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Full text of "Comptes rendus des séances"

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ACADÉMIE 



DES 



INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 

ANNÉE 1877 



QUATRIEME SERIE 

TOME V 




ACADÉMIE 



DES 



INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



COMPTES RENDUS 



DES 



SEANCES DE L'ANNEE 187 7 



QUATRIEME SERIE 

TOME V 




PARIS 






IMPRIMERIE NATIONALE 



M DCCC LXXVIII 






\ 



^17 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTKES 

PENDANT L'ANNÉE 1877. 

COMPTES RENDUS DES SÉANCES. 
JANVIER-FÉVRIER-MABS. 

PRÉSIDENCE DE M. RAVAISSON. 



SEANCE DU VENDREDI O JANVIER. 

M. le Président donne lecture d'une lellre de M. Rossioiioi qui 
de'cline, poqr raison de santé, toute candidature à la place de 
vice-président. 

L'Académie procède à la nomination d'un président et d'un 
vice-président pour l'année 1877. 

M. Ravaisson, vice-président, est élu président. 

M. Laboulaye est élu vice-président. 

M. le Président sortant adresse ses remerciments à la Compa- 
gnie pour la bienveillance qu'elle lui a montrée pendant toute la 
durée de ses fonctions, et il exprime l'espérance que cette bien- 
veillance lui sera continuée au moment où il les quille. Il appelle 
au bureau M. Ravaisson, président, et M. Laboulaye, vice-prési- 
dent. 

M. Ravaisson, en prenant possession du fauteuil, remercie 
l'Académie de l'honneur qu'elle lui fait pour la seconde fois. Il 
espiîre que le même sentiment de bienveillance qui lui a valu ses 

V. 1 



sn(Tra[]('S le soutiondrn dans raccoinplissemeiil de sa làclic. Il 
propose à l'Académie de voter des remcrcîineiils à M. de Wailly 
([ui a toujours monlré tant do ronscioncc, d'imparlialilé et de 
haute raison dans la présidence de la Compajrnie. 

L'Académie répond à cette proposilion par un vole unanime. 

MM. Vas([uez-(Jueipo oÀ Fabrctli, élus n'cemment correspon- 
dants, écrivent à l'Académie pour lui adresser leur remerciments. 

L'Académie passe ensuite à la nomination de ses commissions 
annuelles, qui sont composées ainsi qu'il suit : 

Commission des tuavaux littéraires : MM. Naudet, Egjjcr, de 
Long|)éricr, Ad. Rejjnier, Maury, Henan, Hauréau et Thurol. 

Commission des Antiquités nationales : MM. de Saulcy, de Lonf;- 
périer, Maury, Dolislc, de Lasteyrie, Hauréau, Desnoyers, de 
Rozière. 

Commission des Ecoles d'Athènes et de Home : MM. Eggcr, de 
Longpérier, L. Renier, Miller, Waddinjrton, Thurot, Ileuzcy, 
Perrot. 

Commission administrative : MM. Garcin de Tassy et Jourdain. 

M. DE Longpérier présente, de la part de MM. Poole, pour le 
concours de numismatique, le second volume du Catalogue des 
monnaies des dynasties musulmanes conservées au Jîritish Muséum 
(Londres, 1876, in-8"). Ce volume contient la description, faite 
par M. Stanley Lane Poole, des monnaies d'Espagne, de celles 
des Samanides, des Ghàznévides, des Bouïdes, etc. Il est accom- 
pagné de 8 planches exécutées par le procédé de l'autotypie. 

Le Secrétaire perpétuel présente ensuite des mémoires et des 
ouvrages adressés à l'Académie pour les divers concours. Ces mé- 
moires cl ces ouvrages ajoulés à ceux présent(''s antérieurement 
donnent, pour le concours de 1877, la situation suivante : 

Antiquités nationales : vingt-neuf ouvrages dont un manus- 
crit. 

Prix du rudget : Histoire de la piraterie dans les pai/s méditerra- 
néens, etc., deux mémoires. 

Prix du rudoet : liccuciUir et expliquer pour la période comprise 
entre l avènement de Pépin le Bref, etc. , les inscriptions qui peuvent 
intéresseï' l'histoire de France, un uwmo'ivo. 



o 



Pri\ de numismatique (Allier de Hauleroche) : sept ouvrages, 
dont Irois du même aulciir. 

Prix Godert : six ouvrages. 

Prix Bordin : Discuter rauthenlicilé , déterminer la date et appré- 
cier la valeur des textes hapiographiques qui se rapportent à Thistoirr 
de la Gaule sous Clovis I"', deux me'moires. 

Prix Bordin : Faire Vhistoire des Ismaéliens et des mouvements 
sectaires qui s y rattachent dans le sein de ï islamisme, un mémoire. 

Prix Bordin : Recueillir les noms des dieux mentionnés dans les 
inscriptions hahiflonienncs et asstjriennes , etc., trois mémoires. 

Prix Bordin : Exposer Véconomie jwlitiqiie de VEgypie depuis la 
conquête de ce pays par les Romains, etc. Aucun mémoire n'a été 
déjjosé. 

Prix Brunet : Faire la bibliographie de celles des œuvres écrites 
au moyen âge en vers français ou provençaux , etc. , six ouvrages don! 
quatre manuscrits. 

Prix Stanislas .Tulien (au meilleur ouvrage relatit'à la Chine) : 



un ouvrage. 



SEANCE DU vendredi 19 JANVIER. 



Ms' rArchevèque de Paris écrit à M. le Président pour l'infor- 
mer que les prières publiques qui doivent être faites en vertu de 
larticle i" de la loi constitutionnelle diîi6 juillet 1876 auront 
lieu le dimanche, i/i janvier courant, à la métropole, à midi el 
demi précis, et que , selon l'usage, des places seront réservées pour 
MM. les Membres de l'Académie des inscriptions et belles-lettres 
qui se proposent d'assister à cette céi'émonie. 

MM. Dorn, Mussalia, Poole et Ailiner, récemment élus corres- 
pondants, écrivent à l'Académie pour lui adresser leurs remer- 
cîments. 

M. Gaston Paris fait, au nom de la Commission du prix Gobert, 
le rapport suivant : 

La Commission a ionu sa première séance aujourd'hui 12 jan- 
vier. Elle s'est constituée en nommant pour son président M. .lour- 
dain, et pour son secrétaire M. Gaston Paris, et elle a procédé au 



/l 



récolomcnl des oiivra[res envoyés au concours. Ces ouvra(;t's sont 
les suivants : 

Histoire des (roubles religieux de Valenciennes , par M. Paillard. 
I. IV (Paris, i87G,in-8°). 

Les Parias de France el d'Espafjue (cagnis ri bohémiens), par 
M. de Rochas (Pai'is, 1S7G, in-8"). 

Dictionnaire Ustori<iue, géographifjue et biograpliique de Maine-et- 
Loire, par \l. Céleslin Port (Paris-Anjrers, 1876, 9 vol. in-8°). 

L'Amiral Du Casse fi0â6-iji5), par le baron II. Du Casse 
(Paris, 187G, in-8°). 

Histoire des protestants du Danpkiné aux .m', avii" et xviif siècles . 
par M. Arnaud (Paris, 1875, h vol. in-8''). 

Etudes historiques sur ta province de Languedoc (]6/jS-i'J()o) , 
par M. Hoschach (Toulouse, 187G, in-/i°). 

La Commission fera connaître ultérieurement ses propositions. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance redevient publique. 

Il est procédé au scrutin pour la nominalion des Commissions 
de prix. 

Ces Commissions sont ainsi composées : 

Prix du budget : 1" Histoire de la piraterie dans les pai/s méditer- 

~ranéens, etc. MM. Naudet, Egger, E. Ilenier, Duruy. — 9" Uccueillir 

et e.rpli(pier pour la période comprise entre l'avènement de Pépvt Ir 

Bref, etc. , les inscriptions qui peuvent intéresser llmtoirc de France. 

MM. Delislc, llauréau. Le Riant el Deloclie. 

Prix di; numismatique: MM. de Saulcy, de Lon<rpérier. Wadding- 
lon, Cb. Robert. 

Prix Rordin : r Discuter f autheuticité , déterminer la date et appré 
cier la valeur des textes hagiographiques qui se rapportent à Hnstoire 
de la Gaxde sous Clovis /'^ MM. Delisle, llauréau. Desnoyers, De- 
locbe. — 9." Faire lliistoirc des Ismaéliens et des mouvements sectaires 
qui s y rattachent, etc. MM. Renan, (l<> Slane, DelVémery, Pavcl (b- 
Courteille. — 3" llecueillir les noms des dieux mentionnés dans les 
inscriptions balnfloniennes , etc. MM. (b' Saulcy, de Lon<;p<'rier. lienan . 
Derenboiir,';. 

]'hix Rri nkt : Fdirr la bibliographie de celles des a'uvres érriles au 



moijen âge en vers français ou provençaux , etc. MM. P. Paris, Maury, 
Thurot, Gaston Paris. 

Prix Stanislas Julien (au meilleur ouvrage relatif à la Chine). 
MM. Fiegnier, Pienan, Maury, Pavet de CourteiHe. 



SEANCE DU VENDREDI 1 () JANVIER. 

M. Ch. ïissot écrit à rAcade'inie pour la remercier de sa nomi- 
nation de correspondant. 

M. d'Abbadie, membre de l'Académie des sciences, lit une note 
sur Y inscription copiée dans Aksum par Rûppell, sous le n" i^. 

M. DE Saulcy lit une note sur ïoge des grands monuments d'Hé- 
liopolis (Baalbek) -. 

M. Ch. NiSARD continue la lecture de sa notice sur Paciaudi, 
associé de l'Académie des inscriptions et correspondant de Caylus. 



SÉANCE DU VENDREDI 26 JANVIER. 

Le Secrétaire perpétuel lit son rapport semestriel sur Vétat des 
travaux de publications de V Académie^. Ce rapport sera imprimé et 
distribué. 

M. Ch. NiSARD continue la lecture de sa notice sur Paciaudi, 
associé de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et corres- 
pondant de Caylus. 

A propos de cette lecture, M. Egger fait observer à M. Nisard 
que l'on n'est pas aujourd'hui dans une ignorance aussi complète 
qu'il le parait croire sur la vraie forme des galères antiques. Il y 
a à l'École des beaux-arts le moulage d'un bas-ielief retrouvé dans 
l'Acropole d'Athènes et qui présente de profil une galère avec ses 
trois rangs de rames. 11 y a là une démonstration authentique de 
la disposition des rames, et déjà les recherches de M. Jal auto- 
risaient à dire que nos connaissances en cette matière sont aujour- 
d'hui plus avancées qu'au temps de Paciaudi. 

' Voir aux Communicaïions, ii"I. 

' Voir aux (]0MML.MCATI0NS, n" IL 

' Voir l'Appendice. 



— G — 

M. Clcrinont-Ganni'au coniiminique mio noie addiliomicHc à 
sou niéiiioire sur IJorus et saint Georges. .... . 

M. de Mas Latrie commence la lecture d'un travail sur Guil- 
laume de Macliault, poêle et musicien célèbre du xiv" siècle. 



SEANCE DU VENDREDI 3 t'EVRIEU. 

M. ie Ministre de 1 instruction publique e'crit au Secrétaire per- 
pétuel pour l'informer que, par arrêté en date du 26 janvier 1877, 
pris conl'orniément aux propositions du Conseil de perlection- 
nement de l'École des chartes, il a nonnné archivistes paléo- 
graphes, dans l'ordre de mérite suivant, les élèves . désignés 
ci-après : 

MM. Martel (Félix-Louis), Prudhomme (Marie-Antoine), Dela- 
borde (Marie-Henri-François), Neuville (Jean-BapListe-Didier- 
Jules), Dufourniantelle (Charles-Marie), Delahaye (Jules-Augus- 
lin), Chilhaud-Duraaine (Alfred), André (Francisque-Louis), 
Brochnrdde la Rochebrochard (Louis-llenri-Marie), de Bonnaull 
d'iïouet (l\larie-Louis-Xavier). 

Par une autre lettre en date du 3o janvier, M. le Ministre fait 
connaître au Secrétaire perpétuel que M. Cestre, conducteur des 
ponts et chaussées en retraite, sollicite la communication de 
vin{jt-huit jiièces qu'il a adressées à l'Académie pour le concours 
des Antifpiités de 1875. 

L'Académie procède à la nomination de la Commission d im- 
pression qui doit être renouvelée i)ar suite de la publication des 
tomes XXVll et XKVIll de ses Mémoires. MM. JN'audet, Egger, Ad. 
Begni(!J', Miller et Thurot sont élus. 

M. E. Desjaruins lit, au nom de M. Uobert Mowat, une commu- 
nication sur une inscriylion de Brilniinicus dans la cilé des Tîirons; 
il y joint (|uelques observations que M. L. Henier, absent, Ta 
chargé de présenter à sa placée 

M. Paul Viollet, archiviste aux Archives nationales, chargé par 
la Société de riiistoirc de France d'une (•(!!! ion des Elablissemenls 

' Voir aux ^,ollUll^l^,A•rlo^s, n' Kl. 



de saini Louis, communique à l'Académie quelques-unes des 

obsc 

lion. 



observations destinées à figurer dans finlioduclion de cette édi 



SEANCK DU VENDREDI 9 FEVRIER. 

M. le IVlinistre de Tinstruction publique adresse à l'Académie, 
de la part de M. Costa, de Constantine, six estampages d'inscrip- 
tions puniques. 

Renvoi à la (lommission des inscriptions sémitiques. 

Une lettre autographiée fait part de la création d'un club scien- 
tifique à Vienne (Autriche), sous la présidence de S. Exe. le D' 
Rilter von Schmej^iing. 

M. de Mas Latrie achève sa lecture sur Guillaume de MachauU, 
poëte et. musicien célèbre du âiv" siècle '. 

M. le D"" Briau, bibliothécaire de l'Ai'adémie de médecine, 
commence la lecture d'une note sur la médeciiw. officielle à Rome. 

M. Heuzey commence la communication de ses nouvelles 
recherches sur les terres cuites greeqties. 



SÉANCE DU VENDREDI 16 FÉVRIEH. 

M. Cil. NisARD achève la lecture de sa notice sur Pacimidi, 
associé de l'Académie des inscriptions et jjelles-lettres et corres- 
pondant de Cayius-. 

M. IIeuzey achève la communication de ses nouvelles recher- 
ches sur les terres cuites grecques^. 

M. DE Saulcy communique une note suggérée par un passage 
du Paris-Guide (1867), passage reproduit dans une brochure de 
M. Mourat, intitulée : La hutte des Moidim, sa naissance, sa vie et 
sa mort. 

' Voir k' résiinit' aux Commumcaïion?, n° IV. . 

^ "Voif aux C0MMIN1CAT10N.S, 11" V. 

■^ Voir IcrÔPiiiTié aux CiOmmunicatioins, n" VI. 



— 8 



sÉAiNcii DU vkm)hi:di 23 rÉviuicu. 



M. lo Ministre de riuslrucliou [mblique adresse à I Académie 
une lettre dans laquelle M. Albert Duinoiit rend cojiiptc des Ira- 
vaux de l'Ecole l'rançaise d'Athènes, depuis le début de l'année 
classique 1876-1877. Le Secrétaire perpétuel donne lecture de 
celte lettre à l'Académie. 

M. Marcel Devic adresse à l'Institut, ])Our le concours Volney 
de cette année , un Dictionnaire éUjmolofifique des mois français d'o- 
rigine orientale. 

M. Au(j. André adresse à l'Académie, comme supplément à 
l'ouvrage qu'il a envoyé pour le concours des Antiquités nationales, 
un volume intitulé : Etude sur le serment judiciaire et le serment 
promissoire suivant ï ancien droit coulumier de la province de Bretagne 
(Rennes, 1877, in-S"). 

M. DuRUY continue la lecture de son mémoire sur Seplime 
Sévère. Cette lecture provoque plusieurs observations de la part de 
MM. Egger, Ravaisson et Naudet. 

M. le D' Briau continue lalecture de son mémoire sur la mé- 
decine officielle à Borne. 

M. Victor Guérin donne lecture d'un mémoire relatif à Vem- 
placement et aux ruines de Jotapata, ville de Palestine^. 

M. Eu'j. llévillout prie rAcadémie d'accepter un pli cacheté 
pour le joindre à celui qu'il a déjà tléposé. Ce pli sera enregistré 
au secrétariat. 



SÉANCK ne VKINDREDI 9 MARS. 



M. Gefl'roy, directeur de l'École française de Rome, éciit à 
l'Académie pour l'informer que deux nouvelles sociétés viennent 
de se former à Rome pour l'étude de l'histoire et [)our celle de 
l'archéologie chrétienne. «L'une, dit-il, intitulée : Socielà romana 
di sloria patria , se piopose de puhliin- el de comincnler les docu- 



' Voir aux ToMMiMCATinNS, n" Vil. 



meals iii<kliis couceniaiit riiisloiio du la ville cl du lenitoire de 
Borne, pailiculièromeut au moyeu âge. Ses [lublicalious seront 
trinieslrielles. Le premier fascicule comprendra une étude sur les 
sources de Tliistoire de Rome au moyen âge, un travail sur les 
murs et les portes de la ville, etc. L'autre société est la Socielà di 
amatori délia cristiana archeologia. Ses travaux seront publiés, provi- 
soirement au moins, dans le bulletin trimestriel de M. de Uossi. 'i 

M. Frédéric Godefroy fait connaître, par une lettre adressée au 
Secrétaire perpétuel , que, par décret daté du 97 février M. le Mi- 
nistre de rinstruction publique, tenant compte de la recomman- 
dation de l'Académie des inscriptions, a décidé qu'une allocation 
de i5o,ooo francs, par annuités de i5,ooo francs, serait accor- 
dée à l'éditeur Vieweg pour la publication du Trésor de Vanciennc 
langue française dont M. Godefroy est l'auteur. M. Godefroy remer- 
cie l'Académie du bienveillant intérêt qu'elle a porté à son œuvre 
et demande comme faveur d'agréer le legs qu'il désirerait lui 
faire, après sa mort, de tous ses manuscrits lexicographiques 
relatifs à la langue moderne. 

M. DuRUY continue la lecture, commencée en 1876, de sou 
mémoire sur SejJtime Sévère. 

M. le D' Briau achève la lecture de son mémoire sur la mé- 
decine officielle à Rome ^ . 

M. Paul Viollet continue sa lecture sur les Elablissements de 
sainl Louis. 



SEANCE DU VENDREDI () MARS. 

Une circulaire du directeur du Congrès scientifique de France 
et une carte de délégué au prochain congrès sont adressées à 
M. le Président. 

M. DE WiTTE fait une communication qui a pour objet l'expli- 
cation d'un médaillon de lerre cuite sur lequel est représenté le 
Génie de la ville de Lyon-. 



^ Voir le résumé aux Communications, u' \ lli. 
' Voir aux CoMMUMCATiONS, n" IX. 



— 10 — 

M. E. DiîsjABDiNs coiniuunique uno note sur lexistetice dans le 
midi des (iaules d'une popnlntion apparlmanl à la race des Ambrons^. 

M. HwAissoN présuntc l'o8tain[iiifi[e d'un has-rcliel" l'unérairc 
nk'cnimciit acquis par le Musée du Lou\re. Le nioiminonl repré- 
sente un cavalier devant lequel sont debout deux personnafres : 
l'un est un enfant, l'autre un homme qui a la main levée en sijjne 
d'adoration. Le cavalier tient de la main droite les renés du 
cheval, et de la main gauche une palère. Le cheval s'enlève de 
terre, dans un mouvement plein de fougue et de naturel, affec- 
tionné par les artistes grecs. L'animal, dont la queue balavc le 
sol, est placé sur une éminence; derrière lui se driesse le tronc 
d'un arbre aux rameaux coupés et dénudés. Dans le fond s'élève 
un autel sur lequel est allumé le feu du sacrifice. A coté du feu 
est déposé un fruit, probablement une pomme. 

M. Havaisson fait remarquer que ce monument vient à l'appui 
de l'opinion émise par lui dans son mémoire sur le monu- 
ment de Myrrhine, opinion qui consiste à dire que les stèles où 
l'on voit un cavalier représentent toujours, comme toutes les 
autres, le défunt élevé à ia condition divine ou héroïque, c'est-à- 
dire demi-divine, et dans l'Elysée. 

M. Paul Viollet continue sa lecture sur les Elablissemrnls de 
saint Louis. 



SÉANCE DU VENDREDI 1 IilAUS. 

M. (iellVoy, directeur de l'Ecole française de Home, adresse à 
M. le Président un dessin au crayon re[)résentant un bas-relief 
de ia villa Ludoyisi que M. Ravaisson lui avait demandé à l'appui 
de considérations sur certaines représentations antiques exposées 
par ce dernier devant l'Académie. M. GelTroy ajoute (jue ^1. Fer- 
nique, membre de l'Ecole, sera très-prochainement en mesure 
rje soumetirc à l'Académie les pholo,grapliies dun grand nombre 
d'objets inédits de l'antique Préneste. 

M. lÎAVAissoiN dil (pi<> le dessin du bas-relief ne sullirait pas 

' \(i|r aux (ioMMI'NICATIONS. n" X , 5 i 



fj 



— 11 — 

pour résoudre la question dont il s'agit, et qu'il serait de'siiaWe 
qu'on en pût avoir un moulage. 

Le Secrétaire perpétuel donne communication de la liste des 
me'moires lus pendant le dernier semestre, à l'effet de choisir un 
lecteur pour la prochaine séance trimestrielle. 

L'Académie désigne M. Duruy pour lire sa notice sur Sepliinc 
Sévère. 

M. E. Desjardins communique des observations relatives aux 
traces que les Phéniciens ont laissées de leur passage dans le midi des 
Gaules^. 

M. François Lenormant dépose sur le bureau de l'Académie le 
moulage d'une stèle araméeune du musée égyptien du Vatican, 
moulage destiné à la Commission des inscriptions sémitiques. 

M. DE Saulcy lit un mémoire sur les deux questions suivantes : 
i" Y a-t-il eu des rois de France faux monnayeurs? 2° Quels sont, 
dans notre histoire, les personnages qui ont mérité le nom de faux 
ijeursl 



monnojieurs? 



SÉANCE Di; VENDREDI 2 3 MARS. 

M. le Ministre de l'instruction publique adresse en communica- 
tion à l'Académie un rapport de M. Albert Duinont sur des dé- 
couvertes faites à Mycènes par M. Schliemann. M. le Ministre 
demande que ce travail lui soit renvoyé dès que la Compagnie en 
aura pris connaissance. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture du rapport de M. Albert 
Dumont. 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse à 
l'Académie dix photographies d'objets provenant de l'antique 
Préneste et conservés dans la bibliothèque du prince Barberini, 
ainsi qu'une note de M. Fcrnique sur les personnages que ces 
photogra])hies représentent. A cet envoi sont joints deux numéi'os 
du journal il Popolo romano contenant des lettres non signées, 
mais dont l'auteur est un professeur de l'Université loniaine orien- 

' Vdil aux CoM.VlHiVICATIOH.S, 11" X,S1I. 



— 12 — 

lalisU;; cos lettres contestent raullienticilé des découvertes faites 
à Palcslrina. 

M. (îeil'roy adresse en même temps les Comptes rendus de l'ad- 
ministralion des fouilles pour les mois d'oclolire, novembre el dé- 
cembre 187G. 

M. DE Saulcy continue la lcctur(! de son mémoire sur les deux 
questions suivantes: 1° ïa-t-ileii des roisde France faux inonnaijcurs? 
2° Quels sont, dans notre histoire, les personna[fes qui ont mérité le 
nom de faux monnayeurs? 

M. Egger donne lecture d'une note sur quelques fraffments iné- 
dits de hjrique grecque^. 

M. Paul Viollet achève la lecture de sa communication sur les 
Etablissements de saint Louis '^. 



SÉANCE DU MERCREDI 28 MARS. 
(Séance avancée à cause du vendredi saint.) 

M. le Ministre de Tinstruction publique adresse à TAcadémie 
une lettre de M. Albert Dumont, directeur de l'Ecole d'Athènes, 
sur les Touilles du versant méridional de l'Acropole, et un plan de 
ces rouilles dressé, à la demande de M. Albert Dumont, par 
M. Lambert, architecte, pensionnaire de l'Académie de France à 
Rome. 

En remerciant M. Albert Dumont de cet envoi, le Secrétaire 
perpétuel lui demandera si Ton ne peut avoir une photojjrapliie 
des monuments mis à découvert par les fouilles. 

Le Secrétaire perpétuel donne bîclure d'une lettre par laquelle 
M. François Lenormanl répond à <|uelques points des articles 
insérés dans le journal // Popolo roniano contre l'aulhenticité des 
découvertes archéologiques faites en 1876 à Palcstrina. 

M. Foucart commence la lecture d'un mémoire sur les colonies 
athéniennes au v" el au iv' siècle avant F ère chrétienne. 

M. Pkrrot demande, à ce sujet, s'il y a trace de ventes des 
terres données aux clérouciucs. 

' Voir aux Cohuunicatioins, n" XI. 
' Voir aux Communications, n" XII 



— 13 — 

M. Naudrt demande s'il y a traces de transmission des clé- 
roiiquies par disposition leslamenlaire. 

M. Foucarl dit qu'il n'en a trouve' aucune trace. 

M. Bréal cite un exemple relatif à la Locride. 

M. Foucart dit que chaque re'publique avait ses usages, et il 
s'est refuse' à tirer des conclusions des coutumes d'une antre co- 
lonie pour en faire application à l'Attique. 

M. le Président approuve cette sage re'serve et montre combien 
le même mot peut représenter des idées différentes dans le droit 
des différents pays. 



l/« — 



COMMUNICATIONS. 



N" I. 

SUR L'INSCIUPTION h" I DE nÏJPPELL. 
PAR M. ANTOINE iJ'AP.BADIE. 

Lps deux inscriplions copiées à Aksuin par Rùppcll ont été 
reproduites dans l'atlas de son voyage', avec l'indication, en 
lettres pointées, d'un petit nombre de caractères douteux. La 
première de ces inscriptions a été traduite en allemand par 
ce voyageur, à la page 280 du second volume de sa relation, 
d'après un pèlerin indigène qu'il rencontra au Caire. La page 
suivante offre l'interprétation faite en Europe par M. Rodiger, 
avec plusieurs rectifications heureuses, mais en conservant 
une erreur grave dans la septième ligne. Plus tard cette tra- 
duction a été améliorée par M. Dillmann. Si nous revenons 
sur ces travaux, c'est dans la persuasion qu'une copie indépen- 
dante peut offrir quidque intérêt à l'Académie au moment où 
elle va publier un grand recueil d'inscriptions sémitiques. 

Quand je quittai la France, en i838, le procédé si exact 
de l'estampage m'était inconnu. Après avoir fait alors une 
première copie, je m'adjoignis, en 18/12. des copistes indi- 
f^ènes avec lesquels je discutai la valeur de chaque lettre, sans 
me préoccuper du sens. Je m'attachai cette fois à reproduire 
les formes archaïques des lettres. Frappé de surprise par une 
interpolation évidente et craignant d'être la victime d'une illu- 
sion, je lis une Iroisième copie cinq ans plus tard, avec h' 
secours d'un professeur éthiopien qui, discutant mot à mot 

> liF'mrw Ahyxsmirn. von D' Ediiarrl Buppoll. Frnnkfiirl am Main. t8'io. 



— 15 — 

avec moi, examinait d'abord les caractères et ensuite le sens 
probable. 

Avant de proposer ma traduction , il est bon de reproduire 
ici mon commentaire, écrit dans Aksum, sur les incertitudes 
que j'éprouvais en copiant. Soit pour se conformer au goût de 
ces temps reculés, soit peut-être pour faciliter le travail du 
sculpteur, les caractères sont anguleux là où ils sont arrondis 
aujourd'hui. Ainsi la pierre donne*: 

V pour (D 

Y ou T — - e 
y — ^ 

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^ 4» 

^ «B 

Les Ethiopiens appellent /eî«///fs les signes accolés aux con- 
sonnes pour en désigner les voyelles. Par extension nous ap- 
pelons pétioles Jes traits plus fins qui joignent ces signes au 
corps du caractère. Excepté pour la voyelle c. la pierre ne 
présente que des pétioles sans feuilles et donne, par exemple, 
sz pour *B. Elle n'a pas de ces lettres où la voyelle o est indi- 
quée par une boucle fermée, mais nous savons, par les plus 
anciens manuscrits, que ces boucles étaient primitivement dé- 
pourvues de pétioles. 

Au lieu des deux points employés aujourd'hui, les quatre 
inscriptions trouvées dans Aksum ont encore le trait vertical 
des Sabéens pour séparer les mots. Les signes de ponctuation 
manquent : on peut donc croire qu'on n'avait pas encore inventé 
ces signaux ingénieux qui ajoutent tant de clarté au sens en 
délimitant nettement chaque phrase. 

On remarquera que les particules (DU. rt de, confondues 
aujourd'hui avec le mot (pi'elies régissent, étaient trailées, dans 



— IG — 

celle inscrij)lion , comme lormunl un mol .sé|)aré. et (jue les 
rliiiïres ne sont pas inscrils dans les demi-cadres (|ui auront 
élé introduils plus lard pour les mettre en relief. 

Ligne 1. — Le haut de la pierre est coupé à quatre ou cinq 
millimètres au-dessus de la première ligne. L'angle à gauche 
est ébréché; les trois premières lettres sont peu visibles et il 
V a H au lieu de H. que le sens paraît exiger. Le pétiole du /t 
dans le second mot n'est qu'une faible bosse. 

Ligne 2. — On distingue A»"?, mais le «h initial n été en- 
levé; je l'avais copié en i83(S. L'avant-dernière lettre de celle 
ligne esl"^, sans qu'on puisse bien affirmer l'existence du trait 
inférieur à droite. Le dernier caractère C est très-peu visible. 

Ligne 8. — Les deux premières lettres fl»H ont élé enle- 
vées. Le fl de Mh porte la (juatrième voyelle. Il n'y a pas de 
place pour une lettre après 4 A. 

Ligne h. — Le mot que je lis 'QP n un fl pourvu de deux 
pétioles, de sorte qu'en supprimant l'un d'entre eux on pour- 
rait lire bl ou hu. Le pétiole qui indiquerait un u est plus long 
et plus large, mais moins net que celui que je préfère et (jui 
donne ï. La dernière lettre semble être A et non ft. 

Ligne o. — La première lettre visible est A ou plutôt A. 

Ligne G. — Le premier caractère est effacé. Le «fl de O-Ah- 
a une forme insolite, son premier jambage étant plus court et 
terminé par un rond : S]. La dernière lettre de ce mot est bien 
certainement un h». Le % de Sl<Jîi est bien net et visible; nous 
ne voyons pas moyen de le lire autrement. Nous lisons tous 
1 et non *b dans le mot suivant. Le dernier caractère de celle 
ligne ne peut être qu'un h à. - 

Ligne 7. — Aujourd'hui le commencement de celle ligne 
est complètement effacé, il n'y a là de place que pour deux 
lettres, à moins qu'on ne les ait faites lieaucoup plus petites 
que toutes les autres, ce qui n'est pas présumable. 1, le |)re- 
mier caractère visible, r(dui du A.Ai'i prétendu , est exacte- 



— 17 — 
ment au-dessous du C de la ligne G, et les deux traits verti- 
caux qui viennent, comme séparations de mots, à la suite do 
ces deux lettres C et *> sont dans un même plan perpendicu- 
laire à la surface de la pierre. J'en conclus qu'il ne manque 
qu'une seule lettre au commencement de la septième ligne. Le 
A. de 'P'tA. est évidemment affecté de la sixième voyelle éthio- 
pienne. La dernière lettre de cette ligne ne peut être qu'un 
R, ou -^j et nullement un ^, car les traits horizontaux du ^ 
sont beaucoup trop bas, surtout quand on compare cette lettre 
au ^ de la ligne 6. 

Ligne 8. — Au commencement il n'y a pas de place pour 
un ao. On croit y voir un 7 , peut-être un "î, qui conviendrait 
mieux au sens. Le troisième mot est terminé par un X dont 
le jambage à droite est plus court que celui de gauche. Ce 
caractère se lira ^ on plutôt I^. L'avant-dernière lettre de cette 
ligne est un 4» et non un (D. 

Ligne 9. — La deuxième lettre i ne saurait être Ç. Le der- 
nier mot entier est fl»<hH et non aoàuU. Le Ji est écrit ifi- 
Comme dans les trois lignes suivantes, il faut lire C et non <J. 

Ligne 10. — On lit-^hl plutôt que Riï'i. Bien que le co- 
piste qui m'accompagnait prétendît voir un R à la fin de cette 
Hgne, je lis <DAA<. C'est le plus grand dissentiment entre lui 
et moi dans tout ce travail. Le professeur lisait A-. 

Ligue 11. — Bien Cjue le "l soit adopté par M. Dillmann, 

d'après la plupart des copistes et l'analogie du ^«>si^ arabe, 
et qu'en outre cette aspiration me semble encore usitée dans 
ce mot vulgaire de la langue tïgrïnna, qui est étroitement 
alliée à l'idiome gfïz, on a peine à identifier "^ avec »l parce 
que le même caractère semble être employé dans la ligne 8, 
où il paraît indiquer un U«, régime pronominal exprimé tou- 
jours, du moins aujourd'hui , par le premier h du syllabaire 
éthiopien. "^ du mot précédent a deux pétioles, l'un qui en 
ferait un ivri . l'aiiirc, plus probablf^, qui devrait êlre lu ivL 



— 18 — 

La dernière lettre de cette ligne est un o», (jiie nous avons 
tous été portés à lire ao* afin d'arriver à un sens probable. 

Ligne 12. — La première lettre de cette ligne est un ^ 
très-faible. La première lettre du deuxième mot peut être lue 
'A ou 'Lf. Ce mot est terminé par un Y ^iv^c un trait incliné sur 
la corne droite du caractère. Le h, n, est très-clair et ne 
saurait être tù. 

Ligne i3. — Nous lisons (D* pour '^ et ?» pour y dans 
l'avant-dernier mot. L'avant-dernière lettre de cette ligne est 
un V à base arrondie. On remarquera que le caractère qui le 
précède est un ao et non un "? tel qu'on semble le pré- 
férer aujourd'hui. 

Ligne 1/1. — La première lettre est un ïi ou un 11 très- 
faible; le sens exige un ff. 

Ligne 16. — Les deux premières lettres sont effacées. Il 
est difficile d'aflirmer que le trait vertical qui suit 9"ftA soit un 
trait de séparation, car il porte une bosse à gauche en haut. 
La lettre suivante ressemble plutôt à un li ou 11, mais ses deux 
jambages sont très-frustes. 

Ligne 17. — A la fin il y a place pour trois lettres. 

Ligne 18. — Le deuxième mot pourrait se lire 2fr, mais 
le signe 'p' du milieu empiète sur le premier caractère, et le 
£ ou chiffre 100 de la même ligne est fait autrement. Le ca- 
ractère suivant paraît être un ïi, comme chez Rûppell; il fau- 
drait lire £ si ce sont des chiffres, comme on est autorisé à le 
supposer. Le h possible de M est plutôt un h ; au-devant on 
lit un V mi-effacé. Le dernier caractère de cette ligne m'a 
paru être un g, chiffre avant lequel il n'y a de la place que 
pour un seul caractère. En 18/17 on veut y lire iy. A l'avant- 
dernier mot de cette ligne nous lisons clairement le chiffre g 
suivi d'un trait vertical, et non le di de Rùppoll. Nos trois co- 
pies s'accordent sur ce point. 

Ligne 19. — Le fl du troisième mot est écrit A avec des 



— 19 — 

courbes à chaque jambage. Le quatrième mot semble ne con- 
tenfr que des chiffres, mais on ne saurait lire 2m, ce qui serait 
nouante trente. La pierre d'ailleurs n'a que le trait continu 
J^H- A la fin de celte ligne le pétiole du 7* est très-faible. Il 
y a peut-être un trait de séparation entre H et d. 

Ligne 20. — La petitesse du trait médian dans le second 
caractère autorise peut-être à le prendre, non pour un «*f, 
mais pour le chiffre ^, ho. La dernière lettre du troisième 
mot a le pétiole d'un 4* et aussi celui d'un ^, avec un trait 
supérieur faible qui en ferait *, forme insolite et qu'on accep- 
tera difficilement. 

Ligne 21. — Le r , 3 , ne saurait être un +. Il est impos- 
sible de dire si une lettre devrait être insérée entre les deux 
derniers caractères de cette ligne. 

Ligne 22. — Lus Ut dans mes deux premières copies, ces 
caractères sont devenus ^% dans la troisième. Nous ne voyons 
pas de vide entre 897 et at-t. 

Ligne 20. — Le deuxième caractère est x^ f{ue nous lisons 
X. La troisième lettre plus loin est un -Ir, à ce qu'il semble. 
L'avant-dernier caractère de cette ligne est H , et ne saurait 
être *P. Nous ne pouvons dire quelle lettre il y avait avant et 

après ce ^. En 18/17 "^"^ ^^^"'^ '" •'^'** po"»' ■^«'**i ^^ KMtL 
Wao* à la fin de la ligne. 

Ligne 2 5. — La première lettre est x et devrait donc être 
lue ît, mais les indigènes qui discutaient avec moi lisaient ^, 
caractère qui convient d'ailleurs au sens. La sixième lettre de 
cette ligne est Y f^^i ^ les pétioles du f«* et du <P. Le mot sui- 
vant commence par h ou A, car il y a incertitude. Do plus, le 
trait vertical, un peu confus, pourrait être un i, mais ces hy- 
pothèses ne donnent pas de sens, à moins qu'on ne suppose 
là un nom propre. En 18/17 °" '^ ^^ AHihC. 

Ligne 28. - — H s'agit d'imprécations pour faire conserver 
l'inscription, et j'avais écrit en 1889 et 18/12 ffija^-l"?'?» «et 



— -JO — 
(|u'il soil noirci w; mais en 18/17 ""•''' f'rniiii's devoir lire JR-Ϋ 
JiP'T* dont le sens ost plus convenable. 

Lij^me 29. — iiji'^7i semble indiquer l'existence d'une ra- 
cine ipJKK «fui couvert d'opprobre». Aujourd'buion n'en aurait 
conservé que le nom AjBîi. 

Ligne 3o. — De toute cette li|,me on ne peut lire (pi'un 
seul mot qui paraisse entier, c'est AVao «vache 71. 

En 18/17, mon professeur, (|ui s'étudiait ;i trouver des sens 
probables, restitua ainsi les deux dernières lignes : 

•îo. <j9o I fîflïAAîflo* I Aλ9°f1hja<D-PfliN 

A la rigueur on peut lire ou plutôt supposer cette phrase 
en prenant le U de AUf° pour un îi, tant les derniers carac- 
tères sont faibles; mais alors l'emploi du A, dont on ne sau- 
rait se défaire, est étrange : il en est de même du sens attribué 
au dernier mot de cette inscription. En adoptant cette restitu- 
tion, faute de mieux, nous invitons les savants à en proposer 
une meilleure. 

Dans cette inscription les lettres ne sont pas équidistantes. 
En général, elles ont près de trois centimètres de hauteur, et 
la gravure en est peu profonde. La pierre paraît calcaire. On 
remarque la forme des traits, épanouis à leurs extrémités, (lela 
est surtout frappant dans les »^, et l'on en tirera un appui à 
l'hypothèse, de M. Nasmyth, croyons-nous, que l'écriture cu- 
néiforme a servi de base à celle des Sabéens et des Ethiopiens. 

INSCRIPTION COPIÉE DANS AKSIIM PAU RUPPIiLL SOCS LK n" 1 . 

1 AÏLÇ I flJ'ft-K I 7iA I df^fi ! «flîifte 

' diù,i I ^tiv I h\i{fr I mi I riio*c I 

'■'<■ mU&H'} I (Dll I ùQJi I am I AA 

/' tii.'i 1 mi I 9:,^ I ani I -n.'» l mi i ïifi i 
7 I? I ùa, I ivoi I a>*•^A 1 *.'>j?,i 



— 21 — 

? ■ i (D7tT"ll I CflîiîO' I (07tT*4'fi I 

[). éS.iiD'i I fl^'Ei* ! ACB I OT»A!f | fli 

10 ÛC*B I ■SM'J I flJftCg ] A^ I flïAA. 

1 1 i I '^Aa^■î' | flJ'If^Ci' | «ro^Qî, | oi». 

1^ ^K I ihAV 1 «Dhfl>«^cî 1 ftA'e'^ 

11. îijp I 4"f'Aî' 1 fiù^ ! flîXfli^'h I 
i) (oiao I (DHA-h-j I hCQ^'^ ! A'î 
1 i §1 I ©K-ï-Hi I îtA.;ï-i« | 9°ftA | îî 
17 A?b i K* 1 flïhJ I 4"f;A I d& I Hgii 
iH. ^ I bvr I fl)h?fi'> 1 g?ë I flïhV I ë?ft 
M) 2*P I d^ I flïK^ft'^ r^i I 7-011 I ô 
Jo. ^«5 1 fllji^ft-î' I flïjî«fe^ 1 ?ië I ID 
^' hi I ë£g I TVGil \ AU?" | rmv 
-*^ 91 I k'îfi^ I 0&*^ I ?ç£^I i fl'•^ 
!23. oDjBm I ^.^i I TM 1 h;ï»i/fl I i^i 
î'< fl>•^ïlA 1 flo'îad I flll* I ïîu^^ I & 
25. ja"?«hO'î?» 1 Adfil'C I «DA-OA. 

< c I (BhT^c. I iTîio» i niiî'ii'ii 
21) ii^'x'ix 1 (Di§ 1 i•^•^ I Aooft 

3o. i0D I HûîA Al/o» I 4' I 



ESSAI DE TRADUCTION. 

1. Pour la renoinmee des enfants de lia liuida. Le valeuieux 

2. Haleu roi de Aksuiu et de Hamer 

3. et de Raydan et de Saba-ï et de Srdlien 
h. et de Zvamo et de Bïia el de Kas 

5. fils de Mabarani invincible pour ses 

G. ennemis a iait la guerre à l'ennemi de son royamne 

7. (Adan) lors de ses violences et tueries à l'égard des voyageurs 

8. et alors nous lui avons fait la guerre, et de Miqada 

(j. nous avons envoyé nos armées (à savoir:) le cor|)S de Mabazii et 

10. le corps de Dakan et le cor[)s des citoyens libres et 

1 1. nous-mêmes avons suivi et nous avons passé la nuit au refuge 
1 12. lie la descente de 'Ulaba el nous avons envoyé nos armées 

1 .■). et elles ont tué et fait des captures tant forcées que volontaires. 

1/1. Nous avons tué Sa-ïne el Zawant 

iB ''t (îcniii et Zidiilan quatre (çliers d'élil'O 

li). el nous avons pris Alilabu avec ses 



— ri — 

17. deux (ils cl la tuerie (de beaucoup?) d'hoinuies lui 

18. de 5o3 et celle des femmes qO'2 et il y eut -.^oS 

19. captures d'hommes et de femmes. . ., celles des goujats 

20. (fut de) /io hommes et 196 femmes et enfants et 
91. il y eut 2 o5 captures de 309/17 vaches, 

22. 827 de bêles d'aire: et 

28. nos disposilions furent changées à l'égard du peuple de (Adan). 

2/1. Et (le roi) dressa (ce) trône sous la tente à Sade et 

26. il le met sous la protection de 'Istâr et du pays 

26. et de la terre (dite) Zï-ïma. S'il y a ([uelqu un qui l'enlève ou 

27. qui l'arrache, que lui et son pays et sa parenté 

28. soient enlevés et arrachés de son pays. 

2(). Que (Halcn) soit victorieux et qu'il sacrifie sa part à 
3o. Mâhâram qui l'a procréé de ses ancêtres. 

Nos copies de celle inscription établissent surtout le fait im- 
portant que le vaincu dont elle commémore la défaite était un 
rebelle ou un rival, dont le nom est effacé en partie, et nul- 
lement des Fâlaxa ou juifs d'Ethiopie. On peut remarquer 
d'abord que, dans la langue gï'iz employée ici, le mot d^Afu 
t^ étranger, émigré, déporté 55, ferait au pluriel ^IftJ?"?, et non 
é.A^'i, ainsi que Rûppell l'a écrit. De plus il reste à démontrer 
aua les juifs éthiopiens ont été nommés ainsi en gnz. Le terme 
<J.4îf, usité en amarïîina pour désigner ces sectaires, a une 
terminaison étrangère à cette langue et appartient plutôt à 
l'idiome parlé jadis en Dambya. Cette dernière langue tient de 
près au Kamtïga, dit Agàw par les Amara. Les juifs indigènes, 
(ju'on rencontre à Gondar comme ouvriers, vivent dans la plaine 
voisine de Kayla et se donnent, dans leur idiome, le nom de 
Kaylaxa, ou gens de Kayla. Falaxa signifierait donc, dans 
cette même langue, gens de Fala, et ce terme peut bien avoir 
été emprunté par les Amara à leurs voisins pour les désigner. 
Ces raisons militent contre l'existence du mot A447 que Riip- 
pell a cru voir dans la ligne 7 de l'inscription. 

Pour ceux qui ne se laisseraient pas convaincre par ces rai- 



— 23 — 

sons nous ajouterons un argument péremptoire : il n'y a pas, 
dans la ligne 7, un espace suffisant pour y insérer le mot 
^Afil. Ni moi ni les divers lettrés indigènes cpii avons déchiffré 
cette inscription n'avons pu voir qu un h à la fin de la ligne 6, 
et un Tr au commencement de la ligne suivante. De plus ce t 
est précédé d'un espace, vide aujourd'hui, et qui ne suffit 
à intercaler qu'une seule consonne avec sa voyelle, à moins que 
le mot <{.A4^, qui exige quatre caractères, ne fût écrit en trois 
lettres beaucoup plus petites, et un caractère final t très-vi- 
sible aujourd'hui et du même corps que tout le reste de l'ins- 
cription. Rien n'autorise une pareille supposition. Pour mieux 
rehausser sa propre vaillance on serait au contraire porté 
à agrandir le nom de l'ennemi dont on va narrer la défaite. 
La nature humaine ne suggère pas un motif pour le dési- 
gner par trois petits caractères suivis d'une grande lettre ii- 
nale. Bien que la lacune au commencement de la ligne 7 ail 
pu être remplie par deux lettres étroites, nous supposons là 
un seul caractère sous le e présumé de la ligne 6 , et nous 
proposons la lettre H selon la ligne 2 3 , oii le nom du vaincu 
semble avoir été répété. De cette façon il s'appellerait Adan. 
Le territoire commandé par ce rebelle n'est pas mentionné. Il 
devait être fameux parmi ses contemporains et l'on ne s'est pas 
soucié de le mieux préciser. Même dans les temps rapprochés 
de nous, les annalistes indigènes n'écrivent pas mieux l'his- 
toire ; ils annoncent gravement la défaite ou la mort de tel per- 
sonnage, connu encore aujourd'hui par la tradition, mais dont 
le chroniqueur a omis de narrer les hauts faits. Les noms de 
ces héros ne sortent du néant que pour y rentrer et, comme 
des étoiles filantes, ils ne sont signalés qu'au moment où ils 
vont disparaître. En tout cas il ne saurait être question ici des 
Fàlaxa. Il en coûte de détruire une illusion qui ajoutait de 
l'intérêt à ce monument, mais il importait d'en signaler au 
moins la très-grande invraisemblance. 



— 2à ~ 

On voudrait savoir au moins la date de cette inscription. 
Par malheur le nom de Halen manque dans les listes, peu 
concordantes d'ailleurs, des rois qui ont régné à Aksum. Elles 
peuvent désigner ce prince sous un autre nom, caries rois de 
ce pays faisaient et font encore comme nos papes, qui se choi- 
sissent un nom nouveau quand ils montent sur le trône. C'est 
ce qui est arrivé notoirement pour le roi Kaleb, nommé lia 
Azbïha dans les listes et que les annalistes étrangers appellent 
Elesbaa. Comme ce roi quitta le trône pour faire des vœux mo- 
nastiques, il dut reprendre alors son nom primitif, qui a pu 
ainsi nous être conservé par les hagiographes indigènes de 
l'Ethiopie, 

Dans la partie méridionale de cette contrée, où l'on se vante 
de conserver dans leur pureté les vieux usages du nord, c'est 
encore aujourd'hui une insulte grave de désigner par leurs 
noms primitifs soit le roi régnant, soit même son père défunt. 
Ce trait de mœurs expliquerait naturellement comment des 
historiens qui fréquentaient la cour n'auront pas écrit dans 
leurs listes des rois les noms primitifs qu'il leur était interdit de 
prononcer, et comment le nom de Halen manque dans ces 
listes. On objectera aisément qu'on ne graverait pas sur la 
pierre un nom prohibé; mais une inscription monumentale 
peut être assimilée à ces thèmes de guerre, où l'on a soin de 
donner tous ses noms et que les guerriers éthiopiens pronon- 
cent dans les revues solennelles, ou quand ils montent leurs 
grands chevaux pour charger l'ennemi. 

Quand on n'a pas de preuves à donner on s'abandonne for- 
cément à des hypothèses. La nôtre a du moins l'avantage d'ex- 
pliquer le silence de tous les manuscrits sur le nom d'un roi 
qui remportait des victoires, et auquel on consacrait de lon- 
gues inscriptions pour les commémorer. On est tenté de sup- 
poser ici que Halen est le nom primitif de lia 'Imida, qui écrit 
son histoire pour ses propres enfants. Cette hypothèse ne four- 



— 25 — 

nirtiil pas d'ailleurs une date relative, car les listes de rois 
raenlionnent quatre lia Araida ou Ameda, ou 'Amida, l'un 
avant et les trois autres après Azbiha, qui régnait dans le pre- 
mier tiers du iv"" siècle, sans compter un Al-amida auquel 
succéda Tazena, le prédécesseur de Kaleb. 

Les listes des premiers rois qui ont siégé à Aksuni sont 
dans une confusion inextricable. Tout ce que l'on peut faire 
c'est d'émettre des suppositions et de relater en même temps 
les faits qui pourraient les infirmer. 11 faut donc se hâter 
d'ajouter que ia règle du nom nouveau, assumé par un roi en 
montant sur le trône, n'est pas toujours suivie. Bakâffa et les 
deux Yasu ne sont guère cités, dans les temps modernes, que 
sous leurs noms originels. Il en est quelquefois de même pour 
les temps anciens : avant Bazen on trouve deux rois , Sayfay 
«mon sabre w, et Ràmhay r^ma lance», qui portent des noms 
vulgaires. Plus tard on remarque dans les listes Zàr-ay cvma 
semence» ou a ma race», qui est usité de nos jours comme 
nom d'homme, et Armah dont le nom, mentionné dans les 
histoires indigènes, est confirmé par des monnaies ou mé- 
dailles. 

MM. Rodiger et Dillmann ont traduit le terme Hlitl? , à la 
première ligne de l'inscription, par son sens ordinaire : «mon 
mari. » Trois raisons nous amènent à ne pas accepter ce sens : 
d'abord on ne voit pas ce qu'une épouse doit faire ici à moins 
qu'elle ne soit veuve ou régente, et alors elle le dirait; ensuite 
si l'on adopte notre hypothèse qu'il s'agit du roi Halen, sur- 
nommé lia 'Imida, son épouse ne pouvait énoncer Halcn, le 
nom primitif do son mari; l'usage universel de l'Ethiopie s'y 
oppose aujourd'hui et l'on peut croire qu'il en était de même 
dans les temps antiques; enfin il est dans les convenances épi- 
graphiques de donner un mot d'éloge à un roi victorieux. Les 
listes des rois nous y autorisent, car Bazen, qui monta sur le 
trône huit ans avant l'ère chrétienne, est |wrfois désigné par 



— 26 — 

l'expression Bï-ïse Bazen. On sait qu'aujourd'hui même la 
voyelle e du syllabaire étliiopien est rendue quelquefois par f ; 
il est donc permis de supposer que »flîift? est une forme ar- 
chaïque de 'fl^iAt, mot qui a le sens de vir, homme par excel- 
lence. 

Quelque opinion que l'on conserve à cet égard, on est forcé 
de prendre ÇT^u* de la ligne 9 pour une variété archaïque du 
Itif actuel qui signifie cu-oi». Hamer a la cinquième voyelle 
éthiopienne qui se prononce à volonté é, i ou te. On identifie 
ce nom ethm([ue avec les OiJ.tjpncov ou Himyarites de l'inscrip- 
tion rapportée par Sait, et l'on pourrait en arguer que 1'»? grec, 
sur le son primitif duquel on a disputé dans nos écoles, pour- 
rait bien avoir eu aussi le son variable de cette vovcUe éthio- 
pienne. Riiydan et Sîiba-ï sont en Arabie. 

Nous ignorons où étaient Siilhen etZyamo. Ce dernier nom 
de pays, appelé Tiamo ou Tziamo dans l'inscription d'Adulis, 
montre qu'en ces temps reculés le m et le R se permutaient 
absolument comme aujourd'hui en Ethiopie. C'est donc dans 
cette contrée qu'il faudrait chercher Zyamo si l'on n'avait à 
craindre que cette même permutation n'existât chez les Sa- 
béens, car ils avaient aussi la consonne X. En elîet, dans cette 
énuméralion de pays, rien ne sé|)are les contrées arabes de 
celles de l'Afrique. 11 est inutile d'identifier, comme on l'a fait, 
Zyamo avec Damo, nom de deux lieux en Tïgray, à moins 
qu'on ne démontre que XS peut se changer en Du, hypothèse 
qui n'est guère admissible chez les Sémites. 

Bïga désigne ces tribus appelées Bïxarïy par les Arabes et 
qui, dans leur propre langue, se donnent le nom ethnicpie de 
•flîf «Bija». La lettre 3f ajoutée à l'alphabet gi'ïz n'était-elle 
pas encore inventée à ré[)oque où l'inscription fut gravée? Ne 
vaut-il pas mieux supposer que les gens qui parlaient la langue 
gnz et qui n'avaient pas le son /, le remplaçaient par r»- pour 
le nom de Ipiirs voisins du nord? 



— 27 — 

Le dernier pays mentionné dans cette inscription comme 
étant soumis aux rois qui régnaient dans Aksum est îïfl, mot 
qui a fort embarrassé nos devanciers. Ce terme ethnique doit 
désigner le pays des Tigre qui occupent le rivage de la mer 
Rouge depuis Muçàww'^â, appelé Baz'e par eux, jusqu'à 'Aqïyq. 
En effet quand je demandai, en langue arabe, à un indigène 
de Baz'e comment on désignait, dans sa langue maternelle, 
le nom de son idiome, il me dit: ^Tigre?? ou ^Kasïy». Il 
ajouta que ses compatriotes prononçaient mal le h ou ^ arabe, 
et le remplaçaient par une aspiration particulière que mon 
oreille saisit mal et que je crois représenter le '\ du guz. De 
l'adjectif kasïy on déduit régulièrement le mot kas pour le nom 
du pays. Comme dans l'inscription , il est attenant à celui des 
Bïja, et nous verrons que, sur une autre pierre du roi Halen, 
il est écrit lift, kas, où la première lettre correspond exacte- 
ment au ^ arabe. Ce Ti montre aussi que les lettres supplé- 
mentaires du syllabaire gfïz ont été probablement inventées 
en Tïgray et peut-être dans Aksum même. Une autre considé- 
ration milite aussi en faveur de notre désir d'identifier Kas 
avec le pays des Tïgre. Ces derniers parlent une langue si voi- 
sine du gfïz qu'on se comprend souvent d'un idiome à l'autre, 
comme entre Portugais et Espagnols. Dans Aksum on assure 
même que la tribu Tïgre des Asgïde parle du gfïz pur. Or ce 
dernier langage étant employé dans une inscription ollicjelle, 
n'est-il pas probable que le conquérant sémite qui déposséda 
les Kamta ou Agaw du Tïgray ait conservé la souveraineté de 
ses compatriotes Tigre? 

Le dernier mot de la ligne 5 présente l'état réciproque, 
aujourd'hui inusité, du verbe Vh. k vainquit w. A la ligne sui- 
vante on voit que le roi, au singulier, gouverne un verbe au 
pluriel. C'est la forme respectueuse usitée aujourd'hui, et par 
les Tïgray, et par les Aniara. Je prends IT'Olt comme si ce mot 
était le pluriel du "iV*ù gi'ïz. INos deux copies portent «^'^A, 



— '28 — 

forme répétée dans la ligne 17; unjourd'lini on dirait i'^A, 
parce que ce mot régit t.'ï-Ç.^'} , (ju'on écrit de nos jours W^J?^. 

Dans la ligne 8, Ç est embarrassant : nous traduisons 
comme s'il y avait i, et nous prenons la lettre suivante pour 
une forme archaïque du l^, car un if» serait grammaticalement 
inadmissible. Le dernier mot de cette ligne peut se traduire 
t^ct de Qada ??, ourlet de Mïqada 55. Les lettrés indigènes préfé- 
raient cette dernière version. Dakan peut être un nom d'homme 
ou de lieu; 'Ulaha est encore un nom de lieu qui manque dans 
mes listes de plus de dix mille noms de lieux écrits en Ethio- 
pie. Il est superflu d'ajouter que ce travail, bien que consi- 
dérable, est loin d'avoir épuisé la matière, car il ne comprend 
(|uc les villages habités et mentionne rarement les sites dé- 
sertés aujourd'hui. Comme tant d'autres témoignages négatifs, 
celui-ci ne prouve pas grand'chose. La lettre th de (^A'/ semble 
indiquer une terre habitée par des Sémites, car, à la seule ex- 
ception des Saho et de leurs voisins les 'Afar. les Ethiopiens 
non Sémites n'usent pas de la consonne 'fii/>i. 

Comme les deux premières lettres de la ligne j 6 manquent, 
on a toute liberté de les choisir, à la condition de conunencer 
par les lettres fii. M. Rodiger a proposé ïitPKr k tribus 15, mais 
il faut rejeter cette conjecture pour deux motifs: d'abord le 
guz ne met pas au pluriel après un nom de nombre, et en- 
suite une armée ne tue pas toute une tribu, et encore moins 
quatre tribus à la fois. Au reste le sens de « chefs w ou w guer- 
riers 53 se laisse sous-entendre. 

Dans la ligne 1 9 le dernier mot me fut traduit par ^11, termi' 
amarïnna qui comprend les bétes de charge et ceux (pii les 
conduisent, soit dans une caravane, soit dans une armée. Dans 
les lignes 90 et 22 le premier caractère a été lu ti en «S,'î() 
(!t i8/j9. La troisième copie en a fait ^ à la ligne yo, et H'J, 
lu deux fois à la ligne 99, est devenu 'JïX «mi i S /(y , tant ces 
Irails sont didiciles à lire! 



— 29 — 

Nous avons tous lu X dans la ligne âS, Mais M. Rôdi- 
ger en a fait un JB, que le sens paraît exiger, a])solument 
comme dans la ligne q8. Bien que nos deux copies portent 
h^Ua , nous lisons KÂii/fl. En effet un o final ne pourrait s'en- 
tendre que de cet article défini que nos grammairiens n'ad- 
mettent pas et que les indigènes, peu d'accord sur ce point, 
ne reconnaissent nettement que dans le 4«'l**h : i?/**!* et 
d'autres ouvrages modernes. Ils les citent d'ailleurs comme 
nous le ferions pour des ouvrages de basse latinité dont les 
écarts ne sauraient être invoqués comme règles quand il s'agit 
de la langue de Gicéron. 

Dans la ligne 9 4, II* m'a été traduit de deux façons diffé- 
rentes. Les Amara en faisaient un mot de leur langue qui dé- 
signe te l'abaissement v : un lettré tïgray soutenait au contraire 
que c'est le «support d'une tente??. Je trouve le nom de Sade 
dans ma liste de lieux, mais c'est là un ruisseau près Mota en 
Gojjam, et, comme il n'y a pas de lieux intermédiaires men- 
tionnés, il est peu probable que l'expédition guerrière soit 
allée jusque-là. Si, après avoir identifié Mïqâda, point de dé- 
part de l'armée, on admettait, selon la ligne 12, qu'elle n'a 
bivouaqué qu'une seule fois avant de descendre dans un pays 
plus bas pour y livrer bataille, il serait aisé de limiter le rayon 
où l'on doit chercher 'Ulaha et Sade, probablement au nord 
de Aksum, où le terrain s'abaisse. De ce côté on trouve Mâ- 
qïda, gros village entre les ruisseaux Xïre et Gira, dans la pro- 
vince dite 'Ad \abo. 

Dans la ligne 20, tout en lisant ft>, tous mes lecteurs pro- 
nonçaient JB, qui donne un sens naturel. Faute de mieux, et 
malgré un h qui semble net, on est enclin à lire A , et, en sup- 
primant un trait de séparation assez confus, à prendre ùtl'tC 
«'Istar?? pour le nom d'une divinité; mais ceci est une simple 
conjecture. «Labharà», lu deux fois, n'a pas de sens connu; 
ce mot est devenu , on 18/47, f^'^'t*'^ " ^^^ P'^}''^ " - ^^ *l"^ donne 



— 30 — 

un sens nalnrcl. ^kïiao nous semble un nom de lieu, il n'esl 
pas permis de l'identilier avec %V*0 " Zam'a v , district du Tïjjray . 

Les copistes contemporains oublient souvont un y* devant 
une consonne. On est tenté de voir une omission de ce genre 
dans le dernier mol de la ligno 28. La racine flJBh n'existe 
plus, mais il est légitime do la supposer d'après ûJBÎi rtllagi- 
tium, res turpis", qui en serait le dérivé. 

Les deux dernières lignes de cette inscription, très-effacées 
aujourd'hui, laissent un champ libre pour des hypothèses. On 
se demande si elles ne contenaient pas la suite des imprécations 
par lesquelles le roi éthiopien suppléait énergiquoment à la 
formule française : «défense d'enlever ou de mutiler ce mo- 
nument." 



N° n. 

SUR L'ÂGE DES GRANDS MONUMENTS D'HELIOPOLIS (bAALBEk), 
PAR M. DE SAULCV- 

Les observations de M. de Saulcy, fondées principalemrMit 
sur los monuments numismatiques, sont destinées à compléter 
celles qui ont été mises en avant jusqu'à ce jour et qui s'ap- 
puyaient de préférence sur le style et le mode de construction 
des temples. Les édifices représentés au revers des monnaies 
impériales et coloniales de la Syrie, aussi bien que des autres 
provinces de l'empire, rappellent, avec une précision parfois 
remarquable, des temples célèbres. On le sait aujourd'hui 
d'une manière certaine. Voyons si ces représentations ne con- 
viennent |)as à ce que l'observation archéologique des ruines 
de Baalbek nous a appris sur les édifices en question. 

Nous avons d'abord le grand temple du Soleil (pii, sons la 
domination romaine, a remplacé un sanctuaire gigantesque 
construit par les IMiéniciens à une époque reculée. Les faces 



— 31 — 

est et ouest comportaient chacune dix colonnes et les grands 
côtés chacun dix-neuf, en comptant deux fois les colonnes 
d'angle. Quant au temple de Jupiter, on y voyait huit colonnes 
sur les faces est et ouest et quatorze sur les grands côtés. L'en- 
semble des deux temples était précédé, à l'est, d'une vaste 
enceinte, sorte de téménos composé d'une cour hexagonale 
et d'une seconde cour carrée. A l'orient, le téménos donnait 
accès sur un somptueux vestibule flanqué de deux pavillons 
quadrangulaires entre lesquels régnait une grande salle précé- 
dée d'un escalier monumental. 

La chronique de Malala fournit la date de la construction 
du temple du Soleil, qui eut lieu sous le règne d'Antonin le 
Pieux. La chronique Paschale, mentionnant la destruction de 
l'édifice par Théodose, nous apprend en outre le nom de la 
divinité adorée à Héliopolis : c'était Balanios. M. de Saulcy 
n'hésite pas à reconnaître dans ce Vocable une altération de 
deux mots, l'un phénicien, l'autre grec, accolés en qualité 
d'équivalents, Baal etHélios^ 

Pour déterminer l'âge des deux autres édifices, il faut re- 
courir aux médailles. 

La suite monétaire d'Héliopolis est belle et riche; mais elle 
ne commence guère qu'à Septime Sévère. Sur une monnaie 
appartenant à ce groupe paraît un temple décastyle accom- 
pagné des abréviations 

I. O. M. H. COL. HEL. 

Jovi Optimo Maxmio Heliopohtano , Colonin HcIiopoJis. kAu Ju- 
piter d'Héliopolis, très-bon, très-grand, la Colonie d'Hélio- 
polis. 55 

Le temple étant décastyle doit nécessairement représenter 
le sanctuaire du Soleil. 

' Pareil est le mol alabarqiie , désignant le premier magistrat de la colonie 
juive d'Alexandrie; le vocable arque [archos, nrchôn) traduit en jjrec. le vocahlo 
hébreu alnh, qui est nn litre d'honneur. 



— 32 



Sur (l'aulrcs monnaies, frappées du vivant et encore après 
la mort de ce prince déifié, avec la légende 



DIVO SEVERO 



on voit, d'en haut et de côté, un temple orné d'un grand 
nombre de colonnes et muni de quelques degrés pour y mon- 
ter. Ce temple, nous le trouvons identi(|uemcnt représenté sur 
des monnaies de Julia Domna et de Caracalla; il est octostvle; 
c'est donc l'image du temple de Jupiter. On verra tout à l'heure 
que. le grand téménos a été construit sous Caracalla; il de- 
vient dès lors tout à fait vraisemblable que le véritable auteur 
du temple de Jupiter a été Seplime Sévère, et que Caracalla n'a 
fait que continuer et achever l'œuvre grandiose si bien com- 
mencée par son père. Ce (|ui prouve du reste que le temple de 
Jupiter est bien une œuvre de famille, c'est qu'il se montre, à 
l'exclusion de celui du Soleil, sur les monnaies de Julia Domna 
et de Caracalla. M. de Saulcy conclut en enfermant la date de 
la construction du monument dans les dix-huit années (190- 
211) du règne de Sévère. 

De Caracalla jusqu'à Philippe, les monnaies d'Héliopolis 
ne présentent l'image d'aucun édifice. Sous Philippe, le temple 
de Jupiter reparaît, mais rarement; en revanche, nous trou- 
vons alors sur les monnaies deux types tout à fait nouveaux. 
Le premier représente un édifice élevé au-dessus d'un grand 
escalier; il est orné, à gauche et à droite, de deux pavillons, 
et, au centre du vestibule, entre deux colonnades hexastyles, 
s'élève un grand cyprès, arbre consacré au soleil. Nous avons 
donc sous les yeux l'entrée orientale du grand téménos. 

Le second type est ainsi conçu : temple construit sur un 
lieu élevé, avec un escalier coudé y accédant; dans l'enceinte 
sacrée sont un vase et un autel; en dehors, on remarque un 
caducée; à droite de l'escalier se dressent des troncs d'arbres 
et des arbustes. Ij> temple est orlostyle; c'est donc celui de 



— 33 — 

Jupiter. De la lin du règne de (^ararnlla au rommcucement du 
règne de Philippe . il y a un intervalle de vingt-sept ans, ([u<' 
M. de Saulcy juge nécessaire pour achever la construction du 
Téménos et du grand vestibule. Voici maintenant la preuve rpie 
cet ouvrage fut commencé par Caracalla. Sur les deux piédes- 
taux encore en place des deux colonnes extrêmes (jui bordent 
l'entrée du vestibule, se lit une inscription dont voici la te- 
neur : 

M. DUS. HELIVPOL. PRO SAL. 

ET. VICTORIIS. D. N. ANTONINI. PII. FEL. 

ET. IVLIAE. AVG. MATRIS D. N. CASTR. SENAT. PATR. 

MAR. ANT. LONGINVS. SPECVL. LEG. I. ANTONINIANAE 

CAPITA. COLVMNARVM. DVA. AEREA AVRO. INLVMINATA 

SVA. PECVN. 
EX. VOTO. L. A. S. 

Map^His Dus H('liupolil(()us. pro suivie et viclorm Domini nostri 
Antomm. Pu, Felicis, et .luVuv Augmlœ Mntris Dnmitii nostri Se- 
luitùs, aistwpum, patriie. Mardis Antoniîis Longinus, Specidator 
legioms primœ Antnntnianœ , capitn columnarum duo wrea, auro in- 
tummata, de siui pecutiui ex roto hhente annno solvit. r( Aux .orands 
Dieux d'Héliopolis, ])Our le salul et |)our les victoires de notre 
seigneur Anlonin. Pieux, Heureux, et de .Iulia Augusta, Mère 
de noire seigneur, du Sénat, des camps, de la patrie, Marc-An- 
(oine Longinus, speculalorde la légion première Antoninienne, 
a fait avec ])laisn- placei' de ses deniers deux cha|)iteaux des 
colonnes en bronze doré, [)our accomj)lir un vœu. 51 

(^e levtf prouve (pie deux grands dieux distincts étaient 
adorés à Héliopolis. Naturellement les deux chapiteaux dont 
il est ([uestion ont été mis en place au moment niéme de la 
construction du vestibule. Ils oui ét(' consacrés j)ar Longinus 
du vivant de (;;nacalla et de sa juère. C'est donc bien sous le 
règne <le ce prince (-.^ 11-917) *P'^ ''' vf'stibule a été com- 
mencé. Il n'a probablement été achevé que sous le règne de 
Philippe l'Arabe. 

V. H 



— 3/j — 

Oiiaiit au serond f\[>i'. qui rcpit-scnle le 1('ru|jlo de .lupilor 
avec un escalier coudé, de douze ou treize marches, dont on 
n'a ])as retrouvé les traces, M, de Saulcy croit qu'il a été cons- 
truit par l'ordre de Philippe. Sur une monnaie héliopolitaine 
de Valérien (seconde moitié du m" siècle) on voit deux tem- 
ples ornés d'un fjrand nomhre de colonnes; ils sont de côté 
et paraissent se faire face; on v reconnaît encore les deux sanc- 
tuaires d'Héliopolis. 

rs" m. 

UiNK iA'Sc,Rii»Tio\ i>i; rtniTWMcis i>A>s I, ^ (iTi': DIS rnîONs, 
PAi; 'M. noitr.iiT Mown-. 



Les murs des caves de l'archevêché de Toiu's contiennent 
dans leur maçonncM'ie des hlocs de pien'e sur les(juels sont 
jjravées, en beaux caractères variant de -y à q centimètres de 
hauteur, trois inscriptions anti(jues incomplètes que Baluze 
déclare avoir été découvertes le i3 mai 1711; leur aspect pa- 
léographique annonce le i"" siècle de notre ère. (les frajpnenfs 
ont été publiés, notamment par (ihalmel. et après lui par 
l'abbé Rourassf'. Je les donne ici. d'après nifs proj)res copies : 

11° :\. 



Il I . 



Il '.>. 



SINEPOTl 

CIVITASTV 

RONORLIB 



ClVITAST\ 
LIBERA 



mmMiA 

Si^iWRA 



Dès le principe, on a reconnu l'importance d(;s inscriptions 
n'" 1 et Vi pour l'histoire locale de Tours; elles nous apprennent . 
en elîet, un fait siu' lequel Pline et les autres auteurs sont 
muets, à savoir que les Turoni ((;t non Turoncs, suivant l'or- 
thograj)he usuelle) formaient, sous la domination romaine, 
lîne cité libre; par ces mots, il faut entendre un groupe de po- 



— 35 — 

pulalions clisanl leurs magislrats locauv. se gouvernant par 
leurs propres lois, et astreintes vis-a-vis du pouvoir central aux 
seules charges de Tinipôt et du recrutement militaire. Tel est 
le résultat acquis par ceux qui se sont occupés de l'étude de 
ces monuments, et, jusqu'à présent, il ne parait pas qu'on en 
ait tiré un plus grand parti'. 

H me semble cependant que, en dehors de la lecture et de 
l'interprétation faciles des mots Cwitas Turonorum Libéra dont 
on s'est contenté, la ligne inexpliquée de l'inscription n" i 

SINEPOTI 

renferme un lambeau de texte assez considérable pour qu'on 
ait quelques chances d'en tenler la restitution avec succès. 

(lette ligne prouve que l'inscription a été dédiée à un per- 
sonnage dont l'aïeul portait un nom terminé en suis ou en sus. 
Or. comme on sait que des familles gauloises de distinctioi! 
avaient emprunté aux llomains ou possédaient en propre 
l'usage de faire parade de leur généalogie, on peut se deman- 
der si tel n'est pas le cas du titulaire de rinscri|)tion n" i , dont 
la filiation serait mentionnée à la manière de certains prêtres 
de l'autel de Rome et d'Auguste, par exemple de C. Jnliiis, 
Oluaneuni Jihus, Rufiis, C. Julî Geddemonis ncpos, Epotserovuli 
pronepos, lequel fit la dédicace de l'arc de Saintes; par exemple 
encore, de C. Pompeius, M. Pompei Lihonis Jllius, C. Poinpet 
Sancti nepos, Sanctus, à Lyon. Il se trouve que, par un singu- 
lier hasard, le seul personnage de nationalité turone, men- 
tionné par une inscription, s'appelle Paternius Ursus; or. ce 
dernier nom. Ursus, a précisément une terminaison qui le 
rend apte à entrer dans l'inscription de Tours; de plus, le 
personnage qui le porte est un haut fonctionnaire de l'insti- 

' Je dois dire cependant que M. Léon Palustre avait son^é à rétablir ainsi !e 
début du texte n" i : NERONI DRVSl NEPOTI. Gomme on io verra plus loin, 
celte restitution, bonne en ce qui concerne le mot Di-usi, ilevient iii;idniissibie dès 
que l'on introduit le nom de Néron. 



— 36 — 

tulioii (I(,'s Trois -fijiulc?.. à la(|U('llc rcssortissait, comme on 
sait, le .sacerdoc(! jjaiilois de liomc et d'Auguslo. Malgré celle 
circonslancc, je ne puis ino résoudre à reconstiluer en faveur 
d'Llrsus, dans l'inscription de Tours, une {f(''néaloj<|ic modelée 
sur celle de ses collègues (]. Julius linfus d (]. Pom|)eius 
Sanclus, L'inscriplion de Palernius Ijrsus inérile cependant 
d'élre rap|)roclié(' des deux tiluli de la Ciritaa Tnronoriim fJ- 
hera, moins à causo de la restitution arbitraire et Irès-con- 
lestaMe (ju'on tirerait du nom Ursus pour le IVagnifut n" i . 
(|u';i cause de l'ethnKjuc^ Turnnns qui se rencontre dans ces trois 
seuls monuments épigra|)hiques. Rlle a él<' découverte à I^von , 
mais ne se retrouve plus aujourd'hui. Sj)on, qui nous en a con- 
servé la copi(% a sans dout(; Iranscrit fautivement PATERNO. 
au lieu de PATERNIO ou PATERNO, (|ue je n'hésite pas à 
proposer comme correction de sa lecture. Je la donne avec 
cette légère modification et avec les suppléments de M. Li'on 
Renier : 

paterNo 

VRSO 

TVRONO 

OMNIBHONO 
RIB APVDSVOS 
FVNCT • hifjuisilori 
GALLIARwm 
Prin/u.t vnfjiKuii 
EX CIVITATE-SVA 
IIIPROVINCmr' 
GALLIAE 

Pour procéder méthodiquement à la reconstitution du frag- 
m(>nl laj)idairf' de Tours, il convient d'indirpier d'abord et de 
discuter ensuite les seuls cas (|ui peuvent se présenter : le 
personnage au(piel la cité des Turons a fait une dédicace était 
un membre de la famille impériale, ou un fonctionnaire pu- 
blic, ou (îidin un sun|)le |)articulier. dépojirvu de foute (piali- 
licalion oITiciolle. 



— 37 — 

De ces frois liv[»ollièses, la dernière tloil elre tout d'abord 
écartée; car, si un monument avait été élev(3 j)ar toute une 
cité à un simple parliculier, l'inscription aurait nécessairement 
fait mention du motif d'un pareil honneur, qui ne s'explicjue- 
rait que comme témoignage de reconnaissance pour un émi- 
nent service ou pour un acte éclatant de libéralité; d'après les 
règles épigrapliifpies, cette mention aurait sa place marquée 
après l'énoncé des noms et de la lilialion du titulaire; dans 
l'espèce, ce serait donc après le mot NEPOTl. Or, l'aspect de 
la pierre sullit pour montrer qu'il n'y a aucune lacune à rem- 
plir entre ce motet le suivant, CIVITAS; le dispositif du texte, 
tel qu'il est gravé, s'oppose matériellement à toute insertion, 
et, [)ar conséquent, met à néant l'iiypolbèse en vertu de la- 
quelle le titulaire serait un simple particulier. 

Il ne saurait davantage être un fonctionnaire j)ublic, prêtre, 
(dlicier ou magistrat, car la qualitication ollicielle devrait faire 
suite à l'énoncé de ses noms et de sa filiation , c'est-à-dire ve- 
nir après le mot NEPOTl. (îette deuxièjne hypothèse est donc 
tout aussi inadmissible que la précédente. 

La <|uestion se trouve ainsi ramenée à chercher dans les 

dynasties impériales les personnages dont les noms, terminés 

en siiis ou en sus, s'accommoderaient aux exigences épigra- 

phiques du fragment n" i. (îes noms sont au nombre de cinq : 

Drusus, Messius', (iarausius, Theodosius, Anastasius; des 

.qualrc derniers, je n'ai évidemment pas à m'occuper, en sorte 

([u'il reste le seul nom Drusus à prendre comme élément de 

restitution 

DRV 
SINEPOTI 

(iomme ce nom a été porté par ])lusieurs membres de la 
branche Claudienne des premiers Césars, quehpies explica- 
tions sont nécessaires pour faire reconnaître celui qu'il faut 

' I/cmpereur Dècc. s'njipolait C. Mcssinr. Qiiinlns Traianns Dcciits. 



— 38 — 

choisir. J'éliminerai d'abord tous les Drusus qui n'ont eu au- 
cun pelit-fils; c'est la condition imposée pai- le texte Drusi 
nepoti. En voici rénumération : 

1° Drusus Julius César, lils de l'empereur Tibère; de ses 
deux (ils jumeaux, l'un, nommé Germanicus, mourut âgé de 
(pialreans; l'autre, nommé Tibère, avait dix-huit ans (juand 
Caligula, son Irère adoplif. le fit mettre à mort. 

a" Drusus César, lils du célèbre Cermanicus. Il avait vingt- 
cinq ans et venait d'épouser la fille d'Othon (plus tard empe- 
reur] avant qu'elle fût nubile, quand l'enqx'reui- Tibère, son 
grand-oncle, le -fit mourir de faim. 

3" L'empereur Claude, qui portait les noms de Tiberius 
Claudius Drusus, avant la mort de son frère Germanicus. 
époque à laquelle il ([uitla le surnom de Drusus pour celui 
de Germanicus. Ses deux lils. Drusus et lîrilannicus, mou- 
rurent sans postérité. 

A" Drusus, fils i\(i Claude et de s;i troisième femme, IMau- 
tia IJrgulanilla. Il maurut dans son adolescence à Pompi'i, 
s'étant étranglé avec une pou'e qu'il faisait sauter en l'air et 
(pi'il recevait dans la bouche. Il était fiancé à la fille d<? Séjan. 

3" L'empereur Aéron, qui s'9[)pelait ÏNero Claudius Drusus 
Germanicus, après avoir été adopté par Claude. 

Cette élimination faite, il se trouve <[ue JNer»» Claudius Dru- 
sus, frère cadet de l'empereur Tibère, dont il nous reste i\ 
parler, est le seul Drusus qui satisfasse à la condition inq)Osée 
par le mot nepoti; on p»nit même dire (|u'il y satisfait sura- 
bondamment, car on ne lui comiaît pas moins do. huit j)etits- 
fils. à savoir : 

D'une part, «lans ht ligné*; de son lils aine Germanicus : 
Caïus Cf'sar dit Caligula, Néron (^'sar et Drusus César, ces 
deux derniers condamnés à mourir de faim par ordre de l'em- 
pereur Tibère; plus trois enfants morts en bas àjfo, l'un nommé; 
Caïus, l'autre Tiberius, et le Iroisièmr, de prénom inconnu. 



— 30 — 

D'aulr»! [)iirl, dans la lij'iiée de son second fils Claude : 
Drusus. né de Plautia l ifjulanilla, cl Brilaiinicus, né de Va- 
leria Messalina. 

Parmi ces huit petils-fils de Néron Drusus, l'illustre ven- 
geur du désastre de Varus, lequel dois-jc choisir comme dési- 
ijné par le mot nepoti de l'inscription de Tours? 11 faut procéder 
ici à un nouveau travail d'éliniinalion; ce sera, à proprement 
parler, un triage au deuxième degré. D'un seul trait, j'exclus 
les six Césars formant la lignée masculine de Germanicus. En 
effet, ce dernier, ayant été adopté par Tihère, lui-même fils 
adoptif d'Auguste, était passé de la gens Claudia dans la gens 
Julia; il en résulte que Tibère était légalement substitué à 
Néron Drusus en qualité d'aïeul des (ils de Germanicus, c'est- 
à-dire (ju'aucun d'eux ne pouvait |)lus olliciellemcnt faire re- 
monter sa filiation à Néron Drusus. Ils sont donc, tous les 
six, étrangers au Drusus de l'inscription de Tours. 

Le cas est tout autre pour les deux fils de Claude; l'un et 
l'autre avaient incontestablement un droit égal à se dire Drusi 
ncpos, puisque (>laude, à la dilTérence de son frère Germani- 
cus. était resté dans la gens Claudia, et était (pialitié Drusi 
flius, conmie le prouvent les monuments é[)igraj)hiques el 
numismalirpies de son règne. 

A la vérité, (jlaudc avait un autre lils, non par le sang, 
mais par l'adoption : je veux parler du fds de sa nièce Agrip- 
pine qu'il avait épousée, et cpii fut empereur sous le nom de 
Néron. Mais on ne saurait faire entrer ce personruige en ligne 
de compte; car Néron, tout en se disant lils de Cilaude, s'est 
toujours gardé de faire remonter sa généalogie d'adoption à 
Néron Drusus, parce qu'il se pi(piait do compter le divin Au- 
guste au nombre de ses aïeux, et qu'il était même parvenu à 
établir sa descendance au moyen d'une fiction légale. Kn efTet, 
le mot nej>os signifiant indifTércmnient «petit-fils n ou « neveu ^', 
Néron pouvait, à double litre, se dire Germanici iiefon, pui.scpie. 



— /lO — 

d'une pnrl, ii élait fils ndoptil dr; (daiidc, iVèro de Gorinani- 
cus, el qu'il élnil, en ce sens, neveu doGermanicus, el |)uisf|ue. 
d'autre parU il était lils d'Ajfrippine, lillc de Gcrinanicus, et 
se trouvait ainsi petit-fils de Gernianicus en lif^ie luate.rnelle '. 
(iràce à cft artifice de langage, Néron se (jualifiait Dioi Clau- 
(litjiliu.s, GeniKuiiCi Caesans nepu.s, Tiherit Cncsarm Augusli pro- 
ucpoa. Divi Augtisti abnepos. On ne saurait donc voir en lui le 
Driisi ncpoti de l'inscription d<! Tours, et Ton <'st assuré qu'elle 
se rapj)orte seulement à l'un des deux fils issus de Claude. Le 
choix à faire est embarrassant au premier abord; ce[)endant . 
(!n y regardant de plus près, je découvre (fu'entre les déno- 
minations des deux frères germains il existe une différence 
essentielle, (jui me fournira le critérium nécessaire pour 
écarter l'un et admettre l'autre. 

Claude, resté personnellement étranger à la gens Jidia, ne 
[)rit le surnom de César (ju'à son avènement à l'empire, en 
l'an ài, dix ans après la mort de son fils Drusus. Ce dernier 
n'avait donc jamais porté le nom de César, et. sauf son j)ré- 
nom qui nous est inconnu, mais (jui était probablement Tibc- 
rius ou Nero, on peut alTirmer qu'il s'appelait Tiberius? (ou 
Ncro?) Claudius Drusus. Admettons un instant qu'il soit le titu- 
laire de l'inscription de Tours: la règle épigra[)hiquc exigerait 
(.[uc les trois noms y figurassent, et que le cognomen Uruso 
fut rejeté après le mot nepoti, en sorte que le texte aurait été 
ainsi conçu : « | 77 . ou Aejwi? Claudio. Ti . lilio. Dru] si nepoti, 
Druso. (Jivitas Turonorum libéra. r> Or, j'ai déjà fait remarquer 
([ue le texte laj)idaire ne se [)réte à aucune insertion entre les 
mots nepoti et civilas. Il y a donc un obstacle insurmontable à 
ce que la restitution se fasse au nioven des noms de Drusus, 

' Un oxen)[)lo aiitliuiiliquc do Hliatioii en lijjno nialcrnello nous est donné par 
Sui'loML', (|ni nous a|)|)i('iiil (|ue (!all)a s'inscrivaif, siu' ses slalues : Q. ('nlidi 
('.nijitalini piunopos; sa niùrc , Muiuniia Acliaifa , ('l;iil , ou cdi'l , m'r de l.iilatia, 
lille <l'.' (). Lnlalitis Calulus (lapilolinut. 



— M ~ 

fils (1(; ('Jaudf et (rUrfjulaiiilla , pclit-lils du cclèhrc îVéroii 
J)rusus. 

La iiicmc dilliciilté ne se présente |)as si l'un opère avec les 
noms du fils de Claude et de Messaline. Etant né pendant le 
rèpne de son père, vinj^t jours après son avènement en l'an /i i , 
il a toujours, à la dillérence de son frère jjermain, porté le 
surnom de (lésar, et cette ])articularité permet de le désigner 
d'une manière suffisamment claire, et non moins officielle, en 
sous-entendant le nom gentilice Claudio, et même le prénom, 
comme cela se voit sur un certain nombre de monuments 
épigrapliicjues relatifs aux autres Césars. Cette suppression a 
pour effet de ne pas obliger à rejeter le cognomen Britanmco 
après ie dernier terme de l'énumération généalogique, et a. 
par conséquent, une importance capitale pour la réussite de 
ma tentative de reconstruction. 

La suite complète des noms de Britannicus nous étant ré- 
\élée par la légende d'un larissime grand bronze romain, 

TI • CLAVDIVS • CAESAR • AVG • F • BRITANNICVS 

nous j)ossédons tous les éléments voulus pour la restitution du 
texte, que je mets sous la forme très-régulière: «[Brilannico 
Caesari, Augusti filio, Dru]si nepoli. Civitas Turonor(nm) li- 
b((?r«),55 ou sous la forme non moins régulière : «[Ti . Britan- 
nico Caesari, Ti . Claudi Caesaris Augusti lilio, Drujsi nepoti, 
(iivitas Turonor(«(m) lib(cm) '. 55 

Quelle que soit, du reste, celle que l'on préfère, je pense 

' Depuis qiif celle nok' a élé communiquéo à rAcadéniie, }.l. Lûoii Ronier 
111 a l'ail reinnrquor qu'il n'était pas indispensable de supprimer le nom gentilice 
de Britannicus; il lui semble même que, si ie monument de Tours a été eÛ'eclive- 
ment élevé en l'honneur de l'expédition de lîrelafjne, le surnom l]iilannico , appa- 
raissant [)oiir la première fois, n'eut pas désijjné d'imc manière snirisamiiK'ul claire 
le personna{je auquel il était applicpié, sans l'accompagnemeul de son nom jjen- 
lilice. En conséquence, l'iuscripiiou pourrait être l'esliluée ainsi : «[Ti.Clandio 
Biilanuico Caesari, Ti Claudi Cacsaiis An;;nsli filio, Drujsi ii^poli, civitas Turo- 
\wr{niii) lil)(c/v(). '> 



— /i2 — 

avoir rij|oureiisenienl tléiiiunlré (|u«.' le Iragiiienl la[)i(lair(' 
11" 1 lie saurait (.oiiveiiir à aiicnii aiilic personnag*.' (|uc \hi- 
lannicus. (-c surnom lui lui doiiiiH à l'occasioii do l'oxjxîflilion 
de Brelaijiie. enlreprise par son père en l'an 'lA. Aupara- 
vant, il portait celui de Germanicus. JNous savons aussi qu'il 
périt empoisonné par son Irère adoptil Néron, en l'an 05. 
(î'est donc dans l'intervalle de ces deux années que l'inscrip- 
tion a été gravée. 

Dion Cassius et son ahrévialeur Xipliiiin rapportent (pic 
(ilaude reçut le surnom de liritannicus: mais ce surnom n»; 
li{juresur aucune de ses monnaies, ni sur aucune de ses inscrip- 
tions. Je croirais volontiers (pic, par le même sentiment de mo- 
destie dont il donna une preuve maniresle en s'abstenant de 
prendre le prénom iXImperiilor, (llaude n'itccepla [)oint pour 
lui personnellement le surnom que lui décerna le Sénat, mais 
<|u'il le transféra à son fils, préférant pour lui-même continuer 
à porter celui de Germanicus, illustré par son frère et par son 
père. 

Aj)rès avoir donn(5 la restitution théorKjue de la partie ab- 
sente du fragment n° i, je vais essayer de la réaliser au point 
de vue de l'exécution prati(|ue. A cet effet, je reiiiar([ue cjue 
les trois lignes (|ui subsistent encore en entier correspondeni 
bout pour bout entre elles, sauf l'avanl-dernière. dont la tête 
dépasse légèrement à gauclie la verticale à la([uelle s'apj)uienl 
les têtes de la première et de la dernière ligne; il semble que 
le lapicide ait voulu mettre en vedette l'initiale du mol CvviUis , 
par lerpiel débute la pro[)Osilion Civitas Turonorum hlicra , 
sous- entendu dedicavh ou poni jusfiil. Une disposition sem- 
blable se retrouve, par exemple, sur la fameuse Table (^lau- 
dienne de Lyon, chafjue fois ([u'uii coimnencement de phrase 
coincidf! avec un alinéa. Il est permis de croire que le laj)i- 
ride. se conformant à cet usa<jc, avait également mis en ve- 
dette l;i première tête de ligne que nous ne possédons plus. 



/i3 



Si donc nous la rétablissons par la [jcnséc, rinscri|jUun aiirail 
sans doute présenté l'aspect suivant : 

TIBRITANNI 

COCAESARI BRITANNI 

TICLAVDI COCAESARI 

CAESARIS AVGVSTl 

AVGVSTI ou bien FILIODR.V 

FILIODRV SINEPOTI 

SINEPOTI CIVITASTV 

CIVITASTV RONORLIB 
RONORLIB 

Je rapporte ici, à litre de rapprochement intéressant, deux 
autres inscriptions qui offrent avec la précédente une curieuse 
analogie : l'une a été trouvée à Scardona, en Dalmatie; par 
son âge, elle est presque contemporaine de celle de Britanni- 
cus; elle a été dédiée à son cousin Néron César par les ci''* 
llburnicpies [Corp. itusc. hit. t. III, n" •jSoS). 

NERONICAESARI 

GERMANICI-F-TI- 

AVG ■ N • DIVI • AVG • PRo 

FLAMINI AVG- 
CIVITATES LIBVRNI/t 

L'autre inscription existe à Saint-Paulien (Haute-Loire) : 

• ETRVSCILLAE 

AVG CONIVG 

AVG N 

CIVITAS VELLAVORVM 

LIBERA 

Du fragment lapidaire n° •} de Tours je n'ai ([uc [)eu de 
chose à dire, si ce n'est qu'il paraît avoir formé la lin d'une 
inscription analogue an n" i , et dédiée à ([uelque autre 
membre de la famille impériale. Il n'offre d'autre particularité 
(jue la hauteur de la lettre initiale C, plus grande (pie les 
lettres suivantes, comme si le lapicidc avait voulu mettre ce 
passage en évidence; ceci confirme la conjecture que j'ai faite 
à ce sujet en ce (pii concerne le fragment n" i. 



— tx!\ — 

Le IVafjiiicnl m' -') est (lillicih^ à restituer avec cerlitiKle; on 
cnlrevoil cc])en(laiil (|iie le ('(roupe de lettres VNl a l'ait partie 
(le la formule triùunicia polesùtle; (|ue le [groupe VI est neut- 
ètr(^ l'expression nuiiK'rah» du quantième de celte puissance 
Irilniiiice, et le jfroii|)e RA une syllabe du mol iinpcralor ; à 
moins toutefois (pi'on ne voie dans VI et RA deux lambeaux 
des mois cieiias et libcra. 

En supposant ce fraj^ioenl n' 3 contemporain des précé- 
dents, il se rapporterait à rem[)ereur Claude lui-même, dont 
les surnoms (Caesar)i A(ug;usto) n'auraient laissé d'autres traces 
(|ue les lettres du milieu ^A.; peut-être l'inscription se lisaitainsi : 
K [Ti.(vlaudio, Dnisililio, Caesar|lA[ugusloGermanico, Pontif. 
iVJax. TribJVNl[cia potestate] VII [cos. iiii, inipe)RA[tori, » etc. 

En présence de ces Irois fragments, évidemment de même 
origine et de même destination, je conjecture (|u'il y avait 
[)()ur cîiaijue membre de la famille régnante une dédicace 
analogue, et (|ue toutes ces inscriptions étaient gravées sur 
les njurs d'un même monument, élevé dans la cité de Tours 
après la (guerre de Bretagne. Je rappelle à ce propos ([ue, 
d'après Dion, le Sénat décréta (|ue deux arcs de Irioniplie 
seraient élevés en connnémoration de celle glorieuse cam- 
pagne, l'un à Home, l'autre à Gessoriacum. le port oii Claude 
s'embarqua. On possède (juelques-nnes des inscriptions de 
l'arc de (îlaude à Rome; je ne sais si l'on retrouvera à Bou- 
logne des restes de l'aulre arc: (pioi (ju'd en soit, il est permis 
de supposer que Tours et d'autres cités s'empressèrent de se 
'conformer à un usage qui n'était ])oint sans [)récédcnts sur le 
sol même di; la Gaule, lémoin l'arc de Saintes orné d'inscrij)- 
lions en l'honneur des membres de la famille de Tibère. L'ex- 
pc'dilion tie Bretagne eut lui rclentissement immense jusijue 
tlans les [)arlies les plus reculées de l'empire, comme le ])rouve 
une inscription de Cvzi(|ue, naguère savamment comujenlée 
devant l'/VcadéMnic j)ar M. Georges Perrol, et on ne s'étonnera 



— /i5 — 

pas (|Uo les Gaulois aient saisi rorrasion de léinoigner leiii ati- 
miralioii et leur reconunissanct! jXMir le [triiK-c (|ni, au déluit 
(le sa carrière poli(i(|uo, s'élail lail Tavocal de leurs inlérels 
devant le Sénat, en prononçant le célèbre discours (|ue,nous 
corniaissons par le double témoignage de Tacite et de la Table 
(llaudienne de Lyon. 

N" IV. 

SUn GUILLAUME nE iMACIfAUT KT LA PRISE D'ALEXANDRIE, 
PAR M. DE MAS LATRIE. 

M. de Mas Latrie, en s'appuyant sur des documents nou- 
vellement retrouvés aux Arcbives nationales, prouve qu'il y 
eut, dès le \i\' siècle, en France, deux familles de Machaut ou 
Machault, l'une noble et déjà parvenue aux grands offices de 
la couronne dès le xiif siècle, l'autre non noble, mais pro- 
bablement originaire du village do Macbaut. 

Guillaume de Machaut, l'auteur de nombreuses poésies, 
appartenait à cette dernière famille, dont quelques membres 
lurent anoblis à la lin du xiv' siècle. 

Si Guillaume de Machaut, le célèbre et |)opulaire écrivain 
du moyen âge, est le même,' comme tout l'annonce, (|uc le 
valet de la chambre du roi Phili|)pe le Bel, il n'a [)U naître, 
comme on l'a dit, en looo, puisqu'en Tannée i3o8 le roi 
lui donnait un fief situé dans la lîeauce, pour le récompen- 
ser de services déjà anciens. 

Le mémoire et la communication de M. de Mas Latrie ont 
pour objet principal l'examen de la Prise d'Alexandrie, grande 
composition historique de Guillaume de Machaut, ([ui est une 
sorte de chronique générale du règne de Pierre P' de Lusignan, 
roi de Chypre. La partie la plus considérable de l'œuvre est le 
récit de rex|)édition d'Alexandrie en i3()5, avec les annexes 
antérieures et postérieures (|ui s<' rattachent à ce grand fait 



— /if) — 

militaire, t>ii réalitr la tleniit'iv o.roisa(l(\ Macliauf on a voç.n 
la narralion (1111» h'moiii ociilairo. .loaii (!<• lloiiiis, écuvor do 
(Ihampaiftif. Tous les monnnienls orijfiiiaiix connus justlfienl 
l'exactitude fie son récit. La lui do la chronique, concernant 
le soulèvement des barons de (llivpre et l'assassinat du roi 
Pierre de LusiMnan, csl moins satisfaisante. Madiaut a appris 
ces faits de Gautier de (lonflans, autre «'cuyer passé en Chypre 
à l'occasion des j|uerres du roi Pierre, et (jui prétend avoir vu 
de ses yeux la scène du meurtre. Mais les témoignages les plus 
graves et les plus nombreux contredisent ses assertions. Gau- 
tier de Gonllans ne paraît avoir été (ju'un écho peu fidèle des 
bruits et des rumeurs populaires. Il n'a rien vu personnelle- 
ment du drame intime (pii se passa au palais de Nicosie dans 
la nuit du 17 janvier i36(). L'autorité considérable des chro- 
niques de iMachera, Strambaldi et Amadi tend à établir pé- 
remptoirement, et contre le récit de Gautier deGonllans, que 
\es frères du roi , le prince d'Antioche et le connétable du 
royaume, Jean et Jacques de Lusignan. furent étrangers non- 
seulement à la perpétration, mais à la pensée même du 
nieurtre. 

N\V. 

NOTICE Slilt LE l'ÈnE PACIAUDI , THÉATIN ITALIEN QUI FUT MEMBRE 
ASSOCIÉ ÉTRANGER DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS. ET CORRESPON- 
DANT DU COMTE DE CAYLUS , PAR M. Cil. NISARD. 

11 y a plus de cent ans, c'est-à-dire en 17^7, l'Académie 
des inscriptions nommait son correspondant étranger, en rem- 
placement de l'Italien Gori , un autre Italien ([u'elle nommait 
douze ans après membre associé, en remplacement de l'abbé 
Venuti. Get autre Italien était le Père Paciaudi, théatin. De 
17.57 à 17^'), ce Père entretint avec le comte de Gaylus une 
correspondance suivie. Ses lettres ont été publiées en iSoç» 
par Sérieys: elles sonl à la lois savantes, spirituelles et rem- 



M 



il 



plies craïu'c'doles sur les jKTSunuagrs o\ les livres de son temps. 
en Italie ooiiime en France, et enfin d'une lecture faite pour 
charnier tous les amis de la littérature érudite, des arts et 
des antiquités. Ce qui ressort de cette correspondance, c'est 
surtout la part considérable que le Père a prise aux cinq der- 
niers volunies du Recueil d'antiquiléfi du comte, et dont, mal- 
j»ré les aveux de Caylus. on était loin de connaître toute l'é- 
tendue. Mais cela apparaît avec la dernière évidence dans les 
lettres du comte auxquelles r<''pondent et donnent lieu tour à 
tour celles de son ami. On y voit (Caylus dans tout le feu de 
la coin|)osition de ce recueil l'ait à bâtons rompus et au fur et 
il mesure des arrivages tle matériaux. Les demandes d'anti- 
quités et d'explications qu'il adresse à Paciaudi. et qui se suc- 
cèdent et se poussent comme un flot pousse l'autre: la lassi- 
tude dont il se plaint, le découragement où il tombe, après 
avoir dit de chaque volume publié que c'est bien le dernier: 
l'espérance à laquelle il renaît après de nouveaux envois de 
Paciaudi, accompagnés de nouvelles explications: enfin la 
joie qu'il ressent, lorsque son sixième volume est sorti de 
dessous la presse, et (pi'il entrevoit la possibilité, en présence 
des matériaux qui lui restent encore. (Ven faire un septième : 
voilà le fond de ces lettres écrites à la diable, et d'autant plus 
abandonnées qu'il ne vient jamais à la pensée de l'auteur 
(pfelles puissent tomber un jour sous les yeux du public. 
Mêlez à ces épanchements qui tiennent moins de l'amitié que 
de la profession, mêlez, dis-je, et à très-forte dose, les nou- 
velles recueillies par (Caylus aux dîners de M™^ GeofïVin, où il 
assistait régulièrement tous les lundis, des anecdotes sur les 
gens de lettres et les philosophes qui faisaient alors le plus 
de bruit; des jugements sur leur personne et sur leurs écrits, 
pleins de liberté et d'audace: une manière de considérer les 
jésuites et les movens mis en œuvre [xmr arriver à leur suit- 
pression, qui ne <ède guère en violence aux atta(jiies à force 



— /iS — 

ouv<;rl<' <l()iit ils t'iait'iil .ilor.s robjcl : une cr/'dnlil»'' à IV'jfjinl 
(l(^ cerlciins l'ails, >i ;il)si)r<l('s (Hi'ils liisscnU i|iii Iciii- ('tjiiciil 
im|>ul(''s, à rendre invraiseinhliiMc le sce|)li(.isiiie (lui lui loiili' 
sa relijiion ju.S(|u'à la fin de sa vie; enfin une annnosilc' rontre 
les dijjnitaires de l'Ejflise. |>nnci|)alenienl les ('V(î(|iies. (|iii se 
traduit en |)aroles tanlùl l)urles(|ue.s, (anlùt (•vni(|ijes, dunl on 
ne j)enl ne pas rire d'abord, mais dont on rej^relle el con- 
damne aussilût après riiuh'cence et la dureté. 

Paolo-Maria l'aciaudi, lils d'un médecin de la cour de Tu- 
rin, na(|nil en cette ville le 2.3 novend)re lyto. Il fit ses pre- 
mières études à Turin, chez les jésuites, et les fit excellentes. 
Il est à croire qu'il en demeura reconnaissant à ses niailres: 
il ne ])ut toutefois aller jusqu'à les aimer. Il devint en efl'el 
leur ennemi et l(i lut toute sa vie. Sorti des jésuites, d entra 
à l'université de Turin, et, son cours terminé, il alla à Venise 
où il prit riiahil de lliéatin. Il avait alors di.v-huit an>. Il fil sa 
j)liiloso|)liie à lîolojpie et sa tln''olof;ie à Gènes oii il professa 
bientôt après lui-même la science (ju'il avait apprise à Ho- 
lojjne. Il se livra ensuite à la |)rédication . et pendant dix ans 
il v eut I)eaucou|t de succès. Il composa dans cet intervalle 
des oraisons lunèhres. des j)ané|;yriques de saints, et (piefipies 
écrits sur les antiipiitc's |)roranes et relifjieuses. Son premier 
onvrajje sur re dernier sujet lut un petit traité des anticpiilés 
de Hipatransona '. Vinrent ensuite une dissertation sur une 
statuette en bronze de Mercure-; une autre sur Tusajje des 
bains clicz les chrétiens •\ réimprimée liiiil ans après avec des 
corrections et des au{;mentati(»ns considérables : inie autre 
MU- un bas-reliel funéraire ' ; un commentaire sur le port de 
l'ombelle chez les anciens ■' : nn autre sur une statue trouvée 

' Dans les Miscettaiwii ili riinc npcictli' : \onisp, i7'if>. I. Vi, |i. -'.\ l'I siii\. 

' DUsei'lazioni! soinn mm nlaluntia de Morinio ; Naplos, 17 '17. in-V. 

■' llr xncriH chvislioïinrutii lifiliicis : Vi-nisp, i7.")(>, in-V. , 

'' f)i(ihilir tj)ia iniuri iiuaiihjji\ii inlfipri'hilKi Intditiir ; Hoiiic, i7r>i. iii-'i". 

'• '^Hta5io(popviit ■ xivr dr nmheU(P f'pMitlùmc : Hninr. in-'r. 



— 'i9 — 

à Bénévent, et qui représentait un mesureur de blé'; enfin 
un pros traité sur le culte de saint Jean-Baptiste-. 

Paciaudi était à Home lorsqu'il publia les quatre derniers 
de ces écrits. Il y avait ét<^ appelé par ses supérieurs et nommé 
successivement procureur général et consulteur de son ordre. 
Il était de plus historiographe de l'ordre de Saint-Jean de Jé- 
rusalem, et jouissait, tant à cause de ces titres divers que de 
son mérite personnel , d'une faveur particulière auprès du pape 
Benoît XIV. En 1765, l'abbé Barthélémy étant à Rome, Pa- 
ciaudi se rencontra avec lui chez l'ambassadeur de France, le 
comte de Stainville, depuis duc de Choiseul. Ils s'y lièrent de 
la plus étroite amitié. L'abbé mit le théatin en relation avec le 
comte de Gaylus , et c'est à cette circonstance que nous devons la 
correspondance dont il a été parlé ci-dessus, et qui fut si utile à 
Caylus. L'objet principal en est, de la part du comte, des de- 
mandes d'antiquités [)Our en former son recueil; de la part <lu 
religieux , des demandes d'écrits de toute sorte concernant les 
jésuites. Elle s'ouvrit par l'envoi que Paciaucli fit à Caylus, en 
1766, d'un traité sur la cubistique chez les anciens^, et ne prit 
toutefois son essor qu'en 1 768 , pour se continuer ensuite sans 
interruption jusqu'en septembre 1766, très-peu de jours avant 
la mort de Caylus. On a déjà dit que les lettres de Paciaudi 
avaient été publiées; celles de Caylus sont à la veille de l'être. 

Paciaudi poursuivait ses études sur les antiquités. L'année 
1766 vit encore paraître son commentaire sur un ])uits sacré 
découvert dans le Bolonnais '\ et l'année suivante ses re- 
marques philologiques sur les médailles de Marc-Antoine le 
triumvir^. C'est un des plus intéressants de ses écrits, un de 

' De Beneventann Cercris aitgustœ wensore É^rfyvcrjs; Ronit>, 1758, 111-/4°. 
^ Ve cultu sancli Joannis Haplistœ; Rome, 1765, in-/i°. 
•'' Do athleiarutn Jtv^hljjaei ; Rome, 1766, in-ti°. 
'' Ptiteus sacer ag^-i Bononiensis ; Rome, 1756, 'm-h°. 

^ Admimmm ronmlnrea Marci Antùnii triumviri fwiwn(lvprsionr<t : Rome, 17^7 
in-6°. 



V. 



— ;jO — 

ceux pour lesquels il a le plus t'ouiih' l'Iiistoire, où il a l'ait 
preuve (le la meilleure crilicjue, et où il a traité diverses ques- 
tions de numismatique (|ui, pour être depuis lors devenues 
. banales, à force d'être prouvées, n'en étaient pas jnoins neuves 
encore de son temps ou à peine entrevues. Sa correspondance 
avec Caylus remjilissait presque tous les moments qu'il eut 
donnés à ses propres études, ou plutôt elle faisait partie de ces 
mêmes études. Elle était dans sa plus î^rande activité quand Pa- 
ciaudi alla à Naples, visita Herculanum, Pompéi et le musée 
formé des monuments exhumés de leurs ruines. Il ])ensaitl)ien 
faire profiter (îaylus lui-même de ce voyage, et s'y procurer 
quel([ues-unes de ces fc guenilles w antiques si chères à son ami. 
Déçu à cet é^ard à cause de la surveillance rifroureuse dont 
les visiteurs étaient l'objet, il ne put rien envoyer à Caylus, 
non ]jas môme un dessin. Il esj)érait au moins lui envoyer des 
remar([ues sur certaines pièces du musée royal; mais s'il le fil 
une fois, il ne le fit pas deux. «Le marquis de Tanucci, écrit- 
il a (îaylus, a défendu qu'on me donnât l'entrée du muséum 
royal. Les académiciens jaloux ont dit au marquis que j'exa- 
nnne tout avec exactitude, que je |)rends note de tout, et 
(jii'ayant des correspondances littéraires et devant voyag(?r, je 
rendrais publiques ces anli(pii(és avant qu'elles n'aient été 
é'claircies et [)ubliées par l'Académie '. 55 

l'endant (pi'il était à Naples, le cardinal Passionei mourut, 
laissant une dt's plus belles bibliothèques particulières (\r 
ritalie. Du Tillot, ministre de l'infant don Philippe, duc de 
Parme, eut l'ordre de l'acheter. Le prince le chargea en même 
lenq)s de lui désigner un bibliothécaire. Du Tillot indiqua Pa- 
ciaiidi (pii fut agréé. 11 connaissait le Père par tout le bien 
(pi'on en disait en Italie, et que lui en avait rapporté Caylus 
avec lequel ce ministre était en corres])ondance depuis environ 
deux ans. Et comnw^ alors le prince faisait faire des fouilles à 

' Il vent (lin' l'Ar.Klf'iiiio (les Krcolancsi à Nnplcs. 



Vélcia, Du Tillot fit ajouler an lilic de hibJiolhécairo celui 
d'antiquaire de Son Altesse Royale. Paciaudi accepta cette 
double fonction, vint à Paris avant d'en prendre ])ossession, 
y vit pour la première fois son ami (laylus, les philosophes 
qu'il rencontra aux lundis de M"'" Geoffrin et que, non plus 
que Caylus, il n'eut garde de fréquenter, assista régulière- 
ment aux séances de l'Académie des inscriptions, et, après un 
séjour d'environ six mois, revint en Italie en passant par Be- 
sançon où l'Académie de cette ville l'élut son associé. 

A peine installé à Parme , il se mit avec ardeur à la formation 
de la bibliothèque. Celle de Passionei lui avait échappé, le pape 
l'ayant retenue et achetée pour la verser dans celle du Vatican ; 
une autre, celle du comte Pertusati, de Milan, lui échappa éga- 
lement, la cour de Vienne en ayant défendu la vente. Il ne se 
découragea pas |)our cela. Il acheta des livres en Allemagne, 
en Hollande, en Italie, en France où Caylus lui fut alors d'un 
fjrand secours. Bientôt il eut rassemblé plusieurs milliers de 
volumes et quelques manuscrits. Les fouilles de Véleia dont 
il avait la surintendance ne tournèrent pas aussi bien qu'il 
l'avait espéré: c'est à peine s'il en tira quelques «guenilles?' 
dont le duc de Panne lui commanda de faire présent de sa 
part à Caylus. Les plus beaux morceaux et encore en fort 
|)elit nombre, et parmi lesquels la table alimentaire de Tra- 
jan et la loi Rubria qui sont de premier ordre, formèrent le 
fonds du musée des antiques confié aussi à sa direction. La 
pénurie des découvertes ultérieures fit bientôt abandonner les 
fouilles. La bibliothè(|ue seule continua à s'agrandir, et offrit 
bientôt un ensemble de livres capable de faire moins regretter 
la perte de l'ancienne bibliothèque Farnèse qui avait été trans- 
portée à Naples et qu'elle remplaça. 

Paciaudi n'était j)()int encore établi à Parme, lorsqu'il pu- 
blia ses Momimovtn IMoponnesin '. Ce n'est pas seulement le plus 

' Doux vfdiMiics iii-'i". lidinc, 1761. 



— 55 — 
savant de ses écrits, c'en est aussi le pins ronhi(l(''ra])l('. (le liif 
à la juièrc de Bemardo IVani dont les ancêtres avaient rap- 
porté CCS monuments (lu Pélopont^se, qu'il se cliarrrea de les 
expli<|uer. Il se borna toutefois à l'interprétation des inscrip- 
tions {grecques que ces monuments portaient pour la j)lnpar(. 
il omit tout à fait les inscriptions latines. Tous les monuments 
dont il |)arlc dans cet écrit y sont représentés fort bien gra- 
vés, et c'est ainsi qu'jl en use d'ailleurs dans tous les autres 
ouvrages où il traite des sujets d'anliquil/;. Ses Monnmmln Pc- 
hponneim ne sont j)as sans doute exempts d'erreurs, .mais en 
générai Paciaudi y fait preuve d'autant de sagacité que d'éru- 
dition, et V décide surplus d'un point d'une manière exacte et 
définitive. 

I^jU juUlet 1705, l'infant don Philippe mourut; moins de 
deux mois après, Caylus mourait également, l'un et l'autre 
laissant, si l'on peut dire, Paciaudi veuf et de son })rotecteui 
et de son ami. Jl en eut un ])rofond chagrin. L'infant don Fer- 
dinand qui succéda à don Philippe, son père, ne changea rien 
d'abord dans le gouvernement des duchés; il garda Du Tilloi 
conmie premier ministre, maintint Paciaudi dans ses em[)lois, 
et de plus il le nomma, en 1 7G8, surintendant de l'enseigne- 
ment public, après la suppression des jésuites (jui en étaient 
changés. La même année Paciaudi versait dans la bibliothèque 
ducale celle des jésuites, et faisait l'ouverture solennelle de 
ce magnill([ue établissement par un discours prononcé en j)ré- 
sence de l'archiduc, qui fut depuis l'empereur Léopold IL 
Lnfin, il appelait Bodoni à Parme, et l'aidait à fonder l'im- 
primerie bodoniennc rpii fut bientôt célèbre dans toute l'Eu- 
rope. 

Jusque-bi donc tout lui avait prospéré, il en fut de même 
jusqu'en 1771- Mais alors, entraîné dans la chute de J)u 
Tillot à qui l'archiduchesse d'Autriche Marie-Amélie n'avait 
jamais p^rdoiim' l'opposition rpi'il avait faite à son mariage 



— 53 ~ 

avec {icii lù'idiiiHiui. i^U'iaiuli lut dcsliLuc de Luules st'S 
charp'os, éloi>Mié «le la cour, et lolégué dans uiî couvent d»- 
l^arme. L'entrée niètne de la bil)liothèque ot du musée lui l'ut 
interdite. Six mois après, le prince, honteux d'avoir accueilli 
trop léj]èrement les calomnies dont le Père avait été l'objet, 
reconnaissait son innocence et lui rendait ses honneurs et ses 
emplois. Celle restauration dura deux ans pendant lesquels 
Paciaudi eut tout le temps de s'apercevoir que, grâce à de 
nouvelles intrigues ourdies contre lui, il n'obtenait plus du 
prince ni de ses ministres la considération et la conliance dont 
il avait joui autrefois. Il donna sa démission (|ui fut acceptée, 
et il se retira à Turin dans un couvent de son ordre. Il y de- 
meura quatre ans. Alors , saisi de nouveaux remords et cédant à 
un nouveau repentir, don Ferdinand le rappela une seconde 
l'ois. Paciaudi s'excusa sur son âge, sur sa santé et ne voulut 
pas revenir. Voyant qu'à lui seul il ne pourrait triompher do 
la résistance du Père, le prince [)ria Victor-Amédée, roi de 
Sardaigne, dont Paciaudi était le sujet, de lui eonnnander 
d'obéir; ce qui l'ut exécuté. Paciaudi partit donc. Il arriva à 
Parme à la lin de mars 1778. Ceux (|ui l'avaient remplacé 
soit h la bibliothèque, soit au musée, avaient été renvoyés. Il 
trouva, pour ainsi dire, la maison vide de ses ho tes intrus, cl 
il eut toute la liberté de la rem|)lir comme il lui plairait. Ce 
qu'il trouva aussi, c'est celte belle bibliolhè([ue dont il était 
le créateur, toute bouleversée et dans un inexprimable dé- 
sordre. La j)rétcntion de l'aire mieux i|ue lui, jointe à l'esjmir 
de faire oublier à jamais le bibliothécaire disgracié en détiui 
sant tout ce qui pouvait témoigner en sa laveur, avait été la 
cause de ce bouleversement. C'est un jeu qui se joue commu- 
nément sur de plus vastes théâtres, et 011 le plus grand dom- 
mage est pour les enjeux. Paciaudi n'eut ])as troj) du reste de 
sa vie |)Our réparer celui (pii avait atteint sa bibliolhèque. 
Vers la lin de 1781. il l'ut idlaqu<' de la goutte et de 



— 5A — 

K mille autres maux, écrivait-il à M. Hennin \ (jui ne lui lais- 
saient pas de repos, et qui, à l'Age où il était, l'avertissaient 
qu'il devait s'attendre à quelque chose de pis que des infir- 
mités. » L'année suivante, il eut une crise dont il pensa mou- 
rir; mais il n'en revint que |)our demeurer dans un état de 
faiblesse qui lui rendit tout travail impossible. Enfin une 
attaque d'aj)ople\ie l'emporta le i" février 1786, à l'âge de 
soixante-quinze ans. 

Outre sa correspondance avec le comte de Caylus, Paciaudi 
en eut une éj^alement avec l'abbé Barthéleniv et ime autre 
avec Pierre Mariette. On a les lettres de celui-ci et de celui- 
là qui seront imprimées à la suite de celles de Caylus. On ne 
sait ce que sont devenues les lettres de Paciaudi à l'un et à 
l'autre; il serait à souhaiter qu'un jour elles se découvrissent. 

.V VI. 

NOUVEl.LKS «EOIIERCHES SUIt LES TERRES CUri'ES «liECQlKS. 
V\W M. LÉON HEUZEY. 

(résumé.) 

l. Groupe (le Démêler et de Core. Parmi les <q)ini(»ns diverses 
émises par les archéologues pour exj)liquer la signincalion des 
figurines de terre cuite que l'on trouve dans les tombeaux 
grecs, deux systèmes surtout sont en présence. Les partisans 
de l'ancienne école svmbolifiue inclinent à v reconnaître 
|)res(]uc exclusivement des divinités, tandis (juc l'opinion au- 
jourd'hui en faveur en arrive, par une exajjération contraire, 
à vouloir bannir presque complètement les sujets religieux du 
cycle des figurines funéraires; j)our caractériser cet ordre de 
représentations, elle em|)runte mémo très-improprement au 
langage; de l'art moderne le nom de sujctji rie genre. 

' Lfltiv (lu i!.i novembre \']>^i. l/oii{;iiiat de colle icllrc cl ilo ijoul aulres, 
ndiossécs au mOniu pcisoiinafjo, sp Iroiivc i'i la hililiollrôqiic de riiifililnl. 



— 55 — 

Quand il s'agit trune oliulc encore aussi peu avancée que 
celle des terres cuites, la bonne niélhode n'est pas de chercher 
une explication générale, qui embrasse l'ensemble des monu- 
ments connus, mais de former, sans parti pris, un certain 
nombre de groupes naturels, dont la signification se dégage 
d'elle-même par le seul rapprochement des représentations 
mieux caractérisées que les autres. (7est la marche que j'ai 
suivie dans un précédent travail sur les figurines de femmes 
voilées K Un petit groupe du musée du Louvre, provenant de 
l'Italie, m'avait fourni mon principal argument pour faire 
rentrer beaucoup de ces figures dans la classe des sujets reli- 
gieux, se rapportant au mythe de Déméter. La femme voilée 
s'y trouve, en eflet, accompagnée d'une autre figure couron- 
née de feuillages et de fruits, qui s'appuie avec un tendre 
abandon sur l'épaule de sa compagne, rappelant à l'esprit la 
réunion des deux Grandes Déesses, sous les formes italiennes 
de Gérés et de Libéra-. L'importance traditionnelle de ce 
groupe est aujourd'hui démontrée par un autre groupe du 
musée du Louvre, provenant de la Grèce et appartenant à 
la belle époque de l'art des coroplastes : ici la figure qui ap- 
puie la main sur l'épaule de la femme voilée est coiffée du 
xexpv(pa'Xos et tient une pomme; mais c'est toujours le même 
contraste entre les deux types, avec la même exj)ression de 
mutuelle tendresse^. L'art grec n'avait pu manquer de s'em- 
parer du magnifique motif sculptural que lui avait préparé la 
légende, lorsqu'elle montrait Déméter et sa fille se retrouvant 
et se tenant embrassées, dfx(pixyanaiéixsvoii. Le geste lamilier 
par lequel l'une des figures appuie sa main sur l'épaule de 
l'autre est la traduction plastique de cette tendre affection, 

' Dans los MonummlH /^recs^ publiés par l'Associalion des études fjrecques, 
1873 et 187^1. CI", les Comptes rendus de l'Académie, 187^1 , p. kj- 

- MoHumeulis jrrecs, 187/1, P'- ^^ ''îî- A, pi- Hl ''11 tirage à part : Recherches 
sur lesjigurcs de. femmes voilées dans l'art f>rfic. 

■* Monuments ifrecs, 187(1, jd. I. 



— 5C. — 

coiiime le inontrc en termes formels Puusanias à [^)i'opos cruii 
groupe colossal érigé en Arcadic, dans le sanctuaire des deux 
déesses, et comme le prouve aussi toute une série de groupes 
analogues, depuis les terres cuites primitives de Rhodes et les 
figurines hiératiques de Chypre jusqu'aux terres cuites de la 
Cyrénaïquc et jusqu'aux miroirs étrusques, sur lesquels le 
nom d'Alpnu désigne certainement Perséphonc'. Le sujet de 
la réunion des Grandes Déesses tenait une telle place dans les 
croyances mythologiques des Hellènes que la religion l'avail 
impose à l'art dès sa naissance. 

II. Les ciieilleuses de Jleurs et les joueuses d'osselets. Je vou- 
drais maintenant examiner une autre série de figurines, dont 
l'étude nous conduira à des résultats assez différents de ceux 
qui viennent d'être énoncés, mais sans nous faire encore ren- 
contrer de véritahles sujets de genre. Il s'agit de ces figurines 
déjeunes femmes demi-agenouillées que l'on a prises tour à 
tour pour des représentations de Coré cueillant des fleurs ou 
pour des joueuses d'osselets, en appuyant celte dernière expli- 
cation sur une monnaie de Kiérion et sur un petit groupe 
trouvé à Canosa, où les osselets sont très-cerlainement figurés. 

L'étude des monuments prouve que les deux interprétations 
subsistent l'une à côté de l'autre et qu'elles ne s'excluent pas. 
C'est ce que démontre en particulier une figurine du musée 
du Louvre , qui représente unejeune femme à demi agenouillée . 
tenant une gra])pe de raisin^. Cet attribut en fait une vendan- 
geuse, si l'on veut même une héroïne bachique comme Ariadne 
ou Erigone; mais de toute manière on trouve là une action 
analogue à celle de cueillir des Heurs et qui s'accommode d'une 
attitude presque identique. 

D'un autre côté, la présence des joueuses d'osselets parmi 

' ficrliard, Elrnski.ichc Spù-f^eL -■^n'i cl :\'?.!\\ c\'. 3;?;;. Kevitr archvohfiùjut!, 
j80rj, vol. \l, p. •>,;?'i , i.air." de M. «If WiUi'. 

-' Voir rollc ('({{iiro lA los siiiv.mfes fians li's Mn»iimrnts [rrecs. iS-yH, jl II 



— 57 — 

les terres cuites lïiuéraires , dès le teui}).':) de la belle é[)ot|iie de 
l'art grec, est prouvée par des exemples incontestables. Une 
autre figurine de Tanagre, au musée du Louvre, du style le 
plus fin et le plus élégant, représente la jeune fille accroupie, 
occupée à jeter les osselets à l'aide du cornet appelé (pï(/.os et 
tenant de l'autre main un petit sac que l'on a pris à tort pour 
une bourse ou pour un iilet contenant une k^lle. La forme de 
•cet objet, représenté aussi sur une coupe à sujets éphébiques, 
signée du peintre Hiéron, montre qu'il devait servir à serrer 
de menus jouets comme des osselets ou des dés. 

Est-ce une raison pour ne voir dans la représentation du 
jeu d'osselets qu'un simple sujet de genre? La difficulté est 
toujours d'expliquer la cause qui taisait placer de semblables 
représentations auprès des morts. Il faut se rappeler que l'an- 
tiquité grecque a introduit ce jeu dans plusieurs compositions 
mythologiques ou légendaires. Apollonius de Rhodes et, après 
lui, Philostrate ont figuré non-seulement Eros et Ganymède, 
mais encore Zeus enfant, comme jouant aux osselets ou à la 
balle. Les filles de Niobé, sur un célèbre dessin d'Alexandre 
d'Atbènes, et les enfants de Médée, dans une peinture de 
Pompéi, jouent aussi aux osselets. On a voulu trouver dans 
ces représentations l'expression d'un symbolisme profond, un 
signe de la mort prématurée, une sorte d'augure des funestes 
hasards du destin; mais c'est là proprement l'abus des inter- 
prétations symboliques. Il n'y faut voir qu'un elfet de contraste, 
une opposition pittoresque, destinée à faire ressortir l'heureuse 
insouciance de la vie enfantine à côté de la mort menaçante. 
Aux plus beaux temps de l'art grec, lorsque le peintre Poly- 
gnote représentait aussi, dans sa grande composition des 
Enfers, [qs filles de Pandareus jouant aux osselets, il obéissait 
(Widemment à la même idée: seulement, au lieu de la quié- 
tude avant la mort, il montrait la vie joyeuse et paisible de 
renlance se continuant jusque sous la terre pour les innocentes 



— 58 — 

vicliines de la destinée. Dans le même senlimeiil, il avait re- 
présenté dans cette peinture des liéros jouant aux dés, et le 
|)oëte Pindare, dans un de ses tînmes ou cliants itinéraires, ne; 
craiiniait pas de nommer parmi les plaisirs du monde souter- 
rain cette espèce de jeu de dames ou d'échecs (jue les Grecs 
appelaient tserrcroi. A côté des joueuses d'osselets, on peut 
placer les spliéristcs ou joueuses de balle, assez communes 
aussi parmi les terres cuites grecques : un tableau des Enfers, 
sur un vase peint, nous montre, au-dessus du supplice des Da- 
naïdes et tout près du groupe des dieux infernaux, une jeune 
femme assise une balle à la main^ De même, on n'avait pas 
encore expliqué, je crois, pourquoi le sculpteur Colotès, sur 
la table chryséléphantine d'Olympie, avait figuré à coté des 
divinités infernales deux nymphes de l'Hadès, dont l'une te- 
nait une clef, l'autre une balle : il voulait exprimer par là 
(|ue, si l'enfer était un lieu fermé, c'était aussi un séjour de 
délassement et de doux loisir. 

L'enchaînement logique des exemples que j'ai cités me 
conduit sur un point à des conclusions très-voisines des idées 
cjuc mon savant maître et ami, M. Ravaisson, a récemment 
dévelop])ées à propos des représentations funéraires chez les 
anciens-. Toutefois, je n'étends pas cette explication à l'en- 
semble des figurines funéraires et je n'y vois pas une raison 
pour quitter le terrain de la mythologie ou tout au moins de la 
légende. Les textes formels sur lesquels je m'appuie montrent 
(pie l'art grec, répugnant aux généralités anonymes, fuyant 
l'allégorie froide et morte, aimait à personnifier ces jeux de 
l'autre vie dans des types consacrés : c'étaient des divinités du 
inonde souterrain, des nymphes de l'Hadès, des êtres légen- 
daires comme les lillcs de Pandareus. Le dieu-enfant des ré- 

' Bollulino arcliculojrico Napolilani) , iiiiova sorie, 1855, vol. 111, 1>1- IH- 
' Voir sùrloiil le iiiéinoiic sur le Monmioit de Myirbiiie, dans la Gazelle ar- 
ckéuloj'lqiir. 



— 59 — 

jjions inlernales, (o petit Bacclius ou lacclius, ('(ail représenté 
aussi [)ar la poésie coninic un joueur passionné, non-seule- 
ment pour ies osselets, mais pour la tou|)ie et la balle, et je 
ne j)uis m'empéchcr de croire qu'il ne se cache le plus souvent 
sous les nombreuses ligures d'enfants couronnés de lierre, 
tenant le masque bachique ou le sac à osselets, si fréquentes 
jiarmi les terres cuites des tombeaux. 

Ces représentations tenaient au [)rogrès qu'avaient fait chez 
les Grecs, depuis les temps homéri([ues, les croyances relatives 
à l'autre vie. D'a])rès la tradition orphique, mentionnée par 
Virgile, Perséphone elle-même prenait une telle part aux en- 
chantements du séjour infernal, qu'elle refusait de le quitter 
et de suivre sa mère. De toute manière, il s'en faut que de 
j)areds sujets soient des scènes de la vie commune et des 
aujets de genre : c'étaient des sujets religieux et mythiques, 
étroitement associés aux idées des Grecs sur la vie future, el 
par là, au culte des morts. 

N" VII. 

sur. L'EMPLACEMENT ET LES RUINES DE JOTAPATA, VILLE DE PALESTINE, 

PAR M. VICTOR GDl'rIN. 

M. Guérin fait une communication à l'Académie des ins- 
criptions et belles-lettres sur les ruines de Djefat, l'ancienne 
Jotapata, l'une des places les plus fortes de la Galilée, et si 
célèbre par le siège qu'elle soutint contre Vespasien. Il com- 
mence par décrire les restes de cette ville, puis il analyse, 
d'après Josèphe, les principales [)hases de la résistance mé- 
morable qu'elle opposa aux Romains. M. Guérin se pose en- 
suite la (juestion suivante : Faut-il ajouter une foi entière à 
tous les détails du récit de cet historien? Pour lui, il ne le 
pense pas. Il y en a, en cll'et, (pii s'accordent très-bien avec 
la nature des lieux, mais il \ en a d'autres aussi qui paraissent 



— GO — 

iiivraisciiiljlal)l»;s, (juaiid on a oxamiiit^ le lenaiii, cl (jiii sont 
i'm[iroinls d'une véritable c.\a<>érnlion onenlale. Josè[>lic, |»ar 
exenipli^ parie <1(! ravins entourant Jota|)ala d'tuic prulondeui 
telle ([lie le re^jard ne |)ouvait sonder d'aussi ellroyables pré- 
(•i[)ic'cs. Or, M. Gudrin estime à lao mètres au plus l'altitude 
du point culminant de Djefat, par rapport aux vallées immé- 
diatement adjacentes. En outre, il doute que Jotapata ail 
jamais pu renfermer la moitié seulement de la population 
(pi'indiipic l'écrivain juif. Enfin, que penser de la cachette 
mystérieuse au lond de laf|uelle Josèphe écha[)pa (juelcpif 
tenq)s aux recherches des llomains, et de l'artifice (ju'il em- 
ploya pour sauver sa vie, malfjré les quarante conqja^frnons (pu 
occupaient avec lui la même caverne, et qui préférèrent la 
mort à la honte de se rendre aux vainqueurs? De nombreuses 
cavernes et citernes sont creusées soit sur le plateau, soit sur 
les lianes de la hauteur de Djefat. M. Guérin en a examiné an 
moins une vin'jtaine, mais aucune de celles dans lesquelles il 
a pénétré n'aurait [)u dérober loufftemps ni Josèphe ni ses 
(piarante compagnons aux regards et aux mains des llomains. 
([ui, une fois maîtres de la ville, en scrutaient toutes les ca- 
vernes ])our y tuer inq)itoyablement ceux qui s'y étaient réfu- 
giés. En résumé, M. Guérin a cru se convaincre, en étudiani 
sur les lieux mêmes, non-seulement Jota|)ata, mais encore 
l)eaucou|) d'autres villes de la Palestine qui tombèrent alors 
au pouvoir des llomains, (jue plusieurs des places fortes em- 
[)ortées par eux n'avaient jamais ou l'importance militaire cl 
surtout la population que Josèphe leur prête, et que, devenu 
citoyen romain, cet écrivain, pour rehausser la gloire de Ves- 
pasicn et de Titus, auxquels il soumit son ouvrage avant de le 
|)ul)lier, exagéra les pro|)ortions de (|uel(|ues-uns de leurs cx- 
jiloils en Palestine, en augmentant la puissance des obstacles 
dont ils curent à tiionq>her et le nombie des enoeniis ipi ils 
eurent à vanicre. 



— 61 — 
N" VIK. 

r'AHCFIIATRlE ROMAINE OU LA MÉDECINE OFFIC[EÎ,r.S; 

DANS L'EMPIRE ROMAIN, 

PAR M. LE DOCTEUR BRIAU. 

Pendant tou(c la durée de la République el jusqu'à la dir- 
lalure de Jules César, il n'v eut à Rome aucune institution 
médicale jniblique. La médecine pratique avait toujours eu 
jusque-là un caractère essentiellement privé. Le médecin 
d'ailleurs, esclave, alTranchi ou étranger, et presque toujours 
Grec de naissance, se trouvait j)lacé sous l'empire du droit 
rigoureux qui régissait ces trois conditions et sous le poids de 
la déconsidération et du mépris qui s'attachaient à ces divers 
états. Il n'y avait donc à Rome rien qui, de près ou de loin, 
[)ût se rapporter à ce que nous appelons aujourd'hui la méde- 
cine sociale. S'il fut pris des mesures importantes d'hygiène 
publique, telles que la construction des égouts, la défense 
d'enterrer et de brûler les morts dans la ville, la distribution 
des eaux, la propreté des rues, l'élévation et la forme des bâ- 
timents, tout cela se fit sans l'intervention des médecins. Il en 
fut de même pour les rudiments de médecine légale que l'on 
trouve dans la législation romaine, bien que dans certains cas 
on eût recours aux sages-femmes. 

Cet état de choses dura jusqu'à ce que les nécessités sociales 
dictèrent à Jules César le décret qui accorda aux médecins et 
aux professeurs de belles-lettres le droit de cité. Les consé- 
quences de ce décret furent considérables et eurent une très- 
grande influence sur la civilisation. C'est à partir de cette 
époque que des médecins habiles vinrent de toutes parts se 
fixer dans la ville éternelle, et qu'ils coàiraencèrent à entrer 
dans l'administration publique et dans les différentes branches 
du service de l'Etat. On désigna ces médecins fonctionnaire? 



— 6-2 — 
sous le litre (l'archialrcs, et on j>eul le.s riinjjei' (hms les cinq 
ordres .suivniils : i" les médecins des empereurs; 9.' les méde- 
cins municipaux des villes de province; 3" les médecins publics 
des deux villes impériales; A" les présidents des collèges ou 
sociétés de médecins; Tv les médecins attachés au service du 
portique appelé xyste et des vierges vestales. Toutefois il est 
nécessaire de dire que les médecins militaires firent exception 
à celte règle, car bien qu'ils eussent été les premiers revêtus 
de fonctions publiques, ils ne portèrent pas le tilre d'archia- 
Ires, soit pour des raisons de disri|)line, soit, parco (pi'ils 
n'avaient que le grade de sous-oilicicrs. 

Le médecin de l'empereur JNéron, nommé Antlromaque, 
fut le premier des médecins palatins désignés sous le titre d'ar- 
chiatre. Il y en eut ensuite plusieurs autres; mais ce titre ne 
lut pourtant généralement donné aux médecins des princes 
(jue sous Diocléticn. Ils eurent ensuite une situation extrême- 
ment élevée et furent rangés parmi les plus grands digni- 
taires de la cour impériale. Quelques-uns d'entre eux s'éle- 
vèrent mémc^ au commandement des [)rovinces , comme 
Vindicianus, gouverneur d'Afrique, plusieurs fois mentionné 
par saint Augustin. 

La coutume d'établir des médecins publics dans les villes 
de province existait très-anciennement, et les auteurs ainsi 
(pie les inscriptions en fournissent de nombreux exemples. Ils 
étaient donc dé'jà très-ré[)andus dans les provinces de l'empire 
lorsque Antonin le Pieux, (jui trouvait cette coutume en fa- 
vfîur, voulut la réglementer et en faire une institution stable. • 
Le statut qu'il édicta dans ce but était, en réalité, basé sur 
des raisons fiscales; mais il n'en fut pas moins un grand bien- 
fait. En fixant pour chaque ville le nombre d'arcbiatres 
(pielle [)ouvait noimner (car c'est sous ce titre ([ue ces méde- 
cins furent |)artout désignés), il remédia à un abus qui nuisait 
au trc'sor. à cause des immunités dévolues à ces médecins, et 



— 63 — 

neut-etro rolevn-l-il la digniUi do cette institiilion en eni[je- 
chant (Yen multiplier les titulaires dans une proportion abu- 
sive. Du resic, le gouvernement se désintéressa complètement 
de la nomination de ces archiatres et ne changea rien dans 
leur mode de recrutement. Lorsqu'il y avait une vacance, soit 
par mort, soit par révocation d'un titulaire, le conseil de la 
cité, oiyIo . auquel venaient s'adjoindre à cet eiïet les princi- 
paux j)ropriétaires du pays, procédait à l'élection d'un nouvel 
archiatre, en dehors de toute action du président de la pro- 
vince. Leurs fonctions consistaient, selon toute probabilité, 
à donner des soins aux pauvres de la cité et à enseigner les 
règles de leur art. Sans doute aussi leurs conseils étaient in- 
voqués dans les questions d'hygiène et de police locales. 

Il est vraisemblable que c'est par suite de l'utilité reconnue 
de l'institution des archiatres municipaux que les empereurs se 
décidèrent, mais très-tard, à établir aussi des archiatres popu- 
laires dans les deux villes impériales. La constitution impériale 
(|ui les institua est de l'année 3G8, et elle est adressée au 
j)réfet de la ville de Rome, Prœtextatus; elle accorde un ar- 
chiatre à chaque région de la ville : en tout, ([uatorze. Comme 
on doit bien s'y attendre, la nomination de ces médecins n'est 
j)oint semblable à celle des archiatres municipaux. Ici, l'action 
du gouvernement se fait sentir dans tous les détails. Lorsqu'il 
V a une vacance dans le collège, les treize médecins restants 
procèdent à l'élection, qui doit être faite à la majorité; mais 
le nouvel élu n'est investi de ses fonctions qu'aj)rès l'approba- 
tion de l'empereur, et prend le dernier rang, car il y avait 
des préséances, des privilèges et des avantages divers dans ce 
collège d'archialrcs. L'établissement de ces médecins popu- 
laires précéda de très-peu d'années Tinslilution des hôpitaux 
publics. |)uisque ceux-ci, comme on le sait, dalenl de l'an- 
née 38() ou oSi, et sont dus à l'iniliative privée d'une grande 
dame romaine, Fnbiola. 



— 0/i — 

Il esl démontré, \nn' «les monmiienls aulIieiUi(|U('S, (|n'il y 
«îul, (lès le principal d'Augnsfo v.l de Tibère, un bAtinicnt 
construit à Home par les médecins sur le mont Ksf|uilin, et 
appelé scliola medicorum. Cette schola servait de lieu de réunion, 
de conférences et d'instruction pour les médecins de la ville. 
Cela n'empêchait pas les professeurs et chefs d'école de se 
faire accompagner par leurs élèves chez les clients qui les apj)c- 
laient. Mais c'est dans la schola que devait se donner l'instruc- 
tion théorique. Sous quelle forme cette instruction se donnait- 
elle? Il est évident que cette forme n'avait rien de semblable à 
ce qui se passe aujourd'hui dans nos Facultés; mais l'instruc- 
tion puisée dans la schola résultait des discussions des méde- 
cins entre eux, des conférences qui y avaient lieu et des dé- 
monstrations qui s'y faisaient publiquement, comme nous le 
dit Galien. C'était donc un centre d'instruction médicale, .qui 
avait une organisation administrative, des greffiers, secrétaires 
et archivistes, et dont le président était décoré du titre d'ar- 
chiatre, ainsi que nous l'apprend une inscription qui fait men- 
tion de deux affranchis de la famille Livia. 

Knfin, le titre d'archiatre était encore donné au médecin 
qui assistait aux exercices du xyste et à celui des vierges ves- 
tales. Le texte qui nous apprend ce fait est authentique, mais 
unique et très-concis. On le trouve dans le décret d'institution 
des archiatrcs ])opulaires des villes impériales. Pourquoi ces 
deux médecins furent-ils décorés du titre d'archiatre? Voilà ce 
qui , au premier abord, paraît singulier, et ce dont on ne saisit 
pas nettement la raison. Toutefois, en se rappelant que le xyste 
était une partie du gymnase qui avait une importance excep- 
tionnelle, qu'il était dirigé par un fonctionnaire appelé xj/s- 
tarque, qu'en outre on y avait institué des pontifes ou grands 
prêtres, on ne peut s'empêcher de reconnaître que c'était un 
lieu consacré, auguste, et que les exercices qui s'y prati- 
quaient avaient un caractère religieux. Voilà sans doute 



— 65 — 

poui'f[Uoi le médecin de ce lieu possédait un litre élevé, qui 
rehaussait sa dignité et le mettait au niveau des premiers 
fonctionnaires du gymnase. 

Quunt au médecin des vestales, on est beaucoup moins 
étonné de le voir élevé à la dignité d'archiatro, et on reconnaît 
bien vite que ce fonctionnaire devait avoir un rang très-honora- 
ble et proportionnel à l'importance immense du collège "de prê- 
tresses auxqueUos il devait donner ses soins en cas de maladie. 

D'après ce qui précède, on peut donc établir que le titre 
d'archiatre n'était donné qu'à des catégories de médecins 
nommés par des corps constitués et selon un mode établi par 
le gouvernement impérial; c'est-à-dire qu'ils avaient tous une 
empreinte officielle et des fonctions commandées et obliga- 
toires : ils étaient médecins -fonctionnaires. Mais en même 
temps le titre d'archiatre n'indiquait point par lui-même une 
attribution définie; il n'était en réalité qu'une marque d'hon- 
neur qui désignait le médecin fonctionnaire à la considération 
et au respect de tous. 

NMX. 

LK GÉNIE DE LA VILLE DE LYON , 
PAR M. DE WITTE. 

Ce n'est que depuis peu d'années qu'on a publié un certain 
nombre de médaillons de terre cuite avec des reliefs, genre 
de monuments dont les archéologues ne s'étaient guère occu- 
pés ^ Ces médadlons de l'époque romaine sont faits d'une 
argile (ine ayant une teinte rougeâtre, différente des poteries 
ordinaires de terre sigillée, avec ou sans vernis, qu'on ren- 
contre en grande quantité dans plusieurs contrées où les Ro- 

' Frohncr, Les Musées de France, Varis, iH-j'6. — L. Stephani, Compte rendu 
de la Commission imp. d'archéologie de Saint-Pélershnt(rjf , iSy-'i, {>. 08. — Cl. 
Die Vasen-Sammlinip,' dor h. Ermilapc,^" 1.358. 



— 66 — 

mains ont eu des établissemonts. (]es médaillons étaient des- 
tinés à orner des vases comme on peut s'en assurer en 
examinant le vase à trois anses, connu depuis longtemps et 
conservé encore aujourd'hui au musée de Lyon '. Sous le rap- 
port de l'art, ces reliefs ont peu de valeur; ils appartiennent au 
iif siècle de notre ère et paraissent tous sortir d'une seule 
fahri([ué locale qui aurait existé dans le midi de la France, où 
on les trouve dans plusieurs endroits. 

Un de ces médaillons, qui vient des environs d'Orange, 
mérite de fixer tout particulièrement l'attention des archéo- 
logues. En voici la description : 

Le Génie d'une ville, couronné de tours, est debout sur 
une base ou piédestal. Il s'appuie de la main droite sur un 
sceptre et tient sur son bras gauche une corne d'abondance. 
Une chlamyde est jetée sur son épaule gauche; il est armé d'un 
glaive suspendu à un baudrier; à ses pieds on voit un corbeau 
qui, retournant la tête en arrière vers le dieu, se tient debout 
sur un petit rocher. Ce rocher semble affecter la forme d'un 
lion accroupi. 

En face du Génie s'avance un personnage romain, vêtu delà 
toge, nu-tête et chaussé de bottines. C'est un homme dont les 
traits annoncent un certain âge. De la main droite il présente 
comme offrande deux épis plantés dans un vase garni d'une pe- 
tite anse; de la gauche il tient un sceptre ou plutôt un rouleau. 

Les proportions des deux figures sont à peu près égales, 
avec cette différence que les formes du Génie sont plus fortes, 
plus puissantes, plus accentuées. 

Dans le champ on lit le mot FELICITER, formule de con- 
sécration que le personnage romain est censé ])rononcer, en 
souhaitant que son offrande porte bonheur à la ville et qu'elle 
lui assure une récolte abondante. 

' Caylus, Heoipil rVantiquités, t. VI, pi. CVII. — Alph. deBoissieu, Jvscript. 
nnhquoK île l^ijott . p. '\{\h . f,von. jSFi/i, 



— 67 — 

L'archéologue^ qui a [uiblié ce curieux médaillou a par- 
faitement reconnu dans le dieu qui figure ici le Génie tuté- 
laire de la ville de Lyon; il l'a rapproché de la médaille d'Albin, 
au revers de laquelle est représenté le Génie de Lyon dans la 
même attitude, et ayant h ses pieds un corbeau , avec la légende 
GEN[/(i.s LVG[dmi'^. 11 n'a pas manqué dé rappeler le récit 
légendaire de la fondation de Lyon par Momorus et Aiepoma- 
rus^, l'étymologie du nom de cette ville, tirée de deux mots 
celtiques Lug, Dun, qui signifient rocher ou colline du corbeau, 
et, à propos de la corne d'abondance que tient le Génie, de 
citer le nom de Copia que portait la colonie de Lyon. 

Quant au personnage romain, voici ce qu'il en dit^ : 

«Mais ce qui me paraît plus remarquable encore, c'est 
que le Romain, s'avançant d'un pas solennel et dans une atti- 
tude grave, n'a pas un visage de convention; l'artiste a voulu 
faire un portrait. De qui? nous sommes hors d'état de le dire. 
Faut-il y voir un légat impérial? un procureur? ou simplement 
un des hauts dignitaires de la colonie? Je ne me permettrai 
pas de répondre à la qiXestion. Dans tous les cas, c'est un per- 
sonnage du i" siècle de notre ère , car il ne porte pas de barbe, v 

Je crois qu'on pourrait aller plus loin , et dans le personnage 
romain, vêtu de la toge, qui apporte une offrande au Génie 
de la ville de Lyon et lui adresse des vœux de prospérité, je 
n'hésite pas à reconnaître L. Munatius Plancus, le fondateur 
de la colonie romaine de Lugdunum, qui, un an après la mort 
de César (l'an 711 de Rome, /»3 av. J. C), vint, j)ar ordre du 
Sénat, établir une colonie au confluent du Rhône et de la 
Saône. Il ne faut pas toutefois se le dissimuler, il se présente 
ici une difficulté assez grave; elle porte sur l'âge a])parent du 

' Frohnor, Lra Musées de France, pi. XV, n" 2, p. 09 et siiiv. 
- H. Colien, Médailles imp. I. III, p. aa'i, n°2!?. 

■'' Cliloplion rip. Pliitarcli. Do Flnviis, t. X . p. ■]'A:> . <''il. Hi^iskf. — Frnfrm. 
Iiisl. gra'C. I. IV, p. ."id-y. orl. Didot. 
* Lor. rit. p. Tir) cl fin. 



— 08 — 

Honiain; on a cru même, ce qui n'esl [)as, qu'il avait le Iront 
dégarni de cheveux. Planriis, (|ui mourut dans un a<je avancé, 
ne pouvait rruère avoir [)lus de quarante ans au moment oii 
fui londiîe la colonie de Lujjdunum, Peut-être les traits séniies 
du personnalise ne sont-ils qu'apparents et tiennent-ils à la 
nature du petit monument d'ar^jiic dont je joins ici le dessin 
([uc j'ai l'honneur de mettre sous les veux de l'Académie. 
Peut-être aussi, à deux siècles de dislance, ne connaissait-on à 
Lyon (jue des portraits de Plancus laits dans les dernières 
années de sa vie. On ne peut émettre à cet égard que des con- 
jectures. La médaille de bronze sur laquelle est figuré le pré- 
tendu portrait de Plancus, dans un âge très-avencé \ est 
fausse, de l'avis des plus hahiles numismalistes modernes^, 
malgré ce qu'en ont pensé EckheP, Visconti* et Borghesi^. 
Quant aux deux pièces de fabrirpie barbare, publiées par 
M. Robert dans la Hevue iinmismalique'^, si on admet qu'elles 
ont été émises réellement au temps de L. Plancus, elles ne 
peuvent fournir aucun élément de comparaison, lorsqu'il 
s'agit d'une question iconographique. 

Il nous reste à dire un mol du petit rocher sur le(|uel est 
posé le corbeau. Ce rocher, comme je l'ai dit plus haut, 
semble affecter la forme d'un lion accroupi. A l'appui de cette 
idée, il m'est permis, grâce à l'obligeance de M. Etienne Ré- 
camier, de citer ici un curieux plomb de douane, trouvé à Lyon, 
et qui fait partie de sa riche collection. On y voit un corbeau 
voltigeant au-dessus d'un lion couché; dans le champ sont pla- 
cées les têtes du soleil et de la lune, sous les traits peut-être 

' Voy. Géraril-Jacol) Kolb, Trailc rlcincntairc de nuinismdliqiœ , pi. Vit, n° lo, 
fil t. I", p. 79. 

* H. Cohen, Monnaies de la Rrpiibliqua romainr , p. w?.-?. , note ?.. 
■" D. N. t. V, p. 58. 

* îconof^raphic romaine, pi. VI, n" S, ol p. \ïi9>. 

* Œuvres complètes, L \", p. Ç)'^. 
'' 1 S.")r). p. :>'.\(\. 



— 69 — 

(rAiigusIc et (le Livie. Je ne dirai rien de plus de ce curieux 
petit monument, M. Récamier se proposant de faire un travail 
sur les plombs de toute espèce qu'on recueille dans la Saône. 
11 ne faut pas oublier que Marc-Antoine prit une part très- 
grande à ia fondation de la colonie de Lugdunum. Sénèque, 
dans son écrit satirique' contre l'empereur Claude, dit, en 
parlant de lui : Lugduni naliis est, Marci miinicipem rides. Ainsi 
Lupdunum était considéré comme un mnntcipium de Marcus, 
et ce Marcus ne peut être autre que Marc-Antoine. Le triumvir 
avait la prétention de faire remonter l'origine de sa famille à 
Hercule et de descendre d'un des fils de ce héros qui, selon 
le témoignage de Plutarque^, se nommait Antéon ou Anton. 
Cicéron, dans une de ses lettres à Atticus^, dit : Tu Antonu 
leones pertmescas cave. L'on disait aussi que, le premier à Rome, 
il avait paru sur un cbar tiré par des lions ^. Le lion rappe- 
lait donc Marc-Antoine et, en effet, sur les quinaires d'argent 
frappés à Lyon , et portant le nom du triumvir^, on voit un lion. 
Ces citations expli(]uent, ce me semble, la forme de lion 
donnée par l'arlisle au rocher sur lequel est posé le corbeau, 
oise'au symbolique de Lugdunum. 

LES AMBRONS, OMBRIENS OU OMBRES ET LES PHÉNICIENS, 

DANS LE MIDI DE NOTRE PAYS, AVANT L'ARRIVEE DES GAULOIS, 

PAR M. ERN. DESJARDINS. 

I. LES AMBRONS, OMBRIENS OD OMBRES. 

IMularque raconte'' qu'avant la bataille d'Aix les Ambrons. 

' AnoKo'koKvvrùû<Tis , G. 

^ lit Anlon. IV. 

3 X, i3. 

* Pline, Il N. VII[, iG, -j i , 

' Eckl.d, D. N. t:\'l,p. 38. 

■^ l^liil. (,'. Marins, xix. 



— 70 — 

répétaient, <'ii dansant, leur proj)re nom; que les Ligures 
italiens de l'armée de Marius qui s'avançaient contre eux, en 
entendant ces clameurs, se mirent à crier de leur côté que ce 
nom qu'ils entendaient était celui de leur patrie d'origine, et 
Plutarque ajoute : «d'est ainsi que les Ligures se nomment 
eux-mêmes (Ambrons) quand ils désignent leur race \ v D'après 
ce curieux passage, il semblerait que les Ligures ne fussent 
qu'une tribu de la grande famille des Ambrons, lesquels se- 
raient, par conséquent, identiques aux Ujnbri « regardés comme 
la nation la plus ancienne de l'Italie... On lit dans les bistoires, 
nous dit Pline, que trois cents de leurs villes furent soumises 
par les Etrusques"-. 55 INous possédons du moins pour les JJmhri 
de l'Italie centrale, — refoulés sur le versant oriental do 
l'Apennin et sur les rivages de l'Adriatique par les F^trusques, 
et subissant plus tard, comme ces derniers, la pression des 
envabisseurs gaulois, — cet incomparable monument de 
leur langue, si savamment interprété par M. Michel BréaP, 
monument connu dans la science sous le nom de Tables Eugu- 
bines; mais si ce document témoigne invinciblement de l'orimnc 
indo-européenne de ces peuples, il ne faut pas oublier qu'il 
appartient à l'époque la plus basse de leur histoire nationale, 
puisqu'il faut le faire descendre jusqu'aux temps des guerres 
|)uni(jues, c'est-à-dire jusqu'au temps où Plante, de Sarsina, 
ville du nord de l'Ombrie, écrivait, en bon latin, ses comédies. 
Peut-être faut-il rattacher à cette race les Insubres dont Polvbe 
écrit le nom Isomhres'^ et donl Tite-Live fait une colonie d'un pa- 
gus des JËdui^^: nous remarquerons seulement (pie, si l'origine 

' Pliil. i'j. Marins, xix, 5 : a(pàs yàp avroùi outws [Xfxëpuvas] ovo^d^ovai 
Haià yévos AiyiiEs. 

- III , XIX (xiv), 1 ot 'J. 

■* Biblinth. de l'Ecole drs hcmlex études {sciences, philosophie et histoire) , aC fasc- 
LXïii-3()i ])agcs , in-8", ot nlbiini pptil in-fol. Paris, 1875. 

* Polylx! : iao[j.Spe5, II, xvii, U,p(issiiii. 

* V, .î/i : rtlaiid procul Ticino fliiiiiine, (iiiii m (|iio conscderaiil afjruni Insu- 



— 71 — 

des Ambrones ou Umhri est commune avec celic des Ligures, 
les premiers apparaissent en Occident très-distincts des seconds. 
Il n'existe aucun souvenir historique de leur passage en Gaule, 
si ce n'est l'invasion des Ambrons, mêlés aux Teutons et dé- 
truits à Aix par Marins en 102 ; mais la géograjdiie et l'archéo- 
logie nous apportent des témoignages irrécusables et certai- 
nement beaucoup plus anciens de leur séjour dans notre pays. 
Pline, dans ses énumérations par ordre alphabétique des 
villes et des peuples de Narbonnaise, nomme les Umbranici^. 
Nous ne pouvons rien tirer de cette mention en ce qui regarde 
la position de ce peuple; mais la Table de Peudnger vient à 
notre aide. Ce document renferme, en effet-, un nom de pays 
écrit ainsi: Umbranicia, en grancles lettres rouges, à côté do 
celui des Volcctectosi^ ( Volcae Teclosuges) ; voici la disposition : 



T^okciecroSi Umtn-autcia 

Nous avons nous-méme cherché à démontrer* que la posi- 
tion relative des noms sur la Table de Peuimger ne pouvait être 
exacte, en raison de la déformation intentionnelle que le dessi- 
nateur avait donnée à cette carte, dont les contours, démesu- 
rément étirés dans le sens horizontal et singulièrement réduits 
dans le sens vertical, indiquaient, entre autres preuves, que 
Yorbis f ictus d'Agrippa , sous le portique de Polla ^, avait dû lui 
servir de prototype, ainsi qu'à toutes les cartes routières ro- 

hrium appellari audissent, cognoniine Insuhrihus pago /Eduorum il)i omen se- 
quentes loci coiididere iirbein, Mediolanium appcllarimt.v, — Cf. Pline, lit, x\i, 
(xvii), 2. 

' III, v(iv),G. 

'^ Segtneiil I, C, 9; texte in-P, p. 5, col. 1, 11° 9, et Gaule d'après la Toile de 
Pentinger, \i. 2 3-23. 

^ Voy. ce nom exactement reproduit d'après le manuscrit orij^inal, dans notre 
édition , loc. cit. 

'' Voy. texte in-f", p. (îG, col. 9 cl 3 , et Gaule d'aprèn la Table Je Peiilmj>ci- 
Fntrodurlion, p. xxii-xxx. 

' Dio Cassius, LV, 8. 



ri 



niîiines; mais notre déruonstratioii a porté sur le défaut de coïn- 
cidence entre les noms des régions, des provinces, des peuples, 
d'une part, et le réseau des routes avec la position des villes, de 
l'autre. Il ressort de ces observations que ce réseau avait dû 
être établi sur un fond plus ancien, c'est-à-dire sur une carte 
primitive qui ne donnait que la nomenclature topofjrapbique 
des pays et des peuples, et que le dessinateur chargé d'y ajou- 
ter postérieurement les voies et les villes n'avait pas dû s'occu- 
per de les faire concorder avec les anciens noms des pays; de 
là des écarts considérables entre certains peuples et leurs ca- 
pitales; de là aussi la suppression de tous les anciens noms 
qui se trouvaient sur le chemin de son pinceau. C'est ce que 
nous avons établi à l'aide de preuves nombreuses; mais il res- 
sort aussi de l'emploi bien constaté de ce procédé primitif ou 
pour mieux dire de ce grossier sans-gene, qu'il faut tenir grand 
compte des rapprochements et des situations relatives des 
noms appartenant au premier dressement; faisant donc abs- 
traction des routes et des positions vicinales qui avoisinent le 
nom Umbranicia, et ne considérant que les noms de peuples 
ou de pays ménagés dans les intervalles du réseau, nous avons 
la disposition suivante, tirée des segments I et II : 



5(uci l^olcerecroôi Unibrautcia 



(Sayavcâ 



^clrcri 



(Dëxia fi Oiobaiti 

donc Y Umbranicia doit être cherchée à l'est des Volcae Tccto- 
sagcs, par conséquent chez les Volcae Arccomici, sur la rive 
droite du Rhône. 

H est à propos de remarquer qu il existe, en Italie, un 
autre peuple également mentionné par IMine sous le nom 



1 



— 73 — 

d'Umbranales, clans une liste, malheureusement alphabéliciue, 
des peuples et des cités de la viii' région d'Auguste (Gaule 
"* Gispadane)^ Gabriel Brottier, dans son édition de Pline 
(1760), avait déjà rapproché le nom des Umbmnates de celui 
d'une petite localité appelée Città d'Umbria^. En 1861, 
M, Alexandre Wolf, archéologue américain, guidé par les 
conjectures de Brottier, s'y transporta et y entreprit des 
fouilles. La Città d'Umbria est. sur la rive droite du torrent 
Ceno, au-dessous de son confluent avec la Noveglia, au pied 
du monte Barigazzo, sur la pente orientale du Pizzo d'Occa, 
entre Pareto, au sud, et Cucarello, au nord (district de Bardi, 
circondario de Fiorenzuola, province de Plaisance)^. Le résultat 
de ces fouilles a été consigné dans une publication spéciale de 

' III, XX (XV), 2. 

= T. I, p. 665: <r Umbr anales, ila manuscrit Barberin. et cf. Rezzonic. Niinc 
Città d'Ombria ubi multa adhuc raanent antiquitalis vesligia.» 

^ Celte position ne figure dans aucune carte récente, ni dans celle de Coccoii- 
celli, ni dans la Carta corograjica dei ducati di Parma, Piacenza e Guastalla de 
Gaetano Testa, ni dans la carie de Vlnstitut géogr. milit. (autrichien) de Milan 
(1828-18/19), ni même dans la feuille xi de la carie de Scheda en 20 feuilles, 
1870. Mais la Città d'' Ombria est mentionnée dans les Ephcmérides de G. B. An- 
guissola, dans lesquelles on trouve une lettre de Picinelli à Landolo, Milan, 
3i juillet 1O17. — Une vue de la Città d'Umbria, gravée sur bois, figure dans 
la 2° édition du Libro délia descrizione in rame de i stati efeudi impei'iali di don 
Frederico Landi, par Carlo Natali, peintre de Crémone; aux deux éditions (161 5 
et 1617) est jointe une carte topographique de ce territoire où il est fait mention 
de lalocahté de Città d'Umbria, et, dans le texte, se trouve une courte description 
des ruines. — On la voit représentée encore en i6o3, dans V Arbre {généalo- 
gique) des princes de Val-di-Taro. — En i6i5 et en 1625, dans un grand atlas 
lopographique du diocèse de Plaisance, l'ingénieur Alessandro Bolzoni a nommé, 
exactement à sa place, la Cittii d'Umbria. — Magini, dans sa Géographie ita- 
lienne (1620), carie de la Rivière de Gênes, place Tosia et Città d'Antria (évidem- 
ment pour Tosca et Città d'Umbria). — NicoU, dans ses Riscontri e Note di alcunc 
carte topografiche dei ducati di Parma , Piacenza e Guastalla (Piacenza, i83o,p. 98, 
97 ) rappelle une carte inédite de Girolamo Asquini, d'Udine (xvi" siècle), où fi- 
gure la Città d'Ambria (pour Umbria). — Dans la carte, dessinée sur un mm- 
defévèché de Plaisance, on voit, près de Pizzo d'Occa, les mois Città d'Ombna. 
— Molossi, dans son Vocabnlnrio lopografico dei diicali di Parma, etc., mentioiiue 
la Città iPOmhria au mol Hardi. — Enfin, dans In grande carte de la Tupogr/t- 



M. Bernardo Pallastrelli, de Plaisance, inlitiilée la Ciltà 
(PVnibria (i86/i)\ Les planches photo^j^raphiques V, VI, Vil 
et VIII re[)résentent les murs mis an jonr en cet endroit et 
permettent de se rendre compte de leur construction. Nous 
avions rapj)roché déjà les noms Umbrwiales , iJmhramci de 
Pline de celui à'Umhrnnicin de la Table de Peutinirer'-; mais 
nous pouvons comparer aujourd'hui les murs de Ctttà d'Um- 
bria avec les plus anciens spécimens connus des constructions 
primitives de l'Italie et de la Gaule. Celles (jui appartiennent 
à l'époque romaine doivent être écartées tout d'ahord, ainsi 
que celles des Etrusques. Il en est de même de l'époque gau- 
loise. César nous a laissé une description très- détaillée des 
murs de l'enceinte d^ Avaricum (Bourges)^, et l'on a retrouvé , en 
1867, des spécimens absolument conformes à cette description, 
à Mursceint ou Mursens, commune de Cras, canton de Lauzes, 
arrondissement de Cahors (Lot)*, et à Bibracte, sur le mont 

phia (sic) délia Liguria, par ringénieur espagnol D. Joseph Chafeion (1G8I)), 
se lit, à la même place, Cittaduntria. 

' Publié aux frais de la Reale depiitazione di Storia patria , \\\-h", 7() pages avec 
a [)l;ins topographiques et 7 planches photographiques. Ce travail est divisé en 
cin([ chapitres : fl. Résultat des fouilles de M. Al. Woll". — II. Bibliographie de 
la Citlk d'Umbria, mentionnée comme localité ancienne dans les écrivains du 
pays aux xvii°, xviii" et xix" siècles. — III et IV. Examen du problème historique 
(jiii se rattache à la découverte." Dans celle partie de son livre, M. l*ailaslrelli 
croit reconnaître : 1° que cette cité est antérieure à Tépoqnc romaine; 2° qu'elle 
ne saurait être gauloise; 3° qu'elle doit être considérée comme ligurienne Ou 
ombrienne, mais il incline plutôt pour cette dernière opinion. — «V. Examen 
dos constructions et des objets mis au jour par les fouilles : murs d'appareil ori- 
ginal et ne rappelant ni les procédés gaulois, ni ceux des Étrusques, ni ceux 
des Romains: haches de pierre, de bronze, flèches de silex. n — Voy. l'analyse 
de ce livre et les observations personnelles qu'il nous avait suggérées, — et 
dont nous ne retenons d'ailleurs presque rien aujourd'hui, — dans un article 
intitulé : Découverli; des riiincH d'iiiio citô incuinnie aux enviroun de l'iaiscuwc (^lleviw 
arch. nouvelle série, t. XI, p. i-j()-i3(5, février iSGf)). 

* Cité inconnue, toc. cil. p. i3/i. — Cf. Gaule d'après la Table de Pcuùngcr, 
p. 22-23, et édil. in-f°, p. 5, col. 1, n° 2. 

^ DelMlo r.nll. Vil, 2 3. 

* Rev. arch. uoiivcllr série, XVII, [>. '/u), avril lî^fiS: iMiceinti' (b'convcilc. 



— 75 — 

Beiivray, près d'Augusloditmini (Autun)^; mais ies aiicioiis 
murs de Murviel et de Nages dans le bas Languedoc, ceux de 
la Citlà d'Umbria en Cispadane, et les murs de Fiésole (l'an- 
cienne Facsulne, au nord de la Toscane) difîèrent essentielle- 
ment de ceux à'Avnricum, de Bibracte et de Mursceint. 

Pour les constructions du bas Languedoc, nous avons deux 
spécimens : i° celui de Nages en Vannage (canton de Soin- 
mières, arrondissement de Nimes), à égale distance (i3 kilo- 
mètres) de Nîmes et du Vidourle, Nages, dont l'emplacement 
est désigné par le nom de Castellas, et dont les murs, fort an- 
ciens, sont composés «de pierres sèches, grands blocs de cal- 
caire marneux, mesurant jusqu'à 2 mètres de longueur sur 
g'", 3 G à g",/io d'épaisseur- w; 2° les débris de X oppidum de 
Murviel (chef-lieu de canton de l'arrondissement de Béziers, 

mesurée et dessinée par. M. Castagnez en 1868, 1 pi. ; — cf. ihid. XVIII, juillet 
1868, p. 78; voy. la planche .38 (classement provisoire) du Diclionnaire arch. 
de la Gaule, époque celtique, publiée par la Commission de la Carte des Gaules, 
187.5. On V retrouve ces npontres d'une seule pièce, posées en longueur sur le 
sol, d'équerre avec la direction du mur et â la distance de deux pieds (o'",3()03 
étant le pied romain dont César fait usage, o^jagôJ^Xa = o"\5926) les unes 
des autres, reliées dans œuvre par des traverses revêtues entièrement de terre, 
à l'exception du parement formé de grosses pierres logées dans les intervalles sus- 
nommés, ^5 et César ajoute : tCe premier rang, solidement établi, on élève au- 
dessus un second rang serab|able, disposé de façon que les poutres ne touchent pas 
celles du rang inférieur, mais de manière qu'elles n'en soient séparées que par 
ce même intervalle de deux pieds, dans lequel on encastre pareillement des 
blocs de pierre bien ajustés: on continue de même jusqu'à ce que le mur ait at- 
teint la hauteur voulue. Ce genre d'appareil, avec ses pierres et ses poutres alter- 
nées régulièrement, produit un ensemble qui n'est point désagréable à l'œil, et 
qui est, de plus, parfaitement adapté à la défense des places. 71 Un spécimen do 
ces murs a été exécuté en réduction, relief colorié, et se voit au musée de Saint- 
Germain. 

' /(Vu. avch. nouvelle série, t. XX, p. 3()8-4i/i, Fouilles de Bibracte , Tpac 
M. Bulliot, en 1869, p. 'loo et suiv, n° de décembre i86(j. 

- Rev. arch. nouvelle série, I. XXX, déc. 1869, art. intitulé VOppidum de 
Nages, 1869, par Ed. Flouest, p. 892-897, voy. p. 898. — Mais certaines par- 
ties de l'enceinte et les objets qui y ont été trouvés sem'blent témoigner de l'exis- 
tence d'iuie épo(pio plus moderne, et prouvent que ces anciens murs auraient été 
utilisés par les Gaulois et peut-être par les Romains. 



— 7G — 

lir-iaull), (lui oiiL élu (Iikrits \rdv MiM. A. de Monlj^ravier et 
Ad. Rirard, cliarfjés [)ar M. de Sauley, président (l(> la Com- 
mission de la loiJOgra|)liie des Gaules, d'exécuter des fouilles 
sur ce point. Ces murs, «sur 2 kilomètres d'élendue, ne pré- 
sentent pas trace de ciment;... ils sont construits en calcaire 
lias;... les ])ierres ont souvent 2 mètres de lonjjueur; les pa- 
rements extérieurs forment des assises horizontales irrégu- 
lières;... les assises, jointives l'une à l'autre, se soutiennent 
par leur propre masse et l'agencement des joints, sans même 
(|ue l'on ait essayé de remplir les vides par un blocage; au 
reste, les matériaux bruts ont été choisis sur place avec tant 
(le soin (jue, partout où l'on sonde les murs, on ne trouve 
(jue peu de vides, et (qu'ils forment encore des masses très- 
solides;... aucun de ces matériaux ne paraît avoir été taillé 
ni même dégrossi sur les faces des joints, et ils ne portent au-' 
cune trace de scellement^, v Cet endroit a reçu , comme à Aages 
en Vauna.fre, le nom de Caslellas. Cerlaines parties des cons- 
tructions, les médailles et objets gaulois et romains, trouvés 
en grand nombre dans ce lieu'^, prouvent qu'elles ont été utili- 
sées postérieurement. «Ces murs n'ont pas d'analogues parmi 
ceux des villes romaines connues^, » disent les auteurs du Rap- 
port. Ils auraient pu ajouter qu'ils n'en pvaient pas non plus 
parmi les constructions gauloises, ainsi fpi'on jx'ut s'en con- 
vaincre ])ar la comparaison du spécimen de Murviel, qu'ils ont 
donné, avec celui de Mursccint (Dicl. arch. de la Gaule). Mais, 
en i8()3, époque à laquelle remonte leur description, on ne 
connaissait encore ni les murailles de Mursceint, ni celles de 
Bibracle, (pii sont venues donner depuis une si éclatante con- 

> Rcv. arch. nouvelle si'-ric , t. Vil, i<S0.'5, ii" île mars, p. i6()-iG(). L'arliclc 
jiorlo pour tilio : Muri'irl , l{nlnrs d'un oppidum des V(>ls(iucs A nromui nés, [ilrc 
inexact, connue nous le. venons biculùl. 11 nous ;i Ironipé nous-uièmo : noj. I. l, 
|). Ii3'i, de noire Gniipa/fliir hislor. cl adminislr. de In Gaule mm. 

^ Op. cl /oc. cil. p. I .">7 rt sniv. 

//'((/. |i. 1 (ici. 



— 77 — 

lirnialioii à l'exactitude de César (Vil, a3); leurs conclusioiks 
à propos de Murviel (aisseut sans doute été tout autres : « L'eu- 
semble de ces observations nous amène, disent-ils, à conclure 
«nie les enceintes de Murviel doivent être attribuées à la confé- 
dération des Volces Arécomiques établis dans la Gaule méri- 
dionale, vers l'an 35o avant notre ère ^ ?' 

Par une ingénieuse conjecture, M. de Saulcy rapproche la 
lépende monétaire des Longostalètes - qu'il avait été impossible, 
jusqu'à ce jour, d'identifier avec aucune localité moderne : i° du 
nom de Naustnlo cité, pour cette région, dans un vers de Fes- 
(usAvienus^, et que le savant antiquaire propose de corriger 
en Longoslnlo; 2° des ruines découvertes à Murviel^. 

Si nous passons maintenant à la description des murs de 
Ciltà d'Umbria, dans le Placentin, «leur épaisseur est de 
2'",o3^..,. Les pierres qui constituent cette enceinte ne sont 
pas travaillées; elles ne sont pas jointes ensemble à l'aide de 
ciment*^, w On peut voir, dans la note ci-dessus (p. 7/1, 

' Rapport à M. de Saulcy, loc cit. p. 161. 

'^ Cabinet de France. Voy. Cli. Robert, Numismatique de la province de Lan- 
guedoc (extr. du t. Il de ia nouvelle édit. de VHistoire générale de Languedoc, 
'l'oulonso, 1876), p. 53, pi. IV, %. i3 : Buste do Mercure, à droite; B/' \0T- 
rOSTA|AHTON en deux lifjnes verticales séparées par un trépied surmonté d'une 
étoile; travail grec. — Cf. deux antres moins anciennes, mais de travail gallo-grec, 
avec la légende AOrrOSTA|AHTaN. Cabinet de France. — Voy. La Saussaye, 
Numismatique de la Narbonnaise, pi. XXII. — Cf. Robert, op. cit. p. 5/i et 55, 
|,!. IV, n"' i3et iZi. 

^ Il s'agit des positions anciennes voisines de l'étang de Than, Taphros : «Tum 
Mansa viens, op[)idinnque NaustnloTi {OraMarit. vers 613). — Voy. noire t. I" 
de la Géographie de la Gaule romaine, p. 289, note 9. M. de Saidcy propose de 
corriger ce vers ainsi : ^Tum Man.sa, Yicus, oppidum Longostalo ,-^ en identifiant 
Mansa av(<c Mèze (ce que nous avons aussi proposé, t. I, loc. cit.), en faisant de 
]'icus un nom propre qu'il identifie avec Vie, en supprimant la conjonction que qui 
f'sl inutile après oppidum et en changeant le dernier nom ( Ltudc (opographiqne sur 
/"OnA Maiutima d'Avicnus, dans la Revue a^rhéolog. nouv. série, t. XV, février 
1867, p.'go). 

^ De Saulcy, lor. cil. p. 88-91. 

' Pallastrelli, la Cit'.à d'Vmhria, p. i3. 

" Id. ibid. p. 17. 



— 78 — 

note i), (lue ^\. Palliistrclli ne découvVe aucune analogie entre 
CCS constructions et celles des Romains ou des Gaulois; mais 
il croit apercevoir quelques points de ressemblance avec celles 
de Tancien Latlum et de l'Etrurie, en quoi il se trompe et 
prouve par là que les constructions anciennes de ces deux 
contrées de l'Italie centrale lui sont mal connues. Il y a cepen- 
dant une exception à faire pour ce qui regarde les murs de 
Fiésole, et la position géographique de cette ville explique loul 
naturellement que les occupants de la Cispadane aient dû l'a- 
cilement comnumiquer avec les |)eu])les qui ont précédé les 
Elrus(|ues dans la vallée supérieure de l'Arno. Une tradition 
fort ancienne représentait même Tyrrhenm (c'est-à-din; les 
Etrusques) comme étant venu dans le pays des Ombriens ^ 
Nous conclurons de ce qui précède que Ciltà d'Umbria était 
un oppidum des Umbranatcs de Pline, en Ilalie; (pie les murs 
archaïques de Nages et de Murviel appartenaient à -des opjnda 
des Umbrnnici mentionnés par le même auteur, en Gaule; que 
YUmbmnkia, placée par la Table de Peutinger a l'est des Volcae 
Teclosnges et à l'ouest du Rhône, était la région occupée par 
ces peuples, région dans laquelle on rencontre encore une lo- 
calité ix^^eUc Ambrnssum [Ilinér. d'Antonin, p. 889 et 896, et 
trois des (piatre Vases Apolllmires), ou Ambrushtm [Table de 
PeutJnirer, 1, c. 9; Itinéraire Hiérosoh/mitain , ci i[ualvw.ine Vase 
Apollinaire) que tous s'accordent à placer à xv milles romains 
de Nimes (99 kilomètres); qu'ils appartenaient à une race 
indo-européenne congénère de celle des Ligures'-; (pie cette 
race a dû occuper, comme ces derniers, une partie considé- 
rable de l'Italie, surtout le versant septentrional et oriental de 
l'Apennin, ayant dû être refoulée par les Ligures, puis par les 
Étrusques et plus lard |)ar les Gaulois, dans le pays aucpiel ils 

' Pseudo-Scymnus, Orb. descript. v. aai : 

Tvppvvos e'iri tous Ofiêpototis èXO'hv ttcts. 
' \ "v. IMnlnrqnr. rih'' |iliis liiiiil. 



— 79 — 

ont donné leur nom, l'Onibrie; enfin qu'ils ont occupé, connue 
ces mêmes Ligures, une partie de la Gaule méridionale,» no- 
tamment le bas Languedoc, d'où ils auront été expulsés et 
détruits, ou fondus peut-être avec leurs prédécesseurs et avec 
les nouveaux venus, c'est-à-dire avec les Ibères d'abord, avec 
les Ligures ensuite, et enfin avec les Gaulois et les Romains. 
Nous ajouterons que Valois ^ d'Anvdle- et Walckenaer-^ ne 
s'étaient pas très-sensiblement écartés de la vérité en plaçant 
les Umbranici de Pline et YUmbranicia de la Table de Peutinger 
dans la partie sud du diocèse d'Albi. On doit seulement re- 
gretter que, manquant des indications fournies par les décou- 
vertes archéologiques plus récentes, ils n'aient pas donné plus 
d'extension à leur domaine, qui devait comprendre, outre le 
diocèse d'Albi, ceux de Montpellier, une partie de celui de Nî- 
mes, et s'étendre sur tout le bas Languedoc, cela bien entendu , 
avant l'arrivée des Gaulois, et peut-être même avant celle des 



Ligures. 



IL LES PHÉNICIENS EN GAULE. 



Depuis que des écrivains de talent et de savants linguistes 
ont entrepris d'étudier les rares débris de l'histoire, de la 
langue, de la religion, en un mot de ce qui constitue l'en- 
semble de la civilisation des races sémitiques, et en particu- 
lier des Phéniciens; depuis que la Commission du Corpus 
iitscri])lionum aemiticai'um, constituée le 17 avril 1867, dans le 
sein de l'Académie des inscriptions et belles-lettres*, a réuni 
ce nombre inespéré de documents originaux tirés surtout des 

' Nolitia Galliar. p. 6t6. 

^ Notice dp. la Gaule , p. 7 1 a-7 1 /i. 

' Géogr. de.i Gaules, t. II, p. 170. 

'' MM. de Siuilcy, de Longpéricr, de Slane, Waddingtoii , Renuii, de Vo{;ùé et 
Derenbourg composent aujourd'hui cette commission du Corpus des iiisciiptious 
ficmitiques, — Le regretté M. Munk, M. Movers, et surtout M. Renan, se soni 
occupes plus p.irli<ulièrcmont dos <'(udes pliéniciennes dniis ces derniers lenijts. 



— 80 — 

niinos cL des environs du Cartilage, un commence à se 
faire une idée plus exacte de ces peuples, on renonce aux 
banalités traditionnelles à mesure ([ue se dissipe l'ignorance 
de nos devanciers. On s'aperçoit que M. Movers lui-même est 
loin d'avoir dit le dernier mot sur cette (piestion. dans son 
livre trop vanté ' et dans son article plus récent de XEncifclo- 
pédie d'Erscli et Gruber. 

Ce n'est pas sans raison d'ailleurs qu'on s'est épris de cette 
laclie (liflicile qui a pour but de reconstituer, en partie du 
moins, l'histoire de ces peuples silencieux et intentionnelle- 
ment discrets, que l'on a trop longtemps et trop exclusive- 
ment considérés comme les colporteurs et les commissionnaires 
du commerce international des Egyptiens et des Orientaux 
d'abord, puis des Grecs et des Romains. Les Phéniciens, en 
effet, peu soucieux de leur passé, indifférents à l'avenir, et 
plus attirés vers les bénéfices d'un négoce lucratif que touchés 
de la renommée durable qui s'attache aux lettres et aux arts, 
paraissent même avoir été peu jaloux des profits et de la so- 
lide gloire que peuvent assurer les succès militaires. Il est 
bien vrai que ces négociants de Sidon, de Tyr, de Carfhage 
et de Gadès, voyageurs intrépides sur des mers inconnues, et 
qui ont frayé peut-être la route, vingt et un siècles avant la 
Renaissance'-, aux Diaz, aux Gama et aux Albuquerque, sem- 
blent n'avoir fait dépense d'esprit inventif, d'intelligence, de 

' Die Phœniiicr. 

^ Nous ne faisons nul doute, quant à nous, que le récit d'Hc'Todole sur les 
navigateurs pliéuiciens, (|ui, au temps de Nécliao, auraient fait le tour do rAfricjue 
et seraient revenus en Kjfvpte après deux ans de navigation, ne soit parfaitement 
nnlli('nli([ue. Ceux qui l'ont ni('' n'ont peul-ètro pus pesé avec assez d'alteiilion les 
expressions mêmes employées par IIiTodotc, et notamment cette piirase loiiclianf 
le point de leur voyage où ils ont dû atteindre le cap de Bonne-Espérance : xoli 
é)^eyov , e'ftoi fièv ov 'sunlà, aAAw êè <Î7f tew, ûs ■zseptitXâovTSi ti)v \tS6r}v, tov 
véXtov êo)(^ov es ta Se^td, «ils ont dit, mais moi je ne saurais y ajouter foi, — 
qu'un autn; le croie s'il vent, — qu'en naviguant autour de l'Afrique ils avaient 
ou le soleil à leur droite. n (IV, Melpom. lia.) 



— 81 — 

bon sens pratique, d'intrépidité, de génie méine que j)our 
«gagnera, comme les Normands du moyen âge; qu'ils n'ont 
songé à vivre que dans le présent, et n'ont voulu peiner que 
pour jouir. Mais on ne s'est peut-être pas assez souvenu qu'ils 
avaient une histoire écrite, et que, si leurs livres, leurs fastes 
et leurs archives se sont perdus , c'est que les Grecs et les Ro- 
mains, auxquels ils ont cédé l'empire du monde, les avaient 
détruits. On n'a pas assez réfléchi, d'autre part, que leur pros- 
périté commerciale, leur prépondérance surtout, n'avait pu 
s'acquérir qu'à la faveur du plus grand mystère et se conserver 
qu'au prix de la plus rigoureuse discrétion. La source de la 
fortune de Tyr et de Carthage n'était pas sous leurs mains : 
elle se trouvait au contraire fort éloignée et dans des pays 
d'accès plutôt ignoré que dithcile. Le secret était donc la con- 
dition même d'un négoce tout de transit et de commission, si 
bien que les mines de plomb argentifère de l'Espagne, les 
ivoires de l'Afrique apparaissaient sur les marchés de la Grèce 
et de l'Orient sans qu'on en soupçonnât la provenance. C'est 
avec les Grecs surtout qu'ils se gardaient bien de causer. Gades, 
dira-t-on, n'était pas tenue au même secret, parce qu'elle avait 
à ses portes le riche grenier de Tartessus ou de la Bétique, 
qui alimentait ses riches exportations d'huiles, de plomb, d'ar- 
gent, de vins et de salaisons, tous produits du pays'. Mais 
l'éducation était plus forte que la réflexion, et le mot d'ordre 
universel de ces dominateurs des mers semble avoir été ce de 
ne pas parler et de ne rien écrii*e y\ Carthage et Tyr surtout 
avaient pu dire, au sens littéral du mot : v\e silence est d'or, v 
La première a même si bien observé ce silence qu'après les 
révélations incomplètes de Pline et le gros ouvrage du général 
Armandy^ on se demande encore d'où elle tirait ses éléphants. 
Il est donc incontestable que, chez ces peuples sémitiques, les 

' Strabon, III, ii o' suiv. 

^ Hixtoiro iiiililnirc dm rUfihnuts , in-8", Paris, iS'i.S. 

V. r» 



— 82 — 

gros profits du nu[j;oce, et, dans le négoce, ceux de la commission , 
dominant tout, ils devaient s'abstenir de parler dans la crainte 
de révéler la sonrce de leur trafic. Ce parti pris ne leur permet- 
tait pas, comme on pense, d'être aussi aimables que les Grecs 
dont le commerce, sans rayonner aussi loin que celui de la 
Pbénicie, créait de plus actifs courants pour les choses de l'es- 
prit; mais il faut bien se garder d'y voir un signe de barbarie; 
l'on ne peut se défendre, au contraire, d'une certaine admi- 
ration pour ce peuple qui, tout captivé qu'il fût par les inté- 
rêts matériels, a cependant ouvert les voies à la civilisation 
grecque, a précédé les colonies de l'Hellade sur toutes les 
mers et dans tous les pays, longtemps avant qu'Homère chan- 
tât les exploits des héros de ce petit coin de terre qui com- 
mençait à compter dans le monde. Gomment oublier que le 
grand JMelkarth a tracé la route à l'Hercule grec moins auda- 
cieux, moins fort cjue lui; que Garlhage a exploité ces mines 
qu'on n'a jamais su faire aussi habilement valoir dej)uis lors; 
qu'elle a laissé la Sardaigne et l'Espagne si riches, si peuplées 
du moins, qu'au sortir de leurs mains la première a pu oppo- 
ser à Rome et faire tuer 107,000 de ses défenseurs en moins 
de quatre ans ^ et la seconde plus de 817,700 pour la Gelti- 
bérie, la Lusitanie et le pays des Vaccéens, et cela dans une 
période de vingt-cinq ans seulement ^? Une si nombreuse po- 
pulation n'est-elle pas l'indice d'une prospérité, que ces deux 

' Tite-Live, XLI, 11 : Van 177, morls, 13,000; — ihid. 17 : l'an 17G, 
morts, 1 5,000; ibid. 28 : en 17^1, morls ou pris. Ko, 000. 

^ Tile-Live, XXXI, /19 : en l'an 200 avant notre ère, morts, 15,000; — 
XXXIII, h!\ : en 196, morts, 12,000; — XXX IV, 10: en i()5 , morts, 1 2,000; 

— ibid. i5: morts, Ao,ooo (cliiffre emprunté par Tile-Live à Valéiiiis d'An- 
tium, et probablement exagéré); — XXXV, 1 : en ig-l, morts, 12,000; — 
XXXIX, 3i : en i85, morls, 3o,ooo; — XL, .Sa : en 181, 28,000 morts et 
A, 700 prisonniers; — ibid. 33, même année : 1,200 morts et 5,ooo prison- 
niers; — XLVI, lia : en 180, 17,000 morts et 4, 000 prisonniers; — ibid. /18 : 
en 179, morts, 9,000; — ibid. 5o : même année, morts 22,000 et 35,ooo; 

— XLI, h : en 178, morls, '10,000; — ibid. 96 : en 175, morts, 1 5,ooo. 



— 83 — 

pays 11 ont d'ailleurs su retrouver dans aucun temps depuis ? 
Comment ne pas s'étonner de l'aptitude prodigieuse et de l'in- 
telligence si variée et si souple de cette nation punique qui, 
c^faisant toujours la guerre sans l'aimer \w parvint à tirer de 
ses alliés, à défaut d'armée nationale, des mercenaires disci- 
plinés, souvent mal payés, révoltés parfois, cruellement châ- 
iiés toujours, mais d'ordinaire bien commandés, et parfois 
vainqueurs des légions ? Comment ne pas être confondu sur- 
tout de voir sortir du sein de ce peuple de commerçants cette 
famille de héros, d'hommes de génie, grands capitaines et 
grands politiques, qui, ne trouvant plus à Carthage ni vertu 
ni enthousiasme, emportèrent avec eux, et au bout de leurs 
épées, la patrie punique, la patrie faite colonie; qui la repré- 
sentèrent seuls, et, seuls, la firent prospérer sur la terre d'Es- 
pagne, autour de la Carthage nouvelle, Carthago nova; qui 
firent tout eux-mêmes, pourvurent à tout, trouvèrent des bras 
dévoués et des cœurs fidèles, firent sortir des armées obéis- 
santes d'un sol étranger, les animèrent de leur esprit, de leur 
passion, et, par des pçodiges de volonté, les conduisirent 
jusque dans les plaines de l'Italie; tout cela nous ne le savons 
que par les historiens de Rome, par les fils des vaincus de 
Cannes. 

Mais aujourd'hui cet écho, qui a suHi à contenter la curio- 
sité peu exigeante de nos pères, n'a plus de quoi nous satis- 
faire; nous voulons en savoir plus que les Grecs et les Ro- 
mains ne nous en ont dit; nous vouions savoir si, pour ce qui 
regarde notre pays, par exemple, les Liby-Pliéniciens n'ont 
pas mis le cap sur nos ports naturels, s'ils n'ont pas visité nos 
champs provençaux et languedociens, s'ils n'ont pas porté les 
rayons discrets de leurs lampes dans les profondeurs de nos 
mines, leur argent sur les marchés des sauvages Ligures; s'ils 
n'ont pas échangi' le plomb, les salaisons et le vin de l'Espagne 

' IMonlescjnien, Gmiuleiir p.l (liradcnre des Jidtniuiix , cli. iv. 



— 8/1 — 

conlro les toisons de la (Inui cl du Cani|Tou. Faul-il croire, 
enfin, avec M. Movers, (ju'ils n'aient eu chez nous qu'un seul 
établissement, Busano\ doiil le nom snfïil à sif^naler leur 
passage, — ou, au contraire, avec Amédée Tiiierry et d'autres 
écrivains contemporains, qu'ils aient été partout, sans (ju'on 
puisse étayer celte conjecture, beaucoup trop libérale pour 
o[\\, d'un seul raisonnement ni d'un seul texte'-? JNous pen- 
sons que la vérité vient se placer entre la sèche alfirmation 
dépourvue de critique du premier et l'hypothèse dépourvue de 
])reuves des seconds. 

N'oublions pas d'abord que les Grecs, (|ui ont tout embelli, 
ont par conséquent tout défiguré et se sont tout approprié; 
que Marseille, par exemple, a trop ingénieusement promené 
les agréables légendes de l'Hercule grec sur les traces de Mel- 
karth, qu'elle a trouvées partout empreintes sur le sol de la 
Provence. Dans la marque des pas du géant, elle a mis les pas 
du lils de Jupiter, et Eschyle s'est fait, un siècle après la fon- 
dation de la vUlc ionienne, le poète inspiré de ces traditions 
agrandies qui avaient dû sourire an chantre de Prométhée 
(voy. le [)assage rapporté par Slrabon). Mais Hercule n'était 
pas le dieu de Phocée : nous savons que ses dieux étaient la 
Diane d'Ephèse et l'Apollon de Delphes (voyez le même). 
Pourquoi donc partout Hercule : à Heradcu à\\ Rhône (Saint- 
Gilles), à Heraclca Cnccaharia (dont le nom, avec sa physio- 
nonnc punique, ])eut se traduire : ^\\\ Ville cm'thaipmnsc de 
Mcllc(irlh,-n KaKuotërf étant, comme on sait, un des noms grecs 
de Carlhage^? Ne trouvons-nous pas encore, sur les côtes de 

' Die Phoenizier, II, ii, p. G'i'i e( siiiv.; C)')h ol siiiv. 

' Les Gaulois, I, p. ao cl siiiv. — Cf. Liiidonsriiniidl, Dir vatcrlaud. AUrv- 
ihutn dfv Hiilienzoll. Sainmluiifr. Mayence, iiSOo, p. iG/i t'tsiiiv. ; elconf. Herzojj, 
Gall. Ntirb. Proeniiiim , p. 7. 

^ La seule mention qui soil laite iV lleraclea Cnccaharia est celle de Vltincraire 
»>irt»-i'/mi(? (PAnlotiin (p. ûoT)). Il fani roinanpiortpie, sur les viii{jl-lrois manuscrits 
que nous possédons do ce monument, il y en a sept qui donnent rortliojjrapho 



— 85 — 

Provence, la Via Hcrculia, mettant en communication les co- 
lonies marseillaises, comme elle avait dû rapprocher d'abord 
les uns des autres les comptoirs phéniciens? Comment ne 
pas reconnaître surtout, ainsi que nous l'a fait remarquer 
M. Renan, Melkarth, — ctle ilieu seul, 55 le dieu sans rivaux, 
qui ne soufTre ni émule, ni voisins, — dans le Portus Herculis 
Monoeci (^fjiovos oïxM , seul chez lui), dont le nom même révèle 
invinciblement son antique résidence, et dont le roc, détaché 
en prcsfju'ile, comme Gibraltar, l'ancienne Cdlpe phénicienne 
des Colonnes (F Hercule (^cesi-a-àïre de Melkarth), avait certai- 
nement attiré les regards des navigateurs de Carthage? 

Faut-il rappeler encore cet autre Portus Herculis de Pto- 
iémée (Ilï, 1,2), évidemment distinct du Movoixov Xiixtfv, ou 
Portus Herculis Monoeci, puisque ces localités ont des longitudes 
différentes et sont séparées l'une de l'autre par les Tpâ-Trata. 2e- 
ëaalovl C'est Hercule que nous trouvons mentionné partout 
dans les environs de Nice et de Cimiez, à l'époque romaine, 
dans les inscriptions dont une le désigne même sous le nom 
d'Hercules Lnjyidarius \ peut-être analogue a ï Hercule saxanus , 
et dont les c^saxa?) du Portus Monoeci ont peut-être été le point 
de départ, à moins que ce ne soient les Campi Lapidei de la 
Crau où le héros avait combattu les r. féroces Ligures 5?. 

Cacaharia avec un seul c el trois qui portent Catabaria, évidemment fautif; 
restent donc treize manuscrits qui prpsentetil ia leçon du c redoublé; or si la lec^ 
turc devait être Cacubaria, au lieu de Caccnbaria , le nom pourrait venir de cac~ 
cabits, vase, amphore, au lieu de venir de Rax^aSy? (Carthage). Il faut remar- 
quer que le baron de Bonstotten, qui paraît avoir placé, avec beaucoup de 
vraisemblance, cette Heraclca aux ruines qui dominent la baie de Cavalairc (voy. 
t. I, p. 180), dit que cet emplacemenl est tout couvert de débris. Comme c'est 
un texte de la ba.sse époque qui mentionne seul cette ville, il se pourrait à la ri- 
gueur que, comme pour le Monte Testaccio de l'ome, on eût pu dire l'w Ueraclea- 
dps-j)otericsn-^ mais ce qui importe, c'est avant tout le nom d'Hercule, que les 
Marseillais n'ont pas honoré comme une de leurs divinités principales et qui se 
rencontre partout dans cette région , — parce qu'ils l'y ont trouvé. 

' Inscript. mit. dr iMce pf de Cimiez (Bourquelot, Méw. de la Soc. des Aniiq. 
t. X , p, fjo el suiv. 



— 80 — 

Cette fameuse pierre noire, divinité honorée à Aiitipolis 
(Antil)cs), sous le nom du Dieu topique Terpon, et tjue 
M. Heuzev fait dater du iv siècle avant notre ère ^ n'est-clle 
pas un souvenir frappant des établissements phéniciens sur les 
côtes de Provence ? , 

Est-il permis do, douter qu<? Port-Vendres. le Portus Ve~ 
neris, que \^Aphro(Usimn promontorium, que l'étang de Vendres 
près de Narbonne, où se reflétait le temple de la même déesse ■^, 
n'aient donné asile auparavant à la Vénus phénicienne, à l'im- 
pudirpic Astarlé? Partout où les vaisseaux de Tyr conduisaient 
ces aventureux commerçants, ils apportaient avec eux deux 
divinités et deux cultes : le culte du dieu fort, du dieu des 
mers, propice aux périlleuses entreprises, l'austère Melkarth, 
et cet autre culte, moins noble, enfanté [)ar le besoin moins 
avouable de retrouver sur les rivages lointains une image de 
l'amour, une ombre de la femme absente et délaissée. 

M. de Saulcy nous fait observer un singulier rapprochement 
entre les noms MEAKAP0 et HPAKAHS, et ceux de ANAIT et 
AIANA dont les lettres se correspondent si exactement que 
le premier lu de droite h. gauche fait 0PAKAEZ et le second 
TIANA. (îette double coïncidence. j)eut-être due au hasard, 
mérite cependant d'cire remarquée. 

'D'ailleurs, n'avons-nous pas un témoignage du séjour de 
la Phénicie aux flancs des Pyrénées et sur les rivages qu'elles 
abritent? A côté du Portas Veneris et de VAphrodisiiim pro- 
monlornim n'avons-nous pas Ruscmo^ (Caslel-Roussillon), en 
phénicien Rusulîmo^^ (la pointe du sycomore ou du figuier), 
dont le nom se retrouve sous les murs mêmes dcCarthage? 
de même celui de Barcino (Barcelone), en Rspagne, rappelle 

' Voy. Mém. tir lu Soc. ilcs Aniiq. de iH'jb. 

' Aiisono [Ejjiitt. IX) nionliouiic seul, dans l"aiili(|uilé, ci'Ite jMtsUion. 

Movi'is. Pie l'huenizier (h>( . ni.). 
' Tili'-l.iv X\X , 10. 



— 87 — 

rhéroïque famille d'Hainilcar. Ne rencontrons-nous pas, dans 
la même région, les noms très-anciens du fleuve Sordus, du 
Sordtce stagnum, et de cette nation des Sordi \ Sordones- ou 
Sardones^, fixée sur le rivage du Roussillon «dans un pays 
d'accès dilFicile^w, sans doute à cause du sol mobile des étangs 
et des marais qui baignaient la base des abruptes pentes pyré- 
néennes? On est tenté de rapprocher ces noms de ceux des 
colons hispano-phéniciens qui ont peuplé la Sardaigne, qui 
ont imposé à cette île le vocable qu'elle a gardé depuis lors, 
qui ont donné enfin le nom de Marc Sardonium à cette mer 
sillonnée par les vaisseaux de Carthage. La vieille forme Narha 
du nom de la ville appelée par les Gaulois Narbo, et par les 
Romains Narbo-Martius (Narbonne) est significative ^ aussi bien 

' Fcstus Avienus, Or. Mm-it. vers 552-553 : 

Sordtis inde dcniquc 

Populus agebat iiiler avios locos ; 
cl. vers 558 : 

In Sordiccni cespitis confinio, 
Quoiidam l'yrenc , civilas, etc. 

- Pomponius Mêla, II, v, 8 : wlnde est orn Sovdonuin.:-> — Pline, 111, v (iv)^ 
1 : rin ora, regio Sordoninn.n. Trois luanuscrils portent Sordtmim : celui du Va- 
tican , n" .1861 ; celui de Paris, n" 6790 ; celui de Lcyde, Lips. VIL Le Cmlex Ric- 
rardmmis porte Sardmum. 

•■ Les éditeurs du xvii" et du xviii" siècle avaient fait prévaloir la forme Sardones, 
qui établissait une conformité absolue entre le nom de ces peuples et celui des 
hnbiianls de la Sardaigne et tranchait par consétpient la question d'origine en fa- 
veur des Phéniciens. Voy. Hardouin, Ad Plin. loc. cit.; d'Anvillc {ISotice de la 
Gaule, p. 579-581); — cf. Mannert, II, •2° partie, p. Go; — Forbiger, Ht, 
p. 180, note A6. Mais le plus grand nombre des manuscrits, comme on peut le 
voir dans la note précédente, ne justifie pas celle lecture. 

'' D'Anville {Notice de la Gaule, p. 58o) voudrait étendre dans la haule région 
des Pyrénées le domaine de cet ancien peuple, mais ancun des trois textes clas- 
siques ne nous autorise à l'éloigner do la mer et des étangs du Roussillon. Voy. 
ci-dessiis les textes cités, p. 1 i.'!, noies 6 et 7. 

^ Un fragment d'IIécalée (commencement du v" siècle) cite par Etienne de By- 
zance nous donne le plus ancien vocable de Narbonne : ^apêœv , è(n:6pccv «ai 
zsoXts KeXT(«r?. KncttaTos (EupwTTT?). ëa1t koï XiiJLvn '^iapSoovhis «ai 'zsora^ôs 
ÀTXiiôe , l'jjcarciïns r)è Ntpëaîovs rtCro6'^ (piirri (voy. Frari>n. Iiisto^. frr. de ])id(it. 



— 88 — 

que celle de Cwrtaso (Carcassuimc). Sans nous arrêter au Setius 
Mons (montagne de Cette) ' dont le radical Selli paraît cepen- 
dant phénicien , ni à Mcii>(ilona ( Magiiclone), dont la terminaison 
pourrait être ramenée à la forme Ailon (dieu su|)reme du pan- 
théon tyrien) et dont l'enseudjle du mot peut signifier «cita- 
delle du dieu suprême 55; sans insister même, ni sur l'île Plioe- 
nice (Ratonneau ou Pomègues), nom que lui ont conservé les 
Marseillais eux-mêmes, à l'entrée de Marseille, ni sur les j)orts 
Incarus (Carry), Carsici ((îassis), quoique le sullixe du pre- 
mier et le préfixe du second fassent songer au kartli (ville) 
des Phéniciens; ni sur le nom moderne (VAImanave, r^ phare, 
fanal , v dans les langues sémitiques , — mais qui paraît avoir été 
donné par les Arabes du moyen âge aux lieux où gisent les 
ruines d'Olbia près de la prescpi'île de Giens, — mentionnons 
du moins le Samhrncitanus sinus (;jolfe de Saint-Tropez)'^, 
dont le vocable rappelle certainement un établissement phé- 
nicien. Mais comment n'être pas convaincu du long séjour 
que ces peuples ont dû faire sur nos côtes et dans le bas 
Rhône, lorsque nous voyons le nom (.Vurn Lybica conservé en- 

1 , |). -1 , il', ig). La forme gauloise Narbo, Narbon, apparaît pour la première fois 
daus Polybe (frag. du 1. XXXIV, v, 7). \\. d'Arbois de Jiihainville, qui a remar- 
(|ué celle différence d'ortlio;;raplie (voy. llnnie arch. nouv. série, t. XXX, p. .■i77- 
378), croil voir dans Aarha une lerminaison li{ïurienne, au lieu de se borner à 
constater qu'elle différail de la terminaison gauloise; Tidée des Phéniciens ne lui 
est pas venue. C'est là qu'étaient les Ebjsici , ÈXlavKot, de race ligurienne (Ilé- 
cal. lue. cit. fragm. ao). M. d'Arbois de Jnbainville remarque cependant qu'Hé- 
rodote (Vil, 160), en mentionnant les peuples qui fournirent des mercenaires au 
général carihaginois Hamilcar, en Sicile, distingue les Hélisyces des Ligures. Ne 
faut-il pas (uilendre qu'une partie des peuples du bas Languedoc était composée 
de Ligures, une autre |)ailie d'Ibères, et une troisième partie, ci'lle (pii servit la 
cause de Cartbage eu Sicile, des Liby-liélisyces de Narba, ville cpii devait peut- 
être son origine à une colonie phénicienne. 

' On remarquera (|ue ce nom est fort ancien aussi, puisqu'il est cité par 
Avienub. 

* Les variantes données par les manuscrits de Vllinéraire mariimv (p. 5o5) 
sont StinibUicilamis . Samlacilanns, Subracilanus, Sambricitaitus , Stiiubruccilaiiiia 
et Sanibraiiilaiius. 



— 89 — 

coro, au temps de Pline S aux deux petites bouches occiden- 
tales du fleuve, celles qui devaient embrasser l'île Metina'' et 
qui donnaient précisément accès à VHeracIca du Pdiônc (Saint- 
Gilles), c'est-à-dire au port fluvial de Melkarth? Enfin Mar- 
seille elle-même a caché jusqu'en i865, dans les fondations 
de la maison d'Allègre, près de l'ancien cimetière delà Major, 
cette curieuse inscription phénicienne de vingt et une lignes qui 
aprovoquétant de récents travaux^, et qui nous fait connaître les 
prescriptions religieuses envoyées, comme la pierre sur laquelle 
elle est gravée^, de Carthage, de la mère patrie, et dont les ca- 



1 Pline, III, V (iv), a : «Libyca appeilantur duo ejus (Rhodani) ora ex bis 
alterum Hispanieiise , aMerum Metapimm.v Voy. t. I, p. 216 de notre Gaule rom. 

- Pline, III, XI (v), 3 : «In Rliodani oslio, Metina.v 

^ Cette inscription célèbre, qui nous offre le règlement du culte à exercer dans 
un temple érigé sur une terre étrangère, a donné lieu à de nom])reux et savants 
commentaires; M. de ^aulcy est le premier qui en ait l'ait l'objet d'un travail 
scientifique : Sur une inscription phénicienne déterrée à Marseille en juin i8â5 
(dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres , 2" série, t. XVII, 
1" partie, Paris, 18^7, p. lUo-'Sh^). — Dans l'ordre chronologique, viennentse 
placer ensuite : M. Judas, Elude démonstrative de la langue phénicienne, Paris, 
18/17, F* 1^"^' ^7^? — puis M. l'abbé Barges, Temple de Baal à Marseille, ou 
grande inscription phénicienne , etc. Paris, 18/17; — ^^- Î^Io^ers, Phônizisciie Te.rt, 
II. Das Opjérwesender Karlhager. Breslau, 18/17; — M. Munk, Inscription phé- 
nicienne de Marseille traduite et commentée {Journ. asiat. novembre -décembre 
1 8^7, p. /i73-53a ). — Viennent ensuite : M. Ewald, Ueber die neuentdecide phuni- 
kische Inschrift zu Marseille. Gôttingne, 18A9. — M. Judas, Nouvelle analyse de 
l'inscription phénicienne de Marseille. Paris, 1807. - — De nouveau: M. l'abbé 
Barges, Inscription phénicienne de Marseille ; Nouvelle interprétation. Paris » 1 858 ; 
M. Meier, Die phonizischn OpfertaJ'cl von Mar.wille {Zeilschrift der deitlsclien mor- 
irpnldmlischen Gcsellschaft , XIX, i8G5, p. 20-1 i5). — Pour la troisième fois, 
M. l'abbé Barges, Inscription phénicienne de Marseille; Nouvelles observations histo- 
riques de la découvei'te et description exacte de la pierre, le tout accompagné de 
pièces justificatives et d'une planche lithographique. Paris, 1868; — M. Hulévy, 
Nouvelles considérations sur l'inscription de Marscdle [Journ. asiat. i868. — 
Enfin Scliroder, Die Opjcrtafcl von Marseille {Die phonizische Sprache, p. 287- 
2/17). 

"* Celle pierre est un calcaire dolomitiqiie, qui n'a aucun rapport avec ceux que 
fournissent les environs de Marseille. Elle y a donc été apportée. Une aulr( 
criplion analogue el gravée sur une pierre absolument semblable a été (lé(Oii 



I!-- 



— 90 — 

raclères ne dénoncent malhcuieusemenl qu'une époque assez 
basse, probablement le ii' siècle avant notre ère. Mais si l'ins- 
cription (le Marseille est postérieure à la londalion de la colonie 
pbocéenne, elle prouverait du moins, comme les inscriptions 
analogues trouvées à Athènes, que les Phéniciens avaient un 
comptoir et peut-être leur quartier réservé dans la ville pho- 
céenne. Il nous paraît même vraisemblable que renq)lacement 
de Marseille, si favorable à la création d'un port, n'avait pas 
dû être négligé par eux ; car ils semblent avoir compris par- 
tout que chaque grand fleuve, avec la vallée qu'il arrose et le 
bassin qui l'entoure, devait avoir ses débouchés, et, cpie les 
estuaires des fleuves de la mer Intérieure oflVant déjà, dans 
ces temps reculés, les plus sérieux obstacles à la navigation, 
les ports établis aux embouchures devaient être insensiblement 
remplacés par la création d'entrepôts et de comptoirs mari- 
times situés à portée des grands courants fluviaux ; c'est ce 
qui les a décidés sans aucun doute à fonder Barclno (Barce- 
lone) et Tarraco, non sur i'Èbre, mais près des bouches de 
l'Èbre; Carthage et Utiquc, près du Bagradas (Mcdjerdah); 
Gades ci Qdpe, pour commander le détroit des Colonnes d'Iler- 
cule-Melkarth. Les mêmes motifs ont dû les porter à interro- 
ger la côte marseillaise et à y établir Heraclca Cacc(d)aria, et 
peut-être même le port Lncydon sur l'emplacement où s'éleva 
plus tard Marseille, pour suppléer à yileraclea située sur le 
delta du Pdiône, alors en formation. Le Portus Vencris (Port- 
Vendres) dut su[)plécr, de même, Ruscino [Ru-sucmo^ ou Cas- 
tel-Uoussillon) ensablé déjà par les a|)ports du ïet (Ticliis) 
et du Tech ( Teluni ou Ruscino, fleuve portant le même nom 

verle à Carlhafrc on iSnT) ol donm-c par M'"" Cornu à la liihliollièqiio iialionalo. 
Elle est conservée an cal)inel de France. 

' Cf. Tile-Live, XXX, lo. — C'est exaclenienl le même nmii (|iie portail le 
petit port, siltié à l'orient do Carlliajje cl dans le sulmiocniiiiu <le cette ville: 
tTCarllia<;inienscs... navi{jatione ahsnmpto snb orcasimi solis in ])()rlimi — Ihistic- 
vKiiKi AiVi vocani classe iip|>uii're.- 



— *J1 — 

que la ville). Tout cela s'accorde d'ailleurs avec les souve- 
nirs de la lutte soutenue par les colons grecs contre les 
flottes de Carthage au vi' et au v" siècle ', et par les légendes 
hellénise'es de Melkarth, partout présent sur la terre liguro- 
grecque : dans les deux Hemclea, dans les bouches Uhyques du 
Rhône, dans les Campi Lapidei , témoins de sa lutte contre les 
Ligures, dans la voie Herculia conduisant au premier porliis 
Hercidis (Villefranche) et, un peu plus loin, nu second, le 
port d'Hercule Monoecus (Melkarth-Seul); ainsi, même au delà 
du Var, se retrouve le souvenir des dieux de Carthage et sur- 
tout de Melkarth. 

Les côtes de l'Océan ont dû recevoir aussi des comptoirs 
phéniciens et Corbilo (que les découvertes toutes récentes de 
M. Kerviller nous invitent à porter à Saint-Nazaire et non 
plus à Belon où nous l'avions placé) est peut-être un de ces 
comptoirs; mais, si la navigation d'Himilcon^ nous permet 
de croire (jueles Carthaginois ont visité ces côtes, comme 
les navires d'Hannon ont colonisé celles de l'Afrique, nous 
n'avons aucun nom à citer avec certitude, et la prétendue 
inscription de Guérande est fausse; il n'en est pas de même 
des rivages de la Méditerranée , et il n'est pas impossible de 
découvrir, pour qui sait lire les noms géographiques, que, si 
la Phénicie a été méconnue, parce qu'elle avait été proscrite 
et hellénisée, son em])reinte est encore reconnaissablc sur nos 
rivages maritimes après vingt-quatre siècles de silence et 
d'oubli. 



1 



Jusiin, XLIll, ô; — Tljiicydido, I, i o ; — Straboii, IV, i, 5. Dans co pas- 
sage Straboii ne nomme pas les Cartliaginois, mais il 1rs (irsiirne assez clairement 
en parlant des dépouilles enlevées par les Marseillais à ceux t-(|iii leur disputaient 
Tempirci des meis;?. 

* l^'eslus Avienus, Or. Mûrit, passim. 



Ul> — 



N" XI. 

^OTE SUU QUELQUES FllAGMEiNTS INEDITS DE LVIIIQUE (;nECQUE, 

PAR M. EGGER. 

L'Académie se souvient peut-être qu'en 1870 je l'enlrelins 
brièvement de quelques fragments d'ouvrages grecs conservés 
sur des papyrus que m'avait récemment communi(|ués M. Aug, 
Mariette. L'un de ces fragments provenait d'un traité d'optique, 
peut-être d'optique appliquée à l'astronomie; ce fut à l'Acadé- 
mie des sciences que j'en fis spécialement part, non sans expri- 
mer, à cetle occasion, le regret que les quatre livres de VOji- 
liquc de Ptolémée, dont une traduction latine nous est |)arvenue, 
fussent restés inédits jusqu'à ce jour. Eu France, iM. Caussin 
père, en Italie, un savant historien de r()[)tique, Venluri, 
avaient projeté, préparé même la publication de ces (juatrc 
livres; mais ils n'avaient pu racconq)lir. La note que j'avais 
lue à l'Académie des sciences, et qui fut insérée dans ses 
Comptes rendus, réveilla le zèle des savants italiens pour cette 
publication. . 7\njourd'hui, les feuilles du Ptolémée latin, 
imprimé d'après un meilleur manuscrit que ceux que nous 
possédons à Paris, sont prêtes à paraître par les soins de 
M. Gilbert Govi, le savant physicien qui [)réside, à Paris, le 
bureau international des poids et mesures. J'ai le plaisir de 
placer ces feuilles sous les yeux de nos confrères. La petite 
découverte de M. Mariette aura produit iudireclement cet 
heureux et considérable résultat '. 

L'autre |)apyrns, dont notre ami nous communiipiail les 
dix-huit parcelles, [)resque toutes informes, nous oll'rait (piel- 

' Voir les Cowplt'n rnuliiit de i'Aauli'inip îles iiiscriplious pi)ur 1S711, y. -j'ii; 
roii\ (le l'Ar;i(l(''iiiii' ilrs ^ciciHi-s. si'niico (lu •' (n((>l)i'f 187(1. 



~ 9;i — 

nues vers, quelques mois et fragments de mots, qui ont iq)j)ar- 
tenu à une pièce lyrique en dialecte dorien. Je me contentai 
alors de l'indiquer et j'en ajournai la publication au temps où 
j'aurais pu déchiffrer tous ces fragments et en tirer quelques 
renseignements utUes pour l'histoire littéraire et pour la mé- 
trique des chœurs chez les Grecs de l'antiquité. Distrait par 
d'autres devoirs et un peu découragé par la fatigue de mes 
yeux crui me rend ces sortes de déchiffrements assez dilliciles, 
je n'avais pas jusqu'ici dépassé la transcription d'une quinzaine 
de lip-nes, lorsque le docteur Blass, professeur à l'université de 
Kiel, à qui j'avais montré jadis ces trop courts morceaux de 
métrique, me demanda l'autorisation de les lire et de les co- 
pier à son tour, en vue d'études qu'il a commencées sur la di- 
vision métrique des chœurs. Outre de savants travaux sur 
l'éloquence grecque ^ M. Blass s'était particuh'èrement occupé 
du fragment d'Alcraan que M. Brunet de Presle et moi nous 
avons publié parmi les papyrus du Louvre 2; il venait à Paris 
avec l'intention de l'étudier de nouveau sur le manuscrit ori- 
ginal, et il désirait rattacher à ses recherches sur ce sujet les 
frap'ments du lyrique anonyme. Je ne pouvais qu'accéder à son 
désir, sous la seule condition que ces précieux débris ne 
fussent pas publiés en Allemagne avant de l'être en France. 
Cette condition une fois acceptée, comme elle l'a été, de bonne 
trviice, je me fais un devoir et un ])laisir de mettre sous les 
yeux de l'Académie le déchiffrement de M. Blass, qui s'étend 
à une vingtaine de lignes ou fragments de lignes, et pour 
lequel j'ai pu constater sa longue patience et la finesse de 
sa vue. Si maigres que soient les textes ainsi retrouvés, 

^ Hyperidis oralioneu quatuor ctivi perditarumfropnenlls edidit I'". Blass. Lipsia,', 
1869, in-i-.î (colîeclion Teubner). — De i865 à 1S7/1 M. Blass a publié trois 
volumes d'une histoire, qui prochainement sera complète, de ré!o(|uence grecque. 

'■' Voir sa note Zn, Allnnan, dans le Rlicin Muséum, neue I^'olge, t. XXIll, 
p. 526-558; Cf. Antonio Cnnini, IWigment dn Parlhénén d'Alcman pour la fêle 
ries Dioscures. Paris, 1870, in-8". 



— oa — 

(luelqucs hrèvos obsorvnlions en feront comprendre l'inipor- 
lance. 

Tout ce que nous possédons de la poésie lyrique chez les 
Grecs nous est parvenu par des manuscrits de dates relative- 
ment récentes, où les divisions métriques, quand elles sont 
marquées, le sont d'après des règles d'une autorité douteuse. 
Il nous reste à peine (juelques indices des divisions adoptées, 
peut-être imposées, à la métrique de Pindare, des tragiques 
et des comiques, par Aristophane de Byzance et par Aris- 
larque, en des temps où, du moins, n'étaient pas effacés les 
souvenirs d'une alliance étroite entre la musique et les paroles 
du poëte'. Or, le papyrus d'Alcmaii- et celui, qui vient s'y 
joindre, du poëte anonyme nous laissent voir une division 
métrique fort ancienne que les caractères de l'écriture per- 
mettent de reporter à un temps voisin, tout au moins, d'Hé- 
phestion le métricien. La distinction des xwXa et des tsspioSoi 
de la strophe lyrique semblent pouvoir y être ressaisie avec 
quelque précision. Les signes en usage dans les manuscrits des 
grammairiens éditeurs, comme Aristophane, ont laissé quel- 
ques traces sur ces vieux papyrus. On voit quelle conséquence 
pourraient avoir, si elles se multipliaient, de telles découvertes 
paléographiques. Elles permettraient peut-être d'asseoir enfin 
sur de solides bases la métrique des odes de Pindarc et des 
autres pièces de ce genre éparses dans les drames grecs ou 
conservées ])ar des citations chez des compilateurs. Les rapports 
de la musi(pie ancienne et de la métrique deviendraient plus 
nettement appréciables. Aux musiciens savants qui, comme 
M. Gevaert et M. Bourgault-Ducoudray, s'occupent des règles 



' Voir, enlrc autres téinoigiiagos, le chapitre dernier (irep« Srjf^e/wi') du Ma- 
nuel d'Hépliestion ; les cliapitres xi, xxii et xxvi du Traité àe Denys (rHaticarnasse 
■nspï avvOéacMS droftaTa'f, cl Qiiinlilien, Inst. urnl. i, cS: ix , 'i. Cl. Scliol. nd 
Eiiripidis Ornstcm, v. ibh, 17'!, etc. 

' Voir iiK's Mnnnirpx (llmlnirfi ancifimo el de philnlofrie , p. !.")() el sniv. 



— 95 — 

du leur art dans l'anliquité, les philologues oftViraioiU un 
contingent de niatériaux épurés par la critique. 

TEXTE DES KHAGMENTS'. 

è(xé t' £7rea 
éhwKe Q-é;xi5 
ÀttoXawvi (xèv [Q-ecov 
àràp âr'ZpCûv Fj^SKpizei 
-raratSi U.vO!xyyéXw 
(jlsÇiâvoôixot. hoLiri y' aOT[«w 
TsàXiv es Ôpp^ofieràj, hico- 

as ériHTev 

TO §è 'zsixp' èfxoO (?) 

...... . . àyXaov (j.éXos 

TSap\d£vy]ias ôivos £t/Kp[àrcjo 
vri yàp àva 



ai 'zsavv\)'/pi 

{'>:)la(pvoa\1s(pés 

àpsTav Ts vé(x£is 
haifJLOv 



yà. {xzyakoaBzviis yk^davaia 
TOV ij(XVOV 



N» XII. 

LES SOURCES DES ÉTABLISSEMENTS DE SATNT LOUIS, 
PAR M. PAUL VIOLLET. 

Les ElahJissomcnts dits de saint Louis ont été rédigés entre 
la Toussaint de 1272 et le 19 juin layS. Le succès de ce 

' Il est l)i«n ontcihlii que les accenls et les si'nnes de l'espril, doux on rude 
mjinqueut sur le papyrus original. 



I 



— 9G — 

livre fut iniincnse el son iiilliionce considérable; il est du à un 
compilateur Orléanais; il n'émane pas du roi de France. Les 
Etahlisscments ont pour origine : 

1° Un règlement sur la procédure devant le prévôt de Paris 
et l'ordonnance de saint Louis qui abolit le duel judiciaire 
(liv. l", ch. i-vii); ^ 

9" Une coutume d'Anjou rédigée vers 19/16, et dont le 
texte nous est parvenu séparément (liv. I", ch. yiii-clxviii); 

3" Une coutume d'Orléanais, dont le texte pur n'a pas été 
retrouvé, mais dont il est facile de prouver l'existence d'une 
manière certaine (liv. II). 

Les procédés du compilateur sont très-simples : il enrichit 
les textes qu'il copie d'allusions fré(|uentes au droit romain el 
au droit canonique; il plaque diverses réflexions de son cru; 
dans la dernière partie de son œuvre, il se préoccupe visible- 
ment d'harmoniser la coutume d'Orléanais avec la coutume 
d'Anjou précédemment copiée, et, par suite, il traite cette 
coutume orléanaise avec moins de respect encore que la cou- 
tume d'Anjou copiée la première : c'est, du moins, ce qui pa- 
raît résulter d'une comparaison attentive de divers chapitres 
du livre II des Etablissements avec le livre I"', d'une part, et 
avec certains textes Orléanais, d'autre part. 

On arrive ainsi à déterminer avec beaucoup de vraisem- 
blance quelques-unes des altérations que le compilateur a fait 
subir volontairement au texte primitif qu'il avait sous les yeux. 
Les cliaj)ifres xxv et xxxix du livre II paraissent avoir subi dos 
remaniements graves de ce genre : en restituant par voie de 
conjecture la coutume primitive, on retrouve un texte beau- 
coup plus satisfaisant. 

Dans le livre I", la plupart des altérations subies par les 
textes primitifs sont involontaires; elles n'en sont pas moins 
curieuses. Par exemple, dans le chapitre cxxviii, ce compila- 
teur, (pii transcrivait un passage où il était question i\u Jtuf le 



— 97 — 
roi (Juif le roi), a lu mes le roi et a compris homme le rot. Il a 
adopté cette expression mes le roi, fruit d'une mauvaise lecture, 
et l'a reproduite dans le livre TI. 

Toutefois, des altérations volontaires peuvent être également 
constatées dans le livre I"; le règlement relatif à la prévôté de 
Paris a été appliqué intentionnellement aux prévôtés, de Paris 
et d'Orléans. 

En tout ceci , le compilateur a montré une certaine bonhomie ; 
Vexplicit du livre 1" rappelle, dans quelques manuscrits, l'une 
des sources mises à contribution : le texte même du livre II, 
dans les bons manuscrits, cite à plusieurs reprises l'Usage 
d'Orlenois copié dans ce livre. Le préambule de promulgation 
par saint Louis qu'on trouve dans toutes les éditions ne paraît 
pas appartenir à l'œuvre primitive : il ne figurera pas en tête 
de l'édition nouvelle. 

Parmi les nombreux manuscrits utilisés pour cette étude 
critique du célèbre recueil attribué à saint Louis, il faut citer, 
outre les manuscrits de Paris, celui de Stockholm, celui de 
Troyes, tous deux très-importants, le manuscrit de Montpel- 
lier (daté), les manuscrits du Vatican, notamment le ma- 
nuscrit Reine Christine 778 et le manuscrit Reine Chris- 
tine 608 qui joue un rôle décisif pour l'étabhssement du 
tex.te. 

Le mémoire lu par M. Viollet doit former l'un des chapitres 
de l'introduction à l'édition des Etablissements de saint Louis 
qu'il prépare pour la Société de V Histoire de France ^. 

' La Société de V Histoire de France a autorisé M. Viollet à publier ce cbopiire 
à part. Il paraît chez Champion, avec ce titre : Sources des Etablissements de snisil 
Louis. 



98 



APPENDICE. 



rapport du secretaire perpiîtuel de l'academie des inscriptio?is et belles- 
lettres sur les travaux des commissions de publication de cette aca- 
demie pendant le second semestre de 1876, lu le t?6 janvier 1877. 

Messieurs, 

Le travail de l'Académie, dans le semestre qui vient de s'cconler, a été, 
je ne dis pas d'une activité exceptionnelle (votre activité se soutient sans 
défaillance), mais d'une fécondité tout à fait rare. Cincj volumes ou 
demi-volumes de nos recueils, trois in-folio, deux in-4°, ont été livrés 
au public : 1" le tome XXUI des Historiens de France, consacré, comme 
les trois précédents, h la période comprise entre l'avènement de s;iiiit 
Louis et celui de Philippe de Valois, volume de plus de i loo pages, dû 
h la collaboration de MM. N. de VVailly, L. Delisle et Jourdain; 9° le 
tome VIII des Tables de Brérjuig-ni/, continuées par M. Pardessus, et je 
puis dire aujourd hui achevées par M. Laboulaye; car ce volume atteint 
la (in du règne de Philippe le Bel que l'Académie, par une décision en 
date du 21 mars 1878, a marquée pour terme à ce recueil; 3° la 
deuxième partie du tome II des Historiens arabes des Croisades , par M. de 
Slane, dont mon dernier rapport vous annonçait le prochain achève- 
ment; et, dans nos recueils in-h" : le tome XXVIII, a" partie, de nos 
Mémoires, comprenant les sujets les plus variés : deux mémoires de 
M. Th. -H. Martin : la Pro7ncthéide d'Eschyle et la Cosmographie poimlaire 
des Crccs après l'époque d'Homère et d'Hésiode; deux de M. E. Le Blant : 
les Martyrs chrétiens et les supplices destructeurs du corps; — Pohjeucte 
et le zèle téméraire; trois de M. Hauréau : Sur quelques maitrcs du 
xiv' siècle; — Sur les récits d'apparitions dans les sermons du moyen âge ; 
— Sur deux écrits intitulés De motu cordis; deux de M. N. de Waillv : 
le Romant ou Chronique en langue vulgaire dont Joinville n reproduit plu- 
sieurs passages ; — Sur la langue de Beims au xiif siècle; un do M. Jour- 
dain : la Royauté et le droit populaire; et un de M. Desjardins : Sur les 
inscriptions grajfites du corps de garde de la cohorte des Vigiles. Enfin le 
tome XXIV, 9° partie, des Notices et extraits des manuscrits , rem[)li par 
six notices : deux do M. N. de Wailly et quaire do M. Flauréau. 

Les savants éditeurs des Historiens de France, ayant terminé le 



— 99 — 

tome XXIU, vont commencer le tome XXiV. La première moitié de ce 
volume, dont la copie n'a plus besoin que d'une dernière révision, com- 
prendra les procès-verbaux des enquêtes des commissaires que saint Louis 
chargea de rechercher les dommages causés à ses sujets par les officiers 
royaux dans les diverses provinces de ses États, et notamment en Lan- 
guedoc, en Poitou, en Touraine, en Normandie et en Picardie. La se- 
conde partie, dont les matériaux ne sont pas encore complètement recueil- 
lis, sera consacrée à la suite des chroniques locales relatives aux règnes 
de saint Louis et de ses successeurs jusqu'à l'avènement de Philippe de 
Valois. 

Au recueil de P)réquigny, qui vient de finir, va succéder dans nos pu- 
blications un autre recueil d'un caractère plus original et d'un grand 
intérêt : c'est le recueil des Chartes et diplômes rehitifs à Vhisloirc de 
France, antérieurs à Philippe- Auguste. Depuis longtemps les rapports 
semestiieis vous tiennent au courant des travaux préliminaires de cette 
importante collection. M. L. Delisle, qui les dirige, me fait savoir que 
dans ce semestre on a copié les actes antérieurs à 1180, contenus sous 
forme de vidimus dans les registres 176-18/1 du Trésor des chartes. Le 
darlulaire de l'abbaye de Saint-Milùel, connnuniqué par M. le préfet de 
la Meuse, a été examiné en détail; mais, sauf quelques additions faites 
api'ès coup, il ne comprend que des pièces anciennes, dont le texte était 
déjà à la disposition de l'Académie, la Bibliothèque nationale en ayant 
fait exécuter une copie complète et figurée, pendant que ce précieux 
manuscrit était à Paris. 

La grande collection que l'Académie a commencée, parallèlement à 
celles dont elle a recueilli des Bénédictins le laborieux héritage, la col- 
lection des Historiens des Croisades, se continue dans ses trois séries : 

1° Le tome IV des Historiens occidentaux , j'ai regret de le dire, en 
est à peu près au même point qu'il y a six mois. Le texte entier est im- 
primé, mais la publication en est retardée par les tables, dont les édi- 
teurs, MM, Ad. P»egnier et Thurot, ont cru devoir retirer la copie de 
l'imprimerie, afin d'en faire une révision complète avant d'en commencer 
l'impression. 

2° M. Miller poursuit avec le même zèle l'achèvement du tome II des 
Historiens grecs •" il y a 7^ cahiers (c'est-à-dire thS feuilles, 5f)9 pag^^s) , 
lires ou bons à tirer, un 75° cahier en correction et 7/1 placards. Le 
manuscrit est entièrement terminé. 

3° J ai annoncé tout à l'heure la publication de la 9' partie du tome il 
(b's Historiens arahes , par M. de Slane. Noire laborieux confrère a déjà 



— 100 — 

fort nvanc(; l;i i'" |).'irlie Hii (oino III; 97 rnliiors soiil tin's ou bons à 
liror, la copie dcnviion ^10 reiiillcs est i\ rimjjriiiicrie. Quant à la 1" par- 
tic <lii tome II, arrêtée au 11" cahier par tant de (if\clieuses raisons qui 
ont cntravi'. M. Defrérnery dans son travail , notre confrère , quoique souf- 
Iraiil encore, vient de remettre pour l'impression une suite de la copie 
et nous en promet la continuation. 

J'ai dit, en conunençaiil , que la collection de nos Mciiioira venait de 
^'enrichir <l"un volume nouveau, le tome XXVIII, 9.' partie, et je n'at- 
tends que la seconde lecture de plusieurs mémoires pour commencer le 
tome XXIX. Dans ce recueil , deux lacunes restent à combler : le tome XXV, 
r^ partie, et le tome XXVII, 1" partie, consacrés, selon le plan arrêté, 
à l'histoire de l'Académie. Notre regretté secrétaire perpétuel honoraire, 
mon l)ien cher maître, M. (îuigiiiaut, en se démettant de ses fonctions, 
avait voulu se réserver et avait obtenu de l'Académie la mission de pu- 
blier la 1" partie du tome XXV qu'il avait commencée, c'est-à-dire l'his- 
toire de l'Académie pendant quatre années, de 18C1 h i865. Il avait, en 
ciïet, préparé en jjrande partie la composition de ce volume sur le plan 
tracé et suivi dans plusieurs volumes antérieurs par notre vénérable se- 
crétaire perpétuel honoraire M. INaudet; mais sa santé ne lui avait pas 
permis de mener ce travail à bonne fin. Je l'ai repris, et, depuis le mois 
dernier, toute la copie est à l'imprimerie. Aujourd'hui, 26 feuilles sont 
tirées ou bonnes à tirer; et si l'imprimerie continue, comme je n'en doute 
pas, à me seconder, dans quinze jours la dernière éj)renve sera corri- 
fi^ée et le volume entier mis sous presse. Ce volume achevé, j'aborderai 
immédiatement, avec la 1'° partie du tome XXVII. la période qui suit, 
et celte dernière lacune étant ainsi comblée, on pourra désormais faire 
marcher de front l'Histoire de l'Académie et la publication de ses Mé- 
moires, selon les vues qui ont présidé à cette répartition des matières 
dans la coll(!ctioiî. 

Le recueil des Mémoires (la savants élraugcrs est en dehoi's de ces 
considérations déquilibre. Il poursuit régulièrement sa marche. Le 
tome IX, qui compte déjà deux mémoires iuq)rimés, se continue par 
rim|)ression du mémoire de M. Tissot, ministre plénipolenliairc de 
France en Cirècc, notro nouveau correspondant, sui- la Maurclanic Tin- 
Ifilniic, et il est arrivé à la feuille Ao. 

Le recueil des Notices et ertraits des manuscrits de la Bibliothèque na- 
tionale, etc., avec ses deux séries marchant d'un pas inégal, série orien- 
tale et série occidentale, est sujet, au contraire, à des lacunes moins 
faciles à faire disparaître dans la suite de la tomaison. 



— 101 — 

Dans la série orientiile, le lonie XXIII (i'" pnrlie) est consacré au 
Dictionnaire des -simples, d'Ibn-Beïthar, publié par M. le docleur Leclerc, 
avec le concours de notre confrère M. de Slane. Aux 48 feuilles tirées se 
joignent /4() placards à mettre en pages, et toute la copie est prête. Cette 
copie excéderait non -seulement les limites de ce volume, mais même 
celles d'un autre volume encore, si l'auteur n'avait compris la nécessité 
de la réduire aux choses vraiment essentielles. Ibn-Deïtbar aura donc 
deux volumes, et le tome XXIV, i'° partie, étant déjà commencé avec le 
Mémoire de M. Maspéro, c'est le tome XXV, 1'° partie, qui en contiendra 
la fin. 

Dans la série occidentale, le tome XXIV, 2" partie, vient de paraître, 
comme je l'ai annoncé; le tome XXV, 9° partie, avait déjà paru (le 
Commenlaire d Alexandre d'Aphrodisias , de M. Tliurot). Le tome XXVI, 
2° partie (la Chirobaliste d'Héron d'Alexandrie, par M. Prou), a 90 feuilles 
tirées ou bonnes à tirer, el le reste du texte en placards. L'auteur n'a 
plus à remettre que la table alphabétique des matières, une table som- 
maire des divisions générales de l'ouvrage, et d'aulres accessoires qui 
seiont placés sous les yeux de la Commission des travaux littéraires avant 
d'être envoyés à l'imprimerie. 

VHistoire littéraire de France, qui continue l'histoire du xiv° siècle, a 
Six feuilles tirées et de 85 à 91 bonnes à tirer : c'est la lin du volume. Il 
ne reste à composer que les tables. 

L'impression du tome IX des OEuvres de Borghesi se poursuit sous la 
direction de M. Léon Renier. 

Enfin, le Corpus inscriptionutn semiticarum est à la veille de sortir de 
l'état de préparation où il était resté jusqu'ici. Le Ministre de l'instruc- 
tion publique, M. Waddington, qui, membre de la Commission chargée 
de ce travail, en connaît mieux que personne l'importance, a demandé 
aux Chambres de mettre l'Académie en mesure d'en entreprendre l'im- 
pression, en inscrivant dans le budget un suppléaient de crédit aux frais 
de publication de notre Compagnie, demande qu'il pouri-ait surabon- 
danunent justifier d'ailleurs à tous les yeux s'il déposait sur la tribune 
les cinq volumes ajoutés par le dernier semestre à l'ensemble de nos pu- 
blications. Les noms des commissaires auxquels est confiée la préparation 
de ce nouveau recueil, MM. de Saulcy, de Longpérier, Uenan, de Slane, 
VVaddinjjton, de Vogiié, Derenbourg, nous répondent quil tiendra sa 
place auprès des autres avec honneur. 

H. Wallon, 
Secrétaire perpétuel. 



— 102 



LIVRES OFFERTS. 



SEANCIC Dr VENOKEDI JANVIF.H. 



Sonl ofl'erts : 

Calaloijitc du Musée Fol, 3' partie. Peinture artistique et industrielle , p«r 
M. W. Fol (Genève, 1876, in-S'^. 

Expédition de Labiénus, lieutenant de César, contre Luthce , oppidum 
Parisiorum, siège de Paris, par M. le baron GaiTa de Vaax (brocliure). 

M. Garcin de Tassv olTi-e à l'Acadëmie sa Bévue, pour 187 G, de ht 
langue et de la littérature hindoustanies (l'aris, 1877, in-8°). ffCe travail, 
dit-il, oiTre des détails, d'après les joui-naux indigènes, sur le voyage du 
prince de Galles et sur le nouveau titre d'impératrice donné à la reine 
d'Angleterre; et comme toujours on y trouve des renseignements sur les 
ouvrages récents et sur les nouveaux journaux qui ont paru on Hindous- 
tan, sur les progrès de la civilisation européenne et sur ceux du christia- 
nisme; et de plus on y trouve eu appendice la liste d'environ neulcents 
auteurs à ajouter à ceux (|ui ont été mentionnés dans YHistoirc de la lit- 
térature hindouie et hindouslanie.n 

M. DE LoNGPÉiuER présente, de la part de M. Ani. de Gaix de Saint- 
Avnioui', [Annuaire des sciences historiques , hiblingraphie des ouvrages 
d'érudition (Paris, 1877, in-8*). 

SÉANCE DU VENDREDI 1 f> JANVIER. 

Aucun hommage n'a été fait à lAcadéniie dans celte séance. 

SÉANCE DU VENDREDI I9 JANVIER. 

Le Secrétaire perpétuel présente deux volumes des publications de 
l'Académie : 

1° Le tome VIII de la Table chronologique des diplômes, chartes, titres 
et actes imprimés concernant l'histoire de France, par M. do BrcHpiijfny. 
ronliriuéf par MM. Pardessus el Lahoulaye ( Paris. i87(t, in-l'). Gi' vo- 
liiiii'! coniplèlf U' rrcueil. 



— 103 — 

•2" Le lonie XXIV, a" parlie, îles Notices et eairaits des manuscrits de 
la Bibliothèque nationale, conlenant six notices : deux de M. de Wailly et 
quatre de M. Hauréau (Paris, 1876, in-li°). 

Est en outre offert, au nom de M. Jules Baissac, un ouvrage en deux 
volumes intitulé : Les origines de la religion (Paris, 1877, in-8"). 

Sont encore oll'erls : 

Isis et Osiris , fragment de Vhistoire jmmitive , par M. H. Thiers (extrait 
de la Revue de France, Paris, 1876, broch. in-8°). 

Le Mémorial diplouiati/jue d'Orient, par Aristarchi-bey (Démétrius), 
11° 1, j5 novembre 1871) (Athènes, in-S"). 

Vocabulaire hiéroglijpliique comprenant les mots de la langue, les noms 
géographiques, divins, royaux et historiques classés alphabétiquement , pai- 
M. Paul Pierrel, conservateur adjoint des antiquités égyptiennes au Musée 
du Louvre. 10 fascicules (Paris, 1875, in- 8°). 

M. Alfred Maury offre au nom de l'éditeur M. Alexandre Bruel, archi- 
viste aux Archives nationales, le tome !"■ du Recueil des chartes de 
l'abbaye de Cluny (Paris, 187O, in-/i°). cf L'idée de cette publication 
appartient à feu M. Auguste Bernard, dont l'Académie a plus d'une fois 
couronné les œuvres et qui s'est acquis des titres k la reconnaissance des 
amis de l'iiisloire par sa publication des cartulairesdeSavigny et d'Ainay. 
Il en avait réuni les premiers éléments et préparé les preuiières feuilles 
lorsque la mort vint le frapper, à la suite d'une longue et douloureuse 
maladie, le 5 septembre 18G8. Mais ces archives de l'abbaye de Cluny, 
que le regrettable érudit voulait reconstruire et qui étaient d'une si pro- 
digieuse richesse, comme nous le savons par l'aperçu qu'en domia en 
1776 Lambert de Barive, demandaient, pour être recueillies, encore bien 
des efforts et des soins. M. Auguste Bernard n'avait pas à beaucoup près 
rassemblé, môme pour la première époque, l'époque carolingienne, tous 
les documents (pii se conservent dans les dé|)ùts ; les copies qu'il avait faites 
ou fait faire n'étaient pas toujours d'une extrême fidélité, la lecture en 
ayant souvent présenté de sérieuses difficultés. 

ffM. Alex. Bruel, que le Comité des travaux historiques a chargé de la 
continuation de l'œuvre de M. Auguste Bernard, s'en est acquitté avec 
un zèle et une intelligence qui lui font le plus grand honneur. 11 a com- 
mencé [)ar soumettre la copie de son devancier à une révision sévère 
d'après les originaux. M. Bernard n'avait d'ailleurs recueilli d'une ma- 
nière quelque peu conquête que les pièces allant du ix' à la (m du 
\iu' siècle; pour la suite, le choix des matériaux était à peine ébauché. 
Los notes laissées par lui réclamaient également des additions nombreuses. 



— lO/i — 

M. A. Bi'uel a ajouté des pièces nouvelles, prépaie uhe iiilioduclion e'ien- 
due el substantielle qui paraîtra avec le tome II et qui l'era connaître le 
trésor d'inronnatioiis à retirer de Tenscinhle des chartes. Dans le tome I". 
il se borne à rappeler l'orijpne el le caractère des sources auxquelles il 
a puisé pour constituer ce précieux choix de textes, manuscrits de la 
Bibliothèque nationale, cartulaires orijjinaux conservés à Giuny, collec- 
tion des copies de Lambert de Barive, etc. 

ffLe volume que je dépose sur le bureau de T Académie, qui n'a pas 
moins de S/Jo pa|];-es 'm-li°, accompagné de beaux fac-similé de mono- 
grammes et de chartes, renferme un ensemble de documents allant de 
l'an 802 h l'an gB^?!, classés chronologiquement et transcrits avec la plus 
scrupuleuse exactitude. Jamais on n'avait encore publié d'un coup en 
France une telle série de chartes inédites relatives à une des époques de 
notre histoire qui appelle le plus les investigations. La colleclion des 
monuments inédits de l'histoire de France s'enrichit avec cette |)nblica- 
tion d'un volume d'une si grande importance; il en est peu quilournissenl 
pour le ix' et le x" siècle des documents plus neufs et plus précieux. 
M. Bruel me paraît avoir rendu en le donnant un service signalé à l'éru- 
dition, n 

M. Maury oiïre en outre en son nom la quatrième édition, considéra- 
blement augmentée, de son ouvrage intitulé : La icrre et riioiuinc (Paris, 
1877, in-8"). 

M. Deloche oflre à l'Académie, au nom du dii'ecteur et de l'éditeur, 
le premier numéro d'un nouveau recueil qui a pour titre : Heiue de 
Géographie. 

ffLe bulletin mensuel que publie la Société de géographie l'enferme, 
dit-il, les comptes rendus de ses travaux intérieurs el des notices ou mé- 
moires, généralement consacrés à des descriptions ou aux récits de voyages 
de découvertes. Le journal l' Exploration tient le monde savant et h; 
monde commercial au courant des expéditions lointaines et des faits de 
natiu'cà faciliter et à multiplier nos l'clations de ti-alic et d'échange. Mais 
nous n'avions jusqu'ici aucun recueil spécialement desthié à la j|éogia- 
phie historique et à la démonstration, par les sciences géogi-aphi(|ues, 
de l'origine et du sens des graves questions ([ui se débattent sons nos 
yeux. La Revue qui vient de se fonder sous la direction de M. Ludovic 
Drapeyron doit combler cette lacune. « 

M. E(jGi:n oflre à l'Académie, de la part des auteurs : 

1° Essais sur l'éplœbie allicnicnnc , lome I", [)ar M. Albeil. Duniont 
(Taris, 1876, in-B") (dont le (orne 11. contenant les documents épigra- 



— 105 — 

phiques a |jaru depuis deux ans), rr Tableau aussi complet, dit-il, que le 
perniel Te'lat actuel de la science, d'une institution qui nous a élé pres- 
que révélée par les inscriptions découvertes depuis vingt-cinq ans à 
Athènes, et dont la connaissance forme un chapitre à peu près nouveau 
de l'histoire d'Athènes durant les deux siècles qui précèdent et les deux 
siècles qui suivent lère chrétienne. Ce travail sur l'éphébie athénienne va 
être complété par celui de M. Collignon, ancien membre de l'Ecole fran- 
çaise d'Athènes, sur les institutions analogues dont l'existence est aussi 
attestée par des documents épigraphiques épars sur le sol des autres cités 
grecques. On sait d'ailleurs de quelles acquisitions précieuses s'est enrichie 
la chronologie des archontes athéniens par l'étude scrupuleuse à laquelle 
M, Dumont s'est livré sur les inscriptions éphébiques.» 

2° Deux dissertations en italien du professeur D. Comparetli, 5«<r /'^/s- 
toire ou plutôt sur la légende des amours de la célèbre poétesse Sappho avec 
Pliaon (Florence, 1876, in-8°). frLa première dissertation contient un 
aperçu général et un l'ésumé des recherches minutieuses de M. Com- 
paretti sur ce sujet moins épuisé qu'il ne paraît au premier abord. La 
seconde traite particulièrement, et sous une forme plus scientifique, de 
YEpltre à Pliaon qui fait partie des épîtres héroïques d'Ovide, morceau 
dont M. Comparetti défend l'authenticité contre les doutes de quelques 
critiques modernes, mais en reconnaissant que le poëte l'a composé 
d'après des traditions relativement récentes, et qui, en tout cas, ne 
reposaient sur aucun ténjoignage direct de Sappho ou de ses contem- 
porains. r> 

3° De V influence provençale dans la langue de Molière, par M. A. Espagne 
(Paris, 1876, in-8°) (Extrait des Mémoires de la Société des langues 
romanes de Montpellier), complément utile Aa- Lexique de Molière par 
F. Genin (Paris, 18 46), et des Eludes sur le même sujet par M. Herm. 
Fritsche (Dantzig, 1868). 

M. 1{e\4n présente à l'Académie, de la part de M. Reboud, un nouvel 
envoi d'inscriptions néo-puniques et berbères, qui sera joint à tant 
d'autres monuments que l'Académie doit à M. P»eboud. 

M. Renan présente également à l'Académie le volume intitulé : Etudes 
historiques sur les religioiis, les arts, la civilisation de l'Asie anlcrieure et 
de la Grèce, par M. Jules Soury, recueil d'articles pleins de recherches 
sagaceset consciencieuses (l'aris, i877,in-8''). 

M. Ravaisson oITre au nojn de son fils, attaché au Musée des antiques, 
une brochure intitulée : La critique des sculiilurrs antiques [Vj\Vrd\i de !a 
Revue archéologique). 



lOC) 



SKANCE DU VENDREDI 26 JANVIER. 

M, EoGnii odVe à l'Académie, au nom des auteurs : 

1° Une nouvelle édition de la Miloniemie de Ciccron, publiée pour la 
piemière ibis par M. J. Wagener, rééditée par son iils M. A. \Va|>ener. 
professeur à l'université de Gand. Ce volume se distin[juc des autres 
éditions par une recension et une annotation tiès-soignée du texte et par 
riieureuse addition de la préface historique d'Asconius Pedianus, réiin- 
[irimée ici avec une bonne traduction française (Mons, 1876, in-12). 

2° La fosse de Soncy, Elude philologique , par M. A. Joly, doyen de la 
Faculté des lettres de Gaen (Paris, 1 876 , in-H"), dissertation fort métho- 
dique où l'auteur essaye d'expliquer par une étymolog-ie latine le nom, 
jusqu'ici fort obscur, d'une localité du Bessin , en Normandie. 

3° One note de M. Victor Efjger, |)rofesseur de ])hiloso[)hie au lycée 
d'Ang'ers, sur une médaille frappée cnVhoimeur de Passera, philosophe et 
professeur à l'école de Padoue ((in du \v° siècle), et qui oll're des ca- 
ractères intéressants pour l'histoire de la philosophie et pour celle de l'art 
padouan. 

M. Kgger présente en outre la réimpression et l'illustration d'une pla- 
quette extrêmement rare, de la fin du xv" siècle ou des premières an- 
nées du xvi", intitulée: Antiquarie prospeuiche romane, composte pcr 
Prospetlivo Mi/anese dipintore {Anlk[m\.és perspectives romaines, com[)o- 
sécs \)sv \e Perspectf m\\ana\s , peintre). 

ff L'exemplaire de cette plaquette (|ui a servi à la réimpression se 
trouve, dit-il, à la bibliothèque Casanate de Rome; on n'en connaît qu' /m 
autre exem|)laire appartenant à la bibliothèque de Munich, il n'a que 
quatre feuillets, sans numéiation, sans signature, sans lieu d'im- 
pression, sans nom d'im[)rimeur et sans date. G est un petit poëme en 
fort mauvais italien, écrit par un artiste anonyme et sur lequel on ne 
pourrait avancer que des conjectures assez vagues. L'auteur a mis en 
tête de son poëme deux sonnets de dédicace à Léonard de Vinci, dont il 
paraît avoir été le disciple et l'ami. On peut retrouver môme (juoiques 
traces de l'influence de Léonard dans la gravure sur bois qui ligure au 
titre de la plaquette et qui a été reproduite ici très-exactement par la 
phololithographie. 

«Dans une courte préface, M. Govi cherche à déterminer la date pro- 
bable de la composition et de rim|)ression du petit poëme, (pi'il croit 
pouvdir (ixci- à 1 'i(|i) ou t fioo. Il passe ensuite i-apidemcnl eu revue les 



— 107 — 

ilivers objets traiitiquité, iiioiiiuuenls darchilecUire. slaliies en iiiaihre. 
Iji'onzcs, etc., mentionnés dans les .4H/?(/M«r«e;,s'aUacliant surtout à mon- 
trer l'ordre topographitjue de leur distribution, et insistant sur iiute'rèt 
que cet opuscule, ignoi'é des principaux bibliographes connus, peut 
avoir pour la connaissance des richesses artistiques de Rome à la fin du 
moyen âge. 

fDans les notes placées à la suite du poëme, M. Govi a essayé d'en 
illustrer les passages les plus obscurs, et d'identifier, partout oii la chose 
lui a été possible-, les monuments ou les objets décrits par le peintre mi- 
lanais avec les monuments ou les œuvres d'art que l'on peut voir encore, 
soit à Rome, soit ailleurs. 

tfOn trouve dans ces notes beaucoup de renseignements sur la ville de 
Rome au xv° siècle, dont il reste si peu de traces chez les historiens du 
temps, et que les documents publiés ne nous permettent pas encore de 
reconstituer complètement, n 

M. Renan présente un petit mémoire de M. Clermont-Ganneau sur un 
monument phénicien apocryphe du cabinet impérial et royal de Vienne (Pa- 
ris, 1877, broch. in-8°). M. Clermont-Ganneau démontre, dans ce mé- 
moire, la fausseté d'une pierre prétendue phénicienne admise par M. Lévy 
de Breslau, et qui a été faite à l'imitation de la célèbre pierre de Florence 
qui porte la légende le-Ahibaal. 

M. Defrémery présente à l'Académie, au nom de l'un des deux édi- 
teurs, M. le baron James de Rothschild, le tome XI du lîecneil de poésies 
françaises des .ir" et xvf siècles , morales , facétieuses , historiques, réunies 
et annotées par MM. Anatole de Montaiglon et James de Rothschild (Paris , 
i876,in-i8). 

ffCe volume , faisant partie de la bibliothèque ekévirienne, est le second, 
dit M. Defrémery, que l'on doit à la collaboration des deux savants biblio- 
graphes dont le nom figure sur le frontispice. L'Académie n'a sans doute 
pas oublié que le précédent volume lui fut olleit, il n'y a guère plus d'uu 
an, au nom du même donateur, par notre savant confrère M. du Wailly '. 
Comme le tome X, le volume que nous déposons aujourd'hui sur le 
bureau de l'Académie se recommande à la fois par le choix judicieux 
des pièces qui le composent, par la reproduction très-exacte des origi- 
naux et par la précision des descriptions bibliogrnjihiques faites de visu. 
Chaque morceau est précédé d'une notice plus ou moins détaillée et 

' Dans la séance du vcndrefh 2() novornhrc iS7r). Cf. les Comptes rendus de 
1875, j). l\']('^-!\'j']. 



— 108 — 

iiccouipajjiiëe de notes nombreuses, parfois très-ëteudues el foi-l inléies- 
sanles. Plusicii rs des pièces reproduites dans le recueil de MM. do Monlaiglon 
et de Rolliscliild e'taient restées inconnues, même de nom, aux biblio- 
graphes, y compris Brunet. Beaucoup n'avaient pas encore dlé réimprimées. 
On remanpjera surtout deux pièces relatives à la délivrance des deux lils 
de François 1" et à l'arrivée en Fi-ance d'Éléonore d'Auti'iche, sœur de 
Charles-Quint. La première est en prose, mais les éditeurs l'ont ni'anmoins 
comprise dans leur collection, parce qu'elle constitue un document histo- 
rique des plus intéressants. On lira encore avec profit plusieurs morceaux 
sur les guerres de religion et la Ligue, ainsi que trois petites poésies sur 
les buveurs el les lavernes. On trouve, dans l'avertissement qui précède 
la première de ces trois pièces, les indications les plus curieuses sur la 
police des tavernes, avec la nomenclature détaillée d'un grand nombre 
de règlements relatifs anx cabarets de Paris, depuis l'année tSOo jusquà 
l'année 1629." 

SÉANCE DU VENDREDI 2 FEVRIER. 

Le Secrétaire perpétuel fait hommage au nom de M. Hauréau , membre 
de l'Académie, du tome X et dernier de V Histoire littéraire du Maine, 
2° édition qui témoigne de l'accueil fait par le public à la première (Pa- 
ris, 1877, in-19). 

Le Secrétaire perpétuel présente encoie, au nom de M. Hkuze^ , membre 
de l'Académie, Les fragments de Tarse au musée du Louvre, mémoire ([ue 
M. Heuzeya lu devant l'Académie et qu'il a fait imprimer dans la Gazette 
des heau-x-arts (Paris, i 876 , broch. gr. in-8''). 

M. E. Desjardins, architecte du Gouvernement, écrit à l'Académie en 
lui adressant un travail qu'il vient de \i\i\)\\ev i\<m^ï Encyclopédie d'archi- 
tecture cl dont il a fait faire quelques tirages à part, (-e travail est intitulé : 
L'art des Etrusques et leur nationalité (Paris, 1876, in-f"). 

M. Mauuy présente, au nom de M. Fernand Labour, un volume inti- 
tulé : La chateilenie suzeraine d'Oissery, son terrier, ses coutumes, son 
histoire ( Dannnartin , 1 87G , in-8°). 

M. E. Desjaudins olfre à l'Académie, au lieu et place de M. L. Benier 
qui devait se charger de cet hommage, la première livraison de la Rcrue 
de philologie, de littérature et d'histoire anciennes, nouvelle série dirigée 
par MM. Edouard Fournier et Louis Havel, janvier 1877 (Paris, in-8°). 

M. (î. Perrot présente, au nom de M. Cli. Lucas, une brochure inli- 
lidf'i' : Architecture el archéologie. Dr la reconstruction des contre-forts de In 



— 109 - 

calhédrak d'Evrcnx , ntjjporl présenté au congrès des archilectes français 
de 18'jo , au nom de la Commission d'archéologie de la Société centrale. 

ff Outre l'étude d'une question technique, présentée avec clarlé et 
disculée avec compétence, ce rappori , dit M. l'errot, contient des ren- 
seignements intéressants et précis sur le service des monuments liisto- 
i'i(|ues et des édifices diocésains, sur les résultats qui ont été obtenus 
depuis le moment (il y aura bientôt quarante ans) où ce service a été 
organisé sous la haute surveillance de M. Vitet, auquel succéda M. Mé- 
rimée." 

M. le Présideîv't offre en son propre nom une lettre à M. le Directeur 
de la Bévue archéologique, lettre dans laquelle il a rectifié les erreurs 
commises par M. Staik relativement aux origines de l'Ecole française de 
Rome. 

Est encore offert : Gazette archéologique, pai- MM. deWitte et Fr. Le- 
normant {-2" année, 1876, Paris, in-''i°). 

SÉANCE DU VENDREDI 9 FEVRIER. 

Le Secrétaire perpétuel offre à l'Académie, au nom de M. L. Dklisle, 
une Notice sur vingt manuscrits du Vatican (exli-ait de la Bibliothèque de 
l'Ecole des chartes, Paris, 1877, in-8°). rr C'est, dit-il, le fruit d'un 
voyage fait à Rome par notre confrère pendant les vacances, et une preuve 
que, pour M. L. Delisle, les vacances sont un tenqis où la science trouve 
encore son profit." 

M. Labjulaye, vice-président de l'Académie, fait hommage en son 
nom et au nom de ses collaborateurs, MM. de Rozière, Paul Gide, 
Dareste et Boissonade, du premier numéro de la Nouvelle Revue histo- 
rique de droit français et étranger, janvier-février, 1877 (Paris, in-8°). 

ffC'est la continuation de la Revue de législation; mais la série nouvelle, 
publiée chez un autie éditeur, doit comprendre des recherches qui entre- 
ront plus particulièrement dans l'ordre des travaux de l'Académie. On 
en peut juger par le premier article : La science du droit dans la pre- 
mière moitié du mo;jcn âge, par M. Bivier, professeur de l'université de 
(iand.n 

M. (J. Révillout offre à l'Académie une étude historique et littéraire 
sur rouvra<|c latin intitulé : Vie de saint Guillaume (in-''i°). 

Est aussi offert, ru nom de l'auteur, par M. Garcin de Ïassy, Diction- 
naire hindouslani-anglais , du docteur Fallon, ()'" livraison (Bénarès, 
1876, in-8"). 



— 110 — 

M. tiv. UuziËKD l'ail li()iiiiiiu^>(\ ou nom ilc M. Jtiios Finol, diuie Uvo- 
cliiirc iiililuli'ic : Recherches' sur les incursions des Anglais cl des gramles 
compaijnics dans le duché cl le conilc de Bourgoonc à la fin du xiv' siècle. 
M. (le lloziùre ne croit pas avoii' besoin (ieloncr ce travail que TAcadémie 
elle-même a rëcomj)ensé d'une mention honorable au concoui's des Anti- 
quités nationales de 187."). 

M. Paulin Paris offre à l'Académie le tome V*" des Romans de la Table 
ronde mis en nonceau lani>agc et contenant la fin de Lanceloi du Luc 
(Paris. 1877. in-i n '). 

SÉANCE DU VENDREDI 1 f) FÉVUIER. 

Le Secrétaire perpétuel offre à l'Académie : i" au nom de M. Hau- 
RÉAiJ, un volume inlilul»! : Rcrnard Délicieux el rinr/uisition albigeoise 
( i3no-u3-io) (Paris, 1877, in-8°); 9° an nom de M. Edn). Le Hlant : 
Polijeucte et le tcle téméraire (extrait des Mémoires de l'Académie des ins- 
criptions cl belles-lettres, tome XXVlll, ??" partie. Paris, 187G, broch. 
m-h"). 

Sont encore offerts : 

La vie et les travaux de Woloivshi, par M. Levasseiir, membre de 
riiistitut (Paris, 1876, brocb. in-S"). 

Le pont de MUcneurc-sur-Lot , son oiigine et ses restaurations, par 
M. J. Serret (Agen, 1877, broch. in-8°). 

Serpent and Siva worship and mythology in central America , Africa and 
Asia, par M. Hyde Glarke (Londres, 187(5, in-8°). 

Etijmology. Ersatz-Miltcljùr eine Weltsprache , \)av .^L Adolphe Storch 
(P)ndueis, 1877, in-12). 

M. (îaston Paris l'ait liommane : 1° au nom de M. lîolland, d Un vo- 
lume inlitul(' : Devinettes ou énigmes populaires de la France, auquel il a 
ajouté une préface; 2° au nom de M. Paul Meyer, d'un Recueil d'anciens 
textes bas latins , provençaux et français (Paris, 1877, in-8°). 

M. Ravaisson, président, offre à l'Académie, au nom de M. Albert 
Dumont, le premier numiTo du Bulletin de correspondance hellénique, 
janvier- 1877 (Athènes -Paris, in-8"). 

SÉANCE DIJ VENDREDI 2 3 FÉVRIER. 

Le Secrétaire perpétuel présente, au nom de \L le ujarquis de Queux 



— 1 1 1 — 

du Saint-Hilaiic, iiiio i)roclua'e qui intérosscra vivemonl i'Acadumio, car 
c'est nue Notice sur les services rendus à la Grèce cl aux éludes grecques 
par M. Amhroise Firmin Didot, le regrellé confrère que l'Académie a 
perdu il y a un an. 

Eyt encore oiïert : 

Archéologie on Mélanges relatifs h l' anliquilc , publiés par la Société des 
antiquaires de Londres. Tome XLIV, 9/ partie (Londres, 1870, in-h"). 

SÉANCK DU VIÎNDRKDI 2 MARS. 

Le Secrktmre perpétuel offre, au nom de M. Germain, nioinbio de 
l'Académie, deux Etudes historiques, l'une sur le Liber procuraloris stu- 
diosorum, intitulée : Les étudiants de VEcole de médecine de Montpellier au 
\vf siècle (Paris, 1876, hroch. in-8°);. l'autre sur ï Ecole de droit de 
Montpellier, 1 160-1 jg3 , d'après les documents originaux (Montpellier, 
1877, in-/i°). 

M. Gebhart fait hommage d'un volume ayant pour titre : Rabelais, la 
Renaissance et la Reforme (Paris,. 1877, in^"). 

Le H. P. Verdière offre à l'Académie une brocliure intitulée : Saint 
Eloi et ses ateliers. 

Est encore offert : 

La première partie du tome VI du Corpus inscriplionum lalinarmn, de 
Berlin, partie intitulée : Inscriptiones urbis Roniœ latinœ , consilio et auto- 
rilate Academiœ litterarum regiœ Rorussicœ , collegerunt G. Henzen et 
lîaptisla de llossi, ediderunt E. Bormann et G. Henzen (Berlin, 1S76, 
in-f°), très-beau volume digne des précédents. 

M. Thcrot fait hommage d'un ouvrage intitulé : Macarii Magnetis 
quœ supersunt ex inedito codice edidit G. Blondel (Parisiis, e typographia 
l)ublica, 187G, in-/( ). rf L'auteur, qui porte le nom de Macarius Magnés, 
et qui, dit-il, parait avoir été un évèque, probablement originaire du 
diocèse d'Antioche, a conqiosé en grec, vers le milieu du iv' siècle, sous 
le titre (ï k-rrcKpirixâ , en cinq livres, et sous la forme d'un dialogue ou, 
|)our parler plus précisément, d'un colloque entre un philosophe païen 
<t un chrétien, une défense du christianisme contre les objections que 
les philosophes liraient du texte môme des évangiles. C'est, avec le traité 
d'Origène conire Gelse, le seul monument de ce genre qui nous soit par- 
venu; car les traités composés contre Porphyre par Méthodius, Eusèbe 
et Apollinnir(! n'ont pas élé conservés. L'ouvrage de Macarius n'était 
coiimi juscpù'ci que par quelques courts fragments. Il en existait, à l;i 



— 112 — 

l)il)liollièqiie do Sainl-Marc, à Venise, un maniiscril qui semble avoir 
(lisponi Irès-anciennement. et qui est sans doute le même que le manus- 
crit du xv° ou du xvi° siècle qui fut trouvé en Epire, en 1867, et qui 
parvint entre les mains de M. Apostolidis, ancien conservateur de la bi- 
bliothèque nationale d'Athènes. Ce manuscrit est mutilé; il ne contient 
pas le premier livre, ni les sept premiers chapiires du second livre, ni 
la fin du dernier chapitre du quatrième livre. M. Dumont, aujourd'hui 
directeur, alors élève de l'Ecole d'Athènes, fit part de cette découverte à 
M. Miller, qui en saisit immédiatement toute l'importance et la sijjnala à 
l'Académie dans la séance du 5 juillet 1867. M. Ch. Blondel, alors élève 
de l'Ecole d'Athènes, s'attacha avec passion à la publication de l'ouvrage, 
et il la prépara avec le soin le plus minutieux. Mais une mort préma- 
turée l'emporta, quand l'impression était à peine commencée. Un de ses 
amis, M. P. Foucart, s'est chargé de l'achever. Nous sommes redevables à 
M. Gh. Blondel de la publication d'un ouvrage très-intéressant pour la 
connaissance de la lutte entre la philosophie |)aïenne et la religion chré- 
tienne. 1 

M. Ravaisson offre à l'Académie, au nom de M. Ch. Capmas, un ou- 
vrage en deux volumes intitulé : Lettres inédites de M"" de Scvigué à 
M"" de Gri{jnan, sa fille , extraites d'un ancien manuscrit (Paris, 187G, 
in-8°). 

M. A. Mauuy l'ait hommage, de la part de M. d'Arbois de Jubainville, 
correspondant de l'Académie, d'un volume ayant pour litre: Les premiers 
habitants de l'Europe, d'après les auteurs de l'antiquité et les recherches les 
plus récentes de la linguistique ( Paris, 1 877, in-8"). 

M. L. Delisle présente, au nom de M. Fr. Morand, une brochure in- 
titulée: Lettres à Augustin Thierry, et autres documents relalfis à un pro- 
jet de constitution des archives communales proposé en i8.'î8 et années 
suivantes. Cet opuscule nerenferme pas seulement des détails intéressants 
sur les premières tentatives d'organisation des archives départementales; 
il contient une excellente analyse des principaux documents conserv('s 
dans les archives communales de la ville d'Aire, en Artois, 

SKANCK nn VENDREDI f) MARS. 

Sont offerts à l'Académie : 

EAA);r<Kà xironlpot. , ip)(^a.ioXoyiKï} hiarpi^}} hnOsïtroL sis tï)v ÇiiXoao- 
Ç'tHt}v (T)(n}Sjv roi) èOvixov Tsavs-atalrjfiiov èiri vÇ>)jysi7ia. roi) n%0yj(ictTO^ 
Tij<: ip^atoXoyi'Xi: , par MuAwpaî ( Athènes. iiSyC». brdcli. in-S"|. 



— 113 — 

Archives des missions scientifiqms et littéraires , clioix de rapports et ins- 
tructions publie sous icb auspices du Ministère de rinstrucliou publique 
(Paris, 1876, in-S"). 

M. DE Saulcv offre en son nom un Dictionnaire topographique abrégé 
de la terre sainte (Paris, 1877, in-S"). Il présente, en outre, de la part 
de M. le vicomte Jacques de Rougé: iMe h' fascicule de la Ckrestomathif 
égyptienne, par feu M. le vicomte de Rougé (Paris, 1876, gr. in-8-j. 
ffCe fascicule, dit-il, contient l'analyse mot à mot de la fameuse stèle du 
roi Piankhi-Meriamen , stèle découverte au Djebel Barkal et qui nous 
donne les détails les plus précieux sur l'invasion de TEgypte par les rois 
éthiopiens. M. de Rougé avait analysé ce texte dans son cours jusqu'à la 
boixante-neuvième ligne; son fds. M, Jacques de Rougé, a continué l'ana- 
lyse de ce texte jusqu'à la lin. 55 — -3 Etudes égyptologiques , 9' livraison; 
Imcriptions hiéroglyphiques copiées en Egypte, par M. Jacques de Rougé 
(Paris, 1877, in-4°). C'est un recueil de textes copiés avec une correc- 
tion entière, et qui, par suite, sera de la plus grande utilité pour tous 
les égyptologues. 

M. Jourdain fait hommage, au nom de fauteur, M. le comte de Goz- 
/.adini, du mémoire que M. Gozzadiui vient de publier sur les fouilles 
récentes laites aux environs de Bologne et qui a pour titre : Intorno agli 
scavi archeologici fatti dal sign . A. Arnoaldi Veli presso Bologna osserva- 
zioni (Bologna, 1877. in-4°l. 

ffAux portes de Bologne, dit M. Jourdain, dans le domaine de San- 
i'olo, appartenant à la famille Arnoaldi, le hasard fit découvrir, en 
i8;j6. près d'un squelette humain, les fragments d'un vase grec, une 
amphore, quelques poteries et la lame d'un couteau de bronze. Cette dé- 
couverte était restée longtemps inaperçue, même des archéologues, lors- 
(|u'elle fut rappelée au propriétaire actuel de San-Polo par les brillants 
résultats des fouilles opérées, à dater de i853, d'abord à Villanova, 
puis à Marzabetto. enfin à la Chartreuse, c'est-à-dire à une distance 
très-rapprochée de San-Polo. i\l. Arnoaldi estima qu'un sol qui confinait 
à une nécropole étrusque, et dans lequel des débris antiques avaient déjà 
été trouvés, devait en renfermer beaucoup d'autres. En conséquence, il 
entreprit des fouilles, il les dirigea lui-même., non sans s'éclairer des 
nvis de quelques archéologues italiens; et, après des essais infructueux, 
il eut la satisfaction de découvrir jusqu'à 268 tombes renfermant une 
«[uantité de poteries et autres objets en argile, bronze , cuivre, fer et or, 
tout un mobilier sépulcral qu'il confia, pour l'étudier, à M. le comte Goz- 
zndini. C'est la description raisonnée de ces richesses qui fait l'objet du 



— li/J — 

intMiloirc <|ur j ai rimiincui (!<■ |>r(;soiil(i ;i l'Acddémio. Los lombes iidii- 
vellement relrnuvées semhicnl nvoif fait ])artic d'une vaste nécropole (jni 
se serait étendue aux alentours de Bolog-ne, l'antique Feisine, de San- 
Polo à la Chartreuse. Les traces que plusieurs présentent indiquent que 
les corps, avant d'y être déposés, avaient été brûlés. Un grand nombre 
paraissent remonter à la plus haute antiquité, à cet âge que M. le comte 
Gozzadini appelle celui des premiers Étrusques: point sur lequel il se 
trouve en désaccord avec IM. Alexandre Bertrand, qui attribue les monu- 
ments analogues à une population distincte des Étrusques et antérieure 
à eux. Quelques tonibes sont plus récentes, et les objets qu'elles ren- 
ferment appartieiment à la belle époque de l'art étrusque; mais généra- 
lement elles ont été violées, sans doute parce qu'elles renfermaient des 
objets plus précieux . des objets en or, par exemple, tandis que les tombes 
plus anciennes ont été respectées, sans doute parce que les restes qui s'y 
trouvaient contenus n'offraient i-ien qui pût tenter la cupidité. Des urnes 
sépulcrales, des fragments de poterie, des vases de diverses formes, des 
ustensiles, des plaques et des lames de bronze, de cuivre et de fer. voilà 
ce qui a été recueilli on grande quantité dans tous ces monumûnts pai 
les soins de M. Arnoaldi. La plupart des objets <|ui ont passé sous les 
yeux de M. le comte Gozzadini l'eproduisent les types que les fouilles Ar 
Villanova avaient mis au jour, mais avec plus de variété et d'élégance 
dans l'ornementation, avec un emploi du fer plus fréquent : ce qui in- 
dique, selon M. Gozzadini, une civilisation déjà plus avancée, non que 
l'auteur soit disposé à changer de sentiment sui' forigine purement étrusque^ 
de ces vieux restes de l'industrie humaine, mais parce qu'ils apparliennenl. 
croit-il, à deux âges différents de la civilisation d'une même race. Par ces 
raj)ides indications, l'Académie peut voir que le mémoire de M. Gozza- 
dini ne se borne pas à un simple catalogue des richesses recueillies pat 
M. Arnoaldi, mais qu'on y trouve luie discussion approfondie de beau- 
coup de questions qui partagent aujourd liui les archéologues. L'auteur a 
joint à son travail des gravures sur bois qui sont insérées dans le texte . 
et quatorze planches lithographiées. A tous les points de vue, ce savant 
mémoire me paraît tout à fait digne de fixer l'attention de l'Académie. - 
M. Egger présente à l'Académie les ouvrages suivants: 
i" Annuaire de V Association imxir l'encoura/remeni des études grecques en 
France, 10° année (Paris. 187O. in-S"). acconq)agné du cinquième fas- 
cicule in-4" des Monuments frrccs . publiés et conuucntés par MM. Heu- 
zey cl Perrol, M. Egger, ayant eu p«rt à la rédaction de ce volume avec 
plusieurs autres membres do l'Académie, croit devoir êiro sobie déloges 



— 115 — 

sur les m('moiros(|u'il conlionl. Il tiiil romarquei' querost rldjà le dixièmo 
annuaire de la Société et signale les accroissements ([n'a pris aujourd'hui 
ce recueil. 

9° Au nom de M. le marquis de Queux de Saint-Hilaire ; Lettres mé- 
dites de Corajj à Chardon de hi Uorhelte (i y go- l'j 1)6) .suivies d'un recueil 
de ses lettres françaises h dirers savants (Paris, 1877, in-H"). fc Cette cor- 
l'espondance doit attirer à plusieurs titres l'attention des lecteurs. Coray 
a habité Paris pendant plus fie cinquante ans, de 1787 à i8n5, époque 
de sa mort; de 1789 à 1796, il a été le témoin des scènes les plus dra- 
matiques de Révolution, et ses lettres en portent la trace; sa correspon- 
dance avec Chardon de la Rochette et avec Villoison est d'un véritable 
intérêt pour l'histoire littéraire. Enfin, pour répondre aux désirs des Hel- 
lènes, on a imprimé dans ce volume plusieurs opuscules de Coray épars 
dans diverses collections, ainsi que les thèses de médecine qu'il a soute- 
nues devant la Faculté de Montpellier. M. Firmin Didot, à qui le projet 
de cette publication avait été communiqué, avait voulu montrer le prix 
qu'il y attachait en s'en faisant l'éditeur. ^^ 

M. Miller oiïre, au nom de M. d'Avril, un mémoii-e qui a été lu à 
I Académie sur Les hiérarchies cl les langues liturgiques dans les églises 
d'Orient {\^ark , 1876, broch. in-8'' ). 

ffAprès avoir énuméré toutes les églises qui sont en réalité ou qui se 
prétendent autonomes et autocéphales , l'auteur, dit M. Miller, montre qu'il 
n'y a pas d'unité religieuse en Orient, ni pour le dogme ni au point de 
vue hiérarchique. Il fait i-essortir historiquement l'influence dominante 
des questions de nationalit('. (In tableau synoptique montre en présence 
les églises unies ou non unies et indique les langues usilées dans les litur- 
gies." 

M. Edm. Le Hlant fait honunage , au nom de M. Mixntz , élève de l'Ecole 
(le Rome et sous-conservateur à la bibliolhèque de l'Écolo des beaux-arts, 
de trois brochures qui contiennent un aperçu des études de ce dernier et 
comme un premier exposé du travail é'tendu qu'il prépare sur les mn- 
saïques chrétiennes depuis leur première apparition jusqu'au xii" siècle. 

fi- Il s'agit là, dit-il. dune voie nouvelle ouverte à la science, car si 
j'excepte la belle publication, par malheur peu avancée encore, qu'a 
f-ntreprise M. de Rossi et qui d'ailleurs ne s'étend <|u'aux mosa'iques 
de Rome, aucun ouvrage spécial n'a encore été écrit sur cette intéressante 
({uestion. 

ffCeux de nos savants confrères qui depuis quelques années vous pré- 
sentent des rapports sur les travaux de l'Ecole francaisf d'Vthènes ont 



sonvciU proiionco dev.'iiil voii.'., cl tivcc iiii lioiiiiiiir iiii'iili- . le iiuiii de 
VI. Muni/; ils vous ont ilil srs hihniieiisos reclicrclies dons Ips inatiuscnl;; 
tlo rilalip <iiii c'flnirpiit l'Iiisloiro do la niosaïqiio. Le succès a couronna 
dincessanles invcsligalions , car le jeune anliquairc a pn retrouver dan> 
des dessins inédits, dans des descriptions de inonunienls perdus, un 
nomltre considérnhie de représentalinns fpi'il nous l'anl ajonler ;i celles 
tpii onl <!lé lijonrées ou délruites. 

rr Souvent ses révisions, aussi bien que ses déconverles, lui perrnetlenl 
de redresser des erreurs capitales commises par ceux qui lont précédé. 
Ciampini surtout, dont le recueil , si inqiarfail au point de vue artisti([ue. 
ne se recommande .n^uère plus par la valeur des interprétations, 

ff Les descriptions de M. Miintz IfMunijj-nenl d"nne scrupuleuse exaclilude 
et, dans la partie exéj'jélicpie de sa publication, on reconnaît le savani 
élevé à l)omie école, ne se laissant pas emporter aux conjectures et sap- 
pliqnonl à résoudre, par les seuls procédés d'une critique sévère, les 
problèmes délicats de l'antiquité figurée. C'est dans cet esprit qu'il étudn- 
de célèbres mosaïques de l»ome, celles de Sainle-Praxède. de Sainle- 
Conslance, les interrogeant à la fois par les moyens de riconogra|)liie. 
de la technique, de l'épigraphio . science qu'il invoque parfois avec un 
heureux à-propos, pour déterminer l'âge des monuments. Il va là, je le 
répète, une étude aussi neuve que savante et qui honore noire Kcole fran- 
çaise de Rome. « 

SÉANCE Dt VENDREDI 1 ("> MARS. 

Le Secrétaire i'erpétuel présente à l'Académie le /i' et dernier fasci- 
cule des Compics vendus des séances de 1876 (Paris, 1877, in-8°). Il 
présente aussi le tome \XV, première partie, (\es Mémoires de l' Acadèiuie , 
volume qui com|irend Vllisloire de F Académie pendant les quatre années 
i86i-iS()/i (Paris, 1877, in-Zi"). 

M. DE WiTTE oIVre, en son nom et au nom de M. François Lenormant . 
la première livraison de la ti-oisième année de la Gazette archéolo/rii/iie 
(Paris, 1877, in-A"). Cette livraison contient : 

1" Un article très-important de \L Henri Delaborde sur un bas-relief 
antique de Ravennc que Mantcgna a copié dans sa célèbre estampe du 
Combat de dieux inarins. 

9." Un article de M. François Lenormant sui* un des plus beaux miroirs 
'■V?Msr/He.v connus, déconverl ri'cennnenl à Orvieto . représentant Tyndarc 
el Lé'da avee les Dioscures cl lifilènc snriis de l'o'uf. sujet nouveau. 



— ir7 — 

;V lin aiticlc lie; \l. ru-iuiii ;.iir Ut palhc ii(;i>jrnt de l'nlctitiina. 

bist encore ollV-i'l le [V rascicnlf du t'uillcliii de conespundaiicc heUnHKjue . 
i"^nnnée. février 1877 ( Alliènes- Pariai . iiï-8"V 

\l. G. I'errot fait lioinmagc. ei> son nom, ;i I Académie , d'une bro- 
cliure in-4", qui a pour titre : Le triomphe d'Hercule, caricature grecque 
d'après un vase de la Cyrcnaïque. 

M. Derk.nboukg présente à l'Académie, au non) do 1 auteur, M. Ad. 
iNeubauer, sous-bibJiolliécaire de la jîodléienne à Oxlbrtl, deux volumes 
in-S" intitulés : The fjty-tltird chapter of Isaiali accordiug (0 ilte jcivisk 
interprcters (Le 53° clia[>ilre d'Isaïe d'après les commenlaleurs juifs V 
rf C'est, dit-il, un ouvrage aussi original (pie curieux et intéressant. La 
|)nblication en a été provoquée par M. E.-l). [*usey. professeur d'hébreu 
à l'université d'Oxford depuis i8:?8. surtout célèbre coiume un des der- 
niers survivants parmi les promoteurs du mouvement religieux provoqué 
en i833 au sein de l'Eglise anglicane. Ce mouvement est connu sous le 
nom du tractarianisme, à cause de 90 Iracls ou traités, répandus de 
i833 à j8/ii par les collègues de Pusey et par Pusey lui-même, en 
vue de condjattre l'invasion du rationalisme dans la théologie et d<" 
ranimer la foi all'aiblie en se rap[)rochant davantage du christianisme deo 
premiers siècles. Aux luttes ardentes, qui pendant une trentaine d'années 
ont passionné le clergé et les laïques, la haute société aussi bien que la 
bourgeoisie de nos voisins d'outre-Manche, la conversion d'un certain 
nombre de chefs au catholicisme et la mort d'autres meneurs éminenls 
du parti on! fait succéder une époque de calme relatif, et Pusey esi 
devenu si bien la tète de l'école que te nom même en a changé et qu'on 
.1 remplacé celui de tractarianisme par celui de puseyisnie. 

ffUne des préoccu|(ations de cette avant-garde de l'Église anglicane es', 
aussi la christologie de l'Ancien Testament, ou l'explication dans un 
sens dogmatique chrétien des [)assages messianiques de la l>ible. On sait 
<pie le 53" chapitre <risaïe, ou, j)our parler [)lus exactement, la pro- 
()hétie qui commence au verset 1 3 du chaj)itre i,n et va jusf[u'au cha- 
pitre LUI, verset 12, en tout quinze versets, a fourni de tout temps le 
champ le plus fertile à la controverse religieuse. M. Pusey a donc de- 
mandé à M. Neubauer, que notre Académie connaît depuis longtemps 
comme un des plus savants connaisseurs de la science rabbinique, de 
i-éunir tout ce que la littérature juive do tous les âges renferme pour 
l'exégèse de cette prophétie. Dans celle iulention, les anciennes versions, 
les extraits des livres lalmudiques (t niidras^clii<[ues, les. commcnlnires, 
les manuels de foi jnive, les ouvrages do controverse et d'apologie, loul 



— 118 — 

a éli! mis ii coiilnbuliuii . ti été [Hiblié (ians les langues originales et tia- 
(luit en anglais. Le recueil conlieiU ainsi une soixantaine de pièces qui 
sur plus (l'un point intéressent non-seulemeni les théologiens, mais aussi 
et sm-toul les philologues orientaux. Toutes les bibliothèques de l'Europe 
ont fourni leur contingent; car les parties déjà imprimées ont été revues 
et corrigées sur de bons manuscrits, et un grand nond)re de pièces |)a- 
raissent ici pour la première l'ois. On remarquei-a une rédaction hébraïque 
du Zohar, qu'on ne connaissait jusqu'à ce jour qu'en araméen. d'après un 
manuscrit d"Oxl'ord; le connnentaire du caraïte Jephel ben Ali, auteur du 
\° siècle, d'après un manuscrit de Saint-Pétersbourg; celui du I». Joseph 
(jara, rabbin français du \n" siècle; de Joseph Nathan, l'official de Sens, 
auteur du xiu' siècle, et de bien d'autres parmi lesquels nous ferons res- 
sortir surtout finterprétation du R. Jehuda ben Bal'am, célèbre grammai- 
rien et exégète de l'école judéo-arabe de l'Espagne , vivant dans la seconde 
moitié du .\i° siècle. Le Commentaire sur Isaïe a été découvert par M. INeu- 
bauer pendant l'automne dernier, parmi les manuscrits Firkowicz , à Saint- 
Pétersbourg. 

ff Ces volumes, par la richesse, la variété de provenance, le style et 
l'âge des matières qu'ils contiennent, peuvent être considérés conmie une 
chrestomathie rabbinique. n 

M. Egger offre à l'Acadéinie ; 

i" L'Histoire de l'archéologie (^depuis les tenjps anciens jus(prau 
xvin° siècle), par M. A.-L. Odobescu, professeur d'archéologie à luni- 
versité de Ikicharest (Bucharest, 1877. in-8°). rrCest la rédaction, en 
langue roumaine, des premières leçons du cours protèssé par M. Odobescu. 
ancien auditeur de nos cours parisiens pour lesquels il a consigné dans 
son livre sa juste reconnaissance, ■n 

9.° La Grcmitnaire de la langue .serbo-croate , par M. A. Parcic, tra- 
duction à l'usage des Français avec une introduction par le docteur Feu- 
vrier, médecin-major, en uiission au Monténégro (Paris. 1877, in-8"). 

M. Heuzev fait honntiage de la 19" et dernière livraison de la Mission 
archéologique de Macédoine, par MM. Heuzev et Danmet. Celte tlernière 
livraison contient les résultats des recherches des deux auteurs dans les 
parties de l'Epire et de la Thessalio adjacentes à la Macédoine. 

Elle est accompagnée de 10 |)lanches, qui donnent principalement les 
restaurations des édifices antiques découverts par la mission. 

M. Delisle oflre, de la part de M.Siméon Luc*;, le tome Vide fckliliou 
des Chroniques de Froissarl, publiée par la Société de l'histoii-e de l'^rance 
(Paris, 1876, in-8"). fCc volume qui «nubrasso In période comprise 



— 119 — 

c'iilre les aimées t'Siiu cl i36G. se reconiiiiaiide, <lit-il, coinruto les pré- 
ce'dents, j)ar les soins apporte's à rétablissement du texte et par le com- 
mentaire historique, dont rimporlance augmente de voiunre eu volume. 

ffOn remarque, dans le tome qui vient de paraître, l)eaucoup de ren- 
seignements tout à fait nouveaux sur les grandes compagnies, sur les 
voyages du roi de Chypre en France et en Angleterre, sur la bataille de 
Cocherei et sur la campagne de Du Guescliu en Espagne. i 

M. L. Ik.MER présente, de la part de M. le docteur lîriau, un voiiuue 
mtilulé : Wlrchiatrie romaine nu la médecine officielle dans l'empire romain 
(Paris, 1877, in-8°). 

SKAI^CK DU VK.r^lDREDl 2 3 MARS. 

M. GefFroy, directeui' de l'Ecole de Rome, adresse à l'Académie les 
Comptes rendus de l'admnistration des fouilles , pour les mois d'octobre, 
novembre et décembre 1876. 

M. Garci\ de Tassy offre à l'Académie . de la part du raja Rajendra l.ai 
Mitr, Rahadur de Calcutta, le même éminent Hindou dont il a dernière- 
ment j)résenté le magnifique ouvrage sur les rr Antiquités d'Orissa^ , 
vingt-neuf nouveaux velimies, à savoir trois volumes de Notices de ma- 
nuscrits sanscrits et huit différents ouvrages sanscrits cél(M)res publiés 
dans la IVibliolhcca indiva, formant qO volumes dont quelques-uns com- 
posés de plusieurs parties. 

Est encore offert : 

Œuvres de Tacite, texte latin revu et publié d'après les travaux les plus 
récents par M. Éniile JacoU, Annales, livres Xl-XVI (Paris. 1877, grand 
in-8°). 

SÉANCE I>U MERCREDI 98 MARS. 

(Séance avancée à cause du vendredi saint. ) 

Le SficuiÎTAiRE PERPÉTUEL offre, au nom de M.Frédéric Pincott. iiuftu- 
vrage intitulé : Primitive and universal laws of langiiafre. 

Sont encore offerts : 

Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'île de France ,1.11 
(Paris, 187G, in 8"). 

Etkuo>>;rapliie des peuples étrangers de Ma-lonan-lin , traduit du chinoi- 
par M. le manpiis dllcrvey di- Sainl-Denys ((îenève iu-V). 

Das geograplmchc Wôrlerhucli des A bu Obeid 'A bdallab bo, A bd cl-' A zfi 



(jitmhri(l/>e , LuiuIoh nnd Mmlaml . [t;ir V \\ nsleiilield . \<iL I cl II ((îot- 
liiifjcii-I'.iris, itSyG, iii-8°). 

.\bh(i)ulliiii/>cn (le)' J,oHi[*liclicn (jcscllsclitifl dcr Wisxcuschaflcii :« (iol- 
itng'cn, vol. X\l (tjoltint>'on, iHyG, in-Zj"). 

M. lîlnïesl Dksjardins oflre, de la paii do M. Patd (îaU'arcl. (H'olesseiir 
d'histoire à la Faculté des lettres de Dijon, une brochure jp-aïui iu-^" 
intitulée : Elude sur un portuldu inédit de lu Inhliotkèque de Dijon , 5i pag'es 
r'( 1 planche (Dijon. 1S7GK 

"Ce portulan cpii avait été communiqué, en i85i, à M. de Santarem. 
ue [)orte, dit M. Desjardins, ni nom ni date et il est en italien. 

ffNeuf villes maritimes y sont représentées par des vignettes dessinées 
et coloriées avec un soin minutieux et parfois avec une certaine exacti- 
tude. Ce ne sont pas précisément les villes dans leur ensemble, mais un 
des monuments saillants ou un des aspects les plus connus qui sont ainsi 
décrits dans ces portulans, connue le château des papes à Avignon et 1<^ 
port de Gênes avec le môle et le phare qui en indiquent l'entrée. C'est 
de la même Façon qu'on voit représentés dans la Table de l'eutin<;er le 
PovUis de Claude et de Trajan, léglise S««-l'7/rt/(' à lia venue, les docks 
tle CenlumccUœ , le contour semi-circulaire du Por/»,9 des Vossœ Marimuc, 
le pont romain d'Anliochc, etc. 

ffOnivo. Avignon et Gènes, qui sont ligurées sur le portulan dijonuais. 
les vignettes représentfint Lisbonne ei Grenade (?) figurée peut-être par 
l'Alhamhra; Venise, en Italie; Sidonique, en Macédoine; Alexandrie, 
ilffer (je ne crois pas que ce soit Constantine, qui n'est ni sur la mer m 
bur un lleuve navigable), ou Tlemccn qui (igure comme vignette siu' 
d'autres portulans, enlin Cexla en ,\frique : en tout, neuf vignettes. 

ff L'éiliteur s'applique à déterminer d'abord la nationalité de l'auteur de 
ce portulan. 11 a raison de le croire Italien. puis([ue la carte est rédigée 
en italien, ce qui ne serait cependant pas une raison loul à fait péremp- 
loire, attendu qu'un des trois portulans inédits de M. Pinard, (pn^ nous 
.(vons sous les v^m , et (pu doit être de loo-j ou de i5o3. donne les 
noms, tantôt en italien, tantôt en espagnol, tantôt en latin. Il nous paraît 
bien dilHcile d'indiquer avec certitude l'origine du portulan dijonnais. 
M. Gaft'arel croit que c'est Gênes, parce que la vignette qui représente ce 
port lui paraît l'aile avec ])lus de soin et d'exactitude de détails que les 
autres; le port y est en effet assez bien indii[ué. quoique dune façon 
rudimentaire, car nous n'y voyons |)as figurer ces maisons en am- 
pliillK'àtro dont parl<' IV'diteur. el de plus Avignon. Grenade. Lis- 
bonne ne .son! pas dessinées avec moins de soin, avec ujoiu^ d d<'loil 



Les noms de la Rivière de Gènes, qu'il déclare (dus nonilireux et mieux 
placés que cou\ des autres rivages, n'y; sont ni plus raïqirochés. ni plus 
exaclemenl indiqués. Le drapeau génois (croix de gueules sur champ 
d'argent) flotte, il est vrai, sur sept points dillereiits, en Angleterre, en 
Irlande, en Espagne, à Lisbonne, à Geuta (en Afrique), à Gênes et à 
Salmesa (sur les côtes de Dalmatie); non sur neuf points, car, à Venise 
et à Avignon, nous voyons le drapeau à croix d'argent sur champ de 
gueules. L usage journalier des portulans nous a appris d'ailleurs h ne 
j)as attacher une trop grande importance à ces signes dont l'emploi paraît 
avoir été souvent laissé à la fantaisie des dessinateurs. L'absence de dra- 
peau turc à Salonique et à Gonstantinople ne serait même j)as, à nos 
yeux, un motif suflîsant pour ne pas dater les portulans d'ime époque 
plus basse que l'an i/i-2 9 (prise de Salonique pai' Amurat II) et que 
l'an i65o (prise de (]onstantino|de par i\L7homet II). Les motifs tirés en 
grand nombre de positions maritimes et de leur exactitude topographique 
sur les rivages de la mer iNoire et de la Grimée nous paraissent beaucou[) 
plus signilicalifs; ils autorisent du moins à rapprocher cette circonstance 
de la longue et prospère domination des Génois dans ces parages pendant 
la seconde moitié du moyen âge. Nous accorderons toutefois que l'éten- 
dard chrétien et le drapeau génois, figurés sur les remparts de Geuta, 
|)euvent et doivent accuser une époque postérieure à la prise de ce port 
par Jean I" de Portugal, en i/ii5; ce portulan pourrait donc avoir été 
dressé entre les années i/ii5 et liag et plus près de la seconde date 
que de la première. La nomenclature détaillée des îles et des positions 
maritimes de l'Afrique océanienne se rapporte à une période évidemment 
postérieure aux premières tentatives de découvertes des Portugais dans 
ces parages, vers le commencenient du xv' siècle. Mais un des éléments 
essentiels propres à déterminer approximativement l'époque de ce docu- 
ment , élément négligé par l'éditeur, est la forme des lettres : les e sont 
fermés et ne sont plus figurés comme des c munis d'un crochet à leui- 
partie supérieure (c), ainsi que nous le remarquons dans le portulan de 
l'atlas catalan de 137,5 (Bibl.* nation, de Paris, n" /1808, fac-similé de 
Rosenberg) ; les i n'ont pas de points et l'on trouve cette lettre pointée sur 
les portulans du xvi° siècle. Mais le jan)bage vertical des l dépasse sou- 
vent, dans l'écriture du portulan dijonnais, Ja barre horizontale, ce qu'on 
ne rencontre jamais dans l'écriture du xv' siècle, cl rarement dans celle 
do la première moiti('' du xvi' ; mais comme M. Galï'arel a reconnu sur ce 
document des additions, des coi'rections et des sm-cliarges de mains dif- 
férentes et probablement plus modernes (pie le temps de Louis XH. nous 



I "20 

iVinsislerons pos sur vcMo pnrlicularité. Ses iir<]^iinionls hisloiiques iinn 
<tnl, p.'is moins imo V(''iil;iMo valfiir. Il ost prohaMo on cnVl , roninie \o. 
cmil l'culiliMU', (\no. lo poilnlan tlijonn.'us ost anlorienr do quel(|nes an- 
nées à la prise do Cnnslanlinople. 

ffNoiis regrotlons d'ajouter que l'exéculinn maléricllo Av la [)lanche, 
représentant soi-disant Torijj'inai, à l'aide de la photofrivipliio li-ansportoo 
sur pierre, est si df^feclneuse qu'elle devient presque inutile. Les noms 
en sont à pou près illisibles, même pour les parties les mieux eonsorvée.s. 
Les couleurs dilTérenlos employées dans le texte et dans le dessin des pays 
et dos vif^nettes de l'original ont produit à la photolitliographie un eflet si 
déplorable que Ton ne distingue plus que des niasses noires; or, comme 
les îles sont coloriées en vermillon sur l'original et que cette couleur no 
«létaclic, sur la planche, que d'énormes pâtés d'encre, il en n'-sulte que 
les noms écrits sur les fonds rouges du vélin sonl absolument perdus 
pour nous : en Sicile, par exentple, il est impossible d'en retrouver mi 
seul. Fort heureusement M. Gaflarel, qui s'occupe depuis plusieurs an- 
nées de l'histoire des découvertes et de la navigation, possède assez de 
connaissances sur ces matières pour avoir tenté avec succès une lecture 
com[)lète de ce portulan, et sa liste, qui forme la partie essentielle de sa 
publication , présente un déchilïrement presque toujours satisfaisant. Los ta- 
bleaux qui la composent, de la page ao à la page 5 1 , donnent, pour clhupu; 
nom du portulan dijonnais, le nom ancien quand il est identifié; le nom 
qui figure sur la carte catalane de 1876 cl le nom actuel. On pourrait 
relever dans ce tableau quelques identifications douteuses; mais, en 
somme, ce travail, fort dillicilc, est aussi bien fait qu'on peul l'attendre 
d'un géographe instruit qui est privé des moyens de conq^araison cpic 
nous avons ici, grâce à noire riche collection ^]r' portulans (\o la lîiblio- 
Ihèque nationale." 

Sonl encore offerts : 

Annales de philosophio chrétienne, octobre -novembre 1876 (Paris, 
iii-H"). 

Archives des missions scienlijiques et liltèruives , 3' série, t. III (l'aris. 
1876, in-8"). 

Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. WXVII. d' livraison (Paris, 
1876, in-S"). 

Bulletin historique de in Société des antiquaires de la Morinic . septeml)re- 
<lécembre i87() (Saint-Omor. i87{). in-S*"). 

Bulletin de 1(1 Société des antiquaires de l'Ouest , ^"o[ 9' trimestre 1870 
( in-8'). 



— 123 — 

Joui nul asituiquc, octobre-décembre 1 876 , janvier 1877 (Paris, in-S"). 

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, t. XXXIX , année 1 875. 

Revue archéologique, décembre 1876, janvier-février 1877 (Paris, 
ia-8°). 

Revue des questions historiques , 1" janvier 1877 (Paris, in-8"*). 

Hevue africaine, juillet à décembre 1876 (Alger, 10-8°). 

Hevuc de législation , novembre-décembre 1876 (Paris, in-8''). 

Sitzmigshericlile der pliilnsophisch-philologischen und hislorischen Classe 
dcr Alcademir dcr Wisscnschaften :u Munche» , t. IIJ et IV (Munich. 1876, 
in-8"). 



COMPTES HEiNDlJS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRKS 
PENDANT L'ANNÉE 1877. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES. 
AVRIL-MAI-JUIIN. 



'RESIDEiNCE DE M. RAVAISSON. 



SÉANCK DU VENDHKDI 6 AVRIL. 



S : 



Sont adresses pour le concours Vohiey les ouvrajjcs suivaulf- 

The maslenj of languages , or the Art of spcnking foreign longues 
idiomaticalhj (Londres, 1879 , grand in-8°). — The mastery sei'ies : 
French , Latin , Spanish , German , Hebrew ( Lon d res , 1873-1877, 
petits 111-8°). — Handbook to the mastery séries (Londres. 1878, 
in-8"), par M. Thomas Prendcrgast. 

Etymologisches Wortcrbuch (1er mngyarischen Sprache genetisch ans 
chinesischen Wiirzéln und Stàmmen erklârt , par Ludwig Podhorszky 
(Paris, 1877, in-8''). 

M. DE Saulcy achève la lecture de son mémoire sur les deu.x 
questions suivantes : 

1" F a-t-il en des rois de France faux-monnaycnr s? ti" Qnels sont, 
dans notre histoire, les personnages qui ont mérité le nom de faux- 
monnayeurs * ? 

' \ oil' JIIIX (ioMMIi^rcAllONS, 11" I. 



_ 120 — 

M. Carapauos fait une coinniunicalion sur fhdone el ses mines ', 
A la suite do cette lecture, M. I'errot sijfiiale à l'Acatléniie un 
lait: c'est (|ue, dès i858, M. Gaultier de Claubry avait été con- 
duit à émettre une hypothèse qu'il n'avait aucun moyen de prou- 
ver alors, mais cpii se trouve confirmée par les fouilles conduites 
avec tant de persévérance et de libéralité })ar M. Carapanos. 

M. Carapanos dit qu'il n'a pas touché ici à la question de l'em- 
placement de Dodone : il l'a traitée dans son mémoire principal, 
et se borne à résumer les opinions do voya(j'ours précédents sur 
ce sujet. M. Gaultier de Claubry lui-même a fait une confusion 
en identifiant Dodone avec Passaro. 

M. Perrot leconnait que M. G. de Claubry, dans le Guide 
Joanno, cédant aux objections qui lui avaient été faites au sein 
même do l'Académie, a placé Dodone où la mettaient les autres; 
mais dans son mémoire son opinion est très-nette, et il place le 
temple dans le voisinage du théâtre où M. Carapanos l'a retrouvé. 

M. DE WiTTE communique à l'Académie l'extrait d'une lettre 
de M. Albert Dumont, directeur de l'Ecole française d'Athènes, 
lettre en date du 26 mars 1877, relative à un fragment iïam- 
phore panathéna'ùpie trouvé à l'Acropole et portant les huit pre- 
mières lettres du nom de l'archonte 0EMIZTOK (A)??), Olymp. 
cviii, 9 (avant J. C. 3^7)^. 

M. Heuzey communique, au nom de M. Gilliéron , ]dusieurs do- 
cuments provenant d'un voyage que M. Gilliéron a fait l'an der- 
nier en Epire^. 

SÉANCE DU VENDREDI 1 3 WRIL. 

M. DE Saulcy présente à l'Académie une serrure de bronze 
trouvée adhérente à la porte d'une sépulture juive, non loin de 
la route conduisant de Jérusalem à Bethléem. La porte était mo- 
nolithe et tournait sur ses deux gonds. Celte serrure est du genre 
de celles qui apparaissent siu' les monuments égyptiens; elle est 

' Voir aux Communications, n" II. 
* Voir aux CoMMiiNiCATiOivs, n" lit. 
' Voir nnx CoMMi'NicATiONS, n° IV. 



— 127 — 

àe bronze massif. Elle se compose dim péiie ou verrou ylissaul 
entre deux mâchoires. Le pêne offre des saillies qui correspondent 
ixiw accidents des gardes; la clef introduite le fait marcher à droite 
ou à gauche, le fait rentrer ou le fait sortir, ouvre ou ferme 

porte. 

M. DE Saulcv a étudié cette serrure au point de vue métrique 
et il croit y avoir remarqué une confirmation de la théorie sui- 
vant laquelle les anciens auraient recherché, dans les proportions 
données à certains objets, la réalisation de combinaisons arithmé- 
tiques déterminées. Dans la longueur, la lai'geur et l'épaisseur de 
la serrure et du verrou, il signale la combinaison fréquente des 
nombres .3 et 7, et du carré de ces nombres, et il rappelle que 
l'emploi du nombre i3 est en quelque sorte traditionnel dans 
l'architecture sépulcrale des Hébreux. 

M. Foucarl continue la lecture de son mémoire sur les colonies 
athéniennes au v" et au iv' siècle avant J. C. 

M. Egger présente à la suite de cette lecture quelques obser- 
vations : 1" Sur le nom s7TOv(ps5 : il demande si cette lecture est 
bien exacte. M. Foucart ne met pas en doute l'exactitude de la 
transcription qu'il tient de M. liomolle. Le monument est auionr- 
d'hui à Athènes. 2° Sur la citation du H' livre de V Economique 
d'Aristote : dans les éditions ordinaires, il est considéré comme 
n'étant })as d'Aristote; ce n'est ni sa méthode, ni son style. Tl se- 
rait plus sûr de dire : l'auteur du II" livre de X Economique. 

M. Hauréau dit qu'il est si vrai que ce qui est donné comme 
la 9' partie de ï Economique dans les œuvres d'Aristote n'est pas 
d'Aristote, que l'on a retrouvé la véritable 2' [)artie de ïÉcono- 
niique; il en existe une traduction latine, (|ui a été fnile en 1298 
par Durand d'Auvergne et par un évèqne grec venu au concile. 
M. Hauréau en a parlé dans ÏHistoire littéraire de la France, à pro[)os 



de Durand d'Auvergne. 



M. Peiuiot demande à M. Foucart si! lui parait fort probable 
([u'une grande [jiypriélé appartcuiant à un cléroutjue eu Atti(|uc 
ait pu échapper, pendant plusieurs générations, aux charges de 
l'impôt. 

IVI. Foucarl ne \oil .'uiciinc raison pour (pie ces biens aient 



9- 



— 128 — 

<'(.'liy|»|)é aux im()(>ls luopr^'ineiil dils, on e/o-Çopa/, mais ils ('cliap 
[laieiil aux cliaijjcs |i(!isomiellos, aux iituigtcs. Il l'allail (juc la 
persomio l'ùl là ['oui remplir l(;s foiiclioiis de ciérouquc ou de 
lriérar(|iic. 

IVl. Perrot moiilro qu'après rélablissemenl des symmoiies, les 
cliarjjes Airejil réparties autrement. 

M. Naudkt dit qu il y avait (juelqiie chose d'analogue chez les 
lioinains, les munern patilinonalia et les munera pcrsnnalin. Il y 
avait des charges qui réclamaient un seivice personnel, mais les 
biens étaient là qui devaient répondre de ce service. Il croit que 
l'observation de i\I. Perrot doit être prise en considération; il [)eul 
y avoir l'homme qui iournit la galère et l'honune qui la com- 
mande. 

M. Foucart reconnaît qu'à partir de 354 av. J. C. il en l'nt 
ainsi, mais aupara\ant celui qui commandait la galère devait 
aussi la Iburnir. 

M. Cleiinont-Ganneau fait une communicalion sm- les deux 
stèles peintes ilc Sidon trouvées à Jérusalem. 



SKANCK DT] VENDREDI î! O AVRIL. 

M. L. Delisle lit une notice sur un manusci'it de la liihlio- 
tlièque de Bordeaux, (|ui lui a été signalé par iVI. Jules Dclpit, 
auteui- d'un catalogue encore inédit des manuscrits de celle ville. 

M. Foucart continue la lecture de son nniuioire sur les colonies 
athéniennes au v' et au iv' siècle avant J. C. 



SÉANCE DU VENDREDI î? 7 AVRIL. 

M. le Président annonce (pie la séance est honoit'e de la pré- 
sence de S. M. rKinpercur du Brésil, correspondant de l'Institut, 
qui porte un intérêt aussi vil' qu'éclairé aux éludes des membres 
de l'Académie. 

M. Heuzey coinniuni(|ue une Notice sur une fgurc voilée gravée 
■'lur un miroir trouvé en Grèce ' . 

' Voir aux Communications, n° V. 



_ 129 _ 

IVI. Pavkt de CoLRTEiLLK, au iioiJi de lu Cumiiiission du prix 
Slaiiisias Julien , conclut à ce que ce prix soit de'cerné à M. Phi- 
laslre, lieutenant de vaisseau, auteur du Code annamite. 

L'Académie donne acte à la Commission dc^ conclusions de 
son rapport. 

M. Renan pre'sente à l'Académie quelques fraj;nien(s de bronze 
d'origine phénicienne provenant de l'ile de Chypre et très-impor- 
tants pour la paléographie sémitique. 

A l'occasion de cette communication, M. E«iOEu appelle l'at- 
tention des orientalistes sur une observation de Piiscien, relative 
à la lettre par laquelle le chiffre 5o est figuré dans la numération 
grecque et dans la numération latine. 

M. DE LoNGPÉRiER aniioncc à l'Académie, de la part de M. Vac- 
quer, inspecteur des fouilles archéologiques de la Ville de Paris, 
la découverte de quel(|ues monuments antiques qui vient d'être 
laite dans les terrains du cimetière Saint- Marcel, non loin des 
restes de la vieille tour. En creusant le sol pour établir les fonda- 
tions d'une maison, à l'angle de l'avenue des Gobelins et du bou- 
levard, on a mis à découvert plusieurs tombes des iv*" etv" siècles, 
quelques fibules cruciformes de cuivre doré, des vases de terre à 
couverte rouge et des ampoules de verre blanc. Sur le flanc d'une 
des tombes dont il ne subsiste qu'une moitié, creusée dans un 
énorme bloc qui avait déjà servi à un autre usage, on lit, en très- 
beaux caractères de 18 centimètres de hauteur et profondément 
gravés, cette portion d'inscription : 



MADIEC 



C'était, suivant M. d(! Longpériej', un fragment de quehjue frise 
sur laquelle, lorsqu'elle était complète, on voyait : Poytim]ni 
adjec[il, formule qui n'étonnera pas les épigraphistes, et qui dé- 
note l'existence sur ce point, ou du moins dans le voisinage, de 
quchjue grand édifice. Un autre sarcophage a été creusé dans une 
borne milliairc, et forme ainsi une tond)e cylindriciue de 2 mètres 
de longueur sur (Jo centimètres de diamètre. Malgré de nom- 
breuses mutilations, remontani h une ('po(pie fort ancienne, 
comme l'indique It'tal rie la |iiorro. M. de Longpérier a |ui rele- 



— 130 — 

ver le Icvlc que voici, hace presque ;iu soniinol de la colouiie <]ui 
narait av<»ir é((' roîniée : 

1 il 



/. . A .. 

.N GAL VAL 
MAXIMINO 
NOBIL CAES 
A CIV PAR 
RO — 
1 



[Doininu\ noslrn Gulerio Valcrio Maximinn nobilissiino (Àesari, a Civitafe 
Pnrmormn Roîomaguui. jiiiilliariuFii) pî'imiim. 



Ce premier niilliaire de ia route padaiil de Paris avait été 
érigé à l'époque où Galérius \alérius Maxiininus [ï)aza] faisait, 
en qualité de César, partie de la tétrarcliie qui gouvernait l'em- 
pire, c'est-à-dire entre Fan 3o5 et la fin de 007. 

Par les soins de M. Théodore Vacquer, ces monuments oui été 
transportés à l'hôtel Carnavalet. U n'est pas nécessaire d insister 
sur la rareté des monuments épigraphiques de Paris. 



SÉANCE DU VENDREDI A MAI. 

M. le Ministre de l'instruction publique accuse réception du 
mémoire de MM. Mermet et Gorceix sur Vile tic Santnrin, mé- 
moire ipii lui avait été envoyé, sur sa demande, le 21 avril. 

M. Geiïrov, directeur de l'Kcole irançaisi; de Home, adresse 
à r Académie un rapport de M. F(Mni(|uo sur les nouvelles acquisi- 
tions (kl musée de Capoiic. 

M. Clermont-Ganneau lit une I\oticc sur deux stèles, avec ins- 
cription funéraire en grec, conservées à l'hospice autrichien de Jérusa- 
lem. . 

M. Egger lait à propos de cette lecture deux ohservalions. Dans 
le nom do /enotloros , le mot ilorns \\pui 1res bien n'èlre qu'un suf- 
fixe, l'n passage de l.i IWtiqw d Arislote, texte fort ancien, quand 



— 131 — 

même il ao serait pas d'Aristote, porle que dans le mot Théodoros 
la finale doros ne signifie rien, ovSèv arj^ictivet. 

A Tappni de Texplication que M. Clermont-Ganneau a donne'e 
du mot }c(xrdypaÇ)os, M. Egger dit que Ton pourrait invoquer 
divers textes épigraphiques; le mot sUœv ypa-n1r{ pourrait s'en- 
tendre ou d'un bas-reliel peint ou d'un tableau. Dans une inscrip- 
tion relative à l'éphébie athénienne, le mot sîkwv désigne évi- 
demment un portrait, et doit faire adopter ce dernier sens. 

M. Victor Guérin commence la communication des résultats de 
ses recherches topographiques et historiques dans la plaine de Samt- 
Jean-d^Acre. 

M. Ravaisson, président, continue et achève sa communication 
relative à l'entrée au Louvre de plusieurs vases antiques remar- 
(juables au point de vue de l'art et au point de vue des figures 
qui y sont représentées ^ 

M. Foucart continue la lecture de son mémoire sur les colonies 
athéniennes au v'' et au iv" siècle avant J. C. 



SEANCE DU VENDREDI 1 1 MAI. 

M. le Ministre de l'instruction publique adresse à l'Académie 
un mémoire de M. Paul Girard, membre de l'Ecole française 
d'Athènes, intitulé : Catalogue des objets de plomb et de bronze 
conservés au musée de Varvakeion. i^" partie, Tablettes judiciaires. 
Jetons de vote. 

M. d'Hervey de Saint-Denys commence la communication 
d'un mémoire intitulé : Sur tétat présent du bouddhisme en Chine. 

M. Foucart achève la lecture de son mémoire sur les colonies 
athénioincs au v' et au iv" siècle avant J. C. 

M. Victor Guérin continue la conmiunicalion des résultats de 
ses recherches topographiques et historiques dans la plaine de Saint-^ 
Jean-d^Acre. • 

M. Gaultier de Claubry fait une communicalioii sur [emplace- 
ment du temple de Dodone. 

' Voir aux roMMCNicATiows, n"' VI cl VU. 



i:^2 — 



.SKANCK m, VENDFtEDI l8 MAI. 

Le SecicUiirc poipéluel de l'Académie des sciences éci'il à 
M. le Piésidenl pour lui demander (juun membre de l'Académie 
des inscriptions soil désigné pour com])léler la commission char- 
gée d'examiner le mémoire de M, Alexandre Bertrand sui' la dé- 
couverte d'anciens ports près Saiut-Nazaire. 

M. le Président prie Al. de Longpérier de vouloir bien s'ad- 
joindre à la commission nommée par l'Académie des sciences. 

M. le Ministre de l'instruction publique adresse à l'Académie^ 
de la part de M. Cherbonneau, les eslampages d'inscriptions li- 
byques recueillies aux environs d'Alger. 

Renvoi à la Commission des inscriptions sémitiques. 

M. le Ministre adresse en outre un mémoire de M. lUemann, 
membre de l'Ecole française d'Athènes, intitulé : Descriplion ar- 
chéologique des sept îles Ioniennes, i'" partie, Cotfou. 

A ce mémoire sont joints : i" les estampages de trois inscrip- 
tions; 2° la carte de Corlbu dressée par la marine britannique. 

M. Schliemann est admis à communiquer le compte rendu des 
(ouillcs exécutées par lui à Mycènes'. 

M. le Président remercie M. Schliemann de son inléressante 
communication et le félicite, au nom de l'Académie et aux ap- 
plaudissements de la Compagnie, de la persévérance et du dé- 
\ouement qu'il a mis dans ses explorations el des magnilicpies^ 
résullals qu'elles ont produits. Il associe à ces félicitations 
M™' Schliemann, qui a partagé les travaux de son mari el a 
moniré dans la direction des ouvriers une habileté el un courage 
vraiment remarquables. 

L'Académie se forme on comité secret pour entendre la lecture 
du rapport fait au nom de la Commission du prix Cobert sur les 
résultâtes du concours de Tannée 1877. 

' Voir aux CoMMiMCATioNS, n' \III 



8;? 



SEANCE DU VENDREDI o i) MAI. 



Le Secrétaire perpétuel tloniie lecUirc (l'une ielUe de i\J. le 
Ministre de rinsUnclion publique qui trausinel à i'Académie deux 
manuscrits de la bibliothèque de Vienne (Autriche) contenant la 
Chronique d'Un el-Forât, manuscrits dont la communication avait, 
été' demandée. 

M. le Ministre rappelle que le gouvernement austro-hongrois 
n'a consenti au prêt de ces documents, pour un délai de six mois, 
(|u à la condition qu'ils seraient déposés dans la bibliothèque de 
rinstitut pour y être consultés, (jette condition sera poncluelle- 
ment observée. 

L'Académie se forme en comité secret pour la discussion des 
conclusions de la Commission du prix Gobert. 

La séance redevient publique. 

L'Académie procède au scrutin secret sur les conclusions de la 
Commission du prix Gobert, qui sont adoptées. 

Le premier prix est décerné, à l'unanimité des suffrages, à 
M. Célestin Port, auteur d'un Dictionnaire hlslori(jue, fiéogrojjhiquc 
et biographique de Maine-et-Loire. 

Le deuxième prix est décerné, par 28 suffrages sur 29 votants, 
à M. Roscliacli, auteur de l'ouvrage intitulé : Eludes historiques sur 
la province de Languedoc depuis la régence d'Aiine d' Autriche jusqu'à 
la création des départements (tCàS-jjgo). 

M. Perrot rend compte d'une inscri|)tion qui vient de lui être 
transmise d'Athènes, par M. Koumanoudis. 

ff On connail, dit-il , les chapitres du livre VI dans lesquels Thu- 
cydide, qui tenait par la naissance aux i'isistratides, prend à 
partie, avec insistance et comme avec une sorte d'irritation sourde, 
les préjugés qui régnaient à Athènes sur la période de la domi- 
nation de Pisistrate et de ses fils. A la fin du liv" chapitre, vou- 
lant ])rouvcr (|ue les Pisistratides laissaient agir les lois et conti- 
nuer l'ordre des magistratures annuelles, il rappelle quun fils 
d'Hippias. a|)pel(^ Pisistrate comme son aïeul, a exerce'' rarchnnlal . 
et il en donne la |)reuve suivante : 



— 134 — 

«Ceslliii qui, pendant son arrhonlal, tlédia l'aulcl des douze 
«dieux dans la place publique et celui d'Apollon Pylliien dans 
(flenccinU' consacrée à cette divinité. Par la suite, le peuple 
frayant agrandi lautcl de la place publique , l'inscription disparut; 
Tuiais celle d'Apollon Pylhi«n est encore visible; elle porte ces 
ff mots en caractères presque ellacés : 

ffPisistrale, fils d'Hippias,a consacré ce monunicnl de sa nia- 
«[(isliaturc dans le temple d'A[)ollon Pythien:» 

3->)x£j' AttôXXcovos llvOiov èv re(xévst. 

f^Le texte même que Thucydide avait sous les yeux, le marbre 
d'après lequel il l'avait transcrit, existent encore à Athènes. 
Voici, ajoute M. Perrol, ce que m'écrit M. J. Martha : 

frSur la rive droite de l'ilissos, au sud-ouest de rOlym[)iéion, 
(ta un endroit où, il y a quelques années, on avait découverl des 
«inscriptions en l'honneur d'Apollon, M. koumanoudis vient de 
ff trouver la partie supérieure d'une base dautel brisée en deux 
ff morceaux et portant l'inscription suivante, gravée sur une seule 
«ligne en caractères réguliers, mais grêles et peu profonds, ce qui 
«justifie le terme de dfxvSpoi ypdfji(jt.<xTa dont se sert Thucydide : 

MNEMATOAEHEZAPXEEPEIZJZ 
VIOZ0EKENAnOAAONOZPV0-HENTEMEN 

«L'orthographe est celle qui est restée en vigueur jusqu'au com- 
mencement du iv*" siècle, l'ancienne orthographe; attique. 

«La découverte a un autre mérite que de nous l'ouinir un nou- 
veau témoignage de la curiosité de Thucydide, une preuve nou- 
velle de son exactitude; rapprochée des autres inscriptions en 
l'honneur d'Apollon <jui avaient été trouvées au même endroit il y a 
quelques années, elle fixe un point de la topographie d Athène.s 
qui était jusqu'ici resté douteux, remplacement de ce sanctuaire 
d'Apollon Pythien.^ 

M. L. Delisle fait part à l'Académie d'une nouvelle qui inté- 
resse vivement la science, (l'est que iM. le baron d'Ailly, à qui 
l'Acacb'ntie a rh-cciiK' en iS-yi 1p pri\ de numismali(pio , vient de 



— 135 — 

l(!»uer, en luoui'aiit, à la Bibliotliènue nationale, sa coliection tic 
monnaies romaines, une des plus ])i'écieuses de l'Europe. 

M. le Président lil, au nom de iM. (iozzadini, une note sur 
l'importante de'oouverte (Vune fonderie de F époque pré-romame , située 
près de Bologne, l'ancienne Felsina dés Etrusques^. 

Le Secuétaire perpétuel demande à l'Académie la permission 
de renouveler, au nom de la Compagnie, à M. Waddington, pré- 
sent à la séance., les remercîmenls qu'il lui a adressés pour les 
mesures prises par lui en laveur des publications de l'Académie, 
pendant son ministère. 

L'Académie s'associe à l'expression de ce sentiment. 

M. Gaultier de Claubry continue sa communication sur l'm- 
placement du temple de Dodone. 



SEANCE DU VENDREDI 1 ''" JUIN. 

M. le Ministre de rinstruction publique adresse à l'Académie, 
au nom de M. le directeur de l'École d'AthcMies, deu\ mémoires: 
le premier, intitulé : Inscriplions relatives au sacerdoce dlisculape à 
Athènes, par M. Marlha ; le .second, ayant pour titre: Inventaires 
du temple d'Esculape à Athènes, par MM. Martha et Girard. 

M. Michel Bréal tait une communication relative au décbiflre- 
menl des inscriptions de ïilc de Chypre-. 

M. Deschamps de Pas adresse à l'Académie, pour le concours 
des Aniiquilés nationales de 1878, un ouvrage intitulé: //(r/<m7tes 
historiques sur les établissements hospitaliers de la ville de Saint-Omer, 
depuis leur origine jusqu à leur réunion sous une seule et même udmi- 
nistrationenl'anv (tjgj) (Saint-Omer-Paris, 1877, 1 vol. in-S"). 

M. Ad. llECiMER l'ait, au nom de la Connnission du prix Volney, 

le rapport suivant: 

«La Commission, dans sa séance d'aujourdliui vendredi, 
i^juin, a décerné le prix à M. Guyard, répélileni' à l'Kcole des 
hautes études, pour son ouvrage intitulé : Théorie nouvelle de In 



' Voir aux Commi M(.Ail<l^s, 11' 1\. 
' Voir aux (;n\lMl'M^Alll)^s, 11' X. 



— IHG — 

mélri(fne arabe, précédée île coDsùlérations générales sur le rhylhme na- 
turel du langage (Paris, 1877, 1 vol. in-8°). Elle a accordé, on 
outre, doux médaillos d'or de 3oô francs chacune: l'une à M. Lie- 
hicli, pasteur à Douera (Alfrérie), pour sa Grammaire alsacienne, 
uianuscril de 1/18 ])agcs in-^"; la seconde à M. Frédéric Scliôn, 
chapelain à riiôpital de Greenwicli, pour les ouvra||os suivants: 
1° Dictionarij of the liausa language; 2" Hausa vocabulnry; 3° Gram- 
mar of the hausa language (Londres, 18O2, in-8").'n 

M. le Présidknt, au nom de rAcadéniio, donne acte à M. lîc- 
gnier des conclusions de son ra|)porl. 

M. Ravaisson, président, met sous les yeux de l'Académie la 
double empreinte d'un chaton de bague quadrangulairc (chaton 
tournant) ac(juis récemment par le musée égyptien du Louvre. 

ffdet objet, en jaspe vert, offre une double roprésenlation du 
roi Thoutmès II, de la xviii" dynastie. D'un côté, le pharaon, dé- 
signé par son prénom Rà-àâ-Klicper, saisit par la queue un lion 
qu'il s'apprête à frapper de sa massue. C'est une scène embléma- 
tique de foi'ce victorieuse à la louange du roi; elle est d'une ex- 
trême rareté; le sens en est expliqué par le mot qen qui exj)rime 
la vaillance en égyptien. Sur l'autre face, Thoutmès II est figuré 
lançant des ilèches contre les ennemis du haut de son char; de- 
- vant lui un homme tombe, frappé à mort; un autre est foulé aux 
pieds par l'attelage royal. Cotte représentation, fréquente sur les 
murs extérieurs d(!S temples, no se rencontre pas d'ordinaire; sur 
des objets de petite dimension. 

ffLa pierre gravée qui vicnl d'entrer dans la collection du 
Louvre, déjà si riche eu objets do cotte natun^ est d'autant plus 
intéressante, dit M. Havaisson, que le règne de Thoutmès II fut 
très-court et que les monuments |)orlant son nom sont fort rares. 11 

M. d'Abbadie, mend)re do l'Académie des sciences, fait une 
communication rolalivo à une inscription copiée dans Aksum par 
liûppcll , sous le n" II ^ . 

M. Guorin continue et achève la lecture de ses liecherches lopo- 
graphiiiues et historiques dans la plaine de Suint-Jean-d' Arre'^. 

' Voir aux Communications, m" M. 
' Voir nnx ("/OsiMUMCATinNS, if Xtl. 



137 



SKANCE DU VENDREDI 8 JUIN. 

i\l. le Directeur de l'enseignemenL supérieur répoud, au nom 
de M. le Ministre de l'instruction publique, à la lettre par laquelle 
le Secrétaire perpétuel lui faisait connaître le désir exprimé par 
l'Académie, que les notices sur des monuments figurés découverts 
récemment en Grèce, transmises par l'École française d'Athènes, 
fussent, autant que possible, pour les monuments les plus impor- 
tants, accompagnées soit de moulages, soit au moins de photogra- 
phies. 

M. le Directeur dit qu'il comprend le légitime désir de l'Aca- 
démie, mais ([u'actuellement le crédit spécial de /i, 000 francs mis 
à la disposition du directeur de l'École d'Athènes, pour fouilles 
et moulages, peut seul être affecté à la dépense dont il s agit. 

M. Bréal, pour compléter ce qu'il a dit dans la séance précé- 
dente sur le déchiffrement des inscriptions de l'ile de Chypre, 
rend compte à l'Académie de deux brochures: l'une de M. Léon 
Dodet, contenant un syllabaire cypriote avec des fac-similé des 
inscriptions conservées à Paris et à Londres; l'autre de M. W. 
Deecke, dans laquelle l'auteur tend à rattacher l'alphabet cy- 
priote à récriture cunéiforme. 

L'Académie, ayant à désigner un lecteur pour la prochaine 
séance trimestrielle de l'Institut, fait choix de M. Bréal qui fera 
l'exposé du déchiffremeni des inscriptions cypriotes. 

M. DE Iiozif:ri;, au nom de M. Fiuot, architecte de la Haute- 
Saône, commence la lecture d'un mémoire sur ï Histoire delà 
Bourfrogne cisjurane, depuis Lotlmire II jusquci Louis t Aveugle. 

M. Drouyin de Liiuys, membre de l'Académie des sciences mo- 
rales, adresse au Secrétaire perpétuel, pour les déposer sur le 
bureau de l'Académie, de la part de M. P. Dabry de Thiersant, 
consul de France à Canton : i" huit inscriptions relevées par lui- 
même en Chine; a" un mémoire relatif à ces inscriptions; 3" une 
brochure sur le catholicisme en Chine au vm" siècle d(! notre 
ère, avec une nouvelle traduction de l'inscription de Sy-ngan-fou. 

Le mémoire conlienl un apiuru historique Irès-inléressant sur 



— 138 — 

rinlroduclioiule rislainisme en Cliiiie. L'aulciir nous a|»proiul (|iio 
le premier malioiiiélan qui a porlé la doclrinc du Prophète dans 
le Célcsle-Empire est un oncle de Mahomet, le Sahhabc-Wahb- 
abou-Kabcha, mort à Canton en l'an 63Zi, et dont le tombeau 
est resté un objet de vénération pour tous les musulmans de l'ex- 
trême Orient. Celte découverte est d'autant plus importante que, 
comme on peut le voir par les inscriptions, les mahométans 
chinois ne possédaient sur leur origine que des notions \afTues «M 
incertaines. M. Dabry de Thiersant publiera très-prochainement 
un ouvrage en deux volumes qui complétera ce premier travail et 
fera connaître dans les moindres détails l'histoire du nudiomé- 
lisme chinois, qui, quoique à peu près ignoré jusqu'à ce jour, 
est appelé à jouer un grand rôle dans cette partie de l'Asie. 

En publiant une nouvelle traduction de l'inscription sinico- 
chaldaïque de Sy-ngan-1'ou , et en la faisant précéder de l'histo- 
rique du catholicisme en Chine au vni" siècle de notre ère, M. de 
Thiersant a rendu un véritable service à la science et à l'histoire. 
Cette publication est digne d'intéresseï' les savants qui recherchent 
la vérité dans ce qu'elle a de plus noble, de j)lus élevé, ainsi que 
tous ceux <[ui croient encore à l'influence du christianisme sur les 
progrès de la civilisation. 

M. Ravaisson entretient l'Académie de la récente découverte 
d'un bras de marbre trouvé dans l'ile de Milo. 

'f Plusieurs journaux, dit-il, annonçaient dernièrement qu'il 
venait d'être trouvé dans l'île de Milo un bras de marbre tenant 
un miroir, etque ce bras avait dû appartenir à notre célèbre Vé- 
nus. Cette annonce, que rien n'est venu justifier, semble devoir 
son origine à un récit imaginaire, publié assez récemment. D'après 
ce récit, la Vénus de Milo aurait été mutilée, après qu'on favail 
découverte, dans nu combat livré aux habitants par les marins 
français, pour la compiérir, et il y aurait chance de retrouver ses 
bras non loin du lieu de ce combat. Il résultait déjà des narrations 
authentiques de Dnmont d'Ur\ille, de Marcellus, etc., que le 
combat n'était qu'une fable et que la Vénus de Milo, lors(prelle 
était sortie de terre, était dans le même état (pie celui où elle est 
arrivée nu Louvre. .1 en a|)porle à l'Académie une nouvelle [trenve, 



— 131) — 

ajoute M. Uavaisson, dans la photographie dt; dessins cxécute's à 
Milo, d'après la Vénus, au nionient même où elle venait d'être dé- 
couverte, par M. Voulier, alors ollicier de marine à bord de VEsta- 
Jette et maintenant en retraite. Ces dessins, que leur auteur a 
communiqués à M. Ravaisson, montrent la slatue séparée en deux 
morceaux et sans bras, comme elle l'est aujourd'hui. C'est là une 
confirnialion irréfragable de ce fait, si bien établi déjà et si vai- 
nement nié, que la V^énus de Milo n'avait plus ses bras lorsqu'elle 
fut déposée, il y a sans doute, plus de douze siècles, dans le ca- 
veau d'où elle ne devait soitir qu'en 1820. Non-seulement donc 
on n'a j)oinl retrouvé un des deux bras de la Vénus de Milo, 
mais il n'est pas probable qu'on les retrouve jamais ni l'un ni 
l'autre. 

tfLe bras qu'on prétend avoir été retrouvé tiendrait un miroir. 
Les recherches que j'ai soumises antérieurement à l'Académie 
ont démontré que la Vénus de Milo était groupée avec lin Mars 
de telle manière qu'elle ne devait tenir à la main ni un miroir ni 
aucun aulre attribut. On entend dire quelquefois, il est vrai, à 
rencontre de cette démonstration, que les Grecs n'avaient pas 
groupé Mars avec Vénus comme le firent souvent les Romains ; 
mais, sans parler de divers autres monuments incontestablement 
grecs où Mars et Vénus forment un groupe, entre autres la 
grande base archaïque de candélabre que possède le musée du 
Louvre, ces deux divinités sont réunies, et avec elles l'Amour, 
sur un vase peint qui est aussi au Louvre, où il est entré il y a 
peu d'années et qui provient de l'île même de Milo.i 

M. Peruot dit (lue la fausse nouvelle concernant la découverte, 
par des élèves de TKcole d'Athènes, d'un bras appartenant à la 
Vénus de Milo a paru dans un numéro de [Ephéincris, journal sé- 
rieux où souvent M. Koumanoudis a inséré des comnmnications 
archéologiques, mais que, dès le lendemain, le journal grec dé- 
mentait la nouvelle, demandant pardon à ses lecteurs d'avoir trop 
facilement cédé à son enthousiasme, et réduisant les découvertes 
faites à Milo à quelques obj(»fs antiques, notamment, non pas un 
bras, mais un pnionel tenant un objet où l'on verrait dillicile- 
ment un miroir, et qui, soit [)ar la nature du marbre, soit par le 



— l/iO — 

caractoro du liavail. ne |joui'rait, en aucune soiie, être rapporté 
à la Vénus de Milo. 

M. Miller demande à M. Ravaisson s'il croit pouvoir lixer l'é- 
|)()(|ue où la Vénus de Milo aurait été renfermée dans le caveau où 
on Ta découverte. 

M. Ravaisson dit qu'on peut conjecturer (|ue cela eut lieu à 
l'époque de la réaction chrétienne ; les idoles étaient souvent mu- 
tilées, et la Vénus de Milo en porte elle-même les traces sur le 
nez et sur les seins. A ce propos, il rappelle que la mutilation des 
statues de l'anliiiuité qui nous restent est moins I elFet du temps 
que de la main des hommes; et ce qui le prouve, c'est que, tan- 
dis que les statues des dieux sont ainsi mutilées, les bustes, qui 
étaient des portraits, sont généralement restés intacts. 

M. Caiapanos lit une notice historique et comparative sur Dodone, 
qui complétera son mémoire sur les fouilles opérées par lui à 
Dodone. 



SEANCE DL' VENDREDI 1 ij JUIN. 

M, le Directeur de l'enseignement supérieur adresse à l'Aca- 
démie, au nom de M. le Ministre de l'instruction |)ublique, une; 
lettre dans laquelle M. Albert Dumont, direcleur de l'Ecole fran- 
çaise d'Athènes, réfute la nouvelle, répandue par les journaux, de 
la découverte, à Milo, des bras de la Vénus qui est au musée du 
Louvre. Dans la même lettre, M. Albert Dumont fait part de la 
découverte du temple de Jupiter Olympien faite par M. Kounia- 
noudis, à Athènes, sur la rive droite de l'Ilissus. Il ajoute que le 
même savant vient de publier, d'a|)rès un estampage, une ins- 
cription découverte à Thèbes; elle rappelle, dit-il, la bataille de 
Leuctres et mentionne un des béotar(|ucs que nous savons, par 
Pausanias, avoir pris part à cette bataille'. 

M. Kgger fait observer, au sujet de l'inscrqjtion de Thèbes 
transmise par M. A. Dumont, que ce texte est celui même sur le- 
(|uel il doit aujourd'hui lire une noie à l'Académie. 

' \llil" aux (jr)MMrM(, VTIONS, II" \tll. 



— l/ll — 

M. Egger a reçu du M. Foucart un oxlrait de YEphénm-is, 
journal athénien, qui, sous la signature S. K. (Stephanos Kouma- 
noudis), contient le texte en trois distiques, avec le bref commen- 
taire d'une inscription re'cemment trouve'e à Thèbes, qui est rela- 
tive à la ce'lèbre bataille de Leuctres (37A avant J. C). Il pre'sente 
de ces six vers une traduction latine et une traduction française. 
Puis, il ajoute aux renseignements déjà fournis par l'éditeur 
athénien quelques observations grammaticales et historiques, d'où 
il résulte: 1" que l'inscription est probablement funéraire; 
9" qu'elle confirme à quelques égards le rôle attribué par Pausa- 
nias au béotarque Xénocrate dans cette journée célèbre; 3" qu'elle 
semble être de quelques années postérieure à 371, et que, en 
tout cas, elle n'est pas rédigée en dialecte béotien, mais en ce 
grec composite des épigrammatistes qu'on peut appeler le grec 
anthologique. H ne croit pas nécessaire d'insister davantage, M. A. 
Dumont ayant annoncé qu'un article spécial sur l'inscription 
thébaine sera publié dans le prochain cahier du Bulletin de corres- 
pondance hellénique. 

M. L. Delisle communique quatre tablettes de cire qui vien- 
nent d'être données à la Bibliothèque nationale par M. Viglas, 
propriétaire à Beauvais (Oise), et donne lecture de la note ci- 
après que lui a adressée à ce sujet M. Olleris : 

rf M. Viglas, faisant défoncer un jardin qui occupe l'emplacement 
du cimetière de la chapelle de Notre-Dame du Chastel, a décou- 
vert dix tablettes semblables dans une espèce de fosse, à plus 
d'un mètre de profondeur. Elles avaient été jetées pêle-mêle avec 
des vases de terre cuite e( des assiettes de faïence ornées de des- 
sins très-curieux. Une boue noire et fétide les entourait. Deux 
des dix tablettes ont été brisées par les ouvriers. 

f Poui' les nettoyer, on les a plongées dans l'eau, on les a même 
un peu grattées, ce qui les a singulièrement altérées. 

wLa chapelle de Notre-Dame du Chastel, placée à côté du pa- 
lais des évêques, a été élevée à la fin du xii" siècle; elle a été dé- 
truite en 1798. 

f Je n'ai rien trouvé pour expli(juer la présence des très sorores 
qui assistaient aux oflires de la rbapelio. 

V. 10 



— l/r2 — 

fL'ëcriluie do ces tubleltes doit romontei', dit M. Dolislt-, au 
commencement du xiv^ siècle. On y voit la lisle des frères et des 
sœurs qui avaient assisté à certains oflices. Ce sont probablement 
les notes prises par le trésorier d'une compagnie pour la réparti- 
tion des sommes allouées à titre de droits de présence. 

ff C'est un nouveau témoignage qui s'ajoute à ceux que nous 
possédions déjà pour constater que l'usage des tablettes de cire 
était fort répandu au xiii" et au xiv^ siècle. ^^ 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture d'une lettre par laquelle 
M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse à l'A- 
cadémie la photographie d'un bas-relief de la villa Ludovisi, dont 
un dessin, fait par M. Wencker, pensionnaire de l'Académie de 
France à Rome, avait été précédemment communiqué. 

M. le Président demande qu'à l'occasion de celle communi- 
cation il soit écrit à M. le Ministre de l'instruclion publique pour 
lui recommander de vouloir bien mettre à la disposition du di- 
recteur de l'Ecole de Rome les sommes nécessaires pour la pho- 
tograpbie ou le moulage des monuments signalés par l'Académie 
à l'attention des membres de l'Ecole. 

M. Ch. Robert communique à l'Académie, au nom de M. de 
Ghevarrier, consul de France à Gabès, quelques estampages de 
monnaies et les copies de dix-neuf inscriptions romaines dont 
treize sont inédites ^ 

M. le Ministre de l'instruction publique transmet à l'Académie, 
de la part de M. le directeur de l'École d'Athènes, deux mémoires 
qui ont pour titre : i" Catalogue des objets de bronze et de plomb 
conservés au Musée de la société archéologique d'Athènes. 9° partie, 
Poids, par M. Girard; 2° Description archéologique des îles Ioniennes. 
3" partie, Cérigo, Paxo, rectifications aux cartes publiées des îles 
Ioniennes, par M. Riemann. 

M, Carapanos achève la lecture de sa seconde Notice historique 
et comparative sur Dodone. 

' Voii nnx CoMMiMf.ATinvs, n" Xl\ . 



l/i3 — 



SEANCE Di; VRiNDUKDI 12 2 JUIN. 



M. Maury fait une comniunicatio)i sur YOrigim des LigiiresK 
M. DE RoziÈRE coiitimio la lecture du nie'uioirc de M. Fiiiot, 

architecte de la llaute-Saone, sur V Histoire de la Bonrirngno cis- 

jurane, depuis Lothaire II jusqu'à Louis V Aveugle. 



SEANCE DU VEMDREDi 2^ JUL\. 

M. le Directeur de l'enseignement supe'rieur, au nom de M. le 
Ministre de Tinstruction publique, par une lettre en date du 
27 juin, informe le Secrétaire perpétuel qu'il résulte d'une cor- 
respondance de M. HomoUe, membre de troisième année de 
l'École française d'Athènes, que les fouilles de Délos continuent 
heureusement. M. Homolle a découvert de nouvelles parties im- 
portantes des inventaires des biens et des objets qui apparte- 
naient au sanctuaire d'Apollon et plusieurs fragments des comptes 
de construction, comptes qui sont intéressants pour l'histoire de 
l'architecture et pour la topographie de l'île. 

M. le directeur de l'Ecole française de Home adresse à l'Aca- 
démie les mémoires de fin d'année de MM. Fernique et Châte- 
lain, membres de cette École, et de M. Beaudouin, membre de 
l'Ecole française d'Athènes. 

M. Fernique envole les premiers chapitres d'une étude; sur 
V antique Préneste. 

M. Châtelain envole huit études distinctes : i° CoUahon des 
plus importants iiianuscrils de Sidoine Apollinaire; 2" Etude sur les 
travaux philologiques d'Achille Stalius; '6° Recherches spéciales sur le 
manuscrit Val. 3àii que possédait Achille Statius àlajin du a vf siècle; 
lx° J\olice sur les manuscrits des poésies de saint Paulin de \ole; 
5° Notice sur cinq manuscrits d'Ausone conservés à Uome et à Flo- 
rence; 6° Description des manuscrits contenant le commentaire de 
Donat sur Térencc ; 7" Description de quelques wanuscrils du Vatican; 

' \'oir aux (1<immi mcations, m" XV. 

t(i. 



— l/l/l — 

8" Pièce de vers [[iVohnïAaineni iiiédile) en l'honneur Je saint Jtdnn , 
d'après le maniisciil 5i/i du fonds Cliiisline. 

M. Beaudoiiiii envoie une Etude sur les documents d'archives 
concernant l'administration des possessions vénitiennes aux xvii' et 
ÀViii" siècles, parliculièrement celle de la Morée et de la Crète. 

M. Iloltliausen, de New-York, e'cril à rAcadémie pour lui 
annoncer (\u\\ croit avoir résolu la queslion de Ynrigine de la 
langue. 

M. le docleur Halleguen écril auSecre'Iaire perpe'tuel qu'il a l'ail 
don à la Bibliothèque nationale de la collection des Cha^Hs popu- 
laires, des proverbes et des mystères de la basse Bretagne, connue 
sous le nom de collection Pouguern. Ces documents doivent servir 
de pièces justificatives à une Ilisloire littéraire de l'Armoriquv et se- 
ront mis à la disposition du public dès que cette histoire sei'a 
terminée, et au plus tard le i" janvier 1879. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance redevient publique. 

M. le Président annonce que le prix du budget, sur V Histoire de 
la piraterie dans les pays méditerranéens depuis les temps les plus an- 
ciens jusqu'à lajin du règne de Constantin le Grand, n'a pas été dé- 
cerné et que l'Académie retire la question du concours. 

M. L. Delisle donne lecture d'un mémoire sur les Manuscrits 
des ouvrages de Bernard Gui (Bernardus Guidonis), chroniqueur 
latin, morl en i33i. 

M. Montucci comn)unique des observations extraites d'un ou- 
vrage inédit sur les Détails d'architecture du palais des empereurs 
byzantins au x' siècle. 



U5 



COMMUIVICATIOINS. 



N I. 

^OTE SUGGÉRÉE À M. UE SAULCY PAU UN PASSAGE DU l'ARIS-GVlDE 
(iSG^) REPRODUIT DANS UNE BROCHURE DE M. MOURA, INTITULÉE : 
LA BVTTE DES MOULINS; SA NAISSANCE, SA VIE ET SA MORT. 

M. de Saulcy exprime le regret que par sa citation M. Moura 
ait assumé la responsabilité des assertions émises dans le pas- 
sage du Paris- Guide, car elles sont toutes inexactes. Voici la 
citation : 

«Là (dans l'ancien marché aux pourceaux), dans une cuve 
de fer, au nom de ces princes qui, entre autres habiletés mo- 
nétaires, inventèrent le tournois noir; au nom de Philippe P^ 
qui déclara argent les pièces de billon; au nom de Louis VI 
et de Louis VII , qui contraignirent tous les Français, les ha- 
bitants de Gompiègne exceptés, à prendre des sous pour des 
livres; au nom de Philippe le Bel, qui fabriqua ces angevins 
d'or douteux, appelés moutons à la grande laine et moutons 
à la petite laine; au nom de Philippe de Valois, qui altéra le 
florin Georges; au nom du roi Jean, qui éleva des rondelles 
de cuir, portant un clou d'argent au centre, à la dignité de 
ducats d'or; au nom de Gharles Vil, doreur et argenteur de 
liards qu'il qualifia saluts dor et blancs d'argent; au nom de 
Louis XI, qui décréta que les ardits d'un denier en valaient 
trois; au nom de Henri II , lequel fil des hcuris d'or qui étaient 
en plomb, pendant cinq siècles, on a bouilli vifs les laux-mon- 
nayeurs. v 

M. de Saiibv examine l'une après l'autre chacune de ces 
assertions. 



— UC — 
i" f'Au nom de ces |)rinces, fjui... inventèrent le tournois 



noir 



En quoi l'invention du denier tournois est-elle blâmable? 
Il serait diflîcile de le dire et embarrassant de le prouver. Ce 
denier avait été inventé par l'abbaye de Saint-Martin de 
Tours; il était fort répandu et bien agréé partout. Ce cpii fut 
cause que Philippe-Auguste, en sa double qualité d'abbé de 
Saint-Martin et de roi de France, n'hésita pas a inscrire son 
nom sur cette monnaie et à la substituer ( i2o/i) aux deniers 
qui avaient cours en Normandie et sortaient d'ateliers indé- 
pendants de la couronne de France. Etait-ce donc là une me- 
sure désastreuse? Les. contemporains en jugèrent autrement; 
la chrétienté entière accepta le système monétaire tournois, 
le trouvant honnête et loyal. 

On s'est trompé en voyant dans la dénomination de tour- 
nois noir la preuve d'une défaveur ou l'indice d'une fraude : 
avec un peu moins de légèreté et un peu plus de lecture, on 
aurait appris que toute monnaie de billon (c'est-à-dire d'ar- 
gent allié à une plus ou moins forte quantité de cuivre) était 
désignée sous le nom de monnaie noire, pour la distinguer de la 
monnaie d'argent-le-roi. Du calcul auquel se livre M. de Saulcy 
il résulte que, dans 12 deniers tournois, il y avait ti^'\ /i8o 
d'argent lin, tandis que dans un gros tournois à 2 3/9 6 de fin, 
équivalant à ces 1 2 deniers tournois, il n'y avait que 3"', 89 
d'argent fin. Pauvre tournois noir, ajoute-t-il, il valait déci- 
dément mieux que la réputation qu'on prétend lui faire! 

2" ç^ Au nom de Philippe V\ (|ui déclara argent la pièce de 
billon. '5 

Où l'auteur a-t-il trouvé cela? Dans son imagination sans 
doute; et on peut le mettre au défi de justifier les expressions 
<lontil use. Depuis longtemps déjà, le titre des deniers cou- 
lanls avait |)assé de l'argent fin à l'argent allié de cuivre, au 
billdii. i.rhlaiir, qu'on aurait |iii à cet égard consulter asec 



— U7 — 

plus de soin (ju'on ne l'a fait, dit que les deniers de Philippe I"" 
étaient à 7 ou 8 deniers de loi. Ce fut en 1 io3, suivant la 
chronique de Maillczais, qu'eut lieu le premier affaiblissement 
de la monnaie d'argent. Mais ce témoignage est sujet à cau- 
tion; car les deniers de Robert et de Henri 1'' parvenus jus- 
qu'à nous sont toujours en hillon. En 1119, nouvel alTai- 
blissement du litre des deniers, qui, en 1 1 tS, étaient encore 
à 6 deniers de loi, c'est-à-dire que leur alliage était moitié 
argent, moitié cuivre. Enfin, eni 1 20 , il y eut un troisième af- 
faiblissement. Mais en quoi cela implique-t-il que Philippe \" 
ait déclaré argent la pièce de billon? 

3° ^^Au nom de Louis VI et de Louis VII, qui contrai- 
pnirent tous les Français, les habitants de Compiègne exceptés, 
à prendre des sous pour des livres, v 

Il faut avoir une grande confiance dans la crédulité de ses 
lecteurs j)our tirer une conclusion pareille du titre que l'on 
semble invoquer et que l'on a trouvé dans Leblanc (p. 162). 
M. de Saulcy donne ce titre ^ et ajoute : Que résulte-t-il de ce 
texte, intelligible même pour un écolier de sixième? Que 
Louis VI ayant voulu établir un atelier monétaire à Com- 
piègne, les habitants élevèrent contre cette innovation des ré- 
clamations bruyantes auxquelles le roi céda en s'engageant, 
pour lui et pour son héritier, à ne plus frapper do monnaie 
royale à Compiègne et à permettre dans cette ville la circula- 
lion des monnaies anciennes, sans doute celles de Beauvais, 
d'Amiens, de Laon, deCorbie et de Saint-Quentin, auxquelles 

' In nomine sanclœ et individiue Trinilatis. Ego Liulovicus, Dt>j (jralia Rex 
Francorum, noium iieri volo ciinclis fidelibus tam fiilnris quani inslanlibus, 
qiiani nos, qui, coiilra volunlalem lioiiiinum do Compciidio, il)i inonclam fieri 
volebamus, liim propter discordiani inde orlam, lum propter pelilionem oorum, 
illis conccdinius ut neque nos nec liaeres nosler, unquani aniplius Compendii mo- 
nelani fieri faciaimis, sed illis in perpetuum annuinuis nt talis moueta ad mcdie- 
lalemibi perpclno niilladir qiialis anlecssoium fcm|ioril>iis iliideni ciicurrisse co- 
pnosciliir, etc. . . . 



— l/i8 — 

les gens du pays élaieiit Ijahitués. C'est trop de perspicacilé 
que de découvrir dans ce lait que Louis VI a l'ait prendre des 
sous pour des Jivres. 

le frAu nom de Philippe Ic' lîel , (jui fal)ri(juait des ange- 
vins d'or douteux, appelés moutons à la grande laine et mou- 
lons à la petite laine. » 

Des angevins d'or douteux ! M. de Saulcy déclare que grande 
serait sa perplexité pour reconnaître? les pièces dont on a 
voulu parler, s'il n'était ([uestion en métne temps de moutons. 
On n'a jamais connu, ajoute-t-il, d'autres angevins ({ue les 
deniers de billon des comtes d'Anjou ; il y a bien aussi des 
angevines à Metz, mais c'était une infime monnaie noire. Des 
angevins d'or! On se perd en conjectures là-dessus. Peut-être 
l'auteur, ayant lu un peu vite l'histoire des aignels (ïor, aura-t- 
il écrit de mémoire angevin pour aignel. On trouve bien, en 
effet, dans les écrits du temps, le nom de mouton à la grande 
hiine, appliqué aux aignels d'or. Quant aux moutons à la 
[)etitc laine , leur mention appartient exclusivement à Leblanc, 
(|ui l'a puisée dans son imagination. Piestent les mots d'or 
doulcux, que rien ne justifie. 

Les aignels de Phi]ip|)e le Bel, frappés en vertu d'une or- 
donnance royale du i" janvier istjy (ancien style), étaient 
d'or fin et de 69 i/3 au marc. Le 32 janvier 1 3 1 o, il fut en- 
core ordonné de frapper des aignels d'or fin, de 5^ 1/6 au 
marc. Le 7 février 1 3io, ils furent mis à la taille de 58 i/3; 
mais ils continuaient à être d'or (in. Le lundi avant le 1 /i jan- 
vier i3i I, nouvel ordre de frapj)er des aijjnels d'or (in. de 
58 1/3 au marc. Leblanc, dans ses Tables, mentionne, en 
juin i3i3, des aignels d'or fin, remis à la taille de 59 1/6. 
C'est l'assemblée des notables des bonnes villes, convocjués à 
Paris, qui, le 8 novembre 1 3 1 /i , proposa d'abaisser le litre 
des aignels à 22 carats, (jelte proposilmn iiCul pas de suite, 
le roi élan! mori le 2 A du mémo moi!>. 



— 1/iy — 

Ainsi l'or douleux elont il est (|iieslion ne cessa pas un ins- 
tant, pendant le règne de Philippe le Bel, d'être de l'or fin. 

5° r^Au nom de Philippe de Valois, qui altéra le florin 
Georges, v 

Jamais Philippe VI n'a Irappé de florins Georges, comment 
aurait-il pu les altérer? 

Le h février i3/io, le duc Philippe fit frapper à Orléans 
des florins Georges d'or fin, de 52 2/8 au marc. Le roi s'émut 
à l'annonce de cette fahrication qu'il n'avait pas autorisée , et 
les florins Georges furent promptement interdits. Le 27 avril 
i3/i6, Jehan, fils aîné du roi et son lieutenant en Langue- 
doc, fit frapper à Toulouse des florins Georges; et, le 2 i jan- 
vier 18/^7, les écus royaux à 28 carats seulement furent or- 
donnés dans la même ville. L'émission des florins Georges 
avait donc été interdite. Toutefois, le 9 octobre iSAG, le 
comte d'Armagnac avait ordonné l'exécution des lettres patentes 
du duc Jehan, datées du 27 avril i8/i6. 

C'est ainsi que Philip|)e VI. accusé d'avoir altéré le florin 
Georges, s'est constamment préoccupé de l'interdire. 

6° K7\u nom du roi Jean, qui éleva des rondelles de cuir, 
portant un clou d'argent au centre, à la dignité de ducats 
d'or. » 

Personne jusqu'ici n'avait découvert des ducals d'or dans 
la monnaie française. Leblanc parle en ces termes des fabu- 
leuses rondelle de cuir: «Ce que Commines dit delà monnoye 
de cuir qu'on fit en France après avoir payé la rançon du Roy 
ne me paroit point vrayscmblablc, jiniscpul est certain que le 
Roy, à son retour d'Angleterre, fil forte nionnoye d'or et d'ar- 
gent, que le marc d'argent ne valut que 5 livres et celuy 
d'or 6d livres , ce qui eût été absolument im|)Ossible si la 
disette de ces deux mélaux eut été aussi grande en France, que 
le mar(pie Philippe do Commines. ^i Ce chroniqueur (pu, de 
l'avis de I\l. de Saulcv, a érril plus de ccnl ans après le règne 



— 150 — 
du roi Jean , a réédite une histoire ridicule, déjà ré[)aiidue sur 
le compte de saint Louis et dont Leblanc a fait également justice. 

7° «Au nom de Charles VII, doreur et argenlcur de liards 
qu'il qualifia saluts d'or et blancs d'argent.» 

M. de Saulcy qualifie à son tour cette assertion d'audacieuse 
énormité. Les saluts d'or, dit-il, ont été frappés en France 
par Charles Vi; en Normandie, par Henri V, roi d'Angleterre, 
devenu gendre et héritier de la couronne de Charles VI , au 
détriment de l'héritier légitime, le dauphin (Charles, qui fut 
plus tard le roi Charles VII; puis enfin par Henri VI, fils de 
Henri V ot de Catherine de France, lequel ])osséda Paris jus- 
qu'en i3/i5. Les saluts d'or de Charles VI, qu'on qualifie de 
liards dorés par Charles VII, étaient d'or fin et de 63 au 
marc. Il fut ordonné de les frapper le i i août 1/I121, après 
l'ignoble traité de Troyes (21 mai 1/120) qui spoliait 
Charles VII. Le salut de Henri V, créé par ordonnance de no- 
vembre i/j2i, était également d'or fin et de 63 au marc. Les 
* saluts de Henri VI furent de deux espèces, la première d'or 
fin et de 63 au marc ( 6 février 1/129), la seconde encore d'or 
fin, de 70 au marc (6 septembre 1 /i23). H est vrai (ju'il lut 
frappé à Tournai (du 20 au 3i mai i/i33) 1,600 sahils 
au nom de Charles VII, mais ils étalent d'or fin et de 70 au 
marc (Arch. nat., registre en papier du carton Z, 1 B 99())- 
(i'est tout ce que nous savons de cette monnaie que personne 
n'a jamais vue. 

Voilà pour Charles VII, le doreur de liards: passons à 
Charles VII, argenlcur de ces mêmes liards qu'il aurait qua- 
lifiés blancs d'argent. Le 28 janvier i/j35, furent créés les 
gros d'argent do Charles VII; ils étaient de 70 au marc et à 
92/9/i d'argent fin. Cette monnaie, dont la création fut con- 
seillée par Jacques Cœur, était, on le voit, un liard forte- 
ment argenté. I)ira-t-on cpi'il s'agit dos blancs de billon, cpii 
valaient 10 deniers tournois et qu ou .q)|)('lail prtimls blancs^ 



— 151 — 

Or, ces pièces de Charles VII étaient presque toutes à cinq de- 
niers de loi, c'est-à-dire à 20//18 d'argent fin. Leur titre a 
parfois varié, mais il ne s'est jamais abaisse au point de pou- 
voir être qualifié de liard argenté, et ces abaissements ont 
toujours été de courte durée. 

8° «Au nom de Louis XI, qui décréta que les ardits d'un 
denier en valaient trois, w * 

Sous la domination anglaise, la Guienne et la Gascogne 
s'étaient habituées à voir circuler des hardis d'Angleterre et 
du ])rince Noir, évalués à 3 deniers tournois. Le 18 octobre 
1/167, Louis XI, ayant trouvé avantageux, dans le système duo- 
décimal, cette coupure delà valeur de 3 deniers, prescrivit de 
frapper des Jiardis, copiés de ceux d'Angleterre; ils étaient à 
3 deniers de loi, c'est-à-dire qu'ils contenaient un quart de 
leur poids d'argent fin , tandis que le denier tournois n'était 
(ju'à un denier de loi. Louis XI a donc eu grandement raison 
de dire que le hardi courrait pour 3 deniers. D'ailleurs il n'y 
a jamais eu de hardi de 1 denier. 

9° «Au nom de Henri II, lequel fit des henris d'or qui 
étaient en plomb. 55 

Les henris d'or, créés en i5/ic), valaient 2 écus; ils 
étaient à 2 3 carats et de 67 au marc. Il y eut également des 
doubles et des dcmi-henris. Quant aux henris d'or en plomb, 
c'est une découverte à faire, les numismatistes n'ont jan)ais pu 
en trouver trace. «Et voilà, dit en terminant M. de Saulcy, ce 
f|u'on n'a pas craint d'imprimer en 1 8 G 7 ; voilà ce (pie M. Moura 
a co|)ié sur la parole du maître et ce qu'il a fait distribuer de 
confiance à l'Académie des inscriptions. Il eût mieux fait de 
laisser à qui de droit toute la responsabilité d'assertions déplo- 
rablement inexactes, w 



M. DE \Vaii,lv fiiit obscrvoi' que si ce ucUait pas «le J;i faiissr iiioimoic 
en ce sens quVIle élnit failo ainsi roMloinu'mcnl à l'orflonnanfo royale ]r 



— 152 — 

l'ëbuUiil iKMi était pus moins le même, et liinjjressioii des conleinporains 
est que l'on faisait de la liuisse monnaie. 

M. DE Sal'lcy rdpond rpie c'était la conséquence du droit régalien: 
c'étaient des monnaies de nécessité. 

M. Naddet dit que si on n'appelle pas ces princes faux-monnayeurs, 
il faudra les appeler au moins altéra leurs de nioimaies. 

M. DE Wailly ajoute que ces variations dans le prix des moiuiaies 
n'entraînaient pas mpjns des pertes injustes et qui provoquèrent plu- 
sieurs fois des émeutes. 

M. DE Saulcy rappelle que Phili[)pe le Bel a engagé son domaine pour 
indemniser ceux cjui avaient souffert de l'altération des monnaies. 

M. le Président, voulant ramener la (|ueslion h ses termes véritables, 
dit que la thèse de M. de Saulcy est non pas que les monnaies n'ont pas 
été altérées, mais qu'elles l'ont été légalement et par nécessité. 

M. DE Wahay fait observer qu'il y a plusieurs manières d'altérer la 
monnaie. Philippe le Bel fit frapper des tournois au même litre que ceux 
de saint Louis, mais il leur donna trois fois leur valeur, en sorte que les 
débiteurs purent s'acquitter en payant le tiers de leurs dettes; mais 
quand la monnaie fut ramenée à sa valeur réelle, le contraire arriva, d'où 
(les plaintes et une émeute. Philippe le Bel procédait par ordonnances, 
il est vrai , mais il ne faut pas oublier le serment imposé aux maîtres des 
monnaies de garder le seci-et sur leurs opérations. Ce secret ne pouvait 
avoir d'autre objet et d'autre résultat que de tromper le public sur le 
titre réel de la monnaie. 

C'était un droit de la prérogative royale, cela est encore vrai ; mais on 
peut user de cette prérogative avec ménagement, discrétion et équité, ce 
que ne fit pas Philippe le Bel. il était peu dans son droit en agissant 
ainsi; il s'en est repenti lui-même, et la preuve en est dans Fordonnance 
où il engage son domaine et celui de sa femme pour indemniser ceux qui 
avaient souffert des altérations des monnaies ; ordonnance d'une applica- 
tion inq)ossible, car comment apprécier les droits à cette indemnité? c'est 
tout le monde qui souIVre de ces altérations. 

M. DE Wailly cite à l'appui de son jugement le chronicpieur (Jilles de 
Saint-Denys, chroniqueur très-favorable à Philip[)c le lîel, car il lui re- 
connaît toutes les vertus, mais avoue qu'il était l'aible et qu'il cédait trop 
facilement à son entourage. 

M. DE Saulcy dit qu'il ne conteste aucune des assertions de M. de 
VVailly, et. pour le prouver, illil cpi^Kpios passages de son mémoire qui 
leur donneni satisfaction. 



— 153 — 
N° JI. 

DOnONE ET SES RUINES, TAU M. CARAPANOS. 

Dans les voyages que j'ai eu l'occasion de faire ces trois der- 
nières, années, en Epire, j'étais constamment préoccupé de 
l'idée du temple de Dodone. J'avais un grand désir de décou- 
vrir ce temple qui, le premier célèbre dans le monde hellé- 
nique, continuait à se dérober aux recherches des voyageurs 
et des archéologues. J'avais déjà fait des fouilles dans plusieurs 
localités qui portaient d'anciennes ruines, lorsque j'ai eu l'oc- 
casion de visiter la vallée de Tcharacovista. Sa situation entre 
la Thesprotie et la Molossie, l'aspect imposant des ruines con- 
nues sous le nom de Paléocastro des Dramechous qui y sont 
situées et que la plupart des voyageurs attribuaient à Passa- 
ron, capitale de la Molossie, et d'un autre côté quelques frag- 
ments de bronze, découverts par les fouilles d'essai que j'avais 
faites, me donnèrent l'idée que ces ruines devaient plutôt ap- 
partenir à Dodone. 

Je résolus donc d'entreprendre des fouilles en règle, et j'en 
demandai l'autorisation au gouvernement impérial ottoman. 
Mais pendant que j'étais occupé à (ionstantinople par les for- 
malités administratives qu'exigeait l'obtention de cette auto- 
risation, d'autres personnes, avec l'espoir d'y trouver un trésor 
d'objets précieux, fouillaient à mon insu l'emplacement du 
temple et découvraient plusieurs ex-voto en bronze et autres 
métaux, sans se douter que ces objets provenaient (]u temple 
de Dodone. Les ex-voto que je suis parvenu à acheter', et le 
résultat des fouilles (jue j'ai continuées, en vertu de l'autorisa- 

' Presque foules les statuettes, bas-reliefs et inscriptions étaient parmi les ob- 
jets que j'ai nclietés (les personnes qui avaieni fouilli' à mon insu l'emplacement 
du temple, et de divers auhcs habitants do Januino et de la vallée do Tchara- 
covista. 



— 15/1 — 

lion (lu gouvernement impérial ottonjun, pendant plus de si\ 
mois (sur une étendue dépassant 20,000 mètres carrés et à 
une prorondeur en moyenne de 2'",5o), ont prouvé la justesse 
de ma supposition. Les ruines que j'ai découvertes et les nom- 
i)reuses oiïrandes qui s'y trouvaient disséminées ne pouvaient 
appartenir qu'au temple le plus important de l'Epire. Mais en 
dehors de ces preuves qui pouvaient laisser encore subsister 
quelque incertitude sur la véritable situation de Dodone, j'y 
ai trouvé de nombreuses inscriptions ayant rapport à Jupiter 
Naïos, à Dioné et à leur oracle, qui me paraissent ne laisser 
plus aucun doute sur son emplacement. 

Devant publier prochainement une description détaillée des 
ruines et des objets que j'ai découverts, avec une étude histo- 
rique sur le sanctuaire de Dodone, je n'en donnerai aujour- 
d'hui qu'un résumé suffisant pour faire connaître sommaire- i 
ment une découverte qui, je pense, contribuera à éclaircir 
non-seulement la question de l'emplacement de Dodone, mais 
encore différents points relatifs à la religion et à l'art hellé- 
nique, ainsi qu'à la géographie de l'Epire. 

Au sud-ouest de Jannina et à une distance de 18 kilo- 
mètres environ, se trouve la vallée de Tcharacovista. Longue 
de 19 kilomètres à peu près du sud-est au nord-ouest et large 
en moyenne de 700 mètres, cette vallée est séparée de celle 
de Jannina par une chaîne de collines en grande partie in- 
cultes. Au sud-ouest elle estfcrmée par la montagne d'Olytzika , 
le Tomaros des anciens, dont la cime majestueuse et j)itto- 
resque domine toutes les autres montagnes qui l'environnent. 

Aux pieds du Tomaros jaillissent de nombreuses fontaines 
dont les eaux transforment en marais une partie de la plaine, 
(jui, parmi beaucoup de mauvaises terres labourables, contieni 
aussi quelques belles prairies. 

Au milieu presque de la vallée de Tcharacovista et sur une 
sorte de promontoire formé j)ar une saillie des collines qui 



— 155 — 

séparent cette vallée de celle de Jannina, se trouvent les ruines 
d'une petite ville ou acropole, d'un théâtre et d'une enceinte 
sacrée. 

La ville placée au sommet de ce promontoire, à une hau- 
teur de 1 5 à 2 mètres au-dessus de la plaine , a une forme 
irrégulière, à peu près celle d'un quart de cercle. Les deux côtés 
de l'angle allant de l'est au sud-ouest et de l'est au nord ont, 
le premier une longueur de i 98 mètres', et le second de 168 
mètres. L'arc qui fait face au sud-ouest et au nord-ouest est 
garni de sept tours et a un développement total de 82 5 mètres. 
Les murs qui entourent la ville sont en appareil hellénique et 
ont une épaisseur variant entre 3'", 2. 5 et 5", 80. Toute la sur- 
face est divisée en plusieurs parcelles par des murailles hellé- 
niques à fleur de terre, qui appartiennent selon toute proba- 
bilité à des habitations antiques. Une petite citerne taillée en 
partie dans le roc est le seul reste de construction qui se dis- 
tingue entre les lignes de murailles. La seule porte qui donnait 
accès à la ville est placée au côté nord-est; elle est flanquée 
de deux tours rectangulaires et a une ouverture de k mètres. 
J'y ai fait faire des fouilles en plusieurs endroits; mais je n'ai 
pu trouver ni les traces d'un édifice ni aucun objet travaillé 
en pierre ou en métal. 

Au sud-ouest de la ville est situé le théâtre, qui est un des 
plus grands et des mieux conservés parmi les théâtres hellé- 
niques. Adossé à la montagne, suivant l'usage habituel des 
Grecs, il est soutenu des deux côtés de la cavca par un massif 
considérable en pierres quadrangulaires posées sans ciment et 
jointes avec beaucoup d'art. Le développement de l'hémicycle 
au sommet de la cavéa est de 188 mètres et, au niveau du 
sol, de 80'", /i5. Sa hauteur en ligne oblique est de 45 mètres. 
Une précinclion divise la cavéa en deux parties inégales dont 
l'inférieure a une hauteur double de celle ([ni la surmonte. 
Quoique l'édifice soit assez bien conservé, il estdillicile de dire 



— 15G — 

exactement le noml)re des giadiiis, parce (|ue les pierres dont 
les sièges étaient composés sont en grande partie déplacées 
<^t forment une niasse confuse. D'après ce que j'ai pu calculer, 
il doit y en avoir en tout quarante-neuf, dont j'ai déblayé les 
trois derniers enfouis dans une couche de terre'. 

Un mur demi-circulaire, [)lacé à une dislance de i"',5o du 
dernier gradin, sépare la cavéa de l'orchestre. L'emplacement 
de l'orchestre et de la scène est actuellement transformé en un 
champ lahouré que j'ai fait fouiller à unn profondeur de 
h mètres environ. En dehors du nmr qui sépare la cavéa de 
l'orchestre, j'y ai trouvé, à l'extrémité ouest de la scène, une 
construction souterraine et, à l'extrémité opposée, les restes 
d'une porte. 

La construction souterraine est une espèce de petite 
chambre ronde située à une profondeur d'environ i o mètres 
de la surface du sol actuel. Elle est pavée de grandes dalles 
et a une circonférence de 6 mètres. A l'exception de l'ouver- 
ture (de 2 mètres de circonférence) par laquelle on y descend 
actuellement, je n'ai pu trouver aucune autre communication 
entre cette chambre et la scène. Je ne saurais donc dire si elle 
servait à quelque jeu de machine pour le théâtre, ou bien si 
ce n'était qu'un réservoir pour les eaux. 

Les restes de la port(» qui devait ap[)artenir au mur sépa- 
rant la scène du post-scenium sont travaillés avec tout- l'art et 
l'élégance d'une bonne époque hellénique. Les montants étaient 
llanqués des deux côtés de quatre colonnes de style ionien. 

Les nmrailles rjui fermaient la scène n'existent plus, en 
sorte (pi'il ne m'a pas été possible de déterminer d'une ma- 
nière positive son étendue et sa forme. 

L'enceinte sacrée, située à l'est {\\\ théâtre et au sud-est de 

' Leake {Trav. in l\orth. Grccce, t. I, rliap. iv, p. 260) dit qu'il y avait dtuix 
précinctions cl GT) à 66 gradins; mais je crois qu'il s'est trompé, à cause do la 
confusion dans laquelle se trouvent les pierres (pii romposnienl les sièges. 



_ 157 — 

la villt^ peut être divisée en deu.v parties : celle du nord-ouest 
qui est placée sur un plateau formé par le prolongement de la 
colline sur laquelle la ville est située, et que je nommerai 
Venceinte du temple; et celle du sud-est, qui s'étend sur la 
plaine et que, pour plus de simplicité, j'appellerai le Téménos, 

L'enceinte du temple est limitée au sud-ouest parle théâtre, 
au nord-ouest par le mur de la ville et au nord-est par un 
autre mur hellénique. Elle a 200 mètres de longueur sur 
qo mètres de largeur en moyenne, et contient les ruines de 
trois édifices dont les murs n'arrivent à présent que jusqu'au 
niveau du sol. 

Le premier est le temple de Jupiter, reconstruit et transformé 
en église chrétienne. 11 a une longueur de ho mètres sur 
2 0"", 5 G de largeur. Les ruines des murs helléniques se con- 
fondent ici avec des murailles plus récentes, construites en pe- 
tites pierres et en chaux, et il serait dilïicile de dire exacte- 
ment si. lorsque l'on a construit l'église, on a maintenu toutes 
les parties qui composaient le temple et toutes ses séparations. 
On y voit pourtant des divisions qui peuvent frès-bien s'adap- 
ter au pronaos, au naos et à l'opisthodome. 

Un grand nombre d'ex-voto en bronze, en cuivre et en fer^ 
de nombreuses inscriptions sur des plaques de bronze, de 
cuivre et de plomb, et une grande inscription sur pierre cal- 
caire ont été trouvés disséminés dans ces ruines à une profon- 
deur de 3 mètres environ. 

Le second édifice, situé à une dizaine de mètres environ au 
sud-ouest du temple, est une construction hellénique j)resque 
quadrangulaire de i9",5o sur kS mètres. Quatre murs inté- 
rieurs la divisent en diverses pièces qu'on pourrait appeler 
deux chambres rectangulaires et trois corridors. 

A une distance d(; A 8 mètres et à l'ouest de ce dernier est 
placé le troisième édifice de l'enceinttî du lenipje. Ces! une 
(onstruclioii Irapé'zonb' (If l\'l"\ï^(^ sur 3o mèlres. l/nilc'riciir 

V. I I 



— 158 — 

de ce! (édifice est coiidjlé de gifiiides pierres détachées, et je 
ii'v ai trouvé aueune muraille do séparation. Un escalier à 
quatre marches, situé à l'intérieur, indiquerait probablement 
que son sol était en contre-bas de 60 centimètres au moins de 
celui des deux édifices précédents. 

Il m'est difficile de déterminer positivement la destination 
de ces derniers édifices. Ce qui paraît le plus probable, c'est 
qu'ils étaient affectés aux différents moyens de prédiction 
employés par l'oracle de Dodone. Leur situation et leur forme 
d'une part, et de l'autre le grand nombre de monnaies de 
bronze découvert dans le premier de ces édifices, et la grande 
quantité de débris de différents objets en bronze trouvés dans 
tous les deux seraient, je pense, des arguments qui pourraient 
venir à l'appui de cette supposition. 

Le péribole (jue j'ai appelé Téménos est situé au sud-est et 
en contre-bas de k mètres environ de l'enceinte du temple. Il 
a en moyenne une longueur do 1 1 mètres sur une largeur de 
io5 mètres. Il est entouré de trois côtés de murs en appareil 
hellénique Ces murs, ainsi que tous ceux qui appartiennent 
aux édifices en ruine de ce péribole, arrivent à poinejusqu'à la 
surface du sol actuel. Quelques pans seulement au sud-ouest 
ont une hauteur de k mètres environ au-dessus du sol. 

Au côté sud-ouest il y a un édifice d'une forme polygonale 
très-irrégulière. Il est long de 35 mètres en moyenne et large 
de 26 mètres, et enferme une autre petite construction trapé- 
zoîde de 10 mètres sur 9 mètres. Tout en étant annexé au 
Téménos, cet édifice forme une saillie de 9 5 mètres environ 
en dehors de la ligne de son enceinte. Au sud-est et à l'inté- 
rieur du Téménos se trouve un corridor large de i i™, 60 et 
aboutissant à une construction rectangulaire qui a la même 
largeur sur une longueur de 2(1 mètres. 

Au milieu presque de cette construction, j'ai découvert un 
petit autel rond, comj)osé de trois assises de pierres super[)o- 



— 159 — 

sëes dont celle qui lornie la base a une circoiifërence de 
5 mètres. Autour de cet autel j'ai trouvé plusieurs débris d'ex- 
voto en bronze, et parmi eux une petite roue avec inscription 
dédicatoire à Aphrodite ; ce qui prouve que toutes ces cons- 
tructions appartiennent au sanctuaire de celle déesse. Aphro- 
dite, comme nous le savons, était la fille de Jupiter et de 
Dioné, les deux grandes divinités de Dodone, et elle y avait 
aussi un temple. 

Deux escaliers menant nu sanctuaire d'Aphrodite et deux 
autres au corridor indiquent que le Téménos était en pente 
douce et en contre-bas du sanctuaire et du corridor, de /io cen- 
timètres jusqu'à r", 85. 

Au côté opposé il y a un autre corridor large de 6"', 5o qui 
pourrait appartenir à quelque autre temple entièrement dé- 
truit. 

Trois portes donnaient accès à l'intérieur du Téménos, au 
sud-ouest, nord-est et sud-est. Les deux premières ne pré- 
sentent rien d'extraordinaire; mais la dernière est une espèce 
de propylées, flanqués des deux côtés de tours et de murailles 
indépendantes des constructions voisines. 

Deux séries de petites constructions ont été découvertes à 
l'intérieur du Téménos, à une profondeur de 76 centimètres à 
1™, 5o. La première de ces séries, qui est la plus importante, 
est située devant le sanctuaire d'Aphrodite et le corridor qui 
y fait suite. Les constructions qui la composent sont au nombre 
de vingt-cinq. Elles sont de formes très-variées et faites cha- 
cune de deux ou plusieurs pierres. Parmi elles il y en a dont 
la forme carrée, rectangulaire ou ronde, donne immédiatement 
l'idée que c'étaient des bases de colonnes, ou des piédestaux 
de statues; et d'autres dont la forme semi-circulaire indique 
des niches qui contenaient des statues ou autres offrandes 
faites aux dieux. 

La seconde série, placée devant l'autre corridor, rontienl 



1 1 



— IGU — 

seize de ces petites constructions (|ui, tout en diiïc'rant entre 
elles dans les détails et les dimensions, ont toutes la même 
forme rectanfjidaire. 

Ln grand nombre de débris de vases, statuettes et autres 
objets en bronze, en cuivre et en fer, plusieurs fragments 
d'inscriptions sur des placjues de bronze et de cuivre, et 
quelques inscriptions sur des pla(|ues de plomb, ont été trouvés 
autour de ces pierres et notamment de celles de la première 
série. La découverte de ces débris d'ex-voto et la variété des 
formes de ces constructions me font supposer qu'elles étaient 
des monuments votifs sur lesquels des statues et autres objets 
d'une grande dimension étaient placés en même temps que des 
offrandes de dimension plus petite. 

Au sud-est du Téménos et hors de son enceinte,- il y aune 
construction parallélogramme de i/iA mètres sur iS™, 5o, et 
dont les murs en appareil hellénique ne dépassent pas le ni- 
veau du sol actuel. Cette construction pourrait être considérée 
de prime abord comme affectée aux jeux Naïens, qui étaient 
célébrés à Dodone, en l'honneur de Jupiter Naïos et de Dioné; 
mais la grande proximité du mur du Téménos, qui aurait gêné 
le mouvement des lutteurs et des spectateurs, me fait suppo- 
ser qu'elle appartenait plutôt aux temples et servait a quelques 
pratiques religieuses. 

En dehors des édifices dont les ruines ont été découvertes ^ 
il devait y avoir à Dodone un stade et un hippodrome affec- 
tés aux jeux Naïens; mais, soit qu'd n'y ait pas eu de grands 
édifices construits pour ce service pendant la période hellé- 
nique, soit que les constructions de cette épo([ue aient été dé- 
truites pour faire place à d'autres plus modernes, je n'ai pas 
trouvé de ruines pouvant provenir de tels édifices et détermi- 
nant leur emplacement. Je crois pourtant que le stade pourrait 
être placé au sud-ouest du Téménos et au sud-est du théâtre, 
dans l'endroit où mes louillos ont mis à jour plusieurs pans de. 



— 161 — 

murailles bâties en petites pierres et en chaux, et parmi les- 
quels on aperçoit quelquefois de grandes j)ierrcs provenant 
de constructions helléniques. Quant à l'hippodrome, l'endroit 
qui me paraît le mieux convenir à son emplacement serait au 
nord-est du Téménos, et h une distance de quelques centaines 
de mètres. Dans cette direction, la ])laine s'enfonçant au mi- 
lieu des collines forme une espèce de cirque naturel, qui, 
entouré d'élévations de trois côtés, présenterait toutes les 
conditions nécessaires pour la course des chars et pour le pla- 
cement des spectateurs. 

J'ai maintenant à donner une liste sonnnaire des objets qui 
ont été découverts dans les ruines de Dodone. 

Les ex-voto et autres fragments en bronze et en cuivre sont 
les plus nombreux et les plus importants. Ils se composent des 
catégories suivantes: 

I. 2 statuettes en bronze de différentes époques et la plu- 
part archaïques. 

II. 8 1 bas-reliefs sur des plaques de bronze , représentant 
divers sujets. 

III. 1 6 statuettes d'animaux. 

IV. 2 5 vases sacrés et autres ex-voto ou fragments d'ex- 
voto portant des inscriptions dédicatoires à Jupiter Naïos et 
Dioné, et un à Aphrodite. 

V. /i5 inscriptions et fragments d'inscriptions sur des 
plaques de bronze et de cuivre, contenant des vœux, des 
actes accordant la proxénie ou autres honneurs, des affran- 
chissements d'esclaves, etc. 

YI. 8/i inscriptions entières et fragmentées sur des plaques 
de plomb. Elles contiennent des demandes et des vœux adres- 
sés à l'oracle de Jupiter Naïos et Dioné, et queicpies réponses 
de l'oracle. Un certain nombre de ces plaques contiennent 
chacune jusrpi'à trois inscriptions d'é|)oques différentes et par- 



— 162 — 

fois éloigiK^es. Crs iiJs(.rl|)tioiis huiit (|uel4uefoi.s tellement en- 
tremêlées que leur déchillrement devient presque impossible. 
Je n'en ai pu lire jusqu'à présent ([ue trente-cinq. 

VII. 96 fragments de couronnes, d'ornements, de cui- 
rasses, de vases, de trépieds et d'autres olTrandes en plaques 
de bronze ou de cuivre. 

Vin. /j6 petits trépieds et fragments de trépieds, de can- 
délabres ou de cistes. 

IX. 182 petits bassins et vases, poteries et fragments de 
poteries, de vases et de bassins. 

X. 194 anses de vases de dilTérentes formes. 

XI. 109 pièces de toilette et de parure, telles qu'agrafes, 
fibules, bracelets, bagues, etc. 

XII. 1 7 pièces à l'usage des cavaliers et des chevaux , 
telles qu'éperons, mors, etc. 

XIII. 38 pièces d'armure, telles que casques, géniastères 
de casque, pointes de flèche, etc. 

XIV. o 7 fragments d'instruments divers , tels que couteaux , 

ciseaux, styles, etc. 

XV. Ao pièces d'objets employés probablement à quelques 
cérémonies religieuses, telles que bases d'encensoirs, petites 
boîtes, petites haches votives,' etc. 

XVI. 1 00 fragments de statues de diverses grandeurs et de 
statuettes d'animaux. 

XVII. 1 1 o fragments d'objets divers , tels que serrures , pe- 
tits crochets, clous d'ornementation, etc. 

Les objets en fer qui y ont été découverts consistent en 
37 lances de formes et grandeurs difi'érentes, k fragments d'é- 
\)ée, 2 bagues et plusieurs fragments d'instruments, tels que 
Wles, strigiles, couteaux, ciseaux, aiguilles, etc. 

En or et en argent, ainsi qu'en terre cuite, en marbre et 
autres matières, je n'ai trouvé que très-peu d'objets, et ceux- 
ci sans importance. 



— 163 — 

Il a été aussi découvert 662 monnaies dont 16 en argent 
et 648 en bronze. Elles se divisent dans les catégories sui- 
vantes : 

988 monnaies d'Epire et de ditTérentes contrées épirotes. 
dont 2 en argent. 

77 monnaies de différentes villes et pays de la Grèce, dont 
5 en argent. 

85 monnaies de divers rois et villes macédoniennes, dont ^ 
en argent. 

60 monnaies romaines dont k en argent, 

i52 monnaies entièrement frustes. 

N° III. 

SUR U\ FRAGMENT D'AMPHORE PANATHEN AÏQUE , 
PAR M. DE WITTE. 

Je viens de recevoir d'Athènes, à la date du 26 mars 1877, 
une lettre de M. Albert Dumont qui signale à mon attention 
un fragment de vase panalhénaïque, trouvé récemment dans 
les fouilles qui s'exécutent à l'Acropole, aux abords de l'Erecli- 
théion. Déjà dans le n** de mars 1877 du Bulletin de correspon- 
dance hellénique (p. 178 et suiv. ), M. Jules Martha a parlé de 
quelques fragments de vases de la même espèce , recueillis 
dans ces fouilles. Quelque petit qu'il soit, celui dont M. Du- 
mont m'envoie un calque a une importance bien plus grande : 
il porte les huit premières lettres d'un nom d'archonte ,- 
0EMI2TOK. . . (SefxialoxXiis). On ne rencontre ce nom , si je ne 
me trompe, que quatre fois dans la liste des archontes d'Athènes, 
(îe ne peut être ni le grand Thémistocle , ni l'archonte de la 
seconde année de la ccix'' olympiade' (an 58 de l'ère chré- 

' Albert Dumont, Essat sur la chronologie des archontes postérieurs à la 
r.xx II' olympiade ft sur la succession de» magistmla ppliébiqucs , p no, Pans, 
11870. 



— IG/i — 

tienne). Mais c'est ëvidcnnnent, cunujie le pense M. Albeil 
Duiiiont, l'archonte Thémistoclc qui entra en charge la seconde 
année de la cviii" olympiade (3/17 av. J. C). Les lettres sont 
tracées en colonne verticale de haut en bas. Théinistocle se 
place entre Pythodélos, archonte de la première année de 
la cxi" olympiade (336 av. J. C), dont j'ai eu l'honneur de 
parler à l'Académie dans une précédente communication K 
et Polyzélos, archonte de la seconde année de la cnf olympiade 
( 3G7 av. J. C.y. Le nom de Polyzélos est écrit horizontalement 
le long d'une des colonnes qui encadrent la figure de Pallas- 
Athéné, comme sur les amphores d'une date plus ancienne, où 
l'on lit tout simplement TON AGENEOEN A0AON, tandis 
que celui de Pythodélos est tracé comme le nom de Thémis- 
tocle, en lettres superposées et en colonne verticale. Ceci 
nous apprend d'une manière positive que cet usage de tracer 
les inscriptions en colonne sur les amphores données en prix 
aux fêtes des Panathénées remonte déjà à onze ans avant la 
date de l'archontat de Pythodélos, nommé sur deux amphores 
tirées des tombeaux de Cervetri ^. Il y a encore un inter- 
valle de vingt ans entre Thémistocle et Polyzélos. La disposi- 
tion des lettres dans l'inscription de Thémistocle confirme 
ce que j'ai dit précédemment sur la chronologie des am[)hores 
panalhénaïques. 

NMV. 

VOYAGE 1)K M. GILLIÉRON EN ÉPIRE. 

M.Alfred Gilliéron, docteur en philosophie et professeur 
au gymnase de Neufchulel (Suisse), me prie de communiquer 



' Comptes renfhis. 1^78, p. 9.38 el siiiv. — 1875, p. T)."? el suiv. 
^ Comptes 7cndus , i8(iS, p. 18a fl siiiv. 

•' Et non de Cnrneto, romn^je ]c Pavais dit. d'après des rciiscignemcnls 
inoxnrls. 



— IGf) 



en son nom à i'Académie plusieurs documents |)rovenanl d'un 
voyage qu'il a fait l'an dernier sur la côte d'Epire. 

Le plus intéressant de ces documents est le dessin d'une 
stèle funéraire, récemment exhumée sur l'emplacement de 
l'ancienne Apollonie. Elle se distingue des monuments, 
ordinairement assez simples, de la même classe, par la 
richesse et par la complexité d'une décoration très-originale. 
Sous un fronton triangulaire, orné d'une tête de femme 
et supporté par un rang de denticules, court d'abord une 
frise de toutes petites figures, représentant un combat d'A- 
mazones. J'avais moi-même remarqué et fait dessiner à Apol- 
lonie plusieurs fragments de ces petites frises d'Amazones; 
je m'étais étonné de l'exiguïté des monuments auxquels elles 
pouvaient appartenir : la découverte de M. Gilliéron en 
montre l'application à la décoration des stèles, emploi qui 
n'était pas connu jusqu'ici et qui paraît particulier à Apollo- 
nie. Plus bas, on retrouve les deux rosaces qui forment l'or- 
nement ordinaire des stèles grecques ; mais ici elles ne sont 
pas seules. Par une combinaison ornementale et symbolique 
des plus hardies 'et des plus inattendues, sui- le bord de chaque 
fleuron est posé, on pourrait dire perché, un de ces oiseaux 
à tête et à corps de femme, Sirènes ou Harpyes, dont la pré- 
sence sur les monuments funéraires remonte au plus ancien 
temps de l'art grec et gréco-asiatique; une filiation lointaine les 
rattache aux oiseaux qui représentent l'amc ou le souffle des 
morts sur les tombeaux égyptiens. Enfin la décoration de la 
stèle se termine à la partie inférieure })ar un vase placé entre 
deux griffons. L'inscription, qui répète deux fois, au milieu 
de ces ornements, le nom de Parmeniscos fils de Damcn, n'est 
[)as très-ancienne : elle s'accorde avec le style du monu.nent, 
dont le luxe trahit l'époque macédonienne et peut-être même 
le voisinage des temps romains, mais conserve dans l'arran- 
gement du df'tail une élégance (oui liolléni(pK'. 



— 166 — 

Je dois m'en tenir à cetledescriptionsuccincte.il appartient 
à M. Gillit^ron de publier lui-même le monument qu'il a dé- 
couvert, avec une étude qu'il veut bien réserver à notre re- 
cueil des Monuments grecs. J'ai voulu seulement prendre date 
en son nom devant l'Académie. 

A ce précieux dessin , M. Giliiéron a joint : 

Un plan de l'enceinte d'ApoUonie, travail qui manquait à la 
science et que le temps ne m'avait pas permis à moi-même 
d'exécuter pendant mon très-court séjour sur l'emplacement 
de cette ancienne ville ; 

Un plan de l'enceinte antique à'Aînhracie, plus exact et plus 
complet que celui que l'on possédait antérieurement. 

Avant départir pour cette exploration, M. Giliiéron avail 
bien voulu me demander de lui indiquer quelques points do 
la côte d'Epire pouvant donner lieu à des recherches nouvelles : 
je suis personnellement heureux que son attente n'ait pas été 
trompée et que son zèle de voyageur instruit ait été récom- 
pensé par des résultats d'un véritable intérêt scientifique. 

Léon Heuzey. 



N" V. 

UNE DÉESSE VOILEE, REPRÉSENTÉE À CHEVAL. 

(>onmie j'ai fait à l'Académie [)lusieurs communications sur 
l'importance et sur la signification des figures voilées dans les 
représentations de l'art grec \ je devais à mes confrères de 
leur signaler un monument très-curieux de cette catégorie, 
venu récemment à ma connaissance. Il a été gravé dans le 
premier numéro d'un nouveau recueil périodique publié à 

' Voiries Comptes rendu» fie V Académie, 187A, p. it^, cl les Monuments grecu 
[iiiVilins par PAssorialion pom- l'encoiirapement des cfiides grecques en France. 



— 167 — 

Athènes, le Wapvaacxôs. L'auteur de l'article est un archéo- 
logue grec, M. Mylonas, déjà connu par plusieurs travaux 
pleins d'intérêt et notamment par ses études sur les miroirs 
antiques trouvés en Grèce. L'honneur d'avoir fait connaître ce 
monument et d'en avoir tenté la première explication savante 
appartient tout entier à M. Mylonas; je désirerais seulement pré- 
senter sur le même sujet quelques observations qui s'écartent 
en plusieurs points des conclusions qu'il a adoptées. 

Le monument dont il s'agit est un couvercle de miroir en 
bronze, dont le lieu exact de provenance n'est pas connu, bien 
que cet objet, qui se voit au musée de la Société archéologique 
d'Athènes, ait été certainement découvert en Grèce. Il est décoré 
d'une figure de femme voilée; mais cette femme voilée, par une 
disposition dont il n'y a pas, je crois, d'autre exemple dans 
l'antiquité figurée, est représentée assise de face sur un che- 
val enlevé au galop et cabré à demi. Elle se tient de la main 
droite à l'encolure du cheval, et delà main gauche, par un geste 
expressif, plein de noblesse et de grâce , elle écarte son voile 
de son visage. Elle ne porte d'ailleurs aucun attribut et ne 
diffère en rien des figures de femmes voilées que l'on ren- 
contre en grand nombre, particulièrement parmi les figurines 
de terre cuite. Cependant, malgré l'absence de tout symbole, 
on ne dira pas que c'est un sujet de genre, une scène de la vie 
commune. Il n'est personne qui ne reconnaisse dans une pa- 
reille composition une conception mythologique et tout idéale. 

Quel nom faut-il donner à cette divinité? M. Mylonas pro- 
pose une interprétation qui paraît au j)remier abord très- 
vraisemblable. Il a trouvé dans les scolies d'Homère ' que les 
Romains adoraient une Vénus à cheval. ê(pnn:ov A(ppoSiTrjv; 
Servius [)arlc aussi de cette Venus equeslris, dont la statue pas- 
sait pour avoir été consacrée par Enée. en l'honneur de sa 

' Schol. m Iliad. Il, 830. 



— 1G8 — 

mère, lorsque, débarqué sur la côte italienne, il quitta ses 
vaisseaux j)our monter à cheval * ; ce serait la déesse repré- 
sentée sur le miroir athénien. Pour ma part, je ne verrais au- 
cune impossibilité à reconnaître Vénus dans une figure drapée 
et voilée, puisque j'ai fait moi-même à cette déesse une place 
parmi les divinités qui avaient le voile pour attribut. Là n'est 
pas pour moi la difficulté. 

Laissons de côté la question de savoir si le nom de Vénus 
équestre n'était pas simplement une manière de désigner une 
déesse d'un ordre secondaire et spécial, empruntée par les 
Romains aux Gaulois : la déesse Épona, protectrice des che- 
vaux. La seule objection qui m'arrête, c'est que le miroir a 
été trouvé en Grèce et que dès lors il est assez étrange d'y 
rencontrer une divinité que les scoliastes grecs considéraient 
comme purement romaine. Le style même de la représenta- 
tion, sans remonter à la haute époque hellénique, est tout 
à fait grec et peut aj)parlenir à l'époque des successeurs d'A- 
lexandre; on remarquera que le cheval en particulier est très- 
beau d'allure et qu'il conserve quelque chose du caractère 
des chevaux de la frise du Parthénon. Du reste, même à l'é- 
poque de la domination romaine, on ne voit pas que les ar- 
tistes qui travaillaient en Grèce aient représenté sur les mo- 
numenls de ce pays des figures appartenant en propre à la 
mythologie nationale des Romains. Je crois donc que c'est 
dans la mythologie hellénique qu'il faut de toute manière 
chercher l'explication de la figure qui décore le miroir publié 
par le Parnassos. 

Dans une peinture de vase grec-, représentant le lever du 
soleil sous la figure du dieu Hélios (pii sort de la mer sur 
un char traîné par des chevaux ailés, on voit de l'autre 
côté du tableau une femme voilée, assise sur un cheval qui 



Serviiis, Ad lùivid. I, 720. 

Lonoimanl et deWiUc, Elite tien 'itniniiitcnts rà aimfimplnqucf . II, pi. 102. 



__ IG9 — 

s'éloigne au petit pas et commence à disparaître derrière un 
pli de terrain. Les archéologues y ont reconnu avec raison 
Séléné, la déesse de la lune, qui fuit et s'efface devant le jour; 
mais tout le monde comprendra que la même allégorie ne 
saurait être figurée par un cheval fougueux; une allure douce 
et lente convient seule à cette déesse, comme à l'astre qu'elle 
représente. 11 faut donc chercher une autre explication. 

J'ai montré ailleurs que la déesse à laquelle l'attribut du 
voile convenait le plus ordinairement, dans les représentations 
de l'époque hellénique, était Déméter. Or il existait justement 
en Grèce, et particulièrement en Arcadie, une légende très- 
ancienne et très-populaire qui mettait Déméter en rapport 
avec le cheval; on racontait que Posidon, le dieu des eaux, 
avait pris cette forme pour s'unir à la déesse, métamorphosée 
elle-même en cavale. L'art primitif, avec sa rude naïveté, n'a- 
vait pas craint de rappeler ce mythe bizarre, et l'on sait qu'il 
existait à Phigalie une caverne sacrée, sanctuaire des anciens 
âges, où Déméter était figurée comme une idole à tête de ca- 
vale et à corps de femme \ Lorsque l'art grec se perfectionna 
et chercha surtout l'expression de la heauté, il dut s'etïorcer 
d'éviter ce qu'il y avait de répugnant dans une pareille repré- 
sentation et de tourner la vieille légende pour la rendre accep- 
table aux yeux. C'est à une atténuation, à un euphémisme de 
ce genre que je serais tenté d'attribuer la composition du re- 
marquable groupe équestre figuré sur le miroir d'Athènes. 
On aurait ainsi créé un pendant à une autre scène mytholo- 
gique bien connue : l'enlèvement d'Europe assise sur le dos 
de Zeus, transformé en taureau. On ne peut nier qu'il n'vait 
entre les deux fables ainsi représentées une étroite corres- 
pondance. De cette manière s'expliquerait aussi le geste de la 
déesse écartant son voile de son visage, geste cpii, chez les 



' F*aiisanias, \ [|[ , 'i;!. 



-^ 170 — 

Grecs, avait un caractère essentiellement nuptial; c'est ainsi 
que sur plusieurs monuments, et notamment sur la frise du 
Parthénon, Héra était représentée se dévoilant en présence de 
son divin époux. 

Sans méconnaître ce qu'il y a d'ingénieux et de disert dans 
l'hypothèse de M. Mylonas, l'interprétation par le mythe grec 
de Déméter me parait préférable au sujet tout romain de la 
Vénus équestre. Du reste, que l'on se prononce pour l'une ou 
pour l'autre déesse, ce n'en est pas moins une nouvelle preuve 
du caractère mythologique des figures voilées dans les repré- 
sentations de l'art antique. 

Léon Heuzey. 



N" VI. 

SUR UN VASE PEINT DU MUSÉE bU LOUVRE, 
PAR M. RAVAISSON. 

M. Ravaisson décrit un vase peint de fabrique grecque qui 
appartenait à M. Eugène Piot et qui vient d'être acquis par le 
Musée des Antiques. C'est une coupe sans pied, de ce style 
très-antique qu'on appelle corinthien. La partie supérieure 
en est ornée d'une frise à personnages. Le sujet principal se 
compose de deux cavaliers affrontés, entre lesquels s'élève une 
grande palme. Tout le reste de la frise est occupé par des 
satyres de formes grotesques qui puisent dans un cratère ou 
dansent en tenant des cornes à boire. 

Le groupe de deux cavaliers réunis, fréquent sur les mo- 
numents antiques, a toujours été interprété comme repré- 
sentant les Dioscures, et il se peut que ce soit le sens du 
groupe qu'offre la coupe nouvelloment entrée au Louvre. 

D'autre part, rien de plus ordinaire que la re|)résentation 
de la vie heureuse des dieux et des héros par les jeux des 



— 171 — 

t 

[jersoniiages, satyres et inénades, qui composent le cortège 
de Bacchus. 

Enfin la frise dont il s'agit présente encore des oiseaux 
(un cygne et un coq) et des fleurs, qui semblent mis là, 
comme sur nombre de monuments analogues, ainsi que 
M. Ravaisson l'a dit dans une autre occasion, pour suggérer 
l'idée d'un jardin. 

La peinture dont il s'agit peut donc être comprise comme 
montrant Castor et Pollux dans la vie céleste. 

Mais si l'on considère que la grande palme placée entre les 
deux cavaliers semble devoir être un signe spécial de triomphe, 
que les personnages élevés par la mort à la condition héroïque 
sont très- habituellement figurés , aux époques les plus 
antiques, sur des chars (ainsi qu'on le voit par les stèles 
funéraires trouvées à Villanova par M. Zannoni et à My- 
cèîiespar M. Schliemann), et, plus tard, à cheval, et enfin que 
les coupes, plus souvent encore que tous autres vases, sont 
ornées de symboles d'apothéose (ce qui s'explique aisément si 
l'on se rappelle que les héros accueillis dans le ciel y tiennent 
d'ordinaire une coupe qu'une déesse vient remplir), on sera 
amené à penser que la frise en question représente , quoique 
peut-être sous le type mythologique des Dioscures, l'idée de 
la condition héroïque parmi la félicité éternelle. 



N" VII. 

SDK L'.\ VASi; PKI.NT DU MUSEE DU LOUVltE, 
PAU M. lUVAlSSON. 

M. Havaissori présente à l'Académie un dessin d'un vase 
[)einl. lérylhus à couverte blanche de fabrique athénienne, 
d'une grande beauté de dessin et dont le sujet doit être inter- 
prété à son avis, tout aussi bien (pie celui dont il a parlé dans 



— 172 — 

la séance précotlt-'iilc, coininc un nioniniicnl (l<! la cro\anc(3 
grecque en une autre vie. 

On voit sur ce vase une stèle funéraire entourée de bande- 
lettes. Devant, et sur les degrés qui portent la stèle, une 
femme est assise, tenant sur le dos de sa main droite deux 
petits oiseaux. Derrière elle est un jeune homme appuyé sur 
une lance; devant elle, une jeune femme qui tient une cor- 
beille remplie sans doute, comme on peut le supposer d'après 
de nombreux exemples analogues, de rubans, de fleurs ou 
autres menus objets de luxe et de toilette. 

On a rencontré souvent, sur les lécythus athéniens à cou- 
verte blanche, des tableaux à peu près semblables, ([u'on a 
toujours expliqués connue représentant des offrandes appor- 
tées à des tombeaux, ou, plus brièvement, des ojjfrandcs funè- 
bres. 

Mais, d'abord, on ne voit jamais dans ces scènes une liba- 
tion, ce qui était l'ollVande principale cl la plus ordinaire. 

En second lieu, sur un des lécythus altiques publiés par 
Stackelbcrg dans ses Tombeaux des Hellènes, la femme assise 
sur les marches de la stèle se tient le genou gauche, altitude 
toujours expressive du repos; sur un aulrc, elle est entière- 
ment nue. Est-il possible de voir là une personne qui accom- 
plit cette cérémonie religieuse d'apporter des oITrandes à un 
tombeau? 

Enfin, sur le lécythus même (|ui vient d'entrer au Louvre, 
les oiseaux que porte la femme assise sont, comme on vient de 
le voir, posés sur le dos de sa main. 

Celle représentation s'explique aisément si on la compare à 
celle qu'offre un aulrc lécythus publié j)ar Slackelberg, où un 
jeune homme porte pareillement sur le dos de sa main un 
petit oiseau auquel un second jeune honnne. qui fait face au 
premier, présente le dos de sa main , ("videmmenl pour y ap- 
peler l'oiseau. 



— 173 — 

C'est 1h pcrlainement un de ces jeux, de ces divertissements 
auxquels, sur de nombreux monuments dont j'ai déjà eu 
l'occasion de parler, on voit se livrer les habitants de l'Elysée. 
Sur une pierre gravée qui appartient à notre savant confrère 
M. Le Blant, et qui représente une de ces scènes qu'on ap- 
pelle communément des repas funèhres. la femme, assise, 
comme d'ordinaire, sur le lit, porte un petit oiseau sur le dos 
de sa main. C'est un indice de plus que ces sortes de scènes ne 
sont ni des repas funèbres, ni de simples repas de famille , mais 
bien, comme je crois l'avoir prouvé (dans le Monument de 
Myrrhine), des tableaux allégoriques de la félicité élyscenne. 
Le tableau que jirésente le lécythus acquis par le Musée n'est 
donc autre chose que la représentation d'une scène de l'autre 
vie. Les personnages y sont des morts, et le lieu l'Elysée. 

La stèle ornée de bandelettes et qui, sur d'autres lécythus 
du même genre, l'est souvent aussi de couronnes et de flacons 
à parfums, figure le tombeau honoré, comme un temple, où 
habite un être divin; souvent, en effet, on voit voltiger, à l'en- 
tour, des ombres ou âmes, sous la forme de très-petites figu- 
rines ailées. Les personnages sont des morts, parmi la paix et 
les délices de la vie divine. Les lécythus athéniens sur lesquels 
sont peintes ces scènes sont revêtus d'une couverte blanche, 
sur laquelle les objets, et les personnages surtout, sont tracés 
en rouge; pour quelques ornements et quelques accessoires, 
il est aussi fait usage de certaines autres couleurs, telles que 
le blanc et le brun, mais dans une faible mesure. Il faut se 
rappeler ici que le blanc et le rouge, le rouge pourpre sur- 
tout, étaient les couleurs qu'on croyait éminemment propres 
aux dieux, et, par suite, aux héros, aux rois, etc. 

Enfin, il est à propos de remarquer qu'on trouve beaucoup 
de vases peints des épotpies les [)lus récentes sur lesquels se 
voient une stèle ceinte de bandelettes et, à droite et à jjauche, 
dilTérenl-^ personnages, femmes et jeunes hommes surtout. 



V, 



— 17/i — 

IciiinU (l(3s évt'iiluilt., (ics «{uirlaiulcs, des c:unVct>, clos llu- 
cons, elr.; co ne sont point là des offrandes Janèbres , et, sur ces 
vases comme sur les lécythus athéniens , le sujet représenté n'est 
autre chose que l'éternel thème que reproduisent, contrai- 
rement aux opinions en faveur dans l'archéologie moderne, 
un nombre presque infini de monuments antiques, c'est-à-dire 
la vie divine et héroïque, à laquelle la mort fait arriver les 
hommes. 

M. Miller rappelle, à ce propos, que l'Académie avait pro- 
posé autrefois pour sujet de prix une étude sur les reijas fu- 
nèbres, et que le mémoire de M. Albert Dumont, qui fut 
couronné, contenait une théorie que contredit celle de M. Ha- 
vaisson. 

M. Maury demande à M. Havaisson si les inscriptions 
justifient son interprétation sur le sens des représenlalions 
funèbres. 

M. Ravaisson reconnaît que les inscriptions expriment 
quelquefois des idées opposées, et l'on ne peut s'en étonner; 
car il y avait, dans l'antiquité, des sentiments bien divers à 
ce sujet. Au contraire, la croyance publique et traditionnelle 
est constamment reproduite sur les monuments ligures; mais 
il y a des inscriptions on très-grand nombre qui expriment 
de la manière la plus décidée cette même croyance, et, parmi 
ces inscriptions, plusieurs, entre autres celle des Athéniens 
morts à Potidée, (jui ont un caractère public et solennel. 



N" VIII. 

FOUILLES EXÉCUTÉES À MYCÈNES , l'Ail M. SCHLIEMAINIV. 

Pausanias, après avoir rapporté (|ue Mycènes, après la 
guerre médique, fut entièrement détruite par les Argiens. 
ajoute qu'on voit encore près du mur d'enceinte de la cita- 



— 175 — 

tleUe les lombes îles |»rinces de rt^poque hoivi^ri([iie. On a\iiil 
chert'hé ces tombes tlaiis la ville basse; M. Sclilieinann, visi- 
tant Mycènes en 18G8. émit dès lors l'opinion qu'elles de- 
vaient se trouver dans la citadelle même. Cette opinion, im- 
primée dans son livre sur Ithaque, a été vérifiée par les 
fouilles. 

Trente-quatre puils furent d'abord creusés au sommet de 
l'acropole. Deux de ces puits, dans le voisinage de la fameuse 
porte aux Lions, fournirent un certain nombre d'idoles ou de 
femmes cornues, dans lesquelles M. Schliemann voit des 
figures très- antiques d'Héra, divinité tutélaire du pavs. 

Les fouilles, un instant suspendues, furent reprises en 
juillet l'S-yt). Elles débutèrent par d'intéressantes explorations 
sur l'emplacement de Tirvnthe. 

Le 7 aoiit. les fouilles de Mycènes commencèrent pour la 
seconde fois : elles durèrent quatre mois et employèrent 
chaque jour en moyenne cent vingt-cinq ouvriers, répartis en 
plusieurs groupes, dont l'un sous la direction de M'"' Schlie- 
mann. Six voitures transportaient les déblais qui eussent en- 
combré les excavations et les tranchées. Les recherches furent 
dirigées : 1" sur le batmient souterrain appelé Tréaor; 2" sur 
la citadelle. 

Véli-Pacha avait essayé, sans y réussir, de [)ratiquer une 
ouverture dans le Trésor. On n'y a rien trouvé (pie quelques 
fragmenis de frises el une feuille d'or. Dans le passage situé 
au-devant du Trésor, les poteries recueillies ont paru très- 
anciennes : ce sont de grands vases avec des bandes de 
méandres et des bandes de grues. 

Dans l'acropole, M. Schliemann a rouvert le passage de la 
porte aux Lions; il a déblayé le seuil de cette porte, l'un des 
plus grands que l'on connaisse (8 pieds de large, 1 2 pieds d(! 
long). Il f)orte quinze sillons parallèles (les(ir)és à assurer le 
pied des bétes de somme: on y voit encore les trous des 



1 2 



— 17G — 

gonds cl le creux qui recevait la barre de la porte. A ganclie 
était une petite chambre, ap[)nremment la loge d'un gnrdien. 
Trois mètres plus loin, deux maçonneries saillantes semblent 
indiquer une seconde porte. Dans l'intervalle il y avait deux 
conduites d'eau, cra[)pareil cyclopéen, aboutissant à deux ré- 
servoirs. Un peu plus loin , au-dessus de l'emplacement des 
cinq tombes, trois rangées de stèles ont été mises au jour. 
Quatre -d'entre elles étaient sculptées. 

L'une représente en bas-relief un chasseur debout sur un 
char attelé d'un cheval; au-dessous du char, un chien en 
quête de gibier. La scène est entourée d'une marge contenant 
des cartouches remplis de belles spirales. L'autre stèle repré- 
sente un guerrier armé d'une épée, debout sur un char attelé 
d'un cheval; devant le cheval un autre guerrier essaye de 
frapper d'une lance le personnage debout sur le char. Sur la 
lance est figuré un objet analogue aux idoles trouvées à His- 
sarlik. Derrière le char on voit un Jituus et une épée. 
M. Schliemann considère ces sculptures comme l'œuvre d'une 
école purement hellénique, sans trace d'influence orientale, 
qui marque le point de départ de l'art des Phidias et des 
Praxitèle. 

Les stèles étaient disposées en deux cercles concentriques 
reposant en partie sur le roc, en partie sur une maçonnerie 
cyclopéenne. 

En continuant les fouilles, on découvrit plus bas d'autres 
stèles funéraires. Plus bas encore, on mit au jour un autel 
d'aspect cyclopéen, recouvrant de nouvelles ^stèles funéraires. 
Enfin, au-dessous de ces monuments, on rencontra cinq vastes 
sépulcres quadrangulaires , creusés dans le roc , d'environ 
8 mètres de long sur 5 de large, et revêtus à l'intérieur, 
en bas, sur les quatre faces, d'une maçonnerie d'appareil cy- 
clopéen. Le fond était formé par un lit de cailloux. M. Schlie- 
,mann explique la présence des cadloux f*n supposant qu'ils 



— 177 — 

étaient destinés à établir la ventilation du biicliei'. Il décrit 
de la manière suivante le mode d'incinération partielTe au- 
quel on a dû recourir : au fond des tombeaux, on aurait 
accunmlé du bois et on aurait formé de la sorte autant de 
bûchers qu'il y avait de personnes à inhumer. Dans une 
chambre on a compté cinq bûchers séparés; dans une autre, 
trois; une des chambres contenait un seul bûcher. On plaçait 
sur les matières combustibles les corps recouverts d'ornements 
d'or et de vêtements magnifiquement décorés de larges bou- 
tons d'or; on jetait dans la tombe de grandes quantités de 
bijoux et d'ornements d'or. 

L'une des chambres a donné cinipiante-trois seiches d'or; 
de grandeur naturelle, soixante-dix placpes d'or représentant, 
en beau travail au repoussé, des papillons, des seiches et 
autres objets; d'autres plaques, également d'or, en forme de 
sanctuaires, montrant à la partie inférieure trois assises de 
maçonnerie cyclopéenne, surmontées de trois niches séparées- 
par une colonne parfaitement semblable à celle qui est entre 
les deux. lions de la porte. 

Les niches sont terminées par une construction en manière 
de tourelle avec quatre cornes à la ])artie supérieure. Au- 
dessus, on voit deux colombes qui s'envolent. Dans la même 
chambre, on a recueilli encore plus de quarante diadèmes 
d'or, avec rosaces et spirales au repoussé; vingt-cinq gobelets 
d'or, richement ornés, dont plusieurs d'un grand poids (l'un 
d'eux pesait a kilos); une quantité de vases d'or, de coulants, 
de colliers, de bagues avec intailles. Ici l'intaille montre un 
homme tuant un lion; là un lion seul; adleurs un combat où 
trois guerriers sont vaincus par un seul; une chasse au cerf; 
trois idoles à tête cornue; quatre autres idoles analogues à 
celles d'Hissarlik. 

11 y a une inlaille particulièrement intéressante. Sous un 
dattier chargé rie dattes, une femme est occupée à lueillir 



— 178 — 

(les Iriiils; de raiilrc rùlé cl<; l'arbre, une leiiiine est assise, 
vêtue d'un large et long pantalon. Ses pieds sont nus; sa tête 
est couverte d'un turban diadénié du(juel pend sur le dos un 
long ornement; un nias(jue est sur sa face; de la main droite 
elle offre trois pavots à une troisième femme debout devant 
elle, vêtue comme elle, avec cette différence que son masque 
est levé. Ce troisième personnage étend le bras pour recevoir 
les fleurs; au-dessous du bras est représentée une femme en 
plus petites proportions, avec un turban et un masque, et te- 
nant des signes symboliques. Derrière la lennne qui reçoit les 
fleurs est debout une quatrième femme, et derrière celle-ci, 
sur le bord de l'intaille, sont figurées six idoles, rappelant le 
masque de Minerve tel que le montrent plusieurs monuments. 
Tout en haut, on voit la mer, d'où émergent le disque du so- 
leil radieux et le croissant de la lune. 

Mais revenons au rite de la sépulture. On mettait le feu au 
bûcher, après avoir disposé le défunt sur sa dernière couche 
et quand on avait jeté toutes ses nchesscs dans la tombe. Le 
feu ne devait point consumer entièrement le cadavre, mais 
seulement détruire les vêtements et en partie les chairs. On 
éteignait le bâcher en le recouvrant d'un lit d'argile, puis on 
comblait le sépulcre avec des cailloux. Ce procédé, qui parti- 
cipe de l'inhumation et de l'incinération, est nettement indi- 
qué, selon M. Schliemann, par l'examen des tombes. Autre 
particularité non moins étrange : la face du mort est recou- 
verte d'un masque d'or massif; on a retrouvé ces masques en 
place; tous ont une physionomie différente, ce qui porte h 
croire qu'ils représentent les traits du mort. 

Auprès de l'un des corps, que l'on a réussi à conserver 
presque à l'état de momie, on a recueilli douze placpies 
d'or représentant un lion poursuivant un monstre marin, ou 
un lion poursuivant un cerf, devant lequel est figurée une 
grand*' \r\v de \aclie à (juaire cornes et à la gueule Ix-ante. 



— 179 — 

L'uii des tombeaux contenait une grande tète de vache d'ar- 
uent à cornes d'or: plus de deux cents é[)ées de bronze à deux 
tranchants, longues de plus d'un mètre, la plupart brisées, 
mais toutes étroites à ce point qu'elles rappellent la forme 
de la rapière; un très-grand nombre d'épées courtes à deux 
tranchants, à large lame, à poignée d'or plaqué sur bois. 

Quelques lames sont plaquées d'or dans toute leur lon- 
gueur. Avec les épées se trouvait une quantité de grands 
boutons semi-globulaires, de bois ou d'albâtre, ornés de clous 
d'or; de boutons de bois ronds ou en forme de croix, plaqués 
d'or avec intailles finement gravées. Mentionnons encore une 
masse de baudriers d'or, ornés de rosaces; des ornements pour 
attacher les knémides; des broches d'or, grandes et petites , dont 
l'une représente une femme aux bras étendus, surmontée d'un 
palmier; trente-deux immenses casseroles de cuivre; une 
multitude de boules d'ambre provenant de colliers. 

En 18G8 et en 1870, des explorations habilement dirigées 
par M. Alf. Billiotti, aujourd'hui consul anglais à Trébizonde, 
amenèrent la découverte, à lalysos (île de Rhodes), de quatre 
chambres sépulcrales, dont une, qui n'avait jamais été ou- 
verte jusque-là, fournit une riche moisson d'objets antiques 
de toute sorte (vases, bijoux, ornements, etc.). 11 paraît que 
la poterie d'ialysos, conservée au British Muséum, est ana- 
logue à celle de Mycènes. L'un des directeurs de cet établis- 
sement, M. Newton, a écrit une lettre, dont M. Schliemann. 
donne lecture, et qui signale le rapport de forme et d'orne- 
mentation qu'offrent la poterie de Mycènes et celle d'ialysos. 

Sur la poterie d'ialysos on retrouve fréquemment le sym- 
bole de la seiche tracé sur les disques d'or de Mycènes: on y 
remarque aussi la figure d'une sorte de poisson tubulaire. 
l'Amphitritc. Nc3craienl-ce juislà des souvenirs de l'épocpic où 
les plongeurs phéniciens allaient rechercher le murex pour la 
pourpre de Tyr jusque dans les eaux grecques? A lalysos on 



— 180 — 

a recueilli une idole de terre cuile lepréseiihiiit une ieiiiiue 
en apparence cornue, mais dans laquelle M. Newton reconnaît 
une leninie ayant les deux bras levés; deux vaches de terre 
cuite, dont la forme et l'ornementation ressemblent à celles 
des objets analogues trouvés à Mycènes; une bague en or; 
j)lusieurs pierres précieuses gravées, sur l'une desquelles on 
voit deux lioiis debout sur leurs |)attes de derrière et affrontés 
comme sur la porte de Mycènes; une boîte d'ivoire avec cou- 
vercle en forme de canard (travail égyptien); un scarabée de 
j)orcelaino avec le cartouche d'Aménophis 111. M. Newton ex- 
j)rime l'opinion que la sépulture d'Ialysos remonte à une très- 
haute antiquité et qu'elle est contemporaine des tombeaux de 
Mycènes. 

N" IX. 

»UH LA DÉCOUVERTE D'UNE FONDERIE DE L'EPOQUE PRÉ-H0M.\^^E , 

PAR M. GOZZADINI. 

M. le sénateur comte Gozzadini, sénateur du royaume d'I- 
talie, |)résident de la Société d'histoire nationale, envoie une 
note sur une cachette de fondeur ou fondene, découverte place 
Saint-François, à Bologne, il y a quelques mois. Cette fonderie 
se fait remarquer entre toutes les fonderies connues par le 
nombre et la variété des objets. Quatorze nulle pièces de toute 
nature, pesant quinze cents elquehjues kilogrammes, avaient été 
à une époque inconnue, mais fort ancienne, que M. Gozzadini 
estime être le x" ou xi' siècle avant notre ère, soigneusement 
renfermées dans un immense dolium en terre cuite qui nous 
les a conservées. Ce dépôt est, de beaucoup, le plus riche de.^ 
dépôts de ce genre signalés jusqu'ici tant en Suisse qu'en 
France, en Danejnark, en Suède, en Hongrie, en Angleterre 
et en Hussic. La [)ro{)ortion relative des objets entre eux et 
par rapport aux autres fonderies européennes ronnues offrua 



— 181 — 

aux arilicologues un sujet d'éludé iiiléressant. Relevons les 
principales observations adressées sur ce sujet à l'Académie par 
M. le comte Gozzadini. 

Le vase ou doUum contenant les bronzes gisait à la pro- 
fondeur de deux mètres, un peu au-dessous d'un reste de pavé 
qu'on peut rapporter à l'époque romaine. Ce vase, de i",20 
debaut et de o™,85 d'ouverture, n'aurait pu, malgré sa capa- 
cité exceptionnelle, contenir l'énorme quantité de pièces re- 
cueillies si elles n'avaient été rangées dans un ordre parfait. 
Les gros morceaux étaient au fond; les bacbes, tout autour à 
plusieurs étages; le reste disposé avec le plus grand soin. Le 
loisir n'avait pas ujanqué au possesseur de ce trésor au mo- 
ment de l'enfouissement. 

Les objets dominant dans cet ensemble sont les fibules, les 
haches, les bracelets, les lances, les ciseaux, les faucilles, les 
lasoirs. Les épées sont excessivement rares. M. Gozzadini 
donne les chiffres suivants : 

Fibules, 2,897; haches, i,35c); bracelets, 170; lances, 
110; ciseaux, 98; faucdies, 89; rasoirs, ho. 

Viennent ensuite : scies, 22; gouges, 90; limes, 17; cou- 
teaux, i5; mors de chevaux, 10; instruments fusiformes, G; 
épées, 5; figure humaine ilhyphallique, i. 

Nous laissons de côté un nombre immense de boutons, 
clous, disques, fragments de ceintures, placjues estampées et 
Doo kilogrammes de culots de métal. 

La comparaison de ces diverses catégories d'objets, avec 
l'ensemble des découvertes précédentes, a conduit M. Gozzadini 
à des résultats curieux. Tandis (jue la seule fonderie de la place 
Saint-François contenait 2,897 ^''>ules, les G 7 fonderies de 
Suisse et de France étudiées jusqu'ici n'en présentent que 7, 
remarque curieuse et qui semble indiquer (jue le mode 
de se vêtir n'était pas le même des deux côtés des Al[)es à l'é- 
poque où rcs j'nfouisscmenls oui ^n lieu. D'autres inégalités 



— 182 — 

>sont t'galeiiK'iil à iioler. Hasoiis. /io à Bologne, 3 stMilciiienl 
en France et en Suisse; limes, 1*7 à Bolo{];ne, 1 sculeinenl 
en France et en Suisse; mors de bride, 10 à Bologne, 1 seu- 
lement en France et en Suisse; haches, 1 ,3o(j à Bologne, 797, 
c'est-à-dire plus d'un tiers de moins, en France et en Suisse. 

Les 67 fonderies de Suisse et de France reprennent l'avan- 
tage pour les faucilles et les lances: 1 1 3 faucilles contre 89 à 
Bologne, i5/i lances contre 110. 

Quelques objets, comme les instruments fusilormes, ne se 
sont absolument rencontrés qu'en Italie. Les fonderies fran- 
çaises et suisses n'en ont offert aucun spécimen. 

«Quant à l'époque à laquelle on peut rapporter notre fon- 
derie, dti M. Gozzadini, il faut exclure le plein âge du bronze, 
car les rasoirs lunules, les outils fusiformes, la figure ithy- 
[diallique , quoique grossièrement primordiale, et surtout 
l'usage très-répandu des fdjules appartiennent à un temps 
moins ancien. Mais si l'on ne j)eut abaisser beaucoup l'âge 
de cette fonderie, on est en droit de la rapporter soit à une 
époque de transition entre l'âge du bronze et l'âge du fer, soit, 
plus simplement, au commencement de l'âge du fer. Il s'en- 
suivrait que la fonderie de la place Saint-François serait à peu 
près contemporaine de la nécropôle de Villanova', contenant 
beaucouj) d'objets identiques à ceux de la fonderie. Villanova 
paraît remonter au x'' ou xi* siècle avant J. C. 

^h^ fonderie bolonaise offre donc un grand intérêt, tant à 
cause de la date à laquelle on peut la rapporter, qu'en con- 
sidération de l'énorme quantité des pièces ([u'elle contenait , 
d'où l'on peut conclure que la région où fut enfouie cette fon- 
derie était anciennement un grand centre de fabrication d'ob- 
jets en bi'onze dont une bonne partie était emportée au delà 
des Alpes. 15 

" Ln Ufcropolf (If ] illiincvc . thnnivfrlf ri ilrrnlr fxir le acnalvur l'oiiilr (int- 
zadiin. • 



— i8;i — 



SUR LE DKOHIFFUEMENT DES INSCHIPTIOINS CYPRIOTES, 
PAR M. MICHEL liREAL. 

Les inscriptions trouvées dans l'île de Chypre sont de trois 
sortes : en écriture grecque, en écriture phénicienne et en 
une écriture particulière, qu'on ne rencontre nulle part ail- 
leurs et qu'on appelle cypriote. Les inscriptions de cette der- 
nière espèce s'élèvent aujourd'hui à environ quatre-vingts. Le 
premier qui en ait fait un recueil est M. le duc de Luynes; 
voici à quelle occasion. Il avait acheté en i85o de M. Peretié, 
consul de France à Beyrouth , une tablette de bronze trouvée 
à Dali, l'ancien Idalium, et couverte sur ses deux faces d'une 
écriture inconnue. L'année suivante il acquit encore du même 
amateur un instrument de bronze, sorte de bout de massue, 
sur lequel étaient tracés quelques mots dans la même écriture : 
il avait été découvert au même endroit. Cette double acquisi- 
tion permit au savant antiquaire de résoudre une ([ucstion 
((ui le préoccupait depuis longtemps. Dans presque toutes les 
collections de médailles on trouvait, au nombre des pièces 
non classées, un certain nombre de monnaies portant comme 
emblèmes un bouc ou un bélier, et ayant une légende en ca- 
ractères inconnus allant de droite à gauche. L'identité de cette 
écriture avec celle des deux monuments dont nous venons de 
parler le confirma dans la pensée que les médailles en ques- 
tion étaient d'origine cypriote; ce fut pour lui l'occasion do 
j)ublier le beau volume intitulé : JSummnaliquo et inscrlpUona 
cypriotes ( Paris , 1862). 

Dans les anné"s qui suivirent, des collections ( ommencèn^nt 
à être faites dans l'île de Chypre par M. Hamihon Laug. con- 
sul d'Anglelerrn à Larnaca, [»ar M. \r g(''ii(''ral Cesnola, consul 



— 18/» — 

r 

(les Etals-Unis tluiis l;i iiiêiiie ville, et par un havuiil ^Mec, 
M. Denieirios Piérides. M. tle Vogué rapporta au Louvre, de 
sa mission en Orient, onze inscriptions de cette sorte, dont 
une bilingue. 

Le décliifl'renient commença en 1872. Les premiers Ira- 
vaux parurent dans le journal récemment fondé des Transac- 
tions of lit e Society for hihlical <irclieolo(>y . Un article de M. Ijcing 
appelle l'attention sur une inscription bilingue, en pbénicien 
et en cypriote, qui faisait partie de sa collection. Un second 
article, dû au regretté assyriologue Georges Smitb, connnence 
le décbiffremcnt au moyen de cette même inscription , dont il 
parvint à lire quatre mots, savoir : Mclclcijatlion (le nom d'un 
roi d'idalium qui régna de 385 à 3^0 av. J. C), Idalium, 
Citium, et le mot signifiant «roi??. Ce mot n'était autre ([ue 
^ccaiXevs. Smitb lit ensuite un certain nondjre de noms sur les 
médailles, tels que Stasioicos, Eveltbon,Evagoras. Il reconnaît 
la nature syllabi([ue de Talpbabet et il donne exactement la. 
valeur de dix-neuf signes. 

Après lui, le célèbre égyptologue M. Samuel Bircb, tou- 
jours dans le même recueil, confirme la découverte de Smitb 
et reconnaît dans le cypriote un dialecte grec. Il commence 
à lire la tablette de Dali. Mais le sens de cette inscription 
n'est pas encore clairement aperçu. 

Un savant trop tôt enlevé à la science, M. Jobanncs Bran- 
dis, en rectifiant la valeur de certaines lettres et en écartant 
«juelques formes {grammaticales imj)ossibles, fait faire un no- 
table [)rogTès au déchiffrement. Ses observations sont consi- 
gnées dans un ^mémoire soumis à l'Académie royale de Berlin 
(5 mai 187 3). Il a une intelligence générale de la tablette de 
Dali, dans Ia(juelle il voit un contrat de location entre la ville 
d'idalium et un certain Pasileus, fils de Pasiagoras. Malheu- 
reusement il n'eut pas le temps de poursuivre ses travaux , car 
il mourut le ^ jinib'l iHy^.. 



— 185 — 

Le déchilTrement complet se lit l'année suivante : il se fit 
même deux fois, d'un côté par M. Moriz Sclmiidt, de l'autre 
côté par MM. Deeckc et Siegismund, qui, travaillant d'une 
façon indépendante, arrivèrent à des résultats identiques. Le 
mémoire de M. Moriz Schmidt est intitulé : Die Inschrift von 
lâaUon und (las kijprische Sijllabar; léna, 18-76. Celui de 
MM. Deecke et Siegismund parut presque en même temps sous 
le titre : Die ivichli^slm kijpriscJten înschriftcn. Il est inséré an 
tome VII des Stiidien de Georges Curtius. Ces deux travaux se 
rencontrent sur un très-grand nondjre de points; ce qui n'est 
pas moins important, c'est que les points oii Deecke et Siegis- 
mund ont, sans le savoir, dépassé Schmidt, confirment ou 
complètent de la manière la plus heureuse les découvertes de 
ce dernier. 

Depuis ce temps , des articles de M. H. L. Ahrens dans le 
Philologus (XXXV et XXXVI) et de M. Theod. Bergk (Joimird 
liuéraire d'Icna, 1876) ont encore fait avancer en quelques 
parties l'interprétation. 

Le cypriote est un dialecte éolicn, se rapprochant surtout 
de l'arcadien. Certaines formes dialectales, comme le génitif 
en av des noms masculins de la première déclinaison, ou 
comme le génitif singulier en cov des noms de la seconde 
déclinaison, se retrouvent sur les inscriptions de l'Arcadie. 
D'autres particularités avaient déjà été signalées par les lexi- 
cographes ou les grammairiens de l'antiquité : ainsi la forme 
a-î$ au lieu de ti's, nds pour xa/, zrléXis pour isokis, ctTkos pour 
otXkos. La langue est toujours conforme aux lois de la syntaxe 
grecque; les noms, les pronoms, les articles, les verhes pré- 
sentent les flexions qu'on doit s'attendre à trouver d'a[)rès les 
règles ordinaires. L'écriture, assez lâche en ce qui concerne 
les muettes et les nasales, est d'une grande rigueur pour les 
autres consonnes de l'alphabet, ainsi que pour les voyelles et 
j)our les diphthongues. 



— 180 — 

Le contenu de la tablette de Dali, (jui, sauf quelciuos en- 
droits, se lit tout entière aujourd'hui, est un contrat fait 
entre la ville d'Idaliuni et un mc^decin nomme Onasilos et ses 
frères, pour venir soigner les malades à la suite d'un siège 
soutenu par la ville contre les Perses et les Citions. Une ré- 
compense en- argent, ou, à son défaut, des pièces de terre 
sont promises à Onasilos. Le contrat est déposé dans le temple 
d'Atliéné, à Idalium. 

Le déchiflrement a reçu, depuis, une double confirmation. 
M. Piérides a publié en 1876 une inscription trouvée dans 
l'île, qui donne le même texte deux fois, une fois en carac- 
tères grecs, l'autre fois en caractères cypriotes. Le texte cy- 
priote, lu d'après les règles qui venaient d'être établies, est 
identique au texte en lettres grecques. On y trouve, entre 
autres choses, le génitif ^Tocaïav dont M. Piérides ne se rend 
j)as encore bien compte. L'autre inscription est le texte bi- 
lingue rapporté en 1860 par M. de Vogué. On lit en grec : 
KAPYS EML Or, la partie cypriote, d'après un examen 
minutieux, porte Koipv^éixî. 

Quant à l'écriture, d'après un récent travail de i\L Deecke, 
il faudrait y voir une transformation de l'écriture assyrienne. 
Toutefois, la question n'est pas encore pleinement élucidée, 
non plus que plusieurs autres se rapportant à cette décou- 
verte. Ce pourra être l'occasion d'une autre communication. 

N" XL 

SUR L'INSCIUPTION n" H DE RUPPELL, 
PAR M. ANTOINE D'ARBADIE. 

Voici la coj)ie de cette inscription telle qne je l'ai lue dans 
Aksum en juin 1 8/18 : 

I (.< A I IT-iP I >»tlA«?" <»II «h^^iC) 1 (7)Mîil '*('?) 



— 187 — 

5 1 1 oiHiCja^'î I <o ! HAac) I fl>n i aa (7) fl»H | (-fl;») l (o 

'< "fifl I •JT'U' I il/^'lh I <DAK I hù» i 0*TL^ I HA,e^rïi»*pîi | AeC 

Tj. (6) H.hU. I cn»7,lt i flUfïi I (3) i n.î, I ^lAl^ i (5) 

6. (6)^flï'p ! A0C I *fro*U- I A*?» I Û1C( 

7. ( 9 ou 3 j Afic I aiH-ffi I jii/i.h'fif/bC I d'flhîh I Ta I flfl, I ( 3 ou /i ) 

8. (1) AH('flh) I ùd I '^flohrfI I aihja(h)^a»- | •hT'ttuu \ if) 

9 (1) Ta I fln I 7'Fo I AAi/n 1 «to^t-ca i <djî4 i fl»ac.e 1 «(3) 

«o. (1) «fl?, I {'h)1di I O-dÎ! I iDh"liii I ïion I fl»»i>A4 I AoD«A (3) 
it. OîlA-^yja-^^A I hlVàlf- I tD'fitlh I fl>di'e(ïr<n»«) I (2) 
19 (1) h I 4't I .eftrdF» I ,e«ffl> I toflcn^C I 'î'PP'tn»» | 010(7) +(2) 
i3. (3) rao I rtfl, i î.h.e(i«) I hàrOl I flï(hn)JBÇ(i)Hfl>P (3) 

1/1 £D'^("7)AA I ?,?? I iffia?iîi-Ffl»« I fl)'MiP(h)h- 1 n-vjBA 1 (îi 

i5. 'fi^î.c ! flï*'hAîi- n-hnn. i n'^d/ii* 1 A,(i?)Aft, i (ojtTui^) 

16. A.*fl» I lD'^Ai»'îl« I mfO'l'A I dip^ I <DipAA I »»«pM j ?p 

i(')'î(3) 

«7 4••^A ! (DhZat'f* I fl»(h)«»0«Jh I n(a»«îi^)(i)/ic I îi(i)H2<Pî» 

'9 H^^-Cf) i ton I Au*!-) I fl>jBnco<« I î.h-A I ûi-nc^ i a>jsi(3) 

A 1 fli^^îAi I u^ùA I îl•fl,e•^I^ i aIrro«•^'fl'^ ! îiîiA | (oathi^) 

(JB)(3 ou 3) 

îir* I î^(îi)* I mt-itt I hai"?<5ïFflD. I .eAm*^ I ït-itt i <roAh(2) 

a3. (Oa^ft-fe-fî I h^ft-î* 1 fl»d/^ I (D%(D(D* I «n»7'rH* | nA(i)'h I (3) 

2/1. oDjih, I tùfi.i't I ?i7H ; ^^o'h{')(L't I flïnA"?( ') 

25. jaAh I s I >^;^A- 1 s | fl>h'î7fl.'ï'<B 1 «A | s | id2,A. | 'P-P-IM 
2fi. ^Th I s I ^7/b 1 3 I ô I hih. I s I A'p^j; I A I iiCh^ I s I "7<5 

iTflD» I (fll) 

27 ftA I flïAA'flP» I (*4«)« I -fli-C I (Dlh'P-b I AïC^» I h»' | flD^(0<:)(2) 

Î.A(3) 

29 (oo'»nc•^ I h-PA"/ i n/LH 1 aj-mi»!. <Dn7l?•^ 1 nîi.'iii i (3) 

3o. (i)oD^IÎ- I iJCB I ffl»^»/ I fllflCB I 'liA I (D,VaDiD \ <D^Arfl | (A) 

3i. oD4dA+ I fLH I hwbé: I •>«■* i fl>»ï*hu»«c I ^lft"?'^ 1 ku ( 5) 

32. (1) "î^r* 1 ?»A«B 1 .3 I Jitr I ? I <D4"hA- I (U%(D(D I <D(h)i(^^ 

33. (i)jB 1 Jî-li I hi^Oh- I hl^d.£irao- | OtTrni. | (Oaof^hao* \ fll^JB 

A 1 (ît«7) 
3« ïï.h'flA.C I fl>î.?»îi»- I éMo^ln- 1 AC*B | rhA7 I fl^rtCB I (J^) 

ïfc'J I (0 
3 > flCB 1 (^jUT-^Tf- I a>^A<h «DR-^]". I ao^di't 1 rt.^ ! MiT'iJ 

ITai (.) 



•2 
2 1 



2 2 



— 188 — 

37. «r(>i?)fl I «Dnîfrfi. I îtftïi I j^flïA I ffl I •ï'jBA I ai«"îiî, rhA) 

39. (Of I (D-thAh- I in»?n«J I fl^fli;•^ 1 o»^nC'^ i h'FA"! I HA.^ 
/lo. fli-hhH, 1 h-jx^: I 07<: I "îfr^» i a^ft'^ I «rt,^ | Hai(?) (H I )H 
/.i (2)h 1 A(^ît) 1 i? I A«- I i? I s I «V I Mti^ I s? I g 1 h* I 

A(OA)(0 
fi^. (2)('h)A I d«- I 7fi ! 4»->A I Mft^ I <DK*^ I .?.?'> I A(a)(') 
A3. (5^)C I hV- I «q» I flJ'ï'^'A I îhCh-(«) I oiruCïl I AU?« I iSSU) 

'^h. (i)(h)fl'7d I 2» I £.^ I <D•^nA>l« I ao-ia^ ! (iTie t nu^^ | (n)(9) 
«5. (1) 1 -hin^h ] À"îjB I fifl>«îi* I hcxh!^ I fliflïuni I ao-i^if 

A'j (i)(A)Ao%ja I PSl^d I ao^l/^^V 1 flino» ! p-r I ^h i A-i* I 

(Ç(OA) 
'•7 AJB"?λ I tL-t I flIhJB 1 «hCh- I ïlflo 1 f9°rh I iL-t | fl>?i-IJjB 
1 iL-t 

AH (3)^i I nx-^-* i œac'td I îi-îH i K'ii'i.rô i AAin i «oh»» 
A9. iioD-ia^: I H'^hAh• i aîi^il^ i a"7jb i nhia^i I <D(h)H 

5o ( i)HjR(R)a>«(0) I AîiODfl I Hi^A I (Oh^Ai I fli>iP-P I aM>i 

h-l(H^) 

59 -t I n-ïjBA I îi"ï»Lh I A"?)a I 



ESSAI DE TRAOrCTION. 

1 . ( l*ar la force) du roi de Aksum et de Hamer (el de Raydaii et de) 
Sàba-ï pour 

9. le renom des fils de la race de 'Amida, le valeureux Ilalen, roi de 
Aksum el de (Hamer) 

Dans les notes suivantes nos conjectures et corrections sont enire crocliels. Au 
commencement de la ligne, le premier cliiffre se rapporte à la lijpie de Tinscrip- 
tion ; le second cliiffre désigne le mot de colle ligue. Los simplos varianlos dans 
la lecture sont sans parenthèses. 

Ligne t, i" moi. jfl'IlJiiA]. 

Ligne -2,0: dlSi'i , <hA»'J ol rhA*} 

Ligne -i, <): [<D|f(h<^|. 



— 189 — 

."). el (1(! liaydan cl iU'. Saba-Ï et de Sàl^licii) cl de Zwiino cl, de ( |{ij;i 
<'Ulo) 

/i. Ras, roi des rois, fils de la dynastie de 'Aniida qui est invincible 
pour les ennemis 

5. de son royaume en tout temps. Et le seioneur de Kalhu(?) s'agila 
(jusqu'au point qu'on) 

6. tint devant lui des bravades fruerrières à l'adresse des ennemis (en 
disant : ) je me lèverai et 

7- contre l'ennemi : par la force du Seigneur j'ai fait la guerre (moi) 
iNoba quand il a attaqué 

8. ton peuple, quand il exhiba sa jactance et ne repassait pas le Tak- 
kàze. Et 

f). le Noba arriva en violentant les peuples des Mângurliâ et des Dasa 
et desBarya. A vrai dire 

1 0. la guerre fut inccssanle et il ravagea deux et trois fois Lunuh . . . 
(ou Muh. . .) 

11. Ses voisins furent tués au milieu de l'eau. Et, ils (les Noba) se 
levèrent (pour partir) et étant allés dans 

Ligne .3,1 : [C]. 

Ligne /i , .ï : [λA]. 

Ligne 5,1 : [ttao'i''J/**''lh] 

Ligne .S, /i : [hlllji] 

Lignes, .5 et G : HA | H'h(A). 

Ligne 6,1: [îiflîl : •|«fl)*PO] en njoiiUiiit iiii i>(mii' Innnor le passif de 
fll(D«d. Cepassifn'apasété rencontré par M. Dillnmnn , mais il osl oxpiessi^nienl 
admis par les professeurs indigènes. 

Ligne 7,2: Texte Iden lit [rt'tjBA \. 

Ligne 7,7: [JiKOh] on mot analogue. 

Ligne 8, 1 : | h/h'/'flil |. 

Ligne H, h: \ h^ùKrat- po,n> KjBO^]. 

Ligne H, fin : (DdOC \(D(ÏÔth\. 

Ligne (), 7 : OtllC^ . ,!(> préfère UC,P parci' ipio c'i'sl ime nalion voisine et 
• onnne. 

Ligne 9, lin : ^\ îiiflO«J. 

Ligne 10, 1 : [Oj-Aîi, ce mol ("tant rrpr((' on par inad\( liaiire, on ponr 
donner plus de force. Fin : Acn^rlfi . 

Ligne 1 1, 1 : Ala conjecture exigerait îiïlA an lieu de OllA . (le passage est 
fort ohsciH'. f.es trois mois '^onl séparés, non par les traits \er[iiaii\ ordinaires. 



— lUO — 

i-}.. [\c haul. pays) ils lui lirciil des proclamalions el ils pilièrciU ses 
biens. Et il nie sollicita 

i3. moi silencieux quand il m'apprit ces méfaits, et (c'est pourquoi 
il pleura) 

i/i. et (me) supplia de leur faire la {guerre, et je me suis levé par la 
force du 

iT). Seigneur et j'ai tué sur le Tàkkaze et au delà de He. . .Ike, et 
ensuite (le Noba) 

1 G. ne résista pas. Et j'ai suivi et pendant environ vingt-trois 2 3 (sic) 
joui-s 

17. la tuerie dura et je lui fais des captures forcées el volontaires |)aruii 
les habitants des environs, Une partie des prisonniers 



mais par de sinipies points. Ce n'est j)as tout : la variante porte Xloo | JRTTA . 
sans rendre compte du A inlermédiaire. 

Ligne 1 1, 3 : Ma conjecture exigerait fll'f«^fih«. 

Ligne 1 1, fin, et 19, 1 : [AK^jtl, On détruirait celte conjecture si la con- 
naissance exacte des rives do la Sida permettait d'affirmer qu'il n'y a pas de haute 
terre dans ses environs. 11 est de règle , au moins dans les temps actuels , qu'on 
peut donner Tun ou l'autre genre aux noms de choses inanimées; selon cette règle, 
Alî se rapporterait à £^Yl pris au féminin. 

Ligne 1 3 , /j : SR.00 n'oflre aucun sens; Rl?</o, singulier inusité de iiR^JlT' . 
t» frontières," n'en présente guère. S'agit-il ici d'nn nom propre? 

Ligne 1 a , fin el 1 3 , 1 : [(DOl'tTL ' aoCf^ao]. Dans celle restitution il faul 
donner à Ol't son sens vulgaire el juridique, ce t[ui est étrange. On pourrait 
supposer 07'H. ' JkC'TLT*, ''le silence m'enveloppa, n mais alors il faul modi- 
fier la lecture 9"o». 

Ligne i3, 5 : [îi^Ojais Tlj. 

Ligne i3, fin : [fDJgAO)]. 

Ligne 1/1, 3: ['t'i'HJiln'] 

Ligne lO, fin: [R'ÎO]. 

FJgne 16, 3 : ID^Ti'fsA. A Aksum je préférais lire flïo»rtli. 

Ligne 1 7 : C'est par souvenir que je donne au verbe ^UHl le sens de r cap- 
tura volontairement':. Un lettré indigène me dit au contraire que ce verbe s'ap- 
plique exclusivement aux bêles; mais il ne justifia pas ce sens par une citation. 

Ligne 1 7 , '1 : [ flfl>*l^'fî | -SC], en donnant à -SC son sens vulgaire; on peut 
aussi supposer [flfl>«7i'S ' 'V^C ]■ -pendant un .'ii'jonr dans Wï-ïda.v 



— 191 — 

i8. lui niruenée par mes gens qui tenaient la canijKigne pendant 
qu'on ln'iilait (les maisons) 

1 (). de Nïdiq et de Hasur et ils pillent les vivres et l'airain et les 

2 0. et ils détruisent les peintures des maisons et les greniers de ce- 
rivales; et par force 

9 1, ils les précipitèrent dans la Seda , et il mourut beaucoup de monde 
dans l'eau 

22. à cause de la presse et parce quelle faisait couler leurs barques 
alors qu'elles étaient pleines 

23. de femmes et d'hommes. Et on captura deux olFiciers (et) 

2 4. on revint au camp chargé de meubles et (ayant pour témoins) 

25. h Ysoko, h Kutali, /i nobles Zasa. Et parmi les morts (il y eut) 

26. /i Danok, h (je dis), 1 Dâgale, 1 Anaki, 1 Hâware, /i Kurkura 
leurs chefs , et 

27. .... on enleva à chacun, comme dépouilles, la sculpture d'ar- 
gent et l'anneau d'or. On trouva 5 trônes 

Ligne 18, fin : [h<D<OftP | h-fl^+j. 

Ligne 19,0: Le sens de «vivresn est supposé dériver du verbe inusité titlA, 
«mangea.» 

Ligne 20, fin: [fllQ'tjBA]. 

Ligne 9 1 , i : Il y a Ù»H au liou de (uH , écrit dans les lignes 29 , 3 1 , 35 , :Uj. 
Ceci prouve que Tincerlilude acliielle entre la troisième et la cinquième voyelle so 
faisait déjà sentir à cette époque. 

Ligne 21, 7 et 8 : Entre (D^tl-t et "ÎJB il n'y a qu'un point. 

Ligne 22, fin : Je suppose qu'il no manque pas do lillro ici. 

Ligne 93, 1 : [Q]ID«. . . . 

Ligne 2 3, fin : [fl> J on [tDlhtt]. 

Ligne 2'., '. : [IV? I fl.->]. 

Ligne 2/1 , fin : [ flifl A"?é)^"î* ] ce (pii est une simiilc Kinji^luro. 

Ligne 35, (i : H4 ou 114. 

Ligne 2 5,8: îirt» pour | 7iA | comuio à la ligne h. 

Ligne 95, fin: \T*'t: | îi"?!*]. 

liigne '.îfi, h vl .") : On dirait ijui' le graveur n mis d'aliord !i par orronr, cl le 
( liilTre 2 ensuite. 

Ligne 36, 10 : ïlClLlS*. 

Ligne aO, fin : liiippoll indicpio ici (pialr<! ictiros manquantes; ma copie n'a 
aucune mention à cet égard, ce qui me prive df Imilc donné.' pour clioiclior nu 
mot convenable (i-ruiiné par !•• ftA do la lij;uo •ai. 

Ligne ..7 . :; : *<-« ou <fe<«K | *<«X \. 



— \[)-2 — 

•>8. de clh'iiiibie el A ttuii'a. Et j'atleijjnis knsii (oui vu hvs (iiîmiI cl en 
(traversant) le 

99. confluent des rivières Sida et Tàkkàze, et parce que nous avons 
atteint ce 

3o. lieu bas avec le corps de troupes de MTdiasa ainsi que le corps 
des citoyens libres, les villa<;es de 

Hi. Nidîq el de Ilasur au-dessus de la Sida fui-ent remplis de sanj] 
et d'épouvante (et ils se soumirent). Les noms (des villajjes) 

Ihi. de Nïdïq [qui furent vaincus] sont des Ahve [au nombre de] i , 
des Dâro [au nombre de] 5o. Et on tua et Ton captura et l'on précipita 
( dans ) 

Ligne 127, T) : Le graveur peut avoir oublié ici un Éi ■ voy. I. ôi, k. Dans 
rÉtliiopie du sud l'anneau d'or est aujourd'hui un signe de commandement. 

Ligne 98, 2 : Nous ignorons le sens (]u lernie mara. 

Lignc28,rm:[îi/{.Aftia. 

Li^ne 2(), 1 : [^'Ifdd'l* |- '••' '^'ot revient à lu ligne -ig où nous iuons lu, le 
professeur et moi, «ro^ilC'l* en prenant ce mot pour un pluriel antifpie de aoTi 
ne pluriel qu'on écrit aujourd'hui efoÇ'flC'î'. La leçon ^'lIlCl'î*, suggérée 
par M. Dillmann , semble préférahle, bien qu'elle exige '^*\ pour an'i copié deux 
fois. L'idée « d'au tels )7 , quoiqu'un peu forcée, pouvait aller à la rigueur, car les 
génies ou dieux des rivières sont encore admis par le vulgaire en Ethiopie. Quel- 
ques Agaw leur font même des sacrifices ou des libalions, dit-on; on tout cas ils 
parlent de ces génies avec une crainte des plus respectueuses; on a donc pu leiu' 
'élever des pierres votives dans les temps antiques. 

Ligne 29, fin : [?iflh]. 

Ligne 3o, 1 : [IlOO^i^ff:]. 

Ligne 3o, G : [dSitOoffi^ | , ce verbe étant cité aujourd'hui pai- les professeiu-s 
indigènes. 

Ligne 3o, 7 : Voy. I. .'35, .'î. Je mets au pluriel ces deux verbes en les suppo- 
sant régis par hU7*/î de la ligne 3i . En elTel , %(0(D de la ligne 82 . copié an 
singulier, doit être compris au pluriel pour s'accorder avec K%^R4*. 

Ligne 3(), fin : Ibippell a lu (D^^. . . ; on pourrait en fniie (D^CO*, «el ils 
se soumirent," pai' analogie avi^r la ligne 35. 

Ligne 3), lin: [ixVbd]. 

Ligne 32, 1 : [H]. 

Ligne 09 , G : Le Ar de ce mot a le jamhage droit terminé par une fourche, ce 
«[ui est une manière bizarre d'indiquer la deuxième voyelle. 

iJgne 39, fin : Ma co[)ie n'indique pas le uoinlue de lettres qui pourraienl en- 
trer dans la larnm^ finale. Kuppell a . . ,ft'|*, r^' qui donne | CIHft'f' |, 



_ 193 — 

38. l'eau. [Les ViiinqueursJ i-eloiirnèreiit on sécurilé après avoir ins- 
pire le respect à leurs cnnenn's elles avoir vaincus |)ar la force du 

oh. Seigneur. Et ensuite j'ai envoyé le cor[)s de Iroupes de Halan (il 
le corps de Dâken et 

35. le corps des villages, et les villages des Noba au delà de la Sida 
frémirent et se soumirent. Et 

30. il travers le désert de Nïgus, les villages de Nulïq, des Kâse [et] 
des Noba on entreprit la poiu'suite des 

87. Noba, et Ton parvint jusqu'aux frontières des Noba ronges, et [nos- 
troupes] n'éprouvèrent aucun dommage de la part des 

38. habitants, et ils les capturèrent. Et ayant tué (les uns) et i-eçu 
(les autres) à merci par la force de mes serviteurs, 

39. j'ai élevé aussi un monument dans le confluent des rivières Sida 
/lo. et Takkaze, vis-à-vis la ville de Nidiq dans lile Wu-àza. 

/il. Le nombre d'iionunes qui se rendirent fut 200, (je dis) -ioi; 
les captures de femmes furent au nombre de /io5. Il y eut 
/(2. 3o2 dépouilles d'hommes tués, i56 femmes tuées . . . 

Ligne ;J3, 1 : ["ÏJjB. 

Ligne 35, 3 : M. Dillmann remarque avec raison que d.6idl vA eiiqjloyé ici 
dans un sens inusité aujourd'hui; son sens ordinaire est "bouillit^''. 

Ligne 3.j, A : On diruil aujourd'liui ftUth- 

Ligne 35, 5 : Mot à mot rrau-dessous do la Sida-;. Des troupes venant du liaul 
pays, et descendant toujours, ont naturellement appelé tren contre-bas)? ce qui est 
frau dciàn. 

Ligne 36, 1 : ipC?", 'fabîme,« m'a été traduit d^uis Aksiuri {lar dij^, fepays 
laissé désert pour protéger la frontière." 

Ligne 3(3, 2 : H uc saurait être question de 'i?«/**, «roi,;) car le v> est sa- 
cramentel dans ce mot et ses dérivés. Si la pren)ière lettre, Irès-frusle, a été bien. 
lue, Nïgus est un nom de lieu. 

Ligne 30, lin: ['^A-?» | HJ. 

Ligne 07, 1 : Je regarde ce faible K (oninx; un défaut de, la i»ierre. 

Ligne 37, fin : Ma copie portait après SDfit'Vi un Irait de séparation (pic j'ai 
elfacé ensuite comme n'cxislant j)as sur la i)ieii-i>: \ (D^f^'k*!*}. 

Ligne 38, 5 : \i\'h^^\. 

Ligne 39, 1 : Je suppose qu'il n'\ avait pus de leUiv dans la lacune (1).. 

Ligne /il, 1 : \-l-{\K]. 

Ligne /il, lin : [AA<1| en sii|i|iiiiiianl, dans ces Lllres très iVusIcs. 

Ligne '1;.. I : |<^'^•1^A |. 



— 19V — 

/i3 Il V eut des ciipluies et des tueries de (la liiJju des") Kui- 

kura et 5oo() prises de vaches 

lili. et 5oi5o de moutons. Et jai dressé ce uiouument ici à Sade pai- 
la force du 

lib. Maître du ciel, lui qui m'a aidé et m'a donné le royaume. Que 
le 

/i6. Chef du ciel rende ma royauté forte et, comme il a vaincu conj- 
pléteinent pour moi aujourd'hui, 

h'j. qu'il remporte la victoire pour moi et qu'il inspire la terreur par- 
tout oij j'irai. Et je rends grâces , quant à moi, pour 

li8. son don, en vérité et en justice, tant que je ne fais pas d'injus- 
tice aux peuples et que je ne les détruis pas. 

Ligne 6a, 3 : On lit 7fR. Nous savons qu'on gravait aussi du grec dans 
Aksum : il est donc permis de supposer qu'on a, par mégarde, mis un 7 éthio- 
pien pour un r grec, qui signifie ff trois». 

Ligne Aa, 7 : [£'*] en prenant lo "i de la copie pour un 5 mal fait et à 
demi effacé. 

Ligne 62, fin, et 63, 1 : On pourrait iiro M \ ["l'k^C], en sous-enlen- 
dant M ; mais cette lacune est peu importante. 

Ligne 63,5: Je prends Kurkura pour un nom de race ou de tribu. Les deux 
ih ont leurs feuilles tout en haut du jambage, comme dans îf*. 

Ligne 63, fin: [?9H]. 

Ligne 66, 1 : [HMIÙ]. 

Ligne 66,7: (liP^ ou llu^R . 

Ligue 66, fin, et l. 65,1 : [O^/îA]. 

Ligne 65, fin, et I. 66, 1 : [o»^(h,], car il ne semble pas y avoir de place 
pour répéter K"IH.h. Cette supposition conserve d'ailleurs un «h très-faible que 
j'ai cru lire. 

Ligne 66, 2: [^9^16] 

Ligne 66, fin: [^8.0»]. 

Ligne 67, 6 : [S] pour P. 

Ligne 67, fin : [(Dïtli^ \ A-i* | A]. Ceci n'est qu'une hypothèse, car ma 
copie ne signale pas d'espace pour ce A; toutefois cet espace est indique par Riip- 
pell. 

Ligne 68, 1 : [O-fl-p]. 

Ligne 68, fin : }io»û'> n'ofl'repas de sens; on n'en trouverait un qu'en allc- 
rant des caractères lus. Heureusement le contexte ne souffre guère par l'absence 
de rr mnf , que je IraHuis à tiMil hasarH «^n y ajniifaDl uni'' m^galion. 



19 







6 y. Ceci est un inomiaieiit que j'ai élevé au Maître du ciel qui m'a 
lait roi et qui tranquillise 

5o. celui qui l'invoque. Si quelqu'un l'arrache ou le détériore ou l'en- 
lève, que lui et 

5i. sa parenté soient déracinés et arrachés, qu'il soit déraciné de son 
pays. Et j'ai dressé ceci 

5a. par la force du Seigneur du ciel. 

Ligne /ly, 5 : [h"}?!!*!!!], le t ayant été oublié par le scuipleur. On n'ose 
suggérer Olvi,, car ce verbe est inusité dans celte voix : d'ailleurs on n'a pas 
le droit de faire permuter un 7i avec un 0. 

Ligne /.y, fin, et L 5 o, 1 : [flJ^llAÇ]. 

Ligne 5i , 'i : [ii^'tttbti*] , ie 9" ayant été oublié par le sculpteur, absoiu- 
ntent comme à la ligne 28 de l'inscription I déjà traduite. 



Les caractères de ces 62 lignes sont plus petits et moins 
bien gravés que dans l'inscription I. La feuille du T est com- 
plètement sessile; c'est un ï pourvu d'un petit rond en haut à 
droite et tel qu'on le trouve dans les plus anciens manuscrits. 
M. Dillmann a déjà remarqué l'absence de toute diphthongue 
sur ces pierres. Cependant elles contiennent toutes deux le 
mot AîiA*?^ que les vieux documents écrivent ordinairement 
Mt{t-f°. Les h se confondent le plus souvent avec A et, à la 
ligne 28 , au septième mot, on trouve "K, caractère usité de nos 
jours pour exprimer un "mjn chez les Tïgray qui, à l'instar des 
Araara, confondent les sons de et de J». 

La copie de l'inscription il faite par Rùppell est tellement 
remplie de fautes qu'elle n'a presque pas servi à notre essai 
de traduction. On ne saurait en vouloir à cet éuiinent voya- 
geur, car les caractères sont parfois très-difficiles à déchilfrer. 
II est évident que la pierre était primitivement défectueuse : 
ses fissures originales font souvent l'efl'et de ces traits qui sé- 
parent les mois et, à cause de ces fissures, il est arrivé plus 
d'une fois que des espaces, qui seraient remplis par Irois ou 



— 190 — 

(jiialnî K'Ures clajis une pierre saine, n'en ont jamais conlenn 
que deux ou trois. Ainsi noscIiilTres entre parenthèses servani 
à in(li([ucr, d'après la larjjenr ordinaire des caractères, le 
nombre de lettres manquantes, sont des maxima, et l'on semble 
presque toujours en droit d'en supposer une, ou même deux, 
de moins dans chaque lacune. 

Ecrite dans Aksum, en juin i8/i8. la note qui précède in- 
firme l'insertion de M. Sapeto qui dit' : «(iette inscription a 
52 lignes et elle est gravée sur une pierre de mar])rc de cinq 
pieds et demi de longueur et de deux pieds et demi de largeur 
( i"\ 78 sur 0"', 81). Ses lettres sont de la grandeur de 6 à 8 
lignes {i3 à 18 millimèfres) et gravées avec une perfection 
exquise, infiniment supérieure à celle de l'inscription grecque 
et himiarite ainsi qu'à celle d'une autre inscription éthiopienne 
du même temps de Tazena et que je rapporte également dans 
mon ouvrage, w Cette contradiction est nette. Nous persistons 
néanmoins à alfirmer que l'inscription II est moins bien gra- 
vée (pie la première de Riippell , que celle-ci cède en perfection 
de gravure à l'inscription sabéenne de Aksum et que cette der- 
nière n'offre pas les formes exquises des lettres sabéennes 
éparses sur la maison carrée de Yaha. En tout cas il est à re- 
gretter que la nature du recueil oii M. Sapeto a publié sa tra- 
duction de l'inscription II ne lui ait pas permis d'y joiïidre le 
texte primitif de sa copie qu'il nous dit avoir faite aiifac-si- 
milc. On ne saurait reconstituer ce texte d'après les termes de 
sa traduction française et, dès la j»remlèrc li;{nc, il paraît im- 
possible de condenser en gnz la phrase suivante, car elle doit 
représenter celte ligne unique: «Par la force de Dieu qui 
étend le ciel et la terre. Seigneur dans l'élernilé, qui a fait roi 
Tazena-. ?r On j)eul seulement conclure de là que M. Sapele 
a .supph'é un ^' à la fin de cette j)ren)ière lignp pour en loi- 

' A'oi/rc//c» aiinalm dru rni/nf(Pf, iS'iTi, t. II, p. ."lo^. 
' Il'itl. j). 000. ' 



— 107 — 

mer Tazena en le joignant au :ena de la ligne -2. An lieu de 
ce ih il n'y a qu'un espace vide où nous suppléons f^ d'après 
l'analogie de l'inscription 1. Le choix de Tazena connne nom 
du roi amène M. Sapoto à traduire Hlfthi' s dift*! parcdiomme 
d'Hrden55, ce qui est une troisième variante pour l'inlerpréta- 
lion de ces deux mois. En somme, le travail de M. Sapeto ne 
m'a été d'aucun secours. (>omme chacun voit à sa façon des 
lettres presque effacées, une copie indépendante est précieuse. 
Si je donne la mienne, en y joignant une traduction forcé- 
ment incomplète et étayée souvent par de simples conjectures, 
c'est dans le hut de provoquer une autre copie et, en l'atten- 
dant, d'engager les savants à faire des hypothèses plus vrai- 
semhlahlcs (|ue les miennes. 

Jusqu'à preuve du contraire, nous admettrons (pie l'expé- 
dition guerrière racontée dans l'inscription 1 avait pour 
théâtre la province dite aujourd'hui 'Ad Yaho. 11 en est de 
même pour le monument actuel. On y cite le Takkaze et la 
rivière Sida. Un lettré de 'Adwa nous dit (|u'ayant accompa- 
gné des chasseurs d'éléphants dans 'Ad Yabo, il avait atteint 
une rivière Sida qui en forme la limite du côté du nord, que 
celte rivière se joint au Takkaze et que sur ses rives, conipléte- 
menl inhabitées aujourd'hui, il avait vu les ruines d'une cons- 
truction faite en pierres et chaux. On peut expliquer ce der- 
nier fait en supposant (pie la route commerciale partant 
d'Adulis, et allant à Aksuni, devait ()asser par là pour aboutir 
à Méroé et, en tout cas, iinalement dans l'Egypte. Cette hy- 
pothèse expliquerait aussi l'existence d'une vilh^ nonniiée 
Nïdïq sise près le conlluenl du Takkaze avec la Sida. Ce der- 
nier cours d'eau est peut-être le Sélif des Arabes. La richesse 
amenije par le commerce entre Aksum cl l'Egypte devait per- 
mettre et l'achat de vases d'airain, et la décoration des mai- 
sons par la peniture. Sauf nue seule exception, qui conhrjnt; 
la règle. j(^ liai j)as vu en Ethiopie r](> p('iii(ur<'> clans les 



— 198 — 

m ' ' 



aisons privées: elles sont réservées aux églises, clonl un 
petit nombre possède aussi des vases de ])ronze. Une autre 
preuve de la décadence actuelle en Ethiopie, c'est la mention 
de bateaux dans l'inscription que nous examinons. Aujour- 
d'hui, au contraire, on emploie dans ce pays des radeaux, 
et le terme A<n»C, haleau, navire, n'est compris des indigènes 
que par ouï-dire. 

Malgré l'autorité de M. Sapeto, nous continuons à croire 
que le roi victorieux dont il s'agit ici est, non pas Tazena, mais 
Hàlen, le même probablement dont il est question dans 
l'inscription I. Persuadé par la lecture des chroniques indi- 
gènes, et par la tradition encore persistante, que la nation 
Agàw a dominé dans ces contrées avant la race des Sémites, 
nous avons demandé à un Falaxa s'il connaissait le terme Hà- 
len comme nom propre. Il répondit qu'il en était ainsi et que 
sa secte honore un saint de ce nom, lequel signifie si tu me vois, 
dans l'idiome Agâw. A ceux qui s'étonneraient de voir em- 
ployée connne nom d'homme une phrase conditionnelle, nous 
répondrons que l'usage local s'y prête encore actuellement et 
que nous avons fréquenté un Agàw qui se nommait fL+fl>«A^, 
e'est-à-dire s'il me le laisse. Il est permis de supposer qu'à 
l'époque où cette pierre fut gravée les rois qui régnaient dans 
Aksum étaient de nation Agàw et qu'ils avaient reçu de leurs 
voisins sémites du Kas l'écriture et l'usage littéraire de leur 
langue gfïz , en même temps que le culte judaïque. On 
trouve même une trace d'origine Agàw dans le mot ç^ Aksum v. 
Ce nom n'a pas une physionomie sémitique et se laisse expli- 
quer dans l'idiome Agàw, ce qui corrobore la tradition indi- 
gène. 

A la ligne h h do notre inscription on remarquera l'expres- 
sion fllie « flu'R. ici à Sade: elle rappelle la ligne 9/1 de 
rinscrij)lion I où les divers co[)istes ont vu un 4* ou *, mais 
à lorl. Le sens (\r mç est plu-^ n-ilniel .'I il est j)rn|)abh' (jue 



— 199 — 

la foniiuk' était la iiiéiiie dans les deux iiioiiumenls. Quant à 
Sade, des personnes intelligentes, questionnées dans Aksum, 
m'ont dit ignorer un site quelconque ainsi nommé. Il est ce- 
pendant permis de supposer que c'était le nom du lieu oii ces 
deux inscriptions ont été érigées, peut-être celui du formn an- 
tique près Aksum où l'on rassemblait de pareils monuments. 
'Amida désigne probablement une race, comme nos noms 
de famille, et, dans cet ordre d'idées, îiA signifierait gens de 
la maison, dynastie. Quelques histoires indigènes disent îiA « i/X, 
pour désigner une dynastie qui régna loin de Aksum; or ce 
Zague est mentionné ailleurs comme un nom de pays. Enfin, 
un professeur éminent de Gondur traduisait ainsi la phrase 
qui est au commencement des deux inscriptions : t^pour ren- 
seigner les enfants du parti (ou de la famille) de ""Amida. » 

Les histoires racontées par ces inscriptions rappellent ce 
qui se passe encore aujourd'hui en Ethiopie. Un chef laisse 
deviner ses désirs: on s'assemble devant lui, on prononce des 
^14-^ ou discours en langage pompeux où, à l'instar des hé- 
ros d'Homère, on remémore tous ses exploits passés; on y 
ajoute ceux qu'on a l'intention de faire. Puis tous ces guer- 
riers, rassasiés, comme ils disent eux-mêmes, vont piller les 
terres du suzerain. Celui-ci ne s'empresse pas de marcher; il 
rassemble enfin ses forces, établit son canij) chez l'ennemi, le 
pille dans tous les sens pendant ([uelques jours , et revient chez 
lui avec de nombreuses dépouilles en cflcts pillés, mais sur- 
tout en hommes, en femmes et en troupeaux. Ces razzias sont 
endémiques en Ethiopie et semblent en être le mal chronique 
depuis au moins seize cents ans. 

Rien ne montre que Hrden ait subi l'influence du christia- 
nisme qui a pénétré dans ces contrées vers l'an 33o de notre 
ère. Les formules de prières données par les deux inscrip- 
tions conviennent néanmoins à ce judaïsme si bien conservé, 
encore anjourd'lini. par qiK'lipn^s ranifMUv des Agaw. f-(' nom 



— 200 — 

de 'IsUu-, coiileuu dans la première inscription, l'ait penser à 
une (livinit(' sabéenne et nous amène à croire que , tout en étant 
juif (le profession, Halen conserva d'abord (juebjues souvenirs 
d'une religion antérieure et moins élevée. C'est ainsi cpie j'ai 
vu un roi africain, qui se disait musulman, feuilleter le Qoran 
cl le mettre ensuite de côté pour aller sacrifier une génisse 
au génie d'une montagne, selon la foi doses ancêtres. Si notre 
liypotbèse pour Halen est vraie, on peut présumer que ce roi 
épura ses croyances en vieillissant, et (|ue l'inscription II, dé- 
pourvue (le toute allusion au paganisme, est postérieure à 
l'inscription I, où Halen était encore (ils de Mars l'invincible. 

Si l'on admet en outre, comme les indigènes l'afllrmenl, 
que les successeurs des frères Abnha et Azbiha ont été tous 
chrétiens, et qu'un seul 'Ainida est monté sur le trône trente- 
trois ans avant ces rois jumeaux, enfin si Halen, conformément 
à la ligne A du texte ci-dessus, a été lui-même un 'Amida. il 
a dû régner avant ces frères, c'est-à-dire à la fin du in' siècle 
de l'ère chrétienne. Par malheur, dans l'état actuel de nos con- 
naissances, il faut accumuler toutes ces hypothèses pour arri- 
ver à une date qui reste encore incertaine de plusieurs années. 

Après avoir mis du soin à recueillir et à expliquer cette ins- 
cription, nous voudrions en tirer queh|U(?s renseignements 
utiles. La pros[)érité qui régnait alors en 'Ad Yabo peut s'ex- 
pliquer par le voisinage d'une grande roule marchande et 
n'avoir pas été générale en Ethiopie dans ces temps reculés. 
En tout cas, il faut être puissant et surtout riche avant de 
songer à faire sculpter sur une pierre le récit d'une razzia peu 
considérable, puisqu'elle n'a pas duré un mois. 

La lecture de celle inscription suggère une remarque plus 
importante. Les Noba ou Nubiens, si souvent mentionnés sur 
cette pierre comme eimemis du roi Halen, étaient différents 
des Noba ronges et, ronniii' la lacc blanche ne paraît pas S(> 
(onservor on Klhiopir, <iii jumiI |)résiiiii('r ipif les N(d)a vain- 



— t)OI — 

eus élaient nuirs. La distinction faite à cet égard par notr(3 
inscri[)(ion fait songer à un phénomène contemporain. Nous 
voulons i)arlerde ces difïérences si tranchées dans le teint des 
Kthiopiens. On voit souvent parmi eux que, dans une famille 
de frères et sœurs, tous germains et issus de père et mère 
semblables par la couleur de la peau, les uns sont d'un rouge 
clair, tandis que les autres sont aussi noirs c[ue de vrais 
nègres. Ce fait étrange, qu'il est diflicile d'attribuer à l'ata- 
visme, paraît avoir existé il y a environ vingt siècles, et nos 
phvsiologisfes les plus savants sont encore impuissants à l'ex- 
pliquer. 

N' XII. 

RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES ET HISTORIQUKS DANS LA PLAINE 

DE SAINT-JEAN-D'ACRE, 

PAR ^\. VICTOR GUÉRIN. 

M. Victor fiuérin, dans trois séances différentes, a fait à 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres trois communica- 
lions sur Saint-Jean-d'Acre. 

Dans la première, il a commencé par décrire la ville, telle 
qu'('l!(^ existe aujourd'hui, et la belle |)laine qui l'entoure, 
plaine qu'il a sillonnée dans tous les sens et dans laquelle il a 
découvert les vestiges de plusieurs localités antiques qui n'a- 
vaient été signalées par personne. Puis, revenant à Saint-Jean- 
d'Acre, il s'est posé la (juestion suivante : Quelles élaient, à 
répo(pie du siège qu'en firent les croisés en i i8c), 1190 et 
1191, les positions occupées par les chrétiens? Quelles étaient 
aussi celles où Saladin assit son camp lorsfju'il accourut au 
secours de la place assiégée et ([u'il s'efforça de la dégajjer en 
essayant de bloquer à son tour l'armée assiégeante? M. Gué- 
rin, grâce \\ l'étude attentive qu'il a faite du terrain et des 
hisinriens contemporains de ce siège, snil latins, soil arabes. 



— 202 — 

a làclit- (If résoiitiic cclli; question en in(lii|uanl avec nellelé 
les positions respectives dos deux années ennemies el les di- 
verses raisons qui les avaient fait choisir. 

Dans la seconde communication, M. Guérin résume les 
principales phases de ce siéf^e mémorable, l'un des plus cé- 
lèbres dont l'histoire fasse mention, tant à raison de sa durée 
qu'à cause des forces innombrables qui s'y trouvèrent en j)ré- 
sence. En effet, la petite armée de Lusignan fut bientôt ren- 
forcée par l'arrivée incessante d'une multitude de guerriers 
accourus de tous les points de l'Europe pour prendre part à 
cette espèce de duel gigantesque entre l'Occident et l'Orient, 
entre la croix et le croissant. D'un autre côté, Saladin fil 
constamment appel à tous les sectateurs du Coran pour es- 
sayer de maintenir en son pouvoir une place qui était regar- 
dée à juste titre comme le principal boulevard de l'islamisme 
en Palestine. L'habileté de Philippe-Auguste et les prodiges 
de bravoure de Richard Cœur de Lion finirent néanmoins par 
triompher de l'opiniâtre résistance des assiégés et de tous les 
efforts tentés par Saladin pour la sauver. 

Dans une troisième communication, M. Guérin poursuit 
l'analyse des événements les plus im[)orlants (jui se sont ac- 
complis à Saint-Jean-d'Acre depuis sa reprise par les croisés 
en 1191 jusqu'à nos jours. 11 décrit les différentes catas- 
trophes qu'elle a subies tour à tour et les restaurations suc- 
cessives, mais toujours très-inconq)lètes, qui, sous Fakhr-ed- 
din, Dhaher-el-Amer, Djezzar-Pacha. Ibrahini-Bi'y. et à une 
époque j)lus récente encore, ont suivi les désastres cl les des- 
tructions (pi'cllc a éprouvés. 



— -203 — 



N° XIII. 

LETTRE DE M. ALBERT DUMONT RELATIVE : l" À LA VENUS DE MILO; 
9." À LA DÉCOUVERTE D'UiV TEMPLE DE JUPITER OLYMPIEN; 3" À UNE 
INSCRIPTION DÉCOUVERTE À TllÈBES. 

Alliènes, le 3o mai 1877. 

Monsieur le Ministre, 

Tous les journaux annoncent que ies membres de l'Ecole 
française ont trouvé à Milo les bras d'une statue de femme, 
qui seraient ceux de la Vénus du Louvre. Une telle nouvelle 
n'a pas besoin d'être démentie, puisque, si elle était vraie, 
mon premier soin eût été de la porter à votre connaissance. 

Ce faux bruit a eu pour origine une erreur de M. le prési- 
dent du conseil du royaume de Grèce, qui, recevant le cor- 
respondant en Orient de la Gazette de Cologne, lui a fait part 
de cette découverte. Ce correspondant a télégraphié de suite 
cet événement à Cologne, et de là ce bruit s'est répandu dans 
toute la presse européenne. 

Il y a six semaines environ, un propriétaire de Milo a 
trouvé près de la Marine, et assez loin de l'endroit où l'on a 
découvert autrefois la Vénus, cinq statues. J'en ai reçu des 
croquis par l'obligeant intermédiaire de M. Brest, agent con- 
sulaire à Milo, et de M. Challet, consul de France à Syra. 
Quatre de ces statues paraissent être (malgré l'imperfection 
du dessin, on peut avoir une opinion) des œuvres médiocres 
de l'époque romaine; une cinquième statue de femme, vêtue 
d'une longue tunique d'étoffe légère, est d'un style beaucoup 
meilleur. Au milieu de tous ces marbres se sont rencontrés 
des jambes et des bras qu'on ne sait à quelle statue raj)porter, 
et l'imagination des archéologues de Milo a immédiatement 
pensé à compléter noire admirable slaliic <\u Louvre, Je 



— -JO/i — 

ni'efloici' (l(.* réunir sur cette (lécouverle clcs reii.scij^jnciuoils 
précis, ainsi (|iie je l'ai annoncé clans le Bulletin. 

Une découverte d'un grand intérêt vient d'être faite par 
M. Koumanoudis, à Athènes, sur la rive droite de l'Ilissus, 
au sud-ouest du temple dt; Jupiter Olympien. Le savant anti- 
(piaire a retrouvé à cet endroit un autel tjue nous savions avoir 
été dédié par Pisistratc, Dis d'Hippias, à Apollon Pytliien 
(vi, 5/i). 

La dédicace est donnée ainsi par Thucydide : 

Mv?;fxa TÔh' >;â àpxfji \\si(7i(TlpaT05 \irT:iov vlàs 
Sijxsv ÀTviÀXwi'Ob ïlvdiov èv Tsuévst. 

Les deux fragments de l'autel retrouvé portent sur une 
seule ligne : 

NNEMATOAEHEEAP+EZPEIZISL . . . VIOZGEKENAnOAAO- 

NOZnve. .ENTEMENE 

Cette inscrii)lion est déjà imprimée dans le vT numéro du 
Bulletin qui va paraître. 

Le même savant vient de publier, d'après un estampage, 
une inscription découverte à Thèbes [U(x)uyyevs<Tia. du 
1 7/29 mai), qui e,4 commémorative de la bataille de Leuctres, 
et qui mentionne un des béotarques, que nous savons par Pau- 
sanias avoir pris |)art à cette bataille (ix, 10, 6; iv, Sa, 
()). En voici le texte, tel f|u'il est donné par la Pahngâimc : 

E,SVOKpÛT-i)S , 

(-)eoiro[XTT05, 

MvaaiXaos. 

kviKOL TÔ 27râpTa> èxpiTSi hôpv . TijvdHis eiXev 

Sen'OKoâTVb nXipwi 7.i]vi rpo-Kata (pépeiv, 
ov Tov au' EùpcÔTOL heicras alà\ov ov^è Aâxa(r«v 

àtmiln. • S-ijêaiot Kpeiaaovss èv ■zsoXép.aH ■ 
wxpvrra-ct Aeixrpois viK%(^àp'x Soiipi rpoTrafa • 
oOS' ÈTrafxEM'wvSa Ssûtsooj shpiptop-sv. 



— 205 — 

Ce te.\l<î sera également reproduit dans le Bulletin, avec 
les remarques auxquelles il me ])araît devoir donner lieu. 

Veuillez agréer, Monsieur le Minisire, mes sentiments les 
plus respectueux. 

Le Directeur de l'Ecole d'Athènes, 
Albert Dumont. 



N" XIV. 

ESTAMPAGES DE MONNAIES ET COPIES D'INSCRIPTIONS ROMAINES. 
ENVOI DE M. DE CHEVARRIER, 

CONSUL DE FRANCE À CABÈS. 

Les monnaies comprennent un moyen bronze à la tête 
d'Auguste, qui est de beau style, autant qu'on peut en juger, 
un petit bronze d'Aurélien, avec la tête de Vabalathe au re- 
vers, et un assez grand nombre de moyens bronzes de la fin 
du iii^ siècle et du commencement du i\\ J'y ai reconnu les 
têtes de Dioclétien, Maximien, Maxence, Constance Chlore, 
Sévère et Romulus Augustule. On peut remarquer, j)armi ces 
pièces, celles de Maximien et de Romulus, avec les légendes : 
CONSERVATOR. AFRICAE SVAE pour le premier, et 
KART[(^f/jm('s] S'VAE ])our le second. Mais la pièce la plus im- 
portante sans comparaison est un moyen bronze d'Alexandre, 
qui se fit proclamer empereur à Carthage en 3 08. et qui fut 
défait et mis à mort par les troupes de Maxence en 3 1 1 . 
Cette pièce porte d'un côté une tête avec : IMP[errt/or] 
ALEXANDERP[i».s] ¥[elia:] A VG[ms/i(s] ; de l'autre, une figure 
ailée avec une légende commençant par le mot VICTORIA, 
mais dont la fin est trop fruste pour être déchiffrée. Une 
partie des pièces appartenant à M. de Chevarrier a été na- 
turellement frappée à Carihage. Il serait intéressant de rele- 
ver les lettres qui désignent, à l'exergue, les autres ateliers, 

»4 



— -JOG — 

si les estampages nV'taK'iil trop mal venus pour permettre cette 
vérification. 

Les inscriptions présentent plus d'importance que les mé- 
dailles : treize, en effet (les n"' i à 5, 7 à lo et i 6 à i 9), 
n'avaient pas été rencontrées en 18/12 par M. Victor Guérin, 
dans sa courageuse exploration de la Tunisie. l'armi les mo- 
numents, se trouvent quatre bornes milliaires, dont l'une 
remonte à Nerva, tandis que les autres sont érigées sous Au- 
rélien et Maximien. Elles ont d'autant plus d'intérêt qu'elles 
occupent probablement encore leur emplacement primitif. 
Je citerai une inscription, n° 2, exhumés au point d'origine 
d'un aqueduc ancien, qui a été restauré il y a une quinzaine 
d'années, et qui alimente aujourd'hui Tunis, le Bardo et la 
Gouletto. Le texte lapidaire a perdu des fragments, mais on 
reconnaît facilement qu'il s'agit de l'agrandissement d'un 
temple élevé auprès des sources, et de la restauration de ses 
peintures. 

Une autre inscription, n" 17, témoigne de l'importance 
municipale de Gigtliis, aujourd'bui Boughara, dont un ma- 
gistrat avait obtenu l'bonneur d'une statue. 

Enfin une dédicace t\ Valentinien, n" iG, trouvée égale- 
ment à Boughara, au milieu des ruines d'un petit temple, 
offre cette particularité que, sauf ia suppression de quekpies- 
uns des titres de l'empereur, elle est exactement la même 
qu'une autre dédicace dont la copie, prise en 1781 par Bou- 
hier à Leptis Magna, se trouve à la Bibliothèque nationale ^ 
La com[)araison des deux textes m'a permis de rétablir ainsi 
b.' n " 1 G , dont la transcription n'était pas complètement exacte : 
DIVINA STIRPE | PROGENITO | D. N. VALENTINIA | NO 
AVG. I FORTISSIMO | PRINCIPI FEL | FLAVIVS BENE | 
DICTVS V. P. I PRAESES P. T. NV | MINI MAIESTA | TIQ_ 

' Fonds françîiis, n" "(lIi-j. p. 383. 



— 207 — 

EUVS SEM I PER DEVOTVS. M. de Clievarrier avait lu 
VIVIVS, au lieu de FLAVIVS. Il ne peut encore avoir la 
sûreté de lecture des hommes spéciaux; mais, s'il s'est trompé 
dans quelques-unes de ses rectifications aux textes de M.Victor 
Guérin, il a eu la bonne fortune d'en compléter un dont les 
dernières lignes n'avaient point été reproduites par ce savant. 

Quoi qu'il en soit, la Tunisie parait une mine féconde, 
et il serait à désirer que le consul de France à Gabès, encou- 
ragé par l'approbation de l'Académie, continuât les explora- 
tions souvent pénibles, surtout pour un homme de son âge, 
qu'il a entreprises au profit de la science. 

Je pense aussi que des remercîments pourraient être adres- 
sés à M. Le Blant, inspecteur des finances, frère de notre 
collègue, qui s'est fait l'intermédiaire entre l'Académie et 
M. de Chevarrier, et qui, de plus, nous annonce l'envoi fait 
sur sa demande d'une série d'inscriptions phéniciennes recueil- 
lies par M. Guiénot, directeur du poste télégraphique à la 
Goulette. 

N° XV. 

iXOTE SUR LES LIGURES, PAR M. ALFRED MAURY. 

Presque tous les érudits qui s'étaient occupés jusque dans 
ces derniers temps des Ligures, ou. pour les désigner par le 
véritable nom que l'antiquité leur a d'abord attribué, les Li- 
gyens ou Liguses , les ont regardés comme constituant une race 
à part, absolument distincte des populations italiques et gau- 
loises. Un savant correspondant de notre Académie, M. d'Ar- 
bois de Jubainville, vient, dans un ouvrage intitulé : Les 
premiers habitants de l'Europe, de montrer que la langue des 
Ligyens appartenait à la famille indo-européenne, et il regarde 
en conséquence cette nation comme ayant été la première 
branche, issue du tronc puissani dont sont sortis les (îrers et 



— 208 — 

les lloniiiins, qui ait |jéii(5lré dans l'Europe occidentale. M. d'Ar- 
bois de Jubainville a réuni divers noms d'origine certainement 
ou vraisend)lal)lement ligyenne, noms géographiques pour la 
plupart, et en a fait ressortir la parenté avec des vocables 
indo-européens. Les rapprochements dont notre correspon- 
<Iant s'est appuyé pour soutenir sa thèse paraissent très-con- 
rhiants, et les noms de Gp«m« (Gènes), à'Alhmm, de Tauriin , 
de Ticinus, etc., que nous fournit la Ligurie, ont incontesta- 
blement une apparence de parenté avec des noms latins, 
grecs et celtiques, et trouvent dans les contrées occupées par 
les Gaulois de frappants analogues. Mais M. d'Arbois de Jubain- 
ville s'est contenté d'établir une parenté entre l'idiome ligyen 
et les langues sœurs du sanscrit; il n'a point cherché à dé- 
terminer d'une manière précise à quel groupe cet idiome peut 
être rattaché. J'ai essayé de pousser les ra[)|)rochements plus 
loin que ne l'avait fait l'auteur des Premiers habitants de l'Eu- 
rope, et je me suis convaincu non-seulement que le ligyen était 
une langue indo-européenne, mais que ce devait être un 
dialecte de la langue celtique, et voici les principales don- 
nées sur lesquelles je me fonde. Je dirai d'abord d'une ma- 
nière générale que c'est toujours en Gaule ou en Bretagne 
qu'on retrouve les analogues des noms géographiques fournis 
par la Ligurie. En prenant quehpies-uns de ces noms pour 
exemple, je rendrai le fait plus saisissant. 

Le vocable le plus incontestablement ligyen est Bodincus, 
nom que les Ligures, au dire de IMine (^Hist. nnt. 111, 8 [i^>]), 
donnaient au Pô [Ptidus^ et (pii signifiait dans leur idiome sans 
fond. M. d'Arbois de Jubainville a montré que ce mot doit 
être rapproché du grec (3a6vs, du gallois bodi et du sanscrit 
baditus. Mais ce nom de Bodincus affecte une terminaison qui 
le rattache à une série de noms géographiques gaulois, tels 
(pic Affcdincum, Lemincum, Vaptncuni, Aquincum, Obnnca 
[(Jëpiyxa). etc.. et nous dovons d'autant plus le regarder 



— 209 — 

comme gaulois que nous le voyons entrer en comjjosition dans 
le nom d'une ville placée sur le Pô, Bodincomagus , dont nous 
parle Pline et que relate une inscription latine découverte en 
Provence (Orelli, n" /1737), appellation que sa terminaison 
magus nous fait reconnaître comme celtique. On sait, en effet, 
que nombre de villes de la Gaule portaient un nom se termi- 
nant en magus, et une telle finale ne se rencontre que dans 
les contrées celtiques. 

Les Li^jyens ou Ligures formaient, au commencement de 
notre ère, de petites tribus qui étaient cantonnées dans les 
vallées des Alpes maritimes, des Alpes Cottiennes et de l'Apen- 
nin septentrional. Quoique gardant chacune son existence 
propre, elles vivaient au voisinage les unes des autres et for- 
maient des ligues pour défendre leur indépendance. Les noms 
de ces peuplades nous ont été conservés tant par Pline, qui 
transcrit l'inscription du lro[)hée d'Auguste, que par des mo- 
numents épigrapliiques entre lesquels se place en première 
ligne l'inscription de l'arc de triomphe de Suse. Or ces noms, 
dont quelques-uns se lisent d'autre part dans César et divers 
auteurs anciens, affectent pour la plupart une physionomie 
celtique et peuvent être rapprochés de vocables géographiques 
de la Gaule ou de cantons qu'avaient envahis les Gaulois. 
J'en ai dressé le tableau, en plaçant en regard de chacun 
d'eux les noms d'origine celtique dont il rappelle la forme; 
la comparaison met le fait en toute évidence, au moins pour 
un certain nombre d'entre eux. 

On pourra dire sans doute qu'entre ces tribus de la Ligu- 
rie un grand nombre pouvaient être gauloises, sans que toutes 
le fussent. Je répondrai que si la plupart d'entre elles se re- 
connaissent pour celtiques à leur nom, s'il en est qui trouvent 
ailleurs leurs homonymes, comme les Tuurini . cjualifiés po- 
sitivement |)ar Strabon de Ligures, et dont l'appellation 
diffère à peine de celle des Tnurisci, Celles du Norique. cola 



— 210 — 

dut tenir à ce que ces diverses tribus taisaient usage d'un 
idiome celtique. H serait dllïicile d'admettre que des popu- 
lations qui se trouvaient en contact immédiat et incessant, et 
qui constituèrent le petit royaume de Donnus et de son lils 
Cottius, pariassent des langues étrangères les unes aux autres. 
Le caractère celtique de l'idiome de quelques-unes de ces 
tribus doit donc faire admettre le cclticisme des dialectes usités 
cliez leurs voisines. Mais il est un nom qui nous apporta, du 
caractère celtique des Ligyens, une preuve incontestable. 
Justin (XLIII, 3, § 10, /i, § a), l'abréviateur de l'iiistoire 
qu'avait composée le Voconce Trogue-Ponq)ée, nous apprend 
que, lorsque les Phocéens fondèrent la colonie de Marseille 
au pays des Ligures, ils s'étaient établis sur le territoire d'un 
peuple ap[)elé Se/>o(mgii , les Ségobrigiens, sur lesquels régnait 
un certain Nannus. Or le nom de Segobrigii est entièrement 
celte et l'on retrouve ses deux éléments composants, 6'e/^o et 
briga, dans une foule de noms de la Gaule, de l'Espagne et 
de la Bretagne, ainsi que l'avait déjà remarqué M. d'Arbois 
de Jubainville, qui n'a vu pourtant dans ce nom qu'un 
vocable indo-européen. Mais ici l'identité absolue de forme, 
qui ne saurait exister entre mots de langues simplement con- 
génères, dénote plus qu'une alfinité et trahit une identité 
giossologicpic. Le nom même du roi des Ségobrigiens que nous 
donne Justin et qu'on ht déjà dans Aristote, Nannos, paraît 
n'être qu'une variante du nom de Ninnos que portent des de- 
niers d'argent gaulois découverts dans les montagnes du Jura. 
Celui de son successeur, Comanos, relaté aussi par Justin, se 
retrouve sous la forme Coman, inscrit sur des deniers d'argent 
de la ligue des montagnards des Al|)es contre Arioviste et les 
Germains. 

Il nous parait donc hors de doute que les Ligyens étaient 
une population celtique ou tout au moins qui avait été celti- 
sée dès nno épocpie reculée, les onvaliisseurs celtes ayant du 



— 211 — 

soumettre et absorber la population qui occupait avant eux la 
région comprise entre les Alpes au nord et la Méditerranée 
au sud, et qui s'étendait originairement de la Macra jusqu'au 
Rhône. Le caractère ethnique des Ligyens n'est pas seulement 
intéressant à constater [)Our la connaissance de la distribu- 
tion des races aux temps anciens, il nous fournit un élément 
chronologique important pour l'histoire primitive de notre 
pays, un point de repère à l'aide duquel on peut fixer ap- 
proximativement la date qu'il convient d'attribuer à l'arrivée 
des Celtes sur notre territoire. 

Thucydide (VI, a), parlant des anciens habitants de la Si- 
cile ou Trinacrie, nous dit qu'après avoir été habitée par les 
Cyclopes et les Lestrygons, cette île fut envahie par les Si- 
canes, peuple ibère que les Ligyens avaient chassé des bords 
du tleuve Sicanos. Diodore de Sicile (V, 6) et Denys d'Ha- 
licarnasse (I, 29) ont eu également connaissance de la tradi- 
tion relatée par Thucydide; ils l'avaient vraisemblablement 
puisée chez Philiste de Syracuse, lequel écrivait au commen- 
cement du iv'' siècle avant notre ère. On a proposé pour ce 
lleuve Sicanos différentes identifications, ne le retrouvant pas 
parmi les cours d'eau que mentionnent Strabon, Pline, Pom- 
ponius Mêla et les historiens. M. d'Arbois de Jubainville, re- 
prenant une assimilation déjà admise par Grolefend et J.-F. 
Gail, veut voir dans le Sicanos la Sequana, autrement dit la 
Seine. Cette opinion nous semble peu admissible. Comment 
les logographes, les antiques historiens auxquels Thucydide a 
emprunté ce qu'il rapporte touchant les Sicanes, auraient-ils pu 
citer une rivière de la Gaule, ([uand c'est à peine s'ils con- 
naissaient ce pays, vaguement désigné chez eux par le nom de 
Celtique (^KeXriKt)') , et auraient-ils étendu à cette contrée le 
nom (ÏIhérie beaucoup mieux défini pour eux? Parce que l'ibé- 
rie, telle que la représentaient d'abord les Grecs, s'avançait 
jusqu'aux bouches du Hhône, cela n'autorise pas à comprendre 



— '21-2 — 

toute la Gaule sous celte dénominatiuii. D'ailleurs rexlensioii 
du nom d'ibérie à la région sise au nord des Pyrénées 
orientales reposait certainement sur le fait, observé par les 
Grecs, <|ue la population de celle partie de la Gaule était 
de même race que les Ibères, ce ([ue démontre la forme 
des noms de lieux mentionnés par les anciens dans la contrée 
répondant au Roussillon. Quelques érudits ont admis que le 
Sicanos est identi(|ue au Secoanos (S/jxoavos) qu'Artémidore, 
cité par Etienne de Pyzance, donnait pour une rivière du 
territoire de Marseille; mais le Secoanos n'est pas le Sicanos, 
et ([uand on voit le même Artémidore faire dériver du pre- 
mier de ces noms celui des Sequanes {^tjnoavoi), on est londé 
à supposer que cet auteur, qui ne connaissait que fort inexac- 
tement la géographie de la Gaule, j)arlait ici de la Seine (5e- 
quana), tout au moins de la Saône iySauconna), qu'il supposait 
arroser le territoire des Marseillais, parce qu'il avait appris 
(pie cette rivière se rencontrait au nord de la colonie pho- 
céenne. 

Nous n avons aucune raison de rejeter le témoignage si for- 
mel de Thucydide nous disant que le Sicanos était un fleuve 
de ribérie, car nous trouvons ailleurs la confirmation de ce 
(ju'il avance. Festus Avienus, l'auteur du poëme des Ora ma- 
rilima, bien qu'ayant écrit au iv' siècle de notre ère, nous 
ofl're un tableau géographi([ue composé d'éléments empruntés 
à des périégèses et à des i)ériples datant du iv' et du v" siècle 
avant noire ère. Eli bien, il mentionne le fleuve Sicanus, 
près duquel il place une cmlas Sicnnn i^Orn marit. v. '1G7, 
/i()(), A^ij, /180, /i86) où l'on reconnaît la ^ixdvt] , ville 
d'ibérie dont parlait Hécalée de Milet (ap. Sleph. Byz. .s. It. v.). 
Le lieu où Avienus relate ce fleuve Sicanus et la ville <pii en 
prend le nom montre clairement que l'on désignait ainsi le 
Sucro, le \ucar actuel. D'où il suit que le Sicanos était bien 
réellement un fleuve d'ibérie. Or flans la région de celle pé- 



— 213 — 

ninsule qu'arrose le Xucar, dans la partie que tes anciens dé- 
signaient sous le nom de Ccltibérie, à raison du mélange de 
Celtes et d'Ibères qu'y offrait la population, ils placent deux 
villes appelées l'une et l'autre Segobriga : la première, la 
. Segorbe actuelle et qui nous a laissé des monnaies; la se- 
conde, renommée par l'abondance dans son territoire de la 
pierre spéculaire [specularis lapis) que l'on y exploitait. Ainsi 
voilà précisément dans la région de l'Espagne où coule le 
Xucar, c'est-à-dire le Sicanos, deux villes portant le nom 
du peuple ligure que les Phocéens avaient rencontré à leur 
débarquement sur le sol où ils fondèrent la colonie de Mar- 
seille. Ne faut- il pas reconnaître dans ces Segobrigenses que 
mentionne Pline (lll, 3 [h]) les descendants des Ligures qui 
avaient expulsé les Sicanes? Nulle part ailleurs qu'en la par- 
tie de ribérie ici indiquée il n'existait de ville du nom de 
Segobriga, et il est à noter que le naturaliste latin qualifie le 
territoire de ces mêmes Segobrigenses de caput Celubenœ. Tout 
annonce que dans le principe ce peuple, subsistant encore 
au premier siècle de notre ère, occupait un territoire assez 
étendu. Les Ligures avaient dû envahir une partie du do- 
'maine qu'occupaient avant eux les Ibères, près desquels ils 
s'établirent en se mêlant partiellement à eux. Festus Avienus, 
en parlant du fleuve de Tartesse, c'est-à-dire du Bœtis(le 
Guadal(juivir), dit qu'il prend sa source au Ligysticus lacus. 
Donc l'amas d'eau d'oii sort le grand fleuve de l'Anda- 
lousie avait reçu d'abord son nom des Ligyens ou Ligures, 
l'ethnique ligijsii<juc en étant incontestablement formé. Ce 
peuple s'étendait alors du Xucar au cours supérieur du 
Guadalquivir. Une autre preuve qu'il existait bien réellement 
une population ligyenne dans cette partie de l'Lspagne, c est 
(pi'Etienne de Byzance, ([ui avait compilé, on le sait, d'an- 
liques données géographiques, mentionne Ligijslino [Xiyva- 
TÎvrj), comme une ville de l'Ibérie ocidenlalc . peu éloignée 



— 21/i — 

(le Tartesse. On s'explique conséqueinment que Festus Avie- 
nus, en reproduisant un tableau de la manière dont les 
Grecs se représentaient l'Europe occidentale aux iv" et v" siècles 
avant notre ère, ait placé les LigyGn^s permx hgus i^Ora mari- 
tima, V. 196), au voisinage des Cenipses, peuple pyrénéen 
dont les âges postérieurs ne gardaient plus qu'un vague sou- 
venir. (Voy. Dionys. Perieg. v. 338.) Il y a donc tout lieu 
d'admettre que les Ligyens étaient une des premières, sinon 
la première des populations celtiques qui envahirent l'Es- 
pagne, et on comprend alors qu'ils en aient chassé les Sicanes, 
qui, après une longue pérégrination, devaient aller s'établir 
en Trinacrie. 

Su-ivant Hellanicus de'Lesbos (ap. Dionys. Hal. 1, 22), 
l'émigration des Sicules, qui suivit de près celle des Sicanes, 
était antérieure de trois générations à la guerre de Troie. Phi- 
liste de Syracuse, en situation de recueillir des traditions plus 
précises, plaçait l'événement 80 ans seulement avant cette 
guerre; il affirmait que les Sicules, dont le nom valut à la 
Trinacrie sa dénomination de Sicile, étaient des Lygiens ayant 
à leur tête un chef nommé Siculos. On peut en inférer que les 
Sicules étaient un mélange de Sicanes et de Ligyens, chassés' 
des cantons de l'Italie qu'ils avaient d'abord envahis par les 
Ombriens et les Pélasges (voy. Festus, v° Sacraniy. Or, re- 
marquons que les habitants de la Sicile sont déjà mentionnés 
sous le nom de ^ixsXoi dans VOdijsséc (XX, 3'S3. Cf. XXIV, 
211, 366, 389) qui désigne aussi l'ile sous celui de 2«xav*'); 
(XXIV, 307). Donc, l'établissement des Sicules et consé- 
quemment celui des Sicanes en Sicile sont antérieurs à la rédac- 
tion de ce poëme. On est dès lors en droit de faire remonter 
au delà du x'' siècle avant notre ère l'arrivée en Ibérie, dans 

' Ce sont visiblement les Ligyens qui onl ii|)porté en Sicile le nom de Ségestc , 
que l'on retrouve comme appollalion iTiine ville He Ligurie, Spfipste Tifrulltm-um 
(Plin. 11. /V. III, 7). 



— 215 — 

la contrée qu'arrose le Sicanos ou Xucar, des Ségobrigiens , 
autrement dit des Ligyens ou Ligures, et comme il ressort de 
ce que j'ai dit plus haut que les Ligyens appartenaient à la fa- 
mille celtique, c'est donc au plus bas à cette date qu'il faut 
reporter la migration des populations celtiques à l'occident de 
l'Europe. 

Une question se présente naturellement ici. Les Ligyens 
s'étaient-ils, de l'Ibérie, avancés dans la contrée qui prit d'eux 
le nom de Ligurie, et comprise originairement, comme je l'ai 
dit, entre le Rhône et la Macra, ou étaient-ce les Ségobrigiens 
établis, au commencement du vf siècle avant J. C, aux 
environs de Marseille , qui avaient pénétré en Espagne ? Si 
l'on accepte la tradition que Tite-Live nous a conservée sur 
l'expédition de Bellovèse au nord de l'Italie, tradition qu'il 
ne me semble pas qu'on soit autorisé à rejeter., on devra ad- 
mettre que dès l'an 5 90 environ avant notre ère les Ligures 
étaient déjà fixés dans la Gaule cisalpine; et l'histoire de la 
fondation de Marseille sur le territoire ligure prouve que, 
moins d'un quart de siècle auparavant, ils se trouvaient dans 
ce que nous appelons la Provence. Une très-ancienne tradi- 
tion, qui se rapporte selon toute apparence à l'Hercule phéni- 
cien, c'est-à-dire au dieu Melcarth et à laquelle Eschyle fait 
allusion dans son Prométliée (Eschyl. éd. Ahrens, p- 92), plaçait 
l'intrépide armée des Ligyens sur la route qu'avait suivie le 
dieu pour se rendre de l'Ibérie, où il avait vaincu Géryon, 
en Tyrrhénie; ce qui montre bien que, suivant cette antique 
légende, les Ligvens s'étendaient sur les bords de la Médi- 
terranée entre l'Espagne et la Toscane; et en effet, Strabon 
(IV, ch. I", p. i52, éd. G. Mûller) voit dans la plaine de 
la Grau le théâtre du combat qu'Hercule avait livré contre 
les barbares, combat où Zeus vint au secours du héros divin, 
dont les flèches étaient épuisées, en accablant ses ennemis 
d'uno. pluie do pierres. Le mythe de l'expédition d'Hercule en 



Ibéno ilovuit u\oir élé aj)|)oik' aux Grecs pai' lus i^hocéf.'iis 
établis dans la Gaule luéridionale, et ceux-ci paraissent l'avoir 
reçu (les Phéniciens, dont la domination précéda sur les 
niers de ces parages celle des Grecs. Voilà donc qui nous re- 
porte au moins au vii° ou vin" siècle avant notre ère et prouve 
que la [)résence des Ligyens en Ligurie datait d'une époque 
lort reculée. Si l'on fait attention qu'en pénétrant dans la 
Gaule les populations celtiques, venues de l'est et du nord- 
est, durent longer les bords des grands ileuves dont le cours 
marquait à l'origine les [)rincipaies artères de communication, 
on devra admettre (ju'elles avaient suivi le cours de la Saône et 
du Rhône, et l'on sera dès lors conduit à croire qu'elles étaient 
descendues dans la Provence actuelle avant de pénétrer en 
Espagne. Il y a donc lieu de supposer que les Ségobrigiens 
sur lesquels régnait Nannos étaient les l'rères aînés et non les 
enfants de ceux des bords du Sicanos. La migration des 
Ligyens en Gaule fut bientôt suivie de celle des Celtes pro- 
prement dits, issus de la même souche. Les Celtes étaient un 
ensemble de populations liées par une comnnmauté de langue, 
d'Iiabitudes et de traits physiques que les Grecs désignèrent 
sous ce nom (jui paraît avoir d'abord appartenu à l'une d'elles 
et qui fut étendu à toutes les autres; de même le nom de Bre- 
tons, Bnloncs, fut étendu à toutes les tribus d'Albion, cong^e- 
nères de la petite nation ainsi appelée (|ui, de la Gaule bel- 
gique, avait [)assé dans l'île. 

Malgré leur unité etbniquc, les nations celtiques, on le sait 
par de nombreux témoignages, étaient frécjuennnent en lutte 
entre elles, et l'une imposait souvent son joug à l'autre. On 
s'expli([ue de la sorte que les Celtes, nouveaux envahisseurs, 
aient repoussé les tribus ligyennes, lésaient refoulées dans les 
vallées des Alpes et de rA|)ennin. où elles se virent bientôt 
condamnées à une vie dure cl misérable, cultivant un sol in- 
grat et demandant encore plus au brigandage qu'à la chasse 



— 217 — 

et à la pêche les moyens de subsister. Telle est la peinture 
que nous fait des Ligyens Drodore de Sicile et cpi'on reirouve 
presque sous les mêmes traits dans Festus Avienus (Ora mark. 
V. i36, sq.) Le poëte latin nous les représente comme ayant 
été contraints par l'arrivée des Celtes d'abandonner la contrée 
plus fertile qu'ils avaient d'abord occupée; aussi une hostilité 
marquée subsista-t-elle longtemps, ce que dit Diodore en 
fait foi, entre les Celtes et les Ligures, et les premiers prêtè- 
rent contre les seconds du secours aux Grecs de Marseille. 
(Voy. Justin, XLIII, A;— Polyb. XXXIll, 7, 8.) Mais Festus 
Avienus, qui copie les indications vagues et inexactes de l'an- 
tique cosmographie des Grecs, assigne au pays des Ligyens 
une fausse orientation; ce qui a fait croire à certains modernes 
qu'il existait des Ligures dans l'Europe septentrionale. Il s'ima- 
ginait que lorsqu'on s'avançait sur mer au nord des îles 
OEstrymnides, autrement dit des Cassitérides, on rencontrait le 
pays des Ligyens. Cette erreur provient de ce que les anciens 
se représentaient inexactement l'orientation de l'Irlande; ils 
supposaient que l'Hibernie et les îles Cassitérides, c'est-à-dire 
le groupe des Sorlingues et la pointe du Cornwall, étaient situés 
au nord de l'Espagne et à l'ouest de la chaîne des Pyrénées 
qu'ils faisaient courir du sud au nord, au lieu de l'orienter de 
l'est à l'ouest. De là, ils concluaient que le littoral septen- 
trional de la Gaule s'étendait au nord de l'Hibernie. Or, 
comme les navires qui allaient chercher l'étain aux Cassité- 
rides se rendaient ensuite, ainsi que nous l'apprend Diodore de 
Sicile (V, 38), dans quelque port de la Manche, d'où leurs 
chargements étaient transportés par terre jusqu'à Marseille, 
les Grecs, absolument ignorants de la topographie de cette 
partie de l'Europe et auxquels, sans doute , on avait dit que ces 
marchandises, (|ui remontaient la Seine, étaient expédiées par 
eau, s'imaginaient cpi'on pouvait se rendre directement par 
mer des Cassitérides en Ligurie, 



— •>18 — 

(Juoique les LiffW'iis ou Ligures nous a|)[jaraissent comme 
les anciens habilanls du pays qui prit leur nom, nous devons 
atlmeltrc qu'ils avaient absorbé h l'origine les populations in- 
digènes qu'ils y rencontrèrent, et le mélange de sang dut 
modifier notablement le type celte des envahisseurs. Toute- 
fois un courant d'émigrations celtiques ne cessa de verser en 
Ligurie. des tribus venues d'au delà des Alpes. Quand on 
compare les noms de diverses villes de la Ligurie primitive à 
ceux de villes de l'Helvétie celtique, on est frappé de la res- 
semblance, même de l'identité de beaucoup d'entre eux. Par 
exemple, l'on trouve dans l'une et l'autre un Eburodunum 
(Yverdon et Embrun); le nom à'Aventicum (Avenches) quasi 
identique à celui des Avanlic'i, peuplade des Alpes Cottiennes, 
ne diffère que par l'insertion de la nasale, généralement sup- 
primée dans les idiomes du midi de la France, du nom des 
Avatici, un des peuples de la Ligurie occidentale. Le nom 
d'une ville ligure, Ingaunum , se rapproche fort par le suffixe 
d'une ville de l'Helvétie, Agaunum ou Acaunum. Plutarcjue 
nous apprend (^Marins, c. xix) que les Ligures ou du moins 
une partie d'entre eux se désignaient sous le nom d'Ambrons, 
porté par celle des quatre peuplades des Helvètes qui se 
joignit aux Teutons, lors de leur fameuse irruption. Il semble 
donc probable que les Ligures venaient de l'Helvétie, et leur 
nom même de Ligyens, que connaissait déjà Hésiode (ap. 
Strabon, Vil, 3, p. 2/19, éd. C. MùUer), pourrait bien être 
celtique, car il se rapproche fort de divers noms géographiques 
de contrées et de populations celtiques mentionnés par les an- 
ciens : Kovyoi, Lugii, peuple de la Germanie, voisin des Hel- 
vicomes et qui paraît allié aux Celtes; Kovyoi, peuple de la 
Galédonie; Liger, la Loire, Lugdumiin, etc. 

Les Ligyens, qu'ils aient imposé leur nom aux populations 
qu'ils rencontrèrent au sud-est de la Gaule et au nord de l'Ita- 
lie et avec lesquelles ils se fondirent, ou qu'ils aient reçu cptte 



— 219 — 

appeilation y|irès s'être établis dans leur nouvelle patrie, n'en 
finirent pas moins par constituer une nation que leurs voisins 
ne confondaient pas avec les Celtes; mais, à l'origine, ils en 
formaient véritablement l'avant-garde ; ils se mêlèrent à eux 
sur tant de points qu'il est une foule de leurs tribus que l'on 
peut tenir aussi bien pour celtes que pour ligures. Tel était 
notamment le cas. pour les SaUuvii ou Salyes. Aussi, le nom 
de Ligurie fmit-il par faire place à celui de Celtique, quand 
il s'agissait de désigner le territoire de Marseille et la con- 
trée qui s'étend entre le Rhône, la Durance et la Méditerra- 
née. 

Seules, certaines petites peuplades des Alpes et de l'Apennin, 
les DeciatesAes Oxijh'n notamment, conservèrent leur indépen- 
dance; les plus barbares de ces tribus, celles que l'on dési- 
gnait sous le nom de Ligures Comati ou Capillati (Plin. Hist. 
nal. m, 7), ne furent subjuguées par les Romains, qui avaient 
déjà, dès la fin du in' siècle avant notre ère, soumis les autres 
peuplades (Florus, ÎI. 3), qu'en l'an y/i avantnotre ère(Dion 
Cassius, LIV. 'ik). 

C'est cbez ces Ligures indépendants que durent se con- 
server davantage les habitudes et les traditions qui dataient 
des indigènes auxquels les Ligures-Celtes s'étaient mêlés, in- 
digènes dont l'origine demeure inconnue et que l'on peut rat- 
tacher soit à la famille ibère , soit à la famille italique , aux Om- 
briens ou aux Lihui Mais, au commencement de notre ère, 
toute trace de l'idiome des Proto- Ligures était effacée et la 
langue de ces montagnards devait être le dialecte celtique des 
peuplades qui vivaient confondues avec eux. On a vu souvent 
les descendants d'anciennes populations aborigènes, comme 
cela eut lieu pour les Kurdes, pour les tribus du Mahreb, 
pour diverses tribus (innoises de la Russie, adopter l'idiome de 
leurs voisins f)lns puissants ou de la nation qui les avait 
assujettis. 



— 220 — 

A r('j>o{|ii(' où (icnua prenait son nom, où le Po recevail 
son apix'Hation de Bndincm, où s'élevaient les oppuh d'Albium 
Infmununi el d'Albium Inlimilium, les indi^fènes delà Ligu- 
rie avaient déjàado|)té, au moins dans les principaux cantons, 
la langue de leurs envahisseurs, descendus des Alpes et vrai- 
semblablement originaires de l'Helvélie. Ce durent être des 
Proto-Helvètes qui imposèrent aux Alpes leur ancien nom A'AI- 
hes, devenu ensuite, sans doute, dans la bouche des Etrus- 
flues, Ahes : Ta yàp AXttio. xctk&taOat. 'srpÔTspov Aa^iol. t'crit 
Strabon (V, c. 5 , p. 168, éd. C. Mùller), forme dont l'origine 
hclvcHico-ligure est confirmée par les noms à'Alhinm, iVAJhn 
Helvioriim, Alba Augusta (Aups), Alba Pompcia. Ce vocable, qui 
a laissé des traces dans deux dialectes néo-celtiques et dans 
une foule d'appellations géographiques, est incontestablement 
celtique; et, comme il était aussi ligure, il nous fournit une 
nouvelle preuve du celticisme de l'idiome des Ligyens' dès 
une haute antiquité. Ce sont sans doute les Sicules ou Sicano- 
Ligyens qui ont transporté ce même vocable en Italie. 

En terminant ces considérations sur les Ligyens, je ferai 
remarquer qu'il n'y a pas lieu de s'étonner qu'un peuple, établi 
sur le territoire où s'éleva Marseille, ait poussé une expédition 
jusqu'au cœur de l'Espagne. C'était là le propre des tribus 
celtiques, de se transporter parfois à de très-grandes distances, 
en quête d'un sol plus fertile et d'un séjour plus approprié à 
leurs besoins. César, au premier livre de ses Commcntmrcs, 
nous montre ces mêmes Helvètes, dont les Ligures paraissent 
s'être détachés à l'origine, songeant à gagner le pays des 
Santons et à traverser toute la Gaule. Les noms que gardaient 
diverses populations de la Cisalpine, Cénomans, Lingons, 
Sénons, se retrouvent dans la Transalpine, portés par des 
peuples qui en étaient fort éloignés. On sait que les Bon, les 

' Dans les languos germaniques, la racine alb, alf, elf, eh vent, au conlraiie, 
dire eau, nviire. 



221 

Teclosages se sont paivillonienl Iransjjorlés à do ^raiules dis- 
tances. Ils traînaient à leur suite, dans des chariots, leurs 
femmes, leurs enfants et leurs bagages. Ainsi doivent en avoir 
agi les Sicules, quand, repoussés par les Aborigènes et les 
Pélasges, ils s'avancèrent jusqu'en Sicile (Dionys. Hal. I, 92). 
L'ex[)édilion des Ségobrigiens en Espagne, que devaient suivre 
celles d'une foule d'autres tribus de même race, était donc 
conforme aux habitudes qui persistaient encore chez les Gau- 
lois au temps de Jules (lésar. 



T. 10 



2-22 



LIVRES OFFERTS. 



SKANCK Dl VENDREDI G AVRIL. 

Suiil «llV'i'ls il rAcadf'mio : 

Tlic journal iijtlic royal (tsiatic Socieli/ oj (îvcnl Briluin and Irclaud, vol. 
l\, p.nri. 1. 

L'archiatrie romaine ou la tnédecine officielle dans l'empire rotnain. Svilc 
de l'histoire de la profession médicale, par M. le doctour lîriau. 

Petite revue des bibliophiles dauphinois ou Correspondance entre tous les 
amateurs dauphinois qui ont rpiclque question à poser ou quelque curiosité à 
sijrnaler (Grenoble, i86<i-i87''i , in-S"). 

Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc , t. I à 
VÏ(Bar-lc-Dac. 1871 à 1876,111-8"). 

M. Gaston Paris olIVe, ou nom de M. Delhoiille, un (Hossaire de lu 
vallée d'Ihjeres, pour servir à rinleUii^cncc du dialecte haut normand et à 
l'histoire de la vieille langue française (Le Havre, 1876, in-8"). "M. Del- 
l)()ulle, prol'esseur au lycée du Havre, a, dil-il, été altiro vers la pliilo- 
lojrie française par Tinlerét que lui a semldé oiïrir le patois de sou pays 
nalal. H a éludié les méthodes de la science, encore hésitante sur bien des 
points, de nos origines linguistiques, eu vue de les appliquer au champ 
restreint quil voulait exploiter. L'application f[u'il en a l'aile se ressent 
encore en |)lns d'un ])oint, comme il l'allait s'y allendrc, de l'inexpérience 
(le l'auteur; il émet paifois des théories plus qu'aventureuses; il ne dis- 
lingue pas toujours assez bien ce qui est neuf et important de ce qui est 
insignilianl et connu; mais, en résumé, son livre est d'une lecture fort 
agréable et d'une réelle utilit('. Les rapprochements ijuc l'auteur institue 
sans cesse entre le patois d'Yères cl l'ancienne langue française n'ont 
pas la portée (pi'il voudrait leur attribuer; mais ils contribuent à rendre 
son glossaire intéressant, eu inèine tenq)s qu ils montrent chez lui une 
riche lecture. Ce qui vaut mieux, l'auteur excelle à saisir dans les for- 
mules pittoresques et les locutions imprévues la langue vivante du peuple. 
Ses exemples sont nombreux et bien choisis, et son vocabulaire vient 
s'ajouter avee hnnnenr à ceux (pii ont déjà t't(' consacrés à la Normandie 



— -m — 

et qui préparent le [jlossaire {général ihi ilialeete de cette grande pro- 
vince, n 

M. Pavet de Godrteille pre'sente, au nom de M. de Sainte-Marie , uup 
])rochure intitulée : Itinéraires en Herzégovine (Paris, 1876, in-8°). 

rCo travail, dit M. Pavet de Courteille, contient une description géo- 
grophique très-exacte de l'Herzégovine , dont l'intérieur est peu connu. 
L'auteur, prenant Mostar pour centre de ses opérations, a parcouru toute 
la province au sud, à l'est, au nord et à l'ouest, en ayant soin d'indiquer 
tout ce qui mérite d'être remai'qué, sans oublier les inscriptions latines 
ou slaves, il indique aussi l'itinéraire de Rosna-Seraï à Mostar; en outre 
il promet à l'Académie une ample provision d'inscriptions latines. Per- 
sonne n'a oublié combien ses recherches en Afric[ue ont été fructueuses ; 
tout nous fait espérer qu'elles ne le seront pas moins en Herzégovine. « 

M. A. Régnier fait hommage, au nom de M. Senarl, d'une Note stir 
r/uelques termes budclhiques (extrait du Journal asiatique). 

ff Cette note, où l'on retrouve, dit-il, le savoir et la sagacité dont 
M. Senart a fait preuve dans son Essai sur (a légende du Buddha, est une 
discussion nette et sobre, qui, à l'occasion de quelques termes ramenés 
à leur vraie origine et à leur vraie forme, nous entrouvre, comme l'au- 
teur le dit et a le droit de le dire, des échappées sur les premières 
couches du buddhisme ancien et vraiment populaire. 

ffNous espérons que M. Senart, qui voit si bien la portée de ces ana- 
lyses, ne s'arrêtera pas, dans celte voie, à ce ])remier pas.» 

M. DE Sadlcy présente à l'Académie : 

1° Les quatre rapports de M. Victor Guérin sur sa Mission en Pales- 
tine , en ^575 (extraits des Archives des Missions scientifiques et littéraires). 

2° Le recueil des Notes et /Vie'mo/re* publiés par M. Flouest, procureur 
général à la cour de Lyon, sur des fouilles effectuées par lui dans des sé- 
puUin'cs gauloises (Lyon, 1877, in-S"). 

Ces mémoires sont tous accompagnés de planches excellentes ; M. de 
Saulcy signale, entre autres, une notice des plus curieuses sur une sépul- 
ture découverte sur les bords de l'étang de Valcarès, sépulture formée de 
deux moitiés d'amphore s'emboîtant. Elle est tout à fait semblable à 
celles que feu Mérimée avait observées en Corse , aux environs de Sarlèuc. 

M. Re\an offre à l'Académie: 

1° Au nom de Ï\L Barbier de Meynard, professeur au Collège de 
France, une brochure intitulée: La poésie persane (Paris, 1877, in-12). 
(j'est un coup d'œil général sur la poésie persane, esquisse tracée avec 
beaucoup de goût et de savoir. 

i5. 



— 22/i — 

û° Au iiuin Je M. Philippe Ijerger, un rapport à M. l'Adminislrateur 
g«^ndral de laliibliotlièque nationale sur \es nombreuses inscriptions votives 
à Bahhalh Tanilh et à Baal-Uamon , maintenant dëposëes à la Bibliothèque 
nationale, et dont l'intérêt sera très-grand pour l'archéologie et l'histoire, 
quand elles seront rapprochées et publiées. 

M. Garcin- de Tassy ofFre à l'Académie le prospectus d'un journal lit- 
téraire illustré, écrit en arabe et incidemment en hindoustani, publié à 
Londres par le D'Sabunjieet intitulé /1 /(««/»/«/«, ff l'Abeille." nCe journal, 
qui est patronné par les principaux orientalistes anglais, paraît destiné, 
(lit M. Garcin de Tassy, à avoir du succès, le rédacteur ayant déjà con- 
duit j)endant douze ans, en Orient, un journal du même genre. Celui-ci 
donnera un sommaire des événements contemporains, des articles sur des 
sujets scientiliques, littéraires et artistiques, sur les découvertes et les 
inventions importantes. Le numéro-prospectus contient des notices sur 
l'archéologie assyrienne etégypliennc, sur l'invention du téléphone, sur la 
géographie du fond de l'Océan , sur les plantes pélritiées au pôle nord , etc. 
Les principales illustrations qu'on y trouve sont le portrait de la reine 
d'Angleterre et celui du sultan de Zanzibar.» 

SKANCE DU VENDREDI 1 3 AVRIL. 

Le Secrktaire perpétdel offre, au nom de M. H. Weil, correspon- 
dant de l'Académie, les Plaidoijers politiques de Démosthène , texte grec. 
Première série : Lepline , Midias , Ambassade, Couronne (Paris, 1877, 
in-8°). 

M. Egger présente à l'Académie plusieurs ouvrages dont l'origine 
seule a déjà de l'intérêt pour elle. Ce sont : 

1° Homélies sur les évangiles du dimanche et de toutes les fêtes de l'année, 
par Theophanes Kerameus, évêque de Tauromenium en Sicile, au xii' 
siècle, publiées pour la pi-emière fois eu 160^1, à Paris, réimprimées 
plus correctement et plus complètement en un volume m-k" à Jérusalem , 
imprimerie du Saint-Sépulcre, 1860, par M. Gregorios Palarnas, sous 
les auspices et parles ordres de M^'' Cyrille, patriarche de Jérusalem. 

2" Il iérosoly mies on Histoire abrégée de la ville sainte de Jérusalem, 
par l'archimandrite Gregorios Palamas (Jérusalem, imprimerie du Saint- 
Sépulcre, 1862, 1 vol. ^\\ in-8°). Ce livre est l'introtluction, publiée à 
paj't, de Y Histoire et description de la terre sainte, par le [)atriarche Chry- 
santhes. 

3° Un extrait du journal scientifique et littéraire l'Homeros, de Smyrne, 



— 225 — 

conteiiaiil le dessin el l'explication d'une matrice de poids antique, par 
M. Peppadopouios Keranieus , directeur du musée de lecole e'vang-ëlique 
de Smyrne, où ce précieux monument, récemment découvert à Tapai 
(^l'ancienne Hypœpi), est aujourd'hui conservé. 

-M. E. Desjardi.ns oflVe, de la part de M. Auguste Waiiettc, un ou- 
vrage intitulé : Deir-el-Bahari, documents topographiqms , historiques et 
ethnographiques recueillis dans ce temple pendant les fouilles exécutées par 
Auguste Mariette-Bcij. — Ouvrage publié sous les auspices de S. A. Is- 
maïl, khédive d"Egypte ( 1877; atlas de 16 pi. in-f°. et texte explicatif 
de ko p. in-4°). 

ffLa restitution du temple de Deir-el-Bahari, qui était situé an pied des 
escarpements rocheux inaccessibles qui séparent les quartiers de Thèbes 
(^rive gauche) de la Vallée des rois (Biban cl-Molulc), a été exécutée, dit 
M. Desjardins, par M. E. Brune (pi. 2 et 3 de l'Atlas). Les peintures dé- 
coratives découvertes par M. Mariette font le principal intérêt de cette pu- 
blication; elles sont relatives à l'expédition faile sous la régente Hatasou, 
lille aînée de Thoutmès I", qui gouverna l'Egypte pendant la minorité de 
ses frères Thoutmès II et le célèbre Thoutmès ill. Celte expédition a été 
faite au pays de Pount. Les navires de guerre traversent la mer Rouge; 
les détails les plus minutieux y sont ligures avec la plus scrupuleuse 
exactitude, à tel point que les différentes espèces de poissons qui se ren- 
contrent dans la mer Rouge y sont figurées avec leurs caractères propres 
et distinclifs. Le pays de Pount subit les lois d'Hatasou et paye des tri- 
buts en nature et en métaux précieux. Or, on a reconnu parmi ces objets 
l'or, le lapis, la myrrhe; parmi les animaux, on y voit deux espèces de 
singes; il y a aussi des arbres que l'on transporte dans des paniers (l'E- 
gypte en manquait). Les scènes principales ont été reproduites et exécu- 
tées avec le pkis grand soin à la section égyptienne de l'Exposition de 
1867 ^< Paris. M, Mariette avait communiqué à l'Académie les résultats 
de cette découverte, qui remonte à l'année 18G0. 

«■Depuis lors, nous avons la connaissance des listes complètes des ex- 
péditions de Thoutmès sur les pylônes de Karnak, et ces listes géogra- 
phiques ont permis à M. Mariette de déterminer la situation du pays de 
Pount, qui ne serait plus l'Arabie, mais le pays des Aromates de Pto- 
lémée (côte des Somàls, entre le détroit de liab-el-Mandeb et le cap Guar- 
dafui). On s'y rendait par mer. 

ffM. Maspero pense que, sans abandonner l'ancienne idcnlilication du 
pays de Pount avec l'Arabie, on pourrait croire que ce nom s'appliquait 
à la fois nu pays des Aromates el à 1' \r,i|iif.') 



— 2-26 — 

M. G. PiîRUOT présente, en son nom. un tiinoe ù part de la Jievuc ar- 
chéologique, contenant les notes rpi'il a lues devant l'Acadcnn'e sur des 
inscriptions trouvées en Asie Mineure et en Stjrie. 11 a voulu prendre cette 
occasion pour rendre témoignage aux savants voyageurs qui ont recueilli 
et lui ont communiqué ces inscriptions, MM. Carabclla, Choisy et Au- 
guste Martin, lieutenant de vaisseau. 

M. Mn,i.Eu olïre à rAcadéniie, de la part de M. Sakkelion. un extrait 
du Bulletin de correspondance hellénique, extrait intitulé: Èjc twv àvsH- 
^âruv Tfjs -craTfxtawJ/s ^têXioOrjHrfs. ffCe bulletin, dit-il, est un recueil 
mensuel très-important qui est publié à Atliènes depuis le commence- 
ment de la présente année. Non-seulement il tient le lecteur au courant 
des découvertes archéologiques et épigraphiques , mais encore il donne 
des textes grecs inédits : telles sont les scolies sur Démosthène et Es- 
chine que M. Sakkelion a extraites d'un manuscrit de la bibliothèque de 
Patmos et qui ont paru dans les premiers numéros du Bulletin. C'est un 
tirage à part de ces scolies que nous avons sous les yeux. Le manuscrit 
d'où elles ont été extraites paraît être de la fin du x° siècle, suivant le 
i'ac-simile qui les accompagne. Après une description de ce manuscrit et 
quelques observations paléographiques, l'éditeur en donne le contenu 
exact. Outre une chaîne des Pères sur les Épîtres de saint Paul, on y 
trouve un certain nombre d'opuscules de difl'érents genres. Les scolies 
en question sont intitulées Xé^eis. Elles rappellent en partie celles qu'on 
connaissait déjà, mais elles oflVent cependant quelques citations nouvelles 
empruntées aux orateurs attiques. C'est donc un véritable service que le 
savant éditeur a rendu à la littérature classique. Nous regrettons seule- 
ment qu'il ait été si sobre de notes et qu'il ait négligé un travail de com- 
paraison très-usité en pareil cas. Nous citerons entre autres les célèbres 
lexiques publiés dans le premier volume des Anecdotœ de Bekker. M. Sak- 
kelion y aurait trouvé de très-utiles rapprochements et les moyens d'amé- 
liorer et même de comj,léter le texte qu'il vient de nous donner. Du 
reste, nous savons qu'un habile ])hilolojOue d'Athènes doit publiei", dans 
le prochain numéro du Bulletin, des corrections sur ces scolies." 



SEANOK DL' VKXDIIEDI 90 AVRIL. 

M. i)K \\ rni-; oH're à I Acadc-niie , en son nom et au nom de M. l'r. Lc- 
Monnanl, la -v livraison (année 1877) do '•' ^'ff'^ff'^ «rcAc'o/'o^w/f/c (Paris, 
iu-V). 



— '227 — 

Sont encore uUerls : 

Makbranchc et la théorie des couleurs, par M. Georges Lechalas (Rouen , 
1877, brocli. in 18). 

Publications de la section historique de l'Institut royal grand-ducal de 
Luxembourg (année 1876; Luxemboui'g , in-8"). 

M. DE S.uiLCY pre'sente , au nom de M. Clermont-Ganneau, un nie'moire , 
extrait do la Rauie archéologique, sur Gomorrhc, Scgor et les filles de Lot. 

M. DE Wailly offre, au nom de M. H. Jadart, une brochure intitulée: 
Robert de Sorbon; essai sur son origine , sa vie, ses écrits (Reims, 1877, 

in-8°). 

M. Girard fait hommage, au nom de M. Foucart, d'une dissertation 
sur l'authenticité de la loi d'Évégoros (extrait de la Revue de philologie, 
Paris, 1877, in-8°). 

frCe travail épigraphique a, dit-il , une grande importance pour l'his- 
loire litte'raire et pour l'étude des mœurs religieuses de l'Attique. 11 se 
rattache d'abord à la question générale de l'authenticité des pièces insé- 
rées dans les discours. Sur l'autorité de VVestermann , on regardait géné- 
ralement la loi d'Évégoros, citée dans la Midienne, comme ai)Ocryphe. 
M. Foucart a prouvé qu'elle est authentique, ou du moins que le sco- 
liaste qui a mis cette pièce dans le discours de Démoslhène, avait sous 
les yeux le texte même de la loi. Le principal argument de Westermann 
consistait dans l'importance exagérée donnée aux Dionysies du Pirée. 
M. Foucart ruine complètement cet argument, en prouvant avec évi- 
dence, par des inscriptions, que les Dionysies du Pirée n'étaient pas 
seulement les fôtes particulières d'un dème, mais, au contraire, des fêtes 
(le l'État, célébrées avec une gronde pompe. Il montre que la princi'pale- 
objection pouvait venir d'une autre partie du texte, dont on n'avait pas 
reconnu jusqu'ici toutes les didicultés et qui avait été mal interprétée. A 
cette interprétation évidemment erronée il substitue une hypothèse au 
moins très-vraisemblable. On peut regarder comme démontré que nous 
possédons, au moins en partie, la loi d'Evégoros. Ce résultat est acquis, 
grâce à l'érudition si complète de M. Foucart, et à sa méthode si sûre 
et si pénétrante. On pourra désormais se servir avec sécurité de ce texte, 
pour essayer d'éclairer des points obscurs qui se rajjportent à l'étude de 
la tragédie et de la comédie athéniennes, v 

M. Delisle offre, au nom de M. l'abbé Ulysse Chevalier, la première 
livraison du Répertoire des sources historiques du moyen âge, publié par la 
Société bibliographique (Paris, 1877, gr. in-8"). 

«Ce l'éportoire. dit M. Delisle, sera divis<! en trois volumes: le pre- 



— T2S — 

niier coiiliendra une liste dos personnages liistoriques du moyen âge. 
avec l'indication des travaux ilont cliacun d'eux a été l'objet ; — le deu- 
xième sera une nomenclalure géographique, dans laquelle on trouvera, 
pour chaque nom, un renvoi aux textes à consultor; — le troisième, 
plus parliculièrement bibliographique , présentera le tableau des écrits 
que nous ont laissés les auteurs du moyen âge et des éditions qui en ont 
été publiées. 

tf Le cadre est immense; mais l'obstination au travail de M. l'abbé Che- 
valier est telle qu'on peut annoncer qu'il sera bien rempli. 

(fLes cahiers que j'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Acadé- 
Tuie comprennent, continue M. Delisle, la première livraison de la partie 
biographique, embrassant les trois premières lettres de l'alphabet. C'en 
est assez pour apprécier dès maintenant le mérite du travail et les ser- 
vices qu'on peut lui demander. Je ne sais pas si un dépouillement aussi 
considérable a jamais été entrepris, et si le luxe des citations a jamais été 
porté aussi loin. M. l'abbé Chevalier a fait ce qui était humainement 
possible pour t^trc complet; il aurait même pu sacrifier une partie de ses 
notes, et s'épargner beaucoup de renvois, qui, dans la pratique, seront 
reconnus inutiles. Le seul reproche sérieux qu'on puisse lui adresser, 
c'est d'avoir réuni un tel nombre d'indications que, malgré la commo- 
dité d'un classement alphabétique rigoureux , la richesse du répertoire 
embarrassera et découragera beaucoup de lecteurs. Ce défaut , dont ne se 
j)laindront pas les personnes familiarisées avec la bibliographie, n'empê- 
chera pas l'œuvre de M. l'abbé Chevalier de devenir un livre classique 
auquel les historiens devront journellement recourir. « 

.M. Delisle offre encore: 

1° Au nom de M. Cortambert: Rapport sur les villes mortes dn golfe de 
Lyon, par M. Ch. Lenthéric (Paris, 1877, broch. in-S"). 

9° Au nom de M. Léon Palustre: Adam, mtjslcre du xii' siècle, texte 
critique accompagné d'une traduction (Paris, 1877, in-V). 



SEANCK DU VENDREDI 2" AVRIL. 

M. DE Saulcy fait hommage, au nom de M. lley, d'une brochure inti- 
tulée : Recherches fréorrraphiqnca et historiques sur la domination des Latins 
en Qricnl, accompagnées de textes inédits ou peu connus du .\u' au 
xiv' siècle (Paris, 1877, in-8°). 

M. Pf.rrot présente au nom de M. Miuitz trois brochures qui se rattachent 
à (\ps études siu- l'histnlip Ao fart en \U\\\o . ;m moyen %ep( dans le sièch' 



— L>-29 — 

delà Ileiiaissaiice. frlAAc«cléiiiie, dit-il, i\ dejn enleiuiu iiarler des travaux 
de M. Mïinlz par les deux dei-niers rapporteurs de la (loniniission des 
Écoles d'Athènes et de Rome; elle a dans les essais qui lui sont présentés 
aujourd'hui la preuve que M. Miinlz, de retour en France, continue à 
mettre en œuvre les matériaux si riches et si variés quil a recueillis 
pendant un séjour de trois ans en Italie. 

ffVoici les titres de ces trois brochures extraites île la Rcvvc archéolo- 
gique et de la Gazette des Beaux-Arts : 

ffT Les momtments antiques de Uome, an w' siècle {Revue archcolo- 
(jique). 

f:2° La Renaissance à la cour des Papes : 
rrl. L'héritage de Nicolas V. 

ffll. Les collections du cardinal Pierre Burbo (Paul II) {Gazette des 
Beaux-Arts). 

«Cette dernière étude surtout est des plus curieuses; elle nous donne 
des détails tout à fait nouveaux sur la première grande collection d'ob- 
jets d'art qui ait été formée à Rome au xv' siècle, collection dont doi- 
vent avoir fait partie un certain nombre de monuments qui ornent au- 
jourd'hui les musées de Rome. L'essai se termine par une analyse d'un 
inventaire très-détaillé qui a été dressé de cette collection en 1/167, in- 
ventaire que M. iVIiintz a eu la patience de copier tout entier dans les 
archives d'État de Rome et dont il prépare la publication intégrale en 
l'acconqjagnant des notes et des commentaires qu'elle send>le exiger." 

M. Alfred Maury offre à l'x^cadémie, au nom de l'auteur, M. le doc- 
teur A. Gorlieu, un ouvrage intitulé : L'ancienne Faculté de médecine de 
Paris. 

rr On trouve dans ce livre, dit M. Maury, un substantiel aperçu de 
l'organisation de l'ancienne faculté de médecine de Paiis ([ui constitua un 
corps enseignant à part à dater de 1981. Des chapitres spéciaux sont 
consacrés an tableau des philiatres ou étudiants, à ce qui louche aux 
examens et aux grades, aux professeurs et au doyen, aux diverses classes 
de personnes de l'art, médecins, chirurgiens, barbiers, apothicaires, 
sages-femmes, à la Chambre royale et à la Société royale de médecine, 
au budget de la faculté et aux statuts. 

ffLe livre de M. le docteur Corlieu nous fournit des détails neufs et 
importants pour la cormaissance d'une des branches de l'ancienne 
Université de Paris. L'auteur, bibliothécaire-adjoint de la faculté d« 
médecine, a eu à sa disposition des niatériaux qui lui ont permis de 
traiter pertinennuent son sujpl. 



— 230 — 

frL'Iiistoire de la l'aculto de médecine de Paris, à i-aison de i'ëclal qu'a 
jelé cette ëcoie médicale, appartient à l'histoire de notre enseignement 
public et à ce titre elle intéresse les études que représente l'Académie 
des inscriptions. Nous ne pouvons que nous ajiplaudir de la voir traitée 
par un écrivain aussi consciencieux et aussi z(''lé que M. le D' Corlieu.n 

Sont encore ollerts : 

Albon et le concile d'Epaone. Notice "sur le lieu où fut tenu ce concile en 
l'an Si'], par M. de Rivoire de la Bâtie (Vienne, 1877, in-8°). 

Vocabulaire des symboles et des attributs eviploijés dans l'iconographie 
chrétienne, par iM. l'abbé J. Corblet (Paris, 1877, in-8°). 

Chr. M. Fraetine. Opusculorum postumoruni pars seciinda, adnola- 
tiones in varia opéra ntrmismatica contincns, cdidit C Dorn (Pétropole, 
1877, in-8''). 

Atti délia Società di archeolonia e belle arli per la provincia di Torino 
(Romc-ïurin-Florence, 1877, in-8°). 

Inscriptiones alticœ œtalis (juœ est inler Enclidis annum et Aiigusli teni- 
pora, consilio et aucloritate Academiœ littcrarum regiœ Borussicœ , edidil 
Ulricus Koeblcr. Pars prior décréta coniinens (Cerlin, 1877, in-folio). 

SÉANCE DU VENDREDI A MAI. 

lie Secrétaire perpétuel présente à l'Académie les ouvrages suivants 
qui lui sont offerts : 

Ilèperloirc labnudiime , on recueil des noms et des choses mentionnées dans 
les livres rabbiniqnes, par feu David Cahen, grand rabbin de Marseille, 
publié par M. Onry Cahen, de Lyon, et annoté par M. Wogue, profes- 
seur de théologie au séminaire rabbinique de Paris (entièrement eu 
hébreu). 

Coutumes du pays et duché de Brahant. Quartier d'Anvers. Tome VI. 
Coutumes de Snnthovcn, de Turnhout et de Rumpst, par M. de Longé 
(Bruxelles, 1877, in-/i°). 

Recueil des lois, décrets et arrêtés concernant les colonies. Tome I" 
(Paris, 1877, gr. in-8°). 

M. Garcin de Tassy offre à l'Académie, de la part de M. Edward 
H. Palmer, professeur d'arabe à l'université de Camhridgo, le tome II 
de sa belle édition du JJiwan ou Recueil des poèmes de Réhaeddm Zohëir 
((Cambridge, 1877, in-A"). 

ffLe premier volume, dit-il , contenait le texte de ces poënies écrits dans 
le \nr siècle d pleins d'allusions inléressonles sur les évononicnls du 



— 231 — 

temps. Celui-ci en contient la traduction en vei's anglais remarquables 
par la fidélité et l'élégance. C'est d'ailleurs la première fois que les œuvre-» 
entières d'un poëte arabe sont traduites en anglais. 

fr Après une préface dans laquelle M. Palmer mentionne modestement 
Tassislance que lui ont prêtée pour les passages les plus difficiles Rizk 
Allah Hassoun Ed'endi et Abdallah Marrasch, de Paris, il donne la tra- 
duction anglaise de l'excellente introduction écrite en arabe dont il avait 
enrichi le premier volume de l'ouvrage. Puis vient un mémoire biogra- 
phique tiré d'IbnKhallican sur l'auteur des poëmes dont il s'agit, et enfin 
la traduction des poëmes eux-mêmes. Ces poëmes, couime ceux de Hafiz . 
ne sont pas toujours d'une stricte orthodoxie. L'amour et le vin y sont 
souvent célébrés; mais on y trouve aussi des vers sur des sujets de tout 
genre, à la fois instructifs ou amusants et quelquefois satiriques. La 
traduction reproduit avec bonheur l'esprit vif et caustique de l'original . 
ce qui la rend fort agréable à lire, même pour ceux qui ne peuvent la 
comparer au texte; et les notes qui l'accompagnent expliquent fout ce 
qui pourrait les embanvnsser.n 

M. Garcin de Tâssy offre aussi de la jiart de M. le professeur Vullers, 
de l'université de Giessen , le troisième fascicule du tome premier de sou 
édition in-S" de la grande épopée |)ersane intitulée Schdh-nâmeh «le 
livre royal n dont il a eu l'honneur d'offrir à l'Académie les deux premiers 
fascicules. Celui-ci va de la page ^Sf) à la page ^82 et, comme dans les 
précédents, le texte y est accompagné de variantes et de notes critiques et 
explicatives. On voit que le savant orientaliste poursuit éncrgiquemcnt sa 
laborieuse entreprise et tout fait espérer qu'il mènera à bonne fin ce tra- 
vail qui fait le plus grand honneur à sa patiente érudition. 

M, Miller offre un travail imprimé de M. le baron d'Avril, lec[uel a 
été lu il y a un an, intitulé : Mémoire sur la langue, le rite cl l'alpkahct 
(lUribnés aux opâtres slaves du i.i' siècle (Paris, 1877, brocli. in-S"). 
L'auteur y a mentionné les résultats d'une étude l'écente de M. Srez- 
newski, professeur à l'université de Saint-Pétersbourg, sur le manuscrit 
glagolitique de Kiev, qui contient, en langue slavonne, hs propres de 
|)lusieurs messes romaines. 

La mise au jour de ce manuscrit, qui paraît être des plus anciens, 
vient à raj)pui de l'opinion soutenue |»ar M. d'Avril sur le rite ■^uivi par 
les SS. Cyrille et Méthode. 



— 232 



SKA.\CK DU VE.\DRKU1 11 MAI. 



Le Secriîtaire perpétuel présenlo à l'Académio les Chartes de la fa- 
mille de Reinach déposées aux archives du /rrand-duché de Luxembourg 
(années 1221 à i/iSS;!!"' 1 à 1678). 1" fascicule (Luxembourg, 
1877, in-8"). 

M. DE Lo.NGPÉRiER oflic , tlc la part de l'auteui-, M. François Lenor- 
niant, deux volumes intitules : 

r Les syllabaires cunéiformes, édition critique, classée pour la pre- 
mière fois méthodiquement et précédée d'une introduction sur la nature 
de ces documents (Paris, 1877, in-8°). 

2° Elude sur quelques parties des syllabaires cunéiformes. Essai de phi- 
lologie accadienne et assyrienne (Paris, 1877, in-8°). 

«M. Lenormant, dit M. de Lonrj-périer, a revu avec le plus grand soin, 
et une intelligence toujours croissante du sujet, les textes imprimés sur 
briques qui fournissent les listes de caractères accompagnés de leur trans- 
cription. Il a, en quelque sorte, épuré ces documents par un examen 
comparatif, et les présente au public qui désire étudier les textes, sans 
cependant avoir la faculté du déchiffrement matériel. On doit reconnaître 
que le syllabaire de M. Lenormant constitue un élément de travail on ne 
peut plus utile, un nouveau titre à la gratitude des philologues.?) 

M. DE LoNGPÉRiER présente en outre : 1° de la part tlu directeur, 
M. Araédée de Caix, un nouveau fascicule de sa publication intitulée: 
Le musée archéologique (Paris, 1877, in-/i°). Ce cahier contient, entre 
autres choses, un article remarquable de M. Anatole de Barthélémy sur 
le dieu gaulois Taranis; un Recueil de bulles byzantines inédites par 
M. Schlumberger, et une dissertation très-intéressante sur un bas-relief 
de Mino da Fiesole par M. Courajod. 

12° Au nom de M. le comte (liancarlo Conestabile, correspondant de 
l'Académie, un article sur un anneau d'argent étrusque portant une ins- 
cription dans laquelle on lit, avec le titre de Lucumon, un second mot 
VALISC ou VALISIC qui donne lieu à divei^ses interprétations de la 
part de MM. Coneslabile, Fabretti et Gamurrini. 

M. JoniDU.v fait hommage à l'Académie, au nom de M. Th. Ducroc(]. 
professeur de droit adminish-atif à la faculté de droit de Poitiers, d'un 
mémoire sur un denier gaulois inédit à la légende Giamilos. rrCe denier, 
dit-il, a été trouvé h Vernon, département de la Vienne, vers la fin de 
l'année dernière, sur remplacement même où avaient été découvertes en 



— 233 — 

187'* environ -2,500 pièces do monnaies dVirgenl romaines, consulaires 
et gauloises. Ce qui fait le prix de celte trouvaille, c'est l'extrême raretë 
en même temps que la belle conservation du denier dont il s'a,oit; on 
n'en connaît qu'un seul exemplaire du même métal, lequel a appartenu 
à notre éminent confrère M. de Saulcy, et se trouve aujourd'hui dépose 
au cabinet des me'daillcs de la Bibliothèque nationale. M. Ducrocq croit 
pouvoir fixer l'émission de ce denier à une époque antérieure à l'année 
/i/i av. J. C; il suppose que le lieu de fabrication doit être recherché au 
sud-ouest delà Gaule, dans le voisinage des Pyrénées. Le revers offre 
en effet l'image d'un cavalier portant un rameau , ce qui semble dénoter 
une origine cel libérienne. 1 

M. L. Renier offre , de la part de M. Saglio, le 5' fascicule du Diction- 
naire des antiquités grecques et romaines (Paris, 1877, in-û°). Ce fasci- 
cule confirme l'opinion qu'il a déjà exprimée sur cet ouvrage, à savoir 
que c'est le meilleur dictionnaire d'antiquités grecques et romaines qui 
ait été publié jusqu'ici. 

M. L. Delisle fait hommage, au nom de M. J. Tessier, d'un volume 
intitulé : Le chevalier de Jant. Relations de la France avec le Portugal au 
temps de Mazarin (Paris, 1S77, in-8'). 

ffDans ce livre, dit-ii, M. Tessier nous donne une page importante de 
l'histoire diplomatique des premières années du règne de Louis XIV. Il 
en a puisé les éléments dans les dépêches du chevalier de Jant, que Ma- 
zarin envoya en iG55 à la cour de Lisbonne. (îet ambassadeur a pris 
soin de mettre en ordre les différentes pièces de sa correspondance; il 
en a formé un recueil, dont un exemplaire, destiné au roi, se conserve à 
la Bibliothèque nationale et dont un autre exemplaire, relié pour le car- 
dinal de Mazarin, a été trouvé par M. Tessier chez un libraire de Gaen. 
Le texte même du recueil a été publié par M. Tessier, qui l'a fait pré- 
céder d'une introduction étendue sur les relations de la France avec le 
Portugal au milieu du xvn' siècle. « 

SÉANCE DU VENDREDI l8 MAI. 

Le Secrétaire perpétuée présente à l'Académie le 1" fascicule des 
Comptes rendus des séances de l'Académie. Année 1877. Janvier-mars 
(Paris, in-8°). 

M. Garcin de Tassy fait hommage de la 7' partie du nouveau diction- 
naire hindoxistani-anglais , par M. Fallon (Londres, 1877, in-8°). 

M. DE Saulcy offre en .son nom une brochure intitulée : Becherches sur 



— 23^4 — 

ks monnaies du sijslhno Jlumand fmppccs à Tournai au nom du roi 
Cluirles Vil (Paris', 1877, in-8'). 

M. Alfred Ncymorck adresse à rAcadéinie un ouvrage en deux vo- 
lumes intitule : Colbcrt et son temps (Paris, 1877, in-S"). 

M. L. Dklisliî fait hommage, au nom de M. Louis de la Trémoille, de 
<leux ouvrages inlitulc-s : le premier, Correspondance de Charles VIII 
et de ses conseillers avec Louis II de la Trémoille, pendant la guerre 
de Bretagne, 1/1S8 (Paris, 1876, gr. in-8°); le second, Chartrier de 
Thouars. Documents historiques ci généalogiques (Paris, 1877, iû-f"). 

ffM. le duc de la Trémoille, dit il , possède les plus riches archives de 
famille qui subsistent en France depuis la Re'volution. Il ne recule devant 
aucun sacrifice, devant aucun travail, pour les mettre en ordre, pour en 
assurer la conservation , pour en combler les lacunes. Mais il ne jouit pas 
en égoïste d'un trésor qu'il est si digne de posséder. En dehors des libé- 
rales communications qu'il a faites à tant d'éditeurs de textes historiques 
et littéraires, il a résolu de porter lui-môme à la connaissance du public 
plusieurs séries de documents, choisis dans les cartons de son chartrier. 
A cette pensée nous devons les deux volumes dont il fait aujourd'hui 
houmiage à l'Académie et qui prouvent que l'éditeur était parfaitement 
préparé à sa tâche. 

(tL'uu , le gros volume in-folio , est un recueil de plus de hoo lettres dont 
les plus anciennes datent de la seconde moitié du xiv" siècle. Sous le nom 
de chacun de ses ancêtres, à partir de Guy VI, mort e:i i3(i8, en reve- 
nant de l'expédition de Nicopolis, M. de la Trémoille a groupé un choix 
de lettres qui nous font pénétrer dans fhistoire intime de la maison, et 
dont beaucoup se rattacbent aux événements les plus considérables de 
l'histoire de France pendant plus de quatre siècles. C'est un véritable 
monument élevé à la gloire d'une famille, sans que la critique la plus 
sévère puisse y signaler les inconvénients qui semblent inhérents aux 
compilations généalogiques. Les pièces originales s'y présentent dans toute 
leur sincérité, sans discours et sans commentaires; à peine sont-elles 
reliées les unes aux autres par quelques lignes d'avertissement, dans 
lesquelles sont rappelés les noms et les dates indispensables pour faciliter 
l'intelligence des textes. Ce volume, qui se recommande à l'attention des 
littérateurs aussi bien qu'à celle des historiens, donne une juste idée de 
l'étendue et de la variété des ressources que le chartrier de Thouars oiïre 
ù la curiosité et à l'érudition. 

rr L'autre publication de M. le duc de la Trémoille embrasse un champ 
beaucoup plus restreinl. C'est la collection complète des lettres que |/' 



— -235 ~ 

cliarti'ier de Thouars contient sur la guerre de Bretagne de l'anne'e i '188 , 
guerre dont la direction fut conliëe à Louis de la Tréinoille. Il n'y en a 
pas moins de 286, toutes du plus vif intérêt, toutes de la plus grande 
nouveauté. Les principales sont émanées de Charles MU. de la régente 
Vnne de France, du sire de Beaujeu et de J'amiral de Graville. Les lettres 
de Charles VIII sont particulièrement remarquables et complètent de la 
façon la plus heureuse les renseignements que nous possédions sur le ca- 
ractère et l'esprit de ce prince. Grâce au recueil de M. le duc de la Tré- 
moille, nons suivons, jour par jour, quelquefois heure par heure, 
l'histoire d'un des plus importants épisodes du règne de Charles VIII, 
dont beaucoup de détails étaient tout à fait inconnus. 

rJe ne parle pas, ajoute i\L Dehsie, des soins apportés à l'édition des 
deux, volumes que j'ai l'honneur de présentera l'Académie. La correction 
des textes, l'exactitude des dates et l'ampleur des tables ne sont pas 
moins à louer que le luxe du papier et la beauté de l'impression, n 

SÉANCE DU VENDREDI 9 5 MAI. 

H est adressé à l'Académie un numéro d'un journal grec intitulé: 
I12ANÎSINA (27 avril 1877) contenant des inscriptions inédites. 

M. Egger présente : 

1° Au nom de M. Beywater un volume intitulé : llcvacUli Ephesii reli- 
quiœ (Oxford, 1877, in-8°). rrC'est le recueil le plus complet et le plus 
exact qui ait paru jusqu'ici des fragments d'Heraclite et des témoignages 
relatifs soit à la personne, soit aux écrits de ce célèbre philosophe. D'ac- 
cord avec M. Thurot {Revue critique du 27 avril dernier), sur le témoi- 
gnage duquel j'aime à m'appuyer, je reconnais dans ce travail, ajoute 
M. Egger, tous les caractères d'une érudition solide et d'une critique ju- 
dicieuse, n 

2' Au nom de M. Bcnlœw , doyen de la faculté des lettres de Dijon : 
La Grèce avant les Grecs. Etude linguistique et ethnographique. Pélasges, 
Uleges, Sémites et Ioniens (Dijon-Paris, 1877, in-8°). tfC'est, dit 
M. Egger, le fruit de recherches très-étendues et d'un effort de critique 
souvent trop hardie, mais souvent heureuse, pour éclairer les origines 
de l'hellénisme et les premières périodes de son histoire; les Albanais et 
leur langue, considérés comme les plus anciens représentants, dans l'Eu- 
rope centrale, des races et des langues qui ont précédé f hellénisme, 
sont fobjel j)lns spécial du travaU de M. Benlœw. et pour approfondir 
celte étnde il a réuni plus do documents qu'aucun savant français n'en 



— TM] — 

;i OMS jiisijuici à sa (lis[)osilioii. (iola seul, sans parlci' il au lies luéntes. 
snflirait pour rccoiinuaiujor Touvraji^e du savant philologue à toutes les 
personnes qui soccupent do ling-uistique et d'ellinograpliie.» 

M. DE Saui.cy fait lionimagc à rAcaduinic, au nom de l'auteur, M. Ar- 
thur Rhonti, du livre intitulé :.Z,'/i'^///;<c à petites journées, r C'est, dit-il. 
le promior volume d'un ouvrage destind à jouir de la plus grande fa- 
veur. Outre qu il est pariaitcmenl écrit, il est pour tous ceux qui ont 
visité l'Egypte d'une exactitude ({ui fait grand honneur à l'esprit obser- 
vateur de M. Iihoné. Ce livre a de plus le mérite démettre en lumière les 
splendidcs découvertes de M. Mariette et de raconter les étranges péripé- 
ties ([u'a traversées la recherche et la mise au jour du fameux Sérapéum 
de Memphis. Les appendices ne sont pas moins intéressants que la nar- 
ration du voyage. Ils contiennent: i" un excellent aperçu de la religion 
égyptienne; 2° un résumé de Ihistoire de la vallée du Nil, depuis les 
temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Nombre de très-jolies gravures 
ornent le texte; et en résumé l'ouvrage de M. Arthur Rhoné est d'une 
lecture attrayante et qu'on ne quitte plus dès qu'on l'a coimnencée." 

M. DE \\ AiLLY offre au nom de l'autour, M. (lustave de Wailly. une tra- 
duction en vers français de l'Enéide (deux vol. in-i ?. . Paris, Didot, 1 877 ). 
"Les liens de parenté et d'amitié qui m'unissent à l'auteur sont trop 
étroits, dit I\L de Wailly, pour que je puisse porter sur cet ouvrage un 
jugement tout à fait impartial. J'espère cependant ne pas me tromper en 
disant que la parfaite intelligence de la latinité de Virgile et le vif senti- 
njent de sa poésie sont deux qualités qui rcconmiandent et caractériseni 
celte traduction. En 1876, lAcadémie française a l'écompcnsé ce travail 
alors inachevé ; c'est ce qui a déterminé l'auteur à In compléter, et ce qui 
l'encourage à eu faire hommage à notre Compagnie.^ 

M. Jourdain présente à l'Académie un nouvel ouvrage que M. Fialon, 
professeur de littérature ancienne à la faculté des lettres de (M'enoble, 
vient de publier sous ce titre: Salut Atlutnase: élude Utiéraire , suivie de 
l'apologie à l'empereur Constance et de l' apologie de sa fuite (Paris. 1877, 
in-8°). rNous devons déjà, dit-il, à la plume savante et exercée de 
M. Eialon une lùnde historique et littéraire sur saint Husile, (|ue l'Aca- 
démie française a couronnée il y a peu d'années. L'auteur était donc 
préparé par ses recheirlies antérieures à représenter, en parfaite connais- 
sance de cause, celte grande figure de linlrépido archevè({ue d Alexan- 
drie, sous les coups duquel succomba l'arianisme. M. Fialon a embrassé 
toutes les parties de son sujet. Après avoir retracé, (ra|)rès les meilleure, 
sources, le mouvement pliilosophiipie et religieux d'uil l'Egypte, et en 



— 237 — 

partieulit'i' Alexandrie, élaieal devenues le centre, ii raconte la naissance 
de l'arranisme , les premières lattes qu'il suscita, la part que saint Atha- 
nase prit à ces luttes, l'indomptable ënerg'ie déployée par ce ^rand 
évêque, la persécution qu'il endura, ses nombreux exils, sa retraite dans 
un de'sert et son retour viclorieux. L'ouvrage se termine par la traduc- 
tion de deux écrits de saint Athanase. Même après le brillant tableau que 
M. Villemain a tracé de l'éloquence chrétienne au iv° siècle, et le beau 
livre de M. le duc de Broglie sur l'histoire de l'Eglise à la même époque, 
l'ouvrage de M. Fialon, composé avec soin, écrit avec élégance, oiïre un 
sérieux intérêt et méritait d'être signalé à l'attention de l'Acadéniie. ji 

M. Ernest Df.sjardixs oflre, delà part de M. A. Luchaire, agrégé et 
docteur de l'Université, sa thèse latine intitulée: De lingna aquilanicn, 
in-8°, 1877. L'auteur y a consigné, en peu de pages, le résultat de ses 
études personnelles sur la langue basque, qu'il sait bien, et sur le pays 
basque, quil connaît parfiiitement pour l'avoir habité et parcouru. Dans 
les quatre parties de son travail, il recherche d'abord ce que l'on peni 
savoir de certain, — d'après les textes classiques et les monuments épi- 
graphiques, — sur la langue des anciens Aquitains, c'est-à-dire des 
Ibères; il compare, bien entendu, les noms géographiques et les noms 
d'hommes que nous révèlent ces documents anciens avec les formes mo- 
<lernes fournies par le vocabulaire euskarien dans ses différents dialectes: 
basque, biscaven, guipuzcoan, labourdin et bas navarrais. Dans la se- 
conde partie, M. Luchaire compare la langue basque avec le dialecte gas- 
con actuel. Dans la troisième, il examine les emprunts faits à la langue 
latine et au gascon par le vocabulaire basque, et réciproquement les em- 
prunts faits au basque par le gascon. Dans la quatrième , il dresse une 
liste des appellations géographiques les plus usitées dans cette région des 
Pvrénées et il en détermine le sens. Dans sa conclusion enfin, il estime 
(pie les mots d'origine basque qui se rencontrent dans les dialectes gas- 
cons, que les noms géographiques basques qui désignent encore aujour- 
d'hui tant de localités des montagnes de la Gascogne, que ceux des 
[leuples et des lieux anciens de ce même pays, enfin que les témoignages 
des auteurs classiques prouvent que la nation et la langue des Ibères s'é- 
lendaicul |»his loin au nord que le pays basque et qu'elles embrassaient 
(ouïe l'Aquitaine cisgarumiiienno. Ainsi le système de Guillaume de Huni- 
Itoldt, — qui ne pouvait avoir que la valeur d une hypothèse et n'était 
(pie le résultat d'une sorte d'intuition scienlilicjue. dans un temps où la 
f>linn('tiqup n'existait jtas, nù les lois et les jnocédés tout modernes de 
la lingiiisti(pi(^ n'étaient pas fixés, — loin de (bavoir être abandonné. 

V. 1 '■' 



— -238 — 

roçoil (le I applicalifjn tie celte science nouvelle une suite de conlirnia- 
tion. 

M. llicNAN fait lionuruijje, au nom de M. Barbier de Meynard, d'une 
traduction du traité de Gazzaii intitulé Le préservatif de l'errettr, opus- 
cule capital, contenant le récit des variations philosophiques de fauteur, 
et expliquant comment, après avoir essayé toutes les sectes et en avoir 
reconnu les erreurs, il a conclu an scepticisme et a cherché dans le mys- 
ticisme des soufis riHourdisscment de sa pensée. Ce traité n'était connu 
jusqu'ici que par une édition imparl'aite. 

M. Renan offre encore, de la part de M. Schœbel, une brocbm'e inti- 
tulée : La Ugendc du Juif errant. Essai plein d'érudition, souvent de sa- 
g-acité, bien que certains rapprochements puissent paraître douteux (Pa- 
ris, 1877, in-8°). 

M. Delisle présente, de la part de M. ïamizey de Larroque, corres- 
pondant de l'Académie, une brochure ayant pour titre: Notes et docu- 
ments pour servir à la biographie de Christophe et de François de Foix- 
Candalle, évêques d'Aire (Paris-Bordeaux, 1877, in-8°). 

"Dans cette étude. M, Tamisey de Larroque, dit M. Delisle, a réuni 
beaucoup de détails nouveaux sur deux personnages qui tiennent une 
place honorable dans l'histoire ecclésiastique et littéraire du xvi" siècle 
et dont les notices étaient assez incomplètes dans le Gallia christiana et 
dans les biographies. Suivant son habitude , M. Tamisey de Larroque a 
publié , d'après les originaux, plusieurs lettres qui sufliraient pour appeler 
l'attention des érudits sur l'opuscule offert à l'Académie.» 

Est encore offert h l'Académie : 

Salomon et ses successeurs , solution d'un problème chronologique , [)ar 
M. J. Oppert (Paris. 1877, in-8°). 



SEANCE DU VENDREDI 1 JUIN. 

Sont ollerts à l'Académie : 

Les Pensées de Biaise Pascal, texte revu sur le manuscrit autographe, 
avec une préface et des notes, par M. Aug. Molinier, t. V' (Paris, 1877, 
iu-8"). 

La circulation monétaire et la banque d'Espagne (brochure anonyme, 
Madrid, 1877, in-8''). 

liecherches sur les calendriers ecclésiastiques , par le U. P. V. de Buck 
(Bruxelles, 1S77. brnrh. in-8"). 



— 23'J — 

Le H. P. I ictor de Buck , bollandiste de la Compagnie de Jésua. Notictî 
nécrologique extraite des précis historiques (Bruxelles, 1876, in-S" . 

M. DE RoziÈRE offre à l'Académie, au nom de M. Beautemps-Beaupré, 
un volume intitulé: Coutumes et inslilutions de l'Anjou et du Maine, anté- 
rieures au xri' siècle (Paris, 1877, in-8°, t. I). 

(tM. Beautemps-Beaupré , vice-président du tribunal delà Seine, a en- 
trepris, dit M. de Rozière, de réunir tons les monuments du droit des 
anciennes provinces d'Anjou et du Maine antérieurs au xvi" siècle. Le 
premier volume de cette importante collection, qui n'en contiendra pas 
moins de six, l'enferme : 1" la compilation d'Usages, qui remonte, 
selon toute vraisemblance, h la première moitié du xni° siècle; 9° la Cou- 
tume, qui a passé presque tout entière dans le premier livre des Etablis- 
sements de saint Louis; >>" la Coutume glosée de i385; A" les Corrections 
et abréviations de 1091; 5° la Coutume en. 16 livres de i/iii. — Les 
deux volumes suivants contiendront les différentes réformes publiées dans 
ie cours du xv° siècle, la compilation de Claude Liger et les Stilles. Les 
tomes IV, V et VI doivent renfermer un choix de chartes émanées, soit 
des comtes d'Anjou, soit de particuliers, destinées à éclairer l'ensemble 
du droit public et privé de la province. 

fr L'entreprise de M. Beautemps-Beaupré, ajoute M. de Rozière, mé- 
rite d'autant mieux les encouragements de l'Académie, que personne 
jusqu'ici n'avait encore eu le courage de réunir en collection tous les 
monuments jui-idiques d'une de nos anciennes provinces, et que, le jour 
où un semblable travail aurait été exécuté pour chacune d'elles, l'histoire 
du droit français pourrait être considérée, sinon comme terminée, du 
moins comme bien avancée. 1 

SÉANCE DU VENDREDI 8 JUIN. 

^L fiENAN présente à l'Acndémie un tableau complet des alphabets sé- 
mitiqucs (semilische Schrifttafel) par M. Euting, paléographe des plus 
habiles et d'une main très-exercée. M. Renan fait remarquer l'intérêt de 
ces études paléographiques pour la critique des anciens textes hébreux. 
rrLes fautes qui, dit-il, déparent ces textes ont été, d'ordinaire, commises 
dans des manuscrits dt^à écrits dans un alphabet araniéen. Le seul moyen 
de les corriger est de se re[)résenter les textes tels qu'ils devaient se 
trouver dans cet alphabet araméen, afin de se rendre compte des lettres 
qui ont pu prêter à des confusions.') 

M. MiLr.ER offre à l'Académie, de la part de l'auteur, un ouvrage in •• 



— 2/10 — 

titillé: Recueil de poëmcs khtoriques en fp-ec vulgaire relatifs à la Turquie 
et aux Principautis Danubiennes , publiés, ti'aduils cl annotés par AI. Émilo 
Lewand, suppléant à l'École nationale des langues orientales vivantes 
(Paris, 1877, {i^r. in-S"). 

ff L'éditeur, déjà connu avantageusement par d'importantes publica- 
tions du même genre, dit M. Miller, essaye de démontrer, dans son in- 
troduction, combien est nécessaire aux liellénistes l'étude delà langue 
<i-recc[ue vulgaire. Il apporte des exemples à l'appui de son affirmation. 
Il parle ensuite de la nécessité de régulariser l'orlhographe de cette 
langue trop longtemps laissée au caprice de chacun, et il termine par un 
petit traité sur cette question importante. 

ffLe volume se compose de sept poëmcs, dont voici les titres: 

ff 1 " Mort de Michel Gantacuzène (1578). 

.fo." Exploits de Michel le Brave, voïvode de Valachie ( lÔQa-tOoi). 

ff 3° Histoire de la juive Marcada ( 1 6G7). 

rf/i° Histoire de Georges Stavrakoglou (1705). 

fr5° Révolte des Sfakiotes (île de Crète), en 1770. 

ffC" Révolte des Sfakiotes contre Alidakis, en 1772. 

«7° L'enfant crucifié par les juifs (176^?). 

ff Chacun de ces poèmes est précédé d'une notice littéraire et histo- 
rique. La partie bibliographique a été aussi très-soignée. 

tf Enfin le livre se termine par un glossaire Irès-délaillé de tous les 
mots qui ne figurent pas dans les lexiques de Somavera et de Byzantios. 

trCe volume est le cinquième des Publications de l'Ecole dos langues 
orientales vivantes, -n 

SÉANCE DU VENDREDI l5 .lUIN. 

La Société des sciences et des arts de Batavia adresse à l'Académie les 
publications suivantes : 

1° Comptes rendus des séances de la Société, partie xiv, n" 0. ■ 3 et h 
(1876-1877, in-8°); 9' Journal pour l'histoire et l'ethnoirraphie indiennes, 
parties xxin et xxiv ( 1 87 G , 1877, in-S") ; 3° Dictionnaire du malais parlé 
dans les îles Moluques, par M. de Clercq (1876, in-/»"); k" Catalogue 
d'une collection de manuscrits malais, arabes, javanais, etc. ( 1 877, ni-8°); 
5° Catalogue de la partie ethnologique du musée de Batavia (1877. iu-8°). 

Sont encore offerts : 

Cratnmaire de la langue roumane: partie 11. Si/ntaxc , par M. Cipariu 
(Bucharest. 1877, in-8''). 



— 2/4 l — 

Découverte à Bolu^jue de broutes primitifs (brochure), par M. Frati. 

M. Renan olîre, au nom de M. Clermont-Ganiieau, un mémoire inti- 
tulé : La présentation du Christ au Temple (oxti-ait Je la Revue archéolo- 
gique). A cette occasion, M. de lîozière fait observer que l'église de la 
Présentation est mentionnée plusieurs fois dans les j\ssises de Jérusalem. 

M. Garcin de Tassv fait hommage, au nom de M. Antonio Maure, 
d'une brochure ayant pour litre: Il principio délia Sapienza (Palerme, 
1877, "^-S")- 

M. Delisle oflre, au nom de la Société des bibliophiles normands, un 
exemplaire de l'opuscule qu'il vient de publier pour cette Société sous le 
titre de Bibliotheca Bigotiana manuscripta (liouen, 1877, in-8"). crLa 
collection des manuscrits rassemblés par la famille Bigot, de Rouen, est, 
dit M. Delisle, une des plus importantes qui aient été formées au xvii" 
siècle. Elle passa à ])eu près en entier à la Bibliothèque du roi en 1707. 

ffLa Société des bibliophiles normands a réimprimé le texte du cata- 
logue dressé pour la vente des manuscrits. Les notes qui sont jointes à la 
réimpression permettent de retrouver les manuscrits des Bigot dans les 
collections de la Bibliotbèque nationale; elles signalent aussi l'intérêt de 
plusieurs pièces pour Ihistoire de la Normandie. n 

M. DE LoNGPÉiuEn fait hommage à l'Académie, de la part de l'auteur, 
M. Edouard Fournier, bibliothécaire du Ministère de l'intérieur, d'un vo 
lume intitulé : Histoire de la Butte des Moulins, suivie d'une étude histo 
riquesurles demeures de Corneille à Paris (Paris, 1877, in-12). 

ffLe savant écrivain, à qui l'on doit, dit-il, tant de travaux intéres- 
sants sui- le vieux Paris, s'est attaché à montrer l'origine (qui n'est pas 
fort ancienne) de la colline connife sous le nom de Butte Saint-Roch et de 
Butte de.^' Moulins. Il a recherché avec le plus grand soin , et aux meil- 
leures sources, tous les renseignements qui pouvaient lui permettre de 
parler avec certitude des hommes célèbres qui ont vécu sur ce tertre fac- 
tice, maintenant presque complètement rasé. Les récits curieux, les anec- 
dotes se pressent dans son livre. On savait que Pierre Corneille avait ha- 
bité la rue d'Argenteuil , n)ais M. Fournier ne s'est pas contenté de cette 
notion vague. Il a voulu déterminer à quelle époque notre immortel poëte 
s'était rapproché du Louvre où il avait en vain demandé un abii; ce fut 
seulement vers 1680. Antérieurement, il avait habité riiàtel du duc de 
Guise, rue du Chaume, et une maison de la rue de Cléry. 

ff L'élude sur les demeures de Corneille, quoique succincte, n'en est 
pas moins fort substantielle et accroît très-réellement la valeur du petit 
volume i)rcscnlé aujourfl'hui à l'AcafL'inif.?- 



'lll'l — 



SEANCli DU VENDKEDI 2 1> JUIN. 



M. Le Bealle écrit à l'Acatlëmie et lui fait hominaoe il'mie série d'ou- 
vrages destinés à renseignement de la cosmographie élémentaire. 

Sont offerts à l'Académie, au nom du Secrétaire d'État des Indes : 

i." A catalogue of the arable manuscripts in the library of ihe îndia of- 
fice (Londres, 1877, \n-k°). 

2° The Adi granth, or the onbj scriptures of the Sikhs , translated from 
the original giirmukhi , par Ernest Trumpp (Londres, 1877, in-/;"). 

M. Heczey ftiit hommage de la la" livraison de la Mission archéolo- 
gique de Macédoine (Paris, in-4°). 

M. Desnoyers offre au nom de l'auteur, M. P. Viollet, bibliothécaire de 
l'Ecole de droit de Paris, un Mémoire sur les établissements de saint Louis. 
(1 vol. in-8°, Paris, 1877). rrCe mémoire, qui doit former en partie l'in- 
troduction de la nouvelle édition des Etablissements que M. Viollet doit 
publier pour la Société de l'histoire de Fronce, est déjà bien connu de 
l'Académie. Il lui a été en effet communiqué dans plusieurs séances des 
mois de février et de mars derniers. 11 suffit donc, dit M. Desnoyers, de 
rappeler les principaux résultats que M. Viollet a exposés, d'après l'étude 
comparative la plus consciencieuse d'un très-grand nombre de copies 
manuscrites originales, examinées par lui dans les bibliothèques de 
France, d'Italie, d'Allemagne et d'autres pays. 

ffCes résultats sont les suivants : 

ffi" Le recueil de jurisprudence du xni° siècle célèbre sous le titre 
(ï Etablissements de saint Louis, et qui a depuis longtemps fixé l'attention 
des érudits et des jurisconsultes les plus compétents, n'a point été direc- 
tement promulgué par ce prince. 

f s" Les deux livres dont se compose cette compilation , rédigée peu de 
temps avant l'année 1273, ont eu une origine différente. 

ff 3° Les chapitres i à vu du I" livre consistent en uji règlement de la 
prévosté de Paris. 

ftli' Les chapitres vin à CLxviri du même livre ont été rédigés d'après 
une coutume d'Anjou. 

5° Le livre II a été rédigé en très-grande partie d'après une coutume 
dOrléans. 

ffô" L'auteur de celte compilation paraît être Orléanais. 

ff 7" Le caractère principal des Etablissements est d'oll'rir, dans ses dif- 
férentes parties, rjps emprunts très-nombreux faits au droit romain et an 



- _ 243 — 

droit canonique, entremêlés aux doctrines du droit coutumier; leur en- 
semble repre'i>ente sans doute l'enseignement des grandes écoles de juris- 
prudence d'Angers et d'Orléans an xni' siècle. 

ffM. VioUel a recueilli et exposé, avec les arguments les plus solides, 
les éléments qui ont servi de base aux conclusions qu'il a adoptées, ce 
(jui rendra, sans nul doute, définitive l'édition nouvelle qu'il prépare. j? 

M. Renan présente l'étude de M. Clermont-Ganneau sur le tombeau de 
Jérusalem appelé Tombeau de Joseph d'Ariinathie, monument si important 
pour la question de l'authenticité des lieux saints (^ Paris, 1877, brocb. 
in-8°). cfM. Glei-raont-Ganneau , dit-il, a étudié ce curieux monument 
avec plus de soin qu'on ne l'a fait jusqu'ici. Il pense qu'il a fait partie 
d'une petite nécropole juive, située hors de la porte de la ville, et dont 
le tombeau considéré au n° siècle comme le tombeau de Jésus-Christ 
peut aussi faire partie, r) 

SÉANCE DU VENDREDI 29 JUIN. 

Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le tome XXVII de Y His- 
toire littéraire de la France. 

11 oITre au nom de M. de Vogiié, membre de l'Académie, un ouvrage 
intitulé : Syrie centrale. Architecture civile et religieuse dm"' nu m' siècle. 
Tomes I et II (Paris, 1865-1877, in--V). Inscriptions sémitiques, 2' par- 
tie (Pans, 1868-1877, in-V). 

Sont offerts ; 

Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives, 
par dom Cl, Devic et doai J, Vaissette. Tomes II, IV et V. Ouvrage 
réimprimé sous la direction de ÎM, Dulaurier, membre de l'Académie. 

Le Pnmier, étude géographique , plujsiquc cl historique sur l'Asie cen- 
trale, par M. J.-B. Paquier (Paris, 1876, in-8°). 

Sézanne au point de vue préhisioriqtte , par M, le docteur Eug, Robert 
(1877, br. in-8'). 

Les évê'jues auxiliaires du siège métropolitain de Besançon. — Quel 
serait le véritable nom de la place Labourcj, à Besançon? h oie sttr Jean- 
Baptiste Bésard, célèbre luthiste, par M. Aug, Castan, correspondant de 
l'Académie (broch. in-8"). 

Sont encore oITcrts au nom de l'Université royale de Nonvége : 

Sources inédites pour l'histoire du baptême, en tant que symbole, et dn 
Credo, par M. Caspari. Tome 111 (1870 , in-8°). 

De l'e.rpressior. la plus propre pour désigner en langue sémitique, dans. 



— Uh — 

/t'A- inscriptions iuiiKilaireu , let princes vl lea souverains , [iur M. liUx 
(187O, broch. in-b"). 

M. Maury présente , nu nom de M. Anatole de Biiillu.-leniy, une l)ro- 
fhure inliltdée : Les temps (uilir/ues de la Gaule (extrait de la Ilevue des 
questions historiffucs. l'aris, 1H77, in-8°). 

M. UE Sai'lcy ofl'rc à l'Académie, de la part de M. Eug. llévillout, les 
ou vrag-es suivants : 

Le concile de Mcéc d'après les textes coptes, première série de documents. 
Exposition de fui. — Gnomes du saint concile (Vavh, iSyS, in-S"). — 
lie et sentences de Secumlus, d'après divers manuscrits orientaux (1873, 
in-8°). — Le concile île Nicce et le concile d'Alexandrie, étude historique 
sur rassemblée conjirinatrice et promul/jatrice présidée par saint Atltanase 
en l'année 36 2 (187/1, io-8"). — Mémoire sur les Blemmijcs , à propos 
d'une inscription copte trouvée à Dendur (187 A , m-k"). — Papijrus coptes. 
Actes et contrats des musées é^njpticns de Boulaq et du Louvre. 1" fascicule. 
Textes et ("ac-simile (1876, in-A"). — Eludes éffijploloffiques. 7' livrai- 
son. Apocryphes cojjles du Nouveau Teslamcnt. Textes, 1" fascicule 
(187G, in-/r). — Le roman de Sctna, étude philologique et critique avec 
traduction mol à mot du texte démotique (1877, in-8°). 

M. DE Saulcy présente en outre, de la paît de M. Jacques de Rongé, 
un volume intitulé: Etudes égijptologiques. 10'' livraison. Inscriptions hié- 
roglyphiques copiées en Egypte pendant une mission scientifique (Faris, 
1877, in-V). 

M. BuÉvL oilre, au nom de M. Paul Regnaud, un ouvrage en 4 volumes 
in- lu, ayant pour litre: Le chariot de terre cuite (Mricchalcatiha) , drame 
sanscrit attribué au roi Cùdraka, traduit et annoté des scolies inédites 
de Lallà Dîksliita (Paris, 1870 et 1877). 

M. L. Df.msi.e i)résenl£, do la ])art do M. Henri de TÉpinois : 

Les pièces du procès de Galilée (Rouie-Paris, 1877, in-8°). 

frLe dossier de ce célèbre procès, dit M. Dolisle, est au Vatican. 
M^' Marino Marini eu avait publié 9 pièces en i85o; M. de L'Épinois, 
liô en 1867; M. Rerti, 20 nouvelles en 187G. Aujourd'liui. grâce à la 
nouvelle publication de M. de l'Épinois, nous avons le texte complet 
(lcj)nis la prcinièro ligne jiisfpi'à la dernière. Les fac-similé joints au vo- 
liinio permellent dapprécior l'exactitude do l'édition et l'assurance avec 
laquelle M. de 1/Épinois a décbifl'ré des écritures Irès-diHiciles.fl 

iM, Delisi.e oll'rc aussi, au nom de .M. AVauters, le tome V de la Table 
chronologique des chartes imprimées relatives à la Belgique (Bru.xellcs, 
1S77. in-/r). f'Dans cet ouvrage conçu, dit-il. j-iir !<« nièui*' plan (|uc 



— 245 — 

les célèbres tjibles Je Bixnjuigny sont analysés non-seulement les actes rela- 
tifs au ten-iloire actuel de la Belgique, mais encore ceux qui se rappor- 
tent aux Ktats des anciens comtes de Flandre. Il oITre donc un véritable 
intérêt pour Thistoire de France et mérite d'être recommandé pour le 
soin apporté à la rédaction des notices analytiques et à la rechercbe des 
livres qui devaient être disponibles..?) 

Sont encore offerts : 

Annales de philosophie chrétienne. Décembre 1876. Janvier-avril 1877 
(Paris, in-8°). 

Annales de la Sociélc d'agriculture , industrie, sciences, arts et belles- 
lettres du département delà Loire. Tome XX, année 187O (Saint-Étienne, 
in-B"). 

Annales de la Société académique roumane. Tome IX (Bycharest, 187 G, 
in-Zi"). 

Archiv fur ôsterreichische Geschichte. Vol. LIV, 1" partie (Vienne, 
i87C,in-8^). 

Bulletin d'archéologie chrétienne. VAlilîon française, 3' série, 1" année, 
u° 3 (Belley, i876,in-8°). 

Bulletin de la Société d'agriculture , sciences et arts du département de 
la IlauteSaâne (\esou\. i^VJi JH-8°). 

Bulletin de correspondance hellénique, i" année. Avril à juillet 1877 
(Alhènes-Paris. in-8°). 

Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest. 1" trimestre 1877 

Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie. N" 1. 1877 (Amiens, 
in-8°). 

Densh-tchriften der Kaiserlichcn Académie der Wissenschaften.- Philoso- 
phisch-historische Classe. XXIV et XXV' vol. (Vienne, 1876, in-/i°). 

Fontes rerum austriacarum. OEsterreichische Gcschichts-Quellen. 1 '" partie, 
Scriptores. Vol. VIII, 2" partie, Diplomataria et actn. Vol. XXXVlii 
(Vienne, 187 5-1 87 G, in-8°). 

Gazette archéologique , par MM. de Wifle et François Lenormanl. 
3" livraison, 1877 (Paris. in-Zi"). 

Journal asiatique. Février, mars 1877. 

Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie. Tome V (Paris- 
Amiens, 187G. in-8°). 

Aouvellc revue historique de droit français et étranger. Mai, juin 1877. 

Proceedings of the Societij of ar.liqiiarirs nf London. •?.' série. Vol. VI. 
Inle.r I I.ondrfs , Iii-S"). 



— -J/jC — 

Hemte archéologique. Mars-mai 1877 (Paris, in-S"), 

Uevue des questions hisloriques. 1°' avril 1877 (Paris, in-S"). 

Revue africaine. Mars, avril 1877 (Alger, iii-8°). 

SiUnnrrRberichle lier Kniscrlichen Ahademic der Wissenschnflen. Pliilo- 
sophisch-hislorische Classe. Vol. LXXX, IV° partie. Janvier-juillet 1876; 
Vol. LXXXl. l'arliesl, II, III, jaiivier-doceiiiljro 1875. Vol. LXXXII. 
Parties I et II, janvier-février 1876 (Vienne, in-S"). 

Sociélc académique des sciences, arls, belles-letlres , agriculture et in- 
dustrie de Saint-Quentin. Travaux de juillet 1870 à juillet 1876 (Saint- 
Quentin, 1877, in- A"). 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES LETTRES 
PENDANT L'ANNÉE 1877. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES. 
JUILLET- AOÛT- SEPTEMBRE. 



PRESIDENCE DE M. RAVAISSON. 



SÉANCE DU VENDREDI 6 JUILLET. 

M. le Ministre de rinstruclion publique adresse à l'Acade'mie 
le rapport de M. Albert Dumont sur les travaux de TEcole française 
d'Atbènes pendant Tannée classique 1876-1877. Renvoi à la 
Commission des Ecoles d'Athènes et de Rome. 

' M. Cherbonneau fait parvenir à la Compagnie la notice et le 

fac-similé d'une dédicace à l'usurpateur Alexander, gouverneur de 

l'Afrique, sous le règne de Maxence. La pierre sur laquelle est 

gravée cette inscription a été trouvée à (^onstantine el fait partie 

actuellement du musée ^ 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance redevient publique. 

Sur la proposition faite par M. Hauréau, au nom de la Com- 
mission de VHisloire littéraire, l'Académie, par un vote, adjoint à 
celte commissifm AI. Gaston Paris. 

' Voir aux Comuimcations, h" I. 

»- 17 



— 'iZiS — 

M. Ediiioiid Ll Bl.vnï rc'ineL à rAcad<'iiiii' , [)oiir le Corpus inscrip- 
iiomim semiticarum , 18 estampages d'inscriptions phéniciennes qui 
lui sont adicsse's par sou frère, M. Edouard Le Biant, inspecteur 
des finances en mission à Tunis, rc Ces estampages, dit-il, sont dus 
à foljliffoante communication du propriétaire des inscriptions, 
M. Guiénot, chef du bureau télégraphique de la Goulelte. 
M. Guiénot, fonctionnaire modeste et des plus méritants, a sauvé 
ces monuments de la destruction en les rachetant à des casseurs 
de pierres qui allaient les convertir en macadam. Il attache un 
prix infini à ce que son pays ait la primeur des documents qu'il 
a recueillis avec un zèle intelligent, et les a remis sur l'assurance 
que nul envoi plus que celui qu'il nous en fait aujourd'hui ne 
pouvait avoir un caractère à la fois français et officiel, i' 

Les remercîraenls de l'Académie seront adressés à M. Edouard 
Le Blant et à M. Guiénot. 

M. Delisle continue la lecture de son mémoire sur les m/Duisn-it s 
des ouvrages de Bernard Gui {Bernardus Guidonis), chroniqueur lalin 
mort en i33i. 



SÉANCE DU VENDREDI l3 JUILLET. 

A propos de l'inscription de Constantine en l'honneur de 
l'usurpateur Âlexander dont il a été parlé dans la dernière 
séance, M. L. Renier fait observer ([ue le texte do cette inscriplion 
avait été déjà publié en mai 1876 par M. de Rossi , dans le Bulktin 
de correspondance archéologique, mais que M. Cherbonneau a eu le 
mérite de mieux lire la ligne qui contient les noms du César 
africain : Lucius Domilius. 

M. le Directeur de l'enseignement supérieur écrit au Secrétaire 
perpétuel, au nom de M. le Ministre de l'instruction publique, 
pour l'informer que, conformément au désir exprimé dans sa lettre 
du 28 juin dernier, il a invité M. le Directeur de l'Ecole française 
de Rome à faire en sorte que les notices sur les monuments que 
l'on découvre en Italie soient, autant que possible, pour les 
monuments les plus imporlanls, accompagnées, ou de moulages, 
ou au moins de pholographies. 



— 2/j9 — 

Le Skcrétairk peri'Étkel lit son rapport sur les travaux des 
commissions de publications pendant le premier semestre de Tannée 

1877I. 

M. Pavet de CouRTEiLLE, au nom de la Commission chargée 
d'examiner le mémoire envoyé au concours du prix Bordin, dont 
le sujet était : Faire l'histoire des Ismaéliens et des mouvements sec- 
taires qui s'il rattachent dans le sein de rislamisme, informe l'Académie 
que la Commission a été d'avis de ne pas décerner le prix. 

M. Edmond Le Béant, au nom de la Commission .du prix ordi- 
naire dont le sujet était : Recueillir et expliquer, pour la période com- 
pnse entre V avènement de Pépin le Bref et la mort de Philippe P% les 
inscriptions qui peuvent intéresser V histoire de France, fait connaître 
à la Compagnie que la Commission n'a reçu qu'un mémoire, mais 
un mémoire d'une étendue considérable, qu'elle a jugé digne du 
prix, 

M. le Présideint donne acte à la Commission des conclusions 
de son rapport. Il ouvre le pli cacheté qui accompagnait le mé- 
moire, dont il reconnaît la devise, et proclame le nom du lauréat, 
M, Robert de Lasteyrie. 

M. Edmond Le Blant lit un mémoire sur le Symbolisme dans les 
représentations de l'antiquité chrétienne-. 

L'Académie se forme en comité secret. 



SEANCE DU VENDREDI 9 JUILLET. 



M. le Directeur de l'enseignement supérieur, au nom de M. le 
Ministre de l'instruction publique, écrit au Secrétaire perpétuel 
que, pour faire suite à sa communication du 27 juin, il lui trans- 
met les nouveaux renseignements qu'il vient de recevoir sur les 
résultats des fouilles entreprises à Délos par M. Ilomolle, membre 
de 3" année de l'Ecole française d'Athènes. ":M. Homoile a, dit- 
il, du 17 au 2i juin, mis à découvert le dallage de la grande 
place qui précédait le temple, et les bases de.'s stalues dont elle 



' Voir r\pi'KM)ici;. 

' Voir aux CoiiM'MrvTioNS. n' II. 



— i>50 — 

élail ornée. Il a tiouvé soixante inscriptions ou Iragmenls d ins- 
criptions. Quelques-uns de ces menuments ont une réelle 
valeur: ce sont des inscriptions en l'honneur de plusieurs rois, 
un Ptoléméc, un Massanassas , plusieurs fragments de décrets, 
ou décrets entiers, dont un du xoivov lôôv vr\ai,wiS)v, une ins- 
cription latine en l'honneur de Lucullus, une dédicace par les 
marins de Tyr et de Sidon. L'escalier du temple, toute la (iiçade 
occidentale, divers morceaux de fronton et entre autres le sommet, 
ont été mis au jour. 

M. Albert Dumont, se rendant au désir exprimé récemment par 
l'Académie, adresse, par une lettre datée d'Athènes le i5 juillet 
1877, plusieurs photographies qui représentent quelques-uns de» 
bas-reliefs les plus remarquables que la Société archéologique ait 
mis au jour dans ses dernières fouilles sur la pente méridionale 
de rAcroj)ole. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance redevient publique. 

L'Académie, adoptant les conclusions de la Commission du 
prix Brunet, proroge ce concours au 3i décembre 1878 en 
modifiant le programme ainsi c^u'il suit : 

¥mrc. la hibliogrophic mélliodique des productions en vers français 
antérieures à V époque de Charles VIII qui sont imprimées, et indiquer 
autant que possible les manuscrits d'après lesquels elles lont été. 

L'Académie, adoptant également les conclusions de la Com- 
mission du concours Bordin, qui avait pour sujet : Discuter Vau- 
thenticité, déterminer la date et apprécier la valeur des textes hagio- 
graphiques qui se rapportent à Vhistoire de la Gaule sous Clovis I", 
relire cette question du concours. 

M. Hauréau fait la i''" lecture d'un mémoire qui a pour titre : 
Quelle est la vraie source du panthéisme professé par David de Dinan? 

M. Pavet de Courteille commence, au nom de M. Dabry de 
Thiersant, consul de France en Chine, la lecture d'un mémoire 
sur {origine de l islamisme dans le Céleste Empire. 



251 — 



SEANCE DU VENDREDI 27 JUILLET. 



M. GeflVoy, directeur de l'École française de Rome, écrit à 
TAcadémie pour lui transmettre un mémoire de M. Haussoulier 
sur la céramique grecque et lui parler des travaux de M. Elie 
Berger, rendant liommage au zèle que cet élève a montré cette 
année et expliquant comment les mémoires qu'il préparait n'ont 
pas encore pu être soumis à l'Académie. 

Le révérend père supérieur du couvent des pères Franciscains 
de l'Observance écrit à la Compagnie pour lui demander d'ac- 
corder pour la bibliothèque du couvent plusieurs publications 
de l'Académie. 

Renvoi à la Commission des travaux littéraires. 

M. Pavet de Courteille, au nom de la Commission du con- 
cours Bordin, dont le sujet était : Faire Vhistoire des Ismaéliens et 
des mouvements sectaires qui s'y rattachent dans le sein de V islamisme, 
fait connaître à l'Académie que la Commission , qui n'a pu dé- 
cerner le prix encore celte année, propose de retirer cette 
question du concours. 

Cette proposition est adoptée. 

M. Hauréau donne une 2" lecture de son mémoire intitulé : 
Quelle est la vraie source du panthéisme p-ofessé par David de Dinan? 

M. DE L0NGPÉRIER fait le rapport suivant au nom de la Com- 
mission du concours Bordin, dont le sujet était : Recueillir les 
noms des dieux tnciitionnés dans les inscriptions habijloniennes et assy- 
riennes tracées sur les statues, has-reliejs des palais, cylindres, amu- 
lettes, etc., et tâcher d'arriver à constituer, par le rapprochement de 
ces textes, un panthéon assyrien. 

tf Trois mémoires, dit M. de Longpérier, ont été déposés. La 
Commission propose la prorogation du concours au 3i dé- 
cembre 1878, vu l'intérêt «pie présentent déjà les mémoires 
inscrits sous les numéros 2 et 3, lesquels pourraient être repris 
et perfectionnés par leurs auteurs. •'^ 

Les conclusions de la Commission sont ado[)lées. 

M. DE LoNcpÉRiER, Secrétaire de la Commission des Antiquité 



— 252 — 

iialiuiuiles, l'ait connaitre ainsi quii suit, au nom do la Cum- 
niissîon, les noms des auteurs et les litres des ouvrages auxquels 
sont attribuées les médailles et les montions : 

La Commission décerne : 

La i'° médaille, à M. Germain Demay, pour son Inventaire des 
sceaux de la Picardie et de C Artois; 

La 2° médaille , à M. Brosselard , pour son Mémoire épigraphique 
et historique sur les tombeaux des émirs Béni Zeiijan et de Boabdd, 
dernier roi de Grenade, découverts à Tlemcen; 

La 3° médaille, à M. Pei^jné-Dclacourl, pour son Histoire de 
rabbajje de Notre-Dame dOurscamp, faisant suite au cartulaire de la 
même abbaye. 

La Commission accorde, en outre, six mentions honorables : 

La i'", à M. Cliabanneau, pour sa Grammaire limousine, pho- 
nétique; 

La 2% à M. Bion de Marlavagne, pour son Histoire de la ca- 
thédrale de llodez; 

La 3% à ]\L Richard, pour son Etude sur les colliberts ; 

La /i% à M. Gaston Raynaud, pour son Etude sur le dialecte 
picard dans le Ponthicu; 

La 5% à M. Brassart, pour son Histoire de la cluUellenie de Douai; 

La 6% à M. Drapeyron, pour son Essai sur le caractère de la 
lutte de r Aquitaine et de V Austrasie , sous les Mérovingiens. 

L'Académie donne acte à la Commission de ses conclusions. 
Le rapport di'Laillé sera ultérieurement présenté à l'Académie 
par ]\L de Rozière. 

M. Delociie continue la lecture de son mémoire sur les 
invasions gauloises en Italie. 

L'Académie se forme en comité secret. 



SÉANCE DU VENDREDI ô AOLT. 



Le Secrétaire perpétuel communique à rAcadémio une lettre 
de/aire part qui lui annonce la mort de M. Giancaiio Conestabile, 
correspondant. 

!\L lo iMinistre de l'instruction publique transmet à rAcadéniie 



— 253 — 

l'eslampage d'un fragment d'inscription bilingue faisant partie 
du niuse'e de Coustanline, que M. Cberbonneau adresse à la 
Commission des inscriptions sémitiques. 

M. le Ministre adresse, en outre, à la Compagnie, une lettre 
de M. Albert Du mont sur les résultats des fouilles entreprises à 
Délos par M. HomoUe. 

Par une autre lettre, en date du 22 juillet, M. Albert Dumont 
fait connaître la découverte récente faite en Attique d'objets qui 
offrent d'importantes analogies avec ceux qui ont été trouvés à 
Mycènes par M. Schliemann ^ 

M. le Préfet de la Seine annonce à l'Académie que le Conseil 
municipal de Paris a émis le vœu qu'une inscription commémo- 
ralive vint rappeler dans la rue Soufïlot le souvenir de l'ancien 
Parloir aux Bourgeois. Il prie l'Académie de vouloir bien rédiger 
cette inscription. 

Pienvoi à la Commission des inscriptions et médailles. 

M. Pievillout prie l'Académie d'accepter le dépôt d'un pli 
cacheté. 

Le paquet, avec la date certifiée par le Secrétaire perpétuel, 
sera déposé au secrétariat. 

M. Deloche continue la lecture de son mémoire sur les invasions 
gauloises en Italie. 

M. Robert est disposé à accepter en général les conclusions de 
M. Deloche : cependant il signale quelques difficultés. Les Boïens, 
chassés de la Cisalpine et battus dans la vallée du Danube par 
les Daces, étaient-ils en mesure d'aller fonder un empire en 
Bohême? Et puis le mouvement d'émigration a été presque cons- 
tamment d'Orient en Occident. Ne doit-on pas plutôt croire que 
les Boïens se sont établis en Bohème avant d'aller en Gaule? 

M. DcRUY répond, sur le premier point, qu'entre l'expulsion des 
Boïens et leur établissement en Bohême, un siècle s'est écoulé: 
ils auraient donc eu le temps de rétablir leurs forces. 

M. Deloche, reprenant les deux objections, dit : 1" que les 
Boïens qui donnèrent leur nom à la Bohême no son! pas ceux 

' Voir aux CoMMt'NicATioHs, n" III. 



— 25/i — 

qui ont élé chasses de la Cisalpine; ce sont des populalioiis qui 
ont e'migré directement de la Gaule ; 2° qu'il admet très-bien le 
mouvement geue'ral d'immigjation d'Orient en Occident : c'est 
ainsi que sont venus, remontant la vallée du Danube, les 
peuples qui ont fondé successivement l'empire ibérique, l'em- 
pire ligure, l'empire celtique et l'empire gaulois. Mais, des lieux 
où ils se sont ainsi établis, ces peuples ont pu ensuite se leporter 
en arrière. M. Delocbe s'est scrupuleusement attaché aux té- 
moignages de César, de Strabon, de Tacite; et, de même que les 
Boïens ont pu, de la Gaule, aller fonder des établissements en 
Germanie, ils ont pu se transporter en Italie. Il considère donc 
comme tout à fait vraisemblable que les Boii qui se sont établis en 
Bohême soient sortis de la Gaule et du voisinage du bassin d'Ar- 
cachon, où l'on retrouve leur nom. 

M. Robert fait observer que les Boïens sont représentés comme 
bien faibles quand ils s'établissent dans la Gaule; et M. Maury, 
que le séjour dans les Landes, auprès du bassin d'Arcachon, in- 
dique un peuple refoulé de contrées plus fertiles et trop faible 
pour s'établir ailleurs. M. Robert appuie sur cette considération 
et rappelle qu'il n'y a point dans la Gaule d'autres Boïens avant 
César que ceux-là. 

M. Deloche reconnaît que ces raisons seraient fortes si elles 
s'allaquaient à des conjectures; mais il ne lait aucune hypothèse; 
il s'est borné à suivre César, Strabon et Tacite. 

M. DuRUY dit qu'il y a une chose qui n'est pas une hypolhèse, 
c'est la présence de Gaulois dans les régions de la IMacédoine et 
de la Thrace au iv siècle a\ant notre ère, assez puissants pour 
oser dire à Alexandre qu'ils ne craignaient que la chute du ciel. 
Rien n'empêche que des corps détachés ne soient allés dans telle 
ou telle direction. On peut admettre dans la marche des immigra- 
tions diverses étapes. 

M. Malry ajoute que la marche des immigrations n'est pas tou- 
jours tracée sans discontinuité dans l'histoire, et il donne pour 
exemple les Goths qui, certainement, sont venus d'Orient en 
Occident; et pourtant le souvenir de leur départ, originaire de 
l'Orient, s'est efTacé. La première fois qu'on les voit dans l'his- 



— 255 — 

toire, c'est en Scandinavie, d'où ils reviennent vers le Danube. 
Il faut admettre, dans ce mouvement de population, ce qu'on 
pourrait appeler des chocs de retour. Pour citer un autre exemple, 
les Ioniens, qui incontestablement sont venus de TAsie, ont quitte' 
plus lard la Grèce pour venir fonder, sur les rivages asiatiques, 
les fameuses colonies ioniennes. 

MM. Dlruy, Deloche et Robert déclarent qu'ils sont d'accord 
pour admettre ces retours en arrière dans le mouvement des 
immigrations. 



SEANCE DU VENDREDI 10 AOUT, 

M. le Ministre de l'instruction publique, par une lettre en date 
du 9 août 1877, transmet à l'Acade'mie le rapport de M. Homolle, 
membre de l'École française d'Athènes, sur les fouilles qu'il a 

evécute'es à De'los. 

M. le Président présente, au nom de M. Mabillaud, élève de 
l'École archéologique de Rome, un mémoire intitulé : Documents 
relatifs à la philosophie de C. Cremonini, professeur à VUniversité de 
Padoue(i5()i à iG3i). ?\.enYoi àla Commission des Ecoles d'Athènes 
et de Rome. 

M. Cherbonneau adresse à l'Académie les estampages de deux 
inscriptions romaines, avec une notice sur la localité d'où pro- 
viennent ces inscriptions. La communication de M. Cherbonneau 
sera examinée par M. L. Renier. 

M. DE Saulcy communique une lettre par laquelle M. Robert 
Mowat le prie de porter à la connaissance de l'Académie la dé- 
couverte qu'il vient de faire d'une nouvelle inscription gauloise'^. 

M. L. Delisle achève la communication de ses Recherches sur les 
manuscrits de Bernard Gui". 

M. Revillout commence la lecture d'une notice sur dijférenls 
textes démoliques. 

L'Académie se forme en comité secret. 

' Voir aux CoMMlMCATlo^s, n° IV. 
' Voir aux CoMSitMCATiOiNS, 11° V. 



— 25G 



SÉANCE DU VENDREDI I 7 AOIJT. 

11 est donné lecture d'une lettre de M. le comte Léupold Ilujjo 
qui, se fondant sur des inscriptions [jauloises et sur la bible 
gothique d'Ulphilas, propose de lire ainsi la fin de rinscription 
gauloise de M. Mowat, coniniunicjuée dans la dernière se'ance : 

ATEXTORIGI 
LEVCVLLOSV 
lORE BELOCI 
TOE 

M. Pavet de CouRTEiLLE coulinue la lecture du mémoire de 
M. Dabry de Thiersant sur l'origine de nslamisme dans le Célesle 
Empire. 

M. Revillout continue la lecture de sa notice sur différents textes 
démotiques. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance redevient publique. 

M. Auiès adresse à l'Académie, pour le concours des Antiquités 
de l'année 1878, un ouvrage intitulé : Monographie des bornes mil- 
liaires du département du Gard (Nîmes, 1877, 1 vol. in-8''). 



SÉANCE DU VENDREDI 2 h AOUT. 

M. Révillout continue la lecture de sa notice sur différents textes 
démotiques. 

M. Pavet de Courteille termine la lecture du mémoire de 
M. Dabi'Y de Thiersant sur Voriginc de l'islamisme dans h Céleste 
Empire. 

M. Barclay V. Iload adresse, pour le concours de numismatique 
(Allier de llauteroche) de 1878, la 3' partie de son ouvrage inti- 
tulé : The international numismata orientalia. The coinage oj Lijdia 
and Persia (Loiidon, 1877, in-i"). 



257 — 



SKANCE DU VENDUEDl 3l AOUT. 

M. le comte Léopold Hugo, à roccasion du Iravail de M. Re'vil- 
lout lu dans les dernières séances, envoie le fac-similé des figures 
géométriques du papyrus Rhind du Brislish Muséum. 

M. Desjardins, au nom de M. ïissot, correspondant de l'Aca- 
démie, commence la lecture d'un mémoire intitulé : Etudes de géo- 
graphie comparée sur la province d'Afrique. 

M. Révillout continue la lecture de son travail snr les textes 
démotiques. 



SÉANCE DU VENDREDI 7 SEPTEMBRE. 

M. Derenbourg lit quelques observations sur les inscriptions du 
Saja que vient de publier M. de Vogué ^ 

M. DuRuy communique ses liechcrches sur les empereurs de la 
maison de Sévère. 

M. Révillout continue la lecture de son travail sur les textes 
démotiqi 



lues. 



SÉANCE DU VENDREDI li SEPTEMBRE. 

M. Delisle communique une notice sur un manuscrit mérovin- 
gien de la bibliothèque dEpinal , renfermant, entre autres morceaux, 
une lettre de Maxime, évèque de Turin, à Théophile, patriarche 
(TAlexandrie'^. 

M. K. Desjardins continue la lecture des éludes de M. Tissol 
sur la géographie comparée de la province d'Afrique. 

M. Révillout continue la lecture de son Iravail sur les textes 
démotiques. 

M. Ilalévy lit des observa lions sur les inscriptions du Safa dont 

' Voir aux CoMMOiCAiioNS, n" VI. 
' Voir aux Commimcations, n'VIf. 

» 



— '258 — 

M. Dt'iL'nbour{j[ a eulietenu l'Académie dans la séance du 7 sep- 
tembre'. 



SEANCE DU VENDREDI 2 1 SEPTEMBRE. 

Il est procédé à deux scrulins pour la désignation des lecteurs 
qui représcuteront rAcad('mic à la séance trimesUielIc du 3 oc- 
tobre et à la séance publique du 2 5 du même mois. 

M. Edm. Le Blant est choisi pour la séance du 2 5 octobre; il 
lira son mémoire sur la richesse cl le christianisme dans Vàge des 
persécutions. 

M. DuRUY est désigné pour lire, dans la séance du 3 octobre, 
un fragment de ses Recherches sur les empereurs de la maison de 
Sévère. 

M. Desjardins, au nom de M. Tissot, correspondant de l'Aca- 
démie, lit un mémoire sur la voie romaine de Carthage à Théveste. 

M. Germain lit une dissertation sur une lettre de Manuel de 
Fiesque relative aux dernières années et à la mort d'Edouard II, roi 
d' Angleterre ~ . 

M. Ilalévy communi(|ue des observations sur un vase judéo- 
babijlonien du Musée Britannique'^. 



séance du vendredi 98 septembre. 

Il est donné lecture d'une lettre accompagnée d'une photographie 
et adressée au Secrétaire perpétuel panM-dc Thézac, directeur de 
l'enregistrement et des domaines à Saintes, concernant un monu- 
ment trouvé dans la partie sui)érieure de cette ville, c'est-à-dire 
dans le centre même de l'ancienne \ille gallo-romaine. 

M. E. Desjaruins continue la lecture du mémoire de M. Tissot, 



' Voir aux Commlmcations, 11" VIU. 
* Voir aux CoM\lL■^lCATlo^s, 11' IX. 
' Voir aux Commdnicatioks, n" X. 



— 259 — 

correspoiulanl de l'Académie, sur la voie romaine de Carihage à 
Théveste. 

M. DuRUY continue la lecture de ses Recherches sur les empereurs 
de la maison de Sévère. 

M. Révilloul continue la lecture de son mémoire sur les textes 
démotiques. 



260 



COMMUNICATIONS. 



N" I. 

NOTICE ET FAC-SIMILE D'UNE DEDICACE À L'USURPATEUR ALEXANDER , 
DISPOSÉE AU MUSÉE DE CONSTANTINE. 

La présente inscription peut être considérée comme une 
des plus intéressantes que l'on ait trouvées parmi les ruines 
de la Numidie, non-seulement parce qu'elle mentionne un gou- 
verneur de l'Afrique qui osa prendre la pourpre, au com- 
mencement du iv'' siècle, mais parce que cette mention sur 
la pierre est le seul monument archéologique de ce person- 
nage, en dehors de la numismatique. Le nom d'Alexander ne 
figure point, que je sache, dans les recueils épigraphiques. 
Les médailles frappées sous son éphémère domination sont 
excessivement rares; on n'en cite que cinq ou six. La médaille 
en or, que possède le lieutenant-colonel Leroux , et qui pro- 
vient des fouilles de Constantine, est cotée 2,000 francs par 
M. Cohen; on y lit : cdmperator Alexander, plus, felix, Au- 
gustus,') avec la marque P. K. f^percussus Kartagine. » Une 
autre médaille fait précéder d'un C (Caius?) le nom d'Alexan- 
der, tandis que la pierre que nous avons sous les yeux porte 
L. DOMITIO. 

Il est permis de supposer que la révolte, provoquée en 
Afrique par cet officier de fortune, Pannonien, suivant les 
uns , Phrygien, selon les autres, avait pris un caractère sérieux, 
et que l'Afrique s'était empressée de se ranger sous son dra- 
peau, afin d'échapper ù la tyrannie du cruel Maxcncc. C'est 
un fait démontré par la légende : wAfrica Augusti nostri. 75 qui 
est gravée sur un grand hronze du Hrltish Muséum. 



— 2G1 — 

On regrette, il est vrai, do ne point trouver de date à ?a 
suite de la dédicace offerte à Lucius Domitius Alexander par 
un de SCS plus zélés partisans, le perfectissime Scironius Pasi- 
crates; mais, à défaut de ce renseignement, nous avons 
d'autres données, qui nous autorisent à fixer l'époque de cet 
événement capital. Ce fut dans le courant de l'avant-dernière 
année de son règne, c'est-à-dire en 3 1 1, cjue Maxence, après 
avoir fait passer des troupes sur une terre si éloignée de son 
action, -réussit à se défaire du gouverneur rebelle. 

Dans l'état oii on la voit, la pierre de Constantine porte 
les restes d'une inscription gravée sur le flanc droit; je doute 
qu'il soit possible d'en tirer parti. 

KAC-SIMILE HE LA DEDICICE OFFERTE À L'ISLIftPATEUR Ar.EXASDER , 
PAR SCIRONIUS PASICRATES. 

Hauleur de la pierre: •"'.aS. 

Largeur : o'",70. 

llauleur des lettres : o^.oû. 

Sur la face antérieure : 
RESTITVTC| 
PVBLICAE LIBfc.| 
TATIS AC PROPA^ 
GATORI TOT IV b^ 
GENERIS HVMAN| 

N O M I N 1 S Q_y e| Sur le côté droit; au bas : 
ROMANI DNLDO'I, 
MITIO ALEXANI 
DRO PF INV AVg| NYS^^^V^î^ 
SCIRONIVS ?A% DIAP 
S I CR ATES VP| RET 

Quant à l'inscription, dont je donne ci-joint le fac-similé, 
elle a peu souffert des lésions qui ont entamé la lettre finale 
des cin([ premières lignes ot de la septième. On la lit ainsi : 
«Restitutori pub'ica^ libertalis ac proj)agalori lotius generis 
humani nominisrpie romiuii, domino iiosiro . fjirio Domitio 



— 262 — 

Alexandre, pio, fclici, invicio, Auguslo, Scironius Pasicratcs, 
vir perfeclissimus w 

A la douzième ligne, qui est brisée presque dans toute sa 
longueur, on dislingue le sommet de trois lettres, qui pour- 
raient être un D, un I et un N. 

La pierre a été brisée à droite, jusqu'à la ligne huit, et 
elle a perdu une partie de son sommet. 

A. ClIERCONNEAU. 



N° IL 

LE SYMBOLISME DANS LES REPRÉSEiXTATIONS DE L'AMIQCITÉ CHRETIENNE. 

Souvent un fait ra[)porté par les livres saints contient un 
sens symbolique: l'Evangile même l'atteste, alors qu'il montre 
une figure du Christ dans le serpent d'airain , dans Jonas en- 
glouti et rejeté par le monstre. Les Pères y insistent sans fin 
et les monuments eux-mêmes apportent ici leur part de 
preuves. C'est ainsi que, dans les œuvres d'art laissées par les 
premiers chrétiens, on voit parfois un fidèle, une femme même, 
remplaçant dans l'arche Noé, ce grand type du croyant sauvé 
par le secours divin; le poisson, image du Sauveur, étendu 
sous la courge du prophète Jonas; saint Pierre substitué li 
Moïse et frappant le rocher d'Horeb; le Christ figuré par un 
agneau ; son monogramme brillant au ciel au lieu de l'étoile 
des Mages; Suzanne représentée par une brebis entre deux 
loups. 

Ce sont là des faits qui s'imposent et qui ont facilement 
conduit à chercher un sens mystérieux dans chacun des sujets 
si variés dont se compose l'iconographie chrétienne des pre- 
miers âges. 

Sur ce terrain, les interprètes modernes n'ont point seule- 
ment fait appel à leur imagination; les Pères eux-mêmes ont 



— 203 — 

fourni le plus souvent les éléments des explications cherchées 
et il doit sembler tout d'abord qu'avec l'appui, l'exemple de 
pareils guides, la sécurité soit partout et toujours entière. 
Quelques doutes pourtant peuvent s'élever sur l'application 
trop absolue de cette méthode d'exégèse et l'on me permettra 
de les exposer. 

Sur la foi d'un texte du viir siècle, une persuasion semble 
s'être établie : c'est qu'aux temps primitifs l'Eglise a, pour 
ainsi dire, tenu la main de ses artistes et que chaque parti- 
cularité de leurs œuvres a, dès lors, son sens et sa valeur. 
J'hésite à le croire. Si les tableaux que ces hommes nous ont 
laissés témoignent souvent de l'obéissance à des traditions 
d'atelier, ils me semblent moins porter l'empreinte d'une di- 
rection imprimée par le clergé chrétien. 

L'initiative personnelle, avec ses fautes, ses fantaisies, a eu 
plus de part qu'on ne paraît disposé à l'admettre dans les 
œuvres d'hommes qui, même devenus chrétiens, n'en tra- 
vaillaient pas moins en même temps et sans grands scrupules, 
comme nous l'apprend un Père, pour les fidèles et pour les 
idolâtres. De là des erreurs commises, au mépris des textes 
saints, dans la représentation des faits bibliques , le combat de 
David et de Goliath, le miracle de Cana, le jugement du 
Christ, la figure d'Eve, celles de Lazare, de Job, d'Abraham 
prêt à sacrifier son fils. Si l'on place, à côté de ces erreurs, 
l'introduction fréquente, dans les tableaux chrétiens, d'images 
païennes, tritons, sirènes, télamons, vents, ciel, fleuves, 
mers, génies nus, têtes de Méduse, l'on comprendra que l'in- 
fluence de l'Eglise sur les œuvres d'art ne s'est point autant 
qu'on le croit exercée d'une façon souveraine. 

Un coup d'œil jeté sur les tombes des gentils suffit à mon- 
trer que les sculpteurs de ces monuments se sont vivement 
préoccupés de la '•omposition matérielle de leurs tableaux. Il 
leur in)portait de grouper les figures avec symétrie et souvrnf 

T. 18 



— 26'j — 

de trouver des pondants qui, placés aux o.vtri^milés, satisfissenl 
avant tout le regard : chars au galop , néréides portées i)ar 
des monstres marins, trophées, victoires, génies, person- 
nages assis et tournés l'un vers l'autre. 

Une même pensée a souvent guidé les sculpteurs des tomhes 
chrétiennes. Pour en occuper les extrémités, pour placer dans 
les espaces étroits produits par l'introduction des médaillons 
contenant des portraits, il était des sujets d'une forme donnée 
que l'on se plaisait à employer, et cette tendance à satisfaire 
aux conditions de la disposition matérielle nous éloigne de 
la pensée prêtée aux anciens artistes chrétiens de grouper leurs 
sujets dans une intention symholique; elle rend de même dif- 
ficile de suivre les Pères comme des guides assurés dans les 
déductions mystiques et sans mesure qui caractérisent trop 
souvent leur méthode d'exégèse et dont Tertullien a fait spiri- 
tuellement justice. 

Une intention symbolique existe et se montre sans doute 
plus d'une fois, je le répète, dans les œuvres d'art des pre- 
miers temps de l'Eglise; mais il importe de ne point chercher 
à la dégager pour ainsi dire par force, et, si l'on veut éviter 
les méprises, de la signaler alors seulement que la preuve 
d'une pensée mystique se sera faite pour ainsi dire d'elle-même. 

Edmond Le Blvnt. 
III. 

LETTRE DE M. A. DUMONT SUn LA DECOUVERTE FAITE EN ATTIQLE 
D'OBJETS QUI OFFRENT D'IMPORTANTES ANALOGIES AVEC CEUX QUI 
ONT ÉTÉ TROUVÉS À MYCÈNES PAR M. SCHLIEMANN. 

Athènes , le a 2 juillet 1877. 

Monsieur le Secrétaire perpétuel. 
Je ni'emj)resse de porter à la connaissance de l'Acadf'jnie 



— 265 — 

de récentes découvertes qui viennent d'être faites à Spata , 
village des environs d'Athènes, et qui ont une importance 
tout exceptionnelle pour le progrès de l'archéologie et pour 
l'étude des antiquités que M. Schliemann a mises au jour à 
Mycènes. 

Le Bulletin de correspondance hellénique a signalé, page 261, 
les hypogées que le hasard avait fait découvrir à Spata et en 
a donné la description. Ces chambres souterraines avaient 
ce premier intérêt de rappeler un genre de sépulture qui se 
trouve surtout en Etrurie. La Société archéologique y a fait 
faire des fouilles, durant ces dernières semaines, sous la di- 
rection de M. Stamalaki. On a recueilli par centaines des 
objets en général de petite dimension : 

1" Ivoires; 

2° Lames et feuilles d'or; 

3° Pâtes de verre ; 

4° Fragments de vases. 

Quatre plaques d'ivoire (5 centimètres sur li environ) re- 
|)résentent un sphinx accroupi tourné à droite, du style asia- 
tique le moins incertain; deux autres plaques plus grandes ; 
un lion dévorant un taureau, également de style asiatique; 
mais l'objet le plus curieux de cette série est un chef assyrien, 
de très-fort relief et figuré à mi-corps. Ce personnage porte 
la tiare et les cheveux tressés. 

Les pâtes de verre, de faible épaisseur, ont en général de 
3 à /i centimètres de largeur et de longueur. Elles sont ornées 
de relief. Elles paraissent avoir été presque toutes destinées à 
recevoir une légère feuille d'or. Elles servaient à décorer les 
vêtements, à former des colliers et d'autres parures. Elles 
sont au nombre de plus de mille. On y voit des fleurs, des 
rosaces, des spirales, des sphinx, des octapodes. el plus de 
cinquante sujets différents. 

18. 



— 26() — 

Les objets en or ne sonl pour la plupart que des IVuilles 
qui recouvraient les pâtes de verre. 

Les vases rappellent les types les plus anciens des poteries 
communes de Mycènes. 

Les objets de bronze sont très-peu nombreux et ne pré- 
sentent guère que des fragments. Les fouilles ont donné un 
seul crâne complet. 

Ces découvertes sont trop importantes pour ne pas être 
étudiées longuement; mais, dès maintenant, pour en montrer 
le grand intérêt, il suffit de faire remarquer: 

1° Que la plupart des motifs de décoration trouvés à Spala 
figurent dans la collection de Mycènes; que Mycènes et Spata 
ont donné des objets absolument identiques; 

2° Que, parmi les objets de Spata, il en est un assez grand 
nombre dont le caractère oriental et même assyrien est in- 
contestable. 

Il est donc permis de penser que les découvertes de Spata 
aideront à expliquer les antiquités de Mycènes, et qu'elles 
éclaireront heureusement les plus anciennes époques de l'art 
grec. 

Veuillez agréez, etc. 

Albert Dumont, 
Correspondant de l'Académie. 



N" IV. 

NOUVELLE INSCRIPTION GAULOISE SIGNALEE À L'ACADEMIE 
PAR M. ROBERT MOWAT. 

«Celte inscription, gravée sur un bloc de pierre quadran- 
gulaire, provenant des travaux de la Sainte- Chapelle du 
palais de Justice et conservé au musée de Cluny, consiste en 



— 267 — 
six lignes que je suis parvenu à déchiffrer de la manière sui- 
vante : 

BRATRONOS 

NAîTONICN 

EPAB-ATEXTO 

RIGI.LEVCVLLO 

SVIOREBE-LOCI 

TOI 

a Le mol bratronos, formé sur le modèle de patronus, de 
matvona, paraît dérivé d'un mot qui aurait pour congénères 
l'ancien irlandais hrâthir et le vieux comique broder, signifiant 
«frère». 

c^Dans la formation du mot nanlonim, on distingue le nom 
d'homme Nantonius, donné par une inscription de la Grande- 
Bretagne, et allongé ici par le suffixe fdiatif (i)-cnos, comme 
dans Opmanicnos , Toutissicnos. 

«Les mots Epad et Atextorig't appartiennent à la numisma- 
tique des Arvernes et des Pictons; enfin le mot Leucullo paraît 
être le diminutif du nom de peuple gaulois, les Lcuci. 

R Quant au surplus de l'inscription, j'avoue ne pouvoir y 
trouver la matière du moindre rapprochement à faire avec 
quelque autre texte connu. 

«Quoi qu'il en soit, il est certain cjue l'inscription ne ren- 
ferme aucun mélange de mots latins, et l'on est ainsi en droit 
d'affirmer qu'elle est purement gauloise d'un bout à l'autre. 

« C'est donc un nouveau texte à ajouter au très-petit nombre 
de ceux de cet idiome que l'on possède jusqu'à présent; outre 
l'utilité qu'il ne peut manquer d'avoir pour les études celtiques, 
il est pour nous, dans le sens le plus strict, un des plus rares 
monuments de nos antiquités nationales, plus particulièrement 
intéressant pour la ville de Paris qui, désormais, n'aura plus 
à envier à Nîmes, à Aufun, à Alise, à Volnay, à Dijon, à Gué- 
ret, à Nevers, àVaison, leurs célèbres inscriptions gauloises.» 



— i>(;s — 

K' V. 

SUH LES MANUSCRITS DE BERNARD GLI, 
PAI5 M. DELISLE. 

Dans cette partie de son travail', M. Dclislo passe en revue 
l'ouvrage cjue Bernard Gui a composé sous le titre de Practica 
contra infecios labe lieretice pravilatis. «Cet ouvrage, dit-il, pas- 
sait, déjà au xvif siècle, pour perdu, et le dernier historien 
des Cathares ou Albigeois regrettait de n'avoir pu le consulter; 
il en existe cependant deux anciens exemplaires à la biblio- 
thèque de Toulouse, un au Musée Britannique et une copie 
moderne à la Bibliothèque nationale. Il a été composé vers 
l'année i S-j i; les formules dont il est rempli ne sont en réa- 
lité que des actes véritables, dont les noms propres et les dates 
n'ont pas toujours disparu. On peut donc s'en servir pour 
combler des lacunes dans les registres de l'Inquisition; mais 
il est surtout remarquable par un exposé systématique de la 
procédure que suivaient les inquisiteurs, et par des détails 
historiques et pittoresques sur les croyances et les pratiques 
des malheureux qui étaient l'objet de leurs poursuites. Le texte 
devra en être publié, sinon en entier, au moins par extraits, 
quand on voudra étudier, pièces en main, la triste histoire 
des hérésies et de l'Inquisition dans le midi de la France, au 
XIII* et au commencement du xiv^ siècle, w 

Le travail de M. Delisle se termine par l'appréciation sui- 
vante de l'ensemble des œuvres de Bernard Gui. ^Ce n'est point 
im écrivain de premier ordre; l'originalité lui fait trop souvent 
défaut et les compositions qu'il nous a laissées n'ont c|u'une 

' Lfs lecherclics de M. Delisle sur les manuscrits de Bernard Gui paraîtront 
dans le recueil des Notices et extraits des manuscrits. La table des questions exa- 
minées dans ce travail a été insérée dans la Bibliothèque deVEcole des Chartes, 
année 1 877, p. 38i-38r). ■ 



— 269 — 

mince valeur lilléiaire. 11 nous a cependant conserve une mul- 
tilude de renseignemenls précieux, dont l'équivalent n'existe 
nulle part ailleurs. Un autre genre de mérite ne saurait lui 
être contesté : il a épuisé tous les moyens qu'on avait de son 
temps pour arriver à la connaissance de la vérité. 11 indique 
avec beaucoup de précision les ouvrages et les documents qu'il 
a consultés, suivant des procédés que la critique moderne ne 
désavouerait pas, et distingue nettement ce que, de son chef, 
il ajoute aux citations d'auteurs plus anciens; il met en ba- 
lance les témoignages contradictoires; il discute les dates et 
ne confond pas ce qui est simplement probable avec ce qui lui 
paraît démontré. 

K L'étendue de mes observations, ajoute M. Delisle, n'est 
peut-être pas en rapport avec la place que Bernard Gui occupe 
dans l'ancienne littérature historique de la France, mais une 
élude détaillée devait être consacrée à un auteur du xiv^ siècle, 
dont les manuscrits originaux, et en partie autographes, après 
avoir été méconnus et dispersés, se retrouvent prescjue tous à Pa- 
ris, à Toulouse, à Bordeaux, à Avignon et à Rome. C'est là une 
bonne fortune dont les vicissitudes de nos bibliothèques pré- 
sentent bien peu d'exemples. Il fallait en profiter, ne fût-ce 
que pour étudier par quels procédés les œuvres historiques du 
moyen âge se constituaient, se modifiaient et se propageaient 
sous les yeux mêmes des auteurs, v 

iV Vl. 

QUELQDES OBSERVATIONS SUR LES INSCRIPTIONS DE SAFA, 
PAR M. DERENBOURG. 

Depuis la publication de quelques inscriptions, copiées par 
M. Wetzstein, l'ancien consul de Prusse à Damas', dans la 

* Reiteheiicht tibo- Ihiuran, Berlin, iSfiri. 



— 270 — 

f)lalne et sur les rochers du Safa, au sud-est de Dauias, les 
épigraphistes se sont vainement occupés du décliifl'rement de 
ce fjrilTonnage, fait dans une écriture et une langue inconnues. 
M. Wetzstein annonçait bien qu'il possédait encore deux cents 
autres de ces graffiti, mais il les a gardés jusqu'à ce jour dans 
ses cartons. 

Nous savions que nos savants confrères, MM. de V^ogùé et 
Waddington avaient, de leur voyage en Orient, également rap- 
porté en Europe un grand nombre de copies de ces inscrip- 
tions, et nous en désirions depuis longtemps la communication 
pour les membres de la Commission du Corpus. M. de Vogué 
vient de les publier, comme deuxième |)artie de son beau re- 
cueil des Inscriptions sémitiques de l'Asie centrale. Tombées 
ainsi dans le domaine public, ces inscriptions vont être étu- 
diées par tous les orientalistes qui s'intéressent à ces reclierches. 
11 me paraissait alors urgent de prendre date pour notre 
Conmiission, et de vous communiquer, Messieurs, les quelques 
observations qu'une étude encore superficielle de ces monu- 
ments m'a suggérées. Dans toute autre circonstance, j'aurais 
j)référé attendre prudemment et pénétrer d'abord plus avant 
dans le sens de ces inscrqjtions; je pensais (ju'il tenait à l'hon- 
neur de votre Commission de ne pas se laisser devancer pour 
ce travail. J'ai été aidé dans ces recherches par M. Halévy, à 
qui je rapporterai la part qui lui revient. 

Si cette communication ne peut prétendre avoir encore 
écarté toutes les difficultés soulevées par ces inscriptions, je 
crois qu'elle ouvre la voie par laquelle un déchilfrement com- 
plet deviendra possible. 

Le recueil de M. de Vogué nous donne /ioo inscriptions. 
Mais, en l'examinant de près, ce nombre devra être réduit. 
J'ai trouvé dès h début (|ue le n° li, donné d'aj)rès une copie 
de M. Waddington, était identique aux n"' i, 2 et 3 de M. de 
Vngiié. Car les sept premières lettres de la ligne 2 du n" h 



forment le n° i; les di\-sept autres lettres de lu iiièaie ligne 
sont égales à la première ligne du n ' 3 ; la quatrième ligne du 
n° k est la même que la ligne 2 du n° 3 ; enfin les lignes 1 
et 9 du n° 4 sont la reproduction du n° a. Il y a l'avantage 
que les deux copies, prises par ces deux savants, se complètent 
et se corrigent mutuellement. Le n° 32 est le même que le 
n° 1x2 avec l'interversion de deux lignes. Le n" 19 ne diffère 
pas du n° 5i. Là encore, ces deux copies s'éclaircissent mu- 
tuellement. Le n" 45 est reproduit au n" 62, ligne 2. Nous 
pourrions multiplier ces exemples, mais ce que nous venons 
de dire suffit pour le moment. 

L'aspect extérieur de ces inscriptions rappelle immédiatement 
les inscriptions de la presqu'île sinaïtique et on suppose de 
prime abord que, comme celles-ci, elles renfermaient surtout 
des noms propres. Il fallait donc chercher avant tout le mot 
qui désigne la filiation. On le découvre facilement, c'est le mot 
ben (o ou >> = p), et non le mot har (is), ce qui range le dia- 
lecte de nos graffiti parmi les langues non araméennes. Comme 
ce mot se répète dans certaines inscriptions, par exemple le 
n° 9 1 7, jusqu'à sept fois , il y a donc autant de coupes certaines 
pour les noms propres. 

M. Halévy, de son côté, avait reconnu immédiatement le 
lamed dans la harre veiticale prolongée qui commence presque 
toutes les inscriptions. C'était la lettre de la dédicace ou de la 
[)ropriété qu'on rencontre également sur les sceaux et autres 
objets sémitiques. 

L'écriture de nos monuments suit capricieusement les di- 
rections les plus diverses, allant tantôt de droite à gauche, 
tantôt de gauche à droite, remontant ou descendant à la fin 
de la ligne, pour rejoindre la ligne suivante; elle commence 
quehpiefois au bas et quel([ucfois en haut de la pierre; souvent 
aussi les lignes se replient, s'entrelacent et s'entrecoupent. La 
découverte de ce hmed était donc d'une grande importance. 



— i>72 — 
nuistiue celle lellre iiidiquail i'endroil où l'inscription com- 
mençait. 

Après la connaissance des trois lettres, bet, noun el lamed, on 
trouva facilement le ayin, qui a la forme d'un petit cercle 
comme en phénicien; le mini, qui a celle d'un rond prolongé, 
ressemblant quelque pou au mim final en hébreu, et le scitm, 
qui a ses trois dents, comme en hébreu, en phénicien, etc. 
Avec ces données, on reconnut le nom de Meschonllâm comme 
nom du grand-père et du petit-fils (n° 33 i et ailleurs); car 
ces inscriptions nous révèlent l'ancienne habitude des autres 
peuples sémitiques, si fréquentes sur les jùerres phéniciennes, 
de perpétuer le même nom dans les familles, comme marque 
de piété fdiale envers les ancêtres. Ce nom de MeschouUàm , qui 
se retrouve souvent dans la Bible, pourrait être pris pour une 
indication que le dialecte parlé par ceux qui avaient inscrit leurs 
noms sur le basalte n'était pas arabe, car le schîn aurait alors été 
remplacé dans ce nom par un sin. Mais d'un autre côté , après que 
M. Halévy eut reconnu Valef, qui n'est au fond qu'un aie/ hé- 
breu, où la barre du milieu a été tirée en longueur et placée 
verticalement (\), nous avons rencontré souvent le nom de 
Aslani (n°' 919, 3 69, et passim), qui présente donc pour la 
même racine le sin. D'autres noms, comme "Ahvah, Anwnr, An am 
(n™ 239-, 200, 362) ont également plutôt une couleur arabe. 
Du reste, si ces noms proviennent des garnisons qui avaient 
leurs postes dans ces stations romaines, et qui, comme les lé- 
gionnaires romains, gravaient leurs noms pour l'éternité sur 
les pierres des harras, des noms de provenances bien diverses 
pouvaient se trouver ensemble dans ces contrées. Seulement 
il appartiendra à une étude ultérieure paléographique d'expli- 
quer comment ces diflérentes branches de l'arbre sémiti([ue se 
sont rencontrées pour la même écriture. 

Nous n'insistons pas aujourd'hui sur les noms comnmns do 
Aznrl, M(tliU,\\h(l, KoMnn, Zebid, cl sur les noms moins com- 



— 273 — 
muns (le Amr (avec alef), de Schammai , de Alain, etc., pour 
parler des noms composés, qui le sont presque partout avec êl, 
à l'exclusion de toute autre divinité. Nous citerons Ainarêl 
(rf'dili, cf. n^i^iiyAbdiêl{if 2 i 9, cf. r\^i2v\Afa(Ul (n" 8/12), 
Apazêl (n° 822), Sama'êl (ibid.) et bien d'autres encore. Ce- 
pendant nous croyons avoir re'ncontré sur le n° 1, répétition 
du n° k , le nom de Amanscliemesch ('Cl^'C:T2ii) , et sur le n" 3 1 5, 
le nom de Baalscliemen, qui se lit également dans les inscrip- 
tions palmyréennes, n" 78 , avec l'addition de Hl^by NiD k maître 
du monde». Mais cette dernière inscription, comme bien 
d'autres, a besoin d'être encore mieux étudiée. 

Avant de terminer, je dois encore parler d'un mot reconnu 
par M. Halévy, c'est le \ erhe paani (d2?d), suivi toujours delà 
préposition'rt/(Vi'), répétée jusqu'à cinq fois (n" 2 8 Sjcf.n" 33 1), 
interrompue toujours par le régime de la préposition. Le verbe 
pa'am, ainsi que la préposition W^ après le premier régime , 
est précédé de la conjonction y?/. Ainsi on lit : fapaani ^al... 
fa al... fd al... etc. L'emploi de cette conjonction appartient de 
nouveau seulement a l'arabe, bien que le af hébreu, et ses 
congénères araméens, ne soient.au fond que ce même fa s'ap- 
puyant sur une aspiration. Mais le 'a/, pour âhl ((J^) est hé- 
breu. 

Quel est le sens de ce verbe? Bien des idées se sont pré- 
sentées a notre esprit ; je les donne sous toute réserve. Si le 
mot se rapproche de l'Iiébreu D^D , il pourrait avoir le sens 
de « frapper?), désignant par là le travail qu'on aperçoit sur les 
pierres et qui a surtout le caractère d'un martelage. S'il faut, 
au contraire, penser à l'arabe ajw = «être complet w, le mot 
de notre inscription, lu par M. Halévy, aurait peut-être le sens 
de «paix», dérivant du sens primitif, comme en hébreu u^bu 
«paix» vient de chu, qui signifie également «être complet». 



— 27/4 — 
iV Vil. 

SUR UN MANUSCRIT MEROVINGIEN DE LA BIBLtOTHÈQUE D'ÉPINAL , 

PAR M. L. DELISLE. 

Le manuscrit 68 de la biblbolhèque d'Epinal , qui a jadis 
appartenu aux abbayes de Murbach et de Moyen-iMoutier, 
se recommande à l'attention de l'Académie, autant par les 
secours qu'il fournit pour l'étude de la paléograpbie mérovin- 
gienne, que par la valeur des textes qu'il nous a conservés. La 
souscription qu'on lit au bas de la dernière page prouve que la 
copie en a été exécutée la troisième année du règne de Childéric , 
c'est-à-dire, selon toute apparence, en 7/1/1. Il fournit donc 
d'excellents modèles de la minuscule, de la cursive et des 
ornements employés par les calligrapbes de la première moitié 
du viii' siècle. La table qui est en tête du volume indique 
/i3 morceaux, dont la plupart sont des opuscules de saint Jé- 
rôme. Entre ces morceaux, M. Delisle signale ceux qui portent 
les n°' VIII, XXVII et xxxiv. 

L'article n° viii est intitulé : «Epistola Maximi episcopi ad 
Tbeofelum Alexandrine urbis episcopum, de laude ejus,qua- 
liter ei una cum civibus suis de excidio eorum consolatus est. » 
Dans celte lettre, dont la fin manque, Maxime se loue de la 
bienfaisante action de Tliéopbile, dont lui et son troupeau 
ressentent les effets, au milieu des calamités qui désolent leur 
pays : l'incendie des villes, le pillage des maisons, la mort des 
hommes, le déshonneur des femmes, regorgement des enfants. 
Quel autre que Théophile pourrait offrir un asile assuré à la 
vertu des vierges, un port tranquille au vaisseau de la foi? 
C'est de lui qu'on peut dire que ses paroles retentissent dans 
tout l'univers. Quand il prêche à Alexandrie , il se fait entendre 
jusqu'aux extrémités des Gaules. Pécheur apostolique, il ne se 
cantonne pas dans les eaux du Nil; il jette ses filets dans les 



— 275 — 
profondeurs de l'Océan et garde dans ses viviers tout le poisson 
qu'il a recueilli pour le Seigneur. Maxime veut lui confier le 
modeste résultat de sa pèche. A cette fin, il lui envoie son 
neveu, nommé Daniel, que ses mœurs ont rendu respectable 
comme un vieillard, et qui dès l'enfance a été voué au service 
du Christ. 11 lui recommande ses filleules en Dieu , qu'il confie 
à sa charité. 

Cette lettre est adressée à Théophile, patriarche d'Alexan- 
drie, qui mourut en /ii2. Les fléaux dont il y est question ne 
peuvent être que les invasions d'Alaric ou de Radagaise. Quant 
à l'évêque saint Maxime, dont les plaintes et les recommanda- 
tions s'adressent au patriarche d'Alexandrie , il est assez difficile 
de n'y pas voir saint Maxime, évêque de Turin. Mais comme 
la lettre ne saurait guère être postérieure à l'année /loS, et 
que l'évêque Maxime figure encore en ^65 dans les actes du 
concile de Rome, il s'ensuivrait que le pontificat de Maxime 
se serait prolongé pendant une période d'au moins soixante ans, 
ce qui est peu vraisemblable. Il faudra donc reprendre l'exa- 
men d'une question déjà agitée au xviif siècle, celle de savoir 
s'il n'y aurait pas eu successivement sur le siège de Turin deux 
évêques du nom de Maxime. 

Le n° xxxiv du manuscrit d'Epinal permet de résoudre un 
assez curieux problème d'histoire httéraire. Gennadius, dans 
l'article qu'il a consacré à Nicétas, évêque de Romaciana , men- 
tionne un traité adressé à une vierge déchue : c^Edidit et ad 
lapsam virginem libellum pêne omnibus labentibus emenda- 
tionis incentivum. » Les bibliographes les plus autorisés ont 
considéré le traité de Nicétas comme perdu. En citant le pas- 
sage de Gennadius, ils sesontbornésà en rapprocher les opus- 
cules qui ont été composés sur le même sujet, et dont le plus 
célèbre, intitulé De lapsu virginis consccratœ, a été publié sous 
le nom de saint Ambroise. Le texte ainsi imprimé dans les 
Œuvres de saint Ambroise se trouve, avec des variantes, au 



— 27G — 

fol. 91 v" (lu manuscrit d'Epinal , mais avec une rubrique qui 
donne raison à Gennadius, et avec une souscription qui montre 
pourquoi beaucoup de manuscrits du moyen âge ont attribué 
l'ouvrage à saint Ambroise. La rubrique, comme aussi la table 
du volume j mentionne expressément l'éveque Nicétas comme 
auteur du traité, Ejnstola Nicetœ episcopi ; mais la souscription 
finale atteste une révision du texte faite à Milan par saint Am- 
broise : «Hanc epistolam sanctus emendavit Ambrosius, quia 
ut ipso auctore fuerat édita non eratita, quoniam ab imperi- 
tissimis fuerat viciata. Emendavi Mediolano. 55 Sur la foi du 
manuscrit d'Epinal, on peut restituer à Nicétas la première 
rédaction du traité, en rétablir le titre primitif: De lapsu 
Susannœ devotœ et cujusdam lecloris , et expliquer comment le 
nom de saint Ambroise a pris la place du nom de Nicétas. 

Un troisième morceau à signaler dans le manuscrit d'Epinal , 
le n° xxvn, est une homélie sur la parabole des vierges sages 
et des vierges folles. Comme elle ne figure pas dans le réper- 
toire que l'Académie de Vienne a publié sous le titre de Initia 
hhrorum patrum latinorum, elle pourrait bien être inédite. 

Le manuscrit 68 d'Epinal ne sert pas seulement à la cri- 
tique des ouvrages ecclésiastiques; il apporte aussi son contin- 
gent à la littérature profane. En effet , un écrivain du ix" siècle 
a profité des blancs que lui offraient les folios 2 , 3 , 3 v", A, 
209 et 209 v", pour y copier l'ouvrage d'un arpenteur du 
iv" siècle. En tête de la copie, nous lisons le titre : «Ex libro 
XII Innocentius, vir perfectissinius, auctor de lilteris notis 
juris exponendis. w Les manuscrits de l'ouvrage d'Innocentius 
sont fort rares. Celui d'Epinal, qui a été complètement passé 
sous silence dans le catalogue publié en 1861 , pourra servir 
aux futurs éditeurs des Scriptores rei agrimensoriœ. 



277 



N° VIII. 

NOTE SUR LE DECHIFFREMEXT DES INSCRIPTIONS DU SAFA , 
PAR M. J. HALÉVY. 

(Voir la planche.)' 

Le voyageur anglais, M. Cyril Graham, signala en 1867 
l'existence de nombreuses inscriptions dans le désert du Safa, 
au sud-est de Damas. Vingt et un de ces textes ont été publiés 
dans le Journal de la Société asiatique allemande de la même 
année ^ mais les copies étaient tellement frustes qu'il était 
impossible d'avoir une idée nette du genre d'écriture auquel 
elles appartenaient. 

Dix ans plus tard, M. Wetzstein, alors consul de Prusse à 
Damas, copia sur les rochers du Safa 960 inscriptions, dont 
il a publié une douzaine dans son Reisebericht ûher Hawan und 
die Trachonen {^Berlin , D. Reimer, 1860). 

Enfin, dans le courant des années 1861 et 1862 , MM. de 
Vogué etWaddington, membres de l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres, firent plusieurs centaines de copies des textes 
du Safa , mais ce n'est que depuis quelques mois que M. de 
Vogué a fait paraître un recueil renfermant /loa numéros de 
ces inscriptions^. 

L'écriture de ces curieux documents a cela de particulier 
qu'elle va dans le sens alternant , commençant tantôt à droite , 
tantôt à gauche et se continuant dans les directions les plus 
diverses. Les lettres ne sont pas sans analogie avec l'écriture 
himyaritique ou sabéenne; sussi a-t-on d'abord attribué cesi>raf- 
fiti aux tribus de Saba , venues du Yémen , dit-on, vers le com- 
mencement de l'ère chrétienne, se fixer dans ces contrées. Cette 
attribution était mal fondée et contribua puissamment à l'échec 

' Zeilschrifl der b. Mor{r. Gesellsrh. \Ii, ji. 71.3. 

' Syrie ri'ntrnh. Inscriptions sômitiqiipx , a' sirir. Kaiidry- 



— 278 — 

des deux orientalisles alloinands, MM. Blau^ et D. H. MùUer* 
qui, au moyen de procédés très-défectueux, avaient essayé de 
lever le voile qui couvrait ces singulières épigraphes. 

M. J. Halévy vient d'annoncer à l'Académie, dans la séance 
de vendredi, i li septembre dernier, qu'il est parvenu à déchif- 
frer cette mystérieuse écriture et à traduire toutes ses inscrip- 
tions avec une certitude relative qui laisse peu à désirer. 

On ne saurait donner ici en détail les raisonnements épi- 
graphiques et linguistiques à l'aide desquels M. Halévy a 
déterminé la valeur des lettres; mais une fois les lettres dé- 
terminées, les preuves se présentent en foule et ne permettent 
aucun doute sur la réalité du déchiffrement. 

Les inscriptions du Safa consistent surtout en noms pro- 
pres. Voici quelques exemples : 

Vogué, n° 289 : 

Fait par 'Akrab, fils de .4n'am, fils de Louam. 

Vogué, n° 2 19 : 

baiTJ p Dm p 'rxis:? p dn* p □y:N p d'^hn'? 

Fait par Ahiam, fils de An'am, fils de Ani, fils de 'Abdeel, fils de 
Wahib.fiisde'Abdeel. 

Wetzstein, II; Kâkûl, c : 

m'?Nn3:? p Wiidd p ii^^b 
Fait par 'Abd, fils de iVIaliiar, fils de Wbdalout. 

Vogué, n" 228 : 

Fait par Ahiain, fille de Man, fils de A'afah. 

' Zeituchrift der D. Morg. GeselUch. XV, p. A.^o. 
' Loc. cit. XXX, p. [)ih-b^/i. 



npla-- raidiu- drs séances de l'.lcad, JtV liisc. P.'JJS. 






^éSwit. 


CcriÀiii/uy ikt Ja|cv. 


JCeKieu. 


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— -279 — 
Wetzsleiii, II; Srhbikket en Nemara, J : 

Fait par Aslani, fils de Four, fils de Ahiat, fils de Asiam. Il a gravé 
(cela). 

D'autres fois, l'inscription se termine par une salutation à 
l'adresse des parents et dès amis : 
Vogué, n° 2.3 y : 

icxjVy nysE inii p ns[y]7 

Fait par 'Ofiih, fils de Çarib, en mémoire de sa mère. 
Fait par Arf, fils de Çarib, en mémoire de sa mère. 

Vogiic, n" 337 : 

nJDN inX bv Di'DD --12 p ITJ ]2 TId'? 

Fait par Farîd, fils de 'Abd, fils de Farîd, en me'moire de son frère 
Ahnat. 

Vogué , n" 3 3 1 : 

mn iiix h'J'i i3X hv Di?DD nbniz p ex p abnD? 

□nx '7^2 xbn 7i*D 

Fait par Mouhlim, fils de As, fils de Monlilim, en mémoire de son 
père, de son frère Tarli, de Kbala et de Atam. 

Wcizsloin, I; sur un lumulus près do Odésyé : 

yjD ^7^2 xVn bv Di'D2 W pi'D p Qii' p '':>"' j2 "^ûî: p tjd"'? 

Fait par Malliar, lils de Matliar, fils de Va"ni, fils de 'Aram, fils de 
Saatl, en iiK'inniro de Kli.tia et de Matlial. 

V. 19 



— 280 — 
Vogû(5 , n* 9 1 7 : 

I^D ]2 iTj ]2 n^y:! p nDiri ]3 ^n p m ddx p "ii'j ]3 a)D-)n'7 
^NDnb dVdhd (^)riDD nbrc? "^id Vvd 2^py '7:?d (?)^din '^y ai-'DD 

Fait par Ilars, fils de Çarik, fils de Abas, fils de liai, fils de Khid- 
mat, fils de Ghagiat, fils de 'Abd, fils de Malik, en me'nioire de Arsi, fils 
'Akrab, et de tous les parents (?) et amis(?). Que la paix soit avec les 
autres. 

Enfin plusieurs inscriptions offrent des formules votives, 
analogues à celles qui figurent sur les ex-volo phéniciens. 
Exemples : 

Vogiié, n" 1 o8 : 

h p 3DD p 3-inN p N^iib 

NI p 11V p -\hn p njj p 

D p nsy p {') nm p ivj ]2 v 

-m: bns '7x11 . 

Fait par Kbala, fils de Ahrab, fils de Mousib, fils de L. . . ., fils de 
Nag-ar, fils de khaled. (ils de 'Abd, fils de Daïoh, fils de Cour, fils de 
Rabat, fils de 'Ofab, fils de Fourèl. Il a accompli un vœu. 

Vogué, n" 23/1 : 

(?)nD'?a p DV2ii p bxHD^j p (?) nnV p bN:nb 
nboi [nlbrj mi: Vhd trsn p 12^ p ] 

Fait par Ilaiiêl, fils de Labm, fils do Çamtêl , fils de An'ain, fils do 
Cbalmatan, fils de 'Abd, fils do Dàïcb. Il a accompli un vœu pour la 
famille (Or^aix. 

La formule ci-après est, par contre, tout arabe : 
Vogué, n° 980 : 

nV iDVD bDv N^n-p p m:D p ]rïb 

Fait par Han, (ils de Mnunir, fils de Ben-Kbala. Il a fait (cela); qu'il 
lui soit pardonné. 



— 281 — 

La langue des inscriptions est inlermëdiaire entre l'arabe et 
les idiomes sémitiques du nord. On y rencontre par exemple la 
conjonction /a qui est propre à l'arabe et au sabéen, ainsi 
qu'un grand nombre de noms propres usités dans ces langues. 
D'un autre côté, on y observe l'article ha, la préposition bi* 
et le suffixe de la troisième personne ivnw , en conformité avec 
l'bébreu. Il y a aussi maintes expressions qui sont particulières 
à l'idiome des inscriptions, comme par exemple le verbe nvD 
avec la signification probable de «vouer quelque chose en mé- 
moire de quelqu'un??. 

Les noms divins qui entrent dans la formation des noms 
propres sont 'tn, Q-p, vh , et quelques autres moins clairs. On 
a ainsi: bxmy c^ serviteur de El??; Dlp, qui rappelle le Cad- 
rans des mythes grecs; jr^x^V «confiant en Lou'??, etc. 

L'écriture des cailloux du Safa a suivi une voie indépen- 
dante des alphabets araméens, tandis qu'elle présente avec 
l'écriture himyarite ou sabéenne un air de famille qu'il est im- 
possible de méconnaître, et que la paléographie aura à expli- 
quer plus tard. Pour le moment il est déjà certain que ce sys- 
tème graphique ou un système très-analogue était usité dans 
le Hidjaz septentrional, surtout dans le pays de Hidjr, la pa- 
trie des célèbres Thamoudites. On acquiert cette conviction en 
comparant les spécimens d'inscriptions copiés près d'Ei-Wedjh 
par Wellsted et Fresnel . 

Quant à la peuplade qui a tracé ces grajjili, M. Ilalévy 
pense que c'était une branche de la nation des Thamydeni , 
les Thamoud des Arabes. Les Thamydeni servaient comme 
mercenaires dans l'armée romaine. 11 est probable qu'une 
partie de cette nation a été appelée pour protéger les posses- 
sions romaines de la Syrie orientale contre les incursions des 
nomades. En tout cas, les auteurs des textes du Safa n'ont pas 
d'origine sabéenne et ne viennent pas de l'Arabie méridionale 
comme on l'a supposé jusqu'à présent. 

•9- 



— 28-2 — 
La (jucslion de date [)araîl à M. Hali'vy rcsoluo par cclt<' 
circonstance que les inscriptions ne nomment aucun dieu. En 
conséquence, elles doivent avoir été gravées à une époque où 
le paganisme était déjà abandonné par ces tribus, sans que 
celles-ci se fussent converties au cbristianisme; dans ce cas on 
ne manquerait pas de trouver des croix et d'autres symboles 
religieux qui abondent dans les inscriptions cbréticnnes de la 

Syrie. 

On peut donc placer la rédaction àçs (rraffili du Safaversla 
fin du nf siècle après notre ère. A ce moment le christia- 
nisme devenait la religion oiricielledc l'empire; le doute et le 
scepticisme envahissaient les peuplades arabes alliées de Rome, 
parmi lesquelles prévalut, un certain temps, une sorte de 
vat^ue déisme, jusqu'au jour où elles disparurent absorbées 
par les grandes migrations qui s'accomplirent dans ces con- 
trées. 

M. Halévy voulait seulement pour le moment se faire donner 
acte du décliifTrement des inscriptions du Safa, afin d'établir 
son droit de priorité; il promet un mémoire développé où il 
donnera la traduction com[>lète des textes dont MM. de Vogiié 
et Waddington ont enrichi l'épigraphie sémitique' . 



N" IX. 

LETTRE INÉDITE DE MANUEL FIESQUE , 
COIVCERIVA>T LES DERNIERES ANNE'eS DD ROI D'ANGLETERRE EDOUARD II, 

PAR M. GERMAIN. 

Ce prince, fils d'Edouard i"' et d'Éléonore de Castille, était 
né en 128/1, à Caernarvon , dans le pays de Galles. Il succéda 
à son père en iSoy et régna jusqu'en iS^y. Tous les histo- 

' La partie csscntiollp d.; la noie qui procède a été rédigée le aT) juillet 1877. 



— 283 — 

riens et chroniqueurs le font mourir en cette année- là. 
M. Germain n'accepte pas cette date. 

Le nouveau roi, faible et corrompu, indisposa les barons 
par une excessive faveur prodiguée au Gascon Pierre de Ga- 
veston, son ami d'enfance; par bravade, il l'institua gardien ou 
vice-roi d'Angleterre, pendant qu'il venait épouser en France 
(i3o8) la fille de Philippe le Bel , Isabelle, une des plus 
belles dames du monde, au dire de Froissart. Gaveston, de 
. plus en plus impopulaire, dut être congédié, et la haine pu- 
blique finit par obtenir sa tête. Les victoires des Ecossais ac- 
crurent le mécontentement des Anglais; l'immense autorité 
qu'Edouard laissa prendre aux Spencer y mit le comble, et, 
pour s'y soustraire, la reine Isabelle fut réduite à se réfugier 
à la cour de France. Elle y complota contre son époux, au- 
quel elle préférait ftle gentil iMortimer». Les Spencer furent 
pendus; Edouard fut déposé et enfermé au château de Bar- 
kley. Quelques mois après, suivant la chronique, deux assas- 
sins, Jean de Maltravers et Thomas de Gournay, envoyés par 
Isabelle, lui auraient plongé un fer rouge dans les entrailles. 
On va même jusqu'à dire que ce fer rougi au feu lui aurait été 
introduit au moyen d'un tube de corne, pour dissimuler toute 
trace de mort violente. 

Tout ce récit, adopté par les historiens, serait purement 
romanesque à en croire une relation contemporaine découverte . 
par M. Germain dans les archives du déparlenjent de l'Hé- 
rault, sur un feuillet du carlulaire de l'évêché de Maguelonne. 
G'est dans le même dé[)ôt que M. Germain a rencontré, il y 
a quelques années , un ensemble de documents Irès-remar- 
(juables relatifs au projet de délivrance du roi Jean, au moyen 
tl'une descente sur les terres britanniques, projet concerté 
entre le gouvernement français et le roi Valdcmar III. 

Le carlulaire en (pieslion fut constitué en i.'îGH par ordre 
de Gaiicelin de Doaux, évêque de Maguelonne v\ (résnrier du 



— 28/1 — 

pape Urbain V, résidant à Avignon, ancien j)rofesseur de droit 
de l'université de Monipellier. Il se compose de six énormes 
registres in-folio, (i'csl sur un feuillet ( n° 8G) du premier de 
ces volumes, parmi des pièces féodales concernant la baronnie 
de Sauve, que M. Germain a lu la lettre suivante, adressée au 
roi Edouard III par le prêtre même qui a reçu , avec la con- 
fession de son père Edouard II, l'ordre de lui faire la décla- 
ration que nous transcrivons : 

«Au nom du Seigneur. Amen. Je tiens de la bouche de 
votre père, et c'est moi qui le redis en personne dans cette 
missive écrite de ma propre main, ce que va apprendre Votre 
Majesté. 

et Votre père m'a dit, en premier lieu, que voyant l'Angle- 
terre soulevée contre lui, et redoutant les menées de votre 
mère Isabelle, il s'est séparé de sa famille pour s'abriter dans 
le château de Gesasla (Chepstaw), domaine maritime du comte 
de ^(orfolk, grand maréchal. Puis, cédant davantage encore à 
la crainte, il se mit dans une barque avec Hugues Spencer, 
le comte d'Arondel et quelques autres, o.l alla prendre terre 
à Clamorgan , où il fut fait prisonnier par Henri de Lancastre, 
ainsi que le même Hugues Spencer et que maître Robert Bal- 
dock. On le conduisit à Kcnelworth, en l'isolant de ses com- 
pagnons, qu'on dispersa dans divers châteaux. A Kenehvorth, 
il perdit la couronne, qui passa sur votre front le jour de la 
Chandeleur suivant. 

«On finit par le reléguer à Barkley. Là le serviteur préposé 
h sa garde l'avertit bientôt que Thomas de Gournay et Simon 
d'Esberford étaient venus avec l'intention de le tuer, et lui 
proposa de lui prêter ses habits pour faciliter son évasion. 
Ainsi vêtu, il (piilta sa prison, à la tombée de la nuit, et, s'a- 
vançant jusqu'au seuil sans résistance, faute d'être reconnu 
sous ce déguisement, il trouva le geôlier endormi et le tua. 
Il lui prit ses clefs, ouvrit la porte et sortit, de même ([ue son 



— 285 — 

gardien. Les chevaliers venus pour lui ôter la vie s'en aperçu- 
rent trop tard; mais, appréhendant la colère de la reine et 
craignant pour leur personne, ils résolurent de mettre dans 
une caisse le geôlier, après lui avoir arraché le cœur, et d'al- 
ler présenter ce cadavre à Isabelle, comme si c'eût été celui d'E- 
douard II. La supercherie réussit, et le geôlier fut inhumé à 
Glocester sous le nom du roi. Ainsi échappé à la prison de 
Barkley, Edouard II se réfugia au château de Corfe, avec son 
prétendu gardien. Le châtelain Thomas l'y accueillit, à Tinsu 
de son chef, Jean de Maltravers, et il y resta incognito pen- 
dent un an et demi. A la mort du comte de Kent, décapité 
pour avoir répandu le bruit qu'd (le roi) vivait toujours, il 
monta, en compagnie de son gardien, sur un navire, d'après 
le conseil du châtelain Thomas, cpii leur avait donné asile, et 
passa en Irlande, où il a séjourné neuf mois. 

«Craignant d'y être reconnu, il revint en Angleterre, ha- 
billé en ermite, y aborda au port de Sandwich, et, sous le 
même costume, se rendit par mer à l'Écluse. Il voyagea de là 
en Normandie, et de Normandie il alla, en traversant le Lan- 
guedoc, à Avignon, où, en glissant un florin dans la main d'un 
serviteur du pape, il se fit connaître par écrit à Jean XXII, 
(]ui l'appela auprès de lui et l'hébergea honorablement plus de 
(juinze jours. Enfin, après s'être promené en divers lieux, il se 
dirigea vers Paris, de Paris en Brabant, de Brabant à Cologne, 
où il fit un pèlerinage au tombeau des Trois Rois. Puis, en 
quittant Cologne, il gagna à travers l'Allemagne la Lombardie. 
Il séjourna à Milan; après quoi il s'enferma, pendant deux 
ans et demi, dans un ermitage de Milazzo, en Sicile. La guerre 
étant venue l'y troubler, il changea d'ermitage, en se retirant 
à Cecinia (Cecina), au diocèse de Pavie. oii il demeura deux 
autres années, toujours reclus, faisant pénitence et vaquant à 
la prière, 

«Voilà ce (pic j'ai riionnciii' de certifier à Votre Majesté, et 



— L>8G — 

je nie fais un devoir de sceller de mon sceau mon atle-sta- 
tion. 

t^ Votre serviteur dévoué, 

«Manuel de Fiesque, notaiie du pape, v 

La maison de Fiesque est, parmi les grandes lamilles ita- 
liennes, une de celles qui ont joué, en Europe, les rôles les 
plus variés. En dehors des sommités laïques, elle a fourni à 
l'Eglise quatre-vingt-huit cardinaux et deux papes (Innocent IV 
et Adrien V). L'un de ceux-ci, Adrien V, avait rempli, en An- 
gleterre, les fonctions de légal sous les pontificats de Clément IV 
et d'Alexandre IV; il a dû nouer, avec les rois et les barons an- 
glais, d'importantes relations, dont aura hérité sa famille et 
en particulier le notaire pontifical qui a signé la lettre qu'on 
vient de lire. Cette famille était, à cette époque, comme in- 
féodée à l'Angleterre. Sur le tombeau d'un frère d'Adrien V, 
neveu d'Innocent IV, on lit, à Gènes, la qualilication de mi- 
les régis Angliœ, t? chevalier du roi d'Angleterre, w Edouard II 
avait attaché à sa [)crsonne et admis dans ses conseils Carlo 
Fieschi, un frère du cardinal Luca , qu'il appelle quelque part 
ttson très-cher cousin 5;. L'intimité se maintint entre les deux 
familles au delà du règne d'Edouard III : iNicolino de Fieschi, 
plus connu sous le nom de cardinal de Gènes, fut comblé des 
faveurs d'Edouard III. 

Dans ces relations , très-sûrement établies, M. Germain voit 
une garantie d'authenticité pour le document des archives de 
Montpellier et une preuve que Manuel Fiesque n'a pu être 
dupe des rêves d'un aventurier qui se serait dit ex-roi d'An- 
gleterre. Edouard II meurt à Cecina, non loin de Gênes, le 
berceau et la demeure des Fieschi; les détails les plus minu- 
tieux et les plus précis nous sont Hvrés concernant les pérégri- 
nations du prince; ror[hogra[)he est bien du temps : cum y 
est écrit coin; noclis s'y lit nous; direxit et perrcxit y revêtent 
les formes de la prononciation italienne, rliresil et perestt. La, 



— 1)87 — 

missive est sans date. Elle a été co[Hée par le scribe niaguelo- 
naisen i 368, selon toute vraisemblance. Un acte d'Edouard III . 
du 16 mars 1387, donnant à croire que ce prince n'avait pas 
encore reçu alors la déclaration de Manuel de Fiesque, on se- 
rait autorisé à placer la date de ce document après cette année. 

Pour achever d'établir l'authenticité de la lettre et la véra- 
cité des détails qu'elle renferme, M. Germain s'adresse à l'his- 
toire P^énérale et notamment aux actes du recueil quasi-officiel 
de Rymer (Fœdera, convenliones , Utterœ, etc.). L'hostilité d'Isa- 
belle est incontestable, il en est de même de la complicité de 
Roger Mortimer; la fidélité d'Hugues Spencer n'est pas moins 
avérée. C'est bien, suivant l'histoire connue, Henri de Lan- 
castre qui fait le roi prisonnier et l'enferme à Kenelworth. 
Mais Henri n'était pas aux yeux d'Isabelle un geôlier assez ri- 
goureux ni assez sûr; elle fit expédier à sir Jean de Maltravers 
et à sir Thomas de Gournay, renonnnés pour leur dureté , 
l'ordre de transférer le roi à Barkley. 

C'est ici seulement que la déclaration de Manuel Fiesque 
commence à s'écarter de la légende admise. La reine et le fa- 
vori ont pu croire au récit des prétendus meurtriers; croyance 
intéressée, récit intéressé: les uns avaient besoin d'assurer leur 
criminelle conquête, les autres de protéger leur vie. Mais la 
preuve que plusieurs personnes étaient instruites plus ou 
moins exactement de la vérité et savaient que le roi n'était pas 
mort, c'est qu'on décapita en i33o le comte de Kent pour 
avoir troublé le royaume en répandant ce bruit. A Corfe où 
le comte s'était rendu, le gouverneur du château, loin de nier 
l'existence du roi, s'était excusé sur les ordres qu'il avait de 
ne pas le laisser voir. La fin tragique du frère d'Edouard II 
indique ([ue la reine mère et son fils craignair'nt une résur- 
rection du prétendu mort; cette résurrection était-elle donc 
possible? Cette possibdité semble indirectement établie parla 
pr('cantion <\u\ sui\il la mnrl du comte do Kent : un ordre 



— 288 — 

tl'Kduuard 111 prescnvil de nietlre en arrestation ceux qui ré- 
pandaient le bruit qu'Edouard 11 vivait encore. 

M. Germain s'associe d'ailleurs à toutes les réserves que 
l'on peut faire, eu égard à la singularité du document qu'il 
vient de communiquer. 

N° X. 

OBSERVATIONS SUR UN VASE JUDEO-BABYLONIEN DU BRITISH MUSELM , 

PAR M. HALIlVT. 

Le Musée Britannique possède une importante collection 
de terres cuites ornées d'inscriptions magiques d'origine juive. 
Le vase qui fait le sujet de cette communication a été décrit 
par M. Rodvvell dans les Transactions oj ihc Bibhcal arclieological 
Society, vol. 11, part. 1, p. i lA et suiv. Il a la forme circu- 
laire, son diamètre est de sept pouces, sa profondeur de deux 
pouces et demi. Le bord en est très-épais et le centre est oc- 
cupé par une petite saillie ou bosse. Les auteurs grecs men- 
tionnent aussi parmi les diiïérentcs espèces de patellae celles qui 
ont une saillie [6[xÇ>a'Xos ou [xeaQfxÇaXos) au milieu (Alliénée, 
XI, p. 33y ). 

Les savants ne sont pas d'accord sur la destination de ces 
terres cuites. Les uns y voient des coupes à divination dont il 
est déjà fait mention dans l'bistoire de Joseph (Genèse, xliv, 
5); les autres supposent que ce sont des coupes consacrées et 
dont l'eau qu'elles renfermaient était censée imprégnée d'une 
vertu mystérieuse capable de guérir les maladies. A la pre- 
mière manière de voir, on peut opposer le texte des inscrip- 
tions qui porte un caractère plutôt ])rophylacti(pie que cu- 
ratif. La seconde opinion est également écartée par cette 
considération que l'eau devait avoir pour elfet d'elî'accr l'écri- 
lure à la longue. L'épaisseur du bord est telle, d'ailleurs. 



— 281) — 

qu'oji ne pouvait aisément se servir de la coupe pour boire. 
11 paraît donc plus probabb que ces vases étaient de simples 
amulettes, destinés à préserver la famille contre les démons 
et les maladies dont ces êtres étaient réputés les auteurs. En 
d'autres termes, c'étaient des talismans de famille. 

L'inscription en hébreu carré qui occupe l'intérieur du 
vase a été lue de la manière suivante par M. Rodvvell assisté 
de M. Dracb: NnD'yc'Ni miy nd'l:"^! p:ipn i:-î2VT rrci: pDinb^ 
m'y-ni*" ro'::-n "'12:- xDXDm xibibi pnpni pon-n Nîcbbyi 
xbD ]D nhaW^ pm'713- mnnD'7'1 mNin"'?i ^wm^ib mVmsyT! 

pmDnD [sîPCDip x-n hj ^ci] — -:di p.ni;"i: ]12 ]&^ni2', nn^DT 
b^D n"'"::: xim mz'o i:ntîîm mN^ù' nbab iTCi<i2 nNnTin p-)î:n- 

p:X innDND"! NDU ND^y Nim N'.mi' CN N2131 ^l^h'J' N231D 

n'7D px 

Ce texte, si la transcription était exacte, renfermant à peine 
cinq ou six mots corrects ou possibles au milieu d'une quan- 
tité de formes monstrueuses, devrait à tout jamais rester une 
énigme et être rangé dans les formules d'invocation qui n'ont 
aucun sens. Cependant les éditeurs anglais en donnent brave- 
ment une traduction complète que je rends ci-après mot à 
mot en français : 

KQuanl au serpent, oubli, et de même qu'il soit une di- 
rection à ce qui nous sert, et à cet impur qui le chasse, et j)aix 
et discernement de pitié et d'offrandes et de choses qui [se- 
raient] insensées; et exaltation de choses qui [seraient] grandes 
et de compagnies (ou assemblées) et d'un serviteur (?) et de 
serviteurs (?). Que ce soit contre douleurs et augures et pour 
toute sorte de morts, stupeur de toute espèce de miasmes 
dans le monde, dans leur totalité. Celles-ci, celles-ci eiles- 
niêmes sont leurs prnpitialions et offrandes de guérison. leur 



— 290 — 

Icriiiinulioii el leur ré(.leni[)liuii et leur (luciiité tlej lier el dé- 
lier et leur invalidation des corps, el le soutien de toute joie, 
qui enlève les chaleurs et les maux des constellations, qui est 
le chemin qui nous conduit vers les étoiles, et hrille plus que 
toutes les étoiles du grand monde [macrocosniej. Que son nom 
ineffahie soit héni. Amen, Amen, Sel ah. r 

Il est inutile de critiquer de pareilles excentricités; le texte 
cependant n'est |)as des plus dillicilcs. Après un examen at- 
tentif du fac-similé publié dans le recueil anglais, je crois pou- 
voir le transcrire comme suit : î^2"'pn |^i3iyi pî^^n ]^^in Sd 

NîDNDm sî^b^bi pnnpiT ]^p^n-n NînbbDi ndd'^c/ni m:i an^^^'^'i 

r-i^i^^^^^b-i n^nrn'?i ^wmaV n^h i^isyri n>b ^my-i ^u.\x:it '^-2:1 

pn^nnD pi pn^Di5 p pbî22Di ppcDi p^^py p^nm ;mî3 pn:Di 
miN h'J nbiihi2 rr-D:?-! ■'immi nTvm ipHTiDip-'D -n hj pi] 
Nim Kin^: niox xmi ^D^yi x^^did b^D n^î:: xim nsdid ^\x ^stn 
N3"i HDiy n"'P"'DD "133 iT'DU"'n ^-iTltût: N-'tynn'? ""unn ns'jd 

nbo PiX pN 'JTISD 

Le langage est, comme on le voit, le chaldaïqne des Tar- 
goumim de Babylonc, et, sauf quelques incongruences, suf- 
(Isamment correct. Le mot ^^N paraît être une interjection, 
comparable à l'hébreu \s* . Le mot aj)rès Nim peut se lire de 
trois manières différentes: ii])'D «pleine, H2)ri «roi«, nd"?!: 
ft enseignant 55, de la racine ï^'?'' ; j'adopte cette dernière signi- 
(ication qui convient parfaitement au contexte. La phrase qui 
suit la lacune n'est pas très-claire, on obtient loulefoisun sens 
convenable en conq)létant les quatre lettres conservées après 
la lacune en ;^n^*L2D r^on fait du bien», et en lisant n33 , bien 
que la lettre médiane ait plutôt l'ap|)arence d'un haf. Le suirixc 
de n"'p"'CD «(pii le mentionne, ou prononce'- se ra|)|)orle au 
nom inelTable. 



— 291 — 

Voici inaiiitenaiit la (laduclioii delà formule entière: 

f-Toules mauvaises sorcelleries, œuvres puissantes, malé- 
dictions, vœux, engagements, paroles inconsidérées, de loin 
ou de près, la nuit ou le jour, d hommes ou de femmes, qu'on 
suscite contre lui, ses enfants, ses bestiaux, ses acquisitions 
de n'importe quelle nature, à Dallallali, depuis ce jour jusqu'à 
jamais; que toutes ces choses, sans exception, soient anathé- 
matisées, bannies, exclues, brisées, arrachées et chassées. 
Qu'elles dis|)araissent devant les personnes, les endroits et les 
quartiers, où se trouvent ses bestiaux et ses enfants, qui sont 
avec lui, a Dallallah, sur le chemin de Housi (ou Hous). 
étoile qui l'emportes sur toutes les étoiles de l'univers, source 
des guérisons (?), toi qui enseignes la magie aux magiciens 

dont le nom est propice à ceux qui le prononcent: 

nom sublime (et) inefTablc. Amen, Amen, Selah. » 

Le morceau abonde en notions talmudiques. Suivant la doc- 
Irine des rabbins, la moindre négligence dans l'accomplisse- 
ment des vœux et des promesses, faites même inconsidérément, 
devient fatal à toute la famille, principalement à la jeune 
épouse et aux enfants en bas âge. Pour échapper à ce danger, 
il est recommandé de se faire absoudre par trois personnes, 
en présence desquelles il faut avoir, au préalable, rétracté le 
vœu. Cette cérémonie a trouvé son expression dans la fameuse 
prière dite Kol Nidrê qu'on récite dans la synagogue la veille 
du jour du Pardon. Les mots de la formule qui désignent les 
divers degrés de l'anathème (riD^, m:) sont aussi conformes 
à la conception du Talmud: on reconnaît la même origine |)onr 
la locution n"'D5y2 p''DD et, au plus haut degré, pour l'expression 
tyiiDD nv sur laquelle je reviendrai à une prochaine occasion. 

D'un autre côté, on rencontre néanirioins des mots et des 
idées inconnues aux docteurs du Talmud. Tels sont : l'adjeclif 
rD">pn c^puissantîî qualifiant les opérations magiques et rappe- 
lanl les p-:''pn pj"'"! des mysticpics du moyen âge; le mot 



— 292 — 

NDDViyN avec le sens d'enijagoment, qui semble convenir à 
racce[)tion arabe du verbe dVw à la qualrième forme; enfin, 
le mot Nrn se présentant deux fois au lieu de Ni^ya, l'expres- 
sion ordinaire pour désigner le bétail, réfléchit sans aucun 
doute le ij'^y^^ arabe. On pourrait peut-être ajouter à cela 
l'exclamation qui termine la formule , et qui est conforme aux 
habitudes arabes. 

En fait d'idées exotiques et empruntées à l'astrologie arabe, 
on observe la notion d'une étoile, probablement Vénus, puis- 
sante entre toutes et origine des guérisons et de la magie. Les 
anciens Babyloniens ne connaissaient, il est vrai, d'autres 
cures que celles obtenues par les conjurations magiques, mais 
ils en attribuaient la cause à la coopération de plusieurs dieux, 
jamais à une étoile. Toutes ces considérations me conduisent 
à placer la rédaction de notre inscription vers le neuvième 
siècle après notre ère. Cent ans plus tard, la population juive 
de Babylone, quoique parlant encore araméen en famille, se 
servait déjà de l'interjection arabe yâ ( L, ), ainsi qu'il ressort 
d'un curieux passage de Saadia, cité par xM. Dercnbourg. 

Enfin, une observation géographique. L'inscription (jue 
nous discutons fait mention de deux localités inconnues l'une 
et l'autre : floue et Ihdhillah. La |)remière, si l'on prend la 
lettre initiale pour un hé, pourrait être rapprochée de l'Ahwâz 
(^lyftl) des géographes arabes, lequel désigne l'ancienne Ely- 
maïde. La seconde localité, DaUallah , désigne certainement 
l'endroit où le vase a été trouvé, c'est-à-dire un quartier de 
Babylone. Maintenant, quand on considère que le deuxième 
composé de ce nom est l'arabe AlWi « Dieu w, on aiTive à sup- 
poser que dans la période babylonienne cet clément de com- 
position pouvait bien avoir été représenté par un dieu païen, 
par exemple Anou. De telle sorte, le nom primitif Dall-Am 
«(petite) porte de Anou», dénomination si analogue à l'aj)- 
pellalion même de Rabylone. Bnh-ili f* (grande) porte de IN. 



— 293 — 

ce nom aurait été Iransforiiiu plus tard par les Arabes, au 
point de vue du monothéisme, en Dall-Allâh emporte d'Allah 
ou de Dieu». On connaît plusieurs débaptisations de cette na- 
ture attestées par les auteurs musulmans. Si cette supposition 
était exacte, on aurait le mot de l'énigme qu'a offerte, jusqu'à 
présent, l'explication des deux mots sémitiques ''ibl VxiT'n qui 
figurent sur certaines briques babyloniennes au bas d'une 
inscription cunéiforme de Nabuchodonosor. Ces mots signifie- 
raient simplement « temple de Dall-Anou v. Je donne ces con- 
sidérations pour ce qu'elles valent, espérant que des recherches 
ultérieures parviendront à nous éclairer sur ce problème. 



APPENDICE. 



rapport du secrétaire perpétuel de l'academie des inscriptions et belles 
lettres sur les travaux des couhiissions de publications de cette aca- 
demie pendant le premier semestre de 1877, lu le l3 juillet 1877. 

Messieurs, 

Le dernier semestre a vu paraître deux volumes dont mon dernier 
rapport annonçait raclièvement prochain : le tome XXV, i" partie, de 
nos Mémoires , comprenant l'histoire de l'Académie pendant les quatre 
années i86i-i864, volume presque entièrement prépare' par mon cher 
et regretté prédécesseur M. Guigniaul, et le tome XXVII de Y Histoire 
littéraire de la France, où se continue l'histoire de notre littérature au 
xiv" siècle. 

Les grandes collections, dont je vous avais présenté dans le semestre 
précédent trois volumes, ne doivent plus (on pouvait s'y attendre) figu- 
rer dans ce rapport que pour des tomes ou en j)ré|)aration ou en cours 
d'impression. Il y a un volume pourtant qui aurait dû suivre de près 
ceux que je vous ai prcscnUîs l'an dernier : c'est le tome IV des Histo- 
riens occidentaux des croisades. Le texte est imprimé depuis longtemps, 
mais la tahie, qui était envoyée à l'imprimerie, en a été relirf^e par les 
éditeurs, MM. Ad. Régnier et Thurot , pour Atre remaniée de fond eu 



— 29^1 — 

comble, rr Celle révision avance,') me disent les éditeurs, et ils ex[)riinent 
la confiance ff qu'elle sera lerniint-e procliainenienl'!. 

Pour les Hislorieiis grecs de la même collection. M. Miller, qui nous a 
déjà donné le tome 1", poinsuit avec la même régularité l'acbèvemenl 
du tome II : il y a soixanle-qualorzc feuilles tirées, sept bonnes à tirer 
et cent dix placards, l/a copie est terminée. 

Dans la section des Historiens orientaux, le mauvais étal de la santé 
de M. Defrémery relarde toujours la marche de la partie dont il s'est 
chargé (i" du tome II) : il y a dix cahiers tirés, trois à tirer, mais le 
reste de la copie se fait attendre. 

M. de Slane, qui, pour sa part, a achevé la i' partie de ce tome, 
avance dans la publication de la i" partie du tome suivant. Vingt-sept 
cahiers (double feuille) sont tirés, onze bons à tirer, onze autres en 
épreuve; ajoutez des placards jusqu'au 133" de texte et au i .'îo' de la tra- 
duction , et de la copie pour quatre-vingts pages. 

Les éditeurs des Historiens de la France, qui viennent de nous donner 
le tome XXIII, préparent le tome XXIV. Ils poursuivent à cette lin la ré- 
vision du texte des enquêtes ordonnées par saint Louis pour la répara- 
tion des torts commis dans l'aduiinistration du royaume. Ils préparent 
aussi le texte delà compilation de Robert Mignon, connue jusqu'à pré- 
sent par un sommaire tout à fait insunisanl, inséré dans le lome X\I. à 
une époque oii l'ouvrage lui-même passait pour perdu. Ils soumettent à 
une critique aj)profondie les compositions historiques de Bernard Gui, 
dont ils ont retrouvé les manuscrits originaux et en partie autographes, 
dans les bibliothèques de Paris, de Bordeaux, de Toulouse, d'Avignon el 
de Rome. La partie de l'œuvre de Bernard qui se rapporte à l'inquisilion 
et à l'ordre des Dominicains pourra être largement mise à contribution 
dans un des procliains volumes. 

M. Léopold Delisle, qui partage avec MM. de Wailly et Jourdain le 
soin de ce travail, poursuit, avec le concours de M. de Rozière et l'aide 
de M. Luce, auxiliaire de l'Académie, la laborieuse préparation du re- 
cueil de Chartes el diplômes relatifs à l'histoire de France antérieure à Phi- 
lippe-Auguste. On conlinup le dépoiiillemenl des registres du Trésor des 
Charles et la transcription des actes anciens qu'ils renferment sons la 
forme de vidimus. 

La collection de nos Mémoires ^'e?,i enrichie, je l'ai dit. diin nouveau 
volume, le tome XXV, i" partie, comprenant l'histoire del'Acadénjie de 
i86i à 186/1 iuclusivement. Le tome XXVII, 1" partie, comprenant celte 
histoire de 1 SOf) ii 1 808. ne lardera pas à suivre : dix feuiilfs sont bonnes 



— 295 — 

à tirer et le va-le de la copie est à l'impriinerie. Je n'iitlends que lacbè- 
vemenf de ce volume pour en mettre sous presse un autre, qui conti- 
nuera la même histoire, de 1869 à 1878 inclusivement : il est entière- 
ment re'digé. Dès lors, la lacune qui existait dans cette collection, collec- 
tion particulièrement vôtre, sera comble'e : car la 1" partie du tome XXIX. 
paraîtra certainement avant la seconde, qui ne fait que commencer avec 
un seul mémoire, celui de M. Th. H. Martin, servant d'appendice à son 
m«?moire sur la Cosmographie grecque. 

Dans le recueil des Saranls étrangers, le tome IX compte trois 
mémoires imprimés et pourra se terminer avec un quatrième, fort 
goûté de l'Académie à la lecture et qui ne le sera pas moins, je le pense, 
de votre Commission des travaux littéraires, dont il lui reste à subir 
l'examen. 

Le recueil des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque na- 
tionale ne tardera point à s'accroitre de deux volumes : 

Dans la 1" série (orientale), un I" volume du Dictionnaire des simples , 
d'Ibn-Beith(h\ publié par M. le docteur Le Clerc , avec le concours de 
M. de Slane; ce volume compte cinquante -neuf feuilles tirées : il n'v a 
plus guère, pour le clore, qu'à en imprimer la préface. 

Le tome XXIV. 1" partie, en reste toujours à la notice de M. Mas- 
péro. 

Dans la partie occidentale, le tome XXVI (2° partie), contenant la 
Chirobaliste d'He'ron d'Alexandrie , par M. Prou, est, on le peut dire, 
terminé : il n'attend plus que le tirage des tables . pour lesquelles le bon 
à tirer est donné. 

Le tome XXVII (-2' partie) compte deux notices et reste ouvert pour 
celles qui, grâce à l'activité de plusieurs de nos confrères , vous sont pré- 
sentées à d'assez courts intervalles. 

J'ai annoncé, en commençant, la publication dutomeXWlI de r^?>- 
toire littéraire de la France. Le tome XXVIII est en préparation, et le 
nouveau collaborateur que l'Académie, répondant au vœu de la Commis- 
sion elle-même, vient de lui donner comme adjoint, M. Gaston Paris, 
nous est garant que ce travail important, conduit avec tant d'activité jus- 
qu'à ce jour, ne se ralentira pas. 

J'aurais voulu , en terminant, vous annoncer la mise sous presse d'un 
premier fascicule dn Corpus inscriptiomim semiticarum , ce grand travail 
qui devait naître dans la patrie de Silvestre de Sacy, le père des orienta- 
listes modernes, et auquel MM. de Saulcy. de Longpérier, Renan, de 
Slane, Waddington, de Vogiié, Dcrenbourg apportent le concours de 

V. 20 



— 2% — 

leur érudilion. lia Commission est prêle. Nous u atleudoiis pour commen- 
cer que le vote ilu supplément de crédit proposé par le dernier ministre 
et adopté par la dernière commission du budg-ct , à la Chambre des dé- 
putés. Ce vote, bien qu ajourné, ne peut pas nous faire défaut. 

H. Wallon, 

Secrétaire perpétuel. 



I 



— 207 — 



LIVRES OFFERTS. 



SÉANCE DU VENDRKDI f) JUILLET. 



M. L. Delisle offre au nom de M. Aiig. Prost, membre de lAcade'mie 
de Metz, un volume intitulé : Caractère et signifcation de quatre pièces 
liturgiques composées à Metz, en latin et en grec, au ix' siècle (Paris, 
1877, in-8*). ffA roccasion de quatre pièces conserve'es dans un manuscrit 
de la bibliothèque de Metz, M. Prost, dit M. Delisle, a recherché l'ori- 
gine des prières solennelles, appelées laudes, qui, du vni' au wv" siècle, 
sechantaient les jours de grandes fêtes, pour le pape, le roi ou l'empereur, 
l'évêque et les besoins de l'église. Il dislingue les laudes romaines des 
laudes gallicanes, et compare le texte de Metz à celui de plusieurs autres 
cathédrales. La plus remarquable des pièces publiées pnr M. Prost a été 
composée en grec, quoiqu'elle soit copiée en lettres latines; elle a fourni 
matière à une intéressante dissertotion sur l'emploi du grec dans l'an- 
cienne liturgie gallicane. M. Prost a encore éclairci plusieurs points de 
l'histoire de Metz à l'époque carlovingienne et a montré le parti que la 
critique [)eut tirer des vieux livres liturgiques, « 

SÉANCE DU VENDREDI 1 3 JUILLET. 

LeSiîCRÉTAiRE PERPÉTUEL présente à l'Académie les première et deuxième 
livraisons du Supplément ayi Dictionnaire de la langue française de M. Lit- 
tré. Il présente, en outre, les tomes XIII et XIV de ï Histoire générale de 
Languedoc dé dom Vaisselle, qui se réimprime sous l'habile direction de 
M. Dulaurier (Toulouse, 1876 et 1877, in-i"). 

Il est fait hommage, par AI. François Lenormant, dune brochure in- 
titulée : Les Dieux de Babijlone et de rAssijrie (Paris. 1877, in-8°). 

M. Deren'bourg, en présentant à l'Académie, de la part de M. Joseph 
Halévy, une brochure intitulée : Prières des Falashas ou .lui fi d'Abi/ssinic , 
texte éthiopien, publié pour la première fois cl traduit m hébreu (Paris, 
1877, in-8°), r.ipp^lle ({ue M. Halévy fut chargé en i8r)7, par le Comité 
de l'Allianco Israélite universelle, d'aller en Abyssinie et d'y recueillir des 
notions exactes sur les croyances, les mœurs cl la situation de celle frac- 

30. 



— 298 — 

lion singulière de la race noire qui, on le savait depuis longtemps, pra- 
tiquait un culte monothéiste. 

ffLes Falashas, dit M. Derenbourg-, regardent comme impurs tous les 
sectateurs des autres religions, et pour ce motif ne leur permettent pas 
de franchir le seuil de leurs maisons. M. Halévy parvint, comme core- 
ligionnaire, à leur inspirer la plus grande confiance. Parlant le dialecte 
particulier dont ils se servent, il put passer plusieurs mois parmi eux et 
rapporter de ce voyage un grand nombre de notes dont la plus grande 
partie fut perdue en 1870; l'autre partie se publie en ce moment en an- 
glais aux h'ais de la Societij ofltcbrew UUcvaUirc. La conviction de M. Ha- 
lëvy est que les Falashas sont de vrais Juifs; ils célèbrent les fêtes juives, 
ils observent le sabbat avec la rigueur particulière aux sectes judaï- 
santes non rabbanites, attendent la venue du Messie, la résurrection 
des morts, etc. Les prières ont confirmé cette impression, et le passage 
suivant, rrLe fils mortel a été vaincu et la victoire remportée par le Misé- 
frricordieux qui ne mourra jamais, 1 atteste que le monothéisme des Fa- 
lashas est bien le monothéisme juif. La traduction hébraïque de M. Ha- 
lévy, ajoute ]\L Derenbourg, est pure et élégante; elle fait très-bien voir 
le caractère de litanie que revêtent pour la plupart les pièces réunies 
dans ce recueil.'» 

M. Edmond Le Blaxt offre à l'Académie un exemplaire de la seconde 
édition refondue et augmentée du livre intitulé Le Vieux-Nenf [V^yns , 
1877, ^ ^^^- il 12)- ffL'auteur, M. Edouard Fournier. dont notre savant 
confrère, M. de Longpérier, a présenté, dit-il, il y a quinze jours un autre 
ouvrage, ] Histoire de la butte des Moulins, a montré dans l'édition nou- 
velle toutes ses qualités de chercheur et d'érudit ingénieux. Son thème 
presque inépuisable et déjà abordé avant lui, mais que personne n'avait 
encore traité avec autant de savoir et d'étendue, se résume dans cette 
pensée du vieux poète anglais Chaucer: tfll n'y a de nouveau que ce qui 
fra vieilli. 1 Sous la plume de M. Fournier, ce paradoxe dévient souvent 
une réalité. Les autorités les plus graves ne lui manquent pas pour sou- 
tenir sa thèse; nos illustres confrères de l'Académie des sciences, M. Che- 
vreul, M. Sainte-Claire Deville, lui apportent parfois un précieux appui, 
et, conmie les écrivains de ranliquil('' classicpie, les mémoires de noire 
Académie lui aillent à démontrer que bien des choses d'apparence nou- 
velle sont vieilles de plusieurs siècles. Il est intéressant de voir l'auteur, à 
la recherche de preuves, interroger en même temps la physique, la chi- 
mie, la médecine, l'archéologie, la mécanique, la pharmacie, l'histoire 
littéraire, l'architecture, la métallurgie, la balisti(pie,el faire ainsi passer 



— 299 — 

sous nos yeux comme uu inventaire en raccourci des cre'ations de l'esprit 
de l'homme, de ce qu'il a découvert, oublié, pilis retrouvé après de 
longues années, -n 

SÉANCK DU VENDREDI 'i U JUILLET. 

Le Secrétaire perpétuel présente à l'Académie les ouvrages suivants : 

Le Zcnaga des liihus sénéff alaises. Contribution à l'î'lude de la langue 

berbère, par M. le général Faidherbe; première etdeuxièjue parties (Lille, 

1877, in-S"); 

Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie 
de Genève, tome XIX. (Genève-Paris, 1877, in-8°). 

M. Egger offre à l'Académie une tlièse française de doctorat présentée à 
la Faculté des lettres de Paris par M. A. Darniesteter, et qui a pour titre : 
De la formation actuelle des mots nouveaux dans la langue française et des 
lois qui la régissent (Pai'is, 1877, 1 vol. in-8"). 

ff C'est, dit-il, une étude historique et analytique du néologisme con- 
temporain. Le titre seul indique l'esprit dans lequel cette recherche a été 
entreprise et le caractère qui en fait la principale originalité. Ecartant 
avec intention toute question de goût à l'égard des mots nouveaux, sur-- 
tout des mots de composition populaire, l'auteur s'attache à faire voir 
comment cette végétation nouvelle de la langue obéit, même dans la 
barbarie relative de ses produits, à des lois d'analogie dont la critique la 
plus sérieuse et la plus sévère peut et doit tenir compte. 

ff Auteur d'un livre sur les mots composés en français et de plusieurs 
mémoires qui le signalent comme un très-habile romaniste, M. Darme- 
sleter ajoute par cette nouvelle publication aux titres qui lui ont déjà mé- 
rité une place honorable dans la science et dans renseignement public." 

M. Gaston Paris fait hommage de la thèse latine du même auteur, 
thèse intitulée : De Floovantc et de merovingo cyclo (Paris, 1S77, in-8°). 

ff L'ouvrage de M. Darmesteter, dit M. G. Paris , se divise en trois par- 
ties. La première est toute philologique : l'auteur y démontre que le 
Floovant, bien que copié par un scribe lorrain qui a altéré les formes de la 
langue, a été composé dans le dialecte français proprement dit. Dans la 
seconde, il cherche, par une cr-itique aussi (ine que sévère, à s'orienter 
au milieu de toutes les rédactions du Floovant que nous possédons et 
dont l'existence est attestée; il examine, outre le poëmc français, un 
fragment néerlandais, les diverses versions d'une .sYtr'rt scajidinavo et plu- 
sieurs rédactions italiennes; cette étude n'est pas seulement précieuse pour 



— 300 — 

ses rt^sultals en ce qui touche ce jjoëiiie; elle jette des lumières nouvelles 
sur les diverses phases de l'histoire de notre épopdeet sur sa merveilleuse 
dilliision cliez les peuples étrangers. Enfin, dans la troisième partie, 
M. Darniesteter essaye de démontrer que le poënie de Floovant est le débi-is 
d'un cycle mérovingien qui aurait précédé et influencé le développement 
de la poésie épique carlovingienne. Celte opinion, appuyée par des argu- 
ments ingénieux, peut paraître un peu hypolliélique; je la crois, pour uja 
part, Irès-fondéo, et elle jolie ceilaineincnt im grand jour siu* les origines 
de notre poésie. La thèse de M. Darniesteter a obtenu les suil'rages de la 
Faculté des lettres; elle les mérite à tous égards par l'e.xcellence de la 
méthode, la finesse des jugements et la clarté de l'exposition. « 

M.Renan présente, a» nom de M. Clermont-Ganneau, un opuscule où 
l'auteur a consigné les notes prises par lui pendant une excursion do Jé- 
rusalem à Bir-el-Maïn, localité située au nord -ouest de Jérusalem. 
rfM. Clermonl-tjanneau a eu surlout en vue, dit M. Renan, de recueillir, 
de la bouche même des habitants , les légendes et les traditions locales. 
Cette méthode, qui peut avoir du bon, oflïe aussi un danger, car, dans 
m\ pays où la population a été si souvent renouvelée, les récils qui cir- 
culent ne doivent pas toujours êlre regai'dés comme l'expression fidèle de 
traditions transmises de j)ère en fils sans interru|)tion. n 

SÉANCE DU VKINDlilCDI t> 7 JUILLET, 

Sont oiïcrts à l'Académie : 

(](mm (U Giovanni Boccacci inlonw a Tito Lirio , connnenlala daAttilio 
iiorlis (Trieste, 1877, in-8"). 

The KItifa and Khila-Veruvimt Epoch : kliiln, Kamath, Ililtitc, Cnnaa- 
iiite, Etruscan, elc, par Hyde Clarke (Londres, 1877, in-8"). 

M. Carcin dk Tassy oflre à l'Académie : 

1° De la part de M. Fallon, la huitième livraison de son Dictionnaire 
hindonslani-unniais impi'inié à Rénarès (Londi-cs, 1877,10-8°). rrCet im- 
mense travail, le plus complet, dit-il, ((ui ait ])arii jusqu'ici en ce génie, 
est ainsi parvenu au tiers environ de sa publication, car il doit avoir 
vingt-cinq livraisons. La [lartie actuelle ne Je cède en rien aux parties 
antérieures, ((uant à l'abondance des renseignements et des citations iné- 
dites de tout genrf qui accompagnent cha([U(; mot du diclionnaire et qui 
donnent h ce travail une grande valeur littéraire, n 

-?." De la part de !\L Foucaux, professeur au Collège de France, le 
drame sanscrit de Kàlidâsa inlilulé : Malurika el Af>ninntro , traduit pour 



— 301 — 

la première fois en français par ce savant indianiste (Paris, 1877, in-12), 
ffHippolyte Fauche, en publiant l'ouvrage cjuil a intitulé : OEuvres com- 
plètes de Kàlidâsa, n'y a pas , dit M. de Tassy, introduit ce drame ; et, tout 
en inse'rant dans son recueil des ouvrages qu'on s^accorde gëne'ralement à 
attribuer à un autre Kàlidâsa que fauteur de Sakountalâ, il dit, pour se 
justifier de fomission de Malavika et Agnimitra, que c'est une comédie 
bien inférieure sous tous les rapports aux autres drames du même auteur, 
et attestant une corruption de mœurs dont aucune trace ne se révèle ail- 
leurs dans les ouvrages incontestés de Kàlidâsa. 

fr Cette opinion n'est pas celle du Pandit Shankar, le savant éditeur du 
texte sanscrit. Ce n'est pas non plus celle de M. Weber, c[ui a donné une 
traduction allemande de Malavika. La corruption de mœurs dont parle 
M. Fauche n'est pas si grande qu'il le fait entendre, et la pièce, pour 
laquelle il se montre bien sévère;, est une inti-igue de cour amusante, 
bien conduite, qui, au point de vue indien , finit de manière à ne choquer 
personne. 

ffCeux qui ont pris plaisir à lire Sakounlalâ et Ourvaci pourront, avec 
la traduction française de Malavika par M. Foucaux, juger si cette pièce 
est digne de figurer à côté des deux autres , dont elle diffère surtout en 
ce qu'on n'y trouve pas de personnage mythologique, n 

M. Michel Bréat, présente, au nom de M. J. Darmesteter, le 29" fasci- 
cule de la Bibliothèque des hautes études, intitulé: Orinatd et Ahriman, 
leurs origines et leur histoire {Paris, 1877, in-8''). «Dans ce volume, dit- 
il, l'auteur retrace la formation et le développement de la religion perse 
et montre par quel enchahiement d'idées un même fonds de croyances pri- 
mitives a donné naissance, d'une part, au panthéisme indien, et, d'un 
autre côté, au dualisme iranien. Cet ouvrage est aussi remarquable par 
l'étendue des informations que par la rigueur des déductions et la netteté 
du style. « 

M. L. Delisli: fait hommage, au nom de M. Jean-François Bladé, d'un 
opuscule ayant pour titre : Géographie juive, albigeoise et calviniste de la 
6'rt wo/|Hc (Bordeaux, 1877, in-8"). 

ffL'auteui-, dit M. Deiisle , a recherché les localités de la Gascogne dans 
lesquelles la présence des juifs, des albigeois et des protestants peut être 
aulhentiquenient constatée. Il donne des renseignements précis sur l'or- 
ganisation des comnuniautés juives, des colloques et des consistoires 
protestants, n 

M. L. Delisi.k préseiite en outre, de la part de M. Céleslin I\trl, le 
Registre de Guillaume Le Maire (Paris, 187^1, m-h"). 



— 302 — 

ffLe ri'||islre de (iuiilauiue l.e Miiire, tivèijue d Auyeis au cuimiience- 
nient du xiy' «iècle, est, dit-il, un document du plus haut inlerèl, non- 
seulement parce quil offre un tableau complet de l'adniinistraLion du 
diocèse d'Angers, mais encore et surtout parce qu'il fournit beaucoup de 
renseig-nemenls sur les grandes affaires du règne de Philippe le Bel. On 
ne connaissait ce document que par l'edilion défectueuse contenue dans le 
Spicilége d'Achery. M. Célestin Poi-t a donc fait une œuvre utile en en 
publiant, d'après le manuscrit original des archives de Maine-et-Loire, 
un texte complet, lidèle et sullisamment commenté. L'Académie accueil- 
lera avec intérêt une publication qui sera consultée fort utilement par 
les auteurs de l'Histoire littéraire et par les éditeurs du Recueil des his- 
toriens de France, -d 

M. Ch. NisARD fait hommage à l'Académie de la Correspondance de 
Caylu.i, de l'abbé Barlhélemij el du P. Mariette avec le P. Paciaudi 
(Paris, 1877, in-8°). rrL' Académie, dit ^L Nisard, connaît les objets de 
cette coirespondance : Ihisloirc, la littérature, les antiquités et les arts, 
pendant une période d'environ vingt ans. Sur les quatre personnages dont 
il est ici question, trois ont fait partie de cette Coiiq)agnie, Caylus, Bar- 
thélémy et Paciaudi; Mariette était de l'Académie de peinture. Tous ne 
peuvent donc, sous la forme où ils se présentent, que recevoir un bon 
accueil dans cet institut où ils tieiidraienl encore leur place avec autant 
d'honneur qu'ils l'ont occupée dans les anciennes Académies. Le premier, 
Caylus, s offre, ici à certains égards, sous un aspect tout à fait nouveau. 
Son caractèie, qu'on ne connaissait guère qu'approximalivcment, se dé- 
voile ici avec un abandon qui va jusqu'à la nudité. Suivant l'opinion de 
ses contemporains, opinion qui a môme eu la vie longue, ses connais- 
sances dans les antiquités ne dépassaient pas celles d'un amateur qui 
n'avait eu que le soin de bien naître et d'être riche, pour donner de 
l'autorité à tous ses goûts. On verra ici qu'il valait mieux et méritait 
mieux que cela, et que ce n'est pas sa faute si justice ne lui a pas été 
rendue de son vivant. Caylus a (Hé plus que de son temps; il a eu un 
pied dans le nôtre; plus on sera savant, plus on conviendra qu'il a deviné 
bien des choses, et qu'il a ouvert dans l'étude des anciens monuments 
une voie où, après avoir longlcnqis hésité à le suivre, on s'est depuis 
piécipité en foule. 

ffOn n'apprendra rien de nouveau sur Barthélémy par ses lettres , si ce 
n'est que les services que Paciaudi rendait à Caylus, l'abbé les rendait, 
quoique dans une rnesm-e beaucoup plus restreinte, à Paciaudi. Mais 
Barthélemv est une vieille connaissance qu'on retrouve toujours avec un 



— 303 — 

extrême plaisir. Il a tant trosprit, de vivacilë et de grâce, iiiêine dans les 
choses banales, qu'on oublie parfois qu'il a élé un des plus savants 
hommes de son temps, et qu'on admire que sa science n'ait pas été' com- 
promise par tant d'esprit. 

rf On ne connaissait de Mariette que trois ou quatre lettres perdues dans 
les recueils littéraires du temps; il y en a ici une vingtaine. Sous ce rap- 
port donc Mariette a pour nous quelque chose de nouveau. On aura peu 
de peine , d'ailleurs, à convenir qu'elles méritaient d'être publiées , ne fût-ce 
que parce qu'elles montrent conmient, sans être un écrivain proprement 
dit, on peut obtenir auprès des gens de goût, par la simplicité, le natu- 
rel et la candeur, le même succès que si on l'était effectivement. Mais 
les lettres de Mariette n'ont pas ce seul intérêt; comme Caylus, il nous 
apprend comment et dans quel esprit il formait ses recueils, et, à la diffé- 
rence de Caylus, combien il y était difficile. Aussi n'avait-il pas le même 
objet que lui; mais, comme lui encore, il a bien mérité des érudits, des 
artistes et des amateurs dignes de ce nom.n 

SÉANCE DU VENDREDI 3 AOUT. 

M. Brassart, qui vient de mériter une mention honorable dans le con- 
cours des Antiquités nationales pour son Histoire de la châlellenie de 
Douai, olfre à l'Académie, avec ses remercîments, les ouvrages sui- 
vants : 

1 " Mémoire sur un point important de l'histoire de Douai. EtaUissement 
de la collégiale de Saint- Amé dans celte ville (Douai, 187-2, in-8") ; 'J° Le 
Pas du perron fée tenu à Bruges en làSS par le chevalier Philippe de 
Lalaing (Douai, 187/1, in-^"); 3° Une vieille généalogie de la maison de 
Wavrin, publiée avec des notes historiques et héraldiques sur les sénéchaux 
et les connétables de Flandre (Douai, 1877, in-8°). 

Sont encore offerts : 

Réformes ou remarques sur Vortliographc de la langue française , [)ar 
M. Grossi del Grande (Ferrare, 1877, brocli. in-12). 

Inventaire ou Catalogue sommaire de la Bibliothèque des archives dépar- 
tementales de la préfecture de l'Aube, par M. d'Arl)ois de Jubainville. 
(Paris, 1877, in-8"). 

SÉANCE DU VENDREDI 10 AOUT. 

M. L. Deijsle, faisant fonctions de Secrétaire perpétuel, présente à 



— :u)à — 

rAcadt^iiiie le Bullelln des comptes rendus des séances de l' Académie , 
avril-juin 1877 (Paris, in 8°). 

Sont encore offerts : 

SuUe connessioni délia doUrina zoojila colle scienze morali e spéculative, 
par Luig'i Scaminaci Selvagio (Mazara, 1877, broch. in-S"). 

Verstchen und Beurlheilen (intelligence et jugement), par M. Car! von 
Prantl (Munich, 1877, in-Zi"). 

Nanak, der Sliftcr der Sikh-l]cli(>ion (Nanak, fondateur de la religion 
Sikh), par M. E. Trumpp (Munich, 187G, in-i°). 

Ueher den Inhalt der algemeinen Bildimg in der Zeit der Scholastick , 
par Liencron (1876, in-h"). 

M. Laboulayk offre à l'Aca demie, au nom de M. Ch. Schœbel, un vo- 
lume intitulé : Démonstration de l'authenticité de la Genèse (Paris, 1877, 
in-8"). 

M. DE Lo>GPKiuER prcscute de la part de l'auteur, M. Philippe Berger, 
une notice intitulée: Tanit Péné-Baal (Paris, 1877, in-8°). 

rfLe jeune et savant orientaliste, dit M. de Longpérier, s'occupe, dans 
ce travail, de la grande divinité protectrice de Carthage dont le nom. 
associé à celui de Baal-Khamon, se lit dans un si grand nombre dins- 
criplions ])héniciennes. M. Berger, après avoir analysé diverses opinions 
i-elalives au sens qu'on peut attribuer au surnom Péné-Baal (la face de 
Baal) donné à la déesse, montre qu'elle doit être assimilée à la Virgo 
cœlestis ou à Artémis; ce qui résulte par exemple de la transcription du 
nom Abd-Tanit (serviteur de Tanil) par Artemidoros. Les écrits de 
M. Philippe Berger se recommandent toujours par une bonne mélliode 
critique et une connaissance pratique des monuments on ne peut plus 
satisfaisante, n 

M. L. Delisi.e fîu't hommage, au nom de M. Sarot, d'un ouvrage qui 
a pour titre : La Terreur dans le département de la Manche (Ooutances, 
1877, in-8"). 

frCe livre se recommande , dit-il, par le soin avec le(juel lesdocmnenls 
ont été recherchés soit dans les archives locales, soit aux Archives natio- 
nales, et par l'cxaclitude avec laquelle ces documents ont été analysés et 
mis en œuvre. » 



SEANCE DU VE.NDllEDl 1 7 AOLT. 

M. Delisli: fait liomniage, au nom de M. Morand, de Boulogne, de 
l'édition ([ue ce dernier vient de publier d'une Vie de saint Berlin , en vers 



— 305 — 

latins, d'après lui iiiaiiusciit de la bibliollièque de Boulogne (Paiis, 
1876, in-/i°). 

ffLVdileur, dit-il, ne s'est pas borné à donner un texte fidèle de ce 
morceau, qui avait échappé aux auteurs de ï Histoire littéraire de la 
France. Il expose les raisons qui peuvent faire supposer que l'auleur de 
ce poërae est Guntbert, moine de saint Bertin, à la fin du i\' siècle. 

rfCe n'est pas la première fois, ajoute M. Delisle, que les manuscrits 
de Boulogne et de Saint-Omer fournissent à M. Moiand la matière d'im- 
portantes additions à nos annales littéraires. n 

M. DE LoNGPÉRiER olfre , de la part de M. Charles Doussault, peintre 
d'histoire, l'un des élèves et le collaborateur des deux Dévéï'ia, une notice 
intitulée: La Vénus de Milo, documents inédits (Paris, 1877, in-8°). 

itU s'agit, dit- il, de renseignements recueillis, en 18/17, ^^ ^^ bouche 
de M. Brest, consul de France à Milo, qui le [)reraier a vu la célèbre 
statue dans le teriain où elle fut découverte. M. Doussault a traduit en 
dessins ces renseignemenis, sous la direction de celui qui les lui four- 
nissait, el il livre ces documents extrêmement intéressants aux archéo- 
logues dont ils fixeront certainement l'attention. « 

M. DE Saulcy présente, au nom de M. II. Lavoix, conservateur adjoint 
du département des médailles de la Bibliothèque nationale, une brochure 
intitulée : Monnaies à légendes arabes frappées en Syrie par les croisés 
(Paris, 1877, iu-8"). 

ff Après avoir, dans une première partie, donné à connaître tout le jeu 
des opérations financières qui permettaient aux croisés de subvenir aux 
dépenses de leurs coûteuses expéditions, M. Lavoix, dit M. de Saulcy, 
décrit un nombre notable de monnaies d'argent frappées à Sainl-Jean- 
d'Acre, et qui, tout en ressemblant par la forme générale aux dirhems 
des princes Eyoubides, [)ortent la lormule : fr Au nom du Père, du Fils et 
du Saint-Esprit ,?) accompagnant une croix parfois accostée d'une petite 
Heur de lis. Ces monnaies portent les dates i-25o à 1954 qui sont les 
années du séjour de saint Louis en Terre sainte; il est donc logique d'at- 
tribuer à un ordre émané de ce prince l'émission de ces rares monnaies 
<]ui ont été frappées par des artistes vénitiens." 

SÉANCE DC VENDREDI 1 k AOLT. 

M. Delisi.e ofl're, au nom de M. C. de Beanrepaire, correspondant d(^ 
l'Académio, les deux premiers xolunios du recueil des Caliicrs des Etals de 
Norniandiv SDits les rèipirs de Louis Mil ci de Louis M\ (^lloum. 1877, 



— 306 — 

in-8"). ffCe recueil , ijiie publie la Société de lliisluire de Noruiundio, esl . 
dit M. Delisle, du plus haut intérêt pour conuailie Tétai pcjlilique, aduii- 
uistralilet économique de la Normandie pendant la première moitié du 
xviii' siècle. — M. de Beaurepaire a retrouvé à peu près sans lacune la 
série complète des cahiers et des réponses faites au nom du roi. Il y a 
joint des documents accessoires tirés pour la plupart des archives de 
la Seine-lnlerieure et de la ville de lloucn. Cette publication lait beau- 
coup d'honneur à notre correspondant et à la Société de 1 histoire 
de Normandie; elle était indispensable pour faire comprendre le ca- 
ractère des réformes poursuivies avec tant d'ardeur par les ministres de 
Louis XIV. n 



SÉANCE DU VENDREDI 3l AOrT. 

M. Derendourg fait hommage, en son nom, dune brochure intitulée: 
Notes cpifrrapliùjucs (extrait du Journal asialiquc, iSG^-iSGy), Paris, 
i877,in-8°). 

M. Gaston Paris offre, au nom des auteurs, les ouvrages suivants: 

i" Lettres royaux et missives inédiles, notamment de Louis XI , Louis Xll, 
François L' , Charles-Quint, etc., par M. Cli. Casati (Paris, 1877, in-S"); 
2° Trois contes populaires recueillis à Lee tour e , par M. J. F. Bladé (Bor- 
deaux, 1877, in-8°). 

M. Garcin de Tassy présente à l'Académie la y" livraison du Nouveau 
dictionnaire hindoustani-anglais de ?>. W. Fallon (juillet, 1877, in-S"). 

SÉANCE DU vendredi 7 SEPTEMBRE. 

Sont ofl'erls à l'Académie: 

El rescate de Cervantes, par Mulcy Rovicdagor >allal (broch in-i-j). 
UpaxTixà TYJs sv kOijvats dp)(^ot.ioXoynirjs éTaipicis (1870- 1877, 
Athènes, iu-8°). 

SÉANCE DU VENDREDI 1 'l SEPTEMBRE. 

Il n'est [)résen(é aucun ouvrage. 



— 30' 



SEANCE DU VENDIîEDI 2 1 SEPTEMBRE. 



Est oiïert à rAcadéniie : 

Archreoloffia: or miscellaneous tracts relating to anliqnity , ouvrage pu- 
blié par la Société des antiquaires de Londres, vol. XLV (Londres, 1877, 
in-/i°). 

SÉANCE DU VENDREDI 28 SEPTEMBRE. 

Sont offerts à l'Académie : 

Supplément au dictionnaire de la langue française , de M. Littré; Ix', 
5" et 6" livraisons. 

Giacomo Leopardi, étude, par Vittorio Salvoni (Reggio-Galabria, 1877, 
in-^i"). 

Comptes rendus de la Commission impériale archéologique de Saint-Pé- 
trrshourg. Années i87-î, 187.3, 1 87/1 , avec atlas (Saint-Pétersbourg, 
1875, 1876, i877,in-/i''). 

Les deux églises. Emplacement et vestiges de la villa de Cassinogilo , pa- 
lais de Charlemagne , aujourd'hui ville de Caudrot , près laRéole (Gironde) , 
par M. Grellet-Balguerre. Album de 16 planches in-f ( Paris , 1862). 

Annales de philosophie chrétienne , jnm-aoïit (1877, in-S"). 

Abhandlungen der historischen Classe, XIIP volume (Munich, 1877, 
m-li"). 

Abhandlungen der philosophisch-philologischen Classe, XIV' vol. (Munich , 

i877,in-4°). 

Bulletin de la Société des anliqtiaires de l'Ouest, q* trimestre 1877 

(in-S"). 

Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie { Xmions , 1876, in-S"). 
Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XXXVIII, année 1877 (Paris, 

in-8"). 

Investigateur ( L' ). journal de la Société des études historiques, mai- 
août 1877 (Paris, in-S"). 

Journal asiatique , avril-juillet 1877 (P^^'is, in-S"). 

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, t. XL, année 1876 
(Paris et Poitiers, in-8'). 

Mémoires de la Société d'agriculture , commerce, sciences rt orl.t du dé- 
partement de la Marne, 1876, 1876 (Chàlons-sur-Marne. 1877. m-H"). 

Monumenta boica, vol. XLIIÏ (Munich. 187^. in-'i"). 



— 308 — 

Nouvelle revue liislniique de droit frniiçai'i et étranger, juillet-août 1877 
(Paris, in-S"). 

Revue archéologique , juin-septembre 1 8 77 ( Paris , in-S"). 

Bévue africaine , mai-jmn 1877 (Alger, in-8"). 

f!evue des queutions historiques, juillet 1877 (Paris , grand in-S"). 

Revue orientale et américaine, publiée par M. Léon de Rosny, avril- 
juin 1877 (Paris, in-8"). 

Revue géographique internationale. Journal mensuel illustre des sciences 
géographiques , n" 2a, î?5 août 1877, '^■' f»""^'^ (in-S"). 

Sitzungsbrriclite der philosophisch-jihilohgi^chen und historischai Classe, 
5' partie (Munich , 1876, in-8"). 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES LETTRES 
PENDANT L'ANNÉE 1877. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES. 
OCTOBRE-NOVEMBRE-DÉCEMBRE. 



PRÉSIDENCE DE M. RAVAISSON. 



SÉANCE DO VENDIiEDI U OCTOBRE. 

Des estampages crinscriplions puniques envoye's par M. Héron 
de Villefosse sont transmis à l'Académie par M. le Ministre de 
l'instruction publique. 

Renvoi à la Commission des inscriptions sémitiques. 

M. E. Desjardins continue la lecture du mémoire de M. Tissot, 
correspondant de TAcadémie, sur la voie romaine de Carthage à 
Tlièvcste. 

M. de Saulgy lit, au nom de M. Revillout, une note sur une dy- 
nastie indigène qui avait régné à Tlièhcs au temps de Plolémée Epi- 
phane, dynastie dont personne n'avait jusqu'à présent soupçonné 
l'existence. 

M. Clermont-Ganneau commence la lecture d'une note qui a 
pour titre : I^e dieu Satrape et les Phéniciens dans le Péloponèse. 



V. a 1 



— 310 



SKANCE DU VENDREDI 1 2 OCTOBRE. 



M. H. W. Henfrey envoie pour le concours de numismatique 
Duclialais, de 1878, un volume intitulé: ISumismala Cromivel- 
liana. Coins , medals and seals of Oliver Cromivell (Londres, 1877, 
m-h"). 

M. Tabbé Vannier adresse, pour le concours des Antiquités na- 
tionales de la même année, une Histoire de ï abbaye royale de 
Montif>ny-les~Vesoul (Vesoul, 1877, brocli. in-8°). 

L'oiclre du jour appelle la nomination de commissions qui de- 
vront présenter des sujets de prix pour les concours de Tannée 
1880. 

Le Secrétaire perpétuel rappelle Tétat de la question : 

L'Académie avait proposé, pour le concours Bordin de 1877, 
le sujet suivant : cf Exposer l'économie politique de l'Egypte depuis 
la conquête de ce pays par les Romains jusqu'à la conquête 
arabe. 7-) Aucun mémoire n'a été déposé. 

L'Académie, consultée, décide que la question sera prorogée 
jusqu'à l'année 1880. 

Trois autres questions ont été retirées des concours, soit du 
prix ordinaire, soit du prix Bordin, et doivent être remplacées; 
en outre, deux questions nouvelles sont à poser pour ces deux 
concours. 

En raison de la nature des questions retirées et de celles qui 
ont été proposées antérieurement, il y aurait lieu à en prendre 
deux dans l'ordre des éludes orientales, deux se rapportant à 
l'antiquité classique, et une au moyen âge. 

Des Commissions sont à nommer alin de présenter trois sujets 
pour chacun des ])rix à décerner. 

L'Académie passe au scrutin pour la nomination des trois 
CiOinmissions. 

Sont nommés : 

Pour les (juestions relatives à TOrient : 

MM. Ad. Begnier, Renan, DelVémcry, Bréal; 



— 311 — 

Pour les questions relatives à l'antiquité: 
MM. Naudet, Egger, L. Renier, Quicherat; 
Pour la question du moyen âge : 
MM. Delisle, Haurdau, Deloche, G. Paris. 
M. Paulin Paris lit un nie'nioirc sur la Chanson crAntioche. 
M. Egger commence une communication sur une inscription 
découverte par M. Garapanos dans ses fouilles à Dodone. 



SKANCE DU VENDREDI I9 OCTOBRE. 

M. le Ministre de Tinstruclion publique adresse à TAcade'mie, 
au nom de M. Gherbonneau, membre non résident des travaux 
historiques à Alger: 

t" Un estampage de Tinscription commémorative de Masuna, 
gravée en 5ii , sous Trasamond, roi des Vandales; 

2° La notice de ce document lapidaire; 

3° Une carte explicative. 

M. le Ministre des affaires étrangères adresse à la Compagnie 
Textrait d'une lettre de M. Garnier, consul de France à Bangkok, 
sur une coutume chinoise à laquelle il avait été fait allusion dans 
la séance de l'Académie des inscriptions du 1 1 mai dernier ^ 

Le Secrétaire perpétuel fait connaître qu'il a demandé à 
M. le Directeur de l'administration des monnaies et médailles 
de vouloir bien mettre à la disposition de l'Académie un exem- 
plaire des médailles pour lesquelles le concours de sa commission 
spéciale a été réclamé. M. le Directeur s'est empressé de donner 
autant que possible satisfaction à cette demande, promettant de 
le faire désormais, sauf l'autorisation des administrations aux- 
quelles les coins appartiennent, et il a, de plus, offert à l'Acadé- 
mie deux médailles frappées en mémoire de son institution, en 
iG63. 

Ces deux médailles sont placées sous les yeux des membres de 
l'Académie. 

' Voir aux Comm^mcations, n" I. 



— 312 — 

L'Aradi'mio se (orme en comllé secrcl pour ciilendre les lap- 
|>orts des Commissions suiles questions à proj)Oser comme sujets 
de prix. 

La séance redevient publique. 

On procède au scrulin pour le choix des questions proposées 
par les Commissions chargées de présenter des sujets pour les 
concours au prix ordinaire et au prix Bordin. 

L'Académie choisit, dans l'ordre des études nriontalos : 

i" Pour le prix ordinaire : 

tf Classer et idcnlifuîr, autant qu'il est possible, les noms géo- 
grapliiquc'S de l'occident de l'Europe qu'on trouve dans les 
ouvrages rabbiniques de[)uis le x" siècle jusipi'à la (in (bi xv". 
Dresser une carte de l'Europe occidentale où tous ces noms soient 
placés, avec des signes de doute s'il y a lion. 

-2° Pour le prix Bordin, en remplacement de YHistnire des 
Ismaéliens, sujet retiré du concours : 

rt Examiner les explications données jusqu'ici de l'origine et du 
développement du système des castes dans l'Inde. Ces explica- 
tions ne i'ont-elies pas la place trop grande à la théorie brahma- 
!iique des quatre castes, et cette théorie peut-elle être admisecomme 
l'expression d'un ordre de faits historiques? Grouper les témoi- 
j'uages qui permellent de se représenter ce qu'a |)u être en réalité 
la caste à dillérenles époques du |)assé de l'Inde. i^ 

Dans l'ordre des éludes classiques : 

i" Pour le prix ordinaire, en remplacement de Y Histoire de la 
piraterie dans les pays méditerranéens , sujet retiré du concours : 

'f Étude historique sur les impôts indirects chez les Romains 
jusqu'aux invasions des Barbares, d'après les documents littéraires 
et épigraphiques.^ 

9." Pour le prix Bordin : 

rrEtudesur la vie et lesécriis d'Eustathe (xii* siècle), archevêque 
de Thessalonique. Rechercher ])arliculièrement ce (jue ces divers 
écrits nous apprennent sur Télat des lettres dans les écoles grec- 
(luosde l'Orient, et sur ce (pii s"('lail conserve' alors des richesses 
(le la lilli'i'ature classicjue.'^ 

Dans l'ordre des études du inni/en àffe, pour le prix Bordin, 



— 313 — 

en reiiiplaceineiiL de la (juestion relative à la \aleur des textes ha- 
giographiques qui se rapportent à l'histoire de la Gaule sous Clovis t% 
question retirée du concours : 

K Etude historique et; critique sur la vie et les œuvres de Chris- 
tine de Pisan.77 

Ces prix seront décerne's, s'il y a lieu, en 1880; les mémoires 
deviont être remis au secrétariat de rinstitul le 3i décembre 
1879, terme de ligueur. 

M. Egger continue et achève sa communication relative à ïins- 
cription découverte à Dodone, par M. Carapanos. 

M. Corroyer adresse h l'Académie, pour le concours des Anti- 
quités nationales de 1878, la description de F abbaye du Mont- 
Saint-Michel et de ses abords (Paris, 1877, in-8"). 



SÉANCE DU VENDREDI 26 OCTOBRE. 

M. Emile Rivière éci'il à l'Académie pour lui demander l'auto- 
risation de lui présenter les résultats de la mission dont il avait 
été chargé au mois de juin dernier par M. le Ministre de l'ins- 
truction publique, mission qui avait pour objet d'aller étudier en 
Italie et estamper les signes hiéroglyphiques gravés sur les roches 
que l'on trouve dans le Val d'Enfer, entre le Mont Bego et la 
Cime du Diable. 

Dans le cours de la séance, M. Emile Rivière fait connaître 
les résultats de sa mission à l'Académie. 

M. Janvier adresse à l'Académie, pour le concours des Anti- 
quités de 1878, un ouvrage intitulé: Doves et ses seigneurs. 
Etude historique sur la commune de Boves (Amiens, 1877, in-S"). 

M. DE Wailly communique une notice sur les actes en langue 
vulgaire du treizième siècle , contenus dans la collection de Lorraine 
à la Bibliothèque nationale. 

M. Menant fait une communication lelative à (rois cylindres as- 
syriens portant des inscriptions cunéiformes ' . 

' \oir ;mx Oimmi .mcatio.n's, 11 II. 



— -Mil — 

M. Clennoiil-Gaiiiieau conlinue la lecture d'une noie qui a 
pour lilre : Le dieu Satrape et les Phéniciens dans le Péloponèse. 
L'Acade'mie se l'orme en comité secret. 



SEANCE DU VENDUKDI 2 NOVEMBRi:. 

L'Académie décide qu'elle tiendra sa séance publique annuelle 
le vendredi 7 décembre. 

M. Edm. Le Blant donne l'explication d'une Epitap/ie carlovin- 
gicnne du cloître de Saint-Sauveur à Aix^ . 

1\L Clermont-Ganneau continue la lecture de sa note intitulée : 
Le dieu Satrape et les Phéniciens dans le Péloponèse. 

M. Desjardins continue la lecture du mémoire de M. Tissot, 
correspondant de l'Académie, sur la voie romaine de Cartilage à 
Théveste. 

M. Derenbourg donne connnunication d'une lettre de M. Ernest 
David sur un article publié par M. de Longpérier dans la Revue 
numismatique , et relatif à un médaillon de bronze acheté à Florence 
en i838 par M. Ch. Lenormant. M. de Lonfjpérier ne disposait 
pas alors des documents qui ont été trouvés depuis. Il a eu con- 
naissance de la lettre de M. E. David, et elle lui a paru assez in- 
téressante pour être communiquée à 1" Académie. 

M. Lagneau lit une note sur Yusage des armes empoisonnées chez 
les plus anciens peuples de l'Europe^. 



SEANCE DU vendredi 9 NOVEMBRE. 

M. Cherbonneau écrit à l'Académie pour rectifier le texte d'une 
inscription latine de lladjar-er-Roum sur laquelle il a adressé 
une notice à la Compagnie. 

M. Delisle communique une note sur un manuscrit des Grandes 
(chroniques de Saint-Denis conservé au Brilish Muséum. 

' Voir aux Commimcatiohs, n" lit. 

' \ Oir nux CoMMlMGATlONS, n" IV. 



— 315 — 

M. Cleriiioiil-Gaiiiieau fait une comiuuiiicalion sur les Irares 
de Tinjluence phénicienne dans le Péloponèse. 

M. E. Desjardins achève la leclure du mémoire de M. Tissot, 
correspondant de l'Académie, sur In voie romaine de Carthairc à 
Théveste, 



SÉANCE DU VENDREDI l6 NOVEMBRE. 

M. le Minisire de l'instruction publique ayant écrit au Secré- 
taire perpétuel pour Finviter à faire prendre à son Ministère une 
caisse quil a reçue par l'inlenuédiaire du Ministre des affaires 
étrangères et qui contient divers manuscrits sanscrits offerts par 
le Raya Ilajendralala Milra Balladur, ces manuscrits ont été re- 
tirés par les soins du secrétariat. 

M. DE Wailly demande s'il ne vaudrait pas mieux que ces 
manuscrits fussent déposés à la Bibliothèque nationale, et il 
propose qu'une commission soit nommée pour donner son avis à 
ce sujet. 

Le Secrétaire perpétuel dit que l'Académie a déjà pris une 
résolution analogue relativement à des manuscrits envoyés du 
Cambodge. 

M. Renan fait observer que la Société asiatique a pris autrefois 
ce même parti à l'égard de manuscrits qui lui étaient envoyés, 
mais qu'elle l'a regretté depuis, et que maintenant elle garde tout 
ce qui lui est adressé en ce genre. 

M. le Président dit que la question n'intéresse pas seulement 
les orientalistes, et, sur sa proposition l'Académie en renvoie 
l'examen à la Commission des travaux littéraires. 

M. L. de Backer adresse, pour le concours des Antiquités na- 
tionales do 1878, un ouvrage intitulé : Guillaume de Rubrouclc, 
ambassadeur de saint Louis en Orient. Récit de son voyage, traduit de 
l'original latin (Paris, 1877, iu-19). 

M. DE LoNGPÉRiER douiu' Iccture à l'Académie ilu ra[)p()rl sui- 
vant de la Commission de numismatique sui' le concours de 
l'année 1 877 : 

ffLa Commission, après un examen a|»profon(li des travaux 



— 31G — 

susceplibles de disputer le prix, recouiiail que le mémoire de 
M. Lcnovmmû {!\Ionn(iles royales de la Lydie, iii-8°) contient une 
classiUcalion Irès-iuléressante des monnaies attribuées à (^résus 
et à ses prédécesseurs, des aperçus curieux sur la mytliolojjie ; 
que M. Barclay Vincent Ilead {Meiroloffical notes on ihe aticient elec- 
triim coins slnich hetwcen ihe Lelantian wars and ihe accession of 
ùjrus, in-S"), appliquant les données de feu Brandis, a présenté 
un bon tableau métroiojjique des monnaies d'or de l'Asie Mineure ; 
que M. Bompois [Examen chronologique des monnaies frappées par 
la communaiilé des Macédoniens avant , pendant et après la conquête 
romaine) a lait de loual)les efforts pour établir une classilicalion 
relative des monnaies de la Macédoine pendant les deux siècles 
qui ont précédé l'ère chrétienne. 

rt Toutefois, considérant les dimensions restreintes des deux 
premiers mémoires, et regrettant que M. Bompois n'ait pas uti- 
lisé le renseignement chronologique résultant de la composition 
du trésor dont avait fait partie la monnaie qui constitue le [)oinl 
de départ de son système, la Commission n'a pas pensé qu'il y 
eût lieu de décerner un prix. Elle croit devoir cependant donner 
des éloges au soin avec lequel ont été composées et exécutées les 
planches qui accompagnent les mémoires de M. Bompois et de 
M. Head. v 

L'Académi(! donne acte à la Commission des conclusions de 
son lapport. 

M. Gaston Paris commence la lecture d'une note sur la date 
dune chanson de geste relative au pèlerinage de Charkmagne en 
Orient. 

M. Clermont-Ganneau continue sa communication sur les 
traces de iinjUience phénicienne dans le Péloponese. 



SKANCE DU VEINDREDI 9 3 NOVEMBRE. 

M. Garcin de ïassy demande la |)arole au sujet du procès- 
verbal. Il fait observer que c'est par suite d'un malentendu que 
M. le Ministre des affaires étrangères h envoyé directement à 
l'Académie les (jualre vingt- treize manuscrits sanscrits du Baya 



— 317 — 

Rajendralala Mitra Balladur. Ce savant Hindou lui avait annoncé 
dès le 3o mai dernier l'envoi de ces manuscrits par l'entremise du 
Ministère des affiiires étrangères, en le chargeant de les offrir de 
sa part à l'Académie pour sa bibliothèque, en témoignage de re- 
connaissance pour les services importants que plusieurs de ses 
membres ont rendus à l'Inde, son pays natal, en portant la lumière 
sur plusieurs points obscurs de son histoire ancienne. L'Académie 
a déjà reçu par l'entremise du même académicien plusieurs écrits 
de l'auteur, un des plus éminents Hindous existants, entre autres 
son magnifique ouvrage sur les antiquités d'Orissa. 

Au surplus, M. Adolphe Régnier a examiné les manuscrits dont 
il s'agit aujourd'hui, et il s'est assuré que leurs titres sont conformes 
à la liste qui accompagnait la lettre d'envoi à M. Garcin de 
Tassy. 

M. le Ministre des travaux publics écrit à l'Académie pour la 
prier de vouloir bien lédiger une inscription pour une médaille 
que son administration se dispose à faire frapper en souvenir 
des services rendus par la France à l'éclairage et au balisage ma- 
ritimes. La lettre de M. le Ministre des travaux publics est accom- 
pagnée d'une photographie qui reproduit le dessin adopté pour 
la face principale de cette médaille, et qui représente la figure 
symbolique de la France, debout sur le littoral, calme au milieu 
des rafales, élevant d'une main un fanal, tenant de l'autre la 
trompette qui supplée les feux pendant les temps de brume. Des 
étoiles, répandues sur le fond, annoncent que la scène se passe 
pendant la nuit. 

Uenvoi à la Commission des inscriptions et médailles. 

Sont adressés au concours des Antiquités nationales de 1878 : 

i" Desiruciion de l'ordre et de V abbaye de Grundmonl, par 
M. L. Guibert (Paris-Limoges, 1877, 1 vol. in-8°); 

9" Le château de Jloquemaiire, poëme historique en vingt chants, 
par M. Placide Cappeau (Roquemaure, 1876, 9 vol. in-19). 

L'ordre du jour appelle la désignation fl'un lecteur pour la 
séance publique annuelle que doit tenir l'Académie le 7 décembre 
prochain. 

L'Académie désigne M. Gaston Paris pour lire une élude inti- 



— 318 — 

tulée : La chanson du pèlerinage de Ckarleniagne . dont il donne 
coninuinication séance lenaiile. 

Celte leclure j)rovoque quelques observations : 

i" De M. Perrot, sur l'une des villes anciennes qui portaienl 
le nom de Laodicée, la Laodicée du royaume de Pont, au- 
jourd'hui Ladik; 

2" De M. de Saulcy, sur TAbyla de Lysanias. 

M. Renan dépose sur le bureau, de la |»art de M. le docteur 
Keboux,les estampages d'inscriptions berbères du nord de rAfri(jue. 

L'Académie se forme en comité secret. 



SEANCE DU VENDREDI ÔO NOVEMBRE. 

Sont envoyés : 

i" Pour le concours des Antiquités nationales de 1878 : 

La butte des Moulins, avec documents archcologiques et adminis- 
tratifs inédits, par M. le docteur Moura (Paris, 1877, in-f"). 

Observations sur quelques dates du Cartulaire des sires de liays, 
par M. Blanchard (Nantes, 1877, broch. in-S"). 

9° Pour le concours Stanislas Julien : 

La Chine et les conditions sanitaires des ports ouverts au commerce 
étranger. — La lèpre en Chine, note pour servir à l histoire de la 
lèpre. La vie irrégulière et la condition des femmes en Chine, par 
M. le docteur Durand-Fardel (Paris, 187O, 1877 , broch. in-8"). 

M. Delociik continue la leclure de son mémoire sur les inva- 
sions gauloises en Italie. 

Ij'Académie se forme eu comité secret pour entendre la lecture 
du rappori de M. Perrol, au nom de la Commission des Kcolcs 
d'Athènes el de Borne, sur les li-avau.v des mendires de ces deux 
Kcoles'. 



Voir I'Apitmiick d" 111. 



— 319 — 

SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE DU VENDREDI "] DECEMBRE. 

ORDRE DES LECTURES. 

1° Discours de M. le Président annonçant les prix décernés en 
1877 et les sujets de prix proposés ^ 

2" Notice liistoric[ue sur la vie et les travaux de M. le vicomte 
Emmanuel de Rougé, membre de l'Académie, par M. H. Wallon, 
Secrétaire perpétuel. 

3" La chanson du pèlerinage de Charlemagne, par M. Gaston 
Paris, membre de l'Académie. 



SÉANCE DU vendredi iU DECEMBRE. 

L'Académie royale des sciences de Lisbonne informe, par 
lettre, l'Académie de la mort de M. Herculano de Carvalho, 
décédé le i3 septembre 1877. 

M. le baron Larrey, de l'Académie des sciences, transmet, de 
la part du docteur Feurrier, les empreintes de trois inscriptions 
romaines trouvées à Doukla. M. L. Re.mer veut bien se charger 
d'examiner ces inscriptions. 

M. von Falkenhausen, par lettre datée de Breslau le 3o no- 
vembre, annonce à l'Académie qu'il a acheté à Strasbourg et à 
Nancy trois vases chinois dont il envoie la photographie. 

La Société de géographie fait connaître par une lettre qu'elle 
tiendra sa seconde assemblée générale de l'année 1877 le mer- 
credi 19 décembre. 

Sont adressés : 

1° Pour le concours des Antiquités nationales de 1878 : 

Le Béarn. Histoire et promenades archéologiques , par M. Le Cœur 
(Pau, 1877, in- 8" avec planches); 

histoire des guerres civiles et religieuses dans l'Albigeois et le pays 
Castrais pendant les xvi' et xvii" siècles, par M. A. Caraven Cachin 
(manuscrit) ; 

Un réformateur catholique h la fm du at' sicrle, Jean Geiler de 

' Voir l'ApptNDiCE 11" 1. 



— 320 — 

Kai/sersherg , prédicateur à In cathédrale de Slrashuarij , i/fj8-t5io. 
Etude sur sa vie et son temps, par M. I abbé Dacbeiix (Paiis- Stras- 
bourg, 187G , in-8'). 

9 " Pour le concours la Fons-Mélicocq : 

Souvenirs de la vieille France. Les Sociétés de tir avant ijSq, par 
M. Janvier. 

M. GefTroy, directeur de l'Ecole de Rome, envoie à rAcadéinie 
la série complète des Comptes rendus des touilles laites sur les 
différents [)oints du territoire italien depuis 187G. 

L'Académie ayant perdu, dans le courant de l'année 1877, 
deuv correspondants étran^rers, M!M. Herculano de Garvalho , îi 
Lisbonne, et M. le comte (t. Conestabile, à Pérouse, il est pro- 
cédé, par voie de scrutin, à la nomination d'une Commission qui 
sera cliargée de présentei' trois candidats pour cliacune des places 
vacantes. 

Sont nommés : MM. Kgger, de Longpérier, Pienan, L. Renier. 

M. Ed. Lk Blant communique des observations sur un sarco- 
phage chrétien d'/[rles. Ce monument a été étudié et décrit par le 
P. Cabier dans ses Nouveaux mélanges d'archéologie {Décovahons 
d'^iglisos, p. 80). 

M. le baron de Witte met sous les yeux des membres de 
TAcadémie le dessin d'un bas-reliel' du Vatican, dont il donnera 
l'explication dans un travail qu'il prépare sur les anciennes repré- 
sentations d'apothéoses. 

M. le Président remarque que les deux monuments présentés 
par JMM. Le Blant et de Witte l'ournissent de nouveaux arguments 
à i'a[)pui de la llièse ([u'il a soutenue sur la signification des 
scènes de réunion indûment prises pour des scènes de séparation. 

M. Bréal commence la lecture d'une notice sur trois inscrip- 
lions du dialecl(! vali(pic, n'cemment publiées par M. Dressel , 
mais insullisamment expliquées. 

L'Académie se l'ormi' en comité secret. 



SEANCE nr VENDREDI '1 1 DECEMBRE. 

L'Académie se fonne en comité secret j)our recevoir conimuni 



— 321 — 

cation du rapport de la (lommission chargée de dresser deux 
listes de candidats aux deux places de correspondants étrangers 
vacantes par suite du décès de MM. G. Conestabile et Herculano 
de Carvalho. 

La séance redevient publique. 

Sont adressés à TAcadémie : 

1° Pour le concours des Antiquités nationales de 1878 : 

Monographie de la cathédrale de Quimper (mij'-xv^ siècle), par 
M. LeMen (Quimper, 1877, in-8°). 

9° Pour le prix Fould : 

Dictionnaire des tenues employés dam la constrmtion et concernant : 
la connaissance et l'emploi des matériaux; l outillage qui sert à leur 
mise en œuvre, etc., par M. Pierre Chabat (Paris, 1870, 1876, 
1877, ^ vol. in-S" avec atlas); 

Histoire critique des origines et de la formation des ordres grecs, par 
M. Ch. Chipiez (Paris, 1876, grand in-S"). 

M. le Président donne lecture d'une note de M. Ferdinand 
Delaunay, relative aux observations présentées dans la séance 
précédente par M. Edm. Le Blant, sur un sarcophage chrétien 
d'Arles. 

M. Michel Bréal fait une communication relative à une troisième 
inscription pélignienne trouvée dans les fouilles entreprises par le 
gouvernement italien, non loin de la ville de Sulmone, inscrip- 
tion composée de sept lignes, dont la première est eflacée et dont 
les yix autres sont brisées par le milieu. Ce qui reste suffit cepen- 
dant, dit M. Bréal, pour montrer quel en était le contenu : c'est 
le règlement d'un temple de Proserpine. 

A l'occasion d'une explication sur le mot stabulum qui veut 
dire le lieu où l'on se tient, et pourrait s'entendre d'une stalle, 
M. Quiclierat dit que ce mot a la première syllabe brève, ce qui 
pourrait faire croire qu'au lieu de le prendre au passif, on devrait 
le prendre à l'actif, en y voyant non pas le lieu oii Ton est, mais 
celui où l'on a placé (piehjue chose. 

M. Renais ajoute ([ue, dans les habitudes italiennes, la première 
stalle est plus ornée que les autres. 

M. Gaston Paiiis donne lecture d'une note par la([uelh' il fail 



;i22 

connaître que M. Céleslin Poil a copié à Anjjers quelques feuillels 
de parclieiuin, insérés dans une reliure du xv* siècle, écrits au 
connnencenient du \uf et contenant un fra^rment du livre T' de 
VHisloria Daciœ de Saxo granimaticus. Ce iraginentcst intéressant, 
parce qu'on n'a pas un seul manuscrit complet de Saxo, et 
qu'aucun des autres fragments connus n'est do beaucoup aussi 
ancien, 

SÉANCE DU VENDREDI ^8 DÉCEMBKE. 

M. le Président, en déposant sur le bureau le discours qu'il a 
prononcé aux funérailles de M. Boutaric, se fait l'interprète des 
sentiments douloureux avec lesquels l'Académie a appris la mort 
de ce regretté confrère. 

Sont adressés à l'Académie : 

i" Pour le concours des Antiquités nationales de 1878 : 
hiventaire des archives municipales de ChùteUerault , antérieures à 
ijgo, par M. V. de Sainl-Genis (Châtellerault, 1877, in-/i°); 

Les cours roijales des îles normandes. Série chronologique des gar- 
diens et seigneurs des îles normandes [iig8-ià6i) ,\)a^v 'SI. Julien 
Havet (Paris, 1876, in-8"); 

Les origines linguisticiues de f Aquitaine, par M. Lucbaire (Pau, 
1877, in-8"). 

2° Pour le concours Bord in {Etude historique snr les Grandes 
Chroniques de France) , un mémoire. 

L'Académie se forme en comité secret pour l'examen des tilres 
des candidats aux deux places vacantes de correspondanlsélrangers. 
La séance redevient publique. 
Sont élus : 

1" Pour la place do correspondant laissée vacante par AI. Car- 
valho,M.\Vhilney; 

a" Pour la place de correspondant laissée vacante par M. G. 
Conestabile, M. Ascoli. 

L'ordre du jour appelle la nomination de la Commission du 
prix Goborl. Sont élus, à la majorité relative des suffrages, 
MM. L. Delisle, llauréau, Desnoyers el Ch. Boberl. 



— 323 — 

L'Acadéniio désigne, pour la représenler à la séance ti'iniestrieiie 
des cinq Académies, M. Edm. Le Blant qui lira ses observations 
SU)' un sarcophage chrétien d'Arles. 

M. le Président fait connaître à TAcadémie que de nouvelles 
salles d'antiquités viennent d'être ouvertes au Louvre. Grâce à ces 
nouvelles dispositions, dit-ii, les monuments de l'Assyrie, de la 
Phénicie, de Chypre et de l'Asie Mineure sont répartis en groupes 
naturels. Il faut signaler, dans la salle de Phénicie et de Chypre, 
l'énorme vased'Anialhonle; les objets rapportés par M. Renan de 
sa mission en Syrie; la pierre à libation du ^erapewm, don fait par 
M. Mariette. 

Dans les salles consacrées aux antiquités de l'Asie Mineure, on 
remarque deux groupes importants : le premier, le groupe milé- 
sien provenant de la mission de MM. Olivier Rayet et Thomas, et 
qui se compose d'inscri[)tions, de bases de colonnes, de chapi- 
leaux, etc., fournis par le temple d'Apollon Didyméen et les ruines 
d'Héraclée de Lalmos. Le second groupe , disposé dans la salle dite 
de Magnésie, renferme des bas-reliefs du temple de Diane Leu- 
cophryne,des inscriptions grecques de Caryanda, d'Olymos, etc., 
ainsi que des bas-reliefs de Cyzique représentant des repas funè- 
bres. 

M. Clii[)iez donne lecture d'un njémoire sur certaines dispo- 
sitions architecturales des temples grecs. 



— 32/i — 



COMMUNICATIONS. 



N-I. 

EXTIÎAIT D'UNE LETTRE ADRESSÉE, LE 1 3 AOUT 1877, PAR M. GARNIER , 
CONSUL DE FRANCE À BANGKOK, À M. LE MINISTRE DES AFFAIRES 
ÉTRANGÈRES. 

On appelle vulgairement papier de sacrifice [Joss paper) des 
feuilles de papier que les Chinois brûlent en grande quantité 
dans leurs cérémonies religieuses; elles sont en partie recou- 
vertes de minces feuilles d'étain auxquelles on donne par une 
simple préparation l'apparence de feuilles d'argent et d'or, en 
leur en attribuant fictivement la valeur. 

Il y en a de deux espèces : 

Les unes sont grandes et généralement ornées de carac- 
tères et de fleurs; on les offre en sacrifice à la divinité, aux 
génies du ciel et de la terre; quand on les brûle, on a soin 
d'en réservei^deux fouilles qui doivent être attachées aux murs 
de la maison, de chaque côté de la porte, à droite et à gauche; 
cette dernière observance est particulièrement en usage pour 
les salles de représentations théâtrales, qui se trouvent ainsi 
placées, d'une manière spéciale, sous la protection des puis- 
sances surnaturelles. 

Ces sacrifices aux génies ont lieu deux fois par mois, à la 
pleine et à la nouvelle lune, et avec une plus grande solen- 
nité à l'époque des fêtes. 

Les feuilles de la seconde espèce sont beaucoup plus pctiles 
et moins ornées; elles varient de grandeur et de prix: on les 
oiïre en sacrifices aux mânes des ancêtres. Le fondement de 



— 325 ~ 

celle pratique est, la croyance, enracinée parmi les Chinois, à 
un monde surnaturel, reproduisant sous des formes invisibles 
le monde matériel et visible. Non-seulement les êtres animés, 
mais aussi les êtres inanimés s'y retrouvent, après la destruc- 
tion de leurs éléments corporels, avec les mêmes propriétés et 
dans les mêmes relations rpie sur la terre. Les ombres des 
morts ne sont point affranchies des passions, des exigences 
nue la nature nous impose : elles ont faim et soif, elles ont 
besoin d'argent, elles ont des sentiments de vanité et de colère; 
mais des ombres de choses suffisent à satisfaire leurs désirs. 

En conséquence, au premier jour de l'année chinoise, aux 
solstices d'été et d'hiver, aux anniversaires du décès des j)a- 
rents le chef de la famille dresse devant sa maison une table 
rouverte de mets (parmi lesquels doivent figurer de la chair 
de canard, de porc, et des crabes), de gâteaux, de fruits, de 
fleurs et de rafraîchissements (eau, thé, eau-de-vie); il allume 
des cierges, des bâtons parfumés et brûle des paquets de ce 
papier, dit d'or et d'argent, plus ou moins, suivant sa géné- 
rosité et sa fortune. Les ombres viennent, prennent place au 
festin et se nourrissent de la partie la plus subtile, le parfum 
et la saveur, des aliments qu'on leur a servis; elles ramassent 
le papier-monnaie qu'on brûle à leur intention et poursuivent 
les feuilles qu'on a soin d'éparpiller au vent. Mais, de peur 
qu'elles ne savourent trop longtemps le plaisir de ces agapes 
d'outre-tombe et ne s'attardent à la poursuite du papier, on 
allume des poignées de pétards : effrayées par le bruit et satis- 
faites des honneurs (pi'on leur a rendus, les ombres se retirent 
et délivrent leurs hôtes d'une présence qui n'est probablement 
[)as sans importunilé. 

Ceux qui négligent les devoirs que leur imposent la coutume 
et la piété filiale sont, dit-on, harcelés par les plaintes de ces 
ombres, qui viennent réclamer de leurs enfants ingrats les 
soins dont elles ont été privées. 

V. 9 3 



— 320 — 

DIFFÉRENTES QUAUTÉS F,T A ALEUKS liU l'Al'IER À SACRIFICE. 

Lotigneiir. I-iJigeur. \ii|piir. 

Papier pniir sacrifice au ciol o"',5i) o"\37 i feuille o',o5 

Papier pour ollrande à la (livinilë. . o 55 o 87 5 feuilles o 10 

Idem o 35 o 3o 5 feuilles o o5 

Papier pour offrande aux morts. . . 18 12 le? feuilles o o5 

Idem. o 1 3 o 1 1 5o feuilles o o5 

Les feuilles de cette dernière (jualité ne sont ornt^es que 
d'un très-petit morceau de feuille d'rtain, mais on a soin de 
cacher le paquet qu'on allume sous une feuille entièrement 
recouverte de métal, petite supercherie qui, parait-il, ne tire 
pas à consé<juence avec les morts. 

Les deux qualités de papier qu'on brûle en l'honneur des 
ancêtres sont celles dont on fait la plus grande consonnnation ; 
un père de famille, de condition moyenne, est obligé, à Siam, 
d'en briller, tant de l'une que de l'autre espèce, au moins 
pour une piastre (5 francs) par an; on dit cju'en Chine la dé- 
pense est beaucoup plus considérable. 

J'ai cru, Monsieur le Ministre , devoir entrer dans ces détails 
au sujet de ces papiers à sacrifice, parce que, dans la séance 
u 1 1 mai dernier de l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, il a été parlé, à propos de la doctrine religieuse des 
Chinois, de l'usage oii est ce peuple de brûler pendant ses cé- 
rémonies, à titre de sacrifice, outre des cierges, desbillets.de 
banque qui, évidemment, ne sont autres que le fictif papier- 
monnaie décrit plus haut. J'en joins, d'ailleurs, (pielques 
feuilles à ce rapport comme échantillon. 

Garnieh. 



Il 



— 327 — 

^" II. 

NOTICE SUR QUELQUES CYLINDRES ORIENTAUX. 

Les cylindres orientaux en pierre dure ont fixé depuis long- 
temps mon attention d'une manière toute spéciale. J'ai tou- 
jours pensé qu'ils devaient occuper une grande place dans 
l'élude des documents rpii nous proviennent de l'Assyrie et de 
la Clialdée. 

On sait aujourd'hui que ces petits monuments, gravés 
souvent avec beaucoup de soin, sont de véritables cachets. Ils 
appartiennent à toutes les époques et à toutes les nations qui 
ont occupé jadis l'Asie occidentale. Quelcjues-uns paraissent 
«intérieurs au xx'' siècle avant notre ère; les plus récents ap- 
partiennent à la domination assyro -perse et sont même pos- 
lérieurs. 

Je compte pouvoir arriver bientôt à établir un certain ordre 
dans l'histoire de ces documents. En me livrant aux recherches 
minutieuses que cette étude présente, j'ai rencontré, dans les 
différents musées que j'ai visités, Cjuelques cylindres et quel- 
ques pierres gravées qui m'ont ])aru avoir un intérêt excep- 
tionnel; aussi, je suis heureux de pouvoir les signaler dès h 
présent à l'examen de ceux que ces études pourraient inté- 
resser. 

ï 

Le premier objet que je me propose de soumettre à votre 
attention n'est pas, il est vrai, un cylindre; mais il se rat- 
tache à ces monuments d'une manière très-directe. C'est une 
pierre gravée, une agate en forme d'olive, percée dans sa lon- 
gueur, et qui porte, gravée dans le sens direct de l'écriture en 
suivant le grand axe de l'olive, une inscription en cinq lignes de 
caractères archaïques du style de Babylonc. Ce pelit monu- 



2 2 , 



— 3-28 — 

ment était resté ignoré au milieu de la l)eIlo collection de cy- 
lindres orientaux du musée de la Haye, où j'ai eu occasion 
de l'examiner dernièrement et d'en faire faire un moulage dé- 
veloppé sur lequel on a pris la photographie que j'ai l'hon- 
neur de vous soumettre '. 

L'inscription est d'une grande netteté, et d'une exécution 
qui ne laisserait aucun doute sur la lecture des caractères, si 
les inscriptions de ce genre ne présentaient des formes propres 
aux lapicides et qui s'écartent souvent de celles qu'on ren- 
contre dans les inscriptions ordinaires. D'un autre côté, la 
quatrième ligne se trouvant sur la partie étroite de l'olive pré- 
sente ainsi une difficulté de plus à l'observation. C'est ce qui 
explique l'embarras que nous éprouvons pour arriver à la lec- 
ture du premier signe de cette ligne. Quoi qu'il en soit, l'ins- 
cription se lit ainsi : 






Et 



r^ 



Ti 



-<>'- :ët> 




4> 



i^c^ -^Nr- },fm'^ ^m 



m- 



\> 



h a-minn-a 
pa-te-si 
Zir-gur-la (ki) 
nir [an] Dun-gi 
dam-ni 



Les trois premières lignes ne présentent aucune difficulté; 
elles nous donnent le noni d'un des anciens rois de la basse 

' Les pilolograpliies sont dues à roblifjeance de M. A. Marguery, qui a trè»-ha- 
l)ilonienl repris sur des plàlres, et même sur des empreintes à In liimée, le cliché 
qui a servi à reproduire la planche ri-joinle. 



— 329 — 

(Àidldée^Kamuma, avec son litre ordinaire : Pntcsi de Zir^urla. 
On conij)ren(l immédiatement que cette inscription est du plus 
haut intérêt. D'abord, parce que les documents de Kamunia 
sont rares : on en compte jusqu'ici trois ou quatre au plus 
qui proviennent de Zerglioul etde Warka; ensuite, parce que 
notre document donne un nouveau détail sur la personne de 
ce souverain. Son nom se rencontre toujours sous une forme 
idéographique qui ne nous permet encore de le désigner que 
d'une façon conventionnelle, mais il n'y a aucun doute sur 
son identité. Le litre Patesi est celui (|ui était porté par tous 
les petits souverains de la basse Chaldée qui gouvernaient 
alors les villes du bas Euphrate, avant que l'une d'elles eut ac- 
quis une prépondérance assurée sur ses rivales. On sait (|uc 
Zirgurla, qu'il est permis d'identifier avec la moderne Zer- 
^houl, est située dans la basse Chaldée, à l'est du lleuve Hye 
»pii traverse la Mésopotamie. 

Si le nom et les litres de ce prince étaient suffisamment 
établis jusqu'ici, il restait encore cependant à fixer la place 
(pi'il devait occuper, même dans une chronologie relative. Le 
document de la Haye va peut-être éclaircir la question. D'a- 
bord il associe le nom de Kamuma à celui de Dungi, et de plus 
il laisse entrevoir une certaine relation qui unit ces deux noms. 
Dungi est un personnage bien connu : il était roi de Ur, 
et lils d'Urkham, roi de Ur, le plus ancien souverain de ces 
contrées dont le nom soit parvenu jusqu'à nous; il régnait 
à Ur, à une époque voisine de celle où vivait le patriarche 
Abraham. 

Le signe qui précède le nom de Dungi nous avait d'abord 
paru indiquer la filiation pure et simple^ZI, et celle indica- 
tion nous aurait donné directement une succession de trois 
princes, en ratta'^hant Kamuma à la dynastie d'Urkham. Mais 
la lorme qu'on voit sur le momiment ne parait [tas se prêter 
à cette inter[)rélatinn . ol laisse plutôt soupçonner l'indice du 



— 330 — 

sifjiie (jui précède ordinairement les noms de femmes [^. In- 
dication inadmissible, car il est bien établi, par tous les do- 
cuments dont nous disposons aujourd'hui, que Dun^ji est un 
roi. Le docuînent n'en reste pas moins avec une valeur histo- 
rique incontestable, puisqu'il rattache évidemment Kamunia 
d'une manière quelcon(|ue à Dungi. Le reste de rinscrij)tioji 
ne présente pas de dilliculté; elle peut donc se traduire ainsi : 
fc Kamunia, seigneur de Zerghoul, lieutenant • de Dungi. à sa 
souveraine. » 

Quant au monument en lui-même, c'est évidemni(!nt le 
milieu d'un collier complété par des pierres taillées d'une fa- 
çon analogue, mais dépourvues sans doute d'ornements et 
d'inscrq^tions. L'usage de ces colliers s'est perpétué parmi les 
populations de la vallée du Tigre et de l'Euphrate, jusqu'à 
une époque relativement moderne. 

II 

(je premier document me conduit naturellement à vous 
parler d'un cylindre (pii doit appartenir à la même époque, 
et dont l'empreinte m'a été envoyée de Constantinople par 
M. Barré de Lancy, en i8G5. Cette emjneinte avait été prise 
à la fumée, avec beaucoujt de soin. Malheureusement, elle 
laisse un signe de l'inscription très-indécis; et, malgré les re- 
cherches que j'ai faites pour retrouver l'original, je n'ai pu 
arriver justju'ici à savoir dans ([uelle collection il [)Ouvait avoir 
passé. On ne m'avait point indiqué la matière ni la provenance 

' Nous avons voulu laisser à noiro commuiiiration le va{jne (jue les traces du 
sifjnn indécis nous présoiilaicnl, mais depuis notre lecture nous avons fait ("jrandir 
par la plioloj|raphic les indices f[ui nous étaient donnés sur renijtrointe, et nous 
croyons d'après celte nouvelle épreuve que le signe est à lire J^ A-^ . C/cst 
l'archaïque de ^ ^* — 'pii exprime l'idée de flieutcnant'). Celte lectiue, loin de 
diminuer l'impnrlanre du documeiil, lui domic un intérêt qui sera l'acilemcnl ap- 
prr^cie des u^syriologu^s. 



331 



de ce cylindre, mais loul nie porte à croire que c'est un 
niarhre. et qu'il appartient, par son travail , à la basse Chaldée. 

Le sujet présente deux scènes symétriques et identiques. Un 
j)ersonnage nu, à genoux, tient une nmpuila, de laquelle pa- 
raît s'éclia|)per un liquide; il la présente à un taureau qui 
relève la léte pour boire le liquide. 

Malgré la disproportion ([ui existe entre le personnage age- 
nouillé et le taureau, on sent que ces deux êtres sont vigou- 
reux; l'ensemble, les traits, les articulations, tout est traité et 
voulu avec une science du dessin bien évidente. 

La taille du taureau était commandée par la nécessité d'in- 
sérer au-dessus des monstres, dans la partie supérieure du cy- 
lindre, une inscription de liuit lignes en caractères arcbaïques 
de Babylone. Le second signe de la première ligne est le seul 
(jui ne soit pas très-visible sur l'empreinte. Je crois y voir le 
signe se mais je ne le propose que pour compléter la lecture 
qui ne présente [)lus alors de dilïiculté; nous avons ainsi : 



i- 






Tf i=î^ Ë^:n 4> 



> 



^><t=^ 



fO 



««- 



-^ 



(aii)-Se-ga^-)ii- 
sar-luli 

sar 

A-gu-(lc (/.<) 

Ib-ni- 

■sar 

titp-sar 

tll (Ifl-SIt. 



,S' 



psra 



Si 



cinn, mnjraiv. 



— 332 — 

C'esl-à-diie : 

«Au roi Segani-sar-lih, roi de la ville d'Agadé, Ibni-sar sa- 
trape, son serviteur. 7) 

Il serait fort intéressant de connaître ce roi d'Agadé; mais 
il faut d'abord attendre qu'on puisse lire sûrement son nom 
sur l'original, ce qui sera facile dès que ce cylindre sera re- 
trouvé, car il doit être d'une belle conservation. 

Agadé, ((la ville du feu éternel , '? suivant l'interprétation de 
M. Oppert, était l'une des deux parties de Sipar, «la ville des 
livres, 5) et la résidence des rois de Chald(3e, avant qu'ils 
n'eussent choisi Babylone pour leur capitale. Cette ville était 
célèbre par la culture des sciences et des lettres. \jn de ses 
rois, Sargon l'ancien, dont le règ-ne peut être iixé au xix" siè- 
cle avant notre ère, y avait réuni une vaste bibliothèque dont 
de précieux débris sont parvenus jusqu'à nous. Mais le roi cité 
sur notre cylindre est-il un prédécesseur ou un successeur de 
Sargon? C'est ce que nous ne pouvons encore établir. Dans 
tous les cas, il précède le règne de Hammourabi, roi de Ba- 
bylone, qui vivait antérieurement au xv" siècle avant notre ère, 
puisqu'à cette époque Babylone était devenue la capitale de- 
la Chaldée. 

III 

Le troisième monument que j'ai à signaler appartient au 
iMusée du Louvre. C'est un cylindre d'agate, malheureusement 
fort mal conservé; une cassure de la {)ierre a enlevé le tiers 
au moins du sujet, et le reste est Irès-cndommagé. On y dis- 
tingue eiicore un personnage debout , dans le costume assy- 
rien, une main élevée dans la pose traditionnelle de l'adora- 
tion. Derrière lui , on aperçoit un singe, puis un personnage qui , 
la tête tournée vers lui, parait marcher dans un sens opposé. 
Dans le champ, en haut, entre les têtes des personnages, 
deux croix ansées, Dr l'iuitrc r(')lé de la cassure, on voit l'cx- 



■— 333 — 

(i-éiiiilé iiiiëiieure d un personnage dont il ne reste plus que 
les pieds et le bas de la robe; mais cela suffit pour recon- 
naître un Egyptien. A ses pieds, on distingue un épervier, le 
dernier signe d'une inscription en caractères hiéroglyphiques 
([ui a disparu. 

Entre les personnages, on trouve deux lignes d'écriture en 
caractères cunéiformes du style archaïque de Babylone, et 
dans le champ, entre les inscriptions et le premier person- 
nage, un cartouche égyptien surmonté d'un aigle; en haut la 
croix ansée. 

C'est, à ma connaissance, le seul exemple d'un cylindre qui 
présente une inscription bilingue dans de pareilles conditions. 

La première ligne du texte assyrien n'est pas complète, on 
V lit les trois premiers signes du nom propre Kariri . . . : 

::sM -M -m ■■■■■ 

ka - ri - li 

mais la fin manque. 

La seconde ligne nous donne Naram-Bin (^an-ini) 

-4> ^î :=:î^ -^^ ïHf 

]\a - va - am - Bin 

littéralement w celui qui adore Binw, —l'adorateur du dieu Bin. 
Quant au nom compris dans le cartouche égyptien, je dois 
me borner à en signaler l'existence à l'attention des égypto- 
logues sans même essayer d'en indiquer les caractères. 

IV 

Le quatrième cylindre dont vous voulez bien me permettre 
de vous entretenir appartient au musée de la porte de Hal. à 
Bruxelles. C'est une véritable découverte, car je ne m'atten- 
dais pas, en visitant le musée des Armures, que j'aurais la 



— 33/1 — 

bonne luiiune d'y trouver des cylindres assyriens. Il y en a 
cinq ou six en ellct. Celui que je me propose de signaler est 
en la])is-lazuli , d'un travail médiocre, mais d'un intérêt tout 
particulier ainsi que je vais avoir l'honneur de vous l'indiquei-. 
M. Juste, le conservateur du musée, m'en a fait faire une em- 
preinte en cire rouge sur laquelle j'ai repris, en plâtre, une 
contre-épreuve qui a servi à reproduire la photographie que 
je puis mettre sous vos yeux. 

Le sujet présente un personnage, dans le costume des Aché- 
ménides, offrant de la main droite une couronne. En face de 
lui, l'arbre sacré, tel qu'on le voit, du reste, sur tous les mo- 
numents assyro-perses. Dans le champ, en haut, une étoile à 
huit rayons; en bas, un ornement tressé tel (ju'on en trouve 
sur les cylindres assyro-égyptiens. Derrière le personnage , trois 
lignes de caractères du système des cunéiformes perses. 

Ce monument est donc du plus haut intérêt. Jus([u'ici on ne 
connaissait (|ue trois cylindres portant des caractères perses : 
i°lc cylindre de Darius, en cristal de roche, appartenant au 
Musée Britannifpie^; a" le cylindre d'Arsacc, en cornaline 
rouge, conservé au même musée; 3° le cylindre de la collec- 
tion Railfé, qui a été vendu en mars i (SG'y, mais dont j'ignore 
le possesseur actuel. Celui que je signale aujourd'hui est donc 
le (juatriènie. 

L'mtérét archéologique de ce cyhndre s'accroît, (piand on 
interroge l'inscription, par son importance [)hilologi(jue. Vo''-' 
d'abord les lettres qu'elle présente : 

^Tt! \ «!! '"n \ h lu, 
lEÏ << m i-s-û 

!! << K^ m !T si-y-â 

IjC [(lenner si{jne à la valeur absolue de ma: mais il est 
' (îo ryliiulro a ôlé ncliclc au Caire par M. Sali an j»iix de -j'^ livirs. ^ 



— ooo — 

iHiméclialfiiiciit suivi du clou transversal qui indique la sépa- 
tion des mois : c'est donc un monogramme. Vient ensuite un 
nom propre. 

Chaque nouvelle inscription qu'on découvre dans le système 
cunéiforme perse apporte une nouvelle lumière sur l'origine 
de ce système graphique. J'ai cherché à le rattacher au système 
assyrien, et M. Oppert, très-compétent dans cette matière, le 
rattache également à la même origine; seulement nous diffé- 
rons sur le mode de dérivation des signes. J'arrive à la solu- 
tion que je désire en m'appuyant sur des considérations pu- 
rement paléographiques. M. Oppert ohtient le même résultat 
en s'appuyant sur des considérations philologiques. Je lui ai 
communiqué l'inscription du cylindre de Bruxelles, et nous 
nous sommes trouvés immédiatement d'accord pour reconnaître 
(pie le premier signe de l'inscription signifie «cachet;>. Pour 
l'étahlir, chacun à notre point de vue, il faudrait entrer dans 
tous les détails d'une discussion qui embrasse l'exposé de nos 
idées sur l'origine du système graphi(pie perse et à laquelle je 
ne ])Ourrais me livrer ici. La suite de l'inscription doit conte- 
nir le nom du propriétaire du cachet. Le premier signe de la 
troisième ligne paraît présenter une forme nouvelle dans le 
système graphique perse, |y^; mais, en le décomposant, on 
pourrait peut-être trouver dans la première partie un idéo- 
gramme^ pour désigner l'idée de «fils 5) et qui correspondrait 
à l'assyrien Jjr; d'un autre côté les deux traits verticaux pour- 
raient fort bien n'être que l'altération du caractère i. Celle 
légende se lirait donc ainsi : ^CiKhet de K lui rsiî, ïAsdeSiyû,» 
ou «Cachet de Kltarsfltsiijf'nu Les autres caractères ne présen- 
tent ])as de dillicullé'. 

' Oi) coiiiiail ik^jà plusieurs itléogrumincs porsos oiiipiiinlf.s i'i récriUiic assy- 
riciiue, aussi j« sifjiiaic avec eraprcsscnicul coux-ii parce rpie je. considère que 
l'éUklo de ces signes roulribu'Ma pui.^samuKjiit à éclairer Torigiiic du svslèiiie 
,'[rapliif[uc uiioii. 



— 3:iG — 

Peiiiieltez-moi. Messieurs, eu terminant, de vous signaler 
quelques cylindres du Musée Britannique que j'ai examinés à 
difVérentes reprises. Ils n'ont rien de bien |)articulier pris iso- 
lément, mais ils m'ont olFert un plus grand intérêt dès que je 
les ai groupés comme je vais vous le proposer. 

Ces cylindres sont en hématite. Ils appartiennent à cette 
catégorie de cylindres dont il existait des fabriques en Assyrie 
et en Chaldée et qui livraient au commerce des sujets calqués 
sur un type convenu: épisode d'une cérémonie religieuse, 
sacrifice, initiation ou invocation, et sur lesquels l'acheteur 
n'avait plus qu'à faire graver son nom dans les lignes réser- 
vées à cet effet. Je laisse de côté l'intérêt philologique (pii 
résulte de l'élude des noms propres. Dans nos cylindres. (|ui 
sont au nombre de quatre, les caractères ne présentent aucune 
diiïiculté, mais je me hâte de mettre en relief le côté intéressant 
(jue je désire signaler ici. Ces quatre cylindres, dont j'ai relevé 
les empreintes, présentent, en effet, l'abrégé de l'histoire de 
deux familles obscures dont la filiation nous est conservée 
ius([u'au troisième descendant. Les inscriptions, en trois 
lignes, sont, du reste, conformes à la formule adoptée sur tous 
les cylindres de cette provenance. Elles sont en caractères ar- 
chaïques du style de Bahylonc. 

Je lis sur le premier : 

r. Ahu-piga, fils de Habakum, serviteur du dieu Bel. '^ 

Sur le second, je lis : 

t^lbni-Bin, fds de Ahu-piga, serviteur du dieu Bin.« 

Habakum est donc l'ancêtre d'une famille dont nous con- 
naissons ainsi trois membres dans la descendance directe. 

Sur un troisième cylindre, je lis : 

«Nini-turam', fils de Ihba-Bin , serviteur du dieu Biii. -^ 

' Mnilurntu serail-il un nom sinni'rien? Lo promior olonionl nim fsl un cdim- 
plexe i(léof[niplii(iiic ou .illoiilione (pii corresponfl à rcxpicssion Bel cscif^neui-. 
D'un anlrc côl.', nous trouvons sur ini cviinilrc du Musée du I.ou\re un nom drtnl 



— 337 — 

Kt enliii, sur un ([uatrième : 

fcIbni-Bin, fils de INini-turam, serviteur du dieu Wm.n 

Nous voici donc encore en présence d'une série de trois 
personnages en descendance directe. 

Les renseignements de cette nature ne sont pas isolés. Nous 
possédons déjà l'histoire de toute une famille dont le père, 
les fils et les frères figurent comme témoins, rédacteurs ou 
bénéficiaires des libéralités de Marduk-idin-akhi, roi de Ba- 
bylone au xv" siècle avant notre ère. A une autre époque, sous 
les Séleucides, des contrats nous révèlent les noms des diffé- 
rents membres d'une longue famille composée de plus de dix 
personnes, comprenant père, grand-père, aïeul, bisaïeul, 
frères et cousins juscju'à la quatrième génération \ et ces con- 
trats portent l'empreinte d'un certain nombre de cachets, dont 
nous connaissons ainsi les propriétaires. 

Le hasard qui a réuni au Musée Britannique les sceaux des 
quatre personnages dont je viens de vous entretenir nous fera 
peut-être découvrir un jour, clans les innombrables tablettes 
qui renferment des contrats d'intérêt privé, quelques actes de 
vente ou d'échange qui pourront intéresser cette famille, et 
nous donner la date de ces monuments de l'art assyrien. C'est 
ainsi que l'histoire des antiques habitants de l'Assyrie et de la 
Chaldée pourra se reconstituer. En attendant, nous en re- 
cueillons avidement les débris, parce que tous ces détails 
nous permettront, en les réunissant, d'arriver avec certitude 
à des résultats que nous étions loin de prévoir il y a vingt 
ans à peine. 

J. Menant. 



l'élément turam parait écrit avec le signe U qui n'a la valeur phonétique de lur 
que dans l'idiome de Sumer. Mais ce n'est peut-être pas un homonyme de notre 
personnage. 

' Voyez Documents juvidii{ne.H de l'Assjirie cl fie la Chnldce , publiés par MM. Op- 
pert el Menant, pages i lO, agfi e( suiv. 



— 338 — 

N° m. 

D'UÎNE ÉPITAPRE MÉTRIQUE DU CLOITRK DE S \[NT-SAUVEUR , À AIX. 

La rarelé des inscriptions de l'époque carlovingienne et des 
premiers temps qui la suivirent m'engage à rappeler aux an- 
ti(juaires une épitaphe depuis longtemps connue et fort lon- 
guement commentée, mais dans laquelle on n'a pas relevé 
un trait qui mérite l'attention. 11 s'agit d'un marbre posé à 
plat sur une banquette dans le cloître de Saint-Sauveur, à 
Aix; c'est le siège habituel des mendiants, et la légende qui 
Y figure va s'eiïaçant de jour en jour. Alors qu'il avait moins 
souffert, ce texte a été vu par Peiresc, et j'en retrouve, dans 
ses papiers, la copie suivante qui, bien qu'assez informe, n'en 
a pas moins gardé quelque valeur ^ : 

CIVS-XPI • NNClICI • IVIENAi A 
MDERAT- OBVIA MERITIS- ILLVC 
M-INTRAVIT-OVANS TVA LIIMNA-XPF 
CIPVVS ECLESIAE-DOCTOR 
EN-PSALMOGRAFI-CANERE DAVID 
\GENIS FELICITER AEVO 
ETATE- FVIT • DIVES • IN ■ OMNES 
VM • DIGNITATE • REQVIRIS 
REMA DEMONSTRANT 

Plus de deux siècles après Peiresc, en i cS i (j , i\l. de Saint- 
Vincens a copié, à son tour, ce petit texte dont il nous a 
donné un dessin fort soigné qu'accompagne une notice éten- 
due 2. 

' Ribliothèque nationale, manuscrit du fonds latin, n° 89^8, folio 28^. 

"^ Mémoire sur vu marbre qui sert rie hanquetle dans le cloître de Samt-Sativeur 
et qui porte une insrriplioi) du \' ou du ,vj' siècle [Recueil de mémoires et autres 
pièces qui ont été lus dans les séances de la Société des nnns des sciences , lettres, 
agriculture et arts à Aix. i 8 H) , p. 330). 



— .3:;\> — 
Voici sa transcri|)(ion : 

QVE SOCI 

ONS GENDL MERITIS 

SPOLIVM-INTRAVITOVANSTVALIMINXPE- 

S PRAECIPVVS-ECCLESIAE DOCTOR • 

CARMEN PSALMO GRATI CANERE DAVID 

QVADRAGENIS FELICITER- AEVO 

NCTIS'PIETATE-FVIT-DIVES-IN OMNES 

FORTE CVM DIGNITATE REQVIRIS 

^E-POSTREMADEMONSTRANT 



Je n'ai pas à ra'occiipcr ici de la lecture proposée pour les 
|)remières lignes du marhre où l'on a vu, sans cpie rien 
autorise, l'épitaphe d'un chanoine nommé Pontius. Les deux 
derniers vers appelleront seuls mon attention. 

M. de Saint-Vincens les restitue et les traduit ainsi : 

Virtutem FORTE CVM DIGNITATE REQVIRIS 
Tempora prima vhœ atqVE POSTREMA DEMONSTRANT 

Voulez-vous connaître ia vertu et les dignités réunies? Sa vie et ses 
derniers moments en donnent un exemple. 

L'abbé de Perrier, venu après lui et mieux inspiré pour le 
mot du début, lit comme il suit : 

Nomen si FORTE CVM DIGNITATE REQVIRIS 
Littene verbaqVE POSTREMA DEMONSTRANT 

Le nom, la fonction du défunt devaient, à son sentiment, 
être dès lors mentionnés dans ces quelques lignes qui termi- 
naient, pense-t-il, l'inscription : 

Pontius (ou tout autre chanoine) précepteur (ou grammairien). . . . 
Il a vécu .... ans .... mois .... jours .... il est mort le ' . 

A ce dernier point de vue. je m'éloignerai autant de la 

' Ibid. p. 879. 



— 3/jO — 

lecluro tlo M. de Saiiil-Viiicens que de celle de l'abbé de 
Perricr. Plutôt (juc de procéder |)ar divination, comme l'ont 
lait l'un et l'autre, il importe, me |)arait-il, de cbercber si la 
comparaison des formules épigraplii(pjes ne permet pas de 
pénétrer, avec plus de chances de certitude, le sens des der- 
niers vers de l'épi taphe. 

Deux inscriptions, l'une trouvée au Pin, en Provence', et 
datée de l'an ooG, l'autre découverte à Vercelli-, me four- 
nissent tout d'abord des vers cjue l'on doit rapprocher de ceux 
du marbre d'Aix : 

NOMEN DVLCE LECTOR SI FORTE DEFVNCTAE 

[REQVIRIS 
NOMINA SANCTARVM LECTOR SI FORTE REQVIRIS 

Sur la foi de ces types, on peut donc lire sans témérité 
dans l'inscription qui nous occupe : 

Nomen si FORTE CVM DIGNITATE REQVIRIS 1 

Les deux pièces que je viens de citer sont acrostiches, et 
leur communauté de formule avec l'épitaphe d'Aix me paraît 
indiquer que cette dernière l'est également. Son dernier vers 
doit donc, selon toute apparence, indiquer au lecteur le 
moyen de connaître le nom et le titre du mort. 

EX OMNI VERSV TE LITTERA PRIMA DOCEBIT 

est-il écrit à ce sujet sur le marbre de Vercelli. 

Fabretti en rapporte deux autres où la formule explicative 
varie : 

QVI LEGIS REVERTERE PER CAPITA VERSORVM ET 
INVENIES PIVM NOMEN 

IS-CVIVS- PER • CAPITA • VERSORVM • NOMEN • DECLA- 
RATVR ' 

' Inscriptions chrétiennes de la Gaule , n" 63o. 

' iMuralori, Novus Thésaurus veterum inscriptionum , p. 1908, n" 5. 
' Insn-iplinne.1 , c. IV, n" i5o; c. IX, n" 390. \.o frén\\i( versorum que Honnenl 



— :ui — 

Cola donné, j'estime que, dans l'épitaplie d'Ai.v, capila 
précédait, sans doute, le mot POSTREMA, et que le texte se 
terminait par un quasi-versus rempli de fautes aussi bien que 
les autres, et construit à peu près comme il suit : 

Versuam capita atqVE POSTREMA DEMONSTRANT 

Le nom du défunt se trouvant, si je ne me trompe, indiqué 
par les premières lettres des vers , malheureusement incomplets 
à leur début, c'est dans les dernières, POSTREMA, que je cher- 
cherai la mention de sa dignité. Or, nous sortons entièrement 
ici du cercle des prohabilités pour rouver un terrain plus 
ferme, car, dans la copie de Saint- Vincens, les 3% à% 5*, 6" 
et 7" vers, qui ont gardé leur fin, donnent en cinq lettres la 
fin de mot ERDOS dont le commencement ne serait pas diffi- 
cile à restituer, quand même nous ne retrouverions pas dans 
la transcription de Peiresc l'A et le C qui manquent ici au 
mot sacerdos. 

Il s'agit donc, dans l'épitaphe d'Aix, d'un prêtre dont le 
nom et le titre, 5ACERDOS, étaient indiqués, suivant une 
mode antique, par les lettres initiales et finales des vers. 

Une inscription mutilée, trouvée à Rome, en 1872, près 
de réghse de S. Lorenzo in Lucina, et datée de l'an 788 , paraît 
être conçue dans ce type peu commun et présente le nom et 
le titre PAVLVS LEVITA écrit en acrostiche par les pre- 
mières et dernières lettres des six hexamètres qui la compo- 
sent ^ 

Nous savons qu'aux temps carlovingiens on étudiait, on 

ces deux inscriptions nous offre une forme surannée plutôt qu'irrégulièrs, car 
elle 86 retrouve chez des auteurs antiques cités par Priscien, XVI, ih (éd. de 
Krehl, t. I, p 2G8). Voir, pour cette persistance des formes anciennes dans les 
inscriptions et par consé([uent dans le langage vulgaire qu'elles représentent, 
Inscriptions chiriienncs de la Gaule, notice n° 23o. 

^ De Rossi , Bullcttiun delta Coimnissione archeologica municipale , 187^-1873. 
p. /i9-53. 

V. a3 



— 3/i2 — 

renroduisail les formules des ('pitaplies antiques, celles sur- 
tout des nièces en vers si souvent colligées et recopiées alors'. 
C'est à celle époque, ou tout au moins aux premières des an- 
nées suivantes, que le fait de l'imitation des vieux types épi- 
grapliiqucs et la forme des caractères me paraissent permettre 
d'attribuer notre inscri])tion. 

Edmond Le Blaivt. 



N°IV. 

I»K L'L'SAGE DES FLECHES EMPOISONNEES CHEZ LES AÎVCIEXS PEUPLES 

DE L'EUROPE. 

En i858, Isidore Geoffroy Saint- Hilaire, on présentant 
à l'Académie des sciences, puisa la Société d'antliropologie, 
des objets trouvés par M. Alf, Fontan, dans la grotte infé- 
rieure de Massai, avec des ossements de ceivms me^nceros, et 
d'autres animaux appartenant à des espèces disparues ou en- 
core existantes actuellement, faisait remarquer que plusieurs 
pointes de flèches étaient creusées de petites rainures vrai- 
semblablement destinées à recevoir des substances véné- 
neuses'-^. 

Avant et depuis cette présentation, de nombreux objets 
anialogues ont été recueillis et figurent dans diverses collec- 
tions. Les uns, formant la pointe de flèches, de javelots, de 
lances, présentent de petites rainures ou sillons plus ou 

' Voir Inscriptions chrétiennes de la Gatile, préface, p. cxxxiii, et notice 
n' /i38 A. 

* Alfred Fontan, Lartot et Isidore Geoffroy Saint-IIilaire, Grottes de Massât 
{Comptes rendus de r Académie des sciences, to mai i858, t. LXVI, p. 900). — 
fml. Geoffroy Saint- Hiiain\ Bull, de In Soc. d'nnthrop. t. T, p. r)t,3 novembre 
1859. 



— :^Aa — 

moins parallèles aux bords. Les autres constituant des flèches 
barbelées ou à dents, des hameçons, présentent des rainures, 
non-seulement suivant l'axe général, mais aussi sur les dents 
ou crochets latéraux. 

Ces objets en os creusés de sillons, dans notre pays, pa- 
raissent remonter à une des dernières périodes paléolithiques, 
à celle que M. Gabriel de Mortillet a cru devoir désigner sous 
le nom de période de la grotte de la Magdeleine ; celle à la- 
quelle apparaissent les objets travaillés en os, celle où sur 
notre sol vivaient des animaux disparus ou émigrés, et des 
animaux encore existants : renne, cerf au grand bois, aurochs, 
cheval, etc. etc. 

Si des temps préhistoriques oii la disposition de quelques 
pièces archéologiques peut seule faire supposer l'usage d'em- 
poisonner des armes, on arrive aux temps historiques, de nom- 
breux témoignages viennent démontrer cet usage et indiquer 
divers poisons sagittaires. 

«On rapporte, remarque Aristote, que chez les Celtes existe 
un poison qu'ils appellent eux-mêmes toxique. Ce poison, 
dit-on, détermine une décomposition si prompte que les 
chasseurs celtes,' lorsqu'ils ont frappé d'une flèche un cerf 
ou quelque autre animal, courent promptement exciser la 
partie blessée avant que le poison ne pénètre, afin que l'ani- 
mal puisse servir de nourriture, et aussi pour qu'il ne se pu- 
tréfie pas ^ V 

Selon Slrabon : «Dans la Celtique croît un arbre sem- 
blable au figuier, dont le fruit est comparable au chapiteau 



■ <l>aai àè •sapa toIs KeXzoïe <pdpyiaxov viiip-^sw 16 xaXov(j.evov tSn' arjTÔiv to- 
^txov • 6 Xé-yovffiv ox/jo) rax^elav isoteïv tyiv ÇOopàv êale tcûv KeXrcHv joùs xvvv- 
yovvTas, Stuv éXa(pov ij aAAo t« ^îoov To^eûduatv, è-Knpéy^ovjaç ex anouSrjs ex- 
lé^vtiv Tïjs aapxàs to TeTpo}(j.évov Tspô roU to <pâpp.axov ètoiSvvai apta fxèt» rfs 
TUpocrÇiopâs ëvexa, cifia S" Situs fi») aa-nîji to î^âiov. (Aristote, De mirnbilibus auscul- 
tatioiiibiis, cap. lxxxvi; t. IV, p. 88, coll. Didot.) 

93. 



— 3/1^ — 

(lo la colonne rorintliienne. (îe fruit incisé laisse couler un suc 
mortel dont on se sert pour enduire les traits '. » 

Les Gaulois, suivant Pline, «trempent leurs flèches de 
chasse dans l'elh'hore, et affirment qu'après l'excision de la 
partie blessée la chair est plus tendre '^. w 

Dans un autre passage, ce naturaliste dit aussi que «les 
Gaulois appellent Itmcum une herbe qui leur sert à enduire 
leurs flèches de chasse d'une préparation qu'ils a|)pellent le 
[)oison des cerfs ''. v 

Parlant des ])ro])riétés vénéneuses du taxns, de l'if, il 
ajoute : «Certaines personnes pensent que de là (de son nom ) 
on appela taxiques les poisons que nous ap|)elons actuellement 
toxiques, dans lesquels on trempe les flèches*, w 

Ce passage, dans lequel cet auteur paraît rapporter an 
laxus, considéré comme le type des poisons, l'étymologie du 
mot toxique, appli(jué depuis à toutes les substances véné- 
neuses, semble d'ailleurs confirmatif du passage d'Aristote, 
précédemment rapporté, dans lequel ce philosophe paraît 
parler d'un poison spécial appelé toxique. 

L'usage d'empoisonner les armes de jet existait chez les 
peuples de Germanie, comme chez nos ancêtres Celtes et 
Galates. 

Selon Sulpice Alexandre, dont l'histoire est citée par Gré- 
goire de Tours, lorsque les Francks de la Francia, région ré- 

' Èv rfi Ke^Tix»? Çivetai SévSpov ofiotov (Tii«r?, xapnov S' èxÇépei -crapaTrA»?- 
atov xioTtpâvCf} K.opivOiovpjeT- èiin[ir]OeU S oZ-vos à(pn/\aiv ônov Q-a.vâoi[iov 'apos 
lài è-ntxpiosn TWf /SsAwr. (Slrabon, \. IV, cap. iv, S G; coll. Didol, p. i65.) 

'-' ffGaili sagitlas in vcnatu cll('l)oro tingnni, rirciinicisoque vulncre teneriorem 
sontiri carnem atrirmant.-' (l'Iine, //. N. I. \XV, cap. xxv; texle et Irad. de 
Lillré, p. 175.) 

' rLimeum lierba appollalnr n Gallis, qna sagillasin veiiatu linfjnnt modica- 
rnonfo, qiiod voiieniim rrivariiim vocanl.'i (l'Iino, //. /V. I. XXVI, rnp. i.wvi, 
p. tiho.) 

* (fSunt qui et laxica liinc appollala dicant veiima. (|ii,r nmir (oxira dirimiis. 
qiiiliiis safjilla' lin/;iin(iir.'- (I*lin«, //. A^ I. XVI, rap. \x, p. r»75.) 



— 3^5 — 

|)ontlaiil alors approximativement à la Franconie d'outre- 
Rhin, eurent envahi et dévasté les deux Gernianies cis-rhé- 
tianes et eurent repassé le fleuve, Quintilien, lieutenant de 
Maxime, l'ayant lui-même franchi vers l'an 388 après J. G., 
s'avança dans leur pays au milieu des marécages : « Les 
Francks se montrèrent en petit nombre, mais placés sur des 
troncs d'arbres entassés; de là, comme du haut de tours, ils 
lançaient, ainsi qu'auraient pu le faire des machines de 
Muerre, des flèches trempées dans le suc d'herbes vénéneuses, 
en sorte que les blessures qu'elles faisaient, n'eussent-elles 
qu'effleuré la peau, et même dans les régions où elles ne sont 
pas ordinairement mortelles, donnaient une mort certaine^» 

Vers le commencement du v^ siècle, les Francks insérèrent, 
dans la loi salique, que r? celui qui aura voulu frapper autrui 
d'une flèche empoisonnée . . . sera condamné à payer deux 
mille cinq cents deniers, qui font soixante-deux sous et demi- r. 

La loi des Bajuvars ou Bavarois, datée de l'an 63o, sti- 
pule : ftSi quelqu'un a répandu le sang d'autrui avec une 
flèche empoisonnée, qu'il indemnise avec douze sous^. 55 

On voit que les lois des Francks et des Bavarois frappaient 
de pénalités bien diflerentes l'usage criminel des flèches em- 
poisonnées. 

A l'époque mérowingienne, si l'on se servait parfois de 

1 ffHoslium rari apparuere, «pii conjunctis arboruni Iriincis, vel concidibus 
supfirslanles, veliit e fastigiis turrium, sagiltas tormenlorum rilu efliulere iiiHlas 
lierbarum vcnenis, ut suium.'c ciili, necjue ielalibiis inflicla locis viihiera, baud 
ihibifL' mortes sequcrontur.^i (Grégoire de Tours , llistoria Francoritm, 1. II , cap. ix ; 
texte et trad. de J. Gnadet et Taranne, t. I , p. i/i8-i5o.) 

- «Si. . . cuui sagitta loxicata eum percuLert; vobierit, bis mille et quingenlis 
denariis qui faciunt solidos sexaginta duos et dimidiuiii, culpabilis judicelur." 
( Lex6'rt&rt, titulus XIX; in Capitularia Rei'nm Francurum de Slcpliaue Baiuzo, 
m-folio, Paris, 1780,1. I, col. 29^.) 

^ ffSi quis loxicata sagitla alicui sniiguinciti fudoril , cum diiodecim solidis 
compoiial." {Lex Bajucnrioniiii , \i, De sagitla tiiloairata : in (UijiKidariu llcfrum 
Fraucorum de Slrpliiiin" Baliize, t. I, col. 109.) 



— 3âf) — 

llèclies empoisonnées, quelfjuelois aussi, ainsi que M. de Saulcv 
me le faisait remarquer, on empoisonnait également les scra- 
masaxes, dont ([uelques-uns présentaient des cannelures pou- 
vant recevoir le poison. En effet, Grégoire de Tours rapporte 
que Sigebert, assassiné, en 5 7 5, au milieu de son armée 
réunie à Vitry, fut frappé des deux côtés par deux meurtriers 
envoyés par Frédégonde, "avec de grands couteaux, vulgai- 
rement appelés scramasaxes , enduits de poison '.^5 

Les Vandales, peuple originaire de la Germanie septentrio- 
nale, mais qui, vers le milieu du v" siècle, alors que Majo- 
rien eut à les combattre, après avoir parcouru la Germanie, 
les Gaules, l'Espagne, possédaient la Mauritanie, région 
nord-ouest de l'Afrique, d'où ils infestaient les côtes de l'Italie; 
ces Vandales, d'après Sidoin(; Apollinaire, le panégyriste de 
cet empereur d'Occident, se servaient également «de javelots 
j}ortant le poison versé sur le fer'-». 

Au nombre des substances toxiques employées pour em- 
poisonner les flèclies devait figurer l'aconit, rtra«i'<Mm, que Pline 
considérait «comme le poison le plus violent de tous'^n, car. 
à une époque relativement récente, Ambroise Paré, chirur- 
gien de Henri II, rappelant sans doute l'opinion antérieure- 
ment admise, remarquait, à propos de l'aconit tue-loup, lupn- 
ria, que «les flèches trempées dedans son jus, leurs blessures 
sont mortelles'* 55. 

' «Tune iliio pueri cuiii cultris validis, quos vulgo scramasaxos vocanl, infeclis 

veneno, malelicali à Fredcgundc regina, ciim aliam causam se gerere simula- 

rent, ulraqiio ei iatera feriunt.fl (Grégoire de Tours, Opei-a omnia, 1. IV, S Oa; 

(kl. de Tliéod. lUiinarl, iOqq, in-folio, p. içj'i-S; texte et Irad. de Guadct et 

Taranne, i83G. l. II, p. 1Û7.) 

' Spiculiique inftisum ferro lalura venenuni. 

(Sidoine Apollinaire, Pancjjyriquc de Majoricn , iexXe et Irad. de 
Grégoire cl Collombet, i836, t. 111, p. 66.) 

^ r(jiiniii conslet omnium venenum ocyssimum esse aconitum." (Pline, II. N, 
I. XXVIl, cap. 11, p. 235.) 

* Œuvres d'Anihroise Paré, in-folio, lO.j:!. p. 5o5. 



— 3/i7 — 

D'ailleurs, il seiublcruit que dans notre Occident les llèches 
empoisonnées fussent restées fort longtemps en usage; car 
M. Cl. Bernard a rappelé que c^Alonzo Martinez Espinaz, 
porte-arquebuse de Philippe III, cite un poison de flèches 
([ue fabri(|uaient les Espagnols avec les racines d'ellébore ' r; 
poison qu'on a vu précédemment être employé par les Gau- 
lois pour leurs flèches de chasse. 

Inutile de s'arrêter à certain passage, peu explicite, pou- 
vant faire supposer que les Romains eux-mêmes se servaient 
parfois aussi de traits empoisonnés, car Pline parle de l'homme 
en général, non de ses compatriotes en particulier, lorsqu'il 
dit : «Nous enduisons nos flèches et nous rendons le fer lui- 
même plus dangereux-. 55 Continuons nos recherches parmi 
les peuples de l'Europe orientale. 

Dans les temps héroïques, Elien ^ et Pausanias nous mon- 
trent Hercule trouvant un poison irrémédiable dans la bile 
de l'hydre de Lerne , dont il enduit les pointes de ses flèches 
si funestes aux centaures Chiron et Nessus". Homère, dans 
l'Odyssée, ainsi que le rappelle encore Elien, parle d'un 
poison végétal mortel servant à enduire les flèches d'airain^. 

Jusqu'au vif siècle après J. C, époque à laquelle send)!»; 
avoir vécu Paul d'Egine , les armes empoisonnées [)araissenl 
être restées en usage chez certains peu[)les de la Gièce, car ce 

' CI. Bernard, Leçons sur les ejj'els des substances toxiques el médicamenteuses, 

1857, p. 23(). 

- ffNos ot sagiltas tiii/fiiiuis ;ic forro ipsi noccnliiis aliquid clanius.'i (IMiiie, 
/7. iV. l.XVIll,cap. 1, p. iui'2.) 

' Éxe?i;os (llpaiiXéos) £Sol-^£ iù iris iiêpaii ic^ roiis ùialo\ti. (l'ilieii, De naluia 
ntumalium, 1. V, S xvi, p. 79.) 

'' . . . Kaï lôv îov oUtcm) (5ïj u é^£iv dviotTov ws tov tipaxXéa àno Trif X"^*?* «"^'joiS 
tÙs dxiêds (papfianevaat Twr oialcov. (Pausanias, I. 11, cap. xxxvii; coll. Didol, 

^ «l'a'pfxa^or àvSpo<p6vov Si^ri(t£vos , 6(^pa. oi siri 

iovs -/^pieaOai ■^a'kHY\p£aiS 

( lli'HHM' , Odijssà', < ilr par Élitii : l)c uni. aiiimiit. V, S .XVI.) 



— 3/i8 — 

cliirnrgien, à propos de l'cxlraction des dards empoisonnés, 
sijfiiale l'em|)loi de ces armes, non-seulement chez les Daces 
des bords du Danube, mais plus au sud chez les Dalmates 
habitant sur les bords de l'Adriatique, au nord-ouest de la 
Grèce. «On dit, remarque Paul d'Efjine, que les Daces et les 
Dalmates enduisent les dards avec ce que l'on appelle l'hele- 
nium et le ninum; substances qui, mises en contact avec le 
sang des blessés, les tuent, mais qui mangées ])ar eux sont 
innocentes et ne font aucun maP. v 

a On dit, rapporte Aristote, que le poison des Scythes, dans 
lequel ils trempent leurs flèches, est préparé avec la vij)ère. 
Les Scythes, à ce qu'il paraît, guettent les femelles portant 
déjà des petits, et les ayant prises, ils les font macérer quelques 
jours. Lorsque le tout leur paraît suffisamment putréfié , ils 
versent du sang d'homme dans une petite marmite (]ui, fermée 
avec un couvercle, est enfouie dans le fumier. Lors([ue ce 
sang est également putréfié, le liquide séreux qui reste à la 
surface est mêlé au putrilage de la vipère, et ainsi ils font 
un poison mortel '-. » 

Elien dit également, d'après Théophraste, que «les Scythes, 
lorsqu'ils font le poison dont ils enduisent leurs flèches, ajou- 
tent du sérum humain surnageant le sang-^». 

' <I>a<T< Se 7oùs AcUkols xai roùs AaXfidicts zsepiit^àaaeiv tais àniat to éÀévetov 
re xai vivov xaAov[J.evov, Siiep ôfxjArjfo'ai' (lèv Tùiai'fiaTt twv TeTpci3aH0(iévci)v àvaipsiv, 
èaOïoyitvov Se ÛTr'atÎTÔîr iêXaëès eïvai xoti firiSèv xaKov SpSv. (l'iiiil (l'KfriiU'. 
I. XXXVIII, texte et tracl. do liiinu, p. 87.) 

' (Paal tô "^kvOixov (pâp^ianov à d-noëdiT'l ovai loiisoïaloiji , awtiOsoOai eçej^i- 
Svi\i. TvpoUai Se, ùs éoixev, o'i S^iiOai làs rjS-n K(>>OToxovaas xai XaëovTes aCjài 
TnKovaiv riitépas Tivâs. Oxav <5' 'ixavùs ai/Vois ^0x77 aearj<pOat -cràr, lù toij àvOpci- 
TTov aifiot elsyyTpiStov ey^éovjes sis xàî xonpiai xaropinTovai 'ssu^[>.'iaav't£s. Otoii' 
Se xai Toù-co aattri , to \j<pKjji[i£vov ènàvu toU aïfiaros, 6 <îii èaTiv iSa-cùSsç (xi- 
jvvovat TûS TT/s è^iSvris ïyfipi, xai ovtùû ■zsoioxjai Q-avdainov. (Arislolc. /'e iinriih. 
ansctdl. Citp. xci, texte et lia<l. Int., coll. Didol, I. IV, p. loa.) 

•' \éyovTai Se ol 'HxiiOtt ■apos tw to^iiiù , œ tovs ôialox/s èniy^piovai , xai àvOpù)- 
neuiv i^/^^pa araftij l'WTa» Çapfxàarjoviei , êTtinoXoH^oyjd ■crois «if/arr . . (LIieii, De 
ii(ilin-o niiiiiuiliiiiii . \. I.\,S 1 T) , roll. Didnl , p. i53.) 



— 3/i9 — 

Certain peuple voisin du Caucase, pies Soanes, selon Slra- 
l)on, font usage pour leurs dards d'élranges poisons, qui 
affectent, par leur odeur, ceu\ qui sont blessés par des traits 
empoisonnés ^ r; 

D'autres auteurs parlent encore par ouï-dire des armes 
empoisonnées de différents peuples de la partie orientale de 
l'Europe, particulièrement des peuples scythiques. Lucain 
|)arle des peuples nomades de la Scythie empoisonnant leurs 
llèches'^. Lucien représente un personnage «n'enduisant pas 
son trait de venin à la manière des Scythes . . .^v 

Mais Ovide qui, en l'an ix de notre ère, exilé sur les bords 
(lu Pont-Euxin, fut plus à même que la plupart des auteurs 
anciens de connaître les usages des peuples de l'Europe orien- 
tale, à plusieurs reprises, parle du fer des traits et des jave- 
lots empoisonnés avec le iiel et le sang de la vipère \ armes 
doublement redoutables, dont il attribue plus particulière- 
ment l'usage aux Yazix, peu[)le scytbique qui, après avoir 
liabité d'abord les bords du Palus Mœotide et du Tanaïs, se 
divisa et vint en partie sur les bords de l'Ister, le Danube, 
où existe encore le district des lazyges, à l'est de Pesth ^. 

' \pùvTai S' oî "Zodves (papfidxots -apos ràs àxièaç Q-Avfietal oïs , à xai roùs <pap- 
IxdKToïi -csTpconévovs ^éXeat XvneÏKcnà lifv ocr(x.vv. (Strabon, i. XI, cap. ii, S 19; 
<(ill. Ditlot, ]). /i-j8.) 

' Tinxere sagiltas 

Erranles Scythiaî populi 

(Lucain, Pharsalc, I. 111; coll. Ms;ir(! , éd. Duboclict , p. 53.) 

■ . . . invticaiJrai. ;tp<o-as to |3éAos oû'ts iû, KaOânep rà "^kvOcûv xpisTxi. . . (Lucien, 

1 m, Mfpinus, cap, xxxvii, p. 17.) 

Oiniiia vipereo spicula felie linuiit. 
(Ovitlc, Les Poiiliqucs, 1. I , Litt. Maximo; coll. Nisard, édit. Duboilicl, p. 7â3.) 

Adspicis ut niitti sub adunco loxica ferro, 
El Iclum causas niorlis habere tluas. 

(/(/. If. cil. 1. IV, Litt. Vcdrtli, |.. 8i3.) 

Ncf (|iiii' vipereo Icla cruorc niaclonl. 
(Id. np. cil. |i. 81 3.) 

' Voir iMullc-BiLiii, Ahicj^v (le jréoijraphic viucerscllc , i.S.'i2, [i. .'>i'i. 



— 350 — 

Ce couil exposé (le loxles montre (|irMncieniiemeiil l'em- 
ploi lie j)oisons sagittaires Ait assez général dans notre Europe. 

Précédennnent on a vu Pline considérer toxicn comme une | 
modilication de taxica dérivé de taxus, if. Quelle r|u'ait été 
cette étymologie, loisfju'on remarque que le mot io^ikÔv^ dont 
actuellement on se sert pour désigner tous les poisons, n'était 
primitivement qu'un qualificatif dérivé de t6^ov^ arc; lorsqu'on 
voit le mot îôs signifier également llèclie et venin; consé(|uem- 
ment, lorsqu'on reconnaît (|ue les idées de llèche et de venm, 
exprimées toutes deux par les mêmes mots, furent longtem|)s 
inséparables l'une de l'autre, on est amené à penser qu'en 
particulier chez les anciens Grecs l'usage d'empoisonner les 
armes de jet devait être habituel. 

Anciennement, en Europe, les jjoisons paraissent a\on' été 
employés pour les difl'érentes armes de jet : dards, flèches, 
traits, javelots, njncidum, sagdla, lelum, dxis^ ôi'(T7o5, I6s, 
jSéXos. Quelquefois, cependant, on empoisonnait aussi d'autres 
armes, comme les scramasaxes. 

L'action toxique de certains de ces poisons paraît avoir été 
remarquablement violente. Aristote dit que le toxique employé 
à la chasse par les (îeltes détermine une mort prompte, une 
décomposition r;q)ide, ictyiûoLv iriv (pdopdv. Pareillement, Sul- 
|)ice Alexandre témoigne de l'extrême vénénosité du j)oison en 
usage chez les Francks, lors(|u'il remanpie (|ue la plus légère 
érosion de la peau, summœciUi, due ;\ une de leurs llèches, 
<lonne une mort certaine. 

Le |)oison sagittaire des Daces et des Dalmates, pré|)aré 
avec YéXévsiov et le vivov, comme le curare conq)osé par cer- 
laines pcu|)ladcs actuelles de l'Amérique, donnail la mort 
lorsqu'il se trouvait en contact du sang, mais n'était nullement 
nuisible lorsqu'il était ingéré. 

D' Ciustave L,i(iNLAL'. 



APPENDICE !N I. 



SEANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

DU VE.NDREDI 7 DECEMBRE 1S77. 



DISCOURS D'OUVERTURE 

DE 

M. RAVAISSON-MOLLIEN, 

PRÉSIDENT DE L'ANNEE 1877. 

Messieurs. 

Les concours ouverts par celte Académie donnent lieu, 
chaque année, à la composition de mémoires approfondis qui 
éclairent d'un jour nouveau diverses parties de l'antiquité et du 
moyen âge. 

L'année qui va finir n'a pas été, à cet égard, des moins 
fructueuses. 

Le sujet proposé pour le prix ordinaire à décerner en i 877 
était de recueillir et d'expliquer les descriptions intéressant 
l'histoire de France pour la période comprise entre l'avènement 
de Pépin le Bref et la mort de Philippe?'', en d'autres termes, 
sous les Carlovingiens et les premiers rois de la dynastie ca- 
pétienne. 

Ce sujet a donné lieu à un travail des plus considérables 
et des plus instructifs dont l'histoire de cette importante pé- 
riode du moyen âge ait fourni la matière. L'auteur en est 
M. Robert de Lasteyrie, jeune savant dont l'Académie avait 
déjà couronné, il y a deux ans, une excellente étude sur les 
comtes et vicomtes d^' Limoges postérieurs à l'an n»il. 

Le concours annuel pour les /\nli(piilés nationales continue 
d'exciter la même et féconde émulation. 



— :i52 — 

liji |)reniière des médailles dont l'Acad(^*niie dis[)Ose (.'sl 
décernée à M. Germain Demay j)our son InvcnUtire des sceaux de 
l'Artois et de la Picardie, recueillis dans les archives, musées et 
collections particulières du Pas-de-Calais, de l'Oise, de la 
Sonnne et de l'Aisne. 

M. Demay avait déjà remporté la première médaille, il y a 
((uatrc ans, [)Our un grand recueil du même genre, Yltwentaivc 
des sceaux de Flandre, Les mêmes qualités qui lui avaient 
valu, en 1878, votre suffrage et vos éloges se retrouvent au- 
jourd'hui dans VInvcnlaire des sceaux d'Artois et de Picardie. Ce 
dernier recueil ne comprend pas moins que la description de 
(juatre mille quatre cent soixante-quinze monuments sphra- 
gistiques, avec tables méthodiques et alphabétifpies très-com- 
|)lètes, et vingt [)lancires photographiques représentant les plus 
curieuses de ces pierres gravées, ou intaillcs, qu'on trouve 
enchâssées dans un certain nombre de sceaux, et qui lont de 
ces monuments du moyen âge des documents à consulter pour 
l'étude de l'antiquité, de ses idées et de son art. 

La deuxième médaille est décernée à M. Charles Brossclard, 
ancien j)réfet d'Oran, pour un mémoire sur les tombeaux, 
cpi'il a découverts à Tlemcen, des émirs ou souverains de cette 
ville, du milieu du \uf siècle à celui du xvi% ainsi que de 
Boabdil, le dernier roi de Grenade, qui, après en avoir été 
chassé par les chrétiens, vint linir ses jours sur la terre 
d'Al"ri(jue, d'où ses ancêtres étaient sortis, iM. Brosselard, 
orientaliste distingué, a rapproché des inscriptions gravées 
sur le marbre de ces tombeaux des passages de dilVérents 
écrivains arabes, et il a composé ainsi un mémoire historique 
(Fiin grand intérêt. C'est un travail (|ui prendra place parmi 
les meilleurs de ceux dont nos possessious africaines ont déjiî 
fourni la matière. 

Kn décernant la troisième médaille à iM. Peigué-Delacourt, 
1 \(iul('mi<' ne r('comj)ense ])as seulement Ihistonc for! com- 



I 

\ I 



— 353 — 

jdète et très-intéressanlo. [nirlicuiièi'tMnent pour l'archéologie, 
(runc abbaye des Bénédictins de l'ordre de (liteaux, jadis 
très-célèbre, et dont les ruines subsistent encore, l'abbaye 
d'Ourscamps, fondée en ii2() dans l'ancien diocèse de 
Noyon ; elle se plaît à récompenser en même temps des re- 
cherches et des publications antérieures très-nombreuses, qui, 
malgré certaines imperfections, ont rendu des services nota- 
bles, et pour lesquelles leur auteur n'a épargné aucun sacri- 
fice; elle se plaît enfin à récompenser ainsi de longues années 
du dévouement à la science le plus ardent et le plus désinté- 
ressé. 

La première mention honorable est attribuée à M. Camille 
(Ihabaneau pour une Grammaire du dialecte limousin, tel qu'il 
se parle aujourd'hui, mais éclairé par de nombreux rappro- 
chements avec les autres dialectes dérivés de la langue latine 
qui formèrent les idiomes du midi de la France, l'ancien lan- 
{juedocien et l'ancien provençal. 

M. Bion de Marlavagne a obtenu la deuxième mention 
pour une Histoire de la cathédrale de Rodez, tirée en grande 
partie de documents originaux restés inédits juscju'à ce jour, 
et riche en faits curieux pour l'histoire de l'art du moyen âge 
et de la renaissance. 

La troisième mention honorable a été accordée à M. Alfred 
Richard, archiviste du département de la Vienne, pour une 
Dissertation sur les populations de l'ouest de la France, qu'on dési- 
ipiait au moyen âge sous le nom de Colliberls, populations qui 
ont donné lieu à des hypothèses très-diverses, et chez ies- 
(|uellcs on a vu le plus souvent, comme chez les Cagots des 
Pyrénées, une race étrangère dégénérée et frappée d'une sorte 
de réprobation. L'auteur démontre, par des textes décisifs re- 
montant au xi" siècle, que la condition des Collibcrts éUul une 
continuation du colonat, cpii avait généralement disparu 
après les (iarlovingiens, et qui attachait l'honmie à la culture 



— 354 — 

(lu sol snns h' dépouiller eiilièremonl de sa liberté, en lui 
laissant la facnlté do posséder en son nom jiropre d'antres 
(erres que celle à laquelle il était fixé. 

La ([uatrième mention est attribuée h M. Gaston Raynaud 
|)Our son Etude sur k (Ualcctc picard, tel qu'il se parlait et 
s'écrivait dans le Ponlhieu, d'après les chartes des xiii' et 
xiv' siècles. Les observations de l'auteur sont intéressantes et 
concluantes, son analyse fine et délicate, sa méthode, en 
général, excellente. 

i\L Brassard a obtenu la cinquième mention pour une 
Etude consciencieuse, d'après des documenis manuscrits, sur 
lu féodalité dans le nord de la France, l'Histoire du château et de 
la cliâtellenie de Douai; et M. Drapeyron, la sixième, pour un 
Essai, 0X1 l'on remarque des vues nouvelles et ingénieuses, 
surk caractère de la lutte de l'Austrasie et de l'Aquitaine, des po- 
pulations franques et de celles du midi, sous les Mérovingiens et les 
Carlovingicns. 

Trois ouvrages avaient paru pouvoir concourir pour le 
prix de numismatique, dont la fondation est due à M. Allier 
de Hauteroche, savoir : un Examen chronologique des monnaies 
frappées par la communauté des Macédoniens, par M. Bompois; 
des Notes métrologiques sur les monnaies d'élcctrum frappées en 
Asie Mineure entre les guerres dites lélantienncs et l'arénenTent do 
Cyrus, mémoire rédigé en anglais par M. Head, et un Essai 
sur les monnaies royales de la Lydie, \)ar M. François Lenormanl. 

L'Académie n'a pas cru devoir décerner le prix; elle n'en 
doit pas moins louer, dans ces trois ouvrages, de savantes re- 
cherches qui jettent du jour sur divers points intéressants de 
la science des médailles et sur quelques-unes de ces questions 
historiques pour la solution desquelles les médailles fournissent 
de si aulbenlicjues documents. 

Le prix fondé par M. le baron Gobert, [)Our le travail le 
plus savant et le j)lus |)rofond sur l'histoire de France et les 



— 355 — 

étudos qui s'y rattachent, a été décerné à M. Célestin Port 
pour un excellent Diclionnnire histonqiw , géôffraplnf[HC el hiogrti- 
phifjiie de Maine-et-Loire. 

Fruit de longues, persévérantes et pénétrantes recherches, 
ce dictionnau'e est un monument tel que n'en possède encore 
aucun de nos départements, tel qu'il serait bien à désirer que 
chacun d'eux en possédât un. De tous les documents imprimés 
ou manuscrits qui pouvaient fournir à M. Port un renseigne- 
ment utile, on peut dire que pas un, de quelque nature et de 
([uelque époque qu'il soit, ne lui a échap|)é ; et les matériaux 
immenses qu'il a ainsi amassés, il les a mis en œuvre avec 
une impartialité irréprochable, un esprit d'ordre et de critique 
des plus rares, un grand art de distribution et d'exposition, 
un style (|ui, s'il n'est pas toujours exempt de bizarrerie, est 
toujours vigoureux et original. 

Le second prix est décerné à M. Roschach pour ses Etudes 
historiques sur la province de Languedoc, études qui continuent 
jusqu'à la Révolution l'histoire que les Bénédictins avaient 
menée jusqu'à l'année t()/i3, et qui complète ainsi l'un dei 
plus grands et des plus utiles travaux dont nos annales natio- 
nales aient fourni le sujet. 

M. Roschach a accompli la vaste tâche qu'il avait entreprise 
avec un savoir et un talent incontestables auxquels il a joint, 
comme M. Port, l'impartialité historique, la parfaite et cons- 
tante modération du jugement. Son style est clair, sans pré- 
tention, sullisamment animé, et, sauf quelques négligences, 
entièrement approprié au sujet. 

Nous avons à exprimer le regret que M. Roschach, en pui- 
sant tant de matériaux utiles dans les archives de la Haute- 
Garonne, n'ait pas compris également dans ses explorations 
les dépôts d'archives de Montpellier et d'AIbi; c'est là, dans 
son important travail, une lacuno à laquelle il s'ellorcera sans 
doute quelque jour de suppléer. 



s 



— 35<i — 

^(»l|•t' rcpictlô ronlVèie Sliinislas Julien a loiidt', par sini 
leslamenl, un [uix annnc;! ponr l'oiivraijo le |)lus iililc à ces 
rliules .sinologi(jU('s qui furent roccupation cl la {jloire de sa 
vie. Ce prix a étë décerné celle fois à M. Philastrc, lieutenant 
do vaisseau, pour son Code annamite. 

Après avoir rendu compte des prix que l'Académie a dé- 
cernés, je dois énumérer, en son nom, celles des questions 
proposées pour cette année qui n'ont encore donné lieu à 
aucun mémoire ou qui n'ont pas été traitées d'une manière 
qui parût entièrement satisfaisante, et qui, en conséquence, 
sont mises derechef au concours. 

Ces questions sont au nombre de deux ; l'une et l'autre se 
rapportent aux concours institués d'après les libérales dispo- 
sitions testamentaires de M. Bordin. 

La première, pour laquelle le concours est prorogé à 
l'année 1879, a pour objet : les Dieux de Dahijlone et de Ni- 
nive. 

La deuxième question, qui n'a encore donné lieu à aucun 
mémoire, et pour laquelle le concours est prorogé jusqu'à 
l'année t88o, concerne l'économie politi(|ue de l'Egypte 
depuis la conquête de ce pays par les Romains jus(|u'à la 
ronquéte arabe. 

Le concours j)0ur le prix biennal de bii)liographic, fondé 
par ]\L Brunet, l'auteur du Manuel du libraire, est prorogé à 
l'année i87(). Il a pour sujet : In Bihlio(frapliie mélliodique de la 
poésie française au moyen âge. 

Sans parler des concours toujours ouverts, soit sur nos an- 
ti(|uités nationales, .soit, en vertu du legs Gobert, sur l'his- 
toire de France, du legs de la Fons-.Mélicoq sur l'histoire et les 
niitifjuités de la Picardie et de Pile de France, du legs Stanislas 
.Julien sur la Chine, du legs Delalande-Guérincau pour l'ou- 
vrage jugé le meilleur par l'Académie dans un genre (ju'elle a 
le soin de déterminer annuellement à l'avance, des legs de 



— 357 — 

Haiiferoche et Duchalais sur la numismatique, et, enfin, du 
pri\ Fou M, encore à décerner, sur V histoire des arts du dessin 
dans l antiquité jusqu au siècle de Périclès, il me reste à rappeler, 
au nom de la Compagnie, les concours proposés par elle, 
dont les termes ont été antérieurement fixés aux années 1877, 
1878 et 1879, et à énoncer les sujets sur lesquels elle ouvre 
aujourd'hui même des concours nouveaux. 

L'Académie a prorogé à l'année 1878 les concours sur les 
sujets suivants : 

Le sénat romain sous la république et rempire jusquà la mort 
de Théodose, et Y Histoire de la Syrie, depuis la conquête musul- 
mane jusquà la chute des Onimiades. . 

En 1878 aussi, sera décerné un prix, en vertu du legs 
Delalande-Guérineau, à l'ouvrage qui sera jugé le meilleur 
sur la langue française. 

Des concours ont été ouverts pour l'année prochaine sur 
YHistowe de la civilisation sous le hhalifat et sur les Grandes 
Chroniques de France. 

D'autres auront lieu, pour 1879, sur les Institutions poli- 
tiques, administratives et judiciaires du règne de Charles F, et sur 
la littérature grecque en Egypte. 

Pour 1880, des concours sont ouverts sur Y Histoire des 
impôts indirects chez les Romains, et sur la Géographie de l'Occi- 
dent, telle que la comprirent et que l'exposèrent dans leurs 
écrits les Juifs du moyen âge, sur la Vie et les œuvres de Chris- 
tine de Pisan, sur les Castes de l'Inde, sur la Vie et les écrits 
d'Eustathe, le commentateur d'Homère au xiif siècle. 

Les Ecoles d'histoire et d'archéologie placées sous le patro- 
nage de l'Académie, les Ecoles d'Athènes et de Rome, ont 
tenu, cette année, tout ce qu'on s'en promettait; elles ont 
envoyé quinze mémoires, dont plusieurs onl une véritable 
importance. 

M. Lebègue avait fait précédemment à Délos , l'île sacrée 

T. ■J.'l 



— 358 — 

d'Apollon, des fouilles (jiii avaient amené la découverte d'un 
sanctuaire placé dans la partie monlafjneuse de celle île, le 
premier vraisemblablement qu'on y eût consacré ; M. Homolle 
a recherché et étudié les débris du grand et maonifique temple 
qui fut érigé plus tard dans la plaine et non loin du port. 
L'un des principaux résultats des fouilles qu'il a pratiquées, 
parrjii des dillicultés de tout genre, avec la plus méritoire per- 
sévérance, a été la découverte de plus de deux cent cinquante 
inscriptions inédites. 

M. Riemann a dressé un ample et exact inventaire des dé- 
bris de l'antiquité et des monuments historiques de toute na- 
ture que renferment les îles Ioniennes. 

MM. Girard et Martha ont j)ris pour sujet d'une étude 
commune les objets découverts dans les fouilles entreprises 
l'année dernière par la Société archéologique d'Athènes sur la 
pente méridionale de l'Acropole, dans un espace occupé jadis, 
en grande partie, par le temple d'Esculape. (les objets sont 
des bas-reliefs et des inscriptions, dont un très-grand nombre 
olfrent un véritable intérêt. 

MM. Girard et Martha se sont livrés, en outre, séparément, 
à un travail de description détaillée d'antiquités diverses con- 
tenues dans des collections publiques et privées d'Athènes : 
j)oids, tablettes judiciaires, jetons de vote, vases et ligurines 
de terre cuite. Ces derniers monuments, qu'on rencontre en 
très-grand nombre dans les sépultures grecques, et parmi les- 
quels il se trouve nombre de chefs-d'œuvre, ont fourni, dans 
ces derniers temps, la matière de questions qui, bien résolues, 
jetteraient, sans doute, beaucoup de jour sur les idées des 
Grecs au sujet de la condition des morts, idées importantes à 
approfondir, qui, cette année, comme la précédente, ont oc- 
cupé plus d'une fois l'Académie elle-môme. 

(î'est assurément un des meilleurs moyens d'avancer la so- 
lution des dillicultés en de semblables matières que des des- 



— .359 — 
rriptions (exactes et circonstanciées, telles que celles ([ue 
MM. Hiemann, Girard et Martha viennent de nous donner. 

M. Haussoullier a exécuté un travail du même genre, et 
qui ofFre les mêmes mérites, sur les vases peints de la Sicile. 

M. Beaudoin a tiré de divers dépôts d'archives de curieux 
documents sur l'état de la Grèce pendant \ns derniers temps 
de la domination vénitienne. 

Tel est le résumé sommaire des travaux accomplis par les 
élèves de l'Ecole d'Athènes. 

Un mot maintenant sur les travaux des élèves de l'École 
de Rome, qui en sont tous, cette fois, à leur première année. 

M. Fernique a entrepris et déjà terminé en partie une mo- 
nographie de Préneste, de toutes ces villes du Latium qui 
balancèrent quelque temps la fortune de Rome celle dont il 
subsiste les ruines les plus considérables, et dont la nécropole 
a rendu à la lumière le plus de monuments précieux. 

M. Emile Châtelain, qui se consacre particulièrement à la 
philologie grecque et latine, s'est livré à des recherches sur 
des manuscrits qui fourniront le moyen d'améliorer, à certains 
égards, les textes de quelques auteurs, tels que Sidoine Apol- 
linaire, le grammairien Donat, le poète chrétien saint Paulin 
de Noie. 

M. Berger a étudié, dans les bibliothèques de Turin et de 
Rome, les manuscrits qui s'y trouvent de nos Chroniques de 
Saint-Denis. 

M. Mabilleau a retrouvé et recueilli beaucoup de manus- 
crits inédits de Gremonini, l'un des philosophes les plus re- 
nommés de l'Italie à la fin du xvi" siècle et au commencement 
du xvii". 

Enfin M. Georges Duruy a rassemblé à Rome et commencé 
à mettre en œuvre les éléments , inédits pour la plupart . 
d'une histoire du cardinal (^araffa , neveu du pape Paul IV. 
qui fut l'agent le plus actif de la ligue formée entre le Saint- 

2/.. 



— 3G0 — 

Siège et le roi de France Henri II contre le roi cl'E&pagnf 
Pliilippe II. Les recherches de M. Mahilleaii et de M. Durin 
se rapjjortent à des temps un peu plus récents que ceux (lui 
sont du domaine spécial de cette Académie ; mais elle ne laisse 
pas d'en apprécier l'intérêt. 

Parmi les travaux de nos deux Kcoles, il convient de com- 
prendre la publication de deux recueils ([u'elles ont commencé 
à mettre au jour, et qui rendent déjà à l'archéologie et à la 
littérature classique des services appréciés du public compé- 
tent, la Bihliothè(jîie des Ecoles <V Athènes et de Rome, et le Bulle- 
(in de correspondance licllémfjuc. 

V^ous le voyez, Messieurs, en laissant à part les travaux 
considérables (|uc vous accomplissez vous-mêmes, c'est une 
longue énumération, plus longue d'année en année, (|ue celle 
des travaux qui s'exécutent sous votre direclion ou votre pa- 
tronage, et cela à l'aide des ressources toujours plus abon- 
dantes, en effet, que mettent à votre disposition, soit la muni- 
ficence de l'Etat, soit celle des particuliers. 

C'est là une preuve que les études que vous avez mission 
de promouvoir excitent un intérêt qui, d'année en année, de- 
vient plus général. C'en est une autre preuve que le succès 
toujours croissant des Comptes rendus réguliers de vos séances 
et, enfin, l'empressement avec lequel le public accueille les 
résumés que lui en offrent des recueils périodiques de plus 
en plus nombreux. 

Doit-on craindre qu'à une époque si occupée de choses 
toutes présentes, et qui, dans sa poursuite inquiète du mieux, 
se montre si empressée chaque jour pour ce que n'a pas vu la 
veille, doit-on craindre que la faveiir cpii s'attache en ce 
moment à l'élude du passé le plus lointain ne soit de courte 
durée? 

Peut-être, au contraire, de ce penchant du siècle vers le 



— 301 — 

changement et la rénovation doit-on conclure que l'étude du 
passé lui est par cela même plus indispensable qu'aux siècles 
antérieurs, et induire, en conséquence, qu'il mêlera de plus 
en plus à sa préoccupation de ce qui est et de ce qui sera le 
souci de ce qui fut. 

D'abord, ce mouvement même, où se succèdent si vite au- 
jourd'hui les choses les plus diverses, excite l'esprit moderne, 
en lui fournissant de perpétuels sujets de comparaison, à s'ef- 
forcer de comprendre; puis, pour suffire à un continuel re- 
nouvellement, l'esprit moderne se trouve obligé à une pro- 
duction de plus en plus abondante et rapide. 

Oi», lorsqu'on s'eft'orce de comprendre les choses, n'est-on 
[)as conduit irrésistiblement à rechercher par quels progrès 
elles devinrent ce qu'elles sont? Pour nous expliquer, à mesure 
que nous y invitent les changements qu'elles éprouvent ou qui 
s'y préparent, nos institutions, nos coutumes, nos idées et les 
formes mêmes de notre langage, pour découvrir les lois aux- 
(juelles toutes ces choses obéissent, malgré tout ce qu'ont de 
libre les volontés dont elles relèvent, lois qui peuvent servir à 
prévoir, au moins dans une certaine mesure , ce que ces 
mêmes choses deviendront, rien de plus naturel que de cher- 
cher à connaître ce qu'elles furent jadis, les états successifs 
par lesquels elles passèrent, surtout les origines d'où elles 
sortirent. 

Comprendre, en réalité, comprendre au sens le plus profond 
de ce mot, c'est voir sous des formes différentes un môme 
londs, dans des phénomènes variés un même principe; sui- 
vant la définition que s'accordèrent à donner de la pensée 
IMaton, Aristote et Leibnitz, c'est rapporter la diversité à l'u- 
nité. 

Et quel meilleur moyen de découvrir sous la multitude des 
phénomènes et des formes le principe iiiii(pie qui en donne 
la raison, que de suivre, en remontant d'Age en Age jusqu'aux 



— 362 — 

coiiimencements les plus lointains , l'cncliaînemenl ininter- 
rompu de leurs métamorphoses? 

Pour produire, d'autre part, rien de plus nécessaire que de 
beaucoup se souvenir. Non-seulement, afin de satisfaire à un 
besoin toujours croissant de nouveauté, les facultés inventives 
n'y suffisant pas toujours , c'est une ressource dont notre 
temps ne fait peut-être que trop d'usage, de suppléer à l'ima- 
gination par l'imitation, et, au lieu d'innover, de renouveler. 
Mais, en outre, c'est dans le souvenir que l'invention même 
trouve toujours la plus grande partie de ses éléments. On a 
souvent remarqué que les anciens donnèrent pour mère aux 
déesses à qui ils raj)portaient tous les genres de composition 
Mnémosyne, c'est-à-dire la mémoire. 

C'est (|ue, des formes diverses que la mémoire rajjproche. 
le principe se dégage, où l'esprit, alors même qu'il ne croit 
qu'imiter, trouve la source, soit de variantes encore inconnues, 
soit même de productions toutes nouvelles. Aussi les grands 
novateurs, alors même qu'ils ont donné le jour à leurs créa- 
tions les plus originales, n'ont-ils souvent prétendu rien autre 
(jue ramener à une antiquité indûment négligée. L'époque où, 
depuis l'antiquité, l'esprit humain montra le plus d'heureuse 
hardiesse et de féconde invention se nomma elle-même la 
Renaissance. Et l'artiste d'alors qui ouvrit en tous sens le plus 
de chemins non encore soupçonnés , le puissant initiateur 
Léonard de Vinci s'intitula ou se fit intituler, sur l'épitaphe 
qui devait être un jour inscrite sur son tombeau, l'admirateur 
et le disciple des anciens. Il lui avait manqué seulement, 
ajoutait-il, l'antique harmonie {^symmetnay Au moins avait- 
il fait pour y atteindre ce qui était en son j)OUvoir, et c'est 
pourquoi il se recommandait à l'indulgence de la posté- 
rité. 

Soit pour conj[)ren(lre, soit puur agir et suffire à la nécessité 
de plus en pins pressante de produire, l'esprit moderne a donc 



«1 /> . 



ooo — 

besoin incessaïuiiient de l'esprit antique. Ce n'est pas tout, et 
il en a besoin en un sens supérieur encore. 

L'esprit moderne, dans son action rapide et sa production 
si souvent hâtive, veut-il néanmoins que les œuvres qu'il peut 
lui être donné d'accomplir portent à quelque degré le caractère 
(|ui assure, dans l'ordre des choses humaines, contre la des- 
truction, il est pour lui une raison, plus haute que les raisons 
que je viens d'indiquer, de reporter incessamment ses regards 
vers les temps d'autrefois. Le caractère, en effet, qui rend les 
œuvres humaines chères et précieuses à tous, qui par là les 
défend de l'oubli et les fait immortelles, c'est la beauté. 

Or, l'antiquité fut par excellence le temps de la beauté. 

L'heure où les choses paraissent le plus belles est, suivant 
hi remarque de l'auteur de la Joconde , celle où la lumière qui 
les éclaire est rare et voilée, où abondent les demi-teintes et les 
ondjres. C'est alors en effet que disparaît sous l'unité, au 
profit de la grandeur, l'excès du détail et de la variété ; c'est. 
alors que semble s'étendre .sur toutes choses un calme souve- 
rain, figure, ce semble, de la simplicité spirituelle dominant 
sur les diversités de la matière. 

Tel est l'aspect des choses à l'heure où coinnience le jour, 
alors que la lumière , sans faire ressortir encore la multiplicité 
des détails, colore les sommets, dessine les grandes lignes. 

Après la nuit des époques tout à fait primitives, qu'on 
nomme aujourd'hui préhistoriques, une aurore se leva qui ne 
rendit visibles d'abord, pour ainsi dire, que les cimes des 
choses. Aux harmonies qu'offraient ces points culminants, cpii 
émergeaient des ténèbres d'un monde encore obscur en ses 
replis, on crut reconnaître une présence divine, (^ette présence 
divine révélée |)ar la beauté, la Grèce surtout y fut sensible, 
et la salua d'une admiration qui fut sa religion. 

A l'univers, encore si |)eu connu dans l'infinité de ses 
parties, mais qui montrait un [A rnsemble, elle donna \o 



— 30/1 — 

nom de Cosmos, (|uejustiri(3 de plus eu plus la science moderne, 
et qui signifie arrangement et parure. Elle le vit beau, elle 
le crut divin. Elle pensa , comme s'exprimèrent j)lusieurs de 
ses sages, que la divinité enveloppait et pénétrait tout, ou, 
selon le mot de celui de qui l'on date le début de la philoso- 
phie, que tout était rempli de dieux; et avec les modifications 
qu'apporta à une telle manière de voir le progrès du savoir 
et du doute, c'est la manière de voir qui, en somme et com- 
parativement aux temps modernes, demeura celle de l'anti- 
quité. 

Au-dessus de ce monde même, les anciens, et les Grecs 
particulièrement, en conçurent un autre dont il n'était encore 
qu'une imparfaite image. Et sur les monuments funéraires, 
toujours destinés, quoi qu'on ait dit, à opposer à l'idée de la 
vie que termine la mort celle d'une vie de perpétuel bon- 
heur, et dans les autres œuvres d'art de toute espèce, ce 
fut le thème favori développé, varié en mille manières par 
l'imagination antique, que celui d'une existence supérieure, 
dont celle des régions qu'on nommait sublunaircs n'offrait 
que des images et des reflets. 

Pylhagore et Platon, avec leurs nombres suprasensiblcs que 
répétaient toutes choses, Aristote, avec son intelligence touti; 
immatérielle qui tenait la nature entière suspendue à elle par 
l'amour, ne firent qu'énoncer en termes philosophiques la 
pensée que réalisait sous mille formes l'esprit grec. 

La divinité elle-même, on se l'imagina, chez les Grecs 
surtout, non-seulement puissante, telle que la redoutaient les 
Ages primitifs, mais à la fois parfaite et heureuse, comme au 
sein d'une atmosphère d'harmonie. C'est ce ([u'exprime le 
sourire qui, dans les ouvrages de l'ancien art hellénique, 
rayonne toujours, joint à une singulière finesse de traits et 
d'expression , sur le visage des dieux et des héros. 

Enfin, c'csl lit) raraclère du jeune Age. où |;t personnalilé 



— 365 — 
ne se prend guère, comme on ie voit souvent plus lard, poui- 
son propre principe aussi bien que pour son objet et son but, 
que de s'abandonner volontiers h une influence qu'il sent su- 
[)éricure; et c'est peut-être le secret de ces grâces qui lui sont 
propres et portent à l'aimer. Il en fut de même de la jeunesse 
du monde. 

Ce quelque chose de divin , que les anciens croyaient voir 
tout au dehors et au-dessus d'eux, ils le sentirent surtout en 
eux-mêmes; ils sentirent en eux un génie venu de plus haut, 
et où résidait concentrée, pour ainsi dire, cette même beauté 
que déployait sous tant d'aspects l'univers visible. Ils furent 
de la sorte, et d'une manière habituelle, dans l'état de celui 
(pii porte en soi un dieu et lui obéit, état appelé par les Grecs 
d'un mol qui a précisément ce sens : enthousiasme. 

(ie fut dans l'enthousiasme que les anciens s'efforcèrent de 
donner expression et forme sensible par leurs lois, leurs 
mœurs, leur littérature et leur art, à cet esprit céleste dont ils 
se croyaient possédés. 

Les chefs des peuples, les peuples mêmes se gouvernaient, 
en toute grande circonstance, par des oracles que rendait, 
sous la forme de chants énigmatiques, des interprètes d'une 
science divine. Les poêles demandaient ce qu'ils devaient 
chanter à des dieux ou des déesses qui , seuls, les enseignaient, 
ou plutôt ([ui parlaient par leur bouche, comme parlait à 
Delphes, par la bouche de sa prêtresse, le dieu conducteur 
des iMuses. Et tout, aux temps anciens, était poésie. L'histoire 
commençante se plaçait sous le patronage des conq)agnes 
d'Apollon. Les vieilles lois, le droit primitif, avec ses actes 
symboliques et sa procédure figurée, tout cela était, selon le 
mot de Vico, «m poëme sérieux. L'auteur de toutes les sciences, 
et, avant tout, d'i langage était le dieu qui avait trouv'; la 
lyre. Une lyre '^n main, un chanlrr inspiré avait lait [)asser les 
hommes de la \ii' des hèles larotnhos à la vie vraimcnl 



— 3GG — 

Immaine, c'est-à-dire de la barbarie à la vie grecque. Dans 
l'éducation, à part ce qui regardait le corps, et que régissait 
aussi, d'ailleurs, le même dieu à qui l'on devait la lyre, tout 
dépendait de ce (ju'on appelait la musique, qui renfermait 
toutes les sciences, que régissaient les Muses, mais où n'en 
tenait pas moins le j)remier rang l'art privilégié auquel appar- 
tenait le pouvoir de façonner l'âme par l'harmonie, de la faire 
elle-même harmonie et beauté, et qui ne s'exerçait bien que 
par des Ames pénétrées elles-mêmes de la beauté divine. La 
science, la philosophie devaient montrer dans le monde un 
poëme divin. Le sévère inventeur de la logique démonstrative. 
Aristote lui-même, assignait encore comme but à la science su- 
prême, ([u'il nommait, de ce nom qu'elle conserve encore, 
la métaphysique, d'expliquer la nature comme un tout har- 
monique, auquel donnait seule l'existence l'inlluence secrèti; 
d'une surnaturelle beauté. La tâche de l'art, enfin, était d'im- 
primer partout à la matière, par la proportion et l'harmonie, 
mieux encore que la nature ne réussissait à le faire, la forme 
du divin. 

Peut-être, en liant l'idée du vrai à celle du beau, eji faisant 
même du beau le suprême du vrai, peut-être l'antiquité ne 
s'est-elle pas trompée. La simple vérité est sujette à discussion 
et à négation : le beau ne se conteste guère. Le beau ne 
serait-il pas la vérité élevée à une puissance ([ui ne compor- 
terait plus d'ombres, comme toute chose portée à une très- 
haute température devient incandescente, et se transforme, 
[)Our ainsi dire, en lumière? 

Dans l'ordre physi([ue, tout ce qui parvient à sa perfection, 
c'est-à-dire à la vérité de sa nature, parvient plus ou moins 
à la beauté. Il en est de même dans l'ordre intellectuel. La 
science, à son plus haut point, devient harmonie, poésie. Il 
on est de même dans l'ordre moral, le [)lns élevé des trois, 
(lomme l'a dit un sage d'une époque peu éloignée de la nôtie. 



" — 367 — 

Ja sagesse est le comiiieiiceiiipiit de la beauté; autrenieiiL dil, 
la beauté est la fin de la sagesse. Et, en effet, le dernier point 
où la sagesse puisse atteindre, n'est-il pas de former une âme 
héroïque, c'est-à-dire, selon le langage des anciens, demi- 
divine ? 

Or, une âme héroïcpie et une belle âme, ne sont-ce pas 
termes synonymes? Et, enfin, dans les efforts que fait la phi- 
losophie la plus sublime pour atteindre à l'essence mystérieuse 
de laquelle doivent sans doute dépendre, en définitive, toutes 
les autres essences, ne semble-t-il pas, aujourd'hui encore, 
que jamais elle n'en soit plus proche, ([u'alors qu'elle l'entre- 
voit à travers une beauté ineffable, dont toutes les beautés 
particulières ne seraient que des rayons plus ou moins affaiblis , 
et dans laquelle elle se manifesterait elle-même, au-dessus de 
l'espace, au-dessus de la durée, comme par une incessante et 
éblouissante fulguration? 

Quoi qu'il en soit Messieurs, c'est par de tels sentiments 
et de telles idées, c'est par cet amour et cette adoration enthou- 
siaste du beau, qui furent comme l'âme de l'antiquité, c'est 
|)ar là que s'expliquent les chefs-d'œuvre qu'elle produisit si 
abondamment en tout genre. 

Recueilhr les débris de ces chefs-d'œuvre, les purifier des 
altérations que le cours des temps a pu leur faire subir, les 
rapprocher ensuite, les éclairer les uns par les autres, les in- 
terpréter suivant leur véritable sens, en dégager enfin le 
|)rincipe (|ui y prit forme et figure, comme une lumière (|ui 
éclaire tout le passé et qui doit éclairer encore toutes les voies 
de l'avenir, tel est l'objet le plus élevé des travaux que cette 
Compagnie accomplit et de ceux qu'elle encourage. Là se 
trouve, encore une fois, la raison la plus haute de l'intérêt qui 
s'attache sans se lasser à de pareils travaux. 

(îonime j'ai déjà eu occasion de le rappeler dans une solen- 



— 3G8 — 

nilé semblable à celle-ci, cette Académie lui établie autrefois 
pour consacrer, par des inscriptions sur les monuments j)ublics, 
le souvenir des grandes actions et des événements mémorables 
de l'histoire nationale; et ces inscriptions, elle devait les ré- 
diger dans un style qui rappelât, comme s'exprime l'édit de 
fondation, la noble simplicité des anciens : simplicité et no- 
blesse, les deux traits principaux, en effet, de la beauté, telle 
(|ue l'antiquité sut la voir et la représenter. A cet office répondit 
le titre que porte la Compagnie : «Académie des inscriptions 
et belles-lettres. » 

Tout art a sa science dont il est le terme. C'est pour mieux 
exercer l'art qui devait être le sien que l'Académie ainsi dé- 
nommée dut préalablement, en quelque sorte, travailler à la 
science que cet art exigeait ; c'est afin de se mettre en état de 
reproduire dignement les exemples antiques , qu'elle dut 
éclairer de ses recherches toutes les parties de l'antiquité. 

L'office de cette Compagnie s'est agrandi sans changer de 
nature. Chargée maintenant, tout en poursuivant des études 
de tout genre sur les langues, la littérature et les arts de 
l'Orient et de l'Occident pendant les temps anciens et au 
moyen âge, où ces temps se continuent, de recueillir et de 
publier les monuments oii sont consignées nos annales, de 
décrire les principaux manuscrits de nos bibliothèques, de 
rédiger notre histoire ecclésiastique et notre histoire littéraire, 
chargée aussi de provoquer et de récompenser en dehors de 
son sein des travaux analogues, l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres a toujours à remplir, quoi(|ue sur une étendue 
bien plus grande, cette même et haute mission de niaintem'r, 
de s'efforcer du moins (h; maintenir par son exemple, dans 
lin genre de littérature, (pii est l'histoire, la tradition de la 
beauté antique. 

Kt qui peut douter (pic de cette beauté maintenue, si elle 
l'est en ell'el, dans nn jMMire si cultivé de nos jours, et an([ni:l 



— 369 — 

s'atlarlie un si grand et universel intérêt, quelque chose ne 
doive rejaillir et se répandre sur tous les autres genres? 

Vous ne vous bornez point, d'ailleurs, dans vos recherches, 
dans la partie scientilique et critique de votre œuvre, à resti- 
tuer et à éclaircir les textes proprement historiques. Vos tra- 
vaux même de composition exigent que vous vous efforciez tout 
aussi bien de rétablir autant que possible dans leur état ori- 
ginal et d'interpréter dans leur vraie signification tous les 
monuments anciens de la littérature et des arts. Or, qui peut 
douter que ces monuments, rendus à leur intégrité première, 
mis dans un jour nouveau et plus vif, n'exercent à eux seuls 
sur la manière de voir et de sentir en tout genre, par la sé- 
duction de leurs juvéniles beautés, quelque favorable et féconde 
influence ? 

Vous pouvez donc. Messieurs, poursuivre avec confiance le 
cours de vos travaux. Votre tâche est d'être les gardiens d'une 
flamme vraiment sacrée qui brilla, presque au commencement 
des temps, comme pour guider à tout jamais, dans tous les 
développements de la civilisation alors naissante, le jugement 
et l'imagination, la raison et le goût, la science et l'art. A cette 
tâche, à tout ce que vous faites pour la remplir dignement, 
l'attention et la faveur publique n'ont jamais moins fait défaut 
({u'aujourd'hui, et tout indique (ju'elles s'y attacheront de plus 
en plus. 

Dût-il en être autrement, dussent d'autres préoccupations 
détourner de vous quehpie jour la plujiart des esprits, ce sera 
assez pour votre récompense que la conscience, qui ne saurait 
vous abandonner, de contribuer en quelque chose par vos 
efforts à conserver ce qu'il y a de mieux fait pour porter tou- 
jours plus loin, sur les vastes espaces que parcourt l'intelligence 
humaine, les clartés qui sauvent des écueils et qui montrent 
le port, 



370 



JUGEMENT DES CONCOURS. 

PRIX ORDINAIRE. 

L'Acîidémie avait proroge à l'année 1877 le sujet suivant qu'elle avait 
déjà proposé pour l'année 1876: 

Ilisloire de la inraterie dans les pays médïterranccns depuis les temps les 
plus anciens jusqu'à la fin du règne de Constantin le Grand. 

Cette question ayant été mise au concours deux fois sans résultats 
satisfaisants, l'Académie la retire et la remplace par une autre, (Voir 
page 373.) 

L'Académie avait en outre proposé pour l'année 1877 le sujet suivant : 

Recueillir et expliquer, pour la période comprise entre l'avénemcnl de 
Pépin le Bref et la mort de Philippe I", les inscriptions qui peuvent inté- 
resser l'histoire de France. 

L'Académie décerne le prix à M. Robert de Lasteyrte. 

ANTIQUITÉS DE LA FRA^"CE. 

L'Académie décerne : 

La 1'° médaille à M. Demay, pour son Inventaire des sceaux de l'Artois et 
de la Picardie (Paris, 1875, in-h")\ 

La 2' médaille à M. Brosselard, pour son Mémoire épigraphique et his- 
torique sur les tombeaux des émirs Deni-Zeiyan et de Boabdil, dernier ivi 
de Grenade, découverts à Tlemcen (Paris, 1876, in-8"); 

La 3° médaille à M. Peigné-Delacourt, pour son Histoire de l'abbai/e 
de Notre-Dame d'Ourscamps (Amiens, 1876, '\n-k°). 

Des mentions honorables sont accordées : 

1" A M. Chabaneau, pour sa Grammaire limousine (Paris, 1876, 
in-8"); 

9° A M. BiON DE Marlavagne, pour son Histoire de la cathédrale de 
liodez (Rodez -Paris, 1878, in-8°); 

3° A M. Richard, pour son étude intitulée: les Collibcrts (Poitiers, 
1876, in-8°); 

k" A M. Raynaud , pour son étude sur le dialecte picard dans le Ponthieu 
(Paris, 1876, in-8''); 

5° A M. Brassard, pour son Histoire du château et de la châtellenie de 
Douai, 3 vol. (Douai, 1877, in-8°); 

G" A M. Drapeyron, pour son essai sur le caractère de la lutte de 



— ;ni — 

l'Aquitaine et de V Auntranie sons les Mérovingiens et les Carlovingiens 
(Paris, 1877, in-S"). 

PRIX DE NUMISMATIQUE. 

Le prix annuel de numismatique, fondé par M. Allier de Hauteroche 
et destine' au meilleur ouvrage de numismatique ancienne publié depuis 
le mois de janvier 1876, n'a pas été décerné cette année. (Voir page B7/1.) 

PRIX FO^•DÉS PAR LE BARON GOBERT 

POUR LE TRAVAIL LE PLUS SAVANT ET LE PLUS PROFOND SUR LMILSTOIRE DE FRANCE 
ET LES ÉTUDES QUI S'Y RATTACHENT. 

Le premier prix a été décei-né à M. Célestin Port , pour son Dictionnaire 
historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, tomes I et II 
(Paris -Angers, 1876, in-8°). 

Le second prix à M. Roschach, pour ses Etudes historiques sur la pro- 
vince de Languedoc depuis la régence d'Anne d'Autriche jusqu'à la création 
des départements , iCâS-ijgo (Toulouse, 1876, in-/i°). 

PRIX FONDÉ PAR M. BORDIÎV. 

L'Académie avait prorogé à l'année 1877 les deux questions suivantes: 

1° Discuter l'authenticité , déterminer la date et apprécier la valeur des 
textes hagiographiques qui se rapportent à l'histoire de la Gaule sous 
Clovis L\ 

9° Faire l'histoire des Isîmiéliens et des mouvements sectaires qui s'i/ 
rattachent dans le sein de l'islamisme. 

Ces deux questions ayant déjà été proposées plusieurs fois sans résul- 
tats satisfaisants, l'Académie les retire du concours et les remplace par 
deux autres. (Voir page 37G.) 

L'Académie avait également prorogé à l'année 1877 le sujet suivant: 

Recueillir les noms des dieux mentionnes dans les inscriptions babylo- 
niennes et assyriennes tracées sur les statues, bas-reliefs des palais, cylindres, 
amulettes, etc., et tâcher d'arriver à constituer, par le rapprochement de 
ces textes, un panthéon assyrien. 

L'Académie ne décerne pas de prix ; mais vu l'intérêt que présentent 
déjh deux des mémoires déposés sur cette question, elle proroge le con- 
cours à l'année 1879. (Voir page 375.) 



— 372 — 

L'Aciulëmie avait en oulro proposai, pour la même annt^e, la ([iiestioii 
suivante : 

Exposer l'économie politique de l'Egypte depuis la conquête de ce pays pai 
les Romains jusqu'à la conquête arabe. 

Ailcun mémoire n'ayant été déposé sur ce sujet, l'Académie proroge le 
concours à l'année 1880. (Voir page 876.) 

I>RIX BRUNET. 

M. Brunet, par son testament en date du 1 A novembre 1867, a fondé 
un prix triennal de trois mille francs pour un ouvrage de bibliographie 
savante que l'Académie des inscriptions, qui en choisira elle-même le sujet , 
jugera le plus digne de cette récompense. 

L'Académie, se proposant d'appliquer successivement ce prix aux 
diverses branches de l'érudition, avait mis au concours, pour l'année 
1877, le sujet suivant : 

Faire la bibliographie de celles des œuvres écrites au moyen Age, en vers 
français ou provençaux, qui ont été publiées depuis l'origine de l'imprimerie. 
Indiquer en outre les manuscrits ou elles se trouvent. 

Quatre mémoires ont été envoyés au concours ; trois d'entre eux ont 
offert des qualités recommandables , mais, en raison d'une exécution 
trop incomplète ou de l'imperfeclion de la méthode, aucun n'a paru 
mériter le prix. 

L'Académie proroge celte question à l'année 1879, ^" '•'' 'codifiant. 
(Voir page 878.) 

PRIX STANISLAS JULIEN. 

Par son testament olographe, en date du 26 octobre 1872, M. Sta- 
nislas Julien, membre de l'Institut, a légué à l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres une rente de quinze cents francs pour fonder un prix 
annuel en faveur du meilleur ouvrage relatif à la Chine. 

L'Académie décerne le prix à M. Philastre , lieutenant de vaisseau, 
auteur du Code annamite. 



— 373 — 
ANNONCE DES CONCOURS 

DONT LES TERMES EXPIRENT EN 1877, 1878 ET 1879. 



PRIX ORDINAIRE DE L'ACADEMIE. 

L'Acatlémie rappelle qu'elle a prorogé à l'année 1878 le sujet de prix 
suivant qui avait été déjà proposé pour le concours de 1876 : 

Faire connaître, d'après les ailleurs et les monuments, la composition, le 
mode de recrutement et les attributions du sénat romain sous la république 
et -s'Oî/s l'empire jusqu'à la mort de Théodosc. 

Les mémoires devront être déposés au secrétariat de l'Institut le 3i dé- 
cembre 1877. 

L'Académie rappelle qu'elle a proposé les sujets suivants: 

1° Pour le concours de i 878 : 

Traiter un point quelconque touchant l'histoire de la civilisation sous le 

l.hallfat. 

Les mémoires devront être déposés au secrétariat de l'Institut le 3 1 dé- 
cembre 1877. 

•2° Pour le concours de 1879: 

Etude sur les institutions politiques, administratives et judiciaires du règne 
de Charles V. 

Les mémoires devront être déposés au secrétariat de l'Institut le 3i dé- 
cembre 1878. 

L'Académie propose, en outre, pour le concours de 1880 : 

1" Elude historique sur les impôts indirects chez les Romains jusqu'aux 
invasions des Barbares, d'après les documents littéraires et épigraphiques. 
(En remplacement de Y Histoire de la piraterie dans les pays méditerra- 
néens, sujet retiré du concours.) 

'2° Classer et identifier autant qu'il est possible les noms géographiques 
de l'Occident de l'Europe qu'on trouve dans les ouvrages rabbiniqucs depuis 
le x' siècle jusqu'à la fin du xv\ Dresser une carte de l'Europe occidentale 
(lù tous ces noms soient placés , avec des signes de doute s'il y a lieu. 

Les mémoires devront être déposés au secrétariat de l'Institut le3i dé- 
cembre 1 879. 

Gliarun do ces prix est de In valeur de denr mille francs. 



35 



37/1 — 



ANTIQUITES DIî LA FRANCE. 



Trois médailles ilc la valeiu' de ciiui ccîHs francs cliacnne seronl dé- 
cernées aux meilleurs ouvrages manuscrits ou publiés dans le cours des 
années iHyO et 1877 sur les Antù/intés de In France, qui auront été dé- 
posés au secrétariat de l'Institut avant le 1" janvier 1878. Les ouvrap-os 
de numismatique ne sont pas admis à ce concours. 

PRIX DE NUMISMATIQUE. 

I. Le prix annuel de numismatique fondé par M. Allier de Haute- 
aociiE sera décerné en 1878 au meilleur ouvrage de numismatique qui 
aura été publié depuis le mois de janvier 1877. Ce concours est ouvert 
à tous les ouvrages de numismatique ancienne. 

I^e prix est de la valeur de quatre cents francs. 

II. Le prix biennal de numismatique fondé par M'"" veuve Duchalais 
sera décerné, en 1878, au meilleur ouvrage de numismatique du moyen 
âge qui aura été publié depuis le mois de janvier 1877. 

Le prix est de la valeur de huit cents francs. 

Les ouvrages devront être déposés au secrétariat de ITnstitut, pour le 
prix Allier de Hauteroche comme pour le prix Duchalais, le 3i décembre 
1877. 

prix fondés par le RAROiX gobert. 

Pour l'année 1878, l'Académie s'occupera, à dater du 1" janvier, de 
l'examen des ouvrages qui auront paru depuis le 1" janvier 1877, et 
(|ui pourront concourir aux prix annuels fondés par le baron Gobert. 
l'^n léguant à l'Académie des inscriptions et belles-lettres la moitié du ca- 
pital provenant de tous ses biens, après l'acquittement des frais et des 
legs particuliers indiqués dans son testament, le fondateur a demandé: 
fMjue les neuf dixièmes de l'intérêt de cette moitié fussent proposés en 
prix annuel pour le travail le plus savant et le plus profond sur l'histoire 
de France et les études q<ii s'y rattachent, et l'autre dixième, pour celui 
dont le mérite en approchera le plus; déclarant vouloir, en outre, que 
les ouvrages couronnés continuent h recevoir, chaque année, leur prix 
jusqu'à ce qu'un ouvrage meilleur le leur enlève, et ajoutant qu'il ne 
pourra être présenté à ce concours que des ouvrages nouveaux.») 

Tous les volumes d'un ouvrage en cours de publication qui n'ont point 



— 375 — 

t'iicore t^t(^ présentés a» prix Gobert seront admis à concourir, si le der- 
nier volume remplit toutes les conditions exigées par le programme du 
concours. 

Sont admis à ce concours les ouvrages composés par des écrivains 
étrangers à la France. 

Sont exclus de ce concours les ouvrages des membres ordinaires ou 
libres et des associés étrangers de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres. 

L'Académie rappelle aux concurrents que, pour répondre aux inten- 
tions du baron Gobert, qui a voulu récompenser les ouvrages les plus 
savants et les plus profonds sur Tliistoire de France et les études qui s'y 
rattachent, ils doivent choisir des sujets qui n'aient pas encore été suffi- 
samment éclairés ou approfondis par la science. Telle serait une histoire 
de province où l'on s'attacherait à prendre pour modèle la méthode et 
l'érudition de dom Vaissette : l'Ile de France, la Picardie, etc., attendent 
encore un travail savant et profond. L'érudition trouverait aussi une 
mine féconde à exploiter si elle concentrait ses recherches sur un règne 
important : il n'est pas besoin de proposer ici d'autre exemple que la 
Vie de saint Louis, par Le Nain de Tillemont. Enfin, un bon dictionnaire 
historique et critique de l'ancienne langue française serait un ouvrage 
d'une haute utilité, s'il rappelait le monument élevé par Du Gange dans 
son Glossaire de la latinité du moyen âge. 

Tout en donnant ces indications, l'Académie réserve expressément 
aux concurrents leur pleine et entière liberté. Elle a voulu seulement ap- 
peler hîur attention sur quelques-uns des sujets qui pourraient être 
éclairés ou approfondis par de sérieuses recherches; elle veut faire de 
mieux en mieux comprendre fpie In haute récompense instituée par le 
baron Gobert est réservée à ceux qui agrandissent le domaine de la 
science en pénétrant dans des voies encore inexplorées. 

Six exemplaires de chacun des ouvrages présentés h ce concours de- 
vront être déposés au secrétariat de l'Institut (délibération du 97 mars 
18/jo) avant le 1" janvier iSjS , et ne seront pas rendus. 

PRIX BORDI-N. 

M. BoRDiN, notaire, voulant contribuer aux progrès des lettres, des 
sciences et des arts, a fondé par son testament des prix annuels qui sont 
décernés par chacune des cinq Académies de l'Institut. 

L'Académie avait prorogé à l'année 1877 '^ ^"j^' suivant : 
Uerueillir les noms dus dinii.r vient ionnés dans les inscriptions hahulo- 



iiieiines et ussyriennes Irucèes .sur les statues, bas-reliefs des jiuluis , 
ri/lindirs , amulettes, etc., et tàclier d'arriver à constituer, /inr te rapjtro- 
chemeiit de ces textes, uiipantJiéon assyrien. 

lille ])i'oi'oge do nouvci'iu ce concours à rttiinéc iHyc). (Voir p. •Jy i . ) 

Los méiiioiros flovront ôlre déposés au socrélarial de llnsliliil le 3i dé- 
conibre 1878. 

L'Académie rappelle qu'elle a prorogea Tannée 1878 la question sui- 
vante : 

Faire nùstoire de la Si/rie depuis In conquête musufinane jusqu'à la chute 
des Ouiéindes , en s' appliquant surtout h la discussion des questions jréogrn- 
phiques et numismaliques qui s'y rattachent. 

Les mémoires devront être déposés au secrétariat de l'Institut le 3i dé- 
cembre 1 877. 

L'Académie avait proposé pour l'année 1877 les sujets suivants : 

Eœposer l'e'conoinie politique de l'Egypte depuis la conquête de ce pays par 
les Bomains jusqu'à la conquête arabe. 

L'Académie proro'j-e co concours à l'année 1880. 

Lt's mémoires devront être déposés au secrétariat do l'Institut le 3 1 dé- 
cembre 1879. 

L'Académie rappelle qu'elle a proposé : 

1" Pour le concours (101878 : 

Etude historique sur les Grandes Chroniques de France. 

fcA quelle époque, sous quelles influences, et ])ar qui les Grandes 
(lhroni(pies do Fr;ince onl-ell<'s été commoncécs? A quelles sources les 
éléments on ont-ils été puisés? Quelles on ont été les rédactions succes- 
sives? 

Les mémoires devront êtredéi>osés au secrétariat de l'Institut le 3i dé- 
cembre 1877. 

9° l'onr le concours de 1879 : 

Etude d'histoire littéraire sur les écrirains ffrecs qui sont nés ou qui ont 
vécu en Egypte , depuis la fondation d'Alexandrie jusqu'à la conquête du pays 
par les A rubes. 

Hecueillir dans les auteurs et sur les monuments tout ce qui j)eul servit 
h caractériser la condition des lettres {grecques on Kfjypto durant cette 
|)ériode; ap|)récier i'iniluonce que les institutions, la religion, les mœurs 
et la littérature é'jyptionnes ont pu exercer sur riiollénismo. 

Nota. L'iiisloiro {\e' la philosophie aloxaudrino. rpii a déjà fait l'objet 
d'un concouis académiipio, nosl pas conq)riso dans co projjrnmmc. 



— 377 — 

IjCs méiiiuiivsdevroiil être déposes itii secirlai'itil do rinslilul le 3i dé- 
fenibre i 878. 

L'Aculémie propose en outre pour l'année 1880 : 

1° Elude hislorif/ue cl cviùque sur la vie et les œuvres de Christine de 
Pisaii. (En remplacement de la question relative à la valeur des textes ha- 
giogruphiques se rapportant à l'histoire de la Gaule, voir pajj'e 871 .) 

'i° Examiner les explications données jusqu'ici de l'orig-ine et du déve- 
loppement du système des castes dans l'Inde. Ces explications ne font-elles qnis 
la place trop grande à la théorie brahmanique des quatre castes, et cette 
théorie peut- elle être admise comme l'expression d'un ordre défaits histo- 
riques? Grouper les témoignages qui permettent de se représenter ce qu'a pu 
être en réalité la caste à dijférentes époques du passé de l'Inde. (En rempla- 
cement de la question relative à l'histoire des Ismaéliens , voir p. 371.) 

3° Etude sur la vie et les écrits d'Eustathe (vin' siècle), archevêque de 
Tlicssalonique. Rechercher particulièrement ce que ses divers écrits nous ap- 
prennent sur l'état des lettres dans les écoles grecques de l'Orient, et sur ce 
qui s'était conservé alors des richesses de la littérature classique. 

Les mémoires devront être déposés au secrétariat de rinslilut le 3i dé- 
cembre i87(j. 

Chacun de ces prix est de la valeur de trois mille francs. 

nUX LOUIS FOLLD. 

l>o prix de la fondation de M. Louis Fould, [)ouv Y Histoire des arts du 
dessin jusqu'au siècle de Périclès , sera décerné, s'il y a lieu, en 1878. 

L auteur de cette lojnlation, amateur distingué des arts de l'antiquité, 
a voulu eug'ager les savants à en éclairer l'histoire dans sa partie la plus 
reculée et la moins connue. 

il a mis à la disposition do l'Académie des inscri[)lions et belles-lettres 
une somme de vingt mille francs , pour être donnée eu prix à l'auteur 
ou aux auteurs de la UKîiileiuc Histoire des arts du dessin : leur origine , 
leurs progrès , leur transmission chez- les dijj'érents peuples de l'antiquité 
jusqu'au siècle de Périclès. 

Par les arts du dessin il faut entendre la sculpture, la peinture, la gra- 
vure, l'architecture, ainsi que les arts industriels dans leurs rapports avec 
les premiers. 

Les coiiciu'rents, tout en s'appuyanl sans cesse sur les textes, devront 
apporter le plus grand soin à l'examen des onivres d'art de toute nature 
que les peuples de l'ancien monde nous (ml hissées, et s'ellorcer d'en 



— 378 — 

préciser les caractères et les détails, soit à laide de dessins, de; ciiliiiiL-^ 
ou de photog'raphics , soit par une description (idèle qui léinoi{jne dune 
étude approfondie du style particulier à chaque nation et à chaque 
époque. 

Les ouvrages envoyés au concours seront jugés par une commission 
composée de cinq membres : trois de l'Académie des inscri[)lions et 
belles-lettres, un de celle des sciences, un de celle des beaux-arts. 

Le jugement sera proclamé dans la séance publique annuelle de l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres de l'année 1878. 

A défaut d'ouvrages ayant rempli toutes les conditions du programme, 
il pourra être accordé un accessit de la valeur des intérêts de la somme 
de vingt mille francs pendant les trois années. 

Le concours sera ensuite prorogé , s'il y a lieu, par périodes triennales. 

Tous les savants français et étrangers , excepté les niembresregnicoles 
de l'Institut, sont admis au concours. 

PRIX LA FONS-MÉLICOCy. 

Le prix trieinial de dix-huit cents francs , fondé par M. dk la Fons- 
Mélicocq, en faveur du meilleur ouvrage sur l'histoire et les antiquités de la 
Picardie et de l'Ile de France (Paris non compris) , n'avait pas été décerné 
en 1875 , et il avait été prorogé à l'année 187G. 

L'Académie décernera de nouveau ce prix, s'il y -x lieu, en 1878; 
elle choisira entre les ouvrages manuscrits ou imprimés en 1876, 1876 
et 1877, qui lui auront été adressés avant le 3i décembre 1877. 

PRIX BRUNET. 

M. Brunet, par son testament en date du \k novembre 1867, a fondé 
un prix triennal de trois mille francs pour un ouvrage de bibliographie 
savante que l'Académie des inscriptions, qui en choisira elle-même le sujet, 
jugera le plus digne de cette récompense. 

L'Académie, se proposant d'appliquer successivement ce prix aux di- 
verses branches de l'érudition , avait mis au concours, pour l'année 1 877. 
le sujet suivant ; 

Faire la bibliographie de celles des œuvres écrites au moi/cn âge, en vers 
français ou provençaux , qui ont étépublicrs depuis l'origiiir dr l'imprimerie. 
Indiquer en outre les manuscrits ou cites se Irourcnl. 

\.\ci\(\nu\o proroge' relte (pieslion à Tannée tH7(). on la inndilianl 
ainsi qu'il suit : 



~ 379 — 

Faire la lnblioi>ruplnc incllwdii/ite des produclions en vers Jruiiçois aulé- 
riemes à l'éjmiuc de Charles VIII qui suiil imprimées, el indiquer aulanl 
(lue possible les vianuscrils d'après lesquels elles l'onl été. 

Les niéiiioiros devront être déposés au secréluiiatde riustilut le 3 1 dé- 
cembre 1878. 

PRIX STANISLAS JULIEN. 

Par son testament olographe, en date du !îG octobre 187-^, M. Sta- 
nislas Julien, membre de l'Institut, a légué à l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres une rente de quin:,e cents francs pour fonder un prix 
annuel en faveur du meilleur ouvrage relatif à la Ctiine. 

Les ouvrages devront être déposés en double exemplaire, au secrétarial 
de l'Institut, le 3i décembre 1877. 

PI'.IX DELALANDE-GUÉRINEVU. 

Madame Delalande, veuve Guérineau, [)ar son testament en date du 
1 mars 1 87-i , a légué à l'Académie des inscrij)tioiis et belles-lettres une 
sonuiie de vingt mille francs (réduite à dix mille cinq francs), dont les 
intérêts doivent être donnés en prix, (ous les deux ans, au nom de Deia- 
lande-Guérincau , à la personne qui aura composé l'ouvrage jugé le meil- 
leur par l'Acaddinie. 

Ce prix, dont la valeur est de mille franc-i, sera décerné, en 1878, à 
l'ouvrage que l'Académie jugera le meilleur [)armi ceux qui auront été 
publiés d'un concours à l'autre sur la langue française (gramniiures, 
lexiques, éditions, etc.), et qui se rap[)orlent à une époque antérieure 
au XV i'^ siècle. 

Les ouvrages destinés au concijurs devront êtn; dé()osés, en double 
exemplaire, au secrélaiiat de l'institut avant le 3i décembre 1877. 



CONDITIONS (iENEUALES 

DES CONCOURS. 

Les ouvrages envoyés aux diflei-ents concours ouveils pai' I Ac.nléinie 
devront parv('nir,y'Y{»c.v de port cl brochés, au secrétariat de llnetilut, 
avant le i" janvier de l'année ou le prie doit vire décerné. 

Ceux qui seront destinés aux concours i»our lesquels li's ouvrages im- 



— ;i80 — 

pririK^s ne sont point admis devronl être i';crits on français nu en latin. 
Ils porteront nnc ('[)iyi'aphe on devise répétée dans un billet cacheté, (pii 
contiendia le nom de rautcur, IjCs concurrents sont prévenus que tous 
ceux qui se feraient connaître seront exclus du concours : leur attention 
la |)lus sérieuse est appelée sur cette disposition. 

L'Académie ne rend aucun des ouvrages imprimés ou manuscrits qui 
ont été soumis à son examen ; les auteurs des manuscrits ont la liberté 
d'en faire prendre des copies au secrétariat di» llnstitut. 



DELIVH.ANCE DES BREVETS 

D'ARCUIVISTKS PALÉOGRAPHES. 

En exécution de l'arrêté de M. le Ministre de l'instruction publique, 
rendu en i833, et statuant que les noms des élèves de l'École des 
chartes qui , à la fin de leurs études , ont obtenu des brevets d'archivistes 
lialéographes, devront être proclamés dans la séance publique de r.\ca- 
démie des inscriptions et belles-lettres qui suivra leur |)romoti()n. l'Aca- 
démie déclare que les élèves de l'Ecole des chartes qui ont été nommés 
archiiHsles paléographes pour l'année 1877. en vertu de la liste dressée 
par le conseil de perfectionnement de cette Ecole , sont : 

MM. Martel (Félix-Louis), 

Pr[jduomme ( Marie-Antoine) , 

Delaborde (Marie-llenri-François) . 

Neuville ( Jean-Baptiste-Didier-Jules) , 

Dlfourmaxtelle (Charles-Marie), 

Dëlahaye (Jules- Augustin ) , 

(liiiLiiAUD-DuMAiNE ( Alfred), 

.'Vndré ( Francis(|ue-Louis) , 

HuociiARD de la Rociiebrociiard (Louis-Henri-Marie I, 

Ok Hon.nault d'Houet (Marie-Louis-Xavier). 



— :is\ — 

NOÏICK HISTOIUQL'I^ 

s 11 H L\ VIF, KT LES THWVUX 

1> E 

\I. LE VICOMTE EMMANUEL !)E UOLGÉ, 

MKMlîliK DK L'ACADKMIE DES INSCRIPTIONS ET l!ELI,ES-LE P TUES , 

PAR M. H. WALLON, 

SECRÉïAinE PERPÉTUEL DE L'ACADÉHIIE. 

Messieuus , 

C'est un deuil pour l'Académie quand elle se voit sé[)arée 
d'un confrère qui meurt plein de jours, ayant achevé sa tache. 
Mais à ce deuil se joint un sentiment de regret plus vif en- 
core quand celui dont elle déplore la perle était dans toute 
la maturité du talent, quand son œuvre allait grandissant 
avec son érudition et que chacun de ses jours pouvait mar- 
quer un nouveau pas en avant dans la science. 

Telle fut l'impression douloureuse que nous causa la mort 
si prématurée du vicomte Emmanuel de Rougé. 

Olivier-Charles-Camillo-Emmanuel de Rougé était né à 
Paris le i i avril t8i i. Ayant achevé ses humanités à Saint- 
Acheul, il étudiait en droit et se destinait au Conseil d'Etat, 
lorsque les événements de i83o décidèrent son père, alors 
colonel, à quitter le service et à se retirer à la campagne. 
Du même coup se trouvèrent changés ses projets d'avenir. 
Tout en suivant les cours de l'Ecole de droit, il n'avait pas 
laissé que de fréquenter le Collège de France et la Sorhonno: 
il assistait aux leçons d'arahe et d'hébreu, et il avait pris un 
goût tout particulier pour les langues orientales. Quoi<pi'il 
aimât avec passion l(?s exercices du corps, le cheval, le.s armes, 
plus spécialciMcnl ht chasse, et quil trouvai dans la vie de 



— 38-2 — 

château tout ce qui pouvait le satisfaire en ce poini, on le 
voyait s'enfermer pour étudier l'hébreu; ce qui prêtait à rire 
à ses amis qui ne le venaient pas voir pour lui faire en cela 
compagnie. Il ne songeait nullement alors aux éludes hiéro- 
glyphi([ues. Ce fut quelques années plus lard qu'il tomba , 
on ne sait comment, sur la grammaire égy[)tienne de Cham- 
pollion. Gela décida de sa vocation pour toujours. Champollion 
n'était plus là. La mort l'avait enlevé bien peu de temps après 
(pi'une chaire avait été créée pour lui au Collège de France. 
M. de Rougé ne se consolait pas de n'avoir pas reçu son en- 
seignement, de n'avoir pas été en mesure de partager ses tra- 
vaux au moins dans ses derniers jours, quand, frap[)é d'un 
mal incurable, l'illustre maître se hâtait douloureusement 
comme pour gagner quelque chose de plus sur la mort ; mais 
il se fit son disciple, et l'on peut dire que Champollion n'en 
eut point de plus dévoué. 

Pendant de longues années, il travailla seul, sans bruit, 
mais avec une passion concentrée. L'Egypte était là devant 
lui avec son histoire burinée sur des pages de granit, avec 
ses sphinx portant l'énigme à deviner sur la poitrine; c'était 
tout un monde à découvrir : monde nouveau ! le plus ancien 
des mondes. Champollion avait frayé la voie. Il avait, comme 
Christophe Colomb, trouvé la terre longtenqis rêvée, la terre 
inconnue. Mais bien des découvertes reslaient à faire et avec 
lui et après lui. Et (juelle matière plus capable d'éveiller la 
curiosité et d'exciter l'émulation, maintenant que le but ne 
semblait plus au-dessus des elï'orts de la science! 

L'Egypte, c'était déjà l'anticiuité pour les anciens. La Grèce 
lui rapportait ses premières origines; et les temj>s modernes 
voyaient encore en partie debout les édifices qu'Hérodote, le 
|)èrc de l'histoire, avait cfuitemplés. (pie Moïse, le législateur 
des Hébreux, avait vu bàlir, (pi'il avait habités. Que disaient- 
ils dans leurs vastes tableaux? Quoi était b' sens de celle 



— 383 — 

mystérieuse (écriture gravée sur leurs murailles? C'est ce que 
Champollion entreprenait de révéler dans cette grammaire 
(|ui exerça tant de fascination sur M. de Rougé : «ouvrage 
étonnant, dit Letronne, qu'on peut regarder comme un des 
plus grands efforts du génie philologique dans les temps 
modernes ' . w 

Champollion commençait par y définir les diverses formes 
de l'écriture des Egyptiens, l'hiéroglyphique, l'hiératique et 
la démotique : l'hiéroglyphique, cette belle écriture en images 
que nous voyons sur les monuments; l'hiératique, ainsi 
nommée d'après Clément d'Alexandrie, bien qu'elle ne soit 
pas exclusivement une écriture sacerdotale ou sacrée, et la 
démotique ou écriture populaire, l'une et l'autre plus usitées 
dans les papyrus ; et il démontrait comment de la [)remière 
des trois dérivait la seconde et de la seconde la troisième, 
par un mode de simplification dont il indiquait les procédés. 
xMais la valeur des signes était-elle la même dans les trois 
systèmes d'écriture? C'était là ce qu'il importait de constater. 
Champollion démontre que les signes hiéroglyphiques pou- 
vaient être employés dans trois sens fort divers : mimique, 
lorsqu'ils expriment l'ohjet même dont ils sont l'image : 
comme un disque pour représenter le soleil, un croissant 
])our dire la lune, etc.; tropique, lorsque l'image n'exprime 
l'idée que par l'une de ces figures de rhétorique nonmiées 
tropes, savoir : par synecdocite , la partie étant prise pour le 
tout, la prunelle pour signifier l'œil, etc.; par niélonymie, en 
prenant la cause pour l'effet ou réciproquement, le soleil 
pour dire le jour, une colonne de fumée pour signifier le feu; 
par métaphove, la partie antérieure d'un lion servant à ex- 
primer la prééminence, l'épervier la sublimité; ou même 
par ÔHigmc, une plume d'aulriiclic voulant dire la justice, 

' 1(1 idMc d'Abijdos vnprimée en caracicies mohilcs. {Jouruftl des buvanis, avril 



~ 88 ^i — 

une abeille la royauté. Euliu, il v a des signes f|ui expriment, 
non plus seulement l'objet dont ils sont l'image ou l'idée 
(]u'ils représentent par une des figures de rbétorirpie dont jf 
viens de parler, mais des articulations ou des sons comuKî 
dans nos al[)liabcls; et voici le principe de cette acception 
nouvelle tel que CliampoUion l'a défini : '? Représenter une 
voix ou une articulation par l'imitation d'un objet dont le 
nom, en langue égyptienne parlée, a pour initiale la voix on 
l'articulation (ju'il s'agit de noter, v Ainsi la figure d'une 
lionne, qui nu sens mimirpic exprimerait une lionne, au sens 
tropique la force ou le courage, exprimera au sens phoné- 
lique l'articulation /, lettre initiale du mot laho, qui dans l;i 
langue des Egyptiens veut dire lionne. Mais il fallait trouver 
ces signes, découvrir dans les textes hiéroglyphiques les élé- 
ments de cet alphabet, et c'est ce que (Ihampollion avait fait 
par un |)rocédé lumineux et simple comme les grandes inven- 
tions. 

Champollion introduisait donc à l'intelligence des textes 
hiéroglyphiques, mais on voit combien il restait à faire pour 
arriver à une lecture un peu complète, même j)our celui qui 
[)Ossédait son al[)habet et qui, par la connaissance du copte, 
savait remonter aux formes antiques de la langue des Egyp- 
tiens. On pouvait lire les mots écrits en caractères phoné- 
licjiies, et notamment les noms pro[)res. soit étrangers, soit 
uîdigènes : lecture qui. même bornée là, était déjà d'une 
très-grande importance, puisqu'elle permettait de retrouver 
les noms des dieux ou des rois donnés par les Grecs, et sur- 
tout j)uis(pi'elle donnait crédit aux listes de rois tirées de 
iMauéthon. On pouvait encore trouver le sens à demi-voil('' 
par les ligures ou Iropes. synecdoche, métonymie, méta- 
phore : mais pour ce (|ui est exprimé par énigme, comment 
le deviner, si les anciens ne nous en ont gardé le sens? Le^ 
anciens nous «mi on! gardé li' sens pour plusieurs, et c'était 



— 385 — 

là ce (jiii |)Oiivail, an [)reniier abord , faiiv iléses[)érer du reste, 
tant il V avait d'arbitraire, d'imprévu, dans l'applicalioii du 
signe à la chose signifiée'. Pourtant Cliampollion n'avait 
point désespéré; et, à force d'étudier et de comparer les 
textes, il avait trouvé plus d'une fois, grâce à des variantes 
habilement recueillies, l'explication littérale des idées expri- 
mées ailleurs énigmatiquement. Il avait remarqué aussi que 
les signes employés pour exprimer les lettres étaient rare- 
ment pris dans un autre sens; que lorsqu'il en était autre- 
uient, l'hiérogrammale avait une manière de l'indiquer, et 
enfin qu'en plus d'une circonstance il joignait à l'expression 
de la pensée un signe (Ulerminatlf pro[)re à dissiper toute 
équivoque sur le sens qu'un groupe de caractères pouvait 
offrir. 

Voilà les traits principaux de la découverte de Champol- 
lion, et je n'ai pas à dire jusqu'où il poussa lui-même l'intel- 
ligence de l'ancienne écriture et de l'ancienne langue des 
Egyptiens. On voit assez que, les principes posés, il restait 
dans leur application énormément à faire 2, et l'on peut com- 
prendre avec quelle ardeur ceux qui, comme M. de Rougé, 
avaient senti le souffle de son génie, devaient se jeter dans 
la voie qu'il laissait ouverte après lui. 

' Voyez Horapollon, Uicroglyphica (éd. Loemaiis, Amsl. i835): deux livres 
contenant, l'un soixante-dix chapitres, l'autre cent dix-neuf, qui donnent 
chacun l'explication d'un signe hiéroglyphique; Fragments du livre de Clirrémon 
sur les hiéroghjphcs , puhliés par Sam. Birch, et traduits par Ch. Lcnormant dans 
la flevue archénlogiq^ie , t. VIII (iH5i), p. i3 et suiv. 

'' «A la mort de Champoliion, dit M. de Rougé dans son Exposé de l'état actuel 
des études égyplimiies (18G7), le livre n'avait perdu que quelques-uns de ses 
sceaux, il fallait briser les autres. Dans l'écriture hiéroglyphique on connaissait 
les principes de la lecture et toutes les lettres simples étaient déliuics. Ou était 
l'galement en possession d'une certaine quantité de caractères idéographiques 
f't (le mots très-nouihreux dans l'expression des(piels l'idée est itiliuicmonl 
jointe au son. La gi';\rMniairc avait été largement ébauchée par (Champoliion, 
mais le dictionnaire u'é'lait encore ouvert qu'à un pelit nombre de pages.» 
(P. 0.1 



— 38G — 

Celte science n'était point restée confinée dans la pairie tle 
(ilinm[)olllon. l)n jour où il ne fut |)lus j)ossible de contester 
sa découverte, on s'empressa de l'exploiter j)artout, — comme 
il arriva pour le canal de Suez, — et les Anglais délaissèrent 
eux-mêmes le docteur Young, pour qui ils avaient revendiqué 
l(! titre de premier inventeur, parce qu'il avait le premier 
deviné, mais non pas lu, le nom de Ptolémée dans l'inscrip- 
tion de Rosette. Les Allemands n'avaient point hésité dans- 
le choix, et parmi eux Champollion trouva de dignes con- 
tinuateurs'. L'Italie lui avait donné un compagnon de voyage 
dans Rosellini, un disciple dans Salvolini, disciple infidèle 
qui, receleur des derniers papiers de Champollion, en usait, 
en son propre nom, pour rectifier son maître sur les points 
où le maître s'était, dans ces papiers restés inconnus, rectifié 
lui-même : il fallut sa mort inopinée pour découvrir sa fraude 
et faire tout à la fois restitution à l'héritage et réparation à la 
mémoire du grand homme indignement trahi '-. 

En France, il avait eu un compagnon de ses voyages qui 
eût été un disciple plus siir et son vrai continuateur, s'il 
n'avait été entraîné vers d'autres études : Charles Lenormant; 
c'est M. de Rougé lui-même qui lui a rendu ce témoignage. 
Mais la chaire créée pour Champollion fut j)endant six ans 

' En Angleterre, MM. Hinks ol Rirch; en yVllemagne, MM. Lepsiiis cl Bunsen ; 
en Hollande, M. Leemans. 

- Letronne dit, à propos de In traduction dn texte grec de rinscription de 
Rosette, qu'il avait communiquée à Champollion : «Après la mort de cet illustre 
philologue (Champollion), ma version s'est retrouvée dans ses papiers, mais son 
analyse des textes égyptiens avait disparu ainsi que d'autres pièces importantes, 
telles que la première partie de son admirable mémoire sur la noiation dos par- 
ties du temps et une portion considérable de son dictionnaire hiéroglyphicpie, 
indispensable complément de sa grammaire. Un indigne abus de confiance les 
avait fait passer dans une main qui n'était pas disposée à les rendre. Enfin, 
après sept ans, ils viennent d'èlre reconnus parmi les manuscrits du spoliateur, 
qu'on hésitait d'autant plus à soupçonner qu'il déplorait lui-même publiquement 
la perte irréparable de ces précieux matériaux.» {Inscript, (p-ecqtte de Rosette, 

p. VI.) 



— 387 — 

iiiuinlenne vacante apirs lui. et Nestor L'hôte, son intivpitlt^ 
auxiliaire, était mort aussi, victime de son zèle. Le soin de 
cultiver en France cette science si éminemment française se 
trouvait comme délaissé. Il tenta un moment J.-J. Ampère, 
esprit éminemment curieux et pénétrant, voyageur infatigable 
à travers toutes les contrées, toutes les littératures, t^ L'admi- 
rable grammaire 55 de ChampoUion l'avait aussi ravi, dissi- 
pant comme par une illumination soudaine les doutes qu'il 
avait partagés avec tant d'autres sur la portée de sa décou- 
verte ^ Néophyte de la doctrine nouvelle, il avait voulu l'aller 
étudier dans le pays même. Il était donc parti pour l'Egyjjte ; 
il en avait visité les ruines, voulant en déchiiïrer tous les 
secrets sur place. Mais il eût fallu s'y donner tout entier, et 
il se sentait attiré par beaucoup d'autres choses. C'est sous 
forme d'impressions de voyage, dans de charmants articles de 
la Revue des Deux Mondes, qu'il a surtout consacré ses sou- 
venirs de l'Egypte, ou bien en vers : 

Non, je n'ouhlirai pas la cité des ruines. 

Dont les débris sont des collines, 
Les colonnes des tours, et dont les habitants 
Sont des rois de granit h taille de Titans \ 

L'honneur de poursuivre en France l'œuvre de Champol- 
lion était réservé à M. de Rougé. 

Ampère l'avait deviné. Je me souviens r|u'un jour, en par- 
lant de ces études, dont il se séparait à regret, il me dit: 
«Il y a dans un château de province un jeune homme qui se 
livre avec ardeur à la lecture des hiéroglyphes; il ira loin s'il 

' Revue (les Deux Mondes, \" aoiil i846. 

' Ampère, fÀU(rniu)s, Vot/agi's at Poésies, l. II, p. 173. Proniior aspect de 
Tlièbcs. — Ilevue des Deux Mondes : Voyages et ficclicixhcs en l^gyptc et en 
Nubie, août, sopleniltre et novembre 18/iG; mars, mai, jiiillrt, octobre 1867; 
avril 18/18; janvier 18/19. 



¥ 



— 388 — 

conlimic.'i M. de Kou<j('' conlimi.i <■( Aiiijir'ic ;i |iu voir Sii 
nri'diclioii léalisée. 

Le |»rcmi('r travail par lecjuel il se (il connaître eomnie 
égy|)(olo[jue au monde savant est une suite d'articles publiés 
de iS/iG à 18/17 ^^'^^^^ ^^^ Annales de pliilosophie chrétienne, 
sous ce titre : Examen de l'ouvrage du chevalier Bunsen; La place 
de l'Egypte dans riùstoire de l'humanité. 

La clef de l'écriture hiéroglyphique était à peine trouvée, 
el, déjà la curiosité publique voulait (ju'on lui en révélât tous 
les mystères. Quelle était l'antiquité de l'Egypte, l'histoire 
de ses rois et les révolutions indiquées par la succession de 
tant de dynasties? Quelle idée devait-on se faire de la religion 
des Egyptiens, de leurs institutions, de leur vie privée? On 
ne pouvait plus se contenter de ce que leurs prêtres en avaient 
dit à Hérodote ou à Diodore de Sicile. Ce n'était pas la peine 
d'avoir découvert les hiéroglyphes, si on ne répondait de point 
en point à chacune de ces (piestions. ChampoUion lui-même 
avait été en quelque sorte sommé de le faire, s'il voulait que 
l'on prit son œuvre au sérieux, et il s'était vu contraint de 
proposer des ex])lications qu'il aurait plus volontiers ajournées. 

Le chevalier Bunsen ne craignit j)as d'accepter ce pro- 
gramme tout entier el de tenter de le remj)lir. 

Dans les trois volumes qu'il avait alors publiés, il passait 
d'abord en revue les documents connus, puis il traitait de la 
langue, de la religion et de l'écriture des Egyptiens aux temps 
antérieurs à l'histoire, pour la raison que la langue, la reli- 
gion et l'écriture ayant existé en Egypte dès les premiers 
temps de leur histoire, c'est au delà qu'd fallait remonter 
pour en trouver les origines; enfin, il traçait le cadre histo- 
rique et chronologique des trente et une dynasties antérieures 
à la conquête des Grecs. 

M. de Rougé le suit dans chacune de ces parties; et c'est 
pour lui une occasion de marquer au public, aver une rare 



— 381) — 

(liscrëlion, ce que la cri(i([ue pouvait accepler et ce qu'elle 
devait réserver jusqu'à preuve ultérieure clans la science des 
antiquités de rEgy|)te. Parmi les monuments, il signale, après 
le chevalier Bunsen, les trois grands documents alors connus, 
qui nous donnent des listes de rois : la table d'Abydos , où le 
grand Ramsès rend hommage aux rois ses prédécesseurs, re- 
présentés devant lui par leurs cartouches ^ ; la chambre des 
ancêtres de Toutmès III, ra])portée de Karnak et donni'e à la 
Bibliothèque nationale par M. Prisse, et le papyrus royal de 
Turin, dont (ihampollion avait signalé la valeur : documents 
qui ne contiennent qu'un certain nombre de noms de rois, 
mais qui, rapprochés de Manéthon, démontrent d'une ma- 
nière générale le caractère historique de ses listes. 

Pour la langue et les écritures égytiennes, M. de Bougé 
relève les observations qui ont étendu ou rectifié sur quel- 
([ues points les données de Champollion, reconnaissant 
volontiers tout ce que l'on doit aux étrangers, noiamment à 
M. Lepsius, mais réclamant contre les oublis des étrangers 
envers les nôtres'-. 11 insiste peu sur ce que M. Bunsen expose 
de la religion antéhistorique des Egyptiens. Il reconnaît que 
Champollion lin'-même avait montré trop de condescendance 
[)0ur l'impatiente curiosité des lettrés en ce point, et il ne 

' Enroulements elliptiques qui renfennoiit ios noms et les litres des rois. — 
Voyez la reproduction de celle table dans l'article de Lelronne, La table d'Abydox 
imprimée en caractères mobiles {Journal des Savants, avril i 8^.5). 

- Ainsi, à propos do récriluro démotiqiie, il signale la façon d'agir de plu- 
sieurs, rqui souvent ont deviné, mais qui n'ont rien lu,-' et il ajoute : r'M. Bun- 
sen n'a pas connu le bel ouvrage de M. de Sanicy, mais nous dirons à sa place 
(|u'à l'aide de nouveaux alphabets plus complets, cl où la valeur de chaque 
lettre est déduite par une mélliodo rigoureuse, on p^il enfin lire la plupart des 
mots démoliqucs, et se livrera un travail pliilologi([ue qu'exige leur inlcrpréla- 
lion. C'est avec bonheur que nous constatons que ce pas si important a encore 
été franchi par un Français : la lecture et rintcrprélation de quelques groupes 
pourraient être contestés, mais l'ensemble restera comme un modèle de bonne 
critique, de vues ingénieuses et d'une bonne foi littéraire bien précieuse en de 
semblables études. >i (Annales do philosophie chrétienne, \H'\(\,\, XIV, p. .'iGo.) 

v. oG 



— 390 — 
paraîl pas croire que M. Bunsen ail mieux réussi à recon- 
stituer !e panthéon égypliiMi dans les trois cycles de dieux 
qu'il y dispose. 

L'bistoire des dynasiies offrait un terrain plus solide, mais 
à une condition, c'est qu'on s'en tînt à une méthode rigou- 
reuse et précise dans l'emploi des matériaux fournis par les 
monuments. C'est ici (jue la ci'ilique doit se mettre en garde 
contre l'imagination. Le chevalier Bunsen aborde l'histoire 
d'Egypte par Menés, cpii ouvre l'ère des dynasties humaines. 
Quand on enseigne l'histoire d'Egypte, c'est en effet par 
Mènes qu'il faut commencer; mais quand on reconstruit cette 
histoire, quand on en dresse la chronologie, c'est bien jdulôl 
par lui qu'd faut finir. Tout en relevant ce vice de méthode, 
M. de Rongé n'en signale pas moins avec empressement les 
points de ces annales qui lui paraissent établis par M. Bunsen, 
et il en passe en revue les différentes épo([ues, sur lescpielles 
il aura à revenir dans la suite par les nond^reuv mémoii-es 
qui forment son œuvre. 

Cette suite de dynasties offre assurément la plus longue 
période que l'on puisse parcourir dans l'antiquité à l'aide des 
monuments. Jusqu'où nous fait-elle remonter? C'est ici que 
M. de Bougé a redressé heureusement la marche de M. Bun- 
sen. Partant des époques connues, de la conquête d'Alexandre 
en 332, ou de celle de Candiyse en 697 ^ il remonte avec 
les chiffres de Manéthon jusqu'à l'invasion des Pasteurs (dix- 
septième dynastie, environ 2900 ans avant .1. C), sans 
négliger les points de re[)ère dans les chronologies des 
peuples voisins quand il s'en trouve. "Comment procéder au 
delà? Faut-il admettre avec Bunsen l'hypothèse des dynasties 

» Pour des raisons tiivcs de la chronolo<;ie ép^yplicnni', M. de Roiijfi'. d'accord 
avec M. Brugsch, rap|>orlc rinvasion de l'Kgypto à la IV année do Cainbyso au 
iieu de la 5° année (Biô), date qui résiille de la chronolofïie des Grecs el qui 

fsl ;;>''iii''rnlemenl adopl(''e. 



— 391 — . 

siniuhanëos. fait ilonl Manéthuii d'aill(?ui\s iiou^j offre la 
prouve lui-même, puisqu'il donne un rang aux Pasteurs 
j)armi les dynaslies égyptiennes? Faut-il la nier avec d'autres 
(pii, sur d autres indices, prétendent que Manéthon, voulant 
présenter une série vraiment chronologique des dynasties, 
a élagué lui-même celles (|ui n'y concordaient pas? M. de 
Rougé ne se prononce pas dans ce travail ; mais il écarte une 
objeclion (pi'on pourrait faire à l'antiquité de rEgy|)te en se 
l'ondanl sur la nouveauté relative de l'homme d'après les livres 
saints. Il montre que la chronologie de la Bible, parfaitement 
établie jusqu'à l'origine de la royauté, se trouve interrompue 
par la période confuse des Juges; qu'au delà on a bien l'âge 
des patriarches, mais qu'il y a des lacunes dans la suite des 
|tatriarches, l'établissement de leur généalogie n'exigeant pas 
(jue l'on en donne tous les anneaux. Il n'y a donc j)as de 
date fixe pour le déluge, il n'y en a pas pour la création. La 
Bible ne dit nulle j)art que le monde a duré (|uatre, cinq ou 
six mille ans avant .lésus-Christ; c'est nous (jui avons cru 
|)Ouvoir arriver à ces nombres par le calcul : ils ne sont autre 
chose que le résultat d'une addition dont nous n'avons pas 
tous les éléments. Il n'v a donc pas lieu de contester à l'E- 
gypte telle antiquité que réclament ses monuments histo- 
riques. Seulement il faut prendre garde, vu le défaut de 
contrôle pour des temps si reculés, de faire abus des chiffres 
en sens contraire. C'est une règle de prudence que M. de 
Rougé, dès ses débuts, conseille au chevalier Bunsen et que 
lui-même n'a pas cessé de pratiquer. 

J'ai insisté sur ce premier travail de M. de Rougé parce 
(|ue, en raison de l'étendue des matières comprises dans 
l'ouvrage dont il fait l'analyse, d aborde presque tous les 
points de la science à laquelle il devait se consacrer entière- 
ment : langue et (>criture des anciens Egyptiens; histoire, 
chronologie fondée, soit sur la comparaison des documents 

aG. 



— :m)2 — 

enlre eux. suit sur leurs nipports avec les phénomènes ré- 
lesles; rcliffion, coutumes, caractères de l'art au\ difléreutes 
<'|)Of[ues, J'y ai insisté parce qu'il y montre déjà ce sens cri- 
tique et celte conscience qui se défie des solutions préma- 
turées, et préfère à l'éclat de prétendues conquêtes une 
marche plus lente, plus modeste dans ses progrès, mais 
moins sujette au recul. 

Ce premier travail fut suivi de près de quelf|ues autres, où 
il soutenait l'attente qu'il avait excitée : Lellres à M. Alfred 
Maury, \° sur des lions de granit rose, du roi Aménophis lll 
(Memnon), qui se trouvent au Musée Britannique; 2° sur le 
Sésostris de la douzième dynastie (18/17^); Lettre à M. de 
Smilry sur les éléments de l'écriture démotique (18^8-); 
hommage bien légitime rendu à nos deux confrères : le pre- 
mier, alors sous-bibliothécaire à l'Institut, lui avait procuré 
les relations et fourni les renseignements les plus propres à 
le diriger dans ses études; le second l'avait initié, par ses 
ouvrages, à la connaissance de la forme populaire de l'écri- 
ture chez les Egyptiens. Toujours heureux des j)rogrès de la 
science, quelle que soit la main qui y travaille, M. de Hougé 
signale comme un événement, dans sa lettre à xM. de Saulcy, 
l'apparition en Allemagne d'une grammaire démotique ré- 
digée par un jeune avocat de vingt et un ans, M. Brugsch; 
mais, non moins fidèle au culte de son maître, il rappelle 
que Chaii)|)ollion avait vu et signalé le premier le vrai carac- 
tère de l'écriture démotique. 

Après cet hommage rendu à (!lianq)oIlion et à M. de 
Saulcy, et ce salut de confraternité littéraire adressé au jeune 
savant d'outre-Rhin, M. de Rougé montrait (pie, lui aussi, 
saurait faire avancer la science; car de sa lettre on |)ouvait 
déduire ces j)riiiripes nouveaux et féconds : 1" que l'alphabet 

' Rri'ur nrrhpolnfriqur , 18^17, I. IV, p. 1 1 f» p1 '178. 
••' Ihiil. i8'it<, t. V, p, .S21. 



— 393 — 

domotique, lout comme l'alphabet antique, n'admet qu'un 
petit nombre de types pour chaque articulation; 2° que 
chacun de ces types est dérivé, signe à signe, d'un caractère 
de l'alphabet hiératique, qui exprimait la même voyelle ou la 
même consonne; 3° que très-peu de caractères sont assez 
défigurés dans l'alphabet démotique pour que cette transition 
ne soit pas encore sensible dans des rapprochements judicieux. 

A ces trois lettres il faut joindre plusieurs morceaux fort 
courts, mais d'une grande importance historique : 1" une 
Note sur une inscription des rochers de Semné, rapportée par 
J.-J. Ampère^; 2° une Letti^e à M. Leemans, directeur du 
musée d'antiquités des Pays-Bas, sur une stèle égyptienne de ce 
musée ( 18/19 ^). 

La table d'Abydos présente, immédiatement avant la dix- 
huitième dynastie, des noms de rois qu'en raison de leur 
place on croyait de la dix-septième, et dans lesquels M. Lep- 
sius, usant avec bonheur des noms royaux de Manéthon, 
reconnut la douzième dynastie. Dans les deux morceaux que 
j'ai cités, M. de Bougé signale des rois qui ont immédiatement 
précédé ou suivi ceux en qui M. Lepsius avait retrouvé la 
douzième dynastie. C'est donc d'une part la onzième, de 
l'autre la treizième dynastie (ju'il relève à son tour dans la 
personne de plusieurs de leurs rois (les Antef , les Sevekhotep) , 
et le vide qui existait ici dans les listes de Manéthon se trouve 
en partie rempli^. 



' Revue archéologique , t. V, 18^18, p. 3i 1 et siiiv. 

- Ibid. t. VI, iS'kj, p. 557 etsuiv. 

■' M. (le Rougé achève sa démonstralioii au moyen de trois laits ({u'il lire de 
Manéthon. 11 y est dit : 1" que le quatrième roi est le véritable Sésostris, et a" que 
son successeur fonda le Lahyrinihe. Or, dans les snbstructions de cet anifque 
monument, M. Lepsius a recueiMi le nom d'Amenemha III, et le prédécesseur 
de celui-ci, qui, selon Manéthon, devait répondre au Sésoslris delà douzième 
dynastie, est Sésourtasen III, doni le nom reproduil le ladiral de Sésoslris. 
Knfin, selon Manclhon, la douzième dynastie finit par une reine S«efji(o0p<5; 



— 39/» — 

Dans celle inéiiKî année i8/iy, il élait ramené au j^rand 
[)roblème de la chronologie, det" de voule de l'histoire, par 
un travail du savant allemand dont je viens de parler, ï In- 
troduction à la cinwwlogie des Ep-yptiens , par Richard Le])sius 
(lîerlin, i8/j8^). iM. Lepsins n'avait pas cru plus que M. de 
Rongé le système chronologiijue de l'histoire d'Egyple fixé 
par le livre de son ami le chevalier Runsen. 11 se posait ces 
deux cpieslions ; i" Quelles sont les conditions d'une chro- 
nologie histori((ue pour l'Egypte? a" Jusqu'à quelle limite 
dans l'antiquité a-t-on les moyens de l'établir? 

Avant même (pi'on eiit |)u lire les hiéroglyphes, les mo- 
numents de l'Egypte avaient donné l'espoir qu'on les |)ourrail 
l'aire servir un jour à la chronologie. On sait quelle prodi- 
gieuse antiquité Dupuis attribuait au genre humain, que dis-je? 
aux connaissances astronomiques, au moyen des zodiaques : 
ce n'était pas moins de i3,oou ou de i5,ooo ans; et 
Letronne a démontré, par les inscriptions gravées sur les 
temples, qu'aucun des zodiaques égyptiens n'est antérieur à 
la domination des Romains en Egypte, f^e zodiaque circulaire 
de Denclerah, (pie l'on peut voir à la Ribliothèque nationale, 
et auquel Dupuis, d est vrai, ne donnait (ju'une ancienneté de 
i 468 ans avant notre ère^, porte le titre d'un empereur, proba- 
blement Néron "\ Mais l'Egypte, grâce à son admirable climat, 
conservait des monuments de la plus haute antiquité; et, 
dès (pi'un peuple a des monuments, il doit oll'rir des moyens 

el M. de Hougé i'idcnlilio, par son nom même cl en dépit des contradictions 
appai'onlcs de co nom, avec Seveknowreon , qui occupe la place correspondante 
dans les listes nionunienlales. {Ilevue arcki'ol. iH'uj, l. VI, p. 577 el siiiv. 
Voyez encore sur la douzième dynastie la Noie de M. de Rougé citée plus liniil 
sur une inscription des rochers de Semné. Ibid. 1 H/18, t, V , p. ;i 1 1 et sniv. ) 

^ lievue archéol. 18/19, t. VI, p. 535. 

^Observations .sur le zodiaque de Dendcruh. l lievue pliilosophiquc , 11 mai 
i8o(), p. 267.) 

^ Ghampollion, Lettre à M. Ducier, p. aTi. — Leironnc, Observations critiques 
fl nrcht'olo(fiqites sur Votijot den représentations^ zodiacales , 1 Sa'i . p. ç)5. 



— 395 — 

fie contrôle à ses annales. Les Kgyptiens les faisaient-ils servir 
à leur chronologie, et leurs notions astronomiques les ont- 
elles aidés en ce point? Tel est le problème que M. Lepsius 
devait résoudre et que M. de Rougé avait à discuter après lui. 

Voici les prémisses du débat. Les Egyptiens, peuple agri- 
culteur, avaient adopté l'année solaire. Ils avaient, dès la 
douzième dynastie, peut-être dès le temps des Pyramides, 
l'année vague de trois cent soixante-cinq jours. Ils connais- 
saient l'année relativement fixe de trois cent soixante-cinq 
jours un quart, déterminée par le lever héliaque de Sothis ou 
Sirius, qui avait lieu en Egypte à l'époque de la crue du 
Nil, vrai commencement de l'année agricole en ce pays^ Ils 
savaient que par l'intcrcalation d'un jour tous les quatre ans 
le lever héliaque de Sothis pouvait être maintenu au même 
jour dans leur calendrier^. Ils pouvaient savoir enfin cju'à 
défaut d'intercalation, le lever de Sothis retardant peureux 
d'un jour tous les quati'e ans, une période de i/(6o années 
sothiaques correspondait à i /i6i de leurs années vagues. 

Cette période a-t-elle été connue des anciens Egyptiens et 
leur a-t-elle fourni une ère pour la suite des années de leur 
histoire? On sait par le texte fameux de Censorin^ qu'en 
l'année où il écrit, 988 de notre ère, on était dans la cen- 
tième année de la |)ériode sothia([ue, période qui avait com- 
mencé le 20 juillet i3(j, M. Biot, qui rattache à l'observation 

' Aussi celte l'ioile t'sl-elle appelée «Dame du coiDmericeiueiil de l'aiinée)! 
dans des liiéron;lyplies du temps du grand Rauisès. (M. de Rou[jé, arlide sur 17m- 
Irod. à la clironohirlp des Egyptiens, de R. Lepsius. Revue archéol. I. VI, iSAy- 
i85o, p. 666.) 

■^ Eudoxe, plus de trois siècles et demi avant notre ère, avait emprunte aux 
Egyptiens celle période de quatre ans, dont trois de trois cent soixante-cin(| 
jours et un de trois cent soixante-six jours. (Ideler et Lelrouue, cités par 
Tli.-II. Martin, Mémoire sur la date hisioriqite de la période sothinque , l'nniiquité 
et la conslilalidii de relie jiériode égypiieniic. Méin. de l'Aaid. îles infirrlpliinis. 
Savant» étrangers, i " série, t. VIII , p. atia. ) 

' De l>ie imtali , p. i i3. i i 'i , éd. Havercamp. 



— 390 — 
des équiiioxes et des solstices la (hjleriiiinaliun de l'année 
fixe en Kgypie, est disposé à croire que l'invention de la 
période s(»lliia([ue ne date que de la dernière époque marquée 
par Censorin. M. Lepsius, dans le livre qu'examine M. de 
Bougé, la reporte au terme précédent. iSaa av. J. (1. .M. de 
Bougé à son tour, dans un savant article où il apprécia par 
la suite l'ensemble des travaux clironolojjiques de M. Biot, 
incline à la faire remonter jusqu'au terme antérieur, 2782 
av. J. C, où la plaçait déjà Fréret '. Cette façon de remonter 
de lAGo en i/i6o ans semble supposer que la période so- 
thiaque n'a pu être trouvée qu'au moment même où l'on 
voyait le lever héliaque de Sothis marquer tout à la fois le 
commencement de l'année naturelle et de l'année civile. Or 
il n'en est rien. L'invention de la période sothiafjue n'est pas 
un fait d'observation , mais de calcul. Pour la trouver, il n'était 
pas nécessaire ([ue l'on eût constaté plusieurs fois de visu le 
retour du commencement des deux années au même jour; et 
cela n'était même pas possible, M. Biot l'a démontré^. Toute 
l'astronomie des Egyptiens consista ici à reconnaître que le 
lever héliaque de Sothis retardait d'un jour tous les quatre 
ans sur leur année. Cela fait, un simple calcul leur faisait 
voir qu'en quatre fois autant d'années qu'il y avait de jours 
dans leur année civile, c'est-à-dire en cpiatre fois 365, ou 
1/460 années vraies, correspondant à 1/161 années vagues, le 
lever héliaque de Sirius reviendrait pour les deux sortes 
d'années au niênie point initial. \a\ |)ériode sothiacpie a 
donc pu être inventée en une année quelconque. A (juelle 
épo(jue l'a-t-elle été? On n'en sait rien : car il n'y en a 

' Travaux de M. Biol sur le ralondrirr et l'nstronou>io (h-.t anciens Egyptiens. 
{ licvue ronlempnrauw , i8(')a, p. 97001 -j^îî.) 

^ Ik'chercJiox sur (lucliiiws dates absolues ijiii jH'nvenl xr conclave tles dates 
raj^iies insn^lcs sar des monuments éjiiifjtiens { KxIraiL ilii I. XXIV de l'Acail. flos 
ficienccs , p. 1 5 ). 



— 397 — 

e 

aucune trace dans les textes. Quand les Egyptiens en ont-ils 
fait usage pour leur chronologie? Jamais'. Les Egyptiens, qui 
avaient trouvé l'année vraie, s'en étaient tenus à leur année 
vague : cela est prouvé par tous les textes de l'antiquité clas- 
sique, et vient d'être confirmé par leur propre témoignage 
dans le décret bilingue de Canope découvert en 186/4^. De 
même qu'ils ont connu l'année vraie sans l'appliquer à leurs 
usages civils, ils ont connu la période sothiaque sans y re- 
courir pour le calcul des temps de leur histoire; ils se conten- 
taient de rapporter les événements aux années de leurs 
rois; et les nombres qui en résultent étant sujets à mille alté- 
rations, tous les calculs qui ont eu pour objet de rattacher 
rétrospectivement les faits eux-mêmes à la période sothiaque 
ne peuvent prétendre à la rigueur astronomique. 

Pour trouver dans la suite des temps quelques points fixes 
à l'histoire de l'Egypte, il faut donc se borner à chercher si 
aux années des rois ne seraient point rattachés quelques phé- 
nomènes naturels dont l'époque puisse être déterminée astro- 
nomiquement. C'est à cette conclusion qu'arrivait M. de 
Rougé; et c'est dans cette pensée qu'on le voit plus tard re- 

' Voy. Th.-H. Martin, Mémoire cilé [Mémoires de l'Acad. des inscriptions. 
Savants éti-anf^n'vs , i" série, t. VIII, p. 219 el siiiv.). Il réfute Topinion de 
M. Lepsius ( C/(9Wio/. der /Egypicr, l. I,p. 17/1-180,010.), cpii prétend «que 
les prêtres é;;ypliens étaient en possession d'une chronologie fondée dès long- 
temps sur l'emploi de la période sothiaque, et que le prêtre égyptien Manéthon, 
en écrivant son histoire des dynasties de l'Egyplc depuis Menés jusqu'à Necta- 
ného, avait trouvé dans les documents antiques les renseignements nécessaires 
pour indiquer avec v(*rité, outre les années des règnes, la place du conmience- 
menl de chaque règne dans l'une des trois périodes solliiaques qui dataient du 
a juillet (julien) dans les années chronologiques /la'ia , 97S3 el l'Sni av. J. C.n, 
assertion dont aucune juslilicalion n'est produite. (II. Martin, /. /. p. 362.) — 
(If. l'art, de M. de Hougé, lievue avcliéol. t. VI, 18/19-1 87)0, p. 00.^). 

■^ Les prêtres proposent à IHolémée Kvergète d'opérer dans le calendrier, ;)ar 
l'inlercalatioii d'un sixième jour épagomène tous les (piatre ans, la n'Iormc ([ui 
constitua, sous Jules (Jésar, le iMJcndrirr julien , proposition (pii alors piirait être 
resiée sans t>fl"el. 



— 398 — 

clieicher avec tant île zèle les (ails aslionomi<|ues dans le> 
annales des Égyptiens, afin de fournir à M. liiut les éléments 
d'un calcul précis. 

Dans les divers articles dont je viens de parler. M. de 
Rougé n'avait l'ait encore que monlrer par la critique des 
travaux des autres ce qu'il savait et ce qu'il pouvait entreprendre 
])ar lui-même. Il en donna la |)reuve par un travail personnel, 
dans un mémoire (ju'il l'ut admis à lire, en cette même 
année i8/i(), à notre Académie : Sur l'inscription du tombeau 
d'Alimès. C'est une exposition et une application dos principes 
qu'il s'était prescrits à lui-même, en abordant le domaine 
conquis par Cliam[)ollion pour l'étendre à son exemple. Ré- 
pudiant en même tenqjs ^ la foi aveugle dans la parole du 
maître et la déliance opiniâtre qu'avait insj)irée à plusieurs la 
marche souvent irrégulière de ce génie si [)énétrant -n . il déclarait 
|u il se tiendrait dans une réserve absolue, tant que la preuve ne 
lui semblerait pas faite. Il s'était donc |)roposé de prendre un 
texte étendu de l'époque pharaonique et d'en faire une étud(î 
analytique, afin de constater «les points acquis et les lacunes 
delà science, ses richesses, ses besoins ''. — «On a trop pro- 
cédé par divination partielle, disait-il encore. Rien n'est j)lus 
dangereux (pi'une méthode incomplète. 11 en résulte ce double 
effet, également fâcheux : que les esprits dilliciles attendent 
les preuves qui n'arrivent pas, et que la plupart des lecteurs, 
acceptant les traductions sur parole, en tirent les conséquences 
les plus fausses. Ne rien traduire sans uni; analyse qui rende 
conq)le de tous les éléments d'un mot, c'est un devoir (|ue 
régv])tologue doit s'im|)Oser par respect pour la science et [)our 



Cl 



le public '. " 



Celle analyse était d'ailleurs rendue plus facile par les 

' Mi'iiioiir Hiii- rinscrii>ltiiii ilu loinhinii (rAltinis. thcf tic* tiiiitloiiwr» (M<''- 
moiros pirseiilos par divois saxariLs à lAiM'l.iiii"' ilos inscriptions ol licites loi dos, 
r'soric, I. III, i" pari. p. lî cl siiiv.J. 



_ 399 — 

règles (lu'on élait arrivé à se faire depuis Ciiain[)ollion. et 
M. de Rongé en rappelle ou en propose plusieurs dans ce mé- 
moire. 11 nota que Talphabet antique, c'est-à-dire la liste des 
caractères employés comme simples signes d'une articulation 
à l'époque de l'inscription dont il s'occupe (dix-huitième 
dynastie), se divise en seize types bien distincts ^ 11 en re- 
tranche plusieurs, les uns d'une lecture trop douteuse-, d'au- 
tres détournés do leur valeur idéographique dans des cas tout 
(wceptionnels ; et il signale une troisième classe, extrêmement 
nombreuse, où se rangent des caractères incontestablement 
svllabi(|ues '•^. 

Tout cela montrait assez que pour déchiffrer un texte il ne 
sullisait point de chercher la valeur des signes en tête d'une 
grammaire. Une des questions les plus importantes el les 
plus diiïiciles à résoudre était celle-ci : Un signe était-il sus- 
ceptible de plusieurs lectures différentes ? iM. de Rougé répond : 
«S'il s'agit de caractères que j'ai nommés purement alphabé- 
titjues, non. en tant ([u'ils sont pris alphabétiquement; pour 
un caractère idéographique isolé, oui. 55 Mais il y avait les 
caractères syllabi((ues et ceux qui étaient employés d'une ma- 
nière semi-idéographique et semi-ptionétique, et pour ceux- 
là sa réponse était moins péremptoire : ç? Personne, dit-il, 
n'a encore abordé la question dans ces termes. 11 est certain 
néanmoins (jue la valeur idéographique du signe domine en 

' ff Car j'admets, dit-il, avec MM. Lepsius, Bircli et Hincks, que ctiaqiio signe 
alphabétique, en Egypte comme ailleurs, correspondait à niio articulation déter- 
uiitK'-e, et non pas à (oulo une classe d'articidations liées ensemble par l'allinité 
(Porgane, connue dans l'alphabet de Cliampollion.)) (Méiiioiro, etc. p. 8.) 

- Cbampollion avait pu être induit à les admettre on travaillant sur des textes 
du temps des t^tolémées. 

' "(^es derniers, dit-il, ont tons nue valeur principale idéogra|)lii(pi<', mais on 
en trouve une boimi; paitie enijjloyec dès les premiers moments de Ic'cri'ure 
égyptienne avec la sinqilf valeur plioni'licjuc de la syllabe correspondanlf^ à Tidée 
<|u'ils représentent. Ce pa&sa{;i' liabiliirj do ridéngrajibie an |ili(Hii''lisuii' pur dnil 
l'Ire éliidi(' spi'(i;di'uiiMil pour r|iiii|nr caiHctère." (//»»</. p. i i.) 



— AOO — 

pareil cas sa valeur phonétique la plus ordinaire, el permet 
(le la varier dans certains mois de sens analofjue^» 

Après ces remarques préliminaires et d'autres encore, il 
abordait le texte, et sa lecture, si importante pour l'art du 
déchillVemont, no laissait pas d'avoir des conséquences d'un 
grand intérêt pour l'histoire. L'inscription lui permettait de 
fixer l'époque controversée de l'expulsion des Pasteurs aux 
.débuts du règne d'Ahmès ou d'Amosis, premier roi de la dix- 
huitième dynastie. Elle donnait le nom du chef des Pasteurs, 
Apapi, désignait leur capitale, Hauar, l'Avaris de Manéthon, 
et nommait le principal dieu qu'ils adoraient, Sutech : toutes 
choses qui ont pris plus d'im[)ortance encore à la suite des 
fouilles de M. Mariette sur le sol de l'antique Tanis, où il 
retrouva les monuments des rois Pasteurs. Mais ce qu'il faut 
signaler surtout dans ce travail de M. de Rongé, c'est la mé- 
thode prudente et sûre qu'il appliquait dès lors à la lecture 
des textes; ce sont aussi, au point de vue philologicpie et 
ethnographique, les conclusions générales qu'il en tirait, à 
savoir : et que la grammaire de la langue antique se rapj)roche 
bien [)lus décidément des caractères |)ropres aux idiomes sémi- 
tiques; » conclusions qui allaient à l'enconlre des traditions 
anciennes sur l'origine africaine des Egy[)tiens. 

L'histoire de l'art devait se joindre à l'histoire politique 
dans les études de M. de Rougé. Ce sont deux choses vrai- 
ment solidaires à l'égard de l'Kgypte, puisque les archives 
historiques y sont surtout des monuments de l'art; et elles ont 
toujours été menées de front : témoin les collections formées 
au xvui' siècle parallèlenient aux essais de lecture; le grand 
ouvrage de l'expédition d'Egypte, et le musée (Jiarles X dont 
Chanq)ollion fut le premier conservateur. M. de Rougé, en se 
montrant le digne continuateur de Champollion, était tout 

' Mt-innirc sur iiiisiiiiJlio)i du imnbcau d Alimès , p. i 7*^ > ' 79* 



— 401 — 

(l('signé |)Oiir veiller à son tour sur ce précieux dépôt. Son 
premier devoir, quand il en eut la charge (18/19), était d'en 
dresser l'inventaire. Il en publia d'abord une courte notice 
cette année même. Mais, pour en faire un catalogue digne de 
la science, il avait besoin de comparer les monuments du 
Louvre à ceux qui se trouvaient dispersés dans les musées 
d'autres pays. Il avait déjà visité ceux de Londres, de Leyde et 
de Berlin : il reçut, le 92 mars i85o, la mission d'aller 
compléter les études qu'il y avait faites, en visitant l'Italie; 
et les résultats de ces diverses explorations sont consignés 
dans le rapport qu'il adressa, au mois de novembre suivant, 
au directeur général des musées nationaux. 

C'est l'histoire de l'art esquissée à grands traits depuis ses 
origines jusqu'au temps des Grecs et des Romains. 

Sous le premier empire, dès la quatrième dynastie, les 
pyramides, masses énormes, non informes comme les dolmen 
et les menhir des premiers temps de l'Occident. Du premier 
jour que nos savants les virent, ils avaient admiré, avec l'idée 
grandiose de la conception et la puissance de l'exécution, des 
qualités particulières de mise en œuvre : précision dans la 
coupe des pierres, excellence de l'appareillage, exactitude 
rigoureuse dans l'orientation des faces pyramidales. Mais 
depuis qu'on a pénétré dans les chambres intérieures, on a 
pu reconnaître, à la façon dont les vides sont ménagés et 
maintenus sous d'aussi lourdes masses, une science architec- 
lonique qui témoigne d'un art déjà consommé : en même temps 
que les statues que l'on y a trouvées nous montrent l'art du 
sculpteur donnant à ses figures, je ne dis pas la beauté (c'est 
l'imitation d'un type fort et trapu), mais une vérité et une vie 
(jui par la suite s'est comme voilée sous le masque des formes 
ollicielles. M. de Rougé cite dans son rapport trois statues en 
pierre calcaire qui sont au musée du Louvre ^ On y peut 

' CalnlofTiio, A, ."{7, 3«, :U). 



— /i02 — 
ajouter ce scribe accroupi delà ciM(|uièmo ou sixième dynastie, 
au même musée, qui, pour le modelé ot l'expression, ra[»polle 
le Rémouleur du musée de Florence : et celte figure de trois 
pieds de haut, que M. Mariette a produite dans le pavillon de 
l'Egypte, à l'exposition universelle de 1867, statue si vraie 
que les habitants, quand elle fut découverte, crurent y voir le 
portrait du sheik de leur villag(^ et lui donnèrent le nom <le 
Sheik-el-Boled, i\m lui est resté. 

A la douzième dynastie se rattachait ce vaste palais aux 
innombrables salles qu'Hérodote admirait et qu'on appelait le 
Labvrinthe. A elle se rapportent encore les tombeaux de Beni- 
Hassan : et Quelques colonnes restées entières à Beni-Hassan, 
dit M. de Bougé, témoignent des règles simples et belles 
qu'observait l'architecture : leur fût cannelé et leur simple 
chapiteau carré les avaient fait nommer proto-doriques avant 
que l'on connût leur prodigieuse antiquité. « La sculpture du 
temps de cette dynastie n'était pas non plus indigne de l'a ri 
grec. C'est alors que le corps humain reçoit de la statuaire les 
proportions que l'art grec lui a données aussi comme type de 
la beauté. c^On trouve à Beni-Hassan, dit xM. de Bougé, une 
foule de scènes dans lesquelles le dessinateur a su rendre 
heureusement des mouvements variés. En gagnant de la légè- 
reté, le dessin n'a pas perdu sa vigueur, et l'étude des muscles 
et des jointures s'est perfectionnée. Un seul fragment d'une 
statue royale de la douzième dynastie est arrivé jusqu'à nous 
pour nous faire apj)récier nos pertes. La jambe de granit noir, 
débris du colosse de Sesorlasen I". que l'on a malheureuse- 
ment chargée d'un corps déplâtre au musée de Berlin, est à 
mon avis l'objet lo plus étonnant de nos collections. La har- 
diesse du modelé est égale à la vérité et à la souplesse impri- 
mées à ce bloc de granit, qu'on prendrait pour un membre 
pétrilîé de quehpie Titan... Lp Louvre, ajoute-l-il. possédait 
une statuette de cornaline du même style ^\uo Cliampollion 



— /i03 — 

regardait commo le chef-trœiivre du inusée Charles X. Elle 
fut malheureusement dérobée en juillet i83o, et n'a plus 
reparu depuis, v 

L'invasion des Pasteurs marque une interruption dans le 
développement de l'art en Egypte comme dans son histoire : 
interruption que les recherches postérieures montreront à 
M. de Rongé lui-même moins profonde et moins absolue qu'on 
ne l'avait cru jusque-là. La dix-huitième dynastie, qui les 
chassa et qui commence le nouvel empire, rouvre l'ère des 
grandes constructions comme des conquêtes. La dix-neuvième 
y ajoute encore : c'est le temps du grand Ramsès, dans lequel 
M. de Rougé voit le Pharaon qui persécuta les Hébreux et dont 
la fdle recueillit et éleva Moïse; celui dont nous avons l'image 
colossale dans notre musée et dont un obélisque se dresse sur 
une de nos places j)ubliques. Mais l'art est en décadence, et le 
grand Ramsès lui-même ne se fera pas scrupule de s'appro- 
prier des monuments antérieurs en y gravant son nom. Après 
un abaissement sensible sous la vingtième dynastie, il y a 
progrès sous la vingt-deuxième, celle de Scheschonk ou 
Sésac, qui prit Jérusalem au temps de Roboam. Une véritable 
renaissance se manifeste sous la vingt-sixième dynastie (Saï- 
tique). L'art saïte retrouve une vérité dans le modelé des 
membres, une force et une grâce que l'on ne peut attribuer à 
l'inlluencc de la Grèce, avec laquelle l'P^gypte vient d'entrer 
en rapport : car la Grèce en est encore à l'art éginétique; et, 
sous la donu'nation grecque, la sculj)ture ne retrouvera pas 
ces qualités : «L'ensemble des monuments des Lagides, dit 
M. de Rougé, accuse une décadence qu'on pouvait aisément, 
au commencement de ce siècle, confondre avec l'inexpérience 
propre à l'enfance de l'art, r 

Dans cette longue suite de siècles, (juels moyens a-t-on 
de s'orienter? D'abord, et c'est le plus clair indice, les noms 
des rois; puis, les images des divinités plus en honneur sous 



— ^lO'j — 

telle ou U'ilc dynastie; cntin. la trace (jiie laissent après (^lies 
les révolutions : les noms des rois martelés, les imajjcs de 
dieux martelées, mais cependant poinl de telle sorte (|u"il 
n'en reste encore quol(|ue chose; ainsi chez nous (car rien 
n'est nouveau en ce genre) les fleurs de lis rasées ont laissé en 
plus d'un lieu leur silhouette sur les murailles, et l'on peut 
lire encore sur le badigeon de (jiiehpu's édifices : Liberté, 
égalité, fraternité ou la morl. L'art, d'ailleurs, quoique fidèle 
au même type, présente, aux diflerentes époques, des nuan- 
ces qui n'échappent [)oinl à un œil exercé, et, dans ce rapide 
tahleau, M. de Rougé montre (jue son tact en matière d'ar- 
chéologie n'était pas inférieur à sa sagacité comme philologue; 
qu'il savait apprécier en artiste comme juger en savant. Il 
n'oublie pas d'ailleurs, dans l'énumération des richesses des 
grands dépôts publics, les papyrus, ces frêles manuscrits dont 
plusieurs remontent à plus de vingt siècles avant notre ère ^ 

Il finit en témoignant de l'hospitalité libérale qu'il a reçue 
j)artout au cours de cette tournée scientifique; partout, 
excepté à Berlin, où on ne lui permit pas de voir les papyrus 
historiques du musée : c'était une autre manière de rendre 
hommage à la perspicacité du savant. 

L'Egypte paraît d'abord isolée dans l'histoire comme ses 
pyramides dans le désert; mais on arrive à une époque où elle 
entre en rap])ort avec des peuples qui ont leur histoire aussi, 
et ses raonimients peuvent servir alors à contrôler plusieurs 
points de leurs annales. Après les Juifs et les Assyriens, elle 
fut en contact avec les Perses. L'empire des Perses, étendu par 
Cyrus à l'ancienne Asie tout entière, ne pouvait pas s'arrêter 
aux portes de l'Egypte. Ce fut Çambyse qui les força, et l'on 
sait par Hérodote h quelles extravagances se livra ce furieux. 
Néanmoins, une curieuse inscription, dont Champollion avait 

' Une parlio des papyrus Sallicr cl Anasiasi, cl, avnnl Ion.'; los aiilros. le pn- 
pvrns flnnné par M. Prisse à la HililiollKVpic nationale. 



— /i05 — 

signah' riinj>ortaiice, tiiontri' (jiril se conduibit d'abord tout 
aiid'einont. C'est l'inscription qui couvre la statuette naophore 
du musée du Vatican. Roselljni, qui avait voulu l'interpréter, 
«'tait tombé dans les erreurs les plus graves pour en avoir mal 
rangé les parties diverses. Ampère y avait lu la phrase (|ui 
montre (^ambyse visitant le temple de Neith, et il avait vu 
tout (]<} suite qu'il avait donc, au commencement, pratiqué 
une politique plus conciliante et plus sage, conclusions aux- 
quelles Lelronne était également arrivé. M. de Rongé les mit 
on pleine lumière par une traduction méthodique '. Il en 
résulte on effet que Cambvse , après la conquête, voulant 
asseoir son gouvernement, confirma dans leurs charges les 
fonctionnaires nationaux , et accepta un titre qui faisait de lui 
un vrai roi égyptien : Ramesout, fils du Soleil. A l'instigation 
du personnage de l'inscription , les lieux sacrés de Sais fiu'ent 
dégagés des troupes persanes (pii les occupaient, le temple 
purifié,' le service divin rétabli: ol le roi lui-même vint au 
temple (c'est le passage traduit par Ampère), où il accomplit 
tous les rites. Quand plus tard, après ses délaites, il prit pour 
une insulte les réjouissances célébrées à l'occasion du bœuf 
Apis H s'en vengea sur le dieu, sur la religion et sur les 
prêtres, le |)(.'rsonnag(^ en question parait avoir gardé assez 
d'influence encore pour protéger ses amis; et on le voit ensuite 
auprès de Darius qui le renvoya en Egyj)te avec une mission 
réparatrice "^. 

Ce déchiffrement, outre le savant commentaire (ju'y joi- 
gnit M. de Rougé sur la religion des Egyptiens, avait le 
PK'rite de dissiper une erreur acci-éditée dans une histoire 

' Lno à l'Acaftf'mio des iiiscriplioris e( lielli's lolln-s Ip \f\ mai i85i d publiée 
dans la Revue archéologiquo , t. VIII, 185) , p. .'J7. 

' Les conclusions de M. de Rongé ont t'-lô cnnrn'nK'os pins lard par la dccou- 
verln que fit M. MarioUo dans les caveaux du SiTapiMun de la i('')i;cnd(' couiplèti' 
(le Carnliyse, avec ses litres royaux et ses deux cailouclies ( liriiour ilr l'état actuel 
lies éludes é^yptienues , 18G7, p. 'i'i). 



V. 



•..7 



— ^OG — 

classique. Mais ce qu'il eût été surtout impoiiaut d'établir 
[jour ri^]t;Yute, c'est ce (|ui lait la charpente même de l'his- 
toire : lachroiiol()[Ti(\ Plus les matériaux hislorifjues abondent, 
plus on éprouve le besoin de les fixer avec certitude dans la 
suite des temps. M. de Rougé devait revenir à plusieurs re- 
prises sur ce grave problème. Il l'avait abordé dans l'examen 
du livre du chevalier Bunsen. 11 le reprit en i85i dans un 
mémoire sur quelques pliénomènes célestes rapportés sur les motiti- 
menls égyptiens avec leur date dans l'année vague \ Là était en 
oflPet le nœud de la question. Si l'on trouvait, à plusieurs 
dates de l'année vague des Egyptiens , la constatation de phé- 
nomènes célestes dont il est toujours facile de déterminer la 
date vraie par le calcul, un certain nombre d'époques de l'his- 
toire d'Egypte seraient invariablement fixées, et l'on n'aurait 
plus qu'à y subordonner les laits intermédiaires aux distances 
fournies par l'histoire, comme on détermine |)ar la triangul.i- 
tion la position des divers lieux d'un pays après aVoir fixé 
les points fondamentaux par l'observation astronomique. Les 
égyptologues sont donc en quête de ces phénomènes, et M. de 
Rougé, dans ce mémoire, croyait pouvoir en signaler cinq, 
notamment trois dates, à dilférents jours de l'année, du lever 
hélia(|ue de Sirius ou Sothis : la première, au t5 de thot 
dans un calendrier du lever des étoiles, peint à la voûte d'une 
des tombes royales de Biban-el-Molouk (tombe de Ramsès V); 
la seconde au i" thot, sur un calendrier de Ramsès III, à 
Médinet-Abou^-, la troisième, au 28 épiphi, à Eiéphantine, 
sur une pierre attribuée à Toutmès III. S'il s'agissait d'obser- 
vations ("ailes à Mein[>his. la deuxième de ces dates tombant 



' Unnifl arrhpnlnfrlqnr , i8.'")9, p. 67)3. 

' \a\ fèlfi <'sl. maniuiM» au cominoncfimeiit dn tliol sans que In jour soit oxac- 
temonl donné; mais (llianipoliion ot presque tous les égyptologues après lui 
ont admis (pie cette ahseuce de désignation du quanlièmn on pareil ras indique 
le pic'inief jour ilii mois. 



— /i07 — 

au i" Uiot civil marquerait exacleinent un commencement de 
la période sothiaque, évidemment celui de 1892 avant Jésus- 
Christ. Mais il s'agit de la latitude de Tlièbes, latitude plus 
australe, où le phénomène s'observe plus tôt, et M. Biot, 
tenant compte de la différence, le place en iSoi K Le lever 
héliaque de Sothis qui eut lieu le i5 thot, sous Ramsès V, 
nous montre l'année vague ayant gagné quinze jours sur l'an- 
née fixe, ce qui, à raison de quatre ans par jour d'avance, 
nous fait descendre à une époque postérieure de soixante 
ans, à 19/11 avant Jésus-Christ; celui dont la fête fut celé- 

r 

brée le 28 épiphi à Eléphantine, et ({ui probablement eut lieu 
le jour précédent, aurait été observé deux jours plus tard à 
Thèbes, soit le 99 ^. Il nous donne une différence de 36 jours 
dans l'autre sens relativement au 1" thot, soit une date de 
cent quarante-quatre ans antérieure : i/i/i5 avant Jésus- 
Christ. Les deux premières époques s'accordent avec ce que 
l'on sait par l'histoire du temps de Ramsès III et de Ram- 
sès V; la troisième donnerait un intervalle tout à fait insuf- 
fisant entre Ramsès III et Toutmès III, sixième roi de la 
dix-huitième dynastie. Mais M. de Rougé a reconnu plus tard 
que cette inscription avait été confondue par inadvertance 
avec des monuments du règne de ce prince ^; qu'elle en était 
indépendante; qu'elle ne se rapporte à aucun règne exprimé. 
Elle n'a donc d'autre importance que de confirmer, par son 
rapprochement avec les deux autres, le caractère de celte fête 
qui, rattachée à l'observation réelle du phénomène, retardait 

' La fête étant marquée nii 1"'' thot, il suppose que le lever héliaque réel 
eut lieu le jour précédent, cinquième ('pagomène (Urrherrhes sur qiwlqii.ps dates 
absolues qui peuvent se conclure des dates tingues inscrites sur 1rs monuments égyp- 
tiens, extrait du t. XXIV des Mémoires de l'Académie des sciences, p. 69). 

^ Ibid. p. 79. 

' M. Lepsius avait léuni le fragment de IMiila^ aux monuments do Toulmès fil 
sur ime même planche, delà l'erreur [Notice sur quelques te.rles hiérogb/jihiqiies 
nouveaux publiés par M. Greene. A thenwu m français , iSf),"), p. gFjg). 



9.7- 



— /i08 — 

d'un joui tous les nuulre ans sur le calendrier vague dos 
Egyptiens', 

En i85i, \î. de Rougé avait éié nommé associé de l'A- 
cadéinie de Turin; en i853, il fut élu membre de notre Aca- 
démie en remplacement de Pardessus : l'Académie se {rouvait 
par là régulièrement ouverte à ses communications (les 
Comptes rendus de nos séances montrent combien elles furent 
fréquenles), et elle pouvait dès lors tirer honneur pour elle- 
même des travaux qu'elle n'avait pas cessé d'encourager. Il 
avait écrit l'année précédente une lettre à M. Lajard sur une 
déesse d'origine asiati([ue accu(;illie dans le Panthéon égyp- 
tien, lettre (pii fut insérée comme éclaircissement dans le 
Mémoire dr; notre confrère Sur le culte du n/près pyrantiddi chez 
les peuples civilisés de l\mli<iuH(' -. Il avait publié la même 
année une Notice sur un manuscrit en écriltire hiératique écrit 
sous le rcfrne de Merienphtnh , fils du grand Rnmsès, vers le 
xv*" siècle avant Tère chrétienne : c'est de ce manuscrit qu'il 
traduisit le conte des Deux frères, conte fantastique (pii com- 
mence comme a lini l'histoire de Joseph dans le palais dePuli- 
phar ^. 11 donna en i855 sa Notice sur quelques textes hléro- 
fitijphiques nouvellement publiés par M. Greene '^ , notammeni 
celui où le roi Hamsès III exprime sa reconnaissance an\ 
dieux [>our ses victoires sur des peuples nouveaux, désignés 
comme de race blanche. A l'année suivante se rapporte sa tra- 
duction avec commentaire du pocme de Pentaour, extrait d'un 
mémoire sur les campagnes de Ramsès II (Sésostris). Dans 
une guerre contre des peuples d'Asie révoltés, le prince, sur- 
pris avec un petit nombre des siens par toutes les forces de 

' Aux travaux tli' M. do Hou|T('! qui intéressent l'astronoinie il faul joindre sn 
Note xiir Icn uattix pjri/jitleiis des plnnètex dnns le ludlelin arcliéoloffiqiie do T 1//ip- 
nœum fidiiraix , mars iS.')!'). 

■^ Méinoirc.i de IWciidcmie des iuscripiianx , (. \\, •>"■ pnriio, p. ly'i. 

' Revue nrrhéntofrique , t. IX, i85a, p. 385. 

* AlUmmitm frtiiiraix . iS,');"). |). ((.^G o( loS-'!. 



— iind — 

ses ennemis, ne s'était tiré du péril que par des prodiges 
d'audace et de valeur. Cette scène , qui est plus d'une fois 
représentée sur ses monuments, fut célébrée par un poète 
nommé Pentaour, et le [)oëme, conservé en partie dans un 
des papyrus Sallier (n° 3), a été gravé tout entier sur les 
murs de karnak et de Louqsor. M. de Rougé a réussi à com- 
bler par le rapprochement de ces inscriptions une grande par- 
tie des lacunes que présentait le papyrus, et il lut la traduc- 
tion du poëme ainsi restitué dans la séance publique des cinq 
Académies en i856. Démonstration péremptoire des progrès 
immenses accomplis en bien peu d'années dans la science créée 
par Gham])ollion! Assurément Glianqiollion, qui avait signalé 
le caractère de cette œuvre, n'aurait pu en faire lui-même 
alors une lecture aussi complète. Plus tard, M. de Rougé, à 
la suite de ses propres explorations en Egypte, a repris ce 
poëme, et il en a donné une version nouvelle qui ne laisse 
presque plus rien à désirer ^. 

L'existence seule de ce poëme est, pour l'histoire littéraire 
de l'Egypte, une sorte de révélation; car le fait ne doit pas 
être isolé. L'Egypte, au temps de Ramsès, — au temps de 
Moïse — avait donc des poètes à sa cour. La civilisation égyp- 
tienne rayonnait sur les peuples voisins. M. de Rougé fait 
observer que les coupes assyriennes, par exemple, sont cou- 
vertes de symboles égyptiens, et (|ue les rois de Tyr ont un 
diadème calqué sur le pschent des Pharaons. 

U Elude sur une stèle de la Bihliotkèque impériale , qui parut de 
i856 à 1808 -, n'est pas moins cuiieuse pour les rapports 
qu'elle révèle entre l'Egypte et les peuples du v(»isinage. Au 

' Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie /•gypliennes el 
assyriennes, i" fiisricule, 1870. Voyez aussi ce qu'il en dit dans son Exposr de 
l'état actuel des études égiij/tiemies, 18G7, p. 26. 

- Journal asiatique , suplutiiNrc-oclobrc iH5(); iioût ,s('pl,''ml)rc i>i.")7; juin cl 
aoùl-septomlirc i858; 5* série, t. VllI, X, XI ot XII. La liaduclioii française 
roinplèle se trouve dans le di-rnior numiTo. 



— h\() — 

temps de la vingtième dynastie (du xiii" au xii" siècle avant 
J. C), un prince asiatique des bords de l'Euphrate demande 
au roi d'Egyj>te, devenu son {jcndre, de lui envoyer un dieu 
é{ryj)tien pour chasser un malin esprit (pii s'est emparé de sa 
seconde fille. L'image du dieu Clions est envoyée et arrive à 
sa destination après un voyage d'un an et cinq mois. La jeune 
princesse, comme on le peut croire, est guérie, et le dieu est 
reporté triomphalement on Egypte. Cette étude, faite par 
M. de Bougé, dans toute la maturité de son savoir, est une 
traduction linéaire du texte avec un commentaire philologique 
et historique. M. Jacques de Rougé la re{jarde,en raison de sa 
date et des résultats obtenus au point de vue de la langue et 
de l'histoire, comme un des travaux les plus im])ortants de son 
père. 

En 1869, M. de Rougé composa [)Our le recueil même de 
notre Académie un mémoire d'une toute autre sorte et du jjIus 
haut intérêt. L'Egypte, par son antiquité, s'impose en ([uelque 
sorte à l'étude dans toutes les grandes questions d'origines, et 
peut offrir les moyens de résoudre en ce genre les plus curieux 
problèmes. M. de Rougé se demanda s'il ne fallait pas chercher 
dans son écriture la [)remière origine de notre alphabet. 

Personne, assurément, n'aurait émis cette opinion au 
siècle dernier, quand on supposait à l'écriture égyptienne tant 
de mystère; et pourtant, en la soutenant, on n'aurait fait que 
reprendre les traditions de l'antiquité : — Hermès-Thot, le 
représentant de la science égyptienne, passait, au témoignage 
de Platon, de Diodoro, de IMutarque, d'Aulu-Gelle, pour 
le premier instituteur des Phéniciens dans l'art de peindre les 
articulations; — mais de|)uis que l'on avait reconnu le sens 
phonétique d'une partie de ces caractères, la question se posait 
en (juelquc sorte (relle-même, et (Ihampollion déjà en pres- 
sentit la solution'. Il s'en tint aux conjectures : c'était assez 

' ff ...J'oserai tliro plus : il sorait possible de kHioumm- dans raucioniH' vcn- 



— àW — 

|)OuilLii d'avoir marqué le passage et pour ainsi dire la Gliation 
de l'écriture hiéroglyphique à l'écriture hiératique et de l'hié- 
ratique à la démotique ; d'autres soins plus pressants le récla- 
maient dans cette trop courte carrière : la question posée resta 
donc à résoudre. M. de Rougé passe en revue ceux qui ont en- 
trepris de le faire après lui: Salvolini; mais il avait peut-être 
en mains de nouveaux travaux de son maître; s'il en eut, il les 
faussa ou les stérilisa par un vice de méthode ; — Charles Le- 
normant, dont l'ingénieux système approcha de la vérité ; — 
M. l'abhé Van Drivai, qui y toucha sans pouvoir justifier sa 
thèse. M. l'abbé Van Drivai avait fort bien dit que chaque 
lettre phénicienne devait provenir d'un signe égyptien expri- 
mant l'articulation correspondante; mais, quand il en vint à 
l'application, il échoua pour n'avoir pas vu cette chose si 
simple, que l'alphabet phénicien ne pouvait dériver que de 
signes'^antiques, et non pas de signes, comme les lettres démo- 
tiques, qui lui sont de beaucoup postérieurs. 

Voici les règles de critique toutes différentes que pose 
M. de Rougé : 

D'une part: i" choisir le type phénicien le plus archaïque; 

ture phonétique égyptienne, quelque imparfaite qu'elle soit en elle-même, sinon 
l'origine, du moins le modèle sur lequel peuvent avoir été calqués les alphabets 
des peuples de l'Asie occidentale, surtout ceux des nations voisines de l'Egyple. 
Si vous remarquez, en effet, i° que chaque lettre dos- alphabets ([ue nous appe- 
lons hébreu, chaldaïque et syriaque, porte un nom significatif, noms fort anciens, 
puisqu'ils furent presque tous transmis par les Phéniciens aux Grecs lorsqu'ils 
reçurent l'alphabet; 2° que la première consonne ou voyelle de ces noms est 
aussi dans ces alphabets la voyelle ou la consonne que la lettre représente, vous 
reconnaîtrez avec moi dans la création de ces alphabets une analogie parfaite 
avec la création de l'alphabet phonétique égyptien ; et si des alphabets de ce 
genre sont formés primitivement, comme tout le prouve, de signes représentant 
des idées ou objets, il est évident que nous devons reconnaître le peuple inven- 
teur de cette méthode graphique dans celui qui se servit spécialement d'une 
écriture idéographique; c'est dire enfin que l'Europe, qui reçut de la vieille 
Egypte les éléments des sciences et des arls, lui devrait aussi l'inappréciable 
bienfait de Pi'ciilnre alphabétiqm'.-i {Précis du nijatcmi' hin-oglifiilinjur, ■/ édition, 
p. 80-81.) 



— à\2 — 

(le l'autre, a" reconnaître la lurnie des caractères égyptiens 
cursifs à une époque aussi reculée que celle où l'on peut placer 
l'origine de l'alphabet sémitique. 11 ajoutait : 3" les caractères 
à cojnparer devront être choisis de j)rérérence parmi les ca- 
ractères alphabétiques, — puis(|ue les caractères phéniciens 
sont alphabéti(|ues; A" la comparaison sera établie, signe à 
signe , en se conformant à la correspondance des articulations 
dans les deux langues. 

Appliquant ces règles, il prit pour t\pe de l'écriture phé- 
nicienne originaire l'inscription du sarcophage d'Eschmun- 
Ezer, roi de Sidon; et pour type de l'ancienne écriture égyp- 
tienne, des caractères empruntés à Irois papyrus (|ui sont 
notoirement de l'ancien empire. Cela lait, il j)orta ses recher- 
ches sur les lettres simples, vu qu'on ne trouve chez les Phé- 
niciens aucun signe syllabique. Pour comparer les signes, il 
faut savoir d'abord (juelles sont les articulations correspon- 
dantes dans les deux langues; ce travail avait déjà été fait et 
bien fait par M. Hincks. et M. de Bougé s'y tint. Puis, pro- 
cédant comme il le dit, signe à signe, cherchant les ressem- 
blances et l'explication des ditférences, il arriva à établir l'ana- 
logie, évidente pour plusieurs, plausible pour la plupart des 
autres, que présentent dans les deux langues les signes cor- 
respondants à vingt-cinq articulations: c'est tout un alphabet. 
Le problème était résolu. 

La facilité de cette communication entre deux peu|)les aussi 
voisins était palpable. On pouvait se demander à quelle époque 
elle avait eu lieu. L'Egypte, depuis la di\-huitième dynastie, 
a pendant longtemps dominé en Asie ; mais c'est à une époque 
plus ancienne ([ue le caractère des signes demande qu'on 
cherche l'origine de l'emprunt. M. de Uougé n'hésite point à 
la rapporter au temps des rois Pasteurs. Les Pasteurs avaient 
lini par adopter la civilisation des Egyptiens: et les Egyptiens 
avaient biendii s'accommodera leur empire : ^ lîicn n'était plus 



— Zil3 — 

facile aux hiérograiniiiate.s, dit M. de Ruuyé, que d'écrire avec 
leur alphal)el les mots de la langue nationale des Pasteurs , 
comme ils ont écrit plus tard les mots sémitiques dans leurs 
papyrus. Les personnages les plus intelligents de la nation 
conquérante ont pu ainsi emprunter directement tout un corps 
d'écriture approprié à leurs besoins ^n Refoulés en Asie, ils 
V ont emporté avec eux cette écriture, dont l'usage se déve- 
loppa plus tard sous l'influence de la domination égyptienne. 
« Josué, ajoute M. de Rougé, trouva dans la Palestine la ville 
(lu livre, et le prince de Kéta, luttant contre Ramsès III, 
menait à sa suite son écrivain des livres ^. n Ce n'est même pas 
en Egypte, durant la captivité, c'est en Palestine, avant l'émi- 
gration, que les pères du peuple hébreu durent apprendre 
l'écriture, déjà connue des peuples chananéens. 

Cet important travail de M. de Rougé a son histoire. Notre 
confrère, qui le destinait, comme pour payer sa dette d'aca- 
démicien, au recueil de nos Mémoires, l'avait repris après 
l'avoir lu, afin do le compléter. Dans l'intervalle, il le com- 
muniqua, il le perdit. Il avait la pensée de le refaire un jour, 
niais le temps lui en fut refusé, comme [)0ur tant d'autres 
choses! Il semblait qu'il n'en dût rien rester que de rapides 
comptes rendus, quand sa famille en retrouva le brouillon dans 
ses papiers. Son fils, son digne élève, se fit un devoir de le 
publier en v faisant quelques additions (pii rentraient dans le 
plan de notre confrère^. C'est le mémoire ainsi retrouvé et 
retouché qui a été publn'' fii 187/1,;! rimprimerie nationale, 
sous ce titre :u Mémoire sur l'origine de Idlphahel phénicien , par 
M. le vicomte Emm. de Rougé, publi('' par les soins de M. le 
vicomte Jac(pics de Rougé. » 

' Page loK. 
= Und. 

^ Par excmplo, la ioni[iaruisoii dos raractèros ô<;vpli('iis avec di-s car.iclère.s 
[iluînicions pins anciens (|ih' ceux rlo rinsiiiplioii (l'iiscliimiii-Kzcr, les laiaclèrcs 



— U\k — 

La chaire d'archéologie créée pour Chaïupollion, si long- 
temps vacante après sa mort, avait été donnée en 1887, en 
échange de la chaire d'iiisloire et de morale, u Lctronne, 
l'éminent critique dont la sagacité (c'était en lui presque une 
divination) avait signalé à Gham])ollion lui-même le texte qui, 
rapproché de l'inscription de Rosette, devait le conduire à sa 
découverte '. Mais s'il s'occupa de l'archéologie égyptienne (et 
il le fit avec éclat), ce fut plutôt en helléniste, et en contrôlant 
avec sa méthode si sûre les travaux des autres. Après lui, la 
chaire revint à Charles Lenormant, l'ancien compagnon de 
Champollion dans son voyage en Egypte (18/19); et, quand 
U eut été enlevé si prématurément lui-même à la science, elle 
fut donnée à M. de Rougé avec un titre qui la rendait plus 
spécialement à sa destination première. Le décret qui l'y 
nomma était précédé d'un autre du même jour, portant que 
la chaire d'archéologie du Collège de France prendrait le titre 
de chaire de philologie et d'archéologie égyptiennes (8 février 
1860). Depuis i85Zi, M. de Rougé était entré au Conseil 
d'État. Cette carrière, à laquelle il s'était destiné sous la Res- 
tauration, et dont son père, légitimiste scrupuleux, l'avait dé- 
tourné à la révolution de Juillet, lui était tout à coup rouverte 
par l'Empire : il eûtjadis commencé par être auditeur, il était 
devenu conseiller. iVlais ces fonctions étaient incompatihles 
avec toute autre. On n'étendit pas cet empêchement aux devoirs 
de l'enseignement puhlic, on l'appliqua uniquement aux fonc- 
tions dont M. de Rougé était chargé au Louvre. Encore put-il 
rester au musée égyptien du Louvre, ce champ de ses études, 
avec le titre de conservateur honoraire, tous les autres avan- 
tages de la place étant transférés à M. Mariette, avec le titre 
de conservateur-adjoint. 

lie la slèle de Mésa, roi do Moab, découverto après la iikmI do M. le vicomte 
tic Rougé. 

' L'inscription luoiinjlyjilniini' do robélisqnc de l*hila-. 



— 415 — 

Grâce à cet arrangeinenl et à cette interprétation libérale, 
le Collège de France l'obtint comme professeur sans que le 
Conseil d'Etat le perdît comme conseiller. 

Dans sa leçon d'ouverture (i5 avril 1860), après avoir 
dépeint la figure imposante de l'Egypte, avec ses monuments 
antérieurs aux annales du reste de l'univers, il expose à grands 
traits comment on est arrivé à rendre leur témoignage à son 
histoire. Montrer où en était la science avant Champoljion, et 
faire connaître les progrès accomplis après lui par l'application 
de ses principes . c'était par deux moyens divers rendre égale- 
ment hommage à celui pour cjui avait été fondée la chaire 
qu'il venait occuper. Il reprend ensuite l'histoire de ces mo- 
numents eux-mêmes : les grandes pyramides, témoins muets 
des premières dynasties, non pas tellement muets qu'ils ne 
nous aient révélé eux-mêmes, depuis qu'on a fouillé dans leurs 
entrailles, les noms de leurs fondateurs, déjà recueillis parles 
Grecs: Chéops, Chéphren et Mycérinus, Choufou, Schafra et 
Menkera; puis les monuments de la douzième dynastie, cette 
grande époque de splendeur et de domination pour l'Egypte, 
longtemps avant les Pasteurs; et après les Pasteurs, les monu- 
ments de toute sorte du nouvel empire, art imposant dont il 
retrace sommairement, dont il étudiera par la suite plus en 
détail les caractères jusque sous les Grecs et sous les Romains. 

Au Louvre, M. de Rougé avait eu pour auxiliaire, et il 
s'était fait donner, nous l'avons vu, pour successeur, un homme 
dont le nom n'est pas moins inséparable que le sien de l'his- 
toire des antiquités égyptiennes, M. Mariette. C'est du Louvre 
que M. Mariette avait été envoyé en Egypte; c'est au nom du 
gouvernement français qu'il fit l'importante découverte du 
Sérnpéum, ou tombeau des Apis; et c'est le grand éclat de celle 
mission (piifit que le vice-roi d'Egypte se l'attacha, lechargeant 
de continuer ces recherches au nom et au profit de l'I^^gypte 
elle-même: mission nouvelle que M. Mariette accepta d'aulant 



— ^10 — 

plus volontiers <[u'il croyait par là mieux servir les intérêts delà 
science, en veillant sur les trésors renfermés dans cette vieille 
terre et en réunissant dans un musée vraiment égyptien ce 
que cliacjue année en dispersait partout. M. Mariette devint 
dès lors le correspondant attitré de tous ceux qui, dans les 
divers pays, se livraient à l'étude de l'Egypte, le guide de 
tous les savants qui venaient poursuivre leurs recherches sur 
les lieux. Mais il fut surtout le correspondant et, un peu après, 
il fut heureux d'être le guide de l'homme au|)rès de qui il 
s'était formé et dont il admirait le grand savoir, M. de Kougé. 
C'est à lui ([u'il écrivit pour faire connaître au monde les ré- 
sultats des fouilles qu'il avait conunencées, grâce à la munifi- 
cence du duc de Luynes, et qu'il venait de reprendre par ordre 
du vice-roi : le temple du grand Sphinx, unique modèle de 
l'architecture religieuse au temps des pyramides ; les statues 
royales de Chéphren (dont l'une d'une conservation merveil- 
leuse), retirées d'un puits d'une des chambres de ce temple, 
où (juelque révolution les avait jetées; la table de Sakkarah 
ou de Memphis, plus précieuse que la table d'Abydos par la 
série des rois qu'elle représente, et à karnak, l'inscription 
commémorative des victoires de ïoutmès III \ C'est à M. de 
Rougi'" que M. Mariette écrivait encore à l'occasion des fouilles 
de ïanis -. fouilles qui lui avaient permis de vérifier le nom 
d'Avaris donné à cette ville ^ et de confirmer par là les vues 
entièrement neuves de M. de Rougé sur la politi(jue de ména- 
g'ements suivie, dans les derniers temps au moins, par les 
Pasteurs en Egypte. M. de Rougé, à son tour, ne manquait 

' Inscription qui lolaUiil il !<> nomlir.? des prisonniers cl la (luaiililc des Iri- 
Ituls, ce qui fil donner au pilier où elle s'étale le nom de Mur numérique de 
Karnak ( Kevuc arcliénl. nouvelle série, t. II, 1860, p. 17). 

- .".o ili'ccnilirc liSOu {ibid. l. 111, 1861, p. 97). 

' Ou à un .,nii|i \i>i^iu dcnl lii \lllrn'oûl plus été (pi^nic dépendance. Selon 
M. Maricllc, Avaris, llaiir, osl le tioin éj^yplien, Tanis le nom séinilique (i6i(/. 
p. 1 07 cl 1 "8). 



— à\l — 

pas de mettre en liuuière les grands titres de M. Marietle à 
l'estime et à la reconnaissance du monde savant : on n'a pas 
l'instinct qui trouve, si on n'a pas le savoir qui dirige. Dans 
une Notice de (juelqiics froginents de F inscription de Karnak, con- 
tenant les annales du règne de Toutmès III ', il montrait tout ce 
que la science avait déjà fait découvrir en l'honneur d'un 
prince qui gisait en quelque sorte confondu avec tant d'autres 
dans les listes de Manélhon, et ce qu'y ajoutaient les fragments 
mis au jour par l'infatigable nrchéologue ^. 

Les savants étrangers qui profitaient des découvertes de 
M. Mariette ne lui rendirent pas toujours l'hommage auquel 
il avait droit. M. Mariette n'avait rien de pareil à craindre de 
M. de Rougé, et il le pressait même de soumettre les monu- 
ments qu'il découvrait à un examen que la poursuite de ses 
fouilles ne lui permetlait pas de réserver sans trop de retard. 
C'est ce que M. de Rougé nous apprend lui-même dans un 
travail postérieur, sur divers monuments du règne de Toutmès III 
découverts à Thèbes par M. Mariette, travail où il commente la 
stèle de Toutmès III, trouvée à Karnak, et publie, avec l'au- 
torisation expresse et à la demande de son ami, la liste des na- 
tions vaincues par le même prince ^. 

Une nouvelle preuve de cette intime confraternité, si utile à 
la science, se peut voir dans la note lue par M. de Rougé le 
1 h août 1861 à la séance publique des cinq Académies sur les 
principaux résultats des fouilles exécutées en Egypte par les ordres 
de Son Altesse le vice-roi. C'est un tableau oii il réunit, sous une 
forme plus accessible au public, ce qu'il a dit ailleurs sur 

^ Revue arclwologiquc , nouvelle série, t. II, iHOo, p. 289. 

^ Il si(;naiail rjiiel([iios-iinos des principales conclusions (piVin en pouvait tirer 
ponr riiisloire : rpio Tonlmès III était le fils fie Toiilni^s 1", et (|iie Toutmès I" 
avait porté ses conquêtes jusf|u'cn Mésopotamie ; contracliclion avec le système 
de M. Lepsius, qui ne voulait accorder qu'à Toutmès III Tlionneur d'avoir en- 
tièrement délivré le pays de la domination des Pasteurs. 

" Bcriir firrhenl. nouv. série, t. IV, 1861 , p. t[)(\. 



— 418 — 

lesgraudes découvertes de M. Marielle et les fails considérables 
nc(|iMs par elles à l'histoire, notamment en ce qui louche les 
l^asteurs et la dynastie qui les a chassés. Il no se borne pas à citer 
les grands monuments, il signale ces milliers d'objets (il n'y en 
a pas moins de 12,000) qui, ramassés dans les tombeaux, 
peuvent, selon l'esprit (|ui 'présidait à ces inhumations chez 
les Egyptiens, nous donner l'idée la plus exacte de la vie et 
de la manière d'être de ce peuple. !1 n'oublie pas les papyrus, 
des papyrus plus vieux ([ue Moïse, qui montrent la littérature 
la plus variée florissant aux (emps où le futur législateur des 
Hébreux était élevé dans le palais des Pharaons. 

M. de Rougé ne pouvait pas se contenter de parler de ces 
fouilles par ouï-dire, il ne pouvait se résigner à ne pas voir 
ce dont il inspirait une si vive curiosité à ses lecteurs ; et si 
quelqu'un était en mesure d'explorer la vallée du Nil avec 
fruit, c'était lui. Aussi, après avoir jadis visité l'Egypte dans 
les musées, il reçut mission de l'aller voir elle-même (1862). 
11 partit, emmenant avec lui M. Wescher, qui devait recueillir 
les inscriptions grecques, et son fils, M. Jacques de Rougé, 
qui s'était préparé par trois ans d'étude à le seconder dans la 
copie des inscriptions hiéroglyphiques. Il trouva en arrivant 
M. Mariette qui ne devait point cesser de l'accompagner. Un 
bateau à vapeur, mis à sa disposition par le vice-roi Ismaïl- 
Pacha, lui assurait toute célérité pour l'exploration et toute 
facilité pour le travail : c'était son cabinet d'études qui l'ac- 
compagnait du Delta aux cataractes , toujours prêt h le re- 
cevoir. 

M. de Rougé a consigné dans un rapport au Ministre les 
résultats qu'il avait obtenus. 11 revenait avec des matériaux 
immenses : six volumes d'inscriptions inédites copiées à la 
main, deux cent vingt planches photographiées, grâce à l'ha- 
bile concours de M. de Banville, un des compagnons de son 
voyage, planches qui reproduisaient les murailles historiques 



— /il9 — 

(les temples, les plus grandes inscriptions et les pins beanx 
monuments égyptiens; et il les replaçait dans le cadre histo- 
rique c|u'il avait tracé déjà à propos des monuments dispersés 
dans les musées d'Europe : l'âge des grandes pyramides, âge 
remarquable non pas seulement par la puissance et le savoir- 
faire de l'architecture, mais par la beauté dos statues trouvées 
dans les tombeaux; l'âge moyen de la douzième dynastie qui, 
plus de deux mille ans avant notre ère , a laissé sa trace de la 
basse Egypte à l'Ethiopie, du Fayoum au Sinaï, âge où l'art 
parait avoir eu toute sa perfection : l'époque des Pasteurs sur 
lesquels les monuments ont fait rectifier les systèmes qui 
étaient en vigueur, notamment en Allemagne ; le nouvel em- 
pire qui débute par leur expulsion et se continue par les con- 
quêtes des Toutmès et des Ramsès, conquêtes dont l'histoire 
est écrite sur les murs de Karnak et de Louqsor, et dont il 
relève, en passant, plusieurs traits curieux fournis j)ar les 
explorations les plus récentes. Enfin l'époque gréco-romaine : 
l'époque grecque représentée avec éclat, dans les nouvelles 
découvertes, par le temple d'Edfou «sorti entier et comme 
tout vivant, dit M. de Rongé, des décombres qui l'avaient en- 
seveli, qui résume tous les temples ptolémaïques et qui pour- 
rait presque les représenter tousw; et l'épofjue romaine qui 
figure dans cette revue sommaire pour un souterrain curieux 
du temple de Denderah. 

M. de Rougé devait faire connaître autrement que par ce 
rapport les résultats de sa mission. Les planches, expliquées 
par lui, furent publiées à son retour sous ce titre : Alhnm 
photograpliKjue de In mission remplie en Egypte par M. le vicomte 
de Rougé, de l'Académie des inscriptions et bcUcs-lettres, accom- 
pagné de M. le vicomte de Banville et de M. Jacques de Rougé, 
attachés a sa mission. La publication des textes réclamait un 
travail préalable plus considérable : c'était la tâche qu'il s'était 
surtout réservée, et qu'il a dû léguer à son fils. 



— /i20 — 

A In snite de ce voyage (i8G3), il Sf-nlil iitii.' nouvelle .'ir- 
(leur j)Oiir l'Iiisloire moniimentale de l'Êgyple, et, se [)ro|)o- 
saiil sans doute de la parcourir tout eiilière, il la reprit dès 
rorigine. Il en donna un premier fragment dans ses Hechcr- 
clies -sur les inonumcnla qu'on peut allnhufr aux six premuh-es 
dynasties de Manéthon ^ ( i 8()/i-i 865). 

Aj)rès avoir discuté les témoignages sur l'origine dos Egyp- 
tiens et établi la |)arenté de Metsraïm et deChanaan, c'est-à- 
dire des Egyptiens eux-mêmes avec les [)euples syro-araméens 
du voisinage. — leur origine non africaine, mais asiatitpie, 
— il cherche dans les monuments les témoignages de leur 
histoire. Il commence par Menés, ce Pharamond des Egyp- 
tiens, qu'il reconnaît comme ayant sa place dans l'histoire 
/i,ooo ans peut-être avant notre ère, tandis que notre Pha- 
ramond, hoo ans environ après J. C, est relégué dans la 
fable! Aux listes monumentales de rois dont les égyptologues 
avaient déjà fait usage (le papyrus de Turin, la table d'A- 
bydos et la chambre des ancêtres du roi Toutmès III) s'étaient 
joinis deux monuments nouveaux, trouvés par M. Mariette : 
la table de Sakkarah ou de Memphis, mentionnée dans un \m''- 
cédent mémoire par M. de Uougé, et une table dont la décou- 
verte était postérieure à son voyage en Egypte, la table du grand 
temple d'Abydos, dédiée par Seti I". «Ces deux tables, dit 
M. de Rougé, nous ont rendu l'inappréciable service de mettre 
dans un ordre certain les fragments historiques du papyrus 
de Turin et de commencer l'histoire de l'Egy j)te avec une con- 
naissance déjà fort ('tendue de la famille de Mènes ^. :? 

C'est avec ces secours ot quelques autres moyens d'infor- 

' Mémoire lu à rAcadémie, (le décembre i 8()/i ù mars i SG.'i (Mf'»i. (te VAcad. 
des imci-. t. XXV, m" partie). 

* «Il osl jusio Hp icconiiaîlro, ajoulc-l-il, (juc l'ordre de ces frajjnienis avait 
en ffénéiul été |jarfailemonl devine par M. Brujjscli, (|ui les avait presque tous 
classés dans son histoire d'Egypte, mais leur lecture n'est devenue correcte 
((u'aver le secours de la table de Sakkarnli.- 



— fr2\ — 

inuliuii iiioiHs généraux louriiis par les iiioniinients, «lu'il 
()ass(3 en rcvuo 1(3S six premières dynasties. Dès la quatrième , 
il rencontre les monuments contemporains des rois eux- 
mêmes, les grandes pyramides, et il ajoute à ce qu'il avait 
dit ailleurs : «On retrouve le nom de Xufu (Cliéops) tracé à 
la sanguine, au moment même de la construction, sur les 
blocs intérieurs des chambres de décharge que l'architecte 
avait ménagées au-dessus du plafond de la grande salle funé- 
raire pour remplacer les voûtes ';?? quant à Menkaura (Men- 
cherès), qui fut, au double témoignage d'Hérodote et de 
Manéthon, le fondateur de la troisième pyramide, ce n'est pas 
son nom seulement, c'est son cercueil que l'on y a trouvé : 
«C'est, dit M. de Rougé, une des pins belles conquêtes 
dues à l'exploration des pyramides par le colonel Howard 
Wyse. w 

M. de Hougé continue ainsi son histoire prise des monu- 
ments jusqu'à la sixième dynastie qu'un simple tombeau par- 
ticulier, le tombeau d'Una, fonctionnaire sous trois rois de 
cette famille, nous fait connaître. On l'y voit étendant les 
conquêtes de l'Egypte au moins jusqu'à l'Arabie Pétrée, et 
commençant à pratiquer l'enlèvement des prisonniers en 
masse, système qui fournit aux Pharaons les bras dont ils se 
servaient pour leurs grands travaux. M. de Rougé aurait voulu 
ne s'en point tenir là, et joindre à l'histoire des souverains 
des études non moins nécessaires à l'intelligence de l'histoire 
intime d'un peu[)le : 

«Je termine ce mémoire, dit-il, avec les principaux docu- 
ments recueillis sur les six premières dynasties. Je devais con- 
sacrer un premier travail à la charpente matérielle de l'éclifico: 
mais ce serait mal a])précier nos richesses que d'en faire seu- 

' Toujours altciilif à rendre Iiommage à qui de droit, il ajoute : «Ce fait 
capital , fruit dos reclifrcbcs obstinées dn roloricl Howard Wyse ot de ses savanls 
conipafv-nnns, est vinn <loiiiier im corps p;ilp,il.lc an li'i))oijriia,'jo de Manéthon.» 

V. jjg 



/, ■) 2 



leinenl tiii usage diissi suiuinyii'e. Lu vie nn\v el polilKiiic, 
l'art et la ri'lijfion, eu un uiol toutes les nianifestalions tie la 
vie chez une grande nation, ont laissé sur ces monuments des 
traces éclalantes; elles méritent à leur tour d'occuper ces 
heures bénies que remplit et féconde l'ardente recherche du 
vrai. Je difière néanmoins cette puhlication plus attravante; 
je voudrais dans un second mémoire amener les séries pha- 
raoniques jusqu'à la coupure profonde (jue mar(jue dans l'his- 
toire l'invasion des Pasleiu's. Il sera temps alors de nous 
recueillir et de chercher à fixer les principaux traits de la 
physionomie du peuple égy[)lien, avant qu'elle ait pu s'altérer, 
soit |)ar le mélange rpi'amcnèrent les invasions, soit par la 
voie |)lus séduisante des gnierres extérieures et des concpiètes 
longtemps conservées, w 

On voit ([uelle immense tâche il se réservait encore, el . 
grâce à une force d'application extraordinaire, il pouvait 
donner l'espoir qu'il y sulhrait. Sans négliger ses devoirs 
administratifs, il savait mener de front ses leçons au (lollége 
de France et ses travaux : 

Ses leçons, dont quelques analyses ont été publiées pour 
i865, 1869 et 1872, de son vivant et après lui ^ ; et c'est 
en vue de ses auditeurs qu'il avait commencé à faire paraître 
en 1867 sa Cln^esloniathie égyptienne , précédée d'un abrégé grnm- 
mntical, abrégé (pii nous rendait, sous une forme plus ré- 
duite, la grammaire de (iliampollion rectifiée et à plusieurs 



' EinilpH sur In chronologie égjiptti'nne, réili/][(!cs par M. F. Roliion, d'apivs 
ici noies piises au cours proli-ssé au Collège de France par M. de Ron^'é {Journal 
(la rinslrnclion pnblifine, janvier et février 1866). — Leçons de M. de Rougé , 
professées au Collège de France ( 1 8()() ) , sur les rajiitorts des l'Jgijptiens avec les 
peuples de V Asie antérieure , ri sur les monunicnis de Tunis, reciH'illi<'s ol pnliliées 
par ]•". Itobiou [Mélanges d'urchéoloipe égijplienne cl assijrwhne , t. II , p. aO'i). 
— Etude dea monuments du massif de Karnak, résumé des cours du Collège de 
France, professé par M. le virouili' de nongi- en 1875?, rédigé par M. J. de 
RoUi-^m'- (ihiil. I. I . p. 1 .'5i ). 



— !r2:\ — 

égjirds aiiijnionlée, selon les |>rogrès accomplis par lu science 
depuis trente ciiKj années': 

Ses travaux : cl ce ne sont pas les moins importants que 
l'on retrouve dans celte dernière série. 11 avait publié , dès 
1860, dans la Revue archéologique, une étude sur le Rituel fu- 
néraire, recueil de textes sacrés que l'on trouve avec les 
momies, et que Cliampollion avait signalé sous ce nom comme 
d'une importance capitale pour l'étude de la religion des 
Egyptiens. Après en avoir traduit les titres de chapitres avec 
explication des vignettes, d'après le manuscrit de Turin, 
M. de Rougé en avait choisi un chapitre, le dix -septième, 
qu'il jugeait le principal du livre comme étant une sorte de 
catéchisme ou de formulaire d'initiation, et il en avait fait 
une version complète pour donner une idée plus précise du 
livre au lecteur. Il voulut faire plus pour le monde savant, 
et, en 1861, il entreprit d'en imprimer le texte entier : t^Nous 
avons pensé, dit-il, que ce serait rendre un grand service à 
la science que de publier dans un format commode et peu 
dispendieux un exemplaire complet da Livre funéraire en écri- 
ture hiératique, -o Mais cette phrase se lit en tête d'un avertis- 
sement publié dans les dimensions des plus beaux ouvrages 
sur l'Egypte! L'entreprise manqua par cet excès de magnill- 
cence. Le libraire, qui s'était sans doute moins inspiré des 
intentions exprimées par M. de Rougé que de l'émulation des 
grandes choses, n'a point dépassé en trois ans le quatrième 
fascicule, et l'ouvrage, depuis 186/i, en est toujours là. 

En i863, M. de Rougé avait publié dans la Revue archéo- 
logique un article sur V Inscription historique du roi Pianchi- 

' Chrestomathie égyptienne, choix de textes égyptiens, Ivancrtls , traduits et 
accompagnés d'tin Commentaire et précédés d'un Abrégé grammatical (Paris, 
1867). Le 1" fascicule est lilliograpliié; les Irois autres, imprimés avec grand 
luxe à rimprimorie nalionalc, riin on iRfiB sons les yeux de M. de Rougé, les 
deux (liMiiit'is eu 1^7.') el iS-yfi, sous la dir/rliou de son fds. 

•j.S. 



— hlh — 

Mi'viumon. Colle inscriiilioii . Irouvée bien fui delà des fioii- 
tières de l'hii^yple, an monl lîaïkal . il ne l'avait conniio que 
par une eopie sommaire, une sorle de cro([nis, pour ainsi 
(lire, Iracé par un Arabe et qui lui avait ét('' conimnnirpié en 
Kgypte. «Le plus sage, dit-il lui-même, eût étë de s'abstenir 
et d'attendre la vue du monument; mais Gebel-Barkal est 
bien éloigné du Caire, et d'un autre côté, rester inaclildevant 
cent soixante linnes de textes historiques entièrement nou- 
veaux, c'était un excès de prudence et de sang-froid dont je 
ne me suis pas senti capable, w 11 se mit donc à l'œuvre: et, 
plus tard, quand le monument même fut rapporté au (^aire, 
ses conjectures se trouvèrent j)resque entièrement vérifiées. 
Ce texte faisait retrouver au fond de la Nubie, au pied du 
mont Barkal, une dynastie, sans doute égyptienne d'origine, 
(pii adorait les dieux ihébains. Un de ses rois, Pianchi- 
IMérianion, qui, dès l'origine du récit, paraît dominer dans 
la Tliébaïde, est appelé ù faire la guerre à un des princes de 
la basse Egypte, Taf-necht-ta, prêtre de Neitli et chef deSaïs, 
(|ui déjà a soumis tous les autres et menace la Thébaïde à 
son tour. L'inscription célèbre le trionq)lie du roi qui s'em[)are 
de Memphis, et la paix qu'il rend à l'Kgypte par sa modéra- 
tion comme par ses victoires : inscription curieuse, non pas 
seulement |»ar les lumières nouvelles qu'elle nous donne sur 
l'état de l'Egypte vers la fin de la vingt-troisième dynastie, 
mais j)arce ([u'elle nous révèle les origines des deux dynasties 
suivantes : Bocchoris, roi unique de la vingt-quatrième dy- 
nastie, fils de Tnephacibès selon Diodore, |)Ourrait bien avoir 
eu pour père ce Taf-neclit-la, le vaincu de Pianchi-Mériamon; 
<■! Sabacon, (pii rend l'ascendant aux Klliiopiens en fondant 
la vingt-cinquième dynastie, châtiait, sans doute, ce qu'il 
regardait comme la révolte de Bocchoris, en le faisant périr 
dans les flammes. 

En i8()y, M. de P«oiig(' publia un mémoire non moins 



— 425 — 

iniporlaiit pour les plus anciens ra[)ports de l'Egypte, non 
plus seulement avec les peuples de l'Asie auxquels elle conli- 
nait, mais avec les peuples tant de la Libye que des autres 
rivages ou îles de la Méditerranée ^ 

L'invasion principale, dont le récit est retracé sur le mur 
de Karnak que M. de Rougé a fait dégager, pour la plus 
grande partie, dans le cours de sa mission, se rapporte au 
règne de Merenptah, fds du grand Ramsès. On y voit, avec 
les Libyens, des peuples «appartenant aux régions de la mer 5? : 
Tyrrhéniens, Sardes, Sicules, anciens Grecs ou Pélasges sous 
le nom d'Achéens; et ce n'était pas seulement une invasion 
de pirates. Ils venaient avec femmes et enfants comme pour 
s'établir dans la région qu'ils auraient occupée. 

Dans la même année, pour répondre à l'invitation du 
Ministre de l'instruction publique, qui voulait faire figurer 
à l'Exposition universelle les sciences et les lettres dans un 
tableau d'ensemble, il rédigea un Exposé de l'état actuel des 
éludes égyptiennes, rapport où il retrace de main de maître 
les résultats obtenus tant par les autres que par lui-même ; 
et pour la lecture des textes, qui est la clef de tout le reste, 
il pouvait invoquer, en témoignage de la vérité des principes 
de Champoliion et des ])rogrès accomplis après lui, l'ins- 
cription bilingue de Canope tout récemment découverte : 
r. Trente-sept lignes d'biéroglypbes traduits par soixante-seize 
lignes de texte grec sans lacune; et pas un démenti donné 
ni à la méthode ni à ses applications partielles dans le cours 
de cette décisive épreuve-. 55 

'NLnis, connue Champoliion, l'ardeur fiévreuse de son travail 

' Mémoire sur les adaqucs dirigées contre rEfrijpte par les peuples de la Médi- 
terranée vers le xiv' siècle avant, notre ère. Mémoire lu à rAcadéinic des inscrip- 
tions et publié dans la liecae arclicologiqne , iu\[\d cl août iSdy, t. XVI, p. '^h 
cl 8i. 

^ E.rpnsé de l'état actuel des études égyptiennes, 1867, p. i-'^. 



— Zi2G — 

en Egy|)le l'aynil iiiiiié. Tant de textes précieux aux(|uels il 
n'avait que peu de mois à consacrer quand il eût fallu , pour les 
copier convenal)lement, la vie d'un homme! car tous n'étaient 
pas au (jrand jour, faciles à prendre par la photograpliie. Plu- 
sieurs se dérobaient au soleil, et il fallait passer çtde longues 
heures à disputer un texte à des surfaces à moitié détruites 
par l'action du temps '5. A ces fatigues s'ajoutèrent bientôt 
d'autres peines. Nous arrivions aux catastro[)lies de l'Empire. 
M. de Rougé en fut profondément affecté, comme tout bon 
français. Il dut en souffrir, je ne dis pas plus qu'un autre, 
mais à un autre titre encore, quand il voyait cette ruine et 
ces humiliations causées à la France par la politique aveugle 
du régime qui l'avait introduit dans la vie publicjue et élevé 
aux honneurs '. Sa santé, déjà ébranlé(;, ne tint pas à 
cette épreuve. 11 chercha bien encore dans le travail des di- 
versions à de si profondes angoisses. C'est en 1872 (pi'il 
s'associe à la publication d'un grand recueil destiné à ré- 
pandre le goût des études égyptiennes et assyriennes, études 
(''(roitement unies depuis qu'à la lecture des hiéroglyphes 
s'était joint le déchiflrement de l'écriture cunéiforme (il/e- 
lan^rcs d'arcliéologic virijpùenne et assyricnncy Ce fut lui qui en 
rédigea la préface; et il y conmienrait un grand mémoin^ 
fiur (juelqncH monuments de Tdhrahi , ce roi de la vingt-cin- 
(|uième dynastie (pii marcha au secours d'Ezéchias contre 
Sennachérib et attira sur l'Egypte l'invasion des Assy- 
riens '■^. Mais, dès le second fascicule du recueil, on y trouve. 

' Aviiiil d'cnliL'i' nu Conseil d'Elal , .M. de Ronjfé avait été nommé rliovalioi- 
lie la Lrjjioii (l"l)oiiiH!tif il' -j I jniivici- iSô.'!; il lui promu au {jradt; (roUiiicr- 
k" I '1 aoûl 1861! ot au ([rade du commandeur le i -j août i 808. Il se lr()u\ail, 
dil-oii, compris sur la lisl(! des nouveaux sénaleius (|ui devaient élrc nonnni's 
au mois d'août i 8y(). 

- iMémoiie lu à l'Académie des iuscrjplious le ■y juin iSy-j. La prcmiérK 
partie parut din^ l^ premier fascicule du reruoil ci(é; la deuxième dan- le Iroi 
sièmi' ^a^(■il iiji'. p.ir |o> s"in< de son fils. 



( 



— h'-ll — 

nu lieu de la suite de sou Iruvail, la notice nécrologique que 
lui consacrait, avec un sentiment si [)rofoud de douleur, 
notre confrère M. de Saulcy! C'est le a 7 décembre i87y 
jue l'Académie apprenait, par une lettre datée du 2/1, le mal 
terrible qui depuis moins de huit jours l'avait frappé, et le 
même jour il était mort! 

M. de Rougé laissait après lui plus que de bons livres et 
de savants travaux, il laissait de grands exemples. Jamais on 
ne vit un amour plus désintéressé de la science. Né pour 
\n\Q vie de loisir, invité par tout ce qui l'entourait aux 
|)laisirs du monde, il se donna tout entier à des études 
dont les dilïicultés étaient de nature à rebuter des hommes 
voués au travail par état. Jamais il n'y eut vocation plus 
manifeste; et, dès qu'elle se fut déclarée, il la justilia par 
des progrès aussi rapides que constants. Il le devait à son 
ardeur, à la sincérité de ses études et aux excellentes qua- 
lités de son esprit. 11 ne voulait pas deviner, mais savoir. Il 
ne voulait pas arriver vite, mais arriver sûrement. C'est ce 
(pi'il révéla, dès ses débuts, dans sa critique de l'ouvrage du 
chevalier Bunsen; puis dans ce premier exemple de travail 
personnel qu'il publia en 18/19 ^^^^' ^inscription du tombeau 
d'Alimcs. (Chrétien sincère, il se montrait assez assuré de la 
vérité du christianisme pour ne pas craindre que la science, (pu 
(hei'che la vérité, pût jamais l'ébranler dans ses fondements. 
Celte histoire de l'Egypte, dont la haute antiquité avait fourni 
des arguments contre la Bible, il l'aborda sans crainte conuu<ï 
sans parti pris. Il remontait d'un pas ferme la succession des 
lemj)S, sans rien céder à l'exagération, comme sans rien 
refuser aux prétentions légitimes, jusqu'à ces pyramides que 
le général Honnparte rabaissait de mille ans et |)lus peut-être, 
(piand il y [irenail ([uaranle siècles à (<'moin. 11 voyail l'his- 
toire de l'Egypte d'accord avec la \V\U\o (oulos les fois (pie 



— 428 — 

SCS moiiuiiients pouvaient servir de coiitrùle à l'Iiisloire sucrée: 
i'expédilioii (lo Taliruka, au temps cl'Ezécliias, la prise de 
Jérusalem sous Roboam par Sésac, la persécution des Hé- 
breux, à l'époque où le fjrand Ramsès fondait en E','y|)le la 
ville de son nom. 11 ne voyait point pounjuoi la Bii)le serait 
mise en contradiction avec riiisloire de l'Efjvpte là où la 
chronolofjie sacrée commence à faire défaut. 11 avait le droit 
de sourire des objections faites autrefois aux livres saints : la 
loi gravée sur des tables de pierre au Sinaï : le Pentateucjue 
écrit au désert! — Le Sinaï ! mais la presfpi'ile du Sinaï 
contient des inscriptions gravées sur le rocher j)lusieurs 
siècles avant Moïse. Le Pcntateuque écrit au désert! Et pour- 
(luoi pas? quand Moïse avait été élevé dans toutes les sciences 
des Egyptiens; quand il sortait d'Egypte où le papyrus n était 
[»as rare sans doute, ni le moyen de s'en servir inconnu : 
(juand on a encore aujourd'hui, (juand on peut voir aux 
bibliothè({ues ou aux musées de Paris, de Londres et de 
Berlin, des manuscrits antérieurs à l'époque où Moïse, selon 
son témoignage, écrivit le Pentatcuque; quand le rouleau 
lié, signe du livre, ligure comme objet commun parmi les 
hiéroglyphes du premier empire égy[)tien! Il ne s'émouvait 
donc pas de ces prétendues difficultés, et travaillait à étendre 
la science, n'en sentant que mieux, comme chrétien, tout le 
prix des lumières (pie la foi nous donne sur les questions où 
la science est forcée de s'arrêter. Il aspirait à la pleine pos- 
session de ces lumières dans une autre vie, et je ne puis mieux 
terminer cette notice d'un savant dont le plus haut mérite fut 
toujours la sincérité qu'en transcrivant une pensée (|u'il con- 
signait en i863, au milieu de ses travaux, et que son fils a 
recueillie de ses papiers : «Les lumières de la science rayon- 
nent de foutes paris, |)énèlrenl les intelligences et trans- 
f forment pour ainsi dire l'hounne en un être nouveau , et de 
r: jour en jour plus complel. Cepend.iiil hv- mystères de la lin 



— à29 — 

^ (il du cornincncement de toutes choses, toujours inaccessibles 
«à ses investigations, le rappellent invinciblement aux bornes 
«de sa nature et à la dépendance qu'elle lui impose vis-à-vis 
ff de son auteur. Les plus grands côtés de l'être humain seront 
K toujours obscurs pour notre seule raison. Si le développe- 
Kment des sciences nous livre de plus en plus le domaine de 
t^ l'homme, n'oublions jamais que la foi agrandit encore la 
« carrière de nos pensées et qu'elle ouvre à nos contemplations 
« tout le domaine de Dieu. 55 

M. Emmanuel de Rougé a été remplacé dans l'Académio, 
\e 1 /( mars 1878, par M. Pavet de Gonrteille. 



LISTE CHRONOLOGIQUE 

DES 

OLVRAGES DE M. LE VICOMTE EMMANUEL DE UOLGÉ. 

Examen de louvrage du cliovalier Bunsen : La place de l'Eguylc dans 
Ihisloire de llminanilc. Annales de philosophie chrèlienne , tH/JG-iSiy, 
t. XIII, XIV, XV et XVI. 

Lettre à M. Alfred Maui'y sur le dernier article inséré dans la Bévue 
archéologique par W. Prisse. Tlevuc archéologique , t. IV, 18/17. 

Deuxième lellre à M. Alfred Mauiv sur le Sésoslris de la douzième 
dynastie de Manéthon. ïlevnc archéologique , ibid. 

Lettre à réflilom* de la Revue archéologique. Ibid. 

Lelti'c à M. de Saulcy sur les éléments de l'écriture démoli<]ue. Revue 
archéologique , t. V (18/18). 

Le'tre à M. Leetnans, direcleur du musée d'anli(|uilés des Pays-Bas. 
hui' ime stèle égy|)licnne de ce musée. Revue ardiéoL, [. VI (nS/jç)). 

introduction à la chronologie des Egyptiens, par Ridiard Lepsius. 
Revue archéologique , ibid. 

Mémoire sur rinscri|)lion du lambeau d'Almiès, chef tlos nautoniers. 
Méin. de l'Acad. des inscrij)/. et hclles-lellrcs , Savanis étrangers, 1" série, 
I. III fi8'i()). 



— ^i30 — 

Essai sur imo stèle de la collection Passalaccjiia (lettre autoyiapliit'e, 
i8/i()). 

Notice des moiiuiiieuts exjiosës dans la {|alerie d'antiquités éj; yptieniics 
(;>allc du i-ez-de-chaussée). (i8/i(). — 3" édition, 187-2.) 

i{np[)ort adresse à M. le Directeur «jénéral des musées nationaux sur 
rexploralion scientilique des principales collections ég'vptiennes renfei- 
inées dans les divei's musées publics de l'Europe. Extrait du Monilciir 
iiniccrscl des 7 et 8 mars i85i. 

Mémoire sur la statuette naopliore du musée du Vatican, lu à l'Aca- 
dénn'c des inscriptions et belles-lettres, le 18 mars i85i. lîecttc avchco- 
%7>e, l. VlU (i85i). 

Catalogue des signes hiéroglyphiques de l'Imprimerie nationale (1 85 1 ). 

Lettre inséi'ée dans le mémoire de Lnjard, inlitulé : Recherches sur le 
culte du cijprcs pyramidal chez les pcuiAcs civilisés de l'anùquilc. Méin. de 
l'Acad. des inscript., t. XX, ■2'' partie, p. i']'\ (i85sî). 

Notice sur un manuscrit égyptien en écriture hiératicpie, écrit sous le 
règne de Mérienphtah, (ils du grand Iiarasès, vers le xv'' siècle avant l'ère 
chrétienne Revue archéoloiji(iue , t. IX (i85'j). 

Mémoire sur quelques phénomènes célestes rapportés sur les momi- 
menls égyptiens, avec leur date dans l'année vague, lu à l'Acadéniie dos 
inscriptions, le 'ih décembre 1801. [Revue arch., ibid.) 

Notice sonuiiaire des monuments égyptiens exposés dans les galeries 
du Louvre, i855, in-ia et iu-8°. 

Notice de quelques textes liiérogly|)hiques nouveaux, publiés [)ar 
M. Grecne. A llicnœum français, novembre et décembre i855. 

Sur les noms égyptiens des planètes. Atheua'um français , mars i85(). 

iiC |)oiMne de Pcntaour, extrait d'im nu-moire sur les canqiagnes d'j 
lîamsès II (Sésostris). Lu à la séance publique des cinq Académies, le 
1 '1 août i856. 

Lettre co!iq)lémentaiie à la suite d'un article de M. Diot sur Faslro- 
uoniie égyptienne. Journal des savants (iSSy). 

Élude sur une stèle égyptienne appartenant ii la Bibliothèque im[)é- 
l'ialc. Journal asiad/juc , sc[)tembre iS5G, août 1807, juin et août i858, 
r>" série, I. Vlll, X, XI et XII. — P.d.liée à part eu i858. 

Discours prononcé à l'ouverture du cours d'archéologie égy[)lieiuie au 
(j(tll('ge de France, le 19 avril 1860. 

litudes sur le ritui'l l'imériiire des anciens Égyptiens. Revue arch., 
unuvello série, 1. I (i8()o). 

Notice de (pn^'qu 'S fragmenU di- 1 msi.ri|i(inn Ar kiniiak . ••onlonaul 



— /j31 — 

los aniiolos tlu règne de Toulmès 111 , récemment découverlo jiar 
M. Mariette. Rente arch., nouvelle série, l. ll(i8(Jo). 

Piiluel fiuK'i'aire des anciens Egyptiens , texte complet eu écriture liié- 
i-atique, publié d'après les papyrus du musée du Louvre, et précédé 
d'une introduction à l'étude du rituel. Paris, B. Dnprat, grand in-folio; 
1'" et 2"= livraison, i86i ; 3* et h\ i86i. 

Études sur divers monuments du règne de Toutniès III, découverts à 
Thèbes par M. Mariette. Bcviic archcol. , nouvelle série, t. IV(i86i). 

Note sur les résultats principaux des fouilles exécutées en Egypte 
par les ordres de S. A. le vice-roi. Lue dans la séance annuelle des cinq 
Académies, le i6 août i86i. 

Inscription historique du roi Pianclii-Mériamon. Revue archcol. , nou" 
velle série, t. VIII (i863). 

P»apport sur la mission accomplie en Egypfe par le vicomte de Piougé. 
Extrait du Moniteur unioersel du 3o mai i8G4. 

Recherches sur les monuments (pi'on peut atli'ibuer aux six premières 
dynasties. Mcm. de l'Acad. des inscript., t. XXV, -i' partie (i86i-i865). 

Etudes sur la chronologie égyptienne (rédigée par M. F. P»ohiou, 
d'après les notes prises au coui's {jrofessé au Collèg'e de France par M. de 
Piougé). Journal de rinslruclion puhli'/tie (janvier et février i8GG). 

Exposé de l'élat actuel des études égyptiennes (1867). 

Album j hotographique de la mission remplie on Egy|)te par M. le 
vicomte de Piougé, de rAcadémie des inscriptions et belles-lettres, accom- 
pag-né de M. le vicomte de Banville et de M. Jacques de Rougé, attachés 
à sa mission (18G7). 

Chrestomalhie égyptienne, ou choix des loxtes égyptiens transcrits, 
traduits et accompagnés d'un commentaire per[)étuel et précédés d'un 
abrégé grannn.-itical. 1" fascicule, lilliographié (1 8G7) ; -i" lascicido, im- 
prinié à l'Imprimerie impériale par les soins de M. de Rougé ( 18G8). Les 
deux derniers fascicules ont été publiés api es sa mort par son lils, M. le 
\icomte Jacques de Rougé (1875 et 187G). 

Extrait d'un mémoire sur les attaques dirigées contre rEgy|)lc par les 
peu|)les de la Médileri'anéo vers le xiv" siècle avant notre ère. Revue 
i(rchcoto;>i(jue , nouvelle séi'ic. t. XVI (1867). 

Uccueil de travaux relatifs à la pliilobffie et à l'arcltcolofrie ('injplicnnes cl 

a}i,sijrienncs , grand in-(puu"to, 1870. — M. de Roug(', (jiii en était un 

dos fondateurs, y publia une traduction nouvelle rlu poëme de Pcntaour. 

MclaufiCii d'nichcohfric f'fjijplicnnc et n-isiirirmir , grand iri-quarlo. 



— /i32 — 

187-2. — M. de Iiougé, qui faisait partie du conseil de rëdaclioii , en 
lédigea ruvcrlisscment. 

l'iludes sur quelques monuments du rèjfue de Taliraka. Lues à l'Aca- 
démie des inscri[)tions le 7 juin i87'2. Mélanges d'archéologie égyptienne 
cl assyrienne, 1" fascicule. 

Études des monuments du massif de Karnak. Cours professé au Collège 
de France en 1872; publié par M. Jacques de Uougé. 

Mémoire sur l'origine égyptienne de l'alphabet phénicien, par M. le 
vicomte Emmanuel de Rougé; publié par les soins de M. le vicomte 
Jacques de Rougé (187^). 

M. de Rougé a pris part, en outi-e, à la rédaction du recueil publié à 
Leipzig sous le titre de: Zeilschrifl fiir /Egiiptische Sprache tind Allertkunis- 
kitnde. Il y a mis, en i86i, deux comtes notices; en i8G5, deux articles 
sur le nouveau système proposé par M. Brugsch touchant l'interprélation 
du calendrier égyptien; en 18G6, la suite du même travail, une note 
sur la transcription des hiérogly[)lies, une autre noie sur une double date 
intliquée par M. Brugsch. (Voyez la notice de \1. h; vicomte de Bougé 
dans le Pohjbiblion , janvier 1873.) 



LA CHANSON 

DU 

PÈLERINAGE DE CIJ A HLEiM AG N E, 

PAU. M. G.VSTON l'ARLS, 

MËMBKE DE L'ACADEMIE. 

Messieurs. 

Parmi les chansons de geste (c'est-à-dire les poëiiies 
épi(|iics) (jue nous a laissées le moyen agc, la plus courte et 
la plus sinjjuiière est celle qui raconte le pèlerinage de Cliar- 
lemagne en Orient. Un seul manuscrit, écrit en Angleterre 
au xiii'^ siècle [)ar un copiste ([ui savait à peine le français et 
(|ui a cruellement maltraité son texte, nous l'a conservée; 
ruais elle a eu, connue beaucoup (raulies indduclions (\( 



_ /,33 — 

noire vieille é[)u|)L'e, un piand succès à l'élranjj^er, el nous en 
possédons deu\ traductions anciennes, faites toutes deux au 
xiii*" siècle, l'une en INorwéjfo, l'autre dans le pays de Galles. 
En France, elle a été renouvelée à la même éporpie, comme il 
arriva à toutes les vieilles chansons qu'on ne voulait pas 
laisser perdre, et elle a formé le début d'un long poëmc au- 
jourd'hui perdu, au moins sous sa première forme, car on en 
fit, au xiv° siècle, deux versions en prose qui nous sont arri- 
vées en manuscrit; l'une d'elles a même été imprimée à la 
fin du xv'' siècle, sous le titre de Galien Je rcthoré, et aujour- 
d'hui encore les presses populaires en tirent à des milliers 
d'exemplaires un texte devenu inintelligible à force de fautes 
d'unpression. 

Voici le sujet de cette curieuse composition, dont je veux 
essayer de déterminer le caractère, la date et la patrie. 

Un jour, Charlemagne est à l'abbaye de Saint-Denis; il a 
mis sa couronne sur sa léte, son épée à son côté; il se pro- 
mène devant ses barons. t^Dame, s'écrie-t-il en s'arrélant 
devant la reine qui le regarde, croyez-vous qu'il y ait un 
homme sous le ciel qui sache mieux porter couronne et 
glaive? 55 La reine répond imprudemment: <-Il ne faut pas se 
vanter trop, empereur. Je connais un roi [)lus imposant encore 
et plus gracieux. 55 A ces mots, Charles est rempli de honte 
et de colère; il oblige sa femme à lui nommer ce rival pré- 
tendu et jure qu'il ira le visiter avec ses bons chevaliers: si 
la reine a dit vrai, c'est bien; si elle a menti, il lui fera tran- 
cher la tête au retour. Elle a beau se défendre, il lui faut 
nommer le roi Ilugon, empereur de Grèce et de Conslanti- 
noplc. — (îharles convoque tous ses barons et leur annonce 
qu'il veut aller à Jérusalem adorer le saint sé[)ulcre et en 
même temps voir un roi dont on lui a parlé. — Les douze 
pairs déclarent ([u'ils le suivront; ([uatre-vingt rniHe hommes 
se joignent iM eux. lis [)rennent l'écharpe, — c'est-à-dire la 



besace, — *d le buuiduii à l abbaye de Saitil-Denis, et si; 
mettent en marche. Après avoir traversé la lionrijogne, la 
Lorraine, la Bavière, tonte l'Italie et la Grèce, ils arrivent à 
Jérusalem. Le patriarche les reçoit à merveille et leur donne, 
au départ, des reliques admirables, entre autres la couronne 
d'épines, un des saints clous, le saint suaire, la chemise delà 
Vierge et le bras sur lequel le saint vieillard Siméon porta 
l'enfant Jésus. — Après avoir été cueillir à Jéricho les palmes 
qu'ils rapporteront en France, les Français se remettent en 
marche et, traversant la Syrie et l'Asie .Mineure, arrivent à 
Gonstantinople. Le roi Hugon les accueille avec un faste vrai- 
ment digne de l'Orient et les émerveille par les splendeurs 
fantastiques de son palais. Après un souper magnifique, où 
on mange de tous les mets les plus délicieux, — des cerfs, 
des sangliers, des grues, des oies sauvages et des paons rou- 
lés dans le poivre, — où on boit du vin et du clai-é pendant 
que les jongleurs font retentir la vielle et la rote, Hugon mène 
(îharlemagne et les douze pairs dans la chambre qui leur est 
destinée: douze lits sont rangés tout autour d'un treizième, 
plus riche que tous les autres. — Les Français se couchent; 
ils sont joyeux, ils ont bu des vins; Charlcmagnc leur propose 
de fmber ai\ uni de s'endornn'r. Gaher, c'est se livrer ;\ des gas- 
connades oii l'un cherche à dépasser l'autre. La pro[)Osition 
est acceptée, et les hôtes de Hugon s'en donnent à (pii mieux 
mieux. Malheureusement le roi grec, méfiant et sa/yc, a fait 
cacher un espion dans le gros pilier qui soutient la voûte de 
la salle; cet espion écoute les gahs, et il prend au sérieux 
toutes les terribles choses que les Français se vantent de faire. 
«Qu'on m'amène, dit Charlemagne. le meilleur chevalier du 
roi Hugon , qu'il ait deux hauberts !^ur le corps, deux heaumes 
sur la tête, qu'il monte sur un fort cheval; je prendrai une 
épée et je lui assènerai un tel coup sur la trie. (|ue je fendrai 
les heaumes, les hauberts, le chevalier, la selle et le cheval. 



— ^35 — 

et la lame entrera eu terre jjIus criui pied. — Que le roi 
Hugon me prête son cor, dit Roland : je sortirai de la ville et 
je soufflerai d'une telle haleine, que toutes les portes de la 
cité en perdront leurs gonds; si le roi se montre, je le ferai 
tourner si fort, qu'il en perdra son manteau d'hermine et que 
ses moustaches en seront brûlées. — Vous voyez, dit Oger 
de Danemark, ce pilier qui soutient tout le palais? Demain 
au matin, je l'étreindrai et le secouerai si rudement, que le 
palais s'écroulera. Gare à ceux qui n'en seront pas sortis à 
temps! — J'ai un chapeau merveilleux, dit Aïmer, fait de la 
peau d'un poisson marin, et qui rend invisible; je le mettrai 
sur ma tête, et demain, quand le roi sera à son duier, je 
mangerai son poisson et boirai son vin, et je lui heurterai la 
tête sur la table; il s'en prendra à ses hommes , et on verra de 
belles querelles, w Les autres pairs assurent aussi qu'ils feront 
des choses extraordinaires; le gab d'Olivier, qui s'est épris 
d'un subit amour pour la fille du roi Hugon, ne saurait être 
rapporté. Quand les comtes ont fini de gabcr, ils s'endorment. 
L'espion court au roi et lui rapporte en toute épouvante les 
eflrayantes vanteries des Français. Hugon entre en une grande 
fureur; au matin, quand Charles et les pairs arrivent à l'église, 
il les apostrophe avec véhémence: «Vous vous êtes moqués 
de moi, leur dit-il, vous m'avez outragé et menacé. Eh bien ! 
si vous n'accomplissez pas vos p'rti-s comme vous l'avez dit, je 
vous trancherai la tête. 55 L'empereur et les pairs sont inter- 
dits. «Sire, dit Charlemagnie , c'est l'usage des Français de 
gdhcr avant de dormir; vous nous aviez donné hier de forts 
bons vins à boire; si nous avons dit des folies, nous n'en 
sommes guère responsables. Laissez-moi me conseiller avec 
mes barons. « — Les pairs se rassemblent autour de lui dans 
une chapelle. fxW paraît, dit l'empereur, que nous avions bu 
hier trop de vin et de claré, et que nous avons dit dos choses 
qu'il aurait mieux valu n(^ pas dire. Prions Dieu de nous tirer 



— /i.'Ui — 

(le peiiii'.^' Il lait aj)[)urlci' les reli([ii<s (jiu; lui a cIomiu'cs !•' 
i)alriaiThe; tous se mettent à genoux et prient avec ardeur. 
Soudain parait un ange envoyé par Dieu: ^Ne crains rien. 
(Iharles. Vous avez eu tort, toi et les pairs, de gaber hier 
comme vous l'avez fait; n'y revenez plus. Mais va, fais com- 
mencer quand on voudra ; tous les fjabs seront accomplis, v 
[jes Français se relèvent joyeux et vont trouver le roi Hugon 
dans son palais. «Sire, dit Charlemagne, vous vous êtes con- 
duit avec nous d'une manière qu'en plus d'un pays on taxe- 
rait de trahison. Vous nous avez fait épier dans la chamhre 
où vous nous hébergiez, et vous avez entendu les [>nbs que 
nous avons faits. Nous étions (juelque peu ivres, et nous ne 
savons plus ce que nous avons dit; mais allez, choisissez ceux 
que vous voudrez : nous sommes ])rels à les accomplir. » Le 
roi choisit d'abord, on ne peut plus singulièrement, le [rab 
d'Olivier, et il est stupéfait, le lendemain, d'apj)rondre qu'il 
a été exécuté. On passe ensuite à Guillaume d'Orange, (|ui 
s'était vanté de prendre une boule énorme et de la lancer 
contre le mur du palais de façon à en abattre plus de quarante 
toises : il défublc ses peaux de bièvre brun, prend d'une main 
cette boule que Ironie hommes ordinaires n'auraient pu re- 
muer; il la laisse aller et renverse, en effet, plus de quarante 
toises du mur. t^Par foi! s'écrie le roi Ilugon, ces gens sont 
des enchanteurs; mais voyons les autres. Bernard de lirusbant 
s'est vanté qu'il ferait sortir de son lit le grand fleuve qu'on 
entend d'ici bruire dans la vallée, (pi'il le ferait entrer dans 
la ville et tout inonder, que moi-même je m'enfuirais sur ma 
j)lus haute tour et n'en pourrais descendre qu'à son comman- 
dement. Qu'il le fasse. 71 Bernard court au fleuve, le signe, et 
l'eau sort aussitôt de son lit, renq)lit les champs, inonde la 
ville; tous s'enfuient, Hugon monte en sa plus haute tour; \\ 
se lamente, il promet à (Iharlemagne, s'il le délivre, de lin 
faire hommage et de lui donner tout son trésor. Charles prie 



I 



-— A37 — 
Jésus, et l'eaii soit de la cité cl rentre dans son canal. Le roi 
Hugon descend de sa tour et s'incline devant Charleniafjne. 
«Eh bien! lui dit l'empereur, en voulez-vous encore, des 
gabs? — J'en ai assez, répond Hugon. Je reconnais que Dieu 
vous aime; je veux être votre vassal, et mon grand trésor est 
à vous; je le ferai conduire en France. — Je n'en veux pas 
un denier, dit Charles; mais j'ai une chose à vous demander. 
Faisons aujourd'hui une grande fête, et portons l'un et l'autre 
nos couronnes d'or. — Volontiers, dit Hugon; nous ferons 
une procession solennelle, v Charkmagno et Hugon marchent 
côte à côte, leurs grandes couronnes d'or sur la tête; Charles 
est plus grand d'un pied et de quatre pouces. Les Français les 
regardent, et tous disent: çuMadame la reine a dit folie; nui 
ne peut se comparer à Charlemagne; en cjuelquo pays que 
nous venions, nous aurons toujours l'avantage, r Après un 
<liner somptueux, Charles prend congé. Ils traversent les pays 
étranges et arrivent à Paris. L'empereur va à Saint-Denis et 
dépose sur l'autel le clou et la couronne d'épines. La reine 
l'attendait là : elle tombe à ses pieds en lui demandant par- 
don; il la relève et lui pardonne pour l'amour du saint sé- 
pulcre, qu'il a eu la joie d'adorer. 

Les critiques modernes ont été frappés de l'étrange dis- 
parate qui existe entre les diverses parties de ce poëme. Elle 
ne se fait nulle part mieux sentir que dans les traits dont le 
poëte a peint Charlemagne. Ils sont en partie conformes à la 
plus noble et à la plus ancienne tradition, en partie, au moins 
suivant notre manière de voir, absolument opposés. Le pas 
c|ui sépare le sublime du ridicule n'existe point pour le Char- 
lemagne du Pèlennnge; il a un pied dans l'un et nn pied dans 
l'autre. Notre vieille poésie héroïque n'a rien trouvé de plus 
beau, pour représenter la majesté presque sainte de Charles 
et de ses pairs, (|ue la scène de l'église de Jérusalem, oii ils 
prennent la place de Jésus et de ses douze apôlres; rien ne 



— /i:}8 — 

s\ iiiLuIi.se avec aulaiil de grandeur cl ilc iiaïvch!* le rôle prc'li; 
par l'admiration populaire à celui qui devait ])lus lard être ap- 
pelé saint Cliarlcmagne. Charles est entouré du rnsport et do 
l'admiration des siens; le seul roi du monde aucjuel on ose le 
comparer se trouve, à l'épreuve, inférieur à lui en tous points; 
non moins pieux que puissant, courageux et sage, il construit 
à Jérusalem une église pour les Latins, rap])orle en France 
des reliques inaj)préciables et reçoit des messages de Dieu 
même, qui fait des miracles en sa favciii'. Mais d'autres traits 
font avec ceux-là un contraste cpii nous parait choquant. Au 
début du poëme, nous voyons le grand empereur se pavaner 
devant toute sa cour avec sa couronne sur la tête et solliciter 
l'admiralion de sa femme; comme elle déclare connaître un 
roi aur[uel sa couronne sied mieux encore, il part p.our aller 
se mesurer avec ce concurrent, jurant que si la reine n'a j)as 
dit vrai, il lui tranchera la tête au retour. Les merveilles (\n 
palais de Conslantinople n'ébahissent j)as moins l'empereur 
<jue ses compagnons; quand la grande salle se met à tourner 
au souffle du vent, il tombe par terre comme les autres, se 
cache le visage de son manteau et dit au roi Hugon : «Sire, 
cela va-t-il durer longtemps?» Enfin, le soir, au souper, il 
boit aussi largement que les douze pairs, leur donne ensuite 
l'exemple des gahs, et n'éprouve le lendemain aucune honte à 
alléguer l'ivresse pour excuse. — Ces traits, peu conformes à 
la gravité épique, ont fait regarder notre poème comme une 
parodie et même comme une satire des chansons de geste; on 
a été jusqu'à l'allribuer à un clerc qui aurait voulu jeter du 
ridicule sur la |)oésie vulgaiie. Cette opinion n'(>st pas soule- 
nable en présence de l'alliu-e loule populaire du style et du 
récit. Le poëme n'est ])as non plus une [)arodie : les parties 
sévères et nobles qu'on y remarque excluent cette hvpolhèse. 
Ija disparate tient simplement aux deux sources dillV-rentef 
auxquelles l'auleiir a |>uis(': le vovage à C()nstantin(qile et la 



s 



— /i39 — 

scène des grt/>5 sont un vieux conte fort plaisant, dont nous 
retrouvons plusieurs traits dans l'ancienne poésie germanique 
aussi bien que dans la littérature orientale; l'idée d'un pèle- 
rinage de Charlemagne en Terre Sainte était courante sous 
diverses formes dès le x" siècle; enfin, la tradition grandiose 
du Charlemagne épique s'était de bonne heure constituée et 
exprimée dans des œuvres comme la chanson de Roland. 
Notre poète ne s'est pas soucié de l'opposition intime qui exis- 
tait entre ces diverses mnUères; même dans la partie comique 
de son poème, il n'a pas eu l'intention de bafouer le grand 
empereur et de discréditer l'épopée nationale. Il ne lui sem- ' 
blait pas aussi ridicule qu'à nous que Charlemagne eût la 
prétention d'être le plus gracieux porte-couronne de son 
temps, ni qu'il voulût couper le cou à sa femme parce qu'elle 
avait révoqué en doute cette supériorité; il ne trouvait nulle- 
ment dégradant pour l'empereur de s'enivrer à la table de 
son hôte et de gaber à cœur joie avant de s'endormir : l'essen- 
tiel pour l'honneur de la France et de son chef, c'était que le 
roi de Paris fût vraiment plus majestueux et plus puissant que 
le roi de Constantinople, et que, par la protection divine, les 
gahs les plus aventureux fussent accomplis. H en est, dans ce 
poëme, de l'admiration pour Charlemagne comme du senti- 
ment religieux, si différent de celui que nous concevons. Le 
dénouement miraculeux de l'aventure, l'intervention de la 
puissance divine dans l'exécution de certains gabs, ont paru, 
au point de vue chrétien, justement révoltants. Mais ni le 
poëte, ni ses contemporains, ni ceux qui ont plus lard ou 
traduit ou imité son spirituel ouvrage, n'ont pris les choses 
tellement au sérieux : Dieu aime tant Charlemagne et les 
Français, qu'il les tire même des embarras les pins mérités 
et les moins édifiants; voilà re qui réjouissait nos pères 
et ce dont l'équivalent flatterait encore l'amour-propre na- 
tional. Il faut cependnnl roronnaître qup l'atli-ibiition à 



■jf), 



— /i^O — 

(iluirlcinajjnc de st'ml)lal)l('S {jait'trs iiKli(jiie iiii milieu (\\i\r- 
ronl (le celui où s'est dévelo])|)ée la |frunde poésie éj)iqii<? : 
railleur du Roland aurait secoué la hMe à ces l)adina|je.s 
hardis. Nous verrons, en ellet , (jue la chanson (\{i Pèle- 
niitiijc s'adresse à nii public autre que celui des grands poëines 
iialionaux; au lieu de s'appuyer sur une tradition h(''roïf]U(^ 
antérieiH'o, elle n'est qu'une création dr la fantaisie d'un 
pocUe (jui a réuni les ('déments disparates, et qui s'est proposé 
de faire rire autant (jue d'intéresser et même d'édifier. Seule- 
ment, et c'est là ce qu'il faut ])ien retenir, il a voulu faire 
rire, non aux dépens de (Iliarlema^jne ou de la poésie épique, 
mais bien aux dépens de Huf;on, c'est-à-dire, en général, de 
ceux fpii prétendraient être [)lus puissants, plus ma{fnifî([ues 
ou |)lus malins que les Français. Par l'esprit qui l'anime, mé- 
lange de bonhomie et de fanfaronnade, par la malice naïvi^ 
de son style, par plus d'un trait de détail, le Pèlei-innge rap- 
pelle, à (piatre siècles de distance, le charmant roman de Jean 
(le Paris. 

Pour rechercher la date du poëine, nous avons surtout à 
examiner les rap|)ûrts qu'on peut y découvrir avec les croi- 
sades. S'il leur est postérieur, il sera bien invraisend)lable 
qu'd n'ait pas gardé quelque trace de rininiense impression 
que firent ces grands événements. Après l'enthousiasme, uni- 
que dans les annales de l'humanité, qui arracha de l'Occident 
plus d'un million d'hommes pour les jeter, à travers mille 
dangers, jus(|ue sur les rives du Jourdain, aj)rès les san- 
glantes batailles livrées aux Turcs et aux Arabes, après le 
siège d'Antioche et la [)rise de Jérusalem, il devint impossible 
à rimajjination de se représenter Charlemagne, dans son expé- 
dition en Terre Sainte, autrement que comme on avait vu 
(îodefroi de Mouillon. Or, on ne trouve rien de pareil dans 
notre poc-me; (diarles et ses pairs in' sont pas des croisés, 
mais de simples pèlerins. Ils ne poilcnl |ias de cidix sur leurs 



— /l/il — 

vêtements : ce signe, devenu in(lis[)ensaljle depuis loqG. 
est encore inconnu au poète. Mais ce qui est le plus irappant, 
c'est le caractère absolument pacifique de leur expédition. Le 
poète nous dit expressément, en nous décrivant ré([uipement 
de l'empereur et des Français : tdls n'ont ni écus, ni lances, 
ni tranchantes épées, mais des bâtons de frêne ferrés et des 
besaces [)endues au cou. v C'est parce que les douze pairs sont 
désarmés, qu'ils se trouvent si penauds devant les menaces 
du roi Hugon : on pense bien qu'il n'y aurait pas besoin de 
miracle pour défendre Charlemagne, Oger, Olivier et Roland, 
s'ils avaient à leur côté Joyeuse, Courtain, Hauteclère et 
Durandal. Ce ne sont [)as seulement les armes qui manquent 
à ces guerriers devenus pèlerins : ils ont changé leurs destriers 
de guerre contre de paisibles mulets. Or nous trouvons dans 
cet équipement la représentation fidèle de ce qu'étaient les 
pèlerinages en Terre Sainte avant les croisades. L'Eglise 
regardait ces voyages comme absolument pacifiques, et, avant 
le concile de Clerinont, il était e\j)ressénient interdit aux 
j)èlerins de porter aucune arme. L'humilité devait aussi pré- 
sider à ces pieux voyages, ordonnés le plus souvent connne 
pénitence; on permettait aux plus grands seigneurs le mulet 
comme monture; mais la plupart des pèlerins se conten- 
taient du bâton ferré, auquel ils donnaient, par plaisanterie, 
le nom de «bourdon 55, qui signifie proprement « mulet w. L'i- 
dée de disputer par h's armes aux infidèles le tombeau du 
Seigneur est encore si peu entrée dans les esprits, à l'époipie 
de notre poème, (pie, h; patriarche de Jérusalem invitant 
(charlemagne à combattre les Sarrasins, celui-ci lui promet 
d'aller les attaquer. . . en Espagne, — ce (pi'il fil pbis lard 
comme il l'avait dit, ajoute le poëte. 

Les pèlerinages en Terre Sainte, ipii pri-parèrent et anje- 
nèrent les croisades, mais (pii en sont proh)ndément distincts, 
lurent, au xi" siècle, f\li<Mn<'!ii('iil iinporlanls ni nninbi'ciix. 



1 



— Ixh'l — 

Sans nurJci" des voyageurs isolés, des Iroiipes de j)Iusieurs 
centaines, de plusieurs milliers d'hommes, (|uillaient lu 
France, l'Anglelerrc ou l'Allemafjne pour aller adorer le saint 
sépulcre. Ce sont leurs récils ([ui ont propagé en Europe la 
croyance* à un pèlerinage de Gharlcmagne : n'élaient-ils pas 
eçus, àJérusalcan, dans l'iiospicc; qu'il avait fondé pour eu.\, 
près de l'église Sainte-Marie-Latine, construite par lui? Il fal- 
lait donc cpi'il fut venu dans la ville sainte, et, sur ce thème 
accepté, on broda des variations très-diverses. L'auteur de 
notre [)oëme s'est certainement inspiré de ces récits des pèle- 
rins; c'est sur le modèle de leurs expéditions (|u'il a repré- 
senté celle de Charlemagne, et c'est d'après eux qu'il a inséré 
dans son poëme les curieux rcnseignemcnls qu'il contient sur 
Constantinople, sur Jérusalem, et sur l'itinéraire suivi pour se 
rendre de France à la seconde de ces villes et de la seconde 
à la première. 

Notre poète a peint Constantinople telle que la concevait 
l'imagination populaire, enflammée par les récils des voya- 
geurs. De loin, on voit resplendir les clochers, les dômes, les 
aigles d'or de la ville; à plus d'une lieue, elle est environnée 
de jardins plantés de pins et de lauriers, où peuvent s'asseoir 
et se divertir sur les gazons fleuris vingt mille chevaliers et 
leurs belles c« amies», tous magnifiquement velus. Au milieu 
d'eux le roi Ilugon, assis sur un siège d'or merveilleusement 
garni et porté par des mulets, dirige dans le champ les bœufs 
qui traînent sa charrue d'or. Dans le palais, tons les meubles 
sont en or; les njurs, encadrés d'azur, sont recouverts de 
|)cintures qui rcj)résenlent toutes les bêles de la terre, tous 
les oiseaux du ciel, tous les poissons et les reptiles des eaux. 
La voiite est supportée par un pilier d'argent niellé; tout 
autour se dressent cent colonnes de marbre niellé d'or; devant 
chacune d'elles sont deux cnlanls de bronze qui semblent 
vivre et se regardent en souriant; dans leur bouche ils tien- 



— /i/l3 — 

rient un cor d'ivoire : (juanJ la brise s'élève de la mer, la salle 
se met à tourner sur elle-même; les cors d'ivoire sonnent 
doucement, ':d\\n haut et l'autre clair; ?) en les entendant on 
croit ouïr la voix des ang(\s en paradis. Ces récits, qui parais- 
sent fantastiques, sont presque au-dessous des magnificences 
qui s'étalaient réellement aux yeux des Fra^rs stupéfaits, dans 
le palais impérial de Byzance. Qu'on se rappelle les descrip- 
tions laissées par les historiens de la salle d'or ou Chnjsotn- 
climum : «C'était, dit M. de Lasteyrie, une grande salle octo- 
gone, à liuit absides, où l'or ruisselait de toutes parts . . . Dans 
le fond s'élevait une grande croix ornée de pierreries et, tout 
à l'entour, des arbres d'or, sous le feuillage desquels s'abritait 
une foule d'oiseaux émaillés et décorés de pierres fines, qui, 
par un ingi'nieux mécanisme, voltigeaient de branche en 

branche cl chantaient au naturel En même temps se faisaient 

entendre les orgues placées à l'autre extrémité de la salle, n 
Ces oiseaux qui chantent sur des arbres d'or, ces orgues où le 
vent des soulîlels fait passer de suaves accords, n'ont-ils pas 
visiblement servi de thème à la description de notre poète? 
(îes merveilles puériles furent exécutées au ix'' siècle; elles 
durent subsister jusqu'à la prise de Constantinoplepar les Fran- 
çais. iMais il serait singulier qu'un poème fait après les croi- 
sades ne contint pas sur, et plus particulièrement contre les 
Grecs, quelque trait plus spécial et plus méprisant. Depuis les 
dillicullés qu'amenèrent naturellement ces expéditions, il y 
eut entre les Grecs et les Francs une méliance et une haine à 
peu près constantes, qui se font jour dans un grand nombre de 
productions littéraires du xii"" siècle et qui aboutirent finalement 
à la catastrophe de 120/1. Ici, rien de pareil. Le poète admire 
naïvement les splendeurs byzantines; toutefois, il a soin de 
donner finalement le beau rôle aux Franrais. Depuis fépoque 
où renn)ire d'Occident, restauré par Charlem;igne. et l'em- 
pire d'OrK'iil (M)lrèiv'nl fii rebitions. les yh'\\\ ppin)l('s se 



— hhh — 

coiiijjliirciit à iiiveiiler un ù iiiodilier des r(''cits clans lL'.s(|uel>> 
ils s'atlribualent respeclivcmonl la siipériorilé l'un sur l'antre. 
C'est ainsi qne le moine de Sainl-Gall, à la (in dn ix" siècle, 
en répétant un conte assez |)if|nant ra|)j)orté de Byzance 
en France par un ainlnissadeur de Cliarleina(jne, y attri- 
bue le principal rôle à cet atnijassadeur lui-même, et 
ajoute avec complaisance : «Voilà comment ce Franc subtil 
triompha delà Grèce or<]^ueilleuse. ?) Nous avons, dans notre 
poëme, quelque chose d'analo<]ue. Au milieu des splendeurs 
pacifiques de la cour de Constantiiiople , (^larles et ses pairs 
semblent un peu grossiers : leur ébaliisscment à la vue des 
merveilles de la salle tournante amuse les Byzantins; ils s'eni- 
vrent au souper royal et se livrent, le soir, à des gaietés assez 
déplacées ; mais, grâce à la protection divine, ils jettent à leur 
tour leurs hôtes dans la stupeur par les prodiges qu'ils accom- 
plissent, et, quand les deu\ rois se promènent côte à côte, 

Charlemnines lui «jTaiiulrc plein [)i<-'l cl qiuiti'O \w\i.. 

(j'est la revanche que prennent sur le faste et la science des 
Grecs la force, l'adresse des Francs, et surtout l'amilié toute 
[)articulière que Dieu a pour eux. Les sentiments et les des- 
criptions de cette partie du poëme peuvent, on le voit, par- 
faitement convenir au xi" siècle. 

Il en est de même, si je ne me trompe, des notions cpi'on 
V trouve sur Jérusalem. Ces noiions paraisscMit Inq) vagues et 
l'op incohérentes pour ap|)artenir à l'époque où Jérusalem , 
devenues ville française, fut assez exactement connue; d'autre 
part, elles contiennent des renseignements singulièrement 
|)récis, (|ue ranfcur a du puiser dans les récits de <|uel(pie 
|)èlerin de ses amis, mais qu'il a bizarrement mêlés riin a\ec 
l'autre. C'est |)eut-(Ure de l'église du Saint-Sé[)idcre (pnl a 
voulu parl(>r en appelant simplement «le moutier-» l'églis*' 
qu'il l'ait admirera Cliarlemagni' : - l/enq»ereiir se réjouit de 



c 



— hhb — 

celle grandeur et de cette beauté; il contemple le muutier, 
couvert de peintures aux riches couleurs, de martyrs, de 
vierges, de la sainte majesté du Très-Haut; il y voit les phases 
de la lune, les dates des l'êtes annuelles et les fonts baptis- 
maux, où est représentée la mer peuplée de poissons.?: On 
reconnaît là l'impression produite par une riche église byzan- 
tine, ornée de peintures et de mosaïques : au fond, le Père 
Éternel; sur les deux côtés, de longues processions de saints et 
de saintes. Mais lepoëte y a rapporté deux souvenirs qui appar- 
tiennent à de tout autres lieux, et Là, dit-il, il y a un autel de 
Sainte-Patenôtre.» C'était une église située hors de la ville, 
sur le mont des Oliviers, qui s'appelait Sainte-Pantenôtre, 
omme nous l'apprend, entre autres textes, la précieuse des- 
cription de Jérusalem écrite en français au xii' siècle : «Sur le 
tor de celé voie, a main destre, avoit un moslier c'on apeloit 
Sainte Paternostre : la dist on que Jesucris fist la paternostre 
et l'ensegna a ses apostres. 55 L'attribution et l'église existaient 
avant les croisades, comme le prouvent d'autres documents. 
Le lieu ainsi désigné était celui où une tradition plus ancienne 
voulait que Jésus, dans la nuit de son arrestation, eût prié et 
enseigné ses disciples; ce heu devint plus tard, par une con- 
fusion fort explicable, celui où il avait appris à ses disciples 
l'oraison dominicale : les mots hcus orationis domhncœ, hem 
ubi Dominus discipulos dociiit , suggéraient pour ainsi dire d'eux- 
mêmes cette méprise. — Notre poète ne s'en tient pas là : 
dnns cette même église, où a été pour la première fois pro- 
noncée la prière par excellence, « Dieu», suivant lui, «a 
chanté la messe et les apôtres aussi; leurs douze chaires y sont 
toutes encore; au milieu, la treizième, bien scellée et close, w 
(le souvenir se rapporte; évidemment à l'église appelée iSrtJ«<e- 
Siot), que l'on considéra de bonne heure comme occupant la 
place du (li'niiclt!, où Jésïis. en parlagcani !<' |)aui cl le vin, 
avait in^liliié le safrenicnl de rKiicliarislic. Pour le poi-lc po- 



— hàG — 

hiilylre. la (lènc deviciil luiil ii;itufcllciijeiil la jji'tjiniùic^ 
messe, célébrée par Dieu lui-inériie; en ce (|iii rejjarde les 
apùLres, un j)èlcnii du vi" siècle, saint Anlonin de Plaisance, 
va déjà presque aussi loin (pic lui; |)armi les reliques merveil- 
leuses ([u'il vit dans cette même éf,dise du Cénacle, il cite le 
calice «avec lequel, après la résurrection du Seijjueur, les 
apôtres célébrèrent la messe 55. Une peinture, qui existait au 
moins depuis le conmiencement du xii" siècle et qui était sans 
doute antérieure, représentait dans l'abside le Sei||neur assis 
au milieu des douze Apôtres. C'est là probablement le point de 
départ de la descriplion de notre poëme. L'auteur a su tirer 
de ces souvenirs à la fois précis et confus un inerveillcux 
parti, que lui suggérait le rapprochement qui s'olfrait à son 
esprit, comme à beaucoup d'autres alors, entre Charlemagnc 
entouré de ses douze pairs et Jésus-Christ entouré de ses douze 
apôtres. «Charles, dit-il, entra dans l'église le cœur rempli 1 
de joie; dès qu'il vit la cJiairc du Seigneur, il marcha droit 1 
vers elle. 11 s'y assit et se reposa quelque temps; à ses côtés, 
autour d(! lui, les douze pairs : avant eux, aucun homme à 
n'avait os(! s'asseoir sur ces sièges, aucun ne s'y est assis 
depuis. Charles admirait la splendeur de l'église; il avait levé 
son lier visage. Un juif, qui l'avait suivi de loin, entra dans 
l'église; il vit l'empereur et se |)rit à trembler : le regard de 
(Charles était si imposant, qu'il ne put le soutenir: il faillit 
lomber à la renverse, et s'enfuyant vers le palais du patriarche . 
il en monta d'im élan tous les degrés de marbre : «Seigneur, J 
dit-il. allez à l'église, préparez les fonts: je veux me faire 
baptiser aujourd'hui même. Je viens de voir entrer dans ce 
moulier douze comtes, avec eux le treizième: jamais je ne vis J 
leurs pareils. Je vous le dis, c'est Dieu lui-même, lui et les 
douze Apôtres; ils vieiment vous visiter. '? 

Bien reçu par le palriarche, l'empereur séjourne (jualre 
mois à Jérusalem e| \ hiisse des m.u'ques de sa inuuiliceii(<' : 



— ^i^^(7 — 

^Le roi mèiR' grand truin avec les douze pairs, la chère com- 
pagnie; il est riche, il n'épargne rien. Il bâlit une «église en 
l'honneur de sainte Marie; on l'appelle, dans le pays, Lalinie. 
parce que de toute la ville y viennent les gens parlant les lan- 
gues les plus diverses. C'est là qu'ils vendent leurs étoffes, 
leurs toiles, leurs soieries, le costus, la cannelle, le poivre, les 
riches épices et les herbes salutaires; mais Dieu est au ciel 
qui un jour en tirera vengeance, v L'exactitude de ce curieux 
passage est frappante. Aujourd'hui encore, c'est près de l'em- 
placement où s'élevaient l'église et l'hospice de Gharlemagne 
(juc se tient le marché où, couime alors, on vend les épices et 
les riches soieries. Il en était ainsi dès le ix" siècle, au rapport 
de Bernard le Pèlerin; il en était ainsi bien avant. «Dans 
l'immuable Orient, où rien ne change, dit M. de Vogué, les 
mêmes emplacements conservent les mêmes destinations. . . Le 
marché du ix" siècle, comme Yagora du temps de Constantin, 
connue le change et les eschoppes des croisades, était à l'en- 
droit où se trouve maintenant le bazar; l'hôpital latin du 
ix'' siècle était donc probablement sur l'emplacement où nous 
trouvons plus tard l'église Sainte-Marie-Latine, v — On voit 
avec quelle précision noire poète avait retenu certains détails 
du récit que lui avait fait quelque paiimier de ses amis. Mais 
il tombe en même temps dans une singulière confusion. II 
semble croire que le marché en question occupe la place 
même de l'église bâtie par Charlemagne, et s'indignant de 
cette profanation, il s'écrie : ç^Dieu est au ciel <|ui en tirera 
vengeance quehjuc jour. » Ce vers est extrêmement précieux, 
parce que c'est le seul où le poète, quittant le ton du récit, 
parle en son propre nom et exprime ses sentiments sur un 
état de choses contemporain. 11 est clair que cette menace 
s'adresse à ceux qui occupaient Jérusalem au temps de l'au- 
teur, c'est-à-dire aux musulmans; elle n'aurait eu aucun sens 
à uup époque oii la \\\\c sainl*^ aiiraif apparlmu aux chr*'- 



— .yi8 — 

lirns, et d'ailleurs le poëlc n'aiimil pu alors puiser clans ties 
récils lual coin[)ris l'erreur (jue je viens de signaler et la colère 
(pi'elle lui inspiic. Le marché attenant à l'Iiospice et à l'église 
de Saintc-Maric-Latine était si peu une profanation de la 
fondation de Charlcniagne, que l'hospice, au ix^siikle, tou- 
chait un droit de ceux qui y exposaient leurs marchandises, (^e 
droit, oclroyé sans doute à Charlemagne par la gracieuseté de 
Haroun-al-llaschid, avait certainement cessé d'être perçu 
au xi' siècle; les maîtres de l'h )s[)ice s'en plaignaient sans 
doute, les pèlerins pâtissaient de la diminution des revenus 
de l'hospice, et nous Irouvons dans le vers en question un 
écho de leurs récriminations mal comj)rises. 

Nous remarquons le même mélange d'exaclitude singu- 
lière, d'incohérence et de confusion dans l'itinéraire que le 
poète fait suivre à ses héros; mais, ici, les dillicultés son! 
rendues inextricables par l'évidente altération du texte. J'ai 
dû, pour présenter dans mon analyse quelque chose de suivi, 
restituer, à l'aide des versions étrangères, des rédactions en 
prose et de conjectures, un itinéraire possible. Je me borne à 
remarquer que, dans ce vague (peu explicable après les 
grandes expéditions cpii commencèrent à la (in du xf siècle) 
où le poète laisse la route suivie par les |)èlcri!is. on démêle 
([uelques mentions fort précises, comme celle de Lalice, c'esl- 
à-dire de Laodicé(3 , ou des puis (VAh'danl, c'est-à-dire de la 
gorge profonde, dominée par de hautes montagnes, où la 
roule romaine [tassait devant les ruines déjà désertes de la 
vieille ville d'Abila. Ces noms proviennent sûrement, comme 
les traits (pie j'ai signalés plus haut, du récit d'un |)èlerin-. 
ils ne sauraient nous empêcher de reporter la conqtosition de 
notre poëmc au xi" siècle, où tant d'autres indices nous en- 
gagent à le faire remonler. 

l/un des plus surs, parmi ces indices, nous est fourni par 
["('•Indi' phihdogiquc à bupielle h- poënn' a i/mcim ni clc 



— /iZi9 — 

soumis. Ou ;i roconuii (lu'il ue préseutciit aucun plnMiomèno 
Iinj(yulstir|uc sonsiblcineut postérleui- à ceu\ que nous oiïre la 
cliausoiule Uoland, dont on s'accordo aujourd'hui à attribuer 
au xf siècle la plus ancienne rédaction conservée. L'étude des 
mœurs, des usages, des rares allusions liisloriquos conduit au 
même résultat, ainsi que celle du style, en entendant par là, 
dans le sens le plus large du mot, la manière de comprendre 
les caractères, de poser les personnages, de concevoir et 
d'exprimer les sentiments. Pris au sens purement littéraire, 
le style du Pèlerinage est, de tous les arguments (pie j'ai 
réunis, le plus convaincant. Il frappe irrésistiblement j)ar son 
caractère archaïque tout lecteur habitué à notre ancienne 
langue; il offre au plus haut degré cette élégance concise, 
même elliptique, cette allure saccadée, cette absence do 
transitions, et en même temps cette extrême précision de 
termes et ce réalisme dans le détail qui donnent tant de 
grâce et d'originalité aux monuments les plus anlifpies de 
notre poésie nationale. Il présente des obscurités qui ne 
tiennent pas toutes à l'altération du texte ou à notre con- 
naissance imparfaite de l'ancienne langue; elles appartiennent 
souvent à la manière du poëte, et on peut les lui reprocher, 
ainsi que les manques de proportion de sa composition; 
mais, si j'ose le dire, elles ne nuisent pas à l'effet produit 
par ce conte étrange et fantastique, où les accents de la plus 
noble poésie é|)i{|ue se mêlent aux éclats du rire le plus 
abandonné, oii la dévotion et rcypiègleric, la bouffonnerie el 
le patriotisme font vibrer tour à tour et sans transition les 
cordes de l'instrument capricieux, où le poëte semble se [)lairc 
à étourdir, à dérouter ses auditeurs en les faisant passer par 
les sensations les plus soudainement diverses, comme le roi 
Iliiffon s'anmse à fasciner ses hôtes en faisant tournoyer, au 
son des cors de biou/.e et des tnbonrs, la salle grandiose de 
son palais. 



— /i50 — 

J'ai (lil [)\u< li;»iit (|n<;' la di Ht.' renée de Ion (jiii se l'ait si 
vivement sentir entre notre poëme et (|iiel(|nes anciennes 
chansons j)urement épiques, comme le llolanâ, tenait en 
(M-ande partie à ce qu'il n'était pas destiné au même public. 
Notre vieille épopée est primitivement la poésie des hommes 
d'armes, des barons ou des vassaux fervêlus : \o.s jongleurs chan- 
taient leurs vers soit dans les châteaux, soit en accompagnant 
les expéditions guerrières ou même en engageant le combat. 
Mais bientôt ils cherchèrent naturellement un [)ublic plus 
nombreux et plus varié, et profitèrent des assemblées qu'atti- 
raient les pèlerinages ou les foires pour y faire entendre 
leurs chansons. Celles qu'ils composèrent en vue de ce 
nouvel auditoire, naturellement Irès-méh'-, durent avoir un 
autre caractère que les anciennes, tout en leur empruntant 
leur cadre, leurs personnages, leur forme et une partie de 
leur inspiration. Les poètes de cette nouvelle école ne s'ap- 
puient que très-légèrement sur la tradition; ils cherchent le 
succès dans leur invention personnelle et mêlent sans scru- 
pule le comique au sérieux; au lieu de chanter, comme leurs 
prédécesseurs, ce c[u'ils croient vrai, ils trouvent ce qu'ils . 
jugent amusant; placés en dehors de leur sujet, ils le fa- « 
çonnent avec toute la liberté de l'artiste, tandis que les pères 
de l'épopée étaient dominés par la «matière» traditionnelle 
et ne s'attachaient qu'à exprimer aussi fidèlement qu'ils en 
étaient capables l'inspiration qu'elle leur fournissait. 

Notre poëme est le meilleur type de cette série de chan- 
sons épiques, en même temps qu'il en est pour nous le plus 
ancien. Nous pouvons, en elfel, dire avec certitude en vue de 
quel auditoire il a été composé. Depuis le milieu du xi" siècle, 
l'abbave de Saint-Denis possédait des reliques de la Passion 
du Christ, entre autres la couronne d'épines et un des saints 
clous. Ces reliques étaient exposées l\ la vénération piii)lique 
du I 1 au I /i juin, cl celle exposition était en même lemp^ 



( 



Foccasiun crime rulic lrès-im|jorlante (nTuii appelait ï EniUl 
iliidictinn), d'où plus lard on fit, par corruption, le Luiulit. 
\JEmht réunissait un grand concours de gens, attirés les uns 
par l'exliibition des reliques, les autres par les marchandises 
mises en vente, tous cherchant des distractions une fois qu'ils 
avaient terminé leurs dévotions et leurs aflTaires. Les jongleurs 
arrivaient donc en grand noml)re et s'elTorçaient de captiver 
les auditeurs; rien de plus naturel que de leur chanter l'expé- 
dition d'oLi Charlemagnc avait rapporté le clou et la couronne 
qu'ils venaient de vénérer. Tel est, en effet, le vrai sujet de 
notre poëme. L'opinion générale attribuait à Charlemagne, 
comme nous l'avons vu , un voyage à Jérusalem et à Constan- 
tinople: une légende latine, écrite à Saint-Denis vers 1070, 
racontait (ju'il en avait rapporté les reliques en question et 
qu'il les avait déposées à sa chapelle d'Aix, d'où plus tard 
(Iharles le Chauve les avait tirées pour les offrir à l'abbaye 
française. Dans le peuple, naturellement, on supprimait cet 
intermédiaire, et on croyait que le grand Charles avait rap- 
porté directement les reliques à Saint-Denis. Trois poëmes au 
moins, dont le Pèlerinage seul nous est arrivé dans sa forme 
primitive, furent composés sur cette donnée; ils doivent être 
tous trois à peu près contemporains de la légende latine et 
de la première exhibition des reliques, c'est-à-dire qu'ils ap- 
partiennent encore au xi" siècle. INotre poète nous dit expres- 
sément que le patriarche donna à Charlemagne la sainte cou- 
ronne, le saint clou et maintes belles reli([ues encore, que 
l'empereur, à son retour, déposa sur l'autel de Saint-Denis; 
l'aulres furent données à d'autres églises voisines. La place 
que tient dans le récit l'c-numération de ces pieux trésors, la 
mention de Saint-Denis au début et à la lin du poëme, tout 
nous montre que le l)ut direct et le noyau intime de la chan- 
son sont bien ceux que nous venons (rindi(pier. 

Ces observations nous aujènont encore à conslalcr un aulre 



uyi 



fait, (iiii (lomie ù la cliansoii liéroï-conH(|n(' du Pèlerinaifc une 
valeur toute particulière : c'est que nous avons le droit de la 
regarder comme le plus ancien produit de l'esprit parisien qui 
soit arrivé jusqu'à nous.- Le poêle était sûrement de l'Ile de 
France et sans doute de Paris. Il ne mentionne, outre Paris, 
que deux villes, toutes deux voisines, Chartres et Châleau- 
dun; il est probable que, dans un passage aujourd'hui perdu, 
il nommait aussi Compiègne. Mais, après Saint-Denis, c'est à 
Paris qu'il accorde le principal intérêt. D'Aix-la-Chapelle, 
séjour de Charlemagne dans l'histoire et l'épopée primitive, 
de Laon, sa capitale dans les poëmes nés sous les derniers 
Carlovingiens, il n'est plus question ici; et le poëte se repré- 
sente Charlemagne tenant sa cour c^à la salle à Paris, 55 
comme il le voyait faire au roi Philij)[)e: c'est à Paris que 
reuq)ereur arrive tout droit en revenant d'Orient; la reine 
indi([ue, pour théâtre de l'épreuve judiciaire qu'elle offre de 
subir, «la plus haute tour de Paris la cité.11 II est malheu- 
reux qu'elle n'ait pas désigné plus précisément la tour qu'elle 
avait en vue; nous aurions là un ])récieu\ renseignement 
archéologique. 

J'ai déjà fait remarquer que l'esprit de notre petit poëme 
est éminemment parisien et se retrouve dans le roman bien 
j)0stérieur de Jean de Ptiris. La capitale de la France jouit 
au xi" siècle, sous le gouvernement sage et pacilîque des 
premiers Capétiens, d'une longue ])ériode de tranquillité, 
fpii dut être aussi une période de prospérité. Il s'y forma, au- 
dessous du monde brillant qui avait pour centre le palais de 
la Cité, une riche bourgeoisie, très-convaincue de la supé- 
riorité que le séjour du roi donnait à Paris sur les autres 
villes du royaume, et sans doute déjà positive, spirituelle et 
(picique peu frondeuse. L'épo|)ée nationale, née loin des 
villes et toute pénétrée de rins|)iration Apre et belliqueuse 
de la féodalité, devait subir une réfraction toute particulière 



— A53 — 

en pénétrant dans un milieu aussi clifTérent. C'est probable- 
ment dans les bautes spbères de ce monde parisien, sous 
l'influence directe de la royauté , que la cbanson de Roncevnux 
a pris la forme qui nous est [)arvcnue; en face de cette poésie 
cbevaleresque, le Pèlerinage de Cliarlemagne me paraît repré- 
senter la poésie bourgeoise; le premier de ces poëmes a dû 
plaire, comme ou aurait dit bien plus tard, à la cour, le se- 
cond surtout à la ville. Je me tlgure le plaisir que durent 
éprouver à l'entendre pour la première fois, chanté sans doute 
par son auteur avec accompagnement de vielle, les Parisiens 
qui, il y a environ huit siècles, assistaient à la foire de V En- 
dit. Tout se réunissait poiir les charmer dans ce conte vif et 
singulier, où ils apprenaient l'origine des reliques qu'ils 
venaient de vénérer à Saint-Denis, où ils voyaient le roi -de 
Paris triompher si merveilleusement de celui de Constanti- 
nople, où le bel Olivier gagnait si vite et traitait si légère- 
ment l'amour de la princesse byzantine, où étaient racontés 
tant de beaux miracles et d'aventures imprévues, le tout à la 
plus grande gloire des Français. Ils se sentirent remplis de 
vénération à l'aspect de Charles entouré de ses pairs, assis 
aux places de Jésus et de ses apôtres; ils soupirèrent à la 
pensée des saints lieux que les héros du poëme avaient eu le 
bonheur d'adorer; mais ils rirent de bon cœur avec leurs 
femmes des gnbs des douze pairs et de la piteuse mine du roi 
Hugon, et surtout ils restèrent plus fermement convaincus 
que jamais que nulle nation ne pouvait se comparer aux 
Français de France. kEu quelque pays que nous venions, répé- 
laient-ils avec le poète, nous aurons toujours l'avaiifage : » 

J.1 no vendrons en terre noslre ne seit ni loz. 



3o 



A5/« — 



A PPE INDICE N" M. 



R A P I» W T 

FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DES ANTIQUITES DE LA FRANCE, 

SUR LES OUVRAGES ENVOYÉS AU CONCOURS DE L'ANNEE 1^77, 

PAU M. ECfi. DE ROZIÈRE. 

(lu dans la séance du i8 janvier 1878.) 

Messieurs, 

Le concours dont nous nvons à vous rendre compte ne sau- 
rait être considéré romme inférieur aux précédents. Le 
nombre des ouvrages qui nous ont été soumis a presque 
atteint le chiiïre de quarante. Mais il faut avouer que dans ce 
nombre figurent, pour une assez large part, des dissertations 
sur des points d'histoire locale; et malgré l'intérêt très-légi- 
time que les travaux de ce genre inspirent aux habitants de 
telle ou telle région, il est bien certain qu'ils ne peuvent 
entrer en comparaison avec ceux dont les auteurs se proposent 
d'édifier un corps de doctrines ou d'embrasser l'ensemble d'un 
sujet. Il semble donc que l'activité scientifique tend à se frac- 
tionner, et que dans une certaine mesure elle perd en profon- 
deur ce qu'elle a gagné en superficie. C'est un résultat qu'il 
était facile de prévoir et dont il n'y a pas lieu de s'inquiéter. 
Grâce à l'impulsion donnée par les grands historiens que nous 
avons eu l'honneur de compter parmi nous, l'éfude du moyen 
âge a pénétré jusqu'aux extrémités de nos provinces les plus 
reculées, et presque partout elle s't^t manifestée par la créa- 
tion de ces sociétés académiques dont nous saluons avec joie 
les rapides développements. N'était-il pas naturel que chacun 
des membres de ces sociétés nouvelles s'empressât de mettre 
en lumière les faits qui avaient eu pour théâtre le territoire 



— 455 — 

de sa commun«3, de raconter la vie du général ou du prélat, 
du savant ou de l'artiste, dont la naissance avait illustré son 
village, de rechercher l'origine et la destination du monument 
dont les ruines inexplorées demeuraient depuis des siècles à 
l'état d'énigme ou servaient de prétexte aux légendes les plus 
étranges? Nous avons assisté, nous assistons encore au spec- 
tacle de cette première ardeur, cjui offre beaucoup des qualités 
de la jeunesse et quelques-uns de ses défauls. Mais avec le 
temps l'équilibre se fera. On ne cessera pas d'étudier l'histoire 
locale, mais les auteurs de monographies chercheront d'eux- 
mêmes à se rattacher aux vues d'ensemble. Encouragés, gui- 
dés, redressés au besoin par vos conseils, leurs travaux, sans 
rien perdre de leur intérêt particulier, deviendront une des 
sources les plus fécondes de l'histoire générale de la France. 
— Votre Commission sera nécessairement la première à cons- 
tater cet heureux résultat, et, quand elle viendra vous l'an- 
noncer, vous pourrez considérer que l'étude de nos antiquités 
nationales est entrée dans sa pleine maturité. 

Cette maturité se fait déjà sentir dans quelques-uns des 
ouvrages soumis chaque année à notre examen. Elle forme un 
des mérites distinctifs de celui auquel nous avons décerné la 
première médaille, et qui a pour titre : InvenUiirc des sceaux 
de l'Artois et de la Picardie, recuedlis dans les dépôts d'archives, 
musées et collections particulières des départements du Pas-de-Ca- 
lais, de l'Oise, de la Somme et de l'Aisne, avec un catalogue de 
pierres gravées ayant servi à sceller et vingt-quatre planches ptioto- 
ghjptifjues , par M. Germain Demay, archiviste aux Archives 
nationales. — Le titre du livre et le nom de l'auteur étaient 
l'un et l'autre d'heureux augure. M. Demay est en effet un de 
vos anciens lauréats. 11 a obtenu la première médaille au con- 
cours de 1 8 -y 3 pour un Inventaire des sceaux de Flandre , auquel 
son nouveau travail fait suite et sert en quelque sorte de com- 
{)lément. Lps deux ouvrages ont été conçus sur le mémo plan 

3o. 



— 450 — 

el exécutes avec le même soin. Dans l'un comme dans l'autre, 
on trouve, à côté des monuments siffillographiques qui appar- 
tiennent en propre a la Flandre, à l'Artois et à la Picardie, la 
description des sceaux de toute origine que les relations exté- 
rieures ont fait entrer dans les archives de ces provinces. Dans 
l'un comme dans l'autre, la nature, la date et la provenance 
de la pièce à laquelle le sceau est attaché sont indiquées avec 
une précision qui permet de contrôler la lecture des légendes 
et souvent même en facilite le déchiffrement. Dans l'un comme 
dans l'autre, enfin, il existe à la fois des tableaux systématiques 
qui reproduisent l'ensemble des subdivisions adoptées par 
l'auteur, et des tables alphabétiques, au moyen desquelles on 
retrouve aisément chacun des monuments c[u'il a décrits. L'in- 
ventaire des sceaux de Flandre, formé de deux volumes, com- 
prenait 7,()8() sceaux; celui d'Artois et de Picardie en com- 
prend li,à'jb, dont 2,()/i2 pour la première de ces provinces 
et 1,533 pour la seconde. La plupart de ces monuments 
offrent un véritable intérêt au point de vue de l'histoire poli- 
tique; il s'en rencontre qui fournissent en outre des détails 
curieux pour l'histoire de l'art. Le choix des figures (|ui ac- 
compagnent le texte a été fait avec beaucoup de discernement, 
et les planches, grâce à l'habileté de leur exécution, peuvent 
être considérées comme de précieux éléments d'instruction. 

Le nouveau travail de M. Dcmay réunit donc toutes les 
conditions d'un bon répertoire archéologic[uc. En lui décernant 
la première des récompenses dont elle dispose, votre Commis- 
sion a voulu tout d'abord reconnaître la j)ersévérance de son 
consciencieux auteur, et marquer l'estime qu'elle professe 
pour ses connaissances spéciales en paléographie (^t en blason; 
mais elle a voulu aussi témoigner à M. Demay sa satisfaction 
de la déférence avec laquelh^ il a suivi ses conseils. On sait 
(pie pendant le cours du moyen âge plusieurs personnages ont 
fait enchâsser des intailles antiques, voire même des camées. 



— 457 — 

dans les malrices de leurs sceaux. L'inventaire des sceaux de 
Flandre en offrait d'assez nombreux exemples, à l'examen 
desquels il semble que M. Demay aurait dû consacrer quelques 
pages. Le rapporteur du concours de 1878 lui avait courtoi- 
sement signalé cette lacune, en lui donnant rendez-vous pour 
une des années suivantes. L'invitation a été entendue et com- 
prise. M. Demay a joint à son inventaire des sceaux d'Artois 
et de Picardie un catalogue de trois cent soixante-sept sceaux 
appartenant à la catégorie qui vient d'être indiquée. Ce cata- 
logue est suivi de la reproduction photogiyptique de quatre- 
vingt-quatorze empreintes et précédé d'une notice qui renferme 
quelques aperçus très-exacts, auxquels on ne peut reprocher 
que leur extrême brièveté. Catalogue, empreintes et notice,- 
fournissent d'ailleurs d'excellents éléments pour étudier l'a- 
daptation des œuvres d'art antiques à la sphragistique des 
temps moyens. C'est un nouveau service que M. Demay vient 
de rendre à la science de la diplomatique; votre Commission, 
qui l'avait en quelque sorte provoqué, s'est empressée de le 
reconnaître et de le récompenser. 

L'ouvrage que nous avons jugé digne de la seconde mé- 
daille nous conduit hors d'Europe, dans cette partie de l'Afrique 
dont nos armes et notre civilisation ont fait une terre française. 
Il a pour auteur M. Brosselard, ancien préfet d'Oran, et pour 
titre : Mémoire épigraphique et historique sur les tombeaux des 
émirs Beni-Zciycm et de Boabdil , dernier roi de Grenade, décou- 
verts à Tlemcen. — Les sépulcres des anciens souverains de 
Tlemcen et les inscriptions qui les couvrent peuvent-ils être 
rangés au nombre des anticjuités de la France, et par suite le 
mémoire de M. Brosselard devait-il être admis au concours? 
— 11 y a trente ans, cette question eût peut-être partagé votre 
Commission; mais elle est aujourd'hui décidée sans retour. 
Depuis longtemps l'Académie s'est habituée à considérer les 
matériaux recueillis en Afrique par MM. Renier, Delamarre, 



— /i58 — 

Carbiiccia , Bei'brugger,(Jlierbonneau, Creulv, Azeina de iMonl- 
graviei', comme des documents de notre histoire nationale. 
Les anciens rapports de MM. Hase et Alexandre de Lahorde 
ont jj cet égard consacré sa jurisprudence. 

La queslion préjudicielle étant écartée, le succès deM.Bros- 
selard ne pouvait être douteux. En efî'et, l'ancien préfet d'Oran 
n'est pas seulement l'interprète habile et heureux des monu- 
ments qu'il nous fait connaître ; c'est lui qui par des fouilles 
louguement méditées, et conduites avec autant de résolution 
que d'intelligence, est parvenu à former celte riche collection 
de tombes et d'inscriptions funéraires. Les marbres ont été 
trouvés aux lieux mêmes que ses calculs lui avaient permis 
d'indiquer, et votre Commission a pensé qu'une recherche 
(h'rigée de cette façon constituait déj;\ par elle-même un titre 
ù ses récompenses. La lecture du mémoire de M. Brosselard a 
achevé de gagner nos suffrages. Versé dans la connaissance de 
la langue et de la littérature arabes, M. Brosselard a rapproché 
les textes des inscriptions qu'il venait de mettre au jour des 
divers passages des écrivains musulmans relatifs aux Beni- 
Zeiyan; il les a contrôlés ou complétés les uns parles autres, 
et, grâce aux dates fournies par les marbres, il a réussi à 
dresser un tableau chronologique de cette puissante dynastie, 
qui a régné sur le territoire de Tlemcen de laSg à i55/i. 

La dernière inscription traduite et commentée par M. Bros- 
selartl est une longue épitaphe de Boabdil (iMohannned- 
Abou-abd-Ulah), roi de Grenade, qui était venu se réfugier à 
Tlemcen après la chute de son royaume. C'est peut-être le 
monument le plus inq)ortantde toute la collection; c'est à coup 
sûr celui dont le déchiffrement préscntaitle plus de diflficuhés. 
M. Brosselard est-il parvenu à les résoudre d'une manière dé- 
linitive? 11 nous semble qu'il reste tout au moins un point 
très-im|)ortant sur Ie([uel la lumière n'est pas complète. Le 
tronr" de Grenade a et*' pendant pinsiours années, de 1/18/1 à 



— 459 — 

1^89-, occupé en commun par deux princes, l'oncle et le ne- 
veu, portant l'un et l'autre le nom de Boabdil, et destinés 
également à finir leurs jours dans l'exil. Duquel s'agit-il dans 
l'inscription? Est-ce de l'oncle, de ce dernier champion de 
l'honneur musulman, à qui ses prouesses guerrières avaient 
valu le surnom de Zagal (le brave)? Est-ce du neveu, de ce 
triste et lâche souverain, dont les habitants de l'Andalousie 
ont conservé le souvenir sous le sobriquet à' El Rey ckico , et 
qui doit sans doute à la grandeur de son infortune l'étrange 
indulgence de la postérité? M. Brosselard se prononce en fa- 
veur du dernier, et s'efforce d'établir que l'oncle avait cherché 
refuge à la cour de Fez. Malheureusement l'état dans lequel 
il a trouvé l'inscription ne lui a pas permis de pousser sa dé- 
monstration jusqu'à l'évidence. La mention du défunt est ac- 
compagnée d'une généalogie, qui, étant commune aux deux 
Boabdil, ne fournit aucun secours pour la solution du pro- 
blème; le nom du père aurait pu seul le trancher, et c'est 
précisément celui qu'une fracture du marbre n'a pas permis 
de déchiffrer. 

L'identilication de l'ancien roi de Grenade, mort à Tlem- 
cen, demeure donc incertaine; mais cette lacune ne diminue 
rien du mérite de M. Brosselard, qui a réuni et discuté avec 
le plus grand soin tous les éléments de la ([uestion. L'ensemble 
de son travail est d'ailleurs si plein d'intérêt et d'originalité, 
que nous n'avons pas hésité à le classer au second rang dans 
l'ordre de nos encouragements. 

L'abbaye cistercienne de Notre-Dame d'Ourscanqjs, fondée 
en 1129 sur la rive gauche de l'Oise, à deux lieues environ 
de INoyon, occupe une place considérable dans l'histoire ec- 
clésiastique de la Picardie. Aussi la publication en deux forts 
volumes \n-h" de ['Histoire et du Cartidaire de cette illustre 
maison aurait peut-être suffi pour juslifier l'allribution que 
nous avons cru devoir faire à son vénérable auteur, M. Vvi- 



— /.60 — 

giié-Delacourt, de notre troisième médaille. Le cartulairc, en 
etï'et, (|ui ne comprend pas moins de neuf cent quarante-neul 
pièces, re|)roduites textuellement d'après l'original déposé 
aux arcliives départementales de l'Oise, constitue un recueil 
diplomatique de premier ordre, dont on est encore loin 
d'avoir épuisé la substance. On y trouverait au besoin les ren- 
seignements les plus intéressants et les plus précis, non-seu- 
lement sur l'état de la Picardie au moyen âge, mais encore 
sur les institutions cisterciennes, et notamment sur la pari 
qu'ont eue les religieux d'Ourscamps aux grands travaux de 
défrichement et de dessèchement accomplis dans le cours du 
xir siècle. Quant au volume consacré spécialement à l'histoire, 
il est surtout remar([uable par le soin qu'on a pris d'en pré- 
senter au lecteur les matériaux sous leur forme originale. 
Pendant plus de vingt ans, M. Peigné-Delacourt n'a rien 
ménagé pour recueillir, tant en Angleterre qu'en France, les 
chartes, les inscriptions, les dessins, les plans, les cartes, en 
un mot les documents de toute nature qui pouvaient jeter 
quelque jour sur l'origine et l'étendue des biens de l'abbaye, 
sur le genre de vie des religieux et leurs occupations ma- 
nuelles ou littéraires, sur l'état ancien des bâtiments, sur les 
6é[)ultures, les reliques et les objets d'art qu'ils pouvaient 
contenir. Grâce aux portefeuilles de la collection Gaignières 
que ])ossède la Bibliothèque Bodléienne, il a pu enrichir le 
volume dont il s'agit d'un nombre considérable de |)lanches 
reproduisant des vues du monastère, des détails d'architec- 
ture, des pierres tunudaires et des sceaux. 

Mais, quel(|ue estimables que soient les travaux de M. Pei- 
gné-Delacourt sur l'abbaye d'Ourscanq)s, ils n'ont pas seuls 
déterminé notre jugement. Nous avons pensé que la publica- 
tion de ces deux volumi's, qu'on peut considérer comme le 
ronronnement de la vie littéraire de l'auteur, nous fournissait 
une occasion favorable de décerner une marque publique des- 



— hù\ — 

time à ce respectable et laborieux écrivain , qui a prodigué son 
temps, sa peine et sa fortune au service de la science. — 
Quand il vint, en iShh, s'établir h Ourscamps comme di- 
recteur de la grande fdature de coton qui était installée depuis 
une vingtaine d'années dans les anciens bâtiments conven- 
tuels, les parties de l'édifice autrefois consacrées au culte 
n'existaient plus, ou du moins n'existaient qu'à l'état de dé- 
bris. Ce n'était pas, il faut le reconnaître, le fait de la Révo- 
lution, qui s'était contentée de briser des vitraux et de gratter 
des armoiries. — C'était le résultat du vandalisme d'un ancien 
commissaire de marine, devenu le familier des principaux 
personnages du Directoire, qui avait transformé l'abbatiale 
en château de plaisance, rasé la grande nef de l'église afin de 
mieux dégager la perspective, et démantelé le chœur ainsi 
que les transepts pour faire du pittoresque à la mode du 
temj)s en créant une vue de ruines au milieu des jardins. 
M. Peigné-Delacourt, tout en assurant par son habile admi- 
nistration la prospérité de la filature et le bien-être des nom- 
breux ouvriers placés sous ses ordres, réussit à sauver ce qui 
restait encore des constructions du moyen âge, et mérita 
d'être proposé comme exem.ple par M. de Montalombert à 
tous les propriétaires d'anciennes abbayes. Bientôt son esprit 
actif et plein de zèle franchit les limites du domaine d'Ours- 
camps. 11 étudia la topogra|)hie , les antiquités, les institutions 
de la région circonvoisine, et, s'il est inq)ossible de le suivre 
dans un grand nombre de conjectures, auxquolles une saine 
critique ne saurait se prêter, on se sent du moins contraint 
de rendre hommage au dévouement avec lequel il s'est efforcé 
de répandre, jusque dans les plus modestes écoles, le goût de 
l'histoire locale et la connaissance de l'archéologie. 

A côté de cette œuvre de propagande, que M. l^eigné- 
Delacourt accomplissait au moyeu de cartes, de livrets, de 
dessins, de répertoires populaires, ornés de figures et distri- 



— 462 — 

bues avec un infatigable désintéressement, il convient de rap- 
peler quelques travaux d'un ordre plus élevé, tels que la 
reproduction des planches du Monasticum gallicanum et la pu- 
blication du Tableau des abbayes et monastères d'hommes en France 
à l'époque de l'édit de ij68. Le premier répondait à l'un des 
désirs les plus légitimes des érudits, qui regrettaient vive- 
ment que l'œuvre do Dom Germain fût demeurée à l'état de 
projet. Grâce aux procédés de la photogravure, dont M. Pei- 
gné- Delacourt a compris, un des prenHers, l'utilité pour les 
éludes archéologiques, nous pouvons aujourd'hui nous pro- 
curer, sous une forme économique et cependant fidèle, la 
série complète de ces planches que cinq ou six bibliothèques 
étaient seules à posséder. — Quant à la statistique oiTicielle 
des maisons religieuses à la veille de la Révolution, c'est un 
document fort curieux, dont l'éditeur a singulièrement aug- 
menté la valeur par les cartes qu'il y a jointes, et qui per- 
mettent d'embrasser d'un coup d'œil la distribution des diffé- 
rents ordres monastiques sur le sol de la France. 

En résumé, nul ne s'est mieux pénétré que M. Peigné- 
Delacourt des intentions qu'annonçaient, il y a cinquante 
ans, les fondateurs du concours des Antiquités nationales; et 
si ses travaux laissent trop souvent à désirer du côté de la 
critique, nul du moins n'a plus contribué à faire naître au- 
tour de lui le goût des questions archéologiques, le respect 
des monuments, l'intelligence de l'histoire puisée à ses véri- 
tables sources. 

Nous avons accordé la première mention honorable à 
M. Camille Chabaneau pour sa Grammaire limousine. — Le 
dialecte limousin est borné au midi par les dialectes de la 
Gascogne et du Quercy; il confine à l'est avec celui de l'Au- 
vergne, et va se perdre au nord et à l'ouest dans les patois 
berrichon, poitevin et saintongeais. C'est une des subdivisions, 
une des formes locales de la langue d'oc, ou, comme le dit 



— Z»63 — 

M. Chabaneau en empruntant la terminologie de l'histoire 
naturelle, c'est une des espèces de la langue d'oc, qui est 
elle-même un des genres de la famille des langues romanes. 
Sa renommée et son autorité littéraire ont été grandes au 
moyen âge. Non-seulement la province sur laquelle il régnait 
était considérée comme la terre classique de la poésie, la 
terre qui avait produit les plus grands troubadours, mais en- 
core il était vanté pour l'exacte observation des règles de la 
llexion et pour la juste prononciation des cas du nom et des 
personnes du verbe. 

Ce n'est malheureusement pas sur cet ancien dialecte, cé- 
lébré par Raymond Vidal de Bezaudun et par les auteurs des 
Leijs d'amors, que s'est porté le principal effort de M. Chaba- 
neau. Le dialecte dont il nous donne la grammaire est celui 
qui est parlé encore aujourd'hui dans la plupart des cam- 
pagnes de la Haute- Vienne, de la Corrèze, de la Dordogne, 
et dans une portion de celles de la Creuse et de la Charente. 
M. Chabaneau s'est placé au point de vue de l'intérêt actuel, 
de l'utilité pratique; mais, une fois sur ce terrain, il faut re- 
connaître que non-seulement son livre est supérieur aux diffé- 
rentes grammaires de patois que nous possédons, mais que 
même, jugé d'une manière absolue, il peut et doit être con- 
sidéré comme un bon livre. 

Nous devons cependant avouer que, si ce travail n'avait 
d'autre mérite que d'être une bonne grammaire d'un de nos 
patois modernes, il se serait trouvé, par sa nature même, 
exclu du concours. Aussi convient -il d'ajouter que M. Chaba- 
neau a cherché autant que possible à procéder historiquement. 
A maintes reprises, il est remonté à l'origine des faits gram- 
maticaux que lui offrait son patois, et il en a retracé la suite 
chronologique. Il a pu rattacher ainsi le dialecte moderne au 
dialecte ancien, et, chemin faisant, il a fourni d'intéressantes 
remarques, non -seulement sur le limousin du moyen âge. 



— UÇilx — 

ruais encore sur les caractères généraux et communs des diffé- 
rentes branches de la langue romane. C'est le nombre et 
l'importance de ces excursions sur le domaine de l'histoire 
qui nous ont permis de comprendre M. Chabaneau parmi nos 
lauréats. Rares dans la première partie du livre, qui traite 
exclusivement de la phonétique, elles deviennent très-fré- 
quentes dans la seconde partie, qui est consacrée à l'étude des 
différentes espèces de mots, et au début de laquelle l'auteur 
déclare que l'état actuel du dialecte limousin se déduit de 
l'ancienne langue classique. Cette seconde partie est d'ailleurs, 
sous tous les rapports, supérieure h la première. L'inégalité 
s'explique par le mode de publication adopté par l'auteur. La 
Grammaire limousine a paru par articles dans la Revue des 
langues romanes, et l'impression des premiers chapitres re- 
monte à 1871. A cette époque, M. Chabaneau n'était peut- 
être pas suflisamment préparé; il n'avait pas encore assez 
d'expérience pour traiter son sujet avec l'ampleur désirable; 
il ne connaissait pas tous les textes de l'ancien limousin qui 
pouvaient être rapprochés du limousin moderne et fournir 
une base plus large à ses études. Mais, depuis la première 
page jusqu'à la dernière, il n'a cessé de faire des progrès, et, 
comme; il s'était aperçu lui-même de l'infériorité relative du 
commencement, il a tâché d'y remédier en insérant à la fin de 
son volume de nombreuses corrections. 

Cette consciencieuse persévérance constituait assurément 
un titre à la bienveillance de votre Commission, et ce n'était 
pas le seul que M. Chabaneau piit faire valoir. L'auteur de 
la Grammaire limousine n'est point un érudit de profession, 
encore moins un homme de loisir. Modeste fonctionnaire dans 
un simple chef-lieu d'arrondissement, où les ressources litté- 
raires sont évidemment fort restreintes, il a du se former lui- 
même. Dès 1867, il publiait une Histoire et théorie du verbe 
français, qui figure au [)rograuime de l'agrégation pour les 



— /»C5 — 

classes de f]rammaire. Il a depuis lors inséré dans la Revue des 
langues romanes et dans la Romania de nombreux mémoires, 
qui prouvent que les circonstances défavorables au milieu des- 
quelles il se trouve placé ne font qu'exciter son zèle pour la 
science. Aussi la récompense dont nous disposons en sa faveur 
s'adresse-t-elle à la fois à l'homme et au livre. 

V Histoire de la cathédrale de Rodez, par M. Bion de Marla- 
vagne, est un livre intéressant et consciencieux, qui dénote 
de la part de l'auteur une étude approfondie du monument 
qu'il décrit, et qui a dû coûter de longues recherches, tant 
dans les archives de la ville que dans celles du département. 
C'est à la fois une histoire de la construction, avec ses inter- 
ruptions et ses vicissitudes de toute nature depuis le xiif siècle 
jusqu'au xvii% et une description détaillée de chacune des 
parties de l'édifice. Dans ce cadre si simple et en apparence 
si restreint viennent successivement prendre place des notions 
curieuses et jusqu'ici peu connues sur la vie religieuse et mu- 
nicipale à Rodez , sur le développement des arts dans le 
Houergue et les provinces voisines pendant le moyen âge, 
sur l'origine et la biographie des artistes, sur le caractère et 
la forme des marchés, sur la nature et l'importance des sa- 
laires. 

M. de Marlavagne commence par déterminer le genre 
auquel appartient la cathédrale de Rodez; il indique sa res- 
semblance avec celles de Clermont, de Limoges, de Narbonne, 
et signale les modifications qu'a dû subir l'architecture ogi- 
vale en se transportant de l'Ile de France et de la Picardie 
dans les provinces du Centre et du Midi, où l'architecture ro- 
mane régnait sans partage. Il fait ensuite connaître la part 
qu'ont eue à la construction, ou plutôt à la reconstruction de 
l'édifice, les différents éveques qui ont occupé le siège de 
Rodez, les membres du cha[)itre, les consuls et les principales 
familles de la bourgeoisie, il énumère les ressources de toute 



— /i66 — 

espèce dont disposaient les confrères de i'œuvre : indulgences, 
dispenses ou autres faveurs ecclésiastiques, bénéfices vacants, 
quêtes, donations, legs, contributions en nature et prestations 
nnanuelles fournies par ceux qui ne pouvaient offrir que leur 
travail. Il donne enfin l'analyse d'un certain nombre de mar- 
chés ou baux à prix fait, les uns en latin, les autres en langue 
vulgaire, dans lesquels sont minutieusement indiqués les di- 
verses espèces de pierres qu'on emploiera, les carrières d'où 
elles seront tirées, les dépenses qu'entraîneront l'extraction, le 
transport, la taille et la pose, ainsi que la nourriture des ou- 
vriers, le nombre et la dimension des statues qui orneront 
chaque portail, les personnages qu'elles représenteront et jus- 
qu'au style dans lequel elles devront être conçues. Un des 
documents les ])lus curieux en ce genre nous paraît être le 
marché qui fut passé, le 9 mai 1/178, avec André Sulpice, 
maître menuisier de Marvejols en Gévaudan, pour la confec- 
tion des stalles du chœur. 11 y est dit qu'il y aura une rangée 
de stalles de chaque côté du chœur, des sièges hauts et des 
sièges bas, une chaire pour l'évêque, une galerie ou déambu- 
latoire au-dessus du revêtement des stalles, permettant de 
faire le tour du chœur, et enfin quatre grandes portes avec 
leurs vantaux, le tout sur le modèle de l'église de Béziers. 
L'œuvre devait être terminée dans un délai de huit années, 
et, pendant tout ce temps, Sulpice était tenu d'entretenir sept 
bons ouvriers menuisiers ou sculpteurs en bois (^septem Jamulos 
artifices et mentes m arte menusarie sive lignorum scidptorcs). 11 
lui était alloué pour salaire 1,700 livres tournois, 5oo sep- 
tiers de blé, moitié seigle et moitié froment, 120 pipes de 
vin , et de plus 1 1 livres tournois par an pour la salaison 
(Fun bœuf et de quatre porcs. La fabrique s'engageait en 
outre à lui fournir le bois, les clous et la colle nécessaires, 
ainsi qu'une maison convenable pour se loger et travailler 
avec sa famille et ses ouvriers. 



— A67 — 

A ces curieux détails sur les côtés matériels de l'entreprise, 
M. de Marlavagne a joint des renseignements non moins inté- 
ressants sur les différentes classes de personnes employées aux 
travaux. Grâce aux documents qu'il avait sous les yeux, il 
a pu établir la liste complète des architectes de la cathé- 
drale; il a constaté qu'au xv*' siècle il existait à Rodez une 
école de peintres-verriers; il a montré enfin (et ce n'est pas 
la moins importante de ses découvertes) que le monument 
dont il écrivait l'histoire ne devait rien à ces corporations am- 
bulantes d'ouvriers qui parcouraient la France, la truelle et le 
ciseau à la main , mais que toutes les portions de ce vaste et 
noble édifice avaient été construites par des maçons, des 
charpentiers, des menuisiers et des sculpteurs du pays ou du 
moins de la région. Il est douteux qu'aujourd'hui cette contrée 
pût ainsi se suffire à elle-même et poursuivre une œuvre aussi 
considérable sans le secours d'artistes étrangers. 

La partie du livre où M. de Marlavagne donne la descrip- 
tion détaillée de chaque nef, de chaque arceau, de chaque 
chapelle, n'offre évidemment qu'un intérêt secondaire pour 
les lecteurs étrangers à la ville de Rodez, Deux chapitres mé- 
ritent cependant une mention particulière, celui qui concerne 
le Trésor, dans lequel sont énumérés beaucoup d'objets pré- 
cieux portés sur les inventaires du xiv* siècle, et celui qui a 
trait aux fêtes , cérémonies et représentations liturgiques ac- 
complies dans la cathédrale. 

Le volume est terminé par un assez grand nombre de pièces 
justificatives tirées des archives départementales. M. de Mar- 
lavagne a consulté ce riche dépôt avec d'autant plus de fruit 
qu'il en avait été pendant de longues années le conservateur 
et qu'il en connaissait d'avance toutes les ressources. C'est 
aux documents arthentiques, conservés en majeure partie 
dans les fonds dn l'évêché et du chapitre, que sont dues cette 
sûreté d'informations et cette exactitude qui constituent son 



— /i68 — 

principal niérilc, L'Académie a toujours placé ces qualités au 
nombre de celles qui distinguent la véritable érudition. Aussi 
votre Commission n'a-t-elle pas hésité à décerner à M. de 
Marlavagne la seconde mention honorable. Elle ne s'est pas 
laissé détourner par la vivacité avec laquelle il affirme, dès 
le début de son travail, l'origine apostolique du siège de 
Rodez et la réalité de la mission de saint Martial, un des 
soixante-douze disciples de Jésus-Christ, envoyé par saint 
Pierre lui-même dans le Rouergue et le Limousin avec de 
nombreuses reliques, parmi lesquelles il s'en trouvait de la 
sainte Vierge. Assurément, elle n'a pu voir sans un vif regret 
un écrivain estimable et généralement judicieux accepter sans 
discussion, sur des témoignages insuffisants et dénués de va- 
leur historique, les erreurs d'une école qui semble chercher 
l'édification dans le mépris des règles de la saine critique, et 
qui déserte avec une présomption puérile les grandes tradi- ; 
tions des Bollandistes et des Bénédictins. Mais elle n'a pas 
cru que cet entraînement la dispensât de rendre justice aux 
qualités sérieuses de l'œuvre. Elle se contente de protester, 
comme elle l'a déjà fait en d'autres occasions, pour dégager 
sa responsabilité. 

Avec M. Alfred Richard, nous ne sentons pas le besoin de 
recourir aux mêmes précautions. Le jeune et savant archiviste 
du département de la Vienne, tout pénétré des méthodes de 
l'Ecole des chartes, unit.au respect des traditions le goût des 
discussions scientifiques. 11 possède également l'art de con- 
denser ses recherches et d'exposer en peu de mots tous les 
détails de son sujet. L'Etude sur les colliberts, qu'il a soumise à 
notre jugement, comprend à peine quarante-cinq pages: mais 
elle fait passer sous nos yeux un si grand nombre de docu- 
ments, pour la plupart inédits, que nous l'avons, malgré son 
peu d'étendue, jugée digne de la troisième mention honorable. 

L'exislenco des colliborls a été signalée pour la première 



— H6\:> — 

fois par un écrivain du xT siècl(3, le moine Pierre de iMail- 
lezais, qui désigne sous ce nom une certaine catégorie de 
serfs, installés dans des huttes sur les bords de la Sèvre et 
vivant des produits de leur pêche. Cette population misé- 
rable n'était pas, du reste, la seule à laquelle \e nom de col- 
liberts fut appliqué. On l'avait étendu à tous les habitants du 
marais poitevin, et M. Richard vient de prouver, au moyen 
de textes formels, qu'il y avait aussi des colliberts dans les 
provinces du centre voisines du Poitou, en Anjou, en Tou- 
raine et dans l'Orléanais. 

Les colliberts appartenaient, incontestablement à la classe 
des non-libres; mais on sait qu'au moyen âge les conditions 
sociales admettaient une foule de variétés et comme elles 
n'étaient réglées que par la tradition, l'usage, les conven- 
tions privées ou la loi du plus fort, il devient parfois très- 
difficile d'établir entre elles une ligne exacte de démarcation. 

L'élude de M. Richard nous fournit la preuve de cette dif- 
ficulté. La condition des colliberts présente, en effet, la plus 
grande analogie avec celle des serfs proprement dits : ils 
peuvent, comme eux, être donnés, échangés ou vendus avec 
la terre qu'ils cultivent,; leurs enfants sont partagés; ils n'ar- 
rivent à la liberté que par l'alfranchissement. Mais, d'un 
autre côté, les textes établissent une distinction positive entre 
le coliii)ert <ît le serf, et la situation du premier paraît supé- 
rieure à celle du second. De même que l'homme libre, le col- 
libert pouvait, en punition de quelque faute, déchoir de son 
état et tomber dans la servitude. La règle qui voulait qu'en 
cas de mariage entre personnes de rang inégal l'enfant suivît 
la pire condition, s'appliquait au collibert aussi bien qu'à 
l'homme libre, de telle sorte que l'enfant d'un collibert et 
d'ime femme serve ou d'un serf et d'une collibcrle naissait de 
condition servile. La même supériorité se manifeste au point 
de vue des tenures. Ce qu'on nomme au xi' siècle le fisc du 

V. :u 



— /i70 — 

<<>llil)('rf est un ensemble tle bions-londs soumis à un même 
syslrn)e de redevances, de services et de coutumes. Il est in- 
di\isil)l('à ré*jnrd du propriétaire, qui n'a jioint à s'inquiéter 
de la façon dont ceux qui cultivent le domaine se répartissent 
le travail. Les possesseurs {\\\ fine ne forment pour lui qu'une 
fann'lle, au chef de laquelle il demande l'acquittement des 
•services et des redevances. Entre eux, ils contribuent aux 
(harpes communes en proportion de leur droit dans la te- 
nure, et le nom de fraternité, donné à ce mode de partante, ne 
larde pas à s'appliquer à la terre même qui en est l'objel. 
Le collibert peut en outre posséder en propre une portion 
de sol, souvent considérable, en dehors de celle qu'il cultive 
pour son maître, et cette possession lui facilite l'accès de la 
liberté. 

Le colliberlisme nous apparaît donc comme une sorte d'état 
intermédiaire entre la situation du serf et celle de l'homme 
libre; mais il n'en faut pas conclure qu'il ait formé la tran- 
sition de l'une à l'autre. On ne saurait le considérer comme 
le résultat d'un adoucissement de la condition servile, comme 
un premier échelon que le serf devait gravir avant de par- 
venir à l'afFranchissement complet. Encore moins devons-nous 
voir dans les colliberts les débris d'une race étrangère ou pri- 
mitive, vaincue, dégénérée et frappée de réprobation. M. Ri- 
chard a victorieusement réfuté ces deux systèmes, dont le 
second avait acquis, chez [les historiens modernes du bas 
Poitou, une grande autorité. La solution du problème lui 
paraît beaucouj) |)lus simple; et c'est dans la transformation 
des institutions romaines qu'il croit devoir la chercher. Le 
coUibertisme n'est à ses yeux qu'une continuation de l'ancien 
colonat im[)érial, (pii s'était conservé presque intact sur les 
terres de l'Kglise, mais dont le véritable caractère ne tarda pas 
à s'altérer, lorsqu'à la suite des invasions normandes et des 
usurpations féodales un grand nombre de domaines ecclésias- 



— /i71 — 

tiques passèrent entre des mains séculières, f^e sort des colons 
s'en trouva sensiblement aggravé; ils tombèrent par degrés 
dans un état voisin du servage, mais ils durent au souvenir de 
leur origine la conservation d'un petit nombre de droits qui 
permettent de les distinguer des véritables serfs. 

Tels sont les principaux traits du système que M. Richard 
essaye de substituer aux 0|)inions qui avaient eu cours jus- 
qu'ici. A])puyées sur un grand nombre de citations et déduites 
avec une certaine habileté, les conclusions de sa courte, mais 
substantielle étude méritent d'être prises en sérieuse considéra- 
tion. Il faut bien avouer cependant qu'il est loin d'avoir éclairci 
tous les doutes. En dépit de ses efforts, la question demeure 
entourée d'obscurités, et nous en sommes toujours à nous 
demander pour quelle raison les colliberts n'apparaissent que 
dans les provinces de l'ouest, alors que le reste de la Gaule 
renfermait Ifs mêmes éléments sociaux et subissait les mêmes 
vicissitudes. 

Nous avons rencontré chez M. Raynaud, sorti comme 
M. Richard de l'Ecole des chartes, les mêmes qualités d'éru- 
dition sobre et patiente appliquées à des recherches de philo- 
logie. Ces recherches, auxquelles le jeune auteur a donné pour 
litre : Etude sur le dialecte picard dans le Ponthieu d après les 
chartes des xiif et xiv" siècles, se divisent en deux parties. La 
première nous offre le texte d'une quarantaine d'actes en langue 
française, tirés delà Bibliothèque nationale, des Archives na- 
tionales ou des archives hospitalières d'Abbeville, et publiés 
avec la plus scrupuleuse exactitude. M. Raynaud n'a pas voulu 
chercher ailleurs que dans les pièces diplomatiques les élé- 
ments de son travail. Il considère avec raison les chartes 
comme les seuls documents qui présentent la langue vulgaire 
dans toute sa puielc et sa fidélité, à une époque et dans une 
localité déterminées. Les manuscrits lui paraissent bien loin 
d'offrir los mêmes avantages. Les copistes qui les transcrivaient 



— M'I — 

IIP se g(*nalent{[uère. on t'iïct, pour siibslilucrleurlangiio. leurs 
liabitiidos d'orlhograj)lK', quelquefois même leurs idées à celles 
de l'auteur, de telle sorte qu'au milieu de ces altérations mul- 
tiples il devient souvent dillicile de distinguer l'œuvre pri- 
mitive. Il n'en est pas de même des rédacteurs des chartes, 
qui écrivaient sans prétention, dans une vue d'utilité pralicpie, 
et dont l'œuvre constitue par cela même une des sources les 
plus précieuses pour l'étude des dialectes. 

Le choix des documents publiés [)ar M. Raynaud a été, 
comme il le déclare lui-même, subordonné à l'intérêt philo- 
logique, et c'est pour ce motif qu'ils se trouvent tous com[)ris 
dans une étroite limite de temps et de j)nys. M. Raynaud n'a 
voulu admettre aucune pièce postérieure à la première moitié 
du XIV* siècle, parce qu'à cette époque la centralisation royale 
commence à pénétrer dans les provinces et que les actes ré- 
digés par des scribes ('trangers ne présentent plus les mêmes 
garanties de vérité locale. D'un autre côté, sa prétention 
n'était pas d'étudier le dialecte picard dans toute la vaste 
étendue de ])ays que ce dialecte occupait au moyen âge. Il a 
toujours entendu se limiter au Ponthieu, et son but a été de 
bien préciser les caractères de la langue de cette portion de 
la Picardie, (jiii se distingue nettement, non-seulement des 
grands dialectes qui se partageaient aux xui* et xiv" siècles la 
langue d'oil, mais encore des sous-dialectes de l'Artois, du 
Tournaisis et des autres ramifications du dialecte picard pro- 
prement dit. 

C'est à remplir le programme qu'il s'était ainsi tracé que 
M. Raynaud a consacré la seconde partie de ses recherches. 
Il v traite d'abord de Va phonétique , en passant successivement 
en revue les voyelles, les diphthongues et les différentes fanulles 
de consonnes; puis de la jlcxion, dont la déclinaison des 
noms et la conjugaison des verbes forment les deux subdi- 
visions. Le dialecte le |)lus connu, celui de l'Ile de France, 



I 



— /i73 — 

lui sert de base et de point do départ; sa tache consiste il faire 
ressortir en quoi la langue du Ponlhieu se rapproche ou se 
distingue de celle qui est devenue le français actuel. Lorsque 
les deux dialectes marchent de front, il se contente de mar- 
<|uer leur accord ])ar quelques exemples; quand le dialecte 
du Ponthieu prend un caractère spécial, il produit un plus 
grand nond)re de textes et les soumet à une discussion appro- 
fondie. 

Nous n'avons pas besoin d'entrer dans de plus longs déve- 
loppements pour faire apprécier la valeur de la méthode 
adoptée par M. Raynaud. 11 a suivi en disciple intelligent les 
modèles que lui offraient les travaux de plusieurs de nos sa- 
\anls confrères. Son analyse des phénomènes phonétiques et 
dos règles grammaticales est très-fine et très-délicate, et 
<|uoique ses observations portent sur des infiniment petits, 
elles n'en offrent pas moins d'intérêt et nous ont généralement 
paru concluantes. Nous espérons, en lui décernant la qua- 
trième mention honorable, que cette récompense l'encoura- 
gera à persévérer dans une voie qu'il semple appelé à par- 
courir avec succès ! 

UHisloirc du château et de la cliàtrlleiiic de Douai, par M. Félix 
Brassart, semble, au premier abord, appartenir à cette caté- 
gorie d'ouvrages d'un caractère exclusivement local, que nous 
avons signalée au début de ce rapport. Mais il sullit de lire 
l'introduction ou de jeter les yeux sur la table des matières 
pour se convaincre ([ue M. Brassart n'a jamais eu l'intention 
d'isoler les annales [particulières dos châtelains douaisiens de 
l'histoire générale des provinces du nord. Le titre supérieur 
([u'il a pris soin d'inscrire en tote de ses deux volumes i^La féo- 
dalité dans le nord de la France) montre au contraire qu'il a 
voulu rattacher son travail à un tableau d'ensemble du régime 
féodal ot de ses institutions. (-0 tilro. il Hiiil l'avouer, n'est 
qu'à demi jiislilié par le contonu du livre; mais il prouve que 



— Mlx — 

l'autour a entrevu le but vers lecjuel il devait tendre. Votre 
Commission a jugé que cette manière intelligente de concevoii- 
les monographies méritait d'être encouragée, et elle a décern(! 
à M. Brassart la cinquième mention honorable. 

L'histoire de la chàtellenie, ou, pour mieux dire, l'histoire 
féodale de Douai, sera divisée en quatre parties, dont la se- 
conde nous a seule été soumise. Des circonstances particulières, 
qu'il ne fait pas connaître, ont déterminé l'auteur à la publier 
avant celle qui devait naturellement la précéder. Elle com- 
prend l'historique des rapports des châtelains, prévôts et 
gaveniers avec la commune, et forme par elle-même une 
œuvre complète, suivie de tables et de pièces justificatives. On 
se tromperait du reste étrangement, si l'on n'y cherchait (jue 
la liste chronologique des divers olliciers féodaux ou le récit 
de leurs démêlés avec les représentants de la cité. iM. Brassart 
a donné sur les oiïices mêmes, leur origine, leur importance, 
leurs démembrements successifs, leurs attributions et leurs 
émoluments, des notions qui attestent une parfaite connais- 
sance des institutions du moyen âge, et qui ne seraient pas 
déplacées dans un exposé de l'organisation féodale. Les bio- 
graphies de plusieurs châtelains contiennent également des 
détails qui les rattachent à quelques-uns des grands faits de 
l'histoire, par exenqîle celle de Waulier L', qui accompagna 
Guillaume le (Conquérant en Angleterre, et celle de Pierre de 
Douai, (|ui avait pris part à la quatrième croisade et assisté à 
la prise de Constantinople. 

.Nous n'aurions pas rendu complète justice à M. Brassart si 
nous omettions d'ajouter (|u'en dehors des pièces justificatives, 
au nombre d(! cent douze, cpii acconq)a};nent la partie actuel- 
lement publiée de sou Uialoin, il n'est pas une page de ce 
livre qui n'ofl're la trace de ses laborieuses recherches dans les 
dépôts publics de France et de Bclgi([ue. S'il considère connue 
un devoir de conscience de relever les moindres détails relatils 



I 



— /i75 — 

à sa clière ville de Douai, il faut du ujuius reconnaître qu'il 
a[jporte dans l'accomplissement de cette tàclie un peu minu- 
tieuse les procédés de la véritable érudition. C'est une qualité 
dont il voudra sans doute fournir de nouvelles preuves dans 
les prochains concours où nous espérons le rencontrer. 

La sixième et dernière mention honorable est accordée à 
M. Ludovic Drapeyron pour son Essai sur le caractère de la 
lutte de l'Aquitaine et de l'Austrasie sous les Mérovingiens et les 
Carolingiens. La question (|ui fait l'objet de ce mémoire est 
des plus obscures et des plus complexes. Tous les historiens 
(|ui se sont occupés de la Gaule méridionale, depuis Haute- 
serre jusqu'à Fauriel, l'ont agitée sans parvenir -à la résoudre 
d'une façon certaine. M. Drapeyron, qui la discute à son tour, 
croit trouver la solution, qu'on a vainement cherchée jusqu'ici, 
dans ce qu'il nomme les causes ecclésiastiques. Les Francs, 
dit-il, à peine maîtres des pays situés au delà de la Loire, 
installèrent dans les cités des comtes de basse naissance, dont 
ils firent ensuite des évoques. Ces mesures violentes, qui sem- 
blaient destinées à briser toutes les résistances, soulevèrent 
au contraire les chefs de la population gallo-romaine ainsi 
que le clergé. Un grand nombre d'évéques prirent part aux 
insurrections qui ensan^jlantèrent l'Aquitaine. L'é[)iscopat d(; 
cette contrée ne tarda pas à se trouver tout entier compromis 
dans la lutte. La [)lupart des diocèses furent désorganisés et 
leurs biens conhsqués au j)roritdes prélats auslrasicns. Il faut 
descendre jus({u'au règne de Louis le Débonnaire pour assister 
au rétablissement de l'ordre ecclésiastique dans les provinces 
du sud-ouest. 

M. Drapeyron invoque à l'appui de sa thèse la brusque in- 
terruption de l'épiscopat et les nondjreuscs lacunes (|ue pré- 
sentent les listes d'évéques dans cette portion de la Gaub 
méridionale entre le vu' et le ix" siècle. Les auteurs du Gallia 
thristiana avaient tenté d'ex[)liquer ce pliénomène [»ar l'in- 



— /i7G — 

vasioii des Arabes cl la perle des registres ccclésiasll(|iies. 
M. Drapeyron croit que l'interruption fut effective et la consi- 
dère comme une conséquence des représailles exercées par les 
conquérants germains. 

On pourrait assurément élever bien des objections contre 
cette théorie, au développement de laquelle l'imapination de 
l'auteur |)araît avoir pris une trop {jrande part. Mais on ne 
saurait contester que le mémoire de M. Drapeyron contient 
des vues nouvelles et ingénieuses. S'il paraît dilïicile de ratifier 
d'une manière absolue la solution qu'il pro[)Ose, il convient 
du moins de lui tenir grand compte de la sincérité de ses 
recherches et de la persévérance avec laquelle il poursuit 
depuis plusieurs années l'étude des nombreux problèmes de 
la période mérovingienne. 

Un usage approuvé par l'Académie nous permet de citer, à 
la suite des travaux que nous avons jugés dignes des médailles 
et des mentions honorables, ceux qui nous ont paru mériter 
d'être si.gnalés à sa bienveillante attention. Nous userons de 
cette faculté en faveur de MM. de Tourtoulon et Bringuier. 
auteurs d'une Etude sur la limite géogrnpIiKjue de la lnn[rue d'oc 
et de la lanmœ d'oil. Il existe à cet éjfard deux systèmes : les 
uns pensent (|ue les divers parlers du nord et du midi de la 
France se fondent les uns dans les autres par des dégrada- 
tions successives ; les autres estiment qu'il est possible d'établir 
une limite beaucoup plus précise et qu'on peut même arriver 
à la tracer sur une carte. MiM. de Tourtoulon et Drijiguier 
paraissent être de ce dernier avis ])uisqu'ils n'ont pas hésité à 
consigner sur une carte à grande échelle les résultats de la 
longue et minutieuse enquête qu'ils avaient entreprise sous les 
aus|)ices dn Ministre de l'instruction |)ul)liqne. Toutefois, ces 
résnllals ne sauraient encore être considi-rés comme déllnitils. 
MxM. de Tourtoulon cl Bringuier oui eu soin de connuencer 
par (ixci- lui certain nouibriMle caraclè|-(>s aiixcpielson reconnaît 



— /i77 — 

les dialeclc's de l;i lanjjiie d'oc et de la langue d'oil ; ils oui 
étudié sur place les limites de ces deux dialectes depuis l'Océan 
jusqu'à Guéret et à la Châtre; ils paraissent n'avoir rien né- 
gligé pour arriver à la connaissance de la vérité, mais ils 
n'ont encore publié que la première partie de leur travail'. 
La prudence veut donc qu'on attende la publication de la se- 
conde partie avant d'accepter ou de rejeter leurs conclu- 
sions. 

Nous citerons encore M. Edouard Fleury, auleiu' d'un grand 
nombre de travaux d'histoire et d'archéologie, dont plusieurs 
ont été récompensés dans nos précédents concours. Le nouvel 
ouvrage qu'il vient de publier sous le titre de Cinquante ans 
(le l'histoire du chapitre de Notre-Dame de Laon n'est pas, à pro- 
prement parler, son œuvre personnelle. C'est une analyse 
rédigée à la fin du wii^ ou au commencement du XYiif siècle, 
et demeurée inédite, des délibérations du chapitre de Notre- 
Dame depuis le 22 juin i5/ii jusqu'au i5 juillet 169/1. 
M. Fleury a découvert le manuscrit, qui devait dans l'origine 
(Hre beaucoup plus considérable, et il en a publié le texte, en 
l'accompagnant d'une introduction, de notes et de dessins de 
sceaux et de j)ierres tumulaires. Cette publication olTre un 
véritable intérêt. Elle nous initie à la vie intérieure d'un puis- 
sant chapitre pendant le cours du xvi'^ siècle, et nous fournit, 
à côté d'anecdotes peu édiliantes sur les habitudes et les mœurs 
de quelques-uns des chanoines, de nond)reux renseignements 
sur les événements polili(pu>s aux([ucls le diocèse de Laon se 
trouva mêlé. — M. Fleury nous a également communiqué, 
sous le titre dlCpisodc de In chute des Carlovingiens (qSS-qqq) 
un fragment (h'-taché de la grande histoire qu'il préparc du 
cha|)itre de Laon. Quand cette histoire sera tenninée, iVl. Meury 
se souviendra certainement que ses travaux ont toujours 

' M. Hi'iii{[nif'i' c'sl iiiiilliciMciisi'irii'iit (li'ci'ili'' |i('ii(i;iiil ririi|M('ssiuii ilc «l'Ilc 
pi<>mi("'ic [larlip. 



— /i78 — 
liouvc bon accueil auprès de la Coiiimi.ssion des Aiili(|uil(''s na- 
tionales. 

Les membres de la Commission des Antiquités de la France : 

F. DE SaULCY, a. de LOiNGPÉHlER, MaLUÏ, L. De- 
LISLE, F. DE LaSÏEYRIE, B. HaURÉaU , J. DeS- 

NOYEHS, EuG. DE HoziÈuE, rapporteur. 

L'Académie, après avoir entendu la lecture de ce rapport, 

en a adopté les conlusions. 

(^/Crtilié conforme : 

Le Secrclairc perjjciucl, 

H. Wallo>. 



APPENDICE IN m. 



!\APPOirr 

DE L\ COMMISSION DES ECOLES D'ATllÈMES ET Di; IIOMK 
SUR LES inAVAUX DE CES DEUX ÉCOLES PENDANT L'A.NMiE iS'l), 

PAR M. PERROT. 

(lu da\s la séance du 3o novembre 1877.) 

Messieurs, 

Les Écoles d'Athènes et de Bonie ont réalisé cette année 
toutes les es[)érances, tenu toutes les promesses dont l'Aca- 
démie avait pris acte l'an dernier. On a bien travaillé dans 
les deux Écoles; si, avec un nombre de pensionnaires presque 
éfjal (six à Athènes, cinq à Ironie), Athènes a fourni plus de 
iiK'moires, cette dillerenre s'.-xplique aisément. Le personnel 
de rÉc(de de Home s'était renouvelé tout entier, en une seule 



— /i79 — 

fois, en 187 G; les membres de l'Ecole ne formaient, à eux 
tous, qu'une première année, situation dont le directeur s'est 
justement [)réoccu])é et qu'il espère ne point voir se renou- 
veler. L'Ecole de Rome est de fondation récente; elle ne peut 
avoir encore des traditions et des habitudes qui dirigent et 
soutiennent, dès leurs premiers pas, les jeunes gens, d'ori- 
gines très-diverses, qui y sont envoyés; ceux-ci ont besoin 
d'un certain temps pour se reconnaître, pour trouver un sujet 
d'études qui convienne à leurs goûts, à leurs aptitudes, à leur 
éducation première, pour découvrir dans les bibliothèques 
ou pour choisir dans les musées et parmi les ruines de l'Itahe 
les matériaux (ju'ils s'appliqueront à mettre en œuvre. Enfin, 
la nature mémo des travaux qu'entreprennent en Italie cer- 
tains des pensionnaires, ceux par exemj)le qui appartiennent 
à l'Ecole des chartes, exige d'eux des recherches et des véri- 
fications supplémentaires qu'ils ne peuvent faire parfois que 
dans les bibliothèques de Paris. 

L'Ecole d'Athènes comptait deux vétérans, deux pension- 
naires de troisième année, MM. HomoUe et Riemann. C'est 
M. Homoile qui a été désigné pour conduire les fouilles que 
son directeur» M, Albert Dumont, avait décidé d'entreprendre, 
dans l'ile de Délos, aux frais de l'Ecole et à l'aide d'une sub- 
vention libéralement fournie par la Société centrale des archi- 
tectes. M. Homoile était très-bien préparé à cette tâche, qui 
demande tant de persévérance, de patience et de fermeté. Le 
plus dilhcile, ce n'est pas encore d'installer les chantiers, de 
diriger et de surveiller les ouvriers; c'est surtout de résister 
à l'attente et aux déceptions, de ne pas se décourager (juand, 
après bien des jours de travail, on ne voit pas sortir de terre 
ce que l'on espérait. Seul à Délos, ayant à lutter contre des 
obstacles de plus d'un genre, M. Homoile a connu ces impa- 
tiences et ces tristesses du début: mais \\ iif s'est point laissé 
abattre par elles, »•! . maigri' la >aiM)n i|ui s'avançait, il s'est 



— ^j80 — 

ul)slmc (hiiis sa lùclic ht'iuiaiil (luuU'o mois; les luiiillc'i ii Oui 
clé inlcrronipues (ju'aii milieu de juillet. 

Les fouilles dirijjées ù Délos par M. Lebèjjue, en i8y3, 
avalent eu pour résultat de déblayer le sommet du Cynllie 
et de déjjager, sur la pente de cette colline, un édilice d'un 
caractère tout primitif, tenant tout à la fois de la grotte et du 
temple, où l'on a pu voir avec vraisend)lance le plus ancien 
sanctuaire qui ait été consacre, dans l'île, au culte d'Apollon. 
C'est sur les parties hautes de l'ile que s'étaient portées alors 
les reclierclies de M. Lel)è<jue ; c'est, au contraire, sur le 
rivage même (pie s'est établi M. Ilomolle. Le site qu'il a inter- 
rogé, c'est ce point bien connu où, sur la côte occidentale, 
se trouvait, dans le voisinage du port, le fameux tenqjle 
d'Apollon Délien, riche et som|)tueux édifice dont les restes 
avaient déjà été étudiés par lîlouet, lors de l'expédition fran- 
çaise de Morée. Ce savant architecte avait signalé certaines 
|)articularités curieuses de l'architecture du temple ; mais il 
n'avait pu décrire que les vestiges et les fragments qui s'of- 
fraient d'eux-mêmes au regard. M. Homolle, ])Ourvu des 
moyens nécessaires, s'est appliqué uni(|uement, pendant ces 
(juatre mois, à l'élude du lemj)le (rA[)ollon; il s'est eflbrcé 
d'é(;laircr la topographie encore confuse de celle partie de 
l'ile j)nr le d(''l)layement de l'édifice et de ses abords, l'histoire 
du sanctuaire délien, |)ar la réunion des monuments épigra- 
[(hicpies. On ne peut que résumer ici en qnehpii's mois le 
très-intéressant rapport (pie, le i5 juillet, M. Ilomolle adres- 
sait au diiecteur de l'Ecole. 

Les fouilles ont dégagi- le pourtour du temj)le et les en- 
ceintes qui l'entouraient; M. Ilomolle a conq)létement déblayé 
la face ouest, celle qui est tournée vers la mer. et le côté sud. 
I^our le côté nord et le front est, pressé par le temps, il a du 
se conl(Miter de melire à (h'coiiverl les angles et, on deux nu 
hdis points, les s(iul)assemenfs. Il a pu leroiniailrf cl mesurer 



— /481 — 

lo inassil central, (|iii purlait ios murs de la cella et les co- 
lonnes (le l'ordre intérieur; il l'a distingué du soubassement 
(jui soutenait les colonnes du portique extérieur. A ce propos, 
il entre dans de curieux détails sur les procédés de construc- 
tion employés dans cet édifice et sur l'appareil des fondations. 
Le front ouest dominait la plaine de 2"',5o environ; on y 
accédait par un escalier de marbre. Un des faits nouveaux 
(|ui résultent de ces fouilles, c'est la connaissance des dimen- 
sions du temple, 2()"",8o sur i3'",55; en combinant ces 
données avec les dimensions de la colonne et de l'entre-colon- 
nement, on peut conclure cpie le temple avait six colonnes 
on façade et treize sur les côtés. Plusieurs morceaux de l'en- 
tablement ont été aussi reconnus et dessinés pour la première 
fois. On possède ainsi toutes les pièces importantes de la 
construction; on a donc maintenant, avec les grandes dimen- 
sions du temple, tous les éléments d'une restauration exté- 
rieure, qui eut été impossible jusqu'ici. Quant aux dispositions 
intérieures, il ne paraît pas probable que l'on puisse les re- 
trouver; M. Homolle n'a pas dégagé toute l'aire de la cella, 
fpii est couverte d'un énorme entassement de marbres; mais 
d a pu s'assurer (pie le pavé de marbre en avait été enlevi' 
avant la cbute même des murs; il ne resterait en place qu'une 
seule dalle, qui porte la trace d'un |)ilier d'ante. Les mé- 
topes étaient certainement unies, les frontons sans doute vides; 
du moins il n'a été recueilli aucun reste de sculpture qui 
ait pu faire ])artie d'un ensemble décoratif destiné au tym- 
pan. 

Les procédés de construction et l'exécution des détails 
s'éloignent sensiblement de la perfection classique. iM. Ho- 
molle serait donc disposé à admettre la date que Bœckb a 
proposée pour la construction du temple d'ajfrès une inscri[)- 
lion qui a trait à cette entreprise; l'édifice aiu'ail été bâti vers 
le iir siècle avant notre ère. Sauf j)eu d'exceptions, les textes 



— /i8'i — 

^j»i[ji;i|)lii(|iH's (ju'il a lecneillis soml)l(Mit d'ailleurs tous posté- 
rieurs à celle époque. . 

Le rnj)[)ort donne cnsuilc des indications sur les restes 
d'autres édifices qui j)araissenl avoir élé renfermés dans la 
même enceinle; ce seraient les débris des sanctuaires d'Arlé- 
niis el de Latone, dont les noms sont joints à celui d'Apollon 
dans la plupart des dédicaces. Ces vestiges avaient déjà été 
aperçus: mais les fouilles ont permis de mieux distinguer les 
traces des différents édifices et leurs communications. Nous 
ne pouvons, à ce sujet, que renvoyer au plan qui, sans aucun 
doute, accompagnera le mémoire développé que prépare 
M. Momolle. 

Quant aux monuments figurés trouvés dans les fouilles, 
ils sont en petit nombre, et l'on ne peut signaler parmi eux 
aucune œuvn; entière; le plus curieux paraît être le torse 
d'une statuette arcbaïque où il conviendrait de reconnaître 
une Artémis. Aucune des juonnaies non plus ne semble pré- 
senter d'intérêt; mais, en revanclie, les monuments épigra- 
phi(|ues sont nombreux et variés. M. Homolle a recueilli plus 
de deux cent cinquante inscriptions inédites ou fragments 
d'inscriptions, qui se diviseraient ainsi : 

i" (So dédicaces, bases bonorifiques, monuments commé- 
moratifs des bienfaiteurs de l'île. 

9" 33 décrets, principalement de proxénie. 

3" Des comptes et inventaires. Ces textes sont de beau- 
coup les plus étendus; l'un d'eux a juscju'à ia5 lignes; 
d'autres en ont de 80 à 90. En général, ils appartiennent au 
m" et au n" siècle avant notre ère. Ils se divisent ainsi cpi'il 
suit : 

Inventaires des offrandes faites au tenq)le d'Apollon Oé- 
lien ; 

Inventaires des revenus du temple; 



~ /i83 — 

(londaJs de loration des hiens-fonds possédés par le 
leinple; 

(Compte de ronstruelion du temple et des édifices an- 
nexes. 

Sur la demande du directeur de l'Ecole, M. Honiolle a ob- 
tenu une quatrième année de séjour en Grèce qui lui assurera 
les loisirs nécessaires pour mettre en ordre les matériaux qu'il 
a réunis. M. Léon Renier avait rendu, l'an dernier, fort bon 
témoignage du recueil des inscriptions d'Ostie dressé par 
M. Honiolle; nous pouvons donc être sur que le commentaire 
épigraphique de ces textes inédits ne laissera rien à désirer, 
et, pour la partie architectonique de son œuvre, notre jeune 
historien aura, nous pouvons l'espérer, les conseils et les 
secours d'un pensionnaire de l'Académie de France à Rome, 
d'un de ces hôtes que l'Ecole d'Athènes voit toujours avec 
plaisir débarquer au Pirée et qu'elle n'y reconduit jamais 
sans regret, liions attendons avec confiance le travail qui ne 
peut manquer d'être le fruit de cette collaboration amicale et 
des réflexions de tout un hiver; mais nous pouvons dès main- 
tenant féliciter M. Honiolle d'avoir eu celte joie de la lutte 
et de la découverte qui n'a pas été donnée à tous ses prédé- 
cesseurs. On ne va pas seulement en Grèce pour y étudier 
l'antiquité dans les livres et les musées; on y porte toujours 
plus ou moins la noble ambition de payer de sa personne en 
interrogeant, après tant d'autres, cette terre qui semble ne 
s'épuiser jamais; on voudrait arracher les monuments du génie 
grec au sol qui les cache, à l'ignorance qui les détruit, à 
l'avidité qui les défigure et les disperse. Par malheur, pour 
que l'on puisse entreprendre cette campagne et y gagner ses 
chevrons, il faut une réunion de circonstances favorables qui 
ne se présente pas souvent. Faire des fouilles, c'est un bonheur 
et un honneur qui n'a été accordé qu'il un très-petit nombre 
de pensionnaires d'Athènes. M. Homolle est parmi les heu- 



— /i8/i - 

r 

reux; il a iiol)lonienl coiilinué à l'Kcole la (l'aditioii des Boulé, 
(les Foucarl, dos VVesclier, des Lebègue. (ioinnie eux, il se 
ra|)pellera plus tard avec plaisir ces chères fatigues, ce combat 
contre les hommes et contre les choses qui rend le succès 
plus doux, ces espoirs qui s'éveillent si vils, qui se heurtent 
parfois à de si fâcheux accidents pour renaître bientôt et 
('Ire enfin réalisés, cette passion de chercher, cette joie de 
trouver. 

M. Riemann avait consacré ses deux premières années de 
pension aux études de philolojjie grecque et latine (jue l'Ecole, 
entraînée ])ar la séduction du voyage et des fouilles, avait 
jusqu'ici un pou négligées. Sans songer un instant à détourner 
M. Riemann de travaux pour lesquels il a une vocation bien 
décidée, M. D union t a pensé ([u'il lui serait bon, comme gym- 
nastique d'esprit, d'abandonner pendant ([uelque temps la 
critique des textes pour d'autres recherches qui contrain- 
draient son esprit à des efforts d'un nouveau. genre et lui 
fourniraient des connaissances dont il ne manquerait pas de 
tirer parti pour l'explication môme des auteurs. C'est dans 
cet esprit qu'a été entreprise l'exploration archéologique des 
des Ioniennes, qui a fourni les matériaux d'un très-long mé- 
moire. 

L'auteur prend les îles l'une après l'autre: il étudie d'abord 
la géographie physique de chacune d'elles ; il réunit et il 
discute ensuite les passages des écrivains anciens; il décrit les 
antiquités encore existantes, en ra[)pelant les descriptions qui 
en ont été données par d'autres voyageurs; enfin, il fait con- 
naître les objets d'anticiuité (pii existent dans les collections 
|)articulières. A son mémoire sont joints des estampages de 
plusieurs inscri|)tions importantes. Hien n'est donc néjfligé de 
ce qui peut contribuer à éclairer sous toutes ses faces lliistoire 
archéologique des îles Ioniennes. 

Dans ces inventaires r<'dig('s avec beaucou[» de soin . Tau- 



— /i85 — 

teur s'est coiilculé dv consigner tous les faits qu'il renconirait, 
sans peut-être chercher assez à les relier entre eux; il ne fait 
pas assez œuvre d'historien. Ainsi, à propos des restes de 
la ville de Sanie, dans l'île de Céphalonie, il commence par 
transcrire les descriptions qu'en ont données les voyageurs 
qui l'avaient précédé ; sa description vient ensuite ; mais ce ne 
sont que des détails qu'aucun lien ne rattache l'un à l'autre. 
On n'a pas, après les avoir lus, une idée nette de la situation 
de cette ville, de son rôle historique et du caractère de ses 
ruines. Au lieu d'employer beaucoup de temps à copier ces 
descriptions antérieures, M. Riemann aurait mieux fait de 
mettre à profil les observations qu'elles contenaient pour con- 
trôler et compléter les siennes propres, de manière à nous 
offrir un tableau d'ensemble qui nous aurait laissé une im- 
pression bien plus vive. Le même défaut se fait sentir un peu 
partout; l'auteur n'intervient pas assez dans son ouvrage; il 
se borne trop à nous offrir les notes qu'il a prises avec beau- 
coup de zèle et de patience sur le terrain et dans les livres. 
Il en est de même pour les nombreux problèmes archéolo- 
giques que soulèvent à chaque instant les faits constatés par 
le voyageur ; celui-ci n'essaye même pas de poser les questions, 
loin de chercher à les résoudre. Quelques rares et courtes 
discussions géographiques à propos des textes anciens, des 
corrections topographiques qui rectifient plusieurs erreurs 
des meilleures cartes, l'indication des monuments faux, telles 
sont à peu près les seules occasions où se montre la personne 
de l'auteur. 

Ce qu'on ne saurait trop louer chez M. Riemann, c'est le 
soin avec lequel il a recherché les documents priginaux et les 
monuments possédés par des particuliers; c'est ainsi qu'il a 
pu avoir à sa disposition des caries manuscrites qui lui ont 
été d'un grand secours. Il s'informe aussi des collections qui 
ont existé, indiquant autant que possible comment et quand 

v- 3a 



elles ont t'ic' (lisj)ersées. Nous n'avons à ce [jropos qu'un regret 
à e.\|)rinier; il nous a été sujjgéré ])ar un membre tie la (Com- 
mission dont la compétence en cette matière ne fait doute pour 
personne : c'est à propos de la description des manuscrits de 
M. Charalampos, dans l'île de Céplialonie. M. Riemann. très- 
liabitué à la lecture des manuscrits, aurait [)u. peut-être, 
pousser ici plus loin ses recherches. Sans doute, on n'a pas 
avec soi en voyage une bibliothèque où l'on puisse trouver 
des renseignements sur la littérature grecque, voir ce qui est 
Inédit, ce qui est considéré comme perdu, ce qui |)eut avoir 
de l'intérêt; mais il est un moyen facile h employer cpie nous 
recommandons aux jeunes voyageurs : c'est de cahjuer sur 
du j)apier végétal les ruhrupies , c'est-à-dire les titres des 
ouvrages écrits d'ordinaire à l'encre rouge, avec les mcipil, 
surtout quand il s'agit d'ouvrages dont la matière ne paraît 
pas aisée à déterminer tout d'abord. Ainsi, par exemple, le 
n° 7 est indiqué de cette manière : Livre ecclésiastique conte- 
nant, à ce qu'il semble, des considérations religieuses. Papier, xui' 
ou xiv" siècle. Provenant du monastère de Kipouria. Y a-t-il rien 
de plus vague que cette désignation? Nous recommandons 
ce volume à l'attention de ceux qui pourraient l'examiner h 
nouveau. 

Nous en dirons autant des numéros suivants: 
8 et q. Lois ecclésiastiques. 
10. Fragments de règlements d'église. 
i8, 9.0. Règles ecclésiastiques. 

H n'est pas impossible ([uc dans ces recueils on trouve des 
opuscules ou des fragments sur les origines du christianisme, 
genre de rensçlgnements qu'on ne doit pas négliger. Des 
calques faits très-exactement auraient le double avantage d'in- 
dicpier le siècle du manuscrit et de faire connaître les ou- 
vrages qu'il contient. 

iMal'rpé ]('S réserves (pTrlh' a du indlcpier. votre (ionimission 



— /i87 — 

no saurait rogrcltor ([iie M. Hiomann ait onlrcpris la longue 
enquête i\ laquelle il a été convié. Ce vaste répertoire de faits 
peut rendre de grands services à quiconque voudra désormais 
s'occuper de l'histoire des Sept Iles ; d'autre part , l'étude mi- 
nutieuse du terrain et des monuments n'a pu être, pour celui 
qui s'y est livré avec tant de patience et d'exactitude , qu'un 
très-util-e exercice. D'ailleurs, la vraie vocation de M. Rie- 
mann est plutôt dans la critique verbale, dans le commentaire 
grammatical des textes anciens ; c'est à ces recherches qu'il est 
déjà revenu par les thèses qu'il prépare ; c'est en marchant 
dans cette voie, peu frayée par ses prédécesseurs, qu'il semble 
surtout appelé à faire honneur à l'Ecole d'Athènes. 

MM. Girard et Martha formaient à eux d<*ux la seconde année 
de l'Ecole. A peine arrivés en Grèce, après une année loul 
entière passée en Italie, ils se sont mis à l'œuvre avec une ardeur 
de curiosité et une application soutenue que l'on ne saurait 
trop louer. Les circonstances les ont favorisés. Depuis le mois 
d'avril 1876, la Société archéologique (l'Athènes poursuivait, sur 
la pente méridionale de l'Acropole, des fouilles dont les 
principaux résultats vous ont été exposés dans une lettre que 
notre correspondant à Athènes, M. Albert Dumont, adressait 
à l'Académie en date du \h mars 1877. Ces fouilles ont eu 
pour cfi'et de déblayer tout le vaste espace qui est compris 
entre les deux théâtres de Bacchus et d'Hérode Atlicus ; elles 
ont ainsi rendu possible une restitution topographique de tout 
•ce versant de l'Acropole. Elles ont de plus donné un grand 
nombre d'inscriptions et de bas-reliefs, qui occuperont long- 
temps les épigraphistcs et les archéologues. On a découvert 
dans ces fouilles plus de cent soixante-douze décrets ou frag- 
ments de décrets et près de cent ex-voto à Esculape et à Hygie. 
L'apparition de ces monuments qui. pendant l'hiver dernier, 
sortaient déterre les uns après les autres, était une occasion 
rjue l'Ecoh' ne ponvail laisser ('chapper. Son DnJIrlin a donné* 



— /i8S — 

iiii j>Iiiii (l(^s fouilles (lu à rohlijTcance de M. Marrol Ijambcit, 
nrchitecte-pensioniiniro de rAcadémie de France à Pionie, el 
MM, Girard et Marlha se sont partagé la description des mo- 
niimenls fiiTim's et des textes éj)in[raj)liif|ues retrouvés sous 
leurs yeux, ainsi que la discussion des dilTérentes questions que 
soidevaient ces découvertes. 

MM. Martha et Girard, comme pour mieux s'assurer de 
suivre une méthode pareille, ont préparé et rédigé de concert 
un premier travail, intitulé : les hivenUÙros du temple (VEscxûnpe 
(l'Athènes. Ce mémoire contient la transcri|)tion des textes en 
caractères épigrapliiques, et la transcription en caractères 
courants, complétée [)ar les restitutions (ju'a suggérées la com- 
paraison attentive des diiïérentos pièces. Les estampages qui 
avaient servi à collationner les lectures étaient joints au jiré- 
senl envoi. L'introduction fait vraiment honneur aux deux 
jeunes auteurs. Dans la première partie de cette préface, ils 
cherchent à fixer, par une discussion très-bien conduite, la 
date des inventaires; dans la seconde, on trouvera la liste, 
fort curieuse, des objets qui composaient le trésor du teniple, 
classés suivant leur nature. Certaines des mentions contenues 
dans ces inventaires fournissent le plus piquant commentaire 
de quelques passages du Plutus d'Aristophane ; on a là un ex- 
cellent exemple des services que l'étude des inscriptions peut 
rendre à l'interprétation des auteurs anciens : on y voit en 
même temps quel jour les textes classiques peuvent souvent 
répandre sur les textes lapidaires et comment ils viennent 
encore en relever l'intérêt. 

Après avoir mis en commun leurs efforts pour ce premier 
travail, les deux associés se sont donné ù chacun une tache 
séparée. Nous avons déjà mentionné les ex-voto à Esculape et 
à Hygic mis au jour par les fouilles de l'Acropole. Cette col- 
lection est douhh'mcnt précieus(^ par le grand nombre des 
bas-reliefs (plus de quaire-vingl-quator/e) el |>ar l'origine 



— /j89 — 

certaine Jes moiiiiiuenls, qui proviennent tous d'une enceinte 
consacr(5e au dieu de la sanlo. 

Des bas-reliefs du même genre se trouvent dans j)lusieurs 
collections et ont fait l'objet de nombreux mémoires. Welcker, 
Letronne, Philippe Le Bas, M. Stephani, d'autres encore les 
ont étudiés. M. Girard a pensé que la nouvelle découverte 
jKjuvait apporter de précieux éléments pour la solution d'un 
problème qui a déjà été longuement discuté. De plus, ces 
bas-relief