission propose 
à M. le Ministre de l'Intérieur de promettre que le Gouver- 
nement accordera dans quelques années son concours |)our 
rétablir lesdites peintures dans leur état primitif et d'enga- 
ger provisoirement l'administration communale et le conseil 
de fabrique à prendre les mesures nécessaires pour assurei* 
la conservation de ces précieux ouvrages. Il importe surtout 
d'empêcher qu'une main inhabile ne vienne altérer ces 



peintures sous le prélexle de les uelloyer el de leur rendre 
leur premier éclat. La Jiièine église ])ossède une belle 
couronne luminaire, en (er battu, (|ui date du commen- 
cement du xiir siècle, ainsi ({d'une labk' d'autel et des 
luiils liaplismau.x (jui appartiennent égalemciU à la ])ériode 
romane. 

Le dé])arlenient de l'intérieur ayant alloué un sul)side de 
!200 francs pour continuer la i-ecliercbe des peintures murales 
qui autrefois décoraient l'église Sainl-Sulpice, à Diest (voir 
page2C9, 2'' année), M. Van dcr Plaetsen," peintre d'iiistoire, 
qui s'est j)arliculièrement occupé de semblables travaux, 
est invité à se rendre dans cette ville, alin de donner 
au bureau des margu il tiers l(;s instructions spéciales qu'il 
désire. 

Une inspfîction récente a pi'uuvé de nouveau condjien 
il est indis))ensable de garnir de treillis de fer les fenêtres 
de cette môme église, les(pielles sont ornées de vitraux 
peints. Ce travail coùter;iil ^,000 francs. Connue la fabrique 
consacre toutes ses ressources aux importants travaux de 
consolidation (jui s'exécutent à l'édilice, le Collège propose 
à M. le Ministre de l'Intérieur de promettre un subside 
assez élevé, à la condition (|ue la connnunc! et l'église 
supporteront le reste de la déjiense. 

Lu conformité des instructions contenues dans la circu- 
laire du 2o juillet dernier, des délégués de la Commission 
(jiil consiati', dans l'atelier di; M. Capromiiej-, l'état des deux 
vitraux a]ipartenant aux églises d'Hoogsli'aet(Mi et Saint- 
Conmiaire, à Lierre, dont la restauration est conliéc à ce 
peintre-verrier. La Commission transmet à M. le Ministre 
de l'Intérieur les procès- verbaux indifjuaiil le lésultat 



— oOo — 

(lo rcxamon DiiniiliiMix l'ail en ('Ollo ciironslarirc jtnr les 
délégués. 

Une sommo do 2,900 francs a élé réunio pour la roslau- 
ralion des vitraux de l'église Notre-Dame, à Anvers. Il a été 
pavt' (V. 2,ô08-4o pour la verrière les deux saints Jean, 
pla('('e dans la- chapelle i\o la Vierge et (|ui précédemment 
occupait l'une des hautes leiièfrcs du transept septentrional. 
Les frais de la restauration de celte verrière ont dépassé 
l'évaluation faite en 1840, mais il est. à remarquer que ce 
jH-emier devis comprenait seulement la restauration des par- 
ties existantes du vitrail et qu'il n'était pas question alors 
d'exécuter des travaux complémentaires assez considérables; 
de plus, le mal s'était aggravé dans le cours des dernières 
années. Une somme de fr. 59l-o5 reste donc disponible, 
mais il faut y ajouter les 200 francs provenant d'un don par- 
ticulier, soitfr. 79I-S;->. Le travail à faire au vitrail la Cène, 
placé dans la chapelle du Sainl-Sacrement, est compliqué : 
il s'agit en effet de restaurer 28 compartiments et d'en 
recomposer 27. La superficie du vitrail est <le 24 mètres 
carrés ; le prix moyen des parties à restaurer ou à renou- 
veler s'élèverait à loO francs jiar mètre. Le travail coûterai! 
donc ô,G8o francs, y compris 85 francs ])Our les Irais acces- 
soires. En déduisant de cette somme les fr. 791-55 disponi- 
bles, il reste à réaliser fr. 2,895-4-5. La Commission expose 
à M. le Ministre de l'Intérieur cond)ien il est urgent d'exé- 
cuter cette restauration, qui, déjà aujourd'hui, constitue 
une o])ération compliquée et ditlicile, et propose à ce haut 
fonctionnaire d'accorder un subsid<> ;ni conseil d«' fabri(pie 
de l'église Notre-Dame, à la condition (jue la iiroviiice et 
la ville d'Anvers inlerviciidi-oiil ('galciiicnl (l;iiis i;i (lé|iense. 



— mv, — 

L'église ])riinairo do Stavelot possède : 1" la grande 
et magnilique châsse, en argent doré, de saint Remacle, 
laquelle date du milieu du xiii'' siècle; 2° \c buste de 
saint Popon, également en argent doré, (pii a été l'ait 
en 1626 ])ar Goesin , arlisie liégeois. La crosse et le 
modèle de l'église de l'ancien monastère de Stavelot , 
que ce saint porte dans les mains , sont plus anciens 
d'environ deux siècles ; 5" un manche de croix de pro- 
cession, en cuivre ciselé, du commencement du xvi'' siècle, 
dont le caractère est digne d'atlenlion. La châsse de saint 
Remacle est, sous le rapport de la ciselure et des émaux, 
la plus com})lète de l'époque qui existe en Belgique. Les 
réparations (|u'elle exige sont nombreuses et compliipiées, 
car un grand nombre de petits ornements et de cabochons 
ont disparu. La dépense peu! éli'e évaluée à 5,!^)()() francs 
environ, y compris le prix des |)ierres el (I(\s mélaiix jti'é- 
cieux. Il faudrait ajouter à cette somme un millier de francs 
pour entourer la châsse restaurée de panneaux de glace , 
afin de la préserver de la poussière et de nouveaux dom- 
mages, et pour réparer le buste et la croix. La somme totale 
de 4,500 francs jiourrait être échelonnée sur cinq ou six 
exercices différents. Jl iiiijtorle que le ti-avail se fasse à Sta- 
velot, dans un local désigné par le conseil de labri(pu', et (pie 
le Gouvernement se réserve le droit de ratifier le ehoix 
de Tartiste restaurateur. 

La somme de 2,69o francs demandée poni- la restauration 
du retable scul[it('' et doi-é «pii ap]tarlient à l'église paroissiale 
de Schoonbroeck, pi'ovince d'Anvers (voir le ('(iiiij)ie iv\\(\\\ 
delà séance générale de 1861, }». 4;i;, n'est nullement exa- 
gérée. La Commission approuve le choix (]os artistes aux- 



— 507 — 

("{uols on propose de confier cetlc rcslaurnlioii , tonl en se 
réservant d'examiner le travail lorscjiie lejjreniier eonijjarli- 
ment sera terminé. 

La restauration du jubé de l'éulisc de ïfvssenderloo (l.im- 
bourg:) marche avec activité. Les nombi-ciises coucbcs de 
cliaux ou de couleur à l'builc (|iii le l'ccouviaienl oui dispaiii, 
et la partie architecturale est pres(|uc entièrement terminée. 
Les groupes et les statues se troiiv(înt dans l'alelier du sculp- 
teur, et l'on ne cessera de s'en occuper pendant l'hiver. Il 
est à espérer que tout le travail sera achevé avant le 
1'' janvier 1865. 

L'église de Londerzeel (Brabant) possède des oriuMiients 
sacerdotaux du commencement dn w'' siècle, (jui sont assez 
bien conservés et offrent, sous le ra|)}iurt de l'art, un grand 
intérêt. Des épisodes de la vi(^ et de la j)assion du Christ 
sont dessinés avec un rare talent cl rap|)ellent IV'cole de 
Memling. La Commission demande (pie des soins tout parti- 
cuhers soient pris poui' assurer la conservation de ces orne- 
ments. 

fje Si'cri'lfiirt' df In ConDvixsio» roijuJe tirs Minntnioits , 
JlI.KS DlUlMOLLE. 

Vil en conformité de rarlicli' ''2.5 du règlomcnl. 

/>(' Vict'-I'résiiloit , 
IJai'on i»i: l{o[si>. 



QUELQUES NOTES 



CONCERNANT 



DAVID Tf:\IERS le jeune, JACOB VAN RUYSDAEL 

ET 

NICOLAS BERGHEM. 



Les éludes cl les j'ecli<!rclies nrcliéoluiiicjucs oui pris, 
depuis quelques années, une très-grande extension et se sont 
rapidenjent répandues partout. L'histoire générale des aris 
n'est point restée en dehors de ee mouvement ))resque uni- 
versel, mais c'est particulièrement l'histoire de la peinture 
et des artistes qui attire l'attention, par le vif intérêt qu'elle 
inspire. Aussi, grâce aux investigations d'hommes dévoués 
à la science, qui, presque chaque joui', amènent quelque 
découverte précieuse pour l'étude du passé, cette histoire 
commence-l-elle à se dégager des erreurs et des incertitudes 
fpii rohscurcissent encore, surtout en ce (jui concerne! les 
écoh's primitives (]('^ I*ays-Bas. 

Dans ces sortes d'investigations, loulr df'couverle, (piehpie 
infime qu'i-lle puisse paraître, est honne à annotei', car il se peut 
(pi'un jour, ])i\r l'éventualité d'une quesliun soulevée ino|»i- 
némenl, elle acquière une grande valeur : un nom d'artiste 



— ;>00 — 

ou (If localitô, une admission dans un corps de mûlior, un 
eomplc de dépense pour aeliat ou commande d'objets d'arl, 
une désip:nation de séjour, de voyage, un droit d'acquêt 
de bourgeoisie, de maîtrise dans une cité, un acte de nais- 
sance, de mariage ou de décès, un l'ait ou une date quel- 
conque ))eut avoir une im])ortance décisive et renverser 
tout(? une série d'hypothèses étayées sur des donni'os fausses. 
Ce sont les dates autlientiques surtout qui , presque 
toujours, viennent jouer les principaux rôles dans toutes 
les questions de biographie d'artistes, ou d'attribution 
à leurs pinceaux d'œuvres doulouses et, par conséquent , 
contestables aux yeux du critique rigide. Nous ne cite- 
rons ici qu'un seul exemple; il est, du reste, péremp- 
toire : d'après la fausse donnée de Carel van Mander, tous 
les biographes — ne disons pas critiques — ont adopté ser- 
vilement l'année i5o4 comme étant celle du décès de Hans 
Ilolbein , et, sans autre examen, ils lui ont attribué bon 
nombre de tableaux datés, qui, maintenant que nous con- 
naissons la véritable date de sa mort, — 1545, — doivent 
être restitués ou à ses imitateurs ou à ses disciples. En 
fait d'œuvres erronément attribuées à ce grand maître, un 
critique allemand s'est laissé aller à une libéralité vraiment 
])ar trop grande, et nous craignons fort ([ue ce célèbre icono- 
phile d'outre-Rhin n'ait quelque peine à revenir convenable- 
ment sur ses pas. 

Mais si un des critiques le plus en renom a |)U choir dans 
de nombreuses et graves erreurs, cela ne prouve-t-il pas qu'une 
histoire authentique delà peinture est encore à écrire, et 
que les critiques les plus autorisés ne sauraient apporter assez 
de circonspection dans lesjugements qu'ils prononcent? 



— olO — 

Afin de nous prémunir contre ces erreurs , nous ne pou- 
vons, scmhle-t-il, insister assez sur l'extrême importance 
qu'ont les dates dans toutes les questions de critique et d'at- 
(ribution en fait d'art. 

Aussi nos voisins du Xoi'd , les Néerlandais, se sont-ils 
mis, comme chez nous, à récoller tout ce qui leur lomb(! 
sous la main, concernant l'histoire, les lettres, les arts et 
l'archéologie. Ils ont créé, à cet usage, une revue très-inté- 
ressanle, de Navorscher (l'Investigateur), paraissant chaque 
mois par cahier, et qui en est déjà à sa treizième année ; 
chacun y va porler ce (lu'il a butiné cà et là et dont il veut 
disposer dans l'intérêt de la science. Le Navorscher renferme 
également un questionnaire, lequel provoque et reçoit toutes 
sortes de réponses, qui, parfois, sont des plus curieuses. 

Nous voudrions voir créer dans tous les pays des publi- 
cations analogues, parce qu'elles rendraient d'immenses 
services. 

Voici quelques extraits du Navorscher, qu'on nous saura 
gré de faire connaître, à cause du vif intérêt qu'ils ont pour 
la biographie de trois artistes. 

Ou T' cahier de l'année iSoO, p. 40 : 

« Dafe (le la innrl de Temeus le Jeune ( i). 

» Dans le Haarlemsche Courant (gazette de ilnarlcm) du 
^:2 mai 1685, n° '20, nous trouvons que : 

') Le lundi 4 juin cl jours suivants, on vciuli'a à Uruxclles, 



(i) Kicii i|U(' (liilaiil ili' (Hi<'li|i'ii'S ;iiiiii'('s (iéja, col extrait ai-(|iiii'il vraiiiiciit (le 
|'iiii|iiirtaii(c |iar iiiir irccnl<- iir-cinivi-rte (\uo \\(t\[-^ avons laite. 



— oil — 

dans la niaisoii ( /// 7 lunjs) de l'eu Tk.nieus le jeune ( d(! 
Jonge) , sur (aie) la riio Haute {op de Hoogstraat), divers 
excellents et remarquables tableaux de maîtres éminents, 
))arm! lesquels (jueiques moreeaux italiens, plusieurs pro- 
ductions du défunt , ainsi que des livres de dessins et 
d'estampes, grand nondjre de morceaux de tapis, des 
meu])les, etc. 

» Houbraken et Weyerman ne donnent point l'année du 
décès de Teniers. Fiorillo dit : Né en 1610, mort en 1690. 
Dans le Panthéon national des Belges illustres, Bruxelles, 
18ii , on (rouvc que D. Teniers /e /fî/î'ie est décédé à 
Bruxelles en 16'J4, âgé de 84- ans. immerzeel donne égale- 
ment cette date. Néanmoins il semble suffisamment démon- 
tré , par l'annonce susdite, que David Teniers le jeune 
devait être déjà décédé en 1684 ou 1685, et que, ])ar consé- 
quent, tous ces biographes ont été inexacts dons la donnée 
du décès de ce maître célèbre. » W. » 

Ce précieux renseignement , que nous regrettons de 
n'avoir pas connu plus tôt, méritait bien d'être pris en très- 
sérieuse considération et d'être examiné à nouveau; et, 
à notre avis. M. Thêod. Van Lerius, dans son Supplément 
au catalogue du Musée d'Anvers, l'a traité avec iu/iniment 
trop de dédain. Dans ce nouvel article du Supplément, 
M. Van Lerius commence par dire : 

« Plusieurs erreurs se sont glissées dans la biographie de 
David Teniers le jeune, que nous avons publiée en 1857. 
Nous alhjiis les rectiller et ajouter cà ce travail 1(^ résultat des 
dernières découvertes laites par aulrui ou pai- nous-méme, 
relativement à ce peintre célèbre. » 



— :il!2 — 

Puis il poursuit, pp. o4 o(, oo : 

« Lo registre des comptes de notre confrérie de Saint- 
Luc, commencé le 18 septembre 1600 et terminé le 18 du 
même mois 1750, faisait défaut aux archives de l'Académie 
royale des beaux-arts à Anvers, lors(juc nous écrivions la 
bioii'raphie de David Teniers le jeune, insérée au Calalogun 
de 1857. Nous n'avions donc aucun moyen d'y contrôler 
l'exactitude de la date du 25 avril 1690, indiquée par 
Descamps comme celle de la mort du maitre. C'est ce qui 
nous fit adopter celle du 5 avril 1694, donnée ))ar M. Al- 
phonse Wauters , dans son Histoire des environs de 
firuxelles (2^ volume, p. 706). Il nous paraissait, en eiret, 
qu'entre Descamps et le savant archiviste de Bru.xelles il n'y 
avait pas à balancer. Cependant, il nous faut l'avouer, le 
premier, chose peu ordinaire, avait eu le bonheur d'être 
bien renseigné à l'égard du décès de notre peintre. C'est ce 
(jue vint démontrer le registre dont nous })arlions tantôt, et 
(jui mentionne du 18 septembre 1689 au 18 septembre 1690 
le paiement de la dette mortuaire de l'ancien doyen David 
Teniers, peintre (mendeken Davit Teniers, schilder). La date 
du25aviil 1690 est, en outre, corroborée pai- l'indication (jui 
s'en trouve dans rarbr(î généalogique de la famille Teniers, 
(•onserv('; parmi les papiers de feu notre savant concitoyen 
M. J.-B. Van der Straelen. Les registres d'enterrements de 
Bruxelles, où notre peintre est mort, présentent une lacune 
de 1685à 1094. 11 aété impossible, parconséqueni, à la per- 
sonne (pii nous a rendu lanl de services [lour la révision de 
la biograjjhic de David Teniers le jeune, trobtenir l'acte de 
son inliinnalion , <|ui eut lieu . du reste, au chceur de l'église 
de Perck , >elon la u(''n(''alouie cilée. La (h'-couvei'le de 



— .jIo — 

l'époque de paiement de lu dette iiiurluaire de noire niaitre 
est due à M. le chevalier Léon de Burbure. 

» Ce qui précède lait bonne justice de la dtite iG8o, 
indiquée en I80G, i»ar le Navoi'scher {M, M), connue c(.'lle 
du décès de notre niaitre, d'ai)rès une annonce insérée dans 
le Haarlemsche Courant du 22 mai 1085, n° 20. » 

Suit l'annonce du Haarlemsche Courant , (|ue nous don- 
nons plus haut, et M. Van Lerius ajoute : 

ft On remarquera que l'annonce du llaarlemscke Courant 
n'indique pas le prénom du Teniers le jeune dont elle parle. 
Cela n'a pas empêché le iVarorsc/ier d'inscrire en tète de sadé- 
couverte, les mots : Date du décès de David Teniers le jeune. 
Si les rédacteurs de ce recueil avaient su que David Teniers 
le vieux eut encore d'autres fils peintres que notre David, et 
(ju'abstraction laite des prénoms, chacun de ces enfants 
était à son égard Teniers le jeune, on y aurait regardé à deux 
fois avant de combler la lacune du journal néerlandais. » 

Maintenant reprenons la question. D'après la date de la 
vente mortuaire annoncée dans le Haarleinsche Courant^ 
nous pouvions présumer, avec quelque raison, que si l'on 
compulsait avec soin quelques-uns des registres de décès 
ou d'inhumations de la paroisse à laquelle appartenait la 
rue Haute, on y découvrirait probablement l'inscription soit 
du décès, suit de l'inhumation de notre peintre. La réalisa- 
tion de notre conjectuj'e ne s'est pas fait attendre. N(; pou- 
vant nous rendre nous-mème aux archives communales, 
nous nous sommes adressé à notre ami M. Alex. Pinchart (1), 



(i) Chef de section aux archives générales du royaume de Belgique, auteur 
de récentes et précieuses découvertes sur Roger Van der Weyden et d'autres 
artistes du xv' siècle. 



qui s'est empresse, à notre prière, d'aller eompulser, le 
7 septembre dernier, les registres mortuaires de la pa- 
roisse de l'église de la Chapelle, des années 1684-1683, 
alin d'y relever, si possible, l'acte (pie nous cherchions. La 
recberche fut courte, et le résultat décisif. Voici copie de cet 
acte imjiortant : 

/.e M /écrier 168j, sieur David Teuiers, [inhumé] dans 
l'église de Caudenberg, [demeurant] rue Haute, à côté de la 
Purte-Iiouge (i). 

Gomme cet acte n'est ]>robablement (pie celui de l'inhu- 
mation, sinon du sei'vice funèbre pour le repos de son âme, 
l'artiste doit être mort trois, (juatre ou cin(i jours auparavant. 
Nous espérons pouvoir bientôt indiquer le jour exact de son 
décès. 

Est-ce (jue ce document ne milite; pas, d'une nianière 
péremptoire, en faveur de la date de 1685? et les quasi-i)i'eu- 
ves fournies par M. Van Lerius ne doivent-elles pas lond)er 
devant rmq)itoyable acte d'inhumation? M. Van Lerius vou- 
lait un prénom pour trancher la question : eh bien, ce pré- 
nom, le voilà, — David, — et sans conteste. 

Si ce n'est pas de notre célèbre peintre qu'il s'agit dans 
cet acte, duquel des (enfants deTeniers levieux ou de Teniers 
le jeune s'agirait-il donc? Un Darid le jeune qui délaisse 
une lrès-inq)orlanle collection de tableaux de grands maîtres 
c't aussi ])lusieurs j)ru(luctions remarquables (sic) de sa 
main! Xous ne voyons, nous, que le célèbre David Teniei'S 



(i) Don H'" februarii 1685, sieur David Teniers, [begraveii] iii de kercke 
van (JaudenberLîli, [wodnendej op de Hoogh sti'aete, naest de Boode poorte. 

J/artiste avait été remarié, le ±\ ocUdire ItijO, dans cetle niéiiie éfilise de 
Sainl-Jacqiies-snr-Gaiideni)er^. 



— :ii:i — 

le jeune au(|ael l'acte précité ainsi que l'annonce du llaar- 
lemsche Courant soient applicables. Car ce défunt ne peut 
être, certes, le David, troisième du nom, fils de David le jeune 
et d'Anne Brueghel, qui, dit M. Van Lerius, lut baptisé le 
iO juillet 1658; il n'était pas, que nous sachions, peintre, 
ni surtout peintre de talent. Quant au paiement inscrit dans 
le registre des comptes de la confrérie de Saint-Luc , d'An- 
vers, années 1 689-90, de la dette mortuaire de l'ancien 
doyen David Teniers, la date de ce paiement n'infirme aucu- 
nement et ne peut infirmer l'authenticité de l'inhumation 
du peintre, le 11 février 168o, par la raison qu'il a pu 
ne s'effectuer que longtemps après le décès de l'artiste. La 
généalogie sur laquelle s'apj)uie aussi M. Van Lerius, pour 
soutenir la date de 1690, n'a, à nos yeux, qu'une valeur 
très-secondaire en ce qui concerne certains faits : elle 
n'aurait quelque poids dans la question que si elle avait été 
dressée immédiatement après la mort du peintre, ce qui 
probablement n'est point le cas. 

En attendant des preuves plus valables que celles que 
nous offrons, nous adoptei'ons l'année 1685 comme étant 
celle du décès de David Teniers le jeune, et nous acceptons 
le 11 février de la même année comme date de son inhu- 
njation. Ce nouveau document a l'avantage, en outre, de 
confirmer l'annonce du Haaiieiimhe Courant, si maltraitée 
parM.Yan Lerius. Ces rapprochements n'ont guère besoin 
de commentaire ; ils se corroborent et s'expliquent d'eux- 
mêmes. 

Une allégation de M. Van Lerius nous intrigue beaucoup : 
Les registres d'enterrements de Bruxelles, oh notre peintre 
est mort, présentent, d\i-\\, une lacune <^/el683 à 1694, 



— olO — 

C'est puiirlant dans le registre de lG84-8o que M. Alex. 
l*incliart a relevé l'aete (jiie nous faisons connaître. A 
l'époque; où M. Van Lerius lit prendi'e des informations, 
l)eut-ètre ces registres n'étaient-ils })as aux archives commu- 
nales, ou bien n'étaient-iis encore ni classés ni inventoriés. 
Nous l'ignorons; mais il imi)orterait, ce semble, dans 
l'intérêt de futures investigations, d'écl.aircir la chose. 

La connaissance de l'acte d'inhumation du célèbn^ ai-liste 
nous fournit aussi l'occasion de disculper ses concitoyens du 
re|)roche que M. Aljih. Wauters leur adresse dans son 
Histoire des environs de Bruxelles, quand il dit : // reçut 
la sépulture à Perk, oh, à notre honte, Isabelle seule a une 
inscription commémordtive (i). D'après les termes du i-egis- 
tre d'inhumations d'où nous extrayons l'acte (2), nous pré- 
sumons plutôt que l'artiste a été enterré à Sainl-Jacques-sur- 
Caud(-'nberg, et que là rinscri|)tiun commémorative l'éclamée 
surmontait probablement autrefois le lieu où i-<^|)osent ses 
cendres. Ce n'est donc i)as à l*erk , si nous jH'éjugeons 
juste, qu'il faudrait chercher les traces de l'inscrijition, niais 
à Saint-Jacques. 

Comme tout ce qui loucbe aux hommes célèbres manque 



(1) Il est à regretter que le savant archiviste de la ville de Bruxelles 
ii'itil pas cru devoir compulser lui-même les registres de décès et d'in- 
liNiiialions des paroisses de la capitale, lorsqu'il écrivait son article sur David 
Tciiiers le jeune, car il lui eût été facile, ayant les archives à sa dispositioi', de 
contrôler le fait et d'en prendre acte : l'erreur eut été réparée depuis loiiijtenips. 

(1) Voiilaul aller au-devant des objections (ju'un jxiurrait alléguer contre l'acte 
en question, nous déclarons que ce registre n'est point l'original, mais ime copie 
datant de la lin du xvii" ou du commencement du xvni' siècle ; mais nous 
devons aussi déclarer que l'authenticité du fait ne peut laisser de doute , car le 
nom de David Teuiers y est précédé et suivi par d'autres noms , selon l'ordre des 
dates. 



Jjii/Lt/'/i/f <'ii/'.lr(//fo7ti(//'r _ rpiiii' //. 




Imp. Simonau 8: Toovey. 



MAISON OÙ EST DECEDE DAVID TENIERS, LE JEUNE 
■ . ' -vner 168 5 . 



— 517 — 

rarement d'intéresser le public, nous donnons ici, en regard, 
un croquis, dû au crayon de M. Gust. Simonau, de la 
demeure où est décédé David Teniers le jeune et d'où peut- 
être bon nombre de ses productions sont sorties. 

Cette maison, au-dessous de laquelle passe la ruelle dite 
la Porte-Rouge , est ancienne et date des premières années 
du XVII' siècle ; elle est à double pignon à redents ; elle a 
subi peu de changements à l'extérieur, si ce n'est dans les 
châssis des fenêtres, et la porte semble être d'une époque un 
peu postérieure à la mort de l'artiste; enfin, son aspect 
répond assez bien et à la fortune et à la considération dont 
il jouissait. L'intérieur aussi s'est peu modifié quant à la 
distribution des chambres, et, qui sait? on retrouverait peut- 
être encore la pièce qui autrefois servait d'atelierau maître(i). 

La dénomination de j)or/ei?oi/^e, qui s'applique à la porte 
que l'on voit ouverte dans le croquis, date de loin, et elle 
est encore usitée ; ce n'est point une impasse, mais un pas- 
sage qui conduit à la rue des Minimes, un véritable laby- 
rinthe de ruelles, de cours, de coins et de recoins. Cette 
porte peinte en rouge, — c'est de sa couleur qu'elle tire son 
nom, — se fermait à clef autrefois, le soir, du côté de la rue 
Haute : ce passage était naguère assez mal famé. 

Le même numéro du Navorscher contient, page 9, 
sous forme de question, cet autre renseignement intéressant, 
dû au même investigateur W. et tiré également de la gazette 
le Haarlemsche Couranl : 

« NicoLAAS Berghem. — Dans le Haarlemsche Courant du 

(i) Cette maison appartient actaollement a M. J. Speciiaort, artiste peintre. 

33 



— 018 — 

27 avril 1683, n" 16, nous trouvons mentionné que «le 
lundi 4 mai , on vendra, en la maison de la veuve de Nico- 
laas Berghem, en son vivant peintre distingué, sur le 
Lauriergraclit (canal du Laurier), vis-à-vis (de la demeure) 
du bourgmestre Huydekoper, à Amsterdam, tous les tableaux 
qu'il a délaissés, consistant en productions capitales et artis- 
tiques, peints par des maîtres renommés , ainsi qu'une 
grande et belle glace, avec cadre doré. » — Et dans le 
n" 47, du 50 novembre 1683, se trouve annoncé que « le 
mardi 7 décembre, la veuve de Nicolaas Bergbem fera 
vendre, à quatre heures de relevée, à Amsterdam, toutes ses 
])roductions d'art sur papier (papier-Koust), consistant en 
superbes dessins et en belles épreuves d'estampes , spécia- 
lement d'a})rès Raphaël cV Urbino ,Ba7'0zius ,Cazazi(Csirrdd1) , 
Guido (Reni), etc., des livres rai'es avec estampes, plus 
de 1,500 morceaux de A. Tempeest (s*c), modèles, Altema- 
rijnen (bleu d'outre-mer sans doute), des objets anciens et 
tout ce qui précédemment a été aimoncé par circulaires 
(billetten). » 

Puis l'auteur de la note ajoute : 

« Si nous consultons Houbraken vX lunnerzeel, tous deux 
disent que Berghem est décédé le 18 du mois de février 
(Sprokhelmaand) 1683, et inhumé le 23, dans la Wester- 
kerk (l'église du quartier de l'Ouest), à Ilaarlem. Mais il n'y 
a point et il n'y a jamais eu de Westerkerk à Ilaarlem ; aussi 
ne trouve-t-on pas mentionné le nom de Berghem sur les 
registres mortuaires de celte année ni de ce mois. Cette 
donnée serait-elle donc bien exacte (weljuist zijn)1 Et 
n'est-il pas plus probable que Bergbem soit mort à Amster- 
dam et enterré là, dans la WcstcrkerkY » 



— op.) — 

Quant à nous, nous n'hésitons point, nous nous rangeons 
franchement à la supposition de l'auteur : Oui , Berghem est 
mort à Amsterdam, et aura reçu la sépulture dans la Wcs- 
terkerk; car il n'est guère présumable que sa veuve, immé- 
diatement après cette perte, ait quitté Haarlem, — avec tout 
le matériel délaissé par son mari , — ■ pour aller s'établir à 
Amsterdam. C'est donc encore une erreur à rectifier et un 
fait à constater. 

Le n" 9 àxïNavorscher . de l'année courante, contient, 
page 273, un très-curieux renseignement, par M. Elsevier, 
sur Jacob Ruysdael; en voici la traduction : 

« Jacob Ruysdael, le peintre. — II m'est démontré par 
les registres du conseil de l'église des réformés d'Amsterdam 
que Jacob Ruysdael appartenait à la secte des mennonites, 
et que, après sa mort, sa veuve laissa baptiser ses enfants 
dans l'église des réformés. 

» Dans l'assemblée du 20 janvier 1 G82, il fut enregistré que 
« Annetje Colyns, veuve de Jacob Y an Ruysdael , sollicite que 
quatredesesenfantspuissentètrebaptisés comme enfants(A7c), 
lesquels jusqu'à présent n'ont pas encore reçu le baptême 
chrétien, en ayant été empêchée par son mari, qui était 
mennonite {die menist was) ; et comme les frères du quar- 
tier (i) fournissent d'excellents rapports (sur son compte) , 
sa sollicitation est agréée, et avons donné un billet (briefje) 
au marguillier. Ils sont (sic) baptisés le 50 janvier 1682, 
dans la Westerkerk, par D' Rynsdijk. » 

» Il est mort célibataire en 1681, disent la plupart des 



(i) De la circonscription on était située la Westerkerk, a l'onest delà ville. 



=- 520 — 

écrivaiFis; mais le lémoignage ci-dessus mentionné ])rouYe 
leur inexactitude. On n'y parle, il est vrai, que de Jacob Van 
Ruysdael. Mais je crois que la personne dont il est ici ques- 
tion est la même que le peintre de ce nom. Sa femme, 
Anna Colyns, fût, sans doute, une parente du peintre DamV/ 
Colyns, qui, en ce temps, demeurait à Amsterdam. 

» Son acte de mariage pourrait se retrouver peut-être dans 
les registres de la commune d'Amsterdam. 

» II assista, comme témoin, au mariage de Meindert 
Ilobbema, à Amsterdam (i). 

» Je présume donc que Hobbema est né de parents men- 
nonites (soit père ou mère), et qu'il fut peut-être baptisé de 
la même manière que les enfants de Jaiob Ruysdael, d'au- 
tant plus que l'acte de baptême de Meindert Hobbema (1030) 
n'a pas été découvert à Amsterdam. Il serait donc à souhaiter 
que les registres des consistoires d'Amsterdam, avant 1009, 
pussent être examinés et compulsés, afin de savoircequ'ily 
est dit de Hobbema. 

» Elsevier. » 

C'est là un souhait que l'archiviste et historien d'Amster- 
dam, le D'.P. Scheltema, réalisera un de ces jours, n'en 
doutons pas. 

Le cahier n" M du Navorscher , qui vient de paraître, 
contient encore, page 54! , ce renseignement sur Jacob 
Ruysdael : 



(<) Nous avons fait connaitre toi acte, d'apirs .M. H. KIsevier, dans le tome 
XV do la Ucvtte universelle des arts. 



— 521 — 

«< Jacor Ruysdael, le peintre. — (Voir le Nncorsriier, 
tom. XIII, pag. 275-500.) 

» Dans l'indicateur (cl. i. altestatie) d'attestation de la 
communauté flamande des Mennonitcs , assemblée à 
l'Agneau (i), je trouve, à la i)agc 52 : « Jagob van Ruisdael 
et sa femme (syn huisvroii?)..., venant de Haarlem. » L'indi- 
cateur (ou livre de renseignements) est signé : « Koeni'.aet 

VAN VOLLENHOVE, AdRIAEN VAN DEU MeRS et MaTHEUS GkIJS- 

PEERT, datom 50 Juli 1666 (2). » Le nom delà femme est 
laissé en blanc, soit qu'on voulait encore une fois redeman- 
der son prénom, qui fut oublié depuis, soit que plus tard 
on ail découvert qu'elle n'appartenait pas à la communauté 
des mennonites. Sans aucun doute, ce Jacob Van Ruisdael 
est le même que le mari de la veuve dont le sieurElsevier a 
mentionné aussi un extrait, daté du 20 octobre (5) 1682, 
pris dans le registre des consistoires de la communauté de 
l'église des réformés d'Amsterdam. Je n'ai pas pu trouver 
d'autres renseignements concernant ce Van Ruisdael, dans 
les registres de la communauté des mennonites à Amster- 
dam. Le nom de Hobbema ne m'est pas encore apparu jus- 
qu'à présent, dans ces archives. 

» Le mariage de Jacob Yan Ruisdael devra donc être 
cherché dans les registres de l'hôlel de ville de Haarlem, 
et non dans ceux d'Amsterdam . 

» Constante?.. 1^ 

Par ces découvertes successives, on parviendra insensible- 



{{) Lieu (le leurs réunious. 

(2 Deux années avant, le mariage de Hobbema, an(Hitl Jacob Ruysdael assista 
comme témoin, h Amsterdam. 
(3) Dans le communiqué de M. Elsevier, il y a janvier et non octobre. 



— o22 — 

ment à avoir quelques notions certaines sur un artiste dont 
on sait si peu encore, surtout en ce qui concerne sa vie privée. 
Sur son frère aine, Salomon, on ne sait guère davantage; 
cependant nous sommes persuadé que, si les archives de la 
ville de Haarlem étaient consciencieusement compulsées, on 
y découvrirait bien certainement quelque chose de positif 
sur les premières années de leur existence, d'autant que, 
en 1628, Salomon y jouissait déjà d'un certain renom. 

C. De Brou. 



QUESTIONS ET RECHERCHES 

PROPOSÉES 

k\] NOM DE \A COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS, 

par M. le liaioii de Roisik, vice-président. 



PREMIÈRE SÉRIE. 

ARCHITECTURE RELIGIEUSE. 

I. Signaler les formes architectoniques ou décoratives 
qui, durant le moyen âge, caractérisent particulièrement, 
au point de vue monumental, les diverses provinces belges. 

II. Tracer les limites géographiques de la Belgique 
monumentale et des diverses écoles qui se sont partagé son 
territoire. 

III. Signaler les monuments anciens , accusant (particu- 
lièrement à la façade principale ) une inlluence west- 
phalienne. 

IV. Signaler les monuments où l'influence germano- 
rhénane et l'influence française se trouvent en contact. 

V. Signaler l'influence exercée par un monument géné- 
rateur, soit dans un rayon plus ou moins étendu, soit 
de province à province. 

VI. Constater l'influence des matériaux sur la forme, 
l'appareil et l'ornementation des monuments. 

VII. Signaler les monuments où l'ogive se trouve alliée 
aux formes les plus caractérisées et même les plus ancien- 
nes du style roman. Apprécier si cet emj)Ioi résulte d'un 



— 5:24 — 

paru pris do Irausitioii , ou d'une convenance à'espace 
ou (\g solidilé. 

VIII. Signaler 1 existence et rechercher la tradition de la 
forme à chœur et transepts semi-circulaires, à pari les 
types connus de Notre-Eame de Tournay , Notre-Dame 
de Ruremonde et la crypte de Rolduc, 

IX. Quelles formes architcctoniques ou décoratives distin- 
guent l'art ogival belge de l'art ogival français? 

X. Signaler la tradition ou les vestiges de chapelles 
ou d'autels érigés dans les tours de façade, à destination 
du culte des saints anges et particulièrement de l'archange 
saint Michel. 

XI. La dénomination de Paradisus (Paradis) aurait-elle 
été appliquée, en Belgique, aux porches ou aux anté-églises'^ 

XII. Au siècle dernier, l'archéologie anglaise admettait 
ce fait : qu'au moyen âge, la veille du jour fixé pour entamer 
les fondations d'une nouvelle église (veille qui coïncidait 
souvent avec la vigile de la fête du saint, patron titulaire), 
la population se rassemblait vers le soir sur les lieux, 
y passait la nuit en prières, et qu'à l'aurore on orientait 
la ligne d'axe de l'édifice sur le point précis de l'horizon 
où se levait le soleil. — Cette coutume impliquerait des 
variantes d'orientation selon les saisons, à savoir : au prin- 
temps comme en automne le levant, — le sud-est en hiver, 
— le nord-est en été. — Il importerait donc de vérifier si 
l'orientation des églises authentiquement datées, eu égard 
à la pose de la première pierre, correspondrait au lever 
du soleil, le jour de la fête patronale. 



Q IJ E s 1^ 1 N s 



MISES A I. lilLUK 



PAR LA COMMISSION ADMINISTRATIVE 



MUSÉE EOYAL DE TEINTURE ET DE SCULPTURE. 



I. A (jiiellu c|to(|U(j les [tciiilivs se suiil-ils écuries, 
cil Belgique, des traditions byzantines, pour prendre des 
allures plus libres cl se rapproclier de la nature? 



"2. L'iconograpbic chrétienne a-l-elle (Ui, en L>elgi(iue, 
au moyen âge, des modes j)articuliers d'expression des 
idées mystiques? Indiquer les monuments de la peinture 
dans lesquels on en peut trouver les traces. 



Quels ont été, jusipi'à la lin duw' siècle, les dill'cri iils 



— 520 — 

procôfh'S matrricis (rcxrciilioii cmployc's \)nv les pciiilrcs 
(le l'rcolc (liniiniKlo? 



4. Onellc inniiciicconl rosjx'clivoinenl oxercV'iMMi licltiiqiic, 
,111 moyen àiic, Ic^ corporations reliuieusos otles corporations 
civiles sur la prodnclion îles oMivres de peinivire? 



y>. On reconnait les tableaux de l'ancienne école d'Anvers 
à une certaine marque apposée derrière les pamieaux 
emplovés par les artistes de celle ville. Y a-l-il d'autres 
siii'nes semblables ou de nature différente au moyen 
desquels on puisse constater l'origine locale des peintures 
exécutées dans d'auti'es villes de la P>elûiipie? 



QUESTIONS 



MISKS A I. K.TIDK 



PAR LA COMMISSION DIRECTRICR 



MUSÉE ROYAL D'AKMURES ET D'ANTIQUITES. 



1° Faire l'IiisloiiT' de la ('('raniiciue (Icrns ven tissées, 
grès, faïences et porcelaines) depuis le moyen âge jusqu'à 
nos jours, dans les provinces belges. 

A dél'auf d'une histoire complète, donner des renseigne- 
ments sur (pielques-unes de ces fjibricafions. 

2" Faire l'histoire de la sculpture sur bois appliquée au 
mobilier civil en Belgique, pendant le moyen âge et la 
renaissance; indiquer les caractères distinctifs de l'ornemen- 
tation de ce mobilier à diverses époques. 

Citer les pièces les plus remarquables appartenant à cha- 
cune de CCS é))0(pies. 



— yis — 

Ciivi It's snilplrtirs sur huis dont les noms soiil parvenus 
jusqu'à nous; reproduire leurs niartpies ainsi que celles 
des anonymes. 

(^e travail devra être accomj)agné de crocjuis. 

A défaut d'un travail coinplel, donner une série de notes 
sur cet objet. 

ô" Même question applitjuée au mobilier religieu.x. 

4" Indiquer les lieux de provenance des émaux qui ornent 
les pièces d'orlevrerie du moyen âge ; diviser ces émau.x en 
catégories, en ayant égard à l'époque, à la provenance et au 
mode de fabrication. 

E.xaminer si cette industrie a été cultivée en Belgique. 

o" Faire des rccliercbes sur l'orfèvrerie en Belgiijue 
pendant le moyen âge et la renaissance; indiquer les localités 
où cette industrie s'est développée avec le plus de succès; 
ciUn- les orfèvres les j)lus distingués et donner leurs marques 
(croquis j. 

G" Faire des recberclies sur la fabrication des taj)isseries 
en Belgi({ue jiendant le moyen âge et la renaissance. 



COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS 



RESUME DES PROCES- VERBA.UX. 



SÉANCES 
des 1", 3, 10, lô, 17, 22, 24, 28 et 31 octobre 1863. 



ÉDIFICES ET MONUMENTS RELIGIEUX. 

ÉGLISES, DÉPENDANCES, AMEUBLEMENT. 

La Commission propose d'autoriser : 

I" La construction d'un escalier destiné à faciliter l'accès 
de la porte principale de l'église d'Estinnes-au-Mont (Hai- 
naut) , à la condition que l'auteur fera une nouvelle étude 
du couronnement des pilastres latéraux. Le devis s'élève 
à 1,439 francs. 

34 



— o50 — 

2" L'exéculion de divers travaux ;i l'église et au presby- 
tère de Lonzée (Namur). Devis : 2,508 francs. La Com- 
mission ne croit pas devoir demander le rejet du dessin de 
confessionnal qui lui est soumis, attendu que deux confes- 
sionnaux semblables existent déjà dans cette église. 

3" Le placement d'un maitre-autel dans l'église de Sen- 
zcilles (même province), sauf à simplifier certaines parties 
delà décoration. Devis : 4,7o0 francs. 

4° La construction d'églises : 

a. A Martilly, commune de Straimont (Luxembourg). 
Diverses modifications doivent toutefois être introduites dans 
la façade. Devis : 26,963 francs. Celte église pourra conte- 
nir 575 personnes. 

h. A Vodelée (Namur). 650 personnes. La Commission 
rappelle ses observations précédentes en ce qui concerne 
la sacristie et les piliers placés à l'intersection du transept 
et des nefs. 

V. A Hiitrival (Luxembourg). Devis ; 48,500 francs. 
550 personnes. 

d. A Au Aïe/, à Anvers. Devis : 60,572 francs. 850 per- 
sonnes pourront se placer dans cette église. La Commission 
approuve le projet de substituer un plafond en bois à celui 
qui était proposé primitivement, mais elle fait remai-quer 
qu'une telle charpente apparente doit être établie avec beau- 
coup de soin et que, dès lors, il ne semble pas possible de 
réaliser l'économie sur laquelle l'architecte se croit autorisé 
à compter. 

L'avant-projet présenté pour ragrandisscmcnt de l'église 
de Prayon, commune de Forêt (Liège), est défectueux sous 
tous les rapports, et il serait déplorable de voir ériger dans 



— 551 — 

une paroisse aussi importante, située dans la vallée delà 
Vesdre, un édilice qui donnerait aux étrangers la plus triste 
idée de la situation des arts en Belgiiiue. 

La Commission ])cnse qu'il convientdereconstruire levais- 
seau de la chapelle d'Ollomont, commune de Wibrin (Luxem- 
bourg) , dans le style roman , attendu que le chœur dont 
on propose le maintien appartient à ce style. Les construc- 
tions nouvelles et surtout le portail n'auraient aucune analo- 
gie avec ce chœur, si les dessins présentés étaient admis. 

Tout en reconnaissant que la chapelle d'Andenelle , com- 
mune d'Andenne (Namur), offre un certain intérêt sous le 
rapport archéologique , le Collège ne peut considérer cette 
chapelle comme un monument dont le pays entier doive 
désirer la conservation et qui, à ce titre, mérite des sacri- 
fices exceptionnels de la part du gouvernement. 

L'emplacement désigné par le conseil de fabrique de 
l'église Saint-Joseph, à Verviers, est convenable pour l'érec- 
tion d'une église proportionnée à l'importance de la paroisse; 
mais, comme il est à désirer qu'on puisse isoler l'édifice, le 
Collège indique la partie supplémentaire de terrain qu'il fau- 
drait aussi acquérir ou exproprier afin d'arriver à un résul- 
tat satisfaisant. 

La Commission émet un avis favorable : 

1" Sur la proposition que fait le conseil de fabrique de 
l'église de Vilvorde de charger M. l'architecte Schoonejans 
de la direction des travaux de restauration qui s'exécutent 
à cet édifice. 

2" Sur une délibération semblable du conseil de fabrique 
de l'église de Grimberghen, prise en faveur de M, rarchilecte 
Pavot. 



— u^-i — 

Après avoirentendules explications verbalesdeM. Jaininé, 
la Commission approuve complètement les propositions 
faites par cet architecte, pour l'exécution d'une deuxième 
série de travaux à l'église de Necroeteren (Limbourg). Cet 
édifice, qui date de la fin du xiv' siècle, offre un vif intérêt 
sous le rapport archéologique, et le Collège ne peut assez 
engager l'administration supérieure à le faire rétablir dans 
son état primilif. Devis : 10,595 francs. 

Des délégués de la Commission ont constaté l'urgence des 
travaux de restauration qu'il s'agit de faire à la tour de 
l'église Saint-Jean-Baptiste, à Tournay, et signalent surtout 
condjien il importe de remédier sans retard aux graves 
inconvénients qui résultent de la construction vicieuse du 
beffroi. Un portail de mauvais goût , élevé à l'époque delà 
reconstruction du vaisseau de l'église dans le cours du 
xviir siècle, dénature la base de cette tour ; il est à désirer 
(pie l'entrée primitive puisse être rétablie. La Commission 
communi({ue à M. le Ministre de la Justice un rapport 
détaillé de M. l'architecte Bruyenne, membre correspon- 
dant, sur ces diverses questions. 

L'état des travaux exécutés dans le courant de 1862 pour 
la restauration de l'église Saint-Martin, à Alost, ne donne 
lieu à aucune objection. La dépense s'est élevée à 8,814- 
francs, et une somme de 13,115 francs restait disponible le 
1" janvier 18()5. 

Le dernier § du rapport du 28 mai 1862, relatif à la 
restauration du vaisseau de l'église métropolitaine de 
Malines, est ainsi conçu : « Nous terminerons en exprimant 
» le désir qu'un architecte soit chargé dorénavant de la 
» direction des travaux et accepte la responsabilité de l'en- 



.).>o 



» treprise. » Le vif intérêt qui s'attache à ce monument et 
l'importance des ouvrages qui restent à exécuter engagent le 
Collège à renouveler cette proposition. Il demande aussi que 
l'art. 4-9 du règlement royal du 30 juin 1862 ne soit pas 
perdu de vue et qu'on ne touche pas à la face du transept 
sud avant que le projet de restauration ait été approuvé. Il 
sera utile encore de conserver religieusement à l'avenir tous 
les débris de la décoration architecturale, afin de pouvoir 
toujours prouver qu'on n'a modifié en rien l'œuvre primitive. 
La restauration de cette partie du monument offre d'autant 
plus de diflicultés que certaines parties de rornementalion 
ont complètement disparu. 

Des délégués ont visité ègaleniiMit les travaux (jui s'exé- 
cutent à la tour de cet édifice. La Commission regrette 
d'avoir à dire que deux des recommandations principales 
contenues dans son rapjiort du 2 septembre 1861 ont été 
perdues de vue : la voûte supérieure de la tour se trouve 
dans le même état déplorable, et une couleur à l'huile a été 
appliquée sur les parties récemment restaurées. Sauf ces 
deux points, l'état des ouvrages exécutés depuis un certain 
temps ne soulève aucune objection . 

Le Collège propose d'approuver la soumission présentée 
par la Société de la Vieille-Montagne, pour la restauration 
du dôme de la cathédrale de Namur, à la condition 
qu'un paragraphe supplémentaire mettra à la charge de la 
Société les dégâts causés , dans le cours des travaux , aux 
parties de l'édifice qui se trouvent sous ce dôme. Le montant 
de la soumission s'élève à 40,519 francs payables sur cinq 
exercices successifs. La Commission a lieu de croire que la 
vente du vieux plomb produira une somme importante si la 



— o34 — 

surveillance est établie avec assez de sévérité pour prévenir 
tout détournement. 

Les commissaires- inspecteurs qui viennent de visiler 
la cathédrale de Tournay ont constaté l'utilité des mesures 
proposées pour compléter la restauration de ce monument. 
L'exécution d'une grande partie de ces travaux ne pourrait 
être retardée davantage sans de graves inconvénients. Il est 
à désirer que la somme de 200,000 francs, formant le total 
du devis, puisse être allouée sur une série d'exercices suc- 
cessifs. Au nombre des travaux qui ne sont pas rangés dans 
la catégorie des ouvrages urgents se trouvent : 1" le réta- 
blissement de la balustrade primitive qui couronnait le 
pourtour du choeur ; 2" la continuation des frontons au- 
dessus des hautes fenêtres du chœur; 5" la reconstruction 
de l'escalier du portail nord. Avant d'entamer l'exécution de 
ces derniers travaux, il faudra dresser des projets détaillés , 
conformément à l'art. 49 du règlement royal du 50 juin \ 862. 

PIERRES SÉPULCRALES, TOMBEAUX. 

Il résulte du nouvel examen fait par MM. de Borman et 
Jaminé, membres correspondants, que la pierre sépulcrale 
du chevalier Abraham de Los, qui se trouve à l'église de 
Looz (Limbourg), est en trop mauvais état pour pouvoir 
être restaurée. Non-seulement la dalle a perdu toute sa 
partie inférieure, où figuraient les pieds du chevalier, 
mais, en la coupant dans le sens de sa longueur, on lui 
a enlevé une large bande traversant la ligure et le milieu 
du corps. II ne suffirait donc pas de juxtaposer les deux 



— 355 — 

fragments ; on devrait encore y intercaler un morceau de 
quinze à vingt centimètres de largeur, ce qui produirait en 
tout cas un effet fâcheux, La longueur cl la largeur primi- 
tives de la dalle ne peuvent plus être déterminées, et, le 
visage du chevalier ayant disparu, l'artiste restaurateur, quel 
que soit d'ailleurs son talent, ne pourrait qu'imaginer une 
tète de fantaisie. En présence de ces faits , la Commission 
pense qu'il faut conserver avec tout le soin possible les 
restes de cette intéressante pierre tombale et renoncer au 
travail de restauration projeté. 

Après avoir entendu les délégués qui ont visité l'églist; 
Sainte-Marguerite, à Tournay, le Collège ne croit pas pou- 
voir admettre le dessin du monument funéraire qu'il s'agit 
d'ériger, dans le transept de cet édifice, à la mémoire de 
M""" la douairière Payen de la Bucquière , bienfaitrice des 
pauvres de la paroisse, et propose d'y substituer une grande 
pierre sépulcrale d'un caractère plus simple et en rapport 
avec l'emplacement dont on a fait choix. 

PRESBYTÈRES. 

La Commission approuve les projets présentés pour la con- 
struction de presbytères : 

AFlamisoul, commune de Longchamps (Luxembourg). 
Devis : ll2,09o francs; 

Et à Audregnies (Hainaut). Devis : 14,599 francs. 

Après avoir pris connaissance des diverses considérations 
que les bourgmestre et échevins d'Hellebecq (Hainaut) font 
valoir, et vu notamment l'impossibilité d'augmenter la dé- 



— OÔ6 — 

pense, la Commission ne s'oppose plus à ce qu'il soit donné 
suite au projet présenté pour l'appropriation du presbytère 
de cette commune. Devis : 5,387 francs. 

Le Collège, se référant au rapport de M. rarcliitecte pro- 
vincial de Liège, rejette les dessins du presbytère projeté 
à Hockay, commune de Francorcbamps (Liège), dessins qui 
sont dus à un homme dépourvu de toute expérience. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS CIVILS. 

MAISONS COMMUNALES, BEFFROIS, HALLES, DO.NJONS , ETC. 

En établissant une porte entre le local occupé par le greffe 
du tribunal ot la salle des Pas Perdus au Palais de Justice de 
Furnes , on a découvert quatre arcades en pierre de taille. 
La Commission demande que ces arcades soient conservées 
intactes et que, si le service du tribunal exige une séparation 
entre les deux salles, il soit établi une cloison en bois et en 
verre, de façon à ne pas dénaturer la construction primitive. 
Depuis un certain temps déjà , M. l'architecte Croquison 
a été chargé de dresser un projet pour la restauration géné- 
rale de cet édifice. 

Le cahier des charges et le devis (5,804 francs) des tra- 
vaux à exécuter dans l'intérêt de la conservation des ruines 
du château de Laroche (Luxembourg) ne donnent lieu 
à aucune objection. La Commission rappelle qu'il importe 
de s'occuper en premier lieu des ouvrages qui doivent 
garantir la sûreté des habitations situées dans la Claire-rue. 
Comme on ne pourrait surveiller avec trop de soin l'exécu- 



~ 557 — 

fioii desdits tnivaux cl quo l'airliiteclc |iroviiici;il n-side 
à Marche, le Collège |)ense qu'il serait utile de noniuiei- une 
commission locale, composée de M. le Bourgmestre, du 
conducteur des ponts et chaussées et de quelcpies autres 
personnes expérimentées. On ne pourra conlier cette entre- 
prise délicate qu'à un homme ofîrani toutes les garanties 
possibles sous le rapport du savoir et de la probité. 

La Commission remet à M. le Ministre de l'Intérieur des 
croquis indiquant ses idées au sujet de l'aspect pittoresque 
qu'il importe de donner aux constructions rurales que la 
ville de Spa désire établir. L'exécution de projets conçus 
d'après ces données n'exigerait pas d'augmentation des 
devis estimatifs approuvés par l'administration communale, 
devis qui s'élèvent à 4,571 francs pour les dépendances de 
la fontaine du Barisart, et à 14,930 francs pour la ferme de 
la Géronstère. 

PEINTURE, SCULPTURE, CISELURE, TAPISSERIES, etc. 

OUVRAGES MODERNES. 



La Commission approuve l'avant-projet indiquant les 
divisions des peintures murales à exécuter par MM. Guffens 
etSwerlz, dans la salle du Magistrat (bâtiment des Halles), 
à Ypres. Elle prie M, le Ministre de l'Intérieur d'inviter 
formellement ces artistes à mettre en tous points les nou- 
velles compositions en harmonie avec les peintures exis- 
tantes, qui doivent être conservées et restaurées (voii- page 
224, 2" année du Bulletin). Il importe, en effet, qu'on ne 



— 558 — 

puisse pas dire plus tard que les peintures nouvelles 
ne concordent pas avec les anciennes et que, par consé- 
quent, celles-ci doivent disparaître. Le Collège a invité 
l'architecte à soumettre les détails du réseau de l'oculus 
du tympan de la face Est et lui a fait remarquer qu'il 
serait plus conforme aux traditions de placer dans la 
niche de la cheminée le patron de la ville, au lieu d'un 
personnage historique. Les croix de Lorraine qu'il s'agit 
de peindre dans les tympans des portes semblent trop 
importantes, et , du reste , il est superllu de reproduire 
aussi souvent l'une des figures ou pièces des armes de la 
commune. 



OUVRAGES ANCIENS. 

M. le Ministre de l'Intérieur fait connaître que la situation 
du crédit spécial porté dans le budget de 1865 ne lui per- 
met pas d'intervenir actuellement dans les frais du treillis 
en fer qu'il importe de placer à l'extérieur des vitj'aux 
peints de l'église Saint-Sulpice, à Diest. La Commission 
rappelle à ce haut fonctionnaire les démarches qu'elle 
n'a cessé de faire depuis })lusieurs années pour obtenir 
le placement de ce treillis, et fait remarquer (jue le 
retard ne ])eut en aucune façon lui être attribué. Une 
somme de 2,600 francs est nécessaire pour l'exécution dudit 
travail. 

Des dépêches récentes portent (jue, par suite de l'épui- 
sement des fonds , il est également imj)Ossible d'accorder 
un subside supplémentaire pour la restauration de l'ancien 



— 539 — 

tabernacle sculpté de l'église ci(ï Buvrinnes (Hainaul) et de 
faire une nouvelle avance pour la restauration du romai*- 
quable jubé de l'église de Tessenderloo (Limbourg;. 

L'administration communale de Malines et le conseil de 
fabrique de l'église de Notre-Dame au delà de la Dyle désirent 
placer, contre les faces extérieures de ce monument, les sta- 
tions sculptées des Sept-Douleurs , qui , vers le commence- 
ment du xviii*' siècle, ont été érigées dans les rués voisines, 
aux frais des principales familles de la ville. Ces stations ne 
sont pas dénuées de mérite, et on ne pourrait les ))lacer 
convenablement ailleurs. La Commission pense qu'il peut 
être donné suite à ce projet, conçu dans le but de faciliter 
l'établissement de nouvelles voies de communication. Il 
est entendu néanmoins que l'église restera complètement 
intacte , c'est-à-dire qu'on ne fera pas d'entailles dans 
les murs et qu'on ne supprimera pas la moindre partie 
de la décoration architecturale. Le déplacement coûtera 
environ 1,500 francs, y compris quelques travaux de 
restauration. 

L'église de Neeroeteren (Limbourg) est un monument 
remarquable en faveur duquel l'État a déjà fait des sacrifices 
assez importants. La Commission prie M. le Ministre de 
l'Intérieur de donner une suite favorable au rapport du 
28 avril 1862 (voir page 327, l"' année du Bulletin), con- 
cernant la restauration des ouvrages de sculpture qui appar- 
tiennent à cet édifice. La somme de 17,233 francs, néces- 
saire à cet effet, est assez considérable ; mais on ne doit pas 
perdre de vue qu'il s'agit d'un grand nombre d'objets qui 
offrent le plus vif intérêt archéologique, et que, notamment, 
l'église de Léau est la seule, en Belgique, qui possède un 



— :i4() — 

rosaire ayant une certaine analogie avec celui de Neeroeteren. 
La dépense pourrait, du reste, être échelonnée sur dix ou 
douze années successives. 



Le Secrétaire de la Connnissio)i roijale des Monumeuta , 

Jules Dugmolle. 



Vu en conformité de l'article 25 du règlement. 



Le Yice-Présidcnl , 

Baron de Roisin. 



-■■OO^OO"»- 



COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS. 



RESUME DES PROCES-VERBAUX. 



SÉANCES 



des 5, G, 1-2, li, 17, 21 et 26 novembre 1863. 



ACTES OFFICIELS, AFFAIRES INTÉRIEURES, OBJETS DIVERS. 

M. le Ministre de l'Intérieur adresse pour la bibliothèque : 

1° Les premières livraisons du Dictionnaire historique 
des peintres de taules les écoles, par Ad. Siret ; 2*" édition ; 

2" L'ouvrage intitulé les Monuments de Liège recon- 
struits, agrandis ou restaurés, par J.-C. Delsaux ; 

5° La 5'' partie du Traité descriptif et raisonné des 
constructions hydrauliques, par E. Rofliaen. 

Ce haut fonctionnaire fait connaître que le sieur Van 
Duyfhuis, chef d'atelier attaché depuis huit ans aux travaux 
de restauration qui s'exécutent à l'église de Saint-Martin à 



— o42 — 

Alost, recevra prochainement la décoration de seconde 
classe, instituée par arrêté royal du 7 novembre 1847, que 
la Commission a demandée en sa faveur. 

M. le Ministre de l'Intérieur annonce qu'adoptant la pro- 
position du Collège, il met une somme de 350 francs à la 
disposition de MM. Coulon et Tarlier, membres correspon- 
dants, afin d'opérer des fouilles dans les ruines de l'abbaye 
de Villers. Quelques recherches faites déjà ont été couron- 
nées de succès et donnent lieu d'espérer que le travail qui 
va être entrepris aura des résultats favorables. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS RELIGIEUX. 

ÉGLISES, DÉPENDANCES, AMEUBLEMENTS. 

L'utilité de reconstruire le jubé de l'église de Berneau 
(Liège) est suffisamment démontrée. Devis : G6I francs. 

Le conseil de fabrique de l'église d'Emblehem (Anvers) 
soumet un projet de maître-autel et demande l'autorisation 
de vendre un tableau d'Abraham Van Diepenbeek qui décore 
l'ancien autel princij)al, aiin de pouvoir faire face à la dépense 
(7,000 francs). La Commission approuve ce dessin, à la con- 
dition que l'auteur modifiera quelques détails de la décora- 
lion, qui ne sont pas conformes aux traditions de la période 
ogivale. Quant au tableau de Van Diepenbeek, il serait utile, 
au préalable, de le faire examiner par MiM. les membres cor- 
respondants de la province d'Anvers. Dans tous les cas, 
l'aliénation d'une œuvre de mérite appartenant à un édifice 
du culte semble ne pouvoir être autorisée qu'en faveur 
d'une autre église ou d'un établissement public du pays. 

Le conseil de fabrique de l'église de Swevezeele (Flandre 



— 545 — 

occidentale) demande l'autorisation de renouveler douze 
anciennes fenêtres de cet édiiice. La Commission ne ))oiirra 
se prononcer sur le style h adopter que lorsqu'elle aura sous 
les yeux le croquis et une coupe de l'église. L'auteur est 
invité à se conformer dorénavant au^ 49 du règlement royal 
du 30 juin 1862. 

La Commission approuve les projets concernant : 

l" La construction d'une église à Maboge (Luxembourg). 
Devis : 17,847 francs. Cet édifice pourra contenir 200 per- 
sonnes. 

2" La reconstruction de l'église d'Ampsin (Liège), à 
charge d'y introduire les changements suivants : a, aug- 
menter la pente des toitures des bas-côtés ; b , modifier les 
pinacles du fronton simulé de la façade; c, renforcer la 
base de la tour ; d , remplacer le triforium simulé par un tri- 
forium véritable. Devis: 86,061 francs. 1,100 personnes. 

5° L'agrandissement de l'église de Calloo (Flandre orien- 
tale). Devis : 42,000 francs. 1,700 personnes. 

4° La restauration et l'agrandissement de l'église d'As- 
sche (Brabant), à la condition que l'architecte n'introduira 
aucune modification dans les parties primitives dumonument. 
Devis : 88,980 francs. 

Après avoir entendu le rapport des délégués qui ont visité 
l'église de la Ville-Basse, à Charleroi, la Commission décide 
que, le cas échéant, elle appuiera les propositions ayant pour 
objet : 1° de faire au jubé les modifications nécessaires pour 
comprendre dans la surface intérieure de l'église une partie 
de l'espace qui actuellement est compris dans le porche; 
2° la construction de deux nouvelles chapelles s'avançant 
sur les faces latérales du chœur et éclairées par des lanter- 



— 544 — 

uoaux ; 5" l'établissement d'une nouvelle sacristie et d'une 
salle pour le catéchisme. Ces divers travaux permettraient 
de placer "200 personnes de plus dans l'église. 

Le projet modifié, présenté par M. l'architecte Van Assche, 
pour la restauration de l'église de Vosselaere (Flandre 
orientale), est complètement satisfaisant, et la Commission 
se borne à demander que, dans l'intérêt de l'aspect intérieur 
de l'édifice, le système d'ancrage en fer, adopté pour la nef 
principale, soit également suivi dans les bas-côtés. 

Après avoir fait examiner l'église de Sichem ( Brabant) 
par des délégués , la Commission s'est mise d'accord avec 
M. l'architecte provincial Van Arenberg, au sujet des impor- 
tants travaux de restauration et de consolidation que cet 
édifice exige. Le projet dressé par cet architecte est par con- 
séquent approuvé. La dépense est évaluée à 78,795 francs. 
L'état du monument étant irès-fàcheux , cette somme n'est 
pas exagérée ;. elle pourra, d'ailleurs, être répartie sur 
plusieurs exercices. 

Les propositions faites pour la restauration et l'appro- 
priation de l'église d'Amay, en conformité du rapport du 
29 juillet 1862 (v. p. 557, 1" année), sont approuvées. Le 
devis s'élève à 5,911 francs et ne donne lieu à aucune 
objection. 

Des délégués ont inspecté récenmient les travaux en cours 
d'e.xécution à l'église primaire de Dinant. Comme les pre- 
miers fonds disponibles ont été consacrés à l'expropriation 
des constructions particulières qui existaient entre les con- 
tre-forts de la façade de cet édifice , on n'a pu conunencer 
les travaux de restauration (juau mois de février dernier. Le 
conlre-foi't de l'angle nord est entièrement renouvelé déjà, et 



— 545 - 

i'oii s'occupe en ce nioineiilde la l'econstnictioii duconlrc- 
Ibrt de l'aiigie iiord-oiicst. La pierre bleue qui est actuel- 
lement employée semble être de bonne qualité. C'est là, du 
reste, un point sur lequel on ne pourrait trop appeler l'at- 
tention, puisque l'état déplorable de la plupart des anciennes 
églises de la province de Namur provient de l'emploi de 
matériaux défectueux. La Commission pense qu'il importe 
de continuer, en j)remier lieu, la restauration do la tour 
et de la l'açade principale, et de placer sans retard les 
paratonnerres. La dépense des travaux s'élève , en ce 
moment, à environ 15,000 francs, dont 5,000 restent 
à payer. Le conseil de fabrique, se trouvant dans l'im- 
possibilité absolue de faire de nouvelles avances, se verra 
bientôt obligé de dissoudre l'atelier si le gouvernement 
ne vient à son aide. Comme l'église primaire de Dinant 
offre un intérêt incontestable sous le rapport de l'art 
et que la province de Namur possède peu de monuments 
de la même valeur, la Commission appuie la proposition 
faite par la députation permanente du conseil provincial 
d'allouer un subside de 6,355 francs sur le budget de l'État, 
exercice 1863. 

La Commission partage sous tous les ra))porls l'avis de 
M. l'ingénieur en chef, directeur des ponts et chaussées, 
(|uant à l'opportunité de restaurer sans retard les quatre 
tourelles supérieures de la tour de Saint-Bavon, à Gand , et 
désire, par conséquent, que les fonds nécessaires soient 
prochainement alloués par la province et par l'État. 

Le tableau des dépenses faites l'année dernière pour la 
restaution de la tour de l'église Notre-Dame, à Anvers, ne 
donne lieu à aucune observation. Le total de cet état 

3o 



— u^ — 

inonle à 51, 500 francs, ce qui porte à 78o,510 francs la 
somme dépensée dei)uis le commencement de l'entreprise. 
Des commissaires-inspecteurs ont constaté que l'entreprise 
marche régulièrement. La base de l'édifice dont on s'occupe 
aujourd'hui sera terminée vers la fin de l'année 1864. Quel- 
ques travaux supplémentaires nécessaires encore à la partie 
supérieure de la tour ne sont guère urgents. Le gouverne- 
ment pourra donc donner eu 18Go une autre destination 
à son subside annuel de 10,000 francs. Le conseil de 
fabrique s'occupe en ce moment des mesures préparatoires 
pour la restauration de la petite tour. Les baies qui existent 
au-dessus des deux portes latérales de la façade principale 
sont dépourvues de tout ornement. La Commission propose 
à M. le Ministre de la Justice de réclamer des propositions 
ayant pour objet d'établir des réseaux dans ces fenêtres. Ce 
projet devra être signé par l'architecte de la ville et par 
l'architecte de l'église. La restauration de la petite tour sera 
faite par les soins du conseil de fabrique ; on s'occupe en ce 
moment des mesures préparatoires. 

PRESBYTÈRES. 

La Commission propose d'autoriser : 

1" Les travaux d'appropriation (|u'cxige le presbytère 
de Tourpes(IIainaut). Devis : 2,931 francs. 

2" L'achèvement du presbytère de Bosl sous Ilougaerde 
(Brabant). Devis : 5,545 francs, 

7t" Divers travaux projetés au jjresbytère de Watermael 
(Brabant), à la condition qu'on modifiera If couronnement 



547 



de la façade de façon ;i c-araclériscr la doslinalion du btàti- 
inenl. Devis : 9,G9G francs. 

ÉDIFICES ET MONUMENTS CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS DE P.IENFAISANCE. 

Le déCaul de ressources financières n'a pas permis de don- 
ner suite jusqu'aujourd'hui au projet de construire un hos- 
pice-hôpitalà Hoogstraeten, province d'Anvers (voir p. 156, 
l""* année). La Commission n'a pas d'objections à formuler 
concernant le nouvel avant-projet qui lui est soumis, dans 
le but de restreindre la dépense à 40,000 francs. Toutefois 
elle engage l'auteur à éviter, autant que possible : 1" l'em- 
ploi d'ornements qui n'ofl'riraient que des garanties limitées 
de solidité et de durée; 2" les saillies qui seraient de nature 
à faciliter l'infiltration des eaux pluviales. 

Le projet d'établir à l'Iiospice-hôpital d'IIoboken un 
quartier destiné à 40 femmes est approuvé. Le devis 
s'élève à 12,286 francs. 

Les plans de l'hospice qu'il s'agit d'ériger à Fleurus 
(Hainaut) donnent lieu à diverses observations, notamment 
en ce qui concerne l'ordonnance intérieure. Ces observa- 
tions sont communifiuées à l'auteur. 

MAISONS COMMUNALES, BEFFROIS, HALLES, DONJONS, etc. 

Après avoir entendu le rapport des délégués qui ont fait 
une nouvelle visite des bâtiments du mont-de-piété, à Ma- 
tines, la Commission pense qu'il y a lieu de s'occuper immé- 
diatement de la restauration du rez-de-chaussée et de l'étage, 



— us — 

conformémoul au projet présenté par M. rarcliitecle pro- 
vincial. Elle appelle cependant l'attention de l'auteur sur les 
clefs d'ancres, qui ne sont pas en rappoit avec le style 
de l'édifice. Il sera nécessaire de faire une nouvelle étude du 
pignon vers le sud-ouest, ainsi que des lucarnes, attendu 
que les propositions actuelles ne semblent pas uniquement 
inspirées par les vestiges qui subsistent. Gomme les admi- 
nistrations locales ont exprimé l'intention d'ajourner la 
restauration de la tour jusqu'au moment où l'on s'occupera 
de rétablir la cour intérieure dans son état primitif, la Com- 
mission ne croit pas devoir insister pour que ce travail soit 
compris dans la première série de travaux. 

PEINTURE, SCULPTURE, CISELURE, TAPISSERIES, etc. 
OUVRAGES ANCIENS. 

M. le Ministre de l'Intérieur regrette que la situation du 
crédit affecté à la restauration d'anciens objets d'art ne 
permette pas de prendre, quant à présent , une décision au 
sujet de la part d'intervention du gouvernement dans la 
dépense à faire pour la restauration du grand rosaire 
antique de l'église de Neeroeteren. Cette intéressante affaire 
ne sera pas perdue de vue. 

Le Secrétaire de la Commission royale des Monuments, 

Jules Dugniolle. 
Vu en conformité de l'article 25 du règlement. 

Le Vice-Président , 

Baron de Roisix. 



LES OEUVRES DES ARTISTES BELGES 



A L ETRANGER. 



LETTRE 

à M. R. Chalon, président du Comité de rédaction des 
Commissions royales d'Art et d'Archéologie. 



ôl décembre 1863. 

Mon cher président , 

Le Bulletin de la Commission royale d'histoire doit publier 
la liste des manuscrits intéressant l'histoire de Belgique 
qui se trouvent dans les bibliothèques de Munich et de 
Vienne. 

Netes-vous pas d'avis qu'il ne serait i)as moins utile de 
faire connaître les œuvres d'art dus à des Belges, en d'autres 
termes, de signaler tout ce qui, au point de vue archéolo- 
gique, mérite particulièrement notre attention dans les 
édifices publics ou les musées des capitales de la Bavière 
et de l'Autriche? 



— 5m) — 

Je vais ossayer de remplir celte làciie, me bornant d'ail- 
leurs à l'olïice d'indicateur. 

Connaissez-vous un certain Camikio, qui fut à la fois 
peintre, sculpteur et architecte? Ce Candido, mon cher 
président, est un Belge. Il s'appelait, de son vrai nom, 
Pierre De Witte. C'était un Flamand de Bruges. Mais lorsqu'il 
se fut rendu en Italie, où il eut pour maître Vasari, lorsqu'il 
eut travaillé à Florence et à Rome, Pierre De Witte devint 
Candido. Appelé à Munich par l'électeur Maximilien I", il 
déploya une activité prodigieuse, Uancienne résidence, c'est- 
à-dire le palais électoral, fut commencée en 1600 et achevée 
en 1616, par Pierre Do Witte. On lui doit également les 
peintures et les sculptures de l'église Saint-Michel. Ce fut 
encore lui qui peignit Y Assomption, magnifique tableau du 
maitre-autel de l'église Notre-Dame. Cette église est le 
dôme ou cathédrale archiépiscopale. On y remarque princi- 
palement le tombeau de l'empereur Louis le Bavarois, tom- 
beau en marbre noir décoré de statues d'airain, représenta- 
tion monumentale, à la fois allégorique et historique, des 
fondateurs de la maison de Bavière. Pierre De Witte fut 
également le créateur, l'architecte de ce magnifique mau- 
solée. A lui encore est due la fameuse colonne de marbre 
rouge que Maximilien P' fit ériger, en 1658, au centre du 
vieux Munich, en commémoration de la victoire qu'il avait 
remportée près de Prague, en 1620, sur l'électeur palatin 
Frédéric V, chef des protestants. Cette colonne monumentale 
a été construite par Kœnig sur les dessins de Pierre De 
Witte. Elle porte le nom de colonne de Marie (Mariensaule), 
et elle doit cette dénomination à une statue en bronze de la 
Vierge qui couronne le faite. Aux quatre angles du j)ié(lestal 



— 551 — 

sont des génies armés (jiii combattent une vipère, un 
basilic , un lion et un dragon. Ce sont les symboles des 
fléaux puJ)lics, à savoir : la poste, la laniinc, la guerre et 
Vhérésie. 

N'oubliez point, mon cher président, qu(! nous sommes 
en Bavière et que nous avons devant les yeux le monument 
destiné à consacrer le souvenir d'une des plus grandes vic- 
toires qui aient été rem])ortées |)ar les armées catholiques 
durant la fameuse guerre de trente ans. 

Parmi les nombreuses statues qui décorent les places 
publiques de Munich, j'ai vainement cherché celle de Pierre 
De Witte. Aurai-je mal vu? Mais si cetle lacune existe 
réellement, elle est regrettable. Par contre, notre célèbre 
compatriote Roland de Lattre, qu'on appelle en Bavière 
Orlando di Lasso, n'a pas été oublié. Que dis-je! Widnmann 
lui a érigé une statue devant l'Odéon. Ce n'était pas assez : 
son image figure également, sur la place de la Promenade, 
entre les hisloi'iens, los l('gislatours et les artistes de la 
Bavière. 

Un autre Belge a été également honoré. C'est Jean T'Ser- 
claes de Tilly, généralissime des armées catholiques pen- 
dant la guerre de trente ans. Schwanthaler lui a érigé une 
statue dans ce noble porticjuc des maréchaux, d'où l'on peut 
contempler la fameuse porte de la Victoire , dédiée par le 
roi Louis P' aux armées bavaroises. 

C'est surtout à la Pinacothèque que la Belgique est glori- 
fiée. C'est là surtout qu'on peut admirer non-seulement dans 
leur succession chronologique, mais dans leur plus vif éclat, 
les œuvres des illustres maîtres de l'école flamande. Je 
devrais, mon cher président, vous adresser un gros livre si 



— o52 — 

_]c m'avisais de commencer la description de toutes les 
œuvres splendidcs dues à des Belges et qui sont réunies 
dans les salles de la Pinacothèque. Toute l'école flamande 
est là , depuis Van Eyck jusqu'à Philippe de Champagne. 
J'aurais beaucoup à dire sur Memling, sur Van Dyck, 
sur Jordaens , sur Teniers et sur tant d'autres; mais 
parlons plutôt de Rubens. Le plus glorieux chef de l'école 
flamande n'est point à Anvers; il est à Munich. Au centre 
de la Pinacothèque , la salle dite de Rubens renferme 
quarante-lmit tableaux de ce maître immortel. Permettez- 
moi de faire maintenant l'oflice de nomenclateur et d'ex- 
traire du catalogue l'indication des œuvres principales. Les 
voici : 

N"' 245. Grande chasse aux lions. — 249. Réconcilia- 
lion des Sabins avec les Romains. — 250. Damnation des 
pécheurs. — 251. Portrait de don Ferdinand, infant d'Es- 
pagne et frère du roi Philippe IV. — 253. Portrait de 
Philippe IV, roi d'Espagne. — 254. Son épouse, Elisabeth 
de Bourbon. — 255. Samson et Dalila. — 256. Portrait 
de l'artiste avec celui de sa première femme, Elisabeth 
Brant. — 258. Le Jugement dernier. — 200. Portrait 
d'Hélène Forman , seconde femme de Rubens. — 203. Des 
enfants portant une guirlande de fruits, — 265. Des bac- 
chantes se moquant de Silène ivre, soutenu pai' des satyres. 

— 266 Le Massacre des Innocents. — 274. Chasse au 
sanglier. (Les animaux sont peints j)ar Fr. Snyders.) — 
275. Portrait d'Hélène Forman, seconde femme de Rubens. 

— 277. Portrait d'un moine franciscain. — 279. La seconde 
femme de Rubens, tenant son /ils cadet déshabillé sur ses 
genoux. — 283. Don Ferdinand d'Espagne. — 287. Rultens 



— 555 — 

dans son jardin à Anvers, avec sa femme el son fils. — 
289. Les nymphes de Diane, endormies dans une forêt, sont, 
épiées par des faunes. — 291 . Enlèvement des deux sœurs 
Phœbé et Ililaïrc, par Castor et Pollux. 

Devant ces chefs-d'œuvre d'un génie incomparable pour 
sa puissance et sa fécondité, on est réellement en extase. 

Rubens vous transporte et vous enivre Tenez, mon cher 

président, pour que cet enthousiasme soit dignement et 
noblement caractérisé, je cède la plume à l'un des fondateurs 
de la Belgique indépendante. M. Ch. Rogier, après avoir 
visité la Pinacothèque, écrivait en 1844 : 

« Rubens, ô notre peintre, que tu nous as fait battre 
te cœur d'orgueil et de joie! Poète grand comme Homère, 
artiste incommensurable, du ciel où tu es retourné pour 
prendre place parmi les hommes d'élite que Dieu a envoyés 
sur la terre, jette un regard bienveillant sur la génération 
d'artistes qui grandit au soleil de la jeune et libre Belgique. 
Donne-lui l'ardeur qui entreprend, le courage qui achève, la 
pensée qui approfondit, l'imagination qui crée, l'inspiration 
qui vivifie. Peintres, sculpteurs, architectes, musiciens, sois 
leur guide à tous. Qu'ils grandissent en t'admiranl! qu'ils 
s'échauffent aux rayons de ton génie! qu'ils donnent à leur 
tour des jours de gloire h la pairie ! » 

De la Pinacothèque de Munich, passons dans l;i galerie 
d'Ambras, à Vienne. Il y a là un grand nombre d'objets (|ui 
doivent nous intéresser, nous et nos anciens frères du Nord. 
Dans mon rapport olïiciel sur les musées archéologiques de 
l'Allemagne, j'ai dû les signaler trop rapidement. Je vou- 
drais, mon cher président, comj)léter ces indications i)ar 
une liste plus détaillée. 



:i54 — 



PREMIÈRE SALLE (Hilslkammer). 

ARMURES COMPLÈTES. 

i-fi. L'empereur Maximilien I". 

7-8. Philippe V\ dit le Beau, arcliiduc d'Autriche, duc 
de Bourgogne, roi de Caslille. 

9-10. L'empereur Charles-Quint. 

H. Phihppc II, roi d'Espagne. 

15-14. Don Juan d'Autriche, né en 1546 à Ratisbonne, 
mort à Bouges, près de Namui*, en 1577. 

21-25. André d'Autriche, fils aine de l'archiduc Ferdi- 
nand de Tyrol et de Philippine Welser, né le 15 juin 1558 à 
Brzesnitz en Bohème, cardinal et évèque de Constance et de 
Brixen, gouverneur intérimaire des Pays-Bas, mort à Rome 
le 12 novembre IGOO. 



DEUXIÈME SALLE. 

ARMURES COMPLÈTES. 

55. Maurice, prince d'Orange, comte de Nassau, stathoudcr 
des Provinces-Unies, mort en 1625. 

59. Pierre -Ernest , comie et depuis 1594 prince de 
Mansfeldt , gouvcinciir du Lii.\i']iil)i»urg , de. , mort 
CM 1604. 



555 — 



TROISIÈiME SALLE. 

ARMURES COMPLÈTES. 

107. Philibert-Emmanuel, dit Tcte de fer, duc de Savoie, 
capitaine général des Pays-Bas, mort en 1580. 

109. Alexandre Farnèsc, capitaine général des Pays-Bas, 
mort en 1592. 

150. Ferdinand Alvarez de Tolède, duc d'Albe, mort à 
Lisbonne en 1582. 

132. Christophe Mondragon, mort en 1596. 

Cesarmures, dont quelques-unes sont des chefs-d'œuvre , 
méritent certainement notre attention. Je crois cependant 
que la série des portraits historiques n'est pas moins impor- 
tante. Aussi vais-je encore compléter, par une liste exacte, 
les indications trop sommaires de mon rapport. 
5. Philippe II, roi d'Espagne, 
fi. Don Juan d'Autriche. 

11 . Le cardinal André d'Autriche. 

22 et 24. Marie, duchesse de Bourgogne. 

23. L'empereur Maximilien. 

44. Philippe le Beau. 

47. Charles le Téméraire. (Robe noire sur laquelle brille 
le collier de la Toison d'or; longs cheveux noirs coupés en 
rond; grands yeux bleus ; pas de barbe ; ligure tranquille , 
dénotant même une grande douceur.) 

52. Charles-Quint à sept ans. 

53. L'empereur Maximilien. Au-dessous on lit : Max. 



— 556 — 

Ro. Rex. Amhrosius de pdis. Mlanen (mediolanensis) 
pinxit 1502. 

55. L'infante Isabelle, d'après Rubens. 

58. Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme, 

60. L'archiduc Albert. 

64. Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. 

65. Jean sans Peur. 

66. Jacqueline de Bavière. (Elle n'est pas jolie; on 
s'aperçoit qu'elle n'est plus dans la première jeunesse.) 

67. Philippe le Bon. (Robe noire avec cha})eron et la 
Toison d'or.) 

68. Maximilicn r"" à treize ans et Marie de Bourgogne à 
quatorze ans. 

70. Philippe le Beau. 

7\ . Jeanne, reine de Castillc. Au-dessous on lit : Madame 
Jehanne de Castille. (C'est le portrait d'une très-jolie femme 
avec de beaux cheveux noirs; mais les yeux paraissent déjà 
un peu hagards.) 

72. Charles-Quint. 

75. Charles -Quint et ses sœurs Eléonore et Isabelle 
enfants. 

80. Don Juan d'Autriche. (Pourpoint jaune sur l'armure; 
ccharpe rouge; manchettes brodées ; fraise ; cheveux châtains 
frisés ; mouslachc retroussée.) 

105. Alexandre Farnèse, duc de Parme. 

109. Ferdinand, duc d'Albe. 

118. Philippe II. 

125. Pierre-Ernest, comte de Mansfeldt. 

Indépendamment des poriraits exposés dans une salle 
accessible au public, la galerie d'Ambras possède une col- 



— o;)7 — 

leclion non moins précieuse. Celle-ci, plus .soigneusement 
gardée, se compose de plus de mille images de capitaines, 
ministres, savants, artistes, etc., du \\' et du xvi'^ siècle. Ces 
miniatures ont toutes la même dimension , cinq pouces de 
hauteur et quatre de largeur. J'ai noté les numéros suivants : 
328. Guillaume le Taciturne. 
505. Érasme, de Rotterdam. 
524. FransFloris. 

776. Nicolas Perronot, seigneur de Granvclle. 
776 bis. Antoine Perrenot de Granvelle, cardinal. 
794. Le comte d'Arenberg, décoré delà Toison d'or. 
Peut-être, mon cher président, ai-je été un peu trop 
sévère, dans mon rapport, à l'égard des tableaux qui figu- 
rent dans la galerie d'Ambras. Certes, toutes ces peintures 
ne sont pas des chefs-d'œuvre ; mais, à côté d'ébauches assez 
médiocres, il faut signaler quelques bons tableaux des écoles 
allemande, italienne et hollandaise. Les 03uvres les plus 
remarquables proviennent de la collection formée par l'ar- 
chiduc Ferdinand de Tyrol , créateur de la célèbre galerie 
d'Ambras. Je mentionne, comme curiosité, le n" 55, intitulé : 
Voyage en poste de l'archiduc Ferdinand vers Bruxelles, 
en 1559. — On voit la ville sur le dernier plan. 

J'espère, mon cher président, que ces indications ne seront 
pas indifférentes aux lecteurs du Bulletin. J'aurais pu les 
amplifier. Mais à quoi bon tant d'apparat ! Vous aimez trop 
la simplicité et la brièveté pour ne pas accueillir amicalement 
cette modeste épitre. 

Agréez, etc. 

Tir. J. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Pages. 

Commission royale des monuments. — Résumé des procès- 
verbaux des séances du mois de janvier .... 

Note concernant les acquisitions du Musée royal d'antiquités, 
d'armures et d'artillerie, en 18()2 :2" 

Musée royal d'antiquités , d'arnuires et d'artillerie. — Résume 
des procès-verbaux 55 

Loo , son église et sa tour, par M. P. Van de Putte . . 59 
L'art monumental belge apprécié par la critique archéologique 
d'outre - Rhin , par M. le Raron V. de Roisin. (Période 

romane. ) 49 

Liste des Sociétés savantes de l'élranger et du pays auxquelles 
le bulletin est envoyé d^i 

Commission royale des monuments. — Résumé des proiès- 
verbaux des séances du mois de février .... M 

Commission royale des monuments. — Résumé des pro(;ès- 
verbaux des séances du mois de mars 80 

Exploration de quelques tumulus de la Hesbaye, par M. ScFriER- 
MÂNS 9!) 

Arrêté royal accordanl une indemnité aux collaboi'atciirs du 
nulletin 2(19 

Commission royale des monumenis. — Résumé des procès-ver- 
biuix des séances du mois d'avril . . . . . "211 

Commission royale des moiuunents. — Résumé des procès-ver- 
baux des séances du mois de mai 227 

Commission royale des monumenis. — Résumé des |)rocès-ver- 
baux des séances du mois de juin ..... 2'(1 



— o60 — 

Pages. 

Commission royale des monuments. — Résumé des piocès-ver- 
baux des séances du mois de juillet 251 

Recherches concernant la date de la construction de l'église 
Notre-Dame, à Saint-Trond, par M. Ch. Piot . . . 273 

Le donjon de Sichem, par M. Ch. Piot 277 

Ancienne halle aux draps do Tournai, par M. Voisin, vicaire 
général à Tournai 280 

Note sur le même monument, par M. Jlsti.n Rulyenne, architecte 
à Tournai -289 

Quelques notes concernant des brodeurs belges du xv*^ siècle 
et du siècle suivant, par M. Ch. Piot 295 

Les Musées archéologiques d'Allemagne , par M. Th. Juste, 
conservateur du Musée royal d'antiquités d'armures et d'ar- 
lillerie 509 

Notice historique sur l'origine et les accroissements du Musée 
de Bruxelles, par M. Éd. Fétis 544 

Programme des peintures murales à exécuter dans la grande 
salle de l'hôtel de ville d'Anvers, par M. H. Leys . . . 444 

L'ancienne halle aux draps de Tournai ( aujourd'hui la Bourse 
de Tournai). — Lettre adressée, par M. B.-C. Du Mortier, 
à la Commission royale des monuments 402 

Commission royale des monunitens. — Résumé des procès-ver- 
baux des séances du mois d'août 466 

Rapport sur l'église Notre-Dame, à Deynze, par le Baron de 
Saint-Genois et J.-B. Bethune-d'Yderwau.e . . . . 485 

Commission royale des monuments. — Résumé des procès-ver- 
baux des séances du mois de septembre .... 491 

Quelques notes concernant David Teniers le jeune, Jacob 
Van Ruysdael et Nicolas Berghcm, par M. C. De Brou. . 508 

Questions et recherches proposées, au nom de la Commission royale 
des monuments, par M. le Baron de Roisin, vice-président . 525 

Questions mises à l'étude par la Commission administrative du 
Musée royal de peinture et de sculpture .... 525 

Questions mises à l'étude par la Commission directrice du Musée 
royal d'armures et d'antiquités .527 

Commission royale des monuments. — Résumé des procès-ver- 
baux des séances du mois d'octobre 529 



o61 



Commission royale des monuments. — Résumé des procès-ver- 
baux des séances du mois de novembre .... 

Les œuvres des artistes belges à l'étranger. — Lettre à 
M. R. Chalon, président du Comité de rédaction du Bullcliu des 
Commissions royales d'art et d'archéologie, par M. Th. Juste. 



Pages. 



;ii 



540 



PLANCHES. 

Chaire de vérité de l'église d'Alsemberg . 

Église de Loo. ... ... 

Fiole en forme de grappe de raisins trouvée dans les fouilles 
de Fresin 

Les tertres de Fresin (de dry Tommen) 
Tète ou partie supérieure du caveau découvert dans les fouilles 
de Fresin 

Objets trouvés dans les fouilles de Fresin. 

Buires en bronze trouvées dans les mêmes fouilles . 

Poteries trouvées à Fresin 

Ancienne halle aux draps de Tournai, vue de la façade 

Id. id. id. vue de la cour intérieure. 

Maison où est décédé David Teniers le jeune, en février 168.5 . 



cages. 



59 



a 



â 



99 
109w^ 

122""'^ 

126*-^ 

128-^ 

155.--^ 

280^^ 

289^, 

51 7 O^ 



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GETTY CENTER LINRARY 
3 3125 00666 1058