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ACADEMIE 



DES 



INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES 

ANNÉE 1918 



MAÇON, PROTAT FRKKES, IMPRIMEURS. 



VS^^ï>i . 



ACADEMIE 



DIOS 



INSCRIPTIONS & BKLLES-LETTRES 



COMPTES l-iENDUS 



DKS 



SEANCES DE L ANNÉE 



19i8 




PARIS 
AUGUSTE PICARD, ÉDITEUR 

LI13PAIRE liES ARCHIVES NATIONALES ET UE LA SOCIÉTÉ DE l'ÉcOLE DBS CHAIITBS 
8 "2 , R i; E BONAPARTE, 82 



M D CCCC XVIII 



AS 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 



SÉANCE DU 4 JANVIER 



PRESIDENCE DE M. ANTOINE THOMAS, PRESIDENT SORTANT, 
PUIS DE M. HÉRON DE VILLEFOSSE, PRESIDENT POUR l'aNNÉE 1918. 

M. Antoine Thomas, président sortant, prononce Fallocution 
suivante : 

« Mes chers Confrères, 

« Arrivé au ternie du mandat que vous m'avez fait l'honneur de 
me confier, je tiens à vous exprimer de nouveau, sans effusion 
intempestive, très simplement et très cordialement, mes senti- 
ments de gratitude. J'en réserve, naturellement, une bonne part 
à notre dévoué Secrétaire perpétuel, dont l'assistance ne m'a 
jamais fait défaut; mais je sens bien que, malgré ses conseils, 
toute mon application n'aurait pas suffi à la tâche, si votre indul- 
gence n'avait d'elle-même suppléé ce que mon inexpérience n'a 
pu fournir. A défaut de satisfecit, je ne doute pas que vous 
m'accordiez mon quitus. 

« Notre vie académique s'est poursuivie régulièrement pendant 
l'année 1917. En dépit de nos angoisses patriotiques, nos com- 
missions n'ont pas chômé et nos séances ont été bien remplies. 
Si cruelles qu'aient été les pertes que nous avons éprouvées, la 
statistique nous apprend que leur chiffre n'a pas dépassé la 
moyenne. Quelques-uns des vides qui existaient dans notre 

1918 1 



2 SÉANCE DU 4 JANVIER '1018 

Compagnie oiiL ôlé heureusement comblés : j"ai eu le plaisir 
inoubliable de souhaiter la bienvenue à cinq nouveaux confrères 
et de proclamer élus deux correspondants regnicolcs ; au total 
sept personnes qui, vraisemblablement, conserveront un bon' 
souvenir de ma présidence. 

« L'état de santé de notre confrère M, Klie Berger ne lui a mal- 
heureusement pas permis d'accepter la succession qui lui revenait 
de droit; je me fais votre interprète en l'assurant de nouveau 
de nos profonds regrets et en lui exprimant nos souhaits les plus 
cordiaux pour ({u'un repos prolongé lui apporle un rétablisse- 
ment Completel durable. Je n'ai pas à vous présenter l'éminent 
confrère que vos suth-ages ont désigné pour parer à ce fâcheux 
contre-temps. En le félicitant du rare' honneur qui lui échoit 
d'inaugurer aujourd'hui une seconde présidence, j'ai besoin du 
témoignage formel de nos fastes consulaires pour croire que 
vin"-t ans se sont écoulés depuis qu'il a terminé brillamment la 
première. Puisse le fardeau être léger à ses robustes épaules ! 
cest notre vœu le plus cher. Revêtu d'un double prestige, 
M. Héron de Villefosse sera d'autant plus qualifié pour parler 
au nom de notre Académie et au nom de l'Institut tout entier. 

M Si 1917 n'a été encore pour notre pays qu'une année d'attente, 
J918 ne doit pas être une année de détente. Plus que jamais 
s'impose à tous la nécessité de l'effort moral destiné à seconder 
l'elfort matériel qui se prépare en vue des réalisations légitimes 
dont la France conserve l'espoir indéfectible. L'énergie dont fait 
preuve notre nouveau président, en reparaissant sur la brèche à 
notre tête, est un gage assuré que notre état d'esprit est à la hau- 
teur de notre devoir. Depuis longtemps, nos devanciers nous 
ont donné l'exemple et enseigné la vertu de la confiance en soi;, 
sans laquelle rien de grand ne se peut accomplir. Un des quatre 
premiers membres de la « petite Académie » créée par Colbert, 
à laquelle nous aimons à nous rattacher, écrivait en 1683 : « Le 
premier pas à la Victoire, c'est de croire qu'on la pourra rem- 
porter; en douter, c'est être à moitié vaincu; en désespérer, 
c'est l'être tout à fait '. » 

1. François Charpentier, De l'excellence de la langue française, t. I, 
p. 297. 



SÉANCE t)U 4 JANVIER i9l8 3 

« Je vous laisse, mes chers Confrères, sous rimpression de ces 
Hères paroles, et je prie M. Héron de Villefosse de vouloir bien 
prendre ma place au bureau, et M. Paul Girard, vice-président^ 
de venir s'asseoir à son côté. » 

M. HÉRON DE ViLLUFossE, prenant le fauteuil de la présidence, 
prononce Tallocution suivante : 

« Mes chers Confrères, 

« Je regrette vivement avec vous que notre vice-président ait 
dû décliner Thonneur qui l'attendait aujourd'hui. J'espère 
que le repos qu'il s'est imposé lui rendra promptement la santé. 
Sa retraite vous a déterminés à m'appeler pour la seconde 
fois à ce fauteuil ; votre bienveillance me confie de nouveau le 
soin de diriger vos discussions. Je sens le prix de ce grand hon- 
neur et je n'ai pas besoin d'ajouter que je suis profondément 
touché en recevant de vous un si haut témoignage d'estime et 
de sympathie. Mon premier devoir est de vous en exprimer ma 
gratitude ; c'est assurément le plus doux de tous ceux que je 
dois remplir cette année. 

« J'ai hâte de remercier mon prédécesseur des paroles aimables 
et trop indulgentes qu'il vient de prononcer en m'invitant à 
occuper sa place. Pendant l'année qui vient de finir, il a déployé 
un zèle et une activité que nous avons souvent admirés ; il a 
conduit nos débats avec cette conscience scrupuleuse qui fut la 
règle de ses actions ; c'est en m'inspirantdeson exen>ple que j'ai 
l'espoir de me montrer digne de vos suifrages. Et si j'éprouvais 
quelque défaillance dans l'exercice de mes fonctions, je n'aurais 
qu'à me tourner vers notre cher Secrétaire perpétuel : son expé- 
rience et ses avis me tireraient bientôt d'embarras. Enfin, vous 
avez choisi pour me seconder un confrère dont la droiture et 
la bonne grâce me sont connues depuis longtemps ; je sais que 
je puis compter sur son concours le plus dévoué. 

« En cette quatrième année de guerre, nos esprits sont envahis 
par lespensées les plus graves. L'heure est maintenant solennelle: 
le moment approche où le sort du pays va se décider. Nos espoirs 
patriotiques, nos élans de piété filiale ne doivent pas nous faire 
négliger nos travaux. Nous poursuivrons nos études habituelles 



4 SÉANCE DU 4 JANVIER 1918 

avec d'autant plus de calme qu'elles nous amènent toujours à de 
salutaires méditations. L'histoire nous enscig-ne, en elFet, que 
Torgueil des conquérants et des despotes, que les ambitions 
démesurées des peuples trouvent ici-bas leur châtiment. Tôt ou 
tard, la vérité se fait jour et le bon droit triomphe ; les lois de 
réternelle justice sont immuables. 

« Nos cœurs sauront rester fermes pendant les dernières 
épreuves, nos âmes demeurer inébranlables et notre foi invin- 
cible. Toujours maîtres de nos jugements, nous conserverons 
cette parfaite liberté qui ne consent jamais à soutenir des opinions 
contraires à celles que dicte la conscience. Hoc aulein liberiores 
et solutiores sumus quod intégra nohis est judicandi potestas. 
Au milieu des anxiétés de la patrie, nous saurons travailler 
pour sa gloire, nous contribuerons- à la diffusion de ses idées 
immortelles et au maintien de sa bonne renommée. Nous unirons 
nos efforts pour faire mieux connaître ses nobles traditions et 
ses vertus légendaires, proclamer son désinléi^essement, exalter 
sa loyauté et sa vaillance, raffermir s'il en était besoin le courage 
de ses enfants. Et dans l'auréole de beauté morale dont notre 
chère France sera illuminée, elle nous apparaîtra plus grande 
que jamais, toujours généreuse, toujours prête aux douloureux 
sacrifices quand elle les croit nécessaires au bien de l'humanité. 

« De l'autre côté des Alpes, nos troupes viennent de remporter 
un important succès; le pi^emier jour de cette nouvelle année a 
été marqué par une date glorieuse. La "Victoire, déployant ses 
ailes, plane au-dessus de nos drapeaux ; elle guidera les pas de 
nos soldats à travers ces champs d'Italie où chaque pli de terrain 
rappelle les exploits de nos pères. 

« J'adresse à notre armée, à nos alliés fidèles et valeureux, à tous 
ceux qui travaillent à la libération des territoires occupés par 
nos ennemis, le salut cordial de notre Académie ! » 

Le Président donne lecture de l'adresse suivante qui a été 
envoyée à l'Académie par la British Academy : 

« A l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 
« Au début d'une nouvelle année, qui trouve nos patries alliées 
encore en guerre, la British Academy désire envoyer ses saluta- 



SÉANCE DU 4 JANVIER 1918 5 

lions à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et par elle 
à rinstitut de France. 

' « Les Académies de Grande-Bretagne et de France représentent 
la civilisation pour laquelle nos patries se battent, et mainte- 
nant, après trois ans de guerre, nous affirmons de nouveau 
l'idéal pour lequel nous avons pris les armes. 

« Notre conviction de la justice de notre cause est inébranlable; 
elle est même intensifiée, à mesure que le temps passe, par les 
preuves répétées, données par nos ennemis, que quelque grand 
que puisse être leur pouvoir matériel, ils ont, comme nation, 
perdu l'âme qui seule l'ait que la vie vaut d'être vécue. 

« Les souffrances des nations et les deuils des individus ont été 
terribles ; mais ce sont des sacrifices pour une grande cause, et 
nous avons la confiance que cela n'aura pas été en vain, parce 
que nous croyons en un Dieu de justice, qui soutiendra la cause 
de la liberté, de l'honneur et de la bonne foi parmi les nations. 

«C'est avec la plus profonde sympathie et la plus grande admi- 
ration que nous, en Angleterre, avons constaté la fermeté du 
caractère français et les héroïques exploits de vos armées. Les 
noms de la Marne et de \^erdun sont déjà des étoiles brillantes 
dans l'histoire de votre pays, et quelles que soient les épreuves 
qui nous sont réservées dans l'année qui vient, nous avons la 
confiance que nos patries alliées les domineront toutes et mar- 
cheront en avant avec une invincible résolution vers la victoire 
finale. 

« Begardant dans l'avenir vers le jour où nous pourrons 
reprendre le calme labeur de la science, et cette culture spiri- 
tuelle et intellectuelle qui est Tânie d'une nation, j'ai l'honneur 
de vous présenter les salutations de la British Academy. 

« Frédéric G. Kenyon, 

v< président de la British Academy. 

« f"" janvier 1918. » 

L'Académie souligne cette lecture par ses applaudissements. 

M. le Président se chargera de répondre à l'adresse de la 
British Academy, au nom de notre Académie, et de lui exprimer 
nos sentiments de gratitude et de sympathie. 



6 SÉANCE Dl- i JANVIEH 1018 

L'Académie, votant par bulletins, désigne, conformément à la 
proposition de la Commission Piot, iM. Homolle comme direc- 
teur des Mémoires et Monuments Piot à la place de M. Col- 

lignon, décédé. 

Conlormémentàune seconde proposition, elle vote à M. Pans, 
correspondant de TAcadémie, directeur de TÉcole des Hautes 
études hispaniques, une somme de i.OOO francs pour continuer 
ses fouilles à Bolonia. 

M.Gh.-V. Langlois, au nom de la Commission du prix Gobert, 
annonce que deux ouvrages ont été présentés à ce concours : 
1" par M. le baron Gabriel Le Barrois d'Orgeval: Le Tribunal 
de la Connélablie de France, du XlVsiècle à J790; 2° par 
M. Jules \'iard, Les- Journaux du Trésor de Charles IV le Bel. 

Le Secrétaire perpétuel fait connaître, ainsi qu'il suit, la 
situation des concours de FAcadémie pour l'année 1918 : 

Prix ordinaire [Étude grammaticale sur une des langues 
nouvellement découvertes de l'Asie Centrale) : aucun mémoire. 
Prix Duchalais [Numismatique du moyen âge) ; 1 concur- 
rent. 

Prix Gobert : 2 concurrents . 

Prix Bordin [moyen âge ou renaissance) : 4 concurrents. 
Antiquités de la France : 8 concurrents. 

Prix Louis Fould [Histoire des arts du dessin) : 2 concur- 
rents . 

Prix Brunet : 5 concurrents. 
Prix Stanislas Julien : pas de concurrents. 
Prix de La Grange : 1 concurrent. 
Prix Delalande-Guérineau : 2 concurrents. 
Prix Saintour (Orient) : 4 concurrents. 
Prix Jean-Jacques Berger : 8 concurrents. 
Prix Auguste Prost : 2 concurrents. 

Prix Le Fèvre-Deumier : pas de concurrents (l'Académie 
évoque elle-même les ouvrages). 

Prix de numismatique orientale : pas de concurrents. 
Prix Henri Lantoine (à un travail sur Virgile) : pas de con- 
currents. 



SÉANCE DU 4 JANVIER 1918 7 

L'Académie procède à la nomination des Commissions de 
prix. Sont élus : 

Prix ordinaire du budget {Etude grammaticale sur une dex 
langues nouvellement découvertes de VAsie Centrale) : 
MM. Senart, Ghavannes, Scheil, Cordier. 

Prix Duchalais {numismatique du moyen âge) :MM. Schlum- 
berger, Babelon, Th. Reinach, Maurice Prou. 

Prix BoRom (moyen âge ou renaissance): MM. Schlumberger, 
Emile Picot, Maurice Prou, Langlois. 

Prix Louis Fould : MM. de Lasteyrie, Pottier, Durrieu, Diehl. 

Prix Brunet : MM. Emile Picot, de Lasteyrie, Omont, Châte- 
lain. 

Prix Stanislas Julien : MM. Senart, Chavannes, Scheil, Cor- 
dier. 

Prix de La Grange : MM. Em. Picot, Omont, Antoine Thomas. 

Prix Delalande-Guérineau : MM. Alfred Croiset, Bouché- 
Leclercq, Châtelain, Ilaussoullier. 

Prix Saintour : MM. Heuzey, Senart, Cordier, Scheil. 

Prix Jean-Jacques Berger : MM. de Lasteyrie, Emile Picot, 
Omont, Durrieu, Jullian, Prou. 

Prix Auguste Prost : MM. Omont, Ellie Berger, le P. Scheil, 
Fournier. 

Prix Le Fèvre-Deumier : MM. Foucart, Senart, Alfred Croiset, 
Salomon Reinach, Bouché-Leclercq, Pottier, Maurice Croiset. 

Prix Henri Lantoine: MM. Havet, Châtelain, Maurice Croiset, 
Monceaux. 

Prix de numismatique orientale : MM. Schlumberger, Cler- 
mont-Ganneau, Babelon, Th. Reinach. 

Médaille Paul Blanchet : MM. Babelon, Salomon Reinach, 
Monceaux. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le fascicule de juil- 
let-août des Comptes rendus des séances de l'Académie pendant l'an- 
née 1917 (Paris, 1917, in-8°). 



SÉANCE DU 11 JANVIER 



PRKSIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. Léger rappelle que notre confrère M. Dieulafoy a été 
promu récemment commandeur de la Légion d'honneur et 
placé à la tête d'un service militaire important, et demande que 
les félicitations que l'Académie lui adresse à cette occasion 
soient inscrites au procès-verbal. 

L'Académie se forme en comité secret pour entendre la lec- 
ture du rapport semestriel du Secrétaire perpétuel sur la situa- 
tion des publications de l'Académie pendant le second semestre 
de 1917'. 

La séance étant redevenue publique, M. Gustave Mendel 
rend compte à l'Académie des travaux du service archéologique 
que le général Sarrail, fidèle à une élégante tradition française, 
a institué à l'armée d'Orient. Les tumuli très nombreux dans la 
campagne macédonienne ont été l'objet d'une enquête appro- 
fondie, menée par le brigadier Thureau-Dangin et le maréchal 
des logis Rey. Les fouilles ont établi que la plupart et les plus 
anciens d'entre eux correspondent à des habitats humains qui 
remontent jusqu'à l'époque néolithique. On y a recueilli un 
grand nombre de tessons céramiques qui témoignent de l'exis- 
tence dans cette région, dès cette époque, d'une population for- 
tement individualisée. 

Une autre équipe du service archéologique, sous la conduite 
du sergent Ernest Hébrard, a étudié les monuments byzantins 
de Salonique, en particulier l'église Saint-Georges, monument 
circulaire des débuts du iv" siècle, transformé en église au v% 
en mosquée au xvi« et rendu au culte chrétien en 1913. 

M. Mendel place sous les yeux de l'Académie une remar- 
quable série d'aquarelles, de plans et de photographies dus au 
peintre Lambert et à M. Hébrard et ses collaborateurs, les 
caporaux Ferran et Grand '. 

1. Voir ci-après. 



LE SERVICE ARCHÉOLOGIQUE DE l'aRMÉE FRANÇAISE d'oRIENT 9 

M. DiEHL présente quelques observations. 

' M, Salomon Reinacu commence une lecture sur « le maître 
de Flémalle ». 



COMMUNICATION 



LES TRAVAUX DU SERVICE ARCHÉ0L0GIOUE 

DE l'armée FRANÇAISE d'oRIENT, 

PAR M. GUSTAVE MENDEL. 

Toutes les armées françaises qui, depuis la fin du xviii* 
siècle, ont porté nos couleurs en Orient, ont toujours con- 
sidéré comme un devoir, venues sur ces terres historiques, 
lourdes d'un passé illustre, de réserver une place, à côté 
des opérations militaires, à la recherche scientifique. Le 
général Sarrail, commandant en chef les armées alliées en 
Orient jusqu'en décembre 1917, a voulu rester fidèle à cette 
■tradition. Avant même de quitter la France, en septembre 
1915, il s'était préoccupé de grouper autour de lui quelques 
archéologues. Aussi, dès le mois de décembre, quand quel- 
ques propositions à ce sujet lui furent soumises par le lieu- 
tenant Charles Bayet qui, engagé volontaire en 191 i 
comme il lavait été en 1870, venait, après un séjour d'un 
an sur le front de Lorraine, d'être affecté à son état-major, 
le général les accueillit avec un intérêt déjà averti et une 
sympathie toute prête à agir. Il ordonna aussitôt la création 
d'un Service archéologique de l'Armée, et en confia la 
direction au lieutenant Bayet qu'un retour inattendu de la 
guerre ramenait ainsi sur le terrain même de ses premières 
études, dans cette Macédoine qui, par ses travaux, par ceux 
de M. Heuzey et de Mgr Duchesne, par ceux de nos cama- 
rades plus jeunes, depuis M. Perdrizet jusqu'au lieutenant 
Avezou, tué en service commandé au village de Kostourino 



10 LE SERVICE ARCHÉOLOGIQUE DE l'aRMÉE FRANÇAISE d'oRIENT 

le 12 novembre 1915, était devenue et est restée une pro- 
vince de la science française. 

Malheureusement, le lieutenant Bayet, repris par les 
fièvres dont il avait déjà été atteint lors de ses premiers 
voyag-es, ne put qu'engag-er les travaux. Le 24 février 1910, 
il dut être évacué sur la France. L'offîcier-interprète de 
3^ classe Mendel, également attaché à l'état-major des 
armées alliées, fut — à l'ancienneté — désii^né pour le rem- 
placer. 

Le Service archéolog^ique acquit bientôt de précieux 
collaborateurs : ce furent d'abord votre confrère, le briga- 
dier Thureau-Dangin ; un ancien élève de l'Ecole des 
Chartes, le maréchal des logis Re-j ; un jeune peintre d'un 
rare talent, le soldat Lambert; au mois de mars 1917, le 
sergent Hébrard, ancien pensionnaire de l'Académie de 
France à Rome, dont vous connaissez l'érudite restauration 
du palais de, Spalato ; un peu plus tard, le caporal Ferran, 
grand prix d'architecture de 1914. D'autres concours, ceux 
du caporal Grand, architecte ; des topographes Barte et 
Tixier, du photographe Albinet, lui furent assurés d'une 
manière permanente, grâce à la bienveillance des officiers 
directeurs des services auxquels ces militaires apparte- 
naient. En citant ici les noms du lieutenant-colonel Mailles, 
chef du Service topographique, et de son successeur, le 
capitaine Laronde, du lieutenant-colonel Poujanne, direc- 
teur du Service des eaux, de M. l'officier d'administration 
Garrigue, je n'acquitte pas la dette de reconnaissance que 
nous avons contractée envers eux. 

I 

Les recherches du Service archéologique se sont concen- 
trées d'abord sur les établissements préhistoriques de la 
région de Salonique. Elles ont été dirigées par MM. Thu- 
reau-Dangin et Rej. 

Toute la banlieue immédiate de Salonique, et, au delà, la 



LE SERVICE ARCHÉOLOniOUE DE l'aRMÉE FRANÇAISE d'oRIENT 11 

côte de la Chalcidique, les basses vallées du Vardar et de 
la Vistritsa présentent une agglomération assez dense de 
tumuli dont les formes régulières donnent à cette campagne 
un aspect très caractéristique. Des agglomérations ana- 
logues ont été depuis longtemps signalées en dillerentes 
parties de la péninsule balkanique et en Anatolie. Mais les 
tépés ' macédoniens, souvent décrits par les voyageurs, 
n'ont jamais été l'objet d'une étude approfondie. MM. Thu- 
reau-Dangin et Rey ont procédé, dans toute l'étendue acces- 
sible du secteur français, à une exploration méthodique que 
le second continue seul depuis le mois de mai 1917. Au 
cours de cette exploration, qui n'a pas été sans fatigues ni 
parfois sans dangers, ils purent dresser une sorte d'inven- 
taire, qui se complète progressivement, des tépés de la 
région, les photographier, les reporter sur la carte oii ils ne 
figurent qu exceptionnellement, et, avec la collaboration 
du Service topographique, faire un relevé exact, avec 
courbes de niveau, des plus importants d'entre eux. Ils 
recueillirent un nombre important de tessons et d'outils en 
pierre et en os. 

Ces recherches en surface furent très heureusement com- 
plétées par la fouille de deux tépés voisins de Salonique, 
celui deGona, à peu de distance de l'ancienne Ecole d'agri- 
culture ~, et celui de Sédès, près du village de ce nom. Les- 
résultats en ont été très satisfaisants : sur les parois des 
puits, creusés du sommet à la base de la colline, on lisait 
avec netteté la succession des couches de terrain, corres- 
pondant aux divers établissements qui s'étaient succédé à 
cette même place, souvent distinctes l'une de l'autre par la 
couleur de la terre, parfois séparées par des traces de 
matières carbonisées. Des murs de pierres frustes ou de 

1. C'est le nom turc sous lequel nous désignons les tumuli macédoniens. 

2. La fouille du tépé de Gona avait été commencée, dès 1916, par un 
médecin de l'acmée d'Orient, le D' Drej-fus, avec le concours de nos dcu.v 
camarades. 



12 LE SERVICE ARCHÉOLOGIQUE DE l' ARMÉE FRANÇAISE d'oRIENT 

briques crues apparaissaient h différents étapes. La récolte 
de tessons se cliilTra par milliers et, du même coup, la 
date relative des dilTérentes séries céramiques se trouva 
fixée avec certitude. 

Il serait prématuré et hors de mon rôle de tirer les con- 
clusions de cette longue et patiente enquête. Je me bornerai 
à quelques indications sommaires. 

Les tépés macédoniens se présentent sous deux formes 
différentes, la forme ordinaire du tumulus hémisphérique 
ou conique, et la forme d'une table, de siq^erficie beaucoup 
plus considérable, de hauteur souvent moindre, présentant 
un large plateau horizontal et des' talus réguliers. Les deux 
formes sont parfois juxtaposées.: c'est le cas, par exemple, 
à Sédès, où la table et le tumulus ne sont séparés que par 
une dépression de quelques centaines de mètres. Parfois 
l'union est plus intime encore : à Gradobor, à Amatovo 
dans la vallée du Vardar, le tumulus se dresse sur la table 
comme une sorte d'omphalos posé sur un colossal soubas- 
sement. 

Les tables semblent avoir porté d'anciens établissements 
qui, dans certains cas, ont duré, sous forme de bourgades, 
jusqu'à une époque assez avancée. Le consul Degrand et 
M. Georges Seure, qui ont exploré en Roumélie orientale 
des tumuli aplatis, équivalents bulgares des tables macé- 
doniennes, ont cru pouvoir y reconnaître des nécropoles 
superposées K Les deux interprétations ne s'excluent pas 
l'une l'autre, étant naturel qu'à plusieurs étages d'habitats 
correspondent plusieurs étages de nécropoles. Des fouilles 
permettraient seules de résoudre ce problème et, du même 
coup, elles en élucideraient un autre, encore obscur, celui 
de l'origine de ces tables. Sont-elles naturelles, ou artifi- 
cielles, ou simplement aménagées, comme tendraient à le 
faire admettre d'une part l'importance de leur masse, 
d'autre part la régularité de leur profil? 11 y a là, à côté du 

1. Bulletin de correspondance hellénufue, XXX, p. 360 suiv. 



LE SER^*tCE AtlCMÉOLOGIQUE DE LAtlMÉE FRANÇAISE d' ORIENT 13 

problème archéoloj^ique, un problème géologique qu'un 
géographe distingué, le lieutenant Denis, a bien voulu se 
charsrer détudier. 

Les tépés de la forme tumulaire habituelle sont, comme 
on le savait, tous d'origine humaine. Mais un résultat assez 
imprévu des recherches de MM. Thureau-Dangin et Rey 
est d'avoir établi que certains d'entre eux (et sans doute le 
plus grand nombre) correspondent, comme les tables, à 
d'anciens villages et qu'ils se sont élevés peu à peu, par le 
lent exhaussement d'un sol habité d'une manière continue 
pendant de longues générations. Ce sont sans doute les 
actions éoliennes et neptuniennes, particulièrement puis- 
santes dans ce pays pluvieux et battu de forts vents du 
Nord et du Sud, qui ont modelé progressivement les courbes 
régulières de leur silhouette. Bien que rien ne les différencie 
à première vue des tuinuli funéraires, construits d'une 
seule fois, ils s'en distinguent essentiellement par la pré- 
sence en surface de nombreux tessons céramiques qu'on ne 
trouve ni sur les flancs ni dans l'épaisseur des tépés-tom- 

heaux . 

Nos camarades ont eu l'occasion d'ouvrir un tumulus de 
ce dernier type situé près de la route de Salonique à 
Monastir, vers le kilomètre 18. Il renfermait, légèrement 
décentré, un grand caveau voûté, construit en blocs bien 
appareillés, d'époque hellénistique. C'est au même temps 
qu'appartient un autre tumulus, presque entièrement arasé, 
dont la chambre funéraire, ornée d'une élégante façade 
dorique, a été mise à jour au cours de travaux exécutés à 
Salonique sur la place de Constantinople. Ce monument est 
lui-même étroitement apparenté au beau caveau dégagé en 
1910, dans le tumulus dit de Langaza, par Théodore 
iSIacridv bev ', et aux tombes découvertes par M. Heuzey 
aux environs de Verria. Il semble qu'on puisse conclure de 

1. Jahrbuch des archaeologischen Inslitats, XXVI, 1911, p. 193 suiv. 



\i LK sr'jhvtcl<: AHCiiÉot^omuLiE de l AKMiît; i-^tiANçAtsË d'ohient 

ces rapprochements, avec les réserves imposées par une 
documenlation encore rudimentaire, que ce mode de sépul- 
ture ne s'est généralisé dans cette région qu'à l'époque 
proprement macédonienne. 

La céramique recueillie dans les tcpes du premier type 
forme une série continue dont le développement peut être 
déterminé avec certitude, grâce aux données fournies par 
les tépés de Gona et de Sédès. Des couches profondes, qui 
appartiennent à l'époque néolithique, à la .couche superfi- 
cielle où apparaît, représenté par de très rares spécimens, 
le vernis noir attique, elle présente une succession très 
diverse en ses éléments, et très homogène dans son ensem- 
ble. On ne manquera pas de signaler l'influence qu'ont 
exercée sur elle à certaines époques le décor mycénien 
(dont on a retrouvé quelques fragments importés) et le 
décor insulaire. Les ti'ouvailles faites dans les tumuli thes- 
saliens, bulgares, bosniaques permettront d'utiles compa- 
raisons. Il sera intéressant d'en rapprocher la vaisselle des 
tumuli troyens et phrygiens, mais elle n'en reste pas moins 
empreinte d'un fort caractère local en qui se reconnaît la 
marque d'une population rustique très nettement indivi- 
dualisée. 

n 

La seconde équipe du Service archéologique s'est attachée 
à l'étude des monuments byzantins de Salonique. 

Je regrette de ne pouvoir exposer par le détail les fouilles 
que le sergent Ilébrard a conduites dans l'église Saint- 
Georges. Elles ont été un modèle de méthode et de saga- 
cité et ont permis de reconstituer l'histoire entière d'un 
important monument, mal connu jusqu'à présent. 

L'église Saint-Georges n'est pas, comme on le croit géné- 
ralement depuis Texier, une église byzantine du v*' siècle, 
mais un édifice romain, très probablement contemporain de 
l'arc de Galère. Le monument primitif comprenait une 



LE SERVICE ARCHEOLOGIQUE DE L ARMEE FRANÇAISE D ORIENT lo 

simple rotonde circulaire couverte par une coupole. Au rez- 
de-chaussée, le mur est évidé par huit grandes niches rec- 
tangulaires voûtées, dont l'une, celle du Sud-Ouest, moins 
large que les autres, constituait l'entrée. C'est sans doute 
du V* au VI® siècle que l'édifice païen, dont la première 
destination reste encore incertaine, fut transformé en é"-lise 
On l'agrandit par l'adjonction d'un collatéral concentrique 
qui l'enceignit tout entier d'une sorte de portique clos, 
large de 7 "' 80. Pour permettre la circulation entre le 
collatéral et la rotonde, les niches furent ouvertes ; pour 
donner à l'église une orientation plus voisine de la litur- 
gique, une entrée nouvelle fut établie au Nord-Ouest. A 
l'extrémité opposée, la niche nord-est élargie, surmontée 
d'un arc triomphal, s'ouvrit sur un chœur fermé par une 
abside visible à l'extérieur et communiquant avec le colla- 
téral par deux arcs latéraux. Le sol fut exhaussé de plus 
d'un mètre. Tout l'édifice reçut une riche décoration de 
marbres et de mosaïques. Des constructions adventices qui 
s'élevèrent contre l'église, on n'a mis à jour que les 
amorces. Une seule, devant l'entrée sud-ouest, a pu être 
dégagée dans ses lignes essentielles : nous eûmes la surprise 
d'y retrouver, taillée dans deux blocs de marbre profilés, 
la base du célèbre ambon , publié autrefois par M. Bayet et 
transporté à Gonstantinople depuis janvier 1900. 

L'église ne fut enlevée au culte chrétien que longtemps 
après la conquête turque (1430), vers la fin du xvi'^ siècle. 
Les Turcs éliminèrent le collatéral, qui était sans doute 
ruiné, refermèrent les niches et les arcs latéraux du chœur, 
qui fut conservé, maintinrent les deux entrées nord-ouest et 
sud-ouest et exhaussèrent encore le sol de plus d'un mètre. 
Le secteur de la coupole placé au-dessus du grand arc 
s'étant écroulé, ils le restaurèrent, sans d'ailleurs tenir 
compte de la double courbe de la coupole primitive (de là 
les « ventres » qui font saillie au raccord des deux cons- 
tructions); et le monument, consacré sous le nom de son 



16 LE SERVICE ARCtlÉOLOGIQrE DE l'aRMÉE ERANÇAISK D*0RIENT 

fondateur, le derviche Souleyinan Orladji, prit laspect qu'il 
a conservé, à quelques restaurations près, exécutées en 
1889, jusqu'au jour où le Service archéolojjique de l'armée 
d'Orient en commença l'étude. 

iMitre temps, M. Hébrard avait relevé, avec le concours 
du caporal Grand, les plans de la basilique de Ilag-hia 
ParasUévi. Saint-Démétrius a malheureusement été détruit 
par l'incendie avant que le Service archéologique en ait 
pu commencer l'étude. 

Le caporal Ferran, qui, depuis le mois d'août, avait prêté 
son concours au sergent Hébrard, s'est détaché vers le mois 
d'octobre pour reprendre l'étude du mur d'enceinte déjà 
esquissée par M. Tafrali. Il établitprésentement un relevé 
de Yédi-Coulé, la vieille forteresse byzantine située au 
sommet de l'Acropole, et de toute la section du rempart 
comprise entre ce point et l'ancienne porte de Calamaria, 
à l'extrémité est de la rue Eg-natia. Précédemment, 
M. Hébrard avait pratiqué quelques sondages sur l'empla- 
cement présumé de l'ancien hippodrome qui se développait 
parallèlement à la section du mur comprise entre cette 
porte et la mer. Enfin notre camarade Tixier, du Service 
topographique, a dressé un plan à grande échelle : tous les 
vestiges antiques, tous les monuments byzantins, isla- 
miques et modernes, y seront reportés en teintes différentes. 

Nous avons cru, en outre, devoir faire une place à une 
série de monuments qu'on a trop longtemps négligés. Il a 
existé en Orient, au xvui'^ et dans la première partie du 
xix'= siècle, un art décoratif fastueux et charmant : sculp- 
teurs sur pierre et sur bois, ébénistes, imagiers, ce sont 
eux qui ont décoré les iconostases des églises et les plafonds 
des riches konaks, exécuté ces meubles domestiques ou 
cultuels en marqueterie d'ivoire, de nacre et d'écaillé, 
sculpté les fontaines consacrées par de pieux musulmans 
et peuplé les cimetières turcs de leurs stèles enguirlandées 
et fleuries. Le Service archéologique se propose, avec la 



AAi?PORÎ bL' SECRÉTAIRE t>ËRÎ>ÈTtJEL 1? 

collaboration de la Section photographique de l'armée 
d'Orient (dirigée à Salonique par le lieutenant Georges 
Rémond), de constituer un album de ces bois, de ces 
marbres et de ces icônes. Ce recueil sera également précieux 
aux historiens de l'art et aux fervents de la « tur([uerie ». 
Telle est, en bref, l'œuvre accomplie jusqu'à présent par 
le Service archéologique de l'armée d'Orient. Si modeste 
soit-elle, elle ne sera pas inutile si elle peut faciUter celle 
des savants qui viendront plus tard, sur cette terre pacifiée, 
reprendre leur place et leur tâche, et si elle porte témoi- 
gnage que, dans les heures les plus sanglantes, les armées 
françaises ont maintenu intacte l'une de leurs traditions les 
plus élégantes et les plus nobles. 



APPENDICE 



Rapport semestriel de m. le secrétaire perpétuel sur la 

SITUATION DES PUBLICATIONS DE l'aCADÉMIE PENDANT LE SECOND 
semestre 1917 ; lu dans la SÉANCE DU 11 JANVIER 1918. 

Depuis mon dernier rapport, il ne vous a été distribué 
aucune publication nouvelle. Je me hâte de vous dire que la 
faute n'en est point imputable à nous, mais à l'imprimerie, qui 
n'a ni le temps ni les moyens de nous satisfaire. Elle garde en 
bons à tirer, depuis le 16 février dernier, les 7 premières feuilles 
des Poiiillés de la province de Bourges ; elle n'a pas tiré la no- 
tice de M. Thomas sur le manuscrit latin 4788 du Vatican, ni 
la notice de M. Doutrepont sur le manuscrit français 1 1594 
de la Bibliothèque nationale, ni le mémoire de M. Guq sur les 
nouveaux fragments du Code de Hammourahi, sans compter 
certaines feuilles du Corpus inscriptionum semiticarum, qui 
auraient dû nous être livrés depuis longtemps. 

Pour les autres mémoires dont il a été question dans mon 

1918 ■ 2 



»8 UAPPORT DU SECRÉTAIRE PERl'ÉTuliiL 

rapport de juillet, rimpression continue sans trop do retard. Les 
placards 1-20 à 179 du travail de M. Fournier oui cHû renvoyés à 
riniiiriniorie le 19 octobre dernier, ils n'en sont pas encore re- 
venus ; les placards 196 à 'ii.'J du nicnioire de M. Foucart en sont 
sortis le '21 décembre. 

Gel état de choses vous expliquera pourquoi je ne nie suis pas 
pressé de livrera l'impression deux notices dont votre Commis- 
sion des travaux littéraires a décidé la publication il y a quelques 
semaines : une notice de M. Blochet : Sur plusieurs manuscrits 
persans de la collection Marteau légués à la Bibliothèque 
nationale; une notice de M. K. J. Basmadjian sur des Inscrip- 
tions arméniennes d'Ani, de Baçfnair et de Marmachen [Ar- 
ménie russe). Il est bien inutile de confier de nonibreux ma 
nuscrits à limprimerie, iDuisqu'elle ne les met pas en composi- 
tion, ou, si elle les compose, elle ne les tire pas. Cette situation 
est même assez inquiétante pour le règlement filial des comptes; 
le jour où elle se décidera à terminer le travail en souffrance, 
nous verrons affluer une série de notes dont le montant risque 
de dépasser nos ressources disponibles chaque année. 

Voici maintenant l'état de nos publications en préparation : 

Histoire littéraire de laFrance. — La Commission de V Histoire 
littéraire de la France ayant reconnu, au dernier moment, la 
nécessité de faire une révision générale du long- article posthume 
consacré par le regretté Paul Viollet à Guillaume Durant le 
jeune, évêque de Mende,n'a pu encore donner le bon à tirer des 
17 premières feuilles du t. XXXV. Cette révision, à laquelle 
prendra part M. Ch.-V. Langlois, successeur de M. Paul Meyer 
au sein de la Commission, touche à sa fin. L'article important 
de M. Thomas sur l'historien Bernard Gui, presque entièrement 
rédigé, sera incessamment lu et envoyé à Timprimerie; il for- 
mera environ 10 à 12 feuilles. 

Chartes et diplômes. — M. Prou a achevé la révision du ma- 
nuscrit du Recueil des diplômes de Pépin I et de Pépin II, roi 
d'Aquitaine, rédigé par M. Levillain. Il déclare que Fauteur a 
apporté à ce travail le soin minutieux et la critique fine qu'on a 
remarqués dans tous ses ouvrages antérieurs. 

M. Prou présentera dans quelques jours son rapport à la Com- 
mission des chartes et diplômes, de telle sorte que si cette 



RAPPORT DU SECRÈTAlt^E PKRPÉtLEL l9 

Commission et celle des travaux littéraires le jugent opportun, 
on pourra mettre le volume sous presse dès que l'état de nos 
finances le permettra. 

De son côté, M. Poupardin a remis l'introduction de son 
recueil des Actes des rois de Provence. 

Enlin M. Prou poursuit la préparation du recueil des Actes 
de Charles le Chauve. Il travaille depuis plusieurs mois à réta- 
blissement du texte des diplômes concédés à Saint-Martin de 
Tours, travail difficile, à cause de la disparition des documents 
originaux, et long, en raison du nombre considérable de copies 
qu'il faut collalionner. 

Notre nouveau conlVère, M. François Delaborde, pourra très 
prochainement remettre pour l'impression la première moitié du 
tome I\' du Recueil des actes de Philippe Auguste. On peut, 
dès maintenant, considérer comme prêts les trois quarts de 
ce volume, plus de 300 pièces. 

M. Berger n'a pas pu, cet été, pour des raisons de santé, 
pousser la publication du Recueil des actes de Henri II, comme 
il l'aurait souhaité, et préparer pour le commencement de cette 
année le supplément et l'index destinés à compléter le tome II. 
Les fiches ont toutes été confectionnées, elles sont classées par 
ordre alphabétique et fondues jusqu'à la lettre H inclusivement. 
La rédaction des lettres A et B est achevée. Nous espérons que 
notre confrère pourra, ainsi qu'il se propose de le faire, se con- 
sacrer activement, dans les mois qui vont suivre, à la continua- 
lion du travail. 

Les dépouillements entrepris par AOI. H. Stein et G. Daumet 
pour le Recueil des actes de saint Louis continuent ; tant qu'ils 
ne seront pas achevés, on ne pourra pas arrêter d'une manière 
définitive le plan de la publication. 

Pouillés. — M. Prou et M. Clouzotsont occupés à corriger les 
épreuves des vingt et une feuilles de texte qui forment tout le 
recueil des Pouillés des provinces d'Aix., d'Arles et d'Embrun. 
Le bon à tirer des quatre premières feuilles de l'introduction et 
des neuf premières feuilles du texte sera donné sous peu. 

M. Clouzot n'a pas oublié que nous l'avons chargé de préparer 
les Pouillés de la province de Besançon. Il est occupé, en ce 
moment, à copier un Pouillé du diocèse de Lausanne, du 
xiu" siècle, conservé à la Bibliothèque de Berne. 



2Ô RAPPORT bu SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 

Obitiiaires. — L'éclileur du lome IV des Obiluaires [province 
de Sens, diocèse de Troyes),M. Boulillierdu Helail, est toujours 
mobilisé sur le front et n'a pu encore achever la table du vo- 
lume. 

Un autre de nos collaborateurs, M. Jacques Laurent, mobilisé 
à rinlérieur dès le début de la guerre, avait dû interrompre, 
en 1914, la préparation du tome V des Obiluaires [province de 
Li/on). 11 est niaintenanl en mesure de se remettre à l'œuvre, et 
la première partie du lome V pourra être mise sous presse dans 
les premiei'^ mois de 1U18. 

Corpus inscripliiinuni scnulicarun}. — La tâche des auteurs 
éditeurs est terminée depuis le mois de septembre dernier pour 
le 3'^ fascicule du tome II i^partie himyarite). Le bon à tirer a 
été donné à celte date. Le proie priacipal, m'a dit notre confrère 
le P. Scheil, lui a fait savoir que, faute de main-d'œuvre, ce 
fascicule ne pouriail être livré avant la fin de l'année 1917. La 
fin de l'année est venue, non le fascicule. La préparation d'un 
nouA eau fascicule suit son cours. 

Pour la partie phénicienne, les placards renvoyés à l'impri- 
merie au début de l'année ne sont pas revenus avec les correc- 
tions demandées. 

De la partie araméenne, 150 placards sont corrig-ésà nouveau ; 
ils vont être retournés très prochainement à l'imprimerie. 

Le bon à tirer de la ±' partie du lome III du Répertoire d'épi- 
yraphie sémitique a été donné, il y a deux mois, à l'exception 
de la ti-eizième feuille dont une dernière épreuve est attendue et 
de quelques pages de copie qui restent à composer. 

Le texte du tome IV est préparé et aurait pu être remis pour 
l'impression si, ainsi que je vous l'ai déjà dit, il n'était pas abso- 
lument inutile d'accumuler des manuscrits qui sont destinés à 
rester en sommeil jusqu'à nouvel ordre. 

La publication du Journal des Savants, qui jusqu'ici, grâce au 
désintéressement de la maison Hachette, n'avait éprouvé, du fait 
de la "-uerre, aucun relard sensible ni aucune diminution, doit 
se soumettre à son tour cette année à la loi générale. Du moins 
l'Académie et l'éditeur ont-ils tout fait pour que le Journal 
souffre le moins possible de la cherté du papier et de la pénurie 
de main-d'a^uvre. Nous ne pouvons pas paraître chaque mois 



LIVRES OFFERTS 21 

comme par le passé ; nous donnerons un numéro par deux mois; 
mais ce numéro dépassera, le nombre de feuilles attribuées 
jusqu'ici à chaque fascicule mensuel. 

M. Dorez continue à mener aussi rapidement que possible la 
publication de nos Comptes rendus. Je vous ai annoncé, il y a 
huit jours, l'apparition du numéro de juillet-août. Celui de 
septembre-octobre est en pages ; celui de novembre-décembre 
est en partie composé. "** 



LIVRES OFFERTS 



M. Babelon a la parole pour un hommage : 

« Je suis chargé par M. Georges Foucart d'offrir à l'Académie une 
publication dont il est l'auteur et qui a pour titre : Sur quelques 
représentations des tombes théhaines découvertes cette année par 
l'Institut français d'archéologie orientale (extrait du Bulletin de 
l'Institut égyptien, série V, t. XI, 1917). 

« Cette étude porte sur les fouilles préliminaires que M. Georges 
Foucart a conduites pendant l'hiver de 1916-17 pour préparer des 
travaux plus étendus auxquels il va s'appliquer cette année, grâce 
en partie à une subvention de la Société française des fouilles 
archéologiques. 

« Ces sondages préparatoii-es dans une nécropole thébaine de la 
rive gauche ont permis déjà de déblayer une centaine de tombes, 
parmi lesquelles une douzaine ont mérité d'être décrites et publiées ; 
huit d'entre elles avaient encore leur décoration à peu près intacte. 
Il s'y est rencontré des scènes nouvelles, spécialement une variante 
unique de la scène traditionnelle d'Anubis se penchant sur la 
momie du mort assimilé à Osiris. Mais ici le dieu est remplacé par 
un poisson qu'Anubis enveloppe de bandelettes, ce qui amène 
l'auteur à montrer l'importance du culte des poissons dans la reli- 
gion égyptienne à l'époque la plus ancienne et sur la symbolique 
qui en a été tirée. Ces premiers résultats des travaux préliminaires 
de M. Georges Foucart sont de bon augure pour les fouilles métho- 
diques plus amples qu'il s'apprête à mettre en chantier, <> 



SÉANCE DU 18 JANVIER 



PUÉSIDENCK DE M. HÉRON DE VILLIÎFOSSlî. 

L'Académie vote la résolulion suivante : 

« L'Académie confère à. M. R. Gagnât, son secrétaire perpé- 
tuel, tous les pouvoirs qui avaient été conférés précédemment à 
MM. Georges Perrot et Maspero pour les libéralités en cours 
au moment des décès de ces derniers, v 

M. Salomon Reinacu passe en revue les hypothèses qui, 
depuis 1887, ont été mises en avant pour identifier l'artiste 
auquel on attribue une série de peintures de grande valeur, 
groupées autour des fragments provenant de l'abbaye de Fié- 
malle. Depuis 1909, grâce à M. Mulin, on sait qu'il ne s'ap- 
pelait pas Daret ; mais M. Reinach croit non moins impossible 
de l'identifier, comme l'a fait M. Hulin, au peintre de Tournai 
R. Gampin, dont l'obscurité serait tout à fait inexplicable s'il 
était l'auteur de pareils chei's-d'ceuvre. Il faut attendre qu'un 
document d'archives nous permette d'attacher un grand nom à 
ces grands ouvrages, au lieu d'aller à l'encontre du témoignage 
négatif des contemporains en grandissant indûment un nom 
obscur. Pour l'instant, il semble bien que l'œuvre du maître de 
Flémalle ait été retirée injustement à Rogier de la Pasture, le 
peintre de la ville de Bruxelles, qui ne fut pi'obablemènt pas 
l'élève de Gampin et qui, ayant travaillé à Ferrare vers 1437, 
peut avoir notablement modifié sa manière à l'âge de quarante 
ans environ. 

M. Paul FoucART propose une correction pour un passage du 
chapitre 62 de la Gonstitution d'Athènes d'Aristote (traitement 
de l'épistate des prytanes). 

Gette communication donne lieu à un échange d'observations 
entre l'auteur, MM. Th. Reinach, Maurice Groiset et Haus- 
«oru.iER. 



LE MAROC ET LES CROISADES 23 

M. Tafrali, professeur à TUniversité de Jassy, fait une lecture 
sur i'église de Saint-Nicolas à Gurtea de Argech et y signale des 
peintures remarquables, naguère cachées sous un enduit de chaux 
quon a fait disparaître. Ces peintures remonteraient à la 
deuxième moitié du xni" siècle. 

MM. DiEHL et Emile Picot présentent des observations. 

M. Babelon lit une note de M. Dieulafoy sur le Maroc et les 
croisades * . 



COMMUNICATION 



LE MAROC ET LES CROISADES, 
PAR M. MARCEL DIEULAFOY, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

La dernière étape de la chevauchée musulmane sur la 
côte africaine n'avait guère éveillé l'attention des historiens 
avant l'établissement de notre protectorat. En tant que 
terre d'Islam, le Maroc avait traversé des périodes bril- 
lantes, mais elles avaient été suivies d'éclipsés si complètes 
et si prolong-ées qu'elles s'y étaient éteintes. Puis, ses rela- 
tions avec les royaumes chrétiens, sauf avec l'Espagne, 
avaient été trop intermittentes et trop passagères pour solli- 
citer des recherches. 

Pourtant, le Maroc a participé d'une manière elFective et 
parfois directe à la rédaction de deux grandes pages des 
fastes militaires et religieux de la chrétienté : les Croi- 
sades et la reconquête sur les Mores de la péninsule ibé- 
rique. 

A la suite de l'arrivée en Espagne du dernier des 
Omeiyades, Bagdad, oîi les Abbassides avaient exercé les 
pires violences sur les membres de la dynastie dont ils 

1 . \'oir ci-après, 



24 LE MAROC ET LES CROISADES 

convoitaient l'héritage, et Cordoue, après avoir recueilli Abd 
er Rhanian, le seul Omeiyade qui eût échappé au massacre, 
avaient rompu toute relation (754 de J.-C). 

D'autre part, un antagonisme né de la difîérence de race 
a toujours séparé les musulmans arabes du Levant d'avec 
les musulmans berbères du Couchant et entretenu un état 
de guerre prolongé entre la dynastie Fatimite d'Egypte, 
et les dynasties Idrissites, Zénètas, Almoravides, Almo- 
hades et Mérinides du Maroc, antagonisme si violent, si 
invétéré que jamais l'Atlas demeuré berbère ou, pour lui 
donner son nom général, le bled es siha (la terre de pro- 
testation) n'a reconnu l'autorité des' sultans de la dynastie 
Ghorfa, d'origine arabe, à qui le reste du pays est soumis 
depuis le xvi'' siècle. 

Aux périodes prospères de l'empire marocain, la Tunisie 
formait la limite des deux zones d'influence. Tunis fut me- 
nacé par Youssef ben Tachfin de la dynastie des Almora- 
vides dès 1092, et conquis en 1156 par Abd el Moumen 
de la dvnastie des Almohades. 

La double agression est à noter. 

En effet, si au début de la première croisade, les chré- 
tiens eurent à lutter contre les Turcomans, par la suite ils 
trouvèrent devant eux les sujets du khalife fatimite 
d'Egypte qui avaient profité de revers récents, mais anté- 
rieurs à la Croisade, pour reprendre aux Turcomans Jéru- 
salem avec la côte de la Palestine et la Phénicie jusqu'à 
Laodicée. 

Il en résultait que les Arabes devaient compter avec deux 
ennemis musulmans également acharnés, également puis- 
sants : les Turcomans au Nord et les Berbères marocains à 
l'Ouest. 

Cette situation très nette eut une répercussion effective 
sur les opérations militaires des Croisés. 

Le siège d'Antioche fut l'épisode capital du début de 
l'épopée, La ville formait avec son territoire le domaine 



LE MAROC ET LÈS CROISADES 25 

d'un khan turcoman nommé Akhy Syan. Durant les neuf 
mois que dura le siège, les assaillants souffrirent de la fièvre, 
de la disette, mais heureusement neurent à combattre que 
les Turcomans. Encore le triomphe des Croisés fut-il en 
partie consécutif à Tattitude du khalife fatimite d'Kgypte 
qui, au lieu de porter secours à ses coreligionnaires, en- 
tama des négociations avec les chrétiens. 

Les Turcomans tentèrent un dernier effort trois jours 
après la prise d'Antioche. Kerbog-ha, sultan de Mossoul, et 
un de ses lieutenants, Daoud Kilidje Arselan (David Épée 
du Lion), bloquèrent les vainqueurs dans la ville qu'ils 
venaient d'enlever de haute lutte. La tentative tourna de 
nouveau à leur confusion. Ils furent mis en déroute, prirent 
la fuite, et les escadrons turcomans ne reparurent plus 
devant les soldats du Christ. 

Le premier acte du drame militaire était joué et, seuls 
parmi les musulmans, les Turcomans avaient pris part à la 
lutte. 

Quand la toile se leva sur le second acte, il v avait en 
présence l'armée chrétienne anémiée, découragée, ne comp- 
tant plus guère que quinze cents cavaliers et vingt mille 
fantassins valides, et les Arabes du khalife fatimite. 

Les épreuves physiques et morales endurées devant 
Antioche furent imposées une seconde fois aux chrétiens 
sous les murs de Jérusalem. En dépit des ravages opérés 
par les épidémies et par la guerre, malgré les départs, les 
désertions et les renoncements, les combattants de Dieu 
enlevèrent en trente-sept jours la Ville de Paix et rédui- 
sirent la tour de David élevée, disait-on, sur l'emplacement 
du temple de Salomon (lo juillet 1099). 

Les Turcomans assistèrent indifférents à la défaîte des 
Arabes, c'était dans l'ordre ; mais l'Egypte, suzeraine de 
Jérusalem, eût pu noyer sous les flots de ses cavaliers la 
petite armée chrétienne, et elle ne fît aucun effort sérieux. 
On le vit bien à la bataille d'Ascalon, où vingt mille Croisés 



2() LE MAROC ET LES CROISADES 

fatig-ués par trois années de privations et de maladie eurent 
raison, au premier choc, de l'armée musulmane. 

L'enthousiasme relig-ienx et la loi ardente des soldats de 
Godefroi de Bouillon lurent les facteui's essentiels de la 
victoire. Néanmoins, avec les forces infimes dont les Croisés 
disposaient, leur succès resterait inexplicable si, au début 
de l'expédition, l'Islam turcoman n'eût été privé du secours 
de l'Islam fatimite, et si, par la suite, ce dernier, quand le 
moment de combattre était venu pour lui, n'avait opposé 
aux chrétiens qu'une faible partie de ses forces. 

Les contemporains et les témoins de la première Croi- 
sade ont bien parlé de l'armée innombrable envoyée par le 
khalife d'Egypte pour secourir ou reprendre Jérusalem, 
mais il en est de cette armée comme des peuples que le 
Grand Roi amena contre la Grèce et qu'Hérodote se plaît à 
énumérer. Une victoire est d'autant plus glorieuse que la 
disproportion des forces en présence est plus considérable. 
Les siècles passent, l'histoire se répète. 

En vérité, les Fatinlites qui, désormais, allaient prouver 
leur puissance victorieuse furent contraints de mesurer leur 
elfort. Cette attitude expectante s'explique quand on se 
reporte aux annales de l'Afrique septentrionale à la fin du 
xi^ siècle. Précisément, c'est l'époque où devint imminente 
la menace redoutable suspendue sur l'Egypte depuis la 
constitution des forces berbères de l'Ouest, quelque deux 
siècles auparavant. 

Le Maroc avait été conquis à la foi islamique par Idriss 
et par son fils Idriss ben Idriss au début du ix" siècle. Il en 
était résulté que la première dynastie avait été une dynastie 
arabe. Mais les Berbères s'étaient bientôt ressaisis et, sans 
abandonner la religion musulmane, avaient choisi un des 
leurs pour les gouverner. A la même époque, les Fatimites 
se consolidaient à Kairouan et en Egypte. Dès lors, ils dis- 
putèrent à leurs voisins de l'Ouest la côte et les plaines de 
l'Afrique méditerranéenne. Cette lutte, traversée par les 



LE MAROC ET LES CROISADES 27 

incursions des Omeiyades d'Espagne, était entretenue par 
l'appât de territoires fertiles et plus encore par les rivalités 
de race qui ont été signalées. 

La compétition avec des alternatives de succès et de 
revers durait depuis près de trois siècles, quand les Ber- 
bères sahariens voilés, les ancêtres des Touaregs, qui vi- 
vaient dans le désert, entre l'Atlas et le Soudan, s'imposèrent 
au Maroc et à l'Espagne. Le pouvoir, dans l'Afrique occi- 
dentale, s'énervait aux mains des Zénètas, successeurs des 
Idrissites, et perdait de sa puissance agressive. Les nou- 
veaux venus, qui prirent ou reçurent le nom de Morabethyn 
(Liés) parce qu'ils étaient liés à l'ermitage de Abd x\llah 
ben Yassyn qui leur enseignait le Coran, entrèrent dans la 
lice avec la fougue indomptée des populations barbares et le 
zèle ardent des néophytes. 

Or, l'année même où s'ébranlait l'armée des Croisés, le 
véritable fondateur de la dynastie des Almoravides (trans. 
de : al Morabethyn) et en même temps l'un des plus grands 
souverains du Maroc, Youssef ben Tachfin, après avoir sup- 
planté en Espagne les Omeiyades et vaincu les princes chré- 
tiens de la Péninsule, regagnait ses états, conduisait ses 
troupes victorieuses contre les Fatimites, l'ennemi hérédi- 
taire, et campait aux portes d'Alger. La mort interrompit 
sa marche victorieuse ; mais jusqu'au jour où elle le ter- 
rassa, l'Orient islamique dut se prémunir contre une attaque 
des Berbères marocains et garder des troupes nombreuses 
à leur opposer en cas de conflit. Précaution . fondée et 
mesure prudente, puisqu'on 1156, les Almohades, succes- 
seurs des Almoravides, annexèrent Tunis et son territoire 
(v. ci-dessus). 

Il serait excessif de prétendre que, durant le siège 
d'Antioche, la crainte du Maroc ait paralysé les Arabes au 
point de les empêcher de secourir les Turcomans. Leur 
conduite expectante eut d'autres causes. Mais l'abandon de 
Jérusalem et la perte de la bataille d'Ascalon furent la 



â8 T,E MAROC ET T-KS CROISADES 

conséquence de cette nécessité où les Fatimites se trouvaient 
de conserver en Afrique assez de forces pour couvrir la fron- 
tière occidentale. La suite des événements le confirme. 

En eiret, six années après le triomphe des Croisés et au 
lendemain de la mort de Youssef ben Tachlin, les Berbères 
entraient en décadence et durant un demi-siècle étaient 
retranchés du monde musulman. Dès lor.s, TEg-ypte n'eut 
plus à surveiller la frontière occidentale et l'on sait com- 
bien la situation des principautés et des royaumes chrétiens 
de Palestine devint précaire durant la trêve de cinquante ans 
dont jouirent les Fatimites. Si la situation ne s'améliora 
pas à l'avènement des Almohades et si la prospérité nou- 
velle que l'Occident musulman connut avec Abd el Moumen 
(1128-H63) et Yakoub el Mansour (1184-1198) n'eut pas 
une répercussion fatale sur l'Egypte, c'est que des facteurs 
politiques et militaires nouveaux étaient intervenus. Les 
Almohades avaient dû porter tout leur effort sur l'Espagne, 
comme en témoigne la grande bataille d'Alarcos, gagnée 
par Yakoub el Mansour le 19 juillet 1195 ; puis le Kurde 
Salah ed Din (1137-1193), le plus grand capitaine et le 
plus habile diplomate qu'eût encore produit l'Islam, avait 
recueilli l'héritage du sultan turcoman Nour ed Din, ren- 
versé le khalife du Caire et réalisé à son profit l'union des 
musulmans orientaux. 

La reprise de Jérusalem sur Gui de Lusignan en 1187 
consacra le succès des Kurdes et, jusqu'à la mort de Salah 
ed Din suuvenue vers la même époque que celle de Yakoub 
el Mansour, le Maroc n'intervint pas en Egypte. 

La disparition vers 1198 de Yakoub el Mansour marqua 
le déclin des Almohades ,et la perte de la bataille de Las 
Navas de Tolosa (16juillet 1212) en précipita la chute. 
L'anarchie où le Maroc fut plong-é dura quatre-vingts ans. 

Débarrassée une seconde fois d'un voisinage redoutable, 
l'Egypte devint l'arbitre des destinées de la Terre Sainte. 
Désormais, c'est elle qu'il fallut atteindre et frapper pour 



LE MAROC Kt LES CROISADES 29 

délivrer le tombeau du Christ. 11 en résulta que si la troi- 
sième Croisade (H 89-1 192) fut dirigée contre Salah ed Din, 
la quatrième (1202-i204) et la cinquième (121 7-1221) eurent 
l'Ég-ypte pour ol:)jectif direct. 

Jusque-là, le Maroc avait joué au regard des Croisés le 
rôle que les Mongols allaient recueillir. 

A l'approche des hordes de Djinghis Khan (1152-1227), 
le sultan du Caire, Malek el Kamel, eut hâte de conjurer le 
péril chrétien et, non content le 18 mars 1229 de restituer 
Jérusalem à Frédéric 11, il proposa plus tard une trêve qui 
expira en 1239. 

Cependant les Mongols avaient envahi la Boukhari, le 
Khariznie et la Perse occidentale, et chassé devant eux la 
population alFolée. A leur tour, les émigrés avaient écrasé 
la Palestine et contraint l'Egypte d'accepter leur alliance. 
Grâce à l'aide des Kharizmiens, Jérusalem fut repris au 
cours de l'été de 1244. Mais la terreur que ces barbares 
inspiraient était si grande qu'elle réconcilia pour un jour 
les chrétiens et les musulmans de Syrie. La Croix et le 
Croissant s'unirent; ce fut en vain. Le 17 octobre 1244, 
leurs défenseurs coalisés furent écrasés à Gaza. Pendant 
673 ans, le berceau du christianisme allait rester au pou- 
voir des sectateurs de Mahomet. 

La funeste Croisade de saint Louis, la septième, entre- 
prise en 1248, fut encore dirigée contre l'Egypte qui, après 
sa rentrée en scène, était l'adversaire désigné aux assauts 
de la chrétienté. Mais en 1270, la huitième Croisade avant 
cinglé vers Tunis, les successeurs des Almohades, les Méri- 
nides, se sentirent menacés. Ils avaient amorti les que- 
relles intestines, rappelé le Maroc à la vie politique et 
reconstitué sa puissance militaire. Le sultan Abou Youssef 
Yakoub ben Abd el Ilakk (1 238-4285) fit taire des rancunes 
séculaires et, sans hésiter, porta au-devant des chrétiens les 
grandes forces assemblées de tout l'empire. Elles parvinrent 
à Tunis pour assister à la mort de saint Louis, le 25 août 



!HI LE MaHOC Et les CROISAttRS 

1270, et prendre part aux opérations militaires de la fi}i de 
l'été. 

C'est ainsi que durant les 171 années qui s'écoulèrent 
depuis la prise de Jérusalem jusqu'aux batailles sous Tunis 
s'aflirma l'influence du Maroc souvent latente, parfois dé- 
clarée, toujours efl'ective. 

Le traité du 29 octobre passé entre Philippe 111, fils de 
saint Louis, et Mouley Mostança, chef des Musulmans, 
était honorable pour les chrétiens. Il ne mettait pas moins 
le sceau à l'expédition. 

Pour toujours l'ère des Croisades était close. 

Tandis que le rameau oriental triomphait des armées 
chrétiennes, par contre-coup, ses succès ruinaient l'influence 
du rameau occidental sur l'ensemble du monde musulman. 
Bien que diminuée, elle ne restait pas moins redoutable en 
Espag-ne et, surtout, pouvait le devenir. 

Les Almoravides comptaient à leur actif dans la pénin- 
sule ibérique la bataille d'Uclès (IIOG), et les Almohades, 
la bataille d'Alarcos (19 juillet 1195). Malgré ces deux 
grandes victoires dues uniquement aux contingents maro- 
cains, les sectateurs de Mahomet reculaient et allaient 
s'affaiblissant au cours des long-ues crises que le pouvoir 
subissait sur la côte africaine. La défaite sanglante qui leur 
fut inflisée à Las Navas de Tolosa sembla un instant déci- 
sive. Elle ne ruina qu'une dynastie, la dynastie Almohade. 
Après une lutte de peu de durée, un gouvernement indé- 
pendant s'établit en Andalousie, choisit Grenade comme 
capitale et, pour plus de deux siècles, rendit la vie au pres- 
tige mourant de T Islam espagnol. Par la suite, sa consoli- 
dation dans le Sud de la péninsule fut grandement aidée par 
les Mérinides qui, vers 12o0, recueillirent la succession des 
Almohades tombée en déshérence. Des relations étroites se 
nouèrent, dont l'architecture musulmane, au Nord et au 
Sud du détroit, otïre elle-même la preuve manifeste, et 
préparèrent une alliance militaire. 



Le MAROC ET F.ES CROISAMES 31 

Il était dans la destinée du Maroc de traverser des 
phases successives de force et d'impuissance et de passer 
sans transition de la prospérité à la misère. 

En 1340, le Mérinide Abou el Hassan aborde en Espagne, 
rencontre l'armée d'Alphonse XI sur les rives du Rio Salado 
et lui livre une bataille dont la perte précipite la décadence 
de sa dvnastie comme la défaite de Las Navas de Tolosa, 
cent vini^t-huit ans plutôt, avait entraîné la chute des Almo" 
hades. 

Pendant ving't-trois ans encore, les successeurs d'Aboud 
Hassan restèrent au pouvoir, mais exercèrent une autorité 
plus nominale qu'etfective. 

Après la mort d'Abd el Aziz (1372), le désordre est à son 
comble, règne partout, et les Mérinides disparaissent obscu- 
rément vers le milieu du xvi*^ siècle. 

C'est au cours de cette période deux fois séculaire que la 
Grande Isabelle prit Grenade et mit fin à l'occupation 
musulmane de la péninsule (2 janvier 1492). Gouverné par 
un souverain puissant, le Maroc eût répondu aux appels 
désespérés de l'Andalousie. Mais reconnaissait-il, seule- 
ment, un maître? Le temps des Youssef ben Tachfin, l'Almo- 
ravide, et des Yakoub elMansour, rx\lmohade, était révolu. 
Aux victoires d'Uclès et d'Alarcos avaient succédé les dé- 
sastres de Las Navas de Tolosa et du Rio Salado. Isabelle 
n'ignorait pas cet état de déchéance quand elle conçut le 
projet d'achever la reconquête du royaume dont, 780 ans 
plus tôt, la défaite de Roderic sur le Guadalète avait livré 
les portes aux compagnons de Tarik. Et c'est ainsi que le 
Maroc qui, dans sa puissance, avait facilité aux Croisés la 
prise de Jérusalem en retenant en Egypte l'armée de 
secours, hâta la reddition de Grenade, parce que dans sa 
débilité, il ne put ni aider les Andalous à défendre leur capi- 
tale ni même permettre à Boabdil de prolonger la résistance. 

Désormais le Maroc allait vivre ou végéter suivant la 
valeur du monarque qui le gouvernerait. Il eut encore un 



32 LtVRËg OPt^ÉUtë 

souverain, Mouley Ismaël (1G73-1728), puis il ne compta 
plus dans le concert des nations. 

Sous la tutelle de la France, il reprendra la [)lace qu'il a 
jadis occupée et renouera l'avenir avec un passé souvent 
glorieux. La route où il s'engage s'ouvre devant lui sans 
obstacle et d'autant plus aisée à parcourir qu'au cours des 
siècles, si ce n'est un jour devant Tunis,. il n'a jamais été 
dans sa destinée de pactiser avec les adversaires de sa pro- 
tectrice. 



LIVRES OFFERTS 



M. Antoine Thomas présente à l'Académie le tome V de VHistoire 
(le la langue française, des origines à 1900, de M. Ferdinand Brunot, 
professeur à l'Université de Paris (Paris, Armand Colin, 1917) : 

« Il me paraît inutile d'insister sur l'intérêt de l'œuvre vraiment 
nationale à laquelle s'est consacré l'auteur et sur le talent et la cons- 
cience dont il y fait preuve ;"je rappelle seulement que l'Académie, 
en 1912, a lionpré du prix Gobert les deux premiers volumes du livre 
de M. Brunot. Le tome V est intitulé : « Le français en France et 
hors de France au xvii« siècle. » On y voit notre langue s'introduire 
peu à peu dans tous les domaines intellectuels dont on l'avait tenue 
éloignée jusque là, et s'infiltrer dans les provinces où vivaient 
encore des parlers locaux ; puis, passant les frontières politiques, 
devenir si familière aux peuples étrangers qu'on peut la considérer 
comme étant dès lors en passe déjouer le l'ôle de langue universelle. 
Malgi'é la splendeur politique du règne de Louis XIV, la langue 
franc^'aise ne doit qu'à elle-même, et au génie de ceux qui l'ont 
cultivée, par amour de l'art, en quelque sorbe, et sans aucune visée 
de conquête violente aux dépens des autres langues parlées en 
Europe, le prestige dont elle a été entourée. 

« On comprendra pourquoi M. Brunot a eu hâte de publier ce nou- 
veau volume, au moment où rien n'est de trop de ce qui peut illus- 
trer le rôle qu'a joué notre pays dans l'histoire générale de la civili- 
sation. Et on le félicitera d'avoir pu l'écrire et le faire paraître dans 
la crise que nous traversons, et où son apparition même est un 
témoignage de plus de la solidarité qui lie l'enseignement supérieur 
aux destinées de la patrie française. » 



SÉANCE DU 25 JANVIER 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. CoRDiER commence la lecture des rapports adressés par 
M. Bonnel de Mézières sur la mission qu'il a accomplie en 
Afrique avec une subvention de l'Académie. 

M. PoTTiER donne lecture d'une notice de M. Pierre Paris, 
correspondant de l'Académie et directeur de l'École des Hautes 
études hispaniques, sur les fouilles qu'il a effectuées en mai- 
juin 1917 à Bolonia (Espagne) avec une subvention fournie sur 
la Fondation Piot. On a retrouvé une importante fabrique pour 
la salaison du poisson, industrie très prospère dans l'antiquité, 
une grande villa romaine et une fontaine publique; enfin plu- 
sieurs tombes ont été explorées par M. Bonsor. Les fouilles 
doivent reprendre au printemps de 1918 '. 

M. P. Monceaux communique une note de M, le D'' Carton, 
correspondant de l'Académie, sur des chapiteaux chrétiens à 
sculptures et inscriptions, et sur d'autres monuments antiques, 
qui ont été récemment trouvés à Tozeur (ancien 7'usvrus), dans 
le Sud tunisien ^. 

L'Académie désigne comme délégués pour 1918 à la Commis- 
sion Debrousse MM. Babelon et Châtelain, et comme délégués 
à la Commission du prix Osiris MM. Senart et Haussoullier. 



1. Voir ci-après. 

2. Voir ci-après. 



1918 



34 FOUILLES A ROLONIA 

COMMUNICATIONS 



FOUILLES A liOLONIA (PROVINCE DE CADIx) EN MAI-JUIN 1917, 
PAR M. P. PARIS, CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE. 

Bolonia est un tout petit village de pêcheurs situé au 
bord d'une plage qui fait justement face, sur la côte espa- 
gnole, à la ville de Tanger. Le Campo de Bolonia est à une 
douzaine de kilomètres environ à l'Ouest de Tarifa. 

Les ruines antiques dont Bolonia marque remplacement 
ont été assez rarement signalées et visitées. La première 
mention, à notre connaissance, en fut faite en 1663 par 
D. Macario Farinas del Corral, dans un manuscrit conservé 
à la Bibliothèque de l'Académie de l'Histoire, à Madrid. 
On y a remarqué surtout les restes grandioses d'un aque- 
duc, de la muraille d'enceinte et d'un soi-disant amphithé- 
âtre. Assez récemment, en 1907, le R. P. jésuite Furgus, 
de nationalité belge, les a visitées avec quelque soin et a 
fait quelques fouilles dans divers cimetières antiques. Nous- 
même, en 1914, nous avons fait l'excursion à la suite de 
laquelle nous avons décidé d'entreprendre une exploration 
importante, et écrit une Promenade archéologique à Bolo- 
nia qui, publiée dans le Bulletin Hispanique^ fait connaître 
l'état exact des lieux avant les travaux. 

Les historiens et géographes anciens, de Strabon à Mar- 
cien d'Héraclée, énumérant les villes de la côte européenne 
du détroit de Gibraltar, autrefois Fretum Magnum^ ont 
tous mentionné Belo ou Belon, ou Bellone, célèbre par ses 
pêcheries, grand port d'exportation vers l'Afrique, et il en 
reste des monnaies au nom latin de Baelo ou Bailo, avec lé- 
gendes en une langue inconnue que les numismates appellent 
hastulo-phénicienne . Mais les modernes ne sont pas tous 
d'accord sur l'identification de Belo avec Bolonia, bien que 



FOUILLES A BOLONlA 35 

cette identification soit très vraisemblable. Nous pensons 
même qu'une étude précise des textes et des lieux la rend 
à peu près certaine, mais il faut attendre d'un document 
épigraphique la preuve irrécusable que l'on n'a pas encore 
trouvée. En eiïet, les fouilles que nous avons entreprises 
en mai 1917, avec l'autorisation du gouvernement espao-nol, 
et g-râce aux libéralités de l'Académie des inscriptions, avec 
la collaboration de notre ami M. Georges Bonsor, ne nous 
ont livré encore qu'une inscription très incomplète, où ne 
se lit pas le nom de la ville. 

Les ruines principales, en particulier le théâtre, et non 
l'amphithéâtre, sont enfermées dans un vaste reotan"-le 
très nettement déterminé par une muraille fortifiée dont 
plusieurs grands tronçons restent encore bien conservés. 
La ville, construite au bord même de la plage relevée en 
terrasse, occupait d'abord une large bande plate de sable 
(c'est là que sont construites les rares maisons modernes) 
et s'élevait ensuite sur le flanc d'une colline en pente assez 
raide, que couvrent maintenant, parmi les pierres taillées 
et les moellons, des champs clairsemés de blés et de 
fèves . 

Nous avons d'abord ouvert un chantier sur la terrasse 
de la plage, à l'endroit où une photographie ancienne nous 
montrait un chapiteau posé au sommet d'une grosse colonne 
à pans coupés émergeant du sable, chapiteau alors disparu. 
Nous avons retrouvé ce chapiteau au pied du mur de sou- 
tènement de la terrasse, assez profondément enfoui dans 
le sable, avec deux autres de même style. Ils sont tous les 
trois incomplets, mais intéressants, car leur stvle corin- 
thien, très fortement altéré ou pour mieux dire modifié 
laisse voir nettement qu'ils proviennent d'un important 
édifice ibéro-romain. La surface entière était certainement 
recouverte de stuc, et nous n'avons retrouvé vraiment que 
la carcasse ou le squelette, taillé dans un grès coquillier 
très peu plastique ; nous pouvons par conséquent à peine 
juger la valeur artistique de ces débris. 



36 FOUILLES A 60L0MA 

Les modernes qui ont parlé de Boloniu y mentionnent, 
on ne sait d'après quels renseignements, un temple de Baal, 
sur le bord de la plage. Nous avons pu croire un moment 
que les chapiteaux provenaient de ce temple, et pour nous 
en assurer, nous avons commencé à enlever le sable en 
arrière du mur de soutien, près de l'endroit où les chapi- 
teaux avaient roulé. Nous avons bien retrouvé, encore en 
place, les trois colonnes qui les supportaient, et deux autres 
encore, non plus à pans coupés, mais à grosses cannelures, 
qui avaient heureusement conservé leur tête en assez bon 
état. Ces deux nouveaux chapiteaux sont aussi corinthiens, 
formés également de squelettes de grès recouverts de stuc. 
Ici le stuc s'est heureusement conservé, nous permettant 
d'apprécier une heureuse finesse de détails, et des feuilles 
d'acanthe bien disposées et habilement modelées. Mais ces 
beaux membres d'architecture ont été amenés d'ailleurs et 
réemployés dans une construction beaucoup plus moderne, 
qui n'est pas un temple. 

Ce que nous avons déblayé est une importante usine pour 
la salaison du poisson, probablement du thon, qui a tou- 
jours abondé dans ces parages, et que l'on y pêche encore 
à Bolonia même, à l'été et à l'automne, quand il s'engage 
en Méditerranée et quand il en revient. 

On avait déjà signalé tout le long de la côte, depuis 
Lisbonne jusqu'à Gibraltar et au delà, des restes de bassms 
à salaisons, mais c'est ici la première fois que l'on retrouve 
et que l'on fouille un établissement complet, avec ses nom- 
breuses fosses à garum, de grandeur et de profondeur 
diverses, ses vastes ateliers pour le lavage et la prépara- 
tion, ses magasins et dépendances diverses. Ces premières 
fouilles permettront donc d'écrire un chapitre très neuf sur 
une industrie qui était très florissante dans tout le monde 
antique, particulièrement en Espagne, et qui ne nous était 
connue jusqu'ici que par des textes et par quelques ves- 
ti"-es clairsemés de constructions à peine étudiées. Nous 



FOUILLES A JîOLONLY 37 

avons du reste reconnu, tout le long- de la plage, d'autres 
bassins, et il faut espérer qu'en fouillant tout autour nous 
retrouverons d'autres usines qui nous fourniront de nou- 
veaux détails. 

L'usage qui a été fait de fragments de grosses colonnes 
très anciennes et de leurs chapiteaux pour supporter sim- 
plement le toit et des baies en arcades, ainsi qu'il résulte 
de l'examen des ruines rendues au jour, cet usage est 
curieux, et nous lui devons de très rares documents sur 
l'art local à une époque reculée qu'il est encore difficile de 
préciser, en même temps que sur l'architecture civile à une 
basse époque romaine. 

Ce sont des réemplois du même genre qui donnent 
aussi son principal intérêt à une grande maison romaine de 
même âge, contig'uë à l'usine, et que nous avons fait 
sortir tout entière du sable. 

Elle se compose d'une cour carrée entourée d'un portique 
sur lequel ouvrent plusieurs salles plus ou moins g-randes. 
Le toit du portique était supporté par huit colonnes, trois 
sur chaque côté, engagées jusqu'à hauteur d'appui dans un 
petit mur. Cinq de ces colonnes étaient encore en place et 
debout, incomplètes d'ailleurs, tandis que les trois autres, 
incomplètes aussi, gisaient sur le sol. 

Tout ce portique est d'une construction très pauvre, et 
maladroite ; les colonnes, fûts, chapiteaux et bases, sont 
irrégulières et inégales, ce qui dut être d'un effet fâcheux, 
bien que le stuc peint en rose dont elles étaient revêtues 
ainsi que la murette, et qui est parfois assez bien conservé, 
ait pu leur donner une apparence de soin et de richesse. 
Mais ce qu'il y a de notable , c'est que, comme celles de 
l'usine, elles proviennent d'un autre édifice dont le souve- 
nir était si peu net que l'architecte a confondu les chapi- 
teaux et les bases, et a employé, à côté de bases correcte- 
ment placées, des chapiteaux renversés. Les bases véritables 
présentent des moulures variées, et les chapiteaux, tous 



38 FOUILLES A BOLONIA 

dissemblables, rappellent le dorique romain. Il arrive d'ail- 
leurs qu'une partie du fût soit taillée dans une même pierrre 
soit avec le chapiteau, soit avec la base. 

Au centre de la cour était un puits assez profond et 
étroit, dont la margelle, ([ue nous avons remise en place, 
avait été roulée dans \m angle, et dont loritice avait 
été couvert au ras du sol par une large pierre plate. 
Gomme les murs et les colonnes du patio, les chambres 
avaient été enduites dun stuc peint, tantôt rouge, tantôt 
jaunâtre; nous n'avons pas reconnu de tableaux, mais seu- 
lement, dans une belle chambre, un panneau où était peinte 
à grands traits une décoration de feuilles vertes et jaunes 
cernées de noir. 

Il est certain que d'autres maisons, également bien con- 
servées, entourent celle que nous avons découverte. Il y a 
là sous le sable tout un quartier qu'une prochaine campagne 
nous permettra de déblayer, et nous avons l'espoir d'y 
recueillir de nouveaux fragments d'architecture plus anciens 
que les habitations mêmes, sinon des objets divers, des 
sculptures et des inscriptions. 

Profitant de ce que le vent de l'Est, très violent lors de 
certaines marées, rendait les fouilles impossibles près de 
la plage, nous avons commencé à explorer la ville sur les 
premières pentes de la colline, où le sable est remplacé par 
la terre. Les premiers coups de pioche nous ont fait décou- 
vrir une belle et grande fontaine publique, de plan demi- 
circulaire ou à peu près, comprenant un solide mur de fond 
en pierres de gros appareil, qui devait être surmonté de 
quelque important motif de décoration, et d'un bassin 
bétonné, très peu profond. Le mur était recouvert de minces 
plaques de marbre blanc encadrées de moulures, dont nous 
avons retrouvé beaucoup de débris. L'inscription dédica- 
toire, en très belles lettres de onze centimètres, était gravée 
aussi sur marbre, et gisait, incomplète par malheur, en 
plus de vingt morceaux, sur le radier du bassin ; on n'en 
peut rien tirer de bien clair. 



FOUILLES A ROLOMA 39 

Selon la coutume, l'eau se déversait dans le bassin par 
des bouches de bronze, et, semble-t-il d après un fragment 
conservé, par des mufles de lions. 

La découverte de ce monument, intéressant par lui- 
même, est de bon augure. Ce quartier de la ville, un peu 
au-dessous et à droite du théâtre, devait contenir des 
édifices importants, dont nous avons pu reconnaître 
de sérieux vestiges ; là se trouvait peut-être le forum. 

Enfin M. Bonsor, qui est un habile spécialiste pour la 
fouille des tombeaux, — on sait que c'est à lui qu'est due 
l'exploration de la merveilleuse nécropole de Carmona, 
unique au monde, — s'est plus particulièrement occupé de 
faire quelques sondages dans les cimetières, et surtout 
dans le principal, où se trouvent les sépultures romaines, 
et dont l'emplacement, à l'Est de la ville, sur le bord de la 
plage, signalé par un mausolée encore debout, est depuis 
longtemps saccagé par des fouilles clandestines. 

M. Bonsor a eu la pioche heureuse, et après avoir réou- 
vert quelques tombes qui n'étaient plus intactes, il est vrai, 
mais qui cependant ont donné lieu à des observations 
utiles, il en a déblayé une qui semblait à peu près vierge, 
car elle avait gardé, avec ses urnes cinéraires, quelques- 
uns des objets de son mobilier funèbre. Ces objets n'ont 
pas grande valeur ; mais la disposition même de la tombe 
en a beaucoup, car elle est toute nouvelle. C'est une assez 
grande fosse oblongue, maçonnée au fond et sur les quatre 
côtés, et divisée en deux compartiments. L'un a servi 
d'ustrinum, pour la crémation des corps, et l'autre était 
destiné à recevoir les umies ; ce dernier était recouvert 
d'une plaque, et l'on y pénétrait par un trou d'homme percé 
dans la cloison séparatrice. 

C'était là le véritable tombeau. Les parois en étaient 
stuquées et peintes, et, par une curieuse coïncidence, cette 
peinture est absolument semblable à celle que nous avons 
relevée dans une salle de la maison de la plage, et due au 



40 NOTE SUR DES CHAPITEAUX CHRÉTIENS DE TOZEUR 

même ouvrier. De telle sorte que nous pourrions bien 
avoir trouvé la maison, l'usine et le tombeau de famille 
d'un même riche Ibéro-romain aux approches des temps 
chrétiens. 

Les fouilles reprendront au mois d'avril 15)18, avec plus 
d'ampleur, grâce aux nouvelles largesses dont l'Ecole des 
Hautes études hispaniques est très reconnaissante à l'Aca- 
démie, et le succès des débuts nous donne la certitude que, 
si nous ne retrouvons pas dans les couches profondes du 
sol la Belo bastulo-phénicienne que nous désirerions sur- 
tout explorer, — c'est le secret des fouilles, — du moins 
nous pourrons écrire l'histoire monumentale d'un port 
romain que son industrie et son commerce rendirent 
longtemps prospère, et que sa situation aux confins de 
deux continents, sur le passage de tant de civilisations, 
rend particulièrement attrayante. 



NOTE SUR DES CHAPITEAUX CHRÉTIENS DE TOZEUR (tUNISIe), 
PAR M. LE D"" CARTON, CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE . 

Au cours d'une tournée médicale dans le Djerid tunisien, 
j'ai vu, dans la cour du Contrôle civil de Tozeur, plusieurs 
antiquités qui, à ma connaissance, n'ont pas encore été 
publiées. 

Les plus remarquables consistent en chapiteaux de 
l'époque chrétienne. En voici la description : 

1" Chapiteau en pierre calcaire commune, jaunâtre et 
poreuse, mesurant 47 centimètres de hauteur, 42 centi- 
mètres de largeur en haut, et 35 centimètres de largeur en 
bas. 

Sur une des faces (A), un encadrement d'entrelacs bou- 
clés entoure un panneau d'entrelacs en forme de natte. A 
la partie inférieure est une ligne de mutules. 

Une autre face (B) offre, à l'intérieur d'un encadrement 



NOTE SUR DES CHAPITEAUX CHRÉTIENS DE TOZEUR 41 

semblable, une croix à branches égales et droites, inscrite 
dans un cercle. Dans chacun des angles qu'elle forme, se 
trouve une étoile k quatre branches : trois de ceé dernières 
étant à l'intérieur du cercle, et la quatrième en dehors. Il 
V a aussi la lione inférieure de dentelures. 

La face C ofTre sur ses deux bords verticaux la ligne 
d'entrelacs bouclés, et, sur le bord inférieur, celle des 
mutules. Mais le bord supérieur présente, à la place des 
entrelacs, une inscription d'une ligne, précédée d'une croix 
à branches égales : 

[estampage) + GKORIA IN ExCEL 

gloria in excel\sis\ 

La hauteur des caractères est de 3 centimètres. Ils pré- 
sentent des traces de peinture rouge. 

La face D offre la même ornementation que la face B, 
avec cette différence que, sur le bord supérieur, les entre- 
lacs sont remplacés par une inscription de deux lignes, très 
fruste, que je n'ai pu déchiffrer. 

|. IVS 

ICnidVI nOSII (estampagey . 

Hauteur totale des deux lignes: 6 centimètres. Lettres 
de la première ligne : 2 centimètres ; de la deuxième ligne : 
2o millimètres. 

2° Un autre chapiteau, de même matière et de mêmes 
proportions que le précédent, offre, sur une face (A) très 
abîmée, les traces d'une décoration d'entrelacs en nattes ; 
sur une face (B), le cadre d'entrelacs en boucle entourant 
le panneau de nattes. Les mutules existent à la partie infé- 
rieure de toutes les faces. — Ce cadre est remplacé, à la 
partie supérieure, par deux lignes de caractères très usés, 
indéchiffrables. 

1. .\ la seconde ligne lire probablement : ...IX I\'I)EOS... 



Ï2 NOTK Sun DKS CIIAPITRAUX CHRÉTIENS DR TOZEUR 

La face G est traitée de la même manière, avec un 
texte d'une seule ligne. 

Sur la quatrième face (D) a été gravé en creux et à la 
pointe un sujet peu reconnaissable, où l'on croit remarquer 
un personnage ailé planant, les ailes déployées, à la partie 
supérieure du panneau ; et, à la partie inférieure, un ou 
deux personnages assis ou couchés : scène qui se rapporte- 
rait facilement à celle que rappelle l'inscription donnée ci- 
dessus (voir l'estampage). . 

Ces deux chapiteaux ont été trouvés dans les ruines de 
l'ancienne Thuzuros par un Arabe qui les a olFerts au 
contrôleur civil, M. Digoix, à l'obligeance de qui je dois 
d'avoir pu en prendre la description. 

3" Il en est de même du suivant, qui est en pierre de 
même nature que celle des premiers, et qui mesure 43 centi- 
mètres de hauteur, 41 centimètres de côté en haut, et 
31 centimètres de côté en bas. Il offre, au lieu des entre- 
lacs, un encadrement formé d'une ligne de demi-cercles 
tournés vers l'extérieur, et renfermant à leur intérieur un 
chevron ouvert également au dehors. A l'intérieur, on 
retrouve l'ornementation en nattes à tiges obliques, déjà 
décrite. Sur. les trois faces sont des mutules , comme ci- 
dessus. 

Une quatrième face diffère des précédentes ; elle est cou- 
verte de cercles, dans lesquels sont inscrites des étoiles à 
quatre branches. 

Toute cette ornementation offre un fort relief, et est très 
bien conservée. 

4" Un beau chapiteau, malheureusement assez abîmé, 
offre des motifs différents des précédents. Il mesure 46 cen- 
time très de hauteur, et 38 centimètres de côté à la partie 
supérieure. A la partie inférieure est un tambour cylin- 
drique qui devait prolonger le fût, et dont le diamètre 
mesure 26 centimètres. 

Les quatre angles offrent, à la partie supérieure, une tête 



NOTE SUR Di:S CHAPITEAUX CHRÉTIENS DE TOZEUR 43 

de mouflon ou de bélier, en fort relief, mais en mauvais 
état^ dont, les cornes forment volutes. Sur une des faces, 
entre les volutes, est la colombes portant un rameau dans 
le bec. J'ai, quelques jours plus tard, relevé ce même 
double motif sur un chapiteau d'une des églises de 
Sbeitla. Au-dessous de la colombe, entre les deux têtes 
d'animaux, s'étend un écusson en forme de large feuille. 
Plus bas règne une couronne de feuilles, au-dessous de 
laquelle le chapiteau est limité par un boudin en forme de 
câble : motif byzantin bien connu, en Afrique et ailleurs. 
Au-dessous s'étend le tambour portant une couronne de 
feuilles, déjà signalé. 

La même ornementation se retrouve sur les trois autres 
faces, à l'exception du motif de la colombe, remplacé par 
un motif indéterminable. 

Comme je l'ai dit plus haut, j'ai vu, quelques jours plus 
tard, les chapiteaux, les consoles, les suffîtes, les corniches, 
d'un stvle si remarquable, qui ornaient les basiliques de 
l'antique Suffetiila (Sbeitla). Dans la même tournée, j'ai 
revu la série si rerriarquable des chapiteaux de la grande 
mosquée de Kairouan, qui, d'après les Arabes, viendraient 
aussi de Sbeitla. La chose est bien possible, si on s'en rap- 
porte à l'analogie des motifs, à leur originalité, et à la fac- 
ture de l'ornementation. Il s'agit de feuillages, non pas 
copiés sur la nature, mais traités d'une manière tout à fait 
dillerente de ceux de l'époque païenne, dont certainement 
les sculpteurs chrétiens ne se sont pas inspirés dans la plu- 
part des cas. 

Chapiteaux de la mosquée de Kairouan, aux feuilles 
repliées et repoussées par le vent, rinceaux et branches 
de certaines consoles de Suffetula, panneaux des chapiteaux 
de Tozeur qui viennent d'être décrits, et qui rappellent les 
panneaux de bois sculpté du mirab du sanctuaire de Sidi 
Oklia : cette remarquable série de sculptures largement 
traitées, aux creux profonds, aux reliefs fouillés, est 



4i NOTE SUR DES CHAPITEAUX CHRÉTIENS DE TOZEUR 

l'œuvre d'une inspirai iou très particulière, dont l'orii^ine 
ne doit pas être recherchée, à mon avis, dans les monu- 
ments africains de date antérieure. 

Dans les ruines d'une égalise chrétienne située entre 
l'oasis de Deg'ache et celle de Tozeur, M. Dij^oix a trouvé 
un petit chapiteau en calcaire blanc, haut de 27 ceatimètres, 
large de 33 centimètres, offrant des volutes grêles et à tige 
rectiligne, rappelant celle des chapiteaux arabes. L'abaque 
en est limité inférieurement par le boudin en forme de 

câble. 

Dans la cour du Contrôle existe encore une tête d'homme 
en marbre blanc, un peu plus grande que nature, aux che- 
veux et à la barbe bouclés. 

Dans la cour de la grande zaouïa de Tozeur était un véri- 
table tas de colonnes et de chapiteaux romains, au milieu 
desquels j'ai remarqué un gros tronçon de statue drapée, 
en marbre blanc. 

Dans le bureau du contrôleur, un petit autel de calcaire 
blanc, haut de 17 centimètres, et dont le dé mesure 8 cen- 
timètres de côté, porte une dédicace : 

* ^ ARA 

MIN 
ERVAE 

La face supérieure offre une cavité. 

Sur la queue d'une petite amphore en pâte grise et onc- 
tueuse, je relève une estampille en forme de demi-cercle 
offrant les caractères ci-après : 

EXOR CIV {estampage )K 

La quatrième lettre ne paraît pas être une R. Les trois 
dernières lettres sont assez nettes. 

1. Lire probablement : EX OF[i]CIN a). (P. M.) 



N'OtË Sttl t)ES CHAPITEAUX CttR^tlÉNS DE tOZEtJR 4B 

Dans une autre salle du Contrôle était un linteau de 
porte, retaillé, et dont une extrémité semble avoir été 
coupée. En son centre est une croix grecque, dans une 
couronne, accostée de deux disques, dont 1 un orné d'entre- 
lacs en nattes. 



* COMPTES RENDUS DES SEANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 

SÉANCE DU le>- FÉVRIER 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILr.EFOSSE. 

Le Président prend la parole el s'exprime ainsi : 

« Messieurs, 

« Un deuil inattendu vient de frapper notre Académie. Un 
confrère que nous aimions tous, qui était entouré parmi nous 
d'une sympathie très profonde, bien justillée par ses qualités 
charmantes et par la délicatesse de ses sentiments, Edouard 
Chavannes n'est plus. Un mal cruel et rapide nous l'a ravi, à un 
âge où tout nous permettait d'espérer que son concours était 
acquis pour longtemps encore à nos études, à l'heure où son 
talent grandissait sans cesse, où son œuvre scientifique, que nous 
admirions, s'étendait et se développait chaque jour sur de plus 
vastes champs. 

(( Notre confrère occupait une place éminente dans les études 
orientales. En France el en Europe il avait conquis de très 
bonne heure une juste renommée, il exerçait une autorité légi- 
time et sans conteste dans toutes les questions relatives à la 
Chine. Par ses travaux linguistiques, par ses multiples 
recherches qui s'étendaient aux objets les plus divers, à toutes 



4'^ SÉANCE DU l**" FÉVRIER l9l8 

les manifestations de la pensée, de l'histoire ou de iaiH, il 
était devenu le véritable maître des éludes sinologiques. 

« Il serait superflu de vous dire avec quelle émotion et quelle 
anxiété la fatale nouvelle s'est répandue parmi ses amis et ses 
disciples. Fille atteindra profondément tous ceux qui chérissent 
la science, tous ceux qui savent apprécier les méthodes claires, 
attrayantes et distinguées de l'érudition française dont il était 
un des plus brillants représentants. L'Académie sent très dou- 
loureusement la grandeur de la perte qu'elle vient de faire. 

« Les obsèques ont eu lieil hier. Malgré son incompétence, 
votre Président s'est elîorcé de rappeler cette existence labo- 
rieuse et les travaux qui l'ont ennoblie. Nous n'entendrons plus 
ici la voix douce, la parole harmonieuse et persuasive d'I^douard 
Chavannes, mais sa mémoire vivi-a parmi nous ; son souvenir 
demeurera gravé au fond de nos cœurs. » 

M. Gh.-V. Langlois lit une notice sur la vie et les œuvres de 
son prédécesseur, M. Noël Valois ^ 

Le Président remercié M. Langlois, au nom de l'Académie, 
pour la notice si vraie, si complète et si bien ordonnée qu'il 
vient de lui communiquer ; il le félicite d'avoir rempli avec une 
promptitude exemplaire le premier devoir que notre règlement 
impose à chacun de nos nouveaux confrères et espère que ce 
bon exemple sera suivi par ceux qui n'ont pas encore donné 
lecture de leur notice et qu'ils nous ollriront bientôt à leur tour 
la même occasion de les applaudir. 

1. Voir ci-aprea- 



^ 



y* 




!!61io.c].e.tImp P Le Rat.Paris. 



Phot.Eiig.Pipr 



NOTICE 

SLR LA VIE ET LES TRAVAUX 

{ I i 

V NOËL VALOIS, 

PAR 

M. CH.-V. LANGLOiS, 

Ml- M BU): DE l'acadkmie; 
LUE DANS LA SÉANCE DU i*^ FÉVRIER 1918. 



Messieurs, 



Je vous remercie de m'avoir confié le soin d'esquisser 
devant vous U physionomie de M. Noël Valois Votre 
confrère avait f.„( ;, TEcole des Chartes le même apnren- 
t.ssage sc,eni,K4„o ^uo moi ; ,1 a honoré longtemps ce 
grand etar,l,ss.-.,-,e.., i.s Archives nationales que j'essaie- 
de servu- à mon t„,„. ; „,, ,„,„„,,. j^;^ j,^. ^.^ 

grande par de ma v,e à létud,. des hommes et des "choses 
du moyen âge franvais. Mais parce qu'il était d'une géné- 
rahon un peu anténeure à la nnenne, je ne l'ai guère c^nnu 
personnellement ; je ne lai qu'entrevu, et plusieurs d'en- 
tre vous ont été au contraire ses camarades, ses an.is 
vous avez tous eu l'occasion de l'apprécier :ci pendant des 
années. Il y a donc des ra.sons pour que je me féhcite 



NOTICE 

SLR LA VIE ET LES TRAVAUX 



DE 



M. NOËL VALOIS, 

PAR 

M. CH.-V. LANGLOIS, 

MEMBRE DE l'aCADÉMIE ; 

LUE DAXS LA SÉANCE DU l^-" FÉVRIER 1918. 



Messieurs, 



Je vous remercie de m'avoir confié le soin d'esquisser 
devant vous la physionomie de M. Noël Valois Votre 
confrère avait fait à l'Ecole des Chartes le même appren- 
tissage scientifique que moi ; il a honoré longtemps ce 
grand établissement des Archives nationales que i'essaie- 
de servir à mon tour ; et, comme lui, j'ai employé une 
grande part de ma vie . létude des hommes et d'es chos:! 
du moyen âge français. Mais parce qu'il était d'une o-éné- 
ration un peu antérieure à la mienne, je ne l'ai guère connu 
personnellement ; je ne lai qu'entrevu, et plusieurs d'en- 
tre vous ont été au contraire ses camarades, ses amis • 
vous avez tous eu l'occasion de l'apprécier ici pendant des 
années. Il y a donc des raisons pour que je me félicite 



OO NOIICE SLin M. iN(»Ï:l nalois 

d'avoir à m'acquitter de cette tâche et des raisons pour 
que, cependant, j'aie conscience de n'y pas être préparé 
comme il faudrait. Je me suis du moins informé de ce que 
je ne savais pas auprès de ceux qui savaient : leur secours 
ne m'a pas manqué. Quel que soit du reste le succès de mon 
entreprise, j'y aurai trouvé le plaisir de considérer à loisir 
l'ensemble d une belle œuvre et un sujet d'édification. 

Noël Valois naquit lé 4 niai 185.^3 dans une maison de la 
rue Garancière (n° 11) à Paris, l'ancien « petit hôtel de 
Nivernais », qui depuis 1819 a été la demeure de la famille 
Thureau-Dangin (à laquelle les Valois étaient alliés pcir les 
Gueneau de Mussy '). 

Il était d'une excellente souche de bourgeoisie, dont on 
suit les racines, qui plongent de toutes parts dans le sol 
français ^Paris, Ile-de-France, Normandie, Bourgogne, 
etc.), pendant le xviii'', le xvii® et même, sur quelques 
points, jusqu'au xvi'^ siècle. Il descendait notamment du 
sculpteur Achille Valois (1785-1862), du peintre Hubert 
Drouais (1699-1767), du peintre Noël Halle (1711-1781), 
de Jean-Baptiste-Bernard Lut ton, avocat greffier au Par- 
lement de Paris, et de l'humaniste Philibert Gueneau de 
Mussy, qui collabora avec Fontanes à l'organisation napo- 
léonnienne de l'Université de France, 

Les artistes sont nombreux dans cette ascendance, ces 
sages artistes du xyiii*^ siècle français, si différents de ce 
que l'on pourrait croire. Hubert Drouais, de Pont-Aude- 
mer, le meilleur élève de Detroy, qui, par son maître et 
par Rigaud, se rattache à la grande tradition de Van Dyck, 
a été un des portraitistes à la mode de la cour de Louis XV, 
en son plus vif éclat ; il a peint non seulement des princes, 
des princesses et des grandes dames, mais des actrices du 

1 . Voir G. Thureau, Le petit hôtel de Nivernnis, dans le BnUetin de 
1.1 Société historique du VI' arrondissement de Paris, XVIII (1916), 

p. Si. 



NOTICE SLR M. NOEl, VALOtS ."1 

Théâtre-Français et des filles d'Opéra, M"^ Gautier, 
Ml'^ Pélissier, la Gaussin et la Camargo. Son fils, Fran- 
çois-Hubert, dont la faveur et le succès ont encore été plus 
brillants, fut aussi un peintre de femmes g-racieuses, élé- 
gantes et légères, de la Pompadour à la Dubarry. Le père 
et le fils étaient néanmoins des hommes simples, rangés, 
économes, avisés, modèles de toutes les vertus domes- 
tiques'. Hubert est mort fort à son aise dans sa maison 
sise au coin de la rue des Orties et de la rue des Moineaux, 
en face de la célèbre « Fontaine d'amour », dans le quar- 
tier neuf de la Butte Saint-Roch, où il était notable pro- 
priétaire. Les académiciens Drouais, comme l'académicien 
Halle, ont vécu en bons bourgeois, marguilliers de leur 
paroisse, et dans la crainte de Dieu. Quant à'Achille Valois, 
le grand-père de votre confrère, élève de David, il fut le 
sculpteur ordinaire de la cour de Louis XVHI, et en parti- 
culier de Madame, la pieuse duchesse d'Angoulême, qui le 
tenait en haute estime ^. 

Famille, en somme, affinée depuis longtemps par la 
dignité de la vie et par l'exercice de talents héréditaires. 
Famille attachée aux traditions de la vieille France, et sur- 
tout à sa tradition religieuse, avec, peut-être, une teinte 
de jansénisme chez quelques-unes des premiers ancêtres 
connus, plus tard d'ultramontanisme. La plupart des mem- 
bres de cette famille, parmi ceux qui s'engagèrent dans 
des professions sans rapport avec les arts ou qui n'en 
eurent aucune, ont été doués pour goûter, sinon pour pro- 
duire, les formes diverses de la beauté. Et plusieurs ont 
laissé dans leur cercle le souvenir de vertus morales, à la 

1. C. Gabillot, Les (rois Drouuis, dans la Gazelle des Beaux-Arls, 1905' 
t. II et 1906. t. I. 

2. Voir le Catalogue (incomplet) de son œuvre dans le Neues allge- 
meines Kûnsller-Lexicon de G. K. Nagler, XIX (1849), p. 351. Ses prin- 
cipaux ouvrages sont le bas-relief représentant Léda, qui est adossé à la 
fontaine Médicis dans le jardin du Luxembourg, et un groupe d'enfanls — 
les trois enfants de l'artiste — qui appartient à la famille \'alois. 



82 NOTtCË SUR M. No'iÎl VALOtS 

fois éminentes et discrètes. Je citerai seulement Cécile 
Valois (1823-18GI), tante de votre confrère, dont une main 
amie a jadis réuni, moins pour le public que pour quelques 
intimes, les u lettres et souvenirs » ^ Cet o[)uscule intro- 
duit le lecteur dans un monde disparu, dune délicatesse 
charmante. J'y lis qu'un homme vénérable, qui n'avait été 
en relations avec les Valois que pendant quelques semaines, 
disait encore, neuf ans plus tard, en parlant de leur Cécile, 
cette parole émouvante eh sa concision : « Dieu me 
demandera compte d avoir connu une âme si sainte. » 

Noël Valois fut élevé dans ce milieu, entre Paris l'hiver 
et Bellevue durant la belle saison. Il était alors maladif, 
et il a toujours gardé dans sa démarche le sig-ne, et comme 
le stiii'mate, d*e ses souffrances d'enfant. Aussi étudia-t-il 
seul pendant longtemps, dans la maison paternelle, sous 
la discipline, entre autres, d'un excellent professeur de 
l'enseignement public, M. Hatzfeld, qui était aussi un 
savant. Lorsque la santé du jeune homme se fut affermie, 
la même largeur d'esprit qui lui avait fait choisir M. Hatz- 
feld pour des leçons particulières, amena le père de famille 
à placer son fils, sur le point d'achever ses études secon- 
daires, au Ivcée Louis-le-Grand où. se rencontraient alors 
des adolescents, venus de tous les points de l'horizon géo- 
graphique et intellectuel, qui n'avaient de commun que 
des aptitudes exceptionnelles : les vrais princes de la jeu- 
nesse française. Valois tint là tout d'abord, et conserva, un 
rang distingué dans des compétitions difficiles. Beaucoup 
de ses camarades de ce temps vivent encore, qui en ont 
gardé la mémoire '-'. 



1. Cécile Valois. Lettres, opuscules et souvenirs, recueillis pur une 
amie intime (Rennes, 1886, in-12). 

2. \'oir des souvenirs cl3 la classe de M. Aubert-IIix à Louis-le- 
Graad, par H. Cochin, condisciple de Valois, dans Impressions d'un 
bourgeois de Paris pendant le siège et la Commune, au t. XXXIV 
(1916) de la Uevue des Deux Mondes, p. 529. 



NOTICE SUR 'SI. NOËL VALOIS 53 

Ce qui le caractérisait à cette époque, c'était une singu- 
lière variété de dons et de curiosité. Il est indubitable 
qu'il serait entré haut la main à 1 Ecole normale supé- 
rieure, section des lettres, dont sa classe de Louis-le-Grand 
était la pépinière, s'il s'y était présenté. Mais il avait aussi 
des dispositions pour les mathématiques (il passa pour son 
plaisir le baccalauréat es sciences) ; et, pour le dessin, il 
avait à un haut degré la facilité héréditaire de sa race ; 
même le monde de la musique lui était, paraît-il, naturel- 
lement ouvert. Au seuil de la vie active et créatrice, il 
aurait pu s'eng-ag-er dans l'une ou l'autre de ces voies avec 
des chances normales d'v marcher droit et loin. Mais il 
élimina tout de suite l'art, estimant que la peinture, la 
sculpture et la musique, en tant que carrières, ne 
trouvent de justification, de nos jours, que dans un talent 
supérieur, dont, à tort ou à raison, il ne se croyait pas 
pourvu ; il n'a jamais renoncé à dessiner, et sa famille 
conserve quantité d'albums qui attestent ce qu'il aurait pu, 
ce qu'il savait faire de ce genre ; il n'a jamais vu là, 
cependant, qu'un délassement et un plaisir intimes. Entre 
l'art et la science, il choisit donc la science, Cela fait, 
entre les innombrables chemins de la science, il n'hésita 
pas longtemps. On ne saurait dire qu'il ait étudié à la 
Faculté des Lettres, car la licence qu'il y prit, en un temps 
où la Sorbonne n'était pas ce qu'elle est devenue depuis, 
ne peut être considérée que comme le couronnement de 
ses excellentes études secondaires. Il alla, comme tout le 
monde, respirer l'air de 1 Ecole de Droit ; là, il se laissa 
revêtir aussi du titre de licencié, mais sans effort et sans 
conviction : un de nos confrères, son condisciple et ami, 
se souvient encore de l'avoir vu souvent, à la saison des 
examens, accoudé d'un air détaché contre la statue de Cujas, 
œuvre du grand-père Achille Valois, qui se trouve dans la 
grande cour de l'Ecole. Après avoir constaté de la sorte, 
pendant trois ans, qu'il n'avait pas la vocation juridique. 



54 



NOTICE SUR M. NOKL VALOIS 



Noël Valois entra à l'Ecole des Chartes, en 1875. Il en sortit 
dans la remarquable promotion du 21 janvier 1879, qui 
devait fournir un jour à l'Académie des inscriptions et. 
belles-lettres et à sa commission de ïllisloire littéraire 
de la France jusqu'à trois membres ; Noël Valois, Antoine 
Thomas et Paul Fournier. 

Dans une brève et substantielle notice qu'il a publiée au 
lendemain de la mort de son ami, M. Paul Fournier a 
écrit : « Je crois bien que notre maître Léon Gautier, 
auquel Valois garda toujours un souvenir reconnaissant, 
avait quelque peu contribué à préciser et à fixer sa voca- 
tion d'historien médiéviste ^ » S'il en est ainsi, voilà 
uq des plus signalés services que Léon Gautier ait rendus 
à l'histoire du moyen âge. Et rien n'est plus probable, car 
il y a des indices que c'est Gautier qui aiguilla d'abord 
son élève, non seulement vers l'étude du moyen âge en 
général, mais vers cette province obscure et négligée que 
forme, dans l'histoire du moyen âge, celle de l'art d'écrire 
et de la littérature en latin, où il s'était un peu aventviré 
lui-même. C'est (c dès les premiers mois » de son séjour à 
l'Ecole (et Gautier était professeur en première année) 
que Valois jeta son dévolu, comme sujet de thèse finale, 
sur la Vie et les œuvres du théologien Guillaume d'Au- 
vergne, évêque de Paris au cours de la première moitié du 
xiii*^ siècle. Le jeune érudit fit alors, seul, l'apprentissage 
malaisé et parfois répugnant, surtout pour un humaniste 
comme lui, de la langue et de la pensée scolastiques, où 
Gautier n'aurait pas été en état de le guider fort avant. Il 
y trouva assez d'attraits pour ne pas se laisser séduire, en 
troisième année, par l'admirable cours de l'archéologue 
Jules Quicherat, qui paraissait si propre à distraire vers 
d'autres horizons un homme de goût, un artiste, un dessi- 
nateur comme lui. 

1. niillrlin <!,- L'i Société hihliotfrnphiqui, t, XLVII (1916), p. 17. 



-NOTICE SUR M. NOËL VALOIS oS 

Valois donna dès lors la preuve de sa maturité et de sa 
supériorité d'esprit. Les années 1879, 1880, 1881 sont peut- 
être parmi les plus remarquables de sa carrière. Il avait 
aux alentours de vingt-cinq ans. Or, en 1879, il donne 
dans la bibliothèque de rÉcole des Chartes un article 
étendu sur a l'Etablissement et l'organisation du régime 
municipal à Figeac » ; j'ignore comment et pourquoi il 
s'était proposé, dès les bancs de l'école, de tirer au clair 
le gros dossier difiicile qui concerne cette affaire au Trésor 
des chartes ; toujours est-il qu'il l'a très bien débrouillé ; il 
n'v a pas, dans ce travail, la moindre trace d'inexpérience 
juvénile, et depuis près de quarante ans il n'a pas vieilli. 
En 1880, il publie son livre sur Guillaume d'Auvergne, 
présenté l'année précédente en manuscrit à l'École des 
Chartes, et l'accompagne, pour le faire servir de thèse 
devant la Faculté en vue du doctorat es lettres, d'un mé- 
moire sur la rhétorique épistolaire en France au moyen âge 
{De arte scribendi episiolas apud Gullicos medii œvi scrip- 
tores rhetoresve). Ici, l'auteur avait mis la main sur un 
filon d'exploitation malaisée, mais extraordinairement 
rémunérateur. A certaines époques du moyen âge, les 
rédacteurs de certains textes latins, écrivains proprement 
dits et clercs de chancellerie, se sont astreints aux règles 
impérieuses d'une rhétorique spéciale, qui s'enseignait 
dans les écoles, qui est définie dans des traités ou des 
manuels ad hoc, et dont l'application, plus ou moins rigou- 
reuse suivant les temps et les lieux, s'observe, lorsqu'on 
est averti, dans une foule de textes. Quel magnifique 
sujet d'études ! Les origines de cette manière d'écrire, qui 
remonte à l'antiquité romaine et dont l'analogue existe en 
grec ; les causes et la durée de ses éclipses ; les progrès 
de sa renaissance ; l'inventaire de la littérature pédago- 
gique que l'enseignement de cet « art » a suscitée ; l'ap- 
préciation de la valeur de cette littérature, en grande par- 
tie théorique ; la description précise et le manuel opéra- 



56 NOTICE SUR M. NOËL VALOIS 

toire des instruments nouveaux que la connaissance de 
tous ces faits, dont la tradition s'était perdue pendant des 
siècles, fournit pour la crilicjue textuelle, pour la critique, 
littéraire et pour la critique diplomatique. Personne, en 
France, n'avait encore abordé ces questions, et ce qui 
avait été fait à l'étranger n'était pas considérable. Par sa 
thèse latine, et surtout par son « Etude sur le rythme des 
bulles pontificales », parue dAtis la. Bibliothèque de V Ecole 
des Chartes en 1881, un érudit de vingt-cinq ans posait 
des problèmes dont l'existence même était comme une 
révélation, et en résolvait quelques-uns. L'histoire de la 
prose rythmique au moyen âge a été, depuis, poussée 
plus profondément (elle est encore, du reste fort loin 
d'être terminée) ; mais les mémoires classiques de Valois 
en seront toujours considérés comme le point de départ. 
Je me souviens d'avoir entendu, il y a près de trente 
ans, un érudit, qui ne laissait pas d'envier un peu, je crois, 
en les admirant, l'originalité, le bonheur et la fécondité de 
ces premiers travaux de Noël Valois, s'étonner que celui 
qui les avait faits, content d'avoir frayé la route, s'en fût, 
pour ainsi dire, détourné dès qu'il l'eut livrée à l'activité 
d'autrui. Car c'est un fait qu'après 1882, date où la Société 
de littérature chrétienne de Lille couronna encore un opus- 
cule de lui « sur la latinité de saint Gyprien » — lequel 
n'a jamais vu le jour, — Valois ne s'est plus occupé du 
latin médiéval, si ce n'est pour en déchiffrer. Il y eut peut- 
être à cela une raison capitale, qui sera indiquée tout à 
l'heure. Mais un autre motif, accidentel et direct, saute aux 
yeux : en entrant comme archiviste aux Archives natio- 
nales, le l^"" janvier 1881, Valois s'était imposé des obliga- 
tions professionnelles. 

Les Archives nationales sont sans doute le lieu du monde 
où il est le plus agréable de fréquenter pour qui s'inté- 
resse à l'histoire de la France d'autrefois. Michelet, Fhis- 



NOTICE SUR M. NOËL VALOIS 57 

torien-poète qui y exerça les fonctions d'archiviste pendant 
vipot-deux ans, a décrit comme vous savez Témotion 
romantique qui s'empara de lui dans les dépôts de l'hôtel 
Soubise, ces vastes dépôts silencieux où il lui sembla, dit- 
il, « percevoir un mouvement, un murmure, puis des voix 
qui s'élevaient, voix d'hommes et de peuples, de villes et 
de provinces, qui lui demandaient de les tirer du tombeau 
et de les rendre à lexistence ». Pour le commun des éru- 
dits de la maison, qui n'entend pas de bruits si flatteurs, 
c'est encore un plaisir infini de vivre, dans un cadre ma- 
gnifique, au milieu des titres de notre histoire, et, tout 
prosaïquement, d avoir des facilités particulières pour s'en 
servir. Ainsi s'explique 'que le recrutement 'des archivistes 
ait toujours été aisé aux Archives nationales parmi la 
laborieuse jeunesse qui, bien préparée, sort chaque année 
de l'Ecole des Chartes. Pendant longtemps, et encore du 
temps de Noël Valois, ces fonctions n'étaient honorées, au 
début, que d'un traitement presque nominal (l.SOO fr. par 
an) et elles n'ont jamais rien eu, pourtant, d'une sinécure 
administrative ; Michelet lui-même dut replier et replia ses 
ailes pour entrer dans les brancards de la routine quoti- 
dienne de l'archiviste : recherches pour le public, fabrica- 
tion de répertoires et d'inventaires, rapports, etc. J'ai tou- 
jours admiré, pour ma part — jadis du dehors, et mainte- 
nant, plus que jamais, de près — la grâce d'état qui a 
permis et qui permet encore à tant d'hommes distingués, 
ayant par ailleurs des intérêts scientifiques personnels et 
une vie intérieure, de remplir avec tant de conscience des 
devoirs parfois si ingrats. C'est évidemment qu'ils savent 
que ce qu'ils font est utile et qu'il ne leur est rien demandé 
que dans l'intérêt public. Ils sont aussi réconfortés, sans 
doute, par l'exemple de leurs anciens, très nombreux, qui 
ont réussi à mener de front la pratique de leur métier et 
le travail du savant, ou même à trouver dans l'une l'occa- 
sion et l'auxiliaire de l'autre. Votre Compagnie, Messieurs, 



38 NOTICE SUR M. NOËL VALOIS 

a, depuis Daunou, le premier chef de l'établissement, fait à 
beaucoup d entre eux Thonneur décisif de les accueillir : 
Natalis de Wailly, riuillard-HréhoUes, Boutaric, Luce, 
Gautier, Longnon, pour ne citer que les morts ; et il y a 
encore, Dieu merci, des vivants, ici et dans une des sec- 
tions voisines de l'Institut. 

J'ajoute que si l'entrée de Valois à l'Ecole des Chartes 
avait été déterminée par l'influence de Léon Gautier, c'est 
notre vénéré confrère M. de Lasteyrie, alors archiviste 
lui-même, qui le décida, paraît-il, ;i entrer dans la profes- 
sion. 

Noël Valois qui, comme les gens heureusement nés, 
faisait bien tout ce qu'il faisait, a été pendant douze ans un 
fonctionnaire modèle. La collection de ses rapports existe 
depuis le 6 juillet 1881 jusqu'au 3 octobre 1893 i. On y 
voit qu'il fut chargé tout de suite par le directeur Alfred 
Maury — encore un des vôtres — qui savait si bien 
juger et utiliser les hommes, de continuer la publication de 
l'Inventaire des arrêts du Conseil d'État pour le règne de 
Henri IV, commencé par M. de Lasteyrie, à laquelle il 
avait déjà collaboré, en qualité d'auxiliaire bénévole, avant 
son entrée aux Archives (à partir de décembre 1879). Il 
s'agissait d'analyser et de disposer en une série chronolo- 
gique tous les arrêts du Conseil de 1592 à 1610, conservés 
tant dans l'établissement de la rue des Francs-Bourgeois 
qu'au Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, 
au nombre de près de seize mille. Le tome I'"' de ce grand 
ouvrage parut en 1886 ; le tome II en 1893, avec une table 
très étendue. Mais la besogne proposée à l'archiviste et 
rapidement parfaite par lui, il ne s'en était pas contenté : 
elle l'avait engagé, comme il arrive, à faire en même temps 
œuvre d'historien : le tome I"' de YInventaire est précédé 
d'une (( Étude historique sur le Conseil du roi » qui est 

1. Ai-ch. nat., AR x. 7 et 8. 



NOTICE SUR M. NOËL VALOIS 59 

une histoire d'ensemble du Conseil des rois de France, 
de{Duis les origines ; et l'auteur fît paraître, deux ans plus 
tard, sur la première partie du même sujet, un livre com- 
plémentaire [Le Conseil du roi aux XIV% XV^ el XVI' 
siècles ; nouvelles recherches...) \ en outre et enfin l'étude 
de l'histoire du Conseil mit Valois sur plusieurs pistes 
adjacentes, d'où il rapporta des monographies, non seule- 
ment sur des détails de ce grand sujet (n°* 7, 10, 11, 18, 
30 de la Bibliographie en appendice), mais touchant la crise 
capitale qui, sous le coup d'une guerre malheureuse, mit 
aux prises, un peu après le milieu du xvi^ siècle, la Cou- 
ronne et ses conseillers avec les premières manifestations 
de l'esprit révolutionnaire et les premiers essais de gou- 
vernement représentatif (f/j/f/em, n°* lo, 17, 24). Les tra- 
vaux de Valois sur « la Revanche des frères Brac^ue » et la 
mort d'Etienne Marcel se rattachent ainsi, comme des 
rameaux, ou plutôt comme des provins, à la tige de son 
entreprise d'archiviste. 

Ce n'est pas tout. Ayant été conduit, par l'Inventaire 
des arrêts du Conseil d'Etat sous le règne de Henri IV, à 
s'intéresser aux troubles du temps de Jean le Bon et de 
Charles V, Valois le fut secondairement et de fil en aiguille 
à installer, pour ainsi dire, sa pensée dans l'histoire du 
xiv" siècle, encore très négligée il y a vingt-cinq ans. Or 
il y avait, dans les annales de la seconde moitié du 
xiv^ siècle,- une question importante et obscure entre' 
toutes, celle des origines et des développements du Grand 
Schisme. Dès 1887, il y était allé droit ' et la première 
communication qu'il ait faite à l'Académie, en mars 1888, 
le montre embarqué pour une nouvelle suite de recherches 
dans cette direction -. Direction très propre à lui convenir. 

1. Bibliographie, n' 28. 

2. A partir de cette date, toutes les monographies qu'il publie inté- 
ressent, de près ou de loin, le nouveau sujet de ses études [Biblivgru- 
lihie, n- 30 à 40). 



00 KOTICE SUU M. NOËL VALOIS 

Car, encore une fois, l'histoire du Grand Schisme est- un 
sujet d'enverg-ure ; et ce sont les sujets de ce genre qui 
l'attircnl ; il a naguère abandonné, sans regret apparent, 
un domaine quasi vierg-e où il avait fait d'assez belles trou- 
vailles, peut-être surtout, au fond, parce (jue ce domaine 
dépendait, non de l'histoire proprement dite, mais des 
sciences auxiliaires et préparatoires de l'œuvre historique 
où il n'était pas dans ses intentions de se confiner. Car, en 
second lieu, le Grand Schisme est un épisode essentiel de 
l'histoire de France et de l'histoire de l'Eglise, les deux 
pôles de ses affections naturelles, et, par conséquent, de sa 
curiosité scientilique. Après les premières manifestations 
de l'esprit révolutionnaire et les- premiers essais de gou- 
vernement représentatif en France, il étudiera donc désor- 
mais les phénomènes symétriques dans l'Eglise univer- 
selle, et particulièrement le rôle que la France j a joué. Il 
V a là un épanouissement graduel de tendances primitives 
à la faveur des circonstances dont l'harmonie et la logique 
font plaisir à voir. 

Seulement, avec ces nouveaux desseins élargis, il deve- 
nait difficile de concilier les devoirs immuables de l'archi- 
viste. M. Maury avait été émerveillé que l'Inventaire d'une 
partie considérable de la série R (Conseil d'Etat), confiée 
à Valois, fût si fort avancée après cinq ans seulement ; 
et il en avait marqué sa satisfaction en confiant, aussitôt 
que possible, une autre besogne à son excellent collabora- 
teur. (' J'ai commencé, écrit celui-ci dans son Rapport 
mensuel du 8 novembre 1887, linventaire sommaire de 
la série T. » Mais la série T, aux Archives nationales, 
.c'est le Séquestre, c'est-à-dire l'ensemble des papiers appar- 
tenant à des particuliers ou à des corporations laïques, 
séquestrés pendant la Révolution dans le département de 
la Seine. Cette fois, le travail professionnel était très peu 
congruent à l'activité de l'historien, d'un historien qui 
avait, dorénavant, des plans arrêtés. D'autre part, ces 



Notice sur m. noËl valois 61 

plans, relatifs à 1" histoire du Grand Schisme, loblig-eaieni 
à des investigations prolongées dans les dépôts de manu- 
scrits, archives et bibliothèques, non seulement do la 
France, mais à Rome et dans tout l'Occident. Cependant, 
les vacances de l'archiviste sont brèves. Valois demanda 
et obtint, non sans de légères difficultés dont la trace sub- 
siste, un congé de trois mois dans Ihiver de 1891 pour 
aller en Italie. Mais il se rendit compté bientôt qu'il fallait 
opter entre ses fonctions et ses projets. La tradition veut 
qu'un hasard ait contribué à hâter sa résolution : il incombe, 
vous le savez peut-être, aux archivistes des Archives natio- 
nales de transcrire sur papier timbré les documents des 
séries dont ils sont chargés lorsque quelqu'un en demande 
expédition authentique ; si les documents sont courts, cela 
ne tire pas à conséquence ; mais, s'ils sont longs, il faut les 
copier tout de même ; or le désagrément serait arrivé à 
Valois, en 1893, d'avoir, comme un commis-greffier, à 
« expédier » un très grand nombre de « rôles ». N'atta- 
chons, du reste, aucune importance à cette historiette 
domestique; car la date de la démission, qui était devenue 
inévitable, de Valois est suffisamment justifiée par le fait 
que le tome II et dernier de son Inventaire du Conseil venait 
précisément de paraître quand elle se produisit. — Quoi 
qu'il en soit, sa lettre de démission est du 28 octobre de 
cette année : « Mon désir, disait-il, est, en recouvrant 
plus de liberté, de me consacrer à des recherches qui 
seraient incompatibles avec mes obligations actuelles. » 

Il renonçait ainsi aux promotions et aux modestes satis- 
factions qui échoient avec l'âge aux serviteurs de l'État, 
en récompense de leurs premières années d'épreuve, les- 
quelles sont très longues chez nous : il n'a jamais été 
« décoré ». Mais il ne renonçait pas, du même coup, à ses 
sentiments de fidélité envers l'illustre maison où il avait 
passé les plus belles années de sa vie ni aux amis qu'il y 
avait. Jusqu'à la fin de sa carrière, c'est-à-dire pendant 



62 NOTICE SÙft M. NOKI- VALOtS 

vingL-deux ans après sou départ olliciel, il est venu 
presque réc^ulièrement, hors la saison des voyages, aux 
Archives nationales, à la table de travail qui lui était résej- 
vée dans notre paisible bibliothèque. Tous les anciens 
archivistes agissent de même, soit dit eu passant. (Qui- 
conque a été aux Archives y revient toujours. Nos chers 
confrèreSxMM. Berger et Delaborde ne me démentiront 
pas. Monachus extra coenobinm, piscis extra vivarium ; 
le moine hors du monastère, disait-on au moyen âge, 
c'est le poisson hors de l'eau. Les Archives nationales, 
asile de tranquillité studieuse, sont peut-être ce qui res- 
semble le plus, de nos jours, à une abbaye laïque : silence 
presque conventuel dans un quartier affairé ; réserve, 
courtoisie et confraternité des hôtes ; les cellules sont là 
pour les archivistes, un peu tristes et démunies de la plu- 
part des commodités du siècle ; et le cloître même ne fait 
pas défaut, dans la cour, pour la méditation. 

Voici maintenant comment Valois tira parti de son 
indépendance reconquise. 

Après avoir publié plus d'une douzaine de dissertations, 
dont quelques-unes fort étendues, sur des détails ou des 
sources du sujet, il fit paraître en 1896 les deux premiers 
volumes d'un ouvrage : La France et le Grand Schisme 
d'Occident, qui furent suivis de deux autres six ans plus 
tard. Les quatre volumes exposent, suivant l'ordre chrono- 
logique des faits, en mettant l'accent sur la participation 
de la France à cet épisode international, l'histoire de la 
crise qui, commencée en 1378 par l'élection bientôt con- 
testée de Barthélémy Prignano, prit fin par celle du car- 
dinal Golonna au Concile de Constance en 1417. Mais 
l'ébranlement causé par les événements de cette période 
agitée s'est prolongé jusqu'au milieu du xv'' siècle, pendant 
les pontificats de Martin V et d'Eugène IV, par des orages 
plus violents encore dont Sienne et Bàle, où siégèrent les 



NOtiCE SUR M. NOKL VAtOt^ Ô3 

fameux conciles, furent successivement le centre. L'histo- 
rien du Grand Schisme crut devoir compléter son œuvre 
jusqu'en 1450; de là, d'autres livres : Histoire de la Prag- 
matique Sanction de Bourges sous Charles Vil, achevée 
en 1906 ; La Crise religieuse du XV*^ siècle ; Le Pape et le 
Concile, dont les deux tomes sont datés de 1909. En résumé, 
sept volumes en seize ans, sans compter un grand nombre 
d'excursus publiés à part, dont on trouvera la liste à la fin 
de la présente notice. 

L'auteur, encore jeune vers 1909, et en possession gran- 
dissante de son talent, ne devait pas s'en tenir là. Qu'est-ce 
que le Grand Schisme ? Une querelle au sujet de la légiti- 
mité respective entre deux papes élus l'un après l'autre 
par le même collège de cardinaux qui se contredit et se 
divisa, et entre leurs successeurs. Querelle envenimée et 
rendue chronique par le caractère des protagonistes et par 
la politique des princes. L'unité catholiqvie fut enfin ré- 
tablie ; mais l'Eglise universelle, qui avait été soumise, 
jusque là et depuis longtemps, à un régime monarchique 
de plus en plus oppressif, avait eu l'occasion d'agir, dans 
ses conciles, en arbitre des prétendants à l'autorité su- 
prême ; elle en avait profité pour imposer, ou pour essayer 
d'imposer, à cette autorité, afTaiblie et déconsidérée en fait, 
une sorte de régime constitutionnel, représentatif, parle- 
mentaire. Les choses en étaient à ce point après le Concile 
de Constance. — Qu'est-ce que la phase suivante, symbo- 
lisée par le duel entre Eugène IV et le Concile de Bâle? Ce 
qui est alors extérieurement, en question, c'est de savoir 
si le régime de Constance sera pratiqué en effet, ou si la 
monarchie pontificale, comme la monarchie française après 
les Etats généraux de 1356, reprendra le dessus. Eugène IV 
n'était pas un homme conciliant ; il était de la lignée spiri- 
tuelle de ces papes italiens, violents, fantasques et sans 
mesure, à laquelle avaient appartenu auparavant Boni- 
face VIII et Urbain VI. D'autre part, les Pères de Bàle, 



é4 SonCË SUR M. iNOEL VALOtS 

après des succès illusoires, tirent rexpérience amère, en- 
core sans précédent de leur temps, des diilicultés qu'une 
assemblée quelconque (que dire d'une assemblée interna.- 
tionale ?) rencontre nécessairement à lutter contre une forte 
autorité traditionnelle, lointaine, soi-disant légitime, à 
s'émanciper d'elle et à gouverner contre elle. Quoiqu'il se 
soit révélé dans son sein des politiciens, des chefs de pre- 
mier ordre, l'assemblée de Baie connut les intrigues, la 
corruption, les marchandages, les compromis, la paralysie 
qui en résulte, les défections, le désarroi, et finalement 
combien, dans certaines conditions, la synonymie s'accuse 
vite entre parlement et pétaudière. La grande guerre de la 
papauté et du Concile finit donc par la victoire de la pa- 
pauté. Victoire décisive, tempérée seulement, sous un pape 
moins rude, dans la forme et par l'amnistie des chefs du 
parti adverse. — Mais quelque chose d'essentiel était au 
fond de la conscience des hommes de Constance et de Bâle 
qui, malgré leur défaite sur le problème, principal en appa- 
rence, de la supériorité des Conciles, restait intact et inas- 
souvi : la volonté de réforme. Si le parti à tendances liber- 
taires et idéalistes qui s'était manifesté dans l'Eglise avait 
combattu avec tant d'énergie à Constance et à Bâle pour la 
reconnaissance du principe de la supériorité conciliaire, 
c'est qu'il comptait se servir ultérieurement de la force 
qu'il en aurait tirée pour cette purification générale de l'Eglise 
« dans son chef et dans ses membres » dont il se berçait 
depuis des générations et que la puissance conservatrice 
du Saint-Siège — telle était du moins la conviction des 
réformateurs — avait toujours empêchée et entraverait tou- 
jours. — Or "Valois n'avait pas manqué de constater, dans 
son premier livre, que l'esprit de réforme avait infiniment 
o-randi dans l'Éfflise à la faveur des dissensions pour ainsi 
dire dynastiques du Grand Schisme'. Dans son ouvrage sur 

1. La Fiance et le Grand Schisme, L. IV, p. 508, 



NOTICE SUR xM. NOËL VALOÎS 68 

Le Pape et le Concile, il avait tenu compte, comme il con- 
venait, de cet ardent foyer subjacent auquel s'était ali- 
mentée l'activité des Pères de Bàle dans leurs revendica- 
tions de prééminence : c'est bien à tort qu'il a été naguère 
accusé, en Prusse, par un adversaire rogue et brutal, d'avoir 
négligé, involontairement ou à dessein, cette considération 
capitale '. Ainsi, le récit des dissensions dynastiques et des 
revendications de prééminence enfin terminé, s'il voulait 
(et c'était très tentant) suivre jusqu'au bout la courbe du 
grand mouvement qu'il avait esquissé dans les sept premiers 
volumes de son magnum opus, il se trouvait encore au 
seuil d'une autre carrière à fournir. Comment l'esprit de 
réforme, développé dans l'Eglise dès le commencement et 
surtout à la fin du xiv® siècle, qui avait paru au xv* siècle 
sur le point de triompher, et qui avait été alors matériel- 
lement refoulé sans perdre en intensité, comment cet esprit 
s'était-il manifesté par la suite? L'incendie de la Réforme 
proprement dite s'est propagé auxvi^ siècle. Quelques-unes 
de ses plus vives recrudescences, en France, n'ont pas 
encore eu d'historien. Noël Valois conçut, vous voyez 
pourquoi, le projet de consacrer la dernière partie de sa vie 
à étudier la politique religieuse de la monarchie française 
au siècle de la Réforme, et principalement à l'époque oi^i il 
semble qu'il s'en soit fallu de peu que le gouvernement de 
Catherine de Médicis se laissât aller à souffrir la propa- 
gande protestante et la soustraction du pays à l'obédience 
de Rome. 

Il était un connaisseur du xvi'' siècle depuis ses travaux 
préparatoires à l'Inventaire des arrêts du Conseil d'État 
sous le règne de Henri IV. Il avait traité incidemment 
quelques questions particulières, dans ce domaine, dès 
1885 2, et depuis 3. A partir de 1913, les monographies qui 

1. J. Haller, dans VHislorische Zeitschrift, t. CX (1913), p. 339. 

2. Bibliographie, n° IS ; cf. n" 21. 

3. Ib., n" 83. • 

1918 = 



66 is'OtiCt; SUR M. NO El, VALOIS 

ont trait à riiistoire Feligieuse du xvi'= siècle vn Franco 
commencent à se multiplier dans son bag-age^, sig'ne cer- 
tain, d'après les précédents, pour qui est au courant de sa 
méthode ordinaire, qu'il a entrepris un grand travail de ce 
côté-là. Ce grand travail, Messieurs, votre confrère est 
mort prématurément avant dV avoir mis la dernière main. 
Mais il a laissé à sa famille, qui a bien voulu me le com- 
muniquer, le manuscrit presque complet d'un ouvrage 
intitulé (il hésitait encore sur le libellé définitif du titre) : 
Les luttes religieuses ou La politique religieuse en France 
sous Charles IX. Ce livre, très considérable, est conçu tout 
à fait dans la même forme que La France et le Grand 
Schisme et que Le Pape et le Concile, c'est-à-dire qu'il pré- 
sente la narration continue des événements, année par 
année, et presque mois par mois, depuis décembre 1560 
jusqu'au lendemain de la Saint-Barthélémy. Je suis bien 
aise d'annoncer ici qu'il ne sera pas perdu pour le public : 
les soins pieux d'un fds accompli, très bien préparé pour 
procéder à une revision nécessaire par ses études person- 
nelles à l'École des Chartes, le mettront, aussitôt après la 
guerre, en état d'être publié-. 

L'œuvre principale de Valois s'ordonne de la sorte en 
trois masses distinctes et contiguës, dont la dernière arche 
seule est inachevée. 11 me reste à dire que, à mesure qu'elles 
s'étaient élevées, les premières assises avaient, naturelle- 
lement, attiré votre attention. Il y a, dans le monde des 
études savantes d'histoire, et en particulier dans celui des 
études relatives à l'histoire ancienne de notre pays, une 
justice dont votre Compagnie est l'instrument. L'Académie 
des inscriptions et belles-lettres avait déjà décerné une 



1. Bihiiorjraphie, n"' 101. 108, 110, 111. 

2. La dissertation sur l'incident de Vassy, pavue dansV Annuaire-Bulletin 
de Ia Société de V histoire de France, 1013, pp. 189-235, est le seul frag-ment 
de l'ouvrage que l'auteur ait voulu imprimer par avance. 



Notice sur m. no kl valoIs 67 

de ses plus hautes récompenses, en 1889, à l'auteur des 
travaux sur Le Conseil du Roi ; elle la lui conféra une se- 
conde fois en 1896 pour La France et le Grand Schisme ; 
l'année même où ce livre fut terminé, en 1902, elle 
l'accueillit enfin au nombre de ses membres en remplace- 
ment de M. Jules Girard. L'ayant de la sorte mis hors 
concours à l'âge de quarante-sept ans, il n'était plus guère 
en votre pouvoir de l'honorer; c'était à lui de vous faire 
honneur désormais, et il n'y manqua pas. Mais la vacance 
produite par la mort de Gaston Paris dans votre Gonmiis- 
sion de l'Histoire littéraire de la France vous procura pour- 
tant, dès 1903, l'occasion d'un nouveau témoignage de 
confiance, d'autant plus précieux que le hasard vous a rare- 
ment permis de le donner à des hommes aussi jeunes que 
Valois l'était alors. Ge choix, survenu en de telles circons- 
tances, proposa à l'historien, comme un devoir, la culture 
d'un champ où nous avons vu qu'il avait d'abord essayé 
ses forces, spontanément, au temps de ses travaux de jeu- 
nesse sur Guillaume d'Auvergne et sur le cursus dans la 
prose latine du moyen âge, et où il n'avait, du reste, jamais 
cessé de se rendre utile, car il y a, dans les notes de ses 
grands ouvrages narratifs sur l'histoire de l'Église, beau- 
coup de renseignements inédits sur les écrits des contro- 
versistes de la seconde moitié du xiv^ et de la première 
moitié du xv'' siècle, dont les continuateurs de V Histoire 
littéraire auront à faire leur profit, quand ils en seront là. 
Depuis 1903, votre confrère mena donc de front ses travaux 
personnels avec ses travaux académiques, comme il les 
avait conciliés autrefois avec ses travaux professionnels, et 
on ne saurait trop admirer que, cette fois, il ait pu porter 
jusqu'à la fin le double faix sans fléchir. 

\J Histoire littéraire de la France^ commencée par les 
Bénédictins, que l'Académie continue depuis 1808 par une 
Gommission de quatre membres, est une construction 
magnifique et singulière. Les Bénédictins avaient expédié 



6g NOtICË StJR M. NOËL VALOIS 

en trente ans douze volumes, qui vont rondement des- on- 
o-ines à l'amorce du xn'' siècle (ils n'ont plus beaucoup de 
valeur). La galerie des écrivains du xui^ siècle fut considérée 
comme close avec le tome XXIII (publié en 1856). Celle des 
écrivains du xiv* siècle fut inaugurée, avec le tome XXIV, 
en 1862. Lorsque Valois fut adjoint, en 1903, à MM. De- 
lisle Me ver et VioUet, on en était au tome XXXIIl, mais 
toujours au temps des derniers Capétiens directs. Et on en 
est aujourd'hui au tome XXXV, sans avoir notablement 
dépassé, en cinquante-cinq ans, le premier quart d'un 
siècle qui ne fut cependant pas comparable en éclat, sinon 
en fécondité littéraire, aux périodes précédentes. Le public 
du dehors aurait tort, toutefois, d'en sourire, comme du 
Dictionnaire de Pénélope. En effet, si l'œuvre collective 
coûte, de nos jours, beaucoup plus de temps que jadis, 
malo-ré la facilité accrue des informations, ou plutôt en 
raison de cette facilité même, elle gagne d'autant en 
valeur durable. Il est naturel que le progrès se marque 
d'une manière paradoxale, en ces matières, par un ralen- 
tissement de Tallure. — Quoi qu'il en soit, Valois fut 
nommé à un moment très propice, et pour lui-même et 
pour l'œuvre. Pour l'œuvre, car, quoiqu'il eût succédé 
dans la Commission à Gaston Paris, sa compétence le dési- 
gnait clairement pour y prendre la suite des enquêtes sur 
les scolastiques, à peu près abandonnées depuis la dispa- 
rition d'Hauréau. Pour lui-même, car les rédacteurs de 
V Histoire littéraire sont astreints par la discipline de l'en- 
treprise à suivre l'ordre des temps, et il se trouvait par for- 
tune que l'ordre des temps amenait à mettre en chantier, à 
ce moment, les notices sur des auteurs dont le nouveau 
collaborateur, s'il eût été absolument libre de marquer ses 
préférences, aurait sans doute souhaité d'avoir à parler 
entre tous : Jean de Jandun et Marsile de Padoue, Jean de 
Pouilli. le pape Jean XXII. Il a rédigé dans les tomes 
XXXIIl et XXXIV plusieurs autres notices excellentes sur 



NOTICE SUR M. NOËL VALOIS 69 

des personnages de second plan, comme Pierre Auriol, 
GuUlaume de Sauqueville, etc., et justice k cet égard lui 
sera pleinement rendue, suivant l'usage, en tête du premier 
volume de V Histoire qui paraîtra après sa mort. Mais il 
faut, même ici, dans cette revue générale et rapide, sou- 
ligner la haute distinction des trois monographies précitées. 
Jean de Jandun, Marsile de Padoue, Jean de Pouilli, 
hommes originaux, hardis et vivants, précurseurs authen- 
tiques de ceux du Concile de Bâle et des théologiens au 
service des princes du xv^ et du xvi° siècle, figures aupa- 
ravant indistinctes et désormais cernées de traits précis. Le 
portrait en pied de Jean XXII est inoubliable : le bizarre 
et impétueux vieillard est campé là pour la postérité. 

Voilà, Messieurs, l'œuvre de votre confrère, en ses 
grandes lignes. En voilà la consistance, et, je crois, l'en- 
chaînement. Je n'esquiverai pas la difficulté d'en caracté- 
riser aussi l'esprit. 

Noël Valois était à la fois un savant et un artiste. Il 
avait deux manières. Lorsqu'il s'agissait de résoudre un 
problème défini ou de dissiper sur un point le brouillard 
de l'incertitude, son tempérament d'artiste ne se marquait 
que par l'exquise sobriété de la démonstration, comme l'on 
peut voir surtout dans ses notices mineures de V Histoire 
littéraire. Mais il avait aussi le goût, qui coexiste rarement, 
comme chez lui, avec le don de la rigoureuse exactitude 
scientifique, des fresques d'ensemble, où la personnalité de 
l'exécutant se traduit toujours, quelque contrôle qu'il 
exerce sur soi pour ne viser qu'à l'expression correcte de la 
vérité. Voyez, par exemple, sa notice sur Jacques de Thé- 
rines^ ; auparavant, on ignorait tout de ce personnage du 
temps de Philippe le Bel, même son nom ; on sait désormais 
ce qu'il fut, la liste de ses écrits, la nature de son rôle; 

1. Histoire litléraire, t. XXXIV, p. 179. 



70 NOTICE SI;H m. NOËL VALOIS 

dans cette notice, où tout est neuf, pas un mot de trop, et 
rien, semble-t-il, qui puisse être autrement; le sentiment 
qu'en procure la lecture est de satisfaction sans réserve. 
Mais l'histoire du Grand Schisme et des conflits entre les 
Papes et les Conciles, entre catholiques et protestants, ce 
sont des tableaux trop vastes pour qu'il soit possible de les 
concevoir complets, et qui sont nécessairement « com- 
posés », arrangés, colorés. Or il n'y a pas d'omissions, de 
raccourcis, d'agencements ni de teintes ou de demi-teintes 
littéraires dont l'à-propos, voire l'intention, ne puissent 
être contestés ou suspectés, surtout si les sujets traités 
sont, comme dans l'espèce, de ceux qui ont encore le pri- 
vilège d'intéresser à quelque degré l'esprit de parti. Il faut 
donc s'attendre, lorsqu'on a l'ambition d' « écrire l'histoire » 
dans ces conditions, à des procès de tendance dont les purs 
érudits, qui ne s'occupent que de faits relativement infini- 
tésimaux, ont le privilège d'être exempts. 

Comme il était notoire que Valois avait sur certaines 
questions, par tradition de famille et par conviction per- 
sonnelle, une attitude très ferme, la critique, éveillée par 
avance, n'a pas manqué de rechercher_, en effet, dans ses 
grandes compositions, la trace de ses penchants person- 
nels. Et il a cru devoir répondre, par deux fois, au com- 
mencement et à la fin de sa carrière, à des contradicteurs 
qui l'avaient, à cet égard, mis sur la sellette i. Il l'a fait, 
non seulement avec une dignité parfaite, mais d'une 
manière touchante, en prenant la peine de relever lui- 
même dans ses propres ouvrages les passages où il avait 
condamné expi-essément d'anciens abus dont on avait 
prétendu que l'apologie était, plus ou moins, instinctive 
et latente au fond de sa pensée. Il était tellement en garde 
contre les incriminations analogues, qu'il prévoyait sans 
doute, que, dans son ouvrage inédit sur les luttes reli- 

1. Revue historique, t. XXI (18S3), p. 40] ; Historische Zeitschrifl , 
I. CXI {\9)3\ p, S.-^R, 



NOTICE SUR M. NOËL VALOIS 71 

gieuses au temps de Charles IX, il a balancé, dans 
chaque chapitre, avec des scrupules minutieux, le récit 
alterné des excès et du martyrologe respectifs des deux 
partis en présence. — Je dois dire, quant à moi, après avoir 
lu ou relu avec attention les dix ou douze volumes qu'il a 
laissés sur des sujets perpétuellement brûlants, que, à 
mon sens, les défiances dont il était et dont il se savait 
l'objet n'étaient pas fondées. Sans doute, dans Le Pape et 
le Concile^ il a pris parti pour le Pape, sinon pour 
Eugène IV, et contre le Concile ; il est aisé de s'aperce- 
voir que, s'il avait vécu au xv** siècle, il n'aurait été, à 
Bâle, ni, au début, de la suite du cardinal Cesarini ; ni, 
sur les fins, parmi les partisans de celui qu'il appelle 
« l'éloquent, généreux et redoutable cardinal Aleman ». 
Mais sa préférence nullement dissimulée en faveur du 
principe d'autorité ne l'empêche jamais d'indiquer le 
pour et le contre, lorsqu'il est conduit à « juger ». Et 
d'ailleurs, qu'il ait eu, comme il l'eut certainement, la 
volonté d'être impartial, il n'y a pas à l'en louer, puisque 
c'était un devoir élémentaire. Mais il faut reconnaître 
qu'il atteignait sans effort ce niveau d'intelligence où les 
hommes, quels que soient leurs partis-pris fondamentaux, 
se rencontrent et se réconcilient dans le sentiment et 
l'aveu, dans la sérénité du vrai. 

Il est hors de doute, pourtant que Valois, comme ses 
ancêtres, les peintres de la cour de Louis XV, avait un 
fonds de solidité traditionnelle, plus de sagesse et de 
talent que d'originalité et de génie révolutionnaires, et, 
en général, des dispositions conservatrices. Mais c'est là 
une manière d'être qui en vaut une autre et qui doit être 
représentée pour l'équilibre de l'activité intellectuelle 
totale. Après tout, l'inquiétude toujours en quête de 
subversions dans le présent, de points de vue singuliers, 
de reconstructions et de réhabilitations dans le passé, est 
un ferment "nécessaire, mais si virulent que le scepticisme 



72 NOTICE SUR M. NOiÉL VALOIS 

expectant, et légèrement ironique, à Tendroit des nou- 
veautés à fracas, et le respect des choses jugées, en sont 
parfois le vaccin. Valois avait ce scepticisme et ce res- 
pect (provisoires, bien entendu). 11 a eu plus d'une fois 
l'occasion de le montrer, notamment à pix)pos de l'affaire 
d'IIug-ues Géraud, évêque de Cahors au temps de 
Jean XXII, et à propos du procès de Gilles de Rais en 
1440. J'avais cru m'apercevoir naguère, clair comme le 
jour, que cet évêque, d'ailleurs peu sympathique, avait 
été victime d'une machination à la fois puérile et féroce, 
comme il est bien établi qu'il y en eut plus d'une au com- 
mencement du xiv*^ siècle ; M. Salomon Reinach avait 
entrepris de son côté la revision du procès de Gilles de 
Rais, le compagnon de Jeanne d'Arc, perdu par une énorme 
accusation de sadisme. Cependant, Valois, ayant eu à 
s'occuper de l'affaire d'Hugues Géraud pour son article 
sur Jean XXII', tout en constatant « dans l'affaire des 
circonstances troublantes, qui rendent la procédure assez 
suspecte », se refusa à admettre chez les juges ecclésias- 
tiques de Tévêque « un tel degré d'impudence » ; il con- 
clut par un non liquet, (( dans l'état actuel des connais- 
sances ». En ce qui touche Gilles de Rais, il s'engagea, 
contre son habitude, dans une polémique en règle- et 
se prononça formellement pour le rejet de la demande en 
revision introduite par son confrère. « Nous voudrions 
voir discuter, dit alors, de la galerie, un historien attentif 
à cette controverse, la thèse de M. Reinach [et, sans 
doute, la réplique de M. Valois] par des médiévistes 
compétents, par M. Langlois^.,. » Cet historien savait 
qu'il m'a été donné de considérer de près, à une époque 
d'ailleurs antérieure de plus de cent ans au règne de 

1. Histoire littéraire, t. XXXIV, p. 411. 

2. Le procès de Gilles de Rais, dans ï Annuaire- Bu lletin de la Société de 
V histoire de France, 1912. 

3. Cité par S. Reinach, Cultes, mythes et religions, t. IV, p. 296. 



NOTICE SUR M. NOËL VALOIS 73 

Charles VII, plusieurs cas analogues. Répondrai-je à cet 
appel, aujourd'hui que les circonstances semblent m'y 
inviter? Assurément non, car il faudrait du champ. Je me 
contenterai d'observer que les affaires d'Hugues Géraud 
et de Gilles de Rais ont entre elles cette analogie pro- 
fonde — la(|uelle n'oblige point, du reste, à des conclu- 
sions identiques — que, dans les deux cas, il faut sup- 
poser chez les accusateurs, si les accusés ne sont pas 
coupables, un degré d'impudence qui paraît invraisem- 
blable à notre époque, et que l'argument le plus fort 
contre les accusés est, ici et là, l'abondance, l'effusion 
déconcertante de leurs aveux. « Les accusés ne se 
résignent pas d'ordinaire, a-t-on déclaré de nos jours 
dans la discussion du premier procès, à une attitude si 
désarmée, si désespérée, à moins que l'évidence de leur 
crime ne leur permette point d'en choisir d'autre. » Et on 
a dit de même, dans la discussion du second : « Un tel 
abattement résigné paraît inexplicable, à moins que, réel- 
lement, Gilles ne fût écrasé par la divulgation et la preuve 
surabondante de ses crimes. » Hélas ! hélas ! tant d'inno- 
cents dont l'innocence est démontrable par ailleurs ont 
préféré en ce temps-là les mensonges de l'espèce la plus 
déshonorante à la certitude de la mort, ou même la mort 
certaine, mais prompte, à l'horreur, voire à la perspective 
des tourments ! Ces phénomènes psychologiques, si 
pitoyables, gardons-nous d'en exclure la vraisemblance 
par l'application a priori d'aphorismes généraux. Quant à 
la scélératesse des combinaisons organisées jadis, suivant . 
un scénario toujours pareil, pour perdre ceux dont la 
perte était décidée en haut lieu, et pour donner le change 
à l'opinion publique, j'avoue qu'elle est diabolique. Son 
triomphe est justement de tromper encore d'honnêtes 
gens, très éclairés, à cinq ou six siècles de distance. 
Niera-t-on cependant que soit possible certain dosage bar- 
bare de perfidie, d'impudence et de brutalité dont nous 



7i- NOTICE SUR M. NOËl. VALOIS 

avons vu de nos jours réquivaleni réalisé en grand- et 
employé de nouveau, avec acharnement, contre quiconque 
— hommes et nations — faisait obstacle à leurs intérêts 
ou à leurs passions, par les chefs d'un grand peuple? 

Revenons à la biographie de Tauteur de tant de beaux 
livres, écrits avec une conviction profonde et un cœur pur. 
Elle est presque achevée, du reste ; car ces livres, que j'ai 
énumérés, sont les principaux épisodes de la vie publique 
de Valois. Il ne comporte pas d'anecdotes, le récit de 
cette vie grave et unie, écoulée tout entière dans le travail, 
dont on ne peut que s'étonner qu'ayant été relativement si 
courte, elle ait suffi à tant d'œuvres. 

Elle n'y a suffi que grâce à une sévère économie du 
temps et à l'aménagement rationnel de l'effort. Mais, avant 
de parler des règles que Valois s'était imposées à cet égard, 
il me faut encore indiquer combien il était libéral de ce 
temps, dont il savait le prix, dans l'intérêt des études en 
général et pour les fonctions académiques. 

Il avait été élu membre résidant de la Société nationale 
des Antiquaires de France en décembre 1896, où il était 
assidue II fut président de la Société de l'histoire de Paris 
et de rile-de-France en 1902 2, président de la Société de 
l'École des Chartes en 1906-1907, membre des deux Com- 
missions de publication et du Conseil de perfectionnement 
de cette École 3. Il avait accepté en 1908 l'honorable, mais 
très lourde charge de remplacer Arthur de Boislisle comme 
- secrétaire, c'est-à-dire, en réalité comme directeur de la 
Société de l'Histoire de France (dont il était déjà secrétaire- 
adjoint depuis 1885'*). Vous l'avez, suivant l'usage, nommé 

1. Voir Société nationale des Antiquaires de France, Discours de 
M. Paul Girard, prcsidenl sortant, 5 janvier 1916. 

2. Bulletin de la Société de Paris et de l'Ile-de-France, 1016, pp. 18-20. 

3. Bibliothèque de V École des Chartes, 1915, pp. 395-601. 

4. Annnairp-Bvlh'tin de la Société de Vhistoire de France, 1916, p. 62. 



NOTICE SUR M. NOËL VALOIS 73 

président de cette Académie dix ans environ après son 
élection, en 1913, année où le président de l'Académie 
des inscriptions et belles-lettres était en même temps 
celui de l'Institut tout entier. Tout le monde ma assuré 
que sa situation personnelle avait beaucoup grandi parmi 
vous dans l'exercice de cette magistrature, où il vous fut 
donné d'éprouver plus que jamais la rectitude de ses avis, 
l'agrément de sa parole, son zèle et sa bonne grâce. 

Je n'omettrai pas enfin, il n'aurait pas voulu que fût 
omise, dans la nomenclature des associations et des com- 
pagnies entre lesquelles sa sollicitude se partageait, la 
Société bibliographique. M. Paul Fournier a écrit : « Il 
appartenait à cette Société depuis 1859 ; il y avait ren- 
contré l'historien de l'Eglise de France sous Louis XIV et 
Louis XV, M. Charles Gérin, à la fille duquel un lien très 
doux, trop tôt brisé par la mort, devait l'unira » C'est à 
M. Fournier que je dois aussi de savoir que Valois s'inté- 
ressa à la création de la Bévue d'histoire de lÉglise de 
France, publiée depuis 1912 sous la direction de 
MM. Victor Carrière et Albert Vogt, et qu'il en suivait le 
progrès avec autant de plaisir que d'attention. 

Telles ont été les récréations sociales de votre confrère, 
qui s'harmonisaient si bien avec ses études personnelles. 

Ceux qui l'ont le mieux connu m'ont parlé du régime 
qu'il avait adopté de bonne heure pour s'acquitter comme 
il fit de toutes ses obligations. — Et d'abord il a toujours 
vécu dans un cadre parfaitement approprié. La maison 
qu'il habitait à Paris, dans l'ombre de l'église abbatiale de 
Saint-Germain-des-Prés (rue de l'Abbaye, n" 13), appar- 
tenait à sa famille depuis longtemps. Il s'y trouve des 
parties du xvii^ siècle, qui dépendaient à cette époque, 
d'après les plans insérés dans V Histoire de Vahhaye royale 
de Saint-Germain..., par dom Bouillart, de la bibliothèque 
conventuelle. Le cabinet où Valois avait installé ses livres 

1. Biilk'dn (le la Société bibliographique, l'.)16, p. 21. 



76 NOTICE SUR M. NOËL VALOIS 

et son laboratoire avait été jadis, très probablement, une 
des dépendances de la bibliothèque fréquentée par les 
premiers membres de la Congrégation de Saint-Maur, dom 
Menard, dom Grégoire Tarisse, dom Jean-Luc d'Achery. 
Il l'avait décoré, conmie lovite sa demeure, avec une sim- 
plicité somptueuse que la plus grande fortune n'aurait pu 
égaler : avec de beaux portraits de famille, dus aux émules 
de ses ancêtres (comme Perronneau), et à ses ancêtres 
eux-mêmes. En face de lui, quand il était à sa table, un 
bel ouvrage de fra Angelico, qui lui avait été réservé lors 
de la dispersion des collections de son oncle par alliance, 
l'amateur Charles Timbal. Ce précieux panneau, qu'il a fait 
reproduire dans le Recueil de mémoires publié en 1904 
pour le Centenaire de la Société nationale des Antiquaires 
de France', représente, au pied de la croix, le cardinal 
Juan de Torquemada, surnommé « le Défenseur de la 
Foi », un des principaux tenants de la cause pontificale 
au Concile de Bâle, dont il est souvent question dans Le 
Pape et le Concile. C'est dans ce milieu propice, ou dans 
son domaine familial de Lestiou, en Loir-et-Cher, que 
Valois écrivait ses livres, après en avoir recueilli les 
matériaux dans les grands dépôts de manuscrits, à travers 
l'Europe. A Paris, j'ai déjà dit qu'il ne se passait guère de 
semaine sans qu'il allât se ravitailler plusieurs fois aux 
Archives nationales. 11 y allait par la promenade des quais, 
d'où Ton jouit, en tout temps, d'incomparables jeux de 
lumière. Des /archives on entend sonner les heures au 
clocher des Blancs-Manteaux, autre église des Mauristes, 
ancien séjour de dom Rivet et des premiers collaborateurs 
de YHistoif'e littéraire ; il y retrouvait aussi la tradition 
bénédictine. Et il y en donnait l'exemple. Ses anciens 
collègues, qu'il saluait toujours à la rencontre avec affabi- 
lité, ne l'y ont jamais vu perdre le temps en conversations 

1. Bihlioffraphie, n° 72. 



Notice sur m. noel valois 77 

oiseuses. 11 respectait trop pour cela le labeur d'autrui, et 
le sien ; et tel était l'ascendant de son application tran- 
quille que nul, m'a-t-on assuré, n'eût osé le déranger par 
des paroles inutiles. — Chaque soir, après le cercle de 
famille oii il se délassait de la récolte du jour, notamment 
par des lectures à haute voix auxquelles il excellait dans 
l'intimité, il classait et rédig-eait encore jusqu'à une heure 
avancée. C'est ainsi qu'il a vécu jusqu'à soixante ans. Vous 
savez qu'il fut frappé, à cet âge, le 11 novembre 1915, en 
pleine possession de lui-même et presque sans avertis- 
sement. 

Rien de plus significatif, Messieurs, que la parfaite 
concordance, non concertée, des discours improvisés à 
l'occasion de ses obsèques par des hommes très différents ; 
tous, sur le même mode, firent entendre, pour ainsi dire, 
la même note, au même diapason. Il est clair que Valois 
avait produit la même impression sur tous ceux qui avaient 
été, plus ou moins, de près ou de loin, en relations avec 
lui et que chacun avait la même qualité d'estime — de 
respect — pour son caractère, ainsi que pour son talent. 
Ayant à exprinier ici, en finissant, mon sentiment propre, 
je m'aperçois, naturellement, qu'il est conforme à celui des 
orateurs qui se sont acquittés avant moi d'une tâche 
pareille. 

Il me semble que je ne saurais mieux condenser ma 
pensée, et celle de tous, sur Noël Valois, qu'en disant 
qu'il fut un gentilhomme. Ce beau mot a perdu dans notre 
langue un peu de la plénitude du sens qui se conserve 
dans l'acception la plus élevée de l'anglais gentleman. 
L'honnête homme, simple, discret, loyal, ferme, volon- 
taire, d'humeur égale, avec les qualités qui étaient au 
moyen âge prisées chez nous par-dessus tout : la mesure 
(rien de trop ni de trop peu), la courtoisie, et une certaine 
réserve, qui sont des défenses très efficaces de la vie inté- 
rieure contre les atteintes du dehors. Manière d'être anti- 



'ÎS Notice sur m. nckl VALotsi 

thétique de celle qui nest aujourd'hui et n'a sans doute 
toujours été que trop commune : la manière d'être osten- 
tatoire, encombrante, vulgaire, familière, avide, excessive, 
déséquilibrée. C'est suivant cette ligne de partage, et non 
d'après les diiîérences accessoires de milieu, d'éducation, 
de tradition et de parti, que doit se faire normalement la 
distinction profonde entre les hommes : entre le type noble 
de l'espèce et celui qui ne Test pas. La noblesse naturelle 
de Valois était manifeste au premier abord comme à la 
longue. 

Il y a, d'ailleurs, entre les individus bien nés, des 
nuances innombrables. Deux épithètes se présentent pour 
qualifier celui dont nous parlons -: c'était un gentilhomme 
français, c'était un gentilhomme chrétien. 

Il était Français comme sa race, Français comme son 
nom. Je me demande si je l'ai assez laissé entendre. Que 
ceux qui ne l'ont point connu ne se figurent pas, d'après 
ce que j'ai dit de lui, un de ces érudits engouffrés dans 
leurs études, qui traversent la vie comme des boeufs en 
appuyant du front sans relâche pour retourner la glèbe du 
passé. Nul ne fut plus indemne de travers et de ridicules 
professionnels. Il était ouvert et gai. Il avait de la grâce et 
de la sensibilités II aurait été redoutable à la sottise qui 
s'ignore et à la suffisance qui s'étale, s'il avait voulu : il 
l'a fait voir dans quelques écrits de sa jeunesse ; et vous 
n'avez pas oublié ces yeux lumineux, ce beau sourire, 
cette physionomie spirituelle. II ne ressemblait pas du tout 
à Voltaire^ grand Dieu ! Mais, si je ne m'abuse, il avait 
pourtant, et quoi qu'il en eût, quelque chose de ce grand 
homme, clair, net et généreux, prompt à réagir contre 
l'injustice et l'hypocrisie (qui sont de tous les clans), 
comme quiconque est vraiment d'ici. 

Enfin il était chrétien. Est-ce pour cela, ou par l'effet 
de l'âge et de la maturité, qu'il s'était élevé de plus en 
plus, vers la fin de sa vie, à une sérénité supérieure, faite 



Notice sur m. noël vAî.oté 79 

d'indulgence et de bonté? En tout cas, il proposait 
l'exemple de ce que la pratique éclairée du christianisme 
peut ajouter de douceur et de fraternité aux vertus natu- 
relles. J'ose à peine faire allusion à sa charité, puisqu'il 
ne voulait pas qu'on en sût rien, au point que les siens 
eux-mêmes n'ont appris qu'après sa mort l'étendue et les 
formes touchantes du réconfort qu'il avait coutume de 
porter, personnellement, aux âmes en peine... 

En somme, carrière heureuse et enviable entre toutes. 
Aussi heureuse que le comporte la condition humaine, 
jusque dans l'horreur de la guerre, puisqu'il eut la satis- 
faction d'y voir ses enfants combattre, ou servir autrement, 
et l'y représenter honorablement, sans les perdre. Vie 
embellie par les joies de la famille, de la nature, de l'art et 
de la science ; réussite rare de ce que notre ancienne culture 
nationale peut produire de meilleur. Vie courte, hélas (et 
c'est le seul regret qu'elle laisse à qui la considère), mais 
dont le souvenir et l'exemple resteront dans le patrimoine 
de votre Compagnie et, par conséquent, dans celui du pays. , 



BIBLIOGRAPHIE 



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Dans PosilioriH des Ihèses xoutenucs par les élèves 
[de V Ecole des Chartes] de la promolion de /iS'7.9, 
Paris, inipr. Ltihure, 1878, in-8°, pp. 57-62. 

2 — 1879. Etablissement et organisation du régime municipal 

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Dans Bibliothèque de r Ecole des Chartes, l. XL 
(1879), pp. 396-423. 

3 — 1880. De arte scribendi epistolaîi apud Gallicos medii œvi 

scriptores rhetoresve. (Thèse latine pour le doctorat 
es lettres.) Paris, A. Picard, 1880, in-8° de 99 pp. 

4 — 1880. Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris (1228-1249), 

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6 — 1881. Étude sur le rythme des bulles pontificales. 

Dans Bibliothèque de VEcole des Chartes, t. XLII 
(1881), pp. 161-198 et 257-272. 

7 — 1881. Compte rendu de l'ouvrage du comte de Luçay, Des 

origines du pouvoir ministériel en France. Les 
secrétaires d'État depuis leur institution jusqu'à la 
mort de Louis XV. 

Dans Bibliothèque de r Ecole des Chartes, t. XLII 
(1881), pp. 465-468. 

8 — 1882. Etude sur la latinité de saint Cyprien. — Ce travail, 

couronné en 1882 par la Société de littérature chi'é- 
tienne de Lille, n'a pas été imprimé. 

Cf. Bibliothèque de V Ecole des Chartes, t. XLIV 
(1883), p. 124. 

9 — 1882. Compte rendu de l'ouvrage de B. Hauréau, Histoire de 

la philosophie scolastique, 2*^ partie, t. I, II. 

Dans Bibliothèque de V École des Chartes, t. XLIII 
(1882), pp. 361-367. 



ËtBLlOGRAPttlE DE M. NOËL VALOtS 81 

10 - 4882-1883. Fragment d'un registre du Grand Conseil de 

Charles VII (mars-juin 14oo). 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhisloire 
de France, année 1882, pp. 273-308; année 1883, 
pp. 209-245, et à part, Paris, Picard, 1883, in-8''. 

11 — 1882-1883. Le Conseil du Roi et le Grand Conseil pendant la 

première année du règne de Charles VIII. 

Dans Bibliothèque de VÉcole des Chartes, t. XLIII 
(1882), pp. 594-625; t. XLIV (1883), pp. 137-168 et 
419-444, et à part, Paris, A. Picard, in-8°. 

12 — 1883. Letti-e à M. Paul Viollet [au sujet d'un compte rendu 

publié dans la Revue historique, t. XXI (1883), 
pp. 175-178, de l'ouvrage de M. Valois sur Guillaume 
d'Auvergne]. 

Dans Revue historique, même volume, pp. 400- 
403. Avec réponse de P. Viollet. 

13 — 1883. Compte rendu de l'ouvrage d'Eugène Bernard, Les 

dominicains dans l'Université de Paris. 

Dans Bibliothèque de VÉcole des Chartes, t. XLIV 
(1883), pp. 360-363. 

14 — 1883. Compte rendu de l'ouvrage de P. Pélicier, Essai sur 

le gouvernement de la dame de Beaujeu. 

Dans Bibliothèque de VÉcole des Chartes, t. XLIV 
(1883), pp. 511-513. 

15 — 1883. Notes sur la révolution parisienne de 1356-1358. La 

revanche des frères Braque. 

Dans Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, 
t. X (1883), p. 100-126, et à part, Paris, 1883, in-8». 

16 — 1884. Compte rendu de l'ouvrage de G. Hanotaux, Origines 

de l'institution des intendants des provinces. 
Dans Bulletin critique, 1884, pp. 287-291.^ 

17 — 1885. Le gouvernement représentatif en France au xiv« siècle. 

Étude sur le Conseil du Roi pendant la captivité de 
Jean le Bon. 

Dans Revue des questions historiques, t. XXXVII 
(1885), pp. 63-115, et à part, Bruxelles, 1885, in-8». 

18 — 1885. Le « Conseil de raison » de 1597. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1885, pp. 248-256, et à part. Paris, 
1885, in-8°. 

191« e 



8â BIBLIOGRAPHIE DE M. NOËL VAl-OlS 

H) _ 188^). Compte rendu de l'ouvrage de A. de Rourmont, La 
fondation d(! l'Université de Caen et son organisa- 
tion au xv^" siècle. 

Dans liiJ)lioth<\jue de l'Ecole c/es Charles, t. XLYI 
(1885), pp. 54G-548. 

20 — 188t). Le privilège de Ghalo-Saint-Mard. 

Dans Anniiaire-BuUelin de la Société de Cliisluire 
de France, année 1880, pp. 185-226, et à part, Paris, 
1886, in-S-». 

21 _ 1885. Henri IV et la bibliotlièque de Gaillon. 

Dans Bulletin de la Société de VhiUoirc de Paris, 
t. XIII (1886), pp. 52-ri5. 

22 1886. Table générale des matières contenues dans TAnnuaire- 

Bulletin de la Société d,e l'histoire de Finance (1863- 
1884), XXX«-L« année. Paris, Laurens, 1886, iu-S" 
de 42 p. [VAvis qui est en tête n'est pas signé.] 

23 _ 1886. Compte rendu de l'ouvrage de C. Douais, Les Parères 

Prêcheurs en Gascogne. 

Dans Bibliothèque de VÉcole des Chartes, t. XLVll 
(1886), pp. 301-302. 

24 _ 1886. Compte rendu de l'ouvrage de Jules Tessier, La mort 

dÉtienne Marcel. 

Dans Bibliothèque de VÉcole des Chartes, t. XLVlI 
(1886), pp. 674-682. — Cf. La question d'Etienne 
Marcel. Réponse à M. Noël Valois, par Jules Tessier, 
Paris, 1887, in-8» (extrait delà Bévue de renseigne- 
ment secondaire et de renseignement supérieur). 

25 — 1886. Étude historique sur le Conseil du Roi. Introduction à 

l'Inventaire des arrêts du Conseil d'État. Paris, 
Imprimerie nationale, gr. in-4'' de cl pp. [Extrait de 
l'ouvrage suivant]. 

26 — 1886-1893. Archives nationales. Inventaires et documents 

publiés par la Direction générale des Archives. 
Inventaire des arrêts du Conseil d'État (règne de 
Henri IV). Paris, Imprimerie nationale, 2 vol. gr. 
in-4° de cl-487 et 844 pp. 

27 — 1887. Discours prononcé sur la tombe de M. J. Desnoyers, 

secrétaire de la Société de l'histoire de France, le 
4 septembre 1887. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhisloire 
de France, année 1887, pp. 151-153, et (\ans Biblio- 
thèque de VÉcole des Chartes, t. XLVIII (1887), 
pp. 615-616. 



BIBLIOGRAPHIE DE ». NOËl VALOIS 83 

28 — 1887. Le rôle de Charles V au début du Grand Schisme 

(8 avril-i6 novembre 1378.) 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire 
de France, année 1887, pp. 22o-2.od, et à part, Paris, 
1888, in-8° de 31 pp. — Cf. Comptes rendus de 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres, année 
1888, p. 86 : communication de M. Valois aux 
séances des 9 et 16 mars 1888. 

29 — 1888. Le Conseil du Roi aux xiv«, xv<= et xvi« siècles. Nou- 

velles recherches suivies d'arrêts et de procès-ver- 
baux du Conseil. Paris, Picard, 1888, in-8o de xi- 
403 pp. 

30 — 1888. L'unification de l'impôt en 1583. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1888, pp. 233-238. 

31 — 1889. Raymond de Turenne et les papes d'Avignon (1386- 

1408), d'après un document transcrit par M. C. 
Rivain. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1889, pp. 215-276, et à part, sous 
le titre : Baijmond-Roger, vicomte de Turenne, etc. 
Paris, 1890, in-8°. 

32 — 1890. Un ouvrage inédit d'Honoré Bonet, prieur de Salon. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1890, pp. 193-228, et à part, Paris, 
1891. — Cf. Comptes rendus de VAcad. des ins- 
criptions et belles-lettres, 1891, p. 14; communi- 
cation de M. Valois à la séance du 30 janvier 1891. 

33 — 1890. L'élection d'Urbain VI et les origines du Grand Schisme 

d'Occident. 

Dans Revue des questions historiques, t. XLVIII 
(1890), pp. 333-420, et à part, Paris, Bureaux de la 
Revue, 1890, in-8° de 72 pp. 

34 — 1890. Compte rendu de l'ouvrage de Louis Gayet, Le Grand 

Schisme d'Occident. 

Dans Bibliothèque de VEcole des Chartes, t. LI 
(1890), pp. 138-142. 

35 — 1891. Honoré Bonet, prieur de Salon. 

Dans Bibliothèque de VÉcole des Charles, t. LU, 
1891, pp. 265-268 et à part, Paris, 1891, in-H» de 
36 pp. 
3G — 1891. Discours prononcé le 14 juillet 1380, en présence de 



84 BIBLIOGRAPHIE DE M. NOËL VALOIS 

Charles V, par Martin, évoque de Lisbonne, ambas- 
sadeur du roi do PortUf^al. 

Dans BihUolhèque de VÉcole f/e.s Chartea, t. LU 
(1891), pp. 485-r316, et à part, Paris, 1802, in-8». - 

37 1892. Louis!", duc d'Anjou, et le Grand Schisme d'Occident 

(1378-1380). 

Dans Revue des questions historiques, t. LI (1892), 
pp. lUi-158. 

38 _ 1892. Une ambassade allemande à Paris en 1381 . 

Dans Bibliothèque de VÉcole drs Charles, t. LUI 
(1892), pp. 417-425, et à part, Paris, 1892, in-8». — 
Cf. Comptes rendus de V Académie des inscriptions et 
belles-lettres, 1892, p. 166 : communication de 
M. Valois à la séance cki 17 juin. 

39 1892. Le Grand Schisme en Allemagne (1378-1380). 

Dans Rômische Quartalschrift fur christliche 
Alterthumskunde und fur Kirchengeschichte, t. VII 
(1892), pp. 107-104, et à part, Rome, Tipogr. sociale, 
1893, in-8°de 60 pp. 

40 — 1893. Le projet de mariage entre Louis de France et Cathe- 

rine de Hongrie et le voyage de l'empereur Charles 
IV à Paris (janvier 1378). 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de ihistoire 
de France, année 1893, pp. 209-223; et à part, Paris, 
1893, in-8°. 

41 _ 1894. L'expédition et la mort de Louis 1«'- d'Anjou en Italie 

(1382-1384). 

Dans Revue des questions historiques, t. LV 
(1894), pp. 84-153, et à part, Paris, aux bureaux de la 
Revue, in-8» de 72 pp. 

42 _ 1894. Un poème de circonstance composé par un clerc de 

l'Université de Paris (1381). 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1894, pp. 211-238. 

43 _ 189-i, Poème en quatrains sur le Grand Schisme (1381) [en 

collaboration avec M. Paul Meyer]. 

Dans Romania, t. XXIV (1893), pp. 197-218, et à 
part, Paris, 1895, in-8°. 

44 _ 1895. La situation de l'Église au mois d'octobre 1378. 

Dans les Mélanges Julien Havet, Paris, 1895, in-S», 
pp. 451-464. 

45 _ 1895. Communication sur les mots Paris et Paradis dans une 

lettre de Conrad von Gelnhausen (1379). 



BIBLIOGRAPHIE DE M, NOËL VALOIS 85 

Dans Bulletin de la Société de Vhisloire de Paris, 
t. XXII (1895), pp. 194 (séance du Conseil du 12 
novembre). 

46 — 1895. Communication sur l'origine du titre de roi Très- 

Chrétien attribué aux rois de France. 

Dans Comptes rendus de l'Académie des inscrip- 
tions et helles-letti'es, année 1895, p. 313. 

47 — 1896. Le Roi Très-Chrétien (chapitre ii du livre VI de l'ou- 

vrage : La France chrétienne dans l'histoire, publié 
à l'occasion du 14« centenaire du baptême deClovis, 
Paris, Finnin Didot, 1896, in-8°, pp. 317-330. 

48 — 1896. Note complémentaire sur le privilège de Chalo-Saint- 

Mard. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire 
de France, année 1896, pp. 182-205, et à part, Paris, 
1897, in-8<'. 

49 — 1896-1902. La France et le Grand Schisme d'Occident (Paris, 

A. Picard et fils, 1896-1902, 4 vol. in-S» de xxx-407, 
516, xxiv-632 et 610 pp.). [Les quatre volumes ont 
paru les deux premiers en 1896, les deux derniers en 
1902.] 

50 — 1896. Compte rendu de l'ouvrage de H. Finke, Acta concilii 

Constantiensis, t. I (1410-l'414). 

Dans Bibliothèque de r École des Chartes, t. LVII, 
(1896), p. 439-441. 

51 — 1897. Notice nécrologique sur Eugène de Rozière, membre 

de la Société nationale des Antiquaires de France 
(1820-1896). 

Dans Bulletin de la Société nationale des Anti- 
quaires de France, année 1897, pp. 57-69, et à part, 
Nogent-le-Rotrou , impr. Daupeley-Gouverneur, 
• s.'d.,in-8<' de 12 pp. 

52 — 1897. Sur le surnom de Pie, attribué à certains religieux au 

moj'en âge. 

Dans Bulletin de la Société nationale des Anti- 
quaires de France, année 1897, p. 371. 

53 — ■ 1898. Un nouveau document relatif à l'expédition de Louis I*!^ 

d'Anjou en Italie (11 juillet 1382). 

Dans Bibliothèque de VÉcole des Chartes, t. LIX 
(1898), pp. 322-324. 

54 — 1898. Compte rendu de l'ouvrage du D^ Georg Bulow, Des 

Dominicus Gundissalinus Schrift von der Unster- 
blichkeit der Seele. 



86 BIBLIOGRAPHIE DE M. NOËL VALOIS 

Dans Bibliolht'qve de VÉcole des Chartes, t. LlX 
(1808), pp. 408-410. 

55 _ 1898. Communicalion sur le concile de Paris de 1398. 

Dans Comptes r-endus de l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, année 1898, p. 509 ; séance du 
15 juillet 1898. 

56 _ 1899. La proloni^alion du Grand Schisme d'Occident au 

xv'' siècle dans le Midi de la France. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 

de France, année 1899, pp. 161-195 ; et à part, Paris, 

1899, in-8« de 35 pp. — Cf. Comptes rendus de 

l'Académie des inscriptions et belles-lettres, année 

^ 1899, p. 456 (communication de M. Valois). 

57 _ 1900. Note sur l'origine de la famille Jouvenel des Ursins. 

Dans Mémoires de la Société nationale, des Anti- 
quaires de France, t. LIX (1900), p. 77, et à part, 
Paris, 1900, in-8° de 14 pp. 

58 _ 1900. Jean Juvénal des Ursins, secrétaire de la chancellerie 

pontificale (1410). 

Dans Bulletin de la Société nationale des Anti- 
quaires de France, année 1900, p. 78. 

59 _ 1900. Rapport [comme secrétaire-adjoint] sur l'état des tra- 

vaux de la Société [de l'histoire de France]. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1900, pp. 96-103. 

60 — 1900. Compte rendu de l'ouvrage de L. Salembier, Le Grand 

Schisme d'Occident. 

Dans Bibliothèque de VÉcole des Chartes, t. LXI 
. (1900), pp. 520-522. 

61 _ 1901. Gerson, curé de Saint-Jean-en-Grève. 

Dans Bulletin de la Société de Vhistoire de Paris, 
t. XXVIII (1901), pp. 49-67, et à part, Nogent-le 
Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur, 1901, in-S^de 

11 pp. 

62 _ 1902. Jacques de Nouvion et le Religieux de Saint-Denis. 

Dans Bibliothèque de VÉcole des Chartes, t. LXIII 
(1902), pp. 233-262; et à part, Paris, 1902, in-8° de 

30 pp. 

63 — 1902. Essai de restitution d'anciennes annales avignonnaises 

(1397-1420). 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1902, pp. 161-186, et à part, Paris, 
1902, in-S" de 26 pp, 



BIBLIOGRAPHIE DE M. NOËl. VALOIS 87 

ôi — 1902. Jeanne d'Arc et la prophétie de Marie Robine. 

Dans les Mélanges Paul Fabre. Paris, 1902, in-S", 
p.' 452-467, et à part. 

65 — 1902. Notice sur la vie et les travaux de M. Jules Girai-d [son 
prédécesseur à l'Académie des inscriptions et bel- 
les-lettres]. Paris, typ. Firmin-Didot, 1902, in-4° de 
46 pp. [Le titre porte : Institut de France. Académie 
des inscriptions et belles-lettres.] 

60 — \'.}0'^. Communication sur un ouvrage inédit de Marsile de 
Padoue, le Defensor minor. 

Dans Comptes rendus de V Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, année 1903, p. 601 ; séance du 
20 novembre. 

67 — 1903. Étude sur le théâtre français au xiv^ siècle [à propos 

de l'ouvrage d'Emile Roy, Le jour du jugement ; 
mystère français sur le Grand Schisme] . 

Dans Journal des Savants, nouvelle série, pre- 
mière année, 1903, pp. 677-686. 

68 — 1903. Les statues de la Grande Salle du Palais, à Paris. 

Dans Bulletin de la Société de r histoire de Paris, 
t. XXX (1903), pp. 87-90; 2« partie du numéro sui- 
vant. 

69 — 1903. Discours prononcé [comme président] à l'assemblée 

générale de la Société de l'histoire de Paris, le 
12 mai 1903. 

Dans Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, 
t. XXX (1903), pp. 81-90, et à part, Nogent-le-Rotrou, 
impr. Daupeley, 1903, in-8° de 12 pp. 

70 — 1904. De la croyance des gens du moyen âge à la prochaine 

fin du monde. 

Dans Institut de France. Séance publique annuelle 
des cinq Académies du mardi 2o octobre i 90 i, Paris, 
190't, in-4°, pp. 21-33. 
7 1 — 190'»-. Un ouvrage inédit de Pierre d'Ailly. Le « De persecu- 
tionibus Ecclesia^ ». 

Dans Bibliothèque de VEcole des Charles, t. LXV 
(1904), pp. 556-574; et à part, Paris, 1904, in-8» de 
18 pp. [Avec des fragments du De pcrsecutionihus 
Ecclesiœ] . 
72 — 1904. Fra .\ngelico et le cardinal Jean de Torquemada. 

Dans Société nationale des Antiquaires de France. 
Centenaire, t SO ^i~l 90 j. Recueil de mémoires publiés 



88 BIBLIOGRAPHIE DE M. NOËL VALOIS 

par les ineiiib/-es de la Société, Paris, 1904, iri-i", 
pp. 461-470, avec planche. 

73 — 1904. Rapport sur l'iiistoire de la Société [nationale des 

Antiquaires de Francel. 

Dans Société nationale des Antic/iiaires de France 
Centenaire. Compte rendu de la Journée du H avril 

1904, Paris, 1904, in-8», pp. 25-35.) 

74 — 1904. Compte rendu de rouvrage de J. Ilaller, Papsttum und 

Kirchenreform. 

Dans Bulletin critique, 25 août 1904. 

75 — 1905. Concordats antérieurs à cçlui de François I". Pontificat 

de Martin V. 

Dans Revue des questions historiques, t. LXXVII 
(1905), pp. 376-427. 

76 — 1905. Observations relatives à une communication de M. 

Salomon Reinach sur le procès criminel de Gilles de 
Rais. 

Dans Comptes rendus de V Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, année 1905, pp. 12-14 ; séance 
du 13 janvier. 

77 — 1905. Communication sur la Pragmatique Sanction dite de 

saint Louis. 

Dans Comptes rendus de V Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, année 1905, pp. 314-315, 
séance du 9 juin. 

78 — 1905. Le Schisme de Bâle au xv'= siècle [à propos de l'ou- 

vrage de G. Pérouse sur le cardinal Louis Aleman]. 
Dans Journal des Savants, nouvelle série, 3« année, 

1905, pp. 345-352. 

79 — 1905. Les archivistes paléographes dans les bibliothèques 

[lettre écrite comme président de la Société de 
l'École des Chartes au Directeur de la Revue scien- 
tifique.] 

Reproduite dans Bibliothèque de VEcole des 
Chartes, t. LXVl (1905), pp. 607-609. 

80 — 1906. Histoire de la Pragmatique Sanction de Bourges sous 

Charles VU [tome IV de la collection Archives de 
Vhistoire religieuse de la France]. Paris. Picard, in-8° 
de viii-cxcii-288 pp. 

81 — 1906. Pierre Auriol, Frère Mineur. 

Dans Histoire littéraire de la France, t. XXXllI 
(1906), pp. 479-527. 



BIBLIOGRAPHIE DE M. NOËL VALOIS 89 

82 — 1906. Jean de Jandun et Marsile de Padoue, auteurs du 

« Defensor pacis ». 

Dans Histoire littéraire de la France, t. XXXIII 
(1906), pp. 527-623 et 631-632; et à part, Paris, 
(Impr. nationale, 1906, in-4'», paginé 527-623. 

83 — 1906. Avant-propos [signé: '^. V.] à A. Gérard, La Révolte 

et le siège de Paris (1589). 

Dans Mémoires de la Société de f histoire de Paris, 
t. XXXIII (1900), pp. 65-150 ; et à part, Nogent-le- 
Rotrou, impr. Daupeley, 1907, in-S" de 86 pp. 

84 — 1906. Un nouveau témoignage sur Jeanne d'Arc ; réponse 

d'un clerc parisien à l'apologie de la Pucelle par 
Gerson(1429). 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1906, pp. 161-179 ; et à part, Paris, 
1907, in-8° de 19 pp. — Cf. Comptes rendus de 
VAcadémie des inscriptions et belles-lettres, 1906, 
pp. 741-742 (communication de M. Valois sur le 
même sujet à la séance du 28 décembre), et Bulletin 
de la Société nationale des Antiquaires de France, 
année 1907, pp. 103-104 (communication de M.Valois 
sur le même sujet. 

85 — 1906. Nouveaux témoignages sur Pierre de Nesson. 

Dans Romania, t. XXXV (1906), pp. 278-283. 

86 — 1908. Un plaidoyer du xiv® siècle en faveur des Cisterciens 

[par Jacques de Thérines]. 

Dans Bibliothèque de VEcole des Chartes, t. LXIX 
(1908), pp. 352-368; et à part, Paris, 1908, in-S» de 
19 pp. 

87 — 1908. Rapport sur l'état des travaux de la Société [de l'his- 

toire de France]. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire 
de France, année 1908, pp. 105-113. 

88 — 1908. Rapport fait au nom de la Commission des Antiquités 

de la France sur les ouvrages envoyés au Concours 
de 1908. 

Dans Comptes rendus de l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, année 1908, pp. 394-406 ; 
séance du 17 juillet, et à part, Paris, 1908, in-8°. 

89 — 1909. La crise religieuse du xv^ siècle. Le Pape et le Concile 

- (1418-1450). Paris, A. Picard. 2 vol. in-8o de xxix- 
408 et 420 pn. 



90 luni-ioGUAPiiu: de m. noël valois 

90 — 1909. Rapport fait au nom do la Commission dos Anticfuités 

de la France sur les ouvrages envoyés au Concours 
de 1909. 

Dans Comptes rendus de r Académie (/es inscrij)- 
tions et belles-lettres, année l909, pp. 471-483 ; 
séance du 2 juillet; et à part, Paris, 1909, in-8°. 

91 — 1909. Rapport sur l'état des travaux de la Société. [de This- 

toire de France]. 

Dans Annuaire-Bullet in de la Société de l'hisloire 
de France, année 1909, pp. 94-10^>. 

92 — 1909. Conseils et prédictions adressés à Charles VII en 1445 

par un certain Jean Dubois. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de rhistoire 
de France, année 1909, pp. 201-238; et à part, Paris, 

1909, in-8° de 38 pji. — Cf. Comptes rendus de 
. VAcadémie des inscriptions et belles-lettres, année 

1910, pp. 75-76; communication de M. Valois à la 
séance du 4 mars. 

93 — 1910. Rapport fait au nom de la Commission des Antiquités 

de la France sur les ouvrages envoyés au Concours 
de 1910. 

Dans Comptes rendus de l Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, année 1910, pp. 346-355; 
séance du 8 juillet ; et à part. 

94 — 1910. Communication sur ; Deux nouveaux témoignages sur 

le procès des Templiers. [Jean de Pouilli et Jacques 
de Thérines.] 

Dans Comptes rendus de l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, année 1910, pp. 229-241.) 

95 — 1910. Rapport sur l'état des travaux de la Société [de l'his- 

toire de F'rance]. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de rhistoire 
de France, année 1910, pp. 102-110. 

96 — 1911. Rapport sur l'état des travaux de la Société [de l'his- 

toire de France]. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1911, pp. 124-133. 

97 — 1912. Rapport sur l'état des travaux de la Société [de l'his- 

toire de France]. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1912, pp. 119-125. 

98 — 1912. T.e procès de Gilles de Rais. 



BIBLIOGRAPHIE DE M. NOËL VALOIS 91 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1912, pp. 192-239; et à part, Paris, 
1913, in-8''de47 pp. 
99 — 1913. Discours prononcé en prenant la présidence de l'Aca- 
démie, séance du 3 janvier. 

Dans Comptes rendus de VAcadémie des inscrip- 
tions et belles-lettres, année 1913, pp. 2-3. 

100 — 1913. Allocution à propos de la mort du D-- Euting, corres- 

pondant étranger de l'Académie. 

Dans même Recueil, même année, pp. 19-21. 

101 — 1913. Allocution h propos delà mort de M. Ferdinand Van 

der Haeghen, correspondant étranger de l'Académie- 
Dans même Recueil, même année, pp. 40-42. 

102 — 1913. Allocution à propos de la mort de M. Ferdinand de 

Saussure, correspondant étranger de l'Académie. 
Dans même Recueil, même année, pp. 68-70. 

103 — 1913. Allocution à propos de la mort de M. Reinhold Dezei- 

meris, correspondant français de l'Académie. 
Dans même Recueil, même année, pp. 379-381. 

104 — 1913. Observations relatives h une communication faite par 

M. L. Romier sur la Saint-Barthélémy. 

Dans même Recueil, même année, pp. 512-513. 

105 — 1913. Discours présidentiel à la séance publique annuelle des 

cinq Académies du 25 octobre 1913. 

Dans Institut de France. Séance publique annuelle, 
présidée par M. Noël Valois, Paris, 1913, in-4'' de 
101pp. 

106 — 1913. Discours présidentiel à la séance publique annuelle de 

l'Académie des inscriptions et belles-lettres du ven- 
dredi 14 novembre 1913. 

Dans Institut de France, Académie des inscriptions 
et belles-lettres. Séance publique annuelle.., Paris, 
1913, in-4° de 134 pp., et dans Comptes rendus de 
VAcadémie des inscriptions et belles-lettres, année 

1913, pp. 534-549. 

107 1913. Rapport sur l'état des travaux de la Société [de l'his- 

toire de France.] 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de lliistoire 
de France, année 1913, pp. 94-103. 

108 — 1913. Vassy. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1913, pp. 189-235 ; et à part, Paris, 

1914, in-S°. 



92 BIBLIOGRAPHIE DE M. NOËL VALOIS 

109 — 1013. Zu Noël Valois, Le Pape elle Concile. Entgegnung von 

N. Vnlois. 

Dans Ilistorische Zeilschrift, t. LXI (1913), pp. 338. 
344. 

110 — 1914. Projet d'enlèvement (l'un enfant de France (le futur 

Henri III) en 1561. 

Dans Bibliothèque de V Ecole des Charles, t. LXXV 
(1914), pp. 5-48; et à part, Paris-, 1914, in-B». 

111 — 1914. Visite de Catherine de Médicis en la maison du peintre 

François Clouet en 1563. 

Dans Bulletin de la Société nationale des Anti- 
quaires de France, année 1914, pp. 231-233. 

112 — 1914. Notice sur Léopold Delisle^ un des auteurs des tomes 

XXIX-XXXIV de !'« Histoire littéraire de la France » 
(mort le 22 juillet 1910). 

Dans Histoire littéraire de la France, t. XXXIV, 
pp. vii-xiv. Signée : N. V. 

113 — 1914, Jacques de Thérines, Cistercien. 

Dans même Recueil, même volume, pp. 179-219. 
Signé : N. V. 

114 — 1914. Jean de Pouilli, théologien. 

Dans même Recueil, même volume, pp. 220-281. 
Signé : N. V. 

115 — 1914. Jean Rigaud, Frère Mineur. 

Dans même Recueil, même volume, pp. 282-298. 
Signé : N. V. 

116 — 1914. Guillaume de Sauqueville, Dominicain. 

Dans même Recueil, même volume, pp. 298-307. 
Signé : N. V. 

117 — 1914. Hervé Nédelec, Général des Fi-ères Prêcheurs, par 

B[arthélem)'] H[auréau], avec des additions par 
N. V. 

Dans même Recueil, même volume, pp. 308-351. 

118 — 1914. Jacques Duèse, pape sous le nom de Jean XXII. 

Dans Histoire littéraire de la France, t. XXXIV 
(1914), pp. 391-630 et 634; et à part, Paris, Impr. 
nationale, 1914, in-4°, paginé 391-630. 
149 — 1914. Rapport sur l'état des travaux de la Société [de l'his- 
toire de France]. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire 
de France, année 1914, pp. 93-98. 
120 — 1915. Discours prononcé en quittant la présidence de la 



6l6LÎOGRAt>MlÈ t)È M. NOËL VALOtS 93 

Société nationale des Antiquaires de France, le 
6 janvier 1915. 

Dans Bulletin de la Société nationale des Anti- 
quaires de France, année 1915, pp. 84-97. 
121 — 1915. Rapport sur l'état des travaux de la Société [de l'his- 
toire de France]. 

Dans Annuaire-Bulletin de la Société de Vhistoire 
de France, année 1915, pp. 75-81 ^. 

1. On n'a retenu, dans la présente bibliographie, que les comptes ren- 
dus les plus importants, ceux où l'auteur a apporté des idées ou des ren- 
seignements nouveaux. 



SÉANCE DU 8 FÉVRIEll 



l'RlîSIDENCE DE M. HERON »E VILLEFOSSE. 

M. le Ministre de Chine adresse à l'Académie, en son nom et 
au nom de ses compatiMotes, l'expression de leurs bien sin- 
cères condoléances au sujet de la mort de M. Edouard Cha- 

VANNES. 

Le PRÉsmENT transmettra à M. le Ministre de Chine les remer- 
ciements de l'Académie. 

Le Secrétaire de la Commission des Antiquités et des Arts du 
département de Seine-et-Oise soumet une proposition de M. Goût, 
architecte, ayant pour objet la suppression et le remplacement 
de l'expression de « gothique » appliquée improprement aux 
merveilleuses œuvres de notre art national. 

La proposition est renvoyée à l'examen de M. de Las- 
teyrie. 

M. CoRDiER achève la lectui^e du rapport de M. Bonnel de 
Mézières sur sa mission en Afrique (recherche de l'emplace- 
ment de Ghana; fouilles de Koumbi et de Fettah). 

M. Antoine Thomas fait connaître des documents publiés depuis 
longtemps par l'historien de l'Université de Bologne, le 
P. Sarti, mais qui n'avaient pas attiré jusqu'ici l'attention de la 
critique. Ils concernent un étudiant nommé maître Jean de Meun, 
qui séjourna à Bologne de 1265 à 1269, et qui y figure comme 
fils de noble Jean de Meun, chevalier, du diocèse d'Orléans. 
Contrairement à l'opinion soutenue par M. le comte Durrieu, il 
ne s'agit pas du célèbre poète Jean de Meun, auteur de la suite du 
Roman de la Rose, lequel n'était pas noble, mais d'un homo- 
nyme, qui fut archidiacre de Beauce de 1270 à 1303 K 

M. Durrieu présente une observation. 

1. Voir ci-après. 



SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1918 9o 

MM. S. Reinach el E. PoTTîER présentent à l'Académie les 
dessins exécutés par M"''J. Evrard, au cours d'une mission qui 
lui avait été contiée par la Commission Piot. Elle était chargée 
de reproduire les objets antiques que M. Mouret a trouvés dans 
ses fouilles d'Ensérune ' et quil publiera dans un ouvrage 
spécial ; elle devait recueillir en même temps des documents 
archéologiques dans divers musées et collections privées de la 
région du Midi. 

M. S. Reinach examine particulièrement les objets de bronze 
et de fer. Ces objets, découverts par M. Mouret dans la nécropole 
d'Ensérune, ont été dessinés avant tout nettoyage et restaui^ation ; 
mais la conservation de la plupart est si satisfaisante que leur 
désignation ne peut donner lieu à aucun doute. Ce sont des 
armes, des objets de parure et des objets d'usage, recueillis 
à côté des cendres des morts et portant souvent eux-mêmes des 
traces de feu . 

Les armes se divisent en deux groupes : il y a, d'une part, 
des épées de fer du type bien caractérisé de LaTène I, quelques- 
unes repliées sur elles-mêmes suivant un rite sans doute religieux 
qui semble devenir plus fréquent aux époques subséquentes du 
second âge du fer; d'autre part, trois épées coudées apparte- 
nant au type ibérique dit d'Almedinilla, fréquent en Espagne, 
mais dont des spécimens ont aussi été signalés sur la côte adria- 
tique. Ce type dérive de celui de l'épée grecque telle qu'elle est 
connue surtout par les peintures de vases. La présence depote- 
ries ibériques à Ensérune autorise à croire que les épées coudées 
trouvées dans la même nécropole proviennent non de l'Est, 
mais du Sud-Ouest. M. l'abbé Breuil vient de montrer que- des 
armes de type ibérique figurent encore sur les trophées de l'arc 
d'Orange ; elles étaient donc restées en usage dans cette 
région. 

Parmi les objets de parure, les plus remarquables sont les 
agrafes de ceinturon en bronze. Deux spécimens surtout sont 
d'un grand intérêt: l'un, rappelant un objet du même genre 
trouvé à Sommebionne en Champagne ; l'autre, analogue à un 
spécimen de la nécropole Benvenuti à Este. Assez rares ailleurs, 

1. Cf. Comptes rendus, 15 septembre et 17 novembre 1916. 



96 SÉANCE bU 8 FÉVRIER i9l8 

ces agrafes sont nombreuses à Ensérune (une vingtaine) et 
témoignent de ce goût artistique original qui dislingue les meil- 
leures productions du second âge du fer. 11 est probable que ce 
sont des variations de la palmette grecque, avec une tendance 
à substituer aux feuilles des groupes d'animaux stylisés et 
affi'ontcs. Une imitation plus fidèle de la palnielte se voit sur 
une plaque de bronze gravée qui semble avoir fait partie de la 
décoration d'un vase en bois ou en métal. • 

Il y a cinq vases de bronze sans ornements et une anse ter- 
minée par une tête de bélier qui rappelle les chenets à tête de 
bélier, le plus souvent en argile, qu'on a recueillis dans diverses 
stations de l'âge du fer et dont la signification est probablement 
religieuse, comme l'a reconnu M. Joseph Déchelette. 

Une trentaine de fibules de bronze et trois fibules de fer appar- 
tiennent aux types de La Tène I ; quelques fibules de bronze se 
rapprochent de celui de La Tène IL Aucune de ces fibules ne 
paraît avoir été décorée avec du corail, matière dont les Gaulois 
faisaient un grand usage pour orner leurs armes et leurs 
bijoux ; mais un disque de bronze, qui est probablement un 
fragment de fibule, est orné sur le pourtour de perles irrégulières 
de couleur grise qu'on a tout lieu de considérer comme du 
corail. Les bracelets lisses sont au nombre d'une douzaine ; il y 
a surtout des bagues, des anneaux plats, des perles de colher 
et des boutons. 

Parmi les objets d'usage, on peut citer une louche et une pas- 
soire. Les seules décorations que l'on relève sur ces objets sont 
des stries et des petits cercles. Un manche de petit couteau de 
bronze, en ivoire ou en os verdi par l'oxydation, a été recueilli 
non dans une tombe, mais sur l'acropole, d'où proviennent éga- 
lement une anse de vase en bronze d'un galbe élégant et une 
bague de bronze ornée de nervures. 

Avant les découvertes faites à Ensérune, la première époque 
de La Tène n'était représentée, à l'Ouest du bas Rhône, que par 
une fibule provenant d'Uzès. Le fait que l'on a trouvé, si près 
des Pyrénées orientales, une nécropole à incinération dont le 
contenu ressemble exactement à celui des tombes à incinération 
de la Champagne, constitue un notable accroissement de nos 
connaissances et pose, en même temps, des problèmes très dif- 



SÉANCE t)U 8 FÉVRIER 4918 97 

flciles. Les premiers archéolog^ues qui ont étudié le second âge 
du fer ont reconnu qu'il était essentiellement gaulois ; mais, 
frappés de ses afïinités helléniques, ils en ont cherché l'origine 
dans le bassin du Rhône. A quoi Ton a répondu que la première 
phase de cet âge était à peine représentée dans cette région, 
alors que le Rhin moyen et la Champagne en ont fourni les spé- 
cimens de beaucoup les plus nombreux et les plus riches. Des 
trouvailles comme celles d'Ensérune alTaiblissentcetle objection, 
et le fait subsiste que le corail, dont les Gaulois de la Cham- 
pagne ont fait si grand cas, ne pouvait provenir que de la Médi- 
terranée, en particulier des environs des îles dHvères. Les 
cartes actuelles des nécropoles de La Tène sont nécessairement 
fondées sur le hasard des fouilles ; le progrès des recherches 
peut y apporter des modifications importantes et obliger de 
transférer du Nord-Est au Sud-Est de la Gaule le centre de diffu- 
sion d'une industrie et d'un art qui, avant et pendant l'époque 
romaine, se sont étendus, avec les conquêtes et linlluence cel- 
tiques, sur une grande partie de l'Europe, de l'Espagne et des 
pays Scandinaves jusqu'aux environs de Kiev, 

M. Pottieràson tour passe en revue les principales œuvres 
céramiques de la collection Mouret, parmi lesquelles il fautmettre 
au premier rang une coupe à figures rouges du commencement 
du IV'' siècle, avec ornements qui ont dû être dorés, où l'on 
reconnaît le style du fabricant Meidias. Selon la mode du temps 
la composition réunit des femmes et des jeunes gens dans des 
groupements de noble et poétique élégance, sans allusion à un 
sujet très précis. Parmi les autres aquarelles ou dessins de 
\pie Evrard, citons une coupe avec Apollon monté sur le griffon 
et traversant la mer ; une seconde coupe avec un combat d'Ari- 
maspe à cheval contre deux griffons, et, sur les fragments d'un 
grand cratère, une scène de toilette qui rassemble peut-être 
Adonis et Aphrodite avec leur cortège. 

Quelques copies de fragments de vases appartenant à la col- 
lection Caïlet sont précieuses, parce qu'elles nous montrent la 
série chronologique des trouvailles faites sur le sol de Béziers 
même ; les importations grecques datent du vi" siècle et se sont 
prolongées jusqu'au ni''. 

1918 •} 



Ô^ SÉANCE DU 8 FÉVRIER 19i8 

Au Musée de Bcziers, où la Société archéolog-ique de la. Ville 
et le conservateur M. Louis Paul ont bien voulu donner à noLro 
dessinateur les facilités les plus grandes pour travailler, nous 
avons fait reproduire plusieurs pièces intéressantes, nu petit 
cratère de style béotien archaïque (char et scène de chasse) ; 
un skyphos orné dune ligure de Nérée en dieu poisson, couvert 
décailles, d'un caractère très ancien ; une bouteille de la série dite 
protocorinthienne avec les apprêts d'une fête religieuse et une 
danse de femmes; une amphore proto-attique à tableaux (lion 
rugissant, tète d'homme barbu) ; un skyphos de style proto- 
corinthien à figures noires décadentes représentant Poly|)hcme 
et le bélier d'Ulysse. 

Au Musée de Montpellier, où nous avons également à adresser 
des remerciements à tous ceux qui ont accueilli et encouragé 
M"^ Evrard, la récolte fut plus importante encore : une bouteille 
de style protocorinthien qui, par un curieux hasard, sort de la 
même fabrique antique que la précédente et répète le même 
sujet avec des variantes ; une œnochoé et un plat rhodiens ; 
une amphore attico-corinthienne à quatre zones ; une belle 
hydrie chalcidienne avec scènes de combats ; une coupe à 
figures rouges du début du v" siècle, appartenant au groupe 
de Ghélis ou de Chachrylion (exercices dans la palestre) ; 
enfin une grande amphore attique, d'un style magnifique qui 
date des environs des guerres Médiques et que l'on peut rattacher 
au groupe de Brygos : d'un côté, on voit un musicien barbu qui, 
la tête levée, chante en s'accompagnant de la lyre ; de l'autre 
côté, un homme drapé qui l'écoute. 

Cette belle pièce, que tout musée s'honorerait de posséder, 
trouve son complément comme importance dans un autre pro- 
duit de la céramique grecque, placé aujourd'hui dans une 
collection privée où il fut signalé pour la première fois 
par une élève de l'École du Louvre, M"« d'Ormesson. C'est 
une grande coupe à figures rouges qui appartient à un artiste, 
M. Mottez, domicilié à Saint-Raphaël, dont le père fut lui-même 
un peintre bien connu et grand ami de M. Ingres. La coupe, 
trouvée dans les fouilles d'Étrurie, fut acquise à Rome vers 
1837 par le père de M. Mottez qui la conserva toujours chez 
lui ; mais elle était restée inédite et le propriétaire actuel a bien 



l'identité de maître JEAN bfe mè\jH Ô9 

voulu en autoriser la publication. Elle porte sur Tanse la signa- 
ture .de Hiéron, un des plus féconds fabricants d'Athènes aux 
environs des guerres Médiques ; on connaît déjà de lui 37 vases 
ou fragments de vases. Le sujet nouveau ne rentre pas dans la 
série des tableaux mythologiques qui sont pour nous les plus pré- 
cieux ; c'est une scène de banquet oîi des Athéniens couchés sur 
des lits de repos boivent et devisent joyeusement avec des cour- 
tisanes ; dans Tintérieur du vase, une Ménade danse, accom- 
pagnée par un Silène qui joue de la ilûle. Hiéron recherchait 
volontiers ces images de la vie libre et voluptueuse, qui trou- 
vaient leur place toute naturelle sur les poteries destinées aux 
banquets ; celle-ci est remarquable par la pureté des formes et 
la maîtrise du dessin. Grâce à la libéralité de M. Mottez, nous 
pourrons faire connaître aux savants et aux artistes une belle 
peinture grecque à ajouter aux autres. 

En résumé, l'Académie jugera d'après ces dessins combien de 
pièces notables méritent d'être mises en lumière dans beaucoup 
de collections publiques ou particulières et quel intérêt nous 
avons à encourager des explorations de ce genre qui stimulent 
les bonnes volontés privées, renseignent les conservateurs sur 
la valeur des objets qui leur sont confiés et enrichissent les pu- 
blications scientifiques de documents précieux. 



COMMUNICATION 



L IDENTITÉ DE .MAITRE JEAN DE MEUN 
ÉTUDIANT A l' UNIVERSITÉ DE BOLOGNE 

EN 1265-1269, 

PAR M. ANTOINE THOMAS, MEMBRE DE L ACADÉMIE. 

On ne peut que savoir gré à notre confrère M. le comte 
Durrieu d'avoir de nouveau attiré Tattention sur un contrat 
passé à Bolog-ne, le 19 juillet 1269, entre un banquier ita- 
lien et trois étudiants français, acte publié par Fran- 
cesco Malaguzzi-Valeri dans YArchivio storico italiano de 
1896, mais qui n'avait pas éveillé d'écho de ce côté-ci des 



100 l'identité de maître JEAN DE MEUN 

Alpes. Avec sa grande compétence paléographique, notre 
confrère M. Prou a vu tout de suite que le non\ d'un de 
ces étudiants, lu : Johannes de Manduno par le premier 
éditeur et traduit, de confiance, par : Jean de Mandun, 
devait être lu : JoJiannes de Mauduno et traduit par : 
Jean de Meun '. Sur ce point, il y a une remarque à faire. 
Le Père Sarti, à qui on doit un ouvragée capital sur l'Uni- 
versité de Bologne, le De claris archigyrnnasii Bononiensis 
professorihus, publié après sa mort, en 1709-1772, a lu cor- 
rectement : Johannes de Mauduno-. 

Que l'étvidiant français de Bologne s'appelât réellement 
Jean de Meun et appartînt au diocèse d'Orléans, il ne peut 
y avoir aucun doute à ce sujet. Mais qu'il faille voir dans 
ce « maître Jean de Meun » le célèbre auteur de la seconde 
partie du Roman de la Rose, c'est une autre question. Je 
rappelle à l'Académie que, dans la séance où notre confrère 
M. le comte Durrieu nous a entretenus de cet étudiant 
(20 octobre 1916), j'ai fait des réserves sur le bien-fondé 
de ses conclusions, et déclaré qu'il me paraissait plus vrai- 
semblable d'identifier le personnage avec un homonyme du 
poète, à savoir maître Jean de Meun, archidiacre de 
Beauce en l'église d'Orléans. Je me crois en mesure au- 
jourd'hui de fournir la preuve qu'il y a eu réellement un 
quiproquo, et que l'histoire littéraire ne peut faire état 
de l'acte des archives de Bologne pour la biographie du 
second auteur du Roman de la Rose. 

Ayant eu l'occasion de parcourir l'appendice du livre du 
Père Sarti intitulé : Scholares illustres, j'y ai relevé, sous 
l'année 126o, trois autres mentions de l'étudiant français, 
qui ont échappé à notre confrère M. le comte Durrieu. 
En voici le texte, tel qu'il se lit chez le Père Sarti : 

1". Maff. Johannes de Mauduno qnd. Joh. Aurelian. 
Dioces. 

1. Voir Acad. des inscriptiutis et heltes-leltres^ Comptes rendus des 
séances de l'année 1916, p. 136 et s. 



l'identité de maître JEAN DE MEUN 101 

I^.Mag. Joh. de Mediino qnd. Johan. Aurelian. Dioces. 

3°. Mac/. Johan. de Meduno qnd. D. Johannis militis 
Aurelian. Dioces '. 

La dernière et la plus explicite de ces mentions établit 
que notre étudiant était tils de <c feu noble Jean de Meun 
chevalier ». Or cet état civil est précisément celui de maître 
Jean de Meun, qui fut archidiacre de Beauce depuis 1270 
jusqu'au 13 décembre 1303 au moins, lequel apparaît, dès 
1259, avec le titre de « maître », en même temps que ses 
deux frères aînés. Gervais et Thibaud, qualifiés « écuyers» 
(arniigeri), que son frère puîné Guillaume, qualifié comme 
lui « maître » et « clerc », et que sa sœur Azeline, tous 
cinq enfants « nobilis viri domini Johannis de Maug-- 
duno - ». 

On peut souhaiter que les trois actes de 1265, qui ont 
passé sous les veux du Père Sarti, soient retrouvés et 
publiés in extenso. Cette publication servirait utilement 
l'histoire des relations intellectuelles de la France et de 
l'Italie dans la seconde moitié du xiii" siècle, relations dont 
le livre du Père Sarti, insuffisamment connu parmi nous, 
recèle beaucoup d'autres témoignages, et sur lesquelles on 
voudrait voir se porter un jour l'activité de quelque 
membre de l'Ecole française de Rome. Si l'archidiacre de 
Beauce n'est pas le continuateur de Guillaume de Lorris. 
comme on l'a cru pendant longtemps, car ce continuateur 
s'appelait proprement Jean Chopinel (ou Clopinel) et il 
n'était pas noble, cet ecclésiastique est cependant digne 
d'intérêt, car il est à croire que son long séjour à l'Univer- 
sité de Bologne n'a été sans profit ni pour lui ni pour notre 
pays. 

1. Ouvrage cité, 2' partie, p. 236, 1" col. 

2. Voir Le Roman de La Rose, par Ernest Langlois, t. I (Paris, 1914), 
p. 13. 



102 SÉANCE DU 15 FÉVRIER 1918 

LIVRES OFFERTS 



M. Ukron de Villefosse dépose sni- le bureau, de la pari de 
M. le 1)'' L. Carton, correspondant de l'Académie, plusieurs 
brochures dont il est Tauleur, relatives à l'archéologie afri- 
caine : 

1. Découvertes faites en 191 A dans les fouilles de Bulln Regia. Extr. 
du Bulletin archéologique, 1915. 

2. Suite à Vépigraphie funéraire de la colonia Thuburnicâ. Extr, 
du Bulletin archéologique, 1915. 

3. Douzième chronique d'archéologie harharesque {années 1913- 
1914). Extr. de la Bcrue Tunisienne, n: lU et 112. 

4. Les lignes d'auges des églises et des autres nionuniciits de V Afrique 
ancienne. Extr. des Notices et Mémoires de la Société archéologique 
de Constantine, vol. XLIX, 1915. 

5. Treizième chronique d'archéologie harharesque {années 1914- 
15-16). Extr. de la Revue Tunisienne, n. 121, 122 et 123. 

Il offre également à l'Académie de la part de M. Bonnel, archi- 
tecte du Gouvernement de l'Algérie : 

Monument gréco-punique de la Souma {près Constantine). Extr. 
des Notices et Mémoires de la Société archéologique de Constantine, 
vol. XLIX, 1915. 



SÉANCE DU 15 FÉVRIER 

PRÉSIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. Maurice Vernes donne lecture d'un mémoire intitulé: De la 
rive gauche du Jourdain et de rassainissement de la mer Morte 
d'après la prophétie d'Ézéchiel. C'est dans la dernière partie de 
son œuvre (chap. xl-xlviii) que le prophète esquisse les condi- 
tions de la restauration du Temple, de ses services, de Jérusa- 
lem et du peuple d'Israël sur le sol d'où celui-ci vient d'être 
banni. 

Dans cette restauration, d'un caractère idéal, mais reposant 
sur des données géographiques et topographiques d'une remar- 
quable précision, les douze tribus d'Israël sont ramenées sur la 



LIVRES OFFERTS 403 

rive du Jourdain dans le Chanaan proprement dit, qui s'étend 
des oasis désertiques de Kadès jusqu'à Hamath dans la haule 
Syrie'. Se|it d'entre elles occupent sept rectangles placés entre la 
mer Méditerranée et le Jourdain et constituent autant de bandes 
parallèles dans la région nord. Cinq autres sont également 
disposées d'une manière analogue dans- la région sud. Entre ces 
deux groupes figure un territoire réservé et consacré, formant 
un carré de 75 kilomètres environ de longueur sur 75 de largeur 
et réparti lui-même entre trois bandes parallèles, respectivement 
de 30, 30 et 15 kilomètres de largeur, attribuées, i" aux prêtres 
aaronides et au Temple, i" aux lévites, 3° à Jérusalem et au 
territoire destiné à nourrir ses habitants. Une source merveilleuse 
jaillit du Temple et fertilise le pays; en se déversant dans la 
mer Morte, elle en assainit les eaux. Il semble que la Palestine 
doive être transformée en une plaine, bien arrosée, propre à 
la culture, que domineront le Temple et la ville de Jérusalem, 
complètement séparés l'un de l'autre. Le souffle puissant qui a 
inspiré cette vision d'avenir nous amène à prendre notre parti, 
sans trop d'efforts, des particularités, des singularités même de 
la reconstitution projetée. 

M. Théodore Reinach présente quelques observations. 

M. Salomon Reinacu est élu membre de la Commission du 
prix Angrand, institué à la Bibliothèque nationale, en remplace- 
ment de M. Ghavannes, décédé. 



LIVRES OFFERTS 



M. Emile Picot a la parole pour un hommage : 

« Le comte Caix de Saint-Aymour, à qui vous avez attribué l'an- 
née dernière le prix La Fons-Mélicocq, in'a chargé d'offrir eu sou nom 
à l'Académie un nouveau volume qu'il vient de faire paraître. Ce 
volume intitulé: Au/o(i/- de Xoi/on, sur les traces des barbares, est le 
résumé d'une enquête entreprise paV l'auteur au lendemain du jour 
où les Allemands ont reculé leur ligne en Picardie. M. de Caix a visité 
toutes les communes évacuées^ il y a pris un grand nombre de photo- 
fj^raphies et il a Recueilli de la bouche même des liabitants Une foule de 



104 SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1918 

détails précieux sur les actes de barbarie commis par l'ennemi. Ce qui 
augmente beaucouji rinlérèt de l'ouvrage, ce sont les notices histo- 
riques qui y sont disséminées. M. de Caix s'est attaché à faire con- 
naître le passé des monuments ou des châteaux ravagés ou totale- 
ment détruits. Par là son livre rentre dans le cadre des travaux 
dont s'occupe l'Académie. » 

M. IIÉHON DE ViLLEFOssE offre à l' Académie, de la part de 
M"» Thédenat, en souvenir de son i'rère, notre regretté confrère 
l'abbé Henri Tuédenat, deux ouvrages qui présentent un intérêt pai-- 
ticulier à cause des notes manuscrites dont il les a enrichis : 

1° Les inscriptions ?'oinaines de Fréjus, 1884, 1 vol. relié, interfolié 
et annoté ; 

2" Pompéi, 1916, 1 vol. relié, interfoHé. Ce précieux volume porte 
à chaque page des corrections, additions, et remarques importantes 
en vue d'une nouvelle édition que l'auteur se proposait de faire 
lorsque la mort est venue le frapper. 



SÉANCE DU 22 FEVRIER 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. Frits Holm, explorateur, adresse à l'Académie une lettre 
de condoléance à propos de la mort de notre regretté confrère, 
M. Ghavannes. 

M. Maurice Prou annonce que la Commission du prix Du- 
chalais (numismatique du moyen âge) a décerné ce prix aux 
Mélanges de numismatique du moyen âge présentés par M. le 
comte de Gastellane. 

Au nom de M. François Tuureau-Dangin, son confrère mobi- 
lisé, le P. ScHEiL lit un travail sur un lot de tablettes acquises 
récemment par le Musée du Louvre, tablettes du xiv'^ siècle 
avant notre ère appartenant à la collection dite à'El-Amarna. 

Les documents en écriture cunéiforme font partie de la cor- 
respondance échangée entre les rois d'Egypte, Aménophis III 
et Aménophis IV, et les gouverneurs des pays de Syrie et* de 



UN NOMARQUE DEDFOU AU DÉBUT DE LA VI* DYNASTIE 103 

Palestine plus ou moins indépendants, plus ou moins vassaux 
de rÉgypte. 

Ce" nouvel appoint à la collection d'El-Amarna ajoute de 
très intéressants détails à ce qu'on savait déjà de l'état poli- 
tique et militaire -de la Syrie et de la Palestine vers 1400 avant 
J.-C. 

M. Moret interprète une inscription de la VI" dynastie 
récemment retrouvée h Edfou (Ilaute-l'^gypte). Elle contient la 
biograpliie du monarque Pepinefer, qui fut élevé à la cour pour 
y apprendre la doctrine de fidélité au suzerain, et qui, par la 
suite, administra sagement sa province ; elle apporte des rensei- 
gnements nouveaux sur l'organisation des fondations perpé- 
tuelles pour le culte des morts, et sur l'assistance publique dans 
l'ancienne Egypte ^ . 

M. Salomon Reinach, étudiant dans Lucain (VIII, 245) le 
trajet de Pompée fugitif autour de l'ile de Samos, qualifiée à 
tort de petite [parva] dans les manuscrits de la Pharsale, pro- 
pose de substituer à ce mot impropre celui de laeva : Pompée, 
s'engageant dans le passage entre Samos et Icarie, laisse Samos 
à sa gauche. 



COMMUNICATION 



UN NOMARQUE D EDFOU AU DÉBUT DE LA VI® DYNASTIE, 
PAR M. A. MORÉT. 

Une inscription découverte à Edfou vient de révéler la 
carrière du nomarque Kara -, surnommé Pepinefer, sous les 
trois premiers rois de la VP dynastie : Teti, Pepi I, Merenra' 

1. A'^oir ci-après. 

2. G. Daressy, Inscriptions du mastaba de Pepinefer à Edfou (Annales 
du Service des antiquités de l'Éj^ypte, XVII (1917), p. 130-140). La tra- 
duction de M. Daressy demande des corrections; j'indiquerai mes lectures 
des passages rectifiés. 



106 UN NOMARQUE d'eDFOU AV DÉBirr DK T,A Vl'" DYNASTIE 

(vers 2520-2480 av. J.-C). Apres un proscvnème à Aiiubis 
et Osiris, le récit commence : 

['A] (( Etant enfant, porteur de /tache au temps du roi Teti, 
je fus amené au roi Pepi (/) pour être élevé parmi les 
enfants des nomarques, et pour être placé comme ami- 
unique directeur des tenanciers du pharaon, sous le roi 
Pepi. » 

Sons Teti, Kara était x-^f^ p4 hwn « enfant », âge 

compris entre 4 et 16 ans; sous Pepi 1, il est encore 
enfant, puisque ce roi s'occupe de le faire « élever ». En 
supposant que le tiers de son enfance se soit écoulé sous 
Teti, Kara aurait eu 8 ans l'an I de Pepi I ; de 8 à 16 ans il 
fut « élevé parmi les enfants des chefs-supérieurs », c'est-à- 

dire des « nomarques » ( V\ v\ f | v\ ^ i ^ vO^ l mm msw 

hrjic-dsi'dan)). On savait déjà que plusieurs grands digni- 
taires de la VP dynastie ont été élevés parmi les « enfants 

royaux » (I ^ H 2j) i nsivt msw) ; mais notre texte nomme 

pour la première fois les « enfants des nomarques » grou- 
pés en collège. A la cour des Ptolémées on distinguait 
aussi les ôaaiAixoi TrafScç et les 7:afos^ twv -ï'.i^wiJLSvoiv ùtto tou 
(3aaÙ£(oc^ ; l'institution remonte donc à l'ancien empire. 
Ces enfants servaient d'otages qui garantissaient au roi la 
fidélité des nobles provinciaux. 

Le titre de nomarque = (( celui qui est en tête du nome » 

Vfej ±ti±t ]p.j f/aV/a' n spt (avec ou sans l'épithète <>-=' 

a'a' <( grand ») est une conquête des familles nobles du 
Sud ; son apparition au début de la VP dyn. indique la 
transformation des nomes, jusque là provinces royales, en 
principautés de type féodal, administrées par des chefs 

1. Lumbroso, Recherches ..., p. 208; Bouché-Leclercq, Hist. des Lagides, 

m, p. 107. 



UN NO.MARQUE d'eDFOU AU DÉBUT DE LA Vl" DYNASTIE 107 

locaux héréditaires ^ Jusqu'ici le plus ancien nomarque 
connu était Khououj, du nome du Lièvre, en l'an 25 de 
Pepi I ; notre Kara ne sera nomarque que sous Merenra', 
mais son père vivait déjà «en cette dig-nité de nomarque de 

la terre du nome Wts-llor » ^ T f; , V\ 

(inscription IV, 1. 3). Ainsi le IPnome de la Haute Egypte, 

Edfou, avait un nomarque sous Teti. La maison princière 

d'Edfou serait, jusqu'à plus ample informé, la plus ancienne 

famille de nomarques connue, et à cette époque il existait 

déjà à la cour un coUèg-e pour les fils des nomarques. Si les 

Pharaons n'ont pu combattre cette évolution du Sud, du 

moins ont-ils tenté d'inculquer aux fils des nomarques le 

respect de la dynastie et l'amour du régime. La stèle de 

Sehetepibra' (XIP dyn.) a conservé un hymne au roi qui 

résume la doctrine shjt enseigrnée aux jeunes nobles -. Teti 

et Pepi I ont visé le même but d'endoctrinement, lorsqu'ils 

créèrent un collèg-e à la cour pour Kara et les autres 

pupilles royaux. 

Ces enfants ont des emplois à la cour : porteurs de 

hache, de couronne, de sceptre, de sandales, de naos 3, ils 

relevaient du service de la sacristie rovale, la « maison 

[_ _i 
d'adoration» [per-douat ^ ^. oîi le roi revêtait ses parures 

(A hakr) ; aussi se vantent-ils d'approcher le roi de près, 

de connaître <( tous les mystères du roi », de fîg'urer « dans 
toutes les fêtes du couronnement^ ». Pourquoi utiliser des 
enfants si jeunes? Rappelons que tout roi renouvelle sur 

1. G. Maspero, Histoire, I, p. 296, 414: Éd. Meyer, Histoire^ II, .^5 263. 

2. G. Maspero, Études de Mythologie, IV, p. 162. 

3. Phlahshpses [Urk. I, 51) : Ouni (I, 98, 105) ; Ibi (I, 142); Da'ou (C. R. 
Acad. 1916, p. 553) ; sous le moyen empire, cf. : Brit. Muséum, Eg. Stelae, 
II, pi. 8, 21. Sur le titre de pupille royal nswl sdt, cf. mes Chartes d'im- 
munité, ap. J. Asiatique, 1917, II, p. 368, 11. 1. 

4. Kara est " ofTiciant, chef du mystère du per-douat •>, Annales, p. 131. 

5. Urk. I. 53. 



108 UN NOMARQUF. d'eDFOU AU DÉBUT DE LA \f DYNASTIE 

terre la vied'IIorus, fils d'Osirls ; or, lorsqu'IIorus fut cou- 
ronné, il n'était qu'un enfant [hicn) qui se cachait à Bouto 
pour échapper à Selh-Tvphon ; donc tout pharaon à son 
avènement et quand il renouvelle son couronnement, est 
réputé, quel que soit son âge réel, avoir l'âge d'Horus 
enfant. A ce roi-enfant il fallait une cour juvénile ; aussi 
les fils des nomarques étaient-ils instruits à jouer des 
petits rôles dans le mystère, ou drame sacré, du couronne- 
ment d'IIorus-pharaon '. 

Sous Pepi 1, Kara, arrivé à l'âge d'homme, prend un 
surnom « Pepi est bon » = Pepinefer, qui est imité du nom 
de son royalpatron.il remplit les charges d'« ami unique », 
attaché au culte du roi, et de « directeur des tenanciers » de 
la pyramide royale. Si Pepi I a régné 25 ans, Kara avait 
environ 33 ans à la mort de ce roi. Merenra', fils et succes- 
seur de Pepi I, va faire de Pepinefer un nomarque. 

« La majesté du roi Merenra^ me fit r^emonter le Nil - 
jusqu'au nome Wtes-Hor, en qualité d'ami unique, 
nomarque^, en qualité de directeur des grains du Sud'', 
directeur des prophètes [d'Edfou),[i] à cause de V excellence 
de ma considération dans le cœur de sa Majesté. Ma consé- 
cration me vint lors d'une fête et (me mit) en tête de tout 
nomarque du Sud entier et de tout chef député par le Sud 

entier. » 

Dès l'an I de son règne, Merenra' remonta le Nil jusqu'à 
Éléphantine ; c'est alors qu'il installa Pepinefer nomarque 
du IP nome (Haute Egypte), à Edfou, dans la ville où le 
père de Pepinefer avait rempli la même fonction. Notre 
texte indique expressément que le fils d'un nomarque ne 



1. Cf. Mariette, Ahydos, I, 25, 30 /) ; Sethe, Urk., IV, 898,1. 9-11. 

2. Lire : rdjin hm n M. hnt{j)r, etc. ; cf. Urk. I, 83, 1. 14, 87, 1. 4. 

3. Ici '^ V§i '^^ 't' : 1. 1 "^^ Aww^ =HTff hrj da'da' a'a'n spt. 



4. »i imra' itw sina' : cf. Urk. I, 77,1. 15. 



UN NOMARQUE d'eDFOU AV DÉBUT DE LA VI^ DYNASTIE lOO 

succède à son père qu'après une investiture de par le roi ' . 
C est un « sacre » (ml '^'^'^ — -W |^ „. ), comportant onc- 




tion d'huile rituelle conférée par le roi dans une fête où 
assistent les nomarques et chefs délégués du Sud'-; trait 
qui rapproche la féodalité égyptienne des usages de notre 
moyen âge. Sous Merenra', il y avait donc des nomarques 
dans toute l'Egypte du Sud. Pepinefer se vante d'avoir été 

mis « en avant » ^\ — ^ m ha'i de .tous ces nomarques ; 



c^ 



cependant il ne mentionne pas ici le titre ^^ -^ imra' sma'^ 

que porte le « directeur du Sud », vice-roi créé par les 
Pharaons, au début de la VP dynastie, pour contrôler les 
nomarques du Sud. Pepinefer prend bien ce titre dans de 
courtes inscriptions de sa tombe ; mais il y insiste si peu, 
qu'il ne fut peut-être que vice-roi honoraire 3. Merenra' 
avait choisi comme directeur du Sud effectif Ouni ; sa pré- 
sence exclut celle de Pepinefer. D'ailleurs Ouni est par 
excellence le lieutenant du roi ; Pepinefer est un nomarque, 
un chef féodal du Sud, que l'amitié du roi, son ancien 
compagnon d'enfance, avait mis hors de pair. 

« J aiaffi en sorte que les bestiaux de ce nome soient au- 
dessus des bestiaux dans récurie ^ et en tête du Sud entier^ 
ce que je n ai point trouvé, certes, de la part du nomarque 
existant dans ce nome auparavant ^, [5] — grâce à ma vigi- 



1. Je lis : Ij-n-j nd-j m hh : sur le ternie technique du sacre, nd, ncj, cf. 
Recueil, XXVIII, p. ]>s4, et C. R. Acad. 1916. p. 554. 

2. Pour les « directeurs du Sud » le roi promulgue un décret de nomi- 
nation (C. R. Acad. 1914, p. 554). Sous la XVIII" dyn. le Vizir est installé 
en fonctions par le roi suivant un cérémonial connu (tomb.de Rekhmara'). 

3. Cf. Ed. Meyer, Histoire. II, § 264. 



il& 



4. Lire wda' \\n \\ ; il s'agit ici des bestiau.x fournis par le 



nomarque aux écuries de la Cour (pa'ii'ç/a' fi hnw, Brugsch, W. S., p. 3"8). 
5. Voir phrase analogue, E. de Rougé, Inscriptions H., p. 161. 



Ho UN NOMAtlQUÈ D EDFOt' AU DKnUT DE t>A Vl*^ DYNASTIE 

lance ' ce à la perfection de mon administra/ion ~ des biens 
de la Cour. Je fus le chef du secret de toute parole venue -^ 
de la Porte dEléphanline et des pays étrangers du Sud.» 
Notre texte précise le rôle d'un nomarque vis-à-vis du 
roi; pour le bien comprendre, il faut déiînir sur quels ter- 
ritoires le nomarque exerçait son autorité. 1° Des terres du 
nome, une partie, probablement considérable, appartenait 
à la famille qui, par la force ou par faveur, avait obtenu du 
roi la direction de la province : Pepinefer administre donc 

d'abord « les biens de la maison de son père » r-^ ^ 

I I I >< 

ihii t niv tf [Siut, pi. VII, 1. 268)'. 2° Le nomarque reçoit, 
d'autre part, à titre d'apanage, -des terres dont le revenu 
est attaché à sa fonction ; ce sont « les biens de la maison 



du prince » r-^-^ ^n ^ ihivt pr haHja'' {Siut, ibid.). 

3° Il subsiste, dans chaque nome, un domaine royal, que 
la féodalité a plus ou moins entamé ; ce sont « les biens de 

la cour » ici désignés : i i i ^c^ ihtvt n hnw ; le 

nomarque reçoit la charge de les administrer ( n 

hrp). Ce sont les « biens de la cour » que Pepinefer nomme 
seulement ; là son activité profite directement au roi ; mais 
de ses propres biens et des biens du prince, il parle aussi 
par prétérition. Le roi, suzerain du nome, en garde la pro- 
priété éminente ; tout nomarque paie, sur ces deux catégo- 
ries de terre, impôts et corvées, que le vice-roi du Sud 
recense et perçoit pour le fisc royal. Si Pepinefer accroît la 



1. Pour n rs-lp '"^^^^^n'i CliS , cf. Vrk., I, p. 127, 129. 

® D ® o 

2. Sur le sens de A. . -^ -, hrp ihlw, cî. A. 'Slorei, Chartes cl' im- 

'^'i^ ûl I I 

rnnnité, III, ap. J. Asiatique, 1917, II, p. 446. 

3. Voir la variante : _/A VX iw-i pour Aaaaaaa uinl, p. 134, IV, 1. 6, 



tjN NOMARQUE d'edFOU AU DÉBUT DE LA VI'-' DYNASTIE \ 1 l 

valeur de son patrimoine et de son apanag-e, les impôts 
levés. au prorata, rendent davantage : d'où la satisfaction 
du roi à constater que le cheptel du nome, recensé chaque 
année ', augmente en nombre et en qualité. Ainsi Pepine- 
fer est-il à la fois le vassal et l'intendant du Pharaon, Il se 
vante d'avoir été loué par le roi pour avoir amélioré le ren- 
dement du IP nome, sans réfléchir qu'il fait ainsi la cri- 
tique de son propre père, son prédécesseur. 

Pepinefer est aussi chef du service des « renseig-nements 
venus de la porte d'Eléphantine et des pays étrangers ». 
Ceux-ci sont les régions entre la l""® et la 2" cataracte con- 
quises par Pepi I. Aux nomarques du P'' nome (Éléphan- 
tine) Merenra' laissait la direction des forces militaires et 
l'exploration du haut Nil - ; mais les services politiques 
semblent centralisés à Edfou, entre les mains de Pepinefer, 
dont le loyalisme était éprouvé. La mention de la « porte 
d'Eléphantine » '^^^ "cmnircv^N^ - - ^ al , -=^1 

T jPp^^_^,^p. 134, IV, 1. 6) est la plus ancienne connue. 

La célèbre çpijpâ, dont Hérodote signale l'importance (II, 
30) existait donc dès l'ancien empire ; nous la retrouve- 
rons à Eléphantine sous tous les régimes. 

Après le service du roi, voici ce qu'a fait Pepinefer pour 
ses propres administrés : 

« J'ai donné du pain à Vafjfamé, des vêtements à celui qui 
était nu, grâce à '^ ce que fai trouvé dans ce nome. J'ai 
donné des vases de lait''; j'ai mesuré à boisseaux'^ les 

1. Inscriptions dOuni, 1. 36; Ed. Meyer, Histoire, II, § 26i. 

2. Inscriptions d'IIcrkhouf et de Pepinekht ; cf. sur le rôle des 
nomarques d'Eléphantine ce que dit Gardiner. Aej. Zeitschrifl, 45, p. 138. 

3. Le sens des 1. 5-6 eit méconnu par M. Daressy. Ici n introduit la 
phrase relative (au neutre) n ç/mt-n-j. 

i. Le mot J^ lu v\ ^ ma'/»ruj< est rare sous l'ancien empire; cf. 

J. Asintiqiie, 1917,-11, p. 442, n. 2. 

5. Lire : iw hn'-n-j itw snia' m iir-dl n ljl;r. 



J 12 UN NOMARQLE D'EDtOL' AU DÉBUT DE LA Vl" DYNASTIE 

f/rains du Sud, [provenant] de la fondation-perpétuelle, 
pour l'a/famé que f ai trouvé dans ce no/ne. [6] Tout homme, 
que fai trouvé dans ce nome n'ayant pour lui que les 
(jrains^ d^un autre, moi, fai chamjé la condition de tout 
homme en cet état" au moyen delà fondation-perpétuelle. 
Moi, f ensevelis tout homme de ce nome qui fia pas de fils 
avec les linceuls provenant des hiens'^ de la fondation-per- 
pétuelle. Jai mis la paix dans tout pays étranger dépen- 
dant de la Cour par la perfection de ma vigilance à ce 
sujet, et j'ai été loué à ce sujet par mon Seigneur, fai déli- 
vré le pauvre de la main de plus riche que lui, j'ai dépar- 
tagé les frères, de façon à ce qu'ils soient en paix. » 

Plusieurs des nomarques de la VP dynastie ont composé 
des panégyriques similaires ; Pepinefer révèle cependant 
un détail nouveau : il insiste sur les moyens employés 
pour soulager la misère publique ; il indique qu'il a corrigé 
les injustices du sort par une utilisation judicieuse des res- 
sources qvie lui procuraient les biens de la (( fondation-per- 
pétuelle », le per-det '^ . Qu'est-ce donc que le per- 

def? Le sens littéral est « maison deternité » ou « maison 
perpétuelle >» ; on traduit d'ordinaire « le tombeau ». Si 
nous adoptons ce sens, Pepinefer distribue aux malheu- 
reux les biens destinés au service de son propre tombeau ; 
un tel désintéressement serait invraisemblable. Mais per-det 



1. L'explication de ^> jp lyht par Daressy est contredite par le 
pap. de Leide (Brugsch, W. S. p. 1400 =Gardiner, Admonitions, p. 68): 
,c celui qui n'avait pas de s^ins ^=^ .•" est maintenant possesseur 
de greniers : celui qui devait aller chei-cher pour lui-même des grains ta'bt 





J 



11,1 

C^y" . luaintenant en exporte ». 
III 



2. Lire : inwk dh{w} sanh n s m pr-dt. 
3 Lire : hbs m ist dt. L'examen de l'original, ou d'une photographie 

EU 3=3: .^ . 

permettrait de décider s'il faut préférer à (j^ ist, la lecture [^^ mrjt, qui 



UN NOMARQUE D*EDFOt Af DÉBUT DE LA M" DVNAStlE 113 

ne désigne que rarement « tombeau », et le plus souvent 
une organisation complexe, qui comprend : 1» un matériel 
considérable champs, villages, domaines, maisons, tom- 
beaux, chapelles; 1» nn cheptel par milliers de têtes d'ani- 
maux variés ; 3» un personnel administratif : directeurs 
comptables bureaux; technique : artisans, chasseurs,' 
bergers, laboureurs, serfs; religieux : prêtres de ka, oïti- 
ciants, agents de la nécropole, etc., sans compter les 
simples -^ ndt .. dépendants du ,Jet „. | "^ ^n dt 
« frères „ ou .< confrères du del ». Tous ces W,::: ous ces 
gens appartiennent-ils à un simple tombeau? Je ne puis le 
croire. J entends « maison d'éternité . au sens admiinstra^ 

ton ","T""'" J'°'^'-P'è'^ « b">-eaude la fonda- 
tion-perpétuelle „, ou « fondation-perpétuelle » cest-à 
dire « service des biens funéraires „ 

Dans laquelle des catégories définies plus haut, devons- 
nous classer les « biens du per-det „ (fl'=°^ ;,„ j,,. 
Les textes de S.out (Xll- dyn.) disent for„ieUe~nt que les 

prTl et rf ?"™r'"'' ™ P"«^' desrécXsd: 
prince et de tout vassal du nome (éd. Griffith, ni. VI 

1. 2.9) ; ce sont des grains payés à titre de redev oce au 

.se royal. Le per-det est donc une administration ^État 

le N:ri";r'r ^t "^^^""-'^^^ "-^ touuâT., 

o™l auand 1^''^ ' r P^"^'*"-". 1» du domaine 
royal, quand le roi concède à ses „ amakhou „ une fonda 
t^n-perpetuelle pour leur assurer tombeaux et oLndes 
2« des domaines privés, quand un particulier dispose^un; 
partie de sa fortune pour „ fonder un bien perpétuel , en 
vue de son culte funéraire. Le personnel techm^e Lit 



ISJlS 



1 14 L.N .NO.MARQUE u'iïDFOU Al' DlîlBUT DE LA V^' DYNASTIE 

recruté parmi les a^ricuUeuis et les artisans attachés à la 
terre et aux villages érigés en fondations perpétuelles ; le per- 
sonnel religieux, parmi les confréries funéraires (prêtre de 
ka) avec lesqvioUes chacun pouvait jjasser contrat; le per- 
sonnel administratif constituait une administration royale, 
dont le nomarque avait la direction, notre texte en témoigne. 
Le nomarque présidait donc à la distribution des revenus du 
per-det aux bénéliciaires ; mais si la gestion était prospère, 
les terres et les industries pouvaient donner un rendement 
supérieur aux services d'otl'randes prévus. De ces excédents 
le nomarque disposait pour nourrir les indigents, corriger 
les infortunes, assurer le culte des morts sans postérité : 
il tirait du per-det un service d'assistance publique. 

Nous comprenons mieux, maintenant, les déclarations 
humanitaires que contiennent les tombeaux des nomarques ; 
nous avions cru que ces panégyriques n'étaient que lieux 
communs ou vantardises ; les textes se taisaient, en effet, 
sur la source de ces libéralités ; nous la connaissons grâce 
à Pepinefer : la source, c'était le per-det. Là où nous 
avions vu les effets d'une générosité individuelle, il faut 
reconnaître le fonctionnement d'une institution sociale, qui 
mérite, à l'avenir, d'être mieux étudiée. 

Voici la fin de l'inscription : [7] « Je suis l'aimé de son 
père^ le loué de sa mère, celui qu'aiment ses frères. Ah, les 
vivants qui sont sur terre et qui passeront vers ce tombeau ! 
S'ils aiment le roi, ils diront : milliers de pains, de bière, 
de bœufs pour l'ami unique Pepinefer. » 

Tel est ce nouveau texte qui fournit une contre-partie 
utile à la biographie d'Ouni : celle-ci décrit les actes du 
(( directeur du Sud», c'est-à-dire du plus haut fonctionnaire 
royal dans le Sud, tandis que le récit de Pepinefer nous 
éclaire sur la vie d'un de ces ffls des grandes familles pro- 
vinciales, qui se taillaient des fiefs dans le domaine royal, 
et que le Pharaon croyait incorporer à son administration 
en faisant d'eux des nomarques. Giàce à Pepinefer, nous 



LIVRES OFFERTS 



lis 



discernons mieux le but de l'éducation donnée parle roi aux 
enfants des nomarques, les devoirs du nomarque vis-à-vis 
du roi, et l'institution administrative et sociale du per-cjet. 
Après Merenra', dont le règne n'excède guère sept 
ans, Pepinefer ne nomme plus aucun roi. Il est donc dou- 
teux qu'il ait servi sous Pepi II, et qu'il ait dépassé l'âge 
de 40 ans. 



LIVRES OFFERTS 



M. Babelon a la parole pour un hommage : 

« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie de la part de l'auteur, notre 
correspondant M. Percy Gardner, professeur d'archéologie à l'Uni- 
versité d'Oxford, un nouvel ouvrage de numismatique grecque qu'il 
vient de publier, sous ce tilre : A History of ancient Coinage, 700- 
300 B. C. (in-8° ; 453 pages et onze planches. Oxford, 1918). C'est 
un livre de doctrine où chaque chapitre n'est pas seulement la syn- 
thèse raisonnée et critique de tout ce qui a été écrit d'important 
depuis une cinquantaine d'années dans le domaine de l'histoire 
monétaire de la Grèce ancienne ; l'auteur domine en maître son 
sujet, il l'envisage sous tous les aspects, formulant ses vues person- 
nelles qu'il s'efforce sobrement de justifier avec la compétence qu'il 
s'est, depuis longtemps, acquise parmi les numismates. 

v( L'exiguïté de la place réservée dans nos Comptes rendus aux pré- 
sentations d'ouvrages ne me permet pas de m'étendre comme il con- 
viendrait sur le nouveau livre de M. Percy Gardner dont chaque 
chapitre est comme le dernier mot de la solution d'une importante 
question numismatique longtemps débattue. 

« Je dois donc me borner à constater que M. Percy Gardner n'i- 
gnore aucun des problèmes à résoudre, et que sur tous il se pro- 
nonce et s'efforce de justifler son opinion. Le jugement de M. Percy 
Gardner mérite toujours la plqs grande considération lors mêma 
qu'on ne l'adopte que sous réserve ; aussi, je me propose de revenir 
ailleurs plus amplement sur ce solide exposé de l'histoire monétaire 
de la Grèce durant les quatre premiers siècles de son développe- 
ment. » 

M. Camille Jullian offre à l'Académie : l°de la part de M. Hubert, 
Rouger, député du Gard, une monographie de Calvissnn*; il s'agit 

1. Cnlvixxnn. Nîmes, 1013, Coopérative l'Ouvrière, in-S" del-i-^p. 



116 



I.IVRKS (OFFERTS 



d'une petite localité du Gard, située en pleine Vannage, héi'itière du 
fameux oppidum celticpie de Nages, et qui s'est a|)pelée jadis' 
Aramianurn. M. Hubert Rouger suit les destinées de la localité 
durant tout le moyen âge et les temps modernes jusqu'en 1789, à 
l'aide des archives municipales de Calvisson. J'ai eu moi-même l'oc- 
casion de visiter ces archives. Elles sont fort riches : toute une 
bourgade rurale de notre Languedoc y revit. Calvisson fut célèjjre 
au temps de Philippe le Bel par la seigneurie du fameux Nogaret, 
au temps des Camisards, par Cavalier. 

2» La Caverne de VAdaouste, par J. et C. Cotte. Paris, 1917, in-8° 
de .'iO p. — Découverte de nombreux éléments néolithiques, en par- 
ticulier de produits organiques ou inorganiques se rattachant à la 
teinturerie, kermès, ocre, guesde. Par suite, très précieuse contri- 
bution à la chimie industrielle des temps néolithiques. 

3° De la part de M. Raoul Monlandon, une brochure intitulée : 
Bibliographie générale des travaux palethnologiques et archéolo- 
giques du canton de Genève (Genève, 1917, in-B"). L'Académie con- 
naît déjà les travaux bibliographiques de M. Raoul Montandon. 
Voici, de lui, un nouveau répertoire, dont on ne peut répéter que 

le bien dit du précédent : Bibliographie des travaux du canton de 

Genève et régions voisines . 

M. Clermont-Ganne.\u a la parole pour deux hommages : 

1° « J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie de la part de l'auteur, 
M. Cowley, bibliothécaire de la Bodleian Library, le savant hébraï- 
sant qui est au premier rang des orientalistes anglais, un ouvrage 
en deux volumes intitulé : The Samaritan Liturgy ' . C'est une œuvre 
considérable qui a coûté à l'auteur de longues années de recherches 
et de travail. Il a relevé ou déchiffré et transcrit en caractères 
hébraïques courants, et commenté tous les manuscrits rentrant dans 
son sujet qui se trouvent dispersés dans les principales bibliothèques 
et collections publiques : au Vatican, au British Muséum, à Oxford, 
Manchester, Paris, Berlin, Gotha, etc. La matière première ainsi 
recueillie, et élaborée avec une rare érudition, forme une masse impo- 
sante de 880 pages d'impression compacte de textes originaux. 
Elle constitue le second volume. C'est un véritable Corpus liturgi- 
cum comprenant les hymnes, prières, oraisons, etc., employées dans 
les divers offices et cérémonies. Le premier volume est consacré 
tout entier à une introduction des plus remarquables, où l'auteur 
expose et discute les principales questions d'ordre philologique, 

t. Oxford, at the Glarendon Press, 1909 ; xcix-879 pp. in-8», 



LIVRES OFFERTS 117 

histori<(ue et religieux soulevées par l'étude approfondie de ces 
documents rendus ainsi accessibles à la critique scientifique. 

« J'y signalerai surtout les pages magistrales où M. Cowley 
recherche et fixe avec précision les phases par lesquelles a passé, 
au cours des siècles, la langue écrite des Samaritains: 

2° « J'ai l'honneur d'offrir encore, de la part de M. Vassel, un article 
de lui, extrait de la Revue Tunisienne et intitulé : L'inscription des 
Ethniques. Dans ce mémoire, l'auteur essaie de reconstituer l'en- 
semble d'nne grande inscription latine dont les fragments, au 
nombre de treize ou quatorze, ont été successivement découverts à 
Carthage, à plusieurs années d'intervalle. Elle contient la liste des 
noms de nombreuses localités de la province d'Afrique, représen- 
tées par leurs ethniques correspondants. M, Vassel incline à croire 
qu'il s'agit d'un édit impérial, peut-être de Théodose le Grand, 
modifiant le régime de l'annone dans la province d'Afrique et 
réglant les redevances des différentes villes de cette province. » 



Le Gérant, A. Pic.\rd, 



MAÇON. PHOTAT KRFKES, IMPRIMCUHS. 



; \ 



J 



' COMPTES RENDUS DES SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 

SÉANCE DU 1^' MARS 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. le comte de Castellane, dans une lettre qu'il adresse au 
Secrétaire perpétuel, remercie l'Académie de lui avoir fait l'hon- 
neur de lui attribuer le prix Duchalais. Il lui a semblé qu'au 
milieu des souirrances présentes, la somme de mille francs atta- 
chée au prix de numismatique ne pouvait être mieux employée 
qu'en la consacrant au soulagement de nos pauvres blessés. Il 
met donc cette somme à la disposition de l'Académie en faveur 
de l'hôpital militaire entretenu par l'Institut de France. 

M. le comte K.ue Lasteyrie a adressé au Secrktaire perpétuel, 
qui en donne lecture, la lettre suivante : 

« Le Saillant (Corrèze), 28 février 1918. 
« Mon cher Secrétaire perpétuel, 

« Vous m'avez fait envoyer une délibération de la Commission 
des Antiquités de Seine-ét-Oise protestant contre le nom de 
gothique appliqué à l'architecture du xni'' siècle et demandant 
à l'Académie son opinion sur l'opportunité qu'il y aurait à subsli- 



\2'2 SÉANCE DU 1" MAUS I <) I S 

lucr un aulre vocable à celui-là. La question n'est pas nouyelle, 
etj'y ai suffisamment réiléchi depuis le jour o j 'ai commencé à 
professer l'archéologie du moyen âge pour n'être pas embarrassé 
d'y répondre. Je regrette seulement que l'hiver, assez rig-ourelix 
cette année, et la dilTiculté croissante des communications ne me 
permettent pas de faire en ce moment le voyage de Paris, car 
j'aurais été heureux d'exposer en détail à l'Académie les raisons 
qui doivent, à mon avis, l'empêcher d'adhérer à la délibération 
qui lui est soumise. Ces raisons peuvent se résumer ainsi : 

<( L'Académie ne saurait approuver la Commission des Anti- 
quités de Seine-et-Oise de se prononcer pour la suppression du 
terme gothique, avant de savoir comment on le remplacera. 

« Cette épithète, d'ailleurs, ne mérite pas les critiques qu'on lui 
a adressées. La principale est qu'elle semble attribuer aux Goths 
l'invention de l'architecture ainsi dénommée. Mais cette objec- 
tion a peu de valeur, car tout le monde sait que. depuis long- 
temps, le terme gothique a pris dans notre langue le sens de 
vieux, de passé de mode. C'est dans cette acception que Boileau 
l'a employé en parlant des idylles gothiques de Ronsard, et per- 
sonne ne lui a jamais reproché cette expression sous prétexte 
qu'elle pourrait donner à croire que ces idylles étaient écrites 
dans la langue des Goths. 

« Le mot est aujourd'hui compris de tout le monde, il a conquis 
droit de cité dans toutes les langues savantes de l'Europe. Il est 
d'un usage courant en anglais, en allemand, en italien. Il a été 
employé par nos meilleurs écrivains, Mérimée, Vitet, Viollet-le- 
Duc, Quicherat. Il n'y a aucune bonne raison pour ne pas contii,- 
nuer à faire comme eux. 

« J'ai développé ces idées il y a quelque vingt-trois ans dans 
un article du Bulletin monumental, qui reçut l'adhésion des 
meilleurs archéologues de l'époque. Malheureusement il fut peu 
répandu et il semble un peu oublié aujourd'hui. Je vous en 
envoie un des rares exemplaires que je possède, et je viendrai 
volontiers vers la fin de mars en discuter les conclusions devant 
l'Académie. Si elle les approuve, je m'offre à les reprendre sous 
forme de rapport ou de communication, qui pourrait être inséré, 
si mes confrères le jugent à propos, dans un de nos recueils. 

« En attendant, je vous adresse cette lettre dont vous ferez tel 



UN PETIT l'ROiSLKME JjE iJlTÉIlATLhE COMPAKÉE l23 

usage que vous voudrez, el je vous prie d'agréer, mon cher 
confrère, Texpression de mes sentiments les plus dévoués. 

« R. DE Lasteyrie. » 

Sous ce titre : « Un petit problème de littérature comparée », 
M.Louis Léger lit une notice surunsonnet fort admiré du poète 
espagnol Quevedo, dont il a retrouvé la reproduction intégrale 
dans les œuvres d'un poète polonais mort en 1580, Szarzjnski . 
M. Léger conclut de ce rapprochement que les deux poètes ont 
dû tous deux imiter un archétype commun. Cet archétype, il l'a 
retrouvé dans les poésies latines de l'italien Vitalis ou ^'itali 
qui fut également connu en Espagne et eu Pologne'. 

M. Théodore Reinach présente une observation. 

Le Président annonce à l'Académie que le Comité du « Journal 
des Savants » a élu comme membre M. Cordieu en remplacement 
de M. Chavannes, décédé. 

M. Antoine Thomas entretient l'Académie de l'origine de l'ex- 
pression " Maître Aliboron », employée par La F'ontaine après 
bien d'autres. U montre que le mol Aliboron paraît être une défor- 
mation du mot Ellehoron, nom d'une plante bien connue dont un 
glossateur de Marcianus Capella a fait un maître philosophe ; 
confusion qui a fait fortune. 

MM. Léger, Théodore Reinach et Dlrrieu présentent quelques 
observations. 



COMMUNICATIONS 



UN PETIT PRQlîLÈ.ME DE LITTÉRATURE COMPARÉE, 
PAR M. LOUIS LÉGER, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

J'ai eu, il y a bien des années, roccasion de m'occuper 
de littérature espagnole. En lisant la traduction française 
de l'histoire de cette littérature par l'Allemand Bouterweck, 
j'y ai remarqué un sonnet du poète Quevedo dont ie crois 

1. Voir ci-après. 



I^t IN PETIT l'ROliLKMK DK 1,1 l' lÉKA ruUK (OIMl'AKÉE 

devoir reproduire ici la Iraduclion telle (ju'elle se trouve 
dans Tédition française de Bouterweck : 

« Tu cherches Rome dans Rome, à voyageur. C'est son 
cadavre que te montrent ces murailles, et le mont Aventin 
renferme son tombeau. 

(( Le mont Palatin s'élève encore où elle régna jadis et 
cache dans son sein des médailles rongées par le temps: 
monuments du ravage des siècles plus que de la gloire des 
Latins. 

(( Le Tibre seul lui reste, et ses eaux, qui la baignaient 
quand elle était une cité, aujourd'hui qu'elle est une tombe, 
semblent la pleurer par leur murmure plaintif. Rome ! 
de toute ta grandeur, de toute ta beauté tu as perdu ce qui 
était permanent et solide, et ce qui fuit toujours t'est seul 
demeuré fidèle ^ » 

Ce sonnet m'avait frapj)é par son allure héroïque, sa 
grandiloquence, et je me plaisais, comme Boutervs'eck, à 
y voir une production caractéristique du génie espagnol. 
Grande fut ma surprise lorsque tout récemment, en par- 
courant les œuvres d'un poète polonais de la Renaissance, 
Nicolas Sep Szarzynski, j'y rencontrai un morceau de qua- 
torze vers intitulé : Epitaphe de Rome. Ce morceau était 
absolument identique au sonnet de Quevedo. Une question 
se posa aussitôt. Lequel des deux poètes s'était inspiré de 
l'autre? Quevedo était né en 1580 et mourut en 1645 ; Sep 
Szarzynski, sur la vie duquel on sait d'ailleurs peu de 
chose, était mort en 1581. Les œuvres poétiques de Que- 
vedo ont été imprimées pour Ta première fois en 1648, 
celles de Sep Szarzynski en 1601. 11 est donc mathémati- 
quement impossible d'admettre que l'un des deux poètes se 
soit inspiré de l'autre. On doit nécessairement supposer 
qu'ils se sont tous les deux inspirés d'un modèle commun . 
Quel était cet archétype? Les éditions des classiques polo- 

i. Bouterweck, édition française. Paris, 1812, t. II, p. 127. 



UN PETIT PROBLÈME DE LITTÉRATUKE COMPARÉE J2o 

nais de rAcadémie de Cracovie ne donnent, en général, 
que des textes nus'. Par bonheur l'éditeur de Sep- Szar- 
zinski a fait une exception pour le morceau qui nous 
intéresse. Il nous dit : 

« Ce morceau accompag'né du texte original est donné par 
Wargocki dans son ouvrage sur la Rome païenne et chré- 
tienne avec l'original latin de Vitalis. » Je n'ai pu me pro- 
curer le texte de Wargocki. Ce Vitalis ne ligure pas dans 
nos répertoires biographiques. J'ai pu découvrir ses œuvres 
grâce à une indication de Brunet. Elles figurent au t. II 
des Delitise Italorum poetarum publié à Francfort en 1608 
par les soins de Uanutius Gherus (ce nom est le pseudo- 
nyme du fameux philologue Jean Gruter), p. 1122. 

La pièce est en distiques. Je n'en citerai que le premier 
et le dernier. 

Qui Roma in média quaeris, noviis advena, l^omam 
Et Roniîp in Roma nil reperis melius, 

Disce hinc quid possit Fortuna : immola labescunt. 
Et quse perpetuo sunt agilata manent. 

L'édition que j'ai sous la main est un Corpus qui repro- 
duit certainement un texte antérieur dont je n'ai pas connais- 
sance et qui avait été sous les yeux du poète polonais . 
Ce texte était évidemment celui de l'édition d'Anvers ou 
de celle de Venise, publiées toutes deux en 1557. 

Tout est dans tout, disait un pédagogue dont les méthodes 
furent jadis à la mode. Les historiens de la littérature 
espagnole ne se doutent guère que l'édition d'un poète 
polonais donnerait lieu d'identifier et d'apprécier à sa juste 
valeur un petit morceau qui est considéré jusqu'ici comme 
l'un des joyaux de leur littérature. Après avoir remis en 
lumière pour un instant la figure du poète Vitali, me sera- 

1. Ainsi l-cdition do Sep Szarzynski renferme par exemple un poème 
traduit de Catulle dont r()rii;ine n'est pas identifiée. 



126 SKANCE IJU 8 MARS 1918 ^ 

t-il permis de regretter l'oubli où sont tombés ces poètes 
latins qui faisaient naguère les délices de nos pères et dont 
quelques-uns avaient bien du talent ? 



SÉANCE DU 8 MARS 



PRÉSIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. C. JuLUAN annonce à rAcadômie que M. le lieutenant 
Picard et M. le major Dubreuil-Ghambardei ont exploré, dans 
le canton de Vitfel (Vos^'es), un cimetière mérovingien où ils ont 
trouvé une trentaine de sépultures, el signale l'importance de 
ces découvertes pour l'histoire de la région. 

M. le comte Durrieu communique à l'Académie la photographie 
d'une très curieuse miniature allégorique, jadis signalée d'une 
manière incidente par le baron Kevvyn de Lettenhove dans le 
tome XV de son édition des Œuvres de Froissarf, et qui formé 
le frontispice d'un manuscrit de la fin du xiv" siècle conservé à 
Londres, au Musée Britannique (Ms. Royal 20. B. VI). De l'étude 
critique du volume qui la renferme, tant au point de vue de son 
contenu, que sous le rapport du caractère artistique de ses pein- 
tures, M. Durrieu se croit autorisé à pouvoir conclure que la 
miniature en question a été certainement exécutée à Paris, et 
dans la seconde moitié de l'année 1395. Elle orne une épître en 
français adressée, sous le nom d'emprunt de : « un vieux solitaire 
des Célestins de Paris », par Philippe de Mézières, l'homme 
d'État et littérateur bien connu, au roi d'Angleterre Richard II, 
pour pousser ce souverain à s'allier à la France, avec l'arrière- 
pensée que cette alliance de la France et de TAngleterre devra 
servir à délivrer Jérusalem et la Terre sainte du joug des Musul- 
mans. 

On voit, dans cette peinture, ce qui correspondait, au xiv'= 
siècle, à nos modernes drapeaux nationaux, c'est-à-dire les cou- 
leurs héraldiques des deux pays, bleu fleurdelysé d'or pour la 
France, et rouge couvert d'un semis de figures de léopards d'or 



SÉANCE DU 8 MARS 1918 127 

pour l'AngleLerre, fraternellement juxtaposées sous le couverl 
d'un monogramme du Christ, tandis qu'à la partie supérieure de 
la composition les couronnes royales de France et d'Angleterre 
sont unies l'une à l'auti-e par des rayons d'or qui s'échappent 
d'une couronne d'épines, rappelant la Passion du Christ à Jéru- 
salem. 

Vieille de plus de cinq siècles, cette miniature d'un manuscrit, 
jadis fait à Paris en vue d'être envoyé en Angleterre, est mainte- 
nant quelque chose de plus, semble-t-il, qu'un simple souvenir 
historique. Il se trouve que les événements contemporains, et 
en particulier la prise récente de Jérusalem par un corps de 
troupes anglaises, avec lesquelles marchait aussi un contingent 
français, lui donnent en quelque sorte un caractère de symbole 
prophétique, qui est devenu d'actualité pour nous. 

M. JuLLiAN communique une note de M. Fabia, coi^espondant 
de l'Académie, professeur à l'Université de Lyon, sur Fourvière 
en 1493, d'après le cadastre consulaire de cette date, le plus 
ancien état complet des lieux que nous connaissions. Il nous 
montre la colline, autour de l'église construite vers la fin du 
XII'' siècle, couverte presque en totalité de vignes, qui forment 
des territoires ou tènements dont les noms, pour la plupart, ne 
rappellent aucun souvenir antique et sont tombés dans l'oubli, 
tandis que les chemins qui les desservaient, et qui sans nul 
doute avaient de tout temps desservi la colline, sont devenus les 
rues actuelles du quartier. Dans ces matrices cadastrales, il est 
fort peu question, naturellement, des ruines romaines qui sub- 
sistaient alors. Mais des sources un peu plus récentes, le plan 
scénographique de J545 et le témoignage de nos auteurs du 
XVI® siècle, Champier, Paradin, Simeoni, permettent de combler 
par approximation cette lacune *. 

Le Président consulte l'Académie sur l'opportunité de déclarer 
vacante la place de notre confrère M. Chavannes, décédé depuis 
un mois. — L'Académie se décide, par scrutin, pour la négative. 

1. Voir ci-après. 



128 

COMMUNICATION 



FOIinVIÈRE EN 1493, 
l'Ali M. l'IllI.lPPE FA15IA, CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE. 

Le grand plan scénographique de Lyon, gravé de 1545 à 
1553 ', no donne, sans compter ses inexactitudes mani- 
festes, qu'une idée assez vague de ce quêtait la colline de 
Fourvière en ce temps-là : plus haut que la montée Saint- 
Barthélémy et que la rue des Farg'es, autour de l'église et 
de son claustral, la campagne déjà dans l'enceinte de la 
ville, des tènements complantés, que des chemins séparent, 
que subdivisent des murs, des haies ou de simples traits, 
chemins, tènements et subdivisions anonymes presque 
toujours. Mais nous avons ailleurs le moyen de connaître 
avec précision l'état complet des lieux, même pour une 
époque sensiblement plus ancienne ; et c'est le premier 
état comjDlet des lieux que l'on puisse reconstituer. 

En 1493, le Consulat décide qu'une commission de huit 
membres, que « huit personnages esleuz » procéderont à 
« une vision des maisons, jardins et autres biens immeu- 
bles ». pour « donner ordre à la réfaction des papiers » 
concernant l'assiette de l'impôt, et « icelle vision rédige- 
ront par escript, afïîn de myeulx garder équalité ». La rédac- 
tion, conservée aux Archives municipales -, dans la série 
des (( nommées », mentionne le propriétaire et, au besoin, 
les (( inquilins » ou locataires de chaque parcelle avec sa 
nature, son importance et ses confronts « de soir, de matin, 

1. L'original est aux Archives municipales. La Société de topographie 
historique de Lyon l'a réédité en 1872-76. Grisard, Notice sur les plans et 
vues de la ville de Lyon, 1891, p. 25 et suiv., en a déterminé la date. Voir 
aussi Audin, Bibliographie iconographique du Lyonnais, 2» partie, p. 12. 

2. ce, nommées ou dénombrements des biens meubles et immeubles 
possédés par les habitants de Lyon, 1493, vol. 4-12 et 221. 



FOUKVIÈRE EN 1493 129 

de bise et de vent » . L'inventaire des Archives en contient 
une analyse et des extraits • ; elle a été utilisée pleinement 
par Benoît Vermorel pour établir son plan topog-raphique 
et historique de Lyon, œuvre trop peu connue, considérable 
et précieuse, restée malheureusement imparfaite et inédite -. 
En général. Vermorel remonte même au delà de 1493, 
jusqu'à 1350, grâce aux registres terriers. Mais cette 
source manque pour la région de Fourvière. 

L'étranger qui se rend aujourd'hui à Fourvière, s'il est 
assez curieux et s'il a du loisir assez pour donner attention, 
non pas seulement à la beauté du panorama et aux 
richesses de la basilique, mais à l'ensemble du quartier, 
constatant que les établissements religieux ou hospitaliers, 
l'im et l'autre le plus souvent, couvrent presque toute la 
surface de la colline, se figure aisément qu'il en fut toujours 
ainsi, que cette colline des martyrs devint et resta la colline 
de la prière et de la souffrance. Or la vérité, au contraire, 
est que les couvents n'ont pas entamé Fourvière avant le 
xvi*^ siècle. Alors les Minimes s'établissent largement sur 
la pente orientale 3. Au xv!!*" siècle. Lazaristes, Recollets, 
Bénédictines, Visitandines, Ursulines et autres achèvent ou 
peu s'en faut la conquête de ce versant. Au xix*^ seulement, 
le plateau est à son tour occupé en très grande partie. 
Mais, vers la fin du xv»^, tout est profane à Fourvière, 
hormis l'église, construite au xii*' siècle ^, avec ses maisons 

1. Inventaire sommaire des Archives communales antérieures à .1790, 
vol. II. p. 6 et suiv. 

2. Voir Journal des Savants, 1917, p. 461 et suiv.; cf. Revue critique, 
12 juillet 1870, p. 31 : Renan, Topographie chrétienne de Lyon, dans Lyon- 
Revue, 1S81, p. 328 et suiv. 

3. Sur toute cette invasion, voir Vachet, Les couvents de Lyon, 1895; 
.T.-B. Martin, Les églises et chapelles de Lyon, 1908-1909. Pour ce qui est 
antérieur au xix° siècle, on trouve un aperçu commode dans Cocliard, 
Description historique de Lyon, 1817, p. 221 et suiv.: 268 et suiv. — Au 
xv!*» siècle, les Capucins avaient entamé le versant nord, suivis au xvn' 
par les Carmes déchaussés ; Cochard, p. 221 . 

4. Voir E. L(ongin}, Recherches sur Fourvière, 1900. Contrairement à 



130 FOtIHVIÈRE KN 1493 

canoniales, et quelques recluseries, Sainte-Marg-uerite, la 
Magdeleine, Saint-BarLliéleniy '. L'église est dédiée à 
Noti'e-Dame et à saint Thomas de Gantorbéry, martyr 
exotique, mais récent. Bizarre négligence de la cité chré- 
tienne envers les gloires de son passé '•. Aucun monument 
ne commémore, à Fourvière ou ailleurs, saint Pothin et 
sainte Blandine. Saint Irénée a son église, mais hors de la 
ville ''\ après la porte des Farges, dans le bourg de Saint- 
Just, sur une éminence que les vieilles chartes appellent 
Mous petrosus et Mous sancius ''. Notre montagne sainte, 
au moyen âge, c'est la colline, non de Fourvière, mais de 
Saint-Irénée. 

Dans les registres des « nommées » de 1493, une main 
naïvement dessinée en marge indique du geste Fen-tête de 
chaque procès-verbal. Seule parmi toutes ces mains indi- 
catrices, celle qui marque le début de l'enquête sur le quar- 
tier de Fourvière ^ e!st accompagnée d'une grappe de raisin 
avec son pampre. L'intention ne semble point douteuse. 
En eiîet, à part quelques jardins, quelques terres à froment 
et quelques habitations rurales isolées dans les cultures, les 



l'opiaion commune, rauteur, qui a ûLudié la question de très près, ne croit 
pas à l'existence antérieure d'une chapelle de la Vierge sur le même 
emplacement. 

1. Voir Guigne, Les recluseries de Lyon, 1887, p. 3. Celles de la Magde- 
leine (au sommet du Gourguillon) et de Saint-Barthélémy (près de la porte 
Confort, à l'angle des montées actuelles de Saint-Barthélémy et des 
Carmes déchaussés) sont mentionnées dans les « nommées » de 1493. Le 
4 septembre 1470, le Consulat autorise Jean de Cosles, dit Abraham, à 
occuper comme reclus un « membre » de la tour Sainte -Marguerite (sur 
les remparts, entre la porte des Farges et Pierre Seize). (Arch. mun., BB, 
15, folio 117 recto 

2. Voir l'explication de Renan, oui\ cité. 

3. Et de même Saint-Just. L'église actuelle, intra miiros, est du 
xvii" siècle. 

4. Voir Paradin, Mémoires de l'histoire de Lyon, 1573, p. 259. Cf. Meynis, 
La Montagne sainte. Mémorial de la confrérie des Saints Martyrs; Lyon, 
1880.. 

5. GC, nommées, etc., vol. 5, f. 66 verso, 



FOURVIltRE EN 1493 131 

commissaires ne dénombrent que des vignes, non seule- 
ment sur le « plat » et sur la pente « que le soleil levant 
regarde toujours en face * », mais jusque sur le versant plus 
froid de Pierre-Scize. Fourvière, en 1493, pourrait s'appeler 
la colline des vignes '-. Maintenant elles ont à peu près 
disparu pour faire place à des bâtiments, à d'autres cultures 
surtout et à des pelouses ou bosquets. Mais elles prospé- 
raient et prédominaient encore vers la fin du xv!!!*" siècle, 
comme on peut le voir en examinant aux Archives munici- 
pales un plan manuscrit, t^ peine connu, de Fourvière en 
1767 '\ lequel est au grand plan géométral de Séraucourt '% 
un peu plus ancien (1735), ce que la carte dressée avec les 
« nommées » de 1493 est au plan scénographique de 1545, 
je veux dire beaucoup plus précis, beaucoup plus riche en 
données onomastiques ■^. 

Quant au réseau des chemins qui desservaient la colline 
en 1493, il n'a subi, dans son ensemble, aucune modifica- 
tion essentielle. La plupart de ces voies ont même gardé 
leur étroitesse et leur sinuosité, Tune à peine élargie, l'autre 
à peine rectifiée, çà et là, par quelques reculements d'époque 
toute récente. La rue principale, qui traverse le plateau du 
Nord au Sud, de l'église aux remparts, la rue du Juge-de- 
Paix — appellation sans à propos, trop moderne pour un 
quartier si vieux — , se nomme en 1493 « chemin tendant 
du plat de Forvière aux Arcs et murs de la ville », ou plus 
brièvement « chemin tendant des Arcs à Forvière ». La rue 
des Quatre-Vents, qui s'y embranche à droite, quand on 
vient de l'église, avant les Arcs — les arcs encore debout de 
l'aqueduc romain — est, de son nom le plus complet, « le 

1. Sénèque, Lad. in Claudium, VI : « Ouem Phoebus ortu semper 
obverso videt. » 

2. Si ce n'est que le coteau de Saint-Sébastien pourrait lui disputer ce 
nom. Cf. Menestrier, Élofje historique de la ville de Lyon, 1069, p. 18. 

3. Il est signé : Chavallard fecit anno domino (sic) ^767. 

4. Voir Audin, oiiv. cité, p. 27. 

D, Je me propose d'en' reparler ailleurs. 



132 FOUUVIÈUE K^ 1 ID'l 

chemin traversant du chemin des Arcs par dedans les vignes 
à la tour Sainte-Marguerite » ; la rue Cléberg — dans ces 
para«'es le Bon Allemand nous semble aussi dépaysé que le 
juge de paix — , la rue Cléberg, qui s'en détache à gauche, 
non loin de l'église, le « chemin tendant de la croix de 
Colle au chemin des Arcs » ; la montée de Fourvière, qui 
conduit de cette rue à l'église, « le chemin tendant de la 
croix de Colle à Forvière ». La montée des Anges, l'inter- 
minable escalier ou « ruelle à talons >:, qui, l'église dépassée, 
prolonge au Nord, vers la Saône, la rue du Juge-de-Paix, 
est « la ruelle tendant de Forvière à la porte Confort » ; le 
chemin de Montauban, qui, horizontalement ou presque, 
coupe à mi-coteau le versant septentrional, « le chemin 
tirant de la porte Confort à Pierre Seize » '. La rue des 
Farges et la montée Saint-Barthélem}- ont déjà leurs noms 
actuels, mais sont comprises parfois, avec le chemin qui 
les raccorde à travers le champ de Colle — aujourd'hui la 
rue de l'Antiquaille et la place des Minimes — sous le nom 
unique de « rue tirant de la porte de Rieu à Saint-Just ». 
La montée du Gourguillon est, dans sa partie haute, la 
rue de Beauregard 2, 

Le Gourguillon — son nom est latin -^ —, la rue des 
Farges, la montée Saint-Barthélémy, la rue Cléberg, la rue 
du Juge-de-Paix, non seulement existaient, mais étaient 
beaucoup plus que millénaires en 1493. Toutes les fois que 
les travaux de voirie obligent à y remuer le sous-sol, on y 
retrouve, en blocs énormes, le granit du dallage romain. 
Et si les colons de Munatius Plancus ou leurs descendants 

1. Le chemin de ronde des rempai'ts méridionaux, « chemin tirant de la 
porte des Farges à la tour Sainte- Marguerite », correspond approximati- 
vement au chemin de ronde actuel, montée du Télégraphe et chemin de 
Loyasse. 

2. Ce nom est resté à une place minuscule vers le sommet de la montée. 

3. Giirgulio, <- gorge, gosier, œsophage ». Les dictionnaires et glossaires 
ne donnent aucun exemple du sens figuré « passage étroit » ; mais cf. l'ana- 
logue fauces. 



FOURVIÈRE EN 1493 433 

ont aménagé ces chemins, ce n'est pas eux, sans aucun 
doute, qui les ont tracés : la nature du terrain les a impoSiés 
aux premiers occupants. 

A la fin du xv^ siècle, tous ceux que je viens d'énumérer 
et quelques autres, qui se sont efîacés ou ne sont plus 
aujourd'hui voies publiques, divisaient la colline en « terri- 
toires » ou « tènements » : le territoire de Forvière pro- 
prement dit, autour de l'église et du cloître, sur l'emplace- 
ment et aux abords du forum velus ; sur le versant oriental, 
en allant du Nord au Sud, les territoires des Ouvreurs, du 
champ de Colle — ou tènement de la croix de Colle ^ — , 
des Belettes ; sur le versant septentrional, le territoire de 
Chantagrillet ; sur la moitié méridionale du « plat de For- 
vière », le g'rand tènement de la Couppe, qui était alors aux 
Bellièvre -, lesquels le possédaient encore et sous le même 
nom en 1586 ^, mais devint plus tard et resta jusque vers 
le milieu du xix*^ siècle le domaine de la Sarra ; il corres- 
pondait pour le moins au champ de manœuvre et au clos 
du Calvaire actuels. On aura remarqué que la plupart de ces 
noms ne réveillent aucun souvenir antique et que la topo- 
nymie moderne les a laissés tomber dans l'oubli. 

En fait de souvenirs antiques, les matrices consulaires de 
1493 sont une source fort pauvre. Elles ne mentionnent 
d'autres ruines romaines que celles de l'aqueduc du Gier, 
les « Arcs », à l'extrémité sud du plateau, et le « Cappot ^ », 
le réservoir de distribution, à l'extrémité nord, non loin de 
l'église, exactement à l'angle de la place et de la montée 

1. Les graphies de ce nom sont multiples : Cole, Colle, Coille, Escolle 
Escoille, etc. On sait que de la croix de Colle (ou de la colline) la fantaisie 
des vieux auteurs lyonnais avait fait la croix des Décollés, des décapités, 
des martyrs, comme elle avait fait du Gourguillon le torrent du sang- de 
ces martyrs, gurcjes sanguinis. 

2. ce, 5, f. 76 recto. 

3. ce, 47, pièce 2, f. 38 verso. 

4. Voir Archives historiques el slalisliques du Rhône, \'II, p. 217 et 
suiv. 



13i roLRViÈRi: liis 1493 

des Anges. Est-ce à dire que ce fussent alors les seuls 
restes apparents de Lugudunum? Pas le moins du monde. 
Sans doute, beaucoup de vestiges se dissimulaient alors 
sous les vignes, par exemple, ceux de ramphitliéâtre, 
exhumés de nos jours, en 4887 i ; et le saccage qui avait 
suivi la catastrophe, qui durait depuis des siècles, exploi- 
tant, comme une véritable et inépuisable carrière, les débris 
de la ville haute au profit de la ville basse '^ Lugudunum 
au profit de Lyon, en avait déjà fait disparaître beaucoup 
d'autres, par exemple toute la maçonnerie extérieure de 
cet amphithéâtre. Néanmoins il restait, à coup sûr, en 
1493, bien d'autres vestiges visi-bles, que les enquêteurs 
ont vus, mais n'ont pas mentionnés, parce que ce n'était 
point leur affaire ; ils ne parcouraient pas la montagne afin 
d'inventorier des ruines. 

1. Par M. Lafon, professeur à la Faculté des sciences ; voir son étude, 
Vamphithèàlre de Fourvière, dans Revue du Lyonnais, b" série, vol. 
XXIII, p. 353. 

2. Par exemple, dans la charte de 1192 (voir E. L(Dngin), oiiv. cité, p. 86), 
où ils concèdent un emplacement pour l'église de Fourvière et ses dépen- 
dances, l'archevêque et le chapitre de Saint-Jean réservent pour la prima- 
tiale tous les marbres et tous les choins qui proviendront de fouilles ou 
excavations sur cet emplacement. Il y a une bonne part de vérité dans 
laffirmation de Symphorien Champier [Histoire des Antiquités de la ville 
de Lyon, édition de 1648, p. 7 et 9) que cette primatiale Saint-Jean a été 
construite avec les pierres d'un temple qui était en la montagne de Four- 
vière. Cf. Colonia, Histoire littéraire de la ville de Lyon, 1728, I, p. 175 ; 
Guigue, Monographie de la cathédrale de Lyon, p. 5 et suiv. — L'œuvre 
des ponts du Rhône et de la Saône mit aussi Fourvière et ses entours à 
contribution. De 1432 à 1442, Nicolas Fornier, l'un des commis « es absolu- 
tions » de ces deux ponts, enregistre des paiements faits à divers poUr des 
pierres de choin amenées, les unes delà tour Sainte-Marguerite jusques 
auprès de la Saône, les autres d'un jardin situé vers le tombeau des Deux 
Amants au pont du Rhône (Arch. mun., GC, 396, pièces 61 et suiv.. 
Inventaire sommaire, III, p. 21). Certains de ces débris antiques étaient 
visibles dans les parements du vieux pont du Change —le pont de Saône — 
(cf. Spon, Recherche des antiquités de Lyon, 1675, p. 126) : d'autres ont été 
retrouvés lors de sa démolition. On en retrouvera aussi dans la maçon- 
nerie du vieux pont de la Guillotière— le pont du Rhône —, si quelque 
jour il subit le même sort, les menaces des ingénieurs ayant prévalu contre 
la sauvegarde des archéologues. 



iOLilVlÈRE EN 1493 l3o 

Parmi les propriétés qu'ils ont recensées figure celle de 
Pierre Sala, au champ de Colle, sa maison de l'Anti- 
quaille •, dont le nom serait à lui seul assez caractéristique, 
si notre vieil historien Rubys - n'avait pris la peine de 
l'expliquer parles innombrables marques de l'antiquité qui 
couvraient cet emplacement. Les commissaires de 1493 les 
ont vues. Ils ont vu, dans le voisinag-e immédiat, au même 
champ de Colle, les ruines du théâtre, celles que les actes du 
moyen âge appellent en latin Caverna ou ff rossa massa Sar- 
racenorum, en français, (frottes des Sarrazins 3 ; celles que, 
d'après un témoin du xvi" siècle, les uns attribuaient alors 
à l'amphithéâtre, les autres au « palais de l'empereur 
Severus» ; et ce témoin, l'historien Paradin, ajoute : « Tant 
y a que ce povoit bien estre l'un et l'autre ^. » Ils ont vu le 
mur du forum, qui, de même que les ruines du théâtre, 
existe encore aujourd'hui et limitait alors, à l'angle sud-est, 
le claustral de Fourvière. Ils ont vu les arcs de soutène- 
ment du puy d'Ainay, entre la rue des Farges et la Saône; 
on les voit nettement sur le plan scénographique de 1545, 
et Ménestrier les a représentés d'après une charte du temps 
de Henri II ■'. Sur ce plan, on aperçoit en outre quelques 
autres débris probables de l'âge romain, figurés grossière- 
ment et situés vaguement, un pan de mur courbe au-dessus 

1. ce, 12, 1". 30, en marge du recto. 

2. Histoire véritable de la ville de Lyon, 1604, p. 92. Cf. Champier, His- 
toire des Antiqiiitez..., p. 7. Dans le texte latin de cet ouvrage {Galliae 
Cellicae ac antiquilatis Luydunensis civitatis... campus, 1537), l'Anti- 
quaille est appelée Antiquaria donius, cni ab antiquitate nomen indi- 
tum (p. 4). 

3. Cochard, Description historique de Lyon, p. 296; Guigue, Le livre 
d'amitié, par Pierre Sala, p. 12. 

4. Mémoires de Vhistoire de Lyon, 1573, p. 14. 

5. Histoire civile ou consulaire de la ville de Lyon, 1696, p. 35. Il y a aux 
Archives municipales, dans les notes non classées de Benoît \'ermorel, un 
dossier du puy d'Esnay, extraits de documents qui vont de 137S à 1593. 
Voir aussi dans le Cartulaire lyonnais de Guigue. vol. II, p. 500, la charte 
n° 795, de 1284. Dans la Revue critique du 12 juillet 1879, p. 30, le puy 
d'Ainay est identifié par erreur avec la colline de Saint-Irénée. 



136 POURVIÉKË EN 1493 

(lu Ihéâtre, un mur recliligne faisant deux angles droits 
avec deux pans de mur entre le forum et le théâtre. Para- 
din, lui aussi, a connu tout cela : les ruines qu'il a connues 
ne sont pas seulement celles que nous attribuons au théâtre, 
le théâtre n'en formait que la masse principale, puisqu'il 
les appelle (* ces admirables masures et vieilles murailles 
qui sont vers la croix de Colle et s'estendent par tout For- 
vière ' », ou bien « ces antiques masures d'admirable 
estoife et structure qui s'estendent par toutes les vignes de 
ceste montagne - ». Son contemporain Simeoni ^ a vu, de 
même, autre chose qu'« une partie du théâtre » — il ne dit 
pas de l'amphithéâtre — « à la vigne de Barondeo ^ » ; il a 
vu des « voûtes par-dessous terre, fondemens hauts et de 
merveilleuse grandeur, les reliques de ces poures » — 
pauvres — " mirables aqueducs, avec autres édifices, 
comme le palais senatorien ou de Sévère » — il distingue 
le palais du théâtre — . 11 a vu, enfin, une foule de vestiges 
moindres que les enquêteurs de 4493 virent également, 
« certaines piecetes de tviiles consumez, de vases et statues 
brisées, de couches de terre cuite, de porfires, serpentins, 
alabastres, marbre, mosaïcs. . . » 

Ils virent, autant du moins qu'elles émergeaient du sol, 
ces « enseignes » de la ville disparue, « la plus grande part 
de laquelle estoit sur cette plaine de Forvière >' » ; mais ils 
laissèrent, comme de juste, à d'autres le soin de nous mon- 
trer le passé. Nous leur devons, par contre, la « vision» 

1. Ouvr. cité, p. 270. 

2. P. 255. 

3. Description de la Limiigne d'Auvergne, traduite de l'italien en fran- 
çais parChappuys, Lyon, 1561, p. 8. 

4. Cf. Paradin. p. 14 : « Plusieurs ont dict que celui » (lamphithéàtre) 
« de Lyon estoit en Forvière, près la croix de Colle, où encore se voycnt 
de grandes apparences d'un grand oeuvre et merveilleuses brisées et 
vestiges d'un somptueux bastiment, qui est maintenant la vigne des Baron- 
deaulx... » C'est là que les Minimes vinrent s'établir justement vers cette 
époque. 

5. Simeoni, ibid. 



LIVRES OFFERTS j 37 

détaillée du présent, dun présent voisin de celui que 
Siméoni résume en quelques mots: « Ici... où je ne voy 
que champs, arbres, prez, vignes, il me semble que je suis 
loing de Lyon cent lieues. » 



LIVRES OPTERTS 



Le Secrétaiiie perpétuel présente de la part de M"'- 1). Menant un 
opuscule intitulé : » Dastur Bahman Kaikobad and the Kisseh-i-San- 
jan», par Jivanji Jamshedji Modi. B.A.Ph.D. (1917): 

« Ce volume contient le très intéressant historique de l'érection 
du monument élevé dans la plaine de Sanjan en souvenir du débar- 
quement des Zoroastriens de Perse sur la côte du Guzerate au viii'^ 
siècle de notre èi'e. En 1909, à la suite d'un article de M. D. Menant 
paru dans la Revue du Monde musulman, où étaient discutées les 
traditions relatives à cet événement, le savant Ervad J.J.Modi, 
secrétaire du Panchayet Parsi, répondit à un appel discrètemens 
formulé dans cet article, et fut suivi par Sir Jamshedji Jijibhai et les 
membres les plus influents de la communauté. Un comité fut formé, 
et des souscriptions furent recueillies, pour élever une colonne au 
lieu présumé du débarquement des Zoroastriens de Perse. Présumé, 
parce qu'il s'éleva entre les savants de la Communauté, au sujet de 
ce lieu, une discussion qui produisit un échange de vues ingénieuses 
et la réponse de M. Modi, qui fait l'objet de ce mémoire. Cette 
réponse discute la véracité de la tradition qui a toujours assigné 
Sanjan comme le lieu de débarquement d'une bande de Zoroastriens 
fuyant la domination de l'Islam, et l'authenticité du poème persan du 
x\^ siècle qui l'a conservée. » 

M. Henri Cordier a la parole pour un hommage : 

« Au nom de l'auteur, M. George Foucart, j'ai l'honneur de pré- 
senter à l'Académie une conférence qu'il a faite le 25 janvier 1916, 
sur V Ethnologie africaine et ses récents problèmes, la première d'une 
série inaugurée sous la présidence du prince Ahmed Fouad à la 
Société Sultanieh de Géographie du Caire. M. Foucart fait ressortir 
au point de vue de la solution des questions africaines, l'importance 
capitale de l'ethnologie à la, suite de la conquête géographique du 

1918 ■ 10 



138 SÉAÎSCE DU Vô MARS 1918 

g-rand conlineiiL noir ; uiu' pretnirre lâche consiste en la délimiUlion 
prélimiuairo des problèmes dont la solulioii est accessible au moyen 
des ressources mises à notre disposition immédiate, ou au moyen de 
celles (pu peuvent nous être fournies en quelques années. L'ethno- 
logie est un travail préparatoire de l'histoire; elle est Tauxiliaire 
nécessaire de l'archéologie. M. Foucart ne désire pas tracer un pro- 
gramme c'énéral. mais il cherche à attirer l'attention sur ce qui se 
rattache aux études du monde africain et de ses civilisations et, en 
particulier, de l'Afrique du Nord et des régions limitrophes telles 
t(ue le Soudan français. Les idées émises par l'auteur ont été maintes 
fois défendues par moi : il est évident que l'ethnologie n"a pas en 
France la ])lace (ju'elle occupe légitimement dans les pays voisins. » 

M. Camille Jullian présente de la partr tle l'auteur, M. J. Mathorez, 
une brochure intitulée : Notes sur lea Italiens en France, du XIII'' 
siècle Jusqu'au règne de Charles F//i (Paris, 1918, in-8"). 

M. C. JuLLiAN offre ensuite, de la part de M. Emile Cartailhac, 
correspondant de l'Académie, une déclaration qu'il adresse, au nom 
de la Société archéologique du Î^Iidi delà France, aux chefs de 
l'armée alliée et à leurs vaillants soldats, conquérants de Jérusalem. 



SÉANCE DU 15 MARS 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSK. 

A propos de la communication faite à la dernière séance par 
M. le comte Durrieu, M. le comte François de Laborde suggère 
que la composition initiale du manuscrit de Philippe de 
Mézières a pu lui être inspirée par le souvenir de la grandiose 
apostrophe adressée à la Couronne d'épines et à la couronne 
de France par Charles V à ses derniers moments, apostrophe 
dont les termes ont été rapportés dans le récit de la mort du roi 
retrouvé et publié par M. Hauréau. La présence de Philippe de 
Mézières dans la chambre du roi mourant est prouvée par la 
signature qu'il a apposée comme témoin oculaire au procès- 
verbal notarié des déclarations faites alors par Charles V sur 
son attitude dans l'affaire du Schisme. 



SÉANCE DU 15 MARS 1918 139 

M. Babelon lit un mémoire de M. le D"" Carton, correspondant 
de l'Acad^émie, sur ses nouvelles recherches relatives au littoral 
de'Carthage, aux quais, aux ports et aux fortifications qui les 
protég^eaient. Les fouilles exécutées par M. Carton ont permis de 
préciser certains points contestés depuis longtemps entre archéo- 
logues. M. Babelon insiste sur l'intérêt tout particulier que pré- 
sente une stèle trouvée par M. Carton au cours de ses recher- 
ches : elle représente un personnage levant les bras et parais- 
sant en prière devant les murs de Carthage qui sont figurés der- 



rière lui ^ 



M. Salomon Reinach essaie de montrer, contre l'opinion de 
François Lenormant, que l'historien de l'Église Eusèbe n'a 
jamais admis la dualité d'un être primitif dont auraient été 
formés, par division, l'homme et la femme. Au contraire, ce 
mythe du Banquet de Platon semblait à Eusèbe une perversion 
burlesque du récit de la Genèse, tel qu'on le traduisait et le 
comprenait de son temps. M. Reinach cherche ensuite dans 
Philon et dans saint Augustin des traces du même mythe, et 
étudie un passage de Pholius, relatif à un ouvrage de Clément 
d'Alexandrie, où il s'agit d'un autre mythe, d'origine populaire, 
sur la création de la femme pendant le sommeil du premier 
homme. 

L'Académie procède à l'élection de quatre membres pour 
remplacer dans les Commissions suivantes notre confrère décédé, 
M. Chavannes : 

Commission du prix Lefèvre-Deumier : M. Cordier ; — de 
l'École française d'Extrême-Orient : M. Maurice Croiset. 
Fondation Benoît-Garnier : M. Haussoullier. 
Prix Stanislas Julien : M. Thureau-Dangin, 

Sont nommés membres de la commission Barbier-Muret pour 
1918: M. Senart, le P. Scheil, MM. Cuq et le comte Alexandre 

DE LaBORDE. 
1 . Voir ci-après. 



liO 



COMMUNICATION 



NOUVELLES RECHERCHES SUR LE LITTORAL C.VR'J llAGIINplS, 
PAR M. LE DOCTEUR CARTON, CORRESPONDANT DE l'aCADÉIMIE. 

Ayant exercé, pendant l'année 1916, les fonctions de 
médecin-chef de l'hôpital-dépôt de convalescents de 
Sala/ninho, sur l'emplacement de la Carthage punique, j'ai 
pu reprendre les recherches sur ses ports et son enceinte 
maritime, dont j'ai précédemment entretenu l'Académie à 
plusieurs reprises'. C'est le résultat de ces recherches que 
je vais exposer brièvement, 

I 

Au pied de Ténorme masse de blocage qui s'avance, 
comme un promontoire, vers l'angle nord-ouest du mur de 
mer, j'ai fait une tranchée qui a mis au jour le rocher sur 
lequel elle repose. Celui-ci a été taillé, comme cela se voit 
dans certaines forteresses de Phénicie-, pour recevoir les 
assises de grandes pierres de taille qui revêtaient la maçon- 
nerie, en une série de marches ou redans ayant '" 50 de 
hauteur et '" 90 de largeur. Quelques-unes de ces pierres 
ont été retrouvées ; elles gisent au pied des redans et, fait 
important, elles sont exactement dans le prolongement de 
la ligne de blocs à demi submergés qui, partant d'ici, 
jalonne le rivage sur 3 kilomètres de longueur. En outre, 

1. D' L. Carlon, Académie des inscr. et belles-letlres. Comptes rendus 
des séances, 1912, p. 022. Voir aussi lieviie archéologique, 1911, II, p. 230 
à 235. 

2. Cf. E. Rensin, Mission de Phétiicie, pL II. 



RECHERCHES SUR LE LITTORAL CARTHAGINOIS 



1i1 










142 



RECHERCHES SUR LE f-lTTORAL CARTHAGINOIS 



elles ont les mêmes proportions qu'eux. Elles ont, comme 
la maçonnerie quelles revêtent, appartenu à la même 
construction [fi if. /)■ 

Cette découverte permet donc de se faire, pour la pre- 
mière fois, une idée exacte de l'architecture du mur de mer, 
dont la disposition de l'appareil est nettement indiquée par 
les redans (//gr. i?). 

Elle montre que le mur auquel appartenait la lig-ne de 
blocs à demi émergés. avait au moins la hauteur du pro- 




montoire de blocage que portaient les redans, c'est-à-dire 
une dizaine de mètres, et que, par conséquent, ces blocs 
proviennent, non comme on l'a écrit souvent, de quais, 
mais d'un mur d'enceinte. 

On sait maintenant que tous ces blocs qui, à présent, 
paraissent isolés, s'appuyaient autrefois sur de puissantes 
constructions en blocage, dont les vestiges maintenant 
séparés d'eux se voient à plusieurs mètres en arrière, sur 
le rivage. La mer n'ayant pu mordre sur ces puissants 



RECIIEKCHRS SUR LE LITTORAL CARTHAGINOFS 143 

éléments, les a disloqués, s'est infiltrée entre eux et a, peu 
à peu, emporté une partie du blocage qu'ils revêtaient. 

L'ang-le que forment ici ces blocs, pour se rélléchir sur le 
rivage et se prolong'er sur les redans du rocher, correspond 
au point où l'enceinte maritime se reliait à l'enceinte ter- 
restre. 

II 

Une autre falaise artificielle, énorme, puisque le blocage 
qui la constitue s'élève, au pied de Bordj-Djedid, sur une 
longueur de 140 mètres et une hauteur de 15 mètres, ren- 
fermait, commeje l'ai indiqué précédemment ', une série de 
dix-huit absides. Cette construction soutenait, en arrière, le 
vaste palier vers lequel descendait l'escalier en marbre 
blanc, large de 50 mètres, dont on voit encore les voûtes 
rampantes au-dessous de la batterie. Vers la mer, elle était 
revêtue par les blocs cyclopéens du mur de mer, auquel 
elle appartenait par conséquent. Les vides ménagés dans sa 
masse et qui, vers la terre, avaient la forme d'absides 
s'ouvraient, du côté opposé, chacune par une ou deux 
l)aies, comme je viens de le constater. C'étaient de véri- 
tables salles qui s'alignaient dans la masse de l'enceinte 
maritime, et cette disposition appelle immédiatement un 
rapprochement avec les locaux : écuries, magasins, etc., 
qui, d'après les historiens, se trouvaient dans l'épaisseur 
de l'enceinte terrestre de Carthage. 

III 

La ligne de gros blocs, dont il a déjà été question plusieurs 
fois, offre une lacune, au moins apparente, et longue d'une 
soixantaine de mètres, au Sud du grand saillant que forme 
le quadrilatère de Bordj-Djedid. En ce point, elle aborde 

1. lyL. Carton, Bibliothèque de l'fnstilntde Carthage. Documents pour 
servir ;\ l'élude des ports et de l'enceinte de la Carthage punique. 



I4i RECIIKHCIIKS SIR LE LITTORAL CARTIIAGINOLS 

()l)li(|ueinent le rivag-e el disparaît sous le sable. Il serait 
fort intéressant de voir (juels sont ses rapports avec le 
quadrilatère et notamment si elle ne s'interrompait pas 
pour former l'entrée du vieux port dont, après Vernaz et 
Gauckler, j'ai reconnu l'existence. 

Une tranchée pratiquée entre l'angle sud-ouest du qua- 
drilatère et les rochers, dans le prolongement du côté sud 
de ce dernier, m'a montré que ce dernier se continuait 
jusqu'à la falaise, au point où celle-ci quitte le rivage pour 
former l'ossature des collines qui circonscrivent la con([ue 
où s'élevèrent les Thermes d'Antonin. 

Une autre tranchée a été faite dans le prolongement du 
mur de mer, en partant du point où il disparaît sous le 
rivage. Je l'ai retrouvé et ai pu le suivre sur une trentaine 
de mètres, pour l'abandonner au moment où il passe sous 
la berge, sous une masse de remblais trop considérable 
pour les moyens dont je disposais. 

Dans cette tranchée, j'ai trouvé beaucoup de débris de 
l'architecture des Thermes d'Antonin : énormes fûts de 
colonnes en granit rouge, grand chapiteau corinthien d'un 
beau travail, sur l'abaque duquel j'ai relevé les trois carac- 
tères suivants, hauts de *" 035 : 

nPA 

Enfin, dans un sondage pratiqué à 3 mètres de cette 
tranchée, j'ai mis au jour une stèle en marbre blanc, haute 
de '" 41 , brisée à la partie inférieure. 

Elle olfre la représentation d'un mur de forteresse, en 
grand appareil, couronné de créneaux, en avant et au pied 
duquel se dresse un homme nu, les cheveux et la barbe 
crépus, qui élève les bras au-dessus de la tête, les mains 
étant rapprochées. Cette stèle curieuse fera l'objet d'une 
étude spéciale. 



RECHERCHES SUR LE LITTORAL CARTHAGINOIS 1 io 

IV 

L'hôpital-dépôt de convalescents étant installé dans le 
lazaret, c'est-à-dire à la base même du quadrilatère de 
Falbe, j'ai pu explorer fréquemment, en barque, l'endroit 
où l'on place habituellement la brèche faite par les Cartha- 
ç^inois pour faire sortir leurs vaisseaux du port. 

Entre l'angle nord-est du lazaret où se trouve encastré 
un chapiteau à volutes puniques et le bâtiment voisin en 
forme de rotonde, on ne remarque, en effet, aucun bloc 
cyclopéen émerg-eant. Mais il est possible que des blocs de 
ce genre aient été recouverts par des remblais existant sur 
le rivage, et il serait nécessaire de faire une tranchée pour 
éclaircir ce point. 

A partir de la rotonde, et sur une longueur de 2 à 
300 mètres, les blocs à demi émergés et alignés réappa- 
raissent, mais ils sont très clairsemés et beaucoup moins 
rapprochés que dans tout le reste de la ligne. En outre, par 
les temps calmes, on aperçoit, sous les eaux, les soubas- 
sements du mur auquel ils ont appartenu. Fait curieux, il 
est interrompu par des coupures très nettes, placées à 
intervalles réguliers, qui le traversent dans toute son 
épaisseur. Il semblerait que les assiégés, qui ont d'abord 
commencé la brèche en partant du quadrilatère, c'est-à-dire 
là où elle était plus efficacement protégée par cette forte- 
resse, n'aient pas eu, ici, le temps d'achever l'œuvre de 
démolition et se soient bornés à y pratiquer quelques 
passes. 

V 

On sait que c'est au Sud du quadrilatère de Falbe, dans 
la baie du Kram, que se trouvait l'entrée des ports de la 
Carthage punique décrite par les historiens. 

Plusieurs faits de constatation matérielle, dont quelques- 
uns sont indiscutables, montrent que la baie s'étendait 



146 RRClIERniIES SUR LK LITTORAL CARTriAGINOlS 

autrefois, bien plus que de nos jours, vers riritérieur des 
terres. 

Les villas élevées sur la plage de Khéreddine ont été, à 
un moment donné, sérieusement menacées par les érosions 
des flots. J'ai pu, de mon habitation, en suivre les progrès 
et assister à la lutte qui, sur ma demande, y fut entreprise 
parla Direction générale des Travaux publics. On y cons- 
truisit des épis de pieux, perpendiculaires à la côte, et 
presque aussitôt il s'en suivit un ensablement considérable. 
Le même phénomène s'est produit à l'abri des grands 
saillants du mur maritime. Je l'ai déjà indiqué pour le 
quadrilatère de Bordj-Djedid. Derrière celui de Falbe, la 
baie du Kram, et précisément dans le goulet par oii les 
vaisseaux devaient passer pour entrer dans le port, ne pré- 
sente, sur une grande étendue que quelques centimètres 
d'eau. L'ensablement y a donc été considérable, et ce seul 
fait indiquerait que le rivage a dû gagner vers le large. 

Mais j'ai fait, à l'aide de sondages, des constatations 
autrement probantes. A environ 600 mètres du fond de la 
baie de Ki^am, auprès de la station de Salatyimho, existe 
une dépression elliptique sans issue. Elle est, du reste, 
très nettement indiquée par une courbe de niveau qui, sur 
la Carte archéologique de Carthage ^ encercle les deux 
lettres Kh des mots El Khahhazia. Les sondages que j'ai 
pratiqués à son intérieur m'y ont fait rencontrer presque 
partout, au niveau de la mer, une couche de sable marin 
renfermant des tessons. Il est donc certain que la baie du 
Kram, ou un bassin la prolongeant, s'étendait jusqu'ici. 

Le nombre des sondages faits a été d'une trentaine ; 
quelques-uns avaient jusqu'à 8 mètres de profondeur. Ce 
nombre est donc concluant. Ils m'ont amené à d'autres cons- 
tatations intéressantes que je n'ai pas à exposer ici, notam- 
ment à celle de l'existence, aux bords de ce bassin, d un 

1. De Bordy, Gauckler, P. Delattre et le général Dolot. 



RECHERCHES SUR LE LITTORAL CARTHAGINOIS 147 

monticule portant un édicule de Tépoque punique daté par 
des graffîtes. Ce monticule, recouvert par des remblais de 
l'ép'oque romaine, ne se laisse du reste plus deviner 
actuellement. 

Sur la Carte archéologique de Carthage, au Sud de la 
haie du Kram, on remarque une ligne de blocs, indiqués 
par un pointillé rouge. Située en mer, elle se dirige vers le 
rivage où elle s'arrête, à peu près en face du Fondouk des 
Juifs. Je l'ai suivie sous le sable de la plage, sur une lon- 
gueur de 30 mètres. Les éléments en sont tout à fait pareils 
à ceux de tout le reste du mur maritime, et lun d'eux pré- 
sente de nombreux trous de coquillages perforants. Il 
s'agit donc ici du point oîi le mur maritime, interrompu 
par l'entrée des ports, réapparaissait pour se diriger vers 
le lac où je l'ai retrouvé. La présence des coquillages per- 
forants, qui vivaient en mer, en un point recouvert par le 
sable, indiquerait, à elle seule, que l'étendue de la baie du 
Kram a diminué. 

Après ce qui vient d'être dit, on peut donc se demander 
si le port de guerre punique ne correspondait pas, comme 
l'ont admis certains auteurs, à la fois à la lagune circulaire 
et à la rectangulaire, et si le port de commerce ne se serait 
pas étendu dans la direction de la station de Salammbô. 

Sans émettre d'opinion ferme à ce sujet, je dois faire 
remarquer que cette hypothèse éclairerait un passage 
d'Appien demeuré obscur jusqu'ici et d'après lequel les 
deux ports s'ouvraient sur un bassin commun, les ayant 
précédés. Ce bassin aurait été formé par la baie du Kram 
que fermait, vers le large, le mur maritime et au fond de 
laquelle auraient donné les deux ports. 

On voit, par ce qui précède, combien serait fructueuse la 
méthode des sondages profonds que j'ai imaginée dans cette 
région des ports et à laquelle je n'ai pas pu donner tout le 
développement nécessaire. Dans quelques années, il sera 
presque impossible d'en pratiquer à cause des constructions 
qu'on y élève de toutes parts. 



148 RECHERCHES SUR LE LITTORAL CARTHAGINOIS 

VI 

L'espace qui s'étendait entre l'entrée des ports et celle du 
chenal qui reliait autrefois le golfe à la mer était occupé 
par un vaste ensemble de constructions sur lesquelles ont 
été bâtis le Fondouk des Juifs et le dar Oulad el Agha. 
Elles sont remarquables par l'uniformité de leur architec- 
ture. Sur toute leur étendue se succèdent les ouvertures de 
puits, de citernes, de conduites, de bassins, comme si les 
vaisseaux qui usaient de ces deux passages y faisaient 
leur provision d'eau. Vers le milieu, un môle s'avance dans 
le golfe. J'y ai trouvé six grandes bases attiques, des 
débris de chapiteaux corinthiens et de fûts cannelés, le 
tout en marbre blanc, des stucs à relief et une grande quan- 
tité de plaques de revêtement en marbres précieux. Il 
y avait évidemment ici quelque sanctuaire ou peut-être un 
phare, entre les deux entrées des ports et du lac. 

J'ai pu, au milieu de cet ensemble, commencer une 
fouille méthodique ^ qui m'a montré vme construction ellip- 
tique formée de deux absides se faisant face, et circonscri- 
vant une salle longue de 11 mètres et large de 6 mètres, au 
sol revêtu d'une mosaïque figurant un dallage [fig. 3). Entre 
les deux absides étaient des ouvertures : l'une donnait sur 
un perron précédé d'un escalier porté par une voûte et des- 
cendant sur la plage, Tautre communiquait avec une pièce 
dont le sol offrait un très beau dallage fait de carrés, de 
rectangles et de triangles de marbres multicolores, formant 
des figures géométriques. Les parois des deux pièces étaient 
revêtues de marbre. 

Au-dessus du sol de cette pièce était une belle sépulture 
chrétienne. Un mur, de forme rectangulaire, entourant 
deux jarres, dont Tune, inférieure, renfermait le squelette 

1. Entre le Foiidouk el le dar Oiilac) el Agha, exactement au point où 
passe la limite de la Carte archéologique. 



HËCHERCHliS SUll LE LITTORAL CARTHAGINOIS 



149 



d'un adulte, et l'autre, celui d'un enfant. Trois lampes chré- 
tiennes, dont l'une avec la croix latine, ont également été 
rencontrées dans cette tombe ainsi que des débris de vases 



fiuiNES DU DP^RJ]ULqD EL I[qïM\^ 

Plan ûetàil a/u carre/'a^e 




&*»//<• 



Coupe Jo7?û'//bi/?/?â/e 



ûipe sv/yé/nf AB 



■fcyie 




Fig". 3. 



peints ressemblant à ceux des vi'^ et vii*^ siècles qui forment 
une série si remarquable et qui ont été découverts à Bulla 
Regia, dans l'église du prêtre Alexander. 



150 SÉANCl'J DU 22 MARS 1018 

Un autre fragment de vase, trouvé ici, olfre des carac- 
tères tracés à la pointe dans la pâte, avant lu cuisson : 

IVDICISi 
VIIII 

Deux chapiteaux chrétiens en marbre blanc et deux 
fragments d'inscriptions, l'une païenne, l'autre chrétienne, 
sans intérêt, ont été également rencontrés dans ces fouilles, 
que j'ai eu le regret dé ne pouvoir achever. 

Des marées extrêmement basses, comme je n'en ai jamais 
vu depuis quinze ans que j'habite sur les bords du golfe de 
Tunis, m'ont permis d'aller à pied sec presque partout, du 
12 au 16 février 1918, jusqu'à la ligne des gros blocs, et 
d'y relever nombre de détails qui n'étaient pas visibles 
auparavant. Il en est un que je tiens à indiquer ici, à cause 
de son importance : c'est l'existence d'un mur en blocage, 
parallèle à la ligne des blocs, tout le long de celle-ci, à une 
dizaine de mètres entre elle et le rivage, sur toute son 
étendue, c'est-à-dire depuis la pointe du lazaret jusqu'au 
mur aux absides. Je me propose d'exposer ultérieurement 
les conclusions auxquelles amène cette constatation. 



SÉANCE DU 22 MARS 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

Le sous-lieutenant Paul Tapponier, du 93° bataillon de 
tirailleurs sénégalais, adresse à l'Académie quelques morceaux 
de poteries qu'il vient de trouver au sommet du mont Hortiac, 
près de Salonique. 

Renvoyé à M. Edmond Pottier. 

M. Bernard Haussoullier, au nom de la Commission du prix 
Delalande-Guérineau, annonce que le prix est décerné, cette 



SÉANCE DU 22 MARS 1918 151 

année, à M. P. Roussel, pour son ouvrage intitulé : Délos 
colonie athénienne. 

Le Président annonce que la Commission du prix Barbier- 
Muret s'est réunie avant la séance et a fait choix de trois béné- 
ficiaires qui seront proposés par nos délégués à la Commission 
spéciale chargée de la répartition des arrérages. 

M. Héron de Villefossk fait la communication suivante : 

« Jai fait part à l'Académie des dons importants, reçus parle 
département des antiquités grecques et romaines du Musée du 
Louvre au cours des années 1915 et 1916, celui de M"Me La Cou- 
lonche ', celui du marquis de Vogué et de ses enfants ■■^. Je désire 
l'informer également de deux autres libéralités intéressantes 
dont le même département a été l'objet pendant l'année 1917. 

« Au mois de juillet dernier, je recevais de notre regretté 
confrère, Maxime CoUignon, un aimable billet dans lequel, avec 
sa bonne grâce habituelle, il m'annonçait son intention d'offrir 
au Louvre deux bronzes antiques qu'il m'apporta à ïa séance 
suivante. Trois mois plus tard, la mort l'enlevait à notre affec- 
tion. Ces deux objets représentent le dernier témoignage du 
vif intérêt qu'il portait à nos collections et dont il nous donna 
constamment des preuves touchantes. 

(( Il avait acheté le premier de ces bronzes à Mantinée. C'est le 
fragment d'une applique de miroir grec, en relief et découpée à 
jour, dont l'exécution est très soignée : on y voit un jeune homme 
imberbe, fort élégant d'allure, debout de trois quarts devant une 
colonne cannelée. Vêtu seulement d'un manteau qu'une fibule 
retient sur la poitrine et dont le vent écarte les pans en arrière, 
de façon à laisser le corps entièrement nu, il s'avance vers la 
droite. Sa main gauche soutient une grande phiale à godrons, sa 
main droite abaissée tient par l'anse une œnochoé ; son pied droit 
a été brisé. Une belle patine verdâtre recouvre le reUef ^ ; la 
scène comportait au moins deux personnages. Le style permet 
de faire remonter ce fragment d'applique au ni'' siècle. 

1. Comptes rendus de l'Académie. 1916, p. 334 à 337. 

2. Ihid.. 1917, p. 102 à 106. 

3. Bull, de Corr. hellénique, VIII, p. 396 à 399, pi. XXII. Haut, du relief, 
0"' 09 ; larg., 0" 055. 



152 SÉA.NCh UU 22 MAKS 1018 

« Le second esl uiic slaluelte de Silène Iatc, dansant, d'unbon 
travail romain, mais très usée par le frottement. Les deux mains 
sont ramenées au-dessus de la tête ; Tune d'elles paraît tenir un 
vase à boire de forme ronde ; le manteau, posé sur Tépaule 
gauche, s'étale sur le dos et se replie sur la jambe gauche, lais- 
sant voir tout le devant du corps. Les yeux étaient incrustés d'ar- 
gent Notre confi'ère tenait ce bronze de M. Paul (uiudin, direc- 
teur de la ligne de Smyrne-Cassaba, qui l'avait vraisemblable- 
ment recueilli dans la région de Smyrne '. 

« Au mois d'octobre, le département s'enrichissait d'un torse 
dempereur cuirassé, en marbre blanc, dont la provenance est 
inconnue. Donné au Musée des arts décoratifs, il y a plusieurs 
années, par le commissaire-priseur Charles Pillet, il avait été 
relégué sur un palier d'escalier, près des bureaux de la conserva- 
tion, parce qu'on ne pouvait le faire figurer dans aucune des 
séries formées par ce musée. Le conservateur, M. L. Metraan, 
pensa qu'il serait plus à sa place dans les collections du Musée 
du Louvre, où il a été transporté et mis en dépôt, avec l'approba- 
tion du Conseil de l'Union centrale des arts décoratifs. 

« Privé de sa tête qui était mobile et qui s'emboîtait dans une 
cavité ovale, pratiquée au centre du cou, ce reste de statue 
romaine ne mesure plus, dans son état actuel, que 1 '" 25 de 
hauteur. L'empereur est représenté debout, la jambe droite 
avancée ; les deux bras sont nus et abaissés, sans qu'il soit pos- 
sible de déterminer avec précision le mouvement de Tavant-bras 
droit. Le vêtement de dessous se compose d'une étoffe légère à 
manches très courtes que recouvre en grande partie une cuirasse 
décorée de reliefs. Un manteau, jeté sur l'épaule gauche, tombe 
derrière le dos et revenait entourer l'avant-bras du même côté. 
Les deux jambes nues sont brisées au-dessous du genou ; leur 
partie inférieure a disparu avec les pieds, chaussés probablement 
de brodequins. L'avant-bras droit, la main gauche et le pan de 
draperie, enroulé autour du poignet, manquent également. On 
observe aussi quelques éclats du marbre à la partie supérieure 
de la draperie, notamment au point où elle couvre le pectoral 
<^auche, aux lamelles qui garnissent les épaules et à celles du bas 
de la cuirasse. 

1. Haut, du bronze, 0"' U55. 



SÉANCE DU 22 MARS t9i8 



153 



<( Les reliefs de la cuirasse constituent le principal intérêt de ce 
marbre : ils sont disposés de la manière suivante. A la partie 
sup'érieure. comme sur un bon nombre de cuirasses analogues, 




Torse d'empereur. 
Musée du Louvre.) 

apparaît un Gorgoneion aux cheveux plats, à la langue pen- 
dante, avec un nœud de serpents sous le cou^ qui surmonte 
l'ensemble de Fornementation. Au-dessous, s'épanouit un motif 
allongé en forme de cornet qui sépare deux Néréides assises de 
côté sur des chevaux marins. Les monstres s'avancent l'un vers 
l'autre au galop, leurs croupes enroulées remplissent le fond de 
1918 



loi SÉANCE DU 22 MARS 11)18 

la cuirassée au-dessous des bras. Chacune îles Néréides se tienl 
d'une main à l'encolure de sa monlure ; de rautre main, levée 
et étendue, elle soulève la di-aperie légère cjui entoure sa poi- 
trine, oll'rant ainsi son corps délicat aux caresses de la brise; 
le bas de TétolVe est rassemblé sous les cuisses. Les mèches 
de la chevelure, réunies par une bandelette près de la 
nuque, sont soulevées par le vent de mer. Deux dauphins 
affrontés, figurant l'élément liquide, nagent au-dessous des 
filles de Néreus ; trois feuilles allongées, formant une sorte de 
palniette renversée, garnissant le bas de la cuirasse : la feuille 
centrale reste droite, les autres s'inclinent avec symétrie vers 
chaque dauphin qui la retient dans sa gueule '. 

a Les manches très courtes du vêtement de dessous sont 
apparentes autour des épaules ; le bas du même vêtement se 
voit aussi sur les cuisses. La souplesse de rétolle atténuait le 
frottement de TarmurS. Une série de bandes frangées couvre 
les épaules et les aisselles ; du bord inférieur de la cuirasse 
descendent deux rangs de bajides analogues. Celles qui protègent 
l'abdomen ne mesurent que 0°^ 09 de longueur ; celles qui cou- 
vrent les cuisses, comme un jupon de montagnard écossais, 
sont beaucoup plus longues : elles atteignent "' 22. La petite 
bretelle, assujélissant les deux parties de la cuirasse à droite, 
est ornée d'un foudre et porte, à son extrémité, un anneau 
pour la lanière d'attache ; celle de gauche est cachée par la dra- 
perie. 

« Le revers de la statue a été travaillé plus sommairement : 
cependant le modelé et les formes du corps sont indiqués avec 
exactitude ; la double rangée de bandes protectrices se continue 
sans interruption autour des jambes. Le bras droit, dans sa 
partie supérieure, est un peu rejeté en arrière, mais l'avant-bras 
devait revenir en avant en s'abaissant, ainsi qu'en témoigne un 

1. Les mutilations des reliefs portent sur les parties suivantes : le cor- 
net central ; le visage et la jambe droite de la Néréide de gauche, le museau 
et la plus grande partie de la jambe droite de sa monture ; le visage et la 
jambe gauche de la Néréide de droite, le museau et la plus grande partie 
de la tète de sa monture avec sa jambe droite en entier ; éclats au dauphin 
de gauche. Une des jambes de chacun des chevaux marins était presque 
entièrement détachée du fond. 



SÉANCE DU 22 MARS J9l8 lou 

tenon de marbre placé en haut des grandes lanières frangées ' ; 
le bras gauche devait être reporté également en arrière. 

«' Sur ces statues cuirassées, il est souvent difficile de recon- 
naitre avec précision le mouvement des bras qui sont presque 
toujours brisés ; il est surtout presque impossible de déterminer 
la nature des attributs que portaient les mains disparues. Les 
monnaies impériales, frappées en commémoration des succès 
obtenus par les armées romaines, offrent cependant un secours 
qu'on ne saurait nég-liger pour cette détermination. 

« Au revers de plusieurs monnaies de Domitien, rappelant les 
victoires sur les (iermains, on voit notamment l'empereur 
debout, en costume militaire, appuyé de la main gauche sur une 
haste et tenant de la main di-oite, à la hauteur de la poitrine, 
un glaive court dans son fourreau ; son pied droit est posé sur 
le Génie du Rhin, étendu devant lui -. Ces détails nous auto- 
risent à compléter par la pensée le mouvement et l'attitude des 
personnages; ils nous aident à comprendre la -nature des attri- 
buts qui ont disparu avec les bras. 

« Ces statues d'empereurs en costume triomphal étaient éle- 
vées par les différentes cités de l'empire en l'honneur du souve- 
rain qui personnifiait la puissance romaine. Les \'ictoires, les 
trophées, les groupes de captifs, les sujets historiques, les grif- 
fons même qui les décorent, contribuent à le prouver. Les 
Néréides, dont les mains soutiennent souvent les armes forgées 
pour Achille, ne sont pas étrangères à cette idée; elles sont d'ail- 
leurs d'un effet décoratif très heureux. 

« L'ornementation est identique à celle d'une autre cuirasse 
impériale sortie des fouilles d'Olympie 3 et appartenant au type 
VI du classement proposé par Warwick Wroth '. Les deux 
sculptures sont à peu près contemporaines. 

« Ainsi, pendant ces années de guerre, ceux qui aiment le 
Louvre n'auront pas cessé de lui témoigner leur sympathie. 



J. Ce tenon mesure " 04 de hauteur et 0- 023 de largeur. 

2. Babelon, Quelques monnaies de l'empereur Domitien, dans Reçue 
numismatique, 1917-18, pi. I, fig. 6 et 7. 

3. Die Ausgrabangen zu Olympia, III, taf. XIX, 3. La statue d'Olympie 
possède encore ses jambes ; à sa droite, on voit un tronc d'arbre sur lequel 
est déposé un glaive dans son fourreau garni dun ceinturon. 

4. Journal of Hellenic sludies, vol. VII (1886), p. J34. 



lo6 SÉANCl!; DL 22 MARS iOIS 

Malgré la iermelure des galeries, malgré les circonslunces déta- 
vorahles de l'heure présente, ils restenl pleins de confiance dans 
l'avenir et tiennent à contribuer à Taugnientatiou de nos 
richesses. Je leur adresse nos remerciements et lexpression de 
notre reconnaissance. » 

M. DU Lastiîvkie entretient l'Académie de l'usage du mot 
gothique employé pour désigner l'architecture française et 
montre que ce terme, généralement accepté aujourd'hui dans 
tous les pays, ne saurait être remplacé utilement par aucun autre. 

MM. JuLLiAN et Salomon Reinach présentent quelques obser- 
vations. 

M. Seymour de Ricci expose qu'au printemps de 1917, 
quelques jours après notre avance au delà de l'Aisne, il a eu la 
satisfaction de retrouver intactes, dans le village détruit de 
Juvigny, au Nord de Soissons, trois colonnes milliaires romaines, 
qui avaient échappé à la fureur destructive des envahisseurs et 
dont il communique à l'Académie de nouvelles lectures. 

11 rapproche un de ces textes, daté de Garacalla, d'une ins- 
cription vue à Beauvais par Suger, au milieu du xii*^ siècle, et 
dont l'illustre abbé nous a conservé un passage dans une lettre 
écrite, en 1149, à lévêque de Beauvais *. 

MM. JuLLiAN et Théodore Reinach ajoutent des observations. 

M. Salomon Reinach continue la lecture par lui commencée à 
la dernière séance. 

1. Voir ci-après. 



137 
COMMUNICATION 



TROIS I50RNES MILLIAIRES DU SOISSONNATS, 
PAR M. SEYMOUR DE RICCI. 



Les anciens historiens du Beauvaisis Petau', Loisel - et 
Louvet •* avaient, dès le début du xyii*^ siècle, remarqué 
que Suger, dans une lettre adressée en 1149 à Henri, évêque 
de Beauvais et à ses ouailles, faisait allusion à une inscrip- 
tion antique dont il reproduisait même un passage : Videte, 
videfe, viri discreti, écrit Suger, ne et alla vice rescrihatur 
qiiod semel inventum est in marmorea columna hujus civi- 
tatis ore imperatoris dictum : villam pondiini refici juhe- 
mus^. 

Il y a près de vingt ans, dans un article inséré dans la 
Revue archéologique ', je suggérais de cette inscription 
l'explication suivante : une colonne antique avec une ins- 
cription impériale [ore imperatoris dictum) ne pouvait 
guère être qu'une colonne milliaire ; les mots villam pon- 
tium refici juhemus ne cachaient-ils pas la formule fami- 
lière u/am et pontes refici jussit, ou quelque phrase analogue? 



1. Petau, Antiquariae supellectilis portiuncnla (Paris, 1610, in-4°), pi. X, 
réimprimé dans Sallengré, Novus thésaurus antiquitatum romanarum (La 
Haye, 1718, in-fol.), t. II, p. 1015. 

2. Loisel, Mémoires des pays, villes, comté et comtes, évéché et évesques, 
pairrie, commune et personnes de renom de Beauvais et Beauvaisis (Paris, 
1617, in-4°), p. 100. 

3. Louvet, Histoire et antiquités du diocèse de Beauvais (Beauvais, 1635. 
2 voL in-12), t. I, p. 23, et t. II, p. 283. 

4. Bibl. nat., ms. latin 14192, f. 21 v. (= S. Germain latin 1085, 2, de la 
coll. Séguier-Coislin) ; Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotarum. 
t. I, col. 424; Dora Bouquet, t. XV, p. 529 G ; Migne, Patr. lat., t. 186, 
col. 1437 G ; Lecoy de La Marche, Œuvres complètes de Suger (Paris, 1867, 
in-8), p. 280. 

5. Rev.arch., t. XXXV (1890), pp. 106-107 ; CIL., XIII, 9026. 



158 I-KOIS liORNES MILLIAIRRS DU SOISSONNAIS 

A cette Inpothèse, favorablement accueillie par les spécia- 
listes, on pouvait faire une objection sérieuse : la formule en 
([uestion se retrouvait-elle sur d'autres milliaires de la ré- 
gion? Et force était de répondre par la négative. 

Toute une série de bornes milliaires du iii'^ siècle trouvées 
en territoire helvétique contenaient bien les mots vias et 
jtontes velustate collapsos restiluit ^ ; mais i.l y a loin de la 
Suisse à la Picardie. Un fragment du Musée de Metz 2 nous 
rapprochait déjà un peu. Un heureux hasard, auquel les 
événements contemporains ne sont pas étrangers, m'a 
permis de retrouver cette formule sur une borne du Sois- 

sonnais. 

On n'a pas oublié qu'au printemps de Tannée 1917 
l'envahisseur se vit contraint d'abandonner à nos armées 
les plateaux situés entre l'Aisne et l'Ailette. Quelques jours 
à peine après que nos troupes se fussent avancées jusqu'à 
la lisière de la forêt de Saint-Gobain, j'eus l'occasion de 
quitter le front britannique pour aller passer quelques 
heures sous les murs de Coucj-le-Château. Les hasards de 
mon itinéraire me firent arrêter un instant à l'endroit où 
jadis, à 8 kilomètres au Nord de Soissons, s'élevait le coquet 
villao-e de Juvisrnv. L'ennemi avait rasé toutes les maisons 
et l'on peut dire qu'il n*en restait pas pierre sur pierre. 
Je n'osais espérer y retrouver les trois bornes milliaires 
que j'y avais vues dix-huit ans auparavant et que l'abbé 
Le Beuf y avait remarquées dès le milieu du xviii'" siècle. 
J'eus pourtant la satisfaction de les découvrir intactes, 
protégées sans doute par leur insignifiance même. Les deux 
principales étaient encore del>out au milieu du village, 
contre les débris de ce qui avait été le bâtiment des pompes ; 
la troisième supportait comme jadis une modeste croix, à 
l'angle nord-ouest du village -^ 

1. CIL., XIII, 9058, 9059,9061, 9068, 9072 etc. (règnes de Caracalla, Maxi- 
min et Goi'clien III). 
•> CIL., XIII, 9054. 
3. Rev. irch., t. XXXIX (1901), pp. 393-399 ; C/L., XIII, 9033-9038. 



TROIS BORNES MILLIAIRES DU SOISSONNAIS 159 

Bien qu'avant par deux fois, en des jours meilleurs, tenté 
de déchiffrer l'inscription de ce dernier monument, je 
n'étais jamais parvenu à la lire en entier. Cette fois, je fus 
plus heureux que précédemment, et je réussis à déchiffrer, 
avec bien des hésitations, plusieurs groupes de lettres que 
j'avais vainement cherché à distinguer lors de mes visites 
antérieures. 

Le mot que Le Beuf avait lu M. .ABSARIIS et Prioux 
NIABSARIIS était bien (comme l'avait prévu M. Hirschfeld) 
conlabsas, et toute la iin de l'inscription devenait claire. Je 
lisais sans hésiter 

VIAS \et] 

[po]^TE[s] VETVST[a/('] 
CONLABSAS RES[//] 
TVIT 
AB AYG L ... 

Il faudrait, bien entendu, conlab.'ios. 

Voilà donc, en plein Soissonnais, un exemple de la for- 
mule que l'on ne retrouvait que chez les Helvètes ou à Metz. 
Xo'ûk donc retrouvé le frère jumeau du milliair.e dont Suger 
nous a conservé le souvenir. 

L'ensemble du texte est d'une restitution fort difficile. On 
peut cependant se faire une idée de ce que devait être cette 
inscription, en transcrivant ici le texte d'un milliaire de 
Soleure de l'année 213^, qui était identique, à notre avis, à 
celui de Juvigny : » 

IMP [CAES M AVRjAN 
TON[INVS PIVS F]EL A 

VG P[ARTH MAXJ BRI 

MA[X POINT MAX TRIB 

POT XVI IMP II COS IIII 

PROCOS PRINC n'VEN 

1, CIL.. XIII, 9072 (cf. 9061 et 906S), 



1()0 TROIS HOU^E.S MII.MAIUIÎS DU SOISSONNAIS 

FORTISIM FELICISIM 
VSQ MAGN PRINCEPS 
PACATOR ORB VIAS ET 
PONT VETVSTATE COL 
LAPS RESTrrVlT 
AVENT 
XXVI 

Le rapprochement de cette inscription et de la nouvelle 
copie du milliaire de Juvigny permettra de tenter la resti- 
tution de cette dernière inscription. Le jour où la préfecture 
de l'Aisne fera transporter la borne- à Laon ou à Soissons, 
la conservation en sera assurée de façon définitive et il sera 
moins difficile avix épigraphistes d'en contrôler la lecture. 

imp. caes. m. aur. an 
/ONINVS PIVS FE/ 
dWg. pARTH. viax. 
hrit. Max. pont 
iiiax. tr I /'. pot xvi 
imp. a. cos un. procos. 
prINc. inu EN t. 
/bRTI ss IMV.Î fe 
Ucissimusq . niagnus 
PRINrEP5 pAcator 
oRBh VIAS et 
poNTE.^ VETVSTa^é- 
CONLABSASRES // 

TVIT 
AB AVG L... 



SÉANCE DU 27 MARS 1918 161 

LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau de l' Académie le 
cahier de septemlire-octobre de 1917 des Comptes rendus des 
stîances de V Académie des inscriptions et belles-lettres (Paris, 1917, 
in-8» . 



SÉANCE DU 27 MARS 

(Séance avancée au mercredi à cause jju Vendredi Saint.) 



PRESIDENCE DE M. HERON DK VILLBFOSSE. 

ALSalomon Reinach montre quelques photographies, envoyées 
par M. Franz Gumont, du grand édifice souterrain découvert près 
de Rome, en 1917, et des beaux bas-reliefs en stuc qui le dé- 
corent. Il est absolument certain que cet édifice est païen, non 
chrétien ; le style des reliefs est de la première partie du ii* siècle 
(époque des Antonins). 

M. Salomon Reinach termine la lecture de son étude sur un 
texte d'Eusèbe relatif à la création de l'homme et de la femme. 

MM. Maurice Croiset, Bouché-Leclercq et Pottier présentent 
quelques observations. 

M. Havet étudie le sens de l'adjectif latin proprius, appliqué 
à une bête de sacrifice. Ce mot semble marquer : 1" que l'animal 
a eu à manger jusqu'au dernier rnoment ; 2° qu'on l'a nourri 
d'aliments réputés « purs ». Ces conditions devaient être 
remplies pour les deux taureaux qu'Auguste et Agrippa immo- 
lèrent, le 1'''' juin 17 avant J.-C, à l'occasion des Jeux sécu- 
laires : L'adjectif en question se retrouve dans les Prisonniers 
de Plante ; là un parasite, se donnant plaisamment comme un 
dieu, réclame un sacrifice et dit quel genre de victime il lui faut; 
il veut un agneau proprius et bien gras. 



162 SÉANCE DU 27 MARS 1918 

M. HÉRON DE A'iLLEFossE iiiforiiie rAcacléiiiie d'une libéralité 
qui vient d'être faite par un de nos confrères aux Musées na- 
tionaux. 

I.e comte Alexandre de Laborde a offert à la Bibliothèque du 
Musée du Louvre un précieux recueil provenant de la biblio- 
thèque de son père, le marquis de Laborde, ancien membre aussi 
de notre Académie '. C'est un album grand in-f"', (uuvre d'un 
artiste français très connu, Cassas, célèbre par ses voyages en 
Dalmatie, en Grèce et en Orient, dessinateur du comte de Choi- 
seul-Gouffîer, compagnon de Le Chevalier, l'auteur du Vityaije 
en Troade. Il comprend une quarantaine de dessins, plans et cro- 
quis et plus de deux cent cinquante calques. 

Parmi les dessins, quelques-uns sont exécutés avec un soin 
particulier et sont même teintés, notamment ceux qui repré" 
sentent les sculptures du Parthénon ou du temple de Thésée ', 
mais ils n'offrent pas l'état matériel des sculptures au moment 
du passage de Cassas à Athènes, ce qui aurait donné à son travail 
un intérêt particulier : ces images les montrent complétées et 
restaurées. D'autres offrent des ensembles ou des plans ; ce sont 
quelquefois de simples croquis, souvenirs d'un séjour à Corinthe, 
à Mégare,à Delphes, à Éphèse ou ailleurs. 

Les calques, beaucoup plus nombreux, repx'oduisent des des- 
sins destinés à illustrer le Voyagedu comte de Choiseul-Gouffier. 
Les temples de Palmyre et les aqueducs de la plaine d'Athènes 
y voisinent avec des vues pittoresques de Corfou, d'Ithaque, de 
Patras, de Nauplie, de Sparte, d"Argos,de Salone ou d'Épidaure. 
A côté des temples d'Athènes, d'Égine, de Corinthe, figurent les 
théâtres antiques (le grand et le petit) de Nicopolis d'Épire. 
Parmi les documents qui concernent Salonique, églises ou mos- 
quées, se ti'ouve une précieuse vue du monument connu sous le 
nom de Palais enchanté de Thessalonique, que Gravier d'Otières 
avait déjà dessiné en 1686 et que notre confrère Miller rapporta 
au Louvre en 1865. Le calque du dessin de Cassas, exécuté 
cent ans plus tard, est intéressant parce que l'auteur ne s'est 
pas borné, comme Gravier d'Otières, à reproduire la colonnade, 
mais il a donné aussi l'aspect du quartier où s'élevait l'édifice, 
avec l'église et les maisons qui l'encadraient. 

1 . Il avait acheté ce recueil en janvier 1859 aux héiùtiers d'un M. Godart. 



SÉANCE DU 27 MARS 1918 163 

Ce recueil offre donc un aiélang^e de documents archéolog-iques 
et pittoresques. A côté d'un grand nombre de ruines exactement 
relevées, on y remarque quelques arrangements fantaisistes 
d'architecture, des débris antiques disposés conformément au 
goût du temps, puis des études de détails, des compositions, des 
projets de restitutions et même certains motifs décoratifs em- 
pruntés à lart en vogue dans les pays visités par l'auteur. 11 
reproduit les costumes des habitants de plusieurs localités, no- 
tamment ceux de Prévéza. Une note de sa main, sur un calque 
relatif à des plastrons albanais, indique que ces plastrons lui 
avaient été demandés en 1787 par le comte de Choiseul-Gouffier 
et qu'ils les avaient fait fabriquer en cuivre plaqué d'argent par 
un fondeur de la rue Dauphine. 

On peut, d'après cette note, fixer la date approximative de la 
plupart des documents réunis par Cassas dans cet album. Elle 
montre en même temps que tous ces calques avaient été exécutés 
d'après les dessins envoyés au comte de Choiseul et dont l'artiste 
tenait à conserver la trace. La valeur en est incontestable, d'au- 
tant plus que les dessins originaux, demeurés inédits, paraissent 
perdus ou dispersés. Une description détaillée des documents 
que renferme cet album ferait certainement ressortir l'impor- 
tance et l'intérêt du généreux don de notre confrère ; elle 
rendrait en même temps un véritable service aux études archéo- 
logiques. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel présente à l'Académie, de la part de 
M. Gaston Jondet : Les Porta submergés rie Vancienne île de Pharns. 
Tome IX'' des Mémoires présentés à l'Institut éyyptienlLe Caire, 1910, 
in-i"). 

M. Babelon offre à l'Académie un travail dont il est Fauteur, inti- 
tulé : Quelques monnaies de l'empereur Domitien (Paris, 1918, in-8" ; 
extrait de la Revue numismatique française). 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 

SÉANCE DU 5 AVRIL 



PRESIDENCE DE M. PAUL GIKARD, VICE-PKESIDENT. 

M. Pierre Paris, correspondant de rAcadémie, a adressé au 
Secrétaire per}3étuel, qui en donne lecture, la lettre suivante : 

« Bolonia (par Tarifa), 29 mars 1918. 

« Monsieur le Secrétaire perpétuel, 

« J'ai le plaisir de vous annoncer, et vous prie de vouloir bien 
communiquer à TAcadémie, si vous le jugez convenable, que 
j'ai pu recommencer depuis quatre jours les fouilles de Bolonia, 
que subventionne si généreusement votre Compagnie. 

« Je suis ici avec M. Laumonnier, élève de TEcole normale 
supérieure; M. Georges Bonsor, qui déjà Tannée dernière a été 
mon collaborateur, et D. Gayetano de Margelina, docteur es 
lettres, qui m'a été contié par la Junta de Ampliacione« de Estu- 
dios, laquelle s'est associée à nos travaux et a voté à cet effet 
une somme de 2.000 pesetas. 

« Nous avons dû, pour nous mettre à l'œuvre, vaincre quelques 
difficultés; car le tout petit hameau où nous sommes, loin des 
routes, loin de tout village important, manque absolument de 
ressources en temps ordinaire, et les effets de la guerre s'y font 



lG6 SÉANCE DU S AVKIl. I9IS 

cruellcmeul sciilir ; il ny a plus de pain ni de farine-; les 
pêcheurs sont partis, et nous avons du mal à retenir nos Irenle 
ouvriers; j'espère pourtant que nous ne serons pas forcés crin- 
terrompre les l'ouilles. 

M Gela serait fâcheux, car nous avons bien débuté. Autour de la 
maison que j'ai déblayée Tannée dernière et de la grande usine 
à salaisons, nous découvrons maintenant d'autres maisons et 
d'autres usines analogues, et nous aurons bientôt un ensemble 
de constructions tout à fait nouveau et de grand intérêt. 

« Dans les ruines, nous avons retrouvé en particulier deux beaux 
chapiteaux de style ibéro- dorique, bien conservés, provenant 
d'édifices détruits de la ville haute. 

« Mais ce que nous avons recueilli de plus précieux, ce sont 
deux figurines de bronze, hautes de 15 centimètres, de style 
hellénistique. Il est fort regrettable que durant leur séjour dans 
le sable, sur le bord de la mer, les statuettes se soient fortement 
oxydées. Je ne puis vous en envoyer encore de photographies, 
car il faut beaucoup de précautions pour les nettoyer. Elles 
représentent un danseur et une danseuse qui se faisaient vis-à- 
vis ; le danseur s'agite dans un mouvement très pittoresque de 
fandango ; la danseuse, les deux bras élevés en croix, la tète 
rejetée en arrière, semble tourbillonner dans un gracieux envo- 
lement de draperies. C'étaient certainement et ce sont encore, 
malgré leur état, des œuvres d'art très précieuses. 

« La nécropole doiane aussi à M. Bonsor des objets curieux ; il 
faut surtout noter des bustes informes en pierre ; je pense que 
ces sortes d'armatures de pierre devaient être recouvertes d'un 
stuc dans lequel étaient modelés les traits. 

« Je me ferai un devoir de tenir l'Académie au coui'ant de nos 
recherches; j'ajoute seulement aujourd'hui que le fait même 
d'avoir repris les fouilles a produit à Madrid, et partout où on 
l'a su, un excellent effet moral. Il m'a été répété à plusieurs 
reprises que l'on admirait la France qui, dans les graves circons- 
tances actuelles, ne négligeait pas son œuvre scientifique à 
l'étranger, et n hésitait pas à donner de l'argent et des hommes 
pour prouver sa vitalité. 

« Veuillez agréer. Monsieur le Secrétaire perpétuel, mes plus 
respectueux hommages. 

« Pierre Paris. « 



SÉANCE DU ['2 A VI! IL 19 18 l67 

M. Caunat donne lecture du rapport que M. le D'' Curlou, 
correspondant de l'Académie, a envoyé sur les fouillas opérées 
par lui en 1917 à Bulla liegia, avec une subvention provenant 
de la fondation Piot. Il a acquis la certitude que l'édifice que 
Tissot regardait comme une forteresse punique est un établisse- 
ment thermal de l'époque impériale. 

M. PoTTiER, complétant la communication faite par le Pré- 
sident dans la dernière séance, donne un aperçu général de la 
collection de dessins offerts au Musée du Louvre par M. le comte 
Alexandre de Laboixle. Ces dessins, qui paraissent tous inédits, 
peuvent être attribués avec la plus grande vraisemblance à 
Cassas. Ils sont d'un très grand intérêt, surtout en ce qu'ils 
nous font connaître l'état de conservation de certains monuments 
antiques, aujourd'hui très maltraités par le temps et surtout par 
les hommes. M. Pottier cite comme exemple le Parthénon sur 
lequel on peut tirer de là des renseignements précieux, pour la 
lin du xviii'' siècle. 

MM. Ci>ermont-Ganneau et Paul Girard présentent quelques 
observations. 



SEANCE DU 12 AVRIL 



l'RESmENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

M. PoTTiER donne des nouvelles de notre confrère, M. Dieu- 
lafov, qui est sorti sain et sauf des combats récents livrés sur la 
Somme. 

Le P. ScHEiL communique la note suivante de M. Edouard 
Naville, associé étranger de l'Académie, sur l'ouvrage de 
M. Maspero intitulé : Introduction à iétiule de la phonétique 
égyptienne : 

« Depuis son retour en France, M. Maspero s'était mis à publier 
ce qu'il considérait comme le couronnement de son œuvre, 
l'exposé du système grammatical de l'ancien égyptien. Il ne 



168 SÉA^CK bu i2 AVRIL i\)\H 

voulait pas cepeiulaiil présenter quelque chose qu'on pût consi- 
dérer comme détlnilil". « Je n'ai pas l'ambition », nous dit-il, à 
la première pa^e du livi'e qu'il projetait, « de composer ici une 
véritable Grammaire égi/plienne, car malgré tout ce qui a été 
publié sous ce titre en France, en Angleterre, en Italie, en Alle- 
magne, j'estime que nous n'en savons pas encore assez pour 
réussir: le livre que je commence à rédiger aujourd'hui. . . ne 
sera tout au plus qu'une Introduction à Vétude de la (frammaire 
àquplienne. Peut-être s'étonnera-t-on de voir le plan sur lequel 
j'ai essayé de le construire. Comme je l'ai dit un nombre infini 
de fois, et imprimé à plusieurs reprises, nous avons eu la chance 
de trouver table rase en matière de langue au commencement de 
notre science, et nous avons abordé le déchiffrement sans 
encombrement de théories préconçues ou de paradigmes pré- 
établis : ne vaut-il pas mieux profiter de la liberté absolue dont 
la fortune nous a gratifiés de la sorte, pour créer à l'égyptien 
une "-rammaire qui ne soit inspirée exclusivement ni des modèles 
purement classiques, ni des modèles indo-européens, ni des 
modèles sémitiques, mais qui ressorte entièrement d'une ana- 
lyse des textes entreprise avec laide de tous les moyens que la 
philologie peut nous prêter, à quelque ordre de langue qu'elle 
s'applique ? » 

« Partant de ce principe, M. Maspero a écrit le chapitre préli- 
minaire sur le système graphique. Ce chapitre se compose de trois 
parties qui devaient paraître successivement dans le « Recueil de 
travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptienne et 
assyrienne ». L'auteur a vu la première achevée, la seconde était 
à l'impression lorsqu'il a été surpris par la mort ; la troisième 
n'est qu'un fragment publié par M. Chassinat. 

« Tout imparfait que soit ce chapitre, il fixe cependant les bases 
sur lesquelles l'édifice entier devait reposer; en particulier, il 
montre clairement l'opposition qu'il y a entre sa manière d'envi- 
sa-^er la langue égyptienne et celle que depuis quelques années 
nous impose l'école de Berlin, comme une rénovation complète 
de l'égyptologie. 

« Cette opposition est formulée déjà dans la première phrase, 
qui indique la division du chapitre au point de vue de la pronon- 
ciation : le système graphique égyptien exprime « trois sortes 



SÉANCE DU 12 AVRir. 1918 169 

d'articulations diirérentes : 1" des consonnes proprement dites, 
:2" des voyelles, 3° des sonnantes ». 

« C'est sur les numéros 2 et 3, les voyelles et les sonnantes, que 
porte le fort du débat. Pour l'école allemande, en égyptien il n'y 
a pas de voyelles et encore moins de sonnantes. Ce que nous 
appelons des voyelles, c'est pour elle des consonnes faibles : ce 
qui lui a permis de bâtir un système de grammaire égypto-sémi- 
tique. La théorie du verbe et du nom qu'elle a créée est iden- 
tique à celle du verbe et du nom sémitiques. L'école de Berlin a 
été conduite à nier Texislence des voyelles parce que ses disciples 
n'ont pas tenu compte d'un fait capital que nous avons reconnu 
dès longtemps: c'est qu'il faut distinguer soigneusement entre le 
phonème et le signe matériel qui le représente à l'œil. Le pho- 
nème peut avoir une histoire et changer, sans que le signe cor- 
respondant à sa valeur primitive se modifie. « Pour moi, dit 
yi. Maspero, comme pour tous ceux qui se sont refusés à 
admettre les affirmations impératives de l'école berlinoise, l'égyp- 
tien a possédé primitivement des signes de voyelles de la nature 
de ceux des modernes; mais comme son système graphique s'est 
de bonne heure immobilisé presque entièrement, tandis que la 
langue parlée poursuivait son évolution sans arrêt, la langue 
écrite a gardé ses habitudes avec beaucoup d'obstination, et les 
signes voyelles, pour des raisons que nous commençons seule- 
ment à entrevoir, ont pris historiquement des valeurs diverses 
qui ne semblent pas toujours se rattacher toutes à la valeur pri- 
mitive. » On peut constater un phénomène analogue dans des 
langues modernes telles que l'anglais, où la voyelle a que nous 
appelons â et les Anglais t', a les prononciations les plus diverses, 
quoique le signe reste toujours le même, et sans qu'aucune 
addition au signe n'indique le changement de prononciation. Et 
pourtant personne ne songera àTppeler ïa anglais une consonne 
faible. 

« En donnant ainsi le nom de consonnes à ce qui est manifes- 
tement des voyelles, l'école allemande est arrivée, à grand renfort 
d'hypothèses, à créer un verbe trilitéral, formé de trois consonnes, 
et auquel on attribue des conjugaisons toutes semblables à celles 
du verbe sémitique; elle nous présente ainsi des transcriptions 
1918 ' ' 12 



170 siSA.Nc.i-: i)L' 12 Avuii. IIMS 

illisiibles et c(iii (uil un caractère tout à fait artilicicl. Ce n'est 
plus la reprotluclioii de ce (jui est écrit, ce sont des reconstruc- 
tions (Faprès les règles de Fécole. 

(( La troisième partie du chapitre, les sonnantes, est à peine 
coniniencéc. l"]lle ne traite aue de la première, celle qui corres- 
jiond à / ou Hï. Il est inliniment rei;rellahle que M. Maspero 




n'ait pas pu aborder les lettres <:ii> /, r, j))>^ m, et a/\^v\/\ n, 
et monlrei- les cas où elles ne sont que des voyelles et en ont la 
prononciation. 

« Les papiers laissés par M. Maspero, nous dit M. Chassinat, 
ne renferment aucune note qui permette de donner un aperçu 
môme fragmentaire de la thèse que Téminent auteur se proposait 
de développer dans la suite de ce mémoire, le dernier qu'il ait 
écrit et qu'il n'a même pas achevé. » 

« Nous pouvons mesurer aujourd'hui l'étendue de la perte que 
l'égyptologie a subie, La grammaire de Maspero aurait comblé 
une lacune qui se fait vivement sentir pour qui n'est pas un 
adepte de l'école de Berlin. Elle aurait été le développement 
des principes que lui avait inculqués celui auquel, disait-il, il 
devait sa carrière, celui qui le premier a tenté la traduction d'un 
texte dans son entier, E. de Rougé. Le livre dont nous n'avons 
que les premières pages aurait résumé tous les progrès que 
Maspero a fait faire dans la connaissance de la langue égyp- 
tienne, progrès dont un grand nombre sont des faits acquis sur 
lesquels il n'y aura plus à revenir. » 

M. Samuel Chabert, professeur à l'Université de Grenoble, lit 
une étude sur le proverbe latin : Quem perdere viilt Juppiler 
demenlal prias. L'idée est fort ancienne ; on la trouve exprimée 
tour à tour dans la Bible, chez Homère, les tragiques grecs et 
divers auteurs latins. M. Chabert admet que la formule aujour- 
d'hui populaire a pris corps seulement vers 1645, probablement à 
Cambridge, sous l'influence de la révolution d'Angleterre. 

M>L Th. Reinacu et Boucué-Leclercq présentent des obser- 
vations. 

Le Président interroge l'Académie pour savoir si elle entend 



SÉANCE DU 19 AVRIL 1918 l7l 

déclarer vacante la place de M.Barth. L'Académie, par 1 i voix 
coatre 12, répond négalivement. La question reviendra, conlor- 
niément au règlement, dans six mois. 



LIVRES OFFERTS 



Le Sechétaiue perpétuki. présente l'ouvrage suivant : Introduction 
à l'élude de la phonétique égyptienne, par G. Maspero, membre de 
l'Institut (extrait des volumes XXXVII-XXXVIII du Recueil des tra- 
vaux relatifs à la philologie et à Varchéologie égyptienne et assy- 
rienne; Paris, 1017,in-4°). 



SÉANCE DU 19 AVRIL 



PRESIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

M. Zeiller, professeur à l'Université de Fribourg,lit une note 
sur Tactivité littéraire de l'évêque arien Palladius de Ratiaria, 
qui fut déposé par le concile d'Aquilée en 381 '. 

MM. Monceaux et Bouché-Leclercq présentent des observa- 
tions. 

M. Clément Huart, professeur à l'Ecole nationale des langues 
orientales vivantes, fait une communication sur les derviches 
tourneurs, à propos d'un document persan dont la traduction 
paraîtra prochainement. Il montre, par des textes historiques, à 
quel degré de ferveur mystique étaient montés les esprits en 
Asie Mineure, au cours des xiii^ et xiv*' siècles, préparant ainsi 
un terrain favorable pour la diifusion des idées ^ apportées de 
Perse par le fondateur de cette confrérie i^eligieuse, le grand 
poète Djélal-ed-dîn Roùmî. 

MM. Maurice Croiset et Babelon demandent à Tautcur 
quelques explications. 

I . ^'oiI' ci-après. 



COMMUNICATIONS 



i/aciivuk uiiKUAiiU': d'un évi^que àrien 

DK LA RKiMON DANUIMENNE I PALLADIUS DE IIA IIAUIA, 
PAU M. ZEILLElt. 

.le voudiais dire k l'Académie quelques mots de l'œuvre 
dun personnag-e de l'Eglise du iv*' siècle qui ne manqua pas 
d'un certain relief, Palladius, évêque de Ratiaria, sur le 
Danube, dans la province de DacieTipuaire, qui fut déposé 
comme arien par le concile tenu en l'année 381 à Aquilée 
sous la présidence de l'évêque de cette ville, Valérien, et 
la direction effective de saint Ambroise de Milan. 

C'est surtout par cette fin de sa carrière que, grâce au 
récit d' Ambroise lui-même^, Palladius de Ratiaria est 
connu. 

On a cependant sur lui d'autres renseignements. On sait 
d'abord, même par le rapport d' Ambroise sur le concile 
d' Aquilée, que quarante ans auparavant et déjà évêque, 
Palladius avait été déposé de l'épiscopat comme entaché 
d'une hérésie k la fois opposée k l'arianisme et en connexion 
avec lui, celle de Photin ~. Il est vrai que Palladius contes- 
tait cette condamnation. 

On sait d'autre part, par les Fragments historiques de 
saint Hilaire ', que Palladius fut, en 366 ou 367, l'un des 
destinataires d'une lettre par laquelle son collègue Germi- 
nius de Sirmium, l'évêque du siège le plus important de 
toutes les chrétientés danubiennes, annonçait une évolution 
doctrinale qui de l'arianisme le ramenait vers une foi moins 
éloignée de celle de Nicée. Nous ne savons pas si Palladius 

1. Gesta. concilii Aqnileienais, dans Ambroise, entre YEpisl. VIII et 
VEpiftl. IX {Pair, lat., XVI, p. 916-939). 

2. Ihid. 

3. Fr.ttjin. /i/\s/.. XV. 



PALLAUIUS DE RATIAKIA 173 

répondit à cette lettre. Mais la suite de son histoire prouve 
qîiil ne suivit pas Germinius dans son évolution. 

Ce qui résulte de toutes ces données, c'est que Palladius 
de Ratiaria fut une personnalité assez marquante des Égli.ses 
de riUyricum danubien au iv" siècle. 

L'importance de son siège y fut -elle pour quelque chose? 
Pour peu de chose sans doute ; car, si Ratiaria était une 
métropole, ce n'était pas une grande ville comparable à 
Sirmium ou à Thessalonique. 

n semble donc bien que Palladius a dû avoir une action 
personnelle assez remarquable. Et, de fait, nous pouvons 
constater qu'il a marqué dans l'histoire de l'arianisme, et 
spécialement de l'arianisme illyrien ou danubien, par son 
activité littéraire. 

J'ai eu récemment l'occasion d'essayer de montrer, dans 
une étude sur Les oric/ines chrétiennes dans les provinces 
danubiennes de V Empire romain, l'intérêt pour l'histoire 
du christianisme antique de cet arianisme illyrien. C'est 
dans ces provinces danubiennes, où les évêques ariens se 
groupaient autour de l'empereur qui résida beaucoup sur la 
frontière du Danube au iv'' siècle, que l'arianisme a réussi à 
devenir une puissance dans l'Eglise et dans l'État, jusqu'à 
se faire reconnaître, lors du concile de Rimini en 359, 
comme la religion officielle de lEmpire. Mais l'arianisme, 
dans cette région, n'a pas seulement profité d'un certain 
nombre d'avantages politiques ; il a également été servi par 
un groupe d'hommes qui ont déployé une activité d'écri- 
vains qui mérite d'être mise en lumière. Palladius de 
Ratiaria est l'un des principaux. 

Que connaissons-nous aujourd'hui de son œuvre ? 

1 . Un premier renseignement nous est encore fourni par 
saint Ambroise, qui dit, dans le livre III de son De fide ^, 
que les deux premiers livres, écrits vers 377-378, avaient 

1. L. III, c. 1, 1 et 2. 



174 PALLADIUS DE RATIARIA 

été attaqués par Palladius, et les trois livres suivants 
furent même une réponse à ces attaques. Vigile de Thapse 
conlirme ' l'existence de ce traité Contra Anibrosium de 
fide, écrit évidemment vers 379. Il est aujourd'hui perdu, 
mais non pas entièrement, comme on va le voir. 

2. Vigile de Thapse nous apprend encore "^ que Palladius 
s'en prit à Ambroise mèrne après la mort de ce dernier, 
soit après 397. Cependant il n'aiïirme pas la date, credo, 
dit-il seulement, et comme Palladius, déjà évêque vers 3'iû, 
aurait eu alors environ quatre-vingt-dix ans, l'indication 
est sujette à caution, et il semble-bien que c'est le Contra 
Anibrosium de fide, écrit vers 379, auquel Vigile a assigné 
une date inexacte. Rien n'empêche pourtant que Palladius 
ait complété, après la publication des trois derniers livres 
du De pde, l'essai de réfutation qu'il avait commencé après 
les deux premiers. 

3. Mais nous avons mieux que ces témoignages. Nous 
possédons un écrit même de Palladius. Il est constitué par 
la dernière partie dune œuvre curieuse, conservée sous 
forme de notes marginales d'une copie des deux premiers 
livres du De fide d'Anibroise et des actes du concile 

• d'Aquilée [Cod. lat. 8907 de Paris), et qui n'ont été déchiffrées 
à peu près intégralement qu'il y a un peu moins de vingt 
ans, par un Allemand malheureusement, F. Kautïmann '^. 
Cette œuvre, à laquelle Kauffmann a donné le titre de 
Dissertatio Maximini contra Anibrosium, est, en etTet, une 
violente diatribe de l'évêque goth arien Maximin, plus tard 
adversaire de saint Augustin en Afrique, contre Ambroise 
auquel il reproche la condamnation de Palladius à Aquilée. 
Mais la troisième partie de cette Dissertatio, comme l'a vu 



1. Conlra Arianos, fin du livre II {Pair, ht., LXU, 230). 

2. Ihid. 

3. Aus der Schule des Wulfila {Texte und Untersiichungen ziir allger- 
manischen Relujionsgeschichte. Texte, I), Strasbourg-, 1899. 



PALLADIUS DE RATIAHIA 175 

il y a quelques années l'abbé Saltet ' et comme je l'ai 
montré à mon tour, n'est que la reproduction d'une protes- 
tation rédigée par Palladius lui-même après sa condamna- 
tion. Cette Oratio Pallad'd est une œuvre oratoire, d'inspi- 
ration soutenue et vig-oureuse, d'accent très âpre, mais non 
dépourvue de talent. 

Maximin paraît d'ailleurs avoir inséré en deux passages 
de sa Disserlaiio deux autres extraits de Palladius, qui 
proviennent vraisemblablement de son Contra Arnbrosium 
de fide. Celui-ci ne serait donc pas, comme je le disais il y 
a quelques instants, totalement perdu. 

4. Enfin je crois que c'est aussi Palladius qu'il convient 
de reconnaître comme l'auteur de fragments palimpsestes 
provenant de l'abbaye de Bobbio et qui ont été publiés en 
1828 par le cardinal Angelo Mai sous le titre de Sermoties 
arianorum -. Ce sont en réalité des débris de plusieurs 
traités dogmatiques ou homilétiques, visiblement de même 
origine. Leur contenu atteste une provenance danubienne 
et permet de les dater de la lin du iv'' siècle ; leur auteur, 
s'adressant une fois à un évêque, l'appelle cliarissime frater: 
c'était donc un évoque, et, comme pour des raisons tirées 
de la comparaison des citations bibliques, il y a lieu d'écarter 
Maximin et deux autres évêques ariens à peu près du même 
temps et du même pays, le goth Ulfila et son disciple 
Auxence de Durostorum en Mésie, je crois que l'on peut se 
prononcer pour Palladius de Ratiaria. 

Il est' à remarquer que toutes les œuvres de Palladius 
dont la connaissance plus ou moins complète ou incomplète 
est ainsi parvenue jusqu'à nous appartiennent à la dernière 
période de sa vie. Les fragments de Bobbio sont au plus 

1. Un texte nouveau: la « Dissertatio Maximini contra Arnbrosium », 
dans le Bulletin de lilléralure ecclésiastique publié par llastitut catho- 
lique de Toulouse, II [1900], p. 118-129. 

2. Scripiorum veteruin nova collectio, t. III, pars. II, p. 208-239 (Rome, 

1828). 



I7(> l'AL[.AUlLS [)!•: KATIAHIA 

tôt de 378, car ils ronfernient une citation du livre I du De 
plie d'Ambroise, qui est de cette année-là. Le traité contre 
les deux premiers livres du De fide doit être de 379 ou 380. 

\,y)rnfio ou protestation contre la sentence rendue à 
A([uilée en septembre 381 est probablement de 382. Enfin, 
si Viij;ile de Thapse ne s'est pas trompé, Palladius a encore 
écrit contre Ambroise vers 397. 

En somme, il apparaît surtout comme un grand adver- 
saire de Tévêque de Milan, mais un adversaire essentielle- 
ment malbeureux, car il en a reyu de rudes coups, et ne 
paraît pas lui en avoir porté de bien graves, tout en ayant 
fait ce qu'il pouvait pour cela. , 

N'avons-nous pas autre chose à inscrire à son actif? 

L'ancienne bibliothèque de Bobbio nous a encore livré un 
assez curieux fragment de commentaire arien sur l'Evangile 
de saint Luc, pour lequel on aurait pu songer à Palladius. 
Mais l'étude du texte ma conduit à me prononcer plutôt en 
faveur d'Auxence de Durostorum. 

Reste un gros et point médiocre ouvrage, que le moyen 
âge a attribué à saint Jean Chrysostome, mais qui est 
incontestablement arien : c'est YOpus imperfectum in 
MalLliaeuin^ commentaire inachevé sur saint Mathieu. C'est 
un écrit de caractère plutôt moral que spéculatif, bien que 
la polémique théologique n'y fasse point défaut, qui décèle 
chez son auteur une âme ardente et passionnée et des dons 
d'esprit réels. Mais cet auteur, à mon avis, n'est pas Palla- 
dius ; car, à bien des indices, il apparaît comme issu d'un 
milieu barbare, et il écrivait, comme le prouve son utilisa- 
tion des Commentaires sur saint Mathieu de saint Jérôme, 
après 398 ; ce doit donc être l'évêque goth Maximin. 

Il est d'ailleurs intéressant de rapprocher tous ces textes, 
qui ont entre eux une certaine parenté : un même esprit 
les unit, une même théologie j est professée, l'arianisme, 
non l'arianisme brutal d'Arius, mais celui, plus voilé, et 
pourtant bien réel, d'Eusèbe de Nicomédie et du concile de 



LES DERVICHES D ASIE MINEURE I / / 

Rimini ; ils appartiennent à la même réo^ion, à la même 
époque, au même milieu religieux : leurs auteurs sont des 
évêques danubiens, les uns romains, les autres goths. 
Palladius est romain, mais ami des Goths Ulfilaet Maximin. 
En outre, il est important de noter que cette littérature 
religieuse n'est pas seulement théologique ou polémique, 
mais aussi scripturaire, homilétique et morale, et qu'elle a 
dû, comme telle, jouer son rôle dans la conversion des 
Goths, puis d'autres barbares, au christianisme et au chris- 
tianisme arien. L'Eglise arienne, vers la fin du iv^ siècle, a 
momentanément devancé l'Église catholique dans la cons- 
titution de ce qu'on pourrait appeler un matériel intellectuel 
de propagande religieuse, et il y aurait là l'une des explica- 
tions de la supériorité provisoire de l'apostolat arien auprès 
des barbares. C'est par ce rapprochement avec les premiers 
évêques des Goths chrétiens et ariens, Ulfila, Maximin, 
peut-être Auxence, dont l'origine est incertaine, que l'étude 
de l'œuvre de Palladius de Ratiaria prend surtout de 
l'intérêt. 



LES DERVICHES D ASIE >IINEURE, 
PAR M. CLÉMENT HUART. 

Au cours de son grand voyage qui devait durer vingt- 
quatre ans, de 1325 à 1349, le voyageur marocain Ibn- 
Batoùta débarqua sur la côte méridionale de l'Asie Mineure ; 
il venait de Syrie, où il avait trouvé à Lattaquié un navire 
génois qui le transporta, en dix jours de navigation, à 
Alàyà, port de mer qui a conservé le nom de son fonda- 
teur, le grand sultan de la dynastie des Seldjouqides de 
Roùm, 'Alà-ed-dîn Kaï-Qobâd P"" ; de là il passa aisément 
à Adalia, que nos anciennes cartes appellent Satalie, et 
dont le nom rappelle encore aujourd'hui le souvenir des 
Attale, les fastueux rois de Pergame. Dans sa tournée, le 



178 LES DERVFCMRS d'aSIE MINEURE 

vovageur se trouva en contact avec une catég'orie d'indi- 
vidus qui s'appelaient les Ak/ii, mot arabe qui signilie 
u mon frère » : c'étaient des associations de jeunes gens qui 
se réunissaient chaque soir dans des ermitages pour y 
prendre en commun un repas dont ils s'étaient procurés 
les éléments dans la journée et qu'ils faisaient partager aux 
étrangers de passage dans leur ville ; ensuite ils se mettaient 
à chanter et à danser K 

Ces A/xhi, dont Ibn-Batoûta ne pouvait trop louer l'hos- 
pitalité et la générosité, étaient des derviches, des çoûfîs, 
c'est-à-dire des mystiques contemplatifs. L'x\sie Mineure 
en était pleine ; notre voyageur en rencontre partout, à 
Sîwàs, à Brousse, à Nigdé, à Gumiich-Khànè, à Kastamouni, 
à Balikesri, à Lâdhîk (Laodicée sur le Lycus), à Sinope, à 
Erzingàn, à Erzeroum, et jusqu'à Azof. Déjà, au siècle pré- 
cédent, 'Afif-ed-dîn Soléimân de Tlemcen, père du poète 
arabe connu sous le sobriquet de V Adolescent spirituel et 
poète lui-même, avait quitté la région du Maghreb lointain 
pour venir accomplir des retraites dans ces contrées, pleines 
de ferveur religieuse. 

Un détail de la coiffure de ces derviches permet de les 
identifier. Ils étaient coiifés d'un haut bonnet de laine 
blanche, au sommet duquel était cousue une pièce d'étolfe^ 
longue d'une coudée et large de deux doigts. Or, lorsque 
le sultan ottoman Mourad I"" institua le corps d'infanterie 
des Janissaires (car il paraît bien, comme l'ont écrit les 
historiens byzantins, que ce fut lui qui les créa, et non son 
père Orkhan), il les plaça sous la protection d'un des der- 
viches de cette époque ; il leur donna pour coiffure le bonnet 
de feutre blanc de I.Iàdji Bektach, auquel on ajouta, dit-on, 
par derrière, un morceau d'étoffe, en souvenir de la manche 
du derviche qu'il avait laissée pendre sur la tête d'un des 
soldats, et qui tombait par derrière jusque sur son dos. Le 

1. Ibn-Batouta, Voyages, publiés et traduits par Defrémery et îc D"' San- 
guinetti, t. II, p. 200 et suiv. 



LES DERVfCHRS DASIE MINEURE 179 

rapprochement de cette légende, donnée par les historiens 
ottomans, avec les détails précis conservés par le voyageur 
de Tanger, observateur minutieux et attentif, montre qu il 
n'v a à en retenir que l'adoption de la coiffure par la nou- 
velle milice : l'adjonction de la pièce d'étoffe est antérieure 
à la création du corps des Janissaires, elle était déjà opérée 
par les derviches au début du xiv^ siècle, et c'est la même 
coitTure que portait assurément Hàdjî Bektach lui-même. 

Ibn-Batoùta avait visité à Qonya, l'ancienne Iconium, le 
mausolée du chéïkh Djélàl-ed-dîn Roùmi, l'auteur du 
Metlinéwî, connu sous l'appellation de Maulànà « notre 
maître » ; il a constaté la grande considération dont il 
jouissait, et il a connu la confrérie qui lui devait sa nais- 
sance. Ce mausolée domine encore, de sa haute tour carrée 
couverte entièrement de plaques de brique émaillée de 
couleur bleue, les maisons basses de la ville. La famille du 
fondateur de la confrérie était originaire de Balkh, l'ancienne 
Bactres ; son père avait quitté l'Asie centrale pour des motifs 
politiques, s'étant brouillé avec les gouvernants de ces 
régions, et était venu réclamer l'hospitalité des sultans 
seldjouqides. Il y fit souche, et ses descendants y vivent 
encore actuellement ; tous viennent, successivement, 
reposer sous l'ombre de la tour bleue et des coupoles qui 
l'accompagnent ; sept siècles ont rempli de tombeaux la 
mosquée attenante aux salles de réunions des derviches. 

Les Mauiawi, « les gens de notre maître », ou, comme 
prononcent les Turcs, les Mewléwî, sont plus connus parmi 
nous sous le vocable de derviches tourneurs, dérivé d'un 
de leurs exercices principaux. Théophile Gautier a décrit 
magistralement leur valse lente, dans laquelle, « les bras 
étendus en croix, la tête inclinée sur les épaules, les yeux 
demi-clos, la bouche entr'ouverte , ils se laissent em- 
porter par le fleuve de l'extase ». Telle est, en etfet, l'appa- 
rence extérieure d'un exercice auquel ils admettent volon- 
tiers les étrangers. Pour pénétrer plus profondément dans 



180 LES DERVICHES d'aSIE MINEURE 

leurs croyances et leurs doctrines, il faut avoir recours aux 
ouvrages écrits à leur usage. Par bonheur, nous possédons 
l'histoire des fondateurs de cet ordre religieux ; elle a été 
écrite en persan, par un certain Atlâkî, et terminée vers 
l'année ISTiS. 11 en existe plusieurs manuscrits à ki Hil)lio- 
thèque nationale ; la liaduction en français de cet ouvrage 
est actuellement sous presse : elle ne tardera pas à paraître, 
du moins on est en droit de l'espérer. 

Nous y apprendrons que la danse rituelle n'est pas leur 
seul exercice de dévotion. La retraite, c'est-à-dire l'isole- 
ment dans une cellule, pendant une période, généralement 
de quarante jours, qui peut être répétée consécutivement, 
et le jeûne, non pas le jeûne musulman du mois de rama- 
dan, mais une abstention presque complète d'aliments et 
de boissons pendant le jour et la nuit, sont les principaux 
moyens de mortification chez les çoûfis et en particulier 
chez les Mewléwî. On comprend aisément que par l'emploi 
de ces deux moyens l'adepte arrive à un état d'hyperesthésie 
qui se traduit vite par des hallucinations. L'histoire d'Aflâkî 
est remplie d'anecdotes relatives à des faits de ce genre; 
mais il n'est pas défendu d'essayer d'y apporter quelque 
ordre, en attendant que l'étude de ces phénomènes attire 
l'attention d'un savant spécialiste de l'hypnotisme. 

S'il est une coutume avérée des musulmans, universelle- 
ment connue, c'est leur habitude de ne jamais parler de 
leurs femmes, de ne jamais faire allusion à leur vie intime : 
à telles enseignes que l'étranger qui les fréquente, et qui 
parfois a pu être admis dans l'intimité du harem, évite soi- 
gneusement toute question indiscrète au sujet de ces 
femmes, et se borne à user d'euphémismes, tels que le mot 
« famille », pour les désigner. Au contraire, nos derviches 
d'Asie Mineure ne dissimulent aucunement le rôle que les 
femmes jouent dans leur communauté et dans leur entou- 
rage, et ce qu'ils en racontent ajoute une note intéressante 
à ce qu'ils nous ont rapporté de leur vie et de leurs actes- 



LKS fi.ËRVICHES DASIE MINEURE l8l 

'Içméti-Khàtoùn, épouse du sultan Behrâm-châh de la 
dynastie des Mengoudjékides, se porte à la rencontre du 
père de Djélâl-ed-din Roûmi et lui construit un collège 
dans la bourgade où il s'est arrêté. La femme du maître, 
Kirâ-Khàtoùn, entourait son mari des soins les plus 
empressés ; quand il se rendait au bain public, elle recom- 
mandait à ses compagnons de veiller sur lui, car il était 
complètement indifférent à l'égard de lui-même ; aussi 
emportaient-ils avec eux tapis et serviettes nécessaires. 
Elle était l'amie de la reine, épouse du sultan, que son nom 
de Gurdji-Khâtoûn nous décèle comme une esclave géor- 
gienne, sans doute affranchie ; celle-ci s'intéressait aux 
exercices des derviches ; elle était même, paraît-il, affiliée 
à la confrérie. La femme du fondateur de l'ordre lui faisait 
part des événements heureux qui lui survenaient, et lui 
réservait une portion sur un bouquet de ffeurs mystérieuses 
venues de l'Inde par une voie secrète. La fille de Djélàl-ed- 
dîn Roùmî, Méléké-Khâtoûn, était mariée à un riche négo- 
ciant qui se faisait remarquer par son extrême avarice ; elle 
alla s'en plaindre à son père, qui convint que son mari 
n'agissait pas bien et lui raconta, pour la consoler, une 
historiette amusante. Koùmàdj-Khàtoùn, époux du sultan 
Rokn-ed-dîn, dut la vie à l'intervention du derviche, qui 
accourut la prévenir de l'écroulement prochain d'une aile 
du palais. La harpiste Tâoûs se convertit et renonça à sa 
vie de plaisirs; le maître lui fit présent d'un fragment de 
son turban, dont elle se fit un serre-tête ; elle devint telle- 
ment belle, dit le narrateur, que le trésorier du sultan 
n'hésita pas à la demander en mariage ; elle fut considérée 
comme une sainte et fit des miracles. 

Les derviches tourneurs n'ont jamais joué de rôle poli- 
tique. Si l'empire ottoman a cru devoir leur en attribuer 
un, c'est que leur confrérie est tout ce qui reste du royaume 
des Seldjouqides, que la légende accréditée en Turquie 
représente comme ayant donné, à l'ancêtre de la famille 



182 LES DERVICHES D^ASIE MlISEURE 

d'Osman, le bi^evet d'investiture de la principauté de 
Seuyud, berceau de la dynastie. Aussi le descendant de 
Djélâl-ed-dîn Roûmî est-il appelé, à chaque changement de 
rèi^ne, à venir à Constantinople ceindre du sabre, dans la 
mosquée d'Eyyoub, le prince qui représente la lignée des 
Sélim et des Soliman. 

Au xin^ siècle, les hommes d'Etat avaient vu chez ces 
derviches un de ces facteurs moraux dont l'emprise sur 
l'esprit du peuple était jugée indispensable à la bonne 
conduite des affaires publiques. L'tm des principaux adeptes 
de la confrérie était ce Soléiman, qui portait le titre hono- 
rifique de Mo'în-ed-dîn « aide de la religion » et que l'on 
désigne habituellement sous le' nom de sa charge, car il 
était le Perivâné, c'est-à-dire le grand chambellan, maître 
des cérémonies de la Cour ; Persan d'origine (il était né à 
Kàchàn), il reçut du sultan Qylydj-Arslàn IV la ville et le 
territoire de Sinope, à titre de fief, et maria son fils à une 
fille de Léon III, roi de la Petite Arménie ; passé ensuite 
au service des Khans mongols, accusé de trahison, il fut 
exécuté sur l'ordre d'Abaqa le 23 juillet 1278. L'historien 
des derviches tourneurs n'hésite pas à attribuer 1 état pros- 
père de l'Asie Mineure, sous son administration, à la béné- 
diction qui, selon lui, s'attachait à la protection dont ce di- 
gnitaire entourait la confrérie, de même qu'il attribue les 
malheurs de la dynastie à l'ingratitude manifestée envers 
elle par le sultan Rokn-ed-dîn. 

Les événements politiques, l'effondrement dui royaume 
des Seldjouqides, son remplacement par de petites princi- 
pautés sporadiques, la conquête successive de tous ces Etats 
minuscules par l'empire ottoman au cours du xv^ siècle, 
n'eurent aucun effet sur la constitution de cette confrérie 
de derviches. Ils continuèrent leurs concerts et leurs danses, 
plus préoccupés de monde spirituel que des affaires tenqDo- 
relles; et quand un de ces derviches a quelques moments 
de loisir, il va s'asseoir au bord d'une eau courante, sous 



SÉANCE DU â6 AVRIL l0l8 IS.*^ 

des ombrages touirus, écouter la voix plaintive de la flûte 
dont il joue, cette flûte mélancolique dont le poète de Balkh 
a chanté les ti'istesses, au début de son Methnéivî : « Ecoute 
la flûte de roseau, ce qu'elle raconte et les plaintes qu'elle 
exhale au sujet de la séparation. Depuis que l'on m'a 
coupée, dit-elle, dans les roseaux des marais, hommes et 
femmes se plaig-nent à ma voix. Mon cœur est tout déchiré 

par ra])andon » 

C'est ainsi que le mystique décrit la tristesse de l'âme 
séparée du grand Tout, et cherchant à l'atteindre de nou- 
veau à travers les accidents de l'être, obstacles qu'il s'agit 
de. franchir, voiles qu'il faut soulever pour retourner k la 
source première et s'absorber dans la contemplation de 
l'infini d'où l'âme était sortie, et qu'elle aspire à rejoindre. 



LIVRES OFFERTS 



M. Louis Léger présente une nouvelle édilion du livre de M. le 
professeur Jorga : Histoire des relaliuna entre la. France et lea Rou- 
mains. En présentant il y a quelques mois, l'édition publiée à Jassy 
(voir Comptes rendus, 1917, p. 295), il regrettait qu'elle fût peu acces- 
sible à notre public. M. Charles Bémont s'est chargé de réimprimer le 
volume à Paris ^ et l'a fait précéder d'une notice sur la vie et l'œuvre 
de l'auteur, naguère élève de notre École des Hautes études. Nous 
lui devons de chaleureux remerciements pour cette nouvelle édition. 



SÉANCE DU 26 AMilL 1918 



l'RESIDENCK DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

La correspondance comprend : 

l ne lettre de M, le général Guillaumat, remerciant l'Académie 
de la subvention de 2.000 francs par elle accordée au Service 
archéologique de F armée d'Orient; 

1 . Librairie Pa.yol. 



184 SÉANCI'] DL; 2fi AVRII, IÎHN 

l'iie Icllre du clief ilu Service des aiiliquilés, beaux-arts et 
monuments historiques au Maroc, adressant une copie des ins- 
criptions de Volubilis relevées par le lieutenant Louis Châtelain. 

Le Secrktairk perpétumi, donne ensuite lecture de la lettre sui- 
vante de M, Pierre Paris, correspondant de TAcadémie : 

« Bolonia (par Tarifa), L3 avril 1918. 

« Monsieur le Secrétaire perpétuel, 

« Je suis heureux de pouvoir a'ous donner encore une fois de 
bonnes nouvelles des fouilles que subventionne si généreusement 
l'Académie. 

« Nos deux chantiers sont également intéressants. Le premier, 
sur l'emplacement de la ville romaine, nous a donné un second 
établissement à salaisons, à peu près complet maintenant, avec 
son grand atelier pour la préparation des poissons, et ses grandes 
fosses à saumure. 

« Nous dégageons aussi une riche maison à péristyle, dont 
une salle était décorée de peintures fort originales : de grandes 
fleurs de pivoines avec leur feuillage se détachent en couleurs 
vives sur fond blanc. Nous avons aussi recueilli de nombreuses 
plaques de stuc rouge foncé et jaune, avec beaucoup de grafTites 
de grand intérêt, des mots écrits en caractères romains, mais qui 
sont sans doute ibériques, des figures d'hommes, et surtout des 
proues de navires décorées de figures monstrueuses. Tout cela 
forme un ensemble très curieux. 

« A côté de cette maison, nous déblayons une sorte d'avenue 
bordée à droite et à gauche de colonnes à bossages que nous pou- 
vons rétablir, et dont nous avons les gros chapiteaux de style 
ibéro-dorique ; nous croyons que c'est une rue principale dé- 
bouchant juste sur la place ; nous la suivons aussi longtemps que 
possible à travers la place actuelle .du hameau de Bolonia. 

« Notre second chantier, la nécropole romaine, ménageait à 
mon collaborateur, M. Bonsor, plus d'une surprise. Toutes les 
tombes sont de l'époque romaine, comme en témoignent les 
objets divers que nous y recueillons, ainsi que les monnaies ; 
mais les formes des tombes sont très variées, et presque toujours 
nouvelles. Ce qui en fait la très grande originalité, c'est que 
devant presque tous les monuments ou au-dessus d'eux se re- 



SÉANCE DU 26 AVRIL 4918 185 

trouvent des figures extrêmement barbares, quelquefois alignées 
au nombre de cinq. A peine, d'ordinaire, distingue-l-on la place 
des yeux, la forme du nez et de la bouche, l'arrondissement de la 
tête; quelquefois le buste (ce sont toujours des bustes) est un peu 
plus précis, mais c'est l'exception. Jusqu'à plus ample informé, 
il nous semble que ces figures funéraires, images des morts ou 
démons des tombes, sont des souvenirs persistants de la religion 
indigène ; ils doivent remonter à une civilisation très ancienne et 
rattachent la ville primitive aux prétendus bastulo-phéniciens. 
Nous espérons que des découvertes ultérieures, dans la nécro- 
pole ou dans la ville, viendront élucider ce problème. 

« Je vous ai signalé. Monsieur le Secrétaire perpétuel, dans 
ma précédente lettre, la découverte de deux belles statuettes de 
bronze; je les avais prises d'abord pour un danseur et une dan- 
seuse ; mais en les nettoyant légèremenl, car le nettoyage complet 
devra être fait par un spécialiste, il est apparu que les deux per- 
sonnages formaient un groupe étroitement uni ; c'est un homme, 
peut-être un satyre, enlevant une femme éperdue. Ces bronzes 
gagnent ainsi beaucoup en intérêt, et prendront certainement 
place parmi les plus précieux modèles de l'art hellénistique. 

« Je regrette de ne pouvoir joindre des photographies à cette 
lettre, mais nous ne sommes pas installés ici pour révéler nos 
plaques ; dès que j'aurai pu les envoyer à Madrid par une voie 
sûre, je me ferai un devoir de vous en envoyer des épreuves. 

w Je vous serai reconnaissant. Monsieur le Secrétaire perpé- 
tuel, de vouloir bien communiquer à l'Académie ces nouvelles, 
si elles a'ous en semblent dignes. » 

M. l'abbé Chabot annonce que, d'après les dernières nouvelles 
reçues du P. Jaussen, les estampages pris à Palmyre avant la 
guerre pour le compte de l'Académie et qui avaient été aban- 
donnés à Jérusalem en 1914, à la suite des événements militaires, 
n'ont point eu à souffrir et ont été retrouvés intacts. 

Il M. Ch.-V, Langlois annonce que la Commission du prix Bor- 

din a attribué les récompenses suivantes : 

1.500 francs à M. André Blum, pour son ouvrage intitulé: 
L'Estampe satirique en France; 

1918 13 



186 SÉANCE DU 26 AVRIL 1918 

500 francs à M. l'abbé Ch. Guéry, pour son ouvrage intitulé : 
Histoire de V abbaye de Lyre ; 

500 francs à M. A. LAngfors pour Les incipil des poèmes 
fj-ançais antérieurs au XVL' siècle ; 

500 francs à M. ParLurier, pour son édition critique de la 
Délie, de Maurice Scève. 

M. Paul Monceaux communique à l'Acfidémie une note sur 
une dédicace chrétienne d'Algérie, qui se trouve au Musée de 
Bône, et que Ion n'avait pas encore réussi à déchiffrer entiè- 
rement. 

« J'ai l'honneur de communiquer à TAcadémie une assez 
curieuse dédicace chrétienne d'Algérie, dont on n'avait jusqu'ici 
que des copies fort incomplètes, et que M. Gsell a réussi l'an 
dernier à déchiffrer d'un bout à l'autre. 

« La pierre qui porte cette inscription a été découverte, il y a 
vingt ans, dans la région de Dar-el-Ghoula, entre Bône et Souk- 
Ahras, à 40 kilomètres environ au Sud-Est de Bône. Peu de 
temps après, elle fut transportée au Musée de Bône, où, à plu- 
sieurs reprises, elle attira l'attention des archéologues*. Mais 
c'est tout récemment qu'elle a livré enfin son secret. 

t< Cette pierre mesure O'^iS en hauteur, '"38 en largeur, 
0™20 en épaisseur. La face supérieure présente un grand car- 
touche à queues d'aronde, haut de 0^225, large de 0'"21. Au- 
dessus du cartouche, deux colombes buvant à un vase ; au-dessus 
des colombes, un monogramme constanlinien enfermé dans un 
double cercle. Dans le cartouche, une inscription de huit lignes, 
qui avait été gravée avec assez de soin, mais dont plusieurs par- 
ties sont aujourd'hui à demi effacées. Hauteur des lettres : O'^Ol 
environ. Copie de M. Gsell, prise en 1917 sur l'original, et con- 
trôlée par lui sur un estampage. 



1. Papier, C.li. de VAcadémie d'Hippone, 1898, p. ix ; Gsetl, ibid., 
p. XXI ; Atlas arctiéologique de l'Algérie, feuille 9, n.243; Maitrot, Le 
Musée d'Hippone (Bône, 1914), p. 28. 



SÉANCE DU 26 AVRIL 1918 187 

aVE PRIMITIE NOS 
TRE VIRTVTIS SVNT EX LE 
CTIONE ET ASPECTV PRO 
BANTVR NAM NOVVM EDI 
FICIVM aVOD CERNIS NOS 
TRO LABORE HOC INCEPT 
VM ADQVE PERFECTVM 

EST 

Qa{a)e primiti[a)e nostr{a)e virtutis sunt, ex leclione et 
aspectu prohnalur. Nam novum [ajedifîcium, quod cernis, nos- 
Iro lahore hoc inceptum adque perfecluni est. 

« D'après le texle et les symboles, c'est une dédicace chré- 
tienne, qui était placée sur la façade d'un édifice (lignes 3-5), 
probablement quelque chapelle, et qui devait faire pendant à 
une autre inscription donnant le nom du dédicant. Le monument 
paraît avoir été élevé par les soins ou aux frais d'un nouveau 
converti : c'est ce que semblent indiquer les mots primiii[a)e 
noslr[a)e virtutis. A en juger par la forme du chrisme, l'édifice 
datait du iv^ siècle, comme l'inscription. 

Ligne l. — Le mol primiti{a)e est évidemment une réminis- 
cence biblique. On le rencontre dans toutes les parties des vieux 
textes latins de l'Ancien Testament, toujours avec le sens de 
prémisses de la terre, sorte de dîme. Chez saint Paul, ce mot 
prend d'ordinaire un sens figuré. En voici quelques exemples : 
« Nos ipsi primitias spiritus habentes '. » — « Primitiae dor- 
mientium... Primitiae Ghristus... Primitiae Achaiae ^. » — 
« Quod elegerit vos Deus primitias in salutem ^. » On lit aussi 
dans l'Apocalypse * : « Hi empti sunt ex hominibus primitiae 
Deo. » Dans l'inscription de Bône, le mol primitiae paraît avoir 
une signification intermédiaire : les « prémisses de la vertu » du 
donateur prennent la forme matérielle d'une offrande, d'un ex- 
vofo. 

1. Roman., 8, 23. 

2. I Corlnlh., 15, 20 et 23 ; 16.15. 

3. // Thessalon., 2, 12. 

4. ApocaL, 14, 4. 



188 SÉANCE 1)L 26 AVRir, 1918 

Lignes 2-3. — Lect.ione vise sans doute la lecture de la dédi- 
cace ; aspectu, l'aspect du monument. 

Lig-nes 4-8. — Formules d'un type courant dans Tépigraphie 
africaine du iv* siècle. 

MM. Clermont-Ganneau, Bouché-Leclercq, Maurice Croiset et 
Théodore Reinacii présentent quelques observations. 

Le PKÉsuiENT fait connaître l'attribution des récompenses 
décernées par l'Académie sur le prix Jean-Jacques Berger: 

4.000 francs à M. Wickersheimer, pour ses Commentaires de 
la Faculté de médecine de r Université de Paris ; 

3.000 francs à M. Coyecque, pour son Recueil d'actes notariés 
relatifs à V histoire de Paris au XVP siècle • 

3.000 francs à M. Vidier, pour son ouvrage sur les Mar- 
guilliers laïcs de Notre-Dame ; 

2.000 francs à M. Léon Dorez, pour son ouvrage sur La 
Faculté de décret de V Université de Paris au XV^ siècle; 

1.000 francs à M. l'abbé Clerval, pour son Registre des pro- 
cès-verhaux de la Faculté de théologie de Paris ; 

1.000 francs à M. Paul Lacombe, pour sa publication des 
Anciens livrets des rues de Paris imprimés aux XV^ et XVP 
siècles ; 

500 francs à M. Lecestre, pour sa Notice sur V Arsenal royal 
de Paris jusqu'à la mort d'Henri IV ; 

500 francs à M. Camille Bernard, pour sa Restitution des 
thermes de Lutèce. 

M. Maurice Croiset commence la lecture d'un mémoire sur 
les premiers dialogues de Platon, ceux qu'il composa à Mégare, 
durant son séjour auprès d'Euclide. 



LIVRES OFFERTS 



M. le comte P. Durrieu fait hommage à l'Académie d'une étude 
dont il est l'auteur, intitulée: La Messe de Saint-Gilles, tableau du 
XV"^ siècle (extrait de VArt liturgique, 1917, in-4°). 

Le Gérant, A. Picard. 

MAÇON, PROTAT FRERES IMPRIMEURS 



r<l 



- COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT UANNÉE 1918 

SÉANCE DU 3 MAI 



PRESIDENCE DE M. HERON DE AILLEFOSSE. 

/ 

M. Maurice Croiset achève la lecture qu'il avait commencée à 
la précédente séance sur les dialogues composés par Platon lors 
de son séjour à Mégare auprès d'Euclide. 

MM. Bouché-Leclercq, Alfred. Croiset et Théodore Reinach 
présentent quelques observations. 

M. Paul FouRNiER fait connaître les décisions de la Commi.ssion 
du prix Prost. Aucun des ouvrages présentés par leurs auteurs 
n'ayant paru mériter d'être pris en considération, la Commission 
a évoqué divers travaux publiés en 1917 par M. Germain de 
Maidy, archéologue lorrain, de Nancy, savoir : 

L'image de sainte Marie Majeure à la cathédrale de Nancy; 

Un écusson héraldique à Neufchâteau ; Vhôtel de Jean de 
Houdreville (1583) [Hôlel de ville actuel]. 

Une douzaine de chronoc/rammes en Lorraine ' 

La frise des apôtres à l'église de Maine ; 

La médaille d'Alphonse de Rambervillers (1604). 

En lui attribuant le prix Prost, l'Académie entend de plus 
reconnaître la valeur de l'ensemble des travaux de l'auteur. 



190 . LIVRES OFFERTS 

M. Charles Diinii, annonce à rAcatlémie que la Commission dn 
pri\ Fonld a jiarlagé ce prix entre deux concurrents de la i'açon 
snivanle : 

,'}.{)()0 francs à M. G. IMillcL pour son livre : licclierches sur 
riconof/rnphie de VEvamfile aux XIV', XV'' el XVl"" siècles; 

2,000 francs à M. Bréhier pour son livre : L'art chrélien ; son 
développement iconograpliique des origines à nos jours. 

M. A. Morkl-Fatio, au nom de la commission du prix 
Lagrangc, fait savoir que ce prix a été décerné à M. Ernest Lan- 
>^'lois, professeur à l'Université de Lille, pour son édition du 
lionian de la Rose, tome I. 

Le Président fait connaître les récompenses accordées par 
l'Académie sur la fondation Le Fèvre-Deumier, savoir : 

3.000 francs à M. Puech, pour son livre : Les Apologistes 
chrétiens du second siècle / 

3.000 francs à M. Dussaud, pour Tensemble de ses ouvrages 
sur les religions parus depuis dix ans; 

2.000 francs à M. Picavet pour son Essai sur Ihisloire 
générale et comparée des philosophies el théologies du moyen 
âge. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les jDublications 
suivantes : 

Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes . — 37" année, 
4^ série, n° 21. — Année 1918. Premier trimestre (Gap, 1918, in-8''). 

Bulletin de la Société ixistorique el archéologique du Périgord . 
Tome XLV. Deuxième livraison : mars-avril 1918 (Périgueux, 1918, 
in-8°). 

Journal of the Roy al Institule of Brilish Architects, \o\ume XXXV, 
third séries, n» 6, April 1918(London, 1918, in-4°). 

Journal of the American Oriental Society, vol. 38, parti — Fe- 
bruary 1918 (New-Haven, 1918, in-8°). 

Rendiconti délia R. Accademia dei Lincei. Classe di scienze ma- 



LIVRES OFFERTS 191 

rali, storiche et philolojiche. Série quinta. Vol. XXVI, Fasc. 11°-12° 
e Indice del volume (Roma, 1917, in-S"). 

M. II. Omont fait hommage d'une étude dont il est l'auteur, inti- 
tulée : Un hellénisle du XVI" siècle (extrait de la Revue des éludes 
grecques, tome XXX, n» 137-138, avril-juin 1917 ; Paris, 1917, in-S"). 

M. Omont reprend la parole en ces termes : 

« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, au nom 
de M. Léon Dorez, un inventaire détaillé d'une très importante col- 
lection de lettres autographes des grands personnages français et 
étrangers du xvi'= au xix"^ siècle, formée par Alexandre Bixio et géné- 
reusement offerte l'an dernier à la Bibliothèque nationale par ses 
deux filles. M™''* Rouen-Bixio et Depret-Bixio (La collection 
Alexandre Bixio à la Bibliothèque nationale ; mss. français nouv. 
acq. 22734-22741. Paris, 1918, in-8°, 1;J2 p. ; extrait du Bulletinphilo- 
logique et historique, 1910). 

« A côté de très nombreux autographes de savants, d'hommes de 
guerre, d'hommes politiques de la fin du xviii^ siècle et d'une grande 
partie du xix'' siècle, la collection Alexandre Bixio présente une 
riche série de lettres autographes de rois, reines, princes et grands 
personnages français des xvi'=, xvii'^ et xv-iii"^ siècles : François !<='', 
Henri II, Catherine de Médicis, Henri III, Henri IV, Anne d'Au- 
triche, Condé, Catinat, Duquesne, Fabert, saint François de Sales et 
saint Vincent de Paul, Balzac, Boileau, Bossuet, Fénelon, Fléchier, 
La Fontaine, Racine, Regnard, Rousseau, Voltaire, etc. 

« M. Dorez a décrit cette collection d'autographes, classés en un 
seul ordre alphabétique, avec un soin minutieux, et son inventaire, 
aussi détaillé que précis, est précédé de quelques pages où il a mis 
en relief la personnalité d'Alexandre Bixio, et apprécié l'importance 
et l'intérêt historique de l'ensemble de la collection. » 

M. J.-B. Chabot fait hommage à l'Académie d'un opuscule inti- 
tulé : 

Le Marquis de Vogue. — Notice sur ses travaux d'épigraphie et 
d'archéologie orientale (extrait du Journal asiatique, Xl^ série, t. IX, 
p. 313-34o). 



192 

SÉANGP: du 10 MAI 



l'UKSIDENCE DK M. PAUL (ilUARn, VICE-I>HESIUKNT. 

M. Salonion Reinach communique une note de M"* Duportal, 
relative à un recueil de dessins conservé à la Bibliothèque de 
rinstitut. Un de ces croquis serait un dessin original de Germain 
Pil 



on 



i 



M. Saiomon Reinach montre ensuite la photographie d'un 
•buste de femme représentant sans doute une femme poète. Ce 
buste a été trouvé dans le Midi de la France et est passé en Amé- 
rique. C'est une copie, exécutée à Tépoque d'Auguste, d'un ori- 
ginal grec du v*' siècle. 

M. PoTTiER présente quelques observations ; il se demande si 
l'œuvre n'appartient pas à la Renaissance. 

M. Ch.-V. Langlois fait connaître le résultat du concours des 
Antiquités de la France : 

La première médaille est décernée à l'ouvrage de R. de Saint- 
Venant intitulé : Dictionnaire lopoc/raphique, historique, hio- 
ffraphique, (fénéalogique et héraldique du Vendômois ; — la 
seconde médaille à l'ouvrage de M. G. Mollat, intitulé Étude 
critique sur les « Vitfe paparum Avenionensium » d'Etienne 
Baluze. 

Le P. ScHEiL communique à l'Académie la découverte qu'il 
a faite de la fin d'un petit poème épique babylonien dont le 
commencement se trouve depuis avant 1913 au Musée de Berlin. 

L'action se passe chez les immortels. La déesse guerrière Istar, 
par son outrecuidance, détermine certains dieux à lui créer une 
émule. 

Istar envoie un émissaire étudier Saltum, le nouveau prodige 
pétri à son intention. Quoi qu'elle en ait, le rapport l'impres- 
sionne, et elle délègue comme remplaçante une autre déesse 

1. Voir ci-après. 



UN DESSIN PRÉSUMÉ DE GERMAIN PILON 193 

guerrière, appelée Agouchaia, à Ea, créateur de Saltum, pour 
refréner Tinsolence de sa protégée. Entente et conciliation. 

L'auteur ou l'inspirateur nommé de ce poème est Hammourahi 
qui, en réconciliant ainsi divers dieux des dillérenles régions de 
son empire, visait à produire l'unité relùjieiise, comme il avait 
réalisé iiinité politique, en rédigeant en corps de lois les meil- 
leures coutumes des provinces du royaume. 

MM. Paul GiR.\RD et Babei.on présentent quelques observations. 

M. PoTTiEu analyse un ouvrage de M. Gilman, Muséum Ideals, 
sur l'organisation des Musées d'art, volume rempli d'idées inté- 
ressantes, qui ont reçu une application pratique au Musée de 
Boston (Etats-Unis) reconstruit eu 1909 d'après un plan nouveau. 
Le livre contient deux parties, une de théorie relative à l'éduca- 
tion du public par les musées, l'autre d'organisation matérielle. 
Sur la première partie M. Pottier présente quelques observations 
critiques. 

M^L Salomon Reinach, Maurice Croiset, Clermont-Ganneau 
et Babelon présentent quelques observations. 



COMMUNICATION 



NOTE SUR UN DESSIN QUI POURRAIT ÊTRE 
DE GERMAIN PILON, PAR m'^"^ J. DLPORTAL. 

La Bibliothèque de l'Institut possède une série de dessins 
anciens qui semblent n'avoir fait jusqu'ici l'objet d'aucune 
étude. 

Ces dessins, dont la provenance est inconnue, sont au 
nombre d'une centaine environ et se trouvent actuellement 
répartis entre cinq recueils divers. 

Ce sont, pour la plupart, des projets de monuments 



194 UN DESSIN PRÉSUMÉ DE GERMAIN PILON 

funéraires faits sur papier ancien, et exécutés soit à la 
mine do jilomb, soit à la plume et lavés de bistre ou d'aqua- 
relle. 

Quelques-uns offrent tous les caractères de dessins ori- 



ginaux . 



Tel est, par exemple, le tombeau lîguré au feuillet 29, du 
volume qui porte la cote, in-folio N 56^^ . Cette esquisse a 
des traits si (( pilonesques » — l'expression est consacrée — , 
elle reproduit si fidèlement certains détails du monument 
des Birague, que Ton est autorisé à se demander si Fauteur 
de ce dessin ne serait pas Germain Pilon lui-même. 

Les dessins de cet artiste sont assez rares. 

Un des catalogues du Louvre mentionne que ce Musée 
possède « Une galerie de Palais ». 

Un second dessin fut trouvé en 1842 dans les Archives 
départementales du Cher, au verso d'un contrat relatif à 
l'exécution d'une dalle funéraire. 

Un troisième fut présenté l'année suivante (1843), au 
Comité historique des Arts et Monuments, comme le projet 
du tombeau de Saint-Mégrin. Nous ignorons ce qu'il est 
devenu ; mais il se pourrait que ce fût un des dessins de 
rinstitut ; car l'auteur de la communication, M. Lenoir, 
est le seul des historiens d'art qui paraisse avoir connu 
quelques-uns des documents que nous signalons ici. 

Enfin, en 1878, M. Gourajod publia une petite note, au 
sujet d'un quatrième dessin de Germain Pilon, découvert 
par M. Georges Duplessis, dans la collection Clairambault 
où la pièce est jointe au contrat passé entre l'artiste et la 
famille de Birague. 

La fermeture du Musée du Louvre nous a empêchée de 
comparer le dessin de l'Institut à celui du Louvre. Mais 
nous avons examiné celui de la collection Clairambault, et, 
autant qu'on en peut juger à distance, comme dans la 
mesure où un croquis peut ressembler à un projet mis au 
net, il nous a paru qu'il y avait des points de ressemblance 



LIVRES OFFERTS 195 

caractéristique entre cette pièce et celle de la Bibliothèque 
de l'Institut. De là notre hypothèse : le croquis signalé 
pourrait bien être un dessin original de Germain Pilon. 

Si l'étude minutieuse de la facture, l'examen du papier, 
le rapprochement du dessin anonyme, des dessins signés, 
conduisent à une conclusion affirmative, ce document, en 
dehors de sa valeur d'art, offrira 1 avantage d'authentiquer 
deux morceaux de sculpture attribués à Germain Pilon. 
Dans le cas contraire, il donnera au moins des renseigne- 
ments sur la disposition première — ou projetée — du 
monument d'où proviennent ces débris. 

Il s'agit des deux figures d'ange qui ornent la cheminée 
de la salle Victor Schœlcher à l'Ecole des Beaux-Arts. 

Ces anges faisaient originairement partie du mausolée de 
Michel de l'Hôpital, dans la paroisse de Vignai, près 
d'Etampes. Cette tradition vient de Lenoir qui avait exposé, 
dans son Musée des monuments français, une restauration 
plus ou moins fantaisiste de ce tombeau. 

Or — et, ici, il y a certitude — les deux génies funèbres 
figurés sur le dessin de l'Institut sont, traits pour traits, 
la représentation fidèle des deux anges de l'Ecole des Beaux- 
Arts. 

C'est pourquoi ce croquis nous a semblé digne d'attirer 
l'attention de l'Académie et, en même temps, d'être cité 
comme un exemple de l'intérêt que peuvent présenter cer- 
tains des dessins conservés à la Bibliothèque de l'Institut. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les publications 
suivantes : 

The (ledication of the Librarij of French Thourjht (University of 
California, Scptember G, 1917). (Berkeley, California, 1918, in-S"). 
La Revue savoisienrie, 1918, 1'='' trimestre (Annecy, 1918, in-8°). 



100 SÉANCE DU 17 MAI 1918 

Bulletin de l:i SocitU»^ srifiiti/iciiie, historiqiir cl archrolor/ifiiiP de la 
Corrî'zc, tome XL, l'"' livraison, janvier-inai-s IDIH (Hrivc, l'.HH, in-H°). 

Atli (IcUh B. Aeciulemia (Ici Lincei, anno CCCXV, 1918 (Roma, 
1918, in-i"). 

Procoedinijii of tite American Philosophiral Socieli/, Vol. LVl, 1917, 
fascic. n» 3 à ^Fhiladelphia, 1917, in-H^\). 

The List of Ihc Anwric;ui Philosapldcal Society {Ph'ûadi^\ph\i\, 1917, 
in-8»). 



SÉANCE DU 17 MAI 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture d'un décret en date du 
22 juin 1914, autorisant le Président de Tlnstitut de France à 
accepter le leg-s d'une somme de dix mille francs fait par 
M"= AUetz (Anne-Élisa-Coralie), veuve de M. Hubert (Gabriel- 
Alfred), « pour être appliqué à l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres ». 

Les revenus de cette somme, placée en rente 3 0/0 sur 
l'État français, immatriculée au nom de l'Institut de France, 
seront annuellement versés dans la caisse de l'Académie pour 
être employés conformément au but de son institution, 

M. Châtelain, au nom de la Commission du prix Brunet, fait 
connaître qu'elle a partagé le prix entre les ouvrages suivants : 

1.500 francs à M. Henri Hauser: Les Sources de Vhistoire de 
France, wi" siècle (1494-1610), 4 volumes in-S", publiés de 1906 
à 1916; 

1.000 francs à M. Loviot : Auteurs et livres anciens (xvi'' et 
xvn« siècle) (Paris, 1917, in-8°) ; 

500 francs à M. Pierre Le Verdier : L'atelier de Guillaume 
Le Talleur, premier imprimeur rouennais (Rouen, 1916, in-4°). 

M. le D"" Capitan fait une lecture sur les localisations à travers 
le monde d'un symbole graphique très spécial qu'il dénomme, 
d'après sa forme, l'entrelacs cruciforme 

1. Voir ci-après. 



1 



l'entrelacs cruciforme 197 

.MM^ PoTTiER, Babelon el Prou présentent quelques observa- 
tions. 

M. Salomoa Reinacii traduit et coni mente un passaj^e peu 
connu du savant byzantin Psellus (vers 1060 de notre ère), rela- 
tif aux mystères du paganisme. Il croit y reconnaître le scénario 
d"un mime en dix tableaux qui a pu être joué à Byzance, où les 
représentations mimiques n'ont cessé d'être en laveur. Quant 
aux détails d'érudition donnés par Psellus, ils sont presque tous 
empruntés à un seul chapitre d'un ouvrage de Clément 
d'Alexandrie contre les croyances et les rites du paganisme ; 
mais l'ordre suivi par Psellus n'est pas le même que dans Clé- 
ment et constitue la part d'originalité de ce morceau, 

M. Maurice Croiset explique pourquoi il lui paraît difficile de 
se rallier à cette opinion. 

M. DiEHL ajoute que, pour lui, il croirait bien plutôt que le 
passage de Psellus est la description d'un monument figuré à 
scènes multiples, une mosaïque par exemple ou une tapisserie. 



COMMUNICATION 



L ENTRELACS CRUCIFORME, PAR M. LE D'' CAPITAiN. 

Parmi les symboles graphiques bien connus en archéo- 
logie, il en est un, très spécial, dont nous voudrions établir 
l'importance et l'individualité propre. Comme on peut le 
voir sur les figures il et 12, sa disposition générale est cru- 
ciforme ; il est formé de deux éléments graphiques fermés, 
sans commencement ni fin, entrelacés régulièrement. 

Inconnu dans rarchéolo°fie chaldéenne et assvrienne 
ainsi qu'en Egypte et en Grèce, nous n'en connaissons 
qu'un curieux exemple découvert par M. de Morgan, à Suse, 
dans les couches de l'époque de NaramSin. La fig. i permet 
de s'en faire une excellente idée. 



198 



l'entrelacs crucifoumr 



— - y (^ «"V 




Fig. 1. — Sur un relief en asphalte noir. Nécropole de Suse; 2- période. 
Époque de Naram-Sin (Mémoires de la Délégalion en Perse, l. XUl, 
pi. 37). 

Cette figure si particulière de type serpentaire a peut- 
être été le point de départ des innombrables entrelacs régu- 
liers qui ont abouti, dans la décoration proto-hellénique, aux 
o-recques si variées et, en Chine, bien avant l'ère, aux orne- 
mentations en forme d'entrelacs réguliers, dérivés de l'en- 
roulement serpentaire et où apparaît encore la tête de 
l'animal. Malgré la longue distance dans le temps et dans 
l'espace, la chose n'est pas impossible, mais nous n'y insis- 
terons pas : le champ des hypothèses est trop vaste en l'es- 
pèce. 

Nous ne parlerons pas non plus de la figure bouddhique 
carrée et (jui semble formée d'un grand nombre de petits 
entrelacs cruciformes enchevêtrés, si fréquente en Chine 
et qu'on retrouve plus tard dans les décorations mérovin- 
giennes et même au moyen âge. 

Sa formation aux dépens de l'entrelacs cruciforme n'étant 
pas indiscutablement démontrable, mais cependant pour 
nous très vraisemblable, au moins dans certains cas, nous 
ne nous occuperons donc que des figures exactement si- 
milaires au prototype et dont on peut constater l'existence 
en divers points du monde et à des époques variées. 



l'entrelacs cruciforme 199 

• Ainsi dans les accessoires bouddhiques on voit fréquem- 
ment apparaître une figure continue avec alternances régu- 




Fig. 2. — Entrelacs bouddhique. Le croquis montre comment on peut y 
retrouver deux entrelacs cruciformes se pénétrant. 



Hères du tracé (voir fig. 2), Or le croquis ci-contre 
montre que cette irhage nest pas autre chose que la réunion 
de deux figures d'entrelacs cruciformes. Certes, ce ne peut 
être un hasard, l'image étant assez compliquée. Cette figure 
rituelle se retrouve très fréquemment en métal, en jade, ou 
brodée sur un grand nombre d'accessoires bouddhiques. 

Si nous passons en Amérique, nous retrouvons notre 
entrelacs avec sa forme typique, surtout sous les immenses 
terrassements des Mounds-builders. Ces populations préhis- 
toriques vivaient, surtout dans la vallée du Mississipi, à une 
époque malheureusement indéterminée, mais très vraisem- 
blablement antérieure au grand développement des civilisa- 
tions maya puis aztèque. Les grandes levées de terre qu'ils 
construisirent avaient parfois la forme de tumuli et conte- 
naient alors des sépultures. C'est surtout dans celles-ci 
qu'on a recueilli des vases en terre assez grossière ou des 
plaques en coquille portant la figure de notre entrelacs ; tel 
ce vase dont toute la panse (décorée au moyen d'un timbre 
ou dune roulette) a sa surface complètement recouverte par 



200 



i/entrei.acs cruciforme 



des petites li"-uros de l'entrelacs soit isolées, soit accolées ou 
parfois enchevêtrées. La ii^. 3 montre l'aspect de ce vase, et 
la fii;-. i le détail de cette ornementation. Sur d'autres vases, 





Fip. 3. — Vase provenant de Holly- 
wood Mound (Géorgie) (d'après 
Cyrus Thomas, 12» Annual report 
of Ihe Bureau of elhnology, 1890- 
91, pi. 19). 



Fig:. 4. — Détail des entrelacs cruciformes 
figurés sur ce vase. 



c'est dans le fond qu'apparaît très typique le .susdit entrelacs 
(fig. -o). On le retrouve aussi sur des plaques en coquilles 





Fig. 5. — Sur un fond de vase 
des_Mounds (South Apalachian), 
d'après Holmes ;0n the origin of 
the Cross Symbol; Proceed. Am. 
Aniiq. Soc, oct. 24, 1906). 



Fig. 6. — Sur un gorgerin en 
coquille. Dans un Mound à 
Fains'Island, Tennessee (d'ap. 
Wilson, TheSwasti}ia,p. 880). 



l'entrelacs cruciforme 201 

Nous retrouvons ce même signe sur le linteau d'une 
petite porte, aux flancs du grand monticule artificiel que 
couronne le temple dit la maison du Nain à Uxmal (Yuca- 
tan) (époque maya). C'est là au milieu de la végétation tro- 
picale que j'ai pu le découvrir et le photographier (fig. 7). 




Fig. 7. — Sur le linteau d'une petite porte, aux flancs du monticule 
artificiel supportant le grand temple d'Uxmal (époque maya; Yucatan), 



Dans les manuscrits mexicains, il apparaît comme signe 
de l'or. Ainsi, dans le Codex Mendoza, on peut voir un or- 
fèvre accroupi et soufflant son feu sur lequel apparaît un 
disque portant l'entrelacs cruciforme (v. fig. 8 et 9). 





Fig. 8-9. 



^^^^^"^"Nft) 



Image de l'orfèvre mexicain. — A droite, le signe de l'or 
(Codex Mendoza). 



L'identité est absolue avec le signe qu'on observe fré- 
quemment sur divers objets mérovingiens, surtout les bijoux 



202 l'entrelacs crlciforme 

(comme nous le verrons tout à l'heure). Ce point m'avait 
été sii^nalé depuis bien des années par mon rcf^rctlé ami, 
l'érudit américaniste Boban. 

Or. fait intéressant à noter, si rentrolaes crucilorme se 
trouve très typique dans l'Amérique du Nord et l'Amé- 
rique centrale (lig. 10), il manque absolument dans l'Amé- 




Fig. 10. — Sur un moulin en pierre (metatl.) provenant 
de lAmérique Centrale. 



rique du Sud. On n'en trouve aucune trace dans les 
innombrables décorations des vases et des tissus péruviens. 

Gomment interpréter ces faits ? C'est toujours le même 
problème de polyg-énie et de monogénie. Faut-il admettre 
que l'entrelacs cruciforme a été créé en Amérique identique 
à l'entrelacs asiatique, ou au contraire faut-il penser que ce 
motif, réellement assez compliqué, a passé de Chine en 
Amérique, importé par des commerçants, des émigrés, des 
envahisseurs ou des missionnaires religieux venus du conti- 
nent asiatique? Nombre de faits de l'archéologie américaine: 
objets, motifs décoratifs, éléments ethniques et anthropo- 
logiques même établissent d'ailleurs aujourd'hui l'existence 
de ces rapports dès une époque fort reculée. 

Nous pensons donc, pour notre entrelacs, que l'hypothèse 



l'entrelacs cruciforme 



203 



de son apport d'Asie en Amérique est plus conforme aux 
observations qu'une pure hypothèse de création in situ. 

Si maintenant nous revenons à l'Occident, nous consta- 
tons la fréquence de l'entrelacs cruciforme dans les mo- 
saïques romaines de toute provenance (fig. 11 et 12). Il se 




Fig. 11. — Sur une mosaïque 
d'époque romaine. Fouilles 
et Musée de Carmona, près 
Séville (Espagne). 




Fig-. 12. — Sur une mosaïque 
delà maison du poète tragique, 
à Pompéi. 



présente le plus souvent comme motif décoratif dans la bor- 
dure de la mosaïque et sous sa forme typique d'entrelacs 
cruciforme avec extrémités arrondies ou carrées (fig. 15). 




Fig. 13. — Sur une mosaïque d'époque romaine provenant de Bobadilla 

(Espagne). 



204 l'entrklacs cruciforme 

Tantôt il est isolé, tantôt (comme sur la mosaïque de F>oba- 
dilla) l^lig. i;{) il est placé sur un vrai swastiUa ou, comme 
sur une mosaïque d'York, on peut voir côte à côte un entre- 
lacs sur un swastika, une grecque ayant la i)lus ^rande 
ressemblance avec des grecques chinoises anciennes, et 
enfin une lig-ure rappelant absolument les entrelacs carrés à 
éléments multiples bouddhiques, donnant l'aspect d'un grand 
nombre de i)etits entrelacs cruciformes enchevêtrés dont 
nous parlions plus haut (%. 14j. 




Fig. 14. —Mosaïque d'époque romaine. Musée d'York (Angleterre). 

A Saint- Vital de Ravenne, la mosaïque du dallage pré- 
sente plusieurs types d'entrelacs cruciformes de formes un 
peu différentes (extrémités arrondies ou carrées) (fig. 15). 




"i^ 



Fig. 15. — Mosaïque formant le pavage d'une des chapelles de Saint Vital 

à Ravenne. 



l'entrelacs cruciforme 



205 



Dans Tart byzantin, l'entrelacs cruciforme apparaît fré- 
quemment avec des entrelacs divers et beaucoup plus com- 
pliqués. Le Musée de Kensington conserve un très curieux 
suaire copte portant au centre, soigneusement brodé, un bel 
entrelacs cruciforme au milieu d'un cadre lui-même entre- 
lacé (%. 10). 




Fig. 16. — Broderie sur un suaire copte (Musée de Kensington). 

A l'époque mérovingienne, il se rencontre fréquemment 
sur les bijoux ; on le trouve par exemple sur l'ardillon à 
base arrondie ou sur la grande contreplaque de certaines 
boucles de ceinture en bronze. Les deux figures suivantes 
sont très typiques à ce point de vue. Elles montrent cha- 
cune un entrelacs cruciforme, reproduit de façons diffé- 
rentes, mais où les caractéristiques de la figure sont indi- 
quées de la" manière la plus nette (fig. 17 et 18). 



1918 



16 



20(j 



l' ENTRELACS C.lUJCIKOUMt; 








i^'^-y-^i 




A. B. 

Fig. 17-18. — Boucles mérovingiennes -en bronze, avec figuration d'cnlre- 
lacs, des cimetières barbares : A. Cimetière d'Ableiges (Seine-et-Oise). 
Collection Capitan. — B. Cimetières de la Somme. Collection de Morgan. 

Je l'ai retrouvé sur la panse d'un petit vase gallo-romain 
assez grossier de basse époque, et qui est conservé au 
Musée de Moulins (fig. 19). 




Fig. 19. 



— Petit vase gallo-romain ou mérovingien en terre rouge. 3/4 gr. 
nat. (Musée de Moulins, Allier.) 



L ENTRELACS CRLCIFOR.ME 



207 



Comme pour les mosaïques, on ne peut s'empêcher de 
penser qu'il a été importé d'Orient soit par les artistes, soit 
plus tard par les envahisseurs barbares. 

L'entrelacs cruciforme apparaît d'ailleurs fréquemment 
dans les décorations mérovingiennes et carolingiennes en 
Gaule, en Grande-Bretagne, en Scandinavie même, mélangé 
aux très complexes entrelacs décoratifs, si fréquents à ces 
époques, sur lesquels M. de Lasteyrie ' a attiré depuis long- 
temps l'attention et qu'a si bien étudiés M. Prou'^. On le 
voit subsister encore dans la décoration des monuments 
religieux jusqu'au xii^ ou xin° siècle (fig. 20) et même dans 




Fig. 20. — Une face d'un cliapiteau du clocher de l'église de Brantôme 

(Dordogne), xi° siècle. 

la décoration des étcU'es et de la céramique. On voit même 



1. R. de. Lasteyrie, L'architecture religieuse en France à l'époque ro- 
mane, p. 202-25. 

2. M. Prou, Un chancel carolingien orné d'entrelacs (dans les Mémoires 
de l'Acad. des inscr., 1912). 



208 l'entrelacs CRUClFOnMR 

sa ligure accompagner de nombreuses signatures de notaires, 
du Sud de la France surtout, dans tout le mo^^en âge. 

Mais nous ne voulons pas insister sur ces divers points. 
On pourrait bien admettre que la m()ri)liolog'ie est identi(jue 
dans certains cas et pourrait en ell'et être considérée comme 
une réminiscence inconsciente du i)rototype survivant, 
mais devenu un simple motif décoratif. Mais dans d'autres, 
comme l'a très justement fait remarquer M. Prou, le pro- 
totype d'où dérive l'image calligraplii(jue est simplement 
la croix. C est qu'en effet on peait toujours en l'espèce 
émettre les mêmes objections que dans toutes les interpré- 
tations de l'origine d'un type graphique qui, finalement, 
ne peuvent se solutionner que par l'adoption d'origines 
multiples, ayant toutes abouti à un graphisme simpliiîé 
univoque. C'est un fait d'observation banale dans l'étude 
des figures primitives dites dégénérées ou stylisées. 

Reste la question de la signification antique de ce signe. 
Ici nous sommes en pleines hypothèses. Cependant l'ethno- 
graphie nous démontre que la décoration pour le plaisir de 
la vue est un processus très évolué et très tardif. Chez tous 
les primitifs et même beaucoup d'autres peuples, il n'est 
pas une figure graphique qui n'ait une signification voulue 
et fort souvent une valeur religieuse ou magique. On peut 
donc admettre que l'entrelacs cruciforme a eu, au début 
tout au moins, une valeur symbolique religieuse, magique 
ou prophylactique. L'origine serpentaire que démontre la 
pièce de Suse pourrait se rapporter à un culte chthonien, 
tandis que les rapports avec le sw^astika pourraient faire 
penser à un symbolisme solaire ou igné. Naturellement 
une attribution conventionnelle à un symbole quelconque 
varie considérablement suivant l'époque et la population 
envisagées. Tel est le cas, par exemple, pour les diverses 
figures indiennes dites grivatsa, nandyavarta et le swastika 
lui-même qui sont considérées par les bouddhistes djaïnas 
comnie les empreintes des pieds de plusieurs de leurs 



LIVRES OFFERTS 209 

-Bouddhas. Mais si l'on peut admettre, pour Tentrelacs cru- 
ciforme, H l'orig-ine, une signification, un sens caché, une 
valeur mystique, il est devenu ensuite, ayant été copié et 
recopié, un motif décoratif pur et simple à sens oublié qui 
a pu engendrer des dérivés complexes. Il est probable que 
tel a été le cas sur les mosaïques romaines et les bijoux 
mérovingiens, bien que, en pareil cas, il ait pu subsister 
encore une idée vague que l'on attribuait inconsciemment 
h de telles pièces. 

Il va de soi que ces interprétations ne sont que des hypo- 
thèses. Nous avons voulu simplement, par le groupement 
de quelques observations archéologiques^ montrer l'indivi- 
dualité de ce signe et sa curieuse distribution dans le monde 
antique. 

LIVRES OFFERTS 



Le Sf.chktaire perpétuel dépose sur le bureau les périodiques 
suivants : 

Ancicnt Egypt. 1917, Part IV (Londres, 1918, in-8°). 

The American Journal of Archseology . Second séries, volume 
XXIM : January-March 1918. , 

Bulletin de la Sociélr historique et archéologique de Langres, 
Tome VII (Langres, 1918, in-8''). 

La Nation tchèque, 3= année, n» 21-22 (Paris, 1918, in-S"). 

M. Héron de Villefosse offre à l'Académie plusieurs mémoires 
dont il est l'auteur : 

1° Une inscription peinte sur un vase romain découvert à Beauvais 
(extr. du Bulletin archéologique, 1916j. 

2° Deux amulettes trouvées à Carthage (extr. du Bulletin archéolo- 
gique, 1916). 

3° Statue cuirassée trouvée à Cherchel (Algérie) fextr. du Bulletin 
archéologique, 1916). 

4° La Messe de saint Leu ; retable de Véglise de Boisdon IMeaux, 
1918). 

M. Henri Cordiep. a la parole pour un hommage: 

« Au nom de notre confrère M. le duc de Loubat, j'ai l'honneur de 



210 SÉANCE DU 2'l MAI lîMS 

présenter h TAcadémie doux ;ill)uins ront'onnanl un clioix do photo- 
graphies consacrées à rarclu'ologio do Oaxuca i^iMexicpie). l'rises pon- 
dant les hivorsdo 1897-9801 18',»U-l'J00,ollosmonlronL les oxploralions 
et les l'ouilles failes pour le Musée américain d"histoiro naUnollo de 
No\Y-York, sous la direction do M. H. Saville. Ces fouilles fiironl exé- 
cutées, à la suilo d'une permission accordée au Musée par lé f^ouvor- 
nomont mexicain, en présence do M. Léopold Ralros, inspecteur des 
monuments. » 



SÉANCE DU 2i MAI 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VII.LEFOSSE. 

M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts 
adresse au Secrétaire perpétuel rampl:;ition du décret du 15 mai 
1918, qui aulorise l'Académie à accepter la donation qui lui a 
été faite par M. Nicolas Ambatiélos, armateur à Céphalonie. 

M. Paul Girard communique une letli-edeM. Fougères, direc- 
teur de l'École d'Athènes, annonçant que les Propylées ont été 
débarrassés, dans les premiers jours de mai, de leurs échafaudages. 
L'effet est, paraît-il, extrêmement heureux, et la question se 
pose, une fois de plus, de la conservation et d'une demi-résur- 
rection des ruines par de discrètes restaurations. M. Fougères 
compte adresser sous peu, sur le nouvel aménagement de l'entrée 
de l'Acropole, une note à l'Académie, avec photographies com- 
parées. 

M. P. Girard présente, en outre, un nouveau fascicule du 
Bulletin de Correspondance hellénique, celui de janvier-août 
1916, que M. Fougères est parvenu à faire paraître malgré les 
difficultés de toute sorte qu'il a eues à surmonter. 

Le Président charge M. P. Girard de remercier ,M. Fougères 
et de le féliciter du succès avec lequel il soutient en Grèce le bon 
renom de la science française et l'influence de notre pays. 

Le P. ScHEiL, au nom de la Gornmission du prix Sainlour, 



LIVRES OFFKRTS 211 

fa'it savoir qu'elle a partagé le prix entre deux concurrents. Elle 
a accordé : 

2.000 francs à M. Clément Huart pour la suite de sa traduction 
du manuscrit arabe : Le Livre de la création et de l'histoire, par 
MoLihhnr hen T.ihir El M/iqdisiJnme V (Paris, lOId, in-S"); et 
1.000 francs à M. Biarney pour ses Etudes sur les dialectes ber- 
bères du liif (Lexique, textes et notes de phonétique) (Paris, 
1917, in-8"). 

M. Henri Corpier fait connaître les conclusions de la com- 
mission du prix Stanislas Julien. Cette commission a évoqué 
l'ouvrage intitulé : La Chine et les religions étrangères. Kia- 
ou Ki-lio. « Résumé des affaires religieuses », publié par ordre 
de S. Exe. Tcheou-Fou. Traduction, commentaire et documents 
diplomatiques, appendices contenant les plus récentes décisions, 
par Jérôme Tobar (Chang-Haï, 1917), et elle lui a décerné le prix 
pour 1918. La Commission est heureuse d'avoir l'occasion de 
reconnaître la valeur de l'ensemble des travaux sinologiques de 
M. Tobar. 

M. HoMOLLE fait une lecture sur la répartition des métopes du 
Trésor des Athéniens découvert à Delphes, et établit la place 
que chacune d'elles devait occuper sur les différentes faces du 
monument. 

MM. PoTTiER et Théodore Reixacii présentent quelques obser- 
vations. 



LIVRES offi<:rts 



Le SECRÉTAinE PERPÉTUEL dépose sur le bureau le cahier de 
novembre-décembre 1917 des Comptes rendus de l'Académie. 

Il présente les ouvrages suivants: 

Annuario délia R. Accademia dei Lincei, 1918. 

Annales du commerce extérieur, année 1914, 10", 11« et 12*^ fasci- 
cules (Paris, 1914, in-8°). 

Le P. ScHEiL a la parole pour un liommage : 

(( J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de son associé 



212 SÉANCE DU 31 MAI 1018 

M. Edouard Navui.i:, un uu'nu fascicule liiv du .lournnl of l'J(jiji)li,in 
Archaeolocfy, IV, p. iv, 228-2;i;i {Some Gcographical Namcs). 

« Entre quatre noies sur divers noms géographiques anciens, il n'est 
pas sans intérêt de signaler celle qui concerne le nom de Vl'Jf/i/ple. 
Brugsch faisait dériver le mol de hu kn plixli qui est un surnom de 
Memphis — comme si celle expression poétique, mysticpie, qui 
signifie v( maison du double du dieu Plah », avait pu frap[)er les 
étrangers assez, pour être appliquée par eux à l'Egypte toute entière. 

« Car ce sont les i^lrangers seuls et non les indigènes qui appelaient 
Egypte le pays riverain du Nil. 

« Pour M. Naville, il s'agit en réalité du mot Agab, Agahl qu'on 
rencontre dès l'époque des Pyramides, et qui signifie inondation, 
fleuve d'inondation, et sans doute aussi, pays d'inondation. 

« C'est un régime d'eaux particulier qui aura frappé les voyageurs, 
c'est le mot iVAgabt que les marchands minéens auront retenu, et 
que, allant commercer en Hellade ou en Asie Mineure, ils apprirent 
aux compatriotes d'Homère. 

« Il est à noter, en efTel, que comme Agaht peut signifier à la fois 
et le fleuve et le pays lavé par le fleuve, ainsi Al'yu-io; désigne et le 
pays et le fleuve nilotiques. Dans l'Odyssée on lit, XVII, 427 : axT^aa 
8'Èv AtyÛTiTfij Tzoxa.[}M v£aç 'a[j.cp!EÀta(ja;. Ulysse amarre dans le fleuve 
Egypte ses nefs ballottantes, alors que, d'autre part, dans le chant 
IV, 355, Aî'y'jttto; est un pays cité à côté de Chypre. » 



SÉANCE DU 31 MAI 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. le chanoine Crépin, au nom de S. E. le cardinal arche- 
vêque de Paris, invite l'Académie à se faire représenter à la 
cérémonie qui aui'a lieu le 7 juin, à 3 heures, à la basilique de 
Montmartre. 

M. Prou annonce à l'Académie que la Commission Pellechet 
a accordé : 

1° une somme de trois mille francs à la commune de Maillot, 
près Sens (Yonne), pour la réparation de son église, dont le 
g^ros de la construction remonte au xi^ siècle; 



SÉANCE DU 31 MAI 1918 213 

2" une somme de quatre cents francs au Syndicat d'initiative 
de Laroquebrou (Cantal) pour la consolidation de la tour du 
château de Laroquebrou (Cantal). 

M. Ch.-^^ Langlois donne lecture de son rapport sur le 
concours des Antiquités de la France pour 1918 *. 

Le Président annonce que l'Académie a décerné le premier 
prix Gobert à M. Jules Viard pour son ouvrage intitulé : Les 
Journaux du Trésor de Charles IV le Bel (Paris, 1917, in-8''), 
et le second prix à M. le baron Gabriel Le Barrois d'Org-eval 
pour son livre intitulé : Le Tribunal de la Connétahlie de 
France du XIV'> siècle à 1790 (Paris, 1918, in-S"). 

M. DiEHL communique à l'Académie les conclusions du livre 
qu'il a écrit sur les églises byzantines de Salonique, en collabo- 
ration avec deux architectes de talent, Marcel Le Tourneau, 
mort prématurément, et H. Saladin, et il présente quelques-unes 
des belles planches dues à ses collaborateurs, qui accompagnent 
l'ouvrage. — Les églises byzantines de Salonique s'échelonnent 
chronologiquement du v"^ au xiv" siècle : par les procédés de 
construction qui y sont employés, comme par la variété des 
plans qui s'y l'encontrent, elles offrent un intérêt extrême. Elles 
montrent, en effet, qu'il a existé au moyen âge à Salonique une 
véritable école d'art, inspirée, comme celle de Constantinople, 
de la tradition hellénistique, mais où se remarquent en outre 
certains traits d'un particularisme local très digne d'attention. 
Cette école a exercé une grande influence dans toute la Macé- 
doine occidentale et jusqu'en Grèce. Et par là, et davantage 
encore par la beauté de leur décoration sculptée, par la magni- 
fique suite des mosaïques qui les parent, les églises de Salonique 
tiennent une place essentielle dans l'histoire de l'art byzantin. 

M. Léger pose une question à M. Diehl au sujet de l'église 
Saint-Démétrius. 

M. PoTTiER commence la lecture d'un travail de M. Dussaud, 
conservateur au Musée du Louvre, actuellement chef d'esca- 
drons d'artillerie, sur le Cantique des Cantiques. 

1. Voir ci-après. 



2 1 i 

APPENDICE 



RAPPORT SUR LE CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE DR 
1918 ; LU PAR M. CII.-V. LANGLOIS, MEMHRE DE l'acADÉ- 
MIE, DANS LA SÉANCE DU 31 MAI 1918. 

Les circonstances tras^iques que nous traversons ag-iront- 
elles, à la longue, pour diminuer le nombre ou la valeur 
des ouvrages présentés aux concours académiques ? C'est 
une question qu'on peut se poser. Mais il est probable a 
priori, et l'expérience déjà acquise confirme, qu'il faut dis- 
tinguer. Le nombre des ouvrages présentés? Il est, il sera 
sans doute moindre que par le passé, et rien de plus 
naturel puisque tous les hommes jeunes et dans la force de 
l'âge ont maintenant d'autres devoirs. Quant au niveau, il 
n'v a pas de raison pour qu'il baisse, et d'autant plus que, 
pendant longtemps encore, les ouvrages présentés aux 
grands concours, qui sont tous de longue haleine, ont été 
commencés et en majeure partie exécutés avant la guerre ; 
les efforts qu'ils représentent aboutissent dans l'immense 
bouleversement auquel nous assistons, mais ils ont été 
conçus et accomplis dans la paix. 

Le concours des Antiquités de la France pour cette année 
illustre fort bien ce qui précède. Ce concours, naguère si 
encombré, n'a réuni en 1918 qu'un nombre relativement 
restreint de concurrents. Mais la Commission n'a pas été 
embarrassée pour décerner, conformément aux traditions de 
l'Académie, ses plus hautes récompenses : cette première 
et cette seconde médaille si estimées pour n'avoir jamais 
honoré que des travaux excellents. 

La première médaille a été attribuée au Dictionnaire 
fopof/raphique, historique, biographique, généalogique et 
héraldique du Vendômois et de l'arrondissement de Veii- 



CONCOURS DES ANTIQUITÉS NATIONALES 215 

dôme, par M. R. de Saint-Venant, président de la Société 
archéolog-ique du Vendômois(^Blois et Vendôme, 1912-1917, 
4 vol. in -8"). — Le plan de cet ouvrage a été calqué sur 
celui du Dictionnaire d'Indre-et-Loire de Carré de Busse- 
rolle et n'est pas sans analogie avec celui du Dictionnaire 
de Maine-et-Loire de Célestin Port : livres excellents, 
monuments durables, qui sont vraiment des bienfaits pour 
les régions qu'ils concernent. L'idéal serait qu'il existât, 
pour tous les pays de France, des répertoires analogues de 
données exactes. Mais de telles œuvres ne s'improvisent 
pas. Celle-ci, qui intéresse 109 communes seulement, est 
restée sur le chantier pendant près de trente ans, ayant été 
commencée par le père de l'auteur, mort en 1886, reprise 
d'abord par M. de Rochambeau, et ensuite, depuis 1890, 
par celui qui, sans défaillance, l'a menée à bien, après en 
avoir fort élargi le cadre primitif. Ce cadre est très vaste, 
et davantage encore qu'il ne paraît au premier abord, car le 
mot archéologique ne figure pas dans le titre, et l'archéo- 
logie, naturellement liée à la topographie et à l'histoire, 
n'est cependant pas exclue. Plus complet à cet égard que 
le répertoire de Carré de Busserolle, le Dictionnaire de 
^L de Saint-Venant ofYre la nomenclature des lieux dits, 
relevés sur le cadastre ; des listes de dignitaires de toutes 
sortes ; les noms et la généalogie des familles qui ont 
possédé dans le Vendômois une terre, un fief, une simple 
seigneurie ; etc. — La Commission a grandement appré- 
cié le parti pris de sobriété qui a permis à l'auteur de 
remplacer les développements faciles, qui auraient été 
si tentants pour un érudit moins sage et moins expérimenté, 
par des renvois précis aux ouvrages antérieurs, de façon à 
réserver la plus large place aux renseignements nouveaux, 
directement extraits des archives publiques et particulières. 
Elle a constaté et admiré enfin la conscience acharnée d'un 
savant qui, malgré l'afTaiblissement de sa vue, auquel il fait 
une allusion discrète, s'est attaché à perfectionner son 



210 CONCOURS DKS ANTIQUITI^IS NATI0NALF:S 

ouvrajjfe jus(ju"au dernier moment, comme l'attestent les 
errata et les addenda du t. IV ; el aussi la touchante, 
modestie qui lui fait dire, après tant de services rendus, à 
la fin de sa préface : « Pour la plupart des lieux indiqués, 
ce travail n'est qu'une amorce. » 

La seconde médaille revient k M. G. Mollat, qui a entre- 
pris une nouvelle édition des Vitae paparuin Avcnionen- 
siiim d'Etienne Baluze. dont le t. I'^''' a paru en 1910, et 
qui a publié en 1917 une Étude critique complémentaire 
sur ces Vitae. — ■ On sait que le célèbre ouvrage de Baluze, 
daté de 1693, commence par des extraits de chroniques, 
relatifs aux Vies des papes d'Avignon, de Clément V à 
Clément VII ; ce sont ces extraits, découpés pur Baluze 
dans des œuvres dont quelques-unes sont considérables 
par ailleurs, que M. Mollat a rééditées d'abord, — Il va de 
soi que c'est dans sa réédition, fort améliorée, que l'on 
devra consulter désormais ces textes dont on a souvent 
l'occasion de se servir. Le premier éditeur n'avait pas 
indiqué les manuscrits dont il avait usé, ni signalé les cor- 
rections qu'il avait introduites ; il n'avait pas non plus 
disserté sur la provenance des écrits anonymes, sur les 
rapports de filiation entre les diverses chroniques, etc. Tous 
ces travaux d'aménagement, que les usages de son temps 
n'exigeaient pas de Baluze et qui sont aujourd'hui consi- 
dérés, avec raison, comme indispensables, M. Mollat les a 
exécutés de son mieux, avec beaucoup de soin. Sa réédition 
marque donc un progi^ès très sensible. Mais est-elle irré- 
prochable? L'entreprise était si malaisée que cela serait 
extraordinaire. Des réserves ont été faites dans la Commis- 
sion au sujet de quelques-unes des dispositions adoptées 
par l'auteur, qui pourraient être plus commodes, et même 
au sujet de certaines de ses conclusions qui ne paraissent 
pas de nature à être considérées comme des acquisitions 
désormais définitives en historiographie. On a, du moins, 
loué unanimement la peine qu'a prise M. Mollat pour 



LIVRES OFFEKTS 217 

mettre le lecteur en état de vérifier et, au besoin, de reviser 
toutes ses affirmations. Et la Commission exprime le vœu 
que Tœuvre conçue avec tant de courag-e et si honorable- 
ment amorcée soit conduite, le plus tôt possible, à bonne 
lin. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les périodiques 
suivants : 

Bullelin de la Société des sciences historiques et naturelles de 
V Yonne. Année 1917. 1" semestre, 71« vol. (i" de la 0" série). 
(Auxerre, 1918, in-8°) ; puis cinq publications de YAcademia das 
Sciencias de Lisbonne : 

Actas das Assenibleias geraias. Vol. III. (1911-1912) (Lisboa, 1910, 
in-8°); 

Boletini da 2^ Classe. Actas et pareceres estudos, documentas e noti- 
cias. Vol. IX(1914-191o). (Lisboa, s. d. in-8») ; 

Historia e memôrias. Nova série. Segunda classe. Sciencias moraes, 
politicas et bêlas letras. Tome XIV, n° 4 : As superstiçdes et o crime, 
par Visconde de Carnaùde (Lisboa, s. d. in-4"') ; Tomo XIV, n° 5 : 
Privilégios de estrangeiros em Portugal..., par Vitor Ribeii'o 
(Coimbra, 1917, 10-4°). 

Boletini bibliogràfico da Academia ... de Lisboa. Primeira Série. 
Vol. I (Coimbra, 1910-1914, in-4''). 

M. Henri Cordier offre à l'Académie, de la part de M. le duc de 
LouBAT, son associé, un album des photographies des fouilles 
faites aux ruines de Mitla, Mexique, pendant l'hiver de 1901, par 
l'expédition faite à ses frais par le Musée américain d'histoire natu- 
relle de New-York, sous la direction de M. H. Saville. Les deux 
principaux groupes de ces ruines, groupe des tombes cruciformes 
et groupe du temple des colonnes, ont été déblayés, et on a décou- 
vert sous le temple une nouvelle chambre cruciforme qui est la plus 
grande et la mieux conservée des chambres cruciformes deOaxaca; 
des panneaux de mosaïques ont été également découverts. 

M. Clermont-Ganneau présente à l'Académie, de la part de 
M. Vassel, le n" VIII de aes Etudes puniques (extr. de la Revue tuni- 



218 LIVRES OFFKKTS 

sienne). L'auteur y fail connaître divers monuments cpigraphiques ou 
aucpig-raphi([ues, provenant de Carthage, et il les commente avec sa 
sagacité habituelle. On y remarcjue, entre autres, une petite stèle' 
funéraire représentant — chose rare à ("-arthage — la défunte elle- 
même (probablement une prêtresse) appelée Ilannihal : c'est le troi- 
sième exemple dune femme portant ce nom fameux ; dans les trois 
cas, le nom présente une variation orthdgraphicpie intéressante 
(alTaiblissement du het en he). 

M. Théodore Reinach présente de la part de l'auteur, M. Raymond 
Wcill, un ouvrage en deux volumes intitulé: Lu /in du rnoijcn empire 
é(jijpLien (Paris, 1918, in-8°). 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 



DE 



L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 



SÉANCE DU 7 JUIN 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. E. PoTTiER achève la lecture du mémoire de M. R. Dussaud 
sur le Cantique des Cantiques attribué à Salomon. L'auteur a 
montré que, dans l'état actuel du poème, on ne pouvait pas y 
découvrir une disposition logique ni même bien intellig-ible. 
C'est qu'en réalité il y a quatre petits poèmes qui ont été mêlés 
et dont les couplets s'enchevêtrent. En les séparant les uns des 
autres d'après des observations fondées sur le sens, le style et le 
rythme, on arrive à constituer une série de chants lyriques qui 
pouvaient être récités dans des banquets ou dans des fêtes : le 
poème du roi, le poème du berger, le premier poème du bien- 
aimé, le second poème du bien-aimé. Quelques fragments divers 
restent encore isolés après ce triage. Les poèmes ainsi agencés 
prennent, dans l'hypothèse de M. Dussaud, une physionomie 
toute différente et offrent une composition claire qui en augmente 
singulièrement la valeur et l'intérêt. 

M. le co.lonel comte de Castries, communique le facsimilé 
de l'acte d'intronisation du sultan du Maroc Moulai' Abd-el- 
Aziz. 11 explique à ce propos ce que sont ces actes d'inlronisa- 



220 M VUES OFFliRI'S 

tion, appelés Heïâ, les éléments dont ils se composent et la façon 
dont ils sont rédigés. Ce sont des actes solennels par lesquels 
les sujets confèrent au souverain le droit de les gouverner. 



LIVRES OKFiaiTS 



Le SECRÉTAinE PERPÉTUEL, au nom de M'"' D. Menant, fait hom- 
ma"e à l'Académie des volumes qu'elle offre en mémoire de son 
père pour la Bibliothèque de l'Institut : 

Essai sur la philosophie orientale. Leçons professées à la Faculté 
des lettres de Caen pendant l'année scolaire 1840-1841, publiés 
avec son autorisation i)ar Joacliim Menant (Paris, 1842, in-S"). 
("Volume d'épreuves avec corrections par X. Charma.) 

Recueil de travaux de J. Menant sur Vélectricilé, avec des lettres de 
son ami le C"' Th. du Moncel. 

Mody, Anquetil Duperron and Dastur Darah (Bombay, 1916, in-8''). 

M. D. Menant, Anqueiil-Duperron à Surate (extrait de la Biblio- 
thèque de vulgarisation du Musée Guiinet, t. XX, 1907). 

M. D. Menant, Observations sur deux manuscrits orientaux de la 
Bibliothèque nationale (extrait du Journal Asiatique, années 1911 et 

1913). 

Le Secrétaire perpétuel dépose en outre sur le bureau les 

ouvrages suivants : 

Edw. Percy Robinson, The great menace of civilization : cancer, 
cause, prévention, cure (New- York, 1918). 

London University Gazette. Vol. XVII, n» 200, 29 mai 1918, avec un 

supplément. 

Journal of the Royal Institute of British Architects. Vol. XXV, 
Third Séries, n» 7, mai 1918 (London, 1918, in-4°). 

M. Henri Cordier a la parole pour un hommage : 

a Au nom de l'auteur, M. Léon Vallée, conservateur adjoint à la 
Bibliothèque nationale (section des Cartes), j'ai l'honneur de faire 
hommage à l'Académie du Catalogue des vélins de la section des 
Cartes dont il est l'auteur. Ce travail utile et méritoire, autographié à 
un petit nombre d'exemplaires, comprend 292 numéros. Il forme un 
supplément à la collection des volumes sur vélin du département 



SÉANCE DU 14 JUIN' 1918 221 

des. Imprimés qui atteignait un total de 2227 articles dans l'inventaire 
de Van Praet en 1828 et montait à 2588 numéros en 1877, dans le 
Supplément de Delisle, qui ne renfermait pas les vélins de la section 
des Cartes et Plans. » 



SÉANCE DU 14 JULN 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. le lieutenant-colonel Andrieu, auteur d'une étude sur Les 
pleurants aux tombeaux des ducs de Bourgogne, oirerte à la 
séance du l*^"" mai 1914, annonce à l'Académie qu'on a retrouvé 
un nouveau pleurant dans la collection de M. Perret-Carnot, à 
Cercy (Saône-et-Loire). 

M. Ch. de La Roncière, conservateur à la Bibliothèque natio- 
nale, a découvert une relation de voyage jusqu'ici inconnue, 
datée de loasis du Touat et de l'année 1447. D'un intérêt capital, 
c'est la première relation européenne qui donne des détails cir- 
constanciés sur l'intérieur de l'Afrique occidentale. xAntonio 
Malfante, de Gênes, essayait à Tamentit, dans le Touat, des opé- 
rations commerciales que la demande d'une commission de 
100 "/o par les intermédiaires arabes et juifs rendit impossibles. 
Là, les lingots et les barres de cuivre apportés par les caravanes 
de la côte et qui servaient de monnaie aux nègres, étaient 
échangés contre la poudre d'or venue de Tombouctou ou le 
beurre végétal produit par des arbres du bassin du Niger. Mais 
les pirateries des Touaregs, dont Malfante trace un joli portrait 
en les appelant des Philistins, nuisii-ent aux transactions. Mal- 
fante était Ihote, à Tamentit, d un puissant personnage, pro- 
bablement le cheikh, qui avait acquis des richesses en par- 
courant pendant quatorze ans le bassin du Niger, et dont le frère 
était établi depuis trente ans à Tombouctou. C'est d'après les 
récits de son hôte que Malfante décrit le bassin du Niger, avec 
ses empires musulmans et, au Sud, ses pays fétichistes, bref ce 
qui est devenu l'Afrique occidentale française. 

M. Théodore Reinagu présente quelques observations. 

1917 16 



222 skam:I': du 21 juin l'JIH 

L1\'RES OFFERTS 



Le StccuKTAïuK piiiiPKTUKL déposo suf le !)iiie;ui : 

Un ouvrage de M. le chanoine Mengasson, intitulé : Archidiocèse 
de Bourges. Publication du Pouillr de 1772 et du Slilus [incu- 
nable) de 1499 (Bourges, s. d., in-S"). 

Encyclopédie do rhluni, 24'' livraison (Paris et Leyde, l'.»18, 
in-8«). 

Bévue de l'histoire des religions, t. LXXVI, n" 3, nov.-déc. 1017 et 
t. LXXVII, n» 1, janv.-fév. 1918 (Paris, 1917 et 1918, in-8»). 

Proceedings of the Boyal Society 'of Edinburgh, vol. XXXVIII, 
part. I, p. 1-96 (Edinburgh, 1918, 111-8°). 

Atti délia B. Accademia dei Lincei. Anno CGCXIV, 1917, Série 
Quinta. Notizie degli Scavi di antichità, vol. XIV, fasc. 10, 11, 12 (e 
Indice del volume) (Roma, 1917, in-4°). 

M. Clermont-Ganneau a la parole pour un hommage : 
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie de la part de l'auteur, 
M. Vassel, un extrait du Bulletin archéologique du Comité des tra- 
vaux historiques contenant une Note sur dix-neuf inscriptions 
puniques de Carthage. Ces inseripVions, demeurées juscpi'à ce jour 
inédites, proviennent des fouilles exécutées en 1910 à Carthage, à 
l'îlot dil « de l'Amiral », par le capitaine Chardenet et le lieutenant 
Simonnet. Ce sont des dédicaces à Tanit et à Baal Ilammon, rédigées 
selon la formule ordinaire et ne présentant pas d'intérêt particulier. » 



SÉANCE DU 21 JUIN 



PRÉSIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. Pierre Paris, correspondant dé rAcadémie, annonce l'en- 
voi prochain d'un rapport sur les fouilles de Bolonia, inter- 
rompues après une fructueuse campagne de trois mois. Tout 
un quartier industriel de la ville maritime a été exhumé, et plus 
de cinq cents tombes ont été fouillées dans la nécropole. Ici et 
là, beaucoup d'objets intéressants ont été recueillis, et un grand 
nombre d'inscriptions et de gralïîti ont été relevés. M. P. Paris 
espère que l'École des hautes études hispaniques sera prochai- 
nement mise à même de reprendre les fouilles. 



SÉANCE DU 21 JUIN 1918 



223 



M. Ph. Fabia, correspondant de l'Académie, envoie la photo- 
graphie d'une épitaphe chrétienne découverte à Francheville-le- 




Haul, dans les environs de Lyon, en creusant pour les fondations 
du nouveau presbytère. 



224 SÉANCE DU 21 juiîs 1918 

La tablette de marbre, à l'ace sensiblement trapé/oïclale, qui 
porte l'épitaphe, mesure Om. 33 et Oni. 'M) en larj^cur, in^'2'2 
en hauteur, m. 035 en épaisseur. La hauteur des lettres varie 
entre Om. 03 et m. 015. 

M. Fabia lit : In hoc lumulo requ[i)escit hone memorifte 
Pascasius qui uixil in pace annus [quinquacjinta ?) ménsis (duo) 
obief sub diae {ocfauo) K{a)l{en)d{as) nouenibris lustino u[iro) 
c[larissimo) con{su)l{e). 

« Parmi les inscriptions chrétiennes de Lyon et des environs, 
ajoute iM. Fabia, il y en a beaucoup qui sont datées d'un post- 
consulat de Justinus ; mais il ne s'en était encore trouvé aucune 
qui fût datée de son consulat même, c'est-à-dire de 540 .» 

M. Paul Girard communique une nouvelle note de M. F'ou- 
gèressur l'aspect que présentent les Propylées, dégagés des écha- 
faudages qui y avaient été dressés en vue d'une restauration par- 
tielle commencée en 1910 '. Cette note est accompagnée de deux 
photographies, dues à M. Chamonard, le précieux collaborateur 
de M. Fougères, et d'un bref commentaire, qui signale : 1" l'im- 
pression de majesté rendue à la face lilst des Propylées par le 
départ de ce fronton que l'esprit complète sans peine ; l'entable- 
ment reconstitué sur une longueur de quelques mètres rend l'or- 
donnance intelligible, et en fait ressortir l'imposante simplicité ; 
2° cette silhouette triangulaire s'harmonise admirablement, d'une 
part, avec le fronton Ouest du Parthénon, d'autre part, avec les 
silhouettes lointaines du fond de paysage, toutes en pics qui 
semblent moutonner à l'horizon (^Egaléos, Salamine, monts de 
Mégare, etc.) ; 3° cette heureuse tentative est encourageante et 
invite à entreprendre le relèvement des colonnes du Parthénon. 

M. Victor Segalen, de retour d'une mission militaire en Chine, 
rend compte des dernières découvertes archéologiques qu'il a 
été à même d'effectuer dans ce pays, et qui viennent compléter 
exactement, dans l'histoire de l'art chinois, et en particulier de 
la grande statuaire profane, ses voyages de 1914 (mission 
Gilbert de Voisins, Lartigue et Segalen) et sa première explora- 

1. Voir ci-dessus, p. 210. 



SÉANCE DU 21 JUIN 1918 225 

tion de 1909. Il restait, après la récente découverte de la sta- 
tuaire sous les Han antérieurs (ii" et f^ s. avant l'ère chrétienne) 
et de celle des T'ang- (vn*^, viii*^ et ix" s.), à combler l'espace inter- 
médiaire. — Les statues des Leang- (v® et vi'' s.) et des dynasties 
voisines viennent occuper ce vide. Pour la première fois, on 
peut voir étalé ou cité, dans une série chronologique continue, 
tout ce que Ton connaît actuellement de témoins de la grande 
sculpture de la Chine antique. Elle se résume en ces trois grandes 
écoles : Han, Leanget Tang. — Le reste (Song, Ming et Ts'ing), 
seul cité jusque dans ces dernières années, n'est que la déca- 
dence rapide des époques pi'écitées. 

M. Segalen écarte délibérément, non de ses études, mais de 
l'histoire authentique de l'art purement chinois, tout ce qui se 
réfère au bouddhisme, — art encombrant, insistant, déplacé 
dans la Chine ancienne, où, surtout au point de vue de la scul- 
pture sur pierre, il s'avère un art de seconde main, d'importation 
et d'imitation. 

Il rend hommage, avant tout, à M. Edouard Chavannes, 
dont l'Académie et la science française avaient il y a quelques 
mois à déplorer la perte, et dont les travaux et l'initiation ont 
permis à la sinologie française de s'engager dans une voie de 
recherches nouvelles dont on aperçoit maintenant toute la fécon- 
dité. 

M. Franz Cl mont, associé étranger de l'Académie, fait une 
communication sur une letti'e grecque, adressée à un empereur 
romain, qui a été partiellement éditée en 1878 par l'helléniste 
Charles Graux d'après un manuscrit de Madrid et publiée au 
complet par le regretté Pierre Boudreaux, peu avant la guerre 
où il devait périr dès 1914. L'auteur de cette épître raconte 
comment, étudiant la médecine à Alexandrie, il se rendit à 
Diospolis ou Thèbes et y reçut d'Esculape la révélation des 
véritables propriétés des douze plantes du zodiaque et des sept 
plantes des planètes. Le Mntrilensis attribue ce curieux morceau 
à un certain Harpocration, qu'on plaçait soit au iv*^ siècle, soit 
au n^. lue traduction latine du moyen âge, conservée dans un 
manuscrit de Montpellier, et un extrait byzantin permettent 
d'établir qu'en réalité cette lettre a été écrite par le médecin 



226 SÉANCE nu 28 juin 1918 

Thessalus de Trallos, charlatan raincux (|ui cvil la vopiie à Honie 
sous le règne de Néron, et elle acquiert ainsi une valeur nou- 
velle. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau : Journa.1 of the 
Royal Institute of Brithh Architects. Tome XXV. Third Séries, n. 8, 
June 1918 (London, 1918, in-4°). 



SÉANCE DU 28 JUIN 



PRESIDENCE DE M. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. Théodore Reinach communique une copie prise par M. de 
Ricci à Vicence d'un fragment d'inscription grecque sur marbre. 
M. Reinach montre qu'il s'agit d'un texte copié en 17o() par 
Fourmont à Athènes et qu'on croyait perdu : c'est un duplicata 
d'une inscription célèbre, un décret athénien de l'an 2(0 après 
J.-C, relatif à la procession des éphèbes pendant la fête éleu- 
sinienne. La copie de M. de Ricci, meilleure que celle fie P^our- 
mont, donne lieu à diverses observations intéressantes pour les 
philologues. 

M. Edouard Cuq signale une nouvelle interprétation de l'ins- 
cription de Volubilis proposée à l'Académie des sciences de 
Turin par M. de Sanctis. Claude aurait accordé aux lial)ilants 
de la ville cinq privilèges, entre autres la cité romaine qu'ils 
n'avaient pas encore et des incola'. Ces incohi' seraient, non pas 
des personnes originaires d'une autre cité et qu'on cherche à 
attirer à Volubilis en leur promettant certains avantages, mais 
des tribus indigènes placées d'office sous la dépendance juri- 
dique et économique du municipe romain créé par Claude. 

M. Cuq indique les raisons qui ne permettent pas d'accueillir 
cette interprétation. Elle donne au mot incolx un sens qu'il n'a 



MOÏE COMPLÉMENTAiRE SUR l'iNSCRIPTION DE VOLUBILIS 227 

pas en l'absence du qualificalH' -confrihnti ; elle n'explique pas 
comment Tempereur aurait eu à statuer sur les successions de 
citoyens morts pérégrins '. 

M. Th. Reinach présente quelques observations. 



COMMUNICATION 



NOTE COMPLÉMENTAIRE SUR L INSCRIPTION DE VOLUBILIS, 
PAR M. EDOUARD CUQ, MEMBRE DE l' ACADÉMIE. 

L'inscription de Volubilis, découverte au Maroc, en 1915, 
par le lieutenant Louis Châtelain, a déjà été commentée 
devant vous à divers points de vue. Notre président, 
M. Héron de Villefosse, en a fait ressortir l'intérêt histo- 
rique ^ : j'en ai montré l'intérêt juridique en étudiant la 
clause relative aux successions vacantes des citoyens tués à 
l'ennemi •'. 

Dans une note récemment communiquée à l'Académie 
de Turin % M. de Sanctis s'est occupé des bénéficiaires 
des privilèges concédés par Claude sur la demande de 
Valerius Severus, le vainqueur d'^demon. 11 a proposé 
une interprétation nouvelle du mot incolœ. Comme cette 
interprétation modifie sensiblement les conséquences qu'on 
avait déduites de l'inscription, il me paraît utile de la si- 
gnaler et d'en examiner la valeur. 

D'après M. de Sanctis, les privilèges accordés par Claude 
concernent une seule catégorie de personnes et non pas 
deux, tous les compatriotes de Valerius Severuset non pas 

1. Voir ci- après. 

2. Comptes rendus de l'Acadi'iiiie des inscriiilinns et helles-lellres, 1915, 
p. 395. 

3. Ibid.. 1016, p. 2til. -Jsl : Journal des Savants, 1917. p. 4sl et 538. 

4. Atti délia R. Accademia délie scienzc di Torino. 17 mars 1918, 
t. 53, p. 453-458. 



228 NOTE COMPLÉMENTAIRE SUR l'iNSCRIPTION DE VOLUBILIS 

les citoyens romains de Volubilis et les incolœ, comme on 
l'avait pensé jusqu'ici. C'est pour ses compatriotes {suis) 
que Valerius aurait obtenu de l'empereur la cité romaine 
qu'ils n'avaient pas encore, et cette faveur eut pour résultat 
la transformation de la commune pérégrine en municipe 
romain. A ce municipe auraient été rattachées un certain 
nombre de tribus indig'ènes du voisinage : ces tribus sont 
désignées par le mot incolas. C'est à tort qu'on a corrigé 
le texte de la ligne 14 en lisant incolis ; l'accusatif est com- 
mandé par le verbe inipctravit, comme tous les autres accu- 
satifs indiquant les privilèges accordés par l'empereur. 

Telle est la thèse de M. de Sanctis : elle souffre bien des 
objections. La lecture incolas bona civiiim .. . suis inipeiravit 
a de quoi surprendre : on n'obtient pas des personnes 
comme on obtient une succession vacante ; l'empereur 
n'en dispose pas à son gré. Les incolx, qui viennent 
s'établir dans une région autre que celle de leur origine, 
font un acte qui dépend de leur libre volonté. 

L'auteur affirme, il est vrai, que le mot incola n'a pas ici 
sa signification ordinaire ; il s'appliquerait uniquement à 
ceux que la loi de Genetiva Julia (c. 103) qualifie contri- 
huti. C'est une assertion sans preuve ; il n'y a pas 
d'exemple de contrihuti désignés par le seul nom à'incolse, 
et cela se conçoit, car les contrihuti sont tout autre chose 
que des incolœ. Ce sont, non pas des personnes qui viennent 
isolément se fixer dans une cité, mais des peuplades 
{ff entes) ou des localités [castella^ conciliahula) attribuées 
par l'autorité administrative à une ville autonome et, sous 
l'Empire, aune cité de citoyens romains. Elles sont placées 
sous la juridiction des magistrats de la cité et assujetties 
au paiement de certaines redevances. Le mot attrihuere ou 
conlrihuere est le terme technique pour désigner lacté qui 
les subordonne à une cité déterminée. Claude l'emploie 
dans le décret de l'an 46 [Corp. inscr. lat., V, o050) par 
lequel il statue sur la condition des Anauni et autres 



NOTE COMfLÉIMENTAIRE SUR l/iNSCRIPTION DE VOLUBILIS 229 

quorum pariem...adtribuéam Tridentinis, pariem ne adtri- 
butam quidem arç/uisse dicitur. Si, dans sa décision en 
faveur de Volubilis, il avait entendu parler de ces conlri- 
buti, il n'aurait pas omis de le dire ; il n'aurait pas non 
plus omis d'indiquer nominativement les tribus rattachées 
par lui à la cité de Volubilis. Ajouterai-je que si l'on 
admet que le municipe romain n'est pas antérieur à la dé- 
cision de Claude, on se heurte à une autre objection ? 
Claude aurait subordonné des tribus à un organisme encore 
inexistant. 

Mais, dit M. de Sanctis, s'il s'agissait d'incolse au sens 
ordinaire du mot, comment croire que Claude ait promis 
d'avance et à la légère la cité romaine à des pérégrins rési- 
dant aux frontières extrêmes de l'Empire, alors qu'en 46, 
il ne l'accorde qu'à regret aux Anauni attribués au muni- 
cipe de Trente? La réponse est facile : la situation n'est 
pas la même. Dans notre inscription il s'agit d'un muni- 
cipe de formation récente, tandis que le municipe de Trente, 
d'abord Latin, avait reçu la cité romaine un siècle plus 
tôt, en 705. Rien d'étonnant que, dans ce laps de temps, 
des abus se soient produits et que des pérégrins aient 
usurpé le droit de cité. Devait-on appliquer la loi qui punit 
sévèrement ce délit ? Claude, d'après Suétone (c. 25) n'hési- 
tait pas à prononcer en pareil cas la peine capitale : civi- 
tatem romanam usurpantes in campo Esquilino securi 
percussit. Mais il fallait que la violation de la loi fut cer- 
taine, ce qui n'était pas le cas des Anauni. Animadverfo, 
dit-il, non nimium firmani id genus honiinum habere civi- 
tatis romanse originem, tamen curn longa usurpatione in 
possessionem ejus fuisse dicitur et ita permixtum cum Tri- 
dentinis, ut dedtici ab is sine gravi splendidi rnunicipi 
injuria non jjossit, patior eos in eo jure in quo esse se exis- 
timaverunt permanere bénéficia meo. Et il motive sa tolé- 
rance par les services rendus dans la garde prétorienne et 
dans l'exercice des fonctions judiciaires. La décision de 



230 NOTE COMPLÉMENTATRK SUR l'iN8C.RIPTI0N DE VOLUBILIS. 

Claude qui contirme en bloc la situation de fait des Anauni, 
bien que leurs titres à la cité romain»» ne soient pas trop 
solides, est conl'onne aux idées de cet empereur sur l'ex- 
tension du droit de cité. Il en est de même de la décision 
relative aux incolx de Volubilis. C était une mesure de sage 
administration, surtout aux contins de l'Empire : elle avait 
pour but de rallier les indigènes à la cause de Rome et de 
combler les vides dans un municipe dont la population 
avait été fort éprouvée par la guerre. 

Il n'est donc pas démontré que les incolse de Volubilis 
soient des contvihuti. Il est même très probable, comme le 
pensent plusieurs éditeurs, que la loi de Genetiva Julia a 
distingué les contributi des incolse et qu'il faut lire, au cha- 
pitre 103, incolasque conti'ibutosque, car au chapitre 126 
elle donne au mot incolse sa signification habituelle en le 
rapprochant de deux autres catégories de résidents volon- 
taires, les hospites eiles adventores. 

Voyons maintenant s'il est exact de prétendre que les 
compatriotes de Valerius Severus n'avaient pas, avant sa 
légation à Rome, la cité romaine. Deux passages de l'ins- 
cription prouvent, à mon avis, le contraire : d'abord celui 
qui concerne bona civium bello interfectorum. Si ces per- 
sonnes tuées à l'ennemi ne sont pas des citoyens romains, 
leur succession est régie par la coutume pérégrine et non 
par le droit romain ; la mission confiée, de ce chef, au légat 
aurait été sans objet; l'empereur n'avait pas à statuer sur 
la succession de citoyens morts pérégrins. De même, la 
concession du connhium avec les femmes pérégrines n'au- 
rait pas déraison d'être pour les femmes habitant Volubilis 
au moment où la décision impériale est intervenue ; mariées 
ou non, elles auraient acquis, comme les hommes, le droit 
de cité et avec lui le conuhium. Il n'en est pas ici comme 
pour la concession de la cité aux vétérans, d'après les di- 
plômes militaires : le droit de cité accordé à un soldat péré- 
grin au moment de son congé est une faveur personnelle ; 



NOTE COMI'LÉMENTAIKE SUR l'iNSCRIPTION DE VOLUBILIS 231 

une clause spéciale est nécessaire pour lui conférer le 
conuhium avec la femme pérégrine qu'il a épousée ou celle 
qu'il épousera dans la suite. 

En terminant, je signalerai une autre conséquence de 
l'interprétation de M. de Sanctis. En refusant de donner au 
mot incola sa sig-nification ordinaire, celle qu'il a dans tous 
les textes où on l'oppose au mot civis ou municeps par 
exemple dans le chapitre 53 de la loi de Malaga, l'auteur 
est obligé de dire que l'immunité temporaire accordée, par 
Claude n'est pas Texemption des m^z/iez-a. Ce serait, d'après 
lui, l'immunité du sol, l'exemption de l'impôt foncier pen- 
dant dix ans. D'ailleurs, dit-il, l'exemption des cliarg-es 
municipales était l'affaire de Yordo municipii et non de 
l'empereur. Mais cette dernière assertion est contredite 
par de nombreux textes qui citent des constitutions impé- 
riales sur la vacatio munerum (Dig., 1, 6, 1 pr. ; o, §§ 1, 
2, 4, etc.). 

Quant à la première, M. de Sanctis ne croit pas que 
l'immunité du sol soit nécessairement perpétuelle. Tout 
dépend, dit-il, de l'acte de concession. 11 en serait ici 
comme de l'immunité des charges municipales qui n'est 
pas forcément temporaire et personnelle, qui peut être 
étendue aux héritiers. Mais l'argument d'analogie est sans 
valeur parce que les mimera sont d'une tout autre nature 
que l'impôt foncier. Ce sont des charges personnelles ou 
qui grèvent le patrimoine. L'impôt foncier est une charge 
réelle ; c'est, aux yeux des Romains, le signe de la propriété 
retenue par l'Etat sur les terres provinciales ^ L'immunité 
temporaire du sol serait la renonciation temporaire au droit 
de l'Etat, l'attribution temporaire de la pleine propriété 
aux possesseurs : résultat contraire aux principes du droit 
romain qui, sous le Haut-Empire, n'admet pas le transfert 
de la propriété ad ternpus'^. M. de Sanctis a confondu 

1. Gaius, II, 7 el 21. 

2. Cf. Edouard Guq, Manuel des Institutions juridiques des Romains, 
1917, p. 245, 250. 



232 LIVRES OFFERTS 

rimmunilé du sol avec la remise de l'impôt foncier qui 
peut être accordée pour une ou plusieurs années (Tacite, 
Ann., Xll, 58), mais qui a im caractère tout dilTérent. 

En somme, l'interprétation proposée par M. de Sanctis 
ne saurait être acceptée : elle donne au mot uicoLt un sens 
qu'il na pas, en l'absence du qualificatif conlrihuti. Elle 
n'explique ni comment l'empereur a eu à régler les succes- 
sions vacantes de citoyens qui seraient morts pérégrins, ni 
pourquoi il accorde aux hommes le conubium avec des 
femmes qui viennent d'acquérir Ja cité romaine. Enfin, 
en admettant une immunité temporaire du sol, elle est 
inconciliable avec les principes du droit romain sur la pro- 
priété. 

LIVRES OFFERTS 



Le Secrétah^e perpétuel offre, au nom de l'auteur, M. Alfred 
Merlin, deux plaquettes intitulées : 

Dédicace à la Mère des dieux trouvée à Carlhage (extrait du Bull. 
archéoL, 1917) ; 

Note sur des tombeaux puniques découverts à Carthage en 1916 
(extrait du Bull. archéoL, lOl?"!. 

M. Paul FouRNiER présente au nom de M. Joseph Duquesne, une 
étude intitulée : François Bauduin et la Réforme (Grenoble, 1917, 

in-8"). 



Le Gérant, A. Picard. 



MACO^J. PROTAT FRERES, IMPRIMEURS. 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 



SEANCE DU 3 JUILLET 



PRESIDENCE DE M. A. HERON DE VILLEFOSSE. 

M. Théodore Reinagh communique à l'Académie un petit 
monument récemment découvert en Allemagne, près de l'em- 
bouchure de la Moselle dans le Rhin. D'un côté, on voit la mère 
des dieux avec son lion, de l'autre une tête barbue, celle d'un 
Germain vaincu. Une inscription en langue celtique contient la 
dédicace par un tribun militaire, Gassius fils d'Ansancatnus. 
C'est la première inscription celtique découverte dans le pays 
mosellan, et il est piquant de constater qu'elle commémore une 
victoire des Gaulois, désormais unis à Rome, sur la barbarie 
germanique. 

M. Héron de Villefosse communique à l'Académie, de la part 
du commandant Thyl, chef d'escadron de l'état-^major polonais, 
une inscription votive, trouvée en Numidie dans les ruines de 
l'antique Thibilis, aujourd'hui Announah : 

VENERI-AVG 
MDMIQCLODI 
VSMFQVIN 
TILLVS NOMI 
NE FVFICIAE 
VITAE QVON 
DAM-MARITAE 
SVAE DEDIT 

1918 j, 



234 RAPrORT DU SECRÉTAIRE PKRPÉTUEL 

Ce texte est gravé sur la face d'un petit autel quadrnngulairé, 
exhumé dans la cour de la caserne de gendarmerie par les soins 
du commandant Thyl, en tournée d'inspection dans cette loca- 
lité ; il olFre les noms de deux divinités Veneri Auff[uslae); 
M{a(n') d{cum) mincjnae) I[deae). L'autel a été consacré par 
Q. Clodius Quintillus en souvenir et au nom de sa femme dé- 
funte Fulicia Vila. 

Le Musée du Louvre possède un autre autel à la Mère des 
dieux provenant également de Thibilis ', ainsi qu'un bas-relief 
représentant cette déesse assise de côté" sur un lion. M. A. Joly a 
découvert dans les mêmes ruines un autel dédié à Venus 
Erucina qui devait son surnom au célèbre sanctuaire du mont 
Eryx en Sicile où elle était l'objet d'un culte spécial -. 

M. J.-B. Chabot fait une lecture sur Edesse pendant la pre- 
mière croisade. 

L'Académie se forme en comité secret pour entendre le rap- 
port du Secrétaire perpétuel sur les travaux des commissions de 
publication de l'Académie pendant le premier semestre de, 1918^. 

La séance étant redevenue publique, M. Homolle commence 
la lecture d'un article qu'il a consacré à Maxime Gollignon, di- 
recteur des Monuments Piot, et qui paraîtra dans un des pro- 
chains fascicules de cette collection. 



APPENDICE 



Rapport semestriel du secrétaire perpétuel sur la situation 

DES PUBLICATIONS DE l'aCADÉMIE PENDANT LE PREMIER SEMEaTRE 
1918; LU DANS LA SEANCE DU 5 JUILLET 1918. 

Ce rapport sera ce que les circonstances présentes permet qu'il 
soit, très court. 

Depuis le début de l'année ont paru : la notice de M. Antoine 
Thomas sur le manuscrit latin 47 8H du Vatican, la notice de 

1. Corp. inscr. làt., VIII, n" 5524. 

2. Bull, archéol.du Coinilé, \901, p. 240. 

3. Voir ci-après. 



RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 235 

M. Doutrepont sur le manuscrit français i 1 594 de la Biblio- 
thèque nationale, et le mémoire de M. Cuq sui' les nouveaux 
fragments du Code de Bammourahi. 

Le mémoire de M. Fournier sur les Collections canoniques 
romaines de Vépoque de Grégoire VU a été renvoyé à Timpri- 
merie avec le bon à tirer, ainsi que celui de M. Foucart sur Le 
culte des héros chez les Grecs ; celui de M. Dieulafoy, sur La 
mosquée d'Hassan, au Maroc, est entièrement composé. 

Pour nos autres publications, voici la situation actuelle : 

Histoire littéraire de la France. — Le bon à tirer des dix-sept 
premières feuilles du tome XXXV, contenant le long article de 
notre regretté confrère Paul Viollet sur Guillaume Durant le 
jeune, a été remis en mai à llmprimerie nationale. 

Ont été lus en commission et sont en partie composés en 
placards un article de M. Antoine Thomas sur Bernard Gui et 
deux autres de M. Ch.-V. Langlois sur un Anonyme de Bayeux 
et Marco Polo. 

Chartes et diplômes. — L'Imprimerie nationale a envoyé le 
17 avril dernier les épreuves en placards de l'Introduction aux 
Actes des rois de Provence, dont le manuscrit lui avait été remis 
au mois de janvier. Les épreuves ont été corrigées et le bon à 
mettre en pages donné à la fin de juin par M. Prou. 

Le manuscrit du recueil des.4c^e5 de Pépin /" et de Pépin II, 
rois d'Aquitaine, par M. Levillain, a été transmis à l'imprimerie 
le 6 mars dernier. Elle a envoyé le 4 juin les dix premiers pla- 
cards, qui viennent d'être corrigés. 

Pour le recueil des Actes de Philippe Auguste, le travail en 
est au même point qu'il y a six mois. Le tome II ne peut être 
mis sous presse, car il est nécei;saire, pour l'établir, de colla- 
tionner certains textes, actuellement en pays envahi. 

M. Berger a pris comme auxiliaire pour la rédaction de la 
table M. Lecestre; toutes les fiches lui ont été remises cet hiver 
par notre confrère. Il a presque achevé la révision et le classe- 
ment de la lettre P ; quant au travail d'identification des noms 
de lieux, il n'a pas encore pu l'entreprendre méthodiquement. 

Pouillés. — M. Et. Clouzot, nommé auxiliaire de l'Institut au 
mois de janvier dernier, a continué à s'occuper avec diligence 
de la correction des épreuves du tome VIII, i^épondant aux pro- 



236 RAPPORT nr skcrétaire pkrpktukl 

vinces d'Aix, d'Arles el d'Embrun. Le texte du volume est com- 
plètement en pnf^es. Le bon à tirer des feuilles A el B a été 
donné à la lin de décembre 1917. Depuis, Tauteur et le direc- 
teur, notre confrère M. Prou, ont demandé une seconde épreuve 
des feuilles G et K el des feuilles 1 à 24. M. Glou/.ot a presque 
terminé le manuscrit de la table ali)habétique qui, comportant 
l'identillcalion de tous les noms de lieux, est un travail long^ et 
difficile. 

La mobilisation de M. Lalouche a, comme il vous a été déjà 
dit, interrompu l'impression des Pouillés de la province de 
Bourges. 

Obituaires. — 11 en est de même pour le tome IV des 
Obiluaires (province de Sens, diocèse de Troyes), dont 
M. Boutillier du Retail est charg-é. Le travail est suspendu. 

Corpus inscriplionuni semiticarum. — Le P. Scheil 
poursuit activement la préparation de la partie himyarile. Le 
fascicule troisième du tome 11 1 est tiré ; on pourrait le mettre en 
distribution ; la commission du Corpus a jugé qu'il valait mieux 
en doubler le volume au moyen d'un nouvel appoint, dont la 
mise sous presse pourra commencer avant la fin de cette année. 

Pour la partie phénicienne, le début du tome III a été mis en 
pages. Les trois feuilles qui le composenl pourront être tirées 
après une nouvelle révision. 

De la partie araméenne (tome III), 138 placards ont été re- 
tournés à l'Imprimerie nationale depuis le début de l'année. 
Aucun n'en est encore revenu. Il reste 52 placards à corriger. 
Afin d'éviter des remaniements dispendieux, on attendra, pour 
s'en occuper, d'avoir reçu la photographie des estampages qui, 
ainsi que nous l'a annoncé notre confrère M. J.-B. Chabot, ont 
été heureusement retrouvés à Jérusalem lors de la prise de la 
ville par l'armée anglaise. 

Les douze feuilles du Répertoire d'épigraphie sémitique 
(tome III), dont le bon à tirçr avait été donné à la fin de dé- 
cembre, n'ont pas encore été livrées. Lasuiteest mise en pages. 
On a remis pour l'impression les tables du tome III. Quant au 
tome IV (premier fascicule), la copie attend le moment où 
l'imprimerie sera en mesure d'en entreprendre la composition. 

Vous savez qu'il a été décidé que le Journal des savants ne 



LIVKES OFFERTS 237 

paraîli'ait plus jusqu'à nouvel ordre que tous les deux mois. 
L'application de cette mesure a commencé avec le premier nu- 
méro de l'année. 

Notre confrère, M. Homolle, aidé de M. Jamot, prépare deux 
nouveaux fascicules des Mélanges Piol. Le second fascicule du 
tome X'XII devrait être tiré sans les complications actuelles qui 
entravent toutes les publications. Le premier fascicule du 
tome XXIII est en voie d'impression. 

L'impression de nos Comptes rendus continue très réguliè- 
rement, mais le tirage des feuilles composées est loin d'être 
rapide. Le dernier numéro de 1917 vient de paraître. Le numéro 
de janvier-février 1918 est en pages, celui de mars-avril éga- 
lement. Le texte des séances de mai et de juin est presque entiè- 
rement composé. 



LIVRES OFFERTS 



M. Ch. DiEHL a la parole pour un hommage : 

«J'ai l'honneur d'offrira l'Académie, au nom de mon collaborateur 
M. Saladin el au mien, l'ouvrage intitulé : Les monuments chrétiens 
de Salonique, avec l'album de 68 planches qui l'accompagne. 

«J'ai eu récemment l'occasion d'indiquer à l'Académie les condi- 
tions, parfois assez difficiles, dans lesquelles ce travail a pu être 
mené à bien, et je n'aurais donc rien de plus à dire d'un livre auquel 
j'ai pris une très grande part, si je n'avais à m'acquitter d'une double 
dette de reconnaissance. Je tiens à remercier d'abord les architectes 
de talent à qui sont dues l'illustration de l'ouvrage et les planches 
qui l'accompagnent : Marcel Le Tourneau, mort prématurément et 
dont les belles aquarelles, les relevés précis et sincères, les dessins 
et les photographies remarquables donnent tant de prix à ces 
recherches; H. Saladin, qui a continué et achevé avec tant de dévoue- 
ment et de compétence l'œuvre de son confrère trop tôt disparu. 
Et je dois remercier également la maison E. Leroux qui a édité ce 
livre et qui, par un effort persévérant dont on devine les difficultés, 
a su, en pleine guerre, faire de cet ouvrage un monument assez 
digne d'estime de la librairie française. 

« Salonique, depuis trois ans bientôt, est un des endroits qui 
retiennent l'attention de la France et où s'écrit une page de notre 



238 SÉANClî DC! 12 JITLLET 1018 

histoire militaire. Peut-être ne semblera-t-il pas sans intérêt que 
des Français aussi aient, pour la première fois, éluclié de façon 
complète les monuments de la grande ville macédonienne, en une 
de ces œuvres, comme nous en comptons plusieurs déjà et de haute 
valeur, où s'associent, pour le plus grand profit de la science, des 
architectes et des historiens de l'art. » 



SÉANCE DU 12 JUILLET 



PRESIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de la correspondance 
qui compi'end : 

Une lettre de M. le Président de la section permanente de 
l'OfTice national des Pupilles de la Nation, invitant l'Académie 
à se faire représenter à la manifestation solennelle organisée au 
Trocadéro à l'occasion du 14 juillet ; 

Une lettre de M. le directeur de l'Ecole française d'Extrême- 
Orient contenant un compte rendu sommaire de l'activité de 
l'École, du mois de juillet 1917 au mois d'avril 1918. — Renvoi 
à la Commission de l'École française d'Extrême-Orient ; 

Un article allemand communiqué par M. le Ministre de la 
guerre, relatif à des découvertes préhistoriques faites en Pales- 
tine. — Renvoi à M. Salomon Reinach. 

Le Président exprime à M. Dieulafoy, qui vient de quitter 
l'armée pour rentrer à Paris, la joie qu'éprouvent ses confrères 
de le voir revenu parmi eux. 

M. Salomon Reinach communique une note de M. E. Passe- 
mard sur les sculptures des parois de la caverne d'Isturitz 
(Basses-Pyrénées) : 

« C'est en 1913 que les reliefs de la caverne d'Isturitz ont été 
découverts. 

« A la suite d'un éboulement, un témoin conservé contre une 
grosse roche centrale s'etfondra complètement, laissant à décou 
vert un panneau précédemment caché par la couche archéolo- 



SÉANCR DU 12 JUILLET 1918 239 

gique. Il fut facile d'y discerner la silhouette d'un animal, un 
renne légèrement en relief, dont les traits étaient profondément 
gravés dans la stalagmite ancienne. 

« Dégagé de la terre et de l'argile qui y adhéraient, ce panneau 
laissa apparaître en surcharge deux autres figures plus petites, 
représentant respectivement un cerf et une biche. 

« Puis, à mesure que la roche fut dégagée de la terre qui la 
recouvrait, apparurent un certain nombre d'autres figures (une 
quinzaine). On a reconnu les animaux suivants : une tête de 
mammouth ; une tête de capridé, probablement un bouquetin ; 
les jambes d'un animal galopant, probablement un équidé; puis 
un cheval dont la tête manque, mais dont les jambes sont par- 
faitement dessinées ; au-dessus, une tête de bovidé accompagnée 
d'un animal difficile à identifier. Vient ensuite une silhouette 
grossière, mais précise, de carnassier qui semble bien être un 
ours; d'autres silhouettes peuvent être interprétées, Tune comme 
un grand bison, l'autre comme une tête de cheval, une autre 
encore comme une tête de loup. Il est à remarquer que ces 
figures procèdent de la technique du sculpteur bien plus que de 
celle du graveur. Elles ont été exécutées avec grand soin en 
utilisant les formes étranges des coulées de stalagmite. Le fait le 
plus important est qu'elles se trouvaient être entièrement 
recouvertes avant les fouilles par le sol actuel de la grotte, 
formé de la couche archéologique, ce qui explique qu'il n'avait 
jamais été possible d'en découvrir aucune avant le commence- 
ment des travaux. On peut donc leur assigner un âge précis, 
car la figure la plus basse se trouve légèrement au-dessus 
d'une couche d'argile stérile surmontée elle-même d'un 
niveau solutréen à pointes en feuilles de laurier, des niveaux 
du magdalénien, ancien, inférieur, moyen et supérieur 
contenant respectivement des sculptures en ronde bosse sur 
pierre et sur bois de renne, des gravures sur os, sur bois de 
renne et ivoire, sur pierre, ainsi que les formes de pointes de 
sagaies et de harpons qui accompagnent généralement ces 
niveaux. 

« Il ne paraît donc pas possible que ces reliefs puissent être 
plus récents que le magdalénien très ancien ou que le solutréen 
immédiatement sous-jacent. » 



240 SÉANCE DU 19 JUILLET 1918 

M. Salomon Reinach présente les photographies envoyées par 
M. Passemard, et insiste sur l'importance de ces sculptures. 

M. lIoMOLLE achève la lecture commencée à la dernière 
séance. Il analyse les articles que Maxime Collignon a écrits pour 
les Monuments Pîot, caractérise son talent ei explique la part 
qu'il a prise à la fin de sa vie à la direction de cette publication. 

M. Paul Girard fait une première lecture d'un travail qu'il 
se propose de donner aux Mémoires de l'Académie. C'est une 
étude sur la langue d'Homère. 

MM. Maurice Groiset et Boughé-Leclercq présentent 
quelques observations. 

LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau : 

Mémoires de V Académie de Nîmes, VII« série, t. XXXVIH, années 
1916 et 1917. Nîmes, 1918, in-8°. 

London University Gazette, col. XVII, n» 201, 3 juillet 1918. 

Le Secrétaire perpétuel offre à l'Académie, au nom de M. Ph . 
Fabia, son correspondant, un opuscule intitulé : La garnison ro- 
maine de Lyon. 

Il présente ensuite à l'Académie, de la part de M. Eugène Le Senne, 
un ouvrage intitulé : Mélanges Emile Le Senne, et publié par la So- 
ciété historique et archéologique des VIII« et XVIP arrondissements, 
en l'honneur dÉmile Le Senne, son secrétaire général, tué à 
l'ennemi. C'est un recueil d'études sur cette partie de l'aggloméra- 
tioa parisienne. 

SÉANCE DU 19 JUILLET 



PRÉSIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

M. Omont annonce à l'Académie que quelques fragments d'un 
très ancien manuscrit latin, en écriture semi-onciale, du v« ou 
VI» siècle, ont été découverts récemment par M. Reygasse, admi- 
nistrateur de Tébessa (Gonstantine) et viennent d'être offerts à 



FRAdMENTS d'uN MANUSCRIT LATIN 241 

la Bibliothèque nationale par M. Stéphane Gsell, correspondant 
de l'Académie et professeur au Collège de France *. 

M. Clermont-Ganneau entretient l'Académie d'un style à écrire 
du Musée de Cologne, publié depuis longtemps et inséré au 
XIII« volume du Corpus. On y lit : HEGO I SCRIBO | SINEM | 
MANUM, chaque mot étant disposé sur une des faces de l'objet. 
Le sens qu'on obtient en expliquant sinein innnum comme 
synonyme de sine manu n'étant pas satisfaisant, M. Clermont- 
Ganneau propose de voir dans ces deux groupes de lettres la 
phrase : sine m[i] manuni, « prête-moi ta main », et pense que 
l'original porte peut-être, au lieu de HEGO, ET EGO 2. 

MM. Théodore Reinach et Bouché-Leglercq présentent 
quelques observations. 



COMMUNICATIONS 



FRAGMENTS d'uN TRÈS ANCIEN MANUSCRIT LATIN 

PROVENANT DE l' AFRIQUE DU NORD, 

PUBLIÉS PAR M. H. OMONT, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

Le département des manuscrits de la Bibliothèque natio- 
nale a reçu récemment en don de notre savant correspon- 
dant M. Stéphane Gsell, professeur au Collège de France, des 
fragments d'un très ancien manuscrit latin, sur parchemin, 
provenant de l'Afrique du Nord, et dont la date peut être 
rapportée au v* ou vi^ siècle. Ces fragments ont été décou- 
verts au mois de juin dernier par M. Reygasse, adminis- 
trateur de la commune mixte de Tébessa, dans une grotte 
située à vingt-cinq kilomètres au Sud de Telidjen, localité 
qui se trouve elle-même à une cinquantaine de kilomètres 



1. \'oii' ci- après. 

2. Voir ci-après. 



242 FRAGMENTS d'uN MANUSCRIT LATIN 

au Sud-Ouest de Tébcssa. C'est la première découverte de 
ce genre, semble-t-il, et on peut supposer que le volume 
dont ils sont les seuls restes avait été apporté dans cette 
grotte par des chrétiens fuyant, à la fin du vii^ siècle, l'in- 
vasion des Arabes. 

Ils se composent, d'une part, de treize feuillets lacérés 
dans leurs marges extérieures, au recto desquels subsiste 
une partie notable de la première colonne, et au verso, de 
la deuxième colonne de chaque feuillet ; d'autre part, de 
huit fragments, allongés en diagonale, d'autant de feuillets 
du même manuscrit, sous forme de bandes étroites, pré-* 
sentant seulement quelques lettres en bordure, à droite et 
à gauche, de la marge intéineure qui sépare les deux 
colonnes de l'écriture du manuscrit. 

On peut estimer que, dans l'état primitif du volume, 
chaque feuillet devait compter une trentaine de lignes à la 
page, écrite à deux colonnes, séparées par une marge inté- 
rieure de 2 centimètres environ, et dont les lignes, mesu- 
rant chacune 5 centimètres, sont composées de douze à 
quinze lettres en moyenne. Les treize feuillets aujourd'hui 
subsistants, découpés en forme de R, mesurent 11 centi- 
mètres en hauteur sur 10 en largeur dans leurs plus grandes 
dimensions ; on y compte dix-huit lignes au plus. 

L'écriture est une semi-onciale régulière, caractérisée 
par les formes minuscules des lettres b, d, g^ r, s, et dont 
la date peut, selon toute vraisemblance, être reculée jus- 
qu'au v*^ ou vi^ siècle. On y rencontre les abréviations 

ordinaires : g?s, di, do, dns, dne, xpi, xpo {Deus, Dei, Deo, 
Dominus, Domine, Christi, Christo) ; un point, aussi bien 
dans le corps qu'à la fin des lignes, y tient quelquefois lieu 
de la syllabe finale us ou ue : dornib., operib., q., neq. 
[domibus, operibus, que, neque) ; un trait horizontal, légè- 
rement recourbé aux deux extrémités et placé au-dessus et 
au delà de la dernière lettre, à la fin des lignes, y remplace 
la lettre m ou quelque fois n ; à l'extrémité des lignes éga- 



<JL 



^^> 



f 




B 



F^^^ iTt> oivicjor^î: 

Il Itri b • jap or «ti^i 
/ cïtja.nCinciitr|Mf| 





^1^- 





FRAGMENTS DE iMANUSCRIT LATIX, DU V 



V 



















3 
'y; 
r. 



ce 




I VI'= SIKCI.E, DECOUVERTS EX ALGERIE 



ii^b r»Tfti A Ffifi-' 



PROVENANT DE l'aFRIQIE DU NORD 243 

lemeut se rencontrent les lig-atures des lettres se, en, nt, os. 
Comme marque de ponctuation, on trouve fréquemment un 
espace blanc à l'intérieur des lig'nes et la phrase qui suit 
débute souvent par une lettre initiale un peu plus grande. 
Pour indiquer une ponctuation plus forte, le scribe a tracé 
en marge une lettre initiale beaucoup plus grande, et le 
début des chapitres paraît avoir été marqué par une pre- 
mière ligne en lettres capitales de hauteur double de celle 
des caractères ordinaires. 

'Il ne semble pas que le texte théologique, que nous ont 
conservé ces feuillets si misérablement lacérés, puisse être 
identifié avec quelqu'une des œuvres connues des Pères de 
l'Eglise, et on n'y trouve aucun nom propre, aucune indi- 
cation de livre ou de chapitre qui puisse aider à en déter- 
miner l'auteur. Toutefois, autant qu'on en peut juger, le 
style général de ce traité, ainsi que les mentions répétées 
qu'on y rencontre relatives aux catéchumènes, permettent 
peut-être de hasarder avec quelque vraisemblance l'hypo- 
thèse que ces fragments appartiendraient à l'une des 
œuvres perdues d'un Père latin peu connu du iv° siècle, 
Nicétas de Remesiana, dont la personnalité a même été 
dédoublée jadis par les éditeurs et les bibliographes ^ . 
Faut-il y reconnaître quelques pages du premier de ses 
Lihelli instructionis, aujourd'hui perdu et dont Gennade 
nous a conservé le titre, le Libellas primus, qualiter se 
deheant hahere compétentes'^ Il appartient aux théologiens 
d'en décider. 



1. Voir Migne, Patr. lai., t. LU, col. 837 et suiv., et t. LXVIII, col. 361 
et suiv., mais surtout le récent ouvrage du Rév. A. E. Burn, Niceta of 
Remesiana, his life and irorks (Cambridge, 1905, in-S"). 



244 FRAGMENTS d'uN MANUSCRIT LATIN 

Fol. I recto, col. I. l'^ol. I verso, cnl. 2. 



upa 

fideliu[m]. . . . [ju-] 
diciuni non . . . 
(juia istinc semfperj 
juslificati disce[ckint.] 
Aliae vero duae s[unt] 
catecumcnorum 
dumlaxat et gen[era-] 
lini quae paritefr] 
feu]mdem in judici[um] 
citabiintur [peni-] 
tentiam vero no[nJ 
similem reporta- 
bunt. Nam cate- 
chumenos quideni 
summa extol- 
li necesse est prop- 
t[er] cum 

Fol. 2 recto, col. 1 . 



ticis de[ 

et sollici[te] 
implicari. H[i] 
duo gradus suTnt] 
una fide^in eade[m] 
ecclesia consti[tu-] 
ti alterutrum n[onj 
sustentant el. . . 
. .uis de quo abe[ 
. .at abi cor[. . . 
. .at. Electfis] 
auditoi'ibus de cae- 
lesti suo thensau- 
ro in quo beati sunt 
appellati et felices 
terrestrium. 
. . . .[libejrtatem audi- 
lec- D 



1 ...... et ca- 

. . . sec ta ru m 
. .vis. Quia pe- 
[re]grini et alioui- 
5 [g]enae mundo sint 
[ijdcircoque jubel di- 
vitib»s quos et ipsos 
secundi ordinis 
discipulos appel- 
le [Ia]ri praediximus 
[qu]os sibi aniicos 
faciant. Quo cum 
se facultates istas 
de/////fecerint 
15 quas utique isti de- 
rebnquere ne- 
cesse est ad[ver-] 
sus 



Fol. 2 verso, col. 2. 



1 Vide 

. .[u]triusque gr[a-] 
[dus] istius formam 
.duab(;s sororibu.s 
5 . . .videnter oste/i- 
[s]am quarum alte- 
[r]a quidem elege- 
fr]at optimam. . . . 
.... rem majore[m] 
10 . .[dumtjaxat ele[ge-] 
[rat grjadum. Al- 
[te]ra vero quam 
officio domus et 
ministerio fun- 
15 geretur. . .pe[ri-] 
tis tamen discipu-. . 
lis ministrare 
et 



PROVENANT DE L AFRIQUE DU NORD 
Fo/. 3 reclo, col. i . Fol. 3 verso, col. 2. 



245 



....d[i]lec.... 
[d]iscipuli p[. . . . 
appellati sunj^tj 
inmerito. Nun[c] 
et opibtis pauperes 
numéro pauci et pe''r] 
artam viam incedunTl] 
[in ajngusto tramit[e] 
[dejstinati sunt. . , 
[lr]ahunt paucri]. . . 
. .fidèles q ui l'eg-] 
[nujm caeloru[m po-] 
[tijuntur sicu[li scrip-J 
[tUjin est multi qui- 
dem sunt vocati pau- 
ci autem electi '. 
. . . .autem et illud 
quia 



Fol. 4 recto, col. /. 



tes om. . . 
sunt eum c[. . . 
tia magis opta[. . 
adipisci tabern[acu-] 
la. Et bonor[um] 
opulentiam qu[ae] 
data semel aufe[r-] 
[ri] non quaeat. . . 
[qjuai'e preci[p. . 
. .vi adhuc. . . 
. . .s suis t. . . 
coll. . . 
rantur et mFa-] 
[tlrimonia possi- 
dent ut ex isdem 
. . .hos amicos prœ- 

ci vocum 

di " 

de 



1 



.... fue- 

. . . .itudinem 

ant. 

[H]aec ut inquam 
ad catechume- 

norum gradum 

spectant carissi- 

me quos ali[. . . . 

. . .manifest[. . . 
10 [dec]larat cu[m. . 

. . .qui susc. . . 

. .etam in n[. . . 

minae profe[. . . 

mercedem [pro-] 
13 fetae accipiefnt] 

et qui suscit[. . . 

tum in. . . , 

time. .... 
t 



Fol. i verso, col. 2. 



1 lias po- 

. . .es auditores 
. . .m sive ut dixi 
. . .ns catechumeni 
5 [s]unt appellati qui 
[qjuoniam in saeculo 
[cjonstituti et ab illo 
[ajdhuc pei'fecte. . . 
... du inferiore[sl 

10 ... as possident 
. . . evangelio 
.... ne voca- 
bulo nuncupa- 
le sunt. Idcirco 

la confert ad eos [ser-] 
monem suum idem 
salvator et d[ominusj 
fa 



1. Matlh., XX, 16. 



246 FRAG3IE1NTS d'uN MANUSCRIT LATIN 

Fol. 5 recio, col. t. Fol. 6" verso, col. 2. 



ime 

catechu[men . . 
ro qui pani[m] 
valerent ine[. . . 
nis gradu asce[nde-] 
re in suis quidem 
domibus resideba[nt] 
a. . .ubabant aut[em] 
electos et eo[. . . 
fra tecla a[. . . 
proprias. . . 
tes qu[. . . 
raria eorum. . . 
existèrent sub- 
ministrabant 
hos duos ecclesiae 

ita sem- 

um 

um 



Fol. 6 recto, col. 1. 



ma. . . . 

id etia[m]. . . . 

debeat e[ 

Sed id tantu[m] 
firmo non ho. . . 
perfectorum [dis-] 
ciplinam specta[t] 
qui mundo ren[un-] 
ciantes caelforu/nj 
habeant con[ver-] 
sationem. . . 
[Se]d illos q[uij 
. . . saecul[ . . . 
. .nti scie[ntiae]. . . 
. .m eadera cum pe[r-] 
[fejctis inbuti sunt 
. .ledatis vero ha- 
. . . .ncerio 
u 



1 oe. . . . 

. . . Nonuli 
[trjinitatem des- 
. . .ens electorum 
5 [ve]l ut auditores 

[qujoque modum ac re- 
[g]ulam disciplinai 
[sujae agnoscant 
[ejcclesiae nimi[rum] 

10 . . .adque apos- 
[tolil ejus duoque 
- • • .[gi'Jadus et 
. . .[fjuerunt in 
bipertita plebis 

15 quidem vocabu[la] 
omnes omnes dis- 
cipuli su[nt] 
a 



10 



Fol. 6 verso, col. 2. 



. dici 
. qui haec 
. cum ex inte- 
exequi et im- 
ere non possunt 



e duobus. 



EAQV 

• • • [sjuperius [me-] 
15 moravi carissime 
de apostolo . . d 
opère quod. . . 

largiri 

V 



PROVENANT DE L AFRIQUE DU NORD 
- Fol. 7 recto, col. I. Fol. 7 verso, col. 2. 



247 



[r]elin 

ipsi carn. . . . 
Item ade. . . 
dicitur arbi- 
trio. . . Nec- 
non vituperet 
hac plenitudin[e] ' 
. . . .e ministra[re] 
nobis in glo[ria] 
Donu'ni provid[. . . 
. . . ona non . . . 

... .m Deo 

coram hom[. . . 
. . . .itur quod dicis 
hac plenitudi- 
[ne] . . .ministra- 



Fol. 8 recto, col. 1 . 



... et ... . 

. .deos. . . 

simus cuna illo fra- 

trem cujus[lausj 

est in evange[lioj 

per omnes eccle[si-] 

as. Non solum a[u-] 

tem sed et ord[ina-] 

tus est ab eccl[esiis] 

[i]s cornes 

[cu]m hac g[ratia quae] 

ministr[atur a no-] 

bis in glo^^riam] ^ 

. . . um ersro. . . 

. .saecularia liquo. . 

[opjere cooperarius 

.... li extitit 

... 1 culp 

is. 

1. i/ Cor., VIII, 20. 

2. // Cor., VIII, 18-19. 



1 



10 



. . admo[. . . . 
. . vicit fide- 
[sejrmo et de his 
. . .ote commemora- 
5 [rje ut curent bonis 
[o]peribus praeesse 
[q]ui credunt Deo*. 
[E]cce et hic operibus 
. . . esse jubet 
... is ipsamque 
. . . uae inter 
. . . opéra apo- 
. . .[ijnterdum 
militiam plerum[qîie] 
ministeriuin h. . . 
numquam curi[. . . 
aliquot. . . . 
et 



15 



Fol. S verso, col. 2. 



nos 

... ut filii lu- 
[c] is2 ambulate 
[cu]m fructus lumi- 
[ni]s est in om[ni] justi- 
[ci]a et bonitatem 
[prjobantes quid sit 
[bejneplacitum Dei 
[et nolijte commu- 
nicare[o]peribiis 
. . . is tene. . . 

Mag[is] 

. . . redar[gui-] 
15 te^. Qui digitufmj 
quia et hic pro- 
nominal. . . 



10 



1. Tit., III, 8. 

2. Ephes., V, 8-11. 

3. I Cor., VII, 35. 



2.i8 FRAGMRNTS 

Fol. 9 rcclo, col. i . 



[s]olus. . . . 
cuit. Cni. . . 
tionem facijt]. . . 
cum ad Thimo[lheum] 
scribil'praecipilens] 
ei de viduis ac d[e-] 
[sojlalis* quae auLe[m] 
[v]ere viduae [et] 
desolala[e. . . 
[in] Domino et [obse-1 
[c]rationib[us]. . . 
in die. Nam [qu]ae 
[in] deliciis agit vi- 
[ve]ns mortua est 
.... adhuc 
. . ent 



Fol. 10 recto, col. 1. 



ad.... 

modis o 

cipimus e[t] 

mur in Xpo 

cum silentio op[e-] 

rantes suum pa[nem] 

manducent. Vo[s au-] 

tem fralres [no-] 

[li]te defic[ere bene-] 

faciente[s] '- 

ei tergo 

quin huj[us] 

quibus ta 

abat apos[tolus] ope 

in quo ipse [i']ejecta 

et non exerce- 

. . . edotio se 

es 



1. 7 Timoth., V, 5-6. 

2. // Thessal., III, 12-13 



d'un manuscrit latin 

Fol. 9 verso, col. 2. 

1 ui. . . . 

... ad Chor[inthios|. . . 
. . .cit. Ilaoc 
. . .em praecipio 

5 . . .n quasi laqucuzn 
nobis iniciens. Scd 
[i]d honcste agen- 
[d]um et conjungi- 
[um] inseparabi- 
10 [le]. . . Item ad 

[Colosse]nses : Gr[a-] 
[ti] estote 
- [Ver]bum Xpi in- 
ha[bite]t in vobis abun- 

IS de [in] omni sapien[tia] 
docentes et cor- 
ripientes *. . . nos 
ips[os] 

Fol. 10 verso, col. 2. 

1 co . . 

. . .aut co. . . 

. . ores merciu . . 

. .ocet illorum 
5 . . minit qui sibi 

[illjius operis labore 

[so]cii ac participes 

[e]xtiterunt die. . . 

[a]d Thessaloni- 

10 [censés] : Rogamus 

[autem vojs fratres. 

. . .catis eo. . . 

. . .ant ince. . . 

vo. . . . a erunt 
15 bis. .. o et objur[go] 

vos ut habeatis [il-] 

los ab u 

in 

1. Coloss., III, 15-16. 



PROVENANT DE l'aFRIQUE DU NORD 249 

■Fol. Il recto, col. i. Fol. Il verso, col. 2. 



.... n 

. . ua eu 

neque in vaii[um spe-] 
ravi. 

Ecce igitur et. . . 
laborasse se pr[o-] 
hibet et cucur[ris-J 
se ergo ne et h[oc] 
carnalite[r]. . . . 
legendu[m. . . . 
sit. Os. . . . 

[sjtudium. . . 

. . labor 

[sjemper f. . . ta 
[q]uam hum. . .ua 
[sjaeculo fulge- 

[re] verbum 

iem 



Fol. 12 recto, col. /, 



... on. . . . 
[h]ortat. . . 
rentur n. . . 
nus stipend. . 
ctis quo in ope[re] 
nunquam se ot. . . 
sum fuisse test[a-] 
tur. Neque ill[iusj 

noctis q 

ab hoc t 

vacavi. . . . 

.voru 

. .onibus pa. . . 
. . visse ace. . . 
. .m ut ab o[m^ni ve- 
. .nali opère suos 

sti nu- 

as 



1918 



1 n.... 

.... rhjabeam 

infidelita- 

. .[habe]amus unde 
5 . . . is ista suppedi- 
[tjabunt. 

Item ad Philippenses 
[ap]ostolus cum ti. . . 
videt tre- 

10 [morem v]estram 1 
. . . .[opjeramini, 
[Deus est eni]m qui ope- 
[ratur in vobjis et velle 
erdifîcjari et perfi- 

l-'i cerFe pr]opterbon[am] 
voluntatem om[nia] 
autem facite [sine] 
m[urmurationibusJ 



1 



Fol. 12 verso, col. 2. 



, .no. . . . 

. . a hoc. . . 

. . émus in 

. . ta domo Dei in 
5 . .ua scilicet. . .a 

. .ur a spiritali. . . 

. . minum quoH . . . 

. .lia respuentes 

. . .d quiet. . . . 
10 . . in ta ac. . . 

... m co. . . 

.... turo 

. . .is spir. . . 

le ant. . . 

13 m 

e 



1. Cf. Philipp., II, 12-14. 



18 



250 SUR LîN STVLE DU MUSÉK DE COLOGNE 

Fol. 13 reclo, col. t. Fol. 13 verso, col. 2. 



.. um g... 


■1 


. . .arc 


per inpr. . . 




. • [c]o opères 


ne sit et sp. . . 




. .ant advolet 


opero propag-. . 




. .ius el. .a.um 


Denique ad hos ips[osJ 


5 


. .cccum p. .nt 






. .dus or. . .a ope 


apud quos oper. . . 




[ra]ri (juain. .va. . 






. . . . t comm . . . 


.... idet.... 




-...t.. p.... 


. .tus e. . . 


10 


. . . im p . . 


. . ae d 







. .is evan[gel. . . 




. . .monio 


nos teste 




. . .unt ope- 


. . deus. . 




. . . icma . . 




Ib 


...nt 



SUR UN STYLE DU MUSEE DE COLOGNE, 
PAR M. CH. CLERMONT-GANNEAU, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 



M. Héron de Villefosse a récemment fait connaître* un 
joli style romain en bronze, trouvé, il y a quelques années, 
dans les fouilles pratiquées sur l'emplacement d'une habi- 
tation romaine, à Volon (Haute-Saône). 

Sur la tige de ce style est gravée une petite phrase ainsi 
conçue : 

Il utere \\ felix || digne \\ inerito || 

Cette phrase reproduit — en la rehaussant par les deux 
adverbes digne, merito — l'aimable et banale formule pro- 

1. Bulletin archéol. du Comité des trav. hist. et scienft/"., janvier 1938, 
pp. IX et suiv. Gravure d'après un excellent dessin de M. Casser, membre 
de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or. 



SUR UN STYLE DU MUSÉE DE COLOGNE 251 

pîtiatoire : utere felix, si fréquemment inscrite sur les 
menus objets antiques d'un usag-e courant, souvent destinés 
k être oU'erts en cadeaux. Les quatre mots sont répartis, 
un à un, sur les quatre faces dune sorte de prisme qua- 
drangulaire, ménagé à cet etfet vers le milieu de la tige du 
style. 

Notre savant confrère rappelle à ce propos les rares 
exemplaires de styles à écrire, en métal — bronze, voire 
argent — qui, comme celui-ci, portent des inscriptions la- 
tines. 

Les légendes varient ; mais, autant que j'ai été à même 
de le vérifier, la forme matérielle de ces petits instruments, 
du moins pour quatre d'entre eux — y compris le nouveau 
venu, appartient à un même type qu'on peut caractériser 
ainsi : tige, mi-partie ronde, mi-partie polygonale, inter- 
rompue, dans la région médiane, par l'interposition, d'un 
court segment quadrangulaire, en forme de parallélépipède 
droit, réservé pour recevoir les quatre éléments, soit mots, 
soit syllabes, constituant la légende. 

Pour lire normalement celle du style de Volon, il faut 
tenir l'instrument dans la position horizontale, la pointe à 
gauche ; puis, lui imprimer un mouvement de rotation dans 
le sens dextrorsuni, de façon à amener successivement 
devant les yeux les quatre faces épigraphiques du parallé- 
lépipède. 

Deux de ces légendes sont ainsi conçues : l'une ', appa- 
remment chrétienne, coupée syllabiquement : 



vi 11 ve 11 f/e II 1| 
l'autre'^ formant une petite phrase d'un tour assez piquant: 
Il dicta 11 felix || felicior y scribe || 
Ces deux épigraphes s'expliquent sans difficulté. Encore 

1. Cnrp. inscr. lai., t. XIII, n" 10027 : 233. 

2. Ihiit., ici., 228 (collection Ilaeberlin). 



I 



2r)2 SUR IN STYLE DU MUSÉE \)E COLOGNE 

n'est-ce pas du premier coup, ainsi qu'on le verra (oui à 
l'heure, quOn est arrivé, pour la seconde, à cette lecture 
aussi simple (jue satisfaisante. Quant à celle du style de 
Volon, elle ne présente, comme on a pu s'en rendre compte, 
aucune obscurité. 

Il n'en va pas tout à fait de même de celle qui est gravée 
sur un style en bronze conservé au Musée de Golog-ne 
(n*> 482). Les éditeurs du Corpus^ l'ont lue : 

HEGQ 
SCRIBO 



SINEM 
MANVM 

Ce qu'ils n'hésitent pas à rendre par 
ego scribo- sine manu 

Cette lecture a été généralement reçue. Elle est encore 
entérinée, par exemple, sans autre forme de procès, par 
M. G. Lafaye dans le Dictionnaire des Antiquités de Saglio 
(s. V. stilus). 

Tout en la reproduisant à son tour, M. Héron de Villefosse 
fait remarquer avec raison quelle exprime c une pensée qui 
manque de simplicité et même d'exactitude ». On ne peut 
que souscrire à cette juste réserve. En effet, si on entend 
la phrase comme on l'a fait dans le Corpus, elle ne saurait 
guère signifier autre chose que : moi, j'écris sans main, 
c'est-à-dire sans la main, sans le secours, ou le concours de 
la main. Voilà qui tendrait à présenter notre style comme 
une sorte d'instrument automatique, se vantant d'opérer 
tout seul, en vertu de l'on ne sait quelle propriété surnatu- 
relle. C'est là, on l'avouera, une conception passablement 
étrange. Elle rappelle quelque peu celle du balai magique 

1. C.I.L., ihid., id., 229, d'après la copie de M. Zangemeister. 

2. La transcription scribe, imprimée dans le Corpus, est une coquille 
pour scribo. 



SIR UN STYLE DU MISÉE DE COLOGNE 2o3 

de lupprenti sorcier, dans la ballade de Goethe, Der Zau- 
berlelirling, imitation médiocre du conte fantastique jadis 
narré, dans son Philopseudes ', par ce maître humoriste 
qu'est Lucien. Serait-ce, d'aventure, cette réminiscence, 
plus ou moins consciente, qui aurait incliné les savants alle- 
mands vers la solution à laquelle ils se sont arrêtés?... 

Quoi qu'il en soit, cette solution ne paraît guère satisfai- 
sante. Au peu de vraisemblance du sens Aaennent s'ajouter 
les anomalies que le texte ainsi obtenu présente dans 
l'ordre tant épigraphique que grammatical ; l'orthographe 
hego pour ego ; le rôle explétif que jouerait le m isolé, à la 
lin de la 3" ligne ; l'accusatif manuni pour l'ablatif manu, 
à la 4^ 

Sans doute, chacune de ces anomalies, prise isolément, 
serait à la rigueur explicable — tant bien que mal — et nous 
verrons tout à 1 heure comment on a essayé de les expli- 
quer ; mais il faut avouer toutefois, dès maintenant, qu'elles 
sont plutôt, en l'espèce, de nature à nous mettre en garde, 
a priori, contre la lecture acceptée sur la foi du Corpus. 

Ces diverses considérations m'ont conduit à chercher s'il 
ne serait pas possible d'obtenir une meilleure solution de ce 
petit problème en s'engageant dans une direction tout autre 
que celle qu'on a suivie jusqu'ici. Mais, avant de l'aborder, 
il ne sera pas inutile de rappeler quand, comment et par 
qui il a été posé pour la première fois. 

C'est Dûntzer qui a fait connaître l'objet en litige, il y a 
une cinquantaine d'années, dans une notice insérée dans 
les Annales de la Société des Antiquaires du Rhin ~. J'ai eu 

1. Lucien. LU, § 35, 36. 

2. Jahrbûcher des Vereins von Allerthumsfreundeii ini lîheinlande, 
1867, fasc. 42, p. 86. Dûntzer y est revenu très sommairement, quelque 
dix-huit ans plus tard, dans son Verzeichniss der Rômischen Alterlhûmer 
des Muséums Wallraf-Richartz in Koln, 3° édit., 1885, p. 15; il y main- 
tient d'ailleurs purement et simplement sa première façon de voir. 

J. Kamp a parlé aussi de notre style dans un opuscule intitulé : Die epi- 
grajilnschen Anticaylien in KiJJn, 17 pp. in-4": Cologne. 1S69 [Progranim- 



2?)4 SUR ris sTVLK nr musér de roi,ofiNF, 

la curiosité de m'y reporter, espérant y trouver queUjues 
éclaircissements utiles pour l'examen de la question aussi 
bien au point de vue archéologique qu'au point de vue épi- 
graphique. 

Dïmtzer commence par donner, sur la provenance, les 
dimensions et la forme de l'objet, quelques détails qu'on 
n'a pas jugé utile de reproduire dans le Corpus et qui, pour- 
tant, ne sont pas sans intérêt. 11 a été découvert, à Cologne 
même, à une assez grande profondeur, à l'Est de la cathé- 
drale. Il est en bronze et mesure -4 pouces de longueur. 
Suit une description, d'un tour quelque peu laborieux, que 
je metïorce de rendre littéralement : après le premier quart 
de la tige, rond et élégamment travaillé, à l'endroit où 
repose la main de l'écrivain, le st} le a quatre champs longs 
de près d'un pouce, sur lesquels les quatre mots sont écrits 
de haut en bas * ; après ces champs, jusqu'à l'extrémité, le 
stvie est hexas'onal. 

Je n'ai pas besoin d'insister sur les rapports étroits qui 
semblent exister au point de vue matériel entre le style de 
Cologne et celui de Volon. Tous deux sont en bronze. 
Les dimensions sont sensiblement les mêmes, la longueur 



abhandlunff vom K. Friedrich- Wilhelms-Gymnasiiim und Reahchiile I 
Ordnung). Il m'a été impossible de me le procurer. D'après un renseigne- 
ment que je dois à l'obligeance de M. Froehner, il ne contient rien de 
nouveau sur le sujet. 

1. Il Von oben nach unten geschrieben. « II faut avouer que cette expres- 
sion n'est pas d'une entière clarté et peut prêter à l'équivoque. Je doute 
fort, en tout cas, que Fauteur, comme l'a suggéré M. Th. Reinach, à la 
suite de la lecture de cette note devant l'Académie, ait voulu dire que 
l'inscription était fermée de quatre colonnes de caractères superposés, à 
lire verticalement de haut en bas. Je persiste à croire qu'il s'agit de quatre 
lignes de caractères juxtaposés à la manière ordinaire, à lire horizontale- 
ment, tout comme celles du style de "Volon ; seulement ici, elles doivent 
se diriger en descendant vers la pointe, tandis que sur ce dernier elles se 
dirigent en sens inverse. Autrement dit, pour lire normalement le style de 
Cologne, il faut apparemment procéder comme je l'ai expliqué plus haut 
(p. 251) pour le style de Volon, mais en tenant, cette fois, la pointe à 
droite et non à gauche. 



SUR UN STYLE DU MUSÉE DE COLOGNE 255 

du premier — 4 pouces, soit 0'" 108 — équivalant, à peu 
de chose près, à celle du second (O^llO). De plus, dans 
l'un comme dans l'autre, la tige est divisée en trois seg- 
ments traités exactement de la même façon, ainsi qu'on 
peut s'en assurer en rapprochant la description de Dûntzer 
de celle de M. Héron de Villelosse, illustrée et complétée 
par le fidèle dessin accompagnant sa notice : à savoir (en 
commençant par la pointe et en remontant de proche en 
proche) un premier segment arrondi et élégamment mou- 
luré ; puis, un second segment central, quadrangulaire, des- 
tiné à recevoir les quatre mots des inscriptions respectives ; 
enfin, un troisième et dernier segment de forme pol>'go- 
nale ', terminé par la petite palette servant à aplatir la cire 
dans la manœuvre classique de l'oblitération : saepe stiliim 
vprtas. 

Quant à l'inscription, Diintzer en donne une lecture qui 
n'est autre que celle que reproduiront plus tard, sans dis- 
cussion, avec le sens qu'elle implique, les éditeurs du Cor- 
pus : hego scribo sine manu. A défaut d'une reproduction 
figurée, dont l'absence est regrettable, il l'accompagne de 
quelques observations paléographiques et épigraphiques 
dont il y a lieu de tenir compte : Ligne 1 : le H et le O de 
HEGO sont, dit-il, séparés du groupe EG par un plus grand 
intervalle, de manière à remplir la ligne. Ligne 2 : le B de 
SCRIBO est beaucoup plus près du O que du I ; les six 
lettres remplissent pleinement la ligne. Lignes 3-4 : les 
mots [sine et manu) n'ayant que 4 lettres, lesquelles, même 
si on les avait espacées, n'auraient pas suffi pour remplir 
ces deux lignes, on ajouta à sine la première lettre de la 

1. Ce dernier détail n'est pas donné dans la description du style de 
\''olon par M. Héron de Villcfosse,maisil ressort suffisamment de l'examen 
du dessin et il m"a été confirmé par M. Gasser. Ce segment y affecte la 
forme octogonale, tandis que dans la partie correspondante du style de 
Cologne il est hexagonal, au dire de Diintzer. Celui-ci ne nous dit pas 
s'il était muni de la palette oblitératrice ; peut-être avait-elle disparu 
accidentellement. 



2l')(j SUR UN STYI-R DT) MUST^IE DE COLOGNE 

Hune suivante imnnii) et à manu le même M initial : celte 
lettre est un peu plus petite, surtout ii la ligne 3. Le A 
n'est pas barré. 

En ce qui concerne l'orthog-raphe anormale HEGO pour 
EGO, Diintzer rappelle certaines prononciations vicieuses 
notées par les auteurs anciens eux-mêmes et les graphies si 
fréquentes des manuscrits et des inscriptions où des mots, 
commen(,"ant normalement par une simple voyelle, sont 
indûment pourvus d'un h initial. Il reconnaît toutefois 
qu'il n'a pu relever un seul exemple de ce fait pour le mot 
ego. Pour ce qui est du rapprochement qu'il risque ^ avec la 
mauvaise prononciation de l'allemand hich pour ich, on ne 
voit vraiment pas ce que vient faire ici cet argument phoné- 
tique d'ordre purement germanique. 

Je n'ai pas besoin d'insister sur le peu de vraisemblance 
de l'explication de Dûntzer en ce qui concerne la fonction 
purement explétive qu'il attribue délibérément à la lettre 
M répétée deux fois, pour ainsi dire comme simple bouche- 
trou, h la lin des lignes 3 et 4. Mieux vaudrait encore, 
dans le second cas, si l'on maintient au mot sine son rôle 
de préposition, admettre, avec M. Héron de 'Villefosse, que 
cette préposition régit ici abusivement l'accusatif manu m, 
au lieu de l'ablatif régulier manu ; ce serait un simple 
solécisme dont le latin vulgaire nous offre, en effet, des 
exemples. 

Mais le mot sine est-il bien ici la préposition? Ne 
serait-ce pas, par hasard, tout simplement l'impératif du 
verbe smere? Le sens général de l'inscription changerait 
alors du tout au tout. Le verbe sinere a des acceptions très 
variées" qui peuvent se ramener à l'idée première de 
« permettre, laisser, laisser faire, laisser aller », etc. Il se 
construit fréquemment avec un infinitif, soit exprimé, soit 
sous-entendu ; parfois même, bien que plus rarement, il 

1. Dans son Verzeichniss, cité plus haut (p. 253, note 2). 

2. Voir les divers exemples notés dans le Lexicon de Forcellini. 



SUR UN STYLE DU MUSÉE DE COLOGNE 257 

peut f^ouverner directement l'accusatif. Je suis tenté de 
croire qu'il est ici employé dans cette dernière condition 
et j'inclinerais à comprendre : sine manum^ « laisse ta 
main, » c'est-à-dire, en pressant un peu le texte : laisse 
aller, laisse-moi, prête-moi, abandonne-moi ta main, et 
moi, j'écris, j'écrirai — [h)ego scriho. C'est, comme on le 
voit, le style lui-même qui est censé interpeller la per- 
sonne qui doit en faire usage, à laquelle il est destiné, 
voire peut-être offert ' . 

Cette interprétation nous invite à commencer, comme je 
viens de le faire, la lecture de ce petit texte, ainsi compris, 
par les mots : sine manum, de préférence aux mots : [K)ego 
scribo, qu'on considérait jusqu'ici comme le début ; ce 
second membre de phrase devient ainsi l'apodose naturelle 
du premier, qui en est la protase. La disposition matérielle 
du texte même, réparti sur les quatre faces du prisme, 
nous autorise à l'attaquer par l'une quelconque de ces 
faces, celle qui conviendra le mieux pour le sens. 

Chose assez curieuse, le cas est le même, à cet égard, 
que celui d'un des styles épigraphiques que j'ai cités plus 
haut'^, le stvle de la collection Haeberlin, où l'on a fini par 
lire correctement : clicia felix, felicior scribe. Mais, ici 
non plus, ce n'est pas d'emblée qu'on est arrivé à cette 
lecture pourtant si simple. Le premier éditeur, Riese •^, 
prenant un faux point de départ, lisait ainsi : Félix! feli- 
cior scribe dicta ; il supposait que le style était un cadeau 
fait à un enfant appelé Félix, à qui l'on souhaitait, en 
jouant sur son nom, d'être plus heureux encore, et de 
pouvoir commencer à écrire ce que jusqu'alors il n'avait 
pu que dire, ou bien encore ce qu'on lui dirait ou dicterait! 



1. Ce genre de prosopopée est assez dans le goût antique ; cf., par 
exemple, cette exhortation bachique inscrite sur la coupe elle-même, qui 
prend la parole et dit au buveur : yalpE xal zi£t [A£ [CI. G., n° 8102). 

2. C./.L., XIII, n" 10027 : 228. 

3. WeslJ. Konesp. lUall, 1889, p. 67. 



258 SUR UN sTvi.E nr !\njsi^:E de coi.or.M': 

Il a fallu l'intervention de Bûclieler ' pour faire justice de 
cette absurde explication et remettre les choses à leur 
place ^. 

Si l'on admet le redressement analog-ue que je propose 
d'introduire dans Tinscription du style de Cologne, on 
obtient déjà, semble-t-il, une amélioration assez notable 
du sens général. Peut-être même pourrait-on pousser 
encore plus loin dans cette direction et essayer de rendre 
compte de deux autres sing-ularités que j'ai jusqu'ici 
laissées de côté : d'une part, l'intervention déroutante de 
ce M isolé entre les mots sine et manum ; d'autre part, 
l'orthographe irrégulière de }iego = cgo. 

Est-il trop téméraire de se demander si ce M de la 
ligne 3 ne contiendrait pas le groupe en ligature (M) = mj? 
On sait que, dans cette combinaison graphique, le deuxième 
élément I est représenté par l'addition d'un trait vertical, 
souvent très petit et, partant, peu visible, qui vient s'im- 
planter au sommet de l'angle (A), constituant la seconde 
branche du M. Ce trait minuscule aurait-il échappé à l'œil, 
pourtant si expérimenté, de M. Zangemeister qui a copié 
le texte pour le Corpus ? Ou bien le graveur antique 
l'aurait-il lui-même omis, en reproduisant son modèle ? 
C'est ici, qu'à défaut de l'autopsie, le manque d'une repré- 
sentation figurée se fait vivement sentir. La seule indica- 
tion que nous ayons — et elle est bien vague, — c'est celle 

1. Westd. Korresp. Blalt, 1889, p. 119. 

•2. A la suite de la communication de cette note à l'Académie, M. Th. 
Reinach a remis en question ce résultat qu'on pouvait croire définitive- 
ment acquis. Influencé peut-être par le fait de la coquille du Corpus que 
j'ai signalée plus haut (p. 252, n. 2), il a proposé de corriger ici : « dicta 
felix, felicior scriho », en supposant que le graveur se serait trompé pour 
le dernier mot ; le style qui écrit se vanterait d'être plus heureux encore 
que l'heureuse personne qui dicte... Cela pourrait s'appeler « le plus heu- 
reux des deux ». On ne voit pas bien ce que le sens gagnerait à cette cor- 
rection arbitraire et, d'ailleurs, inutile, celui qui ressort de la leçon réelle 
étant pleinement satisfaisant à tous égards : « dicte heureusement! plus 
heureusement encore, écris ! » 



SUR UN STYLE DU MUSÉE DE COLOGNE 259 

de l'exig-ûité relative de ce M signalée par Dûntzer. Quoi 
qu'il en soit, dans l'hypothèse où nous aurions réellement 
affaire à la ligature mi, le texte en recevrait une certaine 
lumière. 11 serait, en effet, tout indiqué de voir dans ce 
mot la forme contractée de mihi « à moi ». Cette synérèse 
du datif de ego n'appartient pas seulement au langage poé- 
tique ; on la retrouve aussi, comme d'autres formes quali- 
fiées de poétiques, dans la langue populaire, telle que nous 
la révèle l'épigraphie '. Au lieu d'être dans la phrase une 
lettre parasite, un élément inerte, ce M = mi = mihi 
devient alors un élément vivant, qui y joue un rôle actif, 
celui de régime indirect de l'impératif : sine mi{hi) maniim 
« laisse-moi ta main ». Il est le pendant symétrique du 
nominatif (h)e^o exprimé dans le second membre de phrase. 

Si le mieux n'était pas l'ennemi du bien, on pourrait 
être tenté de faire encore un pas de plus dans la voie de 
l'hypothèse et de rechercher la raison d'être de cette ortho- 
graphe insolite, et, somme toute, non justifiée encore, de 
hego = ego. La lettre H ne pourrait-elle pas être née d'une 
erreur du graveur ayant ainsi indûment interprété le groupe 
ET que portait son modèle? Dans cette hypothèse, nous 
aurions affaire à la conjonction et, dont, il faut le recon- 
naître, l'intervention serait tout à fait en situation ici pour 
marquer lapodose ; le second membre de phrase répon- 
drait ainsi terme à terme au premier dont il est la consé- 
quence logique. Le tout reviendrait alors à peu près à cette 
idée : « laisse-moi ta main, et moi j'écrirai. » 

J'ajouterai, en terminant, quelques mots sur la forme 
caractéristique qu'affectent nos styles à épigraphes et dont 
j'ai parlé à plusieurs reprises. Cette forme établit entre eux 
un lien matériel qui n'est pas sans intérêt archéologique. 
Comment l'artisan antique — on pourrait dire l'artiste — 

1. Un exemple, entre autres, que j'emprunte au Cours dépigr. lai. de 
M. CaiJ:nat (p. 320), la gourde de terre cuite sur laquelle on lit ces mots à 
l'adresse de l'aubergiste : pr{a esta mt^hi) sinceru'm:, etc. 



200 srn tn style du i\n:sÉE dk coLor.M': 

procédaiL-il pour exécuter ces petits instruments lort élé- 
gamment travaillés, qui semblent dériver diin même type? 
Voici la conclusion technique à laquelle m'a aniciu' l;i com- 
paraison des spécimens lig-urés ou décrits. Le caela/or pre- 
nait un petit barreau de bronze, de section transversale 
carrée, ayant la longueur du style qu'il se proposait d'en 
tirer. Il le divisait préalablement en trois parties principales 
qu'il devait traiter ensuite difleremment. Il laissait telle 
quelle la partie centrale, qui, ainsi réservée dans le corps 
même du barreau primitif, en gardait la forme sous celle 
d'un prisme droit, plus ou moins allongé, destiné à recevoir 
l'inscription gravée sur ses quatre faces. De là, remontant 
vers le sommet, il transformait, sur la longueur de ce 
segment, le barreau carré en barreau polygonal — soit 
octogonal dans le cas du style de Volon, en chanfreinantles 
quatre arêtes ; soit hexagonal dans le cas du style de 
Cologne, en opérant les ravalements nécessaires. Arrivé à 
l'extrémité supérieure de la tige ainsi modifiée dans cette 
partie, il l'aplatissait, en même temps qu'il l'élargissait 
pour obtenir la palette oblitératrice. De l'autre côté de la 
partie centrale prismatique, l'artiste évidait le barreau en 
l'arrondissant et en l'agrémentant de moulures ciselées en 
plein, selon son goût ; puis, il l'etrilait en une longue pointe 
fine, aciculaire, destinée à écrire ou dessiner sur la couche 
de cire. Comme on le voit, le tout était pris dans la masse 
même du petit barreau quadrangulaire ^, point de départ 
imposé au travail du caelator: 

1. D'après les renseignements qu'a bien voulu me fournir très obli- 
geamment M. Gasser qui a découvert et possède le style de Volon, la 
section transversale du prisme — et, par conséquent, du barreau primitif 
dont ce prisme, comme je l'ai expliqué, est en quelque sorte le témoin — 
est un carré de 2 1/2 millimètres de côté; les côtés de l'octogone 
mesurent environ 1 millimètre. 

I 



261 
SÉANCE DU 20 JUILLET 



PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET, ANCIEN PRESIDENT. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture d'une lettre de M. Sey- 
mour de Ricci qui met à la disposition de la Commission du 
Corpus inscriptionum semiticarum une recension par lui faite 
du Tarif de Palmyre (texte grec), conservé au Musée de Pétro- 
grad, au cours d'une mission numismatique qui lui avait été 
confiée par l'Académie. 

M. Salomon Reinach donne lecture d'une note de M. Jullian 
relative à un casque de gladiateur trouvé à Pompéi et conservé 
au Musée de Naples. M. Jullian voit avec M. Bienkowsky, dans 
le sujet figuré qui décore ce casque, une allusion au triomphe de 
Germanicus. Trois captifs y sont représentés auprès des trophées : 
ce seraient Arminius, Thusnelda et Thumelicus ^ 

M. Salomon Reinach ajoute quelques observations. 

M. HoMOLLE présente de la part de M. Rey, chef du Service 
archéologique de Tarmée de Salonique, une carte où ont été 
reportés les emplacements des différents tumuli fouillés par le 
corps expéditionnaire d'Orient dans la région de Salonique et de 
Monastir. Ce document sera accompagné ultérieurement d'un 
texte explicatif. 

M. PoTTiER lit une lettre de M. Alfred Merlin, correspondant 
de l'Académie, sur une terre cuite punique peinte, trouvée dans 
une nécropole de Carthage, et qui représente une femme riche- 
ment vêtue, tenant à la main un objet circulaire. M. Pottier 
voit dans cet objet un tympanon. Il ajoute quelques remarques 
sur le costume très original que l'artisan a fidèlement figuré. 

MM. Salomon Reinach et Bouché-Leclercq présentent 
quelques observations. 

M. Clermont-Ganneau fait remarquer <iue la position delà main 
semble indiquer que les doigts tambourinent sur le tympanon. 

1. Voir ci-après. 



262 LES PREMIERS PRISONNIERS P.ERMAINS A ROME 

M. Marcel Dm:i;i..vkov communique une noie de M. Joulin sur 
les Celtes, d'après les découvertes récentes faites dans le Midi de 
la France et en Espagne. M. Joulin y retrace en quelques pages 
leur histoire et étudie ce que Ton peut savoir de leur organisa- 
tion'. 

M. Salomon Reinach présente quelques observations. 



COMMUNICATIONS 



LES PREMIERS PRISONNIERS GERMAINS A ROME, 
PAR M. CAMILLE JULLIAN, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

Il existe au Musée de Naples un casque de gladiateur 
trouvé à Pompei 2, dont les figures en relief ont suscité ces 
temps-ci, en Allemagne, une très vive discussion. M. von 
Bienkowski a publié, à son sujet, dans VEos de Lemberg 
(XXI), un long article pour développer Ihypothèse que ces 
fio-ures se rattacheraient au triomphe de Germanicus. Comme 
je ne connais cet article que par de médiocres résumés, je 
me permets de reprendre ici la thèse de l'auteur, soit à 
Taide d'arguments que je sais provenir de lui, soit à Taide 
d'autres arguments dont il s'est peut-être servi, mais qui 
me viennent aussi spontanément à la pensée. Voici la 
description sommaire des figures de ce casque : 

à gauche fst.ce antérieure à droite 
trophée d'armes (lan- Rome casquée, de- même trophée ; mais 
ces, boucliers, casque, bout, le pied sur un le casque est remplacé 
perruque, jambière, avant de navire ; par une seconde per- 
carnyx); des deux côtés, un ruque ; 
à gauche, la Victoire ; barbare,le genou ployé, à droite, la Victoire ; 
à droite, jeune bar- lui présentant une en- à gauche, femme bar- 
bare, avec braies, le seigne romaine, visi- bare en attitude de cap- 
buste nu, les cheveux blement légionnaire. tive. 
longs. 

1. Voir ci-après. 

2. Il a été public dans le Miiseo Borbonico, X, 31. 



LES PREMIERS PRISONNIERS GERMAINS A ROME 263 

•La thèse peut, selon moi, se développer par les propo- 
sitions suivantes : 

1" Le dispositif régulier et systématique de cet ensemble, 
les enseignes présentées k Rome et encadrées par deux 
trophées similaires et différents, prouvent que les trois 
scènes se réfèrent à un seul événement triomphal ; 

2^ Il s'agit d'un triomphe sur des peuples occidentaux : 
costumes de barbares et espèce d'armes ne conviennent 
qu'à des ennemis de l'Ouest ; 

3° Le seul ennemi occidental assez important pour 
mériter un ensemble de scènes de ce genre, du moins sous 
les empereurs, ne peut être que les Germains ; 

4° Détails de costumes et d'armement conviennent fort 
bien aux Germains ; 

5" Le triomphe qui a provoqué cette scène devait se 
composer de deux éléments : la restitution d'enseignes (sans 
doute de deux légions), la présentation de captifs illustres, 
dont une femme et un grand garçon ; 

6*^ Un triomphe de ce genre ne s est célébré qu'une fois 
à Rome sous les premiers empereurs, en l'an 17, lorsque 
Germanicus y rapporta les deux enseignes légionnaires 
ravies à Varus et restituées par les Germains, et qu'il con- 
duisit dans son cortège Thusnelda et Thumelicus, femme 
et fils d'Arminius. Et nous avons ici sous les yeux, en 
attitude de captifs, la femme et la fille du chef fameux, et 
le tableau vivant par lequel, lors de ce triomphe, on repré- 
senta la restitution des enseignes ; 

7° Rien d'étonnant à ce qu'un tel triomphe ait été figuré 
sur des casques de gladiateurs. Il fut un des plus beaux 
que Rome eût vus après ceux de César et d'Auguste et 
avant celui de Titus ; il donna lieu à des jeux et des com- 
bats de tout genre ; plus tard, le culte de Germanicus fut 
particulièrement populaire en Italie et dans tout l'Empire, 
il provoqua sans nul doute des spectacles funéraires et, 
entre autres, des luttes de gladiateurs. Claude, son frère, 



2G4 LES PREMIERS PRISONNIERS GERMAINS A ROME • 

et Calio-ula, son iils, n'ont pu (ju'encourager ce culte et le 
souvenir de son triomphe. Le casque en question a été 
donné comme récompense à un gladiateur vainqueur en 
une fête de cette sorte ; 

8« Les fêtes triomphales et anniversaires provoquaient 
d'ailleurs quantité d'objets et monuments commémoratifs 
qui en éternisaient les principaux détails. Certain vase 
d'argent du trésor de Boscoreale semble également faire 
allusion au triomphe de Germanicus, et il y a, entre 
l'allure de ses scènes et l'allure des scènes du casque, de 
réelles analogies. Gomme l'a conjecturé, je crois, Déche- 
lette, bien des potiches de la Gaule romaine ont dii être 
distribuées en commémoration des triomphes de Trajan. 

L'article de M. de Bienkowski a éveillé en Allemagne 
d'assez vives susceptibilités (voir Germania, 1918), d'abord 
. parce qu'il commémore une défaite, ensuite parce qu'une 
photographie du casque de Naples existe au grand Musée 
germanique de Mayence, et que le directeur de ce Musée, 
M. Schumacher, a toujours refusé de voir là des Germains 
et d'inscrire ce casque dans son catalogue des figurations 
germaniques. Et, de tous côtés, des réclamations se sont 
élevées contre les assertions du savant polonais. — M. Schu- 
macher a déclaré que la coiffure des Barbares n'était pas la 
coiffure ordinaire des Germains ; à quoi je répondrai qu'il 
s'agit là, dans cette restitution d'enseignes, d'une céré- 
monie solennelle, pour laquelle Rome a dû imposer à ses 
captifs un costume de circonstance. — On s'est étonné que 
Rome, pour recevoir ces enseignes, ait le pied posé sur un 
avant de navire ; mais M. de Bienkowski avait déjà 
remarqué que la campagne de Germanicus avait été, pour 
moitié, une campagne maritime. — Les Allemands ont 
chicané contre l'idée de voir des perruques sur les trophées : 
ce sont, dit-il, des cheveux scalpés. Outre que je ne le 
crois pas, cela ne fait rien à l'affaire. — H eût été bien dou- 
loureux pour les Romains, a-t-on objecté, de faire allusion 



LES CELTES d'aPRÈS DES DÉCOUVERTES RÉCENTES 265 

à l'a perte des enseignes de Varus. Et la cuirasse d'Auguste, 
où est fîg-urée la restitution des enseignes de Crassus ? — Ce 
sont, dit M. Schumacher, des Barhares de convention. 
Jamais de la vie : tout indique, variété de costumes, d'atti- 
tudes, de sexes, que l'artiste a voulu reproduire des êtres 
réels. — Les scènes mythologiques et conventionnelles ne 
sont point rares sur les casques de gladiateurs. Je le sais 
bien : mais il y a aussi des scènes réelles. Et précisément 
la vue de celle-ci en proclame, si je peux dire, la réalité. 
Et c'est bien la plus ancienne vision connue de prison- 
niers germaniques entrant dans Rome, et de prisonniers 
de marque, s'il en fût, la femme et le fds d'Arminius. 



LES CELTES, D APRÈS LES DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES 

RÉCENTES DANS LE SUD DE LA FRANCE ET EN ESPAGNE, 

PAR M. LÉON JOULIN. 

Dans la répartition que quelques textes grecs et la lin- 
guistique donnent aux races des barbares de l'Europe occi- 
dentale au viii'^ siècle avant J.-C, les Celtes occupent 
toutes les régions de l'Allemagne du Sud, ce que confirment 
les découvertes archéologiques. La civilisation des diffé- 
rentes races est celle du bronze, plus ou moins avancée 
suivant les contrées. 

Au début du viii^ siècle, les Celtes se distinguent des 
autres barbares par une langue commune arrivée à un cer- 
tain degré de formation, et par les migrations de tribus 
qui se sont déjà établies dans les îles bretonnes. D'autre 
part, l'archéologie apprend qu'au vii^ siècle avant J.-C, 
ces peuples ont réalisé dans la fabrication du fer un pre- 
mier progrès qui leur permet de reproduire avec ce métal 
la grande épée à crans de l'âge de bronze. A la même 

1918 19 



266 LES CELTES d'APR1>S DES DÉCOUVERTES RI^^CENTES ' 

époque, l'interprétation d'un texte montre Jes tribus cel- 
ticjues fixées dans la Gaule orientale au milieu des j)opula- 
tions ligures qu'elles dominent on leur apportant la civili- 
sation du fer. Des objets semblables à ceux de 1" Allemagne 
du Sud rencontrés en Bohème, Silésie et Prusse orientale, 
indiquent que la nouvelle civilisation a pénétré chez les 
peuples non celtiques de ces contrées. 

Au vi" siècle, les Celtes font de nouveaux progrès dans 
la fabrication du fer et connaissent le bronze martelé. S'ins- 
pirant de types italiques, ils perfectionnent toute leur 
industrie, et créent ce que l'on a appelé la civilisation du 
Hallstatt. C'est à cette époque que des textes, discutés 
jusqu'à ce jour, leur donnent la domination de l'Europe 
occidentale. Or l'archéologie vient de confirmer ces textes 
en retrouvant les éléments de la civilisation du Hallstatt 
dans toutes les régions de la Gaule du Sud et de l'Espagne, 
comme elle l'avait déjà fait pour les pays à l'Est et au Nord- 
Est de l'Allemagne du Sud. L'hypothèse d'une transmission 
par le commerce de la civilisation du fer dans ces pays est 
^ dès maintenant écartée parla constatation que les rites funé- 
raires hallstattiens existent également dans les deux groupes 
de contrées. Les Celtes ont donc affranchi au vi*^ siècle une 
grande partie de l'Europe barbare du tribut payé aux pays 
d'où provenaient les éléments du bronze, en même temps 
que cette race belliqueuse a pu armer un plus grand nombre 
d'hommes avec le nouveau métal. Aces observations s'ajoute 
la fondation, dans les contrées occidentales, de nombreuses 
agglomérations de toute nature, qui ont permis une exploi- 
tation des richesses naturelles plus complète que celle faite 
jusqu'alors par les peuples de la civilisation du bronze. Les 
dominateurs peu nombreux occupaient des oppida dont les 
noms celtiques sont connus. ■ 

Sans indications sur l'état politique des Celtes, on est 
amené à concevoir l'existence, aux vii*^, vi*^ et v^ siècles 



LES CELTES d'aPRÈS DES DÉCOUVERTES RÉCENTES 267 

avant J. -G., d'un grand empire s étendant de la Baltique 
aux Colonnes d'Hercule. Ces conquêtes, précédées de la 
création de l'industrie du Hallstatt, sont l'œuvre d'une orga- 
nisation aristocratique et militaire, analogue à celle des 
empires asiatiques contemporains, celui des Mèdes en par- 
ticulier. La formation de l'empire celtique a été d'ailleurs 
favorisée par les événements de l'Orient méditerranéen, 
parmi lesquels la destruction de Tyr, et la longue lutte des 
Grecs contre les Perses. On comprend maintenant que, 
possédant toutes les voies du commerce barbare avec les 
peuples méditerranéens, les Celtes soient arrivés rapide- 
ment à la prospérité que manifestent les découvertes 
archéologiques des contrées fertiles situées de chaque côté 
du Rhin. 

Le nom commun de Celtes disparaît presque chez les 
auteurs grecs et latins qui rapportent les événements poli- 
tiques auxquels ces peuples ont pris part aux iv*' et iii^ siè- 
cles. Deux Etats celtiques sont seuls mentionnés, les Galates 
ou Gaulois et les Volques ou Belges, les derniers sur la rive 
droite du Rhin. De son côté, l'archéologie a montré que 
dans la dernière partie du ¥*= siècle, la civilisation du Halls- 
tatt a fait place à celle plus avancée de la Tène, dont les 
éléments matériels témoignent de nombreuses influences 
helléniques. On constate en outre que la nouvelle civilisa- 
tion, créée dans les régions situées de chaque côté du Rhin, 
s'est répandue rapidement dans toutes les contrées hallstat- 
tiennes. La dissolution du grand empire explique seule ces 
événements politiques et économiques, et, comme aucune 
action extérieure ne peut être invoquée, on est conduit à 
attribuer cette évolution à la prépondérance des pays rhé- 
nans, comme cela était arrivé aux Perses de l'Iran qui avaient 
fini par dominer les Mèdes. Les autres parties de Pempire 
sont devenues indépendantes ; un seul de ces États est 
dénommé, la Celtibérie, à partir du iii^ siècle. 



268 LES CKLTES d'aPRÈS DES DÉCOUVERTES RÉCENTES 

Sur rorj»;anisation politique des deux grands groupes de 
peuples celtiques, les textes ne donnent d'autre rensei- 
gnement que la confédération des nations gauloises sous 
l'hégémonie des Bituriges. Des intérêts communs avaient 
donc réalisé en Gaule une organisation analogue à celle que 
l'on retrouve dans les temps voisins de la conquête 
romaine. Quoi qu'il en soit, on sait qu'au commencement 
du iv^ siècle l'excès de population chez plusieurs nations 
gauloises, et, au iii^ siècle, la pression des Germains sur 
les Belges, obligent les deux peuples à chercher de nou- 
velles terres. Les premiers s'établissent dans l'Italie du 
Nord, la Bohême et le bassin supérieur du Danube ; les 
seconds, dans la Gaule du Sud, la Péninsule des Balkans 
et jusqu'en Asie Mineure. Comme la civilisation de la Tène 
a précédé immédiatement ces migrations, et qu'elle a fait 
des emprunts à la civilisation hellénique, notamment pour 
les armes, on peut penser que la transformation de la civi- 
lisation du Hallstatt a préparé les luttes que les émigrants 
devaient soutenir contre les peuples hellénisés dont ils 
convoitaient le territoire. Les Celtes ont imposé leur civi- 
lisation aux barbares qu'ils ont soumis ; mais ils ne l'ont 
modifiée en rien au contact des peuples italiques et grecs 
qu'ils dominaient, ce qui devait être une cause d'infériorité 
dans de nouvelles luttes contre ces peuples. 

Les événements des ii^et i^'' siècles av. J.-C. appartiennent 
entièrement à l'histoire. Les textes apprennent tout d'abord 
que les nations de la Gaule, redevenues indépendantes, se 
sont confédérées à nouveau sous l'hégémonie des Arvernes. 
D autre part, les récits de César et les géographes grecs des 
11^ et i" siècles avant J.-C. permettent de restituer l'état de 
la civilisation de la Gaule à cette époque. Les noms et les 
territoires des diverses nations sont indiqués. On connaît 
l'organisation politique des tribus et des nations et leurs 
autorités : rois ou chefs élus, conseils ou sénats. La société 



LES CELTES d'aPRKS DES DÉCOUVERTES RÉCENTES 269 

comprend, outre les familles royales, les nobles ou princes 
possédant toute la richesse et l'autorité, et la plèbe sans 
droits politiques, mais unie aux nobles par la clientèle ; 
enfin, la famille patronymique. Le culte national a pour 
ministres les druides de chaque nation, qui, sous l'autorité 
d'un g-rand-prétre, forment également un lien fédéral, poli- 
tique et judiciaire. C'est à cette organisation que l'archéo- 
logie est venue apporter tous les éléments du travail de 
l'homme dans la civilisation de la Tène, Si l'on excepte le 
druidisme, d'introduction récente en Gaule, il est vraisem- 
blable que les États fondés aux iv® et m^ siècles av. J.-G. 
avaient adopté les principales dispositions de cette organi- 
sation, comme l'indique celle des Galates d'Asie. 

Au commencement du ii'' siècle av. J.-G., Rome inaugure 
les conquêtes qui doivent lui donner l'empire du bassin 
méditerranéen et le garantir contre les peuples du Nord, 
Tous les Etats celtiques en deçà du Rhin et du Danube 
sont successivement soumis par les légions et par la poli- 
tique éclairée du Sénat. Appelés en 123 par Marseille que 
pressent des tribus ligures, les Romains détruisent tout 
d'abord la confédération arverne, et forment une grande 
province des régions du Sud-Est de la Gaule. Soixante ans 
après, des nations gauloises, faibles dans leur isolement, 
sollicitent le secours des Romains contre une migration des 
Helvètes et Tinvasion des Suèves d'x\rioviste. Gest alors 
que Gésar, proconsul des Gaules, entreprend la conquête 
du pays entier. Après huit années de luttes, où les Gaulois 
mettent en œuvre toutes les ressources de leur territoire et 
de leur civilisation, le génie du grand capitaine triomphe 
des efforts qu'ils ont faits pour défendre leur indépendance. 
Dès le 111^ siècle, les Germains avaient commencé la con- 
quête des Etats celtiques situés au delà du Rhin et du 
Danube. ^larbod et les Marcomans l'achèvent à la fin du 
i" siècle av. J.-G. par celle de la Bohême et des pays 
situés sur la rive gauche du Danube. 



270 LIVRES OFFERTS 

L'Histoire que nous venons de résumer manifeste à un 
haut degré Taction que les Celtes ont exercée pendant six 
siècles sur les peuples barbares de l'Europe. A ce titre, 
cette race bien douée peut se placer à côté des Grecs et 
des Romains dans les g'randes luttes que la Civilisation a 
soutenues pendant le millénaire qui a précédé Tère chré- 
tienne. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau : 

1" Atii e Memorie delV Accadeinia d'agricultura, scienze e lettere di 
Verona, vol. XVI, XVII, XVIII, série IV. — Appendice au vol. XVI 
et au vol. XVIII, série IV; 

2° Archaeologia or Miscellaneous tracts relaiing to antiquUy, 
published by the Society of Antiquaries of London, 2« série, 
vol. XVIII. Oxford, 1919, in-4o ; 

3° Proceedings of the Society of Antiquaries of London, vol. XXIX, 
2'' série ; 

4" Annual report of the Board of regenis of the Smithsonian Insti- 
tution, 1916 (Washington, 1917, in-S") ; 

5» Revue Savoisienne, 2* trimestre 1918 (Annecy, 1918, iu-8°). 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES- LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 

SÉANCE DU 2 AOUT 



PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET, ANCIEN PRESIDENT. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de la correspondance 
qui comprend : 

Une lettre de M. le Ministre de l'instruction publique annon- 
çant que M. le Ministre de la marine a donné à « M. le contre- 
amiral, commandant la division de Syrie, sous les ordres duquel 
le R. P. Savig-nac est placé, l'ordre de lui accorder toutes les 
facilités compatibles avec la bonne marche de son service ". 

"2° Une lettre du Ministre de l'instruction publique de Chine 
exprimant ses regrets au sujet delà mort de M. Chavannes. 

3" Une lettre de M. Millet chargé par le Ministère de l'ins- 
truction publique d'une mission au mont Athos. Cette lettre 
adressée au Ministre fait connaître les premiers résultats de la 
mission. Elle nous a été envoyée en communication par M. le 
directeur de l'Enseignement supérieur. 

4° Un rapport de M. Henri Basset adressé à la Direction 
de l'enseignement au Maroc et transmis par le Directeur. 

Le Président offre à notre confrère M. Emile Picot nos plus 
vives condoléances à l'occasion de la mort de son fills, tué 
récemment à l'ennemi, et l'assure que l'Académie s'associe de 
tout cœur à sa fierté pour la mort glorieuse du jeune capitaine 
et à sa profonde douleur. 



272 UNE GRANDE BASILIQUE SOUTERRAINE A ROME 

M. Franz Cumont entretient lAcadémie d'un travail publié 
par MM. Gattiet Fornari sur la basilique souterraine découverte 
à Home sur la voie du chemin de fer. Il ajoute quelques obser- 
vations personnelles à cet égard et exprime l'idée que Tédilice 
servait peut-être de lieu de culte à quelque secte néo-pythagori- 
cienne ^ . 

ISIM. Théodore Reinacm, Bouché-Leclercq et Maurice Groiset 
présentent quelques observations. 

M. Louis Léger communique un travail sur la vie académique 
des Slaves méridionaux. Les deux centres intellectuels sont 
Zagreb (Agram) chez les Croates et Belgrade chez les Serbes. 
L'Académie sud-slave d'Agram, dont le nom dit assez les ten- 
dances, a été fondée en 1867 sur l'initiative et en partie aux frais 
d'un illustre moine, l'évêque Strossmayer. L'Académie royale da 
Belgrade a succédé en 1886 à la Société des sciences de cette 
ville dont M. Léger raconte les origines. Elle avait sous sa 
tutelle trois établissements: la Bibliothèque nationale qui, au 
début de la guerre, possédait environ 50.000 volumes, le Musée 
national, et le Musée serbe, particulièrement intéressant au point 
de vue de l'histoire et de l'ethnographie. M. Léger énumère et 
apprécie les nombreuses publications des deux Académies, aux- 
quelles il appartient depuis de longues années. 

M. Maurice Groiset présente quelques observations. 



COMMUNICATION 



LA BASILIQUE SOUTERRAINE DÉCOUVERTE 

PRÈS DE LA PORTA MAGGIORE, A ROME, 

PAR M. FRANZ CUMONT, ASSOCIÉ ÉTRANGER DE l'aCADÉMIE. 

L'Académie connaît déjà par une communication de 
M. Salomon Reinach ' la découverte remarquable, faite à 
Rome en 1917, d'une grande basilique souterraine, située 

1. Voir ci-après. 

2. Comptes rendus de l'Ac. des inscr., 27 mars 1918 (ci-dessus, p. 161). 



UNE GRANDE BASILIQUE SOUTERRAI>E A ROME 273 

exactement sous la voie du chemin de fer près de la Porta 
Magg-iore. J'ai l'honneur de lui olfrir aujourd'hui, au nom de 
MM. E. Gatti et F. Fornari, la première notice des fouilles 
qui y ont été effectuées •. Personne ne pouvait mieux dé- 
crire ce monument considérable que les archéologues qui, 
depuis plus d'un an, en ont dirigé avec habileté le déblaie- 
ment et la consolidation et étudié tous les détails avec 
amour et avec compétence. Mais le nettoyage des stucs 
n'étant pas terminé, ils ne nous oflVent encore qu'un compte 
rendu provisoire et sommaire, qui cependant suffit à donner 
une idée précise de l'ensemble de l'édifice et à fixer sa des- 
tination et son époque. 

Un long couloir incliné, en partie effondré, conduisait 
dans un vestibule ou pronaos, richement décoré de pein- 
tures et de reliefs sur fond polychrome ; la voûte en 
était percée d'un lucernaire, seule ouverture qui éclairât le 
souterrain. De ce pronaos, une porte cintrée donnait accès 
dans une vaste et haute salle rectangulaire (12"' X 9"^), 
qui a la forme caractéristique des basiliques : divisée en 
trois nefs par des rangées de gros piliers, elle est terminée 
au fond par une abside. Les ossements d'un chien et d'un 
porc, retrouvés sous le mur de l'abside, sont manifestement 
les restes d'un sacrifice de fondation, et cet indice, joint à 
d'autres preuves, ne permet pas de douter que la crypte 
ait servi aux cérémonies de quehjue culte secret. 

La trouvaille de la Porta Maggiore apporte ainsi un argu- 
ment puissant en faveur de l'opinion défendue récemment 
par M. Gabriel Leroux sur l'origine, jusqu'ici si contro- 
versée, de la basilique chrétienne, qui est suivant lui une 
imitation des salles où se réunissaient certaines confréries 
païennes pour y célébrer leurs mystères 2. 

1. Brevi nolizie relative alla scoperla di un monumento sotterraneo 
pressa Porta Mngffiore (exlr. des Nolizie deyli Scavi^ 1018, fasc. r. 

2. Gabriel Leroux, Les oricjines de l'édifice hypostijle (Paris, 1913), 
p. 308 puiv. 



274 UNE GRANDE UASILIQUE SOUTERRAINE A ROME 

Mais la valeur artistique et religieuse du nouveau temple 
réside surtout dans sa décoration, qui est d'une étonnante 
richesse. Presque toute la surface des murs et des voûtes 
est couverte de reliefs en stuc blancs, comme ceux de la 
Farnésine. A côté de motifs purement ornementaux, 
comme des palmettes ou des candélabres stylisés, de 
bustes, qui sont sans doute des portraits, de statues, qui 
paraissent être des reproductions d'originaux célèbres, on 
y voit une variété surprenante de scènes dont quelques- 
unes semblent purement profanes (jongleurs, pédagogue 
avec ses élèves), mais qui, presque toutes, ont un caractère 
nettement religieux : ce sont tantôt des objets du culte, 
posés sur des tables d'offrande, tantôt des cérémonies sa- 
crées des mystères éleusiniens ou dionysiaques, plus sou- 
vent des épisodes de légendes mythologiques : délivrance 
d'Hésione, conquête de la Toison d'Or, châtiment des 
Danaïdes, Hercule recevant les pommes des Hespérides, 
Dioscure enlevant une fille de Leucippe, Ganymède em- 
porté au ciel, etc. Au fond de l'abside, une grande compo- 
sition fait allusion au voyage des âmes vers les îles des 
Bienheureux, 

Les originaux grecs dont se sont inspirés les décorateurs 
romains sont d'époque très différente ; ceux-ci n'ont pas 
imité seulement des modèles alexandrins, mais reproduit 
des œuvres presque archaïques, qui remontent certaine- 
ment jusqu'au v'' siècle. L'inégalité de la technique prouve 
aussi que différentes mains ont exécuté cette légère et fra- 
gile ornementation. 

Un ensemble aussi disparate serait difficile à dater d'après 
ses caractères artistiques, mais la construction du monu- 
ment fournit des indications chronologiques plus sûres. 
M. Gatti, qui s'est chargé de l'étude architectonique de 
l'édifice, croit pouvoir fixer l'époque de sa construction 
au commencement du i®"" siècle de notre ère, et cette conclu- 
sion s'accorde bien avec l'absence, dans la décoration, de 



UNE GRANDE BASILIQUE SOUTERRAINE A ROME 275 

tout motif emprunté aux cultes orientaux ou à l'astrologie. 
L'œuvre est encore dans la pure tradition grecque. 

S'appuvant sur ces faits, M. Fornari est arrivé à déter- 
miner avec sagacité le nom probable du propriétaire de la 
basilique, qui devait être aussi le patron de la société dont 
elle était le lieu de réunion. A environ deux cents mètres 
de là, on a trouvé un grand tombeau qui servit de sépulture 
aux esclaves et affranchis de la puissante gens Statilia. 
Celle-ci possédait donc ici un fonds de terre le long de la 
voie Prénestine. Or nous savons par Tacite (XII, 59) que 
vers 52 ap. J.-C, Statilius Taurus, ancien proconsul 
d'Afrique, fut, à l'instigation d'Agrippine, qui convoitait 
ses beaux jardins, accusé de magicae superstitiones. On 
peut conjecturer que l'historien désigne ainsi les rites mys- 
térieux pratiqués dans l'hypogée qui vient d'être retrouvé, 
comme par miracle, presque intact. 

Quelle secte célébrait ces cérémonies secrètes? M. For- 
nari garde encore sur ce point une prudente réserve, et il 
est en effet scabreux de se prononcer tant qu'une étude 
complète du monument n'est pas possible. Cependant 
certains indices me font croire que dans cette basilique 
s'assemblait une association néo-pythagoricienne '. On sait 
quelle influence le pythagorisme^ rénové à la fin de la Répu- 
blique, exerça à Rome sous les premiers empereurs. Si 
notre hypothèse se vérifie, la découverte de la Porta Mag- 
giore acquerra, pour l'étude des croyances romaines au 
commencement de notre ère, une importance qu'il serait 
difficile d'exagérer. 

1. Cf. Revue archéologique, 1918, p. 9suiv.,oùje fais valoir les argu- 
ments qu'on peut tirer en faveur de cette opinion à la fois du type de la 
construction et du grand tableau qui décore l'abside. 



276 SÉANCE DU 9 AOUT 1918 

LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel 'dépose sur le bureau les pulilicalions 
suivantes ; 

Comptes rendus des séances de r Académie des inscriptions et belles- 
lettres, cahier de janvier-février 1918 ; 

Mémoires de V Académie des sciences, inscriptions et belles-Ieltres 
de Toulouse, H« série, t. V; 

Album iconographique des avatars de Clémence Isaure, par le baron 
Desazars, de Montgailhard. Appendice aux Mémoires de l\Académie 
des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, XP série, t. III; 

American Journal of archaeology, vol. XXII, n° 2, avril-juin 191S. 

M. PoTTiER est chargé par M. Thureau-Dangin de déposer sur le 
bureau un mémoire sur la Chronologie des dynasties de Sumer et 
d'Accad (Paris, 1918). <( Un résumé de cette étude avait été présenté 
par notre confrère dans la séance du 26 juin 1914. Elle a pour 
objet un prisme à quatre faces, acquis par le Musée du Louvre, don- 
nant la chronologie de la dynastie de Larsa. Cet important docu- 
ment prend rang parmi les textes cunéiformes les plus précieux 
pour reconstituer l'histoire de la haute antiquité orientale, au cours 
du troisième millénaire avant notre ère, en se fondant sur les calculs 
astronomiques du P. Kugler pour la détermination des dates fixes. 
Le même texte sert à résoudre le problème discuté sur le rapport 
chronologique entre la dynastie de Larsa et celle de Babylone. La 
seconde partie du mémoire est consacrée aux dynasties historiques, 
antérieures à la dynastie dlsin, et s'appuie en particulier sur l'étude 
d'une tablette de la collection Maimon, déjà publiée par notre con- 
frère le P. Scheil. Un tableau chronologique présente les résultats 
acquis pour les dynasties d'Ur, d'Agadé, d'Uruk et de Gutium. « 



SÉANCE DU 9 AOUT 



PRESIDENCE DE M. EMILE CHATELAIN, ANCIEN PRESIDENT. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture d'une note de M. le 
Ministre de l'instruction publique et de l'ampliation d'un décret, 
en date du P"" août 1918, autorisant l'Académie à accepter la 
donation entre vifs, faite par M. le chanoine Ulysse Chevallier, 



SÉANCE DU 9 AOUT 1918 277 

membre libre de l'Académie, de cent francs de rente française 
4 0/0, destinée à fonder une médaille, de 500 francs, attribuée 
tous les cinq ans par la Commission du concours des Antiquités 
de la France à l'ouvrage le plus méritant, relatif à Thistoire ou 
à Tarchéologie du Dauphiné ou, à défaut, de la Provence, et qui 
portera le nom de « Médaille Ulysse Chevallier ». 

M. Salomon Reinach donne lecture d'un travail intitulé : Une 
grande vente à Borne. 

11 s'agit de celle des biens personnels de l'empereur Commode, 
vendus publiquement à Rome en 193. M. S. Reinach essaie de 
montrer qu'il nous reste des extraits des affiches mêmes de cette 
vente et en commente les détails. 11 s'arrête sur les voitures 
munies de compteurs de vitesse et dhorloges, appareils déjà 
mentionnés sous Auguste, mais qui furent perfectionnés dans 
la suite. M. Reinach estime que ces perfectionnements sont 
dus à Héron d'Alexandrie, écrivain technique dont la date est 
incertaine, mais qui appartiendrait, suivant M. Reinach, à la 
fin du siècle des Antonins (160-180 ap. J.-C). Les principes sur 
lesquels sont fondés nos taximètres étaient déjà familiei's à cet 
ingénieur. 

M. Reinach se demande ensuite pourquoi la science grecque, 
si riche en promesses, s'est arrêtée dans la voie des applications; 
il signale de cela trois causes, qui sont le manque de brevets 
d'invention, l'esclavage, fournissant une main-d'œuvre surabon- 
dante, et le préjugé stoïcien contre le luxe, englobant dans une 
même réprobation l'étalage inutile de la richesse et les progrès 
matériels qui contribuent à faciliter la vie. 

M. Franz Cumont, associé étranger de l'Académie, fait une 
communication sur la triple commémoration des morts célébrée 
par l'Eglise byzantine le 3®, 9*^ et 40® jour après le décès. Cet 
usage, dont on donnait encore au moyen âge une explication 
physiologique tirée de la décomposition du cadavre, remonte au 
paganisme antique. L'Eglise d'Orient paraît avoir combiné la 
pratique grecque de faire des offrandes sur la tombe le 3^, 9® et 
30^ jour avec la tradition syrienne, qui plaçait ces sacrifices 
funèbres le 3^', 7^ et 40® jour. La religion astrale des Sémites 
enseignait qu'à ces dates, marquées par des nombres sacrés, la 



278 LA TlUPLE COMMÉMORATION DES MORTS 

lune exerçait une action plus puissante sur la putréfaction des 
corps. — i3ans une note crudité, M. Louis Canet a montré que 
la recension des Septante admise à Antioche, altéra le texte de 
divers passages pour pouvoir justilicr par des exemples bibliques 
la célébration du 40^ jour^ 

Un échange d'observations se fait au sujet de cette commu- 
nication entre l'auteur et MM. Boucué-Leclercq, Théodore 
Reinacu, Salomon Reinach et Dieulafoy, 



COMMUNICATION 



LA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS, 
PAR M. FRANZ CUMONT, ASSOCIÉ ÉTRANGER DE l'aCADÉMIE. 

Un morceau intitulé Ilepl -^evéaediq àvGpwxou xal o6sv -rpixa 
y.ai ëwata xal xsao-apavcoffia, qui est reproduit avec quelques 
variantes dans de nombreux manuscrits 2, prétend expli- 
quer par des raisons physiolog-iques pourquoi l'Eglise 
orthodoxe célébrait des offices funèbres les troisième, neu- 
vième et quarantième jours après le décès. On a reconnu 
que les diverses formes que prend ce texte, populaire à 
Byzance, dérivaient d'un chapitre du traité de Jean Lydus 
Sur les mois^. Ce contemporain de Justinien empruntait, 

1. Voir ci-après. 

2. Kriinibacher en énumère dix-huit, plus cinq autres de textes appa- 
rentés à celui-ci [Sitzungsh. Akad. Munich, 1892, p. 343 s.). Vitelli en a 
signalé deux et Rostagno un nouveaux (Studi italiani di ftlol. class., II, 
p. 138 et V, p. 99); Wiinsch en a examiné encore trois (Lydus, De mensib., 
p. xxv). Le morceau est attribué parfois à Jean Damascène ou à Libanius, 
plus souvent à un mystérieux Splenios ou Splinios, en qui l'on a voulu 
retrouver Pline, mais dont le nom paraît dû à une simple erreur de 
copiste. Cf. Wiinscli, /.. c, et Krumbacher, Byz. Lileratiircfescli. 2, p. 620, 
n° 7. — Au xiv'o siècle, l'historien et théologien Nicéphore Galliste Xan- 
thopoulos admit encore cette interprétation de la liturgie des morts dans 
son commentaire au Triodion (Du Gange, Gloss., s. v. Tpt'ia) . 

3. Lydus, De mensib., IV, 26, éd. Wunsch. — Ce chapitre a été com- 
menté par Roschcr, qui en a rapproché le contenu de doctrines médicales 



LA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 279 

dk-il, sa sagesse, « à ceux des Romains qui ont écrit sur 
l'histoire naturelle »' , en réalité, croyons-nous, à un pytha- 
goricien éclectique du genre de Numénius. Il affirme donc 
que la semence introduite dans la matrice se change le troi- 
sième jouren sang et dessine le cœur, « car le cœur, dit-on, 
se forme le premier et meurt le dernier » ; le neuvième, la 
masse se coagule et se solidifie en ciiair et en moelle ; le 
quarantième jour enfin, le fœtus acquiert la forme parfaite 
de l'homme. 

Après l'accouchement, on défait le troisième jour les 
langes du nouveau-né ; le neuvième, l'enfant se fortifie et 
supporte qu'on le touche ; le quarantième, il commence à 
sourire et à reconnaître sa mère ~. 

Après la mort, la nature parcourt en sens inverse, dans 
la décomposition du cadavre, les étapes de sa formation : 
le troisième jour, le corps change d'aspect et son visage 
devient méconnaissable ; le neuvième, il se dissout tout 
entier, le cœur se conservant encore ; mais le quarantième, 
celui-ci périt avec le reste, et c'est pourquoi, ajoute lanti- 
quaire byzantin, « ceux qui célèbrent des cérémonies en 
l'honneur des morts, le font le troisième, le neuvième et le 
quarantième jour, rappelant ainsi et l'état primitif de 
l'homme, et sa croissance postérieure, et sa décomposition 
finale » ^. 

Il est, certes, surprenant de voir justifier la liturgie chré- 

et philosophiques des Grecs {Enneadische Sludien, dans Ahhandl. Slichs. 
Ges. Wiss., XXVI, 1907, p. 108 3s., et Die Tessarakontaden, dans Ber. 
Sachs. Ges. Wiss., LXI, 1909, p. 133 ss.). Cf. aussi Fredrich, Hippokra- 
iische Sludien (Philolog. Unters.,XV),p. 128 s. et Proclus, In Remp. Plat., 
II, p. 26, JI, avec la note de KroU. 

1. O'- Tojv 'Pwjxaiojv -Tjv ^yaix/jV îaTopiav auYypacpovxé; çaat /.. -. X. 

2. Cf. Censorin, XI, 7 : Parvuli par hos (quadraginta dies) sine risu nec 
sine periculo sunt. 

3. A'.i TOJTO -piTTjv, ÈvvaTr,v x.a; Tca^afa/.oaxTjv è-'. roJv teGvtj/.û'tw/ 
çuÀaT-o-jaiv oi àvaYi'ÇovTS: aÔTOi;, tt;; xé -oxï autjxaaew; trj; t£ |j.£t' èxeivY)-; 
kTZ'.oéfji'oi y.al to or, Tispaç "f,; àvaXûacw; ini^i^vr]a-/.6^zvoi . Comparer le 
passage de Porphyre cité p. 282, n. 1. 



280 LA TRIPLE COMMÉiMOIlATION DES MORTS 

tienne par ces explications physiologiques, d'ailleurs radi- 
calement fausses, et on est naturellement amené à penser 
que rusa_"-e, dont on prétend ainsi faire comprendre la 
signification, est d'origine païenne, comme l'interprétation 
proposée par les naturalistes romains. Cet emprunt est 
généralement admis', mais la question est plus compli- 
quée qu'il n y paraît, et l'on n'a pas jusqu'ici éliminé les 
difficultés qu'offre l'hypothèse de ce transfert, ni montré, je 
crois, la véritable origine de ces rites funéraires. 

La pratique byzantine est fout ancienne. Elle est déjà 
mentionnée dans les Constitutions apostoliques, qu'on sait 
avoir été rédigées à la fin du iv*" siècle ou au commence- 
ment du v^ dans la région d'Antioche. Les Tpixa, ewaia, 
TeaaapaxojTâ et l'anniversaire de la mort n'étaient pas mar- 
qués uniquement par la récitation de prières et la distri- 
bution d'aumônes'^; on célébrait aussi, à la façon des 
païens, des banquets funéraires. Le recueil ecclésiastique 
recommande d'y pratiquer une modération dont on avait 
lieu de déplorer souvent l'absence, et il enjoint notam- 
ment de ne pas abuser du vin^ Une série de témoignages 
atteste la continuation, à travers le moyen âge byzantin, 

1. Cf. Rohde, Psyché, H, p. 234 note ; Usener, Der heilige Theodosios, 
1890, p. 135 ; les notes de Funk aux Constit. Apostol., I, p. 552 et,"plus ré- 
cemment, le P. Delehaye, Les origines du culte des martyrs, 1912, 

p. 38 s. 

2. Constit. Apostol., VIII, 42 : 'ETCiieXEÎaGw 8e Totia twv xs/otjj.riij.évwv èv 
tfiaXjjLOÏ; y.a.1 àvaYV0j(7[xaaiv zaî Tipo Jî'jy aï; otà xôv 5ià tptwv ïi[j.£ptov èyep- 
OÉvTa, xai Ewata zl; 67iotj.vr)(jiv twv Ticotdviwv zaî twv zezotij.riij.svwv, zat 
Teaaapazoa-cà zatà tôv TîaXaiôv xûrov Mwafjv yàp oiJtw; o Xaoç STtév- 
6r)C7£V zat èviauaia uTisp pEta; aùtou" zat oi3dcyOw Èz xwv u7:ap-/_ovTwv 
auTou 7:£vr)atv et; àvàptvrjatv aùiou. — La visite au tombeau le troisième 
jour est déjà mentionnée dans les Acta loannis, rédiges dans la seconde 
moitié du n" siècle (c. 72, p. 186, éd. Bonnet, Ac<a apost. apocr., II) : 
napayt'vs-cat b 'Iwivvr); à[J.a xoï? ào^Xçoi; £t; t6 [J.vr][j.a, ipixiriv Yi[j.£pav i/o'j- 
aYiç xrii Ao[j.tttavyî;, OTtwç aprov zXàaw[A£v âzst. 

3. Ibid., VIII, 4, 4. Cf. Kraus, Realenc, s. v. « Todtenbestattung », 
p. 884 ; Dom Leclercq, dans le Diction, d'archéol. chrét., s. v. « Agapes », 
I, p. 817 ss. ; Pichon, Rei'. et. anc, XI, 1909, p. 236 ss. 



LA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 281 

sinon de ces festins tumultueux, du moins de la commé- 
moration des trépassés aux mêmes dates ^ 

Mais tel n'est pas l'usage adopté par l'Eg-lise d'Occident. 
Saint Ambroise fêtant en 39o la quadragesima de l'empe- 
reur Théodose remarque que alii tertium dieni et trigesi- 
muni^ alii septimurn et quadragesimuin observare consue- 
verunt '^. La seconde coutume étant celle de la liturgie de 
Milan ' ; la première, que lévêque lui oppose, était proba- 
blement observée à Rome. Vers la même date, en Afrique, 
saint Augustin ^ condamne la fête du neuvième jour, 
comme étant celle des gentils, et recommande celle du 
septième. Finalement prévalut dans l'Eglise romaine la 
commémoration des iii^, vii^et xxx*" jours, qu'on trouve indi- 
quée déjà dans le Sacramentaire gélasien ^. 

Or nous savons que les anciens Grecs avaient coutume 
d'offrir un sacrifice et de déposer des mets sur la tombe de 
leurs proches le troisième et le neuvième jour après les 
funérailles et que ces vexjŒia se renouvelaient encore le 

1. La plupart des textes ont été réunis déjà par Allatius, De Purffatorio, 
Rome, 1655, p. 42 ss. — Justin, Nov., GXXXIII, 3; Isid. Pelus, Epist., 
114 (P. G., LXXVIII, 258} ; Palladius, Histor. Laiis., 21 (p. 1076 Migne = 
68 Butler), Eustratius presb. dans Allatius, p. 551 = Photius, Biblioth., 
171 (p. 118 a 14); Jean Damascène, Or. pro defunctis, 15 et 23 (P. G., XCV, 
0.262, 270); Glykas, ££. 19 (P. G., CLVIII, c. 922). Cf. en outre Goar, 
Euchol., p. 540, n. 3, et infra,, p. 284, n. I; Du Gange, ss. vv. Toîta et TpitÉv- 
vaTa. — Sur le deuil officiel de neuf et de quarante jours à Constanti- 
nople, cf. Codin. De offic, 21, et la note, p. 381, éd. Bonn. 

2. Orat. de obitu Theodos., 3 (P. L., XVI, col. 1386). 

3. Ambr. , L c. : « Nunc quadragesimam celebramus » et Orat. de fide 
resurrectionis, 1 (P. L., XVI, c. I315i. « Nunc quoniam die septinio ad 
sepulcrum rcdimus, qui dies symbolum quietis futurae est. » 

4. Augusl., Quaesl. inHeplat., 112 (P. L., XXXIV, c. 596). Cf. m/'ra, p. 283, 
n.l. — Pour l'office du troisième jour, cf. Evodius, à saint Augustin (Epist. 
158, 2, Corp. script, eccl., XLIV, p. 490) : « Per triduum hymnis dominum 
conlaudavinius super sepulcrum, et redemptionis sacranientum tertio die 
obtulimus. >> 

5. Missa in depositione defuncti tertii septimi tricesimi dierum vel 
annualis (P. L., LXXIV, c. 1242). 

1918 20 



282 LA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 

trentième jour, c'est-à-dire au bout du mois, et, cha([ue 
année, à l'anniversaire de la naissance du défunt '. A Rome, 
on se contentait d'un sacrifice et d'un repas, qui avaient 
lieu, comme chez les Grecs, près de la sépulture le neu- 
vième jour après les obsèques, et ce novcmdiale sacrum 
marquait la fin du deuil -, mais ni le troisième jour, ni le 
trentième ne paraissent avoir été solennisés chez les Latins 
par aucun acte religieux . 

On le voit, les rituels chrétiens ne s'accordent pas com- 
plètement avec la pratique des Grecs et s'éloig-nent encore 
davantage de celle des Romains. 

On a donc supposé que l'Eg-lise, tout en adoptant l'usag-e 
hellénique de commémorer les morts à trois reprises, en 
aurait modifié les dates •"^, de manière à mettre celles-ci 
d'accord avec les textes de l'Ecriture. Elle aurait, en même 
temps, — on n'explique pas pourquoi, — compté les jours 
à partir du décès et non, comme les Grecs et les Romains, 
à partir des funérailles. 

Cette théorie n'est exacte qu'en partie. Il faut distinguer, 
croyons-nous, entre la discipline de l'Eglise romaine et 
celle des patriarchats d'Orient. En Italie, la triple commé- 
moration des morts était une pratique importée : elle 
n'avait pas de racines dans la religion populaire, qui ne 
reconnaissait que le novemdial. Diilérents usages exis- 
tèrent concurremment dans les communautés chrétiennes, 
où des Grecs et des Orientaux se mêlaient en grand nombre 



1. Rohde, Psyché, I*, p. 232 ss. Porphyre dit encore (Proclus. In Tim., 
45 D = I, p. 147, 20 Diehl) : Kal toïç teôvYixdaiv ïvara Tioioû'criv zal toïç 
YêvvwfjLÉvoti; ô[j.oito; xk ôvd[j.aTa xiOsvTaî xtveç Trj èvâtr] auapdXo-.? Ttsp'.dSoiç 
ypoiiAcVOt yevéasfoç y.al aTUOYs'vsasto;. 

2. Marquardt, Privallehen"^, p. 378 ss. De Marchi, Il ciilto privalo di 
Roma, 1896, I, p. 197 ss. Cf. Wissowa, Religion der Rômer'^, p. 392. 
M. Wissowa se refuse avec raison à admettre que l'usage latin soit d'ori- 
gine grecque. Le terme de neuf jours pour le deuil se retrouve chez 
d'antres peuples encore. 

3. Cf. Usener, l. c. ; Funk, l. c. ; Delehaye, /. c. 



LA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 283 

à'ia population latine. Vers l'an 500, l'unité, nous l'avons 
A^u, n'était pas encore établie. Parmi ces usages différents, 
l'autorité ecclésiastique fut libre de choisir, et elle put 
imposer ses principes. Elle combattit comme païenne, 
saint Augustin en témoigne ', la célébration du neuvième 
jour, et préféra les dates qui pouvaient être justifiées par 
des exemples tirés de la Bible, c'est-à-dire le septième jour 
et le trentième, en faveur desquels on pouvait alléguer des 
textes très nets ~. Ces dates se recommandaient d'ailleurs 
par leur lien logique ; on priait pour les défunts au bout 
de la semaine, puis au bout du mois et enfin au bout de l'an. 

La pratique de l'Eglise romaine se fondant sur l'Ancien 
Testament, il se fit qu'elle coïncida exactement avec celle 
de la Synagogue : au moins à l'époque romaine, les Juifs 
avaient un deuil, de moins en moins rigoureux, dé trois, de 
sept, et de trente jours, et le Talmud entre dans des discus- 
sions minutieuses sur ce qui est permis et interdit durant 
ces trois périodes •^. 

Mais la situation était tout autre dans la chrétienté 
d'Orient, où triompha la célébration des troisième, neuvième 
et quarantième jours. Ici la commémoration des morts à 
trois reprises était une vieille tradition, liée à des croyances 
profondément enracinées dans l'âme populaire. Les pra- 

1. Au;7ust., l. c. : « Nescio utrum inveniatur alicui sanctoi-um in Scrip- 
turis celebratum esse luctuni novem dies, quod apud latinos Novemdial 
appellant, Unde mihi videntur ab hac consuetudine prohibendi, si qui 
christianorum istum in mortuis suis numerum servant, qui magis est in 
gcntilium consuetudine. » 

2. Pour le septième jour : Gen., 50, 10 ; Sirach, 22, 13 : nivGo; vr/.pou ETïti 
r]ij.£pat, etc. — Pour le trentième jour : Deuter., 34, 8, cf. infra, p. 294suiv. 

3. Talmud deBabyl., Mood-Qatan III (éd. Goldschmidt, t. III, 1899, 
p. 740 ss.); cf. Kraus, Talmûdische Archaologie, II, p. 69. — « The mour- 
ning proper according lo the Talmud is divided into four periods : The first 
three days are given to weeping and lamentation ; the deceased is eulo- 
gised up to the seventh day ; the somber garb of mourning is worn up to 
the thirtielh day and pcrsonal adornment is neglected. In the case of the 
mourning of a parent the pursuit of amusement is abandoned up to the 
end of the year. » (The Jewish Encyclop., s. v. « Mourning »). 



284 LA TRIPLE COMMÉMOBATION DES MORTS 

tiques du paganisme y étaient si invétérées, qu'on voit, en 
Syrie, les fidèles continuer au moins jusqu'au vu'' siècle, 
malgré les objurgations des évêques, à immoler sur les 
tombeaux des taureaux et des moutons, dont ils mangeaient 
la chair dans des repas arrosés de copieuses libations de 
vin '. En Arménie, ces sacrifices d'animaux furent accep- 
tés et sanctionnés par le clergé national, et les fidèles res- 
tèrent persuadés que si, aux jours fixés par la tradition, on 
ne répandait pas sur la sépulture le sang des victimes, le 
mort ne trouverait point de repos dans l'autre vie 2. Même 
dans l'Eglise orthodoxe, on trouve des preuves nombreuses 
de pratiques semblables 3. Les Constitutions apostoliques 
tolèrent seulement, nous l'avons vu, les rejaas funéraires 
en y interdisant toute intempérance. Mais si le clergé 
accepta ces banquets, qui donnaient souvent lieu à de 

1. Un ms. syriaque de Florence, de l'année 1360, contient trois sermons 
inédits, qu'il serait intéressant de publier pour l'histoire du culte des morts. 
Voici leurs auteurs et leurs sujets d'après Assemani {Bibliothecae Medi- 
ceae codicum mss. orientalium calalogiis, 1742, p. 107) : 

VII, Mar Severi Anliocheni [patriarche, 512-519] sermo Christianos ab 
esu carnium taurorum que pro defunctis immolatoruni prohibons. 

VIII, Sermo Mar Rabbulae Edesseni [cv. 412-435] quo eleemosynarum 
largitiones pro defunctis edicuntur et carnium esus, vinique potus, iuxta 
ludaeorum et Idolatrarum morem in commemoratione defunctorum pro- 
hibentur. 

IX, Mar Jacobi Edesseni [633-708] quod nimirum non licet christiano 
agnum iuxta morem Judaeorum immolare sive tauros pecudesve pro 
defunctis. 

Parmi les Syriens orientaux, ces immolations d'animaux continueraient 
encore aujourd'hui; cf. Conybeare, op. cit., p. 80 n. a. 

2. M. Conybeare, Rituale Armenorum, 1905 (p. 54 s., 67 ss.) a réuni de 
nombreux témoignages sur les rites du Matai. Noter surtout ce que dit saint 
Nicon (p. 76) : 'YTcèp xûv vszpwv Guaîaç xpopâxtov /.aï powv rotoSai ' 7:at oux 
àXXwç rjYOUvxai awOrJaeaSat xov t£6v£wtx £i [j.)j èv rot; xpîxot; aùxoS xai xotç 
èvvàxot; y.aî xsajapa/.oaxor; at xotauxai 6uaîai â^xtxeXeaOwat. — Au xii" 
siècle, le sacrifice, dont le rituel est décrit par Nerses Shnorhali, se faisait 
à la porte de l'église devant la croix (p. 84). Cf. Tixeront, Le rite du Matai, 
dans Bull, d'anc. litt. chréi., III, 1913, p. 81-94. 

3. Cf. Conybeare, p. 80 n. a; p. 413 s., 438 ss. La prière tirée du vieil 
euchologe Barberini i^p. 413) se récitait pour lésâmes des trépassés. 



LA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 285 

graves excès, à plus forte raison dut-il se montrer accom- 
modant pour leurs dates, qui, en soi, n'avaient rien de répré- 
hensihle. En Orient, ce ne sont pas les théologiens qui en 
cette matière ont imposé leurs décisions au peuple, c'est le 
peiiple qui a plié la théologie à ses traditions. 

La chose est manifeste pour le neuvième jour. Comme 
le remarque saint Augustinj', on ne pouvait invoquer en 
sa faveur aucun précédent biblique, et il ne semble pas 
qu'on l'ait tenté. C'est évidemment la vieille ennéade des 
Grecs qui s'est perpétuée dans la liturgie orthodoxe. 
Les Juifs, nous l'avons dit, ne connaissaient que le terme 
du septième jour. C'est celui qu'on trouve aussi dans le 
paganisme sémitique -, religion astrale où la semaine pla- 
nétaire avait une importance considérable. L'Eglise d'An- 
tioche a donc substitué ici l'usage hellénique à l'ancien 
usage indigène, mais son exemple ne fut pas partout suivi. 
Nous savons qu'en Palestine, au moins jusqu'au vi^ siècle, 
les chrétiens célébraient, non pas, comme à Byzance, les 
Tp(-:a, swata, Tejaapay.caxà, mais les Tpi-a, ï^oc\j.!X., -e^aa- 
poL-/.oG-i 3. De même, en Arménie, jusqu'à notre époque les 
fidèles ont coutume de porter des mets sur les tombes de 
leurs proches le septième et le quarantième jour \ et nous 
avons vu que la célébration de la septima et de la quadra- 
gesima se maintenait aussi à Milan du temps de saint Am- 
broise =. On pourrait chercher là un argument nouveau en 
faveur de l'origine orientale de la liturgie ambrosienne. 



1. Cf. supra, p. 2S3, n. 1. 

2. Lucien, De dea Syra, 52 : Les Galles, après les funérailles d'un des 
leurs, çjÀa;avTî; É-Ta vj.£p£fov àotOij.civ oytojç sîç to îpciv koipyovza.:, r.zà ol 
To-jT£tov rjv £ÎaiX6Matv, où/, oata Tioiiouii. — Chez les Nosaïris, on sacrifie le 
jour des funérailles et le matin du septième jour qui suit (Curtiss, Ursemi- 
tische Religion im Vollislehen des Orients, trad. Baudissin, 1903, p. 237). 

3. Usener, Der heilige Theodosios,p. 22, 24. 

4. .\beghian, Der Armenische Volksglauhe, p. 22 ; cf. Roscher, Tessara- 
kontaden, p. 142. 

D. Supra, p. 281, n. 2 et 3. 



286 LA TRIPLE COMIMÉMORATION DES !\rORTS 

On trouve dans saint Jean Ghrysostome une indication 
qui se rapporte à l'ancienne fête du septième jour ', bien 
que de son temps l'Eglise d'Antioche l'eût, semble-t-il, déjà 
abandonné pour le neuvième. Mais une preuve plus curieuse 
de celte substitution nous est fournie, sije ne m'abuse, par 
un passage du prêtre Eustratius, qui écrivait à Bjzance 
vers la fin du vi" siècle -. Il prétend, peut-être d'après un 
manuscrit corrompu de la Bible, que les Israélites pleu- 
rèrent Moïse cinquante jours, et ajoute que l'Eglise a par- 
tagé ce laps de temps en trois parlies : trois, neuf et qua- 
rante. Mai^ 3 -|- 9 4- ^0 ne font pas 50, mais 52, et il paraît 
bien qu'Eustratius emprunte ce calcul étrange à un écri- 
vain antérieur, qui l'appliquait à la série 3, 7, 40, dont le 
total est en effet 50. 

L'observance du quarantième jour n'était guère plus 
aisée à défendre par la Bible que celle du neuvième, bien 
qu'on s'y soit essayé. Les Constitutions Apostoliques pre- 
scrivent de célébrer les Tejaapaxojta « selon l'ancien rite, 
car le peuple porta ainsi le deuil de Moïse ^ ». Mais si Ion 
se reporte au Deutéronome, on est surpris de constater 
qu'il parle, non de quarante jours, mais de trente. Seule- 
ment Teuffapiy.ovTa paraît avoir été substitué k xpixxovTa dans 
la recension des Septante dont on se servait à Antioche, 
celle de Lucien, pour donner vm appui scripturaire au rituel 
suivi par cette Eglise ^. 

1. Joh. Chrys., Or. de sanclis Bern. et Prosdoce, 3 (P. G., L, c. 634). 
Après un développement sur le deuil de quarante jours (cf. infra), l'ora- 
teur ajoute : '0 yàp eîasXôtov eî; xï]v zaxaTcauaiv t/.dv7]V xaTî'TTauaEv a-ô 
Tôjv l'pYCDV auToy warcsp àizo twv îSi'wv ô Geo'ç. La même interprétation est 
donnée de la commémoration du septième jour par saint Augustin et saint 
Ambroise, cf. p. 293, n. 2. 

2. Eustratius, Adversus eos qui diciint animas non operari, p. 551, dans 
Allatius, de Purgatorio (unique édition). 

3. Supra, p. 280, n. 2. 

4. M. Louis Canet, avec sa connaissance précise de la tradition manuscrite 
des Septante, a bien voulu rédiger pour moi la note substantielle et sug- 
gestive qu'on lira à la fin de cet article, sur les altérations qu'à Antioche 



LA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 287 

On voit allég-uer aussi pour lég-itimer les Tejaapa/.0(jxâ le 
récit des funérailles de Jacob ', mais ici encore, si l'on con- 
sulte le texte de la Genèse, on constate qu'il a été mal inter- 
prété : les quarante jours dont il y est parlé sont en réalité 
le temps que mirent les médecins ég'yptiens à embaumer le 
corps, et non la durée du deuil, qui fut de soixante-dix. Ce 
n'est qu'en détournant le verset de son vrai sens qu'on par- 
vint à y trouver un témoignage ancien qui permît de 
défendre la quadragesima. 

Nous avons vu plus haut (p. 286) que le prêtre Eustra- 
tius en propose une justification encore plus aventureuse 2. 

En réalité, la fête du quarantième jour ne peut être 
empruntée ni aux Grecs, ni aux Juifs, qui ne l'ont jamais 
connue '■'•. Mais le deuil de quarante jours, qui se terminait 
par une cérémonie funèbre, se trouve, en dehors des 
Hébreux, chez d'autres peuples sémitiques ^, et, fait remar- 
quable, le seul exemple certain qu'on en ait pu découvrir 
en Grèce, s'est rencontré dans un règlement religieux de 
l'île de Rhodes, inscription qui trahit par ses interdictions 
alimentaires l'influence des cultes syriens ^ 

on fit subir au texte biblique pour tenter de iustifier la pratique des 
TEaaapa/.oaTa. 

1. Saint Anibroise, l. c. Cf. infra, p. 295. 

2. Les mauvaises raisons alléguées en faveur des xeaaapaxouia ne 
paraissent pas avoir satisfait tout le monde, même en Orient, et l'on voit 
à Edesse saint Ephrem ("}"373) ordonner pour son testament {Opéra, II, 
p. 401) de commémorer le trentième jour après son décès : « Et quando 
diem trigesimuni coniplevero, mei memoriam facite, fratres ; mortui enim 
oblatione iuvantur quam viventes faciunt. » Cf. infra, p. 288, n. 2. 

3. Roscher, Die Znhl -W im Glauben der Semiten, dans Ahhandl. Sachs. 
Ces. Wiss. XXVII, 1909, p. 105 ss., et Tcssarakontaden, p. 142 s. 

4. Roscher, Die Zahl 40, p. J20 s. ; cf. 99. 

5. Michel, Recueil, 723 =: Dittenberger. Syll. * , 567 = Ziehen, Leges 
Graecorum sacrae, n' 118, 1. 12 : àrco xrlôou; [oixjet'ou fj[j.[épaç] [/.'. Ziehen 
note avec raison qu'un aussi long délai est tout à fait insolite. — Les 
autres témoignages qui ont été allégués pour prouver l'existence d'un 
deuil de quarante jours chez les Grecs ne sont pas convaincants; cf. 
Wiinsch, ya/ir/). f. Class. Philol., Siippl. bd., XXVII, 1902, p. 121 ss. 
Roscher, Die Tessarakontaden, p. 35 ss. Wûnsch cite une iabella devotio- 



288 LA TRIPLE COMMÉAIORATION DES MORTS 

On est ainsi amené à admettre la combinaison, dans les 
liturgies d'Orient, dune double tradition, également 
ancienne : un système ternaire, novénaire et trentenaire, 
qui est celui des Grecs, et un système ternaire, septénaire, 
quadragénaire, qui est celui des Syriens, ou tout au moins 
de certains Syriens. Le patriarchat de Jérusalem retint 
celui-ci intégralement jusqu'au vi*' siècle au moins ^. La 
liturgie d'Antioche, puis celle de Constantinople, emprun- 
tèrent avi contraire aux Grecs la célébration du neuvième 
jour, aux Syriens celle du quarantième, et ce compromis 
finit par s'imposer à toutes les églises orthodoxes ~. 

Nous connaissons si mal les doctrines et les pratiques de 
l'ancien paganisme de la Syrie, qu'on ne s'étonnera pas que 
nous ne possédions presque aucun renseignement direct 
sur les cérémonies qui y étaient célébrées en l'honneur des 
morts 3. Mais on sait l'influence profonde exercée sur les 
croyances de ce pays par l'astrologie babylonienne. Celle- 
ci régnait en maîtresse dans les temples des Baals long- 

nis athénienne du ii* siècle av. J.-C. {Defixion. tabel. Att., n° 99) où la 
mort doit être obtenue « dans les quarante jours ». Mais si ce texte 
magique prouve quelque chose, c'est l'origine orientale du terme qui y est 
fixé. — Quarante est chez les Sémites, comme me le fait observer M. Gler- 
mont-Ganneau, un nombre rond, souvent employé pour exprimer sim- 
plement une grande quantité. C'est ainsi que la stèle de Mésa (1. 8) et le 
livre des Juges (3, 11 ; 8, 28 ; 13, 1) parlent de règnes de « quarante ans » 
pour indiquer leur longue durée, et les Arabes d'aujourd'hui usent encore 
de la même expression avec le même sens. 

1. Supra, p. 285, n. 3. 

2. On peut conjecturer que l'église d'Antioche a adopté le neuvième et 
le quarantième jour par opposition aux Juifs, qui célébraient le septième 
et le trentième. La colonie juive d'Antioche était puissante, et les évêques 
eurent à lutter contre elle. 

3. Le célèbre Tâbit ben Qorrah (820-901) avait écrit en syriaque un livre 
sur la sépulture des morts à propos des païens de Harrân, sa patrie 
(Chwolsohn, Die Ssabier, l. II, p. ii\ Bar-Hébraeus le lisait encore ; il 
parait être aujourd'hui perdu, mais des indications intéressantes pour- 
raient certainement être tirées des trois sermons que nous avons cités 
p. 2S4, n. 1 . Sur les repas offerts aux morts par les Harraniens, cf. Ch\^ ol- 
sohn, i. c, II, p. 32 et les notes. 



LA TRIPLE COMMÉMOKATION DES MORTS 289 

temps avant la conquête romaine, et la divination sidérale 
faisait partie de la théologie de leur clergé. Cette pseudo- 
science va nous permettre de remonter à la source des 
rites des troisième, septième et quarantième jours, et elle 
nous fera comprendre en même temps à quelles théories 
physiques se rattachent les spéculations de Jean Lydus sur 
le culte des morts. 

Une doctrine astrologique , qui inspira diverses 
méthodes de calcul, enseignait qu'il ne faut pas considérer 
seulement le jour de la géniture (^sveo-tç) — on entendait 
par là soit celui de la conception, soit celui de la naissance 
— mais aussi le troisième, le septième et le quarantième qui 
suivent, car la lune détermine à ces moments fatidiques le 
contenu de toute la vie et, selon sa position à légard des 
autres astres, rend l'existence entière heureuse ou malheu- 
reuse. Le plus ancien passage conservé qui traite r.tpX -cpi- 
TaïAç, £,3Bo[j.aiaç, -:£(7(japaxû(Ttaf.o:; HîXrjVf/Ç, se trouve dans 
Vettius Valens, qui vécut au commencement du ii® siècle de 
notre ère et était d'Antioche '. La concordance de ces jours 



1. VeUius Valens, I, 15 (p. 29 Kroll), indique difTérentes méthodes de 
calcul pour déterminer la position de la lune à ces dates, méthodes arbi- 
traires, mais qui montrent l'importance que ses prédécesseurs attachaient 
à la question, puis il ajoute : KaOoXtxw; oOv ar|[X£touviai Tot; te sù-ujyeT; xaî 
àz'jyv.ç 7.at |j.£aa; -(i^nisiç, l/. ttjç tptTata; zat ljBoo;j.ata; xat x£aaapa-/.oaTata; 
•/. T. X. Cf. Rhétorius (écrit vers l'an 505), cap. la', KaSoXixà eÙTuyoûvcwv 
ayjl[t.<x-a {Cod. Paris. 2506, f. 16) : Zt|tî'. Se /.olI Tr]v y' /.al Ç'za! ix' tyj; 
SsÀrj'vTi? £'. C-o àyaOo-oiwv 6£ojpoyv-a!.) ; de même, cap. /.§', AioaazaXi'a -w; 
0£t à7:oT£X£a6ai yEvÉôXta (ibid., f. 22'-), il est recommandé de noter Tr,v 
Tp'.Taîav TÎ); i;£Àr;vT|; xat rV iÇ' xaî a'. Rhétorius mentionne ailleurs 
encore la TC'.taia cap. vo', Parisin. 2525, f. 91) et la k^i^oiiaicu. ty]? SsÀtjvti; 
(cap. o:X', ibid. f. 141 :. Firmicus Maternus, IV, 1, 7 : « In omni genitura 
ista < pars >ma^no opère requirenda in qua est Luna constitula. . . Nam 
et primus dies et tertius eadem simili ratione decernit, septimus etiam et 
undecimus per Lunam totius vitae substantiam monstrat. » L'astrologue 
romain oU ses copistes ont lu XI pour XL, ou peut-être le premier a-t-il 
corrigé le chiffre, ne sachant pas ce qu'il signifiait, le cours de la lune ne 
comprenant que trente jours. Pour le tertius dies, cf. IV, 8, 1 ; III, 14, 10 
et Bouché-Leclercq, Aslrol. grecque, p. 487, n. 2. — Cf. aussi Critodème 
dans ^'ettius Valens, p. 126, 7, et dans Rhétorius, f. 124 du Paris. 2425. 



290 I.A TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 

avec ceux des offrandes funèbres des Syriens est frappante. 
Un calcul des probabilités montrerait combien est minime 
la chance qu'une pareille coïncidence soit fortuite. 

Pourquoi la g-énéthlialogie accordait-elle à ces dates une 
valeur particulière ? Simplement parce que 3, 7 et 40 sont 
à Babylone des nombres sacrés, ou, pour mieux dire, n par- 
faits » {-iXeioi), c'est-à-dire qu'ils marquent l'achèvement 
d'un cycle K Par suite, l'action du grand luminaire nocturne 
devait, quand ils entraient en jeu, se manifester avec une 
énergie plus puissante. 

Or on sait que pour les astrologues, la lune, qui règle 
les phénomènes mensuels de la santé des femmes, est aussi 
la maîtresse de la vie intra-utérine -. D'une façon générale, 
elle est la planète qui préside à la formation des corps, par 
opposition au soleil, lequel accorde les dons de l'intelli- 
gence ^, et elle a, par suite, sous sa tutelle les débuts de la 
vie du nouveau-né. Mais ce qu'elle a constitué, elle est aussi 
appelée à le dissoudre : Omnia animantium corpora et con- 
cepta procréât et generata dissolvit, dit Firmicus Maternus, 
dans le passage même qui traite des jours où s'exerce sur- 
tout son action. Ses effets essentiels, suivant la Tétrabible, 
le manuel classique de Ptolémée, sont « de mûrir et de 
pourrir les corps ^ », et dans ses « Propos de Table » Plu- 



1. Roscher, Die Zahl 40, p. 99. Cf. supra, p. 287 [288], n. 5. 

2. Bouché-Leclercq. Astrol. gr., p. 377 ss., Roscher, Selene, 1890, p. 58. 
La question de la durée de. la vie intra-utérine était d une importance pri- 
mordiale pour les astrologues, qui s'ingéniaient à calculer fe moment de la 
conception d'après celui de la naissance. 

3. Firmicus, IV, 1, 1.; « Omnis substantia corporis humaniad istiusper- 
tinet numinis (Lunae) potestatem. » J'ai cité d'autres textes, Théologie 
solaire dans Méin. sav. étr. Acad. inscr., XII, 1909, p. 463 [17], n. 1. 

4. Ptoleni., Telrah., I, 3 (p. 17, éd. 1553) : ITETzatvouaa xaî 8taa7Î7:ouaa 
xàT^XEiaia (awij.aTa);cf. Coinm. Anon. in Ptol., p. 17. De même en Orient, 
dans la prière des Ilarraniens à la Lune publiée par Dozy {Actes du Coix- 
grès des Orientalistes de Leide, 1883, p. 333), on lit : <■ Per la tua integrità 
tutto resta integro, e per la tua corruzione tutto si corrompe » [traduction 
couiniuniquée par M. Gabrieli]. 



LA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 291 

tarque explique doctement pourquoi la viande, exposée aux 
ravons froids et humides de Fastre des nuits, se corrompt, 
comme se putréfie par leur action la chair des morts '. 

On saisira maintenant l'origine du triple développement 
exposé par Lydus d'après '( les physiciens romains » . Cette 
origine est probablement fort ancienne. Les théories rela- 
tives à Séléné sont dans l'astrologie grecque une des par- 
ties provenant du fonds primitif, hérité de la Babylonie, où 
le dieu lunaire Sin avait une importance plus grande même 
que celle du Soleil. On a pu démontrer récemment à l'évi- 
dence qu'une série de pronostics, tirés du cours de la lune, 
qui nous ont été transmis par le même Lydus, dérivent 
directement des présages consignés sur les tablettes cunéi- 
formes de la bibliothèque d'Assourbanipal ~. 

Nous ne pouvons remonter aussi haut pour les théories 
de l'érudit byzantin sur la vie et la mort, mais une res- 
semblance curieuse entre elles et une source orientale 
mérite d'être relevée. Les rabbins du Talmud expliquent 
le deuil strict de trois jours, observé chez les Juifs, comme 
le font les « physiciens », résumés par Lydus, pour les 
-p'Ta grecs, en alléguant qu'au bout de ce temps le visage 
du mort cesse d'être reconnaissable par suite de la décom- 
position du cadavre ^. 

Je n'insisterai pas ici sur l'influence qu'eut l'enseigne- 
ment des « Chaldéens » sur les théories médicales relatives 
au développement de l'embryon et du nouveau-né ^, ni sur 
les conséquences religieuses qu'on tira de ces doctrines ^ ; 

1. Plut., Qaaest. Conv., III, 10, 3 (eî; «rîi'j'iv ayet ta ^3zpi tÙjv aojaaTOJv), 
cf. De facie in orbe Lunae, 18 hr.àz'.c xpîtov). Macrobe, Sat., XVI, 15, 20 
ss., trackiil Plutarqiie. — Cf. aussi Roscher, Selene, p. 73. 

2. BoU et Bezold, Réflexe aslrologischer Keilinschriflen bei Griechischen 
Schriflslellern dans Silzinuf^h. Almd. Heidelberg, VII. 1911. 

3. lîaudissin, Adonis und Esnioun, 1911, p. 414, n. 2. 

4. Cf. supra, p. 278, note 2. 

5. Selon Censorin, XI, 7, « Praegnans ante diem quadrai^esimum non 
prodit in fanum », mais il a néglige de nous dii'e comment les femmes 



292 LA TUIPLK COMMÉMORATION DES MORTS 

mais on conçoit quelle dut en être l'action sur le culte 
des morts. Les troisième, septième et quarantième jours 
qui suivent le décès sont les dates critiques de la vie 
d'outre-tombe, celles qui marquent les étapes de la putré- 
faction du corps. En ces jours redoutables, il faut apaiser 
l'esprit du défunt par des offrandes pour l'empêcher de 
Avenir troubler les vivants. La lune restera toujours la 
grande évocatrice dés spectres et des fantômes. 

A l'époque romaine, le sens primitif des sacrifices offerts 
pour les défunts était probablement à peu près oublié. 
Peut-être même ne croyait-on plus fermement que le mort 
dût être rassasié en prenant sa part des banquets qu'on 
faisait près de sa sépulture. C'étaient là de vieux rites tra- 
ditionnels qu'on accomplissait aux moments fixés, sans 
bien en comprendre le motif, comme nous observons, sans 
savoir pourquoi, un cérémonial funèbre transmis de g-énéra- 
tion en génération. De nouvelles croyances sur la destinée 
de l'âme s'étaient peu à peu répandues et avaient profon- 
dément modifié ridée qu'on se faisait de la vie d'outre- 
tombe. Mais les familles, lorsqu'un de leurs proches les 
avait quittées, persistaient à aller festoyer auprès de ses 
restes aux jours consacrés par une antique coutume. 

S'il n'est pas surprenant que la signification originelle de 
ces cérémonies, héritées de lointains ancêtres, se fût per- 



grecques faisaient pour s'apercevoir du moment exact de la conception. — 
Beaucoup mieux attestée est l'impureté de quarante jours après l'accouche- 
ment qu'on trouve chez les Grecs (Roscher, Tessarakontaden, 28 ss.) comme 
chez les Juifs (7 + 33 jours, Lévit., XII, 4, cf. Roscher, Die Zahl 40^1^.100 
ss.) et chez d'autres peuples [ibid., 117 ss). Suivant le Lévitique, l'enfant 
doit être circoncis le huitième jour (XII, 3). On conserva à Bj'zance l'ha- 
bitude de présenter les nouveau-nés à l'église le quarantième jour, ce 
qu'un auteur byzantin rattache aux théories physiologiques de Lydus 
(Krumbacher, Silznngsb. Akad. Mûnchen, 1892, p. 348, 1. 17). Une B^ù/rj 
OIE sîaépy_£Tai 7:ato{ov £?ç Trjv âxxXYjat'av xrj ix' ïj|J-£pa trjç yïvvrÎCTHw; auTOu 
est publiée par Conybeare [Ritiiale Armenoriim, 1905, p. 390) d'après le 
vieil euchologe Barberini. Nous devons à la loi mosaïque la fête de la Puri- 
fication ou de la Présentation (2 février). 



LA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 293 

due, il Test davantag^e que, grâce à l'antiquaire Lydus, une 
explication toute matérialiste et qui s'inspire directement 
d'un paganisme ancestral, s'en soit perpétuée à travers le 
moyen âge byzantin. Bien entendu, elle ne satisfit pas tout 
le monde, et les théologiens s'appliquèrent, en invoquant des 
récits bibliques, à donner une signification plus haute aux 
dates adoptées par l'Église orthodoxe : le troisième jour sera 
le symbole de la résurrection, le neuvième rappellera la 
première apparition de Jésus à ses disciples, le quaran- 
tième sera l'emblème de l'Ascension ' ; de même, le septième 
sera regardé comme celui du Sabbat, qui fait allusion au 
repos des morts ' . Mais à côté de cette exégèse scriptu- 
raire, on voit se maintenir une autre explication plus popu- 
laire '^ et qui semble bien se rattacher aux croyances répan- 
dues à la fin du paganisme par les mystères orientaux et 
les systèmes gnostiques. Jusqu'au troisième jour, dit-on, 
l'âme reste sur la terre ^ et le troisième elle est emportée 
par les anges, le neuvième, se place son jugement et les 

1. Eustratius, dans AUatius, De Purgatorio, p. 551. — Le rapprochement 
entre les Tp'.-a et la Résurrection est déjà fait dans les Constitutions Apos- 
tol.,i.c.,etdanslsid. Pelus..£:pts^,lI4(P. CLXXVIII, 258).-Autres 

interprétations dans Goar, Euchologion, Ï6il, p.540 n. 3. 

2. Ambres., Orat. de fide resiirr., 1, c. : « Nunc quoniam ad sepulcrum 
redimus, qui dies symbolum futurae quietis est. » August., Quaest. in 
Heptaleuch., 172 (P. L., LXXXIV. c. 596 . Cf. supra, p. 286, n. 1. 

3. Morceau anonyme tiré du Parisin. 1140 A, saec. xiv, f. 82, dans Krum- 
bacher, l. c, p. 349 ; 'H ^J-u^ti ;jL£-à tÔv OavaTOv ^Eyçl xp'.wv r][A£pâjy ::poa- 
tjLc'vïi èv -fi Y^- zaTàSÈtriv xpf-r,-/ f.aÉpav ivâyouatv aÙTr,v o- ti-^^ùoriv 8È xf) 
^/vâxr, f.aîp'r, yivcxa- xp{a'.; XTJ; 6-^/f,; [x£xà xwv Iv xw àip-. xeXwviwv >'-a^T<Sv 
ivYEÀwv • -pô; oï xr,v x£aaapa/.oc7xfiV fjlAÉpav xf.; xeaejxïÎ; ;:pocrâY£xat xw xou 
0£ou epovio y.al Xa[i.;îav£i i-dçaa-.v i/. 0£o2 xoy £lva'. èv à-ox£xay[J.£vw xo'noj 
txEypl XTÎ; xotvï); âvaaxâa£oj;. 

' 4"' Cette croyance était très répandue en Orient (judaïsme, mazdéisme, 
cf. Baudissin, Adonis und Esmun, 1911, p. 412 ss.).— On établit une rela- 
tion entre cette doctrine et celle dont Lydus s'est fait le propagateur : 
« Lame vole trois jours autour du corps, désireuse d'y rentrer, mais 
quand elle voit que le visage du mort s'altère, elle abandonne le cadavre » 
^Talmud de Jérus., Moëd Qatan, III, 5, f. 12 a). 



29 i TA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 

ang-es la disputent aux « douaniers » (isXwvia), démons 
aériens qui veulent lempècher de poursuivre sa route vers 
le ciel ' ; enfin, le quarantième, elle s'approche du trône de 
Dieu, qui lui assigne son séjour jus(ju"k la résurrection des 
morts '^. 



NOTE ADDITIONNELLE DE M, LOUIS CANET 

SUR LES -EaaapaxocTâ et la recension lucianique des septante 
(cf. supra, p. 28C, n. 4.) 

Les Israélites, selon Deut. 34 », ont pleuré Moïse trente jours 
durant. Il est certain que tt^ente est la leçon authentique, car pour 
un ms. grec qui donne quarante (le Laur. gr. V, l,d6 Florence), 
tous les autres témoins du texte et des versions, sans parler du 
Talmud et des traditions juives, sont en faveur de trente. 

Cependant le texte biblique dont se sei'vait l'auteur des Constitu- 
tions apostoliques donnait aussi quarante, puisque Const. Ap. VIII, 
42 se réfèrent au deuil de Moïse pour justifier le service du quaran- 
tième jour [supra, p. 286.) Il est vrai qu'un ms. de cet ouvrage (Vat. 
gr. 2089, de Rome) lit trentième jour au lieu de quarantième, et que 
cette leçon a pour elle les témoins orientaux du texte. Mais il faut 
néanmoins admettre que Tsajapazoa-â est la leçon originale des 
Const. Ap. parce que saint Jean Cbrysostome affirme de son côté 
que le deuil de Moïse, comme celui de Jacob, a duré quarante jours : 
ëxXauoav youv tov îaxto6 TsaaapàxovTa Tjixépaî, exXauCTav zal tov p.coUa^"v 
éiÉpaç TOŒaÛTa; ot touoai'oi {In SS.Bernicen et Prosdocen, 3 = P. G., 50, 
col. 634). 

L'accord de saint Jean Cbrysostome et des Const. Ap. prouve que 
l'Église d'Antioche lisait en Deut. 34 », non tpfaxovTa, mais Tsaaapàxovxa 

« 

1. Sur les TsVjvia, cf. Ducange, s. v. ; Krumbacher, l. c, p. 319, n. 2 ; 
Lawson, Modem Greek folklore, 1910, p. 284 ss. — Les douaniers, qui 
arrêtent Tàme dans son voyag-e à travers les airs, se rattachent maniTcste- 
ment aux «commandants » (ap/ovxsç) qui, suivant l'eschatologie astrale, 
étaient placés aux portes des sphères célestes, et empêchaient les impies 
de les franchir. 

2. Même croyance chez les Coptes, cf. la note de Funk, Constit. Apost., 
I, p. 555. — De même chez les Sabéens de Mésopotamie : il faut à Fâme un 
voyage de quarante jours pour pouvoir paraître devant Dieu afin d'y être 
jugée. 



LA TRIPLE COMMÉMORATION DES MORTS 295 

fjjjLipaç, c'est-à-dire que TsuaapazovTa est la leçon adoptée par Lucien 
dans sa recension des LXX. Chose étrange, cette leçon n'a pas été 
conservée par les mss. lucianiques, et l'édition du Pentateuque 
luciaiiique, due à Paul de Lagarde, donne le verset sous cette forme: 
xai E/.Xa-jaav xov [j-w-Jj^v ot Otol '.ap<xf\\ èv apaSwÔ MojaS lr,i "oy îopôavou 
xaxà ispi/w Tpiaxovra r][xlpa;. 

Par contre, la leçon Tc^jjapay.ovca est conservée, comme on a vu 
plus haut, dans le Laur. gr. V, 1, qui est, lui, réputé hésychien. 

Les diverses traditions textuelles de la Bible grecque se sont à ce 
point mêlées et confondues qu'il n'est pas absolument impossible 
qu'une leçon lucianique n'ait été conservée que dans un ms. hésy- 
chien. Mais comme on n'est pas fixé sur le caractère de la recension 
hésychienne, il serait peut-être prudent de reprendre l'examen du 
problème, et de chercher si le Laur. gr. V. 1 ne serait pas, lui 
aussi, un témoin de la recension de Lucien d'Antioche, ou du moins 
un texte mixte. 

Un cas analogue est fourni par le Livre des Juges : il est dit en 
Jud. 11-i*' que chaque année les filles d'Israël se réunissent pendant 
quatre jours pour pleurer la fille de Jephté. Or, au lieu de ticz^apaç, 
on lit T£3aapâ/.ov-a d'une part dans le Parisinus gr. 3, ms. bi- 
blique, d'autre part dans saint Jean Chrysostome, Homélie XIV au 
peuple d'Antioche {P. G., 49, col. 147) : Èysvîxo vojjloç ::apà toïç îouoaîoiç 
auvEp/oaiva: xàç -apôivou? zarx tov y.a;pôv r/.sïvov T]a£pa; xscjaapàx.ovxa 
TicvÔEiv xTjv Y£y£V7][j.£vr|V açayrjv. Il est donc probable, et l'on pourrait dire 
presque certain, que ce ms. de Paris, qui, à ma connaissance, n'est 
pas encore classé, conserve ici une leçon lucianique : il y aurait lieu 
d'examiner s'il ne faut pas voir en lui un nouveau témoin de la Bible 
d'Antioche. 

Quoi qu'il en soit, le texte de saint Jean Chrysostome atteste ici 
encore que le deuil de quarante jours était à Antioche un usage 
enraciné. 

Ce que dit le même auteur du deuil de Jacob conduit à la même 
conclusion. Et son témoignage est ici confirmé par celui de saint 
Ambroise, citant l'ancienne vulgate latine, dans ÏOratio de obitu 
Theodosii, 3 : « Defuncto itaque iacob praecepit ioseph pueris suis 
sepultoribus ut sepelirent eum. et sepelierunt sepultores Israël, et 
repleti sunt ei quadraginta dies : sic enim dinumerabantur dies 
sepulturae. et luxit eum aegyptus septuaginta diebus » ^Gen. 50'^), 
ce qui correspond au grec : zal 7:pocr£xa?£v EocfiÇ xoïç Ttaiolv auxoiï tôt? 
îvxaœtaaxaï^ âvxacptadat xôv îiaxÉpa aùxou ' xa-. âv£Xàç''acrav o£ âvxaçtaaxal xov 
îoroarJÀ • zaï £7:XT{ptoa£v aùxoùç [var. : i-XrJpwaav aùxou] xsaaspâzovxa f)ii£paç' 
oOxw; yàp y.aTapiô|jL0v3vxai at r][j.Épat xfj; xaçrj;. 



296 LA TRIPI-E COAIMÉMORATIOIN DES MORTS 

Ici le cas, au poinl de vue critique, est dilTéreiil : tous les témoins 
s'accordent à lire (jiiarantc, mais saint Jean Chrysostome et saint 
Aiiibroise prennent le texte à contresens, puisciu'ils entendent de la 
durée du deuil ce qui est dit de la durée de rembaumement, alors 
qu'il est spécifié au contraire que le deuil de J;cob avait duré 
soixante-dix jours. 

Le g-rec et le latin, il est vrai, prêtaient à équivoque : èvtaçiâÇciv et. 
sepelire, comme ensevelir en français, peuvent se dire, soit des soins 
que l'on donne au cadavre, soit de sa mise au tombeau. Cependant 
saint Augustin, dans les Locutiones de Genesi {P. L. 34, col. 502) 
marque ({ue ces deux mots doivent s'entendre ici de l'embaumement : 
quod scriptum est : <■<■ dixit iosepb seruis suis sepultoribus ut 
sepelirent patrem eius » non inuenit lingua latina quemadmodum 
appellaret èwaçiaaTa; : non enim ipsi sepeliunt, id est terrae mandant 
corpora mortuorum, quod non est graece Ivraçiotuat, sed Oaij^at. illi 
ergo ivTaojtaaTat id agunt quod exhibetur corporibus humanis, uel 
condiendo uel siccando uel inuoluendo et alligando, in quo opère 
maxime aegyptiorum cura praecellit. quod ergo dicit : « etiam sepe- 
lierunt » curauerunt intelligere debemus. et quod dicit : « quadra- 
ginla dies sepulturae » ipsius curationis accipiendi sunt. sepultus 
enim ille non est, nisi ubi se mandauerat sepeliri. » On ne saurait 
mieux dire. Il n'en est pas moins vrai que saint Jean Chrysostome, 
saint Ambroise, et d'autres avec eux, évidemment sous l'influence 
d'une idée préconçue, ont assimilé les quarante jours de l'embau- 
mement au deuil de la même durée qui s'observait alors à Antioche. 

C'est, en efl"et, la même idée qui, dans la version arménienne 
éditée par Zohrab en 1805, a fait traduire zal £7:X^'pojjav aÙTou 
Tsaaapàxovra rjuspa; par ils le pleurèrent quarante Jours (d'autres mss. 
arméniens lisent au contraire : ses quarante Jours furent accomplis). 
C'est encore la même idée qui, dans les mss. Par. gr. 17 a et Zittau 
A 1. 1., tous deux lucianiques, a fait ajouter t6 jtsvOoç soit, devant 
Tsaaapot/.ovTa, ms. de Paris : /.aî é-Xrjpwaav aùrou <C. to tcévOo; > xeaaa- 
pdcxovva r];ji£pa;, soit après rj;j.£pa;, ms. de Zittau : y.xl IrXrjpwaav aùi'î). 
TEaiapây.ovta ri|j.£paç <;tÔ TcivÔoç^. C'est enfin la même idée qui, dans les 
mss. Chigi, R. vi. 38, Vat. gr. 330, et Athènes, Bihl. nat. 44 (les deux 
premiers lucianiques, et probablement aussi le troisième) a facilité 
une omission qui, si elle s'explique suffisamment par l'effet méca- 
nique de l'homoiotéleuton, n'en a pas moins pour effet de mettre le 
récit d'accord avec l'usage des quarante jours. Vat. gr. 330 : zai 
£7cXYJpwaav aùxou Tsaaapa/.ovia iqiiiooiç [o'jto); yàp y.aTapt6ji.ouvTai at Tjjjispat 
T7]; Tacpr)i; " xai £:î£vOrja£v aùtôv aiyu^iTo; £[jOO[j:r,-/.ovTa fjijLÉpa;] £7:r]8ïi ôÈ 
Ttap^Xôov at r)[X£pat 'i ou tïevQou; C'est enfin la même idée qui, dans 



LIVRES OFFERTS 297 

le ms. de Venise, Marc. gr. 2, a fait réduire à quarante le deuil de 
soixante-dix jours: zai ÈTîÉvÔrjaôv aÙTÔv <xi-^\iT:ioc, Tsaaap â/.ovTa Y)|ji£paç 
(cet. £5oo[X7)'y.ovTa rjfjLspa;). 

Il ressort, semble-t-il, à Tévidence, de toutes ces constatations que 
le deuil de quarante jours était à Anlioche une coutume si solide- 
ment établie que la trace s'en retrouve non seulement dans lesmss. 
qui conservent plus ou moins altérée la recension de Lucien [Gen. 
50 2-3)^ mais dans la recension elle-même de Lucien qui, en Jud. il-*'* 
peut-être, et certainement en Deut. 34 8, n'a pas craint de corriger 
l'original hébreu pour accorder le texte à la tradition de son pays. 



LIVRES OFFERTS 



Le Skcrétaire perpétuel dépose sur le bureau les publications 
suivantes : 

Journal of ùhe Royal Instilute of British Architects, n" 9, t. XXV, 

London UniversUy Gazette, vol. XVIII, n° 202 ; — Supplément, 
31 juillet 1918 ; 

Annuaire général de Vlndo-Chine, Hanoï, 1918 ; 

Revista de archivos, bihliotecas y niuseos, t. XXII, mai-juin 1918. 

M. Clermont-Ganneau présente une brochure de M. Eusèbe Vassel: 
L'épigraphie de Maxula (Tunis, 1918, in-8°). 

M. Emile Senart offre à l'Académie l'ouvrage suivant : The begin- 
nings of Buddhist Art, by A. Foucher. Traduction anglaise par L. A. 
Thomas et F. W. Thomas : 

« Je suis heureux de pouvoir faire hommage à l'Académie, au nom 
de Fauteur, de ce beau volume où se trouvent groupés — en traduc- 
tion anglaise — plusieurs des conférences et mémoires que jNI. Fou- 
cher a consacrés à l'archéologie et à l'iconographie bouddhiques. Je 
n'ai pas besoin de rappeler ici l'autorité exceptionnelle que s'est 
acquise l'auteur dans cet ordre d'études. Elle est attestée une fois de 
plus par les soins qu'a voulu donner à la présente publication M. F. 
W. Thomas, le savant bibliothécaire de Flndia Office. 

« M. Foucher, archéologue au tact délicat, est aussi un philologue 
parfaitement informé, attentif toujours à déterminer et à suivre la 
bonne méthode. Qu'il explique comment pendant une longue période 
— jusqu'à l'intervention de l'influence hellénique — les Bouddhistes 
ont évité de représenter la personne du Bouddha et l'ont, jusque dans 
1918 21 



298 SÉANCE DU 16 AOUT 1918 

des scènes historiques ou anecdotiques, remplacée par divers sym- 
boles, ou qu'il s'oiïorce, dans des images souvent gauches et sirigu- 
lièremenl sommaires, à retrouver des récils transmis par la littéra- 
ture; que, après en avoir dégagé le type ancien, il établisse, avec une 
logi((ue lumineuse, l'enchaînement, à travers des siècles, de la figu- 
ration du « grand miracle de Sràvasti », ou qu'il suive dans les vastes 
monuments de Java l'évolution de l'art venu de l'Inde, — on ne se 
lasse pas de goûter l'aisance ingénieuse de l'esprit, la pénétration 
d'un regard qui ne laisse rien échapper, les l'essources d'une belle 
imagination scientifique. 

« Une illustration abondante et soignée complète le livre (]ui, 
sous cette forme nouvelle, fera plus facilement son chemin et portera 
un témoignage de l'activité française dans le pays même dont il 
évoque si habilement des monuments précieux. » 



SÉANCE DU 16 AOUT 



PRÉSIDENCE DE M. EMILE CHATELAIN, ANCIEN PRESIDENT. 

M. J.-B. Chabot fait une communication sur rinscription 
bilingue grecque et palmyrénienne contenant le tarif d'octroi 
de la ville de Palmyre édicté en l'an 137 de notre ère. 

Cette inscription, découverte en 1881, a été l'objet de nom- 
breux travaux ; mais à cause du mauvais état des textes, plusieurs 
passages n'avaient pas encore été lus en entier. M. Chabot a 
réussi à rétablir le texte palmyrénien des articles concernant les 
droits à payer sur les mulets, sur les fourrages verts, sur les 
statues de bronze. Il a pu compléter aussi le texte grec du der- 
nier paragraphe de la loi, concernant le di-oit de pacage, qui est 
un des articles les plus intéressants de ce document. 

Poursuivant ses études sur la vie académique dans les pays 
slaves, M. Léger lit un mémoire sur l'histoire de la Société des 
sciences de Prague et de l'Académie tchèque. La Société royale 
des sciences date officiellement de Tannée 1784. A cette époque 
ni Vienne ni Budapest n'avaient de corps académique. Au dix- 
neuvième siècle, cette Société est devenue bilingue et a joué un 
rùle sérieux dans les progrès de la science tchèque. L'Académie. 



SÉANCI5 DU 23 AOUT 1918 299 

elle, est purement slave. Elle date de 1888 et doit sa fondation 
à un généreux mécène, l'architecte Illavka, qui en tut le premier 
président. M. Léger résume l'activité des deux sociétés et le 
caractère de leurs publications. 



TJVHES OFFERTS 



Le Secrétauie peupétuel dépose sur le bureau le Bulletin de l'Aca- 
démie des sciences de Russie, n° du 15 mars 1918. 



SÉANCE DU 23 AOUT 



PRESIDENCE DE M. EMILE CHATELAIN, ANCIEN PRESIDENT, 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de la lettre suivante de. 
M. Héron de Villefosse, président : 

« 18 août 1918. 
« Mes chers Confrères, 

« L'état de ma santé s'aggrave et m'oblige à prendre une réso- 
lution pénible : je dois renoncer à la présidence de l'Académie. 
C'est avec un regret profond que je me vois contraint d'aban- 
donner le poste d'honneur auquel m'avait appelé votre bienveil- 
lance. A la tristesse infinie que je ressens en quittant ces hautes 
fonctions s'ajoute la peine cruelle que j'éprouve à vous faire 
part de la détermination qui m'est imposée. » 

Le Président exprime tous les regrets que cause à la Compa- 
gnie la détermination de M. Héron de Villefosse et lui envoie 
les souhaits les plus cordiaux pour une prompte amélioration de 
santé. 

M. J.-B. Chabot complète la communication qu'il a faite à la 
dernière séance sur le tarif d'octroi de la ville de Palmyre. On 
avait adopté l'interprétation des philologues allemands qui avaient 
cru trouver, dans un passage du tarif, la mention du cosius, 
plante aromatique de l'Inde. M. Chabot montre que le mot pal- 



:tO() séa.m;k t.r 2'.] Aoirr lt)IS 

myrénieii qu'on lisait <> costus » n'est autre chose que le mot 
^vec xe.slès « setier ». Il s'agit des droits ;i payer pour l'usage 
des eaux, it l'article du tarit' explique que le niodius employé 
comme mesure comprend seize setiers : autrement dit, on doit 
employer la mesure romaine, seule légale dans tout l'empire. 

Le SECRÉTAniE l'ERPÉTUEL donuc lecture d'un rapport que lui 
a envoyé M. Henri Basset sur des fouilles entreprises par lui en 
collaboration avec MM. le docteur Muguet et le lieutenant 
C.ampardou dans la nécropole de Chella (Maroc). M. Basset 
donne sur cette nécropole les renseignements suivants : 

u A la suite de travaux entrepris par les Services du Génie et 
des Travaux publics, en bordure intérieure de la grande enceinte 
de Rabat, au N.-E. de la porte des Zaër, a été mise au jour de 
façon tout à fait fortuite une double série de sépultures, à inci- 
nération et à inhumation. Cette trouvaille a été le point de 
départ de recherches plus méthodiques qui nous ont permis 
d'évaluer approximativement l'aire de la nécropole. Elle s'étend 
de part et d'autre du rempart almohade, sur une longueur 
nord-sud d'environ 600 mètres, et une largeur d'environ 
200 mètres. 

« Les premières découvertes, tombes à incinération et à inhu- 
mation au-dessous d'une stèle funéraire romaine, nous condui- 
saient à penser que là avait été le cimetière de Sala Golonia, 
ville dont l'emplacement est visible à quelques centaines de 
mètres à l'Est, notamment sur les pentes de l'éperon dont la 
crête est suivie aujourd'hui par le rempart nord de l'enceinte de 
Chella, et dans les jardins qui sont au pied. 

« Les recherches, ainsi fortuitement amorcées, se sont dès lors 
poursuivies sans interruption, d'une part en commençant l'ex- 
ploration méthodique de la nécropole, dans sa partie méridio- 
nale, qui dès l'abord nous parut être la plus riche, d'autre part 
en suivant d'aussi près que possible les travaux de terrassement 
que le Service des Travaux publics était amené à faire dans les 
autres parties de la nécropole. 

« L'intérêt de ce champ d'études, considérable par son étendue, 
se trouve très augmenté par ce fait que les tombes qui le par- 
sèment s'échelonnent depuis vraisemblablement les débuts de 
l'occupation romaine jusqu'à la période musulmane actuelle. 



SÉANCE DU 23 AOIT 1918 301 

' «L'occupation romaine, seule abordée présentement, a laissé 
un grand nombre de tombes parmi lesquelles on disting-ue des 
types très variés de sépultures, mais avec une distribution topo- 
graphique en quelque sorte chaotique. Les tombes comparables 
sont dispersées dans les points les plus divers, souvent sans 
souci d'alignement. 11 n'est pas rare de trouver des tombes 
superposées ou réutilisées même à l'époque ancienne. 

« Malheureusement diverses causes ont contribué à réduire 
dans de fortes proportions la quantité des objets recueillis, et 
surtout de ceux dont la valeur intrinsèque était la plus considé- 
rable. 

« On peut poser en principe que tous les tombeaux romains qui 
initialement se distinguaient par une marque extérieure (maçon- 
nerie, stèle, inscription ont été systématiquement visités par 
les chercheurs de trésors, quelques-uns même dès l'époque 
romaine. Ces tombeaux ont d'ailleurs été bouleversés rapide- 
ment, ce qui nous a permis de bénéficier parfois de quelques pré- 
cieux débris demeurés inaperçus pour les pillards. Les tombeaux 
les plus riches ayant été ainsi plus particulièrement violés, ce 
sont les tombes les plus modestes que nous avons jusqu'ici 
retrouvées intactes. 

« En second lieu, le sol de la nécfopole a été bouleversé en plu- 
sieurs endroits au cours des âges, et ceci pour plusieurs causes 
difTérentes, dont voici les principales : 

« a) L'édification du rempart almohade qui traverse la nécro- 
pole sur une bonne partie de sa longueur. Il est fait en tabia, 
mélangé de chaux et de terre prise sur place : d'où destruction 
des tombes situées de part et d'autre de ce mur ; 

« b) Des constructions de l'époque musulmane, en deux points 
différents, et notamment au sommet des deux mamelons où ont 
été aménagés des silos profonds de 5 à 6 mètres ; 

« c] L'exploitation intensive, dans ces dernières années, d'une 
carrière qui occupe la partie ouest de la nécropole ; d'où des- 
truction probable de nombreuses sépultures. 

« En quatrième lieu, la nécropole ayant servi à toutes les 
époques, iT était inévitable qu'en de nombreux cas la prépara- 
tion d'une sépulture plus récente vînt en bouleverser une plus 
ancienne. » 



.102 LIVRES OFFERTS 

MM. DiKiiAioy, Clermont-Ganneau, Théodore Rkinach, Cha- 
bot et Bouchiî-Leci.ercq présenlenl quelques observations. 

M. J.EGER continue la lecture do sou travail sur la vie acadé- 
mique dans les pays slaves. A propos de l'Académie tchèque de 
Prague, il lait remarquer que celle institution, comme l'Acadé- 
mie sud-slave d'Agram, est due à la libéralité d'un mécène, 
tandis que les Acadéniies de Vienne et de Budapest sont des 
institutions d'Ktat. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaihe perpétuel dépose sur le bureau les publications 

suivantes : 

Complea rendus fies sâances de r Académie des inscripliotïs cl helles- 
lellres, cahier de mars-avril 1918. 

Grammaire de langue moderne et Recueil de textes grecs usuels, par 
M. Hubert Pernot, 2 vol. in-12 (Paris, 1918). 

Du transcendanlisme considéré essentiellement dans sa dépnition ol 
ses origines françaises, par W.Girard ; publication de rUniversilé de 
Californie (California, 1916, in-8»). 

Layamon's Orut : a comparative study in nari-ative art, par Fran- 
cess Lj^tle Gilepsy ; publication de l'Université de Californie, in-8" 
(Californie, 1916, in-S»). 

Vocabulario de la lengua Mnme, par Alberto Maria Careno 
(Mexico, 1916, in-16). 

The University of California-Chronicle, vol. XVIII, n'"- 3 et 4; vol. 
XIX, no 1. 

Bulletin de la Société mexicaine de géographie et d'études, L. VII, 
n" 7 (Mexico, 1918). 

Bollettino délie puhhlicazioni ilaliane, 1918, mai-juin, n» 207 (Flo- 
rence, 1918, in-8). 



303 
SÉANCE DU 30 AOUT 



PRÉSIDENCE DE M. EMILE CHATELAIN, ANCIEN PRESIDENT. 

M. le D"" Carton, correspondant de TAcadémie, a adressé à 
M. Héron de Villefosse la lettre suivante : 

. « Khereddine, le 10 août 1918. 

« Mon cher Maître, 

« Je tiens à vous annoncer de suite une curieuse découverte 
qui vient d'être faite à Carthag^e. 

i< Au cours des études que je poursuis, depuis dix ans, sur le 
littoral carthaginois, à une trentaine de mètres du Mur de mer 
de Falbe, là où j'ai découvert une série de redents sculptés dans 
le rocher, j'avais remarqué une voûte en plein cintre dont la par- 
tie antérieure, brisée, s'ouvrait sur la plage, au fond d'un ravin. 

« Au fond de la voûte se voyait le haut d'une baie en plein 
cintre. Cette disposition et la nature de l'enduit qui revêtait les 
murs m'avaient convaincu qu'il ne s'agissait pas d'une citerne. 

« En outre, j'avais constaté à plusieurs reprises que la grande 
quantité d'eau, roulée par le ravin, les jours de pluie, pénétrait 
tout entière, s'engouffrait même sous la voûte. J'en avais conclu 
qu'il devait y avoir un espace vide en arrière de la porte. 

« J'ai montré depuis plusieurs années cette ruine à un grand 
nombre de personnes, sans avoir eu le temps de l'explorer. 

<< M. le capitaine Loubet, à qui je l'ai indiquée, a bien voulu 
y mettre un homme pour pratiquer un passage derrière la porte, 
qui a 2 m. de largeur. 

« Il a pu être ainsi constaté que derrière la première voûte, 
celle dont la partie antérieure, ruinée, s'ouvre sur la plage, 
s'étendent trois voûtes en berceau situées dans le prolonge- 
ment les unes des autres et séparées par une saillie en forme de 
piliers adossés, se continuant sur l'intrados. 

« La première voûte seule offre à sa partie supérieure une 
ouverture sensiblement circulaire destinée à l'éclairer. 

« J^e couloir ainsi formé a une longueur de 17 m. 50 sur 2 m..')0 



304 SÉANCE DU 30 Aoi r 1918 

(le largeur. En son fond s'ouvre une porte cintrée, large de 
2 m., derrière laquelle se continue un passag'e maçonné, non 
plus cintré, mais couvert de dalles plates à niveau de plus 
en plus bas, comme si elles formaient le plafond d'un escalier. 
Fait curieux, la largeur de ce couloir va en diminuant : elle est 
de 1 m. 30 à l'entrée et de m. 90 dans la partie la plus reculée . 
où l'on ait pénétré. 

« On peut remarquer que le niveau de l'intrados des voûtes 
qui précèdent le couloir va aussi en s'abaissant. Il n'a été prati- 
qué ici que juste le passage nécessaire pour permettre à un 
homme de s'y glisser, et je confesse 'que je n'ai pu le visiter en 
entier, tout le reste étant rempli de terre et de vase. 

u Je m'abstiendrai de toute hypothèse au sujet de cette 
curieuse construction. S'agit-il d'un égout, d'un passage souter- 
rain, de cette entrée des catacombes que l'on cherche depuis si 
longtemps à Garthage ? Je l'ignore. Il serait certainement inté- 
ressant de poursuivre le travail de dégagement. 

« Ces voûtes se ti^ouvent exactement au-dessous de l'endroit 
où le R. P. Delattre a trouvé une grande quantité d'amphores 
qu'il considère comme ayant formé un travail de soutènement. 

« Le plan et la coupe ci-joints sont l'œuvre du sergent Sénéga 
que le général .41ix a bien voulu, sur ma demande, détacher à 
la Goulette, où il occupe, depuis six mois, ses loisirs à faire le 
relevé très détaillé du mur maritime. Grâce à son dévouement 
et à son talent, j'espère pouvoir bientôt vous présenter une série 
de grandes planches très claires et très bien exécutées, donnant 
une idée fidèle de l'état des lieux et qui permettront ainsi aux 
savants de mieux juger des hypothèses émises sur ce sujet. « 

M. Omon't communique des extraits d'une lettre qu'il vient de 
recevoir d'un savant bénédictin français, Dom André AMlmart, 
actuellement mobilisé à Londres, qui a bien voulu examiner le 
texte des fragments d'un très ancien manuscrit latin provenant 
de l'Afrique du Nord, signalé à l'Académie dans sa séance du 
19 juillet dernier. 

« Je crois, écrit Dom \\'ilmart, que ces fragments africains, 
malheureusement si délabrés, sont les débris d'un ti'aité polé- 
mique contre le Manichéisme, et j'incline à y voir l'œuvre d'un 



TJVRES OFFERTS 305 

disciple de saint Augustin, plutôt que celle d'un contemporain 
de Fulgence de Ruspe. Le premier livre, autant qu'on peut voir, 
l'ail ressortir l'organisation particulière de l'église manichéenne, 
à deux degrés : les « auditeurs » ou « catéchumènes » et les 
« élus ». Nous savons en elTet par saint Augustin [Ep. 236) que 
les Manichéens classaient ainsi leurs adeptes. Je note surtout la 
comparaison proposée (fol. 2 v", col. 2) avec les deux sœurs 
Marthe et Marie ; les « élus » sont bien l'élite, les parfaits, les 
initiés, ceux qui ont tout quitté pour Dieu, et au service des- 
quels peinent les simples « auditeurs », attaché^ aux biens de ce 
monde, « disciples du second rang ». Le deuxième livre se pré- 
sente comme une suite de citations des Épîtres de saint Paul, et, . 
dans l'ensemble, la Bible que ces passages attestent est assez 
rapprochée de notre Vulgate. » 

M. E. PoTTiER donne lecture d'une Elude sur la céramique 
ibérique, d'après des fouilles et des publications récentes. Le 
problème relatif à la date et à la formation du décor des vases 
peints en Espagne s'est un peu éclairci. Il est certain aujourd'hui 
que ce style, analogue à celui de la Crète et de Mycènes, est 
beaucoup plus récent et ne se trouve pas avant le v« siècle a. 
J.-C. On peut croire aussi qu'il s'est formé spontanément sur 
place et doit fort peu aux influences extérieures. Les fouilles de 
Numance et d'Emporium montrent les différentes phases de la 
fabrication des vases qui s'enchaînent logiquement comme dans 
les autres régions du bassin méditerranéen. M. Pottier insiste 
sur le caractère original et indépendant de l'industrie ibérique, 
visible dans les ex-voto de bronze comme dans la céramique. 

AL Salomon- Reinagh présente quelques observations. 



LIVRES OFFERTS 



Le SEcnicTAinE perpéti-el dépose sur le bureau les publications 
suivantes: 

J. de Servières, A lu gloire des antiques..., avec une lettre de 
Frédéric Mistral (Marseille, 1918). 

Raphaël Blanchard et Bui Van Quy, Sur une collection d'amu- 



306 LIVRES OFFERTS 

telles chinoises lexLrail de la Revue ;uilhropolo(jique, juillet-août 

1918). 

Société des Antiquaires de l'Ouest. Bulletin H(-s3' et /i' trimestres 

1917 (Poitiers, 1918). 

Bulletin delà Société scientifique, historique et urchéoloQique do h 
Corrèze. T. LX, 2'' livraison, avril-juin 1918. . 

London University Gazette. Supplément (14 août 1918). 

E. Cliassinnt, Cnston Maspero (extrait du Recueil de travaux 
relatifs h h philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, 
vol. XXXVIII, 1918). 

M. Henri Cordieu offre à l'Académie l'article qu'il a consacré à 
Edouard Chavannes (extrait du Journal asiatique, mars-avril 1918). 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 



SÉANCE DU 6 SEPTEMBRE 



PRÉSIDENCE DE M. EMILE CHATELAIN, ANCIEN PRESIDENT. 

M. HoMOLLE annonce à rAcadémie qu'il a reçu la visite du 
maréchal des logis, en permission, Léon Uey, qui dirige, depuis 
le départ de notre confrère M. Thureau-Dangin, et de M. Mendel, 
les travaux du Service archéologique de l'armée d'Orient. 

Après avoir prié M. Homolle de transmettre à l'Académie les 
remerciements du Service, pour la subvention qu'elle a bien 
voulu lui accorder sur la fondation Piot,ila indiqué brièvement 
la nature des recherches qu'il poursuit. Vu la rareté^ et l'ex- 
cessive cherté de la main-d'œuvre, elles consistent surtout en 
relevés topographiques étendus et très minutieux, qui permet- 
tront de donner prochainement une nouvelle édition de la carte 
archéologique de la Macédoine qui a été ofîerte dernièrement 
à l'Académie. 

Les objets qui peuvent être découverts au cours de ces 
recherches, ou qui sont recueillis fortuitement et apportés au 
Service, sont, par ses soins, réunis en un musée qui, la guerre 
finie, sera remis à la Grèce, comme une manifestation de 
l'oeuvre scientifique de l'armée française. 

M. Rey a annoncé que dès son retour à Salonique, il adressera 
à l'Académie, pour la Commission Piot, un rapport sur les 
recherches du Service archéologique, auquel il joindra la nou- 
velle édition de la carte de la Macédoine. 



308 l/h^PITAPHF. D APROISIA DE SALOM: 

M. Clermont-Ganneau lit une note sur rrpilaphe f^recque 
d'Apronia de Salone, dont il propose une nouvelle explication '. 

M. le comte Begouea fait passer sous les yeux de l'Aca- 
démie les photographies des gravures rupestres découvertes par 
lui et ses lils dans une grotte de Montesquieu-Aventès (Ariège), 
à laquelle il a donné le nom de Grotle des trois frères. Il étudie 
successivement chacun des animaux qui y sont figurés el indique 
rinlérêt de cette l'iche trouvaille. 

MM. Salomon Rkinacu et Pottier présentent quelques obser- 
vations. 



COMMUNICATION 



l'épitaphe d'apronia de salone, 

PAR M. CLERMONT-GANNEAU, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

M. G. Seure a ^publié, il y a quelque temps-, une petite 
stèle funéraire de basse époqvie, découverte en Bulgarie, à 
Sophia même, et conservée dans le Musée de cette ville. 
Elle porte une inscription grecque de dix lignes, en carac- 
tères irréguliers et mal gravés. C'est l'épitaphe d'une 
femme dalmate nommée Apronia, native de Salone, et 
épouse d'un certain Malchos, originaire de Syrie {:>lùpo:), 
de son état tailleur de pierre (Au6oupYÔç = )a6o'jpYÔç). La 
physionomie même du nom de cet artisan oriental, établi 
dans la péninsule balkanique — MâX-/3; = idSd — semble 
indiquer qu'il devait être d'extraction nabatéenne. 

L'épitaphe, en soi assez banale, se termine par une accla- 
mation funéraire qui occupe toute la dixième ligne, et qm 

1. Voir ci-après. 

2. Revue archéoL, mai-juin 1916, pp. 359-362, d'après une notice de 
M. Filov (Izvestia Soc. Arch.. 1911, p. 268, fig. 1). 



i/épitaphk daproma liE sai.om: 309 

n est pas sans offrir quelque difficulté. M. Seure, suivant la 
leçon donnée par M. Filov, transcrit : 

OYMYNAHPGONIA 

et lit, en restituant la première lettre : 

[0]u[j-uv, 'ATzpwvîa 

Il suppose avec raison que ce mot, d'aspect bien bizarre, 
8jîj/Jv, doit équivaloir aux formules "/aïpe, 6âp<j£i, ôùtJ/ûyei, 
des épitaphes païennes et chrétiennes. Ce n'est pas, 
d'ailleurs, sans hésitation qu'il s'arrête à cette lecture. Il 
avait pensé un moment à restituer o5[Xs v]jv, sur la foi d un 
vers d'Homère {Od. , XXIV, 3) où l'impératif ouXs, associé 
k yxlpz, semble avoir un sens analogue {=\j^i(xi^z selon 
Hésychius) ; mais il reconnaît lui-même l'invraisemblance 
de cette seconde conjecture et, en désespoir de cause, il 
croit devoir s'en tenir à la première. Seulement il s'agit 
alors d'expliquer ce mot étrange lu ôupiyv. M. Seure vou- 
drait y voir l'équivalent, par iotacisme, d'un infinitif 
9'jp.sîv, infinitif qui serait employé ici au sens de l'impératif 
— ce qui est déjà quelque peu surprenant. Mais il y a une 
objection plus grave encore que M. Seure formule lui-même 
ainsi : « Toutefois, si cette lecture peut convenir aux lettres 
(( gravées et au sens (ôJiJLS'. = 6apa£i, e'jàù-/ei), elle a le 
(( défaut de supposer un verbe 9u;j.£co, justifié peut-être par 
« le composé kr.'.Qu[j.i(^ •, mais dont je n'ai pu trouver 
« d'exemples. Je penche, faute de mieux, pour cette inter- 
« prétation. » 

Il faut avouer, toutefois, qu'elle est bien peu satisfai- 
sante à tous égards. Je crois que c'est dans une toute autre 

]. Il aurait été plus expédient, ce point de vue admis, de faire 
état d'un autre composé, soit çùGuaÉw, dont les acceptions répondent mieux 
à ridée générale des acclamations similaires et dont l'impératif apparaît 
dans certaines acclamations funéraire 



310 1,'ÉPITAPHE d'aPROMA HF, SAI.ONK 

direction (|u"il convient de chercher hi solution de cette 
petite éniijnic. Elle est très simple. On doit, d'abord, tenir 
compte de l'aspect paléog-raj^hiciiie du mol, d'après les 
observations sugg'érées à M. Seure par l'examen de la pho- 
too;raphie : a Le M, nous dit-il, n'est pas absolument net, 
le IM paraît comme surchargé dune autre lettre, peut-être 
un p. » J'insiste sur les mots que j'ai soulignés et, faisant 
état de l'indication qu'ils contiennent, je propose tout 
simplement de rétablir la graphie : 

OYIVIYN = (e)YMY(PI), soit, pour l'ensemble de la 
ligne 10 : (£)'j[j,(oî)p(£)t, 'ATrpwvta. 

Ej[jLÛpi est l'orthographe iotacisantc de l'impératif 
cj;xcipc'., dont l'emploi comme acclamation funéraire est 
attesté par nombre d'exemples '. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les publications 
suivantes : 

J.-A. Brutails, Au sujet de VAndorre (Bullelin hispanùjue des 
Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, 4*= série, XL" année, 
Bordeaux, 1918); 

V. Giuffrida Ruggeri, Se i popoli del mare délie iscrizioni gerogle- 
fîche appartengano tutti alV Italia (estratto dalla Rivista d'Antro- 
pologia, vol. XXII, Roma. 1917-1918); 

America Latina. Numéro aniversario, 1914 (Agostino, 1918). 

Société des Antiquaires de l'Ouest. Bulletin du 1"' trimestre 1918 
(Poitiers, 1918). 

Det. Kgl. Danske Videnskabernes Seskab historiks-filologiske 
Meddelelscr. : I. 5. Négation in english and other languages, by 

1. Voir le Thésaurus, s. v. sùaotpÉw et, surtout, II. van Herwcrden, 
Lex. graec. suppleloriam ; cf. les Inscr. graecse Siciliae et Italise, n"' 114, 
124 et, surtout n" 2387, sarcophage découvert à Pola en Istrie, où on lit : 
EùasSia vj[).o[oi ; il est à noter que cette Eusebia est une quasi-compatriote 
de notre Apronia de Salonc. 



SÉANCE DU 13 SEPTEMBRE 1918 3H 

Otto Jespfersen ; I. 6. Die Uebernahme und Enlwicklung des Alpha- 
bets durch die Griechen, von Martin P. Nilsson ; l, 7. Die Enlsle- 
hungsgeschichte des Goethischen Faust, von Chr. Sarauw; II. 1. Jon 
Arasons religiose dicte, von Fionur Jônsson ; II. 2. L'histoire éty- 
mologique de deux mots français (haricot, pai-vis), par Kr. Nyrop 
(Copenhague, 1917-1918). 

M. Henri Cordieh a la parole pour un hommage : 

« Au nom de l'auteur, M. IIoo Chi-tsai, j'ai l'honneur de déposer sur 
le bureau un ouvrage important dans lequel ce jeune savant chinois, 
diplômé de l'École libre des Sciences politiques, a étudié: Les bases 
conventionnelles des relations modernes entre la Chine et la Russie. 
Ce travail, qui a servi de thèse de doctorat en droit à M. Hoo Chi- 
tsai, est divisé en trois parties dans lesquelles sont examinés succes- 
sivement : la situation réciproque de la Chine et de la Russie vers 
le milieu du xix'^ siècle; les avantages obtenus par la Russie à la 
faveur des hostilités entre la Chine d'une part, la France et l'An- 
gleterre de l'autre; les avantages obtenus parla Russie à la faveur 
de l'insurrection doungane. Un excellent index alphabétique termine 
ce livre dont je ne puis dire tout le bien que j'en pense, en ayant 
écrit la Préface. » 



SÉANCE DU 13 SEPTEMBRE 



PRESIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

M. Franz Cumont, associé étranger, commente une inscription 
découverte tout récemment dans les ruines de Madaure, 
communiquée à M. Gagnât. Cette dédicace fait mention des 
hustiferi de la déesse Virtus, nom latin de Ma, une Bellone 
asiatique. On n'était pas d'accord sur le caractère de ces porte- 
lances, déjà connus par quatre autres inscriptions. Le texte 
nouveau prouve qu'ils formaient non pas, comme certains l'ont 
cru, une milice municipale, mais bien une confrérie religieuse. 
C'étaient des soldats de parade, qui figuraient dans la procession 
fastueuse desHilaries, où la statue de la déesse était portée sur 
une civière à la suite de celle de Cybèle * . 

1. Voir ci-après. 



',]\'2 LKS <( IIASTIFKIÎI » DE RRLLOiSK 

MM. Clermont-Ganm'.au, Bouciiii-LECLiiRCQ et Babki.on pré- 
sentent quelques observations. 

M. Louis LiiGER coulinue la Iccluie île son mémoire sur les 
.Académies des pays slaves. 11 retrace l'histoire de rAçadcniie de 
Gracovie fondée par l'empereur François-Joseph, en 1871, pour 
faire pièce à la Russie, qui aurait dû faire de Varsovie le centre 
intellectuel du monde polonais. Cette Académie a déjà édité 
nombre de précieuses publications. 

M. Léger termine par une notice sur l'Académie bulgare, de 
fondation toute récente, et qui n'avait encore publié qu'un 
annuaire quand la guerre a éclaté. Il y a quelques années, les 
Académies des pays slaves avaient décidé de se réunir dans des 
Congrès internationaux. Un seul a eu lieu ; mais la Pologne 
s'était tenue à l'écart. i\L,Leger exprime, en terminant, le vœu 
que cette innovation puisse être reprise et que l'Institut de 
France s'intéresse de plus en plus à l'activité intellectuelle du 
monde slave. 



COMMUNICATION 



les (c hastiferi » de bellone 
d'après une inscription d'afrique, 

PAR M. FRANZ CUMONT, ASSOCIÉ ÉTRANGER DE l' ACADÉMIE. 

Si je puis communiquer à l'Académie l'inscription 
importante qu'on va lire, je le dois à l'aimable libéralité de 
M. Gagnât, qui, ayant aperçu l'intérêt singulier de cette 
dédicace, dont M. Albert Ballu lui avait envové le texte, a 
bien voulu me laisser le soin de la commenter. Ce texte 
vient d'être découvert au mois d'août de cette année dans 
les ruines du fort byzantin de Madaure, en Numidie, la 
ville où naquit Apulée et où saint Augustin fît ses pre- 
mières études. 11 manque à gauche (juelques lettres; le 



LES « KASTIFERI » DE BELLONE 



313 



reste se lit aisément, sauf un mot (1. G) qui paraît avoir été 
mal copié, et devoir être corrigé : 

STHIFERORVM • DEAE. VIRTVTIS 
DVAS DEXTRA|2Î SlNIXTRApjET.GRADVS-D.S.F 



VICTOR. FL.P P SAC 
S.MADAVRIVS SAC 
RLMIANVS . SAC 
IVS.SABINVS F NAS 
S SERVILIVS . SAC 
TIVS NVMIDIVS 
VIVS.CREMENTIVS 
ENTIA BONIFATIA Ci 
ANISTRARIA Ci 

Ce qui peut être complété : 

Genio ha]sthiferoruni deae Virtutis 

exedras? d]uas dexlra sinixtra et gradusd{e) s{uo) f{eceruiit) 

Victor, fl[amen) p{er)p{etuus] 

sac[erdos). 
s Madaurius, sac[erdos). 



T FLAVIVS-NATALIS 
C VALERIVS SABINVS, 
L.AVIANIVS FELIX 
C.FLATIVS DOMITIVS 
T.FLAVIVSMAXIMVS 
a.AGRIVS VITALIS 
NOMINA CANISTRARIE 
ANTONIA MATRONA 
MANILIA HONORATA 
IVLIA LVCILIA 



5 . . . . P]riininnus, sac{erdos} 
.ius Sabinus f^ilius) nas? 
.s Servi lliis, sac{erdos) 
.tins Nur7iidius 
.n]ius Crementius 
10 Val]entia Bonifalia 
c]anistraria 



T. Flavius Natalis 
C. Valerius Sabinus 
L. Avianius Félix 
C. Flavius Domilius 
T. Flavius Maximus 
Q. Agrius Vitalis 
Nomina ca?iistrari[a]e 
Antonia Matrona 
Manilia Honorata 
Iulia Lucilia 



L. 1. Genio est restitué craprès C.I.L., XIII, 8184, cf. infra, 
p. 316, n.3. — L. 3. Exedras est conjectural; on pourrait songer 
a porticus, columnas, portas, etc. — L. 3suiv., col. 1. Sac. est 
d'ordinaire Tabréviation de sacerdos, mais il peut paraître sur- 
prenant que quatre ou cinq prêtres, attachés au temple de 
Bellone, figurent ici à côté d'un nombre à peine supérieur à 
d'autres dédicants masculins. J'ai donc songé à la restitution 
sac{ratus). Ces « initiés » seraient joints aux canislrariae 



1918 



22 



314 LKS « MASriFElU » DE liElJ.ONE 

comme dans une inscription romaine de la Vinjo Caeleslis 
(Dessau, Inscr. seL, i 138) : SucerJus... uiia cuni sacralis et 
cunislniriis. Cf. Aug., Civ. Dei, II, 26, 2 : Sacrali Cereris. On 
trouve ces sacnili à Madaure même, dans le culte de Bacciius 
(Aug., J'^p., 17, P. L. XXXIII, 84 : Liberum illurn rfuern pan- 
coriiin sacratoriini oculis cominilcndum pulatia). Mais M. Cler- 
monl-Ganneau me t'ait observer qu'en Afrique sacerdos avait 
souvLMit un sens très alFaibli et ne désignait pas nécessairement 
un oiriciant. Ainsi tlans le temple de Saturne à Aïn-Tounga, on 
n'a pas trouvé moins de 152 sacerdoles nommés dans les dédi- 
caces (Berger et Gagnât, Le sanctuaire dW'tn-Touncja [extr. 
du Bull, archéul. coin. Irav. hisl. 1889], p. 42). Il s'agit, il est 
vrai, idi d'un culte indigène, dont les prêtres étaient peut-être 
annuels. Mais une ollVande à Bellone elle-même est faite à 
Rusicade [C.I.L., VIII, 7957) par un sacerdos avec ses quatre 
enianls, sacerdoles comme lui. Il est donc préférable de suppléer 
ce mot plutôt que sacratus dans notre inscription de Madaure. 
Les deux termes devaient d'ailleurs être à peu près synonymes. 
Cf. les Actes de sainte Perpétue dans Ruinart, Acl. mari., § 
18: A GarLhage, les chrétiens sont obligés de revêtir le costume, 
viri ifuidem sacerdoluni Satiirni, feniinae vero sacralaruni 
Cereri. — L. 6. NAS. On pourrait douter de l'exactitude de 
la transcription ; la correction [s]a[c][erdos) est suggérée par les 
lignes qui précèdent et par celle qui suit. Mais une vérifica- 
cation de la lecture sur l'original en a confirmé l'exactitude. 
M. Glermont-Ganneau a songé au litre mystérieux de nasililim 
(nasil des dieux?) porté par un grand nombre de dédicants dans 
le sanctuaire d'Aïn-Tounga [op. cil.., p. 47 s.). Le mot nasi est 
employé pour le chef de la communauté dans une inscription 
gréco-phénicienne du Pirée {Rev. archéol., 1888, I, p. 5 suiv.). 
L'araméen ayant été en Gappadoce et dans le Pont la langue 
littéraire et probablement liturgique, on pourrait trouver dans 
le clergé de Ma un litre sémitique. — L. 10. Bonifatia qui 
vient de honum [aluni et non, comme on l'a dit (Forcellini, s. v, 
Bonifacia)., de honum facere, paraît être une traduction du nom 
sémitique bien connu Gydenneme Gadna 'am {Corp. inscr. 
sem,, Phoen., n" 383 ; Baethgen, Beilràge zur semil. Religions- 
geschichte, 1888, p. 60). — L. 9, col. 2. Au lieu de canislrarie, 
on attendrait canistrariarum. 



LES « HASTIFERl » DE BELLONE 31 S 

'Si j'interprète exactement ce texte mutilé, c'était une 
dédicace au génie des hastifcri de Virtus, c'est-à-dire de 
la déesse Ma, vénérée dans les temples célèbres des deux 
Comane, celles de Gappadoce et du Pont. Lorsque son 
culte fut introduit à Rome, du temps de Sylla, Ma fut 
assimilée à la Bellone italique, et aussi à Virliis, la 
Vaillance, adorée depuis long-temps avec Honos, IHonneur 
militaire. Les inscriptions appellent la divinité asiatique 
naturalisée romaine, tantôt Bellona, tantôt Bellona- Virtus ', 
et simplement aussi, nous le voyons ici, Virtus ~. Un 
groupe de bienfaiteurs se sont cotisés pour construire à 
leurs frais deux exèdres, ce semble, placées à droite et à 
gauche, et les degrés qui précédaient l'entrée du local 
[schola] où se réunissait cette confrérie de porte-lances. 
Parmi les consécrateurs, on trouve d'abord quatre ou cinq 
prêtres, sac{erdotes), ou peut-être des sac[rati), c'est-à-dire 
des initiés parfaits voués au culte de la déesse ; l'un d'eux 
est en outre « flamine perpétuel » du culte officiel des 
empereurs. Suivent huit fidèles, qui n'exerçaient point le 
sacerdoce ou n'avaient pas atteint, comme les premiers, 
le deg-ré supérieur de l'affiliation aux mystères ; enfin la 
liste se termine par les noms de quatre femmes, canis- 
trariae. Nous reviendrons sur ce titre. 

1. Lactance, Inst., I, 21, 16 : (Sacra) alia sunt Virtutis, quam eandem 
Bellonam vocaiïl, in quihiis sacerdotes, non aliéna sed siio criiore sacri- 
ficanl. — Bellona Virtus, plusieurs fois dans les inscriptions : C.I.L., 
XIII 7281 (in/'ra, p. 316), V, 6597 ; Gagnât, .Ijuie'e épigr., 1898, n» 61 (t/i/'ra, 
p. 320). On a supposé que celte identification avait été provoquée par une 
ancienne assimilation de la Bellone latine avec la déesse italique Nerio 
Virtus (Aust. dans Pauly-Wissowa, Realenc, s. v. « Bellona). Il est plus 
vraisemblable que déjà en Gappadoce Ma avait été regardée comme une 
'Ap£TT[ ; cf. Mon. myst. de Mithra, t. I, p. 151. 

2. Virtus est plusieurs fois mentionnée dans les inscriptions d'Afrique, 
et l'on peu^ se demander si, comme à Madaure, ce nom ne dési}:;ne pas 
ailleurs encore la Bellone asiatique; ainsi à Tébessa {C.I.L., VIII, 1SS7), 
où un bienfaiteur de la ville ofTre [sfa^i/as] deae Caelestis, deae Virtutis. 
— De même à Ostie, où une statuette d'argent de Virtus est donnée aux 
dendrophores de Cybèle {C.I.L., XIV, 69) ; cf. infra, p. 319, note 2. 



31 () LES >i IIASTIFKRI » UK HELLONE 

La présence ptirnii les personnages énunicrés de trois 
Flavii et l'absence de tout Aurcliiis assignent comme date 
probable à l'inscription la fin du i*'" siècle ou la première 
moitié du ii"^. 

On connaissait déjà quatre textes épigraphiques men- 
tionnant des hastifcri, et ils ont provoqué, depuis un 
demi-siècle, de nombreux commentaires ^ Les deux plus 
importants ont été découverts, l'un et l'autre, à Kastel, 
l'ancien Castellum Mattiacoruni, à la frontière de Ger- 
manie" : le premier est une dédicace faite le 23 août 236, 
In honorem d[ornus) d[ivinae) deae Virtuti Bellonae^ par 
les hastiferi civitatis Mattiacorum au nombre de dix-neuf. 
Le second rappelle que les hastiferi sivepastores consisientes 
Kaslello Maltiacorum ont fait une consécration au nunien de 
l'empereur le 24 mars 224. Les deux autres inscriptions, 
beaucoup plus concises, ont été trouvées à Cologne, sur le 
Rhin •^, et à Vienne, sur le Rhône ^ : l'une commémore, 
comme la nôtre, une offrande (/cnio hastife[ro]rum, l'autre, 
le don d'une statue de ce même génie. 

On a émis au sujet de ces hastiferi, qu'aucun écrivain 
latin ne mentionne, deux opinions contraires ^, qui ont été 
ensuite diversement modifiées et combinées. La première, 
à laquelle l'autorité de Mommsen assura un large crédit, 
se fondait sur ce fait que les deux dédicaces les plus expli- 
cites provenaient d'une place forte située à proximité du 
limes germanique : on crut donc que les hastiferi étaient 

1. Ou en trouvera une liste très complète dans Waltzing, Corporations 
professionnelles, t. IV, 1900, p. 92 s. La question a encore été traitée 
depuis par Hepding, Atiis, 1903, p. 169 ss. ; Graillot, Culte de Cyhèle, 
1912, p. 278 s. ; Maug, dans Pauly-Wissowa, jReaienc, s. v. « Hastiferi ». 

2. C.I.L., XIII, 7281, 7317. 

3. Ib., 8184 : Genio hastif'er[or]um. Le nom des hastiferi avait été res- 
titué à tort dans une inscription de Mayence {Ib., 7250). 

4. C.I.L., XII, 1814. Sous un «signum Genii » : Niimeriiis Euprepes 
magister astiferor{um). 

5. Elles ont été déjà exposées et opposées par M. Gagnât dans Saglio- 
Pottier, Dict., s. v., « Hastiferi ». Cf. Waltzung, l. c, etc. 



LES « IIASTIFERl » DE BELLONE 317 

un corps de milice, recruté parmi les bergers du voisinage, 
et qui aidait les troupes régulières, en cas de danger, à 
défendre la frontière. La présence d'un collège semblable à 
Vienne n'était guère favorable à cette explication : on 
supposa que ces lanciers y formaient une garde municipale 
ou un corps de police chargés du maintien de l'ordre. 

Selon d'autres, au contraire, les hastiferi appartenaient à 
une confrérie religieuse, consacrée àBellone, et l'on a sug- 
géré diverses explications de leur office dans le culte de 
la déesse étrangère. 

Il serait oiseux d'insister sur toutes les conjectures qui 
ont été proposées et de les discuter en détail, puisqu'au- 
jourd'hui un document nouveau vient jeter une lumière 
inespérée dans cet obscur débat. 11 vaut mieux essayer de 
préciser le caractère et le rôle, tels qu'ils peuvent être main- 
tenant déterminés, des « porte-lances » deBellone. Je suis 
d'autant plus heureux de reprendre ici la question que moi- 
même j'ai hasardé en cette matière des idées qui sont 
sujettes à correction'. 

Que les hastiferi forment une association religieuse, 
vouée au culte de Bellona- Vij'tus, c'est ce qui est mainte- 
nant de toute évidence. La formule même hastiferi deae 
Virtutis prouve qu'ils appartiennent en propre à la déesse. 
Non seulement nous les trouvons établis dans une paisible 
cité de la Numidie Proconsulaire, où aucune troupe n'était 
cantonnée, mais la libéralité qui leur est faite, en la per- 
sonne de leur génie tutélaire, a pour auteurs des sacer(/o^es et 
des canistrariae. Ce dernier terme, qui paraît n'avoir été 
usité que dans les temples africains-, est la traduction du 
grec -/.xTrioôpoç : il désigne les femmes qui portaient, notam- 
ment dans les processions, le canistrum, la large corbeille 

1. Ro.vue crhistoire el de litt. relig., t. VI, 1901, p. 97 s.; cf. Hepding, 
l. c. : Graillot, l. c. 

2. A Cherchel : C./.L., VIII, 9337, 9321. A Carthage : tft., 12919. A Rome, 
dans le culte de la Virgo Caelestis: Dessau, Inscr. sel., 4i3S. 



318 LES « IIASTIFFRÎ » DE BELLONE 

circulaire renfermant les oirrandes et les objets du culte ^ 
La mention de ces canisfrnriae corrobore donc l'opinion de 
ceux qui faisaient de la confrérie de la Lance luie troupe 
d'apparat lig'urant dans les cortèges liturgiques de Bellone. 

Pour comprendre le sens exact du moi hastifcri, il suffit, 
crovons-nous, de le retraduire en grec : il rend certainement 
oopu^opci, qui veut dire « lanciers », mais aussi « gardes du 
corps >:, et s'applique en particulier à l'escorte des princes. 
Quand un roi apparaissait sur la scène, il était insépara- 
blement accompagné de Bopuçipcf, si bien que, dans l'argot 
du théâtre, ce terme finit par signifier en général un per- 
sonnage muet, un comparse ". 

Or Strabon^, parlant des temples des deux Comane, 
nous dit que leur grand-prêtre était, en Cappadocê et dans 
le Pont, le second personnage de l'Etat, sa dignité n'étant 
inférieure qu'à celle du roi, dont il était d'ordinaire le 
parent. Ainsi, ajoute le géographe, dans les cortèges, 
qu'on appelle « sorties de la déesse » (sHoSoi) et qui avaient 
lieu deux fois l'an, le prêtre marchait le front ceint du 
diadème. Il n'est pas douteux que ce prélat, entouré d'un 
appareil royal, avait aussi une garde de doryphores. C'est 
là, si je ne me trompe, qu'il faut chercher l'origine de nos 
hastiferi. Ils subsistèrent en Occident parce que leur pré- 
sence faisait partie du cérémonial traditionnel des fêtes, 
aussi bien que celle des fanaiici, vêtus de robes noires et 
coiffés de bonnets d'astrakan, des cistophores ^, porteurs 
de la ciste mystique, et des canéphores ou canistrariae 
avec leur large corbeille plate posée sur la tête. Ces soldats 



1. Saglio-Pottier, Dict., s. v. « Canistrum ». 

2. Pauly-Wissowa, Realenc, s. v. Aoou(popYi[j.a. 

3. Slrabon, XII, 3, 32 (p. 557 C). Sous les anciens rois du Pont, o\ç xoij 
ÏTOu; xarà xà? èÇdoou; Xsyotxéva; tîjç ôeou oiâ5r)[jia cpopwv âTuy7_av£v ô Upsuç 
xal tJv SeuTEpo; xaià trjv xtji-^v [jlstx tov [SaaiXéa. Même expression à propos 
du grand-prêtre de Comane en Cappadocê, XII, 2, 3 (p. 535 C). 

4. C.I.L., VI, 2232. Cf. Sa,^lio-Poltier, Dict., s, v. <■ Bellona », ûg. 815. 



LKS « HASTIFERI )) DE BRLT.ONE 319 

de parade gardaient leurs lances d'autrefois, à peu 
près comme nos suisses continuent d'être armés de la 
hallebarde. On les considérait sans doute, non plus comme 
l'escorte du prêtre-roi, mais comme celle de la déesse 
guerrière, au service de laquelle ils étaient entrés K 

Strabon ne nous dit pas à quelles dates avaient lieu les 
deux « sorties » de Ma, mais nous pouvons fixer celle de 
l'une d'elles. Lorsque le culte sanguinaire de la Bellone 
asiatique fut transporté en Italie, il contracta une alliance 
étroite avec celui de C^'bèle, "depuis longtemps adoptée 
sous le nom de Maç/na Mater par le peuple romain : la 
déesse pérégrine put ainsi jouir de la protection officielle 
accordée à la Grande Mère, qui avait été reconnue comme 
une divinité de l'Etat. La Gappadocienne se subor- 
donna à la puissante Mère phrygienne, si bien qu'on la 
trouve parfois, comme Attis, adorée dans le même temple -. 

1. Cf. C.I.L., VI, 2232 : Hasta in aede Bellonae in luco dicata est par 
un fanaticus de la déesse. 

2. C'est ce qui ressort d'une inscr. de Corfinium, C.I.L., IX, .3146 : Acca, 
ministra Matris Magnae, Matrem refecit Maynam et inauravil et Attini 
comam inaiiravit et Bellonam refecit; cf. C.I.L., VI, 490 et XIV, 69 
[supra, p. 315 n. 2). Le mous Vaticanus, nommé dans une des deux dédicaces 
de Kaslel (XIII, 7281), Lire son nom du Phrygianum, du Vatican, où des 
tauroboles furent célébrés jusqu'à la fin du paganisme. Constatant les rap- 
ports étroits qui liaient le culte de Ma à celui de Cybèle à Rome, j'ai émis 
autrefois l'opinion que le taurobole avait passé du premier dans le second 
[Relig. orientales-, p. 332, n. 34) et invoqué notamment, à l'appui de celte 
manière de voir, un texte de Steph. Byz., s. v. Mâaxaupa'âxaXeÏTO os xal 
fj 'Pii Mx -/.al xaypo? ay-r] è8j£T0 -aoà AjSo'.ç. Ce texte a pris une valeur 
nouvelle par suite de la découverte dans la plaine Hyrcanis. en Lydie, d'une 
dédicace Ma ivzr/.r'-.M (v. Premerstein, Reise in Lydien dans Denkschr. 
Akad., Wien, 1908, p. 28. Même épithète à Pergame, Aihen. Milleil., 
XXIX, 1904, p. 169, et à Edesse, cf. infra). Les colons iraniens qui don- 
nèrent leur nom à ce canton de Lydie (Strab., XIII, 4, 13, p. 629 C) 
empruntèrent vraisemblablement le culte de la déesse de Cappadoce aux 
Perses établis en grand nombre dans ce dernier pays. Ma avait été identifiée 
par eux avecla divinité mazdéenne delà lune,Maonha, Mao, Mah (cf. Plut., 
Sylla, 9, et Saglio-Pottier, Dict., fig. 851). Les pâtres sacrés (|jO'jxo'Xot) 
qui paraissent avoir existé déjà dans le culte asiatique de Ma (cf. infra, 
p. 322), étaient probablement ceu.\ qui lui sacrifiaient le taureau. — Dans un 



320 I,ES « ÎIASTIFERI » DE BELLONE 

Les deux relig-ions oru^iastiques d'Anatolie étaient d'ailleurs 
unies par des aflinités nombreuses de doctrine et de rituel. 
Nous savons que lune et l'autre fêtaient le 24 mars, date 
voisine de l'équinoxe, où les fanatici, saisis d'une exaltation 
frénétique, faisaient des libations de leur propre sano- '. 11 
est à peine douteux que Bellone prît part aussi le lende- 
main, 25 mars, aux réjouissances des Hilaries phrygiennes 
et qu'elle (iguràt dans la long-ue théorie qui déployait à 
travers les rues de Rome sa pompe fastueuse -. C'est ainsi 
que s'explique le titre étrang-e de dea pediseqiia « déesse 
suivante », que deux inscriptions donnent à Bellone 3 et qui 
paraît rendre le grec Ôsà àyiXouOoç : son image était une de 
celles qui faisaient cortège à la statue de la Magna Mater. 
Lune de ces dédicaces, trouvée il y a une vingtaine 
d'années près de Cherchel 4, est ainsi conçue : Deae pedise- 
quae Viriutis (pour Virtuti) Bellonae lecticam cum suis 
ornamentis et basem C. Avianiis Amandus, augur, 
d{onum) d[edit) et consecravit. Je ne sache pas que ce texte 
curieux ait été exactement commenté. On peut en saisir la 
signification précise : un augure municipal offre à Bellone, 
qui suit la procession de la Grande Mère, une civière ^ 

temple d'Édesse en Macédoine, à côté de dédicaces à Ma àv£tV.r]io;, on en 
a trouvé une à la Mr]'TYip ôewv (Papagcorgiou, dans 'Aôyivx, 1900, p. 65 
suiv. Cf Mordtmann, Athen. MM., 1904, p. 170, n. 1). 

1. C./.L., XIII, 7317; cf. Graillot, p. 127. 

2. Graillot, p. 131. 

3. C.I.L., VI, 3674»; cf. note suiv. Wissowa a déjà rapproché de ces ins- 
criptions une dédicace africaine à Liber Pater (Gagnât, Année épigr., 1894, 
n" 83) qui mentionne des cistiferi pedisequarii et deux pedisequariae. 
Ces cisliferi sont ceux qui suivent les processions bachiques en portant 
la ciste ; cf. infra, p. 323 n. 4. 

4. Gagnât, Année épigr., 1S98, n» 61. 

5. Leclica est pris ici au sens de ferculum. G'est, non pas une litière, 
mais une civière. Le mot était employé avec cette signification notam- 
ment à Garthage ; cf. Aug., Civ. Dei, II, 4 : « Berecynthiae Matri omnium 
ante cuius lecticam die solemni lavationis talia cantitabantur » Servius. 
in Aen. VI, 68: « Simulacra quae portabantur in lecticis... apud Aegyptios 
et Garthaginienses ». — Ghez Firmicus Maternus, De err. prof, rel., 22, 1, 
lectica désigne au contraire le lit funéraire où est couchée la statue d'Attis 



LES (( HASTIFERI » DE BELLONE 321 

■ 

richement ornée avec un socle pour y fixer l'idole . C'est 
en effet sur des civières, portées sur les épaules, que dans 
les pompes sacrées et en particulier le jour des Hilaries \ 
les dieux étaient promenés à travers les villes'-. La sculp- 
ture assyrienne nous montre déjà les statues divines se suc- 
cédant ainsi à la file soulevées sur des brancards ou dans des 
palanquins 3, et l'antique coutume de les tirer de leurs temples 
pour les produire de cette façon en public se perpétua dans 
les cultes orientaux ^. 

Hérodien -' rapporte que sous le règne de Commode, un 
chef de bande, Maternus, traqué en Gaule par les troupes, 
passa en Italie et tenta d'assassiner l'empereur en se mêlant 
aux « doryphores » qui figuraient dans le cortège de la 
Grande Mère et dont il pouvait prendre le costume grâce 
aux mascarades usitées le jour des Hilaries. Selon une 
conjecture ingénieuse '', ces ^op'joôpoi seraient les hastiferi 
de Bellone. Bien qu'Hérodien ait certainement entendu par 
ce mot les prétoriens ', cette interprétation paraît probable, 
une pareille erreur pouvant aisément être attribuée à cet 
historien peu fidèle, et elle fournit, si on l'adopte, une 



1. Cf. Noiizie degli scavi, 1912, p. 115, une fresque, nouvellement décou- 
verte à Pompéi, qui montre la statue de Cybèle ainsi placée sur un bran- 
card et suivie d'un groupe de prêtres. Un bas-relief, qui se trouve dans le 
petit cloître de Saint-Laurent-hors-des-Murs à Rome, représente divers 
groupes d'une pompa. : la statue de Cybèle est suivie de celle d'une 
Victoire, portée sur une civière. On a vu dans ce cortège celui qui précé- 
dait les jeux du cirque (cf. Saglio-Pottier, Dict., s. v. « Circus » fig. 1258) ; 
il se pourrait que ce fût celui des Flilaries. — Drexler dans Roscher, s. v. 
« Meter «, col. 2903, cite une monnaie de Marcianopolis en Mésie où serait 
figurée Cybèle leone vecla praecedente figura galeata, dextra, clypeo 
Cyhelen luenle, sin. hasla. Je ne sais si l'on doit y reconnaître une Bellone. 

2. Cf. Saglio-Pottier, Dict., s. v. « Ferculum » et « Lectica ». 

3. Bas-relief de Nimroud, .reproduit d'après Layard par Perret et 
Chipiez, Hist. deVart, II, p. 76. 

4. Baal d'Iiéliopolis (Macrobe, Sai. I, 23, 13), Isis (Apul., Met., XI, 11). 

5. Hérodien, I, 10. 

6. Hepding, op. cit., p. 171. Cf. Graillot, l. c. 

7. Cf. Hérodien, I, 10, 4 : Ttjv ts twv r.îpl aùiov oopuço'pfov îjvotav. 



322 LES « IIASTIFFRI » DE BELLONP: 

preuve décisive de la présence des « porte-lances » dans la 
procession de Cybôle, 

Cette fii^uration dans les fêtes publiques, communes aux 
deux cultes d'Asie Mineure, n'était pas la seule fonction 
sacrée des hastiferi. Chang'eant à la fois de costume et de 
rôle, les membres de ce collèg-e participaient aussi dans le 
temple aux cérémonies rituelles. C'est ce que prouve l'ins- 
cription qui les appelle hastiferi sive paslores. Le premier 
nom avant une signification religieuse, il en est évidemment 
de même du second. Les pastorcs-ne sont donc pas, comme 
certains l'ont cru, de véritables bergers, dont les lances 
protégeaient les troupeaux contre les maraudeurs et les 
loups dans les pâturages du Taunus, mais, comme d'autres 
l'ont reconnu, les ^cuySkoi, les pâtres qui dans les mystères 
de Bacchus honoraient le dieu, conçu à l'origine sous la 
forme d'un taureau. On a pu supposer que ce titre sacré 
appartenait aussi aux fidèles d'Attis, le dieu pasteur, et l'on 
V a cherché une preuve supplémentaire de l'association 
étroite de Bellone et de Cybèle K Mais nous n'avons jus- 
qu'ici aucun indice que les mystes d'Attis aient été ainsi 
désignés, et il est plus vraisemblable que l'existence des 
l^ouxôXoi remonte au culte de Ma, tel qu'il était pratiqué en 
Cappadoce et dans le Pont. Ces bouviers ou boucaniers 
étaient ceux qui capturaient et sacrifiaient à la déesse les 
taureaux à demi sauvages qui erraient sur les vastes do- 
maines du temple -. On a noté que même dans les orgies 
de Dionysos, les ,3ou-/.6a2!. se rencontrent particulière- 
ment en Anatolie ^. Lucien nous raconte que pendant 
les Bacchanales les nobles et les magistrats des villes 
du Pont se faisaient un honneur de danser en public devant 
des spectateurs déguisés en Titans, en Corybantes, en 

1. Hepding-, /.c, p. 172. 

2. Cf. Revue archéologique, 1905, I, p. 29 s. 

3. Gf Kern dans Pauly-Wisso-sva, Tîeaienc, s.v. BouzoXot, col. 1013 suiv., 
et ib., Suppl., s.v. Archibucolus. 



LES « HASTIFERI » DE BELLO.NE 323 

Satyres et en gouy.sXct'. Par une coïncidence curieuse, nous 
trouvons à Madaure les mêmes bacchanales célébrées 
jusqu'à la fin du paganisme -, et saint Augustin ^ y fait 
allusion en des termes qui rappellent singulièrement ceux 
de Lucien : « Decuriones et primates civitatis per plateas 
vestrae urbis bacchantes et furentes ... » Il est vraisem- 
blable que le culte extatique de la Bellona-Virtus adorée 
dans cette cité d'Afrique y avait, comme dans le Pont, 
quelque relation, que nous ne pouvons préciser, avec les 
orgies du dieu du vin ^. 

■ Quoi qu'on pense de ce dernier point, un fait certain 
ressort de notre nouvelle inscription : c'est que le collège 
des hasfiferi avait dans le culte de Bellone un rôle ana- 
logue à celui des dendrophori parmi les fidèles de la Magna 
Mater. Les premiers portaient la lance dans les mêmes pro-r 
cessions où les seconds promenaient le pin d'Attis. Les has- 
tiferi avaient -ils aussi dans les cités romaines quelque 
emploi civil ou militaire, comme les dendrophores, qui y 
aidaient les pompiers à éteindre les incendies? La chose est 
possible, mais rien ne permet jusqu'ici de l'affirmer, et 
provisoirement il sera prudent de considérer les porte- 
lances comme formant une confrérie purement religieuse. 

i. Luc, De Sallat. 79: 'Opyouvcaî yE TaOra oi eùycvÉaTaTo: x.aî 7:po_>-c£Ûov- 
TEç Èv èxajTr) Twv -oÀetovz.T.X. 

2. Cf. Comptes rendus Acad. inscr., 1912, p. 154 suiv. 

3. Aug., Epist., 17 (P.L. XXXIII, 84). 

4. Nous trouvons dans le clerf;-é de Bellone des cistophores [C.I.L. VI, 
2233), comme des cisliferi dans celui de Bacchus {supra, p. 320, n. 3), et la 
ciste mystique étant un élément essentiel du culte dionysiaque, tel qu'il 
était pratiqué en Asie Mineure.il est possible qu'elle ait été empruntée à 
celui-ci par les prêtres de Ma. 



324 SÉANCK DU 20 SEPTEMBRE 1918 

LIVRES OFFERTS 



M. Henri Cordikr, faisant fonctions de Secrétaire perpétuel, dépose 
sur le bureau les publications suivantes : 

Proceedingsi of American Philosnphicnl Society, vol. LVII, n° 2 
(Pbiladolphie, 1018) ; 

Bulletin de la Société historique et archéologir/ue du Périgord, 
t. XLV, 4'" livraison, juillet-août 1918 (Périg-ueux, 1918); 

Progress Report of the Archseological Survey of India, Western 
circle. Archa;ology for the ycar ending 3lst March 1917 (Bombay, 
1917) ; 

List of Sanskrit and Hindi Manuscripts purcliased hij ordcr of the 
Government and deposited in the Sanskrit Collège Benares, during 
the year 1916-1917 (Allahabad, 1918). 

M. Bernard Haussoiillieh a la parole pour un hommage : 
« Jai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de l'auteur, 
M. Georges Méaulis, un ouvrage intitulé : Une métropole égyptienne 
sous l'empire romain. Hermoupolis-la-Grande (Lausanne, 1918). 
M. Georges Méautis est un Suisse qui a terminé ses études en 
France, à l'Ecole des hantes études, et son livre est dédié à son 
maître, M. Pierre Jouguet. C'est la première monographie d'une 
métropole égyptienne, et l'auteur y fait preuve, surtout dans les 
importants chapitres sur les Habitants et l'Administration, d'un 
esprit très net, très positif, très mesuré, qui donne beaucoup de prix 
à son étude. » 



SÉANCE DU 20 SEPTEMBRE 



PRESIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

La correspondance comprend deux articles allemands commu- 
niqués par M. le Ministre de la guerre et relatifs, l'un aux 
fouilles allemandes de la Dobroudja, l'autre à celles de Babylone. 

Le Président annonce la mort de M. Charles Bayet, corres- 
pondant de l'Académie, et prononce l'allocution suivante : 

« Messieurs, 
« Depuis notre dernière séance, nous avons perdu un de nos 
correspondants nationaux, M. Charles Bayet, ancien directeur 



SÉANCE DU 20 SEPTEMBRE 1918 325 

clè rEnseignement supéineur, qui nous appartenait depuis 1891. 
Né à Liège le 25 mai 1849, élève de l'École normale au temps 
où elle était dirigée par Bersot, agrégé dhistoire, puis membre 
des Écoles françaises de Rome et d'Athènes, il avait eu pour 
maître, en Italie et en Grèce, Albert Dumont, qui lui avait ins- 
piré le goût des études byzantines. De là, en 1874, cette mission 
au mont Athos où nous le voyons avoir pour compagnon notre 
confrère Mgr Duchesne. Le but de l'exploration n'était pas 
d'ailleurs simplement de relever au passage les mosaïques des 
anciennes églises, les traces énigmatiques de l'art du peintre 
Pansélinos à Karygès, ou de rechercher dans les bibliothèques 
des couvents de la Montagne Sainte les scholies inédites, pré- 
cieuses pour l'exégèse des écrivains de l'antiquité ; chemin faisant, 
les deux voyageurs recueillirent les inscriptions de l'époque 
grecque ou hellénistique qu'ils rencontraient ; l'I'^pire, la Thes- 
salie, la Macédoine, la Ghalcidique, leur en fournirent un grand 
nombre, qui forment une sorte de corpus d'environ deux cents 
textes. Avant de quitter la Grèce, Bayet explora la seule cata- 
combe qui y ait été découverte, celle de Milo, qui, par malheur, 
était déjà presque entièrement dépouillée de son contenu. 

« Il revint en France en 1876 et fut successivement chargé de 
cours et professeur à la Faculté des lettres de Lyon. Le décanat 
lui fut offert, et il l'accepta. Il avait devant lui un bel avenir 
d'enseignement et de science. Mais l'histoire byzantine n'était 
point alors en faveur ; elle passait pour une spécialité étroite et 
négligeable. Au lieu de s'y confiner et d'y tracer son sillon, il 
s'était vu contraint d'embrasser tout le moyen âge. L'incertitude 
de l'avenir, des convenances personnelles le firent se porter vers 
les fonctions administratives. Nommé recteur à Lille, c'est de là 
qu'il fut appelé au Ministère de l'instruction publique pour rem- 
placer d'abord M. Ferdinand Buisson à la direction de l'Enseigne- 
ment primaire, ensuite Louis Liard à celle de l'Enseignement 
supérieur. C'était le renoncement définitif au travail personnel. 
Pourtant, ce qu'il a laissé, Recherches pour servir à V histoire 
de la peinture et de la sculpture chrétiennes en Orient avant la 
querelle des iconoclastes (1879), V art byzantin (1883, réédité 
en 1904), Notes sur le peintre byzantin Manuel Pansélinos 
(1884), Précis d'histoire de l'art (1886), pour m'en tenir à ses 



326 SÉANCE DU 20 SEPTEMBRE 1918 

principaux ouvraj^es, prouve que dans le domaine qu'il avait 
choisi il lût devenu rapidement un maître. 

« Il est mort à Toulon, presque dans la solitude, après avoir 
repris, au lendemain de sa retraite, à soixante-cinq ans, son 
uniforme de sous-lieutenant de la guerre de 1870, pour jouer 
son rôle dans la grande guerre. Ni les causes, "ni les circonstances 
de sa mort ne me sont connues, mais je croirais sans peine que 
le brûlant été de Salonique, de cette Salonique où il avait jadis 
rêvé devant les saintes images, et dans laquelle il se retrouvait 
vieilli et fatigué, lieutenant au deuxième bureau de l'état-major 
Sarrail, n'y fut point étranger. Un coup cruel l'avait aussi frappé, 
en France même ; le second de ses fils, qui combattait à ses 
côtés, avait été tué au bois Le Prêtre, et cette blessure, chez lui, 
restait saignante et douloureuse. On ne peut refuser à cette 
haute figure Teslime, plus que cela, le respect qu'elle mérite ; 
pour ceux qui l'ont bien connu, la perte de Charles Bayet, de ce 
timide, de ce sensible, de cet artiste, de cet ami droit et sûr, 
est un deuil de cœur. » 

M. Salomon Reinach lit une note de M. Camille Jullian sur 
l'Alsace romaine. Grâce au t. VII du grand Recueil des sculp- 
tures de la Gaule romaine, publié par le commandant Espéran- 
dieu, correspondant de l'Académie, nous pouvons ajouter le 
témoignage des monuments à celui des textes littéraires et épi- 
graphiques. Ce qui n'est pas romain en Alsace est gaulois ; rien 
n'est resté du germanisme des Triboques, troupe provenant de 
l'armée d'Arioviste, que César et Auguste laissèrent dans le pays 
autour de Brumath. Le groupe du cavalier porté par le géant 
anguipède n'est pas germanique, comme on l'a dit souvent, 
mais celtique. Les sculptures et les tombes de l'Alsace gallo- 
romaine se rattachent plus particulièrement à la Lorraine, car 
les affinités étaient et demeurèrent très étroites entre les popu- 
lations des deux versants des Vosges. L'attraction de l'Alsace, 
même à l'époque romaine, se fit, comme elle se faisait depuis 
des siècles, du côté de ses parents de Gaule. 

M. Salomon Reinach, en l'absence de M. E. Pottier, 
commence la lecture d'un mémoire de MM. Lantier et l'abbé 
Breuil sur un oppidum ibérique nommé Tolino. 



SÉANCE DU 27 SEPTEMBRE 1018 327 

LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau la Revue archéolo- 
gique, cinquième série, t. IV, livraison de janvier-avril 1918. 

M. Salomon Reinach offre le t. IV de son Répertoire de peintures 
(lu moyen âge et de la Renaissance {Pdins, Leroux, 1918j. 



SÉANCE DU 27 SEPTEMBRE 



PRESIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

Le P. SciiEiL analyse une note parue dans un journal 
allemand, transmise par M. le Ministre de la guerre : 

« Dans la Kieler Zeiiung du 28 mai 1918, un rédacteur com- 
munique le résumé du 59'' Rulletin de la Société des fouilles 
allemandes en Orienl. Ce bulletin contient les idées de M. Kol- 
dewey sur le temple Esagil de Babylone, — en conclusion de 
dix-huit années d'explorations, explorations closes à la veille de 
l'entrée des Britanniques à Bagdad. 

« M. Koldewey s'appuie principalement, on le conçoit, sur ses 
propres fouilles et sur la fameuse tablette de l'an 229, d'abord 
perdue, retrouvée par nous, communiquée à l'Académie en 
1912 et, « malgré cela », acquise depuis par le Musée du 
Louvre * . 

« L'Esagil comprenait donc deux temples : un temple bas 
situé à côté d'un temple haut. Ce temple haut consistait en une 
cour à six chapelles qui reposait sur la tour à étages. Les sou- 
bassements de l'ensemble ont été mis à jour par les fouilles. 
On estime que les mesures de la cour et des chapelles qui forment 
le temple haut ou temple suspendu sont données avec précision 

1. Publiée par V. Scheil et M. Dieulafoy, au tome XXXIX, p. 293-372, 
des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres sous le titre : 
Esagil ou le Temple de Bèl-Mardnuti à Babylone (1913). 



328 SÉANCE DU 27 SEPTEMBRE 1918 

et exactitude par noire tablette. Or il se trouve que la tour à 
étages avec les dimensions, très réduites vers le sommet, que 
leur attribue la même tablette, n'aurait jamais pu supporter ou 
recevoir ce temple suspendu. 

« M. Koldewoy pense donc que les mesures de la tour propre- 
ment dite, données par le document, ont été empruntées à une 
source plus récente que celle des précédents renseignements, et 
qu'elles datent d'une époque où la tour était en partie délabrée. 
Il estime avoir, sur un point du site actuel de Babylone, reconnu 
l'amas de ses décombres, — ces décombres que, en vue d'une 
restauration, Alexandre lit enlever' — par 10.000 ouvriers, en 
deux mois de travail, au dire de Strabon '. Le cube évalué de ce 
bloc de terre rapportée correspondrait exactement — d'une part, 
à celui du déblai que le texte de Strabon permet d'établir, — 
d'autre part, à la différence entre le cube primordial du temple 
haut avec sa tour, et celui du même ensemble tel qu'il résulte 
du métrage consigné dans notre tablette : 

« Il est très possible, en effet, qu'à une époque oîi temple et 
tour n'étaient plus qu'une grande ruine, un scribe plus lettré que 
technicien^ devant relever aux Archives leurs anciennes dimen- 
sions, ait groupé des documents de deux sortes, sans remar- 
quer que, si authentiques qu'ils fussent l'un et l'autre, ils 
étaient pourtant pratiquement incoordonnables. Les mesures du 
temple étaient les mesures originales ; les mesures de la tour 
étaient celles d'une tour devenue squelettique qui n'aurait pu 
supporter un tel temple. » 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture d'une lettre par 
laquelle M. Maurice Picot lui fait part du décès de son père, 
M. Emile Picot. 

Le Président prend la parole en ces termes : 

« Messieurs, 
« Nous avons à déplorer une perte cruelle. Notre cher con- 
frère M. Emile Picot, que quelques-uns d'entre nous avaient pu 
voir, il y a peu de temps, si robuste et si vaillant encore en 

1. Strab. Geogr., XVI, I, p. 629 (éd. Miitler). 



SÉANCE DU 27 SEPTEMBRE 1918 329 

dépit de l'âge el du deuil alFreux qui l'avait atteint, a succombé 
le 24 septembre dans sa propriété du Mesnil, à Saint-Martin- 
d'Ecublci, dont il était maire, emporté par une de ces crises 
rapides devant lesquelles la science demeure impuissante. Né à 
Paris le 13 septembre 1814, il entrait dans sa soixante-quin- 
zième année. 

« Ce n'est pas le lieu d'insister longuement sur ses travaux. 
Vous avez présentes à la mémoire sa carrière scientifique, et 
cette maîtrise incomparable dans la connaissance du livre qui 
faisait de lui le guide le mieux informé et le plus sûr en matière 
de bibliographie. Mais il n'était pas seulement un bibliographe, 
il était aussi un linguiste et un historien. Il connaissait à fond 
la Roumanie, dont il avait étudié de très près la langue, notam- 
ment durant un séjour qu'il y avait fait, jeune encore, auprès du 
prince Charles, le futur roi Carol, qui l'avait pris pour secré- 
taire. Plus tard, il fut nommé professeur de langue roumaine à 
1 Ecole des langues orientales vivantes, et il n'est pas de mani- 
festation du génie roumain qui n'ait, jusqu'à la fin, attiré son 
attention. 

« Sa curiosité sans cesse en éveil, son goût de la recherche, 
sa puissance d'observation, qui le rendaient sensible aux moindres 
particularités des choses, son évidente prédilection pour l'his- 
toire des langues et des littératures, ces témoins de la vie des 
peuples que l'on ne consulte jamais sans profit, ne pouvaient le 
laisser indifférent à nos vieux textes. Il contribua, en 1874, 
avec Gaston Paris, Paul Meyeretle baron James de Rothschild, 
à fonder cette Société des anciens textes français dont il i-esta 
le trésorier-adjoint jusqu'en 1914, et qui lui doit des publica- 
tions dont elle s'honore, telles que les Œuvres poétiques de 
Guillaume Alexis, prieur de Bucy ; Recueil général de sotties ; 
Maistre Pierre Pathelin hystorié, reproduction en facsimilé de 
l'édition imprimée vers 1 500 par Marion de Malaunoy, veuve 
de Pierre Le Caron ; et il s'en faut que cette énumération soit 
complète. Mais c'est peut-être par ses catalogues de livres et 
par ses bibliographies raisonnées qu'il est le plus connu. Son 
Catalogue des livres composant la bibliothèque de M. le baron 
James de Rothschild, en quatre volumes, est, de l'avis des spé- 

1918 53 



;i30 SÉANCE UU 27 SiiTÏIOMIîKi: lî)IS 

cialisLes une (jt'uvre de premier ordre. Il était en relations avec 
le duc d'Aumale. Un spécimen de catalof^ue de la bibliothèque 
de Chantilly, qu'il donna en 1890, avec facsimilés dans le texte, 
fait lef^retter quil n'ait pas poussé plus avant son inventaire 
des richesses qu'elle renferme. Tout ce qu'il publiait avait ce 
caractère de probité scientilique et de compétence qui inspire 
a priori conliance au lecteur. Certains de ses ouvrages visent 
plus haut et y atteignent ; ils dépassent la portée de simples 
renseignements bibliographiques : ce sont d'admirables ins- 
truments de travail. Je citerai dans ce genre sa Bibliographie 
cornélienne (1876), répertoire si précieux des éditions des 
œuvres de Pierre Corneille et des imitations ou traductions qui 
en ont été faites, qu'un complément fut jug-é nécessaire pour 
mettre au courant ce travail dont ne sauraient se passer les 
historiens de notre littérature, et que, en 1908, paraissaient les 
Additions à la Bibliographie cornélienne, par Le Verdier et 
Pelay, complément dû, en grande partie, aux notes que 
M. Picot avait i-ecueillies lui-même depuis 1876. Car il ne fai- 
sait point de lecture qui ne lui fournît des documents utiles. Il 
possédait, méthodiquement classées, des fiches par milliers, que 
son obligeance se plaisait à mettre à la disposition des travail- 
leurs. Sa réputation s'étendait bien loin hors de France, et 
lorsqu'un petit groupe d'anciens élèves et d'amis, à l'occasion 
de sa retraite de l'Ecole des langues orientales, conçut le pro- 
jet de lui offrir un volume, ou mieux, deux volumes de Mélanges, 
ce fut sans peine qu'il réunit près de cent collaborateurs appar- 
tenant aux nationalités les plus différentes. 

« L'homme en lui égalait le savant. Nous n'oublierons jamais 
cette bonté que voilait une apparence de froideur. Ceux qui ont 
eu le bonheur de l'approcher, sans pénétrer jusqu'à ses senti- 
ments intimes, savent ce que dissimulaient de sympathie latente, 
toujours prête à se manifester, la gravité de ce visage et la réserve 
de cette attitude qui intimidaient un peu au premier abord. Il 
était foncièrement serviable et dévoué, avec peu de goût pour 
les démonstrations inutiles. Il le montra bien dans ces derniers 
temps où, maire attentif et diligent de sa commune, qui compte 
à peine quatre cents habitants, il fit des prodiges de charité et 
d'administration prévoyante pour hospitaliser tant bien que 



LIVRES OFFERTS 331 

ma] les réfugiés de nos régions du Nord, fuyant devant l'ennemi, 
d'abord une partie de ceux d'Amiens, ensuite ceux d'Haze- 
brouck, beaucoup plus nombreux. 

« Atteint, comme tant d'autres, par la guerre dans la per- 
sonne d'un de ses fils, le capitaine Picot, tué glorieusement au 
début de la dernière offensive allemande, en juillet 1918, il 
trouva dans sa naturelle force d'âme et dans son patriotisme le 
courage de réagir contre un tel coup. Il était fier de ce (ils tombé 
pour la défense du sol français et trompait, dans la mesure du 
possible, sa douleur en se persuadant et en répétant aux siens 
que de pareils sacrifices sont la rançon et en même temps la 
garantie de la victoire. 

« Je crois être, Messieurs, l'interprète de votre pensée en 
adressant à la chère compagne de sa vie l'expression de nos 
regrets unanimes. Emile Picot laisse ici un vide qu'il sera diffi- 
cile de combler. Vous lui aviez fait une place parmi nous en 
1897 ; il nous a donc appartenu pendant vingt et un ans, 
longue durée pour une vie humaine, trop courte pour notre 
affection. » 

M. E. PoTTiER achève la lecture du mémoire de MM. Lantier 
et l'abbé Breuil sur l'oppidum ibérique de Tolmo, 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les publications 
suivantes : 

Bulletin de la Société historique et archéologique de Langres, t. 
VII (Langres, 1918); 

Bulletin de la Société archéologique et historique de VOrléanais, 
t. XVIII, n° 213, 3^ et 4« trimestres, 1917 (Orléans, 1918) ; 

Muséum Maanhlad voor Philologie en Geschiedenis onder redactie 
van P. J. Blok, J. J. Salverda de Grave, D. G. Hesseling en A. Kluj'- 
ver. 2:isle Jaargang, n° 11-12, Aug. Sept. 1918 (Leyde, 1918). 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 

SÉANCE DU 4 OCTOBRE 



PRESIDENCE DE M. PALI- GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

Le Président annonce à l'Académie que M. Haussoullier 
vient de perdre un de ses fils, déjà plusieurs l'ois blessé et 
honoré de sept citations, et prie notre confrère d'agréer l'ex- 
pression de notre très vive sympathie. 

Il exprime de nouveau à M. Héron de Villefosse, présent à la 
séance, les regrets de l'Académie de ne plus le voir assis au 
bureau. 

L'Académie décide que la séance annuelle aura lieu le 22 
novembre prochain et désigne comme lecteur pour cette séance 
M. l'abbé Chabot. Le sujet de cette lecture, communiquée dans 
la séance du 5 juillet dernier, sera : Kdesse pendanL la première 
croisade. 

M. .Audouin, professeur à l'Université de Poitiers, fait une 
communication sur le muid de Gharlemagne : 

(' Jusqu'à ces dernières années, on a généralement admis l'exac- 
titude de l'évaluation que Benjamin Guérard avait faite de la 
capacité du muid de Gharlemagne, dans les Prolégomènes du 
Polvptyque de l'abbé Irminon. D'après lui, celte mesure pour 
les grains, au temps de Gharlemagne, avait une contenance de 
')2 litres 20. Cette évaluation reposait sur une méthode de calcul 
qui n'est pas susceptible d'une précision rigoureuse, étant fondée 
sur une estimation, fort sujette à caution, du pouvoir relatif de 
l'argent. 



334 SÉANCK DU 4 OflTOURE 1918 

u Une tout outre mélliode a été suivie par M. Raveau, qui, 
clans une coniniunicalion faite en 191(> à la Société des Anti- 
quaires de rOuest, a cherché à déterminer la contenance du 
muid de Charlemaj^ne d'après le tarif que renferme le capitulaire 
de Francfort, de 794, fixant à quatre deniers le prix d'un muid 
de froment et à un denier le prix de 24 livres de pain de fro- 
ment. M. Haveau a supposé qu'une livre de pain avait la môme 
valeur qu'une livre de froment et en a conclu que le muid de 
794 contenait en froment 4 fois 24 livres ou 96 livres de 
l'époque de Charlemagne. 

M On peut admettre avec Guérard que le prix unique d'un denier 
pour 24 livres de pain de froment, fixé par le capitulaire, se 
rapporte à un pain de qualité moyenne. D'après un règlement 
de 15G7, le prix de ce pain était égal au prix du même poids de 
grain augmenté d'un quart. Si^ à poids ég-al, le prix du pain est 
égal aux cinq quarts du prix du froment, à prix égal le poids du 
froment est égal aux cinq quarts du poids du pain. D'après 
cela, le muid de Charlemagne, qui, en 794, valait en froment 
4 deniers, prix égal à celui de 96 livres de pain, devait conte- 
nir 96 livres multipliées par cinq quarts, c'est-à-dire 120 livres 
de froment. 

« La livre visée par le capitulaire de Francfort pour le prix 
du pain ne doit pas être la livre nouvelle de Charlemagne, qui, 
ainsi que l'a établi M. Maurice Prou, était supérieure de moitié 
à la livre romaine et valait plus de 491 grammes : cette réforme 
de Charlemagne ne se rapportait sans doute, selon l'avis de 
M. Guilhiermoz, qu'au poids monétaire. Rien ne permet de sup- 
poser que, pour le poids usuel, Charlemagne ait rien changé à 
l'antique livre romaine, de 327 grammes 45. 

« Le poids du froment contenu dans le muid était donc, en 

794, de 120 livres romaines, c'est-à-dire de 39 kilog. 294 : le 

litre de froment pesant 750 grammes, la capacité de cette 

mesure était de 52 litres 40. L'évaluation de Benjamin Guérard 

se trouvait ainsi, par hasard, à peu près exacte. 

« Un texte latin sur les mesures, qui a été publié par 
Lachmann dans son édition des Gromatici veteres ', mentionne 
précisément un muid de 120 livres Ce texte anonyme, posté- 

1. I, p. 371 et suiv. 



SÉANCE DU i OCTORRR 1918 335 

rieur à Isidore de Séville, qui y est cité, nous a été conservé 
par plusieurs manuscrits, dont le plus ancien, le Gudianus, 
date du x"^ siècle. Il se divise en trois parties. La première 
concerne les mesures de longueur et de superficie, la seconde 
les poids, la troisième les mesures de capacité. Cette dernière 
partie, où se trouve le passage en question, porte comme titre: 
De mensuris in liquidis, et Ton pourrait croii'e, par suite, 
que le muid de 120 livres, qui y est mentionné, est un niuid à vin 
et non un muid à froment. Cependant il y est fait allusion aussi 
aux mesures pour matières sèches, comme le prouvent les 
mots : Simililer in aridis. . . 

« Dans les premières lignes de ce fragment, il est dit que le 
setier pèse soit 2 livres, soit 3 livres. Le setier de 2 livres n'est 
autre que le setier romain pour le vin, du poids de 20 onces, 
augmenté d'un quart. Si, à côté du setier de 2 livres, il en existe 
de 3 livres, c'est sans doute que l'on en est venu à substituer ici 
aux livres de 12 onces des livres de 18 onces. Un fait analogue 
s'est produit en Lombardie, dans le courant du vn!** siècle, pour 
un muid à sel de 30 livres, qui fut porté à 45 livres, c'est-à-dire 
à 30 livres de 18 onces. 

« L'auteur anonyme de notre texte dit ensuite que le muid a 
été considéré parfois comme contenant 16 setiers, ou encore 22, 
mais quil en renferme plutôt 24, ce qui, avec des setiers de 
3 livres, donne un poids de 72 livres. 

« C'est alors que l'auteur ajoute qu'il existe aussi un muid con- 
tenant 24 setiers de 5 livres et pesant par suite 120 livres. Ce 
muid de 120 livres paraît être, non pas un muid à vin, comme 
celui de 72 livres, mais un muid à froment. Car les lignes précé- 
dentes, qui se rapportaient aux mesures à liquides, ne mention- 
naient pas de setier de 5 livres. Ce setier de .5 livres n'offre pas 
de rapport régulier avec le setier de 2 livres, ni avec celui de 
3 livres, ni avec le setier romain de 20 onces pour le vin. Il 
s'explique bien, au contraire, en tant que mesure à froment: 
c'est exactement le quadruple du setier romain pour les grains, 
qui pesait une livre et quart ou 15 onces. 

« Le poids de 120 livres indiqué ici est précisément celui qui 
a été déduit plus haut du capilulaire de Francfort pour le muid à 
froment. Ce texte vient donc confirmer ces déductions. 11 nous 



336 sÉANCK Di 4 ononRE 1918 

apprend en même temps que le muid de Gharlemagne se divisait 
en 24 seliers de 5 livres. 11 était exactement six fois plus grand 
que le muid romain, qui contenait 10 sètiers d'une livre et quart 
et pesait par suite, en froment, 20 livres. Cette augmentation 
venait de ce que le setier avait pris une valeur quadruple et que, 
d'autre part, le nombre des setiei's contenus dans le muid a\ait . 
été porté de 16 à 24, c'est-à-dire augmenté de moitié. 

(( Nous savons que le nouveau muid, établi peu avant 794 et 
qualifié de noviler slalulum dans le capitulaire de Francfort, 
était de moitié plus grand que le muid antérieur. Celui-ci était 
doue du poids de 80 livres et devait se diviser en 16 setiers de 
5 livres. La réforme de Charlemagne, en ce qui concerne le 
muid, a consisté à porter de 16 à 24 le nombre des setiers qu'il 
contenait, c'est-à-dire à augmenter ce nombre de moitié. 

u Le setier, qui, chez [les Romains, pesait en froment une 
livre et quart, c'est-à-dire 409 grammes, et avait une capacité 
de 54 centilitres et demi, pesait 4 fois plus, c'est-à-dire 5 livres 
(romaines) ou 1 kil. 637, non seulement sous Charlemagne, 
avant comme après la réforme du muid, mais sans doute avant 
Gharlemagne, et avait ainsi une capacité de 2 litres 18 centi- 
litres. 

« Il devait prendre, dans le courant du ix® siècle, une valeur 
triple de celle qu'il avait sous Charlemagne. Car un texte curieux 
sur la fabrication des hosties, publié par Mabillon et cité par 
Guérard, et qui, au dire de l'auteur inconnu, aquitain selon 
Guérard, peut-être espagnol suivant M. Guilhiermoz, aurait été 
composé en 845,- parle d'un setier à froment du poids de 
12 livres de 15 onces chacune, ou, autrement dit, de 15 livres 
de 12 onces. Ce setier était donc exactement le triple du setier 
carolingien de 5 livres et valait 12 setiers romains. Sa conte- 
nance était de 6 litres et demi. C'était encore bien peu en com- 
paraison de la valeur que devait prendre le setier à partir du 
XII* siècle, lorsqu'il devint un multiple du boisseau. » 

MM. Babelon, Théodore Reinach et Antoine Thomas présentent 
quelques observations. 



SÉANCE Dr il OC.TOIUU-: 1918 337 

LIVRES OFFERTS 



Le Sechktaihe perpétuel, au nom de l'auteur, ofTro un travail de 
M Héron de Villefosse, Le sphinx de Cherchel (extrait du Bulle- 
tin archéologique, 1917), Paris, 1918. > 

11 dépose sur le bureau les périodiques suivants : 

Lonclon Unirersilt/ Gazette, vol. XVIII, n° 203, 23 septembi'e 
1918, et Supplément ; 

Smilhsonian Instilute. Bureau of American Ethnology, bulletin 
n° 66 : Récent discoveries attrihuted fo early rnan in America, by 
Aies Ilrdlicka (Washington, 1918) ; 

Butlleti de la Bihlioteca Cataluni/a, n° 7 : any IV, Gener-Decem- 
ber 1917 (Barcelona, 1917). 



SÉANCE DU il OCTOBRE 



PRESIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT, 

Le Président propose à rAcadémie de nommer les membres 
de la Commission Thorlet pour 1918. 

Sont élus MM. Schlumberger, Prou, Durrieu et Gordier. 

L'Académie, ne pouvant siéger le '2j de ce mois, qui est la 
date de la séance publique des cinq Académies, décide que la 
séance, cette semaine-là, se tiendra le mardi 22. 

M. Babelon donne lecture d'un mémoire de M. le docteur 
Carton, correspondant de l'Académie, relatif à des découvertes 
archéologiques faites dans la région de Ghardimaou (Tunisie) 
par M. le capitaine Fradet. Il s'agit des ruines d'une ville ro- 
maine avec pavage de mosaïques historiées et de plusieurs petits 
sanctuaires de Saturne qui renfermaient des statues en terre 
cuite de grandeur naturelle. Les plus intéressantes de ces statues 
représentent une déesse féminine à tète de lion, pareille à la 
déesse égyptienne Sokhit. Cette déesse forme le type de mon- 
naies romaines frappées en Afrique au moment de la bataille de 
Thapsus, en 48 avant J. -G. Les sanctuaires rustiques découverts 
par M. le capitaine Fradet étaient fréquentés par la population 



3ns KDICI LES DKCDU VERTS DANS LA RÉHKIN \)K OllAUDIMAOU 

indii^ènc de la région, qui, au u'' siècle de noire ère, était restée 
lidèle an culte des divinités africaines d'origine libyenne ^ 

M. Pierre Paris, correspondant de l'Académie, directeur de 
l'Kcole des hautes études hispaniques, lit un rapport sur les 
fouilles pratiquées cette année à Bolonia (Espagne), grâce à une 
subvention que lui a accordée l'Académie et à des subsides qu'il 
a reçus d'ailleurs. Il fait passer sous les yeux des membres pré- 
sents les photographies des principaux monuments déblayés et 
des objets qu'on y a rencontrés 2. 



COMMUNICATIONS 



NOTE SUR DES ÉDICULES RENFERMANT DES STATUES EN TERRE 
CUITE, DÉCOUVERTS DANS LA RÉGION DE GHARDIMAOU (tUNI- 
SIe), par m. LE D'^' CARTON, CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE. 

L'Académie sait qu'on a découvert dans ces dernières 
années, en Tunisie, un certain nombre de constructions 
antiques qui renfermaient de grandes statues en terre cuite 
de divinités africaines. La plus importante de ces décou- 
vertes est, sans contredit, le sanctuaire de Baal et de Tanit 
à Siaffu, au Nord-Est de Bir-Bou Piekba, station du chemin 
de fer de Tunis à Sousse, à 60 kilomètres de Tunis : ce 
sanctuaire et ses statues ont été, en 1910, l'objet d'une 
étude approfondie de M. Merlin, à laquelle il ne reste rien 
à ajouter 3. J'ai moi-même, peu après, fouillé un édifice du 
même genre, mais moins important, composé d'une simple 
cella, situé sur le flanc du Djebel-bou-Korneïn, à peu de 
distance du grand sanctuaire de Saturne Balcaranensis, 
auprès d'Hammam-Lif : j'y avais signalé des .statues en 

1. Voir ci-après. 

2. Voir ci-après. 

3. Alfred Merlin, Notes et Documents publiés par la Direction des Anti- 
quités et Arts. IV. Le sanctuaire de Baal et de Tanit, près de Siagu (Paris, 
1910). 



ÉDICIT.ES nÉCOCVERTS PANS [.A RÉGION DE GHARDIMAOL" 339 

terre cuite, de grandeur naturelle, et j'ai rappelé, à cette 
occasion, d'autres effig-ies de terre cuite réunies par groupes, 
qui avaient été découvertes antérieurement sur différents 
points du sol africaine 

Voici qu'on vient de reconnaître toute une série de groupes 
analogues, à la limite occidentale de la Tunisie, auprès de 
Ghardimaou, petite ville située sur la Medjerda, au Nord- 
Ouest du Kef, à proximité de la frontière algérienne. 

M. le capitaine Fradet, commandant, en 1916, un déta- 
chement de troupes à Ghardimaou, a fait dans la région 
avoisinante des recherches archéologiques dont il a bien 
voulu me communiquer les résultats : je m'empresse de les 
transmettre à l'Académie. 

A l'endroit appelé Bir-Derbal, des indigènes avaient 
trouvé une stèle de pierre en creusant la terre pour cons- 
truire un gourbi. Quelques débris de mosaïque apparais- 
saient au fond du trou. En élargissant ce trou, on mit au 
jour une mosaïque à peu près intacte, mesurant environ 
deux mètres sur trois, et offrant simplement une jolie orne- 
mentation géométrique. 

Tout près de là, à proximité d'une citerne, M. le capi- 
taine Fradet a exhumé les soubassements de toute une 
ligne de villas antiques avec des chambres, aussi pavées de 
mosaïques dont quelques parties seulement se sont trouvées 
en assez bon état. La plus importante représente un Retour 
de chasse au sanglier. On y voit deux serviteurs qui portent 
une perche à laquelle est suspendu l'animal ; ils sont accom- 
pagnés de deux chiens tenus en laisse. C'est une scène à 
laquelle j'assiste fréquemment encore aujourd'hui dans ce 
pays où les indigènes ont des molosses dressés à ce genre 
de chasse. Un autre fragment de mosaïque offre la repré- 
sentation d'un cheval. Il semble que sur la façade de la villa 
régnait un portique pavé aussi d'une mosaïque décorée de 
palmiers et d'autres sujets détériorés et méconnaissables, 

1. D' L. Carton, Bulletin de l'Acad. dHippone, 1912-13, n" 32, p. 25. 



3î0 i';nir.t)LES décoiveuts dans la nÉnioN de (•■iiAitnniAon' 

Les restes de constructions permettent de croire qu'on 
est en présence de remplacement de la demeure d'un riche 
propriétaire qui, comme cela s'est rencontré tant de fois, 
avait fait (i^urer sur le sol revêtu de mosaïques des scènes 
représentant ses occupations favorites. Les murs de son 
habitation étaient en un blocage assez grossier, consolidé 
par un chaînage en pierres de taille. Le plan (n" 1), que 
m'a adressé M. Fradet, de la partie déblayée semble in- 
diquer, comme il le croit, une série de chambres bordées 
par un portique à chacune des extrémités duquel se trou- 
vaient deux autres chambres phis petites. 

Une autre ruine, déblayée un peu plus loin (n" 2), paraît 
être celle d'un petit sanctuaire mesurant 6 m. 75 sur 
2 m. 75. 11 comprend une cella de 2 m. 75 de largeur sur 
2 mètres de profondeur, donnant sur une cour de 2 m. 80 
de large sur 3 m. 25 de profondeur, ouverte èi l'Est. Dans 
le fond de la cella, trois dalles posées de champ, forment 
comme deux niches carrées adossées au mur. Ces niches 
renfermaient probablement les statues en terre cuite, de 
grandeur naturelle, auxquelles je faisais allusion tout à 
l'heure et sur lesquelles je vais insister : ces statues, en 
effet, ont été trouvées tout près des niches. 

Ces statues et statuettes étaient très nombreuses, mais la 
plupart ne sont aujourd'hui que des débris qu'il est impos- 
sible d'énumérer. La mauvaise qualité de la matière a fait 
que la plupart d'entre elles ont été réduites en miettes ou 
en fragments si petits que l'on ne saurait songer à une res- 
tauration. Toutefois, parmi les fragments les plus impor- 
tants, se trouve une statue de grandeur naturelle qui 
représente une tête coiffée de bandeaux retombant sur les 
côtés et dont le visage est un mufle de lion. 

Il s'agit incontestablement d'une effigie analogue à celles 
qui ont été rencontrées dans le sanctuaire de Tanit etBaal, 
à Siagu, et qui représentent le Genius Terrae Africae, sui- 
vant un rapprochernent, suggéré par M. Merlin, avec une 



ÉDICLLES DÉCOUVERTS UA.NS LA RÉGION DE (.llARDl.MAOL 311 



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312 ÉDICULES DÉCOUVERTS DANS LA RÉGION UK GIIARDIMAOU 

monnaie de la République romaine, frappée par P. Licinius 
Crassus Junianus en qualité de légat propréteur de Q . Mé- 
tellus Scipion, avant la bataille de Thapsus, en 48 av. J.-G. 

Cette monnaie a pour type une déesse léontocéphale, 
debout de face, le corps en gaine, avec une tête de lionne 
surmontée d'un disque ; de la main droite allongée le long 
du corps, elle tient le symbole triangulaire de Tanit. Dans 
le champ, à côté d'elle, les lettres GT" A que M. Babelon 
a interprétées par Genius Terrae Africac ; cette figure rap- 
pelle celle de la déesse égyptienne-Sekhet ou Sokhit, la per- 
sonnification de la violence du vent brûlant du désert afri- 
cain. Le rapprochement du type monétaire ainsi qualifié 
avec nos statues de terre cuite s'impose ; la médaille re- 
produit tout naturellement la statue de la déesse protec- 
trice de la terre d'Afrique à laquelle étaient consacrés de 
nombreux sanctuaires ; son culte était populaire parmi les 
soldats africains de l'armée pompéienne qui allait se faire 
battre à Thapsus. Par ce rapprochement nos terres cuites, 
effio-ies malheureusement si fragmentaires de la déesse léon- 
tocéphale, prennent un intérêt historique tout particulier. 

A l'intérieur des niches près desquelles elles ont été 
trouvées, le sol était jonché de fragments de petites sta- 
tuettes en terre cuite dont plusieurs portent des traces de 
dorure. On a pu reconnaître notamment trois corps 
d'hommes vêtus de tuniques, un buste de femme nue et une 
tête de femme. Au milieu de ces débris, on a recueilli des 
monnaies à l'effigie de Vespasien et de petits disques en 
plomb, dont l'usage est indéterminé. Enfin, à proximité, 
on a trouvé des stèles de pierre dont voici la description : 
1° Stèle en grès, à extrémité triangulaire, haute de 
66 centimètres, large de 27. Fronton triangulaire, portant 
un croissant pourvu à ses extrémités d'un appendice qui le 
fait ressembler à une guirlande. Au-dessous, un cartouche 
renfermant le symbole triangulaire punique, à face hu- 
maine. Les appendices transversaux ont la forme de bras et 
mains levés lui donnant l'attitude de Vorante. A sa droite, 



ÉDICLLES DÉCOUVERTS DANS LA HÉGIOX DK GHARDI.MAOU 343 

un caducée; à sa gauche, une palme. Plus bas, une inscrip- 
tion votive en lettres de 35 centimètres : 

L 

FAVSTVS 
VOTV SOLVI 
SATRNO 
LBS A/V 

A la ligne 2, votu est pour votuni. 

A la ligne 3, on remarquera la suppression de l'V de 
Saturno. 

A la ligne 4, ligature de ANM ; il faut lire : lihens 
animo. 

Nous devons rappeler que dans le sanctuaire de Baal et 
de Tanit, à Siagu, il a été trouvé, comme ici, une dédicace 
à Saturne K Au même sanctuaire de Siagu, les autres textes 
présentent aussi la forme Votu. J'ai rencontré la même 
abréviation dans un petit sanctuaire de montagne, ainsi 
que la forme SATRNVS pour Saturnus. Ces altérations 
doivent correspondre à la prononciation locale de ces mots. 

Quoi qu'il en soit, on voit qu'il s'agit, comme à Siagu, 
d'un sanctuaire punico-romain dédié à Saturne. Les sanc- 
tuaires consacrés à cette divinité étaient du reste nombreux 
dans la région. En dehors de l'édicule dont il sera parlé 
plus loin, et qui paraît également se rapporter au même 
culte, j'ait fait connaître ceux de Sidi-Mohammed-el-Azreg, 
de la colonia Thuhurnica-, et celui dont il a été question 
ci-dessus, situé dans une région oiides dolmens sont dissé- 
minés dans la broussaille, sur les hauteurs qui dominent 
l'Aïn-Zerred^, 

2" Stèle en grès, arrondie en haut et s'amincissant de la 
base au sommet. Hauteur: m. o8 ; largeur, m. 30. A 

1. A.Merlin, op. cit., p. 52. 

2. Comptes rendus des séances de VAcad. des inscr., 1890, p. 466. — 
Bull, archéol. du Comité, 1908, p. 415. 

3. Bull, archéol. du Comité, 1912, p. 366. 



3li i.nic.rLES Dî:couvERra dans i,\ uigiu.n uic gmakulmaou 

la partie supérieure est lig-uré un croissant, séparé par une 
frise d'un cartouche situé au-dessous de lui et renfei-mant 
un homhie cornu tlebout, les mains placées devant le sexe, 
a>ant à sa droite, en haut, le gâteau ou pain en forme de cou- 
ronne, en bas un bélier, et à sa gauche une rosace et un 
autel. 

3° Stèle en grès, brisée à sa partie supérieure. Hauteur : 
m. ()3 ; largeur : m. 34. Personnage debout dans l'atti- 
tude de l'orante et paraissant être une dérivation de la 
fîiiure triano-ulaire ; deux bandits de son vêtement se 
croisent en X sur sa poitrine, comme sur certaines statuettes 
puniques de Carthage. La main gauche élève une palme. 
La droite est simplement levée. A sa droite, en haut, deux 
signes sont peut-être des caractères libyques, mais peut- 
être aussi deux coups de ciseau un peu forts du lapicide ; 
plus bas, un autel cornu. A sa gauche, un croissant ou 
plutôt le gâteau en forme de couronne. Au-dessous, le 
bélier. 

4" Stèle en grès, à sommet irrégulier, plus étroite en 
haut. Hauteur : m. 65; largeur : m. 36. A la partie 
supérieure, cercle à ravons internes; à droite, un poisson; 
plus bas, le croissant surmontant un personnage à corps 
triangulaire qui tient une palme à droite, et le gâteau 
cornu à gauche. A terre, à sa droite, le bélier ; à sa gauche, 
l'autel cornu. 

o^ Partie supérieure d'une stèle en grès très régulière, k 
sommet triangulaire. Hauteur : m. 52; largeur : m. 44. 
Dans le fronton, le gâteau cornu, séparé par une frise ornée 
de demi-cercles adossés ; vers les bords, un cartouche 
creux dont les deux montants sont décorés dune pal- 
mette. A l'intérieur du cartouche, un personnage vêtu d'une 
tunique courte, sans manches; la main gauche, abaissée, 
devait tenir un vase, mais la partie qui le portait manque ; 
l'autre main, étendue, devait également tenir un objet. A 
gauche de sa tête est le croissant; k droite, un objet ellip- 
tique, pain ou poisson. 



ÉDICULES DÉCOl VKRTS DANS LA RÉC.ION DF. GHAHDl.MAOU 345 



6" Stèle en grès, brisée en haut. Hauteur: m. 46 ; lar- 
geur : m. 3i. Elle offre les représentations d'un person- 
nage cornu, dans l'attitude habituelle de la figure triangu- 
laire : les deux bras élevés et écartés. A sa droite, un bélier 
sur l'autel ; à sa gauche, le gâteau cornu. 

Toutes ces stèles, en grès, comme celles de Thuburnica, 
sont également dune exécution grossière. 

7° Une stèle anépigraphe (fîg. 1 remarquable par une des 
figures qu'elle porte : on y voit, au-dessous d'une rosace, 
une forme humaine d'une exécution sommaire, qui semble 
tenir à droite, un objet qui 
est peut-être un poisson, peut- 
être un fruit ; à gauche, un 
vase et une fleur, au-dessus 
d'un autel. Plus bas se dresse, 
légèrement inclinée, une 
échelle à 8 barres, à côté d'un 
gâteau cornu, et d'un objet 
qui est peut-être une palme. 

A environ vingt mètres plus 
bas de l'endroit où ces stèles 
ont été recueillies se trouve 
une petite construction, dé- 
truite dans sa partie anté- 
rieure, ayant 4 mètres de long 
sur 4 m. 50 de large, dans sa 
partie conservée, et ouverte 
fou interrompue) à l'Est K Le 
fond parait, comme pour la 
précédente, avoir été divisé 
en deux ou trois niches par 

1. On peut se demander s'il ne s'agit pas d'une autre partie du même 
édifice. Le sanctuaire de Siagu avait une trentaine de mètres de longueur 
et il se composait de pièces dont la disposition est très compliquée. Je 
n'ai pas eu l'occasion d'aller vnir la ruine après la fouille dont elle a été 
l'objet. 

1018 Vi 




•TtG KDICUI-IOS DÉCOLVEUTS DAiNS l.A KKtUO.N Di; (i IIARDIMAOII 

trois ou quatre pierres plates posées de champ, dont il ne 
reste que deux. On y a trouvé des débris de statuettes en 
miettes, une tête de femme coilVée dun bandeau barrant le 
front, des fragments de lampes et de poteries fines, et de 
vases en verre. 

Un peu plus bas enfin et dans le prolong-ement de là 
lig'ue réunissant les deux précédents monuments, s'élèvent 
les restes d'un autre édicule, long de 9 m. 50, large de 
6 m. 50, composé de deux parties dont les sols diffèrent de 
niveau et sont séparés par " lui intervalle d'environ 
2 mètres. 

La salle antérieure, profonde de 3 m. SO, présente 
dans son intérieur un massif de terre entouré de 
pierres de taille, restes d'un autel ou plutôt d'un escalier. 
La salle postérieure est profonde de 5 mètres, large de 
5 m. 50 ; dans l'intérieur, auprès de la porte, est une 
espèce d'autel ou un socle ayant pu porter une vasque. A 
un mètre en avant du fond est une base de colonne ^ros- 
sière ; il en existait une autre, placée symétriquement dont 
on a retrouvé des fragments. Il y avait probablement là un 
fronton à portique abritant une statue placée en arrière, 
disposition si fréquemment représentée sur les stèles 
géantes de la colonia Thuburnica. On a encore trouvé ici 
les restes d'un chapiteau et deux fragments d'inscription 
que voici : 

^ V ISA 

IMP'CAES AV 

A' FECIT * ET 'DE 
FDD 

Longueur, m. 65 ; hauteur, m. 23 ; épaisseur, Om. 13. 

Hauteur des lettres, m. 13. Points triangulaires. 

AVRELI 

Longueur, m. 43 ; largeur, m. 20; épaisseur, m. 11 . 
Haut, des lettres, m. 038. 



FOUILLES DE BOLOMA 



347 



' Si ces deux fragments proviennent du même t'exte, il 
doit s'agir d'une dédicace à la divinité du temple, avec 
salutations ayant trait à un empereur dont un des noms 
était AVRELIVS, ce qui doit probablement faire remonter 
la dédicace à la seconde moitié du ii" siècle. 

Il semble, pour résumer ce qui précède, que l'ensemble des 
ruines explorées à Bir Derbal par M. le capitaine 'Fradet 
ait été, d'abord une habitation ornée de mosaïques, puis 
deux ou trois édicules ayant appartenu à un même en- 
semble et formant un ou plusieurs sanctuaires de Saturne ; 
ils renfermaient un grand nombre de statues et de statuettes 
en terre cuite, accumulées comme des ex-voto, dans des 
chambres où il y avait des autels, des niches, des colonnes, 
un escalier et dont le sol était grossièrement revêtu de 
terre battue. 

C'étaient des sanctuaires rustiques fréquentés par la 
population indigène de la région, qui, au ii*' siècle de notre 
ère, était restée fidèle au culte de divinités africaines d'ori- 
gine libyenne. 



FOUILLES DE BOLONIA (1918), 
PAR M. P. PARIS, CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE. 

L'École des Hautes études hispaniques a continué, pen- 
dant les mois d'avril, mai et juin 1918, les fouilles qu'elle 
avait commencées à Bolonia (province de Cadix), sur 
l'emplacement de l'ancienne ville romaine de Belo, et dont 
l'Académie avait bien voulu apprécier les résultats, puis- 
qu'elle nous avait accordé en deux votes une subvention 
importante. 

Ce ne furent pas là les seules ressources de l'entreprise. 
La Jiinta para ampliaciôn de estudios cientificos y histô- 
ricos, à qui nous sommes unis par les liens d'une collabo- 
ration que nous cherchons à rendre de plus en plus ami- 



3'iS rouiiiLKs i)i: itoi.n.MA 

cale, avait mis un crédit à noire disposition, à la seule 
condition qu'un jeune étudiant désigné par elle viendrait se 
former sur nos chantiers aux recherches pratiques d'archéo- 
logie. De plus, un illustre hispanisant, g-énéreux dispen- 
sateur d'une des plus grandes fortunes des Etats-Unis, 
M. Archer Huntington, nous avait fait un don important 
pour les fouilles, en témoignage d'une amitié personnelle 
déjà ancienne et plus d'une fois éprouvée, et surtout de sa 
très vive admiration pour la France de la guerre. A l'Aca- 
. demie, à notre allié, à nos amis espagnols, l'Ecole se plaît 
à expinmer sa profonde reconnaissance. 

Cette année, l'Ecole avait un pensionnaire déjà heureuse- 
ment initié aux travaux archéologiques par ses maîtres 
parisiens, M. Alfred Laumonier, élève de l'Ecole normale 
supérieure. Il fut naturellement chargé d'une partie des 
travaux. D. Cayetano de Mergelina, docteur es lettres, fut 
désigné par la Junta^ et notre ami M. George Bonsor voulut 
bien, comme Tannée dernière, devenir notre bénévole et 
très apprécié collaborateur. 

Les fouilles ont été poursuivies dans la ville basse, sur 
le bord de la plage, autour de l'usine à salaisons et de la 
maison romaine déblayées en 1917, ainsi que dans la nécro- 
pole de l'Est, qu'avait à peine touchée M. Bonsor. 

La fortune a été favorable dans l'un et l'autre chantier. 

Dans le premier, la maison de 1917 a été complètement 
dégagée, et nous avons pu en relever le plan définitif, telle 
qu'elle était avant que des remaniements successifs eussent 
comblé certaines salles et changé le niveau de plusieurs 
autres. Dans les décombres ont été retrouvés en particulier 
deux grands moulins à bras presque entiers, plusieurs tron- 
çons de colonnes et des chapiteaux, ayant servi pour le 
remblai. Au Nord, fait qui nous semble nouveau, la maison 
s'adjoint deux profondes fosses à salaisons précédées d'une 
petite salle, bétonnée comme elles, ayant servi à la prépara- 
tion du poisson. Cela semble dire que le propriétaire avait 



FOUILLES l>E lîOLONfA 



349 




c 

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SrJO FOUILLES DE ROLONTA 

chez lui une petite officine où il faisait préparer lui-même 
sa provision de poisson salé. 

Une porte d'entrée de la maison, large et bien bâtie, 
donnait sur une longue voie perpendiculaire à la plage et à 
la mer qui nous réservait des surprises. C'était une rue 
monumentale bordée d'un portique à droite et à gauche. 
Nombre de fûts de colonnes étaient encore en place des 
deux côtés, et dans les sables superficiels aussi bien que 
dans les terres profondes gisaient tantôt en désordre, tan- 
tôt alignés comme au moment d'une chute subséquente à 
un ébranlement sismique, des tambours et des chapiteaux. 
Cette sorte d'avenue est certainement plus ancienne que la 
maison, car le sol de cette dernière est de près d'un mètre 
au-dessus du niveau de la chaussée, et nous avons reconnu 
des remaniements successifs et des exhaussements de terre 
dans les portiques, de façon à rendre la porte accessible. 
De plus, les colonnes sont d'un type rare, du. moins en 
Espagne : autour des joints, les tambours s'étranglent, et 
tout le reste de la pierre forme un rude bossage circulaire. 
Assez irrégulièrement espacées, mais correctement alignées, 
les colonnes reposaient sur une banquette ; elles étaient 
bien dégagées à la base ; mais à un moment impossible à 
préciser on a tendu de l'une à l'autre un petit mur qui 
enveloppa les premiers tambours afin d'isoler et de clôturer 
les couloirs latéraux. Les chapiteaux sont tous à peu près 
semblables et se rattachent au type toscan. La colonnade 
ainsi constituée — nous avons pu en redresser plusieurs 
éléments — était vigoureuse, mais sans beauté. La pierre 
dans laquelle elle a été taillée est d'un très mauvais grain 
et appelait un revêtement de stuc, mais nous n'avons pas 
trouvé la moindre trace de cet enduit. 

La rue se prolonge à travers la place publique de Bolonia, 
sans que nous en ayons encore trouvé l'extrémité. Elle 
allait sans doute déboucher au bas de la ville haute, sur 
l'esplanade au bord de laquelle nous avons découvert 



FOUILLES DE BOT,OMA 351 

Ttinnée dernière une fontaine publique. Mais nous ne pour- 
rons pas la suivre jusque là, car déjà nous avons déblayé 
sur une partie de son parcours présumé une grande usine 
à salaisons de la même époque que celle que nous avons 
explorée en 1917 (disons en passant qu'il est curieux de 
trouver un tel établissement si écarté de la plage) ; de plus, 
un peu en arrière de l'usine a été construite la grande 
caserne des carabiniers. Du côté de la mer, nous attendions 
une porte plus ou moins monumentale ; mais nous nous 
sommes heurtés à un mur qui la bouche, sans que nous 
ayons pu encore déterminer la disposition primitive. Nous 
étudierons la question l'année prochaine ; mais dès à présent 
nous pouvons émettre l'hypothèse que la rue était à plus 
proprement parler une sorte de promenoir à portiques où 
l'on pouvait circuler et se reposer à l'abri du terrible vent 
d'Est, et qui n'avait pas d'issue sur la plage. 

De l'autre côté de cette rue, nous avons fait sortir du 
sable une seconde maison presque symétrique à la première 
et tout à fait de même type, c'est-à-dire que les salles y sont 
disposées autour d'une cour à péristyle, mais plus grande 
et plus riche. 

L'originalité n'en réside pas dans le plan sur lequel elle 
a été construite, mais dans la décoration de plusieurs des 
chambres. Presque toutes avaient les parois enduites de 
stuc peint. D'ordinaire la surface est badigeonnée d'une 
teinte unie ; parfois le fond s'agrémente de cadres, de faux 
bois et de faux marbres. Mais il arrive aussi qu'au-dessus 
d'une plinthe unie, de couleur rouge ou jaune, régnait une 
décoration plus riche et que nous croyons originale. Au lieu 
d'architectures simulées, de fabriques, comme par exemple 
à Pompei, ou de tableaux animés, le décorateur a peint en 
couleurs très vives et très relevées des guirlandes et des 
bouquets de fleurs. On songe, d'après les fragments 
recueillis en très grand nombre, mais, par malheur, de 
petites dimensions, car l'humidité de la mer a disloqué. 



8.^)2 rOlMLI.KS DK IIOI.OMA 

décollé pt jeté à bas tous les enduits, on songe à certains 
papiers de tapisserie, tels qu'on les aimait il y a quelques 
années. Au reste, malgré le soin qu'ont mis MM. Laumo- 
nier et de Mergelina à reconstituer quelques ensembles, ils 
n'ont pu réussir à retrouver un ordre et une symétrie. Les 
bouquets semblent jetés ou, pour mieux dire, semés. Des 
dessins et des aquarelles ont été pris avec soin de toutes 
les plaques ayant quelque valeur ; un léger vernis permet 
de redonner aux teintes toute leur vigueur, et nous possé- 
dons ainsi quelques fleurs et boutons de pavots l'ouges d'un 
réalisme inattendu. Nous ne connaissons pas, pour notre 
part, dans l'antiquité romaine des peintures de ce style. 

Quant aux soubassements, ils étaient par endroits, dans 
certaines salles, couverts de graffites de toute espèce qui 
ont été dessinés, calqués, photographiés avec le plus grand 
soin, mais dont le déchilîrement et la publication deman- 
deront beaucoup de peine et de temps. Il y en a plus d'une 
centaine, parfois très enchevêtrés. Ce sont des inscriptions, 
en langue romaine ou indigène, et aussi des dessins variés. 
Les plus intéressants de ceux-ci sont des représentations 
de proues de navires ornées de têtes terrifiantes. Il y aura 
là un joli chapitre d'imagerie populaire. 

Cette maison nous a rendu enfin deux monuments de 
grande valeur. D'abord un volumineux cadran solaire en 
marbre blanc, très bien conservé et d'une disposition nou- 
velle, dont l'étude intéressera certainement les spécialistes. 
Ensuite un admirable petit groupe en bronze. L'Académie 
a déjà été informée de cette découverte. Les deux person- 
nages, trouvés séparés, mais l'un à côté de l'autre, ont été 
pris d'abord pour un danseur et une danseuse : c'est en 
réalité un satyre enlevant une jeune femme. Si le bronze 
n'avait pas tant souffert et n'était pas si oxydé et bour- 
souflé, le groupe serait probablement classé parmi les plus 
beaux produits de l'art hellénistique. Tel qu'il est, il est 
admirable de vie, de mouvement et d'audace. Nous ne 



FOEH.LES DE BOLONIA 353 

connaissons rien de semblable dans la statuaire grecque, et 
ce n'est, croyons-nous, que sur les plus beaux vases peints 
que l'on pourrait chercher des points de comparaison. 
D'ailleurs, aux rares places où la surface du bronze n'a pas 
trop souffert, on reconnaît une grande souplesse de modelé 
et une grande finesse de retouche au burin. Cette pièce 
unique aurait suffi à nous payer de nos peines. 

En résumé, une grande et riche maison, une rue monu- 
mentale, une vaste usine h salaisons, deux objets de pre- 
mier ordre, voilà le fruit de notre campagne dans la ville. 
Ajoutons que nous avons découvert à l'Ouest de Bolonia, 
un peu en dehors de la muraille, une grande citerne décorée 
à l'extérieur de beaux stucs peints, et fermant, à ce qu'il 
semble, un vaste hémicycle non moins richement orné. 
Peut-être était-ce là une piscine faisant partie de thermes 
luxueux. Mais pressés par le temps et presque à bout de nos 
ressources, nous n'avons pas voulu pousser plus loin 
l'exploration, et nous avons recouvert de sable, pour le 
protéger jusqu'à l'année prochaine, le peu que nous avions 
mis au jour. 

C'est M. George Bonsor qui s'est chargé de lever le plan 
des nouveaux édifices, lll'a fait avec une grande précision, 
malgré le labeur considérable que lui ont donné les fouilles 
de la nécropole, dont il a bien voulu se charger encore. 

Après la nécropole romaine de Carmona, dont l'explora- 
tion fait tant d'honneur à notre collaborateur, et qui est 
tout à fait exceptionnelle, celle de Bolonia est, dès à pré- 
sent, et de beaucoup, la plus intéressante de toute l'Es- 
pagne. Près de mille sépultures ont été découvertes et étu- 
diées jusqu'à présent, d'une extrême variété, et des plus 
instructives. La publication du journal de M. Bonsor, de 
ses observations, de ses relevés, de ses dessins, de ses 
photographies, sera d'un grand intérêt. Les rites de l'inci- 
nération et de l'inhumation, pratiqués conjointement aux 
mêmes époques (probablement le second et le troisième 



354 FOUILLES DK HOT,ONIA 

siècles de notre ère), la forme, la disposition et la construc- 
tion des monuments individuels ou de famille, des mauso- 
lées, les types des stèles et des autels, des cistes de pierre, 
rondes, carrées ou coniques, des urnes de plomb, de verre 
ou d'argile, sont le plus souvent inédits, et rien de tel 
n'avait encore apparu dans la péninsule. 11 faudrait, pour 
en donner une idée, de longues descriptions qui ne peuvent 
trouver place ici. 

Quant au mobilier funéraire récolté dans les sépultures 
ou tout autour, il faut avouer qu'il n'est pas exceptionnel. 
Les objets que nous avons recueillis en grand nombre 
appartiennent à des catégories bien connues, clous prophy- 
lactiques, petits masques de bronze (dont un, fort joli, 
représentant une tête allégorique de l'Egypte), monnaies 
impériales ou autonomes, miroirs, perles, colliers, brace- 
lets, bagues, boucles d'oreilles, fibules, épingles, spatules, 
boîtes en os, vases de verre, souvent très ornés, très lins 
et de formes exquises, fioles et ampoules à onguents et 
parfums, lacrymatoires, délicats gobelets ou petits plats 
d'aro-ile indigènes ou importés, à dessins ineis ou à reliefs, 
etc., tout cela forme une collection précieuse qui, après 
exposition à l'Institut français, deviendra peut-être l'orne- 
ment du petit musée de la future villa Velazquez. 

Mais, en somme, il n'y a là presque rien d'imprévu ; c'est 
l'art raffiné de l'Empire, si bien connu par tant de fouilles 
et de trouvailles faites dans le monde romain. Heureuse- 
ment il est une découverte d'une valeur toute particulière 
qui rehausse le prix de toutes les autres. Nous avons été 
frappés de recueillir à la surface du sable, avant les fouilles, 
de très laides pierres qui ne pouvaient se trouver là par 
hasard, et qui portaient la trace évidente d'un dégrossisse- 
ment sommaire; les ouvriers semblaient avoir eu l'inten- 
tion de leur donner la forme d'un buste humain. Or nous 
avons dégagé du sol un très grand nombre de ces sculptures 
rudimentaires encore en place, intentionnellement dressées 



FOUILLES DE BOLONIA 355 

au-dessus ou au devant de beaucoup de sépultures. Le plus 
souvent il n'y a qu'une de ces images, quelquefois il y en 
a trois alignées et quelquefois aussi cinq disposées comme 
les statues dans un fronton. Parmi ces pierres, que nous 
ne pouvons considérer que comme des fétiches ou des 
démons gardiens des tombes, la plupart montrent vague- 
ment un essai de visage, 3'eux, nez, oreilles, bouche et 
menton, mais il y en a d'autres qui ne présentent qu'une 
boule figurant une tête sur une tige figurant un cou, et 
d'autres encore qui ne sont que de simples bétyles, des 
pierres brutes plus ou moins arrondies ou étirées en pointe. 
On pourrait croire que ce n'étaient là que des armatures 
destinées à être revêtues de stuc modelé, mais il n'en est 
rien ; bustes grossiers et simples pierres ont été placés tels 
qu'ils sont, à l'état absolument barbare, et si nous ne les 
avions pas retrouvés justement à leur place primitive, nous 
n'aurions pas hésité à y reconnaître de très frustes sculp- 
tures néolithiques. 

Il y aura lieu d étudier de très près ces documents, et les 
croyances et les rites qu'ils nous révèlent. Jusqu'à plus 
ample informé nous estimons qu ils sont la survivance, en 
pleine époque romaine, de la religion et des coutumes 
funéraires de la peuplade indigène qui était établie dans 
cette région plusieurs siècles avant la conquête. Peut-être 
aurons-nous un jour la chance de retrouver quelque vieux 
cimetière indigène où cette religion et ces coutumes nous 
apparaîtront dans leur pureté primitive. Pour le moment 
nous ne pouvons qu'enregistrer un fait très nouveau et 
nous étonner que les habitants de Belo, insensibles à l'in- 
fluence de l'art très évolué dont ils recherchaient pourtant 
les produits, aient conservé, à une époque de civilisation 
très avancée, des images si informes, et, répétons le mot, 
car il est le Seul qui vaille, si horriblement barbares. 

En terminant, nous exprimerons un double vœu, d'abord 
qu'il soit donné à l'Ecole des Hautes études hispaniques 



3îjG uapport srn i. 'école française D'Exrnf-.MK-ORiRNT 

(le poursuivre ses fouilles et dans la ville et dans la nécro- 
pole, ensuite que le gouvernement cspag-nol prenne les 
mesures nécessaires pour protég-er contre les déprédations 
des hommes et l'envahissement du sa!)le, plus redoutable 
encore, les ruines et les monuments que nous avons labo- 
rieusement mis au jour, et dont nous sommes heureux de 
lui avoir fait le dépôt en reconnaissance de sa généreuse 
hospitalité. 



APPENDICE 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE L ÉCOLE FRANÇAISE D EXTRÊME- 
ORIENT DU MOIS DE JUILLET 1917 AU MOIS d'aVRIL llMtS, 
PAR M. HENRI CORDIER, MEMBRE DE l'aCADÉMIE ; LU DANS 
LA SÉANCE DU 11 OCTOBRE 1918. 

Pour la première fois un rapport sur les travaux de 
rÉcole française d'Extrême-Orient était présenté à l'Aca- 
démie, dans sa séance du 16 novembre 1917, par M. Gha- 
vannes qui remarquait avec raison que vous aviez droit 
d'être tenus au courant de ce que nos jeunes savants font 
en Indo-Chine aussi bien que de ce qu'ils accomplissent 
pour le bon renom de la science française soit en Grèce, 
soit en Italie. 

Je vais essayer de retracer en quelques pages la labo- 
rieuse et parfois difficile existence de l'Ecole pendant la 
période qui s'étend du mois de juillet 1917 au mois d'avril 
1918. Tout d'abord, examinons la situation du personnel. 

Le directeur de l'École, M. Maître, ainsi que deux pro- 
fesseurs, MM. Henri Maspero et Léonard Aurousseau, sont 
en France, mobilisés. Le directeur p. i., M. Louis Finot, 
qui pendant plus de quatre ans a rempli ses fonctions avec 
le plus entier dévouement, a été obligé de rentrer pour 
raison de santé. Un troisième professeur, M. George Coedès, 



iîAi>i>ouT SLU l'école françaisk d'^xtuème-ukiem 357 

envoyé en mission à Bangkok,, a été nommé par le gouver- 
nement siamois conservateur de la Bibliothèque nationale 
Vajiranana à la place du D'' Frankfurter ; on sait que cette 
bibliothèque qui a entrepris une série de publications a été 
fondée en 1881 par les fils du roi MahâMong Kut pour 
honorer la mémoire de leur père dont le nom religieux est 
Vajiranana ; elle a été installée dans de nouveaux bâtiments 
inaugurés en janvier 1917. Un pensionnaire, M. Demasur, 
architecle, qui donnait les plus belles espérances, rentré en 
France, est tombé glorieusement aux Dardanelles, à Sedul- 
bahr. Un autre pensionnaire, M. Paul Boudet, archiviste 
paléographe, qui avait été nommé le 4 mars 1917, pour 
organiser les archives de l'Indo-Ghine, placées dans les 
attributions de l'École, a donné sa démission le 30 no- 
vembre pour occuper le poste de Directeur des archives et 
bibliothèques de l'Indo-Ghine créé par arrêté du Gouverneur 
général en date du même jour. Il ne reste donc plus à 
l'École que le chef du service archéologique, M. Parmen- 
tier, qui remplit les fonctions de directeur p. i., et le secré- 
taire, M. Noël Péri ! Heureusement que tout récemment 
l'École a pu recruter un excellent pensionnaire, le P. Ga- 
dière, des Missions étrangères de Paris, bien connu par les 
nombreux travaux qu'il a consacrés à l'Indo-Ghine depuis 
plus de vingt-cinq ans qu'il est dans le pays. Mais il manque 
toujours un indianiste pour remplacer M. Goedès, et un 
architecte pour remplacer M. Demasur. 

Dans son rapport annuel, M. Finot remarquait : « La 
diminution de notre personnel a été compensée dans une 
certaine mesure parle concours obligeant de plusieurs colla- 
borateurs bénévoles qui s'intéressent à notre œuvre. Le 
P. H. de Pirey et le D'" Sallet en Annam ont particuliè- 
rement bien mérité de l'archéologie du Ghampa et nous 
leur devons plusieurs découvertes appréciables. Le P . 
Kemlin nous a fait part de ses recherches sur les Reungao, 
si importantes pour la connaissance des peuplades non 



358 UAPPORT SUR l'école FRANÇAISL; o'EXTHfcMK-ORlKNT 

civilisées de l'Indo-Ghine. Notre correspondant M. Meillier, 
commissaire du Gouvernement à Luanj^ Prabang, a obtenu 
la création dans cette ville d'une Bibliothèque royale où il 
a réuni près de 1.200 manuscrits, en même temps qu'il 
enrichissait celle de l'Ecole. M. Holbé de Saigon a témoigné 
de son intérêt pour notre Musée en lui offrant quelques 
pièces précieuses de ses collections. C'est pour nous un 
sujet de grande satisfaction que l'œuvre de l'Ecole soit de 
mieux en mieux comprise et appréciée. » 

D'autre part, tandis que le Musée de Tourane est en voie 
d'installation, M. Henri Marchai, conservateur p. i. des 
monuments d'Angkor, a commencé la réfection de la chaus- 
sée d'Angkor Vat et continué le dégagement de Baphuon 
et de Phimànakàs. 

« 11 a fait preuve dans ces travaux délicats, dit 
M. Finot, d'une remarquable habileté technique en même 
temps que d'un sentiment très juste de l'intérêt que pré- 
sentent ces vieux édifices pour l'étude de l'ancienne civi- 
lisation du Cambodge. Nous sommes heureux de pouvoir 
affirmer à l'Académie que les monuments d'Angkor sont 
en bonnes mains. D'autre part, le vif intérêt que leur té- 
moigne M. le Gouverneur général Sarraut nous donne toute 
sécurité au sujet des ressources nécessaires pour continuer 
et même activer les travaux de conservation. » 

M. Aucourt, professeur appartenant à la Direction de 
l'enseignement en Indo-Chine, a été attaché à l'École en 
qualité de secrétaire-adjoint de M. Péri, et chargé de sur- 
veiller la confection du catalogue de la Bibliothèque chi- 
noise. 

Malgré les difficultés de l'heure présente, grâce au zèle 
et à l'activité de M. Louis Finot et de ses collaborateurs, , 
le Bulletin de l'Ecole a continué de paraître et ses fascicules 
parus au cours de l'année dernière ne le cèdent en rien en 
intérêt et en valeur scientifique à ceux qui les ont pré- 
cédés. 



RAPPORT SIK l'école FRANÇAISE d'eXTRÈME-ORIENT 3o9 

ÎDans son article sur les anciens tombeaux au Tonkin, 
M. H. Parmentier étudie des tumulus recouvrant des ca- 
veaux voûtés en briques sèches, dont la première décou- 
verte fut signalée à l'École dès 1896 par Dumontier; le 
principal de ces tombeaux tut découvert, en 1913, dans une 
butte voisine de l'hôpital de Quang Yen, et c'est lui que 
décrit tout spécialement M. Parmentier qui en indique 
cinq autres dans la même région, tout en n'oubliant pas 
ceux d'Annam, en particulier ceux de Qui Chinh et de 
Quang binh. Un autre mémoire de M. Parmentier est 
consacré aux Anciens tambours de bronze dont l'Ecole 
possède un beau spécimen qui n'a jamais été publié ; il le 
décrit ainsi qu'un certain nombre d'autres pièces appar- 
tenant à divers collectionneurs. Ces objets ont été étudiés 
par divers savants en particulier par Fried. Hirlh, A.B. 
Meyer, J.J.M. de Groot, G. P. Rouffaer et surtout Franz 
Heger de Vienne (1902) qui en a connu 165 (cf. AUe 
Metalltrommeln aus Sùdost-Asien) ; le travail de M. Par- 
mentier porte à 188 le nombre des tambours publiés. 

M. George Coedès publie et analyse des Documents sur 
la dynastie de Sukhodaya qui brilla au Siam d'un vif éclat 
à la fm du xiii'' siècle et fut éclipsée par celle d'Ayudhya 
fondée en 1348 ou 1350. 

M. Noël Péri, en traitant de Harîtl, la Mère des Démons, 
dont le pèlerin bouddhiste Yi Tsing donna un résumé de 
la légende et une notion sommaire d'une des formes de son 
culte, complète les travaux de divers savants, en particulier 
de Waddell, de Chavannes et de M. Foucher. 

Dans son article sur Y Alliance chez les Reungao, le P. 
J.E. Kemlin, des Missions étrangères de Paris, continue 
les recherches sur cette tribu appartenant à la famille 
Mon-Khmère qu'il avait commencées dans le Bulletin pré- 
cédemment": Rites agraires des Reungao ' les songes et leur 
interprétation chez les Reungao. 

Enfin M. Louis Finot lui-même nous donne le résultat 



'MM) RAPPORT SI;R L'fîCOLE FRAîSÇAISK d'eXTR^ME-ORIENT 

de ses Recherches sur la littérature laotienne, importantes 
pour Thistorien, Tépigraphiste et le folk-loriste, qui ont 
pour point de départ la réunion des manuscrits et l'histoire 
de Luang Prabang appelé ordinairement Mu'ong Long par 
les indigènes et qui serait le premier Etat constitué par les 
Thai descendant de Mu'ong Theng. 

Outre le Bulletin, le second fascicule et la table de 
l'Inventaire alphabétique du fonds européen de la Biblio- 
thèque de l'Ecole ont été imprimés ; on jugera de l'impor- 
tance de ce travail quand nous aurons dit que cet inven- 
taire ne comprend pas moins de 977 pages grand in-8° à 
deux colonnes. 

D'autre part, la série déjà considérable des publications 
de l'Ecole est continuée : le premier fascicule du tome II 
de y Art gréco-bouddhique du Gandhàra. Etude sur les 
origines de l'influence classique dans Vart bouddJiique de 
VInde et de l'Extrême-Orient, par M. A. Foucher, vient de 
paraître ; le premier volume de ce grand ouvrage avait été 
donné en 1905. M. Foucher, qui vient de partir pour une 
longue mission aux Indes, a laissé le manuscrit complet du 
second et dernier fascicule de cette importante publication 
dont l'achèvement est ainsi assuré. 

Nous apprenons également que le tome II et dernier de 
l'Inventaire des Monuments Chams dû à M. Parmentier va 
prochainement sortir des presses. 

L'une des missions confiées à l'Ecole française d'Extrême- 
Orient est la conservation et la surveillance de plus d'un 
millier d'édifices souvent fort importants, répartis sur une 
surface de pays un peu plus considérable que celle de la 
France et dans des régions souvent désertes, qui incombe 
au chef du service archéologique. M. Parmentier, actuelle- 
ment directeur p. i., se plaint avec juste raison de l'impos- 
sibilité, faute de personnel, d'assurer son service d'une 
manière satisfaisante. Dans un rapport adressé le 5 août 



RAPPORT SLR l/lOCOlJi; KRAiN(jAISE d'eXTRKME-ORIKNT 361 

dernier à la Commission spéciale de l'Académie, il faisait 
la proposition suivante : 

c< Pour assurer la conservation des monuments, des 
tournées devraient être exécutées au moins tous les quatre 
ou cinq ans, afin que les indigènes sentent une suite réelle 
dans la surveillance. L'extrême minimum nécessaire pour 
assurer ces tournées et les travaux d'entretien serait de 
quatre inspecteurs : un à Angkor, — il existe déjà avec le 
titre de conservateur, — un autre pour le reste du Cam- 
bodge, qui serait chargé de faire l'intérim d'Angkor, lorsque 
le conservateur prend son congé normal, — un pour les 
monuments chams et laotiens, — un pour les édifices d'art 
annamite au Tonkin, en Annam et en Cochinchine. Ce 
dernier^ dont le rôle au point de vue conservation serait 
moindre, aurait par contre une tâche considérable : celle de 
l'étude de l'art annamite qui est encore entièrement à 
Faire. Il devrait, en outre, s'occuper de la préhistoire que 
nous sommes obligés de négliger et pourrait suppléer les 
autres inspecteurs pendant leurs congés, la présence des 
quatre inspecteurs ne pouvant être qu'exceptionnelle en 
raison de la durée de trois ans des séjours réguliers. Un 
personnel de surveillants et de dessinateurs indigènes 
devrait nécessairement être organisé pour aider les inspec- 
teurs dans leur tâche, qui serait encore très lourde. » 

Le Gouverneur général Sarraut accepte ce projet en prin- 
cipe, mais il ne pourra être mis à exécution qu'après la 
guerre, le recrutement du personnel étant à peu près 
impossible en ce moment. 

Nous rappellerons que l'Ecole d'Extrême-Orient a un 
triple objet : exécuter des fouilles, conserver les monuments 
existant dans l'Indo-Chine et publier des ouvrages traitant 
de l'histoire, de l'archéologie et de la linguistique de notre 
belle colonie. Comme on le voit par le rapport que je viens 
d'avoir l'honneur de lire devant l'Académie, l'École, malgré 

1918 25 



362 LIVRES OFFERTS 

la pénurie de personnel et les embarras de toute sorte créés 
par une situation anormale, a accompli sa mission, toute 
sa mission. On me permettra de dire que c'est un vrai tour 
de force exécuté grâce à la ténacité de son directeur p. i. 



LIVRES OFFERTS 



Le Sechktaire perpétuel dépose «ur le bureau les ouvrages 
suivants : 

Publications de l'École française d'Extrême-Orient. VArf gréco- 
bouddhique du Gandarha. Étude sur les origines de l'influence clas- 
si(]ue dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient, par 
A. Foucher. — Tome II, premier fascicule: Les images^ avec 175 
illustrations et 4 planches (Pai'is, Impr. nat., 1918). 

Transactions of Ihe Royal Society of Edinhurgh, vol. LU, part 
I, session 1917-1918 (Edimbourg, 1918, in-4°). 

M. Prou offre, au nom de l'auteur, M. le chanoine Ch. Urseau, un 
mémoire intitulé : La Tapisserie de la Passion d'Angers et la tenture 
brodée de Saint-Bernard de Romans (extrait du Bulletin archéolo- 
gique de 1917; Paris, 1917). 

M. O.MONT a la parole pour un hommage : 

a J'ai l'honneur de déposer sur le bureau, au nom de l'auteur, 
M. Louis Régnier, un mémoire sur le Tombeau de Robert d'Acqui- 
gny, conseiller au Parlement de Paris, doyen de Saint-Omer, dans 
Véglise Notre-Dame de Louviers (Paris et Rouen, 1918, in-8°, 31 pages 
et 3 planches ; extrait du Bulletin de la Société des Antiquaires de 
Norniandie, tome XXXII, année 1917). 

« Un élégant sarcophage, surmonté d'un gisant de grandeur natu- 
relle, mais ne portant ni blason, ni épitaphe, et placé dans un des 
bas-côtés de l'église Notre-Dame de Louviers, était jusqu'ici regardé 
par les historiens locaux comme le tombeau d'un seigneur d'Ester- 
nay en Champagne, Jean Le Boursier, qui avait pris parti contre 
Louis XI et qui avait péri, noyé dans l'Eure par l'ordre de ce prince 
en 1465. Le style du monument, le costume du personnage décelaient 
cependant plutôt le début que la seconde moitié du xv' siècle. 
M. Louis Régnier, dont l'Académie a récompensé, il y a quelques 
années, une savante étude sur l'église collégiale d'Écouis et auquel 



SÉANCt: DU 18 OCTOBRE 1918 363 

on doit nombre de travaux sur l'histoire et l'archéologie normandes, 
a eu la bonne fortune de résoudre celle énigme, en découvrant dans 
les registres du Parlement, aux Archives nationales, et en le commen- 
tant très judicieusement le testament dans lequel Robert d'Acquigny, 
conseiller clerc au Parlement de Paris, né à Louviers et mort 
en 1403 ou 1404, élisait sa sépulture et en précisait les conditions 
dans l'église Notre-Dame de cette ville. » 



SÉANCE DU 18 OCTOBRE 



PRÉSIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

M. le Directeur de renseignement supérieur communique 
une lettre de M. Millet, chargé de mission en Macédoine, qui 
a découvert dans les couvents du mont Athos des peintures 
intéressantes et des documents d'archives inédits. 

Le Secrétaire perpétuel fait connaître la mort de M. Emile 
Guimet, correspondant de l'Académie. 

Le Président prononce l'allocution suivante : 

« Messieurs, 
« Notre Académie vient de perdre un nouveau correspondant, 
M. Emile Guimet, qui lui appartenait seulement depuis l'année 
dernière. Ses obsèques ont eu lieu hier à Lyon, sa ville natale, 
où il est mort après une courte maladie âgé de quatre-vingt- 
deux ans. Fils d'un savant et d'une mère artiste, il avait déve- 
loppé en lui, au milieu des occupations absorbantes inséparables 
de la direction d'une grande industrie, les qualités natives qui 
devaient le porter de bonne heure vers l'archéologie et l'histoire. 
Un premier voyage qu'il fit, jeune encore, en Egypte, lui 
révéla les merveilles d'un art qu'il ignorait. Il s'attacha pas- 
sionnément aux antiquités égyptiennes, acquit des statuettes, 
des papyrus, des momies, se plongea dans la lecture de 
Champollioa, de Ghabas et de Rougé. Il avait trouvé sa voie 
scientifique, celle où son avidité de savoir devait le maintenir 
jusqu'à la fin de sa vie : c'était l'Orient, et bientôt ce fut 
l'Exlrênie-Orient. En 1876, il visita lu Chine et le Japon, cou- 



36 i sKANci: Di 18 ociduni; 101 S 

nul, interrogea un certain nombre tKartistes de ce pays, el revint 
en France avec des pièces rares que, lors de l'Exposition univer- 
selle de 1878, il offrait à la curiosité et a l'admiration du public 
dans une vitrine du palais du Trocadéro. 

« L'importance de ses collections lui suggéra de former un 
musée, qui fut inauguré à Lyon en 1879. C'était chez lui un rêve 
ancien, d'employer ses richesses d'art à l'éducation de la foule. 
De là le transfert du Musée Guimet de Lyon sur un plus vaste 
théâtre, à Paris, oià il fut installé dans le somptueux édifice cons- 
truit aux frais de son fondateur, et devint propriété de l'Etal, 
Emile Guimet s'en réservant la direction. 

« Vous connaissez tous, Messieurs, les grands traits de cette 
institution philanthropique : collections sans cesse accrues, 
bibliothèque renfermant plusieurs milliers de volumes, 
Annales du musée Guimet, œuvre de vulgarisation savante à 
laquelle plusieurs d'entre vous ont collaboré, et qui, dans la 
pensée de M. Guimet, était destinée à répandre la connaissance 
des anciennes religions orientales. Mais les publications ne sufïi- 
saient pas; il fallait encore à cette propagande éclairée le 
secours de la parole. Emile Guimet institua les conférences du 
dimanche dans cette longue salle dont vous vous souvenez, 
trop étroite pour contenir les auditeurs qui s'y pressaient. 

« Cependant les collections ne cessaient de se multiplier et de 
grandir; elles débordèrent Paris; le musée de Lyon fut recons- 
titué, et il y en eut d'autres à Rouen, au Havre, à Toulouse, à 
Bordeaux, peuplés de monuments religieux de l'Egypte, de 
l'Inde, de la Chine et du Japon. 

« Voilà, en quelques mots hâtifs, l'œuvre de Guimet. Il fut un 
bienfaiteur de son pays, si c'est une forme de la bienfaisance de 
propager le plus possible autour de soi la lumière, A ce titre 
Emile Guimet mérite notre i^econnaissance et celle de tous les 
travailleurs à venir qui bénéficieront de son intelligente généro- 
sité. » 

M. le comte Durrieu annonce que M. Henri Stein a découvert 
à la Bibliothèque nationale, et communiqué à la Société des 
Antiquaires de France dans sa séance du 16 octobre courant, 
un document d'archives établissant formellement que Philippe 
de MazeroUes habitait Paris en 1454. M. Durrieu rappelle qu'il 



SÉANCE DU 18 OCTOBRE 1918 3G") 

a' consacré à Philippe de Mazerolles un mémoire étendu qui a 
paru dans le tome XXII des Monuments Piot, daté de 1916. Les 
documents publiés jusqu'ici sur Mazerolles montrent en lui un 
peintre miniaturiste qui l'ut employé en Flandre, en 1466, par 
Charles le Téméraire, du temps où ce futur duc de Bourgogne 
portait le titre de comte de Charolais, et qui se fixa à demeure à 
Bruges en 1469, tout en étant d'origine française. Dès 1903, 
M. Durrieu a proposé d'identifier cet artiste avec un des plus 
délicieux miniaturistes qui aient fleuri au xv" siècle, le « Maître 
de la Conquête de la Toison d'Or », comme M. Durrieu Tavait 
d'abord surnommé. L'étude des miniatures attribuées par lui à 
ce maître a amené ensuite M. Durrieu, d'accord avec une très 
judicieuse observation déjà faite par M. Salomon Reinach au 
cours d'un article paru en 1905 dans la Gazette des Beaux-Arts 
(année 1905, t. I, p. 384), à formuler cette assertion que 
« Mazerolles, avant de gagner la Flandre, a eu l'occasion de se 
familiariser avec l'aspect de la capitale de la Finance, qu'il a donc 
dû séjourner à Paris >^ (mémoire publié dans les Monuments 
Piot, XXII, p. 98). 

Cette affirmation du passage de Mazerolles par Paris et d'un 
arrêt de l'artiste dans cette ville, M. Durrieu l'avait déduite uni- 
quement de sa théorie d'identification de Philippe de Mazerolles 
avec le « Maître de la Conquête de la Toison d'Or ». Il est très 
intéressant de voir qu'elle se trouve pleinement confirmée main- 
tenant par la découverte d'un document d'archives, découverte 
dont tout l'honneur, M. Durrieu tient à le préciser encore, 
revient à M. Henri Stein. 

M. Franz Gumont, associé étranger, interprète un bas-relief 
romain, conservé au Musée de Copenhague, qui montre le buste 
d'une enfant défunte placé dans un large croissant entouré 
d'étoiles. 11 le rapproche d'un grand nombre d'urnes ou pierres 
sépulcrales qui sont marquées du symbole du croissant. L'idée 
naïve que les âmes des morts vont habiter la lune se trouve chez 
beaucoup de peuples primitifs : elle se conserva dans l'antiquité 
grâce aux Pythagoriciens, qui l'adoptèrent en la transformant, 
et se répandit davantage lorsque se propagèrent sous l'Empire 
les cultes astraux des peuples syro-puniques. 



300 LIVRKS OFFRRTS 

M. le comte Durrieu présente quelques observations. 

l/Académie décide au scrutin la vacance des places de 
MM. Baktu et M.vsi'ERo, membres ordinaires, et celles de 
MM. Tabbé Thédenat et le marquis de Vogué, membres libres, 
décédés. La présentation des titres pour les deux premières 
places est fixée au 29 novembre 1918 et Télection huit jours 
après ; la présentation des titres pour les sièges de membre libre 
aura lieu le dernier vendredi de janvier. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les périodiques et 
ouvrages suivants : 

Ministère du Commerce, de l'Induslrie — Annales du Com- 
merce exlrrieur, 1915, f'', 2« et 3" fascicules (Paris, Irapr. nat., 19iri) ; 

Bulletin de l'Inatitul français d'' archéologie orientale, publié sous la 
direction de M. Georges Foucart. T. XV (premier fascicule) (Le 

Caire, 1918); 

Annales du Musée Guimet. Revue de l'histoire des religions, publiée 
sous la direction de MM. René Dussaud et Paul Alphandéry. 
T. LXXVII, n° 2 (mars-avril) et n" 3 (mai-juin) (Paris, 1918) ; 

Bibliothèque franco-roumaine, u" 1, 1" août 1918. Emile Staëco. 
La vérité sur le peuple roumain et la propagande anti-roumaine 

(Paris, 1918) ; 

Mémoires de la Société nationale d'agriculture, sciences et arts 
d'Angers (ancienne Académie d'Angers fondée en 1685). T. XX, 
année 1917 (Angers, 1918) ; 

Emile Chantre, Contribution à Vétude des races humaines du Sou- 
dan occidental [Sénégal et Haut Niger), et trois notes du même auteur 
(extr. du Bulletin de la Société d'anthropologie et de biologie de 
Lyon) : La nécropole gauloise [marnienne) de Gênas, Isère (séance du 
6 février 1913) ; — Recherches anthropologiques dans la Berbérie 
orientale (séance du 10 juin 1913); — La langue berbère et la langue 
arabe dans le Nord de l'Afrique (séance du 6 décembre 1918). 



:J67 
SÉANCE DU 22 OCTOBRE 



PRESIDEXCE DE M. l'AUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

Le Secrétaire perpétuel lil une note de M. le D'' Bascoul, 
d'El-Kseur (Algérie), sur des dessins rupeslres du Djebel-Toukra, 
— Renvoi à M. Salomon Heinacii. 

Le Président donne lecture d'une lettre relative à la commu- 
nication de M. Audouin sur le muid de Gharlemagne, lettre que 
lui a écrite M. Lefas, député d'Ille-et- Vilaine, Celui-ci émet le 
vœu de voir recueillir d'une manière complète la nomenclature 
des anciennes mesures de volume et de poids « telles qu'elles 
peuvent encore exister dans le langage et dans la mémoire de 
nos paysans et de nos artisans «. 

M. Ch.-V. Langlois annonce, au nom de M. Bruchet, archi- 
viste du Nord, que les Archives départementales du Nord, à 
Lille, n'ont subi aucun dommage. 

M. Omont annonce qu'il en est de même des Archives munici- 
pales, des manuscrits et des livres précieux de la Bibliothèque 
de la ville. 

Sur le rapport de M. Prou, l'Académie accorde, sur la partie 
des arrérages de la fondation Thorlet attribuée à l'Académie : 

.'}.000 francs à M. le colonel Lamouche, pour l'aider à recons- 
tituer sa bibliothèque incendiée lors du raid d'avions du 12 avril 
1918; 

500 francs à M. Dupont, juge au tribunal civil de Saint-Malo; 

et 500 francs à M. l'abbé Daugé, curé de Duhort-Bachen 
(Landes) pour l'ensemble de leurs recherches scientifiques et de 
leurs publications. 

Sur le rapport de M. Diehl, l'Académie décerne cette année 
deux médailles Paul Blanchet, l'une à M. Gouvet, conservateur 
du Musée de Sousse, pour le dévouement actif qu'il n'a cessé de 
montrer pour les antiquités de la ville et à l'organisation du 



3GS SKANCK UV 22 OCTOItllK 11» 18 

Alusée municipal, et l'autre à M'"* de Chabannes do I.a Palice, 
pour les fouilles qu'elle a fait pratiquer dans sa propriélé 
d'I' tique, et le soin quelle a apporté à conserver, dans un musée 
libéralement ouvert au public, les objets découverts. 

M. Henri Prentoul, professeur d'histoire de Normaiidie à la 
Faculté des lettres de l'Université de (^aen, fait une communi- 
cation sur les Étals provinciaux de Normandie. L'auteur énu- 
mère en les critiquant les travaux de ses prédécesseurs ; il montre 
que sans l'œuvre de M. Goville, son maître, qui a étudié les 
États de Normandie au xiv** siècle, et de M. Charles de Beaure- 
paire, correspondant de l'Académie, qui a publié les cahiers et 
étudié les États sous la domination anglaise, il n'aurait pu entre- 
prendre de faire une histoire complète des l"'tats. Sa tâche 
personnelle a été de réunir la documentation pour l'histoire des 
États de 14()0 à 1560 et de tenter une synthèse. Il expose ses 
recherches dans les archives des départements normands, dans 
les archives communales, la Bibliothèque nationale, les Archives 
nationales, etc. Elles lui ont permis de constituer un catalogue 
des sessions des États. Ce catalogue met en lumière ce fait qu'à 
partir de 1458 les Etats ont été tenus régulièrement, qu'avant 
cette date ils Tout toujours été en temps de guerre, pour voter 
un subside destiné à l'entretien de l'armée. Les États provin- 
ciaux ont donc pour fonction essentielle de voter limpôt. En 
terminant, l'auteur rappelle qu'ils ont été en outre associés à 
quatre grandes créations, celle de l'Université de Caen sous la 
domination anglaise, de l'Échiquier perpétuel à Rouen sous 
Louis XII, du Havre-de-Grâce sous François P'', de la rédaction 
du droit coutumier sous Henri III. 

M. Fougères, dii-ecteur de TEcole française d'Athènes, com- 
munique à l'Académie les résultats des recherches topographiques 
poursuivies, dans le courant de l'été, à Délos par M. Replat, 
architecte de l'École, chargé de mettre à jour le plan général 
des fouilles. 

M. Replat a pu reconstituer le tracé complet du mur de 
défense improvisé par le légat romain Triarius, après l'incursion 
du chef pirate Athénodoros, en 69 avant J.-C, afin de préserver 
la ville "et le sanctuaire d'Apollon de nouvelles déprédations. 



SÉANCE DU 29 Or.TOIiRE 1 !M S . 369 

En outre, M. Replat a identifié dune manière certaine rem- 
placement de rhippodrome délien et retrouvé les restes des 
murs qui Tentouraient et des gradins de la stalle d'honneur ou 
proédria, où siégeait le jury des courses. C'est là le second 
exemple, avec celui du mont Lycée en Arcadie, d'un hippodrome 
hellénique pourvu d'un dispositif architectural. On admettait 
qu'en général ce type d'installation sportive se réduisait à un 
champ de courses naturel, sans constructions. En fait, les 
hippodromes ont, à partir du iv« siècle avant J.-C, participé à 
l'évolution générale qui transforma en édifices les aménagements 
primitifs des théâtres, des gymnases et des stades. Le terme de 
cette évolution, dont les types du mont Lycée et de Délos per- 
mettent de reconstituer les étapes architecturales, est représenté 
par le cirque romain et l'hippodrome byzantin, combinaison du 
stade et de l'hippodrome helléniques. 



LH'RES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les périodiques 
suivants : 

Mémoires de la Société académique (V agriculture, sciences, arts et 
belles-lettres du département de l'Aube (t. LXXXI de la collection). 
T. LIV. Troisième série ; année 1917 (Troyes, 1918) ; 

Bevista de Archivas, Bibliotecas y Museos. Organo del cuerpo facul- 
tative del ramo. Tercera epoca. Ano XXII, julio-agosto 1918 (Madrid, 
1918) ; 

Proceedinys of the Royal Institute of Edinburgh. Session 1917-18. 
Vol. XXXVIII. Part II, pp. 97-224 (Edinburgh, 1918.) 



SÉANCE DU 29 OCTOBRE 



PRESIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

Le Secrétaire perpétuel lit une lettre de ^L le Ministre de la 
guerre communiquant un extrait de la Deutsche Levante Zeilung 
relatif à une théorie sur l'origine des Roumains. — Renvoi à 
M. L. Li:r.ER. 



370 SÉANCE DU 29 OCTOHRR 1 ÎH 8 

Il donne ensuite lecture des lettres par lesquelles M. le lieute- 
nant-colonel de Gastries pose sa candidature à la placé de 
membre libre vacante par la mort de M. le marquis de Vogiié, 
et M. Adrien Blanchet, à la place de membre libre vacanjLe par 
la mort de M. Tabbé Thédenat. 

M. Léon Dorez lit la note suivante : 

« Dans les derniers, fascicules de la Bihliofilia de Florence 
(avril-mai et juin-août 1918), M. Laudedeo Testi a publié un 
intéressant travail sur les livres de chœur enluminés de léj^lise 
Saiut-Jean-rÉvangélisle de Parme.-Gette étude révèle un minia- 
turiste jusqu'ici inconnu, Michèle da (ienova, Michel de Gênes, 
qui entra au service de la fabrique en 1492 et y resta au moins 
jusqu'en 1497 '. Dans l'un des manuscrits ornés par cet artiste 
et dont la décoration a été restaurée en 1779, trois des minia- 
tures, représentant VAnnonciation, la Circoncisio-n et ïAdo- 
ralioji des Mages^ heureusement à peu près intactes, sont des 
copies presque serviles d'œuvres d'Andréa Mantegna, copies 
exécutées du vivant du grand peintre et constituant une nou- 
velle preuve de la célébrité acquise par ses compositions dans 
toute l'Italie septentrionale. 

« A ce propos, l'Académie me permettra de lui rappeler une 
notice qu'elle a accueillie en 1909 dans les Monuments Piot etoù 
j'ai décrit un Pontifical exécuté pour le cardinal Giuliano Délia 
Rovere (le futur pape Jules II) par le miniaturiste Francesco de 
Vérone ou Francesco dai Libri, 

« Au cours de ma notice, j'ai signalé à plusieurs reprises une 
interprétation parfois très large, mais toujours évidente, du style 
de Mantegna dans les peintures de ce Pontifical qui fait aujour- 
d'hui partie des collections Morgan, à New-York. Mais j'aurais 
dû y insister plus que je ne l'ai fait sur la miniature de la Présen- 
tation du Christ au Temple, où se trouve reproduite la partie 
centrale du volet de droite du triptyque de Mantegna conservé 
aux Uffizi de Horence ^. Gette même partie du tableau florentin 
a été également transportée dans l'une des initiales d'un anti- 
phonaire parmesan, et la comparaison des deux adaptations 

1. Biiîh'o^/ia ^juin-août), p. 146-147. 

■X. Gliarles Yriarte, Mante(jna (Paris, 1901, in-4''), entre les pp. CO el6l. 



SÉANCE nr 29 octobre 1918 371 

permet de mesurer toute la distance qui séparait l'art de Michel 
de Gênes de celui de François de Vérone qui, lui, a interprété 
l'œuvre originale avec une liberté dans l'ensemble et une fidélité 
dans certains détails infiniment supérieures à la copie de son 
médiocre émule * . ' 

« Ce dernier, d'ailleurs, n'a nullement signalé les emprunts 
qu'il faisait à Mantegna, tandis que, comme on va le voir, 
François de \'érone a indiqué d'une manière très nette la source 
de ses compositions. Ft ici je dois rectifier sur un point la notice 
publiée dans les Monuments Piol. 

« A gauche du petit tableau du miniaturiste véronais, sur l'ar- 
chitrave de l'édicule, on lit ces deux mots tracés en lettres d'or: 
AB OLYMPO 2. Gomme cette même peinture est aussi celle 
qui porte la signature francischvs veronensis, j'avais été 
naturellement porté à croire que le mollo appartenait à cet 
artiste. Il n'en est rien. Nous avons affaire à un cas beaucoup 
moins simple, beaucoup plus intéressant qu'il ne semble d'abord, 
et qui .mérite d'être signalé puisqu'il peut attirer l'attention des 
historiens sur d'autres légendes analogues. 

« En réalité, les mots ab olympo constituent l'un des molli 
adoptés par le marquis Louis de Gonzague ^, qui appela Man- 
tegna à Mantoue en 1456 et fut, pendant le reste de sa vie, 
c'est-à-dire jusqu'en 1478, le fidèle protecteur de l'artiste. 11 
paraîtrait résulter de cette constatation que le manuscrit aurait 
été originairement exécuté pour le marquis. Mais ce serait là 
une conclusion hâtive et injustifiée. Un nouveau pas doit être 
franchi pour arriver à la solution du petit problème qui nous 
occupe. 

« Parmi les libéralités faites par Louis de Gonzague à Mante- 
gna se trouvait un terrain voisin de la Porta Pusterla et du petit 
palais princier du même nom. En novembre 1476, le peintre 

1. Biblioftiia (mars-avril), p. 26. — Le succès de cette partie du tri- 
ptyque de Mantej;na est encore attesté par l'emprunt de la fissure de la 
Vierge par Fra' Bartolommeo Délia Porta en 1516, dans son tableau de 
la Présentation, auj. au Musée de Vienne (Fritz Knapp, F. B. D. P. u. die 
Schale von San Marco, Halle a S., 1913, in-4', p. 157, et autrefois gravé par 
Massard d'après un dessin de J.-B. 'V\'^icar). 

2. Mon. Piol, 1909, pi. Kl. 

.3. Voir la frise reproduite par Yriarte, op. cit., p. 121. 



372 SÉANCE DU 29 OCTOBRK 191 S 

posait la première pierre — qui subsiste, avec son inscrii)tion 
conimémorative^ — de la jolie maison qu'il devait habiter jus- 
qu'en 1494, année où le marquis. lean-François la lui redemanda, 
lorsqu'il fit du palais conligu sa demeure définilivc. Colle habi- 
tation, aujourd'hui englobée dans les bàlimcnls de l'Institul 
professionnel ou technique, se composait de quatre corps de 
logis donnant sur une cour circulaire intérieure. Sur l'architrave 
de chacune des quatre portes intérieures, se lisait le modo : ah 
OLYMPO^. Bien mieux: si, comme il y a tout lieu de le croire, 
la gravure donnée par Yriarte ^ est exacte, on ne peut manquer 
d'être frappé de l'étroite ressemblante du petit toil et de l'archi- 
trave dans la maison même bâtie par Mantegna et dans l'édicule 
de la miniature de François de Vérone. Il s'agit donc, dans le 
motto du Pontifical, non pas de Louis de Gonzague, auquel il 
appartenait en propre, mais de son protégé Andréa Mantegna, 
auquel le marquis l'avait plus ou moins explicitement concédé. 
Et qu'il en soit ainsi, on ne peut guère en douter lorsqu'on 
voit, sur la tombe de Mantegna, — dans la chapelle de l'église 
Saint-André deMantoue que le chapitre lui avait solennellement 
offerte le IJ août 1504 et dont il avait entrepris la décoration, 
interrompue par sa mort en septembre 1506, — lorsqu'on voit, 
dis-je, dans cette chapelle, la représentation d'un aigle de mon- 
tagne, étalant ses serres sur un livre fermé dont la tranche porte 
l'inscription : ab olympo •*. 

« Il paraît donc certain qu'en reproduisant ce motto, vers 
1480 % dans les peintures du Pontifical de Giuliano Délia 
Rovere, François de Vérone a voulu indiquer la source où il 
avait puisé le meilleur de son œuvre. » 

M. Prosper Alfaric fait une lecture sur VEvangile de Simon 
le Magicien. Partant d'un texte du iv« siècle qui signale cette 

1. Yriarte, p. 79. 

;. Yriarte, p. 107-109. 

3. Yriarte, p. 104. 

4. Yriarte, p. 111. 

5. Ou peut-être même plus tôt : Sixte IV comprit son neveu Giuliano 
dans sa première promotion cardinalice, c'est-à-dire le 15 décembre 1471, 
et l'on pourrait croire que le nouveau Cardinal fit à l'artiste la commande 
du Pontifical peu après cette date. 



LIVRES OFFERTS 



373 



œuvre importante, depuis longtemps perdue, il montre qu'on 
peut en reconstituer les grandes lignes avec d'autres écrits des 
premiers siècles (traités contre les hérésies, livres clémentins, 
Actes du martyre de Pierre), qui l'utilisent ou la combattent 
sans la nommer. 

MM. Salomon Reinach et Boucuiî-Leclercq présentent 
quelques observations. 

Le Président rappelle à l'Académie qu'un mois s'est écoulé 
depuis la mort de notre confrère, M. Emile Picot, et lui demande 
s"il convient de déclarer la place vacante. 

Par 17 voix contre 5, la vacance est déclarée. La date de 
l'élection sera fixée ultéi-ieurement. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les périodiques 
suivants : 

Annuaire général de VIndo-Chine, 1918. Partie administrative. 
T, IL Situation du personnel au l"^' Juin 1918 (Hanoï et Haïphong, 
1918) ; 

Revue archéologique, publiée sous la direction de MM. Pottier et 
S. Reinach. Cinquième série, t. Vil, mai-juin 1918 (Paris, 1918); 

Atti délia R. Accadeniia dei Lincei. Anno CCCVX, i9i8. Notizie 
degliscavi di anlichità. Vol. XV. Fascicoli 1°, 2° e .3° (Roma, 1918); 

Memorie délia R. Accadeniia dei Lincei. Classe di scicnze morali, 
istoriche e filologiche (anno CCCXV, 1918). Série quinta. Vol. XV, 
fascicolo VII ; 

The Jewish Quarterly Review. Vol. IX, n»* 1 and 2, July and 
October 1918 (London, 1918); 

Analecta Montserratensia. Vol. I. Any 1917 (Monestir de Mont- 
serrat. MCMXVIII). 



• COMPTES RENDUS DES SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 

SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 



PRESIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

Lecture est donnée d'une lettre par laquelle M, Espérandieu 
pose sa candidature à la place d'académicien libre devenue va- 
cante par la mort de M. le marquis de Vogiié. 

Le Secrétaire perpétuel lit ensuite une lettre adressée par les 
membres ou correspondants de l'Académie des sciences, de 
l'Académie de médecine et de l'Académie d'agriculture demeurés 
à Lille pendant l'occupation allemande. 

(Le texte de cette protestation solennelle a été inséré dans les 
Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 28 oc- 
tobre 1918.) 

Le Président déclare qu'il est certain d'être l'interprète de 
l'Académie tout entière en exprimant son indignation au sujet 
des actes abominables que signalent nos confrères de Lille. Il 
leur envoie l'expression de l'affectueuse sympathie de l'Aca- 
démie qui partage leur ressentiment et les félicite du courage 
stoïque avec lequel ils ont supporté les épreuves de ces mauvais 
jours. 

M. Salomon Heinach, chargé d'examiner une communica- 
tion de M.Bascoul, lit la note suivante : 

« M. le D*" Bascoul. médecin de colonisation à El Kseur (prov. 
de Gonstantine), a envoyé à l'Académie des photographies, des 



376 SKANCIi DU 8 ^OVKMIiHE 11)18 

dessins el une notice relatifs aux gravures du Djebel Toukra 
(canton d'El Kseur, arrond. de Boug-ie). Il s'agit d'une éminence ■ 
rocheuse longue de 3"' 17 de l'E. à TÔ., large de 1 '"20 du N. 
au S., sur laquelle on reconnaît au moins onze spirales, accom- 
pagnées de quelques signes peu distincts. Les photographies 
n'ont pu être prises dans des conditions favorables ; il na pas 
encore été fait d'estampage; enlin, les dessins ne sont d'accord 
que sur l'existence des spirales. Dans ces conditions, on ne peut 
qu'attendre des informations plus complètes et plus précises ; 
mais le fait même d'une décoration rupestre curviligne ne 
manque pas d'intérêt, >> 

M. Gh.-V. Langf.ois communique la note suivante : 
« Nous avons eu l'honneur, M. Omont et moi, d'annoncer à 
l'Académie, dans une de ses séances d'octobre, que les dépôts 
d'archives, de manuscrits et de livres précieux étaient intacts à 
Lille. C'est une partie importante du patrimoine historique de 
la Fi-ance qui a été ainsi sauvé intégralement. 

«Je suis aujourd'hui en mesure de vous donner des nouvelles 
de Douai et de Cambi-ai, où je suis allé en mission du P' au 
4 novembre. 

« Messieurs, depuis le commencement de la guerre, j'avais vu 
beaucoup de villes détruites : Arras, Reims, etc. Je n'avais 
jamais vu de villeç pillées. C'est un spectacle peut-être plus 
émouvant encore. 

« Les Allemands ont ordonné le 6 septembre l'évacuation de 
la population civile de Douai, sous prétexte de la soustraire à un 
bombardement éventuel par l'armée anglaise. Ils ont été forcés 
d'évacuer eux-mêmes la ville le 18 octobre. Ils y ont donc été 
seuls six semaines. Or, ces six semaines, ils les ont employées à 
piller. Tous les édifices, publics et privés, ont été visités ; tout 
ce qu'ils contenaient a été emporté, endommagé ou détruit. 

« Pour les choses précieuses, l'opération a été conduite avec 
méthode (la folie allemande, dit Henri Heine, est plus folle que 
les autres parce qu'elle est méthodique) : l'opération a été con- 
duite chez les médecins par des médecins, dans les sacristies par 
des ecclésiastiques, pour les objets des collections publiques et 



SÉANCE DU 8 iNdVF.MRRE I ÎM <S 'Ml 

privées par des experts. Il y avait, par exemple, â Douai, des 
bibliothèques de bibliophiles ; un de ces bibliophiles, M. le 
baron de Warenghien, a constaté que Ton y a pris, avec discer- 
nement, tout ce qui s'y trouvait de meilleur en l'ait de manu- 
scrits, de raretés, de reliures et d'impressions anciennes ; le reste 
a été examiné et ce qui a été dédaigné, jeté par terre en dé- 
sordre, a été parfois lacéré ou souillé. 

« J'ai constaté moi-même, avec M. IJruchet, archiviste du 
département du Nord, que les archives, magnifiques, de cette 
g-rande commune de l'ancienne Flandre avaient reçu la visite de 
gens qui les avaient bouleversées. Il ne semble pas, au premier 
abord, qu'ils y aient trouvé grand chose à leur gré; mais il sera 
nécessaire de tout remettx'e en ordre pour savoir, par un reco- 
lement fait à l'aide des inventaires, si quelques soustractions ont 
eu lieu. De même, aux Archivesde la Cour d'appel (archives du 
Parlement de Flandre et du Tribunal révolutionnaire). 

«A propos de la Bibliothèque publique, si riche en manuscrits, 
où il n'était pas encore possible de pénétrer lors de mon pas- 
sage, il importe de poser une distinction capitale entre deux 
opérations distinctes auxquelles les Allemands se sont livrés 
pendant leur séjour en pays occupé. 

■-' En premier lieu, ils ont, à Douai et ailleurs, demandé ou 
exigé, obtenu en tout cas, à diverses époques antérieures aux 
grandes attaques de la délivrance qui ont eu lieu cet été, que 
les objets les plus précieux en tout genre da^ collections pu- 
bliques leur fussent remis, sous prétexte de les envoyer à 
l'arrière, plus loin du front ; d'abord à \aienciennes ou à Mau- 
beuge, puis à Bruxelles. 11 paraît légitime d'espérer, il est 
probable que les richesses enlevées dans ces conditions, d'une 
manière relativement régulière, seront recouvrées un jour : 
bientôt. 

« D'autre part, les Allemands, dans les villes comme Douai et 
Cambrai, se sont livrés pendant l'intervalle de temps compris 
entre l'évacuation de la population, ordonnée par eux, et leur 
propre départ, à des actes d'un caractère difFérenl : au pillage 
proprement dit, à ce pillage méthodique dont je parlais tout à 
l'heure ; pillage total, évidemment terminé par une orgie de 
vols ad libitum par les officiers et les soldats; bref, la mise à 

1918 26 



;l?S SEANCE DU N iNOVEMBHlî JOJS 

sac du bon \ ieux temps qui consisle à einporler Loul ce qui phît 
cl à briser loul ce qu'on n'emporte pas : coups de sabre dans les 
tableaux et de revolver dans les glaces. 

M On lit dans une proclamation du j^cnéral V. lîcMirab aux 
habitants de Lille, du 15 octobre 101 1, dont j'ai là un exem- 
plaire : <( La guerre n'étant faite qu'entre les armées, je garantis 
en bonne forme la propriété privée de tous les habitants. . . » 
« I']n bonne forme », Messieurs. — Or, en septembre-octobre 
1918, les douze cents habitants de Douai réfugiés à Saint-Amand 
ont vu passer pendant des semaines^ par le canal, — en prove- 
nance de Douai, en route pour l'Allemagne, — des théories de 
ces grandes péniches qu'on appelle bélandres, chargées jusqu'au 
plat bord de leurs propriétés collectives et privées. 

(( S'il y a des chances pour que les objets enlevés à Douai lors 
des premiers prélèvements, relativement réguliers, soient bientôt 
remis à leur place, il n'en est pas de même, c'est clair, de ce 
qui a disparu lors du pillage libre et complet de septembre- 
octobre 1918. Il y a donc lieu de dresser d'une manière pré- 
cise l'inventaire des manuscrits qui ont été enlevés d'abord; de 
ceux qui l'ont été ensuite dans les conditions absolument arbi- 
traires, criminelles et anachroniques que j'ai dites ; et enfin de 
ceux qui sont encore là parce qu'ils ont été oubliés et dédaignés. 
Des états de cette nature seront incessamment établis, sous ma 
direction, par des hommes du métier ; et ils seront publiés. 

« lisseront établis, naturellement, à Cambrai comme à Douai, 
et partout où cela sera nécessaire, au fur et à mesure du recul 
de l'invasion. Je n'ajouterai qu'un fait relatif à Cahibrai. Dans 
cette ville, le feu a été mis par l'ennemi aux archives munici- 
l)ales ; on avait eu la précaution, pendant l'occupation, de les 
descendre en partie dans les caves 'de l'Hôtel de Ville ; or, 
ces caves sont maintenant vides, et le sol du rez-de-chaussée et 
delà cour de ce grand édifice, qui a été aussi délibérément 
qu'inutilement incendié, est couvert, par endroits, d'une couche 
épaisse de cendres qui sont' des cendres de papiers; et il est 
facile de voir, par quelques fragments qui n'ont pas été entière- 
ment consumés, que ces papiers appartenaient aux archives 
municipales. 

« Messieurs, il y a, parmi bien d'auti-es, une grande dillerence 
entre cette guerre-ci et les guerres du passé. Les guerres du 



kËÀNCE DU 8 NOVKMBhlî IDIS 379 

piissé oui eu lieu eu des temps où les traces des évéïiemenls en 
général et des crimes en particulier disparaissaient vite ; le sou- 
venir de la plupart des pires excès s'elfaçait bientôt ; la vicloire 
couvrait tout et la vie continuait. Mais cette guerre-ci, dont 
rissue ne sera pas du reste celle qui était naïvement escomptée 
par nos agresseurs, a eu lieu dans un âge de publicité et de cri- 
tique. Tout ou presque tout ce qui s'est passé depuis quatre ans 
a été ou sera noté, recueilli, prouvé, étalé au soleil de manière 
à ce que, quand même quatre-vingt-treize professeurs et savants 
ridiculement alVublés du titre d'Excellenz, ou aspirant à en 
jouir, déclareraient encore, sans en rien savoir : « Ce n est pas 
vrai », nul ne les prendrait au sérieux. Ces circonstances, carac- 
téristiques du monde moderne, sont assurément fâcheuses pour 
quiconque a commis, dans le conflit qui tire à sa fin, des actes 
délictueux ou déshonorants ; car ces actes ne seront pas étouffés 
et couverts, c'est-à-dire amnistiés, comme aux siècles passés, par 
les forces invincibles de l'ignorance et de l'oubli. Mais qu'y 
faire '? Tant mieux pour qui n'a rien à perdre à ce que la vérité 
soit connue. — Je tenais simplement à assurer l'Académie que, 
en ce qui concerne les documents historiques, matière de ses 
études, rien n'est et ne sera négligé pour que les destructions qui 
ont eu lieu soient constatées, et pour que les responsabilités à 
ce sujet soient rigoureusement définies. » 

M. Salomon Reinach présente à l'Académie une parure dé- 
couverte en 1899 dans un sarcophage de Jérusalem '. 
M. Clermont-Ganneau présente quelques observations. 

M. Antoine Thomas fait la communication suivante : 
« Au mois de janvier 1913, j'ai eu le plaisir de découvrir à la 
Bibliothèque nationale et de signaler dans cette enceinte 
quelques phrases en langue bretonne écrites, vers 1350, sur un 
exemplaire du Spéculum historiale de Vincent de Beau vais; ces 
phrases étaient, et restent à l'heure actuelle, les plus anciens 
textes suivis en moyen-breton qui nous soient parvenus"-. 

1 . Voir ci-après. 

2. Voir nos Comptes rendus, séance du 27 janvier 1013, p. 23-26. et 
séance du 3 octobre suivant, p. 482. En 1911, M. Ernaull est revenu sur 
cette découverte dans un article intitulé : « Notes sur les textes d'Yvonet 
Omnes » {Revue celtique, t. XXXV, p. 129-112). 



380 SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1918 

u [iiie bonne l'ortune analogue vient encore de ni'arriver, et je 
niempresse de la porter à la connaissance de lAcadénue. Notre 
rej^retté correspondant, le P. Henri Denille, a publié, en 1889, 
un important article intitulé : « Quellen zur Gelehrtengeschichtc 
des Garmelilenordens im 13 und 14 Jahrhundert ' », article dont 
les matériaux proviennent d'un manuscrit de la Bibliothèque de 
l'Université, à la Sorboune, lequel porte aujourd'hui le n° 791 -, 
En tête du manuscrit se trouve la règle de l'Ordre des Carmes', 
copiée par le scribe Henri Dahelou, du diocèse de Quimper, et 
datée de 1360. Le texte est suivi d'un explicit de cinq lignes, 
dont le P. Denille a publié la partie latine, ainsi conçue •' : 

Explicit régula fralrum Beale Marie de Carmelo || pro couvenlu 
Xeniaiisi, <juain fecit scribi frater || Johannes Trisse, filius predicli 
conventus, per Henri- ||cum Dahelou, clericum Corisopitenfsis] 
dyoc(esis], aiuio .lx". || Anima scriptor[is] -^ requiescat. Amen. 

« Le P. Denille s'est arrêté au mot Amen, mais il a eu soin 
de prévenir le lecteur que le manuscrit donnait quelque chose 
de plus; il l'a fait en ces termes : « Den Schluss bilden mehrere 
unverstandliche Worle. » Sachons-lui gré de sa conscience, si 
nous ne pouvons le féliciter de sa perspicacité. Il n'était pas 
téméraire de conjecturer qu'il y avait du breton sous roche, 
puisque le scribe nous avait fait, au préalable, connaître sa 
patrie. Jai pu m'assurer que cette conjecture était fondée en 
examinant le manuscrit aussitôt que j'ai eu connaissance de la 
remarque du P. Denifle. Voici donc ce nouveau texte en moyen- 
breton, malheureusement très court : 

^vej) lia ra m;d lier dru f/uieli dczn. 

« Notre correspondant, M. «loseph Lolh, professeur au Gol- 

1. Archiv fur Lilleratur- und Kircliengeschichle des MiLlcUillers, L. V, 
p. 36D-.386. 

2. Jadis colé « T[héolog:ie], II, 70. » Ce manuscrit est entré à la Sorbonuc 
avec les livres du doyen Victor Le Clerc, qui l'avait acheté, le 15 mars 186 i. 
à Le Roux de Lincy. 

3. Archiv cité, t. V, p. 36S. 

4. Le P. Denifle, se méprenant sur la valeur de Tabrévialion, lit : 
scriplorum. 



SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1918 381 

lèg-e de France, à la science duquel j'ai dû. naturellement, avoir 
recours, a bien voulu me fournir la traduction suivante, en se 
réservant de présenter directement au jDublic les observations 
fi^rammaticales auxquelles le texte peut donner lieu : 

« Quiconque ne fait pas bien, sus à lui tant que tu pourras. » 
En somme, sous forme impérative, le scribe breton pense que 
la force doit appuyer le droit jusqu'au bout, pensée qui ne 
manque pas d'actualité. 

(. On voit que Henri Dahelou est plus grave que son compa- 
triote Ivonet Omnès, le copiste du Spéculum historiale. Sans 
souci de la morale, au moins quand il écrivait, le bon Ivonet lais- 
sait sa plume vagabonder des panais et des fouaces, convoités 
pour son déjeuner, aux yeux bleus de sa gentille petite amie 
entrevus sous la feuillée. Mais ce n'est ni le moment ni le lieu 
de philosopher sur l'âme bretonne. Il importe, en revanche, 
d'établir, contrairement à ce qui a été avancé, que notre texte est 
bien de 1360, comme la première partie de Yexplicil. Le P. 
Denifle affirme que la cinquième ligne, qui commence par le mot 
latin anima, et finit par le mot breton dezo, est d'une écriture 
postérieure. » Ce n'est pas mon sentiment. Si la cinquième 
lig-ne est écrite avec une encre plus pâle, en caractères beaucoup 
plus petits et d'une allure moins gothiquement solennelle que 
les quatre premières, elle est de la main même du scribe Henri 
Dahelou. 

. « Une dernière remarque, au sujet du lieu où notre manuscrit 
a été exécuté : je ne crois pas que ce soit à Nîmes. Frère Jean 
Trisse, fils du couvent de Nîmes, est aussi un fils de l'Université 
de Paris : c'est à Paris que nous le trouvons, le 7 décembre 1362. 
jour où il était sur le point de se voir conférer la licence etdètre 
admis à la maîtrise à la faculté de théologie'. C'est sûrement à 
Paris que résidait le scribe Henri Dahelou et que le manuscrit 
791 a été exécuté-. Ce manuscrit a longtemps servi à l'édifica- 
tion et à l'instruction des Carmes du couvent de Nîmes, qui 



1. Denifle et Châtelain, Chartularium, t. III. n^ISfiS: cf. Archiv cilé, 
t. V, p. 385'. 

2. Tout le manuscrit est de sa main, et on lit au fol. 4 : o Incipit Marti- 
logium. . . quod fecit fieri Parisius frater Johannes Trisse. . . » 



3S2 im: parure découverte a Jérusalem 

r.Mil utilisé en j^uise crobiluaire. Je ne s;iurais dire par quelle 
voie il était arrivé aux mains de Le Roux de Mncy, qui le vendit 
à \*ic-lor Le Clerc': mais puisqu'il lui a fallu énii-^rer, leliciloiis- 
nous quil soil revenu à son point de départ. Il n'y a plus de 
faculté de théoloj^ie à TUniversité de Paris depuis que celle-ci a 
repris son nom et retrouvé son ancien prestige; mais ce manu- 
scrit n'estpas un intrus dans la nouvelle Sorbonne, car la théo- 
logie y lient encore beaucoup de place, au moins sur les rayons 
de la bibliothèque. » 



COMMUNIGAÏION 



UNE PARURE DÉCOUVERTE A JÉRUSALEM, 
PAR M. SALOMOM REINAGH, MEMBRE DE L ACADÉMIE. 

Les bijoux que voici, avant d'être présentés à TAca- 
démie, ont attendu dix- neuf siècles dans un sarcophage, et 
puis dix-neuf ans dans un coffre-fort. Le premier stage leur 
fut imposé par un hasard tutélaire, le deuxième par des 
motifs de discrétion. Ils retrouvent aujourd'hui, avec la 
lumière, letat civil qui fait leur principal intérêt. Voici un 
résumé des témoignages qui attestent que cette parure a 
bien été découverte à Jérusalem et les circonstances oi^i elle 
a pour la première fois revu le jour. 

Au Nord-Ouest de la ville, à gauche de la route qui mène 
à Jalfa et à 1.500 mètres environ de l'ancienne cité, 
s'élève l'École de travail de l'Alliance israélite, fondée en 
1882. Le 29 décembre 1899, en creusant les fondations de 
magasins, on découvrit là une petite nécropole composée de 
({uatre sarcophages en pierre blanche à grain fin, telle 

1. Vicloi- Le Clerc a eu le manuscrit k sa disposition avant de Tacheter, 
car il le cite dès 1862 (Ilist. lia, de la France, XXlV. 69 el 70\ 



UNE PARURE DÉCOUVERTE A JÉRUSALEM 383 

qu'il en existe seulement dans les carrières de Bethléem et 
de Bettir. Le R. P. Lagrang-e, immédiatement prévenu, 
put assister k la fouille, dont un plan et une coupe, dressés 
avec beaucoup de soin, ont conservé le souvenir. Deux des 
sarcophages avaient été violés et brisés ; ils ne contenaient 
que peu d'ossements. Un troisième, avec les restes d'un 
squelette d'homme, avait été vidé [)ar une ouverture pra- 
tiquée dans le flanc. Le quatrième sarcophage, où reposait 
un squelette de femme, était heureusement intact. Les 
bijoux qu'on y recueillit furent soustraits à la curiosité 
des fonctionnaires turcs et aux périls que le voyage de 
Gonstantinople présentait pour des objets de ce genre, trop 
souvent condamnés à finir dans le creuset. Apportés à 
Paris, ils y ont été conservés comme je l'ai dit, dans 
l'attente du jour où il serait loisible de les faire connaître 
sans inconvénient. 

Voici la liste de ces objets : 

1" Deux morceaux d'un long bandeau d'or non décoré, 
probablement un diadème; l'un d'eux est percé, à une 
extrémité, d'un petit œillet; 

2" un bouton d'or estampé, orné d'une tête de Méduse 
encadrée d'un double grènetis ; 

3" un collier d'or avec fermoir, comprenant deux grenats 
oblongs sertis d'or et vingt-six grenats taillés en double 
cône aplati. Ce sont des grenats syriens ; 

4° une pendeloque en or, ajustée au dit collier, com- 
posée d'un cercle d'or auquel sont attachées, par des an- 
neaux d'or, cinq amulettes, à savoir : 1" une clef; 2° une 
longue amphore k deux anses, terminée en pointe ; li" un 
panier [kalathos] ; i" une lampe avec son couvercle non 
mobile ; 5° un fruit ouvert, grenade ou pavot. Ces petits 
objets sont fort intéressants ; leur destination funéraire est 
évidente ;ils mériteraient une étude dont ce n'est pas ici le 
lieu ; 

5* une bague en or avec chaton d'agathonyx gravé en 




PARUrtK r)i:(:(»uvKRTF a jkrisalem 



UNE PARURE DÉCOUVERTE A JÉRUSALEM 385 

creux ; la i^ravure représente une tête imberbe de profil à 
gauche, d'un très bon style, avec longue chevelure tlottante 
(probablement Dionysos) ; 

6° trois fragments d'un très petit vase d'argent; 

1° un fragment de poterie rouge mate. 

Les caractères de ces objets sont exclusivement gréco- 
romains ; sauf les grenats, d'ailleurs en usage un peu par- 
tout dans le monde antique, il n'y a rien qui rappelle la 
Syrie. La date approximative, très voisine de notre ère, est 
lixée par trois indices : 1° la forme du sarcophage, assez 
fréquente en Syrie. Dès 1900, alors que je publiai, dans la 
Bévue archéologique, une note sur la découverte de ces 
tombes, ^L Glermont-Ganneau fit observer que ce type de 
sarcophage était bien connu à Sébaste. Or la prospérité de 
Sébaste date seulement d'Auguste, qui céda cette ville à 
Hérode le Grand et lui donna son nom, traduction grecque 
à' Augusia ; 2° le style de l'intaille, qui est excellent et très 
supérieur à celui des objets de ce genre après l'époque des 
premiers Césars; 3° le type de la lampe à couvercle, qui 
est également assez ancien. 

On peut supposer que ces quatre sarcophages ont abrité 
les restes des membres d'une famille romaine, probable- 
ment de hauts fonctionnaires, qui habitaient une villa à 
l'Est de Jérusalem. 

Je crois bien que ces bijoux sont les premiers objets de 
ce genre qui aient été recueillis aux environs immédiats de 
la Ville Sainte, ou du moins dont on puisse affirmer qu'ils 
y ont été découverts. Le manuel des antiquités palesti- 
niennes, publié, en 1913, par M. Pierre Thomsen, ne men- 
tionne aucune trouvaille de bijoux ; ceux qu'on a pu 
exhumer des nécropoles suburbaines ont dû être portés 
aussitôt chez le fondeur. 

Si la valeur intrinsèque et artistique de cette petite col- 
lection n'est pas élevée, elle n'en offre pas moins un intérêt 
réel à cause de sa provenance bien établie. L'Alliance israé- 



,S8f) LITRES OFFERTS 

lile ma autorisé à eu faire don de sa part au Musée du 
Louvre qui est le seul à posséder, grâce à M. de Saulcy,une 
salle spéciale pour les antiquités de la Palestine. Mais ce 
motif, d'ordre tout scientifique, n'est pas le principal. En 
ces jours où la justice et la paix se réconcilient — jusfitia 
etpaxosciilatâesant, comme dit le PsalmisLe, —il convient 
que la vieille Sion, libérée à son tour, olîre à ses libéra- 
teurs l'unique parure que de longs siècles de barbarie et 
de servitude ont épargnée. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les ouvrag-es pério- 
diques suivants : 

Ch. Burton. De V antiquité de l'alphabet phénicien; 

Johannes Steenstrup. De Danske Stednavne. 

— Moengs ogkvinders navne ; Danmark gennem siderne. 

Den Danske kvinds historié fra Holhergs tid til vor 1701-1917 ; 

(Copenhague, 1918) ; 

Annales du commerce extérieur. Année 1913, 4» fasc. (Paris, Imp. 

nal., 1913); 

Proceedings of the American Philosophical Society. Vol. Vil, 1918, 
n» 4 (Philadelphia, 1918). American Journal of Archœologij , Second 
séries. Vol. XXII, n" .3, July Seplember 1918 (Concord, N.-H., 1918). 

The University of CaliforniaChrojiicle. Vol. XIX, n»^ 1, 2, 3, 4 et 
Index. Année 1917 ; 

University of California publications : Classical Philology : vol. 4. 
Nôv. 28, 1917 : Lucretius. — American archteology : vol. 12, n°* 8, 
9, 10 el 11; vol. 13, n° 1 (1917). — Botany : vol. 6, n°^13 et 14 (1917). 
— Agricultural Sciences, vol. 1, n"^ 13 et 14 ; vol. 3, n°^ 1 à 5 (1917). 
Collège of agriculture— Agricultural experiment. Station Berkeley, 
Cal. 13 Bulletins, n»^ 277 à 289, mars-déc. 1917. 

M. Héron de Villefosse dépose sur le bureau, de la part du 
comte de Seyssel, une brochure intitulée Fouilles archéologiques de 
Saint-Champ en 1909 (extr. de la Bévue Le Bugey, 1910) : 

((jjM.|de Seyssel a exécuté ces fouilles àsesfraissur la commune de 
Saint-Ghamp-Chatonod,{cantonde Belley (Ain); elles ont eu lieu exac- 
tement près de la mairie et du groupe scolaire, bâtis à égale distance 



LIVRES OFFERTS 387 

des deux ag-fjloiuérations. Son mémoire est accompagné de deux 
planches, dont l'une présente le plan d'une maison romaine et dont 
l'autre offre les reproductions de la nianjiiL- <Iu plombier Maiiilhix 
et de l'estampille d'un poids de terre cuite trouvée à Vieu-tMi-\'al- 
romey. » 

M. Clermont-Ganniîau a la parole pour un hommage : 
«J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie de la part de l'auteur, M. Blo- 
ciiet, bibliothécaire au Département des manuscrits de la Biblio- 
thèque nationale, un fascicule de la Patrologia Orientâlis (t. XII, 
fasc. 3) contenant une curieuse chronique arabe rédigée par un chré- 
tien copte du xiv« siècle, Moufazzal ibn Abil-Faza'il * . 

<( Cette chronique, qui fait suite à celle d'El-Makin, s'étend de 
l'an 1260 à l'an 1349; elle constitue un chapitre nouveau de cette 
histoire des sultans mamlouks, dont M. Blochet, à la suite de Qua- 
tremère, a entrepris depuis nombre d'années, de poursuivre l'étude, 
en puisant directement aux sources originales ^. Le texte arabe, 
|)ublié d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale, est accom- 
pagné il'une traduction française et de notes abondantes, témoignant 
d'une vaste érudition dont l'étendue rappelle celle de l'illustre 
orientaliste qui semble avoir servi de modèle et de guide à son 
continuateur. M. Blochet a fait précéder sa traduction d'une savante 
introduction où il retrace à grands traits, à laide d'autres données 
tant orientales qu'occidentales, le tableau de celte période qui 
marque le déclin et la fin de la domination franque en Terre sainte 
et en Syrie. Il y met particulièrement en lumière ces singulières 
tractations des Croisés et des Mongols de Perse qui, à plusieurs re- 
prises, essayèrent de s'allier pour détruire la puissance des Mam- 
louks, tractations cpii se prolongèrent même après la chute du 
royaume latin, comme le montre la correspondance de l'empereur 
mongol Arghoun avec Philippe le Bel, Edouard II d'Angleterre et le 
pape Nicolas IV. Ne fût-ce qu'à ce titre, notre Compagnie ne saurait 
qu'accueillir favorablement le nouveau document dont nous devons 
la connaissance et la mise en œuvre à l'initiative de M. Blochet, car 
il rentre tout naturellement dans le cadre oriental de notre Recueil 
des historiens ries Croisades, doni la |)ublication est depuis trop long- 
temps en souffrance. » 

1. Mnufazzal ibn Abil-Fftzn'i'l, Histoire des siiltAns m.imloukx, te.xtc arabe 
Ijulilië et tratluil-en français, par K. Bloohet : 1" partie, 2()S pp. ^i\ in-S". 
Paris. 1917. 

2. B\ochel, Histoire d'Ale/j de Kemâl ed-dîn, traduite de l'arabe et an- 
notée (1900) : Histoire d'hgypte. de .Makrîzi. traduite de l'afabe et anrtoléé 
(1008), 



388 

SÉANCE DU 15 NOVEMBRE 



PKKSIDENCE IW. M. PAUI. GIRARD, VICE-PRKSIOKNT. 

Il est donné lecture des lettres de candidatures de 
MJNl. Bémont, Mâle et Michon, pour la place de membre ordi- 
naire laissée . vacante par le décès de M. Bakth ; et de 
M.M. Dorez, Lejay, Loth, Martha, Bénédite et \'ernes, pour 
la place de membre ordinaire devenue vacante par la mort de 
M. G. Maspero. 

Le Président de l'Institut égyptien fait connaître que cette 
Société savante prend le titre d'Institut d'Egypte, reprenant 
l'appellation de la première Société scientifique établie sur les 
bords du Nil par Bonaparte. 

Le Président prend la parole en ces termes : 

« Mes chers Confrères, 

« Une grande joie nous est venue, et une grande fierté, depuis 
notre dernière séance; la date du lundi 11 novembre 1918 res- 
tera l'une des plus mémorables de l'histoire de notre pays, et 
jose dire du monde. Ce jour en eifet a mis tin virtuellement 
à la dure et sanglante épreuve que longtemps nous désignerons 
par ces mots significatifs, en souvenir, moins de sa durée que 
de son caractère inouï de violence et de l'immense théâtre qu'elle 
a couvert de ruines et de misère : la Grande Guerre. 

« Avec quelle impatience nous l'attendions, cette signature 
de l'armistice imposé par nos victoires à notre ennemi partout 
refoulé ! Mais c'était une impatience intérieure, comme l'espé- 
rance dont nos cœurs étaient gonflés. Qui n'a pas vu Paris en 
ces jours d'attente silencieuse, a perdu un charmant spectacle. 
Il gardait sa figure de capitale de guerre, son aspect sombre, 
éteint, des nuits de raids d'avions, mais son bonheur perçait en 
dépit de tout. On allait par les rues noires, où de petites veil- 



SÉANCE DU 15 NOVEMBRE 1918 389 

leuses bleues ponctuaient les ténèbres de lueurs timides, et l'on 
mettait le pied dans les trous sans maugréer, même avec allé- 
g;resse. Les théories de ménag'ères aux portes des magasins 
stationnaient plus dig'nes dans leur résignation coutumière ; un 
lég"er redressement du torse chez les passants que Ton croisait, 
plus d'assurance dans le port de la tête, jusqu'au mutisme des 
acheteurs de journaux, dépliant leur feuille et la dévorant des 
veux sans un mot de commentaire, tout parlait, tout disait : 
.Nous sommes vainqueurs. Et puis un beau matin, au bruit des 
canons et des cloches, les drapeaux, tout d'un coup, flottèrent 
aux fenêtres dans l'air joyeux. Ce fut un jour inoubliable de 
promenades à travers la cité renaissante, de congratulations, de 
chants, d'hommages aux statues des villes libérées, ou qui le 
seront bientôt ; toute cette ardeur de sensibilité qui ne s'était 
guère, depuis plus de quatre ans, dépensée que pour la douleur, 
s'échappait enfin, débordante, pour la joie. 

« Mes chers Confrères, associons-nous rétrospectivement de 
toute notre âme à ces manifestations touchantes, et complétons- 
les par l'expression de notre reconnaissance. Le sang cessant de 
couler sur nos champs de bataille, nos régions envahies remises 
entre nos mains, nos provinces perdues occupées demain par 
nos troupes victorieuses, tant de gloire, tant d'espérances que 
ne peut manquer de confirmer la paix définitive, voilà ce que 
nous devons à nos soldats et à leurs chefs, à celui, surtout, 
dont l'incomparable maîtrise dans l'art de la guerre nous a valu, 
en quelques mois, cet éclatant triomphe, \engeur du passé. Que 
notre reconnaissance aille encore au grand homme d'État, au 
ministre patriote qui lui a confié la formidable et sainte mission 
de nous affranchir en sauvant le pays, et que le Parlement 
unissait, il y a quelques jours, au maréchal Foch dans le plus 
bel hommage qu'une nation puisse rendre à l'un de ses citoyens. 
Qu'elle aille enfin à ce peuple de France, si patient et si ferme 
dans son admirable effort, si haut dans le sacrifice, si dévoué 
dans l'accomplissement du quotidien et obscur devoir. Il n'y a 
plus aujourd'hui de « bons Français », comme on l'a dit ou 
écrit trop souvent. Il n'y a plus que des « Français », et c'est la 
France tout entière qui, elle aussi, a bien mérité de la pairie. 

« Vive la France ! » 



300 SÉANCE DU 'iî) NOVEMRRIO 19^8 

Le Président annonce ensuite que le SecM'élaire perpeUiel, ntl 
lendemain de l'élection du maréchal Foch à rAcadéniic des 
sciences, lui a adressé, au nom de notre Académie, une lettre de 
lelicitations. 

L'Académie ratifie par un vote unanime l'initiative du Secré- 
taire perpétuel et s'associe à riiommage rendu à notre glorieux 
confrère. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, le Président fait con- 
naitre que l'Académie a voté une adresse à M. (ieorges Cle- 
menceau et à M. le maréchal Foch, aux généraux, aux odiciers 
et aux soldats des armées de terre, de mer et de l'air, et qu'elle 
envoie, en outre, à S. M. le Roi d'Italie le télégramme suivant : 

u Les membres de l'Académie des inscriptions et belles-lettres 
de l'Institut de France, réunis en séance le 15 novembre 1918, 
ont l'honneur et la joie d'adresser à leur royal confrère, S. M. 
Victor-Emmanuel III, le respectueux hommage de leurs félici- 
tations pour la libération, grâce au glorieux succès de ses armes, 
des territoires de Trente et de Trieste. » 

M. II. -François Delaborde donne lecture de la notice qu'il a 
consacrée à la vie et aux tra\aux de M. Paul Viollet, son pré- 
décesseur à l'Académie. 



LIVRES OFFERTS 



Le Sechktaire perpétuel dépose suiTe bureau : le l'ascicule de mai- 
juin 1918 des Comptes rendus de l'Académie ; 

London bniversily Gazette, vol. XMII, n" 294 (with Supplément"; 

Journal of Ihe Royal Inatilule of Brilish Archilects, ^'oL XXV, 
third Séries, n" 12, october 1918. 



SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

DU VENDREDI 22 NUVEiMBRE 1918 
PRÉSIDÉE PAR 

M. PAUL GIRARD 

VICE-PRÉSIDENT 



DISCOURS DU PRÉSIDENT 



Messieurs, 

Votre pensée est, j'en .suis sûr, loin d'ici; elle est dans 
nos chères provinces de l'Est, enfin rendues à la France. Le 
voilà donc réalisé, ce rêve qui nous hantait depuis quarante- 
sept ans ! LTn de mes prédécesseurs, M. Emile Châtelain, 
vous faisait cet aveu au début de son discours : « Mes- 
sieurs, c'est un pénible honneur de présider votre séance 
publique en 1914. » Quelle joie pour moi, et quelle fierté 
d'avoir à m'acquitter de la tâche qui lui semblait si 
lourde, quand je pense que le drapeau tricolore flotte sur 
nos villes d'Alsace et de Lorraine, et que rien ne pourra 
désormais l'en arracher ! Nous ne témoignerons jamais 
assez notre reconnaissance à ce peuple fiei" et fidèle, resté 
si français sous la dure contrainte d un maître incapable de 
le comprendre. C'est à sa fidélité, solennellement attestée 
au lendemain de nos défaites, que nous devons aujour- 
d'hui le miracle de sa libération. C'est aussi, est-il besoin 
de le dire? à nos soldats héroïques et à ceux de nos Alliés, 
dont les victoires, de l'Yser à la Meuse, ont fait tomber 



392 SÉANCE t'UhLlQUË ANNLlELLÈ 

d'elles-nièiiies les barrières dressées entre nous et. nos 
frères du Rhin. L Alsace-Lorraine olVranchie, quelle date 
dans l'histoire du monde ! et quelle émotion, en chacun de 
nous, si profonde, si pleine et si trouble encore, mêlée de 
tant de souvenirs, de regrets, d'espoirs déçus, d'impatiente 
attente et de bonheur, que la parole se sent impuissante à 
1 exprimer ! . 

Auprès de tels événements, comme au regard des con- 
vulsions qui ébranlent à cette heure la vieille l^urope, les 
solennités académiques sont bien peu de chose. Et que 
pèsent, devant ces cataclysmes, nos silencieuses médita- 
tions, nos lentes recherches, et les travaux que nous susci- 
tons, ou qui d'eux-mêmes viennent à nous, ambitionnant 
la récompense de leur obscure ascension par les pentes 
ardues qui mènent à la vérité ? Gardons-nous, cependant, 
de nous rabaisser outre mesure. Nous vivons pour la 
science, et le culte de la science est, pour toute nation civi- 
lisée, un devoir; il est aussi pour l'individu tme dignité, 
car il n'est pas d'investigation dans le champ illimité de la 
recherche scientifique qui ne rehausse à ses propres yeux, 
et aux yeux de tous les hommes, celui qui s'y consacre, 
en y portant la sévère méthode hors- de laquelle rien de 
solide ne voit le jour. 

Vous avez donc fait, Messieurs, depuis le début de laf- 
freux cauchemar qui vient de finir, ce que votre condition 
et votre savoir vous commandaient de faire ; vous avez 
continué, autant que vous l'ont permis les bruits du dehors, 
et les angoisses, et les deuils, le sillon commencé ; vous 
avez maintenu vos concours, qui ont, comme d'habitude, 
attiré des concurrents, entre les meilleurs desquels vous 
avez réparti les faveurs dont vous disposez avec la scrupu- 
leuse équité qui préside à vos décisions. Hélas ! beaucoup 
de ceux qui les avaient méritées déjà, beaucoup de ceux 
qui pouvaient y prétendre, sont tombés les armes à la 
main, des hauteurs de Vauquois aux terres dévastées de la 



SÉANCE l'LBLIULL; ANNUELLE 393 

presqu'île; de Gallipoli, taisant à la France le sacrilice, non 
seulement de leur vie, mais de tout ce qu'elle en attendait 
pour son oi-nement ou sa gloire. De telles pertes sont pour 
nous particulièiement douloureuses. Avec ces disparus, 
dont plusieurs s'étaient spécialisés dans un étroit domaine 
qu'ils avaient été les premiers à défricher, s'en sont allées 
des espérances qui ne seront jamais réalisées, ou qui le 
seront, par d'autres, bien tard. Leur tombe glorieuse, bien 
qu'ignorée souvent, garde le secret de leur pensée inven- 
tive, au-dessus duquel ils avaient placé le salut de la 
patrie . 

Pleurons-les, Messieurs, honorons-les comme les plus 
chers artisans de la Victoire, mais ne désespérons pas de 
notre avenir en ce qui concerne la science. Vous souve- 
nez-vous de ces arbres fruitiers dont le génie destructeur 
de nos ennemis, lors d'un repli fameux, avait scié les 
troncs à quelques centimètres au-dessus du sol? Ils sem- 
blaient voués à vine mort rapide ; mais la haineuse besogne 
avait été hâtivement exécutée ; par quelques libres et un 
peu d'écorce, la tête, couchée sur le côté, tenait encore 
au tronc meurtri, et quand vint le printemps, elle se cou- 
vrit de fleurs. Faisons contîance, Messieurs, à la bonne 
terre de France, à la sève qui en monte, forte, résistante 
et saine. Elle produira toujours des tleurs ; aux corps 
savants et à l'enseignement national, sous toutes les 
formes et à tous les degrés, de faire en sorte que ces fleurs 
deviennent des fruits. 

J'arrive à nos concours, dont les résultais sont le sujet 
imposé par l'usage à celui qui vous préside ; je commence- 
rai par ceux qui concernent les travaux relatifs à la France, 
N'est-il pas juste qu'aujourd'hui, plus que jamais, elle soit 
à l'honneur? 

Le prix fondé par le baron Gobert pour récompenser 

« le travail le plus savant et le plus profontl sur l'histoire 
1918 ■.!: 



39i SJ,A.\(.h l'LltLluL'li ANNUliLLË 

de France, et lesétutles qui s'y rattachenl », a été alLribuc 
cette année à M. Jules Viard, conservateur aux Arcliives 
nationales, pour son ouvrage intitulé : Les Journaux du 
Trésor de (Charles /T le Bel. C'est une édition de textes, 
et vous ne décernez pas d'ordinaire aux travaux de ce 
genre l'une des plus enviées parmi les récompenses qui 
vont aux études ayant pour objet notre histoire nationale. 
Mais l'œuvre de M. Viard est si précise et si" bien con- 
duite, il se dégage de cette aride série de documents, com- 
plète pour quatre exercices consécutifs de l'administration 
financière du règne de Charles le Bel, une vie si intense, 
que votre choix est pleinement justiiié. J'ajoute que l'au- 
teur ne s est pas borné à publier des textes inédits ; il les 
commente. Une substantielle introduction de plus de cent 
pages met en lumière les renseignements nouveaux qu'ils 
fournissent, et rattache ces renseignements eux-mêmes aux 
institutions ou aux coutumes dont ils complètent pour 
nous la connaissance, en sorte que nous trouvons, au début 
du volume, un exposé singulièrement nourri et intéressant 
des ressources du Trésor royal durant cette période peu 
connue, ainsi que des charges auxquelles il avait à faire 
face. C'est là de l'histoire, et de la meilleure ; on ne saurait 
trop louer la sobre et claire simplicité avec laquelle elle 
est contée. Ces qualités et beav\coup d'autres, le long effort 
nécessaire pour mener à terme une telle entreprise, méri- 
taient bien le premier rang au concours Gobert. 

Vous avez attribué le second à M. Le Barrois d'Orgeval, 
pour son livre sur le Tribunal de la Connétablie de France 
du A7F^ siècle à 1190, étude attachante parles précisions 
nouvelles qu'elle donne sur les origines de cette institution 
et sur son histoire jusqu'au wi"" siècle. L'auteur la montre 
s'acheminant assez rapidement vers une période d'éclat 
relatif, que suit une lente décadence. Ce sujet austère 
s'égaye par instant. Je noterai les pages qui contiennent 
le détail du minutieux protocole observé au xVin® siècle, 



SÉAiNCE PUBLIQUE ANNUELLE 39o 

lors des visites que les officiers de la (^.onnétablie faisaient 
en corps à l'époque du jour de lan. par exemple, aux 
maréchaux, et de celles que ceux-ci faisaient de leur côté. 
Nous entrevoyons là des susceptibilités, des querelles de 
préséance qui ne sont pas tout à fait mortes, et (jui ont 
chance de vivre aussi longtemps qu'il y aura des hommes. 
Le concours des Antiquités de la France est 1 un des 
plus importants, Messieurs, de ceux sur lesquels vous avez 
à statuer. Plusieurs ouvrages y ont été présentés, et il n'en 
est pas un qui n'ait ses mérites; seuls, pourtant, deux ont 
été retenus par votre commission. M. de Saint-Venant a 
travaillé plus de vingt ans au Dictionnaire topographique ^ 
historique, biographique, généalogique et héraldique du 
Vendômois et de l'arrondissement de Vendôme, en quatre 
volumes, pour lequel il sollicitait 1 une de vos récom- 
penses. C'est un répei^toire précieux de tout ce qui peut 
intéresser, dans une région déterminée, la simple curiosité 
et même la science. Rien d'essentiel n'v est omis; on v 
trouve, disposés dans l'ordre alphabétique, des milliers de 
renseignements sur les familles et leur histoire, sur l'art de 
la contrée, dans toutes ses manifestations, sur sa topogra- 
phie étudiée avec un soin minutieux, et qui relève jusqu'aux 
lieux-dits consignés dans les actes privés, le tout puisé aux 
sources les plus sûres, scrupuleusement contrôlées. Qu'il 
soit possible de signaler, dans cet inventaire, quelques 
oublis ou un peu de sécheresse à côté de longueurs inu- 
tiles, ce sont de légères imperfections auxquelles il fallait 
s'attendre ; mais l'ensemble est tout à fait digne de la pre- 
mière médaille que vous lui avez décernée. — Vous avez 
attribué la seconde à M. labbé Mollat, pour le premier 
volume de son édition des Vies des papes d'Avignon, 
d'Etienne Baluze, et pour ÏElude critique qui en éclaire le 
texte, deux ouvrages qui n'en font qu'un, et dont la sûre 
méthode, en dépit de certaine erreur de composition, suffit 
rait à elle seule k justifier la récompense dont vous les 
avez honorés. 



3<)(') SÉAiNCK l'LItl.loUK ANiNUliLl.K 

Celle année, le prix Bordiu se Irouvail èlre réservé aux 
Iravaux sur le Moyen Age ou la Renaissance. Une moilié 
du pri\ a été donnée à M. André Blum, el l'aulre parla^ée 
par tiers enlre MM. l'abbé Guéry, Lângfors et Parturier. 

L'ouvrao-e de M. Blum. L^ estampe satirique en Finance 
pendant les (juerres de religion, traite un joli sujet, et le 
traite avec aisance, sans abus d'érudition, bien que l'auteur, 
pour éclairer les orig-ines de la satire politique, croie devoir 
remonter jusqu'aux É«^yptiens. Il montre le progrès delà 
satire en imagée, d'abord innocente, puis combative, et 
devenant une arme aux mains de qui sait s'en servir. Ce 
livre contient d'intéressantes illustrations, auxquelles ne 
saurait être indifférent un temps comme le nôtre, où les 
revues, les journaux illustrés, les murs eux-mêmes, ont 
souvent tant d'esprit. — M. l'abbé Guéry, en écrivant son 
Histoire de V abbaye de Lyre, du diocèse d'Évreux, fondée 
vers le milieu du xi" siècle, a fait preuve d'un zèle pour 
l'étude des antiquités locales qui mérite d'être encouragé. 

M. Arthur Lângfors a publié sous ce titre : Les incipit 

des poèmes français antérieurs au A F/" siècle, un réper- 
toire bibliographique pour lequel il a bénéficié de notes de 
M. PaulMeyer et des conseils de M. Emile Picot, auxquels 
d'ailleurs il ne ménage pas sa reconnaissance. — Enfin 
M. Parturier, professeur au lycée Voltaire, s'est chargé 
d'éditer pour la Société des textes français modernes la 
Délie de Maurice Scève. Édition et commentaire consti- 
tuent une importante contribution à l'histoire littéraire de 
la Renaissance. 

Pour le prix de La Grange, réservé à la publication du 
texte d'un poème inédit des anciens poètes de la France, 
ou au meilleur travail sur l'un de ces poèmes, aucun 
ouvrage n'était présenté. Votre commission a été bien 
inspirée en évoquant le premier volume de l'édition du 
Roman de la Bose de M. Ernest Langlois et en lui attri- 
buant le prix tout entier. Elle honorait par là, non seule- 



SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 397 

ment un excellent travail, mais un professeur de cette 
Université de Lille que nous avons la joie de voir libérée 
de l'occupation allemande, devant laquelle elle a su o^arder 
une si fière attitude. 

Le prix biennal fondé par M"'^ veuve Duchalais, pour le 
meilleur ouvrage concernant la numismatique du moyen 
âge, n'a pas non plus trouvé de concurrents, et ici encore 
vous avez évoqué une œuvre qui, modestement, se tenait 
éloignée de vos concours ; c'est l'ensemble des études de 
M. le comte de Castellane sur Vhis/oirc de la monnaie 
française, depuis l'époque carolingienne jusqu'au XVI^ 
siècle. L'auteur a généreusement renoncé au prix qui lui 
était accordé, en faveur des blessés ; vous en avez mis le 
montant à la disposition de l'Institut pour l'hôpital qu'il 
entretient dans l'hôtel Thiers. ' 

Si quelques concours ont été désertés, comme il était 
naturel dans la longue crise dont à peine nous sortons, le 
prix Brunet, qui se décerne tous les trois ans et qui a poin^ 
but d'encourager la bibliographie savante, a suscité des 
travaux de grand mérite. La commission qui avait à le 
juger l'a partagé entre trois concurrents, attribuant une 
moitié à M. Henri Hauser, pour son ouvrage considérable 
et si profondément utile sur les Sources de Vhistoire de 
France, et faisant de l'autre deux parts inégales, la pre- 
mière et la plus importante à M. Louis Loviot, auteur d'un 
charmant livre, joliment présenté, qui est l'œuvre d'un 
chercheur, et d'un chercheur qui trouve ; cet élégant 
volume intitulé : Auteurs et livres anciens [XVI'' et XVII'^ 
siècles), est plein de découvertes intéressant notre histoire 
littéraire ; je ne saurais mieux faire, faute de temps, que 
de renvover à l'analvse qu'en a faite dans le Journal des 
savants notre regretté confrère Emile Picot, sous le patro- 
nage duquel ^L Loviot l'avait placé. Hélas ! ce jeune savant 
vient de succomber inopinément à un mal qui ne pardonne 
pas. — La seconde part est échue à M. Pierre Le Verdier, 



H08 SÉANCK PL'KLIQL'I': ANNUELLIi 

[)our sdii curieux ouvrag'e qui a pour titre : L'u/elier de 
(Jnilliuinic I.c TaUour, premier imprimeur roiiennais. 

Messieurs, vos donateurs ont quehjuefois exprimé leurs 
intentions de la fac^'on la plus précise relativement aux tra- 
vaux dont ils souhaitaient que notre France fût l'objet ; 
ils ont voulu, par un patriotisme local ([ui n'exclut pas, 
loin de là, celui qu'inspire la grande patrie, que telle pro- 
vince, telle ville, devînt, sous votre contrôle, un sujet per- 
manent d'étude. Comment, au preniier rang de ces spécia- 
listes de la générosité, ne pas nommer Auguste Prost, ce 
Lorrain de Metz, de Metz redevènue française, qui a fondé 
chez nous un prix annuel à décerner à Vauteur français du 
meilleur travail sur sa ville natale et les pays voisins? 
\'ous avez attribué ce prix à M. Germain de Maidy, pour 
une série de mémoires sur l'histoire et l'archéologie de la 
Lorraine, dont plusieurs ont été rédigés à Nancy en 1917, 
sous les obus allemands, attestant le sang-froid de la 
science dans les circonstances les plus tragiques. 

C'est Paris qu'a en vue le prix quinquennal Jean- 
Jacques Berger, et le montant en est si considérable qu'il 
vous arrive rarement de le décerner à un seul ouvrage. 
Vous l'avez réparti entre huit concurrents : le D"" Wickers- 
heimer, pour ses Commentaires de la Faculté de médecine 
de r Université de Paris; M. Coyecque, pour son Recueil 
d'actes notariés relatifs à f histoire de Paris au XV I^ siècle; 
M. Vidier, pour son livre sur les Marguilliers laïcs de 
Notre-Dame; M. Léon Dorez, pour son livre intitulé : La 
Faculté de Décret de l'Université de Paris au XV^ siècle ; 
M. l'abbé Clerval, pour sa publication des Registres des 
procès-verbaux de la Faculté de Théologie de Paris,' 
M. Paul Lacombe, pour ses Anciens livrets des rues de 
Paris imprimés aux XV^ et XVP siècles; M. Léon 
Lecestre, pour la Notice sur V Arsenal royal de Paris jus- 
qu'à la mort d' Henri FV, œuvre de M. Paul Lecestre, son 
fils, tué à l'ennemi ; M. Camille Bernard, pour sa Bestitu- 



SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 399 

tion des Thermes de Lutèce. Tous ces travaux n'ont pas la 
même valeur ; il en est où la critique trouve à s'exercer ; 
d'autres sont d'importants apports à l'histoire parisienne, 
ou satisfont la curiosité de l'antiquaire qui recherche avi- 
dement dans le Paris moderne les traces ou, tout au moins. 
les souvenirs d'un lointain passé. 

J'en aurai lîni, Messieurs, avec les travaux ou l'activité 
scientifique concernant spécialement la France, quand 
j'aurai sig-nalé l'attribution de deux médailles lUanchet, 
l'une à M. Gouvet, conservateur du Musée, de Sousse, — 
n'est-ce pas la France encore ? — qui porte un vif et intel- 
lig-eht intérêt aux antiquités de cette ville et mérite les plus 
grands éloges pour la manière dont il a organisé le Musée 
municipal ; l'autre à M'"" de Chabannes de La Palice, pour 
les fouilles pratiquées dans sa propriété d'Utique et pour le 
musée, libéralement ouvert au public, qu'elle a formé des 
objets qui y ont été découverts. 

Certains de vos concours offrent un champ plus vaste et 
plus varié à l'investigation : tels sont le concours pour le 
prix décennal Le Fèvre-Deumier et le concours Louis 
Fould, dont le prix est décerné tous les deux ans. 

Le premier fait appel aux travailleurs qui s'occupent de 
mythologies, de philosophies ou de religions comparées ; 
il suppose des connaissances étendues, une maturité, une 
clairvoyance qui se rencontrent rarement. Aucun ouvrage 
n'ayant été présenté, votre commission a porté son atten- 
tion sur ceux qui lui semblaient se rapprocher le plus des 
intentions du donateur, et, sans décerner le prix, elle a 
prélevé, sur l'importante somme qu'il représente, trois 
récompenses. La première a été attribuée à M. Puech, profes- 
seuràla Sorbonne, pour son livre sur les Apologistes grecs du 
11^ siècle de notre ère, livre passionnant, et que M. Puech 
a rendu plus attachant encore par la connaissance profonde 
qu'il a de ce sujet délicat entre tous, par la haute impar- 



100 SÉANr.K PURLIOUK ANNUEI.LF, 

tialité avec hujuelle il létudie sous ses divers aspects et par 
le talent d'exposition dont il a paré son savoir judicieux. 
— La deuxième récompense, ég-ale à la première, a été 
décernée à M. René Dussaud, depuis longtemps connu 
pour ses études fragmentaires sur les plus anciennes reli- 
o^ions, études poursuivies avec ardeur jusqu'à ces dernières 
années, et de lintérôl desquelles peut donner ime idée 
l'important chapitre Cultes et mythes de son livre intitulé : 
Les civilisations prchelléniques^ réédité, après une revi- 
sion consciencieuse, au commencement de 1914. — \/,\ 
troisième, enfin, est allée à l'ouvrage si savant, et d'un 
profit si incontestable povir l'histoire, de M. Picavet : Essai 
sur l histoire générale et comparée des philosophies et théo- 
logies (lu moyen âge. 

L'art, Messieurs, a toujours tenu dans vos préoccupa- 
tions une grande place, du moins l'art envisagé dans son 
développement historique. C'est l'objet du prix Fould d'en- 
courager ceux qui le considèrent de ce point de vue. Vous 
avez inégalement partagé ce prix entre M. Gabriel Millet 
et M. Louis Bréhier. 

Le livre du premier, Recherches sur l'iconographie de 
V Évangile aux XIV^^ XV^ et XVI'' siècles, n'est pas sans 
soulever un certain nombre de critiques, principalement 
en ce qui touche à la méthode : mais il a coûté à M. Millet 
vingt-cinq années de travail, contient plus de 800 pages 
et près de 700 illustrations, la plupart inédites, et il est du 
plus haut intérêt pour la connaissance de l'art bvzantin. 
que l'auteur a méticuleusement étudié durant son séjour à 
l'Ecole d'Athènes, et dans de fructueuses explorations au 
mont Athos, en Macédoine, et sur cette colline de Mistra 
où les restes de la cité de Villehardouin apparaissent, le 
matin, comme un délicat chef-d'œuvre d'ivoire, que teintent 
de rose les premiers feux de l'aurore jaillissant des som- 
mets du Parnon. 

Moins spécial est l'ouvrage de M. Bréhier : L'art chré- 



SÉANCE PUnLIQL'E ANNUELLE 401 

tien, son développement iconographir/ue des origines à nos 
jours. Ce titre dit clairement l'ambition de l'auteur ; le 
monde entier est son domaine, l'Occident aussi bien que 
rOrient, et toutes les époques, et toutes les formes de la 
pensée chrétienne dans l'art. La matière est immense; on 
admire l'aisance avec laquelle il en porte le poids. Vers la 
fin, cependant, il paraît fléchir un peu, ou, plus exactement, 
c'est le lecteur qui fléchit, lég^èrement déconcerté. La faute 
en est peut-être à ces termes d'iconographie, d'icône, qui 
impliquent, semble-t-il, une certaine innocence dans 
l'œuvre et chez l'artiste qui l'a créée. Or on ne voit pas 
cette innocence dans le Jugement dernier, — et M. Bré- 
hier en convient, — et beaucoup plus tard on l'aperçoit 
moins encore dans les compositions, aux violents con- 
trastes, de M. Jean Béraud ; mais le livre est ao:réable à 
lire, luxueusement illustré et plein de vues intéressantes; 
c'est un très beau livre. 

Vous avez aussi des récompenses pour les travaux sur 
l'antiquité classique, et pour ceux qui se rapportent à 
l'Afrique ou à l'Extrême-Orient. M. Pierre Roussel, ancien 
membre de l'École d'Athènes, qui a obtenu le prix biennal 
Delalande-Guérineau, vous avait adressé une bonne étude 
sur Délos colonie athénienne. Il est un de ceux qui ont con- 
tribué à défricher cet inépuisable champ de fouille où notre 
confrère M. Homolle dirigeait en 1877 les premières 
recherches méthodiques, et qui, depuis plus dé quarante 
ans, sert d'école d'application à la plupart de nos jeunes 
archéologues. Le solide travail qu'il en a rapporté, et 
qu'il doit, certes, à ses qualités propres, mais aussi à l'in- 
fluence de l'admirable maître qui l'a formé. M. Maurice 
Holleaux, est l'un des meilleurs chapitres, écrits en France, 
de l'histoire de la période hellénistique. 

Pour ce qui est de l'Afrique, M. Clément Huart présen- 
tait la suite de sa traduction du manuscrit arabe intitulé : 



102 SÉANCE PURLIQUK ANNUKLLE 

Le Livre de lu Création. Vous lui avez attribué une partie 
du prix Saintour. — M. Biaruey a reçu l'autre pour ses 
Etudes sur les dialectes berbères du Rif. Vous attachez 
avec raison une grande importance à l'activité scientifique 
que provoque le continent africain. La France ne saurait 
se désintéresser des ouvrages qui vont prendre là leur ins- 
piration et leurs sources. 

De même, l'Extrême-Orient n"a point été absent de vos 
concours. Le prix Stanislas Julien, destiné au meilleur 
ouvrage relatif à la Chine, est allé à l'utile travail du R. 
P. Tobar : Résumé des affaires religieuses, publié [)ar ordre 
de S. Exe. Tcheou-Fou. Traduction, commentaire et docu- 
ments diplomatiques. L'auteur, par malheur, n'a pvi con- 
naître votre décision, sa mort, en Chine, en ayant devancé 
la nouvelle. 

Tels sont, Messieurs, les résultats de vos concours. Mais 
à côté d'eux, notre Académie est dotée de fondations qui 
lui permettent d'aider de résolus chercheurs dans les explo- 
rations qu'ils entreprennent en lointain paj^s, ou pour des 
fouilles qu'ils espèrent heureuses. C'est ainsi qu'une partie 
de la fondation Garnier a été par vous alfectée aux frais 
du vovage de M. Bonnel de Mézières dans le Nord-Ouest 
de l'Afrique, et qu'une autre somme prélevée sur le même 
fonds facilite à M. Aurousseau ses recherches en Mand- 
chourie. 

Grâce à la Fondation Piot, vous continuez de seconder 
efficacement les fouilles du R. P. Delattre à Carthage, et 
celles de M. le D"" Carton à BuUa Reoia. La même source 
alimente, depuis 1915, les fouilles que notre correspondant 
M. Pierre raris poursuit au hameau de Bolonia, dans la 
province de Cadix, avec un zèle récompensé déjà par d'in- 
téressantes trouvailles, et elle favorise la formation d'une 
collection de clichés, d'aquarelles et de dessins entreprise 
par le Service archéologique de notre armée d'Orient, fidèle 



SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 403 

aux traditions de la campagne d'Eg-ypte et de l'expédition 
de Morée. 

Il est de ces donations qui ont un caractère un peu 'dif- 
férent, celle, par exemple, que nous devons à l'inlassable 
pfénérosité de notre confrère M. le duc de Loubat, qui met 
à votre disposition une rente annuelle de G. 000 francs, 
pour venir en aide à des savants momentanément arrêtés 
dans leurs travaux par le manque de ressources ou par la 
maladie. Vous avez fait dune partie de cette somme le 
plus judicieux emploi. 

D'autres, comme la fondation Thorlet, sont conçues dans 
un esprit de libérale bienfaisance qui s'en remet à vous 
pour la distribution de prix de toute espèce. Sur la part qui 
vous revient de la rente Thorlet, léguée à tout l'Institut, 
vous avez pu octroyer une somme relativement considé- 
rable à M. le colonel Lamouche, pour l'aider à reconstituer 
sa bibliothèque, composée en majeure partie d'ouvrages 
concernant les pays et les peuples de la péninsule des 
Balkans, et qui avait été incendiée lors du raid d'avions 
allemands du 12 avril 1918. — Grâce au même fonds, 
vous avez accordé une modeste subvention à M. Dupont, 
juge au tribunal civil de Saint-Malo, pour ses recherches 
sur le lieu d'origine de chacun des compagnons d'armes de 
Guillaume le Conquérant, et une autre^ de la même valeur, 
à M. l'abbé Daugé, curé de Duhort-Bachen (Landes), pour 
ses travaux sur le folk-lore et le dialecte de son pays. 

La Fondation Pellechet mérite enfin notre gratitude pour 
le souci qu'elle prend, non des personnes, mais des vieux 
monuments de la France, non classés parmi les monuments 
historiques. Vous avez agi dans le sens de cette louable 
intention en accordant à la commune de Maillot, près de 
Sens, une somme assez importante pour la réparation de 
son église, dont l'ancienneté et le délabrement ne pouvaient 
vous laisser insensibles, et une autre, plus modique, au 



40i SÉANCE PIBLIQLE ANNL'KLLK 

Syndical d'initiative de Laroquebrou (Cantal), pour la con- 
solidation de la l(Uir du château, qui menace ruine. 

Il me reste, Messieurs, à vous dire quel({ues mots de nos 
grandes missions permanentes à l'étran^j^er, si chères à 
.votre sollicitude, et dont l'activité s'est trouvée, vous le 
savez, nécessairement ralentie depuis quatre ans, du fait 
de la guerre. Elles ont vécu pourtant, elles ont travaillé 
sans perdre de vue leur but ni le devoir de maintenir tou- 
jours à la même hauteur le renom de la science Irançaise. 
L'École d'Athènes, sous l'active direction de M. Gustave 
Fouarères, a continué, à côté d'un constant et heureux 
eifort, dont nous lui sommes reconnaissants, pour entrete- 
nir en Grèce les sympathies à l'égard de la France, la 
publication de son Bulletin. Le dernier fascicule contient 
des rflémoires d'une érudition éprouvée, notamment de 
M. Paris, sur les établissements maritimes de Délos, de 
M. Plassart, sur tout un quartier d'habitations privées, 
dégagé dans l'île sainte, grâce à la libéralité de M. le duc 
de Loubat, de M. Dugas, sur une tête d'Héraclès du Musée 
de Tégée. Le rapport annuel du directeur de l'Ecole ne vous 
est parvenu qu'au dernier moment, sans qu'il y ait dans 
ce retard de la faute de M. Fougères ; je ne puis donc 
entrer dans le détail. Mais M. Fougères lui-même vous a 
communiqué oralement, il y a peu de jours, les résultats 
des recherches topographiques poursuivies à Délos par 
M. Replat, architecte de l'Ecole d'Athènes : reconstitution 
du tracé complet du mur de défense improvisé par le légat 
romain Triarius, après l'incursion du chef pirate Athénodo- 
ros, en l'an 69 avant notre ère, pour préserver la ville et le 
sanctuaire d'Apollon de nouveaux pillages ; identification 
certaine de l'hippodrome et relevé de son aménagement, 
contredisant l'opinion admise, qu'un hippodrome hellénique 
se réduisait à une piste naturelle, dépourvue de construc- 
tions, tels sont les principaux points acquis à la science 



SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE iOo 

par la clairvoyance lechni(|ue de M. Replat. Ce ne sont 
pas là des résultats négligeables. Vienne la paix, l'Ecole 
fera beaucoup plus; elle n'est à court ni de projets ni d'ar- 
deur pour les réaliser. 

L'Ecole de Rome, dirigée par notçe éminent et cher 
confrère Mgr Duchesne, n"a pas eu moins à souffrir des 
circonstances. Comme la Villa Médicis, où un autre de 
nos confrères, M. Albert Besnard, voit les admirables jar- 
dins de l'Académie de France si déserts qu'il s'est mis lui- 
même à les animer de sa présence et, pour la joie de nos 
veux, à en reproduire par l'aquarelle les coins les plus 
exquis, le Palais Farnèse n'a qu'un petit nombre d hôtes ; 
encore cette expression est-elle ambitieuse, le nombre se 
réduit à deux, deux membres de première année, privés 
pour raison de santé de l'honneur de servir. Ils s en con- 
solent en travaillant beaucoup. Etant en première année, 
ils n ont point encore remis de mémoire, mais lun d'eux, 
M. Marchesné, ancien élève de l'Ecole des Chartes, a déjà 
terminé son étude des Registres du pape Martin IV. Il s'oc- 
cupe maintenant d'archéologie médiévale, appliquant sa 
faculté d'observation aux chancels et aux enceintes cho- 
rales de Rome et de la région romaine. M. Jean Bayet, 
ancien élève de l'Ecole Normale, a pris pour sujet de 
mémoire le culte d'Hercule et les légendes relatives à ce 
héros en Italie. Entre temps, l'Ecole n'oublie pas ses 
Mélanges, malgré tous les obstacles, et de toute prove- 
nance, qui en rendent la publication difficile, et le direc- 
teur trouve les crédits nécessaires pour faire imprimer les 
thèses des anciens membres qui aspirent au grade de doc- 
teur. 

A Hanoï, comme vous l'écrivait au mois d'avril M. Finot, 
directeur par intérim de l'Ecole d'Extrême-Orient, l'activité 
a été de même ralentie, mais non interrompue. La pénurie 
de personnel a réduit le nombre et l'importance des tra- 
vaux, et rendu presque impossibles les tournées d'inspec- 



406 SEANCfi l'inLtQUË anNlRllë 

tion indispensables pour assurer contre les déprédations cîef> 
indif^ènes les monuments dont l'Ecole a la surveillance. 
On n'est pas, cependant, demeuré oisif. M. Parmentier a 
fait des recherches intéressantes dans les tombeaux chinois 
de l'époque des six dynasties, récemment découverts au 
Tonkin. M. Marchai, avec une grande habileté technique, 
a conduit, à Angkor, de délicates opérations de dégage- 
ment ou de réfection. L'Ecole a trouvé des collaborateurs 
bénévoles, tantôt pour des découvertes archéologiques, 
tantôt pour la création d'une bibliothèque ou l'enrichisse- 
ment du musée. Ces sympathies sont précieuses ; elles 
prouvent que, chaque jour, religieux et laïques, autour 
d'elle, comprennent mieux son œuvre et apprécient mieux 
ses eiîorts. Les publications, là non plus, n'ont pas été arrê- 
tées ; le Bulletin n'a pas cessé de paraître, et l'on est prêt 
pour le labeur habituel, intensihé, élargi, dès qu'on en aura 
la possibilité. 

L'usage veut, Messieurs, que dans cette séance nous 
disions un dernier adieu à nos morts. J'ai déjà rendu hom- 
mage devant vous et, pour trois d'entre eux, à deux 
reprises, aux confrères qui nous ont quittés. Je serai donc 
bref; ne mesurez pas à la réserve de ma parole la profon- 
deur de mes regrets, qui sont les vôtres. Vous savez tous 
qvielle perte nous avons faite en M. Ghavannes, qui est 
parti le premier. Son confrère et ami M. Henri Cordier a 
tracé de lui comme homme — on ne pouvait chez lui négli- 
ger l'homme, d'un si délicieux commerce — mais surtout 
comme savant, le portrait le plus compétent et le plus 
vrai. 11 en ressort avec évidence qu'il était, pour l'étendue 
et la précision de sa science, et pour la largeur de ses vues, 
le premier sinologue du monde. Et de là l'impulsion qu'il 
a donnée chez nous aux études sinologiques, les missions 
que, de loin, il a dirigées, et les regrets amers, à la nou- 
velle de sa mort, d'une jeunesse d'élite qui le considérait 



SÉAiNCE PCnLlQUE ANXUELLÉ 407 

à la fois comme un chef et comme le plus dévoué, le plus 
sûr (les amis. Mais son biographe a très bien vu que s'il 
tenait cette supériorité de sa vive intelligence, de sa 
volonté tenace et de sa haute moralité, il la tenait aussi pour 
une g-rande part d'une source plus lointaine, je veux dire 
sa forte culture générale. Il fut un spécialiste, jugeant à 
leur valeur les peuples, les littératures, les arts, les civilisa- 
tions, ne les ravalant ni ne les exaltant au delà du juste, 
parce qu'un solide fonds d'humanités avait mis en lui ce 
clair regard intérieur, cette lumière qui vous suit au cours 
de la vie, et qui ne trompe pas. Aussi pour des travaux 
qui n'étaient point son domaine ne le consultait-on jamais 
sans profit. 11 ne sera pas remplacé parmi nous. 

M. Emile Picot nous était précieux pour son immense 
savoir. 11 avait fait de la bibliographie ce qu'elle doit être, 
un auxiliaire nécessaire et incomparable de 1 histoire. Mais 
son esprit allait bien au delà du catalogue. Il avait publié 
dans ces dernières années, en deux volumes, un curieux 
travail, auquel il avait donné pour titre : Les Français ita- 
lianisants au XV" siècle, et dans ce répertoire on fait des 
découvertes imprévues ; on constate que tel auteur qui 
honore par ses écrits notre langue, a écrit aussi, et surtout 
versifié en italien, tant était grand alors, chez nous, le 
prestige de la pensée et de la forme italiennes. Voilà de ces 
conclusions qui éclairent soudain les mœurs et les goûts 
littéraires d'une époque, et auxquelles on n'arrive qu'à 
force de patience. M. Picot aimait la recherche, et il la 
pratiquait avec bonheur. Sa méthode de travail et les buts 
mêmes qu'il poursuivait le conduisaient naturellement aux 
détails et aux raretés intellectuelles des temps qu'il con- 
naissait le mieux ; mais il savait, à l'occasion, s'élever au- 
dessus de la poussière des faits, et mettre en belle lumière 
les conséquences d'une portée inattendue qui se dégagent 
de fiches admirablement classées. Sa bonté égalait sa 
science. Nombreux sont ceux qu'il obligea; loin de garder 



'lOS SlùAMifc; PLIil.loi i; ANM KLLIi: 

pour lui le trésor d iuforniations quil avait amassé au 
cours d'une lony^ue vie de curiosité laborieuse, il l'ouvrait 
généreusement à tous ceux qu'il savait devoir en profiter 
pour leurs propres travaux, honorant par là ce beau nom de 
savant (ju'il méritait si bien, et que ne lui marchandera pas 
la postérité reconnaissante. 

Nous avons encore perdu deux de nos correspondants 
nationaux, MM. Charles Bayetet Emile Guimet. M. Bayet, 
vous le savez, s'était occupé d'histoire byzantine, et il 
aurait sans doute beaucoup et utilement produit dans ce 
domaine, sans les circonstances qui lui firent de bonne 
heure accepter d'absorbantes fonctions administratives. 
C était un haut esprit et, en dépit des apparences, un sen- 
timental. La dernière fois que je le rencontrai, il revenait 
de Salonique, où il avait sollicité, à soixante-six ans, un 
service d'état-major, et ne souhaitait qu'une chose, retour- 
ner à Pont-à-Mousson. près de la tombe d'un de ses fils^, 
frappé mortellement presque sous ses yeux, dans les pre- 
miers mois de la g-uerre. Mais il avait rapporté d'Orient le 
g-erme du mal qui devait le terrasser. 11 est mort à Toulon, 
le 16 septembre, des suites d'une opération jugée inévi- 
table. L'escorte de lieutenant à laquelle il avait droit lui 
rendit les honneurs ; derrière le cercueil recouvert du dra- 
peau tricolore, quelques amis s étaient groupés, au nombre 
desquels était un ancien compagnon de sa jeunesse, notre 
confrère M. Jean Aicard. 

Je n'ai pas à rappeler longuement ici la brillante carrière 
de AL Guimet, les dons variés de son intelligence, son goût 
pour les arts, particulièrement pour la musique, qu'il cul- 
tiva en mélomane éclairé et en compositeur, ses théories 
sociales, si heureusement adaptées à la grande industrie 
qu'il dirigeait. Ce sont là choses connues de vous, Mes- 
sieurs. Et ce qui ne Test pas moins, ce sont ses voyages 
en Orient et en Extrême-Orient, les riches collections qu'il 
en rapporta, les musées qu'il fonda, à Lyon d'abord, puis 



SÉANCE PltiLIQl Ë ÀNNUËLLfc: 409 

à Paris et dans d autres villes de France. 11 voulut être et 
il lut le promoteur d'un vif mouvement de curiosité à 
légard des vieilles religions orientales, dont il conlril)ua 
plus que personne à répandre chez nous, par tous les 
moyens, la connaissance. C'est là surtout ce qui le rattache 
à notre Académie, et ce qui lui valut ce titre de corres- 
pondant dont il était fier. En lui nous avons perdu un 
bienfaiteur de la science, duquel nous conserverons pieu- 
sement le souvenir. 

De l'esquisse que j ai tracée de votre activité durant 
année de ijuerre. dont les angoisses s'évanouissent, se 
résolvent dans le nuage d'or de la Victoire, il résulte, Mes- 
sieurs, que, malg-ié toutes les difficultés rencontrées en 
chemin, vous avez utilement travaillé poin- la France. 
C'était justice, car ce que vous faites lui est beaucoup 
moins indifférent que ne l'imagine le vulg-aire. Elle a lon- 
guement et cruellement souffert, et maintenant elle dresse 
la tête et scrute lavenir, où elle voit de tous côtés les 
x'e'g'ards fixés sur elle, comme si d elle le monde attendait 
la lumière, une lumière égale à l'éclat de ses armes. Elle 
doit être en état de remplir cette grande attente. Vous l'y 
aiderez par vos initiatives et par celles que vous susciterez 
autour de vous. Elle ne vit pas, en effet, seulement de 
pain, elle vit encore de vérité, d'idées ; elle vit du respect 
et de la gloire ([in lui en viennent, et c'est là. peut-être, 
la parure qu'elle préfère, celle qu'elle a toujours recher- 
chée et dont elle s'est ornée aux plus beaux jours de son 
histoire, celle à laquelle elle doit son rayonnement à tra- 
v'ers la terre habitée. Plusieurs des sciences que vovis 
cultivez ont eu dans ce rayonnement leur part. Mais elle 
veut plus aujourd'hui : elle veut que tous ceux qui le 
peuvent se dévouent à son prestige, et elle le mérite pour 
son courage et pour sa foi inébranlable en son destin. 

Je ne puis, en terminant, résister au désir de placer 

191« 28 



lin SEANCt n iii.ivn: ANMtLLi'; 

sous vos yeux un portrait d'elle, tracé d'une plume alerte 
el originale, il y a deux ans et plus, lors de nos grandes 
épreuves, mais qui reste vrai, el (jui le sera toujours. 
L'écrivain anonyme qui en est l'auteur voit la France lui 
apparaître sous des traits humains, que ne g-àte aucun 
attribut allégorique. La beauté de son visage est mûre, 
mais sa grâce et le charme de son regard la sauvent des 
atteintes du temps. 

<* Elle m'a, dit son peintre, montré du doigt en souriant 
l'année d'épreuve ({ui s'achève, puis l'année de gloire qui 
vient. Et j'ai bien vu qu'elle avait un faible pour l'année 
la plus douloureuse, la plus laborieuse; car elle est ainsi, 
les autres ne la comprendront jamais : elle aime la lutte et 
l'ellort, elle ne plaint pas sa peine, elle est celle pour qui 
ce n'est pas un châtiment de gagner son pain à la sueur 
de son front, ni de défendre son droit au prix de son sang. 

« Elle m'a parlé. Elle m'a dit qu'elle était tière de com- 
battre pour les petits, pour les opprimés, pour l'Idée. Elle 
m'a dit qu'elle avait la Foi, ({ui est vraiment une vertu; la 
bonne humeur qui est aussi une vertu; la patience... 
« Mais, a-t-elle ajouté modestement, ce n'est pas un mérite, 
puisque j'ai aussi l'éternité. » 

« Elle m'a dit enfin : 

« N'est-ce pas que je suis digne d'être aimée? C'est le 
« péché de mon cœur trop tendre, et dont nos ennemis se 
« moquent : je veux qu'on m'aime, je veux qu'on m'aime, 
« jusqu'à la passion et jusqu'à la mort ! » 

Je ne vous dirai pas le nom, Messieurs, de la feuille 
légère qui a reproduit ce médaillon d'un moderne Théo- 
phraste ; il est rarement prononcé sous cette coupole, car 
c'est une feuille légère, on ne peut le nier, ce qui prouve 
qu'en tout lieu, pendant cette guerre, on a pensé et senti 
juste, avec une émotion communicative qui n'est le propre 
d'aucune école. Est-il chose plus belle que cette union 



SKANCE i'LIJLiylE ANNLt:LLË- il 1 

sacrée îles talents, comme des cœurs, en faveur de la 
France, de notre chère France? 



11. JUGEMENT DES CONCOURS 



PRIX ORDINAIRE OU DU BUDGET (2.000 fr.) 

I/Académie avait proposé, pour l'année 1918, le sujet suivant : 
Élude grammaticale sur une des Umcfues nouvellement découvertes 

de l'Asie centrale. 

Aucun mémoire n'ayant été adressé sur le sujet proposé, le prix 

n'a pas été décerné. 

ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 

La commission des Antiquités a attribué ; 

La f» médaille (1.500 fr.) à M, R. de Saint-Venant pour son Dic- 
tionnaire topographique, historique, biographique, généalogique et 
héraldique du Vendàmois; 

La 2« médaille (1.000 fr.) à M. G. Mollat pour son Etude critique 
sur les « Vitœ paparum Avenionensium » d'Etienne Baluze. 

PRIX de numismatique veuve duchalais (i.OOO fr.) 

La commission du prix Duchalais a décerné le prix à M. le comte 
D Castei.lane pour ses Mélanges de numismatique du moyen âge. 

prix fondés PAR LE BARON GOBERT (10.000 fr.' 

pour le travail le plus savant et le plus profond sur l'histoire 
de France et les études qui .s'?/ rattachent. 

L'Académie a décerné le premier prix à M. Jules Viard, conser. 
valeur adjoint aux Archives nationales, pour son livre intitulé : Les 
Journaux du Trésor de Charles IV ; 

Le second prix à M. le baron Le Barrois d'Obgeval, pour son 
ouvrage intitulé: Le Tribunal de la Connélablie de France du 
A7V'« siècle à 1790. 



1 1 :2 sÉÀN c k (» L R L 1 o i i-; A ms L tLL t; 



PUIX BORDIN (i^.UOOlV.) 

Sur le monlanl ilti pi-lx Bokdin, réservé cette aimée au moyen âge 
et à la Renaissaucc, rAcadéiiiie a attribué les récompenses sui- 
vantes : 

1» 1.500 francs à M. André Blum, pour L'Estampe satirique en 
France pendant les guerres de reliyion ; 

2° 300 francs à M. l'abbé Cli. Guéry, pour son Histoire de l abbaye 
de Lyre ; 

3" 500 francs à M. A. Langfors, .pour Les Incipil des poèmes 
français antérieurs au A'V/e siècle ; 

4° 500 francs à M. E. Partuhieh, pour Délie, object de la plus haulle 
nertu {par Maurice Scève), édition critique. 

PRIX LOUIS FOULD (5.000 fl'.) 

Ce prix biennal a été partagé de la façon suivante : 
1° .3.000 francs à M. G. Millet pour ses Recherches sur Vicono- 
(/raphiede r Évangile aux .Y/F", XV' et A'V/« siècles, d'après les mo- 
numents de Mistra, de la Macédoine et du mont Athos ; 

2" 2.000 francs à M. Louis Bréhier, pour L'Art chrétien ; son 
iléceloppement iconographique, des origines à nos Jours. 

PRIX BRUNET (3.000 fr.) 

Ce prix triennal, destiné au meilleur ouvrage de bibliographie sa- 
vante publié en France, a été partagé de la façon suivante : 

l» 1.500 francs à M. Henri Hauser, pour Les Sources de l'histoire 
de France au XVI'^ siècle {U9i-1610) ; 

2» 1.000 francs à M. Loviot pour son ouvrage intitulé : Auteurs et 
livres anciens {XVI' et XVII' siècles) ; 

30500 francs à M. P. Le Verdier, pour L'Atelier de Guillaume Le 
Talleur, premier imprimeur rouennais. 

prix STANISLAS JULIEN (1.500fr.) 

La commission du prix Stanislas Julien a décerné le prix à M. J. 
ToBAR, pour son ouvrage intitulé : La Chine et les religions étran- 
gères, Kiao-ou-Ki-lio « Résumé des affaires religieuses ». Traduction 
et commentaire. 



SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 413 

PRIX DELACANDE-GUÉRFNEAU (i .000 fl'.) 

Ce prix biennal, réservé cette année à l'antiquité classique, a été 
décerné à M, P. Roussel, pour son 'ouvrage intitulé : Délos colonie 
athénienne. 

PnrX OF. I,A GRANGE fi .000 fr.) 

La commission du prix de La Grange a décerné le prix à M. Ernest 
Langlois, pour son édition du Roman de lu Rose, t. 1*''. 

PRIX SAiNTOUR (.3.000 rr.) 

Le prix Saintour, réservé, cette année, à l'Orient, a été partagé de 
la façon suivante : 

1° 2.000 francs à M. Cl. Huart, pour sa traduction du manuscrit 
arabe : Le Livre de la création et de Vhisloire de Motahhar ben Tnhir 
El-Maqdisi, t. V ; 

2° 1.000 francs à M. S. Biarnay, pour son Etude sur les dialectes 
berbères du Rif. 

PRIX .i.-j. berger (15.000 fr.) 

pour les œuvres les plus méritantes concernant 
la Ville de Paris. 

La commission a décerné les récompenses suivantes : 

1° 4.000 francs au D'" E. Wickersheimer, pour ses Commentaires 
de la Faculté de Médecine de V Université de Paris ; 

2° 3.000 francs à M. E. Coyecque, pour son Recueil d'actes notariés 
relatifs à V histoire de Paris au XVP siècle; 

3° 3.000 francs à M. Vidier, pour son ouvrage intitulé : Les Mar- 
fjuilliers laïcs de Notre-Dame de Paris ; 

4° 2.000 francs à M. L. Dorez, pour son ouvrage sur La Faculté de 
décret à r Université de Paris au XV^ siècle; 

5° 1.000 francs à M. l'abbé Ci.erval, pour le Registre des procès- 
verbaux de la Faculté de théologie de Paris ; 

6" 1.000 francs à M. P. Lacombe, pour son ouvrage : Anciens livrets 
des rues de Paris imprimés aux XV^ et XVI' siècles; 

1° 500 francs à l'ouvrage de M. Paul Lecestre, tué à l'ennemi : 
Notice sur l'Arsenal royal de Paris Jusqu'à la mort d'Henri IV ; 

8° oOO francs à M. Camille Bernard, pour sa Restitution des 
Thermes d,e Lutèce. 



41 i SÉANCK PUBI.IQUK AiNNUKLLK 

1MU\ (-..VlilUEl, -AUGUSTE PHOSl' (1.200 ff.) 

La commission du prix Auguste Pkost, destiné à récompenser les 
travaux historiques sur Metz et les pays voisins, a décerné le prix à 
M. Germain de Maidy, archéologue lorrain, pour ses éludes publiées 
en 1917 et pour l'ensemble de ses travaux. • > 

PRIX LEFÈVRE-DEUMIER (20.000 fr.) 

Ce prix décennal, en faveur de louvrage le plus remarquable sur 
les mythologies, philosophies et religions comparées, n'a pas été 
décerné. L'Académie a attribué sui- les arrérages les récompenses 
suivantes : 

l" 3.000 francs à M. L. Puech, pour son livre sur Les Apologistes 
chiétiens du second siècle; 

2° 3.000 francs à M. Dussaud, pour l'ensemble de ses ouvrages sur 
les religions parus depuis dix ans ; 

;{" 2.000 francs à M. Picavet, pour son Essai sur l'histoire (/énérale 
et comparée des philosophies et théologies du moyen âge, 

PRIX DE numismatique ORIENTALE (1.200 fr.) 

Aucun ouvrage n'ayant été déposé, le prix quadriennal fondé par 
M. Edmond Drouin n'a pas été décerné. 

PRIX HENRI LANTOINE (500 fr.) 

Aucun ouvrage n'ayant été présenté pour le prix fondé par 
M"'' Lantoine, en mémoire de son frère Henri Lantoine, sous forme 
d'un prix une fois donné à Vauteur d'un travail sur Virgile, le 
concours a été prorogé, pour la quatrième fois, à l'année 1919. 

MÉDAILLE PAUL BLANCHET 

L'Académie a décerné, cette année, deux de ces médailles, des- 
tinées à récompenser des découvertes et des travaux sur l'Afrique 
du Nord : l'une à M. Gouvei-, conservateur du Musée de Sousse 
Tunisie) ; l'autre à M™'' la comtesse de Chabannes dk La Pai.ice . 

PRIX TUORLET (4.000 fr.) 

Les revenus de cette fondation doivent être employés par l'Institut 
eu i)rixde toute espèce : prix de vertu, prix d'encouragement pour 



SÉANCE PUBLIQUE ANNLKLLE 415 

des œuvres sociales ou d'érudilion s'occupanl d"hisloire ou d'ail, vu 
particulier de peinture. . . 

L'Institut a mis à la disposilion de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres une somme de yv/a/remi/Zf /"'"a/ics, qui a été distribuée 
en trois parts : un6 de troix mille fi-mirs et deux autres de cinq 
ceiils francs chacune. 



III. EMPLOI DES REVENUS DES FONDATIONS 



FONDATION DE M. LE DUC DE LOUBAT (6.000 fr.) 

L' Académie a appelé cette année quatre personnes au bénéfice de 
cette fondation destinée soit à venir en aide aux savants momenta- 
nément arrêtés dans leurs travaux par le manque de ressources ou 
la maladie, soit à secourir leurs parents, etc. 

FONDATION BENOIT GARNIER 

L'Académie a accordé, sur les arréi'ages de la fondation, les sub- 
ventions suivantes : 

1» 10.000 francs à M. Bonnel de Mezières pour une nouvelle mis- 
sion archéologique dans r.\frique du Nord-Ouest ; 

2" 5.000 francs à M. L. Aurousseau, pour une mission archéolo- 
gique en Mandchourie. 

FONDATION PIOT 

L'Académie a attribué, sur les arrérages de la fondation, les sub- 
ventions suivantes : 

4.000 francs à M. Paris, directeur de l'École des Hautes études 
bispaniques, pour continuer ses fouilles à Bolonia (Espagne); 

3.000 francs à M. le D"" Carton pour continuer ses fouilles de Bulla 
Regia ; 

2.000 francs au R. P. Delattre, pour achever les fouilles de la basi- 
lifjue de Sainte-Monique, à Carthage ; 

2.000 francs à M. Mendel, directeur du Service archéologique de 
l'armée d'Orient, pour aider à constituer une collection de clichés 
et de dessins des travaux effectués. 



4 Kl SÉANCE PUBLIQUE ANNUKLLR 



FONDATION AUGUSTE PEI.LF.CIIET 



Sur la fondation, instituée pour assuror la conservation des mo- 
numents non classés en France et aux colonies, l'Académie a 
accordé : 

3.000 francs à la commune de Maillot, près de'Sens (Yonne), pour 
la réparation de son église ; 

400 francs au Syndical d'initiative de Laroquebrou (Cantal), pour 
la consolidation de la tour du château de Laroquebrou. 



IV. DELIVRANCE DES DIPLOMES 

o"aii(;mi\iste pai.éogh \pme 



Eu exécution des prescriptions d'une lettre du Ministre de l'ins- 
Iriiction publique en date du 2 février 1833, l'Académie déclare que 
les élèves de l'Ecole des Chartes qui ont été nommés archivistex 
paléographes par arrêté ministériel du 28 février 1918, conformé- 
ment à la liste dressée par le Conseil de perfectionnement de cette 
Ecole, sont par ordre de mérite : 

1. M. Henri-Frédéric .Iassemin. 

2. M. Vincent-Ernest Albert Fi iro. 
El hors rang-, à titre étranger : 

M. André Bovet. 



ANNONCE DES CONCOURS 

dont les termes expirent 
EN 1H19, 1920, 1921, 1922 et 1923. 



PRIX ORDIN Ul!i: 



L'Académie rappelle qu'elle a proposé les ([uestions suivantes : 
1° Pour l'année 1919 : 

Les instilutions rnilitaires de la France, de la mort de Louis XI à 
la fin des guerres d'Italie (15o9). 



SÉANCE PUBLIOUF-; ANNUELLE 417 

2° Pour l'année 1920, l'Académio, vu les circonstances, a décidé 
que le prix serait attribué à la meilleure édition parue en France 
d'un auteur grec nu latin. 

L'Académie propose, en outre, pour l'année 1921, le sujet suivant: 
Etude sur la phonétique chinoise. 

Les livres ou les mémoires répondant à chacune de ces questions 
devront être déposés au Secrétariat de l'Institut avant le 1" janvier 
de l'année du concours *. 

Chacnii de ces prix est de la valeur de deux mille francs. 

ANTIQUITÉS DE I,A FRANCK 

Trois médailles, de la valeur de quinze cents francs la ])reinière, 
mille francs la deuxième, et cinq cents francs la troisième, seront 
décernées en 1019 aux meilleurs ouvrasses manuscrits ou publiés dans 
le cours des années 1917 et 1918 sur les Antiquités de la France, qui 
auront été déposés, les imprimés en double exemplaire, au Secréta- 
riat de l'Institut, avant le 1^' janvier 1919. — Les ouvrag-es de numis- 
matique ne sont pas admis à ce concours. 

Le concours est annuel. 

MÉDAILLE ULYSSE CHEVALIER (500 fr.) 

M. le chanoine Ulysse Chevalier, membre de l'Institut, a fait don à 
l'Académio des inscriptions et belles-lettres d'une rente de cent 
francs, dont les arrérages capitalisés serviront « à fonder une 
médaille de cinq cents francs, qui sera attribuée tous les cinq ans 
par la commission du concours des Antiquités de la France, à Tou- 
vrafife le plus méritant sur l'histoire et l'archéologie du Dauphiné, 
on, h défaut, de la Provence ». 

La médaille Ulysse Chevalier sera décernée pour la première fois 
en 1923. 

PRIX FONDK PAI! IK RARON GOBERT (10.000 fr.) 

Pour l'année 1919, l'Académie s'occupera, à dater du !•"■ janvier, de 
l'examen des ouvrages qui auront paru depuis le !•''' janvier 191S et 
f|ui pourront concourir aux prix annuels fondés par le baron Gobert. 
En léguant à l'Académie des inscriptions et belles-lettres la moitié 
du capital provenant de tous ses biens, après l'acquittement des frais 

I. Voir p. 4v^0 les conditions arénérales des concours. 



418 SÉANCE PUIILIOIIR ANNUELLE 

et des legs particuliers indiqués dans son loslamoal, lo fondateur a 
demandé « que les neuf dixièmes de l'intérêt de cette moitié fussent 
proposés en prix annuel pour lo trovail le plus savant ot le plus pro- 
fond sur riiistoire de France et les éludes (jui s'y rattachent, et l'autre 
dixième pour celui dont le mérite en approchera le plus ; déclarant 
vouloir, en outre, que les auteurs des ouvrages couronnés continuent 
à recevoir, chaque année, leur prix, jusqu'à ce qu'un ouvrage meilleur 
le leur enlève, et ajoutant qu'il ne pourra être présenté à ce concours 
que des ouvrages nouveaux ». 

Tous les volumes d'un ouvrage en cours de publication, qui n'ont 
point encore été présentés au prix Gobert, seront admis à concourir, 
si le dernier volume remplit toutes les conditions exigées par le pro- 
gramme du concours. 

Sont admis à ce concours les ouvrages composés par des écrivains 
étrangers à la France. 

Sont exclus de ce concours les ouvrages des membres ordinaires 
ou libres et des associés étrangers de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres. 

« L'Académie rappelle aux concurrents que, pour répondre aux inten- 
tions du baron Gobert, qui a voulu récompenser les ouvrages les 
plus savants et les plus profonds sur l'histoire de France et les études 
qui s'y rattachent, ils doivent choisir des sujets qui n'aient pas encore 
été sulfisamment approfondis par la science. La haute récompense 
instituée par le baron Gobert est réservée à ceux qui agrandissent 
le domaine de la science en pénétrant dans des voies inexplorées. 

Six exemplaires de chacun des ouvrages présentés à ce concours 
devront être déposés au Secrétariat de l'Institut (délibération du 27 
mars 1840) avant le 1" janvier 1919, et ne seront pas rendus. 

Ce concours est annuel. 

PRIX JEAN-JACQUES BERGER (15.000 fr.) , 

Le prix Jean-Jacques Berger, de la valeur de quinze mille francs, 
h décerner successivement par les cinq Académies u à l'œuvre la 
|)lus méritante concernant la Ville de Paris », sera attribi>é par l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-letti-es en 1923. 

PRIX EMILE LE SENNE (2.000 fr.) 

Ce prix, qui est biennal, a été fondé par M. et M™« Le Senne en 
mémoire de leur fils, Emile Le Senne, tué à l'ennemi, pour encou- 
rager en France les études historiques, archéologiques, artistiques. 



SÉANCE PIIBLIOLE ANNUELLE 419 

iconographiques, ivlatives exclusivemeul à la ville de Paris ou au 
département de la Seine ; il sera décerné pour la première fois en 

loiy. 

Sont admis au concours les ouvrages édités et les manuscrits 
encore à publier d'auteurs français, consacrés à des sujets antérieurs 
il la période des cinquante dernières années qui précèdent le con- 
cours. 

Dépôt des ouvrages au Secrétariat de l'Institut avant le 
1^'- janvier 1919. 

PRIX DK LA l'ONS-MÉLICOCQ (1.800 fr.) 

Vn prix triennal de dix-huit cents francs a été fondé par M. de La 
Fons-Mélicocq, en faveur du meilleur ouvrage sur l'histoire et les 
antiquités de la Picardie et de l'Ile-de-France (Paris non compris). 

L'Académie décernera ce prix, s'il y a lieu, en 1920 ; elle choisira 
entre les ouvrages manuscrits ou publiés en 1917, 1918 et 1919, (pii 
lui auront été adressés, en double exemplaire s'ils sont imprimés, 
avant le 1*^'" janvier 1 920. 

PRIX GABRIEL-AUGUSTE PBOST fl .200 iV.'l 



M. Gabriel-Auguste Prost, membre de la Société des Antiipiaires 
de France, a légué à l'Académie des inscriptions et belles-lettres 
une rente de douze cents francs, pour la fondation d'un prix annuel, 
à décerner à l'auteur français d'un travail historique sur Metz et les 
pays voisins. 

L'Académie décernera ce prix en 1919. 

Les ouvra:ges destinés à ce concours devront être déposés, les 
imprimés en double exemplaire, au Secrétariat de l'Institut avant le 
1^'' janvier 1919. 

PRIX DU RARON DE COURCEL (2.400 ff.) 

Ce prix, de la valeur de deux mille quatre cents francs, a décerner 
successivement par l'Académie française, l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres et l'Académie des sciences morales et politiques, 
est destiné à récompenser << une œuvre de littérature, d'éi'udition ou 
d'histoire qui sera de nature à attirer l'intérêt public sur les premiers 
siècles de Phistoire de France (époque mérovingienne ou carlovin- 
gienne; ou à populariser quelque épisode de cette histoire, depuis 
l'origine rudimentaire des tribus franques jusqu'aux environs de l'an 
1000 1). 



'»-20 SltANl-.K FLIU.IQIIR ANNUELLE 

Ce prix sera d(^cerné par l'Acaclémie des inscriptions et belles- 
lettres en 1910. 

Los ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, les 
imprimés en double exemplaire, au Secrétariat de l'Institut, avant le 
l"" janvier 1919. 

L'Académie se réserve d'inti'oduire, s'il y a lieu, les candidatures 
d'auteurs dont les ouvrages n'auraient pas été présentés. 

PRIX DE LA GRANGE (1.000 f r. ) 

M. le marquis de La Grange, membre de l'Académie, a légué à 
l'Académie des inscriptions et belles-tettres une rente annuelle de 
mille francs destinée à fonder un prix en faveur de la publication du 
texte d'un poème inédit des anciens poètes de la France ; à défaut 
d'une œuvre inédite, le prix pouri'a être donné au meilleur travail sur 
un ancien poète déjà publié. 

Ce prix sera décerné en 1919. 

PRIX bordin (3.000 fr.) 

M. Bordin, notaire, voulant contribuer au progrès des lettres, des 
sciences et des arts, a fondé, par son testament, des prix annuels qui 
sont décernés par chacune des cinq classes de l'Institut. 

L'Académie des inscriptions et belles-lettres a décidé que, à partir 
de l'année 1904, le prix annuel de la fondation Bordin sera destiné à 
récompenser successivement, tous les trois ans, des ouvrages rela- 
tifs : 1° à l'Orient; 2° à l'antiquité classique ; 3° au moyen âge ou à 
la Renaissance. 

En conséquence, le prix Bordin sera décerné : 

En 1919, au meilleur ouvrage relatif aux études orientales, publié 
depuis le i" janvier 1917 ; 

En 1920, au meilleur ouvrage relatif à l'antiquité classique publié 
depuis le l*"" janvier 1916; 

En 1921, au meilleur ouvrage relatif au moyen âge ou à la Renais- 
sance publié depuis le l*"" janvier 1918. 

Deux exemplaires de chacun des ouvrages présentés devront être 
déposés au Secrétai-iat de l'Institut, avant le 1*' janvier de l'année 
du concours. 

PRIX EXTRAORDINAIRE BORDIN i3.000fr.') 

L'Académie a décidé que le prix extraordinaire Bordin. qui est 
biennal, sera décerné : 



StANr.t fUULlQt È ANNUELLE 42l 

V.n (yl9, au meilleur ouvrage imprimé lelalii'à lanliquilé classique. 
Dépôt des ouvrages présentés, en double exemplaire, au Secréta- 
riat de l'Institut, avant le i" janvier 1919. 

PKIX DEI.ALANDE-GUÉRINEAU (1.000 fr.) 

M™'' Delalande, veuve Guérineau, a fondé un prix biennal de 
mille francs, destiné à récompenser l'auteur de l'ouvrage jugé le 
meilleur par l'Académie. 

L'Académie décide que le prix Delalande-Guérineau sera décerné, 
en 1920, au meilleur ouvrage relatif à l'Orient. 

Les ouvrages manuscrits ou publiés depuis le i**" janvier 1918, des- 
tinés à ce concours, devront être déposés, les imprimés en double 
exemplaire, au Secrétariat de l'Institut, avant le l^"" janvier 1920. 

PRIX JOSEPH SAINTOUR (3.000 fr.) 

L'Académie rappelle que ce prix, de la valeur de trois mille franat, 
sera décerné dans l'ordre suivant : 

En 1919, au meilleur ouvrage relatif à l'antiquité classique, publié 
depuis le 1*'" janvier 1916 ; 

En 1920, au meilleur ouvrage relatif au moyen âge ou à la Renais- 
sance, publié depuis le 1" janvier 1917 ; 

En 1921, au meilleur ouvrage relatif aux éludes orientales, publié 
depuis le 1='' janvier 1918. 

Seront admis au concours les ouvrages, manuscrits ou imprimés, 
d'auteurs français. 

Les ouvrages destinés à ces concours devront être déposés, les 
imprimés en double exemplaire, au Secrétariat de l'Institut . avant le 
1"" janvier de 1 année du concours. 

PRIX DE CHÉNIER (2.000 fr. ) 

\jnio Adéla'ide-Élisa Frémaux, veuve de M. Louis-Joseph-Gabriel 
DE Chénier, a légué à l'Académie des inscriptions et belles-lettres 
une somme de quatorze mille francs, « pour le revenu être donné en 
prix, tous les cinq ans, à l'auteur de la méthode que ladite Acadé- 
mie aura reconnue être la meilleure, la plus simple, la plus prompte, 
la plus efficace pour l'enseignement de la langue grecque ». 

Par suite d'un accord survenu, le 2 juillet 1909, avec les héritiers 
de la fondatrice du prix, il a été ajouté au programme ci-dessus la 
clause suivante : 



.{.'2"} SEANCE l^UlJLIQUK ANNUELLE 

« A défaut il'un ouvrage répondanl exactement aux termes de la 
fondation. l'Académie pourra donner le prix à l'ouvrage qui lui 
paraîtra être le plus utile à l'étude de la langue et de la littérature 
o-recques, pourvu qu'il ait été publié dans les (jualrc années cjui 
seron l écoulées depuis que ce prix aura été décerné. >• 

L'.\cadémie décernera ce prix en 1919. 

PRIX HONORÉ CHAVÉE (1.800 fr.) 

Ce prix, institué par M™* veuve Honoré Chavée, sera décerné, tous 
les deux ans, à des travaux de linguistique. Il pourra être affecté aux 
recherches, missions ou publications relatives aux langues romanes. 

La commission évocjuera elle-même les ouvrages qui lui paraî- 
tront dignes du prix. On pourra appliquer les revenus de la fonda- 
tion à récompenser des voyages, missions ou recherches de tout 
ordre. 

Ce prix, de la valeur de dix-huit cents francs, sera décerné en 1919. 

PRIX LOUIS FOULD (5.000 fr.) 

Ce prix biennal est destiné à récompenser l'auteur du meilleur 
ouvrage sur l'histoire des arts du dessin, en s'arrêtant à la fin du 
XVI* siècle. 

Il sera décerné en 1920. 

Les ouvrages imprimés devront être écrits ou traduits en français 
ou en latin et déposés, en double exemplaire, au Secrétariat de 
rinstitut, avant le l" janvier 1920 *. 

PRIX RAOUL DUSEIGNEUR (3.000 fr.) 

M™^ la marquise Arconati-Visconti a fait don, entre vifs, à l'Aca- 
démie des inscriptions et l)elles-lellres, de la somme nécessaire 
pour la fondation d'un prix triennal de trois mille francs, portant le 
nom de Raoul Duseigneur et destiné à récompenser des travaux 
concernant aussi bien l'art et l'archéologie espagnols depuis les 
temps les plus anciens jusqu'à la fin du xvi* siècle que les trésors 
artistiques ou archéologiqu(>s de ces mêmes époques conservés dans 
les collections publiques ou privées de l'Espagne. 

Ce prix sera décerné en 1920. 

Dépôt des ouvrages, les imprimés en double exemplaire, avant le 
1" janvier 1920. 

1. Par décision de l'Académie du 22 mai 1908, les ouvrages manuscrits 
sont exclus de ce concours. 



^ 



^k' 



StAN' ; PIBLIylE ànNuElLé ^'2o 



PRIX DE NUMISMATIQUE ANCIENNE tï OU MOYEN AtiE 

I. Le prix de uumibnialique fondé per M. Ai.lieh de .Hautehochk 
sera décerné, en 1919, au meilleur oiivrape de numismatique ancienne 
qui aura été publié en 1917 et 191R 

II, Le prix de nuvniàniKliqtie fondé i.ar M»""- veuve Di-cualais sera 
décerné, en Ifli'O, afi meilleur ouvrr— '- •^ r..,ic.., .!-,.,.. ,!î. moyen 
âge qui aura '.U- publié en 1918 et I 

Chacun «le ces prix est de la valeur de mille francs. 

Les ouvrages présentés devront èlre déposés, en doubli- cxem- 
plairt-, au Secrétariat do l'Institut, avanl le l""" janvier de l'année du 
concours. 

PRIX DE NUMISMATIQUE OUIENTALE (1.20U fr.; 

M. Edmond DRoumalégué à TAcadémic des inscriptions et belles- 
lettres une rente annuelle de trois cents francs, pour fonder un prix 
qui doit être décerué, tous les quatre ans, au meilleur travail, 
manuscrit ou imprimé, sur la numismatique orientale, quelle (|ue 
soit la nationalité de Tautcur. Ce prix, qui pourra Alif> i,:n!.Tno. «^era 
décerné en 1922. 

Les ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, les 
imprimés en double exemplaire, au Secrétariat de riuslilul av.inl lo 
1" janvier 1922. 

f nix BRUNET (3.000 fr.) 

M. Bhim 1 i ;; l'iix iri.iiiial de trois mille francs pour 

l'ouvrage do btb 'O .savante que l'Académie des inscriptions 

jugerait le plus récompense. 

L'Académie déor; i i921, le prix au meilleur des ouvrages 

do bibliograplii.' s.-; ..ir.ic, piibii<'-s eu France dans les trois dernières 
années, et dont deux exemplaires aur^"* ''i''' ■■^•'■vf^o''^ îi" S.>ciétari;it 
de l'Institut avant le 1" janvier 1921. 

rR!\ '.ASTON MASPER' 1 .000 fr.' 

Cf prix quin(|uennal de 1;..000 francs a été fondé par M. le duc 
L.i: LouBAi, membre de l'Institut, en mémoire de Gaston Maspebo, 
pour récompenser un ouvrage ou un ensemble de travaux relatifs 
à rhislnirc imcicnne de l'Orient classique (Syrie, Pbénicie, Pales- 
tine, Chaldé»-; cl plus pnrticuii^i -m.M-,! de l'Egypte). Il sera décerné, 
pour la première fois, en 1922 




Daqnan-BoTivereC.piTïx 



KDTiiarcb.ii.sc. 



SÉANCE fUBLtOUE AnNLËLLË i'^'è 



PRIX DE NUMISMATIQUE ANCIENNE ET OU MOYEN AOE 

I. Le prix de iiumisniati(|ue fondé par M. Ai.lieh de .Hauteroche 
sera décerné, en 1919, au meilleur ouvrage de numismatique ancienne 
qui aura été publié en 1917 et 1918. 

II. Le prix de numismatique fondé par M'"'' veuve Di^cuai.ais sera 
décerné, en 1920, au meilleur ouvrage de numismatique du moyen 
âge qui aura été publié en 1918 et 1919. 

Chacun de ces prix est de la valeur de mille francs. 

Les ouvrages présentés devront être déposés, en double exem- 
plaire, au Secrétariat de rinstitul, avant le 1" janvier de Tannée du 
concours. 

PRIX de numismatique orientale (I .200 fr.) 

M. Edmond Drouin a légué à l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres une rente annuelle de trois cents francs, pour fonder un prix 
qui doit être décerné, tous les quatre ans, au meilleur travail, 
manuscrit ou imprimé, sur la numismatique orientale, quelle que 
soit la nationalité de l'auteur. Ce prix, qui pourra être partagé, sera 
décerné en 1922. 

Les ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, les 
imprimés en double exemplaire, au Secrétariat de l'Institut avant le 
1" janvier 1922. 

prix brunet (3.000 fr.) 



s 



M. Brunet a fondé un prix triennal de Irais mille francs pour 
l'ouvrage de bibliographie savante que l'Académie des inscriptions 
jugerait le plus digne de cette récompense. 

L'Académie décernera, en 1921, le prix au meilleur des ouvrages 
de bibliographie savante, publiés en France dans les trois dernières 
années, et dont deux exemplaires auront été déposés au Secrétariat 
de l'Institut avant le l*"" janvier 1921. 

PRIX « GASTON MASPERO » (lo.OOO fr.) 

Ce prix ({uiiiquennal de IJl.OOO fiancs a été fondé par M. le duc 
DE LouBAT, membre de l'Institut, en mémoire de Gaston Maspebo, 
pour récompenser un ouvrage ou un ensemble de travaux relatifs 
à l'histoire ancienne de l'Orient classique (Syrie, Phénicie, Pales- 
tine, Chaldée) et plus particulièrement de l'Egypte). Il sera décerné, 
pour la première fois, en 1922. 



i'2i SIUNC.E PlULlQUË AiN'NlIËLlJ-; 



l'IUX STANISLAS JULIEN (l.î)OOfr.) 

M. Stanislas Julien, membre de rinstitul, a fondé un prix annuel 
de quinze cents francs en faveur du meilleur ouvrage relatif à la 
Chine. 

L'Académie décernera ce prix en 1919. 

Les ouvrages devront être déposés, en double exemplaire, au 
Secrétariat de l'Institut avant le i*"" janvier 1919. 

PRIX H. A. giles (800 fr.) 

M. Herbert Allen Giles, professeur de chinois à l'Université de 
Cambiidge (Angleterre), a fondé un prix biennal, qui sera décerné, 
pour la première fois, en 1919, exclusivement à un Français, pour 
un travail relatif à la Chine, au Japon ou à l'Extrême-Orient en 
général. 

Les ouvrages devront être déposés, les imprimés en double exem- 
plaire, au Secrétariat de l'Institut avant le l*"" janvier 1919. 

PRIX DU DUC DE LOUBAT 1^3.000 ff.) 

M. le duc DE LouBAT, membre de l'Institut, a fondé un prix de 
trois mille francs, qui doit être décerné, tous les trois ans. par 
l'Académie, au meilleur ouvrage imprimé concernant l'histoire, la 
géographie, l'archéologie, l'ethnographie et la linguistique du 
Nouveau Monde. 

Ce prix sera décerné en 1919. 

Sei'ont admis au concours les ouvrages pidiliés, en langues latine, 
française ou italienne, depuis le !«'' janvier 1916. 

Les ouvrages présentés à ce concours devront être envoyés, au 
nombre de deux exemplaires, avant le l'^"' janvier 1919, au Secré- 
tariat de l'Institut. 

Le lauréat, outre les exemplaires adressés pour le concours, devra 
en délivrer trois autres à l'Académie, qui les fera parvenir, un au 
Cohimbia Collège, à New-York, le deuxième à la New-York Histo- 
rical Society de la même ville, et le troisième à l'Université catho- 
lique de Washington. 

prix le fèvre-deumier (20.000 fr.) 

Ce prix, d'une valeur de vingt mille francs, sera décerné tous les 
dix ans par l'Académie. Suivant le vœu du testateur, il doit être 



sÉA^■CI•: puHLiuut; AiNNLELLt; 425 

nlliiliué " à l'ouvrage le plus remarquable sur les mythologics, plii- 
losopliios el religions comparées ». 

Le prix sera décerné en 1928. 

Les ouvrages étrangers traduits en français seront admis à prendre 
part au concours. 

Les ouvrages présentés devront être postérieurs à l'année 1918. 

PBIX JKAN REYNAUD (iO.OOO fr.) 

M'"" veuve Jean Reyn.vud, « voulant honorer la mémoire de son 
(( mai-i et perpétuer son zèle pour tout ce qui touche aux gloires de 
(( la France », a fait donation à l'Institut d'une rente de dix mille 
francs, destinée à fonder un prix annuel, qui doit être successive- 
ment décerné par chacune des cimj Académies. 

Conformément au vœu exprimé par la donatrice, « ce prix sei'a 
« accordé au travail le plus méritant, relevant de chaque classe de 
« l'Institut, qui se sera |)roduit [tendant une période de cinq ans. 

- 11 ira toujours à une œuvre originale, élevée, et ayant un carac- 
<< tère d'invention et de nouveauté. 

" Les membres de l'Institut ne seront pas écartés du concours. 

« Le prix sera toujours décerné intégralement. 

« Dans le cas où aucun ouvrage ne paraîtrait le mériter entière- 
« ment, sa valeur serait délivrée à quelque grande infortune scien- 
n tifique, littéraire ou artistique. " 

L'Académie aura à décerner ce prix en 1920. 

PHIX ESTRADE-DELCROS (8.000 tr.) 

M. Estrade-Delckos a légué toute sa fortune à l'Institut. Le 
montant de ce legs a été, selon la volonté du testateur, partagé, 
par portions égales, entre les cinq classes de l'Institut, pour servir à 
décerner, tous les cinq ans, un prix sur le sujet choisi par chaque 
Académie. 

Ce prix, de la valeur de huit mille francs, sera décerné par l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres, en 1922, à une œuvre 
rentrant dans les ordres d'études dont elle s'occupe et publiée dans 
les cinq années précédentes. 

cmx nu HARUN de joest (2.000 Ir.) 

Ce prix, de la valeur de deux mille francs, à décerner successi- 
vement par les cinq Académies « à celui qui, dans l'année, aura fait 
1918 29 



426 SEANCt PtJltMQLË ANNUELLE 

« une découverte ou écriL rouviaj;e le plus utile au bien public o, 
sera attribué i)ai' rAcadémic dos inscriptions et bclles-leLtrcs en 
1920. 

Les ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, en 
double exemplaire s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut 
avant le 1" janvier 1920, 

MÉDAILLE PAUL BLAN^HET 

M. R. Cagnat, membre de l'Institut, a fait don à l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres, au nom du Comité du monument 
Blaiichet, d'une somme de six cents froncs, reliquat de la souscrip- 
tion ouverte pour élever un monument à Paul Blancuet, mort à 
Dakar (Sénégal), au cours d'une expédition scientifujue. Les arré- 
rages de celle somme sont destinés à faire les frais d'une médaille 
qui doit être attribuée à une découverte relative à l'histoire, la 
géographie ou l'archéologie de l'Afrique du Nord. 

PRIX HENRI LANTOINE (500 fr.) 

M"« Louise-Bérengère-Marthe Lantoine a fait donation entre vifs 
à l'Académie des inscriptions et belles-lettres d'une somme de 
cinq cents francs pour être attribuée, sous forme d'un prix une fois 
donné, à l'auteur d'un travail sur Virgile (étude ou édition), écrit de 
préférence en latin, quelle que soit la nationalité de l'auteur. Ce prix 
doit porter le nom de Henri Lantoine, frère de la donatrice. Il sera 
décerné, s'il y a lieu, en 1919. 

Dépôt des ouvrages au Secrétariat de l'Institut, en double exem- 
plaire, avant le l" janvier 1919. 

FONDATION DE M. LE DUC DE LOUBAT (6.000 fr.) 

M. le duc de Loubat, membre de l'Institut, a fait donation entre 
vifs à l'Académie des inscriptions et belles-lettres de deux titres 
de rente annuelle de trois mille francs chacun, u Cette fondation, dit 
le donataire, a pour objet et pour but de parer aux difficultés de la 
vie matérielle qui pourront entraver les recherches scientifiques, 
soit que ces difficultés refusent les loisirs nécessaires à ceux qui 
voudraient s'engager dans cette voie, soit qu'elles leur enlèvent la 
liberté d'esprit dont ils ont besoin, qu'elles les troublent par les 
inquiétudes qu'ils peuvent concevoir sur le sort réservé à leur 
vieillesse ou à la famille qu'ils risquent de laisser après leur mort 



8ÉANCK l'LBLlQL'K ANNUELLE 427 

clans uhe sîluatioii étroite et pénible. En conséquence, les fonds 
produits par cette Fondation seront attribués, sous telle forme r[ui 
sera déterminée par l'Académie, aux études (jui rentrent dans 
Tordre de celles que l'Académie patronne et encourage. Ils serviront 
aussi à venir en aide aux savants momentanément arrêtés dans leurs 
travaux par le manque de ressources matérielles ou par la maladie, 
ou à secourir les parents, veuves, ascendants, descendants ou colla- 
téraux (jue la position précaire ou le décès de ces savants laisserait 
dans l'embarras. " 

L'Académie réalisera en 1919 les généreuses intentions du 
donateur. 

FONDATION THORLET (4.000 fr.) 

Les revenus de cette fondation doivent être employés par 
l'Institut à la distribution de prix de toute espèce : prix de vertu, 
prix d encourayement pour des œuvres sociales ou d'érudition, etc. 

L'Académie des inscriptions et belles-lettres, en ce (jui la con- 
cerne, attribuera, en 1918, divers prix suivant le programme précité. 

FONDATION. AUGUSTE PELLECHET (9.000 fr.) 

M"'' .Marie- Léontine-Catlicrine Pellccbet, aux termes de son tes- 
tament du {«'janvier 1900, a légué à l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres une somme de trois cent mille francs : « Les intérêts 
de cette somme, dit la testatrice, devront être employés à con- 
server les monuments existant en France et aux colonies qui pré- 
sentent un intérêt historique ou archéologique. 

« Chaque année, une Commission sera nommée couii)reiiant des 
membres de l'Académie des inscriptions et belles-lettres aux- 
quels on adjoindra des architectes de l'Académie des beaux-arts, 
dont le nombre ne devra jamais être inférieur au quart des 
membres de la Commission. 

« Cette Commission sera chargée de centraliser les demandes 
faites par les municipalités et même les particuliers pour obtenir 
un secours afin de consolider un monument. Ces secours devront 
être consacrés surtout à empêcher la ruine ou la détérioration du 
ou des monuments et non à la restauration générale de ces 
monuments... 

«1 Cette fondation prendra le nom de Fondation Auguste PeUechel, 
en souvenir de mon père qui m'a donné le goût des arts et les 
moyens de fonder cette rente. » 

La fondation recevra son application en 1919. 



l2S SÉANCE l'LItLigit; ANNL'ËLLK 

FONDATION piOT (17.000 1V. (ic reveiiii) 

M. liugèiie PioT a légué à l'Acarlémie des inscriptions et belles- 
loi lies la totalité de ses biens. Lt*s intérêts du capital résultant de 
la liquidation de la succession doivent être affectés, chaque année, 
« à toutes les expéditions, missions, voyages, fouilles, publications 
que l'Académie croira devoir faire ou faire exécuter dans l'intérêt 
des sciences historitiues ou archéologiques, soit sous sa direction 
personnelle par un ou plusieurs de ses membres, soit sous celle de 
toutes autres personnes désignées par elle ». 

L'Académie a décidé qu'il sera rés'ervé, chaque année, sur les 
revenus de la fondation, une somme de six mille francs pour la 
publication d'un recueil (jui porte le titre suivant : Fondation Piot. 
Monuments et Mémoires publiés par V Académie des inscriptions et 
belles-lettres. 

L'Académie disposera, en 1919, du surplus des revenus de la fon- 
dation selon les intentions du testateur. 

FONDATION GARNiEn (15.000 fr. de revenu) 

M. Benoît Garnier a légué à l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres la totalité de ses biens. Les intérêts du capital résultant de 
la liquidation de la succession doivent être affectés, chaque année, 
« aux frais d'un voyage scientiQque à entreprendre par un ou plu- 
sieurs Français, désignés par l'Académie, dans l'Afrique centrale ou 
dans les régions de la Haute Asie ». 

L'Académie disposera, en 1919, des revenus de la fondatiort selon 
les intentions du testateur. 

FONDATION LOUIS DE CLERCQ 

M"'* De Clercq et M. le comte de Boisgelin ont fait donation, entre 
vifs, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres d'une somme 
d'environ deux cent mille francs, représentée par huit cents actions 
de la Société des mines de houille de Bourges (Pas-de-Calais), dont 
les revenus devaient être affectés à continuer la publication, com- 
mencée par feu M. De Clercq, du catalogue de sa collection d'anti- 
quités et de médailles. Après l'achèvement du catalogue, les revenus 
seraient employés à subventionner des publications relatives à 
l'archéologie orientale. 

Le Catalogue ayant été terminé dans le courant de l'année 1912, 
l'Académie dispose maintenant du revenu de la fondation pour sub- 



SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 429 

vëntionner des publications relatives à l'archéologie orientale ; mais 
le rendement des mines de Dourges étant momentanément arrêté 
par la guerre, les opérations de cette fondation seront suspendues 
en 1919. 

FONDATION DOURLANS (43.000 fr. dc rcveou) 

M. L.-G. DouRLANS a légué toute sa fortune à l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres, pour être employée en faveur des 
études dont celle-ci s'occupe : la guerre ayant atteint momentané- 
ment les revenus de cette fondation, l'Académie ne saurait jusqu'à 
nouvel ordre faire état de cette ressource. 



430 SÉANT.F PllBMQUK ANNITI-I-R 

CONDITIONS GÉNÉRALES 

DES CONGOUHS 

Les ouvrages envoyés aux dilTérents concours oiivorls par l'Aca- 
tlémie devront parvenir, franci^ de port et brochés, au Secrétariat de 
rinstitul, avant le {"Janvier de l'année où le prit- doit être décerné. 
Ceux qui seront destinés au concours pour lesquels les ouvrages 
imprimés ne sont point admis devront être écrits en français ou en 
latin. Ils porteront une épigraphe ou de-vise, répétée dans un billot 
cacheté qui contiendra le nom de l'auteur. Les concurrents sont 
prévenus que tous ceux (jui se feraierit connaître seraient exclus du 
concours; leur attention la plus sérieuse est appelée sur cette 
disposition. 

L'Académie ne rend aucun des ouvrages imprimés ou manuscrits 
qui ont été soumis à son examen ; les auteurs des manuscrits ont la 
liberté d'en faire prendre des copies au Secrétariat de rinslitut. 

Le même ouvrage ne pourra pas être présenté en même temps à 
deux concours de l'Institut. 

Nul n'est autorisé à prendre le titre de Lauréat de l'Académie 
s'il n'a été jugé digne de recevoir un prix ou l'une des médailles 
du concours des Antiquités de la France. 

Les personnes qui ont obtenu des récompenses ou des mentions 
n'ont pas droit au titre de lauréat et doivent se borner à inscrire 
sur les ouvrages qu'elles publient : Récompensé par i Académie ou 
Mention au concours de... 

Le montant des sommes annoncées pour les prix n'est signalé 
qu'à titre d'indications subordonnées aux variations du revenu des 
fondations. 



EDESSE 

PENDANT LA PREMIÈRE CROISADE 

PAR M. J.-li. CHABOT, MEMBRE DE L'aCADÉMIR 



Messieurs, 

Les territoires^occupés par les Francs lors de la première 
croisade formèrent quatre Etats féodaux : au Sud, le 
royaume de Jérusalem ; au Nord, la principauté d'Antioche ; 
entre les deux, le petit comté de Tripoli, et, beaucoup plus 
au Levant, le comté d Edesse qui s'étendait sur les deux 
rives de l'Euphrate. 

Edesse est le nom classique de la ville appelée aujour- 
d'hui Orfa, située en Mésopotamie, au Nord-Est d'Alep, 
à vingt lieues au delà de l'Euphrate. dans une plaine très 
fertile, au pied d'une colline escarpée facile à défendre, 
autour de sources abondantes qui lui firent donner, par 
quelques auteurs grecs, le nom de Gallirrhoé (Belle fon- 
taine). 

Ville célèbre entre toutes les villes de l'Orient, devenue, 
après la ruine de l'empire d'Alexandre, la capitale d'un 
petit royaume indépendant, elle a joué un rôle considérable 
dans les grandes luttes engagées entre les Romains et les 
Parthes, et ensuite entre l'empire de Byzance et les rois 
Sassanides, jusqu'à l'invasion arabe. 

Convertie au christianisme vers le milieu du u* siècle, 
elle devint un foyer intense de propagande religieuse. Les 
légendes formées deux cents ans plus tard autour de ses 
origines chrétiennes ont eu, pendant tout le moyen âge, 



i'i2 ÉDESSK PK.NDAISI LA PREMIKHE CltOlSADi: 

lin retentissement merveilleux, même en Occident ; celle 
surtout cjui concerne la loltro et le portrait du Sauveur 
envoyés, disail-on, au roi Abgar : jjrototype de la lé<;ende 
occidentale de sainte \'éroniqiu\ 

Pendant trois siècles, Edesse lut le centre le plus iiclil" 
de la culture intellectuelle en Orient. Son dialecte, — le 
syriaque, — porté à un haut deg-ré de perfection |)ai- des 
écrivains remarquables, devint la lang-ue commune de toute 
la Syrie et de la Mésopotamie. L'invasion musulmane 
ralentit cet essor sans l'éteindre-. La langue arabe a lini 
par supplanter dans l'usage la langue syriaque, mais celle- 
ci n"a cessé d'être cultivée jusqu'au xni'' siècle par des 
auteurs de grand mérite. 

Tout ceci a été fort bien développé par Rubens Duval, 
dans un savant ouvrage, couronné par notre Académie en 
1N91 ; il est intitulé : Histoire politique, religieuse et litté- 
raire cfEdesse, jusquà la première Croisade. 

Par contre, l'histoire du comté d'Edesse n a pas encore 
été présentée comme il conviendrait. Pour illustrer cette 
histoire et suppléer au laconisme des écrivains occidentaux, 
dont l'attention se concentre sur Jérusalem et Antioche, il 
faut recourir aux historiens arméniens et syriens : les pre- 
miers sont souvent hostiles aux Francs ; lessvriens donnent 
des informations plus sûres et moins tendancieuses. Parmi 
ces derniers, il faut mettre en première ligne un auteur 
contemporain des événements, l'évèque Basile Choumna, 
promu du siège de Cessoun à celui d'Edesse en 1143. et 
mort en 1169. 11 avait écrit une histoire de sa ville épisco- 
pale. L'ouvrage est perdu ; mais de longs extraits ont été 
insérés dans une chronique anonyme, retrouvée il y a peu 
d'années. Je voudrais tirer de cet ouvrage, encore en grande 
partie inédit, non pas une histoire d'Edesse pendant la 
Croisade, ce qui exigerait une longue dissertation, mais 
quelques récits se rapportant à des événements inconnus 
ou imparfaitement connus des autres chroniqueurs. 



ÉDKSSE PENDANT LA PREMIÈRE CROISADE 433 



L'occupation dÉdesse par les Francs eut ceci de particu- 
lier qu'elle ne fut pas accomplie par la force des armes, 
mais par la libre volonté de ses habitants. Les Croisés 
avaient à soutenir de rudes combats contre les troupes de 
l'Islam maîtresses du pays ; mais les populations, en 
majeure partie chrétiennes, surtout dans le Sud de l'Armé- 
nie et dans le Nord de la Syrie, les accueillaient avec une 
bienveillante sympathie. <( Vous auriez été émerveillé, écrit 
Foucher de Chartres, de voir^ quand nous passions près des 
chrétiens, comment ils se précipitaient au-devant de nous, 
nous embrassaient les g-enoux et baisaient nos cottes de 
mailles. » On a cru trouver dans cette conduite les motifs 
de la recrudescence de persécution dont les chrétiens furent 
victimes après 1 expulsion des Francs. En allant au fond 
des choses, on s'aperçoit que l'esprit de représailles ne fut 
pas la cause, du moins la cause unique, des ag-gravations 
survenues dans la situation des peuples qui avaient été 
soumis aux Francs. A cette époque, la domination turque 
avait, dans ces régions, remplacé partout la domination 
arabe ; et, au regard placide de l'historien dépourvu d'ima- 
g'ination romanesque, les Turcs, réfractaires à toute culture, 
se sont montrés inaccessibles aux sentiments de noblesse 
et de générosité dont les princes arabes ont parfois donné 
de beaux exemples. 

On se demande d'ailleurs en quoi, à part les sévices cor- 
porels, la situation a pu s'aggraver, et quels traits nouveaux 
ont pu s'ajouter au tableau déjà si sombre que les chroni- 
queurs ont tracé de l'époque antérieure aux Croisades. 

Ils ne cessent de se lamenter sur les misères infligées 
aux populations par les exigences des princes de Mossoul, 
de Damas ou d'Alep. Outre l'impôt ignominieux de la capi- 
tation qui frappait les chrétiens et les juifs, en signe de 
sujétion, de lourdes charg-es pesaient sur tous les sujets des 



434 ÉDESSE PENDANT LA PREMIÈRE CROISADE 

sultans : impôts sur les terres, sur les maisons, sur les 
arbres, sur les troupeaux ; multiplication des péages sur les 
routes, ttes octrois à l'entrée et à la sortie des villes, des 
droits sur les marchés et sur les récoltes. Nul ne pouvait 
moissonner son champ, vendang-er sa vigne ou cueillir ses 
fruits sans avoir préalablement acquitté une forte taxe. A 
cela s'ajoutaient, surtout pour les chrétiens, des corvées et 
des réquisitions de toute nature. Et comme si ce n'était pas 
assez de ces contributions qui revêtaient une apparence de 
lép-alité, les caprices et la cupidité des fonctionnaires ne 
laissaient échapper aucune occasion de molester les habitants 
et d'extorquer leurs maigres ressources. 

Voici un gouverneur qui découvre un ingénieux moyen 
de grossir ses revenus. A la fin de l'automne, il achète à 
vil prix tous les chameaux chétifs et malades et les envoie 
en subsistance chez les villageois. Les bêtes crèvent pen- 
dant l'hiver, et au printemps les malheureux paysans 
doivent payer trente dinars pour chaque animal disparu. — 
Ailleurs, c'est un chamelier qui se voit infliger une forte 
amende parce que ses bêtes se sont permis d'humecter la 
route par où devait passer le préfet. — Un jour, ce même 
préfet rencontre un homme blessé à la tête et, chose 
inouïe, il paraît s'intéresser à son sort. Le blessé raconte 
que son âne a pris peur et l'a jeté à terre. Aussitôt, l'ani- 
mal rétif, déclaré coupable de tentative de meurtre sur la 
personne de son maître, est condamné à mort. Le pauvre 
homme doit verser un dinar pour racheter la vie de sa 
monture . 

On comprend qu'après plusieurs siècles de ce régime 
d'oppression et de vexations, les chrétiens de Syrie étaient 
disposés à bien accueillir ces guerriers qu'on disait partis 
des confins de la terre d'Occident pour délivrer le tombeau 
du Christ et leurs frères d'Orient du joug des infidèles. 

En Gilicie, le comte Baudoin, frère de Godefroy de 
Bouillon, s'était séparé du gros de l'armée pour se livrer, 



i':desse pendant la première croisade 43S 

dans la direction de TEuphrate, à des incursions heureuses 
qui l'avaient mis en possession de plusieurs places fortes. 
A cette nouvelle, les g-ens d'Edesse obligèrent leur j<ou- 
verneur, l'Arménien Théodore, h envoyer une députation 
vers Baudoin, pour l'inviter à venir prendre possession de 
leur ville. Il n'y avait pas long-temps qu ils avaient recou- 
vré une certaine indépendance. En 1094, al-Faridj, général 
du sultan de Damas et d Alep, avait enlevé Edesse de vive 
force aux partisans du sultan de Mossoul et s'y était ins- 
tallé. Quelques jours après, les officiers réunis autour de leur 
chef dans un joyeux banquet lui exposaient les plaintes 
des soldats : ceux-ci étaient mécontents de n avoir pas été 
autorisés à se livrer au pillage. Faridj, cédant à leurs ins- 
tances, accorda l'autorisation pour le lendemain. Or, dans 
la salle du festin, se trouvait ime femme chrétienne, une 
danseuse, appelée là pour amuser les convives. Cette femme 
portait le nom grec de Galî (la Fouine). Fort émue par les 
paroles du gouverneur, elle se demandait comment avertir 
Théodore du danger qui menaçait la ville. Tout à coup elle 
s'arrête, prise de violentes douleurs. On s'empresse autour 
d'elle, on demande ce qui la peut soulager: «Je n'ai d'autre 
remède, dit-elle, que de me rendre au bain. » Elle part et 
court prévenir Théodore. Ensemble, ils décident de pour- 
voir au salut de leurs concitovens en se débarrassant du 
gouverneur. Galî retourne à la salle du festin. Elle recom- 
mence ses exercices chorégraphiques, à la grande joie des 
assistants. Elle exécute une danse en tenant à la main un 
verre d'eau dans lequel elle a adroitement introduit le poi- 
son qui lui avait été confié par Théodore, et termine ses 
évolutions en le présentant au gouverneur. Une heure après, 
Faridj se plaint à son tour de douleurs d'entrailles. Galî 
lui conseille de se rendre au bain. Elle l'accompagne, l'aide 
à se dévêtir; et ne le quitte pas avant qu'il n'ait rendu le 
dernier soupir. Elle sort, et, s'adressant aux eunuques qui 
veillaient k la porte : <( Le prince est endormi, dit-elle ; 



436 KDEssr: pendant la phkmièrk croisade 

prenez g^arde qu'on ne le dérange. » Théodore, averti par 
Galî, appelle quelques hommes courageux ; il monte à la 
citadelle et surprend les convives déjà assoupis par l'orgie. 
On court au bain pour informer le gouverneur ; on découvre 
son cadavre ; et toute la garnison, prise de panique, s'en- 
fuit et abandonne la citadelle à Théodore. 

Les Edesséniens. peu rassurés sur les suites de ce meurtre, 
et conscients de leur impuissance à défendre la ville, obli- 
gèrent donc Théodore à appeler Baudoin. 

Baudoin partit avec une petite troupe de quatre-vingts 
cavaliers, accompagné de son chapelain, l'historien Fou- 
cher de Chartres. Il fît son entrée à Edesse au mois de 
février 1098. 

Peu de temps après, — quinze jours, au dire de Foucher, 

— Théodore fut massacré dans une émeute. Un historien 
arménien auquel on a attribué jusqu'ici beaucoup trop 
d'autorité, Matthieu d'Edesse, accuse formellement Baudoin 
d'avoir comploté contre la vie de Théodore. Foucher con- 
sacre trois lignes à cet événement et se borne à dire que 
Baudoin regretta de n'avoir pu arracher Théodore à la fureur 
populaire. Ce laconisme pouvait sembler suspect. Or notre 
chroniqueur syrien, qui connaît tous les détails de l'affaire, 

— il sait à quel point de la ville éclata la sédition, dans 
quelle tour s'était réfugié Théodore, quelles paroles furent 
échangées entre les séditieux et leur victime, — notre 
chroniqueur, dis-je, non seulement innocente Baudoin de 
toute complicité, mais le loue des efforts qu'il fît pour déli- 
vrer le prince arménien. Il est curieux de voir comment sa 
narration concorde avec celle d'Albert d'Aix-la-Chapelle, 
qui, on le sait, ne visita jamais l'Orient et écrivit son his- 
toire d'après le récit de pèlerins et de Croisés revenus de la 
Terre Sainte. 

Baudoin ne séjourna pas longtemps à Edesse. Au mois 
de septembre de l'année 1100, il reçut une députation lui 
apprenant la mort de son frère Godefroy de Bouillon et 



ÉDESSE PENDANT LA l'RliMlKRE CROISADE 4^7 

le choix qu'on avait fait de sa personne pour lui succéder. 
Il partit, dit un chroniqueur malicieux, « assez triste de la 
mort de son frère, mais pas mécontent de la succession ». 
Le fief d'Edesse passa à son parent Baudoin II, comte du 
Bouro-. 



Nous savions que Boémond, prince d'Antioche, fut fait 
prisonnier au mois d'août 1100, sur la route de Mélitène, 
aujourd'hui Malatia, dans les montagnes d'Arménie. Notre 
chroniqueur Basile est seul, autant que je sache, k nous 
indiquer le motif de son A^oyag-e. Mélitène était occupée 
par un seigneur arménien appelé Gabriel, qui était censé 
gouverner au nom de l'empereur /Vlexis. Gabriel avait 
grande peine à maintenir son indépendance contre les 
attaques de son puissant voisin Goumouchtekin, sultan turc 
de Sébaste. Pour s'assurer un protecteur, il offrit à Boé- 
mond la main de sa fille et Mélitène comme dot. Boémond 
allait chercher sa fiancée lorsqu'il fut surpris par les Turcs. 
A cette nouvelle, Baudoin P"" d'Edesse s'était mis à la pour- 
suite du sultan, sans pouvoir le rejoindre. Il laissa à Méli- 
tène un corps de cavaliers pour secourir Gabriel qui avait 
mis la ville sous sa protection : en d'autres termes, s'était 
constitué son vassal. Cependant, la captivité de Boémond 
se prolongeait et le seigneur de Mélitène s'inquiétait. Le 
nouveau comte d'Edesse était veuf. Quelques nobles châ- 
telaines n'avaient pas craint d'affronter les rudes fatigues 
d'un périlleux voyage pour suivre leurs maris à la Croisade. 
La comtesse du Bourg était au nombre de ces femmes intré- 
pides. Elle mourut sur les confins de la Cilicie. Gabriel 
offrit de nouveau sa fille et sa ville à Baudoin II, qui les 
accepta ; et c'est ainsi que Marfia, destinée d'abord à être 
princesse d'Antioche, devint comtesse d'Edesse, et plus 
tard reine de Jérusalem ; car en 1118, Baudoin II succéda 



138 ÉDESvSJS PfiiSt)ANT t,A PREMIl^lRE CROtSAftË 

à BtUuioiii 1"' sur le trône royal, comme il lui avait succédé 
dix-huit ans auparavant dans le comté d'Edesse. 

Le lief passa alors aux mains du comte de Tibériade, 
Josselin de Courtenay, une des ligures les plus curieuses 
et les plus sympathiques parmi les chefs de la première 
Croisade. Sa bravoure était proverbiale. « Il fut, dit un 
historien arabe, le plus terrible démon de toute l'armée 
maudite des Francs. » Amis et ennemis sont d'accord pour 
louer ses qualités chevaleresques. Deux fois il tomba aux 
mains des Turcs. Voici, d'après notre chronique, comment 
il fut délivré de sa seconde captivité : 

Balac, le sultan d'Alep, le tenait enfermé dans la cita- 
delle de Kharpout, dans les montagnes du Taurus, ainsi 
que le roi Baudoin II et quelques seigneurs francs dont il 
s'était emparé un peu plus tard. Vers la fin du mois d'août 
de 1 an 1123, des ouvriers arméniens qui travaillaient à la 
forteresse de Bethesné, dans la montagne de Cessoun, for- 
mèrent, de concert avec GeotlVoy le Moine, comte de 
Marache, et avec la reine Marfîa, le dessein audacieux de 
délivrer les prisonniers. Ils se rendirent à Kharpout. Dix 
d'entre eux, pauvrement vêtus, portant des œufs, des fruits, 
des poulets, s'avancèrent jusqu'à la citadelle. Ils expli- 
quèrent aux sentinelles qu'ils étaient de malheureux paysans 
fort maltraités par leurs patrons, et qu'ils désiraient 
exposer leurs doléances au gouverneur et lui oiîrir leurs 
modestes présents. On les fit entrer. 11 n'y avait laque trois 
soldats ; l'un d'eux étant sorti pour annoncer l'arrivée des 
paysans, ceux-ci se jetèrent sur les deux autres et les massa- 
crèrent. Ils appelèrent leurs compagnons restés dehors. Tous 
ensemble, ils coururent à la prison, en ouvrirent les portes 
et, aidés des prisonniers, ils se rendent en un instant maîtres 
de la citadelle. Les Arméniens de la ville viennent les 
rejoindre, tandis que les Turcs, partisans de Balac, s'em- 
pressent en grand nombre autour des murailles pour les 
empêcher d'en sortir. Toute évasion devenait inipossible. 



édEsse pendant la première croisade 439 

Le brave Josselin prit une résolution ënerg'ique. Avec deux 
compagnons, il se jeta hardiment sur la foule qui entourait 
la citadelle, parvint à s'ouvrir un passage, et courut à 
Antioche pour en ramener une troupe et délivrer le roi. 
Balac se trouvait à Alep. Apprenant ce qui venait de se 
passer, il partit en hâte, et franchit en quatre jours les 
300 kilomètres qui séparent Alep de Kharpout. Il entreprit 
aussitôt le siège de la citadelle. Les béliers frappèrent les 
murs sans interruption ; après de longs efîorts, une brèche 
fut ouverte. Les assiégés se défendaient avec acharnement. 
Balac, qui éprouvait quelque regret de démolir la citadelle 
où il avait accumulé tous ses trésors, jura au roi et aux 
seigneurs francs qu ils auraient la vie sauve s'ils ouvraient 
la porte. 11 en fut ainsi. Mais les pauvres Arméniens qui 
avaient pris part au complot furent écorchés vifs. 

L'aventure hâta néanmoins la délivrance des prisonniers. 
Pendant que Balac était en Arménie. Josselin attaquait 
Alep. Balac rentré en possession de Kharpout revint vers 
Alep et fut battu par les troupes de Josselin. Il voulut 
alors s'emparer de Membidj, l'antique Hiérapolis, et châ- 
tier les habitants qui n'avaient pas répondu à son appel. 
Mais, durant le siège de cette ville, il fut tué par une flèche. 
Son successeur, Timourtache, libéra Baudoin moyennant 
une rançon de 80.000 pièces d or et l'abandon de plusieurs 
forteresses. 

Josselin mourut comme il avait vécu, en héros. Tandis 
qu'il faisait le siège de Tell-Aran. un repaire de brigands 
qui ravageaient constamment ses possessions, il voulut 
inspecter une mine creusée sous les murs de la place. Un 
énorme bloc se détacha du plafond et s'abattit sur lui. On 
le retira à demi mort. Quelques jours après, il apprit que 
son fils n osait attaquer 1 émir turc Ghazi, qui envahissait 
le territoire" du prince arménien Roupen, allié des Francs. 
Sans hésiter, il se fit transporter sur une civière au milieu 
de ses troupes. L'annonce de sa présence suffit à faire 



iiO ÉDÈSSE l'ENDAN'l' I.A l'UKMlKHt; C.ROlSAhE 

reculer (ilia/i. Mais .losseliii expira en arrivant près de 
Doliclié ; il fut enseveli dans l'église de cette ville, en ICJl. 



* 



Son iils, Josselin II, lui succéda. Guillaume de Tyr trace 
du nouveau comte d'Edesse un portrait peu flatteur. « C'était, 
dit-il, le fils dégénéré d'un noble père ; un homme adonné 
sans mesure à la bonne chère, à la boisson et à la débauche. » 
Les chroniqueurs orientaux sont d'accord pour nous le 
dépeindre sous les mêmes couleurs. Ils attribuent à ses 
vices et à ses crimes les malheurs qui frappèrent bientôt 
les chrétiens. Sous son règne, en 1144, Edesse fut prise par 
le gouverneur de Mossoul, le célèbre Zangui, après un siège 
mémorable et une défense héroïque. L'évêque Basile, notre 
chroniqueur, qui se trouvait dans la cité, faillit perdre la 
vie durant le pillage qui suivit l'occupation. Il a raconté 
toutes les péripéties du siège dans le plus grand détail. 
Après la mort de Zangui, en 1146, un retour offensif des 
Croisés leur rendit la ville, mais pour quelques jours seu- 
lement. Le fameux Nour ed-Dîn, fils de Zangui, accourut 
d'Alep et la reconquit sans peine. Les chrétiens furent 
massacrés, les femmes et les enfants furent vendus comme 
esclaves, et la ville fut presque entièrement détruite. Elle 
était définitivement perdue pour les Croisés. Josselin se 
retira sur la rive occidentale de l'Euphrate, et finit par 
tomber lui-même aux mains de Nour ed-Dîn. 

La chronique rapporte ainsi ce dernier épisode. 

En l'année 1150, Josselin se trouvait k Azaz, forteresse 
située à huit lieues au Nord d'Alep. 11 forma le projet de 
se rendre à Antioche, avec le secret espoir d'obtenir la 
succession du prince Raymond, mort l'année précédente. 
Il s'avançait, avec un petit nombre de cavaliers, sur la route 
de Cyrrhus, lorsqu'un parti de Turcomans, embusqué dans 
les arbres, se jeta sur lui et s'empara de sa personne. Ils 



ÉDESSE l*t;Nt)AM LA l'KËAIIKRE ChulSAbt; lil 

remiiienaienl sans savoir ([ui il était. Au village de Glieik 
ed-Deir, les chrétiens le reconnurent et voulurent le rache- 
ter. La rançon était déjà tixée à 60 dinars. Pendant qu'on 
recueillait la somme, vint à passer un teintui'ier juif, qui 
reconnut aussi le comte et dit aux Turcomans : « C'est 
Josselin ! » Alors ceux-ci se hâtèrent de le conduire à Alep 
et le livrèrent à Nour ed-Dîn. qui leur distribua une récom- 
pense de mille dinars. Nour ed-Din lit crever les yeux à 
Josselin et le jeta dans une prison, chargé de lourdes 
chaînes. Il vécut neuf années dans son cachot et v mourut 
misérablement. Son cadavre fut abandonné aux chrétiens 
qui l'enterrèrent dans l'église. 

Josselin II a\ait un fils en bas âge, ({ui fut le cinquième 
et dernier comte d Edesse. Bientôt dépouillé, par les sul- 
tans d'Alep et diconium, des derniers débris de son fief, il 
passa en Palestine, se mit au service du roi Amaury, son 
oncle, et reçut plus tard la charge de sénéchal du rovaume 
de Jérusalem. 11 fît revivre par de brillantes qualités le sou- 
venir de son grand-père. 

La chute d'Edesse eut un retentissement considérable 
en Occident et alarma toute la chrétienté. Ce fut ii la suite 
de cet événement que le roi Louis VU et l'empereur Con- 
rad, répondant au pressant appel du pape Eugène 111 et à 
la voix éloquente de saint Bernard, partirent pour la seconde 
croisade. Mais l'expédition n eut aucun succès. Edesse ne 
revint jamais plus au pouvoir des Francs. 



Les restes des monuments — églises ou forteresses — 
érigés par les Croisés sur le sol de la Palestine et dans la 
région d'Antioche excitent encore aujourd'hui l'étonnement 
et l'admiration des voyageurs et des archéologues. 11 n'en 
est pas de même dans le comté d'Edesse. On le comprend 
facilement, si l'on songe que les chevaliers n y eurent 

1918 30 



•ti2 ÉfiËSSË l'IiNfjAN'l' LA CRKMIKRE CftoJsAWJ 

jamais de repus, qu ils aviiient sans cesse les armes à la 
main, et que la seule ville d'Kdesse dut soutenir sept sièges 
en moins d un demi-siècle. 

Mais si les monuments lapidaires ne sont pas là pour 
rappeler le passage des Francs, il ne faut pas croire que le 
souvenir de leurs exploits ait disparu. Il est devenu légen- 
daire ; il s'est perpétué dans la tradition orale jusqu'à nos 
jours, même parmi les populations les moins cultivées. 

Il y a vingt et un ans de cela, sur la route d'Edesse à 
Alep, dont chaque étape était marquée par les traces encore 
sanglantes du récent massacre des Arméniens, je rencon- 
trai un homme appartenant à la tribu des Yézidis, secte 
mystérieuse des environs de Mossoul, que la persécution 
turque a dispersée sans pouvoir l'anéantir. Cet homme me 
demanda : « Est-ce bientôt que les Francs vont venir occu- 
per ce pays? — Et qui t'a appris, dis-je, que les Francs 
doivent venir? — Mais, fit-il avec assurance, les prophéties 
l'ont annoncé. » 

Je vous disais, Messieurs, il y a quelques mois : Espé- 
rons que .l'accomplissement des prophéties ne tardera plus 
guère ! Aujourd'hui, l'heure de la réalisation a déjà sonné. 
Au souvenir des gloires militaires de nos ancêtres, encore 
si vivace, après huit siècles, dans l'esprit des populations 
syriennes, viendra s'ajouter dans leur cœur le sentiment 
joyeux de la reconnaissance pour la France; pour la France 
qui, seule pendant des siècles, s'est efforcée de leur assurer 
une protection entièrement désintéressée ; pour la France, 
qui a conquis leurs sympathies par le zèle et le dévouement 
de ses missionnaires, par la multiplication de ses écoles et 
de ses institutions charitables ; pour la France qui, plus 
qu aucune autre nation, aura contribué, avec l'aide de Dieu, 
à les affranchir du joug de la servitude, par la glorieuse 
Victoire dont nous saluons les prémices. 



Notice 

SUR LA \m ET LES TRAVAUX 

DE 

M. LE MARQUIS DE VOGUÉ 

PAR 

M. RENÉ GAGNAT 

SECRÉTAIKE PERPÉTUEL 



Messieurs, 

La volonté souveraine qui fonda notre Académie 
décida, vous le savez, qu'à côté des savants de profession 
siég-eraient d'illustres personnages, amis et protecteurs 
éclairés de la science. Le règlement ordonné par le Roi 
pour l'Académie royale des inscriptions et médailles, le 
16 juillet 1701, établit que la Compagnie comprendra dix 
académiciens honoraires, qui seront tous « recomman- 
dables par leur érudition dans les belles-lettres et leur 
intelligence en fait de monuments antiques ». De ce groupe 
d'académiciens est né celui de nos membres libres, aucjuel 
appartenait le confrère dont je veux vous parler aujour- 
d'hui, le marquis de Vogué. 

Et, en vérité, nul ne descendait plus directement que 
lui de ces gens de qualité, illustrations des premiers temps 
de notre vie académique. Que dis-je ? c'était presque 
encore l'un d'eux. Sa haute stature, son port majestueux, 
la dignité de ses allures n'auraient pas été déplacés sous le 
justaucorps ; avec quelle noblesse sa tète eût porté la 



lit NOtlCIi SUk M. LK MAUnUlS Dli VO(Ulli; 

perruque, si lout cet appareil eût été encore de mode !' A 
ces qualités extérieures, héritag-e d'une lignée vigoureuse, 
répondaient de hautes vertus de l'esprit et du cœur, une 
érudition protonde et variée, une méthode de recherches 
sûre delle-mème, une générosité d'âme prête à tous les 
dévouements pour soulager les misères humaines, au 
mépris de la fatigue, de la maladie même. Ce grand sei- 
gneur, ce savant éminent, cet homme de bien a été des 
nôtres pendant près d'un demi-siècle ; nous l'entourions de 
notre vénération. 

Il nous a été donné de la lui prouver solennellement en 
1909. Le 29 octobre de cette année-là, votre Secrétaire per- 
pétuel présentait à l'assemblée un gros volume intitulé : 
Florilegiiim ou Recueil de travaux dédiés à M. le marquis 
Melchior de Vogiié à Voccasion du 80^ anniversaire de sa 
naissance; une soixantaine de savants, français ou étrangers, 
appartenant à tous les pays oîi l'érudition est en honneur, 
avaient tenu à collaborer au livre, pour témoigner à notre 
confrère leur estime et leur sympathie. Notre président 
d'alors, M. Bouché -Leclercq, en prit occasion pour lui 
adresser, en notre nom commun, de cordiales félicitations; 
il lui souhaitait de nous enseigner longtemps « l'art de 
vieillir en pleine activité, en conservant tout ce qui donne 
du prix à l'existence et en nous offrant un exemple qu'il est 
plus facile d'admirer que d'imiter ». Ce souhait fut exaucé 
pendant sept années. Durant sept ans encore, Vogiié résista 
aux atteintes de l'âge : ce n'est qu'à la fin de 1916 qu'il 
nous a été enlevé. La charge dont vous avez bien voulu 
m' honorer me permettra de lui rendre ici publiquement un 
nouvel hommage, le dernier, hélas! qu'il puisse recevoir de 
notre Académie. 

Gharles-Jean-Melchior de Vogué naquit à Paris, le 
18 octobre 1829, d'une famille riche d'honneur et de sou- 
venirs, où l'on avait toujours allié le culte des vertus 



NOTICE SUR M. LE MARQUIS UK VOfiÛÉ 44o 

guerrières au g-oiit éclairé de la littérature et des arts. Son 
père, esprit singulièrement ouvert, l'éleva dans ces tradi- 
tions. (( Le jour où j'eus sept ans, ce qu'on appelle l'âge de 
raison, a écrit notre confrère dans des Souvenirs manuscrits 
dont sa famille a bien voulu me permettre de prendre con- 
naissance, mon père me donna deux choses : une gram- 
maire latine et un petit sabre de cavalerie. C'était répo([U(> 
où les Humanités étaient encore en grande faveur et com- 
posaient presque exclusivement la niatière de l'enseigne- 
ment : bien les savoir était alors l'obligation d'hommes 
cultivés... Quant au petit sabre de cavalerie, il fut l'objet 
dun commentaire que je n'ai pas oublié. En me le remet 
tant, mon père me rappela ce qui fait la grandeur du ser- 
vice militaire et me cita la célèbre devise espagnole : « Ne 
me tire pas sans raison et ne me remets pas sans honneur. )> 
A ce double idéal, svmbolisé d'une façon si orio-inale, notre 
confrère devait conformer toute son existence. 

Il fît ses études au lycée Henri IV, puis au collège Roi- 
lin, qui était alors installé rue des Postes ; une de ces pen- 
sions comme il en existait à cette époque, quelques-unes 
restées célèbres, 'la pension Gibon, lui donnait le gîte et le 
couvert, sans compter les répétitions. Sa famille le desti- 
nait à Saint-Cvr : il v fut reçu le 32* en 1847 ; mais il ne 
voulut pas y entrer, ayant, disait-il, des ambitions plus 
hautes : il visait l'Ecole polytechnique. Il s'y préparait en 
IStiS quand la révolution de février éclata. Son maître de 
pension le renvoie dans sa famille ; armé d'un fusil de 
chasse, il accompagne son père et d'autres parents à leur 
bataillon de garde nationale; avec eux il se rend au Minis- 
tère de l'intérieur, occupé par Ledru-Rolliu, et monte la 
garde à la porte comme défenseur de l'ordre. Puis il revient 
chez M. Gibon. Surviennent les émeutes de juin, qui 
interrompent à nouveau son travail, au moment où allait 
s'ouvrir le concours de l'Ecole polytechnique. Aussi n'est- 
il pas admissible à l'écrit. En 1849, c'est à l'oral qu'il 
échoue, refusé par son futur confrère Joseph Bertrand. 



iiC) NOTici: SI II M. r,K mahoiiis i»k vocûé 

(( Cet écJiec, a-l-il écrit, est luie des grâces les plus 
sicrnnlées que la Providence m'ait accordées ; il décida de 
ma vie. 11 lui a donné une orientation toute (iilférenle de 
celle que lui aurait donnée le succès ; et cette orientation 
nouvelle m'a procuré au delà des satisfactions auxquelles 
je pouvais prétendre. Cet échec a encore eu un elTet bien- 
faisant. Il m"a arraché aux études mathématiques (jui 
m'avaient exclusivement absorbé pendant trois ans; c'est à 
peine si, pendant ce long espace, j'avais ouvei-t un livre 
autre qu'un livre de science. » 

(3otte conviction resta toujours profonde chez lui. Peu 
de temps après son élection parmi vous, il y eut une récep- 
tion solennelle à l'Académie française. « En pareil cas, dit- 
il dans ses Souvenirs, on se réunit dans la Bibliothèque de 
l'Institut, on y signe une feuille de présence, puis on des- 
cend processionnellement le rapide e!. dangereux escalier 
qui conduit sous la Coupole au son du tambour qui bat aux 
champs en l'honneur du récipiendiaire. Je me gardai bien 
de manquer cette première occasion de m'asseoir sur les 
bancs si enviés. J. Bertrand faisait partie de l'assistance. 
Je guettai le moment où il apposa sa signature sur le 
registre et m'arrangeai de manière à recevoir de sa main la 
plume qui devait me servir k signer à mon tour. Je me 
nommai et lui disque c'est à lui que je devais l'honneur de 
mettre mon nom sous le sien ; car c'est en me refusant à 
l'Ecole polytechnique dix-neuf ans auparavant qu'il m'avait 
ouvert les portes de l'Institut. Il sourit ; de ce jour s'éta- 
blirent entre nous de cordiales relations. » 

Son père songea immédiatement pour lui à la diplomatie. 
Alexis de Tocqueville, ami et camarade du marquis, était 
alors ministre des Aiï'aires étrangères. Il fut convenu 
qu'après les vacances le jeune Melchior de Vogué entrerait 
au Cabinet et qu'on chercherait à l'affecter à quelque 
ambassade. Le général de Gastelbajac, nommé ministre à 
Pétrograd, consentit à l'emmener comme attaché. Au début 



NOTICE SLR M. LE iMARQUIS DE VOGUÉ 447 

de' 1850, il partit, avec l'ambassadeur et sa femme, pour 
rejoindre son poste. S'il aimait les aventures et les vo3'ages, 
il trouva amplement de quoi se satisfaire pendant les 
deux années que dura sa mission : il la commença par une 
course des plus pénibles à travers les neiges, arrêté à 
chaque instant par les tourmentes, retenu prisonnier de la 
tempête dans de misérables bourg-ades, versant en pleine 
cam{)a<2^ne, loin de toute habitation, avant d'arriver à Var- 
sovie ; il la termina par une chasse à l'ours, où renversé 
par une femelle blessée qui lui enfonçait ses crocs dans la 
jambe, il ne dut son salut qu'à l'arrivée d'un de ses compa- 
gnons, qui envoya à bout portant une balle dans la tête de 
l'animal. Jamais, au cœur de l'Asie, même aux plus mau- 
vais jours, il ne devait ressentir d'aussi fortes émotions. 

C'est durant son séjour en Russie que s'éveilla sa voca- 
tion d'archéologue ; il eut l'occasion de voir et de dessiner 
dos pièces d orfèvrerie russe du moyen âge qui lui sem- 
blèrent remarquables, à Moscou, dans le trésor impérial, 
dans des couvents, chez des particuliers ; il les communi- 
qua à Didron, qui les publia dans ses Annales archéolo- 
giques '. J'ai dit qu'il les dessina ; il avait, en ed'et, un 
véritable talent de dessinateur et d'aquarelliste ; ses 
ouvrages ont été, la plupart du temps, excellemment illus- 
trés par lui-même, qu'il s'ag-ît de vues pittoresques ou de 
relevés d'architecture. Et ceci nous explique peut-être 
comment il arriva à tant de découvertes heureuses dans 
le domaine des antiquités monumentales ; ce qui aurait 
échappé à l'archéologue n échappait point, né pouvait pas 
échapper à qui devait, pour satisfaire aux exigences de son 
crayon, interroger tous les détails de son modèle. Ajou- 
terai'je que ses études mathématiques, dont il médisait, 
lui rendirent, à cet égard, de signalés services ? 

A l'annonce du coup d'Etat, Vogiié donna sa démission 

1. T. XI, p. 313 ; t. XV. p. 77. 



t'(S NOTirK SUR M. LE MARQUIS DE VOfUlIÎ 

et quitta Pétrograd, brisant ainsi une carrière qui lui plai- 
sait et où il avait su se faire appre'cier. Il profita de son 
voyag-e de retour pour continuer son éducation archéolo- 
g-ique et faire connaissance avec les antiquités romaines des 
bords du Hliin ; après quoi il revint à Paijs sans savoir quel 
emploi il assignerait :i son activité. Son hésitation ne fut 
pas de longue durée. Avec deux de ses amis, Roger Anis- 
son-Duperron, son ancien camarade de la pension Gibon, 
et Alexandre de Boisgclin, comme lui « enthousiastes, 
curieux d'art, d'histoire, de couleur locale, quelque peu 
frottés de romantisme et sincèi-ement croyants », il fornui 
le projet de parcourir l'Orient et de visiter les contrées que 
leur foi de chrétiens, leurs souvenirs classiques, et. du moins 
pour Vogué, leur descendance de Croisés rendaient singu- 
lièrement attirantes. Au début de mai 18.^3, ils quittaient 
Marseille, sur le paquebot le Tancrède. De ce long- voyage, 
qui dura une année entière, notre confrère a laissé, dans 
une série de lettres adressées à son père et à sa mère, le 
récit très détaillé. A la fin de mai, il débarqua à Athènes, 
où Daveluy, alors directeur de IFcole d'archéolog-ie, lui 
donne pour g-uide Edmond About ; c'est sous la conduite 
de ce dernier qu'il visite l'.^cropole. A Delphes, il fait 
1 ascension du Parnasse ; puis se rend à Corinthe, 
Mycènes, Argos, Epidaure. Sparte. « N'est-ce pas amu- 
sant, ma chère mère, écrit-il, de recevoir une lettre datée 
de Sparte ? » De là il passe en Eubée ; en juillet, il est à 
Salonique, après avoir admiré les richesses du mont 
Athos ; aux premiers jours d'août, il aborde à Constanti- 
nople et fait connaissance avec l'ambassade française sans 
se douter qu'il devait y revenir comme chef une vingtaine 
d'années plus tard. Le l®^ septembre, il quitte Stamboul 
pour la Syrie. De Beyrouth il part pour visiter les ruines 
de Baalbek; puis, désireux de connaître celles de Palmyre, 
il fait alFaire avec un notable de Damas, qui lui assure, 
moyennant finances, le passag-e parmi les brig'ands du 



.NOTICE SIR M. I,E MARQUIS DE VOGUÉ 449 

désert ; là il vit chez le cheik du lieu, au milieu des 
Bédouins, vêtu comme eux, ainsi que ses compagnons, 
entièrement à l'arabe, courant les ruines, mesurant, dessi- 
nant, copiant des inscriptions — dont la plupart étaient 
malheureusement connues, — et cela malgré les alertes de 
leur guide, qui, pour les faire partir plus tôt, simulait des 
attaques et inventait des dangers imaginaires auxquels les 
voyageurs ne croyaient pas. Maintenant il va pénétrer en 
Palestine par Sidon, Tyr, Saint-Jean-d'Acre et le Carmel ; 
et dès lors chacune de ses lettres est datée de quelquime de 
ces localités, célèbres dans leur humilité, si pleines de sou- 
venirs sacrés : Nazareth, Tibériade, C'ana. Le 19 novembre, 
il arrive en vue de Jérusalem. 

« J'ai aperçu, écrit-il le 23 à son père, pour la première 
fois et le premier la ville sainte des hauteurs de Schafat et 
je n'ai pu contenir mon émotion à la vue de ses murailles 
vénérées. Depuis le matin j'avais comme une fièvre qui me 
poussait en avant, à la grande stupéfaction de ma monture 
dérangée dans ses allures pacifiques ; et sitôt que j'ai vu 
poindre au loin et briller au soleil les dômes de Sion, l'émo- 
tion a éclaté et je me suis jeté en bas de mon cheval pour 
remercier le Seigneur de m'avoir amené jusqu'ici. » 

Après une excursion à Bethléem, « un des sanctuaires 
les plus doux à visiter pour le chrétien », où il retrouve 
« la trace de son saint patron », à Hébron, à la mer Morte, 
à Jéricho, le voilà en route pour l'Egypte. 

Le H) décembre, il mouille en rade d'Alexandrie ; avec 
ses compagnons il frète un bateau pour remonter le Nil 
jusqu'à la deuxième cataracte ; c'est près de là qu'il fît le 
relevé d'une vieille forteresse, Senneh, qui, au temps des 
Pharaons, gardait de ce côté l'accès de la vallée du fleuve ^ 
Au retour, il passe onze jours dans les ruines de Thèbes et 
les emploie à crayonner le plus qu'il peut, depuis le lever 

l. Bnll. arch. de l'Athena^um /'raiirnis, isôô, p. 81 et suiv. 



450 NOTICF. SUR M. LE MARQUIS DE VOGUÉ 

(lu s(»leil jusqu'à la nuit, « plein d'admiration pour le pays 
et pour l'art, vraiment grand, des anciens Egyptiens ». Kn 
rentrant au Caire, il croyait être sur le chemin du retour. 
Les circonstances en décidèrent autrement. Il avait rencon' 
tré, durant son voyage, à Athènes, à Çonstantinople, à 
Damas, à Jérusalem, un jeune homme, (ils d'un ancien 
membre de l'Académie française, le baron de Guiraud, et 
s'était lié d'amitié avec lui ; l'intimité s'accrut encore au 
cours de leur excursion commune en Egypte, si bien que 
tous les deux formèrent le projet' de laisser leurs compa- 
gnons partir pour la France et de retourner ensemble à 
Jérusalem, avant de reprendre à leur tour le chemin de la 
patrie ; Vogué voulait étudier de plus près tous ces monu- 
ments, si pleins de souvenirs, qu'il n'avait fait encore 
qu'entrevoir. Cette fois, au lieu de suivre la voie de mer, 
ils se décidèrent à emprunter la route des caravanes et à 
traverser le petit désert ; un cheik d'El-Arich s'engagea, 
moyennant finances, à les mener au couvent de Ramleh en 
neuf jours. Le 4 avril 1834, la petite troupe quittait le Caire 
sous sa conduite. « Devant, a-t-il écrit, notre guide, vrai 
Bédouin déguenillé ; puis nous venions les uns derrière les 
autres, perchés sur la bosse de nos chameaux. Derrière 
nous, emboîtant le pas, marchaient les deux chameaux de 
bagage, avec cette gravité doctorale et inintelligente qui 
est propre à leur race. La marche était fermée par notre 
cuisinier Giuseppe, surveillant le tout. Un second chame- 
lier, fils d'Ismaël comme le premier, aussi brûlé, aussi 
maigre, aussi déguenillé que lui. marchant sur les flancs 
de la colonne, allait d'une béte à l'autre, activant leur non- 
chalance, redressant un paquet, resserrant une corde, 
jurant beaucoup et chantant d'une voix nasillarde un refrain 
monotone. » Le Jeudi saint, au matin, on était rendu à 
Ramleh. A midi, les voyageurs se remettaient en mouve- 
ment pour pouvoir passer le Vendredi saint à Jérusalem. 
Au coucher du soleil, ils étaient en vue de la cité. Les pre- 



NOTICR Sriî M. LE MARQUIS DE VOGUÉ 451 

miers jours du séjour de Vogué dans la ville sainte, où 
Botta était alors consul général, furent consacrés aux sou- 
venirs et aux émotions chrétiennes : il assista aux cérémo- 
nies religieuses ', « suivit le long de la voie douloureuse 
les péripéties de la Passion, se mêla à la touchante proces- 
sion qui reproduit dans lintérieur de léglise du Saint- 
Sépulcre, comme un mystère du moyen âge, les derniers 
détails du drame divin ; il passa du Samedi saint au jour de 
Pâques, sous les voûtes sombres et solitaires de l'église, 
une de ces nuits si poétiques décrites par Chateaubriand » ; 
puis, aussitôt après les fêtes de Pâques, il se mit au travail, 
« le crayon d'une main, le mètre de l'autre ». Pendant plus 
d'une quinzaine, il amassa les documents et les notes, mal- 
gré les ditïicultés que suscitaient la malveillance, la jalou- 
sie, l'intolérance des habitants ; quand il (juitta pour la 
seconde fois Jérusalem, il avait de quoi publier un travail 
complet sur les édifices chrétiens du pays. 

Il mit cinq années à le rédiger ; car il n'entendait point 
écrire un ouvrage d'amateur et livrer au .public ses décou- 
vertes, comme au retour d'un voyage de tourisme ; il tenait 
à faire œuvre durable, à creuser le sujet, à l'éclairer partons 
les documents qu'il lui serait donné de rencontrer dans les 
archives et les bibliothèques. Il se fit chartiste, il étudia les 
langues orientales, il dépouilla les récits des historiens et 
des voyageurs qui 1 avaient précédé ; il accumula tous les 
renseignements, même minimes, qui éclairaient le passé 
architectural du pays. De là sortit un livre magistral : Les 
églises de la Terre Sainte, dont notre confrère, M. Salo- 
mon Reinach, a écrit à juste titre - : « Qu'un jeune homme 
de grande et riche famille ait pu réunir les matériaux d'un 
tel livre h vingt-cinq ans et l'écrire à trente, c'est la pre- 
mière, mais non la dernière surprise que la carrière scienti' 
fique de Vogué réserve à la curiosité de ses biographes, n 

1. Les é(f Lises de la Terre Suinic, p. KJ. 

2. Rev. arch., 1916, II, p. 434. 



452 NOTICK SIK M. I>E MARQUIS DK VOGÎÎÉ 

L;i plupart des églises de In Terre Sainte remontent à 
l'époque des Croisades. Avec l'empereur Constantin, un 
grand mouvement architectural s'était produit à Jérusalem, 
sous l'impulsion de sainte Hélène. A cette époque, la tradi- 
tion du passé était encore vivante et les emplacements véné- 
rables, témoins du début du christianisme, ne prêtaient à 
aucun doute; on les consacra par des constructions pieuses. 
Au \'' siècle, l'impératrice Eudoxie fonda, à son tour, des 
établissements semblables ; au vi^, Justinien continua 
l'œuvre de ses prédécesseurs avec une libéralité telle qu'un 
pèlerin anonyme de l'époque ne comptait pas. dans la ville 
et les environs, moins de 175 édifices religieux. Mais là, 
comme ailleurs, les invasions arabes accomplirent bientôt 
leur œuvre néfaste : quand les Croisés entrèrent victorieux 
à Jérusalem, tous ces monuments n'étaient plus g'uère que 
des ruines. Aussitôt, ils se mirent à l'œuvre ; avec eux on 
vit renaître la fièvre des constructions. De toute part sur- 
g-irent de nouveaux sanctuaires, élevés sur les débris de 
ceux qui avaient .jadis existé, issus de l'art roman, mais 
d'un art roman quelque peu modifié par les influences 
locales, les exig-ences du climat, la nature des matériaux 
employés, les habitudes des ouvriers indigènes ; et comme, 
à la suite de la chute de Jérusalem, la société créée par les 
Croisés émig-ra dans l'île de Chypre, le mouvement arrêté 
en Palestine se continua sur ce nouveau domaine, d'abord, 
et ensuite dans l'île de Rhodes, dernier rempart de la chré- 
tienté contre les Turcs en Orient. Ce sont les vestiges de 
ces sanctuaires que Vogiié avait pris à tâche d'étudier dans 
le détail : Sainte-Marie de Bethléem, contemporaine du 
triomphe du christianisme ; l'ég-lise du Saint-Sépulcre, où, 
sous les constructions des rois chrétiens de Jérusalem, il 
reconnut les restes de la basilique byzantine du x^ siècle et 
ceux même de la basilique constantinienne ; l'église de 
Sainte- Anne, les différentes églises existant autour des 
murs de la ville ou aux environs, celles de Galilée, de 



iSOÎlCfc SLR M. LE MAkyUlS t)Ë VOGUÉ io3 

Samarie. du littoral, celles enliii de Chypre ou de Khode.s. 
Ce livre, comme l'écrivait un éminent critique de l'époque', 
est l'œuvre d'un archéologue et presque d'un architecte ; 
on y admire « la patience du dessinateur, l'exactitude de 
l'architecte, la pénétration du savant; par-dessus tout cela, 
le sentiment élevé de l'écrivain et de l'artiste et, pour fond, 
l'àme du chrétien ». 

En l8oi. Vogué avait quitté 1 Orient sans espoir de 
retour ; sa destinée devait pourtant l'y ramener pour le 
plus grand bien de la science. L année même où il publiait 
ses Eglises de Terre Sainte, des événements tragiques se 
passaient en Syrie. La Turquie, suivant son habitude, y 
faisait massacrer les chrétiens, et la France, leur protectrice 
attitrée, envoyait une expédition militaire pour les défendre 
et les venger. En même temps, suivant la tradition française, 
on décidait que, derrièi*e les soldats, des savants entrepren- 
draient une exploration scientifique du pays. Renan, on le 
sait, partit à cette occasion pour la Phénicie. Waddington, 
de son côté, sans solliciter un secours ofticiel, que sa for- 
tune personnelle lui permettait de négliger, entreprenait de 
parcourir tout l'arrière-pays de la Syrie limitrophe du 
désert ; à l'automne de 1860, il débarquait à Smyrne. Il 
employa le printemps, l'été et 1 automne de 1801 à visiter 
Palmyre, le Haouran, le Ledja, Emerveillé de tout ce qu'il 
voyait, il eut alors 1 idée de faire appel au concours de 
Vogiié, avec lequel il s'était lié au Cabinet des médailles 
et qu'il tenait en haute estime. Ce dernier venait d'être 
cruellement frappé ; il avait perdu sa jeune femme après 
cinq ans seulement de mariage. Pour endormir sa douleur, 
il accepta de répondre à l'appel de son ami ; il emmenait 
avec lui un architecte de grand talent, Duthoit. La réunion 
se fit à Beyrouth au mois de décembre. C'est vers cette 
date que Georgis Perrot, au cours de sa belle mission en 

1. De Champagny. dans le Correspontlant, 1860, I, p. il 4. 



484 NotïCK SUh M. LR :ilAftnL<S DE VOoÛÉ 

Asie Mineure, les y rencontra, ainsi qu'il vous Ta conté ici 
niome il y a dix ans '. On peut se figurer aisément ce que luL 
cette réunion des trois futurs confrères, que rapprochait 
ainsi le hasard. »< Entre voyageurs qui aimaient tout du 
voyage, jusqu à ses fatigues et à ses ris<{ues, la liaison fut 
bientôt faite. On causait sous la véranda de l'hôtel pendant 
le jour et, le soir, autour de la table hospitalière du consul 
général, le comte Bentivoglio. Du pays que Porrot allait 
parcourir, Vogué et Waddington savaient tous les chemins, 
les moyens de locomotion, les meilleurs ou, pour mieux 
dire, les moins mauvais gîtes. Ils lui tracèrent sa route et 
lui en marquèrent les étapes. » 

Mais chaque mission avait à poursuivre des recherches 
propres. Tandis que Perrot gagnait la Judée, Waddington 
et Vogué se rendaient à Chypre, chargés par Renan d'y 
faire quelques fouilles que lui-même n'avait pas eu le moyen 
de tenter. Elles furent fructueuses, onze inscriptions 
cypriotes, huit phéniciennes, une centaine de grecques, 
tous les monuments du temps des Lusignan relevés et des- 
sinés et de nombreuses sculptures cypriotes embarquées 
pour le Louvre. Une lettre écrite à Renan de Chypre même 
et insérée dans nos Comptes rendus - fait connaître ces 
précieuses trouvailles. 

Le 15 mars, les deux savants reviennent à Damas, mais 
pour tenter aussitôt l'exploration du Sàfa, où Waddington 
n'avait pu pénétrer l'année précédente. On nomme ainsi 
une région située au Sud-Est de Damas. Ecoutez comme 
Vogiié la décrite : 

« Le massif plus spécialement appelé Sàfa est une vaste 
nappe de basalte, à la surface noire et luisante, aux bords 
déchiquetés par le refroidissement des laves préhistoriques 
et qui s'étale autour d'vuie série de cônes aux flancs escar- 



1. Comptes rendus de l'Académie, 1909, p. 876. 

2. 1862, p. 53. 



NOTICE StJR M. LE lilARQtlS t)È VOGÛÉ 458 

pés, aux cratères béants. Le sol est presque entièrement 
caché par des fragments basaltiques noirs, aux angles 
arrondis, dont les dimensions varient de la g-rosseur du 
poing à jCelle du corps d'un homme ; dans les intervalles 
laissés par cette pluie de pierres s'étendent des espaces irré- 
guliers formés d'un sable argileux susceptible de culture... 
Les seuls vestiges que l'homme ait laissés de son séjour en 
ces lieux pendant l'antiquité sont les inscriptions. Les sol- 
dats romains des garnisons de Ses et de Némara, ont écrit 
leurs noms en grec et en latin sur les rochers qui avoisi- 
naient leurs postes ; les premières tribus musulmanes 
ont tracé des sentences pieuses en caractères coufiques ; 
avant les unes et après les autres, des mains inconnues, 
que nous supposons avoir été sabéennes, ont gravé sur les 
mêmes rochers, mais en bien plus grand nombre, d'autres 
inscriptions qui, sans doute, comme les précédentes et 
comme celles du Sinaï, renferment des noms propres, des 
formules pieuses, peut-être aussi des allusions aux inci- 
dents, aux passions de la vie du désert '. » 

Vogué n'était pas parvenu, en effet, plus que ses prédé- 
cesseurs à déchiffrer le mvstère de ces inscriptions ; il se 
contenta de reproduire ses copies. (( Après des essais mul- 
tipliés, après avoir cru résoudre le problème, a-t-il dit avec 
une belle franchise, j'ai fini par constater mon impuissance ; 
je me suis alors décidé à abandonner un travail inutile çt 
à laisser à de plus habiles que moi le soin de vaincre les 
difficultés qui m'avaient arrêté. >^ L honneur de résoudre la 
([uestion était réservé à J. Halévy et à Littmann ; notre con- 
frère fut, naturellement, le premier à se réjouir de leur 
succès. 

Du Sâfa, Waddington et Vogué retournent dans le Haou- 
ran, déjà visité par Waddington, pour étudier les monu- 
ments du pays, traversent le Ledja et reviennent à Bey- 

1. La Syrie centrale. Inscr. sémiliquei, p. 13". 



io(i Volu.L si i( \|. \M MAJînLis 1)1-; vo(uik 

rouUi, Le 23 juin, ils se dirigent vers Jérusalem; ils iiUyienL 
y chercher le repos nécessaire pendant la saison d été ; 
N'ogûé voulait, de son côté, compléter et rectilier ses pre- 
mières recherches sur la ville sainte et surtout étudier les 
ruines du vieux, temple. Aussi bien les circonstances étaient- 
elles devenues beaucoup plus favorables. Pendant son pre- 
mier séjour, rentrée du Haram-ech-Chérif était rigoureuse- 
ment interdite aux chrétiens, et il avait vainement tenté 
« de soulever le voile qui cachait les merveilles de la mos- 
quée » ; maintenant « laccès dé l'enceinte était facile, la 
toute-puissance du bakchich eji avait forcé les portes ». 
Peu de jours après son arrivée, les formalités étaient rem- 
plies et il prenait possession, au nom de l'archéologie, « de 
cette enceinte si longtenqis fermée aux investigations 
sérieuses ». Tous les matins, d'après une convention passée 
avec le cheik principal, de six heures à midi, il était auto- 
risé avec ses compagnons à dessiner, mesurer, photog-ra- 
phier à son aise. Ce labeur dura trois mois sans interrup- 
tion ; il lui permit de publier, dès 1864, un nouveau 
volume intitulé : Le Temple de Jérusalem^ bel in-folio, qui 
contient, outre 37 planches, une étude très détaillée de 
l'édifice à toutes les périodes de son existence. On sait par 
quelles alternatives de grandeur et de misère passa le 
temple de Salomon, détruit par Nabuchodonosor, rebâti par 
Zorobabel, saccagé par Antiodhus et les Piomains, réédifié 
par Hérode le Grand, finalement ruiné et incendié sous 
Titus après un siège demeuré célèbre. De chacun de ces 
états successifs du sanctuaire il fallait, d'après les textes, 
se faire une idée précise et chercher à en retrouver les 
traces sur le terrain malgré les transformations survenues ; 
c'est à quoi Vogué se consacra et réussit. Cette étude, com- 
plétée par celle d'un curieux monument bâti par Ilyrcan et 
décrit par Josèphe, le château d'Araq-el-Emir, l'amena à 
émettre des vues originales sur les caractères de l'art aux 
derniers temps de l'indépendance juive. Il y trouve « un 



5;0T1CÉ SUR M, LE MAÙQÛIS uk V(i(.lï|- 457 

tTiékinj^e de principes gi-ecs et de souvenirs tles écoles asia- 
tiques antérieures, la confusion des ordres classi(|ues, la 
recherche des grands matériaux, 1 emploi de la voûte en 
])erceau, un certain g'oût pour les monuments taillés dans 
le rocher. A ces caractères, la réaction asmonéenne ajou- 
tera des traits propres au g-énie hébraïque, substituera l'or- 
nementation végétale à 1 imitation des êtres vivants, anti- 
pathique au sentiment orthodoxe ; l'intervention dHérode 
y joindra quelques détails romains, et de la fusion de ces 
éléments divers naitra un art qui, sans être original, aura 
pourtant sa physionomie distincte' ». 

Comme toutes les théories nouvelles, cette conception, 
trouva des contradicteurs ; de Saulcy, qui s'était occupé de' 
la même question, la combattit vivement, dans les Mémoires 
de notre Académie - ; il retourna à Jérusalem exprès 
pour examiner sur place les assertions de Vog-iié et en 
revint plus persuadé que jamais qu'il avait raison contre 
lui. Ce n'était pas l'avis général. 

A la fin de l'automne, Waddington repartait pour la 
France. Vog'ûé resta encore quelque temps en Syrie, avec 
Duthoit. pour explorer une contrée où il comptait faire une 
ample moisson de découvertes, ce qui advint. 

La Syrie se divise en trois zones très distinctes. La pre- 
mière long-e la mer: bande de terre assez étroite que bornent 
à l'Est rOronte, le Léontès et le Jourdain ; c'est là que 
s'élevèrent les villes les plus célèbres de l'Orient asiatique, 
Antioche, Tyr, Jérusalem ; les facilités d'accès ont permis 
depuis long-temps de la parcourir et de la connaître. 
D'autre part s'étendent les vastes espaces désertiques qui 
confinent à l'Euph'rate et au golfe Persique ; ils n'ont 
jamais été occupés que par des nomades et ne contiennent 
aucun vestige archéologique. Entre les deux se trouve une 

1. Rev. arc/i., 1864, X, p. 62. 

2. T. XXVI, p. 1 et suiv. 

1918 31 



158 NOTICK SL'H M. Lt MARQUIS DE Voc.Ûlï 

région intermédiaire, celle que Vogué a appelée d'un ternie 
qui est devenu classique : la Syrie centrale. En 180.'], elle 
était à peu près inconnue, du moins dans sa partie septen- 
trionale ; quelques rares voyageurs avaient seulement tra- 
versé la partie méridionale. Et pourtant quelle abondance 
de documents elle olTre aux archéologues ! « Le pays étant 
peu habité et occupé par des populations qui ne se sont 
jamais installées que provisoirement, les éditices antiques 
y sont demeurés debout quand tout disparaissait dans les 
autres parties de la Syrie ; ils nous font connaître létat de 
cette province pendant les premiers siècles de notre ère, 
comme ces témoins géologiques qui nous indiquent l'état du 
globe terrestre avant les révolutions qui en ont modifié la 
surface. Sur certains points, leur état de conservation est 
vraiment remarquable ; la main du temps, moins destruc- 
tive que celle de l'homme dans ces beaux climats, les etlleu- 
rant à peine, a, par des accidents de détail, ajouté le charme 
du pittoresque à l'intérêt scientifi(|ue ; sans les secousses des 
tremblements de terre qui ont ébranlé les murs, il ne man- 
querait souvent aux édifices que les toits et les charpentes 
et nous aurions pu contempler souvent le spectacle presqaie 
inaltéré d'une ville syrienne du vu® siècle ^ » 

La conservation de ces constructions est telle que Vogué 
a pu écrire ^ : 

« Je serais presque tenté de refuser le nom de ruines à 
une série de villes presque intactes ou, du moins, dont 
tous les éléments se retrouvent, renversés quelquefois, 
jamais dispersés, dont la vue transporte le voyageur au 
milieu d une civilisation perdue et lui en révèle, pour ainsi 
dire, tous les secrets ; en parcourant ces rues désertes, ces 
cours abandonnées, ces portiques où la vigne s'enroule 
autour des colonnes mutilées, on ressent une impression 



1. Syrie cenlrale, Introduction, p. 4. 

2. Ibid., p. 7. 



NOTtCli SI R M. t>E MARQllS Dt; VOGUE 459 

analogue à celle que l'on éprouve à Pompéi, moins com- 
plète, car le climat de la Syrie n'a pas défendu ses trésors 
comme les cendres du Vésuve, mais plus nouvelle, car la 
civilisation que l'on contemple est moins connue que celle 
du siècle d'Auguste. » 

Avec Waddington, Vogué avait parcouru le centre de 
cette région, les environs de Damas et le Haouran : seul il 
aborda la partie septentrionale, le triangle compris entre 
Antioche, Alep et Apamée. Ce qui fait le grand intérêt de 
cette région, c'est que tous les monuments qu'on y ren- 
contre se rapportent à la même époque et à une époque dont 
l'art, en Orient, était fort peu connu jusque là: l'époque du 
christianisme primitif. En parcourant ces restes étonnants, 
« on est transporté au milieu de la société chrétienne ; on 
surpiend sa vie, non pas la vie cachée des catacombes, 
mais une vie large, opulente, artistique, dans de grandes 
maisons bâties en grosses pierres de taille, parfaitement 
aménagées, avec galeries et balcons couverts, beaux jar- 
dins plantés de vigne, pressoirs pour faire le vin, cuves et 
tonneaux de pierre pour le conserver, larges cuisines sou- 
terraines, écuries pour les chevaux ; belles places bordées de 
portiques, bains élégants ; magnifiques églises à colonnes, 
flanquées de tours, entourées de splendides tombeaux. Des 
croix, des monogrammes du Christ, sont sculptés en reliet 
sur la plupart des portes ; de nombreuses inscriptions se 
lisent sur les monuments : par un sentiment d'humilité 
chrétienne qui contraste avec la vaniteuse emphase des 
inscriptions païennes, elles ne renferment presque pas de 
noms propres, mais des sentences pieuses, des passages de 
l'Écriture, des symboles, des dates ; le choix des textes 
indique une époque voisine du triomphe de l'Eglise ; il y 
règne un accent de victoire qui relève encore l'humilité de 
l'individu et qui anime la moindre ligne, depuis le verset 
du psalmiste, gravé en belles lettres rouges sur un linteau 
chargé de sculptures, jusqu'au (jra/fito d'un peintre obscur 



460 NOtlCE SÙK il. LÉ JiAliuLJlS bE VOGlÎÉ ' 

qui, décorant un tombeau, a, pour essayer son [)incenu, 
tracé sur la paroi du rocher des monogrammes du Christ, 
et, dans son enthousiasme de chrétien émancipé, écrit en 
paraphrasant le labarum : Tojto vtxa : « Ceci triomphe ^ . » 
C'est un autre genre de ruines que le Haouran otîre aux 
visiteurs ; le pag-anisme y reprend tous ses droits ; on y 
rencontre les éditices que les usages romains avaient semés 
sur toute l'étendue du monde connu : temples, basiliques, 
bains, théâtres, maisons grandes et petites, mais construits 
avec une solidité dont on n'a pas d'exemple ailleurs : « Le 
trait particulier de l'architectui'e du pays, c'est que la pierre 
est le seul élément de la construction. La région ne produit 
pas de bois et la seule roche utilisable est un basalte très 
dur et très difficile à tailler. Réduits à cette seule matière, 
les architectes surent en tirer un parti extraordinaire et 
satisfaire à tous les besoins d'une civilisation avancée. Par 
d'insrénieuses combinaisons ils surent construire des 
temples, des édifices publics et privés dans lesquels tout 
est de pierre, les murs, les solivages, les portes, les fe- 
nêtres, les armoires ~. » On conçoit ce que l'étude de tant 
de monuments aussi soigneusement bâtis et, par suite, 
aussi merveilleusement conservés, dut fournir à un archéo- 
logue et à un dessinateur comme Vogué ; la publication des 
deux premiers volumes intitulés La Syrie centrale^ fît 
sensation et consacra la réputation de leur auteur. Leur 
principal intérêt, disait-il modestement, réside dans les 
planches qui les accompagnent. La vérité est que les 
planches sont, en effet, d'un intérêt puissant, mais que le 
texte qui les éclaire est un monument de science et de 
perspicacité. Les conclusions si personnelles qu'il contient 

1. Syrie centrale, p. 8. 

2. Syrie centrale, p. 6. 

3. Paris, in-4'' (50 planches), t. I et II, Architecture civile et religieuse 
du 1" au vn« siècle (1865-1877); t. 111, Inscriptions sémitiques (1868- 
1877). 



NOTICE SUR M. LE MARQUIS DE VOGUÉ 461 

ne furent pas sans soulever des contradicteurs ; mais elles 
trouvèrent, d'autre part, des défenseurs et des adeptes. 
Viollet-le-Duc et certains avec lui avaient déjà reconnu 
qu'il existe entre les édifices romans du Midi de la France 
et les édifices o-réco-romans de la Syrie une parenté indé- 
niable ; il en faisait remonter la date au xii^ siècle ; il 
croyait qu'à la suite de la première croisade, au contact 
d'un art nouveau pour eux, les artistes français avaient 
demandé leurs modèles et leurs inspirations aux pays de 
l'Orient. D'autres professaient une autre théorie, et ^'ot^•llé 
fut du nombre. 

Pour lui, cette renaissance occidentale inspirée de 
l'Orient remonte bien plus haut : les relations commer- 
ciales entre les deux régions, lémigration des artistes 
chassés de leur pays par les persécutions ou appelés en 
Europe par des protecteurs éclairés préparèrent peu à peu, 
dès l'époque de Charlemao-ne, la rénovation. « Il est jiiniis 
de supposer, écrit-il '. que. sans aller jusqu'en Syrie, les 
constructeurs inexpérimentés des viii*^, ix*" et x*^ siècles ont 
pu avoir connaissance des méthodes qui y étaient ou y 
avaient été en usage, des formes qui y avaient prévalu ; 
on peut croire que les premiers artistes venus d Orient, à 
lappel des Barbares couronnés, étaient les élèves ou les 
héritiers des écoles fécondes dont la Syrie seule aujourd'hui 
a conservé les œuvres, mais dont l'influence, à l'époque de 
leur grande activité, a dû sortir des étroites limites d'une 
province. » La théorie, fortement appuyée par tous les 
exemples accumulés dans le livre, fit fortune. Courajod ne 
Ivii ménagea pas son admiration. « L'apparition de ce livre, 
a-t-il proclamé-, est un grand événement. C'est Byzance 
et son art presque asiatique qui a été le trait d'union entre 
la civilisation païenne et la civilisation chrétienne. C'est 

1. Syrie centrale, p. 21. 

2. Leçons, 1, p. 117. 



'(.02 NOTic.K srit M. \.i: .\i.\iioiis dk vor.ÛK 

([uelque chose de i^Taud d'avoir mis en lumière les monu- 
ments (|ui proclament cotte vérité, » Aussi, quand Vogiié 
sollicita vos sulTraj^-es le 31 janvier 18G»S, comme membre 
libre à la place du duc de Lujnes, Vitet, qui présenta ses 
titres, ne parla guère que de ceux qu'il s'était acquis en 
éclairant par ses belles découvertes les iniluonces artisticjues 
de l'Orient sur l'Occident. 

Le troisième volume de La Syrie cen fraie est consacré, 
non plus aux monuments, mais à l'épigraphie.Waddington 
s'était chargé de publier les inscriptions grecques et latines 
que les voyageurs avaient copiées au cours de leur explo- 
ration ; Vogué prit pour lui les inscriptions sémitiques. 
J'ai dit que, revenu de son premier voyage, il s'était initié 
aux langues hébraïque, phénicienne, syriaque ; il apporta 
à cette étude son esprit de méthode, sa finesse, son ingé- 
niosité, et ne tarda pas à passer maître en une matière 
encore fort obscure ; il en donna la preuve dans ses com- 
munications à la Revue archéologique, à la Revue numis- 
matique, au Journal asiatique ; les nombreux articles qu'il 
y publia alors ont été réunis pour la plupart dans ses Alé- 
langea cV archéologie orientale * ; on y trouve, en particulier, 
ce mémoire sur l alphabet hébraïque et V alphabet araméen 
qui est resté fondamental. 

Par ces études préalables il préparait la publication des 
inscriptions palmyréniennes que lui ou Waddington avaient 
copiées ; elles forment la première partie de ses Inscriptions 
sémitiques. On y trouve le texte, la traduction et le com- 
mentaire développé de près de deux cents documents, pour 
la plupart inédits. Les critiques les plus sévères n'eurent 
pas assez d'éloges pour ce travail. Quant aux textes relevés 
dans le Sâfa, nous avons vu que Vogué se contenta d'en 
donner la copie sans essayer de les interpréter. 

Les dernières années de l'Empire, de 18(38 à 1870, furent 

1. Paris, 1868, in-8. 



NOTICE SUR M. LE MARQUIS DE VOGÛK 463 

occupées par une publication et un nouveau voyage en Pa- 
lestine. Le duc de Luynes était mort sans pouvoir faire 
paraître son \ oy âge d^ exploration à la mer Morte. Il appar- 
tenait à son successeur à l'Académie, à celui qui connais- 
sait mieux que personne la Terre Sainte et ses antiquités, de 
surveiller l'impression du travail. C'est un homma<çe auquel 
Vog-ûé ne se déroba pas; le livre ne vit le jour, d'ailleurs, 
malgré tout, qu'en 1875. Voilà pour la publication. Quant au 
voyage, l'occasion en fut l'inauguration du Canal de Suez. 
A ce moment, une société anglaise pratiquait des fouilles 
au temple de Jérusalem, et ces fouilles confirmaient avec 
éclat les conclusions de notre confrère : on avait découvert 
dans les parties basses de l'édifice des pierres gigantesques 
avec des lettres hébraïques tracées au pinceau avant leur 
mise en place ; or ces lettres appartiennent non point à 
l'alphabet archaïque, mais à celui qui était en usage vers 
le début de l'ère chrétienne. Comment douter désormais 
qu'Hérode, et non Salomon, ait été fauteur de la construc- 
tion retrouvée ? 

Les événements de 1870 vinrent arracher Vogiié à ses 
études pour le jeter dans la réalité des faits. Il avait, avec 
d'autres cœurs généreux, fondé la Société de secours aux 
blessés militaires, dont il devait être bientôt vice-président, 
dont il resta jusqu'aux derniers jours de son existence le 
président inlassablement dévoué. Le moment était venu 
de faire appel à la nouvelle organisation. A Strasbourg, 
d'abord, puis sur la Loire, il se consacra tout entier à son 
œuvre charitable. 

La paix signée, Thiers fit appel à son concours et l'en- 
vova comme ambassadeur à Constantinople, dans ce milieu 
qu'il connaissait si bien, dont il suivait les destinées depuis 
sa jeunesse ; nul mieux que celui qui, à vingt ans, dans 
presque toutes les lettres écrites à ses parents au cours de 
son premier voyage, les entretenait de l'état d'esprit des 
populations levantines, des ambitions des puissances euro- 



t6'(. NOTICK SUR M. LE MARQUIS DE VOGUÉ 

péennes, des nécessités de notre politique orientale, n'étîiit 
désigné pour devenir l'arbitre et le défenseur des intérêts 
français auprès du Sultan. En 4875, il passa à l'ambassade 
de Vienne où il demeura durant quatre années. Mais les 
hautes fonctions aux(|uelles il devait consacrer son activité 
ne l'enlevèrent jamais complètement à ses anciens travaux. 
Les ouvrages commencés continuèrent à paraître. La pré- 
face de La Syrie centrale, qui accompagnait le second vo- 
lume, a été écrite à Vienne. 

Pour la seconde fois les changements de la politique inté- 
rieure vinrent contrarier la carrière diplomatique de notre 
confrère. Rappelé en France, il retourna tout naturellement 
à ses études et put prêter à la publication du Corpus ins- 
criptlonum semiticarum un concouis plus actif. En 1867, 
vous le savez, sur les instances de Renan, notre Académie 
avait décidé de réunir en un grand recueil toutes les ins- 
criptions sémitiques connues. Une commission de six 
membres avait été nommée poiir assurer la publication ; 
elle se composait de Renan, de Saulcy, Mohl, Longpérier, 
de Slane et Waddington. A la mort du second, Vogué fut 
élu à sa place et chargé tout spécialement de rédiger la 
partie araméenne ; il s'y appliqua, jusqu'à la fin de sa vie, 
avec une science et une conscience merveilleuses. Je n'en 
veux pour preuve que le témoignage de son collaborateur 
de chaque jour durant vingt ans, devenu depuis peu notre 
confrère, de M. l'abbé Chabot. « Je peux attester, a-t-il 
écrit', avec quel soin minutieux, avec quelle patience in- 
lassable il s'appliquait au déchiffrement des textes, discu- 
tait les conjectures, révisait la rédaction, lisait et relisait 
les épreuves. Nous devons à l'Académie, disait-il, de ne 
reculer devant aucun effort pour maintenir son œuvre à la 
hauteur où elle a été placée et conserver sous son patro- 
nage le centre de ces études auxquelles elle fournit le plus 
puissant des instruments. Et ce n'était pas là, pour hxi, des 

1; Journal asiatique, 1917, p. 337. 



NOTICE SUR M. LE MARQUIS DE VOGUÉ 465 

paroles de vaine rhétorique. Il n'abandonnait jamais un 
texte avant d'avoir épuisé tous les moyens d'en assurer la 
parfaite exactitude ; pour y parvenir, il n'épargnait ni sa 
peine ni son temps. Ainsi, la stèle inscrite au Corpus sous 
le n" 143 n'était connue que par une copie défectueuse. Le 
monument se trouvait en .Anj^lelerre, dans une collection 
privée et jalousement fermée. Vog'ûé n'hésite pas ; il se 
rend à Dorking. Sa courtoisie obtint communication du 
document, et il en exécuta un dessin dont la parfaite exac- 
titude a été démontrée par la photographie publiée récem- 
ment. Ainsi encore, nous passâmes, à déchiffrer la grande 
inscription de Pétra sur la copie imparfaite du capitaine 
Frazer, cinq jours entiers ! Or. pour le marquis de Vogué, 
la journée commençait invariablement — et cela jusqu'à ses 
derniers jours — avec le lever du soleil, pour se terminer 
à une heure avancée de la nuit. » 

Lorsque Renan disparut, à son tour, en 1892. Vogiié 
devint président de la commission. C'est à ce titre qu'il fit 
décider la publication d'un répertoire d'épigraphie sémi- 
tique, où les découvertes récentes sont enregistrées aussi 
rapidement que possible, en attendant quelles puissent 
trouver place, soit dans le Corpus lui-même, soit dans ses 
siqDpléments : c est à ce titre qu'il prenait souvent la parole 
dans nos séances, toujours prêt à mettre au service de ses 
collaborateurs et de l'œuvre dont il avait accepté la direc- 
tion, sa haute compétence, le respect et l'e.stime que sa 
courtoisie et la noblesse de son caractère lui avaient acquis 
parmi nous. Ceux de nos confrères qui collaborent à ce 
grand recueil savent tout ce qu'ils ont perdu à sa mort. 

L'autorité dont il jouissait ici, il l'exerçait, bien entendu, 
également dans les nombreuses sociétés scientifiques dont 
il faisait partie. 11 avait été admis dès 18o6 à la Société 
asiatique ; il en demeura jusqu'à la fin un des membres les 
plus actifs ; il y publia, dans le Journal asiatique^ plus 

1. 1883, p. 231 et suiv. : p. 149 etsuiv,, cf. p. 549. 



466 NOTICE SUR M. LE MARQUIS DE VOGUÉ 

d'un mémoire, notamment son étude sur le Tarif bilinsrue, 
gréco-palmyrénien, trouvé à Palmyre en 1881, la plus 
lonj^-ue des inscriptions palnn-réniennes connues. A la So- 
ciété des Antiquaires, il était entré en 1860 ; nous avons 
fêté en 1910 le cinquantenaire de son élection et j'ai dû, à 
la présidence que j'occupais alors, l'honneur de lui olTrir à 
ce propos l'assurance de notre très grand et très respectueux 
attachement. A la Société de l'histoire de France, il pro- 
nonça, comme président, un discours qui fit sensation. Il 
était aussi président de la Société'de l'Orient latin et, parmi 
bien d'autres encore, de l'œuvre des Ecoles d'Orient, aux- 
quelles nous devons tant de travaux et de découvertes ar- 
chéologiques, sortis de ces maisons de prière, d'enseigne- 
ment et d'étude dont nos religieux ont peuplé le Levant. 
Un de ces couvents, celui de Saint-Etienne, qui abrite 
l'érudition de notre correspondant, le P. Lag-rang-e, et de ses 
frères, était l'asile désig-né pour donner l'hospitalité au 
marquis de Vog'iié lors de son cinquième voyage à Jéru- 
salem en 191 1. Un deuil cruel l'avait ramené dans la ville 
sainte en 1862 ; cette fois encore, c'est un deuil, non moins 
cruel, qui l'y conduisait. Les résultats de sa courte visite 
ont été exposés par lui dans un petit volume, plein de 
charme, qu'il a intitulé : Jérusalem hier et aiijourdliui^ . 
La Jérusalem d'hier, c'est celle de ses vingt ans, celle qu'il 
a -vu surgir tout à coup au détour de la route, dans un der- 
nier rayon de soleil, et sortir « du fond du désert, brillante 
de clarté », celle où il a éprouvé les fortes émotions de la 
semaine sainte, celle où il a travaillé avec Waddington et 
Duthoit. La Jérusalem d'aujourd'hui, c'est celle où l'on 
débarque en chemin de fer, dans une gare qui ressemble à 
toutes les gares, où l'on a installé des boutiques modernes, 
des enseignes polyglottes, des hôtels cosmopolites, où la 
mosquée d'Omar est déshonorée par le badigeon, où le 

1. Paris, 1912, in-R". 



NOTICE si:r m. Lr: makquis de vogué 467 

jardin de Gethsémani, qui, il y a un demi-siècle, avait 
conservé l'aspect qu'il présentait « le. soir du premier jeudi 
saint », alors que « la terre nue était foulée par le corps 
prosterné du Sauveur et buvait ses larmes », est entouré de 
murs, embelli de fleurs, de buis taillés, d'allées ratissées. 
Tous ceux qui ont voyagé dans un pays encore primitif, 
plein de la poésie de grands souvenirs et qui y retournent 
quelques années plus tard, connaissent le chagrin et la désil- 
lusion que Vogué ressentit devant ces progrès atïligeants 
mais inévitables de la civilisation. On ne devrait jamais 
tenter de revivre ses souvenirs ! Du moins devons-nous à 
cette visite suprême des additions intéressantes à ses an- 
ciens travaux sur Jérusalem et une savante étude sur la 
citerne dite de Sainte-Hélène, à Ramleh, insérée dans nos 
Mémoires '. 

Telle est, Messieurs, l'œuvre de Vogué dans le domaine 
de l'orientalisme : explorations, découvertes, publications 
l'y ont placée au premier rang. Ce serait une erreur, pour- 
tant, de croire que là s'est bornée son activité scientifique. 
Il en fut de lui, en effet, comme de tous ceux qui, sans être 
enfermés par leur carrière dans une spécialité, se laissent 
entraîner au gré des circonstances vers les recherches qui 
s'offrent à leur curiosité en éveil. Quand il partit pour 
l'Orient, il ne songeait qu'à perfectionner son instruction 
générale par la visite des lieux que son éducation classique 
lui avait rendus familiers, où sa foi chrétienne l'attirait, où 
il aspirait à retrouver les traces des Croisés, ancêtres de 
la pure noblesse française. En présence des ruines de Pal- 
myre il était devenu épigraphiste, en présence des églises 
de Jérusalem, archéologue; sa vocation était fixée. Pendant 
trente années, il s'était donné exclusivement à l'étude de 
l'antiquité sémitique et du moyen âge oriental. Mais vers 
1S80, sans renoncer à un genre de recherches où il était 

1. XXXIX (1912). 



468 NOTICE SUR M. LE MARQUIS DE VOGUÉ 

passé maître, son activité se porte d'un autre côté. Il se 
souvient que ses aïeux ont joué un rôle. dans l'histoire de 
leur province et de notre pays ; il se regarde comme tenu 
de le faire connaître, et le voilà qui se détourne vers les 
temps modernes, d'autant plus volontiers qu'il possède des 
documents inédits fort curieux, dont il ne se sent pas le 
droit de garder pour lui les secrets. Il a fait l'aveu de ce 
scrupule de conscience dans le discours qu'il prononça 
quand il fut appelé en 1894 à la présidence de la Société 
de l'histoire de France ^ « Les services, disait-il, que 
rendent à l'histoire les archives privées sont évidents ; les 
plus modestes collections peuvent, sous ce rapport, être 
aussi utiles que les plus célèbres. Le grand édifice de 
l'histoire nationale ne se construit pas seulement à l'aide 
de pierres monumentales ; de petites pierres, ag-g-lomérées 
avec soin, peuvent fournir de solides assises. Rien n'est à 
négliger dans l'œuvre patriotique de la reconstitution des 
annales nationales ; et ceux que d'heureuses circonstances 
de famille ont mis en possession de matériaux, grands 
ou petits, ont le devoir de les apporter à l'œuvre com- 
mune . » 

Or des circonstances de famille et d'heureux hasards 
avaient concentré dans ses mains les papiers du maréchal 
de Villars ; il s'y plongea avec l'ardeur qu'il avait apportée 
naguère à étudier les monuments de la Syrie et de la Pa- 
lestine. De là de nombreux articles, insérés dans le Corres- 
pondant et dans la Bévue des Deux Mondes, sur lesquels 
je ne m'étendrai pas parce qu'ils sortent des limites chro- 
nologiques assignées par l'usiige aux recherches de notre 
Académie ; de là les six volumes des Mémoires du maréchal 
de Villars ' ; de là aussi son élection à l'Académie française. 
Je note seulement que ses études antérieures ne furent 

1. Bull, de la Société de Vhistoire de France, 1891, p. 10. | 

2. Paris, 1884-1904. 



NtiTfCE sùfi M. ik iJAiiQLis bÉ Vogué 469 

point tout à fait étrangères à ce nouvel honneur, si nous en 
croyons riiommage que lui rendait de Ilérédia le jour de 
sa réception : « Avec vos habitudes d'épigraphiste, vous 
commentez les monuments écrits, lettres, notes, dépêches 
ou rapports, ainsi que vous feriez de monuments fig-urés . 
Cette manière qui vous est propre et qui, si je ne me 
trompe, est toute nouvelle, prête à votre narration, outre 
une extrême clarté, un tour original, un air de réalité, 
quelque chose de la précision du témoignage direct. » 

Cette manière est encore bien plus apparente dans un 
autre ouvrag'e de Vogué, qui nous appartient, celui-là, par 
le temps comme par la méthode, dans la monographie qu'il 
a consacrée à sa famille' ; le chartiste, l'archéologue s'y re- 
trouvent. Il nous y a donné un modèle d'érudition à la fois 
profonde et élégante, de vraie érudition à la française. 
Pour l'écrire, il a puisé à toutes les sources qui s'offraient 
à lui ; et elles étaient nombreuses. Le château de Vogué 
possédait un chartrier aménagé avec grand soin par un 
Melchior de Vogué, contemporaiin de Louis XIV ; c il ren- 
fermait, entre autres documents intéressants, un volume 
in-folio de 450 feuillets, relié en basane rouge, dit Le Tré- 
sor de la maison de Vo(/ïie\ dans lequel Melchior avait fait 
transcrire les principales pièces intéressant l'histoire ou les 
affaires de la famille ». Ce chartrier disparut à la Révolu- 
tion. « Mais son fils, Cérice-Francois, avait fait faire en 
1712 un inventaire détaillé des archives de ce chartrier, 
où chaque pièce est analysée et où les affaires importantes 
sont l'objet d'un commentaire. » Celui-là a été conservé et 
notre confrère l'a fait imprimer en 1905. Il est inutile 
d'ajouter que c'est là une source de renseignements d'un 
prix inestimable. Dans les papiers de famille figuraient 
aussi les mémoires du même Cérice-François, écrits vers 



1. Une famille vivaroise, 2 vol. in-8, 1916. Une autre édition en trois vo- 
lumes in-12 est seule dans le commerce. 



470 NOTlr.K sid M. LK mauqL'is dB vogué 

1720, certains cartulaires, des correspondances, des pièces 
diverses, une série de livres de raison qui vont de ItiOD 
à 1791. De plus, on peut trouver d'autres renseignements 
sur les Vogué dans les Archives du département de l'Ar- 
dèche, notamment dans les reg'istres de notaires du 
xv« siècle et dans les études des diilerents notaires du dé- 
partement. Joignez à ces sources écrites les rensei- 
gnements archéologiques que fournissent les restes des 
châteaux de la famille étudiés, mesurés, dessinés par notre 
confrère avec sa conscience et son talent graphique cou fu- 
miers, avec la compétence aussi qu'il avait acquise au 
contact des monuments de Palestine et de Syrie. 

Appuvé sur de pareils témoignages, Vogué a pu tracer 
de ses ascendants un tableau aussi complet qu'attachant. 

Le bourg de Vogiié est une localité du Vivarais, située 
au bord de l'Ardèche, à quelques centaines de mètres du 
point où elle reçoit l'Auzon. Sur la pente de la falaise qui 
domine la rivière s'étageaient les maisons du village, 
serrées autour du château. Plus au Sud, de l'autre côté de 
l'Auzon, au centre d'un cirque de montagnes sauvages, 
existe un rocher escarpé, admirablement préparé par la 
nature pour recevoir une forteresse ; on le nomme Roche- 
colombe ; un château le couronnait, aujourd'hui en ruines. 
Les chefs de la famille en avaient fait, à cause de sa situa- 
tion même, leur résidence habituelle. C'est dans ce petit 
coin de terre que les aïeux les plus reculés de notre 
confrère, ceux du xi^ siècle, — il n'est pas possible de re- 
monter plus haut pour les histoires locales, — vivaient au 
milieu de leurs serfs du revenu de leurs terres, se disputant 
ou s'accordant avec leurs voisins et pleins de zèle pour le 
service de Dieu ; mais leur grande occupation, pour les aînés 
du moins — car les cadets entraient dans les ordres, deve- 
naient évêques ou chanoines — était la guerre. Ils ont tou- 
jours l'épée à la main. En 1191, un Raymond de Vogué 
figurait peut-être à la troisième Croisade ; son descendant, 



NOTICE SUR M. LE MARQUIS DE VOGUÉ 471 

Raymond IV, prend part au xiv" siècle à des expéditions 
sur les terres ang-laises de la Guyenne et de l'Aquitaine ; 
Pierre IV, au xv'' siècle, aide le dauphin Charles à assurer 
la soumission du Lanfi^uedoc. D'autres sont mêlés sous 
Louis XII et François I'"'" aux g-uerres d'Italie ; lors des 
luttes religieuses qui ensanglantèrent les règnes suivants et 
furent particulièrement violentes dans le Midi, les seigneurs 
de Vogué se rangent parmi les défenseurs armés les plus 
fermes de la religion catholique, non sans incliner parfois 
vers la tolérance. Plus tard, sous Louis XIV, on trouve un 
Melchior de Vogué à l'expédition d'Alger et à celle de 
(Candie, dans les campagnes de Hollande, d'Espagne, du 
Rhin ; sous Louis XV, le régiment du Cérice-François de 
Vogiié, dont il a déjà été question, fut engagé dans la 
guerrede la succession de Pologne et sauva le maréchal de 
Villars un jour qu'il faillit être enlevé, en compagnie du 
roi de Sardaigne, par des cuirassiers autrichiens : enfin 
Gharles-Elzéar-François, son (ils, s'illustra dans la guerre 
de la succession d'Autriche et dans celle de Sept ans. 

Ces belles vertus guerrières, dont la tradition sest per- 
pétuée dans la famille et dont les Vogué ont donné de nou- 
velles preuves éclatantes au cours de la guerre actuelle, 
s'alliaient à des qualités d'un tout autre ordre. Les docu- 
ments qu'ils nous ont laissés nous les montrent excellents 
administrateurs de leurs biens, ne reculant pas devant les 
initiatives hardies pour en augmenter le produit, comme 
aussi pour améliorer le sort de leurs vassaux, ce qui était, 
d'ailleurs, la meilleure façon d'assurer leurs propres re- 
venus. Veulent-ils, par exemple, tirer parti d'une forêt ? ils 
créent sur la lisière une scierie, mue par l'eau d'un torrent; 
les paysans sont-ils embarrassés pour trouver le grain né- 
cessaire aux semences ? ils leur prêtent des setiers de blé 
au moment des emblavures, forme singulièrement pratique 
et utile de ce que nous appelons aujourd'hui « le crédit 
agricole » . Les deux volumes sont pleins de faits de cette sorte. 



l7â ^OtWAi hlii Ai. LE AiAKQillS f)È vô/iiifî 

Ils se terminent à la llévolution, date fatale pour les 
Vogué comme pour bien d'autres. Ils émigrèrent, pensant 
par là sauver le roi, et, par le roi, la France ; leurs pro- 
priétés furent déclarées biens nationaux et vendues. Ce 
jour-là, de l'ensemble territorial créé et administré partant 
de générations successives, il ne resta, selon la forte expres- 
sion de notre confrère, que « des iiiines, des tombes et des 
traditions ». 

L'intérêt d'une histoire comme celle des Vogué ne se 
limite pas, on le comprend aiséïnent, à une seule famille ; 
la portée en est plus générale; de là la haute valeur du 
livre. C'est ce que de Hérédia a parfaitement mis en lu- 
mière quand il disait au marquis de Vogiié, lors de son 
entrée à l'Académie française : « L'histoire d'une famille 
telle que la vôtre, minutieusement étudiée suivant le cours 
des siècles, serait comme un microcosme de l'histoire de 
France. » 

V,^ Histoire d'une famille vivaroise fut la dernière pro- 
duction importante de Vogiié. Durant les années de son 
existence qui suivirent, les œuvres de toute sorte auxquelles 
il consacrait le meilleur de son temps pour l'amour de la 
France et de l'humanité l'absorbèrent tout entier. Il est 
mort à la peine le 10 novembre lî)16, après une courte 
maladie. 

Ceux qu'il est allé rejoindre dans l'éternité ont pu, en 
l'accueillant, lui rendre cette justice qu'il avait vécu en 
digne, héritier de leur race. 

Digne aussi de la belle devise, passée en proverbe dans 
le Vivarais, qu'il a si éloquemment commentée pour ses 
enfants^ : Probe comme un Vogiié. « Vous n'oublierez pas, 
leur disait-il, que cette devise a le sens le plus large, 
qu'elle ne vise pas seulement la vulgaire probité d'argent 
naturelle aux âmes bien nées, mais la probité intellec- 

1. Une famille vivaroise, II, p. 474. 



iNuîicË SUR M. i.r; mahqlis DI-: vogué 473 

tuelie, la probité scienlitique, la probité politique, c'est- 
à-dire le souci réfléchi de la vérité et de la justice, qui 
soumet à un contrôle rigoureux les mouvements et les ma- 
nifestations de la pensée, les actes de la vie privée et de 
la vie publi(jue, les jug-ements portés sur autrui, et qui, s'il 
n'est pas toujours accompagné du succès, assure, du moins, 
les joies intimes de la conscience satisfaite et, par surcroît, 
le respect, l'estime et la sympathie. » Grandes et nobles 
paroles, mag-nilicjue testament de droiture, où notre confrère 
se peint tout entier et par lequel il convient de clore la no- 
tice que notre Académie devait à sa mémoire. 



191W 



.32 



L-if. 



1i 



SÉANCE DU 2*) NOVEMBUE 



l'HÉSlDENCE 1)K M, PAUL GIIÎARU , VlClî-l'KKSlUKNT. 

Il est donné lecLure des lettres de candidature suivantes : 
Pour la place de membre ordinaire, devenue vacante par la 

mort de M. Maspero : MM.'C. Iluart, Delachenal, Moret et 

Jeanroy; 

Pour la place de membre libre "devenue vacante par In mort 

de M.FabbéThédenat : M. Brutails. 

Le Secrétaire perpétuel lit ensuite les lettres de remerciement 
de M. Georges Clemenceau et du maréchal Foch, en réponse à 
l'adresse qui leur a été votée. 

M. Omont annonce à l'Académie que M"'^ Emile Picot, réali- 
sant généreusement les intentions exprimées de son vivant par 
notre regretté confrère, vient, d'accord avec ses trois fils, de 
faire don au département des manuscrits de la Bibliothèque 
nationale de l'important répertoire bibliographique, formé 
depuis de longues années par son mari, sur l'histoire littéraire 
française, particulièrement aux xv*" et xvi^ siècles. Ce répertoire 
alphabétique, fruit d'immenses lectures, compte environ 
250.000 fiches; il forme un incomparable instrument de 
recherches, qui a déjà été souvent utilisé et qui est appelé à 
rendre les plus grands services aux historiens de notre vieille 
littérature française. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétau^e perpétuel dépose sur le bureau les publications 
suivantes : 

D"- R. Croste, Le Svastika, son histoire..., cultes qui sij rat- 
tachent (extrait du Bulletin trimestriel de la Société bayonnaise 
d'études régionales; Rayonne, 1918) ; 



SËAfsCK DU â9 NOVElilBRE ^918 4*78 

Bullelin de la Sociélr d'Éludés des Haiiles-Alpes, trente-septième 
année, 4" série, n° 23 ; année 1918, S'' trimestre (Gap, 1918) ; 

Journal of Ihe American Oriental Societij. Vol. 38, part 3, June 
1918 (New-IIaven, Conn., 1918) ; 

Bollcllino délie puhhlicazioni itatiunericevule per dirillu di slanipu, 
n° 208, luglio-agosto (Firen/.e, 1918) ; 

Memorie délia R. Accademiu dei Lincei. Classe di Scienze murali, 
slorichee filoloyiche {Anno CCCXV-I9I8). Série qiiinta, Vol. XV, 
fasc. 8. 

Bolelin del Centra de Esludios Aniericanistas de Sevilla. Ano 1918, 
nûm. 19 (Sevilla, Octubre de 1918). 

M. Hkron de Villefosse offre à l'Académie, au nom de M. Etienne 
Michon, une nouvelle édition du Catalogue sommaire des marbres 
antiques du Louvre. Elle se distingue de la précédente par une révi- 
sion attentive des anciennes provenances et aussi par une riche et 
abondante illustration qui ne compi'end pas moins de LXIV plajiches. 
C'est un véritable album de nos sculptures du Louvre, un précieux 
recueil que son format rend facile à consulter, un instrument de 
travail qui sera apprécié par tous les amis de l'archéologie classique. 
Une liste exacte des photographies de nos statues et de nos bustes, 
([ui sont en vente chez l'éditeur Braun, termine le volume. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCHIPTIONS 

ET BELLES- LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1918 



SÉANCE DU 6 DÉCEMBP^E 



PRESIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

Le chef du Protocole transmet une dépêche envoyée par 
S. M. LE ROI d'Italie, en réponse à l'adresse que lui a fait par- 
venir l'Académie : 

« Rome, le 20 novembre 1918. 

*< A M. le Secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres, pour les membres de cette Académie. 

« J'ai été très heureux des félicitations que MM. les membres 
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres de l'Institut de 
France ont eu la courtoisie de madresser à l'occasion de la réa- 
lisation des aspirations italiennes. Je désire leur en exprimer 
mes meilleurs remerciements et je forme les vœux les plus cha- 
leureux pour la gloire et la prospérité de la France. 

(Signé) : Victor Emmanuel. » 

Le Secrétaire perpétuel donne ensuite lecture dune lettre que 
M. Nyrop, correspondant de l'.-Xcadémie, lui adresse à l'occasion 
de la signature de l'armistice : 
« Monsieur, 

« A l'occasion de l'heureux armistice, j'ai l'honneur de pré- 
senter à l'Académie des inscriptions et belles-lettres mes félici- 
tations les plus sincères, les plus vives, les plus enthousiastes. 
La guerre maintenant est finie, et le monde est délivré du eau- 



'i.7S SKANCK nr H di^xemhhk 1î.)18 

chemar des dévastations, des déportations, des tueries. Les 
li.iiniiies poutioiit (le nouveau respirer librement; la chanson et 
le sourire \-onl renaitre. Dans un tel moment, toutes nos pensées 
et tous nos sentiments se tournent vers la France ; nous sommes 
pénétrés d'une reconnaissance profonde envers le pays qui a 
sauvé l'humanité, en écrasant le militarisme teuton. Gloire éter- 
nelle à la France, qui s'est battue pour la liberté du monde; 
car tout en se battant pour" elle-même, elle s'est battue pour 
nous tous, et surtout pour les petites nations. Notre gratitude 
est inlinie, et nous admirons, vénérons et aimons la l'^rance plus 
que jamais. 

•' Veuillez agréer, etc. » 

M. Héron dk V'ii.lefosse lait une communication au sujet 
d'une inscription découverte récemment sur le territoire de 
Rivières (Charente) ^. 

L'Académie procède aux élections pour le remplacement de 
deux membres ordinaires, MM. JBarth et î\L\spkro. 

Le PRÉsmENT donne lecture des articles du règlement concer- 
nant l'élection des membres ordinaires. Il rappelle ensuite les 
noms des candidats à la place de M. Barlh. Ce sont : par ordre 
alphabétique, MM. Bémoni, Mâle et Michon. 

Il y a 32 votants; majorité : 17 voix. 

Au premier tour, M. Bémont obtient 8 voix ; M. Mâle, 8 ; 
M. Michon, 13. Il y a trois voix perdues. 

Au deuxième tour, M. Bérnont obtient 11 voix ; M. Mâle, 16; 
M. Michon, 5. 

Au troisième tour, M. Bémont obtient 9 voix ; M. Mâle, 21 ; 
M. Michon, 1, 

En couséquenpe. M- Mâle, ayant oljtenu la majorité dps 
suffrages, est proclamé élu par le Président. Son élection sera 
soumise à l'approbation de M. le Président de la République. 

Il est procédé au scrutin poiir la seconde place vacan(.e. 

Lp Président rappelle, par ordre alphabétique, les nonis des 
candidats : MM. Bénédite, Delachenal, Porez, Iluart, Jeanroy, 
Lejay, Lotb, Martha, Mpret et Vernes. 

1. A'^oir ci-après. 



sÉANCf! DU 6 DÉcEMimi: 191 H 479 

Au premier tour de scrutin, M. Bénédite obtient '2 voix ; 
M. Delachenal, 4; M. Dorez, 1 ; M. Huart. 5; M. Jeanroy, 3; 
M. Lejay, 5; M. Loth, i; M. Martha, 5.; M. Moret, 1; 
M. \'ernes, 2, 

Au deuxième tour. M. Bénédite obtient 1 voix; M. Delij- 
chenal, 5; M. Dorez, 4; M. Huart, 5; M. Jeanroy, 1 ; M. Lejay, 
3 ; M. Loth, 9 ; M. Martha, 4. 

Au troisième tour, M. Bénédite obtient 2 voix ; M. Dela- 
chenal, 3; M. Dorez, I ; M. Huart, 13; M. Lejay, 5; ^L Loth, 
8; M. Martha, 2. 

Au quatrième tour, M. Delachenal obtient 1 voix ; M. Huart, 
l.*) ; M. Lejay, 2 ; M. Loth, 12 ; M. Martha, 2. 

Au cinquième tour, M. Huart obtient 15 voix; AL Lejay, I ; 
M. Loth, 15; M. Martha, 1. 

Au sixième tour, M. Huart obtient 15 voix; M. Lejay, 1 ; 
M. Loth, 15. Il y a un bulletin blanc. 

Au septième tour, M. Huart obtient 16 voix; M. Loth, 15. 
Il y a un bulletin blanc. 

.Au huitième tour, M. Huart obtient 1(3 voix ; M. Loth, 15. Il 
y a un bulletin blanc. 

Après le huitième tour, l'Académie décide de ne pas continuer 
le vote. La date de la reprise du scrutin sera fixée dans la pro- 
chaine séance. 



COMMUNICATION 



INSCRIPTION ROMAINE DE RIVIÈRES (cHARENTe), 
PAR M. HÉRON DE YILLPFOSSE, MEMPHE DE l' ACADÉMIE. 

L'inscription romaine que je présente à l'Académie vient 
d'être découverte sur le territoire de la commune de 
flivières (Charente), au lieu dit La Garenne, dans le voisi- 
nage et au Nord-Ouest de La Rochefoucauld. On en doit la 
connaissance à M. le docteur Jules Lhomme, médecin à La 
Rochefoucauld, qui, après en avoir relevé le texte, a trans- 



f. o 



SO iNscnirrH^N uo-maine df. rivifres 

is sa copie à M . de ^'epl\ . conservateur du Musée archéo- 
o^ique de Rouen. Ce dernier s'est empressé de l'envoyer à 
M. Camille Jullian. Retenu loin de Paris, notre confrère 
m'a fait parvenir cette copie en me priant de la communi- 
([uer en séance. 

La pierre est demeurée entre les mains du proj)riétaire 
qui l'a trouvée ; c'est une dalle trian<^ulaire qui est actuel- 
lement brisée en trois morceaux. Le rapprochement des 
frag-ments permet de constater qu'elle mesure exactement 
1 "' 22 de long^ueur sur '" 43 de larjifeur. Entourée d'un 
encadrement muni de queues d'aronde à droite et à g-auclie, 
l'inscription se compose de six lig-nes : 

IVLIA IV^ALLA• MALLV?ONfs 
FIL • NvMl^BVS • AVGVSTORVM ET 
DEAE DAMONAE MATVBERGI^ 
NI OB MEMORIAM SVLPICIAE 
SILVANAE • fLiAE SVAE DE SVO 
POSVIT 

Copie de M. le docteur Jules Lhomme. 

A la ligne 3, dans Matuberginni. le dernier jambage du 
M initial a été enlevé par la cassure de la pierre. Dans le 
même mot, ainsi que dans Malluronis. nutninihus, filiae, 
se I sont conjugués avec L. M et N. Le centre des O est 
marqué d'un point, particularité que Ion constate égale- 
ment dans deux autres inscriptions de l'époque d'Auguste, 
découvertes à Saintes, l'une vers 1844 ', l'autre en 1887 
dans le mur septentrional des jardins de l'hospice 2. 

Jullia Malla Malluronis fil[ia) numinihus Augustorum 
et deae Damonae Matuberginni (?) ob memoriam Sulpiciae 
Silvanae fîliae suae de suo posuit. 

Le mot Matuberginni qui suit le nom de Damona n'avait 

1. Corp. inscr. lai., l. XIII, 1048. 

2. Ihid., 1041. 



INSCRIPTION ROMAINE DE RIVIÈRES 48i 

pas encore été rencontré. C'est vraisemblablement une épi- 
thète destinée à caractériser la déesse et empruntée à une 
désis^nation topogTaphique locale ; elle oiïre un caractère cel- 
tique bien prononcé. Mafu, terme auc(uel les celtisants 
s'accordent à reconnaître la signification (V « ours » ou de 
« pourceau », entre dans la composition de plusieurs mots 
d'orig-ine gauloise ; on le trouve soit au commencement de 
certains noms indigènes tels que Matugenos. Matugenus, 
Matugentus, Matumarus soit à la fin comme dans Ratoma- « 
tus. Teutomatus'. Berg évoque l'idée d'une « montagne » 
ou dune « colline ». Ce second terme entre dans la com- 
position de quelques noms de lieu, Bergida, Bergintrum, 
Bergomon. Bergusia"; la localité appelée Villeneuve- de- 
Berg dans l'Ardèche paraît emprunter à ce vocable celtique 
l'appellation qui complète son nom. Le même terme se 
retrouve dans le nom de Bero-imus, le dieu local deBrescia^. 
La juxtaposition de ces deux termes semble donc désigner 
le point où la déesse Damona était honorée et oii l'inscri- 
ption a été trouvée. Dans le langage indigène, ce point 
aurait porté le nom de « colline de l'ours » ou « du pour- 
ceau ». 

On sait que Damona est la compagne d'Apollon Borvo, 
le dieu des eaux salutaires. Borvo et Damona sont ordinaire- 
ment honorés ensemble à Bourbon-Lancy ^ et à Bourbonne- 
les-Bains'' dont les eaux célèbres étaient déjà fréquentées 
dans l'antiquité. Dans les villes d'eau de la Narbonnaise, 
le dieu Borvo devient le dieu Bormanus, notamment àAix- 
en-Provence ^ et à Aix près de Die où la parèdre de Bor- 

1. Cf. Holder, Alt-celtischer Sprachschaiz. 

2. Holder, op. cit. On trouve une fiergine citutan dans Festus A vie- 
nus, Ora maritima, 690. 

3. Corp.'inscr. laf., t. V. p. 358: n"» 4200 à 1202. i98i. 

4. rhiiL. t. XIII, 2805 à 2808. 

5. Ibid., 3911 à 5920. Le nom de Damona n'apparaît isolément que dans 
une seule inscription votive de cette localité, n. 5921. 

6. Ibid., t. XII, 494. 



iS2 INSCniPTION KOMAINE DK ItlVlftURS 

lUiinus est appek^e Bonnnna '; dans les inscriptions d'Aix- 
les-Balns on relève les deux formes, Bormonus et Borvo-. 
A Chassenay près d'Arnay-le-Duc (Côte-d'Or), Damona 
est associée au dieu Albius qui doit être une autre person- 
niliealitMi d'Apollon et qui représente aussi un dieu des 
sources bienfaisantes '^ 

Il était donc important de savoir si la colline sur 
laquelle a eu lieu la découverte possédait une source. 
» M. le docteur Jules Lhomme, a\iquel je me suis adressé 
pour obtenir ce renseignement, a pris la peine de retourner 
sur l'emplacement même de la découverte ; il a bien voulu 
m'écrire, le 22 novembre, en me rendant compte, en ces 
termes, de son enquête : 

En ce qui concerne l'existence d'une source, je m'en étais 
déjà préoccupé, connaissant, bien que profane, Borvo et son 
associée Damona. Il n'y a pas de source et, de mémoire d'homme, 
il n'y en a jamais eu. Mais à la suite de votre lettre je me suis 
livré à une nouvelle investigation et je suis convaincu que la 
soupoe existait autrefois. Au pied du coteau, en effet, le sol est 
à un certain endroit constamment imprégné d'eau, même en 
temps de sécheresse; dans la saison pluvieuse, il y a, paraît-il, 
une sorte de petit marais. En outre, j'ai constaté un peu plus 
loin l'existence d'un puits alimenté par 1^ nappe d'eau souter- 
raine qui représente actuellement la squrce, disparue à une 
époque plus ou moins reculée. 

Dans la partie inférieure de la vallée tous les cours d'eau 

1. Corp. inscr. lat., 1561. 

2. /ijd., 2443 et 244i. Le baigneur d'Ai.v-Ies-Bains qui invoquait le dieu 
des eaux dans cette localité sous le nom de Bopvo devait être un habitant 
de la Lyonnaise. 

3. Le vase do bronze découvert à Cliassenay poi-te la dédicace deo 
Albio et Dmnojiae [Corp. inscr. lat., t. XIII, n. 2840). Albius a été rappro- 
ché de Cundidus qui accompagne le nom de Borvo dftns une inscription 
d'Entrains [ibid., t. XIII, n. 2901) Une statue colossale en pierre trouvée 
dans cette dernière localité olYre limag-é d'Apollon dont Borvo est la per- 
sonnification indigène (Espérandieu, Becueil générfil d^s bas-reliefs, 
n. 2243). 



INSCRIPTION ROMAINE DE RIVIÈRES 483 

afïUients de la Tardoire, el la Tardoire elle-même, disparaissent 
peu à peu à travers les failles ou les eirontlrements du calcaire 
jurassique qui comblenl le sous-sol; quelques-uns de ces cours 
d'eau qui faisaient, il y a un siècle, tourner les moulins ont 
totalement disparu. 

Dans le voisinag-e du lieu de la découverte, M. le docteur 
Lhomme a constaté la présence de nombreux tessons de 
tuiles à rebord et celle de quelques pierres taillées qui 
semblent avoir appartenu à un appareil de maçonnerie. On 
y avait trouvé un vase ou frag-ment de vase en terre rouge 
qui a été détruit. Dans l'habitation voisine, on conserve 
une meule gallo-romaine en parfait état. 

Ces divers indices amènent à penser qu'il devait y avoir 
sur la colline où la pierre fut recueillie un petit sanctuaire, 
un « fanum », analogue à ceux que M. de Vesly a décrits 
et dont il a retrouvé les substructions sur de nombreux 
points du pays normand ^ une de ces chapelles consacrées 
à des dieux locaux, si répandues dans toute la Gaule-. Des 
observations faites sur le terrain par M. de Vesly, il résulte 
que les sanctuaires de cette nature retrouvés en Normandie 
sont toujours situés sur des hauteurs, à la naissance d un 
vallon que sillonne une grimpette et à proximité d'une voie 
romaine 3. M. le docteur Lhomme a pu constater que la 
découverte faite en Saintonge se présentait dans les mêmes 
conditions : le coteau, le vallon, le bois et aussi le raidillon 
qui conduit du vallon au sommet du coteau sont reconnais- 
sablés au lieu dit La Garenne ; une voie romaine dont une 
portion subsiste très bien conservée passait dans le voisinage. 
Ces « fana » sont parfois mentionnés dans les monuments 



1. L. de Vesly, Les «fana n ou petits temples gallo-romains de la région 
normande, a.vec 11 pi. et 4i fig., 1909; cf. Bull, archéol. du Comité, I90i, 
p. 62-"8; 1905, p. 5-15. 

2. Cf. lîulliol. Le temple du Monl de Sène à Santenay [Côte-d'Or], 21 pi., 
dans Mém. de la Société éduenne. Ht, 1874, p. 139. 

3. L. de Vesl^-, op. cit., p. 116 à 118. 



484 INSCRIPTION ROMAIN K DE RlVlèfiRS 

épi^raphi(iuos. Une inscription de Trêves (Lôwenbruclicn) 
notamment, consacrée à Mars Iniarabus par deux hommes, 
^'ictorinus et Mallus, indique la restauration d'un 
« fanum »:... fanum et siniulacrum a fund a mentis ex voto 
restituerunt '. 

Il est certain qu'il serait utile de faire une fouille métho- 
dique sur le coteau de la Garenne afin d'éclaircir plus com- 
plètement la question. 

La rareté des textes romains -dans la Saintong-e où, en 
dehors de Saintes, d'Angoulême et d'Aulnay, on n'a pour 
ainsi dire rencontré aucune inscription romaine, rend la 
découverte de Rivières fort intéressante. Elle montre la diffu- 
sion du culte de Damona dans l'Ouest de la Gaule où aucun 
monument votif en l'honneur de cette déesse n'avait encore 
été sig-nalé; elle fait voir que Damona était quelquefois 
honorée seule et que son culte n'était pas nécessairement 
lié k celui de Borvo, comme les textes de Bourbon-Lancv 
et de Bourbonne-les-Bains pouvaient le donner à penser. 

Il faut espérer que cette pierre inscrite trouvera un asile 
dans un musée de la région, dans celui d'Angoulême, par 
exemple, où sa place semble indiquée; elle y grossira avan- 
tageusement le groupe encore un peu mince des textes 
épigraphiques de l'époque romaine. Je félicite M. le docteur 
Lhomme d'avoir sauvé ce précieux monument, je le remer- 
cie de l'empressement et de la bonne grâce qu'il a mis à 
nous le faire connaître. 



1. Corp. inscr. Ut., t. XIII, 3653. — Linscription de Trêves renferme le 
nom propre Mallus, forme masculine de Malla que présente l'inscription 
de Rivières. 



stA.Nct: Di" 13 DÉcEMhRt 1018 1-80 

LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel présente, au nom des auteurs, les 
ouvrages suivants : 

M. Prou, Comptes de la Maison de l'aumône de Saint-Pierre de 
Rome (juin 128o-mai 1286), Paris, 1918; 

Franz Gumont, Comment la Belgique fut romanisée. Essai his- 
torique (extrait des Annales de la Société royale d'archéologie dn 
Bruxelles, tome XXVIH, 1914) ; 

Le P. de Foucauld, Dictionnaire abrégé français-touareg dia- 
lecte Dhoggar], publié par R. Basset, tome I (Alger, 1918). 

Il dépose en outre sur le bureau les périodiques suivants : 

La Revue Savoisienne, publiée par l'Académie florimontane d'An- 
necy, o9e année, 1918, 3« trimestre (Annecy, 1918); 

Proceedings of the American philosophical Society, vol. LMl, 
1918, n» (Philadelphia , 1918). 



SÉANCE DU 13 DÉCEMBRE 



PRÉSIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

Le Secrétaire perpétuel communique une lettre de M. le Mi- 
nistre de la guerre, invitant l'Académie à désigner un de ses 
membres pour faire partie de la Commission nationale des sé- 
pultures militaires. 

Lecture est donnée ensuite d'une lettre par laquelle M. Henry 
Cochin pose sa candidature au siège de membre libre devenu 
vacant parla mort de M. le marquis de Vogué. 

M. Gh. Diehl lit la note suivante : 

« La Légation de Grèce me communique un télégramme 
d'Athènes, que lui adresse la Société des éludes byzantines. Ce 
télégramme signale des faits qui me semblent de nature à inté- 
resser l'Académie. 



(86 SKANCE Df 13 DÉCICMIUIE 1018 

« Kii oviiciKint Ja Macédoine oriculalc, les Iroupes bulgares 
se sont comporlées (l'une façon qui ne rappelle que Irop ce qui 
s'est passé dîtns nos déparlemenls envahis. Sans parler des dé- 
sastres de tdul ordre qu'elles oui l'ait subir à ces malheureuses 
régions, elles ont emporté ou, quand le temps a manqué pour 
les emporter, elles ont détruit nombre de monuments précieux 
datant de l'époque by/antine. C'est ainsi qu'au monastère de 
Saiul-Jean Prodrome, près de Serrés, qui futl'ondé au xni"siècle, 
elles ont enlevé les chrysobulles conservés dans ses archives, des 
icônes admirables, des boiseries d'une haute valeur artistique, 
des orfèvreries de prix ; la moitié de la bibliothèque a été em- 
portée ; le reste, comprenant des manuscrits intéressants, a été 
brûlé. Dans la région du mont Pangée, le monastère de la 
Cosiphenissa a subi le même traitement. De précieux vêtements 
sacerdotaux, des croix jadis données au couvent par un prince 
de Moldovlachie, des manuscrits illustrés des Kvangiles, dont 
l'un avait été, au xiv* siècle, écrit, dit-on, de la main de l'empereur 
Jean Gantacuzène, ont été enlevés. Le monastère lui-même a été 
complètement détruit. Enfin, dans la ville de Serrés, les églises 
des ïaxiarques et de S'*-Paraskévi ont été démolies : et si les 
précieuses mosaïques du xi*^ siècle qui ornent la métropole ont 
échappé à la ruine, en revanche les richesses du trésor ont été 
entièrement pillées. 

(( Ce sont là des actes d'un vandalisme odieux et lamentable, 
semblables à ceux dont nous avons souHèrt et qui ne doivent 
pas davantage demeurer impunis. On a dit justement que, 
durant ces quatre années de guerre, un compte terrible s'était 
ouvert de peuples à peuples : en Orient comme en Occident, il 
faut que le compte soit payé. » 

Le Président rappelle que la date où sera reprise l'élection 
du successeur de M. Maspero, interrompue le 7 décembre, après 
le 8' tour de scrutin, doit être fixée aujourd'hui. II propose de 
choisir le 10 janvier, étant entendu qu'il n'y aura ni candida- 
tures nouvelles, ni expositions de titres, ni désistements. 

Après un échange de vues, l'Académie renvoie la suite de la 
discussion au 10 janvier. 



SÉANCE DU 20 DÉCEMfîRE 19 (S iSl 

LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaibe perpétuel dépose sur le bureau les ouvrages et pé- 
l'iodiques suivants : 

C. JuUian, Notes gallo-romainex (exlr. du t. XX, n° :\, juillet- 
septembre 1918, de la Revue des éludes anciennes ; 

J.-A. Brutails et P. Courteault, Notions élémentaires d'histoire 
girondine, des origines à /7S9 (Bordeaux, 1918); 

O. Tafrali,La Roumanie transdanubienne (la Dobroiidja). Es(juisse 
géographique, historique, ethnographique et économique (Paris, 

1918) ; 

rï(.)fY'Oî Oî-/.ov6ji.o;, '0 lojtJT'.viavo; iv ©EaaaXovtx^ (extrait de 
rAs/ato).OYtxT) 'Ea-ri[jL£pi?, 1918; 

Bulletin et Mémoires de la Société archéologique du département 
d'Ille-et-V Haine. Tome XLVI, première partie Rennes, 1918) ; 

Journal of the Royal Institute of British Architects, vol. XXVI, 
third Séries, n° 1, nov. 1918; 

London University Gazette, vol. XVIII, n° 205, avec Supplément. 



SÉANCE DU 20 DÉGEMBUK 



PRÉSIDENCE DE M. PAUL GIRARD, VICE-PRESIDENT. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture du décret approuvant 
l'élection de M. Mâle comme membre ordinaire en remplace- 
ment de M. Paul Meyer, décédé. Il introduit ensuite M. Mâle 
et le présente à l'Académie. 

Le Président adresse au nouvel élu quelques paroles de bien- 
venue et l'invite à prendre place parmi ses confrères. 

Le Secrétaire perpétuel communique une lettre de S. E. le 
comte Bonin-Longare, ambassadeur d'Italie, annonçant pour la 
séance de ce jour la visite de S. M. Victor Emmanuel III à 
l'A'cadémie. 

Après quelques instants d'attente, le Président, avec le 
Secrétaire perpétuel et M. Babelon faisant fonction de vice- 



ISS sKAMii-; 1)1 20 DKCK.MnnK r.MS 

présidciil, se porte .iii-devanl tlu roi d'Iliilie, <{ui vieiil, accom- 
pagné de M. le Président de la République, pour assister à la 

séance. 

Heçuc par le Bureau en haut de l'escalier, Sa Majesté est 
introduite dans la salle et prend place sur le premier ranj; de 
sièges, à droite du Bureau. 

Le Président lui adresse l'allocution suivante : 

u Sire, 

« Que \'otre Majesté soit la bienvenue dans cette salle austère 
et sans parure, cadre habituel de nos travaux, où nous a fait le 
plaisir de la guider jusqu'à nous M. le Président de la Répu- 
blique, auquel ces lieux ne sont point étrangers. 

« Notre premier sentiment, en recevant chez nous l'Hôte 
illustre de la France, est un sentiment de vive admiration et de 
profonde reconnaissance pour la généreuse Italie qu'il incarne 
à nos yeux. Car, si c'est ici la demeure de la science sereine, qui 
poursuit patiemment et silencieusement ses investigations sur 
le passé, si les temps les plus lointains, parfois, attirent et 
retiennent nos esprits, nos cœurs sont toujours prêts à palpiter 
aux grands spectacles que leur offre le présent, et en fut-il, dans 
les tragiques années que nous venons de vivre, un plus beau, 
plus réconfortant pour des cœurs français, mieux fait pour les 
soutenir dans la lutte gigantesque qui à peine s'achève, que celui 
de l'Italie entrant dans la guerre pour la Justice, et y déployant 
ses qualités héréditaires de bravoure et d'audace jusqu'à la 
victoire qui a si magnifiquement couronné son effort? Ces faits 
sont trop vivants dans notre mémoire pour n'être point évoqués 
tout d'abord devant Votre Majesté, et Elle me permettra d'y 
associer le souvenir de cette fraternité d'armes qui, sur les 
champs de bataille d'Italie et de France, a scellé pour toujours 
l'amitié de deux peuples frères par le génie comme ils le sont 
par leur commun amour de la Liberté. 

« Mais il existe un lien plus délicat, et, si j'ose dire, plus intime 
entre votre Auguste Personne et l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres : c'est le goût de l'histoire et des documents qui 
nous la révèlent, c'est la curiosité qui a porté de bonne heure 
Votre Majesté vers ces monuments si étrangement révélateurs 
dans la sobriété de leur décor, que sont les monnaies. 



SÉANCE DL" 20 DECEMBRE 191 (S 489 

ft Une œuvre a pris nai!^sance à Rome, qui n'avait jamais été 
tentée, et dont Tanonymat n'a plus de secret pour les spécia- 
listes : six beaux volumes, pourvus de planches admirablement 
exécutées, et cpie d'autres doivent suivre, placent sous nos yeux, 
classées et sommairement décrites, les séries monétaires de l'Ita- 
lie du moyen âge, en commençant par celles de la glorieuse et 
très ancienne Maison de Savoie. 

(( Ce n'est pas le lieu d'insister; tous ceux qui sont ici savent 
les titres considérables d'un Souverain laborieux jusque dans le 
domaine de la science pure, à qui, il y a trois ans, notre 
Académie ouvrait spontanément ses portes, sans oser croire 
qu'un jour, avec la simplicité charmante qui Le caractérise. 
Il les franchirait, accompagné de Son Altesse Royale le Prince de 
Piémont, dont la jeunesse apprend, si elle l'ignorait encore, en 
quelle estime les savants de France tiennent le Savant couronné 
auquel l'unissent de si tendres liens. 

« Sire, dans cette visite qui comble nos vœux, nous nous plai- 
sons à voir un heureux [)résage. Notre plus cher désir, dans 
l'apaisement que va connaître enfin le monde, serait de nouer 
avec les Académies et les grandes Sociétés savantes des pays 
alliés ou associés de la France des relations scientifiques d'un 
caractère durable, pour le plus grand bien de l'avenir. La pré- 
sence parmi nous de Votre Majesté ne peut que nous alFermir 
dans notre dessein. Elle est comme le premier et éclatant sym- 
bole de cette union intellectuelle des peuples qui ont lutté et 
souffert pour le même idéal, et qui se rapprocheront en vue 
dune activité concertée et féconde dans toutes les formes que 
revêt la pensée. 

« Je prie Votre Majesté de vouloir bien, en souvenir de ce 
jour, pour nous inoubliable, accepter un exemplaire, spéciale- 
ment frappé pour Elle, de notre médaille académique. Il porte 
une date doublement chère à nos cœurs, 1915, l'année de l'in- 
tervention de l'Italie dans la guerre et celle où son Roi prit rang 
dans notre Compagnie. » 

La médaille est remise au Roi. 



1918 33 



illO SÉANCE DU 20 décemuhk PJlS 

S. M. i.i: Hoi Vicron-lvMMVMiiii, III rc'pond en ces lerincs-: 

(* Il m'est spécialemenl agréable, Monsieur le Présidonl, île 
recevoir ici, clans ce sièj^e austère et célèbre de recherches 
scientiliquos, une manifestation nouvelle de cette sympathie et 
de cette amitié si cordiales et si spontanées, dont, depuis hier, 
j'ai eu les preuves réj)étées. 

« Nos deux nations viennent de iccncillir des lauriers immor- 
tels sur les champs de bataille, dans une lutte sans merci pour le 
triomphe de la civilisation, sup[)ortant, avec une vaillance dont 
l'histoire tlu monde se souviendra, les plus dui's sacrifices. De 
môme, je souhaite ardemment que la [•'rance et l'Italie, dans un 
esprit de parfaite communauté de sentiments et d'aspirations, 
puissent couronner cet édifice glorieux par une collaboration 
fructueuse dans les choses de la science et des l'echerches histo- 
riques. 

« Je vous remercie, Monsieur le Président, pour les expressions 
si aimables que vous avez bien voulu m'adresser, concernant les 
études auxquelles mes loisirs m'ont permis de donner une con- 
tribution personnelle. Je souhaite que ces études puissent éga- 
lement aider, pour leur part, à établir un nouveau point de 
contact avec les hommes de science de nos deux pays. » 

M. Babelon fait une lecture sur la devise FEKT qui figure 
sur les monnaies italiennes^. 

Avant de se retirer. Sa Majesté signe la feuille de présence, 
ainsi que M. le Président de la République. 

Après le départ du Roi d'Italie, le Pkésident proclame les noms 
des correspondants nationaux, de l'associé étranger et des cor- 
respondants étrangers élus en comité secret. 

M. Henri Pirenne, professeur à l'Université de Gand, est élu 
associé étranger en remplacement de M. von Wilamowilz- 
Moellendorlî, rayé des listes par le décret du 28 mai 1915. Son 
élection sera soumise à l'approbation de M. le Président de la 
République. 

1. Voir ci-après. 



SEANCE DL 20 DÉCEMBRE lÔiS 49i 

Sont nommés correspondants étrangers, à la place des quatre 
s avants allemands rayés des listes de TAcadémie par décision 
du 23 octobre 1914 : 

MM. Henrv Vignaud, conseiller honoraire à lambassade des 
États-Unis, à Bagneux (Seine); 

Rév. Archibald Sayce, professeur d"assyriologie, à Oxford ; 

Mgr Ladeuze, recteur de l'Université de Louvain ; 

M. Emanuele Rizzo, professeur d'archéologie, à Naples. 

Sont élus correspondants nationaux, en remplacement de 
M. Gh. Bayet : M. Alfred Leroux, archiviste honoraire de la 
Haute-Vienne ; et en remplacement de M. Emile Guimet : 
M. Masqueray, professeur à la Faculté des lettres de l'Univer- 
sité de Bordeaux. 



i92 



COMMUNICATION 



FEllT, 

PAU M. E. I5A.BEL0N, MEMBRK DE l' ACADÉMIE. 

Tout le monde sait que les monnaies d'argent actuelles 
du royaume d'Italie portent sur teur tranche le mot FERT, 
trois fois répété. 

L'Union monétaire conclue en 1865, gage de la bonne 
entente des deux nations sœurs, en popularisant en France 
les monnaies italiennes, a, pour ainsi dire, proposé à tous 
l'énigme de ces quatre lettres : leur interprétation a donné 
lieu, des deux côtés des Alpes, et même dans d'autres pays, 
à toute une littérature '. Pas plus que d'autres, je ne suis en 
mesure, — je le déclare tout de suite, — d'en donner une 
explication pleinement justifiée. Mais la récente publi- 
cation du Corpus nummorum italicorum, en fournissant 
sur la question tous les éléments numismatiques qu'on 
peut souhaiter, permet d'en poser les termes avec une pré- 
cision chronologique qui faisait, en partie, défaut avant 
l'apparition de ce royal Recueil dont six volumes grand 
in-4° ont déjà vu le jour. L'ouvrage entier en comprendra 
vingt ; si bien que lorsqu'il sera achevé, le Corpus nummo- 
rum italicorum n'aura son équivalent dans aucun autre 
Etat de l'Europe, aussi bien par la méthode scientifique 
avec laquelle il est conçu qu'en raison de sa belle exécu- 
tion matérielle et de son ampleur nationale 2. 

1. Voir, en dernier lieu : Fregni (Giuseppe). Dai Sabaudi agli Esteiisi, 
e cioè dalla parola FERT nelle monete e negli stemmi dei conti e duchi 
di Savoia e re dltalia al molto WORPASS WORBAS degli Estensi a Fer- 
rara. Modena, Società tip. modenese, 1917, in-S", 20 pages. 

2. Corpus nummorum italicorum. Primo tentalivo di un Calalogo 
générale délie monete medievali e moderne coniate in Ilalia o da Italiani 



FERÏ 493 

D'abord, à quelle date le mot FERT fait-il son appari- 
tion sur les monnaies italiennes ? 

Il suffit d'ouvrir le premier volume du Corpus pour 
constater que le prince dont le nom accompagne pour la 
première fois le mot FERT sur les monnaies est Amé- 
dée VIII, qui rég:na de 1391 à Uol '. 

Amédée VIII, dont la mère. Bonne, fille de Jean, duc de 
Berry, était française, épousa lui-même une Française, 
Marie, fille de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. En 
1416,1e comté de Savoie fut érigé pour lui en duché ; c'est 
lui qui, devenu veuf, devait être élu pape sous le nom de 
Félix V. 

Le mot FERT paraît sur les monnaies de la première 
période de son règne, c'est-à-dire avant qu'il eût pris le 
titre de duc. Mais, outre ces pièces qui portent son nom, et 
par là sont bien datées, il en est d'anonymes, sur lesquelles 
le mot FERT est également inscrit : ce sont d'abondants 
quarti di grosso, avec la légende : Cornes Sabaiuliœ, in Ita- 
lia, marchio, sans nom de souverain ~. Le Corpus fait juste- 
ment remonter les plus anciennes de ces pièces anonymes 
jusqu'au milieu du xiv® siècle, c'est-à-dire au règne d'Amé- 
dée VI, ce prince fameux dans l'histoire de la chevalerie 
sous le nom de comte vert. Il épousa, lui aussi, une Fran- 
çaise, Bonne de Bourbon. 

Amédée VI fonda, vers le milieu de son règne, en 1362, 
l'Ordre militaire du Collier, qui devait devenir, à partir 
d'Amédée VIII, lOrdre de l'Annonciade. Il lui donna pour 
devise le mot FERT. Ce mot est inscrit plusieurs fois sur 
le collier de l'Ordre, alternant avec des lacets de soie ou 
cordelettes nouées qu'on appelle en terme de blason des 

in altri paesi. Vol. I. Casa Savoia. Roma, 1910, ^rand in-4°. Les tomes cin- 
quième et sixième étaient en cours d'impression au déjDut de la guerre, 
en 1914 ; achevés depuis lors, les circonstances n'ont pas encore permis 
de.les distribuer, du moins hors de l'Italie. 

1. Corpus, t. I, p. 33. 

2. Corpus, t. I, p. 31 1 



i9i- ^'ERT 

lacs d'amoui'. Il est donc tout naturel d'adiuellre (jiie c'est 
aussi à partir de cette date (13G2) que le mot FE HT fait 
son a[)parition sur les monnaies anonymes. Il y remplace 
le nom du prince qui l'a choisi pour devise et il suflit à le 
désii;-nor. (Test du collier de l'Ordre que le mot FEHT et 
les lacs damour passent dans le champ des monnaies. 

Il résulte de cette constatation que ce n'est pas dans 
la numismatique qu'il faut chercher rori«i:ine et l'explica- 
tion de la devise FERT : elle est antérieure à son appari- 
tion sur les monnaies. 

Le problème qui se pose, — les monnaies écartées, — 
est de savoir si la devise a été créée seulement en 1362 
pour l'Ordre du Collier, ou si elle était déjà, antérieure- 
ment, la devise de la Maison de Savoie. 

Dans le répertoire allemand de Schlickeisen, publié en 
1882 % cet auteur dit que le mot FERT fait, pour la 
pi-emière fois, son apparition sur le tombeau de Thomas II, 
comte de Savoie, qui mourut en 1233, c'est-à-dire cent 
vingt-neuf ans avant la création de l'Ordre du Collier. Le 
tombeau auquel il est ainsi fait allusion se trouve dans la 
cathédrale d'Aoste, à côté du maître-autel. Il représente un 
chevalier gisant, les pieds appuyés sur un dogue couché, 
dressant la tête, qui a au cou un collier sur lequel on lit 
deux fois le mot FERT, en lettres gothiques, et à ce collier 
estappenduun médaillon timbré de la croix de Savoie '^ 

1. <c Le collier de cet Ordre, dit André Favyn, était composé de roses 
d'or émaillées de rouge et de blanc, jointes ensemble par un nœud et lacs 
d'amour de soie, couleur de poil, toutes couleurs et devises dédiées à la 
dame Vénus. Dedans ces lacs d'amour étaient entrelacées quatre lettres, 
FERT. » André Favyn, Le théâtre (Vhonneur et de chevalerie, p. 1484 
(1620, in-4'>).Cf. Samuel Guichenon, Hist. généalogique de la Maison royale 
de Savoie,i. I, p. 399 (1778, in-fol. i. 

2. Schlickeisen, Erklarang der Abkûrzungen aiif Miinzen der neueren 
Zeil, des Miitelalters und der Alterlhiims, 2° édition, par R. Pallmann et 
Droysen, p. 123 (Berlin, 1882, in-S"). 

3. Samuel Guichenon, Hist. généal. de la Maison de Savoie, t. I, p. 2M ; 
Litta, Famiglie celebri italiane. Savoia, pi. XXII. 



FERT 49o 

Mais ce tombeau est-il bien celui du comte Thomas II ? 
Schlickeisen paraît n'avoir pas connu les recherches des 
savants italiens, notamment le comte de Loche, Napione 
et Domenico Promis, qui, ayant fait une étude critique du 
costume et de l'armure du chevalier, ont conclu que 
l'époque où le monument fût sculpté est de beaucoup pos- 
térieure à celle où vécut le comte Thomas ■. D'après ces 
savants, il n'est sûrement pas antérieur au comte x\mé- 
dée VI, le fondateur de l'Ordre du Collier. D'où il résulte 
que Yé tombeau de la cathédrale d'Aoste, qu il ait été érigé 
tardivement à la mémoire du comte Thomas II, ou qu'il 
soit, comme cela est plus probable, celui d'un tout autre 
personnage^, ne saurait être invoqué pour soutenir que la 
devise FERT est antérieure à l'institution de l'Ordre du 
Collier, en 1362. 

Y a-t-il d'autres monuments en faveur de cette thèse ? 
Les sceaux de la Maison de Savoie publiés par Cibrario et 
Promis ne commencent, comme les monnaies, à porter le 
mot FERT qu'après la fondation de l'Ordre du Collier. 

On a cité, il est vrai, une charte de 1232, c'est-à-dire du 
temps du comte Thomas II, sur laquelle serait écrit, 
comme souscription, le mot FERT. C'est un diplôme par 
lequel le comte accorde divers privilèges à la ville de 
Ghambérj. On y lirait soi-disant : . . . rogatus scripsi et 
subscripsi et tradidi FERT ^ 

Mais Napione, dès 1820, a fait observer que les paléo- 
graphes lisent, au contraire, au lieu de FERT, le mot féli- 
citer en abrégé ; et, dit-il, ce qui confirme cette interpréta- 

1. Galeani Napione, Memoria sopra un antico moniimento altribuito a.1 
conle di Savoia Tommaso, clans les Memorie délia reale Accademia délie 
Scieaze di Torino, t. XXV, 1820, p. 93 et suiv. ; Luigi Cibrario et Dome- 
nico Promis, Sigilli ^e' priiicij>i di Savoia, p. 54 et suiv. (Turin, 1834, 
in-4°). 

2. On a dit que c'était le tombeau de Jean de Vienne, amiral de France, 
l'un des premiers chevaliers de l'Ordre du Collier. 

3. Napione, Memoria, p. 99. 



i9fi 



■KRT 



tion, c'est i\\ic dans un autre diplôme du comte Thomas, le ■ 
mot fcliciler est écrit clairement, en toutes lettres et à la 
même place '. Il est, en elFet, très vraisemblable que le mot 
FKKT ne doit ici son introduction (pi'à une faute de lec- 
ture d'im copiste moderne. 

Jusqu'à plus ample informé, je ne connais pas de monu- 
ment authentique avec le mot FEHT, (jui soit antérieur à 
la fondation de l'Ordre du Collier, en 1362. 

S'il en est véritablement ainsi^ il me semble que je suis 
autorisé à conclure que le mot FERT n'est rien d'autre que 
la devise qui fut créée et donnée avec le nœud d'amour, 
par Amédée VI, à l'Ordre du Collier. 

Ce point étant considéré comme acquis, quel sens faut-il 
attribuera cette devise FERT? 

S'agit-il là d'un mot mj^stérieux, magique, de bon 
augure, dont les princes de la Maison de Savoie, qui l'ont 
gardé depuis lors dans leur blason, avaient le secret ? 

.Est-ce le verbe latin fert, « il porte », dont l'appro- 
priation au collier de l'Annonciade est d'un sens assez 
vague, c'est vrai, mais non plus obscur ou subtil, après 
tout, que la plupart des devises analogues ? 

Ce mot FERT a, très vraisemblablement, à l'origine, un 
étroit rapport avec les lacets ou lacs d'amour qui l'accom- 
pagnent ou l'enlacent; d'où les récits plus ou moins fantai- 
sistes qui prétendent expliquer par une intrigue amoureuse 
de chevalerie la fondation de l'Ordre du Collier. Le collier 
enchaîne par ses nœuds, il porte l'amour, il est un gage 
d'amour, disait-on subtilement 2. Mais les modernes ont 
cherché plus loin son explication. 

1. Xapione, p. 100. Il ny a point à s'arrêter à l'idée que le mot FEUT 
devrait son origine première au mot féliciter abrégé. Il serait inadmis- 
sible, en dépit d'une certaine ressemblance paléographique, que la Chan- 
cellerie royale au xiv siècle se fùl méprise aussi grossièrement. 

2. S. Guichenon, op. cit., t. I, p. 111. « Le comte Amédée VI, ayant reçu 
de sa Dame la faveur d'un bracelet fait de ses cheveux tressés et cordon- 
nés en lacs d*amour, établit ledit Ordre de chevalerie. » André Favyn, 



FERT 



497 



Bien qu'à l'origine les lettres de cette devise ne soient 
jamais séparées par des points, mais serrées et pour ainsi 
dire attachées les unes aux autres, on a supposé que cha- 
cune délies était l'initiale d'un mot, dans une sentence 
maintenant oubliée. Cette opinion trouverait, a-t-on dit, un 
appui dans une mention des Comptes de la Maison de 
Bonne de Bourbon, la femme d'Amédée VI, en 1373 K II 
y est question d'une ceinture d'argent doré, à l'usage de 
« Monseigneur Amedée », ornée cum literis f radis sue 
devise, c'est-à-dire ornée des lettres brisées de sa devise 
FERT. 

Quel est le sens précis de ce mot fractis? On a pensé 
qu'il fallait comprendre par là que FERT était un com- 
posé de lettres isolées, en quelque sorte un mot brisé. 
Mais je crois, au contraire, que l'expression literis fractis 
vise la forme calligraphique des lettres qui sont, ai-je dit 
tout à l'heure, en écriture gothique, c'est-à-dire angu- 
leuses, aux jambages coupés droit, brisés, et non point en 
linéaments arrondis, comme dans l'écriture courante. Elles 
rompent, etVectivement, par leur aspect, l'harmonie des 
inscriptions qui les avoisinent sur les mêmes monuments ~, 

op. cit., p. 1483. Nous rappellerons que le collier de « lacs d'amour » por- 
tait en pendant sur la poitrine « une 0\ aie d'or émaillée, et dedans cette 
ovale, le cavalier saint Maurice, à cheval ». A ]iartir d'Amédée VIII, le 
médaillon cmaillé représenta l'Annonciation de la Vierge Marie, d'où le 
nom d'Ordre de la sania Annunziata. l'Annonciade. 'Litfa. Famiglie 
etc. Savoia, pi. XLIV). 

1. Cibrario et Promis, op. cit., p. 56. Libravit in emptione quatuor mar- 
charum argenti fini emptis pro una corriyia et uno chnjeUefo faciendis 
pro Amedeo de Sabaudia CVM LITEBJS FBACTJS SUE DEVISE, inclusis 
X franchis auri donatis magistro Petto Dorerio pro factura predictorum 
chapelleti et corrigie. 

2. Wattenbach Das Schriftwesen in Miitelalter. ^' éd. 1896) ne connaît 
pas l'expression litterœ fraclw. Toutefois, au moment où je corrige ces 
épreuves, mon confrère M. Prou me signale obligeamment, chez cet auteur, 
plusieurs e.\emples de fractura désignant une écriture différente de la 
rotunda (Wattenbach. p. 297. 298. '199) : il s'agit évidemment de l'écriture 
gothique, qu'on distinguait ainsi de la rotunda et de Vantiqua. Cf. aussi 
H. Omont, dans les C. iR. de VAcad. des inscr. et b.-lettres^ séance du 
27 décembre 1918 (ci-dessous, p. 501) 



i98 FEBT 

L'ariTunient est donc sans valeur. A mon avis, le mot 
fert est simplement le verbe latin. C'est sans aucune preuve 
que Ion admet que ses quatre lettres seraient les initiales 
de quatre mots. Cependant, dans cet ordre de recherches 
vaines, ling'éniosité des curieux s'est donné libre carrière. 
L'une des interprétations qui ont eu jusqu'à présent le 
plus de vo«i^ue est celle-ci : Fortitudo Ejus Rhoduni Tcnail,, 
formule qui présuppose que la devise remonte jusqu'à 
Amédée V le Grand ; elle serait allusive à l'exploit prétendu 
de ce prince qui, en 1316, aurait délivré l'île de Rhodes du 
joug des Turcs. Mais on sait que cette expédition est du 
domaine de la légende'. 11 est une autre interprétation qui 
a même été consacrée par la frappe d'une médaille en 1635. 
C'est une g-rande pièce d'argent de 10 scudi, à l'effigie de 
Victor-Amédée PS qui a pour légende : FOEDERE . ET * 
RELIGIONE . TENEMVR •^. 

Il est bien évident que cette inscription monétaire, dont 
les mots commencent par les lettres F. R. R. T., a eu 
pour but de fixer l'opinion sur le sens de ces lettres mysté- 
rieuses qui étaient déjà une crux intevpretum à cette 
époque. Mais cette explication, en dépit de la médaille offi- 
cielle qui la propose, ne saurait passer pour une tradition 
remontant à l'origine de l'Ordre du Collier. 

Bref, en résumé et comme conclusion, je dirai que la 
devise FERT n'est pas antérieure à 1362 et qu'elle fut 
créée, à cette date, par Amédée VI il Verde, spécialement 
pour l'Ordre du Collier. Elle prit place, à la même époque, 
sur les monnaies et dans les armoiries de la Maison de 
Savoie; elle y a persisté jusqu'à nos jours. 

Si l'on n'admet pas qu'il s'agit simplement du verbe latin 
fert^ « il porte », on se trouve entraîné à toutes sortes de 

1. S. Guichenon, op. cit., t. l, p. liO; Gab. Chiabrera, Amedeida, poeniâ, 
éd. de 1836 ; cf . Hiccardo Marini, dans la Rivista italiana di Namismatica, 
t. XXI r, 1909, p. 243. 

2. Corpus nummorum Italie, t. I, p. 32], n^ôS, et pi. XXII, 1. 



FERT 499 

conjectures et de jeux d'esprit pour en expliquer les lettres, 
isolément. Et puisque, depuis le xvii" siècle, sinon déjà 
antérieurement, chacun a brodé sur ce thème à sa fantai- 
sie, il nous sera bien permis de faire un choix parmi les 
interprétations récréatives qui ont été proposées. Or il en 
est une, — celle-là française, — qui a été imag-inée par 
André Favyn, dans son Théâtre dlionneiir, en 1620 '. Ce 
vieil auteur, s'inspirant de la traditionnelle bravoure des 
princes de la Maison de Savoie, interprète leur devise 
FERT par Frappez, Entrez, Rompez Tout. C'est à cette 
spirituelle combinaison de mots, que par sympathie sinon 
par raison scientifique, nous nous arrêterons, parce qu'elle 
se trouve être, aujourd'hui plus que jamais, de circons- 
tance, au moment où, sous l'étendard de la Maison de 
Savoie, les soldats de l'Italie, « frappant, entrant, rompant 
tout », viennent décrire, à nos côtés, la page la plus glo- 
rieuse de l'histoire de leur patrie, notre fidèle Alliée ~. 

1. André Favyn, » Parisien, advocat en la cour de Parlement », Le 
Ihéàlre d'honneur, p. 1484. 

2. M. le professeur Dino Miiralore, de l'Ecole l'oyale technique Lagrange, 
à Turin, a l'obligeance de ni'inl'ormer, trop tardivement pour que j'aie 
pu en profiter, qu'il est l'auteur d'un ouvrage illustré in-folio, intitulé : 
Fondazione deW Ordine del Collare délia SS. Annumiata (Torino, 1909), 
et d'une courte notice intitulée : Sul slgnificato del FERT sabaudo, publiée 
en 1916. 



:m 



LIVRES UFKllUrS 



Le SixuÉTAïuK PERPÉTiiEi. déposc sur le ))ureau le Bulletin de la 
Société historique et archéologique du Périqord, tome XLV, 3«= livrai- 
son, sepl.-oct. 1918 (Périgueux, 1918, in-S"). ^ 

M. UihiON DE Vii.LiiKossE offic à rAcadémie, au nom de M. G. Jean- 
ton, ancien élève diplômé de l'École des Hautes Éludes, juge d'ins- 
truction à Màcon, les publications suivantes: 

1» La Bourgogne à Paris au moijen âge. Notice sur les hôtels et col- 
lèges bourguignons du quartier latin et particulièrement sur V hôtel et 
le quartier des comtes de Mûcon (exlr. des Annales de V Académie de 
.Vacon,1906, in-8") ; 

2° Le servage en Bourgogne (1906, in-B") ; 

3» Les caractères particuliers de la Bourgogne méridionale. — Les 
peintres dorigine flamande à Tournus au XVI^ siècle (1916, in-8°) ; 

4» Notice sur la vie et l'assassinat de Jean Magnon, de Tournus, 
poète et historiographe du Boi (extr. des Annales de V Académie de 
Mâcon et du Bulletin de la Société des Amis des Arts de Tournus, 
1917, in-B") ; 

0» La parenté d'Érasme en Bourgogne (extr. des Annales de V Aca- 
démie de Mâcon, 1917, in-S") ; 

6° Les Commanderies du Temple Sainte-Catherine de Montbcllet et 
de Bougepont (extr. des Annales de l'Académie de Mâcon, 1918, in-S" ; 
7° Le Folk-lore tournugeois (extr. du Bulletin de la Société des 
Amis des arts de Tournus, 1919, in-8»). 

Ces diverses publications ont trait à l'histoire locale de la Bour- 
f^ogne, à ses institutions, à ses traditions, elles touchent aussi à son 
histoire artistique et littéraire, comme l'intéressante notice sur l'in- 
fortuné Jean Magnon. Elles nous révèlent un auteur bien informé de 
son sujet et qui sait puiser les documents dont il s'inspire aux 
sources les meilleures et les plus sûres. Les mémoires de M. Jean- 
ton peuvent être consultés avec confiance et lus avec profit. 



SOI 



SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 



PRÉSIDENCE DE M. ANTOINE THOMAS, ANCIEN PRESIDENT. 

M. Omont, à Toccasion du procès-verbal, rappelle que clans 
sa savante communication sur le mot Fert, devise de la maison 
de Savoie, notre confrère M. Babelon a cité un passage d'un 
compte de Bonne de Bourbon, femme d'Amédée VI, daté de 
1373, et où il est dit que cette devise était écrite lilteris fraciis. 
Le rédacteur de ce compte a très certainement voulu, comme 
Fa du reste remarqué M. Babelon, désigner ainsi l'écriture 
usitée couramment à partir du xiii" siècle et appelée plus tard 
gothique, dans le sens de vieux et de passé de mode, aussi 
improprement du reste qu'on l'a fait également pour l'architec- 
ture, selon la remarque récente de notre savant confrère, M. le 
comte de Lasteyrie *. 

La caractéristique de cette écriture, dite gothique, est l'absence 
dans son tracé de tout trait arrondi et la présence d'un plus ou 
moins grand nombre de brisures nettement accusées, d'où le 
terme de fractura, sous lequel on la trouve désignée dans diffé- 
rents textes rapportés par Du Gange 2, et aussi le nom de lexlus 
fractus, que lui donne l'auteur d'un recueil de modèles d'écri- 
tures, conservé sous le n° 8685 des manuscrits latins de la 
Bibliothèque nationale ^. Cette appellation subsiste encore 
aujourd'hui dans le vocabulaire des typographes d'Outre-Rhin; 
on y désigne les lettres gothiques sous le nom de Fraktur, par 
opposition au terme dWntiqua, usité pour les caractères 
i^omains. 

Lecture est donnée d'une lettre par laquelle NL le D'' Capitan 



1. Comptes rendus des séances de Vannée 1918, p. 122. 

2. Glossarium médise et infimse lalinitatis, éd. Didot, t. III, p. 387. 

3. \'oir un article de L. Delislc dans le Journal des Savants, cahier de 
janvier 1899, p. 60. 



502 SKANcu DU 2* m';ci::Miuti: 101 S 

pose sa candidature à la plate de membre libre devciuic 
vacante jiar la mort de M. le marquis de Vogiié. 

La correspondance comprend les lettres de remerciements de 
MM. II. X'ignaud et A. Leroux, nommés correspondants, et une 
lettre de M. Fougères, directeur de l'Ecole française d'Athènes, 
demandant à l'Académie de venir en aide à l'œuvre du sergent 
Ilébrard, architecte, grand prix de Rome, qui dirige, depuis 
deux ans, au nom du Service archéologique de l'armée d'Orient, 
les travaux de recherches et de r-estauration de l'église Saint- 
Georges de Salonique, — Renvoi à la Corumissiou Plot. 

Lecture est donnée ensuite d'une dépêche adressée au Prési- 
dent de l'Académie par M. Vito Volterra, président de V Associa- 
lion italienne pour rentente intellectuelle : 

« Association italienne pour entente intellectuelle vous prie 
accepter ses meilleures félicitations nobles paroles prononcées 
sur relations intellectuelles entre France et Italie, et exprime 
vœux les plus sincères pour réalisation initiatives destinées 
cimenter liens moraux et politiques entre les sœurs latines. » 

A l'occasion de la correspondance, M. le comte Durhieu com- 
munique une lettre qu'il vient de recevoir de M. le chanoine Van 
den Gheyn, le savant président de la Société d'histoire et 
d'archéologie de Gand, et archiviste de l'évêché. Celui-ci 
raconte à M. Durrieu que, tout au début de la guerre, il avait 
mis en lieu sûr les panneaux originaux de VAgneau mystique 
de Van Eyck, et qu'il a pu, en continuant à résister à toutes les 
menaces, ai'river à empêcher, jusqu'à la fin de la guerre, que 
cet incomparable trésor d'art tombât entre les mains des 
Allemands. 

M. le chanoine Van den Gheyn donne encore cet intéressant 
détail que, nonobstant toutes les entraves, la Société d'histoire 
et d'archéologie de Gand, a pu, durant les hostilités, tenir 
régulièrement ses séances, devenues aloV*s, sous la domination 
des envahisseurs, un véritable centre de cohésion morale et 
patriotique pour la cité belge. 



SÉANCE DU 27 DÉCEMnRE 1918 503 

M. HoMoixE communique une lettre de M. E. Gabriel, 
directeur du Musée de Palerme, qui niïre de publier dans les 
Monumenls Pi'ol un vase grec de son musée et, à cette occasion, 
exprime le vœu que des relations de plus en plus étroites se 
nouent entre les deux nations latines victorieuses. 

(( Mi auguro che nella nuova èra di pace, ottenuta dalle armi, 
dal valore e dalla IVatellanza latina, yli uomini di studio delT 
Italia e délia Francia vorranno senipre più strettamenle colla- 
borare nel campo scientifico. » 

M, HomoUe fait ensuite part à l'Académie du don fait à la 
Bibliothèque nationale par M. Gennadius, ministre honoraire de 
Grèce à Londres. En offrant ce volume des Moralia de Plutarque, 
imprimé à Bâie par Froben, en 1542, qui a appartenu à Aimé 
Martin, et où Charles Nodier reconnaissait la signature et des 
notes autographes de Rabelais, M. Gennadius est heureux, dit-il, 
d'assurer le retour en France de ce « joyau » de sa collection, 
dont il ne se jugeait que « dépositaire », comme un trait d'union 
entre la littérature grecque et française, ce symbole des liens 
séculaires qui unissent nos deux pays. Il choisit avec joie, 
ajoute-t-il, « le moment où la Grèce célèbre les victoires de la 
France... pour offrir ce volume en très humble témoignage de 
tout ce que la Grèce doit à la France ». 

L'Académie, pour se conformer au désir exprimé par M. le 
Ministre de la guerre, et dont il lui a été donné connaissance 
dans la séance du 13 décembre, procède à l'élection d'un 
membre de la Commission nationale des sépultures militaires. 

M. Babelon est élu. 

L'ordre du jour appelle le renouvellement du bureau de 
l'Académie. 

M. Paul Girard est élu à l'unanimité président pour l'année 
1919. 

Le Secrétaire f-erpétuel fait connaître à l'Académie que 
quatre membres qui, par rang d'ancienneté, étaient appelés, 
l'un à défaut de l'autre, à devenir vice-président, MM. Scheil, 
Jullian, Prou et Morel-Fatio, se voient obligés, pour différents 
motifs, de décliner cet honneur. 



oOi SEANi:i; i)L' 2*^ nÉCEMrmr; 1918 

Va) i-()iiso(iuciici.', M. Charles Diiciii. csl élu vicc-présideiil 
pour liinnée 1919, par 18 voix conlre 8 voix à M. Jimj.ian, 
1 voix au P. SciiEiL, el un bulletin marqué d'une croix. 

L'Académie procède ensuite à la nomination de diverses 
Commissions annuelles. — Sont élus : 

CoMMissu» ADMiMSTHATivE CENTRALE: MM. Alfred Croisct et 
Omont. 

Commission administrative de l'Académie: MM. Alfred Croisel 
et Omont. 

Antiqlutés dk la France : MM, Héron de Villefosse, de 
Lastevrie, Salomon Reinach, Omont, Jullian, Prou, Durrieu et 
Fournier. 

Travaux littéraires : MM. Senart, Héron de Villefosse, 
Alfred Groiset, Clermont-Ganneau, de Lasteyrie, Omont, 
Haussoullier, Prou. 

Écoles françaises d'Athènes et de Rome : MM. Henzey, 
Foucart, Homolle, Pottier, Châtelain, Berger, Haussoullier, 
Prou 

Fond.\tion Garnier : MM. Senart, Haussoullier, Scheil, 
Cordier. 

Fondation Piot : MM. Heuzey, Héron de Villefosse, Homolle, 
Babelon, Pottier, Haussoullier, Delaborde, Durrieu. 

École française d'Extrême-Orient : MM. Heuzey, Senart, 
Pottier, Maurice Groiset, Scheil, Cordier. 

Fondation Dourlans : MM. Clermont-tianneau, Châtelain, 
Haussoullier, Cuq. 

Fondation De Clercq : MM. Heuzey, Senart, Babelon, Pottier, 
Scheil, Thureau-Dangin. 

Fondation Pellechet : MM. Héron de Villefosse, de Lasteyrie, 
Prou, Durrieu. 

Fondation Loubat : MM. Heuzey, Senart, Schlumberg^er, 
Alfred Groiset. 

Fond.*ltion Thorlet : MM. Schlumberger, Prou, Durrieu, 
Cordier. 

Prix du baron Gobert : MM. Omont, Thomas, Jullian, Prou. 



505 



LIVRES OFFERTS 



Le Skcrétaihk peupétuel dépose sur le bureau les ouvrages et 
|)ériodi({ues suivants : 

R'' Father J. Faivre (translated by D'' Alexauder Granville) : 
Caaopus, Mensiithis, Aboukir (extrait de Alexandrie. Arch;roiogical 
Society) ; 

Bulletin de la. Société scientifique, historique et archéologique de la 
Corrèze, tome XL, 3'" livraison, juillet-septembre lOlS (Brives, 
1918j ; 

Journal of the American Oriental Society. Vol. 38, part i, oclober 
1918 (Nev^'-Haven, Connecticut, U.S. A.) ; 

Boletin del Ceniro de estudios aniericanistas de Sevilla. afio V, 
n'' 20 (Sevilla, 1918). 

M. Clermont-Ganneau a la pai'ole pour un homaiage : 
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de l'auteur, 
M. Blochet, bibliothécaire au département des manuscrits de la 
Bibliothèque nationale, deux mémoires intéressant à divers titres les 
littératures arabe, persane et turque. Ils sont intitulés, le premier, 
Etudes sur le gnosticisnie musulman: le second. Études sur Vésoté- 
risme musulman. A vrai dire, ce sont deux mémoires distincts 
faisant partie d'un même ensemble et se complétant l'un l'autre. 
Dans le premier, M. Blochet s'attache à déterminer la nature et 
l'origine des apports étrangers qui vinrent de bonne heure exercer 
une influence considérable sur la formation de l'Islam à l'état 
naissant. 11 montre avec beaucoup d'érudition comment ces apports 
y ont été, si j'ose dire, charriés par deux courants ayant leurs 
sources principales, d'une part dans le gnosticisme et le néoplato- 
nisme alexandrin, d'autre part, dans les profondeurs du milieu 
iranien pénétré déjà lui-même jusqu'à un certain point par linfiltra- 
tion des mêmes éléments. Jamais cet intéressant phénomène histo- 
rique n'a été mieux mis en lumière, avec une connaissance plus 
étendue du sujet et des vues plus originales. Un des exemples les 
plus saisissants est celui de la fameuse Borâq qui servait de monture 
à Mahomet lors de son ascension nocturne au paradis; M. Blochet a 
pu donner de cette énigme une solution vraiment élégante, que je 
n'hésite pas à déclarer définitive. Je sig-nalerai également, parmi 
plusieurs autres, l'explication fort ingénieuse qu'il propose pour le 
1918 '3^ 



506 LIVfiKS OFFEfttS 

liop félMiir ni»|)lu)niot dos 'l'oinplicrs, (|ui ne soiail autre (|UC le 
"énie perse linfu'imid = Vuhamiin coinhinc avec le kliaroiif des 
herméliipies ar;il)es, équivalent lilléral tlu -^d6aTov 0eou, Af/nua Di'i. 
t. Dans son second mémoire, M. Blocliet étudie spécialement la 
doclrine musulmane dite soufisme, doctrine curieuse cpii a déjà été 
robjet de maiuls travaux. Après avoir exposé la provenance ira- 
nienne de cette doctrine, fortement imprégné(> elle-même des idées 
plotiniennes et alexandrines, il suit son évolution au sein de la 
reli"ion musulmane, et montre l'action perturbatrice, voire destruc- 
tive, qu'elle y exerce sur le dogme orthodoxe, pour aboutir finale- 
mtMit aux conceptions d'une mystique imprégnée d'une singulière 
sensualité. S'il me fallait résumer d'un mot cette action du soufisme 
sur la matière première de l'islam, je dirais cju'elle est, dans une 
certaine mesure, comparable à celle dune diaslase transformant ou 
décomposant une substance organique. » 



PÉUIODIQUES OFFERTS 



American Journal of Archœology, vol. XXI, octobre-décembre 
1917 ; 2« série, vol. XXII, janvier-septembre 1918 (New- York, in-S"). 

Archivio délia B. Società roniana di storia palria, vol. XL, fasc. 
i à 4 (Roma, in-8°). 

Atti délia H. Accademia dei Lincei. Noiizie degli scavi di anlichilà, 
vol. XIV, fasc. 6 à 12 ; vol. XV, fasc. 1 à 3 (Roma, in-4°). 

Atti e Mernorie delV Academia d'agricultura, scienze e lettere di 
Verona, vol. XVI, XVII, XVIII, série IV. 

Bihlioteca nazionale centrale di Fircnze. — Bolleitino délie pubbli- 
cazioni italiane ricevute per diritto di stanipa, 1917, n»* 204, et 1918, 
205 à 208 (Firenze, in-S»): 

Boletin de la B: Academia de la Historia, t. LXXII et LXIII 
(Madrid, iii-8''). 

Boletin del Centra de estudios americanistas de Sevilla, ano V, 
a"* 19 et 20 (Séville, in-8°). 

Boletim bibliograflco da Academia das sciencias de Lisboa. Pri- 
meira série, vol. I (Coimbra, 1910-1913, in-4°). 

Boletin de la Sociedad mexicana de geografia y estadistica. Quinta 
epoca. T. VII, n" 7 (Mexico, in^S^L 

Boletin de la Universitad de Mexico, t. I, décembre 1917 (Mexico, 
in-8"). 

Bulletin de l'Académie des sciences de Bussie, 1918, n°*4 à 8 (Pétro- 
grad, in-4o). 

Bulletin de correspondance hellénique, LX" année, janviei'-août 
1916 (Paris, in-8°). 

Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la 
Corrèze, t. XXXIX, fasc. 4. — T. XL, fasc. 1 à 3 (Brive, in-8°). 

Bulletin de la Société archéologique du Finistère. Procès-verbaux et 
Mémoires, 1917 (Quimper, in-8°j. 

Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, 1917, 4^ trimestre; 
1918, 2'^ et 3« trimestres (Gap, in-S"). 

Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Haute- 
Saône, 1917. 

Bulletin et Mémoires de la Société archéologique dllle-et-V Haine, 
t. XLVI, fe partie, 1918 (Rennes, in-8°). 

Bulletin de la Société historique et archéologique de Langres, 
t. VII (Langres, in-8»). 



.•;08 l'i;iil()l)HJl i;S OF-KKHTS 

liullrlin (le In Sucirlé hii^toriijiii' cl arc/it'olotjiijue de 10 ri/' a nain, 
aniiéo 1917 et table de 1894 à I91tt (Orléans, in-8°). 

liullelin (le la SocU^té drs Antùfuaires de VOucsl., 1917, M et 4' tri- 
mestres ; 1918, !«'■ et 20 tri lueis 1res (Poitiers, in-8"). 

liullelin de la Société historique et archéologique du Périgord, 
novembre-décembre 1917; janvier-septembre 1918 (Périgueux, in- 

8°). 

Rullelin de la Sociéli' des Sciences historiques et naturelles de 
l'Yonm, année 1910, 2'^^ semestre ; année 191,7, 1"" semestre (Auxerre, 
in-8''). 

Butlleti de la Biblioteca de Catalunya, ony IV, 1917 (Barcelone, 
in-4°). 

Encyclopédie deVlslarn, 2 1-'" livraison, 1918(Leyde et Paris, in-S"). 

Institut d'estudis catalans. Aùuari MCMXIII-MCMXIV. Part. I et 
II (Barcelone, in-4"). 

Journal of the American Oriental Society, 1917, septembre; 1918, 
février à octobre (New-Ilaven, in-S^j. 

Journal of the Royal Institute of British architects, vol. XXV, n<" 1 
à 12; vol. XXVI, n<"* 1 et 2 (Londres, in-4°) . 

London University Gazette, vol. XVI ; vol. XVII (Londres, in-8°). 

Mémoires de la Société nationale d'agriculture, sciences et arts 
d'Angers {ancienne Académie d'Angers), 5'= série, t. XX, année 1917 
(Angers, in-8°). 

Mémoires de la Société académique d'agriculture, sciences et helles- 
letlres du département de V Aube, 3* série, t. LIV, 1917 (Troyes, in-8°). 

Mémoires de VAcadémie de Nîmes, 7« série, t. XXXVIII, années 
1917 et 1918 (Nimes, in-S"). 

Mémoires de VAcadémie des sciences, inscriptions et belles-lettres 
de Toulouse, t. V, 1917 (Toulouse, in-8»). 

Memorie délia R. Accademia délie scienze delV Istituto di Bologna, 
série II„ t. I (Bologne, in-4'>). 

• Muséum Maanblad von Philologie en Geschiedenis on der redactie 
van P. J. Blok, J.J. Salverda de Grave, D. G. Ilesselingen en A. Kluy- 
ver. 25-^ Jaargang, n»* 11 et 12 (Leyde, 1918, in-8»). 

Nuova Rivista storica, janvier 1918 (Milan-Rome-Naples, in-8»). 

Pro Alesia. Revue trimestrielle des fouilles d'Alise. Directeur 
J. Toulain, février-mai 1917 (Paris, in-8»). 

Proceedings of the American Philosophical Society held at Phila- 
delphia for promoling useful knoivledge, vol. VI, 1 à 7 ; vol. VII, 
n»M à (Philadelphia, in-8°). 

Proceedings of the Royal Society of Canada, tliird séries, vol. XI 
(Ottawa, in-8o). 



PÉRIODIQUES OFFERTS o09 

Proceedings of the Royal Society of Edinburgh, Session 1916-1917, 
vol. XXXVII, part V, el vol. XXXVIII, part I. — Session 1917-1918, 
vol. XXXVIII, part II. 

Proceedings of the Society of Antiqnuries of London, vol. XXIX, 
2^ série, nov. 1916 à juin 1917 (London, in-8°). 

Proceedings of the Society of Antiquaries ofScotland, vol. LI, I',ll7 
(Edimbourg, in-4''). 

Proceedings of the Society of Biblical Archaeology, vol. XXXIX, 
part 7 (1917| ; vol. XL, part 1 (1918) (London, in-8''). 

Rendiconto délie sessioni délia R. Accademia délie scienze delV Isti- 
tulo di Bologna, série II, vol. I, 1916-1917 (Bologne, in-8°). 

Rendiconti délia R. Accademia dei Lincei, série quinta, t. XXVI, 
fasc. 5 à 12 et tables, 1917 ; t. XXVII, fasc. 1 à 4, 1918 (Rome, 
in-8°). 

Revista de archivos, hihliotecas y niaseos, septembre-décembre 
1917 ; janvier-avril 1918 (Madrid, in-8"). 

Revue africaine, publiée par la Société historique algérienne, S9« 
année, n»* 295 à 297 (Alger, 1918, in-8°). 

Revue archéologique publiée sous la direction de MM. E. Pottier 
et S. Reinach, juillet 1917 à juin 1918 (Paris, in-8»). 

Revue biblique, publiée par l'École pratique d'études bibliques du 
couvent dominicain Saint-Élienne de Jérusalem, juillet et octobre 
1917; janvier et avril 1918 (Paris et Rome, in-8«). 

Revue de Vhistoire des religions, t. LXXVI, n»M à 3 ; t. LXXVII, 
n»* 1 et 3 (Paris, in-8°). 

Revue savoisienne, publication périodique de l'Académie florimon- 
tane d'Annecy, 1917, 4« trimestre ; 1918, i"', 2'' et 3" trimestres. 
The Jewish Quarterly Review, vol. VIII (London, in-8°). 
The University of California Chronicle, vol. XVIII, n°^ 3 et 4; 
vol. XIX, n»* 1 à 4 (Berkeley, in-S»). 

The University of Illinois Bulletin, vol. XIV, n» 19 (Urbara, in-8»). 
Transactions of the Royal Society of Edinburgh, vol. LU, port. I. 
Sess. 1917-1918 (Edimbourg, in-4»). 

Transactions of the Royal Society of Canada, sect. I à IV, juin 
1917 à mars 1918 (Ottawa, in-8»). 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Académie Britanniquo. — Voy. 

Rrilish Aoiulemy. 
AciKlémies des pays slaves, 272, 

29S, .302, 312. 
Admiiiisli-alive centrale (Com- 
mission), 504. 
Administrative de l'Académie 

(Commission), o04. 
Afrique. — Voy. Algérie, Bonnel 
de Mézières, Malfante (An- 
tonio), Maroc, Touat, Tunisie. 
Albanais (Plastrons) dans un 

recueil de Cassas, 103. 
Alfaric (Prosper). L'Évangile de 

Simonie magicien, 372. 
Algérie. Fragments d'un très 
ancien manuscrit latin décou- 
vert dans une grotte au Sud de 
Telidjen, 240, 241 304.— Voy. 
Bône (Musée de), Djebel-Tou- 
kra, Madaure, Thibilis. 
Aliboron (Maître). Origine de 

cette expression, 123. 
AUelz (Anne-Élisa-Coralie). Legs 
par elle fait à l'Académie, 196. 
Allier de Hauteroche (Prix), 423. 
Alsace romaine (L'), 326. 
Ambiatélos (Nicolas). Décret 
relatif à la donation par lui 
faite à l'Académie, 210. 
Andrieu (Lieutenant-colonel). 



Découverte d'un « pleurant )> 
"provenant des tombeaux des 
ducs de Bourgogne, 221. 
Angleterre et de F'rance (Cou- 
leurs héraldiques d'), dans une 
miniature exécutée à Paris en 
1395, 126; cf. 138. 
Angrand (Prix), institué près la 

Bibliothèque nationale, 103. 
Announah. — Voy. Thibilis. 
Ansancatnus. — Voy. Cassius. 
Antiquités de la France (Con- 
cours des), 6, 411, 417. — Com- 
mission, 504. — Rapport, 192, 
212,214. 
Apollon monté sur le griffon et 
traversant la mer, sur une 
coupe de la collection Mouret, 
97. 
Applique de miroir grec, 151. 
Apronia de Salone (L'épitaphe 

d'),.308. 
Archiviste paléographe (Déli- 
vrance des diplômes d'), 410. 
Arimaspe à cheval contre deux 
griffons (Combat d'), sur une 
coupe de la collection Mouret, 
97. 
Aristote. Correction au chapitre 
62 de sa Constitution d'Athè- 
nes, 22. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



511 



Armôo française d'Orient (Tra- 
vaux du Service archéologique 
de 1'), 8, 9, 183, 2G1, 30ti, 502. 

Arminius. Représentation pré- 
sumée sur un casque de gla- 
diateur du Musée de Naples, 
201, 262. 

Armistice. Allocution do M. Paul 
Girard, président, 388 — Lettre 
de M. Nyrop, 47 7, 

Asie Mineure ^Les derviches d'), 
171, 177. 

Association italienne pour l'en- 
tente intellectuelle. Télé- 
gramme à l'Académie, 502. 

Athènes. Lettre de M. Fougères 
relative aux travaux exécutés 
aux Propylées, 210. — Voy, 
aussi Décret, Parthénon, Thé- 
sée (Temple de). 

Audouin (Edouard). Le muid de 
Charlemagne, 333. 

Augiistorum nuniina. Inscription 
à eux dédiée, 480. 

Babelon (Ernest), 23, 139, 337. 

— Commissions, 7, 33, 504. — 
Élu membre de la Commission 
nationale des sépultures mili- 
taires, 503. — Fort, 490, 492. 

— Quelques monnaies de l'em- 
pereur Doniitien, 163. — Ob- 
servations, 171, 193, 197, 312, 
336. — Hommages, 21, 115. 

Babylone (Le temple Esagil de), 
327. 

Babylonien (Poème épique) com- 
posé ou inspiré par Hammou- 
rabi. Découverte de la fin de ce 
poème, 193. 

Banquet (Scène de), sur une 
coupe de Hiéron, dans la col- 



lection Mottez, 98-99. 

Barbier-Muret (Prix). Commis- 
sion, 139. — Rapport, 151. 

Bnscoul (D"") . Dessins rupestres 
du Djebel-Toukra, 367, 375. 

Basilique souterraine découverte 
près de la Porta Maggiore à 
Rome, 161, 272. 

Basset (Henri). Rapport sur l'en- 
seignement au Maroc, 271. — 
Fouilles dans la néci'opole de 
Chella, 300. 

Bayet (Charles), correspondant. 
Décédé, 324. 

Begouen (Comte). Gravures ru- 
pestres découvertes par lui et 
ses fils dans une grotte de Mon- 
tesquiou-Avantès, 308. 

Bellone (Les hasiiferi de), 311, 
312. 

Bémont (Charles). Candidat, 388, 
478. 

Bénédite (Georges). Candidat, 
388, 478. 

Berger (Elle). Commissions, 7, 
504. 

Berger (Prix Jean-Jacques), 6, 
413, 418. — Commission, 7. — 
Rapport. 188. 

Béziers (Musée de:. Vases grecs, 
98. 

Biiiliothèque nationale de Paris. 
Don, par M. Gsell, de fragments 
d un très ancien manuscrit la 
tin provenant de l'Afrique du 
Nord, 241. — ■ Répertoire bi- 
bliographique de M. Emile 
Picot, donné par ses héritiers, 
475. — Don, par M. Gennadius, 
d'un volume portant la signa- 
ture de Rabelais, 503. — Prix 
Angrand, 103. 



:it2 



TAllI.i: ALl'MAHÉTJQUE 



HiMiotliôqno tU> riiisliliil. Don 
d'duvrapres provenant de l'abbé 
Henri ThédenntJO'i. — Dessin 
(|ui ponirait être de Gerjuain 
Pilon, 192. 103. — Don, par M. 
le duc de Loubat. de pliotof^-ra- 
pliies dos monuments d'Oaxaca 
cl de Mitla. 217. — Don d'oii- 
vragos ilivers par M'"" 1). Me- 
nant, 220. 

Bil)liothèque de TUniversilé de 
Paris. Texte en moyen-breton 
dans le ms. 791, 380. 

Blanchard (RaphaëP. Amnîptfe>< 
chinoises, 30^1. 

Blanchet 'Adrien"!. Candidat, 370. 

Blanchet (Médaille Paul), Com- 
mission, 7, 41 4, 426. — Rapport, 
307 . 

Blochet (E.). Publications rela- 
tives à l'histoire de l'Orient, 
387, oOa . 

Bologne. L'identité de maître 
Jean de Meun étudiant à l'Uni- 
versité de cette ville en 1265- 
1269, 94, 99. 

Bolonia (prov. de Cadix, Es- 
pagne). Fouilles de M. Pierre 
Paris, 6, 33, 34, 165, 184, 222, 
338,347. 

Bône (Musée de). Dédicace chré- 
tienne, 186. 

Bonnel. 3/o7i(/nïe/î/ gréco-punique 
delà Souriia, près Constantiue, 
102. 

Bonnel de Mézières. Rapports sur 
sa mission en Afrique, 33, 94. 

Bordin (Prix), 6, 41 2, 420.— Com- 
mission, 7. — Rapport, 185. 

Bordin (Prix extraordinaire), 420. 

Bornes milliairesdu Soissonnais, 
156, 157. 



Borcnii-LEcr.KHco (A.). Commis- 
sions, 7. — Observations, 101, 
170, 171, 188, l,S9, 240, 241, 
201, 272,278, .302, 312, :}73. 

Hou rgog-nef Dues de^. Découverte 
d'un « pleurant » provenant , 
d'un (le leurs tombeaux, 221. 

Breton Texte en moyen-), dans 
le ms. 791 de la Bibliothè(|ue 
de l'Université de Paris, 380. 

Brçuil (Abbé). Un oppidum ij)é- 
rique {Tolmo), 326, 331. 

British Acaderay. Adresse à 
l'Académie, 4. 

Bruchet (Max). Nouvelles des 
Archives départementales du 
Nord, à Lille, 367. 

Brunet (Prix), 6, 412, 423. — 
Commission, 7. — Rapport, 
196. 

Brunot (Ferdinand). Histoire de 
la langue française, 32. 

Brutails L\uguste). Candidat, 
475. — Au sujet de l'Andorre, 
310. — Xotions d'histoire gi- 
rondine, 487 . 

Budget (Prix duL — Voy. Ordi- 
naire (Prix). 

Bulgarie. — Voy. Sofia. 

BuUa Regia (Tunisie). Fouilles 
de M. le D-" Carton, 107. 

Bulletin de l'Institut français 
d'arcliéologie orientale, 360. 

Bulletin de VAcadéniie des 
sciences de Russie, 299. 

Bulletin de correspondance lud- 
lénique, 210. 

Burton (Ch.1. Alphabet phénicien, 
386. 

Buste de femme, trouvé dans le 
Midi de la France et passé en 
Amérique, 192. — Buste d'un 



TABLE ALPHABETIQUE 



513 



enfant défunte placé dans un 
croissant entouré d'étoiles 
(bas-relief du Musée de Co- 
penhague), 363, 

Cagnat (René), secrétaire per- 
pétuel. Rapports semestriels, 
8, 17, 234.— Collation de pou- 
voirs, 22. — Rapport du D"" 
Carton sur les fouilles de 
Rulla Regia, 167. — Notice sur 
la vie et les travaux de M. le 
marquis de Vogiié, 443-473. — 
Hommages, 137, 163, 171, 232, 
240, 362. 

Caïlet (Collection); à Réziers. 
Fragments de vases, 97. 

Caix de Saint-Aymour (C'*). 
Autour de Noyon, 103. 

Cambrai. Nouvelles des dépôts 
d'archives, mss. et livres de 
cette ville, 376. 

Campardou (Lieutenant). Fouil- 
les dans la nécropole de Chella, 
300. 

Canet ^ Louis). Les Tsaaapazooxat 
et la recension lucianicjue des 
Septante, 294. 

Cantique des Cantiques (Le), 
213, 219. 

Capitan (D--). Candidat, 501. — 
L'entrelacs cruciforme, 196, 
197. 

Careno (Alberto Maria). Vocabu- 
lario de la lengua marne, 302. 

Cartailhac (Emile), correspon- 
dant. Déclaration aux chefs et 
soldats de l'armée alliée, con- 
quérants de Jérusalem, 138. 

Carthage. Nouvelles recherches 
sur le littoral cartliaginois. 
139, 140. — Terre cuite pu- 



nique peinte avec représenta- 
tion d'une femme tenant à la 
main un tympanon, 261. — 
Voûtes en berceau découvertes 
près du Mur de mer de Falbe, 
303. 
Carton (D'' L.), correspondant. 
Monuments antiques trouvés à 
Tozeur (Sud tunisien), 33, 40. 

— Nouvelles recherches sur le 
littoral carthaginois, 139, 140. 

— Fouilles de Bulla Regia, 
167. — Découverte de voûtes 
en berceau non loin du Mur de 
mer de Falbe, sur le littoral 
carthaginois, 303. — Édicules 
renfermant des statues en terre 
cuite dans la région de Ghar- 
dimaou, 337, 338. — Publica- 
tions diverses, 102. 

Casque de gladiateur du Musée 
de Naples, paraissant faire 
allusion au triomphe de Ger- 
manicus, 261. 

Cassas (Louis-François). Recueil 
de dessins par lui faits en Dal- 
matie, en Grèce et en Orient, 
donné au Musée du Louvre par 
M. le comte Alexandre de La- 
borde, 162, 167. 

Cassius, fds d'Ansancatnus, tri- 
bun militaire, Dédicant dun 
petit monument portant une 
inscription celtique, 233. 

Castellane (Comte de). Lettre au 
Secrétaire perpétuel, 121. 

Castries (Colonel comte de). 
Candidat, 370. — Acte d'intro- 
nisation du sultan du Maroc 
Moulai Abd-el-Aziz, 219. 

Celles. Petit monument avec i-e- 
présentations figurées et ins- 



.m 



TABLE ALPflAHETlQUE 



criplion celtique, découvert 
|>r*'S <lc l'einljouchure de la 
Moselle dans le Rhin, 233. — 
Los Celtes d'après les "tlécou- 
vertes archéologiques récentes 
dans le Sud de la France et en 
Espagne, 262, 26;>. 

Céramique greccjue. — Voy. Bé- 
ziers. Cadet, Montpellier, Met- 
tez, Mouret. — Cérami([ue ibé- 
rique. Voy. Poltier. 

Chabert (Samuel). Origines du 
proverbe latin : Qiieiii perdere 
vult Jiippiter deinenlat prius, 
170. 

Chabot (J.-B.). Nouvelles des 
estampages pris h Palniyre 
pour l'Académie avant la 
guerre, 18Ii. — Édesse pen- 
dant la première croisade, 234, 
333, 430-442. — Note sur le 
tarif doctroi de la ville de Pal- 
myre, 298, 299. — Observations, 
302. — Notice sur les travaux 
du marqua de Vogiié, 191, 

Chantre (Emile). Publications 
diverses. 366. 

Charlemagne (Le muid de), 333. 

Charma (X.). Essai sur la philo- 
sophie orientale, 220. 

Ghassinat (Ed.). Gaston Maspero, 
306. 

Châtelain (Emile). Commis- 
sions, 7, 33, 504. — Rapport, 196. 

Châtelain (Louis). Inscriptions 
de Volubilis, 184,226, 227. 

Chavannics (Édouai'd). Commis- 
sions, 7. — Décédé, 47. — 
Condoléances adressées à 
l'Académie à l'occasion de sa 
mort, 94, 104, 271. —Notice 
sur lui, 306. 



ChavéeiPrix Honoré), 422.. 

Cheila (Maroc]. Fouilles dans la 
nécropole, 300. 

Cliénier (Prix de , 421 . 

Chkvalier (Chanoine Ulysse). 
Décret relatif à la donation par 
lui faite à l'Académie, 276. 

(Chevalier (Médaille Ulysse), 4 17. 

Chine. Co!id()]éanccs du ministre 
à Paris et du ministre de l'ins- 
truction publique de ce pays à 
l'occasion de la mort d'Edoua rd 

- Chavannos,94,271. — Statuaire 
profane de ce pays, 224. 

Choiseul-GouIIier (C'e de). Cal- 
ques de dessins destinés à il- 
lustrer son Voyage en Grèce, 
dans un recueil de Cassas, 162. 

Clemenceau (Georges). Adresse 
à lui votée par l'Académie, 
390, 475 . 

Clermont-Ganneau (Charles). 
Commissions, 7, 504. — Sur un 
style du Musée de Cologne, 
241, 250. — L'épitaphe d'Apro- 
nia de Salone, 308. — Obser- 
vations, 167, 188, 193, 261, 302, 
312, 379. — Hommages, 116, 
117,217,222, 297, 387, 505. 

Clodius Quintillus (Q.). Dédicant 
d'un autel consacré à Vénus et 
à la Mère des dieux, 233-234. 

Cochin (Henry). Candidat, 485. 

CoLLiGNON (Maxime). Don de 
deux bronzes antiques au Mu- 
sée du Louvre, 151. — Son 
activité comme directeur des 
Monuments et Mémoires Piot, 
234, 240. 

Cologne (Musée de). Style à 
écrire avec inscription latine, 
241,250. 



TAULE ALPHARÉTIQIJE 



51 o 



Cotwmémoralion des moits (La 
triple) dans l'Hglise byzantine, 
277,278. 

Commode (L'empereur). Vente 
de ses biens, 277. 

Compteurs de vitesse et d'hor- 
loges (Voitures munies de), 
sous l'Empire romain, 277. 

Concours (Annonce des), 416. 

— Situation pour 1918, 6. — 
Jugement des concours, 411. 

Copenhague (Musée de). Bas- 
relief romain représentant le 
buste d'une enfant défunte 
placé dans un croissant entouré 
d'étoiles, 36"). 

CouDiER (Henri). Commissions, 
7, 139, 337, 504. — Rapport, 
211. — Rapports de M. Bonnel 
de Mézières sur sa mission en 
Afrique, 33,94. — Élu membre 
du Comité du Journal des Sa- 
vants, 123. — Rapport sur les 
travaux de l'École d'Extrême- 
Orient en 1917-1918, 3o6. — 
Notice sur Edouard Chavannes, 
30r.. — Hommages, 137, 209, 
217, 220, 311. 

Costus. Plante aromatique de 
l'Inde que l'on a cru à tort 
inscHte dans le tarif de Pal- 
myre, 299. 

Cotte (J. et C). La caverne de 
VAdaouste, 116. 

Courcel (Prix du baron de), 419. 

Courteault (P.). Notions d'his- 
toire girondine, 487. 

Cowley (A.-E.). The Samaritan 
liturgy, 116. 

Croisades (Le Maroc et les), 23. 

— Édesse pendant la première 
croisade, 234,333, 431-442. 



Croiset (Alfred). Commissions, 
7, 504. — Observations, 189. 

Croiset (Maurice). Commissions, 
7, 139, 504. — Les premiers 
Dialogues de Platon composés 
à Mégare, 188, 189. — Obser- 
vations, 22, 161, 171, 188, 193, 
197,240, 272. 

Croissant entouré d'étoiles 
(Buste dune enfant défunte 
dans un), dans un bas-relief 
romain du Musée do Copenha- 
gue, 365. 

Croste (Df R,). Le svastika, 475. 

Cr.MONT (Franz), associé étranger. 
La basilique souterraine dé- 
couverte près de la Porta Mag- 
giore à Rome, 161, 272. — 
Lettre grecque du médecin 
Thessalus de Tralles à un em- 
pereur romain, 225. — La triple 
commémoration des morts, 
277, 278. — Les >< hastiferi » 
de Bellone, 311, 313. — Bas- 
relief romain du Musée de 
Copenhague représentant le 
buste d'une enfant défunte 
placé dans un croissant entouré 
d'étoiles, 365. — Comment la 
Belgique fut ronianisée, 485. 

CuQ (Édouardl. Commissions, 
139, 504, — Note complémen- 
taire sur l'inscription de Vo- 
lubilis, 226, 227 . 

Curtea de Argech (Roumanie). 
Peintures de l'église Saint- 
Nicolas, 23. , 

Dalmatie (Dessins faits par Cas- 
sas en), 162. 

Damona Matuberginni? (Dea). 
Inscription à elle dédiée, 480. 



116 



TAULE ALPHAI5KTIQUE 



Debrousse (Commission), 33. 

De Clercq (Fondation Lonis), 
428. — Commission, ;)04. 

Docivt alliénion relnlif à la pro- 
cession des épiièbes pendant 
la fèto élensinienne. Fragment 
d'un duplicata de cet acte, 
conservé à Vicence. 22t'i. 

Dei.abohde (("'" H. -François). 
Commission, 504. — Origine 
prol)able de la miniature mise 
en tête d'une épître de Philipiie 
de Mézières au roi Richard II 
d'Angleterre, 138. — Lecture 
de sa Notice sur la vie et les 
travaux de M. Paul Viollet, 390. 

Delachenal (Rolland). Candidat, 
475, 478. 

Delalande-Guérineau (Prix), 6, 
413, 421 . — Commission, 7. — 
Rapport, 1.50. 

Délos. Mur de défense construit 
par le légat romain Triarius, 
368. — Hippodrome, 369. 

Delphes. Répartition des métopes 
du Trésor des Athéniens, 211. 

Derviches d'Asie Mineure (Les), 
171,177. 

Desazars (B°"). Iconographie de 
Clémence Isaure, 276. 

DiEHL (Charles). Vice-président 
pour 1919, 504. — Commission, 
7. — Rapports, 190, 367. — Les 
églises byzantines de Salo- 



nique, 213. 



Destructions 



commises par les Bulgares au 
cours de l'évacuation de la 
Macédoine orientale, 485. — 
Observations, 9, 23, 197. — Les 
monuments chrétiens de Salo- 
nique, 237. 
DiEULAFOY (Marcel), 167, 238, 



262. — Félicitations de l'Acadé- 
mie |)our sa [M-omotion à la 
dignité do commandeur de la 
Légion d'honneur, 8. — Le 
Maroc et les Croisades, 23. — 
Observations, 278, 302. 

Djebel-Toukra (Dessins rupestres 
du), 367,375. 

Dorez (Léon). Candidat, 388, 
478. — Andréa Mantegna et la 

^ légende Ab Ol;/mpo, 370. — La 
collection Alexandre Bixio h la 
Bibliothèque nationale, 191. 

Douai. Nouvelles des dépôts 
d'archives, mss. et livres de 
cette ville, 376. 

Dourlans (Fondation), 429. — 
Commission, 504. 

Dualité de l'être primitif, 139, 
156, 161. 

Dubreuil-Chambardel (Major). 
Exploration d'un cimetière 
mérovingien dans le canton de 
Vit tel, 126. 

Duchalais (Prix), 6, 411, 423. — 
Commission, 7. — Rapport, 
104. 

Du Moncel (Comte Th.). Lettres 
à Joachim Menant, 220. 

Duporlal (M"« J.j. Note sur un 
dessin qui pourrait être de 
Germain Pilon, 192, 193. 

Duquesne (Joseph). François 
Bauduin et la Réforme, 232. 

DuRRiEu(Ct^ Paul). Commissions, 
7, 337, 504. — Miniature allé- 
gorique, exécutée à Paris en 
1 395 et renfermant les couleurs 
héraldiques de France et d'An- 
gleterre, 126. — Le peintre 
Philippe de Mazerolles à Paris 
en 1454, 364. ~ Lettre de 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



517 



M. le chanoine Vandon Gheyn 
sur les mesures prises pour 
préserver YAçfneau mystique 
de Van Eyck, 502. — La Messe 
de saint Gilles, i88. — Obser- 
vations, 94, 123, 366. 

Duseigneur (Prix Raoul), 422. 

Dussaud (René). Le Cantique 
des Cantiques, 213, 219. 

Écoles françaises d'Athènes et 

de Rome. Commission, 504. 
École française d'Extrême- 
Orient. Commission, 139, 504. 
— Lettre du directeur, 238. — 
Rapport sur les travaux de 
cette École en 1917-1918, 356. 
Édesse pendant la première 

croisade, 234, 333, 430-442. 
Edfou au début de la VI" dynastie 

(Un nomarque d'), 105. 
Édicules renfermant des statues 
en teri-e cuite, découverts dans 
la région de Ghardimaou, 338. 
Église byzantine (La triple com- 
mémoration des morts dans 
1'), 277, 278. 
Egypte. Phonétique égyptienne, 

167. — Voy. aussi Edfou. 
El-Amarna (Tablettes provenant 
de la collection dite d"), au 
Musée du Louvre, 104. 
Élections, 127, 170, 333, 366, 373, 

478, 486. 
Empereur romain (Torse d'), dé- 
posé au Musée du Louvre par 
le Musée des arts décoratifs, 
152. 
Encyclopédie de r Islam, 222. 
Ensérune (près Béziers). Objets 
de fer et de bronze et œuvres 
céi'amiques découverts dans la 



nécropole et conservés dans la 
collection de M. Mouret, 95. 

Entrelacs cruciforme (L"), 196, 
197. 

Éphèbes (Décret relatif à la pro- 
cession des) pendant la fête 
éleusinienne, 22(). 

Épitaphe d'Apronia de Salone, 
308. 

Espagne. — Voy. Bolonia,Tolmo. 

Espérandieu (Emile). Candidat, 
375. 

Estrade-Delcros (Prix), 425. 

États provinciaux de Normandie 
(Les), 368. 

Eusèbe et la dualité de l'être 
primitif, 139, 156, 161. 

Évangile (L') de Simon le magi- 
cien, 372. 

Evrard (M"« J .) . Mission dans le 
Midi de la France, 95. 

Ezéchiel (La rive gauche du 
Jourdain et l'assainissement 
de la mer Morte d'après la pro- 
phétie d'), 102. 

Fabia (Philippe), correspondant. 
Fourvière en 1493, 127, 128. 
— Épitaphe chrétienne décou- 
verte à Francheville-le-Haut, 
223. — La garnison romaine 
de Lyon, 240. 

Faivre (R.P.J.). Canopus, 505. 

Fert (devise de la maison de 
Savoie), 490, 492, 501. 

Flémalle (Le Maître de), 9, 22. 

Foch (Maréchal). Adresse à lui 
votée par l'Académie, 390, 475. 

Fondations (Emploi du revenu 
des), 415. 

Foucart (George, lieprésenla- 
tions des tombes théhaines, 21. 



S18 



Taule ALPMAHÉTlgLt 



— L ethnologie africiiinc et ses 
récents prohldDiea, 137. 

KoucAnr (Paul). Commissions, 
7, 50V. — Correclion au cha- 
pili'o 02 do la Constitution 
d'Atlu-nes d'Arislolo, 22. 

Foucauld (R. P. de). Dictionnaire 
fr.inrais-iouareg, 485, 

Foucher (A). The heginnings of 
niiildhist art, 297. — Vart 
gréco-bouddhique du Gan- 



Mèrc dos dieux pac son- marî 
Q. Glodius Quintillus, 2;{3-234. 
Funéraires (Figures), images dos 
morts ou démons des tombes, 
trouvées à Rolonià, 185. 

Gabrici (E.), directeur du Musée 
de Palerme. Lettre ;i l'Acadé- 
mie, 503. 

Gar(}ner (Percy), correspondant 
- étranger. History of ancient 
coinage, H 5. 



dhnra, 362. 

Fougères (Gustave), directeur de ~ Garnier (Fondation Benoît), 415, 
l'École française d'Athènes. 
Lettres relatives aux travaux 
exécutés aux Propylées, 210, 
224. — Félicitations à lui 
adressées par l'Académie, 210. 
— Recherches topographiques 
de M. Replat à Délos, 368. 

Fould (Prix), 412, 422. — Com- 
mission, 7. — Rapport, 190. 

FouRNiER (Paul). Commissions, 
7, 504. — Rapport, 189. — 
Hommage, 232. 

Fourvière en 1493. 127, 128. 

Fradet (Cap'^«). Édicules renfer- 
mant des statues de terre cuite, 
découverts dans la région de 
Ghardimaou, 337, 339. 

France et d'Angleterre (Couleurs 
héraldiques de) dans une mi- 
niature exécutée à Paris en 
1395, 126; cf. 138. 

Francheville-le-Haut (Rhône). 
Épitaphe chrétienne, 223. 

François de Vérone (Le miniatu- 
riste) et Andréa Mantegna, 370. 

Fresques de l'église Saint-Nicolas 
à Curtea de Argech, 23. 

Fuficia Vita. Autel dédié en sou- 
venir d'elle à Vénus et à la 



428. — Commission, 139, 504. 

Gennadius (J.). Don à la Biblio- 
thèque nationale d'un volume 
portant la signature de Rabe- 
lais, 503. 

Germains à Rome (Les premiers 
prisonniers), 261, 262. 

Germanicus (Casque de gladia- 
teur rappelant le triomphe de), 
261, 262. 

Ghardimaou (Tunisie). Édicules 
renfermant des statues en terre 
cuite, 338. — Stèles de pierre, 
avec et sans inscriptions, 342 
et suiv. 

Gilepsy (Francess Lyttle). Laya- 
mons Orut, 302. 

Giles (Prix H. A.), 424. 

Gilman. Muséum Ideals, 193. 

Girard (Paul), vice-président, 3, 
210, 224. — Président pour 
1919, 503. — Allocutions, 324, 
328, 363, 388, 488. — Discours 
à la séance publique annuelle, 
391. — Etude sur la langue 
d'Homère, 240. — Observa- 
tions, 167, 193. 

Girard (W.). Transcendanta- 
lisnie, 302. 



TABLE ALPttABÉTlQLÊ 



819 



Gobert (Prix), 6, 411, 417. — 
Commission, 504. — Alli-ibu- 
tion du prix, 213. 

Gothique. Lettre de la Commis- 
sion des antiquités et des arts 
de Seine-et-Oise au sujet de 
l'emploi de ce mol dans l'his- 
toire de l'art français, 94. — 
Lettre de M. de Lasteyrie à ce 
sujet, 121 ; cf. 1:)6. — L'écri- 
ture dite gothique désignée 
par l'expression lUlerae frac- 
tae, 501. 

Gsell (Stéphane). Don, par lui 
fait à la Bibliothèque nationale, 
de fragments d'un très ancien 
manuscrit latin provenant de 
l'Afrique du Nord, 241. 

Guillauraat (Général). Lettre au 

Secrétaire perpétuel, 183. 
Guimet (Emile), correspondant. 
Décédé, 363. 



Hammoui-abi. Découverte de la 
fin d'un poème épique babylo- 
nien dont il est l'auteur- ou 
l'inspirateur, 192. 

Hastiferi de Bellone (Inscription 
de Madaui-e mentionnant les), 
311, 312. 

IL\ussouLLiER (Bernard). — Com- 
missions, 7, 33, 139, 504. — 
Rapport, 150. — Condoléances 
à lui adressées à l'occasion de 
la mort d'un de ses fils, tué à 
l'ennemi, 333. — Observations, 
22. — Hommage, 324. 

Havet (Louis). Commission, 7. — 
Sens de l'adjectif latin/)/-o/>/'ius 
appliqué à une bêle de sacri- 
fice, 161. 



Hébrard (Ernest). Monuments 
byzantins de Salonique, 8. 

llÉuoN DE Vii.LEKossE (A.), pré- 
sident pour 1918. Allocutions, 
3, 47, 48. — Lettre de démis- 
sion des fonctions de prési- 
dent, 299, 333. — Commissions, 
504. — Dons de M. Maxime 
Collignon au Musée du Louvre, 
151. — Don au Musée du 
Louvre, par M. le comte 
Alexandre de Laljorde, d'un 
recueil de dessins de Cassas, 
1G2. — Aulel, trouvéà Thibilis, 
dédié à Vénus et à la Mère des 
dieux, 233. — Lettre à lui adres- 
sée par M. le D-- Carlon au sujet 
de voûtes découvertes sur le 
littoral carthaginois, 303. — 
Inscription romaine de Rivières 
(Charente), 478, 479. — Publi- 
cations diverses, 209. — Le 
sphinx de Cherchel, 337. — 
Hommages, 102, 104, 386, 476, 



500. 



Heuzev (Léon). Commissions, 7, 



504 



Hiéron. Coupe signée de lui, 
dans la collection Mottez, 98- 

99. 

Hippodrome de Délos, 369. 

Holm (Fritz). Condoléances à 
l'occasion de la mort de M. 
Chavannes, 104. 

Homériques (La langue des poè- 
mes), 240. 

HoMOLLE (Th.). Commissions, 
504. _ Nommé directeur des 
Mémoires et Monuments Piot, 
6. — Répartition des métopes 
du Trésor des Athéniens à 
Delphes, 211. — Maxime Colli- 



;20 



I \l!Li: ALIMIAHKTirtUt; 



^•iioii ilirrrUnii- -.ii-s Mi'nwires 
cl Montimenls l'iol, :234, 240. 

— Travaux du Service archéo- 
logiqiio ilo l'ainu'o d'Orient, 
261. 300.— Lettre de M. E. Ga- 
hrici : — don, jiar M. Genna- 
dius à la Bibliotlièque natio- 
nale, il lin volume portant la 
signature de Rabelais, èiOS. — 
lloinnia;,^e, 201 . 

lloo Clii-lsai. RelatioHi^ modernes 

entre la Chine et. la Russie, 

311. 
Huart (Clément). Candidat, 475, 

478. — Les derviches d'Asie 

Mineure, 171, 177. 
Iluguet (D'). Fouilles dans la 

nécropole de Chella, 300. 

Ibérique (La céramique), 305. — 
(Un oppidum ibérique), Tol- 
mo, 326, 331. 

Inscriptions : grecques, 144, 309; 

— latines, 41, 44, 150, 159, 160, 
187, 223,233,241,252, 313, 343, 
346, 480. 

Institut d'Egypte, 388. 

Isturitz (Basses-Pyrénées). Sculp- 
tures des parois de la caverne, 
238. 

Italie. — Voy. Rome, Vicencê. 

Jaussen (R. P.). Nouvelles des 
estampages pris à Palmyre 
pour l'Académie avant la 
guerre, 185. 

Jean de Meun étudiant à l'Uni- 
versité de Bologne en 1205" 
1260 (L'identité de), 94, 99. 

Jeanroy (Alfred). Candidat, 475, 
478. 

Jeanton (G.). Publications di- 



verses sur riiistoirc de !;i 
Bourgogne, .'lOO. 

Jérusalem (Une parure décou- 
verte à), 379, 382. 

.loest (Prix du baron de), 425. 

Jondel (Gaston). Les ports suh-^ 
n}ergés de Vancienne île de 
Pharos, 163. 

Jorga (N.). Histoire des relations 
entre la France et les Hou- 
'inains, 183. 

Joulin (Léon). Les Celtes d'après 
les découvertes archéologiques 
récentes dans le Sud de la 
France et en Espagne, 262, 
265. 

Journal des Savants. M. Cordier 
élu membre du Comité de cette 
publication, 123. 

Julia Malla Malluronis fdia. Ins- 
cription par elle dédiée, 480. 

Julien (Prix Stanislas), 6, 412, 
424. — Commission, 7, 139. — 
Rapport, 211. 

JuLLiAN (Camille), 127. — Com- 
missions, 7, 504. — Cimetière 
mérovingien découvert dans le 
canton de Vittel, 126. — Les 
premiers prisonniers germains 
à Rome, 261, 262. — L'Alsace 
romaine, 326. — Observations, 
156. — Notes gallo-romaines, 
487. — Hommages, 115, 138. 

Jupiter. Origines du proverbe 
latin : Quem perdere vult Jup- 
piter denientat prius, 170. 

Justinus. Epitaphe chrétienne 
datée de son consulat, décou- 
verte à Francheville-le-llaul, 

90Q 994 

Juvigny, près Soissons. Bornes 
milliaires, 156, 157. 



tABLÈ ALtHABliTIQUÈ 



82 1 



Kenyon (Frédéric G.), président 
de la British Acadeniy, 5. 



Laborde iC'" Alexandre uk). 
Commission, 139. — Don, par 
lui fait au Musée du Louvre, 
dun recueil de dessins de 
Cassas, 162, 167. 

Ladeuze (Mgr). Nommé corres- 
pondant étranger, 491. 

Lafons-Mélicocq (Prix de), 419. 

La Grange (Prix de), 6, 413. — 
Commission, 7, 420. — Rap- 
port, 190. 

Langlois (Ch.-V.). Commissions, 
6, 7. — Rapports, 185, 192, 
212, 214. — Notice sur la vie 
et les travaux de Noël Valois, 
47,48. — Nouvellesdes Archi- 
ves départementales du Nord, 
à Lille, 367. — Nouvelles des 
dépôtsd'arcliives, mss.etlivres 
de Douai et de Cambi-ai, 376. 

Lantier (R.). Un oppidum ibé- 
rique {Tolmo), 326, 331. 

Lantoine (Prix Henri), 6, 414, 
426. — Commission, 7. 

La Roncière (Charles de). Rela- 
tion du voyage fait par le gé- 
nois .\ntonio Malfante dans 
l'oasis du Toual en 1447, 221. 

Lasteyrie (C'"^ R. de), 94. — 
Commissions, 7, 504. — Lettre 
relative au mot « gothique >• 
appliqué à l'architecture du 
xiii^ siècle, 121 ; cf. 156. 

Lefas, député .d'IUe-et- Vilaine. 
Lettre sur la nomenclature des 
anciennes mesures de volume 
et de poids, 367. 

Le Fèvre-Deumier(Prix), 6,414, 



424. — Commission, 7, 131». — 
Rapport, 190. 

Léger (Louis), 8. — Un petit 
problème de littérature com- 
parée, 123. — La vie acadé- 
mique dans les pays slaves, 
272, 298, 302, 312. — Obser- 
vations, 123, 213. — Hommage, 
183. 

Lejay (Paul). Candidat, 388, 478. 

Leroux (Alfred). Nommé corres- 
pondant national, 491. 

Le Senne (Emile). Mélanges, pu- 
bliés en souvenir de lui, 240. 

Le Senne (Prix Emile), 418. 

Le Tourneau (Marcel). Les égli- 
ses byzantines de Salonique, 
213. 

Lhomme (D'" Jules). Inscription 
romaine de Rivières (Cha- 
rente), 479. 

Lille. Nouvelles des Archives et 
de la Bibliothèque, 367. — 
Lettre des membres ou cor- 
respondants de l'Académie des 
sciences, de l'Académie de 
médecine et de l'Académie 
d'agriculture restés à Lille 
pendant l'occupation alle- 
mande, 376. 

Lilferae fractae. Expression dé- 
signant l'écriture gothique, 
501 . 

Londres. — Voy. British Aca- 
demy. 

Loth (J.). Candidat, 388, 478. — 
Traduction du texte en moyen- 
breton trouvé dans le ms. 791 
de la Bibliothèque de l'Uni- 
versité de Paris, 380. 

LouBAT (Duc de). Don, par lui 
fait à la Bibliothèque de l'Ins- 

35 



.H22 



tAKLE ALPflAnrniQtJE 



lilul, (J'iilbiiins do pholo<îra- 
phics : lies monuments d'Oa- 
xaca, 209; — des ruines de 
Mitla, 217. 

Loubat (Duc de). Fondalion, 415, 
420 ; — commission, 50i. — 
Prix du duc de Loubat, 424. 
— Prix Gaston Maspero, 423. 

Louvre (Musée du Louvre). Ac- 
quisition de tablettes prove- 
nant de la collection d'El- 
Amarna, 104. — Don de deux 
bronzes antiques par Maxime 
Collignon, 151. — Dépôt, par le 
Musée des arts décoratifs, d'un 
torse d'empereur romain en 
marbre, 152. — Don, par M. le 
comte Alexandre de Labordé, 
dun recueil de dessins de Cas- 
sas, 162, 167. 

Lucain. Correction pixjposée au 
chant Vlll, v. 245, de la Phar- 
sale, 105. 

Lyon. Fourvière en 1493, 427, 
128. 

Macédoine. Tumuli ou tépés, 9,10, 
261. — Destructions d'œuvres 
d'art par les Bulgares, 483. 

Madaure. Inscription mention- 
nant les « liastiferi » de Bel- 
lone, 311, 312, 

Maître Aliboron. Oi'igine de cette 
expression, 123. 

Maître de Flémalle {l.e), 9, 23. 

Mâle (Emile). Candidat, 388. — 
Elu membre ordinaire, 478,487. 

Malfante (Antonio), de Gênes. 
Relation de son voyage dans 
l'oasis du Touat (1447), 221 . 

Malla Mallauronis filia (Julia). 
Mentionnée dans une inscrip- 



tion de Rivières (Chafculc), 

480; 

Manichéisme (Fragments présu- 
més d'un traité polémique 
contre le), 304. 

Mantegna (Andréa) et la légende 
Ah Olijmpo, 370. 

Manuscrit latin (Fragments d'un 
très ancien) provenant de 
l'Afrique du Nord, 240, 241, 
304. 

Maroc (Le) et les Croisades, 23. 
— Inscriptions de Volubilis, 
184, 226, 227. — Acte d'intro- 
nisation du sultan MoulaïAbd- 
el-Aziz, 219. — Rapport sur 
l'enseignement, 271. — Fouil- 
les dans la nécropole de Chel- 
la, 300. 

Martha (Jules). Candidat, 388, 
478. 

Maspeuo (Gaston). Note de M. 
Edouard Naville sur son Intro- 
duction à t'f'tude de la phoné- 
tique égyptienne, 167, 171. — 
Notice sur lui, 306. 

Maspero (Prix Gaston), 423. 

Masqueray (Pavil). Nommé cor- 
respondant national, 491. 

Malhorez (J.). Les Italiens en 
France, du XUl'' siècle à 
Charles VIII, 138. 

Matuberginni ? (Dea Damona). 
Inscription à elle dédiée, 480. 

Mazerolles (Le peintre Philippe 
de) à Paris en 1454, 364. 

Méautis (Georges). Hermoupolis- 
la-Grande, 324. 

Meidias. Coupe à figures rouges, 
du style de ce fabricant, dans 
la collection Mouret, 97. 

Mélanges Emile Le Sçnne, 240, 



TA H LE ALt>HABETIQUE 



S23 



Menant (M"« D.), 137. — Ou- 
vrages divers provenant de 
Joachim Menant, par elle don- 
nés à la Bibliothèque de l'Ins- 
titut, -220. 

Menant (Joachim). Ouvrages pro- 
venant de lui, donnés par M"* 
D. Menant à la Bibliothèque 
de l'Institut, 220. 

Mendel (Gustave). Les travaux 
du Service archéologique de 
l'armée française d'Orient, 8, 
9, 306. 

Mengasson (Chanoine). Archi- 
diaconé de Bourges, 222. 

Mère des Dieux (Autels dédiés à 
la), trouvés à Thibilis, 233-234. 

Merlin (Alfred), Terre cuile pu- 
nique peinte provenant dune 
nécroi)ole de Carthage, 261. — 
Dédicace à la Mère des dieux 
trouvée à Carthage; — Tom- 
beaux puniques découverts à 
Carthage en 1916, in. 

Mer Morte (La rive gauche du 
Jourdain et l'assainissement 
de la) d'après la prophétie 
d'Ézéchiel, 102. 

Mérovingien (Cimetière) décou- 
vert dans le canton de Vittel, 
126. 

Mexique. — Voy. Mitla, Oaxaca. 

Mézières (Philippe de). Épître 
française par lui adressée au 
roi d'Angleterre Richard II, 
126, 138. 

Michon (Etienne). Candidat, 388, 
478. — Catalogue sommaire des 
marbres antiques du Musée du 
Louvre, 476. 
Millet (G.). Lettre concernant sa 
mission au mont Athos,27i,363. 



Miroir grec (Applique de), achetée 
à Mantinée par M. Maxime 
Collignon et par lui donnée au' 
Musée du Louvre, 1.^1, 
Mitla (Mexique). Photographies 
des fouilles faites dans Ie« 
ruines de cette ancienne ville, 
217. 

Modi (Ervad J. J.j. Dasiur Bah- 
nian Kaikobad and the Kisseh- 
i-SanJan, 137. — Anquetil-Du- 
perron and Dastur Darab, 220. 

Monastir (Carte des tumuli de la 
région de), 261. 

Monceaux (Paul), 33. — Commis- 
sions, 7. — Dédicace chrétienne 
conservée au Musée de Bône, 
186. — Observations, 171. 

Montandon (Raoul). Bibliogra- 
phie des travaux palethnulogi- 
ques et archéologiques du can- 
ton de Genève, 116. 

Montesquiou-Avantès (Ariège). 
Gravuresrupestres découvertes 
dans une grotte par M. le 
comte Begouen et ses fils, 308. 

Montmartre (Cérémonie à la basi- 
lique de,, 212. 

Montpellier (Musée de). Vases 
grecs, 98. 

Morel-Fatio (Alfred). Rapport, 
190. 

Moret (A.). Candidat, 475, 478. 
— Un nomarque d'Edfou au 
début de la VI« dynastie, 405. 

Morts (La triple commémoration 
des) dans l'Église byzantine, 
277, 278. 

Mottez (Collection). Coupe à fi- 
gures rouges, signée de Hiéron 
et provenant des fouilles d'Étru- 
rie, 98-99. 



52i 



TAiM.K ALI'll 



Moulaï Alnl-el-Azi/,. Aclo il'in- 
Ironisalion de ce sulian du 
Maroc, 219. 

Mourel (Collection). Objets de 
bronze et de ter et œuvres 
céramiques découvertes dans 
la nécropole d'Knsérune, 9"). 

Muid de Clharleniagne (Le), 333. 

Mystères du paganisme (Passage 
de l'auteur byzantin Psellus 
relatif aux), 197. 

Naples (Musée de). Casque de 
gladiateur rappelant le triom- 
phe de Germanicus, 261, 262, 

Naville (Edouard), associé étran- 
o-er. Note sur Vlntroduction à 
Vétude de la phonétique égyp- 
tienne de Gaston Maspero, 167, 
171. — Some geographica.1 na- 
nies, 212. 

Nicopolis d'Épire. Dessins des 
théâtres antiques, par Cassas, 
162. 

Normandie (Les États provin- 
ciaux de), 368. 

Numismatique orientale (Prix de), 
6 414, 423. — Commission, 7. 

Nyrop (Chr.), correspondant 
étranger. Lettre à l'occasion de 
l'armistice, 477. 

Oaxaca (Mexique). Recueil de 
photographies de monuments 
de cette ville ancienne, 210. 

OEconomos (G.). Justinien et 
Thessalonique, 487. 

Omont (Henri). Commissions, 7, 
504. — Fragments d'un très 
ancien manuscrit latin prove- 
nant de l'Afrique du Nord, 240, 



AHKIini E 

241, 304. — Ktal des AirliiVes 
et de la Bibliothèque de la ville 
de Lille, 367. — Don à la Bi- 
bliothèque nationale, par M""" 
l"]mile Picot, du répertoire bi- 
bliographique formé par son 
mari, 475. — Sens de l'expres- 
sion litterae fracfae, 501. — Un 
helléniste du XVI^ siècle, 191. 

— Hommages, 191, 362. 
Ordinaire (Prix), 6, 411, 416. 

— Commission, 7. 

Ôsiris (Commission du prix), 33. 
Oulad el Agha (Dar), à Carthage, 
Ruines, 148. 

Palladius de Ratiaria, évêque 
arien de la région danubienne. 
Son activité littéraire, 171, 172. 

Palmyre. Dessins des temples, 
par Cassas, 162.— Nouvelles 
des estampages pris pour l'Aca- 
démie avant la guerre, 185. — 
Tarif d'octroi, 261, 298,299. 

Paris. — Voy. Bibliothèque na- 
tionale. Bibliothèque de l'Ins- 
titut, Bibliothèque de l'Univer- 
sité, Louvre (Musée du). 

Paris (Pierre), correspondant. 
Fouilles de Bolonia, 6, 33, 34, 
165, 184, 222, 338, 347. 

Farthénon (Dessins des sculp- 
tures du), dans un recueil de, 
Cassas, 162, 167. 

Parure découverte à Jérusalem, 
379, 382. 

Pascasius. Épitaphe de ce per- 
sonnage chrétien, découverte 
à Francheville-le-Haut, 223, 
224. 

Passemard (E.). Sculptures des 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



525 



parois de la caverne d'Isturitz, 
238. 

Pellechet (Fondation). 416, 427. 
— Rapport, 212. — Con\mis- 
sion, 504. 

Périodiques offerts, 507. 

Pernot (Hubert). Granimairp de 
la langue grecque moderne; 
Recueil de textes grecs usuels, 
302. 

Perret-Carnot (Collection). Pleu- 
rant provenant d'un des tom- 
beaux des ducs de Bourgogne, 
221 

Philippe de Mazerolles (Le pein- 
tre) à Paris en 1454, 364. 

Philippe de Mézières. Épître 
française au roi d'Angleterre 
Richard II, 126, 138. 

Picard (Lieutenant). Exploration 
d'un cimetière mérovingien 
dans le canton de Vittel, 126. 

Picot (Emile). Commissions, 7. 
— Condoléances à lui adressées 
à l'occasion de la mort de son 
fils, le capitaine James Picot. 
271. — Hommage, 103. — 
Observations, 23. — Décédé, 
328. — Don, par ses héritiers à 
ia Bibliothèque nationale, de 
son répertoire bibliographique, 



+ /0. 



Pilon (Germain). Dessin conservé 
à la Bibliothèque de l'Institut 
et qui pourrait être de lui, 192, 
193. 

Piot (Fondation), 6, 415, 428. — 
Commission, 504. 

PiRENNE (Henri). Nommé associé 
étranger, 490. 

Platon. Les premiers Dialogues 
composés à Mégare, 188, 189. 



Pompée. Trajet autour de l'île de 

' SamosfLucain, VIII, 245), 105. 

PoTTiER : Edmond), 33, 167, 213, 

219, 326, 331. — Commissions, 

7, 504. — Mission de M"" Evrard 

dans le Midi de la France, 95. 

— Recueil de dessins de Cassas, 
offert au Musée du Louvre par 
M. le comte Alexandre de La- 
borde, 167. — Observations 
sur un ouvrage de M. Gilman, 
193. — Terre cuite punique 
peinte provenant d'une nécro- 
pole de Carthage, avec repré- 
sentation d'une femme tenant 
à la main un tympanon, 261. 

— La céramique ibérique, 305. 

— Hommage, 276. — Observa- 
tions, 161, 192, 197, 211, 308. 

Prentout (Henri). Les États pro- 
vinciaux de Normandie, 368. 

Prévéza (Épire). Costumes des 
habitants, dans un recueil de 
Cassas, 163. 

Proprius (Sens de l'adjectif latin) 
appliqué à une bête de sacri- 
fice, 161 . 

Propylées. Lettres de M. Fougères 
sur la restauration partielle de 
ce monument, 210, 224. 

Prost(Prix Auguste), 6, 414, 419. 

— Commission, 7. — Rapport, 
189. 

Prou (Maurice). Commissions, 7, 
337, 504. — Rapports, 104, 212, 
367. — Observations, 197. — 
Comptes de la Maison de l'au- 
mône de Saint-Pierre de Rome, 
485. — Hommage, 362. 

Psellus. Passage de cet auteur 
byzantin relatif aux mystères 
du paganisme, 197. 



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TABLE ALPHABÉTIQUE 



l^unique peinte (Terre cuite), pro- 
venant d'une nécropole de Car- 
liiage, 201. 

Pui)illes de la nation (Manifesta- 
tion organisée par l'OlTice na- 
tional des), 238, 

Quem perdere vull Jiippiler de- 
mentat prius. Origines de ce 
proverbe latin, 170. 

Quovedo (Francisco de). Sonnet 
par lui imité d'une poésie latine 
de Giano Vitali, 123, 

Quintillus (Q. Clodius).- Dédicant 
d'un autel consacré à Vénus et 
à la Mère des dieux, 233-234. 

Rabelais (François). Don, par M. 
Gennadius à la Bibliothèque 
nationale, d'un volume portant 
la signature de Rabelais, 503.