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Full text of "Comptes rendus des séances"

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ACADEMIE 



DES 



INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES 

ANNÉE 1906 



MAÇON, PROTAT FKEHES. IMIMUMETHS. 



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ACADEMIE 



DES 



INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES 



"w 



COMPTES RENDUS 



DES 



SEANCES DE L'ANNÉE 



1906 




PARIS 
LIBRAIRIE ALPHONSE PICARD ET FILS, 

I.mUAIHE KF.S ARCHIVES NATIONALES ET DE LA SOCIÉTÉ DE l'ÉCOLE DES CHAnTES 
8 '2, RLE BONAPARTE, 82 



M D CCCC VI 



\9ot, 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE IDOC. 

PRÉSIDENCE DE Al. l\. GAGNAT 



SÉANCE DU o JANVIER 



k 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

M. CoLLiGNON, président sorhml, proïKnice 1 allnculioti sui- 
vante : 

« Messieurs, 

« Un moraliste affirme qu'on arrive novice à tous les à|^es de 
la vie. 11 y a tout au moins, dans la vie académique, un moment 
où Ton peut contrôler la justesse de cet aphorisme. Jeu faisais 
l'expérience l'an dernier à pareille date, lorsque je vous remer- 
ciais de l'honneur que vous m'aviez fait en m'appelant à prési- 
der vos séances. Je ne mesurais pas sans quelque émoi le poids 
des devoirs que m'imposait celte magistrature. Si la tâche m'a 
paru légère, je le dois, mes chers confrères, à la bienveillante 
sympathie que vous m'avez constamment témoignée. En me per- 
mettant de ressentir, avec quelque sécurité, le plaisir d'être 

1906. 1 



2 SÉANCE Dl ') .lANVIKl! \\)0(\ 

associé plus étroitement à vos travaux, elle a doublé le prix de 
la marque de confiance que vous aviez bien voulu me donner, et 
je ne saurais lOiihlior, en \oiis ronon\T-lnn( IV'\|)rcssioii do ma 
f^pîililude. 

'■ .lai eu la boiiiif rorluiic <1 occuper la jin-sidence 1 année même 
(lii notre cher secrétaire perpétuel inauj^urait ses fonctions plus 
durables, et de recueillir ainsi, le premier, le bénélice du dévoue- 
ment si actif el si eiïlcace (|iril \ ;i iipporté. C'est à son heureuse 
iiiiliiili\e que nous devons \i\\ rèj^lement revisé, rajeuni, adapté 
à nos besoins actuels, témoij^Miage du prudent esprit de pro},'rès 
qui concilie le respect de nos traditions avec les chan^emeiits 
rendus nécessaires par le développement croissant de la vie 
scionliiique. Je le transmets au confrère qui va exercer à son 
tour le pôu\oir a\ec laulorilé ipic lui confèrent les services 
rendus à notre Gompaf^nie. En lappelanl à me succéder au poste 
(I lioiiiK'ur que je quille pour rentrer dans le ranj,^, je souhaite 
que Tannée de sa présidence compte parmi les j)lus heureuses 
pour vous, et les plus fécondes pour les études dont l'Académie a 
le jiatronag'e. 

'■ .l'invite MM. Cag.n.vt et Salomon IIkinacu à piendre place 
au bureau. « 

M. Ca(;nat, en jjrcnanl le fauteuil de la présidence, prononce 
l'allocution suivante : 

« Mj;s chkrs conkhkhes, 

(f II n'est pas besoin de lonj,'ues phrases pour vous exprimer 
mes sentiments au momrnl où je prends possession du fauteuil 
de la présidence; c'est, avant tout, une grande reconnaissance 
pour l'honneur que vous avez bien voulu me conférer et, j'ajoute, 
me conférer assez prémalinemenl. In coiiconis de circonstances 
fait que, dix ans seulement après être entré parmi vous, je suis 
appelé à dirif,'er vos travaux ; j'en concevrais quelque appréhen- 
sion, si l'appréhension n'était, ce me semble, une chose stérile. 
Je vous connais trop, d'ailleurs, jimir ne pas être assuré d'avance 
de votre bienveillant concouis : la consécration que quelques 
années de plus m'auraient apportée, votre l)onne grâce me 
l'octroiera; car nous formons une de ces républiques, comme il 



SÉANCE DU .^^ JANVIKH lOUG 3 

eu faudrait beaucoup en ce niouLle. où l'on se vient muluel- 
lemeut en aide, notre politique étant laite tout entière d'estime, 
de cordialité et de déférence réciproque. 

« Je dois aussi remercier, tle notre part à tous, notre prési- 
dent sortant, ^"ous savez avec quelle ponctualité il a accompli 
sa fonction; sauf pendant les quelques semaines où il vous 
représentait au Congrès dWthènes et celles où il se reposait — je 
dirais des fatijrues de la présidence s'il ne devait traiter lui- 
même cette assertion d'exagérée — il n'a pas manqué une de vos 
séances, léguant ainsi à son successeur un exemple auquel je 
saurai me conformer. \ ous savez aussi quelle fermeté, tempérée 
de tolérance, il a apportée à la direction de nos réunions: niéna- 
irer des battements de la sonnelle. iuiluli^ent pour les con\ersa- 
fions particulières — institution reconnue nécessaire, n'est-ce 
pas? — et leur faisant la part de liberté qu'on leur peut accor- 
der sans nuire sérieusement à nos travaux. Mais ce que quelques- 
uns de vous seulement savent, c'est l'activité et la décision dont 
il a fait preuve dans vos Commissions : avec son appui, sur ses 
incitations même, notre secrétaire perpétuel a pu, au début de 
la nouvelle administration, rompre avec de mauvaises pratiques 
trop longtemps admises et faire revivre des traditions de régu- 
larité dont vous sentirez, cette année même, les heureux eftets. 
A tous ces titres on peut dire que le consulat qui vient de 
prendre fin mérite notre gratitude. 

u Je voudrais, mes chers confrères, terminer par un vœu. 
\oiis souhaiter une année exemple de toute contrariété et de 
toute peine, serait une vaine parole: car nous sommes hommes 
et nous devons toujours payer jiar quelque misère la rançon do 
notre humanité. Du moins puisse cette rançon être pour vous 
aussi légère que possible! Que les mois que je dois passer assis 
à cette place soient bons à vous et aux vôtres comme ils le seront, 
par vous, aux sciences que vous représentez ici! » 

Le Secrétaire perpétuel communique à l'Académio une lettre 
dans laquelle le R. P. Delatlre, correspondant de rinslitut. 
sollicite une subvention pour la continuation de ses fouilles à 
Carthage et offre à l'Académie, pour le Musée du Louvre, un 
grand sarcophage récemment découvert. 

Renvoi à la Commission Piot. 



4 SÉANCE DU O JA.NVIEH 1906 

M. Delisle communique les fac-similés des miniatures du 
{^raïul volume du Josèphe copié pour le duc de Berry et com- 
plété au temps de Louis \I par le célèbre |)eintre de Tours Jean 
Fouquet. (]es peintures, dont la communication est due à 
M. Warner, du Musée Britannique, sont tout à l'ail à ranger 
sur la même lig-ne que les plus célèbres pages de Fouquet. La 
publication doit en être faite par sir Richard Holmes, bibliothé- 
caire du roi. 

Les miniatures dont il s'agit sont conservées au château de 
W indsor. 

M. l'>lie Berc.kh, au nom de la Commission du prix Goberl, 
donne lecture de la liste des ouvrages adressés au concours. 

Le SiîCRÉTAHii: l'Kiu'ÉTUKi. dounc com 111 II iiicat ion de la situation 
suivante des concours de l'Académie : 

Pnix nnDiNAïKE fétude d'une période de l'histoire ancienne tlu 
Japouj : I mémoire. 

AM'igi iTi':s DE L.\ France : '2',\ concurriMits. 

Pui\ DiciiALMs numismatique du moyen âge) : 1 concurrent. 

Piiix (niHi:i{T : "2 concnri'ents. 

l*iii.\ Boudin Duvrages relatifs an moyen âge ou à la Henais- 
sance) : i concurrents. 

Piux l''oi;i,i) iliisloirc des arls du dessin, : 1 concni'renl. 

Piu\ 1)1(1 MT bibliographie! : U coiieini-cnls. 

Prix Stamsi. \s ,Ii i.ikn ((uivrages relatifs à la Chine i : "2 concur- 
rents. 

Piuv 1 )i I, \i vNm-CirKHiNi-: u' ! anti(|ui(('' classique : "2 concurrents. 

Pi(i\ m; La (îr\N(;e : aucun concuri'enl. 

l-'mx Saimix a , ouvrages relatifs a 1 Orienly : (') concurrents. 

Piu\ An;. PiiosT ouvrages sur Met/ : 7 eoinnirents. 



SÉANCE DU 5 JANVIER 1906 5 

A la suite de cette communication , rAcadémie procède à la 
nomination des Commissions de prix. 

Sont élus : 

Commission du prix ordinaire : MM. Barbier de Meynard , 
Senart, Barth, Chavannes. 

Commission du prix Duchalais : MM. de Vogiié, Schlumberger, 
Lonpnon, Babelon. 

Commission du prix Bordin : MM. Delisle, P. Meyer, Schluni- 
berger, J, Lair. 

Commission du prix Fould : MM. Saglio, Collignon, Babelon, 
Pottier. 

Commission DU prix Brunet : MM. Delisle, de Lasteyrie, É. Picot, 
Omont. 

Commission du prix Stanislas Julien : MM. Barbier de Meynard, 
Senart, Barth, Chavannes. 

Commission du prix Delai.ande-Guérineau : MM. G. Boissier, 
Alfred Croiset, Bouché-Leclercq, Châtelain. 

Commission du prix de La Grange : MM. Delisle, P. Meyer, 
Longnon, É. Picot. 

Commission du prix Saintour : MM. Barbier de Meynard, 
Senart, Barth, Chavannes. 

Commission du prix Prost : MM. d'Arbois de Jubainville, Lon- 
gnon, de La Trémoïlle, Lair. 

^L Salomon Reinacii fait une communication intitulée : Pour- 
(fiioi Verciugétorix renvoya sa cavalerie (rAIési'a. 

Vercingétorix, réfugié à Alésia avec 80.000 hommes, sachant 
qu'il n'avait plus de vivres que pour un mois, renvoya, au début 
du siège, toute sa cavalerie, qui comprenait encore plusieurs 
milliers de chevaux. Pourquoi ne garda-t-il pas ces chevaux pour 
en nourrir ses troupes? C'est que les Gaulois, comme la plupart 



6 LIVRES OFFEHTS 

des peuples de l'aiiliquité, n'étaient pas hippophages, même dans 
le cas d'extrême besoin. M. S. Reinach part de ce fait pour 
retracer l'histoire de l'hippophagie dans les temps anciens et 
modernes. Le cheval était quelcpielois mangé par les païens, mais 
seulement à la suite d'un sacrifice et à litre d'animal sacré. C'est 
pourquoi les papes prescriviienl à saint l>oniface, lorsqu'il évan- 
gélisail l'Allemagne au \ in'' siècle, d'interdire sévèrement l'hippo- 
phagie. Ce n'était pas une pi-nhihilinn d'ordre hygiénique, mais 
d'ordre religieux, comme celle de la viande de porc chez les 
Sémites; il s'agissait d'abolir des repas sacrificiels qui entrete- 
naient, autant que le culte des idoles, les superstitions les |)Ius 
tenaces du paganisme. 

M. Ci.i:itMi)XT-(j.\.NM;Ai ajoute (pielques observations. 



L1\HKS OFFKRTS 



M. IIi'iioN m: \ ii.i.KFOSsi; présente à l'Académie. ;ui nom de 
M. CamilU' .Iidliaii, professeiuaii Collège di' Franco, le n" XXVIIl de 
ses Notoft (jallo-roinninea ie\\.v. de la Boruo tles ('-liidi's miciennca, llKliii. 

L'auteur cheiclie à prouver (pie les Celtes, nienlionnés par Héro- 
dote, hahitaieiil non au Sud, mais au Nord des Pyrénées, et très loin 
vei's le Nnid.siii- l()c('Mn ( icriiiaiii(|n(>, dniis la (•('■;^i»m des Ilvpcilio- 
réens d'Lurope, celle de l'ambre et celle de l'Eridan. Ce mémoire est 
suivi d'une (!lironi(/ne r/.illo-roinnine où sont paS)Sées en i'<'vue, ra|)i- 
dcinonl mais avec une pari'aile connaissance (k' chaque (pieslion, les 
publications les plus récentes sur nos antiquités nationales. De Met/ 
;"i Miiisciljc cl ilr liic de ( iordoiian ii \,i rlioimc, ricii n'a échap|)é à la 
vifrjlaiilc iitifiition du savant correspondiiiil de l'Académie. 

M. IIîjioN m: \'ii,i.i:i-ossE dépose ciisuili' sur le bureau, ;hi nom de 
M. Ku^'^riif l.ciVx i('-PontaIis . direcleur de la Société française dar- 
clié()l()j;ic, un volinne intiluh' : Coiii/n'-x .irchi'nlnr/if/iie de France^ 
I.XXl' session Icniir ;ni l'in/ en I i)() i il'aris, in-S", .">99 p.tj^'es et 
l'i(> planches ou ligures . 

Ce volume, admirablinii-iil illustré cl icinpli de icnseignements 



I 



LIVRES OFFERTS 7 

intéressants, est certainement un des plus considérables qui aient été 
publiés depuis la fondation des Congrès archéologiques de France. Le 
moyen âge y occupe naturellement la première place. Il sera désor- 
mais dilTicilo de parler de la cathédrale du Puy, du château de Poli- 
gnac, de la Chaise-Dieu ou des églises de Chamalières-sur-Loire, de 
Chanteuges, de Saint-Julien de Brioude, pour ne citer que les plus 
importantes, sans tenir compte des observations faites par les spécia- 
listes qui assistaient au Congrès du Puy et sans consulter leurs Ira- 
vaux. La difficulté des communications dans la région accidentée qui 
correspond à l'ancien Velay avait jusqu'ici rendu les investigations 
assez laborieuses et découragé peut-être quelques bonnes volontés. 
La réunion du Puy a ranimé l'esprit de recherches; elle a fait naître 
de bons mémoires sur les œuvres d'art existant encore dans cette 
partie de l'Auvergne, sur les souvenirs religieux et artistiques 
conservés dans les vieilles églises de la Haute-Loire; elle a fait 
sortir des archives plusieurs documents rappelant de précieux objets 
disparus ; aucune branche de l'archéologie n'a été laissée de côté. Les 
peintres et les orfèvres du Puy ont trouvé leurs historiens; les 
célèbres tapisseries de la Chaise-Dieu, les peintures murales du 
Velay, les cloches, les sculptures, les reliquaires de la province ont 
été étudiés avec soin et signalés d'une manière particulière à 
l'attention des érudits et des artistes. La période romaine est repré- 
sentée dans ce volume par un mémoire de M. J. Déchelette sur les 
bas-reliefs gallo-romains du musée de la cathédrale du Puy. Malgré 
leur exécution fort médiocre, ces sculptures méritaient d'être mises en 
lumière : elles appartiennent à la série des « poursuites d'animaux ». 
Les décorateurs romains avaient une prédilection pour les représen- 
tations de cette nature : le même sujet se retrouve, avec des variantes 
plus ou moins développées suivant l'espace à remplir, sur les frises 
monumentales des grands édifices, sur les pavages en mosa'ique aussi 
bien que sur des objets mobiliers, vases en bronze ou pièces d'argen- 
terie. Ces animaux lancés au galop, se poursuivant ou se combattant, 
étaient employés comme ornements décoratifs, ou bien, réunis à des 
figurines humaines, apparaissaient dans des scènes de chasse. Cer- 
tainement les bas-reliefs du Puy ne sont pas antérieurs au m" siècle 
de notre ère ; ils ont la même provenance que les inscriptions 
romaines de cette ville ; ils ont été apportés au Puy et sortent des 
ruines de l'ancienne capitale des Vellavi, l'antique Ruessio , aujour- 
d'hui Saint-Paulien. 

L'activité scientifique de M. Lefèvre-Pontalis a introduit dans les 
Congrès de la Société française d'archéologie un esprit nouveau. Son 
dévouement en a fait un centre de recherches méthodiques; il y a 



8 SÉANCE Di: 12 JANVIER 1906 

créé une sorte d'école (inut il est le véritable chef, où, sans se lasser, 
il apporte la bonne parole, où il se multiplie pour répandre et faire 
Irioniphcr la véritable doctrine archéologique. 



SÉANCE DU 12 JANMER 



PRESIDENCE DE M. K. (:A(;NAT. 

M. Senaht, au nom de la Commission Benoît Garnier, donne 
lecture du rapport suivant : 

« La Commission Benoît Garnier propose à l'Académie 
d'accorder une subvention de 3. (KM) IVants à la mission saha- 
rienne de M. Motylinsky, la moitié devant être versée immédia- 
tement sur les reliquats disponibles du fonds (iarnier, et l'autre 
moitié payable lors de l'échéance (hi trimestre d'avril. 

(( Elle propose, dautre part, pour mettre à exécution les 
intentions manifestées précédemment par l'Académie, de verser 
immédiatement sur les disponibilités une somme de 5.000 francs 
pour la mission Pelliot , au Turkeslan. cl de réserver pour le 
môme objet une somme de 7. ()»»() francs sur les échéances les 
plus prochaines des arréra};i^es. » 

Les propositions de la Commission sont adoptées. 

>L IIkhon de Villefosse communique un rapjiort du B. P. 
Delattre sur les fouilles de Carthage '. Il s'a},nt de la découverte 
faite dans les premiers jours de novembre 1905, d'un énorme 
sarcophage en marbre blanc, rehaussé de dorures et de peintures, 
mesurant "J"' 75 de longueur. Le couvercle est orné sur chacun 
de ses grands côtés de onze acrotères recouverts de couleur 
bleue. Sur les deux IVoiilims appar;iil an milieu des i1n(s bleus el 
entre deux dauphins, une représentation peinte de Scylla, ailée, 
brandissant une sorte do nia<sue : de- chiens hurlant s'élancent 

1 . Vnii' fi-après. 



SÉANCE DU 12 JANVIER 1906 9 

de ses flancs. Le corps du défunt reposait dans un cercueil en 
bois décoré aussi de peintures et de dorures qui était placé au 
fond' de la cuve en marbre blanc. Ce beau sarcophage a été déposé 
au musée de Saint-Louis en attendant son transport au musée du 
Louvre auquel le R. P. Delattre s'est empressé de FollVir par 
l'intermédiaire de TAcadémie. 

yi. Babelon communique et commente une monnaie grecque 
nouvelle qui porte le nom d'Hippias, le tyran d'Athènes expulsé 
en l'an 511 avant notre ère. 

M. Thomas attire Tattention sur une liste de noms d'animaux 
due à Polemius Silvius, auteur latin dont on ne connaît qu'un 
seul ouvrage composé en Gaule en 449 et dédié à l'évêque de 
Lyon Eucherius (saint Eucher). Cette liste, que Mommsen a 
publiée deux fois (en 1857 et en 1892), mais en laissant aux 
lexicographes le soin de la commenter, comprend 480 mots dont 
un cinquième environ est encore inexpliqué. M. Thomas signale 
l'emploi par Polemius Silvius d'une vingtaine de termes qui 
fournissent l'étymologie de mots français, provençaux ou ita- 
liens actuellement vivants, notamment CHinox (le chamois), dar- 
pus (la taupe, dite dans le Sud-Est de la France darhoii), gains 
(le geai), lacrimiisa (le lézard gris, dit en provençal moderne 
lagremuso, larmuso, etc.), marisopa (le marsouin, dit marsoiipe 
sur les côtes du Poitou), mus monlanus (la marmotte), plumhio 
(le plongeon), sofia (l'ablette, appelée à Lyon soife, en Provence 
so/î), taxo (le blaireau ou taisson). Bien que l'ouvrage de Pole- 
mius Silvius ne nous soit parvenu que dans un manuscrit du 
xii*' siècle, il n y a pas lieu de considérer ces mots, si intéressants 
au point de vue étymologique, comme provenant d'interpola- 
tions postérieures au v'' siècle. 



iO 



COMMUNICATION 



r.E PLUS GRAND SARCOPIIAfiE 

TROUVÉ DANS LES NÉCROPOLES PUNIQUES DE CARTHAGE, 

CAIl [,E R. P. DELATTRE. CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE. 

Dans les premiers jours de novembre, lexploralion de la 
colline voisine de Sainte-Monique nous conduisait à Tang-le 
sud du plateau inférieur. En suivant le rocher, nous arri- 
vâmes, dans une partie du terrain très en pente vers la mer 
et d'un accès difficile, à l'orifice d'un puits de plus grande 
dimension que de coutume. L'ouverture rectangulaire, paral- 
lèle au rivag-e, tout voisin, mesurait 3 mètres sur I '" 30 de 
largeur. Comme toujours, le puits est rempli de terre et de 
sable. En le déblavant, on rencontre d'abord dans une 
des grandes parois, h 3 mètres de profondeur, une niche 
rectangulaire remplie de terre , puis on arrive' au sommet 
d'une chambre de forme irrégulière. Le plafond en partie et 
peut-être toute la chambre elle-même avec son contenu , 
semblent s'être ell'ondrés dans une chambre inférieure. On 
continue le déblaiement et on reconnaît la présence d'un 
mur construit avec de gros moellons et de la terre, presque 
entièrement renversé dans la chambre. C'est un bouleverse- 
ment complet. Tout s'y rencontre un peu pêle-mêle. 

Le 10 novembre, au fur cl à mesure que le déblaiement 
se poursuit, on aperçoit une grande chambre toute remplie 
de pierres, de sable et de morceaux de rocher, l^^lle est 
située à \) '" 30 de profondeur dans le puits; elle mesure 
intérieurement 2'" 8(j de lon'''ueur sur 2'" 40 de lar-ieur. 

cl o 

Un plan et des coupes en ont été exécutés par M. Elie 
Blonde) . architecte. 

On trouve d'abord une amphore cylindrique de forme 



LE PLUS GRAND SARCOPHAGE TROUVÉ A CARTHAGE 11 

particulière, à larg-e orifice ', des urnes à queue, des am- 
phores en forme de sac, à anses tordues, comme toujours 
remplies de cendres et de menus morceaux de charbon, plu- 
sieurs ossuaires en pierre calcaire de forme ordinaire. Un 
de ces ossuaires renfermait, au-dessus des os calcinés et 
brisés, un miroir de bronze qui n'avait pas entièrement 
perdu son poli. 

Au terme de la journée de travail , on met à découvert 
une acrotère de marbre de g^rande dimension qui révèle la 
présence d'un énorme sarcophage. Je fais aussitôt dégager 
le fronton du couvercle. Celui-ci n'a pas moins d'un mètre 
de largeur. Lacrotère supérieur a sa face colorée en bleu. Il 
en est de même des rampants du tympan qui renferme un 
sujet. Au premier moment, je ne distingue que le torse 
d'un personnage ailé. Sur le couvercle, je remarque un 
A isolé, haut de 0'" 05, tracé en rouge. Mais la nuit arrive 
et il faut remettre au lendemain l'exploration complète de 
la chambre et le dégagement du sarcophage. 

La matinée du il fut employée à déblayer la chambre. 
On constate d'abord la présence de plusieurs cercueils et 
encore celle d'ossuaires. Au fond de l'hypogée, dans la paroi 
à gauche, une niche à peu près rectangulaire, longue de 
0'" 9o, haute de 0"^ 75 et profonde de 0'" 30, ne renfermait 
que des ossements calcinés. Egalement au fond, suivant 
l'axe même de la chambre, à 0"' 85 au-dessus du sarcophage, 
on voit, comme encastré dans une niche, un ossuaire en 
calcaire, de forme soignée et rare; la cuve est ornée d'une 
double moulure et le couvercle est garni d'acrotères à ses 
angles, imitant en somme les grands sarcophages. 

On constate encore la présence de corps déposés dans 
des cercueils à droite et à gauche de l'énorme cuve de 
marbre. Ces diverses sépultures étaient accompagnées de 

1. Haute de 0™ S8, cette amphore était à demi remplie de cendres mêlées 
à de minuscules débris d'os calcinés et de vases de dilTérentes formes 
avec une monnaie et un petit morceau de bronze. 



12 LE PLUS GRAND S XPXOPHAr.F: TROIVÉ A CARTHAGE 

leurs mobiliers funéraires, formant un ensemble considé- 
rable. J'en donnerai l'inventaire à la lin de mon rapport. 

Enlin le couvercle apparaît dans toute sa longuenr cpii 
est de 2 '" 7.'». Sa larjj^eur est de plus dun mètre. Aux deux 
extrémités de l'arête faîtière, l'acrotère dépasse de beau- 
coup en importance , ceux de tous les autres sarcophages 
découverts précédemment. Le lonj^^ de chaque o^rand côté, 
on compte onze acrotères. Ceux des quatre anj^les sont de 
o^randeur moyenne, les autres sont un peu plus petits. Tous 
ces acrotères ont pour support une bande en léguer relief, 
larj^e de '" 10, encadrant complètement le couvercle. C'est 
contre la saillie de cette bande que se lit la lettre A, à 
droite de l'acrotère antérieur central. Coinnu' celui-ci. tous 
les autres conservent des traces de couleur bleue. Ils 
devaient être décorés chacun dune palmette. 

Ce magnilique couvercle est fendu en deux parle milieu '. 
Il recouvre une cuve colossale , de forme rectan<?ulaire en 
beau marbre blanc sans veines, tellement bien poli (pi il a 
conservé son velouté. Cette cuve mesure extérieurement 
2'" 68 de lonfj^ueur, l mètre de lar«(eur et II'" '.Mi de hauteur: 
la moulure (pii l'entoure en haut et en bas était peinte et 
dorée. Cette décoration, comme pour les autres sarco- 
phag-es, se compose d'oves et de rais de cceur. 

La cassure du couvercle, quoique très rei,n'ettable, nous 
facilita l'ouverture de cette riche sépulture. La partie anté- 
rieure est levée avec précaution , puis amenée en avant à 
l'aide de rouleaux et enfin complètement enlevée. 

La cuve mesure intérieurement 2'" X\ de lont^ueur, ()'" 71 
de larf^eur et 0'" (SS de profondeur. Ainsi que le couvercle, 
elle porte comme point de re{)ère la lettre A tracée en 
roug^e. Ce vaste récii)ient funérain- paraît jiresque vide. 11 
renferme cependant les restes d'un squelette, à peine recon- 



1. C.cilc cassur»' a dû se produire au uioiiieul do la mise eu place. r:ir les 
(Jeux parties ue peuvent se rejoindre exactement. 



LE PLUS GRAND SARCOPHAGE TROUVÉ A CARTHAGE 13 

naissables au milieu des lambeaux d'un cercueil de bois 
réduit en poussière et dont on aperçoit, tombées à leur place 
respective, les quatre poig-nées de bronze. L'ensemble de ces 
restes olFre un aspect tout à fait singulier. Leur couleur, au 
lieu d'être noire ou brunâtre , comme il arrive d'ordinaire 
quand on ouvre un tombeau, est d'un bleu clair très accen- 
tué, avec des points de couleur roug-e-pourpre et beaucoup 
de parties dorées. A la hauteur des épaules du mort appa- 
raissent de larges disques en or. Il semble évident que le 
cercueil était richement décoré de peintures et de dorures. 
Peut-être même était-il sculpté et ofîrait-il l'image de la 
personne défunte, comme les couvercles anthropoïdes de 
marbre et de bois déjà rencontrés dans la même nécropole. 
Du côté des pieds, la paroi verticale du cercueil avait tou- 
ché le marbre du sarcophage, et son décor, composé de 
tons rouges et bleus, s'y était en partie décalqué. 

Les minces débris de bois et les rares ossements couvrant 
le fond de la cuve formaient à peine une épaisseur de 3 à 
4 centimètres. Cette couche tranchait avec les parois du 
marbre très habilement bouchardé et conservant toute sa 
blancheur ' . 

Le cadavre avait été déposé sur le dos, mais le squelette 
était presque entièrement réduit en poussière. Il ne restait 
plus du crâne que l'os frontal. Il semble avoir appartenu à 
une femme. Seuls, quelques os des jambes avaient con- 
servé leur forme. J'ai pu recueillir un tibia et deux péronés. 
Un des péronés porte une soudure défectueuse révélant que 
cette Carthaginoise s'était cassée la jambe et ne faisant pas 
honneur au médecin qui dut sans doute soigner la fracture. 

Lorsque je voulus enlever les deux disques d'or signalés 
plus haut, je constatai de simples couches d'or appliquées 
sur un enduit ayant vraisemblablement recouvert les orne- 

1. A la hnuleur de l'épaule gauche, une partie de la paroi du sarcophage 
était couvei'te dune ctïlorescence nitreuse d'un blanc de neige. 



14 LK PI,US GRAND SARCOPHAGE TROUVÉ A CARïHAGE 

ments sculptés du cercueil. Ce sont en ell'et des niascarons 
offrant les traits d'un visag-e à ample chevelure '. Le reste 
de l'or, ({ui apparaissait. à travers la poussière d'ossements 
et les lambeaux de bois, avait à peine la consistance des 
feuilles d'or (ju'emploient nos décorateurs modernes. 

En rassemblant pour le tamisag-e le contenu si peu con- 
sidérable de cette sépulture, au lieu de trouver de la pous- 
sière sèche ou sim|)lemL'nt humide, c'est une pâte g-rais- 
seuse et gluante qu'il faut enlever. Aussi les mailles du 
tamis ne laissent rien passer. Il faut avoir recours au lavage 
pour trouver les menus ()l)jets dont le cadavre avait été 
accompagné. 

Cette opération terminée, nous constatons que le mobi- 
lier funéraire intérieur se composait en tout d'un jietil 



grenat suspendu à un lil d'or-, d'un objet en j)l(»mb ayant 
la forme d'une patte de poule, dune b;tgue en ambre et enfin 
d'un anneau sigillairc en or fouri'é. Le nu'-tal siivant d'àme 
à l'enveloppe d'oi- piii-aif avoii- éU'- di' 1 aigi-nl. En tout cas. 
il s'est oxydé et, imi augmentant de volume, il a complè- 
tement déchiré son enveloppe. Celle-ci est déchifjuetée et 
tordue comme si elle avait éclaté sous l'action violente d'un 
explosif. Dans une partie de lanneau, 1 argent oxyde et 

1. Le taniisiijic roiirnil ciioorc des drlu'is de deux aiilros inas((ucs dorés. 
Le couvercle du cercueil devait donc en porter quatre. 

2. Dis(jue i\ d(Hil)lc face con\exe de " millimètres de diamètre. 



LE l^LLS GRAND SARCOPHAGE TROUVÉ A CARTHAGE 



15 



boursouflé forme groupe autour de lor. Le chaton, cerné 
dans sa monture d'or, est une cornaline, de forme elliptique, 
à face plane et à revers convexe. Sur le plat, la gravure 
représente une Neplitis, les ailes étendues en avant, lune 
levée, l'autre abaissée. Elle lève une main et de l'autre 
cachée par l'aile, elle tient une fleur de lotus. Nous avons 
déjà rencontré cette déesse gravée de la même façon sur 
une bague toute en or. Ici elle est accompagnée de carac- 
tères puniques de forme très archaïque. M. Philippe Berger 
la croit beaucoup plus ancienne que le sarcophage et que la 
personne dont elle ornait le doigt. Pour ce savant, l'inscrip- 




tion a été gravée en hébreu primitif et il la traduit : .4 Joab. 
Après avoir vidé complètement le sarcophage, je fis tirer 
en avant la seconde partie du couvercle. Je pus ainsi exa- 
miner à loisir la peinture du fronton postérieur qui ofTre le 
même sujet que le» tympan antérieur. C'est la nymphe 
Scylla, aux ailes étendues le corps transformé en dragon à 
partir des reins d'oîi semblent sortir et sélancer deux chiens 
noirs. Entre les chiens, on aperçoit les jambes d'un per- 
sonnage. La nymphe, émergeant d'une ligne de flots bleus ', 

1. Cette ligne ondulée de flots bleus était très apparente sur le fronton 
antérieur au moment de la découverte. On n'en voyait rien sur le IVonton 
postérieur dessiné par le marquis d'Anselme. 



() 



].E l'I.LS (;UAM) SARCOPHAGE TROUVÉ A CARTHAGE 



lève et étend la main gauche . tandis que de la droite elle 
tient une sorte de sceptre ou branche de couleur rouge. 
Dans le champ, à droite et à gauche, deux dauphins naj^ent 
vers Scylla. 

Cette belle peinture rehaussée d'or a été copiée sur place 
par le marquis d'Anselme , avant qu'elle ne disparaisse 
plus ou moins sous l'influence de l'air et par lellet des tré- 
j)idations inévitables de l'enlèvement, de la montée el du 
transport. 




(^artlia^f. — Fronton poslcrieiir du sani>|)liaj,a'. 
(La nj^niplic Scylla.) 

Xous avons déjà rencontré plusieurs fois Sevlla sur les 
fidiiliins (le nos couvercles de sarcophages d épocpie carlha- 
o'iiioise. l.un (l'cux TollVc iiiriiii' en sciil|)(ure. Trois ehiens 
sortent de ses l'eins, mais elle n'a j)as d ailes et 1 o])ji'l 
qn elle jjorte dans la in;iin a la forme d une boule. 

L énni'mc couverclf du sai'copliage (pic nous xcnons de 
li-()UV(M\ oll're sa |)arlic iiilnnc é\i(l(''c suivant des plans 



LE PLUS GRAND SARCOPHAGE TROLVÉ A CARTHAGE 



17 




1906. 



18 Li: l'LLS i.l'.AMJ SAHCOPIIAGE TUOLVÉ A CARTIIAGE 

coupés très réj^uliers. Les lignes de rencontre sont admi- 
rables de netteté et de précision. Toute cette partie du cou- 
vercle , comme les parois intérieures de la cuve, ont été 
bouchardées avec beaucoup de soin. C'est un travail de 
marbrier fort remarquable. 

Le lundi 13 novembre, je fis enlever le bel ossuaire placé 
dans la paroi du fond, au-dessus du sarcophag'e. L'opéra- 
tion eut lieu en présence du 1)'' Dézanneau , d'Angers. Ce 
médecin assista à l'ouverture et constata avec moi la pré- 
sence d'ossements calcinés et brisés, sans la moindre inlil- 
tration de sable, mais aussi sans l'ombre d'un objet funé- 
raire, ni miroir, ni fiole, ni grains de collier, ni amulettes, 
ni monnaies. 

Pour extraire l'énorme pièce de la chambre et du puits, 
ainsi que pour la transporter à Saint-Louis, il fallut laire 
venir de Tunis tout un matériel spécial. La .sortie de la 
cuve eut lieu le Hi. Plusieurs photographies exécutées par 
mon confrère, le P. Vellard, donneront une idée de l'opé- 
ration. Une des vues permet de lire la lettre A dans l'inté- 
rieur du sarcophage. 

On fit ensuite glisser la Inurde cuve sur la pente de la 
colline jus({u'au chemin bordant la mer. .le ne di'crirai pas 
les ditlicultés du transport, .le dirai seulement (ju'après 
plusieurs essais infructueux de traction à l'aide de chevaux 
et de mulets, nous réussîmes, avec cinq paires de bœufs, à 
mettre en mouvement le chariot chargé du sarcophage et à 
l'amener d'abord [)ar un étroit sentier. [)uis à travers un 
champ fraîchement labouré et ensemencé , et enfin par le 
chemin encaissé et tout raviné contre la batterie de Bordj- 
Djedid, jus(pi":i la route carrossable. Ensuite, les bœufs le 
trainèren( tiaii((iiilleinent jus(prà la colline de B\'rsa où il 
fut placé au milieu du terre-plein nui précède la chapelle 
Saint-L(»uis. Lii , le colos.sal sarcophage fait grand effet 
et peut être facilenuMit examiné par les visiteurs. .\ côté 
de cette belle jjièce (|ui étonne par ses dimensions, les 



LK PLUS GRAND SARCOPHAGE TROUVÉ A CARTIIAGE 19 

grands sarcophages trouvés précédemment paraissent bien 
petits. 

J'ai dit au début de cette note (pie plusieurs morts 
avaient été ensevelis au-dessus du grand sarcophage. A 
côté des coffrets qui contenaient les os calcinés, à côté des 
amphores renfermant les cendres, et près des cercueils dans 
lesquels on avait déposé des cadavres, on rencontra un 
mobilier funéraire très varié. En voici l'inventaire rapide : 

Céramique. — Dix-huit urnes à queue, deux amphores à 
base conique portant chacune une longue inscription pu- 
nique en partie effacée; un vase cylindrique, forme d'obus. 

Onze lampes bicornes et leurs patères, six lampes de 
forme grecque, dix unguentaria, sept vases plats avec anses 
horizontales, cinq fioles à anse, quatre petits récipients en 
forme de marmite, un vase-biberon, une belle coupe noire 
à anses avec dessin en blanc sur le fond intérieur, une autre 




coupe et une coupelle de même fabrication, un brûle-parfum, 
un fragment de statuette, trois balles de fronde, un morceau 
d'amphore portant une ancre longue de ()"' 10 tracée à la 
pointe sèche et une anse d'amphore estampillée d'une marque 

circulaire renfermant trois caractère s puniques : A^U à 

moins qu'il ne faille lire : A^^. 

Or. — Trois anneaux à spires, un pendant d'oreilles, un 
globule avec anneau de suspension, une bague sigillaire, 
avec chaton sur monture mobile. Le chaton est une amé- 
thyste portant comme gravure Isis et Ilorus sous la figure 
d une vache allaitant son veau. En avant de la vache, on 
voit un bouquet de papyrus composé de trois tiges. Sur le 



20 LE PLUS GRAND SARCOPHAGE TROUVÉ A CARTIIAGE 

dos de la hèle, se dressent sept tiges, trois plus grandes, 
alternées au milieu des quatre autres. 




A côté du sarcophage colossal . on trouva encore deux 
pendants d'oreille en or et deux hagues d'enfant, dont une 
avec chaton hlou en pâte de verre. 

Arfjent. — Un étui à amulettes et un grain de collier. 

Bronze. — Trois miroirs, deux hagues dorées dont une 
non oxydée porte gravé un coq fièrement dressé sur ses 
pattes; trois anneaux à houcle, huit goupilles, deux petites 
anses, deux applicjues , (juatre clous, deux rivets et enfin 
cent quarante monnaies. Jai fait décaper quelques-unes de 
ces pièces. Elles offrent les variétés suivantes : 

Les plus grandes de "• 02 de diamètre portent sur la 
face la tête de Perséphone et au revers le huste de cheval. 
Dix de ces monnaies pèsent ensemhle oO gr. .">. 

Les plus petites, de 0'" 016 de diamètre, offrent d'un côté 
la même tête de Perséphone et de 1 iiulrc \v cheval dehout, 
tourné à droite, le flanc devant un palmier. (Jualre de ces 
monnaies pèsent ensemhle 12 gr. ri. 

Une toute petite monnaie de 0'" 01.") de diamètre, jior- 
tanl au revers le cheval galopant à droite, pèse 5 gr. 4. 

Plotnh. — Un petit [)lat et deux hoîtes à lartl avec leur 
couvercle. 

Fer. — Une lame de coutelas, une paire de ciseaux, deux 

slrigiles el Ir^is clous. 

Ivoire el o.s. — (>inq osselets, trois disques, deux 



LIVKES OFFERTS 21 

cylindres, un chevalet d'instrument à cordes, un manche 
d'outil et une amulette. 

Divers. — Dix-huit amulettes (uraeus, épervier, cynocé- 
phale, Oudja, Bès, Horus, etc.), deux pastilles de verre, 
une douzaine de grains de collier, presque tous en pâte de 
verre , sauf deux en cornaline ' et un en pierre rose , un 
g-rain en forme de cœur ou de petite amphore avec lien de 
suspension en or ; un pecfen avec charnière en argent, un 
cauri, un morceau de soufre, un autre de matière noire et 
brillante, treize cailloux arrondis, dont deux assez gros, un 
moyen et dix petits. 

Tels sont les objets recueillis à côté des divers défunts 
qui ont rejoint dans la tombe la Carthaginoise, sans doute 
une prêtresse puisque sa dépouille mortelle reposait dans 
un double cercueil de bois polychrome et de marbre éga- 
lement décoré de peintures. Un tel luxe de sépulture indique 
assurément une personne que l'on tenait à honorer jusque 
dans la mort. 



LIVRES OFFERTS 



M. ForcART offre à rAcadémio lo volume des Môlaiiga^ Nicole, de 
la part de M. Ed. Xaville, président du Comité, correspondant de 
llnstitut. 

M. Brkal offre à l'Académie, au nom de l'auteur M. Paul Sébillol , 
Le folk-lore de France (Paris, 190.'), in-8") : 

« La mer et les eaux douces. » Tel est le titre de ce second volume 
qui égale, et peut-être dépasse encore en richesse, le premier. Le 
sujet était bien familier à l'auteur, qui avait déjà publié les Contes 

1. Disques de 0" 016 de diamètre, à double face con\ exe, percée d'un 
trou au centre. 



22 SÉANCE DU 19 JANVIER 1906 

populaires de ht Haiile-Bretayne , les Contes des landes et des grèves. 
les Légendes, croyances et superstitions de la mer, et plusieurs autres 
livres d'un contenu analogue. 

« Grâce à M. Paul Sébillot,qui réunit et résume toutes les publica- 
tions du même genre, et qui y ajoute beaucoup de son propre fonds, 
la France aura bientôt le livre de folk-lore le plus abondant, le mieux 
ordonné et le plus afjréable à lire. Il fournira de précieuses indica- 
tions et suggérera des idées non seulement à Thistorien et au mytho- 
logue, mais au romancier et au poète. » 

M. Léger présente le huitième volume de Yllistoire de la Société 
des sciences de Varsovie, par M. Alexandre Kraushaar (Cracovie. 1906, 
in-8°). Ce volume termine cet important ouvrage dont M. Léger a 
déjà signalé l'intérêt dans les Comptes rendus et auquel il a consacré 
un article dans le Journal des Savants (année 1903). 



SÉANCE DU 19 JANVIER 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 



M, Gagnât lit des passages d'une lettre adressée au Président 
de rAcadéniie par un jeune élève de première du petit sémi- 
naire de Grasse. Gehii-ci a copié à Tourrettes-Levens, commune 
des Alpes-Maritimes, une inscription romaine. » Tout récemment, 
écrit-il, sur une colline qui porte le nom de colline de Tevel ou de 
l'Abadie, un propriétaire, en train de planter une vigne, a retiré 
d'une profondeur de '2 mètres environ une pierre bien taillée, de 
forme carrée et plate, dont les côtés mesurent 80 centimètres, 
portant sur une de ses faces, en caractères bien tracés et faciles à 
lire », les mots suivants : 

CAIO • CLEME^^IS•F 
CLEMR^^I•ERACONIS•F 
PVRLiOCLEME>l ISF 



SÉANCE DU 19 JANVIER 1906 23 

VECTiNIA • EN IMANVI • F 
COIVGI ET FILEIS-ET 
POSILA-aVARTA-aVI^A 
PATRI-ET-FRATRIBVS 
B • M 

Cette inscription nous fait connaître toute une famille du 
pays : un homme Glemens , fils d'Eraco, avait épousé une 
femme nommée \'^ectinia, fille d'Enimanuus. De ce mariag^e 
étaient nés cinq enfants, deux fils ("aius et Publius, trois filles 
Posila, Quarta, Quinta. 

De l'inscription elle-même il n"y a rien à dire, sinon à noter 
le mot fileis qui doit peut-être être corrig-é en filieis. Les noms 
sont romains à l'exception de ceux des g-rands-pèi'es paternel et 
maternel. Au sujet de ceux-ci, notre confrère, M. d'Arbois de 
Jubainville, a bien voulu m'écrira : 

« Je ne sache pas avoir jamais rencontré ces noms d'homme. 
Mais le g-énitif Eraconis semble aussi possible que les génitifs 
Eracohi\ Eraqiiei ^ . Quant à Enimanui, eni- est premier terme 
de plusieurs noms composés'^; le second terme manui peut être 
rapproché de Manaw, nom gallois de l'île de Man ^, du nom 
propre féminin Manu [ = Manô), AaÛî Manuni (= Manôni) '% et 
du nom d'homme Manus''. Mais que signifient tous ces mots? Je 
l'ignore. 

« M. Whitley Stokes suppose un celtique primitif manuos , 
«unique», identique au grec aôvo;, ionien aoîvo? = "aôvpo;^. » 

L'Académie ne peut que remercier son jeune correspondant de 
s'être souvenu qu'il existait à Paris un corps savant dont les 
inscriptions sont le domaine otliciel. C'est un bon exemple qu'il 
donne à de plus âg'és que lui. 

1. A. Holder, Altceltischer Sprachschatz. t. I, col. 1457. 

2. Ibidem, col. 1438, 1439. 

3. Ibidem, l. II, col. 621. 

4. Ibidem, t. II, col. 412. 

5. Ibidem, col. 413. 

6. Urkeltischer Sprachschatz, p. 208. Cf. Prelhvitz. Etymologisches 
Woerterbuch . 1" édition, p. 203: [xàvo;, p. 190. serait pour uâv^o;. 
Mavo; veut dire mince). 



24- si-;\.\(.K 1)1 !*.> .iANvii:r. IIIOH 

M. FoucAKT lit une note de M. VA. Na ville, correspondant de 
l'Académie, sur le dieu de l'oasis d'Ammon '. 

M. Hei/ev fait observer, à propos du monument étudié par 
M. Naville, que les cous des deux animaux fij^urés sur les 
palettes sont plusieurs fois plus hauts que ces animaux eux-mêmes 
et que de plus ils se recourbent pour se croiser plusieurs fois, 
comme les ser[)ents dans le caducée de Mercure. Dans ces condi- 
tions il ne peut y voir que des animaux fantastiques, des pan- 
thères à cou de serpent. 11 semble aussi à M. Ileuzey que le 
godet sculpté au milieu des palettes est trop peu profond pour 
avoir servi à renchâssemenl d'un symbole central. 

Il est procédé à la nomination d une Commission de six 
membres pour examiner dilTérentes propositions relatives à l'in- 
terprétation du rèfîlement. 

Sont élus : MM. Delisle, Ileuzey. H;ii-I)ii'i- de Meynard, Senart, 
Héron de Villefosse, Lair. 

M. I)1<i';ai. a la parole pour une communication : 
« M. l>iéal avant observé que dans diverses langues le 
même mot signilie 1" corde, '2" /in. nipiirochc le latin /iiiis de 
[unis, en les rattachant tous les deux au grec r/fJi\i'j^. C'est pro- 
bablement le corfleau de l'arpenteur cpii a donné naissance à ce 
doublet. » 

MM. S. KiiNAcii. il'AHiiMis ui- JruMwii.i.r: et L. IIavit pré- 
sentent à ce sujet quelques observations. 

M. Babei.iin annonce que la Commission du |in\ Duchalais 
(numismaliipie du moyen âge est d'avis i|u'il n y a |)as lieu de 
décerner le prix celte année. 

M. S. Hkinacu coniniuuique à l.Académie des photographies 
de scul|)tures anti(|ues du .Musée de Boston, rapportées par 
M. Mugène d'Kichlal, membre de l'.Académie des sciences 
morales et politicpies. (Juelques-unes de ces sculptures méritent 
le nom de chef-d'o-uvre. 

1 , \'<iii- ci-iiprès. 



LE i)ir:r dk l'oasis dk .irpriER ammon 25 

L'Académie se forme eu comité secret pour euteudre le rap- 
rt de M. Pottier sur les travaux exécutés ou eucoura-'-és à 



l'aide des arréraj^es de la fondation Piot ' 



COMMUNICATIONS 



LE DIEr DE L OASIS DE .irPlTER AM.MON , 

PAR M. EDOUARD N A VILLE, 

CORRESPONDANT DE l'aCADÉ.MIE. 

A roccasion de la visite que lit Alexandre à l'oasis de 
Jupiter Ammon, Quinte Curce ^ décrit ainsi le dieu qui 
rendait des oracles dans le temple : « Id quod pro deo 
coliturnon eamdem eftig-iem habet quam vulgo diis artifices 
accommodaverunt : umbilico maxime similis est hahitus, 
smara^do et g'emmis coagmentatus. » 

Ce passage a fort embarrassé les commentateurs et les 
archéoloiïues. Comment concevoir en elîet un dieu avant la 
forme d'un ombilic? Aussi M. Furtwangler ', qui, à ma 
connaissance, est un des derniers qui s'en soit occupé, 
alïirme que cette description repose sur une méprise 
absurde. Et cependant il faut bien que le dieu ait eu une 
forme très étrange, puisque l'auteur latin nous dit qu'il 
dilFérait totalement des figures qu'on donne d'ordinaire aux 
dieux . 

Il est inutile d'insister sur les divers sens du mot umhi- 
licus qui est employé fréquemment comme umho ou cy.sa- 
Xic pour indiquer un ombon, la bosse ou la pointe d'un 
bouclier. Cette bosse n'était pas d'un seul morceau, elle 
était composée d'une émeraude et de pierres précieuses 

1. \o'w ci-après. 

2. L. IV. 7. 

3. Lexicon (1er Griesch. und lioemischen Myth., art. .\mm.m, 288. 



26 LE DIEL DE E OASIS DE JLPITER AMMON 

jointes ensemble; peut-être rémeraude était-elle au milieu, 
entourée d'un anneau de pierres précieuses. 

Cette description du dieu de l'oasis, de cette divinité en 
forme de l^osse ou de pointe de bouclier, nous donne 
l'explication du but et de la nature de monuments sur les- 
quels on a Ijeaucoup discuté , je veux dire des palettes de 
schiste qu'on a trouvées dernièrement et qui appartiennent à 
l'époque thinite, c'est-à-dire aux trois premières dynasties 
égyptiennes. Ces palettes ont souvent la forme de boucliers, 
elles sont couvertes de sculptures. Sur lune des faces, on 
voit un petit godet rond , à côté duquel se tiennent des 
animaux qui en sont comme les gardiens. On a supposé que, 
dans ce ffodet, on brovait des couleurs et surtout des fards. 
Cette idée ne se comprend pas, quand il s'agit de grandes 
palettes ornées de sculptures des deux côtés. Mais le pas- 
sage de Quinte Curce nous fait très l)ien comprendre à 
quoi servait ce godet : c'est là dedans qu'on enchâssait 
une pierre précieuse ou peut-être un morceau de métal ou 
de bois qui représentait exactement la bosse, l'umbilicus, 
l'oiJ-saXi; du bouclier. C'était le dieu ombilic. 

Nous avons déjà, à plusieurs reprises, exprimé l'opinion 
(jue ce godet était destiné à renfermer une forme anico- 
nique d'un dieu. La phrase de l'auteur latin nous paraît 
venir à rai)pui de cette idée, qui est confirmée par les 
sculptures de la grande palette, la plus belle du genre, 
trouvée à lliéraconpolis et ([ui est maintenant au musée 
du Caire. 

Cette palette a 63 centimètres de haut, une largeur 
maximum d'environ 30 centimètres et une épaisseur qui 
varie, mais qui ne dépasse pas .') centimètres. Elle est donc 
très mince pour sa longueur. Elle rappelle la silhouette de 
grands vases (jui datent de cette époque; cette forme est 
aussi à peu près celle d'un bouclier. 

Elle est ornée sur les deux faces de sculptures très soi- 
[•nées j)our l'époque. Je ne suis pas éloigné de croire que 



S' 



LE DIEU DE l'oasis DE JUPITER A.MMON 27 

ces sculptures étaient recouvertes d'une mince feuille d'or 
qui est perdue. 




La face importante est celle qui présente le petit godet à 



28 I.E DIEU DE I.'OASIS DE .HPITEH A>lMON 

la place de rombilic,uii peu plus bas que le milieu. M. Qui- 
bell nous dit que ce ^odet est la partie essentielle de rolijet. 
parce que c'est là i|u on f;iisait li' l;iril vcit. Pourcjuoi ce 
fard doit-il être sous la ^arde de deux grands félins? cest 
ce (jui ne laisse pas (jue de nous surprendre. Mettez au 
contraire dans ce g-odet une pierre précieuse, une bosse qui 
soit un eniblènie divin, et la scène tout entière devient par- 
faitement compréhensil)le. 

Le dieu de forme étran^çe répond tout à fait à \ uinhilicus 
de Quinte Curce. Cet être divin est sous la garde de deux 
animaux que M. Heuzey a])pelle des lions à cou de serpent'. 
Leur cou est démesurément allongé de manière à pouvoir 
entourer le godet. Ils jiortent tous deux des colliers, dont 
des Africains barbus, de ceux que j'appelle les Anou, 
tiennent la corde. 

Dans le reeristre au-dessus, le i"oi, co'iiW' de la couronne 
de la Basse Egypte et précédé de la reine Thit et de quatre 
porte-étendards, se dirige dans une salle oîi Ion voit des 
ennemis décapités. J'ai exposé ailleurs qu'à mon sens c est 
là une fête où Idn commémore la défaite des Anou, c est-à- 
dire la victoire des conquérants Horiens sur les Anou . la 
population indigène. Derrière le roi est un prêtre, ou plutôt 
son lils, qui porte une paire di' s;in(l;iles et un vase. 

Si nous descendons maintenant (U' [)lus de deux mille ans 
dans l'histoire, et si nous entrons à Deir el Bahari dans le 
temple de la reine Ilatshepsou de la XMIl' dynastie, nous 
trouvons une scène qui a une ressemblance fiappante avec 
celle-ci -'. Il s'agit d'une fête célébrée en l'honneur d'Amon 
et de la reine, où figure une grand»' procession dont toute la 
partie relative à la reine est gr;iltée: on y \()y;iil probable- 
ment, comme dans d'autres parties du teiii|)le. le frône de 
Ilatshepsou. pnrtt- par les prèlri's et sur U'quel était un 



I. !!(-ii/,cy. 0);/i/»/c.s- rpni]ns de l' Aaiflrniif. IKOO. p. 0(i ot siiiv. 

:;. Maiicllc. Dcir el Hnhnri. pi. 1\' ; NavilU-. Dcir el linlatri. V , pi. 1:25. 



LE DIEU DE l'oasis DE JUPITER AMMON 29 

éventail, remblème de son double. Derrière ce qui devait 
être le trône de la reine, on voit encore le trône de 
Touthmès III, son neveu, puis un prêtre tenant k la main 
des sandales, suivi de deux félins retenus par des colliers. 
Au-dessus, on lit ces mots : « les deux panthères vivantes 
amenées avec les merveilles du pays, et qui sont l'escorte 
de S. M. » Le mot que je traduis par panthères veut dire 
proprement les « tachetés », Ces tachetés, nous les retrou- 
vons dans d'autres parties du temple de Deir el Bahari. 
Parmi les animaux amenés vivants de Pount', fig'urent un 
tacheté du Sud qui paraît bien être une panthère, et deux 
tachetés du Nord, à tête plus petite et portant tous deux un 
collier ; ils rappellent beaucoup le léopard de chasse, appelé 
aux Indes « cheetah ». Les Égyptiens n'étaient pas très 
exacts dans leurs classifications zoologiques ; de même qu un 
seul mot peut signifier un porc ou un hippopotame, un lion 
ou un chat, le nom de tacheté s'appliquait à tous ces félins 
dont le pelage se distinguait par des taches. Ces félins 
étaient l'escorte de la reine Hatshepsou, laquelle, étant dieu 
elle-même, avait droit à la même garde qu'ime divinité. La 
tradition était ancienne puisqu'elle remontait au dieu ombi- 
lic de l'époque thinite. Et ici, je ne puis me ranger à l'opi- 
nion de M. Heuzey au sujet de la nature des animaux de la 
palette. Je ne crois pas que le sculpteur ait voulu repré- 
senter des animaux fabuleux; je crois qu'ici comme ailleurs, 
l'artiste a exagéré un trait de l'animal pour qu'on le distin- 
guât plus facilement. Il a allongé le cou outre mesure afin 
qu'on ne confondît pas la panthère avec le lion ou surtout 
la lionne. C'est là, k mon sens, l'interprétation qu'il faut 
donner, du moins dans les monuments égyptiens, de ces 
félins k très long cou ; ce sont des panthères ou des léopards. 
Les Égyptiens n'ont pas été seuls à recourir k ce procédé; 
qu'on regarde la panthère du char de Dionysos sur la péliké 

1. N'avilie, Deirel Bahari, HI. pi. 30. 



30 Li; DiEL iJi: lViasis de jLinri:u ammu.n 

du Louvre' provenant de la Cyrénaï(juo. l'artiste g-rec n'a 
pas fait autrement, avec moins d exag-ération. 

Le dieu oml)ilic est donc sous la garde de deux félins , 
qu'ils s'appellent panthères ou léopards, et ceci nous conduit 
à un grand nombre de rapprochements avec les monu- 
ments de la Crète et des îles de la mer Egée, en particulier 
avec les soi-disant lions de Mycènes, si, comme l'a établi 
M. Evans-, le pilier contre lequel ils s'appuient est lem- 
blème d'une divinité. 

Dans d'autres palettes •^ nous trouvons que la g-arde du 
dieu se compose soit de félins à long cou , soit d'une sorte 
de chien ou de chacal que je considère comme le dieu 
Apouatou. On a souvent appelé ranimai, emblème de ce 
dieu, un chacal, mais une nu unie déterminée [)ar M. le 
D'" Lortet s'est trouvée être celle d'un chien. Apouatou 
marche devant les rois ;i la guerre. Il joue un grand rôle à 
l'époque thinite; il se confondit plus lard avec Osiris. 

Quelquefois, il y a autour du godet du tlieu uni; procession 
d'archers ou une scène de chasse, ou même un tableau de 
guerre. 

Lune de ces palettes est particulièrement intéressante. 
Acquise pour le Louvre, elle a été publiée par M. Bénédite''. 
Elle est sculptée sur les deux faces. D'un côté, on voit le 
godet pour le dieu ombilic; de l'autre, le dieu est représenté 
sous la forme d un arbre, de elia(|ue côté du((uel se trouvent 
deux animaux tachetés aussi, mais (jui sont des giiafes. 
Quatre chiens ou chacals sont aux angles. Cette scène niiî 
parait démontrer, à cette épofjue reculée, le culte du dieu 
arbre. 

Je ne serais pas étonne (|ue la bosse consistât en un mor- 

1. Kaycl l'I Ciilligiiôii. Hishiirc ilv l;i cL'nimiiiiie (frecquc. p. 279. 

2. Thi' Mi/n'iicun. l-rco iiml l'illnr (Util. p. .')H. 

3. \'oir Heu/.cv, 1. 1., pi. 1 ol 2, et iiiissi Lejîgf, Thf laivoil >talcïi from 
Ilieraconpiilis and elsowhert'. Proc. of Ihe Soc. of. bib. Arch., 1900, p. 129. 

1. Monuments l'iol, l. .\. l'asc. 2. 



LE DIEU DE LOASIS DE JUPITER A31IM0N 31 

ceau de malachite, dont on a trouvé des l'rag-ments. S il en 
était ainsi, on pourrait la regarder comme l'emblème du 
germe, du bourgeon, doù devait sortir l'arbre sculpté sur 
la face opposée. 

Connaissons-nous le nom du dieu ombilic? Il est bien 
possible que la grande palette nous le donne. Sur les deux 
faces , tout en haut , on voit deux têtes bovines avec une 
figure humaine. On les a généralement appelées des têtes de 
Hathor. Cette identification me paraît tout à fait erronée. 
Hathor a toujours des cornes de vache, c'est-à-dire diver- 
gentes. Celles-ci ont des cornes convergentes, presque reco- 
quillées, et qui sont les cornes d'un buflle mâle tel que celui 
que nous voyons au bas de la palette. Cette tête à cornes 
convergentes est connue par les textes des pyramides, c'est 

un dieu dont le nom se lit '^^_^^ ou "^^ '^j '' ^^"^^ ou 
bet. M. Daressv- l'a trouvé sur un cercueil du moven 

empire avec la lecture J^ \ hct' . Dans les textes des pyra- 
mides, il est dit de lui qu'il a deux faces. Nous les voyons 
toutes deux sur la palette. C'est, me semble-t-il , le nom 
que nous devons donner à ce buffle à deux têtes que nous 
rencontrons quelquefois sur les palettes 2, et à l'une des 
enseignes que l'on voit sur les poteries où sont représentés 
les enclos servant d'habitations aux primitifs''. 

Sur la palette le roi se montre comme un dieu, c'est lui 
qui prend la forme d'un buffle et qui foule aux pieds ses enne- 
mis. Cette symbolique s'est perpétuée à travers toute l'his- 
toire d'Egypte. Devant le taureau est son nom écrit par le 
signe de la planche dans laquelle sont plantés les deux 
ciseaux, et qui, dans les textes des pyramides, sert de déter- 



1. Pepi, 1. 267; Mcrenra, 1. 4S0: Pepi, II. 1. 12 IS. 

2. Recueil, vol. XXVI, p. 132. 

?,. Heiizey, 1. !.. pi. 1: Legge, 1. 1., pi. II. 

4. George Foucart. Comptât rendus de l'Académie, iOOo. p. 267, n" 2. 



32 LE DlEi; DK l/oASlS l'K .Ill-ITER AMMON 

niinatif au mot Jj^^ but Jo, J^_S^t5 ^"''^'- 4^^^ P^^^^ 

tard devint jB^^it^^ hela. Enfin, si nous nous souve- 
nons ((ue le coin ou le ciseau (jui sei't à écrire le nom du 
roi, au-dessous du poisson, est employé dans un texte de 
la XIX'' dynastie, la table d'Abydos, comme déterminatif au 

nom j|^_^V hc/ii. Ton conviendra (juil est dillicile de lire le 
nom du roi de la palette autrement ^[u^^ hclii ou hc/ù, 
Boethos. ({Lii, d'après Manéthon, est le premier roi de la 
IPdynastie. Cette lecture, comme Ta déjà sig-nalé M. Maspero, 
renverse de fond en comble la théorie de M. Pétrie sur les 
premières dynasties, théorie qui a été adoptée comme bien 
établie èi Berlin et ailleurs'. 

Revenant au passa<,^e de Quinte Curce, nous pouvons 
nous lii^urer limaj^^e d'Amon comme un ombon , formé 
d'une bosse centrale, entourée d'émeraudes et d'autres 
pierres précieuses, et placé sur un support analogue aux 
palettes de l'épocjuc thinite. On enfermait cet emblème 
dans un naos placé sur une barque, laquelle on portait hors 
du temple dans les solennités, lors([u'on dc^vait entendre 
l'oracle. 11 est intéressant de voir ([uc. dans l'oasis, on ait 
pu conserver jus({u"à Alexandre celte imap^e bizarre de la 
divinité. En Eti^ypte même, on la révérait dans les temps 
anciens, mais on l'avait oubliée: elle devait subsister à 
Hiéraconpolis comme un objet tout ii fait archaïque. 

1. J'ai vie \v premier à proposer celle leelui-e J|, _zl '' <|ii<" .jf n'émct- 
(ais d'abord qiu- (•(Hiiiiic eoii.jeeture. Peu après. M. (leorfie l'ouearl y est 
arrivé ]iar un auli-c cliciuin ('.(iiiijilt's rendus de 1' .\c;i(lihiiic . \'.n\], p. "J 1 1 . 
Les derniers textes découverts parM.lVlrie à Abydos m'ont convaiiuii de 
l'exactitude de celte lecture, que M. M,is()ero a adoptée dans le catalogue 
du musée du Caire. 



:;:{ 



KAri'UUI SL'll LES IHAVALX KXKCLTES 

OL' ENCOURAGÉS A l'aIDE DES ARRÉRAGES DE LA FONDATION l'IOT, 

PAR M. E. POTTIER. MEMliRE DE e'aCADÉ.MIE, 

eu dans la séance du 19 janvier 19()t). 

Messieurs, 

Jai l'honneur de vous [)résenter le compte rendu des 
sommes employées sur les revenus du fonds Piot pendant 
l'année 1905. 

1. Fouilles, explorations, missions. — Comme les années 
précédentes, le R. P. Delattre a reçu 3.000 fr. pour con- 
tinuer ses fouilles dans la nécropole de Garthag^e. Avec la 
diligence dont il est coutumier, et que l'on peut proposer 
en exemple à tous nos correspondants, l'heureux explora- 
teur a tenu l'Académie au courant de ses découvertes par 
l'entremise de notre confrère M. de Villefosse. Vous trou- 
verez dans nos Comptes rendus la description et souvent 
même la reproduction des principaux objets recueillis dans 
les tombes puniques : statuettes de terre cuite, miroir de 
bronze, rasoir gravé, vase funéraire à inscriptions [Comptes 
rendus, 1903, p. 12o-134, 317-327), sarcophage en pierre 
orné de peintures en bleu et en rouge [id., p. 482- i87), 
construction souterraine d'époque romaine {id., p. 487-489), 
épitaphes en caractères puniques (/(7., p. 81, 168-176, 22o- 
227). Avec votre assentiment, le musée du Louvre a reçu en 
don dix fio-urines, dont neuf ont été trouvées ensemble dans 
la même chambre funéraire [id., p. 31 o). 

A Sousse, le dégagement des catacombes d'Hadrumète a 
pris depuis deux ans une grande extension, grâce aux efforts 
de la Société archéologique locale. M. le docteur Carton et 
M. l'abbé Leynaud furent chargés de diriger les fouilles et 
le résultat de leur premièi-e campagne, en 1904. a été 
publié dans le Bulletin de la Société archcolofjir/ue de 

1906. 3 



34 RAPPORT Si:u I.A FONDATION PIOT 

Sousse. Mise au courant de ces recherches par M. de \'ille- 
fosse, l'Académie pensa qu'il était de son devoir de les 
encourager et. k deux reprises, elle a remis à M. l'abbé 
Leynaud. resté seul à Sousse après le départ de M. Carton, 
une somme de .')00 IV. en tout 1.000 fr.) pour continuer les 
travaux. Au commencement de 190.'}. on avait reconnu 
41 galeries dont 22 étaient complètement dégag-ées. La lon- 
gueur totale des couloirs rendus h la circulation était de 
650 mètres contenant environ 2.300 niches ou lociili. C'est 
com nu; un exemplaire réduit des catacombes de Rome qui 
s'ouvre maintenant aux visiteurs dans ce coin de l'Africjue 
romaine, l^es épitaphes gravées sur marbre et sur la chaux 
ou peintes en couleur noire sur les tuiles sont nombreuses. 
L épigraphie chrétienne y trouve un notable enrichissement. 
Le rapport de ^L Leynaud sur les travaux (jui ont duré du 
mois de mars au mois de juillet 190") a j)aru dans nos 
Cornpfcs rendus (11)05, p. 50i-522). On y voit un remar- 
quable buste en plâtre qui paraît être un moulage sur le 
mort et qui oU're un grand intérêt pour le type ethnogra- 
phique de cette épocjue et de cette région. 

1/ Académie avait déjà subventionné les recherches de 
M. Méhier de Mathuisieulx (pii s est donné pour tâche 
d'explorer la Tripolitaine , pays dillicile et souvent dange- 
reux pour les Européens. Lin prcniier voyage en lîMIi avait 
produit des résultats inq)ortants {Conij)/cs rendus, llM).'i. 
p. 49j. Cette année, il a semblé à la Commission (piil con- 
venait de faire un l'Il'ort pour nirner ii bien rentre|)rise com- 
mencée et, sur sa proposition, vous avez voté une somme 
de 5.000 fr. (pii doit servir ii uiu' exploration délinitive et 
méthodi({ue des parties les moins connues de la Cyrénaupie. 

Va\ l{gyj)te, c'est M. Seymour de Hicci cjui. au cours 
d une mission octroyée par le Ministère de l'instruction 
pul)li(pu'. a fait appel à votre concours pour acheter un lot 
de papyrus proposé par des marchands tlu Caire. \'ous avez 
pensé (pi'il y avait là une occasi(jn de donner satisfaction 



RAPPORT SLK LA PUNDATlUN PIO'l" 35 

à ceux de nos confrères qui s'inquiètent de voir notre pays 
se laisser distancer dans les acquisitions de papyrus par des 
rivaux mieux outillés. Vous avez donc donné 1.500 fr. sur 
les fonds Piot pour entrer en possession de ces documents 
qui comprennent : des frag-ments du chant XVII de V Odyssée 
[Comptes rendus, 1903, p. 215), un rôle d'impôts du temps 
de Marc Aurèle , des textes byzantins sur la ville de 
Lvkônpolis , des fragments coptes et démotiques dont 
quelques-uns ont trait au roman historique du roi Pétou- 
bastis, de la XVIII'' dynastie. M. de Ricci a rendu compte 
ici même de sa mission, et sa note a été insérée dans nos 
Comptes rendus (1905, p. 397-403). 

En Asie Mineure, vous avez contribué pour une somme de 
3.000 fr. aux fouilles qu'a entreprises M. Paul Gaudin sur 
l'emplacement d'Aphrodisias de Carie, et dont M. GoUig-non 
a déjà signalé l'importance et publié les premiers résultats 
[Comptes r^endus, 1904, p. 703-711; voy. aussi Revue de 
Vart anc. et mod., janvier 1906, p. 33). Nous n'avons pas 
encore reçu de rapport sur la campagne de 1903 à laquelle 
a collaboré un ancien membre de l'Ecole d'Athènes, aujour- 
d'hui fonctionnaire du Musée de Constantinople, M. Gustave 
Mendel. Mais tout récemment M. Th. Reinach a entretenu 
l'Académie du contenu de quelques inscriptions qui pro- 
viennent des mêmes découvertes. 

En Italie, vous êtes venu pour la seconde fois en aide à 
un pensionnaire architecte de la Villa Médicis, M. Paul 
Bigot, pour lui permettre de déterminer par des sondages 
les dimensions du Circus Maximus de Rome et l'emplace- 
ment des carceres. Vous avez entendu sur ce sujet les 
éclaircissements donnés par un juge des plus compétents, 
notre confrère de l'Académie des beaux-arts, M. Daumet 
{Comptes rendus^ 1905, p. 306-308) ; il nous a expliqué 
l'intérêt de la solution cherchée par M. Bigot à qui vous 
avez accordé un nouveau crédit de 1.500 fr. Nous avons 
appris malheureusement cet été qu'en poussant sous terre 



:jG rapport si r. i.a fondation piot 

des galeries plus profondes on a rencontré une nappe d'eau 
qui a envahi les chantiers et détruit en grande partie les 
boisages. Il y a là une perte de temps et de matériaux 
regrettable , mais elle ne paraît pas avoir découragé l'intré- 
pide explorateur qui se propose de continuer ses recherches. 
En Espagne, vous avez subventionné deux missions : 
celle de M. l'abbé Breuil , destinée à explorer la caverne 
d'Altamira, célèbre par les représentations d'animaux gra- 
vés ou peints sur les parois des rochers, et celle de M. Pierre 
Paris qui se proposait de remuer la terre du champ où fut 
trouvé le fameux buste d'Elche . M. l'abbé Breuil a fait 
cette année une remarquable communication sur les motifs 
ornementaux à l'époque du renne (/'/.. p. 1 05-120 ([ui 
suivit à expliquer l'importance de ses recherches sur l'art 
préhistorique des cavernes; vous lui avez attribué 2.000 fr. 
M. Paris, obligé de quitter Elche où il était tombé gravement 
malade, a chargé son collaborateur M. Albertini. membre de 
l'École de Rome, de lire devant vous une notice relative aux 
fouilles exécutés avec le crédit de l..')00 fr. ([ue vous aviez 
accordé. Les objets les plus intéressants, mis sous vos yeux, 
appartiennent à la série céramique posl-niycénienne dont 
l'I^spagne a révélé l'existence et dont VAuhe paraît avoir 
fabriqué des produits plus fins et mieux ornés (piailleurs. 
11. Ouvrages subventionnes. — L'éditeur des M»inumen/s 
et Mémoires de la fondation Piot. M. Leroux, a reçu pour 
l'JO:; la subvention ordinaire de li.OOO fr. I " et 2'' fasci- 
cules du tonu^ XII I. Vous avez voté 2.00(1 fV. pour pcv- 
mettre à M. Ilolleaux, directeur de l'École d'Athènes, de 
publier les magnili([ues aquarelles exécutées par un membre 
de l'École, M. Uulai d . (ruprés les nuisaïques de Délos , et 
vous avez été encouragés dans celte \i)ie i)ar 1 infatigable 
bienfaiteur de notre mission permanente vu Grèce, M. le 
duc de Loub.il. (|ui a versé une somme égale ;i Tt^dileur 
pour c;)m[)léter l:i publication à fiiii'e dans les Monuments 
Pin/. Les inforniiilioiis de M. Ilolleaux --nr les belles décou- 



RAITORT SIR I.A FONDATION PIOI 37 

vertes de Délos ont figuré à jîlusieurs reprises dans nos 
Comptes rendus (IDOo, p. 395, 479) et quelques jours avant 
son départ, au mois de décembre, il lisait à l'Académie un 
rapport d enseml)le qui montrait avec quelle méthode rig-ou- 
l'euse se poursuit le déblaiement des maisons et des maga- 
sins du port. 

Si attentive qu'elle soit à encourager les travaux des 
autres, l'Académie ne peut pas oublier qu'un de ses devoirs 
est aussi de fournir à ses propres membres les moyens de 
faire progresser la science. Elle a promis son concours à 
une grande publication entreprise par notre confrère M. Mar- 
cel Dieulafoy, qui a rassemblé depuis plusieurs années les 
matériaux considérables d'une Histoire de la sculpture 
polijchroine dans VEspagne du moyen âge et de la Renais- 
sance, sujet encore mal connu et propre à révéler l'art bril- 
lant d'un pays trop peu étudié. La librairie Hachette rece- 
vra en deux annuités une subvention de S. 000 fr. pour 
donner à cet ouvrage une illustration digne des œuvres qui 
y seront reproduites et dont vous avez pu apprécier l'im- 
portance par l'article paru dans les Mémoires et Monuments 
Piot. tome X, p. 171. 

Tel a été, Messieurs, l'emploi des fonds Piot pendant 
Tannée 1905. J'ai insisté aussi, comme vous l'avez vu, sur 
les rapports ou informations fournies par les bénéficiaires 
de ces allocations et insérées dans nos publications, afin de 
préciser l'usage fait de ces sommes et les résultats scienti- 
fiques qu'elles ont produits. Je crois répondre ainsi au désir 
exprimé par plusieurs de nos confrères et rappeler en même 
temps aux savants qui reçoivent les subsides de l'Académie 
que leur premier devoir est d'en rendre compte et d'exposer 
quel bénéfice la science en a retiré. 



38 



LIVRES OFFERTS 



M. L. Df.i isi.i: drpose sur le Ijuroau de l'Académie, au nom de 
l'auteur, M. N. ll;nll;ml, une l)rochurc iiilitulée : Les formes origi- 
nales des niims de lieu vosr/iens et leurs formes offieielles (Kpinal et 
Pai-is, IDO.'i, iii-S'*; e\li'. des «Annales de la Société d"(Miiulation du 
déparliMiicnl des \'osges », 1905). 

M. G. Scni.i MiiEnfiint a la parole pour un hommafie : 
(' J'ai l'honneur de présenter à l'Académie un exemplaire d'un 
mémoire (jui vient d'èlre |)u!)lié dans la Revue des éludes anciennes de 
l'Université de Bordeaux, par M. F. Aussaresses, sous le titre: Vauleur 
du Slraleyiron Bordeaux et Paris. 1906. in-S"). Ce mémoire n'est 
d'ailleurs pas le |)remier cliapilie d une l'tiide heaucou]) plus impor- 
tante préparée p ir M. Aussaresses sur ce fameux traité du SIralegicon 
dont l'auteur demeuri' encore inconnu. Des huit manuscrits étudiés 
jusqu'à ce jour, un s(;ul attribue l'ouvrage à Maurice. Dans le mémoire 
que je présente à l'Académie, M. Aussaresses, passant en revue les 
diverses indications que l'on peut tirer de la lecture du Sirategicon 
lanl au point de vue de la personne de rauleur, de ses qualités 
d'homme, dé soldat, de réformateur, qu'au point de vue de l'époque 
à hujucdle il a vécu et des nations barbares dont il fait mention, 
prouve que l'attribution <à Maurice, fi^énéralissinie el fui ur empereur, 
est très |)roba!)!e. " Bien ne pei-niel de le nier, rien ne le laisse alHr- 
mer catégoricpuMnent, loni |)()rle ii le croire. )- M. Aussaresses pense 
que le Sirulegiron a été rédifjé entn; les années !'>80 et 384. J'ai été 
fra[)pé des (jualités de précision, de sobre concision de ce court 
mémoire dont l'auteur prend ainsi d'ores et déjà une place fort hono- 
rable parmi la prlile piialange sans cesse ^■•i-andissante des byzanti- 
nisanls français. » 



39 



SÉANCE DU 26 JANVIER 



PRKSIDENCE HE M. R. GAGNAT. 

La Société américaine de philosophie, à Philadelphie, annonce 
qu'elle célébrera du 17 au 20 avril prochain le deuxième cen- 
tenaire de Benjamin Franklin, et elle invite TAcadémie à se 
faire représenter à cette cérémonie. 

M. Omont lit une notice sur un nouveau manuscrit des œuvres 
mathématiques de Gerbert, récemment acquis pour la Biblio- 
thèque nationale. Les textes contenus dans ce manuscrit, qui 
date du xi*' ou xn** siècle, présentent des variantes importantes 
pour différents traités mathématiques de Gerbert et de Hériger 
de Lobbes, ainsi que quelques opuscules mathématiques encore 
inédits. 

M. Léon Heuzev lit une notice intitulée : « Les dieux à tur- 
ban sur les cylindres chaldéens ». Il signale, dans les représen- 
tations religieuses gravées sur ces petits monuments, une 
curieuse modification, à partir de l'époque où les rois de la 
ville d'Our s'emparent de l'hégémonie en Ghaldée. Le dieu auquel 
s'adressent les adorations ne porte plus que très rarement la 
coill'ure à cornes de taureau. Get emblème traditionnel de la 
divinité est remplacé d'ordinaire par le simple turban, que 
portent les rois et les chefs des cités chaldéennes. Faut-il en cher- 
cher la cause dans une certaine épuration du sentiment religieux, 
qui aurait repoussé pour les dieux des symboles empruntés aux 
animaux? M. Ileuzey cherche une explication plus naturelle 
dans ce fait que les rois d'Our, comme on le voit par leurs 
inscriptions, acceptaient les honneurs divins. Par une confusion 
voulue, ce serait en réalité le roi régnant qui recevrait l'adora- 
tion sous l'apparence de quelque divinité '. 

I. Voir ci-après. 



40 SKANCK m 2(1 .IVNVIKH 1 !t(M» 

M. Gagnât conimunique une série de bornes portant des 
inscriptions, trouvées par M. le capitaine Donau dans le Sud 
tunisien, jolies apprennenl qu'en l'année "29 après J.-C. le terrain 
a été divisé ])ar la iéi^ioii III .\uL;nsle suivant la méthode des 
arpenteurs romains. 

M. Paul .Monceaux résume les principaux résultais de ses 
recherches sur la versification à tendances populaires des chré- 
tiens (r.\rri(Hie. 

Des textes de Tertullieu et de saint .Vug-ustin prouvent l'exis- 
tence en Afrique, de[)uis la lin du u'" siècle, d'une poésie à visées 
populaires : chants improvisés dans les agapes, psaumes ou pro- 
phéties montanistes, poésies polémiques, en forme de psaumes, 
des Donatistes ou des (Catholiques. Lue série d"(i'u\ res sont con- 
servées, qui relé\eiil plus ou moins de la versilicalion populaire : 
nombre d'inscriptions métriques, n'uvrede Gommodien, Psaume 
d'Augustin, poèmes d'époque vandale ou byzantine. 

L'étude des inscriptions métriques africaines nous renseigne 
avec assez de précision sur les intentions et les tendances des 
versificateurs populaires de la contrée. On n'y trouve pas trace 
d'une versification proprement rylhmicjue, c'est-à-dire fondée 
sur l'accent tonique; on constate seulemeul, aux temps forts des 
deux derniers pieds, la substitution accidentelli' d une brève 
accentuée à lu longue Ghoz les païens s'accusent déjà les prin- 
cipaux traits^ de cette versification pojiulaire : imitation mala- 
droite du mètre classique; ignorance de la prosodie; effort pour 
conserver le rythme à la lin du vers; tendance à compter les 
syllabes dans les quatre premiers pieds; rôle pré[)ondérant de la 
césure, qui de plus eu plus se fixe au troisième pied et coupe le 
vers en deux hémistiches presque égaux; emploi capricieux de 
la i-inic. pour mieux niar(pier les lins de vers, el, (pielquefois, 
emploi de racrostirlic ( ".liez (piekpies (•ln-('tiens apparaît un élé- 
ment nou\ean : un inunlirc li\e de syllabes, ihmi [i;is encore dans 
toute la pièce, mais dans de- gi'onprs de \ers qui se corres- 
pondent . 

Le vers de Gouunodien re>send)le fort à i'eu\ que Ion ren- 
contre sur les marbres ou les mosaï{[ues. La versification de ce 
poète présente les traits suivants : imitation grossière de l'hexa- 



i 



SKA.NCK Dl 2() .)A.NVIi;i! 1900 41 

nièlre épique, place régulière de la césure, symétrie des deux 
hémistiches, effort pour conserver le rythme des deux derniers 
pieds, emploi de l'acrostiche ou de l'abécédaire dans les InsLruc- 
liones, du distique dans le Carmen apologelïcum, goût pour le 
parallélisme, emploi tantôt systématique, tantôt capricieux de 
la rime. Sauf l'abécédaire, que nous retrouverons d'ailleurs chez 
Augustin, il n'est pas un seul de ces traits que nous n'ayons rele- 
vé dans les inscriptions métriques africaines. 

Beaucoup plus caractéristique est la tentative raisonnée d'Au- 
gustin dans son Psalnuis conira partein J)onafi\ composé à 
Hippone en 393. L'auteur explique lui-même très nettement, 
dans ses Refractationes , ce qu'il s'est proposé en écrivant ce 
poème. Il a voulu, dit-il, mettre à la portée des humbles, des 
ignorants, le procès du Donatisme ; il a donné à ce Psaume, des- 
tiné à être chanté dans l'église, la forme des Psaumes abécédaires, 
avec strophes et refrain ; et il a renoncé à toute espèce de mètre. 
Ce poème se compose de 287 vers, y compris les refrains. Sauf 
les 30 vers de l'épilogue, il est divisé en '20 strophes de \'2 vers. 
A la lin de chaque couplet est reproduit ïhypopsalma dont parle 
Augustin, c'est-à-dire le refrain chanté en chœur par les fidèles: 
Omnes qui gaudetis pace, modo verum judicate. Le même vers 
se lit en tète du poème; c'est probablement le /?roœmiHm ou pré- 
lude mentionné par l'auteur. Les 20 strophes sont abécédaires : 
le première commence par la lettre A, la seconde par B, la troi- 
sième par G, et ainsi de suite jusqu'à V. Les 30 derniers vers 
du Psaume, qui constituent l'épilogue, se suivent sans interrup- 
tion et sans refrain. Par un véritable tour de force, les 287 vers 
du poème ont la même rime : tous sans exception se terminent 
par la lettre E. 

La structure du vers est fort originale. Quelques érudits ont 
fait de vains efforts pour le ramener au tétramètre trochaïque, 
dont il n'a que l'apparence. Augustin déclare formellement qu'il 
a évité toute espèce de mètre. En effet, il n'a tenu aucun compte 
ni du mètre, ni de la prosodie. Il a imaginé ou adopté un vers 
fort bien conçu, et d'un rythme très net, qui a pour éléments un 
nombre fixe de syllabes, une césure régulière, deux accents fixes, 
et la rime. Ce vers se compose de 16 syllabes : il est coupé par 
la césure en deux hémistiches égaux de 8 syllabes ; il rime avec 



42 SÉANCE DU 26 JANVIER 1906 

tous les vers du poème, et parfois même, comme clans le refrain, 
avec le premier hémistiche ; enfin, lavant-dernière syllabe de 
chaque hémistiche porte toujours l'accent tonique. 

En résumé, Augustin rejette franchement le mètre ; il le rem- 
place par des règles plus simples, mais également rigoureuses. 
Il revient à la conception chissique de strophes égales et symé- 
triques, dont il marque le terme par un refrain. 11 adopte, comme 
principes du vers, la fixité du nombre des syllabes, la rime, la 
césure immuable, les deux hémistiches égaux avec deux accents 
fixes. Il tire enfin du chaos la versification popidaire. 

Cette combinaison rythmique a fait fortune. L'abécédaire, le 
refrain, la strophe, n'étaient que des éléments accessoires; mais 
l'isosyllabie, la césure régulière, la rime ou l'assonance, l'accent 
fixe à la lin du vers ou de Ihémistiche sont (IcMcnus les éléments 
fondamentaux du vers roman, d'où dérivent le vers français et 
d'autres. La création originale d'Augustin marque une étape 
fort importante dans l'évolution rythmique qui aboutit à notre 
versification moderne. 

Pourtant, elle ne parait pas avoir Irappé beaucoup les Afri- 
cains. Rien ne fait supposer qu'elle ait exercé une influence sur 
la poésie chrétienne de la contrée. Kn tout cas, nous ne pouvons 
citer aucun poète tpii lait prise pour modèle. .Après Augustin, 
les Africains ont confirmé d'imiter les classiques : avec un suc- 
cès relatif, quand ils étaient des lettrés, comme Dracontius, 
Luvorius ou Corippus; avec les maladresses et les incohérences 
d'un Commodicn. rpiand ils étaient plus ignorants, comme l'au- 
teur du poème intitulé Ad Flaïu'um Feliceni de resurreclione 
morluoruiu, cpu paraît dater de la fin du v'" siècle. 

Deux ouvrages de la période byzantine, attribués à \'erecundus, 
évoque de Junca en Byzacène, V ErhorLilid jxriulendi et le 
Lamenhim p^'iiilcnliic, se rattachent à la versification populaire. 
Dans ï l'J.rhortalio, le vers, de longueur variable, a de 14 ù 16 
syllabes. Il est divisé par la césure en deux hémistiches, dont le 
premier a (i ou 7 syllabes, et le second S ou ".). Il est gènérale- 
ment boiteux, et paraît construit tantôt d après la (pianfité, tan- 
t(">t (1 après raccciil Ionique. Le I.amcnliini est beaucoup moins 
incohérent dans la forme. Les 330 vers dont il se compose sont 
des trocha'iques rythmiques, groupés en strophes abécédaires de 



LES DIEUX A TURBAN SUR LES CYLINDRES CHALDÉENS 43 

trois vers. Ces vers, dont quelques-uns sont rimes ou léonins, 
ont toujours 15 syllabes : 8 dans le premier hémistiche, 7 dans 
le second. Au commencement de chaque hémistiche, les syllabes 
sont simplement comptées; mais il y a un accent tonique sur la 
pénultième du premier hémistiche et sur l'antépénultième du 
second. ()ii reconnaît ici deu.x. des éléments du vers d'Augustin : 
l'isosyllabie et doux accents fixes. 

Gomme on le voit, du iv" au vi° siècle, la versification popu- 
laire a pris en Afrique bien des formes diirérentes. Une seule 
était harmonieuse et logique, celle qu'a imaginée ou adoptée 
Augustin. Partout ailleurs, nous ne trouvons qu'irrégularité, 
contradiction et incohérence, maladresse dans limitationdu vers 
prosodique ou dans la conception du vers rythmique, surtout 
un mélange inintelligent d'éléments métriques et d'éléments 
rythmiques. C'est sans doute cette inintelligence des conditions 
d'une poésie nouvelle, qui a entravé en Afrique le développement 
de la versification populaire. 



COMMUNICATION 



LES DIEUX A TURBAN SUR LES CYLINDRES C.HALDÉENS , 
PAR M. LÉON HEUZEY, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

La belle époque de la glyptique chaldéenne répond au 
développement sur les cylindres des sujets mythologiques, 
qui nous font connaître, avec la physionomie des princi- 
pales divinités, les multiples scènes de leur histoire. Cette 
expansion de Timag-erie relig-ieuse a commencé certainement 
avant les rois d'Agadé, comme le montrent quelques 
spécimens dun travail encore arcliaï{|ue ; mais elle s'étend 
beaucoup plus loin et remplit toute une période caractérisée 
par une exécution franche et vigoureuse, qui, loin de lutter 



44 LES UIFIX \ TI'IUÎAN SUR I.F.S CVl.INDRES CH VLDÉENS 

de minutie avec rexig-uïté des figures, les grandit au con- 
traire et les accentue en laissant subsister par endroits la 
trace un peu brutale de l'outil. Même dans les ouvrages 
d'un travail plus raffiné et d'une époque sans doute plus 
avancée, la fermeté reste le trait dominant. La tradition 
de cette facture magistrale et de cette activité créatrice ne 
s'arrête, à ce (ju'il semble, que vers la deuxième époque 
des rois d'Our. 

C'est une magnilicpie série, mais qui forme bloc. \ aine- 
ment on a tenté jus([u'ici d'y établir des divisions chrono- 
logiques ou des distinctions d écoles. Ce classement ne 
sera possible que le jour où nous posséderons un plus 
grand nombre de cylindres royaux, avec des suites de 
tablettes datées, qui en portent les emprciiiles, comme le 
précieux sceau de Goudéa, que j'ai précédemment publiée 
L'ensemble n'en reste pas moins une source abondante 
pour la connaissance des mythes orientaux : pareil est le 
parti que l'on a tiré des vases peints pour l'étude de la 
mythologie grec({ue. 11 y a cette différence toutefois (|ue 
le graveur chaldéen n'est pas arrivé à douer la plupart de 
ses divinités d'une personnalité assez forte pour qu'il soit 
toujours facile de les reconnaît ic à première vue. Sil les 
distingue les unes des autres, ce nest en effet ni p;ir lOri- 
ginalité du type physique ni même d'ordinaire par les par- 
ticularités du costume, mais seulement par des attributs 
dont la naliu'e el l;i signification riscpient souvent de nous 
écha[)pcr. Trois ou (|uatre types au plus se détachent de la 
masse des représentations, grâce à un symbolisme hardi 
(pii leur donne un aspect fantasticjue el <|ui frai)pe vivement 
l'imagination. Dans ces conditions, on lonqu-endra (pie 
l\)n hésite à caractériser avec une jjiitision absolue nombre 
de sujets gravés sur les cylindres et ([ue 1 on ne cherche pas 
à mettre, comme on dit, des noms .sur toutes les figures. 

1. Itrnif (I Assiiriiiliiiiir. \' . p. 1:C). Cf. Drioin crli's en Chiildre. |). 19^. 



LES DIEUX A TURBAN SUR LES CYLINDRES CHALDÉENS 45 

C'est seulement à force de réserve et de patience que Ton 
diminuera peu à peu les incertitudes qui laissent encore en 
majeure partie dans la pénombre l'iconographie religieuse 
de l'ancienne Chaldée. 

S'il est impossible, dans l'état présent de la science, de 
classer chronologiquement, ou même par séries géo- 
graphiques, les nombreuses catégories de cylindres qui 
appartiennent à la belle époque de la glyptique chaldéenne, 
un groupe distinct et d'un caractère bien tranché se forme 
cependant vers la lin de cette période, à partir du moment 
où les rois de la ville d'Our étendent leur suprématie sur 
la Basse-Chaldée et sur la région de Sirpourla en particulier. 
On connaît aujourd'hui l'importance de cette domination, 
qui s'accentue de règne en règne. Le puissant Dounghi, 
d'abord roi de Soumer et d'x\ccad, comme son père Our- 
Gour, reprend les traditions ambitieuses de Naram-Sin : il 
s'intitule roi des Quatre-Régions et ne craint pas d'accepter 
les honneurs divins. Son exemple est suivi par les trois 
princes qui forment après lui ce que l'on appelle, sans 
raisons suffisantes, la seconde dynastie d'Our, Bour-Sin, 
Ghimil-Sin et Iné-Sin. C'est alors que le patési de Sir- 
pourla, Arad-Nannar, bien que gouverneur de plus de dix 
autres localités différentes, met à découvert, par l'humble 
formule de ses propres cachets, sa condition de serviteur 
royal, mal dissimulée sous le titre de « délégué suprême' ». 
Aux quelques cylindres déjà connus qui portent les noms 
des rois d'Our, les découvertes de M. de Sarzec ont ajouté 
plusieurs empreintes qui permettent de mieux préciser les 
caractères de la glyptique à cette époque. Elles se ren- 
contrent le plus souvent, comme cachets officiels, sur les 
coques d'argile ou enveloppes extérieures qui, d'après l'in- 
génieuse précaution des scribes chaldéens , renfermaient à 

1. Voir la picirt^'-de-seiiil iMililiée inir F. Thurcau-Danj^nn, Revue 
trAssyrinliKiie. vul. \'. pp. ••!• c[ suiv. 



46 LES DIEUX A TIKHAN SUR LES CYLINDRES CHALDÉENS 

la fois les tablettes et donnaient un double de certains actes, 
dési'J-nés sous le nom g-énéral de contrats. Le travail de la 
fj-lyiDtique, que nous avions déjà vu, vers le temps de Gou- 
déa s'affiner et atteindre une i^rande délicatesse, devient de 
plus en plus minutieux et soii,meux du détail ; mais Tin- 
vention s'appauvrit et fait place à la routine. Les anj^les 
des vêtements s'arrondissent par des courbes convention- 
nelles • les franges s'y multiplient, ainsi que sur les liches 
étoiîes (jui couvrent les sièg-es. 1^'n même temps, les sujets 
mytholoi^iques se font rares et sont remplacés par des 
scènes assez monotones de présentation relit^ieuse. où la 
divinité assise qui reçoit Ihommag-e semble presque toujours 

la même. 

Il est assez naturel de chercher dans cette majestueuse 
figure l'image du dieu lunaire Sin (ou Nannar), patron de 
la ville dOur ; car la représentation est souvent accostée du 
croissant, tantôt simple, tantôt enserrant l'étoile rayon- 
nante. Un trait qu'il importe de noter pourtant comme une 
particularité nouvelle, c'est que le dieu, (piel cpiil soit, ne 
porte plus d'ordinaire le bonnet aux cornes étag-ées des 
anciennes divinités chaldéennes; il est ligure avec le turban, 
qui est aussi, sur les cylindres de la même époque, la 
coiffure des rois et des patésis'. Le célèbre cylindre d'Our- 
Gour-, père de Dounghi. en olVre le premier exemple: le 
dieu, caractérisé par h' croiss;i!it lunaire, y est ainsi figuré, 
tandis ([ue, sur un bi'aii cylindre au nom de 1 )()unghi, l'ado- 
rant, un palési vassal des rois d'Our. iH'présenlé debout, 

1. Xniis saxons inijdiiidliui. par la Ixllr découverte du coniniandanl 
Gros, que c'était la coillui-e ilc phisii uis îles statues de (loudéa. Hepre- 
nant à Tcllu, eu 1903, les fouilles iutei-rnuipues pai- la unu-t dKniesl de 
Sarzec,le nouveau chef de la mission de Clialdéc a tiimvé une petite slatue 
du célèbre ijalési, à la(|uelle se rajuste exactement une des tètes à tuiban 
recueillies i)ar sim prédécesseur. V-.ir pour cette léle, Découvcrli's en 
Ch.ildi'i', pi. 21 l)is. li^;-. I.et i^Hir la slatue entière la lievued'Assi/rlnhijiie, 

I. \\. ii^. 1. 

2. Nom lu autrc'f.iis t)iir-Kli:iii> et réeeiuiueul (iiir-limjonr. 



LES DIEUX A TURBAN SUR LES CYLINDRES CHALDÉENS 47 

dans l'acte religieux de la libation, porte cette coilîure '. La 
même mode se continue certainement jusque sous Thégé- 
monie babylonienne : car la fameuse Colonne des Lois de 
Hammourabi nous montre le roi de Babylone repi'ésenté 
dans ce costume -'. Eniîn, sur les cylindres babyloniens d'une 
époque avancée, rien n'est plus commun que le personnage 
à turban, adorant ou adoré, vêtu de long ou vêtu de court 
et, dans le dernier cas, tenant contre sa poitrine la masse 
d'armes, prise à tort pour une épée; c'est la figure que l'on 
a surnommée improprement le Guerrier ou le Sacrificateur. 

Il y a là un type qui désormais ne quittera plus les 
représentations de la glyptique chaldéo-babylonienne, 
mais dont la première apparition remonte au temps des rois 
d'Our. 

Cette question du turban, secondaire en apparence, 
soulève des problèmes d'un certain intérêt. On sait, ne fût- 
ce que par l'histoire de la famille d'Abraham, que la ville 
d'Our, la seule des grandes cités chaldéeennes qui fût 
postée sur la rive occidentale de l'Euphrate, se trouvait plus 
directement que les autres en contact avec les Sémites 
nomades du désert. Les modes, les usages, l'esprit même 
de la population avaient pu assurément y être influencés 
par cette situation à part. Faut-il croire que, sous une 
telle influence, le sentiment religieux des habitants se soit 
assez afiîné pour répugner aux symboles tirés des animaux, 
leur préférant, au moins pour la grande divinité locale, le 
turban, attribut du commandement et de la rovauté ? Ou 
bien devons- nous chercher dans un symbolisme spécial au 
dieu Sin quelque autre motif de cette grave dérogation aux 
règles de l'iconographie religieuse en Chaldée? A quelle 
divinité cependant l'ordinaire attribut de la coilfure aux 



1. C'est sui-loiil dans Meiiaiil, Cylindres de lu Chaldée, figures "3 et 87, 
que l'on peut cumparei' facilement les deux représentations. 

2. J. de Moi'jjan, Délé(j,ition en Perse, t. IX, pi. 3. 



48 LIVRES OFFERTS 

cornes de taureau j^ouvait-il convenir mieux qu à une divi- 
nité lunaire? 

Une autre explication , toute différente , s'accorderait 
assez bien avec le caractère même de la monarchie des rois 
dOur. On a nu (jue ces princes orgueilleux acceptaient 
d'être déifiés de leur vivant et que plusieurs d'entre eux ont 
eu à Sirpourla même des temples où leurs statues rece- 
vaient les honneurs divins. L'attribution du turhan aux 
divinités représentées sur les cylindres proviendrait alors 
dune confusion voulue et préméditée entre les fig-ures 
royales et les lig-ures divines, et, dans plus d'un cas, ce serait 
le roi lui-même qui recevrait l'adoration, sous l'apparence 
de quelque dieu. De fait, sur les cylindres que l'on appelle 
royaux, il est très rare que 1 invocation s'adresse à une divi- 
nité particulière ; l'inscription commence par le nom du 
roi, et il n'y est fait mention que de Ihommag'e qui lui est 
rendu. Les deux solutions, comme on le voit, ne se 
ressemblent pas ; on peut même dire quelles sont opposées. 
Lune indi{[uerait une certaine épuration du sens relig-ieux, 
l'autre en accuse l'abaissement ; mais c'est la plus vraisem- 
blable, car elle est la plus humaine. 



i.i\Ri:s ()1-fi:rts 



M. (^MATKi.AiN, olTi'jinl le |Fi'(Miiicr fasciciili' du dalaloi/iii^ ilr hi 
nil)linlli''-'/iii' (/<• l'Universilr de l';uls consaciV; aux Périodiijiies , 
sexpi'iiiu' ainsi : 

« En I8S.'{, j'avais piililir la liste des I V'i-i()(li(|ii('s fianrais el clraii- 
gers de la Hiljli(3lli('(jur de i I iiixci^ili-, iii(ii(|iiaiii ios ressources 
assez modestes de cet élablissemcnl à la lin de raduiinistration de 
Léon Renier. Le présent calalofi^'ue donne le résultat des acquisitions 
faites lie 188."i à l'.IOî |i;ii- le deniier cons»'ivaleur. .Iules de ( ^lianlcpie 



(Il 



SliA-NCl:: I)L 2 FKVUIKK IIHM) 40 

1 DrziTt. Le nombre des jjL'i-ioduiiies s'élève :i 2 I.JO numéros ; on 
tout le progrès accompli depuis vinyt-deux ans. dette liste 
sommaire est extraite d'un travail plus eonsidéi'ahie de M. Victor 
Mortel . le bibliothécaire chargé spéciaiemeni du soin des pério- 
diipu'S à la Bibliolhè([ue de l'Université. " 

M. Châtelain présente ensuite L'n iii;iniipl lironirn du X' sirclr, 
publié, d'a|)rès le manuscrit Jalin 'ilOT A de la Bibliothèc|ue nalinuale, 
])ar Paul Legendre. jirofesseur agrégé de ri'niversité, élève diplômé 
de l'École pratique des Hautes Études. L'importance de ce manuel 
est de nous révéler les procédés mnémotechniques, un peu puérils, 
enseignés dans les écoles carolingiennes pour apprendre les notes 
lironiennes. L'exemplaire unique parvenu jusqu'à nous est fort incom- 
plet. M. Legendre, par de judicieux rapprochements avec les Notae 
Ber/ienses publiées par W. Schmitz, a réussi à cond)ler beaucoup de 
lacunes. Sa brochure est destinée à rendre de grands services aux 
paléographes qui étudient les diiticiles [)roblèmes de la lacliygra| hie 
latine. 

Le même présente un o|)uscule de 28 pages intitulé: Fraf/nienta 
Ihéhains du Xuiiveaii Teslamnit , par M. L. ,1. l)elai)orte, élève 
diplômé de 1 École des Hautes Etudes. Ces fragments, tiiés {\n 
manuscrit 408 de la Bibliolhècjue royale de Berlin, sont relatifs à la 
|>remière Éjjitre de saint Jean, avec de courts morceaux de l'Epitre 
à Philémon. L'éditeur en publie le texte avec soin, en relève les 
variantes et en donne la traduction. 



SÉANCE DU 2 FÉVRIER 



rREsiDENCi; m: m. k. cagn.vt. 

Le Secrétaire perpéti'el donne lecture de son rapport sur les 
travaux des Commissions de publication pendant le second 
semestre de 1905 ' . 

1. Voir ci-après. 

1906. i 



50 SÉANCE DU 2 FÉVRIER lîlOC» 

M. 13. IlAUSsori-MER présente trois inscriptions grecques iné- 
dites provenant de liahylone. La plus intéressante est un pal- 
marès d'une distril)ution de prix au gymnase de Babylone, en 
lan 1 10 avant Jésus-Christ. Elle ])Oi'te une double date, d'après 
l'ère des Arsacides et d'après l'ère des Séleucides. Les inscrip- 
tions g'recques tle lîajjyloue sont encore très rares : la plupart 
proviciiiKMil des fouilles des .Allemands à ILinx'ra. sur l'emplace- 
ment de 1 ancienne Babylone. 

^L^L Ilartwig Derknbouku et Ci.kh.mont-Ganmîal' présentent à 
ce sujet quelques observations. 

M. Cag.nat rappelle que depuis longtemps on connaissait à 
Pompéi un édifice situé sur le forum, et que lOu croyait être un 
temple des Dieu.v protecteurs de la cité. La comparaison du plan 
de cet édifice avec celui de la bibliolhètpie de Tinigad et celui 
tle la bibliothèque d'I^phèse récemment publiés prouve que c'est 
aussi une bibliothèque. 

M. lii;i zi-v indique l'analogie (jue présente le plan généial de 
l'édilice d'i'lphèse avec un édilice antique trouvé à Tello. A 
Tello, même mur extérieur séparé par un couloir du bâtiment et 
enveloppant celui-ci tout entier. L'édilice de Tello devait être 
un grenier d'abondance, ainsi protégé contre la chaleur, comme 
l;i l)ibliothèque était aussi défendue conti-e la pluie et le soleil. 

M. (]i)Li,i(;.NON rappelle la bibliothèque de Pergame qui se 
rapproche de celle d'I^phèse parla présence d'une base où devait 
être une statue d'Athéna. Il n'y a pas de trace d'armoires. 

.M. 1Ii';h(in 1)1-: V^n.i.iMossi; annonce qu il a reçu de M. labbé 
Jalabert une photographie do la bibliothèque d"l']|dièse ; il la 
met à l;i disposition de ^L Cagiial. 

M. S. l»i.iN.\(;ii appelle lattciilioii de l'Acadcmie sur un pas- 
sage de la lettre des communautés de \ ienne et de I^yon , rela- 
tant la violente persécution de I an 177. Ine esclave chrétienne, 
mise à la torture, à laquelle ou voulait faire dire que les chré- 
tiens de Lvon tuaient des enfants |)oiir les manger, répondit : 
« Conimenl nous soupçonner de pareille chose, puisque nous ne 



HAPPOHT DL; SECRÉTAIHE l'f:HI'KTl EL 51 

mangeons même pas le sanj;- des animaux? » Ainsi la pelile 
communauté chrétienne de Lyon se conformait aux décisions 
prises, suivant le livre des Ac(es, au premier concile de Jéru- 
salem. Mais, pour ne point manger le sang des animaux, il 
fallait que ces animaux fussent immolés suivant le rite juif. 
Gomme il ne peut être question dune boucherie chrétienne à 
Lvon et qu'en général il n'est jamais question de boucheries 
chrétiennes, force est d'admettre que les chrétiens de 177 
s'approvisionnaient à la boucherie juive, ce ([ui implique l'exis- 
tence, à cette époque, d'une communauté juive à Lyon dont les 
historiens n'ont pas parlé. 

MM. Bolcué-Li:cli;rcq, Ph. Bkugkr, Boissiek, Tuomas, 
DiELîLAFov, VioLLET ct Gi.ermont-Ganneau présentent des obser- 
vations qui confirment, pour la plupart, l'hypothèse de M. S. 
Reinach. 



APPENDICE 



Rai'I'ort du secrétaire perpétuel de l'académu-: des inscriptions 

ET belles-lettres SUR LES TRAVAUX DES COMMISSIONS DE PUBLI- 
cation de cette académie pendant le second semestre de 1905, 
lu dans la seance du 2 février 1006. 

Mes chers confrères, 

Depuis le rapport semestriel que j'ai présenté à la Gompagnie 
le 4 août 1905, il n'a rien paru des publications qui s'impriment 
au nom de l'Académie, sauf le tirage à part du Mémoire de 
M. Foucart : Le Sénafiis-consuUe de Thisbé, et la septième 
livraison du Uéperloire (Te pi graphie sérnilique. 

Pour ce qui est des Mémoires, celte seconde partie d'un 
volume depuis longtemps entrepris n'atteint encore que 



Al 



ItAI'l'OKI' DL SÉCHÉ lAIHK PKKI'Él'LEL 



346 pa-^es ; mais la [trL'mic-re partie du volume n'en comprend 
que 339. Il n'v aurait donc pas manque d"é(piilibre entre les 
deux parties et. aucun autre mémoire n"étant proposé pour 1 im- 
pression, on pourrait arrêter ici le tome XXX\'I1 de ce recueil. 

Des ouvraf^es qui se publient avec le concours et sous les 
auspices de l'Académie ont paru, chez F.rncst Leroux, le second 
fascicule du tome XII des Monumenls Pivl le vin;.;t-quatrième 
de la collection) et le quatrième fascicule du tome I des Inscrip- 
tiones (xricc;v ad res romanas perliiicnics, dû à la collaboration 
de MM. Cannai et 'Idiilaiii. 

Des Comptes rendus de nos séances, qui sont étlités par la 
librairie Picard, cinq fascicules vous ont été distribués. Le 
sixième, cpii comprendra les séances de novembre et de décembre, 
sera déposé sur le hiirciiii dans le courant de février. L illustra- 
tion de ce volume e>t plus riche que ne l'aviiit été celle d aucun 
des volumes anlericnrs. L'Acach-mie a dû s imposer de ce chef 
un assez fort supplément de frais; mais la diminution des crédits 
votés polir d'autres travaux a procuré des économies qui ont lar- 
g-emenl compensé cet excrs >\c dépense, et d'ailleurs c'est peut- 
être nos Ciiiiiplt's rendus (pu n(Uis fournissent le meilleur moyen 
dont nous disposions |)oiir intéresser à nos i-echerches tous les 
esprits cultivés, tous ceux dont la (•ui'io>il('' e^l loiirnee vers 
l'histoire, vers toutes l(>s études (pii s y rattachent. 

La deuxième partie du tome .\.\\\ 111 des .Xnlice.s et extraits 
des manuscrits \a -'aehexer avec la notice tle M. Léopold Delisle 
sur le Liber Fluridus. Le l)oii ;i tirer des dernières feuilles a été 
donné. Le volume pouri-a ]),irailre à bref délai. Aui'un aiiiele 
nouveau de^tiui' à ce recueil n'a été remis à la eommis-ion: mais 
c'est là. dans le tome XXXIX. que devr(Uit ii-onv.'i- place les 
papvnis (pii ont eti' ae((ui- pai' l' Aeaih'iuie. en |-i;\|)le. I au der- 
nier, par les soins de M. Sevuionr de Hieci et dont elle a conlié 
la publii-aliou a ce sa\anl. Crlui-ei me fait saxoir cpi une pre- 
mièi-e série, contenant la totalité des textes en laii-ue copte sera 
prêle vers Pjupies. l'"Jle conliendia un nombre considérable de 
textes théolo',dcpiesen grande p.iilie inédit^ et de lonjjfs morceaux 
encore non ptd)liés de la version eopte iheliaine des l'.critures. 



KAPPORI- Dr SKC.KKT Vll'.F. l'Kl; l'KrrKI. 53 

Nous n'avons aucun article pour les Mémoires des savauls 
élrancfers. 

i^e tome \' i^premicre partie) des Ilisloriens orienlaux des 
Croisades [Hislorieus arabes) est terminé et prêt à paraître. Il 
renferme la lin des extraits du Livre des deux jardins et un 
index très copieux. Ce travail complète les deux volumes in-folio 
de la collection que la science et le zèle de M. Barbier de Mey- 
nard ont menés à bonne lin. L'Académie lui est recoiuiaissanle du 
dévouement qu'il a apporté à Taccomplissemenl de cette tâche; 
elle est heureuse de savoir qu'il re.ste à sa disposition pour aider 
de ses conseils celui de nos plus jeunes confrères qui serait 
charg'é de continuer cette série, si la compagnie juge qu'il y a 
lieu lie la poursuivre dans des conditions nouvelles de plan et de 
format. 

Le tome II des Historiens arméniens des Croisades n'est pas 
aussi avancé ; j'ai pourtant lieu de ci'oire que l'année ne se fermera 
pas sans que nous voyions arriver à son terme cette publication 
qui a été commencée en JS79 par M. Ed. Dulaurier et qui a été 
retardée jusqu'à ce jour par la mort successive de tous ceux qui 
s'en sont occupés, de nos confrères et des auxiliaires dont ils 
s'étaient assuré le concours. Il suflira de rappeler les noms de 
MM. Charles Schefer, Riant, tle Mas Latrie, Gaston Paris et 
Ulysse Robert. M. Kohler termine en ce moment l'introduction, 
formée de notices très développées qui faciliteront aux historiens 
l'usage des textes traduits dans ce recueil. Nous pouvons compter 
sur son activité el sur sa compétence pour que ne soit pas différé 
plus longtemps l'achèvement, depuis si longtemps désiré, de ce 
travail auquel tant d'érudits ont mis la main. 

Du tome XXXII 1 de Vllisloire lilléraire de la France il y a 
soixante-cinq feuilles tirées ou en bon à tirer. La lin du volume 
est en placards et foi-mcra environ quinze feuilles. 

Dans les séries du liecueil des Historiens de France dont sont 
chargés MM. d'Arbois deJubainville et Longnon, le travail de la 
préparation avance sans hâte, mais sans relâche, grâce à l'atten- 
tion toujours en éveil avec laquelle nos deux confrères dirig-ent 



oi RAPPORT Dr SKCRÉTAIRE PERPÉTLKL 

et révisent les travaux, des collaljorateurs qu ils se sont choisis. 
Du Recueil des actes de Philippe I", cinquante-quatre feuilles 
sont tirées. (]"est le texte des diplômes de ce roi. M. Prou l'ait 
espérer pour une date prochaine l'introduction et l'index. Quant 
aux Diplômes de Lothaire et de Louis V. dont l'édition est pré- 
parée par MM. Louis llal[)hen et Ferdinand Lot, la seconde 
épreuve en pages de viiii;i-deux l'euilles est en ce moment entre 
les mains des éditeurs. Ces feuilles comprennent tout le texte des 
diplômes. l"]n dei-nier lieu,M.d".\rbois a reçu de ^L Philippe Lauer 
la copie de son recueil des actes de Louis I\ dit d'Outremer. 
Elle est déjà envoyée à l'imprimerie. 

Dans la série des ( )l)ilu;tires. le lome II (diocèse de Chartres) 
approche de la lin. Les feuilles 1 à ()0 sont tirées. Les feuilles fil 
à >>'l, comprenant les tables, sont en bon à tirer, et il n va plus à 
composer (piuiie coui'le préface de deux feuilles environ pour 
terminer le volume. 

Obiluaires (tome III, diocèses d'Orléans, d'Auxerre et de 
Nevers). Les placards i à 59 attendent leur mise en payes. 

Pouillés ( tome VLprovince de Heims . Les 90 premières feuilles, 
qui forment le corps du volume, sont en seconde épreuve, en bon 
à tirer, ou tirées. On prépare en ce moment l'index qui formera 
assurément plus de trente feuilles. 

Le travail de la iM-épai-ation et de l'impression du Corpus 
inscriplionuin seiniticaruni se poursuit avec une lenteur (pii 
s'explique dans une certaine mesure ]Kir la nature de la publi- 
cation, jKir ses conditions spéciales. M. Pli. I5eryer compte faire 
paraître au cours du premier semestre de !9()() le troisième fasci- 
cule du lonie 1 1 de la partie phénicienne. (|ui renfermera la lin des 
ex-voto à HaaI-Tanit et à Ilammon. M. de X'ogiié me fait la 
même promesse poui- le |)remier fascicule du terne II de la partie 
araméenne. On y tinuvcra tout ce (pii restait à publier des 
inscriptions sinaïtiques, avec un index spécial à ces inscriptions 
et une table de concordance entre les numéros du Corpus et les 
divers recueils i lùiting, Lotlin do Laval, Lepsius, etc.) dans 
lesquels ont été antérieurement publiées des inscriptions de cette 
catégorie. La pre|iarali()ii du fascicule >ni\aiil, (pii sera consacré 
aux inscriptions paimyréniennes, se poursuit activement. Pour 



RAPPORT Di: SKCRÉTAIRE PERPÉTUEL S8 

la quatrième livraison de la partie IV'' (inscriptions himyaritiques 
et sabéennes) du Corpus, dix placards sont composés. MM. de 
V^ogûé et Derenbourg" se louent hautement du concours (jue 
leur prêtent à chacun, pour la partie qui le concerne, les auxi- 
liaires que l'Académie leur a donnés, M. Tabbé Chabot et 
M. Ma ver Lambert. 

J'avais espéré déposer, cette Fois, sur le bureau, la Table de la 
dernière série de nos Mémoires, que sest chargé de dresser 
M. Léon Dorez ; au mois d'août, le rédacteur s'apprêtait à la 
remettre à l'impression, quand la maladie, puis la mort du chef 
de sa t'amille sont venues le détourner de ce travail et l'empêcher 
de procéder à une dernière révision nécessaire. J'ai l'assurance 
que la copie sera livrée dans le courant de février. — De la Table 
générale de nos Comptes rendus, que préparait ^L Ledos, tout 
est tiré, même le titre et la couverture. On n'attend, pour 
brocher et livrer, qu'un court avant-propos que devait rédiger 
M. de Lasteyrie qui avait donné le plan de ce travail et qui s'était 
engagé à en surveiller l'exécution. C'est là, pour nous, un motif 
de plus de regretter l'absence du confrère que l'état de sa santé 
tient, depuis de si longs mois, éloigné de nos séances. M. Omont 
a bien voulu, à défaut de ^L de Lasteyrie, se charger de rédi- 
ger cette brève préface. 

L'Académie, c'est ce qui résulte de ce rapport, a continué de 
travailler, cette année, comme les années précédentes ; mais elle 
a peu publié. En revanche, plusieurs des travaux que dirigent 
les éditeurs de ces ditFérents recueils touchent à leur terme, et 
tout donne à penser que je pourrai bientôt déposer sur le bureau 
la plupart des livraisons ou des volumes de vos grands recueils 
qui ont été mentionnés dans le tableau que je vous ai présenté 
des résultats jusqu'à présent acquis de vos studieux efTorts, 



oO 



I.I\l!i:S ()l'Fl-:i!TS 



M. Ci.kmmont-Gannkai ofTio à rAcadômie les livraisons 8 à 12 du 
lonie Vil (\c son Hecupil (Tunhéohgie orienfale Paris, 190r», in-8°), 
dont voici io somniaiiv : i; 10 : Une inscription ni'O-punique du pro- 
coiisulntdc !.. Aidius Lamia (planche I), suite et fin. — ij 1 1 : La rela- 
tion de voyaf^e de i'.ci:j;unin do Tudèle. — § 12: Le pi-ierinaoe de 
Louis de Roclieehouarl. — î; VA: Fiches el Xohiles ; L'inscription 
puni(iue C. I. S.. 1, n°293. — Inscription j\idéo-;^rcc(iuc d'Alexandrie. 

— Anses d'ampiiorcs estampillées découvertes à Cartilage. — § 1-i : 
Llleraclcion de Hal)l)al-Ammon Philadelphie et la déesse Astéria. 

— :■ i:»: Une ndincllc insci-iption n:ii);itrenn(' de Hostra. — .^ 16: 
Une f/h;tzzi.-i romaine contre les Agriophages. — .:; 17: La fête de 
l'empereur Hadrien à Palmyre. — § 18: Le UdJ-'hir Imroul'-Qais et 
la royauté <rénérale des Arabes. — § 19 : Le dieu Echnioun. — J; 20 : 
Inscriptions grec(pies de Palestine. —§21: Nouvelles inscriptions 
latines et f^rec(iucs du Il.uiràn. — i; 22 : Inscription samaritaine de 
Gaza et inscriptions j^recques de Bersabée. — ?> 2H : Les comptes 
rendus de l'AcadrMnie des inscriptions et belles-lettres (à suivre). 



SÉANCE DU 9 FKVHIEH 



rUIiSlDKNCK l>i; M. It. r.AliNAT. 

M. nrajuN i)i; \ii.i,KKOssE. pi>nr l'aire suite à la communication 
(le .\1. lî. Caf^iiat sur les ljil)li()liiè(|ues de l'antiquité, oll're à 
1" Académie une plndo-^raiihie delà /)i 1)1 iut/iec;i (k'isiun.i, décou- 
verte à Éplièse, et dont il a été question à la précédente séance. 
Cette photo-graphie a été prise au mois d'avril dernier par un 
.'iiicicn élève de l'Kcole pratique des Hautes Htudes , le 



SÉANTE \)V 9 n':vHiEr« 1900 o7 

R. P. Louis Jalabert, professeur à 11 niversité de Beyrouth; elle 
donne une vue très complète et très nette des ruines de cette 
bibliothèque et permet de saisir dans tous ses détails la disposi- 
tion intérieure de léditicc. Si l'Académie jug'eait que cette photo- 
graphie dût être reproduite pour illustrer le savant mémoire de 
M. Gagnât, cette décision serait pour le P. Jalabert le plus 
précieux des encouragements. 

M. Hkron DE \iLLEFossK communique, au nom du P. Delattre, 
correspondant de l'Académie, une note sur la découverte d'une 
nécropole punique à Ltique, dans la propriété du comte de 
Chabannes. Les sarcophages trouvés jusqu'ici sont en tuf 
coquillier ; ils ont un aspect très massif; les puits ne sont pas 
disposés en rangées comme à Carthage ; ils sont placés en tous 
sens. L'un d'eux renfermait un squelette de femme : près de la 
tète on a recueilli plusieurs bijoux, ainsi qu'un collier composé de 
petits globules en or, et vers les pieds deux grands anneaux 
d'argent. On n'a pas encore constaté la présence de ces poteries 
communes si nombreuses dans les tombes de Carthage. Près de 
cette nécropole le comte de Chabannes a déblayé une maison 
romaine ornée de fresques et de mosaïques '. 

M. Cagnat lit une note de M. Diakowitch, directeur de la 
Bibliothèque nationale de Philippopoli, sur les fouilles pratiquées 
par lui à l'I^st de cette ville, et les résultats importants de ses 
recherches. 

Plovdiv (Philippopoli, Bulgarie), le 3 février 1900. 
Monsieur le Professeur, 

Tout occupé par l'organisation de la Bibliothèque Nationale et 
Musée à Plovdiv fPhilippo|)oli) dont je suis le chef depuis cinq ans, 
je devais m'alistenir même de ces petits travaux d'archéologie qui 
m'amusent dans aies loisirs. Pour cette raison j'ai été longtemps 
sans pouvoir vous annoncer aucune trouvaille archéologique. Aujour- 
d'hui j'ai le grand plaisir de vous faire savoir que j'ai pratiqué derniè- 
rement de petites fouilles dans un tumulus à l'Est de la ville, et que 
j'ai recueilli des résultats très importants en comparaison avec tout 

1. \'oir ci-après. 



o8 



SÉANCE DU 9 FÉVRMOK 1 90(> 



ce <{iii (Uail liouvé d;ins les aulres luinnliis de la Tlirace. Pour vous 
donner une idée de ce (|ui vêtait oul'oui.j'ai fait prendre quelques 
photographies de certains objets que je vous adresse. 

Tous ces objets ont été trouves dans une toml)e bâtie de briques 
et de pierres, lonf,'ue de -Z"" GO et large de 1 " 2;'). Elle était fermée 
par des grosses dalles arlificiellenient voûtées. A riiilérifur, j'ai 
trouvé des fragments de coupes d'argent dont (|uel({ues-unes sont 
presque intactes, un casque (ou masque?) avec la couronne en argent, 
le reste en fer fig.), des vases en I;ronze urnes, patères, œnochoés, 




grands récipients), uiu" bague dor avec riuliille en cristal d'un 
magniliquc lion galojjanl ; plusieurs feuilles d'or de deux espèces 
(laurier et olivier?;, un <ii:in(lcrH'r eu !)ron/.(\ un petit récipient en 
fer tout brùii', nu llacon de verre, plusieuis fragmi-nls de lances el 
de pitpics en fer, un assez grand nombre de morceaux d'objets en 
fer et en bronze mêlés dans une (piantité de cendres. Évidemment 
les objets on! été brisés et longtemps bridés. Il me semble que 
l'incinéralioii avait été opérée dans la tomb(> elle-même, puiscpie pour 
11- momcnl jr n'ai pas remanpié de cliarbon imi dehors. Le ttimuius 



SÉANCE I)L FÉVRIER lOOT) 59 

est fait d'alliivion provenant des rivages de la -Marit/.a (ancien Hebrus). 
Parmi les objets, on remarque un flacon en bronze plombé que je n'ai 
pas encore ouvert. Dans la tombe je n'ai trouvé aucune inscription, 
aucune monnaie; cependant j'ose vous faire remarquer que sur le 
vase le bouclier du chevalier présente les restes d'une inscription 
gravée qu'il faut prendre en considérai ion. 

M. Franz Gumonl, correspondant étranger, communique une 
note sur les mystères de Saba/ius et le judaïsme. Un texte de 
N'alère Maxime prouve que Jupiter Sabazius avait été identifié 
avec le lahvé Sabaoth des Juifs, et les croyances de ceux-ci ont 
laissé des traces nombreuses dans lesmonuments du dieu phrygien. 
Ce mélange d'idées bibliques et païennes se manifeste en parti- 
culier dans les célèbres fresques du tombeau de Vincentius 
découvertes dans les catacombes de Prétextât'. 

MM. S. RiiiNAcn , Clermont-Ganneau , Ph. Bekgek, Bol'cmk- 
Lkclercq, Dieulafov, échangent à ce sujetquelques observations. 

M. le commandant l'^spérandieu, correspondant de l'Académie, 
fait une communication sur les résultats de récents sondages 
pratiqués sur le plateau du mont Auvois. Ces sondages, dont la 
Société de Senuir a [)ris l'initiative, ont fait découvrir des débris 
de toutes sortes, notamment une innombrable quantité de clous, 
des fragments de poteries de diverses époques et des monnaies 
gauloises et romaines dont la plus récente est du temps de 
\'alentinien II. Ils ont, en outre, permis de constater que les 
ruines d'Alésia existent encore à quelques centimètres de 
profondeur, et qu'il suffirait de recherches suffisamment éten- 
dues pour reconstituer le plan de la ville antique, La Société 
de Semur n'a besoin que des ressources pécuniaires qui lui 
manquent. Après l'exemple cpii nous est donné à l'étranger par 
les fouilles de la Saalburg, de Numancia, de Colchester, d'autres 
encore, il faut espérer que ces ressources ne lui feront pas défaut, 
car il s'agit aussi, pour la France, d'une question nationale, et 
que l'emplacement de notre célèbre oppidum pourra être métho- 
diquement exploré jusqu'au roc-. 

1. \'oir ci-après. 
■J. \'i)ii' ci-après. 



(iO 



COMMUNICATIONS 



UNE NÉCROPOLE PUNIQUE A UTIQUE, 
l'Ali l.K H. I'. DELATTRE, CORRESPONDANT DE IwVCADÉMlE. 

Le 2)5 janviei' dernier, sur 1 invitation de M. le comte 
de Chabannes. je me suis rendu ;i Uticjue. pour voir une 
nécropole punifjue récemment découverte. 

Cette nécro[)()lc icnicrme de nombreux sarcopha^^es en 
tuf co(|uillier. les uns monolithes, les autres formés de 
plusieurs dalles. Les lourdes cuves funéraires ont été dis- 
posées dans des fosses ou puits profonds de plusieurs 
mètres. Leur forme rectangulaire est celle des sarcopha<j;-es 
en tuf, découverts à (^arthaj^e dans les nécropoles de 
Bvrsa, de Douïmès ou de la colline voisine de Sainte- 
Moni(jue. Mais, à première vue, ce (|ui caractérise le.s 
sépultures dl'tique, c'est l'énorme couvercle de chacun des 
sarcophajj^es. La cuve porte un j^ros bloc de tuf régulière- 
ment équarri , atteignant 2'" Mil de long'ueur, 1 mètre de 
largeur au moins et t) '" ÎjO dépaisseui' '. (]lia(|ue bloc porte 
des entailles destinées à faciliter la descente et ii servir de 
canal pour le retrait des chaînes ou des cordes après la mise 
en j)lace. 

Les puits nétaient pas disposés par ran<^ées comme à 
Carthai^e. Les tombes puniques d'I'tique, même celles (pii 
sont voisines les unes des autres, sont placées dans divers 
sens. 

.lai assisté ;i IduveiLure d'un de ces sarcophaji^es. Le 

1. \ <iici lii (limciision exacio fie flcux blocs. I.uii mesure 2™ 63 do loii- 
jfin-iir, I '" Ob do larjrciir, 0'" 52 d opaissoui •: 1 aiilic mosiiro 2"' 00 do lou- 
guoiir. I m. de lai'{i;em- et 0'" M d'ôpaissoiir. 



UNE NÉCUUPOLE PL MO LE A L IIQLE 61 

poids du couvercle avait en partie écrasé la cuve. Celle-ci 
mesurait intérieurement 2'" Oo de longueur, 0'" o2 de lar- 
geur et '" 66 de profondeur. 

On v trouva les restes d'un squelette de femme. Prés de 
la tète, on recueillit: 

I" Un gros cercle en or. épais de près d'un centimètre, 
avant dû servir dans la coitfure, probablement pour réunir 
au sommet de la tète la masse des cheveux' (diam. ext. 
0"' 0o6 ; diam. int. 0'" 04). A l'œil, cet anneau parait être 
en or massif, mais au toucher, il n'a pas le poids de ce 
métal. L'intérieur est assurément en bronze, comme celui 
d'un autre exemplaire trouvé précédemment et dans lequel 
le bronze oxydé a complètement déchiré son enveloppe. 
Les deux bouts de la tige ronde qui a été mise en cercle 
sont dissimulés sous une virole en or à bords garnis de tili- 
granes. Cette virole cachait son éclat sous une légère couche 
d'oxvde vert qui révèle la présence du cuivre ou du bronze 
dans l'objet. 

2" Deux magnifiques bijoux en or. façonnés en spire et 
décorés chacun d'une double et élégante rosace en filigranes. 
Ces bijoux qui mesurent 0'" 0.'16 de diamètre sont aussi à 
àme de bronze. Comme l'anneau, ils devaient servir d'or- 
nements pour la coitfure. 

3'^ Une série de petits globules en or provenant d'un 
collier. 

A la hauteur des mains étendues le long du corps, on 
recueillit une paire de cymbales à anneau avec chaînette, 
puis une sonnette avec son battant. Comme à Carthage, 
ces objets sont en bronze. Enfin, vers les pieds, étaient 
deux grands cercles d'argent mesurant chacun '" 12 de 
diamètre extérieur et 0'" 10 de diamètre intérieur. Au 
moment de la découverte, ces anneaux d'argent étaient 

\. G. Pci-rot. Histoire de l'art. III. j). S16. Nous avons trouvé à Carthage 
des bagues en or sur lesquelles est ^'ravée une tète de femme ainsi 
coilîéc. 



()2 r.NK NKCTiOPoi.i: itmouf a itioîe 

dune Ijelle couleur violacée, mais en quelques instants, 
l'action de la lumière les rendit tout noirs. On put constater 
la différence lorsque le second cercle découvert fut placé à 
côté du premier ; ils ne tardèrent pas à devenir tous deux 
aussi noirs lun (jue lautre. 

On recueillit dans cette tombe un très petit débris de 
poterie rout^eàtrc, frag-ment d un vase décoré de iilels ondu- 
lés de couleur brune. Cependant on na pas recueilli auprès 
de ces sépultures, ni dans les sarcophag-es. ces nombreux 
vases funéraires que nous sommes liabitués à rencontrer 
dans les diverses nécropoles puniques de Carthage ; lampes, 
patères, lioles, amphores, etc.. 

La nécropole punique dUtique me parait appartenir au 
v" siècle environ avant notre ère. 

A côté de cette nécropole, et peut-être au-dessus des 
terrains dans lescpiels elle s étend, M. le comte de Cha- 
vannes a déblayé en partie une mai.son romaine. Les murs 
sont couverts de fresques de style pompéien, avec panneaux 
à personnages j)leins de mouvement, que les pluies ont 
malheureusement détériorés. La mosaïque servant de 
pavage dans une des chund)resest ornée d'un médaillon qui 
contient une belle tète de bélier. 

A peu de distance de lii. M. le comte de Chabannes a 
découvert les ruines duii monunuMit romain renfermant 
des restes d'architecture de bon stvle : colonnes, architraves, 
chapiteaux, etc.. On y a trouvé plusieurs belles tètes de 
statues. 

Le jour de ma visite, on venait dexhumer une tète de 
femme, (^elle belle tête. Iiaule de ()'" i2. le cou compris, 
est d'un excellent travail cl diuu' conservation parfaite. 
Les traits du visage, au ne/ buscpié. sont fins et expressifs. 
La chevelui'e. séparée au milieu, est formée de bandeaux 
ondulés. ,]v supjjose que c'est le portrait d'une impératrice. 

Le lendemain de ma visite. ^L de (Ihabainu-s a trouvé 
dans les mêmes ruines un frag-ment d'inscription, en beaux 



LIÏS MYSTÈRES DE SAl'.AZU S ET LE JLDAÏS3IE 63 

caractères hauts de 0'" 03 et 0'" 02o. Le texte semble se 
rapportera des thermes; en voici la copie : 

I VIR AMP 

....TVLITET-PED 

MISADVEXD 

.. a/RICANARVm 

. //;ERMIS 

Au moment où je termine cette note, j'apprends que 
M. Merlin est allé à Utique pour se rendre compte de ces 
découvertes. Dans un tombeau punique ouvert devant lui, 
on a trouvé deux poteries, mais rien, je crois, de particulier 
comme bijoux. Il n"est pas douteux que cette nécropole ne 
réserve à ceux qui l'exploreront de très intéressantes et pré- 
cieuses surprises. 



LES MYSTÈRt':S DE SABAZIUS ET LE JUDAÏSME, 
PAR M. FRANZ CUMONT , CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE. 

Pour assurer leur domination en Asie Mineure, les Séleu- 
cides, c'est un fait bien connu, y fondèrent une quantité de 
colonies. Dans ces établissements militaires, qui devaient 
tenir en respect les populations indic^ènes , ils n'en- 
voyèrent pas seulement des Grecs, mais aussi des Sémites : 
c'est ainsi que, vers l'an 200 av. J.-C, Antiochus le Grand 
transporta en Phrygie et en Lydie deux mille familles juives 
de Babylonie , les plaça dans des forteresses et leur donna 
des terres ^ Les Juifs formèrent, à la suite de cette émi- 
gration plus ou moins volontaire, une portion considérable 

l. Surloul ceci voyez l'exposé de Ramsay, Ciliés and hishoprics of Pliry- 
gia. t. II. p. 667 ss. : Schûrer, Geschirhle des jiidischen Vollies im Zeitalter 
Jesn Chrisli. ?>' éd.. t. III, p. 13 ss.. et une notice substantielle d'Isidore 
Lévy, Xoles d' histoire et d'epigraphie oxtr. Revue des études juives], 1900, 
p. 14 ss. 



Ii4 LKS .MVSIKHES UK SAlîAZILS i:i LE JLlJAlSMi: 

de la population urbaine de ces contrées. Les rois de Syrie 
leur accordèrent dans les cités des droits égaux à ceux des 
Hellènes, et, en revanche, ces colons Israélites soutinrent 
la politique des princes qui défendaient leurs privilèg-es 
contre la jalousie de leurs voisins. Dans certains districts 
de Phrvgie , cet élément sémitique dut être prédominant 
sinon par le nombre du moins par linfluence. Apamée fait 
o-raver sur ses monnaies l'image de l'arche avec la légende 
NflÊ. et adopte le surnom de Kt^ojTir pour rappeler la 
cnjyance locale suivant laquelle le patriarche aurait atterri 
sur le sommet dune montagne voisine '. 

Ces colonies juives, établies au milieu de Grecs et de 
Phrvgiens idolâtres, ne [jurent conserver inaltérée la pureté 
de leur foi - : ils oublièrent l'hébreu pour se servir exclusi- 
vement du grec, l'organisation de leurs communautés l'ut 
imitée de celle des cités, ils autorisèrent ou tolérèrent les 
mariages mixtes, exercèrent à l'époque romaine le sacerdoce 
dans le culte des empereurs, et admirent une foule de pra- 
ti({ues et de superstitions païennes ■'. Leur loyalisme même 
envers les Séleucides dut les incliner dès l'origine à ne pas 
se montrer intransigeants à l'égard de la religion pratiquée 
par leurs souverains , et ils cherchèrent des accommode- 
ments pour concilier leurs traditions nationales avec les 
crovances des j)aïens ([ui les entouraient. Mais, d'autre part, 
ces païens subirent à des degrés divers l'ascendant du 
monothéisme hébraïque , et cherchèrent à s'en rapprocher. 

11 se forma ainsi en Asie Mineure une série de cultes 
ju(léo-[)aïens dont on commence aujourd'hui à reconnaitre 
le caractère véritable. Ainsi, de nombreuses eomniunautés, 



1. Cf. llamsay el Sclii'ii-er, //. ce. : Habel.m. liei-. Itlsl. ites /•<'//;/.. l. .XXlil 
iSîM). p. 171 ss ; Usener. SintlUilsnrjeii. ISOl). p. IS ss. CI", aussi Saloiiinn 

l'.ciiia.li. Ciillrs. Miilhrs. I. 11. p. 2.')."i ss. 

2. hi''\v. /. c. |). lii : " l.c judaïsme aiialnljcn s'est ilissous -lUis 1 artion 
(lu paganisme aiuhianl lii-lli'-ni(|uc ol iinli^Aèno. •■ 

;<. L('"\'.v. /. <". : Haiii'«a_\. pj). M'.k tiT'J. 



LES MYSÏÈliKS ])K SAIÎAZILS ET LE JIDAÏSME (JO 

sans se soumettre ;i toutes les pratiques de la Synag-og-ue , 
rendaient cependant un culte exclusif au dieu Très-Haut, 
Oeiç "Y'iit.z-z:, nom que les Israélites eux-mêmes depuis 
l'époque alexandrine appliquaient à lahvé, et, tout en restant 
en dehors du judaïsme orthodoxe, ces croyants adoraient 
cependant le Dieu de la Bible ' . 

Une inscription rupestre, découverte en Cilicie , repro- 
duit un décret rendu par une association de ïla.'î^aTisTa'I, 
c'est-k-dire, à n'en pas douter, de gentils qui observaient 
le Sabbat", semblables à ces Romains que Juvénal appelle 
metuentes sahbata^. 

Si en Phryo-ie Noé avait été élevé presque au rang- de patron 
d'Apamée, ce n'était sans doute pas uniquement pour être 
sorti de l'arche sur une montagne du territoire de la cité. Le 
héros du déluge était aussi , selon la Genèse , celui qui le 
premier u avait planté la vigne, avait bu du vin et s'était eni- 
vré^ )i. et un des dieux principaux du pa^^s était précisément 
un dieu des vendanges et de l'ivresse"', Sabazius, l'équivalent 
du Bacchus gréco-romain. Les sectateurs de cette vieille 
divinité thraco-phrygienne avaient en elFet subi fortement 
l'action des idées juives. Je voudrais essayer de rechercher 
ici les traces que celles-ci ont laissé dans son culte ainsi 
rénové, car elles nous aident à mieux comprendre, si je ne 
m'abuse, certains détails de ses mystères et des monuments 
qui lui furent consacrés à l'époque romaine '\ Les sources 

1. Sur le 0:6; "V'iiaTo:. cf. Sclu'irer, St/simi/s/?. /lA-arf. Wisa. Berlin. W\\. 
IS97, p. 200 ss. et mon Ili/psistos suppl. à la Revue de l'inslr. puhl. en 
Belg.), 1897. L'interpréLatioii proposée a reçu une conlirmalion inattendue 
par la découverte des inscriptions juives de Rhénée datant du ii« siècle 
av. J.-C. Cf. Willielm. Jahrcsh. Inst. Oesterr.. IV. 1901. lîeibl., p. 13, 
et Deissniann. Philoloçjus. LXI. 1002. p. 252 ss. 

2. Ilicks. Jouin. Iiell. sUulies, t. XII, p. 233: Ditlenix-ryer, Orienlis 
inscr.. n° 573. Cf. Schiirer, op. cil.. III, p. »Ô9, note. 

3. Juvénal. Sat., XIV, 96, et la note de Friedliinder. 
i. Genèse, IX, 20. 

5. Noter le passage de Plutarque cité plus bas, p. 66. n. 2. 

6. J'ai déjà réuni certaines indications à ce sujet dans larticle Hypsistos 
cité plus haut. Je les reprends ici en les complétant. 

1906. â 



()() I.KS MYSTÈRES Dt: SAHAZIUS ET LE JUDAÏSME 

(ruiiormalion dont nous disposons sont malheureusement 
très insuHisantes , mais nous pouvons néanmoins arriver à 
des résultats assez concluants. 

Un passage souvent cité de Valère Maxime (I, .'}, 2) rap- 
porte qu'en Tannée ]'M) av. J.-C le préteur Cornélius 
Hispalus « Iii(I;iros qui Sahazi lovis cullu Romanos inficere 
mores conati erant rej)etere domos suas coegit. La mention 
à première vue étrange de Sabazius dans ce texte a été 
généralement expli({uée [)ar une confusion de loveni Saha- 
ziiirn avec le « lahvé Zebaoth » (wa'iafôOi, le dieu des armées 
de la Bible ^ Cette confusion, fondée sur une assonance 
fortuiti', paraît certaine, mais elle n'est pas due, comme on 
semble le croire, à une simple erreur des Romains. Dans 
les Questions de Table de Plutarque , un des convives 
démontre doctement que le Dieu des Juifs n'est autre que 
Dionysos-Sabazios -; Tacite connaît aussi cette assimilation 
et cioit devoir expressément la repoussera Enlin Jean 
Lydus dans un passage, oîi il suit peut-être Cornélius 
Labéon, allirme que Dionysos, Sabazios et Sabaoth sont des 
synonymes^. 

1. Cf. Schi'ii'ci-. o/i, (•//.. m ', p. "J!!. — II n'est pi-iil-ètre pas sans iiilérrl de 
i-appcloi- à ce [)r(>])()s (pic, |)onr k-s j^noslicpics. i]a|3a'ô0 était le innn d^• la 
pliiTuif Jiipili'r. CA'. Pistis Sopliia clans (^arl Scliniiclt, K()plisch-(/n<)stisclie 
Scin-lficii. 1^239,22,210.11 ])assuii. 

2. Plut., Qiinesl. convir.. W . li t. I\'. p. 171, Bernard] : Ti; ô -xp' 
'lojoai'o'.; Oco;. Du loiijj; ilévelnppenienL de l'kitai't{ueje me borne à extraire 
ce ipii concerne Saliaziiis. p. 671 V : O'.aat Se /.olI -ï;v tojv 'jaPfiaT'jJV âopT7;v 
[xrj TZ 3.'/ -ir.y.'JVJ àTipoaSiovuTOv élva'.. i^âooj; vàp xaî vjv ït; -cX)o'. toÙ; 
Bây./oj; xaÀoua'. xal Taj-:7]v à^iàai Tr,v œwvtjv OTav opyiârwai to) Ditô... /.a; 
où/, àzô x^'jTZO-j Ti? av çat'rj TO'jvùjjia -enoi^iOat ~po; Tiva (jo[3r|3iv tj /.a-i/v. 
TO'j; j3ax-/£'jovTa;. auTol oÈ -m Xoyo) [AaoTupojatv orav ila,3âÇ'oy (mss. 
aâppaTov) TijifTiCi, [i.iX'.aTa ixiv -tvi'.v y.aî oîvoiiOxt rapaxaXoCivTî; àXXir|Ào'.;. 

3. Tacite, Ilisl., \\ ">. Il <lésij;nc simplement le dieu sous son nom lalin 
" Liber j)alcr ••. 

'i. Lydus. De nions. IV, 51, p. 100,21, 111,3. .-d. ^^'iinseh : Tov Aiovjjov, 
Tov \tr.6 Tiv'DV Xa[3ài^'.ov ôvoaa^ôjJLîvov... XaXoato; tov Osov 'law Xé^ouaiv (àv-î 
To3 çôj; vor,TÔv) xr; 'l'oivtx'ov yX'Ô^'t," /■«'• — ïJjx ^O Z\ -oXXayoîj Xî'YETat, o'ov 
TOV jTcèp ToJ; ÉTîTa -oX.oj;, TOJTêaTiv 6 orjaiojpY'Ji- Cf. Burcsch, Klaros. 1S80, 



LfcIS .MYSTÈRES DE SAHAZILS KT LE JUDAÏSME 67 

Nous nous trouvons donc en présence, non d'une méprise 
occasionnelle, mais d'une identification constante, dont 
rorisrine remonte au moins au ir siècle avant notre ère, et 
la patrie de ces juifs, que le préteur de 139 força de rega- 
gner leurs demeures, était sans doute celle de Sabazius 
lui-même, c'est-à-dire la Phrygie ', ou peut-être la Thrace. 

L'épio^raphie aussi nous fournit des preuves de cette assi- 
milation. Une inscription, découverte sur le territoire de 
l'ancienne Serdica (Sofia), mentionne une dédicace, d'un 
thiase de Saba/ius ( Oujo; HîgaCtaviç) au dieu Ilypsistos, 
qui, nous l'avons vu, n'est autre que lahvé-. L'adjectif 
7â,âa(^tavôç est régulièrement dérivé de ^z^â^ioq qui est une 
des nombreuses altérations de ce nom divin '^j mais peut- 
être cette forme a-t-elle été choisie à dessein pour rap- 
peler que les fidèles du dieu étaient des as;3û!j.£vci, terme 
consacré pour désigner les païens qui révéraient le dieu 
d'Israël et s'astreignaient à certaines observances de la loi'^. 

p. 49, qui pai-aît avoir le pi-emier cité ce texte. La définition que celui-ci 
donne de SapXfoO « celui qui est au delà des sept sphères célestes » four- 
nit l'explication du nom de 6îô; j'^^wto;. — D'autres preuves de l'assimila- 
tion de lahvé à Dionysos ont été réunies par M. Hahelon, Revue helxfe de 
nuinisnialique, XLVII, IXOl. p. Ib ss., qui e.\pli((ue par là la Iéf;ende 
liacchiiis Iiuhieiis que portent les deniers romains de l'édile PhuUius 
frappés en .'il av. .T.-C Ils se rapporteraient à la soumission du roi de 
Judée Aristobule , ([ui était en même temps grand prêtre ou « bacchant 
juif '>. 

1. De même que Sabazius fut identifié àSaba()Hi,on l'approcha peut-être 
en Asie Mineure le nom ijâ6o? donné au dieu et à ses sectateurs de celui 
de la Sibylle ehaldéo -judaïque Sâ|î[Jr) ou I!o([j.pr|Or] ; cf. Schiirer. III3, 
i26 ss. 

2. Von Doniaszewski, Arch. epicjr. Millh. ans Oesterr., t. X, 1886, 
p. 238 : 'Ayaô^ ['^'■^]7[Ti]' ©-f? It^t^y-Ôm Ù'J^Îgtm e.ùyri'^ àvÉaTrjcjav xô xoivov ix T(ov 
foîoiv oià U&cwç 'EpixoycVO'j; /.oli Tzpo'jxâ.-o'j Aùyo'jaTtavoj. "Ay iÀ),£'jç. Suivent 
quatorze autres noms, puis : Wîafao;] SEÇa^tav'; 0H... TOYTAZ- 

3. Infra p. 12, n. 1; Kretschmer, Einleiluiuf ii) die Griech. Sprache, 1896, 
p. 195. — SEiSccÇtoç se trouve Arch. Epigr.ans Oealerr.. X, 2 il, n" 8; Année 
(•])i(fr.. 1902. p. 138. Schol. Demosth., 18,260: cf. Etymol. ma.unum s. v. — 
Sehadius : Macrobe, Sal., I, 18,11, Arnobe, V, 21. 

4. Cf. Schiirer, SUsungsl).. l. c. \i. 21n [19]. Ces isfio^jEvo-. sont signalés 
dans les Actes des Apôtres à Philippes cl à Thessalonique [XVI, 1 1 ; 
XVII, 41. 



68 l.i;S MYSTÈRKS UE SAliAZIl 8 Kl l.K JLDAÏS.MI-: 

Les dieux thraces portent frécjuenunent le titre de <■ sei- 
f^neur ') (y.jpf.oç, cloniinus ^) , et Sabazius en particulier est 
invoqué comme v.ùpic: "^x^xCiz:'^. Cette appellation rituelle 
est si semblable en apparence au y.jpioç -a^xcôO. par lequel 
les Septante traduisent régulièrement Thébreu « lahvé 
Zebaoth », que personne ne s'étonnera qu'on ait pu rappro- 
cher les deux dénominations et les considérer comme équi- 
valentes. 

L'épithète propre du dieu phrygien est x'y.z:. siinc/us'\ et 
il est permis de croire que, si les Sabaziastes lOnl employée 
de préférence à toute autre, ce n'est pas sans se souvenir 
du Dieu saint et trois lois saint de ht Hible'; car, sisanctus 
est un ((ualilicatif assez souvent donné aux divinités dans 
les pays latins, il n'en est pas de même de x-;'.o:. L'emploi 
de cet adjectif dans Ihellénisme païen, comme l'a remarqué 
M. Clermont-Ganneau, est extrêmement rare, et décèle 
pres({ue toujours une influence sémititpie '. 

Une autre épithète qui s»î rencontre dans une insci"i})tion 
de Bithynie est encore plus caractéristique : Sabazius y est 
dit T.x'r/.'J.py.vz:''. Go synomyme poéticpie du terme biblique 

1. I)iiiiiinil. .l/r/,i;i(/('s (l'iircliriiliiii ic n''iiui> i)iii' Ilnmiillc. IS9'J, p. 21s : 
cl', p. .')li( s. \ . y.jy.o: ; ( r. C. I. I ., \\. -Jl.'i. di-o (luttiinn Ajtolloni \ ertiiilesi. 
— L'assertion de ^'i^l•^()ll Sci'xiiis ml Acneiil.. III. IIH; cf. 1.'58 = A'iii-nniis 
Antiiiuil. rei-. (Iii\. p. 21 1. éd. Aghadi : l)i)iiiin:iiii proiiric Miilrcm Deum 
il ici. ne parait pas ctrc conlirinée juscpiici par ré|)in'rapliic. 

2. Anh. Eitiiir. Mill. uns. Desterr., X. 2;5(t. 2il ; .\I\', l.'ut. 

:t. .Vpnlée. Mclain.. \'I1I. 2.'i : Oinniparenf lîen Sifrii) el siiucliis S;il);i- 



X- 



illiis cl lU-llonn cl M.ilcr hl:n'ii : — Anii. Epiur. Mill.. .\. 2 11, li: /.upto; l^ip 
Çtù; a-('Jj;\ Cannai. .l/i;iee épinr., Is'.Ht. n" Iti: IM'.'J, n" Is : Smulo Suhnzi: 
cf. ('.. I. L..\'l. iti" ^=- ])<'ssan, .\:\M : ilcn sHiirlo miinini île» nuujiiu Libcro 
jiulri. — Comparer l'.plicni. Kpii/r.. II. p. 201) = Scliiirer. p. 212 [13] : Oêiô 

i. Isaïe, ().:$: ayto; àyto: àv'-o; /.Joio; lla|3afô0; cf. .Vpoc. l.s. etc. Comparer 
l'inscriplifm cilée note :\. — "wip =^ iy-o; est chez les Hébreux l'épitlicte 
par excellence (le la dixinité. 

ô. CI<'rmonl-(îanneau , Elnilcs lï iirchcoUxiie oricnlale, Is96, p. lui: 
Cf. Haudissin. Sliidieii ziir seinil. Iteliyitin.ijic.'ich.. II. '■V-\. 

G. C. I. G., .17ÎH : Mîj o) S|apalÇ];(>) ;:avzlot jcâv».). Il vcmlile ipie ce soit la 
seule reslihiiicin pi i-^ililc. I)aiis liuscripl ion de hcl^v, ISiill licll.. I.S1S2, 



LES MYSTÈKES DK SABA/JIS ET LE Jl DAÏS.Mi: ()'J 

TravToy.pâ-top ' rappelle la toute puissance du maître unique 
de l'univers, et les monuments des mystères phrygiens où 
l'on accumule les attributs les plus divers, nous montrent 
qu'on reg'ardait en ell'et Sabazius, comme une divinité 
panthée , réunissant en elle la puissance de tous les êtres 
célestes '^. 

Ces monuments ont été étudiés récemment par M. Blin- 
kenberg, dont les recherches ont abouti à des résultats tout 
à fait intéressants -^ Elles ont démontré qu'un groupe de 
« mains votives », couvertes de symboles variés, qui ont été 
trouvées dans les régions les plus diverses du monde 
romain, appartiennent au culte de Sabazius, et qu'elles 
figurent la main du dieu lui-même qui bénit et protège ses 
fidèles. Dans tous ces bronzes en elîet les doigts ont une 
position caractéristique, les trois premiers levés, les trois 
derniers baissés. G est le geste liturgique qui, adopté plus 
tard par 1 Eglise, y est connu sous le nom de honedictio 
latina. 

Or, cette observation s'impose, la coutume de consacrer 
des « mains votives » ne se trouve en Asie Mineure dans 
aucun autre culte que celui de Sabazius. Il apparaît donc 
que l'usage de pareilles dédicaces est étranger à la vieille 
religion du pays et y est toujours resté particulier aux 
mystères du Zeus phrygien. Mais cette pratique est au con- 



p. j()2. n" 25 : y.o.-T. ■jzpo^-y.y'j.y. 'Oa^ioioo; Aii Tto Tcâvcfov /paTOJVT'. xaî Mr^Toî 
^hyacÀri'. -f\i -âvT'ov ■/.patoj'jr), le dieu uni à la (îrande Mère est iirohable- 
ment le Zeus Phcyi^ien, Sabazius, celui qu'une dédicace découverte à 
Pompéi mais qui paraît provenir d'Alexandrie appelle Zsj; <l>p'jyto; (Dilten- 
berger, Orienlin inscr., n° (538). 

1. riavTO/.pâTfop se trouve C()mnie é]iilhètc d'IIy])sistos : Schiirer, /. c. 
p. 205 [6]. Dans l'inscription de Rhénée [su|)ra p. 01, n. 1] le ôso; "l'i^^iaTOç 
est dit ô Tcâv-a sioptov. 

2. Blinkenberg-, p. 71 ss.: cf. Damascius. De princip., g IfiO (II. p. ii.4, 
éd. Ruelle) : ôÀOTr); 3è, ô r'/ji] rà [J-é'^jr^ ~pos7.''vwv, o\jt.m o£ |jLîpivO[j.cVo:, oio; o 

3. Rlinkcnbci-.ii'. Arrliiinloiiisrlie Sliulien. 19(11, p. 66-90. 



70 LES MYSTÈRES DE SABAZUS ET LE .IIDAISME 

traire très répandue en Syrie', on trouve de ces mains 
consacrées aux Baals les plus divers : à Jupiter Dolichénus, 
Jupiter Iléliopolitanus, et ce qui est plus remarquable, au 
Théos Hypsistos ({ue nous avons déjà rencontré si souvent. 
On est donc natuiclliMnont amené à supposer que Tolfrande 
de mains votives en bronze faisait partie à l'origine du 
rituel des cultes sémitiques, qu'elle était pratiquée aussi 
par les juifs plus ou moins orthodoxes de l'époque hellé- 
nistique et qu'elle fut introduite, par l'intermédiaire des 
colonies juives, en Asie Mineure, où elle resta ])articulière 
au culte de Saba/ios, identifié avec lahvé. 

Les mains de provenance syrienne ou consacrées à un Baal 
Syrien sont ouvertes, et ne font pas le f^este caractéristique 
de bénédiction ou de protection ; ce g'cste distinj^^ue spécia- 
lement celles de Sabazios. Certainement il était usité dans 
le cérémonial de ses mystères : dans les célèbres fresques du 
cimetière de Prétextât, dont nous reparlerons dans un 
instant, il est prêté à lun des hicnheureux assis au ban- 
quet céleste et ([ui accueillent la défunte-. Cette raison 
vient s'ajouter à celles invoquées par M. IMinkenberg'^ pour 
rendre probable (jue le rite de la l)enedictio lalina a passé 
des mystères phrygiens dans l;i lilur-ie chrétienne. 11 se 
pourrait cependant ([ue celle-ci . comme ceux-là 1 eussent 
emprunté à la Synagogue. Je ne suis pas assez versé chms 
la littérature hébraïcjue pour oser alïirmer cpi'il n'y se. il pas 
mentionné ''. 

1. Yi>\. loxcolk-nl ailicli- (U- M. lien.- l>iissaii(l. Kt'Viie anhéolnifique. 
1005, I, p. 165 = Sfirimu. HX).'). p. 12" ss., qui lUmnc son assentinu'iil, jai 
la salisfactinii de le coiisliiler, à la manic-re de voir <[iie j"e\pi-iiiie ici aprc-s 
la lui avnii- naguère Cdiiimmiicpiée. 

2. Cahier et Mailiii. /. r.. ji. s el p. It. Caniiei inmipé i)ai- un te\le 
d"Ai)idéc i.l/c'/., II. 21 a cru ipie ee ennvive une le ni nie? in(li.|iiail cpiii 
allait prendre la parole. Celte i!iterpn'talii>n n a plus besoin anjoin-d'lnn 
d'être réfutée: cf. lîlinkenberfr. <>i>. cil-. P- 125. 

3. Ol). ril.. 1». ITT. 

4. Cf. cependant Hlinkcnl)er.i:. p. I2ti. Le lail cpie les mains syriennes ne 
font pas ce jreste es! étralenient peu favoiabic à j'iiypothèsc dune origine 
scmilicpie. 



LES >rVSTÈRES DE SAHAZIIS ET LE JIDAÏSME 71 

Ce ne sont pas seulement les pratiques des Sabaziastes 
([ui subirent cette influence juive , leurs doctrines aussi se 
transformèrent nécessairement sous Faction d'une théolosrie 
beaucoup plus élevée que celle de la relig-ion phrvg'ienne. 
Nous avons déjà vu que la notion de la sainteté et de la toute 
puissance de la divinité fut acceptée et enseif^^née par eux. 
Il s'opéra aussi certains rap])rochements avec des croyances 
plus spéciales du judaïsme. Le traité sur les m3^stères, 
attribué à Jamblique', donne pour caractère distinctif à 
ceux de Sabazius qu'ils ont la puissance de purifier les 
âmes et de les délivrer des «cantiques ressentiments», des 
TzxKOLiy. ;j.Y;v{;xaTa. Cette expression insolite est empruntée à 
Platon, et le passag-e du Phèdre dont s'inspire Jamblique, 
comme l'a montré Lobeck-, éclaire la signification de ces 
vocables quelque peu énigmatiques. Les r^xXot-Ca. [;,-/jv{[jLaTa 
sont les haines dont les dieux poursuivent une race à 
cause d'une faute commise par son auteur, la malédiction 
frappant tous les descendants d'un ancêtre lointain qui a 
attiré sur lui le courroux céleste. On aperçoit immédiate- 
ment combien cette vieille idée g-recque put aisément se 
combiner dans les mystères de Sabazius avec la doctrine 
juive de la responsabilité héréditaire et spécialement avec 
celle de la chute d' \.dam, d'où étaient résultées pour le 
g-enre humain la corruption, la soulTrance et la mort'^. Les 
vieilles purifications, usitées depuis l'antiquité la plus 
reculée dans le culte thraco-phrygien '', prirent ainsi dans 

L Jamblique, De mysteriis. III, 10. 

2. Phèdre, 244 D; cf. Lobeck, Aç/laophamus, p. 636-642. Sur le sens de 
îçavTTi; dans le texte de Platon, qui répète un mot d'Heraclite, voyez 
Parnientier, Revue de philologie, 1902, p. 354; cf. aussi les Scholies d'IIer- 
mias, p. 95, éd. Couvreur. — La XJ7i; -poyovwv à6£[j.i(TTfov des Orphiques 
a peut-être le même sens ; cf. cependant Salomon Reinach, Cultes, mi/thes 
et relig., I, p. 312 ss. 

3. Cette croyance apparaît déjà dans le livre de Sirach (190-170 av. J.-C), 
et elle est entièrement développée an i" siècle de notre ère; cf. Bousset, 
Die Religion des Jndenlums iin yeuleslam. Zeilaller, 1903, p. 3SS ss. 

4. Demosthen., De coro/ia, 313: cf. Foucart, Associations religieuses, 
p. 73 ss. 



72 LES MYSTÈRES DE SABAZllS ET LE .IIDAISME 

les communautés judéo-païennes une efficacité nouvelle : 
on leur attribua sans cloute le pouvoir d'elTacer le péché ori- 
g-inel, suite de la désobéissance de nos premiers parents, et 
elles se rapprochèrent ainsi du baptême chrétien. Sabazius, 
de même que tous les autres dieux des mystères orientaux, 
fut certainement re^rardé comme celui qui assurait le salut 
de ses sectateurs, et son nom même qui prend des formes 
très diverses", :i:yicui'C:o:, ^^oljxCiz;, lacâCcç, finit sans doute, 
après une dernière altération tendancieuse, par donner nais- 
sance au Osôr Il(.')L(ov, « au dieu sauveur » des inscriptions de 
Phrvii^ie ^. 

L'action du judaïsme sur le culte de Sabazius me paraît 
se révéler très clairement dans le monument le plus remar- 
quable qu'il nous ait laissé, je veux dire les curieuses pein- 
tures du tombeau de Vincentius, découvertes dans le cime- 
tière de Prétextât". Que Vincentius ait été un serviteur du 
dieu asiatique, ne peut faire aucun doute, puisqu'il se 
proclame lui-même dans son épitaphe métrique untistes 
Sahazis''. 

Or le tableau principal qui décore le fond de Varcosolium 
représente la morte Vibia introduite dans les Champs-Ely- 
sées par un bon an<^e [angélus Jjonusi. puis admise au festin 



1. L;i fuiiiic vciilaljle csl ilafioioç. cl le <li-;iinma tantôt s'est renforce 
en un [3, tantôt est tombé: cf. Ki-etschnicr. lunleiltnni in ilie ifiiechinche 
Sprache, 1S96, p. 193 ss., et Usener. Gollcnvimen, p. 11. 

2. C'est ce que paraît avoir i)rouvé Ranisay, (aUcs uiuI hislioiirics, I, 
26'!. 293. — Pour le tk'-vt'l<)i)penient de cette idée de salut dans le paj.'-anisme, 
le juiiaïsnic rt le christianisme, vu- riiitcressante étude de \\'fiullaiid 
l'oTrlp. /A'ilsclirifl fur die Xeiili'sl. Wi.s-.sp/i.sc/i.i/V. 19I>1. p. ;<3:) ss. 

3. (iarrucci, Tn- SL'jiolrri ion pillure iletle siiperslizinni piiijnne. \aples. 
1S32; Garrucci, Mélanges d'Hrchêoloffie de Cahier i-l Marlin. I. W . Paris. 
185 4, p. 1 ss.: cf. Maass. Orphens. isOf), p. 205 ss. 

1. C. I. L., VI, 152: cf. Hiichclcr. Cnrminn epiijruphicn. iv \M' . On a 
douté à tort du sens (!.• ci- nnu» Cf. Hulule, Psffche, 2' éd.. p. ls7, n. I]. 
Sahazis est un fjénitif réjïulier de la forme Sahazin-ix qui se trouve à côte 
(1.- Siil):iziiis-zii. I.e datif Sahazi est attesté par des inscriptions Cafrnal . 
Année épii/r.. \X'M). n' Ki: ls93. n° 48 = Dessau. Jnscr. sel. lOSS . 



LES MYSTERES DE SABAZIUS El LE JUDAÏSME / .3 

des bienheureux . auquel prennent part sept convives, les 
Jjnnnriim iiidicio iudicati. 

Il me parait indubitable que l'intervention de Y anyelus 
bonus dans cette scène est due à une influence juive K Cet 
ange ne se rencontre à l'époque païenne que dans une seule 
inscription, trouvée en Asie Mineure et consacrée, la coïn- 
cidence est remarquable , au Zeus Hypsistos. Un autel 
découvert à Stratonicée porte la dédicace- : Aii O'I'ttw v.-â 
y.';y.bu) xy';i'/A<). Il ne laut pas y considérer les derniers mots 
comme une épithète de ce Zeus judaïsant , mais comme un 
être distinct. C est ce que suffirait à prouver une seconde 
inscription trouvée au même endroit et où se lit : Au 
•j(J;i7T(o y.y.': Osûo oc'^'^'z/m '. Comment en effet Jupiter aurait-il 
pu être dit le messager de sa propre divinité? L'ange est 
l'intermédiaire entre le Très-Haut et les mortels^. D'une 
manière générale la mention des avYîXcf,, angeli, dans l'épi- 
graphie grecque ou latine est extrêmement rare, et elle 

1. C'est ce que nie le dernier savant qui s'est occupé tle ces peintures 
Maas, (Jrpheus, 222, n. 3, contre Rohde, Psyché, 676. 687 i), mais je crains 
qu'il ne se soit fourvoyé en prétendant les expliquer par des doctrines 
f)rj>hiques : les ressemblances qui peuvent exister entre les mystères 
romains de Sabazius et Torphisme résultent uniquement de la communauté 
de leur lointaine oi-i^ine barbare : tous deux viennent de cliez les j)euples 
thraco-phrygiens, qui ont cru de très bonne heure à l'immortalité. 

2. Lebas-Waddinj;ton, III, 515. 

3. Bull, hell., V. 1881. p. 182, n. 3: cf. Schïirer, L c, p. 11 [210]. 

4. Les inscriptions juives de Rhénée, citées plus haut, nomment le Théos 
Hypsistos ô râvTa isopoiv puis oî ay^cÀo-. aù-oO. — M. Waddini;ton note A 
l'inscription de Stratonicée) a rapproché à tort de ce texte la fable syracu- 
saine rapportée Schol. Theocr., /(/., II, 42.— Il faut distinguer aussi de ces 
dédicaces de Stratonicée celle au dieu syrien de Baalbeck, I.O.M. angelo 
Heliopolitano. Comme l'a montré M. Isidore Lévy en rapprochant de ce texte 
un bas-relief du temple d'IIéliopolis, où l'aigle de Jupiter tient dans ses serres 
le caducée, ce Baal était conçu comme psychopompe. >< supposition pleine- 
nement admissible jjour un dieu dont l'antiquité croyait le culte d'origine 
égyptienne» (Lévy, Cultes syriens clans le Talmud [Rev. élinles juives, 
XLIIlj. 1001, p. 5; cf. René Dussaud. Syriaca, 1905, p. 24). — Des théories 
astrologiques se sont probablement combinées ici avec les croyances 
égyptiennes sur le dieu des morts. Ce Baal, comme les autres, fut de bonne 
heure assimilé au Soleil que les « Chaldéens » considéraient comme le con- 
ducteur des Ames .Julien. Or.. IV. 172. 176. etc.'. 



74 LES :mysti:res de sahazit's et le ,rrn\ïs:\iE 

paraît révéler toujours Taction d'idées sémitùjues ou chré- 
tiennes '. Les ang-es sont pour les juifs hellénisés non seu- 
lement des messagers célestes mais les émissaires du monde 
souterrain-, et ils remplissent les fonctions que les anciens 
grecs réservaient à Hermès. Ij'angcUis bonus des catacombes 
romaines est, comme l'était en particulier l'archange Michel 
chez les Juifs, le gardien des fidèles sur la terre et celui ({ui 
g-uide les âmes des justes dans l'autre monde '■. 

Mais, tout en adoptant les ang-es, comme protecteurs des 
vivants et conducteurs des morts, les Sahaziastes n'avaient 
pas renoncé à la vieille divinité psychopompe de la mytho- 
logie. Dans les fresques des catacombes, Mrrciirins niin/ius 
entraîne vers le monde souterrain le char (pii porte Vibia , 
et précède celle-ci au moment où elle va se présenter devant 
le tribunal de Pluton ''. 

La combinaison des doctrines juives et païennes a déter- 
miné aussi la conception ([uc les sectateurs romains de 
Sabazius se faisaient de la vie future : ils représent l'ul les 
bienheureux, couronnés de fleurs, banquetant dans le 
royaume de Pluton. Les Israélites se sont souvent repré- 
senté le bonheur réservé aux justes dans l'au-delà comme 
un grand festin auciuel Dieu apjn'lail ses élus"'. Mais les 

1. Détliiacc Diis ■i/k/c/Zx à \'imina(iiiin en Mésie (Juliresli. Iriftliliil 
Wii'it. liii).'), Hcil)l. p. 6); vieilles épitaphes à Tlu-ra. /. (i. Ins.. 111. '.y.Vi. — 
On Iriiuvora des indications plus oomplèlcs dans lliller mmi ( iiii-l i-jiifîen. 
Thcni. I. 2i,ISl. et dans la note à l'inscriplion Jubreshcflc. 

2. ('f. les ay^iXo'. zaTa/OoviO'. iuMKpK'S dans les l:ihclhii' (h'/i-rioniiin 
(AiidolU'id, n" 7i, 75 [Attique]). Ceux-ci ne snni plus des :iii(i<-li hmii mais 
des an;;i's malfaisants. 

.'{. Sluldfaul. Die Enijcl in <U'v ulhlirisll . Kiin^l. isnT, p. -Js ss.: 37: 
I.iickcii. Michnël, Gottin^aie, ISiis. p. Ui. 

I. On na pas encore reniartpu', je pense, ((ue pai'cillenu'id sur un has- 
relief d".\sie Mineure un persoima^re porlanl \>- caducée conduil le cliar de 
Sabazius (cf. \\'a{;ener. .l/e;)i. ,mm</. ilr nflijiijuc. I. X.W. In.")!», j). 1. cl 
Drexlerdans Hnsclier. Lc.rirnn s. v. Mén. cul. 27(1; .— Hcrnu's psych.ipumiic 
rlail aussi adnré dans les mystères de la Cirande Mère commi' le mnnire 
11( pilin^c. .■U//.S. liMI.T. p. 202 s. 

;). Ihnnburjrer, /{e,i/p«c_i/c/o/). s. v. Znknnflsiti.thl : cf. Scliiirer, de.trh. 
des Jiid. Valkes, U\ p. :> i 1 , u. I. et Wiener Shidien, t. XXIN' liorniann 
lleft\ p. 2:ut, II. 17. 



LES MVSÏÈKES DE SAHAZIIS ET LE JUDAÏSME 75 

anciens Thraces se la fig^uraient aussi sous cette forme maté- 
rielle, et croyaient, à peu près comme les Germains, que les 
héros participaient à un festin éternel où ils s'enivraient 
d'un vin capiteux'. Les mystes de Saljazius étaient restés 
fidèles à cette double tradition, et ils considéraient certai- 
nement comme un symbole et une préparation à ce banquet 
élyséen, ceux qu'ils célébraient sur cette terre entre initiés. 
Les sectateurs de la Grande Mère — qui était aussi venue 
de Phrygie à Rome — chantaient clans un de leurs hymnes : 
« J'ai mang-é dans le tambourin, j"ai bu dans la cymbale, je 
suis devenu myste d'Attis-. » De même Vincentius fait 
inscrire sur son toml)eau, au-dessus de la représentation du 
repas doutre-tombe : manduca, bihe, liide. 

Ces vers ont provoqué des interprétations bien singu- 
lières. On y a vu une simple exhortation à jouir de la vie, 
à bien manger, bien boire et se divertir, sans s'apercevoir 
de la contradiction qui existerait entre un pareil conseil et 
la suite de lépitaphe, où Vincentius « qui a pratiqué avec 
une âme pieuse les cérémonies saintes des dieux » com- 

1. Platon, Repiihl. 363 E ; cf. Dieterich, N^ehnin. 1S03, p. 72 ss. La ressem- 
blance avec la \\'allialla germanique nesL probablement pas fortuite. — C'est 
la ]in)i)a^ation en Grèce des mêmes croyances, répandues parles mystères 
du Dionysos thrace, qui e.vplique le grand nombre de bas-reliefs dits « Repas 
funéraire » ou <i Repas de héros » mis au jour dans les pays helléniques. Leur 
origine dionysiaque est indiquée aussi bien par Taire de leur dill'usion que 
par la présence constante tlu cratère et du l'iiyton , ])arfois d'artistes 
scéniques, de masques de silènes ou de satyres, et qu'enfin par les circon- 
stances même de certaines trouxailles (Evans, Journ. hell. slud., VII, 1886, 
p. 2 ss., etc.). Les défunts, couchés sur la klinè, s'abandonnent à une douce 
ivresse, parce que c'est la forme de félicité qui, selon la religion thrace, est 
réservée aux justes dans l'autre monde. Seulement à l'époque hellénistique, 
quand les mystères de Dionysos se combinèrent avec ceux des dieux 
alexandrins, des conceptions égyptiennes se méléi'cnl à celles du Xord, et 
les héros furent assimilés au dieu des morts Sérapis, dont ils jjortent le 
polos, parfois aussi à Dionysos (Apul., Mel., VIII, 7 ou à d'autres. L'im- 
mortalité pour les Égyptiens est l'identification avec Osiris, seigneur des 
enfers. 

2. 'Ex T'janâvo-J jîs|ipo)xa, l/. /•ja[3àÀo'j r.iK'oy.x, yiyova a-J^T/,; "'ATiêtoç,. 
Cf. Hepding, Altis, 1003. p. 1x1. 



76 LES MYSTÈRES DE SAI5A/.IIS ET LE .TTDAÏSME 

mande k ses fidèles de « faire le bien ' ». Il est absurde de 
prétendre trouver dans ces impératifs une maxime "toute 
épicurienne », exhortant h jouir du présent parce que la vie 
est fuf^ace et tout le reste incertain, alors que la croyance à 
rinimortalité et à un juii^ement futur, laquelle s'affirme dans 
les fresques du caveau, s'opposent absolument aux prin- 
cipes de cette philosophie toute terrestre et matérielle. C'est 
étrangement méconnaître l'esprit et les tendances qui 
inspiraient les mystères orientaux au m' siècle de notre ère 
(le tombeau de Vincentius n'est pas antérieur à cette date) 
que de leur attribuer un pareil enseignement. On ne peut 
commettre anachronisme plus choquant. Sans doute la 
vieille sentence "EaO'.s, zTvs, -aîL^ ', abrégé de sagesse vul- 
gaire et sensuelle, a pu servir primitivement de devise aux 
beuveries et aux ripailles des bacchanales asiatiques. 
M. Perdri/et a réuni une série de bas-reliefs, qui pro- 
viennent tous d'une même « synagogue » d'adorateuis du 
Zeus llypsistos ', constituée dans une ville de Mysie sans 

1. Voici lonscinhlc do linsci-iption : C. I. L., VI, M2 = HiichcUM-. Carm. 
ejji(/r. 1:51: : Vinvt-nti hoc ojxrs- re]qu[i]etes (ou <• hoc o[ro ne in «jiiTcles » 
lîïicheler (iiml rnlcs. l'Iiii-i-s nw nnlecenseriiiil . imincs c.i-sjicchi. M:i)iiliic,i. 
rllip. Iiidr i>l ri'iii :iil inc. Ciiiit riltps. hpiicfnc. hoc Icciini fores. 

^,'iiminis mitislcs Suhazis \'iii(('iiliiis hic cal 
Qui sncni s;incl:i (li'iini nwnlf jiin lohitl. 
l'niir cchappcr au moins en partie à celle conlradiclion dioquanle. 
Lehlant lienie nrchèol.. Ls::), I. p. HâO : cf. Il, 107 a proposé de traduire 
beneJHC non pas par» fais le bien »,mais par" vis bien «.c'esl-à-dire •■ donne- 
toi du bon temps ». Mais mie opposition ii-i-é(luclil)le subsisterait toujours 
avec le dernier vers, cl d'ailleurs ce sens allribué à henefnc est certaine- 
ment lopcé. CI". C. I. /... y\. :*. iNti'jO: /. C. S. !.. LiSS: er/o omnibus meis 
hene f'eci et (iiiol cnnh'mijsi pcv errorcin ifiiiDsrctis et d'autres textes cites 
pai- Maas. Or///i('/;.s. p. 2111, n. r>. 

2. Sui- l'iiistoire de celle sentenc.' en C.réce. «1'. Maas. o/.. <(/.. 219 s. 

.•J. Ferdri/.el. Iliill. mrr. Iirll.. X X 1 1 1 . ix'.''.'. p. :>'.'2 s. : Kv -f, toc Aïo; 
7uvaY">-;f; dit l'un des li\les. L expression ne sit;nilie |>as » dans une réu- 
nion en riionncui' (!.• Zeus.. comme l'a cru M. Schi'u-er (ics<liiililc. I. IH. 
p. 'iSi. noie . mais, conune la établi M. Perdri/et. «dans le collèfje de Zeus 
IIypsislos...el l'emploi de ce terme juif cf. Schi'u-cr. /. c. s'explique jiréci- 
sément parle caractère judaïsant de ce thiase. 



LES MYSTERES DE SABAZIUS ET LE JUDAÏSME i I 

doute vers lannée 125 av. J.-C. Nous y voyons les thia- 
sotes, couchés sur un o^rand divan et faisant bonne chère, et 
sur l'un des monuments, tandis qu'un esclave puise du vin 
dans un cratère, un joueur de flûte fait danser devant les 
convives des baladins, une femme et un homme nus. Encore 
aujourd'hui les paysans dAnatolie se réunissent aux jours 
de fête sur les anciennes hauteurs sacrées pour v festover 
joyeusement^, et ces repas de la vieille religion indigène, 
qui ont persisté jusqu'à nos jours à travers le christianisme 
et l'islamisme, s'étaient combinés dans les collèges de Saba- 
zios '^ comme dans ceux de IHypsistos, avec les banquets 
rituels des Juifs de la Dispersion , ces Tjvos'.zva qui furent 
expressément autorisés par César à Rome'^. Mais, de même 
que dans le culte de la Grande Mère'', ces repas liturgiques 
avaient pris peu à peu une signification très différente de 
celle ([u'ils avaient à l'origine. L'esprit du judaïsme et aussi 
celui de la philosophie grecque avaient épuré la grossièreté 
du rite barbare, et lui avaient attribué une puissance nou- 
velle. Il en fut ici comme dans les autres mystères introduits 
à Rome^ : on crut trouver dans les ban({uets rituels un ali- 
ment de vie spirituelle et une promesse de participation au 
festin éternel des bienheureux. Manduca ^ bibe , veut dire 
certainement « mange les mets et bois le vin consacrés », et 
liide rappelle soit les réjouissances, danses ou chants, qui 
accompagnaient ces agapes, soit peut-être les représentations 
de drames liturgiques qui les précédaient ou les suivaient'^. 
Cette interprétation est la seule qui puisse se concilier 
aussi bien avec les doctrines religieuses de l'époque qu'avec 

1. Cf. nos Stiidia l'oiilic;}, p. 173. 

2. Cf. le passage de Plutarque cité jiliis haut. p. tiii, n. '2. 

3. Schiirer, Gesch., UV^, p. 68 et 96. 

4. Cette transformation a ('■té bien observée par Ilepdiiii;. Atlix. 1903, 
p. 186 ss. 

5. Cf. mes Mnti. ;)ii/.s7. (le Milhrn. i. I. p. 321. et Ilepdini;-. /. c. 

6. Cf. Acl:i Arrh:il:ii.c. 36 (Migne, 1'. G., X. MS7 : sarerdos Milhnic... 
hoc est quod apiid eos ludes et ianqnam eleç/anx inimiis pernges myslerin. 



78 LES MYSTÈRES DE SAI5AZILS ET LE JUDAÏSME 

l'ensemble des représentations et des inscriptions qui 
décorent la dernière demeure du prêtre Vincentius. 

Ces fresc{ues exprinuM-aient donc, croyons-nous, les 
croyances duiu' conununauti'- judéo-païenne, (jui adorait 
Sabazius. assimilé dei)uis lonj^temps à lahvé Sabaoth. Le 
caractère de ce coUèj^e religieux permet peut-être de com- 
prendre comment If tombeau de son prêtre idolâtre se 
trouve dans les catacombes de Prétextât, fait étranjçe, dont 
on n'a fourni jusqu'ici aucune explication satisfaisante. Car 
ce n'en est pas une que de considérer Vincentius comme 
chrétien, mali^ré le témoignante formel de son épilaphe. et il 
est à peine moins invraisemblable de supposer, comme 1 a 
fait Garrucci, que les tidèles auraient, en creusant leurs gale- 
ries souterraines, rencontré par hasard une sépulture païenne 
préexistante, qui se serait ainsi trouvée entourée de leurs 
tombes'. Mais Vincentius était, en réalité, le ministre 
d'une secte juive dissidente, qui admettait à ses cérémonies 
mystérieuses les hommes de toute race , pourvu ([u ils 



1. L'hypollièsc di' (laiTucci est défendue explicitenieiiL par lui. Tre 
sppnlcri. p. 68-69 (le texte tVanvais des MrLinm'n est écoiirtc . Il invi>que 
fomnie ai'j.;iiineii( d'ahurd (piil \- a une tlilTéreiiee de ni\i'aii entre la cata- 
ciimbe de Prétextât et le Idiiiheau de \'inei.'iilius , mais il délriiil lui-même 
la portée de cette observai ion en uulaut (|ue relie dillVreuee uesl (jue 
d'une marche {un assni ;ill<i iinulDiie). Il y a Ijeaueoup desealiers dans les 
fîalei'ies des catacombes. — l>e plus Garrueei croit avnii- trouvé les traces 
dime ancienne cloison en bois el même d'une muraille ({ui aurait isolé les 
sëjjulluit's i)aïennes du reste de l'hypogée. (Vest un arj^unicul iii<'u j'aihle. Il 
semble, l'ait essenliel, ((u'on ne puisse accéder aux nrcosoliii des Saba/iasles 
qu'en passani pai' la calacombe et (|u'ils n'eussent pas d'entrée distincte. 
EvifleinuienI un cvamen alleiil il' des lieux par un archéolofiuc pernu'Itrail 
seul de trancher la cpiestion. Mais, s'il est permis tie formuler une hypothèse 
d'après l'ensemble des indications fournies jus(|u'ici. je pense (pie la tombe 
de \'incentius, établie à l'mijrine dans un souterrain conti^ru et attenant au 
cimetière ilirc-l icn. lui plus lanl. ipiaiid celui-ci s'étendil. enveloppé |)ar 
cette nécropole a^^randic — des épi lap lies chré lie unes ont été i-eeueillics dans 
le couloir ménu' (pii y donne accès — et ((u'alors on boucha l'entrée des 
arcosoliinns pa'i'cns. (^elle l'eruielure ne put élre pratitpiée (|u après la 
destruction du pa^ranisme, (piaïul les seclaleursde Sabazius eurent disparu, 
et ne vinrent jikis rendre à leiu' pi'ctre les devoirs funéraires. 



SONDAGIvS PIlATInUÉS SLll LK MON I' ALXOIS 79 

eussent reçu l'initiation sacrée. Or l'Eg-lise primitive n'était- 
elle pas de même une association secrète, issue mais sépa- 
rée du judaïsme, et qui voulait réunir dans un même culte 
les gentils et les enfants d'Israël? Sans doute Tune et l'autre 
avaient été à Rome frappées d'ana thème par la Synag^og-ue 
orthodoxe ', et la commune hostilité dont elles étaient 
l'objet dut les rapprocher davantage. On comprendrait donc 
que les fidèles eussent pu concéder au prêtre de cette con- 
frérie un coin du terrain qui leur appartenait et tolérer la 
présence de son tombeau dans un hypogée contigu à leur 
catacombe. 

La communauté des adorateurs de Sabazius dut être 
absorbée de bonne heure par l'Eglise. On ne trouve plus le 
nom de ce dieu dans l'épigraphie romaine du iV siècle. 
Seuls les mystères de Bacchus (Liber pafcr) et leurs « bou- 
viers » sacrés continuent à y être mentionnés jusqu'à la fin 
du paganisme. 



KÉSLLTATS DE SONDAGES PHATIQUES SUR LE MONT ALXOIS, 

PAK M. LE COMMANDANT ESPÉRANDIEU , 

CORRESPONDANT DE LACADÉMIE. 

Sur la demande de M. le docteur Simon, président de la 
Société historique et archéologique de Semur, j'ai 1 honneur 
de communiquer brièvement à l'Académie les résultats de 
récents sondages pratiqués sur le plateau du mont Auxois. 

L'ère des discussions paraissant close , et l'identification 
d'Alise-Sainte-Reine et d Alesia, ne faisant plus, à ce qu'il 
semble, aucun doute pour personne, la Société de Semur, 
après entente avec les propriétaires intéressés, a pris Tini- 

1. Cf. pour les relations de rÉglisc romaine et des juifs sous Commode 
riiistoire caractéristique rapportée par Hippolyte, Philosopli., IX. 11. 



80 SU-NDAGKS l'HAlInLES SLll LE MONT ALXOIS 

tiative de recherches étendues sur remplacement du célèbre 
oppidum. A \a suite d'une conférence tenue à Alise le 
IS septembre dernier, quelques fonds furent réunis et un 
habitant de la commune, M. Pernet, ancien maire, qui déjà, 
de 1862 à 18().'), avait eu la surveillance des fouilles faites 
par ordre de Napoléon 111, sous la direction delà Commis- 
sion de la carte des Gaules et de son délégué, M. le capitaine 
Stoilel, fut charfçé d'en faire l'emploi. 

Quatre tranchées orientées Nord-Sud , et (jue Ton a rem- 
blayées depuis, furent ouvertes, le 16 octobre, vers le milieu 
du plateau, aux lieux dits Saint-Pierre, le (^hamp de la 
Cave, En Surelot et La Combe. Chacune d'elles avait une 
larg-eur de ()'" 7(1 et une profondeur vaiinble, mais (jui ne 
dépassait pas, en général, 0'" oO. La première, de [21 '" 30 
(le long, permit de couper dix-neuf murs et fit reconnaître 
une cave en petit appareil, que l'on déblay;i p;irliellement et 
dans laquelle on put accéder [)ar un escalier de sept 
marciies retrouvées en bon état. 

La seconde, de 129'" 7.". comportait une lacune de 
7 mètres sur l'emplacement du chemin actuel du Mont- 
Auxois. Elle coupa dix-huit murs, parmi lesquels ceux 
d'une autre cave, aussi en petit appareil, et dont le sol . 
à .'1 mètres de profondeur, était formé par uni' couche de 
béton. 

La troisième, de \)o"' ."iO, lit tlrcoux rir on/e murs et les 
traces d'un foyer rempli de cendres. 

La dernière eiilin, de lO.'l'" 'M), lu' donna (pic peu de 
résultats. Sur uiir longueur de iO mètres, on n a trouvé que 
le rocher; la majeure partie d(>s (IM mètres restants était 
constituée par du macadam recouM-rl. à trois rejirises dill'é- 
rcnli's, par les pierres écpuirries d un (lalla^f moins aneii'u. 
Deux murs seulement, l'un (K' ()'" 75. lautrede 0'" )(l, ont 
été coupés pai' la lianchée. 

Accessoireinciil , M. Pciiit-l a fail <tu\rir. ;i I mrlrc de 
profondeur, une tiaïKluc (le 2;) mètres de loni;- siu' 1 Cmphi- 



SONbAGES PUATIQUÉS SLK LK ^10^1' ALkOiS ^1 

cernent présumé d'un théâtre. On n'a rien trouvé , non 
point peut-être parce que ce théâtre est inexistant , mais 
uniquement, à ce que je crois, parce que les fouilles n'ont 
pas été suffisamment profondes. 

Les deux premières tranchées furent tracées dans le pro- 
longement et à 12"' i)0 l'une de l'autre; entre elles se trou- 
A^ait un puits, lui-même situé au Nord-Est, et à 25 mètres, 
d'un second puits dont on déblaya les abords. On reconnut 
ainsi les maçonneries d'une construction, dont le plan d'en- 
semble a pu être levé par M. Testart, vice-président de la 
Société de Semur, mais sur la nature de laquelle je ne sau- 
rais me prononcer. Le peu d'épaisseur des mui\s, qui ne 
dépassent pas '" 30, et leur mauvaise facture me paraissent 
exclure la possibilité d'un monument public. 

D'une manière générale, les différents murs que rencon- 
trèrent les tranchées avaient une épaisseur de '" oO à 
1 mètre. Ils étaient construits en petits cailloux assemblés 
avec du mortier; des pavages ou du macadam qui cor- 
respondaient, suivant leur largeur, soit à des rues, soit à 
des places publiques, les séparaient parfois. Un certain 
nombre de ces murs étaient recouverts d'un enduit eris. 
rouge ou blanc que décoraient des fdets d'autres couleurs. 

Les terres des excavations et celles retirées des puits n'ont 
pas été passées au crible; la saison du reste s'y opposait. On 
arecueilli, toutefois, une foule de menus objets, de nature 
à faire augurer favorablement des fouilles plus méthodiques 
que l'on se propose d'exécuter. C'est d'abord une quantité 
innombrable de clous de toutes dimensions, paraissant 
fournir la preuve que le bois entrait pour une bonne part 
dans la construction des demeures. Ce sont ensuite des 
fragments de marbre, la base d'une statuette de marbre à 
laquelle sont adhérents deux pieds de chèvre, ceux peut- 
être d'un dieu Pan, des débris de poteries rouges ou noires, 
quelques-unes peintes, dont la fabrication s'échelonne depuis 
l'époque de la Tène jusqu'au Bas-Empire et dont certaines 

1906. 6 



82 SONDAGES PRATIQUÉS SUR LE MONT ALXOIS 

sont estampillées aux noms des céramistes gallo-romains 
Ckrestus, Bassiis et Scoppus, des i^-onds de portes, des mor- 
ceaux de verre, un style et des boutons de bronze, un curieux 
petit polissoir en pierre dure, de la grosseur et de la forme 
d'une châtaigne, une pointe de javeline en fer, une épingle en 
os et des monnaies. Parmi celles-ci, dix ou douze sont gau- 
loises. J"ai noté, principalement, deux pièces des Mandubii, 
deux des .'Edui, une des Senones, une des Linyones et une 
des Leuci? avec la légende germanvs ixdvtilli. Des autres 
monnaies, aucune n'est consulaire; la plus ancienne est 
de Néron, la plus récente de Valentinien II. La plupart sont 
de Gallien et de Tétricus, de Constantin I et de Constance II. 
Leur nombre est encore insullisant pour nous fixer d'une 
manière certaine sur 1 époque où cessa d'exister la ville 
gallo-romaine, continuatrice de la cité gauloise que les sol- 
dats de César durent piller sans la détruire. Il est toutefois 
probable qu'il faut reporter cette époque au début du v*^ siècle 
et aux grandes invasions qui désolèrent alois nos pavs. 
Alise fut incendiée; M. Pernet a découvert, au cours de 
ses sondages, assez de charbon de bois pour en remplir 
plusieurs corbeilles. C'est d'ailleurs au moins pour une 
bonne part , grâce à la protection de la couche de cendre 
qui se forma, que la masse des clous dont je parlais tout à 
l'heure nous est parvenue. La' ville fut rebâtie ])lus tard, 
mais non [)oint peut-être sur le même emplacement. Klle 
semble avoir été reportée vers la crête occidentale du pla- 
teau, au lieu dit le cimetière Saint-Pier-'e , et avoir com- 
mencé, dès cette époque, vers la plaine, la di'scente qui se 
poursuit de nos jours, quoique lentement. 

En résumé, les sondages pratiqués sur le mont Auxois 
ont répondu [)lcinement à l'attente de ceux {[ui les firent 
entreprendre. 11 s'agissait de se rendre compte si des 
recherches bien conduites permettraient de reconstituer, 
non [)oiiit le plan de la vilh' g.uiloise, car les résultats des 
fouilles de Bibracte disent assez qu'on ne peut l'espérer, 



LIVRES OFFERTS 83 

mais celui de la cité ^allo-romaine qui se fonda au lende- 
main de la défaite. Or cette reconstitution est possible, et, 
pour l'opérer, il suffira de trouver de l'argent. x\près les 
exemples qui nous sont donnés à l'étranger par les fouilles 
de la Saalburg, de Numancia, de Haltern, de Bath, d'autres 
encore, il est à souhaiter, car il s'agit aussi d'une question 
nationale, que cet argent ne manque pas, afin que les terres 
du plateau du mont Auxois puissent être remuées sur tous 
les points, jusqu'au roc. La Société archéologique de Semur 
mérite grandement d'être encouragée dans son entreprise ; 
j'ai la persuasion que l'appui moral qu'elle sollicite de 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres ne lui fera 
pas défaut. 



LIMIES OFFERTS 



Le Sechétaire pei!péti:el offre à rAoadémie, de la part de 
M. Maspero, les publications suivantes du service des Anticiuités de 
l'Egypte : 

Annales du service des Antiquités de V Egypte, tome VI, 1"'' et 2*= fasc. 
(Le Caire, 1905, in-8»). 

Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire. 
]. Graeco-egyptian glasses, par M. C. C. Edgar; IL Archaic objects, 
par M. Quibell, tomes I et II; III. Stèles ptolémaïques et romaines, 
par Ahmed bey Kamal (Le Caire, 1904 et 1903, 5 vol. in-4°). 

]M. DE Vogué offre à LAcadémie , de la part dv la Commission de 
publication De Clercq , un volume intitulé : Marbres et ivoires, par 
M. de Ridder (Paris, 1906, in-4«) et félicite l'auteur, M. de Ridder, du 
zèle dont il a fait preuve. 

M. Chavannes dépose sur le bureau deux brochures dont il est 
l'auteur, intitulées : 

Fables et contes de l'Inde, extraits du Tripitaka chinois (Paris, 1903, 



84 SÉANCE bl l() FÉVRIER 190G 

in-8"; cxti'. du loiiie I des Actes du XIV'^ C()iuj/-i':s inlcrunlionHl <Ii>a 
Orient alistes). 

Les pays d'Oi-ciilc/il il'.iiu'rs Ir Wrilio I.cydc. l'.fOl), iu-S"; (\lr. du 
« T'onng-pac) )), srric II, \(il. \ 1. n" îi). 

M. Héron de Villefosse oflre à rAcadémie. au nom du U. P. 
Delattre, correspondant, une brochure iiililuK'O : Sarcophage en 
pierre, or/ir de drcom peints, trouvé à (^;irth;n/r', mai 1905 (extr. des 
Comptes rendus do i Acndéniie, 190)1). 



SÉANCE DU 16 FÉVUIEll 



PRESIDENCi: DE M. R. CAGNAT. 

Il esl donné communication à r.Académie d unt' |)roposition que 
l'Académie de Belgitiue désire soumellre à l'Association inter- 
nationale des Académies. Cette proposition a [)our objet de faire 
dresseï' la liste des documents uniques ou rares existant dans 
les Musées, bibliothèques, ar(hi\es et antres dépôts publics. — 
M. Léopold Dei.isle présente à ce sujet quelques observations. 

M. Salomon Reinach communique une note de M. Seymour 
de Ricci, donnant le texte et la traductii^n d'un fragment récem- 
ment publié en .Ulemagne de l'historien grec Sosylos, professeur 
de grec dllannibal. (^e fragment, déchiffré par M. \\'ilcken sur 
un papyrus grec de la bibliothèque deAN iirzburg, décrit en grand 
détail un curieux épisode dune bataille navale livrée en 217 av. 
J.-G. à l'embouchure de l'Hbre, et dans laquelle une heureuse 
manœuvre de la Hotte marseillaise assura le triomphe des Romains 
sur les Carthaginois. Ces derniers, par une feinte habile, avaient 
réussi à traverser la ligne des vaisseaux marseillais et se prépa- 
raient à virer de bord pour les prendre di' ihiiic et les couler 
avec- leurs éperons. Les chefs marseillais, ayant éventé ce projet, 
avaient laissé en arrière des unités de réserve qui intervinrent au 



LIVRES OFFEUTS 83 

bon moment et purent faire 8ubip aux vaisseaux carthaginois le 
sort même que ceux-ci réservaient à leurs adversaires. 

M. A. Cruiset rappelle que la tactique ici décrite est celle de 
Phornios dans legolfe de Corinlhe. 

M. DiEiJLAFov lait observer quiuie tactique toute pareille a été 
appliquée sur terre. 

M. Paul VioLLKT donne lecture dun mémoire intitulé: 
Le différend entre lionifnce VIII et Philippe le Bel. . 



LIVRES OFFERTS 



Le Président dépose sur le bureau de l'Académie le fascicule V du 
tome III du Recueil des Inscripliones grœca? ad res romanas perti- 
nentes, publié sous les auspices de l'Académie i^Paris, 190(5, in-S"). 

Le Sechétaike peupktuel offre à l'Académie, de la part de 
M. Edm. Marcha], secrétaire perpétuel de l'Académie royale de 
Belgique, un volume intitulé : L'ancien palais de Bruxelles et ses 
hâtes princiers, avec trois photographies (Bruxelles, 1905, in-8°). 

Le Secrétaire perpétuel offre, en outre, de la part de fauteur, un 
volume intitulé: A few events in the early history of the Parsis and 
their dates, by Jivanji Samslicdji Modi, B. A. 1877 (Bombay, 1905, 
118 pages in-8°). 

« Le nouveau travail de M. Modi, savant Parsi déjà connu par 
plusieurs publications intéi-essantes et fellow de l'Université de 
Bombay, éclaircit plusieurs points obscurs de l'histoire des Parsis et 
de leur établissement dans l'Inde. L'auteur a été provoqué à entre- 
prendre ce travail, comme il nous en avertit dans sa préface, par 
les questions que lui a posées M"« Delphine Menant, lorsqu'elle 
entreprenait son livre sur les Parsis. 

« C'est sur les sources (|ue M. Modi a travaillé, avec un scrui)ule 
d'exactitude qui ferait honneur aux érudits formés aux meilleures 
méthodes de la science occidentale. 11 a consulté, à cet effet, divers 



SO r.lVRES OFFERTS 

m.anuscrils persans el particiilièremenl des dociiiiifiils ijiiz.ir.ilis ùonl 
la valeur n'avait pas été soupçonnée, et qui n'étaient jamais sortis 
des arciiives sacerdotales de Nausari avant lo séjour (pio M"'' Menant 
a fait dans cette ville en 1901. Plusieurs planches exécutées avec 
soin par les procédés de la photographie donnent ([uelques échantil- 
lons de ces documents, inédits jusqu'à ce jour. Grâce à l'étude de 
ces pièces, M. Modi a réussi à fixer des dates qui, malgré toutes les 
discussions dont elles avaient été le sujet, restaient encore très 
incertaines. Pour arriver à cette fixation, il a tiré grand |)arti des 
rajjprochements qu'il a établis entre les données que lui fournissaient 
ses documents et les récils des historiens niusnlniiuis des dynasties 
locales. 11 a également rectifié plusieurs lectures d'Easlwick ; il a 
réussi à donner de la vie et de la réalité à des figures que l'on consi- 
dérait comme quasi légendaires, à celle par exemple de Changa-sliah, 
le clief (les Parsis à Nausari, vers la lin du xV siècle, (juiconque 
s'occupera désormais de l'histoire des Parsis ne pourra se dispenser 
de consulter ce mémoire; il est très court, mais tout plein de faits 
bien présentés et bien étalilis. » 

M. il. O.MONT dépose sui' le i)uican. an nom f\\i 1!. P. Louis Petit, 

des Augustins de r.VssoMqition. à Ojnstanlinople. un exem|)laire du 

Ti/piroii (le r,r(''(/oire IKiconrinnos ji mr- le nionitsfi'rc de J^i'-lrilznx 

y>'./ï7.oro, cvj />'///.7a/7e Saint-Pétersbourg, I9(t4, gr. in-S"; extrait du 

tome XI des Hj^âviiva Xooviy.â). 

La fondation du monastère de Pétritzos par le géorgien Grégoire | 

Pacourianos, grand domestique de l'empereur Alexis P"" Comnène, I 

remonte à l'année 108:{, et le Ti//iii-i)/i . pul)li('- d'après une copie du 
xviii'- siècle, conservée aujourd'liui à l'Académie roumaine de 
Bucarest, donne le détail de diverses fondations pieu.ses el philan- 
thropiques, de nombreux el précieux objets d'orfèvrerie, de riches 
étoffes, vêtements sacerdotaux, livres litni^;i(|ues, etc., (lonn<''s par 
Grégoire Pacourianos au monastère (pi'il avait fondé . G'esl im docu- 
ment important pour Ihistoire du monde byzantin à la fin du w siècle. 



l 



SÉANCE DU 23 FÉVRIER 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

Il est donné communication dune lettre dans laquelle M. le 
maire de Saint -Pantaléon- de -Larche annonce que le Conseil 
municipal de cette commune a décidé qu'une plaque en marbre, 
rappelant le nom de M. de Peletz, serait posée sur la façade de 
la mairie. M. le maire demande, à cet eiFet, une notice sur 
M. de Feletz, orig-inaire de Saint-Pantaléon-de-Larche, et qui 
fut membre de lAcadémie française de 1827 à 1850. 

Le Président du Congrès international danthropologie et 
dWrchéologie préhistoriques rappelle, dans une circulaire, que 
le Congrès tiendra sa XIII*" session à Monaco, du 16 au 22 avril 
prochain. Il fait connaître en même temps, dans cette circulaire, 
le programme des excursions qui auront lieu pendant et après 
le Congrès. 

M. L. Delisi.e fait la communication suivante: 

« Messieurs, 

« Les journaux vous ont appris un événement auquel l'.Acadé- 
mie doit s'intéresser particulièrement. Grâce à la sagacité et à la 
générosité dun des plus grands bibliophiles de l'Angleterre, un 
de ceux qui font Tusage le plus libéral de leurs collections et qui 
s'est fait connaître par d'excellents travaux sur dillerents manu- 
scrits à peintures, la Bibliothèque nationale va s'enrichir d'un 
insigne manuscrit, le tome II d'un ouvrage orné de miniatures 
de Fouquet, qui va reprendre sa place à côté du tome premier 
dont il était séparé depuis que le tome j)remier était entré en 
I.")23 dans la librairie de François I'-''. 



(S8 SKANCE 1)1" 23 FÉVRIEI! 1906 

« LAcadémie a été tenue au courant des vicissitudes du 
tome II (le l'exemplaire du Josèphe copié pour le duc de Berri 
cl illu'^lrc |)arJeaii l'nuquel pour Jacques, duc de Nemours. t)n 
n a pu en siiixi-c l;i (race depuis la mort du duc de Xemours 
jusqu'au wm' mccIc, éporpie à laquelle rexislence a pu en être 
conslaicccn Angleterre. Il a été reconnu et accpns pin- M. Thomp- 
son, dans une \enle l'aile à Londres en mars l'»<»!{, sans que le 
catalog'ue mentionnât aucune particnlarilé qui jKTniit don soup- 
çonner Torif^ine et la valeur. Malheureusement le manuscrit 
n'avait plus que le frontispice; il v maïupiail diMi/e miniatures. 
Tel qu'il était alors, il fut le sujet dune intéressante et luxueuse 
dissertation que M. Thompson fit paraître avec des fac-similés 
à la fin de Tannée 190.'}. 

'I Des douze miniatures qui manquaient an manuscrit vendu 
en !9l).'}, dix ont été tout récemment découvertes dans le palais 
roval de W'inflsor. dette déconNcrte a suj^f^éré à M. Thompson 
la pensée d'offrir son manuscril au lîoi, qui pr)nrrait le compléter 
en y faisant insérer les feuillets trouvés à \\'indsor, de façon à 
pouvoir en faire cafleau à la nation française, connue il est ilil 
dans une lettre en date du '2\ février, (pii mérite d'être portée à 
la connaissance de l'Académie : 

K Cher Monsieur, 

« Je pense qu il \ous sei'a aL;réal)le (Tapprendre (pie mon 
\i)hiiiie 11 des Antiquités de Josèphe, complété entièrement à 
rexccptioii de (leii\ mimaliires, par les dix (lec()ii|iures décou- 
vertes à ^\'indsor, va être ofl'eii à la naliun fraïK/aix' par le Uoi, 
aimable contribution à I entente cordiale. Ainsi, je donne le 
volume, l't le roi les dix déc()ii|iiires. C'est lui (pii l'ait le 
cadeau. » 

<( .\ celle lellre était joinle la jilinlof^raphie des dix ininialnres 
de Windsor. 

» Le n'Iabl issenieiil du cjiel'-d'u'u vre de l-'oiupiel ii e<l pas le 
seul acte par lequel \l . riidiiip^nn ^e soil sii^nale cnnniie repara- 
leur des mutihitiims ipi mil Mibie^ |iliisieur.^ des plus beaux 
manuscrits de notre pays. L an dernier, il s'est fait inscrire le 



SÉANCE DU 23 FKVRIEn 1 9(H> 89 

premier, et pour une somme con^^idérable, sur une liste de 
souscription qui a permis de remettre à leur place, dans un 
magnilique manuscrit de la bibliothèque de Mâcon, trois grandes 
miniatures du x\'' siècle, qui en avaient été distraites, comme il 
a été démontré dans une lecture faite dans une de nos séances 
en 1899. 

« Il appartient à TAcadémie de décider si elle ne croit pas à 
propos de la rentrée en France d'une notable partie du chef- 
d'œuvre de Fouquet, d'adresser des félicitations à M. Thompson 
et de prier Son Excellence l'ambassadeur d'Angleterre de 
transmettre au roi d'Angleterre, par la voie diplomatique, ses 
plus vifs et respectueux remerciements, au nom des amis des 
lettres et des arts en France. » 

Le Priîsident donne lecture du texte suivant de la résolution 
adoptée dans la séance précédente, qui a pour objet de faciliter 
les lectures aux personnes étrangères à 1 Académie : 

« Pour assurer une plus grande facilité aux personnes étran- 
gères, admises à faire des communications à l'Académie, le 
règlement sera appliqué comme suit: 

« Toute personne étrangère à l'Académie, désirant faire une 
communication, devra s'adresser au Président qui, connaissance 
prise de cette communication, pourra l'admettre immédiatement 
ou demander lavis d'un Académicien. 

K La communication sera ensuite, sous le nom soit du Prési- 
dent, soit de l'Académicien consulté, suivie du nom du lecteur, 
inscrite à l'ordre du jour. » 

^L Salomon Reinach tente d'expliquer le célèbre récit de 
Plutarque, où Rabelais, après Eusèbe, voyait l'annonce surna- 
turelle de la mort de Jésus. Le pilote d'un vaisseau, allant de 
Gi'èce en Ualie, s'entendit appeler trois fois par une voix 
mystérieuse qui lui annonça que le grand Pan était mort. Les 
passagers, parmi lesquels se trouvait un professeur de grammaire, 
informateur de Plutarque, témoignèrent de la véracité de l'his- 
toire qui fut l'apportée à l'empereur Tibère et l'inquiéta. 
M. S. Reinach lait observer que, d'après Plutarque, le pilote du 
bateau s'appelait l'hamniia et que Thamous est le nom syrien 



90 SÉANCE DU 23 IKVRIER 1906 

d'Adonis, dont les lidèles pleuraient chaque année la mort. A 
cette occasion, ils psalmodiaicnl une sorte de caulilène composée 
du nf)ni trois fois répété de Thanious et de (rois mots siyniliant: 
le très-grand [dieu] csl tiiorl — 6 -y.v\j.i^yj.:, -ih^r(;/.t. Le pilote et 
les passaj^ers, qui ignoraient l'identité de Thamous et d'Adonis, 
crurent (]ue le cri de Thamous appelait le pilote par son nom et 
que l'épilhète panmegns i très grand) signifiait « le grand Pan ». 
Ce malentendu nocturne est l'origine de l'histoire, vraie en 
substance, que Plutarque a rapi)ortée de bonne foi et qui a 
inspiré aux commentateurs, depuis quiii/e siècles, tant de 
singulières livpulhèses. 

MM. Alfred Croiskt, Maurice Cuoisin et J^. IIavkt présentent, à 
ce sujet, quelques observations qui portent sur les mots du texte 



grec. 



M. Hhkal critique la méthode même. 

M. BoissiKK re\ ieiil sur nu texte de Suétone lilé dans la 
discussion. 

M. iJnri-Aiov exprime aussi qucl(|ues doutes. 

M. Heinacii répond aux objections qui lui ont été adressées, et 
particulièrement au scepticisme de M. Hréal. 

M. ( liiiniiiM-CiANM-Ai rappelle que le nom de Thamous était 
le nom diiii mois dans le calendrier syrien. 11 doute de l'expli- 
cation donnée par M. lieiiiach. 

M. l'Ii. Hi;H(ii;i( explu|iie la rareté du imm d Adoiii- dans les 
inscriptions, et la forme AStov.; (jue le nom du dieu a [irise en 
grec. 



91 

LIVRES OFFERTS 



M. S. Reinach dépose sur U' bureau de 1" Académie, de la part de 
M. Georges Krémos, une Histoire du schisme des deux églises grecque 
et romaine. T. l : Depuis le début jusqu'à Photius (Athènes, lOOo, 
in-S"; en grec). 

M. BoissiEH présente à rAcadémie le troisième volume de 
l'Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, par M. Paul Monceaux 
(Paris, 1905, in-8° : 

<( Ce volume contient l'histoire du iv« siècle, et à vrai dire, la 
période dont il nous entretient ne présente pas le même intérêt que 
celle qui a précédé et celle qui doit suivre. Dans les doux volumes 
antérieurs, les faits se groupent autour d'un grand nom. Le premier 
a pour centre TertuUien, le second saint Cyprien. Dans le quatrième, 
qu'il prépare, il sera question de saint Augustin. Les événements 
qui remplissent le troisième ont moins d'importance, les personnages 
dont il est question ont moins d'éclat. Cependant M. Monceaux 
y trouve trois écrivains distingués, Arnobe, Lactance et Victorin. La 
fin de son livre est occupée par un sujet curieux et nouveau : la 
poésie populaire. Elle contient une étude très complète sur ce poète 
étrange qui écrit en vers barbares, dans une langue personnelle, et 
qui annonce l'avenir, sur Commodien. 

« Quand Renan disait que l'exploration scientifique de l'Africfue 
ferait grand honneur à la science française, il ne voulait pas parler 
seulement des travaux archéologiques, des explorations, des fouilles 
dont elle a été l'occasion, mais des œuvres d'histoire et d'érudition 
qu'elle a inspirées. Parmi ces dernières , l'Histoire littéraire de 
M. Monceaux tiendra certainement une des i)laces les plus hono- 
rables. » 

M. PoTTiER fait hommage, de la part de M. Degrand, ancien consul 
de France à Philippopoli, d'un livre intitulé: Souvenii-s de la Haute- 
Albanie (Paris, 1901) : 

« Ce n'est pas l'œuvre d'un touriste qui s'est promené. Ce sont les 
souvenirs d'un homme ([ui a séjourné de longues années dans ce 
curieux pays, moitié musulman, moitié chrétien, qui connaît à fond 
les habitudes, les caractères, les mœurs et les superstitions des indi- 
gènes. Il y a là, sur les coutumes du mariage, sur la vendetta et la 



92 LIVRES OFFERTS 

dette du sang qui sont la plaie de cette race, sur les légendes locales, 
sur les recherches archéologiques, beaucoup de détails (jui sont de 
rol)servalion psycliolo^nque très fine et qui seront lus avec profit par 
les historiens. La langue en est simple et saine. De nombreuses 
vignettes, exécutées d'après les clichés photographiques de l'auteur, 
illustrent le texte. » 

M. (llmrles Jom-n, eu présenlaul ;i l'Académie un article (ju'il 
vient de publier sur L'hellénislc d'Anssc df \'illoisoii, dans les 
« Annales de la Société d'Études provençales », (ail l'éloge de cette 
jeune et vaillante société et de ses organisateurs. Fondée il y a deux 
ans, elle a réussi au delà de tout espoir; elle a des correspondants 
dans presque toutes les villes de l'ancienne Provence, du Comtat- 
Venaissin et du comlé (1(> Nice; elle compte païuii ses uieinbres 
tous les archivistes, la plupart des professeurs (riiisloire et des 
savants de la région; elle en a même en Allemagne et en Améritjue. 
Ses Annules paraissent très régulièrement six fois par an, et elle n'a 
pas craint d'organiser celte année, à Marseille, un Congrès des 
Sociétés savantes de province, (pii a reçu déjà de nombreuses adhé- 
sions. Il y a là un e\eui|»le de décentralisation scientifique i|ue 
M. Cliarles .loret a cru devoir sit'ualer à l'Académie. 



Le (irrnnt. A. Picard. 



MACO.N, PHOTAT FnKHES, IMIMIlMKUnS 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 190G 

PRÉSIDENCE DE M. R. GAGNAT 



SÉANCE DU 2 MARS 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

Il est donné lecture d'une lettre par laquelle S. E. le cardinal 
Richard, archevêque de Paris, invite les membres de l'Institut à 
assister à un service religieux qui sera célébré à Notre-Dame le 
lundi 5 mars, à 10 heures, pour le repos de l'âme de S. E. le car- 
dinal Perraud, membre de l'Académie française. 

M. HoMOLLE annonce à 1 Académie que le Musée du Louvre a 
reçu la pierre nabatéenne qui a été achetée et transportée en 
France par les soins de M. Clermont-Ganneau. 

M. Auguste Goulon présente quelques spécimens des mou- 
lages de sceaux pris dans les Archives de la Gôte-d'Or pour les 
Archives nationales. Ge sont, par exemple, les sceaux d'Othou I\\ 
comte de Rourgogne (1286), de Jean de Ghalon, évêque de 

1906. 7 



94 SÉANCE DU 2 MARS 1906 

Laii^Tes (1331), dHéluise, sœur de Joimille, 1 liLslorien (l"2G9\ 
elc. ; d'autres représentent l,i ville de \ ienne, le mai-lyre de 
saint Léger, la légende de saint Aiidoche. Pour beaucoup, liiité- 
rêl artistique s'ajoute à l'intérêt historique. Les sceaux olfrent à 
l'archéologie, et dans toutes ses branches (architecture, costume, 
blason, etc.), un instrument de critique d'une valeur inappré- 
ciable, puisqu'ils ont w une date authentique, une origine cer- 
taine, une localité précise ». L'étude n'en sera pas inutile pour 
la détermination des écoles ou des influences régionales dans 
l'histoire de l'art. On voit quels féconds résultats peut produire 
le rapprochement de ces moniinients soit entre eux soit avec 
d'autres monuments. Mais leur fragilité les condamne à une 
disparition inévitable. Seul le moulage permet de les conserver 
et de les étudier à loisir. Une collection des sceaux de Bourgogne 
est la suite naturelle des collections analogues déjà faites pour 
la Flandre, l'Artois, la Picardie et la Normandie. 

y,l. s. Kkinacii annonce, à ce propos, (jue le travail du moulage 
de tous les sceaux existant dans les Archives des Pays-Bas est 
commencé. 

M. Paul \'iiiixET continue et achève la lecture de son mémoire 
sur le rôle de Bérenger Fredol dans le différend entre Boni- 
face VIII et Philippe le Bel. 

M. Henri Omont fait une communication sur un manuscrit 
nouvellement acquis pour la Bibliothèque nationale, et qui con- 
tient un traité inédit de Jean d'Argilly, chanoine de Saint- 
Etienne dfî hijon. Le nom de Jean d'Argilly n'a\iiit pas encore 
été signalé; il apparaît aujunnl'liui pnnr la prcinière fois dans 
l'histoire littéraire de la France au \i!'' siècle. 

M. lli'.uo.N DE \ ii.LEi'OSSE coninuniic[ uc au n<Jin du U. P. Jala- 
bert, i)rofesseur à l'Université de Beyrouth, le texte d'une nou- 
velle inscription latine renfermant les noms réunis des trois 
membres de la triade héliojiolitaine. Cette inscription a été trou- 
vée dans un gros village druse , situé au Sud de Beyrouth, à 
Choueifat, sur la i-oute de Saïda. Les trois ilivinités nommées 
sont Jupiter, \'énus et Mercure. Dans le Jupiter et la \'énus 



SÉAi\CE DU 2 MAliS I i)OH 95 

d'Héliopolis on s'accorde à reconnaître les grands dieux Iladad 
et Atargatis ; il est beaucoup plus diFlicile de déterminer la per- 
sonnalité divine qui recouvre le nom de Mercure, dautant plus 
que jusqu'à présent aucune sculpture ne nous a fait connaître la 
façon dont les Syriens représentaient le Mercure Héliopolitain *. 

M. Héron de Villefosse communique ensuite, au nom du 
R. P. Delaltre, une inscription trouvée à Garthage, à l'extrémité 
dune tranchée correspondant aux arcades extérieures de l'amphi- 
théâtre, côté sud. 

Elle est gravée sur un bloc de kadel régulièrement taillé, 
long de ()'" 84, haut de 0™ 54 et épais de 0"' 48. Cette base est 
entourée d'une moulure sur ses quatre côtés, en haut et en bas. 
Sur la face principale, on lit : 

DEO LIBERO 
A M P L 1 S S I M A E K A R T H A G I N 1 S 
OENOPOLAE CVM MERARIS OMNIBVS 

Hauteur des lettres, à la première ligne, 0"' 07, et à la seconde, 
0" 065. 

La partie supérieure de la pierre porte cinq trous, un au 
milieu et les autres aux angles. Quatre de ces trous conservent 
des restes de plomb coulé. 

A la partie inférieure, il y a aussi trois trous avec traces de 
plomb. 

Une statue de Bacchus devait s'élever sur cette base. 

M. Héuon de Villefosse pense qu'il s'agit d'une dédicace faite 
par les marchands de vin de Garthage [oenopolae] auxquels se 
sont joints 'tous les buveurs de vin pur [merarii]. 

Il existe une série de vases à boii^e en terre cuite, provenant 
principalement des bords du Rhin, et qui portent autour de la 
panse des inscriptions peintes, en lettres capitales, telles que : 
MERVM — DA-MERVM — MITTE-MERVM — REPLE-COPO- 
MERI. Sur d'autres vases de la même série on rencontre les 
acclamations : MITTE • COPO • CONDITVM — AMO • TE • CON- 
DITE — REPLE ■ COPO • CONDITI — CONDITVM • ABES. Ces 

l. ^'oir ci-après. 



96 SÉANCE DL- 2 M AUS 1906 

inscriptions indiquaient ainsi le genre particulier du vin versé 
dans chaque vase, suivant le goût du buveur. Aujourd'hui on ne 
met plus d'inscriptions sur les vases à boire pour indiquer la 
nature du vin; les bouteilles possèdent seules ce privilège; mais 
les boissons diirércntes sont offertes généralement dans des verres 
de formes différentes. I^a bière, par exemple, réclame un réci- 
pient d'un ,L;:ilhe particulier; le Champagne, le bordeaux, les 
vins de dessert ne sont pas dégustés dans des coupes de même 
forme ; dans quelques pays on boit même certains vins dans des 
verres de couleur. 

Ces vases à boire romains étaient donc vraisemblablement 
employés, suivant les inscrij^tions qu'ils portaient, soit pour 
boire du vin pur, meruni, soit pour boire du vin aromatisé ou 
apprêté à l'aide d'ingrédients étrangers , candilum*. Les accla- 
mations dont ils sont ornés prouvcul (juil existait des amateurs 
de ces deux espèces de vin et que les goûts des buveurs étaient 
nettement tranchés. Rien n'empêche de croire (|u"il y ;i\ait des 
associations de buveurs portant des noms signilicatils. Les 
inenirii de Garthage devaient être des buveurs de vin pur. 
Le mot mcrarius est formé de la même manière cpic le mot 
cervesnrius qui se lisait sur un des vases de la trouvaille de 
Bannassac, CERVESAR/.s féliciter, cl qui parait bien désigner 
les buveurs de ccrvoise. On sait (pu- la bière ou cervoise consti- 
tuait la boisson ordinaire des Gaulois de la Belgique : on a 
retrouvé près de Namur, dans la villa de Honchine, tout le 
matériel d'une brasserie. On en buvait aussi ii Paris, comme le 
prouve l'inscription de la gourde conservée au Musée Carnavalcl. 

Dans une inscription de Séville [Corp. tnscr. lalin., 11, WH'l . 
on trouve l'expression linlr;irii onines, expression analogue à 
menn'ii nniiws de I inscription de Carthage. 

M. ForcAHT commence la lecture d'une étude sur Didvmos. 



1. Onpciil l'apiîcior aussi l'insci'ipf ion fl'tin vase Irnmi- à Grand : I'.\RCE' 
PICATVM-DA-AMINHVM. 



1)7 



COMMUNICATION 



NOUVELLES DÉDICACES A LA TRIADE HÉLIOPOLITAINE , 

PAR LE R. P. LOUIS JALABERT, 

PROFESSEUR A l'uMYERSITÉ DE BEYROUTH. 

On sait la faveur dont a joui, surtout à l'époque romaine, 
le culte des dieux d'Héliopolis; on connaît la célébrité de 
leurs temples à Ba'albek et à Deir el-Qala'a. Il est donc 
étonnant de constater qu'il y ait fort peu d'inscriptions nous 
ayant conservé les noms réunis des trois membres de la 
triade héliopolitaine. Tout compte fait, il n'y en a que trois. 

Le premier texte connu a été découvert à Athènes ^ 
C'est une dédicace : 

f.o.METVE 
NERI • ET 
MERCVRIo 

HELIVPOLI 

/ANIS etc. 

C'est ce texte qui a permis à M. Perdrizet de compléter 
l'inscription mutilée découverte à Deir el-Qala'a-. 



1. CI. L., m, 72,S0. 

2. Cf. Lammen 
C. R. Acad 
reconnue pa 
66«3. 



., m, 72,S0. 

îimens, S. J., Musée belge, 1900, p. 302, n" 39, et Ronzevalle, S. J., 
, 1900. p. 255 = C. I. L., III, 1 1392 d. La fin de ce texte a été 
ar Lammens, Cumont, Perdrizet, dans le fragment C. /. L., III, 



98 NOUVELLES DÉDICACES A LA TIUADE IIÉLIOPOLITAINE 

I • O • M • H • 
VENERIMErc 



A peu près en même temps cpie M. Perdrizet , M. F, 
Cuinonl • proposait la môme restitution, mais en se fondant 
sur un texte diiïérent, sur une dédicace de Zellhausen 
(Ilessei adressée aux mêmes divinités'^ : 

I O M 
HELIO/)OLI/A 
N O V (' N E R / / 
E L I C I M E R C 
\' R I O a V G ;;; 
IVLIVS MARCI 
FIL F A /'/A RVF 
VS PAPI/IANVS 
SENTIV.Ç GEMEL 
LVS D0/;/0 BERyT 
PRAEF^ etc. 



1. Cf. Perdi-izot, C. R. Acnd., 1001. p. l:n-i:^2: Tîer. f/e.s et. une, juillet- 
septembre liiol : .. Lesdossiers de P. J. Maiielte sur lîa'albek et Palmyre ». 
tira{,'e à part, p. 35 sqq. 

2. Cumont, Muxëe heU/e. lOOI. p. 1 l!>. 

3. Ce texte, qui semble avoir échappé à M. Perdrizel. publié (Taboril par 
Brambach 'd.I.Rh.. lois . avait été bi-illammeut restilué par Domaszcwski 

Weshl. Knii. Ill.ill.. isnT. p. \:-2-]l(\ . Domaszewski. <pii s'était d'abord 
mépris sur la uaturc de ce Mercure associe aux dieux syriens et avait 
voulu l'ideutilier au\\'odan des Gei-mains, s'est con-ipé depuis ; cf. C. I. L., 
XIII, 665S. 

i. Il est bien possible qu'il y ait des liens de parenté entre ce person- 
nape et le dédicant de Deir el-Qnla'a M-SHNTIVS HM[porus?l; cf. C. /. /„. 
m, 1 '.392(1, dont la femme s'a|)pcllerail aussi SENTIA MVSA; cf. C.I.L., 
III. liiis '.. il supi-., note 2 de I;i pape !•?. 



NOUVELLES DÉDICACES A LA TRL\DE HÉLIOPOLITAINE 99 

A cette courte série je suis en mesure d'ajouter aujour- 
d'hui deux nouveaux numéros, et la rareté des dédicaces à 
la triade héliopolitaine donne à ces inscriptions une certaine 
importance. 

Je m'étais longtemps demandé si les trois dédicaces des 
chapiteaux de bronze doré des Propylées de Ba'albek' 
qu'on lit : 

/.o.MDIISHELIVPOL- ...etc. 

ne devraient pas plutôt se restituer : 

/•.,).;//.r.MDIISHELIVPOL-... etc. 
ou même : /. o. m. h. v. M • DUS • HELIVPOL ■ 

M. Michel Alouf, de Ba'albek, m ayant fourni avec beau- 
coup d'oblig-eance les estampages des deux textes, C. I. L., 
III, 138 a et b, j'ai pu mesurer exactement les lacunes et 
calculer rig-oureusement le nombre des lettres disparues. 
La restitution que je propose conviendrait parfaitement à 
l'étendue de la lacune ; il y a plus, 138 b me paraît conser- 
ver des traces certaines d'un V, suivi d'un point séparatif , 
avant le M -. On va voir que la présence des noms divins 
sous forme de simples sig-les n'aurait rien de surprenant", 
car nous allons les retrouver ainsi abrégés sur une inscrip- 
tion inédite que j'ai le plaisir de publier aujourd'hui. 

Je possédais depuis trois ans la copie d'une inscription 
latine relevée à Ghoueifat, gros village druse, situé au Sud 

1. C.r. L., III, 138 ; cf. p. 970, et III, 14385 b. 

2. Il ne semble pas qu'il puisse s'agir d'une cassure qui ne saurait être 
aussi franche et ai-rëtée juste au niveau supérieur et inférieur de la lettre; 
de plus, la surface de la pierre conservée un peu au delà du bas du \'. là 
où devrait passer la partie gauche de l'O , si la restitution du CI. /.., 
devait être maintenue, ne porte absolument rien. 

3. Il est opportun de rappeler ici l'importante dédicace bilingue de Deir 
el-Qala'a, publiée par le P. Ronzevalle, dont la partie latine est toute 
écrite en sigles : cf. Rev. archéoL, 1903. II. p. 29 sqi(. 



1i)l) nol;vi:llf:s dédicaces a la hîi ade iiéliopolitaine 

de Beyrouth, sur la route de Saïda. Cette copie, œuvre d'un 
illettré, paraissait exacte; cependant je n'osais me fier à la 
lecture de la première lijJi-ne. Après de longues recherches 
j'ai pu retrouver la pierre et m'assurer de la lecture. 

Le cippe, sur lequel est gravée l'inscription, se compose 
d'un dé de 0'" -SS de hauteur sur (I "' 30 reposant sur un 
socle mouluré, haut de 0'" 30. Il aurait été trouvé, il y a 
assez longtemps , h Choueifat même , dans les fondations 
d'un ancien château druse, ce qui impliquerait une prove- 
nance locale \ à moins que, à la rigueur, la pierre ait 
voyagé dans l'antiquité et provienne en réalité de Deir 
el-Qala'a. 

L'inscription occupe la face antérieure du dé ; elle compte 
six lignes d'une écriture assez négligée qui ne saurait guère 
remonter au delà du ii*" siècle et même plus probablement 
du m''. Elle est bien conservée et se lirait sans peine, n'était 
une cassure qui a fait disparaître le nom fort court du 
dédicant : 

I/////1 • M • H • V • M • 
CONSERVATORI 
BVS-C-\aL PRO 
SALVTE-IVBVR 
RIANAEVXORIS 
SVAE-V-LAS- 

La clef des siglcs étant donnée par les inscriptions rap- 
pelées plus haut, il faut donc lire sans hésitai inii : 

/(or/) \0{ptimo)] M[axlmo) II[eliupolilano) V{cnrri) 
M[crciiri<)) conservatorihus C-V/// pro sululc IV' lUirrianae 
uxoris suac v.l.a.s. 

1. Cille décôuvei-te fait en tons cas soiiliailcr (}ue quchiues ri-chorclics 
soiciil rntri'prises sur les lieux. Choueifat. il faut se le rappeler, n'csl point 
éloigné de Kafar-sinia; cf. liev. archéol., 1903, II, p. 34. 



NOUVELI 



.ES DÉDICACES A LA TRIADE IIÉLIOPOLITAINE 101 

La photooraphie laisserait croire à la présence de restes 
de caractères à la fin de la 4^ li^ne, après le R, et, au début 




de la 5% avant le R; mais Fexamen attentif de la pierre 



102 NOUVELLES DÉDICACES A LA TRL\DE HÉLIOPOLITAINE 

prouve qu'il n'en est rien et qu'il n'y a là que de lég-ers 
accidents. 

Les seules difficultés concernent les noms propres. Et 
d'abord celui du dédicant. On serait tenté de lire C'Va/(^- 
rius), et cette al)réviation n'aurait rien que de rég-ulier; 
mais, si le V est absolument certain, les restes du caractère 
qui suit sembleraient sug-g-érer R plutôt que A (cf. la form*^ 
des R de Burrianae) ; de plus, dans l'espace assez considé- 
rable qui sépare cette seconde lettre de la troisième je crois 
bien reconnaître la trace d'un point séparatif sur l 'extrême 
bord de la cassure. Je ne proposerai donc la lecture (.'■ 
V[a]lierius) qu'avec une certaine réserve, bien que je n'en 
voie pas de plus plausible. 

Le nom de la femme du dédicant ne laisse pas que de 
présenter aussi quelque difficulté. On connaît Barri us [C. I. 
L.,X, Li03a), Buria (VIII, 7236), Bijrria (XII. 3129,3481), 
Birria (XII, lo(;2), Burianus (VIll, (kS3. IX, 2508); la 
forme Burriana n a donc rien de surprenant. Il en va autre- 
ment du premier élément qui se lit sans hésitation IV' 
suivi d'un point très net. Je crois que, mali^ré tout ce qu'il 
y a d'insolite dans cette abréviation, il faut lire Ju[lia)K 
Nous aurions donc, sous le bénéfice de ces remarques : 

/. [o.Jm. h. V. m. conscrvatoribus C' Val(crius\ pro sainte 
Ju(liae) Burrianae, uxoris suae, v. l. a. s. 

Malheureusement ce texte, bien qu'il nous fasse connaître 
une nouvelle épithète donnée en commun aux dieux hélio- 
politains-, ne nous renseif^^ne pas davantag-e sur la person- 
nalité des trois dieux associés dans un même culte à lia al- 
bek et à Deir el-Qala'a. Tous les elforts tentés, en elfet, 

1. On |)(>uii;iil songer aussi à [T]uburriana : mais, outre (juc ce nom 
serait, je ci'fiis, sans ])récédenl. il l'iiiKliMil ne pas tciiir compte ilu pninl 
séparatif (jui est indubitable. 

2. C>elte épitliéle, a|)anage de .lujjiter Optimus Maximus, avait déjà été 
appliquée au .îiipiter Héliopolitain : cl'. (L I. L.. III, 1-4165^. 



NOUVELLES DÉDICACES A LA TRIADE HÉLIOPOLITAINE 103 

pour résoudre définitivement en ses éléments sémitiques la 
triade héliopolitaine n'ont pas abouti à un résultat absolu- 
ment certain '. Si Ton s'accorde assez généralement à 
reconnaître, au moins pour l'époque romaine, dans le Jupiter 
et la Vénus d'Héliopolis, les grands dieux Hadad et Atar- 
gatis -, la personnalité divine que recouvre le nom de 
Mercure est beaucoup moins aisée a déterminer •^. 

La question ne semble pas près d'être résolue, et, bien 
que l'invocation collective « diis heliupolilanis » semble 
plutôt impliquer une communauté d'origine, je me demande 
si le Mercure , troisième personnage de la triade héliopoli- 
taine, recouvre réellement un dieu indigène, ou s'il ne serait 
pas plutôt purement d'importation romaine, si ce ne serait 
pas tout simplement le dieu romain des routes et du com- 
merce ', tel qu'il apparaît avec ses attributs caractéristiques 
sur le revers d un bronze de Philippe Junior frappé à 
Ba'albek\ 

Cette supposition s appuierait encore sur ce fait que 
Mercure, comme le remarque M. Is. Lévy*^, semble avoir été 

1. On trom'era les indications et les i-cférences nécessaires dans rarticle 
d'Isidore Lévy, « Cultes et rites syriens dans le Talmud.I. La Triade hélio- 
politaine » ; cf. Revue des études juives, t. XLIII (1901), p. 184-195; cf. 
aussi René Dussaud. Motes de mythologie syrienne (Paris, Leroux, 1903- 
1905, in-S"), p. 2i sqq., ILi. 

2. Cette double équation est cependant rejetée par Is. Lévy, l. c, p. 191. 

3. On comparera avec intérêt les opinions diverses émises par Ilod'mann 
(C. /. L., III, 7288); Cumont, Musée belge. 1901, p. 149); Is. Lévy [L c, 
p. 188 sqq.) : Dussaud {l. c, p. 24 sqq. (1903' ; 112-114 (1905). 

4. Cette supposition revient en première ligne à M. Dussaud (l. c, p. 27). 
Depuis, il a cru devoir rabandonner : je crois volontiers qu'il est prudent 
d'y revenir. 

5. Cf. W. "N^^'roth, Catalogue of greek coins of Galalia, Cappadocia and 
Syria, p. 294, n° 26, et pi. .\xxvi, 9. 

6. Cf. 7?. et. juives, l. c, p. 191. La monnaie de Philippe, ainsi que les 
inscriptions que nous possédons, viendraient à l'appui de cette conjecture : 
le texte de Zellhausen est daté par les consuls de 249, les dédicaces des 
Propylées de Ba'albek sont en l'honneur de Caracalla, notre texte est du 
lu" siècle; les deux autres ne semblent guère devoir être reportés plus 
haut. 



104 NOUVELLES DÉDICACES A LA TRL4DE HÉLIOPOLITAIXE 

tardivement ajouté, pour compléter la triade, au couple 
divin « noyau central et suprême du panthéon d'Héliopolis ». 
Nous aurions ainsi la raison de la rareté des dédicaces à la 
triade héliopolitaine , qui paraît très frappante en face du 
grand nombre de textes mentionnant soit surtout le Jupiter 
Héliopolitain seul, soit le couple Jupiter et Vénus '. 

C'est i3eut-être aussi ce fait qui expliquerait que, jusqu'à 
présent, aucun relief votif ne nous ait fait connaître sous 
quels traits les Syriens de l'époque romaine se représen- 
taient le Mercure Héliopolitain -. 

P.-S. — La restitution proposée pour les inscriptions 
de Ba'albek, C.I.L., III, 138 a et b et S. 1438ob, déjà 
autorisée par l'estampage de 138 b, est définitivement éta- 
blie par une ancienne copie (cf. C. I. A., 138) dont les édi- 
teurs du Corpus n'ont pas tiré assez parti. Monconys (1665) 
et de La Roque (1722) ont lu : 

MVMDIIS HELIOPOLPROSVL- 



EX VOTO, 



Cette copie , qui reproduit 138 a — comme on peut s'en 
convaincre en examinant la coupe des lignes — tranche la 
question : il faut indubita])lement reconnaître, dans ce texte 
et ses répliques, des dédicaces aux trois dieux de Ba'albek. 
Le texte doit donc se restituer : 

/. o\ m. V. m. diis HcJiiipol... etc. 

1. Cf. V. g., c. /. L., III, 11139, 111 iO. 

2. M. Perdri/el avait cvw reconnaître le siimhole du Mcroiiio d'IIrlin|)olis 
dans le caducée que tient dans ses serres l'aigle représenlt- au soffite tic la 
jKirlc du Icuiple de Bacclnis A Ba'albek. Cette interprctatimi a été récusée 
par Isidore Lévy. Dussaud et O. Puclistein [Fûhn'v iltinh <lie Hninen von 
Bii'ulbek. Berlin, Heimer, 1905, in-S", p. 30). 



lOo 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel offre, au nom de l'Académie royale des 
sciences de Bavière, un ouvrage de M. Adolf Furtwangler intitulé : 
Aegina Tenipel cler Aphaia (Munich, 1906, in-4°, avec 1 vol. de 
planches). 

M. Héron de Villefosse présente à l'Académie, au nom de 
M. Joseph Déchelette, conservateur du Musée de Roanne, un ouvrage 
intitulé : Le Ilradischt de Slradonitz en Bohême, par J.-L. Pic, con- 
servateur du musée du royaume de Bohême à Prague, ouvrage tra- 
duit du tchèque par Joseph Déchelette, avec 58 planches dont 4 en 
couleurs et 15 figures dans le texte (Leipzig, 1906, in-4°). 

Au centre de la Bohême, à 32 kilomètres au Sud-Ouest de Prague, 
se dresse un oppidum, connu sous le nom de Hradischt de Slrado- 
nitz, dont les archéologues allemands et autrichiens ont, à diverses 
reprises, signalé le haut intérêt. Par un phénomène assez inattendu 
les belles découvertes faites sur ce point présentent l'analogie la plus 
complète avec celles qui ont été faites en France, à Bibracte, l'an- 
cien oppidum des Éduens, situé sur le plateau du mont Beuvray. Ce 
fait mis en lumière d'une manière incontestable permet d'établir une 
étroite similitude entre deux centres de culture celtique, séparés l'un 
de l'autre par une distance considérable et cfui, cependant, offrent à 
nos études deux images semblables d'une même civilisation. 

M. le docteur Pic, conservateur du musée national de Bohême, a 
publié en 1903, en langue tchèque, la monographie détaillée des 
découvertes faites au Hradischt de Stradonitz ; il reconnaît dans ces 
ruines la résidence royale, la ville historique de Marobod , roi des 
Marcomans. M. Joseph Déchelette, qui nous en donne aujourd'hui 
une traduction française, revue par l'auteur et constituant pour ainsi 
dire une nouvelle édition, est porté à considérer Stradonitz comme 
un oppidum boïen fondé dans le cours du i»^'" siècle et détruit sans 
doute à l'arrivée de Marobod, vers l'an 10 avant Jésus-Christ. 

Quoi qu'il en soit de ces divergences d'appréciation, la comparaison 
des objets trouvés à Bibracte et à Stradonitz est des plus instructives. 
Les nombreuses planches de ce nel ouvrage exécutées d'après les 
meilleurs procédés font passer sous nos yeux le butin archéologique 



106 SÉAINCE DU 9 MARS 1906 

recueilli à Stradonitz. L'examen des monnaies originaires de la Gaule 
orientale et de THelvétie, l'étude des objets de parure en bronze, en 
verre coloré, en émail, celle des anneaux, des ornements de cein- 
tures, des pendeloques, des ustensiles, des outils, des armes, de la 
céramique pointe, des objets en pierre, en os et en terre cuite, des 
figurines d'hommes et d'animaux, tout concourt à établir la similitude 
de la civilisation du Hradischt avec la civilisation de la Gaule orien- 
tale. 

La traduction de M. Joseph Déchelette a pour but de rendre ce 
livre accessible à un plus grand nombre de lecteurs. Tous les amis 
de nos antiquités nationales lui sauront gré du nouveau service qu'il 
rend à leurs études. 

M. Cacnat fait hommage, au nom de M. G. Jullian, correspondant 
de l'Académie, de la leçon d'ouverture faite par celui-ci au GoUège 
de France. Le titre de cette brochure : La vie et l'élude des nioiiu- 
nif'iils français, en indique nettement la portée. Avec son érudition 
consommée et dans le style à la fois vigoureux et élégant qui lui est 
habituel, M. Jullian a montré que la curiosité envers nos vieux 
monuments, tout en prenant des formes difTérenlcs suivant les âges, 
a été commune à toutes les époques de notre histoire. Il a suivi dans 
ses transformations cette étude de nos antiquités et a rendu justice 
à tous ceux qui s'y sont successivement appliqués, (jui ont cherché, 
suivant ses propres expressions, « à leur éi)argner cette mort nou- 
velle {!t définitive qui est l'oubli de l'existence antérieure». M. Jullian 
ne pouv.'iil pas mieux nous prouver (jue nous avons eu raison de lui 
ouvrir toutes grandes les portes du GoUège de F"rance. 

M. Gagnât dépose également sur le bureau, de la part de M. Jullian, 
une traduction en allemand de son livre sur Vercingétorix. 



SÉANCE DU 9 MAUS 



i'iii:si»i:N(:K ni-; .m. h. cacinat. 



M. Paul Canihnii, anibassadciir de l'r;iiur à Londres, écrit 
au Secrétaire perpétuel pour lui annoncer ((ue. suivant son 
désir, il a transmis les renieicienienls de l'Académie à S. M. le 



SÉANCE DU 9 MAKS 1906 107 

roi d'Angleterre pour le don qu'il a fait à notre Bibliothèque 
nationale du second volume des c( Antiquités juives >•, de Josèphe, 
illustré par Jean Fouquet. 

A ce propos, M. L. Delisle donne quelques détails sur la 
remise de ce volume à la Bibliothèque nationale. 

L'Université d'Aberdeeu invite l'Institut à se faire représen- 
ter au quatrième centenaire de sa fondation qui sera célébré en 
septembre prochain. 

M. Philippe Berger communique à l'Académie, de la part de 
M. Merlin, directeur du service des antiquités et arts de Tunisie, 
la photographie d'une inscription néo-punique', trouvée dans les 
ruines de Ziane en Tunisie par M. le lieutenant de Pontbriand. 
Une inscription latine dédiée à la Cœlestis , trouvée au même 
endroit, semble prouver que l'on est sur l'emplacement d'un 
temple. 

Les fouilles sont poursuivies et il y a lieu d'espérer qu'elles 
donneront d'heureux résultats. 

^L Gagnât ajoute quelques détails sur l'état des fouilles. 

L'Académie présente pour la médaille que la Société centrale 
des architectes français décerne, chaque année, à un membre de 
l'une des Écoles d'Athènes ou de Rome, M. Albertini, ancien 
élève de l'École normale supérieure, agrégé des lettres, membre 
de l'Ecole française de Rome. 

^L Albertini a mérité cette distinction par la part très active 
qu'il a prise, pendant l'été de 1905, aux fouilles que M. Pierre 
Paris, professeur à l'Université de Bordeaux et correspondant de 
l'Institut, exécutait en Andalousie, dans le terrain d'où est sortie 
la célèbre statue, d'un style si original, qui est entrée au Louvre 
par les soins de M. Paris, il y a quelques années, et qui est 
connue sous le nom de la dame d'Elché. M. Paris étant tombé 
gravement malade au cours des fouilles, c'est M. Albertini qui a 
dû en prendre la direction et les conduire à bonne iin. Elles 
n'ont pas fait découvrir de morceaux qui puissent rivaliser, pour 

1. La photog:raphie a été faite par M. le lieutenant Faveris . adjoint à 
M. de Pontbriand. Cette inscription avait déjà été communiquée d'après 
un estampage de la Commission du Nord de lAfrique. 



108 • LIVKES OFFERTS 

leur importance ou leur beauté , avec hi dame li Elchê : mais 
elles ont livré, outre quelques curieux fragments de sculpture, 
de nombreux débris d'une céramique locale dont les plus beaux 
échantillons, mis par M. Albertini sous les yeux de l'Académie, 
dans une de ses séances d'octobre, l'ont vivement intéressée. Le 
style du décor, dans cette céramique, rappelle à certains égards, 
d'une manière frappante, celui de la céramique dite mycé- 
nienne. Il y a là la (race de relations très anciennes entre le 
bassin oriental et le bassin occidental de la Méditerranée, rela- 
tions dont l'histoire n'a pas gardé le souvenir, mais que donnent 
à supposer ces humbles monuments d'une industrie qui paraît 
avoir été très florissante chez les Ibères. 

M. FnucART continue la lecture de son mémoire sur Didymos. 

M. PoTTiER communique un passage du troisième volume du 
Calalocfue des vases du Louvre (en préparation), relatif à une des 
plus célèbres coupes attiques du Louvre, la Prise de Troie, exé- 
cutée dans l'atelier du potier Hrygos. 



LIVRES OFFLirrS 



Le Si;ciu':t.\iiîf. perpktuiîl dépose sur le i)ui-(>im le sixième fascicule 
des Complcs rendus des s('';incrs de l'Acudt-nde, pour laïuiée l'.lOil, 
novembre-décembre (Paris, 1905, in-8°). 

il oITic en outre, au uoiii de l'Académie royale des sciences de 
Vienne, le 51"^ volume de louvrage inlilulé : Drnlcsc/iriflrn der /misrr- 
liclion Akadeinie der Wissenschnftcn. — l'Iiilosiijthiscli-historische 
A7a.s.se (Vienne, 190G, in-i"). 

M. Ilariwig Derenboiihg a la |).ii()l(' pour iiu lioinuia^e : 
(( A i'iinitalion de la Bibliolliè(|ui- égyplolo^n(iue, cousacrée aux 
égyplologues français, fondée cl dirigée par uoirc confrère Gaston 
Masporo, M. lùnilc Chassinal, directeur de l'inslitul français d'ar- 
chéologie orieulaie du ('.aire, a eu Tlieureuse idée d'inaugurer une 
liihli<)tlir<[ui' des unihis.inls fi'.iiirnis. Li' premier noIuuu- di- la collcc- 



SÉANCE DU 16 MARS 1906 109 

tion étant consacré à Tna do vos anciens secrétaires perpétuels de 
1833 à 1838, à Silvestre de Sacy, on s'est souvenu que j'avais consa- 
cré naguère une Notice biographique au Maître, dont j'occupe la 
chaire depuis vingt-sept années. La première édition, puljliée à 
Leipzig en 1880, a été suivie d'une deuxième à Paris et Versailles en 
1892 et d'une troisième à Paris en 1895. C'est la ([uatrième, révisée 
en 1903, qui a paru au Caire en 190:i, (jue j"ai l'honneur d'ofTrir à 
notre Compagnie. On y trouve pour la première fois, comme sup- 
plément, une Bibliographie générale de Silvestre de Sacy, due à 
M. Georges Salmon, et qui comprend 434 numéros. Je ferai remarquer 
([ue je n'ai pas cru devoir reproduire l'Appendice de la 3'" édition, 
contenant une iconographie de Silvestre de Sacy, sous forme d'une 
lettre qui m'avait été adressée le 4 octobre 189b par M. Armand 
Silvestre de Sacy, arrière-petit-tils du grand arabisant. » 



SÉANCE DU 16 iMARS 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

L'Académie royale des sciences de Vienne communique à 
l'Académie une proposition que la Société royale de Londres 
doit faire à l'Association internationale des Académies, dans sa 
session du mois de mai prochain , et concernant un Index de 
toutes les publications relatives à l'histoire, la philosophie et la 
philologie. 

M. Hamv, membre de TListitut, président du Comité d'orga- 
nisation du Congrès international d'anthropologie et d'archéo- 
logie préhistoriques, dans une lettre qu'il adresse au Président, 
rappelle que le Congrès tiendra sa XI II'' session à Monaco du 16 
au -l'I avril prochain, et il prie l'Académie de vouloir bien se faire 
représenter à cette réunion scientifique. 

^L Ch. JoRET est désigné. 

1906. >* 



110 



SÉANCE DU 16 MAHS 1906 



M. P. FoucART lit le résumé d'une note de .M. Xaviiie, corres- 
pondant de rAcadémie, sur les principales découvertes quil a 
faites cette année à Deir el Bahari et j)résente des photographies 
envoyées par le savant égyptolo<;ue. Le 7 février, il découvrit 
une chapelle de la déesse Mathor creusée dans le rocher sur 
une profondeur de quatre mètres. La porte n'existait plus, 
mais l'intérieur était intact. Des bas-reliefs peints, dont les cou- 
leurs ont un éclat merveilleux, représentent des actes du culte 
accomplis par le roi Tiiolniès III et les membres de sa famille. 
La déesse à laquelle la chapelle était consacrée, est figurée en 
forme de vache, de grandeur nalurelle. l-'ntre les cornes est un 
disque lunaire, surmonté de deux plumes; de chaque côté du 
cou. une gerbe de plantes aquatiques, l'allé allaite un jeune gar- 
çon, qui est évidemment Aménophis II. le Hls de Thotmès III; 
son cartouche est gravé sur le cou de la vache. Le même roi est 
représenté, en homme fait, sous le mulle de l'animal. C'est la 
première fois qu'on trouve en Egypte une pareille chapelle avec 
une déesse de cette grandeur. Elle est certainement l'œuvre d'un 
artiste très habile; le modelé du corps et de la tête est d'une 
grande beauté. 

M. Philippe Bekger présente de la part du D"" Carton un cha- 
ton de bague en or acheté à 'l'unis à un .Arabe par M. le capitaine 
Marty. 

Le chaton représente une Athéna casquée, vue de trois quarts. 
Le casque est surmonté d'un cimier et porte des deux côtés 
deux garde-joues. Au-dessous, on remarque une sorte de treillis 
dans lequel il faut peut-être reconnaître des boucles de cheveux. 

En haut, à droite et à gauche de la tête, on lit les deux lettres 
puniques ,-ilefel lav. M. Berger propose de voir dans ces deux 
lettres rabré\ ialimi d'iiii nom priij)re, et de lire soil f'mm;il 
Aslorel, ntnn de femme assez fréquent à Carlhage, soit peut-être 
Ummal Tnnil, "la Mère Tanit ». Ce serait alors le nom propre 
de la divinité figurée sur le chalon, et nous aurions là un nouvel 
exemple de l'identification d'.Mhéna avec la déesse Tanit à Car- 
thage. 

M. C.\GNAT communique en seconde lecture son mémoire sur 
les bibliothèques municipales de l'Empire romain. 



SÉANCE DL 10 -MAI'.S 1 îHj() 111 

M. F<iLCAKT continue la lecture de son mémoire sur Didymos. 

M. Maurice Croiset demande quelques éclaircissements sur 
certaines assertions de Didymos. 

MM. Reinach et Boissieb ajoutent quelques mots sur l'habi- 
tude des historiens grecs de refaire les lettres et les discours 
quils citent. 

Le Phéside.nt communique à l'Académie les résolutions prises 
par la Commission du règlement au sujet des élections de com- 
missions et de lessai de publication mensuelle des Comptes 
rendus. 

M. Chavannes , au nom de la Commission du Prix ordinaire, 
fait le rapport suivant : 

« La question proposée était la suivante : Etudier une période 
de l'histoire ancienne du Japon. 

« Un seul mémoire a été présenté au concours; il est intitulé : 
« Shôtoku Taishi et son époque » ; le nom de l'auteur est sous pli 
cacheté. 

<< La Commission décide de ne pas décerner le prix ; elle 
accorde un encouragement de cinq cents francs à l'unique tra- 
vail qui lui a été soumis. L'auteur de ce mémoire est invité à se 
faire connaître. » 



1 12 



i,i\iîi;s (»ffi-:hts 



Le Si:cni';TAiitK peisphtiki. dépost- siii le Inirecui de 1 Académie : 

1" Le tome V du Ilcciicil des Ilisldrirns orientaux des Croisades 
(Paris, lîMIC, in-foL) ; 

2° La 2'' partie du tome XXXVII des Mémoires de VAcndémie des 
insrriplinns el helles-letlres ("Paris, 1906, in-i") ; 

M" Le volume XIH. partie» 3. fascicule II, du ('.or'jtus iiisirijiliomtin 
l:ilinnriiiii. publie par l'Académie de P>erliii 15 /rlin. l'.lOCi, iu-4°). 

Le .Miuisière des cultes et de l'instruction publique de Danemark 
adresse à l'Académie un exemplaire du tome \\\ de l'ouvraye inti- 
lulé : De d.iiishc Hiini'inindesinœrlier, par L. \\ immer (Copenhague, 
lUOO, in-'t"). 

M. Senamt oITic à lAcadéniie. de la part de l'auteur M. L. Re<înaud, 
un mi'-moire iiitiluli'' : Ih'chcrclios sur les poin/s de ilrpnrl des noms 
(/fs rsis rrilii/ufs exlr. du .Jiiurii;iJ :iy<i:tH<iue). 

■ < On sait (pie la tradition hrahniauicpie [irélend avoir conservé le 
Udin des auteurs de chacun des hymnes du Rig-^'éda. Bien des indices 
rendent les attributions suspectes. On l'avait remarqué depuis 
longtemps. M. Regnaud. relal i vemenl ,'i Tautorité ipiil convient d'ac- 
corder aux informations et aux commentaires indigènes sur le \'éda, 
profosse, on h^ sait, un scepticisme^ intransigeant. Il atlacdie ainsi un 
jii'ix p irticulicr à ruiner ces attributions, dont un bon nombre sont 
clairement arbitraires. Pour en mettre en relief la vanité, il nous en 
préseiili' la liste, en indiipiani eu rei;ai'd le mol. le ])assage de l'hymne 
qui, suixani lui. a lardixcmeid , et souvent par de purs jeux d'esprit, 
fourni le nom propre de l'auleur^réputc''. Tel est l'objet de la bi'ochtire 
dont il m'a chargé de faire hommage ;i l'Académie. 

" .le ne suis pas personnellement porté à exagérer la valeur de 
la tradilion brahmanicpie , el je ne suis pas de cviw <pii nieni r('-so- 
lumeiil. cidre l'âge de la prddiiction védiipie el la p('-riotle religieuse 
suivante, toute solution de rigoureuse continuité, .le ne ])uis cepen- 
dant dissimuler que M. Regnaud me s(>mble expédier un peu leste- 
ment, inie question (jui exigerait |ilus de di'dail. Il n'eût |ias été 
su|Milln de peser avec jilus d(> précision ce cpie les Indous entendent 
|)ar les rsis — Sf)i-disanl les auteurs — des hymnes, et de manpier 
avec plus de rigueur jusipi'.'i epud point M. Regnaud prétend inno- 



LIVRES OFFEKTS 1 l 3 

ver sur les savants qui ont antérieurement envisagé la question et 
sur les idées qui ont cours. 

« Son travail est, à mon avis, trop sommaire pour porter autant qu'il 
le souhaiterait. Cela ne saurait m'empêcher de reconnaître qu'il 
constitue pour Texamen de la question un recueil suggestif d'indi- 
cations et de conjectures qui ont leur prix. » 

M. Clekmont-Ganneau dépose sur le bureau de l'Académie un 
article qu'il a publié dans la « Byzantinische Zeitschrift» et intitulé: 
Observations sur les « Inschriflen ;ius Syrien » H. Z.. l. XIV, pp. tS- 
68). 

yi. Ilartwig Derenrolrg a la parole pour un hommage : 
« M. le D' J. llirschljerg, inol'esseur d'oculistique à l'Université 
de Berlin, ne se contente pas d'être un praticien habile et un biblio- 
phile avisé (le catalogue imprimé en 1901 de sa bibliothèque médi- 
cale ne remplit pas moins de 4l}4 pages), il a consacré ses loisirs et 
ses veilles à l'histoire de l'oculistique, et je suis chargé par lui de 
vous offrir une vi-aie encyclopédie, formée des ouvrages qu'il a 
composés sur ce sujet. En voici l'énumération : 1" Egypte : Eludes 
hisloriques d'un oculiste Leipzig, 1890); 2" L'oculistique d'Aëtius de 
Amida, en grec et en latin (Leipzig, 1899); 3° Histoire de l'oculis- 
tique dans l'antiquité (Leipzig, 1899), comprenant la thérapeutique 
de l'œil malade chez les anciens Egyptiens, les Indiens, les anciens 
Grecs, les Byzantins; 4° L'oculistique d'Avicenne , traduction de 
l'arabe et commentaire, avec la collaboration d'un arainsant très 
distingué, M. J. Lippert iLeipzig, 1902); o" Les oculistes arabes étu- 
diés d'après les sources, avec le concours de MM. J. Lipi>ert et E. 
Miltwoch (Leipzig, 1904-1903); 6° Histoire de l'oculistique chez les 
Arabes (Leipzig. 1905 . » 

M. 11. Omont dépose sur le Ijureau deux petits volumes édités par 
la maison Berthaud frères et donnant la reproduction en phototypie 
des miniatures de deux manuscrits de la Bibliothèque nationale : une 
17e de saint Denys, copiée et enluminée à Paris au milieu du xiii*' 
siècle, offerte, il y a quelques années, à la Bibliothèque nationale 
par notre savant confrère M. le duc de La TrémoïUe, et le livre 
d'Heures de Henri II, l'un des chefs-d'œuvre les plus parfaits de la 
peintures des manuscrits au milieu du xvi'' siècle. 

M. G. ScHLUMBERGER a la parole pour un hommage : 
« J'ai l'honneur de présentera l'Académie un exemplaire de la 17e 
de saint Athanase l'Athonite quolc P. Louis Petit, des .Vssomptionnistes 



114 SÉANCE DU 23 MAliS 1906 

de Kadi Kcni près (^onslantinople, vient de pul)lier dans les Analecta 
BoUandimin fl. XXV). Après le nom révéré de la Pannrj'ui, la Vierijfe 
loulc sainte, la protectrice toute puissante de lAtlios, il n"en est pas 
de plus familier aux lèvres des caloyers de ce lieu que celui dAtha 
nase . le fondateur de la Grande Laure et le premier législateur 
moiiasti(jue de la Sainte Montajjne : « Telle est Tétendue de son 
culte, dit le P. Petit, qu'à la messe quotidienne, le nom d'Athanase 
figure après les grands noms d'Antoint;, d'Eulhyme, de Sabas, 
d'Onuphrc el d'Arsène, ces gloires du monachisme oriental. » Ce 
grand saint fui lanii et le confident du célèbre basileus Nicéphore 
Pbocas. Sa vie, si iinporlanle pour l'histoire de son temps, pour celle 
de la Sainte Montagne en parliculier, n'avait jamais été jusfpi'ici 
publiée (ju'en extraits par Porphyre Ouspensky, puis par M.. T. Pomia- 
lovsky. Le P. Louis Petit, crt érudit si scrupuleux ani[iicl nous devons 
déjà tant d'excellents travaix sur le moyen âge byzantin, nous 
donne dans ce travail uni> édition (pion peut (pialifier de presque 
délinitive de \i\ Vie de ce grand saint d'après \\\\ codex conservé à la 
Grande Laure de l'Alhos. Des notes pleines d'intérêt rédigées par 
l'éditeur accompagnent ce texte si intéressant. Bien des erreurs sont 
relevées en cours de route. Un;' préface pleine de faits curieux met le 
lecteur au courant de tout ce (pion sait et de tout ce (pii a été y)ul)lié 
sur le premier véritable fondateur de la gloire du mont Athos. » 



SÉANCE DU 23 MARS 



l'HKSlIiKNCi; DK M. S. HKINACIl, \ ICE-PRESIDENT. 

M. le Ministre de rinstruclioii puhlicjue. des heaux-arls et des 
cultes, adres>c au Secrétaire perjiétue! la letlie siii\ai)le : 

Paris, le l'I mars IftOO. 

M. (le Morgan, din-ctcur des fouilles de Persi-, m'écrit à la date 
du I ''• janvier (icniicr pour me mettre au courant des travaux 
archéologi(pies (piil a exécutés depuis sou retour (>t pour me signa- 
ler d'intéressantes découvertes. 



SÉANCE DU 23 MARS 1906 115 

« J'ai repris, écrit-il, la suite des tranchées menées dans les temples 
au niveau de 10 mètres de profondeur. 

(( Sur le bord du Tell, nous avons trouvé une sépulture achéménide, 
renfermée dans une cuve de bronze analogue à celle figurant au 
Louvre dans nos collections. Cette cuve ne renfermait, en dehors du 
squelette d'une jeune fille, ([uc deux peignes d'ivoire sculpté et 
incrusté d"or. Ces objets, d'un travail très délicat, n'existent malheu- 
reusement plus qu'à l'état de fragments. 

« Plus loin, les ouvriers ont rencontré une énorme stèle de grès 
(longueur, 2™ 20; largeur, 1 ™ 4oi, couverte sur ses deux faces d'une 
longue inscription anzanite en deux colonnes. Cette pierre a été 
brûlée dans l'incendie de Suse tout comme l'avait été la stèle de 
Maramsin ; je dois donc j)rendre de grandes précautions afin de la 
solidifier. 

« Nous avons encore trouvé dans les diverses tranchées : 

« Deux koudourrous avec textes mutilés et figurations des divi- 
nités; 

« Une pierre portant un texte en caractères proto -anzanites 
remontant à une très haute antiquité; 

« Deux bassins en bronze d'époque anzanite, sans texte, de 0"" 90 
de diamètre; 

« Un petit autel de ])ronze; 

« Une série d'instruments et d'objets de bronze; 

« Quelques cylindres, dont quelques-uns fort beaux, trèsarcha'iques; 

« Un fragment de stèle archaïque représentant un personnage ; 

« Une nombreuse série de brifjues i)ortant des textes de l'époipie 
des patésis; 

« Une grande quantité de textes sur jjricpies de l'époque anzanite ; 

« Des plaques émaillées anzanites représentant des animaux; 

« Bon nombre de petits objets, vases, etc. » 

Je suis heureux de pouvoir vous communiquer ces renseignements 
qui, je n'en doute pas, sont de nature à intéresser l'Académie. 

Pour le Ministre et par autorisation, 
Le Directeur de l'enseignement supérieur, 
Bayet. 

M. Saglio annonce à rAcadémie que la commission du prix 
Fould a décidé d'attribuer ce prix à M. Lechat , professeur à 
rUniversité de Lyon, pour son ouvrage intitulé : La sculpture 
atfique avant Phidias, et pour l'ensemble de ses travaux sur 
l'histoire de lart grec. 



II G SÉANCE DI" 23 M \I!S I OOC) 

M. PoTTiEH lil une noie de M. Pierre Paris, correspondant de 
rAcadémie , professeur à la Facullr de Bordeaux, sur le trésor 
de Javea, trouvé en Espa|.,me. Il se compose d'un bandeau, de 
colliers et de pendeloques d'or, qui olFrent des comparaisons 
intéressantes à faire avec les parures que portent les statues de 
l'emmes trouvées au Cerro de los Santos. M. Paris croit à une 
fabrication due à des artistes grecs et en particulier alti<pies, 
s'exerça nt d'après des modèles indigènes. 

M. S. Kkinach exprime des cloutes sur le caractère ;itli([ue de 
ces bijoux et sur la date qui leur est attribuée. 

M. Ci.i:nM(»NT CiANNKAi" étudic uu fragment d'inscription 
bilingue, grecque et nabatéenne, cpii vient dètre découvert, 
dune façon bien inattendue, à Milet, et publié par MM. \\'iegand 
et Mordtinann dans les Silzinufsherichle de IWcadémie des 
sciences de Berlin (1906, p. :i()(» , nialheureusenient sans repro- 
duction figurée. Il critique la ledurc et linterprétation propo- 
sées par M. ^lordtniann. cl pense (pi" il s'agit en réalité d'une dédi- 
cace faite au Zeus Dusarès, le grand dieu national des Nabatéens, 
poui- le salut d un roi Obodas, par l'épitrope ou premier ministre 
de celui-ci, portant en cette qualité le litre ollîciel de frère du 
roi. [.e nom mutilé cl douteux du personnage est peut-être à 
lii'e l'JiDulhii . Le document s'éclairerait ainsi d'une vive lumière 
historique, car nous aurions alors all'aire au fameux St//I;ciis, 
(•pi I l'ope lie )l)odas !I ("25-9 a\ . .!.-(]. \ ennemi acliarm'' d'I h'-rodc^ 
(pii avait fait le voyage de Rome pour plaider sa cause (le\anl 
Auguste. Il avait |)u lonclier à Milet et v élever un monument 
\(>tif pour le :-iiccès de sa mission — acte de piété qui, d'ailleurs, 
ne lui réussit guère, car il fut finalemenl i-ondamné à moil par 
lemperein- sin- le récpiisiloire de Nicolas de Damas. 

M. Cl i;nMONT-(i ANMiAi fait eusuitc une communication sur une 
inscriplioii |i\ /.iiitinc Irouvée à A/.ole, en Palestine, par le U. P. 
(iermer-lJurand : il propose d y voir une acclamation en l'Iion- 
nenr d'un conilc Idoinède (a'Jç'.TC) o /.oaT,;). 



117 
LI\ lîES OFFERTS 



Le Sechétaire peupétlel offre à rAcadémie, au nom de M. Cavva- 
dias, correspondant de l'Institut, éphore généi'al des antiquités à 
Athènes, un xolumc iiililulé : Comptes rendus du Congrès interna- 
tional d'arch(^olor/ie. l'obsession, Athènes, 1905 (Athènes, 190o, in-S"). 

« La Commission chargée de la mise en ordre des actes du Con- 
grès et de la rédaction des procès-verhaux de ses séances a mis un 
louable empressement à s'acquitter de sa tâche, sans pourtant que 
son travail sente nulle part la hâte. Le volume paraît moins d'un an 
avant le jour anniversaire du dernier Congrès. Bien imprimé, illustré 
de simili-gravures qui sont bien venues, il est surtout intéressant par 
le bref et sulistantiel résumé qui y est offert des communications 
faites dans les séances. Grâce au zèle et à l'intelligence des secré- 
taires, on a là non seulement les lectures qui ont été apportées au 
Congrès, mais encore de claires analyses des observations provenant 
le plus souvent d'érudits très compétents, que ces lectures ont pro- 
voquées. Il y a plus à prendre, plus à apprendre dans ce volume que 
dans la plupart des recueils du même genre cjui ont été antérieu- 
rement puljliés. » 

M. Héron de Villefosse dépose sur le Ijureau, au nom de M. Camille 
Jullian, correspondant de l'Académie, le n° XXIX de ses Notes <jallo- 
roniaincs fextr. de la Revue des études anciennes\ 

Dans ce nouveau fascicule M. Jullian s'occupe de l'origine du 
terme hriga qui i-ntre dans la formation d'un certain nombre de noms 
de lieu. Il expose les raisons pour lesquelles il ne peut souscrire à 
l'opinion commune attri]:)uant à hriga une origine celtique ; il consi- 
dère ce mot comme issu du langage d'un peuple autre que ceux qui 
ont porté le nom gaulois. La seconde partie de ce fascicule contient 
une chronique gallo-romaine. 



118 



SÉANCE DU 30 MARS 



PRESIDENCE DK M. R. GAGNAT. 

M. IIÉRDN DE \^iM.EKossE communic[iie à rAcadémie, au nom du 
R. P. Delatlre, un texte fort curieux trouvé récemment entre la 
(ioulette et Rades, sur le bord du lac de Tunis, à la saline « la 
Princesse ». Il est gravé sur la partie supérieure d'une grande 
dalle de marbre épaisse de0"'06, large de 0"' 78 et haute de 0"'53: 

a V IDRATARISTRANSE\'NTES 

//////////////DAR£DEBEANT 

H O M O CAB AL LAR i S • 1 L • I m H C) M O P E D E STE R • F L • 1 
B\'RDOCARRICAT\'SCVMB\'RDOXARI\'-]L-I[ii 
5 BVRDOLEV 1 S CVM B\' R U OX A R IV- F LU 

CAMELLVSCARRICATVSCVMCAMHLARIVLL-V 

cainellus kvis C \^ M C A M E L A R 1 V • F L • 1 1 1 

asiiiiis? carricalus cum asiii F A R I O • F" L ■ 1 1 1 1 

iis'uius levis cum asinario Jl . ii? \ 

Haut, des lettres, 0'" 01.'). L;i proniirro ligne n'est peut-être 
pas complète à droite. 



(^oinnie on le voit, il s'agit dun tarif établi poui- le passage 
d'un bac. C'est un genre de document peu commun et qui oll're 
un véritable intérêt. Mallieureusemenl les six premières lignes 
seules sont entièrement conservées; nous n'avons que la lin des 



lignes 7 et 8. 



La monnaie indiquée dans le tarif par l'abréviation EL' paraît 
être ]e follis, |)elile monnaie de bronze en usage dès le m'' siècle 
de notre ère, mais surtout très ré|)anduc depuis (Constantin et 



SÉANCE DU 30 MARS 1906 119 

dont le nom revient plusieurs fois clans les textes relatiis à 
l'Afrique ' . 

Pour passer le bac, un homme à cheval, un cavalier, était taxé 
à 4 folles; un homme à pied n'en payait qu'un seul. Un mulet 
chargé accompagné de son muletier en devait 4; un mulet non 
chargé accompagné de son muletier n'en payait que 2. Un cha- 
meau chargé et son chamelier en payaient 5; un chameau non 
chargé et son chamelier en payaient seulement 3. Le P. Delattre 
suppose que dans la ligne 8, dont il ne reste que quelques lettres 
iinales, il s'agissait d'un âne et de son ânier. 

L'emploi du verbe carri<are , la mention du follis comme 
monnaie courante, les formes-des ablatifs avec finale en u 
indiquent une assez basse époque. 

Si, comme tout porte à le croire, le mot RATARIS a été copié 
avec exactitude, on doit le rapprocher du terme ratariae qui se 
trouve dans le catalogue des noms de bateaux donné par Aulu- 
Gelle- ; ce terme y désigne un bateau d'une forme particulière. 
Il semble bien que le mot s'applique ici plutôt aux bateliers 
qu'aux bateaux; c'est une variante de RATIARI, qui, dans les 
inscriptions de la Gaule, désigne des bateliers d'un genre spécial, 
organisés en corporations. Une inscription de Genève fait con- 
naître des ratiririi superiores opérant dans la vallée du Rhône 
ou sur le lac Léman ^ ; une autre inscription de Saint-Jean de la 
Porte nous apprend l'existence, dans la vallée de l'Isère, des 
ratiarii Voliidnienses '•. \^es ratarii dn tarif africain sont certai- 
nement des passeurs ; leurs bateaux, rates ou ratariae, faisaient 
l'office de ceux que nous appelons aujourd'hui des bacs. 

Il est intéressant de rappeler à ce propos un autre monument 
africain, la célèbre mosaïque de l'Henchir-Medeïna (Tantique 



1. Tout ce que l'on sait du fnllit; a été exposé par Babelon, Traité dex 
monnaies grec([iies ei romaines, I, p. 763-771. Ce nom de follis, comme le 
fait remarquer Babelon , était tellement répandu en Orient pour désijjner 
la monnaie de bronze byzantine tpi'il fut recueilli par les Arabes. Ceux-ci 
appelèrent fels pluriel f'dniis) leurs monnaies de bronze pendant l'iut le 
moyen âge. 

•2. X, 25, 5; éd. Hertz, II, p. 50. 

3. Corp. inscr. Int.. XII, 2507. 

4. Ihid., 2331. 



20 



SÉANCE DU 30 MARS IHOG 



Althiburos), qui nous a conserve un véritable catalogue illustré 
de la batellerie gréco-romaine. Ou y voit un bateau, large et 
plat, se manœuvrant à la rame, au-dessous duquel est inscrite 
la légende RATIS SIVE RATIARIA^. C'est vraisemblablement 
le bateau dont se ser\ aient les passeurs désignés dans notre nou- 
veau texte. 

La découverte de ce laril' a permis au P. Delattre de reprendre 
une hypothèse- ancienne qui parait maintenant tout à fait natu- 
relle. On sait que Maxul<t est citée deux fois dans lltinéraire 
d'Antonin. I,a première fois, elle est appelée Mn.niln Fraies 
(57, 3) et elle est indiquée comme placée à X milles de Garthage; 
la seconde fois elle est appelée Maxula civilas (58, 1) et elle est 
placée à X\ III milles de Cartilage. Cette divergence dans les 
désignalions et dans les chiffres de dislances avait fait croire à 
l'existence de deux Maxulu peu éloignées l'une de l'autre. Une 
telle supposition doit être écartée, car il devient évident que 
Maxiila Prales est une lecture fautive du manuscrit de l'Itiné- 
raire; il devait y avoir Maxiila p[er) raies, avec un signe d abré- 
viation dans la lettre p. 

Notre tarif [)ermet donc de corriger le texte iin])i-inu' de l'Iti- 
néraire. Il prouve, en elfet , qu'une route fréquentée passait à 
l'endroit où il a été découvert. Cette roule, tout i\ fait directe 
pour se rendre de Carthage à Rades, suivait la licfiila, c est-à-dire 
l'étroite bande de terre qui ferme le lac de Tunis du coté de la 
mer; elle était coupée i)ar une ou par plusieurs ouvertures 
naturelles ou artificielles qui faisaient communiquer le lac avec 
la mer. De là venait la nécessité d'établir, sur un ou sur plusieurs 
points, des bacs pour les voyageurs auxquels ce secours était 
nécessaire pour passer l'eau. Il en résulte, comme le remar(|ue 
le P. l)elatlre, que cette roule était celle de (Carthage à Maxula 
par les bacs, per raies. Le nom actuel de Hadès tire |irobable- 
ment son origine de cette désignation. C'était la voie la plus 
directe pour aller de Carlhage à Maxula. 



1. 1*. (laucklcr. Recueil l'inl. XII, lOOj, p. 126: pi. ix-x. 

2. Elle a été exposée par Mannert, GèiKjrnphie ancienne dea Étais har- 
/^•are.sf/He.s-, Irad. Mardis el Duesbei-j;, p. '.Wl: le (Corpus insrr. lai.. \'III, 
p. I.'Sl.lii rappelle |)(iiii- 1m cnml)iil Ire. 



SÉANCE DU 30 MARS 1906 121 

L"aulre route par laquelle on comptait \'11I milles de plus, et 
qui est également mentionnée sur la Table rie Peutinger, con- 
tournait complètement le lac et passait par Tunis : c'était une 
route plus commode et plus facile, mais beaucoup moins directe. 

M. Héron dk \'iLLEFnssK communique ensuite de la part du 
docteur Carton l'empreinte d'un plomb de l)ulle recueilli à Car- 
thage par un Arabe. On v lit sur les deux faces les inscriptions 
suivantes : 

u_ > ^ GIO 

Ce plomb porte le nom de Forlunius, évêque de Carthage au 
milieu du vii'^ siècle, qui prit part au concile de 655'. I.e nom 
de ce même prélat a été retrouvé sur un autre plomb de bulle, 
signalé dès 1887 par le P. Delattre, mais qui fut volé il y a 
quelques années au Musée Lavigerie -. Il portait d'un côté le 
nom de Forlunius et de l'autre les lettres RG || W\. On hésita 
tout d'abord sur l'interprétation de ces lettres, mais on reconnut 
bientôt qu'il fallait transcrire r{e)g[io) sexla. L'église de Car- 
thage était donc divisée comme celle de Rome en régions ecclé- 
siastiques. Plusieurs de ces régions sont mentionnées dans les 
actes des Conciles et dans les inscriptions ^. 

Jusqu'ici on n'avait encore rencontré aucune mention de la 
prima reqio ; le plomb signalé par le docteur Carton vient heu- 
reusement combler cette lacune. Il est vraisemblable que ces 
régions ecclésiastiques étaient au nombre de sept comme celles 
de Rome, mais on ne connaît aucune mention de la regio 
seplima ^ . 

1. Morcelli, Africr. chrisdan.i. I. ]i. 56. 

2. Babelon, Bulletin des Aniiii. de France, 1807, p. 307; Corp. inscr. lui., 
VIII. 2265(3, 30. 

3. Paul Monceaux, ///s^oire Uitéralre de l'Afrique chrétienne, III, p. 66, 
a réuni tous les documents connus jusqu'ici sur les régions ecclésiastiques 
de Carthage. 

4. Une inscription chrétienne de Carthage, signalée par le P. Delattre, 
])araît prouver que chacune de ces régions possédait des lecteurs spéciaux : 
Corp. inscr. lat., VIII, 13123. 



122 SÉANCE DL 30 MARS 1901) 

M. PhilijDpe Beiu.ku ciiinmLuii(iiiL' à rAcadémie une inscriplioii 
découverte par le H. P. Delallre. Celte inscription, tracée en 
caractères très fins sur le reborfl dune corniche en pierre, est la 
dédicace dun autel du dieu Sadral'a, dans lequel M. Clerniiml- 
Ganneau a reconnu du premier coup le dieu Satrapes, quil a 
déjà reconnu sur des monuments tant de Svrie que de Grèce. 

L'inscription se termine par la date, indiquée comme d'habi- 
tude par les noms des deux suilètes éponymes, Adonibaal et 
Adonibaal, fils de limnilcar. 

La présence du dieu Sadi'ata à Carlhag"e est d un haut iiilérèl: 
il faut espérer que l'explication i\r la première ligne coiilnbuera 
à éclaircir les obscurités qui entourent encore ce nom ili\in. 

-M. FoucART communique en seconde lecture son mémoire sur 
Didvmos. 

M. Senart présente quelques spécimens des plans et photo- 
graphies rapportés par M. Dufour des travaux d'exploration du 
l^avon à Angkor, qu'il a exécutés en 1904 avec des subventions 
de TAcadémie et la coopération de ll'xole française d'I^xtrème- 
Orient. 11 l'ail \aloir rénonne lra\ail l'ourni par le missionnaire 
de l'Académie pendant les longs mois qu'il a consacrés à sa 
tâche, et insiste sur rinlèrèi capital ([ue présente pour l'archéo- 
logie orientale la connaissance exacte et complète du monument 
reconnu pour le plus important spécimen de l'art khmer, sur les 
indications inestimables que fournira à l'histoire l'étude de ces 
longues séries de bas-reliefs qui présentent sous ses aspects les 
plus variés la vie du Cambodge dans le ix'' siècle. Les reproduc- 
tions sont excellentes. Il est de l'honneur de la science française 
que toutes facilités soient données à M. Dul'oiii pmir mettre au 
point ses recherches et pour en pré|)arer la publication '. 

M. J.-H. Chabot fait une communication <in- une mosaïque 
découverte à Edesse, en 11)01, et dont la photographie lui a été 
envoyée par le Fr. Raphaël, missionnaire-capucin. Cette mosaïque 
formait le pavement d'un tombeau, (^n y voit ligures les portraits 
en buste de six personnages: trois hommes et trois femmes. Elle 

1 . \'()ir ci-après. 



FOUILLES EXÉCUTÉES AL HAVON d'aMGKOR 123 

est accompagnée d'une inscription syriaque, écrite en lignes 
verticales. En voici la transcription et la traduction : 

NJX Ego 

NmnSN Aftôha, 

la'^i "12 filiiis Garmu^ 

riinS mi" feci domum 

Njn NcSy aeternilalis hanc, 

■"JlSl ""S mihi, et filiis me /s, 

nî2V^ TiT'S"! st heredihus ineis, m dies 

N"!D'^!7 aelernilalis. 

Les noms des hommes représentés dans la mosaïque sont : 
NmnSN, laia, IDX ; et ceux des femmes : NnSn^X, lOVkl^ et ndlTT. 

Cette mosaïque date apparemment de la seconde moitié du 
ni« siècle. Elle ofFre des détails intéressants dans le vêtement et 
surtout dans la coiffure des personnag'es. 

M. Clermont-Ganneau fait observer que la plupart des mo- 
saïques trouvées jusqu'ici dans la région de TEuphrate appar- 
tiennent au m'' siècle. L'une d'elles porte sa date : les lettres 
0A0, qui avaient été prises pour un nom propre, doivent se lire : 
OXç ' ^ 539 des Séleucides, 228 de notre ère. 



COMMUNICATION 



LES FOUILLES EXÉCUTÉES AU BAYON d'aNGKOR, PAR M. UUFOUR, 

ARCHITECTE, ANCIEN ÉLÈVE DE l'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS. J 

NOTE DE M. EMILE SENART, MEMBBE DE l'aCADÉMIE. 

En 1903, notre Académie avait, sur la fondation Benoît 
Garnier, alloué une subvention pour rexploration métho- 
dique du Bayon, à Angkor. Ce travail que l'Ecole de 
Hanoï ne pouvait défrayer sur ses ressources propres était 



12 i FOUILLES EXÉCLTÉES AL HAYON u'aNGKOK 

confié à M. Dufour, ancien élève de l'Ecole des beaux-arts 
et H ce moment inspecteur des bâtiments civils en Indo- 
Chine. Les belles reproductions qui sont en ce moment 
exposées sous vos yeux sont des spécimens des résultats 
qui ont été obtenus. C'est de mars à novembre 1904 que, 
en dépit de toutes les difTicultés et de la saison défavorable, 
le travail se poursuivit avec une énerg'ie (]ui commande 
tous les respects. Nous n'avons g^arde d'oublier que l'Ecole 
française d'Extrême-Orient y prit sa ])art de collaboration 
et d'honneur; elle y détacha pendant un temps le regretté 
(]arpeaux (|ui lui appartenait comme chef de travaux archéo- 
loj^iques et qui paya de sa vie son dévouement obstiné à 
l'entreprise. Le chef de la mission, M. Dufour, en rapporta 
lui-même une santé ébranlée pour long-temps. C'est cette 
fâcheuse circonstance qui rempêche aujourd'hui encore, et 
bien qu'il se soit bravement remis au travail, de vous faire, 
avec les détails (|u il faudrait et avec les vues personnelles 
(jui lui donneraient tant de prix, l'exposé de son œuvre. 
En le suppléant bien insullisamment , en vous présentant 
ces prémices d'une riche moisson, je ne saurais répéter 
longuement des descriptions g-énérales (pie nous fournissent 
des livres aisément accessibles. 11 sullira de quelques mots 
d'orientation, .le me félicite du moins que cette intervention 
tri's modeste iiic douiic 1 occasion de ri'udi'e un honiinag'e 
bien mérité k notri' /.éU' l'I persévérant inissiomi.iire. 

Le g-roupe des ruines d'Angkor, dans les provinces 
cambodg'iennes annexéi's au Siain, s'eleiid sur une n'wv de 
j)lusieurs iitîues carrées. Depuis le joui' on elles ont été 
découvertes et visitées, les voya<^eurs ont ele unanimes à y 
sig-naier le Hayon comme le monument ieni;ir(|ual)le entre 
tous et par st'S mérit(>s arehitt'ctoiii(Hies et par ses sculptures. 
Il seml»le bien cpi'il soit une des créations les ])lus anciennes 
et les |)his originales, dims cet ensemble ([ui j)araît s'être 
élevé entre le i\' et le \i' sièile sous i;i in.iin des ^^--rands 
bâtisseurs kliiners. 



FOUILLES EXÉCUTÉES AU BAYON d'aNGKOR 125 

Le nom de ;v Bayon » n'a reçu encore, je pense, aucune 
explication certaine ni même vraiment satisfaisante. Nous 
savons au moins qu'il désigne ce qui était le sanctuaire 
principal dans cette vaste enceinte d'Angkor-thom, où l'on 
reconnaît la capitale inaug-urée par Yasovarman à la lin du 
ix*" siècle. Je rappelle en deux mots qu'il comprend trois 
terrasses inscrites dans une sorte de parc rectangulaire qui 
mesure 250 mètres sur 150. Une première enceinte de 130 
mètres sur 1 40 est formée d'une galerie surélevée d'un mètre 
environ, qui, aux angles et sur la ligne des grands axes, 
s'épanouit en portiques et en réduits spacieux ; à l'Est elle 
s'ouvre par un passage triple que surmonte une tour. Une 
seconde galerie , édifiée sur une base de 1 "' 50 , mesure 
70 X 82'", avec des retours de cloîtres en ligne brisée dans 
les coins. Elle s'appuie sur une troisième terrasse cruciforme 
où se dresse le sanctuaire. Tous les visiteurs ont célébré la 
majesté et la richesse de cette cella centrale. Formée par 
une manière de coupole surélevée qui domine la plaine d'une 
cinquantaine de mètres, appuyée sur un cercle de chambres 
à portiques qui rayonnent du centre sur des piliers et que, 
au-dessus de frontons superposés, couronnent des clochers 
et des clochetons, elle se dresse comme une merveilleuse 
éclosion de tours et de tourelles assemblées en forêt. Sur 
chaque tour une face gigantesque de Brahmà s'épanouit 
mystérieuse et vaguement souriante. 

Partout, aux pilastres, aux linteaux, aux frontons, aux 
balustres s'accrochent les feuillages fouillés et les animaux 
fantastiques ; nombre de niches se peuplent de danseuses 
célestes ou de dieux gardiens brandissant leurs armes 
menaçantes. C'est cependant l'ornementation des enceintes 
qui est le trait le plus original de la décoration. 

La première est constituée par deux rangs de piliers iné- 
gaux qui, courant le long d'une muraille de fond haute de 
6 mètres environ, forment un double corridor, couvert l'un 
par une voûte, l'autre par une demi-voûte. La deuxième 



190G. 



126 FOUILLES EXÉCUTÉES AU BAYON d'aNGKOR 

comprend une haute galeine centrale très sombre devant 
chaque muraille de laquelle se dresse une rangée de piliers. 
Il en résulte à l'extérieur une série de portiques séparés 
les uns des autres par les murs de base des gopuras qui , 
aux encoignures et au centre, jalonnent chacun des côtés. 
Tout le mur de fond, toutes les murailles de ces portiques 
et des réduits qui les séparent sont couverts d'un immense 
développement de scènes qui se déroulent en reliefs étages. 
Richesse unique, si je ne me trompe, parmi les monuments 
klnuers; Angkor-vat qui seul connaît une disposition ana- 
logue n'a de sculptures que dans sa seconde galerie. 

Ces indications rapides ne donnent qu'une idée bien 
insuffisante de la grandeur, de la variété de lignes, de la 
prodigalité ornementale du Rayon. Mais autant tous les 
visiteurs étaient unanimes dans leur admiration, autant ils 
s'accordaient à déplorer la décadence d'un monument où le 
temps et la végétation tropicale avaient accompli d'irrépa- 
ral>les ravages. 

En se proposant d'étudier sous tous ses aspects, dans son 
plan et sa construction, dans sa décoration et sa plastique, 
ce vaste monument, M. Dufour assumait une tâche très 
lourde : déblayer d'abord, débroussailler, couper des arbres, 
déplacer des racines et des troncs , transporter des masses 
considérables de pierres pour les rétablir à leur emplace- 
ment primitif. Les seuls transports ont occupé plus de 
;{()()() journées de coolies. Kt ce n'était (|ue le commence- 
ment de ["(iîuvre véritable. 

Des documents qui ont récompensé tant d'i-lforts, M. Dufour 
ne nous offre aujourd'hui (pie quehpies spécimens. Je ne 
crois pas exagérer en les déclarant admirables. U a rapporté 
des clichés de presque tous les reliefs subsistants. Les 
agrandis.sements qui vous sont soumis, et qui correspondent 
à (juelques parties tant de la j)remière ({ue de la seconde 
enceinte, permettent au moins de se faire et des sujets et du 
style dans ItMpu'l ils sont traités une idée précise. Hs repré- 



1 



FOUILLES KXÉCUTÉLS AL BAVd.N |/a.N(;K(iU 127 

sentent à peine la huitième partie des reliefs qui ont été 
relevés. Ai-je besoin d'insister sur limportance de ces 
images? Nous ne pouvons prévoir encore tout ce qu'une 
étude attentive , éclairée par des documents parallèles, en 
fera jaillir de lumière. Ce qui apparaît dès à présent, c'est 
que nous v retrouvons, dans la guerre et dans la paix, dans 
la vie familière ou les processions solennelles, tous les 
aspects de la civilisation klimère au ix" siècle, les types 
divers des populations rivales , les détails inlinis de leur 
activité. 

Si je ne puis avoir la prétention d'apporter ici niênie un 
simple aperçu des scènes qui animent tous ces cloîtres, 
encore moins puis-je devancer notre missionnaire auquel 
seul il appartient d'éclairer, en exposant les conclusions qui 
se dégagent de ses études, l'histoire de cet art à la fois si 
savant et si naïf, si curieux à rapprocher des monuments 
de Java et des monuments de ces régions méridionales de 
l'Inde qui en ont fourni l'inspiration primitive avec presque 
tous les éléments de la civilisation du pays. 

Ce que je veux faire, et tout ce que je puis faire en ce 
moment, c'est attirer votre attention sur la haute inqDor- 
tance de l'exploration et les rares mérites de l'explorateur. 
Mais surtout je voudrais que ce témoignage ne demeurât 
point une politesse vaine. 

Les sacrifices consentis par l'Académie, le dévouement 
déployé par votre missionnaire ne pourront porter les fruits 
que nous sommes fondés à en attendre qu'à une condition, 
c'est que toutes les données recueillies seront exactement 
coordonnées, mises au point et rendues accessibles à l'étude 
méthodique. Si l'on songe au nombre des photographies, 
aux classements, agrandissements, ajustements qu'elles 
exigent, à l'étendue et à la complication des relevés de 
plans qu'il s'agit d'établir avant de les éclairer par un exa- 
men minutieux, on ne peut méconnaître quelle œuvre con- 
sidérable reste à achever. Elle sera assurément coûteuse ; 



128 LIVRES OFFERTS 

mais seule elle pourra mettre vraiment en valeur les dé- 
penses faites et le travail accompli (jui . à son défaut, 
seraient comme frappés de stérilité. 

L'Académie tout entière s'associera volontiers, j'en suis 
sûr. à l'appel pressant que je vous demande la permission 
d'adresser à la bienveillance et au concours de l'Etat et 
peut-être de la Colonie. Pour subventionner cette partie 
finale et décisive de l'entreprise, notre Académie ne dispose 
malheureusement (Taueune ressource. Nous avons au moins 
le devoir d'afdrmer (ju'il est de l'honneur commun qu'elle 
soit rendue possible, qu'elle ne peut manquer de jeter une 
vive lumière sur une civilisation et sur un art très curieux, 
encore bien imparfaitement connus et dont notre pays a 
proclamé par bien des travaux et bien des sacrifices qu'il 
sent que l'étude lui incombe d'une façon toute spéciale. 

J'ajoute, et c'est une considération à laquelle, pas plus 
cjue moi. vous ne serez insensibles, que. aider à 1 élabora- 
tion et il la publication de tant de documents précieux, 
c'est, en servant la science, accorder la récompense la i)lus 
digne d'eux aux travailleurs désintéressés qui ont dépensé 
tant dé vaillance k les recueillir. 



LIVHES OFFERTS 



Le SECRKTAinE PEUPLTi'EL cléposG SUT Ic buToau l;i TnUc (les cmnplos 
renduH <lrs s<'-!inrr!< d- 1' .\<\-i(I<'nii<' de IS'IT :i l'.KIO. drcssre par M. G. 
Ledos (Paris, i'JDO, iu-«" . 

M. Ilaiiwi- Dciii'.Mioi lu. dépose sur li- bureau do l'Académie une 
hroclnuc doiil il ot l';iuliMir. iiililiili'r : In imsxafje Irniu/iir du Fukri 
sur Mxiii M«l Aliili M n.irnii, rizir d'Ar-IH'li lllll.lli <■/ <I'A'- 
Mi)iill;il,i l.illih v\\v. do (hir/iLilixi-he Shidii'ii ,. 



LIVRES OFFERTS 129 

M. Bauki.on a la parole pour un liommag'e : 

« J"ai riionneur dofTrir à l'Académie, de la part de M. Marlin 
Le Roy, le premier fascicule du (Catalogue raisonné de sa collection 
d'objets d'art du moyen âge (1 vol. in-fol. de 96 pages et 34 planches). 
Ce fascicule est rédigé par M. J.-J. Mar((uet de Vasselot, attaché au 
musée du Louvre ; l'ouvrage complet formera au moins quatre fasci- 
cules de la même étendue. 

« Dans cette première partie, consacrée à l'orfèvrerie et à l'émail- 
lerie, se trouvent décrits et reproduits une série de monuments 
importants pour l'histoire de l'art au moyen âge. Je citerai : des 
autels portatifs oinés de scènes gravées au trait, des plaques émail- 
lées, un flabellum, des phylactères, des plaques de reliures en argent 
repoussé, œuvre des écoles rhénane et mosane des xi" et xn*= siècles, 
et dans les plus anciennes desfjuelles on retrouve encore les tradi- 
tions de l'art carolingien. L'art français du xi® au xni<= siècle est 
représenté par des statuettes en bronze fondu et doré, des châsses, 
des gémellions, des crosses, des plaques émaillées en cuivre champ- 
levé et doré, un grand tryplique-reliquaire , une Vierge assise for- 
mant pyxide. Il y a aussi de remarquables spécimens de l'art alle- 
mand du xiii<^ siècle, ainsi que de l'art italien et espagnol du xiv^ 
siècle. Quelques-uns de ces monuments ont fait autrefois partie de 
la collection Spitzer, mais un bon nombre étaient demeurés inédits 
jusqu'ici. Le texte de M. Marque! de Vasselot est à la fois court, 
précis et substantiel. Les planches enfin sont des héliogravures dans 
l'exécution desquelles M. P. Dujardin a donné le dernier mot de son 
art et de son industrie. Au point de vue de l'exécution matérielle, le 
catalogue de la collection Martin Le Roy est un des plus beaux 
recueils d'objets d'art rpii ait jamais été pul)lié. »> 

M. Hkrox de Villekosse offre à l'Académie, de la part du R. P. 
Delattre, une brochure intitulée : Procès-verbaux d'une double mis- 
ftinn archéologique aux ruines de la basilique d'Upenna près d'Enfida 
ville ( Tunisie), 190^1 : 

.( L'archevêque de Clarthage ayant nommé une commission ecclé- 
siastique chargée d'examiner les découvertes intéressant l'archéo- 
logie chrétienne qui pourraient être faites dans la basilique d'Upenna 
au-dessous des mosaïques funéraires dont le sol était orné, cette 
commission s'est rendue à Upenna le 15 juin dernier. Au-dessous de 
la grande mosaïque mentionnant les noms des seize martyrs, on a 
trouvé un cofTret de pierre avec son couvercle renfermant un éche- 
veau de fil d'or très tenu et une petite cpiantité de poussière grisâtre, 
une amphore fermée avec du plâtre, huit sépultures de différentes 



130 LIVKKS OFFERTS 

formes et une seconde mosaïque répétant dans le même ordre les 
noms des seize martyrs mais avec une légère variante dans la date 
de leur mort. Les tombes des évê(|ues Honorius et Baleriolus ont été 
reconnues. Dans une seconde visite qui eut lieu le 5 juillet, la com- 
mission a fait de nouvelles constatations au-dessous d'autres mo- 
saïques, et S'est transportée le lendemain dans la basilique de Sidi 
Abicli ])our assister aux mêmes o|)érations. Les mosaïques enlevées 
des deux basiliijues parles soins du service des anticpiités et des arts 
de la Héj4'ence sont destinées à orner la nouvelle église d'Enfidaville 
dont la construction a été décidée. » 

M. Antoine Tuomas a la parole pour un hommage : 
.< .l'ai riionneur d'offrir à l'académie, de la part de l'auteur, M. Mar- 
cellin Boudel, un livre intitulé : Les der/iiers Morcrpunt (Paris, 1906, 
in-8« de 206 pages, avec une carte). M. Marceliin Boudet s'est proposé 
surtout de faire revivie la figure originale d'un des dernicMS barons 
féodaux du massif cenir.il, liéiMud \\\, sire de Mercœur, mort au 
mois d'avril 1321, à l'âge d'environ ciinpianlc ans. Entreprise sur le 
conseil de notre vénéré confrèi-e M. Léopold belisle, cette étude ne 
témoigne pas seulement dune érudition considérable, mais elle 
atteste chez son auteur les qualités plus rares (pii permettent à 
rhistorien de communiquer la vie aux documents (ju'il exhume delà 
poussière des archives. M. Boudet a un style chaud et coloré, et si 
parfois il se laisse aller à parler des choses d'autrefois dans une 
langue un peu trop moderne, la forme qu'il donne à sa pensée n'em- 
pêche pas que le fond n'en soit d'accord avec le cad-e politicpie dans 
le([uel s'est exercée l'activité fiévreuse et quehpie peu fantasque, 
pour ne pas dire maladive, de son intéressant personnage. Klevé à la 
cour de Philippe le Hardi, pourvu do l'otTice de sénéchal de Cham- 
pagne, Béraud de MiMCdui- prend ]iart aux campagnes de Flandre 
sous Philippe le Bel et semble d'abord se prêter à la polititjue inlé- 
rieuie du souverain; puis une brusque poussée d'atavisme le lance 
dans des guerres privées d'un autre âge et lui vaut trois disgrâces 
successives avec confiscation de ses biens. Appuyé par le pape, dont 
il seconde les projets de croisade, il (lent lèlc ii la loyauté, et sous 
les fils de Philippe le Bel il joue un rôle important dans la constitution 
des ligues féotlales qui arrêtent un instant la marche de la monarchie 
dans la voie de la ecnl lalisation à outrance; mais il meurt bruscjue- 
niciil dans hi débâcle (jui suivit la folle écpiipée des Pastoureaux en 
Halle. Le peisounage valait vrainiciil une monographie, et son 
excentricité même justifie jus((u'à un certain point les outrances de 
style de son biographe. — Vin appendice, ^L Boudet s'est «'Iforcé de 



SÉANCE DU 6 AVRIL 1906 131 

déhrouillor la généalogie des Mercœur clans le haut moyen âge, et il 
donne de curieux renseignements sur les rapports de cette famille 
avec le monastère d'Oulx en Piémont, et avec quelques troubadours 
auvergnats. Il n'y a là (ju'une ébauche à laquelle une critique plus 
sévère apportera sans doute des retouches, mais en témoignant à 
l'auteur des Dei-niors Mer-cœurs une juste reconnaissance. » 



SÉANCE DU 6 AVRIL 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

II est donné lecture d'une lettre dans laquelle M. Roll, prési- 
dent de la Société nationale des beaux-arts, informe les Acadé- 
mies que les membres de l'Institut pourront entrer, sur la pré- 
sentation de leur médaille, au Salon de cette Société du 15 avril 
au 30 juin. 

M. Hermenech adresse une observation relative au groupe 
d'alignements dite du Menech (Morbihan). 

Le Président annonce que la prochaine séance sera avancée 
au mercredi 1 1 avril, à cause du vendredi saint. 

M. Héron de Vm^lefosse fait la communication suivante : 
« L'Académie n'a pas oublié que notre correspondant, le R. 
P. Delattre, a eu la bonne pensée de faire bénéficier les collec- 
tions du Louvre de ses belles découvertes, d'une façon digne de 
l'œuvre qu'il poursuit si brillamment sous les auspices et avec 
l'appui de notre Compagnie. Par une lettre adressée au Secré- 
taire perpétuel, il nous a fait savoir qu'il était tout disposé à 
offrir à notre Musée national un des grands sarcophages exhumés 
des nécropoles puniques de Carthage. 

« Cette proposition a été naturellement accueillie avec beau- 
coup d'empressement par la direction des Musées nationaux. Le 



\'A2 SÉANCE DU ♦) AVIilL 190() 

I-*. Delatlre nous laissait la l'acuité de choisir entre plusieurs 
sarcophages désig'nés par lui. J/administration des Musées ayant 
jugé qu'il y aurait un véritable intérêt scientifique à posséder 
deux des sarcophages anthropoïdes désignés à son choix, au lieu 
dun seul. M. Ilomolle voulut bien me charger d'exprimer ce 
désir au H. P. Delattre. La réponse ne s'est pas lait attendre; elle 
est entièrement conforme à nos vceux. Je suis heureux de pou- 
voir donner communication à l'Académie de la lettre que je 
viens de recevoir à ce sujet : 

Saint-Louis de Carthage, le 2 avril 1006. 
Rien chor Monsicui-, 

J'ai rhonneiir de répondre à la lettre que vous m'avez écrite au 
sujet du sarcophage otTert par nous au Musée du Louvre. 

Vous me demandez si je ne consentirais pas à faire un plus grand 
sacrifice encore et à donner deux sarcophages au lieu d'un h notre 
grand Musée national. 

Certes, ce sera un grand iioniieiu- jjour moi de voir figurer mes 
découvertes au Musée du Louvic, mais vous n'ignorez pas quel vide 
produira dans notre salle punique le départ de ces deux su|)erhes et 
rares sarcophages. Les visiteurs sont accoutumés à les admirer; ils 
éprouveront une réelle déception en ne les retrouvant plus à leur 
I)lace. 

Vous comprendrez également sans peine que j'aie à cœur de 
conserver aussi intacte (jue possible la fondation scientifique du 
cardinal I.,avigerie. En formant le Musée qui porte son nom, je n'ai 
jamais eu la moindre pensée intéressée. Je me suis toujours placé 
au-dessus de toute question de ce genre, fidèle en cela aux inten- 
tions de l'illustre canlimd qui voulut créer avant tout une œuvre 
hautement scientifique et toute à l'honneur de la France aux yeux 
des nombreux étrangers qui visitent la Tunisie et Carlhage. 

Je tiens donc à mes sarcophages, vous n'en sauriez douter. Mais 
vous plaidez si élo([uemment la cause du Musée du Louvri-, ot l'.Xca- 
démie de son coté a témoigné un si vif et un si constant intérêt 
h mes fouilles que je considère comme un devoir de faire néchir 
toutes ces considérations dcv;uit le désir que vous m'exjirimcz. 

Quoi qu'il m'en coûte, je fais donc de grand cœur l'abandon des 
deux sarcophages au Musée du Louvre, à condition qu'ils soient 
munis d'une autorisation de ilr[)art régulière et que l'expéilition en 



SÉA>CI-: DL 6 AVRIL 1900 J33 

soit faite par les soins du service des antiquités et des arts de la 
Réo:ence. 

J'ose espérer ([ue la Direction du Louvre voudra bien me donner 
poui- le Musée Lavigerie des moulages en plâtre de ces deux monu- 
ments avec imitation de leur patine. 

Je profite de l'occasion qui m'est offerte pour demander aussi des 
photographies de la série de figurines de terre cuite que j'ai été heu- 
reux (le donner l'an dernier au Musée du Louvre par votre bienveil- 
Innt intermédiaire. Plusieurs de ces figurines offrent des types 
uniques. 

A.-L. Delattre. 

« Les deux sarcophages dont il s'agit ont été publiés lun et 
l'autre dans nos Comptes rendus : l'un d'eux représente un 
prêtre carthaginois, un rah, portant une longue barbe et revêtu 
de ses vêtements sacerdotaux ; l'autre nous offre la figure d'une 
jeune femme drapée, probablement une prêtresse, qui soulève 
son voile avec grâce et qui semble copiée sur une stèle grecque 
du iV siècle. Ces deux sarcophages viendront compléter d'une 
manière tout à fait intéressante la belle série des sarcophages 
anthropoïdes phéniciens et gréco-phéniciens que possède déjà le 
Louvre. Carthage y sera représentée maintenant à côté de Sidon. 
En exprimant au P. Delattre ses sentiments de gratitude, le 
Musée du Louvre ne saurait oublier que c'est à l'Acaflémie, à la 
constante et généreuse protection accordée par elle aux fouilles 
de Carthage, que nos collections nationales devront ce précieux 
enrichissement. » 

Le Président se fait l'interprète des sentiments qu'inspire à 
l'Académie le don du P. Delattre. 

M. Besnier, professeur adjoint à la Faculté des lettres de 
Caen, fait une communication sur la géographie économique du 
Maroc dans l'antiquité. Il énumère les productions naturelles de 
la Maurétanie Tingitane , en indiquant leur répartition territo- 
riale ; puis il montre avec quels pays étrangers cette contrée se 
trouvait en relations déchanges et quel était le caractère des 
établissements que les Carthaginois et les Romains y avaient 
fondés * . 

1. Voir ci-après. 



134 SÉANCE DU fi AVRIL 1 90fi 

M. Gh. JuRET présente quelques observations sur la flore de 
la Maurétanie. 

M. Gagnât critique quelques attributions de produits à la 
Maurétanie. 

M. Gagnât annonce que M. le commandant Donau a décou- 
vert dans le Sud tunisien de nouveaux documents relatifs à 
l'arpentage exécuté aux environs des chotts sous Tibère. Ils 
donneront lieu à une communication ultérieure. 

M. B, Haussouluer signale à l'Académie une importante décou- 
verte épigraphique faite à Milet par M. Th. \\'iegand, dans les 
fouilles entreprises par les Musées royaux de Berlin. On a 
retrouvé sept listes comprenant les noms de 4.3 i stéphanéphores 
ou fonctionnaires éponymes de Milet, depuis la fin du vi" siècle 
avant notre ère jusqu'aux premières années du i'"'" siècle p. G. 
M. Haussouilier montre l'importance historique de ces listes qui 
lui ont été obligeamment communiquées par M.M. Th. Wiegand 
et A. Hehm. 

M. Bréal présente quelques observations à ce sujet. 

MM. Goi.LiGNON et Babelon demandent quelques éclaircis- 
sements et signalent des comparaisons à faire entre les listes et 
les monnaies. 

M, Glermont-Ganneau insiste sur les textes qui attribuent aux 
dieux la fonction de stéphanéphore. 

M. Bouché-Leclercq indique des analogies en Ivgypte. 

M. Ghavannes, au nom de la commission du prix Stanislas 
Julien, annonce que les deux publications adressées au concours 
ne paraissant p;is dignes d'être couronnées, la commission a 
décidé d'évoquer un ouvrage qui n'a pas été présenté et de 
décerner le prix Stanislas Julien au Dictionnaire français- 
japonais de M. E. Haguet, de la Société des missions étran- 
gères de Paris, et T. Ono, conférencier du Lycée supérieur de 
Tokyo. 



135 



COMMUNICATION 



NOTE SUR LA GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE DU MAROC 
DANS l'antiquité, PAR M. MAURICE HESNIER. 

La Maurétaiiie Tingitane , le Maroc des modernes, pas- 
sait à juste titre, dans l'antiquité, pour une région d'une 
fertilité merveilleuse. En utilisant les renseignements épars 
dans les auteurs et le témoignage des inscriptions ou des 
monnaies, il est possible de tracer un tableau assez complet 
de celles de ses productions naturelles que les anciens ont 
connues et exploitées ' : 



I. — MiNÉRAI'X. 

Or: côte occidentale d'Africiiie, ;ui 

sud du Duras. 
Plomb ar^cnlifèrc : Argenti. 
Electriim : Inc Cépliisias. 

( Aquae Dacicae: 
Eaux minérales , Frigidae: 

{ Fons asper. 



II. 



^^';GÉT.\l•x. 



Forêts : chaînes de l'Atlas (arar, 

citrus, pin, euphorbe). 
Roseaux: pvoniuntor in ni Cannar uni. 
Scirpus. 

\ Mulucha {Malva); 



Mauves 



Oliviers 



( Lixus. 



Plantes potafrères (arum , dracon- 
tium , staphylinus , hippomara- 
thum, scolymus). 

Fèves sauvages. 

( Bahba; 
Palmiers , , 17 , < , r> 

< entre le tut et le Dyris. 

\ Oleastron akron; 

I Lixus. 
Céréales (blé) : côle nord-ouest (Tin- 

gis, Zilis. Lixus, Tamusia. Sala., 

Senies, Bahba). 

I Côte nord-ouest {cap Co- 

l lèsou Ampelusia; golfe 

\ Cotes, sinus Sarigi; 

Lixus, Sala, Semés); 

Entre le Fut et le Dgris : 

Sur le continent en face 

de Cerné. 



Vignes 



1. Une étude plus détaillée de la géographie économique du Maroc dans 
l'antiquité, avec les renvois aux textes et une carte donnant la répartition 
territoriale des produits, paraîtra dans les Archives marocaines. 



136 



III. 



GEOGRAPHIE ÉCONOMIQUE DL" MAROC 
Ammaix. 



Élcpliants 



1° Animaux sauvages : chnincs 
de l Allas: 

I fleuve Amiliis: 
monts des Sept- Frères : 
Sala ; 

cap Soloeis: 
continenl en l'ace de 
Cerné. 

Lions, panllicres, bubales. léopards, 
ours, serpents, {gazelles, ichncu- 
nions, belettes. 
Singes : (Colonnes d'Hercule. 

2" Animaux domestiques. 
Chevaux, îlnes. 

I chèvres : Gélulie ; 
[ innulnns : \'()ln})ilis ; 
Bestiaux ^ bœufs : Bahba : 

I troupeaux sur les bords 
\ du Daras. 
3 Animaux divers servant 
à l'alimentation. 



Abeilles et miel 



Méléag-rides cl pénclopes : lac Cé- 
phisias. 

Escargots : cap Soloeis. 

Sauterelles : /( l'entrée du désert. 
\ Musadir: 
( cote norit - ouest . 
4 Poissons de mer et 
coquillages marins. 

Fabriques de salaisons : Mulucha. 

Thons : Lixus. 

Sconibres. 

Espadons : (Jotta. 

Perles. 

(^Kjuillafics l (iétulie: 

de pour]ire / Purpurariaede Juha. 

5° Animaux d'eau douce. 
Poissons : Babha. 
Sangsues. 

( fleuves de l'Atlas ; 
Crocodiles < Daras: 

' lacus Xilides. 

IV. — Esci-.vvHs. 

.\nx confins du territoire romain. 



Ces productions se répartissaient inégalement sur la sur- 
face du pays. Au Nord, l'étroite bande littorale du Hif", 
depuis la frontière de la Maurétanie Césarienne juscjuii 
l'entrée de l'Océan Atlanti(jue, était inhospitalière et n'avait 
rien de remarquable : re(/io i;/n()Ijilis et vix quiilqiiam illustre 
sortita, comme le dit Pomponius Mêla. Au Sud, entre l'em- 
bouchure du Sala et celle du Dara.s. livctirc. la pourpri' et 
le bois de citrus pouvaient seuls, ;i l'époque romaine, don- 
ner lieu à une exportation rémunératrice. En revanche, dans 
la partie nord-ouest de la côte, des Colonnes dllercule au 
Sala, et dans l'arrière-pays, les richesses n.iluiillcs de loutc 
sorte allluaient : pêcheries du lilloral; électrum et volailles 
du lac Céphisias; sources minérales; dans les plaines, des 
céréales, des vig'nes, des oliviers, des plantes jjolaî^ères, des 
abeilles; dans les prairies et sur les plateaux, 1 élevai^e des 
chevaux, des ânes, du bétail ; dans les forêts de l'Atlas, les 



GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE DU MAROC 137 

essences A'éi^étales les plus appréciées et les animaux sau- 
vages les plus estimés; les indigènes eux-mêmes, vendus 
comme esclaves , devenaient k roccasion une source de 
profits. 

Les Phéniciens et les Carthaginois allaient chercher sur 
le littoral africain de l'Atlantique des métaux précieux et 
des objets de luxe : ils échangeaient leurs marchandises 
contre de la poudre d'or; ils achetaient dans l'île de Cerné 
des pelleteries, de l'ivoire, du vin, et donnaieirt en retour 
des parfums, de la verroterie et des vases. Mais s'ils étaient 
descendus, au delà du Daras, jusqu'à Cerné, jusqu'à la côte 
de l'or, ils n'avaient pas essayé de pénétrer dans l'intérieur 
et de soumettre les indigènes. Il leur suffisait de posséder 
sur rOcéan Atlantique une ligne ininterrompue de postes 
où leurs navires faisaient escale et où s'etTectuaient les 
transactions. Le Périple d'IIannon nous montre quelle 
importance Carthag-e attachait à ces établissements. 

La domination des Romains eut un tout autre caractère. 
Du Nord-Ouest de l'Afrique ils ne firent pas venir seulement 
des objets de luxe, comme leurs devanciers, mais encore et 
surtout des denrées alimentaires. Le blé fut désormais le 
principal objet de l'exportation. Les Romains empruntèrent 
à la Tingitane : l°des produits végétaux de première néces- 
sité (blé, huile); 2» des aliments de luxe (pintades, escar- 
gots, miel, poissons) ; 3° des plantes médicinales (euphorbe) ; 
4° des essences précieuses (citrus) ; 5° des peaux d'animaux ; 
6" de l'ivoire ; 1° des chevaux et des bêtes fauves; 8° de la 
pourpre et du purpnrissimum; 9° des perles; 10° des 
esclaves. De la Mulucha aux Colonnes d'Hercule et du Sala 
au Daras, les Romains, à l'exemple des Carthaginois, 
s'étaient bornés à occuper quelques points biens choisis ; il 
n'en fallait pas davantage pourmaintenir d'une parties rela- 
tions par mer avec la Césarienne et pour exploiter d'autre 
part la côte de l'ivoire, de la pourpre et du citrus. Mais au 
Xord-Ouest, des Colonnes d'Hercule au Sala, sur la côte du 



138 GÉOGRAPHIE ÉC0^0M1QL•E DU MAKOC 

blé, de Ihiiile et du vin, et dans l'hinterland, Rome fit ce 
que n'avait jamais tenté Carthag'e : elle occupa militaire- 
ment la contrée, l'annexa, l'érig-ea en province. Au second 
siècle de l'ère chrétienne, outre la route de mer que suivaient 
les navires de station en station, per maritima loca, depuis 
Ting-is jusqu'à Portus Divini en Césarienne, deux routes de 
terre desservaient la rég-ion : lune de Tingis à Sala, lon- 
geant le littoral ; l'autre, plus à l'Est, de Tingis à ^'()]ubilis. 
Tout le territoire intermédiaire avait été soumis et pacifié. 
Les limites de la province romaine coïncidaient avec celles 
de la partie la plus riche du pays. 

Le commerce de la Maurétanie Tingitane avec lltalie se 
faisait presque tout entier par l'entremise de IRspagne. 
C'est à Belon que l'on s'embarquait pour Tingis ; Gadès 
envoyait ses pêcheurs à Lixus et ses marchands sur toute la 
côte maurétanienne de l'Atlantique. La route de merTingis- 
lielon continuait la voie romaine de Volubilis à Tinsfis; la 
route de mer Lixus-Gadès continuait la voie lomaine de 
Sala à Lixus, prolongée au Nord jusqu à Tingis pour rejoindre 
la précédente. Les Espagnols achetaient en Tingitane pour 
leur consommation personnelle des poissons destinés à leurs 
f'abri({ues de salaisons et des animaux rares ou sauvages 
qui fig-uraient dans les divertissements publics ; de leur 
côté, ils offraient aux Maures les métaux de leurs mines 
réputées. 

Les moyens d'information dont nous disposons, si limités 
qu'ils soient , nous permettent tout au inoins de c<»usl;ilcr 
que la Maurétanie Tingitane était abondamment pourvue 
des produits les plus variés et d'en l revoir les grantles direc- 
tions di' ses courants d'échanges. 



139 



livrl:s offerts 



M. Babelon a la parole pour un hommage : 

» J'ai riionneui- d'ofFrir à rAcadémie, de la part de l'auteur, M. le 
colonel Allotte de La P^uye, une étude intitulée : Monnaies de VElij- 
maïde (gr. in-4o de 67 pages et ;> planches. Paris, Leroux, 1905, 
in-8°. Extrait des Mémoires de la délégation scientifique française 
en Perse, dirigée par M. J. de Morgan). Ce travail très important a 
été occasionné par la découverte, faite en 1900, de 583 monnaies de 
bronze, dans le tell de l'acropole de Suse. M. de Morgan a chargé 
M. Allotte de La Fuye, dont la compétence spéciale est universel- 
lement reconnue, d'étudier cette trouvaille qui, depuis lors, est venue 
enrichir les collections du Cabinet des Médailles à la Bibliothèque 
nationale. 

« Après avoir rappelé les diverses études dont les monnaies de la 
dynastie des Kamnaskirès, rois de l'Élymaïde dans les deux siècles 
({ui précèdent notre ère, ont été l'objet, M. Allotte de La Fuye 
s'attache au déchiffrement très dilTicile et à l'interprétation des 
pièces de bronze qui composent la nouvelle trouvaille et dont il rap- 
proche les pièces similaires déjà connues. 11 interprète les types et 
les symboles, montrant leur rapport étroit avec ceux des monnaies 
de la dynastie des Arsacides, et s'elîorçant, pour en déterminer le 
sens, de remonter jusqu'à leur origine primordiale. La partie la plus 
originale de cette étude concerne les légendes (jui sont, les unes, en 
un alphabet grec déformé dont les caractères, affectant des formes 
cursives, sont presque méconnaissaljles; on y retrouve les noms 
d'Orode, de Phraatace, de Chosroès. Les autres ont des légendes 
chaldéo-pehlvies dont le déchiffrement est encore plus délicat. 
M. Allotte de La Fuye discute avec la plus minutieuse précision la 
valeur de chaque caractère, faisant concourir à la reconstitution 
complète d'une légende un nombre parfois assez grand de pièces 
usées, rognées, mal frappées ou d'une conservation inégale. Il répartit 
ces pièces entre plusieurs Orodes, plusieurs Phraates et quelques 
autres princes qui portent des noms parthes s'ils ne sont pas les 
mêmes que les rois Parthes homonymes. Il serait impossible de 
pousser plus loin que ne l'a fait M. .\llotte de La Fuye le scrupuleux 
examen des détails techniques, la justesse des comparaisons, les 
rapprochements utiles et la rigueur des déductions. Il fallait un 



14U LIVKES OFFERTS 

véritable courage pour se livrer à l'étude ardue de ces séries compo- 
sées de pièces si barbares d'aspect, si négligemment frappées, et 
d'une conservation trop souvent défectueuse. M. Allotte de La Fuye a 
débrouillé le chaos dans lequel se trouvait encore ce cha])itrc de la 
numismati({ue orientale ; j'ajoute que ceux qui s'intéi*essent à la 
géographie pehlvie et araméenne trouveront dans le mémoire de 
M. Allotte de La Fuyc les plus utiles observations générales. » 

M. ScnLUMBERGEn a la parole pour un hommage : 

<i J'ai l'honneur de déposer sur le l)ureau de l'Académie, de la part 
de M. ('.\\. I)iclil, coi'respondant de notre Académie, professeur à la 
Sorbonne, un exemplaire du volume intitulé Fujurcs hijzanlincs, qu'il 
vient de publier. M. Diehl esta la fois un tles chefs de l'école byzan- 
tine en France et un écrivain distingué. Dans son cours à la Sor- 
bonne comme dans ses ouvrages de haute érudition, il a rendu les 
plus signalés services aux études d'histoire, d'archéologie et d'art 
byzantins. Aujourd'hui, flans le volume (]ue je présente de sa part à 
l'Académie, il fait une légère infidélité à ces études plus austères. 
S'adressant à un public plus étendu, il lui présente les portraits d'un 
cer(;iin nombre de personnages illustres de Ihisloire byzantine. C'est 
un genre dans lecpiel noire correspondant excelle véritablement. 
J'(^ngage les curieux des clioses ])yzanlines à parcourir ces divers 
chapitres dont quelques-uns ont paru déjà clans divers périodiques. 
Cette lecture les charmera. Ils verront comment vivait une basilissa 
à Byzance. Ils passeront de la savante et gracieuse Aliiéiiaïs,devi'nue 
la très pieuse impératrice Eudoxie, à Théodora, à la grande Irène, à 
Théophano, la séductrice du x° siècle oriental, à Zoé, l'étrange et 
auli(pie épouse de trois empereurs, à Anne Dalassène , la mère des 
Comnènes. Ils goûteront un vil plaisir ii connailre » les romanesques 
aventuresdu basileus Basile 1 ■■ ou le milieu, si leiidic cl si bourgeois 
toul ;i la fois, dans lecpiel fut élevé le célèbre chroniqueur Psellos. 
Peu de ii\res sont mieux faits j)oui" donner au lecleui' une idc'-e vraie 
de ce que fui Byzance à l'épocpie de sa grandeur. ■) 

.M. PoTiii:it fait iionimage à l'-Vcadémie, de la pari de M. José 
Haillon M('lii|,i. (liicclcnr du Miisi'-c *.\o Nbuliid, d'une Itrociiure inti- 
tulée : Lus Ksciiltiir.is drl ('.iti-h <lr /on S.iiiIds exir. de la lirvisla 
(le Archivosi, où l'auleur a résunu' la discussion sur laulhenticité des 
célèbies statues espagnoles et confirmé sur tous les points, en 
ra[)piiyant de ses obsi-ivalions personnelles, la démonstration faite 
par M llcuzt'yen iS'.IO. I,c niéuioiri' es! acconqiagné de dix [)lanches 



SÉANCE DL 11 AVRIL 1906 141 

qui représentent les types principaux de la série et qui contiennent 
aussi le Trésor de Javéa dont l'intérêt a été tout récemment signalé 
à l'Académie par une noie de M. Pierre Paiis. 



SEANCE DU 11 AVRIL 

(Séance avancée au mercredi à cause du vendredi saint.) 



PRESIDENCK DE M. R. GAGNAT. 

M. Héron de Villefosse annonce à rAcadémie que M. le com- 
mandant Guénin, commandant supérieur du cercle de Tébessa, 
a découvert, au mois de mars dernier, une petite basilique située 
sur le versant nord d'un mamelon appelé Bonis, dans la partie 
ouest du Bahiret-el-Arneb , à 28 kilomètres env'iron de Tébessa. 
Ce qui donne un intérêt particulier à cette découverte, c'est la 
présence dans cette basilique d'une inscription mentionnant 
plusieurs martyrs afi'icains. 

Cette inscription se lit sur une dalle mesurant 0"' 50 de côté. 
La pierre paraît avoir reçu d'abord un premier texte gravé avec 
un soin particulier : 

IVEMORIA-SANCTAE MAXIME 
don ATlKk/E-ET-SECVND/E 

La première de ces deux lignes est formée de grands caractères 
très réguliers, tracés entre deux barres parallèles, dans un com- 
partiment rectangulaire servant pour ainsi dire de support à un 
grand chrisme en relief qui mesure 0"' 37 de diamètre et qui 
occupe la plus grande partie de la pierre. Le monogramme se 
compose d'une croix grecque à branches égales, surmontée d'un 
P et accostée d'un A et d'un CO, le tout en relief. Sur le cercle, 
également en relief, qui entoure le chrisme, court en caractères 
plus petits, la phrase suivante : 

1906. 10 



142 SÉANCE DU 11 AVRIL 1906 

+ POSITA A DM0 PATRE FAVSTINO EPISCOPO 
VRBIS TEBESTIN/E SVB DIE V IDVS M INDICT XIII 

Telle est la partie primitive de Tinscriptioii. On voit qu'il 
s'agit dune memoria en l'honneur des trois jeunes femmes, 
martyrisées à Thuburbo, le .'iO juillet 304, Maxinia, Donalilla et 
Secunda, dont nous possédions déjà un autre souvenir dans une 
inscription de Testour'. Le récit de la Passio de ces saintes 
femmes a été découvert il y a quelques années par les Hollan- 
distes dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale "-. 

D'autres inscriptions ont été ajoutées postérieurement sur hi 
pierre pour occuper l'espace resté libre autour du cercle qui 
entoure le chrisme. On y lit, en commençant à la partie supé- 
rieure et en continuant vers la droite : 

+ AR CANGEKV 

SMI KA 
EK ET 
GAB 
R I E 
K 

Après les noms des archanges Michaël et Gabriel, qui appa- 
raissent quelquefois sur des inscriptions byzantines de Syrie •*, 
mais qui ne figuraient pas encore sur nos inscriptions africaines, 
on lrou\c en se reportant à gauche : 

ni e /» O R I 

A 
SCI 
B I 
N 

1. Corp. inxcr. lui., VIII. 1 4902. 

'2. Paul Monceaux, Ifisl. littéraire de IWfriijiic chrétienne. III. p. Ii8 
et suiv. 

3. Waddington, Inscriptions tjrecques et lalines de Li ^fjrie, 2068, 2263, 
26376. 



SÉA>'CE DU 11 AVRIL 11)00 143 

CE 
N 

Tl 

M A R 
TIRIS 

Cette mention se rapporte à Tun des confesseurs d'Abitina, 
Vincentius, dont les inscriptions africaines nous ont déjà fourni 
d'autres souvenirs, notamment à Guelma ' et au Mesloug' ^ 
près de Sétif. Les Acta des martyrs d'Abitina sont connus; on 
sait que ce groupe de confesseurs se composait de cinquante 
chrétiens qui comparurent devant le proconsul Anulinus le 
12 février 304, mais qui paraissent être morts à des dates diffé- 
rentes^. Vincent est un de ceux dont la mémoire était restée 
populaire en Afrique. 

En se reportant à droite du cercle qui entoure le chrisme, on 
trouve encore ces mots : 

SCE 
CRI 
SPI 
N E 
MAR 
T!RI 
S 

Cette dernière mention se rapporte à Crispine de Thagora , 
martyrisée à Théveste le 5 décembre 30i. On possède aussi les 
Acta Cri.spinae '' . 

Ainsi ce nouveau texte mentionne cinq confesseurs africains 
qui ont tous subi le martyre en 304, sous le proconsulat d' Anu- 
linus. 



1. Corp. inscr. Utl., ^'III, 5352; C. IL de VAcad. des inscr., 1890, p. 192. 

2. Gsell, Bail, du Comilé d'archéologie, 1899, p. 451. 

3. P. Monceaux, op. laiid.. p. 1 13 et suiv. 

4. Ihid.. p. 159. 



141 SÉANCi: DU II AVHIL 1906 

L'évêque de Théveste, Fauslinas, était inconnu ; il est qualifié 
dominas pater. 

Le mot cl'omiiijO écrit en abrégé est surmonté de trois 
points; on trouve le même sij^ne d'abréviation au-dessus du T 
du mot indicKione). Au contraire, dans la seconde partie de 
Tinscriplion , que je crois avoir été f,''ravée postérieurement, le 
signe d'abréviation qui se rencontre au-dessus de SCI et de SCE 
= s(an)c[t)i et s^an c((a)e consiste en un trait horizontal. 

L'inscription est de l'époque byzantine. Nous devons de sin- 
cères remerciements au commandant Guénin pour nous avoir 
fait connaître sans retard ce précieux texte. 

yi. Maurice GaoïstT lit une étude sur la légende de Galypso. 
Il montre que deux traditions relatives à cette déesse se trouvent 
superposées et confondues dans VOdijssée. I, iino, [jIu- ancienne, 
la représente comme une Océanide habitant une grotte; divinité 
redoutable , elle ne se laisse toucher ni par les regrets ni par les 
larmes de son captif. L'autre, plus récente, fait d'elle la fille 
d'Atlas. La première tradition appartient aux éléments les plus 
anciens du cycle odysséen. On la trouve encore, en ce quelle a 
d'essentiel , dans le 5" chant de VOdijssée , mais elle y est déjà 
sensiblement adoucie. 

MM. Pkrrot, Glermont-(i.vnm:al", Gollignon, Buiî-vr, présentent 

quelques obscrN'ations. 

M. 1) Akbuis de JriJAiNv ili.e a la parole pour une communica- 
tion : 

« Jules Gésar, De hcllu ijullicu. dit (luil rvislail en Gaule de 
nombreux siniul;i(r;i de Mercure. Gomme la fait observer 
^L Salomon Keinach, ces simulacra étaient des pierres levées, 
des menhir auxquels on rendait un culte. La vie de saint Samson 
désigne par le mot simulacrnm une pierre levée, lapis slans, qui 
était l'objet d'un culte en Grande-Bretagne au milieu du vi" siècle 
et sui' la(|uelle le vénérable évêque grava une croix. \ii siècle 
précédent, saint Patrice en Irlande trouva un jour sur son pas- 
sage une pierre dressée sut- un monticule artificiel ; elle avait des 
ornements d'or et d'argent, elle était l'objet d'un culte. Des 
sacrifices luimaiiis axaionl été, disail-on. célébrés en l'iioniicur 



SÉANCE lU II AVRIL 100(3 145 

de cette idole. En Gaule, le culte des pierres a été prohibé au 
v*^ et au vi*^ siècle par des conciles; malg^ré ces défenses, il per- 
sistait encore au viii'' siècle où Charlemagne riulerdit '. 

M. F. de Mély l'ait une communication sur le retable de 
Boulbon (petit villag"e des environs de Tarasconi. offert lan der- 
nier au Louvre par le Comité de l'Exposition des Primitifs de 
1904, et qui, selon lui. est peut-être le morceau le plus précieux 
de la peinture du xv*^ siècle. Mais, jusqu'ici, on n'avait pu trouver 
ni sur son auteur ni sur les conditions dans lesquelles il avait été 
exécuté aucun renseignement. Il y avait bien, dans les angles, des 
armoiries, mais elles n'avaient pas été identifiées. 

On voyait aussi dans le bas, à gauche, une charmante petite 
cigogne, délicatement peinte. M. de Mély avait immédiatement 
supposé que c'était le monogramme parlant du peintre, mais il 
lui avait été répondu qu'on ne connaissait aucun artiste du nom 
de « Cigogne >>, et que. par conséquent, le sigle était négligeable. 

Dans un A'ovage d'études. M. de Mély avait constaté la pré- 
sence à Aix-en-Provence d'un précieux manuscrit, dont une 
miniature admirable était sianée. atTirmait-on. « Hu^oniet )>. A 
l'examen, on peut immédiatement reconnaître que celte lecture 
est défectueuse. Il faut lire « Chugoinot ^ ; et les armoiries du 
manuscrit, où se voient les armes du pape Nicolas \', le datent 
de 1 i47-l4ô5. Mais il y a là quelque chose de beaucoup plus inté- 
ressant. Cette miniature porte en effet, dans la bordure, «une 
petite cigogne ». Aussi, quand on peut constater combien le 
faire de la miniature et du tableau sont voisins, quand on sait 
qu'en vieux français u chugoinot » veut dire << petite cigogne », 
est-on naturellement amené à reconnaître, dans deux œuvres de 
même date, du même pays, puisque le tableau a été peint pour 
la collégiale de Saint- Agricol d'Avignon, au milieu du xv^" siècle, 
comme le montre M. de Mély, l'œuvre d'un même artiste 
«Chugoinot », qui, inconnu hier, doit être regardé maintenant 
comme une des gloires de notre école française. 

1. \'oir ci-après. 



1 i(» 



COMMUNICATION 



LE CULTE DES MENHIR DANS LE MONDE CELTIQLE, 
PAIi M. d'aRBOIS de .ILHAINVILLE, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

Jules César, au livre VI, chapitre 17 du De hollo yallico, 
dit que Mercure est la principale divinité des Gaulois et 
qu'en Gaule il y a l)eaucoup de représentations, sirnulacra, 
de ce dieu. Ces si/niihicra étaient des pierres brutes dres- 
sées debout, des menhir, comme le faisait observer en 18î)0 
M. Salomon Reinach dans un article que la Revue cellùfue 
a publié '. Kn elîet, sinuilacru/n ne désigne pas toujours 
formellement une statue. (Conformément k une remarque de 
M. Reinach , Fustel de Coulanges lavait avec raison fait 
observer dix ans plus tôt -. Les Romains confondaient leur 
Mercure avec le dieu grec Hermès dont certaines représen- 
tations semblent avoir été des pierres debout arrondies en 
forme de phallus. Pausanias en signale une qui se trouvait 
sur la côte occidentale du Péloponnèse, en Elide, dans la 
ville de Cyllène*. Les Athéniens préféraient des piliers 
quadrangulaires ornés d'un phallus, de plus terminés au 
sommet par une tête virile, et cette mode athénienne s'était 
répandue en Grèce'. 

Les menhir (jui, en Gaule, étaient l'objet d'un culte 
n'avaient comme ornement ni phallus ni tète, mais cela 
semblait s'explicjuer par l'incapacité arlisticiuc des Gaulois. 

1. Ik'vue cellique. L XI. p. 22'i-22G. 

2. lici'ue celHijnr, (. I\'. p. 10, unie i: cf. S. Hi"iii;uli, Uevne cellifpie, 
l. XI, p. S97. 

3. 'lo'j Epao'j 0£ 70 xvxhiT. ov O'. TajTr, -toiiaùj; azoojaiv, ôoOov ÈaTiv 
«'.Sotov ènl TOÛ pâOpoj. Pausanias, 1. \'I, c. 20, g T). 

4. Hérodote, 1. II, c. 51, § 1, 3; Tliiu-ydidc, 1. V\. c. 27, !; I: l'jiiKanias, 
1. IV, c. 33, .S 3; I. VIII, C.39, § 6. 



LE CULTE DES MENHIR DANS LE MONDE CELTIQUE 147 

Sous la forme barbare de ces emblèmes relig-ieux , Jules 
César se crut autorisé à reconnaître l'image du dieu g-rec 
que les Romains considéraient comme identique à leur 
Mercure 

h' expression si mu hcrii m, dont Jules César fît usage pour 
désigner ces menhir divinisés , se trouve aussi dans un 
texte hagiographique , une vie de saint Samson , évêque- 
abbé de Dol au vi'' siècle. Cette vie, suivant Mgr Duchesne, 
aurait été probablement écrite au commencement du siècle 
suivant^. Voici un des faits quelle raconte : 

« Saint Samson, déjà évèque, avait pris la résolution de 
quitter la Grande-Bretagne , sa patrie , et d'aller évangéli- 
ser la Bretagne continentale; il était en route et allait bien- 
tôt gagner le port où il devait s'embarquer ; il entendit k 
sa gauche des hommes qui , à la manière des bacchantes , 
dit Ihagiographe , adoraient une idole par un jeu imagi- 
naire — évidemment le culte consistait en une danse 
échevelée : de là vient que l'auteur chrétien parle de 
bacchantes — . Saint Samson descendît de son char, et, 
debout sur le sol, il regarda attentivement les adorateurs 
de l'idole; il vit devant eux sur le sommet d'une montagne 
une image abominable, simulacrum ahominahile. — .lai été 
sur cette montagne, dit Ihagiographe, et j'ai adoré la croix 
que de sa propre main avec un instrument de fer saint 
Samson avait gravé sur la pierre levée, in lapide sfante, j'ai 
touché de la main cette croix. Cette gravure terminée, saint 
Samson de sa douce voix dit aux assistants qu'ils ne devaient 
pas abandonner Dieu, créateur de toutes choses, pour ado- 
rer une idole 2. C'était vers le milieu du vi*^ siècle. A cette 



1. L. Duchesne, Les Fastes épisropaii.r de l'ancienne Gaule, tome II, 
p. 381, note 2; cf. Bihliolheca luigioyraphica antiqiiae et mediae aelatis 
par les Bollandistes, t. II, p. 1083. 

2. Qiiadam die cum per quemdam paguni quem Tricoriiim vocant 
deambularet, audivit (ut veruni erat) in sinistra parte idoluni homines 
bacchanlum ritu in quodam fano per imaj,nnarium luduui adorantes: atque 



148 LE CL LIE DES MEMIIR DANS LE Mr)NDE CELTIQUE 

date, saint Samson, traçant une croix sur un menhir, consi- 
déré comme divin , se conformait à une constitution de 
l'empereur Tliéodose II, promulguée en irUj et qui a été 
insérée au code Théodosien promulgué en i'iS '. » 

Il existe en France quelques menhirs sur lesquels une 
croix est f^ravée"'. 

Le menhir qu'en Grande-Bretagne saint Samson christia- 
nisa n'est pas le seul exemple que nous puissions citer du 
culte des pierres levées dans le monde celtique. 

Au v** siècle, saint Patrice parcourant l'Irlande arriva un 
jour dans TUlster méridional, au comté de Cavan. sur la 
frontière du comté de Lestrim, au lieu dit Plaine de l'ailo- 
ration . Maf/ siechi , où se trouvait la principale idole d'Ir- 
lande. On l'appelait ■< tète de l'éminence artificielle ». Cenn 
cruaich; elle était couverte d'or et d'argent, douze autres 
idoles plus petites couvertes de bronze l'entouraient. Sui- 
vant l'hagiographe , Patrice levant sa crosse menaça cette 
idole, sans la loucher, et cependant on vovait encore la 
marque de la crosse au temps où la vie du saint fut écrite. 
En même temps que lidole principale recevait cette marque 
de la puissance surnaturelle du célèbre apôtre, la terre 
engloutit les douze petites idoles, n'en laissant sortir que 

illc aiinucns iValrilnis. u( stMi-cnt et silcrcnt , et ipse de ciirni ad teriaiii 
descendens . et ad pedes staiis, attendcnsqiie in liis qui idolum colebanl, 
vidit ante eos in cujusdam vertico monlis simulaci-um abuminabile adsislere 
in quo monte et c^o fui, siffnuniqiic criicis, qimd sanoliis Samson sua manu 
vnm ([un.lani i'ciim in lapide stanfe sculpsil. adnravi. et mca manu pali)avi); 
(piod sanelus Samson ut vidit. festinc ad ens. duus a])ud se tanluni fralros 
eligens, propeia\ il, atque ne idolum. unum Deum qui creavit omnia relin- 
qucntes, coliic deberent, suaviter commonuit. Viln S. S.imsnnis, c. 38. 
Mal)illon, Acta s.inclnrum ordinis S. fienedieli. t. I. p. 177; ef. Le Moync 
de la Horderie. Jlisloire de lirel.i(/iie. t. I, p. Ils; (',. l),,|(in. M.iitiicl iioiir 
serrir A l'élude de l'nnluniHé cellitiiie. p. 252. 

1. Fana, leinpla, delubra, si qua cliam nunc restant intepra, praecepto 
maj-'islralnum desli-ui enlIocalione(|ue vonei-andac christianae reli^'ionis 
si^ni expiai-! iiiaeei|)imus. Livre .\VI, litre .\, § 2.5. Édition Ilaeuel, 
col. '1627; éd. Th. Mnnunsen et P. M. Mcyer, 1905, t. I. dernière partie, 
p. 905. 

2. Salomon Heinacli, llavue nrchéoloç/iciue, :v série, t. X.XI IS9,1), p. 335. 



LE CULTE DES MENHIR DANS LE MONDE CELTIQUE 149 

l'extrémité supérieure. Maudit par saint Patrice, le démon 
qui habitait là dut se réfugier en enfer '. 

Outre son nom de (^.enn cruaic/i, « tête de l'éminence 
artificielle », ce groupe de treize idoles avait un autre nom : 
(( courbe de Téniinence artificielle», Cromm crùaich , ou 
Cromm cnJich , à cause du cercle de petites idoles qui 
entourait l'idole principale. On trouve ce second nom dans 
le récit intitulé : « Des règnes d'Irlande », Do fJdaf/iiusaih 
Erend , et dans le traité de géographie dont le litre est: 
(( Vieille histoire des collines », Dind-senchas. L'Irlande 
aurait eu jadis un roi appelé « seigneur de la mort », 
Tiffe rnm as ipouv Tic/ern-bais. Il régna, dit-on, soixante- 
dix-sept ans , et, sous son règne, la race d'Eber, c'est-à- 
dire la population de l'Irlande faillit être exterminée. Il 
mourut dans une grande assemblée tenue dans la Plaine 
de l'adoration, Mac/ slecht, et les trois quarts des hommes 
d'Irlande périrent avec lui en adorant « la courbure de 
l'éminence artilîcielle », Cromm crôich, principale 
idole d'Irlande'-'. 

Avant saint Patrice, les Irlandais ofTraient à cette idole 
les premiers-nés de leurs animaux et même de leurs enfants. 
Si tant d'Irlandais hommes et femmes périrent en adorant 
la même idole, dit la légende irlandaise, c'est à cause du 
violent mouvement qu'ils firent en se prosternant : ils se 
brisèrent le front, les genoux et les coudes-''. 

Une idole analogue à Cenn crûaich, mais moins impor- 
tante, se trouvait en Irlande un peu plus au nord. Elle 
s'appelait Cermand ccstach. C'était une pierre un peu 
courte qui avait eu des ornements d'or et d'argent et qui, 
dépouillée de cette parure , fut plus tard conservée dans 
l'éarlise de Closcherau comté de Tvrone. Un auteur de notes 

1. Whilley Stokcs, The Iripartite Life of Patrick, l. I, p. 90-93. 

2. Do fhlathiiisaib Erend, Livre de Lcinster, p. 16, col. 2. 

3. Dindsenchaft, édile par Whitley Slokes, Revue celtique, t. XVI, p. 35, 
163. Suivant ce texte, l'idole principale aurait été d'or; c'est une exagéra- 
tion. Elle avait des ornements d'or. 



loO LE CULTE DES MENHIR DANS LE MONDE CELTIQUE 

ajoutées au martyrologe d'Oengus a vu cette pierre et 
remarqué les traces des attaches par lesquelles aux temps 
païens les ornements dor et d'arf^'ent étaient fixés '. 

Cenn crûaich suppose un celtique primitif *Quennos 
crouci qui a dû devenir en g-aulois *Pennos crouci. On 
trouve ce nom déformé dans le Penno-cruciiim de l'Itiné- 
raire d'Antonin. désignant une station romaine de Grande- 
Bretagne sur la route qui menait du Valluni Antonini au 
Portus Ritupis aujourd'hui Richborough -. Cette station est 
aujourd'hui Penkridge, comté de Stalford. Il y avait là 
probablement une idole semblable au Ccnii crùaich d'Ir- 
lande, c'est-à-dire sur une éminence artificielle un menhir 
orné d'or et d'argent et considéré comme une divinité. 

Nous ne voyons nulle part que les menhir adorés par les 
Gaulois continentaux portassent des ornements d'or et 
d'argent. Mais le culte de ces pierres a persisté en Gaule au 
v'' siècle, comme nous l'apprend le vingt-troisième canon du 
deuxième concile d'Arles ^, au vi*" siècle, ainsi que nous le 
voyons dans le canon xxui d'un concile tenu à Tours le 
18 novembre 567 ''. Au viii" siècle, le culte des pierres con- 
damné par ces conciles persistait encore : on le constate 
quand on lit le chapitre 65 d'un capitulaire de Charlemagne 
qui paraît avoir été promulgué le 23 mars 789 '^. 

1. ^^'hillcy SlilUes, b'èlire Uenyiissn céli Dé, p. 1S6, 187, 378. 

2. Ilinerarinm Anloniiii, 'no, 1. 

3. Si in aliciijus episcnpi tcrrilorid infidcles aut faculas accendiint, aut 
arbiipos, fontes vel saxa vent'i-antm-. si hoc cruore ncjïlexcrit, Pacrilcp;ii 
reum se ossc ro;;n<)scat. Domiiuis aiiL m-dinaloi- rci ipsiiis, si acinioiiilus 
eniendai'f nuluiM-it, coininunione priveUir. Hnms, Cimoncx iipostoloriim et 
concilinriiin s;icciili)runi IV. V, VI, Vil, 2" iiartie. p. L'i3. 

4. Contcslainui" illain soUiciludinem tani pastoi'cs quani ])resbiteros 
gerere, ul, qnosounicpic... vidcrint... ad nescin quas potras aiit arbores aut 
ad fontes, dcsif^nata loca gentiliiim, per|)etrarc, quae ad ecclesiae rationem 
non pertinent, cns ab ecclesia sancta aiiclnrilalo i'0]5cllanf. Fredericus 
Maassen. (InnciUn iievi merovitiffici. p. \X.\. 

5. De ail)ipiil)iis \ cl pclris \v\ Idh I ihiis, nl)i iilicpii slulti luniinaria \ el 
alias ubservalioiies raciuiit. niiiniini iiiaiiiiiuiitis. ut iste |)essiiiius usiis et 
l)eo execrabilis, ubicunitpu' invciiiatur, tuUatur et distruatur. Roretius, 
Capilulari.i recfiim Francoriini, (. I, p. 59. 



LE CULTE DES MENHIR DANS LE MONDE CELTIQUE 151 

En Irlande comme en Gaule le culte des pierres levées se 
maintint pendant la période chrétienne. Il y a un traité de 
droit irlandais intitulé : «Jugements de contestations entre 
tenanciers voisins », Breatha comaithcesa, au début duquel 
est mentionné le clerc tonsuré représentant le clerg-é chré- 
tien dans les affaires temporelles, airchinnech. On y voit 
que, parmi les bornes délimitant les propriétés il se trouvait 
quelquefois une pierre d'adoration, ail adrada ^. 

Avant d'avoir l'idée de christianiser les menhir adorés 
parles Celtes comme le fit saint Samson, les maîtres, alors 
encore païens, du territoire celtique eurent la prétention 
de romaniser ces antiques monuments. Un exemple de cette 
transformation est donné par le menhir de Kervadel , com- 
mune de Plobannalec, Finistère, monument qu'en 1875 
M. Du Ghàtelier a transporté chez lui à Kernuz, même 
département. C'est un cône tronqué, haut de 3 mètres, avec 
un diamètre de 1 '" 20 à la base, de '" 40 au sommet. Sur 
ce cône ont été sculptés quatre bas-reliefs. Il y en a un 
dans lequel on reconnaît incontestablement le Mercure 
romain'-. L'accord de ce monument avec le texte de Jules 
César cité plus haut est frappant. 

Traitant le même sujet que nous en 1893, M. S. Reinach 
a fait le relevé des dénominations populaires par lesquelles 
en différents pays les monuments mégalithiques sont dési- 
gnés-"'. Quatre de ces dénominations : pierre eourhe, roche 
corheire^ roche corhière, roque courbe ^ paraissent expri- 
mer la même idée que le mot irlandais Cromm dans la for- 
mule Cromin crôich, Cromm crûaich, a courbe de lémi- 
nence artificielle », employée pour désigner la principale 

1. Ancient Laws of Irehmd, l. W . p. M2, 1. 16. 

2. Revue ixrchéoloyique, seconde série, t. XXXVII, 1879, planche IV, 
fif^iire 1; cf. pages 107, lOS, 376. Alexandre Bertrand, La Gaule avant les 
(ni» /ois, 2" édition, lS9],p. 193. P. Du Ghàtelier, Les époques préhislo- 
ri<iues dans le Finistère, p. 03, pi. 22. 

3. Revue archénlogiciue. troisième série, t. XXI, p. 195-226 et 329-367. 

4. Revue archéolocfique, troisième série, t. XXI, p. 203. 



lo2 SÉANCE Dr 20 AvniL HtOI) 

idole d'Irlande. Une autre expression, pierre de la valse\ 
rappelle ce que raconte l'auteur de la vie de saint Samson 
quand il compare à des bacchantes les adorateurs de la 
pierre levée qu'en Grande-Bretag-ne. au \i" siècle, l'évèque 
chrétien transforma en y gravant une croix. 

Le culte des pierres levées peut remonter à la population 
primitive qui a précédé les Indo-européens et à laquelle on 
doit les monuments mégalithiques. Les Indo-européens, se 
superposant à cette population sans la supprimer, ont j)U 
adopter en partie son culte sans abandonner com])lètement 
pour cela l'usage de leurs pratiques religieuses tradition- 
nelles, ainsi fju'ont fait les Germains. vain(jueurs des l>()mains 
et devenus chrétiens à l'imitation des vaincus. 

Nota. — On m'a demandé comment expliquer lenfanl 
qui dans le bas-relief du menhir de Kervadel accompagne 
le dieu Mercure. Si l'on admet avec moi que le Mercure 
gallo-romain est identique au Lug irlandais, on arrivera h 
cette conclusion ([ue l'enfant est le fils dv Lug. c"est-;i-dire 
le héros Cûchulainn. (pii dès l'âge de sept ans, avait accom- 
])li des exploits merveilleux racontés dans le morceau 
épi([ue intitulé « Exploits de Cûchulainn tMilinil ■', Mar</iii- 
martha Conculainn . Windisch, TAin hô (.'ùaln(/r, p. 170. 



SÉANCE DU 20 AVllIL 



l'Rh.SIDr.NCi; DE M. H. GAGNAT. 

Le Directeur de la Société française (rarchéolo','ie adresse à 

r.'\ca<l(''niir un L'\om|i|,iii'c du piniiiMniinc du (Idu^rès arcliéolo- 
f(ique (jui sera tenu à (Zarcassounc du ■_>_* ;iii '.U\ in.ii. 

1. Bévue nrcliéoluiiiiine, Iroisiùiuo siTic. I. X.Xl. p. 201. 



SÉANCE DL- 20 AVHIL 1906 153 

M. CiiA\ ANNKS explique un passage dune encyclopédie chinoise, 
le San Is'ai l'im houei publié vers 1609, où se trouve racontée 
l'histoire de la source miraculeuse qui jaillit dans l'endroit appelé 
plus tard la Mecque (Mo-k"ia) pour secourir le petit Ismaël(Sseu- 
ma-yen), fils du patriarche Abraham (P"ou-lo-heou). Cette tra- 
dition a pu être apportée en Chine parles pèlerins qui, dès le 
xv*^ siècle de notre ère, ont visité les lieux saints de l'Arabie. 

M. Paul Monceaux présente à l'Académie le recueil des 
inscriptions latines d'Afrique qui se rapportent au culte des 
martyrs et des reliques. Les documents de cette catég-orie se sont 
multipliés depuis quelques années ; ils sont aujourd'hui au 
nombre d'environ 120. M. Monceaux soumet à l'Académie des 
fac-similés, photographies ou estampages, des principaux monu- 
ments. Il montre que beaucoup des personnages mentionnés 
dans ces inscriptions peuvent être identifiés avec des martyrs ou 
des saints connus par des relations ou des martyrologes. Puis il 
résume les résultats de ses recherches sur les dispositions maté- 
rielles des monuments, sur les chrismes ou symboles qu'on y 
remarque, sur la paléographie des inscriptions, sur la rédaction, 
les formules et la chronologie des documents. Il montre en ter- 
minant que cette série d'inscriptions, aussi variée qu'originale, 
présente un grand intérêt historique. 

MM. BoissiER, Bouciié-Leclercq , Clermont-Ganneau , Héron 
DE Vn.LEFossE présentent à ce sujet quelques observations. 

M. Cagnat communique le résultat des recherches archéolo- 
giques faites au Sud de l'Aurès par M. le général de Torcy, 
commandant la subdivision de Constantine, avec l'aide du com- 
mandant Guénin et des capitaines Daugan et Guéneau. Il insiste 
particulièrement sui- la description de l'ancien fortin de Bâcles, 



154 



LIVRES OFFERTS 



M. Maurice Cuoiset fait liommaf,'-c à l'Académie de son livre inti- 
tulé : Aristophane el les partis à Athènes iParis, 1906, in-S"). 

M. Ilaitwig Dehenbourg dépose sur le bureau de l'Académie une 
lettre adressée par lui à M. Jules Comijarieu sur l'n niiisirot/i-aphe 
byzantin du VIII'^ siècle, Myrtos ou Mauristos l'aris, in-8» ; extr. 
de la Revue musicale). 

M. Cleumont-Ganneau présente à l'Académie de la part des édi- 
teurs, MM. Lctouzey et Ané, le fascicule XXVII du Dictionnaire de la 
Bible, publié par l'abbé Vigouroux. Ce fascicule va du mot Moab au 
mot Namsi (Paris, 1906, in-4o). 



SEANCE DU 27 AVRIL 



Il est donné lecture d'une lettre par laquelle le H. P. I.édn 
Balet, missionnaire à Tolvio (Japon), se l'ait connaître comme 
l'auteur du mémoire qui a obtenu récemment, dans le concours 
pour le ])ri\ ordinaire, un cncourag'cment de .")(>() francs. 

Le PiiKsiDENT ouvre le pli cacheté qui accompagnait le mémoire 
et y lit, eu eU'et, le nom du IL P. lialet, missionnaire à Tokio. 

M. Gi.KUMONT-G.vNMiAL- comuiunique, de la pari du K. P. 
Lagrange, correspondant de l'Académie, et transcrit au tableau la 
photographie dun nouveau fragment du grand rcscril impérial 
byzantin de Bersabée, dressant l'état détaillé des contributions 
des trois provinces de Palestine, eu partit ulier celles dt- la 
Palaestina III'. Ge fra^^Miient. d'une étendue considérable, est le 



SÉANCE DU 27 AVRIL 1906 155 

cinquième découvert jusqu'ici ' ; il y a lieu d'espérer qu'on en 
trouvera d'.aulres encore, permettant de compléter ce précieux 
document qui jette une vive lumière sur les listes de la Nolitia 
digiiitatum imperii Bomani, en même temps que sur la fameuse 
larte de la mosaïque de Mâdeba. Ce nouveau fragment contient 
rénumération d'une série de localités du plus haut intérêt pour 
la géographie de la Terre sainte et de l'Arabie Pétrée. Il nous 
donne, en outre, la clef de dillerents sigles qui apparaissaient 
déjà sur les fragments antérieurement connus et dont la valeur 
n'avait pu être encore déterminée avec certitude. Le texte sera 
publié par M. Glermont-Ganneau, avec les commentaires néces- 
saires, dans le prochain numéro de la Bévue Biblique. 

M. Emile Picot annonce que la Commission du prix de 
La Grange a décerné cette récompense à M. Joseph Bédier, pour 
sa publication du Boman de Tristan, en 2 volumes in-8". 

M. J. Lair, au nom de la Commission du prix Auguste Prost, 
fait le rapport suivant : 

« La Commission décerne sur les intérêts de la fondation : 

1° Un prix de huit cents francs à MM. Stein et Léon Legrand, 
pour leur ouvrage intitulé : La frontière d'Argonne (843-1659) ; 

•2° Un prix de quatre cents francs à M. Edmond Pionnier, 
pour son Essai sur Vhistoire de la Bévolution à Verdun (1789- 
1795). 

Elle a, en outre, accordé deux mentions honorables : la pre- 
mière à M. Georges Ducrocq , pour sa publication périodique 
intitulée : VAuslrasie, revue du pays Messin et de Lorraine ; la 
deuxième à M. Alfred Pierrot pour son ouvrage : Larrondis- 
sement de Montmédy sous la Bévolution. 

M. CoLLiGNON donne lecture d'une note de M. Gustave Mendel 
sur des fouilles exécutées en 1905 à Aphrodisias par ^L Gaudin. 
C'est la seconde campagne d'une exploration commencée en 



1 . Le premier fragment a été publié en 1902 dans le Recueil d' archéologie 
orientale, t. V, pp. 131-145, par M. Clermont-Ganneau. Lorigine et la 
nature qu'il attribuait alors au document ont été confirmés depuis par la 
teneur des fragments recueillis entre temps. 



156 SÉANCE DL" 27 Avr.iL 1900 

1904, et déjà très riche en résultats. Les fouilles de 1905 ont 
porté principalement sur l'emplacement des Thermes qui, avec 
le temple d'Aphrodite et le stade, conslituent les ruines les plus 
importantes d'Aphrodisias. Elles ont fait connaître de nouveaux 
éléments décoratifs, provenant de la façade principale, donné 
des renseignements sur la disposition de la cour de l'Est et mis 
au jour la dédicace qui date du temps d'Hadrien la construction 
du portique oriental. Les travaux ont commencé en outre le 
dégagement de Valeiplérion^el livré un certain nombre de statues 
d'époque romaine, l'iiilin des sondages ont été exécutés dans le 
temple d'.Vphrodite par MM. Mendel et Replat, architecte de 
l'Ecole française d'Athènes '. 

.M. A. X'idier, sous-bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, 
lit une notice sur divers ermitages Orléanais : le Gué-dc-l'Orme, 
Lanche, Montgousson, Ghappes, qui, établis au xii" siècle dans le 
voisinage de grandes abbayes, furent successivement absorbés 
par elles-. 

Le Gué-de-I'Orme, fondé vers 1 1(35 par Guy. sergent d'armes 
du roi Louis VU. convoité vainement, en I H)9 . au temps du 
prieur Sevin, par les moines de Saint-Ben(Mt-sur-Loire, fut 
réuni en 1177 à l'abbaye de Saint-lùnerte d'Orléans. Le prieuré 
et ses dé|)eudances, Notre-Dame de Lande et Doulchamp, appar- 
tenaient encore à Saint-Euverte à la (in du xvm"" siècle. 

Lanche, fondé en 1169 par l'évêque d'Orléans Manassès de 
Garlande et par Sevin, le prieur du Gué-de-l'Orme chassé à cause 
de sa connivence avec Saint-Henoît-sui'-Loire, fut réuni en 1171 
à l'abbaye de la Coui-ni<Mi . lorsque Sevin de\"inl abbé de ce 
monastère. 

Montgousson , fondé vers 1I7;{ parle même Sevin, lorsqu'il 
eut abandonné la Gour-Dieu, fut cétlé par lui vers 1171 aux 
religieuses de la Madeleine dOrléans. 

Ghappes eulin, fondé encore par .'^exin, \ers I 1" i, l'ut l'éuni 
eu ll(S7 à Saiut-Heuoit-sur-Loire. Les délails de cette dernière 
opération furent consignés dans un acte ca|)ilulaire (pii contient 



1 . \'<>ii' ci-après. 

2. \'<)',\- l.e ninin'ii ;'i(je, n°' di- mars a\ril cl mai-jviin 1006. 



SÉANCE DU 27 AVRIL 1906 157 

d'intéressantes indications sur l'organisation des abbayes et la 
discipline monastique. La maison de Chappes fut démolie au 
milieu du xvni*^ siècle, et son domaine fut replanté en bois par les 
ducs d'Orléans. 

Ces diverses unions de prieurés à des abbayes donnèrent lieu 
à des compétitions entre monastères, à des intrigues entre chefs 
de communautés, et amenèrent à plusieurs reprises rintervention 
des rois Louis MI et Philippe Auguste, de l'évêque d'Orléans 
Manassès de Garlande et de l'archevêque de Sens Guy de Noyers. 
Les chartes de Saint.-Euverte d'Orléans et de Saint-Benoît-sur- 
Loire relatives à ces événements permettent de reconstituer 
d une façon vivante un curieux épisode de l'histoire de la pro- 
priété foncière monastique en France et plus spécialement dans 
la forêt d'Orléans. 

De ces mêmes documents l'on peut tirer quelques observa- 
tions d'une portée générale : en matière d'abbayes comme à tant 
d'autres points de vue, les petits organismes furent absorbés par 
les grands ; — l'union des petites communautés aux grandes ne 
put s'effectuer qu'à la condition de ne pas entraîner de change- 
ment de règle, c'est-à-dire entre prieurés et abbayes appartenant 
au même ordre; — la politique royale fut de toujours céder, à 
l'exclusion de toute autre considération, aux sollicitations les 
plus contradictoires de favoris bien en cour; — la politique de 
l'évêque d'Orléans fut de profiter de toutes les occasions pour 
imposer des redevances aux communautés et alléger ainsi les 
charges personnelles qui incombaient au chef du diocèse, notam- 
ment celles du luminaire de son église cathédrale. 



1906. 



158 



COMMUNICATION 



SECONDE NOTE SUR LES FOUILLES EXÉCUTÉES A APIIUODISL^S 

PAR M. PAUL GAUDIN. 

CAMPAGNE DE 1005, PAR M. GUSTAVE MENDEL. 

A la suite des découvertes que M. Gaudin avait faites 

dans sa première exploration d'Aphrodisias ', 1 Académie a 

bien voulu lui témoigner d une manière effective l'intérêt 

qu'elle prenait à ses recherches. Aux subsides qu'elle lui a 

accordés se sont ajoutés ceux du Ministère de l'instruction 

publique et de IKcole française d'Athènes. Les fouilles ont 

donc été reprises en l'.)05 avec un matériel plus complet et 

des moyens plus abondants. M. Gaudin, appelé à Damas 

par ses fonctions nouvelles de directeur général du chemin 

de fer hamidié du lledjaz, n"a pu assister qu'aux débuts des 

travaux. M. Replat, architecte de l'Ecole d'Athènes, et 

moi, avons eu la bonne fortune de les suivre pendant toute 

leur durée et nous avons profité de l'autorisation (jui nous 

était donnée pour y faire quelques études. C'est une partie 

de ces notes que j ai l'honneur de présenter aujourd'hui à 
l'Académie. 



1. et. la pieinirrc \(>U' lir M ( j illi^imn . dans les Coniples remhix de 
rAcadc'-inic, J90S, p. "03 et suiv., cl sou arlicle, lîevne de l'Art ancien et 
moderne, 10 janvier 1906, p. 33-50. — Il n'est «[uc juste de rappelei- ici 
qullanuly-ljey avait visite les ruines en |S92 el pensé dès lors à y entre- 
prendre des fouilles. Le llrinaii qui K-s alliilnie à la direction des Musées 
inipériau.x est daté du 13/2J octobre 1S9.S. 



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FOUILLES EXÉCLTÉES A APHR0D1SL\S 159 



Les fouilles de 1904 avaient été, volontairement, très 
discursives. En 1905, M. Gaudin avait décidé de concen- 
trer tout son elTort sur les Thermes où déjà, l'année précé- 
dente , il avait établi un chantier et fait d'intéressantes 
découvertes (pi. I). 

C'est, avec le temple d'Aphrodite et le stade, la ruine la 
plus importante d'Aphrodisias. La partie principale en est 
constituée par cinq g-aleries parallèles , rio-oureusement 
orientées d'Est en Ouest, fermées à l'Ouest par un mur recti- 
liD;ne, ouvertes à l'Est, et comprises entre d épais murs de 
tuf, de longueur inégale, qui forment du côté de l'entrée 
une série d'échelons se correspondant symétriquement. La 
galerie centrale est la plus longue; les galeries extrêmes, 
Nord et Sud, sont les plus courtes. Dans le prolongement 
des murs de la première, à l'Est, s'élèvent deux puissants 
massifs rectangulaires , pareils à deux pylônes qui en mo- 
tivent l'entrée. Celui du Nord est exactement dans l'axe du 
mur auquel il correspond; celui du Sud, par une singula- 
rité qui ne s'explique pas encore, présente un désaxement 
très sensible vers le Sud. — De la disposition intérieure de 
l'édifice , aujourd'hui conijjlé , on ne peut rien dire , sinon 
que la galerie centrale est décorée de grandes niches ou 
exèdres ménagées dans l'épaisseur de la maçonnerie, et que 
les difîérenles galeries communiquent entre elles par des 
arcades percées dans les murs de cloison. L'appareil en est 
dune simplicité remarquable : c'est une seule et même pierre, 
taillée en biseau sur ses joints latéraux, qui constitue l'im- 
poste et le départ des deux arcs contigus à chaque pilier. 
Pour fermer l'arc, il suffit ainsi d'un voussoir unique, qui 
est maintenu par la pression des assises supérieures et for- 



160 FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISIAS 

tement contrebuté à droite et à "gauche par l'ensemble du 
système. 

Le monument est tout entier construit en grands blocs 
de tuf, sans mortier ni crampons. Il était recouvert dun 
placage de marbre, appliqué sur un épais enduit, et fixé par 
des tenons dont les trous de scellement sont encore visibles 
en grand nombre sur les parois. Le mur de clôture, à 
l'Ouest, est ruiné presque complètement ; celui du Nord se 
laisse encore deviner sous les blocs amoncelés ; celui du 
Sud porte les marcjues dune réparation antique. On ne peut 
plus juger de la hauteur conservée; mais elle est considé- 
rable, car la ruine, par endroits, s'élève encore très haut 
au-dessus de la colline ([ue les pierres et la terre ont peu à 
peu dressée autour d'elle. 

Au delà, vers le Nord, on voit, encore debout, les piliers 
dune porte monumentale à cinq passages. A l'angle sud- 
ouest vient mourir un mur qui se prolonge vers le Sud, sur 
une distance ipii lesle incertaine. Sauf en un point, il ne 
dépasse plus la surface du sol. Dépouillé de son parement 
et construit en blocage, il paraît appartenir ;i une réfection 
ou il un agrandissement postérieur des Thermes. 

Ln !90i, M. Gandin avait déblayé devant les grands 
pylônes un espace d'euNiron '{(Ml nnlres carrés. 11 y avait 
reconnu une grande cour dallée et trouvé dans leur état de 
chute, en général parfaitement conservés, tous les éléments 
essentiels de la décoration architectonique «le cette partie de 
r('(lifice. Nous les avons relevés et la restauration en est 
aisée. 

Ces pylônes formaient en i|uel(|ue sorte les pieds-droits 
d'une porte colossale sous la(pu'llc on jiassait pour pénétrer 
de la cour ;» portiques qui règne à 1 Est du monument, à 
l'intérieur des Thermes. La face Est, (jui regarde la cour, est 
somptueusement décori'e. Plaquée de marbre, elle est enca- 
drée entre un pilastre. <>rni'' d ime luxuriante décoration de 



FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISIAS 161 

rinceaux et de personnages ', qui en occupe l'angle intérieur, 
et une colonne à fût lisse placée à l'angle extérieur. Pilastre 
et colonne, posés sur un piédestal de marbre noir à demi 
engagé dans la maçonnerie, portent un chapiteau corinthien, 
celui de la colonne de style ordinaire, celui du pilastre 
orné au centre dune figure nue (jui surgit d'une feuille 
d'acanthe, et, aux angles, de Victoires ailées portant des 
trophées. L'originalité du motif vient de ce que les deux 
chapiteaux sont unis par une frise, taillée dans le même 
bloc que le chapiteau du pilastre et décoré de hauts reliefs: 
au Nord, un dieu couché, coiffé du polos et tenant dans le 
bras droit une corne d'abondance; au Sud. une déesse dans 
la même attitude et avec les mêmes attributs -. Deux blocs 
de tuf, retrouvés cette année par M. Replat, nous per- 
mettent de plus datïirmer l'existence, entre la colonne et le 
pilastre, d une niche cintrée qui s'ouvrait dans l'épaisseur 
du mur, et qui était également recouverte d'un placage de 
marbre. — Au-dessus des chapiteaux et de leur frise, s'élève 
un entablement complet, architrave à trois bandes, frise à 
rinceaux, et corniche à denticules. Cette partie de la déco- 
ration porte, au Sud, les caractères d'une exécution rapide 
et très négligée. Les fragments actuels appartiennent très 
vraisemblablement à une reconstruction qui a été rendue 
nécessaire par un écroulement partiel, à la suite duquel la 
frise du chapiteau, brisée en plusieurs morceaux, a été 
sommairement réparée avec de forts crampons de fer ^. 
Quelques morceaux de l'entablement primitif paraissent 
avoir été réemployés, à la même époque, dans la maçon- 
nerie du pylône. 

Sur cet entablement, et à l'aplomb des pilastres, repose 
un grand arc dont nous possédons quelques voussoirs, 

1. Revue de l'Ail ancien et moderne, p. 47-i9, fij;-. 7-9. 

2. Ibid.. p. 43, fifî. 6, et p. 48, fig. S: (Comptes rendus, j)!. III el I\'. 

3. Ils sont bien visibles sur les reproductions des Comptes rendus, pi. IX . 
et de la Revue de l'Art, p. 45. ii^. 6. en haut. 



162 FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISIAS 

décorés sur leur face extérieure de rinceaux de feuillaa'e 
et de larges fleurs à la corolle ouverte, sur leur face infé- 
rieure d'une ouverture ornée dune iml^rication de feuilles 
de laurier. La courbe de ces voussoirs donne un ravon de 
7 "' 2o qui correspond avec une exactitude presque parfaite 
à la distance entre pilastres qui est de 14™o2. Cet arc 
était-il isolé ? S'ouvrait-il sur un mur plein ? Sur ce point 
nous sommes encore dans l'incertitude. Par contre, nous 
pouvons déterminer avec une précision rigoureuse la 
hauteur (le la clef au-dessus du dallage de la cour. Elle est 
de 1() '" 7 i et se décompose ainsi : 

Hauteur du piédestal du pilastre 

— de la base — 

— du j)ilastre — 

— du chapiteau — 

— de l'architrave — 

— de la frise — 

— de la corniche — 
Rayon de 1 arc 

Total 

En plus de ces renseignements sur le j)arti adopté pour 
l'entrée principale des Thermes — renseignements auxquels 
la campagne de lîMIo n"a rien ajouté — les fouilles de lîlO'i 
avaient déjà donné quehjues indications sur la disjiosition 
générale de la grande cour rectangulaire (jui s'étend devant 
la façade Est de l'c'dih'ce, et que nous désignons provisoi- 
rement sous le nom de Cour do l'Es/. Dans l'angle nord- 
ouest, poussées au delà de l'alignement des pylônes, elles 
avaient mis à jour tous les éléments de la décoration d'un 
portique — colonnes, chapiteaux, épistyle — , el un mur. 
construit en petits moellons taillés, qui servait de mur de 
lond à Cl' |)orli([ii('. Sur les lieux, on voyait elaircmciil ((u il 
se rattache au pylône uoid, l't eoinmc, d autre part, ii la 



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FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISIAS 163 

limite de la fouille vers le Nord, on avait déo^ag^é quelques 
piédestaux de marbre noir, encore en place ; que, dans cette 
même région, on retrouvait à terre toute l'architecture dun 
second portique à colonnes accouplées i, il devenait très 
vraisemblable que la cour était, sur ses quatre côtés, 
entourée dune colonnade ouverte, et que les deux pylônes, 
encadrant la i»-rande porte, formaient aussi motif central 
au milieu du portique ouest. La colonne placée à leurs 
angles extérieurs, l'entablement posé sur les chapiteaux à 
hauteur de celui du portique, assurait la composition de 
l'ensemble. 

Si j'ajoute que, dans cette même campagne, on avait 
dégagé sur la face septentrionale du pylône nord l'entrée 
d'un souterrain qui se prolonge sous le dallage de la cour ; 
qu'au delà du mur de fond du portique on avait trouvé, en 
contre-bas, les chauiferies qui depuis ont été recouvertes 
par les éboulis de terre, j'aurai, je crois, rappelé les résultats 
topographiques les plus importants obtenus dans cette pre- 
mière exploration des Thermes. 

II 

La campagne de 1905 (19 août-30 septembre) a permis 
d'achever le déblaiement de la partie centrale de la cour et 
d'y ajouter celui du portique est. Ce portique, large de 
3 ■" 43, est compris entre un mur plein, construit en moellons 
réguliers, et une colonnade portant sur des piédestaux de 
marbre noir, qu'on a retrouvés in situ, sauf deux, dont les 
traces sont encore visibles sur le dallage. Il est adossé à un 
second portique, placé en contre-bas de 1 ■" 18 et s'ouvrant 
vers l'Est sur une colonnade ionique. — Pour la commo- 

1. Pav colonne accouplée, j'entends ici et dans ce qui suit, non pas un 
système de deux colonnes, mais une colonne unique, de section ovale, 
formée de deux colonnes engagées et unies par un lui-^e bandeau plat, en 
légère saillie. 



164 FOUILLES EXÉCUTÉES A APIIUODISIAS 

dite de Texposition. nous désignons ce dernier sous le nom 
de Galerie de i Est. — Portique et g-alerie communiquent 
par une large porte à trois passages, dont l'axe se confond 
avec celui du grand arc. La difTérence des niveaux est 
rachetée par un escalier de quatre marches et deux demi- 
marches ([ui viennent mourir contre les piédestaux des 
colonnes ([ui motivent chacun des passages. Le portique est 
se trouve ainsi interrompu en son milieu, et séparé en deux 
moitiés symétriques, par l'entrée de la galerie, tout comme 
le portique ouest jiai- la grande ouverture entre pylônes. 
Deux autres portes, placées à ses extrémités, assurent les 
relations de la galerie avec les portiques nord et sud de la 
cour. Ces portes, dune décoration ionique élégante et 
simple, sont écroulées, mais les éléments, pieds-droits et 
linteaux, en sont presque intacts et permettent une restau- 
ration certaine. Ce qui reste douteux, c'est la disposition de 
la galerie vers l'Est. Certains détails — entrecolonnement 
plus large, dimensions plus grandes des piédestaux — per- 
mettent de supposer, au milieu de la colonnade, une ouver- 
ture sous arcade à laquelle appartiendraient plusieurs xous- 
soirs retrouvés à cet endroit et provenant ù un arc de 4 '" 82 
de diamètre. De même, vers le Nord, nous trouvons les 
indices dune autre entrée, motivée, st-nihU'-t-il, par un 
ressaut de Tmlahlement portant sur vuie colonne placée au 
droit et à I '" 88 du piédestal correspondant de la colonnade. 
Si c'est bien là le reste d une entrée, il en doit exisler une 
seconde au Sud, symétrique à la pi'emière: hi façade de la 
galerie, xci's l'Est, se présenterait ainsi non |)as avec une 
colonnade continue et un entablcMnenl uniformément droit, 
mais avec une large ouverture arcjuée au centre, et, aux 
e\l n-initi's . deux motifs saillants, j)ortant pt-ut-èlre un 
fi'onlon angulaii'c. La suite des touilles permettra sans 
aucun doute de fonlirniei' ou de corriger ces hypothèses. 
Poui' le moment \r déblaiement est iMuore très sonunaire, 
et les piédestaux inénu' de la colonnade sont encore inconi- 
plelt'inent dégagés. 



FULII.LES EXÉCUTÉES A APHHODISIAS 



165 







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166 FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISIAS 

Le portique méridional n'a été fouillé que sur une lon- 
gueur de cjuelques mètres. Ouvert sur ses deux faces et 
porté sur des colonnes accouplées, il permet de passer de 
plain-pied de la Cour de lEsl aux annexes situées au Sud. — 
Le portique nord n'a pas été touché. — Au portique ouest, 
la moitié septentrionale est restée dans l état où elle était 
après les fouilles de 1904, et la moitié sud est toujours sous 
les terres. 

Sur ce plan qu'on peut, dans ses grandes lignes, consi- 
dérer comme définitif, nous replaçons l'élévation avec une 
certitude presque absolue. L'ordre est corinthien '. Le seul 
élément douteux serait la hauteur de la colonne dont il 
n'existe pas d'exemplaire intact et qui nous manque abso- 
lument au portique est. Mais étant obligés d'admettre que 
l'entablement règne sur les quatre côtés de la cour k une 
hauteur constante qui nous est donnée sur les pylônes, 
nous pouvons conclure de la hauteur des piédestaux con- 
servés à celle de leur colonne. Ces piédestaux présentent 
entre eux des difTérences notables : ils sont plus hauts au 
Nord et au Sud, où ils portent des colonnes accouplées, qu'à 
l'Est où la colonne est cylindrique. Celles-ci — comme on 
on devait s'y attendre — sont donc plus hautes que celle-là. 
L'entablement comprend une architrave à trois bandes, 
séparées par un cordon de perles et couronnées par un corps 
de moulures orné de palmettes et d'oves ; une frise à rin- 
ceaux de feuillages, taillée tantôt à part, tantôt dans le 
même bloc que l'architrave, et une corniche k denticules. Il 
présente d'un portique k l'autre des différences de largeur 
qui s'expliquent par le type différent des colonnes sur les- 

1. Il faut mentionner à part deux chapiteaux d'une grande richesse déco- 
rative et d'une virtuosité d'exécution vraiment remarquable: l'un doux 
est reprncluit IIk- '• Us ont été trouvés dans l'anjrle nord-est de la cour et 
paraissent appartenir au portique nord, l>ien que d'autres chapiteaux de ce 
portique reproduisent le type ordinaire. 



t 

I 



FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISL^S 167 

quelles il repose, et quelques ditîérences dans la décoration 
qui d'ailleurs n'altèrent pas le caractère de l'ensemble. 

La colonnade extérieure de la g-alerie est ionique. La 
colonne qui mesure 4"' 265 est lisse sur une hauteur de 
1 '" 71o et cannelée sur le reste du fût. Le chapiteau, dont 
on n'a retrouvé qu'un exemplaire en assez mauvais état, est 
très aplati et d'une exécution négligée '. 

L'architrave du portique est porte une inscription qui se 
répète sur les deux moitiés du portique. Elle est très impor- 
tante, et je reg-rette d'autant plus vivement que les circon- 
stances ne m'aient pas permis d'en faire une étude aussi 
complète que je l'aurais souhaité. Le début se lit ainsi (les 
traits verticaux correspondent aux dllférents fragments de 
l'architrave") : 

'H ' As>\pooei-r, A\j-ov.pi-opi \ Kaicrapr, Tpai[a]|vw 'Aopiav][û] 
-sêatjtw 'OAuv|[7i]«o, nav|[cXjX-/;I[v](o), /.ai tw o|-/iij.w, tsv è-'.ç;£p|o- 
[j.£v;v -\oXç xliCG-'-v v.ol\[\ -7.]iç /,£çaXa|ïç as] 



Au delà, nous ne possédons plus que des fragments 

dont l'ordre et la restitution sont également douteux. C'est 
ici qu'un rapprochement des originaux sur le terrain même 
eût été particulièrement utile. 

Dès maintenant, l'inscription nous donne la date de cette 
partie de l'édifice, et cette date est encore confirmée par la 

I. Une colonne de la g-alerie porte, taillée dans le même bloc que le tam- 
bour auquel elle est accolée, une petite coupole courbe, analogue à celles 
qu'on voit à Palmvre et à Kanawat (Durm, Biiukunst der Elriisker und 
der Rœmer, p. 252, fig-. 226'. — A ce propos, je note — surtout comme une 
nidication qui peut faire entrevoir lintérét archéologique des fouilles 
d'Aphrodisias — que, si la restauration que nous avons proposée pour la 
façade est de la galerie est exacte, ce monument serait, si je ne me trompe, 
lun des plus anciens, et peut-être le plus ancien des monuments aujour- 
d'hui connus en Asie Mineure, où Ion trouverait ce motif de l'entablement 
droit, interrompu au milieu par une arcade portant sur un entrecolonne- 
ment plus large que les autres. On sait qu'il existe à Spalato et qu'il est 
très fréquent en Sj'rie. 



168 FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISrAS 

dédicace des portes qui font communiquer la Galerie de 
l'Est avec les portiques nord et sud de la cour '. Mais plus 
précieux peut-être que cette donnée chronolog-ique est le 
renseij^^nement que nous apportent pour la restauration du 
monument les mots -:bv È-'.sîpsiJ.svov t:?; y.'.zzvi /.a-. -y.\t v.^x- 

Axt; AS La restitution du dernier mot est diflicile à 

établir, mais elle est indifférente au point de vue (jui nous 
occupe. Il reste en elfet que les parties hautes du portique 
sont portées d'une part sur les colonnes, d'autre part sur 
les -/.ssaXa'', et ces y.îoa/.zi ne [)euvent être ([ue les grandes 
consoles décorées de figures dont on a trouvé un g-rand 
nombre en 1!>0.') comme en 11)0 i. 

Ces consoles sont de deux types : les unes, trouvées 
devant le portique nord, ont une (jueue fruste, et étaient 
par conséquent encastrées dans un mur; les autres, qui sont 
localisées dans les environs du porti(jue est, se terminent à 
leur extrémité non décorée par une console courbe de forme 
ordinaire. La partie moyenne présente des joints assez 
soig-neusement dressés. Dès lors, voici la restauration ([ui 
paraît la plus vraisemblable. Les consoles doubles sont pla- 
cées sur le mur ((ui sépare le porti({ue de la g-alerie : elles 
suj)portent d'une part le plafond du portique ((jui repose 
bii'n ainsi sur les colonnes et sur les tètes), d autre part 
celui de la g^alerie qui s'appuie à la fois sur la console 
courbe et sur l'entablement de la colonnade extérieure. — 
Par analogie, les consoles sinq^les à ((ueue fruste se placent 
dans le mur de fond du porlicjue nord où elles remplissent 



1. Iii-ic riplion de la pcnlc siiil : H = à 'AçpoSîtTr, y.x: AJTOXoâTOCi KatTapt 
©cOj Tpaïavo'j uio) , 0£OJ Nc'p6a|[ui]ojviï), Tpaiavài 'Aôptavoj ilioxatto y.x'. 
Ttô ô/Jii«i), riEpeÎTa; ZtÎvo)vo; toj ZtJvidvo; | "ATTaÀo; -'> ntp'.(pÀ{to{ia Èz^x^ 
TÎôv îo!'')v ÔL'tifhj.vi . 

L'inscriplion ilf la porte iini'il c^l c^t idii^iK- dans les iiiènics termes cl 

ne présente d»; variante que dans l'ordre des derniers mots : av£6r,x£v|£[x 

TÔivJîStwv. 



\ 



Comptes rendus, 190e, p. 169. 



PI. II 




THERMES d'aPHRODISIAS. — LA COUR DE l'eST. 



FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISIAS 169 

les mêmes fonctions. Ce portique n'étant sans doute pas 
adossé à une galerie, une console double était sans objets 



III 



Je serai plus bref sur les fouilles exécutées au Sud de la 
Cour de l'Est, dans ràXcf.-trjpicv des Thermes. Elles ont été 
très sommaires, et les relations de cette annexe avec la par- 
tie centrale du monument restent encore très obscures. On 
y reconnaît aujourd'hui trois chaiid:>res contig-uës qui se 
suivent d'Ouest en Est (pi. II). La plus occidentale n'a été 
dégao-ée que sur quelques mètres carrés; celle du milieu, 
que j'appelle la Grande salle, est encore encombrée de nmrs 
tardifs construits avec des matériaux anciens; celle de l'Est, 
dite Salle aux vingt colonnes, a dû être recomblée en partie 



1. Dans celte réparlition des consoles, le « Minotaure » [Comptes rendus 
de l'Académie, pi. II ; Rev. de l'Art, p. 4.3, %. 5) et la « Néréide» (Comptes 
rendus, pi. 1; Revue de l'Art, p. 41, fig. 4) ne reçoivent encore aucune 
place. Piiui- le premier, nous manquons de toute indication. Il a été trouvé 
entre les portiques nord et ouest. Il a une queue fruste, mais la face infé- 
rieure de la partie décorée au lieu de présenter, comme les autres , une 
surface unie, est taillée en gradins et d'autre part ses dimensions dépassent 
très sensiblement celles des consoles ordinaires. — La « Néréide » est plus 
jAi-ande encore, et d'un type tout diflerent. Elle a été trouvée vers l'angle 
nord-ouest de la cour. Or, cette année, on a dégagé, près de l'angle nord- 
est, une console d'un type analogue, décorée d'un buste de femme nue qui 
tient sur sa poitrine une gerbe d ■ fleurs et de fruits. La tète manque, les 
dimensions répondent à celle de la <■ Néréide », — autant du moins qu'on 
en peut juger, car le monument, trouvé dans les derniers jours de la 
fouille, reste encore en grande partie enfoui sous terre. Il semblerait résul- 
ter de là que les deu.v motifs jouaient un rôle dans la décoration des 
angles, sans qu'on puisse d'ailleurs préciser davantage. — Je signale en 
passant que la « Néréide >■ a donné lieu à une erreur d'interprétation 
q l'explique l'apparence confuse que prend le monument sur les photogra- 
phies : elle n'a pas les bras croisés ; le bras gauche, brisé à l'épaule et au 
p )ignet, est relevé et la main posée à plat sur la tète, la paume tournée 
vers le dehors ; de la main droite, elle tienl la tète d'un poisson ou d'un 
dragon de mer, dont le corps, pressé contre son bras droit et ses seins, a 
été pris, à tort, pour son avant-bras gauche. 



170 FOUILLES EXÉCUTÉES A APFIRODlSL\S 

pour permettre le passage de la voie qui desservait la cour, 
et la fouille v a été arrêtée en deçà du mur méridional. 

Dans létat 
actuel, voici ce 
qu'on peut dire 
de certain sur 
la disposition 
^ intérieure de 
.= 1 i:Aî',7:T-/;p'.;v. 
P (irande salle : 

ï les murs sont 

o 

.j c o n s t r u i t s e n 

f moellons tuil- 

-:- lés et disposés 

î par assises à peu 

- près régulières. 
^ A la partie infé- 
ra rieure , ils ont 

- un parement de 
'^ marbre, formé 
E de grandes dal- 
-^ les comprises 
< entre deux 
§ corps de mou- 
i lures ; les par- 
'Z lies hautes 

,' étaieul sans 

-i doute revêtues 

if d " u n simple 

placage. La 

(irnnde s.allc est 

d é c o r é e de 

deux ordres : 

contre les murs 

est, ouest, sud, un premier ordre corinthien. La colonne, 




FOUILLES EXECUTEES A APHRODISIAS 



171 



lisse et cylindrique, repose par rinterniédiaire d'une base 
sur un piédestal formé par un ressaut du parement. L'en- 
tablement — architrave à trois bandes, frise décorée de rin- 
ceaux profondément refouillés (fîg. 1) et corniche à denti- 
cules — porte à la fois sur la colonne et sur le mur. 

Sur le côté nord , on trouve encore en place plusieurs 
piédestaux dégagés, de marbre noir, avec bases en marbre 
blanc portant une colonne accouplée et un entablement à 
double face, destiné par conséquent à être vu sur ses deux 




Fig. 3. — Aleiptérion. Architrave et frise de la Grande salle. 
(Ordre à double face.) 

côtés (fig. 2). On attendrait donc ici une colonnade ouverte, 
et cependant ces piédestaux sont placés contre un mur 
construit dans le même appareil que les autres et qui semble 
de la même époque. H y a là, pour le moment, une diffi- 
culté que la suite des travaux permettra sans doute de 
résoudre. On peut espérer de même qu'on y trouvera de 
nouveaux fragments de l'inscription gravée sur l'architrave 
et qu'on en pourra tenter une restitution complète. On en 
possède déjà les éléments les plus importants qui donnent 
la date et la destination de l'édifice : 



172 FOUILLES EXÉCUTÉES A .APIIRODISIAS 

fl. Qtx 'Aspoâîdr, v.y.'. 

I). \'j-zy.zx-op'. Kxi^ap', 0s;j Toaiavsj Il[apO'./,cj u-.w 

Tpa'.avo) 'Àoptavoj...] (cf. t\g. 3). 

c. ...EjoaiACj /.a' Zï^voviç -/.xî | Ej5x;xcj /.al Ka/./.icj xwv 

. 7.x\ /,oJTr,pT!.v (suj- lu Lande médiane de l'architrave). 

d. [Zr(v](i)vcç TCJ Ivjoa;ji.C'j /.y}, 'j-ip 'A-5[(jto[voç]. 
<?. ['j-ÉJa/STO ~b x/.ti~.-r,p'.z'^ 

Salle aux vinijt colonnes. La (irande salle notait pas 
couverte; du moins, clans l'état actuel des fouilles, nous ne 
trouvons rien dans les fragments qui provienne d'une cou- 
verture, ni aucune trace sur le sol des supports (pii lui 
auraient été nécessaires. La salle suivante se présente plu- 
tôt coin me inie petite cour entourée d'un péristyle. Lue 
balustrade de marbre, (jui par sa disposition et le profil de 
ses moulures rappelle de très près le parement inférieur des 
murs de la (Irande salle , la limite sur trois de ses côtés. 
Les ressauts de cette hidustrade servent de piédestal à des 
colonnes corinthiennes à lût lisse. Sur le (juatrième côté, 
vers le Nord, la balustrade s'intei'roinpl : les piédestaux sont 
entièrement déjJi-ag'és, et c'est entre eux tpie s'ouvrent les 
passag'es par où la salle communi([ue avec le portic[ue sud 
delà Cour de l'Est. L'ordre du péristyle ne se distin^-ue des 
précédents que par des détails de décoration. CJiaipu^ côté 
comprend six colonnes, les colonnes d'ang-les étant comptées 
deux fois. Ln certain Arlémon avait dédié les six colonnes 
.du côté nord ; les (juator/e autres étaient une olfrande de 
Nestor et de Zenon. C'est ce (pie nous :ipju-ennent deux 
inscriptions, gravées sur le fût même de la colonne : 

a. \z-i\}.ur) 'AopâjTi'j I t:j A'.;vj7';j | A'.v;;j.â-/:'j -.zjz Ïz \ 
v.iiz^/y.; ïv. -Crj •.z'.\t,r/ 'yyiUc,7.i T(;i cr, | y.';) rn [-z\z..\ 

7~î',pO[/,ÎÇ'âASlçJ. 

11 man(pic |Mut-ètre un mot entre -zXz et jz^ipcy.î^âXcu. 
11 existe un second exenqjlaire. inconq)I(t. de cette même 
inscrij)tion. 



FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISIAS 173 

b. Nsîxwp -/.al Z-fjvojv 1 ;-. E7:r;ôv;'j tou A'.|;jV.sup{o2J xcJ;] 
ce-/.a-:sc77apaç y.e'Iova; aùv to?; T-stlpc/.î^iXo'.; s/, twv l-| 
oto)v àvc9-^7,av To) I or,;j.(o. 

La même inscription se retrouve sur une autre colonne. 

Des préaux qui entourent la cour, celui deTOuest a seul 
été dégag-é. On y a trouvé trois conduites d'eau, qui se 
réunissent dans une grande conduite verticale, collée contre 
le mur mitoyen à la Grande salle et protégée par une gaine, 
de maçonnerie. 

IV 

Les monuments figurés découverts cette année aux 
Thermes sont restés , pour l'intérêt archéologique comme 
pour la valeur artistique, au-dessous des documents archi- 
lecturaux. Ce sont des marbres romains remarquables sur- 
tout par leur excellente conservation. 

1° Statue d'homme drapé. — 11 est debout, le corps portant 
sur la jambe gauche, la droite légèrement fléchie et écartée, la 
tôle presque de l'ace. 11 est vêtu de la tunique à manches et du 
manteau fixé sur l'épaule droite par une agrafe en bronze, et 
tombant jusqu'aux pieds; le bras gauche, sous la draperie, est 
baissé, demi-plié, la main seule dégagée ; le bras droit, dégagé 
tout entier, est également baissé, la main tenant un court bâton. 
Les cheveux plats sont ramenés sur le front et les tempes ; la 
barbe et les moustaches sont indiquées par un semis de traits et 
de points incisés; les prunelles sont creusées; les oreilles très 
grandes. Chaussures fermées. Le revers est fruste et le corps a 
très peu d'épaisseur. — Style très médiocre. La statue est intacte, 
sauf Textrémité du nez. La tête trouvée à côté du corps se replace 
exactement sur la cassure du cou. PL 1 '" 69. 

2° Statue d'homme drapé. — L'attitude générale et le costume 

sont ceux de la statue précédente ; la pose des brasditTère seule : 

le bras gauche est plié à angle droit, le coude au corps, l'avant- 

bras tendu; l'avant-bras est ramené horizontalement devant la 

1906. 12 



174 



FOUILLES EXÉCUTÉES A APIIRODISIAS 

poitrine. Les cheveux sont 
courts, mais abondants. — 
Style très médiocre. Man- 
quent rexlrcmité du nez, 
les doig^tsdela main gauche, 
lavant-iiras et la main 
droite. II. I '"74. 

3° Statue (!' h(i m 1)} c 
dvnpé. — 11 est debout, le 
corps portant sur la jambe 
gauche, la droite fléchie et 
écartée, la télé tournée à 
droite ; il porte une tunique 
qui s'arrête à mi-jambes et 
un manteau jeté sur l'épaule 
gauche et passant sous l'ais- 
selle droite. La face est 
glabre; les yeux creusés; 
les cheveux fournis mais 
courts sont ornés d'un dia- 
dème formé de deux rangs 
de grosses perles. Le revers 
est fruste. — Stvle très 
médiocre; l'tx'uvre ne peut 
guère être plus ancienne 
que la moitié du m'' siècle, 
et elle est ])lutùt plus ré- 
cente. Mlle a été retrouvée 
en quatre morceaux: tête, 
buste, jambes, — des han- 
ches au bas de la luiii(jue, 
— pieds adhérents à la plin- 
the. Il manque une partie 
<les jambes au-dessus des 
chevilles, et les deux bras; 
le ne/ est mutilé. 

{" Stutnv de femme dra- 
pée. — La jambe d'appui est 
--.Vpl.m.iisias Si;.(uc de à gauche ; la droite est 

femme drapée. "^ 




Comptes rendus, 1906 p. 175, 




PI. m. — Apliiu(lisia>. Trlr ilApliindili 



FOUILLES EXÉCUTÉES A AIMIHODLSIAS l7o 

fléchie et en arrière. Tunique talaire, à manches agrafées 
sur les bras, et formant sur la poitrine apoplijgma et culpos. 
Le manteau posé sur l'épaule gauche passe derrière le dos, 
revient sur la cuisse droite et remonte vers la saignée du 
bras gauche où il forme une masse de plis chiffonnés. Coiffure 
« à la Julia Tité ». Chaussures fermées. — Le style de la tête est 
médiocre, quoique les yeux ne soient pas incisés, et que dans la 
chevelure même on ait fait du trépan un usage très discret. 
Mais les formes du corps sont vigoureusement dessinées, et le 
traitement de la draperie, en particulier sur le buste, ne manque 
ni de vigueur ni de beauté. Le type est à rapprocher de certaines 
statues de liera ou de Déméter. La personne représentée est 
sans aucun doute une prêtresse d'Aphrodite. La surface du 
marbre qui s'est couverte d'une belle patine rouge a gardé 
quelques traces de dorure. La tête trouvée à côté de la statue 
s'adapte exactement sur la cassure. Manquent l'avant-bras 
gauche, la main et le poignet droit; le nez est mutilé. H. 1"'77. 
5" Staliie de femme drapée. — Fig. 4. H. 1 " 85. 
Sans avoir les mêmes qualités que la précédente, cette statue 
n'est pas sans mérites. L'exécution en est soignée et c'est — dans 
un type banal — un bon exemple du style facile et un peu mou 
de l'époque antonine. 

6° Statue de femme drapée. — Elle est dans l'attitude clas- 
sique des statues de la « Pudicité ». — Style ordinaire. La tête 
manque ; les mains et le pied gauche sont mutilés. H. 1 "" 59. 

7° Statue de femme drapée. — 11 ne reste que la moitié infé- 
rieure, des hanches aux pieds. H. 1 ™ 19. 

Toutes ces statues ont été trouvées, presque côte a côte, dans 
la moitié septentrionale de la Galerie de V Est. 
8° Tête d'Aphrodite. — PI. IlL H. O-" 47. 
Cette tête provient d'une statue colossale à laquelle appartient 
sans doute le fragment d'un grand bras qui a été trouvé près 
d'elle. Elle était travaillée à part et a conservé à la partie infé- 
rieure le grand tenon de fer qui l'assujettissait au torse. Le 
sommet du crâne présente une grande cavité destinée à recevoir 
un polos. C'était, selon toute vraisemblance, l'image de la déesse 
d'Aphrodisias. Le travail est froid, mais soigné, et l'œuvre 
semble se rattacher à un type de la lin du v'^ ou du commence- 



176 FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISIAS 

ment du iv« siècle. l<]lle a été trouvée Ji rextrémité sud de la 
Galerie de VEsl. 

9° Tête d\\phrodile.— ?\. W . II. <»"' 33; h. totale, O'" 58. 

Elle était travaillée à part avec le cou et le haut de la poitrine, 
qui se sont détachés au moment de la découverte , le marbre 
étant dans un état de décomposition dû sans doute à l'action du 
feu. Il serait iiiju>Le de la juger d'après la photographie provi- 







FijT, 5. — TlicriiK's irApliioilisiiis. Consulc (liiiil)lo. Z.'iis. 

soire reproduite ici. Elle est en réalité fortement tournée à 
gauche et légèrement baissée, et, dans ci'tle position, elle prend 
une expression vivante et gracieuse qu'elle a complètement 
perdue dans son état actuel. L'(cuvrc est romaine, mais paraît 
procéder d'un original hellénistique. Kien n'indique dans le 
tv{)e même une tête d'.Aphrodite. (.)n songerait également à un 
Dionvsos ou à un .\pollon. Cependant le sommet du crâne pro- 



Comptes rendus, 1906, p. 176. 




P!. I^'. — Aplu'i idisias. Tète il'A pin (Jililt 



FOUILLES EXECUTEES A Al'EIRODlSIAS 



l i i 



fondement évidé, comme dans la tète précédente, pour recevoir 
un polos, semble bien la désig^ner comme une Aphrodite d'Aphro- 
disias. Elle a été trouvée dans la Cour de lEst, devant la moitié 
sud du portique est. 




Fig. 6. 



Thermes dAphrodisias. Console double. Persée. 



Il suffira de mentionner encore quelques marbres très 
mutilés trouvés dans la Salle aux vingt colonnes et dans la 
Grande salle de raleiptérion : un torse d'homme nu, de 
dimensions colossales (1 '" 3o) ; un torse d'homme portant 
la chlamvde attachée autour du cou; un Ijus. brisé en 



178 FOUILLES RXÉCLTÉES A APIIRODISIAS 

plusieurs frag-ments et sans tête. — Parmi les consoles 
figurées, deux surtout attirent l'attention. Lune paraît 
être une tète de Zeus (fig. o), et l'autre est un Persée 
comme le prouve la harpe sculptée sur le champ au-dessous 
de la tête (fig. 6). L'une et l'autre sont, comme spécimens 
de sculpture décorative, tout près d'être des chefs-d'œuvre. 
On les rapprochera utilement , ainsi que les « Méduses » 
trouvées en 1904, des masques de Gorgone du Braccionuovo, 
qui sont de la même époque et remplissaient sans doute un 
rôle analogue ' . 

Signalons enfin une applique de bronze, trouvée dans la 
Galerie de VEst, et avant servi à la décoration du mur. 
C'est une tête de satyre (0"' 275 X '" 23:)), dont la barbe, 
traitée dans la manière décorative et détaillée par incisions, 
décrit autour du visage une ligne trilobée. Le style paraît 
un peu mou, autant que permet d'en juger la surface très 
oxydée. 



Parmi les inscriptions découvertes en 190.j, les plus inté- 
ressantes de beaucoup sont les inscriptions monumen- 
tales dont il a été parlé plus haut. Le reste — trente textes 
environ dont plusieurs très fragmentaires — comprend 
plusieurs dédicaces au peuple et à Aphrodite ; deux dédi- 
caces à des empereurs (Valentinien et Arcadius); plusieurs 
décrets honorifi({ues en faveur de néocores du temple, de 
prêtres et do prêtresses de la déesse, et quelques funéraires. 
— Ces résultats ne doivent pas surprendre ni décourager 
pour l'avenir. Un très grand nombre de pierres inscrites 
ont été employées au iv*" siècle dans la réfection du mur de 
la ville. (Test de là que provenaient déjà beaucoup des 



1. Ameliing. Die Sciilplnrcn îles v:ilicanischen Miixeiimfi. n" 2", 40, îS et 
pi. VI: Ilelbip, Fù/ire»2. n " 11, 21. 39. Ces grands masques ont été trouvés 
près du tcni|ilo de X'rnus fl de Rome. 



FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISIAS 179 

inscriptions connues d'Aphrodisias, et M. Gaudin en a 
trouvé de nouvelles que M. Th. Reinach a communiquées a 
l'Académie dans sa séance du 42 janvier 1905. Il est permis 
despérer de nouvelles découvertes quand on reprendra 
autour de l'enceinte les déchaussements que M, Gaudin avait 
commencés en 1904. 

VI 

En dehors des Thermes, nous avons pu, M. Replat et moi, 
dirig-er nous-mêmes , au temple , quelques sondag-es dont 
nous nous proposons d'exposer les résultats dans un 
mémoire destiné au Bulletin de Correspondance hellénique . 
Je n'en reproduis ici que les conclusions afin de permettre à 
l'Académie d'en apprécier l'importance. 

Ce que l'on sait du temple d'Aphrodite dérive presque 
exclusivement de la description et des relevés de Texier. Ils 
renferment des erreurs et des contradictions singulières. 
Durm, qui résume Texier et les Antiquities of lonia le décrit 
en ces termes : « Le temple d'Aphrodite à Aphrodisias était 
un pseudo-diptère de 8xlo colonnes, sur l'un des petits 
côtés un pseudo-triptère, construit sur un soubassement à 
trois degrés. Les dimensions, prises au deg-ré inférieur du 
stylobate sont de 22 mètres sur 49. Les colonnes sont posées 
sur des plinthes ; l'architrave a trois bandes ; la frise est 
lisse, la corniche est ornée de denticules... Le témenos, de 
forme rectangulaire, était entouré d'un mur qui était animé 
de colonnes corinthiennes accouplées, portant alternative- 
ment un fronton cintré ou ang-ulaire, et interrompu par des 
niches '. » 

En réalité, le temple a 8x13 colonnes. Nous avons 
retrouvé sur le côté sud la colonne encore debout de l'ang-le 

1. Durm, Baukunst der Griechen-, p. 276. 



180 FOUILLES EXÉCUTÉES A APHRODISIAS 

sud-est. Le chapiteau en est très mutilé, mais reconnais- 
sable sans aucun doute. Rien n'indi(jue que le petit côté est 
ait eu un ordre double. Les dimensions, mesurées à Taxe 
des colonnes, sont de 18'" 353 sur 30 '" 98. Nos sondages 
nont mis à jour aucune trace des fondations du naos dont 
le plan et l'élévation (sauf peut-être, comme on le verra 
plus loin, l'appareil des murs) nous restent inconnus. L'édi- 
fice est établi sur un stylobate à trois degrés, fondé sur un 
simple blocage de pierres frustes liées par un mortier de 
terre. La colonne, formée de cinq tambours, mesure, base 
et chapiteau compris, 9 "' 288 ; l'architrave est formée de 
trois bandeaux lisses et couronnée par une rangée d'oves, 
comprises entre un cordon de perles et un cavet orné de 
palmettes; la frise dont nous ne possédons que deux frag- 
ments est décorée de guirlandes portées par des petits per- 
sonnages, Éros et femme drapée. Au-dessus se trouvent les 
denticules, taillées dans un bloc à part. Nous n'avons pu, 
malaré toutes nos recherches, découvrir aucun morceau de 
la corniche ni du chéneau. Dans un de nos sondages, nous 
avons retrouvé une antétixe, en forme de palmette, d'un 
travail médiocre. La couverture était formée de tuiles plates 
et de tuiles de recouvrement en marbre. 

La basilique, construite sur le temple, appartient au type 
« hellénistique »'. La nef centrale, formée parla peristasis 
des longs côtés, compte dix-neuf colonnes et deux piliers, 
l'un adossé au mur Ae l'abside, l'autre rattaché au mur du 
narthex -. Elle est fermée à l'Est par une abside tlanquée 
de deux chambres trapézoïdales, qui sont placées dans le 
prolongement des bas-côtés et divisées en deux par une 

1. Strzygowski, Klein.isicii. ein .\cul:inil, p. i5, fip. 2S. 

2. On noiera que, le temple étant oelastyle, la suppression dé la colon- 
nade des petits côtés niellait douze enlonnes à la disposition des arelii- 
tectes ehrélieus. Ils senibleiil done .noir donné à lenr l):isili(|ue la longueur 
maxima que comportait le ni>iiil)ie des colonnes cIi^IhimiIjIi's. en ajoutant 
une à l'ouesl . <■! cimi à l'est. 



FOUILLES EXÉCLTÉES A APHKODISIAS 181 

cloison parallèle au grand axe du monument. La convexité 
de Tabside n'est pas sensible à l'extérieur. L'édifice est clos 
par un mur rectiligne, dont la partie inférieure est con- 
struite avec des matériaux antiques, appareillés, semble-t-il, 
dans l'ordre même qu'ils devaient avoir sur les murs de la 
cella : à la base un g-ros corps de moulures, puis les ortho- 
states surmontées d'une g^recque, et deux assises de blocs 
de marbre, au parement soigneusement dressé et orné de 
refends. Au-dessus commence la maçonnerie proprement 
byzantine, en grossier blocage. — A l'Ouest, la basilique 
communique par cinq portes — trois pour la grande nef et 
une pour chacun des bas-côtés , avec le narthex , qu'un 
second narthex, plus petit, sépare de l'atrium. — Les murs 
des bas-côtés ne s'élèvent au-dessus du sol actuel que dans 
la partie ouest. On reconnaît cependant encore, au Sud, les 
traces d'une, et, au Nord, celles de deux portes latérales. 
— A l'intérieur, il reste une partie du dallage et le soubasse- 
ment de 1 iconostase. 

Le temple païen était entouré d'un parvis dallé, fermé 
sur trois de ses côtés — nord, sud, ouest — par un portique 
corinthien dont deux colonnes sont encore debout, sur le 
côté ouest, et dont nous avons dégagé plusieurs piédestaux 
sur le côté sud. Au Nord, il a été complètement détruit, 
sauf à l'angle nord-est. Les éléments de la restauration sont 
complets: piédestal, base, colonne cylindrique à fût lisse, 
architrave à deux bandes, frise à rinceaux, corniche à den- 
ticules, avec larmier décoré de modillôns sur sa face infé- 
rieure et chéneau orné de palmettes et de têtes de lion. La 
largeur du portique, fermé par un mur de moellons taillés 
et sans doute recouvert d'un placage, est de 3'" 50. La 
distance du portique au temple, sur ces trois côtés, est 
d'environ 12 mètres. 

A l'Est, le parti change. La façade du temple — réduit 
aux dimensions que nous avons indiquées plus haut — 



182 FOUILLES EXÉCUTÉES A AI'HRODISIAS 

s'ouvre sur une large esplanade, et l'architecte pouvait 
satisfaire ses goûts de grandeur et de somptuosité sans 
crainte d'écraser le monument principal. Au lieu dun por- 
tique, nous trouvons ici un mur, mais chargé d'une très 
riche architecture qui en fait un motif indépendant et ori- 
ginal. Percé au milieu d'une grande porte placée dans l'axe 
du temple, il est décoré de quatorze niches, distribuées 
symétriquement de part et d'autre de cette porte, et moti- 
vées par des pilastres accolés, et par des colonnes placées 
au droit de ces pilastres. Des sept niches qu'on retrouve 
ainsi de chaque côté, quatre s'ouvrent sur le nu du mur, 
fortement accentuées par le ressaut de l'entablement sur 
la colonne et portant alternativement un fronton cintré 
et un fronton angulaire; la deuxième et la cinquième 
forment au contraire un tabernacle en saillie, l'entablement 
se prolongeant directement d'une colonne sur la suivante 
et portant un grand fronton angulaire ; la septième, celle de 
l'extrémité, est en réalité une demi-niche, couronnée par 
un demi-fronton dont les moulures se continuent horizonta- 
lement sur un retour d'angle et viennent mourir contre le 
mur de fond. Toutes les parties hautes du monument sont 
couvertes d'une luxuriante ornementation corinthienne, et le 
soubassement lui-même témoigne d'une curieuse recherche 
de l'eiïet décoratif. Il est construit en petits moellons, du 
tvpe ordinaire à Aphrodisias, sauf aux piédestaux saillants 
des colonnes qui sont constitués par des monolithes de tuf. 
Le tout est paré de grandes dalles de marbre, blanc sur le 
soubassement même, gris-noir sur les piédestaux, et motivé 
haut et bas par un corps de moulures en marbre blanc riche- 
ment profilé, qui règne sur toute la longueur de la façade, 
en suivant tous les mouvements et établissant en quelque 
manière la cohésion et l'unité de l'ensemble. Des statues 
étaient sans doute placées dans des niches' et d'autres sur 

1. L'inscription publit'-o par Tcxior, III. p. 161. paraît bien en cfTet, 
comme il l'a vu. se rapporU r ■■ aux niclios ilii Icnu-nus >.. Mais ces niches ne 



FOUILLES EXÉCUTÉKS A APHRODISL^S 183 

les frontons, où nous avons relevé les traces de leurs scelle- 
ments. 

La porte centrale, et deux autres, plus petites, qui s'ou- 
vraient aux extrémités du mur, dans les portiques nord et 
sud, mettaient en communication l'enceinte sacrée avec une 
grande cour extérieure entourée de portiques sur ses quatre 
côtés. A dire vrai, des portiques nord et sud de cette cour 
il ne reste plus rien au-dessus du sol. Du portique ouest 
adossé au grand mur, il subsiste encore quelques fûts de 
colonne. A l'Est, la colonnade elle-même a disparu, mais 
les (' propylées » sont encore debout K Ce qu'on désigne 
sous ce nom répondait bien à cette désignation, mais for- 
mait, croyons-nous, motif central au milieu du portique est. 
Il V a là quatre alignements de quatre colonnes chacun, — 
à savoir, d'Est en Ouest : torses, accouplées, torses, et cylin- 
driques à fût lisse. — L'ordre est corinthien, et l'entable- 
ment du style ordinaire, mais d'exécution peu soignée. Ces 
quatre colonnes déterminent trois entrées dont celle du 
milieu paraît avoir été voûtée. C'est à ces propylées qu'ap- 
partiennent d'importants reliefs représentant des person- 
nages et des animaux dans un décor de rinceaux et de feuil- 
lages ~. Mais la restauration n'en peut encore être faite : 
no!^ sondages ont été limités à l'enceinte même du temple, 
et de ce côté les travaux en sont restés dans Fétat très 
rudimentaire oîi les avaient laissés les fouilles de 1904. 

Quant à la date du temple, elle se place très vraisemblable- 
ment au second siècle de notre ère. Si, par la sobriétéde sa 
décoration, il contraste avec l'exubérance des édifices qui 
l'entourent, ces différences s'expliquent sufTisamment par la 

se retrouvent pas, ainsi qu'il le croyait, sur les quatre côtés. Elles sont 
localisées dans le grand mur est. Les fouilles ultérieures permettront sans 
doute d'expliquer avec précision les différents termes de l'inscription et de 
reconnaître si elle s'applique réellement à cet édifice. 

1. Hevtie (le l'Art, fig. 1. p. 35. 

2. Cf., ihid.. p. 38 ; Complea rendus, p. 706. 



184 LIVKKS OFFERTS 

différence des ordres, l'un ionique, les autres corinthiens. 
Aussi bien le détail de l'exécution est souvent négli^^é et d'un 
faire rapide qui trahit une époque déjà basse. Tous les monu- 
ments d'Aphrodisias que nous avons étudiés présentent 
d'ailleurs entre eux de telles analogies, à la fois dans le 
parti décoratif et dans le profil des moulures, qu'on ne peut 
guère hésiter à les rapporter tous à une même époque, celle 
qui nous est donnée par la dédicace des Thermes. 

Je ne puis que signaler ici d'une manière générale les 
ressemblances du temple d'Aphrodisias avec celui d'Aiza- 
noi qu'on a récemment et avec pleine raison revendiqué 
pour le règne d'Hadrien ^ Une étude attentive et des rele- 
vés nouveaux des ruines de Tchavdyr-Hissar me paraîtraient 
le complément nécessaire de tout travail scientifique sur 
celles de Ghérè. 

Telles sont les principaux résultats des fouilles de 1905. 
Il appartient à l'Académie d'en apprécier la valeur. Mais en 
terminant je désire rendre hommage aux qualités dont 
M. Replat a donné à Aphrodisias un nouveau témoignage. 
Il m'est très agréable de reconnaître que la plupart des 
observations consignées dans cette note sont dues à la 
rigueur de sa méthode et à la sagacité de ses investigations. 

1. A. Kœrte, Festschr. fur Benndorf. p. 209 sq. 



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Le SECRÉTAniE pEUPÉTi'F.i. olTri» , au nom de l'auteur, M. K. Jovv, 
une brochure intitulée : Trois documents inédilx sur Urbain (ir.mdicr 
et un (Jocumenl ppu connu sur le cardinal de Uichelieu (P;uis, l'.'Oô, 
in-8»). 

Le Grrant, A. I'icaud. 

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COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L ANNÉE 1906 

PRÉSIDENCE DE M. R. GAGNAT 



SÉANCE DU 4 MAI 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH, VICE-PRESIDENT. 

M. B. Haussoullier communique une inscription grecque 
archaïque de Cumes, récemment publiée clans les Notizie degli 
Scafi et qu'il interprète autrement que Técliteur, M. Sogliano. 
La pierre était placée clans une partie de la nécropole réservée 
à ceux qui s'étaient fait initier aux mystères de Dionysos. 

^L H. O.MONT lit une notice sur une ancienne édition gothique, 
sans date, des Chroniques de (iarganiua^ qui lui a été commu- 
niquée par M. Fécamp, bibliothécaire de rCniversité de Mont- 
pellier. G'est Tunique exemplaire actuellement connu peut-être 
de la première édition parisienne de ces Chroniques imprimée 
vers 153.3 '. 

M. S. Reinach fait une communication intitulée : Une pré- 
diction accomplie . Il montre que l'épisode des douze vautours 
aperçus par Romulus sur le Palatin a été interprété, dès l'époque 

J. Voir ci-après. 

1906. 13 



186 SÉANCE DL 4 MAI 1906 

(le la République, comme limitant à douze siècles la durée de la 
puissance romaine. Cette prédiction s'est accniuplie presque 
exactement au v** siècle de notre ère, non sans avoir énervé 
la résistance des Romains au temps d'Alaric et d'Attila. Un 
historien, écrivant en 5"27, veut que l'Empire d Occident ait 
disparu en 154, soit 1200 ans après une des dates adoptées pour 
la fondation de Rome (7i8). M. S. Reinach croit trouver, dans 
un passage de la Germanie de Tacite (ch. 34), une allusion à 
la même prophétie et aux craintes qu'elle inspirait. Elle avait 
peut-être pénétré aussi dans le recueil des vers sibyllins, ce qui 
expliquerait la destruction de ces documents par Stilicon entre 
404 et 408. 

L'Académie procède à la nomination d'une commission (pii 
sera chargée d'examiner un projet de publicalion d'un Corpus 
(les mosaï(fues de la Gaule et de V Afrique. 

Sont désignés : MM. IIiîron de Vhj.efosse, Saguo, Babef.on, 

POTTIEH. 

M. de Mély présente une tète de marbre de Paros de lexécu- 
tioM la plus précieuse. C'est une des répliques, assurément une 
des plus belles, du Gupidon de Lysippe. l'.lle appartient à .M. de 
Bioncourt, gendre de la comtesse d'IIarcourt, qui la découvrit 
dans les fouilles faites avec le baron des Michels, pendant que 
M""' d'IIarcourt était ambassadrice à Rome, en 1870-1871. Cette 
tête était jusqu'ici demeurée absolument inconnue. 

M. Adrien Rlanchet, bibliothécaire honoraire de la Biblio- 
thèque nationale, fait une communication sur les villes romaines 
de la Gaule, aux i" et iV siècles de notre ère. M. Blanchet a 
relevé le périmètre des murailles de quarante villes, qui peuvent 
être classées ainsi [)ar ordie d'importance. On voit tpi'au 
iv^ siècle Paris était moins im|)(ir(anl cpie Nantes, Bourges 
et Bordeaux. Poitiers et Sens étaient peut-être les cités les plus 
étendues de la Gaule, à cette époque. Le tableau dressé par 
M. Blanchet fournira aux historiens des renseignements qu'on 
chercherait vainement dans les rares auteurs du temps de Cons- 
tantin '. 

1 . \'oir ci-après. 



187 



COMMUNICATIONS 



UNE ÉDITION INCONNUE DES CHRONIQUES DE GARGANTUA, 
PAR 31. HENRI OMONT, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

Rabelais et son œuvre sollicitent plus que jamais latten- 
tion des érudits et des chercheurs ; les publications récentes 
faites en France, entre autres, par MM. Dorez, Lefranc, 
Plan, Thuasne, sont là pour en témoigner, ainsi que la fon- 
dation à Paris, il y a quelques années, d'une Société des 
études rabelaisiennes et la publication récente par 
M. Paul Plan d'une Bibliographie rabelaisienne. Mais 
toutes les bibliographies, même les meilleures comme celle- 
ci, sont toujours exposées à être incomplètes, et c'est une 
édition jusqu'ici restée inconnue de l'une des premières 
œuvres de Rabelais, peut-être la première édition parisienne 
des Chroniques de Gargantua, qu'une obligeante communi- 
cation de M. Fécamp, bibliothécaire de l'Université de 
Montpellier, me met en mesure de présenter à l'Académie. 

C'est un mince volume, imprimé en caractères gothiques, 
de format petit in-8", composé de quatre cahiers, portant 
les signatures A à D, les trois premiers de 8 feuillets et le 
quatrième de 4 seulement; de ces 28 feuillets, dont chacun 
compte vingt-deux lignes à la page, les trois premiers ne 
sont pas chiffrés, mais les suivants portent une foliotation 
de I à XXV. Le titre disposé sur quatre lignes et au-dessous 
duquel est une gravure sur bois, de 85 millimèti^es sur 70, 
représentant le combat de David contre Goliath, occupe 
tout le premier feuillet. 



188 ÉDllInN INCONNLE DES i;ilR( (MOIES DK (iARdAMLA 




ÉDITION INCONNUE DES CHRONIQUES DE GARGANTUA 



180 






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190 ÉDITION INCONNUE DES CHRONIQUES DE GARGANTUA 

Au verso du tilre coniineiice la table des 23 chapitres des 
Chroniques, qui ne sont point numérotés, non plus que 
dans le volume, mais accompagnés de renvois aux feuillets; 
au fol. 3 v" se trouve le « Prologue capital » et au fol. 4 
le début du texte des Chro/tu/ucs, dont les feuillets sont 
numérotés de i à xxv. Au bas du fol. xxv v° (28'' et dernier 
feuillet du volume), on lit, mais sans aucune mention de 
date, les noms des deux imprimeurs et libraires parisiens 
Alain Lotrian et Denys Janot. 

L'association de Lotrian et de Janot, qui dura quinze ans 
environ, de l.'JSOà 1. '5 ii, ne permet malheureusement point 
de fixer la datede ce[n'til volume. Mais il faut le ra})j)r()cher 
d'une autre édition des (.'/ironiques de (iartjantua, égale- 
ment sans date, et dont on ne connaît aussi qu'un seul 
exemplaire, aujourdhui conservé à la Bibliotliè({ue munici- 
pale de Be.sançon. Cet exemplaire, qui a été décrit avec 
beaucoup de soin- par M. Plan, sous le n" 3 de sa liihlio- 
(jrapliie rabelaisienne, oll're exactement le même titre, mais 
avec les lignes coupées dilTéremment et au-dessous un bois 
aussi tout autre. 

Les caractères gothi([uc's (|ui owi servi à 1 inqjression ilu 
volume sont d'un corps moins fort, (jui nest j)as de même 
gravure, et l'exemplaire compte 24 feuillets (au lieu de 28) 
non chiifrés, avec 23 lignes (au lieu de 22) à la page. Les 
vingt-trois chapitres des Chroniques s'y retrouvent dans le 
même ordre, mais leurs titres sont numérotés, aussi bien au 
cours du volume (jue dans la table. Autant (K- dilVérences de 
détail (jui permettent de distinguer ces deux éditions sans 
doute contemporaines. 

Les fac-similés zincographicjues donnés p:ii- M. Plan de 
quelques pages de l'exemplaire de Hesanv*»" pi'i nutlciit de 
pousser la comparaison ini peu plus loin encore entre ces 
deux éditions. La table des chapitres (reproduite en note), 
le (( Prologue capital », le premier cl);i|)i(re des Chroniques 
ne présentent (pie ({uehjues légéri's \ aiiaiiti's ortliDgra- 



ÉDITION INCONNUE DES CHRONIQUES DE GARGANTUA 191 

pliiques. Mais il n'en est pas de même de la dernière page 
de chacun de ces deux petits volumes, dont les textes diile- 
rents méritent d'être rapprochés : 

(MONTPELLIER.) (bESANÇON.) 

Adonc le geanl avoil la veiic Adonc le géant priai une 

basse, print une grosse massue grosse massue de boys, cuydant 

de boys, dont il cuvfloil frapper frapper Gargantua; mais il 

Gargantua; [v^j mais il en frappa ung gros chesne, lequel il 

frappa ung gros chesne, lequel abbatit. Alors ledict Gargantua 

il abbatit. Alors ledit Gargantua le va prendre et luy ploya les 

le va prendre et luy ploya les reins en la manière (pie Ton 

reinis en la forme e/ manière playeroit une douzaine d'esguil- 

que Ion playeroit une douzaine lettes, et le mist en sa gibe- 

d'esguillettes, et le mist en sa ciere, et le porta tout mort à la 

gibecière et le porta tout mort court du roy Artus. Ainsi ves- 

à la court du roy Artus. Ainsi quit Gargantua au service du 

vesquit Gargantua au service roy Artus Tespace de deux 

du roy Artus l'espace de deux centz trois moys et quatre 

cens ans troys moys et quatre jours justement; el depuis fui 

jours justement; puis il fut es lia lies à la querre contre 

porlè par Mor(/ain la fée el unçf autre Iresredoublépuissanl 

Melusine en Faerie avecques prince nommé Galimnssue, el 

plusieurs autres, lesquelz y de là se poursuyvirent Vunq 

sont a présent. l'autre jusques en France par 

grosses ha lai lies, comme on 
peull veoir au livre de (kili- 
massue. 

Faut-il voir dans cette addition finale du texte de l'exem- 
plaire de Besançon une preuve de l'antériorité de celui de 
Montpellier ? Il serait peut-être téméraire de Taffirmer avant 
d'avoir pu rapprocher et comparer ces deux éditions; mais 
il semble bien, en tout cas, que toutes deux sont antérieures 
à une autre édition, décrite par M. Plan sous le n° 7 de sa 
Bihliographie rabelaisienne. Le texte des Chroniques de 
Gargantua dans cette édition, dont une note manuscrite 
peut faire rapporter la date à l'année 1534 au plus tard, 



192 VILLES DE LA GAULE ROMAINE 

compte quarante et un chapitres (au lieu de vingt-trois), 
tandis que les éditions antérieures, datées de 1")32 et 1533, 
offrent un texte divisé en dix-huit chapitres; il semble par 
suite que la date de cette petite édition parisienne des 
Chroniques de Gare/an tua peut être approximativement 
rapportée à Tannée 1533. 



VILLES DE LA GALLE ROMAINE 

AUX r"" ET IV'^ SIÈCLES DE NOTKE ÈRE, 

PAIt M. ADRIEN HLANCHET. 

Depuis cinq siècles qu'on étudie les antiquités romaines 
de la Gaule, l'attention des archéologues et des artistes 
s'est portée particidièrement sur les monuinculs remar- 
quables par la grandeur ou la beauté, et Ion a dédaigné les 
enceintes des villes romaines dont la construction négligée 
paraissait peu digne d'intérêt. En 1807, Millin passa près 
des murs antiques de Sens, presque intacts alors ; mais il 
ne les vit pas. 

Si, dans ces temps-là , on eût étudié sérieusement les 
blocs souvent informes , surmontés du petit appareil à 
chaînes de briques , nous aurions sans doute beaucoup 
d'éléments de comparaison dont la mine a disparu pour 
toujours. 

Nous avons tenté de réunir toutes les remarques relatives 
aux premiers remparts de nos vieilles cités, et ces recherches 
nous ont permis de dresser le tableau suivant dont l'intérêt 
est évident '. 



1. On trouvera dans notre livre qui paraîtra prorliainemonl tous les 
renseignements concernant les enceintes énumérées dans ce tableau. 



VILLES DE LA GAULE ROMAINE 



193 



Aiiliin [Augiisloiliiniuii). Enceinte de l'ép. d'Auguste. 

— — Enc. réduite, lin du iii*^ s. 
Nîmes [Nemausun'i. Enceinte de l'époque d'Auguste. 

— — Enceinte réduite, fin du iii'= s. 
Trêves [Augusln Treveroruin). Enceinte du i"'" siècle. 
Augst [Aiigiisia Bauracorum). — i®"" siècle. 
Fréjus {Forum Julii). — i*"" siècle. 
Avenches (Averiliciiin). — i"^"" siècle. 
Cologne {Colonia Acjrippina). — i*'" siècle. 
Heddernheim (Civitas rau/iens/uzn). Enceinte du ii*' s. 
Poitiers (Limonurn). Enceinte du m" siècle. 

Sens [Agedincuin). — 

Bordeaux [Burdigala). — 

Bourges [Avariciim). — 

Chartres {Autricum). — 

Strasbourg {Argenloratuin). — 

Nantes [Condivicnum). — 

Paris [Lufecia). — 

Rouen {Rotornagus). — 

Dijon [Dibio). — 

Chalon-s.-Saône(CaZ)f7/o/H/m). — 

Dax [Aqiiœ Tarhellicœ). — 

Bou)ogne-s.-Mer Gesoriacus, Bononia). Enc. du iii« s. 

Le Mans [Siiindinum). Enceinte du ni* siècle. 

Sois?>ons{AugustaSuessionum). — 

Nevers [Nerirnuin). — 

Beauvais {Cœsaromagus). — 

Angers [Juliomagiis). — 

Rennes (Condate). — 

Grenoble {Cularo). — 

Tours {Cœsarodunuin). Enceinte du m® siècle. 

Évreux [Mediolanum). — 

Orléans [(^enahurn). — 

Rayonne (Lapurdum). — 

Auxerre [Autessiodiirum). — 

Melun (Meliosedum). — 

Meaux {Fixtuinum). — 

Périgueux [Vesunna). — 

Saintes [Mediolanum). — 

Cohlenz {Confluentes) — 

Andernach {Anfunnacum). — 



Périmètre. 

5922 mètres. 
1300 m. environ. 
C200 m. environ. 
2300m. environ. 
6418 m. 
4767 m.? 
4000 à 4100 m. 
4000m. environ. 
3911 m. 
2700 m.? 
2600 m. 
2500 m. 
2350 m. 
2100m. 
2100m.? 
1800 m. 
1665 m. 

1620m. environ. 
1600 m. environ. 
1500 m. environ. 
1500m. environ. 
1465 m. 

1440m. environ. 
1400 m. 

1400 m. environ. 
1375 m. environ. 
1270 m. 

1200 ou 1600 m.? 
1200m. environ. 
1160m. environ. 
1 1 55 m. environ. 
1 145m. 
1100 m. 

1100 à 1125 m. 
1080 m. 

1000m. environ. 
1000 m. environ. 

955 m. 

935 m. environ, 

920 m. environ. 

910m. 



194 VILLRS DE LA GAULE ROMAINE 

Périmètre. 

Senlis iAurjuslomagus). Enceinle du in'= siècle. 840m. 

Saint-LizicM- iAuslria). — 740m. 

Noyoïi (A'orù>//(a_f/(/s). — 599 m. environ. 

Antibes (^l«/j/)o/js). — o90m. 

Ces villes ne sont pas les seules dont les enceintes 
romaines ont été reconnues ; mais nous ne signalons ici (jue 
celles dont l'étude a été faite assez soigneusement pour qu'il 
soit permis d'évaluer le périmètre des murailles. 

Assurément l'étude des enceintes est dilTicile, car les 
murs antiques sont bien souvent dissimulés par des con- 
structions postérieures; en outre, de nombreuses parties ont 
été démolies ou modifiées au cours des siècles. De sorte qu'il 
est généralement impossible de vérifier l'exactitude des 
auteurs qui ont décrit, à diverses époques, les murailles des 
cités de la Gaule'. Mais les erreurs dont nous indiquons 
existence probable ne sauraient modifier beaucoup le rap- 
port qui existe, d'après le tableau précédent. C'est la meil- 
leure base qu'on puisse avoir aujourd'hui pour apprécier 
l'importance relative des villes énumérées plus haut, dont 
beaucoup sont encore parmi les plus considérables de notre 
époque. 

Il importe de remarquer (jue les enceintes forment deux 
groupes et que les murailles élevées sous Aug^uste et ses 
successeurs immédiats ont un i)érimètre plus développé'. 
De ce nombre sont les premiers murs d'Autun et de Nîmes, 
ceux de Fréjus, d'Avenches et de Trêves. 

A la fin du IM*^ siècle de notre ère, lorsque l.i ligne de 
défense du Rhin n'était plus une garantie suffisante contre 
les invasions, Irs populations déciniées élevèrent, sansdoute 

1. Il rut cHi; pos^ihli- cil' rak-uloi- la superficie de Inulcs les \ illos auliciucs 
(luiit iKMis avons relevé le périmètre de renceintc. Mais les calculs eussent 
(•(■ilaini'iiiont miilli]ilié des erreiu-s (pu- Ti-tal aclucl des inui-uilles ne 
permet d ailK'Ui-s |)as de rectiliei'. 

2. Ces murailles sont aussi beaucmip moiii< (■ii:ii>'~i> i)nc cfllcs dr la 
seconde catégorie. 



VILLES DE LA GAULE ROMAINE 195 

avec l'aide des légions, des murailles très puissantes dont 
le périmètre ne déjaasse pas 2600 mètres. Quand il s'agit de 
cités qui eurent des enceintes successives, il est facile d'éva- 
luer la réduction. Ainsi, au commencement du iv° siècle, 
Autun n'était plus que la vingtième partie de la ville bâtie 
par Auguste ; Nîmes était réduite au septième de sa super- 
ficie. 

Il est probable que la réduction fut différente selon les 
cités. En général, on peut dire que le Nord de la Gaule eut 
beaucoup à souffrir des invasions du m'' siècle. 

Les habitations romaines des premiers temps de l'Em- 
pire étaient peu élevées, et il est difficile d'évaluer la super- 
ficie des cités de la Gaule pendant les trois premiers siècles 
de notre ère. On ne saurait rien dire de certain au sujet de 
la population de ces villes. Mais il n'est pas sans intérêt 
de faire remarquer que l'amphithéâtre de Nîmes pouvait 
contenir 24 000 spectateurs. Celui de Périgueux devait être 
au moins aussi vaste et celui de Tours l'était certainement 
davantao-e. On évalue à 15 000 et 20 000 le nombre des 
places des amphithéâtres de Bordeaux et de Saintes, et 
Poitiers possédait peut-être le plus grand monument de ce 
genre en Gaule •. Nous avons ainsi des éléments pour appré- 
cier l'importance relative de quelques villes gallo-romaines, 
avant les premières ruines. 

Quand les massacres, la famine et les épidémies du 
III'' siècle eurent réduit le nombre des habitants, ceux qui 
reconstituèrent leur cité le firent sûrement en réduisant au 
minimum le travail nécessaire. Les conditions d'existence 
furent sensiblement les mêmes pour toutes les cités de la 
Gaule et le nombre d'habitants fut proportionnel à la super- 
ficie protégée p;ir l'enceinte. 



1. Les axes étaient de 136 mi-ti-es et de laO"" 50. Ceux du Golisée sont de 
188 et de 156 mètres, et le grand monument de Rome contenait 87 000 places 
assises et 20 000 places debout sur la terrasse. 



196 LIVRES OFFERTS 

C'est ainsi que nous pouvons classer par ordre d impor- 
tance, d'après le périmètre des murailles, les cités gallo- 
romaines du iv*^ siècle, qui ont formé le noyau de tant de 
villes du xx" siècle. 



LI\ RES OFFERTS 



Le SEfutÉTAiRE PERPÉTUEL offrc 311 iioui tlc l'autourj-M. Ernest Jovy, 
un volume intitulé : Les Mi-nioires inédits de Matthieu Feydeau, curé de 
Vilry-le-Franrois, 2") nini KKiO-.'J juin ItlTli Viliy-K'-François, 190!i, 
in-8°). 

M. H. U.MONT dépose sur le bureau de l'Académie sa publication 
intitulée: Documents nouveaux sur la grande confrérie Notre-Dame 
aux prêtres et bourgeois de Paris (Paris, lOOo, in-S"; extr. des 
Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France , 
t. XXXI 1, 1905). 

M. Cleh.mont-Ganneau a la parole pour un hommage : 
«J'ai l'honneur d'offrir à l'Académio, de la parlde M. Delaporte, deux 
opuscules intéressant la littérature copte et l'histoire du christianisme. 
Dans le premier, l'auteur, qui est un de nos coptisants les plus dis- 
tingués, publie deux feuillets d'un même manuscrit copte, conservés 
l'un à la Bil)liothè(iue nationale, l'autre au Louvre — fâcheuse dis- 
persion qu'on ne saurait trop regretter et qui malheureusement se 
reproduit dans bien d'autres cas. Ils contiennent les fragmentsd'une 
version en dialecte sahidique du fameux livre (|ui est connu sous le 
nom du Pasteur d'IIermas et a eu une si grande vogue dans les milieux 
chrétiens d'Orient des premiers siècles. Bien (|ue ces fragments 
soient fort courts, il faudra donc désormais faire étal de l'existence 
de cette version copie rpii vient prendre place à côté de celle de la 
version éthiopienne découverte par notre regretté confrère dAbJjadie 
en 1847. Il est même permis de se demander maintenant si celle-ci 
ne dépendrait pas dans une certaine mesure de celle-là. C'est un 
point auquel .M. Delaporte ne touche pas, mais cpi'il conviendrait 
peut-être dexamiiier. 



SÉANCE DU 11 MAI 1906 197 

(( Dans le second opuscule, M. Delaporte nous donne le texte auto- 
graphié de la version copte sahidique de l'Apocalypse. Il prend 
comme base les divers fragments édités ou réédités en 1895 par 
Goussen dans le premier fascicule de ses Sludia théologien, et il y 
ajoute sept fragments nouveaux qu'il a retrouvés, l'un au Musée du 
Louvre, quatre à la Bi]>liothèque nationale, deux au British Muséum. 
C'est donc, en réalité, une véritable édition de tout ce que nous possé- 
dons jusqu'ici de cette version. 11 est à souhaiter, et il n'est pas 
défendu de l'espérer, que de nouvelles trouvailles nous mettent à 
même de combler les quelques lacunes qui subsistent encore. » 



SÉANCE DU 11 MAI 



PRESIDENCE DE M. S. REINACII , VICE-PRESIDENT. 

Le secrét,\ire PERPÉTiEL commuiiique à {'.Académie la lettre 
suivante qu'il a reçue de M. le Ministre de l'instruction publique : 

Paris, le 3 mai 1906. 

M. de Morgan, délégué du Gouvernement français aux fouilles de 
Perse, vient de me communiquer les résultats des fouilles effectuées à 
Suse, sous sa direction, au cours des mois de février et de mars. Je 
m'empresse de vous en faire part, en vous priant de vouloir bien les 
porter à la connaissance de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres. 

Au niveau supérieur du tell, c'est-à-dire dans la partie la plus 
récente, on a trouvé, outre bon nombre de petits objets, une coupe 
et une fourchette d'argent d'époque sassanide. Ces deux pièces sont 
fort belles et bien conservées. 

Dans le second niveau, entre '6 et 10 mètres de profondeur, on a 
rencontré : 

1" Un fragment de cuve en calcaire blanc avec inscription; 

2° Cin({ pierres de grès ayant appartenu au même monument et 
portant sur la tranche des textes proto-anzaniles ; 



k 



198 SÉANCE DU 11 MAI 1906 

3" Plusieurs pierres seml)lables portant des textes extrêmement 
archaïques; 

4" Deux poids en forme de canard, dont un portant un texte de 
l'époque des (!lioulroukides ; 

5° Une statue en calcaire jaune (la tête manque , au tiers de gran- 
deur naturelle, avec texte ; 

6° Une stèle en diorite, représentant, sur une face, une divinité 
assise et deux personnaj^es debout, l'autre face étant couverte de 
textes (hauteur, environ 1 mètre". Cette pièce est fort bien conservée; 
toutefois, le texli- (pii se trouvait du côté de la représentation a été 
martelé dans l'antiquité ; 

7" Un fragment im[)ortant de bas-relit-f ; 

8" Trois grands fragments d'inscriptions gravées sur diorite de 
l'époque d'Hammourabi ; 

9° Un texte sur diorite de même époque; 

10" Le sommet d'une stèle portant un Ijas-relief sans texte, sem- 
))lable à celui qui figure sur le sommet des lois d'Hammourabi ; 

11° Un fragment de statue assise en diorite, montrant le siège sur 
lequel elle reposait, pièce d'un travail très soigné (sans texte) ; 

12" Une statue assise d'un personnage l)arl)u de grandeur natu- 
relle (incomplète) ; elle porte un texte archaï(iue. Sa facture est très 
remai(iuable: c'est une des belles pièces de l'arl chaldéen, transporté 
jadis de Chaldée à Suse: 

13" Un grand nombre de textes sur hriqui's, cl plus spécialenirnl de 
répo(|ue des patésis. 

M. de Morgan ajoute : 

« Enfin, dans un tell situé à I.'IOO mètres au Nord-Ouest de Suse. 
tell où pendant un mois et demi j'ai employé cent ouvriers, nous 
avons découvert les ruines d'une ville sassanide construite en in iqucs. 
Ce monument, dont les murs présentent une hauteur de 3 à 4 mètres, 
est fort intéressant; j'en ai relevé les plans avec très grand soin. 11 
mesure environ 30 mètres sur 30 mètres. Quel([ues briques poilenl 
encore un enduit de |)l;'ilie orné de peintures trop elTacées pour qu'on 
en puisse tirer parti. Ajjiès avoir très soigneusemcnl iclevé ce numu- 
ment, je l'ai |)holographié , |)uis fait démolir, parce que sans nul 
doute il serait détruit par les nomades au cours de l'été, comme j'ai 
vu la chose se |)roduire pour toutes les constructions (pie nous 
n'avons pas le temps d'enlever avant la cessation des travaux. 

« Au-dessous de celle \illa. mi reinniil re des poteries piH-liisto- 
ricpies, ce ijui uie porte à croire (|ih' nous nous trouvons en présence 
de sépultures fort anciennes et ipie tous les tells de moyenne taille 
situés au Nord des ruines de Suse sont des tombeaux. » 



SÉANCE bU 11 MAI 1 DOO 199 

A la liste des découvertes mentionnées plus haut nous ajouterons : 
Une statue l)i-isée à la taille en calcaire l)lanc, 1/3 de grandeur 

naturelle, portant un texte; 

Une statue assise de même matière, 1/4 de grandeur naturelle, 

brisée à la taille, et portant un texte. 

Pour le Ministre et par autorisation, 

Le Directeur de renseignement supérieur, 

Bayet. 

M. CoLMGNON donne lecture d'une lettre de M. Mendel au sujet 
de l'inscription découverte à Aphrodisias et signalée dans l'une 
des séances précédentes, 

M. PoTTU'K lit un fragment de son Catalogue des vases du 
Louvre (en préparation) où il étudie lintluence du thécâtre sur la 
céramique grecque au v'^ siècle. Il montre que cette influence 
dans les vases antérieurs aux guerres médiques se manifeste déjà 
par une composition plus serrée, qui devient une véritable tri- 
logie, et par des attitudes plus pathétiques. l^Ue se précise surtout 
dans l'époque qui suit les guerres médiques, et introduit des 
changements importants dans la disposition des personnages, 
dans leur costume. On peut même se figurer assez exactement 
le costume tragique du v*" siècle d'après certains vases, et voir 
combien il est dilîérent de l'ajustement scénique que nous con- 
naissons surtout par l'art hellénistique. 



M. pAigène Lefèvre-Pontalis, directeur de la Société française 
d'archéologie, fait une communication sur les châteaux de Loarre, 
de Médina del Campo et de Coca en Espagne. Le premier, situé 
entre Huesca et Jaca, n'est pas une œuvre homogène du dernier 
quart du xi*' siècle, comme l'ont prétendu les archéologues 
espagnols, et notamment Don Isidro Gil qui veut lire la date 
de 1(165 autour du Christ placé au-dessus du portail de la cha- 
pelle. M. Lefèvre-Pontalis distingue plusieurs campagnes du 
xii*" siècle qui marquent les étapes de la construction du château 
et de son enceinte. 

Il étudie ensuite le château de Médina del Campo dont il a 
relevé le plan, et montre comment l'architecte qui a remanié 
cette forteresse au xvi'^ siècle a su l'adapter à l'usage de l'artille- 



200 LIVRES OFFERTS 

rie au moyen d'un chemin de ronde couvert, analogue à celui 
du bastion de SchalFouse. 

Le château de Médina doit être considéré comme le prototype 
de celui de Coca, près de Ségovie, qui présente le même plan et 
un donjon d'angle du même type. On y retrouve un chemin de 
ronde identique, mais les créneaux ollVent un caractère décoratif 
très original. 

M. Briîak fait une communication sur l'origine et le sens du 
mot ^Ipw;. Après avoir lait reniarc[uerque ce mot a une désinence 
assez rare et qui se trouve dans plusieurs mots indiquant des 
relations de parenté (comme -â-pw;, oncle paternel; t='^"J?, belle- 
sœur), M. Hréal le rapproche de f^pr/évEia, « celle qui naît le 
matin », c'est-à-dire l'aurore, et de rjpiOaXr;; , c qui lleurit au 
matin, ou au printemps». On remonte ainsi à un troisième sens 
du mot ':ap, printemps, matin, savoir le malin ties anciens 
temps. La seule diflicullé qui s'opposerait à cette étymologie 
est l'esprit rude du mot rjpw;, mais il est certain qu'il a été 
ajouté plus tard, ainsi que l'attestent rjoiov (tombeau), r.piépyr,; 
(fabricant de tombeaux), t.oiej; (mort). De sorte que le sens de 
r,oMi serait «homme des anciens temps», « ancêtre». C'est le 
sens qu'il a sur beaucoup d'inscriptions funéraires. 

MAL WvAi. et S. Hkinacm ajoulcnt (pielqucs observations. 



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Le Si( iii'iAiiii- pi:ium'h i:i. niïro ii l'AcidiMnir. nii iiinn de l'aiiUMir, 
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(ht (Irpurlentenl de la Càie-d'Or i^Semur, IDdj, in-H"; e.\lr. du » Bulle- 



SÉANCE DL- 18 .MAI 190B 201 

tin de la Société des Sciences de Seniur», 190;ji; 2° Les fouilles 
(l'Alésia (Paris, 1900, in-8°; extr. de la « Revue de Paris »). 

M. Chavannes dépose sur le bureau son étude intitulée : Le cycle 
turc des douze animaux (Leyde, 1906, in-S", extr. du « T'oung-pao », 
série II, vol. VII, n° Ij. 



SEANCE DU 18 MAI 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH , VICE-PRESIDENT. 

L'Académie est informée que les fêtes pour la célébration du 
troisième centenaire de Pierre Corneille auront lieu à Rouen les 
5 et 6 juin, et elle est priée de vouloir bien se faire représenter 
à cette cérémonie. 

L'Académie désigne MM. Emile Picot, Gh. Joret, J. Lair et 
H. Derenbourg. 

M. Salomon Reinach a la parole pour deux communica- 
tions : 

« J'ai le plaisir d'annoncer à l'Académie que les fouilles du 
plateau d'Alesia, reprises le 14 courant, ont donné immédia- 
tement des résultats d'un grand intérêt ; M. le commandant 
Espérandieu, directeur des fouilles, a bien voulu me les com- 
muniquer pour que je les porte à la connaissance de nos con- 
frères. 

« On a déblayé la cave d'un Gallo-romain qui, avant de fuir, 
avait mis en sûreté tous les outils en fer de son atelier; c'était 
probablement un forgeron. Cette cave contenait environ 60 kilo- 
grammes de ferraille, des hipposandales, des serpes à double 

190(3. Il 



202 



SÉANCE DU 18 MAI \\)(){) 



tranchant, des chaînes formées de gros anneaux, des serrures et 
bien (lautres objets cjui nont pas encore été nettoyés. Les mon- 
naies continuent à reparaître en grand nombre; M. Espérandieu 
me signale un bronze de Gordien à fleur de coin. On a trouvé 
aussi une statuette de Mercure en bronze, d'une bonne conser- 
vation. .Mais la pièce capilale, (jui peut encourager toutes les 




espérances, est un peson en bronze haut de douze centimètres , 
dune admirable patine verte, représentant un busle de Silène. 
I.c (lieu a\ail les yeux incrustés d'argent ou d"ém;iil ; la barbe 
est formée de boucles en torsades, avec un espace vide cnti-e 
chaque boucle; la tète est couronnée de lierre. La branche qui 
forme la couronne est ajourée et ne fient tpie par les feuilles. 



SÉANCE DU 18 MAI 1006 203 

Deux baies, une de chaque côlé tlu Iront, portent des traces 
d'émail. La tête est légèrement penchée sur Tépaule gauche ; 
rexpression bestiale de la face a été rendue par l'artiste avec un 
merveilleux réalisme. M. h'spérandieu m écrit que le morceau 
est comparable à la tête du Centaure du ^lusée de Spire, qui a 
servi également de peson ; on n'en saurait faire de plus bel 
éloge. Il est ainsi démontré que l'Alesia gallo-romaine n'a pas 
été détruite peu à peu, mais abandonnée subitement et sans 
doute brûlée par quelque bande germanique ; le sous-sol n'a 
que peu souffert et des objets de prix sont restés intacts dans 
leurs cachettes, sans que les habitants, peut-être réduits en 
captivité , aient pu revenir sur les lieux pour les reprendre. 
L'avenir des fouilles paraît dès lors assuré. Au reçu de ces 
bonnes nouvelles, que j'ai eu l'occasion de lui communiquer 
hier, noire généreux correspondant américain, M. le duc de 
Loubat, m'a remis une somme de mille francs pour la continua- 
tion des recherches; je l'ai envoyée à la Société des sciences de 
Semur, qui en fera sans tarder le meilleur emploi. » 

u La courtoisie de MM. Grenfell et Ilunt me met à même de 
communiquer à l'Académie quelques renseignements d'un vif 
intérêt sur les fouilles qu'ils ont pratiquées en 1906 à Oxyrhjn- 
chus. Les découvertes de papyrus littéraires, faites par eux dans 
cette cinquième campagne, ont dépassé toutes les espérances ; il 
y a longtemps que les amis des lettres anciennes n'avaient reçu 
d'aussi agréables nouvelles. La publication des textes, qu'il faut 
reconstituer à l'aide de nombreux fragments, n'aura malheureu- 
sement pas lieu avant 1907. 

« Un papyrus des péans de Pindare contient neuf colonnes 
presque complètes d'environ quinze lignes chacune; jusqu'à 
présent, on ne connaissait qu'une douzaine de lignes des péans 
de Pindare ; c'est donc une véritable révélation. Le texte est 
accompagné d'abondantes scolies. 

M De V Hypsipyle d'Euripide, tragédie perdue, un autre papyrus 
a conservé plus de cent lignes. La scène se passe à Némée; les 
personnages sont Hypsipyle, ses deux iils Eunée et Thoas, 
Amphiaraùs et Lycurgue, roi de Némée. 

« La fin du discours contre Hippothersès manque dans les 
manuscrits de Lysias; un papyrus nous la rend. 



204 sÉANci: m- 18 mai 190() 

« Un autre texte en prose dune jurande importance est un iVa>4- 
nient considérable d'une histoire grecque, peut-être d"Kphore ou 
de Théopompe. Il concerne les relations des factions de Corinthe 
avec Sparte et Argos immédiatement après la bataille de Némée 
(394); on y trouve aussi, à propos du général corinthien Timo- 
laiis, la mention de deux incidents encore inconnus de la guerre 
de Péloponnèse. 

« Ces morceaux, et bien dautres, taisaient partie d uul' pre- 
mière bibliothèque, dont les rouleaux avaient été lacérés et jetés 
en tas. Un second dépôt du même genre, découvert quelques 
jours après, réservait dautres surprises : un poème en hexa- 
mètres, de "22 lignes complètes, célébrant Hermès, et plus de 
70 lignes des méliambes de Gercidas, poète de Mégalopolis au 
IV® siècle, dont on ne possédait que 1*4 vers. 

« Parmi les autres trouvailles de cette campagne juémorable, 
MM. (irenfell et Ilunt signalent un ieuillel d'un papyrus latin 
contenant le CalHinn de Salluste et 45 lignes d'un Kvangile 
entièrenuMit inconnu. Jésus et ses disciples se rendent au temple 
de Jérusalem : ils y rencontrent nn Pharisien (jui leur reproche 
d avoir lu'-^ligé les cérémonies préliminaires aux(|nelles il s'est 
conformé lui-même; Jésus leur répond en o|)posan! la pm-eté du 
cœur à la pureté rituelle. Les auteurs de cette découverte, fpii 
fera sensation, insistent sur l'éloquence, sur le pittoresque, sur 
l'excellente gré.'ité de ce morceau, tout dillërcnt de ce que les 
iM'angiles apocryphes nous ont révélé jusqu'à présent. 

« MM. (irenfel! et lliinl m'iiiilorisent à ajouter que ces fouilles, 
(pii oui (liin- (|uatorze semaines et auxquelles ils ont employé 
20(1 ouvrier.-, nHnl conté que liOOO francs en\iron. » 

Au nom de la Commission du eoncoui's des .Vntiipiid's natio- 
nales, M. l'abbé TiuhniNAT fait connaître les résultats du con- 
cours : 

I "■ médaille, à M. Léon Mirot pour ses deux volumes intitulés : 
hahelle de France, reine iI'An(flelerre, comtesse d' Amfttulème, 
et Les l'nsiirrcclions urbaines ;w dchui du n'u/iie de (Charles Vl. 

"2" médaille, à ^L Ph. Lauer : Les annales de J-'/ndnard publiées 
d'après les manuscrits avec une introduction et des notes. 



t 



SÉANCE DL- 18 MM 1006 20^ 

3'^ médaille à M. Serbat : Les assemblées du clergé de France 
de 1561 à 1615. 

!'• médaille à M. Henry d'Allemagne : Les cartes à jouer du 
XIV au XX'' siècle, 2 vol. 

P" mention. M. G. Dottin , Manuel pour servir ù l'élude de 
l'antiquité celtique. 

2" mention. M. l'abbé G. Allibert , Histoire de Seyne , de son 
hailliaf/c et de sa viguerie. 

3" mention. M. Lucien Ré^i^ule, Les incrustations décoratives 
des cathédrales de Lyon et de Vienne. 

4" mention. M. l'abbé J.-N. Abi^rall. I. Architecture bretonne. 
— Étude des monuments du diocèse de Quimper. — II. Livre 
d'or des églises de Bretagne. 

5'^ mention. M. b'mile Bonnet, Antiquités et monuments du 
département de l'Hérault. 

G'' mention. M. Henri Moris, Cartulaire de l'abbaye de Lérins, 
]'■« et 2^ partie. 

1'' mention. M. J.-G. Demarteau, professeur à Tl'niversité de 
Liège, L Ardenne belgo-romaine. Etude d'histoire et d'archéo- 
logie. 

.Au nom de la Gommission du prix Bordin (ouvrages sur le 
moyen âge), M. Lair annonce que la Gommission a partagé le 
prix comme il suit : 

1° 2 000 francs à M. Jules Gay, pour son livre sur l'Italie 
méridionale et l'Empire byzantin depuis l'avènement de Basile l" 
jusqu'à la prise de Bari par les Normands (867-1071); 

2° 600 francs à MM. Samaran et M. Mollat, pour leur livre : 
La fiscalité pontificale en France au XI V'^ siècle ; 

W^ iO) francs à M. Pierre Ghampion pour son livre : (iuil- 
laume de Flavi/, capitaine de Compiègne. 

M. Gtiarles Joret présente de la part de M. Vasseur, professeur 
à la Faculté des sciences de Marseille, les photographies des 
objets aussi variés que curieux, qu'il a découverts dans ses der- 
nières fouilles en Provence. Il y a trois ans, il avait fait, au 
Baou-Roux près Bouc, des trouvailles qui avaient déjà attiré 
l'attention ; il vient d'en faire, sur un autre point de la même 



2()(; SÉANCE UV 18 MAI 1006 

région, de liien plus nombreuses et bien plus importantes. Par 
un heureux hasard, il a rencontré un groupe d'habitations 
détruites il y a plus de deux mille ans, et restées depuis lors 
ignorées et ensevelies sous la terre et les broussailles qui les 
recouvrent. 

Il a fouillé ces cases, en a retiré les ustensiles en l'er ou en 
bronze et les poteries qui s'y trouvaient enfouies ; avec une admi- 
lable patience, il est parvenu à reconstituer ces dernières, et il 
nous oilVe le mobilier agricole des colons qui, un siècle avant la 
couquèle romaine, demeuraienl au milieu de ces garrigues sté- 
riles. (]es poteries oITrenl un gi ami inlérêl ; elles sont de deux 
espèces, les unes, soigneusement tournées, paraissent d'origine 
grecque ou marseillaise ; — ou y trouve aussi une belle collection 
de céramique dite campanienne — ; les autres, faites à la main, 
d'une pâle grossière et mal cliite, sont indigènes. Ce sf)nt des 
amphores et des doliums, quelques-uns de grandes dimensions, 
des œnochoés, des espèces de pots à anses, parfois ornés de 
dessins géométriques, de larges terrines, ainsi (pi'iiii fourneau et 
un entonnoir. Des grains carbonisés de froment , dorge et de 
vesce, se trouvaient encore dans plusieurs doliums, des monnaies 
dans une sorte de gobelet. 

M. l'imile GuATKr.AiN communicjue divers fragments (rim[)iimés 
du commencement du \\ i'' siècle, trouvés dans quelques reliures 
de la Bibliothèque de l'Université : 

I" (]iu(pianle-huit feuillets d'un bréviaire de Rodez, totalement 
inconnu, imprimi' probablement à Lvdu a\aul l.'S'i.''). 

'2'' Quel(|ues pages mutilées de la Meliisine de Jean d'Ai-ras, 
texte dill'érent de l'édition lîrunel. 

!}" Une Pronoslication de (iaspard Lael, ■ médecin et astro- 
logue de la |)uischante Université de Louvain », pour l'an de 
grâce !.") K'). 

4" U.in(| leiiillels d'une édition du [)se'udo-13érose faite par 
Jean (iourniont, en l.")(tU. 

5" Huit pages d'épreuves du traité de Raoul de Monffiquet 
sur le mariage (vers l'an ir)'20j. 

6" Un cahier (fol. i()-i9) du Joiirencel de Jean de Hueil . 
imprimé probablement par Philippe Lenoir en 15'iOou I5'23. 



LIVRES OFFERTS 207 

M. Thomas donne lecture d'un mémoire de M. Alfred Leroux, 
archiviste de la Haute-Vienne, intitulé: Le sac de la cité de 
Limoqes et son relèvement (1370-1464). En comparant et en 
soumettant à une critique approfondie les dilTérents récits de la 
prise de Limoges-cité par le prince de (lalles (19 septembre LiTO), 
dont Froissart nous a laissé un tableau dramatique, Fauteur 
s'efforce de ramener cet événement à ses justes proportions : le 
chilTre des morts doit être estimé à 300 et non à 3.000; celui des 
prisonniers ne peut être évalué. Mais c'est surtout sur la dév^asta- 
tion de la cité et sur le long et persévérant effort que durent 
faire ses habitants pour la relever peu à peu de ses ruines que 
M. Leroux a trouvé dans les archives confiées à sa garde des 
documents nouveaux qu'il a patiemment et habilement mis en 
(l'uvre. Le palais épiscopal ne fut reconstruit qu'en 1534-37, et 
les murailles de la cité relevées qu'en 1545-52, de sorte qu'il 
fallut presque deux siècles pour ellacer toute trace matérielle 
des terribles conséquences de la colère du Prince Noir. 



LIVRES OFFERTS 



M. Barbier de Mevnard présente l'ouvrago suivant : Dictionnaire 
dr la langue dp Madagaticir (Taprès redit ion de 1658, etc., par 
Gabriel Ferrand, consul de l'rance (Paris, 190o, xxxix et 296 p.). 

« Un voyageur français du xvii'^ siècle, Etienne de Flacourt, (jui 
fut à deux reprises gouverneur de Madagascar, publia une Histoire 
de la grande isle que ron consulle encore utilement et un Diction- 
naire de la langue de Madagascar. Ce second ouvrage n'est pas de lui 
et doit avoir eu pour auteur quelque lazariste inconnu. Flacourt s'en 
empara et pour pallier son plagiat le dédia à saint Vincent de Paul. 
Toujours est-il que ce document fort rare méritait de reparaître au 
jour, et M. Gabriel Ferrand, <pii lui-même a séjourné plusieurs années 
à Majunga et à Mananjary, a l'ait œuvre utile en en donnant une édi- 
tion nouvelle complétée à l'aide de documents inédits. Il y a ajouté 



20(S LIVRES OFFCTTS 

une Introduction où il étudie les particularités linguistiques des dia- 
lectes sud-orientaux. 

(' Ce travail est donc une suite logique des recherches sur les 
textes arabico-malgaches que M. Ferraud vient de publier dans les 
Notices et Extraits de l'Académie et dans le Journal asiatique, et qui 
fournissent i\(^ précieux matériaux à l'histoire ih' notre colonie afri- 
caine. » 



M. lloMOLLE offre à TAcadémie, de la part de M. Jouguet, maître de 
conférences à la FacuUé des lettres de Lille, un extrait du Bulletin de 
correspondance helléni</iic intitulé Papyrus de (ilioran et contenant 
des fragments de comédie déchiffrés sur des cartonnages de momies. 

La lecture se recommande, comme toutes celles de M. .Touguel , 
par une scrupuleuse exactitude : à la restitution ont collaboré 
avec l'éditeur .MM. iilass, Weill, Maurice Croiset, Wilcken et 
Th. Reinacli. 

Il semble qu'on puisse attribuer les fragments nouveaux à deux 
comédies de Ménandre, Vlh/poholiniaiaos et VApislos. 

LWcadémie, à (|ui une partie du travail a été soumise avant la 
pul)]ication, a pu apprécier l'intérêt de la découverte et les ([ualités 
(le l'éditeur. 

M. HomoUe est heureux d'annoncer, à ce propos, (jue M. .louguel, 
assisté de M. Lefebvre, son compagnon de fouilles en Lgypte. et de 
ses élèves de l'Université de Lille, prépare la publication complète 
des papyrus grecs de répo([uc ptolénia'i'que recueillis par lui et par 
M. Lefcbvic à Ghoraii cl à Magdola, au nonil)re de plusieurs cen- 
taines. 

M. HoMOLLE présente ensuite à l'Académie, de la part de M. Milh't, 
le compte rendu des délil)érations et des décisions du Congrès archéo- 
logi([ue d'Atiiènes au sujet du (Ujrpus des inscriptions greccpies 
chrétiennes. 

Ce recueil, dont MM. Schlumberger, Ilomolle et Millet ont entre- 
tenu déjà l'Académie et auquel l'opinion scientifique annonce d'avance 
le meilleur accueil, est aujourd'hui uiu- nécessité pressante des études 
chrétiennes et byzantines. 

Plusieurs parties en sont, dès à présent, réunies, classées, prépa- 
rées; telles les inscriptions d'I-l^'^yiile M. Lefebvre); celles de Thrace 
(M. Laurent I, du mont Athos MM. Pargoire et Millet^ du Pélopon- 
nèse et en particulier de Mistra (MM. Laurent et .Millet ; cpiehjues 
séries mêmes ont déjà paru (Mistra, Trébizonde, rAthos). 



SÉANCE DU 2o MAI 1906 209 

Les règles qui doivent présider à la publication, les limites dans 
lesquelles on doit la renfermer, les usages que Ton doit suivre dans 
les transcriptions et la restitution des textes, etc., ont été étudiés, 
discutés et fixés dans le Congrès. 



SÉANCE DU 25 MAI 



PRESIDENCE DE M. S- REINACII, VICE-PRESIDENT. 

M. Seymour de Ricci adresse au Secrétaire perpétuel la lettre 
suivante : 

Monsieur le Secrétaire perpétuel. 

Je crois devoir vous adresser quelques renseignements sur les 
progrès que j'ai faits, avec l'aide de M. Eric O. Winstedt, de l'Uni- 
versité de Saint-Andrews, dans le déchiffrement du lot considérable 
de manuscrits coptes, acquis par moi en Egypte pour le compte de 
l'Académie des inscriptions et dont nous préparons la publication 
dans les Notices et extraits. La totalité des manuscrits est transcrite, 
la plus grande partie des textes a été identifiée par nous, et une bonne 
portion de notre travail sera bientôt prête pour l'impression. 

L'Ancien Testament est représenté par un feuillet en onciales de la 
Sagesse de Jésus fils de Sirach ; par des fragments des Psaumes, dont 
le texte copte thébain (sahidique) est connu en entier; par des mor- 
ceaux du Pentateuque et des livres de Josué, d'Ezéchiel et de Suzanne 
(Daniel). 

Pour le Nouveau Testament, les découvertes sont plus nombreuses 
et plus importantes. Je citerai d'abord une vingtaine de grands 
feuillets, assez bien conservés, d'un manuscrit sur parchemin des 
quatre Évangiles, contenant de nombreux passages dont le texte 
sahidique est encore inédit. Un de ces feuillets est le seul manuscrit 
sahidique dans lequel on ait encore rencontré le dernier chapitre de 
saint Marc. On s'était demandé si celte version contenait bien les 
douze derniers versets tels que les connaît la Vulgate, ou si elle avait 
adopté la rédaction plus courte, connue par vme dizaine de témoi- 



210 SÉANCE DL- 25 MAI 1900 

gnafjos dont li-ois mu moins semblent dOrij^ine égyptienne. Le feuillet 
dont je [)arle i acquis à Thèbes par mon compagnon de voyage le 
capitaine Raymond Weill et mis par lui à ma disposition), con- 
tient, lune après l'autre, les deux lins de saint Marc, la plus courte 
avant la plus longue : cette dernière est précédée des mots : 

IIAlAtîOIIIIIIH^eoJviiripoOT, « mais ceci aussi est compté 
comme en taisant partie. » 

Un autre feuillet du même manuscrit donne le déi)ut en partie 
inédit de l'Evangile selon saint Jean ; il est oi'né d'un encadrement en 
couleuis d'un i)el effet décoratif. Ce manuscrit n'est pas antérieur au 
xi<= siècle, mais d'autres feuillets provenant de ma mission sont d'une 
aniicpiité beaucoup plus reculée. Des feuillets sur vélin de saint 
Matthieu et de saint Jean ne sont certainement pas postérieurs au 
vr** siècle, un fragment de saint Luc semble du viii'-. Je serai moins 
alTirmatif pour d'autres fragments évangéliques et ])Our des feuillets 
où nous avons reconnu des passages des Actes des .Vpôtres et de 
plusieurs épîtres de saint Paul, il en est de même d'un feuillet (jui 
nous rend pour la première fois, en sahidique, un assez long passage 
de l'Kpître aux Romains. 

In remarquable codex sur papyrus, dont nous avons réussi à 
reconstituer une trentaine de feuillets, remonte aux environs de l'an 
."iOO de l'ère chrétienne; il contient la plus grande partie des iiuit 
premiers chapitres de l'Evangile selon saint Jean avec plusieurs 
variantes nouvelles. C'est le plus ancien manuscrit que nous ayons 
de ce texte, et il ]>(ut passera l)un droit pour un des corlices les plus 
anciens que Ion connaisse de la version sahiditjue des Écritures. 
J'avais trouvé ces feuillets dans un lot de pa[)yrus grecs achetés par 
moi pour M. Tiiéodore Reinach; il m'a j)rié de les joindre, en son 
nom, aux autres fragments sahidiques appartenant à l'.Vcadémie. 

La littiM-ature des Aj)(H'ry|)hes est i-e|irésentée par un grand 
feuillet des Actes de saint Jean par Prochore ; on avait déjà publié 
quelques fragments coptes de ces actes; j'ai pu me procurer la copie 
d'un certain nombre d'aulres fragments inédits existant dans divers 
musées européens ; ainsi notre publication dw l'enillct nouveau 
pourra être compléléi' par le texte de lous les autres fragments 
connus, inédits ou publiés. 

De même, dans le domaine iiagiogiapliiipie, un fragment inconnu 
des Actes de saint Colutlius nous fournira l'occasion de rééditer, 
d'après ma pro|ue eojjie, h' parelinniii du \atic.in publii' cii IT'.KJ 
d'une façon peu exacte par Georgius, ainsi (|uc celui de l,i Ribliothèque 
nationale, dont le texte ne figure encore «pu- dans un appendice à la 
grammaire copte de Peyron 1841). 



I 



SÉANCE DU 2?) MAI 1900 211 

Un fragment liturgique important nous donne de longues litanies 
bilingues, grecques et coptes, déjà connues en partie par un codex 
Borgianus que j'ai copié au Vatican en 1904. Parmi d'autres feuillets 
liturgiques, il y on a plusieurs qui contiennent dos cantiques rythmés 
encore inconnus. 

Comme documents relatifs à l'histoire ecclésiastique, je peux citer 
une liste partielle des patriarches d'Alexandrie, rédigée sous une 
forme toute différente des nombreuses listes antérieurement publiées, 
et un curieux document émanant de Tautorité d'un évoque égyptien. 

Je signalerai enfin do nombreux fragments d'homélies, quelques- 
uns attribuables à Shenouti , un autre à saint Cyrille, plusieurs 
lettres et contrats, tant sur papyrus (jue sur papier, et une curieuse 
incantation remplie de formules magiques. 

M. Clermont-Ganneat a la parole pour une communication : 
« Notre correspondant le H. P. Lagrang-e vient de m'envoyer 
de Jérusalem un intéressant rapport sur les résultats d'une 
exploration archéologique et géographique entreprise au mois de 
mars de cette année par une caravane de IKcole des Dominicains 
sous la direction des PP. Jaussen et Savignac. I/expédition, par- 
tie de Nakhl, au Nord de la péninsule sinaïtique, est montée 
d'abord du Sud-Ouest au Nord-Est jusqu'à 'AinQ'deis, l'antique 
Qadech biblique; puis, de là, s'est dirigée de l'Ouest à l'Est, en 
faisant un léger crochet dans le Sud, pour gagner Pétra, traver- 
sant ainsi une région presque inconnue jusqu'ici , et d'un accès 
très difficile, celle qui correspond au pays des anciens l'Momites. 
A ce rapport est joint un levé détaillé de l'itinéraire suivi. On 
croit avoir réussi à identifier plusieurs localités bibliques : le 
puits d'Agaret d'Ismael, Lahai-Roï, qui serait à BiyârMâyin, au 
Sud-Est de Qadech; un peu plus loin, dans l'Est, Bared, fixé à 
Oumm el-Bâred, toponyme arabe qui aurait fidèlement conservé 
le nom hébreu. On propose, en outre, de localiser le Berdan de 
VOnoinasticon à Khirbet el-Qâdhi, au Sud-Ouest de Bersabée, 
sur la route de Qadech; le toponyme arabe « la ruine du qâdhi , 
du juge » ne serait autre chose ([ue la traduction exacte de 
Berdan, -^^ic^ixo Y.o'.nn<K, puleus judicii, comme Tell el-Qâdhi qui 
représente aujourd'hui l'antique ville de Dan (« le juge »), à 
l'extrémité nord de la Palestine '. Le P. Lagrange me fait savoir, 

1. Je crois devoir faire remarcjuer qu'en se plaçant à ce point de vue, il 
y a un autre toponyme arabe qui pourrait être pris en considération et 



212 SÉANCE Dr 2^) mai lî^Ofi 

en oulre, que rcxpéditimi a profité de son séjoui' à Pétra pour y 
vérifier le texte de l'inscription nabaléenne du (j>vp. Inscr. Sem., 
II, 393 hi.s. La vérification a pleinement confirmé la restitution 
conjecturale des éditeurs pour la dernière lij^ne ; il faut bien lire 
comme ils l'ont fait : N'^r*" Cip ]"2, « devant le dieu Dusarès». 
Le rapport et l'itinéraire paraîtront dans le prochain numéro 
de la Revue biblique. 

M. Hartwig Derexijourg présente une observation et rapproche 
l'itinéraire de la caravane savante de celui qu'a suivi Saladin. 

M. Ci.ermont-Gannkal- répond que les deux itinéraires nont 
absolument rien de commun, Saladin parti d'Kf^ypte s'étant, en 
réalité, dirij^é droit de l'Ouest à l'Est, des sources dites de Moïse 
(au fond du g-olfe de Suez), à 'Aqab.i au fond du -olfe de ce 
nom), pour, de là, remonter au Nord dans la direction de Karak, 
en suivant la route ordinaire des pèlerins et des caravanes. 

M. Chavannes expose le résultat des recherches auxquelles il 
s'est livré avec M. Sylvain Lévi, professeur au ( lollèj^c de France, 
au sujet de trois fraj,Miîents de manuscrit chinois (pii proviennent 
du Turkestan oriental et qui sont en la possession de M. Hudolf 
Hœrnle, à Oxford. Ces débris appartenaient à la version chinoise 
de l'ouvrage bouddhique intitulé : Pr;iji'i;'tj);'ir;ii)iilii ; cette copie 
dut être écrite entre le vu" et le x*" siècle de notre ère. 

M. O.MoNT, au nom de la Commission du prix Hrunet, donne 
lecture du rapport suivant : 

« La Commission du prix Bruuct a partagé le prix de 3.O0O fr. 
entre trois des neuf concurrents. 

« Elle a attribué une récompense de 2.000 fr. à l'ouvrage de 
M. l'rédéric Lachèvre : Bihlinç/mphie des recueils collectifs de 
poésies publics de /')97 ;) 17 00 \ vol. in-i" . et deux récom- 
penses de ."jOn fr. chacune : l'une à M. .\. de La Bouralière, 

répondrait encore plus littéialemeiit au nom de Kerdnn : c'est /}(/• cl-Q.idhi 
« le puits du jugrc ». la pn-niiére station après el-'.\pirli (piand on va de 
Gaza en K-yple ;cr. licriieil iVnrchèolo<iic orienlulc. I. W\. p. 200). Reste à 
savoir si la ré^rion fréraiil i<iiu' , A la(iiirllc :i|)|)arlenail Herdan, s'étendait 
jusque-là. 



SÉANCE DU 25 MAI 1906 2l3 

pour son élude sur ï Imprimerie et la librairie à Poitiers aux 
XVIP et XVIIP siècles, suivie d'un supplément concernnnl le 
XVP siècle (1 vol. in-S-^); laulre à M. Pierre-Paul Plan, pour sa 
Bibliographie rabelaisienne (1 vol, in-8°). » 

M. Châtelain, au nom de la Commission du prix Delalande- 
Guérineau, annonce que ce prix a été décerné à M. Edmond 
Courbaud, maître de conférences à la Faculté des lettres de 
Paris, pour son édition du livre I du De Oratore de Cicéron. 

M. Cn.vv.vNNKs, au nom de la Commission du prix Saintour, 
fait le rapport suivant : 

a I.a Commission du prix Saintour a décidé de décerner un 
prix de 1.500 francs au R. P. Lagrange pour son ouvrage intitulé : 
Éludes sur les religions sémitiques. Une récompense de 500 
francs est accordée aux fascicules Vil, Mil, IX de la Bibliogra- 
phie des ouvrages arabes ou relatifs aux Arabes, publiée par 
M. Victor Chauvin; une autre récompense de 500 francs est 
attribuée à M. Moïse Schwab pour son Rapport sur les inscriptions 
hébraïques de la France; enfin une récompense de 500 francs 
est donnée à M. l'abbé Labourt pour son livre : Le christianisme 
dans l'empire Perse. » 

MM. LoNGNON et ScHLUMBERGER sout désignés pour vérifier les 
comptes de IWcadémie pendant l'exercice 1905. 

M. S. Reinacu l'ait une communication intitulée : Un projet de 
Totila. Il rappelle que Totila, roi des Goths dans l'intervalle entre 
les deux conquêtes de l'Italie par les Byzantins, réagit contre la 
politique d'assimilation suivie par Théodoric et ses successeurs. 
Il eut même l'idée d'abolir en Italie la langue latine et d'y faire 
enseigner celle des Goths par des professeurs de cette nation. 
Cela ne se lit, il est vrai, dans aucun auteur grec ou latin que 
nous possédions: mais M. Reinach montre que le cardinal Jean 
de Médicis, plus tard Léon X, recueillit un témoignage à cet 
effet dans un manuscrit grec aujourd'hui perdu et le cita devant 
un humaniste du temps, Alcyonius, qui nous la transmis. Seule- 
ment, le futur pape attribuait le projet en question à .-\tlila, qui 
ne pouvait, étant Ilun de nation, songer à répandre la langue 



214 SÉANCE DU 2o MAI I ''(M) 

goLliique el qui, (Tailleurs, ne lui jamais mailre (K- l'Italie. La 
correction Tolila pour Allihi est tout indiquée. Gest là. de 
beaucoup, le plus ancien texte connu sur lenselynenienl onîciel 
d'une langue germanique et le premier exemple d'une tentative 
des Barbares pour combattre la suprématie du latin. 

M. VioLLET cite un fait emprunté à l'histoire des W'isigoths qui 
confirmerait l'authenticité du témoignage unique sur lequel 
s'appuie M. S. Reinach. 

M. Chatki.ain continue sa communication sur ([uelques frag- 
ments de livres imprimés aux xv'' et x\i'' siècles, très rares, 
retrouvés par lui dans d'anciennes reliures de la Bibliothèque de 
1 Tniversité. 

L'Académie procède au vote sur les conclusions du rapport de 
la commission du prix Gobert. 

Le premier prix est décerné à M. Krnest Petit, pour son 
HisUnre des ducs de Ildurj/oyiie de ht r.icc cnpctienne I tomes 
Vlll et IX). 

Le second prix est maintenu à M. .Alfred Biclianl, pour son 
Histoire des ( nniles de Pn Imi. 



SÉANCE UL- 2:; MAI lHOli 215 



LIVRAS OPiq-:KTS 



M. O.MONT offre, eu son nom, à rAcadémie, le tome I des Miracles 
de Notre-Dame, reproduction des 59 miniatures du manuscrit fran- 
çais 911)8 de la Bibliothèque nationale (Paris, in-8"). 

M. Ci.f.hmont-Gaxneau dépose sur le bureau les livraisons 13 à lo 
du lome VII de son Recueil d'Archéologie Orientale, dont voici le 
sommaire : Ji 23 : Les comptes rendus de l'Académie des Inscrip- 
tions et Belles-Lettres [suite et /in]; — i; 24 : Fiches et Notules; 
Inscription g-recipie Wadd., n" 2210; — Le dieu Etliaos; — Le 
(( prince héritier » en phénicien et en hébreu; — "A6o'.Çoç; — Le 
niemorion; — Le comte Patricius; — Gérard, de l'Ordre de l'Hôpital, 
évêque de Balanée de Syrie; — Histoire d'Egypte, de Maqrizi; 

— Deux projets de croisade des xiii'^-xiv" siècles ; — ^ § 2o : Le sirr 
sanctifié; — ^^ 26: La Province d'Arabie; — J; 27: Inscription grecciue 
de Esdoûd; — §28 : L'Expédition américaine dans la Syrie centrale ; — 
§ 29: Inscriptions de la Haute-Syrie et de Mésopotamie ; — § 30: 
Fiches et Notules: Le comte Anthimos, gouverneur d'Arabie; — 

— Inscription byzantine de Sinope; — L'édit d'Agri|)pa II : — Abdal- 
gas et Ollianès; — Ostrakon araméen Cowley. 



Le Gérant, A. Picard. 



MACOX. PROTAT FRliUES, IMPIUMEURS 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1906 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT 



SÉANCE DU i'^- JUIN 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

Le Président donne lecture de la lettre suivante : 

Tunis, le 27 mai 1906. 

Monsieur le Président, 

M. le capitaine Benct, du 3« bataillon d'Afrique, qui s'est déjà 
signalé par d'intéressantes trouvailles de mosaïques clu-étiennes à 
Tabarka, vient de commencer, avec le concours de la Direction des 
Antiquités et Arts, des fouilles à Bulla Regia. 

Bien que le déblaiement de l'édifice auquel s'est attaqué M. Benêt 
ne soit pas encore achevé, des découvertes importantes ont déjà eu 
lieu, et il me semble utile de les faire connaître dès maintenant, au 
moins par un aperçu succinct. 

M. Benêt poursuit le dégagement d'un monument tout voisin de 
l'endroit où, en 1902, M, Lafon a exhumé une tête colossale de l'em- 
1906. 15 



21 s SÉANCE DU !'■'• .11 IN \WH) 

pci'L'Ui- W'spasiou el une ij;ise lionorifiquc à Plautien '. Cl- inoiuuiK'nL 
se compose d'une area dallée ([ii'tMilouiail sur trois côtés un portique, 
surélevé d'une marclie, soutenu pai" des colonnes el pavé de iii()saï(pH' 
à gros cubes. Du côté qui fait face à l'entrée, des pièces encore inex- 
plorées viennent s'ouvrir sur cette colonnade; la cour et la fi^alerie 
étaient ornées de piédestaux et de statues - dont bon nondjre, par 
un hasard heureux, nous ont été conservés. 

Je parlerai dalxu'd des bases, ({ui sont {)Our l'instant au nombre 
de cin{[ 'coi)ics de M. Benêt; j'ai revu les n"* 2 el 3 sur des estam- 
pages malheureusement faits dans de mauvaises conditions) : 

1) DEO 

PATRIO 

A P O L L I N 1 
AVG 
SAC 

Hauteur des lettres : 0" 01). — La base portait primitivement une 
autre inscription ; elle a été retaillée plus tard pour recevoir celle-ci, 
et (K' la première il ne subsiste (jue quelques vestiges insignifiants. 
— l'éjà, à Maktar, nous avions une dédicace à Apolli) patrius^. 

2) ... î; C A .\! 1' I. I S S I M O 
/) R O C O N S \' L I I T E R V M 
z;ICE SACRA COGNOS 
f^NTI PATRON O PERPE 

/ \' O S P L ]• X D l D I S S I M \' S 
OR DO COLONL/f B\'LLEN 
S I \' M R H t; I \' M 

Hauteur des lettres : 0"" 0">. — C'est la première fois qu'apparaît 
dans l'épigraphie le nom de Huila Régla. L'emplacement de celle 
ville a été depuis longtemps identifié, cependant l'hypothèse admise 
étail l'ii bulle aux méfiances de (pu-hpu's-uns : la (|uestioii est main- 

1. Gauckler, liull. ,irch. du Coin., 1902, p. cr.w cl suiv.; Merlin, Comptes 
rendus de l'Académie, 1905, p. i"!. 

2. Ces statues ont été trouvées couchées sur le ventre ; c'est ce qui 
explique (ju'oiles avaient toutes le ne/, l)risé. 

3. C.l.l... \'III. r.iit. 



SÉANCE DU l''' JlIiN I !)()() 2l9 

tenant définitivement tranchée. Bulla Regia, (jui est mentionnée pour 
la première fois en 81 av.J.-CJ, éliutcivitas libéra au début de notre 
ère 2; notre texte lui donne la qualité de colonie. 11 est fâcheux que 
nous ne sachions pas à quel proconsul Vordo decurionum avait dédié 
cette statue; d'après les termes de sa rédaction, le piédestal doit 
dater du iv"" siècle ; il est contemporain sans doute, à quelques années 
près, du suivant : 

3) // 

LVSTRIS FAMILIAL 
CVIVS INTEGRITA 
TEM ET IVSTITIAM 

5. AFRICA CONPROBAVIT 
ANTONIO M ARCELL I 
NO CV PROconSVLl 
P- A • SPLENDISSIMVS 
ORDO BVLL REG 
10. PATRONO POSVIT 

Hauteur des lettres : 0" 05. — Bien que le texte soit décapité d'une 
façon regrettable, il nous fournit une mention importante aux lignes 
6 et suivantes : Antonio Marcellino, c{larissinio) v'iro), pro[con]suli 
p{rovinciae) A{fricae). Antonius Marcellinus fut consul en 341 3; 
avant d'arriver à cette dignité S il fut proconsul d'Afrique, ce que 
nous ignorions jusqu'ici. L'inscription de Bulla Regia, si mutilée 
qu'elle soit, complète donc fructueusement les fastes de la Province 
d'Afrique dans le second quart du iv<' siècle. 

4) AGRIAETAN 
NONIAE • C-q- 
FILIAE AGRI 
CELSINIANI 
COS-VIRICV 
RATORIS SVI 

1. Orose, V, 21 ; cf. C.I.L., VIII, p. 157. 

2. Pline, Hist. nat., V, 3, 22. 

3. De Rugglero, Diz. epigr., II, p. 947. Ce personnage fut aussi préfet 
du prétoire (Arch. epi(jr. Milt. ans Oeslerr., 1892, p. 100, n° 29= Gagnât, 
Ann. épigr., 1892, n" S). 

4. Fallu de Lessert, Fasses des provinces africaines, II, p. il. 



220 



SÉANCE IJU l'"' JLl.N 1900 



Ilauleur (les lettres : 1 : O"" 06; suiv. : O"» 04. — 2. C{larissimae) 
piuellae). ■ — 6. Les lettres sont brisées et le bas a disparu. Il y avait 
sans doute dans la partie anéantie une formule eomme celle-ei : 
... re.^piiblicn... Biillensium Bef/itim jioaiii/ . 

Ayrius Celsinianus est inconnu, me semble-t-il, dans les Fastes. 
Une autre base, de rédaction analogue, a été déjà trouvée à Bulla 
Regia '. 

Kn haut, au-dessus de la première ligne, à droite, il y a un graf- 
fitte (hauteur des lettres : 0™ Oi:i). 



aVNNITAM VIM REIP\-B1 



La partie droite du texte a péri, car l'angle de la base a sauté de ce 
côté. A gauche, rien ne manque. — Le début n'est pas très clair, si 
la copie de M. Benêt est exacte ; la fin présente probablement les 
mots VIM REIPVBLf/cae). 



5) 



MINIAE • C • F • PROCVTAE 
C-SALL\'STI DEXTRI P-P- 
C • SALLVST I\'S PRAE 
// c S T I N \' S M A T R 1 
opUMAV. DE SVO PO 

SU! I . . . . 



Hauteur des letlr(;s '" IK). — l'^n i)as, la lin de l'iuseription a été 
emportée par la disj)arilion de ré|)id(M'me de la [licnc. Ligne 2 : on 
peut lire soit flaminix) p(('rj)flui se ra|)|>orlaul :i Sallustius Dexter, 
soit f[Uiiiiinic:i<') jj'prjK'hini') conceruaul Minia. 

\. En avant de cette base, les pieds louchant rinscrijjtion, on a 
trouvé une statue brisée en cincj morceaux par des pierres de grand 
appareil qui étaient tond)ées dessus; ces fragments se raccordent 
exactement. Etant donin-e la manière dont les (1imi\ olijels elaienl 
disposés au monienl de la découverte, il semble bien (|ne le texte et 
l'image faisaient |)arliedu même ensemble el (jue la slaiue surnioii- 
lait le piédestal. 

Cette statue, i[ni mesure 1 '" Ui de liani, est presque iMitièiement 
conservée. Elle représente uni' icnnui» âgée, don! le visage très 

I. C.l.l... \\\\. 1 liTo 






SÉANCE DU !"• JUIN 1906 221 

expressif et très netlemenl caractérisé, est certainement un por- 
trait. Elle est vêtue d'une longue s/oLt, sur laquelle est jetée une 
palla fortement serrée, qui moule le torse, recouvre la tête et se 
termine sur l'épaule oauche. Le bras droit, plié à hauteur du coude, 
est enveloppé par cette étoffe; la main est levée en l'air à hauteur de 
l'épaule ; les doigts sont cassés. Le bras gauche qui pendait le long 
du corps est rompu un peu au-dessous du coude ; la main, aujour- 
d'hui disparue ainsi que l'avant-bras, retenait peut-être les plis d'une 
des extrémités de la palla. La jambe droite est légèrement infléchie 
et le pied est retiré en arrière. Le sommet de la tête est orné de 
deux tresses, disposées en sens inverse, l'une au-dessus de l'autre, 
sur lesquelles vient se poser le voile qui onijjrage la partie posté- 
rieure du crâne : celte coifTure est bien celle qui convient à une 
femme remplissant une fonctiou religieuse, à une flaminique', que 
son fds a voulu immortaliser dans tout l'éclat de sa dignité sacer- 
dotale. 

2. Comme celle-ci, la seconde statue exhumée par M. le capitaine 
Benêt était faite pour être adossée. Elle figure également une 
femme, avec la stola et la palla rejetée sur l'épaule gauche et voilant 
la tête aux cheveux divisés en deux bandeaux ondulés ; la tête est 
cassée à la base du cou, mais s'adapte très bien au tronc. Le bras 
gauche pend le long du corps, et la main, appliquée contre la cuisse, 
relève les plis de la palla. Le bras droit enserré dans la palla est flé- 
chi à hauteur du coude; la main, brisée en trois morceaux, est 
levée et tient un attribut difficile à identifier : M. Benêt songe à 
des épis, mais n'ose se prononcer. La jambe gauche est légèrement 
ployée et le pied retiré en arrière. La facture est bien moins soignée 
que pour la première; les formes et les draperies sont molles 
(haut. 2™ 09). C'est peut-être une Cérès. 

3. Deux statues d'hommes, de tj'pe municipal, drapés de la toge 
avec la capsa à leurs pieds, ont été également mises au jour ; l'une 
d'elles (haut. 1 '" 68) était destinée à être appuyée à un mur; la tête 
qui était rapportée manque, et on n'a trouvé dans le tronc que la 
partie qui s'y emboîtait ; les mains et avant-bras ont disparu. 
L'autre (haut. 2™ 37) est complète sauf les mains et avant-bras; la 
tête a été cassée à la base du cou, mais se rajuste parfaitement"-. Ces 

1. JuUian, art. Flamen, dans Daremberg et Saglio, Dictionnaire des 
Antiquités. II, ]). 1170, c. 1. 

2. On a rencontré aussi dans les déblais une tête d'homme barbu, aux 
cheveux frisés (haut. O^S'iqui a exactement les mêmes dimensions que 
celles de ce personnage drapé. M. Benêt pense qu'elle appartenait à une 
autre statue de mêmes proportions. 



222 SÉANCE DU !"• JUIN 1006 

statues, avec les lourdes sinuosités de la toge, n'ont rien de particu- 
lièrement séduisant. 

4. 11 en est tout autrement d'une petite statue, haute de 1 ™ 30, 
malheureusement acéphale et privée presque complètement de ses 
bras ; elle est vêtue du double chiton serré à la taille par une cein- 
ture, avec, sur la poiliiiic. une égide et la tête de Gorgone. Dans le 
dos, deux encastrements ont dû servir à fixer des ailes, qui n'ont pas 
été découvertes. La déesse repose sur la jambe gauche, tandis que 
la droite est iniléchie et que le torse penche de ce côté ; les plis de 
la tunique sont gracieusement disposés et traités, et l'exécution 
dénote un artiste supéricui' à la moyenne. 

5. Enfin M. Benêt a ramené à la lumière deux autres efiigies, de 
même marbre, de même facture, de mêmes proportions, sur lesquelles 
on voit encore ((uelquos traces de la peinture qui les rehaussait jadis. 
L'une (2 mètres île haut est un .lupiler à la tête vo.ilée, au torse nu, 
le bas du corps el le dos drapés, les pieds chaussés de la crepida.De 
la main gauche sur laquelle repose l'extrémité du vêtement, il tient 
une corne d'abondance; le bras droit est brisé à peu près à hauteur 
du coude. La tête est surmontée d'un objet mutilé qui semble être 
plutôt une couronne murale i|u"iin niodius. 

6. Comme pendant à ce Jupiter, une Minerve (1 ° 92 de haut), 
vêtue du double chiton serré à la taille par une ceinture, la poitrine 
recouverte de l'égide avec la tête de Méduse et des serpents; dansle 
bras gauche est passé un bouclier en partie cassé, décoré de la tète 
de Gorgone; à la main, dans la même pose que le .lujjiler, une corne 
d'abondance de forme identique; le bras droit brisé était étendu et 
la main tenait probablement une lance. La tête mobile a des cheveux 
qui retombent sur les épaules et est coiffée d'un casipie sur lequel 
repose une couronne murale. Détail cuiieux à noter : la déesse, 
• laprès ce (|u"in(li(pie M. Bcnet, avait des ailes, mais dont presque 
tous les morceaux ont été recueillis aujourd'hui en miettes (cf. n" 4). 

Jupiter et Minerve étaient ainsi représentés comme divinités 
poliades, comme les protecteurs de la cité à laquelle leur bénédic- 
tion assurait prospéiilr et abondance. Ces images ont la même 
signification (pie Tinvocalion au flous ii.itriiis Apollo. 

La présence de ces dieux tutélaires, de statues faites pour honorer 
la mémoire d'hommes ou de femmes illustres, dinscrij)tions rela- 
tant leurs mérites et leurs bienfaits, doit être remarquée. Les tra- 
vaux ne sont pas encore assez avancés pour (piil soit légitime de se 
prononcer en toute connaissance de cause sur la destination de l'édi- 
fice (pi'on est en train de dégager, mais une des idées qui est venue 
à M. Benêt est (jue nous pourrions être dans la curie de l'ancienne 



SÉANCE DU !"• JUIN lOOG 223 

BullaRogia. Tout en l'entourant de toutes les réserves nécessaires, 
cette hypothèse parait fort plausible : elle expliquerait i)ien la raison 
d'être desclil patrii et l'érection par le splendidissimus onlo coloniae 
de deux des statues ne pourrait que la renforcer. 

S'il serait téméraire de donner cette possibilité comme une certi- 
tude, il est dès maintenant permis d'afïïrmer deux points : M. Benêt 
dégage actuellement un monument public, etpresque sûrement celui- 
ci s'ouvrait sur le Forum *. Souhaitons que la suite des fouilles nous 
permette de préciser de façon indiscutable sa destination et que la 
moitié droite de l'area et du portique, encore sous terre, ainsi que 
les pièces du fond, nous réserve d'aussi fécondes surprises que la 
partie qui a été déblayée jusqu'ici. 

Les statues ont été transportées au camp Souk-el-Arba et doivent 
sous peu être expédiées au Musée du Bardo. 

Veuillez agréer. Monsieur le Président, l'assurance de mon très 
respectueux dévouement. 

Le Directeur des Antiquités et Arts, 
A. Merlin. 

M. Ph. Lauer fait une communication surl'cc arche » de cyprès 
du pape Léon 111 et le trésor de la chapelle pontificale du Sancta 
Sanctorum au Latran, dont il apporte les photographies, après 
deux voyages successifs à Rome et de longues démarches entre- 
prises avec le secours d'une lettre de l'Académie. 

Un contemporain du pape Alexandre 111 (1159-1181), Jean 
Diacre, dans sa Description du Latran, rapporte qu'au ix" siècle, 
le pape Léon III réunit dan? l'autel de l'oratoire Saint-Laurent 
ou « Sancta Sanctorum » , en un coffre de bois de cyprès {arc<t 
ci/pressina) les reliques les plus précieuses du palais patriarcal. 
11 mentionne, parmi les reliquaires qui furent déposés là, deux 
croix, l'une d'émail, qu'on montrait le jour de l'Exaltation de 
la Croix (14 septembre) et une autre, ornée d'émeraudes, d'hya- 
cinthes et de perles, renfermant ï» ombilicum 1). N. J.-C. », 
toute couverte du baume dont on l'oignait solennellement chaque 
année. Du xn'^ siècle au xvi% nous ne trouvons plus aucune 
trace de ces reliquaires. Les inventaires du trésor pontifical 

1. Cf. ce qu'écrivait M. Gauclilcr en parlant d'une fontaine publique 
découverte par M. Lafon tout prés de l'endroit où se poursuivent les 
fouilles actuelles. Bull, arcli. du Com. ]902. p. cxc.vi.) 



224 SÉANCE DU 1" JUIN 1906 

d'Avig'non publiés par le T. R. P. Ehrle ne les mentionnent pas. 
Au début du xvi'^ siècle, le pape Léon X fit ouvrir le « Sancta 
Sanctorum » et dresser une liste sommaire des reliques que Ton 
retrouva. Puis tout fut enfermé de nouveau derrière les vantaux 
de bronze aux inscriptions d'Innocent III et de Nicolas III qui 
clôturent la face antérieure de lautel de marbre. En outre, une 
formidable j^n-ille de fer forgé, solidement cadenassée, entourait 
complètement Tautel. Depuis LéonX, personne n'avait été admis 
;i faire ouvrir cette grille. Un sentiment de respect religieux à 
regard du grand nombre de saints et de martyrs dont les 
reliques étaient conservées dans ce « Saint des Saints » avait 
empêché Pie IX den permettre l'ouverture un jour où il était 
venu tout exprès, avec l'intention de voir la mystérieuse «arche de 
cyprès ». C'est en vain que j'avais fait des tentatives pour obte- 
nir cette permission, en 1900, lors de mes fouilles dans les fonda- 
tions de la chapelle. Il a fallu un hasard, la recherche du chef de 
sainte .Agnès par le T. H. P. Florian Jubaru, S. .1., pour faire 
tomber cette barrière qui semblait fermée encore pour longtemps, 
— le Sancta Sanctorum, véritable chapelle Sixtine du moyen âge 
étant aujourd'hui absolument inaccessible à toute personne autre 
que les Pères Passionistes chargés de la garder. 

Le chef de sainte .Agnès fut retrouvé dans une boîte d'argent 
rectangulaire avec inscription du pape Ilonorius III. En outre, 
tous les anciens colîrets et reliquaires, placés là par les papes anté- 
rieurs au xiv" siècle, étaient dans le coH're ou armoire à deux 
étages, en bois de cyprès, sur lequel on lil l'inscription: u Leo 
iNDiGM.s II Dei faml'lus || tertius El'iscol'us || KECiT. » Citous parmi 
ces objets, un fragment important d'une pyxide antique d'ivoire, 
de forme cylindrique, ornée d'une scène bachique, d'un beau 
travail: puis la fameuse croix tout en émail cloisonné, dont parle 
Jean Diacre, conservée dans une boite d'argent doré, ornée de 
figures ciselées. C'est prnh.iblc'nicnt le plus ancien émail à per- 
sonnage qui soit connu. On pourrait en elfet identilier cette 
croix avec celle que i-elrouva le pape Serge I"'"" à la lin du 
vu" siècle [Liber ponfificalis). VlWe rappelle un peu la croix du 
musée de Kensinglon, mais elle est d'un art plus archaïque en 
même temps que plus parfait. — La seconde croix dont parle Jean 
Diacre, en or enrichi démeraudes, d'hyacinthes et de perles a 



SÉANCE DU !«• JUIN 1906 225 

aussi été retrouvée dans une boîte d'argent doré en forme de 
croix, ornée de scènes diverses ciselées, avec une inscription dun 
pape Pascal (probablement Pascal II). C'est la célèbre croix dite 
de la Circoncision. Elle est encore toute recouverte du baume 
dont il est question au début du xn^ siècle, et rappelle assez une 
des croix du trésor de Monza. L'historien du Sancta Sanctorum, 
Marangoni, rapporte (en 1747) une tradition selon latjuelle ce 
reliquaire aurait été dérobé en 1527 par un soldat protestant du 
connétable de Bourbon, puis rendu, après avoir été dépouillé de 
la relique qui sérail restée à Galcata. Cette anecdote est des moins 
vraisemblables. La boîte centrale de la croix contenant la relique 
est intacte et toute recouverte de baume. Cependant les plaques 
d'or au revers de trois des bras ont été lacérées et arrachées. Un 
des bras même a été brisé. — A mentionner aussi : un coffret 
d'argent rectangulaire orné de figures de saints en relief, avec 
inscriptions grecques, et sur le couvercle des émaux byzantins du 
x^ ou xi*^ siècle, semblables à ceux qui ornent l'icône de Khakouli 
(au couvent de Ghélat en Mingrélie) décrite par Kondakow. Ce 
coffret renfermait la tête de sainte Praxède ou de sainte Euphé- 
mie. Il était scellé de l'anneau du pêcheur de Nicolas III, le plus 
ancien sceau secret pontifical conservé en original qui soit connu 
jusqu'ici;^ un autre coffret d'argent ovale, à couvercle bombé, 
du même type que le coffret africain du v'^ siècle, offert jadis par 
le cardinal Lavigerie à Léon XIII et publié par de Rossi à diverses 
reprises; — un petit bas-relief d'ivoire représentant la guérison 
de l'aveugle, qui appartient à l'époque primitive de l'art chrétien ; 
— enfin un coffret d'ivoire moresque du xn'' siècle; un autre 
cylindrique avec inscription koufique peinte, des tissus de soie 
byzantins ou sassanides des plus intéressants, à personnages et 
animaux, aux couleurs variées, enveloppant des reliques, ou 
formant sachets et coussins; deux tuniques très anciennes, dont 
Tune dite de saint Jean l'Évangéliste ; de nombreuses boîtes de 
bois de cèdre, ornées de dessins en creux ou en relief et de pein- 
tures. Deux d'entre elles notamment ont des peintures byzan- 
tines sur fond d'or, pouvant dater des x- et xi^ siècles. 

Un grand nombre de ces reliques sont des pierres de Terre- 
Sainte apportées par des pèlerins, bien antérieurement aux Croi- 
sades, pierres du Jourdain, de Bethléem, pierres du Calvaire, 



226 SÉANCE DU I"'- .ILIN 1900 

terre de Jérusalem, pierres du Sinaï; des écharpes « teintes du 
sang' des martyrs»: un llacon eu cristal de roche, arrondi, 
avec bouchon en forme de pyramide, entouré dune armature 
d'or, d'un travail oriental, contenant, selon l'authentique du 
xii" siècle, des cheveux de saint Jean rHvangéliste et une dent 
de saint Jean-Baptiste; de nombreuses ampoules de verre, dont 
l'une renferme du saint sang-, et une autre de Ihuile de Saint- 
Sépulcre, avec une authentique du ix" siècle. D'autres reliques, 
mentionnées par Jean Diacre ou par le catalogue de Léon X, ont 
aussi été retrouvées. Ces reliquaires, ces reliques et leurs authen- 
tiques (dont plusieurs sur des fragments d'actes ou de manuscrits) 
présentent au point de vue archéologique, artistique et histo- 
rique un puissant intérêt. Les deux croix surtout sont appelées 
à une célébrité égale à celle de la croix de l'empereur Justin II 
(trésor de Saint-Pierre) dont elles sont contemporaines. 

C'est le trésor particulier des papes du moyen âge, placé dans 
leur chapelle privée, qui s'est trouvé conservé intact, par suite 
de circonstances exceptionnelles, et surtout à cause de la grande 
vénération dont il a toujours été entouré. Les objets qui le com- 
posent n'ont pas été jusc[u'ici décrits ni publiés. Selon le désir 
exprimé i)ar M. le Président de l'Académie et par M. le Secré- 
taire Perpétuel, ils le seront prochainement dans un fascicule 
des Monuments Piot avec de nmiibreuses planches d'après les 
photographies communiquées que jai pu faire exécuter en ma 
présence, en même temps que j'étudiais les objets. Je dois à 
la libéralité de S. 11. le cardinal secrétaire d'I'^lat et à l'aide 
précieuse du T. K. P. Louis-Antoine de Porrentruy, des Fr. 
Mineurs Capucins, d'avoir pu donner à l'Académie la primeur 
de cette découverte, une des plus importantes qui ait été faite 
depuis longtemps dans le domaine de l'archéologie chrétienne. 

M. P;ml Monceaux ovposo les pi-iiicipaux résultats de ses 
recherches sur l;i lilh'iMluic donatiste.il étudie spécialement une 
série d'ouvrages qu il a reconstitués plus ou moins complète- 
ment : les ouvrages de Pelilianus, évêque flonatisle de Conslan- 
tinn au temps de saint Augustin. 

La liLléralure doruitiste, qui a été féconilc et brillante dans 
l'Afrique latine du iv** et du v* siècle, est à peu jn-ès ignorée de 



SÉANCE DU l'^'- JUIN 1906 227 

la critique moderne. On a publié seulement quatre ou cinq 
ouvrages dona listes : trois sermons ou relations martyrologiques, 
le De sepleni regulk de Tyconius, et des parties de son Com- 
mentaire sur r Apocalypse. M. Monceaux a recueilli un millier 
de fragments, parfois très considérables, de cette littérature : 
ouvrages complets de Petilianus et de Gaudenlius ; nombreux 
fragments de Donatus de Carthage, de Parmenianus, de Tyco- 
nius, de Primianus, de Petilianus, de Gaudentius, de Cresconius, 
etc. ; fragments de lettres diverses ; une riche série de discours 
prononcés à la conférence de 411 ; actes des conciles donatistes, 
procès-verbaux d'enquêtes judiciaires, fragments de plaidoyers 
d'avocats donatistes devant les magistrats romains. 

L'un des plus importants, parmi les polémistes du donatisme, 
a été Petilianus, évèque donatiste de Constantine au temps 
d'Augustin. C'était un ancien avocat, qui avait été catéchumène 
dans l'Eglise catholique. Il fut élu, malgré lui, évèque de Cons- 
tantine par les Donatistes. Dès lors, il devint Tun des chefs du 
parti. A la célèbre conférence de Carthage, .en 411, il fut l'un des 
sept actores ou avocats-mandataires des Donatistes ; et il joua 
un rôle prépondérent dans cette assemblée, où il se fit remarquer 
par son éloquence, et aussi par son intransigeance. C'était d'ail- 
leurs un homme distingué ; Augustin lui reconnaît de la science, 
de l'éloquence, un véritable talent de polémiste. C'est aussi l'im- 
pression que laissent les ouvrages de Petilianus. 

Vers Tannée 400, Petilianus adressa aux clercs donatistes un 
pamphlet intitulé : Epislula ad presbijfei-os el diaconos dona- 
tistas adversiis Calholicam. M. Monceaux a pu reconstituer 
entièrement cet ouvrage considérable, qu'il a divisé en 64 cha- 
pitres, et qui ne présente aucune lacune. Petilianus y traita, à 
grand renfort de citations bibliques et invectives, les questions 
chères aux donatistes, le second baptême, les causes du schisme, 
les persécutions et les cruautés des catholiques. Il termine 
par des exhortations aux Donatistes et des anathèmes contre 
leurs adversaires. 

Augustin, qui était depuis plusieurs années évèque d'Hippone, 
écrivit alors le livre I Contra lifteras Petiliani. Petilianus répli- 
qua aussitôt, dans le courant de 401, par un violent pamphlet, 
VEpistula ad Augustinum. M. Monceaux en a recueilli de nom- 



228 



LIVRES OFFERTS 



breux fraj^^menls, dont quelques-uns fort curieux, comme les 
invectives contre Augustin, qui est traité de manichéen, de con- 
tumace, de libertin, de sorcier, de sacrilèg;e. 

Parmi les autres œuvres de Petilianus, .M. Monceaux cite 
encore des lVaj,'-ments d'une seconde lettre à Auj;uslin, et d'un 
traité De iinico haptiamo; puis la série des discours prononcés 
à la conférence de 41 I, où lévèque donatistede Gonstantine tint 
souvent tète à lévèque catholique d'IIippone. 

En termiiiiint, M. Monceaux signale linlérèt que présentent 
ces ouvrages de Petilianus : intérêt historique pour létude du 
donatisme ; intérêt psvchologique et littéraire pour la connais- 
sance de la j)ersonna!ilé de Polilianus et pour Fintelligence des 
polémiques d'Augustin, 



1, IVRES OEFEHTS 



M. Heuzev ofTre à l'Académie la 5® livraison l"^^"" fascicule) de sa 
publication des Décotivcrles en Chaldéc p;u M. 1^. de Sarzec (Paris, 
190G, iii-fol.). 



M. Bautu a la parole pour un hommage : 

« J'ai l'honneur de faire hommage, au nom de lauteur, M. le [tro- 
fesseur Kielhorn, correspondant de l'Académie, dune nouvelle suite 
des Epigraphic Notes que ce savant publie dans les Nnchrichlen de 
la Société de Gôttingue flOO."), n° 4 ; l'.MH), n" 1'. 

« II s'agit cette fois de deux inscriptions réceinmenl découvertes, 
que les matériaux mis jusqu'ici à la disposition de l'auteur ne lui ont 
pas permis de déclnlfrer entièreineiil. niiiis donl les données sont si 
intéressantes, ipi'il ;i \(iiihi faire conn.iiti-e. s;uis phis de (lél;ii, Ii'S 
résultats aux(]uels il esl p;n\enu. 

'< La prt'iiiière a été trouvée à re\lréniit('' orieiihile <le l'Inde, en 
Assam, sur le bord du Brahmapoulre ; elU' précise la chronologie 
restée jusqu'ici flottante d'une ancienne dynastie de cotte région et, 
de plus, elle est datée de l'an 510 de l'ère Gupla (nz 820 A. D.) qu'on 
est étonné de trouver eni-ployéc si loin vers l'I'lst et h mu» époipic si 
tardive. 



IJVRKS OFFKRTS 



229 



« La deuxième vient du Râjpoutâna et fournit très probablement 
la détermiiiation de l'époque à laquelle a fleuri Mâo-ha, Fauteur du 
Çiçupâlavadha, un des plus grand poètes de l'Inde, ([u'on plaçait 
jusqu'ici tantôt au vi'= siècle, tantôt à la fin du xi'', et qui serait défi- 
nitivement du VII''. 

« Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'on trouve dans ces courtes notes 
les qualités ordinaires qui distinguent les moindres travaux de 
M. Kielborn : tout ce qui sort de ses mains est définitif. » 

M. G. ScHLUMBERGEii a la parole pour un hommage : 

« J'ai l'honneur d'ofi"rir à l'Académie, de la part de l'auteur, M. F. 
de Mély, un exemplaire du tirage à part de deux articles qu'il vient 
de consacrer dans la Gazette des Beaux-Arts au fameux Retable de 
Beaune. Jusqu'ici ce Retable n'était guère connu que des amateurs 
qui avaient été l'admirer sur place. Jamais la Commission de l'hôpi- 
tal n'avait permis qu'il fût photographié. Aussitôt qu'il l'eut étudié, 
M. de Mély, avec sa ténacité bien connue, n'eut plus qu'un but : le 
pul)lier. Les négociations furent longues et laborieuses, mais M. de 
Mély finit par triompher de ces difficultés, et il vient de faire pai-aitre 
dans la Gazette des Beaux-Arts ces très belles reproductions qui 
nous donnent le monument dans son entier développement. 

« A Faide de ces belles héliogravures, Fauteur refait l'histoire du 
retable et l'analyse des études qui lui ont été consacrées jusqu'ici. 
Il montre avec quelle négligence il a été décrit, avec quelle légèreté 
il a été attribué, avec quelle légèreté aussi on a tranché les difficul- 
tés si complexes qu'il présente. 

« Cette page, qui mesure plus de il mètres carrés, peints comme 
de véritables miniatures, n'a pu, au dire de M. de Mély, être exécutée 
par une main uni([uc. On peut distinguer au moins cinq faires difTé- 
re.its. M. de M-^ly, par l'identification des portraits d'Eugène IV, de 
Philippe le Bon, de Nicolas Rolin , du cardinal Jean Rolin, d'Isa- 
belle de Portugal, peut donner comme dates à peu près certaines 
i4i3 poar le premier panneau et 14o2 pour le dernier. 

« Un point qui n'avait pas été jusqu'ici mis en lumière, c'est l'ins- 
cription du vêtement du Christ, en caractères encore inexpliqués, 
au milieu de Ia({uelle se détachent sur le pied du Seigneur les deux 
lettres romaines I M. M. de Mély propose, en conséquence, d'attri- 
buer à Memling la partie centrale. Il ne se dissimule pas cependant 
la hardiesse d'une hypothèse aussi imprévue. » 

M. P. FoccART présente, de la part de l'auteur, M. (Cousin, profes- 
seur adjoint à la Faculté des Lettres de Nancy, un volume de 572 



230 SÉANCE DU 8 JUIN 1 OOG 

pages int iliili" £'<u(/es de géographie ancienne. M. Cousin s'est i)ro- 
poséde systématiser une méthode nouvelle pour l'identification des 
localités aiitifjues. Les moyens les plus sûrs resteront toujours les 
inscriptions, les nioninnents, les auteurs. Mais là où ils font défaut, 
on peut tirer un très faraud parti de l.i pennanencc fréquente et 
presque indéfinie des noms géograiiliiiiues. 11 ni' faut pas se fu-r aux 
ressemblances extérieures, mais dégager les règles de l'évolution 
naturelle (pii a modifié ces noms ou des altérations qu'a introduites 
une iniluence extérieure. Par exemple, les Grecs ont déformé la 
plupart des noms étrangers; ils l'ont fait, ou pour leur donner un 
sens en les ramenant à une racine grecque, ou parce que leur 
langue ne pouvait pas rendreun grand nombre de sons. Une énumé- 
ration, aussi complète (pie possible, des exemples connus, groupés 
par séries, permettra de fixer les règles par lesquelles ces altéra- 
tions se sont produites et de remonter à l'élément ancien ([ui a per- 
sisté. Telle est la méthode dont M. Cousin a fait l'application dans 
la série d'études qu'il vient de publier. 



SÉANCE DU 8 JUIN 



PRKSIDENCK DE M. H. GAGNAT. 

M. P. Jouguet, maître deconférences àla Faculté des lettresde 
rUniversitc de Lille, lit une note sur la date de la fin de la guerre 
entre Constantin et Licinius. Un papyrus du l"'aynuni permet d'éta- 
blir, croit-il, qu'il faut mettre cet événement non en 3"23, mais en 
321, comme Tavait déjà pensé ^L Otto Seek. '. 

M. Bolché-Leclercq présente une observation au sujet de 

l'emploi (les fractions dans les cnniiites des I'>gyptiens. 

M. Clehmont-Ganneau communi(ine une note sur deux ala- 
bastra Israélites archaïques découverts à Suse '^. 

M. PoTTn-H présente une observation sur la forme du vase. 

1. Voir ci-aprt's. 

2. \'oir fi-après. 



LA GUERRE ENTRE CONSTANTIN ET LICINIUS 231 

M. PuTTiEu résume et lit en partie un mémoire où M. Radet, 
doyen de la Faculté de Bordeaux, correspondant de l'Académie, 
étudie le type de IWrtémis persique d'après une plaque de terre 
cuite trouvée à Sardes et récemment acquise par le Louvre. L'au- 
teur montre que l'origine du type est bien orientale, mais qu'au 
nom impropre d'Artémis persique il conviendrait de substituer 
celui de la déesse lydienne Cybébé \ 

M. DiEULAKOY présente à ce propos une observation sur le 
nom d'Artémis persique. 



COMMUNICATIONS 



EN QUELLE ANNÉE FINIT LA GUERRE 

ENTRE CONSTANTIN ET LICINIUS? 

NOTE DE M. PIERRE JOUGUET, MAITRE DE CONFÉRENCES 

A LA FACULTÉ DES LETTRES DE l'uNIVERSITÉ DE LILLE. 

C'est une question controversée. On sait que la bataille 
d'Andrinople est du 3 juillet"', celle de Ghrysopolis du 18 ou 
20 septembre-^; mais on hésite pour Tannée. La plupart des 
historiens, avec Tillemont '', placent ces événements en 323. 
Th. Mommsen s'était autrefois prononcé pour cette date 3; 



1. Voir ci-après. 

2. Goyau, Chronoloçfie de l'Empire romain, p. 406, n. 7. 

3. Ibid.. p. 407, n. 3. 

». IV, p. 642-644. Chronologie adoptée par Duruy, Histoire des Romains, 
l. VII, p. 119-122. 

5. Th. Mommsen, Consiilaria. Hermès, XXXII, p. 538 et sqq. Il convient 
cependant de remarquer que le P. Gen., 10, sur lequel on s'appuyait pour 
mettre la snuniission de rÉj;ypte entre liadrianopolis et Chrysopolis, doit 
être écarté du débat, comme le prouve les nouvelles lectures de U. Wilcken, 
Archiv fur Papyrusforsclninfi, III, p. 382 et suiv. 



232 LA (1LERR1-: ENTRE CONSTANTIN ET LICINIIS 

plus récemment, M. E. Schwartz l'a acceptée i. M. Otto 
Seek au contraire, avec Idace, adopte l'année 324-. 

Dans un lot de papyrus du Musée du Caire, dont 
M. Maspéro m'a très libéralement confié l'étude , et qui 
proviennent de Théadelpliie, village du nome Arsinoïte, je 
crois trouver la solution de ce petit problème. 

Le papyrus Théad. inv. 15 est une série de reçus déli- 
vrés à deux comarques de Théadelphie, à des titres divers. 
Voici un de ces reçus qui contient à peu près toutes les 
données chronologiques utiles à la discussion. 

Col. 4. "Avvtov y.aî Ma/.pdii'.:c à-csr/.Tai Xivou toj lepsj 
àvaijOA'.y.ou ■' Za/.awv à-b y.M[J:r,q 

7:apîAà(3a[j,£v 7:apà 7:j j-sp oioBsxdtTr^ç 
tvâty.TÎwvc; '/J.vz'j ''J.ipy.z TCcV-r/z-iv-a Ai(Tpaç) N . 
Tof; èao;j.£VOiç ù-a-roi; -:b o'. OmO O' (2'^ M) Sapixâ-Yjç ^ 
(7£j(r([J.£''(<);j.a',) 
(3® M) May.pôjâioç ^^'^r^'^.^\^à]).:(.l 

La col. o du même texte est une (juittance pour le prix 
de la pourpre de la 11'- indiction. Elle est datée de la même 
manière. 

Enfin la même formule de date, ou une formule analogue, 
se retrouve dans un prêt combiné d'argent et de légumes; 
P. Théad. inv. iO, on lil : 

To?ç eao]\j.vfoi: ou -y,^ xr.cotiyhr,<sz]\J.vK'.; jzi-z<.z -h -rsTacTCv. 

1. K. Seli\\.'iilz. Ziir Cicsfhirhlc des Mhmuisiiis. .\;iclirichlcn v. d. lia'iiijl. 
Gesellsclvifl d. Wisseiixclui/'len zii (hvll'u\(]en. phUnUntisch-hislorischa 
Klasse. \w\. Ih'l'l :>. p. 512,513. 

2. n. Scc-U. Zctlschrifl fiir S:ivi(iiu/slifliin;i. rnm. Ahl. lu ISSS» . p. l'.iO; 
Jlernu's. XXWI. p. 2S i-l siiivanlis: (iescliiclile des l'ntern.iiujs der anli- 
hcn ^Vell, I. I, p. I7r>-1H2. 

3. 11 s'af,'it, ,jo ponse, du lin destine à la fahiicalion de manteaux mili- 
taires : àvajJoÀi/.oD de àvajJoXrl =z àa[îgÀr; =: aholla. Cf. àvafîoAâo'.a. /'. ().v., 
109, 1. 9, cl van Ilerwerden, Lexir. .S»/)/)/, s. v. — Zazaov p,,iii- Zazà'.)v.. 

.',. "Avviov s'appelle "Avviov ô /.%': ïaouaTr,:- nu bien ^i.xy^J.x-.r^; est le 
rcpréscntaut d'"Avvtov. 



LA GUERRE ENTRE CONSTANTIN ET LICINILS 233 

Il est clair que de pareilles expressions ne peuvent con- 
venir qu'à une époque troublée, où TÉg-ypte n'aurait pas 
accepté ou n'aurait pas connu les consuls réguliers. Les 
détails du texte permettent de fixer nos hésitations dans une 
certaine mesure. Zaxâo)v ou Ilay.iwv est bien connu par nos 
papyrus. Nous savons qu'il est né en 270'. En 342, il 
adresse une plainte au célèbre Flavius Abinnaeus-. De plus, 
la date de notre reçu (n° 15) doit être cherchée dans les envi- 
rons d'une année qui est la douzième de l'indiction. Le cycle 
des indictions paraît avoir été inauguré en Egypte en 297 -^ 
Nous avons donc le choix entre 308/309, 323/324, 338/339, 
353/354, et en supposant que Sakaon ait vécu 98 ans, 368/ 
369. Ajoutons, si l'on veut, 293/29 i pour le cas où le cycle 
de l'indiction serait entré en usage avant 297, ce qui d'ail- 
leurs n'est nullement démontré^. Les trois dates les plus 
récentes paraissent hors de cause : on ne voit pas pourquoi 
à ces époques l'Egypte n'aurait pas accepté les consuls régu- 
liers. Il n'en est pas de même des trois plus anciennes. 
L'année 293/294 nous porte k peu près au temps de la 
révolte d'Achilleus et de L, Domitius Domitianus, et notre 
lot de papyrus, provenant tout entier de la même trouvaille, 
nous ofîre un texte daté de la seconde année de l'usurpateur 
Domitianus '^. Mais il est impossible de trouver de raison 
décisive pour faire remonter notre n° J5 à cette date, tandis 
que nous en avons quelques-unes de le placer plus bas. 
Plus bas même que 307, 308, 309, car a ces dates, si 
l'Egypte ne reconnaît pas toujours les consuls réguliers, 
elle connaît et reconnaît des consuls : la preuve nous en est 



1. Il a cinquante-huit ans en 328 d'après P. Fir., 11. 

2. P. rhéad. inv. 46. 

3. U. Wilcken, Archiv, II, p. 135-J36. Résumé de la question dans 
Jouguet, Chonique des Papyrus, Rev. des et. anc, "\'II (1905), p. 275. 

4. Et qui reste très peu probable. Certains textes de cette époque ne 
mentionnent pas Tindiction là où tout naturellement on l'attendrait. 

5. P. Théad. inv. 20. 

1906. 16 



23i I.A GIIEKRE p:i\TRE CONSTANTIN ET LICINIUS 

fournie par nos textes mêmes'. Reste l'année 323/32i vers 
laquelle tout nous incline. Sakaon dans notre texte agit 
comme Comarqiie de Théadelpliie : or le P. Tlicnd. inv. 
n° 11, daté par les consuls Paullianus et Julianus, nous 
apprend (ju'en 325 il remplissait cette charge. Aurelius 
Castorion, donné parce dernier texte comme épimélète des 
ouvriers de la grande carrière d'albâtre, est aussi mentionné 
avec ce titre dans notre n° lo. Il est donc probable que les 
deux documents sont de dates voisines. 

Cette probabilité se change, à notre avis, en certitude, si 
l'on compare la formule de date dont il est ici question, et 
celle que l'on trouve dans les Papyrus d'Oxyrhynchos. 

P. Ox. I, 42: MsTa Tr,v jTcaTiav] twv C£7r:Twv ^;xo)v Aty.tvisu 

ilicaj-oj -b C 7.al [Af/.tviou -eu èJTCiçavîffxâTOU Kaisapo; to |j , 
TcXq à~olv.yfyr^70[j.éyoiç û-âxoi; to y' Tj^'-'z-y (18 janvier). 

P. (.)x. I, (>0 : -z'.; y-zzv;/^r^zz\i.viz\z 'j-j.-z\z, y' Môaopr, •/.$'"'. 

Il ne paraît pas douteux ((ue notre /"•. Thvad. inv. 45 ne 
soit précisément de Tannée qui a suivi celle que désigne 
cette formule. VzXç ktjo\).é-fo'.: dil la même chose que -oTç 
à7:oo£r/0r,7:;j.Évo'.ç, et I:i dllférence des termes s'explique par 
le in il (|ue les documents n'ont pas été rédigés par les 
scribes de la même province. 

1. A'(Mr 1 arliclc cité do Th. .Muiniuscii, llcnncs, XXXIl, p. 28. En 307, 
au début de l'année, nous avons un texte daté Ms'x Tr)v u;:attav Kwvaxav- 
-îoj /.a-. MaÇtjjioj (lisez Ma;'.aiavoj), formule où se rollètont les hésitations 
de Galèi'c, l'. Thèiid. inv. 3. Mais les consuls i-éirulicrs Sévère cl Maximin 
apparaissent sur d'autres textes. 

2. Les éditeurs, MM. (Ircnl'i'll cl lliiiil. suivis en ccl;i par Tli. Moninisen, 
/. c. avaient pensé (jue celle formule dcsij^nait non les consuls de l'année, 
mais les consuls dési|,'nés pour l'année suivante, Crispus et Constantin le 
Jeune. Mais cette explication a été rejetée par O. Seck, approuvée de 
Moinmsen <{ui i-estitue [it-à, u;iaTcîav au lieu de Itzi upa-cîa; des premiers 
éditeurs. On ne comprendrait pas en elTet pouripioi les consuls désignés ne 
seraient pas munniés tandis (pi'on suppose connu le numéro d'onlri' de leur 
consulat. Dr plus, cette explication ne convient pas à la formule de 
Théadelpliie; elle doit donc être aussi rejetée pour Oxyrhynchos. 



f 



LA GUERRE ENÎKË CONSTANTIN ET LICINIUS 235 

Mais quelle est cette année? Pour M. 0. Seek, on aurait 
désigné par cette formule vague, en changeant seulement le 
chiffre, les trois années qui auraient suivi le 6*^ consulat de 
Licinius, consulat qui ne peut être placé qu'en 322 ou 323 '. 
Or, comme la fin de la guerre est , de laveu de tout le 
monde, antérieure à 325, l'arrangement proposé fixait d'une 
part le consulat de Licinius en 322, d'autre part la lin de la 
guerre en 324; mais il fallait admettre qu'en 325, jusqu'au 
17 août, au moins dans certaines régions de l'EgA'pte, on 
avait ignoré les consuls constantiniens. Difficile à soutenir-, 
cette thèse n'est plus admissible , puisqu'elle attribuerait 
notre P. Théad. inv. 15 à l'année 32(3, date à laquelle 
l'Egypte, depuis longtemps soumise, acceptait certainement 
les consuls réguliers. 

M, E. Schw^artz admettait que l'année des deux papyrus 
d'Oxyrhynchos, cités plus haut, avait immédiatement suivi le 
6^ consulat de Licinius, et comme il plaçait la fin de la guerre . 
en 323, il mettait le 6" consulat de Licinius en 322, et les 
textes d'Oxyrhynchos en 323. Le chiffre lo y' s'expliquait 
pourvu que l'on supposât que la formule indécise -oXq x-Kootiy- 
6r;(70[j,£voiç û-xToiq avait déjà servi en 321 , au début de l'année, 
dans l'ignorance où l'Egypte pouvait être des noms des con- 
suls, et en 322, avant que Licinius ne se fût proclamé lui- 
même. Le P. Théad. inv. 15 nous oblige à accepter l'arran- 
gement de M. E. Schwartz, ou un arrangement analogue^. 
Mais comme d'une part la formule de ce texte ne peut con- 

1. La date de ce consulat est fixée dans ces limites par un papyrus de 
Vienne, C. P. R., I, 10, qui le l'ait contemporain de la 10' indiction. A'oir les 
articles cités plus haut de Mommsen et de Otto Seek, et Collinet-Jouguet, 
Archiv fur Papyriisforschiincf, 111, p. 312-343. 

2. On a bien pourtant quelques exemples de papyrus dates par des 
empereurs morts depuis ocux, trois et nicnic cinq mois. Voyez Wilcken, 
Gr. ost., I, p. SOO ; Grenfell-llunt , Fayùm Towns , p. 173. Mais jamais 
l'intervalle n'est si considérable, dans des cas où l'Egypte avait intérêt à 
marquer sa soumission à un vainqueur. 

3. On peut encore tenir pour indéterminées les dates où l'on a fait, pour 
les deux premières fois, usage de cette formule indéterminée. 



236 LA GUERHE ENTKE CONSTANTIN ET LICINIUS 

venir au temps où TEgypte avait t'ait sa soumission, et que 
d'autre part le G"^ consulat de Licinius ne peut être antérieur 
à 322, il faut nécessairement placer ce consulat à cette date, 
et la fin de la guerre en 324, comme le veut M. 0. Seek. 

On peut môme préciser davantage. Notre n" lo est du 
début de Thoth (commencement de septembre). Un autre 
fragment (P. Thcacl. inv. 39) que nous a conservé le bord 
gauche d'un reçu, nous fournit la date suivante : 

L. 12 et suivantes : 

Twv £[t'.03:v£7T>:t(ov Ka',72p(.)v -z -pi] 

t:v 7='.[â-/.[-] 

On voit qu'en novembre/décembre 32 i, deux mois envi- 
ron après Chrysopolis, l'Egypte reconnaissait Constantin vl 
ses consuls *. 

3. Resterait à discuter les ai-j^uments que M. K. Seliwaii/. a fait valoir 
pour mettre la fin de la {guerre en 323 (E. Sclnvartz. /. c, i). 311 et siiiv.). 
Ils me paraissent difficilement tenir conti-e le lémoif^nafre dïine pièce offi- 
cielle et contemporaine, comme notre ])a])yrus. La date de la Constitution 
Cod. Théod., lô. 11. l : pp. \ VU kilend. Jun. Crispa III el Conslnnlino III 
Caesx. coss. serait en coniradiclion avec notre document égyptien si la 
rédaction en était correcte; mais M. O. Seek avait déjà donné de bonnes 
raisons pour la croire fautive [ZeUschrifl f. Savi(fn.y-slifliuu/, X, p. 109 et 
la légfôre correction qu'il propose (lire Jan. au lieu de Jun.) ne fait pas de 
difficulté, maintenant surtout qu'elle s'autorise d'un texte précis. L'embarras 
où nous sommes d'entasser entre la fin de 32i et le mois de mai 325, tous 
les événements qui ont suivi la chute de Licinius et précédé la réunion du 
Concile de Nicée — ambassade d Ilosius de Gordouc à Alexandrie, synodes 
tenus parles partisans d'Eusébe de Xicomédie Sehwartz, /. c, ]). 3 12\ 
convocation des Pères, etc.. — cet embarras, dis-je, est moins grand que 
celui qui résulterait de notre texte égyptien s'il fallait le contredire. Quant 
à croire que l'Egypte, un an après Chrysopolis, aurait encore hésité à 
reconnaître Constantin et ses consuls, ce serait, de toutes les hypothèses, 
certainement la plus invraisemblable (v. d'ailleurs O. Seek, l. c, p. 193). 



237 



NOTE SUR DEUX ALADASTRA ISRAÉLITES ARCHAÏQUES 

DÉCOUVERTS A SU8E (.MISSION DE MORGAN") , 

PAR M. CLERMONT-GANNEAU , MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

Au cours de sa nouvelle campagne de fouilles à Suse , 
M. de Moi-gan a recueilli deux tout petits fragments de 
vases en albâtre portant quelques menus caractères d'appa- 
rence sémitique qui attirèrent à juste titre son attention. Il 
a bien voulu les soumettre à mon examen et me faire con- 
naître ensuite, sur ma demande, les conditions matérielles 
dans lesquelles ils avaient été trouvés. Voici ce qu'il m'écrit 
sur ce dernier point : 

« A 5 mètres de profondeur, dans la couche qui, tout en ren- 
fermant des débris élamites (parfois fort anciens] , ne contient 
pas d'achéménide. Il est impossible d'assigner une date exacte à 
cette couche; mais je puis dire qu'elle est certainement posté- 
rieure à la destruction de Suse par Assourbanipal et antérieure 
à l'arrivée des Perses en Susiane. » 

Je me bornerai aujourd'hui à communiquer succinctement 
à l'Académie le résultat de mon examen, me réservant de 
traiter ailleurs plus en détail les questions très importantes 
soulevées par l'apparition de ces documents arcliéologiques 
qui. à première vue, ne payent guère de mine^. 

Le fragment A nous a conservé en partie le haut d'un ala- 
bastrum à col assez court, à goulot étroit, bordé d'une lèvre 
épaisse, recourbée et largement épanouie. Nous n'avons plus 
qu'une moitié longitudinale de ce goulot et de son rebord ; 
elle suffît pour nous indiquer que le diamètre de l'orifice ne 
dépassait pas '" 03. Le col est brisé à peu près au point où 

1. "\''oir les reproductions gravées p. 238. 

A et B sont reproduits avec un agrandissement de 1/5. La coupe C est 
grandeur nature; la hauteur du goulot, dans son état actuel, mesurée à 
l'intérieur est de 0™ 025. 



238 >OTE SLH DEUX ALABASTRA ISRAÉLITES ARCHAÏQUES 

il se raccordait à la panse; en examinant le fragment sous 
son profil le plus avantageux , on saisit même le point de 
départ de la courbe de la panse, malheureusement sur une 

A 




étendue trop minime pour qu'on puisse en restituer le tracé 
intégral. A peu près au milieu de la face supérieure de la 
lèvre, et parallèlement à son contour, court une ligne conte- 
B C 




ii.int dix-huit caractères de dimensions exiguës, incisés peu 
profondément et assez difficiles à déchitîrer. 

Le fragment B, beaucoup plus petit, me paraît apparte- 
nir, lui aussi, bien (piil ne reste plus aucune trace du gou- 



NOTE SUR DEUX ALABASTRA ISRAÉLITES ARCHAÏQUES 239 

lot, au bord externe de la lèvre d'un alabastruin. Il porte 
quatre caractères semblables à ceux de A, mais beaucoup 
plus nettement gravés et parfaitement conservés. Malgré 
les analogies matérielles de A et de B, j'estime que les 
deux fragments, avec leurs épigraphes respectives, pro- 
viennent de deux vases distincts, quoique similaires. (Test 
ce que montrent les différences et de l'albâtre et de l'épais- 
seur de la lèvre. 

L'écriture des deux épigraphes est phénicienne, mais 
phénicienne Israélite. JV reconnais, en effet, toutes les 
caractéristiques des inscriptions spécifiquement hébraïques 
antérieures à l'exil (anciens cachets israélites, inscription de 
l'aqueduc d'Ézéchias à Jérusalem, inscriptions gravées sur 
le roc au village de Selouàn, etc.). Les formes qu'alfectent 
en particulier les lettres het, ivaw, he, khet, yod,, lained, 
tsade^ sont tout à fait démonstratives à cet égard. Ce 
diagnostic paléographique qui s'impose d'emblée est, 
comme nous le constaterons dans un instant, pleinement 
confirmé par la philologie : la langue que va nous donner 
le déchiffrement est de l'hébreu pur, de l'hébreu biblique, 
aussi bien pour le lexique que pour la grammaire. Nous 
pouvons donc affirmer que ces deux épigraphes ont été 
gravées par une main israélite , à l'époque où le royaume 
de Juda, sinon celui d'Israël, existait encore ou, du moins, 
venait à peine de cesser d'exister. Voici comment je les lis : 

iS- n H 

A : 1 hin, et un demi-/o^, et un quart de locf. 
B : ;^et un] ii"'^ de log. 

L'épigraphe A est complète. L'épigraphe B est en majeure 
partie détruite; il n'en reste plus que les quatre dernières 
lettres, identiques aux quatre dernières de A. Le mot :i'Sn 
« du loff » y était, selon toute vraisemblance, précédé lui 
aussi d'un nom de nombre fractionnaire affectant, comme 



240 NOTE SUR DEUX ALAHASTRA ISRAÉLITES ARCHAÏQUES 

d'habitude, la forme féniiiiiiie dont nous avons encore dans 
le n, épargné par laccident, Tindice final. 11 se peut c(ue 
l'épigraphe B débutât, comme l'épigraphe A , par la nota- 
tion de la grande unité de mesure : 1 "jn « 1 hin », suivie de 
i^7\ ij^m « et un demi-/oy ». (J|uant au dernier nombre frac- 
tionnaire était-il, iciaussi : l/4 = nry2^]? C'est possible, mais 
c'est loin d'être sûr ; ce pouvait être tout aussi bien 1/3, 1/5, 
1/6, etc., n[ki:S\I7], n[y;nn], n[tt?ï;], car rien ne nous prouve 
que les alabastra A et B, dont nous ne possédons plus que 
ces débris, fissent la paire et eussent exactement la même 
capacité. Occupons-nous donc spécialement de l'épigraphe A, 
qui est intacte, tout en ne perdant pas de vue que les obser- 
vations générales auxquelles elle prête sont, toutes propor- 
tions gardées, applicables à l'épigraphe B et au vase qui la 
portait. 

Il est clair que nous avons affaire à une indication de 
jauge. Le lùn et son sous-multiple, le log^ sont, en elfet , 
deux mesures de capacité pour les liquides, mesures dont 
il est fré([uemment fait mention, sous ces mêmes noms, 
dans la Bible, et .sur la valeur desquelles je reviendrai tout 
l\ l'heure. La tournure employée, avec l'article devant le 
nom de la mesure et la forme féminine du nom de nombre 
exprimant la fraction inférieure au 1/2 : >^^ "'j'*n, ^^n nV2i, 
littéralement « moitié du Uxj », « quarte du locj », sont 
identiques de tout point à la louniure et à la forme qu'em- 
ploie en pareil cas l'hébreu classique; cf., par exemple : 
■jinn "y- .. nioilié Di: hin » (Nombres XV, 0, 10); niyzi 
"JM."! (( quarte i.i liin •> (Exode XXIX, 40, etc.), au sens de 
« un (Itini-A/'/î », '< un quart de hin ». 

On remar(iucia. en outre, cette façon de dire, quehpie 
peu enfantine dans son procédé analyti(iue : « 1/2 lofj et 1/4 
de hxf », ce qui équivaut proprement à « 3/4 de lo(j ». Elle 
est bien conforme à ce que nous savons de l'esprit antique 
((ui, en Oiicnl comme en Occident, a mis longtemps pour 
s'élever à une conception rationnelle des fractions raïuenées 



N(»TE SLR DELX ALABASTRA ISKAÉLITER ARCHAÏQUES 241 

à un commun dénominateur par rapport à Tunité. Pour 
rester sur le terrain sémitique, je citerai seulement ce pas- 
sage du Talmud ' : 

Un loçf et un demi-log et un quart de log. 

En d'autres termes : « 1 lo(/ 3/4 ». 

Le rapprochement est d'autant plus frappant que, par 
une curieuse coïncidence, nous avons justement, dans ce 
passage talmudique, et la même mesure appelée du même 
nom et la même fraction de cette mesure que sur notre ala- 
bastrum^. 

Bien entendu, on ne saurait s'arrêter à l'idée que nos 
deux alabastra seraient deux mesures étalons, deux <j-/;y,w[j,a-ca 
hébraïques. Dans ce cas, les deux capacités auraient été 
naturellement en fonction simple du système métrologique 
auquel elles sont rapportées. La nature même des épi- 
graphes, avec leurs nombres fractionnaires, nous montre 
qu'il s'agit simplement, en réalité, de deux vases quel- 
conques dont on a cru devoir déterminer, par un jaugeage 
fait après coup, et noter le volume intérieur. On s'explique 
fort bien la chose pour peu que l'on se souvienne de l'usage 
le plus ordinaire des alabastra antiques, destinés à contenir 
des parfums précieux dont il importait d'évaluer la quantité 
avec le plus de précision possible 3. 

Le système métrologique des anciens Israélites, en géné- 
ral , et celui de leurs, mesures de capacité , en particulier, 
ont été l'objet de nombreux travaux dans le détail desquels 



1. Menakhot, 9, 2. 

2. La seule différence — et Ion pouvait s'y attendre a priori — c'est 
l'orthographe plena, à la moderne, et l'absence de l'article dont l'emploi, en 
l'espèce, constitue une sorte d'ai'chaïsme. 

3. Le àXa6ûtaTpov, d'après ce que nous apprend saint Épiphane (p. 182), 
avait même fini par donner son nom à une mesure fixe de capacité, équiva- 
lant à un demi-sextarins, soit une cotyle {= 1. 0,270). 



242 NOTE SLR DEUX ALABASTHA ISRAÉLITES ARCHAÏQUES 

je n'ai pas à entrer. Il me suffira , pour ce que j'ai à dii-e, 
de rappeler les dernières conclusions auxquelles s'est arrê- 
tée la critique exég-étique en ce qui concerne l'échelle des 
mesures de capacité, avec leurs valeurs relatives et leurs 
valeui's absolues. Le loff hébraïque est considéré comme 
étant le 1/12 du liin , et leurs contenances respectives sont 
évaluées couramment * : 

Pour le premier, à litres 6,074; 

Pour le second, — 0,o0()2. 

Ces évaluations reposent sur un ensemble de données 
extra et post-bibliques, très complexes, qui sont trop con- 
nues pour que j aie besoin de les citer. On les trouvera, 
avec les discussions idoines, dans les ouvrages spéciaux et 
dans tous les manuels d'archéologie biblique. 

A ce compte, notre alabastrum A, 
jaugeant : 1 hin -\- 3/4 de lofj 
aurait contenu 6 1. 074 -j- 1. IHUbo = G 1. 4536."). 

Il est infiniment reg-rettable que la panse même du vase 
ait à jamais disparu. C'eût été une occasion unique de véri- 
fier les contenances attribuées jusqu'ici au hin et au log et, 
par suite, celles de tous les multiples de l'échelle des 
mesures de capacité hébraïques à partir de l'unité maxima : 
khorner-kor, Ictek, bat-ephah, seuli, /tin, ' orner,-' issaron, 
(/ah et /or/. \ défaut de cette vérification, il est, néanmoins, 
permis de tirer à cet égard , certaines inductions de notre 
fragment, même dans l'état oii il nous est [)arvenu. Ces 



1. (>cs cliifTi-es sont ceux rt'|)r(i(Iuits par lîeiiziii^oi-, Ilebr. Arch., p. 18», 
et par Nowack, Lehrh. d. Hclir. Arch., t. I, pp. 205, 20fi (celui-ci omet la 
vali'ui- ilii /ii(/. iiiiis l'ili' se (liMldil liai ui-rllniiciit de ci'llc ((ii'il allril)iii' a\i 
hin . Les cliillVt's ilomir-s |)ar (i. F. IIIll dans ï Encifclopu':!!;! hihl., s. v. 
Wi-ii/hls ;in(l Mi';istirex , tliU'èreMt lé^èri-nu-nl : hin (i)i'(liiiaii'e) , = (i 1. 60; 
lorf = 1. i)05. Heurlier, dans le Dicl. </(■ l;i Hihlc de \'i}j^()uroux, s. v. 
Mesures, fixe : hin =6 1. U» et lotj = 1. 29 [sic/. Ce dernier chillre, <iui 
ne correspond pas au 1, 12 du chiirre du hin (valeur relative du loij . est-il 
le résultat de (pielquc crri-ur matérielle? Qu''''!'"''* li^'ne> iilu-- haut col. 
1043) et ailleurs encore (s. v. logj lauteur calcule, cnninie ti>iit Ir niondc. le 
loff A 1. 50. 



NOTE SUK DEUX ALABASTRA ISRAÉLITES ARCHAÏQUES 243 

inductions ne tendent, comme on va le voir, à rien de 
moins qu'k remettre en question tout le système adopté 
par la critique moderne. 

Etant donné que le goulot de notre alabastrum n'avait 
que 0"' 03 de diamètre, il me paraît bien difficile, pour ne 
pas dire impossible, d'admettre que le vase afférent ait eu 
une capacité qui, à très peu de chose près, approcherait de 
six litres et demi. Sans doute, les anciens ont excellé dans 
ce tour de force qui consistait à évider dans un bloc 
d'albâtre , puis à excaver ces vases élégants , à parois peu 
épaisses, qui semblent être la traduction en pierre des 
formes des vases céramiques, voire métalliques. Nombre 
d'alabastra se distinguent par l'étroitesse relative de leur 
orifice comparée à la largeur maxima de leur panse. Mais 
encore , quelle que fût l'habileté des tourneurs d'albâtre , 
l'ingéniosité de leurs procédés , leur tour de main dont on 
n'a pas jusqu'à présent tout à fait pénétré le secret, y avait- 
il des limites qu'ils ne pouvaient pas matériellement fran- 
chir. Il ne faut pas oublier que le diamètre de l'orifice 
commandait le jeu des outils, mèches ou forets, droits, 
courbes, coudés ou à crochet, qui, employés au taraudage 
intérieur du vase, placé probablement sur un tour, ne pou- 
vaient pas dépasser une certaine ligne d'obliquité. Plus le 
col était long et plus naturellement cette difficulté augmen- 
tait. Aussi observe-t-on que les alabastra ont généralement 
le col assez court'. Leur panse affecte le plus souvent une 
forme allongée et étroite qui se prétait mieux à ce genre de 
travail. Quelques-uns, cependant, sont un peu plus ventrus 
et se rapprochent de la forme de l'aryballe ; d'autres même, 
s'élargissent notablement à la base où la courbe du profil 

1. La hauteur intérieure du goulot de notre alabastrum, d'après les 
indices qu'on y relève, ne devait guère dépasser 0" 03. De plus, on constate 
qu'il s'évase légèrement en descendant, avant même d'avoir atteint le 
niveau de la panse; cet évasement devait faciliter le jeu oblique de l'outil 
en élargissant d'autant son champ d'action. 



244 NOTE SUR DEUX ALARASTRA ISRAÉLITES ARCHAÏQUES 

s'arrête brusquement, offrant ainsi un galbe peu gracieux ; 
mais alors ces vases sont de dimensions assez exiguës et 
perdent en hauteur ce quils gagnent en largeur, tout en 
gardant un rapport nécessaire entre le diamètre de Torilice 
et le diamètre maximum horizontal de la panse. Je mets 
de côté, bien entendu, les alabastra en forme d'olla, de 
grande capacité, lesquels ont toujours une large bouche 
qui a laissé aux outils excavateurs l'amplitude voulue pour 
leurs mouvements. 

Somme toute, nous n'avons pas, que je sache, d'exemple 
d'alabastrum avant une capacité de près de 6 1/2 lilres et 
un goulot de 0'" 03 do diamètre, et je doute fort qu'on en 
trouve jamais. Un tel vase serait une véritable dame-jeanne 
en albâtre. Gomment aurait-on pu l'exécuter? S'il en est 
ainsi, la valeur attribuée jusqu'ici au lu'n hébraïque devient 
singulièrement sujette à caution en présence de notre alabas- 
trum expressément jaugé et n'ayant que trois centimètres 
d'orifice. Les bases mêmes sur lesquelles on a édifié tout le 
système de la métrologie hébraïque s'en trouvent ébranlées. 
On sait, d'ailleurs, que ces bases, fournies par divers témoi- 
gnages tardifs, parfois contradictoires, ne sont pas d'une 
solidifé à toute épreuve. Je ne puis aujourd hui cjue poser 
cette grave question. Elle devra être reprise à fond. Je me 
bornerai à dire que le nouveau document introduit dans le 
problème tendrait ;i faire assigner au hin une capacité 
bien moindre que celle généralement admise. D(^à, certains 
auteurs ', tout en conservant la valeur du hi;/, avaient cru 
devoir, d'après le témoignage d'Eusèbe et de saint V\n- 
phane, distinguer chez les Israélites trois genres de ///// de 
capacité variant dans de fortes proportions, soit : 

Le '^niud hin ^ IS lo(j - - 9 1. ODO 
Le hin ordinaire = 12 loff = (i 1. 0(30 
Le /lin sacré = 9 loff = i 1. ')'i'). 

1. Entre autres G. I". Ilill. l. c. 



NOTE SUR DELX ALABASTRA ISRAÉLITES ARCHAÏQUES 2i-0 

Même en supposant que nous aurions atfaire ici au hui 
sacré, s'il a jamais réellement existé, la capacité de 4 1. oio 
me paraît encore excessive pour notre alabastrum à orifice si 
étroit. A ne considérer que le g-oulot seul, et eu égard en 
même temps à la largeur de sa lèvre, abstraction faite de 
l'épig-raphe , on supposerait a priori, en se rappelant les 
modules connus, un vase d'une capacité de beaucoup infé- 
rieure. Il serait assurément téméraire de prétendre détermi- 
ner celle-ci et, partant, de calculer de combien il convien- 
drait d'abaisser la valeur couramment attribuée au hiii 
hébraïque. Il y a peut-être lieu toutefois de faire entrer en 
ligne de compte une donnée métrologique dont on n'a 
guère jusqu'ici tiré qu'un parti philologique. Il semble bien, 
on l'a constaté depuis longtemps, que le nom même du hin 
a été emprunté par l'hébreu à l'égyptien. En égyptien , le 
mot lien ' désigne une certaine mesure de capacité pour les 

liquides; il s'écrit XS, O, ce qui correspond lettre pour 
lettre à notre "jn hébraïque, avec l'orthographe défective 
archaïque que nous offre notre fragment. On remarquera 
que la graphie phonétique J^est accompagnée de son déter- 

niinatif idéographique Q, et que ce détermina tif est préci- 
sément un vase du type ordinaire des alabastra, tel que pou- 
vait être celui du nôtre. Or, la capacité du hen égyptien est 
connue, grâce k des vases intacts portant l'indication hiéro- 
glyphique de leur jauge 2; elle est évaluée, en chitTres 
ronds, à 1. 433 3. Si les Israélites ont emprunté aux Egyp- 
tiens le nom de leur hin, il est assez vraisemblable qu ils 
aient pu leur emprunter en même temps la valeur de cette 
mesure. Qu'ils aient ensuite changé cette valeur en l'aug- 

1. Vocalisation variable : lien, lion, hun, hanoii, hinnou, hin. 

2. Voir, enti'e autres, le vase de la collection Posno, grand alabastrum 
de forme allontjée, à large oiiverltire, contenant de 18 à 19 litres, et jaugé 
à 40 hen d'après l'inscription hiéroglyphique gravée sur sa panse. Cf. les 
a abastra égyptiens similaires du Musée de Leyde. 

3. Chabas : 1. 155 ; Eisenlohr : 4523. 



â46 NOTE SUR DEUX ALABAStRA ISRAÉLITES ARCHAÏQUES 

mentant, même dans une proportion considérable, la chose 
est également admissible. Le tout serait de savoir de com- 
bien ils l'ont augmentée, et à quelle époque ou, si elle a été 
progressive, à quelles époques cette majoration s'est effec- 
tuée. Je n'entends nullement dire que le hin qu'on a employé 
pour jauger l'alabastrum israélite de Suse ait été le lien 
égyptien de 1. 4or) , bien que cela nous conduirait, avec 
le petit supplément de fraction de loff, à une capacité assez 
en rapport avec les caractéristiques du vase. Mais je me 
demande si cette capacité ne se rapprochait pas beaucoup 
plus de celle de ce hcn que de celle de 6 1. 074 attribuée par 
la critique moderne au hin hébraïque. Sans avoir les moyens 
d'évaluer même approximativement cet écart, j'incline à 
croire qu'il existe et que la question ainsi posée mérite 
considération ' . 

Je dois me borner aujourd'hui à l'indiquer, me réservant 
de la reprendre ultérieurement et d'y faire intervenir cer- 



1. Dans ces conditions, il y a un passage biblique qui pourrait prendre 
une impni-tancc par(iculii'-rc en ce qui touche la valeur miuinia au-dessous 
de laquelle, tout en abaissant la capacité atlribuée au hin hébraïque, on ne 
saurait raisonnablement descendre. C'est celui où Ézéchiel (IV, 6, t6. 17), 
traçant un tableau poijjnaut de Jérusalem assiégée et alTamée. parle du 
rationnement de l'eau réduit à 1/6 de hin. Au taux admis couramment, 
cela ferait encore plus d'un litre. Sans doute, un litre ce n'est guère, mais 
pouilant c'est encore quelque chose, et nous avons des exemples histo- 
riques de lationnemenfs autrement rigoureux. D'autre part, si l'on faisait 
intervenir ici le hen égyptien de 1. 155, cela ferait tomber la ration à 
moins de 1. Os, chillre invraisemblable en soi, — à peine une petite gor- 
gée d'eau. — La vérité est i)eut-ètre à chercher entre ces deux chifTpes 
extrêmes. Et encore convient-il de faiie ici, eu faveur de la plus grande 
exiguïté possible du cliilTrc, la part de l'exagération professionnelle du 
propliète (pii charge à plaisir le tableau et peut dire en quelque sorte qu'on 
n'aura plus (piinu- j^outte d'eau à boire. 

Il y aura lieu également de tenir compte d'autres indications analogues, 
par exemple des données numéricjues découlant de la recette pour la pré- 
paration de l'huile i)arfumée, telle cpi'clle csl décrite dans l'Kxode 'X\X. 
23-25) et se résunuml dans une proi)ortion de 1 hin d huile pour un poids 
total de 1500 sicles d'aromates divers. 



NOTE SUR DEUX AL\BASTR\ ISRAÉLITES ARCHAÏQUES 247 

tains éléments de comparaison dont il serait trop long de 
parler aujourd'hui K 

Il y a un dernier point dont je dois toutefois toucher un 
mot. Comment expliquer la présence à Suse de ces deux 
alabastra israélites? Si c'était à Babylone qu'ils eussent été 
trouvés , on serait amené tout naturellement à supposer 
qu'ils auraient pu y avoir été transportés de Jérusalem , 
après la prise et le pillage de cette ville par Nabuchodo- 
nosor, en 586 av. J.-C, en même temps que les trésors et 
les vases sacrés du Temple dont la Bible nous a conservé 
l'énumération. On pourrait même, quoique avec moins de 
vraisemblance, les attribuer au produit, non pas du pillage 
de Jérusalem par les Chaldéens, mais de celui de Samarie 
par les Assyriens en 720. Seulement, alors, par quel con- 
cours de circonstances nos vases auraient-ils été transportés 
ultérieurement de Babylone ou de Ninive à Suse? Nous 
n'avons à cet égard aucun indice historique. Il ne faut pas 
oublier, en outre, que ce second transfert, si tant est qu'il 
ait jamais eu lieu, serait en tout cas antérieur à l'époque 
achéménide, comme le montrent la profondeur et la nature 
de la couche où nos fragments ont été mis au jour. Cette 
limite chronologique doit être prise en égale considération, 
même si l'on prête à nos alabastra une origine plus modeste 
et des aventures moins dramatiques. Par exemple, on 
pourrait se demander s'ils n'avaient pas été exécutés à 

1. Entre autres le fameux alabastrum dit d'Albertas, conservé à la 
Bibliothèque nationale, et portant une épigraphe phénicienne qu'on a cru 
à tort funéraire et qui, à mon avis, se rapporte simplement à la jauge du 
vase définie en mesures propres au système mctrologique phénicien ; un 
second alabastrum inédit de la même collection, également avec une 
double inscription phénicienne (et, en plus, la lettre A) spécifiant aussi la 
jauge; un troisième alabastrum de Chypre, avec épigraphe phénicienne 
toujours relative à la jauge, dont mon regretté ami Georges Golonna 
Ceccaldi m"a remis, il y a quelque trente-cinq ou trente-six ans, un 
dessin fidèle et un estampage. J'ai déjà eu, du reste, l'occasion de traiter 
cette question, à propos de ces alabastra jjhéniciens et autres congénères, 
dans mes leçons au Collège de France en janvier 1898. 



2i8 LIVKKS OFFERTS 

Suse même, par des ouvriers Israélites qu"\ auraient ame- 
nés les besoins du commerce ou les hasards de la déporta- 
tion après la conquête. Je dois dire que la chose me paraît 
peu probable. Il serait peut-être plus simple, si l'on s en 
tient à Thypothèse pacifique, et si Ton fait abstraction de la 
question du transfert ultérieur à Suse, d"y voir des vases 
plus ou moins spontanément olferts en présent ou tribut 
contenu et contenant (parfums précieux), par quelqu'un 
des derniers rois de Jérusalem à l'un de ses suzerains ass}^- 
riens ou chaldéens. Qu'on se rappelle les richesses et objets 
de prix, offerts dans ces conditions, au détriment du trésor 
du temple, par Achaz et par Ezéchias (11^ Rois, XVI, 18; 
II, Chr., XVIII, 15, 16; XXVIII, 21). A noter que dans 
les trésors d'Ezéchias, que celui-ci avait eu l'imprudence de 
montrer aux envovés du roi de Babvlone, au risciue d'exciter 
leurs convoitises, l;i Bible signale expressément la présence 
de baumes, d'aromates et d'huiles parfumées (II, Rois, XX, 
13). Les récipients qui contenaient ces essences précieuses 
devaient sinfj;-ulièrement ressembler à nos deux alabastra. 
Qui sait même si ceux-ci n'ont pas eu l'honneur de faire 
partie de la collection royale? 



Ll\ai:S OFFKRTS 



M. O.MONT dépose sur le bureau, au nom de l'auteur, M. Ch. Manne- 
vilk', un volume intitulé : Une vieille étjlise de Paris. Saint-Médard 
(Paris, 19UG, in-S") : 

« C'est une mono'ii'raphie très complète de cette vieille église 
parisienne, dnnt l;i constrncliou rcmonlt' aux premières années du 
XV* siècle et (jui dépendait autrcfi^is de l'abbaye de Sainte-Geneviève. 
Mais on y trouvera surtout des détails nouveaux sur le diacre Paris, 
les Convulsionnaires et l'IiisLoire de la paroisse de Sainl-Médard 
pendant tout le xviii'' siècle. » 



LIVRES OFFERTS 249 

M. Léon Heuzey a la parole pour un hommage : 

« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de l'outeur, M. P'ran- 
çois Ïhureau-Dangin, un volume intitulé : Les inscriptions de Siimer 
et d'Accad. C'est un Corpus, comprenant la transcription et la tra- 
duction en regard de toutes les inscriptions de l'ancienne Chaldée 
ayant un caractère historique. 11 embrasse la période des origines, 
antérieure à l'époque de Hammourabi et à l'hégémonie de Babylone : 
c'est-à-dire ces vingt siècles au moins de l'histoire des antiques cités 
chaldéennes, rendus à la science par les découvertes de notre dernier 
quart de siècle, en premier par les fouilles d'Ernest de Sarzec à 
Tello, puis par celles des Américains à Niffer, enfin par la mission 
de M. de Morgan qui a eu la rare fortune de mettre la main sur plu- 
sieurs monuments importants de la même série, transportés a Suse 
par les Elamites, comme autant de trophées de leurs antiques 
razzias '. 

« L'auteur, à côté des nombreuses traductions nouvelles qui lui 
sont entièrement dues (Stèle des Vautours, cônes d'Ouroukaghina, 
cône historique d'Entéména , tablette de la destruction de Lagash , 
grands cylindres de Goudéa, etc., etc.), donne une revision minu- 
tieuse des traductions publiées antérieurement i)ar les assyriologues. 
En eiTet, les progrès de la science, la découverte d'une série de 
nouvelles gloses bilingues et d'un grand nombre de points de com- 
paraison tirés des monuments incessamment mis au jour par les 
fouilles, permettent d'apporter beaucoup de modifications utiles aux 
précédentes interprétations. 

« Le travail est conçu dans la forme scientifique la plus sobre, je 
dirai la plus sévère. Au bas des pages contenant la transcription et la 
traduction des textes, quelques notes très concises indiquent les 
provenances, rendent justice aux efforts antérieurs par une biblio- 
graphie scrupuleuse, et justifient aussi, quand cela est nécessaire, 
les solutions nouvelles apportées par l'auteur. On comprendra les 
services qu'un pareil livre est appelé à rendre, non seulement aux 
études assyriologiques , mais encore aux savants qui cherchent à 
reconstituer cette très ancienne histoire. Une édition allemande est 
publiée en même temps que l'édition française. » 

M. IlÉnoN DE ViLLEFOSSE déposc sur le bureau plusieurs bro- 
chures : 

1° Au nom du R. P. Dclattre, correspondant de l'Académie : Inscrip- 
tions chrétiennes de Carthnge, 1 898-1905 (extr. de la Revue tuni- 

1. Deux ou trois textes proviennent aussi des fouilles allemandes de 
Fara et des nouvelles fouilles américaines de Bismaïa. 

1906. 17 



2o0 LIVRES OFFERTS 

sienne). Une de ces inscriptions trouvée à la saline « La Princesse », 
entre la Goulette et Rades, est certainement du vi* siècle; la lecture 
en est difficile et reste douteuse sur un point; une autre, découverte 
près de Douar-ech-Chot, contient une décision épiscopale ou syno- 
dale fort intéressante. Un fragment de dalle en marbre blanc, recueilli 
sur la colline voisine de Sainte-Monique, porte, gravé? au trait, une 
barque de pêche surmontée d'une colombe : ce bateau semble être 
de même forme que le bateau appelé horeia, représenté sur la 
mosaïque d'Althiburus. 

2° Au nom du même auteur : Le plus grand sarcophage trouvé 
dans les nécropoles puniques de Carthage (extr. des C. R. de l'Aca- 
démie, 1906). 

3° Au nom de M. Camille Jullian, professeur au Collège de France 
et correspondant de l'Académie: Notes gallo-romaines , fasc. XXX. 
Ce fascicule renferme des observations sur l'ouvrage de M. Pic, Le 
Ilradischl de Stradonitz en Bohême, traduit et annoté par J. Déche- 
letfe, sur les villes celtiques à làge de la Tène, sur les voyages 
entrepris par les Grecs dans les domaines gaulois. Un post-scriptum 
est relatif à la place que les textes nous permettent de faire au pays 
et au temps caractérisés par le mot Hallstatt. Le contact des Grecs 
avec le pays des Sigyunes et la civilisation de Hallstatt a dû se faire 
par certains points déterminés, le Danube, l'Adriatique et les vallées 
alpestres. La découverte au Nord des Alpes d'un très ancien vase 
d'importation méridionale prouve l'importance de la Suisse comme 
lieu de rencontre des voies commerciales de l'Europe ancienne. Le 
fascicule se termine par une chronique gallo-romaine. 

4° En son nom personnel et au nom de M. E. Michon : Musée du 
Louvre; déparlement des antiquités grecques et romaines; acquisi- 
tions de Vannée 1905, n. L\. 

M. Delisi.e offre, au nom de Tauteur, ^L Charles de La Roncière, 
un ouvrage intitulé : Histoire de la marine française. 111. Les guerres 
d'Italie. Liberté des mers (Paris, 1906, in-S"). 



2ol 



SÉANCE DU 15 JUIN 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

M. le Ministre de l'instruction publique communique à TAca- 
démie le télég^ramme suivant, qu'il a reçu de M. Merlin, direc- 
teur du service des antiquités et des arts de Tunisie : 

« Carcopino , membre de l'Kcole de Rome, chargé de fouilles 
par la Direction des antiquités, découvre près Aïn Tounga , 
inscription latine importante gravée sur quatre faces, malheu- 
reusement brisée haut et bas, concernant exploitation domaines 
impériaux, fournissant compléments intéressants texte Ain 
Ouassel, relatant requête des colons et nommant Saltus Nero- 
nianus. » 

M. Héron de Vii.lefosse est heureux d'annoncer à l'Académie 
que l'emplacement du théâtre romain d'Alise est aujourd'hui 
reconnu d'une manière indubitable grâce aux fouilles poursuivies 
avec une activité des plus louables par la Société des sciences 
historiques et naturelles de Semur. Sous la direction de ^I. Per- 
net, les ouvriers ont dégagé cette semaine les substructions de 
la façade et de la plus grande partie de l'hémicycle ; la partie 
centrale n'a pu être encore déblayée à cause de l'état des récoltes, 
mais les différents propriétaires du terrain ont mis le plus gra- 
cieux empressement à autoriser les recherches le long des murs 
de Tédilice. La construction est en petit appareil régulier, très 
soigné ; l'hémicycle est soutenu par des contreforts de plus de 
3 mètres de longueur, disposés environ de 4 mètres en 4 mètres; 
les uns droits, les autres obliques. Les fragments de corniches 
sculptées qui ont été découverts sont en pierre; le marbre 
paraît avoir été très peu employé si l'on en juge par les débris 
insignifiants qu'on a recueillis jusqu'à présent. Les substructions 
de la façade qui se composent de deux murs parallèles, séparés 
l'un de l'autre par une distance de 2™ 20 et appartenant proba- 



2o2 SÉANCE DL" 15 JUIN liJO() 

blement à un couloir voûté, présentent un développement de 
81 mètres. Le développement total de l'hémicycle devait être de 
135 à I 40 mètres. Dans la visite qu'il a faite hier à Alise, notre 
confrère a pu constater que le théâtre a été retrouvé à l'endroit 
même où on avait cru en reconnaître la forme le 18 septembre 
1905. 

M. Héron ni: \'illefosse entrelient ensuite l'Académie des 
découvertes qui viennent d'être faites à Paris, au Marché aux 

Heurs. 

« Au cours des travaux qui se poursuivent en ce moment 
dans la cité, pour le passage du métropolitain, entre l'Hôtel- 
Dieu et le Tribunal de commerce, sur l'emplacement même du 
Marché aux fleurs, on \ient de dég"ager, à une assez jurande pro- 
fondeur, deux niui-s à peu près parallèles à la Seine, séparés 
lun de l'autre par une distance de 6 "* 50 ; la partie inférieure 
de ces murs est composée de gros blocs de pierre, travaillés à 
l'époque romaine et posés l'un sur l'autre sans mortier ni ciment. 
Depuis le "2 juin on a retiré plusieurs fragments d'architecture, 
des monuments funéraires portant des inscriptions ou des 
reliefs, des sculptures décoratives, etc. Prévenu par M. Charles 
Sellier, conservateur adjoint au Musée Carnavalet, je me suis 
rendu, il y a quelques instants, avec lui sur le chaiilier des 
fouilles, et je suis en mesure d'entretenir dès à présent l'Aca- 
démie de ces premières découvertes. 

« A cause de l'état encore très friable des pierres cjui ont 
séjourné pendant des siècles dans un milieu fort humide et 
vaseux, on ne peut procéder au nettoyage de ces monuments 
qu'avec certaines précautions, de sorte ([ue les premières lec- 
tures des inscriptions devront être revisées lorsque les pierres, 
maintenant exposées à lair, auront pris en séchant un peu plus 
de consistance et pourront être brossées sans danger. J'apporte 
les premiers renseignements qu'un examen très rapide ma per- 
mis de recueillir sur place. 

« Les inscriptions que j'ai relevées sont au nombre de 
trois : 

1. Éj)ilaphe de Maiun.i. — Sur la tranche d'une pierre 
oblongue, brisée en deux morceaux : 



SÉANCE DU 15 JUIN 1906 253 

D M 

'i~ MAIANAE-MIORIS- FIL- 1 • APR Ç- 

3 I LI^ • MT^S • IPSA • VIVA- INST 



T ~ 



D{iis) m{anihus) Maianae Majoris fil(iae) et Apriliae 
matris. Ipsa viva insli[lmt). 

Long, de la pierre, 1 '" 35; épaisseur de la tranche, 0°' 29. 

A chaque extrémité du texte, un petit bouclier d'amazone 
(/?e//a) est sculpté en relief. La pierre a été soigneusement réglée 
pour la gravure de Pinscription. 

2. Epilaphe de Litugena. — Grande dalle oblongue, inscrite 
sur ses deux tranches. 

On lit d'un côté : 

LITVGENAE BELLICOVIAE 
LIT \^ GENA PC 

De l'autre côté, le commencement de la première ligne a 
disparu ; on voit encore : 

SAE FIL 

LIT \' GENA PC 

Litugenae Bellicoviae Litugena p{onendum) c[iiravit) 
sae fil{iae) Litugena p[onendum) c{uravit). 

Long, de la dalle, 1"' 13; larg., 0"' 59; épaisseur des faces 
inscrites, '" 37. 

On remarquera les deux noms gaulois Litugena et Bellicovia 
(ou Belligovia). 

3. Fragment de Vépitaphe d'une femme. — Fragment à peu 
près carré, portant une portion d'inscription qui provient de la 
fin d'une épitaphe : 

MTRIS- SE 

3" • C O N D I 

H E R E D • 

Le nom de la défunte manque ; le monument avait été élevé 
parles soins de ses héritiers, hered{es), dont les noms nous 



2o4 SÉANCE Dl- 15 JUIN 1906 

parviennent mutilés, peut-être Se[veriis] ou Se[ciindus] et Con- 
(li[aniis]'! qui étaient aussi ses fils. 

Haut, du frai.'^menl, 0'" 33; larg., 0'" 34. Haut, des lettres, 
0'" 05. 

L'inscription est soigneusement réglée. Ce fragment et Tépi- 
taphe de Mainna ne sont pas postérieurs au ni" siècle. 

Parmi les sculptures, le morceau le plus important appartient 
à la partie supérieure d'un pilastre dangle, de forme presque 
carrée (1"^ 03 sur 0'" 92); la pierre porte un trou de louve au 
milieu de la surface. Deux des quatre faces sont ornées de 
reliefs. Le pilastre était formé de plusieurs assises de pierres 
sculptées et superposées : comme on n'a retrouvé que l'assise 
supérieure, les ligures sont toutes coupées à la même hauteur; 
il devient ainsi difficile de déterminer à première vue le sujet 
représenté. 

A. — Sur la face la plus large (1 '" 03) on distingue, à droite, 
la tête et le haut de la poitrine d'un homme drapé, les épaules 
couvertes d'un capuchon ; il est figuré de profd, s'avançant vers 
la gauche avec un mouvement de marche très accentué; il tient 
un objet de forme arrondie dans ses deux mains tendues en 
avant. Devant lui apparaît une antre lig^ure plus petite, mar- 
chant dans le même sens. Dans l'angle on aperçoit des cordages (?). 

B. — Sur la seconde face (0'" 9'2) on voit le haut du corps de 
deux personnages drapés, se dirigeant aussi vers la gauche ; un 
troisième personnage, plus petit, dont la tête a disparu, porte la 
main gauche à sa poitrine ; l'autre main était abaissée et légè- 
rement dirigée en avant; un quatrième personnage était encore 
figuré à gauche. 

I^es reliefs de ce pilastre, qui doit provenir de la décoration 
d'un grand édifice, sont d'un bon style; exécutés par une main 
assez habile, ils remontent à une bonne épocjue de l'art romain. Il 
sera utile de comparer ces reliefs avec les fragments analogues 
déjà recueillis à Paris. 

Les autres pierres sculptées proviennent de tombeaux et 
rentrent dans la série des bas-reliefs professionnels. 

Le plus intéressant mesure I mètre de hauteur sur 1 mètre de 
largeur ; il a été brisé en (pialre morceaux. Le sujet représenté se 
développe en deux registres superposés. Dans le registre supé- 



I 



SÉANGE DU 13 JUIN lUOG 23o 

rieur on remarque un chariot à quatre roues, attelé de deux 
chevaux de front ; sur le chariot est placé un grand coffre ou 
panier au dessus duquel est juché un petit personnag'e en costume 
de travail qui soulève un couvercle à la partie antérieure du 
coffre; un second personnage, de même condition, placé à Tavant 
du chariot, près de la croupe des chevaux, vide dans le colTre 
le contenu d'une corbeille. Un troisième personnage, qui 
semble avoir la tète couverte d'un capuchon, est debout der- 
rière le chariot. Le registre inférieur renferme des figures de 
plus grandes dimensions : un homme drapé, un commerçant 
sans doute (le défunt probablement), est assis devant un comptoir 
sur lequel sont déposées des marchandises; il semble occupé à 
déplier quelque chose; de l'autre C(Mé du comptoir, une seconde 
figure drapée (un acheteur?), dont le haut du corps est brisé, est 
représentée debout, avançant la main vers les marchandises. 

Sur la plate-bande qui sépare les deux registres était gravée 
l'épitaphe du défunt, aujourd'hui très mutilée : 

D- M-N' IMI-ARER.. 

Diiis) m[anihiis) .... [Pr]imi?. . . . 



Il faut signaler aussi une grande stèle mesurant 1 '" 2*2 de haut 
sur "' 95 de large, analogue à une autre stèle trouvée au cime- 
tière Saint-Marcel et conservée au musée Carnavalet. Elle laisse 
voir trois personnages drapés, de face, une femme entre deux 
hommes, dont les visages et les vêtements ont été fortement 
endommagés à coups de marteau. La femme est vêtue d'une 
longue robe et d'un manteau; elle porte au cou un collier et des 
pendants aux oreilles. Les deux hommes ont une tunique courte, 
un manteau couvre leurs épaules. Entre les têtes de la femme et 
d'un des hommes, à droite, on distingue nettement à l'arrière-plan 
deux poissons d'un relief plus discret, passés dans un anneau 
brisé et suspendus au mur. Cette tombe représenle vraisembla- 
blement des marchands de poissons ou des pêcheurs. Sur la face 
latérale gauche, à la hauteur des têtes est gravée une aseia. A la 
partie inférieure, il y a peut-être les traces d'une inscription. 

Sur un autre relief, à l'état de fragment, est représenté une 
balance de grandes dimensions et d'un relief très accusé. Il ne 



250 SÉANCE DU lo ji;iN 1906 

reste qu'une partie du lléau terminé par un gros crochet auquel 
est adaptée une maille en forme de double anneau; un crochet 
double, soutenu par cet anneau, supporte deux fortes chaînes 
qui sont celles du plateau et dont on ne voit plus que le haut. 
Celte sculpture est rehaussée par un fdet de couUnir rouge. 

Trois autres fragments provenant de stèles funéraires et por- 
tant des représentations plus ou moins mutilées de personnages 
drapés ont été retirés des mêmes fouilles. 

La continuation des travaux nous réserve certainement 
d'autres découvertes intéressantes. 

M. Albert Martin, correspondant de l'Académie, fait une com- 
munication sur l'ostracisme; c'est un extrait dun mémoire qu'il 
a consacré à cette question. Il s'occupe exclusivement ici de savoir 
si, pour que le vote du peuple fût valable, il fallait, comme le dit 
Philochoros, 6.000 suffrages exprimés sur le même nom, ou si, 
comme l'assure Plutarque, Vie d'Arislide, 7, il sufiisait qu'il y eût 
6.000 votants. Les savants du siècle dernier ont accepté, après 
Bœckh, le dire de Philochoros: mais depuis une vingtaine d'an- 
nées, c'est l'opinion contraire qui tend à prévaloir. L'ostracisme, 
de l'avis de tous, est un privileç/iuni : or, si l'on admet qu'il ait 
fallu 6.000 suffrages unanimes pour l'ostracisme, il faut néces- 
sairement admettre que le même nombre de suffrages était exigé 
pour les auires privile(/i;i, la réhabilitation d'un atimos et l'octroi 
du droit de cité. C'est sur ce point que la critique contemporaine 
a opéré un changement de front. M. Martin, après avoir ainsi 
établi l'état de la question, étudie de nouveau les témoignages et 
pense (|iril faut décidément se prononcer en faveur de Plutarque. 
En effet, la procédure que l'auteur ancien indique pour le vote 
est la seule qui soit naturelle, logique, nécessaire. Il faut que 
l'on s'assure d'abord que le vote est légal, c'est-à-dire qu'il y a 
eu 6.000 sulfrages exprimés : c'est seulement après cette consta- 
tation qu'on donnera lecture de ce qui est écrit sur les oslraca. 
M. Martin croit d'ailleurs que les deux témoignages de Philo- 
choros et de Plutarque ne sont pas si complètement contradic- 
toires. Lu elfet, le plus souvent il ne s'agissait pas de savoir 
qui de deux on de plusieurs citoyens serait ostracisé , mais si le 
citoyen visé par les partis serait ostracisé; on doit supposer que 



SÉANCE DU 15 JUIN 190G 257 

le système de Tabstention a dû être pratiqué par tous les amis 
du citoyen menacé. Nous ne connaissons que deux ostracismes 
dans lesquels les chefs des deux partis contraires ont été menacés : 
c'est l'ostracisme de 44'2 et celui de 417. Il en résulte que 6.000 
suffrages seulement étaient exigés par la loi, comme le dit Plu- 
tarque; mais qu'en fait, par l'abstention d'une partie des citoyens 
athéniens, ces 6.000 suffrages ont le plus souvent été tous expri- 
més sur le même nom. 

M. Bouciié-Leclercq présente quelques observations. 

M. Paul Durrieu fait une communication sur un livre d'heures 
peint par Jean F'ouquet pour Philippe de Commynes 

On sait, par un texte d'archives du xv'' siècle, que le célèbre 
peintre tourangeau Jean Fouquet a illustré vers 1474 un livre 
d'heures pour Philippe de Commynes, le fameux homme d'État 
et historien. Le comte Paul Durrieu a retrouvé, dans un manu- 
scrit de la Bibliothèque nationale qui n'avait jamais été remarqué 
jusqu'ici (n'^ 1417 du fonds latin), un livre d'heures qui paraît 
correspondre à ces données. En effet, ce volume renferme vingt 
miniatures, qui ont malheureusement beaucoup souffert, mais 
dans la plupart desquelles il semble qu'on puisse reconnaître la 
main de Jean Fouquet. D'autre part, il porte les armoiries de 
Commynes comme étant le blason du premier possesseur du 
livre. Ces constatations de M. Durrieu feraient désormais du 
manuscrit latin 1417 de la Bibliothèque un document nouveau et 
très important pour l'étude des œuvres de Jean Fouquet. 

M. S. Reinach demande quelques éclaircissements sur une 
pièce alléguée par M. Durrieu. 

M. Barth revient sur l'inscription du vase de Piprâwâ conte- 
nant des reliques du Buddha, qu'il a présentée à l'Académie 
quand elle venait d'être découverte sur la frontière du Népal. 
11 examine les diverses interprétations dont elle a été l'objet 
depuis, et il montre que la rectification récente due à M. Fleet, 
quia trouvé le vrai commencement de l'inscription, ne fait que 
confirmer en somme l'interprétation qu'il en avait proposée 
d'abord à l'Académie. 



258 



LIVRES OFFERTS 



Le SECRiÎTAinE PERPÉTUEL dépose sur le bureau le fascicule de mars- 
avril et le fascicule de mai des Comptes rendus des séances de l'Aca- 
démie pendant l'année 1906 (Paris, 1906, in-8"). 

M. Saglio dépose sur le bureau le 38" fascicule du Dictionnaire des 
antiquités grecques et romaines, commençant à l'article paries, de 
M. G. Fougères, et se terminant par un travail très complet (pis/or) 
sur la boulangerie, de M. Maurice Besnier, à qui sont dues des éludes 
également exactes et consciencieuses sur la pelleterie (pelles), la 
broderie [phnjgium opus), les phares (pharus) , etc. Tous les col- 
laborateurs du Dictionnaire s'efforcent de j)résenter dans les matières 
qu'ils traileut Télat présent de la science; quelques-uns y ajoutent 
des vues nouvelles ou leurs conclusions personnelles sur des sujets 
où ils ont autorité. L'article picfura, de M. Paul Girard, par exemple, 
est de ceux où trouveront à apprendre ceux cpii se sont occupés déjà 
de la naissance et du développement de la peinture antique. Dans 
d'autres ordres d'idées, on peut citer les articles de M. Caillemer 
( phonos, phonikoi nomoi) sur le meurtre et les lois (jui le punissaient 
chez les Grecs ; de M. llild, sur les pénates; de M. Navarre, sur les 
farces et parodies appelées phlgakes, et sur les masques de théâtre 
[persona). 

Presque tous les articles sont signés de noms bien connus de 
l'Académie. Ce sont ceux de quelques-uns de ses membres mêmes, 
de ses correspondants, des lauréats de ses concours, d'éminents pro- 
fesseurs de nos Universités. Il n'est que juste de mentionner ceux de 
jeunes savants (pii essayent de se faire une place à côté d'eux, tels 
que M. G. Leroux, acluellemeut membre de l'École d'Athènes, quia 
su clairement exposer et résumer dans l'article pépins les nombreux 
travaux où a été étudiée celle délicate (pieslion du costume grec, et 
M. Ailolphc-,I()S('iih H(Mnacli, qui ra|iporte les derniers résultats des 
recherches sur un aulre dilTicile problème, le pitum de l'infanterie 
romaine. 



239 



SÉANCE DU 22 JUIN 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 



M. HÉRON DE ViLLEFOSsE rend compte de la visite qui a été 
faite hier par plusieurs membres de l'Académie dans le chantier 
des fouilles du métropolitain, au Marché aux fleurs, à la suite 
d'une invitation adressée par M. le Préfet de la Seine. On a pu 
examiner dans de très bonnes conditions les monuments décou- 
verts depuis le 2 juin et faire quelques remarques nouvelles sur 
leur interprétation. Parmi les reliefs mis au jour depuis vendredi 
dernier, on remarque un beau morceau décoratif représentant un 
lion marin se dirig^eant vers la droite, un pilastre orné de 
feuilles d'acanthe et plusieurs fragments d'architecture intéres- 
sants. La série des bas-reliefs professionnels s'est enrichie de 
deux monuments : le premier représente deux hommes en 
costume de travail supportant un coffre et portant la main en 
avant pour le maintenir en équilibre; le second, découvert pen- 
dant la visite de l'Académie , laisse voir un homme drapé, assis 
sur un siège, qui maintient par une des anses un dolium placé 
devant lui; un autre homme, debout en face du premier, verse 
dans le dolium le contenu d'un autre récipient. 

M. J. Toutain , maître de conférences à l'Kcole des Hautes 
l^tudes, expose les résultats des recherches qu'il a faites, sous la 
direction de M, R, Gagnât, sur des inscriptions découvertes 
dans le Sud Tunisien par M. le capitaine Donau , commandant 
du cercle de Kebilli. Ces inscriptions étaient gravées sur des 
bornes placées dans la région au début de l'empire romain pour 
la cadastrer et l'arpenter. Grâce aux renseignements et aux 
chiffres portés sur ces bornes, il a été possible d'établir que les 
Romains avaient arpenté et cadastré au i'''" siècle de l'ère chré- 
tienne tout le pays situé au Sud de la Tunisie et du département 
de Gonstantine. M. J. Toutain indique les résultats techniques 



260 

de ces recherches. Les deux lignes de base, le decumanus 
maximus et le kardo mnximus, étaient inclinées d'environ 30" sur 
la direction E.-O. et X.-S. Elles se rencontraient dans le désert 
au nord de Bir-es-Sof, au Sud du Chott Melghir. 

M. S. Ri:iNACH s'inscrit en faux contre le témoignage de l'histo- 
rien Polybe, répété par tous les historiens modernes, d'après 
lequel les épées gauloises étaient de si mauvaise qualité qu'elles 
se pliaient en deux au contact des armes défensives des Romains. 
Ces épées, dont nous possédons des centaines d'exemplaires, 
étaient excellentes; seulement, un rite religieux des Celles vou- 
lait qu'on les pliât en deux, en trois et parfois en quatre quand 
on les plaçait dans les tombeaux. Les tombes celtiques à épées 
tordues ont été violées, dès le n" siècle avant notre ère, par les 
colons romains; ils ont cru, et Polybe a cru avec eux, que ces 
tombes contenaient les restes de guerriers morts les armes à la 
main et que les épées avaient été déformées ainsi dans la bataille. 
11 y a là un exemple dune sorte de mythe historique né d'un rite 
religieux incompris. 



LIVRES OFFERTS 



M. S. Rein.\ch dépose sur le lnirenn le fascicule Vl-VllI du Bulle- 
lin de corresj)()ndunce hellénique, juin-aovil 1906 (Paris, 190G, in-8°). 



261 



SÉANCE DU 29 JUIN 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

L'Académie désigne MM. Paul Meyer et S. Reinach pour la 
représenter aux fêtes du cinquantième anniversaire de l'Univer- 
silé d'Aberdeen, dont la célébralion doit avoir lieu au mois de 
septembre prochain. 

M. Héron de \'illefosse fait la communication suivante : 
« Les recherches continuent au Marché aux fleurs, derrière le 
Tribunal de commerce. On a retiré du mur antique plusieurs 
monuments nouveaux. Le 25 juin, on a découvert un cippe funé- 
raire en forme d'autel, orné de volutes à la partie supérieure et 
présentant sur la face antérieure une inscription gravée dans un 
encadrement : 

D m 

A V R E / 1 A L B A N I 
EXARCI CVI VIXIT 
ANN XXXXII. .V. I 
N I C A E C O N 1 \^ X 
C O N I \^ G I P 1 E N 
T 1 S S I M O M E 
M O R 1 A M fecit 

L'un des angles du sommet sur lequel était gravé un M est 
brisé; à la ligne ■2,1a lettre L et une partie du I qui suit, ont été 
enlevés par un frottement ; à la 1. 4 les dernières lettres sont 
devenues illisibles : elles fournissaient soit le complément de 
l'âge du défunt, soit l'indication de ses années de service, ou 
bien la gentilice de sa femme. La pierre est brisée à la partie 



262 SÉANCE DU 29 JUIN 1906 

inférieure; Tinscription a été réglée. Hauteur, 0"' 64; largeur, 
" 67. 

D{iis) [m{anihus)] Aure[l]i Alhani exarci cui* vîxif ann{is) 

XXXXII^ Nicae conjux conjugi pienlissimo niemoriani 

[fecit]. 

Le titre d'exarchus qui accompagne le nom du défunt donne à 
ce texte un intérêt particulier. Dans la milice romaine des bas 
temps, ce titre appartient à des officiers qui ont le commandement 
d'un nunieriis ou d'une ala; ces officiers paraissent toujours 
avoir été placés à la tête d'une troupe montée. On peut en juger 
par les exemples suivants : 

Brescia ^. Val{er{us) Vassa exarcus in rcxililalione) c(i{iii- 

tum ) Slahlcsianoruni . 
Milan'. Aurcliua \'alentianus exarchus. 

Turin ^, Aiir[elius) Maximns exar[ciis) nuni[cri) Dal{nia- 

tarum) Divit[ensium). 
Turin ^. Aur[elius) Senecio exarc{us) n{umeri) Delm[a- 

tarum) Divil[ensium) sing{iilariam). 
Turin '^. Aurlelins) Pistas exai\chus). 
Arndorf **. A(f(faeiis exarchus alae Cèlera m. 
Augsbourg". Valerius Ca ta II inas exa[r]{cas) Da[l]{malariini) ? 
Alt-Ofen'" exarcas ex n{aniero) [e(failu]in Dal[niata- 

rum). 
Thyatire^ * . Val{erius) Juventinus exarcus qui milifavit . . . in 

vexillatione e({[uitum) l)al[mataruni) comd[a- 

fciisium \ Aucialilaiia. 

1. Pour ijiii. 

2. Les unités peuvent être III ou IIll : la pierre est très usée en celle fin 
de ligne. 

3. Corp. inscr. Int., V, 4376. 

4. Ibid., V, 5823. 

5. Ibid., V, 700. Trouvée en 1723 clans les murailles de la ville. 

6. Ibid., V, 7001. 

7. Ibid., V, 6998. Trouvée en 1723 dans les murailles de la ville. 

8. Ilcnzen, 6717. 

9. Cnrp. inscr. Int., III, 5821. 

10. Ihid., III, 10527. 

11. Ibid., III, 405, 



SÉANCE DU 29 JUIN 1 0Of) 263 

Dans ces diirérenls textes, sur neuf officiers portant le titre 
d'exarchus, deux seulement sont mentionnés, comme celui dont 
l'épitaphe vient d'être retrouvée à Paris, sans l'indication du 
corps de troupes placé sous leurs ordres. Les sept autres ont 
commandé des détachements montés dont cinq étaient composés 
de cavaliers Dalmates. Il est impossible de désigner les cavaliers 
dont Aurelius Albanus a été le commandant; il est cependant 
bon de constater qu'il y avait en Gaule, à la fin du m'' ou au 
commencement du iv" siècle, un corps de cavaliers Dalmates : en 
1890, on a retrouvé les tombes de deux d'entre eux à Châlons- 
sur-Marne '. 

Si on peut établir l'époque de l'apparition de Vexai'chus dans 
l'armée romaine, l'inscription nouvellement découverte au Mar- 
ché aux fleurs aura une importance spéciale pour préciser la 
date delà muraille romaine de la Cité. Jusqu'ici, on a considéré 
que les textes mentionnant des exarques étaient postérieurs à 
Dioclétien, et on ne les fait pas remonter plus haut que les pre- 
mières années du iv'^ siècle. Il est possible cependant que le texte 
découvert à Paris appartienne au ni*^ siècle . 

Il y a aussi une autre question à résoudre. Il serait utile de 
savoir si les deux murs parallèles retrouvés dans les fouilles du 
métropolitain appartiennent bien au mur d'enceinte de la Cité. 
D'après les relevés faits en 1829 à Saint-Landry et d'après ceux 
que Vacquerre a exécutés en 1867, lors de la construction du 
nouvel Hôtel-Dieu, dans les rues Milieu-des-Ursins, de Glatigny 
et du Haut-Moulin, relevés qui ont été reportés sur un plan de 
la Cité par les soins de M. Ch. Sellier, inspecteur des fouilles 
archéolog-iques, il semble que le rempart devait être plus voisin 
de la Seine et passer à peu près à l'endroit oii se trouvait autre- 
fois la rue de la Pelleterie. Les bases des deux murs récemment 
retrouvés pourraient donc appartenir sinon au rempart romain, 
au moins à une construction intérieure de l'enceinte, contempo- 
raine du rempart. 



1. Corp. inscr. lat., XIII, 3457-3458. 



264 SÉANCE DU 29 JUIN 1906 

M. Salomon Reinach donne lecture de la lettre suivante cjue 
M. Seymour de Ricci adresse au Secrétaire perpétuel : 

Alise-Sainte-lieine, le 28 juin 1906. 
Monsieur le Secrétaire perpétuel , 

J'ai l'honneur de porter à la connaissance de l'Académie les der- 
niers résultats des fouilles exécutées à Alise par la Société des 
sciences historiques et naturelles de Semur. 

Au cours de la semaine qui va finir, M. Pernet a découvert, en 
évidant un puits romain, un certain nombre d'objets en fer, en 
bronze, en plomb, en cuir et en bois, d'une conservation exception- 
nelle. Ce puits occupe le centre de la maison romaine dont une cave 
nous a fourni le remarquable buste de Silène soumis récemment à 
l'Académie par M. Héron de Villefosse. 11 n'avait été possible, l'hiver 
dernier, de vider ce puits que jusqu'à 15 mètres de profondeur. Les 
antiquités découvertes à celte époque — fragments d'architecture , 
base de statue en marbre, monnaies et poteries — sont décrites dans 
le Rapport pul)lié par M. le commandant Espérandieu {Comptes 
rendus de l'Académie des inncripliuns, 1906, p. 82-8.Ti. 

Nous avons pu, le 14 juin 1906, reprendre le dé])laienient au point 
où il avait été laissé l'année dernière; c'est le mercredi 27 juin que 
cette opération a pu èlrc terminée et <pie nous avons atteint le fond 
du puits, à une profondeiu- de 23 nn''tres environ. Nous n'avons ren- 
contré d'autre difTiculté sérieuse cpie l'extraclion d'un gros fût de 
colonne en calcaire et d'un bloc de pierre ne pesant pas moins d'une 
centaine de kilogrammes. 

Dans la bouc noirâtre qui remplissait la paille inférieure du puits 
et f[ui était toujours restée mouillée par les suinliMnenls du rocher, 
nous avons retrouvé les objets suivants : 

A) Instruments en fer. — Ils sont tous dune élonnanle conserva- 
tion ; le métal n'est nulle part rouillé et a gardé, avec sa couleur 
bleu-noir, toute sa dureté et loute son élasticité, l.c fer d'une grande 
pelle de terrassier, aljsoiumenl intact, rend encore, (pi:incl ou le 
frappe, un son argentin. Outre celte pt-lle, on a recueilli ; 

1'' Deux hipposandales, dont l'un tout à fait intact et muni de 
deux anneaux ; 

2" Une cuiller à pot, en fer forgé, trouvée en compagnie d'un 
grand bronze d'Alexandre Sévère ; elle se termine h sa partie supé- 
rieure par une sorte de fom-chette à trois lients recourbées comme 
des griffes ; 

3» Une clochette de vache avec son anneau de suspension ; 



SÉANCE DU 29 JUIN 1906 265 

4° Une série de clous, de charnières, de crochets, d'outils, de 
ferrures diverses, qui semblent avoir été forgés de la veille. 

B) Objets en plomb. — Ce métal, dont nous avons retrouvé une 
dizaine de kilogrammes, est d'une conservation non moins remar- 
quable que le fer. Qu'il soit en feuilles, en blocs irréguliers, ou roulé 
en anneaux grossiers, il a conservé sa couleur et n'offre aucune trace 
d'oxydation. 

C) Le bronze était représenté dans le puits par trois chaudrons 
bien conservés, deux bols, une coupe à pied et un petit vase à anse. 

D) Quelques brins de chanvre noués et de nombreux morceaux de 
cuir ont également été retirés de la vase dans un état très satisfaisant. 
Une semelle de sandale est encore souple et llexible. Je signale aussi 
un piston de pompe, formé par une tige de bois, sur laquelle sont 
enfilées une quinzaine de rondelles en cuir, et dont l'exti'émité porte 
un gros clou en cuivre, aussi rouge qu'au premier jour. 

E) Les objets en bois ne sont pas moins intéressants. Outre de 
nombreux fragments de meubles ou d'objets usuels, je cite un grand 
sceau de forme presque conique, cerclé de trois bandes de fer et 
dont les douves de sapin sont encore parfaitement conservées. L'anse 
est intacte et porte encore une chaîne en fer longue d'un mètre, dont 
le dernier anneau seul est brisé. La photographie jointe à cette lettre 
a été exécutée par M. le docteur Guédeney, d'Alise. 

Enfin j'appellerai l'attention sur une tlùte de Pan, en bois, bi'isée 
en deux morceaux, que nous avons pu rapprocher. Cet instrument de 
musique est formé par une planchette rectangulaire dont un angle a 
été rabattu. Les trous, forés dans le plan de la planchette et aboutis- 
sant à l'une des tranches, sont cylindriques, au nombre de huit et de 
longueur décroissante. La surface du bois est décorée d'ornements 
géométi'iques estampés. 

La seule sculpture en pierre que nous ayons retrouvée est un petit 
groupe en calcaire, figurant deux colombes entre lesquelles est une 
tête humaine fort mutilée. Un groupe semblable, plus grand et mieux 
conservé, fut découvert, en 1903, vis-à-vis du cimetière actuel ; il a 
été donné au musée d'Alise par M. le docteur Epery '. Deux colombes 
y semblent parlera l'oreille d'un homme barbu. Le caractère celtique 
de cette représentation ne fait i)as de doute. Ne s'agirait-il pas du 
dieu Moritasgus que nomme une inscription latine, découverte en 
16;j2 dans le champ même où nous venons de fouiller le puits? 

Veuillez agréer, etc. 

1. Il a été cité par M. S. Reinach, Cultes, mythes et religions, t. I (Paris, 
1905), p. 468. 

1906. 18 



266 SÉANCE DU 29 JUIN 1906 

M. Bréai. fait une communication sur lorij^nne du mot latin 
corpus ^ . 

M. Ch. (le La Roncière fait une communication sur les pre- 
mières explorations des Pôles par des Français (xvi*^ siècle). 

Lhistorien La Popelinière fut une victime de la science. Pour 
avoir org^anisé, en 1589, la première exploration du pôle austral, 
il « mourust d'une maladie assés ordinaire aux hommes de 
lettres et vertueux comme il estoit, à sçavoir de misère et de 
nécessité ». Il était parti lui-même à la découverte, mais il ne 
put suivre jusqu'au Sud de l'Amérique son compagnon Trépagné, 
dont le voyage de découverte dura un au et demi. Les premiers 
au pôle sud, nous fûmes également les premiers au pôle nord. 

Dès 1523, un syndicat de banquiers et d'industriels lyonnais, 
dirigé par Tommasino Guadagni, équipa une escadre de quatre 
navires normands à destination des régions arctiques. Il s'agis- 
sait de trouver, parle Nord-h^st, un détroit pour arriver en 
Chine. Faute d'y réussir, \'errazzano vira de bord vers l'Amé- 
rique. En L59i, ce fui un émigré français, Balthasar de Mou- 
cheron, qui organisa les fameuses explorations de Barendsz: puis 
il revint s'établir en France, où se forma en ir)09 la Compagnie 
du P<')le Arctique pour la découverte du détroit polaire. Baptisé 
d'avance du nom du fondateur de la Compagnie, le Détroit de 
Poucet serait occupé militairement et ne livrerait passage qu'aux 
navires sous pavillon français. Dès lors, et ce fut le résultat net 
des explorations de Kerckoven, nos baleiniers fréquentèrent le 
Spitzberg, qui s'appela un momenl.i'u Kilii, la France Arctique. 

.M. de Morgan, délégué général, rend comi)te à l'-Académic 
des résultats obtenus dans sa dernière campagne de fouilles à 
Suse. 

Un bas-relief donne le nom d'un roi nouveau, Adda Ilamili 
In Shoiishinah, lils de //milr.in 7'ep(i\ souverain de Suse entre 
l'an loo») et l'an 750 av. J.-C. Une stèle fournit le nom de Pei/ak, 
femme deShonlrouk Xalîhoiinla, mèrede Shilhalx In Shoushin,ih\ 
tous deux rois de Suse. Celle même stèle, dans un long texte très 
important, donne une foule de documents géographiques. 

1. \'oir ci-après. 



SÉANCE DU 29 JLIN 1906 267 

Quatre statues, dont une de grandeur naturelle, en diorile, est 
d'un fort beau travail; toutes représentent des rois du pays 
d'Ashmoanak. Malheureusement les têtes ont été brisées. 

Un koudourrou, titre de propriété au nom du roi cosséen 
Mélishihou, pièce très importante. 

Quelques fragments d'un second exemplaire des fameuses lois 
du roi Iloininourahi dont la Délégation a déjà, en 1903, décou- 
vert un exemplaire complet actuellement au Louvre. 

Trois pierres portant des légendes en caractères proto-anza- 
nites remontant à une antiquité qu'il est en ce moment impos- 
sible d'évaluer, mais sûrement antérieure au xl'' siècle avant 
notre ère. 

Bon nombre d'objets de moindre importance. 

Enfin, à peu de distance de Suse (1500 mètres environ), des 
sondages de la mission ont mis au jour les ruines d'une villa 
sassanide (iv*' siècle environ après J.-G.) qui, déblayée, a fourni 
de très intéressants renseignements sur l'architecture perse à 
cette époque. 

Tous les objets découverts cette année sont restés à Suse en 
toute sécurité. Le transport en sera effectué en 1908 en même 
temps que celui des découvertes des deux prochaines campagnes 
de fouilles ' . 

M. J. Toutain, maître de conférences à l'Ecole des Hautes 
Études, termine la lecture de son mémoire sur le cadastre 
romain dans l'Afrique du Nord au début de l'empire. Il montre 
que la grande opération cadastrale, dont les traces ont été 
retrouvées par M. le capitaine Donau dans le Sud tunisien, fut 
effectuée entre le mois de juillet de l'an 29 et le mois de juillet 
de l'an 30 p. G., c'est-à-dire six ans environ après la fin de la 
révolte de Tacfarinas. Le gouvernement impérial voulut sans 
doute affirmer par là qu'il prenait possession pour le présent et 
pour l'avenir des vastes territoires situés au Sud de la province 
d'Afrique. Il semble que cette opération ait marqué l'une des 
étapes les plus importantes de l'occupation romaine dans l'Afrique 
du Nord. 

1. Voir ci-après. 



268 

COMMUMGATIONS 



D ou VIENT LE MOT LATIN CORPUS, PAR M. MICHEL liRÉAL, 
MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

Je voudrais montrer par un exemple comment les lane^ues 
peuvent arriver par des voies très difîérentes à exprimer 
une seule et même chose, et comment la force de l'idée l'em- 
portant sur les orifçines premières , deux termes partis des 
points les plus éloignés de l'horizon intellectuel et moral 
peuvent devenir identiques par le sens et figurer comme la 
traduction l'un de l'autre. Ce travail d'identification est plus 
ou moins long, selon la dislance à parcourir; il reste des 
témoins plus ou moins nombreux des étapes parcourues : 
mais le sens, en dernière analyse, émousse les différences, 
efTace les couleurs trop criardes et range sous un même 
concept la matière plus ou moins docile du langage. 

C'est ce (pic je voudrais montrer sur les mots (jM^j.t. et 
coj^pus. (jui, tous deux, ont fini par désigner le corps humain, 
et même les corps en général, mais qui, à leiu- début, ont 
eu tous deux des significations très spéciales et même assez 
singulières. 

D'où vient le mot hilin corpus? 

On chercherait vainement cpielque chose d'approchant 
dans les autres langues de la famille. Le grec offre cxwy.a, 
(jui est tout différent, et (pii , comme nous allons le mon- 
trer, a un point de départ fout autre. Le sanscrit nous pré- 
sente çarira, lequel n'est pas moins éloigné. Ni l'ancien 
slave où ffwy.x est traduit par frlu. ni le litlnianien (jui dit 
ffûnas, ni l'arménien où l'on a m.irniin, ni les langues ger- 
maniques et celtifpies n'ont riiii (|ui rappelle corjjus^. Il est 

1. Il ii'j- a |)as lieu de s'arrêter f\ l'aileniancl Kurper ni à l'ii'landais corp 
(jui sdiit tinc rcprmUiclion du latin corpus. L'allemand Lcil) est apparenté 
à Leheii « la vie ». On ne connail pas rurij;ine de l'ancien irlandais colinn. 



LE IMOT LATIN CORPUS 269 

A^rai qu'on croit apercevoir un air de ressemblance dans le 
sanscrit krp et le zend kerefs. Mais ce n'est qu'une appa- 
rence trompeuse. Le sanscrit féminin krp, qui n'est usité 
qu'à l'instrumental krpâ, signifie « apparence, forme, 
beauté ». On en rapproche le masculin kalpa « plan, ordon- 
nance, règle, rite ». Ces significations abstraites, non moins 
que le genre grammatical et la diU'érence de suffixe, nous 
éloignent de corpjus. Le zend kërëp, qui fait au nominatif 
kerefs, est identique au sanscrit A/yj; il a pris dans la théo- 
logie avestéenne le sens « d'apparence charnelle » et a chair ». 
On va voir que, malgré cette ressemblance apparente, nous 
sommes loin du latin coj'pus. 

Quand un mot d'un usage quotidien est seul de son 
espèce, il est à supposer ({ue nous avons affaire à un nou- 
veau venu, à quelque synonyme qui, pour une raison ou 
pour une autre, a pris la place de l'ancien terme. La création 
du langage ne s'arrête jamais : le vocabulaire d'une langue 
vivante, à aucun moment, n'est fermé. Outre toutes les 
autres causes qui peuvent introduire des termes nouveaux, 
il faut faire la part de l'imagination populaire ; celle-ci se 
plaît II remplacer l'ancien mot par un mot qui en renouvelle 
l'idée. Pendant un certain temps, l'impression que la réalité 
fait sur notre esprit s'en trouve rafraîchie. 

Les deux mots corpus et crwixa, l'un en latin, l'autre en 
grec, sont généralement considérés comme étant de même 
sorte, comme étant la traduction l'un de l'autre. Mais c'est 
le long usage qui les a ainsi rapprochés : ils étaient fort 
distants l'un de l'autre à l'origine — si distants que, de 
les prononcer l'un à côté de l'autre, pour celui qui en sait la 
signification , fait l'effet d'une dissonance et presque d'une 
inconvenance. Ceci va devenir plus clair dans un instant. 

Jamais Homère — cette remarque n'est pas de moi — 
jamais Homère n'emploie (7w;j.a en parlant d'un homme, au 
moins un homme vivant et bien portant. La remarque est 
d'Aristarque : mais l'illustre grammairien d'Alexandrie ne 
cherche pas à savoir la cause de ce parti pris d'abstention. 



270 LE MOT LATIN CORPUS 

Pourquoi Homère évite- t.-il l'emploi de ce mot, qui, tant 
de fois, en ses récits de combat, en ses descriptions de 
blessures, aurait pu trouver place dans ses vers? Il l'em- 
ploie seulement quand il est parlé d'un mort. La raison , 
quand je vous l'aurai dite, vous paraîtra toute simple. 
Encore fallait-il la trouver, et les anciens, ce semble, étaient 
mieux placés que nous pour la connaître. 

Ce n'est point quelque interdiction rituelle, comme on 
pourrait le croire, qui empêche Homère de prononcer ce 
mot en parlant d'un homme encore en vie. Ce qui l'empêche, 
c'est le sens propre de crw'j.a. Ce sens va ressortir de lui- 
même à vos yeux à l'examen des passades où il e.st employé. 

Hector, au moment d'engager un combat décisif contre 
Achille, fait ses recommandations suprêmes. S'il succombe, 
qu'Achille prenne ses armes, qu'il les emporte sur ses 
vaisseaux, mais qu'il restitue son corps : 

Nous trouvons pareillement 70);xa en parlant des i)réten- 
dants dont les cadavres restent sans sépulture dans le 
palais d'Ulysse : 

(ov £-'. y.a"' vjv 
!7(.);;.z-:' T/:^^oix y,tX-y.\ ï-n \).i';y.pz'.ç, Gougï;;; ', 

ou d'un compagnon d'Ulysse dont le corps reste sans sépul- 
ture dans le palais de Circé : 

Swixa, pour 7X(.)|j.x, est formé du verbe saco ou to».». qui 
veut dire «sauver ». Pour retourner ;i la recominaiidalion 



1. //., VU, 79. 

2. 0(7., XXIV, 1S7. 

3. Od., XI, M. 



LE MOT LATIN CORPUS 271 

d'Hector, nous dirions : (jG)[j.y., c'est ce qui sera sauvé de 
moi, ma dépouille. 

Sw[j.a est formé de œoko « sauver, conserver » comme 
y.-f,\j.x « l'acquisition » est formé de 7.-xo[j.xt «acquérir». 

Partout où Homère met C70);xa, il faut l'entendre d'un 
corps mort. « Les flots portent les corps des hommes », 
(jw;j.aTa owtwv •/.Jy.xTa (^opizuai. « Des corps sans sépulture », 
ffwjj.aTa à/.-/;o£a, etc. 

Comment cette nuance est-elle venue à s'effacer? Je 
suppose qu'elle s'est oblitérée par la langue militaire. A la 
suite d'une bataille, où sont dénombrées les pertes, les 
historiens emploient GÔy^.y-y.. En parlant des prisonniers, ils 
disent : olI'/ijSmo'x aM[j.y-7.. S'ils ont à parler des consé- 
quences d'une victoire, ils distinguent : -/pVjixaxa, « les 
biens », c'est-à-dire le butin, et GM[j.y.-x « les corps », c'est- 
à-dire les hommes, soit morts soit prisonniers. 

Autant que les historiens, les philosophes ont peut-être 
contribué à cette extension du sens de 7w;j.a. Déjà chez 
Platon àc7(o[j.a-oc sif^rnifie (( immatériel». 

Dès lors la nuance primitive se perd de plus en plus. Les 
emplois métaphoriques se trouvent déjà au temps d'Aris- 
tote. « Le corps du discours, le corps de l'histoire », se dit 
(jM[J.y. TYjç hizfj):, c-wy.x tv;ç îcï-cpaç. 

Un emploi qui montre comment la signification primi- 
tive fut oubliée, c'est celui qui fait que les gardes du corps 
des rois de Macédoine sont appelés GM[j.x-oz>'j'/.y.y.tq. 

Mais je ne continue pas cette énumération. Je passe 
maintenant au latin coijjus^. 

Corpus. 

Avec le mot latin corpus nous entrons dans un ordre d'idées 
absolument différent, et comme dans une autre atmosphère. 

1. On a rapproché ce qui s'est passe pour l'anglais coi-pse , rallemand 
Leiche. Mais en ces exemples la marche suivie par le langage est en sens 
inverse. Sur l'italien salnia, voir Kôrting, s. v. 



272 I.E MOT LATIN CORPUS 

Mais je dois prévenir le lecteur que la fantaisie populaire, 
qui crée les termes nouveaux, ne travaille pas toujours dans 
le genre le plus relevé. Il lui arrive de remplacer les anciens 
mots par des néologismes plus ou moins triviaux, plus ou 
moins rustiques. Le français en est une preuve, avec son 
mot têle, qui signifie littéralement « tesson, pot », et qui 
est venu prendre la place de capiit. L'allemand qui est allé 
prendre, en dehors des langues germaniques, le latin ciippa, 
dont il a fait Kopf. n'a pas fait un choix plus distingué. On 
aurait tort sans doute d'en faire spécialement la caracté- 
ristique des langues modernes : les langues anciennes nous 
en offriraient sans doute autant, si nous les connaissions 
mieux. A toute époque, en tout pays, l'habitude a bientôt 
fait d'eiTaccr ce que ces termes avaient aux premiers jours 
d'un peu choquant, en sorte qu'ils font exactement le même 
usage que leurs aînés. 

Après ce préambule, vous êtes mieux préparés à apprendre 
le sens primitif de cnrjnis. C'est le corps considéré au point 
de vue du volume. Pour exprimer cette idée, le langage a 
été chercher dans le monde végétal un terme de comparai- 
son. Il a choisi, pour désigner le corps humain — peut- 
être à l'oi-igine avec un mélange d'humour — le légume le 
plus volumineux, celui que Virgile a chanté dans ses Géor- 
giques : 

lortusque per herbam 
Crescercl in ventrem cucuniis*. 

C'est ciicuinis ou cucurbita i[m a prêté son nom au corps 
humain. 

A côté de riirurhi/n et de ciirumis — deux noms où le 
redonblrnuiil de la première syllabe, selon l'observation du 
naturalisle-pliilologue Ilohn, était une façon de marquer la 
nature plantureuse — le latin a possédé, comme troisième 

1. IV, 123. 



LE MOT LATIN CORPUS 



273 



synonyme, le mot corpus, en son sens primitif de « courg'e » 
ou de « citrouille ». Mais il s'est passé le même fait dont 
nous aurons tout à l'heure un exemple en grec, à savoir que 
le sens métaphorique a fait tomber en désuétude le sens 
propre et orig-inaire. La signification de végétal a été sup- 
primée. Par une assimilation irrespectueuse, quoique pitto- 
resque, corpus est resté comme nom de tout ou partie de la 
personne humaine. 

Les idiomes voisins sont les témoins de ce remarquable 
changement. En vieux haut-allemand, la courge s'appelle 
chuT'piz : comme tant d'autres mots de la vie rustique, les Ger- 
mains ont probablement reçu ce nom des colons auprès des- 
quelsils ont pris leurs premières leçons de jardinage. Encore 
aujourd'hui en allemand, la courge s'appelle Kurhisz ou 
Kiirhse. 

Le latin a gardé un souvenir inconscient du sens primitif 
en son adjectif corpulentus. 

Le même terme se retrouve en grec. Mais il se retrouve 
en grec dans une acception très spéciale. Par un trans- 
port étrange, qui pourra intéresser les archéologues, il est 
resté le nom des plus anciens recueils de lois, les lois ayant 
été d'abord gravées sur des stèles soit arrondies, soit trigo- 
nales ou tétragonales, qu'on faisait tourner autour d'un axe 
central, à la façon des pupitres de nos musiciens. On les 
appelait aussi â'^ovsç. Les lois de Solon sont souvent men- 
tionnées sous cette désignation de -/.jpc^'.r, qu'on trouve 
notamment dans une phrase de la Ilo\\-v.x d'Aristote, citée 
par Pollux. 

Mais y.ùpSiq a encore un troisième sens, celui de turban ou 
de tiare '. Nous n'avons pas le droit de nous en étonner, un 
frère de la courge, le melon, ayant chez nous un sens ana- 
logue 2. 

1. Pollux, s. V. 

2. xupêaata. f, 5= t-.âpa /.al y.'jpoapata IlEpaizai -sptxeçaXaîa; elSo; /al 
7:(Xo'j (Pollux). 



274 LE MOT LATIN CORPUS 

Je ne veux point pousser plus loin cette étude. Autre- 
ment j'aurais à parler de cor bis « la corbeille », qui a 
commencé par être la calebasse et qui, à cause de sa forme, 
a donné son nom à un certain genre de navire, corbita 
« la corvette ». 

Pour revenir à notre point de départ, aM^.x et corpus, 
quoique partis de régions fort distantes, sont devenus 
exactement synonymes, même en leurs applications 
détournées et métaphoriques. Nous parlons du corps diplo- 
matique, des grands corps de l'Etat, de nos corps savants: 
les Grecs ont pareillement étendu le sens de leur mot ffw;j.a, 
peut-être influencés quelque peu par l'emploi du latin. 

Me sera-t-il permis de finir par quelques mots de nature 
plus générale ? 

J'ai entendu dire que ce genre d'étude — intéressant 
peut-être , amusant il se peut — était en réalité inutile. 
Alors il faudra aussi déclarer inutile la critique littéraire, 
et déclarer de nul prix tout le travail que des peuples bien 
doués ont dépensé à enrichir, à perfectionner leur langage. 
Mais je n'en crois rien : je vois que dans l'antiquité comme 
de nos jours, au temps de Varron comme à celui de Ducange, 
les meilleurs esprits ont tenu à s'enquérir de l'origine des 
mots, dans l'idée que l'origine en révèle souvent l'histoire 
et en fait mieux mesurer la portée. Parce que cette recherche 
dispose aujourd'hui de moyens plus nombreux et plus sûrs, 
ce n est pas une raison pour y renoncer; on remarquera, si 
l'on est juste, que ces études, en devenant plus exactes, 
servent de plus en plus à l'explication des auteurs. Elles 
reprennent les problèmes de l'ancienne philologie avec des 
moyens que ni les Grecs ni les Romains n'avaient à leur dis- 
position. En un temps où des pierres et des monnaies l'on 
réussit à extraire de l'histoire, il serait étrange qu'on 
alfectàt de négliger les mots, auxcjuels tant de générations 
humaines ont confié leurs secrets ! 



275 



RÉSULTATS DK LA NEUVIÈME CAMPAGNE DE FOUILLES 
DE LA DÉLÉGATION DU MINISTÈKE DE l'iNSTRUCTION PURLIQUE 

EN PEHSE, 
PAR M. J. DE MORGAN. 

J'ai riionneur de vous rendre compte des résultats obte- 
nus par la délég-ation en Perse du Ministère de l'instruction 
publi([ue au cours de ses travaux de 1905-190(3 (neuvième 
campag-ne de fouilles). 

Nos elîorts ont, comme dans les campag-nes précédentes, 
été concentrés sur l'acropole de Suse. Deux niveaux ont été 
attaqués : le premier correspondant aux basses époques 
(arabe , sassanide , parthe , séleucide et achéménide) , le 
second renfermant les monuments ruinés par les Assyriens 
lors du sac de la ville sous Assour-bani-pal. 

Du premier niveau il ne reste plus aujourd'hui à fouiller 
qu'un dixième environ de la surface primitive du tell, du 
second la moitié seulement a été enlevée. 

J'ai dû diviser géométriquement le tell en niveaux régu- 
liers sans me préoccuper de suivre les horizons naturels, 
parce que ces horizons de l'ancien sol sont extrêmement 
variables dans leurs cotes, parce que les dallages sont enche- 
vêtrés à des hauteurs très différentes, parce qu'enfin il serait 
impossible dans les ruines de Suse d'éta])lir, même approxi- 
mativement, les niveaux de fondations des divers édifices. 

Jusqu'aux premiers dallages élamites, dont la profondeur 
varie entre 5 et 8 mètres, on rencontre mélangés des objets 
appartenant à toutes les époques ; les uns étant encore à la 
place où ils ont été abandonnés, les autres ayant été remon- 
tés par des travaux successifs de terrassement ou de con- 
struction. 

G est ainsi que, près de la surface, nous avons rencontré, 
cette année même, des fragments portant des textes extrê- 



276 NEUVIÈME CAMPAGNE DE FOUILLES EN PERSE 

mement anciens, antérieurs pour le moins au xl*^ siècle, en 
compag-nie de poteries arabes, de médailles parthes ou 
sassanides et de débris achéménides. 

Vers les dallages élamites, les objets de basse époque 
disparaissent. Les textes les moins anciens nous fournissent 
l'âge des constructions anzanites bien quêtant accompagnés 
de monuments beaucoup plus anciens. 

Quant aux constructions elles-mêmes, elles n'existent 
plus qu'à l'état de ruines informes et, malgré le soin avec 
lequel nous en relevons les plans, il ne nous a pas été pos- 
sible jusqu ici d'en tirer des conclusions quant à la distri- 
bution horizontale des édifices susiens. Conserver de sem- 
blables vestiges ne servirait pas la science et, de plus, 
pendant les mois d'été où les chaleurs obligent à suspendre 
les travaux, les nomades renverseraient ces pans de murs, 
en quête de trésors ou de textes qu'ils iraient ensuite vendre 
en Turquie. 

Pour ces raisons je dois démolir les ruines après les avoir 
relevées. Leur démolition nous fournit très souvent des 
documents de grande valeur scienlilitjue; dans tous les cas, 
elle laisse libre l'exploitation des niveaux inférieurs. 

Les découvertes de lljOo-6 ont donc toutes été faites dans 
les décombres situés au-dessus de la cote 25 mètres du tell, 
c'est-à-dire à une profondeur variant entre 0'" 00 et 10 •" 00. 
Je parlerai de nos découvertes en suivant l'ordre ascendant 
d'ancienneté des monuments. 

De l'époque achéménide,nous avons rencontré une sépul- 
ture de jeune lille dont le squelette reposait dans une cuve 
de bronze analogue à celle que vous pouvez voir dans la 
salle susienne du Louvre. 

Un peigne d'ivoire rehaussé d'or constituait à lui seul le 
mobilier funéraire de cette sépulture, et encore n'avons-nous 
pu l'obtenir qu'en fragments. Quoi qu'il en soit, ce peigne, 
orné de lions en or repoussé, nous a laissé quelques fort 
beaux débris. 



NEUVIÈME CAMPAGNE DE FOUILLES EN PERSE 277 

Je passerai sous silence les menus objets, tels quecNlindres, 
cachets, statuettes d'arg-ile, vases de pierre et de terre. Ils 
sont toujours nombreux dans nos fouilles, de même que les 
armes et les instruments de bronze; mais je citerai une tête 
de lion en pâte bleue, d'époque anzanite, très remarquable 
par la finesse de son exécution, et un petit cachet de pierre 
portant des hiérog-lyphes qui, s'ils ne sont pas hétéens, 
ajjpartiennent au système d'écriture le plus anciennement 
usité en Chaldée. 

Les plus récentes parmi les inscriptions découvertes cette 
année sont deux textes en hébreu archaïque gravés sur le 
col d'alabastra et dont M. Clermont-Ganneau vous a entre- 
tenus il y a peu de temps. Ces deux textes, bien que très 
courts, sont d'une grande importance au point de vue des 
études hébraïques ainsi que l'a fait observer votre confrère 
dans sa savante comnmnication. 

Les textes cunéiformes sont très nombreux : les uns écrits 
sur briques appartiennent à toute la série des rois et des 
patésis depuis les contemporains des Assyriens jusqu'aux 
temps les plus reculés, les autres gravés sur pierre couvrent 
des stèles ou des koudourrous ou accompagnent des sta- 
tues parfois fort belles. 

Un bas- relief, par le texte qui l'accompagne, nous donne 
le nom d'un roi nouveau : 

Adda hamiti In Susinak fils de Hutran Tepti. 

Tous deux sont mentionnés dans la stèle LVIII du pre- 
mier volume des textes anzanites de nos Mémoires. 

Par le caractère de l'écriture et en tenant compte des 
notions déjà acquises de l'histoire élamite, ce roi ou plutôt 
ces deux rois appartiennent certainement à l'époque com- 
prise entre 1000 et 7o0 avant notre ère. 

Ce texte est une légende deux fois répétée exprimant les 
titres royaux. 

Parmi les découvertes de cette année, il faut sans aucun 



278 NEUVIÈME CAMPAGNE DE FOUILLES EN PERSE 

doute mettre au premier rang- la jurande stèle de grès de 
Silhak In Susinak (xi« siècle), haute de plus de 2 mètres, 
large de plus de i '" 50 et couverte de textes sur ses deux 
faces. 

Cette stèle a malheureusement été calcinée lors de l'in- 
cendie de la ville. Malgré les détériorations qu'elle a subies 
par le malheur des temps et l'intempérie des saisons, elle 
ne restera pas moins, en épigraphie. l'un des principaux 
monuments de la littérature anzanite. 

Elle fournit : 

l** bon nombre de mots nouveaux de la langue anzanite; 

2" une série de noms divins ; 

3° une série de noms géographiques ; 

o° une nomenclature plus complète que celles connues 
jusqu'ici des membres de la famille royale et pour la pre- 
mière fois le nom de la reine mère Pei/ak, femme de Siilrul: 
Nahliuntè. 

Un fragment de cuve au nom de SulruU ?\ahhunlc dont 
le texte est malheureusement brisé en tête des lignes. 

Quatre statues dont trois en calcaire et une en diorite : 
deux représentent des personnages debout et deux des 
ligures assises ; toutes sont dune très bonne exécution ; 
les têtes ont été brisées. 

Je citerai spécialement la statue de diorite représentant 
un personnage barbu de grandeur naturelle. Son état de 
conservation est, sauf la tête, parfait; le haut du corps, 
remarquable par son exécution, montre à nu l'épaule droite, 
les bras et une partie de la poitrine ; le vêtement est déli- 
catement frangé. 

Ces quatre statues portent sans variantes la même inscrip- 
tion dans laquelle Sutruk Xaljhunic expose le fait de guerre 
qui lui a permis de con(is(jucr ces objets d'art soit à Al;Lnd 
soit à Si/jjjar, etc. Cette fois, le pays spolié était Asnimunak, 
limitrophe de la Babylonie de l'Elam. 

Déjà dans nos fouilles précédentes nous avions rencontré 



NEUVIÈME CAMPAG^E DE FOUILLES EN PERSE 279 

un objet de même provenance. On le peut voir au Musée 
du Louvre. 

Jusqu'ici, dans les monuments de provenance étrangère, 
nous avions toujours vu à côté du nom du conquérant éla- 
mite celui du personnag-e représenté ou de celui auquel 
était dû l'objet. Ici le nom du roi d^Anniunnak fait défaut, 
non qu il ait été effacé ou martelé, mais parce que jamais 
il ne fut g-ravé ; la place où il devait se trouver est restée 
vide, anépigraphe, on ne sait pourquoi. 
. Une stèle koudourrou en calcaire noir représente le roi et 
la divinité sur Tune de ses faces. Elle est au nom de Mcllsihii 
(1144-1130) et portait jadis trois actes de donation. 

Du premier, sur la face antérieure, il ne reste, après 
martelage, presque rien, quelques lignes à peine sur le bord 
du revers. 

Les deux autres gravées en tête-bêche sur le revers sont 
assez bien conservées ; Tune des deux est en faveur de la 
princesse Hiinnafum, fille du roi. 

Le bas-relief qui accompagne ces documents se distingue 
entièrement de ce qu'habituellement on rencontre sur les 
koudourrous et, à cet égard, est du plus haut intérêt. La 
facture en est cependant la même que sur les koudourrous 
habituels. 

L'une de nos découvertes les plus intéressantes est celle 
de trois fragments d'un second exemplaire des lois d'Hani- 
murahi, gravé lui aussi sur basalte. Ces morceaux assez 
importants comprennent : 

Les § 60, 61 et 62; 

Les § 126, 127 et un passage de l'épilogue ; 

Le § a inséré dans l'édition du P. Scheil , d'après les 
tablettes du musée Britannique, se trouve ici complet dans 
l'original de même que la col. 1 du § j6. 

De cette découverte on peut conclure que tous les divers , 
exemplaires du Code n'ont pas été radiés entièrement ou ne 
l'ont pas été au même endroit. Nous pouvons donc espérer. 



280 NEUVIÈME CAMPAGNE DE FOLILLES EN PERSE 

d'une année à l'autre la restitution complète de ce précieux 
document. 

Un frag-nient en roche noire d'une superbe stèle d'Ham- 
miirabi (vers 20o0) sur lequel se lit le nom du roi. 

Une belle brique sur le plat de laquelle Dungi (roi d'Our 
vers 3650) mentionne sa construction du temple de Xin- 
Susinak, c'est-à-dire de Susi?iak. 

Enfin trois lég-endes en écriture proto-anzanite fournissent 
de nouvelles variantes et quelques signes inconnus jusqu'ici. 
L'une de ces lég-endes était accompagnée d'un texte en écri- 
ture babylonienne archaïque, malheureusement très effrité. 

Telles sont, Messieurs, les principales découvertes de 
cette année dans l'acropole susien. Mais nos recherches ne 
se sont pas bornées là : nous avons opéré des sondages dans 
les buttes artificielles situées au Nord de la ville, et là, en 
cherchant les sépultures archaïques, nous avons découvert 
à fleur de sol une belle villa d'époque sassanide fort inté- 
ressante par la conservation de ses ruines. 

La construction est en briques cuites de petites dimen- 
sions, habilement appareillées. Quekiues-unes de ces briques 
portant encore des traces de fresques font songer à la descrip- 
tion que nous donne Ammien Marcellln d'uni' villa royale 
située non loin de Ktésiphon. 

Le déblaiement de cet édifice a, comme de juste, arrêté mes 
investigations en profondeur, mais elles seront reprises 
l'hiver prochain. 

Le hasard m'a permis de me procurer quelques bi'icjues 
anzanites provenant d'un tell situé sur la rive gauche de 
la rivière Diz, à 50 kilomètres environ de Suse, tell nommé 
Dî-nou le village nouveau) par les indigènes. 

Ces frairments sont au nom de Ku/ir Xah/ninlc et de son 
père Su/ ru k Xa h h un te (x« siècle). Ils mentionnent le temple 
de la déesse Manzal qui sans doute était érigé dans cette 
localité. Cette divinité nous était connue par les textes de 
èilhak In Susinak et par une inscription de gond de porte 
au nom du roi Ilutcludus In Susinak. 



LIVRES OFFERTS 281 

Gomme vous le pouvez voir, Messieurs, par ce que je 
viens d'avoir 1 honneur de vous exposer, ces découvertes de 
190o-190() ne le cèdent en rien à celles des années précé- 
dentes. Et cependant la moitié de nos travaux a porté sur 
le premier niveau, cest-à-dire sur le moins riche. La pro- 
chaine campagne n'exploitera que dans les niveaux 2 et 3, 
entre 3 et IS mètres de profondeur. C'est là que se trouvent 
les dallages des principaux édifices. Nous avons donc lieu 
d'espérer pour l'an prochain des résultats supérieurs à ceux 
de cette année. 



LIVRES OFFERTS 



M. Héron de Villefosse offre à l'Académie un mémoire dont il est 
rauteur, intitulé : Antiquités romaines trouvées à Alise-Sainte-Reine 
(extr. des Mémoires de la Soc. des Antiq. de France, t. LXV). 



1906. 19 



282 



APPENDICE 



lîhKjl i: l)K SARDES REPRÉSENTANT LA DÉESSE CVBÉBÉ. 

NOTE DE M; (iEORGES KADET, COURESPONDANT DE LACADÉMIE; 

LUE l'AK M. PdTIlEK DANS LA SÉANCE DU iS ,1 L LN 19UG. 

On se borne ici à résumer le mémoire qui a été commu- 
iii(|ué en manuscrit par M. Pottier et qui doit être publié 
intégralement plus tard'. 

Le monument qui en fait l'objet a été découvert à Sardes, 
Il n'y a aucun doute sur la provenance. Sig-nalé par 
M. Aristote Fontrier, il est entré au Musée du Louvre. Il 
consiste en uni; bri(jue estampée dont il manque la partie 
droite. Dimensions actuelles: 2ox24 1/2. Une baguette 
divise en deux métopes la surface décorée. 

Métope A. — Déesse de profil, marchant à gauche. Gros 
œil en amande, tracé de face, à fleur dépiderme. Pas de 
coiffure. Cheveux formant calotte sur le crâne et retombant 
en masse sur le cou. Buste encadré par une paire d ailes 
recoquillées. Ailettes, de même forme, aux talons. liras en 
équerre tenant par la (|ueue, symétriquement, un couple de 
lionceaux dont le nudle se retourne pour rugir. La figure 
semble nue. Mais ce n'est qu une apparence. Le bas du 
péplos qui la drape est visible entre les jambes. 

Méku'E h. — Il n'en subsiste plus qu une main tenant 
un arc muni de sa flèche et les deux tiers d'une jambe en 
marche. 

Sljeis représentés. — Pour la métope A, nul doute. Il 
s'agit (h' la divinité célèbre, connue par de multiples repré- 

1. Dans la Revue des Éludes anciennes. 



LA DÉESSE CYBÉBÉ 



283 



sentations, que les poètes grecs appelaient la « Reine des 
fauves », zd-v'.a OY;po)v. Incarnation de la Terre-Mère, elle 




était 1 objet d'un culte universel. A Sardes, nous le savons 
par Hérodote (V, 102), elle portait le nom indigène de 
(( Gybébé ». La façon dont elle est invoquée par le chœur de 
Philoctète (v. 391-402' montre à quel point elle était 
vénérée encore au temps de Sophocle. Cette -dtv.x '^.%itp 
Kjêv-êï; du pays lydien correspond à la « Matar Kubile >- 
phrygienne. 

Quant à larcher de la métope B, faut-il voir en lui un 



284 LA DÉESSE CYBÉBÉ 

Apollon? Je ne le pense pas. Comme sur un des trag-ments 
de la frise d'Assos ', comme sur la plaque de bronze 
d"01vmpie -, comme sur la cinquième zone du cotîre des 
Cvpsélides ■^, ce tireur de flèches est un Héraclès. On sait 
dailleurs la place (pia tenue en Lvdie la légende dHercule. 

Date ul mommem. — Que la brique de Sardes soit 
d'époque archaïque, c'est ce qui frappe au premier coup 
d'œil. Par comparaison avec des œuvres d'inspiration simi- 
laire, stèle de Dorylée '% bijoux de Camiros ^ plaque de 
bronze d'Olympie '', il est permis de la rapporter soit au 
dernier quart du \ ii*^ siècle, soit au premier du vi'". 

Questions d'origine et d'attribution. — Le type de la 
TTCTV'.a OYipwv, avant d'être familier aux Grecs, fut un des 
motifs favoris que traita l'art des Préhellènes. Mais entre 
les figures des temps mycéniens et celles de l'époque 
g'recque, on constate une dilférence considérable : les der- 
nières sont ailées; les premières n'ont pas d'ailes. Où et 
comment la grande déesse thérophore des contemporains 
de Minos a-t-elle été pourvue d'ailes à recoquillement? Est- 
ce en Grèce, comme l'a pensé Studniczka" ? Non. D'une 
part, en elfet, les ailes recoquillées ne s'y rencontrent qu'aux 
périodes où l'art greca subi lintluencede l'Orient et, d'autre 
part, la religion grecque, lorsqu'elle obéit à ses tendances 
nationales, répugne à représenter avec des ailes les figures 
maîtresses de son panthéon (cf. Aristophane. Oiseaux, 
V. S71-57o). Les données de l'archéologie, d'accord avec les 



1. ColliKnon, Hisl. de la sculfiliire (jrccque. t. I. p. 183. fig. 85. 

2. Ihid.. p. 89, fi},'. 45. 

3. Ibid., V- •'' cf- Piius-anias. \'. 11'. 'J . 

1 Hadet et Ouvré. liiill. de Corr. hellén., l. WIII. Is'.H. p. 129-136 cl 
pi. Whis; Perrol. Ilisl. de l Arl. l. VIII, p. 342-346 el fitr. 149. 

.T. .\. Berlrand. Archéol. ceUi(iiie. 2' éd.. p. 337: Sa}.dio, Dicl. des And- 
quilés, t. I. p. 789. n-. 935 : ./,././•. nrrh. Insl.. t. XV, 1900, p. 114 cl 221 ; 
IVinice. Arch. Anzei(jer. t. MX. 1!'04, p. 40-41, fitr. 2-12. 

6. CoIIignon. Hist. de la sculpture rjrecque. t. I. p- 89, fiji. 45. 

7. Kyrene. p. 156-157. 



LA DÉESSE CYBÉBÉ 285 

enseig^nements de l'histoire, prouvent que ce fut en lonie, à 
l'époque de l'hégémonie lydienne, que se transforma le 
type mycénien de la TriTvtx Hr^poy. Il y a un parallélisme 
saisissant entre la diil'usion du culte de la Grande Mère du 
Tmole et l'épanouissement de la monarchie de Gygès, 
d'iVlyatte et de Crésus. 

Après la prise de Sardes par les Perses, Gybébé, la déesse 
indigène, fut assimilée à l'Anaïtis ou Anahita des vain- 
queurs. Les Grecs prirent alors l'habitude de désig-ner sous 
le nom d' « Artémis persique » l'antique rôrvia 9y;po)v. Certains 
modernes ont fait comme eux. Gerhard, étudiant, en 1854, 
les représentations de la Reine des bêtes, usa, pour toute 
la série, de la dénomination d' Artémis persique. Il en fut 
blâmé, à tort et à raison. A tort, parce qu'au fond les termes 
de T.z-'/'.y. Or,c(7jv et d'Artémis persique s'appliquent à une 
seule et même unité divine; avec raison, parce que ces deux 
termes ne conviennent pas au même moment de son évo- 
lution. Si Ion veut être scrupuleusement exact, on ne fera 
pas refluer sur le temps des Mermnades une appellation qui 
ne se justifie qu'à partir des Achéménides. Mais comme la 
disparition de cette étiquette si commode, si expressive, 
d' <( Artémis persique », pourrait être gênante, je proposerai 
aux historiens de l'art grec, que choque, de 687 à o46, un 
tel anachronisme, d'adopter, pour la série dont l'image de 
Sardes est un des plus anciens et des plus remarquables 
spécimens, le vocable non moins expressif, non moins 
exotique, de « Gybébé ». 



Le Gérant, A. Picard. 



MACOiN, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1906 

PRÉSIDENCE DE M. R. GAGNAT 



SEANCE DU 6 JUILLET 






PRESIDENCE DE M. R. CAGNAT. 

Mgr DiciiESNE, directeur de l'École française de Rome, donne 
à TAcadémie quelques renseignements sur les fouilles entre- 
prises à Bologne par M. Albert Grenier, membre de TÉcole. Ces 
fouilles ont pour objet de déterminer les rapports entre le déve- 
loppement de deux nécropoles antiques, lune étrusque et Tautre 
italiote. De là peut sortir une certaine lumière sur les relations 
entre la civilisation étrusque et celle qui Va précédée dans cette 
partie de ITtalie et dans l'Italie en général. Les travaux de 
M. Grenier se poursuivent depuis le mois de mai ; ils ont amené 
la découverte d'un certain nombre de lombes et mis au jour 
diverses données topograpbiques qui permettront sans doute de 
résoudre le problème auquel on s'est attaqué. Les fouilles ne 
seront terminées qu'à la tin de l'été. A ce moment, elles seront 
l'objet d'un rapport complet et précis. 

1906. 20 



288 SÉANCE DU 6 JLILI.ET 1906 

M. Hené Pichoii coinniuniqiie une étude sur la polilique de 
Constantin d'après le témoignag^e des Paneqijrici Lalini. Cette 
politique, dont les haranc^ues otricielies permettent de suivre pas 
à pas les transiormatloiis successives, peut se résumer ainsi : 
substitution d'une monarchie héréditaire à une monarchie fon- 
dée sur l'adoption; élarg-issement du pag-anisme en un déisme 
éclectique susceptible de s'accommoder avec le christianisme ; et, 
envers les Barbares, abandon de la pnlilif[ue défensi\-e pour une 
politique plus belliqueuse '. 

MM. Peiirot, s. Reinacu, BoissncR , Alfred Cruiskt et 
Mgr DucHESNE présentent quelques observations. 

M. DE V'oGiJÉ entretient l'Académie dune petite église sise au 
village de Sauveplantade, sur les bords de lArdèche. Elle s'élève 
sur les ruines d'un temple de Jupiter: une inscription romaine 
y estconservéc. L'église a été bâtie à la fin du xi*^ ou au commen- 
cement du xii^ siècle: la coupole qui couvre le centre du transept 
a la forme d'une pyramide portée sur des trompes. C'est peut- 
être la seule cjui existe en France. Vn des grands arcs s'appuie 
sur un chapiteau de forme trapézoïdale, orné de rosaces sculptées 
en méplat, diin faire qui rappelle larl oriental. M. de ^'ogU(? 
considère ce chapiteau comme ayant appartenu à une église 
bàlie vers le vin'' on le ix'' siècle. 

M. IIÉHON" w. Xii.i.Ei'ossi: doiuie lecture d un r,ip|)(U'l de 
M. l'abbé Leynaud, curé deSousse,surles fouilles des catacombes 
d'Uadrumète -. 



1. \'i>ii- ci-aprùs. 
'i. ^'()i^ ci-après. 



289 



COMMUNICATIONS 



LA POLITIQUE DE CONSTANTIN d'aPRÈS LES PANEGYRICI LATINI, 

PAR M. RENÉ PICHON. 

Les écrivains modernes ont, en général, qualifié d'une 
façon très méprisante la valeur historique des Panégy- 
riques. Duruy, qui représente en ces matières l'opinion 
moyenne et commune, se plaint que les historiens anciens 
n'aient consacré à l'époque de Dioclétien que quelques 
lignes, et ajoute tristement qu'il n'y a guère davantage à 
extraire de la mauvaise rhétorique des orateurs officiels et 
des invectives de Lactance. Je voudrais montrer que les 
panégyristes méritent un peu mieux que ce dédain. Sans 
doute, les conditions dans lesquelles ils ont parlé nous les 
rendent suspects : fonctionnaires de l'empire, haranguant 
l'empereur, ils n'ont pu avoir ni l'intention ni la liberté de 
tout dire ; mais combien n'y a-t-il pas d'autres écrivains 
dont le parti-pris ou l'intérêt ont pu fausser le jugement, et 
dont on ne laisse pas néanmoins de se servir? En tout cas, 
les panégyristes n'ont rien dit que ce que les empereurs 
voulaient entendre : leurs louanges les plus outrées nous 
renseignent donc au moins sur les pensées, les intentions, 
les prétentions, si l'on veut, des souverains qu'ils compli- 
mentaient , et c'est ainsi que , comme je vais essayer de le 
faire voir, ils nous aident à comprendre quelle a été au juste 
la politique de Constantin. 



290 LA POLITIQUE DE CONSTANTIN 



I 



Il n'est pas douteux qu'en prenant le pouvoir Constantin 
n'ait invoqué comme principal titre sa qualité de fils de 
Constance. Le De mortibus persecuforiim, qui lui est si 
favorable, représente Constance lég-uant l'empire à son lils 
comme s il s'agissait d'un patrimoine. Mais une telle façon 
d'envisa<jfer la transmission du pouvoir suprême n'allait pas 
sans tHlFicultés, et l'on peut suivre à travers les panéi^i'y- 
ricjues les prog-rès de ce que j'appellerai l'idée dynastique. 

Cette idée avait été fortement battue en brèche dans les 
dernières années du ui*^ siècle. En 275, après la mort d'Au- 
rélien, pendant cette réaction sénatoriale qui se manifesta 
pai- 1 élection de Tacite, les chefs du parti aristocrati({ue 
s élevèrent vivement contre le système de l'hérédité. Ce 
svstème est également étrano^er au grouvernement de Dio- 
clétien : c'est par l'adoption seule que sont élevés au trône 
Maximien Hercule, puis Constance et Galère, puis Sévère 
et Maximin Daia. Dioctétien semble avoir compté beaucoup 
sur ce mode de recrutement, moins soumis au hasard que 
celui de l'hérédité. Dans les premiers panégyriques, lui et 
Maximien ne sont dépeints que comme des soldats de for- 
tune, des parvenus : on ne craint pas de mentionner leur 
naissance en pays à demi i)arbare, leur jeunesse passée dans 
les cam{)s, leur dur apprentissage de la guerre; on sent 
bien qu'ils ont conquis la dignité impériale k la pointe de 
l'épée. 

Chez Constance déjà qu('l({ues ambitions dynasti([ues 
paraissent poindre. D'abord, sans sortir du loyalisme, il a 
je ne sais ({uelle tendance à s'isoler : on le loue [)resque 
seul sans beaucoup mentionner ses collègues. De plus, son 
panégyriste formule des souhaits ;i l'adresse de toute sa 
famille : (( Nous faisons des vœux pour que nos enfants, nos 
petits-enfants et nos descendants vous obéissent toujours, 



LA POLITIQUE DE CONSTANTIN 291 

à VOUS et à ceux que vous élevez et élèverez. » Voilà déjà une 
protestation de dévouement à une race impériale. 

Avec Constantin, l'idée de l'hérédité s'étale plus ouver- 
tement. Dans le premier des discours qui lui sont adressés, 
on souhaite que son mariag'e assure la perpétuité de la 
descendance de Constance, à laquelle est lié le salut de 
l'Etat : « La chose romaine, ballottée au g'ré des caractères 
et des destinées de ses souverains, ne peut se consolider 
qu'en s 'appuyant sur votre dynastie. » Cependant l'ambi- 
tion de Constantin n'est pas encore trop agressive. Le 
panég-yriste garde le silence sur les autres empereurs actuel- 
lement régnants, Galère, Sévère, Maximin Daia et Maxence : 
on peut en conclure que Constantin n'est ni très bien jii en 
rupture ouverte avec eux. Il n"a pas d'ailleurs osé prendre 
de lui-même le titre d'Auguste : il a attendu la consécra- 
tion de Maximien Hercule, sollicité même celle de Galère. 
Le témoignage du panégyriste est confirmé sur ce point par 
celui de Lactance et des monnaies. Il y a eu là une espèce 
de compromis. 

Avec le VIT' panégyrique nous faisons un pas de plus, et 
décidément les prétentions dynastiques prennent le dessus 
sur le svstème de arouvernement de Dioclétien. Le nom du 
vieil empereur n'est prononcé qu'avec respect, mais ses 
principes sont oubliés. Le panégyriste fait une vraie théorie 
de l'hérédité monarchique: Conslantin est «né empereur », 
il a (( mérité le trône en naissant », ce qui est beaucoup 
plus beau que iVy monter par degrés. Les règles de l'héré- 
dité sont même fixées : c'est le fils aîné qui recueille le 
pouvoir. C'est que trois ans se sont passés depuis le discours 
précédent. Constantin s'est défait de son beau-père, a battu 
les Germains, peut compter sur l'armée et sur le peuple. 

A cette dynastie, il faut un passé. Constance ne suffît 
plus, on rattache sa famille à lempereur Claude. A vrai 
dire, on n'est pas bien d'accord sur le degré de parenté : 
pour l'anonyme de Valois, Constance est le neveu de 



292 LA POLITIOLE DE CO^■STA^TIN 

Claude; pour Flavius Vopiscus , son petit-neveu; pour 
Eutrope, son petit-fils; dans certaines inscriptions, son fils. 
L'auteur du MI'' panég^yrique avoue que cette descendance 
est inconnue de la plupart des j^^ens : c'est une généalo^^ie 
factice, comme celle des Guise se réclamant de Charle- 
mao-ne , et d'intention non douteuse. On la retrouve dans 
V Histoire Auguste (vies des deux Gallien, d lléliog-abale, 
des Trente Tyrans, d'Aurélien, de Claude), avec toutes 
sortes de j)ro{)héties promettant l'empire à la famille de 
Claude. Plus tard, on ira encore j)lus loin : Aurelius \'ictor 
racontera que Claude lui-même avait été désig'né par 
Gallien mourant. 

Ces assertions deviennent plus curieuses si on les rap- 
proche des jugements portés sur les autres empereurs dans 
un pamphlet comme le De mortibus persecutoruni : l'au- 
teur, un ami de (Constantin . (pialifle ses collè«^ues de bar- 
bares, de pâtres g-rossiers et sauvag-es , d'aventuriers par- 
venus. Cette opinion s'est imposée aux historiens posté- 
rieurs, à Aurelius Victor notamment. Elle a été pour beau- 
coup dans le succès de Constantin. 

A partir de cette date, c'est bien d une monarchie héré- 
ditaire qu il s'ag-it. Dans le VIII'' pané^-yrique, les habitants 
d-Vutun invo({uent le souvenir des services que leurs 
ancêtres ont rendus à Claude. Dans le IX", dans le paral- 
lèle entre Constantin et Maxence, comme tous deux sont fils 
d'empereurs, (in iina<i:ine que Maxence n'est qu'un enfant 
supposé : cela st'iuhli' ;iu panégyriste un arg'ument sans 
ré[)li{pie, tant le principe d'hérédité possède alors de force. 
Dans le X'', les deux fils de Constantin, Crispus et Constan- 
tin H, sont célébrés en même temps cpie leur père : or 
1 aîné a rempoité une victoire sur les Barbares, mais le 
second est un enfant, (pion félicite d'avoir été consul et de 
savoir bien écrire et sij^ner son nom. Dans une société 
monarchi([U(' , des conqdiments aussi puérils ne sauraient 
nous étonner; nuiis il est frappant de voir combien nous 



I 



LA P0L[TIQIE DE CONSTANTIN 293 

sommes loin des principes sur lesquels reposait le g-ouver- 
nement de Dioclétien. Le système héréditaire a repris son 
cours comme au temps des Maximins et des Galliens. L'évo- 
lution est achevée , et les panég'vriques nous ont permis 
d'en mesurer toutes les étapes. 



II 



Ils nous renseignent aussi, moins que nous ne voudrions, 
mais jusqu'à un certain point, sur l'attitude de Constantin 
dans les questions religieuses. Il est vrai qu'aucun d'eux ne 
fait la plus petite mention du conflit entre le christianisme 
et le paganisme. On a expliqué ce silence par l'attachement 
des rhéteurs aux traditions anciennes : on peut l'expliquer 
aussi par la prudence. Ils parlent non seulement devant 
lemperevir, mais devant la cour : or cette cour compte à la 
fois des chrétiens et des païens. Il en est ainsi déjà sous 
Dioclétien, à plus forte raison après lui. Les panégyristes 
sont donc obligés d'être très discrets pour ne froisser per- 
sonne. 

Cependant on peut saisir entre eux, suivant les dates, et 
suivant les princes auxquels ils s'adressent, des nuances 
assez significatives. Les panégyriques adressés à Maximien 
sont remplis d'un paganisme que j'appellerai otîiciel et 
loyaliste : les dieux qui y sont particulièrement invoqués 
sont ceux que les deux empereurs se sont choisis comme 
patrons, Jupiter et Hercule. Cette préférence explique pour- 
quoi un apologiste comme Lactance s'attache plus volon- 
tiers à railler la légende de ces mêmes dieux : ce ne sont 
pas les plus populaires, mais les plus vénérés dans le 
monde officiel. 

Dans le IV*^ panégyrique, c'est encore Jupiter et Hercule 
qui sont nommés, avec les dieux protecteurs des lettres, 
Apollon, Minerve et les Muses. D'ailleurs, la religion tient 



294 LA POLITIQUE DE CONSTANTIN 

assez peu de place clans ce discours, et moins encore dans 
le V"^ panégyrique. Faut-il en conclure que Constance, 
auquel s'adressent ces deux harangues, ait été un païen 
moins zélé que ses collè<i?ues? Cela s'accorderait avec ce que 
Lactance et Optât de Milève disent de sa tolérance envers 
les chrétiens. 

Le premier discours adressé k Constantin, et en même 
temps à son beau-père Maximien Hercule, le VI"^ panég-y- 
rique, est franchement païen : Jupiter et Hercule y sont 
invoqués; Tapothéose de Constance y est représentée sous 
les couleurs traditionnelles. Dans le VIP, ce n'est plus 
Jupiter et Hercule qui sont au premier ranc^, c'est Apollon, 
(( ton Apollon », comme dit l'orateur. On sait qu'Apollon 
figure sur beaucoup de monnaies constantiniennes : ici 
comme ailleurs, les textes et les documents numismatiques 
se prêtent un mutuel appui. Dans le VIH'' panégyrique, une 
phrase assez douteuse sendjle viser aussi le culte de Constan- 
tin pour Apollon. Mais, tout à côté, voici une locution 
monothéiste sur « l'àme divine (pii gouverne l'univers 
entier ». C'est la première apparition d'un langage (jui va 
devenir [)lus important dans les discours ultérieurs. 

Le 1X° est de très peu postérieur à ledit de Milan ; il est 
donc curieux à étudier à ce point de vue. Il n'est pas d'ail- 
hniis tr^s clair. Une chose est certaine, c'est que Constan- 
tin y est présenté comme le favori d'une puissance céleste, 
d'une volonté providentielle, (jui la guidé et fait trionqjher. 
Mais (pielle est cette puissance? les vieilles divinités 
païennes? Non: aucune d'elles n'est nommée, et même l'auteur 
semble dire <pie leurs prêtres ontété hostiles ii l'entreprise de 
Constantin contre Maxence. Serait-ce le Dieu des chrétiens? 
Il y a des formules qui peuvent le faire supposer ; mais les 
allusions au dieu du Tibre, ;i l'jipothéose de Constance, ne 
s'y jirètent guère. Surtout, l'orateur distingue, au-dessous 
du dieu suprême (jui veille sur Constantin, des dieux infé- 
l'ieurs qui s'occui)ent des hommes vulgaires. Ce (ju il 



LA POLITIQUE DE CONSTANTIN 295 

invoque, c'est un créateur, un maître du monde, quil ne 
A^eut pas nommer. Sa doctrine, ou celle qu'il atï'ecte de pro- 
fesser, n'est pas très loin de celle de Constantin lui-même 
dans ses actes officiels (édit de Milan, prière de Constantin, 
prière de Licinius). C'est un polythéisme hiérarchisé avec 
des aspirations monothéistes, plus philosophique que reli- 
gieux, plus éclectique que précis, à égale distance des vrais 
païens et des chrétiens, et pouvant ne pas trop choquer les 
deux partis. 

Dans le X" panégyrique, le langage est tel qu'on ne peut 
décider s'il est d'un chrétien ou d'un païen. Les miracles 
païens sont racontés, mais seulement comme des ornements 
littéraires, et toutes les formules ne supposent rien de plus 
que la croyance à un Dieu uni(|ue. Peut-être Nazarius, 
auteur de ce discours, était-il chrétien (sa fille l'était). En 
tout cas, entre le langage de l'éloquence officielle et celui 
du christianisme, la ditférence s'est réduite autant que pos- 
sible, jusqu'à devenir presque nulle. 

En somme, nous avons trouvé dans les panégyriques : 
sous Maximien , une dévotion franchement païenne ; sous 
Constance , une espèce de tiédeur ; au début du règne de 
Constantin, une vague piété attirée vers Apollon; lors de sa 
conversion, une philosophie à peu près monothéiste; et, 
huit ans plus tard, un monothéisme à peu près chrétien. 
Sans rompre jamais avec la tradition, l'éloquence des pané- 
gyristes a su s'adapter, plus qu'on ne le dit d'ordinaire, à 
une situation nouvelle. 



III 



Avec la question religieuse, la plus importante de toutes 
à cette époque est celle des Barbares. Tous les panégyristes 
insistent sur les victoires impériales en Germanie, d'autant 
plus que ces victoires assurent la sauvegarde de la Gaule. 



206 LA POLITIQUE DE CONSTANTIN 

Mais ici encore il faut distinguer suivant les hommes et les 
dates. 

Maximien Hercule, très vaillant, mais retenu par le pru- 
dent Dioclétien, ne cherche g-uère les aventures. Son pané- 
gyriste nous le montre recourant ii une tactique d'abord 
toute passive, laissant tranquilles les tribus trop nombreuses, 
que leur nombre même expose aux famines et aux éj)idémi€S, 
ne livrant que de tout petits combats. Son exploit le plus 
complaisamment raconté est un acte de défensive contre les 
agresseurs de Trêves. L'année suivante, il est vrai, il passe 
en Germanie, mais pour rétablir un chef barbare dans son 
royaume. 11 compte surtout sur les divisions intérieures 
des ennemis: « Plus besoin d'armées, lui dit l'orateur : vous 
êtes victorieux par votre seule bonne chance. » Ce sont des 
victoires peu coûteuses. 

Avec Constance, nous ne sortons pas de cette tactique 
essentiellement défensive. Les campagnes de Batavie et de 
Bretag'ne sont non des conquêtes, mais des reprises. Après 
avoir vaincu les Barbares, il les installe sur le territoire de 
l'empire, chez les Bellovaques, Lingons et Tricassins. comnu' 
Dioclétien en Thrace, comme Maximien autrefois chez les 
Nerviens et les Ti-évires. Les panég-yristes admirent fort 
cette méthode, <|u"on a beaucoup discutée depuis : elle est 
en tout cas plus pacifique (pie l)elli([ueuse. 

Avec Constantin, loul rhniim'. L ;iulfur du \\'' panégy- 
rique souligne fortement 1 (i])|»osilinii entre (Constance et 
son (ils : « 11 domptait les harhaics |);ir ses victoires et les 
apaisait pai- son indulgeiut- : loi. tu as terrifié tous les 
ennemis par ton ardeur, et tu n'as [)lus personne ii vaincre. ^ 
De même dans le ^'1I'■ panég-yriipie. tandis qu'on loue Cons- 
tance surtout de sa clémence, on raconte ipie (Constantin a 
commencé |iar faire mourir cruellement deux rois francs. Cet 
acte de rigueur send)le avoir scandalisé les Romains eux- 
mêmes : l'orateur plaide les circonstances atténuantes, 
cherche des précédents, des palliatifs. Puis il dépeint la 



LA POLITIQUE DE CONSTANTIN 297 

dévastation du pays des Bructères, tous les survivants trop 
rebelles pour servir jetés aux bêtes en si grand nombre que 
les fauves ne peuvent suffire aux supplices : « Voilà ce qui 
peut s'appeler , non pas acheter la paix par le pardon, mais 
aller chercher la victoire en défiant Tennemi. » Ces mots 
caractérisent bien l'attitude ag-ressive de Constantin, de 
même que l'argumentation qui précède en fait comprendre 
la nouveauté par le soin même que l'auteur prend de la 
justifier. Même antithèse dans le IX'' panégyrique : « Ton 
père a repoussé les ennemis loin de la Batavie, tu es allé 
les soumettre jusque dans leurs repaires. » Constantin veut 
combattre, il a peur de trop décourager les ennemis, il les 
attire dans un guet-apens pour le plaisir de livrer bataille. 
Cette soif de la guerre contraste avec la prudence de Dio- 
clétien et de Maximien et la modération de Constance. 

On voit par tout ce qui précède que les panégyriques 
peuvent nous aider à nous faire une idée beaucoup plus 
exacte de ce qu'a été le gouvernement de Constantin. 
Qu'il s'agisse des fondements du pouvoir impérial, de la 
situation religieuse, ou des rapports avec les Barbares, nous 
voyons ce que ce prince a apporté de nouveau. L'hérédité 
substituée à l'adoption, le paganisme élargi en un déisme 
éclectique susceptible de s'accommoder avec le christianisme, 
la politique défensive et pacifique remplacée par une poli- 
tique agressive et belliqueuse. Voilà ce que nous apercevons 
à travers le voile des flatteries officielles et des amplifica- 
tions de rhétorique : Constantin en apparaît plus original 
et les panégyristes eux-mêmes plus intéressants. 



298 



RAPI'OHT Srn LES FOUILLES DES CATACO-MHES D 11 ADKL MÈTE, 
l'AK M. l'abbé LEYNALD, CURÉ DE SOUSSE. 

Sousse, 21 juin 1006. 

Le 8 septembre 1905, l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres a bien voulu écouter avec intérêt le rapport 
que j'avais l'honneur de lui soumettre sur les fouilles con- 
tinuées, avec ses subsides et sous ma direction, par des sol- 
dats du 4" tirailleurs, dans les catacombes d'IIadrumète. 

Quelques jours plus tard, j'apprenais avec le plus grand 
plaisir que, sur la proposition de la Commission Piot, 
l'Académie venait de voter encore, pour ces mêmes fouilles, 
la somme de cincj cents francs. C^e secours arrivait à son 
heure, car je me demandais déjà comment j'allais pouvoir 
consolider la voûte de la grande galerie d'entrée qui com- 
mençait à se fendiller de toutes parts. 

Aussitôt donc cette bonne nouvelle reçue, je me mis à 
l'œuvre et je fis immédiatement exécuter, aux endroits qui 
me semblaient dangereux, précisément sous la première 
ouverture où se réunissent d'ordinaire les visiteurs, trois 
grandes et fortes voûtes en briques (jui. en assurant pour 
très longtemps la solidité du toit en tuf et des parois, n'ont 
rien enlevé à l'aspect imposant de celle longue galerie. J'ai 
dû dépenser pour ce travail uigentune partie de la nouvelle 
subvenlion (|ui m'était si généreusement allouée. 

Mais je n'oubliais pas cpi'un autre devoir me restait, celui 
de fouiller, toujours avec plus d'activité et de soin. Pendant 
les mois (jui suivirent, (juatre découvertes principales, cha- 
cune (l'un intérêt p.iitieulier, vinrent récompenser mes 
elforls. 



RAPPORT SUR LES FOUILLES d'hADRLMÈTE 299 

I. Ce fut d'abord une inscription sur marbre. 

FILI MATRIFE 
CERVNT DONA 
TVLE IN PACAE 

On sait que rarement il nous a été donné de trouver ici 
ce genre d'inscription. Sur plus de cinq mille loculi déjà 
découverts, je n'ai eu cette chance que six fois. 

L'inscription dont j'envoie la photographie a été trouvée 
peu de temps avant l'expiration de la deuxiènie campagne 
des fouilles dans la galerie n" lo que nous avions dû 
abandonner précédemment dans la crainte d'un éboulement. 

Elle est gravée sur une plaque de marbre gris, provenant 
sans doute de l'immense nécropole païenne du canq) Saba- 
thier; elle est longue deO"' 38, haute de 0'" 20, épaisse de 
0"' 013, et adhérente par une légère couche de chaux à 
une tuile dun loculus. 

Hauteur des lettres : 0"', 03. 

L'inscription est entourée d'une sorte d'encadrement, 
formé par une ligne gravée comme les lettres et couverte, 
comme elles, d'une peinture rouge qui paraît encore vive. 

A remarquer la forme du P et la finale du dernier mot : 
PACAE. 

IL A la fin du mois de novembre, au milieu de la galerie 
n*' 78 et dans les terres de remblai, nous ramassions un 
matin une lampe à peu près intacte. Le sergent Moreau ne 
tarda pas à voir ([u'elle portait comme sujet un poisson 
nageant. 

C'est une lampe d'argile rouge, de forme oblongue, à 
queue pleine, mes-urant 0"' 12 de l'anse au bec, lequel est 
encore noirci par la fumée : elle a donc bien servi aux pre- 
miers chrétiens d'Hadrumète. Au milieu, dans une sorte de 
médaillon entouré d'une palme, se trouve, entre deux 
trous, r lyOur, le symbole connu et aimé des premiers 
fidèles. 



300 RAPPORT SLR LES FOUILLES d'hADRUMÈTR 

Sous le fond, un peu endommag-é, de cette petite lampe, 
quelques traits donnent l'idée d'une lyre. 

III. Le 22 décembre, dans la galerie n" 73, k droite, au 
2^ étage de la G*" rangée, nous nous trouvions en présence 
d'un tombeau d'enfant mesurant "' 86 de longueur, recou- 
vert d'une tuile entière et d'un fragment de tuile. 

La tuile entière se brise en tombant, mais nous en rele- 
vons soigneusement tous les fragments, et l'inscription 
tracée en creux à la pointe, ou mieux au doigt, semble-t-il, 
sur la chaux dont la tuile est recouverte, peut facilement 
être reconstituée. 

La hauteur des lettres varie de 0"' 10 à 0"' 055. 

EMERITA 
HIC DOR 
M I T 

C'est la première fois que nous rencontrons ici cette for- 
mule si simple et si chrétienne. 

IV. Les fouilles se continuaient monotones et presque 
stériles, sans rien de saillant, sinon l'étendue chaque jour 
grandissante des galeries, quand, le 17 janvier 1906, une 
magnifique découverte vint réveiller notre ardeur. 

Au tournant d'une galerie sud-est, élevé au-dessus du 
sol de '" 22 seulement, un sarcophage recouvert de 
mosaïque, adossé à la paroi droite, commentait à se dessi- 
ner. Il fut déblayé lentement et avec la plus grande pru- 
dence. Ji'u adresse à l'Académie la reproduction exacte, 
très bien exécutée par mon vaillant collaborateur, le ser- 
gent Moreau, et photographiée par M. l'abbé Luigi Attart. 
mon vicaire maltais. Ses dimensions : longueur, I '" 60 ; 
largeur, à la tête 0'" 52 ; aux pieds "• 60 ; hauteur, '" 22. 

Le dessus du sarcophage, entouré d'un encadrement en 
petits cubes noirs, porte sur un fond de carrés blancs des 



301 



RAPPORT SUR LES FOLILLES D HADRLMETE 

ornements en cul)es 
noirs , marrons et 
jaunes qui semblent 
figurer des sortes de 
croix. Tout en haut se 
trouve une inscription 
en cubes noirs sur 
trois lignes. Hauteur 
des lettres : la plus 
g-rande 0'" 10; la plus 
petite, ■" 00. 

Ne tenant pas 
compte du point noir 
placé à la première 
ligne entre V et I , 
je reconnais dans les 
trois premiers sigles 
TED" les initiales 
des tria nomina d'un 
chrétien qui n"a pas 
voulu faire connaître 
explicitement son 
nom ni la famille à 
laquelle il apparte- 
nait ; ou bien — c'est 
l'opinion de notre très 
distingué directeur 
des antiquités, M. 
Merlin — parce que 
c'était simplement 
inutile, étant donné la 
notoriété du person- 
nage que l'on appelait 
en langage courant 
Evasius\ ou bien en- 
core — et c'est la belle 
pensée de mon véné- , ï^pitaplie en mosaïque 

trouvée dans les catacombes d Iladrumète. 




302 KAPPORT SLR LES FOI U.LKS d'iI ADRLMÈTE 

rable ami, le H. P. Delatlre — parce que ce fidèle a 
voulu faire oublier les divers noms, peut-être glorieux, de 
son orig-ine païenne, pour ne conserver que son nom de 
baptême. Le même archéoloi^ue m'apprend que l'on connaît 
deux saints d'Afrique du nom d'Evasius, et il ajoute 
cette note intéressante : « Les épilaphes chrétiennes en 
mosaïque sont généralement d'époque assez basse. La vôtre, 
trouvée dans les catacombes, et à cause de son laconisme 
et des initiales (|ui révèlent une époque où l'on portait les 
tria noniina, me paraît être la plus ancienne mosaïque 
funéraire trouvée en Africjue... La formule dormit in 
pace est particulière à la Byzacène et surtout à la côte de 
cette province. » 

Quelques jours après la découverte, nous avons j)rali(|ué 
une ouverture au bas de la tombe et rencontré d'abord, à 
partir du sol, une nuivonnerie de 0'" 3i de hauteur, puis 
des tuiles posées à plat ; au-dessous de ces tuiles était })la- 
cée une auge de "' 'M\ de [)rofondeur dans laquelle reposait 
le corps du défunt. Les ossements des pieds étaient recou- 
verts d'une épaisseur de plâtre de '" 17. 

En divers endroits, à travers les nond^reu^es galeries qui, 
dans l'espace de cpiatre mois, nous donnaient environ 
ciiKj cents loculi. nous avons t'ncore IrouNi' plusieurs Irag- 
menls daudi-s inserq)tions ;i la peinture noiic ou gravés i^ la 
pointe sur la chaux. 

Grâce à la subvention dv 1" Académie. j"ai pu consolider 
ime partie de nos catacombes d'Hadrumète et faire les décou- 
vertes dont je viens de parler. .Ii' lui l'xprinn- donc une fois 
de plus toute ma iH'connaissance. 

J'ose la i)rier de me eoulinucr son l)icn\ciil;iiil ai)[)ui (pu 
corrobore puissamment les concours précieux et empressés 
que je rencontre autour de moi. .I^ii le devoir de nomnu'r 
ici le vaillant 'r' tiiailK'uis cl dr rendre hommage à son 
nouveau chef, M. le colonel Moinicr. Je ne |)uis oublier 
M. h' contrôleur civil de Dianous, si dévoué a notre entre- 



LIVRES OFFERTS 303 

prise, ni liiitelligente municipalité de Sousse. On sait la 
part considérable qu'ils ont prise à notre œuvre. 

De son côté, Ihonoralile M. Merlin suit avec le plus vif 
intérêt, comme jadis M. Gauckler, les travaux entrepris 
dans nos g-randes catacombes. Enfin la Société archéolo- 
gique de Sousse, sous l'active impulsion de son président, 
M. le Docteur Carton, me soutient de ses conseils et de ses 
subsides toujours généreux ; l'œuvre de la restauration des 
catacombes la passionne; elle est prête à faire les plus grands 
sacrifices pour ces longues fouilles, écloses pour ainsi dire 
avec elle, et qui attireront de plus en plus sur la ville de 
Sousse l'attention des touristes et des savants. 



LIVHES OFFERTS 



Le SECRÉTAIRE PERPETUEL dépose SUT Ic hurcau, de la part de 
M. P. Monceaux, une brochure intitulée: EiK/uéle sur l'ppû/raphie 
chrétienne d'Afrique, fasc. VI (Paris, 1900, in-8° ; extr. de la Revue 
archéologique). 

M. PoTTiER offre, au nom de MM. J. Seure et Degrand, un rapport 
sur les fouilles faites en Thrace dans les tumuli de Ralehelï ])rès de 
Jamboli et de Metchkur, non loin de Philippopolis : 

" Ce rapport est le résumé des recherches entreprises d'abord par 
M. J. Seure, au nom de l'Ecole française d'Athènes, et continuées 
par M. Degrand avec une subvention sur la fondation Piot. 

« Ces travaux ont amené la mise au jour de deux nécropoles et 
permis de constater de quelle façon étaient établies les sépultures 
que leur mobilier parait faire remonter à l'époque néolithique de 
cette contrée. » 

M. Senart présente au nom de l'auteur, M. Francesco L. Pullè, 
l'ouvrage suivant : Studi Ilaliani di Filoloyia Indo- Iranien direlti da 

1906. 21 



304 LIVRES OFFERTS 

Francesco L. PuUè, 1001-190:j, vol. IV et V (Firenze, 1901, 1904 et 
1905, 3 vol. in-S", avec 2 atlas) : 

(( M. Pullè, professeur de sanscril à l'Universilé de Bologne, avait, 
on 1H97, annoncé au Congrès orientaliste de Paris, le projet, où la 
réunion n'avait pas manqué de l'encourager vivement, de consacrer 
une élude d'ensemble à la Cartographie ancienne de l'Inde. Le 
Congrès de Rome, en 1899, reçut de l'entreprise les meilleures 
nouvelles ; il eut la primeur de toutes les pièces principales de 
ÏUlustnition qui lui était destinée. Le Congrès de Hanoï pria 
M. Pullè d'étendre SCS recherches à la péninsule ludo-Chinoise. Dans 
l'intervalle, et en attendant que ce nouveau desideraluin jinisse rece- 
voir satisfaction, M. Pullè présentait l'an dernier à Alger la suite de 
son travail relatif à l'Inde propre. Les deux parties de cette œuvre 
considérable, enrichie de divers appendices dûs soit à M. Pullè lui- 
même, soit à des collaborateurs excellents, ont liouvé place dans les 
volumes IV etVdes Sliidi ili Filologia Indo-Ir.-inica (\uo]a\ l'honneur 
et le plaisir d'olTrir iiujourd'liui ;i l'Aradéniie au nom de mon savant 
ami. 

<( Le premier, outre un aperçu des idées que paraissent s'être faites 
les Indous eux-mêmes de la configuration de leur pays, embrasse 
l'estjuisse des relations qu'ont pu entretenir avec llnde et des 
notions cpi'en ont déduites les peu|)les de ranti(|uilé, depuis les 
Égyptiens, les Bal)yloniens, les Phéniciens, les Hébreux, jusqu'aux 
Grecs, aux Romains, aux Byzantins, aux Persans et aux Arabes. 11 
va sans dire i|U(> M. Pullè a envisagé sui ti>ut les aspects généraux du 
sujet, qu'il s'est attaché, non pas aux identifications de lieux, mais à 
cette évolution des connaissances (pii, peu à peu, a fait surgir de la situa- 
tion et de la forme de la prescpiile une image moins chimériciue, 
moins fantaisiste. 

« Le second volume est consacré au moyen âge et aux xiv et 
xV^ siècles; il a eu surloul pour points de départ la pul)lication dim 
jiortants monuments — la carte Catalane de la Hibliolhètpie dEste 
h Modène, la carte itinéraire du fonds Borgia de la BibliolIuMpie 
Vaticane, — récemment ramenée à la himière, et le juste désir de 
mettre en valeur les documents qui, au xiv' siècle, attestent les 
efforts persévérants des Italiens, hommes d'étude et hommes de 
négoce, pour maintenir et multiplier les voies de communication 
vers l'Orient. 

" Quelque soin (pi'il ail pris ilc concentrer autant que possible son 
étude sur rinde, AL l'nllè ne pouvait manijuer daborder une foule 
de problèmes plus larges (|ui intéressent toute l'histoire, tout le 
développement des connaissances géographiques. La nature même 



LIVRES OFFERTS 305 

du sujet l't surtout l'état des documents ne comportaient pas un parti- 
pris absolument inflexible. Il était également impossible d'être 
complet et d'être exclusif. 

« Mais, tourné de bonne heure vers cet ordre de recherches, l'auteur 
possède une information très vaste, infiniment instructive. Son souple 
esprit a, dans ces filiations si délicates de notions indécises, de 
traditions mi-pratiques et mi-légendaires, de formes hypothétiques 
et flottantes, ]iorté la pénétration ing-énieuse qu'on lui connaît. Nous 
lui devons une reconnaissance double, et pour l'interprétation de 
faits déjà connus, et pour sa moisson d'indications nouvelles. 

« Ces belles études, que complètent si utilement des planches pré- 
cieuses et de nombreux dessins, ont droit parmi nous à un accueil 
particulièrement empressé. Non content d'insister dès le début sur 
la part d'initiative que peut revendiquer un mémoire suggestif pré- 
senté par M. Sylvain Lévi au Congrès de 1893, M. Pullè, en souve- 
nir des Congrès tenus à Hanoï et à Alger, et des encouragements 
chaleureux qu'il y a naturellement rencontrés, a voulu dédier son 
1'='' volume <i à la France et à ses travailleurs ». C'est un hommage 
dont le prix s'augmente pour nous du témoignage flatteur que l'auteur 
prend occasion d'apporter à l'École d'Extrême-Orient et à ses publi- 
cations. Dans le VI'- volume qui complète le beau présent que je suis 
chargé de transmettre à l'Académie, M. Pullè a inséré du Congrès de 
Hano'i un compte rendu tout animé par cette bonne grâce élégante 
et aimable dont se double si heureusement son savoir. 

« Si la mesure qui m'est imposée m'interdit d'entrer ici dans le 
détail que comporterait l'importance de cet ouvrage, j'en ai dit 
assez, je pense, pour marquer l'intérêt vraiment exceptionnel (ju'il 
doit de toutes façons nous inspirer. » 



MU G 



SÉANCE DU 13 JUILLET 



M. S. HmNACH adresse au Secrétaire perpétuel la lettre sui- 
vante : 

Monsieur le Secrétaire }jorpéluel, 

Perinellez-mui d'user de la voie de la correspondance pour sou- 
mettre à TAcadémie une hypothèse nouvelle. 

On lit dans Pline, XXXVI, 36 : Venerein lavantem sese Daedalsas, 
slanlem Poli/clianniiH. Les éditeurs admettent une lacune avant ou 
après stanlent. 

La Vénus de Daedalsas a été identifiée : c'est la Vénus accroupie. 
Celle <{ue Pline menlionne en même temps, comme l'œuvre de 
Polycharmus, d'ailleurs inconnu, devait être aussi une statue célèbre. 

Je propose de compléter ainsi \'enerein lavantem s<^se Daedalsas , 
slanlein [pede in uno Poli/cliarmua. A elle seule, l'épithète slanlem 
ne peut suffire pour caractériser une Vénus; il nen est pas de même 
si elle est décrite comme deboul sin- mi seul pied. 

Or nous possédons près de cent ré|)li(iues ou iinilalions d'une 
figure de Vénus debout sur un seul pied, chaussant ou rajustant sa 
sandah'. L'original était probablement à Aphrodisias, car on le ti'ouve 
reproduit sur les monnaies de cette ville. Il devait être en marbre, 
la plupart des répliques en l)ronze étant pourvues d'un support; la 
collection De Clcic [ en possède plusieurs. Le chai)itre de Pline oîi 
esl mentionné Polycharmus concerne précisément les sculpteurs en 
marbre. Je crois donc qu'on peut attribuer à Polycharmus un char- 
mant motif dont se sont inspirés tant d'artistes alexandrins et gréco- 
romains ; une petite r('qili(pu' en pierre de celte statue a été décou- 
verte autrefois à Alésia. 

V(Miille/. agréer, etc. 

^L hn. isi.lv communique, de la pari de M. Laucr, ];i pliolo- 
graphie du verso d'un feuillet ((ui a l'ail partie d'un antique 
exemplaire deTite Live. Il esl en écriture onciale, pouvant dater 
du V siècle, à deu\ colonnes, avec un titre courant au haut de 
la page en très petites capitales. 



SÉANCE DU 13 JUILLET 1906 307 

Le feuillet a été coupé en quatre morceaux, qui ont servi à 
envelopper des reliques, et a reçu, probablement au viii'' siècle, 
une authentique, c'est-à-dire une inscription indiquant la nature 
de la relique enveloppée. Quand nous aurons la photographie du 
recto, nous pourrons lire les authentiques. Dès maintenant nous 
pouvons en déchiffrer une : De petra de presep... Domini... 

M. SciiLUMBERGER fait la communication suivante : 
w J"gi reçu plusieurs fois d'excellentes nouvelles de M. G. 
Millet, maître de conférences à l'Ecole des Hautes Études, chargé 
d'une mission du Ministère de l'instruction publique. Son voyage 
dans la péninsule des Balkans s'est poursuivi dans les meilleures 
conditions. En Serbie comme en Macédoine, il a pu visiter un 
nombre considérable d'églises et de couvents, entre autres les 
superbes édifices de Manassia et de Ravanitsa. Sa dernière lettre 
est datée d'Uskub, au moment de son départ pour Salonique et 
Athènes: « Magnifique voyage, m'écrit-il. J'ai visité tous les 
« grands sanctuaires de la région. J'ai retrouvé partout Mistra 
« sur les murs et admiré partout de très belles peintures. L'Aca- 
<( demie en aura la primeur à mon retour. Partout j ai rencontré 
« la plus charmante hospitalité. « 

M. HoMOLLE lit un mémoire de MM. Jouguet, maître de con- 
férences à la Faculté des lettres de Lille, et Lesquier, professeur 
agrégé de l'enseignement secondaire, sur un papyrus de la 
nécropole de Ghoràn, dans le Fayoum. 

Le document date de l'année 27 du roi Ptolémée II Phila- 
delphe, 289 av. J.-C. C'est un devis de travaux de terrassement 
et de canalisation, accompagné d'un plan très clair et très bien 
conservé. Il donne sur l'aménagement des terres, sur les mesures 
agraires (le vaûê-.ov) , sur le régime du travail et le prix de la 
main-d'œuvre, des renseignements curieux et en partie nouveaux'. 

M. HoMOLLE, rappelant les fouilles de MM. Jouguet et Lefebvre 
à Medenet-en-Nahas (Magdola) et à Ghoràn, l'importance de 
leurs découvertes, la valeur de leurs publications antérieures, 

1. ^'nir le rallier craont. 



308 SÉANCE DU 13 JUILLET 1906 

annonce f|iie M. Joug'Liet a fondé dans ILniversilé de Lille un 
petit instiUil papyrologique, et que, avec le concours de 
M. Lefebvre, son compaj^non de fouilles, de M. Gollinet, profes- 
seur;! la Faculté de droit, et de M. Lesquier, il prépare une édi- 
tion complète, en deux volumes, des papyrus recueillis par lui en 
Egypte. Un premier fascicule des papyrus de Ghorân est déjà sous 
presse. M. IlomoUe exprime le v(jeu que cette publication, qui 
rendra à la science française son rang dans des études inaugu- 
rées, puis Li'op abandonnées par elle, puisse obtenir la faveur el 
l'assistance de l'Académie, qui a toujours manifesté le plus vif 
intérêt pour les recherches papyrographiques. 

M. Biiughi':-Leci.i:kc(j annonce à l'Académie le travail important 
que M. Lesquier, l'auxiliaire de M. Jouguet, prépare sur les 
institutions militaires de l'I^gyple sous les Lagides. Il discute le 
sens du terme vy.uÇ-.ov. 

M. Edouard Cuq signale l'inlérèt que présentent, pour l'histoire 
de la propriété foncière, certaines inscriptions provenant des 
fouilles de Suse et récemment entrées au Musée du Louvre. 
Elles sont gravées sur des pierres qui ont la forme âMn gros 
caillou, de 0'" 40 à (►'" 60 de hauL Ces pierres ont été décrites 
par M, de Morgan, et les textes traduits par le R. P. Scheil dans 
les Mémoires de lu déléf/alion en Perse (t. I, 165-18'2; II, 80-1 16; 
V'I, 31-42; MI, 137-1 J'2). KUes contiennent des titres de pro- 
priété avec l'indicalion des limites du domaine. De là le nom 
donné à ces pierres : koiidniirniii signifie borne ou liniile. Le 
Louvre en possède actuellement vingt-deux. Au siècle dernier, 
on en avait tiDuvé dix : une est au Cabinet des Médailles, six au 
British Muséum, deux au Musée de Berlin, une au Musée de 
Philadelj)hie. On a donc en tout trente-deux koudourrous. 

Les koudouri'ous étaient un mode de preuve el, dans une cer- 
taine mesure, un moyen de publicité ; mais ils avaient j^our but 
principal de placer l'acquisition de la propriété sous la protection 
des dieux. Ils se disting-ucnt . en eil'ot , par deux traits caracté- 
ristiques : ils portent, sur une de leurs faces ou à leur partie 
supérieure, des bas-reliefs représentant les emblèmes d'une série 
de (ii\ inités sous la forme d'animaux moitié réels, moitié iniagi- 



I 



SÉANCE DU 13 JUILLET 1906 309 

naires (oiseaux, chiens, lions, taureaux, serpents, antilopes à 
corps de poisson). Puis Tacte de propriété se termine par une 
longue formule d'imprécations et d'anathèmes contre celui qui 
contesterait le droit de Facquéreur, déplacerait, enlèverait ou 
détériorerait la borne. Les koudourrous appartiennent donc à 
une époque, ou bien ont été usités dans une région, où l'autorité 
de la loi était impuissante à assurer le respect de la propriété. 

Les koudourrous, découverts avant les fouilles de Suse, ne 
permettaient pas de définir les cas où, à l'ori^jine, on eut recours 
à ce mode de protection de la propriété. Ils sont, pour la plu- 
part, d'une époque assez basse, qui s'étend jusqu'à l'année 71"2; 
ils ont des objets très divers (jugements du roi, donations 
royales, donation en faveur de mariage, actes d'achat, d'échangée, 
de dation en payement conclus par des particuliers). L'un d'entre 
eux, la pierre de Sargon, ne justifie plus sa dénomination : on 
n'y trouve pas le mot koudouri^ou. 

Les koudourrous du Louvre, au contraire, sont tous de 
l'époque kassite ; ils sont dûs à des rois de la S'' dynastie, qui 
ont régné de 13.30 à 1117. Ils s'appliquent à des terres achetées 
par le roi à une tribu ou à une ville et données par lui à un par- 
ticulier, parfois à un de ses enfants ou à un dieu. Ils ont donc 
pour objet de consacrer la transformation d'une propriété collec- 
tive en une propriété privée, de prévenir les réclamations qui 
pourraient être formées contre le propriétaire actuel ou ses 
ayants cause par les membres de la tribu ou par leurs représen- 
tants officiels. 

Cette conclusion est confirmée par l'examen des koudourrous 
du British Muséum : sur trois documents de l'époque kassite, 
il y en a deux qui se rapportent à une terre appartenant à une 
tribu ou à une ville (Lond. 101, 99). Le troisième contient un 
jugement rendu à l'occasion d'un champ dont la propriété était 
contestée entre plusieurs familles depuis un demi-siècle. Deux 
jugements, rendus par les prédécesseurs de Melichihou, n'avaient 
pu avoir raison des plaideurs. Voyant l'autorité royale méconnue, 
le roi plaça sa décision sous la protection des dieux et la fît gra- 
ver sur un koudourrou. 

L'usage des koudourrous, pour constater l'achat de terres 
appartenant à une tribu, s'est maintenu sous la i*' dynastie. Sur 



310 SÉANCE Di; 13 JllI.LET 1 OOG 

quatre koudourrous de celte période, trois ont ti';til à raliénalion 
d'une pi-o]M-iété de tribu (Lond. 10(3, 105; Philad.). Dans le 
f|ualrième appar;iii une application nouvelle : c'est une donation 
faite par un père à sa lille à l'occasion de son niai'iage (Caillou de 
iMichaux). Le {gendre du donateur, craignant les réclamations des 
parents de sa femme, jugea utile de placer un koudonrrou sur 
la terre qui lui avait été donnée. Une application semblable se 
retrouve dans un koudourrou de la 6'' dynastie i^Lond. lO'ii. 

Les deux koudourrous les plus récents, ceux de la 9^ dynastie 
(Musée de Berlin) , ont un objet tout dillërent : lun concerne 
une terre dépendant tlu district royal ; l'antre mentionne sept 
acquisitions réalisées par un |)arliculier pendant une période de 
quinze années. 

Deux faits ressortent de cette analyse : c'est d'abord l'existence 
delà propriété de tribu à l'époque kassite et sous la i'' dynastie; 
c'est ensuite l'existence d'un état social où 1 autorité de la loi 
n'est pas assez forte pour assurer le respect de la propriété 
privée. 

Les koudourrous n'attestent pas seulement l'existence de la 
propriété de tribu : ils nous renseignent indirectement sur l'or- 
ganisation administrative de la tribu, sur la répartition des terres 
entre les familles, sur la nature précaire du droit concédé. Ils 
prouvent en même temps qu'une tribu pouvait, à la demande du 
roi, aliéner une terre à perpétuité, moyennant une indemnité 
préalable (Louvre, 2, 3 et 14). 

La [)ropri(''lé ciilli'cl i\c n'clail pas inronnne en Chaldée avant 
les Kassites : on en trouve la trace dans les actes gravés sur 
l'obélisque de Manicbtou Sou, cpiai-anh' siècles a\anl notre ère. 
Ces actes, publiés et traduits par le V. Scheil t. Il, ()-3y), 
durèrent des koudoin-rous à deux points de vue. I" Dans cbacune 
des ventes consenties au roi, 1 acheleur s'oblige non seulement à 
payer un prix d'ailleurs assez modicjue, mais aussi à nourrir les 
gens (In village on du canton ; il s'engage aussi, trois fois sur 
(pialre, à nonrrn- les anciens maîtres du ciianip. Le nombre des 
ayants drftit s'élève, |»iiin- I Un des contrats, à ()J"2 personnes, qui 
prendi'ont leur repas tous les jours dans une hôtellerie située dans 
une localité déterminée. — '2" Le roi Manichtou Sou n'a pas jugé 
nécessaire, comme le feront ses successeurs \ingt-hnit à (i-enle 



SÉANCE DU 13 JUILLET 1 90G 311 

siècles plus tard, de placer son acquisition sous la sauvegarde des 
dieux. Les précautions prises à cet égard par les rois kassites 
sont un indice de la décadence de la civilisation et de 1 affai- 
blissement de l'autorité de la loi dans les régions occupées par 
les tribus. 

M. Babelon demande à M . Cuq si les koudourrous n'étaient 
pas déposés dans des archives de temples ou s'ils étaient dressés 
dans les champs. 

M. VioLLET pose une question sur la propriété collective en 
Ghaldée. 

M. Helzev fait remarquer que la propriété de tribu pouvait 
exister, dans les parties les plus éloignées des canaux, à coté de 
la propriété privée. 

Pour répondre à ces questions, M. Cuq complète son exposé 
en établissant d'après les textes : 1" que les koudourrous étaient 
effectivement placés sur le champ dont ils constataient l'acquisi- 
tion, et qu'un double était déposé dans un temple ; '2'^ que les 
terres, achetées par le roi aux tribus, étaient non pas des terres 
incultes, mais des champs ensemencés. Il conclut en faisant 
remarquer que si — ce qu'on ignore actuellement — la propriété 
collective a subsisté dans certaines régions de la Ghaldée, pendant 
la période comprise entre Manichtou Sou et les rois de la 
3® dynastie, la décadence de la civilisation à l'époque kassite est 
prouvée: au point de vue de l'art, par la comparaison des stèles 
de Naram Sin et de Hammourabi et des bas-reliefs grossièrement 
sculptés sur les koudourrous ; au point de vue du droit , par ce 
fait que sept à huit siècles après Hammourabi, les rois eux- 
mêmes en sont réduits à menacer de la colère des dieux quiconque 
méconnaîtra le droit de l'acquéreur. 



312 



LI\P,ES OFFERTS 



M. Naville, correspondaiil de rinstitut, ofTre à rAcadémie le cin- 
quième volume de sa publication intitulée : The temple of De'ir el 
Buhari. Plates CXIX-CL. The upper court and sanctuary (London, 
in-8o). 

Il montre aussi des photographies de la vache, de grandeur natu- 
relle, trouvée dans la chapelle de la déesse Hathor à Deïr el Bahari. 
La statue est en givs. Le roi représenté sous le ventre de la déesse 
est Aménophis II. 

M. Omont dépose sur le bureau des reproductions réduites en pho- 
totypie, exécutées par MM. Berthaud frères, de peintures de trois 
manuscrits célèbres de la Bibliothèque nationale. Le premier de ces 
volumes est un Psautier illustré du xui" siècle (nis. latin 8846), dont 
la série de miniatures peut être rapprochée de celle du fameux 
Psautier d'Utrecht. Les deux autres reproductions donnent la suite 
complète des admirables peintures de Jean Foucquel, qui ornent les 
Grandes chronifjues de France (ms. français 6465), et les Antir/iiités 
et la Guerre desJuifs de Josèphe (mss. fr. 247 et n. a. 21013), dont le 
second volume a été récemment offert à la France [lar S. M. le roi 
d'Angleterre. 

M. Alfred Croiset offre, au nom de la imuiicipalité de Bordeaux, 
Les Essais de Michel de Montaifjne, publiés d'après l'exemplaire de 
Bordeaux, avec les variantes manuscrites et les leçons des plus 
anciennes impressions, des notes, des notices et un lexiipie, par 
M. I'. Sirowski, sous les auspices de la Commission des Archives 
municipales. Tome I (Bordeanx, l'.tOO' : 

« On sait (pie la Bibliolhè(pie municipale de Bordeaux possède un 
exemplaire des Kssais d'un prix unicjue : ce sont les bonnes feuilles 
de l'édition de I"')H8,charf,^ées par Montaigne lui-même de corrections 
et aiMilioiis maiiiiscrilcs en vue il luu' nouvelle édition ([ue la mort 
l'empêcha de l'aire paraître. Lédilioii (Iciuii'e en i'-t'M') jiar M"'' de 
fioiirnay a ponr base une copie de cet exemplaire el sans doute 
d'autres indications trouvées dans les brouillons de .Montaigne. Mais 
on n'a pas encore tiré complètement parti de l'exemplaire de Bor- 
deaux pour rc'lude des variaticuis successives de la pensée de -Mon- 



SÉANCE DU 20 JUILLET 1906 313 

taigne. La municipalité de Bordeaux a tenu à honneur d'en donner 
une édition monumentale accompagnée de tous les éclaircissements 
qui peuvent mettre le lecteur en état de se faire une idée précise des 
intentions de Montaigne, et elle a eu l'heureuse idée d'en charger 
M. F. Strowski, professeur adjoint à la Faculté des lettres, déjà 
connu par une très belle thèse sur Saint François de Sales, et qui 
vient en outre de donner une élude non moins importante ni moins 
neuve sur Montaigne. C'est le tome \^' de cette édition qui est offert 
aujourd'hui à l'Académie. L'exécution matérielle est d'une grande 
beauté. L'exécution scientifique est remarfjuable. Quand l'édition 
sera achevée, les lecteurs de Montaigne auront certainement entre 
les mains un instrument de travail admirable, dont il convient de 
féliciter hautement et de remercier à la fois la municipalité de Bor- 
deaux, qui a pris l'initiative de cette œuvre, et M. Strowski, le savant 
et zélé directeur de la publication. » 



SÉANCE DU 20 JUILLET 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 



M. Grenier, membre de l'École française de Rome, rend 
compte des fouilles qu'il a été chargé de diriger à Bologne. Sur 
l'emplacement de la nécropole archaïque, précédemment reconnue 
par les archéologues bolonais, il a trouvé quatre tombes de 
caractère relativement récent, et une autre de caractère purement 
étrusque. Dans la nécropole étrusque, il a mis au jour une quin- 
zaine de tombes à inhumation contenant des vases figurés et 
autres objets d'importation grecque. Il doit retourner à Hologue 
continuer la recherche qu'il a entreprise des tombes villano- 
viennes les plus archaïques et des sépultures de transition entre 
l'époque villanovienne et étrusque '. 

1. Voir ci-après. 



314 SÉANCE DU 20 JUILLET 1906 

M. Paul Monceaux annonce qu'il a reconstitué une nouvelle 
série d'ouvrag^es tlonatistes : les ouvrages de Gaudentius, évèque 
donatiste de Thamugadi (Tinigad) au temps d"Auguste. 

Ce Gaudentius succéda, en 398, au terrible Optatus de Thamu- 
gadi, qui avait pris part à la révolte du comte Gildon, et qui avait 
terrorisé l'Afrique pendant dix ans. En ill. à la conférence de 
Cartilage, Gaudentius fui l'un des sept avocats-mandataires du 
parti donatiste. \'ers 4'2() , quand le tribun Dulcitius fut chargé 
d'appliquer à Thamugadi les lois contre les schismaliques, 
Gaudentius menaça de se brûler dans son église avec ses fidèles; 
à cette occasion, il soutint de vives polémiques contre Dulcitius 
et contre Augustin. 

A cette affaire se rapportent dix documents, dont trois sont 
depuis longtemps connus : les deux livres d'Augustin Conlra 
Gaudentiuin, et une lettre d'.Vuguslin à Dulcitius. Sept autres 
documents peuvent être reconstitués entièrement ou partiel- 
lement : deux édits de Dulcitius; deux lettres de Dulcitius à 
l'évoque donatiste de Tlianuigadi et à rr\( que catholique d'Ilip- 
pone ; enfin, trois ouvrages de Gaudentius. 

M, Monceaux a restitué complètement, sans la moindre lacune, 
le texte de deux lettres adressées par Gaudentius au tribun Dulci ■ 
tins. La première, écrite à la hâte, est courte. La seconde, plus 
développée, est un véritable traité sur le devoir des Donalisles en 
temps de persécution. L'évêque de Thamugadi y explique au 
magistrat pourfpu)i il persiste à vouloir se brûler dans son église. 

Knfin ^L Monceaux a recueilli des fragments dune lettre 
adressée à Augustin par Gaudentius. (Tétait une réponse au 
premier livre Conlra Gaudenlium. L'évêque d'IIipjxMie répliqua 
par le second livre (Jonirn Gnudenlinm. Nous ne savons d ail- 
leurs pas si le farouche donatiste s'est brûlé ou non. 

Ces trois ouvrages de Gaudentius ont été écrits i\ 'fhamugadi. 
Il est particulièrement intéressant de replacer ces j)olémiques 
religieuses et cette littérature dans le cadre des admirables 
ruines de Timgad, rjniciciiiic 'l'hinnugadi. 

M. Misj)ouk't donne lecture rlune note sur la date de la 
rédaction de l'Histoire Auguste. 



315 



COMMUNICATION 



COMPTE RE>'DU DES FOUILLES DE L ÉCOLE FRANÇAISE DE ROME 

A BOLOGNE, 
PAR M. A. GRENIER, MEMBRE DE l'ÉCOLE, 

Je suis heureux d'avoir roccasion de remercier FAcadé- 
mie des fonds qu'elle a généreusement mis à la disposition 
de l'Ecole française de Rome pour exécuter les fouilles que 
j'ai été charg-é de faire à Bologne. Voici quelle a été l'idée 
directrice de ces fouilles, et quels en sont les résultats 
obtenus jusqu'ici. 

Depuis l'année 1869, à laquelle remonte la découverte des 
premières tombes étrusques de la Certosa, les fouilles ont 
été nombreuses à Bologne même et dans les environs. Elles 
y ont mis au jour des sépultures de deux genres absolu- 
ment différents. 

Les plus anciennes sont à incinération. Les cendres sont 
enfermées dans un ossuaire de forme caractéristique, en 
terre noirâtre grossière. La vaisselle qui l'accompagne est de 
fabrication indigène, faite sans l'aide du tour, en terre rou- 
geàtre ou noirâtre, suivant le degré de la cuisson. Les 
armes, les ustensiles, les ornements personnels, déposés 
dans l'ossuaire ou à côté de lui , sont ceux d'un peuple 
encore barbare, n'ayant pour ainsi dire aucun sentiment 
de 1 art et en possession de moyens techniques encore très 
rudimentaires. La civilisation à laquelle appartiennent ces 
tombes a reçu le nom de civilisation villanovienne , du 



316 FOUILLES A BOLOGNE 

nom dune localité voisine de Boloyne, où la première 
nécropole de ce g-enre a été découverte en iSoT. Postérieure 
à la civilisation des terramares, elle peut être datée, à 
Holog^ne au moins, du viu'^ au yi" siècle avant notre ère. 

La seconde catégorie de tombes est d'un genre très 
diil'érent. L'inhumation est le mode de sépulture de beau- 
coup le plus employé. Les squelettes , ceux du moins (jui 
n'ont pas été dépouillés par les voleurs anti([ues, portent 
des bijoux d'or et d'arg-ent. Le mobilier des tombes se com- 
pose de beaux vases de bronze, fondus d'une seule pièce, 
de candélabres surmontés de petites statuettes, et surtout 
de vases figurés, de provenance grecque. Les tombes enfin 
sont le plus souvent surmontées d une stèle , ornée de 
motifs figurés empruntés aux mythes religieux étrusques et 
portant parfois des inscriptions étrusques. Les quatre cents 
et quelques tombes découvertes à la Certosa appartiennent 
à cette classe. Les vases que l'on y rencontre permettent de 
dater ces sépultures du v*" siècle. 

Les tombes villanoviennes d'une part, les tondues étrusques 
de l'autre, se sont rencontrées jusqu'ici, formant des nécro- 
poles distinctes, réparties aux quatre points cardinaux de 
la ville. 

Au Nord et à 1 Est, la ville moderne s'étend au delà du 
périmètre de la ville antique. On n'a donc pu retrouver, en 
creusant les fondations de maisons, qu'un petit nombre de 
tombes villanoviennes. .Vu Sud de la ville, au pied des col- 
lines (|ui bordent lîologne de ce côté, s'est rencontrée 
d'abord une nécropole villanovienne sur l'emplacement 
occupé par l'Arsenal militaire, puis plus loin, une très riche 
nécropole étrusque dans le jardin j)ublic de Bologne, le 
Giardino Margherita. Les deux groupes de tombes sont 
séparés par une distance de oOO mètres environ qu'il est 
actuellement impossible de fouiller. On ne saurait donc 
songer à déterminer de ce côté la rehilion existant entre les 
deux nécropoles. 



i 
i 



FOUILLES A liOLOGNE 317 

A l'Ouest de la ville, hors la Porte Sant* Isaia, on a 
constaté le même fait qu'au Sud de la ville, c'est-à-dire 
l'existence de deux nécropoles distinctes : une nécropole 
villanovienne et une nécropole étrusque. 

A 7 ou 800 mètres de l'enceinte actuelle se rencontre 
d'abord un petit torrent descendant des collines de l'Osser- 
vanza : le Ravone. A JOO mètres environ de ce torrent ont 
été retrouvées les premières tombes villanoviennes. A 
mesure que l'on s'éloigne de la ville, on constate que ces 
tombes sont de caractère de plus en plus récent, tout en 
portant l'empreinte d'une seule et même civilisation. Au 
bout de 500 mètres environ s'est rencontré un espace d'une 
cinquantaine de mètres ne contenant absolument aucune 
sépulture. Puis commencent et se continuent, sur une lon- 
g-ueur de loOO mètres jusqu'à la Certosa, les tombes de 
caractère nettement étrusque. 

Tels ont été les résultats obtenus par les très zélés et très 
consciencieux archéologues bolonais , MM. Gozzadini , 
Zannoni et Brizio. Les conclusions à en tirer sembleraient 
nettes si l'on n'avait à s'occuper que des données de l'ar- 
chéologie bolonaise et si la question qui se pose à Bologne 
ne se rattachait à celle de l'origine des Etrusques. En etfet, 
après avoir trouvé des tombes villanoviennes à Villanova, 
puis à Bologne, on a découvert des nécropoles portant 
l'empreinte de la même civilisation en Étrurie proprement 
dite : à ^'olterra, à Vetulonia, à Corneto, à Vulci ; dans les 
pays latins : h Paieries . dans les monts Albains , à Rome 
même sur l'Esquilin et au-dessous du Forum, et tout récem- 
ment dans l'Italie méridionale jusqu'à Timmari, près de 
Matera '. La distinction qui semble s'imposer à Bologne 
entre les tombes villanoviennes et les tombes étrusques est 
infiniment plus difficile à faire dans l'Etrurie proprement 

1. Moniimenti uiilifhi puhbl. d;ili Accademia degli Liiicei, XVI ;1906), 
l" livraison. 



318 FOUILLES A BOLOGNE 

dite. Les deux genres de sépultures se mêlent et se con- 
fondent. Objets de fabrication locale et d'importation étran- 
gère se trouvent associés dans les mêmes tombes. Il est à 
Corneto et à Vulci, par exemple, toute une catégorie de 
tombes caractérisée par la présence de vases corinthiens et 
protoattiques, datant par conséquent de la fin du vu'" et du 
début du VI'' siècle, qui semble former la transition natu- 
relle entre les tombes dites villanoviennes et les tombes 
étrusques. (]e sont ces faits (|ui ont donné naissance à la 
théorie exposée et soutenue par M. Ilelbig. Les Villanoviens 
ne seraient, selon lui. que des protoétrusques. Ces proto- 
étrusques, arrivés par voie de terre dans l'Italie septentrio- 
nale, l'auraient occupée et colonisée avant de descendre s'éta- 
blir en Etrurie. Ce seraient les traces de leur passage et de leur 
établissement à Bologne que nous auraient conservées les 
tombes villanoviennes. M. Brizio, le savant conservateur du 
Musée de Bologne, a relevé le défi lancé par M. Ilelbig à 
Tarchéologie boh)naise en mettant en doute les résultats 
obtenus par elle. M. Brizio maintient la tradition de l'ar- 
rivée des Etrusques par la mer Tyrrhénienne. Selon lui, 
les Etrusques, après s'être établis en Etrurie ne sont arri- 
vés à Bologne ({u'au v'' siècle. Ils Tout conquise sur les 
Villanoviens qui, depuis des siècles, y étaient établis. 
Boloirne serait ainsi une des trois cents villes et villa-'-es 
que, d'après Tite Livc. les Etrus(jues enlevèrent aux 
Ombriens. La population dite villanovienne a])partienclrait 
en elfet h la race ombrienne, sœur des races latines et 
osques '. à 

Les deux adversaires, M. llcibig cl M. lîri/io . étaient 
d'accord pour reconnaître (jue le iio'ud de la (juestion 
étrusque se trouvait ;» Bologne. (>e sont Us nécropt)les 

I. Ilclhif;-, Siijini hi itrnvciileiizn dcfili l\l riischi . dans los .\;i;i. di'll' Isl.. 
Issl. — Hi'i/.io. /..i iirnri'nirnz:i ilcfill l\l rifichi . iImiis les Alli c Mcmoric 
(lella //. I)('iiiil. ili Sliiriii l';ilri;i jn'r l;i l'mv. ili lli)iii:i(in!i, l>s.'). 



\ 



FOUILLES A BOLOGNE 319 

bolonaises qui, en attendant que Ton connaisse la langue 
des Etrusques, doivent permettre de juger de l'origine de 
ce peuple mystérieux. 

Si, comme le pense M. Helbig, les Etrusques sont arrivés 
du Nord^ par la voie de terre, les traces de leur passage à 
Bologne doivent présenter un caractère plus archaïque que 
celles qu'ils ont laissées dans TEtrurie proprement dite. Or, 
au contraire, les tombes villanoviennes retrouvées jusqu'à 
présent à Bologne sont de caractère évidemment plus récent 
que celles du Monte S. Angelo, près de Paieries, et que les 
plus anciennes de Corneto, par exemple. Il faudrait donc 
arriver à trouver à Bologne des tombes villanoviennes au 
moins contemporaines des plus anciennes de l'Italie cen- 
trale. 

D'autre part, si les Etrusques de la Certosa sont les 
descendants directs des protoétrusques de Villanova , on 
doit constater dans leurs nécropoles d'abord, puis dans 
l'art et dans l'industrie bolonaise, une parfaite continuité, 
le développement ininterrompu d'une même civilisation. Il 
devrait y avoir à Bologne, comme à Corneto, de ces tombes 
mi-villanoviennes, mi-étrusques, caractérisées par la pré- 
sence d'objets archaïques dûs au commerce avec l'Orient, 
et notamment de vases corinthiens et protoattiques. Or ce 
genre de tombes a fait jusqu'ici complètement défaut à 
Bologne. La série des vases grecs qui garnissent les tombes 
étrusques ne commence qu'avec les vases à figures rouges. 
Ceux de style sévère y sont même peu nombreux. Les vases 
à figures noires de Bologne sont de style lâché et contem- 
porains de ceux à figures rouges. 

J'ai donc voulu rechercher à Bologne, premièrement, des 
tombes villanoviennes de caractère plus archaïque que celles 
que l'on connaissait jusqu'ici ; et en second lieu, la transition 
entre les sépultures villanoviennes et les tombes de carac- 
tère indiscutablement éti^usque. 

1906. 22 



320 



FOUILLES A BOLOGNE 



Les plus anciennes des tombes villanoviennes trouvées k 
Bolog-ne se sont rencontrées hors de la Porta Sant" Isaia, à 




une centaine de mètres à l'Ouest du torrent le Havone, dans 
le terrain Benacci. 



< 



FOUILLES A bolugm; 321 

Où chercher les sépultures qui avaient dû les précéder? 
Evidemment plus près de la ville. 11 fallait trouver le 
commencement de cette nécropole dont on n'avait fouillé 
que le centre. 

J'ai commencé par m'assurer par des sondages que cette 
nécropole ne s'étendait pas en deçà du Ravone. Trois 
sondag-es faits entre 20 et 70 mètres du Ravone, à des 
hauteurs diverses, m'ont tous trois donné une réponse 
absolument nég-ative. La nécropole ne commençait qu'au 
delà du torrent. C'est donc dans le terrain immédiatement 
à l'Ouest du torrent que j'ai ouvert des tranchées. Une 
première tranchée ne m'a fourni que trois squelettes déposés 
en terre sans aucun objet. Mais l'un d'eux était recouvert 
d'une couche de cailloux de fleuve, semblables à ceux qui 
fréquemment recouvrent les tombes villanoviennes, ou en 
forment les parois. Au-:dessus d'un autre, j'ai trouvé quantité 
de 4ébris organiques, de nombreux os d'animaux, de 
volailles, de bœuf et de chien, formant au-dessus du mort 
une sorte de tumulus. 

Dans une seconde tranchée, ouverte dans le voisinag-e de 
la première, un nouveau squelette, recouvert d'un tumulus 
du même g-enre, portait encore, outre ses fibules, caracté- 
ristiques de l'époque villanovienne avancée, deux bracelets: 
un de bronze, l'autre de fer, et une g-rande éping-le à cheveux 
de bronze. On en peut conclure que les quatre squelettes, 
ensevelis dans la même couche archéolog'ique, sont des sc|ue- 
lettes de villanoviens. Ni l'une ni l'autre de ces deux tranchées 
ne m'a fourni de ces tombes à incinération archaïques que 
je cherchais. Je suis arrivé au contraire à trouver cent pour 
cent de tombes à inhumation, alors que la proportion des 
inhumés, par rapport aux incinérés, était, dans la nécropole 
de Villanova et dans le reste de la nécropole Benacci, de 
quatre pour cent. 

La seconde tranchée m'a même fourni un résultat plus 
curieux. A 5 mètres de distance du squelette villanovien, 



322 FOUILLKS A HOLOGNE 

dans cette nécropole où jamais auparavant on n'avait 
retrouvé que des sépultures très antérieures k l'époque 
étrusque, j'ai mis au jour une tombe de caractère étrusque 
parfaitement net. Le squelette avait encore sur l'épaule 
g-auche une fibule de bronze à étrier terminé par un petit 
bouton, semblable k celles de la Gertosa. Une autre fibule 
serrait la tuni(|ae entre les jamljes près du bassin. Du côté 
gauche, k hauteur de l'épaule, étaient disposés deux vases 
de terre noirâtre, bien faits au tour, de fabrication locale, 
un petit plat de terre rouge qui semble d'importation attique 
et une belle œnochoé à bord trilobé à vernis noir, de prove- 
nance certainement attique. Elle était intacte, mais 
malheureusement sans figures. 

La forme du bracelet et des fibules de la tombe à inhu- 
mation villanovienne la datent de la fin du vii'^ou du début 
du vi'^^ siècle. La tombe étrusque est certainement du milieu 
du \" siècle. Comment ces deux tombes se trouvent-elles 
associées presque dans la même couche archéologique? 
J'aurais voulu ouvrir de nouvelles tranchées parallèles aux 
premièrespour voir si j'allais trouver associées en cet endroit 
les tombes viUanoviennes et étrusques, partout ailleurs 
séparées. Les travaux de la moisson, en m'enlevant mon 
équipe d'ouvriers, m'ont forcé de remettre à plus tard la 
continuation de l'exploration de ce terrain. 

J'avais, pour me guider (hms l'acconqDlissement de la 
seconde partie de mon programme de fouilles : la recherche 
des tombes de transition entre l'époque villanovienne et 
ré[)()([ue étrusque, les données d'une petite fouille exécutée 
en 1(S!H». Au milieu de la nécropole étrusque, k 300 mètres 
k 1 l{st de la (Gertosa, dans le voisinage des tombes k 
inhumation de pur caractère étrusque, Zannoni avait mis 
au jour trois tombes k incinération de la période villano- 
vienne avancée. C'étaient trois grands Jo// de terre 
rouçeàtre, contenant, avec les cendres, uni' vaisselle de 



FOUILLES A BOLOGINE 323 

formes et de facture indig-ènes, et quelques bijoux d'argent 
doré de style étrusque. Ces trois tombes, véritables tombes 
de transition, étaient-elles isolées? J'espérais en trouver 
d'autres dumêmeg-enre, rencontrer peut-être en cet endroit, 
non seulement les bijoux, mais les vases et les bronzes qui 
marquent dans l'Italie centrale le début de l'art étrusque. 

Après quelques sondag'es pour retrouver l'emplacement de 
ces doli, j'ai ouvert, à droite et à gauche de la tranchée 
qui les avait fournis, des tranchées parallèles. Sur une 
superficie de 30 mètres de long et de 20 mètres de large, 
j'ai exploré tout le terrain environnant. Je dois confesser 
que je n'ai trouvé aucune trace de tombes semblables à 
celles de 1896. A droite et à gauche, sur toute la longueur 
de mes tranchées, je n'ai rencontré que des tombes de 
caractère étrusque parfaitement net. Sur 14 de ces tombes, 
10 étaient à inhumation et 4 à incinération. Des tombes à 
incinération se rencontrent d'ailleurs également à la 
Certosa. Les cendres sont enfermées soit dans des vases 
de terre rouge grossière, soit dans des situles de bronze, 
soit même dans des vases figurés grecs. Trois des tombes à 
incinération que j'ai retrouvées, avaient été dépouillées dès 
l'antiquité et ne contenaient plus que des cendres du biicher. 
La quatrième, absolument intacte, se composait d'un 
dolio de terre grossière contenant les cendres, accompagné 
de vases accessoires de bucchero nero. 

La plupart des tombes à inhumation que j'ai rencontrées 
avaient été également visitées par les voleurs antiques. J'y 
ai retrouvé épars de nombreux fragments de vases grecs à 
vernis noir uni et de vases figurés. J'espère qu'on en 
pourra recomposer un certain nombre. Le Musée de Bologne 
a bien voulu se charger de ce travail. Je pourrai, lorsqu'il 
sera terminé, présenter et publier les photographies de ces 
quelques découvertes. 

Ces tombes, en somme, sont exactement de même nature 
et de même date que celles de la Certosa et du reste de la 



32i FOUILLES A HOLOGNE 

nécropole étruscjue retrouvée, à Bolog-ne. Sous ce rapport 
elles irapprennent rien de bien nouveau. Les fouilles, 
jusqu'ici, n'ont fait que conlirmer les résultats précédem- 
ment acquis par les archéolog-ues bolonais. Elles con- 
firment absolument l'opinion exprimée par M. Brizio. Elles 
m'ont [)ermis en outre de constater : 

1° Que les tombes villanoviennes retrouvées en liS9G 
parmi les tombes étrusques ne constituaient (jue des 
exceptions isolées. Je n'ai pu trouver trace, à Boloj^ne, d'une 
nécropole de transition, et je crois qu'on n'en saurait parler. 

2" En ce cjui concerne la céramicjue bolonaise, il est 
absolument erroné de dire (jue le hucchero noro, si courant 
en Etrurie proprement dite, n'était pas en usage à Bolof=fne. 
Les exemplaires en sont sans doute exceptionnels au 
Musée. Ils abou leiiLdnns les tombes. Mais lliumidité et la 
pression de la terre ont réduit en menus fragments ces vases 
de terre à peine cuile. 

H" Les tranchées ouv(îrtes à la recherche de la nécropole 
de transition m'ont fait i-etrouver les traces de la voie des 
tombeaux étrusques. \n autre point de cette route avait été 
déterminé lors des fouilles de la Certosa. Nous avons 
maintenant la direelion tle cette route, et l'on peut constater 
que, non moins qiw. les tombes, elle est très rigoureusement 
orientée de l'Est à l'Ouest. 

De nombreux emplacements restent encore à explorer à 
Bologne. Le direcleui' de l'Ecole française, Mgr Duchesne, 
ayant ajouté. un crédit de MMM) ïv. h celui (jue m'avait 
accordé l'Académie, je vais proliler de nu\s vacances pour 
retourner (Nploici' un terrain situé exactement entre la 
nécropole villanovieiiiu' et la nécropole (''lrus(pu\ et tâcher 
de j)oui-suivre. autant (pie le temps et les ressources 
linancières me le perniel t roni , la reelierelie des lombes les 
jdus archaïcjues. 

Je n'ai eu (pi'à nie louer de la bonne volonté et d(^ l'assis- 
tance de I ailniinistiatiitn des anti({uités bolonaises dirigée 



LIVRES OFFERTS 323 

par M. Brizio, non moins que de Taide dévouée que m'a 
prêtée M. Zannoni. La nouvelle loi italienne est plus 
favorable aux fouilles que l'ancienne loi Pacca. L'Ecole 
française a été le premier des Instituts étrang-ers de Rome 
à en profiter. Je n'ai eu qu'à me féliciter de l'accueil que j'ai 
reçu partout comme son représentant. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel offre, au nom de son confrère M. E. 
PoTTiER, la suite du Catalogue des vases antiques de (erre cuite du 
Musée du Louvre, 2^ partie : L'école aliique (Paris, 1906, in-8»). 

M. ScHLUMBERGER a la parole pour un hommage : 

« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie de la part de l'auteur, M. Ada- 
mantios Adamantiou d'Athènes, un exemplaire du volume qu'il vient 
de publier sur la célèbre chronique connue sous le nom de Chro- 
nique de Morée et ses diverses versions, source capitale de l'his- 
toire des principautés franques fondées en Grèce à la suite de la 
quatrième croisade. Ce livre est intitulé : Ta Xpovizà toj Mopsoj;. 
Suij.6oXat £Î; XT)V çpayy.oSuÇavTivTiv îatopïav /.aï ç'.XoXoyîav (Athènes, 1906, 
in-8°). M. Adamantios Adamantiou, un des plus brillants jeunes éru- 
dits de la Grèce, s'est voué à l'étude de l'histoire de sa patrie au 
moyen âge. Le gouvernement hellénique lui avait accordé une bourse 
pour suivre à Paris les conférences de l'École normale. Forcé de 
rentrer en Grèce à la suite d'une grave et douloureuse maladie 
dont il n'est pas encore entièrement remis, il nous donne ici sa 
première œuvre originale et débute vraiment par un coup de maître. 
Il ne s'agit pas ici d'une nouvelle édition de la célèbre chronique. Les 
éditions de MM. A. Morel-Fatio et John Schmitt, qui sont excellentes, 
sont dans toutes les mains. Le livre de M. Adamantios est une étude 
critique minutieuse de la Chronique de Morée sous ses diverses 
formes et versions aux divers points de vue des origines, de la philo- 
logie, de l'histoire sociale et politique. L'auteur nous dit encore quels 
furent les premiers pionniers qui ont porté leurs recherches sur ce 
terrain — et ici le nom de notre Buchon brille du plus vif éclat — et 
comment s'est déroulée dans le cours du xix« siècle la connaissance 



326 r.lVRES OFFERTS 

de cette œuvre historique précieuse entre toutes. M. Adamantios a 
poussé si loin son étude, qu'il semble avoir épuisé ce sujet si intéres- 
sant pour Thistoire française et pour l'histoire «grecque. Son livre 
plein (le faits, (pii a paru d'abord par fractions dans le Bulletin de la 
Société hisloi'ii/iie ol ethnolnr/ique (jrecr/iie, est divisé en sept cha- 
pitres. Dans le [premier, l'auteur parle des institutions de la princi- 
pauté franque de Moréo fondée par les ViUehardouin à la suite de la 
croisade de 1204, et des sources de cette histoire. Dans le second, il 
s'occupe surlotit de la version grecque de la Cnironitiue de Morée et, 
à cette occasion, de notre Buchon,ce grand érudit encore maintenant 
si méconnu. Dans les chapitres troisième et quatrième, il traite de 
l'œuvre du Pseudo-Théodore de Monembasie et de la version ita- 
lienne de la Chroni({ue. Dans le cincpiième, il parle longuement de la 
version française el à nouveau d(» Buelion : dans le septième enfin, il 
traite des livres officiels aujourdluii perdus qui étaient conservés dans 
la principauté ol, à ce propos, il développe sa thèse que toutes 
les diverses formes de la Chronique de Morée parvenues jusqu'à 
nous proviennent d'une seule et même chronique officielle, sorte de 
journal dans lequel les conquérants francs écrivaieni au jour le jour 
leurs faits et gestes. Je dois, en terminant cette note déjà trop 
longue, rendre hommage à l'érudilion profonde et si sûre de 
M. Adamantios. Tous ceux que passionne 1 histoire des institutions 
de l'Orient latin au moyen âge liront ce livre avec le plus vif 
intérêt. >> 

.M. RoissiEii ])résente à l'Académie les deux thèses de M. Mt-rlin, 
directeur du service des anticpiités de la Tunisie : Les revers moné- 
taires de Venipereur Xi-rva et L'Aventin dan^ i.iiiliquité (Paris, 1906, 
"2 vol. in-8"). Ce dernier ouvrage, le plus iinpoitant des deux, est 
l'histoire duii (piartier de Rome. 11 raconte comment cette colline, 
située en face du Palatin, avait été mise en dehors de l'enceinte 
sacrée et comment ce qui aurait dû lui nuire fit au contraire sa for- 
tune. Comme elle n'était pas comprise dans le poniœrium, les 
étrangers s'y établireiil ; ils y apj)()rlèri'nl leurs cultes. Elle devint 
le quartier des négociants, la colline des pli'béii'us. C'est l'occasion 
pour M. .Merlin d'étudier les luttes t.\v la plèbe, le caractère des 
sacra externn el l'importance ((u'a prise le commerce à Rome. A 
propos de ces diverses études, on rencontre à chaque pas, dans le 
travail de M. Merlin, des opinions nouvelles, des vues fécondes qui 
montrent lf)ut ce (pio riiistoire L;(''nér;do |)eul gagnera ces recherches 
de détail. 



327 



SÉANCE DU 27 JUILLET 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

M. DE \'oGÏÉ communique à l'Académie une charte du 15 oc- 
tobre 1240 donnant le nom d'un évêque de Viviers appelé Ber- 
trand et qui ne se trouve dans aucune des listes publiées, y com- 
pris celle de la Gallia Chrisfiana. C'est un traité conclu entre 
l'évêque et le seigneur de la Gorce au sujet du siège qu'à l'insti- 
gation de l'évêque il avait fait du château de Sampzou et de la 
capture du seigneur de ce château. 

M. Lair lit une note de M. Brutails, correspondant de l'Aca- 
démie, archiviste de la Gironde, où il signale l'église de Saint- 
Orens de La Reulle,près Saint-Savin (Hautes-Pyrénées), comme 
possédant une pyramide semblable à celle de l'église de Sauve- 
plantade, dont M. de \'ogûé a entretenu récemment l'Académie. 
Une coupe de cette partie du monument est jointe à cette note, 
dont M. de Vogué reconnaît l'intérêt, tout en indiquant quelque 
difTérence entre les deux pyramides. 

Voici le texte de la note et le croquis de M. Brutails : 

« Bordeaux, 11 juillet 1906. 

« Je lis dans les journaux que M. le marquis de Vogué a 
signalé à l'Académie des inscriptions une voûte en forme de 
pyramide qui couvre le carré des transepts de Sauveplantade. 

« Il existe au moins une autre voûte du même genre, qui est 
au-dessus du carré du transept dans l'église abbatiale de Saint- 
Orens de La Reulle, un peu au-dessus de Saint-Savin (Hautes- 
Pyrénées). 

« Cette église romane de Saint-Orens est bien délabrée. Des 
quatre arcs du carré du transept, trois sont tombés, en tout ou 
en partie. C'est dire que la voûte elle-même est loin d'être 
intacte ; mais son état de ruine en facilite l'étude. 



328 



SÉANCE DU 27 JUILLET 1006 



« r'ile a la forme d'une pyramide carrée, et elle est posée sur 
les quatre murs de la croisée. Suivant la pratique ordinaire, la 
naissance de la voûte est un peu en reirait de l'aplomb intérieur 
du mur. Cette naissance décrit une courbe de petit rayon. 




« La maçonnerie est l'aile de dalles mal taillées. La pyramide 
na pas été élevée en tas-dc-rliar-e ; les joints de lit sont à peu 
près perpendiculaires an |)aremenl. 

(( J'ai le regret de ne pouvoir pas joindre à celte brève note 
une photographie. Je vous adresse, du moins, un crocpiis som- 
maire, que j'espère compléter le mois prochain. » 

M. Cac.nat lait connaître à l'Académie qu'on a découvert dans 
la mine de cuivre d'AIjustrel , eu Portugal, une table de bronze 
portant une longue inscription latine, (^'est un règlement relatif 
à l'exploitation de la mine. M. Gagnât, qui n'en possède encore 



SÉANCE DU 27 JUILLET 1906 329 

qu'une copie imparfaite, eu lit une traduction provisoire et 
apj^elle l'attention de ses confrères sur Timporlance du docu- 
ment : 

« A Ulpius Aelianus salut. 

« ...devra payer comptant au procurateur impérial. Au cas où 
Ton ne l'aurait pas fait et où Ton serait convaincu d'avoir traité 
du minerai avant d'avoir soldé le prix ci-dessus mentionné, la 
part occupée sera confisquée et le procurateur des mines louera 
le puits tout entier. Celui qui prouvera qu'un colon a traité du 
minerai avant d'avoir payé le prix de la moitié qui appartient au 
fisc, recevra le quart. 

« Les puits argentifères doivent être exploités suivant le règle- 
ment contenu dans cette loi. Les prix seront établis conformé- 
ment à la libéralité de notre très saint empereur Hadrien Auguste 
de telle sorte que la propriété de la partie qui appartiendra au 
fisc appartienne à celui qui le premier aura offert le prix demandé 
pour un puits et aura payé au fisc 4000 sesterces. 

« Celui qui sur cinq puits en aura creusé un jusqu'au minerai 
devra se mettre à l'œuvre dans les autres sans plus attendre , 
ainsi qu'il est indiqué ci-dessus; s'il ne le fait pas, un autre 
aura le droit de les occuper. Si quelqu'un, après vingt-cinq jours 
donnés à la préparation financière de l'exploitation, commence 
le trav^ail mais l'interrompt ensuite pendant dix jours consécutifs, 
un autre aura le droit d'occuper la concession. Tout puits loué 
parle fisc et auquel on n'aura pas touché dans les six mois pourra 
être occupé par un autre, à condition que lorsque les matériaux 
seront extraits dudit puits, la moitié, suivant la coutume, en soit 
réservée au fisc. 

« Celui qui occupe des puits pourra avoir les associés qu'il vou- 
dra, à la condition que chacun fournisse aux dépenses pour la 
partie où il sera associé; sinon, celui qui aura fait les dépenses 
devra faire afficher le compte de ses dépenses pendant trois jours 
de suite, au forum, à l'endroit le plus fréquenté, et faire signifier 
par huissier à ses associés d'avoir h fournir les fonds chacun pour 
sa part. Celui qui ne les aura pas fournis ou qui aura fait un acte 
frauduleux pour ne pas les fournir ou pour tromper un ou- plu- 
sieurs de ses associés sera privé de sa part du puits, et celte part 



330 SÉANCE DU 27 JUILLET 1906 

appartiendra à l'associé, aux associés qui auront fait les fonds. 
Les colons qui auront mis des fonds pour exploiter un puits 
réparti entre plusieurs associés auront le droit de formuler une 
répétition à leurs associés pourvu qu'ils puissent justifier de 
leurs dépenses. Les colons auront droit é};alemenl de se céder 
entre eux les parts des puits qu'ils auront louées au lise et dont 
ils auront payé le prix, aussi cher qu'ils pourront. Celui qui vou- 
dra céder sa part ou en louer une devra en faire la déclaration 
devant le procurateur des mines ; autrement on n'aura le droit 
ni de louer ni de céder. Le débiteur du lise ne pourra pas donner 
sa part. 

(( Les minerais amenés aux puits qu'on aura laissés sur le 
sol devront être portés aux usines du lever au coucher du 
soleil; celui qui sera convaincu d'avoir fait sortir du minerai 
des puits après le coucher du soleil et jus(|u";i son lever devra 
devra payer au fisc lOlH) sesterces. Le voleur de minerai, s'il 
est esclave, sera fouetté par ordre du procurateur et vendu à la 
condition d'être esclave à perpétuité et de ne séjourner ni dans 
une mine, ni sur le territoire d'aucune autre mine; le prix de 
l'esclave appartiendra au maître. S'il est de condition libre, le 
procurateur confisquera ses biens et lui interdira à jamais les 
territoires miniers. 

« Tous les |)uits doivent être soigneusement étayés et consoli- 
dés; le colon, dans chaque puits, doit faire remplacer les maté- 
riaux pourris. Il est défendu de toucher aux piliers et aux étais 
qu'on aura laissés pour assurer la solidité, de les endommager ou 
de nuire dans une intention criminelle à la solidité de ces piliers 
ou de ces étais. Celui (pii sera convaincu d'avoir détérioré un 
puits par la violence ou de l'avoir ébranlé ou d'avoir, dans une 
intention criminelle, compromis sa solidité, s'il est esclave, sera 
fouetté par ordre du procurateur et vendu par son maitre avec 
cette condition de ne jamais plus séjourner dans une mine; s'il 
est libre, le procurateur confisquera ses biens et lui interdira à 
jamais les territoires miniers. 

« Celui qui creusera des puits cuprifères devra ne pas approcher 
de la galerie destinée à évacuer l'eau de la mine et laisser de 
chaque coté au moins quinze pieds. 11 est interdit de détériorer 
la galerie. 



SÉANCE DU 27 JUILLET 1906 331 

« Le procurateur permettra pour rechercher un nouveau filon 
de pousser un sondage ' à partir de la galerie, à la condition que 
ce sondage n'ait pas plus de quatre pieds de largeur et de hau- 
teur et qu'on ne recherche ni n'exploite de minerai dans l'espace 
de quinze pieds de chaque côté de la galerie. Celui qui sera 
convaincu d'avoir agi autrement pour les sondages, s'il est 
esclave, sera fouetté par ordre du procurateur et vendu par son 
maître avec cette condition de ne séjourner dans aucune mine; 
s'il est libre, le procurateur confisquera ses biens et lui inter- 
dira à jamais les territoires miniers. 

« Celui qui creusera des puits argentifères devra restera distance 
de la galerie destinée à évacuer leau de la mine et laisser de 
chaque côté au moins soixante pieds ; il devra se tenir, pour 
l'exploitation des puits qu'il aura occupés ou reçus en assigna- 
tion, dans les limites qui auront été déterminées. Il lui est inter- 
dit de les franchir, de recueillir des déchets ou de pousser des 
sondages en dehors des limites du puits qui lui a été assigné, de 
telle sorte que... » 

M. Salomon Reinacu a la parole pour une communication : 
« Jai le plaisir d'annoncer à l'Académie, de la part de notre 
correspondant M. E. Cartailhac, que des peintures ont été 
récemment découvertes sur les parois de la grande grotte de 
Gargas, non loin de Saint-Bertrand-de-Comminges , dans les 
Pyrénées. MM. Regnault et Cartailhac y ont observé quantité 
de mains, surtout des mains gauches, soit isolées, soit par petits 
groupes, ordinairement deux par deux. Ces mains sont figurées 
tantôt sur fond rouge, tantôt sur fond noir ; il est évident que 
limage a été obtenue par l'application de la main sur la paroi ; 
c'est une image « au patron ». M . Cartailhac a compté enviro; 
quatre-vingts mains; il y a plusieurs groupements, certainement 
intentionnels, de deux mains sur fond noir avec deux mains 
sur fond rouge. La couleur a subi l'action des eaux incrustantes 
elle est fixée, presque partout, par un enduit calcaire. D'autres 
mains, tracées de la même manière sur les parois, ont été signa- 
lées dans les grottes voisines de Santander. 11 est remarquable 

1. Le texte porte ici un mot technique, /erna^us ou /ernacus, qu'ignorent 

les dictionnaires. 



332 SÉANCE DU 27 JLILLEI 11 

que les parois des roches et des cavernes en Australie portent 
des figures analogues, décrites dans le Journal of Ihe anlhropo- 
logical Inalilute de 1898 i pi. "29), où l'on a supposé que cette 
figuration de mains témoigne dune prestation de serment. 

(( M. l'abbé Hreuil a reçu une subvenlion de l'Académie pour 
continuer ses recherches dans les cavernes des environs de San- 
lander. 11 m'annonce la découverte dun grand nombre de pein- 
tures et de gravures, représentant des bisons, des chevaux, des 
cervidés, des signes conventionnels — en particulier dun dessin 
rouge très ancien, simplement linéaire, qui ligure un éléphant 
(mni un mammouth). M. Brcuil a contrôlé et dessiné à son (diir 
une très singulière gravure de la grotte dite Ilornos de la Pena, 
déjà publiée dans la Revue Porliujalia, représentant, sans contes- 
tation possible, m'assure-t-il, un singe pourvu fFunc longue 
queue. » 

M. S. Rhinacii signale les témoignages concordants de deux 
humanistes de la Renaissance, Pontanus et Caelius Rhodiginus, 
suivant lesquels les Gètes auraient élevé un tombeau à Ovide 
devant la porte de la ville de Tomes (N'arnai. Pontanus cite, 
comme autorité, le grec Georges de Trébizonde, qui disait avoir 
lu cela dans un « bon auteur ». M. S. Reinach croit que le « bon 
auteur » en question est le moine Planude, traducteur d'Ovide 
en grec vers 1300. 11 entre, à ce propos, dans quelques détails 
sur un manuscrit perdu, autrefois possédé par Rhodiginus, et 
considéré à tort, au xix'' siècle, comme ayant été fabriqué par ce 
savant. Rhodiginus a cité aussi deux vers de Plante qui ne se 
rencontrent pas ailleurs, alors que rien n'autorise à croire qu'il 
les ait imaginés. 

M. Mispoulcl continue la lecture de son travail sur la date de 
la rédaction de \'Uisli>rin Ain/iisl.t. Il cherche à résoudre cette 
question si controversée à laide dune méthode nouvelle d'in- 
vestigation : le contrôle des textes par les instilulions qui y 
sont mentionnées ou décrites. Dans un mémoire communiqué, il 
y a deux ans, à l'.Académie, il avait montré que Constantin, 
vers Fan 315, avait profondément transformé le consulat. .-Vujour- 
d hni, il s'elForce d'établir que c'est le consulat réformé qui est 
mentionné par les auteurs de 1' " Histoire .Auguste ». Trois pas- 



4 



SÉANCE DU 27 JUILLET 1906 333 

sages attribués à Lampride et à ^ opiscus supposent que les 
consuls sulTects sont, dès le troisième siècle, nommés par le 
Sénat. 11 en résulte que, dans l'opinion de ces auteurs, la réforme 
du consulat a été efTectuée à une époque assez lointaine pour 
qu'ils n'en aient pas gardé le souvenir. Sept autres passages 
empruntés à Capitolin, à Gapitolin ou Lampride, à Lampride et 
à Vopiscus, c'est-à-dire à trois ou peut-être à quatre des auteurs 
du recueil sur cinq (en négligeant Vulcatius Gallicanus, auteur 
d'une biographie unique"), emploient, pour désigner les coiïsulares^ 
une expression nouvelle que la réforme du consulat a rendue 
nécessaire et qui n'est usitée dans les sources littéraires, épigra- 
phiques ou juridiques, que dans la seconde moitié du iv*^ siècle. 
C'est donc à cette époque qu'auraient été rédigées les biogra- 
phies dans lesquelles se trouvent les passages cités. L'auteur de 
la communication se croit d'autant plus fondé à proposer cette 
solution que ses recherches sur les autres institutions ont abouti 
au même résultat. 

M. Bertaux , professeur à l'Université de Lyon, présente les 
photographies de plusieurs panneaux anciens étudiés ou décou- 
verts par lui à Valence (Espagne) : un triptyque flamand de la 
seconde moitié du xv'^ siècle ; plusieurs panneaux du grand 
retable léonardesque de la cathédrale de Valence, dont les volets 
ont été peints en 1507 par deux Espagnols : Fernando de los 
Llanos et Fernando de l'Almedina ; un très curieux panneau du 
peintre italien Paolo di Santa Leocadia, qui représente aux pieds 
de la Vierge les trois fils d'Alexandre \l : le duc de Gandia à 
genoux, avec un estafîer qui lève sur lui un poignard ; son 
second frère, César Borgia, que tous les contemporains accu- 
sèrent de l'assassinat ; et le cadet des trois Borgia, Jofré. César 
Borgia est représenté dans l'attitude d'un vaincu ou d'un prison- 
nier qui rend son épée, la garde en bas. Il semble avouer et 
expier son crime. 



334 



LIVRES OFFERTS 



Le Sechktaire pehpktlel dépose sur le bureau, au nom du 
D'' Carton, les brochures suivantes : 

Quatrième chronif/iip archéolo(ji(/ii<' nord-.ifricaine , 19011-1000 
(Tunis, 1906, in-8°; extr. de la Renie liinlsienne) ; 

Quatrième annuaire d'épii/raphie africaine, 1904-100o Constantine, 
1906, in-H»; extr. du Recueil des Xutices et Mémoires de la Société 
archéoUxjique de Constantine); 

Le Dar-El-Acheb [Dougga) (Constantine, 1900, in-8°; extr. de la 
même publication); 

La Richesse de la Rijzacène (Sousse, 1906, in-8»; extr. de la .< Mono- 
graphie du Centre tunisien »). 



Le Ocra ni. A. Picard. 



MACOK, pnoTAT mEnBS, iMrniMEuns 



GOiMPTES REiNDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1906 



PRÉSIDENCE DE M. R. GAGNAT 



SÉANCE DU 3 AOUT 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 



M. GoLUGNON communique à rAcadémie un rapport d'ensemble 
de M. Gandin sur les fouilles poursuivies à Aphrodisias pendant 
la campagne d'été de U)05. A ce rapport sont jointes les photo- 
graphies des statues et des pièces d'architecture découvertes 
principalement dans les Thermes d'Aphrodisias. 

M. Léon Dorez fait une communication sur la collection de 
manuscrits de Lord Leicester à Holkham-Hall (Norfolk, Angle- 
terre). Grâce à la libéralité du possesseur, M. Dorez a pu termi- 
ner, dans un cinquième voyage à Ilolkham , Texamen des 750 
manuscrits dont il avait entrepris le catalogue, aujourd'hui prêt 
pour l'impression. Gette collection, formée surtout de volumes 
acquis en Italie dans la première moitié du win" siècle, a pour 
premier noyau la bibliothèque de sir Edward Coke, un des plus 
1906, 23 



330 SÉANCE DU 3 AOlï lOûG 

célèbres ascendants de la famille , ladversaire bien connu du 
chancelier Bacon. Accrue d'une manière tout à fait remarquable 
par Thomas Coke, premier comte de Leicester, au cours d'un 
séjour de plusieurs années à Florence et dans les principales villes 
d'Italie, reliée par les soins de Thomas \^'illiam Coke, elle a 
recueilli un nombre assez considérable de manuscrits provenant 
des bibliothècpies padouanes et vénitiennes : presque tout le 
fonds grec — plus de cent manuscrits — vient de Ciulio Giusli- 
niani , qui avait, en 1698, ouvert à Montfaucon les portes de 
son cabinet. De Florence, viennent, entre autres, un petit livre 
d'heures aux armes de Laurent de Médicis et de Clarice Orsini, 
et un Evangéliaire exécuté pour le roi de Hongrie, Matthias 
Corvin ; de Naples, quelques manuscrits classiques qui ont 
appartenu au poète pétrarquisant Berardino Rota ; du Nord de 
l'Italie, un beau Décaméron de Boccace exécuté pour un prince 
de Ferrare; de Rome, un cahier de dessins d'antiques attribué 
à Raphaël et un manuscrit autographe de Léonard de \'inci. 
L'Allemagne du Sud a fourni à la collection quatre magnifiques 
livres liturgiques ornés de peintures , revêtus de reliures en 
argent doré et provenant de labbaye guelfe de Weingarten. 
Les Flandres sont représentées par six grands volumes de la 
bibliothèque des ducs de Bourgogne, décorés d'admirables minia- 
tures, et dont l'un porte la signature de Marguerite d'Angle- 
terre, troisième femme de Charles le Téméraire; et, en outre, 
par une quinzaine d'entre les manuscrits à peintures rassemblés 
par Raphaël de Marcatel. bâtard du duc Philippe le Bon et abbé 
de Sainl-Bavon de tiand. De (^aiilorbérv et des abbayes de l'East- 
Anglia \ieniienl (juelques intéressants nianii.--crits. Mais c'est de 
France que sont sortis presque tous les plus beaux \olumes de 
la collection de Lord Leicester. non point cpi'ils soient tous fran- 
çais ou exécutés en France, mais ils y ont séjourné, chez Paul 
Petau, chez Jacques Cujas, chez d'autres encore, et en particu- 
lier, jusque vers le premier tiers du xviu'' siècle, dans le couvent 
des Augustins Déchaussés de Lyon, gravement responsables de 
la dispersion des trésors rassemblés dans leur maison. M. Dorez 
signale, en lcnuiii;iiil, une superbe Bible à pcMiitures du mv'' siècle, 
probablement rxécutée à Avignon, tardiv enieiit munie des armes 
de l'antipape Clément \TI, et qui, en 1788, était encore à Rouen. 



CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 337 

M. Dorez se propose d'ailleurs de communiquer prochaine- 
ment à l'Académie une centaine d'excellentes photographies des 
meilleures miniatures contenues dans les manuscrits de Holkham- 
Hall, photographies exécutées à l'aide de deux subventions qui 
lui ont été généreusement accordées par l'Académie elle-même, 
sur la fondation Piot, et par la Société des Bibliophiles François. 

M. labbé Thédenat, au nom de la Commission des Antiquités 
de la France, donne lecture du rapport sur le concours de cette 
année '. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture du rapport sur les tra- 
vaux des Commissions de publication pendant le 1'^'" semestre de 
11)06-. 



APPENDICES 



RAPPORT 

FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 

SLR LES OUVRAGES ENVOYÉS AU CONCOURS DE l' ANNÉE 1906, 

PAR M. l'abbé THÉDENAT, 

MEMBRE DE l'aCADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES, 

LU DANS LA SÉANCE DU 3 AOÛT 1901. 

M. Léon Mirot, à qui la Commission du concours des 
Antiquités nationales a décerné la première médaille, avait 
envoyé deux ouvrages. 

Le premier, le plus important, est intitulé : Les insurrec- 
tions urbaines au début du règne de Charles VI [i 380-1^^83), 
leurs causes, leurs conséquences. 



1. Voir ci-après. 

2. Voir ci-après. 



338 CONCOL'ISS DES ANTlQriTÉS I)K r.A FRANCK 

Aux dernières heures de sa vie, Charles ^' fut pris de 
scrupules au sujet de la lég-alité de certains impôts perçus 
sur son peuple. Il crut qu'il était de son devoir de les abo- 
lir. Sentiment honorable dont Ihistoire nous olTre peu 
d'exemples; nuisible cependant, car il devint pour le peuple 
la source de maux nouveaux. Ces impôts en elîet étaient 
nécessaires. Force fut à Charles ^'I de les rétalilir ou de les 
remplacer par d'autres impôts. De là, chez le peuple déçu 
dans ses espérances, mécontentement violent, et, par suite, 
ces émeutes connues sous le nom d'Insurrecfions urbaines, 
qui éclatèrent sur plusieurs points du royaume. 

Des récits contemporains, des pièces d'archives judicieu- 
sement interprétées et combinées ont permis à M. Léon 
Mirot d'étudier à fond, dans l'ensemble et dans les détails, 
cette intéressante période. Il a repris les textes déjà publiés 
pour les mettre en place et en valeur avec plus de soin et 
de précision qu'on ne 1 avait fait antérieurement. Mais c'est 
surtout à l'aide des pièces inédites tirées du Trésor des 
chartes et des débris des archives dv la Chambre des 
comptes que l'auteur a [)u tracer un tableau vivant des 
événements, délinir le caractère et l'action de plusieurs 
assemblées d'I^ltat, analyser l'org^anisme financier tel (jull 
fut rétabli par les conseillers de Charles \ I, justifier ses 
conclusions sur le développement du j)ou\(>ir royal, sur les 
avantag-es de la centralisation administrative à la v(>ille des 
événements désastreux ipii iikii (juiTent la seconde période 
du rèf^ne de Charles ^T. 

M. Mirot a su donner à son sujet toute l ampleur (|u'il 
comporte et écrire un chapitre neuf et très j)rofondémenl 
étudié de l'histoire généi'ale de la France ;» la fin du 
\iv'' siècle; cruvre pleine d'intérêt au point de vue histo- 
ri({ue, économi(pu' et littéraire. 

C'est encore au rè<i;-ne de Cliarhvs \ 1 (pi a Irail le second 
volume de M. Mirot : Isnhcllc de France, reine t/'Anf/le- 
lerre^ duche.sac d' An(jtnilènu\ duchesse d'Orléans. 



CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 339 

L'auteur n"a rien néglig-é de ce qui pouvait mettre en 
relief la vie courte et accidentée d'Isabelle de France, fille 
de Charles VI. 

Née en 1389 et destinée dès son enfance à épouser Jean, 
lils de Pierre II, comte d'Alençon , Isabelle est, en 1396, 
mariée à Richard II, roi d'Ang^leterre. Veuve à l'âge de 
douze ans, elle revient en France et, en 1406, épouse en 
secondes noces Charles, comte d'Angoulème, fils de Louis, 
duc d'Orléans. Enfin, trois ans plus tard, dans sa ving-tième 
année, elle meurt. 

On ne pouvait écrire la vie de cette princesse sans entrer 
dans le détail des plus notables événements du règne de 
Charles VI , sans se heurter à chaque pas aux faits dont 
Isabelle fut plus d'une fois, en France et surtout en Angle- 
terre, la très involontaire actrice et la très innocente vic- 
time. M. Léon Mirot s'est acquitté de cette tâche en histo- 
rien bien informé ; son récit se présente sous une forme 
toujours attachante, souvent touchante. 



La seconde médaille a été décernée à M. Ph. Lauer pour 
son édition des Annales de Flodoard. 

Venu après de nombreux éditeurs et commentateurs, 
M. Lauer nous offre une édition annotée qui, tout en pro- 
fitant des travaux antérieurs quelle dépasse , présente 
cependant les caractères d'une œuvre originale, tant il a 
apporté à l'établissement du texte, d'après les cinq manu- 
scrits de son auteur, de discernement et de sage criticjue. 

Les soixante-huit pages de l'introduction, pleines d'obser- 
vations neuves, nous font connaître en détail les particula- 
rités de la vie de Flodoard, sa manière de travailler. Nous 
savons aujourd'hui que le commencement des Annales n'a 
pas été perdu et que les chiffres grecs mis en regard des 
différents paragraphes ne désignent pas des divisions, mais 
le millésime des années suivant lère mondaine de Bvzance. 



340 CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 

Les notes sont nombreuses, courtes, mais substantielles ; 
elles abondent en renseignements sur la chronologie, l'iden- 
tification des noms d'hommes et de lieux, sur les rappro- 
chements à faire avec les chroniqueurs contemporains et 
sur le parti qu'en ont tiré les historiens modernes. 

L'appendice comprend des morceaux importants qui 
jettent beaucoup de lumière sur le texte. 

La varia lectio est à part et très bien disposée ; la table, 
tout entière analytique, intelligemment faite. 

En un mol, dans l'œuvre de ^L Lauor. la métliode et 
l'exécution sont irréprochables. 

Les Assemblées du clei^f/é de Frnnee, orujiiie, organisa- 
lion, déreloppemcnt, 1 561-101 o: tel est le titre de l'ouvrage 
de M. Serbat auquel a été décernée la troisième médaille. 

Depuis la seconde moitié du \\f siècle jusqu'à la lin de 
l'ancien régime, les Assemblées du clergé ont joué un rôle 
considérable dans l'histoire intérieure de la France. Char- 
gées de régler la participation du clergé aux dépenses de 
l'État, elles eurent à conclure des conventions financières 
avec le roi et avec le bureau de l'hùtel de ville, à consentir 
de nombreuses aliénations de biens, et aussi, quand l'ar- 
gent comptant manquait, à contracter des emprunts, à 
vendre des offices ou des rentes en en garantissant le revenu. 
De là nacpiil })eu à peu, au poiiil <lr vue des intérêts maté- 
riels, une organisation du clergé de France (pii méritait 
d'être étudiée de très près. 

Le clergé ne se prêtait pas toujours de bonne grâce à ce 
départetncnf des décimes réclamées par le pouvoir royal; 
quoicjue déclarant ne l'accorder t[ue par sa seule volonté, il 
sentait bien que, malgré lui, il devenait contribuable. Dès 
lors, ses agents, en lutte incessante avec les représentants 
du lise, dissimulent le plus possible la base des décimes et 
sf refasciiL ;i donner un état exact des biens et des revenus 
de leur ordre. 



CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 341 

Parallèlement aux questions d'argent très ardues , très 
complexes, il était nécessaire de rechercher aussi dans les 
actes de ces Assemblées les inévitables influences politiques 
et la constante préoccupation des intérêts religieux. 

L'étude des Assemblées du clergé de France emprunte 
encore un grand intérêt historique à ce fait qu'elles furent 
presque toujours convoquées au milieu de circonstances 
politiques d'une grande gravité : guerres, troubles intérieurs, 
périodes de crise dans le gouvernement du pays. 

Les recherches de M. Serbat devaient donc avoir pour 
objet l'histoire de ces Assemblées et leur rôle au point de 
vue hnancier, politique et spirituel. Il a été nécessaire, pour 
mener à bonne fin cette triple étude, de mettre en œuvre une 
masse considérable de documents à peine défrichée jusqu'à 
ce jour : procès-verbaux , comptes rendus officiels ou offi- 
cieux, rapports, enquêtes, pièces publiques ou particulières. 
M. Serbat a apporté à ce dépouillement une conscience et 
une critique dignes de tous éloges ; il a su, avec une sage 
mesure , encadrer l'histoire particulière de ces Assemblées 
dans l'histoire générale de la France. Sous le style simple 
et clair qui convient au sujet, son œuvre est originale; 
certaines de ses parties sont complètement nouvelles. 

L'Académie espère que la distinction dont il est honoré 
encouragera M. Serbat à poursuivre jusqu'à la Révolution 
française une étude si bien commencée. 

Une quatrième médaille a été décernée à l'ouvrage de 
M. René d'Allemagne, intitulé : Les cartes à jouer du XIV^ 
au XX'^ siècle. 

Fruit de longues études et de patientes recherches, cet 
ouvrage, si on le compare aux livres antérieurs qui traitent 
du même sujet, marque un incontestable progrès. 

Jusqu'à ce jour, l'origine des cartes à jouer a été souvent 
débattue et toujours résolue par des hypothèses. Les sages 
s'en tenaient à l'opinion du P. Ménétrier qui a au moins 



342 CONCOURS DES ANTIQl'lTÉS DE LA FRANCE 

le mérite d'être appuyée sur un document : les cartes à 
jouer auraient été inventées au temps du roi Charles VI. 
Mais, dans des documents d'archives, M. d'Allemagne a 
trouvé, en 1377, peut-être même en 1337. mention de jeux 
de cartes. Si ces documents ne réussissent pas à préciser la 
date d'origine des jeux de cartes, ils ont tout au moins le 
mérite de détruire une légende et de nous reporter à une 
époque plus ancienne. 

Les questions soulevées par l'étude des cartes à jouer 
sont nmltiples et conqjlexes, ayant trait à l'art, à l'industrie, 
au commerce. 

Leur liistoire est intimement liée à celle de la gravure 
sur bois. On gravait en etîet des bois pour l'impression des 
jeux de cartes qui, ensuite, étaient coloriés à la main et 
traités avec un soin particulier, à la façon des miniatures. 

A la lin du xv" siècle, les cartiers formaient une dépen- 
dance de la corporation des peintres. Toutefois, l'usage de 
certaines couleurs leur était interdit. 

La recherche des centres où la fabrication des cartes fut 
autorisée forme dans ce livre une partie d'un réel intérêt 
pour l'histoire locale; partie nouvelle aussi, car personne, 
jusqu'à ce jour, ne l'avait soumise ii une étude d'ensemble. 

Au XV'' siècle , il existait des cartiers dans beaucoup de 
villes; leur nombre augmente encore au nm ' siècle et toutes 
les villes de quelque importance possèdent des fabrifpies de 
cartes. Dans certains centres, h Houen, p;ir exemple, nous 
voyons des corporations de cartiers riches et puissantes se 
cotiser ou être taxées à des sommes considérables, pour des 
travaux [)ublics. 

(le n'i'sl pas sevdcment en France, mais aussi en Alle- 
magne, en Angleterre, en Belgique, en Lspagne, en Portu- 
gal, ({ue l'auteur étudie sous ses dillérents aspects l'histoire 
des cartes h jouer. La concurrence étrangère profita à la 
beauté artisti(pi<' des cartes : les maîtres cartiers tirent de 
louables ell'orts pour résister, })arune fabrication supérieure, 



CONCOL'RS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 343 

à l'importation des peuples voisins, pour s'assurer leur 
clientèle. Les cartes fines sont d'orig-ine fi-ançaise. 

Les cartiers étaient soumis à une lég-islation spéciale. 
Nous avons vu que l'emploi de certaines couleurs leur fut 
interdit. Ln France se trouvait autrefois divisée en six 
rég-ions dont , pour employer l'expression de droit et de 
métier, chacune éditait un portrait absolument dilférent 
qu'on ne pouvait pas imj)orter d'une région dans une autre. 

Pendant tout le xv^ siècle et une partie du xvi^, les 
cartes à jouer demeurent franches de tout droit. Mais la 
déclaration du 2o mai 1583 porte que toutes les cartes 
seront désormais imposées k l'intérieur d'un sou parisis sur 
chaque paire, de deux sous par jeu de tarot. A dater de 
cette époque , la royauté cherche à tirer un revenu de la 
vente des cartes, soit directement, soit en l'alfermant. Nous 
voyons, à Rouen, cette fabrication, autrefois si florissante, 
ruinée par les charges imposées au commerce de l'exporta- 
tion. 

La partie fiscale et commerciale de cette étude, traitée à 
fond à l'aide de documents inédits, est tout à fait nouvelle 
et otfre un grand intérêt. 

Les pièces justificatives, rejetées dans un appendice, sont 
toutes complètement inédites. Quelques-unes d'entre elles, 
comme les statuts des naypiers ou cartiers de Toulouse, 
constituent des documents historiques de haute valeur. Les 
statuts des naypiers, rédigés en Li65, forment en etfet un 
code absolument complet de tout ce qui touche à l'industrie 
cartière à cette époque. 

La table analytique, composée de 6000 articles, permet 
de se reporter à toutes les matières contenues dans les deux 
gros volumes. Une table de 3000 noms, dressée à l'aide des 
documents d'archives, des registres de l'état civil conservés 
dans les paroisses, des pièces de procédure, arrêts et règle- 
ments , nous donne la liste des maîtres cartiers de France 
et de Belg^ique, avec indication des dates et des résidences; 



344 CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 

table appelée à rendre aux chercheurs les plus grands ser- 
vices : on sait combien la persistance des types une fois 
adoptés rend difficile la classification chronolog'ique des 
jeux de cartes. 

L'illustration offrirait peut-être moins d'ag^rément aux 
yeux, mais certainement plus d'utilité aux travailleurs si 
elle était disposée méthodiquement; d'ailleurs, une table 
bien dressée corrig-e ce défaut. L'auteur nous a donné 
3200 reproductions, dont 9o6 en couleur, et 12 planches 
hors texte coloriées à l'aquarelle. Au point de vue de 
l'image — et en pareil sujet limage est un document de 
premier ordre — on ne pouvait rien souhaiter de meilleur 
ni de plus complet. Non seulement M. d'Allemagne a 
illustré infiniment mieux que ses prédécesseurs les jeux 
de cartes connus, mais il en a, en grand nombre, trouvé de 
nouveaux dans les musées et dans les collections de France 
et de l'étranger. Les cinq planches du célèbre jeu de tarot 
dit de Charles VI sont reproduites avec une perfection dont 
n'avait approché aucun éditeur. Parmi l'illustration inédite, 
signalons, pour le xv'' siècle, la boite de jeu et la custode en 
cuir du musée de Turin, la tapisserie de Bàle représentant 
des joueurs, les cartes à enseignes espagnoles éditées à 
Toulouse par Antoine de Logirieux ; pour le xvi'' siècle, les 
cartes françaises des Archives de la Vienne, le jeu de tarot 
qui est passé par la collection du baron Pichon , le jeu sati- 
ricpie de la collection Figdor, les cartes du Musée du cin- 
quantenaire à Bruxelles, gravées par Alexandre Meyer sur 
placpiettes d'argent massif, etc. 

Il est heureux qu'un pareil sujet ait tenté un auteur assez 
érudit pour en réunir les éléments, assez libéral pour le 
docuniciitiT pai' une si nicrvcillrusc illusli'alion ' . 



1. (aI nu\i:i^t' |)iiiissc! Jus(|iraii x.v siècle l'histoire des cartes à jdiier. 
Les ra|)|)orlciirs se sont spL'cialcmenl occupés de la partie antériomc ;iii 
rèj^no (rilfiiii W (lui, seule, rciitri' dans les cniiditioii^ du cniicours. 



CONCOURS DES ANTIOUITÉS DE LA FRANCE 345 

La première mention a été attribuée au Manuel pour servir 
à r étude de r antiquité celtique^ par M. G. Dottin, profes- 
seur à la Faculté des lettres de Rennes. 

Un manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique ne 
peut être qu'une œuvre très complexe, exigeant chez son 
auteur des connaissances étendues. Des sciences variées, 
en effet, dont chacune constitue une spécialité, apportent 
leur contingent à l'étude de nos antiquités nationales : la 
philologie, l'archéologie, l'épigraphie, la numismatique, la 
mythologie. La ditTiculté de la tâche avait jusqu'ici arrêté 
les bonnes volontés, et force était de s'e*i tenir à l'ouvrage, 
aujourd'hui bien distancé, de M. Roger de Belloguet. 
M. Dottin a osé assumer une responsabilité qui en avait 
elFrayé d'autres , nous rendant ainsi un service dont il faut 
lui savoir gré. U nous donne, sous un petit format, avec un 
plan méthodique, des tables très intelligemment faites, un 
manuel de l'antiquité celtique, c'est-à-dire de nos antiquités 
nationales. Ce manuel est dès aujourd'hui excellent; il sera 
parfait le jour où, pour une nouvelle édition qui, sans doute, 
ne se fera pas longtemps attendre, l'auteur aura plus large- 
ment puisé aux sources archéologiques. 

M. l'abbé C. Allibert a obtenu la seconde mention pour 
son Histoire de Seyne, de son haillia(je et de sa viguerie. 

Seyne est un chef-lieu de canton qui ne compte guère 
plus de 1900 habitants, y compris les hameaux qui font 
partie de la commune. C'était autrefois, en raison du voisi- 
nage de la frontière, une place fortifiée. L'histoire de cette 
petite ville n'a jamais été marquée par des événements bien 
considérables. Cependant, du xiv'' au xvi'^ siècle, Seyne a 
été le théâtre de faits militaires qui ont laissé trace dans ses 
annales, principalement au temps des guerres avec la 
Savoie et pendant les guerres de religion. Ajoutons qu'elle 
a conservé une partie notable de ses archives à l'aide des- 



346 CONCOURS DRS ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 

quelles on peut se rendre compte du fonctionnement, tou- 
jours intéressant à étudier, des institutions municipales. 

L'ouvrage de M. 1 abjjé Allihert est bien composé. Kcrit 
simplement, sans emphase, il se lit avec intérêt. Les docu- 
ments conservés dans les archives locales, les anciens papiers 
des presbytères, les archives dé[)artementales des Basses- 
Alpes et des Bouciies-du-Hhône ont été religieusement 
compulsés ; les sources sont citées avec exactitude. Le 
second volume contient un riche recueil de pièces inédites 
dont la plus ancienne est datée de l'année \2'2(). 

M. l'abbé Allibert est un curé de cam[)a<^ne, desservant 
de Pompiery, hameau de la commune de Seyne. Il ne faut 
pas oublier, en lisant son livre, qu'il a le mérite de sètre 
formé lui-même à l'érudition. Il s'est imposé de lourdes 
dépenses pour recueillir les documents sur lesquels est 
fondé son ouvragée. Sans aide ni conseils, il a réussi à doter 
sa commune d'un livre où tous ceux ([n'intéresse l'histoire 
de Provence trouveront à s'instruire. 

L'auteur a donné aux desservants auxquels le ministère 
laisse des loisirs un exemple qui mérite d'être suivi et que 
l'Académie est heureuse d'encourager. 

La Commission a attril)ué la troisième mention à l'ou- 
vrage de M. Lucien Bégule intitulé : /.es iiirrustnfinns 
décoratives des cathédrales de Li/mi cl de ]'ie/ii>e. 

La cathédrale de Lyon est ornée d'incrustations à ciment 
doré (pii donnent à l'cdilice un caractère de grande origi- 
nalité. La même ornementation se rencontre dans les églises 
Saint-Maurice et Saint- André dv ^'ienne. Cette technicpie, 
en usage ;t la lin du mi' siècle et dans la première partie du 
\ni', méritait d'être étudiée en détail et rapprochée des 
exemples ;m;ilogues (pie l'on constate en Oi-ii'ut. Heu d'ori- 
gine de ce genre de (K'-eoration, et en Italie, (-est i\ cette 
deinière étude (pie M. L. Hégule a consacré la seconde \)ny- 
lie de son travail, de bi'aueoup la plus eonsidéi'able. 



COiNCOLHS DKS ANTIOUITÉS DK LA FRANCE 347 

Il s'est ac({uitté de sa tâche avec succès et a puljlié une 
œuvre utile qui sera souvent consultée. L'illustration de cet 
ouvrage le rend particulièrement intéressant. Les images, 
nombreuses et choisies avec discernement, sont empruntées 
aux édifices religieux du midi de la France et de l'Italie ; la 
plupart des documents ont été dessinés sur place ou photo- 
graphiés par l'auteur lui-même. Il en est résulté un précieux 
recueil n'olFrant aux archéologues que des représentations 
de première main. 

Le travail de M. L. Bégule a pris des proportions beau- 
coup plus considérables que. la simple monographie annon- 
cée par le titre de son livre. Ce n'est pas, à vrai dire, une 
histoire complète de ce mode d'architecture ; tel n'était pas 
d'ailleurs le but que se proposait l'auteur. Son étude peut 
servir d'introduction à un travail d'ensemble sur les loin- 
taines origines et sur le rôle des incrustations dans la déco- 
ration des monuments religieux depuis les premiers siècles 
chrétiens jusqu'à la Renaissance. M. Bégule est tout dési- 
gné pour faire ce travail en donnant une plus large part aux 
temps antiques, aux sources littéraires et aux monuments 
de la France qui ont échappé à ses investigations. 



Deux volumes, auxquels la Commission a attribué la 
quatrième mention, ont été envoyés par M. l'abbé Abgrall : 
Livre d' or des églises de Bretagne', — Architecture bretonne^ 
étude des monuments du diocèse de Quimper. 

Le premier de ces deux ouvrages est formé d'une réunion 
de monographies sur la partie de la Bretagne qui corres- 
pond à peu près au département actuel du Finistère. Sans 
lien entre elles, l'auteur ne les a pas fondues en une œuvre 
unique. Elles gardent même, quoique réunies sous une 
même couverture, leur pagination spéciale. Ce volume se 
rattache au second ouvrage présenté par l'abbé Abgrall sous 
ce titre: Architecture bretonne; celui-ci, en elîet, est en 



3i8 CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 

quelque sorte, un travail de synthèse conq)osé à 1 aide des 
éléments rassemblés dans le Livre (for. 

Dans VArchilecture bretonne. M. l'abbé Abgrall passe 
successivement en revue, sous une forme didactique, les 
églises et chapelles de son diocèse. Il les classe par ordre 
chronologique, faisant ressortir les traits essentiels de leur 
style. Tour à tour il décrit les clochers, les porches, les 
roses; puis les accessoires des églises : cimetières, ossuaires, 
croix et calvaires, cloîtres et salles capitulaires. Enfin il 
énumère dans un ordre méthodique toutes les pièces du 
mobilier ecclésiastique qui peuvent offrir un intérêt. Nous 
avons là, réuni en 480 pages, un excellent inventaire 
archéologi(jue, rédigé par un homme compétent et très bien 
informé ; ouvrage appelé à rendre de grands services aux 
artistes , aux voyageurs , au grand public et même aux 
savants. 

L'ouvrage de M, Emile Bonnet, intitulé : Aniiquilcs et 
monuments du département de V Hérault, a obtenu la cin- 
quième mention. 

L'auteur laisse de côté la période préhistorique à laquelle 
M. Cazalis de Fondouce a d'ailleurs consacré une excellente 
étude. Quelques pages ont trait à la période préromaine, 
aux questions que soulèvent la nature et l'origine des popu- 
lations qui occupaient alors le pays et aux quehjues monu- 
ments qui en subsistent : enceintes dont la plus importante 
est celle de Murveil, inscriptions, monnaies. 

M. Bonnet aborde ensuite la période à laquelle l'avaient 
le mieux préparé ses études antérieures, la période romaine. 
A cette époque, sauf l'agglomération assez importante de 
Baeterrae (aujourd'hui Béziers), les lieux habités n'étaient 
que des exploitations agricoles. Une grande voie, la via 
Domitia, ancienne route gauloise, traversait le pays; l'au- 
teur eu relève le parcours avec ses stations; il recherche les 
tronçons de ses milliaires encore visibles (.-à et là dans la 



CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 349 

campag-ne; enfin il recueille et décrit avec soin tous les 
nionumentg antiques, grands et petits, surtout les inscrip- 
tions, ténioignag-es de la colonisation et de l'administration 
municipale dans le pays. 

Moins longuement , mais avec la même méthode scienti- 
fique, M. Bonnet étudie les autres périodes : la période 
wisig-othique pendant laquelle les centres importants 
deviennent des diocèses; la période carolingienne, riche, 
par les chartes, en renseignements géographiques ; la période 
romane, dont il subsiste de nombreux monuments religieux, 
civils et militaires ; la période gothique enfin qui n'a laissé 
que peu d'édifices dans cette région. 

Le livre de M. Emile Bonnet est bien fait, d'une compo- 
sition claire ; tout y est à sa place ; les références sont abon- 
dantes. Cette œuvre aura de nombreux lecteurs et suscitera, 
dans le pays où elle a été écrite , des vocations archéolo- 
giques. ■ 

Il serait à désirer que chaque département possédât un 
répertoire aussi complet, notamment le département voisin 
de l'Aude sur lequel nous ne possédons aucune étude d'en- 
semble. 

Le Cartulaire de rabbat/e de Lérins, par M. Henri Moris, 
a reçu la sixième mention. 

Vers I80O, M. Ferdinand de Lasteyrie a trouvé à Grasse 
le texte du cartulaii-e de l'abbaye de Lérins. Très important 
et par sa date et par les documents dont il est composé, 
ce cartulaire fut publié en 1883 par M. PL Moris, archiviste 
des Alpes-Maritimes et par M. Edmond Blanc, bibliothé- 
caire de la ville de Nice. 

Vingt-deux ans plus tard, M. Henri Moris édite seul, 
comme faisant suite à la première publication, le cartulaire 
factice de la même abbaye précédé d'une notice historique 
qui n'est qu'un recueil de notes et d'extraits empruntés à 
divers chroniqueurs. 



350 CONCOURS DES ANTIQUITÉS DU LA FRANCE 

Cette publication doit son importance au nombre consi- 
dérable des pièces cjui la composent. Les tables des noms 
de personnes et de lieux sont établies avec soin : les listes 
d'évêques et d'abbés ont été plus dune fois heureusement 
complétées. 

M. Moris annonce comme devant très prochainement 
paraître une Histoire de Lérins. L'œuvre qu'il a présentée 
aux sulîrages de l'Académie l'a préparé à ce travail ; par 
contre, Ihistoire de Lérins, par des corrections et par 
l'abondance des matériaux mis en œuvre, complétera le 
cartulaire. 

La septième mention a été attribuée à AL J.-M. Demar- 
teau, professeur à l'Université de Liè^e, pour son (mvrajj^e 
intitulé: LArdciuw hehjit-rumainc ; rtudc d'histoire et 
d'archéologie. 

L'Ardenne primitive était une vaste forêt coupée par des 
marais, s'étendant entre le llhin, la Moselle et la Meuse, au 
milieu d'un massif montagneux. Refug-e naturel des vaincus, 
couvrant la résistance et ratta({ue, ce territoire ne pouvait 
pas, à cause de son importance stratégique, échapper aux 
Romains. Toutefois la civilisation romaine n'v put pénétrer 
que lentement. Deux grandes voies ouvertes par les vnin- 
({ueurs, celle de Reims [\ Cologne et celle de Tongres à 
Trêves, en traversèrent une partie. Des établissements con- 
sidérables occupèrent , au Nord, du côté de la Meuse, les 
futurs em[)lacements de Tongres l't de Xamur; au Sud, 
Orolaunum, où l'on a trouvé de très beaux bas-reliefs funé- 
raires, s'éleva l;i oii nous vovons aujourd'hui Arlon. 

Sur les bords de la forêt et, peu à peu, au centre, des 
défrichements utiles favorisèrent l'agriculture et l'élevage; 
toutefois, au ca'ur de l'Ardenne , aucune ville ne fut fon- 
dée; mais de nombreuses villas s'y élevèrent de tous côtés. 

L ('pigraphie de cctli- région .1 fourni une longue liste de 
divinités indigènes. 



CONCOURS Dt;s ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 351 

De belles mosaïques comme celles de Neniiig-, des œuvres 
d'art telles que le grand Jupiter en bronze et la Minerve de 
Dalheim, de vastes travaux de canalisation, l'importance et 
la beauté des bâtiments d'exploitation ou des villas de 
plaisance montrent combien l'activité romaine avait trans- 
formé ce pays, quel était le luxe et la richesse des grands 
propriétaires du sol. 

M. J.-E. Demarteau a tiré un bon parti de ces documents. 
Il a écrit, comme le promet le sous-titre de son livre, une 
étude d'histoire et d'archéologie où les faits acquis sont 
clairement exposés et qui se lit facilement. 

Le concours des Antiquités nationales pour l'année 1906 
offre un intérêt varié , car les dilférentes époques qui font 
l'objet de nos études y sont représentées. La Commission 
a dû demander une médaille et une mention de plus que le 
nombre réglementaire. Par l'importance et parla valeur des 
ouvrages soumis à notre examen, ce concours a été de beau- 
coup supérieur à la moyenne. Puisse cette considération 
consoler les auteurs qui, dans un concours moins exception- 
nel, au lieu d'une mention, auraient obtenu une médaille ; 
ceux aussi auxquels, non sans regret, la Commission n'a 
pas pu décerner une mention. 

Les membres de la Commission : MM. Delisle^ P. Meyer, 
Héron de Villefosse, Longnon, Viollet, R. de Lastevrie, 
abbé Thédenat, Lair, et les membres du bureau. 



1906. 24 



3o2 



Rapport du secrétaire perpétlel de l'académie des inscriptions 

ET belles-lettres SUR LES TRAVAUX DES COMMISSIONS DE PUBLI- 
cation de cette académie pendant le premier semestre de 1906, 
lu dans la seance du 3 aout 1906. 

Mes ciiers confrères, 

Je suis heureux de pouvoir constater que, depuis mon dernier 
rapport semestriel, daté du 2 février de Tannée courante, il y a 
eu, dans les travaux que l'Académie entreprend elle-même ou 
quelle dirige et patronne, une reprise sensible d'activité. Trois 
des volumes de nos recueils ont été achevés. Quant à d'autres 
recueils, qui se publient, avec notre concours, par les soins d'un 
des éditeurs avec lesquels nous avons traité à cet elFet, nous en 
avons vu paraître les suites très régulièrement, sans aucun 
retard qui nous ail donné l'occasion d'exprimer à ce propos des 
regrets justifiés. 

La seconde partie du tome XXXMI de nos Mémoires a été 
close, comme je vous le faisais prévoir en février, par un mémoire 
de M. Foucart. Je vous ai annoncé, le "20 mars, que ce volume 
était mis en distribution. Il en était de même, et je vous le noti- 
fiais à la même date, pour le tome \' des Historiens orientaux 
des (Croisades , Historiens arabes. Le mémoire de M. Léopold 
Delisle par lequel se termine le tome XXW'lll des Notices et 
extraits des manuscrits est imprimé et tiré. J'espère pouvoir, 
d'ici ({ueiques jours, déposer ce volume sur le bureau. 

\'()us avez reçu aussi, au cours de ce semestre, le fascicule 5 
du tome III des Inscriptiones (jncac ad res romanas pertinentes 
et le tome l\ du Catalocjuc de la collection De Clerccf [Les 
marbres), ainsi que le premier fascicule du tome XIII des Monu- 
ments et mcDioires , connus sous le nom de Monuincnls l'iol. 
J'ai eu enlin l;i satisfaction de pouvoir, après de trop longs 
relards, vous mettre aux mains un utile instrument de travail, 
cette Table des Comptes rendus (1857-1900; que M. Ledos, sous 



RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 353 

la direction de M. de Lasteyrie, a dressée sur un plan dont la 
simplicité facilite les recherches. 

L'impression du tome XXXVIII des Mémoires de V Académie 
est déjà eng^agée. On a commencé à mettre en pages le mémoire 
de M. Gagnât sur les Bibliothèques municipales dans l'empire 
romain. Il en est de même du mémoire de M. F'oucart, Elude 
sur Didymos. 

Le tome XXXLX des Notices et extraits des manuscrits est 
aussi déjà amorcé. L'imprimerie a reçu la notice de ^L Omont 
sur Le manuscrit latin S 86 des nouvelles acquisitions de la 
Bibliothèque nationale. 

L'Académie a décidé, il y a quelques années, de ne plus main- 
tenir, pour les tomes à venir des Mémoires des savants étrangers, 
cette division en deux parties qui avait été imposée jusqu'alors; 
elle séparait les travaux consacrés aux antiquités nationales de 
ceux qui roulaient sur divers sujets d'érudition ; nous rendrons 
l'usage de ce recueil plus commode encore en renonçant à don- 
ner une pagination indépendante aux deux parties de chaque 
volume. Le tome XII paraît devoir marcher rapidement. Il est 
déjà représenté par soixante-cinq placards d'un mémoire du 
D"" Carton sur Le sanctuaire de Tanit à El Kenissia et d'un 
mémoire de M. Monceaux, Enquête sur Vépigraphie chrétienne 
dWfrique. J'enverrai très prochainement à l'imprimerie un 
mémoire de M. Toutain, Le cadastre dans l'Afrique romaine. 
Par le rapprochement de ces trois essais, dus tous les trois à des 
érudits qui ont étudié les monuments de l'Afrique sur le terrain 
avant d'en chercher l'histoire dans les documents écrits, anciens 
et modernes, on peut juger de l'intelligente ardeur avec laquelle 
s'est tournée de ce côté la curiosité de nos savants ; on peut 
mesurer le profit que la science a tirée des actes diplomatiques 
en vertu desquels nous avons pris charge de la Tunisie, de son 
passé comme de son avenir. 

Si rimprimerie nationale n'avait pas été obligée d'interrompre 
pendant deux mois la composition, j'aurais sans doute pu vous 
annoncer l'achèvement du tome II des Historiens arméniens 



3oi KAPI'OKT DL' SECRÉIAIRE l'EKPÉTLEL 

de.s croisades, dont M. Kohler, sou-s le contnile de M. Paul Meyer, 
poursuit linipression avec une activité que ces relards ne lassent 
point. Cent vinf,''t-neu(" feuilles sont tirées; neuf sont en bon à 
tirer ; toute la fin de lintroduction est composée en placards. 

J'ai aussi le droit de compter que nous verrons paraître avant 
la lin de rannéc le tome XXXIII de Vllislaire lilléraire de la. 
France. Le texte est entièrement imprimé. La table et les addi- 
tions et corrections sont sous presse. 

Dans les séries du Recueil des historiens de France dont sont 
chargés MM. dArbois de Jubainville et Longnon , le travail ne 
cesse point d'avancer, grâce à l'activité de nos deux confrères et 
au choix qu'ils ont fait de collaborateurs diligents. La préface et 
l'introduction des Actes de Philippe Z*"^, rédigées par M. Maurice 
Prou, ont été envoyées à l'Imprimerie nationale, et le bon à 
mettre en pages vient d'être donné. Quant aux Actes de Lothaire 
et de Louis V, que réunissent et transcrivent MM. l'erdinand 
Lot et Louis Halphen, le bon à tirer du texte est à l'imprimerie 
nationale. M. Philippe Lauer a reçu de celle-ci les placards du 
texte des Actes de Louis IV qu'il est chargé de préparer. 

M. Longnon m'auiioiice que le tome II des Ohitii.iircs dio- 
cèse de CJiarlresi p;irailra à i aiiloiniie après le tirage de la pré- 
face. Quant au tome 111 l'diocèses (l'()rléaiis. d'Aiixerre et de 
Nevers), les dix-sept premières feuilles seront, dans quelques 
jfjurs, en bon à tirei-. Trois autres feuilles sont composées en 
placards et l'on attend la composition de quatre nouvelles feuilles 
(jui compléteront les textes relatifs au diocèse d'Orléans. Les 
textes qui concernent les diocèses d'Auxerre et de Nevers seront 
remis pi-ncliainemenl à l'imprimerie. 

On prépare actuellement l'index du tome \ I des Puuillcs 
(province de Heims). Il formera au moins une trentaine de 
feuilles d'impression. 

Le travail du Corpus inscriptionuui seniiliciruni a été poussé 
plus vivement (jue l'aimée dernière. Pourtant M. Berger, (jui 



RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 355 

avait espéré faire paraître dans le premier semestre de 1906 le 
troisième fascicule du tome II de la partie phénicienne, qui ren- 
fermera la fin des ex-voto à Baal-ïanit et à Hammon, ne parle 
plus maintenant que de la fin de Tannée. Toutes les planches 
sont gravées. Dix feuilles sont prêtes à recevoir le bon à tirer, 
et le manuscrit du reste sera bientôt remis à l'imprimerie. Un 
changement d'auxiliaire a entraîné des retards. M. de Vogiié n'a 
pas pu non plus tenir sa promesse pour le premier fascicule du 
tome II de la partie araméenne ; mais le bon à tirer des vingt- 
six premières feuilles sera donné dans quelques jours et celui 
des quatre dernières feuilles au commencement d'août. Ce qui 
paraît le moins avancé, c'est la préparation du quitrième fascicule 
du tome I de la partie himyaritique et sahéenne. Six feuilles 
seulement sont à mettre en pages. 

Un fascicule assez volumineux du Répertoire d'épiçjraphie sémi- 
tique, dont la rédaction est confiée à M. l'abbé Chabot, paraî- 
tra, m'assure-t-on, dans le courant du mois d'août. 

Du recueil des Inscripliones grœcœ ad res romanas perti- 
nentes , on imprime le dernier fascicule du tome 111, qui doit 
contenir les tables. Trois feuilles en sont tirées et quatre autres 
composées. Le reste sera imprimé avant la fin de l'année. On 
peut espérer qu'il en sera de même pour la Table des dix derniers 
volumes des Mémoires, que M. Dorez s'est chai'gé de rédiger et 
qu'il a pu enfin, après des retards dont il n'était pas responsable, 
remettre à l'impression. Nos Comptes rendus, très libéralement 
illustrés, ont continué à paraître très régulièrement. Nous avons 
même pu, grâce à l'activité qu'a déployée le rédacteur du recueil 
et au concours que lui ont prêté les auteurs de communications, 
faire l'essai du cahier mensuel et donner, avant la fin de juin, le 
numéro de mai ; mais bientôt des retards dans la livraison des 
notes, imputables soit à des membres de l'Académie soit à des 
étrangers, sont venus rendre cette exactitude plus difficile, et le 
cahier de juin ne paraîtra pas avant le courant du mois d'août. 

Par suite de la baisse du revenu des valeurs qui ont été 
affectées à Texécution du Ca ta loque de la collection De Clercq, 
nous avons été obligés de suspendre les travaux de cette publi- 



356 SÉANŒ DU 10 AOÛT 1906 

cation. Il reste dû à M. Leroux, sur l'impression du tome IV, 
une somme qui ne pourra lui être comptée c|ue sur les arrérages 
de 1907. 

L'Académie attend toujours les notices que lui doivent sur 
leurs prédécesseurs, d'après la décision qu'elle a prise le 28 jan- 
vier 1S98, MM. CJialelain et Thomas. Ils ont remplacé M. Mïintz, 
mort en i9()3, et M. de Barthélémy, que nous avons perdu en 
l9Ui. 



Li\HKs ()FKi:irrs 



M. Salomon Reinach offre, au nom de M. Kmile Rivière, président 
du (lon^rès préhisloricjuo de Knmco, le Coinpli' rmilii de lu première 
session de ce Con<i^rès, tenu à Périf,''ueux en i'.t05 (Paris, l'JU6, in-bi"). 



SÉANCK DU 10 AOUT 



PRESIDENCE DK M. R. CAdNAT. 



AL S. Rkinacm, au nom de M. l'abhé .\rnaud dWf^nel, com- 
munique les copies et les estanipai^es de trois textes iiK'dils rele- 
vés dans le territoire de Maiti;;ues ( Houches-ilu-Hhone i. Le 
premier est une dédicace à l'empereur Tibère par un certain 
Sextus Aelanius Pisinns; le second est une épi(a])lie (pii donne 
un nom cellitpie nouxean, \'ehrulli)s ; le troisième est une 
inscription rnpesti-e de deux noms, gravés en caractères grecs L 

1. \'o\v ci-après. 



SÉANCE DU 10 AOÛT 1906 357 

M. Merlin, directeur des antiquités tle la Tunisie, fait con- 
naître les résultats des fouilles que M. le capitaine Benêt, du 
3'" bataillon d'Afrique, a entreprises à Bulla Regia. Des inscrip- 
tions importantes et plusieurs statues ont été découvertes. 
M. ^lerlin insiste particulièrement sur un collier d'esclave en 
plomb, qui était jadis l'ivé, comme en témoigne la légende qu'il 
porte, au cou d'une femme publique. C'est le premier objet de ce 
genre qu'on connaisse, ayant eu cette alfectation '. 

M. Louis Léger lit un travail sur les relations de la France et 
de la Bohême au moyen âge. Des alliances de famille furent 
conclues entre la maison de \\Tlois et la maison de Luxembourg; 
des Bohémiens suivirent les cours des universités de Paris, d'Or- 
léans, de Montpellier. Des ambassades bohémiennes furent 
envoyées à la cour de l'rance et ont laissé de curieuses relations. 
Un prélat français, Philibert de Goutances, fut chargé de rétablir 
à Prague l'unité religieuse. Plus tard, on rencontre Bassompierre 
à la cour de Prague et un gentilhomme bohémien, Zerotin, dans 
l'armée de Henri IV. 

M. Léopold Delisle a la parole pour une communication : 

« Après avoir indiqué l'utilité des actes des grands feudataires 
pour l'histoire des institutions administratives du royaume, 
M. Delisle rappelle dans quelles circonstances il a pu réunir 
environ 570 chartes de Henri H, roi d'Angleterre, relatives aux 
provinces possédées en France par le chef de la dynastie des 
Plantagenets. 

« La chancellerie de ce prince était admirablement organisée; 
mais les actes qui en sont sortis se distinguent par une singulière 
particularité : ils sont systématiquement dépourvus de toute date 
chronologique. 

« On a bien essayé de suppléer à l'absence des dates à l'aide 
des noms des personnages qui figurent dans les actes. C'était là 
un moyen bien insufhsant. 

« M. Delisle, frappé d'une particularité que présente la suscrip- 
tion des actes de Henri H, s'est demandé si on ne pouvait pas 
s'en servir pour éclaircir la chronologie de ces actes. 

1. Voir ci-après. 



358 MO^L•ME^'TS ÉPIGRAPIIIQUF.S de MARTIGUES 

« Henri II en lùle des actes s'appelle lantôt Henricus rex 
Angloruni, tantôt Henricus Dei (/ra//V< rex Aiujloruin. Cette 
diversité ne vient-elle pas de la diirérence des époques auxquelles 
les actes ont été expédiés? 

« M. Delisle, en soumettant un j;rand nombre de pièces à un 
examen rigoureux, est arrivé à prouver que le protocole de la 
chancellerie a été chang-é entre le mois de mai ! M'I et le prin- 
temps de 1173. Les actes expédiés jusqu'à la pieniière de ces 
dates contiennent la formule Henricus rex Anijiuruin ; ceux qui 
ont été expédiés depuis le printemps de 1173 sont au nom de 
Henricus Dei c/ralia rex Ancjloruni. 

« Le changement a coïncidé avec rabsolnlion de la complicité 
de Henri II au meurtre de Thomas Beckel. On ne saurait dire 
s'il y a là simplement une coïncidence. Ce qui est certain, c'est 
que toutes les chartes où Henri II est appelé Henricus rex sont 
des dix-huit premières années du règne; celles où il est qualifié 
Henricus Dei (jralia. rex sont des dix-sept dernières, 

<( L'application de cette règle de critique, combinée avec les 
autres particularités que présente le corps des actes, permettra 
de fixer avec plus de rigueur que par le passé la date de beau- 
coup de chartes de Henri H, aussi précieuses pour l'histoire de 
France que pour celle de l'Angleterre. » 



COMMUNICATIONS 



NOTFS SI'R TROIS MONUMENTS ÉPIORAPIIIOUES INKDITS 

iJi; LA COMMUNE DE MARTK.UES, 

PAR M. LARRÉ ARNAUD d'aGNEL. 

La commune de Martig^ues, ;irr()n(lissenionl d'Aix 
(Bouche-s-du-Hliône), vient de nous rendre plusieurs monu- 
ments épigraphiciues intéressants. 

Le premier se dresse encore au bord d(> l'emplacement 
d'où il a été fortuitement exhumé, à 1 mètre de profondeur, 



MONUMENTS ÉPIGRAPHIQUES DE MARTIGUES 339 

en juin 190(). Ce point se trouve à vin hectomètre au Sud de 
l'église de Saint-Pierre-les-Martigues , village de la com- 
mune de Martigues, à 6 kilomètres de cette ville. Il est 
situé sur le chemin vicinal qui relie Saint-Pierre à La Cou- 
ronne ^ Le bloc en question est un autel à l'empereur 
Tibère, dont la dédicace est répétée sur les deux faces prin- 
cipales. De 1 ■" 5 de hauteur, il repose sur un entablement 
à moulures de 0™ 18 de hauteur et porte, à sa partie supé- 
rieure, une frise à doubles rangs de feuillages stylisés, de 
mêmes dimensions que l'entablement. La largeur de l'autel 
est de '" o9 ; l'épaisseur sur les petits côtés est' de "' 44. 
La dédicace se lit sur quatre lignes : 

TI AVGVSTO 

SACRVM 
SEX AELANIVS PISNVS^ 
D S P D 

Ti[herio) Auguste sacrum, Sex[tus) Aelanius Pisinus d{e) 
s[ua) p[ecunia) d[edit). 

Sextus, le prénom du dédicant, est très connu. 

Quant au gentilice , il faut lire probablement ^Elianus. 
Le lapicide aura gravé ^lanius par erreur ou par distrac- 
tion. Le surnom Pisinus n'était pas encore connu en Pro- 
vence. 

Les caractères des deux inscriptions sont ceux de la plus 
belle époque de l'épigraphie latine ; les formes sont nettes 
et régulières, vraiment géométriques. Le G seul à'Augusto, 
avec sa terminaison recourbée à l'intérieur de la lettre, est 
d'un tracé moins heureux. 

A signaler les deux ligatures de l'I et de l'N et de l'V et 
de rS dans Pisinus. Elles étaient nécessaires pour que le 

1. Village ù 5 kilomètres environ, au Sud de Saint-Pierre-les-Martigues. 

2. Les lettres VS sont liées. 



360 MONUMENTS ÉPIGRAPHIQUES DE MARTIGUES 

mot pût être écrit, en entier, sur la même ligne que le 
prénom et le g-entilice. 

Ces détails ont leur importance; ils montrent que l'autel 
de Saint- Pierre-les-Martig-ues n'est pas un monument 
quelconcpe, mais une œuvre soignée. 

La pierre est de provenance locale ; c'est du calcaire de 
La Couronne. 

Les Romains, vers la fin du i*""' siècle, c'est-k-dire quelques 
années après l'occupation définitive de la Gaule , étaient 
établis à Saint-Pierre-les-Martigues. Ils y avaient d'impor- 
tantes exploitations agricoles et d'opulentes villas, à en 
juger par l'abondance des poteries sigillées. 

Les innombrables débris de ce genre de céramique sont 
presque tous, comme à Marseille, des produits des officines 
celtiques, en particulier des ateliers si considérables de la 
Graufesenque. Sur le nombre, cependant, deux sont certai- 
nement d'Arezzo. Un autre sic-ne de richesse sont des 
fragments de cette poterie sigillée si particulière dont la 
peinture imitait le marbre. 

De tels établissements romains en cet endroit ne s'ex- 
pliquent guère sans l'existence antérieure de villas massa- 
liotes. Il faut admettre, tout au moins, qu'il y avait dans 
cette région si pittoresque des bords de l'étang de Berre, 
et, en particulier, autour du monticule de Saint-Pierre-les- 
Martigues, des populations indigènes en rapports anciens 
avec Massalia.Un fragment de coupe attique à figures noires 
du v*' siècle et trois morceaux de vases peints d'Asie Mineure 
confirment cette supposition. 

A noter encore, mais comme document de basse époque 
grecque, un bronze massaliote , au type de Minerve et au 
revers du lion courant ;i droite. C'est uiu' monnaie du 
11*^ siècle avant J.-C. 

Le second monument épigrapbique découvert à Saint- 
Pierre-les-Martigues est un cippe funéraire de grandes 
dimensions et de forme originale. Il ne mesure pas moins 



.-^lONUMENTS ÉPIGRAPIIIQLES DE MARTIGUES 361 

de 1 "' 55 de hauteur totale; le faîte est une sorte de toiture 
à deux rampants que termine une étroite plate-forme de 



'" 85 de largeur. 



Cette pierre funéraire a été accidentellement mise au jour, 
il y a plus de dix ans, au cours de travaux agricoles, dans 
un champ dont M. Pierre Bresson est le propriétaire actuel. 

Malgré sa masse, cette pierre couchée dans la campagne 
n'avait jamais été signalée. Le Musée d'archéologie de 
Marseille, sur mes renseignements et par mon intermé- 
diaire, vient d'en faire l'acquisition, mais le monument est 
encore sur place au Sud du village de Saint-Pierre-les- 
Martig-ues, à 300 mètres environ de distance. 

L'unique inscription gravée entre des raies parallèles est 
sur deux lignes : 

RVSTICA VEBRVin 

F 
Rustica Vehruii f{ilia). 

Elle s^étend sur toute la largeur du cippe , c'est-à-dire 
sur 0'" 47. 

Le nom de Hustica figure dans plusieurs textes épigra- 
phiques de la Narbonnaise et d'ailleurs-. 

Quant au père de Rusfica, son nom, certainement indi- 
g-ène, est encore inédit. On lit Vehruou '' sur un vase de 
Fréjus, La première syllabe Ve se trouve sur une amphore 
du musée de Nîmes ^ et sur un fragment d'inscription 
découvert à Saint-Cassien, près de Cannes'. 

L'extrême concision de l'épitaphe, sa simplicité et la 
phvsionomie générale des caractères dénotent une inscrip- 



1. Les lettres VE sont liées. 

2. C. /. /... vol. XII, 2033, 3880, 4583, 4695, 4797, 5204. 

3. Ihld., 5686, 917. 

4. 56S3, 177. 

5. 5730. 



362 MONUMENTS ÉPIGRAPHIOIES DE MAinidTES 

tion ancienne. La barre transversale de 1 A, dans liiistica, 
se trouve à mi- hauteur du sommet, et les deux côtés du 
triangle sont égaux. LF abréviation de filia et TE de 
Vehruii sont bien ceux de la belle époque. Les barres hori- 
zontales de ces deux lettres ont une égalité parfaite. Les 
boucles de l'S de liiistica sont send)lables. mais tendent, il 
est vrai, à se rapprocher de la ligne droite comme dans les 
inscriptions barbares. La gravure des lettres est moins soi- 
gnée que celle de l'autel à Tibère. Le cippe esl indigène et 
rural. Tel en est le principal intérêt. 

La dernière découverte faite dans le terroir de Saint- 
Pierre-les-Martigues est une inscription rupestre bien con- 
servée. Elle se trouve près du hameau des \'entrous, à mi- 
distance de Martigues et de Saint-Pierre, en j)leines collines, 
sur le sommet de Belair. De ce poste d'observation de 
premier ordre, le regard découvre les étangs et la haute 
mer. L"n grand rocher de forme à peu près rectangulaire, 
enfoui dans le sol, à l'exception de sa face supérieure, a 
servi de table au lapicide. Celui-ci s'est contenté de graver 
assez profondément les caractères, sans tailler le roc. 
L'inscription est orientée N.-O. ; elle est sur quatre lignes. 
La lecture probable en est : Vectinios Alchinos, ou ^ilcrinos. 

O Y6 
XTIN 
OCAAE 
BINOC 

On lil bien au d. I. L. \'('rficiiis et ]\'(rfinus, mais le 
nom (le \ cclinas n'est cité nulle part, pas phis d'aillein-s 
que celui d' Alchinos ou Alorinos. 

Avec son A ii la bai-re médiane brisée et son E en écriture 
cursive, cette inscription n'est pas antérieure au second 
siècle. L'C de \'rrfinios et d' A/c/iino.s ou Alcritins est la 



DÉCOUVERTES A 15ULLA REGIA 363 

forme du 2 dit lunaire. C'est là une preuve intéressante, 
au point de vue historique, de la persistance de Tinfluence 
grecque sur les populations indig-ènes des bords de l'étang 
de Berre, 



DÉCOUVERTES A RULLA REGIA. 

NOTE DE M. ALFRED MERLIN, 

DIRECTEUR DES ANTIQUITÉS DE LA TUNISIE. 

J'ai déjà donné à l'Académie, dans sa séance du 1"^'' juin, 
quelques renseignements sur les découvei'tes faites dans les 
ruines de Bulla Regia par M. le capitaine Benêt, du 3"^ ba- 
taillon d'Afrique, actuellement en garnison à Souk-el- 
Arba'. Les fouilles ont continué jusqu'aux premiers jours 
de juillet et ont été couronnées d'excellents résultats. 

Le plan de l'édifice s'est précisé : au fond de la cour 
dallée, trois pièces s'ouvrent sur la colonnade, celle du 
milieu assez grande et plus vaste que les deux autres. Le 
puits d'où M. Lafon avait en 1902 retiré une tète colossale 
de l'empereur Vespasien se rattache à ce monument dont il 
paraît avoir avoisiné la façade. 

Aucun texte n'est malheureusement venu nous éclairer 
sur la destination de cet ensemble ; dans la salle principale, 
M. Benêt a recueilli de nombreux fragments de plaques de 
marbre avec inscription; sur les morceaux qui ont pu être 
assemblés, on lit une dédicace : d\eo Ap]ollin[i a.iig.\ et 

diis , mais le nom de la construction ne nous a pas été 

jusqu'ici rendu. Les travaux, qui ne sont pas achevés, 
reprendront à l'automne et tout espoir ne doit pas être 
abandonné d'arriver à percer ce mystère. 

M. Benêt a eu encore, au cours de ces recherches, la main 

]. Xniv plus haut, p. 217 el suiv. Cf. Bull, nrrli. chi Cnm. des Trav. 
hist., proc. cerh., juillet 1906, p. xix à xxi. 



364 



DÉCOUVERTES A ItlLLA REGIA 



heureuse : tout d'abord, deux inscriptions importantes se 
sont ajoutées aux cinq premières '. 

N° 1 : lettres 0"' 06; lig-ne 10, le premier jambage de TN 
manque; sauf les D et l'X, les lettres sont brisées en bas : 

KAMENII 



C O N S V L A R 1 S • 
FAMILI AE- VIRO 
ADQVE A PAKEN 
TIBVS PAT KO NO 
CEIONIO IVLIANO 
AMPL-PROCONS-CV- 

VICE SACRA COG 
N O S C E N / / 

^/)/^NDIDISSIM//5 

r d Bull R c g 
p a t r n pas ii i t 



C'est la troisième base hon()rili([ue relative ii un procon- 
sul d'Africpie du iV siècle qui est retirée des déblais. On 
possédait déjèi un Ceionius Julianus dans les Fastes procon- 



1. .l'ai revu sur la picirc les copii's lU- ces Icxlcs: le ^'ruffito du u" 1 doit 

se lire Q.VANTAM VIM RKIPVBL . <.>uanl ;ui n" 5, il csl ainsi convu : 

/ 
MINIAE CF PROCVLAE- 

C-SALLYSTI-DEXTlUr P- 

C • S A L L V S T I \' S P R A I-: 

n P S T 1 N \' S • M A T R I • 

opti vlAE • DE SV O • PO 

suit D D 



Des deux D de la ligne 6, on ne voit qiK' le haut. 



DÉCOUVERTES A BLLLA REGIA 365 

sulaires de l'Afrique (entre 326 et 332)1 et on le supposait 2 
identique à Ceionius Julianus Camenius, préfet de la ville 
en 333-334 •^. Cette hypothèse devient aujourd'hui une 
certitude. 

N» 2 : lettres '" 05 : 

POTESTATIS IMP FF 
FROCOSCOLONIA AEL^ 
HADRIANA AVGVSTA 
BVLLA REG DEVOTA NV 
MINI MAIESTQVE EIVS 

Cette pierre a été réemploj^ée postérieurement dans l'édi- 
fice comme base de pilastre et la partie supérieure , qui 
avait le nom du prince — peut être un empereur du 
iii'^ siècle — a été coupée pour répondre aux exigences de 
cette destination ultérieure. Malgré cette mutilation, le pié- 
destal nous offre une mention capitale pour l'histoire de 
Balla Regia : grâce à lui, nous sommes maintenant infor- 
més que c'est Hadrien qui a élevé le liberiim oppiduin du 
r'" siècle à la dignité de colonie, ainsi que d'autres vieilles 
cités africaines : Utique •' et Zama "^ qui, comme Bulla, 
avait le surnom de Begia. 

De plus, pendant le mois de juin, deux nouvelles statues 
de femmes, vêtues de la stola et de la. palla, ont été déga- 
gées ; elles sont moins curieuses que les précédentes ; elles 

1. Fallu de Lessert, Fastes des provinces africaines, II, p. 39 et suiv. 

2. Mommscn, dans C. I. L., VIII, p. 1404, n" 14431. 

3. Tomasselti, Noie siii prefetli di Borna, dans Comparetli, Miiseo ita- 
liano di nntichilà rlassica, III, c. 63. 

4. La copie qui m'a été adressée donne AFR, ce (jui me semble une 
erreur de lecture. Les colonies d'IIadi-ien s'appellent AEL(I A) HADRIANA; 
or E est assez voisin de F et l'L arrondi en bas ressemble assez à un R pour 
e.\pliquer la méprise qui a substitué AFR à AEL. 

5. C. I. L., VIII, 1181. 

6. C,/. L., VIII, p. 211. 



360 DÉCOUVERTES A ISLLLA HEGIA 

n'ont aucun attribut caractéristique et sont privées de leur 
tète : elles représentent des matrones illustres, bienfaitrices 
de la ville. 

M. Benêt a déterré aussi, outre des débris de deux autres 
effigies féminines, la partie supérieure droite dune tète de 
femme colossale : par devant, les cheveux sont divisés en 
deux bandeaux ondulés sur lesquels repose un diadème; 
par derrière, ils sont soig'neusement relevés et peignés, de 
sorte que la nu({ue est complètement libre. 

L'objet le plus digne d'attention qui ait été découvert 
pendant ces dernières semaines est un collier circulaire 
(diam. '" 12-0'" 13; poids 300 gr.) ; il est formé d'une 
étroite bande de plomb (^haut. '" 018) dont les deux extré- 
mités se rejoignent, attachées l'une sur 1 autre au nioven 
d'une forte goupille, dont la tète fait saillie à l'intérieui- et 
qui a été rabattue de l'extérieur, une fois l'accessoire posé à 
la place qu'il devait occuper. C'est un collier comme on 
avait coutume d'en passer au cou des esclaves (jui s'étaient 
déjà échappés ' ou dont la fidélité paraissait douteuse, et 
des chiens^, pour indiqui'r le nom de leur maître et l'en- 
droit où il fallait les ramener s'ils s'enfuyaient. Il est encore 
intact, tel qu'il a été jadis fixé sur la malheureuse qui devait 
le porter; elle l'avait encore quand elle est morte et nous 
ne saurions dire pour l'instant comment il est venu dans 
l'édifice où on l'a exhumé. Pres({ue tous les spécimens sont 
en bronze et ont été trouvés ;i Rome''; pour la première 
fois, un objet de cette nature, en plomb, est mis au jour 
en Africpie. Ces particularités ne sont pas les seules (|ui 
méritent d'être soulignées. 

Le principal intérêt de notre collier réside dans l'inscrip- 



1 . De Uossi, Dei collnri dei servi fiirmilivi. dans le Ihilleltiiio ili nrcheo- 
liKjiit rrislinnu. 2' scrie, ^', 1871, \). 11 cl siiiw, en i)arl. p. li. 

2. C. I. I... \V, j). S97. 

3. De Ho.ssi. loc. cil., p. 12. i~, 6J. 



DÉCOUVERTES A BULLA REGIA 367 

tion, gravée à la pointe sur une seule ligne, qui orne sa face 
externe ; on j déchiti're sans aucune peine : 

ADVLTERA MERETRIX TENE QVIÀ FVGIVI' DE BVLLA 

R{e)0[ia). 

A l'intérieur, on distingue les premières lettres de la 
même phrase : ADVL: mais la suite n'a pas été écrite. 

Comme on le voit, ce collier était rivé au cou d'une 
ineretrix et jamais encore les légendes qu'on a déchiffrées 
sur des instruments analojj^ues n'avaient révélé une telle 
condition sociale : le monument, avec cette mention et celle 
de la ville de Bulla Regia dont il provient, est donc original 
à plus d'un titre. 

L interprétation des deux premiers mots adultéra inere- 
trix présente quelque obscurité et le rapport qui existe 
entre eux n'apparaît pas très clairement. Si l'on attribue 
au mot adultéra son sens étroit de femme adultère, il y a 
entre l'idée qu'il exprime et celle que traduit le terme 
meretrix un lien assez difficile à établir : on ne peut être à 
la fois adultéra et meretrix'-^ car la courtisane, ordinai- 
rement de condition inférieure, affranchie ou femme du 
peuple , — dans notre cas très vraisemblablement une 
esclave, — ne se rend pas coupable d'adultère : elle est de 
celles in quas stupruui non committitur-^. Le crime dadul- 
tère est le fait de la matrona honesta qui viole la foi conju- 
gale ; son châtiment est la relegatio in insulam, avec perte 
de la moitié de sa dot et du tiers de ses biens '% mais nous 
n'avons aucun exemple qu'on lait condamnée à devenir 



1. Sur un autre collier, on trouve une forme semblable : Fugibi {C. I. L., 
XV, 7176). 

2. Darcmberg et Saglio, Diclionnnire des Antiquilés, art. Mevetrij:, III, 
p. 1S3.S-1839. 

3. Dicjesi., XXV, 7, 1, § 1. 

■i. Cf. par c.\cm|)le Pauly W'issowa, Real-EncychipUdie, art. Adultfriniii, 
I, c. i3i. 

1906. 25 



368 SÉANCE DU 17 AOUT 11)06 

meretrix, qu'elle ait pu être assimilée, comme l'implique- 
rait notre collier, à une esclave vouée à la prostitution. 

Si Ton prend ndullera dans l'acception plus large de 
femme galante, on ne saisit pas bien ce qu'ajoute cette épi- 
tliète à mere.trix, suffisamment explicite de soi-même. 

Reste qu adultéra soit un nom propre^, le sobriquet 
assez piquant sous lequel était communément désignée 
celte personne dont le maître était un habitant de Bulla 
licf/ia, tenancier d'une maison louche. Assurément c'est là 
un nom étrange, qu'on n'est pas habitué — et pour cause 
— à rencontrer, mais à tout considérer, c'est peut-être la 
solution la plus plausible. Il se pourrait d'ailleurs, étant 
donné l'absence d'un nom de propriétaire et la seule men- 
tion de Bulla Regia que cette Adultéra eût été une esclave 
appartenant à la municipalité. 



SÉAXCK DU 17 AOUT 



.M. Lùo|)()l(l Dhi.ism: termine la lecture de smi mciiidire sur les 
chartes de Henri II d"Auiïl»iterre. 



'O' 



L'.A.cadémie se forme en comité secret pour entendre la lecture 
du rapport de M. i'.mili' ('.iiaiklain sur les travaux des Ecoles 
françaises d'Athènes et de llome pendant les années 1901-1905 -. 

1. (]r. sur un collier : AselluR semis en tète «U' la formule (C. /. /v., XV, 
7172). 

2. Voir ci-dessous. 



:m) 



APPENDICE 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DES ÉCOLES FRANÇAISES D ATHÈNES 
ET DE ROME PENDANT LES ANNÉES 1904-1905, PAR M. ÉM. 
CHATELAIN, MEMBRE DE l'aCADÉMIE, LU DANS LA SÉANCE DU 
17 AOUT 1906. 

Messieurs , 

Les sept mémoires que votre Commission a reçus cette 
année des Ecoles d'Athènes et de Home ne donnent qu'un 
faible aperçu de la vie scientifique qui anime les deux éta- 
blissements. L'Académie a été informée maintes fois des 
grands travaux de déblaiement qui se poursuivent à Délos 
avec tant de succès, grâce à la générosité de M. le duc de 
Loubat. Le directeur de l'Ecole d'Athènes, M. Holleaux , 
vous apprenait naguère ^ quelle activité est déployée dans 
cinc[ chantiers différents, et il ne perd aucune occasion de 
vous en faire connaître les plus importantes trouvailles dans 
le Bulletin de correspondance hellénique, dont les livrai- 
sons se succèdent avec une merveilleuse réçrularité. Il a 
trouvé dans un pensionnaire de quatrième année, M. Jardé, 
un auxiliaire très précieux pour la surveillance des fouilles 
et l'initiation des jeunes recrues. C'est surtout de Délos , 
cela n'étonnera personne, que les membres de l'Ecole 
d'Athènes ont tiré des sujets pour leurs mémoires: le do- 
maine est si vaste qu'il n'est pas près d'être épuisé. 

Les membres de la section étrangère ne sont pas non 
plus restés inactifs. M. Graindor a fait connaître aux lec- 
teurs du Bulletin de correspondance hellénir/ue le résultat 

1. Lettre de >L Hdlleaux en date du 15 juillet IQOb [Comptes rendus. 1905, 
p. 395 et s.;. 



3 il) KAl'l'DliT SLK Li;S ÉCUI.KS UATHÈ.NKS ET \)E KOME 

de ses fouilles d'Ios, puis de ses fouilles de Karthaia , dans 
lîle de Kéos. M. W. Volgralf a montré, dans le même 
recueil , ce qu il a découvert dans ses fouilles d'Arj^os et 
d'Ithaque. 

A Rome, sous l'habile direction de Mj^r Duchesne. que 
l'Académie des Lincei a nommé membre étrang-er, en 1905, 
et au(juel , tout récemment, l'Université d'Oxford a voulu 
donner, comme jadis l'Université de Cambridge, une 
marque particulière d'estime en l'admettant au nombre de 
ses docteurs, l'ardeur au travail n'est pas moins vive qu'à 
Athènes. Les Méhinf/cs de l' Ecole de lin nie . outre les 
communications du directeur lui-même, publient les pre- 
miers travaux des pensionnaires qui ne rédig"ent pas 
encore de longs mémoires ; c'est ainsi qu on y trouve des 
articles intéressants de M. Grenier sur des inscriptions mé- 
tri(pies d'Afrique, sur la transhumance des troupeaux en 
Italie et son rôle dans l histoire romaine ; de M. Boudreaux 
sur le texte de Xénophon, de M. Celier sur quelques opus- 
cules du camerlingue François de Conzié, de M. Carcopino 
sur les c< decumani )> (Note sur Torganisation des Sociétés 
publicaines sous la République). Les anciens membres de 
ri'^cole sont lu'urcux d'apporter aux Mélanges des articles 
projetés du temps où ils fré(|uentaient le palais Farnèse, 
comme les anciens .Vthéniens enrichissent le Bulletin de 
leur Ecole; cela prouve la reconnaissance des membres <[ui 
ont passé par Athènes ou par Honu' cl la solidité des liens 
(]ui les attachent à nos deux établissements. Eniin j<* ne 
m'étendrai pas sur la publication des registres j)ontilieaux, 
monument de patience et d'érudition élevé [)ar un labeur 
continu de trente années, le directeur de l'Kcole de Rome 
ayant publié récemment ', sui- ce sujet, un rapport très 
détaillé ; (pi'il suffise de rapj)eler que ce recueil a déjii 

1. Mélaiifies (le l'Ile, ilc llnnu', HKiT). p. 1 l.'M,)0. 



RAPPORT SIR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME 371 

publié OU analysé 62.000 pièces dont 3o.000 environ affec- 
tées H la série du xm"^ siècle et 27.000 à celle du xiv'' siècle. 
La colonie scientifique du Palais Farnèse s'est trouvée 
renforcée en 1 904-1 90o par deux boursiers, MM. Paul 
Hazai"d et Georges Picavet. Le premier s'occupait d histoire 
littéraire, l'autre d'histoire de lart, tous les deux pour une 
période assez rapprochée de nous. M. Picavet a étudié en 
particulier les peintres français qui ont séjourné en Italie 
avant la fondation de l'Académie de France. Ces deux 
jeunes missionnaires ont reconnu l'hospitalité que leur accor- 
dait l'Ecole de Rome en collaborant à la rédaction des 
Mélanges. 

\. — Ecole d'Athènes. 

M. L. Bizard, membre de troisième année, adresse à 
l'Académie un mémoire intitulé : Fouilles de Délos. Explo- 
ration du périJjole oriental, 1904. Initié aux fouilles à 
Acraiphiae, il a été chargé de diriger, en 1904, un des 
chantiers de Délos. Sa mission consistait k déblayer com- 
plètement le mur oriental du téménos d'Apollon de façon k 
en reconnaître la structure et les abords, en dedans et en 
dehors du sanctuaire. En dedans, on ne pouvait guère 
espérer de nouvelles découvertes, car le mur avait été 
dégagé en 1885 sur toute sa longueur, de l'angle sud-est 
où se trouve l'autel de Zeus Polieus k l'angle nord-est où 
commence le portique des Cornes qui ferme au Nord le 
sanctuaire ; l'espace compris entre le mur et le sanctuaire 
des Taureaux avait été de même exploré, ainsi que le Por- 
tique des Cornes lui-même, soit par des déblaiements par- 
tiels poussés jusqu'au sol vierge , soit par des tranchées 
multipliées qui avaient permis de déterminer avec exacti- 
tude le plan des constructions, leur aspect, leur destination, 
de reconnaître les remaniements qu'elles avaient subis et 
de réunir les éléments de leur restitution. 



372 RAPPORT SIR LES ÉCOLES D ATHÈNES ET DE ROME 

Le travail dans cette ré|^ion était donc moins de recherche 
proprement diU- (pie d'achèvement et de contrôle. Il a 
donné ce ((u nu en [)ouvait attendre, la confirmation de 
faits connus : construction du unir en assises de granit et 
en moellons de schiste, existence d'une porte à l'angle 
nord -est, adossement à la muraille de constructions 
adventices de basse époque, canalisation d'eau tout le long 
de la muraille, grand espace vile en avant du nuu\ qui a 
p:iru il M. Bizard, comme jadis ii M. Nénot. remplacement 
d'un l)ois sacré. 

Au dehors, où la maison de Kerdon, déblayée les années 
précédentes, avait indicpié l'alignement d'une rue longeant 
le péribole, tout était à découvrir. On y a trouvé, d'un côté, 
le mur d'enceinte du sanctuaire, nu et net, sauf une petite 
chambre antique (à côté de la porte), qui paraît une loge 
de gardien, et des appentis grossiers de basse époque; de 
l'autre côlé, une suite de constructions, incomplètement 
fouillées et encore mal déterminées, maisons d'habitation 
ou boutiques, enliu un petit monument consacré à Dionysos 
qui a fourni une moisson de bas-reliefs , statuettes , repré- 
sentations diverses. Un y remarque uni> base décorée , sur 
trois faces, de sculptures représentant un phallus aïK' en 
forme di' coq et deux scènes di(uiysiaques ; une statuette 
de Dionysos assis, deux figures de Papposilène ou d'acteurs 
en portant le costume, un bas-relief montrant Dionysos 
appuvé sur un tliyrse et tendant une grappe de raisin à une 
panthère, un autre bas-relief probablement isiaque. Lin- 
scription gravée sur la base décorée est une dédicace à 
Dionvsos par le cliorège Carystios. fils d'Asbèlos ; elle 
peut être datée avec un peu plus de précision (jue ne l'a fait 
M. P.i/ard; grâce à l'éeritui'e dont les changements à Délos 
sont si exactement connus, elle i)r()uv(' (\uv la dédicace est 
antérieure à 27(1. M. liizard a donné du moiuunent une 
description très minutieuse: on lU' peut pas être plus 
consciencieux ni |)lus scrupuleux; on voudrait pourtant le 



RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET UH ROME 373 

voir un peu plus hardi tlans les questions d'archéologie 
figurée, qu'il ne semble pas dominer avec la même maîtrise 
que les problèmes épigraphiques ; on aurait plaisir à lui 
reconnaître plus de pénétration pour apercevoir les pro- 
blèmes, moins de timidité pour essayer de les résoudre , 
enfin une curiosité aiguisée et avertie qui veut, qui sait et 
qui ose voir. Sauf ces réserves, nous n'hésitons pas à accor- 
der au mémoire de M. Bizard les mêmes éloges que son 
envoi de l'an passé avait reçus de l'Académie. 

M. Bulard, membre de seconde année, a dirigé, comme 
M, Bizard, un des chantiers des fouilles faites à Délos par 
l'Ecole française aux frais du duc de Loubat ; comme lui, il 
a eu à achever une exploration depuis longtemps entreprise 
et suspendue, celle de U établissement des Poseidoniastes de 
Beyrouth que M. Salomon Reinach avait déblayé en par- 
tie dès 1882, et dont M. Couve avait reconnu les entours 
en 1894. Comme le mémoire de M. Bizard, celui de M. Bu- 
lard n'est donc qu'en partie nouveau ; il est, comme lui, 
presque exclusivement descriptif, examinant en divers cha- 
pitres les rues, l'édifice des Poseidoniastes et les maisons 
déblayées en bordure de cet îlot. M. Bulard décrit avec 
exactitude, aisance, clarté, la disposition des rues, le 
système de canalisation souterraine, l'installation des 
citernes, qui étaient à Délos de première nécessité et qui 
sont un des éléments caractéristiques de la maison délienne. 
De même, l'étude d'un petit autel ou d'une chapelle popu- 
laire adossée à la façade d'une maison, l'analyse des 
couches de stuc dont les parois sont revêtues et des di- 
verses peintures superposées qui figarent des scènes , des 
personnages ou des objets, sont conduites avec méthode et 
exposées avec lucidité. De tout ce qui peut donner, dans 
l'état présent, une idée de la maison délienne et de la mai- 
son aux vastes proportions qu'est 1 établissement des Posei- 
doniastes, à la fois sanctuaire et club d'étrangers domiciliés 



371 HAPPORT SIH LES ÉCOLES D ATHÈNES ET DE ROME 

OU de passaj^e, siège d'une association financière de mar- 
chands, d'armateurs, d'entrepositaires, rien n'est nég-ligé. 
Les mosaïques, dont M. Bulard s'est fait une spécialité par 
l'attention avec lac|uelle il les a étudiées et le talent qu'il a 
employé à les reproduire, sont soif^neusemont décrites, 
dans leurs trop pauvres restes mutilés. On y voit toutes les 
formes, depuis les plus grossières (ciment, débris de tuiles 
et de marbres) juscpi'aux plus délicatement travaillées 
(cubes de pierre ou de verre aux riches couleurs et aux 
dessins élégants^. 

L'établissement des Foseidoniastes. comme sanctuaire et 
habitation de luxe, avait double raison d'être décoré d'œuvros 
d'art et de statues. M. Salomon Reinach y avait trouvé, sur 
sa base et avec sa dédicace, une image de la déesse Rome; 
les fouilles de M. Hulard ont ajouté, outre divers fragments, 
un hermès de la triple Hécate, une statuette d'Aphrodite 
ou de nymphe surprise au bain à demi dévêtue, et le groupe 
déjà célèbre d'Aphrodite attaquée par Pan et se défendant 
avec sa sandale; Eros assiste sa mère dans le combat. 
M. Bulard étudie ces divers monuments, cherchant l'ori- 
gine de chacun et les replaçant ;» leur rang dans l'histoire 
de la sculpture. 

L'étudi; de M. Bulard serait tout à fait satisfaisante s'il 
avait examiné, avec un peu plus d'insistance, les rapports 
de ces (itrures avec le lieu où elles se sont rencontrées et 
avec les cultes de Bérytos ; si, à propos des documents épi- 
graphiques, il iivait groupé tout ce que nous pouvons savoir 
ou deviner sur les relations de Beyrouth et de Délos, leurs 
causes, leur date, leur étendue; si encore, par le rappro- 
chemenl des textes et des ruines, il avait essayé de rétablir 
rhistoirc (lu inniiumeiil des RoseidnniasLes et d en interpi'é- 
Ici- le plan. Plusieurs dédicaces giav('-es sur des bases de 
slatui's. sur un autel, sur des architraves méritent une 
attention jjarticulière. Il semble diflicile, si imparfait (|uait 
été larl (le bâtir à Délos au il'' siècle, que des architraves de 



RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME 37o 

liauteur inégale, que des frises de métopes et de trig-lvphes 
diUerents aient pu s'assembler les uns avec les autres; on 
croirait plutôt qu'elles se rapportent à plusieurs parties 
distinctes du bâtiment qu'au péristyle d'une cour unique; 
on en pourrait déduire sur le nom et la date des principales 
divisions du iKUiment des conclusions intéressantes. Il est 
question d'une atia ou même de plusieurs portiques, d'un 
sanctuaire [olxjoç et de salles où l'on recevait des oracles 
()jpr,aTr,pta) ; on voudrait voir localiser, s'il est possible, cha- 
cun de ces noms. M. Bulard y a mis trop de réserve. Il 
peut être sage de laisser une question en suspens ; quand 
elle se pose, on ne doit pas paraître l'éviter. 

M. Bulard se propose, certainement, de répondre à ces 
diverses questions dès qu'il en aura le loisir et qu'un exa- 
men plus ample des ruines le conduira à une restauration 
plus complète et plus précise du monument. En attendant, 
nous devons louer sa méthode rigoureuse et le féliciter de sa 
brillante exposition. 

M. E. Cavaignac, membre de seconde année, a étudié le 
monument de Perse'e à Delphes. Les restes du trophée 
élevé par Paul Emile ayant été reconstitués au Musée de 
Delphes, les bas-reliefs qui le décorent ayant été décrits et 
expliqués, l'étude consacrée à ce monument par M. Cavai- 
gnac est purement épigraphique. La tâche consistait à 
reviser les textes dont le piédestal est couvert, des degrés 
jusqu'à la corniche, à en prendre une copie personnelle et 
indépendante, comme contrôle des copies antérieures, à 
en donner un commentaire historique et philologique. 
C'était un exercice choisi avec tact, assez limité pour être 
traité à fond. On doit regretter que M. Cavaignac se soit 
rebuté trop vite dans la copie et l'interprétation de textes 
qui ne se présentaient pas avec une complète clarté; il a 
omis des fragments, de sorte que son petit Corpus n'est 
pas absolument complet ; ses lectures, faute de l'obstination 



376 RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME 

nécessaire , ne donnent pas non plus tout ce qu'on aurait 
pu arracher à la pierre. En se contentant de transcriptions 
en caractères courants, il s'est privé de plusieurs des avan- 
tag-es qu'il pouvait attendre de son travail, liien n'exerce 
l'œil et la main comme une minutieuse copie en fac- 
similé, rien n'est plus sui^gestif pour la restitution des 
textes que ces images exactes où chaque lettre garde son 
aspect et occupe rig-oureusement sa place véritable. 

C'est un elTort de sincérité méritoire que d'avoir traduit 
les textes pul:)liés et en particulier ceux qui olTrent des 
difficultés. Transcrire un texte et le traduire, c'est déjà le 
commenter, et cela dispense de beaucoup de notes et 
d'explications , mais les traductions de M. Cavaignac , 
comme les remarques dont il les accompagne, sentent un 
peu trop la précipitation et devront être sérieusement 
revues par l'auteur avant d'être publiées. 

Déduction faite du sénatus-consulte de 1 an 100 avant 
J.-C. sur la répression de la piraterie en Orient, lequel a 
été étudié en 1902 par M. .lardé, trois textes réclamaient et 
méritaient un examen particulièrement minutieux : 1" un 
décret des amphictyons en faveur de citoyens de Delphes 
qui, bannis pour avoir dénoncé les méfaits de quelques 
personnages, avaient été réduits à implorer la protection du 
sénat romain; 2'^ les pièces d un lilig-e pendant entre les 
villes locriennes de Scarphée et Tin-onion au sujet de la 
représentation de la Locride épicnémidienne dans le conseil 
des hiéromnémons; 3" un décret de la ville de Daulis, en 
l'honneur d'un certain Hermias de Stratonicée (jui, dans les 
circonstances les plus critiques, sans doulc ;ui moment de 
l'invasion de Mithridate, avait sauvé la ville en intervenant 
pour elle auprès des g-énéraux (x-(ii[xv>s<.). La date d'aucun 
de ces monuments n'est établie avec une suffisante ri- 
g'ueur. Les troubles intérieurs dont témoig-ne le décret des 
amphictyons méritaient des recherches historiques, et on 
vou<h';iit savoir (juel est \v tribunal arbitral (pii. par 59 voix 



RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈXES ET DE ROME 377 

contre 2, décide en faveur de Tlironion dans la querelle 
avec Scarphée. En résumé, l'envoi de M. Cavaig-nac doit- 
être considéré comme l'ébauche d'un mémoire fort intéres- 
sant que l'auteur, nous en sommes persuadés, saura corri- 
ger et compléter lui-même, dès qu'il se sera familiarisé 
davantage avec l'épigraphie delphique. 

M. E. Schulhof, membre de première année, a envoyé la 
copie et le commentaire dune nouvelle inscription délienne 
(44 pages de grand format). La matière de ce mémoire est 
un nouveau compte des hiéropes, découvert dans la démar- 
chie de Myconos en 11)04, sur une plaque brisée en cinq 
morceaux. Le texte est très important par son étendue 
(135 lignes) et son intégrité et aussi par plusieurs nouveau- 
tés portant sur la comptabilité sacrée, sur l'organisation des 
cultes, sur la chronoloy-ie des archontes. 

La date du compte est fournie par le nom de Stésiléos et 
par ceux des hiéropes qui furent en charge sous lui et sous 
son prédécesseur; on apprend ainsi que ce prédécesseur fut 
Sotion, que l'inscription est de Tannée 207 ou 208 et qu'un 
archonte nouveau doit être ajouté à la liste donnée dans 
« les Archives de l'intendance à Délos ». M. Schulhof n'a 
négligé aucune des questions que le texte peut soulever, en 
divisant son mémoire sous les rubriques suivantes : 1" Notes 
paléographiques ; 2° Description de la stèle de Stésiléos ; 
3° Etude des divers chapitres du compte de Stésiléos : 

A. Travaux exécutés dans le sanctuaire ou ses dépendances ; 

B. Inventaires des vases consacrés à l'occasion de certaines 
fêtes périodiques et liste de ces fêtes; C. Locations des 
immeubles bâtis et non bâtis appartenant au dieu ; D. Prêts ; 
listes des créances du dieu ; 4° Questions de chronologie. 

M. Schulhof n'esquive aucun problème, il va droit aux 
difficultés, il les pose et essaie de les résoudre. Il y déploie 
même quelquefois un excès d'ingéniosité pour les trouver 
ou les expliquer quand même, mais ce besoin de tout com- 



378 RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME 

prendre est une excellente qualité, et Ton ne saurait blâmer 
trop de curiosité. La question chronologique, en etîet très 
complexe, a arrêté M. Schulhof ; le point essentiel est d"avoir 
ajouté cinq noms nouveaux à la liste des archontes ; la 
période dans laquelle ils tombent est limitée à une vingtaine 
d'années pour lesquelles précisément la chronologie des 
archontes n'est pas encore fixée; l'étude est à reprendre. 
M. Schulhof est capable de la mener à bien. 

Dans un travail présentant de grandes dii'ticultés de lec- 
ture et exigeant des recherches compliquées sur la compta- 
bilité, M. Schulhof a montré les qualités d'un excellent 
philologue; il lit les textes avec une remarquable sûreté, il 
les scrute avec une curiosité pénétrante, il les commente 
avec une information étendue et une méthode très critique; 
on peut affirmer que l'École d'Athènes a conquis, en sa 
personne, un véritable épigraphiste. 

II. — École de Rome. 

Le mémoire envoyé par M. Albertini, membre de seconde 
année, mérite tous les éloges par l'abondance des rensei- 
gnements dont il s'est entouré, la sûreté des vues (ju d 
développe, la sagesse des conclusions auxquelles il s'arrête. 
Décidé à s'occuper ultérieurement de l'empeieur Claude et 
de son épocjue, il a choisi comme sujet de début l'histoire 
(les travaux juihlics sous le rè(/ne de ce jirinrc, persuadé 
que leur examen donnerait, i)ai' un certain côté, une idée 
exacte du caractère de ce règne et des tendances du sou- 
verain. Une partie seulement du mémoire (2i3 pages, avec 
plans et photographies) est complttt'inent rédigée et com- 
prend quatre chapitres. 

Le chapilic I liaitc du port d'Ostie, Le mauvais aména- 
gement de lendjouchure du Tibre et les difficultés des 
arrivages par Pouzzoles avaient inquiété plus dune fois les 
magisti-als chai'gés de rap|)r()\ isionncment de nome, et il 



RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTIIÈNES ET DE ROME 379 

n'était que temps d"v remédier. Ce fut lobjet que se pro- 
posa Claude. Comment il y parvint, c'est ce que M. Alber- 
tini a montré après Nibby, Texier, Lanciani, mais son 
étude technique sur les bassins et les jetées d'Ostie n'est 
pas une simple mise au point des travaux de ses devanciers. 
Il a étudié lui-même sur le terrain ce qui est encore visible 
des constructions de Claude , il a dressé un croquis de 
1 état actuel et a pu exprimer une opinion personnelle sur 
la question. 

Après avoir assuré l'alimentation de Rome en blé, Claude 
voulut que la ville l'ut pourvue d'eau avec abondance, non 
pas que les aqueducs destinés à subvenir aux besoins de 
la population lissent défaut, mais ces aqueducs avaient été 
mal entretenus pendant les règnes précédents. Aussi Cali- 
gala n'avait-il pas hésité à faire commencer de nouveaux 
travaux d'adduction. Claude les continua et les mena à 
bonne fin, c'est à lui que revient le bénéfice de l'entreprise 
devant l'histoire. Ces deux aqueducs sont: l'un, VAnio 
novas constitué, comme YAnio vêtus qui existait depuis 
longtemps, par une prise d'eau sur la rivière de ce nom; 
l'autre, Vaqua Claudia, alimentée par des sources assez 
voisines de celles qui étaient absorbées par Vaqua Marcia 
dont la pureté est tant appréciée encore aujourd'hui par les 
Romains. M. Albertini a suivi sur la carte d'état-major, en 
prolitant des enseignements de Frontin et des travaux 
modernes, le tracé des deux aqueducs depuis leur origine 
près d'Agosta et de Subiaco jusqu'à Rome, il en a étudié 
avec le plus grand soin le mode de captation et d'adduction, 
il en signale avec précision les restes conservés. Pour lui, 
les ingénieurs romains de l'âge de Claude avaient réalisé de 
grands progrès sur ceux des époques précédentes ; leur 
habileté à percer des tunnels leur permettait de raccourcir 
sensiblement les distances; d'où une économie de construc- 
tion, d'entretien et de main-d'œuvre. 

Le troisième travail d'utilité publique étudié par M. Alber- 



OC) 



•i80 RAPPORT SIR LES ÉCOLES D ATHÈNES ET DE ROME 

tini est le dessèchement du lac Fucin. Ce lac, situé au 
centre du pays des Marses, était un gros obstacle à l'agri- 
culture par le régime de ses eaux et ses inondations subites. 
Le dessécher, c'était à la fois obvier à ces inconvénients et 
livrer à la culture et à la végétation un immense espace 
jusque-là improductif. L'opération consistait à faire écouler 
l'eau par un émissaire qui aboutissait dans la vallée du 
Liris. Pour cette partie de son travail, M. Albertini a trouvé 
beaucoup de secours dans les observations et les recherches 
publiées par les ingénieurs du prince Torlonia qui reprirent 
et exécutèrent le projet de 18.';3 à 1876; il en a extrait 
tout ce qui était utile à son sujet, sans exagérer les détails 
techniques. Il résulte de l'étude de M. Albertini que Claude 
n'a pas été aussi bien servi par les entrepreneurs du dessè- 
chement du lac Fucin, tentative audacieuse du reste avec les 
moyens primitifs dont on disposait alors, que par les 
constructeurs d'aqueducs. L'œuvre ne réussit que très 
imparfaitement. La faute en serait, suivant M. Albertini, à 
Narcisse, chargé par Claude de la surveiUance de l'opéra- 
tion ; sa situation à la cour était compromise par les intrigues 
de Pallas, on l'accusait de prolonger les travaux pour en 
tirer un pi'olit pécuniaire. Alla d'iaqjoser silence à ses 
détracteurs, il crut devoir hâter l'achèvement de l'entre- 
prise et par cette hâte même en empêcha le succès. Comme 
toujours, ce fut l'intérêt général qui pàtit de la rivalité des 
favoris. Bien qu'on s'y fût repris ii deux l'ois, on n'arriva 
pas à abaisser les eaux du lac justpi'au niveau lixé pai- le 
projet qui devait réduire le lac à un simple basçin. 

Enlin un chapitre est consacré aux deux grandes voies 
nouvelles que Claude ouvrit vers l'Adriatique, la via Claudia 
nova et la via (Haudia Valcria. Traversant la région mon- 
tagneuse de l'Italie centrale, ces routes rendirent à Home, 
comme aux contrées (prelles parcouraient, un très grand 
service ; elles pci mirent aux populations d amener plus 
aisément dans la capitale les produits de leur sol ou de leurs 



RAPPORT SUK LES ÉCOLES d'aTHÈiNES ET DE ROME 381 

montag-nes : leur vin , leur blé , leur huile , leur miel , leur 
fer, leurs bestiaux, et à la capitale de recevoir plus vite les 
denrées de la Dalmatie, dont le port principal, Salona, se 
trouvait juste en face d'Aternum, limite extrême des deux 
routes nouvelles. M. Albertini en a fixé le tracé au moyen 
des itinéraires anciens, des bornes milliaires et des quelques 
restes qui subsistent encore. 

Par l'étude si développée et si précise dont il vient d'être 
donné une analyse sommaire, M. Albertini a été amené à 
accepter le jug-ement de Suétone : « Les œuvres de Claude 
sont moins remarquables par leur nombre que par leur 
importance et leur utilité », et ce jugement est la vérité 
même. Ces quelques travaux de haute portée sont la justi- 
fication d'un règne qui , placé entre celui de Caligula et 
celui de Néron, fut, somme toute, assez bon, et marqua 
une phase de progrès matériel incontestable. 

Le mémoire de M. Eug-ène Martin-Chabot nous transporte 
à la fin du moyen âge, il est intitulé : Nicolas V, Charles Vil 
el la Pragmatique sanction. Essai sur le régime des béné- 
fices ecclésiastiques de France de 1447 à 1455. Séparé par 
quelques années seulement de TépoquG où fut promulguée 
la Pragmatique Sanction de Bourg-es, le pontificat de Nico- 
las V (1447-1455) offre un champ d'études des plus, favo- 
rables à qui désire se rendre compte des effets immédiats 
de la célèbre ordonnance de 1438. On doit savoir i>ré à 
M. Martin-Chabot d'avoir dépouillé, à ce point de vue, les 
registres du Vatican contenant les « secrètes », les « curiules » 
et les acta consistorialia de Nicolas V, ainsi qu'un liber 
ohligationum du même pontificat, conservé à Rome dans 
l'Archivio di Stato. Son mémoire, de 213 pag-es, comprend 
un Catalogue oii sont relevées, par diocèse, les provisions 
faites par le pape aux principaux bénéfices de France, les 
grâces expectatives, les diverses dispenses accordées à des 
ecclésiastiques français au cours du même pontificat ; il 



382 RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE HOME 

comprend la transcription intég-rale de vingt documents, 
pour la plupart lettres du pape, qui servent de pièces justi- 
ficatives. Enfin l'auteur s'est efforcé de coordonner, en une 
centaine de pages, les nombreux renseignements fournis sur 
l'exercice des droits apostoliques, sur le régime bénéficiai, 
sur le système financier, sur la commende, sur le cumul, 
sur la non-résidence. L'impression qui se dégage de ces 
constatations est que la Pragmatique, cette réforme entre- 
prise par la royauté, en dehors du Saint-Siège, mais avec 
l'appui du concile de Bàle, fut loin de produire les résultats 
auxquels on s'était attendu. D'abord les papes, non consultés, 
n'en tinrent aucun compte ; (Jiarles VII, de son côté, ne 
l'observa que de la façon la plus intermittente et qu'autant 
qu'elle pouvait servir ses intérêts ou les intérêts des siens ; 
enfin le clergé lui-même, dans un grand nombre de cas, 
appuya les prétentions romaines et se soumit, comme 
devant, au payement des taxes apostoliques. M. Martin- 
Chabot pourtant, qui n'a guère eu sous les yeux ((ue des 
documents de provenance romaine et n'a pas pu, par con- 
séquent, envisager la question sous toutes ses faces, va trop 
loin en affirmant que la Pragmatique n'était pas encore 
entrée réellement en vigueur au moment où Louis XI crut 
devoir l'abolir. Cette opinion trop absolue se serait modifiée 
si les registres du Parlement avaient été aussi familiers à 
l'auteur que les Archives vaticanes. Il exagère aussi quelque 
peu en donnant à entendre que la Pragmatique n'eut, pour 
ainsi dire, point d'effet financier, et il ne se rend pas 
compte qu'à coté des « menus et communs services », dont 
il a constaté le payement presque normal, il y avait les 
« annates » proprement dites, dues pour les bénéfices 
d'ordre inférieur, sur lesquelles il ne païaît pas avoir de 
renseignements et dont la Pragmatique eut pour effet d'em- 
pêcher bien souvent l'acquittement. 

Chacun souscrira, au contraire, au jugement de M. Mar- 
tin-Cliabut ([uaiid il obsi-rvc (pic la Pragmatique eut pour 



RAPPORT SLR LES ÉCOLES D ATHÈNES ET DE ROME 383 

principal effet de rendre plus g-raves les compétitions au 
sujet des prélatures, plus fréquents et plus longs les procès 
entre ecclésiastiques. A cet égard, son mémoire fournit de 
précieux détails qui compléteront et corrigeront sur bien des 
points l'histoire de nos diocèses ou de nos abbayes de 
France. Sur nombre de conflits, les uns célèbres, les autres 
ignorés, nés à Paris, à Meaux, à Langres, à Tournai, à Lodève, 
à Montauban, à Nîmes, à Conserans, on trouve là des indi- 
cations aussi neuves que précises ; et l'on voit, par exemple, 
l'intervention du roi s'exercer, à Chàlons, en faveur de 
Geoffroi Soreau, oncle d'Agnès Sorel ; à Orléans, en faveur 
de Pierre Bureau, fils et non pas frère (comme l'auteur le 
répète d'après un travail de seconde main) du célèbre Jean 
Bureau, maitre d'artillerie de France. Un document d'une 
haute valeur historique est encore celui que M. Martin- 
Chabot a eu le mérite de découvrir, cette bulle du 21 mai 
1447 accueillant les demandes présentées de la part de 
Philippe le Bon et promettant de ne nommer dans les 
Etats du duc de Bourgogne aucun clerc ou prélat étranger 
ou suspect. Après quelques légères retouches, le mémoire 
de M. Martin-Chabot est destiné à rendre les plus grands 
services tant aux historiens locaux qu'à ceux qu'intéresse 
l'histoire générale des relations de la France et dit Saint- 
Siège au milieu du xv'' siècle. 

M. Louis Halphen vient d'achever en 1906 la seconde 
année de son séjour à Rome, et, avec une diligence digne 
d'être imitée, il a voulu reprendre les anciennes traditions 
en nous adressant, sans aucun délai, le mémoire qui nous 
est dû. Si son exemple était suivi, l'Académie ne serait 
plus forcée d'attendre pendant un an un rapport officiel sur 
les travaux des pensionnaires d'Athènes ou de Rome elFec- 
tués l'année précédente. 

Sous le titre d'Etudes sur l'administration de Rome au 
moyen âge, M. Halphen a écrit un mémoire important sur 

1906. 26 



384 RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÊNES ET DE ROME 

la période comprise entre les années 7S1 et 1252. Il j)rend 
pour point de départ l'époque à laquelle Texarchat de 
Ravenne acheva de se dissoudre et s'arrête au moment où 
les Romains, pour la première fois, firent choix d'un séna- 
teur étranger. C'est d'abord le gouvernement de Rome, par 
les papes ou leurs agents, à l'époque carolingienne, au 
temps des Ottons et pendant hi querelle des investitures ; 
puis, à la suite de mouvements populaires dont le plus 
important s'est étendu aux années 1 I i-'î à llio, le Saint- 
Siège reconnaît l'établissement d'une administration muni- 
cipale et accepte l'organisation d'un sénat. Ce nouveau pou- 
voir gagne en importance jusqu'au milieu du xiii*" siècle. 

Il y a là des questions intéressantes et délicates que 
les historiens ont souvent abordées, en particulier Grego- 
rovius dans son Histoire de Rome au mot/en âge, mais 
personne jusqu'à présent ne les avait examinées à fond. 
Le mérite de M. Halphen est d'avoir mis sur pied cet 
ouvrage général dont on avait besoin; le titre est modeste, 
la forme sobre, parfois un peu sèche, mais à toutes les 
pages se retrouvent des qualités de stricte érudition. 
M. Halphen a fait des recherches méthodiques aux Archives 
du Saint-Siège, à la Bibliothèque du Vatican, dans les 
Archives de plusieurs églises de Rome et, autant qu'il l'a 
j)u, dans celles des grandes familles romaines; il va sans 
dire que les excellentes publications de la Società Romana 
di storia patria lui ont été fort utiles, mais il n'était pas aisé 
de tirer une doctrine de textes aussi nombreux, aussi dis- 
persés auxquels venaient s'ajouter une (juantité de docu- 
ments nouveaux. 

Les listes de fonctionnaires et de sénateurs qui servent 
d'appendice à ce mémoire, les notes excellentes qu'on 
trouve à l.i lin de tous les chapitres, donnent l'idée la [)lus 
favorabh; tle la méthode avec laquelle on a procédé : listes 
des primiciers, des secondiciers du Saint-Siège, des arcarii, 
des nomenclateurs et des autres juges ordinaires ; liste des 



! 



RAPPORT SLK LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME 38o 

préfets de Rome, des sénateurs. En face de chaque nom, 
M. Halphen analyse les documents et indique les dates. 

Parmi les nombreuses questions traitées par M. Halphen, 
on ne peut signaler ici que les plus importantes. Par 
exemple, certains savants ont prétendu qu'à Rome les 
anciennes fonctions de préfet, après avoir disparu pendant 
une période plus ou moins longue, ont été rétablies par les 
empereurs de la maison de Saxe. M. Halphen démontre, 
pièces en main, que cette interruption est imaginaire ; en 
tenant compte des modifications apportées par le temps, 
les préfets de Rome sous l'administration pontificale sont 
les successeurs des anciens préfets urbains, tels qu'on les 
rencontre encore à l'époque byzantine. 

M. Halphen a consacré d'importants chapitres à l'élec- 
tion des sénateurs, à l'organisation du sénat et au rôle qu'il 
a joué. Il est curieux de voir cette assemblée composée à 
l'origine de cinquante membres, cinquante-six au maximum 
tomber parfois à des chiffres fort inférieurs, si bien qu'à 
plusieurs reprises elle n'a compté qu'un ou deux sénateurs 
pour remonter ensuite au chilfre primitif. Ces étranges 
fluctuations se produisirent au gré des événements et sans 
doute suivant le triomphe alternatif des partis assez long- 
temps avant l'époque où l'institution du sénateur unique 
fut de règle. 

Depuis 1 lio, les papes ont partagé avec le sénat l'auto- 
torité qu'auparavant ils étaient censés posséder seuls, et les 
empiétements du pouvoir municipal ont été constants ; à 
cet égard, la conclusion de M. Halphen est formelle : 
« L'histoire intérieure de Rome, depuis la révolution com- 
« munale jusqu'au milieu du xiiF siècle, n'est que l'histoire 
« de l'accaparement progressif par le sénat de toute l'admi- 
« nistration publique, jusqu'alors confiée au pape seul. » 

La plupart de ces mémoires, complétés et revisés par 
leurs auteurs, feront honneur aux deux Écoles qui jouissent 



;j,SG SÉANCE DU 24 AOLT 190l) 

de plus en plus de la considération du monde savant. Qu'il 
me soit permis, en terminant, d'en citer une nouvelle 
preuve. Une exposition d'art italo-byzantin s'est organisée 
en 1903, sous les auspices du Ministère italien de l'instruc- 
tion publique, à l'abhaye grecque de Grotta Ferrata. On a 
prié le directeur de l'Ecole française de Rome d'accepter la 
présidence du Comité d'organisation qui comprenait des 
érudiis fort distingués, tels que MM. Venturi, Kanzler, 
Ricci, Salinas; c'est lui qui a prononcé, le jour de l'ouver- 
ture, 25 avril 1903, le discours d'inauguration, entouré des 
représentants de plusieurs ^Ministères et de nombreux 
savants. Cet hommage, rendu à la fois à l'Ecole française 
de Rome et à son directeur, ne devait pas être passé sous 
silence dans notre rapport. 



I,l\l{i:S ()KFl-:i{T.^ 



M. le Secrétaihi: piîrpétlel dépose sur le Iniicnu hs Comptes ren- 
dus des séances de l'Acadi'-inic pcndaul le mois de juin. 

M. Clkh.mom-Gannkau offre, nu iioiii i.\c noire confrère M. BouciiÉ- 
Lecleucq, le troisième volume de ïllisloirr drs Latjides (Paris, 1900, 
in-S"). 



SÉANCE DU 21 AOUT 



l'RE.SIDENCE DE M. R. CAdNAT. 



Le Président donne lecture d'une lettre de notre confrère 
M. Lair sur le i-enseignemiiil (|n'il ri reçu an sujet (lu mot lernn- 
(jiis. V w ;incien ingénieur de l.aurium, f|n(' M. Laira consulté, lui 
écrit (jne les anciens inj^énicurs jurées employaient le mot Ivraukn 



SÉANCE DU 24 AOIT 1 90f) 387 

pour signifier un puits, un sondage, une excavation verticale. 
Cela s'éloigne de l'idée du travers-banc qui est toujours plus ou 
moins horizontal. On aurait alors accordé au mineur malheureux 
le droit de faire un autre sondage dans le voisinage du premier. 

Le Président donne lecture de deux lettres adressées à M. le 
duc de Loubat, correspondant de l'Académie, par M. Holleaux, 
directeur de l'Ecole française d'Athènes. Dans ces deux lettres, 
M. Holleaux annonce de nouvelles et importantes découvertes 
faites au cours des fouilles de Délos : six grands lions archaïques 
en marbre, ornant une esplanade, dans le voisinage du Lac 
Sacré; une statue de la muse Polhymnie; une tête, plus grande 
que nature, représentant probablement Dionysos, etc. 

M. Perrot, secrétaire perpétuel, présente à l'Académie le^ 
photographies d'une statuette de marbre qui appartient à M. le 
D^ Perrod, de Turin, et qui a été trouvée en 1902, en Cyré- 
naïque, près de Benghazi. Elle représente l'Aphrodite Anadyo- 
mène. La figure est brisée au milieu des cuisses; la partie infé- 
rieure n'a pas été retrouvée. 

M. F'urtwit'ngler a publié deux figures qui reproduisent le 
même type et dans lesquelles il croit reconnaître, au caractère 
du visage et de tout le modelé, des réductions d'une statue 
célèbre qui aurait été exécutée par Euphranor ou par quelque 
autre artiste du même temps, dans un style qui se ressentirait 
encore des traditions de l'école péloponnésienne du v*^ siècle. Ce 
qui fait l'originalité de la jolie statuette de M. Perrod, c'est 
qu'elle dilfère sensiblement, à certains égards, des marbres de 
Munich et de Rome qui ont été étudiés par M. Furtwtengler. 
Les formes sont ici plus amples, plus courtes et plus grasses, non 
sans quelque mollesse. La chair y a des plis que l'on ne retrouve 
ni dans la statuette de la collection Pringsheim ni dans une statue 
du palais Colonna. Le bras gauche est porté bien plus franche- 
chement en avant du torse; mais ce qui fait surtout la diffé- 
rence, c'est le visage. S'il y subsiste encore quelque chose de la 
facture du v'^ siècle dans l'ovale très allongé de la face, dans la 
longueur du nez, dans la grande distance qui sépare la bouche 
des yeux, l'œil n"a plus du tout le même dessin que dans les têtes 
modelées par les continuateurs de Polyclète et de Phidias. On 



388 SÉANCE DU 2i AOUT 1906 

n'y trouve pas ici cette précision un peu sèche que lui donnent, 
dans ces tètes, les arêtes fermes de paupières qui ont toutes 
deux même importance. Autant que permet d'en juger une exé- 
cution qui n'a pas été poussée très loin, on devine ici cette atté- 
nuation de la paupière inférieure qui est plus sensible encore 
dans la tête dite de Lord Leconfield que dans les copies de 
r.Aphrodite cnidienne. La paupière supérieure paraît se fondre 
avec une arcade sourcilière dont la saillie très marquée baig^ne 
d'ombre le globe oculaire, et celle ombre donne au regard que 
Ion v cherche ce je ne sais quoi (V;iphrodisien , comme on disait, 
qui élait pour beaucou[) dans le charme du chef-d"(i,'uvre de 
Praxitèle. Enfin la partie de la chevelure qui encadre le front est 
traitée de la même manière que dans les figures où Ion s'accorde 
à reconnaître l'imitation des types praxitéliens. Ce sont, indi- 
quées d'une façon sommaire, les mêmes ondes légères et souples. 
C'est donc l'influence du style de Praxitèle que l'on croit recon- 
naître ici, de Praxitèle auquel Apelle avait, semble-t-il, dérobé 
le secret de cette grâce que le grand peintre se vantait de possé- 
der à un plus haut degré qu'aucun de ses contemporains et de 
ses rivaux. 

M. S. Rkinacu présente quelques observations à ce sujet. 

M. II. Dehérain comimiiii(|iie cl commente, d'après des pho- 
tographies publiées par M. Bland, des inscriptions du w n'' siècle 
relevées à Malacca sur des pierres tombales. Ces épitaphes 
donnent des détails biographirpies soit sur les fonctionnaires de 
la Compagnie hollandaise des Indes orientales résidant à Malacca 
(gouverneurs en second, officiers, chapelains), soit sur leurs 
familles, soit sur des colons libres, l^lles contribuent à éclairer 
l'histoire de l'occupation des Hollandais dans la i)rosf|u'île 
malaise. ICn terminant M. Dehérain insiste sur l'utilité (piil y 
aurait ii recueillir les textes épigraphiqnes dispersés depuis la fin 
du XV'' siècle sur les rivages des pays exotiques par les marins et 
par les agents des puissances européennes colonisatrices. 

M. IIkron i)i: \'u.i.kfosse communique, au nom de M. -Audollenl, 
professeur à la Faiulté des lettres de Clerniont-Ferrand . une 
note sin- une statuette de Mercure, en bronze, découverte au 



SÉANCE DU 24 AOUT 1906 389 

sommet du Puy-de-Dôme, le l" août 1900. Plusieurs photogra- 
phies exécutées par M. Marcel Lamotte permettent d'apprécier 
Fintérêt de ce petit monument qui mesure 0"^ 18. Le dieu est 
debout et nu; un manteau attaché sur Tépaule droite couvre 
seulement la partie gauche de la poitrine et le bras du même 
côté ; il porte une bourse dans la main gauche et tenait le cadu- 
cée dans la main droite. Abondante chevelure, tête jeune, phy- 
sionomie pleine d'intelligence et de malice, vigueur physique 
très marquée, tels sont les traits caractéristiques du dieu honoré 
dans le célèbre temple du Puy-de-Dôme ^ 

M. le commandant Espérandieu, correspondant de l'Académie, 
directeur des fouilles d'Alise, fait la communication suivante: 

« L'intérêt que l'Académie veut bien prendre aux fouilles du 
Mont-Auxois, si vaillamment conduites par la Société de Semur, 
m'impose l'agréable devoir de lui annoncer qu'on vient de 
découvrir, au lieu dit le Cimetière Saint-Père, à une soixantaine 
de mètres à l'Est du théâtre, un monument de dimensions consi- 
dérables, sur la nature duquel des réserves sont encore néces- 
saires, mais qui pourrait être un forum ^, avec quelques-unes des 
constructions que réclamait la vie publique d'une cité. 

« Le monument dont il s'agit n'est pas encore déblayé com- 
plètement. Sa forme générale est celle d'un carré, de 40 à 50 
mètres de côté, constitué par deux murs parallèles, de 0'" 82 
d'épaisseur, avec trois absides: l'une, qui est aussi la plus 
grande, en saillie, à l'Ouest, à égale distance des angles; les deux 
autres, sur les faces voisines, entre les deux murs. Le plan de l'édi- 
fice est coupé, sur les côtés, par d'autres maçonneries. Toute la 
construction est un petit appareil régulier, très soigné, paremen- 
tant un noyau constitué par un blocage. La date qu'il me paraît 
convenable d'assigner à cet édifice est le temps d'Auguste. On a 
trouvé, du reste, parmi ces ruines, un chapiteau corinthien de 
0™ 52 de diamètre à la base, des fragments de corniche et un débris 
d'inscription qui semblent appartenir aux premières années du 

1. Voir ci-après. 

2. Il est équitable de rappeler, à ce sujet, que M. Héron de Villefosse, 
dans la réunion du IS septembre 1905 à Alise-Sainte-Reine, a conjecturé le 
premier l'existence dun forum à proximité du théâtre. 



390 SÉANCE DU 2i Aon 1906 

haut Kmpire. Mais jai vainement essayé de chercher, parmi les 
édifices d'autres lieux et de la même époque, quelque monu- 
ment qui lui soit comparable. A ma connaissance du moins, 
aucun ne se compose, comme lui, de Irnis absides. Celui qui s'en 
rapprocherait le plus serait le forum d'Au^^usle, abstraction faite 
du temple qu'il contient de Mars L'ilor. Je laisse nécessairement 
de côté les thermes de Caracalla, parce qu'il me parait iiiliniment 
peu probable qu'un édifice important de ce f^enre ail existé en 
cette partie du Mont-.Au.vois, où l'eau, sans être fort rare, — les 
canalisations et les puits que l'on a retrouvés depuis peu le 
prouvent, — ne devait pas non plus être très abondante. 

(( L'hypothèse dun Capitole, à laquelle je m'étais arrêté 
quelques instant^, n'est peut-être pas à rejeter. Mais s'il est vrai 
que les capitoles provinciaux, à l'instar de celui de Rome, ont 
pu se composer le plus souvent de trois cellae , je n'en connais 
pas avec un pareil nombre d'absides, disposées comme elles le 
sont dans le mopument qui nous occupe. 

u Cette hypothèse, toutefois, pourrait être appuyée, quoique 
faiblement, par la découverte d'un fragment de statue de 
femme drapée, qui n'est pas sans analogie avec quelques-unes 
des statues que l'on possède de Junon ^ 

« Mais s'il est difficile de se prononcer sur la destination d'un 
édifice que des fouilles plus étendues nous permettront, je 
pense, avant longtemps, de mieux connaître, un fait, dès à pré- 
sent, me paraît certain : c'est la destruction prématurée, et par 
le feu, de tous les monuments somptueux que la cité d'Alésia 
posséda au lendemain de la conquête. Le chapiteau, les frag- 
ments de corniche, le débris d'inscription, le fragni.nt de statue 
dont je parlais tout à liieure, et aussi des blocs de grand appa- 
reil, ont été retrouvés à une profondeur de plus d'un mètre, 
sous le bétonnage d'autres constructions de très bonne époque, 
que je crois pouvoir attribuera la seconde moitié du i" siècle 2. 

1. Cf. iiolaimiKMil Siildiiinii lU'iii;uh. Kt'-perloire, l, p- 196,n""J9. 

2. A une assez basse époque, un petit oiiilniic rectangulaire ou un loni- 
l)eau a été bàli eonire le nuii- cxl» ricm- de la plus ^rrande des absides. On 
a i-elrouvc la moitié du fronton lrianj;iilaiie de cet édicule et deux des 
blocs, taillés en forme d'antérixcs. (|ui en eonsliluaient le eomonnement. 
Sui- la partie retrouvée du tVmiton est la ninilié, dans le sens vertical, 



SÉANCE DU 24 AOUT 1906 391 

Quels év^énements furent la cause de ces destructions? Je ne sau- 
rais le dire. La révolte de Sacrovir me paraît à écarter, parce 
qu'elle se produisit de trop bonne heure. Je croirais de préfé- 
rence aux guerres intestines qui précédèrent Tatrermissement du 
pouvoir de \'espasien. On sait quels flots de sang lirent couler, 
en Gaule, la révolte de \'index et la marche sur Rome des parti- 
sans de \'itellius. 

« Une chose surprenante est la quantité de monuments publics 
que les Romains firent bàlir sur le Mont-Auxois. On vous a 
parlé dernièrement du théâtre ' et je viens de vous entretenir 
dun forum possible; mais ce ne sont pas les seuls édifices, 
jusqu'à ce jour retrouvés, qui méritent de fixer l'attention. On 
connaît au moins un temple ^, et l'espace compris enlre le théâtre 
et le « forum » est, lui aussi, parsemé de murs, dont quelques-uns 
ont jusqu'à 1 ™ 20 d'épaisseur. D'autres encore ont été retrouvés 
au Sud du théâtre, et il n'est pour ainsi dire aucun point du 
Cimetière Saint- Père qui ne renferme des constructions beaucoup 
plus soignées que ne le sont d'ordinaire les édifices privés. Un 
enseignement, je crois, s'en dégage. Ainsi que la dit M. Camille 
JuUian, Alésia a dû être, aux temps gaulois, une d cité de marché 
et de travail », et aussi une métropole religieuse, « un carrefour 
de prières et de dieux •' ». Et la question peut se poser de savoir si 
ce n'est pas précisément pour cette dernière cause que la ville fut 
aussi richement dotée ''. Les Romains, devenus les maîtres de la 
Gaule, auraient pu exiger l'évacuation du Mont-Auxois, comme 
ils le firent pour les nppida de Bibracte et de Gergovie. Ils pré- 
férèrent accumuler en cet endroit les édifices religieux et pro- 

d'un buste de femme accosté d'un petit Amoui- nu, ailé, qui. du bras droit, 
lui entoure le cou et, de la main gauche, écarte les plis de la draperie de 
l'épaule correspondante. 

1. Méron de \'illefosse, Comptes rendus des séances de iAciid. des 
inscriptions et belles-lettres, 1906, p. 251. 

2. Mailard de Ghambure, Mém. de la Commission des anti(iiiilés de la 
Côte-d'Or, I, p. 126. 

3. Revue des études anciennes, 1906, p. 258. 

4. On peut se demander même si \'ercingétorix, en s'y enfermant, n'avait 
pas \oulu défendre, en se plaçant du même coup sous la protection de ses 
dieux nationaux, l'un des points de transactions et l'un des sanctuaires les 
plus réputés de la Gaule. 



302 SÉANCE DU 24 AOUT 1906 

fanes, afin d'y attirer, plus encore que par le passé, les indig-ènes 
de tous les pays et des cités voisines. Ils (lurent obéir, en cela, 
à la même préoccupation politique qui leur lit construire, près 
de Lyon , le célèbre autel des Trois-Gaules, à Narboune et en 
d'autres lieux, des temples de Rome et d'Auguste. Toutes ces 
idées gagneraient, je le sens bien, à être développées ; le cadre 
de celle conmiunication ne s'y prête pas, mais il est cependant 
un dernier point. sur lequel je voudrais aussi dire un mot. On 
sait avec quelle ferveur a été suivi pendant des siècles le culte 
de la sainte jeune lille qui a donné son nom à la bourgade 
actuelle d'Alise, et dont le pèlerinage est encore fort loin d'être 
déserté. On sait aussi, les Bollandistes l'ont démontré, combien 
la légende sur laquelle repose ce culte est fragile. Xe pourrait-on 
pas se demander, dans ces conditions, sans manquer au respect 
que l'on doit à des traditions vénérables, si le culte de sainte 
Reine n'a pas perpétué celui de Juno liec/ina ? En tout cas, une 
statue païenne de femme drapée a été découverte, il y a quelques 
années, à la source même de Sainte-Reine '. l^lle paraît impli- 
quer ridée d'un temple ou d'un oratoire situé dans le voisinage, 
et je crois y trouver la preuve que les eaux de cette source, qui 
passent aujourd'hui pour miraculeuses, ont joui, de tout temps, 
de la même réputation. » 

M. le commandant Espérandieu ajoute : 

<> Jai été avisé hier soir télégrapliiquement par M. Pernet , 
ancien maire d'Alise, membre du Comité des fouilles, que de 
nouvelles découvertes venaient d'avoir lieu à côté des ruines de 
l'édifice, et j'ai reçu, tout à l'heure, à leur sujet, d'un autre 
membre du Comité des fouilles, M. l''ornerot, conducteur des 
ponts et chaussées à Marigny-le-Cahouet , les renseignements 
complémentaires qui suivent : 

« ... Ce que l'on a découvert ce matin, dans les fouilles, est un 
bas-relief eu pierre, de (»"'5r) environ de li.iiilciir. représentant 
un cavalier leii.iiil un cliexal par la bride, l/hoinnie est nu et 
d'une très belle sculpture. Il est coillé d Un boiinel (pii ressemble 



1. Cette statue est la propriété de M. Guédeney, docteur à Alise-Sainle- 
Reine. 



UNE STATUETTE DE MERCURE AU PUY DE DOME 393 

beaucoui) au bonnet de laine dont se coilïaient les Romains. On 
a découvert également une tête en jDierre formant cul-de-lampe. « 
<( Il est évident qu'il s'agit d'un Dioscure, et j'ai la conviction 
que le déblaiement complet du monument nous réserve d'autres 
surprises. C'est une preuve de plus du puissant intérêt qui 
s'attache aux fouilles du Mont-Auxois. » 

M. Espérandieu fait ensuite passer sous les yeux des membres 
de l'Académie les photographies d'un certain nombre d'objets 
provenant des fouilles, notamment de chaudrons de bronze, de 
poteries aujourd'hui restaurées, de vases de toutes formes et 
d'instruments en fer, tels que serpes, haches, couteaux, etc. Sur 
la panse de l'un des vases est l'indication d'une mesure de capa- 
cité : s[extarii) IIII. 



COMMUNICATION 



NOTE SUR UNE STATUETTE DE MERCURE 

DÉCOUVERTE AU SOMMET DU PUY DE DÔME (l'^'" AOÎT 1906), 

PAR M. AUGUSTE AUDOLLENT , 

PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES LETTRES DE l'uNIVERSITÉ 

DE CLERMONT-FERRAND. 

Le 29 août 1902, j'ai eu l'honneur de communiquer à 
r Académie un résumé sommaire des découvertes que nous 
avions faites au puy de Dôme, M. Ruprich-Robert et moi, 
pendant les fouilles qui venaient de se terminer. Depuis 
lors, malgré notre vif désir, il nous avait été impossible, 
pour des raisons diverses, toutes indépendantes de notre 
volonté, de continuer les recherches interrompues. Cette 
année seulement, nous nous sommes trouvés en mesure de 
reprendre le travail. Sans pouvoir à l'heure actuelle four- 
nir un rapport d'ensemble sur les résultats obtenus, puisque 



394 UNE STATUETTE DE MERCURE AU PUY DE DOME 

les ouvriers sont encore à l'œuvre, je tiens cependant à 
attirer dès aujourd'hui l'attention de l'Académie sur une 
trouvaille qui me paraît digne de lui être signalée. 

Dans la campagne précédente nous avions réussi à prou- 
ver l'existence d'un petit temple secondaire, situé sur une 
plate-forme, au flanc oriental de la montagne. Nos crédits 
étant épuisés, il nous fallut alors abandonner ce terrain, 
après une reconnaissance rapide de l'édifice qu'il cachait. 
C'est à le déblayer entièrement que nous nous sommes 
appliqués tout d'abord ces jours derniers. Tandis qu'on 
dégageait le mur du Nord, un coup de pioche heureux fit 
apparaître, culbutée dans la terre, à deux mètres environ du 
monument, une statuette en bronze plein, sans traces de 
dorure. Elle était enfouie à moins d'un mètre de profondeur, 
et, selon toute vraisemblance, elle a dû être précipitée par 
un éboulement à une date assez ancienne. On s'expliquerait 
mal qu'un objet aussi facile à emporter, et à la fois aussi 
visible, eût échappé aux pillards de toutes les époques, si 
le sol qui le renfermait avait été remué depuis qu'il y 
tomba. 

11 s'agit d'un Mercure du type gréco-romain. Aucun 
indice ne permet de dire s'il était ou non groupé ; nous 
devons donc le considérer en lui-même. Ce qui en fait le 
prix, c'est qu'il est haut de 0'", 18 et d'un travail soigné, 
au lieu que la plupart des Mercures qui se découvrent en 
Auvergne, et même de tous côtés en France, sont de 
dimensions beaucoup moindres et dune facture grossière. 
Son corps est nu, sauf la partie supérieure de la poitrine et 
du dos que couvre un manteau retenu sur l'épaule droite 
par une forte agrafe, soutenu par le bras gauche et retom- 
bant ensuite en plis droits assez lourds ; une échancrure en 
pointe dégage complètement le cou. Tète juvénile avec uik^ 
aile de pari i-l d'autre; les mèches de cheveux sont répar- 
ties avec soin du sommet dans tous les sens, un rang de 
boucles forme une sorte de couronne tout autour, un second 



UNK STATUETTE DE MERCURE AU PUY DE DOME 



39o 



rang- orne le front qui en est quelque peu écrasé. Nez court 
et droit, arcades sourcilières profondément creusées, oreilles 
traitées sommairement, bouche ouverte, yeux vivants, 
joues pleines, l'ensemble de la fig-ure payait sourire. Le cou 
semble plutôt épais; en revanche, le modelé du torse et des 




hanches est soigné. A gauche, l'avant-bras qui porte le 
manteau est horizontal et se détache un peu du corps; la 
main soutient une bourse dont l'orifice est en haut, et dont 
les extrémités sont arrondies en forme de boules. Sur le 
bras droit, à peine plié, reposait le caducée aujourd'hui 



."196 UNE STATl.ETTE 1)1-; MERCURE AU PI V DE DÔME 

perdu; il passait ensuite entre le pouce et les trois der- 
niers doio^ts recourbés , et s'appuyait en bas sur l'index 
étendu. Tout le corps porte sur la jambe droite raidie, où le 
genou se distin<^ue à peine. La jandje g-auche est infléchie 
et les doigts seulement du pied touchent le sol, tandis que 
le pied droit est bien k plat. On dirait que le dieu, descen- 
dant du ciel, est en train de s'arrêter sur la terre. 

Dans cette attitude, comment était maintenu l'équilibre 
du personnage? Sur un plan très horizontal on arrive à le 
tenir debout ; mais il est de toute évidence qu'il fallait 
dans le tenq^le lui assurer une position moins précaire. 
L'absence du socle est regrettable, car elle permettrait de 
résoudre bien vite la question. Aux renseignements qu'il 
fournirait, un examen attentif de la statuette elle-même 
pourra peut-être suppléer. Il n'existe aucun trou de vis 
sous les pieds, mais la plante du pied droit et l'avant du 
pied gauche portent, si je ne me trompe, des traces de sou- 
dure. En outre, deux petites cavités rondes sous l'aisselle 
gauche furent destinées, selon toute apparence, à recevoir 
une tige mince, facile à dissimuler, (|ui soutenait le tlieu. 
Je remarque enlîn une entaille sur le côté du pied gauche 
et je croirais volontiers qu'elle devait buter contre ([uehpie 
saillie de la base et concourir ainsi à la stabdilé de 1 en- 
semble. 

En considérant le (K'iail du corps, on s";ipi'i\'(iil \ite d un 
iii;in(jue de proportion entre les membres de droite et ceux 
de gauche ; la jambe gauche est épaisse et longue, celle de 
droite mince et courte. Ceci d ailleurs peut n'être (pi un 
ell'et de perspective, puisque l'objet doit être vu de bas en 
haut. Si le bras gauche peut paraître épais sous ses drape- 
ries, il est manifeste (pie le droit est troj) grêle vers le 
milieu. Là encore le caducée atténuait, je pense, cette mai- 
greur peut-être voulue. Mais ce ipie rien ne saurait pallier, 
c'est la raideur de la main gauche et des doigts retroussés, 
comme aussi la largeur des pieds dépourvus d'ailes et la 



UNE STATUETTE DE MERCIRE AT PLV DE DÔME 307 

lonsfueur excessive de lindex dans la main droite. Et 
cependant, malgré ses imperfections, cette statuette produit 
une impression des plus agréables. Plusieurs causes y con- 
tribuent. Dabord son état de conservation : elle nous a 
été rendue presque intacte. Sauf la perte du caducée, qui 
n'est qu'un accessoire, on n'a à regretter que deux ou trois 
ératlures aux ailes de la tête, à la main, à la jambe et 
au pied droit, et quelques faibles traces de rouille dans le 
dos. En second lieu, le corps est couvert . surtout devant, 
d'une patine A-ert clair d'un très gracieux etîet. Enfin, cer- 
taines parties sont rendues avec un soin minutieux , par 
exemple les cheveux , le torse , les nervures du dos de la 
main droite. 

Tel que je viens de le décrire, ce bronze appartient sans 
conteste à l'innombrable catégorie des Hermès gréco-ro- 
mains. Pourtant, s'il reproduit un type général, on ne sau- 
rait dire qu'il soit identique à aucun des spécimens ordi- 
naires. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'œil 
sur les planches du Répertoire de la statuaire grecque et 
romaine ', où M. S. Reinach a réuni un grand nombre de 
ces dieux. Aucun de ceux qui s'y trouvent gravés ne res- 
semble exactement à ce nouveau. Les Hermès à la bourse 
la portent presque toujours dans la main droite et pendante ; 
rarement ils la soutiennent, comme c'est le cas ici, dans la 
main gauche. Et même ceux qui offrent cette particularité 
ditTèrent du notre par quelque endroit : absence de manteau, 
ailes aux pieds, ailes de la tète insérées dans un chapeau 
et non plantées dans les cheveux, position des bras ou des 
jambes, etc. De sorte que, si je ne m'abuse, nous n'avons 
pas à faire à une copie servile de quelque modèle célèbre, 
mais à une interprétation libre et personnelle d'un type très 
répandu. On pourrait sans témérité l'attribuer au commen- 
cement du 11*^ siècle, peut-être même à la seconde moitié 
du 1". 

1. T. II. p. 149-167; III. p. 41-31 : 2 10-243 Hermès deboutl. 



■V.^S UNE STATUETTE DE >[|:RCURE AU l'UV DE DÔME 

Quelle place cette statuette occupait-elle dans le temple? 
Servait-elle simplement d'ex-voto oilert par quelque fidèle 
aisé? Nous sommes incapables, vu les circonstances de la 
découverte, de répondre à ces questions précises. Mais 
nous pouvons au moins nous demander si elle nous apprend 
quelque chose sur i;i nature du dieu adoré au puy de 
Dôme. Par les fragments d'inscriptions exhumés à diverses 
reprises au cours des fouilles', on savait que le sanctuaire 
du sommet de la montagne était consacré à Mercure. A en 
juger seulement par notre figurine, toute romaine d'aspect, 
et qui aurait pu se rencontrer en Italie aussi bien qu en 
Auvergne, on conclurait aussitôt (ju il s'agit du Mercure 
officiel, commun à tous les peuples imprégnés de la civili- 
sation romaine; si d'aventure quelque divinité gauloise 
avait occupé la place avant lui , son souvenir même aurait 
disparu dès cette époque. C'est trop se hâter : il faut tenir 
compte aussi de la petite plaque de bron/e du musée de 
Clermont-' qui est dédiée, non pas à ce Mercure banal, mais 
à un dieu particulier, connu autrefois de la Gaule indé- 
pendante, puis modifié au contact du panthéon gréco- 
latin, Mcrcurius Duniias. Si la statuette a sa valeur propre, 
l'inscription possède également la sienne : et je ne vois pas 
pourquoi on aurait conservé l'épithète Dumias, si, pour 
tous ses fidèles, le dieu n'avait plus été que Mcrcurius. Que 
certains d'entre eux, par excès de loyalisme ou même par 
ignorance, surtout que des Italiens immigrés n'aient voulu 
voir en lui (jue la divinité importée par Homo, on l'admet- 
tra aisément. Et peut-être notre bron/e fut-il t)irerl p;ii' 
(juehpiuii (le ceux-là. Mais pour tirer des conclusions 
générales cette pièce unicpie ne suffit pas; olK' ne saurait 
en Iniil cas siqjprimer lautre renseignement fourni par 
1 inscription. .Vprès comme avant la découverte de la 



I. c. I.l... xiii, i.m:. i.vji. 
1'. //>/./.. i:)-j.s. 



UNE STATUETTE DE MERCURE AU PUY DE DOME 399 

statuette, je pense que le temple du puy de Dôme abritait 
un dieu gaulois plus ou moins romanisé, et qu'il servait 
encore sous l'Empire de lieu de pèlerinag-e national. Rome 
n'en pouvait prendre ombragée, puisque la Gaule rendait en 
même temps à l'autel de Lyon un culte loyal et régulier. 

Pour comprendre ce qui a dû se passer au puy de Dôme, 
rappelons-nous ce qu'est devenu le grand dieu africain 
Baal, après la chute de Carthage. Les nombreux documents 
épigraphiques ou figurés dont nous disposons prouvent de 
la façon la plus formelle que, s'il a perdu son nom sous 
linfluence romaine et s'est appelé dorénavant Saturne, ni 
son origine ni sa nature première ne furent oubliées. Sur 
les stèles ses attributs subsistent à côté de ceux que 
Saturne apportait d'Italie'. Nous sommes beaucoup moins 
bien renseignés malheureusement sur Mercuriiis Diimias. 
Cependant les procédés de Rome envers les religions des 
nations conquises n'ayant guère varié , il est permis de 
raisonner par analogie et de dire que, si le maître du Dôme 
a lui aussi changé , il n'a pas complètement dépouillé sa 
nature antérieure; il est devenu complexe de simple qu'il 
était; il y eut transformation d'une divinité, non pas substi- 
tution complète d'un dieu à un autre. De sorte qu'en défi- 
nitive, s'il fallait opter entre les deux documents princi- 
paux, les seuls entiers, où revit sa mémoire — la statuette 
et l'inscription votive sur bronze — je donnerais la préfé- 
rence à cette dernière ; car elle nous révèle la double 
essence de ce Mercure local, au lieu que la statuette l'assi- 
mile complètement à celui qu'on adorait dans le reste du 
monde. 

1. Cf. Toulain, De Saturni dei in Africn romann ciiltii. p. 3,3-62. 



1906. 27 



400 

JJVRES OFFERTS 



M. Héron de Villefosse offre à rAcadémie le n" XXXI des Notes 
gallo-romaines de son correspondanl M. Camille JuUian, professeur 
au Collège de France. 

Des noms de peuplades disparues, perpétués par une portion du 
domaine quelles avaient occupé, les terreurs des Gaulois au sujet de 
la chute du ciel, des stèles funéraires provenant du pays des Can- 
tabres, fournissent à l'auteur l'occasion de présenter d'intéressantes 
observations. La seconde partie de ce fascicule renferme une chro- 
nique gallo-romaine fort étendue dans laquelle sont mentionnés les 
résultats des fouilles les plus récentes (Alise , murs romains de 
Lutèce, remparts de Poitiers, etc.). Des notes relatives aux publica- 
tions nouvelles et à diverses questions de l'archéologie gauloise 
apportent à cette chronique une grande variété. 



SÉANCE DU 31 AOUT 



PBESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de la lettre suivante de 
Ijamdv-I3ev, directeur du Musée Impérial (Utoman, correspon- 
dant de l'Académie : 

« Je suis très touché de la lettre que vous avez bien voulu 
« m'écrire au nom de IWcadémie, et très ému par la haute 
« marque destime qu'elle a daigné donner aux vingt-cinq aimées 
<< que je viens de passer au Musée Impérial. Parmi les lémoi- 
« gnages de sympathie qui me sont parvenus en ce jour, aucun 
« ne pouvait métré plus sensible que celui de la Compagnie à 
« latjuelle j'ai la iierté d"a|)partenir depuis plusieurs années et où 
« je compte quelques-uns de mes amis les meilleurs. 

« Elle apprécie en termes trop flatteurs les quelques services 
<( que j ai pu rendre à la science en général et à la science fran- 



SÉANCE DL' 31 AOUT 1906 401 

« çaise en particulier. Le peu que j'ai fait, je suis prêt à le faire 
« encore et si, dans le cours de ma carrière, je me suis parfois 
« trouvé utile à un Français, j'estime n'avoir payé encore qu'une 
<.< partie de la dette que j'ai contractée envers un pays à qui je 
« dois beaucoup, et que je n'ai cessé d'aimer. 

« Je vous prie, Monsieur le Secrétaire perpétuel, d'exprimer 
« à l'Académie mes remerciements les plus sincères et de vous 
« faire, auprès d'elle, l'interprète de ma profonde reconnaissance. 
« Vous voulez bien rappeler les trop courtes relations que nous 
« avons eues ensemble. Je n'en ai pas gardé un moins bon sou- 
« venir, et je souhaite que les circonstances nous permettent 
« bientôt de les reprendre. 

« Veuillez agréer, etc. >> 

M. Salomon Reinach fait la communication suivante au sujet 
des fouilles d'AIésia : 

« M. le commandant Espérandieu donne de bonnes nouvelles 
des fouilles d'AIésia. On a commencé le déblaiement d'un petit 
temple entre le théâtre et le vaste édifice qui paraît être le forum. 
Parmi les trouvailles , il faut signaler de nombreux fragments 
d'une inscription celtique en lettres grecques , un bas-relief 
représentant Jupiter entre Minerve et Junon, un Jupiter gaulois 
à la roue, un torse d'Amazone et surtout une applique en bronze, 
d'un admirable travail, représentant un Gaulois mort. 

« M. S. Reinach, qui montre des photographies de ces objets 
et un moulage du Gaulois mort, a passé la journée à Alésia et 
rend hommage à la méthode toute scientifique avec laquelle les 
fouilles sont conduites par le commandant Espérandieu et 
M. Pernet. » 

Voici le texte de la lettre de M. le commandant Espérandieu : 

Alise-Sainte-Reine, le 30 août 1906. 
Monsieur le Secrétaire perpétuel. 

J'ai le plaisir de vous faire connaître que les fouilles d'Alise ont 
donné, cette semaine, de très heureux résultats. On a commencé le 
déblaiement d'un petit temple, entre le théâtre et l'édifice qui pourrait 
être un forum, et exhumé, de tranchées pratiquées dans le voisinage, 



iU2 



SÉANCE DL '•)[ AULT 1U06 



un bas-relief sur lequel est représentée la triade Capitoline ifig. 1). 
Ce bas-relief , qui vient s'ajouter à un autre du même genre repré- 
sentant un Dioscure (fig. 2), est inspiré d'un original grec de facture 
soignée et parait appartenir au !'=■' siècle. 
Il a été extrait des mêmes fouilles : 




Fig. 1. — rniiilk'> (1 Alise-Saintc-Hcinc. --Jii]>ilcr entre Miiici-xo cl Jiiiion. 



1" Le torse d'une Amazone tenant, de la in;iiu gauche, une haste, 
peut-être le manche diiii Irophce, et portant, du côté gaucho, une 
pelUi (fig. .'{ . 

2" La partie inférieure, depuis la ceinture, dune statuette de 
Jupiter assis sur un trône, décoré d'une roue sur chaque face latérale ; 



SÉANCE DU 31 AOUT 1906 



403 



le dieu tient un globe de la main droite ; des traces d'un aigle à ses 
pieds. 

3" Différents débris provenant de bas-reliefs peu déterminables. 

Toutes ces sculptures sont en pierre tendre de Thil-Châtel. 




Fig. 2. — Fouilles dAlise-Sainte-Reine. — Un Dioscure. 

D'autres tranchées voisines ont produit : 

4° Plusieurs fragments d'une inscription celtique de cinq lignes, en 
caractères grecs. On possède le commencement et la fin des lignes. 



V 



40 i 



SÉANCE DU 31 AOUT 1906 




Fi^. 3. — Fouilles d'Alise-Saintc-Reine. — Torse (l'une Ania/.one. 




Kif."-. i. — Fouilles d'Alise-Saintc-Reino. 
A|)|)li(|iie en bronze l'epré^enlaut un Cîauiois nioi'l. 



SÉANCE DU 31 AOUT 1906 405 

5° Deux têtes, en bas-relief, de facture barbare, représentées les 
yeux clos. 

&° D'autres débris de statues, parmi lesquels une tête de femme et 
un pied chaussé. 

Dans une tranchée pratiquée à l'Est, et à quelque distance de 
l'édifice à trois absides, on a découvert un petit bronze d'applique, 
de facture italo-grecque, figurant un Gaulois mort, portant la braie 
et chaussé (fig. 4). 

Les fouilles ont permis de recueillir, comme d'habitude, de très 
nombreux fragments de poteries et des monnaies, toutes du Haut- 
Empire. 

Veuillez bien agréer, etc. 

M. S. Reinacii lit ensuite un mémoire d'Edhem-bey sur la 
seconde campagne de fouilles poursuivie par ce savant à Ala- 
banda, en Carie, aux frais du gouvernement ottoman. Edhem-bey 
a découvert un grand temple ionique qu'il identilie à celui que 
Vitruve signale à Alabanda. Les fouilles ont encore donné des 
fragments d'un autel ionique de beau style et trois plaques d'une 
frise représentant une bataille d'Amazones et de Grecs '. 

M. Héron de A'illefosse communique à l'Académie un rapport 
du R. P. Delattre sur la découverte d'un cimetière chrétien au 
point nommé Mcidfa, à Carlhage, 

Parmi les épitaphes mises au jour il faut remarquer celle de 
M. Val[eriiis) Petao qualilié i{mmuni)s? alae Gemellianae.L'aln 
Gemelliana est connue par un diplôme militaii^e. Il est fort 
rare de rencontrer des immunes appartenant à des troupes auxi- 
liaires : on sait que ces soldats privilégiés étaient des bénéficiaires 
de rang inférieur, exemptés des gardes, des veilles, des travaux, 
des corvées , et choisis par le commandant en chef dans les 
troupes placées sous ses ordres. Mais peut-être l'abréviation IS 
doit-elle être expliquée autrement. 

Un sarcophage orné de six Amours est aussi très digne d'atten- 
tion. On sait combien les artistes de l'antiquité aimaient à repré- 
senter les Amours se livrant aux besognes les plus diverses, tan- 
tôt imitant les travaux multiples des hommes, tantôt s'adonnant 
à des jeux enfantins. Sur le nouveau sarcophage de Carthage, ce 
n'est pas un masque de philosophe dont l'un des bambins a 

1. ^'oi^ ci-api'ùs. 



406 SÉANCE DU 31 AOUT 1906 

recouvert sa tête, et sous lequel il reste en partie caché, passant 
ses petits doigts par la bouche enlr'ouAerte et les ag^itant pour 
amuser ou pour effrayer ses camarades; c'est un énorme masque 
de Silène, bien reconnaissable à ses oreilles pointues. Les attri- 
buts que portent les autres Amours sont, comme ce masque, des 
attributs bachiques. Des scènes analogues représentent les 
Amours dépouillant Hercule pendant son sommeil ou se parant 
des armes de Mars. Sur un fragment de sarcophage conservé à 
Berlin ( Beschreibuncf der anfiken Skulpturen, n. Soi) et pro- 
venant d'une composition du même genre, on voit un enfant, 
entouré aussi de plusieurs compagnons et tenant dans la main 
un masque de Silène. Une pierre gravée, trouvée à Centorbi, en 
Sicile (l'antique Centuripaei, présente un Amour debout, tourné 
à gauche de prolil, portant dans la main gauche un thyrse et 
dans la main droite un masque de Silène {Bull. deW Instit., 
1867, p. "216). On pourrait facilement citer d'autres exemples. 
C'est la même idée qui a donné naissance à la statue de l'Enfant 
au masque dont le Musée du Capitole possède un exemplaire 
bien connu ' . 



M. S. Reinacii aborde l'explication du mythe d'Ilippolvle. le 
nom de ce héros signifie d déchiré par les chevaux » ; la légende 
primitive comportait donc un dépècement rituel, comme ceux 
dont Actéon, Adonis, Orphée, Penthée, etc. auraient été les 
victimes. L'analogie de ces mythes autorise à croire que le pro- 
tr)lype d'Hippolyte est un cheval sacré, victime dun sacrifice 
annuel de communion. Les fidèles, qui déchirent le cheval et le 
dévorent cru, se revêtent de peaux de cheval et s'appellent eux- 
mêmes des chevaux, pour mieux marquer l'assimilation au dieu 
qui est le but même du sacrifice ; c'est pourquoi le nom d'Hippo- 
lyte signifie " déchiré par des chevaux ». Ainsi s'explique aussi, 
dans la tradition littéraire, la résurrection d'Hippohte, le culte 
dont il est l'objet et les manifestations annuelles de deuil que lui 
prodiguent les filles de Trézène, pareilles aux femmes de Bvblos 
pleurant Adonis. 

M. BoLcuK-Liici.icKcy commence la lecluru d'un mémoire sur 
le notariat dans l'Egypte ptolémaïque. 

1. \'oii- ciaprès. 



407 



COMMUNICATIONS 



FOI 1L1.es D ALAliANDA. 
HAPPOHT SOMMAIRE SUR LA SECONDE CAMPAGNE (1905), 

PAR EDHEM-BEY'. 

En ({uittant Alabanda le 26 octobre 1904, nous avions 
laissé les fouilles clans l'état sui^'ant : 

1° Le temple situé sur la terrasse à mi-côte de la colline 
ouest avait été déblayé en entier et fouillé jusqu'au roc ; 

2° Au théâtre et au bouleuterion, nous avions relevé 
l'état actuel ; 

3° Une série de sondages nous avaient mis en présence 
de quelques monuments importants de la ville basse : 
Tagora ou gymnase, dont nous avions retrouvé les por- 
tiques extérieurs, et un autre édifice, qui ne se révélait 
encore k nous que par un grand mur appareillé à sec, près 
duquel une tranchée nous avait donné de beaux fragments 
d'architecture en marbre et un bloc de frise portant une 
Amazonomachie. 

En reprenant les travaux le 10 septembre 1903, je me 
proposais de fouiller ce dernier monument et d'achever en 
même temps le déblaiement de l'esplanade située devant la 
façade ouest du Temple i fig. 1). 

Ces fouilles ne donnèrent aucun résultat satisfaisant et 
dégagèrent seulement quelques pans de mur d'époque 
byzantine. Il est à supposer que toutes les pierres apparte- 
nant à l'élévation du monument ont dû rouler au pied de 

1. Cf. le rapport sur la première campagne dans les Comptes rendus de 
1905, p. 4 13 et suiv. 



408 




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FOUILLES d'alabanda 409 

la terrasse ; c est sans doute de ce côté qu'il faudrait main- 
tenant diriger les recherches. Cependant nous avons pu 
déterminer l'ordre du temple, grâce à un fragment de cha- 
piteau dorique trouvé devant la façade (côté de Tabaque : 
0™ 795; diam., O"' 68?). 

Sur l'autre chantier, le hasard nous fut plus favorable. Le 
point de départ était indiqué de ce côté par l'affleurement 
d'un grand mur de granit le long duquel on pratiqua une 
série de déchaussements. L'appareil en est beau et régu- 
lier. Il comprend une assise haute de 0'" 22 formée d'une 
pierre unique, posée à plat, alternant avec une assise de 
"' 68 formée d'un double cours de blocs, posés de champ. 

Dans la partie nord du terrain limité par ce mur, nos 
déblaiements nous mirent en présence, à 2'" 50 au-dessous 
du sol actuel, d'une importante construction byzantine, sans 
doute une église. L'intérieur était divisé en trois nefs et 
dallé de marbre. Sous le dallage, qu'on souleva par endroits, 
on trouva plusieurs tombeaux, formés de grandes plaques 
de granit, et fermés par un couvercle de même matière. A 
l'Ouest, les dalles de marbre font place à une mosaïque, 
ornée de dessins géométriques blancs et bleus, qui doit 
correspondre au narthex ou à Vatrium de la basilique. Tout 
ce monument avait été construit avec des matériaux de 
remploi; le sol lui-même était encore jonché de marbres : 
blocs soigneusement dressés et fragments architectoniques 
qui provenaient évidemment d'un édifice de grandes dimen- 
sions et de bonne époque. Ces données se trouvèrent con- 
firmées par la découverte , vers la limite ouest de nos 
fouilles , de trois blocs de frise de mêmes dimensions, de 
même style et de même sujet que celle que nous avions 
exhumée l'an dernier'. Les figures avaient été mutilées 
intentionnellement et les blocs placés dans un mur, les 
faces sculptées tournées l'une contre l'autre. Au delà de 
l'endroit où ces trois marbres avaient été mis à jour, nos 

1. Comptes rendus, 1905, p. 443, pi. V. 



410 FOUILLES d'aLABANDA 

fouilles ne donnèrent plus rien, et nous nous trouvâmes, k 
quelques mètres de là , devant la suite du même mur que 
nous avions dégagé au début. 

Cette abondance de frag^ments antiques accumulés sur le 
même point semblait indiquer le voisinage de l'édifice auquel 
ils appartenaient. Abandonnant nos tranchées à l'Ouest et 
les poussant vers l'Est, nous rencontrâmes en A ^voir le 
plan général , fig. 2) un mur qui se dirigeait du Nord au 
Sud, et qui, à son extrémité nord, tournait à angle droit 
vers l'Est. Il est construit en gros blocs de granit appareillés 
comme ceux du mur extérieur et repose sur le roc à 4"' 50 
de profondeur. Au delà de ce mur, quelques tranchées, sui- 
vies ensuite d'un déblaiement complet sur une surface de 
plus de 1 200 mètres, nous mirent en présence d'un ensemble 
très compliqué de constructions où il semble qu'on puisse 
reconnaître au moins trois époques qui sont distinguées 
sur le plan partiel (fig. 3) par des lignes pochées ou par des 
hachures plus ou moins serrées. 

\'^ La plus ancienne se présente sous la forme de deux 
rectangles à côtés parallèles, un rectangle extérieur mesu- 
rant 34 "' 53 sur 21 '" G6, et un rectangle intérieur de 23'" 52 
sur 10'" 47; ce dernier divisé lui-même en deux espaces 
inégaux par un mur transversal qui court parallèlement au 
petit côté et à 7"' 05 de son parement intérieur. L'espace 
entre les deux lignes de soubassement n'ollic (|ue des 
variantes insignifiantes, dues uniquement à la matière 
employée qui ne comporte pas un appareillage aussi rigou- 
reux ([ue le marbre (3'" 92 à 3"' 98). A première vue, il 
est difficile de ne pas reconnaître ici un (emi)le, avec les 
fondations de lu poris/risifs, de la ccllu et du nuir (|ui sépare 
le nnos du pronnos. 

2" Postérieurement ;i la destruction conq^lete du premier 
édifice, on en éleva, sur ses fondations, un second — indiqué 
sur le plan en hachures serrées — qui fut construit entière- 
ment avec des matériaux empruntés à l'ancien. Les murs en 



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FOLILLES d'aLAIîANDA 411 

granit sont conservés jusqu'à une hauteur de 1 '" 70. Sur le 
côté nord, trois bases de colonne, encore en place, semblent 
indiquer l'existence d'un portique régnant devant cette 
façade. Dans le mur de fond, établi sur les fondations du 
mur transversal de la cella, s'ouvrent deux portes, dressées 
dans l'espace compris entre le mur du naos et celui de la 
peristasis. Elles donnent sur une galerie qui règne sur les 
quatre côtés d'un rectang^le intérieur, dont trois côtés 
sont fondés sur le mur du naos. Au Nord, une porte dont le 
seuil est dallé de marbre ; sur chacun des côtés est et ouest, 
une autre porte ; deux, sur le côté sud, mettent en commu- 
nication le réduit intérieur et la galerie. Le sol de la galerie 
est couvert d'mie mosaïque bleue et blanche ; elle était 
décorée de statues dont les bases sont encore in situ. Quant 
à l'édifice central , long de 7 '" 92 et large de 7 "' oO , on y 
voit encore les bases de huit colonnes disposées aux angles 
d'un octogone régulier; une niche est pratiquée dans le mur 
de fond, et un bassin de 3 mètres sur 2"' 75 est creusé dans 
la partie centrale ; le sol est couvert de la même mosaïque 
que dans la galerie. Une série de conduites d'eau en terre 
cuite, et un canal maçonné, à section rectangulaire, assu- 
raient l'adduction et l'écoulement des eaux. 11 est difficile 
de déterminer la destination précise de ce monument, où je 
serais tenté de voir un baptistère dépendant de la basilique. 
3" A une époque plus récente encore, on construisit sur 
le même emplacement , soit avec les matériaux empruntés 
à la seconde construction, soit en moellons, un édifice assez 
vaste dont il ne reste que quelques pans de mur, indiqués 
en hachures claires. On n'y reconnaît que quelques chambres 
de dimensions exiguës. Le plan d'ensemble ne se laisse plus 
restaurer. 

Au cours de ces fouilles nous avions dégagé un grand 
nombre de fragments d'architecture, tous en marbre blanc, 
dont voici la liste sommaire : 



412 







FOUILLES D ALABANDA 

I. — Fragments cïun grand ordre ionique. 
A) Grandes bases de colonne. 



413 




Fig. 5. — Alabanda. — Chapiteau. 

Le profil très simple comprend une scotie entre deux 
tores inégaux. Diam. : l '" 12. 




Fiir. 6. — Alabanda. — Architrave. 



414 




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FOUILLES d'aLABANDA 415 

B) Fûts de colonne. 

24 canelures, Diam. : 1 "' 12. 

C) Chapiteaux. 

Diamètre de la colonne à sa naissance : "" 9o2 ; côté de 
l'abaque : 1"' 097 ; entre axe des volutes : 0"' 023. H. to- 
tale : 0'" 962 (%. 4 et 5). 

D) Architrave à trois bandes, surmontées d'un cordon de 
perles et d'un rang d'oves. H. : 0"' 662 (iig. 6). 

E) Frise. — Trois plaques nouvelles sont venues s'ajou- 
ter à celle que nous avions découverte en 1904. 

1° Amazonomachie. 

A gauche, deux cavaliers marchant lun vers l'autre, le 
bras droit levé prêt à frapper; à droite, une Amazone, tom- 
bée sur le genou, porte un coup de hache au guerrier qui la 
terrassée et s'apprête à l'achever. De ce dernier personnage 
il ne reste plus que la silhouette sur le champ du relief. 
Très bon style; mauvaise conservation. H. : 0'" 67o; long. : 
1"^ 25; épais. : "> 39. 

2*' Même sujet. 

A gauche, un groupe de trois personnages. Au centre, une 
Amazone tombée sur les genoux ; à sa droite, un Grec qui 
s'avance vers elle, portant le bouclier du bras gauche, le 
bras levé prêt à l'achever ; à sa gauche, un autre person- 
nage très mutilé, et dont il est difficile de dire si c'est un 
Grec qui attaque l'xVmazone ou une autre Amazone qui 
défend sa compagne. A droite, une Amazone soutenant du 
bras droit une Amazone blessée à mort et de l'autre se 
défendant contre lattaque d'un Grec qui occupe 1 extrémité 
de la plaque. Très mutilé. H. : 0"' 6S; long. : 1 •" o2 ; 
épais. : 0"' 40. 

3° Même sujet, 

A droite, un groupe de trois personnages, disposés à peu 
près comme ceux qui occupent la partie gauche de la plaque- 
précédente. Au centre, groupe très confus formé par un 
cavalier dont le cheval s'abat, et deux personnages dont 

1906. 28 



416 



FOUILLES DALAliANDA 



run est une Amazone. A j^auche, un Grec. Très mutilé. 
Trouvé avec la plaque précédente. II. : '" (Joo ; long. : 
1'" 48; épais. : 0'" 42 (%. 7). 

F) Fraj^ment de larmier. 

II est taillé dans un bloc à part. L arête inférieure est 
décorée d un rang- de rais de cœur. H. : 0"' 26. 

G) Plusieurs palmettes provenant d'antéfixes. 
H) Chêneau décoré de têtes de lion. 

Tous ces éléments, de même qu'une trentaine de blocs 
rectangulaires en marbre blanc et à bossages réguliers, 




Fig. 8. — Alabaiula. — Hase de petite colonne. 

proviennent d'un même monument (jui ne peut guère être 
que le temple dont nous avons dégagé les soubassements. 



II. — Frafftnriils dun [tôt il ordre ionique. 

Il faut grouper ensemble une série de fragments de di- 
mensions réduites et d un travail excellent (jui paraissent 
ajipartenir à un petit autel. 

A) Une base de petite colonne décorée de palmettes et de 
feuilles de laurier. 

Marbre blanc. Diam. : II'" i7 (fig. 8). 



FOUILLES d'aLABANDA 417 

B) Un fragment de même base décoré de palmettes d'un 
type différent. 




Fis. 9. — Alabanda. — Fût de colonne. 



C) Fut de colonne. 




Fi^'. 10. — Alahanda. — Fra^iiicnl de (■(iiMiichc. 




l''i^. II. — Alahanda. — Tclc d'hnmnic l)ar-l)\i. dt'pnfpic romaine. 



FOUILLES d'aLABANDA 419 

24 canelui'es appartenant aux bases précédentes. Diam. : 
0'" 445 (%. 9). 

D) Frag-ment de corniche. 

En bas, un cordon de perles, surmonté d'un rang' d'oves 
et de palmettes, et à la partie supérieure un bandeau plat 
décoré alternativement de rosettes et de bucrânes. H. : 0'" 40 
(%. 10). 

III. — Fragment d'' ordre dorique. 

A) Deux fragments portant l'inscription TOYIE en 
grands caractères de U '" 097 de hauteur. 

B) Un tambour de colonne à 20 canelures portant, sur 
un cartouche à queue d'aronde, l'inscription suivante : 

^zzlc, ZlsêaffTOÏç y.al AziX- 

Ttêsptcç KXajo'.sç 'A^riX- 
a:u u'Coq Kupiva NaTî-^ç 

cpavYjçopoijVTCç Atovu- 
ffbu xoXi AtcsAXiu NaTuou, 
UTuép TS éauTSj /.xi O-àp 
AtuéXAou t;D uJcij xal 
10. ÛTïsp 'A'KéXXou NaTTou 
Tou àosXcpou , KXaû- 
010 ; NaTT-^ç 5 y.ov- 
(l'bç £T£X(o)(7£v xai à- 

•Â:0X,aT£(7iTTr(iT£V. 

Les lettres à apices, d'une hauteur de 0'" 02S à 0'" 03, 
sont d'une g-ravure g-rêle, mais assez soignée. L'inscription 
est certainement d'époque inqoériale. 

On peut supposer que ces fragments appartiennent à un 
portique qui aurait entouré Tédifice et limité le téménos — 
comme semble l'indiquer la première lig-ne de soubasse- 



420 



FOL ILLES D ALAHANDA 



ments dégagés au début des fouilles. L'inscription garderait 
donc toute sa valeur pour nous aider à déterminer la divi- 
nité h ([ui le temple était dédié. 





l-'ij!:. 12. — .\.1;iI);iihIm. — l'la(|iifs eu niarl)rc IjImiu-, ilc ^^tyle byzantin. 

Je dois mentionner aussi : 

Une tète dhomme harhu, d'époque romaine, mesurant 
0'" :\H de li.iulriir (Ijg. 1 |). 



FOUILLES d'aLABANDA 421 

Deux plaques en marbre blanc provenant de la basilique 
et décorées d'ornements d'un beau stjle byzantin, H. : 0'" 67 

Ces éléments nous permettront dans la suite d'essayer 
une restauration complète du temple. Une seule donnée 
nous est inconnue : c'est la hauteur de la colonne. Quant 
au style de la décoration, dont on peut jug-er par le chapi- 
teau du g-rand ordre et par les fragments du petit, il ne 
paraît pas douteux qu'on doive le comparer à celui des 
grands temples hellénistiques d'Asie Mineure , Priène , 
Magnésie, Ephèse, Sardes; celui d'Alabanda se trouverait 
ainsi daté approximativement. On peut même, je crois, 
aller plus loin. En plaçant sur le petit côté du naos quatre 
bases de colonne du type de celles que nous avons dég-a- 
gées,on obtient un entre-colonnement de 3"" 07 qui peut être 
à son tour porté sept fois sur le petit côté de la pei-istasis et 
douze fois sur les longs côtés, en tenant compte de la dimi- 
nution des entre-colonnements extrêmes. Nous obtenons 
ainsi un temple de 8 X 13 colonnes, avec quatre colonnes 
devant le pronaos — correspondant aux quatre colonnes 
centrales de l'ordre extérieur — , et une distance, entre les 
murs de la cella et les colonnes du portique, égale à deux 
entre-colonnements. La disposition de l'édilice sur sa façade 
postérieure nous étant encore inconnue, et l'existence d'un 
opisthodome restant douteuse, nous nous trouvons en pré- 
sence du type classique du Pseudodiptère, tel que Vitruve 
l'a défini'. Il lui donne, il est vrai, quinze colonnes sur la 
longueur, et c'est bien, en effet, le nombre des colonnes du 
temple d'Artémis à Magnésie; mais on peut admettre qu'il 

1. Vitruve (III, 2, 6 éd. Rose) : Pseudodipleros autem sic conlocatiir ut 
in fronte et postico sint coliimnae octonae, in lateribus ciini anfiularibus 
quinae denae. Sint autem parietes cellae contra quaternas columnas niedia- 
nas in fronte et postico. lia duornni intercolumniorum et crassitadinis 
columnae spatium erit ah parietibus circa ad extrêmes ordines columna- 
rum. Hujus exemplar Romae non est, sed Maçjnesiae aedis Dianae Hernio- 
genis, Alaliandis etiani Apollinis a Meneslhe facta. 



422 LE CIMETIÈKE CHRÉTIEN DE MCIDFA A CARTHAGE 

n'a pas mentionné une différence qui, en somme, n'alté- 
rait pas la ressemblance générale du parti adopté dans les 
deux édifices. Si cette hypothèse est juste, il en résulterait 
presque certainement que l'édifice déblayé par nous cette 
année serait le temple d'Apollon mentionné par \'itruYe 
dans le passage cité. 

Au cours de cette campagne, j'ai fouillé aussi un petit 
tombeau formé de deux caveaux qui communiquent entre 
eux par une porte de 1 '" 20 de large (fig. I.'i). Il est construit 
en granit; l'appareil, composé de grands blocs rectangu- 
laires, en est très beau. Le plafonnement est constitué par 
des poutres monolithes qui supportent des plaques de 
granit. La porte était en marbre; j'ai pu en retrouver un 
des battants dans une des maisons du village moderne. 

Cet édifice, qui est aujourd'liui sous terre, n'était pas 
destiné à être vu ; les parements extérieurs des murs sont 
restés frustes. Il est vraisemblable qu'il était recouvert par 
un petit tumulus. 

Les fouilles n'ont donné qu'une bandelette d'or très 
mince décorée de rinceaux au repoussé (0'" loX 0'" 02). 



I.E CIMETIÈRE CHRÉTIEN UE MCIDFA A CARTFIAGE , 
l'AH LE R. P. DELATTRE, CORRESPOMDANT DE LACADÉMIE. 

Depuis longtemps, mon attention s'était portée sur un 
point du sol de Cartilage qui me paraissait renfermer un 
cimetière chrétien et aussi sans doute les ruines d'une 
église. 

Ce point, je le signalais déjà en 1883, dans les Missions 
cathotir/uos et tout dernièrement encore dans la lievue tuni- 
sienne ; il est situé entre Sainte-Monique et La Marsa et 




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LE CIMETIÈRE CIIKÉTIE.N DE MCIDFA A CARTHAGE 423 

planté d'oliviers. Jamais, cependant, la pioche d'un archéo- 
logue n'avait entamé ce terrain. Au mois de juin dernier, 
après bien des démarches, je réussis k le louer à ses pro- 
priétaires. Les fouilles commencèrent le il : à la fin du 
mois, je pouvais enregistrer déjà la découverte de nom- 
breuses sépultures' et celle de 663 morceaux d'épitaphes, 
presque toutes chrétiennes. 

Durant le mois de juillet, nous trouvâmes quelques 
inscriptions entières et plus de 1 100 fragments. La moyenne, 
par jour de travail, fut de 45 à 50 morceaux de textes. Le 
21 juillet, le nombre des fragments recueillis dans la 
journée s'éleva à 77, et le 26 juillet, à 81. 

Un certain nombre d'épitaphes chrétiennes paraissent 
très anciennes. Quelques-unes sont gravées au revers de 
iifuli païens 2. Dans plusieurs, on lit simplement le nom 
suivi de la formule IN PAGE : d'autres moins anciennes 
ajoutent au nom le titre de FIDELIS et portent avec Tindi- 
cation de l'âge celle de la déposition. Il y a aussi des épi- 
taphes gravées en caractères grecs. 

A l'aide des fragments, nous avons réussi à reconstituer 
bon nombre de textes. 

On y voit le monogramme constantinien, accosté ou non 
de Valpha et de Voméga, puis la croix monogrammatique, 
la croix grecque et la croix latine. 

1. A la profondeur de 2 mètres on rencontrait en pleine terre des fosses 
remplies d'ossements. C'était parfois de véritables ossuaires formés de 
squelettes réduits en poussière. La plupart des fosses nétaient fiarnies 
daucune pierre. 

2. Lépigraphie païenne provenant de cette exploration nous a fourni 
plusieurs textes intéressants parmi lesquels je citerai l'épitaphe suivante : 

D ■ M • S ■ 
M • VAL • PETAO • fS • ALAE 
GEMELLIAN AE • EX PR 
OVINCIATINGIV AN • 
XXX H ■ S- E- 



424 LE CIMETIÈRE CHRÉTIEN DE MCIDFA A CARTHAGE 

Parmi les symboles, je citerai le poisson, lancre, la co- 
lombe, la palme, la couronne, la branche d'olivier, l'agneau, 
des personnages, l'amphore, le tonneau, le calice à anses, 
le boisseau, la corbeille, la vig-ne, des épis de froment, des 
fleurs, etc. 

Des constructions antiques, il ne reste plus que les fon- 
dations, et encore celles-ci ont-elles presque entièrement 
disparu. Nous avons rencontré dans les fouilles des tron- 
çons de colonnes de différents diamètres', des morceaux 
d'architrave et des chapiteaux empruntés à des monuments 
plus anciens. Nous avons aussi constaté de longs murs 
parallèles entre lesquels étaient disposées des rangées de 
tombes, auges simples, faites en légère maçonnerie. 

D autres groupes de sépultures étaient complètement 
entourés d'un mur. C'est ainsi que, dans un enclos rectan- 
gulaire, nous avons trouvé quatre sarcophages en calcaire 
gris. L'un d'eux atteignait 2'" 76 de longueur. Tous quatre 
étaient dépourvus de leur couvercle. 

Un autre sarcophage de marbre blanc, à face strigilée, 
avait un beau couvercle sculpté en -forme de toit avec imi- 
tation de tuiles. Au.x deux angles diagonalement opposés, 
la face interne de ce couvercle porte une entaille en quart 
de cercle , destinée sans doute à passer des cordes pour la 
manœuvre de la mise en place. J'ai constaté des entailles 
analogues dans les énormes couvercles des tombeaux pu- 
ni(jues d'Uti(jue. 

Quant à la cuve que fermait ce couvercle, elle n'était pas 
monolithe. Elle se composait de quatre pièces distinctes 
formant une sorte de cadre posé sur la terre. 

La partie antérieure, ornée de strigiles, était une plaque 
longue de 2"' 21 et haute de 0'" 62. La phujue postérieure 

1. Un tronc de colonne de 0™ 55 de diamèlie a son exlrérnilé cernée 
d'une bajfue larj;e de 0"" 10. \'ers le centre du disque, base ou sommet, on a 
gravé les deux lettres EY, la première haute de 0"" 065 et la seconde 

de O" OS. 



423 




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426 LE CIMETIÈRE CHRÉTIEN DE MCIDFA A CARTHAGE 

correspondante mesurait 2'" 27 de longueur et 0'" 58 de 
hauteur. Deux autres plaques formaient les petits côtés, de 
telle façon que 1 aug-e mesurait intérieurement I '" 9o de 
longueur, '" 475 de largeur et '" 52 de profondeur. Le 
corps y avait été déposé sur la terre. 

En continuant les fouilles sur la partie la plus élevée du 
plateau, dans l'angle (jui regarde Sidi-Hou-Saïd , nous 
avons reconnu une abside large de 7 mètres et profonde de 
4'" 72. 

Au milieu de cette abside, on mit à découvert une maçon- 
nerie rectangulaire longue de 2'" 30 et large de 1'" 30. On 
eût dit l'emplacement d'un autel. Le massif en blocage me 
paraissait offrir un intérêt particulier. Ne recouvrait-il pas 
la tombe de quelque saint? Je résolus de le déblayer com- 
plètement. 

Je fis donc creuser en avant. A la profondeur de 1 "' 30, 
la pioche rencontra une plaque de marbre. C était le cou- 
vercle d'un tombeau d'enfant, long de 1 "" 05 et large de 
0'" 45. La partie longitudinale antérieure se relevait à angle 
droit sur une hauteur de 0'" 20. On y voyait sculptée à 
chaque extrémité une guirlande au-dessous d'une rosace'. 

Un tel décor paraissait d'art païen , et faisait pressentir 
que le sarcophage qu'il fermait serait aussi orné de sculptures. 
En effet, la face de la cuve est entièrement occupée par une 
suite d'I^ros. Ils sont au nombre de six. Celui ipii est le 
plus remarquable est en grande paiiie caché dans un masque 
de philosophe et passe sa main droite dans la bouche en 
guise de langue. Vn Eros recule épouvanté, tandis qu'un de 
ses compagnons le soutient et le rassure. Ces trois person- 
nages occupent à droite l;i moitié du sarcophage. L'autre 
moitié montre d'abord un l^ros tenant delà main droite une 
flûte de Pan et d(^ la main gauche abais.sée une torche ren- 
versée, bjifin le (li'rniiM- groupe loprésente deux Eros, 

1. Lépilaphe n'avait pas ét<5 {îravi-c, mais sa place et la hauteur des 
lettres étaient iiidicun'ts iiar des tiails fntn> ios diMix f,'nirlan(lcs. 



LE CIMETIÈRE CHRÉTIEN DE MCIDIW A CARTIJAGE i-27 

l'un tenant de la main i-auche un canthare et de l'autre une 
couronne, tandis que son compagnon l'empêche de céder à 
l'impression de l'ivresse. Cette scène est encadrée aux deux 
extrémités par un arbuste. 

Dans ce travail, les personnag^es seuls sont sculptés. Tout 
le champ est demeuré brut. C est une sculpture assurément 
païenne et inachevée, dans laquelle cependant on reconnaît 
la main d'un véritable artiste. Les petits personnag-es aux 
membres potelés sont pleins de vie et de mouvement. Les 
visages ont chacun leur expression particulière et l'en- 
semble est d'un joli etïet. 

Il n'est pas douteux que ce sarcophag-e renfermait les 
restes d'un enfant chrétien. On n'y trouva que des osse- 
ments enveloppés dune matière noire. 

Derrière ce petit sarcophage, on en voyait un grand, éga- 
lement de marbre, correspondant en longueur, à la maçon- 
nerie qui le recouvrait. Il fallut entamer le blocage pour 
dégager le couvercle, énorme dalle de 0'" 10 d'épaisseur. 
Cette opération permit de constater qu'il y en avait deux 
juxtaposés. Ces sarcophages étaient de grandes auges 
monolithes. 

Dans le premier ' on trouva un squelette entouré de 
résidus noirâtres assez épais, provenant sans doute d'un 
embaumement. Mais un tissu de fil d'or brillait des pieds 
à la tête. Il était évident que le défunt avait été déposé dans 
un drap d'or. Le corps avait été étendu sur le dos, les bras 
abaissés. Les pieds penchés l'un vers l'autre sont tombés 
confondant leurs os. 

En tamisant la poussière de cette tombe, on ne recueillit 
que des morceaux de tissu d'or. 

Le sarcophage fut vidé de son contenu en présence de 
Mgr Combes, archevêque de Carthage, et de Mgr Tournier, 

1. Longueur, 2" 23: largeur, 0"'6(5: hauteur, 0™ .^s. Les parois extérieures 
sont bien dressées. Le couvercle a 0'" 20 de plus en longueur que le sarco- 
phage. 



428 LE CIMETIÈRE CHRÉTIEN DE CMIDFA A CARTHAGE 

qui assistèrent aussi à l'ouverture du second. Celui-ci' ren- 
fermait également les restes d'un squelette noirci par les 
matières employées comme aromates. Des fragments d'étoffe 
se voyaient sur les os, mais sans trace de fil d'or. 

Comme il arrive d'ordinaire dans les sépultures chré- 
tiennes, aucun objet n'accompagnait le corps. 

Chacun des deux sarcophages avait été recouvert de 
maçonnerie, et ce sont les deux maçonneries contiguës qui 
formaient ensemble le massif rectangulaire découvert 
d'abord. Au niveau du sol de l'abside, le blocage devait 
porter une dalle ou une mosaïque donnant le nom et le titre 
des personnages qui avaient mérité l'honneur d'une telle 
sépulture. Un fragment de fine mosaïque sur lequel se voit 
une orante a été trouvé dans le voisinage et provient peut- 
être de ce monument funéraire. Nous avons aussi trouvé 
près de l'abside une dalle épi graphique de marbre conser- 
vant des amorces de la mosaïque dans laqucîlle elle était 
encastrée. Un autre fragment de mosaïque montre quelques 
lettres. 

Les inscriptions ayant disparu , nous n'avons pu savoir 
de quels personnages, saints, niailyrs, évèques ou autres 
la dépouille mortelle occupait dans Varea ou la basilique 
cette place privilégiée. 

Pendant que nous examinions cette abside avec ses sar- 
cophages, on découvrait, à peu de distance en dehors, une 
grande dalle de calcaire gris, longue de i '" 53, d'une lar- 
geur inégale aux deux extrémités, mesurant au milieu ()'" i7, 
épaisse de '" 10. Elle portait l'épitaphe suivante : 

RESTVTACVM 
PATRV-IN PAGE 

Hauteur des lettres, 0'" 10. 

1. LoiH5'ueiir, 2" 20; larj,'cur. O-" tis ; luiukiir. O"' ti|. La face anlcriciirc 
est brute; elle était destinée à être sculptée et on v voit à gauche l'ébauche 

(le |)hisi('iu'i» poi'sonnafrcs. 



LE CIMETIÈRE CHRÉTIEN DE MCIDFA A CARTHAGE 429 

Au-dessous de cette dalle qui était en place, on découvrit 
deux auges superposées formées de pierres plates et ren- 
fermant chacune les restes d'un corps. 

Voici une autre épitaphe entière trouvée au même endroit. 
Elle est gravée sur une dalle de marbre blanc à revers brut, 
longue de 0'" ^7, haute de 0'" 395, épaisse de 0'" 065. 

CERSCONIVS FIDELIS IN PAGE (sic) 
VIXIT AN L DP KAL NOB<: 

Hauteur des lettres: 0'"04. A la première ligne, dans 
IN PAGE, N et P sont liés ; a la deuxième ligne K, A, L, 
forment monogramme K 

Derrière l'abside, les fouilles ont rencontré l'amorce d'une 
construction primitive en pierres de taille, antérieure et 
étrangère k Va/'ea ou à la basilique ; puis le sol devient 
excessivement dur, les sépultures diminuent et les frag- 
ments d'épitaphes disparaissent. On n'est plus d'ailleurs 
qu'à quelques mètres de la limite du terrain vers Sidi-Bou- 
Saïd. Le 17 août, l'équipe du chantier fut reportée au pied 
du talus qui forme la limite opposée, vis-à-vis de l'abside. 
Dès les premiers coups de jiioche, les fragments apparaissent 
de nouveau en grand nombre. Nous aurons encore à les 
compter par centaines et la liste déjà très longue des noms 
chrétiens s'augmentera en proportion. 

Voici comme spécimens quelques-unes des épitaphes : 



1. En dehors des épitaphes, nous avons trouvé un bloc de grès sur lequel 
se lit lalphabet, un fragment de liste de noms sur marbre, des briques 
estampillées dont une au nom de FELIX , une anse d'amphore rhodienne 
égarée dans ce terrain et portant la marque : EflIGEZ 1 TOPOZ pré- 
cédée dune tète radiée, un pied damphore avec le sceau du potier PRAT, 
puis des morceaux de statuettes de marbre et de bas-reliefs provenant de 
sarcophages, un cadran solaire concave, une poulie en pierre, quelques 
monnaies, des fragments de lampes romaines et de lampes chrétiennes, des 
fonds de plats ornés de la croix et de symboles religieux, enfin une croix 
pattée en bronze presque de la grandeur d'une croix pectorale d'évèque. 



4^:i0 LE cime;tière chrétien de mcidfa a carthage 

Sur une plaque de marbre blanc ayant à peu près la 
forme d'un trapèze, longue de 0'" 25, haute de 0"' 22, 
épaisse de 0"' 028 : 

I V L I V S 
IN PAGE 

Hauteur des lettres : '" 03o. 

Sur une dalle de calcaire gris-jaunâtre, à revers brut, 
longue de 0'" 60, épaisse de 0'" 022 : 

HELENVMNPACE. 

Hauteur des lettres : 0'" Ooo. 

Sur une dalle de calcaire gris, longue de 0'" i9, haute de 
0"' 29, épaisse de 0"' 0o5 : 

VICTORICVS 
IN FACE 

Hauteur des lettres : '" 068. 

Sur une grande dalle de calcaire gris-ardoise : 

F IVNIVS MAXIMVS FD IN FC V/.v/////// 

Lettres soignées, haute de 0'" 09. 

Sur une plaque de marbre blanc veiné de bleu, longue de 
0"' 27, haute de 0'" 18 et épaisse de 0"' 023 : 

GLORIOSA • VI 
X I T • A X X \' • 1 
F I D E L 1 S IN 
FACE ^ 

Hauteur des lettres : "' OIJo. 



LE CIMETIÈRE CHRÉT1E> DE MCIDFA A CARTHAGE 431 

Sur une dalle de calcaire gris, longue de 0'" 060, haute 
de •" 26 et épaisse de "' 045 : 

MOLENDARIA ET (sic) 
FIDELIS IN PAGE 
CELSIN (sic) 

Hauteur des lettres.: 0'" 065. A gauche, vers l'angle 
supérieur, la dalle porte une entaille qui était destinée à 
recevoir un crampon. 

Sur une dalle de marbre jaune, à revers lisse, épaisse de 
■" 045 : 

M A R A L A F V S ? 
FIDELIS IN PAGE VIX 
IT AN LXXX Dpll/I/KIYL 

Hauteur des lettres : 0'" 045. La dernière est barrée. 

Un fragment appartient peut-être à un texte mentionnant 
la terrible peste qui, vers 252, décima la ville de Carthage 
et durant laquelle les chrétiens, à l'exemple de leur évéque 
saint Cyprien, se signalèrent par leur courage et leur géné- 
rosité envers les païens atteints du fléau aussi bien qu'envers 
leurs frères : 

///////////////////av////////////////7/////// 

//////E R I P V I T P E s T I S///////// 
/////N SVPERTRIGINTA V//// 

Hauteur des lettres : '" 027. Gravées sur un marbre 
blanc, leur style convient au milieu du m'' siècle, époque où 
sévissait la peste de Carthage. 

1906. 29 



432 



LIVRES OFFERTS 



M. IlÉHON DE ViLLEFossE cléposc sLir le bureau , au nom du R. P. 
Delattre, correspondant de l'Académie, les publications suivantes : 

1° Lu nécropole dea rahs, prêtres et prêtresses de Carthsge ; troi- 
sième année des fouilles. 

Ce mémoire est particulièrement intéressant par son illustration 
qui ne comprend pas moins de 106 fitrures. 

Les photographies ont été exécutées par M. Henry Bourbon ; les 
dessins sont dus au marquis d'Anselme de Puisaye. On y remarcjue 
une belle série de rasoirs en ])ronze ornés d'images au trait et 
d'inscriptions, des œufs d'autruche rehaussés de peintures, des 
poteries grecques et romaines, des textes puniques et des marques 
tracés au pinceau sur des ampliores, des stèles funéraires avec le 
personnage à la main lovée, des épitaphes, des ornements, bagues et 
anneaux d'or, des figurines de terre cuite ou de bronze, des scara- 
bées, des amulettes, etc. Les objets en ivoire ou en os sont nom- 
breux : pyxide, peigne, chevalets d'instruments à cordes, cuiller en 
forme de jambe de biche, ornements d'applique découpés, amulette 
représentant un éléphant, etc. C'est un véritable all)uni du mobilier 
funéraire découvert dans cette nécropole ; tous ceux cpii s'intéressent 
aux fouilles deCarthage le consulteront avec profit. 

2" Inscriptions de Carthage. 1904-190:i (extr. du Bull, de la Soc. 
archéologique de Sousse, 2'= semestre 1905). 

A signaler plusieurs dél)iis d'un texte énumérant des sommes 
d'argent, ainsi qu'une inscription, malheureusement mutilée, relative 
à un Sextus Appuleins ([ui fut (piesteur el préteur url)ain. 

M. II. Omont dépose sur le l)urc'au, au nom de M. A. Vidier, sous- 
bil)li()llu''caire à la Bibliothèque nationale : 

1" Ermitages Orléanais au XII'- siècle : le (îué de l'Orme et Chappes 
(Paris, s. d., in-8°; extrait du Moyen âge, 1906). C'est le texte d'une 
communication faite par l'auteur, il y a quelques semaines, à l'Aca- 
démie. 

2" Notes et dociinvuts sur le personnel, les biens et radministration 
de la Sainte-Chapelle, du XIII'^ au XV- siècle (Paris, 1902, in-S"; 
extrait du t. XXVIII des Mémoires de la Société de l'histoire de 
Paris). 



PLAN ET DEVIS DE TRAVAUX DE l'an 27 433 

Dans ce volume M. Vidier a réuni et publié une série de documents 
jetant un jour nouveau sui' la comptabilité de la Sainte-Chapelle et 
sur ses rapports avec la comptabilité royale. Mais l'intérêt de ce 
recueil n'est pas limité à ce seul point de vue ; l'histoire y trouvera 
à glaner sur nombre de sujets, parmi lesquels il suffira de citer la 
copie, l'enluminure, la reliure des livres et le commei'ce du parche- 
min à Paris, dès la fin du xiii'^ siècle et pendant tout le cours du 
xiv« siècle. 



APPENDICE 



plan et devis de travaux de l'an 27 

de ptolémée piiiladelphe. 

note de mm, pierre jouguet et jean lesquier, 

lue par m. homolle dans la séance du 13 juillet 1906. 



Le papyrus que nous publions' a été trouvé dans un 
cartonnage de momie provenant de la nécropole de Gliorân 
(Fajoum) '^, qui a déjà fourni le frag-ment de comédie com- 
muniqué antérieurement à l'Académie. Il mesure 16 centi- 
mètres sur 31 centimètres et est écrit au recto et au verso. 



1. Il portera le n° 1 dans rédition des Papyrus grecs publiés pnr la 
section de papyrologie de l'Université de Lille, sous la direction de Pierre 
Jouguet, avec la collaboration de MM. P. Collart, J. Lesquier et il. Xoual. 
Nous devons plusieurs lectures à M. G.-J. Smyly. 

2. Sur les fouilles de Ghôran, cf. B. C. H., 1901, p. 381. 



434 PLAN ET DEVIS DE TRAVAUX DE l'aN 27 



Recto, 



To xj-'z [J.ryo: 'l'ao)©'. 



x*-.'.':sxoz\j.é'^o'j Atc5(.')po!j. 



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PLAN ET DEVIS DE TRAVAUX DE l'aN 27 43o 

Èv Ta?; M àoo'jcai; T.cpiy[M\i.a--x. ij. àv(a) )\ 

(ov f| afTpTiatç y.z l.rX t, w; otaysypa-xai. èv TO)t rÀivOsiwt / ycijij.aTa 

10 cp'jvjxx-cc Y-V£<j93ct Ta û-^y.s'.'Xcva ;j.£Tpa to)V ^^ojjxaTWv" v'-vî^ai sjv s'.ç ib 
oyzviizv va'JiSia ttç , clç cà xà a-/ vxj'^Imv M u)^ , [[s'.ç v twv c h 



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5 aAAaç 0, àvà oypwioi p / (yyoïv'.a d àv(à) tcç / vaUjîia Mo u/M p. 
'Exv ij.Èv v.aTi yzi[)MVOc uuvTSA'^Tai Ta 'ép^(Oi , ti6£;x£V £G-£ff6a'- 
13 £lc s TCJ 7TaTY;p:ç, wœts sivai A a H y o)AS' £7:'.i3âAA£i -%'. X '" ^ h'^-^I^^ç, 

Verso . 

yb)plq TO)V •/.aTaçcpwv 7T£c(o)v, (OV cîT 'KpoffOEîva', Ta 7:A£Î(i) £pY^ "^^^"^ 
y^o)[j.aTojv , £TT£iCY3 Guvtyji Ta yM[j.y.-oc C£î ^(v/é(jf)xu TaiTa p.èv cuv 
I'^tI Tr;ç [j.',70(O(T£o)ç £-i7Y;;xavcû;x£Qa Ta t£ rJàfi-q [t]-^ç Y''/^ 
y.ai Tb XYr^'/M[j.x -ï -asioj £(7ip.£vcv. Twv os •::po'JTap-/ôvTU)v yjs)\i.y.- 
o TWV £v ToTç 0'.a-X£upic7[;.oTç TCÛTOtç, baa av àv'iîfeTY;^ ypr^c^Jx. ovxa ^pbç 
T-J^v 'j-oy.s'.jj.fv^v 6É71V TWV )^oj[j.aTo)v, u-cACY'o9r(!7£Tat tcTç p.'.aOou'jivoiç 
ê'.ç Tb 'jT.zY,v.[j.v/Z'j àvY;À(t);j.a" waaÛTWç os y.ai èâv tivsç C'.wpuYSç (^uv- 
aTXOJff'.v t;îç y/o'^.y.'yi y,y.-.x -yJj-y.. 

'Eàv os ;r/^ upz toj Osp',7;xs'j j'jVTSA-^Tai , a'jvTslYJTai v.q xb û~o- 
10 y.s'.ijivcv s'.ç V I K 3 h a'^; / àv(à)a := .^ Kai twv y.aTaçspwv 
xoiTwv 0£rj7£'. 7:poaO£Ïva'. ty;v o'.açopàv xwv (tuveyy'J-Ï /wjj-axwV 
TOlixo C£ è'oTa', £7:'. ty;ç [X'.c76wa-£wç , STTSioàv s';or,7W[J-£v xà zA"/;- 

zal Ta [xr^zr, Ttov ayo'.viojv 

0-r; ty;ç Y''/? '^'^'•' ^'^ '^^^ '//'^?''^'-? xouxoiç' saovxai 5s xivsç tÔtïoi 
TOis'jTOi y.ac y.oiAoi (o-ts av(aj a . TT£piy_w7a'. ux auxYJç T"r;ç 
15 àvaYX"Oç xcIJ xô-ou , sic o saxai ^pctyi) xb àvâXwiJ.a, waxs àvx r/.si- 
vou xou TTAsovâuovxcç ipY^y wos y,o;j-i^£o-6au Twv os TpO'Jzav- 
)rcvxwv yo)[j.axwv, osa âv sVk^ttxyji, xolç Y^^pYOî^ç 6'kOAOY"';^"^^^'^^' 
elq xb Y^'^^l-'--'''^'' a'jTot>;' ày.oAouO-(^a-ou7i cà toTç irpo'J7:âpyou7i 
yojy.aji, OTûwç âv [rr^ôsv ajTwv xypzlov t,i' wja'jTwç 3e y.at xwv 



436 PLAN ET DEVIS DE TRAVALX DE l'aN 27 

20 c'.Mp'jyMV -wv àvz'.TTTCvTOJV v.ç -ràç r.zp'.y/ôGZi:, sàv -/.y.-}/. lûaiv 
T(T)v -/MiJ.i-zidv y.t'.\jAvr, r/.. Wzp'. §è twv àvaA(o;j.x-:o)v 

£'.; -ràç r.pz'Jr.y.pyz-'jzy.z Z'.Mp'jyy; /.y.', yur^i-y-uyi t(7)v àv '^Os.'. 
i;vT(.)v ■/.y.-yz-/.tjy.'itzhy.\ /,%-. iv.ajTCV sîr,7£!. s-f/JjivTx; 
Iz'.Ty.É'I^aaOai ;/ïTà twv àpy.T^/.rivcov -/.y.', -mv |3aj'.A'.y,o)V 

25 -cyi'j.y^éuy/ v.y}. àva^oi-i/av-rx; c;jva'.' tx y.àv "xp ajTwv 

1 1 t ^ lit * i • I 

AI^IW 1 CTôpiV Cî 

èzi7-/.;zoJiX£vcç TC -jTîptywy.a cruvéxpivîv -y. yM\j.y-.y T,zr,zy\ 

. .-z: r.ly-z: -zj zp'y;[J.y-z: vxj^i ( ) Y • 3/ s'iç tÔ t/v.i'.ti ;c^, 

£'.r ; Twv H- 'Ar£0-r;;r^7£v "Az:aa(ov'.:; 'AOùp u, -/.al auv- 
30 i-Aîuaa ajTW'. ècoç •I>uAay.-^ç y.ày.er à;£H"'T^ "^/'- ^à t, rjS)z^) 
V.- 'Toîis'.v, T-?;i v.z ^ùpMv y.o)[rr/y, i v.: \\-z).t\).y\zy , ix v.; 
Tbv Aa|âjp'jvO:v y.al £/.st £Jpov tcjç 'fpT^.'^.y-.iy: v.y.'. v/.z\v.zyv-z 
TY)V èr:iff-:c/.r,v y.aî àzr,AO:'J.îv. 

Traduction. 
[/^ec/o] 

Le périmètre des 10.000 aroures est de 400 schoenes ; les 
diij^ues sont au nombre de 4 ; et au milieu il y a 3 digues 
allant du Sud au Nord, distantes entre elles de 25 schoenes, 
et en outre t> levées transversales allant de l'Ouest à l'Est, 
distantes entre elles de 10 schoenes. Il y a donc dans les 
10.000 aroures 40 subdivisions, de 250 aroures chacune, 
dont les dimensions sont 25 sur 10, comme le montre le 
plan; les digues sont au nombre lt)lal de 10, chacune a 
100 schoenes de long, soit 1.000 schoenes, qu'il faut creuser; 
la largeur du fossé est de 4 coudées, la profondeur en est de 
2 ; car nous supposons qu'un fossé de cette grandeur donnera 
les digues de la dimension projetée; soit au total 80 naubia 
au schoene et 137. (iOO naubia pour les 1.600 schoenes. Il 
devra être fait 4 autres aqueducs, en sus des 4 existants, et 



PLAN ET DEVIS DE TRAVAUX DE l"a> 27 437 

de 100 schoenes chacun, soit au total 400 schoenes de 86 nau- 
bia chacun, au total 34.400 naubia. Total (général) des 
naubiu : 172.000. 

Si les travaux sont terminés pendant l'hiver, nous les 
estimons à raison de 70 (naubia) au statère , soit au prix 
total de 1 tal. 3.834 dr. ; plus 1 drachme de dommages (?) 
par aroure ; [verso] non compris les terrains en pente, pour 
la plupart desquels il y a un supplément de travail aux 
dig-ues , car il faut qu'elles soient de niveau. C'est ce que 
nous ajouterons au prix fixé par le contrat, en évaluant la 
masse des terres et la dépense supplémentaire. Quant aux 
digues déjà existantes dans les sections transversales, 
toutes celles qui se trouveront être utilisables pour l'éta- 
blissement projeté des digues seront déduites aux fermiers 
dans le devis; de même et dans la même proportion s'il y a 
des canaux qui s'adaptent aux digues. Si les travaux ne sont 
pas terminés avant la moisson, ils s'exécuteront à raison de 
50 (naubia au statère), soit 2 tal. 1 .760 dr. soit 1 dr. 2 | ob. 
par aroure. Pour les terrains en pente, il faudi^a ajouter la 
différence (en sus) pour les digues qui les avoisinent ; cela 
s'ajoutera au prix fixé par le contrat, lorsque nous saurons 
la masse des terres et la longueur en schoenes dans ces en- 
droits ; d'ailleurs certains d'entre eux seront en contre-bas, 
si bien qu'ils se trouveront par le relief même du sol entou- 
rés de digues naturelles dans une proportion de ; la 

dépense sera peu élevée et de la sorte on balancera le supplé- 
ment de travail indiqué plus haut. Quant aux digues déjà 
existantes, toutes celles qui se trouveront (être utiles) seront 
déduites aux fermiers sur le prix à leur payer ; ils suivront 
les digues existantes , pour que rien ne soit inutilisé ; de 
même pour les canaux qui se trouveront dans les subdivi- 
sions, s'ils s'adaptent aux digues. Quant aux dépenses 
relatives aux canaux préexistants et aux digues qu'il est 
d'usage de remettre en état chaque année, il faudra que l'on 
se rende sur les lieux , qu'on les examine avec les archi- 



438 PLAN ET DEVIS DE TRAVAUX DE l'aN 27 

tectes et les secrétaires royaux . qu'on en fasse un état et 

qu'on le remette, car les uns 

— Plus tard, après inspection, il (?) a décidé de faire les 

digues dv la même lar^çeur que le canal à raison 

de 64 naubia ^ ])ar schoene ; au prix de 4 drachmes les 
60 (naubia). Apollonios est parti le 7 Athur, j"ai navigué 
avec lui jusqu'au Poste (Phylake) et là j'ai débarqué; le 8, 
je fus à Touphis; le 9, au bourg des Syriens; le 10, à 
Ptolémaïs; le il, au Labyrinthe ; là je trouvai les scribes, 
ils reçurent la lettre et nous partîmes pour la ville. 



Notes critiques. 

Plan. — Aux endroits indiqués par des points, quelques 
traces d'écriture démotique : 'Az(r;XiwTou) , pap. : H. — 
Recto: 1. G : i-iyymzy pap- ; a-r/cv, sans abréviation; — 
1. 7 : h-rJ ■xKkrlisuri : le r, est corrigé sur un >. ; — 1. 8 : àvà 
a)roi(via) : àvi corrigé sur z-/\ — 1. 1") : au-dessous de ^'/S^z:, 
quelques traces d'écriture. — Verso : il. 1-!* : une accolade 
en marge embrassant ces huit lignes; — 1. 1 : zsoûov, côv, 
un trait incurvé au-dessus de ces deux mots; — 1. 14 : 
après àv(à) a, le sigle X; peut-être : 7.f,z'jpoL; — 1. 26: peut- 
être : s^T'.v -rtpioTa y.-z-y.v. Oai vau^iicov asycv (?) (lectures 

corrigées par Smyly). — 11. 27/26 : dans l'interligne, marge 
gauche, une « paragraphos » ; — 1. 28 : ..-::; ou t:u, à la 
rigueur : xj-z'j zX3:tc<'j>ç; vaj,'i', ( )... 



PLAN ET DEVIS DE TRAVAL'X DE l'aN 27 439 



Commentaire. 

D'après l'écriture, le document ne peut appartenir qu'au 
ni^ siècle ; il porte la date : an 27, et remonte par conséquent 
au règ-ne de Philadelphe qui seul à cette époque a régné plus 
de ving-t-six ans ; la vingt-septième année de son règne 
correspond à 259/8 avant J.-C. ; le mois de Phaophi d'où 
date notre papyrus correspondait cette année-là à novembre- 
décembre ; notre texte est donc de 259. 

Ll. 10-11 : '(ivt-y.i lùv t'.ç ~o o'/oviiov ^iy:7(i\y. ttç. Ce pas- 
sag-e nous permet de fixer la valeur du naubion. MM. Ma- 
haffy et Smyly,les derniers critiques qui se soient occupés de 
cette question [P. Petr., III, App., notamment p. 34G sqq.) 
sont arrivés à cette conclusion que le nauljion est une 
mesure pour les travaux de terrassement et qu'il désigne 
une quantité définie de terres travaillées. Cette vue est 
absolument confirmée par notre texte. Mais ils n'ont pu 
fixer la valeur de cette quantité ; tout au plus un papyrus 
d'Oxyrhynchus ([IV], 669) suggère-t-il l'idée qu'à l'époque 
romaine le naubion égalait 27 coudées cubiques ou un 
cube avant 3 coudées de côté. Nous avons ici toutes les 
données nécessaires pour déterminer la valeur du naubion : 
la quantité de terre évaluée à 86 naubia forme un volume 
dont les dimensions sont 1 sclioene de longueur, 4 coudées 
de largeur et 2 coudées de profondeur ; le produit de ces 
trois dimensions nous donnera la valeur en coudées cubiques 
de 86 naubia; toute la question se réduit à savoir à combien 
de coudées nous devons évaluer le schoene. Il peut être égal 
à 100 coudées, et alors nous avons affaire à des coudées 
vulgaires de 6 palmes; ou bien, comme pour les calculs 
d'aiolia (Mahaffy et Smyly, loc. laiicL, p. 347), il s'agit de 
coudées royales de 7 palmes, 85 coudées ^ égalant 100 cou- 



440 PLAN ET DEVIS DE TRAVAUX DE l'aN 27 

dées vulgaires, et ce chill're étant remplacé dans la pratique 
par celui de 86, qui facilite les calculs et n'entraîne qu'une 
dillerence de 1 pour .300. De quelle espèce sont les coudées 
de notre texte? Dans la première hypothèse, nous obtenons 
un produit de 100 X 4x2 = 800 coudées cvdnques, dont 
le quotient par 80 donne comme valeur du nauhion le chiffre 
extrêmement peu vraisemblable de9,302... ; dans la seconde, 
nous avons 86 X 4 X 2 = 688, qui, divisé par 86, égale 
8 coudées royales cubiques : selon toute probabilité, c'est 
là la valeur du naubion, qui se trouve ainsi être le cube qui 
a pour côté 2 coudées royales et égaler Taiolion (Mahaify et 
Smyly, loc. laud., p. 347). — Nous ne pensons pas que le 
naubion ait été employé pour la mesure des constructions, 
l'aiolion pour celle des terrassements, comme le suggèrent 
MM. Mahaify et Smyly [loc. laud., p. 3to) : ici, il s'agit 
bien de terrassements ((I)v otX -r,v àv3:(T-/.aç;r,v YsvscOa',, R" 1. 8) 
et les naubia sont seuls employés. Si, comme le fait suppo- 
ser le pap. d'Oxyrhynchus [IV], 669, le naubion égalait à 
l'époque romaine 1 cube de 3 coudées royales de côté, il 
faut admettre que sa valeur avait augmenté depuis le 
m*' siècle. 

Verso, 1. : 'Eiv es ;j.y; r.pz -:j Osp'.^y.sj •/.. t. "/. : un nou- 
veau taux se trouve ici indi(jué pour le prix des travaux qui 
sera plus élevé s'ils se prolongent pendant 1 été. C'est là 
vraisemblablement une conséquence des chaleurs qui 
rendent le travail plus pénible et plus lent; de même 
aujourd'hui les chantiers de fouilles arrêtent toujours leurs 
travaux avant l'été. 

L. 30, fin ; On connaît des <ï>yAa7.ai dans le nome Ilermo- 
polite, non dans le Fayoùm où il semble que ces localités 
soient situées; — Touphis figure dans une liste alphabé- 
ti(}ue des villages du Fayouni, du vii*^ siècle, conservée dans 
un papyrus Rainer que M. Wessely désigne par l'abrévia- 
tion li. AX. i22,423 [Topor/ruphie des Faijum. p. 1 10 ; — • 
ïûpov y..:,;j.r,. cf. P. Lond [U], 2oï (pp. 22.-) sq(i.), et P. Pelr. 



PLAN ET DEVIS DE TRAVAUX DE l'aN 27 441 

III, ")6 (a) 1. 8 et 'h) verso; quant à Ptolémaïs , il existait 
au Fayoum tant de localités de ce nom qu'on est fort 
empêché, en Tabsence de désignation plus précise, de dire 
de laquelle il s'ag-it ; si on la suppose située près du village 
des Syriens, il semblera que ce soit Ptolémaïs Néa; si on 
la place dans le voisinage du labyrinthe, il s'agira de 
Ptolémaïs Hormou ou de Ptolémaïs Évergétis, — à suppo- 
ser qu'elles aient été distinctes. 



Le Gérant. A- Picard. 



MACOX, PROTAT FRKHES, IMPRIMEURS 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTUES 

PENDANT L" ANNÉE lUUG 

PRKSIDENCK DE M. H. GAGNAT 



SÉANCE DU 7 SEPTEMBRE 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

Le Phésident donne leclure d'une letlre de M. Ilolleaux adres- 
sée à ]\L le duc de Louhat, correspondant de l'Académie, sur 
les nouvelles découvertes faites par l'Kcole française d'Athènes 
à Délos. Ges lettres sont accompagnées des photographies des 
monuments principaux. M. Ilolleaux lira d'ailleurs piochaine- 
ment devant l'Académie un rapport sommaire sur les résultats 
obtenus au cours de la dernière campagne. 

^L Gmaaannes étudie dans le soàlr;i bouddhique des rêves du 
roi Prasenajit, tel qu'il existe en pâli et en chinois, un récit qui, 
corame l'a établi M. J^ouse, est étroitement apparenté à la légende 
grecque relative à Oknos : un homme assis tresse une corde 
pendant qu'un animal qui est derrière lui dévore la corde à mesure 
qu il la tresse; c'est l'image d'un homme laborieux qui a une 
1906. .30 



444 SÉANCE DU 7 SEPTEMURE 1906 

femme dépensière. M. Chavannes croit pouvoir retrouver là une 
de ces devinettes qui sont parmi les plus anciennes inventions 
de l'esprit himiain. 

M. (Jagnat fait, à propos du procès-verbal, robsci-vatiou sui- 
vante : 

« Dans la dernière séance, M. Héron de X'illefosse signalait, 
de la part du R. P. Delattre, une inscription romaine récemment 
trouvée à Carthage et ainsi conçue : 

DM S 

M • VAL • PETAO • TS- ALAE 
G H M E L L I A X A E • EX P R 
O \' 1 X C 1 A • T I X G 1 • V • A N 
X X X • H • S • E 

« Notre savant confrère indiquait, en passant, une difllculté 
de lecture à la seconde ligne. Gomment expliquer le groupe IS? 
11 n'y a pas de grade ni d'ollice militaire qui corresponde à ces 
lettres, à moins de supposer quelque chose comme n niinumjs. 
Mais ce genre d'abréviation par la lettre initiale et la lettre linale, 
et la barre qui les surmonte aj)partiennent à lépigraphie des 
bas temps, surtout à l'épigrapliie chrétienne. 

<( 11 me semble que l'on peut résoudre le problème en admet- 
tant que IS représente non pas un groupe de lettres, mais des 
chiffres. La présence de la barre supérieure con\ ienl fort bien à 
cette interprétation ; car c'est précisément ainsi que Ion distingue 
les nombres dans les inscriptions de bonne époque. Dès lors il 
faudrait traduire IS par un et demi. Or il y avait, parmi les cava- 
liers des ailes, des soldats délite appelés sesquiplares ou se.'iqui- 
pUcarii\ parce que, nous dit Végèce-, ^^ sesquiplares unani 
semis consequnniur uumninm ». 

« De même donc qu'on avait représenté le mot sesterlius par 
IIS parce que le sesterce valait deux as et demi, de même on 
aurait abrégé sesfjuiplaris en IS, pour indiquer que la solde du 

1. Par exemple C. /. /.., 111, 3272. 

2. Vegel., Il, ". 



SÉANCE DU 7 SEPTEMBRl': 190G 445 

personnage valait une l'ois et demi celle de ses compagnons 
d'armes moins favorisés. « 



M. Merlin, directeur des Antiquités de la Tunisie, entretient 
TAcadémie d'un sénatus-consulte relatif aux marchés du salins 
Beg ne nsis , décou\ert il y a plus de quarante-cinq ans en Tunisie 
par Guérin. Des lectures nouvelles de plusieurs passages de cet 
intéressant document fournissent les noms de quelques-uns des 
sénateurs romains qui vivaient en 138 de notre ère, lors de 
l'avènement de l'empereur Antonin le Pieux '. 

M. Bouché-Leclercq continue la lecture — commencée dans 
la séance précédente — d'une étude sur le notariat dans l'Egypte 
ptolémaïque (étude ou mémoire devant former un chapitre du 
futur tome 1\' de V Histoire des Lagides). Entre autres particula- 
rités, il relève le fait que, d'après les papyrus actuellement 
connus, on ne rencontre de notaires officiels ou c< agoranomes » 
qu'en Thébaïde, c'est-à-dire dans une région où, le clergé étant 
puissant et hostile, le gouvernement des Lagides avait intérêt à 
faire concurrence au monopole ell'ectif des notaires ou « mono- 
graphes » sacerdotaux. M. Bouché-Leclercq s'occupe ensuite de 
l'enregistrement des contrats, institué dans un but fiscal et effec- 
tué d'abord dans les banques royales et plus tard dans des 
bureaux spéciaux. 

M. Glermont-Ganneau a la parole pour une communication : 
'< M. Ph. Berger a fait connaître dans le dernier Ihillelin arch. 
du Comité des trav. hist. (extr. des procès-verbaux, juillet ll>06, 
pp. xn-xni) une inscription néopunique récemment découverte 
dans la région de El-Kef (Tunisie) par le capitaine Benêt. D'après 
la transcription et la traduction qu'il en donne, ce serait une 
stèle funéraire érigée à une femme y[n3ij1î;j, Naou[ict]a, fdle de 
"|"j"£, Pacaï, par un certain y31J''1, Ouinarcats, fils de ■jî;ï3]'i[a], 
{M\al[c]alsan. Celui-ci est probablement le mari de la défunte, 
bien que le lien qui unissait les deux personnages ne soil pas 
spécifié. 

1. Voir ci-après. 



446 SÉANCE Dl 7 SEPTEMBRE 1906 

(( Au premier abord, l'aspect barbare du nom de l'auteur de 
la dédicace lu Oinarcals, pourrait incliner à croire qu'il appar- 
tient à l'onomastique indigène, libyque ou berbère. Je ne le 
pense pas. Bien que je n'aie sous les yeux ni 1 estampage, ni une 
copie tigurée de l'inscription, j'estime a priori que le dernier 
caractère pris pour un tsHcle doit être en réalité le samek néo- 
punique' qu'on a confondu si longtemps soit avec cette lettre, soit 
avec le chin ou le zain, et auquel j'ai pu. il y a quelques années, 
restituer son identité et sa place, jusqu'alors laissée vide, dans 
l'alphabet néopuni(iue. L'apparition de celte sil'llanto particu- 
lière à la lin du nom en litige est, à mon avis, l'indice d'une 
désinence d'origine étrangère, grecque ou latine. Ce premier 
point admis, je propose de considérer le quatrième caractère non 
pas comme un rech, ainsi que l'a fait M. Berger, mais comme 
un dalel. On sait que trop souvent il est dil'llcile, parfois impos- 
sible de distinguer ces deux lettres dans l'écriture néopunique. 
Nous obtenons ainsi la lecture : 

DjIJI" ()u-i-n-d-k-s 

dans la(|iie]Ic je reconnais une transcription très exacte du 
coifivtmen romain \ index. Je ferai remarquer, à l'appui, que ce 
nom est un de ceux ((ui se rencontrent assez coui'amment dans 
l'onomastique des inscriptions latines d'.Afrique (cf. C. I. /.., 
\'III, index). Peut-être y avait-il acquis dans les milieux indi- 
gènes une cerlaino popularité à la suite du proconsulal de 
.M. (]laiidiii> .Maciiiius \'inde.r I lermogenianus cpion place, sans 
être bien cci-tain, sous le règne de Septime Sévère -. 

<' Il ne serait pas im[)ossihle que le nom du père de la défunte 
fût, lui aussi, la transcription de ([iieNpie nom romain, terminé 
peut-être en aeiia = '". Mais mu- ce poinl je n oserais rien aflir- 



1. La iiK'iiic niiHlilicalidii c»;! \ rais 'ml)lal)lrin<Mil à iiil nMliiirc dans le 
iKini ]"ÏjS'2, à lire T"Dj1^ ! .' , tniilos réserves faites d'ailleurs mii' la pre- 
mière et la IrDisième lellre iiiatériollemenl (Imiteuses. Puiir la linale. cf. le 
n. pr. 111. ]"D"ir2. à lire ainsi thuis la néup. ii" 17, au lieu de "JNwIm":^ 
(cf. Mitrinrsnc. dans riiisei-iptitui romaine de Laml)èse. liull. nrch. coin., 
IK'JO, p. l,S3;à lir.' ainsi, an lien de Smnj/nrsne). 

2. l'alln de I.esserl. h'nslt's ilv< ihiH'. iifric. I. 21,). 



SÉANC.F-: DU 7 SKPTKMIUÎF. 1 90() 447 

mer sans avoir sous les veux une reproduclion réelle de lori^inal 
et je m'abstiendrai de signaler les diverses lectures restituées 
auxquelles on pourrait songer dans cet ordre d'idées. 

(( Le dernier mot de l'inscription est Iranscril "l"";!! et traduit 
ex vola. L'apparition d'un tel mot dans une épilaphe est faite 
pour surprendre, d'autanl plus qu'on ne voit pas comment il 
peut se rattacher grammaticalement au contexte. Si on l'en 
détache, en comprenant, comme le fait M. Berger : a Ouinarcatz 
(= Vindex), fils de Malcatsan. Ev-voto », la formule elle-mèine 
serait aussi insolite que l'expression est peu en situation. Ce 
qu'on attendrait plutôt à cet endroit, c'est quelque qualificatif 
commandé par l'article se rapportant à l'auteur de la dédicace 
funéraire : « \'index, fils de, etc., le » Ce qualificatif pour- 
rait être un nom de métier ou de fonction, ou bien même, et 
peut-être mieux, un ethnique. Pour se prononcer, l'autopsie de 
la pierre ou, à défaut, l'estampage, serait encore ici indispen- 
sable. Sans prétendre préjuger la question, on pourrait toutefois 
se demander, vu les incertitudes propres à l'écriture néopunique, 
si le mot lu "nyjn ne serait pas par hasartl à lire en réalité : 
..."liynn, le Tahr Beaucoup de noms de lieux africains com- 
mencent par cette préformante T'a, Tha. En l'espèce, il serait 
assez tentant de songer au municipe colonial Thahraca, aujour- 
d'hui Taharka, voire à d'autres localités antiques plus voisines 
de El-Kef : Thihar, Thuburhe, Thubursiciim, etc. Toutefois la 
présence du ain dans le toponyme néopunique — si toponyme 
il y a — indiquerait plutôt une syllabe initiale vocalisée en Tha. 

« Quant à ce qui est du mot obscur par lequel débute l'inscrip- 
tion, il est bien probable que c'est celui-là même qu'on lit en tête 
de toutes ces épitaphes : N3"C, « a été érigé «, avec des ortho- 
graphes si variées. Selon M. Berger, il serait ici remplacé par 
un mot jusqu'à présent inconnu , inexpliqué et inexplicable : 
N[j]E[yJ. Mais sa transcription même, avec les caractères douteux 
qu'elle comporte, oiFre, somme toute, les éléments paléogra- 
phiques suffisants pour une restitution qui s'impose quelles que 
puissent être les apparences contraires. » 



448 



COMMUNICATION 



OBSERVATIONS SUR LE TEXTE DU Si:X.\TfS COXSULTUM BEGUEXSE, 

PAR M. AU- RED MERLIN, 

DIRECTEUR DES AMlOl IIÉS DE LA TUNISIE. 

On sait quel est rinlérêl du scnatiifi conniillufii do iiun- 
(Ihiis saillis liof/uensis et combien sont précieux les rensei- 
j^nements éi)it^raphi([ues et juridiques (ju'il nous fournit; 
il est donc important d"en établir le texte avec toute la 
rigueur possible. 

C'est à Guérin que revient l'iionneur d'avoir découvert ce 
monument épigraphique le 30 avril 1 SGO. à Henchir el Begar, 
au Sud-Est de Thala ; mais il ne le déchiiïra que partielle- 
ment. Tout le haut de la pierre (piil avait dégagée était très 
usé, rongé par une sorte de lichen (jui avait altéré prohm- 
dément la plupart des caractères; aussi, dans son Voj/agc 
archéolof/if/ucK il ne publia (pie la lin du document, la 
presque totalité de la senlentia adoptée par le sénat, onze 
lignes sur vingt-neuf. 

Wilmanns un peu [)lus tard passa au même endroit et 
entreprit de collationner la copie de Guérin : il réussit, à 
force de patience, malgré des difficultés sérieuses, à déter- 
miner, dans son ensemble sinon dans tous ses détails, la 
teneur du préambule et de la rchilio.ci il eut la bonne for- 
tune de niellre la main sur un second exemplaire, à peu 



1. I. p. ;<(M-:M»'i. n" Itii. 



TEXTE DU SI-JXATL'S COXSILTIM BKGIKXSI-: 449 

près identique au premier et malheureusement très ellacé 
lui aussi aux lig-nes du début. A son retour en Europe, 
malgré les lacunes qui subsistaient, il écrivit, pendant le 
mois d'octobre 187 i, un commentaire qui a été inséré au 
tome II de VEphenieris Ep'igraphicaK Mommsen v ajouta 
quelques remarques- et les leçons de Wilmanns furent 
imprimées ensuite au Corpus sous le n" 270. 

Quand on prépara le Supplementuni du tome VIII, 
Schmidt, chargé de ce soin à la mort de Wilmanns, révisa 
minutieusement les estampages de son devancier : quelques 
additions ou corrections heureuses furent introduites dans 
la nouvelle édition qui fut donnée au n" 11451. Il restait 
pourtant toujours à la ligne 4 de la table a (celle de Guérin) 
un groupe de sigles difficiles à expliquer et aux lignes 5 et 
suivantes des vides fâcheux et des incertitudes irritantes : 
on aurait aimé à connaître exactement et complètement les 
noms des sept sénateurs qui avaient fait partie du comité 
de rédaction chargé de libeller le séna tus-consul te, mais, 
depuis Guérin et Willmanns, personne n'avait pu travailler 
sur l'original, perdu dans une région écartée et malcom- 
modément accessible. Les deux tables de pierre y demeu- 
rèrent jusqu'en 1904. A cette date, elles furent transpor- 
tées au Musée du Bardo où elles sont aujourd'hui conser- 
vées. Il devenait possible de les examiner à loisir. 

Une première fois en 1903, lors d'une mission en Tunisie 
que m'avait confiée M. le Ministre de l'instruction publique, 
j'avais étudié certains passages qui n'avaient pas encore 
été élucidés et où cependant des traces de caractères sem- 
blaient assez apparentes pour être identifiées ; les résultats 
ne furent pas aussi satisfaisants que je l'avais un moment 
espéré. 

Mon attention fut ramenée sur ce monument au printemps 
de cette année-ci par M. le professeur Dessau, de Berlin, 

1 . 1875, p. 271 et siiiv. 

2. M., p. 2S1 et suiv. 





>' 




Seiliillis l'.itnsull mil Uni iiriisc 



TRXTE DU SI'XATIS COXSll.riWr /IHGCI^XSK 454 

qui s'occupe, avec M. Gagnât, de rassembler les éléments 
des volumineux Additamciila du tome YIII du Corpus, et 
qui me priait de procéder à une double vérification : 1" L'un 
des consuls ordinaires de 138 ap. J.-C, dont il s'ag-it à la 
table n, ligne 3, s'appelant Kanus Junius Niger, ainsi que 
nous l'avons appris récemment ', n'y avait-il pas kani Ivni 
nigrI c POMPolJNi Camerini Cos - au lieu de kvii (Willmanns) 
ou KVi (Schmidt) T Ivni etc.? 2« table /j, ligne o. début : 
^Vilmanns avait écrit in COMITIO in cvria ; Sclimidt avait 
corrigé in ComiTio m In cvria; y avait-il bien quebjue 
chose entre //? comitio et in ciiria, et pouvait-on définir 
quelles étaient ces lettres? 

Pour répondre à ces questions, je repris la tâche inter- 
rompue et, avec beaucoup de temps et de peine, en variant 
l'éclairage, en m'aidant d'estampages et de photographies, 
je suis enfin arrivé à pouvoir reproduire le texte de la table a 
dans son entier (voir la fîg. ci-jointe). 

Table a. 

La pierre est aujourd'hui brisée en quatre morceaux qui 
se raccordent; seules quelques lettres ont disparu, en tota- 
lité ou en partie, aux points où les fragments se réunissent: 

S. c. de uumiinis saltiis Beguensis In t. 

Casensi, deacripltiin"' et reccnfiiilum '^ ex lihro .len- 
tentiarum- in senain diclanvn'' Kani Juni .Mciri C. Pompo- 
ni Camerini co.s., in quo scripta erani Africani jura et id 
5. quod i. .s. est. Idihus Oct. in Comitio mm' in Ciiria .lui. scribundo 
adfiierunt* Q. Gargilius Q. f. Quir.Anliciii.t'', Ti. Cl. Ti. f. Pal. Qnartinus, 

1. Gagnât, Ann. Epiyr.. 1900, n"' 26 =56. 

2. C'est ce que pensait cU'-jà M. Vajilieri. / consoli di Roma, p. 163. 

3. iim 1 es. 

4. iim liés. 

5. nm liés. 
0. K/iriiés. 
7. iim liés. 
S. nul liés, 
y. ant liés 



452 TEXTE DU sKXATUs coxscLTCM /{/•;r;r/-;.v5/-: 

C. Oppiiis C. f. Vet. Severns, C. Ilerenniiift (J. f. l'ai. Caecili.iniis. M. Jul. 
M. f. Quir. Cluriis, P. Cassius P. f.Clu.Dexler q., P. Aoniiis. M. f.Uiif. Mac- 
rinits q.: in xenalii fuerunl^ ce... S. c. per disc[e\ssionem facl. 

10. Qiwd P. Caasius Secnndiis P. Delphius Pereyrinus Al fins Alen- 
niiis Maximiis Curlius Valerianus Proculux M. Xoniiis .Miici- 
aniis coss. rerha fecerunl-, desiderio ainicorum Liicili Africa- 
ni c. V. (jiii jielunl^ ul ei jiermiltaliir. in provincia A/'r. reçfinne 
Beffuensi lerritorio .\[n>inlami[o]riini ad Casas. nnndinas 

15. ini non. Nnvenih. et XII k. Dec. ex eo o[m.nihus mensihus 
IlII non. et XII k. sui cujusq. mensis in[s]titiiere hahere , ({uid 
fieri placerel, de ea re ita censuerunl '. 

Permillendum Lucilio Africano c. v., in provincia .\fric. 
regione Bequensi lerritorio Musu[la]mioruni ■> ad Casas, 

20. nundinas IIII non. IKovembr. el XII I\. Deceinbr. et ex en om- 
nibus mensibus IIII non. el .\II k. sui cujusq. mensis in- 
sliluere el habere eoque x-icinis advenisq. nundinandi 
dumlaxat causa coire . convenire sine injuria et in- 
commoda cujusciuam liceal. Acluni idibus Oclobr. 

25. P. Cassio Secundo, .M. .\onin .Muciano : eodem exempio 
de eadem re duae tabellae siqnatae sunl. Siqnalores : 
T. FI. Comini scrib., C. Juli Forlunali scrib.. M. Caesi Ilelvi 
Kuhelpisli . Q. Melili Unesimi , C .luli Periblepli , 
L. Vcrati Philerolis , T. Flavi Crescenlis. 

Lig-ne 3. — L'hypothèse de M. Dossau se trouve pleine- 
ment vérifiée. 

Ligne o-G-T. — I.a date et le lieu de la réunion, ainsi que 
la moitié environ des noms des sénateurs qui rédig^èrent le 
sénatus-consulte, apparaissent ici pour la première fois. 
Chez Wilmanns et Schmidt, à la ligne o, la lacune com- 
mençait après est et s'étendait jusqu'à .^crihiindo., qui même 
n'avait pas été totalement distingué sur la pierre. 

Ligne 6. — Wilmanns avait proposé avec (juelque hési- 
tation et Schmidt avait répété après lui : 

AdFvERVxT . Q. Sa/oNIVS a FOVI/NGVS///////mI aVARTlNVS, 

ce qui, à la rigueur, pouvait s'interpréter : Q. Sa\l]onius 



1. uni liés. 

2. ni liés. 
.'<. uni liés. 

4. ni liés. 

5. um liés. 



TEXTE DU SHyATUS CONSULTUM BEGUENShJ 453 

(?), Q. /'.. Ouf., \Lo]nr/iis (?) [A]ni{ensi), Quai'tinus. 

Wilmanns avait d'ailleurs ajouté cette note : vestir/ia litterae 
quae infer sa et ONivs visnnlur ad b vel r potius cjiiam ad L 
pertinero videntur ; il avait parfaitement raison puisque 
c'est Tr de Gargilius. 

Ligne 7. — C. Oppiiis C. f. Vel.Sevcrus est de Wilmanns. 

Ligne 8. — Au lieu de P. Cassius, L. f., Ac?n., Dcxter, 
je lis : P. Cassius, L. /". , Cla., Dexter. 

Ligne 9. — Après fuerunt c (Wilmanns, Schmidt) et 
avant s. c, existe un espace ayant pu contenir quatre lettres 
ordinaires ou un pou plus s'il y a des hastes droites; la 
pierre est endommagée ; mais je crois pouvoir affirmer 
l'existence d'un second c. Le sens demande ici un nom de 
nombre ', indiquant combien de sénateurs furent présents à 
l'assemblée ce jour-là ; le chiffre était certainement supé- 
rieur à 200 et il semble probable qu'il était inférieur à 300, 
la lettre qui suivait le second c me paraissant plutôt avoir 
été une barre verticale, un L sans doute, qu'un troisième c. 

A la fin de la ligne, fact se termine contre le cadre; on 
n'avait pas gravé les lettres um pour lesquelles la place fai- 
sait défaut. 

Ligne 10. — Alfius et non Alcius'-. 

Ligne 12. — Au début, anus au lieu de nus. Plus loin, 
d'après Wilmanns, ilyavait/ecerz;/!^ desiderio [sic) ; Schmidt, 
sur l'estampage, avait cru discerner fecerunt [nt liés) de 
desiderio. Il faut accepter en partie les deux copies ; Wil- 
manns ne s'est pas trompé ^ouv desiderio seul, la préposi- 
tion de qui existe sur la face h (ligne 13) ayant été ici omise 
accidentellement à cause du de qui existe en tête du mot 
desiderio ; d'un autre côté, Schmidt avait vu juste pour les 
lettres liées à la fin de fecerunt. 



1. Cf. par exemple C. 7. /.., X, 1 SOI — Dessau, Inscr. Lit. selecl.. II, 6043. 

2. Cf. Prnsnp. imp. rmn., II, p. il3. n° 111. 



454 TEXTE or sKXATi'S coxsri.riM Hi:()ri:\sh: 

Table h. 

La partie su[)érieure a beaucoup soullerl; il est inipos- 
sil)le de la déchill'rer complètement ; ce que nous avons pu 
y distinguer confirme les lectures nouvelles de la taille a. 

s. c. lie niinilinis sitllii.i lieç/ 



Co' 

5. in Comilio rii[in].'- in Cuiia Jii i\ 

lius^ Q. f. Qiiir. Antiqus 7' 

Vel. Severvs. C. Ileren n]iiis C. f. l'ul. Cm-iiliniin^. M. Jtil. M f. Quir. 
(JLinis. I'. Ciissius ir f. Cl[a. De]xt[er </. '. /'. .Vo;i((;.s .1/ /'. Onf. Mucri- 
iins If.: in senuln fiicriinl CCI...''. 

Il est inutile de recopier ci-après les lig-nes 10 à 29 : le 
texte de AVilmanns, revu par Sciimidt, est exact; il suffira 
de faire les quelques observations suivantes : 

1'' Ligne 11. — Comme sur i;i lace a, alFivs et non 

ALEIVS. 

2° Sur le cadre, à droite, il existe un F, correspondant à 
la ligne 22, surmonté d'une hedeni qui est placée à hauteur 
de la ligne 21 . 

3° En bas, l'inscription, intacte lors du voyage de 
M. ^^'ilmanns, est très mutilée, brisée ou éclatée en avant. 
Les deux dernières lignes oui totalement disparu; les 
lignes 20-26-27 n'ont survécu qu'à droite; la partie médiane 
des lignes 2'{ et 2i manque; au cenfre ;i la ligne 22, à 



1. l'iulôl Cit. (l('l)iil dp f»[s' \ quo Cn. déhiil do Ca[merini]. 

2. <)ii \o\\ très nettciiii'iil la lia>le dmili- il la «luciu- de \\\. le has du 
picmifi' jaml)a^e de Y\ . 

3. C'est la fin de [Gurijt.linx. 

4. d[a\ est assez elTacé, <>m lit ic]un(laiit daii ciiu'iil le l)as de la pause 
du C et le bas de la barre verticale de il.. l)e iiniiie la partie iiilii ieiiie de 
rX et du T de Dexler est seule conservée. 

."). Deux (^ suivis duii bas de barre droite, |)eul-éhe le resle il un b. 



TEXTE DU SIÎXATUS CU.\SL'LrCM BEGUEXSE 453 

gauche à la ligne 24 , à droite à la ligne 27, le haut des 
lettres seul a été préservé. 

Il serait tout à fait superflu de reprendre dans son en- 
semble le commentaire de ^^'ilmanns; nous voudrions sim- 
plement faire ressortir en peu de mots l'intérêt du texte, 
tel que nous l'avons complété et corrigé. 

Si les anciennes difficultés d'interprétation se sont éva- 
nouies, une nouvelle a surgi : ligne Tj, in comitio rvm in 
CVRIA IVL. La formule in Comitio in Curia Jul[ia) était cou- 
rante et on la retrouve assez souvent sur des monuments 
de l'époque impériale'; on comprend d'ailleurs aisément 
qu'on ait associé la Curia Julia, siège ordinaire des séances 
du sénat, au Coniitiuni^ sur une partie duquel elle avait été 
construite , et au fond duquel elle s'ouvrait. Ce qui est 
déconcertant, ce sont les lettres rvm qui s'entrelacent sur 
les deux exemplaires, d'une façon anormale, entre les deux 
termes de la phrase. La lecture paraît absolument sûre, 
mais nous ne savons pas comment expliquer ces sigles. 
On pourrait songer à ROM(rté') ou ROM(rt;w), mais l'y, au lieu 
de l'o, avant I'm, exclut cette tentative d'éclaircissement. 11 
y a là une question dont la solution est à chercher. 

Sur les sept sénateurs qui ont préparé la rédaction du 
document, trois seulement figuraient dans l'édition de 
Wilmanns- : C. Oppiiis C. f. Vel. Severiis ; P. Cassius L. 
f. Cla. Dexler (avec Aeni. au lieu de Cla.\; P. Noniiis M. 
f. Ouf. Macrinus. Ce savant avait pensé en outre que 
devant M. /'. Quir. Clarus (ligne 8) des vestiges de lettres 
permettaient de restituer, à la fin de la ligne 7 : [Sex. 
Eru\ciu[s\ et que ce personnage avait été consul iteruni en 
liO. Cette conjecture n'était pas fondée. Celui qui est cité 
en realité, M. Jul[ius) M. f. Quir. Clarus, se montre à nous 
pour la première fois. 

1. Par exemple dans les Actes des Jeux Séc ilaifcs sous SepLime Sévère 
{<:. 1. L.. VI, p. 32iX 3210 . 

2. Ephem. ep'ujr., II, p. 277. et ';. /. L.. Vlll, u' 27iJ ut 11*51. 



436 LIVRES OFFERTS 

Les trois autres membres du comité de rédaction sont , 
d'après notre lecture : 

Q. G;ir(jiliiis Q. f. Quir. .\nti(i ii us 
Ti. Cliiiidiiis Ti. f. l'nl. Qiinrliniis, 
C. Herennius <J. f. I':il. Caecilianus. 

Ce dernier n'est pas mentionné jusqu'ici dans la Proso- 
pographia imperii romani ; nous ne pouvons donc préciser 
quelles fonctions il a remplies. Nous sommes mieux fixés 
sur le cursus de Ti. Claudius Quartinus, qui a été léjj^at de 
Tarraconaise en 119, probablement consul suffect en 1Î30 et 
légat de Germanie Supérieure en 134-, quatre ans avant la 
date du S. c. Beyue.nse'^. Un Gar<>'ilius Antiquus a été pro- 
consul d'Asie sous Hadrien''; c'est sans doute lui qui se 
rencontre ici ; nous apprenons quel était son prénom et sa 
tribu, ce que nous ij^-norions. 

L'inscription d'Henchir-el-Begar, datée du l.'i octobre 138, 
indépendamment des détails qu'elle nous livre sur le jus 
nundinarurn dans les g-rands domaines sous ri^mpirt' et sur 
l'étendue du territoire des Musulaniii, nous apporte aussi, 
comme on peut le constater, des notions curieuses sur la 
composition du sénat au début du rè<jne d'Antonin. 



I.I\KES oFFLUTS 



Le SiccHiiTAini!: peupiîtiel dé|)OS(' siii- \r hmeau les ('(>inj)lcs reniltia 
des séances de l'Acadéniie, fascicule de juillet. 

1. Pntsiiji. iiiiji. faut.. I. p. :\'.Ki, u" 's-2: ci'. III. \>. Il i, m" ". 
•2. hl., Il, p. I m, 11 il. 



SKAXCE DU 14 SEPTEMBRE 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

L'Académie fixe au vendredi 16 novembre prochain la date 
de sa séance publique annuelle. 

M. G. \'illain invite les membres de l'Académie à visiter, mer- 
credi prochain, les dernières fouilles du Marché aux fleurs. 

M. E. Babelon commente deux passages de l'historien Polybe, 
dans lesquels il est parlé du prix des voyages dans la haute 
Italie au if siècle avant notre ère et de la solde des légionnaires 
romains. M. Babelon s'attache à démontrer que, dans Polybe 
comme dans Plutarque, le terme ohole a le sens d'a.s lihral ou as 
pesant une livre de 3"27 grammes. De là il résulte que le voya- 
geur, séjournant dans une hôtellerie de la haute Italie, payait une 
somme équivalant à 25 ou 30 centimes pour sa nourriture et son 
logement. Quant à la paye des soldats, M. Babelon l'évalue à 
2 deniers et demi environ pour le fantassin, à 4 deniers et demi 
pour le centurion, à 7 deniers et demi environ pour le cavalier. 
Mais le soldat était tenu de payer sur cette solde sa nourriture, 
son entretien et son équipement : le questeur en retenait l'évalua- 
tion '. 

M. Gagnât commente une inscription de Garthage relative à 
un personnage nommé Sex. Appuleius ; il admet que ce per- 
sonnage est le mari d'Octavie, sœur aînée d'Auguste. Les Gartha- 
ginois lui avaient élevé une statue, peut-être dans le Gapilole "-. 

M. G. Perrot commence la lecture dune notice sur l'histoire 
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 

1. \oïv ci-après. 

2. Voir ci-après. 



458 

COMMUNICATIONS 



SLll UKIX PASSAGES DK IMd.VBi;. 
yolK Di: -M. ERNEST BABELON , MEMliRE DE l'aCADÉMIE. 

I 

En parlant du nord de l'Italie et de la fertilité extraor- 
dinaire de la vallée inférieure du Pô et des plaines dominées 
par les Apennins. Polybe (II, lo) nous donne le détail sui- 
vant : i< \'oici, dit-il, une preuve concluante du bon marché 
et de l'abondance des vivres en ces contrées. Les voyageurs 
qui s'arrêtent dans les hôtelleries ne discutent pas du prix 
de chaque chose en détail et séparément, mais ils demandent 
combien l'on prend par voyageur. Lo plus souvent, l'hôte- 
lier s'engage à fournir tout ce qui est nécessaire, poui- un 
semis d'un quart d'obole, et il est rare que ce prix soit 
dépassé ». 

Ainsi, le voyageur est logé et nourri à raison d'un semis 
ou demi-as [r,'^.'.x7(jxpiz'f) par jour, et pour préciser la valeur 
de ce semis, Polybe ajoute : -zj-c oï è's-rr, tét^ptcv [j.ipz: 
z^o'koj'. ce semis est Ir (finir/ ilo l'ohole. C'est lii, dans la 
pensée de l'écrivain, un bon marché extraordinaire ; il veut 
donner un exemple de la modicité des prix de toutes choses 
dans un pays dont la fertilité est telle, ajoule-t-il, <■ que 
les expressions me maïupient pour l'exprimer ». 

Je rappelle (jue Polvlio (|ui naquit à Megalopolis en 
Arcadie, entre 210 et 2()o av. J.-C.. vint en Italii- après la 
défaite de Persée en 168, (,'t qu'il y passa la plus grande 
partie du reste de sa carrière; il mourut pouitant dans sa 
ville natale vers l'an 12.'). C'est dans les trente dernières 
années de sa vie (|u il rédigea son (vuvre histori((ue ; le pas- 
sage que je viens de rapporter nous place donc dans le troi- 



DEUX PASSAGES DE POLVBE 4o9 

sième tiers du second siècle qui précède notre ère, c'est-à- 
dire dans cette période de prospérité inouïe où Rome, depuis 
assez long-temps déjà, débarrassée d'Annibal, achevait la 
conquête, à la fois, de la Grèce et de Carthage. 

Comment a-t-on essayé d'interpréter ce passage? Les 
traducteurs et commentateurs de Polybe se contentent de 
dire, comme Félix Bouchot: « L'obole était le sixième de la 
drachme et valait 15 centimes », C'est bientôt dit; car, du 
moment ([ue notre voyageur ne paie qu'un quart d'obole, il 
s'ensuit qu'il n'avait qu'à débourser le quart de 15 centimes, 
c'est-à-dire 3 centimes 3/4, — moins d'un sou ! On conçoit 
que dans ce cas-là, comme le dit, Polybe, le voyageur n'ait 
pas réclamé le détail de sa note. 

Ce qui est plus singulier, c'est de constater que des 
savants, spécialistes des plus autorisés, aient admis d'aussi 
invraisemblables calculs. Voici, en effet, comment s'exprime 
à ce sujet, M. J. Marquardt : « Du temps de Polybe, dit-il, 
dans le Nord de l'Italie, un voyageur payait habituellement 
à son hôtelier, pour l'ensemble de la dépense de chaque 
jour, un demi-as (semis) ou un quart d'obole, c'est-à-dire 
4 pfennigs, soit fr. Oo centimes • ». 

Fr. Hultsch admet le même calcul; comme le quart 
d'ohole, chez les Grecs après Alexandre, était un dichalkon, 
il croit que dans l'équation « le semis est un quart d'obole », 
Polybe a voulu comparer la menue monnaie romaine et la 
menue monnaie grecque. Cette équation, ajoute-t-il, n'était 
pas exacte, puisque le 1/2i'' de la drachme = le 1/32'' du 
denier romain ; mais pour un aussi petit compte que celui 
dont il s'agit, l'erreur est insignifiante et négligeable-. 

On se rend très bien compte du raisonnement et du 
calcul qu'ont fait les savants que je viens de citer et dont 



1. J. Mai-quardt, De l'orcfnnisalion finnncière chez les Ilonuiiua. ti-iicl. 
A. Vigie, p. 65. 

2. Fr. Hultsch, Grierh. iiml riiniische Melroloyie. 2" édiL. p. 253. 

1906. 3i 



400 DEUX PASSAGES DE POLYBE 

je me propose de contester l'opinion. A l'époque où Polybe 
écrivait, on était à Rome sous le régime delas oncial, c'est- 
à-dire de l'as pesant théoriquement 27 grammes ; le semis 
qu'on frappait alors était par conséquent de l'^gr. .'50. Que 
représente donc, comme valeur, ce poids de bronze de 
13 gr. ')0, prix, suppose-t-on, d'une journée de dépenses 
dans une hôtellerie? D'abord, par rapport au denier d'argent. 
Puisque le denier romain valait alors 10 as onciaux ou 
10 as de 21 grammes, l'as oncial étant le 1/10" du denier, 
le semis ou demi-as équivalait à 1/20'' de denier. Par con- 
sé(|uent, si l'on admet que Polybe a en vue le semis tel 
qu'il était frappé de son temps, un voyageur dans une 
hôtellerie italienne, vers 150 ou 140 av. J.-(i.. dépensait 
quotidiennement une somme représentée par un poids d'ar- 
gent de Ogr. 19, ce qui est nécessairement une somme tout 
à fait insigniliante, quel que fût le pouvoir de ce métal. En 
effet, Ogr. \\) est seulement la 2i*' partie du denier romain 
de 4 gr. 55, et cette 24" partie ne saurait représenter qu'une 
somme moindre de cinq centimes. 

Et ce qui semble confirmer ce calcul, c'est que Polybe 
ajoute, ou plutôt, paraît ajouter (jue le demi-as ou semis 
était l'équivalent d'un quart d'obole grecque : tcjtc oï ïhti 
TÉTap-ov [j.ipoç bfjzkz^j. Or, le quart d'obole grecque qu'on 
suppose que Polybe a en vue, a paru être, sans contestation 
possible, le quart d'obole du .système attique, presque uni- 
versellement répandu dans les siècles (pii suivirent 
Alexandre. L'obole allique étant de gr. 72, le (juart 
d'obole ou tartémorion, équivalant au dichalkon de bronze, 
est de Ogr. 18. Or, tout à l'heure, en calculant sur l'as 
oncial, nous avons abouti à un poids d'argent de Ogr. 19. 
Il semble donc bien, à première vue, que Polybe, dans le 
passage précité, nous dise que le semis romain de son temps 
était l'écpiivalent du tartémorion atticjue, et nous venons 
de vcMifier 1 exactitude prestjue parfaite, — à un centi- 
granun»; près, — de cette assimilation. 



DEUX PASSAGES DE POLVlîE 46l 

Et cependant, malgré lexactilude de ces calculs, est-il 
adniissilîle qu'un A'oyag'eur ait pu être logé et nourri pour 
moins de o centimes par jour? Faut-il imputer à Polybe une 
semblable absurdité? 

Je ne le pense pas, et je me propose de démontrer que 
Polvbe a dit une chose raisonnable, seulement qu'on l'a 
mal interprété. On s'est trompé sur le sens qu'il donne au 
mot oholc. Pour Polybe, comme pour les autres écrivains 
g-recs qui parlent de la monnaie romaine et en transcrivent 
les évaluations dans leur langue, le moi ohole a le sens d'as 
lihral ou as d'une livre. Le voyageur paie à son hôtelier un 
demi-as ou semis qui équivaut, nous dit Polybe, à un quart 
d'obole, c'est-à-dire à un quart d'as libral, autrement dit à 
un quart de 327 g-rammes, soit 81 gr. 75. Il s'ag-it en réalité 
d'un poids de bronze, non pas de 1 3 gr. 50, mais de 81 g'r. 75, 

Polybe exprime la paye du voyageur en se servant d'une 
monnaie de compte, suivant un usage courant. En monnaie 
de son temps, le semis théorique de 81 g-r. 75 correspondait 
à trois as onciaux de 27 grammes. C'est donc comme si 
l'écrivain grec aA^ait dit: le voyageur paie à son hôtelier 
3 as, de ceux que l'on frappe aujourd'hui à Rome. Comme 
l'as oncial était le I/IO*^ du denier d'arg-ent de 4gr. 55, il 
équivalait à gr. 455 d'argent. D'où il suit que 3 as onciaux 
ou un semis de compte (quart d'obole ou d'as libral) équi- 
valaient à 1 gr. 365 d'argent, c'est-à-dire à près d'un tiers 
de denier. Donc, si l'on évalue le denier à Ofr. 90, le 
voyageur de Polybe payait à son hôtelier environ 25 ou 
30 centimes. C'est peu, sans doute, mais c'est raisonnable. 
11 ne faut pas oublier que Polybe nous parle d'un bon 
marché exceptionnel ; d'ailleurs, j'ai entendu dire que 
naguère encore, en Chine, on pouvait voyager à ce prix. 

II 

Pour justifier les conclusions que je viens de présenter 
en postulat, il me faut, à présent, démontrer deux points 



4()2 DEUX PASSAGES DE POLYUE 

essentiels: 1" ()ue le sens donné au mot ohole par Polybe 
est bien celui de liv/-o do hronzc ou d'as Uhral\ 2" Que la 
monnaie de compte dans laquelle la paye du voya<i^eur est 
exprimée, se rapporte au système scnii-IiLral. 

J'ai dit plus haut que chez les auteurs grecs. Vas lihral 
c'est-à-dire l'as primitif, était désigné par le terme à' obole- 
En voici des exemples certains. Plutar({ue \Piihlicola, 11) 
faisant allusion à la loi Julia Papiria De mulclarum aesti- 
inalione.àeV^n de Home 1324 (130 av. J.-C.V^ qui fixa en 
numéraire des amendes établies antérieurement en tètes de 
bétail, dit que le mouton fut estimé à 10 oboles et le bœuf 
à 100 oboles: -^v lï -'.\):'^^ -poSxTOU ;jiv s^sAo', $r/.a.^cyç oà éy.x-ôv. 
Tout le monde a reconnu sans hésitation ((ue dans ce passage 
le vi\iAol)ole désignait l'as romain libral '. Et en effet, on 
ne peut pas dire que le prix du mouton était fixé à 10 oboles 
dans le sens grec, et celui du bci'uf à 100 oboles, d'abord 
parce que ce prix eût été trop infime, et en second lieu, 
parce (jue l'obole n'a jamais été une monnaie romaine. Il 
est clair que Plutarque traduit, comme Polybe, le terme as 
libral par iêsAsç. Suidas et d'autres lexicographes byzantins 
définissent: 'Aasâpia •ci V^zi-zi. « Les Grecs, remarque 
Mommsen à celte occasion, ont constamment traduit aes 
grave par iSoXi;'-. » Ainsi, pour les auteurs grecs évaluant 
en monnaie romaine, roi)ole est 1 as libral ou as d'une livre 
(327 grammes). 

Pourquoi les Grecs ont-ils traduit as libralis par c6:a;ç ".' 
Ce serait, je crois, faire fausse route t[ue de chercher la 
réponse à cette question dans l'assimilation de l'obole 
irrecuue des colonies de l'Italie méridionale avec l'unité 



O" 



icq 



monétaire indigène apj)elée nunifniis. L'explication me 
paraît plus sim[)K' : il faut se reporter au sens originaire du 
mot bîzKÔ;. Ce mol, comme son synonyme i6sA((j/.cç, signifie 
d'abord éj}ieu^ Jjroche, saumon de mêlai, et il désigna pri- 



MuinmstMi-IÎIiU-îis. Monix. mm.. 1. II, p. '.V^. 
.\lniiiiii>.cii-l!liicas. /oc. cil. 



DEUX PASSAGES DE POLYME 4()3 

mitivement les lingots de fer ou de cuivre (jui, avant la 
monnaie d'argent, servaient aux échanges et avaient la forme 
de barres ou de broches allongées. Je n'ai pas besoin din- 
sistersurces zczKzi, iSsXotou ôês/aV/.ci, monnaie rudimentaire 
qui resta en usage jusqu'au temps de Phidon d'Argos : la 
tradition grecque rapporte que ce dernier en fit placer un 
certain nombre en ex-voto dans le sanctuaire de Héra, après 
qu'il les eut démonétisés en inventant la monnaie d'argent. 
Quand Epaminondas mourut, il était si pauvre, dit-on, 
qu'on ne trouva dans sa maison, pour toute fortune, qu'un 
vieil cêsAiV/.cç en fer. Je ne rappellerai pas les fables qui 
circulaient au sujet de cette primitive monnaie de fer à 
Sparte, où sous le nom de rA'kavop^ elle se conserva dans 
l'usag-e plus longtemps qu'ailleurs : l'unité en pesait une 
mine éginétique, de même que l'as romain primitif pesait 
une livre. On conçoit dès lors aisément que les écrivains 
grecs, comme Polybe et Plutarque, aient assimilé à la 
vieille et lourde monnaie de fer ou de bronze des Grecs, la 
monnaie de bronze primitive des Italiotes et de Rome et 
Paient désignée par la même expression, sécXir. Pour eux, 
le vieil aslibral, depuis longtemps démonétisé mais demeuré 
monnaie de compte, était tout naturellement l'ancien bSoXàq 
des Romains. 

Le sens du mot iocXi; étant ainsi fixé, ce n'est cependant 
pas le système libral dont Polybe se sert dans son calcul ; 
c'est le système semi-libral. 11 prend soin de nous en avertir, 
en nous disant que le semis dont il parle équivaut à un 
quart d'obole ou d'as libral ; donc, l'as correspondant à ce 
semis valait la moitié de l'as libral. Tous ceux qui ont 
quelque notion de l'histoire de la monnaie romaine savent 
que l'as romain, après avoir pesé une livre pleine (327 gr.), 
subit à travers les âges des dégradations pondérales succes- 
sives que nous font constater les très nombreuses pièces 
parvenues jusqu'à nous. De loin en loin^ des dispositions 
législatives intervinrent pour régulariser et sanctionner ces 



46 i DELX PASSAGES DE POLVBE 

diininuliuiis de la monnaie et les rendre légales. Après Tas 
libral ou d'une livre, on eut donc la période légale de l'as 
semi-libral ou as d'une demi-livre (163gr.50) : l'époque où 
débuta le système semi-libral ne saurait être fixée, mais 
nous savons exactement le temps où elle inil lin à Rome. 
Ce fut lors de l'inauguration de la frappe de la monnaie 
d'argent dans l'atelier du Capitole, en 269 av. J.-C. 485 
de Rome). En même temps que l'on créait le denier, on mit 
lin légalement au régime de l'as semi-libral, en créant l'as 
Iriental ou as de 109 gr. lo. Plus tard, on eut l'as sextantaire 
de r)4gr. .-iH ; puis, l'as oncial de 27 gr. 29 fut institué en 
217 av. J.-C. (.'J'n de Rome), l'année de la bataille de Tra- 
simène : j'ai dit plus liant cpi'au temps de Polvbo on était 
sous ce régime de l'as oncial. 

Mais au fur et à mesure de sa suppression légale dans les 
émissions monétaires, chacun de ces as qui avaient circulé 
pendant une longue période de temps, demeura dans l'usage 
comme monnaie de compte. Le plus répandu et le plus 
tenace fut las libral qui resta l'unité dans les comptes à 
Rome, aumoins jusqu'à la fin delà République ; lesexemples 
en sont trop nombreux et le fait est trop connu pour (pie j'y 
insiste '. Mais rien ne s'oppose à ce que les autres as 'somi- 
llhral, frienlal, etc.) qui avaient été monnaie réelle, res- 
tassent aussi employés comme monnaie de compte. C'est 
le cas qui se présente dans le passage de Polybe cpu' nous 
examinons. 

Pourquoi, nous demanderons-nous maintenant, Polybe 
se sert-il, comme monnaie de compte, du système semi- 
libral au liiii du système libral plus généralement usité? 
C'est que Polvbc nous transpoilc au Xord-b'st de l'I-'lrurie 
vers la riche valliH- du Po. et il se sert de la monnaie de 
conq)l(' t-n usage dans cette contrée. N'était-ce donc [)<)inl. 



1. \'()ycz des cxemj)lcs dans .1. M;iic|M;ir(lt , Do roDjunis.ilion /iii;iniii''rr. 
p. 10. 



DEUX PASSAGES DE POLYHE 465 

là comme à Rome, l'as libral? Apparemment non, et voici 
pourqnoi. 

C'est que dans cette région qui frappa monnaie avant que 
Rome lui imposât sa domination et en fermât les ateliers 
monétaires autonomes, le système de taille employé pour 
le bronze fut le plus ordinairement le système semi-libral. 
On le peut facilement vérifier, pour FOmbrie, par exemple. 
Les as de Tuder pèsent loO g-rammes, et les autres pièces de 
la série ont un poids correspondant '; il en est de même des 
as dig'uvium qui, avec leur poids maximum de 194 grammes, 
se rattachent également au système semi-libral-. Les 
Etrusques ont taillé tout leur bronze suivant le système 
semi-libral, le poids de l'as variant de 201 à 177 grammes-^. 
Dès lors, on comprend que, dans cette partie du Nord de 
ritalie, après la disparition de la monnaie réelle, le comput 
semi-libral soit demeuré dans l'usage ; voilà pourquoi 
Polybe l'emploie, presque en s'en excusant, ou tout au 
moins en l'expliquant par une phrase incidente, dans le 
passage que j'ai voulu expliquer et qui maintenant, si je ne 
m'abuse, ne nous laisse plus la moindre incertitude. 

Dans ce même chapitre consacré à la fertilité des plaines 
du Pô, Polybe nous dit encore : « L'abondance du blé y 
est telle que, de nos jours, on a vu plus d'une fois, le 
médimne sicilien de froment ne valoir que quatre oboles; 
celui d'orge, deux oboles ; et le métrète de vin ne pas coûter 
plus qu'une mesure d'orge... » 

Or le médimne est une mesure qui contenait 52 litres 1/2, 
c'est-à-dire plus de 2 1/2 de nos boisseaux. Gomment 
admettre, quel que soit le bon marché qu'on suppose, que 
2 boisseaux 1 /2 de blé soient payés seulement 4 oboles 

1. Voyez Mommsen-Blacas, t. I, p. 389. 

2. Mommsen-Blacas, t. I, p. 398. 

3. Le poids maximum de l'as étrusque n'excède pas 234 grammes 
W. Deecke, Etruskische Forschungen, 2" fasc.. p. 21; Michel SouLzo, 
Introduction à l'étude des monnaies de l'Italie antique. ])rcmière partie, 
p. i4. 



466 DEUX PASSAGES l)i: l'OLYBE 

grecques, c'est-à-dire un peu plus dune demi-drachme ? 
Comment admettre également que le mclrétès de vin qui 
contenait iO litres, ait pu être payé seulement 2 oboles? 
C'est invraisemblable et c'est cependant la conclusion à 
laquelle, jusqu'ici, les commentateurs se sont cru forcé- 
ment conduits ^ 

Il est aisé de voir ([u'ici encore l'obole désiji;-ne l'as 
libral. Si le médimne de blé est payé 4 as libraux, c'est-à- 
dire 1.30(S grammes del:»ronze, comme le denier romain du 
temps de Polybe valait 10 as onciaux de 27 «i^rammes, c'est- 
à-dire 270 grammes de bronze, il s'ensuit ({ue les 4 as 
libraux de 1.308 grammes équivalaient à 4 deniers 3/4 
environ, ce qui est encore, pour le nu'dimne de blé, un prix 
exceptionnel et d'extrême abondance, puisque Cicéron con- 
sidère comme très modéré, de son temps, le prix de 
4 sesterces, c'est-à-dire un denier pour le mo(Iius(8 litres 75) 
ce qui fait 6 denici-s pour le médimne'-. On conçoit de 
même que le métrétès de vin (40 litres) ait coûté 2 as libraux, 
c'est-à-dire 24 ou 25 as onciaux, soit 2 deniers 1/2 : c'est 
encore un bon marché extraordinaire, mais, somme toute, 
raisonnable : le résultat auquel jaboutis me semble justifier 
par lui-même mon interprétation. 

III 

Il y a encore un autre passage dans lequel Polybe emploie 
le mot nhole pour désigner une monnaie romaine. C^ est 
quand il parle de la paye du .soldat romain sous la Répu- 
blique. Je (lois rapj)eler ce texte en entier, bien (pi'il soit 
très connu et qu il ait été souvent commenté : 

" T>a solde des fantassins, dit Polybe (VI, 3!l. 12) est de 
deux oboles par jour ; celle des centurions est le double ; les 

1. l)iiic;ni (le I,;i M.illc. Econinnie poli Itif tic îles /fo/d.inix. I. I. p. 107; 
.1. Mi\r(|u;irill . dp. cil., j). tiri. 

2. iJiiri'iiu de I.a -Malle, JùuiKiinii' ]jtili(i(iiie tics lliiiit:iiiis. 1. I. p. Kis. 



DEUX PASSAGES DE POI.VRE 467, 

cavaliers reçoivent une drachme. La ration de pain pour 
l'infanterie est, au plus, la moitié d'un médimue attique; 
pour la cavalerie, elle est de 7 médimnes d'org-e par mois, 
et de deux de blé. Celle de l'infanterie des alliés est la 
même. Les cavaliers ont un médimne et un tiers de blé, et 
cinq d'orge. Ces provisions sont gratuites pour les alliés; 
quant aux Romains, le questeur retient sur leur solde une 
certaine somme pour le blé, pour les vêtements et pour les 
armes. » 

D'après le contexte, il s'agit ici d'une solde relativement 
élevée. Polybeveut attester que les Romains savaient encou- 
rager les soldats, les flatter et exciter leur courage, ce qu'il 
présente comme l'une des causes de la force de Rome et de 
l'expansion de sa puissance. Donc, le fantassin reçoit 
2 oboles; le centurion, i oboles; le cavalier, 1 drachme. 
On a cherché à se rendre compte de ce que pouvaient bien 
représenter ces tarifs. Sansparler des anciens auteurs comme 
Le Beau ' et Dureau de La Malle-, voici comment les cri- 
tiques plus récents ont interprété ce passage. Pour 
Fr. Hultsch, les 2 oboles du fantassin sont des oboles 
grecques équivalant à un tiers de denier, le denier étant 
assimilé à la drachme grecque (il y avait 6 oboles dans la 
drachme). L'opinion de Hultsch est adoptée par Marquardt : 

« Au temps de Polybe, dit ce dernier, le légionnaire romain 
touchait par jour 2 oboles, le centurion 4 oboles, le cavalier 
une drachme. Puisque Polybe (d'après Hultsch) regarde la 
drachme comme avant la valeur du denier, 2 oboles forment 
1/3 de denier, ou bien, selon l'ancien mode de compter, 



1. Le Beau, De la paye du soldai léyionnaire, dans les Mémoires de 
V Académie des inscriptions, t. XLI, p. ISl elsuiv. 

2. Dureau de La Malle, Économie politique des Romains, t. I, j). 13 i : cf. 
Lelronne, Considérations (jénéralessurl'évalualion des monnaies grecques 
et romaines, p. 27 ; Germain Garniei-, Mémoire sur la valeur de la monnaie 
de compte, p. 34. Pour la solde militaire à l'époque impériale, voir: 
Domaszcwski. dans les iVeJie Ileidelherger Jahrbûcher, t. X, p. 218 et suiv. 



468 DEUX PASSAGES DE POLYBE 

3 as 1/3; ce qui. pour le fantassin, pour une année de 
3G0 jours, porte la solde à 1.200 as, pour le centurion à 
2.400 as, pour le cavalier à 3.600 as'. » 

Ainsi, d'après ces savants, le fantassin romain, particu- 
lièrement bien traité, reçoit seulement un tiers de (Jenierpav 
jour. Le denier pesant 4 gr. 35; le tiers du denier est pon- 
déralement de 1 gr. 52. Quelle que soit la puissance de l'ar- 
gent, un poids de 1 gr, et demi de ce métal ne peut être 
(|u"une valeur tout à fait infime, je dirai impossible à 
admettre. Ce n'est certainement pas cela qu'a voulu dire 
Polybe, car après des détails sur la ration de pain que 
reçoivent les soldats, il ajoute : « Le questeur retient sur 
leur solde une certaine somme pour le blé , pour les vête- 
ments et pour les armes ». C'est, d'ailleurs, ce que recon- 
naît M. Marquardt lui-même : « Les fournitures faites par 
l'Etat, dit-il, en habillements, en armeset en vivres, venaient 
en déduction de la solde à payer à chaque soldat^ », Que 
veut-on donc dire que le questeur ait pu retenir sur une 
solde de 1 gr. o2 d'argent qui donnait environ 46 grammes 
pour un mois, soit 10 deniers? Il sufïit d'exposer de pareils 
calculs pour en faire ressortir l'invraisemblance. 

Il en sera tout autrement si nous admettons que Polybe 
se sert, comme tout le monde, de l'as libral comme monnaie 
de compte, et que le terme d'obole, ici encore, signifie as 
libral de 327 grammes. Dès lors, nous aurons le tableau 
suivant pour la solde des soldats romains : 

Fantassin : 2 ol)oles ou 2 as libraux, soit ()54 grammes 
ou 24 as onciaux. 

Centurion : i oboles ou 4 as libraux, soit 1 .308 grammes 
ou 48 as onciaux. 



1. .T. M;ii((iiiir(ll, De l'organisnlioii finnncirro. \^. 118. 

2. Mar(Hiarcll, o/j. cit.. p. 117. 



DEUX PASSAGES DE POLYBE 469 

Cavalier : Une drachme valant 6 as libraux !puis(jue la 
drachme a 6 oboles), soit 1 .902 grammes ou 73 as onciaux 
environ. 

Ces sommes traduites en ar^^ent romain du temps de 
Polybe, cest-à-dire dans le système oncial, nous donnent: 

Fantassin: 2 deniers et 4 as onciaux. 
Centurion: 4 deniers et 8 as onciaux. 
Cavalier : 7 deniers et 3 as onciaux. 

Ce résultat esl-il excessif et invraisemblable? Nullement, 
car nous lavons remarqué, le soldat doit payer sa nourri- 
ture, son entretien et son équipement. Aussi, on ne déli- 
vrait pas, en réalité, cette somme à chaque soldat; l'Etat 
en retenait, — Polybe nous le dit, — par l'intermédiaire du 
questeur, une partie fixée pour l'évaluation des vivres, des 
vêtements et des armes, et le compte était réglé générale- 
ment après une campagne ou après chaque semestre K Le 
questeur n'avait donc à payer journellement à chaque soldat 
que la moindre partie du tarif indiqué plus haut. C'est ce 
qui fait que les évaluations de la solde des troupes chez les 
auteurs anciens sont très variables; car sans nous le dire, 
les uns comptent le tarif plein, comme Polybe, les autres 
parlent seulement du stipenclium etl'ectif, du salaire réel. 

Il y a peu de sujets d'étude qui aient été traités aussi 
souvent que celui de la solde des troupes chez les Grecs et 
chez les Romains, et si les résultats auxquels ont abouti les 
savants qui ont abordé cette question sont très variables, 
même discordants, il semble que le thème soit épuisé et 
qu'en l'abordant une fois de plus, on risque simplement 
d'ajouter une opinion nouvelle à toutes les autres, sans 
grande chance de rallier tous les suffrages. Aussi je me 
suis abstenu de traiter le sujet dans toute son étendue : j'ai 

1. Marqiiai-fU, op. cit., p, 116. 



470 INK INSCRIPTION DE CARTHAGE 

voulu seulement préciser un point spécial en ce qui concerne 
le témoig-nag-e de Polybe et montrer que chez cet historien, 
comme dans Plutarque, le terme d'icsAÔ; aj)pliqué à la 
monnaie romaine a le sens d'as lihral, monnaie de compte, 
et qu'on s'est trompé en donnant à cette expression le sens 
grec d'obole, sixième partie de la drachme, celle-ci étant 
à peu près assimilée au denier romain. 



NOTE SLR UNE INSCRIPTION DK CARTHAGE 

RELATIVE A SEX. AIMULKllS, 

PAR M. R. CAGNAT, PRÉSIDENT DE l'aCADÉMIE. 

Le dernier fascicule du Bulletin de la Société archéolo- 
(jique de Sousse contient, parmi les inscriptions de Carthage 
publiées par le P. Delattre, un texte (|ui est digne de iixer 
l'attention; c'est celui qui ligure, en fac-similé, p. 189, 
sous le n" 2 : 

11 mérite mieux que les quelques mots ajoutés par notre 
confrère : 

« Le personnage dont le nom a été gravé en plus grands 
caractères à la première ligne, paraît ètreSextus Appuleius 
qui fut consul lan 29 avant notre ère. Son nom se lit aussi 
dans un texte grec découvert à Pergame. A signaler à la 
seconde ligne le titre de préteur urbain. » 

Ce qui frappe à première vue dans cette inscription, telle 
qu'elle a été donnée , c'est la foime des caractères ; il est 
évident qu'ils appartiennent au début de l'époque inqiériale, 
de préférence au règne d'Auguste : il sullit pour s'en con- 
vaincre, de se reporter aux spécimens que M. Ilûbner a 
donnés dans ses Excnijda scripturae cpi(jrapliiciic et que 
j ai re])roduits d'après lui. dans mon Cmirs. tr/'jiifjrajiliic '. 

1. Troisième édition, p. 1 cl pi. I. 



LNt: INSCRIPTION DII CARTIIAGE 



471 



Ces lettres un peu sèches mais élégantes ont perdu la rai- 
deur des caractères de l'époque de César, sans avoir encore 
la souplesse de ceux qu'on devait employer au temps des 
Flaviens ou des Antonins; les G, avec leur tète supérieure 
un peu trapue et la courbe inférieure remontant légèrement 
en pointe, sont peut-être les plus probants. 




Si, laissant de côté l'apparence du texte, on considère sa 
rédaction, on remarque tout d'abord une particularité : le 
nom du personnage est indiqué au nominatif. Cette façon 
de faire est celle qui caractérise les elogia. h^elof/iiini est 
une inscription relative à un grand personnage où les noms 
qu'il portait étaient suivis de la mention de ses honneurs 
et des particularités les plus mémorables de son existence; 
qu'il soit rédigé en vers ou en prose, il n'y a pas, à cet 
égard, de différence. Mais il existait deux sortes à'elogium, 
qui ont, d'ailleurs^ une origine commune, les elogia hono- 
ritîques et les elogia funéraires. 



472 UNE INSCIUI'TION Dl:: CAHTIIAGt; 

Les premiers, introduits à Home d'assez bonne heuie, 
furent surtout en lionneur au temps d'Auguste. Celui-ci lit 
placer autour de son forum les statues des g'énéraux illustres, 
des triomphateurs, des grands personnages de la Rome 
républicaine ' ; on sait que certains municipes imitèrent 
l'exemple de la Capitale : on a trouvé des ebxj'ui analogues 
ou même tout à fait semblables à ceux de Rome, dans les 
villes de Pompei, de Lavinium, d'Arretium. Bien plus, ce 
qui est particulièrement à noter, il en fut ainsi à Carthage. 
Le P. Delattre a publié plusieurs fragments relatifs à des 
personnages de l'époque républicaine ou du i" siècle-, où 
Ton a reconnu des restes d'elogia, et l'on en a conclu que la 
colonie de César et d'Auguste avait tenu à se conformer, en 
cela comme sur bien d'autres points, aux leçons des Romains 
de Rome -^ « Non contents, dit M. Audollent ', d'exalter 
leurs propres gloires, les Carthaginois, imitant l'exemple 
donné à Rome par Auguste, célébraient encore sur la pierre 
et par le marbre, les hommes qui, à toutes les époques, 
avaient bien mérité de la patrie. C'est ce qu'attestent 
quelques morceaux d'inscriptions où l'habileté de J. Schmidt 
a déchilfré les noms de L. Calpurnius Bestia, de P. Sulpicius 
Galba, consuls en 64:^=111 et (iiti^lOS, de Caius ou 
Cnaeus Papirius Carbo, leur contemporain, et de Sexlus 
Vettulenus Cerialis, (jui se distingua au siège de Jérusalem, 
où il commanda la V'" légion macédonienne. Si l'on se 
refuse à assigner au forum ces débris sortis l'un de la Malga, 
les autres de Damous el Karita ion ne sait rien d'un autre, 
sinon qu'il provient de Carthage i, ils témoignent du moins 
du patriotisme très hospitalier des Carthaginois. » 
M. Audollent ajoute en note : « 11 pourriiit se faire aussi 
que ces tituli aient été fixés au Capitole. » 

1. Cf. mon Cours, Tciiiçiniiihie. p. i-'îiel larlick' /-./o;/!»;/! du Dictionnnire 
(les anlitiuilés ijreciiues el ruinaines de M. Saj^lio. 

2. Corp. insrr. lai., VIII, 12535-12538. 

3. Cor}), inscr. lui.. VIII. 12536. 
i. CarlUaije. p. 232. 



LISE INSCRIPTION DE CARTIIAGE 473 

D'autres clogia, contemporains des premiers et dont 
l'usage persista assez long-temps, sont funéraires; les ins- 
criptions des tombeaux des Scipions sont célèbres; mais les 
recueils épig-raphiques en contiennent bien d'autres: celui 
de Cn. Calpurnius Piso ^ et celui de P. Claudius Pulcher à 
Rome-; dans la même ville, celui de C. Papirius Carbo -^ 
et celui de C. Cestius Epulo ^ gravé sur le mausolée appelé, 
à cause de sa forme « pyramide de Cestius » ; celui de 
M. Plautius Silvanus ■' et celui de P. Plautius Pulcher •• à 
Tivoli; celui de L. Munatius Plancus^ près de Gaète; celui 
de L. Junius Silanus^ à Tusculum. 

Une habitude des rédacteurs d'eZo^/a,qui n'est pas incon- 
nue tout à fait aux inscriptions honorifiques où le nom du 
personnage se présente au datif, est que la rédaction du 
texte y est parfois brisée, pour ainsi dire, en deux parties; 
après lénumération des honneurs réguliers du personnage, la 
phrase s'arrête; puis ses titres de gloire sont spécifiés dans 
une ou plusieurs nouvelles propositions qui commencent 
par hic, hiiic, hune, comme dans l'exemple suivant qui pro- 
vient précisément de Carthage^^: 



hic in omn[ibiis honoribus candidadis] 
Caesariun [fuit]; 

hune Imp. T. Caes[ar Divi f. Veapasianus Aug.] 
triumphaturus [de Judaeis donavit donis] 
coronis muralih[us ii etc. 

1. Ccrp. inscr. lai., XI, 1276. 

2. Ihid.. 1282. 

3. Ihid.. 1317. 

4. Ihid., 1374. 

5. Ihid.. XIV, 3606. 

6. Ihid., 3607. 

7. Ihid.. X,60S7. 

8. //)('(/.. XIV, 2500. 

9. Ihid.. \'III, 12J36 (inscription de Cerialis : aulres exemples de tour- 
nures analogues: Dessau, Insc. sel., 984, 986, 1022, 1023, 1056, etc. 



474 UNE INSCRIPTION DK CARTHAGE 

Pour ces différentes raisons il nest pas possible de douter 
que l'on soit ici en présence dune inscription de cette 
nature ; tout au plus peut-on se demander si le frag'ment 
appartient à un elogium honorifique ou à un elo(jium funé- 
raire. Le seul argument que l'on puisse apporter en faveur 
de cette dernière supposition est la présence du mot sepiil- 
chruni dans la suite du texte; cet argument est sans valeur: 
en ellet, le mot senatus qui se lit à la ligne précédente ne 
pouvant s'entendre que du sénat de Rome, il semljle bien 
({u il soit question d'un sépulcre sis également à Rome. On 
verra en outre ci-dessous qui fut ou peut avoir été cet Appu- 
leius, et l'on comprendra combien il est peu probable qu'il 
ait été enterré à Carthage, sur Byrsa ou ailleurs. On peut 
donc dire que nous sommes en présence d'un clo(jiuni hono- 
rifique; la plaque de marbre qui le porte était jadis encas- 
trée sur la base d'une statue. 

Cette conclusion, si on l'adopte, n'est pas sans importance 
pour la restitution du texte lui-même ; elle nous force à 
admettre que le texte ne dépassait pas en largeur la dimen- 
sion d'une base de statue ordinaire, soit à peu près i mètre, 
La partie conservée mesure environ U "' 40, auxquels il con- 
vient d'ajouter la place pour le S de Scx[tus)^ k gauche ; il 
doit manquer la moitié du texte, à droite. En conséquence, 
les restitutions ne doivent pas excéder cette longueur. 

Resterait ;t fixer ces compléments; ils dépendent, en 
partie, de hi personnalité ;i laquelle le texte est dédié. Le 
P. Delattre a émis l'opinion (pie le titulaire « paraît être 
Sex. Appuleius, (pii fut consul en l'an 2'.> avant notre ère ». 
C'est une atlirmation à hupielle. il est. je pense, bien ditli- 
cile de se rallier; de tous les Sex. Appuleius connus à cette 
époque, c'est peut-être celui auquel il faut le moins songer. 

Ceux-ci sont au nombre de (puitri' : 

1" Ou premier en date les auteurs ni' disent rien ; on 
sait par une inscription gri'C([ue de Pergame', (pi il épousa 

1. ./,■(//;•/). i\cr l'rciixs. Kiiitsls;uiiiul iin;i .. IHS'J. p, Sj. 



UNE INSCHIPTION DE CARTHAGE 47S 

Octavie l'aînée, sœur de l'empereur Auguste ^ Il était donc 
apparenté de très près à la famille impériale. 

2° De ce mariage naquit le Sex. Appuleius dont parle le 
P. Delattre; il est cité sur une inscription d'Aesernia ' ainsi 
conçue : Sex Appuleio Sex. f. imp[eratori)^ co[n)s{uli), 
augiiri, patroiio; les Fastes triomphaux nous indiquent, en 
outre, qu'il reçut les honneurs du triomphe ex Hispania^ 
comme proconsul-^; enfin il arriva au proconsulat d'Asie^. 

3® Son fils, qui s'appelait aussi Sex,, n'est guère plus 
connu que son g-rand-père. Les Fastes consulaires portent 
son nom à l'année 14 ap. J.-C. Il épousa peut-être uneFabia 
Numantina duquel il eut un fils : 

4° Sex Appuleius, Sex. f., Gai., Sex. n., Sex. pron., mort 
jeune, semble-t-il, à Luna et auquel sa mère éleva un tom- 
beau; elle termine son épitaphe par ces mots qui, dans le 
cas présent, sont d'une importance particulière : ultimo 
gentis suae'^. Ainsi, ce fut le dernier de la famille et nos 
recherches ne doivent pas descendre plus bas. Celui qui 
figure sur le texte de Carthage est donc nécessairement un 
des quatre qui viennent d'être mentionnés. 

Lequel? C'est ce qu'un des mots de l'inscription, le plus 
intéressant de tous, nous permettra peut-être de décider; 
je veux parler de celui qui commence la seconde ligne : 
Julialis. Ce mot n'est pas le surnom du personnag-e, car, 
d'une part, il n'existe pas comme nom propre et, de l'autre, 
les Appuleius que nous connaissons ne portent point de 
surnom, ainsi qu'il arrivait fréquemment à cette époque 
pour les grands personnages. Mais on ne peut s'empêcher 

1. Il ne faut pas confondre celte Octavie avec Octavie la jeune, femme 
de Marcellus et ensuite d'Antoine ; lune était fille d'une Ancharia (Prosop. 
imp. rom., II, p. 429); l'autre, d'Atia Aricina (t/jû/., p. 130'. 

2. Corp. insc. lat., IX, 2637. 

3. //)/(/., I (2<- édit.\ p. 50, 77, ISl. 

4. Cf. la Prosop. imp. rom., I, p. 118, et Pauly-Wisso\va,iîeci/e/icyc/opa(/ie, 
I, col. 259. 

5. Corp. insc. lai., XI, 1362. Cf. Prosop. imp. rom., I, p. 119. 
1906. 32 



476 UNE INSCRIPTION DE CARTHAGÉ 

(le remarquer qu'il est formé comme un certain nombre 
d'autres, tirés de gentilices impériaux: Flavialis, Claudialis, 
Ulpialis, lesquels sont des épithètes accompagnant d'habi- 
tude les substantifs flamen , sacerdos , sodalis et désignant 
des prêtres attachés au culte des empereurs divinisés. Or 
nous savons qu après la mort de Jules César on lui donna 
un flamine et qu'il fut créé en son honneur im troisième 
groupe de Luperques appelés Luperci Julii\ on fonda, dit 
Dion Cassius', une confrérie y;v IcjXixv v/À\r,ax'). Antoine, 
flamine de César, en fut le chef'^. Ceux qui se sont occupés 
de la question ont noté que les inscriptions ne font jamais 
mention de ce titre '■. Il semble bien que le texte de Car- 
thage le contenait et qu'il faille restituer à la fin de la pre- 
mière ligne [sodalis, sacerdos ou flanien] Julialis. La ligne 
entière a dû se présenter ainsi : 

jEX-APPVLEIVj sex.f. flamen 

ce qui remplit exactement la lacune que nous avons sup- 
posée. 

Dès lors il devient bien difficile de penser que cet 
Appuleius est le consul de l'an 29 avant notre ère ; car, 
d'un coté celui-ci, sur l'inscription qui nous le fait connaître, 
n'est pas paré du titre de prêtre de César, et de l'autre, il 
y reçoit celui d'augure, dignité qui devrait être citée sur 
notre texte immédiatement à côté de son autre dignité sacer- 
dotale, soit avant, soit après, et qui n'y h'gure pas; elle ne 
saurait y avoir figuré (ju'à la fin de la seconde ligne, dans 
la partie manquante. 

Mais on comprendrait fort bien que le titre de flamine 
de César ait été donné au mari d'Octavie, au beau-frère de 
l'empereur, lorsque disparut celui (jui l'avait porté le pre- 

1. Dion. XLIV, 6. 

•_>. //)(V/., XLV. .30: Cm-. PhUij».. Mil. i:-. 

3. Beiirlicr, Le culte inipérini, p. s(i. 



UNE INSCRIPTION DE GARTHAGE 477 

inier, Antoine, lui aussi beau-frère d'Auguste; le sacerdoce 
ne serait pas sorti de la famille. 

Gomment se persuader aussi, si ce texte devait s'appliquer 
au consul de 29, qu'il n'y fût pas fait mention, parmi les 
titres de g-loire du titulaire, spécialement énoncés à la troi- 
sième lig"ne, du triomphe remporté sur les Espagnols? On 
pouvait le taire dans l'inscription d'Aesernia ou j)lutôt 
l'exprimer seulement par le mot imperator ; ici il était 
nécessaire d'en parler sous une forme tout à fait solennelle 
et d'écrire comme dans des cas analogues ^ : Hic ex 
Hispanis triuinphavit, etc. 

Je ne vois pas, non plus, toujours à cause de Tépithète 
de Jiilialis, qu'on puisse songer au consul de l'an 14. La 
création des sociales Augustales, chargés précisément du 
culte de la gens Julia, en cette même année 14, dut faire 
disparaître par absorption le collège des Jiiliales ; ce qualifi- 
catif ne peut guère avoir été inscrit sur une inscription pos- 
térieure à la mort d'Auguste, ce qui serait sans doute le 
cas de celle-ci, si nous l'attribuions au troisième des Appu- 
leius précités. 

En conséquence, je serais disposé à regarder le Sex. 
Appuleius du texte, qui fait l'objet de cet article, comme 
le plus ancien de tous, le mari d'Octavie l'aînée. Ce n'est 
pas le seul souvenir de la famille d'Auguste qui subsiste 
au musée de Garthage'. M. Audollent a rappelé qu'on y voit 
une tête de femme, à la chevelure retroussée sur le front, 
où MM. Babelon et Reinach ont reconnu une Octavic'^, et 
un bas-relief, consacré à Auguste, où est figuré le jeune 
Marcellus '. Ge serait alors à cause de sa parenté avec 



1. Corp. insc. Lit., XIV, 3606: hiiic senaliis Irininphalin nrnainenta 
decrevît oh res in Illi/rico hene gestas: ■ — ihiiL, X, 6()s" : lriumi)havit ex 
Baetis. 

2. CnrUuuje, p. 61i. 

3. Catal. du Musée Laviçferie. p. 2s, pi. \l. 2. 
i. Ihid.. p. 29, pi. VI, i. 



478 SÉANCE DU 21 SEPTEMBRE 1906 

Tenipereur que Ton aurait honoré ainsi ce personnage à 
Carthage, peut-être dans la cour du Capitole. 

Quant aux compléments des trois dernières lignes, il est 
impossible de les préciser. Un seul détail est assuré ; il est 
certainement fait mention en dernier lieu d'une statua 
pcdestris, qui aurait été décernée à Appuleius. Si Ton vou- 
lait absolument proposer des suppléments, au risque de 
tomber dans la pure imagination et comme possibilité des 
dIus incertaines, je proposerais quelque chose comme : 

sE X A P P V L E I V 5 scx. f. flamen 

IVLIALIS- Q- PR- VRB 

HVNC-SENATVS- mCampiim martium piihlicc in 
SEPVLCHRVm ialiornm' cffenindum et statua 
FED EST/-; houorandnm censiiit 



SÉANCE DU 21 SEPTEMBRE 



PRESIDENCK DI-: M. R. GAGNAT. 

M. G. Pkrhot contiiuie la lecture de sa notice sur riiistoire 
de rAcadémie des inscriptions et belles-lettres, destinée à un 
ouvrage en préparation. 

M. Cac.nat ;uiiiniicc ;i l'Académie qu'il ;i reçu de M. le com- 
mandant (iuiMiiu, c(uuni;iu(l;in( le cercle de Soulv-Ahras, trois 
inscriptions que cet ollicier a trouvées aux environs de Tébessa. 

Les doux prcmirrcs ]irovienneut d'une localité appelée A'ïn- 

1. On suil (lue le ( (mibcaii (le la f/c/is ./(//(.( riait sidivau < lliaiiip de Mars. 
et qu'il contenait non soulcnicnt les restes ilc César, mais ceux de dillé- 
rents membres de sa famille. CL Homo, Lexique de lopoyr. romaine, 
p. j2é. 



SÉANCK DU 21 SEPTEMBHE ll)0(> 479 

Kamellel située à une cinquantaine de kilomètres de Tébessa, 
vers rOuest-Sud-Ouest : 

t" Pierre haute de 0'" 50, larj^e de ()'" 45; lettres de (»'" 05 : 

e X A V C T O R i t a t e 
IMP NERVAE TRAIANI 
CAES AVG GER DACICI 
L-MINICIVS N ATA LIS 
LE G AVG PRO PR 
I N T E R A \' G ET ' 

M \^ S \' L XXXI 
P M P I I D C C C 

Le léyat L. Minicius Natalis était à la tête de la Xumidie en 
104-105. 
2° Pierre haute de 1 mètre, large de 0'" 45; lettres de 0™ 05: 

EX A \^ C T R / f a f e 
(sic) IMP NENERVaf Iraiani 
CAES AVG GER Tiacici 
C O S \' I I M P XIII 
L ACILIVS STRABO CLOD 
IVS NVMMVS LEG AVG 
P R P R I N T E R 
A \^ G ET M V S V L 

Date : 116/117. 

La troisième a été trouvée à Ksar-el-Boum (Tasbenti, à une 
quinzaine de kilomètres de Tébessa, dans la même direction. 

eX K\ Ci: 0\l il at c 
îMP NER TRA/iH// 
CAES AVG GER Dacici 
L-MINICIVS X Atalis 
LEG AVG PRO PR in ter 



480 SÉANCE DU 21 SEPTEMBRE 1906 

MVSVL-ET TISIBENe 
NSES II-A-I/ 

CCCCLXXII 

Ces pierres marquaient la limite fixée au temps de Trajan entre 
le territoire abandonné à la tribu des Musulames au Nord; au 
Sud, dune part, une propriété de l'empereur (pierre 1 et "2); de 
l'autre, une peuplade ou une municipalité encore inconnue, les 
Tisihenenses ou Tisil)enneiises. 

A l'aide d'une subvention de TAcadémie, M. l'abbé Breuil a 
étudié six cavernes ornées de peintures et de f^^ravures, de la pro- 
vince de Santander, sous la conduite de M. Alcalde de! Hio et 
du R, P. Sierra, leurs inventeurs. Ces cavernes sont : 

I"" Hornos de la Peiîa.qui présente exclusivement des gravures 
où se reconnaissent chevaux, bisons, bouquetins et une extraor- 
dinaire figure anthropo'ide munie d'une queue, peut-être un singe ; 

•2" San Isabcl, où se trouvent quelques grossières images, d'une 
anliquilé peul-êlre moins reculée, faites avec le doigt sur le pla- 
fond argileux ; 

W" Covalanas, à H;imalès, ornée de fresques rouges ponctuées, 
figurant un cheval, un l)(euf, de nombreuses biches; 

•i" La Ilaza, toute voisine de la précédente, et contenant des 
peintures de la même technique, où 1 ou reconnaît des chevaux 
et des canidés; 

5" La \'enta de la Ferra, à Molinar (Hisca'ie), mais à quelques 
mètres de la jjrovince de Santander. avec des gravui-es très 
archa'iques de bison et d'ours des cavernes: 

6" La grande grotte de Castillo, à Puente \ iergo,qui est rem- 
plie de nombreux dessins gravés ou peints. Les gravures, les 
unes légères, les autres plus creusées, figurent dos chevaux, des 
cerfs, des biches, des bisons, des bouquetins. Les peintures se 
subdivisent en : ;* i mains cernées de rouge, comme à (largas 
(découverte de MM. (>arlailiiac et Kegnault); b) dessins linéaires 
primitifs, noirs ou rouges, de chevaux, bisons, cerfs ; c) dessins 
du même genre, mais plus modelés; c/i fresques polychromes 
sendjjables à celles d'.Vltamira , et figurant exclusi\ emenl des 
bisons; e) des figures rouges diverses, disques, figures lecti- 



SÉANCE DU 28 StPTEMBRK 1906 481 

formes, scaliformes ou scutiformes. La ligure la plus remar- 
quable est celle d'un éléphant dessiné en rouge, et qui semble 
diirérer du mammouth. Cet ensemble complète heureusement 
ce que, grâce aux travaux de MM. Rivière, Cartailhac, Capitan, 
Daleau et l'abbé Breuil , on savait de cet art remarquable des 
tribus de la lin de l'âge de la pierre taillée. 

Les dessins et pastels exécutés par ^L l'abbé Breuil sont desti- 
nés à la publication d'ensemble entreprise par S. .V. S. le prince 
de Monaco. 



LIVRES OFFERTS 



Le SEcnKT.^iRE perpétuel dépose sur le bureau la 2<' partie du 
tome XXXVIII du recueil des A'^olices et extraita des mnniiscrits <h' la 
Bibliothèque nationale (Paris, 1906, in-4°). 



SÉANCE DU 28 SEPTEMBRE 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

^L le Secrétaire perpétiel donne lecture de la lettre suivante 
de M. le commandant Espérandieu, correspondant de l'Aca- 
démie : 

Les Laumes, le 27 septembre 1906. 

Monsieur lo Secrétaire perpétuel. 

Les fouilles d'Alise se poursuivent et apportent, chaque jour, leur 
contingent de découvertes, dont quelques-unes sont, je crois, des 
plus intéressantes. De ce nombre est le mode de construclion des 
huttes gauloises, de celles du moins qui ont existé sur le Mont- 



4S2 



SÉANCE DU 28 SEPTEMB1U-: IDOIJ 



Auxois. Elles n'étaieiil ni en pierres sèclies, ni en cliaume, mais en 
lerre cuite, et les débris que j'aurai ])roc]iainement l'honneur de pla- 
cer sous les yeu\ de l'Académie ne lui laisseront, je l'espère, aucun 



doute à cet égard. 




Après avoir éj^'alisé, et peut-être creusé (picKpic |)cu le sol sur 
i'ciuplacemenl de la hutte, les Gaulois du Monl-Auxois étal)lissaient 
un (•layoiinai,'-e peu serré qui servait (h' carcasse à la construction 

l'iiliMi'. Ils rcsrlaient ensuite ce cL'noMiian'e d'une coucIh' de Icrr»^ à 



SÉANCE DU 28 SEPTEMBRE 1906 483 

})rique, do ™ 02 d'épaisseur environ, et souineltaient le tout à 
l'aclion du feu. Comme il est facile de s'en rendre compte par la 
façon dont la terre a été cuite, le feu était placé des deux côtés. Sur 
les débris de hutte que nous avons recueillis, la trace des clayons 
est nettement visible, et leur grosseur, qu'il est possible d'apprécier, 
ne dépassait généralement pas un centimètre. La dureté de ces 
débris est remarquable ; il est probable toutefois, encore que rien ne 
nous en ait fourni la preuve, que la solidité de la hutte était accrue 
par une couche de terre ou de chaume extérieurement placée. Cette 
protection était même, à ce qu'il semble, d'autant plus nécessaire, 
que de courtes fissures, par lesquelles la pluie aurait pu pénétrer, se 
produisaient, sur certains points de la carapace, et provenaient du 
retrait de la terre à brique pendant la cuisson. 

Parmi les sculptures fournies par les fouilles récentes, la plus 
importante me paraît être une statue de chef gaulois. La tête et le 
bas des jambes font défaut, mais l'armement et le costume sont 
curieux. Cette statue est, je crois, à rapprocher : pour l'armement, 
du guerrier de Vachères que possède le Musée Calvet d'Avignon ; 
pour le costume, à part le manteau, des figures de captifs de l'arc 
de Saint-Remy et de certains des combattants du mausolée de Saint- 
Remy et de l'arc d'Orange. 

Je dois citer aussi : 

1" Les images de trois têtes coupées, aux yeux clos, qui rappellent 
d'assez loin celles d'Entremont, et sont, en bas-relief, sur des pierres 
dont je ne puis indiquer la destination (fig. p. 482); 

2° La tête dune statue de femme, de grandeur à peu près natu- 
relle ; 

3" Une étrange figure de cavalier paraissant assis sur une selle 
dont la forme rappellerait la selle arabe. La pierre est malheureu- 
sement dans un tel état, qu'il est difficile de se prononcer. 

Des photographies de tous ces objets sont jointes à cette lettre. 

Veuillez bien agréer. Monsieur le Secrétaire perpétuel, l'hommage 
de mon respectueux et profond dévouement. 

M. Héron de Villefosse annonce qu'il a reçu du docteur Carton 
une lettre l'informant d'une découverte faite, il y a quelques 
jours, à Sousse par le lieutenant MoUier, chargé de la direction 
des fouilles des catacombes en l'absence de M. l'abbé Leynaud. 

En exécutant des sondages, à peu de distance des galeries 
récemment déblayées, les tirailleurs ont rencontré une galerie 
plus large que les autres et dans un état excellent de conserva- 



484 



LIVRKS OFrERTS 



tion. Le serg-enl Moreau s'y est engag^é en ram|)ant et a pu la 
suivre pendant une cinquantaine de mètres. L'n soldat y a péné- 
tré après lui : on a pu ainsi dresser un j)laii approximatif de 
huit galeries qui s'étendent sur un espace de "200 mètres environ. 
Il existe sur ce parcours un lucernaire assez large par lequel il 
sera facile de retirer les terres. 11 est possible — et tel est Tavis 
du lieutenant Mollier — que ces galeries se relient à relies qui 
ont été déblayées jusqu ici ; il est possible aussi qu'un se trouve 
en présence d"un groupe loul à fait (liifércnl et offrant d'autres 
caractères. 

M. G. Perrot achève la lecture de sa notice sur lAcadémie 
des inscriptions et belles-lettres. 

M. Clermont-Ganneal- fait une communicatit^n sur quelcpies 
passages de la Chronique samarilaine publiée par M. Xcubauer 
et de certaines autres chroniques orientales. 



LnRES OFFERTS 



M. L. Delisi.e présente de la part de l'auleiir, M. le chanoine 
Ulysse Chevalier, un ouvrage intitulé : Notre-Dame de Lorelte. Kliide 
hislorifjiie sur l'aulhenlicité de la Santa Casa Paris, l'.lOO, in-S"!. 

I);iiis ce romar(|ual)le ouvrage de critii|iic hisloiique, noire corres- 
pond.iiil, M. le cli^iiioiiu' Ulysse Chevalier, a mis en luiiiiric l'orii^ine 
et la singulière fortune dune des plus étonn.inlcs lé^emii-s qui aient 
eu cours dans les temps modernes, la translation de la Santa Casa, 
on maison de la Sainte Vierj,''e, de Na/.aretli à Loretle, vers la fin du 
xin'" siècle. Lauleur a monlri' l'irisi^^nc fausseté des documenls sur 
lesquels on a voulu ra]i|in\ cr. cl i|ui ont fait seulcinml leur a|)|)ai'i- 
tion peu avant l'auure ! kTJ. Il eu suit les développeuienis pas à 
pas.juscpià nos jours, et reueliaînemeut des témoignantes ne peut 
laisser aucun doute «lans l'esprit des lecteurs les plus aveuglément 



LIVRES OFFERTS 485 

prévenus. S'il y avait un reproche à adresser à l'auteur, ce serait la 
profusion des textes qu'il a réunis et cpii sont un curieux exemple de 
la facilité avec laquelle sont accueillies, répandues et développées 
les plus extraordinaires légendes. 

M. Chavannes a la parole pour un hommage : 

« J'ai l'honneur de présenter à l'Académie deux volumes de 
M. le D'" S. \V. Bushell intitulés Chinese Art. Le premier volume 
traite de la sculpture, de l'architecture, des bronzes, de la ciselure 
sur bois, sur ivoire et sur corne, des laques et des jades; le second 
volume est consacré à la céramique, au verre, aux émaux, aux 
bijoux, aux tissus et à la peinture. Comme on le voit, le domaine 
dans lequel se meut l'érudition de l'auteur est infiniment vaste; on 
pouvait craindre que l'ampleur même du sujet ne rendit impossible 
toute étude approfondie et précise; mais le D"" Bushell, qui est un 
collectionneur doublé d'un pliilologue, et qui a le respect à la fois 
des monuments et des textes, a vaincu la difficulté; s'abstenant des 
théories générales qui seraient actuellement prématurées, il a su 
grouper et classer tous les faits déjà acquis en apportant lui-même 
un très grand nombre de faits nouveaux; il a coordonné et enrichi 
nos connaissances. Son ouvrage sera désormais indispensable à 
toutes les personnes qui voudront étudier l'art chinois ; il marque 
une des étapes de la science. » 

M. Ant. Thomas présente de la part de l'auteur, M. Alfred Leroux, 
un mémoire intitulé : Le sac de la cité de Limoges et son relèvement, 
iSlO-UGi (Limoges, 1906, in-8°). 

M. Clermont-Ganneau dépose sur le bureau les livi^aisons 16 à 25 
du tome Vil de son Recueil d'archéologie orientale, dont voici le 
sommaire : § 31. Les stratèges nabatéens de Madeba. — § 32. La 
chiliarchie d'Héphaestion et les Nabatéens. — § 33. Ancien rituel 
grec pour l'abjuration des Musulmans. — §§ 34-35. L'édit byzantin de 
Bersabée. — § 36. La marche de Saladin du Caire à Damas avec 
démonstration sur Kerak. — § 37. Deux alabastra Israélites archaïques 
découverts à Suse. — § 38. Un épitrope nabatéen à Milet. — ^38 bis. 
Localités antiques de la Pala^stina III». — § 39. Le scarabée sigillaire 
chez les Arabes. — § 40. Épigraphie palmyrénienne. — § 41. Fiches 
et notules : Saint Tarabô et la rage. — La piscine Probatique et la 
Béthesda. — Chebîn « parrain ». — Saint Georges. — Le roi Dacianus . 
— Jezabel. — Le mont 'Aûf et le prophète Élie. — Les poissons et la 
violation du sabbat. — Itinéraire de Gaza au Caire, — Modestus et 



te 



486 SAUVEPLANTADE 

l'histoire de l'orgue. — Augustus, fils de Iulius. — Le 12^ mois copte. 
— Béthanie. — La semoule. — Cierges de Noël. — 'Ali, le mazkir de 
Mahomet. — Le stratège nabatéen Ellhemos. — L"aétos sémitique. — • 
Dauphins et poissons volants. — Noms puniques nouveaux ou inexpli- 
qués. — Le Mons Syna de Césarée. — Jésus dans la tradition sama- 
ritaine. — § 42. Sur une inscription grecque du Ilaurân. — Additions 
et rectifications. —Tables. — Planclws 111, IV, V. (Paris, 190G, in-S».) 



APPENDICE 



NOTE SUR SAUVEPLANTADE, PAR M. LE MARQUIS DE VOGÏJÉ, 

MEMHRE DE l'aCADÉMIE, 

LUE DANS LA SÉANCE DU 6 JUILLET 1906'. 

Sauveplantade , Sih)a plantata , aujourd'hui petit village 
situé sur le bord de TArdèche, paraît avoir eu une certaine 
importance à l'époque romaine. On y a trouvé, il y a 
quelques années, un autel en pierre blanche sur lequel nous 
avons relevé l'inscription suivante : 

I O M 

LOCVMHVNC 
L V A L E R I \' S 
. . R T I V S 
. . NSTITVITE. 
. . NS. . .AVIT 
c'est-à-dire : 

Jovi Ojjlimo Maxuiio Inciun /unie Luciiis \'idi'rius Martius 
constituit et cousue ravit . 

Il y avait donc en ce lieu, vers le second siècle de notre 
ère, un sanctuaire consacré à Jupiter. 

Sous le régime carolingien, Sauveplantade pai-aît avoir 

1. Voir ci-dessus, p. :2.ss. 



488 



SAIVEIM.ANTADE 



été le chef-lieu de la Vicairerie ou <■ \'ip^uerie » Sihatensis 
qui embrassait la région boisée de Herg, Saint-Maurice et 
La Gerce ; une ég'lise sous le vocable de saint Pierre y 
existait à la même époque'. Un prieuré y fut fondé par 
l'abbaye bénédictine de Cruas. et dura jusqu'à la Iiévolu- 
tion. 




L'é|j:lise actuelle est la chapelle de l'ancien prieuré; elle 
date au plus tard du commencement du xii'' siècle et con- 



1. HoucliKT. Ilisl. (lu Va\ir;iis. I, pp. :i2l, 595, 597. 



SAUVEPLANTADE 489 

tient des détculs d'une date certainement antérieure ; elle est 
admirablement conservée et, sans l'atlVeux badig^eon blanc 
dont on l'a récemment barbouillée, elle offrirait encore 
aujourd'hui l'aspect vénérable de ses premières années. Elle 
est très petite •, mais très solidement construite selon les 
principes sévères de l'école cistercienne. Le plan est des 
plus simples : une nef de deux travées, un transept et trois 
absides. L'ossature est formée de vigoureux arcs en plein 
cinlre, doubleaux et formerets qui supportent des voûtes 
d'arêtes sans nervures ; au centre, à la place où on s'atten- 
drait à trouver une coupole, se voit une construction des 
plus intéressantes, une pyramide octogonale, portée par 
des trompes d'angle et se terminant en tronc de cône, par 
l'elfacement graduel des arêtes; un clocher carré, appuyé 
sur les reins de la pyramide, en embrasse l'extrémité tron- 
quée et dresse, au-dessus du toit surbaissé de l'église, ses 
deux étages percés de fenêtres. 

Cette disposition est extrêmement rare; pour ma part, je 
n'en connais pas d'autre exemple ; d'ordinaire les pyra- 
mides creuses sont au sommet non à la base des clochers ; 
on peut rapprocher de la pyramide de Sauveplantade la 
curieuse série de pyramides de l'église Saint-Ours à Loches 2, 
la coupole ovoïde de Saint-Honorat -^ les quelques coupoles 
coniques citées par M. Enlart^ ; tous ces tracés diffèrent 
par quelque côté de celui de Sauveplantade. L'épaisse 
couche de badigeon qui couvre la surface intérieure de la 
pyramide m'a empêché d'en étudier complètement le système 
de construction. Je crois bien qu'à part les trompes, qui 

1. Voici ses principales dimensions : 

Longueur totale hors-œuvre 14,60 

Largeur de la nef hors-œuvre 5,S0 

— — (lans-iruvre 3,25 

— du transept — 2,55 

2. Viollel-le-l)uc, Dicf. mis. de l'urchilertiire fr.. t. IV. p. 361. 

3. Révoil, Arcliileclure roniiine. 

i. Manuel d'archéologie, (. I, p. 2K0. 



490 SAUVEPLANTADE 

sont certainement appareillées, le reste ne forme qu'une 
masse de blocage avec parement en assises horizontales de 
pierres plates, posées en encorbellement ; malgré le badi- 
geon, on distingue à peu près les assises qui ont une épais- 
seur moyenne de 20 à 25 centimètres. Le poids de cette 
masse concrète et du lourd clocher carré qui la surmonte est 
considérable ; l'épaisseur des quatre gros piliers et des 
quatre grands arcs a été calculée en conséquence; le tout 
est d une solidité qui a bravé les siècles. Le grand arc qui 




sépare le transept de la nef a été renforcé par un fort dou- 
bleau porté par des pilastres qu'on a arrêtés à 2 '" 1 (> du sol 
et soutenus par des colonnes antiques en granit gris qui 
proviennent évidemment des ruines du temple romain de 
Jupiter ; l'une d'elles porte encore son astragale ; toutes 
deux oH'rent vers le milieu de leur hauteur un renllement 
caractéristi(|ue de 0" Oî-. Les chapiteaux posés sur ces 
colonnes sont le morceau le plus intéressant de cet intéres- 



SAUVEPLANTADE 



491 



sant monument ; ils sont franchement byzantins ; ce sont 
des (v abaques » k deux faces trapézoïdales ornées de ro- 
saces , sculptées en méplat, d'un faire découpé de saveur 
tout orientale ; antérieurs au xi'^ siècle, ils proviennent pro- 
bablement de l'église primitive qui a succédé au sanctuaire 
païen. 

L'église ne contient pas d'autre détail sculpté ; les cor- 
niches qui couronnent les piliers du transept sont de simples 
biseaux ; celle qui contourne le doubleau supplémentaire 




des piliers de la nef a une moulure un peu plus étudiée, 
mais encore très simple. 

Les fenêtres rares et étroites, sont sans aucun ornement; 
la porte extérieure n'est pas moins simple : arc appareillé 
en plein cintre, sans aucune moulure ; il y avait sans doute 
autrefois une porte intérieure communiquant avec les bâti- 
ments claustraux : elle a disparu sous le badigeon. 

L'étage inférieur du clocher est percé de fenêtres gémi- 
nées d'une disposition assez intéressante ; les chapiteaux 
ont une forme pyramidale allongée qui rappelle aussi le 
goût byzantin ; ils sont munis, sur le devant, d'une console 



492 SAUVEPLANTADE 

(jui rappelle aussi certaines dispositions syriennes. A l'étage 
supérieur du clocher pend encore une jolie cloche du com- 
mencement du xvi" siècle portant l'inscription suivante en 
caractères gothiques : 

-|- IHS XPS REX VENIT IN PAGE DEUS HOMO 1Ac(t)vS EST. 

Une petite figure de Christ et une petite figure de Vierge 
sous des dais historiés complètent la décoration. 

La pyramide de l'église de Saint-Orens signalée par 
M. Brutails (ci-dessus, p. 327) diirère de celle de Sauve- 
plantade en ce sens qu'elle est à plan carré, sans trompes 
d'angle : elle n'en est peut-être ([ue plus intéressante, 
parce qu'elle ne procède pas des efîorts faits pour couvrir 
un espace carré par une surface polygonale, conique ou 
sphérique : elle est plus isolée. 



Le (icniiif. A. l'icAiti). 



MAi;nx, l'HOTAT KRKIIF.S. IMI'niMlîUHS 



( 
( 



COMPTES RENDUS DES SÉAiNGES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 190G 



PRÉSIDENCE DE M. R. GAGNAT 



SÉANCE DU 5 OCTOBRE 



PRESIDENCK DE M. R. GAGNAT. 

M. HoUeaiix, directeur de l'Ecole française d'Athènes, adresse 
à l'Académie la note ci-après que M. \\'illielm X'olig'ralT, ancien 
membre étranger de l'Ecole d'Athènes, chargé de cours à l'Uni- 
vei'sité d'Utrecht, a rédigé sur ses fouilles à Argos : 

« Les fouilles d'Argos ont été reprises cette année le 10 juin 
et terminées le 1'*' septembre. Voici les principaux résultats de 
cette nouvelle campagne : 

« Au pied Est de la Larissa, à un peu plus de 100 mètres au 
Nord du théâtre antique, se voyait un gros mur de soutènement 
polygonal, au-dessus duquel s'élevaient les ruines d'un bâtiment 
romain en briques. La terrasse soutenue par le mur polygonal a 
été déblayée entièrement : on y a trouvé le soubassement d'un 
petit temple en tuf. Le bâtiment romain a aussi été exploré à 
fond : il contenait les réservoirs où aboutissait l'aqueduc venant 

1906. 3.< 



494 SÉANCE DU 5 OCTOBRE 1906 

(lu village de Bélissi. On a retrouvé la statue du fondateur de 
l'aqueduc dans nn bassin situé au-dessous de la niche où elle 
était anciennement placée. La statue est en marbre de Paros; 
elle a dû avoir plus de trois mètres de haut. Elle représente un 
homme nu, debout; le bras droit était levé; un manteau est jeté 
sur l'épaule gauche et enroulé autour du bras. La statue res- 
semble fortement à celle de G. Ofelius Férus qui fut découverte 
à Délos par M. Homolle [B. C. //., 1881. pi. XII . Manquent la 
tète, les jambes à partir du gLMiou . le bras droit, l'avant-bras 
gauche. 

« Quelques fouilles pratiquées dans la grande cour du château 
vénitien sur la Larissa ont amené la découverte d'un grand 
nombre de fragments architectoniques provenant d'une ou de 
plusieurs églises byzantines. 

« Dans un champ situé immédiatement au Sud de la ville 
moderne, on a trouvé et déblayé en partie le soubassement, })ar 
endroits fort bien conservé, d'un temple prostyle en calcaire, 
long de 33 mètres et large de 15'" iO. Le lemple appartient à 
l'époque classique. Les trouvailles faites jusqu'à |)résenf en le 
débloquant ne permettent pas de l'assigner à une divinité déter- 
minée. Les murs du temple sont doublés, du côté intérieur, de 
murs de fondation élevés à l'époque byzantine et qui se com- 
posent principalement de blocs d'architraves, de larmiers et de 
frises de Iriglyphes et de métopes provciianl do la démolition de 
plusieurs édifices anciens en tuf et en calcaire. Ces mêmes murs 
contiennent aussi un certain nombre de stèles à inscriptions 
|)lacées, dans l'antiquité, auprès du temple d'Apollon Lykeios. 
Notons parmi ces dernières un fragment d'un traité conclu à 
Argos, au v^ siècle, entre les villes Cretoises de Knossos et de 
Kylissos, et un décret du in' siècle en l'honneur des Rhodiens, 
(|ui avaient prèle aux Argiens une somme de cent talents pour 
Ifur permettre de réparer les niuis de la ville et de réorganiser 
leui- cavalerie. » 

La Commission chargée de [)i"op()ser le sujet du prix ordinaire, 
à décerner en 1*.)()9 dans l'ordre des études orientales, est, en 
outre, chargée d'arrètei- les conditions dans lesquelles le prix 
extraordinaire Hordin sera décerné en 1909. Cette commission 



SÉAINCE DU 5 OCTOBKE IDOl) 493 

est composée de MM. Barbier de Meynard, Seiiarl, Barth, 
Chavannes. 

M. le marquis dk V'oglk l'ait une communication sur une col- 
lection de papyrus araméens découverts à l'^léphantine en Egypte, 
entrés au Musée du Caire et récemment publiés par MM. Sayce 
et Gowley '. 

M. Masi'Ero a la parole pour une communication : 
« Gomme les années précédentes, le service des Antiquités de 
ri'^gypte a été particulièrement heureux dans ses travaux. Ainsi 
que je vous l'ai fait observer plusieurs fois, il entreprend peu de 
fouilles directes, laissant aux savants étran|j;ers le soin de la 
découverte proprement dite, et il concentre ses ellbrls sur la 
consolidation et sur le déblaiement des grandes ruines de Fh^gypte. 
Cette œuvi-e utile que j'avais commencée dans la mesure de mes 
moyens pendant ma première direction, je l'ai reprise à mon 
retour en 1899 et je ne l'ai plus abandonnée. Cette année, nous 
avons pu achever le relèvement des colonnes écroulées en octobre 
1899 : pour les lier entre elles, nous avons inventé un système 
de contrevêtement en poutrelles de fer dissimulé dans des archi- 
traves de ciment armé bâti sur place, que M. Legrain a exécuté 
avec beaucoup d'habileté. Nous avons de plus continué le déblaie- 
ment de la cour située entre les Vil" et \'1I1'' pylônes et des ré- 
gions qui Tavoisinent au mur Est jusqu'au lac Sacré : M. Legrain 
a mis au jour une poterne avec une rangée de cynocéphales, 
dont la présence en cet endroit s'explique si l'on se rappelle que 
les Egyptiens se représentaient le singe comme un adorateur 
passionné du soleil levant. Je compte, l'an prochain, aborder 
la reconstruction des pylônes écroulés de Ramsès II, et nettoyer 
les espaces qui s'étendent à l'Est du sanctuaire d'Alexandre 
Aigos. Là comme partout, nous remonterons tous les blocs à leur 
place antique et nous défoncerons le sol jusqu'à la profondeur 
de 5 à 6 mètres, tant pour vérifier l'état des fondations que pour 
retrouver les fragments de monuments employés comme maté- 
riaux de remblai par les Pharaons eux-mêmes ou enfouis par les 
prêtres pour débarrasser les cours encombrées d'ex-votos. C'est, 

1. Voir ci-après. 



496 SÉANCE DL- 3 OCTOBRE 1906 

on s'en souvient, à ce système que nous devons la découverte de 
la favissa exploitée depuis trois ans par M. Legrain. Elle nous a 
rendu cette année encore quelques pièces très intéressantes, et 
des morceaux qui complètent les pièces recueillies antérieure- 
ment, mais elle commence à se vider : il est probable que la cam- 
pagne de 19()()-1907 achèvera de l'épuiser. 

<( Il y a trois ans, j'avais dû faire démolir puis reconstruire sur 
une longueur de 80 mètres le mur ouest du temple dEdfou, dont 
la crête surplombait le pied de plus de 0"' 60 en un endroit : 
celle année, j'ai du reprendre en sous-œuvi>e le grand porlique 
attenant à ce mur et qui menaçait de s'elîondrer. .\près examen 
prolongé, j'ai décidé de démonter puis de remonter les colonnes 
au nombre de on/e et le mur sans descendre la toiture, et comme 
précédemment j'ai conlié ce travail giganlesque à M. Harsanti. 
Les colonnes ont été redressées, et une partie du mur; mais 
l'entreprise ne sera achevée qu'au mois de janvier prochain. On 
convnit que ce n'est jamais sans trembler que j'ordonne des 
lra\aux de ce genre : toutefois ils sont nécessaires, et lorsqu il 
s'agit d'éviter des ruines pareilles à celle qui frappa Karnak il y 
a sept ans, il faut acce|)ter les responsabilités qu'ils entraînent. 
M. Barsanli est d'ailleurs d'une prudence égale à son habileté. 
Il ira consolider le temple de Gournah à Thèbcs dès qu'il aura 
fini son œuvre d'I'Mfou. Ivn attendant. M. Baraize a remis sur 
pied certaines parties du temple de Deîr el Baharî qui résistaient 
insuffisamment à la poussée des terres, el il a continué le 
déblaiement systématique du liamesséum qui, lorsqu'il sera ter- 
miné, nous permettra de juger ce qu'était une grande commu- 
nauté religieuse vers le milieu et la fin de la seconde époque 
thébaine. 

« Sur un seul puiiil nous a\ons le de\nir de l'ouiller, à Sakka- 
rah, où le gouvernement égyptien nous donne un fonds spécial 
de "26. 000 francs par an. .\insi que je vous lai dit. j'ai résolu de 
déblayer un coin de la nécropole, afin de montrer l'aspecl qu'en 
présentait un cpiartier vers la fin de la ^ 1' dviuislie. J'axais été 
guidé dans le choix du point à explorer par certains indices qui 
me portaient à croire qu'on y découvrirait des monuments des 
introuvables dynasties héracléopolitaines. M. Quibell a, en effet, 
recueilli des stèles au nom d'un de leurs rois, el j'ai lieu d'espé- 



SÉANCE Di: O OCTOBRE 190G 497 

rer que la pyramide de ce roi n'est pas loin de là. Il a d'ailleurs 
mis au jour de curieuses figures du dieu Bisou qui semblent avoir 
été en rapport avec la corporation des pallacides du Sérapéum 
voisin. En dehors de Sakkarah, nous avons été amenés à fouiller 
sur deux points. D'abord à Toukh el Garmous, où M. Edgar a 
recueilli le complément du trésor d'orfèvrerie découvert l'an 
passé, et où il travaille encore. Il a mis la main à Zagazig sur 
deux pièces d'orfèvrerie admirables dont une porte le nom de la 
reine Taousrît, de la XIX'" dynastie : la coupe en forme de lotus 
est en or, le vase au bouquetin est en argent. J'espère de nou- 
velles découvertes à bref délai. 

« Depuis cinq ans. j'avais l'œil ouvert sur le village de Kom- 
Ichgaou. 11 avait rendu à M. Quibell des monuments et des 
fragments d'actes notariés de l'époque b3'zantine : lorsque 
M. G. Lefebvre, ancien élève de l'Ecole d'.\thènes, détaché pen- 
dant trois ans à l'Institut du Caire, fut nommé en 1905 inspec- 
teur en chef delà Moyenne Egypte, je lui indiquai ce site comme 
de ceux qu'il convenait de surveiller. Il y a fouillé deux fois, et 
voici les résultats qu'il a obtenus. 

« La trouvaille se compose d'un lot de fragments saisis sur 
des indigènes et d'un second lot découvert dans nos fouilles. 
Ce dernier comprend : l*' une cinquantaine de rouleaux, généra- 
lement bien conservés, renfermant tous ou presque tous des 
textes coptes du vu* siècle; "2° un rouleau qui, développé, pré- 
sente une surface de 4 i" 50 sur 0'" 70, et contient le testament, 
en langue grecque, dun habitant d'Antinooupolis qui vivait 
sous Justin II, et un autre rouleau qui, chose curieuse, nous a 
conservé le brouillon du même document; 3" d'environ r200 vers 
inédits de Ménandre. 

« J'ai donné à M. Lefebvre l'autorisation d'étudier et de 
publier les textes grecs de cette trouvaille. Il en a commencé 
l'étude cet hiver et il pense être à même de les faire connaître 
au public savant d'ici à cinq ou six mois. Son travail est actuel- 
lement assez avancé pour qu'il puisse, dès maintenant, offrir à 
l'Académie la primeur de cette trouvaille, en analysant ici 
brièvement ce qui fait le principal intérêt de la découverte, les 
nouvelles comédies de Ménandre. 

« Ces fragments sont répartis sur dix-sept feuillets qui faisaient 



498 SÉANCE DU 5 OCTOBRE 1906 

partie d'un codex renfermant peut-être toute Tœuvre du poète. 
Ils ont 0'" 33 de long ?ur 0'" 18 ou 0'" 19 de large, et portent au 
recto et au verso de 33 à 36 vers. Quatorze de ces feuillets sont 
dans un état satisfaisant; les trois autres ont beaucoup souffert 
du sehakh et des vers, de sorte que sur 1200 vers environ, il y 
en a un millier qui nous sont parvenus en bonne condition. 
M. Lefebvre y a reconnu des fragments de quatre pièces : 

« 1° Un feuillet, bien conservé, contenant \a periocha, la liste 
des personnages et les 52 premiers vers d'une comédie quil n'a 
pas pu encore identifier, — dont le sujet ne ressemble à aucune 
des pièces de Plante ou de Térence, et sur laquelle il n'a trouvé 
aucun renseignement dans les grammairiens qui nous ont con- 
servé des vers de Ménandre. 

« 2° Deux feuillets, en bon état, de la IIspi/'.sipoaÉvYi , soit 
l4l vers appartenant à deux scènes qui prennent place dans la 
comédie avant le long fragment public par MM. Grenfell and 
Hunt, dans O.ri/rhi/nchos II. 

« 3" Sept feuillets — dont trois malheureusement très endom- 
magés — soit un peu moins de .000 vers — d'une comédie que 
M. Lefebvre ne connaît pas. Il n'en a trouvé aucun vers cité 
dans les fragments recueillis par Meinecke ou par Rock. Le sujet 
et certains incidents de la pièce feraient penser au Ila'.otov ou à 
la Saaî'a; d'autre part, bien des personnages de l"T7:o?oÀ'.aa!o; 
se retrouvent dans cette comédie. Mais il faut apporter une 
extrême prudence à identifier les pièces de Ménandre. en l'absence 
de toute citation transmise par les anciens. Détail intéressant à 
signaler : l'emploi, dans quelques scènes, du tétramètre tro- 
cha'ique catalectique. 

« 5" Sept feuillets, bien conservés, soit .")00 vers des '!■]■::'.- 
tcÉttovtc;. (]e long fragment nous permet de saisir le sujet de la 
pièce, que les quelques fragments cités par les grammairiens, et 
même une récente étude sur cette comédie, ne pouvaient nous 
faire deviner, et de vérifier le témoignage de Sidoine .Apollinaire, 
qui rapproche, dans ses Lettres, l'IIécyre des Kpilrepontes. On 
verra, à ce propos, en quelle mesure, et comment, les comiques 
latins ont imité les grecs. Ces cinq cents vers sont, d'autre part, 
si heureusement conservés, et ils appartiennent à de tels moments 
de raclinii. (pu' nmis pouvons pour ainsi dire, acte par acte, 



I 



PAPYRUS ARAMÉENS d'ÉGYPTE 499 

reconstituer toute la pièce. Grâce à ces fragments, et surtout aux 
'E-'.Tp£-'jVT£;, nous sommes maintenant en mesure d'analyser et 
d'étudier, comme nous ferions une pièce d'Aristophane ou de 
Térence. tout au moins un exemplaire de la Comédie nouvelle, 
et d'apercevoir enfin Ménandre autrement qu'à travers ses imi- 
tateurs latins. 

« ^'oilà, très en résumé, les principaux résultats que le Service 
a obtenus cette année : l'Académie pensera, je l'espère, qu'il n'a 
perdu ni son temps ni sa peine. » 

M. Salomon Reinach pense qu'on a mal compris jusqu'à pré- 
sent un passage de Juvénal (XI, 177-180): il n'y est pas question 
d'un parallèle entre Homère et Virg-ile, mais entre ^'irgile et 
Stace, que Juvénal incline à préférer au poète de V Enéide. Il 
qualifie \'irgile d'allisonas, « pompeux », et se fait ainsi l'écho 
des critiques qui, dès l'époque de Calig-ula , reprochaient à 
\'irgile de «manquer d'esprit ». 

M. BoissiER présente quelques observations. 

M. Emile Rivière présente une série de reproductions des 
g^ravures préhistoriques qu'il a découvertes dans la g-rotte de 
La Mouthe fDordognei. 



COMMUNICATION 



PAPYRUS ARAMÉENS d'ÉGYPTE , 
PAR M. LE MARQUIS DE VOGUÉ , MEMRRE DE l'aCADÉMIE. 

J'espère intéresser 1" Académie en lui signalant une remar- 
quable publication qui vient de paraître en Angleterre : 
Aramaïc Papyri, édités par M. Sayce avec l'assistance de 
M. Cowley. C'est la reproduction, la traduction et le com- 
mentaire d'une importante collection de papyrus araméens 
découverts à Assouan en 1904 et donnés au Musée du 
Caire par Lady William Cecil et M. Robert Mond. 



300 PAPYRUS ARAMÉK.NS DÉGYPTE 

Ce livre était impatiemment attendu : nous connaissions 
par notre confrère M. Maspero l'existence de cette décou- 
verte ; une communication officieuse nous avait permis de 
nous rendre compte du contenu des textes et de leur valeur 
historique ; mais respectueux des droits et de la volonté des 
donateurs, nous attendions en silence que l'éditeur choisi 
par eux eût achevé son travail : ce travail a duré deux 
années, il est di<i^ne des savants (jui iOnt signé. Nous n'avons 
pas encore eu le teni[)s de 1 étudier avec le soin qu il mé- 
rite, mais en nous aidant de la connaissance personnelle que 
nous avons des documents, nous pouvons faire connaître 
sommairement à l'Académie la teneur générale et la valeur 
particulière de la précieuse collection publiée par MM. Sayce 
et Cowlev. 

C'est la première fois que nous possédons enfin un en- 
semble complet de textes araméens originaux de prove- 
nance égyptienne; des fragments assez nombreux avaient 
été exhumés depuis quelque temps; j'ai eu l'honneur d en 
communicjuer plusieurs à l'Académie. Tous révélaient 
l'existence, à Elé[)hantine, d'une mine importante de papy- 
rus et faisaient regretter que le sol de l'ile ne fût pas métho- 
diquement exploré. Un surtout, trouvé en 1901, et presque 
complet, avait éveillé l'attention et ajouté aux regrets. 
Rapporté par M. Sayce en P.IOJ, publié par M. Cowley en 
i!J03, il contenait la reconnaissance notariée d'un prêt à 
intérêt, consenti par un juif à un autre juif, en présence de 
témoins également juifs : la date était effacée, mais tout 
indiquait que cet acte remontait à l'époque delà domination 
perse en I^gypte, sui\aiit [ingénieuse hypothèse émise par 
notre confrère M. (^lerimMit-Cianneau en 1878, et que toutes 
les découvertes postérieures m Ont fait (jue confirmer. 

La découverte actuelle, en nous ap[)()rtant une série d'actes 
presque intacts et tous datés, est la cmilii inatioii définitive 
de cette o|)inion, en même temps (|u elle offre la matière des 
études les plus intéressantes. 



PAPYRUS AUAMÉENS d'ÉGYPTE 501 

Ces pièces, au nombre de dix, proviennent des archives 
privées d'une famille et constituent une partie de ses titres 
de propriété. Tous les actes essentiels de la vie de famille 
y sont représentés : donations entre vifs, contrat de mariage, 
partag-e après décès, transactions et quittances y afférentes. 
EUt's jettent un jour très curieux sur la vie privée d'une 
colonie juive établie dans l'ile d'Éléphantine ou plutôt, 
comme on disait alors, l'île de Yêb, et dans la forteresse de 
Souan située en face sur la rive droite du Nil, sous la protec- 
tion du g-ouvernement perse. 

Ces familles ont une existence modeste : elles sont entas- 
sées dans de petites maisons contig-uës ; — celle dont nous 
avons le dossier n"a que quarante mètres de superficie ; — 
néanmoins elles ont quelques esclaves nègres , des vête- 
ments de laine à raies de couleur, des jarres pour le blé, 
des objets de bronze : miroirs, vases, ustensiles divers. Les 
hommes exercent diverses professions qu'il n'est pas tou- 
jours facile de déterminer, à cause de l'obscurité des expres- 
sions techniques qui les désignent. 11 y a un architecte, un 
marinier du Nil, plusieurs notaires. Ils se disent tantôt 
juifs, mni, tantôt araméens, ""TZ^N, sans qu'il soit facile de 
discerner pour pour quelle cause ils prenaient tantôt une 
qualification, tantôt l'autre. Il semblerait que la première 
fût adoptée dans les ailaires où des juifs seuls étaient impli- 
qués, la seconde dans des circonstances où intervenaient 
soit des indigènes soit certains fonctionnaires perses ; mais 
je ne saurais rien affirmer encore à cet égard. Ils ont une 
certaine autonomie, un lieu d'assemblée et de prière où ils 
adorent leur dieu Yahweh nhSn ini. Ils appellent ce lieu 
lîT' NTSN, il est en bordure de la route royale : le mot agora 
qui le désigne se trouve dans les Targum avec le sens 
d'autel. Ici, il n'a pas cette signification restreinte, un 
autel ne pouvait servir de limite à une propriété urbaine : 
c'est un édifice consacré au culte public , une sorte de 
synagogue avec un autel. Le nom divin Yahweh est gêné- 



o02 PAPYRUS ARAMÉENS d" EGYPTE 

ralement écrit in' comme dans les noms bibliques théo- 
phores ; une fois il est écrit ^^'^. 

C'est par Yahweh que les juifs de Yêb jurent devant les 
autorités, quand le serment leur est déféré en justice par 
un adversaire ; il semble pourtant qu'en plaidant contre un 
indig'ène ce serment ne fut pas admis, car nous voyons 
une juive, en litige avec son architecte égyptien, jurer par 
la déesse égyptienne Séti et se soumettre k cette formalité 
sans protester. 

Les personnages officiels devant lesquels ils compa- 
raissent les uns et les autres sont des Perses, portant des 
noms caractéristiques ; leur langue administrative était 
l'araméen, ce qui rendait faciles et naturelles leurs relations 
avec les juifs immigrés. Parmi eux figure, en première 
ligne, le commandant de la garnison N ;'" z^. puis des juges, 
des fonctionnaires de divers ordres. Leur résidence était à 
Souan, place forte qui défendait l'entrée de l'Egypte du 
côté du Sud, et (jui était l'extrême frontière des Perses, 
comme elle fut plus tard l'extrême frontière des Romains. 

Parmi les indigènes cités nous voyons un architecte, le 
prêtre d'un dieu dont le nom est effacé, un I']gyptien qui 
est qualifié iVCp N'*3 ""• n'7'2 , mot ti mot nnutonnicr des 
eaux difficiles ou agitées. M. Maspero propose d'y voir « un 
pilote des cataractes », à l'entrée desquelles se trouvait la 
ville de Souan. 

Tous ces documents sont datés : le jour du mois est indi- 
qué à la fois suivant le calendrier sémiti({ue et suivant le 
calendrier égyptien , ce (jui fournit des concordances très 
intéressantes. L'année est celle du roi de Perse. 

Le plus ancien est du 18 Eloul , 28 Pahons de rau L'J de 
Xerxès, c'est-à-dire de \~i\ avant J.-(]. Le plus récent de 
lan li de Darius II, soit il I av. J.-C. 

La date du second document par orchc d'ancienneté 
mérite d'être signalée, parce quelle coïncide avec un chan- 
gement de règne. 



PAPYRUS ARAMÉENS d'ÉGYPTE 503 

Elle est ainsi conçue : 

nND-132 m" NoSn 

(( Le 18 de Kislew qui est le ...jour de Tohout, de Tan- 
née 21 , commencement de règne, lorsque le roi Artaxerxès 
s'assit sur son trône. » 

La formule est très intéressante. L'année 21, sans nom 
de roi, désig-ne le règne du prédécesseur d' Artaxerxès, 
Xerxès, règne dont la durée exacte se trouve ainsi déter- 
minée par un acte authentique. La date est 46o av. J.-G. 

Voici, par ordre chronologique, le sommaire des pièces 
composant ce précieux dossier. Les dates complètes des 
deux premières sont celles données ci-dessus : 

471. Mahseyah, fils de Yednayah, est proiDriétaire à Yeb 
d'un terrain. Il obtient d'un de ses voisins, Qonyah. fds de 
Sadoq, l'autorisation de bâtir un mur mitoyen. 

463. Acte de désistement de Dargman, fils de Harsin , 
concernant le même terrain dont les limites sont très minu- 
tieusement indiquées. 

459. Le 21 Kislew, 1 Mesori de l'an 6 d' Artaxerxès. Ce 
même Mahseyah donne le terrain à sa fille Mabtehyah, mariée 
à Yezn, fils de Ouryah, et lui remet le titre précédent. 

459. Même jour et même date, Mahseyah concède à son 
gendre la faculté de bâtir sur le terrain donné à sa fille. En 
cas de divorce provoqué par sa femme, il pourra retenir la 
moitié de la maison comme indemnité, mais ne pourra en 
disposer qu'en faveur des enfants issus de lui et de 
Mabtehyah. 

446. Le 2 Kislew, 1 Mesori' de Tan 19 d' Artaxerxès, le 
même Mahsevah donne à sa fille une seconde maison en 
compensation des secours qu'elle lui a donnés. Parmi les 
limites de cette maison se trouve le sanctuaire de Yahweh. 



504 PAPVHIS ARA.MÉENS b"li:(;VPTP: 

— Date eiîacée. Mabtehvah qui est veuve ou divorcée et 
qui ne paraît pas avoir eu denfants de son premier mari, 
se remarie avec un architecte du roi qui porte le nom égyp- 
tien As-hor et portera plus tard le nom juif Natan. Le con- 
trat stipule les apports des deux époux et leurs droits 
respectifs en cas de divorce. 

iiO. Le li Ab. 19 Pahous de l'an 2.') d'Artaxerxès, l'ar- 
chitecte égyptien Pia donne quittance à Mabtehyah de divers 
objets: argent, froment, cuivre..., (juil lui a remis après 
qu'elle eut juré par Séti qu'ils lui appartenaient. 

421 . Au mois d'Kloul, qui est Paophi de lan 4 de Darius, 
Mabtehvah est morte ainsi que son second mari. Leurs 
deux fils, Yednayah et Mahseyah donnent quittance d'une 
dette contractée par leur père. 

417. Le 3 Kislew de l'an 8, 12 Tohoùt de l'an 9 de 
Darius, les deux mêmes personnages obtiennent de Yeznayah, 
neveu du premier mari de leur mère, ([iril renonce à ses 
droits sur la maison de son oncle. 

41 I . Le 24 Sebat de la IS"" année, ([ui est le 9 Tohoùt de 
la 14'' année de Darius. Les deux mêmes personnages par- 
tagent les esclaves de leur mère : ils étaient (juatre, une 
femme et ses trois fds, deux adultes et un en bas âge; les 
deux adultes "sont tirés au sort et chacun des deux frères 
en reçoit un en toute propriété; la femme et son jeune fils 
restent indivis jusqu'à nouvel ordre. 

Cette courte nomenclature suffit à faire comprendri' 1 in- 
térêt tout particulier cpie présente cette collection et la 
valeur des renseignements quelle fournit sur le régime des 
juifs sous la domination achéménide. 

Je terminerai ce ra|)ide exposé en tlonnant lecture à 
l'Académie de la Iniduelion de deux cU's pièces les plus 
caractéristicpies du dossier. 

I" Ac/f de (lnniilinii d'iiii Icmt'ni /mr Mulisoijali , /ils <lc 
Yednuj/ii/i, ù Mehlulnjah^ fille de Mh/jsci/h/i. 

Le 21 Kislew, (jui est le premier jour de mois de Mesori', 



PAPYRUS ARAMÉENS d'ÉGYPTE 505 

de l'année 6 du roi Artaxerxès, a dit Mahseyah, fils de 
Yednayah, juif, propriétaire (?) de la ville de Yeb, du 
quartier (?) de Haumadat, à la femme (?) Mebtahyah sa fille, 
ainsi qu'il suit : 

Je t'ai donné de mon vivant et à ma mort un terrain qui 
m'appartient, mesurant en long-ueur, du Nord au Midi, 
13 coudées et une palme, et en largeur, du Levant au Cou- 
chant, 1 1 coudées. Ses limites sont les suivantes : il joute, 
au Midi, la maison de Darg-man, fils de Harsin ; au Nord, 
la maison de Qonyah, fils de Sadoq; au Levant, la maison 
de Yezn, fils de Ouryah, ton mari, et la maison de Zakaryah 
fils de Natan ; au Couchant, la maison de Isphamot, fils de 
Poutasneith, pilote de la cataracte. 

Ce terrain je te l'ai donné, de mon vivant et à ma mort, 
pour en disposer à partir d'aujourd'hui et à toujours, et tes 
enfants après toi. Tu le donneras à qui tu voudras. Nul des 
miens, fils ou fille, frère ou sœur, femme ou homme quel- 
conque, n'aura droit sur ce terrain, sauf toi et tes enfants à 
toujours. 

Quiconque te suscitera procès ou querelle à toi, ou à ton 
fils, ou à ta fille, ou k quelqu'un des tiens, au sujet de ce 
terrain que je t'ai donné, et recourra contre toi au magistrat 
ou au juge, te donnera, à toi ou à tes enfants, la somme de 
10 KRS, je dis dix, poids du Roi, argent 2 D à la dizaine, et 
il n'y aura ni procès ni querelle : et la maison sera ta maison 
désormais et, après toi, la maison de tes enfants, et nul ne 
pourra produire aucun acte, récent ou ancien, en mon nom, 
concernant ce terrain et le donnant à un autre. L'acte qu'on 
produirait contre toi serait faux : je ne l'ai point écrit, 
qu'il ne soit point admis en justice, le présent acte étant 
entre tes mains. 

Et moi-même Mahseyah, ni demain ni un autre jour je 
ne t'enlèverai, pour le donner à un autre, ce terrain qui est 
k loi. Bâtis-le et donne-le k qui tu voudras. 

Si demain ou tout autre jour je te suscite procès ou 



O06 PAPYRUS ARAMÉE^S D EGYPTE 

querelle disant: «Je ne t'ai pas donné », je te payerai 
10 KRS d'argent, poids du Roi, argent 2 D à la dizaine, sans 
procès ni querelle : la maison est désormais ta maison. Si 
je vais en justice, je n'aurai pas gain de cause, le présent 
acte étant entre tes mains. 

Il existe en outre un acte de désistement que Dargman, 
fils de Harsin, le Harizmienf?), a rédigé pour moi, concer- 
nant ce terrain, lorsqu'il intenta une action èi son sujet 
devant les juges : le serment m'ayant été déféré par lui, je 
jurai ainsi : « Il est à moi », et il écrivit l'acte de désistement 
et me le remit : cet acte, je te le donne : toi conserve-le ; si 
demain ou un autre jour Dargman ou son fds intente un 
procès au sujet de cette maison, sors cet acte et rends-toi 
devant le juge avec lui. 



Le présent acte a été écrit par 'Attar-Sûri, fils de 
Nebozaradou, dans la ville de Souan, à la requête de 
Mahseyah, en présence des témoins (soussignés) : 

Gemaryah fils de Mahsevah 
Zakaryah fds de Natan . 
Hose'a fils de Pelalyah 
Zakarvah fils de Mesullam 
Me'azvah fils de Malakvah 
Sem'ayah fils de Yednayah 
Yednayah fils de Mahseyah 

2" Acte (le mariacjc entre As-hor et Mahtehijah , fille de 
Mahseyah. 

Le., du mois de (|ui est le 20'' jour du mois d'Epiphi 

de l'année du roi Artaxerxès. 

A dit As-hor, fils de Seha. architecte du Hoi à Mahseyah, 
araméen de Souan, du quartier (?) de Warizat, ce qui suit. 

Je suis venu dans ta maison pour obtenir la fille 



PAPYRUS ARAMÉENS d'ÉGYPTE 507 

Mabtehvah en mariag-e. Elle est ma femme et je suis son 
mari, à partir d'aujourd'hui et à toujours. 

Je t'ai donné le mohar de ta fdle Mabtehvah, 5 seqel 
d'argent, poids du Roi, et, en ce qui te concerne, ton cœur 
a été satisfait. 

Ta lille Mabtehvah m'a apporté dans sa main argent 
comptant 1 KRS 2 seqel, poids du Roi, argent 2 Dà la dizaine. 
Elle m'a apporté dans sa main une pièce d'étoffe de laine 
neuve, de couleur striée, mesurant 7 coudées sur 5, valant 
2 KRS 8 seqel d'argent, poids du Roi; une étoffe... neuve, 
mesurant 8 coudées sur Tî , valant 8 .seqel d'argent, poids 

du Roi : une autre pièce d'étoffe de laine mesurant 

6 coudées sur 4, valant 7 seqel; un miroir de bronze valant 

argent 1 seqel et 2 D ; un de bronze valant argent 

1 seqel et 2 D ; deux vases de bronze valant argent 2 seqel; 

un de bronze valant argent 2 D. Total de l'argent et 

de la valeur des objets en argent 6 KRS, o seqel, 21 hallur, 
argent à 2 D la di.xaine, poids du Roi. En ce qui me con- 
cerne mon cœur a été satisfait ^ . 

Demain ou tout autre jour As-hor venant k mourir sans 
enfant mâle ou femelle issu de Mabtehyah sa femme , 
Mabtehvah prendra possession de la maison d'As-hor, de 
ses meubles, de ses biens, et de tout ce qui est à lui sur la 
surface de la terre entière. 

Demain ou tout autre jour Mabtehyah mourant sans 
enfant mâle ou femelle issu d'As-hor son mari, As-hor 
lui-même héritera de tous ses biens et possessions. 

Demain ou tout autre jour Mabtehyah se lève dans l'as- 
semblée et dit : « Je hais mon mari Ashor. » Que l'argent 
de sa haine soit sur sa tête ! Elle placera sur la balance et 
pèsera pour son mari 7 seqel 2 D d'argent, et elle empor- 
tera tout ce qu'elle a apporté dans sa main depuis le..., 

1. Ligne contenant une seconde énumération d'objets très obscure. 



o08 PAPYRUS ARAMÉENS d'ÉGYPTE 

jusqu'au fil, et elle ira où elle voudra, ot il n'y aura ni procès 
ni querelle. 

Demain ou tout autre jour As-hor se lève dans rassem- 
blée et dit : « Je hais ma femme Mabtehyah. » Son moJiar 
sera perdu et elle emportera tout ce qu'elle a apporté dans 

sa main, depuis le jusqu'au lil. en un jour, en une , 

et elle ira oii il lui plaira, et il n'v aura ni procès ni querelle. 

Et si quel([uun se lève contre Mabtehvah pour la faire 
chasser de la maison de As-hor, de ses biens et possessions, 
il lui donnera 20 KRS d'arjj^ent et le juge lui opposera le 
présent acte. 

Et je ne pourrai pas dire : (( J"ai une aulie ienime que 
Mabtehyah et d'autres enfants que ceux (jue Mabtehyah m'a 
enfantés .. ; et si je dis : « Jai d'autres enfants et une autre 
femme (jue Mabtehyah et ses enfants, -> je donnerai à 
Mabtehyah 20 KRS d'argent, poids du Roi, et je ne pourrai 
pas enlever à Mabtehyah mes meubles et mes biens, et si je 
les lui enlève, je lui donnerai 20 KRS d'argent, poids du Roi. 

Le présent acte a été écrit par Natan, lils d "Ananyah, 
[dans la ville de Souan! en présence des témoins (soussi- 
gnés) : 

Phanoulvah, lils de Yeznavah. 

Yeznayah, lils de Ouriah. 

Menahem, lils de Zakour. 



Les noms des témoins el (hi notaire de cet ;icle sont toi]> juils. 
Dans le premier de ces actes les noms soiil (mu- juiIs, s;iuI cehii 
(hi notaire <\u\ est perse. Toutes les signatures sont anto<îraphes : 
chaque témoin a si-^né de sa main en accompagnant son n(^m du 
mot fnu,*, Icniolii. 



509 



LIVRES OFFERTS 



M. Maspero présenlo, au nom deTauteur, M"'^ Ilarlleben, un volume 
intitulé : Cliainpollion , sein Leben uiid sein M^erk (Berlin, 1906, 
in-8°) : 

« Nous n'avions sur la vie de ChampoUion le Jeune que des notices 
assez courtes dont la plus importante avait été publiée il y a une 
vingtaine d'années par l'un des petits-neveux de l'auteur, le graveur 
Aimé ChampoUion. Une étrangère, iM"« Herminie Hartleben, vient de 
pnl)lier en Allemagne, à la librairie Weidmann, une biographie qui, 
de longtemps, ne sera ni dépassée, ni même égalée. 

« M'"^ Hartleben est connue de vue, sinon de nom, par la plupart des 
membres de notre Académie. Deux ou trois fois Tan, depuis près de 
quinze ans, elle vient travailler quelques jours ou quelques semaines, 
selon les cas, dans notre Bii)liothèque, cherchant parmi les journaux 
et les livres des renseignements sur son héros. Et ce qu'elle fait chez 
nous, elle Ta fait dans toutes les localités de France, d'Italie et 
d'Allemagne où elle croyait avoir la chance de recueillir des détails 
ignorés ou de vérifier des assertions douteuses de ses prédécesseurs : 
elle a interrogé à Figeac, à Grenoble, à Paris, les derniers vieillards 
qui avaient entrevu ChampoUion ou avaient entendu parler de lui 
dans leur enfance; elle a poussé ses investigations à Turin, à Rome, 
à Florence, à Pise, auprès des amis de Peyron ou des descendants de 
Rosellini; elle a entretenu la petite-fille de ChampoUion le Jeune, et 
surtout elle a obtenu de fouiller à vif les archives de ChampoUion- 
Figeac. Elle a dépensé toute sa petite fortune à cette poursuite de la 
vérité historique, et sa persévérance, après lui avoir créé partout des 
amitiés fidèles, a réussi à lui trouver un libraire qui consentit à lui 
imprimer son œuvre. 

« Ses efforts et ses sacrifices n'ont pas été perdus ; rarement on a 
écrit sur un sujet aussi aride en quelques-unes de ses parties un 
livre plus attachant. ChampoUion, qui commençait déjà à n'être plus 
pour nous qu'un personnage à demi-légendaire, nous y apparaît sous 
ses aspects multiples et parfois contradictoires d'historien, de révo- 
lutionnaire, de poète familier et satiricpie, de savant à la fois aventu- 
reux et réservé, nerveux et promptement découragé pendant ses 
études préparatoires, triomphateur sans modestie après la décou- 
J906. 3i 



510 SÉANCE Dl- 12 OCTOlUti: l'.MK» 

verte. M"^' HartU-ben s'est attachée à décrire fidèlemeiit tous les 
milieux où il vécut, avec leurs coteries politiques, littéraires et scien- 
liiiques : Greuoble, Turin, Florence, l^Tiis surtout, le Paris de THm- 
pire, le Paris de la Restauration, li' Paris des premières années de 
Louis-Philippe. Par là son livre prend un intérêt généi-al : il devient, 
avec Chami)ollion pour centre, une histoire du mouvement scienti- 
fique en France au commencement du xix" siècle. J"ai regretté un 
moment que ce g'rand sujet n'eût pas tenté un de nos jeunes égypto- 
logues; mais, somme toute, il vaut mieux peul-èlrc «[u'il ail été traité 
par une étrangère : M""^ Ilartleben ne sera pas, comme l'un des 
nôli-es l'eût été, suspecte de partialité, et son ju-ement aura plus de 
poids sur l'opinion du monde savant. » 



SÉANCE DU 12 OCTOHUK 



PHKSIDKNCE DE M. H. CACiNAT. 

M. Glotz, professeur d'histoire au lycée Louis-ie-Grand, coni- 
iiieiile une inscription découverte récemment dans les fouilles 
allemandes de Milet. Cette inscription est la suite d'une aulre 
qui ligurail surune stèle perdue. l'>Ile porte un décret de proscrip- 
tion qui met à prix la lète de plusieurs personnages. C'est un 
document précieux pour le droit grec et l'histoire de Milet '. 

M. Tuo.MAS analyse des documents inédits (lccon\erls par lui 
aux .\rchives nationales et qui jettent un jour tout nou- 
veau sur la biographie du poète franvais Henri Haude, sous le 
règne de Louis XL Le poète avait (ibltiui de Charles \ll, 
en I ir)(S, l'oilice d'élu sur le l'ail des aides en Has-Limousin ; ses 
administrés incriminèrent sa conduite, le poursuixirent d'abord 
devant le (n-and Conseil, puis devant la Cour des Aides, et 
f)l)tinr('nl linalcmenl, après un long emprisonnement, sa révoca- 

1 . \'()ii' ci-après 



UNE INSCKIPTION DE MILET 5 l 1 

liou et 8a coiidamnafion à une amende de 800 li\ res parisis pour 
« faultes, delictz el abus », par jugement du 5 août 1468. Le 
jugement Tut rigoureusement exécuté et les biens du condamné 
mis en décret. Baude semble toutefois avoir profité de la réaction 
qui se produisit à la mort de Louis XI, si tant est quil faille 
ajouter foi à une pièce publiée par Jules Quichei'at qui lui donne 
de nouveau, à la date du 6 janvier 1487, le titre de « eleu du Bas 
Pays de Limosin ». 

M. Léon Dorez présente, en les commentant brièvement, les 
photographies de reliures et de miniatures qu'il a fait exécuter 
durant son récent séjour dans la bibliothèque de Lord Leicester, 
à Holkham (Norfolk). Ces l'20 reliures et peintures, empruntées 
à de très lieaux manuscrits datant du xT' à la lin du xv" siècle, 
constituent de précieux documents pour l'histoire de l'art du 
moyen âge et de la Renaissance en Allemagne, en Angleterre, en 
France, en Italie et dans les Flandres. 



COMMUNICATION 



UINE INSCRIPTION DE MILET, 
PAR M. (JUSTAVE GLOTZ, PROFESSEUR AU LYCÉE LUUIS-LE-GRAND. 

L'inscription qui suit a été trouvée dans les fouilles alle- 
mandes de Milet. Elle a paru pour la première fois dans le 
rapport adressé par M. Theod. Wiegand à LAcadémie de 
Berlin et publié dans les Sitzungsberichte de cette année 
(p. 2o2 et suiv.). M. Wiegand Ta reproduite plus récem- 
ment dans Y Archseologischeî^ Anzeigcr (p. 17), en l'accom- 
pagnant d'un commentaire dû à M. von Wilamowitz. 

En voici le texte et la traduction : 



S12 



UM-: INSCRIPTION DE MILET 



7 ['f]^['^ o^^ ? ' ^ 'j[J-Z'Oi.zr-.z v.T. AXy.ifasv 

^uV'^i^] ''•^'' ^J'^T [*^^]'' i^-viv;;, /.y), z: à'v T'.va TiJTor; y.7.~[y.- 
•/.-£tv/jj'., ày-XTOv [(7T]a-:r^paç xj-:dv. YîvÉsOa', à-ô twv 

:'. y.aTx]y.-eivavT£[ç], àTvSoôva'. to àpY'jp'.sv" r,v ss ;j.r,. ajTo[ç 
isîJiAsv. ''Hv s£ ■/; -^^'.[ç èJYy.pa-rèç Y£vr,Ta'. '. /.y-.x/.-viy.'. 
a'jtjô; TO? i-',;r/;vt:ç [è]- wv iv Xaç/Oî'wjiV -(-v sk ;rr, /.y-x- 
y.T]î'.vc(7iv, s^srAsv i[y.Jx7':;v r.-cr,r;/.zt-y ".y-r^zxt. 
10 Tbv o' è7:'.;rr//'.îv, r,y. \):r, r.pthf,'.. ï/.y-'zt -TaT/Jpa; cçifAî^v. 
Kaï Trv Ï7<.z7y.y £Z',y.rv{r,v xv, -:•.£-/ /.^tx t"; ']/r,5'.7:;.a' 



■ir-- 



•J;v o£ y.-/;, Tr,v ^jT-r/.* 0(.)','.r,v i5£'r/,£v. 



(( fils de Nympharètos, 

Alki[mos ] et Cresphontès. fils de Stratônax, sont frappés 
du bannissement infliy-é à liiomicide , eux et leurs descen- 
dants. (Kucon({ue tuera luii deux recevra cent statères, pris 
sur les hiens de Nympharètos. Les épimènes en charge 
auxquels se présenteront les meurtriers leur remettront 
l'argent; faute de quoi, ils le devront de leurs fonds. Si la 
cité les tient en son pouvoir, les épimènes en charge au 
moment de leur capture les feront mettre à mort. S ils ne 
les font pas mettre à mort, ils devront chacun cin(|uante 
statères. L'épimène-président , s'il ne met pas lalfaire en 
délibéré, devra cent statères. Les collèges d'épimènes qui 
entreront successivement en fonctions se conformeront au 
décret perpétuellement; faute de (juui, ils devront la même 
amende. >» 

1. M. Wicjrand restitue ["j'>[vj avec certitiule. à cause du peu de place 
(|ui reste pour le début de rinsci'iption. Eu réalité, l'iiisci'iption p<uivait 
nomuicr plusiein\s lils de Xyuipliarètos aussi hieu ipiiui seul : ou \cira 
pnur(|uiii. 

2. I/iiiscTi|)liiPU diiune [to]v; mais c'est une ei'reur du lapicide. 

3. M. \<jn W'ilauiow ilz ne croit pas (|ue cy/.oaTi; suit pour ^Y'-oa-:/,; 
et veut lire èy >'-P"^-- M^ii^ Nicolas de Damas, dont le récit est indirecte- 
ment cmprinitéau.x sources ollicielles, dit : ojO£vo; oio;-V(V ÈyxpaTr,; ^evéïOai 

Fr.itjmcnln hisinricdriini (iru'corum, 111. |>. 3Sîl. fraf^m. ')! . 



UNE INSCRIPTION DE >IILET 



ol3 



La première question qui se pose au sujet de cette inscrip- 
tion, c'est la question juridique. Quels sont les actes punis 
par les Milésiens ? 

La réponse parait tout indiquée. Les mots èz" y.l\i.y.zi (1. 2) 
ne peuvent se comprendre que dans le sens de meurtre. 

Mais , avant de conclure que les personnages bannis 
aient été purement et simplement des meurtriers, il faut se 
souvenir de certaines formules familières à la justice cri- 
minelle des Grecs ; il faut songer à une coutume très répan- 
due chez eux, l'assimilation. Cette coutume a exercé la 
plus grande influence sur le développement du droit attique. 
La liberté d'appréciation laissée au peuple par le système 
des procès t'.jj-yj-sî et des eisangélies lui permit d'étendre la 
pénalité fixe édictée contre le sacrilège et la trahison à une 
quantité d'actes plus ou moins assimilables aux crimes 
typiques. D'autres cités, qui ne poussèrent pas leurs insti- 
tutions au même degré de perfection qu'Athènes, exploi- 
tèrent ce procédé juridique plus systématiquement encore, 
sans mesure, avec une sorte de simplicité candide. A Téos, 
par exemple, le droit pénal se fondait tout entier, semble- 
t-il, sur la loi contre le sacrilège '. Le plus souvent, il est 
vrai, c'est comme sacrilèges et comme traîtres, ce n'est pas 
comme meurtriers, que sont punis les criminels de tout 
genre-. Mais voici, sur une inscription d'Olympie, un crime 
politique formellement assimilé à l'homicide : dans un 
décret d'amnistie qui rappelle les bannis et fait défense à 
leurs familles de les rejoindre , les Eléens déclarent que 



1. Michel, Recueil d'inscriptions grecques. n°' 598, 1. 17-5S ; 131S. 

2. Cf. Inscriptions juridiques grecques, n" XXXVIII, 1. â: Michel, 
n°» 724, 1. 7-8; 1334, 1. 12-13; 434, 1. 27 et suiv. ; Dittenbeigor, Sylloge 
inscriptionum grœcarunu '2' éd., n° 680, 1. 10: Orientis Grœci inscriptiones 
seleclœ. n° 202, 1. 1 i-lô. 



ol4 UNE INSCRIPTION DE MILET 

quiconque agira contre ces résolutions « sera poursuivi de 
par Zeus Olympien du cliel' d homicide )>, seuvéto) -z- tw 
Aibp 'i,)KU[).TJ.M -Aii-x-zp '. Dans l'inscription de Milet, rien ne 
prouve donc que les condamnés soient des criminels de 
droit commun ; rien ne s'oppose à ce que la peine du bannis- 
sement, telle quelle est définie par la loi sur les alïaires de 
sang, soil iniligée à des criminels d'Etat. 

Dès lors, il existe en faveur de cette liypolhèse des argu- 
ments péremptoires. 

Un fait doit nous frapper : la peine prononcée par les 
Milésiens est une peine collective et héréditaire. Les prin- 
cipaux coupables, ce ne sont pas les personnages dont nous 
avons les patronymicjues avec ou sans les noms, mais bien 
leurs pères, Nympharètos et Stratônax. A qui appartenaient 
les biens coniisqués? A Nympharètos. Les fils sont seule- 
ment englobés dans la punition des pères, comme le sont 
aussi leurs enfants à naître, les r/YSvo-.. 

Or les peines collectives et transmissibles ii ont jan^;ais 
existé en Grèce pour crime d'homicide. Même avant le 
régime de la juridiction sociale, dans les temps homériques, 
la famille de la victime se lançait à la poursuite du cou- 
pable , mais du coupable seul, et laissait en paix ses 
enfants -'. A l'îiiirorc des temps historiques, l'I-ltat intervient 
dans les conflits privés pour empêcher l'accusateur de faire 
tort aux parents de l'accusé. Vn des documents les plus 
anciens, un des plus remarquabl(\s tbuis l'histoire de la 
civilisation (pic nous ait laissés la Grèce, c est une tablette 
de bronze trouvée à Olympie, la tablette sacrée (Triva; \xpï: 
'0/,jvt:(x'. (|ui commence par ces mots : ll^Tpàv ()xppvi v.xl 
vîvsxv /.y.'. -y.'j-l. « Paix et salut ;i la jinlric. à la famille et 
aux l)iens du défendeur-'. •> Il parait donc impossible (jue 

1. Miilu-I. M" l.i.li, I. 1-5. 

2. (Jtlf/ssée. XIH. 2.")() <'t siiiv. 

3. \'uir IV'xplicatioii ([uc inms axons clnniu'-i- ilc rv docunuMil dans imlrc 
i>()liilurité ilc la piiiiille duns le droit criminel en (irèrc. p. 218 ss, 



UNE INSCRIPTION DE MILKT 515 

tout à coup, dans les siècles classiques, une cité grecque 
ait puni des meurtriers en déclarant leurs familles bannies 
à perpétuité, en mettant à prix la tête de leurs enfants et 
descendants. 

Au contraire, le principe de la responsabilité collective, 
qui remonte aux origines des sociétés, a toujours été main- 
tenu dans les cas où il s'ag-issait de défendre l'Etat et ses 
dieux. Des familles proscrites pour crimes politiques ou 
relig-ieux, rien n'est plus fréquent dans le droit pénal et dans 
l'histoire des Grecs. Sans doute Athènes enlevait à la peine 
du bannissement le caractère collectif dès la première moi- 
tié du x'' siècle'. Mais c'est une brillante exception. Par- 
tout autour d'Athènes, jusqu'aux derniers temps de l'indé- 
pendance, les criminels d'Etat et les sacrilèges lient à 
leur destinée, par une solidarité perpétuelle, tous ceux qui 
sont sortis ou sortiront du même sang. L'inscription de 
Milet ne fait qu'ajouter un exemple à une liste déjà longue. 

A vrai dire, si le crime puni par les Milésiens n'était pas 
d'ordre politique, on ne comprendrait pas qu'ils missent à 
prix la tête des coupables. En Grèce, le meurtre ouvrait 
seulement une action privée, une oiv.r,; l'autorité publique 
n'aurait pas été capable d'ordonner des poursuites, à plus 
forte raison, de lancer un décret de proscription contre des 
meurtriers vulgaires. Il suffît de voir, ailleurs qu'à Milet , 
quelles têtes étaient mises à prix ou, selon l'expression 
grecque, contre qui se faisaient les annonces de primes. 
Avant tout , on vise l'ennemi extérieur : on s'en prend à 
Xerxès2, à la reine Artémise^, à Philippe de Macédoine 4. 
C'est une arme de guerre, que cette coutume; pourtant c'est 
déjà un mode d'exécution quasi juridique, quand la victime 
qu'elle désigne est un traître : dans la seconde guerre mé- 

1. \'oii' Solidarité, p. 485 ss. 

2. Harpocration, s. v. I~'.y.£"/.ripuy£va'.. 

3. Hérodote, VIII, 93. 

4. Démosthène, Sur la fausse ambassade, 21. 



olG UNF-: INSCKIPTIO.N DK MILET 

dique, elle veng-e les Grecs d un P^phialtès '. Mais, par 
assimilation, la trahison comprend la haute trahison et le 
sacrilège. Ainsi s'explicjuent tous ces bans publiés par les 
Athéniens contre les llermocopides, les profanateurs des 
mystères et le philosophe athée Diagoras de Mélos-; par 
les Syracusiiins contre Denys le Tyran'; par les Chiotes 
contre un chef" d'esclaves révoltés '• ; par les Iliens contre 
les adversaires de la démocratie '. Toujours et partout la 
tête mise à jirix est celle d'un ennemi pul)lic. Nous reve- 
nons par une autre voie à la même conclusion ; Nympha- 
rètos et Stratônax sont proscrits pour crime politi<jue. 



II 

L'inscription de Milet soulevait d'abord un problème 
juridique. Il est résolu. Mais cette solution ne fait que sou- 
lever à son tour un problème historique. On est amené à se 
demander dans quelles circonstances ont été condamnés 
les personnajçes dont nous avons les noms et k quelle fac- 
tion ils appartenaient. 

Le moment est venu d apporter un texte où transpa- 
raissent sous un voile d'erreurs et (U; lég'endes des allu- 
sions , aussi nettes pour le fond que j)our la forme , à l'in- 
scription (pie nous cherchons à interpréter. Ce texte, c'est 
un frag'ment de Nicolas de Damas. Les historiens 1 Ont 
complètement néglig'é jiis(prà nos jours. I/uii dCntrc eux, 
et non des moindres, déclare catégoriquement qu'il n'est 

1. Héiodolc, VII. 213. 

2. Tluicydiclf, \'\. lid : Arislopliiiiu-, Oisciiii.r. Kri-IOTT, cl loScoliasle; 
Scnliaste des (irenoiiilli's. :i2(i ; I )iii(liiif, Xlll. li, '. ; J.ysias, Contre Ando- 
f (■(/(', 17-1 s. 

;i. Dioddiv, .XIV, S, ;5. 

1. Nympliodnros, cite par .\(liéiu-e, \'\. îKi. p. 2ii(i ,7';,if//iie/i/.i liislori- 
coruin (jrivctirtim, II, p. .1"s\ 

5. In.srrii}lions juridlif nos i/ racines, ii' WII, i, I l-.'M»; ii, 1. i-l 1. ^'^il• 
cnciiip Miclicl. n" .')(i. 



UNE INSCRIPTION DE MILET 517 

rienmo'ms qu historique, nicht/iistorisch^sondcrn mythkchK 
Peut-être aurait-il été plus prudent de se dire que le com- 
pilateur avait à sa disposition des ressources immenses, 
qu'il a pu consulter plusieurs auteurs de M'.A-r;ff'.a-/.â et prendre 
pour collaborateur Aristote. En tout cas, grâce à notre 
inscription, un texte mis au rebut acquiert tout à coup une 
valeur qu'on ne pouvait soupçonner. 

Dans le VI'' des cent quarante-quatre livres dont se com- 
posait Y Histoire universelle, par conséquent, presque au 
début de l'ouvrage , là où l'auteur racontait pêle-mêle les 
aventures des Argonautes et celles des tyrans grecs , se 
plaçait un long récit des révolutions qui agitèrent Milet au 
w" siècle. Le roi légitime était Léôdamas. Amphitrès cons- 
pira contre lui, l'égorgea et constitua une tyrannie. Il fai- 
sait le siège d'x\ssesos, oîi s'étaient réfugiés les fds de sa 
victime, lorsqu'il fut surpris et tué. (« A la suite de ces évé- 
nements, Épiménès reçoit d'un vote populaire le titre 
d'aisymnète, avec un pouvoir discrétionnaire de vie et de 
mort. Il ne parvint à mettre la main sur aucun des enfants 
d' Amphitrès (oùosvbç :!:; t' v' èv-Aparô; Y£V£76a'.) ; car ils se 
sauvèrent immédiatement, pris de peur. Mais il confisqua 
leurs biens et fit mettre leur tête à prix par la voix du 
héraut [oiÇi^fùp'.z^t £y.-(^pu;sv, v. -<.ç jcjtoj; v.-zhtiv/). Quant aux 
complices du meurtre, il en fit exécuter trois et proclama 
contre les autres le bannissement. C'est ainsi que furent 
renversés les Nèléides ~. » 

Il y a dans ce fragment un mélange bizarre, saisissant, 
de mythes historiques et de détails évidemment puisés à 

1. Eduard Meyer, Geschichte des Allerthiims. II, p. 616. 

2. Xiculas de Damas, fragm. 54 (Fra(finenia hislnricoriim cfreecorum, 

III, p. 38.S-3S9j : "Ox'. 'E::t;a.£vr]; [X£-à TaÙTa ai'j'j;j.vT;trj; Ono toO orjaou yi'-Ç'O- 
TOveiTat, Àaoôjv èÇouaiav xtïiveiv ouç ÇiOÙlizoLi- za'. o; xwv aÈv -aîowv 'Aji-?;- 
TpTjTOç oùBevô; ol'K -' V' iyy.oatfi; yr/ÎTOa'.- j-sjriÀOov yàp TiapaypfjiAa Ssi^rav- 
!£;• Ta 0£ ov-a aùxoï; lor[[jLcua£, zaï àpyûpiov âzrlp'j^cv, eI' Tt; auxoùç /CTEi'vsiev" 
xwv Ô£ x.oivtovwv TÔiv ço'vo'j -pcï; à-£y.x£'.v£, xoï; oi aXXoi; ©uyriv 7:po<;a>£Ï- 
::£V 01 0£ foyovxo. Oî aèv or, NrjÀEÏôai -/.axEÀûOriTav (doe. 



518 TNK INSCRIPTION T)V. MILET 

une source épigrapliitîue par l'auteur que copie Nicolas de 
Damas. Y oyez, le récit. Pure allég'orie. Léôdamas, le chef 
du peu[)lo. t'sl remplacé par Amphiirès, ce parèdre mâle 
dAmphitritè, qui représente l'aristocratie dominatrice des 
àîivai-a'., cette hypostase de Poséidon, père de Nèlée et 
ancêtre des Nèléides '. Amphitrès succombe à son tour, et 
la lécrende fait apparaître le héros Kpiménès mettant à prix 
la lète des ennemis publics là où l'histoire présente des 
épimènes charg'és de ce soin. C'est bien ainsi que procède 
l'imagination populaire, quand elle cherche l'explication 
d'un document réel dans les souvenirs brumeux du passé. 
Tout cela est la vérité même, sauf la transposition symbo- 
lique. \oyeA ensuite ce décret de bannissement et de con- 
tiscation rendu contre les complices d un niciutre politique, 
l'expression v.z'.vmvz'. ç-évoj qui rappelle ïr. y}'.\i.y.-\, les mots 
àyy.pxTY;; ^'t'/izhy.'. qui se retrouvent littéralement dans l'in- 
scription. Tout cela iiulitjue qu'effectivement, au vi*" siècle, 
un décret de proscription perpétuelle a été lancé contre la 
première famille de l'oligarchie milésienne. 

Est-ce à dire que nous soyons aujourd'hui en possession 
du vieux décret qui a suggéré la fable rapportée par Nicolas 
de Damas? Ces enfants du prétendu Amphitrès (pii jjiirent 
la fuite après la mort de leur père, mais dont les biens 
furent confisqués et la tète mise à prix, sappelaient-ils 
Nympharètos et Stratônax? La conjecture est séduisante 
et serait bien commotle. Seulement, notre inscription 
ne remonte pas si haut. Ceux qui l'ont découverte ou vue 
se fondent sur des raisons extrinsèques pour assigner au 
travail du la|)icide une date assez reculée dans le v'' siècle-. 



1. CoïKin, dans son Xnrrulioncs, ii (voir Pholiiis, l{ihlinllu-<in('. p. i:<0, 
38 racuiilc aulrcment la rivalité de Laodamas et dAmpliitiis, apptlû dans 
le nis. Philrt's. 

2. M. A\'ie},'and fait remarquer : 1" que la pierre avail une position 
oblique pai- rapport i\ la place pul)li(pic nu-dcssous de laquelle elle était 
enl'ùiiie et aux uiunuu)euls ijui hordaieiil celle i)lace ; S^ipielle se Ircjuvait 



INE INSCRIPTION DE MILET o19 

Nous ne pouvons donc pas songer au \]'\ Alors, quel rap- 
port peut-il bien y avoir entre V iTj.Y.r,pjç<.; dont parle Nico- 
las de Damas et celle de notre inscription? 

Nous appelons ici l'attention sur certains détails d'ordre 
matériel que signale M. Wiegand. L'inscription est gravée 
sur un socle de marbre. Avec les vingt lettres qui manquent 
à la première ligne , elle couvre ce socle tout entier. La 
place y fait donc manifestement défaut pour l'intitulé et 
pour le commencement du décret. Mais on remarque le 
long du socle une mortaise. C'est l'entaille où se prenait la 
base d'une stèle qui a disparu '. Le graveur, n'ayant pas eu 
assez de place sur la stèle, a continué son travail plus bas, 
sur le socle. 

Qu'était-ce que cette stèle dont le texte précédait notre 
inscription? 

Dans toute la Grèce, on publiait sur des stèles les sen- 
tences ou arrêts de ])annissement perpétuel rendus contre 
les coupaljles ou les contumaces. La proscription , c'était 
« l'inscription sur la stèle », la G-:r,'/J.-:i'ja'.:. Une stèle portait 
en tête les dispositions qui fulminaient la mise hors la loi. 
Au-dessous, on inscrivait au fur et à mesure les noms de 
ceux qui étaient frappés, et souvent les jugements ou dé- 
crets de condamnation. Quand il n'y avait plus de place 
« sur la vieille stèle », àv t5 o-TiX/.a -.i-yChuix, comme dit une 
inscription -, généralement on en dressait une autre à côté, 
qui faisait suite. 



à un niveau notablement inférieur. M. Albert Rehni, qui est chargé de la 
partie épijjraphique dans la publication des fouilles allemandes, observe 
que les barres allongées de VQ, la forme ])articulière de il' composé de 
deux com-bes et la boucle allongée du P font remonter rinscription assez 
haut dans le v siècle. 

1. « Es bcsteht aus einem Gneisfundament und verklammertem Marmor- 
sockel aus zwei Blocken dariiber, auf dem sich ein Zapfenloch fïir eine jetz- 
fehlende Stèle befindet. » (Sitzungsherichle der Berliner Akndemie, 1906, 
l.c. . 

2. Iiiscriijlioiis juridUiues grecques, n" XX\'I1. D, 1. 31-32. 



520 UNE INSCRIPTION DK MII.ET 

Deux de ces stèles sont connues dans l'histoire d'Athènes : 
l'' Après l'expulsion des Pisistratides , on érigea sur 
l'Acropole une stèle en bronze qui portait, outre la loi de 
proscription rendue contre la tyrannie, les noms du tyran, 
de ses fils et de ses petits-iils : c'était la jTr.Xr, T.zp: -f,: -(ov 
Tupâvvwv àor/iaç ou Oi-i\j.ixz , r, àv -f, 'AOr^vauov y.v.pz~o\e'. a-.x- 
OsTcja ' . Cette stèle fut détruite pendant l'occupation d'Athènes 
par les Perses. Mais elle fut refaite plus tard '. C'est cette 
copie qu'analyse Thucydide; c'est à cllr ([ue fait allusion le 
décret de Patroclides '. 

2" Vers la fin du vi'' siècle, les partisans dlsa^oras et de 
Cléomène, condamnés à mort par contumace, eurent leurs 
biens confisqués, leurs maisons rasées et « leurs noms 
inscrits sur une stèle de bronze, qui fut exposée sur l'Acro- 
pole près de l'ancien temple^ ». Cette stèle, (piil ne faut 
pas confondre avec la précédente •', eut sans doute le même 
sort pendant les guerres médiques. Mais, quelques années 
après Salamine, les Athéniens déclarèrent coupable de 
trahison et condamnèrent à mort par contumace un parent 
des Pisistratides, Hippanpie, fils de Charmos. Sa statue en 
bronze, qui se dressait sur l'Acropole, fut démolie, fondue 
et convertie en une stèle où l'on devait inscrire désormais 
les sacrilèges et les traîtres (àvaYpâoe'.v -:'j: x/j-r,p'.z'j; v.y-'. 
-t'j; TupoîÔTaç), à commencer par Ilipparcpic lui-même. L ora- 
teur Lvcurgue, qui donne tous ces renseignements dans son 
plaidoyer vonfrc Lrorru/c'', demande au greffier du tribunal 

1. TluK-ydiilc, \l, 5&. 

2. (-f. Marbre de Paros, 'O-'l. 

3. Pati-oclidcs excepte de l'aninislie ô-oaa (ôvouaTa) èv atrîÀai; ■;i^r:,x--7.: 
Tfov ar, £vOâo£ aï'.vavt'ou, r\ i^ 'Aç,îio-j -âyou rj T(ov Içetiov tt] h -fJTavs'.ou f, 

/.aTEyvo'iaOTi , f] açaYeuaiv y, Tjoâvvoi; i^Andocide, Sur les iiuislères, 78). 

i. Scolic d'Aristnpliiiiic, Lt/sislriil:i. 273. 

3. Cf. Hus.ill, (iriccliixche lii'srhirhic. 11. p. M»^: I.ip>iiis. I>;is nllisrhc 
liecht und Itechhi'erfu/iren. j). IM. n. 1 1. \'"ir cependant von WilMMiowitz. 
Arisloleles und Alhen. I. j). 1 Ki. 

0. 117-llft. 



UNE INSCRIPTION DE MILET 



521 



de lire en premier lieu le décret relatif k la statue, puis le 
texte inscrit sur la stèle à la suite îr.v.-y. -f^z axr,\r,q xb J-ô- 
Ypa[j/,j.a) et les noms des traîtres ajoutés postérieurement à 
la liste sur la même stèle (/.xl tojç jff-spsv TrpoaavaYpaçévca; 
xpooixa; sU TajTv; / ty;v (j-qrqv). Un moment vint où les juge- 
ments et décrets de condamnation rendus contre les traîtres 
et les xX'.xr,pioi furent gravés sur des stèles particulières. En 
414, ce fut le cas pour les violateurs des mystères', pour 
Alcibiade', pour Diagoras de Mélos^. En 410, le peuple 
athénien ordonna d'ériger l'une à côté de l'autre deux stèles 
qui portaient les décrets de condamnation posthume rendus 
contre Phrynichos et le texte de la condamnation à mort 
prononcée contre Archeptolémos et Antiphon^. 

Mais la (j-t^Xîtsjjiç n'est pas spéciale aux Athéniens. Des 
pierres nous ont conservé une série de jugements rendus 
contre les tyrans et leurs descendants par les Erésiens : ces 
pierres venaient à la suite d'une stèle , la vieille stèle où 
était inscrite la loi contre les tyrans , -:àv a-i'ù.xv -y.v r.^pl 
Twv Tupâvvo)v 7.x!, -o)v à/.-;iv(i)V, ...tsv v;;j.:v Tb[A Tusp'. to)v -upxvvojv 
YSYpai-'-l-'-svov àv -à -^-iWx -x r.x'/.xix^. 

On voit maintenant quels rapports existaient entre le 
document gravé sur l'inscription milésienne et celui que 
résume Nicolas de Damas. Au vi^ siècle, im décret de pro- 
scription avait été rendu contre les Nèléides; il servit, dans 
le cours du v" siècle, à la rédaction d'un nouveau décret, 
nécessité par un nouvel attentat. Le premier acte était gra- 
vé sur une stèle que supportait un socle ; le second fut 
gravé pour la plus grande partie sur le socle, tout simple- 
ment par économie, pour qu'on n'eût pas à faire les frais 



J. Andocide, l. c, 51. 

2. Isocrate, XVI, 9 ; Diodore, XIII, 69, 2. 

3. Scolies d'Ai-islophane, Oiseaux, 10"3 ; Grenouilles, 320. 

4. Pseudo-Plulaïque, Vie des dix orateurs {Anliphon) , 29, p. S31 B. 

5. Inscriptions juridiques (jrecques, n" XX^'II, A, I. 24-26; D, 1. 31-32; 
cf. D, 1. 16-1:. Voir ir XXX\'III el p. 375. 



522 UNE INSCKIPTlu.N DK MILKT 

d'une seconde stèle. C'est le texte de Ui stèle disparue que 
nous l'ait connaître Nicolas de Damas, et l'inscription du 
socle, qui en reproduit les formules, nous en garantit lau- 
thenlicité. 

Les Milésiens ont donc procédé à une seconde expulsion 
des Nèléides. Mais, si Nympharètos et Stratônax appar- 
tiennent à la grande famille de Milet, il importerait fort de 
le prouver directement. Ce n'est pas impossible. 

Les villes d'Ionie se vantaient d'avoir eu pour premiers 
habitants des colons originaires de Messénie, et les Nèléides 
reconnaissaient comme ancêtre le Nèlée des vieilles légendes, 
le roi de Pylos. Au v*" siècle, la politi([ue athénienne ou 
philathénienne fit ce qu'elle put pour enlever le bénéfice de 
ces fables au.x Péloponésiens. On usa du procédé connu : 
on forgea des généalogies nouvelles. A la légende de Nèlée, 
fils de Poséidon, se superposa et se substitua presque celle 
de Nèlée, fils de Codros'. Par les mythes se préj)arait et 
se justifiait l'hégémonie athénienne. Mais, naturellement, 
les adversaires d'Athènes refusaient d'adopter une doctrine 
aussi défavorable à leurs idées. Us cherchaient à soutenir la 
vogue de la tlièse péloponésienne. Pylos et ki Messénie 
devaient être à la mode dans 1 oligarchie de Milet. 

Cette mode fortement significative s'observe dans les 
noms propres de notre inscription. Les grandes familles en 
Grèce faisaient (pu'hjuefois des manifestations politi({ues en 
donnant un nom ;i leurs enfants"'. Le chef de parti Stratô- 
nax a, pour ainsi dire, voué ses deux fils à la cause pélopo- 
nésienne et oligarciiicpie. Pour le nom de Cresphontès, il 
n'y a pas le moindre doute. Le Cresplionte de la légende, 
c'est 1 Ilèraclide (|ui conrjuil la Messénie et y fonda cinq 

1. ('.(. Miii \\ilMnin\\ il/. Kjiihilln'it. p. W : 'l"r>|)llVr, Mllsclic Getiealoffie, 

2. A Atliriics iiu'inc. le l\iaii Pi>isli';ilc ,i\ail ric- iiinniiu'' ainsi i-ii im'-- 
moiif d'un iil- (11- Nestor (Hérodote, \', 65; cf. Ihltisxi'c. III, i()(i. 11.», 151, 
îM' fl siiiv. : Apiillixlore. 1, !•, 9, '2; l'ausaiiias. I\'. I. -tj. 



UNE INSCRIPTION DE MILET 523 

villes, dont Pylos'. Son nom n'a eu qu'une piètre fortune : 
il est resté strictement messénien. Il ne se trouve pas dans 
l'onomastique athénienne. Dans le Corpus inscriptionum 
grsecariini il n'apparaît qu'une fois, et c'est sur une des 
rares inscriptions qu'a laissées la Messénie, sur ime pierre 
qui provient d'Ithôme ''. Pour qu'un Milésien ait donné ce 
nom k son fîls, il a fallu qu'il y attachât un sens précis : 
nous savons lequel. Quant au frère de Gresphontès, il s'ap- 
pelait d'un nom qui commence par 'ÀA/.r,. M. ^Yieg•and 
restitue 'AXy.ip.oç avec un point d'interrog-ation. Le fait est 
que bien d'autres noms commencent par AX/.u Mais, à 
notre avis , la restitution proposée est certaine. Le nom 
d'Alkimos se trouve dans une scolie d'Homère, comme 
porté par un fils de Nèlée -^ Stratônax a donné à ses fils 
des noms qui s'expliquent l'un comme l'autre et s'éclairent 
l'un par l'autre^. 

Ces noms suffisent à démontrer que Stratônax et son 
complice Nympharètos étaient les chefs de l'olii^archie et 
appartenaient à la grande famille de Milet. Il faut donc 
admettre (ce qui ne présente aucune difficulté) que les 
Nèléides, bannis une première fois, purent rentrer dans leur 
patrie à la faveur des troubles civils ou de la conquête 
perse. Le décret de proscription rendu au \i^ siècle contre 



1. Éphore, dans Strabon, VIII, 5, 7. p. 361: 8, 5, p. 389; Platon, Lois, 
III, p. 683 D, 692 B: Isocrale, VI, 22, 31; ApoUodore, II, 8, 1-5; Pausanias, 
II, 18, 7-S; IV, 3, 3-7 ; 31, 11 ; V, 3, 6; VIII, 5, 6; 29, 5. 

2. Corpus inscriptionum grxcariim, n" 1297. 

3. Sco'iaste de Vlliade, XI, 692. 

4. Le nom même de XympharèLos, qui est un a-a; ).£yo[j.£vov, ne semble 
pas inventé au hasard. Arétos est le nom porte dans 1 épopée et la mytho- 
logie jiar un (ils de Nestor (Odyssée, III, 4li, 4 iO ; ApoUodore, I, 9, 9, 2). 
Ce nom est entré dans la composition d'un autre, Kyarètos , porté par le 
héros fondateur d'une ville ionienne (Pausanias, VII, 2, 101. Il a pu tout 
aussi bien s'adjoindre au souvenir de la nymphe Tyrô, amante de Poséidon 
et mère de Nèlée, pour désigner un Nèléide. Les Milésiens semblent, d'ail- 
leurs, avoir volontiers fait entrer Nju.® dans la composition des noms 
propres cf. Silzumjsberlchle der Berliner Aliudemie, 1901, p. 113 . 



524 UNE INSCRIPTION DE MILET 

les aïeux dut être renouvelé au v'' siècle contre les descen- 
dants. Cette fois, la puissance des Nèléides fut brisée à 
jamais : y. ;j.àv o?S N-/;Aî?oa'. 7.3:T£XJ0-/;o-av doe. 



III 

II est assez délicat, vu le peu de documents (jue nous 
possédons, de iixer la date de cet événement. Il n'est pas 
interdit toutefois d'émettre une hypothèse. Notre inscrip- 
tion nous fournit pour cela quelques inilications utiles. 

Dans toutes les villes de la Grèce, à toutes les époques, 
chaque fois qu'une tète est mise à prix, ce prix est très 
élevé. Xp-qiix-x 7:b\Kx,ypr,\j.i-Mv zA'^fjc;, telles sont les expres- 
sions dont se servent les historiens. Ecartons le chiffre 
fabuleux de cent talents au([uel aurait été cotée hi vie du 
g'rand roi ; nég'lig'oons même les dix mille drachmes pro- 
mises pour la capture d une reine redoutée comme Arté- 
mise. Ce qui reste alors, c'est le taux fixé par les Athé- 
niens en 414 et qu'une véritable tradition transmet, à plus 
d'un siècle de distance . au peuple d Ilion : à savoir, un 
talent. Voilà la prime classique. 

Comment se fait-il donc qu'à Milet la tète d'un ennemi 
public soit évaluée au chilfre dérisoire de cent statères? 
Cent statères, deux cents drachmes, c'est l;i Irentième par- 
tie du talent. On est bien mescpiin u MiKt. Idut. vu ell'et, 
révèle une cité pauvre. (>es gens-lii fiml avec empressement 
l'économie d'ime stèle. I/aniciuK' (|u ils inflii^eiil jjoui- for- 
faiture est iniime. Ciiupiante statères aux épimènes qui ne 
font pas mettre à mort le proscrit en leur pouvoir, cent 
statères au président des épimènes (pii laisse tomber l'alfaire 
et devient ainsi passible tle l'amende doid)lée : des chilfres 
aussi faibles sont insolites. ]\u rvy;\e ^'•énérale, les ma<;islrats 
(jui ne sacquitlent pas d uiii' mission spéciale sont frappés 
de peines bien [)lus fortes : 1 amende de dix mille drachmes 



LISE IKSCIUI'TIU.N DE .MILET 525 

est très fréquente ' ; celle de mille drachmes n est guère 
infligée que pour des négligences sans gravité'. On trouvera 
bien un décret athénien pour tarifer les contraventions de 
magistrats au tavix de cent drachmes '; mais il a été rendu 
en l'an 48o/i, c'est-à-dire dans l'intervalle des deux guerres 
médiques, dans une période où les fortunes étaient réduites, 
où l'argent se resserrait, où le niveau des valeurs était au 
plus bas. Ce sont précisément des circonstances analogues 
que Ton devine à Milet. On se dirait à une époque où cette 
ville, délivrée des Mèdes par la victoire de TEurymédon, 
continuerait à ressentir les effets de l'oppression subie. 

Cet appauvrissement de Milet se constate, en effet, dans 
les documents ofïiciels peu après le milieu du \^ siècle. Que 
l'on consulte les fameuses listes des x~xpyxi à l'aide des- 
quelles il est facile de calculer les contributions versées par 
les alliés d'Athènes. Dans la troisième des périodes déter- 
minées par Kirchhoff, la période comprise entre 4i6 et 440, 
on fera des comparaisons intéressantes ^. Le tribut de Milet 
est de cinq talents. (Test celui de Cos, de Carvstos et de 
petites cités perdues dans la Propontide et la Chalcidique, 
comme Sélymbria, Sermylia etMendè. Vingt-quatre tributs 
sont plus forts, depuis les dix tributs de six talents jusqu'aux 
deux tributs de trente. Parmi les colonies de Milet, Cyzique 

1. Cr. CorpuH iiiscriptiomini nlLicurutti. 1, n" 40, 1. 38-39: II. n° 809, B, 
1. 1-6: IV, n" 33 .1, 1. lS-20 ; Michel, n° 498, 1. 31 et suiv. (Téos). 

2. Cf. Déniosthène, Contre Macartaios, 34; Corpus inscriptioniim attica- 
riiin, II, n" 115 h; 476, 1. 12-13; Michel, n"' 23, C, 1. 21 et suiv.;D, 1. 1 et 
suiv. ;Drèros) : 195 (Élidel ; Dittenberger, Sylloge, 2' éd.. n" 880, 1. 8 
(Nisyrosl. 

3. Michel, n" 810, B, 1. 15 et suiv. Il faut remonter au temps de Solon , 
pour découvrir encore à Athènes une loi condamnant à une peine de cent 
drachmes l'archonte qui néglige un de ses devoirs (Plutarque, Solon, 24). 
Quand une cité infime comme -Astypalaia charge certains magistrats de 
dresser une liste de proxènes , elle exige cent drachmes par nom oublié 
(Michel, n" 416, I. 9-11. Cf. n" 16, 1. 70-73). 

i. Voir Corpus inscriplioniim allicarum, I, n"'' 234-240. 

1906. 



526 r.M': insckiptio.n dk aiilet 

paie neuf talents, et Lampsaquo douze'. On voit ([uelle o 
été la décliéance économique de Milet vers le milieu du 
V® siècle et, par suite, on se rend compte de l'époque vers 
laquelle il convient de ramener un décret où Milet laisse 
voir si clairement sa misère. 

Nous arriverons au même résultat en considérant ce que 
notre inscription nous apprend sur le régime politi([ue de 
Milet. 

Nous voyons fonctionner un collège d épiinènes. Leurs 
attributions sont variées. Ils ont la haute police; ils ont le 
maniement des fonds publics. Mais ce ne sont pas des 
fonctionnaires. Leur chef, l'épimène par excellence, dirige 
les délibérations du Conseil et de l'Assemblée, introduit les 
motions et les met aux voix (ttpoOyji)-. Les épimènes forment 
donc un bureau et une commission permanente avec son 
président. Ce sont des espèces de prytanes aux pouvoirs 
étendus. 

Or un autre décret de Milet, (pion a pu placer avec cer- 
titude au commencement du iv'^ siècle-^, présente une orga- 
nisation bien dilférente. Cette fois, le Conseil et l'Assem- 
blée sont présidés par des prytanes es noms, ([ui ont à leur 
tête un épistate. L'intitulé no laisse pas le moindre doute : 
Ivîxpo-'.r à-pjTXvs'jEv, 5 oîïvz àziTTXTS.'.. B;;£v -f,'. ^jo\f,<. v.x'. to)-, 
or];;.(j)".. Cette seconde organisation est une imitation mani- 
feste des institutions athéniennes '. 

1. Tributs de six Iak-iits : Éplièsc, Téos, SUioiu-, Potidôe, Topônè. Samo- 
llirace, Andros, Lindos, Camira, lalysos. — Tribut de- six taicnls S. 000 
(h achmes : Naxos. — Tribut de sept (aleuts : Krytln-i-os. — Tributs de 
ucuf talents : (Munies, (^halcédoiue, Gy/.iquc. — Tributs de dix talents : 
Périnthc, Chalcis (? . .Vinos. — Tribut de douze talents : F.ampsaque. — 
Tributs (le (juin/.e talents : Abdèra. Hyzance. — Tiibul de seize talents 
1.200 dracluues : Fams. — Tributs de trente talenl> : Tliasos, Egine. 

2. Le commentaire de M. von Wilanidwit/. porte eu très jurande partie 
siu' te mot ::coOy- et sur les attributions des épimènes. 

."î. Silzanrfxlipiirlilc der Berliner AUndemie. 1!>01, p. 011. 
l. La eninpélence administrative, tout au moins la foneliou linaneiérc ilc 
!•«•« prytauc< n <•>! plu^ celle <|ui a])|)arleiiail aux épimènes. Il y a mainte- 



UNE INSCRIPTION DE MILET 527 

A quelle époque ces prvtanes ont-ils remplacé les épi- 
mènes ? C'est évidemment au temps où linlluence athé- 
nienne s'exerçait sur l'Ionie en toute souveraineté. Mais 
Milet rejeta cette influence dès 412. Pour qu'un g-ouverne- 
ment d'importation athénienne ait pu survivre à cette révo- 
lution faite contre Athènes, il est nécessaire qu'en 412 ce 
gouvernement ait assez duré déjà pour être entré dans les 
mœurs et avoir complètement perdu sa tare étrangère. Le 
régime des épimènes a donc dû cesser dès le commence- 
ment de la période où Athènes imposa ses institutions à 
ses alliés. 

Par conséquent, des raisons politiques s'accordent avec 
des raisons économiques pour lixer au milieu du v" siècle 
les événements dont notre inscription marque un épisode. 
Mais les luttes civiles dont Milet fut le théâtre à ce moment 
ont laissé des traces dans la littérature et l'épigraphie. 
L'opuscule intitulé Gouvernement des Athéniens et classé 
à tort parmi les œuvres de Xénophon contient le passage 
suivant : « Les Athéniens n'ont pas eu à se féliciter de 
s'être parfois rangés du parti des nobles ; ceux-ci en ont 
toujours profité pour réduire le peuple en servitude... 
Témoin l'oligarchie de Milet qui paya les services d'Athènes 
par une prompte défection et le massacre du peuple'. » 
Cet opuscule , comme l'a démontré Kirchhotf, a été com- 
posé en 424. Mais les événements auxquels il fait allusion 
paraissent assez anciens. Il cite comme exemples, en même 
temps que les alFaires de Milet, celles de Béolie et de 
Messénie. Cette intervention des Athéniens en faveui- de 
l'oligarchie béotienne nous est connue : elle suivit les ba- 
tailles de Tanagra et d'Oinophyta, en io7. Cet essai d'en- 

nant des -pây.Topî; pour inscrire et recouvrer les amendes, un Taafxç pour 
veiller sur le trésor et ordonnancer les dépenses. Dans d'autres inscriptions 
de Milet se reti'ouvent les noms des tribus attiques (voir Lebas-'\A'adflins;ton, 
n°» 238, 242). 

1. Pseudo-Xénophon, Gniivernemenl des Mhànicns. III. II. 



o28 UNE INSCRIPTION DE MILET 

tente avec Sparte au détriment des démocrates messéniens 
n'est pas non plus une énigme historique : il eut lieu après 
le fameux tremblement de terre qui bouleversa la Laconie 
en 464 et fut marqué par l'apparition dune flotte athé- 
nienne sur les côtes de Messénie en 462'. La diplomatie 
critiquée par l'auteur anonyme est donc celle de Cimon. 
Or, Cimon partit pour l'expédition de Cypre au printemps 
de 449 et mourut pendant l'été de cette même année. Il 
résulte de là que les Athéniens prêtèrent leur concours à 
l'oligarchie milésienne à une date qui ne saurait être posté- 
rieure au commencement de 449. G est précisément dans 
l'année 450/49 que, d'après une inscription malheureuse- 
ment mutilée, les Athéniens nommèrent une commission 
de cin([ membres charj^ée de mettre lin aux dissensions de 
Milet par un arbitrag-e % A en croire le Pseudo-Xénophon, 
cette commission conclut en faveur de l'oligarchie , après 
quoi, sans tarder, les vainqueurs tombèrent sur les vaincus 
et se détachèrent de la confédération athénienne. Mais 
cette défection fut de courte durée, puisque Milet ne cessa 
pas de figurer sur la liste des àzapyxû Evidemment la fac- 
tion démocratique prit vite sa revanche et fut cette fois 
soutenue par le peuple athénien. \ oilà probablement la 
guerre civile à la suite de laquelle furent proscrits les chefs 
du parti oligarchique, Nympharètos et Stratônax. Notre 
inscription se place aux environs de l'an 449. 

Kn résumé, le document que nous venons d étudier four- 
nit de précieux renseignements au juriste et à 1 historien. 
Au point de vue juridicpie , il contribue à nous faire con- 
naître li' bannissement par inscription sur la stèle, la respon- 
sabilité collective et transmissible en matière polilicjue et 

1. Cf. Ikisoll, Op. cil.. III, I, p. 320 et suiv. 

2. (Jorpiis insriijttiontiin ulliraruin, I\', n' 22 .(, h, 1. i-3 : éXc'jOat 8]è 

nÉvtê àvfôpa; "ôv o^aov âÇ 'AOr,vat<ov àrocvT'uv ajùrixa ijiâÀa, [otTtvH; -x I 

ysyc/voT» y.TÀ. (21'. I'rii^:in. c. 



LIVRES OFFERTS 529 

ce procédé habituel à la justice pénale des Grecs, l'assimi- 
lation aux types traditionnels de crimes ; mais surtout il 
nous apprend avec quelle facilité les cités et les partis 
ordonnaient de courir sus aux traîtres et aux révolution- 
naires. Au point de vue historique, il donne une impor- 
tance singulière à un fragment de Nicolas de Damas qu'on 
rejetait dédaigneusement dans les bas-fonds de la mytho- 
logie et nous fait saisir sur le vif la formation des légendes 
populaires ; il nous montre la famille royale des Nèléides 
chassée par deux fois de Milet; il nous révèle la sombre 
détresse où se débattait après les guerres médiques cette 
ville qui brillait jadis parmi les plus riches; il jette un jour 
nouveau sur les transformations constitutionnelles d'une 
cité que sa misère n'empêchait pas de tenir une grande 
place; enfin, il nous fait assister aux vicissitudes d'une 
lutte à mort où, vers l'an 449, les factions se ruaient Tune 
contre l'autre et ensanglantaient la Grèce asiatique au profit 
de la domination athénienne. 



LIVRES OFFERTS 



M. Hamy offre à l'Académie, de la part de M. le duc de Loubat, le 
second volume du Codex Borgia, de M. le professeur Selei% cpii vient 
de paraître à Berlin sous les auspices de notre correspondant, tou- 
jours prêt à encourager de son mieux les études américaines. Ce 
volume in-4'' de 310 pages, consacré à l'étude de la deuxième partie 
du célèbre manuscrit de la Bibliothèque de la Propagande (aujourd'hui 
à la Vaticane), comprend le commentaire détaillé des pages 29 à 76 
du Codex. Le travail de M. Seler, toujours aussi autorisé, est accom- 
pagné d'un atlas explicatif, gravé avec soin, et d'un grand nombre de 
figures comparatives largement distribuées dans le texte. 

M. Louis Léger offre de la part de M. Victor Henry, professeur à 
la Sorbonne, la deuxième édition de son Précis de grammaire corn- 



530 LIVRES OFFERTS 

parée de l'anylnis et de l'uUeniund rapiiorléA ù leur- commune origine 
et raj)prochés des langues clasaif/ues (1 vol. in-8", lil)i;iirio Ilachetle): 

« La première édition de cet ouvrage a été publiée en 1893, et Tannée 
suivante il en a paru une édition anglaise. C'est en France et en 
Angleterre le premier essai tenté pour initier les professeurs de 
langues vivantes aux notions et aux principes de linguistique qui 
sont cour.uils dans l'enseignement allemand. Mais le plan de l'au- 
teur n'ap|)artient cpi'à lui ; il part de la langue allemande telle 
qu'elle est aujourd'hui et remonte par échelons jusqu'à son état le 
plus ancien. 

« M. Henry n'est pas, (|u On me passe l'expression, un germaniste 
de cabinet. 11 est né à Colmar et dès sa jeunesse il a praliipié 
parallèlement le parler local sur lecpiel on lui doil d'excellents tra- 
vaux et l'allemand littéraire. 

« L'auteur appelle tour à tour en témoignage le grec, le latin, parfois 
le sanscrit, le slave ou le celle. Ce nianut-i peut donc servir de point 
de départ à l'étudiant curieux d'aborder la philologie indo-euro- 
péenne par le côté germanicpie. 

« Cette nouvelle édition vient à propos, au moment où 1 (jn essaye 
chez nous d'enseigner les deux langues germaniques par une mé- 
thode puremeul expc'timenlale et purement mnémotechnique. Je n'ai 
pas l'intention de discuter ici cette méthode. Mais je crois que les 
maîtres trouveront intérêt et profit à communi((uer aux élèves les 
résultats de la méthode comparative dont M. lleniy leur offre un 
manuel excellent. » 

M. ^'lOI.I.KT a la parole pour un hommage : 

" M. Léon Dorez, (pii aciiève pcnir la ville de Paris la puldiealion 
des deux premiers Mémoriaux de la Faculté de Décret de Paris, n'a 
])as borné à ces deux registres ses recherches personnelles : il nous 
offre aujourd'hui un spéeinu'ii ih-s investigations auxijuelles il s'est 
livré en (''tudiaiil le tome 15 de ces Mémoriaux, ("e fascicuh- est inti- 
tulé : 

Notes sur les lihraires, relieurs, enlumineurs, ii.ijicliers et jiarc/ie- 
minicrs Jurés de l' Université de Paris, extraites des Mémoriaux de ta 
Faculté de Décret de Paris. i:;(ll-la24 (Paris, !'.>()(;, in-8"; extr. de la 
Revue des nihliothè'/ues). 

v< Ces notes ne sont pas utiles seulenuMil ;i 1 histoire îles libiaires 
parisiens. Elles seront consultées aussi avec grand intérêt par les tra- 
vailleurs qui s'occupent de l'histoire lie rCniversilé de i'aris. Telle 
délibération (|ue signale .M. L. Dorez sera désormais rangée au 
nombre des témoignages si curieux (pii nous révèlent la sourde ani- 



SÉANCE or 10 OCTOBRE 1906 531 

mosité des docteurs des trois hautes Facultés contre le recteur, éma- 
nation directe de la Faculté des arts, cette « très célèbre » et très 
tyrannicjue sœur cadette, comme dit M. Léon Dorez. » 

M. Edouard Naville, correspondant de l'Institut, offre, en son 
nom, à l'Académie, un ouvrage intitulé : The tomh of Iliîfshopaîtti 
avec une introduction deM. Théodore M. Davis (London, 1906, in-4°). 

M. Maspeuo offre le 4^ volume des OEuvres diverses de M. F. 
Chabas et les deux volumes des Œurres diverses de M. Auguste 
Baillet (Paris, 1905 et 190r); 3 vol. in-8» faisant partie de la Bihlio- 
Ihèqiie PJgi/ptoIngirfue). 



SÉANCE DU 19 OCTOBRE 



PRESIDENCE DE M. R. GAGNAT. 

M. HoMOLLE communique une lettre de M. Replat, architecte 
de l'École française d'Athènes, annonçant l'achèvement des tra- 
vaux du Trésor d'Athènes à Delphes, reconstitué aux frais du 
dème d'Athènes, avec les matériaux antiques de cet édifice. II 
fait passer sous les yeux de l'Académie des photographies qui 
reproduisent les diverses faces du monument et l'aspect du 
sanctuaire de Delphes avec cet ornement nouveau. Il expose 
brièvement la méthode qui a été suivie pour n'altérer en rien le 
caractère du Trésor. Il prie l'Académie de vouloir bien expri- 
mer ses félicitations à M. Replat et ses remerciements au dème 
d'Athènes et au démarque M. Mercouris. 

Les débris de marbre jonchaient le sol en si grand nombre et 
étaient en général si bien conservés que, dès 1895, M. HomoUe 
exprimait l'opinion et l'espoir que le Trésor d'Athènes pouvait 
être remonté, comme le temple d'Athéna Polias ou celui de la 
Victoire .Aptère ou l'Acropole d'Athènes: c'est seulement en 1903 
que les travaux furent commencés. 



sÉANcio bu U) ocTuiiMi; 1*.)0() 533 

Quelques personnes ont condamné et contesté l'entreprise, au 
nom du respect dû aux ruines; elles semblent avoir péché pai' 
excès de zèle et n'avoir pas considéré les conditions dans 
lesquelles s'exécutait la réédification et qui la justilient autant 
et plus que celle des deux temples athéniens. La quantité, la 
qualité, la variété des matériaux subsistants dépassent de beau- 
coup en ellét celles des ruines de l'Acropole, et les indices qui 
déterminent la place de chaque pierre, se complétant et se 
contrôlant l'un l'autre, sont infiniment plus abondants, plus 
divers, plus précis et démonstratifs. A ceux qu'on peut tirer 
de la nature des matériaux, de la coupe des pierres, des scelle- 
ments, goujons et marques d'appareillage, s'ajoutent en etTet des 
inscriptions qui couvrent les deux antes , une partie de la face 
Nord et de la Façade Sud. Le devoir absolu de reconstituer ces 
textes épig-raphique eût à lui seul imposé l'assemblage des 
pierres dispersées du Trésor. 

M. Salomon Rkinacu donne lecture dune note de M. E. Car- 
tailhac, correspondant de l'Académie, sur une nouvelle caverne 
avec figures découverte dans les Pyrénées de l'Ariège : 

« Le 24 septembre dernier, j'étais informé par mon vieil ami 
M. le D"" Garrigou que son voisin de campagne, M. le comman- 
dant Malard, avait aperçu quelques dessins d'animaux an fond 
d'une grotte très vaste de la commune de Niaux. Ces Messieurs 
m'engageaient à vérifier la valeur du fait et je me rendis aussitôt 
à leur appel. Le 28, guidé fort aimablement par M. Malard et 
ses fils, je pénétrai dans la caverne. 

« Elle est bien connue dans le pays. On la visite volontiers et 
même, pendant quelques années, la commune l'alfermait à un 
guide des touristes. Ceux-ci ont trop souvent inscrit leur nom et 
des dates jusque dans des régions éloignées de l'entrée. 

« L'ouverture est au Nord, dans le flanc abrupt d'une haute 
montagne, à une centaine de mètres au-dessus de la rivière de 
Vic-de-Sos. Elle est très étroite, dissimulée par des broussailles 
au bas d'un escarpement. On franchit le seuil en se courbant, 
puis on circule très aisément dans une galerie en zig-zag, souvent 
large et haute, ayant des descentes et des montées qui se com- 
pensent. Elle est très sèche cette année, mais les traces d'inon- 



o34 SÉANCE Di" 19 ocToniu-: 190(3 

dation habituelle sont fréquentes; à 1.000 et l.iOO mètres de 
profondeur, il y a encore des cascades et des lacs. 

(. Arrivé à 662 mètres, on trouve, à droite, une vaste ;;alerie 
(liverj(cnte dont le sol incliné est couvert (Tune énorme coulée 
de sable lin [)iii\enant du la\age des moi-aines très anciennes. 
On monte, el, après l.')<i mètres, on ,i bout il ;i une i^i-andiose 
rotonde. 

« C'est là, par conséquent à 800 mètres de rentrée et du jour, 
que MM. Malard, qui prenaient plaisir à lever à la planchette 
le plan de la grotte, aperçurent sur la |)aroi des ligures d'ani- 
maux, belles étaient si fraiches qu'ils les croyaient, tout au 
moins, repassées au noir par quelque visiteur. Deux ou trois 
signatures au charbon se lisent eu ell'et aux environs, lu examen 
minutieux et sévère m'a |)ermis de les rassurer. Les dessins sont 
intacts: ils sortent, dans un état de fraîcheur extr.iordinaire, de 
dessous les glacis stalaginilicjues qui. ici. les voilent à peine, et, 
là, les cachent avec des épaisseurs démontrant leur ancienneté. 
C'est ce que nous avons remarqué déjà dans les autres grottes 
ornées. 

« Si quelques figures sont bien conservées, bon nombre ont 
perdu très inégalement leur couleur. Plusieurs sont absolument 
décolorées. 11 faut un jeu de lumière spécial pour retrouver les 
contoui's et les lignes de\eiiues ou maintenues brillantes sur le 
fond mal du rocher. 

'( L'argile cpii coule un peu partout sur les murailles de cette 
salle a dû faire dis|)araitre beaucoup de ces ligures, si nous en 
jugeons |iar cpichiues traces fugitives retrouvées en dehors du 
grand paimeau entrevu d'abord et dont nous avons pu. dans 
notre visite prolongée, saisir toute l'importance. 

« Les animaux sont dessinés en noir uniquement. Ils sont au 
Irait, tandis cpià Marsoulas et à .\ltamira nous a\ons des pein- 
tures en couches graduées d'intensité. Pour certaines images, les 
traits sont luultipliés connue des hachures, le dessin est ombré, 
le poil est ligure. 

« L'allure, le stxle, hi (direction ra|i|u'lleiit les meilleures 
(l'uvres d'ail p;ili''olillii<nics. Il ne |)eut y a\ inr aucun doute : nous 
sommes en présence d'un travail de 1 ancien âge de la pierre, 
semblable à cviw (pie nous connaissons maintenant fort bien. 



SÉANCE nr 19 octobre 1906 53?î 

« Les bisons dominent; on en compte plus de trente, entre- 
mêlés avec huit ou neuf chevaux, trois bouquetins et deux cervi- 
dés. Les dimensions sont bien au-dessous des grandeurs natu- 
relles. Si deux ou trois atteignent 1 '" 50, la plupart sont aux 
environs de I mètre et quelques-uns au-dessous. Vn tout petit 
bouquelin de 0'" '2'^, au galop les jambes lléchies, les sabots 
rejetés en arrière, est un chef-dNeuvre. 

« J^es chevaux mont paru également supérieurs à toutes les 
représentations pariétales que j'ai \ues. 

<■<■ La surface ainsi décorée forme des concavités successives. 
De plus, de haut en bas, elle se creuse plus ou moins largement 
et à certains endroits court parallèle au sol, formant voijte sur- 
baissée, jusqu'à des anfractuosilés en forme de four. Les images, 
qui s'étalent en haut aussi loin que la main peut atteindre, se 
superposent, et on en trouve jusque dans ces réduils où nous ne 
pouvions pénétrer qu'en rampant. Comme à Altamira, le dessina- 
teur a dû se mettre sur le dos. In des meilleurs chevaux a été 
ainsi dessiné. 

'< Car le sol , sur lequel nous avons ramassé quelques frag- 
ments de silex et un excellent grattoir arrondi de petit formai, 
ne paraît pas avoir changé de. niveau. Lorsque les chasseurs de 
bisons y venaient, les grands événements géologiques dont la 
caverne otï"re les traces étaient terminés. Elle était déjà bien 
vieille. Nous pensons que la période était sèche. Ce n'est pas 
alors certainement que les tlaques d'eau profondes de 2 mètres, 
qui semblent disparues d'hier, barraient à chaque pas la route 
semée de gours. Il faut observer cependant que l'humidité d'une 
grotte varie sans cesse. Des passages se ferment, d'autres 
s'ouvrent aux eaux d'infiltration. De là des changements dans 
tous les phénomènes qui en découlent. 

« En circulant dans les galerit'S d'accès, j'ai aperçu quelques 
signes rouges rappelant exactement ceux que nous connaissons 
par Marsoulas et d'autres cavernes. MM. Malard et moi nous 
avons aussitôt remarqué qu'ils se retrouvaient çà et là. A l'angle 
de la galerie secondaire, deux surfaces délimitées par des acci- 
dents du rocher sont couvertes de véritables inscriptions; du 
moins le groupement des signes particuliers, rouges etq-jelques- 
uns noirs, donne cette impression. Je crois a\oir retrouvé là, 
mais en très petit format, un signe jusqu'ici spécial à .\ltamira. 



536 SÉANCE Dr 10 octorre 190() 

« Parmi les dessins d'animaux du panneau principal les signes 
de ce genre font défaut ; en revanche, sur le ventre nu plutôt sur 
les flancs de sept bisons, des flèches ont été tracées de telle 
manière qu'elles attirent l'attention du premier coup â\vi\ — une, 
deux, trois ou quatre flèches, la pointe barbelée en haut. Une 
seule est aussi barbelée à la base "J^. Dans le groupe où elles 
sont au nombre de quatre, celles du milieu sont noires et ont 
environ 0'" ^Ode longueur; les deux autres, à droite et àgauche, 

sont rouges et plus courtes : t î ( t- 

u Voilà un fait nouveau. Nous avions déjà un signe pecli- 
forme sur le beau bison polychrome de Marsoulas et notre ima- 
gination cherchait à lexpliquci-. Nous avons quelques motifs de 
Tassimiler à une main très stylisée. Dans noire grotte de Niaux 
il n"y a pas de doute : ce sont bien des flèches que les primitifs 
ont figurées, absolument comme celles qu'on voit gravées sur 
les dents d'ours et de lion du collier de Sordes. Notre esprit ne 
peut que songer à ces procédés (W^nvoùtemenl pratiqués par 
l'humanité de tous les temps. Ces flèches noires, renforcées de 
flèches rouges pour attirer mieux encore l'altention, me semblent 
la confirmation de nos hypothèses de la première heure, si 
opportunément lornuilées par MM. llamy et Hcinach, à la 
knnière de l'ethnographie comparée. 

« r.e visiteur parvenu au cœur de la montagne, à 800 mètres 
de la lumière du jour, essayera de se figurer l'incantation ma- 
gique de quelfjue grand sorcier opérant devant les groupes 
d'images, tandis qu'autour de lui, sur les pentes du vaste amphi- 
théâtre, éclairé d'une quantité de lampes portatives, la tribu 
prenait confiance et comptait sur la profusion du gii)ier et la 
sûreté de ses coups. 

« M. l'abbé Breuil voudra bien se joindre à moi pour l'étude 
el pour la publication de celte grotte de Niaux dans la série édi- 
tée grâce à la générosité de S. .-\. S. le ])rince de Monaco. » 

L'.Académie proroge à l'année 1909, pour le prix du budget, 
le sujet suivant f|u"elle a\ait déjà proposé pour l'aimée 19(>6, 
mais qui n'a pas été suflisamment traité : Kludier une période 
(le riiisldire niicicDiic du J.ijxin. 



LIVRES OFFERTS 537 

L'ouvrage présenté à TAcadémie devra être soit un mémoire 
suivi de la traduction de textes japonais tirés de la littérature 
historique, g-éographique ou épigraphique , soit une traduction 
d'un livre historique japonais accompagnée d'un commentaire 
critique. 

Tous les travaux présentés, mémoires ou traductions, devront 
être entièrement ijiédils cl inamiscnfs et déposés au Secrétariat 
de l'Institut avant le l*--- janvier 1909. 

L'Académie décide, en outre, que le prix extraordinaire Bordin, 
de la valeur de trois mille francs, sera décerné, en 1909, au meil- 
leur ouvrage, imprimé ou manuscrit, relatif aux études orien- 
tales. Si l'ouvrage est imprimé, il devra avoir été publié depuis 
le l'^'' janvier 1906. 

Les ouvrages devront être déposés au Secrétariat de l'Institut 
avant le i*""" janvier 1909. et en double exemplaire s'ils sont 
imprimés. 

M. Léon Dorez poursuit sa communication sur les manuscrits 
à peintures de la bibliothèque de Lord Leicester, à Holkham 
(Norfolk.). Il avait présenté, dans la dernière séance, des pein- 
tures datant du xT' au xni® siècle ; il montre, cette fois, des pein- 
tures qui s'échelonnent du xiv"' au xv" siècle , empruntées à des 
manuscrits provenant de divers couvents italiens, d'Alberto 
d'Esté, du roi de Hongrie Mathias Corvin, de Laurent de Médicis, 
de Charles le Téméraire, de Raphaël de Marcatel, abbé de Saint- 
Bavon de Gand, etc. 

M. Joulin commence la lecture d'un mémoire sur les établis- 
sements antiques du bassin supérieur de la Garonne. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le fascicule du mois 
d'août des Comptes ?-encIus des séances de V Académie pendant l'année 
^906 (Paris, 1906, in-S»). 



')38 SÉANCE DU 26 OCTOBRE 1006 

M. (>OLLiGNON présente au nom de rauleur, M. Henri Lochat, pro- 
fesseur à riiiiversilc de Lyon, louvrage suivant: Phidias et la 
xculptiirr (jrecijuo au r« mpcIp Paris, 1906, in-S", 170 paf,'-es; collec- 
tion des Maîtres de l'art\. 

« Ce petit livre est essentiellement un travail de vulgarisation, 
destiné à un public très étendu. L"auteur s'est attaché à résumer, 
dans un petit nombre de pages, tout le mouvement de l'art grec 
depuis les guerres médiqucs jusqu'à la fin du v* siècle, c'est-à-dire 
dans sa période la plus brillante et la plus féconde. Autour de 
Phidias il a groupé ses précurseui's et ses successeuis ; si le Parthé- 
non est le centre de son étude, il la commence avec Egine et Olympia 
pour la conduire jusqu'à la colonne des danseuses et aux sculptures 
du temple de la Victoire Aptère. La tâche était difficile. M. Lechat y a 
pleinement réussi. Il a très résolument dégagé ses pages de tout 
appareil scientifique, se bornant à indiquer les principales références 
dans un appendice bibliogra])liique (pion consultera avec profit. Son 
livre est bien ainsi ce (pi'il voulait tpril fût : une esquisse très large, 
mais très nette, où les lignes générales ressortent avec précision. On 
sent que l'auteur s'est avant tout préoccupé de faire comprendre 
l'esprit d'une grande époque d'art et les caractères essentiels 
d'œuvres dans l'intimité desquelles il a vécu pendant ses séjours en 
Grèce. On ne s'étonnera pas de retrouver ici les (pialités de style 
dont il a maintes fois donné les preuves. Ecrit dans une langue 
souple et colorée, très vivant, ce livre est d'une lecture très atta- 
chante. II montrerait une fois de plus, s'il était nécessaire, que, sous 
la plume d'un savant aussi maître de son sujet que l'est M. Lechat, 
un livre de vulgarisation pont être en réalité une œuvre tivs person- 
nelle. >i 



SÉANCE DU 2() OCTOlîUE 



PRESIDENCK I>i; M. R. C.VG.NAT. 



M. li\iiniER DE Meynaud a la parole pour une communication : 

<( Au eommenrcment de celle année, l'-Xcadémie a accordé 

une subvenliou de ."Ldoo. francs, prélevée sur la fondation Benoit 

Ganiier, à .M. de Moliiynski, titulaire de la chaire publique 



SÉANCE DU 26 OCTOBRE 100() 539 

d'arabe à Constantine, pour une mission dans le Sahara. Le but 
de cette mission était de recueillir à In-Salah et dans le Iloggar 
un ensemble de données nouvelles sur la linguistique, l'ethno- 
graphie et l'histoire de cette région peuplée par les tribus ber- 
bères et touareg. 

u J'ai reçu récemment de M. de Motilynski une lettre qui 
renferme d'intéressants détails sur les premiers résultats de son 
exploration, et il me charge de les communiquer à l'Académie. 
Avant d'en extraire les passages principaux, je rappelle en deux 
mots l'itinéraire suivi par l'explorateur. 

« Parti de In-Salah le 11 mai, il est arrivé, après vingt jours 
d'une marche que la chaleur rendait fort pénible, à Tamanghasset, 
au Sud du grand massif du Hoggar. C'est là qu'il a établi son 
centre d'information, parce que c'est le point autour duquel gra- 
vitent les Touareg et les nomades qui vont chercher les pâtu- 
rages de l'Adrar, Voici comment M. de Motilynski résume ses 
premières recherches : 

<( Après quelques difficultés de début, j'ai pu commencer mes 
informations linguistiques et sociologiques. En travaillant matin 
et soir, je suis arrivé en six semaines à faire une moisson consi- 
dérable. Elle comprend aujourd'hui plus de six mille lignes en 
lamachek. Les documents recueillis ne sont pas des traductions : 
ce sont des textes dictés par les indigènes : ils comprennent des 
contes populaires, des légendes locales, des renseignements ori- 
ginaux sur la vie des Touareg du Hoggar, enfin une série de 
chansons et de proverbes populaires. Je crois que le résultat 
obtenu est bon et que je pourrai donner un travail sérieux sur la 
langue, les mœurs et les institutions du pays touareg. » 

M Dans une lettre de date plus récente, le 22 août, M. de 
Motilynski communique la suite de son itinéraire. Il a gagné 
rilama, centre agricole importante! encore inexploré; poursuivant 
sa route à travers le massif central du Hoggar, il est arrivé à 
Tazerout malgré les avertissements et même les menaces des 
Touareg qui lui représentaient cette contrée comme inaccessible. 

(' La lettre finit ainsi : 

« Ma tournée terminée, je reprendrai le chemin du Nord 
dans la première quinzaine de septembre, en passant parle Touat 
et le Gourera où j'ai à étudier d'intéressants groupes berbères. 



540 SÉANCE DU 26 OCTOBRE 1906 

En résumé, ma mission se poursuit normalement et avec fruit. 
J'espère que l'Académie, qui a bien voulu m'accorder son bien- 
veillaut appui , sera satisfaite du résultat de mes recherches 
menées sans répit mal^^ré les rigueurs de la saison. » 

« L'Académie voit par ce simple résumé que les espérances 
qu'elle avait fondées sur le savoir et le zèle de M. de Motilynski 
ne seront pas démenties. La mission quelle lui a confiée fournira 
de riches matériaux non seulement à la linguistique et à l'archéo- 
logie , mais aussi à la géographie de ces centres touareg qui 
n'avaient pas encore été 1 objet de recherches scientifiques pour- 
suivies avec autant de persévérance et de sagacité. » 

M. FIeuzey étudie les origines chaldéennes du monstre à tête 
de serpent dont une mission allemande a retrouvé les grandes 
figures, modelées en couleur sur les briques émaillées des murs 
de liabjlone. Cet animal, vraiment apocalyptique, est beaucoup 
plus ancien que les murailles de Nabuchodonosor. M. Heuzey 
en avait déjà signalé le prototype, figuré plus de vingt siècles 
auparavant, sur un vase en pierre et sur un cachet rapportés par 
M. de Sarzec et portant le nom de Goudéa. 

Sur ces monuments le dragon chaldéen est consacré au dieu 
Nin-ghis-zida, qui était le patron personnel de Goudéa. Le 
cachet en particulier représente ce dieu avec deux serpents qui 
lui sortent des épaules. 

M. Heuzey suit les transformations du même type à travers 
l'époque babylonienne, surtout sur la belle et instructive série 
des galets de bornage découverts par M. de Morgan. A Babylone, 
les dragons sacrés formaient wnc paire d'animaux fantastiques 
consacrés aux deux grands dieux de la cité, Mardouk et Nébo. 
Le commandant Gros a retrouvé aussi, dans sa mission en 
Ghaldée, un cachet babylonien, où l'on voit un seul tiragon adoré 
sur un autel et portant à la fois les symboles réunis des deux 
divinités. 

>L (^arcopino, membre de ri'xole française de Home, fait une 
communication sur une inscription {|u"il a découverte au mois 
de juin dernier à (> kilomètres au Sud d .\ïn Tounga, dans le lit 
de l'oued KrallL'd. allUient de droite de la Medjerdah . et (|ui 



LIVKES OFFERTS 



541 



intéresse à la fois l'histoire de la colonisatian romaine en Afrique 
et celle du colonat partiaire dans toute l'étendue du monde 
romain. 

Cette inscription qui date du règne d'Hadrien débute par une 
pétition de cultivateurs demandant des terres sur le domaine 
impérial, et contient la réponse à cette pétition ou .sermo procii- 
raloruin impieraforis) Caes{ari's) Iladn'ani , dont l'inscription 
d'Ain Ouassel nous avait révélé un exemplaire postérieur que 
celle-ci éclaire et complète. Elle se termine par une lettre pro- 
curatorienne transmise par un certain nombre de fonctionnaires 
et qui permet de mieux connaître la hiérarchie procuratorienne 
en Afrique. 



LIVRES OFFERTS 



M. CoLLiGNON présente à l'Académie, au nom de Fauteur, M. Wal- 
demar Deonna, membre étranger de l'Ecole française d'Athènes, un 
travail intitulé : Les statues de ferre cuite en Grèce (Paris, A. Fonte- 
moing, 190G, in-S") : 

« M. Deonna s'est proposé de traiter une question qui, jusqu'ici, 
n'avait pas été abordée dans son ensemble, à savoir l'emploi de la 
terre cuite en Grèce dans des œuvres statuaires que leurs dimen- 
sions permettent de distinguer nettement des figurines. On sait par 
les textes que, dans certains cas, les sculpteurs ont mis en œuvre, 
au lieu du marbre et du bronze, l'argile, matière peu coûteuse, et 
qui se prête à un travail rapide. 11 sufïït de rappeler les cruda opéra 
de Kaïkosthènos et les statues de terre cuite du Portique royal 
d'Athènes. En poursuivant dans les musées une enquête attentive, 
M. Deonna est parvenu à dresser une liste de vingt-huit monuments, 
qu'il a étudiés avec soin et classés chronologiquement , depuis le 
vii<' siècle jusqu'à l'époque gréco-romaine. Dans une introduction oîi 
l'on trouverait matière à discussion, l'auteur fait l'historique de cette 
technique, montre qu'elle a été plus d'une fois appliquée aux statues 
votives et aux statues funéraires, et constate qu'après avoir été en 



542 



LIVUKS (il-1'ERTS 



usag-e au vi" siècle, elle a Irouvr un regain de faveur à l'éjMujue 
hellénisli(jue. La liste des figures d'acrotères iju il a établie prouve 
d aiileui's ((u'clle a été fréquemnienl ;t|)])li(|uée ii la décoralion archi- 
tecturale. 

« A vrai diie, les monuments sont assez rares pour la Grèce. 
Aussi bien M. Deonna n"a publié ce travail (pu- comme une sorte de 
préface à une élude plus étendue portant sui' des matériaux plus 
riches, les statues de terre cuite en Etrurie et en Italie. Il me sera 
permis de rappeler cpf il a commencé ces recherches sur mes indica- 
tions, au temps où il suivait à IL'niversité de Paris les conférences 
d'archéologie. » 

M. O.MONT dépose sur le bureau un exemplaire de la reproduction 
en pholotypie, par MM. Berlhaud frères, du célèbre Album de 
dessins d'architecture de Villard de Ilonnecourt. 

M. Gagnât otTre, au nom de M. de Boislislk, le 19*^ volume de sa 

pu])lication des Mpinoirra de SninfSimnn (Paris. P.HIC). in-8°V 

M. Gacjnat offre également au nom (1(> M. I1\mv sou mémoire sur 
Alexundre do Iluinlioblt l'I !<• Musi'-c triiis/aiff nnlurclle |Paris, in-4"^; 
extrait des Nouvelles arcltives du Miisriim <t' hisloire n:ittiroU<'. 



M. Gleumont-Ganneat offre à l'Académie, au nom de M. ral)l)é 
1". \'igouroux, le 28* fascicule de son Diclionihiin' de In Bihle (Paris, 
l'.)0(), in-B"!, et le t<"' volume des Mrl.iii(/es de la Kacvdté orienlali- de 
l'Université Sainl-.Iosepli de Heyrouth (Beyrouth, 1900, in-8"y : 

« J'ai l'honneur d'olTrir à l'Académie, de la part des éditeurs, 
MM. Letouzey et Ané, le fascicule XXVIII du iJirtioniinire de la Bihle, 
publié |)ar labbé \'igouroux : ce fascicule s'éten<l du mol .Wiftisi au 
mol O/c. 11 contient de nombreuses et inli'icssantcs illustrations et 
une carl(; très détaillée du tcrritf)ire de la tribu de Nephthali. 

" J'ai riionneur d'olfrii- en outre à l'Académie, de la pari tic 1 l ni- 
versité Saint-Joseph, de Heyroulh,un volume intitulé Mrlan(/es de la 
Faculté orientale, t. I II ouvre une série (pii, à en juger par ce pre- 
mier spécimen, ne peut maufpier d'être accueillie avec faveur par 
tous ceux cpii s'inléi-esseiit à l'Orient, à son histoire, ses liltératuri's, 
son archéologie. Il contient neuf mémoires (jui, rédigés par les pro- 
fesseurs de cet établissement ou des docteurs formés p;ir lui, 
témoignent dune icmanpi.ilile acli\ilé scientifiipie. Pour eu donner 
une idée, je ne saurais mieux fai