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HARVARD UNIVERSITY
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COMPTES RENDUS
HEBDOMADAIRES
DES SÉANCES
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES
PARIS. — IMPRIMERIE DE GAUTHIER-VILLARS, QUAI DES AUGUSTINS, 55.
COMPTES RENDUS
HEBDOMADAIRES
DES SÉANCES
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES
PUBLIÉS,
CONFORMÉMENT A UNE DÉCISION DE L'ACADÉMIE
i-» t)ate Ju. 4$ cJuiUTet «835
PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS.
TOME CEi\r DEUXIE3IE
JANVIER — JUIN 1886.
^PARIS,
GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES,
SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER,
Quai des Augustins, 55.
1886
ETAT DE L'ACADEMIE DES SCIENCES
Al 1" mmii 1886.
SCIENCES MATHEMATIQUES.
Section I'*^. — Géométrie.
Messieurs :
Hermite (Charles) (c. *).
Bonnet (Pierre-Ossian) (o. *).
Jordan (Marie-Ennemoml-Camille) *.
Darboux (Jean-Gaston) *.
Laguerre (Edmond-Nicolas) (o. *).
N
Section II. — Mécanique,
Saint- Venant (Adhémar-Jean-Claude Barré de) (6. *).
Phillips (Edouard) (o. ^).
Resal (Henry- Amé) *.
LÉVY (Maurice) (o. *).
N. .
N
Section IIÏ. — Astronomie.
Paye ( Hervé- Auguste-Étienne-Albans) (c. *).
Janssen (Pierre-Jules-Gésar) (o. «).
Lœwy (Maurice) (o, *).
Mouchez (Contre-Amiral Ernest-Amédée-Barthélemy) (c. *).
Tisserand (François-Félix;) *.
WOLF (Charles-Joseph-Étienne) *.
Section IV. — Géographie et Navigation.
Paris (Vice-Amiral François-Edmond) (g. c. ft).
Jurien de la Gravièke (Vice-Amiral Jean-Pierre-Edmond) (g. c. *).
Abbadie (Antoine-Tliompson d') *.
Perrier (Colonel François) (c. *).
Bouquet de la Grye (Jean-Jacques-Anatole) (o. «).
Grandidier (Alfred) *.
ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES.
Sectiox V. — Physique générale.
Messieurs :
FiZEAU (Annand-Hippolyte-Loiiis) (o. «).
Becquerel (Alexandre-Edmond) (c. *).
Berthelot (Marcelin-Pierre-Eugène) (c. *).
Cornu (Marie-Alfred) *.
Mascart (Éleuthère-Élie-Nicolas) (o. *).
N
SCIENCES PHYSIQUES.
Sectiox VI. — Chimie.
Chevreul (Michel-Eugène) (G. c. *).
Fremy (Edmond) (c. *).
Cahours (Auguste-André-Thomas) (c. *).
DebRAY (Jules-Henri) (o. *).
Friedel (Charles) *.
Troost (Louis-Joseph) «.
Section VII. — Minéralosie.
DaubrÉe (Gabriel-Auguste) (g. o. *).
Pasteur (Louis) (g. c. "*).
Des Cloizeaux (Aifred-Louis-Olivier Legrand) «.
Hébert (Edmond) (o. «).
FOUQUÉ (Ferdinand-André) *.
Gaudry (Jean-Albert) *.
Section VIII. — Botanique.
Duchartre (Pierre-Étienne-Simon) (o. *).
Naudin (Charles-Victor) *.
TrÉCUL (Aiiguste-Adolphe-Lucien).
Chatin (Gaspard-Adolphe) (o. *).
Van Tieghem (Philippe-Édouard-Léon) s.-.
N
ETAT DE L ACADEMIE DES SCIENCES.
Section IX. — Economie rurale.
Messieurs :
BoussiNGAULT (Jean-Baptiste-Joseph-Dieudoniié) (g. o. *).
Peligot (Eugcne-Melchior) (g. o. «).
Mangon (Charles-François-Hervc) (c. *).
SCHLŒSING (Jean-Jacques-Théophile) (O. *).
Reiset (Jules) (o. *).
N
Section X. — Anatomie et Zoologie.
Quatrefages DE BréAU ( Jeaii-Louis-Armand DE) (c. *).
Blanchard (Charles-Emile) (o. *).
Lacaze-Duthiers (Félix-Joseph-Henri de) (o. :*).
Edwards (-Vlphonse-MiLNE) (o. «).
N
N
Section XI. — Médecine et Chirurgie.
GOSSELIN (Athanase-Léon) (c. «).
Vulpian (Edme-Fclix-Alfred) (o. «).
Marey (Étienne-Jules) (O w).
Bert (Paul).
RiCHET (Didier-Dominique-Alfred; (c. *).
Charcot (Jean-Martin) (o. *).
SECRÉTAIRES PERPÉTUELS.
Bertrand (Joseph-Louis-François) (c. •»), pour les Sciences
mathématiques.
Jamin (Jules-Célestin) (c. *), pour les Sciences physiques.
ETAT DE L ACADEMIE DES SCIENCES.
ACADÉMICIENS LIBRES.
Messieurs :
Larrey (le Baron Félix-Hippolyte) (g. o. s).
COSSON (Ernest-Saint-Charles) o. *.
Lesseps (Ferdinand-Marie de) (g. c. ■»).
Fa VÉ (Général Idelphonse) (g. o. *).
Damour (Augustin-Alexis) (o. *).
Lalanne (Léon-Louis CHRÉTIEN-) (g. o. *).
Freycinet (Charles-Louis de Saulces de) (o. *).
Hatonde la GoupilliÈRE (Julien-Napoléon) *.
JONQUIÈRES (Vice-Amiral Jean-Philippe-Ernest DE FAUQUE DE)
(g. o, *).
Cailletet (Louis-Paul) s.
ASSOCIÉS ÉTRANGERS.
OWEN(Sir Richard) (o. *), à Londres.
KUMMER (Ernest-Édouard), à Berlin.
AlRY (Sir George-Biddell) *, à Greenwich.
TCHÉBICHEFF (Pafnutij), à Saint-Pétersbourg.
Candolle (Alphonse de) *, à Genève.
S. M. Dom Pedro d'Alcantara (g. c. *), Empereur du Brésil.
Thomson (Sir William) (c *), à Glascow.
Bunsen (Robert- Wilhelm-Eberhard) (o. *), à Heidelberg.
COMESPONDAIVTS.
Nota — Le règlement du 6 juin iSoS donne à chaque Sccliun le nombre de Correspondants suivant.
SCIENCES aiATHEMATIQUES.
Sectiox F''. — Géométrie (G).
Neumann (Franz-Ernest), à Kœnigsberg.
Sylvester (James-Joseph), à Baltimore.
Weierstrass (Charles) «i-, à Berlin.
Kronecker (Léopold) *, à Berlin.
Brioschi (François), à Milan.
Salmon (George), à Dublin.
ETAT DE L ACADEMIE DES SCIENCES.
Section II. — Mécanique (6).
Messieurs :
Clausius (Julius-Emmanuel-Ruclolph) (o. *), à Bonn.
Caligny (Anatole-François HÛE, Marquis de) *, à Versailles.
BROCH (Ole-Jacob) (o. *), à Christiania.
Boileau (Pierre-Prosper) (o. *), à Versailles.
COLLADON (Jean-Daniel) *, à Genève,
Dausse (Marie-François-Benjamin) «;, à Grenoble.
Section ÏII. — Astronomie (i6).
HiND (John-Russell), à Londres.
Adams (J.-C), à Cambridge.
CAYLEY (Arthur), à Londres.
Struve (Otlo-Wilhelm) (c. *). à Pulkova.
LOCKYER (Joseph-Norman), à Londres.
HUGGINS (William), à Londres.
NewcOMB (Simon), à Washington.
Stephan (Jean-Marie-Édouard), «, à Marseille.
Oppolzer (Théodore l)') (o. s;), à Vienne.
Hall (Asaph), à Washington.
Gyldén (Jean-Auguste-Hugo) *, à Stockholm.
SCHIAPARELLI (Jean-Virginius), à Milan.
De la Rue (Warren), (c. *), à Londres.
GOULD (Benjamin-Apthorp), à Cordoba.
WOLF (Rudolf), à Zurich.
N
Section IV. — Géographie et Navigation (8).
TCHIHATCHEF (Pierre- Alexandre de) (c. *), à Saint-Pétersbourg.
Richards (Contre-Amiral George-Henry), à Londres.
David (Abbé Armand), missionnaire en Chine.
Ledieu (Alfred-Constant-Hector) (o. *), à Versailles.
NordenskiÔld (Nils-Adolf-Erik Baron) (c. *), à Stockholm.
Ibanez DE Ibero (Général Charles), à Madrid.
N
JS
c. R., 1886, I" Semestre. (T. Cil, N" 1.) 2
lO ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES.
Section V. — Physique générale (c^').
Messieurs :
Weber (Wilhelm), à Gottingue.
HlRN (Gustave-Adolphe), à Colmar.
Helmholtz (Hermann-Louis-Ferdinand) (c. ft), à Berlin.
KiRCHHOFF (Gustave-Robert) (c. *), à Heidelberg.
Joule (James-Prescott), à Manchester.
Stokes (George-Gabriel), à Cambridge.
Abria (Jérémie-Joseph-Benoît) (o. *), à Bordeaux.
Lallemand (Etienne-Alexandre) *, à Poitiers.
N
SCIENCES PHYSIQUES.
Section YI. — Chimie (9).
HOFMANN (Auguste-Wilhelm), à Berlin.
Marignac (Jean-Charles Galissard de), à Genève.
FranklAND (Edward), à Londres.
WiLLiAMSON (Alexander-William), à Londres.
Lecoq de Boisbaudran (Paul-Émile dit François) *, à Cognac.
Chancel (Gustave-Charles-Bonaventure) s-, à Montpellier.
Stas (Jean-Servais) *, à Bruxelles.
N
N
Section YII. — Minéralogie (8).
KOKSCHAROW (Général Nicolas de), à Saint-Pétersbourg.
Studer (Bernard) *, à Berne.
LORY (Charles) *, à Grenoble.
Abich (Guillaume-Germain), à Vienne.
Favre (Jean-Alphonse), à Genève.
Hall (James), à Albany.
Prestwich (Joseph), à Oxford.
Gosselet (Jules-Auguste-Alexandre) «, à Lille.
ETAT DE L ACADEMIE DES SCIENCES. II
Section VIII. — Botanique (lo).
Messieurs :
HOOKER (Jos. Dalton), à Rew.
Pringsheim (Nathanael), à Berlin.
Planchon (Jules-Emile) ;», à Montpellier.
Saporta (Louis-Charles-Joseph-Gaston, Comte de) *, à Aix.
Gray (Asa), à Cambridge (Massachussets).
Clos (Dominicpie), à Toulouse.
Sirodoï (Simon) «, à Renues.
Grand'Eury (François-Cyrille) *, à Saint-Etienne.
Agardh (Jacob-Georg), à Lund.
N "
Section IX. — Économie rurale (lo).
Martins (Charles-Frédéric) (o. «), à Montpellier.
Vergnette-Lamoïte (Vicomte Gérard-Elisabeth- Vlfred de) *, à
Beaune.
Mares (Henri-Pierre-Louis) *, à Montpellier.
Lawes (John-Bennet), à Rotharasted, Saint-Albans station (Her-
fortshire).
Gasparin (Paul-Joseph de) *, à Orange.
Demontzey (Gabriel-Louis-Prosper) *, à Aix.
GiCBERT (Joseph-Henry), à Rothamsted, Saint-Albans station (Her-
fortshire).
CORVO (Joào DE Andrade) (g. c. *), à Lisbonne.
Lechartier (Georges-Vital), à Rennes.
N ^
Section X. — Anatomie et Zoologie (lo).
Beneden (Pierre- Joseph van), à Louvain.
SiEBOLD (Charles-Théodore-Ernest de), à Munich.
LOVÉN (Svenon-Louis), à Stockholm.
StEenstrup (Japetus), à Copenhague.
Daxa (James-Dwight), à Ne^v-Haven.
Huxley (Thomas-Henry), à Londres.
N
N
N
N '.
'- ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES.
Sectiox XI. — Médecine et Chirurgie (8).
Messieurs :
ViRCHOW (Rudolph DE), à Berlin.
Ollier (Louis-Xavier-Édouard-Léopold) (o. *), à Lyon.
Tholozan (Joseph-Désiré) (o. *), à Téhéran.
Chauveau (Jean-Baptiste-Auguste) (o. *), à Lyon.
DONDERS (François-Corneille), à Utrecht.
Palasciano (Ferdinand-Antoine-Léopold), à Naples.
Hannover (Adolphe), à Copenhague.
Paget (sir James), à Londres.
Commission pour administrer les propriétés et fonds particuliers
de l'Académie.
Becquerel.
Fremy.
Et les Membres composant le Bureau.
Changements surçenus dans le cours de l'année i885.
{Voir à la page 1 5 de ce Volume.)
COMPTES RENDUS
DES SÉANCES
DE TACADÉMIE DES SCIENCES
SEANCE DU LUNDI 4 JANVIER 1886.
PRÉSIDENCE DE M. JURIEN DE LA GRAVIÈRE.
REIVOL\ ELLEMENT AIViXUEL
DU BUREAU ET DE LA COMMISSION ADMINISTRATIVE.
L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'un Vice-
Président, qui doit être pris, cette année, dans l'une des Sections de
Sciences physiques :
Au premier toin- de scrutin, le nombre des votants étant 52,
M. Gosselin obtient .... 28 suffrages.
M. Hervé Man
M. Duchartre
M. Hervé Mangon « .... 23
M. Gosselin, ayant obtenu la majorité absolue des suffrages, est pro-
clamé Vice-Président pour l'année 1886.
L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination de deux
Membres qui seront appelés à faire partie de la Commission centrale admi-
nistrative pendant l'année 1886, et qui doivent être choisis, l'un dans les
( >4 )
Sections de Sciences mathématiques, l'autre dans les Sections de Sciences
physiques :
Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 47.
M. Fremy obtient 4^ suffrages.
M. Becquerel » 45 »
M. Cahours » i »
M. Fizeau » • i »
M. Gosselin » i «
MM. Fremy et Becquerel, ayant réuni la majorité absolue des suf-
frages, sont élus Membres de la Commission.
Conformément an Règlement, le Président sortant de fonctions doit,
avant de quitter le Bm-eau, faire connaître l'état où se trouve l'impression
des Recueils que l'Académie publie et les changements survenus parmi
les Membres et les Correspondants de l'Académie dans le cours de l'année.
M. l'Amiral Jurien de la Gravière, Vice-Président pour l'année i885,
donne à cet égard les renseignements suivants :
État de l'impression des Recueils de V Académie au i" j'a/wier 1 886.
Volumes publiés.
Comptes rendus des séances de l'Académie. — Le Tome XCVIII (i^'' se-
mestre i884) et le Tome XCIX (2'= semestre i884) ont paru avec leur
table.
Les numéros de l'année i885 ont été mis en distribution avec la régu-
larité habituelle.
Documents relatifs au Passage de Vénus. — La 2^ partie du Tome III des
Documents de l'année 1874, la seule qui restât à publier et qui renferme
les Travaux de Botanique, d'Anatomie et de Géologie effectués par M. le
D'' Filhol, attaché à la mission de l'île Campbell, a été mise en distribution
au mois de novembre dernier.
( i5 )
Volumes en cours de publication.
Mémoires de l' Académie. — Le Tome XLIIT est réservé au Mémoire de
M. Yvon Villarceau sur l'établissement des arches de pont. 35 feuilles sont
tirées, 17 pour le texte et 18 pour les Tables. L'impression est momenta-
nément suspendue.
Le Tome XLIV renferme trois Mémoires de MM. Becquerel, faisant suite
à leurs recherches sur la température de l'air à la surface du sol et sous la
terre, jusqu'à 36"" de profondeur. Ces trois Mémoires, publiés pour les
années 1881 et 1882, forment actuellement i5 feuilles qui sont tirées.
L'imprimerie n'a pas reçu de copie nouvelle.
Mémoires présentés par divers Savants. — Le Tome XXIX renferme, jus-
qu'ici, deux Mémoires qui forment trente-deux feuilles tirées. Ces deux
Mémoires sont ceux de MM. Henry J.-S. Smith et Minkowski, « Sur la re-
présentation des nombres par des sommes de cinq carrés » .
L'imprimerie vient de recevoir le manuscrit du Mémoire de M. Appel),
intitulé : « Déblais et remblais des systèmes continus ou discontinus » .
L'impression va en être incessamment commencée.
Changements survenus parmi les Membres
depuis le \" janvier i885.
Membres décèdes.
Section de Géométrie : M. Sekret, le 2 mars.
» M. Bouquet, le 9 septembre.
Section de Mécanique : M. Rolland, le 3i mars.
» M. Tresca, le 21 juin.
Section de Géographie et Navigation : M. Dupuy de Lomé, le i*' février.
Section de Physique : M. Desaixs, le 3 mai.
Section de Botanique : M. Tulasne, le 22 décembre.
Section d'Économie rurale : M. Bouley, le 3o novembre.
Section d'Anatomie et Zoologie : M. H. Milxe-Edwards, le 29 juillet.
1) M. Ch. Robl\, le 6 octobre.
Membres élus.
Section de Géométrie : M. Lagueure, le 11 mai, en remplacement de
M. Serret.
( ,G )
Section de Géographie et Navigation : M. Graxdidier, le 6 juillet, en rem-
placement de M. Diipuy de Lôme.
CJiangenients stirvcmis parmi les Correspondants
depuis h' i""" Janvier i885.
Correspondants décèdes.
Section de Chimie : M. Dessaigxes, à Vendôme, le 5 janvier 188).
Section de Botanique : M. Boissier, h Genève, le 20 septembre i885.
Section d'Anatomie et Zoologie .-M. Carpexter, à Londres, le 10 no-
vembre i885.
Correspondants élus.
Section d' Astronomie : M. Wolf, à Zurich, le 9 mars, en remplacement
de M. Plantamour, décédé.
Section de Géographie et Navigation : M. le Général Ibaxez, à Madrid,
le 17 août, en remplacement de M. Cialdi, décédé.
Section de Minéralogie : M. Prestwich, à Oxford, le 26 janvier, en
remplacement de M. Sella, décédé; M. (josselet, à Lille, le i3 juillet, en
remplacement de M. Cailletet, élu Académicien libre.
Section de Botanique : M. Sirodot, à Rennes, le 16 février, en remplace-
ment de M. Darwin, décédé; M. Graxd'Eury, à Saint-Etienne, le 2 mars,
en remplacement de M. Duval-Jouve, décédé; M. Boissier, à Genève,
le 20 avril, en remplacement de M. Heer, décédé; M. Agardh, à Lund,
le 27 avril, en remplacement de M. Bentham, décédé.
Section d'Economie rurale : M. Le«:hartier, à Rennes, le 16 mars, en
remplacement de M. Girardin, décédé.
Section de Médecine et Chirurgie : M. Haxxover, à Copenhague, le
16 mars, en remplacement de M. Schwann, décédé; Sir James Pajet, ît
Londres, le 23 mars, en remplacement de M. Bouisson, décédé.
Correspondants à remplacer.
Section d'Astronomie : M. Roche, à Montpellier, décédé le 18 avril
i883.
Section de Géographie et Navigation : M. l'Amii-al Lïttke, à Saint-Péters-
bourg, décédé le août 1882; M. le Général Sabixe, à Londres, décédé
le 2G juin i883.
( 17 )
Section de Physique : M. Plateau, à GancI, décédé le i5 septembre i883.
Section de Chimie : M. Buxsen, à Heidelberg, élu Associé étranger, le
26 décembre 1882; M. Dessaigxes, à Vendôme, décédé le 5 janvier i885.
Section de Botanique : M. Boissier, à Genève, décédé le 25 septembre
i885.
Section d'Économie rurale : M. Reiset, à Écorchebœuf, élu Académicien
titulaire, le 22 décembre 1884.
Section d'Anatomie et Zoologie : M. Braxdt, à Saint-Pétersbourg, décédé
le i5 juillet 1879; M. Mi'lsaxt, à Lyon, décédé le 4 novembre 1880;
M. JoLY, à Toulouse, décédé le 17 octobre i885; M. Cakpexter, à Londres,
décédé le 10 novembre i885.
MEMOIRES ET COMMUNICATIONS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur le potentiel de deux ellipsoïdes. -
Note de M. Laguerke.
« i. Je supposerai tous les points de l'espace rapportés à trois axes rec-
tangulaires passant par le centre du premier ellipsoïde.
» Soient
\x- -+- Br- + Cz- + 2.A'yz -+- ^R'zx -\- iC'xy = i
l'équation de la surface extérieure de ce corps, el
V
son volume.
» L'ellipsoïde étant supposé formé de couches homogènes concentriques
et homothétiques à sa surface extérieure, je désignerai par/(>^-) la densité
de la couche dont la surface extérieure est déterminée par l'équation
\x- ■+- By- -+- Cz- -+- 2\.'yz -+- 2B'zx -h 2C'x/ = X-.
i> La fonction /(>') est une fonction quelconque, continue ou discon-
tinue ; je poserai
"" /(l)dkD = F(f),
/
en sorte que F(^) est une fonction /»ajre de la variable.
C. R., 188G, 1" Semestre. (T. Cil, N» 1.)
» Pour abréger, on appelant r> le discriminant
ABC + 2A'B'C' - AA- - BB'- - CC'-.
je ferai
BC - A'^ CA - W-
A, = , M\, = ^— , S
B'C'-AA' , C'A'— BB'
X = ) ift,'= ^ , S
AB —
C'=
A'B'-
-ce
pins
A = — Acos-o — iil. sin'-'^ 4- S -h -j/'A/sinip + anft/coso — 2S'sino coscp.
). 2. Soit
A„(w - ly- + B„(J - r,y- + C„(:: - "( )^'
+ 2 a; (y - ./,) (^ _ ^) + o b; (5 - i: )(.r - c) + 2 C; (a- - l)(y - r) = i
l'équation de la surface extérieure du second ellipsoïde, en sorte que
désignent les projections sur les trois axes de la distance des centres des
deux corps.
» J'appellerai Vo son volume, et, en supposant que sa masse est composée
de couches homogènes concentriques et homothétiques à la surface exté-
rieure, en sorte que, sur la couche limitée par la surface,
A,(x - l)- + B,{y - r,y+C,{z - "C)-
+ 2 A'„(j - ■Oiz -K)+2h'Jz- l)(.v - ^) + 2C;(.r -l)(y- r.) = 1%
la densité soit/o(7.-), je poserai
r/„(>.)^A=F„(/.,)-
Je désigne par ii„, A», Dî)», S„, A,'„, D!,'„, e'„ les quantités analogues à i2,
■^ mais relatives au second ellipsoïde; ainsi
£2o = A„ Bo Co 4- 2 a;, b;, c; - a„ a; - Bo b;^ - C„ C; ,
_ BoCo-A'„^
j'appelle enfin A^ la quantité
— X„ cos-(û — Di,„ sin^<p -t- Go + 2j,i,'^ sin^ -|- ai'aib'^ coso — 2e'„ sinipcosç.
C '9 )
» 3. Cela posé, le potenliel P îles deux corps est déterminé par la rela-
tion suivante :
, ) dt dtf, da
p = ^ r"' r"' r" F(OFo«„
^^■^ J_i ,./_, .,/„ /' ; cos o + «71 sin © -f
n^t\^'\ — t„ ^/\
1) Cette formule suppose !^ > o; si "C = o, l'intégrale qui est dans le se-
cond membre n'a plus de sens; pour une valeur négative de 'C, la formule
donne une valeur égale et de signe contraire à celle du potentiel.
)) 4. Si les deux corps de révolution, A et A^, sont des carrés parfaits;
l'expression précédente se réduit alors à la forme beaucoup plus simple
¥{t) F^{to)dtdtf,do
- a i + aj f„) cos o + {(7) + P i + Po 'o) sin tp + Ç -i- y < + '(o <o
oii y., fi, y, a„, [i,,, '■„ désignent des quantités constantes; ce que l'on peut
encore écrire
p_9vv„ f-^' C*' v{l^Y(t^dtdt,
;/(! + a^ + a„<„)2-f- (t, -+- p/ -H p„<„)-^+ (^ -I- Y< + Y„<o)=
» 5. Dans le cas où les ellipsoïdes sont homogènes, en appelant respec-
tivement w et Wo leurs densités, ou a
F(^) = aj(l-i=) et F„(/o) = coo(l-^^).
Il Dans le cas où les ellipsoïdes se réduisent à deux couches infiniment
minces, supposons que, lorsque t varie de o à i — s, la densité soit nulle et
qu'elle soit égale à lo quand t varie de (i — e) à i , en supposant ■<. infiniment
petit, on a
F(n = --iojc
et, de même,
le potenliel a donc pour expression
_ gVVoWtuoffo r^' /"*' f''^ t/< dit, do
» Il est facile de voir que toutes les dérivées secondes de P prises par
rapport aux variables E, r,, '( sont des fonctions algébriques de ces variables
et des coefficients des équations des surfaces des ellipsoïdes.
( ^o)
)i On a, par exemple.
d'-P gVVototOose,
/""^ /""^ /""" 2/costp rfiflffo C?(p
J_, J^i^Jo ('Uosœ + iV, sinon- C — <v/^ — <oV'^o)'
ou, eu effecUianl les intégrations relatives à t et à t^,
d'^V 9VVoWcO|,EE„ f"' /'cos<p(/^ costp -H rc, sinca + Ç) rfcp
(/?«'; Tï j^ (/^cosç + (ïi sincB -H Q' — 2(A-H A„) (j'^coscp H- /t; sinœ H- Ç)2 -h (A — Ao)^'
expression qui, comme on le sait, est une fonction algébrique des coeffi-
cients de la quantité placée sous le signe / .
» Il en résulte que chacune des trois dérivées premières de P
dV^ d?^ dP
d% ' f/ri ' d'C,
s'obtiendra en intégrant une fonction algébrique.
» 6. L'expression du potentiel, donnée ci-dessus, conduit aisément à
son développement suivant les puissances de — •
1) En développant la quantité sous le signe / suivant les puissances
décroissantes de
(ç costp H- (T) sintp
on a
p^RVVoy Ç-^' /--+■ r^-^ V{t)¥„{t,)\tf\-^t,s/I',\'dtdt„d'^
32- -^ J J J («"fcosts+('Tisin'^) + ?)«+'
n =
» Il est à remarquer que, Y(t) étant une fonction paire de / et F(/„)
une fonction paire de t^, les intégrales
J V{l)LV-dt, J F,{lo)t'idi,
sont nulles lorsque [j. est un nombre impair.
» T.e terme général du développement de P sera donc, à un facteur nu-
mérique prés,
..+. ..-^i ...u K(/)F(/„)[<^Â + <ov/X;J-"^<rf<orfo .
J_, J_, J„ (/?cos<6 + iTisint? + ?)2"+'
(., )
en effectuant les intégrations par rapporta t et à /„, on devra laisser de côté,
dans le développement du numérateur, tous les termes qui renferment des
puissances impaires de t et de /„, en sorte que ce terme peut se mettre sous
la forme suivante
'i'(sin;p, cos tp ) fi?!p
i
\^ (ïçcostp -t- jT] sincp H- Ç)-«-^i
où f^ désigne une fonction entière de sino et de cosçp.
» Une telle intégrale peut s'exprimer au moyen des dérivées partielles
par rapport à \, r; et Z, de
on peut encore l'obtenir en développant le numérateur et la fonction
(i; cos© -+- iti sin tp -t- Ç)-
suivant les sinus et cosinus des multiples de l'angle (p.
1) Le développement de cette fonction a été donné par Jacobi.
» 7. Les résultats résumés dans cette Note s'obtiennent de la façon la
plus simple, en décomposant les ellipsoïdes considérés en tranches infini-
ment minces comprises entre deux plans infiniment voisins parallèles au
plan
(i) «\rcos'j) -f- iysm'!^ -4- :; := o.
Ces plans sont évidemment imaginaires, et il semblerait d'abord que cette
décomposition ne présente aucun sens; mais il résulte des principes posés
par M. Hermite dans sa théorie des coupures des intégrales définies que, si
l'on effectue les calculs en donnant à i une valeur réelle, les résultats ob-
tenus sont encore valables en faisant
«= V — I •
J'ajouterai une dernière remarque pour montrer comment le théorème
de Maclaurin résulte aisément, non seulement du résultat final du calcul,
mais encore de la marche même suivie pour effectuer les intégrations.
» Tous les plans parallèles au plan (1) sont des plans isotropes et, pour
déterminer les limites des intégrations relatives à ^ et à /„, il suffit de déter-
miner ceux de ces plans qui sont tangents à chacun des ellipsoïdes.
» Comme o prend toutes les valeurs possibles de o à 277, on a donc à
(.2 )
considérer tous les plans isotropes qui touchent chacune des surfaces;
deux surfaces homofocales du second ordre touchant les mêmes plans iso-
tropes, il en résulte immédiatement que le potentiel n'est modifié que par
l'introduction d'un facteur constant, lorsqu'on remplace un des ellipsoïdes
par un ellipsoïde homofocal.
». Ainsi qu'il est facile de le vérifier, l'expression A a la même valeur
lorsque l'on considère plusieurs ellipsoïdes homofocaux. »
THERMOCHIMIE. — Recherches sur le sulfure d'antimoine; par IM. Berïhelot.
« 1. L'étude des actions réciproques entre l'oxyde, le sulfure, le chlo-
rure d'antimoine, d'une part; et, d'autre part, l'eau, l'acide sulfhvdrique
et l'acide chlorhydrique, ainsi que celle des composés secondaires : oxy-
chlorures, sulfochlorures, oxvsulfures, hvdrates, chlorhydrates, sulfhv-
drates, susceptibles de se former dans le cours de ces réactions, sont des
plus intéressantes pour la Static[ue chimique. Il est d'autant plus néces-
saire d'en aborder le détail que toute théorie exacte repose sur la connais-
sance des composés réels que l'expérience constate dans les réactions
effectives. J'avais touché ce sujet, il v a quelques années; il m'a paru
utile de l'approfondir davantage. Je m'attacherai d'abord à la mesure de
la chaleur de formation du sulfure d'antimoine, sous ses divers états, et à
celle des corps qui s'v rattachent, celles des chlorures et des oxvclilorures
ayant été déterminées par M. Thomsen et par iM. Guntz ( ' ).
» 2. La mesure de la chaleur de formation du sulfure d'antimoine présente
de grandes difficultés, à cause de la formation des chlorosulfures et oxvsul-
fures qui l'accompagnent souvent, et aussi en raison des états multiples du
sulfure. Je l'ai exécutée, en prenant comme point de départ le protochlo-
rure, et en admettant pour sa chaleur de formation ( - )
Sb-i-GF = SbCl^ solide +9i':^",4
» J'ai transformé ce corps en sulfure [)ar li-ois méthodes différentes,
savoir : en traitant sa dissolution dans l'acide tartrique par une solution
aqueuse d'acide sulfhydrique ; en traitant sa dissolution chlorhydrique,
(') Annales de Chimie el de Physique, 6" série, l. III, p. 53.
(-) Andrews a trouvé +91,3; Thomsen -H 91, 4- On conclut des données de Gunt/.
-1)1,5. J'admettrai Sb 4- O^ = SbO^ ordinaire : -t-83,7 (Tliomsen).
( ^3 )
convenablement dosée, par le gaz sulfhydriqiie; enfin en dissolvant le
chlorure d'antimoine dans le sulfure de sodium et en reprécipitant le sul-
fure par l'acide chlorhydrique étendu. Les deux premières méthodes sont
d'une exécution prompte et facile et donnent des résultais concordants;
la seconde m'a permis en outre de mettre en évidence l'existence d'un
chlorosulfure, caractérisé par une chaleur de formation propre. La troi-
sième méthode est moins bonne, à cause de la grandeur des réactions
étrangères et de la connaissance imparfaite de celles-ci, et aussi à cause de
l'étendue des chaleurs de dilution des sulfures et sulfantimonites, qui va-
rient considérablement avec la proportion d'eau. Par contre, cette méthode
m'a permis de comparer la formation du sulfure d'antimoine noir cristal-
lisé à celle du sulfure orangé, hydraté, formé par précipitation.
» 3, Méthode de l'acide tarlrique. — On sait que l'acide tartrique
empêche la précipitation de l'oxyde d'antimoine par l'eau et, par suite, la
formation des oxvchlorures et oxysulfures. [1 olfre cet avantage de per-
mettre d'opérer avec l'acide sulfhydrique dissous. J'ai opéré sur ii^' de
chlorure d'antimoine, contenu dans une ampoule, que j'ai écrasée au sein
d'une solution d'acide tartrique (i5o*-'' = 4''')- Cette opération a dégagé :
SbCi^ solide -h/iC« II" O'- dissous, à ii" +14^=', 28
SbCI' solide +6G»HM)" „ „ _,_,3Caig4
» A la seconde liqueur on a ajouté une solution d'acide sulfhydrique,
voisine de la saturation et employée en léger excès, ce qui dégage
+ iG^^^'jiS. On déduit de ces données ( ') :
SbO'-t- 4G*H»0'- dissous (-) -+- f-'\i
chiffre dont le signe et la grandeur expliquent la stabilité du tartrate
d'antimoine. On a encore
Sb -4- S^= SbS^ précipité, orangé H- 17*^"',
» 4. Méthode de l'acide chlorhydrique. — Le chlorure d'antimoine se dis-
sout dans l'acide chlorhydrique ; mais sa solubilité n'est notable qu'à partir
d'une certaine concentration de l'acide, variable d'ailleurs avec la tempé-
rature. Dans les liqueurs très concentrées, l'acide sulfhydrique ne forme
pas de sulfure. C'est ce qui m'est arrivé, par exemple, avec une liqueur for-
mée de HCl + 3,73H-0-, et renfermant looS' de SbCP au litre, soit
(') H-hS — HSdiss. :+4,6; H+0 = HO : -+-34,5; Hh-C1 = HC1 étendu : +17,43.
(-) En présence de 3 H Cl étendu.
( --Î'I )
SbCP-t- 26HCI + 97H-O-. En opérant vers 12°, dans une fiole calorimé-
trique, j'ai trouvé (i^'', SiyHS dissous), pour HS = 178' dissous : -f- i^^Sg;
valeur un peu plus faible que dans l'eau pine (+ 2^^', 3, Thomsen), mais
peu différente. La liqueur s'est légèrement troublée, un dépôt de soufre
presque insensible s'étant produit, par suite de l'action de l'oxygène dissous
dans la liqueur acide, action plus prompte qu'avec l'eau pure.
)) Avec une liqueur formée de HCl + 87 H- O-, la dose d'antimoine dis-
soute n'a pas atteint i^"" au litre : ce qui n'a pas permis de mesures.
)) Mais les expériences ont donné de bons résultats avec une liqueur for-
mée de HCl + 19, 28H-O-, et renfermant So^'' de SbCP au litre, soit
SbCP -I- 12, 44HCI 4- 240 H^O". J'ai opéré sur 600™ de liqueur, contenus
dans une fiole calorimétrique, et j'ai fractionné la précipitation.
_ _ gr gr Cal
Premier précipité i,i6o de IIS absorbé, à i3°. PourHS=:i7 + 10,60
Deuxième précipité 1,575 » » -+- 9,00
Troisième précipité 1,828 » » -+- 9,08
Quatrième précipité i ,846 » » -t- 8,83
6s'-,4o4 + 9'^-''',39
On est alors arrivé presque à la limite; car le poids de HS nécessaire pour
la précipitation totale s'élevait à 6^', 63.
» Pour compléter ces données, j'ai mesuré la chaleur de dissolution du
chlorure d'antimoine (i i^' à i3°'') dans l'acide chlorhydrique aqueux (Soo*^*^).
» Pour SbCl' = 227S', en tenant compte des chaleurs spécifiques :
Cal
Avec HCl -+- 19,28 H■-0^ vers i3" +4, 17
Avec HCl + 3,73 H^OS » +3,87
Avec HC1+ 3,73 H^O'^+^VSbCF [ioos''au litre] +3,89
» On voit que la chaleur de dissolution diffère peu pour les deux liqueurs
chlorhydriques employées. On voit encore qu'elle diminue pour une
liqueur renfermant déjà du chlorure d'antimoine dissous, conformément à
ce qui arrive en général pour les dissolutions. Pour tirer de ces nombres la
chaleur de formation du sulfure d'antimoine, il est nécessaire de tenir
compte de la formation de l'acide chlorhydrique, 3 H Cl, qui, en se dissolvant,
change la concentration de la liqueur. Dans ces conditions, un calcul ri-
goureux montre que cette formation dégage : 66 + 47,7 = 1 13^^',7. On en
conclut : Sb + S' = SbS' orangé : -h 17'^"', o; nombre concordant avec la
chaleur de formation obtenue par la première méthode.
» .'). Chlorosulfure d'antimoine. — Revenons maintenant aux chiffres
(2.^ )
successifs obtenus dans la précipitation du chlorure d'antimoine par le gaz
sulfhydrique. Ces chiffres ont varié de -h lo'^^'.Go à + 8^^', 83. Cette varia-
tion répond à la formation d'un chlorosulfure, précipité au début et retrans-
formé à la fin par un excès d'acide sulfiiydrique.
» On peut admettre que le composé initial est un chlorosulfure, tel que
SbS-Cl, ou Sb-S''Cl, correspondant à l'un des oxychlorures, SbO-Clou
Sb-O'Cl. D'après les expériences de M. Guntz, la formation de ces der-
niers répond à un excès thermique notable sur la moyenne des nombres
répondant à l'oxyde et au chlorui-e : soit -i- 4,3 pour le premier et + 5, ^y
pour le second ; c'est-à-dire que la réaction
aSbO' + ShCl' =; 3SbO-Cl dégage 4-i2'^'",9
5 ShCP -H SbCl^= 3 Sb^ 0=C1 dégage 4-32C»>, 4
» De même, il y aurait un excès de H- G, 7 pour le second chlorosulfure,
corps dont l'existence a été signalée.
5SbS^ + SbCP -SSb^S^Cl -h^'^■''.l '
» Ce nombre est du même ordre de grandeur pour l'oxychlorure et
pour le chlorosulfure : il est utile de le préciser, afin de fixer les idées
sur la grandeur des quantités de chaleur dégagées par la formation de ces
composés intermédiaires, qui jouent un si grand rôle dans la statique des
réactions de l'acide sulfiiydrique sur les solutions métalliques.
» L'existence des chlorosulfures d'antimoine a été indiquée aussi par
Rose, comme jouant un rôle important dans la précipitation des solutions
de ce métal. On peut la manifester très nettement, par l'expérience sui-
vante. Dans un flacon jaugé, rempli de gaz sulfhydrique à une température
et à une pression connues, on introduit d'un seul coup un certain volume de
la solution antimoniale définie plus haut (i2,44HCl + 240 H- O" -f-SbCl'),
et l'on secoue vivement, de façon à provoquer une action aussi uniforme
que possible. On cherche par tâtonnement, avec une série de flacons, quel
est le plus grand volume de cette dissolution qui réponde à une précipita-
tion totale, c'est-à-dire telle que la liqueur filtrée ensuite ne renferme pas
d'hydrogène sulfuré, ni d'antimoine notable. Or ce volume a été trouvé plus
grand que celui qui répondait aux rapports de poids équivalents SbCl^ : 3HS,
l'excès d\i chlorure d'antimoine étant un peu inférieur à { d'équivalent. La
limite absolue est difficile à préciser; mais le fait même de l'entraînement
d'une fraction du chlorure d'antimoine par le sulfure précipité n'est pas dou-
C. R., iSsfi, 1" Semestre. (T. Cil, N° 1.) 4
( 26 )
teux. Il est également établi, parles mesures ci-dessus, que cette combi-
naison des deux corps donne lieu à un grand dégagement de chaleur.
» 6. Sulfhydrale de sulfure d'antimoine. — Dans une solution saturée
d'hydrogène sulfuré, si l'on verse une solution antimoniale, par gouttes
très petites et en agitant sans cesse, le précipité orangé de sulfure d'anti-
moine, formé au point de contact, se redissout tout d'abord et complète-
ment jusqu'à une certaine limite, en donnant naissance à une liqueur in-
colore. Cette dissolution se fait mal, lorscpie le précipité a eu le temps de
s'agglomérer; cependant, même alors, elle a lieu par une agitation suffi-
sante, lorsqu'on opère dans un flacon, afin d'éviter l'action oxvdante de
l'air. L'existence du sulfhydrate de sulfure d'antimoine répond à celle des
sulfantimonites ; mais ce corps dissociable n'existe dans i'eau c[u'en pré-
sence d'un grand excès d'acide sulfhydrique. Il joue un certain rôle dans
les équilibres chimiques.
)) 7. Chlorhydrate de chlorure d' antimoine . — Ce chlorhydrate est ana-
logue aux chlorhydrates des chlorures métalliques, que j'ai décrits précé-
demment ('), et qui ont été aussi étudiés par M. Ditte. Sa formation
explique le dégagement de chaleur très notable (-+- 4^^*') développé dans la
dissolution du chlorure d'antimoine par l'acide chlorhvdrique concentré.
Mais il n'existe à l'état anhydre qu'en présence d'un grand excès d'acide
chlorhydrique. En effet, j'ai observé que le chlorure d'antimoine, fondu
dans une cloche courbe à la plus basse température possible, absorbe 8 à
lo fois son volume de gaz chlorhvdrique (^^ d'équivalent environ) ; il ne les
redégage pas en cristallisant. Si on le chauffe plus fortement, le gaz re-
paraît en grande partie; mais il est réabsorbé pendant le refroidissement.
Le composé est donc en partie dissocié dans ces conditions.
» Le chlorure d'antimoine et l'acide chlorhvdrique (H Cl + 3, yS H-0^)
se mêlent pour ainsi dire en toutes proportions, i partie de cet acide en
poids dissolvant 5 parties de chlorure d'antimoineet au delà. Cette solution,
refroidie à quelques degrés au-dessous de zéro, se prend en une masse
cristalline, d'apparence homogène, qui se liquéfie de nouveau à la tempé-
rature ordinaire. Le chlorhydrate de chlorure d'antimoine répond aux chlo-
rures doubles d'antimoine et de potassium ou de sodium, étudiés par Liebig
et par Jacquelain.
» 8. Sulfantimonites de sulfures. — J'ai cherché à mesurer la chaleur de
formation des sulfantimonites de sodium, en traitant le chlorure d'anti-
(' ) Aiinnlex de Cliiinie et de Physique, S*" sôrie, t. XXIII, p. 85.
( ^7 )
moine pris sous un poids connu (compris entre lo^'et i5»'''),par une solution
titrée de sulfure de sodium. La dissolution n'est complète que pour les
rapports équivalents suivants : SbCP -i- 6NaS, soit SbS'', 3NaS -h SNaCl.
M La cjuantité de chaleur dégagée a varié, dans mes essais, de H- 69^*'
à -i- 62*^^', suivant la concentration du sulfure alcalin ; variations qui ne
permettent pas d'en tirer de conséquence numérique assurée. En ajou-
tant à la solution, convenablement diluée (NaS = 4"''), l'acide chlorhy-
drique nécessaire pour détruire tout le sulfure alcalin, soit 3 H Cl(i'='J = 2'''),
j'ai trouvé qu'il se dégageait -;- 1 8^"', 1 2 et + 18^^', Sg dans deux expériences
(vers 12"); en même temps qu'il se précipite du sulfure d'antimoine
orangé. La réaction est la suivante :
Sb S», JNaSdUué + 3HC1 ddué = SbS^ précipité -h- 3NaCldiss. -+- 3HS diss.
» Un excès d'acide chlorhydrique étendu ne produit pas d'effet ther-
mique appréciable. On conclut de cette expérience la chaleur de combi-
naison du sulfure d'antimoine avec le sulfure de sodium, sachant d'ailleurs
que l'acide chlorhydrique dégage, en décomposant le sulfure de sodium,
+ 13,70 — 3,85 = -i-9'^''',85.
On a dès lors
(4-9,35 X 3 = 29,55) — 18,35 = +1 1*^^',2;
SbS^ précipité ■+- 3NaS étendu = SbS\ 3NaS (dissous dans 12''').
■n Ce chiffre varie sensiblement avec la dilution, soit de — i ,9 (vers 1 2°},
lorsqu'on passe de 6'" à 24'".
)) J'ai étudié de plus près la réaction du sulfure de sodium sur le chlo-
rure d'antimoine, en traitant ce dernier par 4NaS; 5NaS; 6NaS.
» La première réaction, qui tend à former le composé SbS\ NaS mêlé
de 3NaCl, ne donne pas lieu à une dissolution totale. Cependant elle dégage
la presque totalité de la chaleur; l'addition ultérieure d'un équivalent de
NaS dissous ayant produit +i'^''',72, et celle du sixième et dernier NaS,
nécessaire pour compléter la dissolution, seulement +o^''',54. Au delà, il
ne se produit plus d'effet thermique notable. Il parait donc que les dissolu-
tions renfermeraient principalement un sulfantimonite monosodique, cor-
respondant à divers sulfantimonites connus en Minéralogie. »
( --^H )
MÉTÉOROLOGIE. — Sur le Traité récent de Météorologie du D' A. Sprung.
Note de M. Faye.
« Les grands travaux météorologiques qui ont été entrepris dans ces
dernières années aux Étals-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en
Suède, etc., ont conduit leurs auteurs à penser que la Science est entrée
dans une voie féconde où, contre toute attente, l'analyse mathématique
devient applicable à l'étude des grands mouvements de l'atmosphère. La
Direction des observatoires maritimes allemands a désiré qu'un ouvrage
spécial résumât cette phase actuelle de la Science et elle en a confié la
rédaction au D' A. Sprung. Telle est l'origine du très savant Traité qui
vient de paraître à Hambourg, sous le titre de Lehrbuch der Météorologie.
» Je suis heureux, pour ma part, d'une publication qui nous promet
pour l'avenir des discussions sérieuses sur les bases mêmes de la Science,
et je demande à l'Académie la permission d'appeler, dès aujourd'hui, son
attention sur quelques conclusions, déjà acquises, dont l'énoncé m'a frappé
à la première lecture .
» L'auteur est conduit à traiter la question suivante : Le mouvement de
l'air dans les trombes ou les cyclones est-il ascendant ou descendant? Il
s'exprime ainsi :
« L'hypothèse d'un mouvement descendant, proposée par M. Faye, ne manque pas
de partisans. La réalité d'un pareil mouvement ne saurait être entièrement niée. Un
phénomène qui parle en ce sens, c'est ce qu'on appelle Vœil de la tempête dans les
cyclones tropicaux. Il consiste en ce que le ciel se découvre, complètement ou en
partie, au moment du minimum barométrique. Ace moment, il se produit une (suver-
ture dans la couche des nuages inférieurs; on voit alors, par cette éclaircie, le ciel
bleu ou du moins un ciel légèrement voilé parles cirrhus des hautes régions.
» C'est ce qui a été observé le 20 octobre 1882 dans l'ouragan de Manille, dont nous
avons pu suivre toutes les phases grâce aux appareils enregistreurs de l'Observatoire.
Lorsque le centre de la tempête passa au-dessus de l'île, la marche du baromètre des-
sina une coupe verticale du tourbillon. En trois heures et demie le baromètre baissa
de 23"™ et la vitesse du vent alla de lo"" à 54" par seconde; puis, subitement, le vent
cessa pour reprendre, après un calme de quinze minutes, dans la direction opposée,
pendant que le baromètre remontait. Sauf l'intensité, ces phénomènes n'eurent rien
que d'Iiabituel; mais il en fut autrement pour la température et l'humidité. La pre-
mière se maintint jusqu'au calme central, à 24", avec une constance remarquable. Au
calme elle monta subitement à 3i", et, après le calme, elle redescendit tout aussi su-
bitement à 24". En même temps l'Iiumidilé relative tombait de 98 à 53 pour 100, degré
de sécheresse tout à fait extraordinaire en cette région. Ces circonstances, hautement
( ^9 )
caractcristiques, ne peuvent évidemment s' expliquer que par la présence d'un cou-
rant descendant au milieu du cyclone ('). »
» A celte déclaration, j'ajouterai que l'air amené centralement clans
l'embouchure du tourbillon et parvenant au sol au sein des spires descen-
dantes du cyclone venait d'une région supérieure aux cirrlius; autrement
il aurait entraîné des aiguilles de glace et aurait produit en bas du froid et
de l'humidité, non de la chaleur et de la sécheresse. Ce phénomène hau-
tement caractéristique, comme le dit fort bien le D'' Sprung, s'expliquera
aisément pour tous ceux qui ont vu fonctionner des tourbillons dans les
liquides et qui ont remarqué la facilité avec laquelle des masses bien plus
légères que l'eau, de l'huile, par exemple, ou même de l'air, se laissent
entraîner au beau milieu des spires descendantes, sans s'y mêler. Je n'ai
pas besoin de faire remarquer que le mouvement descendant de l'air, ainsi
constaté, est absolument en désaccord avec la théorie cyclonique des mé-
téorologistes.
» L'aveu précédent du D' Sprung est donc une défaite pour cette théorie.
Ce n'est pas la seule.
» Le savant auteur entreprentl d'exposer et d'apprécier les idées, les
hyjjothèses (jue les météorologistes ont mises en avant pour expliquer le
mouAcment de translation des tempêtes tournantes. Il y consacre un cha-
pitre entier de vingt-six pages et, après une discussion très remarquable,
il est forcé de conclure ainsi :
« Nous sommes amenés à recoiinailre qu aucune des explications ci-dessus ne
rend compLe conipléteuient du mouvement de translation des tourbillons de l'atmo-
sphère (-). »
1) C'est un nouvel échec. Il y a longtemps que j'ai signalé l'incompati-
bilité de ce grand et capital phénomène avec les idées régnantes. Com-
menl veul-on que des colonnes, nées en bas au sein d'un calme profond cl
s'élevant dans l'atmosphère en vertu de leur légèreté spécifique, se mettent
en marche tout d'une pièce, franchissant à grande vitesse, pendant des se-
(') Dièse huclist eigenllturnliclien Ersclieinungen kiinnen ojjenbar nur in dcr
Annahnie eines absteigenden Luftstromes im Ccnlrum des Wirbels ihrc Erklârung
Jinden, p. 24 1 •
(^) Ueberliaupt kommen wir zu dem Schlussc, dass sur Erklârung, resp.
Vorausbestininiung der Ortsve/dnderungen almosphdrischer Wirbel, keines von
den besprochenen Principien allein volkommen ausreicht (p. 270).
maines entières, les continents et les mers dans un sens uniquement déter-
miné par la situation géographique du point de départ, sans égard au relief
du sol ou aux vents régnants en bas? Comment a-t-on pu croire qu'un tor-
nado passera ainsi sur des lacs ou des fleuves et leur enlèvera des centaines
ou des milliers de tonnes d'eau sans que l'inertie de ces masses immobiles
influe sur la vitesse horizontale de translation, ou qu'un cyclone pompe à
chaque seconde et élève à des hauteurs de deux ou trois lieues des cen-
taines de millions de mètres cubes d'air, et imprime à ces masses immobiles
et sans cesse renouvelées un mouvement de translation horizontal pareil à
celui d'un train express lorsqu'on ne met en jeu que des tendances ascen-
sionnelles?
» Il y a longtemps que j'ai expliqué ce formidable mouvement de
translation en montrant que les tourbillons prennent naissance dans les
courants supérieurs qui charrient les ci rr/i us, qu'ils en suivent le fd tout en
descendant à travers les couches inlérieures, de manière à dessiner en bas
sur le sol, par leurs trajectoires, la marche de ces fleuves aériens des
hautes régions. Aujourd'hui, les météorologistes viennent nous dire que
la marche des cirrhus coïncide à peu près avec la trajectoire movenne des
centres de dépression barométrique. C'est une éclatante confirmation
de mes idées, seulement ils joignent à un fait vrai l'idée inacceptable que
ces cirrhus sortent des immenses colonnes ascensionnelles qui, d'après
eux, s'établissent au-dessus de ces dépressions. C'est exactement le contre-
pied de la réalité. Comment peut-on imaginer que des colonnes d'air de
dix à douze mille mètres de hauteur, qui aspirent par leur pied l'air immobile
des couches inférieures, voyagent tout d'une pièce, de l'équateur aux
pôles, avec la vitesse d'un train express, en laissant échapper par en haut
l'air aspiré en bas, dépouillé de vapeur et chargé de cirrhus ? Je suis en-
chanté, pour ma part, que M. le D'' Sprung ait fait justice de pareilles hypo-
thèses que certains météorologistes nous présentent comme des faits résul-
tant directement de l'observation, mais en même temps je m'étonne qu'il
n'ait pas vu que la raison de cette impuissance se trou^ e dans le faux point
de départ de la théorie régnante.
)) Je constate, en terminant, que les météorologistes les plus avancés
commencent à reconnaître trois choses :
» i" Le mouvement de translation des cyclones est inexplicable dans
l'ancienne théorie ;
» 2" Ce mouvement rapide de translation répond aux courants supé-
rieurs qui charrient les cirrhus;
( 3r )
M 3" On ne saurait nier qu'il existe un mouvement descendant au sein
des cyclones.
" Un pas de plus, et l'ancienne théorie fera place à la nouvelle ('). «
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Note sur ks invariants différentiels ;
par M. Sylvester.
« En affirmant, dans notre T.ettre à M. Hermite (dont un Extrait a paru
dans les Comptes rendus), que les invariants différentiels de M. Halphen sont
identiques avec nos réciprocants purs, nous sommes allé trop loin; nous
aurions dû dire qu'ils sont identiques avec la classe spéciale de ces derniers
que nous avons nommés réciprocants projecti/s ; en effet, en prenant pour élé-
ments
I d- Y I d^ y I d*y
1 . 3 dx- 1.2.3 dx-' 1.2.3.4 '^•3^* '
regardés comme quantités algébriques, lesquelles on peut nommer (selon
l'usage quand on parle de formes binaires) a, b, c, d un invariant dif-
férentiel possède la propriété vraiment étonnante d'être en même temps
un réciprocant et un sous-invariant ordinaire.
» En accommodant la valeur de V à cette notation nouvelle, il devient
\aaài,-T- ^^(ab + ha)^,.i- h(ac -\-hh -'r ca)ù,i, ...;
et, en posant
a^h - 26!^^. -f- 3c(5^ + . . .--Çl,
un invariant différentiel I satisfait en même temps aux deux équations par-
tielles différentielles
V.I = o, Û.I = o.
(') Les personnes qui voudront se mettre au r^urant de cette nouvelle théorie
trouveront dans les Comptes rendus de l'Académie, depuis une douzaine d'années,
de nombreux articles d'exposition et de discussion. Il leur sera plus commode de re-
courir à VAnnuaire du Bureau des Longitudes, pour iSjS : Défense de la loi des
tempêtes; à celui de 1877 : Sur les orages et la formation de la grêle; à celui
de 1884 : Sur les grands fléaux de la nature, et à celui de 1886 : Sur les treize tor-
nados du 29 et du 3o mai 1879 aux Etats-Unis: je citerai aussi un li\re de M. Dia-
milla-Muller, Le Leggi délie tempeste, Turin, 1881.
(' 32 )
» Voici comment on peut établir le fait que i2.I := o.
» En commençant avec les trois premiers invariants différentiels, c'est-
à-dire a, a°(5 — 3fl6c+ 26', et le A de M. Halphen (dans sa thèse immor-
telle), on sait que les deux premiers, et l'on vérifie sans trop de peine que
le troisième sont tous les trois des sous-invariants.
» De plus, on sait que, en commençant avec ces trois invariants que nous
nommerons T„, I,, fj, on peut former une suite indéfinie de formes proto-
morphiques
J-O' '1» -^2' .t » •••* 1/ï» •••!
dont tous les autres seront des fonctions rationnelles.
)) Pour obtenir cette suite, on n'a qu'à former une fonction J de fp,
I,, . . ., I^, . . ., dont le degré et le poids soient tous deux zéro; en opérant
alors sur J (considéré comme fonction des dérivées de y par rapport à x)
avec Sj, on obtient \p^^.
» Si donc on peut démontrer que Î2 (5,.J =; ()j.£2 J, il s'ensuivra que T„^,
sera un sous-invariant, pourvu que I^ en soit un, et le théorème en ques-
tion sera démontré.
)i Or remarquons en premier lieu que, à cause de la valeur zéro du degré
et du poids de J, la quantité
sera nulle si \, a, v, . . . forment une progression arithmétique (pielconque:
et, en second lieu, que (par rapport à une fonction de dérivées de J par
rapport à x'), î5,. = 3 & (5„ + 4^ «5^ + 5 f/ (5,. + . . . identiquement.
» Conséquemment
(9.1, - ^,9.) J = l(3a \ -^ 86 S, + 1 5c ?5, + . . .) - (?>b l,, + Se ■\. + ...)] J
= (3<T(5„ + 5/>!^/, + 7C(5,,-f- . . .) J = o,
ce qu'il fallait démontrer.
» M. Halphen, à qui j'avais communiqué ce résultat, en a trouvé une
tout autre démonstration qu'il m'autorise à communiquer à l'Académie.
Elle possède sur la mienne l'avantage d'aller plus au fond de la question,
en faisant voir que l'équation £2.1 = o équivaut à dire que, en se servant
àe.x, y, z au lieu de x,y, i, un invariant différentiel peut subir le chan-
gement entre eux de x et z. Or, puisque V.I --= o signifie qu'on peut im-
poser des substitutions linéaires quelconques sur x et y, il s'ensuit, en
combinant les deux équations, que la même chose aura lieu quand 3c,y, z
( -13 )
subissent tous les trois des substitutions linéaires quelconques. Voici la
démonstration très élégante de M. Halphen :
» Si l'on l'ail le chanç;emeiU de variables
■r as
et qu'on érrive
7n=y^
d\y
d"r
clx
7,^)
(n)
Y = -{- x-\y
dY
dX
(PY
dX'-
d^Y
---(v'-i.),
-=H-.r'.r",
rfX3=--a>'"^J-")'
3
8
d\' \ .r ■
d'Y
d\-
d^Y
dX'
^ — .r^ ,-v H ylv + ,,
6o ,„ 6o
rf«Y
dX
_ — (_ ,)K.^-2"-l y(«)_J_ "^'^ i) ,-(n-l)-|_ ^ yl'l-
» Posant
1 ,,(«-•».
on a
d" Y , . d" Y 1 I
» Soit une fonction /(A,,, A,, . . . , A„) dont tous les termes soient de poids et de de-
gré constants/», 3; en supposant z infiniment petit, on aura
/(A„, A„ ...,A„)
= (_,)/..j.-^/'-5J /(«-„,„ f7„)+S
àa, dOi Oa., ila„
« Donc, pour que / soit invaiianl pour la substitution considérée, il faut qu'on ait
da^ da,, de/- àa„ drr^
» En particulier, si / ne contient pas «,, ce qui est le cas des i écipracantf; purs,
on aura
df dj , , df
da-i dai da„
C. R., i886, 1" Semestre. (T. CXI, N« l.)
C. Q. F. D.
5
( '^4 )
» Ainsi, l'on voit qu'un invariant différentiel est en même temps récipro-
cant et sous-invariant; ce n'est nullement un mélange ou une combinaison
de deux choses différentes, mais plutôt, pour ainsi dire, une personnalité
seule et indivisible douée de deux natures tout à fait distinctes.
)) Afui de compléter la théorie, il f;iut démontrer la réciproque, c'e,,^t-
à-dire que toute forme douée de ces deux natures est un réciprocant pro-
jectif. M. Halphen effectue cela en trouvant le développement complet de
sa série et en faisant voir qne, quand le coefficient de la première puissance
de £ disparait, la même chose aura lieu pour tous les coefficients suivants.
Voici notre méthode, à nous de l'effectuer.
» Soit H une forme rationnelle et entière dont le terme principal (c'est-
à-dire celui qui contient la plus hante puissance du terme le plus avancé)
est Gh'. On suppose que le théorème à démontrer est vrai jusqu'à la
lettre g incluse, et que VA = o, £^IÏ = o sans que H soit projectif.
» Alors évidemment VG = o, i2G = o et G, par hvpothèse, sera pro-
jectif. Soit H' une puissance d'un protomorphe pour laquelle le terme prin-
cipal est G' h', alors, si H, = GH — GH', G, G', H' sont projectifs, mais H
non projectif; donc. H, (qui, comme H, est anéanti par V et par ii) sera
non projectif : de plus, dans H, le degré du terme principal en h est
abaissé. De la même manière on peut construire Hg, H.,, . . . jusqu'à ce
qu'on parvienne à une forme (') qui ne contient pas /t, laquelle possédera
les mômes caractères cjue H, ce qui est impossible par hypothèse. Donc,
si le théorème à démontrer est vrai pour un nombre quelconque donné
de lettres, il sera vrai universellement : mais il est évidemment vrai pour
la fonction a c|ui est le seul réciprocant à une lettre. Donc, si VI ^ o et
RI = o, I est un réciprocant projectif, c'est-;'i-dire un invariant différentiel.
Ce qui était à démontrer. »
(') Cette forme sera, en elFet, le résultant de H et de la première puissance du pro-
tomorphe. Nous avons jugé inutile de dire dans le texte que G', comme G, sera
anéanti par V et par iî et conséqueminent, par hypothèse, sera lui aussi projectif.
( r. )
RAPPORTS.
MM. J. Bektraxd et C. J«rdax signalent une erreur de date qui s'est
glissée dans leur Rapport sur une réclamation de priorité de M. Bleslre, au
sujet de l'intégraphe de MM. Napoli ut Àbdank-Ahakanowicz.
A la septième ligne de ce Rapport (t. CI, p. r465), au lieu de : I.e i6 mars
j 875, M. Mestre a pris un brevet . . . , il faut lire : Le 16 mars 1 88t , M. Mestre
a pris un brevet...
MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
NAVIGATION. — DétermiiMlioTi du mouvement angulaire que prend un navire
sur une houle de vitesse et de grandeur données. Mémoire de M. L. de
Bi'ssv. (Extrait jiar l'auteur.)
(Renvoi à la Section de Géographie et Navigation.)
« Etant donné Uii navire dont on connaît la courbe de sialnlité, la courbe
d'extinction du mouvement oscillatoire, la durée de l'oscillation pendulaire, il
s'agit de déterminer les positions angulaires successives que prendra le
navire sur une houle de grandeur et de A'itesse connues. Je considérerai
comme établis les principes suivants, dont le premier est généralement
admis, et dont les deux derniers, formulés par MM. de Benazé et Risbec,
concordent avec les expériences de roulis qu'ils ont exécutées eu i8t2.
>) I" Un navire, supposé stable, tendra, lorsqu'il se trouvera en travers
à la houle, à prendre une position telle que le plan des mâts soit normal à
\n pente effective de la vague. Lorsque le plan des mâts du navire, au lieu de
passer par la normale à la pente effective de la vague, fait un angle 6 avec
cette normale, le couple qui tend à le ramener à cette position normale a la
même valeur que celui qui, en eau calme, tend à le rapprocher de la ver-
ticale lorsqu'il s'en trouve écarté île l'angle 0.
)) 2" La loi de l'extinction du mouvement oscillatoire du navire sous
l'influence des résistances qu'il développe est donnée par l'équation
(0 ■ r, + i==(-^„+ i)« f ,
dans laquelle •/;o représente l'amplitude simple de l'oscillation à l'origine du
temps, c'est-à-dire l'angle que fait l'axe du navire avec la verticale à l'ori-
gine du temps, cette origine coïncidant avec le moment où le navire atteint
( ;^<3 )
son inclinaison extrême sur un bord; r, représente la valeur que prend
l'amplitude au bout du temps t; T est la durée de l'oscillation supposée ici
constante ; a est la raison d'une série en progression arithmétique qui se
forme en ajoutant l'unité au nombre qui exprime chaque amplitude, et en
prenant les logarithmes des logarithmes des quantités ainsi obtenues ; a re-
présente le nombre lo. La courbe qui a pour ordonnées les valeurs de t)
et les temps pour abscisses est connue sous le nom de courbe d^ extinction.
La fonction ri peut être représentée par l'expression •r,^e~"\ dans laquelle e
est la base des logarithmes népériens et a une fonction du temps qu'il s'agit
de déterminer. La différentiation de l'équation r, = r,„e'
'if, -te
— - : -/i - fi "
dt
=■ ~-/ioe-"E,
ou, en désignant par r, la dérivée de t\ par rapport au temps, r/ = — •/•,£.
Donc £ = ^•
» 3"^ La loi qui, dans l'oscillation du navire soumis à la fois à l'action de
la gravité et à celle des résistances que développe le mouvement angu-
laire, lie le temps à l'espace parcouru, est exprimée par l'équation
(2) « = ri„e 'M cos Y + — suî Y )'
dans laquelle 6 représente l'angle que l'axe du navire fait avec la verticale,
au bout du temps t, l'origine du temps coïncidant avec le moment où le na-
vire atteint son inclinaison extrême sur un bord, et r,o, t, T et z ont les va-
leurs sus-indiquées. Comme r.o^"" =''i> l'équation (2) peut s'écrire
(3) = ri ( cosA7 + y sin^n, en posant ^ =^ /•,
» Cherchons, en partant des principes posés ci-dessus, quel sera le mou-
vement angulaire d'un navire placé en travers d'une houle de vitesse et de
grandeur données. Je me bornerai maintenant à considérer le cas où les
oscillations, dont l'amplitude ne dépasse pas les inclinaisons que le navire
est susceptible de prendre sous l'action de la houle, restent sensiblement
isochrones. Il y a lieu d'observer que c'est dans le cas où les oscillations,
y compris celles de grande amplitude, restent isochrones, qu'il y a le plus
d'intérêt à déterminer le mouvement angulaire que prend un navire sur
une houle donnée.
» La forme des vagues est telle, qu'on peut décomposer la période de la
houle en un nombre assez restreint d'intervalles, pendant chacun desquels
la pente effective de la portion de la vague qui porte le navire peut être
(37 )
cousidérce comme consLanLc. Soit i2, la vitesse- angulaire du navire au com-
mencement d'un de ces intervalles, et soit 0, l'angle que fait, au même
moment, l'axe du navire, avec la perpendiculaire à la pente effective.
» La ditïérentiation de l'équation (3), dans laquelle ■/] =7)oe ", donne
^ = — r, ■ " sin^-^ Dans le cas actuel -^ = i^,; donc, on a, en même
temps que l'équation (3), l'équation
(4) il, = — r, sinkl.
» Des équations (3) et (4) on tire
• 7 .^ />' 7 0,(/L--|-e-) -|-a2,
•/) sm Kt = — <2, t; i» ■/; cosKt — TT — ^4
En élevant ces deux équations au carré et en les ajoutant, on obtient
^^-^ ^ ~ Z^M^^T^
» On a vu que e = — — • En différentiant l'équation (i) et en divisant
la valeur de r' que donne le différentiation par la valeur de r,, on obtient
pour -, soit pour c, la valeur —, > où la lettre /
■''i — =-
est le signe du logarithme népérien. Si, dans cette expression de la valeur
générale de e, on fait t égal à o, on obtient évidemment la valeur de s qui
correspond à r, = r,„. L'équation z = ^ est donc celle qui
lie l'amplitude de l'oscillation au rapport de l'amplitude à sa dérivée. Elle
devient, si l'on pose ^ = s',
(6) ,,^ (. + r,)/(, + T,)
» L'équation ((3), si l'on v considère s' et r, comme représentant une
abscisse et l'ordonnée correspondante, est celle d'une courbe dont j'aurai
à me servir pour la résolution du problème. Cette courbe est la même
pour tous les navires. Si, dans l'équation (5), on remplace s par sa valeur
en fonction de a', et si l'on pose -Fp- = k', on a
■ .. _ AHj ( k'z'(), + ii,y-
(38)
L'équation (7 ), en v considérant i comme représentant une abscisse et y,
comme représentant une ordonnée, est celle d'une seconde courbe dont
l'intersection avec la conrbe que représente l'équation (6) donnera évi-
demment les valeurs de r, et de s' correspondant à = 0, et y = ii, , va-
leurs que j'appellerai r,, et t\. r,, étant connu, ainsi que i\ (et, par suite
aussi, £, valeur correspondante de i), l'équation i2 = — r, — 7— ^sinXv
permet de trouver la valeur de /, c'est-à-dire le temps écoulé entre le com-
mencement de l'oscillation à laquelle on peut regarder comme apparte-
nant le mouvement angulaire qu'il s'agit de déterminer, mouvement qui
s'accomplit pendant la traction de période considérée, et le commencement
de cette fraction de période. Soit t, cette valeur de t, et soit t.^ la durée de
la fraction de période considérée; au bout de ce temps t^, r, aura pris une
valeur y,^ que la courbe d'extinction permet de déterminer. Il suffit pour
cela de chercher l'ordonnée de cette courbe qui est égale à y, , , et de porter,
à partir de cette ordonnée, sur l'axe des abscisses, une distance égale à t.^,
pour trouver l'ordonnée dont la longueur, moindre que r,,, est égale à r,.^.
r,., étant connu, s.'., est connu aussi, puisque les valeurs de n et de i' sont
liées ensemble par l'équation (6). r,^ et t., étant connus (ainsi que la valeur
correspondante de £ que j'apjiellerai Eo). l'angle 0^ que fera l'axe du navire
avec la normale à la houle au bout du temps t^ sera donné par l'équation
e. - r,
cosk(t, -+- t..) -+- ^sinX-(/, + /,, )
M. Cm. lÎEAUGRAXD adresse une Note sur les poussières météoriques re-
cueillies dans l'atmosphère, du ■2'] au 3o novembre i885.
(Commissaires : MM. Daubrée, Berthelot, Mascart. )
M. L. Sa.\dr.4s adresse une suite à ses Communications sur les modilica-
tions de la voix humaine, par les inhalations.
(Commissaires précédemment nommés : MM. Vulpian, P. Bert, Charcot.)
M. DoruiF adresse, de Clermont-Ferrand, un Mémoire portant pour
titre : « Un remède pour la vigne ».
(Renvoi à la Commission du Phylloxéra.)
(39)
CORRESPOXDAÎVCE.
MM. E. Desxos, J. Chati.v, E. Rivière, J. Mahé adressenl des remer-
ciemenls à l'Académie, poiii- les distinctions dont leurs travaux ont été
l'objet dans la dernière séance publique.
M. le Se«:rêïaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
i" Les i( Causeries scientifiques » de M. H. de Parville, vingt-troisième
année, i883; et vingt-cjuatriéme année, 1884.
2" Un nouveau numéro du Bullettino publié parM. le prince Boncompa-
gni, contenant la fin des « Document! inediti per la storia dei manoscritti
galileiani nella Biblioteca nazionale di Firenze, pubblicati ed illustrati da
Antonio Favaro » .
ASTRONOMIE. — Coordonnées reclaiigulaires et èphéméride de la comète Fabry.
Note de M. Goxxessiat, présentée par M. Lœwy.
« Les coordonnées rectangulaires de la comète, rapportées à l'équinoxe
et à l'équateur moyens de i88G,o, ont pour expressions
x= [9, 718655] sin(r + 22i"26''.j9",8)séc^-,
j= [9,607128] sin(v + 245°42'25",9) séc^-,
z = [9,801786] sin(^• + i4o'2o'34",4) séc-^-
)) D'où l'on a déduit l'éphéméride suivante, calculée pour minuit, temps
moyen de Paris.
Dates.
1886. » appar. 3 appar. LogA. 1.
h m s o '
Janvier i 23.44- 4!'J 4-20. .5i. o 0,2260 i,33
3 23.41.57,9 -)-20..55.34 » »
5 23.40. 0,8 -I-21. I. I o,23o2 1,39
- 23.38.12,1 -1-21. 7.19 » »
( 4o )
Dates.
1886. a appai'.
)) m s
Janvier g 9.3. 36. 3 1, 6
II 23.34.58,8
i3 23.33.33,3
i5 23.32. i4, 7
17 23. 3i. 2,7
19 23.29.56,7
21 23. 28.. 56, 5
23 23.28. 1,8
25 23.27. 12, I
27 23.26.27,2
29 23.25.46
1/
6 nppar
Log A.
1.
+21.14.
.3i
0,2339
1,45
+21 . 22
.35
»
»
+21 .3i .
/
j4
0,2370
1,53
+21 .41 .
,28
»
))
+ 21.52.
16
0,2393
1,63
+ 22. 4'
, I
»
»
+ 22. 16.
4.
0,2409
1,75
+ 22. 3o.
'7
»
)l
+ 22.44.
5o
0,2416
1,89
+ 23. 0.
20
»
))
+23. iG.
f.r-
0,2412
2,04
ASTRONOMIE. — Sur la nouvelle étoile de la constellation d'Onon. Note
(le M. Ch. Trépied, pré.sentée par M. Mouchez.
« La nouvelle étoile, signalée dans la constellation d'Orion par un télé-
gramme de l'observatoire de Lord Crawford (Dun-Echt, Ecosse), a été,
dès le 19 décembre, étudiée à l'observatoire d'Alger au point de vue de sa
grandeur, de sa position et de son spectre.
» La couleur de cette étoile est rouge orangé; sa grandeur, déterminée
le 19 décembre au moyen des étoiles suivantes de l'Atlas de Bonn :
Grandeur.
B.D. +20°, n" 1156 7,2
B.D. + 19», n° 1126 6,3
a été trouvée de 6,7. Il n'a pas été possible d'observer de nouveau l'étoile
avant le 23, et, ni ce jour-là, ni le lendemain, je n'ai constaté aucun chan-
gement appréciable dans sa grandeur.
» J'ai déterminé la position par une comparaison équatoriale dont je
donne ci-dessous le résultat, avec l'étoile B.D. + ao'', n" 2172 :
Décembre 19 —2% 80 +3'34",o.
» La position moyenne de l'étoile de comparaison étant, pour i885.o.
d'après le Catalogue de Rumker,
i885,o a ^S"" 49™ 2% 20 ôr=+ 2o"5'39",5
celle de l'étoile nouvelle serait :
i885,o a' =5'' 48" 69% 4o ô' = + 20''9'i3",6
( 4i )
Une étoile de ii^ grandeur passe 4^ environ aprês]a nouvelle et est plus
australe de lo".
)) Le spectre est très remarquable, il appartient certainement au type III
de Vogel. J'ai distingué très nettement six bandes obscures, deux dans le
rouge et l'orangé, quatre dans le vert et le bleu. Les bandes du ronge et
de l'orangé sont beaucoup plus marquées et plus larges que dans le spectre
d'oc Orion et même que dans celui de p Pégase, qui est un des plus beaux
exemples connus du type III.
>i Le 23 décembre, j'ai, pour la première fois, soupçonné l'existence de
lignes brillantes dans le vert ; mais cette observation est un peu incertaine.
On sait combien il est difficile de décider si les apparences de lignes ou de
bandes brillantes, dans un spectre faible, sont vraiment celles qui caracté-
risent l'état d'incandescence d'une matière gazeuse, ou s'il faut les attri-
buer à un effet de contraste causé par le voisinage des bandes obscures. »
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur la transformation des fonctions fuchsiennes
et la réduction des intégrales abéliennes. Note de M. H. Poincaré, pré-
sentée par M. Hermite.
« Soient x et y deux variables liées par une relation algébrique
(i) ,^{x,y)^o
de genre p ; posons
(2) œ=f{x',y), y=f(x',y),
/"et/, étant rationnels. On en déduira entre x' et j' une relation algé-
brique
(3) ^x\y) = o,
qui sera, en général, de genre q^p- On voit ainsi comment, par une opé-
ration algébrique, une courbe de genre q peut se réduire au genre p. En
même temps, les fonctions abéliennes de rang q, engendrées par la
courbe (3), peuvent se réduire à des fonctions de rang/?.
« La réduction des fonctions abéliennes a été l'objet de travaux fort
nombreux, parmi lesquels les plus approfondis sont ceux de MM. Weier-
strass et Picard. J'ai donné moi-même, à ce sujet, un théorème, d'après
lequel, quand il y a réduction, on peut, par une transformation d'ordre k^
G. R., 1886, I" Semestre. (T. Cil, N» I.) "
( 42 )
chans;er la fonction à réduire en un produit de fonctions 0, dun moindre
nombre de variables. L'entier k est alors le nombre caractéristique de la
réduction.
» Ce théorème fournit une classification très simple des cas de réduc-
tion, qui peut être utile pour divers objets, mais qui offre l'inconvénient
graAe de ne pas distinguer des autres les cas où la réduction des fonctions
abéliennes est accompagnée de la réduction du genre d'une courbe algé-
brique.
» On sait, en effet, que tous les systèmes de fonctions abéliennes ne
sont pas engendrés par une courbe algébrique; et, quand on appliquera
la réduction à des fonctions engendrées de cette façon, il n'arrivera pas
toujours que les fonctions réduites soient susceptibles du même mode de
génération. Nous avons démontré, au contraire, M. Picard et moi, qu'un
système quelconque de fonctions abéliennes peut être déduit par réduction
d'un système analogue, engendré par une courbe algébrique.
» On peut éviter cet inconvénient, en prenant pour point de départ
d'une classification des cas de réduction la théorie de la transformation
des fonctions fuchsiennes. On peut se proposer, étant donné un groupe
fuchsien, de trouver les sous-groupes fuchsiens qui v sont contenus, et
cette étude présente avec la transformation des fonctions elliptiques une
analogie sur laquelle il est inutile d'insister.
■» Avant d'aller plus loin, revenons aux équations (i) et (2) et observons
que œ' et y' seront, en général, des fonctions non uniformes de x et dej^;
mais que ces fonctions peuvent cependant être inramifiées (unverzweigt),
c'est-à-dire que, quand x et y décrivent des contours fermés infiniment pe-
tits, x et y' reviennent à la même valeur.
» Comme premier résultat, on peut montrer que, si x' et y' sont des
fonctions inramifiées, et si /7^ i , on devra avoir aussi q ^ \, de telle sorte
que la réduction au genre i par des fonctions inramifiées est impossible.
Si /?=:</ = I , le problème de la réduction se ramène simplement à celui
de la transformation des fonctions elliptiques.
» Je me bornerai, pour le moment, à citer quelques exemples. Je numé-
roterai les côtés du polygone générateur de mon groupe fuchsien, en sui-
vant son périmètre dans le sens positif, et j'exprimerai la loi de conjugaison
des côtés par la notation suivante : (a. b; c, d; . . .), ce quÏAOudra dire que
le côté numéroté a est conjugué du côté b, le côté c du côté d, etc. L'angle
des deux côtés a el b sera désigné par la notation a.b: substitution qui
change le côté a dans le côté conjugué b, par la notation S (a, b); le poly-
( 43 )
gone fondamental s'appellera P, et son transformé par la substitution
S (a, b) s'appellera P S (a, h). J'appellerai q, p et k, le genre avant réduc-
tion, le genre après réduction et le nombre caractéristique de la réduc-
tion.
)) Le polygone Q générateur du sous-groupe envisagé se composera du
polygone P et d'un certain nombre de ses transformés ; le côté numéroté i
sera le même dans P et dans Q.
» Exemple /. — P est un hexagone avec la loi de conjugaison
(1,3; 2,4; 5,6).
» 5.6 = -, la somme des autres angles est égale à -. Nous prendrons
Q = P + PS(5,6);
Q sera un octogone avec la loi (i , 3; i, [\; 5, 7; 6, 8).
p = i , ^ = 2, k = 2
(réduction du genre 2 au genre i avec entier caractéristique 2).
» Exemple H. — P est un hexagone avec la même loi de conjugaison que
plus haut.
» 5,6 = ~, la somme des autres angles est -^ • Nous prendrons
Q = P + PS(5,6) + PS^(5,6);
Q sera un dodécagone avec la loi (i, 3; 2, 4; 5, 7; 6, 8; 9, i f ; 10. i 2).
/> = i, ^ = 3, k—?).
)) Exemple III. — P est encore un hexagone, et sa loi est toujours la
même. On a encore
Q = P + P S(5, 6) + P S^(5, 6).
» L'angle 5.6 est toujours -^, mais la somme des autres angles est 27r.
La loi du dodécagone est changée et devient
(i,3; 2,8; 4.t>; 5,11; 7,9; 10,12).
p = X, y = 2, k = 3.
» Exemple IV. — P est un hexagone dont les côtés opposés sont conju-
( Vx )
gués. La somme des angles de rang pair, de même que celle des angles de
rang impair, est égale à -. Nous prendrons
Q = p + PS(i,4) + PS^(i,4);
Q aura i4 côtés et nous prendrons, pour loi de conjugaison,
(1,8; 7, i4; 5, 12; 3, 10; 6,9; 4» 1 1; 2, i3).
M On a encore
^=1. q = 1, /• = 3.
» Exemple V. — P est un octogone dont les côtés opposés sont conju-
gués. On prendra
Q = P + PS(i,5).
Q aura \l\ côtés; je prendrai les côtés opposés conjugués.
» Dans ce cas, on aura
[)■=■}., y = 5, X- = 2,
et ■r' ,y' seront des fonctions inramifiées de x et y. »
OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE. — Essai d' application du calcula r étude
des sensations colorées. Note de M. R. Feret, présentée par M. Cornu.
« I. Définitions. — J'appelle blanc la sensation que l'on perçoit quand
on regarde un papier enduit de sulfate de baryte et éclairé par une lumière
d'intensité bien définie (Rosenstiehl), et je ne m'occupe, pour commencer,
que des sensations colorées ou couleurs que l'on perçoit quand on voit les
différents corps de la nature dans les mêmes circonstances.
» Je donne donc au mot couleur un sens purement physiologique.
)) Je dis que deux couleurs sont de même nuance, quand on peut engen-
drer une même couleur, d'ailleurs quelconque, en combinant séparément,
par la méthode des disques tournants, des angles convenables de chacune
d'elles, de noir et de blanc, abstraction faite de toute idée de lumière ou
de réfraneibilité.
)) Deux couleurs sont de nuances complémentaires quand, en les combinant
par rotation, on peut reproduire la sensation d'un gris ou du blanc.
» Si plusieurs couleurs combinées par rotation à angles con^■enables
peuvent donner pour résultante le blanc pur, je dis que chacune d'elles
( ^5 )
est une couleur franche . Il résulte de cette définition que toute couleur
obtenue en combinant par rotation le blanc à une couleur franche est
encore une couleur franche.
« J'appelle couleur rabattue toute couleur qu'on peut engendrer par la
combinaison d'une couleur franche avec le noir seul, ou avec le noir et le
blanc. Si a, (p, I — a — ç sont les angles d'une certaine couleur franche,
du noir et du blanc (la circonférence étant prise pour unité) dont la rota-
tion reproduit une couleur donnée, j'appelle composante franche de cette
couleur la couleur franche qu'on engendre en combinant l'angle a de la
couleur franche considérée à un angle i — a de blanc, et composante noire
le gris qui résulte de la rotation d'un angle (p de noir avec un angle i — cp
de blanc.
)) Enfin j'appelle saturation la qualité qui distingue les diverses couleurs
obtenues en combinant au blanc divers angles d'une même couleur quel-
conque (même d'un gris), et je la définis comme proportionnelle à ces
angles.
)) On reconnaît facilement qu'une couleur quelconque peut être définie
par trois données qui sont : i** sa nuance; 2° la saturation de sa composante
franche; 3" la saturation de sa composante noire (nulle pour les couleurs
franches). Par suite, il est possible de représenter toutes les couleurs par
les trois coordonnées de points de l'espace.
» [I. Représentation des couleurs. — Soit, parmi toutes les couleurs fran-
ches d'une nuance donnée, A celle dont la saturation est choisie pour
unité. Je représente :
.) 1° Le blanc par un point quelconque O de l'espace pris comme
origine;
» 2° La couleur A par un point A situé à la distance i du point O;
» 3° Une couleur franche quelconque A,, de même nuance que A et de
saturation «, par un point A, situé sur la droite OA à une distance a, du
point O;
» 4" Une couleur franche A' de nuance complémentaire par un point
situé de l'autre côté du point O à une distance de ce point égale à la satu-
ration de cette couleur.
» Soit B une seconde couleur franche quelconque dont la nuance est
distincte de celle de A. Comme sa saturation n'est pas comparable à celle
de cette couleur, je me donne arbitrairement ^le nombre b qui la mesure.
Je représente alors la couleur B par un point B situé à une distance b du
point O sur une droite arbitraire issue de ce point, et toutes les couleurs
( Iti )
franches de même nuance et de nuance complémentaire par les points de
la même droite situés de part et d'autre du point O à des distances de ce
point égales à leurs saturations.
» On peut, s.'ins se donner d'autres paramètres, déterminer les points
représentatifs de toutes les couleurs franches d'après le théorème suivant,
conséquence d'une suite de propositions que je démontre •
» Deux couleurs franches quelconques A et B de nuances distinctes étant
données, une couleur franche quelconque M peut toujours être considérée
comme résultant de la combinaison rotative d'une couleur franche de même
nuance que A ou de nuance complémentaire avec une couleur franche de même
nuance que B ou de nuance complémentaire.
Soient A,„ et B,„ ces deux couleurs, a,„ et b,„ leurs saturations, lesquelles
peuvent être supérieures à celles des couleurs franches de mêmes nuances les
plus saturées que l'on connaisse; a.,„ et ^„; les angles qu'il faut combiner de
ces deux couleurs pour engendrer la couleur M. (y-m + P;n= ' •) Soient
A'„ et B',„ les points représentatifs des couleurs que l'on obtient en combi-
nant séparément avec le blanc un angle a,„ de la couleur A„, et un angle p,,,
de la couleur B;„. (0A',„ = a,„a,„, OB',,, = P,„A,„).
» Je représente la couleur M par le point de rencontre des parallèles menées
aux droites OB et 0\ par les points A'„, et B^,,.
)) La construction est la même quand les couleurs A,„ et B,„ sont de
nuances complémentaires à A et à B.
» Je représente les gris et le noir par des points de la perpendiculaire
élevée en O auplanOAB dont les distances au point O soient égales aux sa-
turations de ces couleurs, et les couleurs rabattues par les points obtenus,
(47 )
en composant par h méthode du parallélooramme leur composante franche
et leur composante noire. Enfin je représente par les points situés de l'autre
côté du plan des couleurs franches les couleurs plus lumineuses que ces
dernières et dont on perçoit les sensations quand on regarde des surfaces
fortement éclairées. J'y arrive en considérant ces couleurs comme formées
d'une composante franche et d'une composante noire négative.
» De même c[ue la construction de Maxwell repose sur la connaissance
des trois nuances fondamentales, de même le diagramme que l'on obtient
par les constructions qui viennent d'être indiquées est parfaitement dé-
terminé quand on s'est donné trois paramètres, jjour lesquels on peut
choisir les rapports des saturations de deux couleurs franches, et du noir
à la saturation prise comme unité d'une première couleur franche. D'ail-
leurs je démontre que toutes ces propriétés concordent bien entre elles.
Enfui il ne s'appuie pas sur la théorie des couleurs fondamentales, sans
cesser pourtant de rester d'accord avec elle.
» Ce diagramme permet de prévoir rapidement la résultante de plu-
sieurs couleurs.
» Théorème. — Si A,, Vj V^. . . ., A„ sont les points représentatifs de
n couleurs quelconcpies, le point représentalif de la couleur qu'on obtiendra en
combinant des angles y.,, a.,, .... y.^, . . ., %„ de ces couleurs sera l'extrémité
d'un contour polygonal issu du point O et ayant pour côtés des droites égales
en longueur, direction et sens aux droites Oh! ^^ O.K.,, ..., OA'^^, .... OM^^ égales
respectivement à a,OA,, «.,0A., Analytiquement, sil'on dé/init ces couleurs
par les coordonnées x,, y^, z, Xp, Yp, Zp, ... x„, y,„ 2„ de leurs points re-
présentatifs prises par ripport h un système quelconque d'axes rectangulaires
issus du point O, les coordonnées x, y, z de la résultante seront données par
les équations
x = 1 (y.p Xp), V = i 0-pJ/.). - = - ('«'t =/-)•
» Ces formules m'ont permis de résoudre aisément un grand nombre de
problèmes. »
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur les émétiques de tellure. Note de M. Daxiel
Kleix, présentée par M. Berthelot.
« Berzélius avait déjà vu qu'il ne se forme aucun composé défini isolable,
quand on essave de faire dissoudre l'hydrate tellureux dans une solution
tiède de bitartrate de potassium.
(48)
» jVous avons pu préparer quelques émétiques tartroLellureux en partant
des tellurites des bases alcalines, les seuls qui soient solubles, et les trai-
tant par l'acide tartrique en proportion convenable.
» La même méthode nous a permis de préparer le citrate double de
potassium et d'acide tellureux, ou mieux le citrate double de potassium et
de tellurvle. Ces composés présentent des propriétés qui les rapprochent
des émétiques ; comme eux, ils perdent une moléculed'eau de constitution,
quand on les chauffe à 200° ; ce ne sont pas des tartrates doubles ou des
citrates doubles ; on devrait les envisager comme des sels de l'acide tartro-
tellureux ou de l'acide citrotellureux.
))ji" Tartrate double de potassium et de telluryle, ou tartrotellurite de potas-
sium : [C*H*0°]- „ ^ -t-Aq. — On l'obtient en faisant dissoudre dans
l'eau poids moléculaires égaux d'acide tartrique et de tellurite de potas-
sium. On concentre à une douce chaleur; il se forme un léger dépôt
d'anhydride tellureux impur que l'on sépare, ensuite une solution de bi-
tartrate de potassium; enfin une volumineuse cristallisation d'un sel
blanc, opaque, formé de petits prismes enchevêtrés, et dont l'analyse n'a
pas donné de résultats constants.
» Ce sel blanc et opaque a été redissous dans l'eau légèrement tiède ;
cette dernière solution a abandonné, par refroidissement, un sel que l'eau
chaude a décomposé en crème fie tartre et anlivdride tellureux.
)) Les eaux mères au sein desquelles s'est formé ce dernier sel. évapo-
rées au bain-marie, donnent un abondant dépôt d'une poudre blanche
amorphe. Cette poudre a été purifiée, par redissohition à froid et dépôt par
évaporation dans le vide sec, jusqu'à ce que l'analvse ait donné des résul-
tats constants. Ce sel se décompose par l'ébuUition de sa solution aqueuse :
il se dépose de l'anhydride tellureux, et il reste en dissolution de la crème
de tartre.
)) 2" Tartrate double de sodium et de telluryle, ou tartrotellurite de sodium :
[C*H*0"]^ j^ç^ H- 2Aq. — Il a été préparé comme le sel de potassium,
en ayant soin d'opérer à une douce chaleur. On obtient, par concentration
et refroidissement, une masse blanche, volumineuse, qui est formée d'em-
bryons de cristaux orthorhombiques, accolés par deux. Par dessiccation
dans l'air sec, terminée à 100°, elle se transforme en un amas de petits
prismes. Ce sel est légèrement gélatineux et adhère aux filtres sur lesquels
on le lave. Il faut arrêter le lavage avant que le liquide passe trouble : le
sel est alors décomposé par l'eau, qui lui enlève du tartrate acide de
sodium.
» L'eau bouillante le décompose complètement et presque instantané-
ment en anhydride tellureux jaunâtre, souillé par un peu de matière or-
ganique, et tartrate acide <lc sodiimi.
)) 3° Tartrate double de lithium et de telluryle. — Ce sel est, à proprement
parler, une combinaison de tartrotellurite de lithium et de tartrate acide
de lithium. Sa composition est en effet exactement représentée par la for-
mule
[C'ir OVP j ^i^^Q + [cni'O- j I;'] V 2Aq.
» Il a été préparé par une méthode analogue à celle qui a servi à obtenir
les précédents : il se dépose en masses feutrées, formées d'aiguilles oitho-
rhombiques enchevêtrées; il est très difficile à purifier. Il se dépose, lors-
qu'on le fait redissoudre et recristalliser par évaporation à chaud, une
petite quantité d'un sel en croûtes cristallines, que nous n'avons pu étu-
dier. Eu même temps, il y a un commencement de réduction, et la liqueur
se colore légèrement en bleu.
» 4° Citrate double de potassium et de telluryle, ou citrotellurile de potas-
( ^'
sium : \ CTI^O' |- | TeO + Aq. — Il a été préparé en additionnant d'acide
citrique, en proportion convenable, une solution de tellurite de potas-
sium. On obtient ainsi un liquide que l'on concentre jusqu'à consistance
sirupeuse, et qu'on évapore dans l'air sec. Il se prend en une bouillie
blanche, cju'on essore sur une plaque poreuse, et qu'on fait recristalliser
par le même procédé.
» Le citrate double de potassium et de telluryle se présente sous forme
d'une masse blanche, formée de petits feuillets enchevêtrés. Ces petits
feuillets sont des embryons de cristaux rectangulaires. Ce sel est très soluble
ilans l'eau, cjui ne paraît pas le décomposer. Le citrate double de lithium
et de telluryle est gommeux et incristallisable. »
C. R., i886, 1" Semestre. (T. Cil, N° l.)
(5o )
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la transformation de l'essence de térébenthine en
un lerpilène actif. Note de MM. G. Bouchardat et J. Lafoxt, présentée
par M. Berthelot.
(1 Nous avons traité l'essence de térébenthine, soigneusement rectifiée
de i55° à iS'-j" et dissoute dans son volume environ d'acide acétique cris-
tallisable, par l'acide chromique cristallisé dissous dans l'acide acétique,
dans le but d'obtenir des composés oxydés neutres et acides différents du
camphre et de ses dérivés directs dont nous poursuivons l'étude. Nous
avons employé 1200?'' d'essence et 88oS'' d'acide chromique, soit 3'='' d'oxv-
gène fixé. La solution chromique étant peu à peu versée dans l'essence
refroidie au-dessous de [\o°, on n'observe aucune production d'acide
carbonique. La majeure partie de l'essence a échappé à l'action oxydante;
mais elle a subi, au moins pour une partie, de profondes modifications.
» Pour séparer les produits les plus volatils formés par l'essence modifiée des sels
de chrome, nous avons fait une première distillation sous pression réduite à 4"^" de
mercure, en poussant jusqu'à la température de iSo" ('); le résidu a été soumis à une
série de traitements pour en extraire les autres termes de la réaction. Le liquide dis-
tillé a été additionné d'eau pour enlever la majeure partie de l'acide acétique; la
partie insoluble agitée avec un léger excès de solution alcaline et soumis à de nom-
breuses distillations fractionnées sous la pression de 4'^™ de mercure, en prenant la
déviation imprimée par chaque fraction au plan de polarisation sous une épaisseur de
10'^'". On s'est arrêté quand on n'a plus observé de variations dans les pouvoirs rola-
toires. Enfin on a procédé à une dernière rectification sous la pression normale.
» Les produits volatils avant 190° se résolvent en deux termes principaux : l'un pas-
sant de 155" à i56» sous la pression normale, on en a recueilli 490?'' ; le second passant
de 174*^ à lyS»'", on en a recueilli i3os''. Tous deux possèdent la composition de
l'essence de térébenthine; ils répondent à la formule C'" H'". Le dernier terme ren-
ferme seulement des traces de produits oxygénés et un peu de cyraène C^"!!'*; mais
les propriétés de ces carbures sont différentes de celles de l'essence primitive.
» Le carbure, passant de i55° à i56", diffère peu de l'essence primitive ; il a même
point d'ébuUition, même densité à o<' = o,876. Son pouvoir rotatoire est plus élevé;
sous une épaisseur de 10'^™, on observe avec la lumière jaune une déviation de — 37° 44',
alors que l'essence primitive déviait seulement de — 33" 36'. On en déduit un pouvoir
rotatoire [a] D^ — 43'',6o;le carbure traité par le gaz chlorhydrique sec donne un mo-
(') Dans une seconde opération on a fait cette distillation sous la pression normale
jusqu'à 200°; les produits ont été les mêmes sans variations appréciables dans les
pouvoirs rotatoires.
( 51 )
nochlorhydrate solide C-^H'^HCI, qui, pour la concenliatioii de -^ dans ralcooi
élhéré, possède un pouvoir rotatoire de — 22°, 5, alors que le nionochlorhydrate obtenu
de l'essence primitive a dans les mêmes conditions un pouvoir rotatoire de 28°. — Ce
chlorhydrate, traité à 100° par cinquante fois son poids d'eau, se comporte non comme
le chlorhydrate de térébenthène, mais comme un mélange de ce corps et de chlorhy-
drate de camphène, ce qui indique que le carbure générateur n'est pas lui-même
homogène et a subi au moins une transformation partielle en camphène.
» Le second carbure bouillant de 174° à 178", que nous appelons terpilène lévo-
gyre, possède assez rigoureusement la composition répondant à la formule G-'H'" :
J° C 87,76 H ,1,54
2° C 86,80 H 11,35
ses propriétés s'éloignent totalement de celles de l'essence primitive; son odeur rap-
pelle celle de l'essence de citron dont il a le point d'ébullition et les principaux carac-
tères. 11 est extrêmement oxydable à l'air. La densité du produit bouillant de 174° à 178"
est à 0° de 0,8672 ; mais ce chiffre est un peu trop élevé pour le carbure C'-''H"' pur : le
produit renfermant près de \ de cymène que nous avons pu en retirer et des traces de
composés oxygénés plus denses. Son pouvoir rotatoire lévogyre est très élevé; sous
o™,o5 d'épaisseur, on observe une déviation de — 23" 58', ce qui correspondrait à un
pouvoir rotatoire [a][)= — 56", la substance étant considérée comme pure.
» Ses propriétés chimiques diffèrent complètement de celles de l'essence primitive,
elles sont celles du citrène; 658'' de carbure traités par un courant de gaz chlorhydrique
sec en ont fixé 3o8'', ce qui correspond à la transformation totale en dichlorhydrate.
Le produit cristallise abondamment, les cristaux isolés présentent la composition d'un
chlorhydrate de terpilène ou de citrène : C-°H"^,2HC1; Cl =r 33,44 pour 100; ils fon-
dent à -+- 47°, ses solutions n'agissent pas sur la lumière polarisée.
» Traité par l'eau à 100° ou mieux par la potasse alcoolique, le bichlorhydrate perd
son acide chlorhydrique en fournissant le mélange de carbure G-" H'* et de mono-
hydrate désigné sous le nom de terpinol.
I) Des cristaux de bichlorhydrate de terpilène actif il s'est séparé une petite quan-
tité de liquide à pouvoir rotatoire sensiblement nul. Nous l'avons soumis à une série
de distillations fractionnées sous la pression de o™,o5 de mercure. Nous avons ainsi
isolé une portion bouillant de 174° à 180° sous la pression normale, à pouvoir rotatoire
lévogyre de — i°,io et formé de très petites quantités de terpilène actif lévogyre et de
cymène inactif que nous avons transformé à l'étal de sulfocyménate de baryte, après
avoir détruit le terpilène :
Ba = 22, 24 pour 100, H-0'-= 8, 7 pour 100.
Ge cymène provient de l'oxydation de l'essence de térébenthine. Les portions intermé-
édiaires passant de io5 à ii5 sous la pression de o™,o5 sont légèrement dextrogyres;
[a]„ voisin de + 2°,3o; leur poids est très faible. Ge pouvoir rotatoire est dû à de très
petites quantités de composés oxygénés existant dans le terpilène et que nous avons
trouvés dans les termes à point d'ébullition plus élevé, provenant de la fixation d'oxy-
gène sur l'essence de térébenthine mise en réaction. La fin passant de f25'> à iSo" sous
la pression de o'",oi5 dépose du dichlorhydrate solide et en a la composition ; dans au-
( 52 )
cune fraction, nous n'avons pu déceler la présence, même à l'étal de Iraces, de mono-
chlorhydrate solide ou camphre artificiel C^'H'^HCl.
» Ainsi, dans ces conditions, l'essence de térébenthine a été transformée
en un carbure de propriétés très voisines de celles de l'essence de citron,
en un terpilêne tévogyre dont le pouvoir rotatoire, si l'on tient compte de
la présence du cymène qui est inactif, est voisin de — 65° pour la lumière
jaune. Le pouvoir rotatoire du citrène est, d'après nos déterminations, dex-
trogyre et égal à +io4°,9. Ce carbure, C-^H"', occuperait dans la série
des carbures terpiléniques bivalents une place parallèle à celle qu'occu-
pent les campbènes actifs dans la série isomérique des carbures camphé-
niques monovalents. »
CHIMIE ANALYTIQUE. — Sur l'emploi des oxydes métallùjues pour reconnaître
dans les vins les colorants dérivés de la houille. Note de M. P. Cazexeive,
présentée par M. Friedel.
« J'ai l'honneur de présenter à l'Académie une méthode générale, sûre
et très précise, pour caractériser dans les vins les matières colorantes,
fuchsines, azoïques et autres, si employées aujourd'hui, dérivées jilus ou
moins immédiatement de la houille. Cette méthode repose sur l'emploi des
oxydes métalliques proprement dits. Nous avons essayé en particulier
l'oxyde jaune de mercure, l'hydrate d'oxyde de plomb humide et de l'hy-
drate de peroxyde de fer gélatineux.
» La matière colorante du vin, sorte de tannin, est un acide faible for-
mant, on le sait, des laques insolubles avec un grand nombre de sels mé-
talliques, sels de plomb, de mercure, de fer, etc. Toutefois, l'excès de ces
sels soit redissout la laque métallique, soit agit sur les matières colorantes
artificielles étrangères. J'ai pensé que l'intervention directe des oxvdcs de
ces métaux, bases faibles et insolubles, fixerait la matière colorante nor-
male du vin, sans exercer d'action destructive vis-à-vis de la plupart des
colorants de la bouille, et sans contracter de combinaisons avec eux.
1) L'expérience a confirme ces vues. Voici les faits :
« A. Oxyde jaune de mercure. — L'oxyde jaune de mercure retient à froid et à cliaud
la matière colorante normale du vin, el, de plus, la cochenille et les colorants végé-
taux utilisés pour les vins, et cela d'une façon complète, o^', 20 environ d'oxyde jaune
suffisent pour décolorer 10'^'^ de vin.
» Il laisse passer au contraire à la filtration, à froid comme à chaud, le dérivé sulfo-
(■ 53 )
conjugué de la fuclislne même à l'état de traces; puis surtout à chaud les colorants
suivants : rouge Bordeaux B, rouge soluble (sel sodique du dérivé sulfoconjugué de la
roccelline), rouge pourpre, crocéine 3B, écarlate (rouge de Biébricli), jionceau R, pon-
ceau B, orangé R, orangé RRR, orangé II, orangé RR, tropéoline M, tropéoline II,
jaune I, jaune solide, jaune de hinilronapliloi, jaune NS.
» Ces colorants passent intégralement, même contenus en faible quantité.
» L'oxyde jaune semble retenir une partie des colorants suivants: orangé I,safranine,
chrysoïdine, chrysoïne, méthyléosine, jaune II, rouge NN, rouge I, ponceau RR. II
retient totalement Térytlirosine, l'éosine J, le bleu de méthylène, le bleu Coupier, le
hieu de diphén^ lamine.
» Tous ces essais, comme les suivants, onl élé pratiqués avec de fail)les
quantités de matière colorante, représentant le quart et souvent moins de la
coloration totale du vin. Ils ont été toujours pratiqués en présence du vin,
les conditions du mdieu changeant la réaction. Nous citerons l'érythrosine
qui passe en solution aqueuse, mais qui est retenue en présence du vin.
Comme chauffe, on s'est contenté d'amener à l'ébullition.
» b. Hydrate d'oxyde de plomb. — Cet hydrate a été employé renfermant 5o pour
loo d'eau à la dose de a^'" pour lo'^'^ de vin. Â froid, il retient la matière colorante nor-
male du vin en agitant une minute ou deux. A chaud, il suffit d'amener à l'ébullition.
Tous les colorants végétaux et la cochenille sont aussi retenus.
» Contrairement à l'oxyde de mercure, cet oxyde laisse très bien passer les fuch-
sines. Nous avons essayé les chlorhydrate, sulfate, acétate, oxalale, arséniate de rosa-
niline; on acidifie le liquide filtré pour régénérer complètement le sel de rosaniliue. Il
laisse passer l'orangé I (avec teinte rose), la safranine, l'orangé R, l'orangé RRR (avec
teinte rose), la tropéoline M, la tropéoline II, la chrvsoïdine, la chrysoïne, l'orangé II,
la méthyléosine, le jaune solide, le jaune de binitronaphtol, le jaune NS, le jaune I, le
j)onceau B. 11 retient partiellement l'éosine J, le jaune II, le rouge I, le ponceau RR.
» Comme l'oxyde de mercure, il retient totalement le bleu de méthylène, le bleu
Coupier, le bleu de diphéuylamine, l'érythrosine; mais, à l'inverse de l'oxyde de mer-
cure, et le fait est remarquable, il retient le dérivé sulfoconjugué de la fuchsine, le
rouge Bordeaux B, le rouge pourpre et le rouge soluble de roccelline.
» c. Hydrate de peroxyde de fer gélatineux. — Cet oxyde a été employé retenant
90 pour 100 d'eau environ, à la dose de 108'' pour lo"^"^ de vin. On mêle à froid, on
amène à l'ébullition. Le vin pur est complètement décoloré. La cochenille et les colo-
rants végétaux sont retenus.
» Les colorants suivants passent : d'abord l'érythrosine, précisément retenue par
l'oxyde de mercure et l'oxvde de plomb, puis le dérivé sulfoconjugué de la fuchsine, le
rouge Bordeaux B, le pourpre. Je rouge boluble, le jaune solide. Au contraire, toutes
les fuchsines autres que le dérivé sulfoconjugué sont retenues. Les autres colorants
moins importants n'ont pas encore été examinés.
)) Ajoutons que l'hydrate slanneux, l'hydrate de zinc ont donné des résultats encou-
rageants. Certains colorants passent, d'autres sont fixés ou totalement, ou partielle-
( 54 )
inenl avec formation de laques colorées diversemenl el souvent d'une façon caracté-
ristique.
w On voit tout (le suite une méthode générale possible, soit de distinc-
tion de ces colorants, soit de séparation. La comparaison avec une solution
type, la teinture de la soie et de la laine, puis réaction de l'acide snlfurique
concentré, l'action spectrale (Girard et Pabst), la solubilité dans l'alcool
amylique permettront de préciser leur nature, etc., etc.
» Nous dirons, à ce propos, que le traitement du vin par la magnésie et
l'alcool amvlique à chaud permet d'isoler et de distinguer un grand nombre
de bleus artificiels retenus par les oxydes de plomb, de fer et de mercure.
» Nous espérons même géiîéraliser la méthode et distinguer entre eux
les colorants naturels. Nous signalerons l'hydrate stanneux, qui retient fa-
tilement la matière colorante du vin et laisse passer la cochenille et l'or-
seille.
» Du vin, il n'y a qu'un pas pour retrouver les colorants artificiels dans
les sirops, les liqueurs et autres produits alimentaires. »
ÉCONOMIE RURALE. — Culture des betteraves à Wardrecques (Pas-de-Calais),
en i885. Note de MM. Poriox etDEHÉRAi\, présentée par M. Peligot.
« En 1884, le Parlement a modifié, très heureusement pour les intérêts
agricoles, le mode de perception de l'impôt qui pèse sur l'industrie sucrière.
En établissant les droits, non plus sur le sucre achevé, mais sur les bette-
raves mises en œuvre, la loi assure la vente des racines riches en sucre à
un prix très élevé. Les fabricants ont en effet le plus grand intérêt à ex-
traire des racines un poids de sucre supérieur à celui sur lequel ils payent
les droits, puisque, pour ces excédents de fabrication, ils s'approprient le
lourd impôt de 60*^' par quintal, qui grève le sucre livré à la consomma-
tion .
» Dans ces conditions nouvelles, le fabricant n'achète plus ses bette-
raves à prix fixe, mais au contraire à prix variable avec la richesse en
sucre; ce mode d'achat, peu pratiqué jusqu'à présent dans la région sep-
tentrionale, a inspiré quelques craintes aux cultivateurs du Pas-de-Calais
et du Nord : il nous a paru utile de disposer pendant la dernière cam-
pagne une série d'essais, pour reconnaître si la loi nouvelle, bien loin d'être
nuisible aux intérêts des cidtivateurs, comme on n'a pas craint de l'af-
firmer, ne foiunissait pas, au contraire, ii ceux qui sauraient en tirer parti,
le moyen de réaliser de larges bénéfices.
( 55 )
» On a passé, avec une sucrerie jointe à Wardrecques par un chemin
(le fer, le marché suivant : la tonne de betteraves sera vendue 35'' pour
une densité du jus de 7", avec diminution ou augmentation de i'' par
dixième de degré au-dessous ou au-dessus de 7°.
» Dans ces conditions, nos betteraves ont valu de 35*^' à 41*^' la tonne;
elles renfermaient de i5 à i6 de sucre dans 100 de jus; le produit brut
de l'hectare a varié de i Soo*"'' à près de 1900*"', laissant un produit net de
700*^' à 960'^''. Ce sont là des chiffres encourageants, et nous croyons devoir
indiquer comment ils ont été obtenus.
» La pièce sur laquelle ont eu lieu les essais est située dans la plaine de
Wardrecques; elle est formée d'une terre d'excellente qualité qui se loue
en moyenne 200*^'' l'hectare ; la terre est forte et gagne à être drainée
comme l'a été la pièce en expériences. C'est seulement après avoir donné
les labours sur toute l'étendue de la pièce, avoir distribué une fumure
générale de i7oo''8 de tourteaux et de 140"^^ de nitrate de soude à l'hec-
tare, qu'on a tracé les parcelles de i are sur lesquelles on a employé divers
engrais complémentaires.
» On a mis comparativement en expériences les graines Vilmorin amé-
liorées et IcsDippe, variété qui tire son origine des Vilmorin, mais dont
la graine est d'un prix moins élevé; les lignes de betteraves étaient espa-
cées de o°',4o; dans la ligne, les racines étaient à o™,2o, de façon à
obtenir 12 betteraves au mètre carré.
» Les conditions générales : cultures précédentes, engrais, labours, ex-
position, sont identiques sur toute l'étendue de la pièce; par conséquent,
les différences constatées devront être attribuées seulement à la nature de
la graine et aux engrais complémentaires employés.
» La terre de Wardrecques se détend bien contre la sécheresse, et ses
racines n'eiu'ent pas trop à souffrir du manque de pluie de juillet et d'août;
avant les grandes pluies de septembre, elles présentaient une richesse ex-
ceptionnelle, atteignant r8et 19 de sucre dans 100 de jus: cette proportion
baissa à l'arrière-saison, mais les racines conservèrent cependant une
teneur élevée.
» Betteraves Vilmorin. — Avec la fumure générale de tourieauN. et, d'azotate de soude,
on a obtenu, sur le carré d'essai, 4 1 70o''6 à l'hectare de betteraves marquant 7°, 4, ren-
fermant i6,2 de sucre dans 100 de jus et valant Sg''' la tonne; la recette est de lôaôf"'.
Sur l'ensemble de la pièce, la récolte est de 4'3oo''8 à l'hectare, les betteraves ont été
vendues Sg''' la tonne; la recette a atteint 1610''" à l'hectare.
» Le sulfate d'ammoniaque n'a augmenté que très légèrement le poids des betteraves
( 5G )
et diminué un peu leur qualité, mais il n'en a pas été de même des superphosphates :
employés à ia dose de 6oo''8 à l'hectare, ils ont fourni /464oo'^6de racines valant 09'''', 5o;
le produit brut s'est donc élevé à iSSa^''; en forçant la dose de superphosphates, la
portant à i20o'-8, la qualité des Vilmorin s'est élevée; elles ont marqué 7°, 6 et valaient
par conséquent 4i''' la tonne, mais le poids obtenu à l'hectare n'a pas été augmenté.
» Sans fumure complémentaire, on a dépensé à l'hectare 812^''; le produit brut étant
de 1626''', le produit net n'a pas été moindre que 8il\''. Avec les superphosphates les
dépenses sont montées, suivant les doses, à 872^'' et 982'''; mais, les produits bruts étant
de 1832^'' et 1882'"', il nous est resté par hectare 960''' et gSo^'' de produit net.
» Betteraves Dippe. — Le poids à l'hectare a légèrement dépassé celui qu'avaient
fourni les 'Vilmorin; mais les Dippe se sont montrées un peu moins riches en sucre et
leur prix n'a jamais été supérieur à 38^"' la tonne. La fumure générale de tourteaux et
d'azotate de soude a donné sur le carré d'essai ^Sgoc'^s de racines à 35^'' et, sur l'ensemble
de la pièce, 453oo''S à SS''"'. Les dépenses ont été de 751''' à l'hectare; le produit lirut
étant de 1536'"', nous avons eu comme bénéfice 785^''. A la dose de 6oo''S les superphos-
phates ont permis d'obtenir 46 800''? de racines à 38'^'' : le bénéfice a été de 907^''; à la
dose de i20o''s on a récolté 47 8oo''s de racines, également à 38*^''; le produit brut est
monté à 1826^'' et le bénéfice a été de 945*^''.
» Influence des engrais. — 11 est à remarquer ((ue la fumure organique n'a pas
exercé l'influence fâcheuse qu'on lui attribue parfois, car les betteraves ont conservé
une richesse remarquable pour une arrière-saison aussi humide que celle de i885.
» L'emploi des superphosphates a partout été avantageux; or le dosage de l'a-
cide phosphorique total dans la terre de Wardrecques accuse i6'',3 par kilogramme,
clùifrepeu difl'érent de is'',5 trouvé pour la terre de Grignon, sur laquelle cependant
les superphosphates n'exercent aucune action. En employant comme dissolvant l'acide
acétique, qui n'attaque que les phosphates de protoxyde qui ont chance de se dissoudre
dans l'eau cliargée d'acide carbonique du sol, on trouve par kilogramme de terre o8'',2
à Wardrecques et oS"', 3 à Grignon; la diilerence est faible : il en faudrait donc conclure
que la terre de Wardrecques renferme naturellement une quaiTtité d'acide phospho-
rique actuellement assimilable, presque suffisante pour subvenir aux besoins d'une
bonne récolte de betteraves, et, eu elfet, les 6oo''8 de superphosphates employés ont
fourni 72''^ d'acide phosphoiique assimilable qui ont paru un complément suffisant,
puisque, lorsqu'on a porté la dose à i44''") on n'en a tiré dans un cas aucun nouvel
avantage et que la différence constatée pour les betteraves Dippe est de l'ordre des
irrégularités inévitables dans ce genre d'expériences.
» Conclusions. — Les chiffres obtenus sur l'ensemble de la pièce qui a
plusieurs hectares étant analogues à ceux qu'ont fournis les parcelles d'es-
sais, il en faut conclure que les bénéfices précédents ne sont pas seulement
calculés, mais parfaitement réels.
» La réussite de la culture do i885 peut être attribuée non seulement
au choix de la graine et de la fumure et au rapprochement des plants, mais
aussi à la qualité de la terre de Wardrecques et aux soins dont elle est l'ob-
jet; quelque part qu'aient cependant ces dernières conditions dans les ré-
(57)
siiltats obtenus, il n'est pas admissible qu'on ne puisse reproduire ailleurs
ce que nous avons fait, et il en découle manifestement que, sous l'empire de
la loi nouvelle, la culture de la betterave à sucre pour les fabriques abon-
nées peut être très avantageuse. »
PHYSIOLOGIE. — De l'action toxique des sels alcalins. Note de M. Charles
RiciiET, présentée par M. A. Ricliet.
« En continuant mes recherches sur l'action toxique comparée des sels
alcalins, j'ai étudié, après les chlorures, les bromures et iodures de lithium,
de potassium et de rubidium (').
)) Je rappellerai que j'ai donné, pour la dose toxique minimum des chlo-
rures, les chiffres suivants :
Chlorures.
Li. K. Ub.
Poissons 0,090 o,45o 0,720
Pigeons o,o84 0,020 1,100
Cobayes 0,100 o,55o 1 ,o:jo
Moyenne 0,091 0,607 0,9.50
» Voici maintenant les nouveaux chiffres que m'ont donnes, pour la dose
toxique minimum, les bromures et les iodures.
Broinarcs.
Nombre
d'expériences. L'- '''• "b-
XXV. Poissons 0,120 0,590 0,930
XVlil. Pigeons 0,062 o,4io 0,690
XII. Cobayes 0,112 o,4oo 0,620
Moyenne 0,097 0,466 0,713
Iodures.
XX. Poissons o,io5 0,000 o,84o
XXI. Pigeons 0,0^8 o,23o o,5oo
VII. Cobayes 0,100 o,38o 0,690
Moyenne o,o84 0,870 0,677
(') L'injection a été sous-cutanée. Les chiffres sont rapportés toujouis à i''; d'animal
vivant, et représentent la quantité non de sel, mais de métal combiné. Voir mes Notes
précédentes {Comptes rendus. 5 et 21 octobre i885).
Q
C. R., 1886, I" Semestre. (T. Cil, N° 1.)
( 58 )
» Avant de comparer ces expériences aux premières, une remarque
essentielle est nécessaire : c'est que les expériences avec les chlorures
étaient faites à la fin de l'été, par des températures extérieures de i5° à 24"
environ, tandis que les expériences avec les iodures et les bromures ont
été faites en hiver, par des températures basses, de — i** à -i- 6° environ.
» Or, chez les pigeons, cet abaissement de la température extérieure
tend à rendre bien plus toxiques les sels alcalins. Ces substances, poisons
du système nerveux, affaiblissent la résistance de l'animal au froid. Le
chlorure de lithium, par exemple, toxique en été à la dose de 0,084, fle-
vient, en hiver, toxique à la dose de o,o43 (résultat de quinze expériences).
Les pigeons qui ont reçu plus de o,o43 de lithium en injection sous-cuta-
née meurent en trois ou quatre jours, quand il fait froid, tandis que, si on
les place dans une étuve chauffée à 20" ou, mieux encore, si l'expérience
a été faite en été, ils survivent ( ' ).
» Inversement, les animaux à sang froid, dont la température jjropre
suit les variations du milieu extérieur, résistent d'autant plus longtemps
au poison que la température extérieure est plus basse. S'il est vrai que
les actions toxiques sont des actions chimiques, l'intensité de l'action chi-
mique, et par conséquent de l'action toxique, doit aller en croissant avec
la température. Quoique finalement la dose toxique minimum pour les
poissons ne varie guère avec la température, cependant, quand l'eau est
à 5°, au lieu de i5°, la durée de l'intoxication est plus prolongée. Ils
mettent huit jours à mourir, alors qu'en été, pour les mêmes doses, ils
meurent en une demi-journée.
» Quoi qu'il en soit de cette cause d'erreur qui empêche de faire une
comparaison rigoureuse, nous trouvons pour les doses moléculaires, obte-
nues en divisant les chiffres précédents par les poids atomiques respectifs
des métaux susdits, les chiffres suivants :
Li. K. Rb. Moyenne.
Chlorures.
Poissons 0,0126 0,01 15 o,oo8j 0,0109
Pigeons 0,0120 o,oi33 0,0129 0,0127
Cobajes 0,0147 o,oi4i o,oi23 o,oi37
Moyenne o,or3i 0,0129 0,0116 o,oi25
(') Je noterai que mes pigeons, en été, pesaient en moyenne Sôo^'', tandis que mes
pigeons d'iwver pesaient seulement 3ooB'' en moyenne; mais les chillVes se rapportent
toujours à l'^s.
(59)
Li. K. Rb. Mojeiine.
Bromures.
Poissons 0,0171 o,oi5i 0,0109 o,oi44
Pigeons 0,0086 o,oio4 0,0070 0,0087
Cobayes 0,0160 o,oio3 0,0078 0,0112
Moyenne 0,0189 0,0119 0,0084 o,on4
lodures.
Poissons o,oi5o 0,019,8 0,0098 o,oi25
Pigeons 0,0069 o,oo59 0,0039 0,0062
Cobayes o,oi48 0,0100 0,0081 o,oio4
Moyenne 0,0121 0,0090 0,0079 0,0097
Moyenne générale. . o,oi3i 0,0111 0,0098 0,0112
» En ne prenant que les moyennes, nousavons le Tableau suivant, qu'on
peut écrire sans les décimales, puisqu'il ne s'agit que d'un rapport :
Doses toxiques moléculaires.
Li. k. Rb. Moy.
Clilorures 181 129 116 laS
Bromures 189 119 84 Ii4
lodures 1 9, 1 96 79 97
Moyenne 121 ii4 98 112
» De ces chiffres résultent les propositions suivantes, qu'il nous suffira
de formuler, car leur justification est évidente :
» 1° Pour des substances chimiquement analogues, comme les sels
alcalins, la dose mortelle minimum est sensiblement égale, si l'on considère
non le poids absolu, mais le poids moléculaire de ces substances;
» 2° En poids absolu, les métaux sont donc d'autant moins toxiques que
leur poids atomique est plus élevé, ce qui est précisément l'inverse de la
loi formulée par Rabuteau ;
» 3° A molécule égale, les métaux dont le poids atomique est le plus
élevé sont aussi un peu plus toxiques ;
» 4" T-'GS chlorures sont, en poids absolu, plus toxiques que les bromures,
et les bromures plus toxiques que les iodures.. Mais, à poids moléculaire
égal, c'est précisément l'inverse qu'on observe : les chlorures étant un peu
moins toxiques que les bromures, et les bromures un peu moins toxiques
que les iodures ;
» 5° En résumé, les sels alcalins sont toxiques par leur molécule chimique ;
( Go )
et plus le poids de cette molécule est éle^é, plus elle est toxique, quoique
la différence soit peu sensible et que la molécule soit toujours à peu près
également toxique ( ' ). »
AXATOMIE ANIMALE. — La circulation dans les cellules ganglionnaires.
Note de M. Alb. Ad.vmkiewicv!, présentée par M. P. Bert. (Extrait.)
« Sous ce titre, j'ai eu l'honneur d'adresser à l'Académie, le 26 octo-
bre i885, une Note résumant des recherches poursuivies depuis 1882 et
consistant en plus de cinq cents injections des vaisseaux sanguins des gan-
glions intervertébraux, sur des cadavres humains.
» Des recherches aussi longues étaient indispensables, parce que l'injec-
tion des ganglions est une des plus grandes difficultés que présente la tech-
nique des injections fines; parce que la connaissance exacte de la circula-
tion intra-ganglionnaire, en raison de sa haute importance, méritait une
étude prolongée; enfin, parce que les résultats d'une injection n'ont de
valeur qu'autant qu'ils ont été obtenus bien des fois et par des méthodes
variées, en sorte qu'il ne soit plus possible de douter de leur réalité.
» Dès le 23 novembre suivant, M. W. Vignal a présenté à l'Académie
une Note dans laquelle il se refuse à admettre mes résultats; il s'appuie sur
ceux qu'il a obtenus lui-même, simplement par l'injection de deux lapins,
et s'exprime comme il suit :
» Entre les cellules (ganglionnaires) et logé dans le tissu conjonctif, on aperçoit un
assez riche réseau capillaire, dont les mailles enveloppent les globules ganglionnaires.
L'examen des coupes des ganglions inteiverlébraux... montre que le carmin s'est diffusé
à travers la paroi des vaisseaux, s'est répandu dans le tissu conjonctif intercellulaire,
l'a coloré et finalement est venu colorer le protoplasma et plus fortement le noyau des
cellules ganglionnaires, donnant à ces cellules l'aspect de fruits
» Ces deux expériences montrent qu'il faut rejeter, d'une manière absolue, le sinus
artériel péricellulaire et le sinus veineux intra-ce'lulaire décrits par M. Adamkiewicz,
dans les cellules ganglionnaires. Du reste..., il suffit de dissocier un peu brusquement,
dans n'importe quel liquide, des cellules nerveuses, pour obtenir des noyaux libres, ce
qui montre que le noyau est un corps plein et non une sphère creuse. »
1) Il ressort de cette description que la masse au carmin dont M. Vignal
a fait usage n'est point restée dans les vaisseaux, comme on devrait l'at-
(') Travail du laboratoire de Physiologie de la Faculté de Médecine de Paris.
(6i )
tendre d'une bonne masse d'injection, mais s'est diffusée à travers la paroi
de ces derniers et est venue teindi-e, ou plutôt salir le tissu ambiant.
» On sait que de semblables résultats constituent un de ces hasards
malheureux, qui tiennent, soit à une préparation défectueuse de la masse
d'injection, soit à une technique insuffisante dans la manipulation des pré-
parations. M. Vignal me critique sans connaître rien de ma méthode d'injec-
tion, qui n'a pas encore été publiée, et que je publierai prochainement (').
Il pourra alors reconnaître son erreur.
» Je déclare maintenir, en tous points, les résultats consignés dans ma
première Note. Quant à l'opinion que le « noyau « de la cellule ganglion-
naire est une cavité, j'ai, pourrappuyer, des preuves indiscutables. Je ne puis
accepter cet ingénieux; aperçu de ,\I. Yignal, que le noyau de la cellule
ganglionnaire est un corps « isolable ». Car, autant que je puis croire, la
propriété d'être isolable n'appartient point exclusivement aux corps so-
lides et je pense que les vésicules elles-mêmes, cju'elles soient pleines ou
qu'elles soient vides, peuvent être également isolées, pourvu qu'elles aient
une paroi résistante.
M Une discussion plus longue serait oiseuse. Je suis tout prêt à mettre
sous les yeux de ceux que la question intéresse réellement, et qui n'auraient
point l'occasion de suivre la méthode rigoureuse et pénible à laquelle j'ai
eu recour.s, des préparations qui mettent hors de doute la réalité des faits
que j'ai annoncés, et qui démontrent la circulation à l'intérieur delà cellule
ganglionnaire. »
ANATOMIE ANIMALE. — Sur la morphologie de rovaire chez les Insectes.
Note de M. Ar.maxd Sabatieu, présentée par M. A. Milne-Edwards.
(i L'ovaire des Insectes présente généralement cette particularité, qu'il
renferme, à côté des œufs, des cellules folliculaires et des cellules dites
nutritives ou vitellogènes. J'ai recherché quelles étaient l'origine et la signifi-
cation de ces éléments. Dans un Mémoire sur les globules polaires {Revue
des Sciences naturelles, mars 1884), j'avais écrit la phrase suivante :
« J'ajoute que quelques observations déjà faites, mais encore trop peu
nombreuses pour me permettre d'être catégoriquement affirmatif, me por-
(') Alb. AuAMKiEWicz, Der Blulkreisbauj der Gangliefizelle ; BerVm, Hirscliwald,
1886.
( 62 )
tont fortement à avancer que les cellules nutritives de la chambre vitelline
fies Insectes ne sont autre chose que des éléments éliminés de très bonne
heure et représentant de vraies cellules folliculaires de l'œuf. » Cette asser-
tion, pour laquelle je réclame la priorité, a été également émise quelques
mois après par le D"' Ludwig Will [Zool. Anz,, 18 et 26 mai 1884), mais
avec des différences très importantes dans l'appréciation du processus et
dans la signification attribuée aux éléments. Je discuterai ces points dans
un Mémoire étendu ; aujourd'hui, j'expose seulement les résultats des
recherches que j'ai poursuivies sur ce sujet.
)) L'ovaire des Insectes peut présenter trois formes : 1° chaque œuf est
accompagné d'un groupe de cellules nutritives; 2" les cellules nutritives
sont séparées et éloignées des œufs, et restent dans le cul-de-sac du tube
ovigère; 3'^ les cellules nutritives semblent faire défaut. J'ai étudié chacun
de ces groupes, mais cette Note est consacrée au premier. Ce premier
groupe comprend les Lépidoptères, les Diptères, les Hyménoptères,
quelques Coléoptères, quelques Orthoptères et Névroptères. Les tubes
ovariens se terminent par une membrane anhiste à noyaux rares, limitant
une cavité tubulaire remplie par une masse homogène de protoplasme à
noyaux disséminés. Le protoplasme et les novaux se colorent faiblement
par les colorants nucléaires. A l'extrémité du cul-de-sac ovarien, ces novaux
se multiplient par division et constituent ainsi des groupes de cellules. On
a cru à tort jusqu'à présent que, dans chacun de ces groupes, une des cel-
lules devenait l'œuf, tandis que les autres formaient les cellules nutritives.
Voici, au contraire, ce que j'ai observé sur Dytiscus, Carabus, plusieurs
Lépidoptères, Musca, Chironomns et Forficula.
)) Chez Forficula, chaque œuf n'étant accompagné que d'une cellule
nutritive, l'observation est plus facile. A une faible distance de l'extrémité
du cul-de-sac ovarien le protoplasme se clive autour de chaque novau. Les
cellules ovulaires sont ainsi constituées par un novau et un vitellus qui se
colorent d'une teinte à peu près égale par les colorants nucléaires. Bientôt
apparaissent dans le protoplasme quelques grains réfringents, chroma-
tiques, qui se portent vers la surface de l'ovule. Il y en a trois, quatre ou
cinq pour chaque ovule. Ces grains qui grossissent dans leur court trajet
deviennent vésiculeux, moins réfringents, granuleux et forment à la surface
de l'ovule les premières cellules folliculaires qui se multiplient ensuite par
division. Aussitôt après, on voit dans ces ovules encore très petits (de
o™",oo6 à o""", 008) apparaître au voisinage de la vésicule germinative une
tache dessinée par des grains cliromatinés très fins qui, d'abord confuse, se
( 63 )
présente bientôt sous la forme d'une vésicule claire à grains fins et serrés.
La vésicule gerniinative très pauvre en gi-ains de chromatine renferme seu-
lement un ou plusieurs nucléoles. Elle reste petite et claire, tandis que sa
voisine granuleuse grossit rapidement et la refoule en l'aplatissant vers
l'extrémité pointue de l'œuf qui a pris une forme ovalaire. Un plan de sé-
paration se dessine alors dans le protoplasme commun et l'ovule primitif
se trouve divisé en deux cellules accolées, mais très inégales de volume et
d'aspect. Tout autout de ce groupe de deux cellules se multiplient les cel-
lules folliculaires, mais surtout du côté de l'œuf.
M Chez les Insectes à cellules nutritives midtiples, le processus est au
fond identique. Les cellules folliculaires formées les premières s'accu-
mulent sur un des pôles de l'ovule; sur l'autre pôle se forment les cellules
nutritives, sous forme de vésicules claires à grains fins, naissant près de la
vésicule germinative et se colorant en bleu par l'hématoxyline. Ces vési-
cules séjournent quelque temps dans le protoplasme, où l'on en rencontre
quelquefois plusieurs à la fois. Elles peuvent s'y multiplier par division.
Enfin elles deviennent indépendantes en opérant leur sortie de l'œuf, en-
tourées d'une zone de protoplasme qu'elles empruntent à celui de l'œuf.
Leur nombre, d'abord peu considérable, s'accroît sur les œid's plus avan-
cés jusqu'à ce que leur nombre normal ait été atteint.
» Il me paraît établi par ces observations que, chez les Insectes pourvus
de grosses cellules nutritives accompagnant les œufs, l'ovule primitif
donne naissance par voie endogène dans le protoplasme, et sans qu'il soit
porté atteinte à l'autonomie de la vésicule germinative, aux noyaux des
cellules folliculaires et plus tard aux gros noyaux des cellules nutritives.
Ces dernières sont donc comme les premières, et au même titre, des élé-
ments éliminés de l'œuf.
)) Ces faits déjà aperçus par moi dès le printemps de i883 et signalés en
mars 1884, je les ai confirmés par de nouvelles recherches pendant les
années 1884 et i885, et je dois remercier mon excellent collègue, le Pro-
fesseur Renaut, de Lyon, de m'avoir aidé à les mettre encore mieux en
évidence par l'emploi si remarquablement démonstratif de ses belles colo-
rations doubles à l'éosine hématoxylique. »
(G4)
BOTANIQUE FOSSILE . — Sur les troncs de Fougères du terrain houdler
supérieur. Note de MM. B. Resault et R. Zeilleu, présentée par
M. Daubrée.
« Les troncs de Fougères sont, comme on sait, assez abondants dans le
terrain houiller supérieur, soit en empreintes, soit à l'état silicifié. Classés
d'abord par T jndlev et Hutton et par Brongniart dans un genre unique, si
nous laissons de côté le genre Megaphyton, ils ont été subdivisés plus tard
par Corda en trois genres principaux : Cautopteris, Stemmatopteris et Pty-
chopteris. On s'accorde généralement aujourd'hui à réunir les deux premiers
de ces genres en un seul, mais le troisième est encore considéré comme
distinct, bien que quelques auteurs aient émis l'idée que les Plychopterisne
représentaient que des portions plus âgées des troncs de Caulopteris, à sur-
face sillonnée par les racines adventives.
» Un échantillon remarquablement conservé, recueilli à Commentry par
les soins de IM. Favol, nous permet de préciser les raj^ports de ces genres,
en établissant que les Ptychopteris et les Caulopteris ne sont que des parties
différentes des mêmes troncs, mais placées conceiitriquement l'une par l'ap-
port à l'autre, et non pas à des hauteurs différentes, les Ptychopteris repré-
sentant le cvlindre ligneux central, et les Caulopteris l'écorce externe du
tronc. Cet échantillon offre l'empreinte de la surface externe de l'écorce avec
les cicatrices pétiolaires, et, à l'intérieur de cette empreinte, le cylindre li-
gneux central, séparé d'elle par une faible épaisseur de roche qui corres-
pond à l'espace annulaire occupé sous l'écorce par les racines adventives. Ce
cylindre ligneux, légèrement aplati, appartient par ses caractères extérieurs
au genre Ptychopteris, tandis cpie l'empreinte de l'écorce est un Caulopteris
véritable (C. endorhiza Gr. Eury). Sur la tranche du cylindre central on
aperçoit la section des nombreuses bandes, les unes vasculaires, les autres
sclérenchymateuses, dont on constate l'existence chez les Psaronius; sur la
surface on remarque les cicatrices caractéristiques des Ptychopteris, l'anneau
elliptique fermé correspondant au faisceau foliaire, |et l'ellipse plus allongée,
mais tronquée par le bas, qui l'entoure et le touche presque vers le haut,
correspondant à la gaine de sclérenchyme qui enveloppait ce faisceau. Ces
gaines étant conservées sous la forme do lames charbonneuses très piinces
déterminant des surfaces de moindre adhérence, il a été possible d'isoler
complètement quelques-unes des cicatrices avec le système interne qui leur
correspond. Nous aA ous pu recoiinaîti'c ainsi que la gaine de sciérenchyme
présente la forme d'une chape, fermée sur le dos, ouverte en avant, qui
recouvre le faisceau vasculaire ; nous avons ensuite isolé ce faisceau lui-même
en sacrifiant sa gaine, et nous avons pu le suivre depuis son origine jusqu'à
la cicatrice à laquelle il aboutit. Il prend naissance par l'anastomose des
bords de deux bandes vasculaires voisines et affecte d'abord, en section
transversale, la forme d'un V largement ouvert vers l'axe du tronc; puis les
branches de ce V se rapprochent graduellement et replient leurs bords eu
dedans en forme de crochets; enfin elles finissent par se souder et par con-
stituer ainsi un faisceau annulaire fermé, tandis que leurs bords respectifs,
se soudant également entre eux, se détachent vers l'intérieur et constituent
le faisceau interne en V renversé qu'on remarque vers le haut de la plupart
des cicatrices de Caulopteris comme, de Ptychopteris ; ainsi ce faisceau interne
a la même origine que le faisceau annulaire, dont il n'est qu'une ramifica-
tion. Si l'on faisait des sections verticales de plus en plus éloignées de la
surface externe du cvlindre, on verrait la cicatrice intérieure se rapprocher
de plus en plus du sommet de la cicatrice annulaire, puis se diviser en
deux en se réunissant à celle-ci, qui, s'ouvrant en même temps par le haut,
prendrait la forme de fer à cheval qu'on a constatée chez certains Caulopte-
ris; ceux-ci ne diffèrent donc de la forme normale à cicatrice annulaire
{Stemmatopteris) que par l'absence de soudure des deux bords du faisceau
foliaire.
» Les racines adventives venant à se développer et à descendre dans le
tissu parenchymaleux qui entourait le olindre central, la portion des
faisceaux foliaires et de leurs gaines comprise entre ce cylindre et la couche
corticale externe finissait par se détruire et par disparaître; il n'en sub-
sistait que la base, qui, formant gouttière et dirigeant le cours des racines
qui venaient buter contre elle, les ramenait parfois jusque dans l'intérieur
du cylindre central, ainsi cpi'on le constate assez souvent sur les sections
transversales de Psaronius ('). D'autres fois, les racines venaient seulement
se presser et s'empiler dans ces gouttières en se repliant sur elles-mêmes,
comme on le voit sur plusieurs Ptychopteris. En tout cas, lorsque le cylindre
central était limité à l'extérieur par une gaine continue de sclérenchyme
{Psaronii vaginati), elles s'imprimaient beaucoup moins nettement sur la
(I) Voit- notamment, parmi les échantillons figurés, les Ps. musœformis et Ps.
Putoni, in Goeppert, Foss. FI. der perm. Form. {Palœontograpldca, t. XII), pi. V,
fig. 4 et 7.
C. W., 1886, 1" Semestre. (T. Cil, N" 1.) 9
( 66 )
surface de cette gaine que sur le tissu parenchymateux plus tendre qui
remplissait la gaine de chaque faisceau foliaire, ce qui explique comment,
chez beaucoup de Ptychopteris (Pi. macrodiscus Brongt., par exemple),
les cicatrices foliaires sont seules marquées de sillons longitudinaux ; en
revanche, on voit souvent, sur la surface comprise entre ces cicatrices,
de petites cicatrices ponctiformes ou allongées, qui correspondent à la nais-
sance des racines adventives, ou, plus exactement, à leur sortie du cylindre
central.
)) Nous avons pu, sur d'autres troncs, reconnaître la nature des fossettes
qui ont été souvent observées sur l'écorce des Caidopleris, entre les cica-
trices foliaires, tantôt dispersées irrégulièrement, tautôt alignées en files
verticales plus ou moins sinueuses, et qu'on a quelquefois regardées comme
des cicatrices de racines adventives. Nous avons constaté, en effet,
sur une empreinte de Megaphyton M' Layi de Commentry, que ces fossettes
se présentaient comme de petites lentilles à peine adhérentes à la roche, qui
ne pouvaient être regardées que comme le moulage de petites chambres
creusées dans l'écorce sous l'épiderme et ne communiquant avec l'extérieur
que par la déchirure ou la résorption de cet épidémie. Sin- les tiges plus
âgées, il n'en est plus de même, et elles sont alors beaucoup plus largement
ouvertes. Il y a donc identité entre elles et les fossettes aériféres dont on a
constaté l'existence sur les troncs des Fougères arborescentes actuelles,
fossettes qui, dans les parties jeunes des tiges, sont recouvertes par une
mince membrane épidermique, s'ouvrent plus tard par la rupture de
celle-ci (' ), puis s'agrandissent et finissent souvent par acquérir des dimen
sions très notables.
)) Par ce détail de leur constitution, comme par le mode de découpure
des frondes qu'ils ont portées, les troncs de Fougères du terrain houiller
rappellent beaucoup les Cyathéacées arborescentes du monde vivant. «
PHYSIQUE DU GLOBE. — Sur la valeur actuelle des éléments magnétiques à
l'observatoire du parc Saint-Maur. Note de M. ïii. 3Iot'REAux, présentée
par M. Mascart.
« Les observations magnétiques ont été poursuivies en i88.5 à l'obser-
vatoire du parc Saint-Maur, avec les mêmes appareils et d'après les mêmes
méthodes que les années précédentes (-).
(M Moiii-, in Makthjs, Icônes plant, crrpt., p. 43, !\J.
(*) Comptes rendus, l. C, p. i34; i885.
( 67 )
» Le niagnétographe de M. Mascart, qui enregistre les variations de la
déclinaison et des deux composantes de la force terrestre, a continué de
fonctionner très régulièrement. Les valeurs du millimètre sur l'ordonnée
de chaque courbe sont vérifiées deux fois par mois; ces valeurs, sensible-
ment constantes dans le cours de l'année, sont actuellement i',39 pour le
déclinomètre, o,ooo46H pour le bifilaire, et 0,000192 pour la balance
magnétique.
» Les indications fournies par les appareils de variations sont rapportées
à des mesures absolues de la déclinaison, de l'inclinaison et de la compo-
sante horizontale, qui sont effectuées une fois par semaine au moins, sur le
pilier du jardin.
» Le paratonnerre de la mairie de Nogent-sur-Marne, qui jusqu'à la fin
de 1884 avait servi de repère pour la détermination du méridien géogra-
phique, s'est trouvé peu à peu masqué par des arbres plantés sur le bord
de la Marne. On a adopté en i885 le paratonnerre d'un pavillon bien dé-
couvert, situé également à'Nogent, à 3700"" au nord-nord-ouest, sensible-
ment dans la direction du méridien magnétique actuel de l'observatoire.
L'azimut de ce nouveau repère a été déduit d'un grand nombre d'obser-
vations faites à différentes époques.
» Les valeurs des éléments magnétiques au i*' janvier 1886, déduites de
la moyenne des observations horaires relevées au magnétographe du 3i dé-
cembre i885 à i'' du matin au i" janvier 1886 à 1 1'' du soir, et rapportées
aux mesures absolues faites le 29 et le 3i décembre i885, sont les sui-
vantes :
Déclinaison 16" 3', 5
Inclinaison ôS'iS'jy
Composante horizontale o, 19433
Composante verticale 0,42175
Force totale o , 4^437
M. C. Decharme signale l'apparition de lueurs crépusculaires, observées
à Amiens le 16 décembre dernier, pendant vingt-cinq minutes environ, à
partir du coucher du soleil.
M. Edouard Rorix a adressé, de la Grande-Bellaillerie, près de Saint-
Calais (Sarthe ), le 10 décembre i885, la Lettre suivante :
« Le 19 mai i85i, dans le but de prendre date publiquement, j'adressai à l'Aca-
démie le résumé de ceux de mes travaux, concernant les applications du pouvoir an-
( 68 )
tiputride aux sciences médicales el naturelles, qui n'avaient pas encore été publiés.
Ce résumé où, parmi plusieurs théories nouvelles, se trouvent les fondements de mon
art de paralvser dans l'économie le pouvoir des miasmes, des virus et en général des
matières organisées en voie d'altération, fut, m'a-t-on dit, confié à Duméril père, qui,
après l'avoir longtemps gardé, est mort sans l'avoir rendu. Afin d'avoir une pièce
nouvelle me donnant, au moins pour le fond, la priorité de ces applications et en parti-
culier de l'art indiqué, je viens vous prier, Monsieur le Président, de faire ouvrir ceux
de mes paquets cachetés qui ont été adressés à l'Académie pendant l'année i85o et
dans la partie de i85i qui a précédé le mois de mai. »
MIM. Bertrand et Berthelot, cliargés par l'Académie de procéder à l'ou-
verture des plis qui ont été déposés par l'auteur pendant l'intervalle de
temps indiqué par cette lettre, ont reconnu qu'ils étaient au nombre
de six, savoir :
Le i*"'' avril i85o, uneNotede trois pages (n" 981), relative à l'emploi des
carbures d'hydrogènes volatils, et de quelques autres composés de car-
bone non hydrogénés, comme agents de conservation des matières ani-
males.
Le 29 ami i85o, une Note de 4 pages (n''994), proposant de rechercher
des succédanés du quinquina, pour le traitement des fièvres intermittentes,
dans les cinq classes de composés suivants : les sels métalliques, les tan-
nants, les arojiiatiques, les composés agissant par l'acide cyanhvdrique,
la solution aqueuse d'opium.
J.eiGaoûl i85o, une Note de quatre pages (n° 1027), indiquant les résul-
tats d'expériences sur la conservation des matières animales, an moyen de
quelques-unes des substances mentionnées dans la première Note, et parti-
cuhèrement de l'huile de houille.
Le 25 novembre i85o, une Note de deux pages (n" 1051), relative aux
« propriétés antiputrides des alcalis > égétaux, et particulièrement de ceux
qui sont liquides ».
Le 9 décembre i85o, une Note de sept pages (n° 1056), dans laquelle
l'auteur se propose de généraliser les indications données par sa Note du
29 avril, pour le traitement des fièvres intermittentes marécageuses. Il con-
sidère toutes les maladies dues à l'influence de miasmes, de virus, de venins
et, en un mot, de matières organisées en voie d'altération; il appelle
l'attention sur l'action particulière que peuvent exercer, dans ces maladies,
tous les agents qui peuvent entraver la combustion lente, et particulière-
ment ceux qui interviennent par leur combinaison avec les matières orga-
nisées. [| montre que la prati(pi(> a conduit à mettre presque exclusivement
( ^9 )
en usage cette classe de médicaments, et conclut qu'il serait rationnel de
faire concourir au traitement ceux des antiputrides qui, à la propriété de
présenter les moindres inconvénients dans l'économie animale, joignent la
propriété d'exercer, en présence de l'oxygène humide, le plus grand
pouvoir antifermentescible.
Le 6 Janvier i85i, une Note de trois pages (n° 1066), ajoutant quelques
composés nouveaux à ceux qui ont été déjà signalés comme antiputrides
et antifermentescibles; en particulier, l'éther chlorhydrique chloré, et un
certain nombre d'autres composés, que leur volatilité permet d'employer
comme anesthésiques par aspiration. Les anesthésiques locaux peuvent
être modifiés pour ainsi dire à l'infini par voie de dissolutions.
L'auteur a expérimenté, pour la conservation des matières animales, sur
l'acide picrique en dissolution, sur les sels solubles de strychnine, sur les
sels solubles de baryte. Le bromure de potassium agit, comme antiputride
et antifermentescible, plus énergiquement que l'iodure correspondant.
Les Notes contenues dans ces divers plis seront conservées au Secrétariat,
où l'auteur pourra, s'il le juge convenable, en faire prendre copie, pour
établir ses droits de priorité.
A 4 heures un quart, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 6 heures un quart. J. B.
BULLETIX BIBLIOGR.IPIIIQUE.
Ouvrages reçus dans la séance du 4 janvier i88b.
La Photographie. Traité théorique et pratique; par k. Davanne; t. L Paris,
Gauthier-Vdlars, i886; in-8".
H. DE Pakville. Causeries scientifiques, i883-i884. Paris. ,T. Rothschild,
i886; 2 vol. in-i2.
Mémoires de la Société géologique de France; 3* série, t. IV. L Les Ento-
mostracés ostracodes du système oolithique de la zone à Ammonites Parkin-
( 7" )
soni de Fonloy (Moselle); par M. Terquem. Paris, au local de la Société,
i885; iii-4''.
Flore de la Haute-Manie ; par MÎ\I. L. Aubriot et A. Daguin. Saint-Dizier,
tvpogr. Henriot et Godard, i885; 111-8". (Adressé par les auteurs au con-
cours Thore de l'année 1886.)
Avant-projet iC un chemin de fer aérien ci voies superposées, à établir sur les
grandes voies de Paris ; par i . Garnier. Pari;;, J. Baudry, i884; in-4°.
Projet comparé d'un chemin de fer aérien à établir dans les grandes voies de
Paris; parM. J. Garnier. Paris, J. Baudrv, i885; in-8''.
Premiers éléments de physiologie mathématique ; par G. Perry. Paris,
impr. Gauthier-Villars, i885; br. in-8°.
La chirurgie actuelle; par M. le prof. U. Trélat. Paris, Bureau des Deux
Reçues, i885; br. in-8'\ (Extrait de la Revue scientifique.)
A. VÉziAN. Les deux théories orogéniques. Paris, tvpogr. G. Chamerot,
i885; br. in-8". (¥^\tra[t de V Annuaire du Club alpin français.)
La photocopie ou procédés de reproductions industrielles par la lumière; par
A. FiscH. Paris, Michelet, 188G; in-12.
Un trou à la terre. Puits d'observation. Deuxième appel ; par J.-J. Marti-
NEz. San Francisco, L. Grégoire, 1886; br. in-8°.
Des mouvements périodiques du sol accusés par des niveaux à bulle d'air
(septième année );/?a/'M.PH. Plantamour. Genève, i885; br. in-8''. (Extrait
des Archives des Sciences physiques et naturelles.)
Le socialisme à notre époque; par D. Goubareff. Beaulieu-sur-Mer, 1886;
br. in- 18. (Deux exemplaires.)
Proceedings of the royal physical Society. Session 1 884-85. Edinburgh,
i885; in-8^
Memoirs of the Boston Society of Natural History; vol. III, nuinber XI.
Boston, i885; in-4°.
Spectroscopic and photographie obseri'alions inade at the Royal Observatory
Greemvich, i883. Sans lieu ni date; iii-4°.
Publicalionen des asirophysikalischen Observatoriums zu Potsdam, heraus-
gegeben vom Director H.-C. Vogel; vierter Band, I Theil. Potsdam, i885;
in-4° cartonné.
Upsala Universitets Arsskrift 1884. Upsala, Lundstrom, sans date; in-8°.
Atti e Memorie délia R. Accademia virgiliana diMantova; biennio 1 884-85.
Mantova, tip. Mondovi, i885;in-8°.
( 7' )
ERRATA.
(Séance du y décembre i885.)
Page 1126, ligne 16, après le mot facilité ajoutez de pointé.
Même page, ligne 25, au lieu de la différence d'azimut est, lisez le supplément de la
différence d'azimut est.
Même page, ligne 26, après le mot boule ajoutez et D la distance horizontale du
miroir.
Même page, ligne 2-, dans la formule, remplacez, au dénominateur, sin i" par
Dsini".
(Séance du 28 décembre i885.)
Page 1439, ligne 22, au lieu oft^ juillet i85i, /we; juillet i84i-
COMPTES RENDUS
DES SÉANCES
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES,
SEANCE DU LUNDI 11 JANVIER 1886.
PRÉSIDENCE DE M. JURIEN DE LA GRAVIÈRE.
MEMOIRES ET COMMUNICATIONS
DES MEiMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Préside.xt annonce à l'Académie la mort de M. de Saint-Venant,
Membre de la Section de Mécanique, décédé à Vendôme le 6 janvier.
Après avoir rappelé l'ardeur scientifique de M. de Saint-Venant qui, courbé
sur sa table de travail dès le point du jour, oubliait, par un froid intense,
de faire allumer son feu et couvait ainsi la maladie qui l'a enlevé, le Pré-
sident ajoute :
« La vieillesse de notre éminent Confrère a été una vieillesse bénie. Il est
mort plein de jours, sans infirmités, occupé jusqu'à sa dernière heure des
problèmes qui lui étaientchers, appuyé pour le grand passage sur les espé-
rances qui avaient soutenu Pascal et Newton. )>
Le 12 décembre, dans une lettre privée dont le Président donne lec-
ture, M. de Saint-Venant adressait, lui aussi, un sympathique adieu à
l'éminent Confrère que l'Académie venait de perdre : « M. Boulcy, disait-il,
» était un de ces hommes qu'on peut espérer revoir ailleurs que dans
» cette triste vie. »
C. R., i8S6, I" Semestre. (T. CU, N» 2. lO
( 7-1 )
Un mois ne s'élait pas écoulé que la mort réunissait ces deux âmes
d'élite. L'Académie les rassemble aujourd'hui dans un commun regret.
ASTRONOMIE. — Nouvelle méthode pour la détermination des éléments
de la réfraction; par M. Lcewy.
« On connaît le rôle important que joue la réfraction dans toutes les
observations astronomiques et géodésiques. Quand le rayon lumineux tra-
verse obliquement l'atmosphère terrestre, il se trouve dévié de sa direction
primitive et, en général, l'astronome aperçoit les astres dans une direction
toute différente de celle qu'ils occupent sur la voûte céleste. La loi sui-
A'ant laquelle a lieu cette déviation des rayons lumineux ne peut être
établie qu'en partant de certaines hypothèses. On suppose la Terre en-
tourée d'une série de couches concentriques très minces ayant chacune,
dans toute son étendue, la même densité, et l'on admet en outre que la
tempéi'ature aussi bien que la densité décroissent suivant certaines lois dé-
pendant de la distance de ces couches au centre du globe. On arrive ainsi
à déduire une formule très simple permettant de calculer la réfraction
pour une hauteur quelconque de l'astre ; mais, la base sur laquelle repose
la théorie de la réfraction étant en partie arbitraire, les conséquences qui
en découlent ne sont vraies qu'entre certaines limites, et pour les régions
basses de l'horizon il devient dès lors impossible d'établir a priori des
hypothèses permettant de représenter théoriquement, en fonction de la
hauteur, la variation de la réfraction.
» Les lois suivant lesquelles agit la réfraction ont une importance fonda-
mentale pour l'Astronomie. Pour connaître la véritable situation des astres
dans l'espace, ainsi que leur position relative, il faut d'abord affranchir
chaque observation des erreurs de réfraction.
)) L'étude de l'effet produit par la réfrangibilité des rayons lumineux
dans l'atmosphère a toujours été, depuis des siècles, l'objet de recherches
multiples; mais, dans la jiratique, la détermination des éléments de la
réfraction offre les difficultés les plus considérables; la méthode la plus
précise, utilisée jusqu'à présent par les astronomes, consiste à observer,
au moyen des instruments méridiens, des couples d'étoiles lors de leur
passage au méridien, quand les deux étoiles passent près du zénith et
douze heures plus lard, au moment de leur culmination inférieure. Près du
zénith, la réfraction est très faible; au passage inférieur, près de l'ho-
( 7 ' )
rizon, elle est au coniraire très notable. La comparaison de ces quatre ob-
servations fait connaître des variations de la réfraction pour des hauteurs
dilïérentes; on en déduit ensuite les éléments de la réfraction, et principa-
lement ce qu'on appelle la constante de la réfraction, c'est-à-dire l'effet de
la réfraction sur un astre lorsqu'il se trouve à une hauteur de 45° au-
dessus de l'horizon. Pour parvenir, par cette méthode, à la connaissance
de cet élément fondamental de réduction, il faut, en employant le procédé
ordinaire, déterminer simultanément la déclinaison absolue des étoiles uti-
lisées, ainsi que la latitude absolue.
» On reconnaît immédiatement la difficulté inextricable de cette mé-
thode, car on se trouve en présence de déterminations absolues, d'une
recherche où toutes les erreurs possibles, qui peuvent affecter une obser-
vation, sont à redouter. Il faul, dans ce cas, évaluer la flexion, les erreurs
de division, les tours de vis, la variation de toutes les erreurs instrumentales
dans l'intervalle de douze heures, etc.; d'un autre côté, au point de vue
pratique, les étoiles observables deux fois dans la même journée, à un in-
tervalle de douze heures, sont très rares. La faiblesse de leur éclat em-
pêche de les voir au moment de leur passage de jour au méridien. Pour
vaincre toutes ces difficultés, on accvunule, en employant ce procédé pen-
dant une dizaine d'années, les observations faites au passage inférieur et
supérieur, et, de leur ensemble, on déduit à la fois toutes les inconnues
qui interviennent, c'est-à-dire les déclinaisons, la latitude, la réfraction, etc.
La discussion d'un résultat aussi complexe ne permet pas d'arriver à
des conclusions sûres et laisse planer de l'incertitude sur tout l'ensemble
des éléments ainsi conclus ; chaque observateur, pour mieux faire concorder
ses observations, trouve une correction un peu différente pour la con-
stante de la réfraction. Il devient en outre impossible, en employant cet
ancien procédé, de se livrer aux recherches complémentaires les plus inté-
ressantes et les plus nécessaires pour arriver à connaître la véritable loi de
la réfraction. Il faudrait savoir si la constante de la réfraction est vraiment
une constante, si la valeur de cet élément est la même dans les diverses
saisons de l'année, si cette quantité ne se modifie pas pour les divers points
du globe et même pour les diverses régions de l'horizon.
» La méthode nouvelle que j'ai imaginée permet d'éviter toutes les dif-
ficultés, tous les inconvénients que j'ai indiqués plus haut, et dans le cou-
rant de quelques soirées seulement ou pourrait obtenir une précision à
laquelle il est impossible d'arriver par la méthode ordinaire, même après
plusieurs années d'étude.
( ;(' )
» La méthode nouvelle est directe, c'est-à-dire qu'on n'est pas obligé de
rechercher simultanément la valeur d'aucune autre quantité; elle est indé-
pendante de toute erreur instrumentale et repose uniquement sur des me-
sures différentielles, c'est-à-dire sur des opérations qui seules permettent
d'atteindre une haute précision. Enfin, dernier avantage, on peut facile-
ment se livrer aux recherches complémentaires indiquées plus haut.
» Yoici le principe de la nouvelle méthode. Supposons deux surfaces
argentées, placées devant l'objectif d'une lunette quelconque; on pourrait
alors observer dans le plan focal les images de deux astres appartenant à
deux régions tout à fait différentes du ciel; en plaçant convenablement les
deux miroirs, on peut, par exemple, observer simultanément deux étoiles,
dont l'une est an zénith et l'autre à l'horizon.
» La distance angulaire sous laquelle paraissent ces deux astres, séparés
dans l'espace de 90", est donc très faible; mais elle est néanmoins affectée
de l'effet maximum de la réfraction, puisque nous supposons l'une des
deux étoiles à l'horizon même. Admettons ensuite qu'après un intervalle
de trois ou quatre heures nous effectuions une nouvelle observation, à
l'époque même où les deux astres se trouvent à une égale hauteur au-
dessus de l'horizon, c'est-à-dire au moment où la réfraction n'exerce que
l'influence la plus faible sur la distance observée ; on obtiendra alors, par
la comparaison des deux observations, une Aariation considérable de ré-
fraction, mesurée uniquement avec le micromètre d'observation, et l'on
peut ensuite en déduire les éléments de la réfraction.
» Mais, si l'on fait réfléchir, à l'aide des deux miroirs, l'image des deux
astres dans une lunette, dans un équatorial par exemple, il peut arriver,
lorsque l'on passera, après trois ou quatre heures, d'une position de l'in-
strument à l'autre, que la situation des deux miroirs se trouvera modifiée;
chacun des deux miroirs peut prendre, en effet, trois mouvements rota-
toires différents. La variation de la réfraction se trouverait ainsi affectée
d'erreurs notables provenant du déplacement propre des deux miroirs. Il
faut donc, pour rendre la recherche rigoureuse, qu'aucun mouvement
des miroirs ne puisse affecter les résultats d'une inexactitude sensible.
)) Pour atteindre ce but, on peut d'abord lier d'une manière iuA ariable
les deux miroirs; l'appareil destiné à la mesure des réfractions se com-
posera donc, en réalité, de deux surfaces réfléchissantes appartenant à un
même bloc de verre. Grâce à ces dispositions, on évitera déjà le mouve-
ment relatif entre les deux surfaces réfléchissantes ; toutefois, si l'on in-
stalle d'une manière quelconque ce prisme à deux surfaces réfléchissantes
( 77 )
devant l'objectif d'un équatorial, les mouvements rotatoires des deux mi-
roirs, malgré leur liaison invariable, peuvent encore provoquer certains
déplacements entre les deux images.
» Pour rendre la recherche absolument indépendante de tout déplace-
ment possible de l'ensemble de l'appareil, j'ai imaginé un mode d'installa-
tion tout particulier; en voici le principe :
» Il faut d'abord placer le double miroir devant l'objectif, de telle manière
que les plans réfléchissants des deux astres coïncident; les rayons incidents
et les rayons réfléchis des deux étoiles se trouveront ainsi compris dans un
même plan. Il est, en outre, très avantageux, bien que cela ne soit pas ab-
Fig. I.
solument nécessaire, d'établir les deux miroirs symétriquement par rapport
à l'axe optique de l'équatorial. Ayant reinpli approximativement ces deux
conditions faciles à réaliser dans la pratique, on aura atteint le but pour-
suivi. Je démontrerai, en effet, dans une Communication ultérieure, que,
quels que soient les petits déplacements propres du double miroir, la dis-
tance dans le champ de la lunette, mesurée dans le plan de réflexion, reste
invariable. Si l'on observe les deux étoiles et leurs images à un moment où
elles ne se trouvent pas dans le même plan commun de réflexion, c'est
alors la projection de la distance mesurée sur la trace produite dans le
champ par le plan de réflexion qui est invariable. On se rendra facilement
compte par lay?^. i du mode d'installation de l'appareil.
» Le jilan du dessin représentera le plan de réflexion commun, mm! et
( 7« )
mm" les traces des deux miroirs, ff l'axe optique do l'équatorinl, oo' l'ob-
jectif, a l'angle du prisme, r, p les deux rayons incidents, r' et p' les images
réfléchies, RR' la trace du plan de réflexion produit dans le champ de la
lunette, r'r" et p'p" la direction des deux mouvements diurnes. Alors, quels
que soient les petits mouvements rotatoires de mm! m", la distance r'p'
reste invariable, les deux images se transportent dans le champ, leur dis-
tance absolue augmente ou diminue, mais la projection mesurée dans la
direction RR' reste toujours la même.
» Il est nécessaire encore d'examiner si les mouvements diurnes qui ont
des directions et des vitesses tout à fait différentes ne peuvent pas intro-
duire une inexactitude sensible dans la recherche. En calant, par exemple,
la lunette, on constatera facilement que les deux images se dirigeront avec
des vitesses inégales dans des directions différentes. La distance, qui était
au début égale à r'p', se trouve essentiellement modifiée et deviendra en-
suite r"f.
» En tenant compte de cet état de choses, il semblerait donc, au pre-
mier abord, nécessaire, pour rendre la recherche rigoureuse, de maintenir,
au moven d'un mécanisme d'horlogerie, les deux images dans le plan de
réflexion et de n'effectuer la mesure que si cette condition préalable se
trouvait rigoureusement remplie; mais, en réalité, cette précaution est
absolument superflue; je démontrerai, en effet, que, quelle que soit la va-
riation de la distance elle-même, produite par le mouvement diurne, la
projection r" p'" sur la trace du plan de réflexion reste également invariable.
» La seule condition à remplir est donc de déterminer préalablement la
direction de la trace et de mesurer la projection de la distance sur le plan
de réflexion. Voici maintenant l'exposé de la méthode d'observation :
» On peut , au moyen des deux miroirs mm.', m! m", formant, par exemple,
un angle a d'environ 45°, observer simultanément deux astres, dont l'un
se trouve à l'horizon, et l'autre au zénith.
)) Dans ce but, on dirige la lunette vers un point de la sphère céleste,
dont les coordonnées sont égales à la moyenne des coordonnées des deux
étoiles données. En tournant ensuite le double miroir autour de l'axe
optique, on fait coïncider approximativement, mais aussi exactement que
possible, le plan de réflexion avec le grand cercle renfermant les deux
astres. Les deux étoiles, qui se trouvent sur la sphère céleste distantes de
go", ne sont vues dans le champ que sous le faible angle r'p'= fi de quel-
ques minutes, dont la projection sur la trace du plan de réflexion est
p COSÎ.
( 79)
» Dans ces conditions, la valeur angulaire de |î cosi se trouvera unique-
ment affectée de la réfraction horizontale ; mais, c[uelques heures après, les
hauteurs des deux étoiles ayant considérablement varié en raison du mou-
vement diurne, la distance ^ cosi ne sera plus la même, par suite de l'effet
de la réfraction qui aura subi une variation notable. La différence, ainsi
constatée entre les deux observations conjuguées, est indépendante de
toute cause d'erreurs systématiques : en effet, quels que soient les petits
déplacements tki prisme mm' m" par rapport à l'axe opticpic pendant la
rotation de l'instrument, l'angle ficosi en est indépendant. Il est également
indépendant, comme cela est facile à reconnaître, de toutes les variations
provenant des erreurs instrumentales. En effectuant les deux détermina-
tions selon la règle que nous allons faire connaître plus loin, on peut ob-
tenir, dans un court espace de temps, une variation considérable de la
réfraction de dix à vingt minutes, et l'on peut déduire de cette variation
la constante de la réfraction avec une précision, une facilité que ne com-
porte aucune méthode connue jusqu'ici.
» La théorie montre qu'on atteint le maximum de précision en choisis-
sant l'angle du prisme égal à 3o° et en observant à Paris deux étoiles diffé-
rant en ascension droite de 74° '5' et dont les déclinaisons sont respective-
ment 25° 46' et 6o"24'; cependant, au point de vue pratique, il vaut mieux,
pour deux raisons d'un autre ordre que j'indiquerai dans une nouvelle
Communication, adopter 45" pour l'angle du prisme. A la latitude de
I>aris, on aura alors la plus haute précision, si l'on observe deux étoiles
ayant une différence en ^ = 112° 1' et dont l'une a la déclinaison de 1 8" i o'
et l'autre une déclinaison égale à la valeur de la latitude.
» Pour effectuer cette étude, il faut donc connaître la position qu'oc-
cupe dans le champ la trace du plan de réflexion ; on peut trouver la direc-
tion de cette ligne avec facilité et exactitude ; en effet, en tournant le double
miroir mm' m'" autour de l'axe optique de la lunette, l'image de chaque
étoile se déplacera perpendiculairement à la trace de sou plan de ré-
flexion; lorsque les deux images décriront des lignes parallèles, les deux
plans de réflexion coïncideront alors, et la situation de la trace sera facile-
ment fixée à l'aide des lectures effectuées au moyen de micromètres de
position.
)) Connaissant ainsi la direction de cette trace dans le champ, on peut
réduire i à o, c'est-à-dire, au moyen de petits mouvements rectificatifs du
prisme, orienter les deux. images de telle sorte que la ligne qui les joint
coïncide avec la trace du plan de réflexion. D'ailleurs on choisira toujours
( «o )
pour cette recherche des couples de belles étoiles, dont les positions sont
connues par les Catalogues à quelques secondes près. Je publierai un sys-
tème de formules permettant de calculer d'avance les deux angles que fait
la trace du plan de réflexion avec les deux directions du mouvement
diurne. On voit ainsi que l'on peut de plusieurs façons arriver avec
toute la précision voulue à connaître la direction de cette ligne, à quel-
ques minutes d'arc près.
» La simplicité de cette méthode et sa facilité pratique permettent de
résoudre complètement tous les problèmes qui s'y rattachent. On peut
dans chaque saison de l'année obtenir un nombre d'observations suffi-
sant pour en déduire la constante de la réfraction; la comparaison de
ces diA erses valeurs permettra alors de décider si cet élément est vérita-
blement invariable ou si une inégalité périodique se produit dans les di-
verses saisons de l'année. On peut encore tirer cette donnée des mesures
uniquement effectuées entre le zénith et l'horizon nord ou des observa-
tions exéutées entre le zénith et l'horizon sud. »
ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Note siir la constuution des taches solaires et sur la
Photographie envisagée comme instrument de décomertes en Astronomie;
par M. J. Jaxssex.
« J'ai l'honneur de présenter à l'Académie une image photographique
de la grande tache qui était visible sur le Soleil le 21 juin i885.
» Cette tache, qui mesure près de 2' pour le novau principal, est une
des plus grandes qui aient été observées ; mais, pour nous, le principal in-
térêt de cette photographie réside dans un fait de structure qu'elle révèle
avec une très grande netteté.
» On sait que la région lumineuse qui entoure la pénombre des taches
apparaît, dans les lunettes, comme un amas de matière plus brillante. Or
la photographie que nous mettons sous les yeux de l'Académie donne
une j)rccieuse analyse du phénomène et montre que ces amas n'ont pas
une constitution différente de celle de la photosphère en général et qu'ils
sont formés, comme celle-ci, par des éléments granulaires dont la sphère
paraît être la forme normale. L'augmentation si sensible d'éclat que pré-
sentent ces placpies qui entourent les pénombres, la photographie l'explique
en montrant que, dans ces régions, les éléments granulaires sont plus serrés,
possèdent plus d'éclat et que le fond lui-nièrac est i)ius lumineux;.
(«I )
» I.à ne s'arrêtent pas les indications de notre image photographique.
On voit, en effet, que les stries des pénombres sont constituées elles-
mêmes par une granulation disposée en chapelets. Mais, tandis que sur
les bords de la pénombre la granulation est très brillante et très serrée,
dans la pénombre même cette granulation est moins lumineuse, plus rare,
laissant des vides obscurs entre les files de grains. On remarque que les
grains deviennent moins lumineux et moins gros, en général, vers le
noyau où ils paraissent se dissoudre.
» La tache en question présente deux ponts très remarquables et un
amas isolé et très brillant de matière qui les réunit. Or la photographie
nous montre que cet amas et les ponts qui s'y rattachent sont formés d élé-
ments granulaires semblables à tout le reste.
» Nous possédons déjà plusieurs photographies, dans les dernières ob-
tenues et les plus parfaites, qui révèlent des faits semblables touchant les
stries, les pénombres et leurs bords. Il est doue infiniment probable que
ces faits ont un grand caractère de généralité. Cependant je ne voudrais
rien affirmer à cet égard a\;int que des observations plus nombreuses
soient venues en donner la démonstration.
» Le Soleil a été étudié depuis si longtemps et par des observateurs si
habiles qu'on a dû sans doute entrevoir ces faits quand des circonstances
atmosphériques très favorables s'y prêtaient, mais la Photographie seule
pouvait les révéler avec certitude.
)) Il est très important de savoir que la matière lumineuse qui forme
la surface solaire a partout la même constitution. Il y aura, relativement
à la Mécanique solaire, des conséquences à tirei- de ces faits, mais pour le
moment je désire seulement attirer l'attention de l'Académie sur le fait
photographique, très important à mes yeux, qui nous révèle ces phéno-
mènes.
» Il faut bien remarquer, en effet, que l'image fivée sur la plaque photo-
graphique a été formée avec des rayons violets de la région G. Ces rayons
impressionnent faiblement la rétine. Dans les lunettes astronomiques qui
sont achromatisées pour des rayons beaucoup moins réfrangibles, l'image
des rayons violets est non seulement très peu visible, mais encore elle
n'aurait aucune netteté. On voit donc que limage photographique des
phénomènes dont nous venons de parler serait d'une vision à peu près
impossible dans les lunettes, et, quant aux détails délicats de structure qui
font tout l'intérêt de ces phénomènes, ils seraient absolument invisibles.
» C'est là un fait de la plus haute importance, puisqu'il montre que des
C. H., iSS6, 1" Semestre. (T. Cil, N" 2.) ' ^
( B2 )
objets célestes qui, à raison de la nature de leur radiation très réfrangible,
échapperaient à notre in^ estigation par les lunettes, peuvent être révélés
par la photographie.
» Nos photographies solaires nous offrent des exemples nombreux du
fait que j'avance ici, et c'est même par elles cpie mon attention a été
d'abord attirée sur ce point, mais j'ai eu ensuite l'occasion de le vérifier
avec les photographies d'étoiles. Ainsi, par exemple, en i88i et 1882, une
photographie de la constellation d'Orion notamment m'a montré que des
étoiles, à peine visibles dans mou télescope de o", 5o d'ouverture, venaient
très accusées sur la plaque photographique.
» C'est que le ravonnement de ces étoiles était beaucoup plus riche en
rayons photographiques qu'en ravons oculaires.
» Dans une Note présentée à l'Académie le 3i décembre 1877, dans la
Notice insérée dans V Annuaire du Bureau des Longitudes pour l'année 1879,
et dans le Discours d'ouverture du Congrès de l'Association française pour
l'avancement des Sciences tenu à la Rochelle en 1882, je disais que la
Photographie n'offrait pas seulement, comme on le croyait généralement,
le moyen de fixer les images lumineuses, mais qu'elle constituait une mé-
thode de découvertes dans les Sciences, et spécialement en Astronomie.
J'ajoutais cpie la couche sensible de la plaque photographique, en raison
de cette admirable propriété de nous donner la fixation des images, de les
former avec un ensemble de rayons beaucoup plus étendu que ceux qui
affectent notre rétine, et enfin de permettre l'accumulation des actions
radiantes pendant un temps, pour ainsi dire, illimité; que cette couche
sensible, disais-je, devait être considérée comme la véritable rétine du
savant.
» Je termine donc en exprimant le vœu que cette belle méthode photo-
graphique soit pratiquée de plus en plus par ceux qui se a ouent aux pro-
grès de l'Astronomie physique; il y a là une si grande moisson à faire que
nous n'aurons jamais trop d'ouvriers. Cette carrière leur promet de beaux
travauv et d'importantes découvertes ('). »
(') l.e l)eaii résultat que MM. Henry viennent trobtenir en constatant par la Plioto-
graphic l'exislence dune nébuleuse dans les l^léiades prouve re\actitude de ces idées,
idées (jue j'émettais déjà en 1877.
( S3 )
PHYSIQUE DU GLOBE. — Perturbation magnétique du 9 janvier 1886.
Note de M. Mascaut.
« Une perturbation magnétique de grandeur exceptionnelle s'est pro-
duite le 9 janvier 1886. D'après les renseignements cpieM. Moureaux a re-
levés sur les courbes données par l'enregistreur magnétique de l'observa-
toire du parc Saint-Maur, l'agitation a commencé à S"" i 5'" du matin; les
mouA'ements des aimants étaient précipités, mais faibles, et la première
oscillation importante a eu lieu de 9'' à io'>3o™. De ii*";! midi et de i"" à
a**, les boussoles ont été encore très troublées, mais avec des oscillations
de faible amplitude.
» A partir de 4''45'", la composante horizontale a commencé à diminuer
rapidement, tandis que la composante verticale augmentait; le mouvement
de baisse de la déclinaison s'est accentué seulement à S'^So™. Le point
extrême de cette oscillation a eu lieu à 7*" iS"*; dans l'intervalle, la déclinai-
son avait diminué de 38', et la composante horizontale de —^ de sa valeur;
la composante verticale avait augmenté de ^,-. Un mouvement en sens
inverse s'est ensuite prodiu't, puis les barreaux ont eu une seconde oscil-
lation, d'amplitude plus grande encore que la précédente, entre 8''i5'"
et 9».
M Les écarts extrêmes des éléments magnétiques pendant la perturba-
tion ont été :
Déclinaison 53', de 5''5o'" à Si-SS'" du soir;
Composante horizontale ^, de 7'' i5™ à 8''4o™ tlu soir ;
Composante verticale ^Vâ^ '^^ 7'' i^'^ à 8''40™ du soir.
» Il est à remarquer que, pendant la première des deux oscillations
principales, les variations de la déclinaison et de la composante horizon-
tale étaient de même sens, tandis qu'elles étaient de sens contraire dans
la seconde.
» Les courbes obtenues par M. le D'' Fines à l'observatoire de Perpignan
donnent les mêmes résultats et exactement aux mêmes heures, du moins
autant qu'on peut l'estimer par les enregistreurs. Pour la composante ho-
rizontale, en particulier, les courbes des deux instruments de Perpignan
et de Saint-Maur sont presque superposables dans tous leurs détails.
)) Ces grandes perturbations magnétiques semblent donc se produire en
( «4 )
même temps sur toute la surface du globe, comme on l'a constaté déjà plu-
sieurs fois et comme je l'ai fait remarquer aussi pour la perturbation du
17 novembre 1882, qui a été observée par la Mission du capHorn. Il paraît
important d'introduire dans les enregistreurs des moyens de constater le
temps avec une plus grande exactitude, pour déterminer avec quel degré
d'approximation les phénomènes observés en différents points de la surface
du globe peu^ eut être considérés comme simultanés. »
THERMOCHIMIE. — États multiples du sulfure d'antimoine;
par M. lÎEîiTiiELOT.
« On sait que le sulfure d'antimoine existe sous deux états distincts :
celui de sulfure noir, cristallisé, tel cpi'il se rencontre dans la nature;
et celui de sulfure orangé, hvdraté, tel qu'on l'obtient par précipitation;
ce dernier se transforme, d'ailleurs, dans le premier sous l'influence
de diverses conditions. J'ai cherché à mesurer la chaleur de transfor-
mation de l'un de ces sulfures dans l'autre. A cet effet, je traite le sulfure
noir cristallisé, très finement pulvérisé, par le sulfure de sodium dans le
calorimètre. Il se dissout à froid assez rapidement pour donner lieu à des
mesures précises. Au bout d'un quart d'heure, on arrête l'expérience. La
dissolution n'est pas complète; mais on peut recueillir par décantation,
puis peser le sulfure non attaqué ; dans mes essais, la dose dissoute a varié
de 67 à 79 centièmes.
» La chaleur dégagée, soit pour SbS' + 6NaS(i"i = 2''') : -F- lo'^^^G,
concorde avec -I- 1 1^"', 2 trouvé plus haut indirectement, dans les limites
d'erreur dues aux dilutions et conditions diverses des expériences. La
chaleur de transformation du sulfure noir dans le sulfure orangé est
donc très petite. On peut démontrer ce fait d'une façon plus rigoureuse
encore, en opérant la transformation dans le calorimètre même; il
suffit pour cela de traiter le sulfure noir par le sulfure de sodium, de
façon à en dissoudre la majeure partie; puis, dans le même calorimètre, et
sans séparer la portion non dissoute, on ajoute une dose d'acide chlorhy-
drique étendu, strictement équivalente au sulfure alcalin : ce qui repréci-
pite le sulfure à l'état orangé. La chaleur de transformation du sulfure
noir en sulfure orangé est exprimée par l'écart entre la chaleur de la
réaction directe de l'acide chlorhydrique sur le sulfure de sodium et la
somme des deux chaleurs dégagées successiveuient par le sulfure de
( «"i )
sodium, agissant sur le sulfure noir, et par l'acide chlorhydrique, décom-
posant le sulfantimonite et reprécipitant le sulfure orangé.
» Or la réaction directe de l'acide chlorhydrique étendu sur le sulfure
de sodium dissous dégage : +9^*', 85.
» J'ai trouvé dans trois expériences, faites en dissolvant préalablement
le sulfure noir (88'',4oo) dans le sulfure de sodium, puis en l'eprécipitant
le sulfure orangé par l'acide :
I" 67 centièmes dissous -h 9,82
2" 74 centièmes +9,83
3» 79 centièmes -f- 9,98
Moyenne + 9<'<',86
M 11 résulte de ces expériences directes que la transformation du sul-
fure noir dans le sidfure orangé ne donne lieu qu'à des effets thermiques
nuls ou très petits. La chaleur de formation du sulfure cristallisé peut donc
être représentée par le même nombre, soit
Sb + S' -^r: SbS''(noir ou orangé) + i7^'^',o
» Cela fait pour i équivalent (tG^^') de .soufre combiné : + 5^"', 7. D'après
cette chaleur de sulfuration, l'antimoine vient se placer au voisinage du
cuivre, du nickel, du plomb, du mercure, métaux dont la chaleur de sul-
furation est très petite et Aoisine de 4- 9 à +10^^"', pour la plupart, ou
même égale à -f-5''"',7 pour le sulfure cuivrique. Elle se rapporte au
soufre solide : pour le soidVe gazeux, il faut ajouter +1,2.
» On remarquera que ces sulfures à faible chaleur de formation conser-
vent jusqu'à un certain point l'éclat et divers caractères des métaux dont
ils dérivent, les propriétés des corps changeant peu quand la chaleur dé-
gagée est faible. On remarquera encore l'écart considérable qui existe
entre la chaleur de formation du sulfure d'antimoine et celles du chlorure
(-+- 3o,5 X 3) et de l'oxyde (+ 27,9 x 3).
» Un écart du même ordre existe pour les divers métaux signalés plus
haut. Il rend compte delà transformation facile des sulfures métalliques en
oxvdes par le grillage. En effet, d'après les nombres
Sb + S^'= )- 17,0; Sb -r O' = -h 83,7,
on voit tout d'abord que l'oxygène doit déplacer le soufre, en dégageant
+ 83,7- 17,0 = -f-66c«',7.
» Mais la chaleur dégagée en fait est bien plus considérable, à cause de
(86)
la siiroxydation des produits : l'oxyde d'antimoine, à la température de
l'expérience, se changeant en partie en acide antinionieux SbO', avec un
dégagement complémentaire de + 28*""', et le soufre, d'autre part, devenant
en partie de l'acide sulfureux, en dégageant + 69^^', a x 3 = + 207*^*', 6.
Ce concours d'énergies complémentaires rend la transformation chimique
plus facile. Il explique la possibilité de réduire partiellement certains sul-
fures à l'état métallique par simple grillage. La réduction ultérieure des
oxydes par le charbon, en présence des fondants alcalins, et la préparation
des régules ne sont pas moins faciles à expliquer par la Thermochimie.
)) Enfin ces nombres rendent compte des actions réciproques et des
équilibres entre les acides sulfhydrique et chlorhydrique, opposés à l'oxyde
d'antimoine ; mais ceci demande des développements nouveaux. »
THERMOCHIMIE. — Sur les actions réciproques et les équilibres entre les
acides chlorhydrique, sulfhydrique et les sels d'antimoine; par M. Ber-
TIIELOT.
« 1. Parmi les actions inverses et réciproques, l'une des plus intéres-
santes est celle qui s'exerce entre le chlorure d'antimoine et l'acide sulfliy-
drique, d'une part, et, d'autre part, entre le sulfure d'antimoine et l'acide
chlorhydrique : cette action réciproque est une conséquence nécessaire des
principes de la Thermochimie. En effet, en l'absence de l'eau, la formation
du premier système l'emporte sur la seconde de -h i5'^'',3 :
Sb -h CA^= SbCP cristallisé -4-91,4) 0%
3(H + S) = 3HS gaz -\- 6,9 | "^ ^ '
Sb+S'=SbS' -H J7,o
3(H4-GI)=3HC1 gaz +66,0
83, o
» Le second système doit donc se changer et se change en effet dans le
premier, le sulfure d'antimoine étant transformé en chlorure et gaz sulfliv-
drique par l'acide chlorhydrique anhydre.
» Au contraire, en présence de l'eau en grand excès, c'est le second
système qui l'emporte de 4- So^"',! :
Sb4-CP=SbCl' crisi -h 91,4
3(11 + S)=3HS dissous -+- i3,8
Sb + S' = SbS' -+- 17,0
3(H+C1) = 3HC1 dissous +118, 3
Cal
io5,2
i35,3
( «7 )
» Aussi le clilorure d'antimoine, en présence de l'acide sulfhydrique et
de l'eau, est-il changé en sulfure et acide chlorhydrique étendu. Si les ac-
tions se renversent en présence de l'eau, c'est surtout parce que l'eau se
combine à l'acide chlorhydrique, la chaleur de formation de l'hydrate
concourant aux phénomènes. Toute cette théorie est incontestable.
» 2. Entre les deux états extrêmes qui répondent aux réactions con-
traires, il existe nécessairement une limite d'équilibre, répondant à une
quantité d'eau intermédiaire. Cette limite doit être principalement définie,
d'après la théorie, par la proportion de l'eau en présence de laquelle
l'acide chlorhyilrique anhydre cesse d'exister : proportion facde à déter-
miner par des expériences directes, car il subit de chercher au-dessous de
quelle proportion d'eau l'hydracide manifeste une tension sensible, sus-
ceptible de permettre son entraînement par un courant de gaz inerte. Or,
vers I 2", l'hydracide possède une tension notable jusque > ers les rapports
suiA'ants : II Cl -1-6,5 IFO-; et sa tension de^ient inappréciable au-dessous
de 8 à qlI'O* (Essai de Mécanique chimique, t. II, p. i49)- Ces limites sont
modifiées par la présence du chlorure d'antimoine, à cause de la formation
du chlorhydrate; mais la modification est faible, tant que le sel d'antimoine
n'est pas trop abondant. Telle est donc la limite fixée par la théorie.
» Comparons cette limite avec la proportion d'eau nécessaire pour
commencer la précipitation du sel d'antimoine, dissous dans l'acide chlor-
hydric[ue, par une quantité d'acide sulfhydrique très petite (afin d'éviter
l'intervention du sulfhydrate). Soit une liqueur telle que
IICl-^ 3,7311-0*+ o,o383SbCP.
renfermant 0,001 53I1S à i3°,3. On ajoute de l'eau à cette liqueur, goutte
à goutte et en agitant, jusqu'au moment où le précipité orangé de sulfure
devient permanent : ce qui arrive pour les rapports IICl + 6,4 H-0^.
Cependant il subsiste dans la liqueur de l'acide sulfhydrique libre en dose
sensible, jusqu'à ce que l'eau ajoutée atteigne le rapport HCl + 7,7 II-0^
)) Or ces limites sont précisément les limites prévues d'après la tension
de dissociation de l'acide chlorhydrique anhydre; c'est une confirmation
frappante de la théorie.
» 3. Si l'on opère à une température plus haute, la tension de l'acide
chlorhydrique anhydre dans ses hydrates étant accrue, l'attaque du sulfure
d'antimoine doit avoir lieu et a lieu en effet en présence d'une dose d'eau
croissante. Ceci est confirmé par les expériences récentes de M. Lang. A
la limite d'ailleurs intervient une réaction d'un autre ordre, à peu près
( H» )
insensible à froid, mais qui le devient à ioo° et surtout à une température
plus haute, je veux dire la décomposition partielle du sulfure d'anti-
moine par la vapeur d'eau seule, observée autrefois par Regnault : laquelle
résulte de la formation constatée d'un oxvsulfure, dont la chaleur de com-
binaison complémentaire comble l'intervalle thermique entre l'oxyde et le
sulfure. La théorie rend donc compte aussi de ces faits; mais ce n'est
pas le moment d'insister sur cet ordre spécial de réactions.
>) 4. L'action inverse de l'acide chlorhydrique plus ou moins étendu
sur le sulfure d'antimoine est notable, tant que la proportion d'eau est
moindre que 6 à 6,5 H-0-; cette action s'affaiblit jusqu'à devenir presque
nulle lorsque la proportion d'eau dépasse 8 à g H-0-, conformément à mes
anciennes expériences et aux limites précisées davantage depuis par M. Lang.
Mais ces limites sont influencées dans une certaine mesure, par la forma-
tion d'un chlorosulfure, Sb^S'Cl ou plutôt SbCl' + 5SbS% déterminée en
]>résence d'un excès de sulfure, laquelle dégage + 34^"' : chaleur complé-
mentaire susceptible de renverser la réaction, au moins jusqu'au degré
qui répond à la dissociation de ce composé secondaire, ou à sa décompo-
sition par l'eau. Malgré cette circonstance perturbatrice, la formation de
l'hydrate chlorhydrique conser^e une influence prépondérante.
» 5. Examinons maintenant l'influence des proportions relatives de
l'acide sulfhydriqr.e : la théorie indique qu'elle doit être réglée par l'inter-
vention du sulfhydrate de sulfure, composé incolore et soluble dont j'ai
signalé l'existence. Mais, ce composé étant presque entièrement dissocié,
son rôle doit se réduire à une action perturbatrice et secondaire. En
fait, si l'on ajoute à la solution chlorhydricpie, définie plus haut, de l'eau
saturée d'acide sulfhydrique, au lieu d'eau pure, la précipitation est un peu
reculée, jusque vers la limite H Cl -H 7,3 H" O", eu présence deo,oo333HS,
au lieu de 0,001 53 IIS, c'est-à-dire la dose d'acide sulfhydrique étant
doublée. La tension de ce corps intervient donc, de façon à augmenter la
dose du sulfhydrate.
» 6. La formation du dernier composé tend également à être accrue,
si l'on introduit, dans la liqueur limite, ne renfermant plus d'acide sulfhy-
drique, du sulfure d'antimoine (orangé), lequel donn.e lieu en fait à une
nouvelle production d'acide sulfhydrique (dérivé du sulfhydrate dissocié).
» 7. Au contraire, si l'on fait croître fortement la dose du chlorure d'au-
timoiue, la formation du chlorhydrate diminue la tension de l'acide chlor-
hydrique libre et modifie, par suite, la limite à laquelle commence l'ac-
tion de l'acide sulfhsdrique.
(89 )
» 8. On voit par ces expériences cnmmenL la précipitation du sulfure
d'antimoine est surtout réglée par un phénomène fondamental : la for-
mation des hydrates chlorhydriques stables; on voit aussi comment la for-
mation des composés secondaires, sulfhydrates, chlorhydrates, chlorosul-
fures.etc, intervient d'une manière non moins nécessaire, mais seulement
à titre d'action perturbatrice, et jusqu'à des limites régléespar leur propre
dissociation.
» Il en est des origines de l'action chimique comme des origines de
l'électrolvse. Elle s'exerce, pour ainsi dire, toujours et en tous sens; mais
elle ne devient manifeste et ne produit ses effets ordinaires et normaux
qu'au delà de certaines limites. C'est dans ces conditions cpie la généralité
des réactions peut être représentée par des lois simples et régulières;
le principe du travail maximum exprime alors sans contestation possible
un noml>re immense de transformations. Mais, dans tous les phénomènes
physiques et mécaniques, les effets qui se passent aux limites mêmes sont
beaucoup plus compliqués que les autres, quoique régis d'ailleurs par les
mêmes lois.
» 9. En résumé, l'étude des sels d'antimoine met en évidence par de
nouvelles démonstrations les règles suiAantes, qui président aux équilibres
et actions réciproques :
» 1° Les actions inverses se produisent dans les cas où le signe de la
chaleur dégagée par la réaction de deux corps, tels que le sulfure d'anti-
moine et l'acide chlorhvdrique, est changée par la combinaison de l'un
d'eux avec un troisième corps, tel que l'eau formant des hydrates, ou même
avec l'un des produits de la réaction.
)) 2" I/action chimique ne se renverse pas brusquement, mais suivant
une certaine gradation de composés intermédiaires, tels que les hydrates,
sulfhvdrates, chlorhvdrates, oxvchlorures, chlorosulfures, etc.; composés
dont la chaleur de formation propre intervient dans les phénomènes et
tend à combler l'intervalle thermique des réactions principales.
)) 3° Ces composés secondaires n'existent pour la plupart que dans un
état de dissociation partielle, c'est-à-dire de tension de leurs composants.
» 4° Ce sont ces composés qui déterminent et règlent les équilibres
chimiques entre les corps antagonistes, selon les conditions de leur exis-
tence propre et de leur dissociation : c'est à ce moment qu'interviennent
les lois physico-chimiques de la dissociation, objet actuel des études de
tant de savants.
» Ainsi s'établit la distinction fondamentale entre les réactions dues à
C. R., i886, I" Semextre. (T. Cil, N° 2.) I^
( 9" )
l'énergie interne des systèmes, énergie dont la dissipation graduelle s'opère
conformément au principe du tra^ ail maximum, et les effets opposés dus
aux énergies étrangères, telle que l'énergie calorifique, laquelle s'exerce
surtout en produisant les changements d'état et la dissociation. Toute la
mécanique chimique s'explique par le concours des lois qui président à ces
deux ordres de phénomènes. »
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. — De l' hémi-anesthésie alterne comme
symptôme de certaines lésions du bulbe rachidien; ])ar M. Vulpia.v.
« Le fait clinique, dont j'ai résumé les principaux détads dans mes
Communications du 23 novembre i885 et du 28 décembre i885 (') et
dont j'ai fait ressortir la signification par rapport aux fonctions du nei-t
de Wrisberg, méritait encore l'attention au point de vue de l'influence
qu'exercent les lésions unilatérales du bulbe rachidien sur la sensibilité
et la motilité des membres, du tronc et de la face. Dans ce cas, une
tumeur développée dans la partie supérieure de la moitié droite du bulbe
rachidien avait produit une paralysie alterne du mouvement (moitié droite
de la face; moitié gauche du tronc et membres chi côté gauche); elle avait
produit, en même temps, une diminution de la sensibilité générale de
toute la moitié gauche du corps {\ compris la face et la membrane mu-
queuse de la bouche).
» J'ai eu l'occasion, dans un îles derniers jours du mois de décembre,
d'examiner l'encéphale d'une femme chez laquelle j'avais soupçonné aussi
l'existence d'une lésion de la protubérance annulaire ou du bulbe ra-
chidien.
» On avait constaté, pendant la vie, un très léger degré d'affaiblissement des membres
du côté droit. La malade pouvait se tenir debout, mais pendant un moment seulement
(■) VuLPiAN, Recherches sur les fondions du nerf de Wrisberg {Comptes rendus,
t. CI, p. 1087, et Note complémentaire, t. CI, p. i447)- Dans ma Communication du
23 novembre, l'opinion de Longel sur la sensibilité gustative du voile du palais n'est
pas reproduite d'une façon tout à fait exacte. Ce physiologiste n'a pas nié cette sensi-
bilité; après l'aNoir étudiée chez lui-même et chez d'autres personnes, il admet sans
restriction qu'elle existe pour les piliers du voile du palais et il ajoute que « tantôt la
sensibilité (gustative) a été nulle, comme chez lui-même, et tantôt elle a été assez
marquée, dans la partie moyenne (de ce voile). » {Traité de Physiologie, 3"" édition,
t. III, p. 496.)
(9' )
et d'une façon tout à fait chancelante, ce qui paraissait dû plutôt à un défaut d'éqni-
libre qu'à la faiblesse des membres inférieurs. 11 n'y avait pas de paralysie des muscles
de la face ni de ceux de la langue.
» La sensibilité cutanée présentait des modifications très nettes. Les impressions de
contact, de frôlement, de pincement, de chatouillement, portant sur la plante du pied,
étaient mieux senties du côté droit que du côté gauche. Il en était de même pour
toutes les impressions de ce genre subies par le tégument de la moitié droite du tronc
et par celui des membres du côté droit. D'autre pan, le contact d'un corps froid pro-
duisait, sur toute la moitié gauche du tronc et sur les membres du côté gauclie, une
sensation de chaleur, tandis que le froid était bien senti du côté droit. Il n'v avait pas
de retard dans la perception des impressions provenant du côté gauche du corps. Les
réflexes tendineux étaient affaiblis de ce côté.
» A la face, au contraire, le contact du doigt était senti plus nettement à gauche
qu'à droite et les corps froids donnaient lieu à une impression de froid, lorsqu'ils
toucliaient le côté gauche; à une imjwession de chaud, lorsqu'ils touchaient le côté
droit. Lorsque la malade mettait un verre froid en contact avec ses lèvres, pour boire,
elle éprouvait une sensation de chaleur, du côté droit de la bouche, et une sensation
de froid, du côté gauche. La sensibilité était normale (non exagérée) dans les membres
du côté droit et dans la moitié gauche de la face.
» Je ne parle pas de divers autres symptômes relevés chez cette malade et qui ont
trouvé leur explication dans les données de la nécroscopie : pour le moment je ne m'at-
tache qu'aux troubles de la sensibilité et du mouvement. On voit qu'on avait constaté,
chez celte malade, une légère parésie des membres du côté droit, une diminution delà
sensibilité cutanée, avec perversion de la sensibilité thermique, dans les membres du
côté gauche et les mêmes modifications de la sensibilité dans le côté droit de la face.
» Ces phénomènes morbides s'étaient manifestés assez brusquement dans la journée
du 8 décembre i885. L'intelligence n'avait pas été atteinte à un degré notable, et c'est
la malade qui avait signalé la sensation illusoire de chaud que produisait sur la moitié
droite de ses lèvres le contact d'un verre à boire. Au bout d'une douzaine de jours
l'état de\ int plus grave (troubles cardiaques et respiratoires, allnimiiiurie, œdème, etc.),
et la malade mourut le 9:5 décembre.
» A l'autopsie, j'ai trouvé, entre autres lésions, des concrétions iibrineuses d'an-
cienne date (kvsles (ibrineux à contenu puriforme) dans les deux ventricules du cœur,
des infarctus pulmonaires et une obturation de l'artère cérébelleuse inférieure et pos-
térieure du côté droit par une coagulation cruorique, paraissant dater, d'après ses
caractères, de quinze à vingt jours. Cette obstruction aitérielle avait eu pour con-
séquences un fover de ramollissement assez étendu, dans le lobe droit du cervelet et
un autre foyer de même nature dans la moitié droite du bulbe rachidien.
» Le ramollissement cérébelleux, siégeant dans le noyau lilanc du lobe intéressé,
expliquait l'affaiblissement de la coordination des mouvements musculaires nécessaires
à la station verticale et à la marche ( ce ramollissement rendait compte sans doute aussi
de la déviation conjuguée des yeux observée pendant plus d'une semaine).
» Le ramollissement du bulbe rachidien paraissait conternpoiain de celui du cervelet
et siégeait dans la région postérieure de la moitié droite de cette partie de l'encéphale,
c'est-à-dire en arrière de l'olive, dont il était séparé a une petite couche de tissu sain.
(90
Il commençait, en haut, à o"',oo5 ou o'",oo6 au-dessous du niveau du sillon de sépara-
tion entre le bulbe et la protubérance annulaire et s'étendait, par en bas, jusqu'à o'",oo3
environ au-dessus du niveau de l'extrémité inférieure de l'olive. Le corps restiforme
droit était ramolli jusqu'à une faible distance de sa surface. Par des séries de coupes
transversales du bulbe, on vovait que la limite supérieure de ce ramollissement n'at-
teignait pas tout à fait le niveau des barbes de plumes du calniniis scriptoriiis ; elle
était située, par conséquent, au-dessous du trajet intra-bulbaire du nerf facial. Ce ra-
mollissement correspondait très exactement à la partie du liuibe rachidien qui reçoit
ses artères de l'artère cérébelleuse inférieure et postérieure ('), et il avait certainement
détruit, en j)aitie, la racine descendante du nerf trijumeau droit.
M Ce fait se rapproche, dans une certaine mesure, de celui que
j'ai communiqué à l'Académie et que je rappelais an débat de cette Note.
Dans un cas comme dans l'autre, en ellet, on a constaté, sous l'influence
d'une lésion unilatérale du bulbe rachidien, une hémi-anesthésie incom-
plète dans la moitié du tronc et dans les membres du côté opposé. Mais,
dans le premier cas, l'hémi-anesthésie s'étendait à la moitié de la face de
ce même côté opposé : dans le cas actuel, la sensibilité cutanée était dimi-
nuée dans la moitié de la face du côté correspondant au côté lésé du bulbe
rachidien. Il y avait, en un mot, chez la malade dont il s'agit, une hémi-
anesthésie alterne (avec hémi-parésie thermique, pareillement alterne).
» Il est facile de se rendre compte de la différence topograpliique des
troubles de la sensibilité dans les deux faits. Dans le premier cas, la lé.sion
(tumeur de la moitié droite du bulbe rachidien) laissait intacte la racine
descendante du nerf trijumeau droit et elle comprimait probablement les
voies par lesquelles les impressions produites sur les extrémités périphé-
riques du nerf trijimieau gauche, une fois qu'elles ont passé de la luoitié
gauche du bulbe dans la moitié droite, sont conduites vers l'iiémisphére
cérébral droit pour y être perçues. Dans le second cas, le ramollissement
siégeant dans la moitié droite du bulbe rachidien avait atteint et désorga-
nisé plus ou moins complètement la racine descendante du nerf trijumeau
droit : d'oii l'anesthésie du côté droit de la face; mais cette lésion n'avait
produit aucune interception des impressions provenant du nerf trijuineau
gauche et passant dans la moitié droite de l'isthme de l'encéphale. Quant à
l'anesthésie plus ou moins marquée des téguments de la moitié gauche du
tronc et des membres du côté gauche, elle avait pour cause, dans l'un et
l'autre cas, l'obstacle opposé par la lésion bulbaire à la transiuission des
(') DuRET, Conclusions d'un Mémoire sur la circulation bulbaire {Archives de
Physiologie normale et palliologirjue, p. 88-8(); i8~3).
( 93 )
impressions qui portaient sur la surface cutanée du côté gauche et qui,
par suite des entrecroisements, étaient conduites au cerveau par la moitié
droite de la moelle épinière et du bulbe rachidicn.
)) D'autres différences existaient aussi entre les deux cas, sous le rapport
des troubles de la motilité. Chez le malade atteint de tumeur de la moitié
droite du bulbe rachidien, il y avait une compression exercée sur le nerf
facial droit et sur les faisceaux moteurs en relation, par suite des entrecroi-
sements de la moelle allongée, avec les noyaux d'origine intra-méduUaire
des nerfs moteurs du côté gauche du corps; il en était résulté une hémi-
plégie alterne (paralysie très prononcée de la moitié droite de la face; af-
faiblissement léger des membres du côté gauche) : dans le dernier cas
(ramollissement du faisceau restiformc et de la racine descendante du tri-
jumeau du côté droit), le nerf facial et les faisceaux entrecroisés du bulbe
rachidien étaient intacts et n'étaient pas comprimés; la lésion n'avait
produit qu'un faible degré de parésie directe (dans les membres du côté
droit).
» \1 hémi-unesthésie alterne doit exister toujours, à un degré jjIus ou moins
notable, lorsque la région postérieure d'une des moitiés du bulbe (y com-
pris la racine descendante du nerf trijumeau) se trouve atteinte dans une
assez grande profondeur. Il est facile, en produisant sur des animaux des
lésions du bulbe rachidien, de déterminer une liémi-anesthcsie alterne,
analogue à celle qui a été constatée dans le cas de ramollissement bulbaire
dont je viens de dire quelques mots. J'ai montré, en i853 ('), que la sec-
tion transversale d'une moitié du bulbe rachidien, au niveau ou à peu de
distance de l'angle postérieur du quatrième ventricule, produit un affaiblis-
sement considérable de la sensibilité de la moitié de la face du même côté. Ce
résultat a été constaté aussi par tous les physiologistes qui ont fait la même
expérience, par M. Schiff (-) entre autres et plus récemment par M. La-
borde ('). La section d'une moitié latérale du bulbe rachidien produit en
outre de la parésie et un certain degré il'anesthésie cutanée dans les membres
(') VuLPiAN, .Sm/' l'origine de plusieurs nerfs crâniens. Thèse inaugurale; Paris,
i853.
(-) J.-M. Schiff, Lelirbuch der Physiologie der Mcnschen. Muskel und Ner^'en-
physiologic ; Jalir iSoS-iSog, p. 3o5.
(■*) Laborde, Recherches expérimentales sur ijuelrjues points de la physiologie du
bulbe rachidien {Mémoires de la Société de Biologie; 1877, p. 81 et suiv.) Voir aussi
Comptes rendus de la Société de Biologie, nov. el déc. 187-.
( 9-1 )
du côté opposé, ainsi qu'une hvperesthésie cutanée plus ou moins marquée
dans les membres du côté de la lésion ( ' ). J'ai étudié de nouveau, dans ces
derniers temps, les effets de cette lésion de la moelle allongée sur des chiens,
des lapins, des cobayes.
» La section était pratiquée sur la moitié gauche du bulbe rachidien, au niveau ou
à deux, trois ou quatre millimètres en arrière du bec du calamus scriptoriits. Les ré-
sultats ont été constamment, comme symptômes habituels, ceux que je viens d'indi-
quer. La motilité et la sensibilité ont été toutefois plus ou moins affaiblies, suivant
l'étendue et la profondeur de la section et aussi suivant les animaux. La paralysie du
mouvement a été plus prononcée chez les chiens et les lapins que chez les cobaves. Les
chiens et les lapins ne pouvaient pas se tenir dans l'attitude normale; ils étaient cou-
chés ordinairement sur le côté gauche, et, lorsqu'on les excitait, ils montraient une
tendance constante à tourner en circuit de gauche à droite. Un lapin ainsi opéré rou-
lait sur le sol de droite à gauche, moins rapidement, il est vrai, quà la suite des lésions
du pédoncule cérébelleux moyen. La pupille de l'œil gauche était plus étroite que celle
de lœil droit et il y avait une déviation conjuguée des deux veux. Les mouvements respi-
ratoires des narines étaient plus forts du côté droit que du côté gauche.
>> Les cobayes peuvent encore marcher et courir lorsque l'hémisection n'est pas
complète, et il semble n'y avoir chez eux qu'une très légère hémiplégie du côté opposé à
la lésion ; ils tournent parfois un peu en cercle de gauche à droite. Lorsque l'hémisec-
tion est complète et a été pratiquée au niveau du bec du calamus scriptorius, les co-
bayes ne peuvent plus se tenir sur leurs pattes, bien que les membres du côté droit ne
soient pas entièrement paralysés; ils ont une grande tendance à rouler de droite à
gauche et offrent souvent du njstagniiis et de la déviation conjuguée des veux dans
le sens du roulement. Les mouvements respiratoires sont plus larges du côté droit
que du côté gauche.
» Chez tous les animaux opérés (section profonde de la moitié gauche du bulbe),
on a constaté une anesthésie très marquée de la moitié gauclie de la face et une dimi-
nution très nette aussi, mais moins prononcée, de la sensibilité des membres du côté
droit. Les paupières de l'œil gauche ne se fermaient pas lors([u'on soufllait sur l'œil,
elles restaient immobiles encore ou n'exécutaient qu'un très léger mouvement rélleve
lorsqu'on touchait soit ces paupières, soit même la cornée transparente. Le clignement
spontané del'anl gauche s'effectuait de temps en temps, mais moins fréquemment que
celui de l'œil droit, et il ne coïncidait que rarement avec celui-ci. La sensibilité était
<Mi normale ou un peu exagérée dans les membres du côté gauche; parfois l'oreille
gauche offrait aussi un certain degré d'hyperesthésie. Il n'y a\ ail pas le moindre degré
de paralysie des muscles de la face.
» Les orteils du côté gauche étaient moins pâles et plus chauds que ceux du coté
droit.
( ' ) J.-M. ScHiFF, loc. cit., p. 3o4. — Ohé, Recherches expérimentales sur l' influence
que la moelle épinière et le bulbe rachidien exercent sur la sensibilité et la motilité
{Comptes rendus, l. XXXVIII, p. gSo; i854).
(95 )
» Sur des cobayes ainsi opérés el empoisonnés par l'injection sous-cutanée de i'"5%5
à 2"'S'' de chlorhydrate de strychnine, on a vu, pendant la période des convulsions pro-
duites par cetle substance, reparaître le clignement réflexe des paupières de l'œil
gauche. Toutefois, ce clignement était moins facilement provoqué que celui de l'œil
droit. D'autre part, rattouchement le plus léger des membres du côté gauche donnait
lieu à des accès convulsifs. tandis qu'il fallait un contact un peu moins faible des
membres du côté droit pour produire le même eflet.
» Enfin, sur des cobayes opérés depuis deux jours et chez lesquels on ne trouvait pas
de zone épileptogène, les attaques ordinaires du strychnisme ont été précédées par des
accès épileptiformes violents, tout à fait semblables à ceux qui ont lieu après les lésions
de la nioellf ou la section d'un nerf sciatique. Sur les cobayes dont il est ici question,
c'est le membre postérieui' gau(<]ie qui opérait le mouvement de grattage convulsif ob-
servé au début de l'attaque éclamplique (').
» On voit que la section transversale d'une moitié du bulbe rachidien
produit, entre autres symptômes, une hémi-anesthésie alterne, c'est-à-dire
une anesthésie plus ou moins prononcée du même côté de la face que la
lésion, et une anesthésie incomplète des membres du côté opposé. L'anes-
thésie faciale est d'autant plus accusée que la section porte sur un point plus
élevé du bulbe rachidien, mais elle ne va pas jusqu'à l'insensibilité absolue.
» Les lésions morbides unilatérales du bulbe rachidien se traduisent,
chez l'homme, par des symptômes variés, suivant le siège, l'étendue en
hauteur, largeur et profondeur de ces lésions. Lorsqu'elles empiètent
quelque peu sur la protubérance annulaire, elles peuvent atteindre les
origines du nerf facial et déterminent alors, comme on le sait, une hémi-
plégie alterne. Il est probable que l'hémiplégie alterne se complique sou-
vent d'anesthésie plus ou moins marquée du côté du corps opposé au siège
de la lésion : c'est ce qui avait lieu dans le cas signalé dans ma Commu-
nication du 23 novembre i885. Si ces lésions intéressent la racine descen-
dante du nerf trijumeau, elles peuvent produire une hémi-anesthésie al-
terne, comme dans le cas actuel. On comprend la possibilité d'autres
combinaisons symptomatiques, qui se réaliseraient si une lésion unilaté-
rale atteignait les origines ou le trajet intra-bulbaire de l'un ou de plu-
sieurs des autres nerfs bulbaires (hypoglosse, spinal, pneumogastrique,
glosso-pharyngien, oculo-moteur externe, acoustique).
» L'hémi-anesthésie alterne doit donc être considérée comme un des
symptômes caractéristiques par lesquels peuvent s'accuser les lésions du
(') Chez un cobave, l'hèmisection du bulbe rachidien a produit une attaque épilep-
tiforme au moment même de l'opération.
( 9G )
bulbe rachidien. Si elle se manifeste tout d'un coup, on devra admettre
qu'elle est due soit à une hémorrhagie limitée intra-bulbaire, soit, comme
dans le cas actuel, à une obturation, par embolie, de l'artère cérébelleuse
inférieure et postérieure du côté correspondant à la moitié anesthésiée de
la face. «
COSMOLOGIE. — Météorites récemment tombées dans l'Inde les \(^ février 1884
et 6 avril 1 885 ; par M. Daubrée.
« M. Medlicott, surintendant du Geological Survey de l'Inde, et bien
connu par ses importantes recherches sur la vaste région dont l'exploration
lui est confiée, a eu l'obligeance de m'adresser, pour la collection du Mu-
séum, deux météorites récemment tombées dans l'Tnde, et sur la chute des-
quelles il a communiqué des renseignements, qu'il doit aux ordres donnés
par le Gouvernement des Indes dans le but de préserver les pierres tom-
bées du ciel.
» Le 19 février 1884, à -î'' après midi, une pierre tomba dans le village
de Pirthalla, district de Hissar, dans le Pundjab, longitude environ 29" est
de Greenwich, latitude 29° 35' nord.
» Les trois morceaux recueillis pesaient ensemble i''^, iGo, représentant
environ le huitième du poids de la masse totale.
» Un cipaye et un garçon de douze ans, qui furent témoins du phéno-
mène, assurent que, pendant sa chute, la pierre était d'un rouge feu. Ils
entendirent une explosion pendant qu'elle était encore en l'air, puis un choc
comme celui d'un boulet qui frappe le sol, dans lequel, malgré sa dureté,
la météorite pénétra à la profondeur de o'",o7. Immédiatement extraite,
on la trouva froide et cassée en deux.
>i Sa forme était grossièrement cuboïde, avec des arêtes émoussées et
dentelées. La roche appartient au type le plus commun; elle est grenue,
de couleur gris clair et renferme des grains de fer disséminés. Sa densité est
de 3,40; comme il arrive toujours, elle est enveloppée d'une écorce noire.
>i Dans la soirée du 6 avril i885, une autre chute eut lieu à Chand|)ur,
village des provinces du nord-ouest, à environ 8'"° au nord-ouest de Main-
puri, par 79°3'de longitude est de Greenwich et 27" 17' de latitude nord.
» Comme celle de Pirthalla, elle appartient au type commun des spora-
dosidères. Sa densité est de 3,25. D'après le sous-inspecleur indigène de
police, un Indien lui raconta que, le 6 avril, une heure et demie après la
(97)
clnito (lu jour, un coup de tonnerre acconipagné d'un éclair qui avait illu-
miné tout le ciel avait été suivi de la chute d'une pierre trouvée le matin
suivant : elle pesait i seer et 4 chittacks. Suivant le récit des témoins, des
nuages lourds s'étendirent sur Chandpur; on y vit un éclair qui fut suivi
d'un grincement rauque, puis d'un bruit ressemblant à celui du tonnerre,
d'abord lent, puis subit. Le ciel étant ainsi éclairé tout entier, disent les
indigènes, on entendit quelque chose qui descendait et, subséquemment,
un choc sur le sol d'un champ voisin. Les témoins se mirent à courir vers
leurs maisons respectives, craignant une sorte de grêle. Le mardi matin,
comme l'événement était d'une nature surprenante, ils éprouvèrent le
désir de ^ oir ce dont il s'agissait, et c'est alors qu'ils trouvèrent la pierre
qu'ils prétendent avoir trouvée encore chaude. »
ÉLECTRICITÉ. — Applications faites clans l' artillerie du transport de la force
par réleclricité. Note de M. Favê.
« La fonderie de canons de Bourges emploie, depuis l'année 187g, deuv
machines Gramme, l'une comme génératrice, l'autre comme réceptrice,
pour l'essai des métaux au moyen d'une machine à traction. On a dû re-
noncer à opérer des arrêts brusques avec des courants énergiques pour
ne pas altérer les isolants de la bobine.
» Le même établissement fait usage, pour le maniement des très gros
canons, de deux grues roulantes de 20 tonnes, actionnées chacune par
une réceptrice particulière, avec un courant provenant d'une seule géné-
ratrice. Le travail transmis à la (listance de 120'" est de 1 3 chevaux en-
viron sur 23. I^e fonctionnement s'est toujours opéré sans accident. »
IVOMINATIOIVS.
L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la tormation d'une liste
de deux candidats à présenter à M. le Ministre de l'Instruction publique
pour une place vacante au Bureau des Longitudes par le décès de M. Yion
Villarceau.
Au premier tour tic scrutin, destiné à la désignation du premier candi-
dat, le nombre des volants étant 44,
M. Bouquet de la Gi-\e, obtient 42 suffrages.
il } a deux bulletins blancs.
C. R., 1886, 1" Semestre. (T. Cil, N" 2.) '^
( 9^ )
Au second tour de scrutin, destiné à la désignation du second candidat,
le nombre des votants étant 45,
M. Callandreau obtient 43 suffrages,
M. Radau » i »
Il y a un bulletin blanc.
En consécjuence, la liste présentée par l'Académie à M. le Ministre
comprendra :
En première ligne M. Bouquet de la Grve.
En seconde ligne M. Callaxdkeau.
MEMOIRES PRÉSENTÉS.
M. RouGEAx adresse une Communication relative à un procédé de des-
truction du Phylloxéra.
(Renvoi à la Commission du Phylloxéra.)
M. Pigeon adresse une Note portant pour titre : « Causes particulières
du choléra chez les jietits enfants. »
Cette Note sera renvoyée au concours Bréant avec les Communications
précédentes du même auteur.
CORRE SPOND AN CE .
M. LuYS prie l'Académie de vouloir bien le comprendre parmi les can-
didats à la place actuellement vacante dans la Section d'Anatomie et de
Zoologie.
(^Renvoi à la Section d'Anatomie et de Zoologie.)
M. A. -G. PoutHET adresse des remerciements à l'Académie pour la ré-
compense dont ses travaux ont été l'objet dans la dernière séance pu-
blique.
M. ri\si»Et:TEuii (iÉxÉiJAL UE LA xAvuiATio.v transmet à l'Académie les
( i)9 )
états des crues et diminutions de la Seine, observées chaque jour au pont
Royal et au pont de la Tournelle, pendant l'année i885.
Les plus hautes eaux ont été observées, le 1 1 décembre, au pont de la
Tournelle à 5™, 22, et le 1 1 décembre, au pont Royal, à G", 20.
Les plus basses eaux ont été observées les 12, i3, i4 et i5 septembre, au
pont de la Tournelle, à — o°',o5, et les i3 et ll^ septembre, au pont Royal,
à i™,6o.
OPTIQUE. — Sur un dispositif de lenlilles de grand diamètre et de court
foyer, présentant une très faible aberration, dû à M. Maxgix. Note transmise
par M. le Ministre de la Guerre.
« M. le colonel du Génie Mangin a inventé récemment un système de
lentilles de grand diamètre et de court foyer, qui présente une très faible
aberration. Ce système se compose de trois lentilles deo'", 60 de diamètre,
l'une biconvexe, les deux autres concaves-convexes, ayant une distance
focale résultante de 1'" environ ; les courbures sont calculées de telle sorte
qu'il n'y ait nulle part une déviation de lumière de plus de 2°3o'; déplus,
comme les trois lentilles n'ont pas une grande épaisseur, l'affaiblissement
de lumière qui résulte du passage dans ces milieux est à peine de —, et
cette perte est plus que compensée par le gain provenant de la réduction
d'aberration. Cette aberration est, en effet, très petite, car la distance
qui sépare le foyer des rayons centraux du fover des ravons marginaux n'est
que de 12""°, résultat remarquable, étant donné le grand diamètre des len-
tilles et la faible valeur de la distance focale. Cette propriété précieuse
permet de faire travailler toute la surlace des lentilles, non seulement avec
la lampe à pétrole, mais même avec des sources beaucoup plus petites ; on
peut donc employer dans un semblable système, malgré leurs faibles dimen-
sions, des sources très intertses, telles que l'image solaire et la lumière élec-
trique, tout en conservant un très bon rendement, et augmenter ainsi con-
sidérablement les portées de la télégraphie optique. »
M. le Secrétaire j»EKPÉTrEL, à l'occasion de cette Communication, a le
regret de faire part à l'Académie de la mort récente de M. le colonel du
Génie Mangin, dont l'existence modeste et laborieuse a été consacrée à
l'étude et au perfectionnement des appareils optiques en usage dans l'armée
et la marine. Parmi les travaux qui ont donné lieu à des applications actuel-
( '"" )
lement en service courant, on peiil citer la cnnstrnction do miroirs sphé-
riques aplanétiques ( ') de i^rande dimension, dans lesquels l'aberration de
sphéricité est compensée par une réfraction convenable; le perfectionne-
ment de divers appareils de télégraphie optique C'). Enfin on doit men-
tionner aussi l'appareil nonmié par M. Mangin périgraphe instantané ('),
permettant d'obtenir en une seule fois l'épreuve photographique d'un tour
complet d'horizon : la conservation rigoureuse des angles azimutaux rend
cet appareil très propre à l'exécution rapide des levés topographiques. Le
dispositif optique très ingénieux qui fournit ce résultat est un anneau to-
rique réfléchissant, dont la courbure méridienne est calculée de iiianière à
réduire l'aberration au minimum.
ASTRONOMIE. — Observations de la nouvelle comète Brooks, faites à l'Obser-
vatoire de Paris {éqiiatorial de la tour de l Ouest); par M. G. Bigourdax.
Communiquées par M. Mouchez.
Étoiles
•«-
*.
Nombre
de
— -— _ — -
. — _- -.
de
Dales.
comparaison. Grandeurs.
iR.
Déclinaison.
eompar.
1885. Dec.
3o. .
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1886. Janv
. 5. .
b Anonyme
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— o. io,66
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20. 1 5
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H- 1.16,2
8.8
Positiuns des étoiles do. comparaison.
Ascension
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Réduction
droite
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Déclinaison
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Dales.
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moyenne.
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moyenne.
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Autorités.
1885. Dec.
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Weisse,.
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20.29.50,44
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Rapp. à 812 W,.
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30. 4i- 5,86
— 1,27
-H 9.26.40,9
-h 5,8
1037W,.
10. .
e
20.48.42,33
-1,24
-1-10. 17.28,5
-h 5,5
Rapp. à '(4iiBn -HioB
)/■
C) Comptes rendus, l. LXXX, p. 1097
(2j Mémorial de l'Officier du Génie (années 1873, 1874, 1876, i885).
(M Association française pour l'a\ ancenient des Sciences. — Congrès de Paris 1878,
p. 339.
( TOI )
Positions apparentes de ta comète.
Ascension
Temps moyen
droite
Lu g.
Déclinaison
Log.
1885.
Dates.
Dec.
3o..
de Paris.
ti m s
.. 5.48.41
apparente.
h m s
20. 6. 1,73
fiict. par.
T,549
apparente.
+ 5.20.40,0
fyct. p;ir
0,804
1886.
Janv,
. 5..
.. 6. 16. 16
20.29.88, 47
1,572
H- 8. 5.48,2
0,800
/ * ■
8..
. . 6. 0.49
.. 5.59.28
20.37.24, ig
20.41 -17,12
T,563
7,562
H- 8 . 59 . 2 1 , 7
+ 9.25.55,5
0,793
0,791
lO. .
. . fi. 10.35
20 . 4o . 2,68
7,572
-l-io.i8.5o,2
0,716
» Rkmarqles. — Lit position de l'étoile a est donnée pour i885,o; les
positions des autres étoiles sont celles de 1886,0.
» Dans les observations du 3o décembre et du lojan^iel•, la comète
était très faible, ce t|tu a rendu ces observations assez incertaines.
» Janvier ^i. — Cette comète est une faible nébulosité de i',5 de dia-
mètre avec un petit noyau également faible et un peu excentrique; je n'ai
]jas aperçu de trace de queue; d'ailleurs, je n'ai pu voir cette comète que
dans des conditions défavorables. »
ASTRONOMIE. — Observations de la nouvelle comète Brooks, faites à l'obser-
vatoire de Nice (èquatorial de Gautier). Note de M. Ciiaklois, présentée
par M. Mouchez.
ICtoiles Ascension Distance
lie droite polaire
Dates. comparaison. comète-étoile. cométe-étoile.
m s / "
I880. Dec. 3o a 5o48 Lamont.2. — i. 0,17 + 3. 21, 4
3i b 5091 Lamont.,. — 0.18,91 »
1886. Janv. 2 (• ."iiSo Lamont,. -+- i.34,io -+- 4-3i,8
6 t/ 8167 Sclijelleiup. -1- 1.57,40 + 2.44,7
8 e 0229 Glasg. Cal. -1-1.51,95 -t- 0.17,8
Positions des étoites de vompaiaison.
Ascension Distance
droite Réduction polaire Réduction
moyenne an moyenne au
Dates. Étoiles. 1885-80,0. jour. 1885-86,0. jour. Autorités.
h m s s o ' '■ "
1885. Dér. 3o. .. a 20. 7. 5, 00 -l-i,58 84.35.87,8 —17,7 Lamont.
3i... b 20.10.14,00 -(-1,58 84. 8.27,6 —17,8 Lamont.
1886. Janv. 2... c 20.16.22,14 — 1,35 88.11.27,4 — 6,7 Lamont.
6... d 20. 3i. 32, 18 — 1,80 81.25. 3,9 — 6,1 Schjellerup.
8... «' 20.89.25,88 —1,27 80.83.55,7 — 5,8 Cat. Glasgow.
( lo'-^ )
Posilinns apparentes de la comète.
Temps moyeu Ascension Distance Nombre
de droite Log. fact. polaire Log. fact. de
Nice. upparenlc. parallaxe. apparente. parallaxe, conipar.
Il m s II m ■* o ' "
1885. Dec. 3o... 6.89. 5 20. 6. 6,4i T,626 84-38. 4i, 5 0,778,, 5
Si... 6. 3 1.55 p.o.io. 1,67 T>624 » » 4
1886. Jain. 2... 6.40. 35 20.17.54,89 1,628 83.i5.52,5 0,774,, 5
Dates.
6... (). 6.56 20.33.28,33 1,612 81.27.42,5 0,759,, 6
8... 6. 19.13 >o.4i.i6.5i 1,621 80.34. 7.7
o.-(Jo,,
ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Résumé des observations solaires faites pendant
la seconde moitié de l'année i885. Lettre de M. P. Tacciiixi.
« Pour les taches et les facules, le nombre des jours d'observation a été
de iS'j : savoir 3i en juillet, 3o en août, 29 en septembre, 22 en octobre,
20 en novembre et 26 en décembre. Dans le premier semestre, le nombre
avait été de i5o; pendant l'année on a un total de 807 jours.
Fréquence
relative des jours
des sans
1885. taches. taclies.
Juillet i5,4i 0,00
Août 11,20 0,00
Septembre 9,i4 0,00
Octobre 12, 55 0,00
Novembre 6,35 0,10
Décembre 4,84 0,12
Grandeur
des
taches.
relative
des
faculcs.
N'ombre
des groupes
de taches
par jour.
90,22
43,1 5
4,45
44,70
40,17
3,4o
59,20
59,83
3,3i
55,64
34,06
3,09
22.90
35,00
2,3o
■^1,44
42,61
2,12
» On a constaté une diminution progressive et rapide pendant l'an-
née i885, dans le phénomène des taches solaires; c'est pendant le dernier
trimestre que cette diminution s'est surtout manifestée. Les facules aussi
ont été moins nombreuses, et l'on peut dire qu'après le maximum, qui a
eu lieu au commencement de i88/|, nous sommes à présent très près du
nouveau minimum.
( io3 )
» Voici les résultats des observations sur les protubérances :
Protubérances.
Nombre n
desjours Nombre Hauleur Extension
1885. d'observation. moyen. moyenne. moyenne.
" o
Juillei 3o 10,53 5o,6 2, .5
Août 23 9)73 48,1 2,6
Septembre 14 ''>79 53,9 2,6
Octobre 10 10,00 46,7 3,o
Novembre 12 10, 58 45,7 2,1
Décembre 22 8,64 46, o 2,2
)) Les protubérances ne montrent pas une diminution progressiNc
comme les taches, et, pendant le deuxième semestre, le nombre moyen
par jour est quelque peu supérieur à la fréquence constatée dans le pre-
mier semestre; toutefois, même pour les protubérances, on peut dire qu'il
y a diminution, bien qu'elle soit très petite en comparaison de la diminu-
tion des taches. En effet, la fréquence moyenne des protubérances a été de
11,0 en 1884 et de 9,9 en i885, tandis que pour les taches on a 22,9 en
1884 et 14,6 en i885. La hauteur maxima observée d'une protubérance a
été de iGo" en judlet, 180" en août, 168" en septembre, io5" en octobre,
go" en novembre et 100" en décembre.
» En juillet, nous avons trouvé 9 fois des protubérances, c[ui atteignaient
ou dépassaient la hauteur de 100". La plus grande protubérance observée
pendant l'anuce i885 a été celle du 3o janvier, qui arrivait à une hauteur
de 3 18". .)
PHYSIQUE. -- Sur la propagation du son dans un tuyau cylindrique. Note
de MM. VioLLE et V.vutier, présentée par M. Mascart.
« Au mois de septembre dernier, la municipalité de Grenoble ayant bien
voulu mettre à notre disposition la conduite souterraine destinée à amener
dans la ville les eaux de Rochefort, nous avons profité de cette occasion
pour reprendre l'étude de la propagation du son dans un tuyau cylin-
drique, en considérant particulièrement les points omis ou laissés en litige
par Regnault dans son beau travail sur ce sujet.
» La portion de la conduite que nous avons utilisée se compose de
deux tuyaux parallèles de o°',70 de diamètre, présentant en ligne droite
( >o4 )
une longueur L de G'''", 376 environ. Ces deux tuyaux pouvaient être em-
ployés isolément, ouverts ou fermés; on pouvait aussi les réunir à leurs
extrémités par un coude demi-circulaire de môme diamètre intérieur que
les tuyaux et de o'", 70 de rayon.
» M. Mascart avait eu la bonté de nous prêter les appareils qui avaient
servi autrefois à Re^nault. Nous les avons utilisés sans v changer autre
chose que les membranes, que nous avons prises beaucoup plus minces et
plus sensibles. Nous avons aussi employé avantageusement les tambours
manométriques de M. Marey. Enfin l'oreille nous a permis diverses consta-
tations.
» L'onde sonore a été produite au moyen de pistolets ou d'instruments
de musique. Nous nous bornerons aujourd'hui à indiquer les principaux ré-
sultats obtenus avec le pistolet.
» Quand on tire un coup de pistolet à l'une des extrémités de la con-
duite, un observateur placé à cette extrémité entend un son qui se pro-
longe en paraissant s'éloigner et en présentant une série de roulements
marqués. Au bout de 18% 6 le son parvient au coude, où il présente les
mêmes caractères, atténués : c'est, pour l'oreille, à l'intensité près,
comme un train qui, arrivant brusquement par l'une des branches, s'en-
gouffrerait dans l'autre. Après 37% 3, le son a parcouru 12''"', 750 : il est
encore très nettement perceptible à l'oreille, qui entend un bruit sourd et
en apparence unique, semblable à celui d'une détonation lointaine en
plein air; en même temps qu'on perçoit le son, on sent un fort coup de
vent. Plus loin, cette poussée d'air est la seule chose que l'on perçoive :
elle est encore parfaitement sensible après ao""". L'énergie de la poussée
est supérieure à celle de la plupart des sons musicaux que l'oreille perçoit
sans peine, et cependant on n'entend plus absolument rien.
» Si l'on substitue à l'oreille un tambour à levier de M. Marey et qu'on
inscrive les mouvements du levier en même temps que ceux d'un diapason
chronométrique {ut.^= 206"'), on obtient pour chacune des distances o,
2L, ^h, 6L la courbe des pressions de l'air. A la station de départ, la
courbe monte brusquement jusqu'à une certaine hauteur, à partir de
laquelle elle s'abaisse en présentant une série d'oscillations d'amplitude
décroissante, et ce n'est qu'au bout de deux secondes environ que le calme
est complètement rétabli au lieu de départ. A la distance 2L, la courbe,
après s'être élevée rapidement à une certaine hauteur (sensiblement
moindre qu'au dépari), redescend, presque sans oscillations, et regagne
( ro5 )■
lentement le niveau primilif. Aux distances 4L etGL, la courbe, tout en
s'aplatissant de plus en plus, conserve le même aspect général, les oscil-
lations disparaissant complètement.
» Ces faits sont d'accord avec ceux qu'a révélés l'oreille : l'ébranlement
sonore se fond graduellemement en une seule onde sans action acous-
tique.
» Les graphiques se prêtent d'ailleurs à des mesures précises. On peut
relever les temps au j^ de seconde et les pressions au ^„ de millimètre
(au moyen d'expériences spéciales, on a déterminé en millimètres d'eau
les pressions correspondant aux différents écarts du levier). On a trouvé
ainsi :
Chemin
parcouru. Temps employé.
Epoque
Or
andeur
L
ongueur
du
du
de
maximum.
maximum.
l'onde.
s
Ullll
s
0,02g
i5,8
T,25
T' -1-0,188
6,6
3,8
T" + o,3o.5
1,8
3
T'" -h 0,367
0,6
M
o o
2L T'= 37,259
4L T" = T' H- 37,337
6L T"' = T" -H 37,383
» On voit que le maximum recule à l'intérieur de l'onde, tandis que
celle-ci progresse.
» La longueur totale de l'onde ne varie pas beaucoup : les clnflres in-
scrits au Tableau ne doivent être regardés que comme approximatifs, à
cause de la difficulté déjuger de la fin de l'onde.
» Les pressions décroissent sensiblement en progression géométrique,
les chemins croissant en progression arithmétique. Si, en effet, on suppose
que chaque parcours 2L (y compris la réflexion qui le termine) réduit la
pression au ^ de sa valeur, on a la série iG,2, :j,4, 1,8, 0,6, qui diffère peu
des nombres observés, le premier de ces nombres ij,8 n'étant pas très
sur, et le deuxième 6, G devant être multiplié par un coefficient r<^ i.
L'amplitude du mouvement \ ibratoire peut donc être représentée par ae"'^^,
le coefficient a différant peu de celui que donne l'équation e~" '-''"= i,
d'où
a = 8,Gi> . 10 •*.
D'après MM. von Helmholtz et Kirchhoff, on doit avoir, en effet,
C. R., 188G, I" Semestre. (T. Cil, N° 2.) l4
( '"*' )
a étant égal à y -^' ce qui donne ici
ar
Cf. = 8,3 I • lO" '.
L'affaiblissement observé (même accru de l'effet de la réflexion au bout
du chemin 2L) est donc moindre que l'affaiblissement théorique dans un
tuyau étroit.
» Si nous considérons enfin les temps employés par le front de l'onde
à parcourir une première, une deuxième, une troisième fois le chemin 2L,
nous pouvons les compaier aux temps mesurés dans les mêmes circon-
stances au chronographe Regnault, avec une membrane extrêmement
sensible, à contact électrique. Nous avons ainsi
Temps mesurés avec -
le tambour à levier. la membrane à contact.
si s
Premier parcours SyjSSg 87,251
Deuxième parcours » 887 » 334
Troisième parcours » 383 » 384
» L'accord entre les nombres obtenus par les deux procédés montre
que la grandeur et la disposition de la membrane flexible n'ont aucune
influence appréciable, quand on emploie des membranes suffisamment
sensibles. 11 était dès lors probable que l'inertie de ces membranes était
très faible. L'expérience directe a montré, en effet, que l'influence de
l'inertie est, dans tous les cas, inférieure à o%oi ; et coiume, dans les me-
sures de temps, la différence des retards entre seule, la correction à effec-
tuer est très petite. La vitesse de propagation paraît donc décroître en même
temps que l'intensité. Nous reviendrons sur ce point dans une prochaine
Communication. »
PHYSIQUE. — Sur les variations des spectres d'absorption et des spectres
d'émission par phosphorescence d'un même corps. Note de M. Hexri
Becquerel.
« Des recherches en cours d'exécution, et dont j'ai présenté récemment
un résumé à l'Académie, m'ont conduit à supposer que l'absorption de
radiations par diverses substances était due à l'existence de mouvements
( •"; )
vibratoires synchrones des radiations absorbées, mouvements qui pren-
draient naissance sons l'influence de ces radiations, et qui auraient pour
siège soit les molécules des corps, soit l'éther intermoléculaire. Dans cer-
tains corps, ces mouvements donneraient lieu à la phosphorescence (').
» L'hypothèse que je viens de rappeler conduit à cette conséquence
que, pour une même substance absorbante placée dans divers milieux dont
l'élasticité intermoléculaire est différente, les mouvements vibratoires iu-
ternes n'auront plus la même rapidité, et que, par suite, les spectres
d'absorption, ainsi que les spectres de phosphorescence, sont différents.
On peut même prévoir que la cause qui ralentit la propagation de la
lumière à l'intérieur des divers milieux doit avoir, sur le temps des périodes
des mouvements intei-moléculaires, une influence du même ordre, et que,
si l'on dissout dans divers liquides une même substance présentant des
bandes d'absorption ou de phosphorescence, celles-ci correspondront à
des mouvements d'autant plus lents, et par conséquent seront d'autant plus
déplacées vers le rouge, que les indices de réfraction des dissolutions
seront plus grands. On retrouve ainsi, a priori, une conclusion générale
déduite expérimentalement de nombreuses observations par divers physi-
ciens (Rraus, Preyer, Hagenbach, Morton, Claes, Kundt). J'ai vérifié la
généralité du fait avec diverses substances dans des dissolvants variés.
Toute altération chimique des substances donne lieu, dans les spectres, à
des modifications dont on ne parlera pas dans cette Note.
» L'influence de la variation des indices de réfraction sur l'absorption
est nettement mise en évidence dans les dissolutions différemment concen-
trées d'un même corps, et étudiées sous des épaisseurs variables, de ma-
nière à conserver aux bandes d'absorption toujours le même aspect. Ainsi,
pour une dissolution concentrée d'azotate de didyme dans l'eau, dont
l'indice de réfraction correspondant au milieu de la bande d'absorption
la plus forte est n = i,4388, la longueur d'onde moyenne de cette bande
est 1 ^ 579. Dans la même dissolution étendue d'eau, on a eu, pour la
même bande, n = i, 3454 et 1 = 674. 5. On voit que, pour les dissolutions
différemment concentrées d'un même corps dans un même dissolvant, les bandes
(') Une liypollièse analogue a été développée par M. E. Lommel, dans un liés inté-
ressant Mémoire, Théorie der Absorption und Fluorescenz ( W iedeinann' s Annalen ,
t. III, p. 25i ; 1878); mais les conclusions de l'auteur, relatives à divers liquides fluo-
rescents, ne portent sur aucun des points traités dans la présente Note ; elles ont prin-
cipalement pour but d'expliquer ses expériences contraires à la loi de Stokes, et qui
n'ont pas été vérifiées depuis par d'autres physiciens.
( i"H )
d'absorption n'occupent pas la même place dans le spectre, lorsque l'indice
de réfraction varie avec la concentration.
» Les considérations exposées plus haut s'appliquenl aux milieux cris-
tallisés. Dans un cristal biréfringent, donnant un. spectre d'absorption, les
deux rayons n'ont pas les mêmes indices de réfraction ; le spectre d'absorp-
tion qui leur correspond doit donc être différent, et, à ce point de vue,
tous les cristaux biréfringents sont polychroïtes. M. Bunsen a observé
en 186G que le spectre d'absorption obtenu au travers d'un cristal de sul-
fate de didyme varie légèrement lorsqu'on l'étudié dans la lumière pola-
risée, suivant diverses directions. M. Sorby a constaté depuis un fait
analogue pour les zircons uranifères. A la suite d'un travail sur les relations
entre l'absorption et la dispersion, M. Kundt avait émis l'idée que, dans
les substances dichroïtes biréfringentes, les liandes d'absorption de celui
des deux ra\ons qui a la plus grande dispersion devraient être, dans le
spectre, plus près du rouge que pour l'autre rajon; l'observation n'est pas
complètement d'accord avec ces vues, qui, pour les cristaux, ne reposaient
sur aucune expérience directe. Les cristaux naturels dans lesquels on avait
reconnu des bandes d'absorption sont la parisite, la monazite, diverses
apatites, la scheelite, et divers zircons uranifères. A cette liste, on peut
ajouter la leucophane, la mclinophane et la strontianitc bacillaire d'Ecosse,
dans lesquelles j'ai constaté la présence du didyme. Les spectres d'absorp-
tion de ces dernières substances dans la lumière naturelle se composent de
bandes très fines diversement groupées, correspondant aux longueurs
d'onde suivantes :
Sirontianite d'b:cosse 088 584,3 380,7 577,5 073,5 070,3 367
Leucopliane 599 593 589,2 583,5 082 078,2 573,0 .328
)) Si l'on fond la leucophane, le groupe de bandes fines est remplacé par
des bandes diffuses.
)) Lorsqu'on étudie les divers cristaux cités plus haut dans la lumière
polarisée, on voit les spectres d'absorption changer avec l'orientation du
cristal.
» Examinons d'abord les phénomènes que présentent les cristaux
biréfringents à un axe. On peut citer comme tvpc les spectres de la schee-
lite, dans laquelle M. Cossa avait signalé la présence du didvme. Les lon-
gueurs d'onde moyennes des bandes des spectres d'absorption du rayon
ordinaire et du ravon extraordinaire sont les suivantes :
Hayon oi-clinairL' . ôgS (U-ace) 588,5 ( trace) 383 (tr. forte) 079 (trace) 57.'}, 3 (tr. forte)
lîavon exlraord"'. 596 SgS 5S8,3 586 585 379 578 570,5
(' Idf) )
•» Les autres cristaux donnent des résultais du même ordre.
» On déduit des observations faites dans diverses directions que, dans
les cristaux à un axe, le spectre d'absorption observé dans une direction quel-
conque est formé par la superposition de deux séries de bandes correspondant
chacune à chacune des directions principales d' élasticité du cristal.
» Le spectre du rayon ordinaire donne l'une de ces séries de bandes qui
constitue le spectre ordinaire. Pour le rayon extraordinaire, les bandes ne
se déplacent pas lorsque l'indice varie avec la direction du rayon, mais
le spectre est formé de la superposition, avec des intensités variables, des
deux séries de bandes citées plus haut. Pour isoler complètement le
spectre extraordinaire, je m'occupe en ce moment de faire tailler des cris-
taux dans des directions convenables. Dans la direction de l'axe les deux
spectres apparaissent superposés et ne changent pas d'intensité lorsqu'on
fait varier l'azimut du plan de polarisation de la lumière.
» Dans les cristaux à deux axes les phénomènes paraissent plus com-
plexes, et Ton peut prévoir l'existence de trois spectres d'absorption
correspondant aux trois axes d'élasticité.
» On pouvait s'attendre à trouver des variations analogues dans les phé-
nomènes de phosphorescence ([ue présentent les cristaux. Parmi les cris-
taux phosphorescents, oii j'ai reconnu des changements dans les spectres
d'absorption, on peut citer les sels d'uranvle, et, en particulier, le chlo-
rure double d'uranyle et de potassium dont les variations, très remar-
quables, seront décrites dans un Mémoire ultérieur. L'expérience a montré
que, dans la lumière polai'iséc, les spectres de phosphorescence des cris-
taux ne paraissent présenter aucun changement appréciable, et semblent
les mêmes que dans la lumière naturelle. S'il y a plusieurs spectres de
phosphorescence correspondant aux directions principales d'élasticité des
cristaux, comme cela est probable, il n'a pas été possible de les séparer
parce que les vibrations émises par phosphorescence ne sont plus pola-
risées.
1) Les faits exposés dans cette Note donnent l'explication du phéno-
mène suivant :
)) Lorsqu'ini corps absorbe ou émet des vibrations qui paraissent devoir
être harmoniques, celles-ci sont affectées d'une perturbation qui tend k
rapprocher entre elles les bandes d'absorption ou d'émission, à mesure
qu'elles sont plus réfrangiblcs. En effet, pour le même corps, l'indice de
réfraction v ariant régulièrement par le fait de la dispersion, chaque bande
doit être déplacée de la position théorique qu'elle devrait occuper, et
( no )
d'aulauL plus transportée vers le rouge que l'indice de réfraction est
plus grantl. Les bandes successives doivent donc tendre à se resserrer du
côté le plus réfrangible, comme le montre l'observation. Il est possible
qu'une cause du même ordre intervienne pour déterminer les positions
successives des raies d'émission des vapeurs incandescentes. »
CHIMIE. — Sur les hydrates de V acide hypoplwspliorique. ■
Note de M. A. Joly, présentée par M. Debray.
« Dans une précédente Communication (Co»2/>/e5/-e/2û?M5, t. CI, p. io58),
j'ai dit qu'il était possible d'obtenir des cristaux d'acide hypophosphorique
liydraté dont la composition correspond à la formule PhO\4HO, mais
j'ai dû me borner, faute de place, à une étude très sommaire de cet
hydrate. Je me propose aujourd'hui de compléter cette étude et de signaler
en outre la cristallisation de l'hydrate PhO'.^IIO ou Ph='0%4HO qui,
d'après la composition des sels connus de l'acide hypophosphorique, doit
être considéré comme l'hydrate normal.
» I. Dans le vide sec, les cristaux de l'acide hvpophosphorique
PhO'',4HO
perdent de l'eau, sans cependant s'effleurir, se liquéfient partiellement,
puis se transforment peu à peu en petits cristaux qui, égouttés sur une
plaque de porcelaine dégourdie, ont rigoureusement la composition de
l'hydrate normal PhO', 2 HO; car ils contiennent 77,8 pour 100 d'acide
anhydre PhO' (calculé: 77,8).
» Les cristaux de l'acide quadrihydraté s'effleurissent déjà lorsqu'on les
conserve, pendant quelques jours, sous une cloche sèche, à la pression de
l'atmosphère.
» Ce nouvel hydrate fond vers 55° en un liquide incolore et transparent.
Au contact d'une trace de la matière solide primitive, le liquide refroidi
cristallise et la masse tout entière se solidifie. Ces changements d'état
physique n'ont d'ailleurs fait subir à l'acide hypophosphorique aucune alté-
ration; sa dissolution donne avec le nitrate d'argent un précijiité blanc qui
ne noircit pas lorsqu'on porte le liquide à l'ébullition.
» Mais, à une température un peu plus élevée, vers 70°, l'acide hypo-
phosphorique se dédouble brusquement avec un dégagement de chaleur
considérable, en un mélange d'acide phosphoreux cl d'acide mclaphospho-
( "I )
rique. J'insisterai ullcrieiiremenl sur les particularités de cette transfor-
mation qui présente un grand intérêt.
» L'acide PhO*,2HOse manie difficilement au contact de l'air, car il
attire rapidement l'humidité.
)) II. L'étiide de l'hydrate PhO^/^ÏIt) est plus complexe que celle de
l'hydrate normal ; il tend, d'une part, à se déshydrater, d'autre part, à se
dédoubler spontanément en acides phosphorique et phosphoreux.
)) Des cristaux bien secs de cet hydrate se sont liquéfiés à 62°-62°, 5 ;
mais le liquide surfondu a laissé déposer par refroidissement de petits
cristaux neigeux, qui constituent probablement l'hydrate normal. D'ail-
leurs le liquide surnageant ne se solidifiait plus entièrement au contact d'un
cristal de l'hydrate primitif.
» Si l'hydrate a été maintenu pendant cpelques jours sous une cloche
sèche et s'est, par suite, très légèrement effleuri, la fusion commence à une
température inférieure à 62°; elle a lieu vers 55", température de fusion de
l'hydrate normal ; puis l'acide se dédouble peu à peu en eau et hydrate
normal et la matière refroidie et solidifiée de nouveau commence à fondre
à des températures de plus en plus basses (52°-5o°,5-48''); ce n'est plus un
phénomène de fusion que l'on observe, mais un dédoublement en eau et
hydrate normal qui se dissout partiellement dans la petite quantité d'eau
mise en liberté.
» III. Les cristaux de l'acide hypophosphorique et de son hydrate sont
parfaitement stables lorsqu'on les conserve à l'abri de l'eau ; mais, au con-
tact de ce liquide, et dans des conditions encore mal déterminées, l'acide
hypophosphorique se dédouble assez rapidement en acide phosphorique et
acide phosphoreux. Dans toutes les préparations que j'ai faites de cet
acide, j'ai observé ce dédoublement et j'ai dû prendre, pour l'éviter,
quelques précavitions qui, tout en compliquant l'opération, en assurent le
succès.
» Les premiers cristaux de l'hydrate PhO*,4HO que j'ai obtenus s'étaient
formés et rapidement développés dans un liquide dont la composition était
voisine de PhO'' + 6HO; dès qu'une dissolution sirupeuse d'acide hypo-
phosphorique atteint cette composition, il couA'ient d'en déterminer la
cristallisation par l'introduction d'un cristal d'acide quadrihydraté, et,
lorsque les cristaux se sont développés, c'est-à-dire au bout de quelques
heures, il faut les séparer du liquide et les dessécher immédiatement sur
une plaque de porcelaine dégourdie. Introduits alors dans un tube scellé,
ils s'y conservent sans sidiir d'altération.
('lia)
» En effet, si l'on mainiient les cristaux au contact de leur eau-mère,
dans le vide, on risque de les voir peu à peu disparaître, au sein d'un
liquide sirupeux, dont la composition serait celle d'un hydrate PhO*, 3H0;
mais il est alors facile de s'assurer que le liquide s'est transformé presque
complètement en un mélange des acides phosphorique PhO', 3H0 et phos-
phoreux PhO%3HO.
>) Toutes les fois que j'ai essavé de concentrer, dans le vide sec, une
dissolution d'acide hypophosphorique au delà du terme PhO*, 4H0, pour
essaver de préparer directement l'hvdrate normal, j'ai constaté ce dédou-
blement, et, lorsque le liquide ne renfermait plus que 3''i d'eau, il était
formé d'un mélange des acides phosphorique et phosphoreux; l'introduc-
tion d'un cristal d'acide phosphoreux en déterminait la solidification par-
tielle. C'est probablement à cause de cette instabilité de l'acide hypophos-
phorique liquide, que M. Salzer n'a pu obtenir sa cristallisation, et, re-
doutant moi-même un tel insuccès, j'ai cherché de préférence à obtenir
un hydrate supérieur, d'un maniement plus facile.
)) J'ajouterai que, dans la préparation de l'acide hypophosphorique, en
décomposant le sel de baryte par l'acide sulfurique étendu, j'ai soigneuse-
ment évité toute élévation de température. La réaction se fait à la tempéra-
ture ordinaire, les lavages se font à l'eau froide, et je concentre immédiate-
ment les liquides, si étendus qu'ils soient, dans le vide sec.
» J'évite également la présence de l'acide sulfurique libre, en ajoutant
cet acide, par portions successives, à l'hypophosphate de baryte délayé
dans une petite quantité d'eau, et j'ai soin de laisser dans la liqueur un
petit excès de sel de baryte. Celui-ci se dépose en beaux cristaux, pendant
l'évaporation des liqueurs, et la solubilité de ce sel est si faible dans l'acide
hypophosphorique concentré, qu'il n'est plus possible de le déceler par
l'addition d'acide sulfurique; on décante le liquide acide avant de le faire
cristalliser.
)) L'acide hypophosphorique est donc aussi nettement défini par ses
hydrates cristallisés que les acides phosphorique et phosphoreux; à l'état
solide, il est aussi stable que ceux-ci. Il est même, par la facilité avec la-
quelle on obtient des sels magnififjuement cristallisés et inaltérables,
mieux caractérisé que l'acide phosphoreux. »
( ir'i -)
CHIMIE. — Sur la solubilité du sulfate de cuivre en présence du sulfate
ammonique. Note de M. R. Exgel, présentée par M. Friedel.
« On ne connaît pas les lois suivant lesquelles varie, à une température
donnée, la solubilité d'un sel en présence de quantités variables d'un autre
sel.
» Le problème est d'ailleurs complexe. L'un des cas qui peuvent se pré-
senter est celui oîi les deux sels, mis en présence, se combinent pour for-
mer un sel double. J'ai déjà étudié à ce point de vue les variations de solu-
bdité du bicarbonate de magnésie, en présence du bicarbonate de potasse
{Comptes rendus, n° 19, p. 1224; i885). Mais la faible solubilité du carbo-
nate de magnésie dans l'eau cliargée d'acide carbonique ne m'a permis de
suivre la marche du phénomène qu'entre des limites peu étendues.
» L'influence du sulfate ammonique sur la solubilité du sulfate de
cuivre, avec lequel il forme un sel double, molécule à molécule, laisse à
l'observation une marge plus grande.
» Les expériences ont été faites de la manière suivante : on installe deux
flacons, de 2'" environ, dans de la glace fondante, et on les remplit aux
trois quarts d'une solution saturée, à o", de sulfate double de cuivre et
d'ammoniaque. Un panier de platine, renfermant du sel double, plonge
dans la partie supérieure du liquide, qu'un courant d'air lent agite d'une
manière continue. La saturation du liquide est donc coustamment assurée.
Après vingt-quatre heures, on ajoute dans l'un des flacons (A) 20"" à So*^*^
d'une solution saturée de sulfate ammonique, dans l'antre (B), 40'^'^ à ^o'^"
d'une solution saturée de sulfate de cuivre. Après vingt-quatre heures, on
prélève une prise d'essai, dont on prend la densité, et dans laquelle on
dose le cuivre et l'ammoniaque. On abandonne la solution à elle-même,
toujours en présence du sel double, pendant vingt-quatre heures de plus, et
l'on prélève une seconde prise d'essai. On ne considère les résultats de
l'analvse comme exacts et représentant la limite de la réaction que lors-
qu'ils sont restés les mômes pendant quarante-luiit heures, car il est rare
que l'équilibre soit obtenu en moins de vingt-quatre heures. On ajoute
alors respectivement dans chacun des flacons A et B une nouvelle quantité
de sulfate de cuivre et de sulfate d'ammoniaque, et on analyse le nouveau
liquide. On obtient ainsi deux nouveaux points de la courbe, et ainsi de
suite.
C. R., iSSi), I" Semestre. (T. Cil, N" 2.) ï^
( 'l'i )
» Comme on le voit, ces expériences sonL tort laborieuses, ce qui ex-
plique que la question, qu'elles ont pour but d'élucider, n'a pas encore été
l'objet d'études suivies.
» Les résultats obtenus sont résumés dans le Tableau ci-dessous. La co-
lonne I renferme un numéro d'ordre, la colonne II les quantités d'acide
sulfnrique, titré normal, qui correspondent à l'ammoniaque du sulfate
ammonique, contenu dans 10'^'= du liquide soumis à l'analyse, les chiffres
représentent donc des demi-molécules de sulftite ammonique; la co-
lonne III donne également, en demi-molécules, la quantité de sulfate de
cuivre dans le même volume, 10'^'' de la liqueur; dans la colonne IV se
trouvent les quantités de sulfate de cuivre calculées à l'aide de la formule
que j'indique plus loin; enfin, dans la colonne V se trouvent les den-
sités.
» J'ai déterminé également la solubilité du sulfate de cuivre à o" et l'ai
trouvée égale à 14^"", 92 de sulfate anhydre pour 100 parties d'eau. Les ou-
vrages indiquent que 100 parties d'eau dissolvent à 0° l'yS' de sulfate de
cuivre anhydre.
)) ]M. Diacon a déjà fait remarquer l'inexactitude de ce chilTre et a trouvé
14,99, donnée qui se confond, pour ainsi dire, avec le nombre que j'ai
trouvé.
SO'Cn.
SO'(Azn')--.
I. II.
1 5,45
2 5,6
3 7
4 7>4
5 7>8
6 8,45
7 8,7^
8 1 1 ,35
9 i3,7
10 18,6
11 3l,2
» Ainsi des quantités croissantes de sulfate ammonique précipitent du
sulfate de cuivre à l'état de sel double. Aussi, lorsqu'on abandonne à 0° du
sulfate double de cuivre et d'ammoniaque dans une solution saturée de
sulfate d'ammoniaque, et cela pendant plusieurs jours, la Hqueur reste in-
colore ou prend une teinte bleue à peine visible. La somme des molécules
Trouvé-
Calculé.
III.
IV.
■20, l5
18,90
19,2
•7^7
10,5
io,6o5
9>ï
9,365
7>8
8,326
6,425
6,96
6, j5
6,521
3,7
3,598
2,7
2,362
i,i77D
1,192
I
0,9067
Densité.
v.
1 I
,90
n
.71
1 1
,08
10
-99
10
-91
10
,8i5
10
,81
10
.71
lO;
171
10
,82
I I
,16
C Il:î )
des deux sels n'est pas minima lorsqu'il se dissout autant de sulfate d'am-
moniaque que de sulfate de cuivre; ce n'est que pour une quantité plus
forte de sulfate ammonique que le minimum de la somme des molécules
en solution est atteint. Enfin on voit encore, par l'examen des chiffres con-
tenus dans ce Tableau, que le sulfate d'ammoniac{ue n'agit pas sur le sulfate
de cuivre, à partir du point où il se dissout autant de sulfate de cuivre que
de sulfate ammonique, comme le sulfate de cuivre agit sur le sulfate ammo-
nique à partir du même point.
» En cherchant à formuler la loi du phénomène, j'ai trouvé que les
quantités de sulfate ammonique variant suivant une progression géomé-
trique croissante, les quantités de sulfate de cuivre varient suivant une
progression géométrique décroissante. J^a courbe peut donc être représen-
tée par une équation de la forme m log y = logX- — logic, dans laquelle y
est la quantité de sulfate de cuivre, x la quantité de sulfate ammonique,
m et k des constantes qui ont été déterminées à l'aide des expériences 2, 3,
4, 5, 6, 7, 8 et 9 et trouvées m = o,438 logÂ- = 1,295460.
» Si l'on compare les chiffres obtenus par l'expérience avec ceux que
donne le calcul, on constate des différences qui dépassent les erreurs expé-
rimentales possibles. En traçant les deux courbes, on voit que la courbe
calculée coupe deux fois la courbe expérimentale. Ce résultat est dû sans
doute à la variation de la c^uantité d'eau contenue dans les lo*^*^ du liquide
sur lesquels l'analyse a été faite. Si, au lieu de considérer les quantités de
sels contenus dans un volume déterminé, on calcule celles que dissout un
même poids d'eau, on n'obtient pas de résultats plus satisfaisants; ce qui
se conçoit également, car la quantité de l'un des sels en solution est à la
fois fonction de la quantité de l'autre, de la quantité d'eau et du volume
dans lequel se meuvent les molécules. »
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur quelques combinaisons de Vacétamide avec les
chlorures métalliques. Note de M. G. Axdré, présentée par M. Berthelot.
K L'acétamide, fondue dans une petite capsule, dissout facilement un
grand nombre de chlorures, bromures et iodures anhydres; mais la diifi-
culté qu'on éprouve à séparer les cristaux qui se forment par refroidisse-
ment de l'excès d'acétamide qui les entoure m'a fait employer la solution
d'acétamide dans l'alcool absolu.
» I. Chlorure cuivrique. — A io«'' d'acétamide dissoute dans 40'^" environ
cl alcool absolu, on ajoute peu à peu et en chaulfanl légèrement du chlo-
rure cuivrique séché à 120" à l'éluve, en ayant soin de ne pas trop dépasser
cette température pour que le chlorure ne devienne pas basique. On filtre
cette solution et on l'évaporé dans le vide. Il se dépose après quelques
heures des mamelons verts, de consistance molle, qui, débarrassés du li-
quide qui les imbibe, seront lavés àl'alcool absolu, puis concassés, exprimés
dans du papier et séchés dans le vide. Sans ces précautions, ces cristaux
peuvent retenir un peu d'alcool.
» L'anahse conduit à la formule
CMlV\zO-CuCl.
Trouvé. Calculé.
<-' 18,80 19101
n 4,18 3,96
^'^ 10,94 I I ,09
Cu 24,92 25, I I
Cl 27,98 28, 12
•» L'addition d'éther favorise la précipitation des cristaux, lesquels ont
la même composition que celle que je viens de donner; de plus, on peut
remplacer dans la préparation de ce composé le chlorure de cuivre des-
séché par le chlorure cristallisé : la combinaison est encore anhydre.
» Chauffé au bain d'huile dans un courant d'hydrogène, ce composé s'al-
tère peu à peu : vers 100° il change de couleur et devient vert clair à me-
sure que l'acétamide se sublime. Maintenu longtemps à i3o", il noircit et
dégage une odeur acétique; vers i5o° il fond en un liquide noir qui reste
visqueux après refroidissement et ne se dissout dans l'eau qu'en laissant
un précipité brun.
» II. Chlorure de cadmium. — J'ai procétié avec ce chlorure desséché
comme avec le précédent. Le dépôt finement cristallisé, dont le rendement
est faible, a pour formule C^HMzO-, CdCl.
Trouvé. Calculé.
C l5,8l i5,94
II 3,56 3,32
Az 9,oi 9,3o
Cd 36,38 3-, 20
Cl 23,35 23,58
» 111. Bichlorure de mercure. — Une préparation semblable effectuée
a\cc HgCl donne des produits cristallisés de composition souvent variable.
Aussi est-il nécessaire, à la liqueur refroidie, cl'ajouler de l'éther jusqu'à
ce que le liquide devienne légèrement opalescent. On abandonne ensuite
la solution ainsi traitée sous une cloche à acide sulturique. Le composé
qui prend alors naissance possède une composition toujours identique;
il faut le laver à l'alcool absolu et le sécher dans le vide. Une colonne de
cuivre suffisamment longue (o"',25) et peu chauffée à la partie antérieure
permet d'arrêter le mercure pendant la combustion. Le chlore a été dosé
après séparation du mercure par HS et destruction de l'excès de ce dernier
gaz à l'aide de sulfate de peroxyde de fer. La formule est la suivante :
C■H^\zO^ 2HgCl.
Trouvé. Calculé.
C 7,l5 7,27
11 1 , 64 1 , 5 1
Az 4,26 4,24
Hg 60,79 60,60
Cl 21 ,53 21, 5i
» Clhauffé, ce corps fond à laS" en un liquide légèrement jaune avec
une très faible sublimation d'acétamide; au delà de cette température, il
noircit en se décomposant.
» J'ai encore obtenu, en solution alcoolique seule, lui composé de la
formule SCH^AzO-, sHgCl, mais je n'ai pu reproduire une seconde fois
un semblable corps.
» Le protochlorure de mercure Ilg^ Cl est très peu soluble dans une so-
lution d'acétamide dans l'alcool et ne parait pas entrer en combinaison
dans ces conditions.
)) IV. Chlorures de nickel et de cobalt. — En employant une solution al-
coolique d'acétamide et en y ajoutant peu à peu ces deux chlorures cristal-
lisés, on obtient un liquide vert avec le nickel et bleu foncé avec le cobalt.
Si l'on évapore ces solutions dans le vide, elles cristallisent, quoique diffi-
cilement, au bout de plusieurs jours, en donnant un enchevêtrement de
cristaux souillés d'un excès d'acétamide. Il faut alors dissoudre le tout
dans l'alcool et ajouter au liquide j environ de son volume d'éther, puis
abandonner sous une cloche sur de la chaux vive. Il se produit à la longue
avec le nickel un précipité cristallin vert fortement adhérent aux parois du
vase, et avec lecobaU un précipité bleu très dur. On doit laver ces cristaux
à l'alcool, les concasser, les sécher sur du papier, puis les exposer dans le
vide.
» L'analyse, après ces traitements, assigne à ces deux corps la formule
NiCl, 2C'H=AzO-, 2HO et CoCl, 2C^H^4zO=, 2HO : les chlorures ont
retenu une partie de leur eau de cristallisation. Le composé cobaltique,
avide d'humidité, peut être déshydraté. Il fond v^s 62°; en le maintenant
pendant deux heures à i io°-i i5°dans un courant lent d'hvdroeène, on lui
enlève à peu pi'ès complètement son eau et des traces seulement d'acéta-
mide, ainsi que je l'ai vérifié par l'analyse.
» Tous les composés que je viens de décrire ne semblent être que des
corps d'addition analogues à ceux que forme l'ammoniaque avec les chlo-
rures de cuivre et de cadmium; l'acétamide se juxtapose au chlorure et
n'exerce sur celui-ci aucune action réductrice spéciale, telle que celle, par
exemple, qu'exerce l'urée sulfurée sur le chlorure cui^ rique. »
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur Viodaldéhyde. Note de M. P. Chalitard.
« L'iodaldéhyde, qui n'a pas été obtenue jusqu'ici à l'état de pureté,
prend naissance dans l'action directe de l'iode sur l'aldéhyde; mais on ne
peut utiliser cette réaction pour la préparer, car il est impossible de la
séparer sans décomposition de l'iode ou de l'aldéhyde en excès.
» On en obtient, au contraire, de grandes quantités avec la plus grande
facilité quand on fait agir sur l'aldéhyde en solution dans l'eau, non plus
l'iode, mais un mélange d'iode et d'acide iodique dans les proportions de
la formule
5(C=H'*0) + 4I-)-IO'H = 5(C=H^IO) + 3H=0.
» Préparation. — On inlroduit dans un niatras de 2''' 5oS'' d'iode, 2oS'' d'acide iodique
cristallisé et i5o"^ d'une solution aqueuse d'aldélnde à 3o pour 100; le mélange se fait
sans dégagement de chaleur. Le matras est fermé, puis abandonné à la température
ambiante. On observe bientôt sur les parois et le fond du a ase la production de stries
liuileuses qui augmentent lentement, tandis que l'iode se dissout.
» Au bout d'un temps variable, mais qui n'excède pas trois ou quatre jours en été
et huit jours en hiver, Tiode a complètement disparu et l'opération est terminée. La
masse est homogène le plus souvent, parce que l'iodaldéhyde se dissout dans l'eau à la
faveur d'un léger excès d'aldéhyde libre; on y ajoute un demi-litre d'eau environ. Le
liquide se divise alors nettement en deux couches inégalement denses que l'on sépare
au moyen d'un entonnoir à robinet. La couche supérieure, aqueuse, qui retient une
partie du produit est peu colorée; la couche inférieure, très foncée, est exclusivement
formée par l'iodaldéhyde. Le rendement est théorique.
Pour débarrasser le corps ainsi obtenu de l'iode qu'il retient, on agite sa solution
élhérée avec du mercure bien pur; il se fait de l'iodure rouge de mercure. On chasse
l'élhei- et l'on obtient un liquide sensiblement incolore, qui entraîne sou\enl une petite
( 119 ;
quantité d'iodure métallique, et qu'on dessèche en l'abandonnant pendant quelques
heures dans le vide, sur de l'acide sulfurique.
» Le corps ainsi purifié a donné à l'analyse les nombres sui\anls :
Trouvé. Calculé
— ^»^^__^-^-^ pour
I- II- in. C'H'io.
C 13,98 » ), i4,o3
H 1,9 » » 2,33
I " 75,03 7.5,98 74,26
o » » » 9,35
» Si, au lieu de traiter par le mélange iodique l'aldéhyde étendue, on opère sur de
l'aldéhyde pure; il se fait un dégagement de chaleur considérable, et l'on obtient une
matière résineuse formée vraisemblablement de produits de polymérisation, qu'on n'a
pas encore étudiée. Si l'on emploie de l'aldéhyde plus étendue que je ne l'indique, la
réaction n'est pas modifiée, mais seulement retardée.
» Enfin, si l'on chaulTe le mélange au bain-marie, la réaction s'effectue en quelques
heures.
)) Propriétés et réactions. — L'iodakléhyde ou aldéhyde mono-iodée,
isomérique avec l'induré d'acétyle, est un liquide liinpide, de consistance
huileuse, volatil, non inflammable, incolore, mais noircissant rapidement
à la lumière. Une température de 80° suffit pour la décomposer; elle n'a
pu être distillée sans altération même sous une pressioii de o^.oa. Cepen-
dant, on peut chauffer impunément ses dissolutions à une température
élevée. Un froid de 20° ne la solidifie pas.
» C'est un caustique énergique ; ses vapeurs attaquent si énergiquement
les yeux et les organes respiratoires qu'on ne peut le manipuler qu'en
plein air. Sa densité est 2,14 à 20".
» L'iodaldéhvde est soluble en toutes proportions dans l'alcool, l'éther,
la benzine, le chloroforme et le sulfure de carbone. L'eau en dissout une
certaine quantité à froid, et ne paraît pas la décomposer, même à la
longue.
» En aucun cas, je n'ai observé la formation d'un hydrate.
M Le bisulfite de soude et l'aldéhyde mono-iodée se combinent avec dé-
gagement de chaleur et donnent naissance à une combinaison cristallisée.
» La potasse et la soude, à quelque dilution qu'on les emploie, trans-
forment rapidement l'aldéhyde en iodoforme.
» L'action de l'amiîioniaque est complexe. Avec la solution ammoniacale
aqueuse, on obtient à volonté, à la température ordinaire, en variant les
proportions, les différents termes de la série des oxaldines.
( I2() )
» L'oxvtrialdine C'H' ' AzO et roxypentakline C"'H' 'AzO se produisent
le'plus facilement.' Cette dernière base s'obtient très aisément en faisant
réagir à la température ordinaire l'iode et l'acide iodique sur l'aldéhydate
d'ammoniaque.
» L'action de l'ammoniaque sèche sur l'iodaldéhyde en solution alcoo-
lique ou éthérée est différente, mais n'est pas encore élucidée. Les acides,
même étendus, décomposent instantanément l'iodaldéhyde.
» Le chlore et le brome mettent l'iode en liberté, en donnant naissance
d'abord aux produits chlorés et liromés de l'aldéhyde, puis à des matières
résineuses.
» L'hvdrosène naissant rée^énère l'aldéhvde.
)) Les ammoniaques composées se combinent facilement avec l'aldéliYde
mono-iodée. L'aniline donne le corps CIP-CH(C''H^AzH)-; la toluidine
et d'autres aminés donnent des combinaisons analogues.
» Quand on ajoute à une solution d'iodaldéh\de dans l'éther absolu, du
cyanure de potassium sec, en poudre, le mélange s'échauffe sensiblement
et il se forme de l'iodure de potassium ; on chauffe quelques heures pour
achever la réaction, puis on chasse l'éther. Si l'on soumet le résidu à la dis-
tillation, on recueille aux environs de loo" un beau liquide incolore, légère-
ment huileux, doué d'une forte odeur de noisette, dont les vapeurs causent
de violents maux de tête : c'est la cyanaldéhyde CIP-CAz-COH, isomé-
rique avec le cvanure d'acétvle.
» Ce corps paraît donner des dérivés intéressants; j'en fais actuellement
une étude dont j'aurai l'honneur de communiquer ultérieurement les
résultats à l'Académie. «
ZOOLOGIE. ~ Sur les granules amylacés du cvtosome des Grégarines. Note
de M. E. Mai'pas, présentée par M. de Lacaze-Duthiers.
« Ainsi que je l'ai dit dans ma Note sur le glycogène des Ciliés, Bùtschli
a publié tout récemment un travail fort intéressant sur les granules, dont
nous allons nous occuper dans la présente Note. Pour le savant allemand,
la substance de ces corpuscules se rapprocherait surtout du glvcogène, et
il propose de la désigner par le nom àe para glycogène.
» Depuis longtemps déjà, mes observations, à l'aide du chlorure de zinc
iodé, m'avaient persuadé que ces granules appartenaient au grouj)e des
hydrates de carbone de la série amylacée, et, au printemps dernier, j'avais
( ro, )
entrepris d'assez longues recherches en vue de déterminer exactement leur
place précise dans cette série. Mon travail était déjà assez avancé lorsque
je fus obligé de le suspendre, la saison sèche de l'été ne me permettant pas
de me procurer aisément les matériaux d'étude. Je me proposais de le re-
prendre et de l'achever prochainement, lorscpie j'ai été devancé par la
publication de l'éminent micrographe allemand. Bien c[ue mes observations
ne soient que la confirmation des siennes, je les publie cependant, parce
qu'elles les complètent et les rectifient sur quelques points d'un intérêt
assez important.
)) Ces çranules existent dans le cvtosome de toutes les Grésarines, sans
aucune exception. On les retrouve également chez quelques Infusoires ci-
liés (Nvcotherus et Balantidium) qui, comme les Grégarines, mènent une
vie parasitaire, à l'intérieur de l'intestin de leurs hôtes.
» Leurs dimensions sont très diverses. J'en ai mesuré dont le plus grand
diamètre égalait depuis \<j. ou 2;z jusqu'à 20a. Leurs formes sont égale-
ment fort différentes : tantôt ovales aplaties, tantôt sphériques, tantôt en
disques, tantôt plus ou moins irrégulières. Malgré cette variabilité, chaque
espèce de Grégarine ou d'Infusoire en possède cependant une forme ca-
ractéristique et spécifique. Les gros granules, arrivés à leur accroissement
complet, en effet, se présentent toujours avec une forme et des dimensions
semblables, spéciales à chaque espèce. Aussi suis-je persuadé que, dans
les cas oii la détermination des espèces de Grégarine est difficile (par
exemple, les Grégarines des Lombrics), les gros corpuscules amviacés, que
j'appelle caractéristiques, pourront fournir un excellent critérium spéci-
fique.
» Parmi les granules de grande taille, on en trouve assez fréquemment
dont la masse est différenciée eu couches concentriques, semblables à
celles de l'amidon végétal. Cette stratification devient surtout apparente
après le gonllemcnt artificiel des granules et leur coloration par l'iode.
» Examinés à la lumière polarisée, les niçois croisés, ils montrent tous
une croix de polarisation semblable à celle de l'amidon végétal. Avec les
corpuscules de grande taille, cette croix apparaît déjà très nettement à la
lumière diffuse ; mais, cpiand on veut la voir sur ceux de moyenne et de
petite taille, il faut recevoir les ravons solaires directement sur le miroir
du microscope. I^a croix de polarisation devient alors très nette, même
avec les granules ne mesurant que 2 [j..
» Frenzel affirme que, placés dans le chlorure de sodium à 10 pour 100.
ils s'y altèrent et finissent par s'y dissoudre. J'en ai tenu pendant deux à
C. R., 1886, 1" Semestre. (T. Cil, .N° 2.) it)
C 122 )
trois jours clans cette solution, sans leur voir éprouver la moindre modifica-
tion. Ils avaient encore conservé toutes leurs propriétés optiques.
Traités par l'iode ('), ils se colorent en jaune brunâtre; ajoute-t-on alors
à la préparation de l'acide sulfurique à 4o pour loo, on les voit se gonfler
en se distendant et se plissant de façons fort diverses, en même temps la
coloration devient d'un joli violet lilas. Pour bien observer cette réaction,
et toutes les autres d'ailleurs, il faut, bien entendu, avoir soin d'écraser
préalablement les Grégarines ou les Infusoires, afm de mettre les granules
en liberté.
« L'acide sulfuric[ue et les autres acides minéraux concentrés les atta-
quent rapidement et les dissolvent sans en laisser de trace.
» Les alcalis, concentrés ou non, les distendent et les gonflent si for-
tement qu'ils en deviennent invisibles; mais, après lavage à l'eau distillée,
ils reparaissent en se dégonflant un peu, et la solution ioduro-iodée les
colore en A'iolet lilas.
)) Parfaitement insolubles dans l'eau froide, ils le sont au contraire
beaucoup dans l'eau chaude. Sur la platine chauffante, on les voit vers
4o° C. se distendre et se gonfler, comme sous l'action de l'acide sidfurique
étendu. Arrête-t-on là le chauffage et ajoute-t-on une goutte de la solution
iodée, ils se colorent en violet lilas. Continue-t-on, au contraire, le chauf-
fage, on ne tarde pas à les voir se dissoudre et disparaître. Le degré de
chaleur aucjuel cette dissolution s'effectue peut varier un peu d'une espèce
à l'autre. Je l'ai toujours vu compris entre 45" et 60'^ C.
» Cette solution dans l'eau chaude jouit d'un pouvoir réducteur assez
élevé sur les liqueurs cupropotassiques. En effet, mélangée avec la liqueur
de Fehling et portée à l'ébullition, elle détermine immédiatement un abon-
dant précipité de sous-oxyde de cuivre.
» J'ai mis de ces granules dans un tube avec de la diastase et les ai
chauffés pendant une heure à la température de 20°. Les granules avaient
disparu et la solution réduisit énergiquement la liqueur de Fehling. Mais
je ne saurais affirmer qu'il se fût formé du glucose, puis la solution à l'eau
chaude pure jouit du même pouvoir réducteur. Pour avoir une preuve
rigoureuse de leur transformation en sucre, il eût fallu faire fermenter la
(') Dans ces recherches, ainsi que dans celles sur Je glycogène, je me suis toujours
servi de la solution ioduro-iodée que voici : eau ioqb"', iodure de potassium 06', ij,
iode, des cristaux à saturation. Cette solution constitue un excellent réactif pour tuer
et fixer les Infusoires.
(.123 )
solution riiastasique. Je n'ai pas eu assez de matériaux pour réaliser cette
expéi'ience.
» De l'ensemble de ces observations, il est évidemment incontestable
que la substance composante de ces granules appartient à la série amy-
lacée; mais je crois que, dans cette série, on doit plutôt la rapprocher de
l'amidon que du glycogènc. En effet, la coloration par l'iode en jaune bru-
nâtre, puis en violet lilas après gonflement, se retrouve absolument iden-
tique chez l'amidon des Floridées. Le glycogène ne se rencontre jamais en
capsules solides, insolubles dans l'eau froide, ayant des formes spécifiques
et jouissant de propriétés polarisantes. Tous les amidons végétaux, au con-
traire, sont doués de ces propriétés et sont plus ou moins solubles dans
l'eau chaude. I^e glycogène, enfin, ne réduit pas la liqueur cupropotas-
sique, tandis que l'amidon soluble est réducteur. .Te crois donc qu'on
devra remplacer la dénomination deparaglycogènc, proposée par Butschli,
par celle de zooamylum qui, en précisant mieux la parenté chimique de
ces granules, indique leur origine animale.
» Au point de vue chimique, ce zooamylum offre un grand intérêt, puis-
qu'il nous montre une substance amylacée réductrice des liqueurs cupro-
potassiques, sans qu'on puisse la soupçonner d'un mélange avec du glu-
cose.
)) Au ])oiut de vue de la physiologie cellulaire générale, leur mode de
formation n'est pas moins intéressant. En effet, ces granules amylacés,
avec leurs formes solides si bien définies et si spécialisées, prennent nais-
sance au sein de la masse sarcodique, sans l'intermédiaire d'organes parti-
culiers, comparables aux amvloplastes des végétaux. »
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — L'action chloropIiyUienne dans l'obscurité ultra-
violette. Note de MM. G. Boxxier et L. Maxgix, présentée par M. Du-
chartre ( ' ).
» On enseigne habituellement que l'action chlorophvllienne, c'est-à-dire
l'absorption d'acide carbonique et l'émission d'oxygène qui se produisent
dans les tissus vivants à chlorophylle, n'a lieu que sous l'influence de la lu-
mière.
(') Ce travail a été fait a\i lalioratoire fies Reclieiclies ijotaniqiies rie l'Ecole Nor-
male supérieure.
)' Par lumière, on entend l'ensemble des radiations perceptibles pour
l'œil. On admet que les radiations qui seules provoquent la fonction chloro-
phyllienne sont comprises entre les deux radiations, de réfrangibilité déter-
minée, qui limitent la partie visible du spectre; et l'on sait, par des travaux
récents, que ce sont seulement les radiations absorbées qui agissent, c'est-
à-dire celles qui correspondent au\ bandes d'absorption de la chlorophvlle.
)) Mais il faut remarquer que la définition des radiations lumineuses est
purement subjective et que les limites de la partie visible du spectre peu-
vent varier sensiblement pour des individus différents. En outre, on ne
saurait entrevoir aucune relation entre les propriétés des radiations qui,
transmissibles à travers l'œil, impressionnent la rétine et les radiations qui
provoquent chez les plantes vertes la fonction chlorophyllienne. La concor-
daiice entre les limites qui comprennent les radiations utiles dans ces deux
phénomènes semble donc improbable.
)i D'ailleurs, l'une des principales bandes d'absorption de la chloro-
phylle se trouve précisément coupée par la limite du spectre visible, du
côté des rayons les plus réfrangibles, de telle sorte qu'une partie seulement
de cette bande d'absorption se trouve comprise dans le spectre visible,
tandis que l'autre partie est située dans l'obscurité, au delà des radiations
violettes extrêmes. Or les radiations qui correspondent à cette seconde
partie de la bande sont invisibles pour notre œil, et cependant il n'y a
aucune raison ])our qu'elles n'agissent pas comme les autres sur l'action
chlorophyllienne, puisqu'elles sont absorbées par la chlorophylle.
» Ces diverses raisons nous ont conduit à chercher si l'action chloro-
phyllienne qu'on peut maintenant mettre en évidence dans la région la
plus réfrangible du spectre (' ), oii l'on prévoyait qu'elle doit avoir lieu, ne
se produit pas aussi dans l'obscurité ultra-violette, là on l'on n'avait jamais
soupçonné son existence.
» La plus grande difficulté qu'on rencontre dans ces recherches est due
au phénomène respiratoire qui se manifeste en même temps que l'action
chlorophyllienne et vient en masquer les effets. Or, comme la respiration
est relativement intense sous l'influence de ces radiations très réfrangibles,
il se trouve que la résultante totale des échanges gazeux est dans un sens
opposé à l'échange chlorophyllien, de telle sorte que, même si l'action
chlorophyllienne se produit, on ne constate, en somme, qu'une absorption
(' j Aous publierons piocJiaiiicmeiU des expériences sur celle queslioii.
( ''■^' )
fl'oxygèneet une émission d'acide carbonique; autrement dit, cette action
est, en apparence, annulée par la respiration.
» Nous avons démontré, dans nos recherches sur hi respiration, que le
rapport ilu volume de l'acide carbonique émis au volume d'oxygène
absorbé est indépendant de la nature des radiations que reçoit la plante;
l'action chlorophyllienne, au contraire, est sous l'influence immédiate de
ces radiations. Si donc on choisit une plante déterminée, à un moment où
le rapport -^ est plus petit que l'unité, ce ra[)port devra rester invariable,
quelles que soient les radiations reçues par la plante, si la respiration seule
se manifeste. Au contraire, dans le cas oii l'action chlorophyllienne vient
se superposer au phénomène respiratoire, ce rapport des gaz échangés,
qui exprime alors la résultante des deux phénomènes, inverses l'un de
l'autre, sera modifié. On peut calculei' facilement que, dans ce cas, le rap-
port doit augmenter lorsque l'action chlorophyllienne se manifeste.
» Par conséquent, en mettant des plantes dans l'obscurité infra-rouge
extrême (obscurité ordinaire), puis dans l'obscurité ultra-violette, deux
choses peuvent se produire : si le rapport reste invariable, c'est que l'ac-
tion chlorophyllienne n'existe pas; si le rapport s'élève d'une manière sen-
sible, c'est ,quc les radiations ultra-^ iolettes provoquent la décomposition
de l'acide carbonique.
» Les appareils qui nous ont scr^ i pour chercher la solution de cette
question sont les mêmes que ceux que nous avons employés dans nos
recherches sur la respiration et sur l'action chlorophyllienne; seulement
le récipient en verre entourant les plantes était remplacé par un récipient
dont les parois, non transparentes pour la lumière, ne laissaient passer
que les radiations ultra-violettes ; celait, soit du verre violet obscur tel
que celui dont on se sert dans les études de florescence, soit du verre ar-
genté. Criions cpielques résultats.
Happorl
ilii viihiiiie (le l'acide carbonique
émis au volume
(le l'oxygène absorbé
à l'obscurit(; à l'obscurité
Espèces éludiées el date des expériences. ordinaire. ultra-violette.
Picea excelsa (2 mars) 0,73 1 ,00
Sarothainnus scoparius (3 mars) 0,66 0,84
Pinus sihestris (21 mars) o,8j 0,99
Erica cinerea {\!\ mars) 0,81 0,99
llex aquifolium (10 mars) 0,76 0,96
» I.ps expériences faites en juillet sur le Pt'cea exceha, le Nicotiana Ta-
bacitm, ete., ont donné des diflérenres encore plus tjrandes.
)) On voit, par ces quelques exemples, que le rapport augmente tou-
jours d'une manière très notable quand la plante passe de l'obscurité ordi-
naire aux radiations ultra-^ iolettes.
» L'action chlorophyllienne existe donc dans cette région, oi'i elle se
trouve masquée par la respiration, comme sous l'influence des radiations
lumineuses les plus réfrangibles. On peut donc conclure de ces expé-
riences que :
» V action chlorophyllienne, se prodtdl clans Fahscarité ultra-violette. »
GÉOLOGIE. — Constatation de V existence du terrain glaciaire dans F Africnie
èquatonale. Note de M. Chapkr, présentée par M. Fouqué.
« Le territoire d'Assinie, situé sur la côte occidentale d'Afrique (côte
d'Or), par 5" de latitude nord, et coupé en son milieu parle 5* degré de
longitude ouest, est sous le protectorat de la France depuis plus de deux
siècles; il occupe une étendue de côtes d'environ 60''™, et est contigu à
l'ouest au territoire de Grand Bassam, qui est également une possession
française.
» Le cordon littoral bas et étroit qui foi-me le i-i^ âge de la mer forme la
rive gauche du grand courant dirigé est-ouest qui longe toute la côte
d'Afrique depuis le cap des Palmes jusqu'à la baie de Bénine, avec des
vitesses allant jusqu'à 3 nœuds. Ce cordon, exclusivement composé de
sable quartzeux, masque complètement le contour Arai, le rivage orogra-
phique du continent africain, dans lequel se découpent de profondes
échancrures; celle qu'occiqie la lagune d'Assinie a plus de 40*"" de pro-
fondeur.
» J'ai eu l'occasion do traverser dans ])lusieurs sens ce territoire et cette
lagune pour v faire des recherches qui m'ont amené à en étudier la con-
stitution géologique. De nom])reuses fouilles, quelques dragages en rivière,
l'examen des ravins et des berges des cours d'eau, m'ont amené aux ré-
sultats suivants :
« Les roches anciennes cristallines sont rares; l'observation directe
est confirmée sous ce rapport par le prix qu'attachent les nègres aux
fragments « venant de loin « qu'ils ])euvent se procurer et qu'ils uti-
lisent pour la trituration de certains aliments. .Te n'en ai trouvé qu'aux
( 1^7 )
chutes de la rivière de Kinndjabo. à Aboisso. T^e barrage est formé d'une
granuiite à mica noir contenant beaucoup d'épidote. Cette roche pince
dans un pli un grès ancien contenant également beaucoup d'épidote et
d'amphibole.
» Les roches qui paraissent suivre celle-ci sont des schistes sédimen-
taires très feuilletés, micacés, métamorphiques, à grain très fin, et peu
consistants.
» Ils sont surmontés parfois d'argiles sédimentaires assez compactes,
pures, rarement micacées. Le tout est recouvert d'un ^astc manteau
argileux, épais dans les parties creuses, très mince sur les hauteurs oii il
est souvent remplacé par un encroûtement ferrugineux, lequel passe assez
souvent à de la limonite et même à de l'hématite brune contenant des
fragments quartzeux.
)) Le pavs est sillonné de filons quartzeux dont les pointements se re-
connaissent à chaque instant; certains d'entre eux ont des puissances
énormes; la végétation ne permet que bien rarement d'en mesurer les
alignements qui offrent une grande variété. Ce sont les débris de ces filons
qui composent tous les cailloux que roulent les cours d'eau.
» Ceux-ci les empruntent tant aux fdons eux-mêmes dont les affleure-
ments forment saillies au-dessus des schistes tendres qu'au revêtement
précité d'argile grise dans laquelle on les trouve répandus en très grande
et très variable quantité.
M Ils sont toujours à angles vifs, jamais roulés, et le volume en est
parfois énorme; ils sont d'ailleurs épars dans la masse argileuse sans aucun
ordre, disposes par conséquent d'une façon excluant l'hypothèse d'un
transport par voie d'alluvion.
» Le seul mode de transport compatible avec la disposition précitée est
la voie glaciaire.
» Je me borne à énoncer pour le moment cette seule et inévitable con-
clusion des faits matériels observés, sans chercher à aborder la discussion
des circonstances au milieu desquelles et grâce auxquelles a pu se produire
ce résultat.
)) Je me contenterai de mentionner d'abord la singulière et très frap-
pante analogie qu'offre le sol de ce pays avec celui du massif de l'Oural
entre 58°3o' latitude nord et 59°; produits de l'érosion et roches qui les
ont fournis sont identiques ; ensuite, je ferai remarquer que le sol du conti-
nent s'élève rapidement au nord d'Assinie jusqu'à des altitudes aujour-
d'hui inconnues, et que des preuves de différents ordres témoignent que la
ligne de faite séparative du versanl sud et du versant du Niger est à très
peu de distance du fond de la lagune.
» Les moyens et le temps dont je disposais ne m'ont pas permis de
pousser plus avant cette étude à tous égards intéressante, notamment au
point de vue des intérêts français. »
PHYSIOLOGIE. — Sur l'action physiologique des sels de lithium, de rubidium
et de potassium. Note de M. James Blake. (Extrait.)
« Dans deux Communications sur ce sujet présentées à l'Académie,
M.K\chel{\oW Comptes rendus, t. CI, p. 447-708) cherche à démontrer que
les sels de ces métaux alcalins ont tous la même action physiologique, et
que leur toxicité, pour le même jjoids du métal, est à peu près la même.
» Dans un Mémoire cjue j'ai eu l'honneur de présenter à l'Académie dans
la séance du 2 juin 1839, j'ai démontré que les sels de potasse tuent en dé-
truisant l'irritabilité du cœur; c'est le seul point sur lequel M. Richet soit
d'accord avec moi (mon Mémoire a été publié dans les Archives générales
de Médecine, de la même année). Quant aux actions physiologiques des
sels de lithium et (\q rubidium, ce sont les mêmes que celles des sels de
soude, avec lesquels ils sont isomorphes, et qu'on trouvera décrites dans
le Mémoire déjà cité. Par tous ces sels la circulation est arrêtée; mais avec
les sels de potasse cela arrive par paralysie du cœur, tandis que c'est par
l'arrêt de la circulation pulmonaire que les sels de lithium et de rubidium
amènent la mort, cpiand ils ont été injectés dans les veines. Après la mort
par les sels de potasse, on trouve que le cœui- ne répond plus à aucune
irritation. Il a été arrêté en diastole, et l'on trouve du sang dans les deux
côtés, celui des cavités gauches étant parfaitement artérialisé. Après la
mort par les sels de lithium et de rubidium, le cœur (h-oit se trouve très
engorgé, au point qu'il ne peut plus se contracter. Les cavités gauches sont
tout à fait vides; l'oreillette gauche, qui seule n'est pas soumise à une grande
pression, se contracte parfaitement. Après quelques minutes, quand le côté
droit s'est dégorgé un peu, les contractions ^cntriculaires recommencent;
avec les sels de rubidium elles peuvent se continuer pendant trente ou
c{uarante-cinq minutes (').
(') De toutes les substances avec lesquelles j'ai expérimenté, ce sont les sels de ru-
bidium f[ui, à l'exception des sels d'or, entretiennent le mieux l'irritabilité du coeur
( 129 )
» Quant à la cause de la mort dans les expériences de jM. Ricliel avec
ces sels, c'est l'asphyxie produite par une action que, comme je l'ai dé-
montré, ces substances exercent sur le tissu pulmonaire et cjui empêche
l'oxygénation du sang. .Quant à la toxicité relative de ces sels, M. Richet la
trouve à peu près la même pour un même poids du métal employé. Dans
mes expériences, les sels ont été injectés dans les veines, et, les données
étant plus précises que celles fournies par les injections sous-cutanées, mes
nombres s'éloignent beaucoup de ceux de M. Richet. Ainsi la dose fatale
est
l^.it' kilograniiiie
fin poids
(lo l'animal.
Pour le littiiutn ".'9
Pour le l'uljidiuni 0,08-
Pour le |)otassiiim o,o\-
Ainsi avec les sels de lithium et de rubiilinm la toxicité relative augmente
avec le poids atomique (').
CHIMIE BIOLOGIQUE. — Recherches sur /a coagulation de l'albumine.
Note de M. Eug. Varexxe, présentée par M. Chatin. (Extrait.)
« J'ai enti'epris, avec l'aide de M. Heisch, des recherches .sur les modi-
fications qu'apportent des doses variables de différents sels au point de
coagulation du blanc d'œuf. Ces modifications sont considérables; car,
après la mort. Je pense même qu'on peut s'en servir au lieu du chlorure de sodium
pour alimenter le cœur dans les expériences phvsiologiques.
(') Ce n'est pas seulement l'action toxique relative qui va en augmentant avec le
poids atomique du métal, mais aussi l'action particulière sur l'irritabilité du cœur,
action qui se produit avec tous les métaux monovalents, excepté le potassium. Plus le
poids atomique du métal est grand, plus longtemps les contractions du cœur se pro-
longent après la mort, comme on le voit dans le Tableau suivant :
Dose fatale Durée
par kilogramme des
du poids contractions
Poids de l'animal du cœur
atomique. (métal). après la mort.
Lithium 7 0,19 10" à iS'"
Rubidium 85 0,087 3o"' à 45-"
Or 197 o,oo5 I'?'' à \5^
C. R., 1886, I" Semestre. {T. Cil, N° 2.) ^7
( i3o )
dans certains cas, la coagulation peut se produire à froid et, dans certains
autres, elle ne peut plus avoir lieu même à ioo°.
» L'albumine d'œuf, préparée par le procédé de M. Wurtz, donne une
première coagulation à 60°, puis une seconde à 75° sous la seule influence
de la chaleur. Extraite d'un œuf bien frais et battue dans l'eau distillée
(un blanc d'œuf pour 7oo'=<= à 800™ d'eau), elle se coagule aux mêmes
températures. Une plus grande dilution retarderait la coagulation.
» Tl est à noter que la coagulation se produit en une ou deux phases,
suivant la nature et la dose des sels qui agissent.
» La premièi-e, caractérisée par un louche plus ou moins épais, corres-
pond à la coagulation qui a lieu à 60" avec l'albumine pure; la seconde,
marquée par des flocons, correspond sans doute à celle qui a lieu à 75°.
Peut-être ces deux phénomènes sont-ils dus à la coagulation successive de
luparagiobuline et de la serine; c'est un point sur lequel je me réserve'de
revenir.
)) Les sels que j'ai fait agir peuvent se diviser en trois catégories :
» i" Indifférents; 2° retardant et même empêchant la coagulation;
3° favorisant la coagulation.
'b"^
» I. ïmiffÉREms : Alolybdatc f/V/w/^o/nV/yMe (').— Le molybdate d'ammoniaque
n'a qu'une action très faible. Jusqu'à os%4o de sel par litre de solution albumineuse,
la première coagulation se produit encore à 60". Il faut atteindre is'' par litre pour
abaisser à 58». Pas de deuxième coagulation.
» Chlorate de potasse. — L'action du chlorate de potasse est absolument nulle sur
la première coagulation; pour des doses croissant régulièrement de os--,ioà W, la tem-
pérature se maintient à 60°. Pas de deuxième coagulation.
» Sulfate de soude. — Pour des doses variant de o^'', i à is'' pour 1000", la tempé-
rature se maintient à 62°. Pas de seconde coagulation.
» Sulfate de manganèse. — Avec osr, 10 jusqu'à 28'' pour 1000", la première coagu-
lation se produit toujours à 62°. Pas de seconde coagulation.
» IL Sels retardant la coagulation. — Chlorure de sodium. — Son action est assez
marquée. Ainsi la première coagulation monte progressivement à un maximum de 78°
avec une proportion de ôos-- de chlorure de sodium pour iooo«- et s'y maintient.
» Au contraire, la seconde coagulation commence à 87» avec 20s'' de sel pour looo'^'^
et descend, en s'y fixant, à 83° avec 45s'' de sel.
» Sulfate de magnésie. — Jusqu'à gs' pour 1000", la première coagulation se lient
entre 58» et 60°; à partir de cette dose, elle monte régulièrement jusqu'à 74» avec loos--
de sel.
(') Les doses de sels indiquées se rapportent à i"' de solution albumineuse préparée
comme il est dit plus haut.
( i3i)
» La seconde coagulation, qui commence à 79» avec i«'' de sel, descend à 75", re-
monte à partir de aoS'' de sel à 76°, puis monte régulièrement jusqu'à 78" avec 8o5'' de
sel.
)) Hyposulfite de soude. — La première coagulation a lieu à 62° avec is'' de sel et
monte jusqu'à 79° avec 8o5''. Pas de seconde coagulation.
» lodure de potassium. — A partir de 5s' pour 1000'^'^, il se manifeste à 66° un louche
imperceptible qui n'augmente pas par la chaleur. Avec lo^'' on ne constate plus rien.
» Biiodure de mercure dissous dans iodure de potassium. — Avec os"', oi il ne se
produit qu'un très faible louche à 63°; avec oS'',io, on n'obtient plus rien, même à
rébullilion.
» Arséniale de soude. — A partir de oS'', 5o pour iooo«,^on n'obtient plus de coa-
gulation.
» Borate de soude. — A partir de os'',o.5 pour 1000='^, la coagulation ne se produit
plus.
» Sulfate de Jer. — // sujjit de o5'',ooi de sulfate de fer pour empêcher toute coa-
gulation.
n in. Sels favorisant la coagulation. — Sulfate de cadmium. — Jusqu'à la dose
de 06'', o4, la première coagulation est retardée à 64°, et la seconde ne se produit pas.
A partir de oS"",o5, la première se fait déjà à Jroid et la seconde tombe à 67" pour des-
cendre encore à 34° avec une dose de 2*'' pour 1000"'.
» Acétate d'urane. — Avec ob'',oi la première coagulation commence à 59" et la
seconde n'a pas lieu. Cette dernière commence à 76° avec os', o5 de sel pour tomber à
25° avec 16'' de sel. La première commence à Jroid à partir de ob"',io.
» Sulfate de cuivre. — Avec oS'',oo5 la première coagulation est retardée à 65°,
elle retombe progressivement jusqu'à 47° avec 06', 07 de sel; avec oS'',09 elle commence
« froid. La seconde ne commence qu'avec oS'',o9 à 70° et tombe à 00° avec is'' de sel.
» Chlorure de baryuni. — La première coagulation descend à 54° avec is'' de sel;
j)as de seconde.
» Azotate de baryte. — La première commence à 58° avec 08'", 10 et tombe à 52°
avec iG'" pour looo; pas de seconde coagulation.
» Azotate d'urée. — L'action de l'azotate d'urée est assez marquée. La première
coagulation commence à 55° avec oS"', 10 et se fait à froid a partir de oS', 3o. Pas de
seconde coagulation.
» Etnétique. — La première coagulation commence à 59° avec o8'',io de sel; elle
descend à 5o° avec 26''. Pas de seconde coagulation.
» Je continue ces i-echerches en les éLendant aux différents liquides de
l'organisme. »
(' i32 ■)
PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALK. — Expériences démontrant que, dans certaines
conditions, le inras charbonneux s'atténue da/is la terre. Note de M. V.
Feltz, présentée par M. Vulpian.
(i \m io décembre 1882, à la suite de ma Note du 6 novembre 1882,
confirmant, contrairement à l'assertion de M. Roch, le rôle des vers de
terre démontré par M. Pasteur dans lu propagation du ciiarbon, je com-
mençai, avec mon chef de laboratoire, M. Ehrmann, une nouvelle série
d'expériences devant me renseigner sur la durée de l'intensité charbon-
neuse dans la terre.
» A cet effet, je mis dans une caisse en bois, longue de o"", 54, haute
de o'",i8 et large de o'",i7, de la terre du jardin intérieur de la Faculté de
Médecine de Nancy. J'arrosai cette terre, dans ses différentes couches,
avec du sang charbonneux frais provenant de nombreux cobaves et lapins
morts très rapidement du charbon, et aussi de cultures charbonneuses
très virulentes, faites suivant les procédés de M. Pasteur et essayées
préalablement dans mon laboratoire.
» La terre, ainsi préparée, fut toujours, depuis ce moment, laissée en
plein air devant une des fenêtres du laboratoire; par conséquent, elle fut,
pendant trois ans, exposée à toutes les variations de température et à toutes
les intempéries des saisons.
. )) Au bout de deux mois, le i*"' février i883, j'inoculai avec cette terre
une série de six lapins et de six cobayes; pour certains de ces animaux, je
procédai avec de la terre sèche; pour d'autres, avec de la terre préalable-
ment délayée dans un peu d'eau distillée. J'opérais de la sorte parce que,
de l'étude comparative des virus atténués, faite sur des lapins et des co-
bayes, il résulte que le hqnn résiste mieux à leur action que le cobaye. S'il
est très difficile de trouver l'atténuation charbonneuse qui vaccine le co-
baye, il est loin d'en être ainsi pour le lapin.
» Dans toutes les expériences qui font l'objet de cette Note, j'ai toujours
procédé de la même façon.
» Les douze sujets de cette première expérience, cobayes et lapins,
périrent très rapidement du charbon; tous présentèrent, pendant la vie et
à l'autopsie, les signes macroscopiques et microscopiques du charbon.
» Le !'='• mai, le i*"' juillet et le i" octobre i883, je répétai, dans les
mêmes conditions, l'expérience du i" février i883. J'opérai chaque fois
( i33 )
sur douze auimaux, si\ lapins et six cobayes; j'arrivai les trois fois aux
mêmes résultats, c'est-à-dire que les bètes inoculées moururent charbon-
neuses au bout de trois à quatre jours.
» Les expériences du 2 janvier, du i*^^'' avril et du i^' août 1884, faites
toujours comme les j)récédentes, me donnèrent des résultats quelque peu
différents de ceux que je viens d'indiquer, en ce sens que les lapins mou-
raient moins; tous les cobayes, an contraire, succombaient comme par le
passé. C'est ainsi que, dans la série de janvier, un lapin survécut; dans
celle d'avril, il en fut de même, et trois lapins résistèrent dans la série
d'août.
» La toxicité de la terre charbonneuse restait la même c[uant aux co-
bayes; elle diminuait en ce qui concerne les lapins.
» L'expérience du i^'' novembre 1884 fut plus démonstrative encore,
car un seul des six lapins inoculés mourut du charbon le sixième jour;
tous les cobayes avaient succombé du deuxième au troisième jour.
» Dans l'année i885, je refis, avec M. Ehrmann, trois séries d'expé-
riences : la première le 3 janvier, la deuxième le 6 juillet et la troisième
le 5 décembre; cette dernière ne portait que sur cinq cobayes et quatre
lapins. Le résultat fut toujours le même : les cobayes succombèrent et pas
un seul lapin ne périt. L'atténuation du virus était arrivée à un point tel
que les six lapins du G juillet, inoculés quinze jours plus tard avec du sang
charbonneux, moururent tous du charbon en quelques jours.
» Il me parait démontré que la terre rendue charbonneuse, placée dans
les conditions indiquées ci-dessus, perd à la longue de sa virulence.
» La nature accomplirait donc dans la terre des atténuations du virus
charbonneux analogues à celles que 1 on produit artificiellement dans les
laboratoires; c'est ainsi que l'on se rendrait compte de la gravité plus ou
moins accentuée des épidémies charbonneuses.
» Me basant sur les données c{ui ressortent do ces expériences, je ne
désespère pas de la possibilité de faire des terres vaccinales anti-charbon-
neuses. »
PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE. — Sur la transmission de la morve de la mère
au fœtus. Note de MM. Cadéac et Malet.
« La transmission de la morve de la mère au fœtus, admise par les au-
teurs, n'est pas démontrée. En effet, les cas de morve, observés sur des
( i34 )
poulains d'un certain âge, peuvent être légitimement attribués à la conta-
gion immédiate ou à la contagion médiate par cohabitation ou par le voisi-
nage d'animaux morveux, quand aucune mesure sanitaire n'était prise à
leur égard.
» Dans le but de résoudre cette question, nous avons entrepris des expé-
riences sur trois espèces animales : l'espèce chevaline, l'espèce canine et
les cobayes.
» A. Espèce clievaline. — Le i5 avril iS84, une jument suitée est abattue pour cause
de morve chronique. Son muleton, âgé de douze jours, est sain; sacrifié par effusion
de sang, il ne présente aucune lésion à l'autopsie. Néanmoins, afin de vérifier s'il a la
morve en germe, nous prenons un cube du poumon, du foie, de la rate et des ganglions
de l'auge, nous triturons ces portions d'organes dans de l'eau distillée, nous filtrons
ensuite à travers un linge et nous injectons en divers points du corps d'un âne lo'^'^ de
ce liquide et 65« de sang. Résultat négatif.
» Avec le sang d'un poulain âgé de 7 mois et issu d'une jument affectée de morve
aiguë, nous avons obtenu tout récemment un résultat semblable, malgré la quantité de
sang inoculé {3o" à un âne et 4'" à deux cobayes).
» B. Espèce canine. — Un chien, issu d'une mèie morveuse, n'a présenté aucun
symptôme, ni aucune lésion, et l'inoculation du sang et des tissus, comme nous l'avons
indiqué, a été sans résultat.
» C. Cobayes. — Les conditions variées, dans lesquelles nous nous sommes placés
dans ces expériences, nous ont permis de juger si les bacilles morveux franchissent
fréquemment le placenta, s'ils déterminent des lésions dans les organes des fœtus, ou
s'ils restent à l'état latent dans l'intérieur de ceux-ci pour évoluer un certain temps après
la naissance, comme on tend à l'admettre pour la tuberculose. I^our cela, nous avons
inoculé des femelles pleines et nous avons examiné des fœtus à diverses périodes de la
gestation et des cobaj^es jeunes ou âgés nés de mères morveuses. La méthode suivie dans
ces recherches a invariablement consisté à éviter tout mélange des liquides de la mère
avec ceux des fœtus. Ayant d'abord enlevé l'utérus, l'ouverture de cet oroane, des en-
veloppes et la section du cordon ont été faites avec des instruments neufs ou préalable-
ment flambés; puis les fœtus ont été placés sous un filet d'eau, de manière à les laver
parfaitement pour les dessécher ensuite avant de les ouvrir.
» L'autopsie a toujours été faite avec de nouveaux instruments purifiés comme les
premiers, et les organes des fœtus ont été soigneusement examinés. Ceux-ci étant tou-
jours dépourvus des lésions, nous avons pris le poumon, le foie, la rate, les reins, des
ganglions; nous avons trituré et filtré comme précédemment, et le liquide résultant
de cette opération a été inoculé tantôt à un âne seul, tantôt à des cobayes et à des
chiens. La quantité de liquide inoculé a été de 2« pour chaque cobaye, de 6" pour
l'âne et de 3" pour le chien. Enfin, quand les résultats nous ont paru douteux, nous
avons toujours pris la précaution de pratiquer de nouvelles inoculations révélatrices.
» Nos expériences ont porté sur dix femelles et se décomposent ainsi :
» 1" Six ont été sacrifiées pendant la gestation, et les fœtus de deux portées ont
transmis la morve, quoique sains en apparence;
( l'^S )
» 2" Quatre ont allaité leurs petits, et ceux-ci, sacrifiés du premier au cinquante-
huitième jour, n'ont dans aucun cas transmis la maladie.
» En résumé, treize expériences dans lesquelles la morve de la mère
n'a été transmise aux fœtus que deux fois, et quelques obserA^ations
cliniques inédites nous permettent de conclure que les fils de mère mor-
veuse naissent rarement morveux. »
ÉCONOMIE RURALE. — La culture du blé à Wardrecgues (Pas-de-Calais)
et à Blaringhem [Nord\. Note de MM. Poriox et Dehéuaix, présentée
par M. Peligot.
(c 1 . Culture de Wardrecques. — La terre de Wardrecques se loue habi-
tuellement 200*^'' l'hectare, celui-ci supporte un impôt de 16*^''; cette année,
les frais de laboiu-s, de moisson et de battage se sont élevés à aGo*^''; à cette
dépense de 47^)*^% il faudra joindre celle de la fumure pour avoir l'ensemble
des frais qu'occasionne la culture d'un hectare de blé. Quand le grain se
vend 20*^' le quintal et la paille 4o*^' les 1000''°, peut-on, à l'aide d'engrais
ap])ropriés et de semences bien choisies, accroître la récolte au point
qu'elle laisse un bénéfice, ou bien faut-il renoncer à cultiver le blé, tant
que des tarifs douaniers n'auront pas artificiellement fait monter le grain
à un prix plus rémunérateur? Telle est la question que nous a^ ons essayé
de résoudre par l'expérience.
» La pièce sur laquelle ont été disposés les essais avait porté, en 1882,
des betteraves avec fumure de 40000''^ de fumier; en i883, du blé sans
fumure; en 1884, des pommes de terre auxquelles on avait donné 169''''' de
chaux à l'automne et, au printemps, 1 1 ooo'''' de fumier.
» A l'automne de 1884, la terre a été bien préparée, elle a reçu à l'hec-
tare une fumure de 85o''''' de tourteaux; le blé à épi carré a été semé au se-
moir, en lignes espacées de o™,2o.
» Au printemps, on a tracé dans la pièce des parcelles d'essai de r'
d'étendue, sur lesquelles on a distribué des engrais complémentaires :
sulfate d'ammoniaque ou azotate de soude, associés à des superphosphates
ou à du chlorure de potassium ou à ces deux sels à la fois.
» La saison de i885 a été très favorable; sans engrais complémentaire,
nous avons obtenu, sur la parcelle conservée comme témoin, 4ooo''8 de
grain et yooo""» de paille, et sur toute l'étendue de la pièce, qui avait 4*'^9.
S^oo''^ de grain à l'hectare.
(' T-5G )
» La valeur de la récolle de la parcelle témoin est donc de loHo*^''; la
dépense, en y comprenant intégralement le prix de la fumure, étant de
588'^'', il reste un bénéfice de 492*^' i> 1 liectare. Bien que les engrais complé-
mentaires aient élevé la récolte, le supplément de grain et de paille qu'ils
ont fourni couvre à peu près exactement la dépense de leur acquisition et,
par suite, le produit net n'est pas augmenté.
)) Nous rappellerons que la terre de Wardrecques, fumée avec i ■joo'^s d^
toiu'teaux à l'hectare, a encore bénéficié des superphosphates dans la cul-
ture des betteraves ('); on voit c{ue ces engrais n'ont plus montré pour le
blé la même efficacité. La cjuantité d'acide phosphorique assimilable (oS'',2
par kilogramme de terre), rpii n'était ])as tout à fait suffisante pour les luette-
raves, paraît au contraire rendre inutile l'emploi des superphosphates poin*
la culture du blé.
» En résumé, sur la jilaine de Wardrecques, le blé à épi carré a fourni
de So**'" à 52'''" de grain, laissant un bénéfice de joo^' environ par hectare
sur les parcelles d'essai; sur l'ensemble de la pièce la récolte est d'en-
viron 47*'''*-
)) Culture de Blaringhem. — Le blé à épi carré a été semé à l'automne
de 1884, sui- une pièce inclinée vers l'ouest et formée d'une terre forte à
sous-sol compact. Cette terre, acquise depuis trois ans seulement, avait
été négligée pendant longtemps et nous avons cru devoir lui donner une
forte fumure de 5oooo''s de fumier à l'hectare. Comme à Wardrecques, les
façons et les fumures ont compris toute la pièce, et c'est seulement au prin-
temps qu'on a tracé les parcelles d'essai sur lesquelles en couverture ont
été distribués les engrais complémentaires.
» Ils ont présenté une remarquable efficacité : tandis cju'avec le fumier
seul on restait à 364o''s de grain et Sqoo'^s de paille sur l'une des parcelles
témoin, à 375o''s de grain et SySo''^ de paille sur l'autre, qu'on obtenait,
sur l'ensemble de la pièce de 3''", 3, 3900''^ de grain, on obtenait, par l'em-
ploi du sulfate d'ammoniaque et des superphosphates 485o''s de grain et
Syoo'^s de paille, avec la même dose de superphosphates, (Booi^s); en sub-
stituant l'azotate de soude au sulfate d'ammoniaque, on obtenait 4760''^
de grain et gaSo'^s de paille. On a donc réalisé sur ces parcelles le magni-
fique rendement de 62'"" de grain qui mérite de fixer l'attention; car, nous
le répétons, les façons qu'elles ont reçues ont été absolument les mêmes
que celles qui ont été données à l'ensemble de la pièce.
(*) Comptes rendus, t. Cil, p. Ô4.
( i37 )
» La terre de Blaringhem est d'un prix de location moins élevé que
celle de Wardrecques; cependant, si l'on porte à la culture du blé l'en-
semble du prix de la fumure et qu'on estime le fumier à S^"^ la tonne, la
dépense de l'hectare sera 616'^''. Malgré ces frais considérables, le produit
net est encore de 336'''' à l'hectare avec le fumier seul et s'élève à 618^''
quand on a employé comme engrais complémentaire le sulfate d'ammo-
niaque et le superphosphate et à ôSg'*' quand on a fait usage d'azotate de
soude et de superphosphates.
Conclusions. — En résumé, à Wardrecques et à Blaringhem nos récoltes
ont dépassé Se'"''' de grain à l'hectare; à Grignon, cette année même, l'un
de nous a obtenu du même blé à épi carré un rendement analogue ( ' ) qui
a été en outre signalé par plusieurs autres observateurs. Nous devons
ajouter que, contrairement à une opinion généralement répandue, nous
n'avons eu aucune difficulté à vendre le blé récolté ; il a été livré à la meu-
nerie aux mois d'août et de septembre, à 2o'^%3o et 20*'', 60 les loo'^s.
» Il nous paraît évident que dans les bonnes années les cultivateurs de
la région septentrionale, devenus si habiles dans l'art de travailler leurs
terres, pourront encore, malgré les bas prix, trouver avantage à cultiver
le blé s'ds choisissent des variétés à gros rendement, susceptibles de sup-
porter de fortes fumures sans verser.
M Depuis une trentaine d'années, l'attention des agronomes s'est sur-
tout portée vers l'emploi des engrais et de remarquables progrès ont été
accomplis ; il nous paraît cependant qu'aujourd'hui les études doivent être
dirigées surtout vers le choix des semences. Les résultats déjà obtenus
montrent qu'à l'aide d'une sélection persévérante il est possible de doter
la culture de variétés infiniment supérieures à celles qu'on sème habituel-
lement. M
M. Cii. Broxgniart transmet à l'Académie un extrait d'une Lettre
adressée de Bethesda (pays des Bassoutos, Afrique du Sud) par M. Fréd.
Christol.
« Le 17 novembre, à 9'' du soir, nous avons ressenti un tremblement
de terre, et dans la nuit du 27 novembre, nous avons vu une magnifique
pluie d'étoiles filantes. »
(') Comptes rendus, t. Cil, p. SSy; Annales agronomiques, t. XI, p. 433.
C. R., 1886, I" Semestre. (T. Cil, N» 2.) ^^
( 1.38 )
M. Em. Vial adresse une Note sur le rôle de l'air dans les phénomènes
explosifs, particulièrement dans l'explosion de l'iodure d'azote.
M. L. Saxdras adresse une Communication portant pour titre : « Note
explicative jointe à la batterie pour chanteurs ou accordeur de la voix. »
M. PoixcARÉ et M. Halpiiev, dans deux récentes Communications (t. CI,
p. 991 et 12.38), ont rappelé les travaux de M. Thomé, professeur, à Greifs-
wald, sur les intégrales irrégulières des équations linéaires. C'est par
erreur que le nom de ce savant se trouve écrit Thomœ au lieu de Thomé.
A 4 heures et demie, l'Académie se forme en Comité secret.
COMITE SECRET.
La Section de Mécanique présente, par l'organe de son doyen,
M. Phillips, la liste suivante de candidats à la place devenue vacante dans
son sein, par suite du décès de M. Tresca.
En première ligne M. Boussinesq.
ÎM. Deprez.
M. Kretz.
M. Lêauté.
M. Sarrau.
Les titres de ces candidats sont discutés.
L'élection aura lieu dans la prochaine séance.
La séance est levée à 5 heures et demie. J. B.
( i39)
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Ouvrages reçus d.uss la séance du ii janvier 1886.
École ff application du génie maritime. — Construction du navire; par
M. Hauser. Paris, 1 884-1 885, cours autogr. in-4°, texte et planches.
Bulletin de l'École supérieure des Sciences d'Alger; i^fascicule, 1884. Alger,
A. Jourdan, 1884; iii-8°. (Présenté par M. Hébert.)
Matériaux pour la carte géologique de l'Algérie. MM. Pomel et Potjyanne,
Directeurs; i^^ série -.Paléontologie, Monographies locales. Alger, impr. Fon-
tana, i885; in-4°. (Présente par M. Hébert.)
Kystes, tumeurs perlées et tumeurs dermoïdes de l'iris, etc.; par E. Masse.
r\aris, G. Masson, i885; in-4''.
Mémoires de Médecine et de Chirurgie ; par E. Masse. Paris, G. Masson,
i885; in-8°.
E. Masse. Peau {Développement). Paris, G. Masson, i885; in-8°. (Extrait
du Dictionnaire des Sciences médicales du D^'Dechambre.)
(Ces trois derniers Ouvrages sont présentés par M. le baron Larrey pour
le concours Montyon, Médecine et Chirurgie.)
Exposé sommaire des théories transformistes de LamarJc, [Darwin et Hœckel;
park. ViANNA, de Lima. Paris, Delagrave, 1886; in-12.
Le véritable métropolitain ; par Ch. ïellier. Paris, impr. Ch. Schaeber,
i885; br. in-8°.
Maladie de la vigne ou le Phylloxéra ;par C. Sybillin. Lyon, impr. Jevain,
1882-, br. in-80.
Assainissement des villes par l'eau, les égouts, les irrigations; par A. Mille.
Paris, V'^Duiiod, i88G; in-8". (Renvoi au concours Montyon, Arts insa-
lubres.)
Recherches expérimentales sur les conditions de l'activité cérébrale et sur la
physiologie des nerfs ; par H. Beaunis. Paris, J.-B. Baillière, 1886; in-8''
Annales de la Société d'émulation du déparlement des Vosges, i885 ; Epi-
nal, V. CoUot; Paris, A. Goin, i885; in-8°.
Archives du musée Teyler, série H, vol. H, 3" partie. Harlem, les héritiers
Loosjes; Paris, Gauthier- Villars, i885; gr. in-8°.
( i4o )
Fondation Teyler. Catalocjue de labibliolhèque dressé par C Ekama; i'* et
2* livraisons. Harlem, les héritiers Loosjes, i885; 2 liv. gr. in-S".
Acta Universitatis Lundensis . Lunds Vniversitels ars-slmfl; t. XIX, 1882-83.
Lund, 1882-83; in-4°.
Memorie del reale Istittito veneto diScienze, Lettere ed Arti; vol. XXII, Part
I, 2. Venezia, 1882; 2 vol. \n-[f.
Atti del reale hiitulo venelo diScienze, Lettere ed Arti ; t. 11, série VI, dis[).
3, 4. 5, 6, 7, 8, 9, 10; t. III, série VI, disp. i, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Vene-
zia, 1 883-1 885; 17 liv. in-8°.
COMPTES RENDUS
DES SÉANCES
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES.
ia-<5H5H»<a
SEANCE DU EUNDI 18 JANVIER 188(;.
PRÉSIDENCE DE M. JURIEN DE LA GRAVIÈRE.
MEMOIUES ET C0MMIT:V1 CATIONS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE
Notice sur M. de Saint-Venant et sur sps travaux: par M. Ed, Phillips.
« Au milieu des pertes récentes et nombreuses t[ui oiù affligé l'Aca-
démie des Sciences, la Section de jMécanique a été particulièrement
éprouvée. La mort de son illustre et regretté Doyen, M. de Saint-Venant,
porte à trois le nombre des Membres de cette Section qui nous ont été
onknés depuis moins d'un an. Ce douloureux événement est dû à l'esprit
(1(> devoir qui animait notre Ct)nfrère, car c'est lors d'un Aoyage à Pai'is, à
l'occasion de l'élection qui va se faire dans notre Section, qu'il a été atteint
d'un refroidissement troii est résultée la maladie;» laquelle il a succombé,
le 6 de ce mois.
» M. Barré de Saint- Venant (Adhémar-Jcan-Claude) était né à Villiers-
en-Bière (Seine-et-Marne), le 23 août 1797. Il entra en i8i3, à l'âge de
seize ans, à l'École Polvtechnique, où il eut pour condisciples deux de nos
anciens Confrères, MM. Chasles et Bienaymè. Il entra ensuite dans le ser-
vice des Poudres et Salpêtres, puis il passa dans celui des i'(uits et Chaus-
C. U., 1.SS6, 1" Scniesti-Q. (T. Cil, N° 5. J '9
( '42 )
sées, après être sorti le premier de son École d'application. Pendant vingt-
cinq ans, il se livra, comme ingénieur des Ponts et Chaussées, à des travaux
pratiques sérieux. C'est en cette qualité qu'il fut attaché successivement à
un port de mer, aux canaux de navigation d'Arles, du Nivernais, des Ar-
dennes, qui comprenaient des ouArages importants' de tout genre; à ceux
de la rivière d'Yonne, à ceux des routes et ponts de plusieurs arrondisse-
ments. Il ne s'y est pas tenu dans les sentiers battus. C'est ainsi qu'il a
employé un procédé nouveau de fondation dans les terrains difficiles. Il a
indiqué aussi le moyen qui est aujourd'hui mis à exécution pour opérer une
vaste transformation agricole, celle de la Sologne. Ses Mémoires d'hydrau-
hque agricole ont été honorés, en 1849, d'une médaille de la Société
d'Agriculture. Disons, à ce sujet, que, en i85o et à la suite d'un concours,
il fut nommé professeur de génie rural à l'Institut agronomique que l'on
venait de fonder à Versailles. Il a aussi, et sur la proposition de Coriolis,
été chargé de professer à l'École des Ponts et Chaussées. Enfin, le 20 avril
1868, il fut élu Membre de l'Académie des Sciences, en remplacement du
général Poncelet.
» En 1848, alors qu'il était jeune encore et attaché, comme ingénieur en
chef, aux Travaux de la Ville de Paris, il prit sa retraite et se consacra
exclusivement à son goût pour la Science, et principalement pour la branche
de la Mécanique, peut-être la plus importante et assurément une des plus
difficiles, celle qui traite de l'élasticité des corps et de leur résistance. Il
serait impossible de citer, fût-ce par une simple mention, les très nombreux
travaux de notre regretté Confrère. Nous de\ ons nous borner à un exposé
succinct des principaux d'entre eux.
» Et d'abord, à l'occasion de son enseignement à l'École des Ponts et
Chaussées, il avait été conduit à remarquer que la flexion des pièces so-
lides était nécessairement accompagnée de mouvements relatifs transver-
saux et longitudinaux qu'il a appelés glissements. Ces glissements relatifs
contribuent aux ruptures ou aux altérations de la cohésion en augmentant
les écartements moléculaires qu'il faut maintenir dans de prudentes li-
mites. Il a donné en conséquence une formule ou équation nouvelle de
non-rupture établie en tenant compte de ce nouvel élément. Dès l'année
suivante, i83g, Poncelet, dans son cours à la Faculté des Sciences de
Paris, cita cette formule de résistance qu'il qualifia de « très remarquable w
et dont il prit la j)eine de chercher et de donner une démonstiiiiion élé-
mentaire.
» M. de Saint-Venant a fait aussi, en i838, lai autre Iravail important sur
( i43)
le même sujet. Auparavant, dans les calculs relatifs à la flexion des pièces à
section transversale constante, on négligeait l'influence exercée par la
contraction ou la dilatation de la fibre moyenne. Il en résultait une cause
d'erreur souvent considérable, principalement pour les arcs courbes mé-
talliques comme ceux des ponts de chemins de fer. C'est cette lacune im-
portante que notre éminent Doyen a comblée le premier. Depuis, M. Bresse
a repris celte question en y introduisant quelc[ues éléments nouveaux et
a construit des Tables fort utiles, fréquemment consultées par les ingé-
nieurs.
» En i8'i3, ÎM. de Saint- Venant a publié trois Mémoires d'une grande
valeur scientifique et auxcjuels l'Académie des Sciences a accordé sa plus
haute récompense, l'insertion dans son Recueil des Sa^^'anis élrangers. Ils se
rapportent à la déiormaliou et à la l'ésistance des pièces et courbes élas-
tiques à double courbure, soumises à des forces quelconques.
» Lagrange a donné le premier des éciuations pour la solution de ce
problème. Mais il les fondait sur la supposition que ces forces ne font va-
rier c[uc les angles de contingence tle la ligne moyenne, comme si elles
n'avaient, en chaque point, de moment qu'autour des normales à ses plans
osculateurs.
» liinet a signalé l'omission d'un autre moment composant, s'exerçant
autour de la tangente. Poisson, en en tenant compte, déduisit deséquations
un théorème consistant en ce que, pour un axe primitif et une section
transversale de formes quelconques, ce moment, qui tend à tordre, serait
constant d'un bout à l'autre de la lige courbe dans son état d'équilibre.
M. de Saint-Venant a démontré que ce théorème n'a lieu que lorsque la
tige était primitivement tlroite et que la section est d'une des formes
d'égale flexibilité, comme le cercle, le carré, etc.
» Pour tout autre cas, les forces, après la déformation, ont un troisième
moment composant qui s'exerce autour du rayon de courbure, et ce moment
était omis dans les travaux cités. M. de Saint-Venant a, de plus, reconnu
cpie la flexion ne dépend pas seulement du changement de la premièi'e
courbure des tiges et la torsion de celui de leur deuxième courbure. Il a
fait voir qu'elles dépendent aussi d'un autre élément qui est le déplace-
ment angulaire du rayon de courbure sur le plan de la section correspon-
dante. On comprend, en effet, que l'état de la tige courbe après sa défor-
mation dépend, non seulement de la forme de son axe ou de sa ligne
moyenne, mais encore de l'orientation des sections par rapport aux plans
osculateurs de cette ligne. En partant de ces principes, il a posé les équa-
(' iVi )
lions différentielles du problème et a j3u les intégrer dans le cas le plus
usuel, où les déplacements des points sont très petits. Depuis, ces formules
ont été démontrées directement et publiées par M. Bresse, en iSSg, dans
son Cours de l'École des Ponts et Chaussées.
» Je passe maintenant à un Mémoire de M. de Saint-Venant Sur la tor-
sion des prismes ou cylindres à base quelconque, lequel, pour beaucoup de
savants, peut être regardé comme son chef-d'œuvre.
» Coulomb, en 1784, a donné la formule de torsion pour les cylindres
ou fds élastiques à section circulaire.
» Depuis, on avait cru que cette loi s'appliquait à des prismes ou cvlindres
ayant des sections de forme quelconque, c'est-à-dii-e que les sections planes
et normales à l'axe restaient telles après la déformation, et que les angles
de torsion étaient toujours inversement proportionnels aux moments
d'inertie de celles-ci autour de l'axe de torsion. Notre éminent et regretté
Confrère a découvert, en 1847, et développé, en i853, la véritable lo^ de la
torsion, reconnue telle par Cauchv ainsi que par la Commission de l'Aca-
démie, composée de MM. Poncelet, Piobert et T.amé, rapporteui-, et sur
l'avis de laquelle le Mémoire fut inséré au Recueil des Savants étrangers.
Cette loi, très simple, consiste en ce que. quand l'élasticité est égale dans
les sens transversaux, les sections droites, primitivement planes, se gau-
chissent ou prennent la forme d'une surfine légèrement courbe qui jouit
de la double propriété d'avoir partout ses deux courbures égales et oppo-
sées et de couper normalement, aux points du contour, la surface latérale
déformée du jirisme ou cUindre dont les arêtes sont devenues des hélices.
)) M. de Saint-Venant est parvenu à résoudre ce problème au moyen
d'une méthode nouvelle, qu'il a appelée méthode mixte, et dans laquelle il
se donne a priori une partie des inconnues ou certaines relations entre
elles. 11 en résulte comme conséquence une certaine distribution, théori-
quement obligatoire, des forces données, appliquées sur les deux bases du
prisme. Mais, dès que les dimensions transversales sont petites, comparées
à la longueur de la pièce, cette distribution est indifférente, pourvu que la
résultante de translation et le moment résullaiit restent les mêmes. Les
conséquences de cette théorie ont été, du reste, vérifiées expérimenta-
lement par l'auteur, et l'indifférence, au degré d'approximation désirable,
du mode de distribution des forces appliquées aux extrémités a été démon-
trée depuis par M. Boussinesq. dont la démonstration s'applique aussi au
cas de la flexion ainsi qu'à celui de la traction ou de la compression longi-
tudinale.
( Ti) )
» Cette solution remarquable était appelée à faire sensation et cette
méthode mixte a reçu le nom de Problème de Saint-Venant, nom qui lui a
été donné, d'abord par M. Clebsch, puis par MM. Kirchhoff, Thomson,
Tait, etc.
» M. de Saint-Venant a aussi appliqué sa méthode mixte à la question
de la flexion des prismes et des glissements relatifs qui l'accompagnent.
Voici à quel sujet.
') La théorie ordinaire et partout enseignée de la flexion des prismes se
base sur deux hypothèses : i" que les sections transversales restent planes
et normales aux fibres; et i° que celles-ci se comportent comme de petits
prismes isolés ou sans action les uns sur les autres. Le savant auteur a
reconnu (jue ces deux hypothèses ne sont vraies que dans un cas excep-
tionnel, celui de la flexion égale ou uniforme d'un bout à l'autre, c'est-
à-dire en arc de cercle, déterminée par des forces transversales faisant
couples à chaque extrémité. Dans tous les autres cas elles sont fausses.
Les sections se courbent et s'inclinent sur les fibres et celles-ci exercent
entre elles une sorte de frottement ou d'entraînement mutuel dans le sens
de leur longueur. Il est remarquable toutefois que cette inexactitude des
hypothèses n affecte pas les fornuiles des dilatations et tensions des fibres
et du moment de (le\i<ni. Mais elles sont insuffisantes et ne donnent point
tout ce qui se passe.
» Elles ont en conséquence besoin d'être complétées, corrigées, tant
sous le rapport de la forme nouvelle de la pièce c[ne sous celui de son
danger de rompre, et cela par la prise en considération des glissements
déjà signalés au commencement de cet article, mais dont la méthode
mixte apprend à déterminer plus complètement la vraie valeur qui,
variable aux divers points d'une même section, est généralement nulle à
son C(nitour et maximum à son centre. Disons à ce sujet qu'en appliquant
la méthode mixte de M. de Saint-Venaul au cas d'une pièce de faible sec-
tion et de forme courbe suivant sa longueur, on a pu résoudre, avec la
précision nécessaire, une question d'un grand intérêt pour la chronomé-
trie.
1) M. de Saint-Venant s'est occupé aussi d'une manière très utile de la
question du choc des barres.
» Navier a donné, pour le mouvement vibratoire d'une barre élastique,
une formule, en série de sinus, qui tient compte de l'inertie en vertu de
laquelle ses di\ erses parties ne s'ébranlent que successivement. Poncelet,
au mo\ende l'addition d'une deuxième série transcendante, a complété la
( 146 )
solution en la rendant applicable au cas le plus fréquent, où la barre ne
posséderait pas une certaine tension préalable que Navier lui supposait.
M Le problème du choc transversal est pratiquement plus important. Il
est aussi plus complique. Notre regretté Confrère a su néanmoins le ré-
soudre complètement. Il a pu obtenir le déplacement transversal des points
sous forme d'une série de sinus et d'exponentielles. Il en a comparé les
résultats avec ceux des nombreuses expériences de M. Hodgkinsou et de
la Commission anglaise de l'enquête sur les fers. La formule empirique
par lat[uelle celui-ci représente les flèches dynamiques ne diffère de celle
de notre Confrère que par un coefficient, { ^w lieu de ■—. On ne peut dé-
sirer un accord plus complet.
» On connaît les belles expériences de i»t. Tresca sur les déformations
que subissent les corps solides ductiles lorsqu'ils sont soumis à de fortes
pressions qui les déforment au delà de leur limite d'élasticité. En faisant
usage de considérations de Cinématique, il avait représenté par des for-
mules très simples les principaux résultats de ses recherches. M. de Saint-
Venant a édifié la théorie analytique de cette nouvelle branche de la
Mécanique, en y introduisant la notion des forces et l'appuyant sur deux
principes : l'un de la constance de la densité et l'autre de l'égalité en
chaque point de la force tangentielle maxima au coefficient de rupture par
cisaillement. Dans une Note présentée à l'Académie le 7 mars 1870, il a
résolu, au moyen de cette théorie, le cas où la déformation a lieu parallè-
lement à un plan donné. Plus tard, le 20 juin 1870, notre Confrère,
M. Maurice Lévy, présentait à l'Académie un Mémoire dans lequel il appli-
quait avec succès cette môme théorie au cas général où tout est symétrique
autour d'un axe, comme cela avait lieu dans les expériences de M. Tresca.
» L'admiration que M. de Saint-Venant n'a jamais cessé de professer
pour les savants et consciencieux travaux de son ancien maître, Navier,
qui ont opéré dans la théorie de la résistance et de l'élasticité des solides
une si heureuse révolution, l'avait porté à annoter ses leçons. Il eu est
résulté une nouvelle édition du Cours de Navier, parue en i858, et qui
forme un Ouvrage presque entièrement neuf, car les notes de M. de Saint-
Venant y occupent un espace beaucoup plus grand que le texte primitif.
Bornons-nous à citer, parmi elles, un historique complet des progrès de la
science de l'élasticité depuis le moyen âge jusqu'à nos jours; d'importantes
Notes sur la rupture par compression, par flexion et par torsion; un ex-
posé général des principes de la théorie de l'élasticité. Nous devons encore
mentionner deux appendices considérables sur les expressions générales
des forces élastiques dans les solides, la classification des diverses sortes de
coefficients; leur réductibilité dans le cas le plus général; puis, celte ré-
ductibdité à deux on à un dans le cas de l!isotropie. Enfin, il a montré leur
réductibilité à six ou à trois dans les corps primitivement isotropes, mais
qui ont été déformés d'une manière permanente par l'application tempo-
raire de trois fortes pressions ou tractions inégales suivant trois directions
rectangulaires. Ce dernier cas est fort intéressant pour la pratique, car il
comprend notamment les corps qui ont été déformés par le forgeage, l'é-
tirage ou le laminage, et il est traité dans un Mémoire inséré en 1 863-64
dans le Journal de Mathématiques de M. liouville.
» On peut juger par ce qui précède de l'importance de l'œuvre scienti-
fique de notre vénéré Doyen. Jusqu'à l'âge le plus avancé, il a conservé
la même vigueur et intelligence et la même puissance de travail. Quoique
vivant loin de nous, il se rappelait fréquemment à notre souvenir par de
fortes Communications cpii témoignaient que l'âge n'avait pas affaibli ses
belles facultés et, quelques jours avant de succomber, il signait de son lit
le bon à tirer d'une Note envoyée à l'Académie. Il y a peu de temps il
avait eu la douleur de perdre la compagne de sa vie; mais il lui restait la
consolation de voir réunie autour de lui luie nombreuse famille d'enfants
et de petits-enfants. C'est dans leurs bras qu'il s'est éteint, fidèle à la foi
religieuse qu'il avait toujours possédée. Sa vie si longue et si bien remplie,
toute de travail et d'honneur, est un noble exemple à suivre pour tous
ceux qui ont eu le bonheur de le connaître et qui restent derrière lui. »
ASTRONOMIE. — l^ouvcau bain de mercure, atténuant les trépidations du sol.
Note de M. Mouchez.
(c Malgré les nombreuses recherches qui ont été faites, l'observation
régulière du nadir n'a jamais été possible jusqu'ici à l'observatoire de Paris,
à cause des trépidations du sol. Notre habile artiste, M. Gautier, vient de
résoudre complètement ce problème par une nouvelle disposition aussi
simple que pratique : une cuvette cylindrique en fonte contenant la provi-
sion de mercure porte en son centre un axe taraudé; une deuxième cuvette
un peu plus petite, munie d'un écrou correspondant, se visse sur cet axe;
elle est percée d'une petite ouverture par laquelle entre la couche de mer-
cure réfléchissante quand, en vissant la cuvette, on la fait descendre dans le
bain. Cette couche de mercure devient alors insensible aux vibrations, mais
( i/,8 ;
à foiulitioii que l'écroi'i ne soit ni Irop serré, ni trop libre; clans le premier
cas, les deux cuvettes devenant entièrement solidaires, les trépidations se
transmettent comme dans le bain de mercure ordinaire; dans le second cas,
la deuxième cuvette devenant trop flottante semble prendre un équilibre
instable sur l'effet des trépidations du sol, qui produisent alors sur le mer-
cure des ondulations lentes et prolongées rendant l'obsei-vation impossible.
Les essais de ce nouveau bain avant donné d'excellents résultats, il va être
exclusivement adopté pour l'observatoire de Paris. ).
ASïROXûMii:. — Photographies astronomiques de MM. l'aid Henrv
et Prosper Heiu-v, présentées par M. Mouchez.
« J'ai eu l'honneur, il y a dix-huit mois, de présenter à l'Académie les pre-
miers essais de photographie stellaire faits par MM. Henrv, à l'observatoire
de Paris, avec un appareil pro\'isoire, dans le but spécial de faciliter la
construction de la Carte écliptique. La réussite de ces premiers essais
m'avait décidé à accepter leur proposition de faire construire de suite par
M. Gautier un grand appareil définitif dont ils se chargeaient de faire eux-
mêmes l'objectif photographique lie o'", 34. L'instrument a été mis en place
en avril et, dès le mois de juin, j'ai pu présenter à l'Académie les premières
très belles épreuves obtenues dans la voie lactée.
» Depuis lors, MM. Henrv ont continué leurs travaux avec un succès
c|ui a dépassé toutes nos espérances. Les résultats obtenus sont jugés par
des astronomes les plus compétents de l'étranger comme étant la per-
fection même et présentant la plus grande importance pour l'avenir de
l'Astronomie.
)> A l'observatoire de Paris, nous obtenons maintenant couramment en
une heure de pose des clichés de 6° à 7" carrés sur lesquels sont reproduits
avec un éclat et une pureté de contours extrêmes tous les astres au nombre
de plusieurs milliers jusqu'à la 16' grandeur, c'est-à-dire bien au delà de
la visibilité que donnent nos meilleures lunelles sous le ciel de Paris.
» Nous avons même obtenu bien des étoiles de 17^ grandeur qui n'ont
sans doute jamais été vues encore.
» Les images des étoiles ayant un diamètre proportionné à leur gran-
deur, on en tirera certainement luie donnée fort intéressante pour les me-
sures photométriques
» Outre les étoiles, on découvre aussi quelquefois sur les clichés d'autres
( '49 )
objets invisibles dans nos plus grands instruments. Telle est la nébuleuse
près de l'étoile Maïa, dans les Pléiades, qui est venue se dessiner comme
une petite queue de comète très brillante touchant à l'étoile, et qui n'avait
jamais été encore signalée, bien que l'amas des Pléiades soit une des con-
stellations les plus étudiées de notre ciel.
)) I.a mesure des étoiles doubles et multiples va se trouver grandement
simplifiée à l'avenir, par la possibilité d'opérer ces mesures avec autant de
facilité que de précision sur des photographies.
)» Sur l'épreuve de Saturne soumise à l'Académie, la séparation de l'an-
neau, qui est de o",4, étant très visible, on peut espérer obtenir des étoiles
doubles distantes de cette quantité.
)) Nous avons obtenu déjà de belles images des principales planètes; et,
sur le cliché de Neptune, le satellite a pu être photographié dans toutes les
parties de son orbite, et même dans sa position la plus rapprochée, qui est
actuellement inférieure à 8".
» Nous es[)crons donc pouvoir appliquer la Photographie, non seule-
ment au service régulier de la Carte du ciel, mais aussi à l'étude des étoiles
doubles et à la recherche d astres encore inconnus.
» Parmi les principales photographies déjà obtenues, je crois devoir
citer les suivantes :
» 1° Quarante-deux grandes épreuves de la Voie lactée et de diverses
régions du ciel.
)) 2° Une photographie des environs de s Lyre qui montre après deux
heures de pose des étoiles beaucoup plus faibles que la debiUssima
d'Herschel et inférieures à la i6^ grandeur.
» 3" Une épreuve faite dans les environs de Véga, qui montre des
étoiles plus faibles encore que les précédentes; quelques-unes de ces
étoiles n'ont certainement jamais été vues.
» 4° Photographies tles amas d'Hercule, de Sobieski, d'Ophmchus, de
Persée et plus de six cents épreuves d'étoiles doubles ou multiples.
Quelques-unes de ces épreuves, destinées à des mesures micrométriques,
ont été faites avec une pose très courte; elles se rapportent aux Pléiades, à
Prtesepe et Ophiuchus.
» 5° La nébuleuse d'Orion a été photographiée avec succès; une pose
de deux heures, beaucoup trop longue pour les parties les plus lumineuses,
montre au contraire avec une très grande netteté les plus faibles détails.
» 6° On a obtenu enfin îles résultats non moins remarquables dans la
photographie des planètes et dans la photographie spectrale.
» C'est donc un vaste et nouveau champ d'études ouvert à l'activité des
G. K.. iSSe, \" Semestre. (T. Cil, -\" 3.) ^^
( i5o )
astronomes. Profitant d'une soirée de beau temps, tout astronome pourra
en effet recueillir avec un appareil photographique comme le nôtre deux
ou trois clichés contenant chacun plusieurs milliers d'astres d'une pureté de
définition et d'une exactitude absolue de position, qui, transportés dans son
cabinet de travail, lui procureront plusieurs mois de recherches fructueuses,
à l'aide d'un simple microscope muni d'une vis micrométrique.
» Cette étude se fera en outre avec bien plus de facilité et moins de
fatigue qu'à l'aide de ces lunettes de dimensions exceptionnelles qu'on
construit aujourd'hui à grands frais dans divers observatoires, sans qu'on
soit encore assuré c^u'elles apporteront une supériorité bien sensible sur
les instruments de movenne dimension actuellement en usage, et qui ne
peuvent d'ailleurs être utilement employées que par de rai'es belles nuits.
w Quand on voit avec quelle extrême facilité on peut obtenir ainsi, en
une heure, ces Cartes d'amas d'étoiles qui auraient exigé des années de
travail assidu par les anciens procédés, on comprend qu'il s'impose aujour-
d'hui un devoir impérieux aux astronomes, c'est d'entreprendre immédia-
tement le levé de la Carte complète du ciel, pour léguer aux astronomes
des siècles futurs l'état du ciel à la fin du xix' siècle.
» Ce sera le monument scientifique le plus considérable de cette époque ;
il augmentera de valeur avec le temps et donnera certainement lieu à bien
des découvertes inattendues et à des études du plus haut intérêt.
i> J'ai déjà dit comment ce vaste travail, réparti sur tout le globe entre
huit ou dix observatoires bien situés, pourrait se faire sans grands frais, en
quelques années, et permettrait de fixer ainsi la position actuelle de Aingt
ou trente millions d'étoiles; plusieurs observatoires ont déjà offert leur con-
cours, s'ils trouvent la possibilité de se procurer les appareils nécessaires.
» Il paraît bien indispensable d'établir le plus tôt possible une semblable
entente; car, si l'on n'y réussissait pas, plusieurs observatoires entrepren-
dront certainement bientôt de faire isolément de la photographie stellaire,
chacun à une échelle et par des procédés plus ou moins différents. Il en
résulterait un regrettable désordre dans l'ensemble du travail, beaucoup de
lacunes, de doubles emplois, de forces et de temps perdus.
)) Une réunion des directeurs des principaux observatoires ou de leurs
représentants pourrait bien facilement établir cette entente si désirable.
» La seule objection, peu sérieuse d'ailleurs, qui ait été faite jusqu'ici,
est celle de la déformation possible des images, provenant de quelque dé-
faut de l'objectif; mais cette déformation est absolument insensible dans
l'appareil de l'Observatoire, sur des images de 2"3o' à '3° de diamètre, et les
méridiens et les parallèles pourront facilement se tracer sur les Cartes à
( i5r )
J'aide d'un instrument spécial, qui est en construction. Il est bien évident
d'ailleurs que des Cartes célestes ne peuvent, pas plus que des Cartes géo-
graphiques et toute construction graphique, donner des positions absolues
avec la même rigueur que le calcul ; il sera toujours nécessaire de faire des
Catalogues d'étoiles fondamentales, servant de point de repère; mais ce
que les Cartes célestes donneront avec ime extrême précision, c'est la posi-
tion relative des astres voisins, qui est le document le plus important pour
découvrir bien facilement leurs mouvements propres. On pourra alors les
rapporter aux fondamentales les plus voisines, en cherchant à reconnaître
s'il y a quelque loi commune à établir dans la marche de ce nombre infini
d'astres.
» Quand on se rappelle que c'est au milieu de l'atmosphère si troublée,
si défavorable de Paris, qu'ont été obtenues les photographies d'étoiles
inférieures à la i6* grandeur, il est difficile d'imaginer la quantité prodi-
gieuse d'astres nouveaux qui viendraient se révéler sur les clichés de
MM. Henry si ces astronomes pouvaient établir leurs appareils sous le ciel
si pur des tropiques ou dans des stations aussi favorables que le Pic du
Midi; il est permis de croire qu'ils obtiendraient peut-être alors des étoiles
de 18'' grandeur et qu'on pourrait pénétrer bien plus profondément dans le
ciel qu'on n'a pu le faire jusqu'ici ; leurs clichés prendraient, sans doute, à
quelque distance, l'apparence d'une nébulosité continue, comme le ciel lui-
même dans les belles nuits tropicales.
» Bien des corps inconnus ayant une marche sensible pendant une heure
ou deux de pose, comme les petites planètes, les comètes, la planète trans-
neptunienne, si elle existe, ou des satellites encore inconnus, révéleraient
leur existence par le tracé de leur route au milieu dès étoiles fixes, comme
cela a déjà eu lieu pour Pallas.
» Les astronomes de l'étranger qui s'occupent plus spécialement de pho-
tographie céleste, auxquels j'ai envoyé quelques-unes de nos épreuves, en
ont été très vivement frappés et reconnaissent tous la nécessité d'entre-
prendre le plus tôt possible ce grand travail d'ensemble.
» M. Common, à qui l'on doit la splendide photographie de la nébuleuse
d'Orion, m'écrivait, il y a peu de jours encore, que ce progrès réalisait un
grand changement dans l'Astronomie d'observation et formait un nouveau
point de départ i)Our la Science astronomique.
» Quelques autres, il est vrai, ont trouvé ces photographies trop belles
pour y croire et ont émis des doutes sur leur authenticité, les uns croyant
à des retouches sur les clichés, d'autres aUant jusqu'à supposer qu'on
leur avait envoyé des photographies d'après des dessins ou des gravures;
( i.ri )
c'était le plus bel éloge qu'ils pouvaient faire de Tceuvre de MM. Henry.
» Par leurs j^ersévérants travaux et leur très grande habileté en Optique,
ces deux astronomes viennent donc de réaliser un progrès d'une haute va-
leur qui fait grand honneur à l'observatoire de Paris et à la Science fran-
çaise. J'espère donc que l'Académie appréciera, comme ils le méritent, les
services rendus à la Science par ces deux habiles astronomes; si elle vou-
lait bien donner sa haute approbation au projet de construction de la Carte
du ciel que l'observatoire de Paris propose aux observatoires étrangers,
ce projet aurait beaucoup plus de chances d'être adopté.
» J'ai donc l'honneur de lui demander de vouloir bien soumettre la ques-
tion à la Section d'Astronomie ('). »
Sur la proposition de M. Faye, les photographies obtenues par MM. Henry
seront soumises à la Section d'Astronomie,
ANAIjYSE mathématique. — Sur les réciprocants purs irn'ductihles
du. quatrième ordre; par M. Sylvester.
« Dans une Note précédente, nous avons voulu donner le système de
réciprocants irréductibles par rapport aux lettres a, b, c, d, e.
» Malheureusement une erreur de calcul s'est glissée dans la détermina-
tion de la forme numérotée (5) (p. 1228), et conséquemment la forme (6)
qui, d'après notre méthode de calcul, dépend en partie de la forme (5)
est aussi eri'onée. L'erreur est grave, car. en conséquence, un terme
contenant AV/ se trouve dans cette dernière forme qui ne doit pas y pa-
raître; cela empêcherait une combinaison ultérieui-e linéaire de cette
forme avec le carré de la forme (4), qui donne naissance à une nouvelle
forme irréductible.
M Dans la forme (5) donnée, au lieu de i585a/>^c- on doit lire l[\^:^ah-c'-.
et, au lieu de — iSoooèV, on doit lire — 36ooè''c. Ainsi corrigée, la forme,
en divisant par 9, devient
/|5«V7- — [\Soa-bcd + ic^ia-c-^ -f- id^ab-r- -f- [^ooab^d — [\oob''c,
et, en combinant celle-ci linéairement avec le produit de (2) et ('1). on
(') Au moment d'entrer en séance, j'ai reçu une lettre du très éminent directeurde
l'observatoire de Poulkova, M. O. Struve, qui reconnaît tout le mérite des pliolo-
graphies de MM. Henry et qui, en approuvant le projet proposé, dit que ce serait une
œuvre splendide et des plus utiles pour de nombreuses éludes en Astronomie.
( l'^S )
obtiont. on divisant par a, pour la forme (6),
24oa'ce - t^ooab-e - 3 1 r^ a- d- -h i^jo ahcd - ioo8<7c' - 356- c".
)) Sans aucun calcul arithmétique, on aurait dû prévoir que l'are^u-
ment èV/ ne doit pas paraître là-dedans; car le terme qui contient h'-^^i
dans V, opérant sur 6V, donne b^, et évidemment aucune autre partie de
V, opérant sur un terme quelconque de la forme commençant par a'-ce,
ne peut donner ce même argument.
» En combinant linéairement le produit de cette forme par la forme
ac — b- avec le carré de (4) (p. 1228). on obtient, en divisant par o, une
nouvelle formejrréductible (7). C'est M. Hammond qui m'a averti de
mon erreur de calcul et qui a calculé lui-même cette nouvelle forme dont
il a vérifié l'exactitude par le moyen de l'équation différentielle partielle.
(In peut donc accepter avec pleine confiance pour (7) la forme
25flV- — 'ÀBoa-bde — /[Cf'joa^c-e -+- i-jiSoab-ce -1- 66i5fi-cf/''
— ()8ooo/;^c?^ — 3i3C)Oflftc-r/ -I- 2i2i7«c'' — \f\oaob''e
-t- /[gooo/^Vr/ — 34o55/>-r'.
)) Avec ces conAcntions le système complet de Grundformen, pour le
système de lettres a, b, c, d, e, sera constitué par les formes (i). (2), (3),
CHIMIE. — Sur un spectre électrique particulier aux terres rares du groupe
terbique. Note de ^\. Lkcoq de Boisbaudrax.
(( (1 y a quelques années, j'avais observé et dessiné un spectre particulier
qui se montrait avec divers oxydes terbiques, lorsque l'étiiicelle d'induction
jaillissait à la surface de leurs solutions chlorhvdricjues. Ces oxvdes (mé-
langes complexes confondus sous le nom de terbine^ contenaient des pro-
portions très variables de Yt-0',Ho-0\ Yx^O', Sm-0',Er^O', et de terre
jaune ; les spectres de leurs solutions chlorhydriques comprenaient donc
tout au moins les raies de Y"t et Yoc (ce dernier corps étant toujours très
abonilant dans ces mélanges). Il était toutefois possible de constater que
le spectre spécial qui nous occupe ne pouvait être attribué à aucun des
métaux terreux connus, sauf l'holmiumet le terbium (celui-ci étant supposé
défini par la coloration jaune de son oxyde).
» J^es nombreux fractionnements que j'ai opérés depuis cette époque ont
mis entre mes mains quelques séries de produits renfermant encore plu-
( i54 )
sieurs éléments, mais pratiquement privés des corps anciennement connus
qui fournissent des spectres avec leurs solutions chlorhvdriques et l'étin-
celle d'induction ordinaire. Le spectre spécial se voit ainsi très bien en l'ab-
sence des raies de Yt,La,Tu,Ya,Sc,Yb et au moyen de liqueurs qui ne
montrent par absorption que très peu, ou point, deDi, Sm,Er,ïu. Dans les
conditions de l'expérience, Ce,Th et Zr ne donnent pas de raies, de façon
que notre spectre ne peut être attribué qu'il l'holmium, au terbium, k un
corps nouveau, ou enfin aux terres productrices des fluorescences Zoc et Zfi.
» La teinte jaune de son oxvde, calciné ;i l'air, a toujours été consi-
dérée comme propre au terbium et le caractérisant; il me paraît donc
assez naturel de conserver le nom de terbine pour la tei're la plus colorée
du oroupe. Ceci admis, le spectre spécial n'est pas attribuable au terbium
puisqu'il se montre un peu plus brillant avec les oxydes faiblement colo-
rés qu'avec ceux, beaucoup plus foncés, qui proviennent du fractionne-
ment d'une même terre jaune ( ' ) par le sulfate de potasse. Ce sont les
sulfates doubles les moins solubles qui fournissent la terre la plus colorée.
» Admettant, jusqu'à preuve du contraire, la non-identité de Zx et de Zp,
le spectre en question ne semble pas non plus appartenir à Z^ dont la
fluorescence est la plus belle a^ ec les terres les plus foncées.
» Le spectre électrique spécial suit, dans ses intensités, une marche
de même sens que le spectre d'absorption de l'holmium si l'on considère
les numéros successifs de chacun de mes fractionnements par le R^O, SO^.
Les A ariations d'intensité ne paraissent pas cependant être tout à fait pro-
portionnelles. Mais, en comparant des matières provenant de fractionne-
ments différents (toujours par R^O, SO^), on observe des écarts si mar-
qués entre les intensités du spectre d'absorption de l'holmium et du spectre
électrique qu'il me paraît difficile d'attribuer ce dernier à l'holmium.
)) L'incertitude qui règne encore en ce qui concerne le mode de produc-
tion des fluorescences Sm, Za et Zfl, incertitude qui peut jeter un doute
sur les conclusions tirées de la comparaison des intensités de ces fluores-
cences, n'existe pas au même degré lorsqu'il s'agit d'un spectre électrique;
aussi, mon impression est-elle que l'holmium n'est pas la cause de notre
spectre d'étincelle.
» Quant à la fluorescence Za, il est remarquable de la voir suivre
les variations du spectre électrique spécial, non seulement dans l'intérieur
d'un même fonctionnement, mais aussi lorsque l'on compare des produits
(')CeUe terre était elle-même le résultat de très nombreux fractioniienients par
l'ammoniaque.
( i55 )
d'origines diverses. Les intensités relatives du spectre éleclrique et de la
fluorescence Zoo semblent bien varier un peu, mais, en présence de l'étude
encore si incomplète des fluorescences, je ne me sens pas autorisé à con-
clure que ces variations indiquent clairement l'existence de deux éléments
distincts.
)) Cependant, afin d'éviter de futures confusions de nomenclature, je
désignerai provisoirement par Zy le corpsproducteurdu spectre électrique,
lequel se compose de plusieurs bandes et raies ayant toujours très sensible-
ment conservé leurs éclats relatifs et devant, par suite, être considérées,
jusqu'à plus ample informé, comme appartenant à un seul élément.
» Voici les positions approchées des principales raies et bandes de Zy :
Positions
sur mon micromètre. A- Observations.
- 101 j 583, J Raie nébuleuse; assez bien marquée. Se dé-
tache sur une petite bande très nébuleuse
et portant d'aulres niaxima moins accen-
tués.
Commencement indécis de la bande.
Raie nébuleuse. Assez grosse. Très bien mar-
quée. Notablement plus forte que lOlf.
Raie très nébuleuse. Assez large. Très facile-
ment visible, mais Ijeaucoup plus faible que
io4|. Termine la bande.
Fin très nébuleuse de la bande.
Commencement nébuleux d'une petite bande
croissant de gauche à droite dans son en-
semble. Cette bande porte plusieurs raies
fines, quoic[ue légèrement nébuleuses ('),
qui, partant de son bord gauche, vont en
augmentant d'intensité jusqu'à la raie
122, 1 5, la plus brillante de toutes. De celte
/ raie I22,i5 à la lin de la ));inde, la lumière
est assez faible.
i env., milieu ) . , Milieu apparent de l'ensemjjle de la bande.
'^''^"^1 apparent ) '^^ '^ C'est lu position qu'on mesure quand la
fente est un peu large.
1.22,10 520,9 Raie la plus forte. Forme le bord droit de la
partie principale de la bande. Très bien
I marquée.
' 122 ), environ m Fin nébuleuse de la bande.
„ yV. B. — Dans son ensemble, cette bande est légèrement plus faible que la bande a,
I02 J — io6îV-
102 ~ envi
■on
»
io4i
075,0
io5 ,'V
070,0
loGîV
»
121 ! environ
))
\
(') visibles avec une fente étroite.
( '-50 )
M. l'amiral Paris présente à l'Académie le troisième cahier de ses
« Souvenirs tie marine. Collections de plans ou dessins de navires et de
bateaux anciens et modernes, existants on disparus, avec les éléments né-
cessaires à leur construction )».
IVOMINATIOIVS.
L'xicadémie procède, jjjm- la voie du scrutin, à l'élection tl'un Membre
de la Section de Mécanique, en remplacement de M. Rolland ( ' ).
Au premier tour de scrutin, le nombre de votants étant 55,
M. Deprez obtient 25 suffrages.
M. Boussinesq > 23 »
M. Léauté » 3 »
M. Sarrau » 3 »
M. Kretz .. i »
Aucun candidat n'ayant réuni la majorité absolue des suffrages, il est
procédé à un second tour de scrutin. Le nombre des votants étant
encore 55,
M. Boussinesq obtient 29 suffrages.
M. Deprez » 26 »
M. BoussixESQ, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est pro-
clamé élu. Sa nomination sera soumise à l'approbation du Président de la
Répidjjique.
MÉMOIRES LUS.
PHYSIQL'E APPLIQUÉE. — Considérculons relatives a l'éclairage électrique
des phares. Note de M. Félix Lucas.
« La haute utdité de l'éclairage des côtes, au double point de vue de la
sécurité des na\ igatcurs et du développement de la puissance maritime du
pays, a depuis longtemps attiré l'attention des ingénieurs et des ph^siciens
et excité, à juste titre, leur émulation pour la recherche du progrès. La
France a, plus que toute autre nation, contribué aux perfectionnements
( ' ) C'est par erreur que, dans le Compte rendu de la dernière séance, cette élection
avait été annoncée comme devant se faire eu remplacement de M. Tresca (paye loS).
( '> )
successifs tics appareils d'éclairage des phares. Depuis viugt-cinq ans les
découvertes faites dans le domaine de l'électricité ont ouvert un nouveau
champ de recherches.
» Les phares actuellement éclairés par l'arc voltaïquc sur les cotes de
France sont ceux de Dunkerque, Calais, Gris-Nez, la Canche, la Ilève, les
Baleines et la Palmyre ; un grand nombre d'autres phares de premier ordre,
éclairés à l'huile minérale, doivent être transformés en phares électriques.
» J'ai indiqué, dans un Mémoire sur les machines magnéto-électriques et
("arc voltaïque des phares, inséré en juillet i885 dans les Annales des Ponts
et Chaussées, les lois et les conditions du fonctionnement des appareils. On
emploie en tout 4 chevaux-vapeur de force pour produire 4 lo becs Carcel,
en sorte qu'on obtient 112 becs par cheval-vapeur; comme le courant
électrique est de 5.j ampères et la résistance de l'arc de o"''",43, la tension
entre les deux pointes de charbon est de 23^""*, G5 et l'énergie électrique est
de i3oo walts; il en résulte que siu- les quatre chevaux employés l'arc
voltaïque n'absorbe que i*^'', 76; le reste est consacré à la transmission
par courroies, à la rotation de la machine magnéto-électrique, à l'énergie
intérieure de cette machine et à l'énergie extérieure correspondant au
transport de la machine à l'arc.
» En somme, l'arc voltaïque présente, comparativement aux lampes à
huile minérale, deux avantages de premier ordre pour l'éclairage des
phares, savoir, la puissance lumineuse et la diminution du prix de l'unité
de lumière; mais on peut malheureusement lui adresser quelques critiques
dont la principale concerne l'instabilité capricieuse de sa lumière. I>ors-
qu'on observe avec attention un de ces puissants foyers, on reconnaît de
suite que la grande lumière ne provient pas de cette flamme bleuâtre qui
constitue à proprement parler l'arc voltaïque : elle provient des pointes
de charbon portées à l'incandescence par l'énorme élévation de leur tem-
pérature. La flamme de lare constitue plutôt un écran qu'un foyer; elle
absorbe plus de lumière qu'elle n'en donne : c'est le déplacement continuel
de cet écran autour du charbon, c'est aussi la rotation capricieuse et conti-
nuelle des zones incandescentes autour des pointes qui constitue, bien plus
que les variations de l'écartement moyen des pointes, les vacillations de la
lumière observée. Cet inconvénient est tellement inhérent à la nature même
de l'arc voltaïque qu'il parait impossible d'arriver à le faire complètement
disparaître.
)) Mais du moment que c'est l'incandescence, et non la combustion ou le
transport des particules du charbon d'un pAle à un autre, qui constitue la
C. lî.. if^SG, i" Semestre. (T. Cil. V' .1.) ^I
( I "xS )
vnup cause' de la luinièi'r, ne pcut-oii pas clemamler à l 'incandescence dans
le vide de Foiiniir un ftner aussi puissant que l'arc voltaïque? Il m'a paru
que c'est dans cette voie qu'il convient de rechercher la futiu'e solution
du problème de l'éclairai^e électri(|ue des phares et j'ai depuis plusieurs
mois entrepris des études dans ce sens.
» Les conditions que je me suis imposées, en raison de la nature même
du but poursuivi, sont les suivantes :
I) i" Le foyer lumineux doit présenter la forme d'une surface de révolu-
tion ayant un axe vertical, car il faut que la lumière soit éoalemenl distri-
buée dans tous les azimuts.
» 2° Il faut recourir à des courants de quantité, c'est-à-dire donner
beaucouj) d'ampères au courant électrique et peu de résistance an corps
incandescent, obtenir beaucoup de watts avec peu de volts, pour donner
de la puissance au foyer sans produire en même temps ime tension fou-
droyante ou simplement dangei'euse.
w 3° Le corps incandescent ne peut être que le charbon, parce que ce
corps est le seul qui puisse supporter, sans se fondre ou se volatiliser, des
températures excessives.
» Dans une Note, insérée aux Comptes rendus de la séance du 8 juin i88j,
j'ai fait connaître la loi qui unit les intensités lumineuses à celles des cou-
rants qui traversent un charbon incandescent. On peut obtenir 4oo becs
Carcel aACC un courant de 170 ampères, et une résistance de o"'"°,o4 (ré-
sistance du corps incandescent), soit, en d'autres termes, avec une tension
de 7 volts et une énergie de 1200 watts. Dans ces conditions, l'unité lu-
mineuse n'exige pas, pour la partie incandescente du circuit, un travail
mécanique supérieur à celui qu'elle exige aujourd'hui avec l'emploi de
l'arc voltaïque. J'ai évalué à environ /jooo" C. la température du charbon
lumineuv, et j'ai constaté que ce charbon n'est ni fondu, ni \olatilisé.
» On sait que, dans les lampes à incandescence, il se produit à la longue
un dépôt charbonneuv sur la surface intérieure de l'enveloppe de verre.
Cette diminution graduelle de la transparence serait surtout nuisible pour les
grands foyers lumineux j)ar incandescence. Je me suis efforcé d'en déter-
miner la Aéritable cause, et mes expériences démontrent qu'elle réside
dans la présence de molécules d'oKvgène à l'intérieur de la lampe. Ou
constate, en effet, que la rapidité du dépôt est en relation directe avec
la pression du gaz intérieur; on arri\erait à une lenteur infinie, ou, en
d'autres termes, à la cessation du déj)ôt, si l'on obtenait et conservait le
vide absolu à l'intérieur du globe de verre. Une molécule d'oxygène non
( 1 "><) )
enlevée se combine avec le chai'lxm, près île sa léunioii an condnclenr nié-
talliqne, région dans laquelle la tempéralnre ne j)cnt [)as aLteindre celle de
la fusion dn conducteur; il se forme ainsi une molécule d'oxyde de car-
bone ; puis cette molécule, venant frapper la jiartie incandescente dont la
température est assez élevée pour produire la dissociation, projette le car-
bone contre la surface intérieure de renvelo|)pc de verre et rend l'oxygène
disponible pour se combiner à nonvean.
» La réalisation du vide absolu dans un appareil à incandescence est
rendue particulièrement difficile par la ténacité a^ ec laquelle les charbons
et les métanv retiennent les gaz qu'ils ont emmagasinés dans leiu's pores.
Sous l'influence de l'élévation de température que fait naître le passage du
courant électrique, ces gaz se dégagent d'abord en grande partie; mais le
dégagement devient bientôt d'une telle lenteur qu'il semble qu'on soit
en présence d'un phénomène obéissant à une loi asymptotique. Ce fait,
([ue j'ai pu nettement constater, montre que tont appareil destiné à pro-
duire, sur une graiule échelle, la lumière incandescente devrait être muni
d'un aiforieur susceptible d'emmagasiner constamment, à toute époque du
fonctionnement de la lampe, les gaz dégagés en faible quantité par les
charbons et lesmétanv chauffés.
» [1 est à remarquer, d'autre part, que les gaz dégagés pendant le pas-
sage du courant et non enlevés de l'appareil sont réabsorbés ensuite par les
charbons pendant la période du refroidissement, l'ar conséquent, la présence
d'une faible quantité de gaz dans nue lampe à incandescence a pour consé-
quence d'obliger le charbon à des dégagements et à des réabsorptions
périodiques; de là un travail mécanique imposé à ses molécules et, par
suite, une des causes principales de la destruction plus ou moins pro-
chaine de la lampe, l'our donner à un grand foyer d'incandescence des
conditions sérieuses de durée, il faut s'affranchir de la dangereuse in-
Huetu'e des gaz même les plus raréfiés; j'ai reconnu qne celte diHiculté peut
se résoudre en recourant à l'emploi d'appareils absorbants.
MÉMOIRES PRESENTES.
MM. J. Feuhax el I. Pavm adressent, de Tortose, une Note portant
pour titre : « Le principe actif du koma-bacille, comme cause de mort et
d'immunité ».
De quatre séries (r(>\[)érieiu-es, effectuées sur des cobayes, les auteurs
( I()0 )
tirent les conclusions suivantes : « i** Le koma-bacille mort communique
la tolérance qui permet de résister aux effets du bacille-virgule vivant;
2" le principe actif du bacille-virgule, isolé par des procédés connus, con-
fère une accoutumance qui permet de résister aux effets du microbe vivant,
et vice versa. «
D'après les auteurs, « la cause qui détermine l'immunité et la cause qui
pro\oque la mort sont une seule et même cause, de nature essentiellement
chimique ; par conséquent, l'immunité n'est en réalité qu'un fait d'accou-
tumance, que l'on peut obtenir par des agents purement chimiques... '>
(Renvoi à la (lommission du legs Bréant.)
CORRESPONDANCE.
M. le Maire de Cuamouxix informe l'Académie que la commune de Cha-
mounix se propose de célébrer, au mois d'août 1887, le centenaire de la
première ascension au mont Blanc île H.-B. de Saussure.
A cette même date, sera fixée l'inauguration d'un monument que la
commune se propose d'élever, sur l'une de ses places, à de Saussure,
auquel elle doit la célébrité. Le Comité c[ui s'est formé pour ouvrir une
souscription internationale, dans ce but, espère que les saA ants français vou-
dront bien s'y associer.
Une liste de souscription, pour le monument à élever à H.-B. de Saus-
sure, sera ouverte au Secrétariat de l'Institut.
M. le Secrétaire perpéïlel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance, une Brochure de M.L. Magnien, inliliûéc : «Rapport adressé
à M. le Ministre de l'Agriculture, sur les expériences entreprises en Bour-
gogne pendant l'année i885, dans le but île déterminer un moyen pour
combattre le mildew ». (l'résentc par ^L Ilervé jMangon.)
(Renvoi à la Commission nonnnée.)
M. R. Di'Bois, M. Defforges, M. Edluxd adressent des remerciements
à l'Académie, pour les distinctions dont leurs travaux ont été l'objet dans
la dernière séance publique.
( '6i )
ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Sur la Statistique solaire de l'année i885.
Note de M. 11«»d. Wolf.
« Des observations solaires faites ;i l'observatoire fédéral de Zurich et
des observations magnétiques faites à l'observatoire de Milan, je viens de
déduire les valeurs suivantes, pour les moyennes mensuelles des nombres
relatifs r, des variations en déclinaison v, et des accroissements Ar et ùiv que
ces quantités ont reçus depuis les époques correspondantes de Tannée 1 884 :
Zurich. Milan.
1885. /•• A/-. V. Al».
Janvier 3i,4 — 63,2 3,89 — 1,44
l'évrier 67,2 —24,0 4i75 —2,98
Mars 46,6 -4o,8 8,83 -2,69
Avril 54,6 —20,4 10,64 —2,87
Mai 80,5 i5,5 10, 46 —0,16
Juin 82,1 3i,3 12,04 —0,07
Juillet 61,4 8,9 10,78 0,73
Août 47)7 —8,1 10, i3 o,6i
Septembre 43,4 — '9i2 9,32 —0,91
OcUibre 42,6 2,6 7,24 — 2,o5
Novembre 26,8 — 9j9 4;4o — i,46
Décembre 18,9 —29,4 2,87 —0,75
Moyenne 5o,3 — i3,o 7,90 — i,i6
» 11 résulte de ce Tableau, non seulement que le nombre relatif et la va-
riation magnétique ont tous les deux diminué considérablement depuis
l'année i884, et viennent confirmer l'époque
1883,9,
que j'ai acceptée pour le dernier maximum, mais encore que la marche de
ces deux diminutions a été à peu près la même. En introduisant, dans la
formule
V — 5', 62 -(- o,o45r,
que j'ai établie autrefois pour Milan, la moyenne annuelle /•= 5o,3, on
obtient V = 7', 88, c'est-à-dire, à sept centièmes près, la même valeur que
l'on a conclue des observations magnétiques elles-mêmes. Voilà encore un
résultat d'une haute importance, et qui ne permet plus de douter du rapport
intime de ces deux phénomènes, si différents au premier coup d'œd. »
( l62 )
PHYSIQUE. — Sur (les longueurs d'onde Jusqu'ici non reconnues.
Note de M. Laxgley, présentée par M. l'aye.
« La température de la surface de notre planète dépend des propriétés
de la chaleur rayonnante et de leur rapport avec l'action de l'atmosphère.
On a comparé autrefois cette action à celle des vitres d'une serre chaude;
mais j'ai démontré dei'nièrement que l'air ne se comporte pas comme le
A erre, qui transmet moins de chaleur solaire obscure que de chaleur lumi-
neuse. A l'exception des bandes d'absorption (dont il a donné les longueurs
d'onde avec les longueurs d'onde solaires extrêmes jusqu'à o^^.ooay
dans les Comptes rendus du ii septembre 1882), l'air ne devient pas plus
athermane, mais plus diathermane pour la chaleur ^o/a/ze^ jus({u'à lapins
grande longueur d'onde qu'on ait observée. Il faut donc modifier nos idées
sur la nature de l'action par laquelle la chaleur solaire est emmagasinée
pour soutenir la vie organique, et il est d'un haut intérêt de déterminer
les longueurs d'onde de la chaleur émise par un corps ayant la température
du sol.
» Depuis la présentation du Mémoire cité plus haut, je me suis occupé
de recherches sur les spectres produits par des sources de chaleur de toutes
les températures, depuis celle du platine en fusion jusqu'à celle de la
glace fondante, et en particulier des spectres formés aux basses tempéra-
tures c[ui correspondent aux conditions ordinaires du sol; et j'ai été con-
duit à reconnaître l'existence de longueurs d'onde, non encore mesurées,
que je n'ai pu trouver jusqu'ici dans la chaleur solaire, même dans ses
ondulations infra-rouges les plus extrêmes. Il faut avant tout distinguer ici
ce que l'on sait depuis longtemj)s de ce que l'on a démontré récemment,
et de ce qui va être présenté pour la première fois.
)) Les mesures de IXewton, traduites en termes de la théorie actuelle,
donnent (approximativement^ la longueur d'onde du violet de o™"\ooo4
et du rouge de o""",ooo7. M. Cornu a démontré que les radiations solaires
ultra-violettes extrêmes, c{ui arrivent jusqu'à nous, ont une longueur d'onde
d'un peu moins de o""",ooo3, tandis qu'on a observe des ondes ultra-
violettes d'une longueur d'un peu moins de o""",ooo2, provenant de sources
terrestres.
» Quant au rouge inférieur dont nous nous occupons particulièrement
ici, les physiciens ont cru généralement, jusqu'en 1882, qu'on n'avait
jamais ol)s(>r\é de longueur (l'onde beaucouj) plus grande ([ue ()"'"',o()io.
» Jusqu'à une époque très récente, les limites des spectres connus, pro-
Aenant de toutes les sources célestes ou terrestres, étaient donc de 2,000
à 10,000 environ de l'échelle d'Angstrom, c'est-à-dire de o™",ooo2 à
o""",ooio,etméme, l'année dernière, un juge aussi compétent que M. Bec-
cjuerel a maintenu que les radiations les plus extrêmes dont l'existence ait
été expérimentalement démontrée n'atteignaient pas une longueur d'onde
de plus de ©""Soûik Comme on a plus récemment reconnu l'exactitude
de mes mesures antérieures jusqu'à 0°"°, 0027, je rappellerai, pour mémoire
seulement, que j'ai publié, dans les Annales de Chimie el de Physique de
i(S8/|, luie description minutieuse des moyens que j'ai emploxés.
» En réservant pour une publication subsétpiente la description dé-
taillée des appareils et des méthodes sur lesquels sont basées les nouvelles
déterminations que je vais donner, je me borne ici à présenter les résultats
principaux des travaux institués à l'AlIeghenv ()bserv;itorv dans cette direc-
tion, depuis 1882, notamment sur les spectres de corps noirs, sur lesquels
jusqu'à présent on n'avait point, que je sache, de données expérimentales.
« Supposons que la chaleur de chaque source à examiner soit repré-
sentée par une courbe pareille à celle de la^^. 2 dudit Mémoire des Comptes
rendus, où l'échelle des abscisses est directement proportionnelle à la lon-
gueur d'onde. On voit, dans cette figure, que la chaleur provenant du So-
leil cesse sensiblement à une longueur d'onde de o""°,oo27, et la première
question c{ui se présente tout naturellement est celle-ci : Ces longueurs
d'onde de l' infra-rouge qui viennent du Soleil, et qui correspondent sans doute
en partie aux spectres qui seraient observés dans les corps nous si nous les
pouvions étudier, ces longueurs, dis-j'e. comprennent-elles toutes les longueurs
d'onde qui sont émises par un corps terrestre quelconque?
» J'ai observé que :
» i" La chaleur représentée par les aires de mes courbes, construites
d'après les spectres d'émission des corps froids et noirs, manque, même
dans ses ondulations infra-rouges les plus extrêmes. Dans tous les cas, le
point du maximum de chaleur de ces sources obscures a une longueur
d'onde plus grande que 27000 Angstriim, c'est-à-dire plus grande cpie la
chaleur solaire la plus basse qui semble arriver jusqu'à nous.
» 2" Un accroissement de température augmente toutes les ordonnées,
mais non pas dans les mômes proportions, et le mouvement progressif du
maximum de chaleur dans les spectres des corps noirs, à mesure que la
température s'élève, quoique nié récemment par quelques-uns, semble
dcmoalré sans réj)li(pie.
(. '<''l )
» '3" Les courljcs ne sont pas symétriques, la plus grande partie de
l'aire, c'est-à-dire de la ehaieur représentée, étant plus basse que le maxi-
mum, ou dans la direction des longueurs d'onde plus grandes.
» 4° Le spectre de chaleur presque entier de la plus grande partie de
ces sources traverse un prisme à des angles que les théories un peu em-
piriques de nos livres ont jusqu'ici déclarés impossibles.
» Mes recherches ont porté sur les sources de chaleur comprises entre 1 00°
et — 2", celles-ci rayonnant sur un corps encore plus froid. Je ne donne
pas ici de valeurs absolues; je me borne à faire remarquer que la plus
petite A'aleur qui répond au ])oint de chaleur maximum dans le spectre de la
glace fondante est, dans tous les cas, plus grande que 5o 000 de l'échelle
d'Angstrom. Cette longueur ne se rapporte, bien entendu, qu'à la position
du maximum de chaleur dans un pareil spectre; mais mes expériences
rendent extrêmement probable qu'on peut reconnaître, par le bolomètre,
des ondes dont la valeur ne saurait être moindre que i5oooo de l'échelle
d'Angstrom. Ce n'est pas que ces longueurs d'onde soient déjà absolument
déterminées : je me borne ici aux valeurs minima dont les limites d'er-
reur possible seront établies plus tard dans un Mémoire plus étendu. Elles
sont, en effet, assez saisissantes pour nous incliner à la prudence; mais,
en parlant avec la réserve imposée ici par le besoin de brièveté, je puis
dire que tout me porte à croire que les radiations dont Newton trouva la
limite inférieure à o™'",ooo7, valeur qui a subi peu de changement jus-
qu'à une époque très récente, ont été étendues par ces recherches jusqu'à
o^^.oiSo, c'est-à-dire à plus de vingt fois la limite de Newton, de sorte
que la grande lacune qui existait, entre la vibration la plusbasse connuede
la lumière et la vibration la plus haute du son, a été en partie comblée.
» Tout en espérant que ces conclusions ne seront pas sans intérêt pour
la Physique pure, je crois y entrevoir aussi la possibilité, pour l'astronome-
physicien, d'employer à l'avenir des moyens plus fructueux. J'espère déter-
miner la nature des procédés, encore inconnus, qui conservent la tem-
pérature de la surface de notre planète, et défendent l'existence de la
vie organique contre le froid qui, sans cela, résulterait des radiations trop
libres du sol y ers l'espace. »
rô) )
PHYSIQUE. — Sur la vilesse d'écoulemenl des liquides.
Note de M. Tu. Vautiee, présentée par M. Coriui.
(( Les expériences tendant à déterminer la vitesse d'écoulement des
liquides résultent, en général, de la mesure de la dépense et d'un coeffi-
cient de contraction du jet. Toutefois Bossut (') vérifie la loi de Torricelli
par deuK cvpéricnces, dans lesquelles il mesure la portée d'un jet d'eau
lancé horizontalement.
» Je suis arrivé, dans le cours de recherches relatives à ce sujet, à l'ap-
plication d'une méthofle graphique, qui permet de mesurer directement la
vitesse d'écoulement des liquides, et je me sers de cette méthode depuis
plusieurs mois.
» Dans le fond plat et horizontal d'un vase cylindrique plein d'eau, est
percé un orifice en mince paroi, auquel on peut d'ailleurs substituer un aju-
tage. Un jet s'écoule donc verticalement de haut en bas. A l'intérieur du
vase et suivant son axe, on place lui tube contenant une émulsion d'un
liquide insoluble de même densité que l'eau : ce liquide est un mélange, en
proportions convenables, de nitrobenzine et d'essence de térébenthine. Les
bulles très fines de l'émulsion passent dans l'axe du jet dont elles prennent
exactement la vitesse, ainsi que je l'ai vérifié en modifiant la densité du
liquide témoin : dans des limites assez étendues, l'expérience accuse une
vitesse indépendante de cette densité. La vitesse se mesure de la manière
suivante.
» On projette l'image du jet et, par suite, celle des bulles sur une plaque
photographique qu'im mécanisme convenable force à se déplacer perpen-
diculairement à la trajectoire des bulles. L'écoulement ayant lieu, on dé-
couvre, au moyen d'un obturateur, la plaque sensible qui reçoit ainsi pen-
dant son passage l'image du jet.
)) Sur le cliché apparaissent alors une ou plusieurs lignes, suivant qu'il a
passé dans le jet une ou plusieurs bulles pentlant la course de la plaque. Ces
lisnes sont inclinées, la direction de chacune d'elles résultant de deux mou-
vements rectangulaires, celui de la plaque et celui de la bulle. La vitesse
du cliché est déterminée par les vibrations d'un diapason (aSo"'*) et la direc-
tion exacte du mouvement de la plaque photographique est marquée par
(') BossLT, Traité éléinentaue d' Hydrodynamique, t. Il, p. i;!o.
G. R., 1886, i~ Semestre. (T. CU, N" 5.;
( i(i6 )
un tracelet délié. On mesure l'angle que fait avec ce trait une des lignes in-
clinées de l'épreuve photographique : de cet angle, on déduit aisément
la vitesse do la bulle et, par suite, celle de la portion du jet que l'on
étudie.
» J'ai appliqué cette méthode à la mesure de la vitesse d'écoulement de
l'eau par un orifice en mince paroi, de 5""", 90 de diamètre, sous des pressions
variant de o", 1 5 à o™, 3o d'eau. C'est à dessein que ces expériences ont été
limitées d'abord à des pressions si voisines, afin que l'on puisse être fixé,
par le degré de constance des résultats, sur la précision réelle du pro-
cédé. Avec un appareil imparfait, l'erreur moyenne est restée au-dessous
» Je me propose d'étudier ainsi, mais sous des pressions notablement
différentes, la vitesse d'écoulement de différents liquides et, en particulier,
des liquides visqueux ('). »
OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE. — Sur les images secondaires ou de persistance.
Deuxième Note de M. F. -P. Le Roux.
« La contemplation, même très courte, d'un objet vivement lumineux
donne lieu, après sa cessation, à la perception de certaines impressions qui
reproduisent les contours de l'objet contemplé. Ces impressions durent
souvent pendant plusieurs minutes après que la contemplation de l'objet
a cessé.
» Ces impressions persistantes ont été étudiées, sous le nom d'images
secondaires, par un assez grand nombre d'observateurs qui se sont sur-
tout attachés à l'étude de la succession de leurs colorations. Quant à la
cause de ces phénomènes, elle est restée jusqu'ici complètement énigma-
tique, et certains auteurs paraissent la supposer d'ordre psychique.
» Dans une précédente Communication ^Comptes rendus, t. XCIX,
p. 606; 1884), j'ai signalé la disparition et la réapparition de ces images,
.sous l'influence de cahots plus ou moins violents.
)) Cette observation demande, pour pouvoir être réalisée, des circon-
stances spéciales; mais, lorsque celles-ci sont remplies, elle est des plus
nettes. Je parais être seul jusqu'ici à l'avoir réalisée, mais le résultat est
(') Ce travail est en voie d'exécution au Laboratoire de Pl)vsi([ue de la Faculté des
Sciences de Lvon.
( '^7 )
pour moi toujours le même. Te le constatais depuis plusieurs années avant
la publication précitée, et depuis j'ai eu plusieurs fois l'occasion de voir le
phénomène se rejn'oduire.
» Comme il est resté jusqu'ici individuel, il n'y a pas lieu de décider si
le phénomène dont il s'agit est jjhysiologique ou pathologique. Mais cette
circonstance n'en diminue aucunement l'importance, en ce qui regarde le
jour que cette observation peut jeter sur l'origine des impressions persis-
tantes.
» Certaines causes mécaniques peuvent modifier ces perceptions; mais
affectent-elles les parties modifiées directement parla lumière, ou bien les
filets nerveux qui transmettent la sensation à la masse cérébrale, ou bien
enfin les parties mêmes de celle-ci où s'élabore la perception ? C'est ce que
l'on ne saurait dire d'une manière certaine, car jusqu'ici rien n'a pu faire
connaître si les images persistantes proviennent d'une modification plus ou
moins durable de la partie de l'œil frappée par la lumière, ou bien des
filets nerveux, ou bien enfin de la masse cérébrale.
» Une observation toute différente de celles dont je viens de parler
vient me permettre aujourd'hui de localiser la cause du phénomène de la
persistance. Voici l'expérience : je regarde, avec un seul œil, le Soleil pen-
dant un temps très court, puis je rentre à l'obscurité; je constate l'exis-
tence de l'image persistante. Au moyen des doigts, j'exerce alors sur le
globe oculaire une pression graduée et je vois l'image s'évanouir peu à
peu, même jusqu'à disparition complète. En cessant la compression, je vois
l'image réapparaître graduellement, mais avec des dimensions et une in-
tensité d'autant moindres que la compression aura été plus prolongée.
» On peut avoir une idée de l'apparence du phénomène, en exerçant
une pression sur la peau avec un corps convexe, de manière à produire une
tache blanche circulaire par l'expression du sang ; lorsque la pression cesse,
on voit la peau reprendre progressivement sa teinte rosée, par le rétablis-
sement de l'afflux sanguin. Mais il y a cette différence que, dans le cas
d'une pression sur la peau, le changement d'aspect se propage du centre à
la circonférence et inversement au moment de la décompression, tandis
que, dans les variations de l'image persistante, l'évanouissement de celle-ci
parla compression commence à la circonférence, pour se terminer au centre,
et son rétablissement commence par le centre; ce qu'on peut exprimer en
disant que leur évanouissement ])ar compression est centripète, et que le
rétablissement par décompression est centrifuge.
1) Il y a lieu d'ailleurs de faire remarquer que l'évanouissement non pro-
( ^^'^ )
voqué des images persistantes est centripète : les images diminuent de dia-
mètre, en s'éteignant spontanément.
» Il est encore un grand nombre d'autres circonstances intéressantes,
sur lesquelles le cadre de cette Note ne me permet pas d'insister; je me
borne donc à poser cette conclusion, que l'on peut maintenant affirmer que
le siège du phénomène auquel sont dues les images persistantes réside aux
environs de la partie postérieure du globe oculaire, et que probablement
un ou plusieurs liquides y jouent un rôle important. »
CHIMIE MINÉRALE. — Action du sulfure d'nnlimoine sur le sulfure de potas-
sium. Note de M. A. Bitte, présentée par M. Berthelot.
« J'ai étudié, dans des Communications précédentes [Comptes rendus.
t. XCVIII, p. 1271, i38o, 1429), les combinaisons que forment les sulfures
de mercure et de cuivre avec les sulfures alcalins et les phénomènes qui
accompagnent la production de ces sels doubles; le sulfure d'antimoine
donne lieu à des observations de même nature.
» I. Lorsqu'on traite du sulfure d'antimoine hvdraté par une solution
concentrée de monosulfure de potassium, il s'en dissout beaucoup, et l'on
obtient une liqueur qui, évaporée en présence d'un excès de sulfure alca-
lin, dépose de gros cristaux. Ils sont octaédriques, transparents, faiblement
colorés en jaune, et leur composition est exprimée par la formule 2KS, Sb S^.
L'eau froide les dédouble en donnant un dépôt orangé et enlevant du
sulfure de potassium tant qu'elle ne l'enferme jias une proportion conve-
nable de ce dernier, puis elle les dissout sans les altérer.
» II. Si l'on sature de sulfure d'antimoine une solution peu concentrée de
sulfure de potassium, on a une liqueur dans laquelle le sulfure aRS.SbS'
ne peut plus se former, mais qui peut donner naissance à un composé
moins riche en sulfure alcalin et peu soluble dans l'eau. Cette dissolution,
évaporée dans le vide, dépose en effet bientôt des petits cristaux rouge
clair, transparents, prismatiques, et terminés par deux pyramides allongées
qui donnent au cristal l'apparence d'un fuseau; leur composition répond à
la formule 2SbS%RS,3HO.
» Ce sulfure double est facilement altéré par la lumière. On le constate
par exemple en abandonnant à l'air dans un flacon mal bouché la liqueur
précédente; le sulfure alcalin est lentement décomposé par l'oxygène, et il se
forme peu à peu des aiguilles fines du sulfure 2SbS^ KS,3H0 qui rem-
( '69 )
plissent toul le flacon. La masse rouge orangé ainsi produite brunit rapide-
ment à la lumière du jour; elle noircit à la surface en quelques instants,
quand on l'expose aux rayons du Soleil.
» in. Lorsqu'on tond un mélange en proportion convenable de sulfure
d'antimoine, de carbonate de potasse et de soufre, on obtient une matière
qui, lentement refroidie, laisse, quand on la reprend par l'eau froide, des
cristaux rouges, transparents quand ils sont minces, et qui contiennent
KS.SbS*. L'eau les décompose en leur enlevant du sulfure de potassium et
donnant un dépôt rouge orangé.
)) IV. Avant de donner naissance aux sulfures doubles dont il vient d'être
question, le sulfure de potassium transformt^ le sulfure d'antimoine d'une
manière assez remarquable. Si à du sulfure orangé mis en suspension dans
l'eau on ajoute quelques gouttes de sulfure de potassium, la couleur du sul-
fure d'antimoine change peu à peu, et au bout de quelques instants tout se
prend en une gelée compacte ; celle-ci a l'aspect d'une masse brun rouge
foncé, couleur de foie, et soluble dans un excès alcalin en donnant une
liqueur jaune clair. Si l'on n'ajoute qu'une trace de sulfure de potassium,
il faut attendre plusieurs minutes avant de voir la transformation commen-
cer, et ce n'est qu'au bout de quelques heures que la masse se prend en
gelée à peine consistante, à cause de la faible cpiautité de sulfcu'c métallique
dissoute et modifiée par le sulfure alcalin que renfei-me la liqueur.
» Toute dissolution formée en présence d'un excès de sulfure d'anti-
moine, [)uis filtrée, est un liquide jaune clair décomposable par l'eau. Un
excès de ce liquide la colore en rouge plus ou moins foncé, suivant la con-
centration de la liqueur primitiA e, et, après un laps de temps qui peut varier
de quelques minutes à vingt-quatre heures, tout se prend en une gelée
transparente dont la teinte varie du jaune rougeàtre au rouge carmin foncé,
selon qu'il y avait peu ou beaucoup de sulfure métallique dissous. Cette
ti'ansformation n'a jamais lieu quand la liqueur primitive a été préparée en
présence d'un excès de sulfure de potassium.
» Ainsi, prenons du sulfure orangé en suspension dans l'eau, et ajoutons-
y quelques gouttes de sulfure de potassium; la masse se prend en un in-
stant en une pâte molle, sans changement sensible de couleur, puis elle de-
vient rouge. On ajoute alors du sulfure alcalin de manière à tlissoudre la
majeure partie du sulfure d'antimoine, on agite vivement et l'on fdtre,
puis on sépare en quatre parties la liqueur jaune clair ainsi obtenue.
'> La première partie, conservée dans un tube scellé, y reste indéfini-
ment inaltérée. La seconde, abandonnée à l'air, donne peu à peu un dépôt
( 17" )
ronge orangé et en fines aiguilles, de sulfure 2SbS\RS qui se forme ;i
mesure que l'oxygène décompose le sulfure de potassium. La troisième,
étendue de 8 à lo fois son volume d'eau, devient rouge groseille foncé au
bout de quelques secondes, puis se prend en gelée. La quatrième, addi-
tionnée d'une goutte de sulfure de potassium puis étendue de 8 à lo fois
son volume d'eau, ne se colore nullement, même après plusieurs jours, si
on la conserve en vase clos; mais, si on l'expose à l'air, l'oxygène décom-
pose peu à peu le sulfure alcalin en excès, la coloration rouge apparaît
bientôt à la surface du liquide, se propage lentement à toute sa masse, et
finalement la liqueur devenue rouge se prend en gelée.
« La sobition, saturée de sulfure d'antimoine, puis additionnée de quel-
ques gouttes de sulfure alcalin, qui peut être étendu d'eau sans se colorer,
donne, quand on l'évaporé lentemeut dans le vide, des cristaux du sulfure
aSbS', RS,3H0, tantôt bbres, tantôt groupés en petits amas. Quand, par
suite de l'évaporation, la liqueur mère devient très chargée de sulfure alca-
lin, ce sont les cristaux du sel double 2KS,SbS* qui prennent naissance.
» L'action du sulfure de potassium sur celui d'antimoine peut, comme
on le voit, donner lieu à la formation de sulfure d'antimoine colloïdal ;
celle-ci est rattachée à la production de sulfures doubles analogues à ceux
dont M. Berthelot a reconnu l'existence en étudiant au calorimètre l'action
du sulfure d'antimoine sur le sulfure de sodium (Comptes rendus, t. Cil,
P-^7)-
!) V. Lorsqu'on inti'oduit du sulfure d'antimoine hydraté dans une so-
lution froide et concentrée de sulfure de potassium saturée de soufre, le
sulfure métallique se dissout et, à sa place, se déposent des flocons jaunes
qu'on aurait pu prendre a priori pour du persulfure d'antimoine; mais il
n'en est rien, et les flocons ne sont autre chose que du soufre qui se sépare
en même temps que la liqueur perd sa teinte rouge. Le sulfure d'antimoine
décompose le persulfure alcalin, en formant un sel double avec le mono-
sulfure (le potassium: il suffit, en effet, pour que cette réaction soit exo-
thermique, que la chaleur de formation du sulfure ilouble qui prend nais-
sance soit supérieure à la chaleur que dégage S^ en s'unissant à RS pour
donner le persulfure; or cette dernière, déterminée par M. Sabatier, est
6^^^', 2 pour le polysulfure solide, et pour le même corps dissous 2*^^', 6 seu-
lement. »
( '7' )
CHIMIE ORGANIQUE, — Sur une nouvelle synthèse d'un bornéol inactif. Note
de MM. G. BoucHAUDAT et J. Lafoxt, présentée par M. Berthelot.
« La synthèse du camphre de Bornéo a déjà été effectuée par M. Ber-
thelot en traitant le camphre par la potasse alcoolique qui donne du bornéol
actif et de l'acide camphique (' ), puis par M. Baubigny ( -) en fixant de l'hy-
drogène sur le camphre. Mais, jusqu'à ce jour, on n'avait pas transformé
les carbures térébéniques monovalents, essence de térébenthine ou cam-
phcnes en bornéol sans passer par l'intermédiaire du camphre. Nous avons
réussi à etTcctuer cette synthèse en partant du plus stable des carbures téré-
béniques monovalents, le térébéneou camphène inactif, C-*'H"'(— ); nous
l'avons ainsi transformé par fixation directe d'un acide organique en un éther
du bornéol qui, saponifié, nous a fourni un bornéol C-"H'" (H^O") inactif
sur la lumière polarisée.
» Nous avons chauffé à loo" pendant trente-six heures un mélange
de térèbène et de une fois et demie environ d'acide acétique cristallisable,
fait de façon que les deux liquides soient entièrement dissous l'un dans
l'autre. I^e liquide, après avoir été chauffé, a été additionné d'eau pour
séparer l'acide acétique, agité ensuite avec un léger excès d'eau alcaline,
puis soumis à une série de distillations fractionnées; il se sépare en térè-
bène bouillant vers i56" et en un produit bouillant vers 21 5° sans formation
sensible d'aucun autre produit. Il s'en forme, dans ces conditions de temps et
de température, 5 pour 100 seulement du poids de térèbène. Si l'on chauffe
le mélange d'acide et de térèbène à i5o°, ainsi que nous l'avons observé,
la vitesse de combinaison est sensiblement accrue. Ce corps bouillant à la
température de 21 5°, sans altération, a la composition d'un acétate de té-
rèbène C"" H'* (C* H* O^); c'est l'éther acétique d'un bornéol, c'est un li-
quide assez mobile; son odeur rappelle celle de l'essence de thym. Il est
neutre aux réactifs colores : il n'agit pas sur la lumière polarisée ; sa densité
à 0° est 0,977. Traité à 100", en vase scellé, pendant dix heures, par son
poids de potasse dissous dans l'alcool, il fournit exclusivement de l'acétate
de potasse et du bornéol inactif, d'après l'équation
C^»H'«(C*H^O') + KOHO = C2''H'«(H-0=') + C^H^KO\
(') Berthelot, Annales de Chimie et de Physique, 3'' série, t. LXVI, p. 79.
("-) Baubigny, Annales de Chimie et de Physique, 4" série, t. XIX, p. 221.
( i7'-i )
-'^^ I d'éther famphénacétiqm- ont fourni ainsi !*>'',() d'acidi- acctiqur ot du
hornéol que l'on purifie par distillation.
)) Le bornéol inactif dérivé du tcrébène et qu'il conviendrait mieux
d'appeler cam^DAeVio/ inactif, ainsi que l'avait projîosé M. Berthelot pour le
bornéol actif de synthèse, pour rappeler son origine et le distinguer du
bornéol naturel ou camphre de Bornéo, ce bornéol inactif est solide et par-
faitement cristallisé à la température ordinaire. Son odeur est à la fois
camphrée et poivrée, rappelant surtout à un très haut degré l'odeur de moi-
sissure ou de poussière indiquée pour le bornéol naturel fourni par le Drio-
balanops camphora. Il bout sans altération à la température de 208" à 21 1**
sous lu pression normale. Il se sublime avec lu plus grande facilité dès la
température de 100" à la façon du camphre ordinaire. Purifié autant que
possible par sublimation de traces de produits liquides (cymène) qui l'ac-
compagnent obstinément, il a fondu, suivant les échantillons, de i85°,5
à 190"; nul doute que, par une purification plus parfaite, on n'atteigne le
point de fusion 198"- 199° indiqué pour le camphre de Bornéo.
» Il est inactif sur la lumière polarisée comme le térébène, comme l'a-
cétate de térébène, qui lui ont donné naissance.
)) Sa composition répond à la foi-mule C-" 11"^ 0-.
C 77 ' '
H 1 1 ,6
OKvdé par l'acide nitrique, il fournit un camphre complètement inactif
C-" H' » O^ + O- = C=" H ' '■■ O- + H- O- .
Toutes ces propriétés sont donc, sauf l'action sur la lumière polarisée,
celles du bornéol. Pour l'identifier complètement et le distinguer du cam-
phre de composition très voisine, nous l'avons transformé en éther chlor-
hydrique en le jiiaintenant à 100° penilant douxe heures avec 1 5 fois son
poids d'acide chlorhydrique saturé. Le chlorhydrate obtenu est solide, il a
l'aspect du monochlorhydrate d'essence de térébenthine et de camphène;
il en possède l'odeur, il bout à 207". Sa composition répond à la composition
exprimée par la formule C-" H'" (Il Cl) (Cl = 20, 2 j ; il nous parait identique
avec le chlorhydrate de térébène ou camphène inactif. Le corps qui lui
a donné naissance est donc bien du hornéol ou camphéiiol inactif, le
camphre ne donnant pas de composé chlorhydrique dans les conditions
précédentes.
» D'après nos recherches, le térébène ou camphène inactif monovalent
( 173 )
peut s'unir une molécule à une molécule d'acide oro;anique, d'acide
acétique ou tout autre acide monobasique, comme il s'unit avec une molé-
cule d'hydracide, d'acide chloihydrique par exemple. Les corps formés
paraissent être identiques avec les éthers du bornéol inactif ou camphcnol
inactif; ils fournissent parla saponification ce camphénolC'" H" O^, tandis
que les combinaisons du même car])ure avec les liydracides régénèrent ce
carbure C-"!!'" par le même traitement.
» Nous avons aussi réalisé la combinaison de l'essence de térébenthine
elle-même avec l'acide acétique, et obtenu la formation d'un acétate puis
d'un bornéol actif; mais la réaction, au lieu de donner naissance à un pro-
duit unique comme pour le camphcne, est complexe ; nous y reviendrons
très prochainement. »
PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE. — Action des hautes pressions sur les tissus
animaux. .Idiote de M. P. Re«\ard, présentée par M. Paul Bert.
« Dans le courant de l'année i88/|, nous avons fait connaître à l'Aca-
démie un certain nombre de recherches effectuées en plaçant différents
animaux aquatiques sous des pressions énormes, analogues à celles que
subissent les êtres marins qui habitent les abîmes.
» Vers SSo"", correspondant à un fond d'environ SSoo"", les animaux
tombaient au fond du \ase, comme endormis; ils se réveillaient dès
qu'on diminuait la pression et se remettaient à nager. Un appareil muni de
hublots en quartz, et éclairé par un rayon de lumière électrique, nous a
permis de sui\ re toutes ces phases.
» Nous avons vu, de plus, que, si la pression était prolongée plus d'un
quart d'heure environ, les animaux mouraient et qu'ils sortaient de l'appa-
reil gonflés, turgides et ayant beaucoup augmenté de poids.
» C'est la cause de cet état que nous voudrions élucider aujourd'hui.
Pour y arriver, nous plongeons dans notre appareil des pattes de grenouille,
dépouillées deleurpeau, et nous les portons successivementà loo""", 200-""',
300""", 4oo'""\ Chaque fois, nous les laissons cinq minutes sous la pression.
» A 100'"'" le muscle, examiné au myographe de Marey, semble à peine alteint; sa
conlraclion enregistrée semble normale. A aoo-'"" et à Soo""", le muscle a déjà perdu
de sa conU-actililé ; la secousse est plus lente, plus durable, mais moins énergique. A
400""", c'est à peine si le muscle se contracte ; il est dur, gonflé, rigide : on casse l'ani-
mal en deux plutôt que de faire ployer une articulation. En analysant le phénomène,
on voit qu'alors le muscle peut avoir doublé de poids. Des muscles de grenouilles, qui
23
C. R., 1S86, I" Semestre. (T. Cil, N" 5.)
( i7'i )
i)esaiont (rabord i5s'', pesaient déjà 17»' après dix minutes de pression et 28s'' après
deu\ heures.
» Il fallait connaître les lésions anatoniiques qui pouvaient être cause
de cette augmentation de poids. Pour cette étude délicate, M. W. Vignal a
bien voulu s'adjoindre à nous.
» 1° Épithéliam. — Après avoir mis sous 600""" un œsophage de grenouille, nous
a -1 /
avons \u (|iie loules les cellules muqueuses E étaient comme éclatées, elles n'existaient
jiius (]ue sous la forme d'un noyau entouré de |(roto|)lasma G.
» Les cellules à cils vibratiles F paraissaient au |)reniier abord intactes, mais un exa-
( 173 )
men plus soigné monlie que Teau a pénétré dans leur intérieur et a refoulé ce proto-
plasma au voisinage du plateau sous la forme de petits grains.
» Sur les infusoires ciliés, les cils vibratiles sont gonflés, doublés de volume, et ils ne
reprennent leurs fonctions que quand ils ont perdu, après dépression, l'eau dont ils
étaient gorgés. Le même fait se voit très bien sur le pédicule des vorticelles.
» 2° Le tissu conj'onctif est distendu par l'eau, ses faisceaux, sont écartés. Dans les
tendons les fibres sont séparées les unes des autres et baignent dans une atmosphère
aqueuse.
» 3" Le tissu musculaire (G) présente des altérations de divers ordres : si la pression
n'a duré que dix minutes, et si l'on examine les muscles profonds, on voit que la
slriation transversale est moins nette (D) et que le sai'colemme ne se montre plus à la
surface du faisceau primitif, mais en est légèrement écarté. Les faisceaux sont devenus
très friables et se brisent avec la plus grande facilité.
» Si la pression a duré quelques heures, les lésions sont multiples. D'abord le sar-
colemme est plus ou moins soulevé {d,e). La slriation transversale n'existe que dans
quelques rares endroits, la longitudinale est très irrégulière; généralement elle a com-
plètement disparu. La substance striée est elle-même brisée (ff), refoulée (h) par
l'eau dans le tube du sarcolemme et présente successivement des renflements et des
amincissements considérables. Sur des coupes transversales (B), outre les lésions du
tissu conjonctif ambiant, on voit que les fibrilles des faisceaux musculaires primitifs
sont très écartées. Le protoplasma qui les sépare est gonflé (b, c, d).
» 4° Les nerfs (A) présentent, eux aussi, des lésions notables; en elTet, leurs fibres,
soumises seulement pendant dix minutes à une pression de 6oo""", ont des incisures
beaucoup plus marquées qu'à l'état normal, et souvent la membrane de Schwann
n'est plus accolée à la couche de protoplasma qui se trouve au-dessus de la myé-
line, mais en est écartée plus ou moins. Lorsque la pression est maintenue plus long-
temps, les incisures deviennent encore plus marquées et, en même temps, on voit
qu'au niveau de chaque étranglement (c) la myéline est refoulée des deux côtés sur
une longueur plus ou moins considérable {d, e,f).
» 5° hei globules sanguins sont toujours détruits dans les vaisseaux superficiels.
1) Nous rappellerons que M. Ranvier avait suppo.sé que les échanges se
produisent, dans les nerfs, surtout au niveau des étranglements. Nous
venons de voir que, dans les fibres ner^ euses soumises aux fortes pres-
sions, la lésion principale s'est produite aux: étranglements annulaires :
c'est donc à ce niveau que la fibre nerveuse est le plus accessible à l'action
des causes extérieures.
» Il va sans dire que tous nos examens ont été faits comi)arativement
sur des tissus qui avaient été comprimés, et sur d'autres qui avaient passé
le même temps simplement dans l'eau. Nous n'avons jamais trouvé la
moindre lésion sur ces derniers.
)) Quel est le mécanisme de cette pénétration d'eau dans les tissus? On
peut le concevoir de deux manières :
( I7<i )
» 1° Ou bien le protoplasma de l'épithélium, la matière même des
fibres musculaires et la myéline des nerfs sont plus compressibles cpie
l'eau, d'une part, et que leur enveloppe, d'autre part, et alors l'eau les
refoule et prend leur place; puis, à la décompression, l'eau, n'ayant pas la
possibilité de fuir, gonfle les tissus en les dilacérant.
). 2° Ou bien, comme le propose M. R. Dubois, l'eau, aux fortes pres-
sions, se combinerait chimiquement aux albuminoïdes ; puis, à la décom-
pression, l'eau redeviendrait libre et formerait les sortes d'infarctus
aqueux que nous avons décrits.
» lia question ne peut être décidée que ]nu- l'examen direct. Nous con-
struisons en ce moment un appareil qui nous permettra de suivre les phé-
nomènes de pression sur la platine même du microscope ('). »
PHYSIOLOGIE EXPÉRIMEXTALE. — Ifijluence de l' anesthésie par inhalations de
protoxyde d' azote pur sur diverses fonctions dt V économie. Note de INI. M.
Laffoxt, présentée par M. Yulpian.
« Les recherches de MM. Jolyet et Blanche en 1878 a^ aient démontré
que l'anesthésie par inhalations de protoxyde d'azote pur, selon la mé-
thode des chirurgiens dentistes, s'accompagne toujours d'un état as-
phyxique suffisant à lui seul pour produire l'anesthésie, alors que le sang
ne contient plus que 3 à 4 pour 100 d'oxygène.
» Cette asphvxie, concomitante de l'anesthésie protoxyazotique, est
excessivement dangereuse, ainsi que j'ai pu m'en assurer au point de vue
jiièdical. C'est ainsi que j'ai signalé : 1° un cas d'a\ortement, avec mort
du fœtus, dès le moment anesthésique, chez une femme grosse de quatre
mois et demi; 2° l'apparition d'accidents chlorotiques, chez une jeune fille
eu formation; 3° la réapparition d'accidents épileptiques, chez un
jeune homme qui en était exempt depuis plusieurs années; 4" l'apparition
d'albuminurie et d'hvdropisie, dans un cas d'insuffisance mitrale; 5" la
recrudescence de diabète constatée à deux reprises différentes, chez le
même malade, à la suite d'insensibilisation par le protoxyde d'azote pin-.
» Cette dernière constatation m'a donné l'idée de rechercher si les in-
halations de protoxyde d'azote pur, dangereuses pour certains états dia-
(') Trinail du laljoraloire de l'iiysiologle de la Sorbonne el de la !-lalion mariliiiie
(lu I la\ re.
( 177 )
ihcsiqiies ou ph\siologiqiies, ainsi que je viens de l'indiquer, n'amenaient
pas, chez l'iiulividu sain, certains désordres passagers des diverses grandes
fonctions de l'économie. Etant établi que la glycosurie est la conséquence
de l'hyperglycémie qui survient, ainsi que l'a démontré M. Dastre, dans
l'état asphvxique, j'ai d'abord porté mes recherches de ce côté.
» Je me suis mis moi-même en expérience, après m'ôtre assuré préalable-
ment que je n'étais pas glvcosuri(pie. Deux heures après deux anesthésies
successives, à quelques minutes d intervalle, mes urines contenaient déjà
I '^'^, 65 de sucre par litre ; six heures après, il y en avait 1 8^^, 4o ; le troisième
jour, 3s'',9.5; enfin le quatrième jour, toute trace de sucre avait disparu.
» J'ai alors expérimenté sur le chien, que l'on peut facilement sonder, et
j'ai trouvé, dans la plupart des cas, une glycosurie qui a varié, une heure
après deux anesthésies successives, entre is%355 et i4^S285 de glycose par
litre. Je dis dans la plupart des cas; en effet, chez plusieurs animaux, je
n'ai pu observer de glvcosurie, et, recherchant alors les conditions physio-
logiques dans lesquelles se trouvait l'animal, j'ai découvert qu'il était à
jeun depuis la veille, condition dans laquelle, ainsi que l'a démontré
Cl. Bernard {Leçons sur le diabète, p. 3-6), l'hyperglycémie n'est pas suivie
de ghcosurie.
» J'ai Aoulu alors faire des recherches plus précises sur les variations
des quantités de sucre du sang, en employant le procédé classique de
Cl. Bernard. Dans toutes les expériences, j'ai constamment vu l'anes-
ihésie protoxvazotic(ue marcher de pair avec une hyperglycémie considé-
rable, véritable pluie de sucre instantanée dans le sang, qui s'est élevée
ilans certaines expériences jusqu'à 3«' de sucre de ghcose [)ar litre, alors
qu'à l'état phxsiologique le sang en contient rarement i^', 5 par litre.
)i J'ai encore voulu étudier les modifications apportées par ce genre
d'anesthésie dans les phénomènes physiques de la respiration, dans la
pression artérielle et la fréquence des battements du cœur.
)) Les modifications produites dans les phénomènes physiques de la res-
piration sont \ariables sui\ant les animaux. Chez l'homme, les respira-
tions deviennent plus amples, sans changer de rythme; chez le cobaye, il
en est de même, mais l'arrêt respiratoire est très rapproché du moment
anesthésique. Chez le lapin, dès le début des inhalations, les respirations
sont plus fréquentes, plus amples, puis elles se ralentissent au moment
de l'anesthésie, sans s'arrêter subitement. Les phénomènes les plus re-
marquables se produisent chez le chien, dont les mouvements respira-
toires augmentent graduellement de fréquence et d'amplitude, jusqu'au
( '78)
moment anesthésique où la respiration est réellement haletante. Alors
il se produit un arrêt brusque, plus ou moins prolongé, parfois mortel.
» De même que la respiration, la pression artérielle ne subit pas les
mêmes variations chez les animaux d'espèce différente. Chez le lapin, elle
reste stationnaire ou baisse légèrement. Chez le chien, elle s'élève de plus
en plus, puis reste stationnaire au moment de l'anesthésie.
» I;es battements du cœur subissent la même influence chez tous les
animaux. Au début des inhalations, il y a une augmentation de fréquence,
puis, précédant le moment anesthésique, le cœur se l'alentit; -les systoles
sont fortes, espacées; U peut même se présenter un arrêt plus ou moins
prolongé du cœur. Ce ralentissement du cœur, avec maintien de la pres-
sion à un niveau élevé, persiste longtemps, même après le réveil de
l'animal.
» L'augmentation de pression artérielle, remarquable surtout chez le
chien, parait avoir pour cause l'état d'agitation de l'animal. Quant au
ralentissement des mouvements systoliques dont la force est augmentée, il
est certainement dû à une action constante sur les nerfs d'arrêt du cœur,
car il n'apparaît pas chez l'animal préalablement atropinisé.
» Tels sont les résidtats de mes recherches, touchant l'influence
qu'exerce l'anesthésie par inhalations de protoxyde d'azote pur, sur trois
grandes fonctions de l'économie : \a fonction hépatique, \a fonction respira-
toire, \a fonction cardiaque.
» On le voit, ce genre d'anesthésie, non seulement n'est jamais inof-
fensif, mais amène constamment des troubles fonctionnels qui peuvent con-
stituer des dangers sérieux, principalement dans les états physiologiques
ou diathésiques que j'ai signalés au début ( ' ). »
PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE. — Recherches sur V action physiologique et
thérapeutique de Vacétophénone. Note de MM. Mairet et Co.mbemale,
présentée par M. Charcot.
(( Dans une précédente Note, nous avons indiqué les effets physiologi-
ques et toxiques de l'acêtophcnonc chez les animaux; nous voudrions ac-
tuellement indiquer les effets de cette même substance, prise à dose théra-
peutique, chez l'bomme sain et chez l'aliéné.
(') Tiavail du lal)oratoire de M. le professeur Rouget, au Aluséuni d'IIisloire nalu-
relle.
( 179 )
)) Chez l'homme sain, en injection stomacale et à des doses variant entre
o^', lo et oS'',3o, nous n'avons constaté aucune modification d'aucun appa-
reil; à doses plus élevées, oS',45 à o'''%6o, la circulation et la miction ont
été influencées. La miction a été plus abondante pendant les premiers mo-
ments qui ont suivi l'administration, et le pouls, d'abord plus plein, sans
changement de fréquence, est devenu, cinq heures à six heures après l'ad-
ministration, plus dépressible et un peu moins fréquent qu'avant cette der-
nière.
» Chez l'aliéné, nos recherches ont porté sur vingt et un malades agités
et ne reposant pas la nuit : maniaques, déments par suite de manie, dé-
ments par alcoolisme, déments par suite d'athéromasie, paralytiques géné-
raux, idiots, épilepticjues, hallucinés. La quantité d'acétophénone admi-
nistrée a varié entre oS', lo et o^', /p par vingt-quatre heures. Quelques
malades ont pris cette substance pendant onze jours consécutifs, d'au-
tres pendant cinq jours ou six jours seulement. L'acétophénone était
administré par la bouche, en deux prises, le soir avant le coucher.
» Connue elléts généraux, trois malades ont accusé des ardeurs à l'épi-
gastre, et, dans certains cas, lors(]uc la (pumtité d'acétophénone ingérée
était un peu considérable, nous avons constaté une diminution du chiffre
de l'hémoglobine, diminution légère mais contiiuie, disparaissant toutefois
rapidement après la cessation de l'administration. Comme action hypno-
ti(juo, l'acétophénone n'a aucune action de cet ordre et dans la plupart des
cas, en particulier chez le maniaque, l'épileptique, l'idiot, cette substance
a été sans influence sur l'agitation musculaire; d'autres fois, ainsi chez les
alcooliques et ciiez plusieurs paralyticpies généraux, l'agitation nocturne a
été diminuée; les malades, tout en restant éveillés, étaient beaucoup moins
bruyants; nous retrouvions dans ces cas l'action déprimante de l'acétophé-
none sur le système musculaire, que nos recherches physiologiques ont
mise en relief. Chez une malade enfin, tourmentée par des hallucinations
viscérales se rattachant à une lésion tuberculeuse des poumons, le calme,
même le sommeil ont été obtenus. C'est là le seul succès réel que nous
ayons constaté; aussi, si ce succès peut engagera continuer l'administra-
tion de cette substance dans des cas de même ordre, il n'en est pas moins
acquis que l'acétophénone n'a dans la thérapeutique psychiatrique qu'une
importance très secondaire comme agent sédatit.
» En présence des résultats négatifs que nous a donnés, au point de vue
hypnotique, l'emploi de l'acétophénone chez l'homme sain et malade et
chez les animaux, en présence des mêmes résultats négatifs obtenus chez
( i8o )
les animaux par d'autres expérimentateurs (Grasset, Labordc), ne pou-
vant mettre en doute la pureté de l'acétophénone que nous employons
(quatre maisons différentes de Paris nous ont fourni un produit ayant tous
les caractères de l'acétophénone), et cependant dominés par l'autorité qui
s'attache à si juste titre en Thérapeutique au nom de M. Dujardin-Beaumetz,
nous nous sommes demandé si ce médecin n'avait pas, en préparant l'a-
cétophénone, pris un autre produit pour cette substance, et si ce n'est pas
à ce produit qu'il faut rattacher les propriétés hypnotiques que notre con-
frère attribue à l'acétophénone. Nous avons donc préparé nous-mêmes
de l'acétophénone par le procédé de M. Friedel {Comptes rendus, séance
du i4 décembre 1807, p. ioi3), c'est-à-dire par la distillation sèche d'un
mélanee d'acétate et de benzoate de chaux, et nous avons recherché si, en
nous plaçant dans certaines conditions, d'autres produits ne pouvaient pas
prendre naissance. Nous avons ainsi obtenu deux produits que nous avons
expérimentés chez les animaux et chez l'homme.
» En chaufliuit à feu nu le mélange que nous venons d'indiquer, il est
passé à la distillation un liquide brunâtre, à odeur d'amandes amères, ne
cristallisant pas à zéro comme l'acétophénone et qui, expérimenté chez les
animaux en injections intraveineuses et en injections hypodermiques, nous
a donné des résultats semblables à ceux de l'acétophénone; son action ne
diffère que par une intensité plus grande. Avec cette substance, nous avons
obtenu, chez un chien, à la suite d'une injection intraveineuse, des phé-
nomènes que nous n'avons pu obtenir avec de l'acétophénone pure, une
syncope et postérieurement des vomissements alternant avec un sommeil
profond, non interrompu par le bruit, interrompu seulement par les exci-
tations cutanées. Six heures après l'injection, ce sommeil existait encore.
Au bout de vingt-quatre heures, à part un peu d'affaissement, le chien sem-
blait revenir à lui; mais il succomba deux jours après l'injection, et nous
trouvâmes, du côté des différents organes, |des lésions identiques à celles
])roduites par l'acétophénone.
» En second lieu, eu chauffant graduellement le mélange d'acétate et de
benzoate, il est passé à la distdlation du liquide huileux que M. Friedel
signalait déjà dans sa Communication. Ce liquide jaune, lourd, qui a une
odeur rappelant celle de l'acétophénone, ne cristallise pas à o"; nous l'avons
expérimenté chez les animaux par la voie intraveineuse, hypodermique et
intestinale et, chez les malades, par la voie buccale. 11 nous a donné aussi,
mais à des doses beaucoup moindres, des phénmuènes semblables à ceux
produits par l'acétophénone.
( i8i )
» En résumé, l'acétophénone n'est pas un hypnotique, et l'utilité de son
emploi en psychiatrie nous parait douteuse. Toutefois, cette substance agit
surtout sur le système nerveux; si, à certains égards, elle se comporte
comme les irritants, ainsi que le prouvent les lésions congestives et inflam-
matoires du rein, du poumon et du foie, elle produit, du côté des centres
nerveux, des troubles particuliers, tels qu'une anémie limitée à la moelle
ou s'étendant à l'encéphale et se traduisant pendant la vie par une parésie
musculaire plus ou moins complète, pouvant rester localisée au membre
inférieur ou s'étendre à l'ensemble du système musculaire. Cette anémie,
indépendante de la circulation générale, puisqu'elle existe, ainsi que le
prouve la paralysie musculaire dès le début de l'intoxication, alors que la
pression sanguine est augmentée et qu'elle se continue, ne s'exagérant pas,
lorsque plus tard cette pression est au contraire diminuée, est évidem-
ment consécutive à une action primitive de l'acétophénone sur le système
nerveux. »
ANATOMIE ANIMALE. — Sur l' histogenèse des éléments contenus dans les gaines
ovigéres des Insectes. Note de M. J. Pérez, présentée par M. de Lacaze-
Duthiers.
« L'ovogénèse des Insectes fait, depuis plusieurs années, l'objet de mes
études. La Communication de M. Sabatier sur l'origine des éléments con-
tenus dans le tube ovarien de ces animaux m'engage à publier les résultats,
fort différents des siens, auxquels je suis parvenu.
» L'ovaire encore jeune ne renferme que des cellules identiques entre
elles, éléments indifférents destinés à donner naissance, d'une part à l'é-
pithélium folliculaire, d'autre part aux ovules et aux cellules dites vitello-
gènes, quand celles-ci existent.
» Quand il n'v a point de cellules \ itellogènes, les ovules résultent tie la
transformation directe et successif o de quelques-unes des cellules primi-
tives dont il vient d'être parlé, plus précisément des cellules axiales de
l'ovariule, quand le nombre des éléments contenus dans cet organe est
considérable. En même temps, les cellules périphériques, sous-jacentesàla
membrane anhiste de la gaine et entourant immédiatement l'ovule, proli-
fèrent avec plus ou moins d'activité et se disposent autour de l'ovule sous
forme d'épithélium folliculaire.
)> A quelque moment qu'on les observe, ces cellules épithéliales sont
G. H., 1886, 1" Semestre. (T. OU, N° 5.) ^-t
( i8-^ )
toujours extérieures à l'ovule et eu sont nettement sépai'ées. Elles ne nais-
sent point dans le protoplasma de l'œuf, comme le veulent M. Sabatier et
aussi M. Wilm, dont l'opinion est combattue par M. Rorschelt (Zool.
Anzeiger, numéro d'octobre dernier).
» Un des objets les plus favorables que je connaisse pour l'observation
des faits qui précèdent est l'ovaire de divers Névroptères, tels que jEshna,
Agrion, dont les gaines ovigéres fort longues, et ne contenant qu'un nombre
restreint de cellules, permettent de voir avec une facilité relative les
transformations dont il s'agit. Ici, en effet, l'ovule grossissant rapidement,
dès le début, la prolifération des cellules qui l'environnent ne suffit pas
tout d'abord à l'envelopper entièrement ; ce résultat ne se produit que tardi-
vement, au grand avantage de la clarté de l'ensemble. Mais, dans la très
grande majorité des Insectes, Tovule, dès qu'il est reconnaissable, se voit
entouré complètement d'une couche continue de cellules épithéliales.
» Quand il existe des cellules vitellogénes, les choses se passent absolu-
ment de même pour ce qui est del'épithélium. Mais la genèse de l'ovule est
plus complexe. La cellule indifférente de l'ovariule, au lieu de transformer
directement en ovule, prolifère et donne naissance, par voie endogène,
à un nombre de cellules constant pour chaque espèce et même poiu- un
groupe plus ou moins étendu. A la base de l'ovariule, un peu au-dessus de
la partie de la gaine où l'on distingue les premiers ovules, avec les cellules
qui les accompagnent, se trouvent des cellules en voie de multiplication en-
(logènc, dont on peut suivre tous les degrés. S'il s'agit d'un Lépidoptère,
par exemple, on voit 2, 4, 8 cellules-filles, jamais] davantage dans une
cellule-mère, et rien qui ressemble aux grains de chromatine de M. Sabatier
ou aux boules de même substance de M. Wilm, en train de se transformer
en épithélium.
)) On peut se convaincre avec la plus grande facilité de l'exactitude de
ces faits, en étudiant l'ovaire d'un Lépidoptère dont les gaines soient très
longues : on a aussi l'avantage de pouvoir observer simultanément un assez
grand nombre d'éléments de même âge à peu près, et de suivre pas à pas
leur évolution. Le Zeuzera œsculi, entre autres, remplit admirablement ces
conditions.
» Les jeunes cellules ne sont pas expulsées de la cellule-mère, selon le
mode indiqué par MM. Sabatier et Wilm : elles deviennent libres par le
procédé ordinaire, par la rupture de la cellule-mère, qui cesse d'exister,
et ne persiste point comme ovule. Il est constant qu'une des cellules ren-
dues libres, l'inférieure devient l'ovule, les autres deviennent les cellules
( i«3 )
vitellogènes. Celles-ci sont donc bien les sœurs et non les filles de l'ovule,
et l'opinion qui les considère comme des ovules avortés, opinion qui n'a
jamais été bien établie, se trouve ainsi parfaitement justifiée. Loin de naître
en nombre inférieur à leur nombre définitif et de se multiplier ensuite
pour atteindre ce dernier, une fois expulsées de la cellule-mère (M. Saba-
tier), elles arrivent à leur nombre normal, si grand qu'il soit, dans la
cellule-mère elle-même, dans l'intérieur du laquelle on peut les compter.
L'interprétation de M. Korschelt, qui fait dériver chaque cellule vitellogène
d'une cellule de l'ovariule individuellement transformée, n'est donc point
exacte.
» La manière de voir de M. Sabatier, aussi bien que celle de M. Kor-
schelt, ne rendent d'ailleurs aucun compte de ces faits, que le nombre des
cellules vitellogènes est constant dans une espèce donnée, que, dans la
série entière des Insectes, ce nombre n'est pas cjuelconque, qu'il est régi
par une loi que j'ai déjà fait connaître, loi bien facile à vérifier et dont j'ai
pu jusqu'à ce jour constater l'exactitude chez environ 3oo espèces. Qu'il
me soit permis de la rappeler.
» Le nombre des cellules vitellogènes est exclusivement un des termes
de la série
I, 2, 4, 8, i6, 32, 6/,, 128,
diminué d'une unité, soit
o, I, 3, 7, i5, 3f, 63, 127.
)) L'unité qui manque est représentée par l'ovule. Voici des exemples :
0. Coléoptères, sauf Carabides et Dytiscides; Orthoptères; Hémiptères; plusieurs
Névroplères {Termes, Agrion, Ephemera, Perle); Thrips; Lepisma, Podura.
1. Forjicula (??).
3. Plusieurs Névroptères (Psocus, Trocles, Panorba).
7. Lépidoptères; quelques Névroptères {Phryganea); Hippobosca ( Diptère ); Pe-
diculus; Proctotrupiens (Hjménopt.).
15. La presque totalité des Diptères; paruii les Coléoptères : Carabiques (sauf Ca-
rabus) et Dutiscides; parmi les Hyménoptères : Cynipides, Chalcidiens.
3L Beaucoup d'Hyménoptères : Evanides, Ichneumonides, Mutillides, Formicides.
63. Plusieurs Hyménoptères : Tenthrédines, tous les Fouisseurs (sauf les Mutilles),
Vespides, Apiaires.
127. Carabus et Procriistes (Coléoptères).
( uS'i I
BOTANIQUE FOSSILE.— Contribution à l'étude des Palmiers éocénes de l'ouest
delà France. Note de M. Louis Crié, présentée par M. Chatin.
« Depuis la publication de mon premier Travail Sur la végétation de
r ouest de la France à l'époque tertiaire ('), les grès éocènes de la Sarthe
et cTe Maine-et-Loire m'ont offert une série de nouvelles empreintes de
feuilles et de spathes de Palmiers, appartenant aux genres Sabalites, Fla-
hellaria et Phœnicites.
» Les Sabalites Sap. sont caractérisés pai- leurs feuilles ou frondes palminerves.
dont les segments s'insèrent sur un prolongement plus ou moins étroit et acuminé du
sommet du pétiole qui pénètre au milieu de la feuille. Chez les Flabellaria Sternb.,
les segments, au lieu d'être attachés le long du prolongement du pétiole, sont unifor-
mément insérés sur le sommet obtus ou peu aigu de cet organe.
» Les Phœnicites Brgn. comprennent les feuilles de Palmiers fossiles qui repro-
duisent, d'une façon générale, le type de celles des Pliœnix, chez lesquelles le limbe
penninerve est plissé, avant sa déchirure, en segments pennés.
» Le Sabalites andegavensis Schimper est une des plantes les plus caractéristiques
de la flore éocène de l'ouest de la France [Sarthe, Maine-et-Loire, ^'endée (-)]. Cette
espèce dilfère du Sabalites major Sap., parle sommet beaucoup moins allongé de son
rachis qui ne porte ordinairement qu'une vingtaine de segments sur chacun de ses
côtés. Quelques frondes, provenant des grès de la Sartlie, à rayons plus larges et à ner-
vures plus rapprochées, montrent une grande ressemblance avec le Sabalites Grava-
nus Lesq., de l'étage lignitifère {lignitic gi-oup) du terrain éocène de l'Amérique du
Nord. Le Sabalites Chatiniana Crié est une forme curieuse des grès éocènes de Fyé
(Sarthe). J'ai désigné sous le nom de Sabalites Echvaidsii un nouveau Palmier des
grès de la Sarthe qui pourrait être comparé, par ses petites dimensions, au Sabalites
microphyllus Sap. des arkoses éocènes de Brives ('). Mais le rachis du Sabalites Ëd-
wardsii est très élargi à sa base, comparativement aux dimensions de la fronde, et
beaucoup plus allongé que celui du Palmier de Brives.
» En outre, les segments, au lieu de suivre une direction ascendante, dessinent,
vers la base du rachis, une courbe qu'aucune autre espèce ne présente aussi
accentuée.
» Les Flabellaria sont représentés, dans notre Hore, par les Flabellaria Saportana
(') Voir L. CuiÉ, Recherches sur ta végétation de l'ouest de la France à l'époque
tertiaire. Flore éocène du Mans et d'Angers. Paris, 1878.
(') Voir L. Crié, Sur la découverte à A'oirnioutiers (Vendée) de la flore éocène à
Sabalites andegavensis (Comptes rendus, mars 1S81).
(') Voir G. DE Saporta, Essai descriptif sur les plantes fossiles des arkoses de
Brii'es, près le Puy-en-Velay. Le Puv. 1878.
( i8.) )
el Sar^eeusis Ciié des i;rès de Sargé el de Saiiit-Pavace (Sarllie), et pav lo Fla-
hellaria Milleliana Crié des couches éocènes de Maine-et-Loire. Celle dernière
espèce se rapproclie beaucoup du Flabellaria eocenica Lesquereux, de l'élage ligni-
tifère de l'Amérique du Nord.
» La végétation de l'ouest de la France comprenait encore, à l'époque
tertiaire, des Phœnicoïdées à feuilles penninerves, parmi lesquelles je
citerai le Phœnicites Gaudryana Crié, nouveau Palmier des grès de Cheffes
(Maine-et-Loire) ( '), dont les segments, alternes et assez éloignés vers la
base tronquée de la fronde, montrent bien le mode de plicature propre à
ces déchirures de la feuille chez certains Dattiers.
» Le rôle des Sabals a été considérable dans les deux continents, à
partir de l'éoccne. Ces Palmiers, que l'Europe a longtemps possédés et qui
ont laissé de nombreuses empreintes dans les grès éocènes de la Sarthe,
de Maine-et-Loire et de la Vendée, sont maintenant limités à la région des
Antilles et au sud des États-Unis. Le Sabal, genre extra-tropical, s'avance
jusqu'à 36" en Amérique. Les Flabellaria, dont les grès tertiaires du Mans
et d'Angers renferment les restes, présentent plusieurs formes qui ont dû
appartenir à des types aujourd hui éteints. D'autres Flabellaria rappellent,
par la structure de leur rachis, les Thrinax et les Chamœrops. Les Cha-
mœrops remontent, avec leurs formes extra-tropicales, vers le nord,
jusqu'à 44"> en Europe. Une espèce très connue, le Chamœrops humilis
ou Palmier nain, qui habite la région méditerranéenne, l'Afrique boréale
et l'Asie mineure, croît encore spontanément, dans les Alpes-Maritimes,
aux environs de Nice.
» On sait combien le climat armoricain est favorable à la culture des
Palmiers. C'est ainsi que le Sabal acaulis Willd passe les hivers sans abri, à
Brest, tandis que le Palmier à chanvre de la Chine {Trachycarpiis Forlunei
Wendl), qui fleurit abondamment et donne des graines fertiles, dans la
même localité, est devenu aujourd'hui presque une plante bretonne. Ces
Palmiers des types Sabal et Chamœrops, que l'on cultive en pleine terre
dans l'ouest de la France, et particulièrement sur le littoral du Finistère
où plusieurs espèces sont tout à fait acclimatées, ne font que reprendre
possession de leur ancienne patrie. »
(') Voir L. Crié, Essai descriptif sur les plantes fo.tsiles de ClieJJ'es {Maine-et-
Loire). Angers, i885.
( i8<^)
GÉOLOGIE. — Sur les terrains jurassique cl. crétacé des provinces de Grenade
et de Malaga. Note de MM. Marcel Bertkaxd et W. Kiliax, présentée
par M. Hébert.
« L'examen plus approfondi (') des matériaux que nous avons rapportés
d'Andalousie nous permet de compléter les courtes indications données
dans notre Communication (^) sur les terrains jurassique et crétacé de
cette région.
)) Au-dessus du Reuper, qui renferme à Gobantes Gervillia praecursor et
Myophoria vestita (faciès alpin), nous signalons les horizons suivants :
» I. L'infralias et le lias inférieur ne semblent pas être fossilifères.
Nous y rapportons des dolomies, des carnicules et des marnes vertes qui
constituent, dans les environs de Loja, la base du système jurassique.
Une lumaclielle assez dure (sud- ouest d'Antequera) et des calcaires
blancs à silex doivent également trouver leur place ici.
» II. Près de Salinas, on rencontre dans des calcaires que nous attri-
buons au Lias moven : Terebratula aspasia ]\Ien., T. Partschi 0pp., Rliyn-
chonella Dalmasi Dum., Rh. triplicata Qu., Spiri/erina rostrala et des
Ammonites voisines de Am. (Anetites) muUicoslatus So\v.En d'autres points,
le Lias moyen renferme des Nérinées, des Crinoïdcs ÇPhyllocrinus) et des
Polypiers. C'est la faune du Liasien de Sicile, d'Italie et des Alpes orien-
tales.
)) Aux bains d'Alhama, des assises redressées verticalement et formant
un îlot au milieu du Miocène nous ont fourni Ammonites ( Aridités) ceras
Giebel, A. (Phylloceras) cyUndricus Sow. des couches d'Ilierlatz (Au-
triche).
» III. Il convient également de réunir au Lias moyen des calcaires argi-
leux caractérisés à la sierra Elvira par la présence de Am. ( Harpoceras)
algovianus Opp., sp. Am. Lariensis Menegh., et de Terebratula erbaensis,
Suess., espèces qui se retrouvent, comme on sait, dans le Lias des Alpes
orientales.
» IS . Le Lias supérieur est représenté à la sierra Elvira et au pied de
(') L'élude des fossiles a été faite par M. Kilian au laboratoire de Géologie de la
Sorbonne.
(*) Comptes rendus, 20 avril i885.
( '87 )
la montagne de las Hoyas ainsi qu'au nord de Grenade par des marno-
calcaires gris ou rouges avec Ammonites (^Hildoceras) hifrons, H. Levisoni,
H. Mercati, H. bicarinatum, A. (Lioceras) subplanalus, A. (Hammatoceras)
insignis, A. (Cœtoceras) crassus. Cette faune d'Ammonites est celle du
Toarcien de la Lombardie, d'Erba et d'Adneth (Alpes orientales).
» V. Des calcaires marneux à Am,. (Ludwigia) Murchisonae, intimement
liés aux précédents, sont particulièrement bien développés à Montillana et
à la sierra Elvira.
» VI. L'Oolithe inférieure se termine par une suite de calcaires plus ou
moins bien stratifiés; nous y avons recueilli un fragment d'Ammonite qui
se rapporte à Am. (Stephanoceras) Humphriesi.
» VIT. Dans les tranchées du chemin de fer, près de la station d'El
Chorro, affleurent des assises calcaires dont la faune (Térébratules biplis-
aées, FJiY/ichonetla, cf. varians, Eligmiis polylypus) (') semble se rapporter
au Bathonien.
» VIII. Un massif de calcaires compacts ou oolilhiques occupe la place
du Jurassique moyen. Il est à noter que ce faciès envahit souvent toute la
série et s'étend jusqu'aux premiers bancs du Tithonique. Près de Zaffarava,
des calcaires blancs contiennent des radioles d'Échinides (^Hemicidaris cre-
nularis pour M. Cotteau.
» IX. Au Torcal, prés d'Antequera, des assises d'un calcaire gris, inter-
calé dans le système précédent, représentent la zone ivAm. acanthicus, telle
que l'ont fait connaître M. Neumayr en Autriche et M. E. Favre en Suisse.
On y trouve : Ammonites (Si//ioceras) agrigentinum Gemm.; A. Loryi
M. Cil.; A. (^Aspidoceras) Haynaldi Herb.; .4. hominale, Favre.
» X. Le Tithonique montre une association de la faune du Diphyakalk
et de celle des couches de Stramberg. Le Terebratula (Pygope ) diphya y est
accompagné du T. {Pygope) janitor, plus rare, et du/'. CatuUoi. La variété
et le nombre des espèces sont exceptionnels. L'étage se termine à Cabra et
dans plusieurs autres points par une brèche à éléments et fossiles roulés
{Ammonites, Aptychus punctatus).
)) XI. Puis vient un étage, développé sous deux faciès distincts qui se
remplacent ou se superposent ; ce sont :
» (a) Des calcaires marneux et des marnes à Terebratula {Pygope) di-
phyoïdes, Am. {Phylloceras) Thelys, Ph. infundibulutn, P/i. diphyllum, A.
{Lytoceras) subjimbriatus , L. quadrisukatum, L. Juitleti, Am. {Eolcostephanus)
(') Cet échantillon a été recueilli par M. Bergeron, qui nous l'a obligeamment
communiqué.
(' i88 )
Asderi, A. (Haploceras) Grasi, A. (Desmoceras) difficilis, D. cassida, A. (Ho-
plites^ neocomiensis , UamuUnes, AptycJuis angulicostatus, Belemnites (Du-
valia) latus, etc. Ces couches rappellent le « Biancone » des Italiens et le
Néocomien vaseux des Alpes. Elles se rapprochent également du Néocomien
des îles Baléares, tel que l'a décrit M. H. Hermite.
» {b) Des schistes argileux à Aplychus Mortilleti, Pict. et de Lor. et
Apt. seranonis. Coq.
» Il ressort de cette étude que les terrains jurassique et crétacé infé-
rieur présentent, dans le sud de l'Andalousie, un faciès essentiellement
alpin. Leur composition est sensihlement la même qu'en Sicile et dans le
Tyrol méridional (d'après Beneckc). Les analogies sont nombreuses égale-
ment avec les îles Baléares (pour les assises supérieures seulement), l'Apen-
nin et les Alpes de laLombardie.
» On est donc autorisé à admettre que les conditions dans lesquelles se
sont effectués les dépôts oiit été les mêmes dans ces différentes contrées.
Il est curieux de constater, par exemple, la constance avec laquelle se pour-
suivent les couches à Brachiopodes du Lias moyen, et les assises ammoni
tifères du Toarcien, en Sicile, dans l'Apennin et dans certaines parties des
Alpes. )i
M. Lèox EsQuiLE adresse, de Toulouse, une Note « sur la Photographie
de la parole et sa reproduction par projection oxyhydriquc ».
L'auteur dit être parvenu, à l'aide du photophone, à fixer sur une plaque
photographique les vibrations de la parole, et à reproduire ensuite la parole
au moyen du téléphone, en projetant à la lumière oxyhydriquc l'image
positive de la plaque sur un récepteur au sélénium de IM. Mercadier. Il
espère pouvoir faire prochainement l'envoi de son appareil.
M. A. Vidal adresse, de Mende (Lozère ), une Note sur un projet de
télégraphe écrivant.
M. A. Netter adresse, de Nancy, une Note « sur la question de l'intel-
ligence des animaux, étudiée par la méthode expérimentale ».
A 5 heures lui quart, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 5 heures trois quarts. J. B.
COMPTES RENDUS
DES SÉANCES
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES.
SEANCE DU LUNDI 2S JANVIER 188«.
PRÉSIDENCE DE M. JURIEN DE LA GRAVIÈRE.
MEMOIRES ET COMMUIVfICAiTOAS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDA^TS DE L'ACADÉMIE.
M . le MiXISTKE UIÎ l'IxSTUUCTIO.X PIBLIOIE, DES IÎEAIX- AitTS ET DES
Cultes adresse l'ampliation du décret par lequel le Président de la Répu-
blique approuve rélcction faite, par l'Académie, de M. Boussinesq, pour
remplir la place laissée vacante ilans la Section de Mécanique j)ar le décès
de M. Rolland.
Il est donné lecture de ce décret.
Sur l'invitation de M. le Président, M. Bolssixesq prend place parmi ses
Confrères.
M. le PnÉsiDEXT informe l'Académie qu'elle vient de recevoir un buste
de notre regretté Confrère, Paul Thenard, qui lui a été offert par M'"" ïhe-
nard.
C. R., iS8fi, I" Semexlie. (T. Cil, N- 4.) - 23
( igo )
AÉROSTATION. — Présentation d' une héliogravure représentant les expériences
aérostatiques de Chalais-Meudon; par M. J. Jaxsse.v.
« L'Académie se rappelle encore les imjjortantes expériences aérosta-
tiques exécutées, les 22 et 23 septembre dernier, par MM. Renard, à Cha-
lais-Meudon.
» En raison de l'intérêt scientifique, et j'ajouterai même national, qui
s'attachait à ces expériences, j'avais fait prendre, à l'observatoire de
Meudon, les dispositions nécessaires pour en obtenir des photographies.
» Le 23 septembre, on obtint, au moment où le ballon rentrait à Clialais,
un bon cliché qui a servi à faire l'héliogravure que j'ai l'honneur de mettre
sous les yeux de l'Académie. Cette héliogravure, due à M. Arents, ancien
photographe de l'observatoire de Meudon, est remarquablement réussie.
» Quand on pense avec quel intérêt on consulte aujourd'hui les an-
ciennes gravures représentant les premières ascensions des frères Mont-
golfier, on ne peut douter que cette image fidèle, qui donne en quelque
sorte le procès-verbal de cette belle ascension, ne devienne précieuse dans
l'avenir.
)) Depuis les importants travaux de MM. Tissandier, les expériences de
Chalais constituent le progrès le plus considérable qui ait été accompli
dans le domaine de cette science, si française par son origine et si consi-
dérable par son objet, puisqu'elle se propose d'ouvrir à l'homme le do-
maine de l'atmosphère.
» Je suis persuadé qu'on me saura gré d'avoir voulu en consacrer le
souvenir. »
DOMINATIONS.
L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'un Cor-
respondant, pour la Section de Chimie, en remplacement de j\L Bunsen,
élu Associé étranger.
Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 4i.
M. Reboul obtient 35 suffrages.
M. Raoult » 5 1)
Il y a un billet blanc.
M. Reboil, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est élu Corres-
pondant de l'Académie.
('191 )
MEMOIRES LUS.
BOTANIQUE FOSSILE. — Études sur une plante phanérogame (Cymodoceites
parisiensis) de l'ordre des Naïadées, qui vivait dans les mers de l'époque
éocène. Note de M. En. BruEvr.
« M. Ed. Dufour a signalé, en 1877, l'existence d'une flore fossile dans
le terrain éocène d'Arthon (Loire-Inférieure); mais cette flore, ou plutôt
cette florule, n'a encore été l'objet d'aucune étude. On savait seulement
qu'elle était surtout composée de Naïadées rappelant beaucoup celles qui
se trouvent assez fréquemment dans le bassin de Paris, et qui ont été
décrites en partie sous le nom de Caulinites. Or il y a, en Botanique fossile,
peu de questions aussi embrouillées que l'histoire des Naïadées éocènes.
Cela tient, entre autres difficultés, à ce que la plupart des matériaux
d'étude sont fournis par le calcaire grossier parisien, dans lequel la con-
servation des fossiles végétaux laisse beaucoup désirer. Il était probable
que les empreintes d'Arthon, qui se trouvent surtout dans un petit lit d'un
calcaire argileux très fm, seraient mieux conservées et jetteraient quelque
jour sur l'organisation des plantes marines phanérogames qui habitaient
les mers tertiaires.
» J'ai fouillé à trois reprises le gisement d'Arthon, et j'ai pu recueillir
une série d'échantillons assez nombreuse et assez variée pour qu'elle per-
mette de reconstituer dans tous ses organes de végétation le type de
Naïadées qui paraît avoir été le plus répandu à l'époque éocène, le Cau-
linites parisiensis Ad. Brongn. Ces échantillons sont : une très belle feuille,
des rameaux couverts de gaines foliaires, d'autres où ces gaines sont lacé-
rées et réduites en fdaments, des rameaux dénudés et des racines. Ces
divers débris se trouvent, pour la plupart, dans une même couche, à côté
les uns des autres, et rapprochés par des échantillons à caractères inter-
médiaires, ou dans un état de connexion tel qu'on a la conviction d'avoir
sous les yeux les différents organes d'une même espèce.
» Les mêmes formes végétales se rencontrent aussi dans le calcaire
grossier du bassin de Paris, mais isolées les unes des autres, dételle sorte qu'il
était difficile de reconnaître leurs véritables relations, et qu'on les a prises
en partie pour des polypiers ou pour des algues. On les trouve décrites
sous les noms d'Amphitoites, Corallinites, Fucus, Fucoides et Laminarites.
( 192 )
)) Si l'on compare le type fossile reconstitué aux phanérogames péla-
giques conservées clans les herbiers, on retrouve sans peine ses analogies.
Ses tiges dénudées ressemblent d'une manière frappante à celles du Cymo-
docea ciliata Forsk. de la mer Rouge et de la mer des Indes; mais les tiges
de CymodocLfi ne sont jamais recouvertes par les gaines des feuilles persis-
tant quelque temps après la chute du limbe et laciniées, et, sous ce rap-
port, la plante fossile rappelle, comme Ad. Brongniart l'avait dit dès iSaS
à propos de V Amphitoites , le Posidonia Caulini Kœn. de la jMéditerranée.
Les feuilles ont l'aspect et les proportions de celles du Cymodocea ciliata,
avec un rétrécissement de la base du limbe qu'on retrouve à un bien plus
haut degré chez les Halophila, qui vivent de nos jours dans l'océan Indien.
Ainsi, nous avons affaire à un genre éteint, ayant par ses caractères de
végétation des analogies avec plusieurs genres actuels, mais plus voisin du
Cymodocea que des autres. Nous proposons de lui donner le nom de Cymo-
doceites; le genre provisoire Caulinites d'Ad. Brongniart étant destiné à
renfermer toutes les tiges de Naïadées fossiles dont les rapports demeurent
incertains.
» Jusqu'ici, je ne puis reconnaître qu'une espèce, le Cymodoceiles
parisiensis .
)) Voici, en somme, ce que l'examen de nombreux échantillons, complété
par l'étude des gisements à Paris et dans l'ouest de la France, a pu m'ap-
prendre sur cette Naïadée fossile :
M Les Cymodoceiles étaient des plantes herbacées, radicantes, rameuses,
dont les divisions principales s'étendaient en divergeant autour d'un point
central, se subdivisaient et formaient ainsi de grandes touffes. Les branches
et rameaux avaient à leur centre une ca\ ité étroite ou un tissu cellulaire
mou. Leur surface, après la chute des feuilles, était marquée par des cica-
trices transversales presque annulaires ; souvent, en effet, ces cicatrices
n'entouraient que les f ou les | de la circonférence du rameau, leurs deux
extrémités amincies ne se rejoignant pas. L'écartement des nœuds était
très variable sur un même rameau (de o"',oo2 ào'",oo8), une série d'entre-
nœuds courts étant suivie d'une série d'entre-nœuds longs. J'ai mesuré sur
des fragments de rameaux des entre-nœuds de o"',o22. T>es feuilles étaient
distiques. Il en était de même des rameaux, qui naissaient souvent, mais
non toujours, des entre-nœuds les plus longs. Les nœuds étaient, au con-
traire, très rapprochés à la base des rameaux, et de plus en plus écartés à
mesure qu'ils étaient situés plus haut; mais vers l'extrémité des rameaux,
qui était fréquemment renflée, ils se rapprochaient de nouveau. Les feuilles
( 193 )
se composaient d'un limbe et d'une gaine. Le limbe était plan, largement
linéaire, on mieux brièvement rubisné, long de o™,o5 à o"',io; large de
o'",oo8 à o'",oio, très obtus, presque tronqué, cmargiaé au sommet. Il
était parcouru par un certain nombre de nervures extrêmement fines, celle
du milieu un peu plus marquée que les autres. Ce limbe s'atténuait à sa
base en une gaine dont il se séparait facilement par rupture. Les gaines
restaient quelque temps sur certains rameaux, se présentant comme des
appendices foliacés imbriqués, de o'",02 à o"', o3 de long; mais le plus sou-
vent elles se déchiraient promptement de plus en plus, et se réduisaient en
filaments semblables à ceux qui entourent les tiges de Posidonia, puis elles
tombaient, laissant le rameau na avec les cicatrices annulaires que nous avons
décrites. De certaines sommités de rameaux, d'où partaient trois ou quatre
ramuscules, naissaient de nombreuses racines adventives.de telle sorte que
ces rameaux jouaient le rôle de stolons, et que, si le mouvement des (lots
venait à les rompre, ils pouvaient être emportés par les courants et aller
au loin s'enraciner et propager l'espèce. Ce moyen auxiliaire de reproduc-
tion peut aider à expliquer l'aire géographique assez vaste de cette plante,
cpii vivait dans les mers éocènes septentrionale et occidentale. Il peut aussi
avoir été favorable à la longue durée de l'espèce, qu'on tiou\e depuis la
base du calcaire grossier jusqu'aux marnes marines inférieures au gypse.
Elle semble avoir vécu evclusi\ ement sur des fonds argilo-calcaires ; on
n'en a pas, à ma connaissance, troiné de trace dans des dé])ôls arénacés.
» Le genre Cymodoceites vient confirmer les affinités indiennes de la
flore éocène moyenne, affinités déjà décelées par VOttelia, le Nipadites, le
Nerium parisiense, etc. »
MEMOIRES PRESENTES.
PHYSIOLOGIE ANIMALE. — Sphygmo graphe différenciel, pour la détermina-
tion de la circulation veineuse par influence. Note de M. Cm. Ozax.v.h.
(Commissaires : MM. Vulpian, Gosselin, Richet.)
(c Les difficultés que j'éprouvai en 1876, lorsque je découvris la circu-
lation veineuse par influence, m'engagèrent à faire construire un petit ap-
pareil facde à manier et qui jjiit donner une démonstration suffisante de
cette fonction circulatoire nouvelle et si intéressante.
( 194)
» Voici en quoi il consiste :
)) Denx petites ampoules de verre sont accouplées au moyen d'une
double bague métallique. Leur bord interne, légèrement aplati, fournit un
point d'appui et la fixité nécessaire pour leurs rapports mutuels. Elles sont
recouvertes de deux membranes de caoutchouc, qu'il est important de
choisir parmi les plus minces, pour ne point masquer, par une forte pres-
sion, l'expression si délicate, si fugitive de la pulsation veineuse; c'est là
une des principales conditions de réussite. L'avantage d'une très fine
memljrane est encore de faire saillir le mercure hors de l'ampoule et de
rendre l'instrument plus sensible.
)) Les branches terminales des ampoules sont prolongées par des con-
duits de caoutchouc, qui aboutissent à deux tubes de verre, soutenus verti-
calement et réunis, côte à côte, par un anneau métallique. Le mercure qui
les remplit soulève les flotteurs qui servent de plume, tandis qu'un aimant
intérieur attire doucement la branche horizontale d'acier qui termine
chaque plume et lui fait inscrire les tracés voulus sur un cylindre tour-
nant.
» Cela donné, si l'on dispose les deux ampoules simultanément en
travers de l'artère seule, les deux colonnes ascensionnelles s'élèvent simul-
tanément aussi, sauf la très légère différence de temps qu'exige le sang
pour arriver de l'une à l'autre, ~ de seconde environ.
» Mais si, déplaçant les ampoules, ou les applique, l'une sur l'artère,
l'autre sur la veine satellite, après quelques tâtonnements, on obtient une
double impulsion, dont la plus forte (artérielle) monte, pendant que
l'autre, plus faible (veineuse), descend, et vice versa, systole pour diastole,
diastole pour systole.
)) Dès qu'on déplace l'ampoule veineuse, les pulsations disparaissent ou
se réduisent infiniment, le vide produit par le retrait artériel n'agissant
plus que sur des tissus celluleux : il n'est point avantageux de donner aux
ampoules la forme complètement ovalaire; car alors les vibrations delà
membrane, ne s'opérant pas également vite dans les deux diamètres, se
doublent pour ainsi dire et déterminent un frémissement qui masque les
dicrotismes. «
( '93 )
VITICULTURE. — Suite des résultats obtenus par V élevage, en tubes,
du Phylloxéra de la vigne. Note de M. P. Boiteau. (Extrait.)
(Renvoi ù lu Clommission du Phylloxéra.)
« Pendant l'année i885, j'ai continué mes observations et mes
études sur la reproduction parthénogénésique du Phylloxéra.
» A la fin de 1884, j'en étais à la ([uinzième génération : j'annonçais, à
cette époque, à l'Académie que ces insectes ne paraissaient pas avoir trop
dégénéré, après une suite aussi longue de reproduction, en tubes, sur des
racines fraîches.
)) L'année i885 m'a donné une nouvelle série de quatre générations, et
les insectes qui hivernent actuellement sont nombreux et bien portants.
Cette année, comme les années précédentes, j'ai pris toutes les précautions
pour éviter la régénération, soit par l'œuf d'hiver, soit par les insectes
venant du dehors. Les insectes sont, à cet effet, isolés à chac[ue généra-
tion, et chaque nouveau tube reçoit des œufs de la génération qui pré-
cède. Ce sont ces œufs, éclos sur des racines parfaitement nettoyées, qui
donnent naissance à la génération suivante. Pour plus de sûreté et pour
éviter les conséquences fâcheuses de la stérilisation d'un tube, ce qui peut
avoir lieu quelquefois, par suite de la décomposition des racines, j'ai tou-
jours soin d'en ensemencer plusieurs. J'ai toujours évité ainsi d'être pris
au dépourvu et de voir terminer mes observations, non pas à la suite d'une
dégénérescence complète, mais bien ])ar im iléfaut d'aliments.
» Ce n'est pas une petite affaire de maintenir, pendant un ou deux mois
l'été et six ou sept mois l'hiver, des racines en tubes dans un état suffisant
de végétation, pour c[ue les insectes qui sont à leur surface ne meurent pas
de faim. Des visites fréquentes et un assez grand nombre de tubes éleveurs
sont nécessaires, pour mener à bien cette étude des parthénogénésicpies.
)) Le nombre des générations agames auc[uel je suis arrivé est maintenant
de dix-neuf. C'est un chiftre bien élevé, et, d'après cela, il faut plutôt
compter sur l'affaiblissement naturel de l'espèce que sur le manque de ré-
générescence, pour arriver à une limite compatible avec la vie de la plante.
)) Le Phvlloxera, comme toutes les espèces animales, doit nécessaire-
ment, après une existence d'une assez longue durée dans une région,
devenir moins prolifique et ne plus occasionner la mort de hi plante qui
le porte.
( '9^ )
» Si nous nous rapportons à la première apparition de roidiiim, nous
constatons qu'à cette époque, non seulement le fruit était détruit, mais
encore que la plante en mourait. Après quelques années de régénération
et de traitements appropriés, il n'en fut plus ainsi, et, aujourd'hui, les ceps
non traités souffrent, mais ne meurent plus.
Il faut espérer qu'il en sera de même du Phylloxéra, de l'anthracnose et
du mildew, et qu'avec les traitements appropriés on finira par rendre com-
patible l'existence de ces parasites avec la plante qui les porte — »
M. Gr. Loli adresse, de Massa, un Mémoire sur un projet de traverses
métalliques pour les chemins de fer.
(Renvoi à la Section de Mécanique.)
M. R. Arnoux adresse une Note « sur les rendements mécaniques et élec-
triques obtenus dans les dernières expériences de Creil ».
(Renvoi à la Section de Mécanique.)
M. DE JoxQriKKES est adjoint à la Commission nommée pour examiner
le Mémoire de M. L. de Bussy, sur le roulis.
M. le Secrétaire perpétuel saisit cette occasion pour faire remarquer que,
dans la Communication insérée au Compte rendu du 4 jan^ier, la ligne lo
de la page 36 doit être complétée, suivant le désir de l'auteur, par la note
suivante, nécessaire à l'intelligence du texte :
Si l'on considère dans la dift'érenliation s comme constant, ce que l'on peut faire
sans erreur notable, vu la grande lenteur avec laquelle la fonction e varie, comme le
montrent les expériences.
CORRESPOADAIVCE.
M. le MixiSTiiE DU Commerce et de i/Ixdistrie invite l'Académie à lui
présenter une liste de candidats poin* la chaire de IMécanique appliquée
aux Arts, laissée vacante au Conservatoire national des Arts et Métiers, par
suite du décès de M. Tresca.
(Renvoi à la Section de Mécanique.)
( 197 )
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance, une brochure de M, Ch. Vélain, intitulée « Esquisse géolo-
gique de la Guyane française et des bassins du Parou et du Yari (affluents
de l'Amazone), d'après les explorations du D'' Creveaux ». (Présentée par
M. Hébert.)
ASTRONOMIE. — Sur la comète Fabry. Note de M. Weiss,
présentée par M. Lœwy ( ' ).
(c J'ai l'honneur de communiquer à l'Académie ce fait intéressant, que la
comète découverte à l'observatoire de Paris par M. Fabry promet de de-
venir, bien que pour peu de temps, une apparition brillante.
1) La détermination de l'orbite présentait, au début, des difficultés et des
incertitudes particulières, non pas seulement à cause de son mouvement
géocentrique très lent, mais surtout parce que, à l'époque de la découverte,
l'astre se trouvait dans cette partie de son orbite où la tangente était à peu
près parallèle à celle de l'orbite terrestre. Par suite de cette condition par-
ticulière, on pouvait bien déterminer avec précision la position de la ligne
des nœuds; mais les autres éléments, et surtout l'inclinaison, sont restés
presque indéterminés. Cette incertitude ressort surtout de ce fait que des
orbites avec des inclinaisons, par rapport à l'écliptique, variant de 47°
à 100°, représentaient au début les observations d'une manière satisfai-
sante. Malgré cette difficulté, je considère comme suffisamment certain le
système d'éléments que le D' S. Oppenheira, Assistant à l'observatoire de
Vienne, a déduit des observations des i"', 10 et 19 décembre, car le lieu
calculé s'accorde encore assez bien avec une observation faite à Vienne le
G janvier. Ces éléments sont les suivants :
T:=i886 avril 10,52837.
Ti = 161 . 3. 19,0 1
Q= 36.46.26,6 \ Équinoxe moyen i885,o.'
i— 84.42.18,6 )
log9'= 9-842794
» D'après ce système d'éléments, le mouvement de la comète dans la
première moitié de 1886 sera le suivant :
(•) Celte Note avait été présentée à l'Académie dans la séance du 18 janvier.
C. R., 1886, i" Semestre. (T. Cil, N° 4.) 26
( 198 )
Ascension
droite Déclinaison
de la de la
Date. comète. comète. Logr. LogA. Intensité,
h m o (
Janvier i,.5 23.44,0 +20. 5o 0,3789 0,2392 i,3i
Janvier 3 1,5 23.25,2 +23.28 0,1675 0,2577 1,97
Mars 2,5 23.21,1 +29.42 0,0169 3,2i48 4, 81
Avril 1,5 23.19,9 -+-39.59 9,8578 0,0377 22, 6i
Avril 16,5 23.39,6 +46.42 9,8494 9.7989 70,56
Mai 1,5 3.10,1 +55.47 9,9117 9,2489 666,80
Mai 16,5 8.21,3 +16. 3i 9,9989 9.43o5 192,41
Mai 3i,5 9.12,2 —27.49 0,0819 9,8929 i5,58
Juin 3o,5 10.34,1 — 36.4i 0,2157 0,1988 2,07
)) On a adopté pour unité de l'éclat celui d'époque de la découverte.
» Bien que le nombre calculé pour l'éclat maximum puisse encore subir
une modification notable, il en ressort néanmoins que cet astre, dans la
dernière quinzaine d'avril et le commencement de mai, offrira un aspect
dont la magnificence se manifestera d'autant mieux que, à cette époque,
la comète sera circompolaire et que la Lune ne pourra nuire à sa visibilité.
» 11 convient encore de faire remarquer le mouvement géocentrique
très rapide de la comète dans le voisinage de la Terre. Dans l'hémisphère
austral, on pourra l'étudier facilement jusqu'à la fin du mois de juillet. »
ASTRONOMIE. — Orbite et éphéméride de la comète Fabry, calculés
par M. Lebeuf. Note présentée par M. Mouchez.
« Les éléments de l'orbite ont été obtenus à l'aide des observations sui-
vantes de Paris :
1885. Décembre i 2 observations.
^ » » 23 3 »
1886. Janvier 10 i »
T= 1886, avril 6, 1372. Temps moyen de Paris.
o '
to =: 126.30.48,0 j
Q= 36.23.29,1 > Équinoxe moyen de 1886,0.
j= 82.46. 5,5 )
log5f= 9.808992
( '99 )
» Le lieu moyen est aiqsi représenté :
a8 = -
o",7,
o", I .
» D'où
l'on i
L déduit l'éphéméride suivante
pour minuit, temps
moyen
de Paris :
Ascension
Dates. droite.
Déclinaison
1886. apparente.
apparente.
Log/-.
Log A.
I.
Février i .
11 m s
23.24.54, I
' "
+23.44- 0,2
0, 14420
0, 23884
2,21
3.
23.24.23, I
+24. 2.55,8
0, 13467
0,23780
2,32
5.
23.23.54,7
-1-24.22.50,9
0, 12492
0, 23646
2,44
7-
23.23.3o,4
-1-24.43.45,0
0, II493
0,23479
2,57
9-
23.23. 8,1
+25. 5.38,1
0, IO47I
0,23278
2,72
II.
23.22.47,8
-h25. 28.31 ,7
0,09424
0,23o42
2,89
i3.
23.22.29,5
+25.52.24,9
o,o8353
0,22769
3,07
i5.
23.22. 12,6
+26.17.17,9
0,07256
0,22458
3,28
17-
23.21 .56,9
+26.43. 10,3
o,o6i34
0,22I05
3,5i
19-
23.21.42,1
+27.10. 1,9
0,04986
0,21710
3,71
21.
23.21.27,9
+27 .37.52,9
o,o38i3
0,21270
4,o5
23.
23.21 . l4, I
+28. 6.43,7
o,oa6o5
0,20783
4,38
25.
23.21. 0,5
+28.36.33,0
0,01391
0,20244
4,73
27.
23.20.46,6
+29. 7.20,5
0,00145
0, 19653
5,17
Mars I .
23.20.32,3
+29.39. 5,3
9,98876
0,19004
5,65
9-
23.19.27,1
+3i .54.54,0
9,9364o
0, 15754
8,35
17-
23.18. 8,1
+34.21 . l5,2
9,884i4
0,11192
i3, 10
25.
23. 17. l4,2
+38. 1.20,7
9 '83899
o,o5523
20,95
Avril 2.
23. 16. 17,2
+38.09.52,5
9,8i2i5
9,95881
36,95
17-
0. 2.29.3
+4o. 18. 17,6
9,83780
9. 67591
120,82
Mai 2.
4.37.45.9
+34.52. 19,9
9-92794
9,38916
298, 8
17-
7.48. 2,8
—34.55.40,6
0,02448
9,71763
42,20
Juin I.
8.37.02,6
— 39.26"34,o
0, 10844
9,96350
9.24
16.
9. 5.39,8
—41.37. 1,9
0,17901
0, I 1387
3,34
Juillet I.
9.28. 5,2
—43.36.49,8
0,23868
0,21942
1,56
16.
9.48.02,7
— liO.So. 0,9
0,28989
0,29918
o,85
» L'éclat de la comète, à son apparition, a été pris comme terme de
comparaison. »
( 200 )
ASTRONOMIE. — Délerminatioii de V erreur de la constante de la réfraction
astronomique, par les observations méridiennes. Note de M. A. Gaillot,
présentée par M. Mouchez.
(( La méthode générale consiste à comparer les valeurs de la latitude
d'un lieu déterminées par l'observation des culminations supérieures et
inférieures de deux étoiles inégalement distantes du pôle. La seule addition
essentielle que nous proposerons consiste à prendre deux étoiles ayant
même ascension droite, ou, praticpiement, des ascensions droites très peu
différentes.
» En désignant respectivement par z et z' les distances zénithales appa-
rentes observées d'une étoile à la culmina tion supérieure et à la culmina-
tion inférieure, et corrigées des erreurs instrumentales, par 9 et ç' les ré-
fractions totales correspondantes, par î^ et C les distances zénithales vraies,
on aura, pour la double différence A, des valeurs conclues de la latitude
» Si la constante employée rde la réfraction était rigoureusement exacte,
ainsi que la constante employée/ de la flexion, on devrait avoir A = o;
mais si ces deux constantes doivent recevoir respectivement les correc-
tions tr et y, le second membre ne s'annulera cjue si l'on ajoute à chaque
distance zénithale la correction -^Ir+y ûwz, ou <^^ -^Ifûnz, par
toutes les formules de la réfraction, en négligeant, dans la formation de la
dérivée, la variation de très petits termes dépendant des puissances supé-
rieures de r.
» On aura alors
A = 7 [(?; - ?'.) - (?t - ?2)] + y[(si»i='2 - sin-,) - (sin:?, - sin;,)]
ou
(2) A = F.8r-l-(T.S/
en posant
F = 7[(?; -?'■)-(?>-?=)]
et
c = (sin^!, — sin^'i) — (sin^, — sin^îj).
( 201 )
» Comme il n'entre, dans le calcul de A, que les distances zénithales
observées et les différences des réfractions calculées tp, qui en dépendent
exclusivement, on voit que la relation (2) est absolument indépendante
de la latitude du lieu et de la déclinaison des étoiles employées, et si l'on
peut compter sur la stabilité de l'instrument pendant quelques minutes,
elle n'exige la connaissance de la lecture au nadir qu'avec la précision né-
cessaire au calcul des arguments de la réfraction et de la flexion : une
erreur cjuelconque du nadir n'aura en effet, dans ce cas, aucune influence
sur les différences z-, — r, et :■'„ — :-\ , dont dépend la valeur de A, puisque,
à chaque culmination, les observations se font consécutivement.
» Il en résulte qu'avant observé la distance d — Co à l'époque où la cul-
mination supérieure s'effectue dans les conditions les plus favorables à
l'observation, on pourra indifféremment observer C — *(', douze heures
après ou six mois plus tard, lorsque la culmination inférieure aura lieu dans
les mêmes conditions. Il suffira, avant de faire la comparaison, dans ce
dernier cas surtout, d'appliquer, avec le signe convenable, à chaque dis-
tance zénithale observée, la correction nécessaire pour passer de la décli-
naison apparente à la déclinaison moyenne correspondant à vuic époque
fixe.
En effet, au point de vue du calcul de la précession et de la nutation,
les différences Z, — 'C,^ et X^^ — C, ne seront pas afl'ectées par les erreurs
possibles des constantes, ni par l'omission des termes secondaires, puisque
les deux étoiles ayant même ascension droite, l'effet, quel qu'il soit, de la
précession et de la nutation sur leurs déclinaisons respectives est le même
pour chacune des étoiles.
» Quant à l'aberration, la constante en est connue avec assez de préci-
sion pour qu'une erreur admissible de cette donnée n'ait aucune influence
appréciable sur les déclinaisons, et par conséquent sur les différences
» On aura donc les plus grandes facilités pour le choix des étoiles,
puisqu'on pourra en prendre d'un faible éclat, et qu'on n'a pas d'ailleurs
à s'inquiéter de la précision avec laquelle leurs coordonnées sont connues.
» On pourra aussi, pour chaque série d'observations, choisir le moment
de la nuit où l'expérience a montré que la température a ordinairement
un minimum de variation : on se trouvera ainsi dans les meilleures condi-
tions pour faire les mesures avec toute la précision désirable.
» La seule cause d'erreur que l'on pourrait introduire tiendrait au
mouvement propre des étoiles; on l'éliminera facilement, en comprenant
( 202 )
une série d'observations faites au passage inférieur, entre deux séries faites
au passage supérieur, ou inversement.
» Nous avons l'intention, dans une Communication ultérieure, de dis-
cuter les résultats fournis par l'équation (2) et d'examiner quelles sont les
limites des erreurs que l'on peut craindre dans l'application de la mé-
thode. 1)
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les résidus des intégrales doubles.
Note de M. H. Poiscaré, présentée par M. Hermite.
<( Il y a le plus grand intérêt à tenter de généraliser les théories de
Cauchy sur les intégrales prises entre des limites imaginaires et les résidus
des fonctions d'une variable : c'est l'objet des considérations suivantes :
» Soient
E = a; -i- ij, -ri = z -{- it
deux variables imaginaires et
F(E,-/,) = P + iQ
une fonction de ces variables. Posons maintenant, pour définir le contour
d'intégration,
x = <ù^{u,v), y = <!^.,{u,v), z=^m^{u,v), t~(^i{u,v),
u eX. V étant deux paramètres arbitraires réels. Soient maintenant [X, Y],
[X, Z], ... diverses fonctions de x,y, zelt; nous supposerons
[X,YJ = -[Y,X], [X,X] = o.
Soit
d{.r,y) dx dy dx dy
d{if, i') du di' dv du
le déterminant fonctionnel de x et y par rapport à « et à ç». Considérons
l'intégrale
rri[x,Y]^^^+[x,z]^^-4-[x,T]^^
J J (^ J(9(«,r) L *d{u,v) ' ^0{u,v)
Quand on permutera u et v, l'intégrale changera de signe; je dirai alors
( 203 )
qu'on change le sens de l'intégration. Considérons trois fonctions entières
quelconques de 3c,y, z et ^ et envisageons-les comme les coordonnées d'un
point M dans l'espace. Faisons varier ensuite u eti> : si, quelles que soient
les fonctions entières considérées, le point M décrit une surface fermée, je
dirai que le contour d'intégration est fermé.
» Les conditions d'intégrabilité, c'est-à-dire les conditions pour que l'in-
tégrale soit nulle, toutes les fois que le contour d'intégration est fermé, sont
au nombre de quatre. L'une d'elles est
rf[X,Y] ^ d[Y,Z] ^ r/[Z.X] ^^
dz dx dy '
et les autres s'en déduisent par permutation de lettres.
» Nous poserons alors
ffm. -0) .n A =//[(P + .-Q) ^ + (,-p - Q) |£^
Il est aisé de voir que les conditions d'intégrabilité sont remplies.
)) J'envisagerai le cas où la fonction F (H, n) est rationnelle et je l'écrirai
sous la forme
en décomposant le dénominateur en ses facteurs.
» Il ne faut pas que la fonction F devienne infinie en un point du con-
tour d'intégration. En exprimant que i|; ou s'annule en un point de ce
contour, on obtient quatre équations algébriques à quatre inconnues. On
doit s'arranger pour que ces quatre équations n'aient aucune solution
réelle.
)) Je ne puis exposer ici le mode de représentation, grâce auquel on peut
s'affranchir de l'hvpergéométrie et reconnaître, à l'aide de la Géométrie
ordinaire, si l'intégrale, prise le long d'un contour fermé, est réellement
nulle. Je me bornerai à indiquer quelles sont les différentes périodes de
l'intégrale double, c'est-à-dire les valeurs qu'on obtient en prenant l'inté-
grale le long d'un contour fermé. Ces périodes sont de trois sortes :
» i" Les périodes de la première sorte sont égales à 2TCiH, H étant une
( 204 )
période de première espèce de l'intégrale abélienne
/
«^.<
relative à la courbe algébrique
De même pour la seconde courbe algébrique,
>) 2° Les périodes de la seconde sorte se rapportent aux points d'inter-
section des deux courbes ^
A(^,vi) = o, e(ç,-/i)==o.
Elles ont pour valeur
^ et Y) étant les coordonnées du point d'intersection.
)) 3° Les périodes de la troisième sorte se rapportent aux points doubles
de la courbe
Elles ont pour valeur
4^=
^ et V) étant les coordonnées du point double.
» Ainsi se trouve confirmé, et en même temps complété et précisé, un
beau résultat obtenu dernièrement par M. Stieltjes au sujet d'une généra-
lisation des formules de Cauchy et de Lagrange. »
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur la théorie des équations linéaires.
Note de M. E. Goursat, présentée par M. Ilermite.
« On sait comment Riemann a défini les fonctions hypergéométriques
au moyen de leurs points de ramification et de leurs exposants de disconti-
( 2o5 )
nuité dans le voisinage de ces points. Les travaux de M. Fuchs sur les
équations linéaires ont rendu ces résultats immédiats et ont permis de les
généraliser de diverses façons. [ Voir le Mémoire de M. Pochammer (Journal
de Crelle, t. LXXI) et le Mémoire sur les fonctions hypergéométriques
d'ordre supérieur que j'ai publié dans le t. XII des Annales de l'École Nor-
male.] Mais ces diverses généralisations sont loin d'avoir épuisé le problème
et ne correspondent au contraire qu'à des solutions très particulières,
qu'il était plus facile d'apercevoir à cause d'une certaine symétrie dans les
propriétés des intégrales.
» D'une manière générale, une équation linéaire, ayant tontes ses inté-
grales régulières pour toute valeur de la variable et possédant p points
smguliers, y compris le pomt a; = qo , dépend de {p — i)m — h m
coefficients arbitraires, en regardant les points singuliers comme connus.
Si l'on se donne les racines des p équations fondamentales déterminantes
relatives aux points critiques, on introduit />wi — i équations de condition
entre ces coefficients. Ce nombre est inférieur au précédent, dès que m est
supérieur à 2 ou /? supérieur à 3 ; de sorte que les intégrales de l'équation
la plus générale de cette espèce ne sont pas susceptibles d'une définition
analogue à celle de Riemann pour les fonctions de Gauss. Mais c'est encore
dans la théorie des intégrales régulières de M. Fuchs que l'on trouve le
moyen le plus simple d'étendre cette définition.
)) Supposons que l'équation déterminante fondamentale relative à un
point singulier a admette un groupe de >^ racines
r, r + /?,, /• + /i., ..., /'-l- ").-,,
où /?,, iu, . . ., «>_, sont des nombres entiers tous positifs et différents, et
que pour toute autre racine / la différence r' — r ne soit jamais un nombre
entier. Pour que l'équation différentielle admette dans le domaine du
point X =^ a\ intégrales linéairement indépendantes
{x-ayV{x-a), (x-ay^"A\{x-a), ...,
où P(a: — a), P, {x — a), ... sont holomorphes dans ce domaine, il faudra
que les coefficients de l'équation proposée vérifient ^ équations de
condition qui, jointes aux 1 relations qui expriment que r, /•-+- n,, . . . sont
racines de l'équation déterminante, donnent en tout ^ équations de
C. R., i886, I" Semestre. (T. Cil, N° 4.) ^1
( 206 )
condition. Imaginons que l'on ait effectué ce partage en groupes déracines
pour tous les points singuliers et que tous les logarithmes disparaissent de
l'intégrale générale dans le domaine de chacun d'eux, on introduira
amsi
_ ^ 2
11
relations entre les coefficients, en désignant par >>, le nombre des groupes
de racines de l'équation déterminante relative au point singulier, a,, et
par 7n\ le nombre des racines du k'^'"^ groupe. Pour que le problème soit
déterminé, il faudra donc que l'on ait
; = /) i = A,
1 = 1 A- = 1
et l'on aura, en outre, les/> relations évidentes
(o) \m'/^ = m (j=: I, 2, ...,/î).
» Connaissant un système de solutions de ces équations en nombres en-
tiers et positifs, la détermination de l'équation linéaire correspondante
exige des calculs algébriques qui pourraient être assez compliqués. J'ai été
conduit, pour faciliter le calcul, à faire une hypothèse de plus; je suppose
que les racines de chacun des groupes dont il vient d'être question forment
une progression arithmétique ayant pour raison l'unité. J'ai démontré, du
reste, que tous les autres cas pourraient se ramener à celui-là. Grâce à
cette nouvelle hypothèse, les coefficients de l'équation seront toujours dé-
terminés par un système d'équations du premier degré bien faciles à obte-
nir. Il existe deux types d'équations de cette espèce du troisième ordre,
qui, du reste, sont bien connus. Il y en a six pour les équations du qua-
trième ordre, dont trois sont déjà connus complètement; un cas particulier
d'un des autres a été rencontré par M. Brioschi dans ses recherches sur la
transformation du r'''™'' ordre des fonctions elliptiques ( Annali di Mate-
matica, série II, t. XII, p. 65; Mathematische Annalen, t. XXVI, p. io8).
» Toutes ces équations jouissent d'une propriété importante. On peut
en général, par des calculs purement algébriques, déterminer les substi-
tutions que subit un système fondamental d'intégrales convenablement
(207 )
choisi quand on fait décrire à la Aariable un eontom- fermé quelconque.
Les coefficients de ces substitutions sont les fonctions algébriques des mul-
tiplicateurs des intégrales dans le domaine îles points critiques et ne
dépendent pas des points critiques eux-mêmes. Dans les cas particuliers
auxquels j'ai appliqué la méthode, ces coefficients sont des fonctions
ralionnelles des multiplicateurs. Le petit nombre d'équations linéaires pour
lesquelles on a pu résoudre effectivement ce problèmedonne, il me semble,
quelque intérêt à cette propriété. On en déduit un certain nombre de con-
séquences intéressantes. Ainsi, on pourra toujours reconnaître si une
équation du quatrième ordre de cette espèce s'intègre algébriquement,
puisqu'on connaît tous les groupes d'ordre fini contenus dans le groupe
linéaire à quatre variables. »
TÉLÉPHONIE. — Sur des appareils télémicrophoniques . Note
de M. E. Mercadier, présentée par M. Cornu.
« J'appelle télémicrophones des appareils mixtes, produisant simultané-
ment les effets des microphones et des téléphones, et réversibles comme
ces derniers. Leur construction, au point de vue de la transmission, repose
sur les faits suivants :
» L On peut agir sur un téléphone ou un microphone par l'intermé-
diaire d'une larne mince rigide quelconque et d'une couche d'air, limitée
ou non.
)) n. On peut, sans faire perdre à un diaphragme magnétique ses pro-
priétés téléphoniques, le charger de poids, jusqu'à une certaine limite qui
peut même dépasser le poids du diaphragme.
» Ces deux propriétés ont été indiquées dans la théorie que j'ai donnée
du téléphone (voir Comptes rendus, t. CI, p. 744 et looi ).
» III. Les effets d'un microphone placé dans le circuit primaire d'une
bobine d'induction et d'un téléphone placé dans le circuit secondaire se
superposent quand on agit simultanément sur les deux appareils, soit qu'on
les superpose eux-mêmes, soit qu'on les juxtapose, soit qu'on les combine
intimement, le microphone étant fixé à la membrane même du téléphone.
» Au point de vue de la réception, on s'appuie sur la propriété suivante,
que j'ai indiquée à propos d'effets radiophoniques (voir Comptes rendus,
t. CI, p. 944)> propriété déjà appliquée, mais incomplètement.
» IV. Quand la membrane d'un téléphone quelconque sépare deux
( 2o8 )
chambres à air, l'une extérieure, l'autre intérieure à l'instrument, on peut
recevoir nettement et fortement les mouvements de la membrane transmis
à l'air, à laide d'un ou plusieurs tubes acoustiques adaptés latéralement
à ces chambres, pourvu qu'on donne à celles-ci des dimensions conve-
nables.
)) D'après ces données, j'ai fait construire deux types de télémicrophones
qui donnent de bons résultats : l'un dans lequel les organes téléphonique
et microphonique sont superposés; l'autre où ils sont combinés.
» On obtient facilement un appareil de ce dernier tvpe, à l'aide d'un
téléphone d'Arsonval à la membrane duquel sont solidement fixés les char-
bons entourés d'un cylindre mince en fer d'un microphone du système
d'Arsonval et P. Bert. Ces charbons sont à l'intérieur de l'appareil : un
petit aimant auxiliaire règle la pression des charbons sur leur support.
» La membrane est surmontée d'un couvercle formant chambre à air de
o'",oi dehauteur au plus, percé d'une ouverture centrale recouverte d'une
lame mince rigide quelconque (verre, mica, bois, ...) (I) sur laquelle on
parle, et de deux ouvertures latérales auxquelles on peut ajuster des tuyaux
en caoutchouc.
» Les communications électriques sont les mêmes que dans un micro-
phone ordinaire : les charbons sont reliés au circuit primaire d'une bobine
d'induction comprenant la pile : les bouts de l'hélice du téléphone sont
reliés au circuit extérieur comprenant le fd secondaire de la bobine.
» En ce qui concerne la transmission, quand on parle sur l'appareil, la
membrane en fer vibre et ^roAvùX. simultanément les deux effets principaux
suivants : i" un effet microphonique dans le circuit primaire de la bobine,
par suite des mouvements des charbons fixés à la membrane, d'où ré-
sultent dans le circuit extérieur les courants induits ordinaires; 2° un effet
téléphonique par suite des mouvements de la membrane dans le champ
magnétique de l'aimant, d'où résultent dans le même circuit extérieur
d'autres courants induits qui se superposent aux précédents (III).
» Bien que le poids des charbons soit supérieur à celui du diaphragme
et irrégulièrement réparti sur la surface, l'appareil fonctionne très bien
comme téléphone quand on supprime l'effet microphonique, par exemple
en ouvrant le circuit de la pile (II ) : si donc cette suppression se pro-
duisait accidentellement, la transmission pourrait continuer sans diffi-
culté.
Quant à la réception, l'appareil est réversible, puisqu'il renferme tous
les éléments d'un téléphone : pour s'en servir comme récepteur, il suffit
( 209 )
de le porter à l'oreille. Si on veut le laisser sur un support fixe, on se sert
de tuyaux acoustiques adaptés soit au couvercle, soit à la chambre formée
par la partie intérieure de l'instrument; mais il faut avoir soin de donner
à celles-ci, comme il est dit plus haut (IV), des dimensions convenables
pour éviter des effets de résonnance qui donnent une sorte de Jlou à la
parole articulée.
» En déterminant bien ces dimensions, on peut, sans affaiblir notable-
ment les effets, adapter plusieurs tuyaux acoustiques ou écouteurs de faible
diamètre (o™, oi environ) à chacune des chambres à air de l'appareil, ce
qui permet à plusieurs personnes de recevoir à la fois les sons ou les pa-
roles transmis : on obtient ainsi ce qu'on peut appeler un tclcmicrophone
à écouteurs multiples.
» On voit d'ailleurs que ce dispositif est applicable à des téléphones
ordinaires. J'ai construit ainsi en effet des téléphones à deux, quatre et
jusqu'à huit écouteurs latéraux donnant des résultats susceptibles d'appli-
cations intéressantes.
» Les principaux avantages des télémicrophones sur les microphones
ordinaires sont : la possibilité d'un double mode de transmission avec le
même appareil; la réversibilité du transmetteur, qui simplifie beaucoup la
réception ; la réduction du nombre des organes des postes microphoniques,
et, par suite, la diminution de la résistance totale des appareils d'une
même ligne : cette réduction permet d'ailleurs de simplifier la construc-
tion des appareils et d'en diminuer notablement le volume. »
PHYSIQUE. — Observations relatives à une Note de M. Langley, sur des
longueurs d'onde jusqu'ici non reconnues; par M. Henri Becquerel.
(( Dans le Compte rendu de la dernière séance, se trouve une Note de
M. Langley qui m'attribue d'avoir dit que « les radiations les plus ex-
» trêmes dont l'existence ait été expérimentalement démontrée n'attei-
» gnaient pas une longueur d'onde de plus de o""",ooi5 ». Je n'ai jamais
émis une telle opinion, car la limite à laquelle s'arrêtent les observations
dépend essentiellement de la nature et de la sensibilité des méthodes que
l'on emploie pour révéler la présence des radiations invisibles infra-
rouges.
» Je rappellerai, à cette occasion, que, dans les Comptes rendus du i" sep-
tembre 1884, t. VCIX, p. 417, j'ai donné les longueurs d'onde des princi-
( 2IO )
pales raies et bandes du spectre solaire infra-rouge, déterminées au moyen
d'un réseau jusqu'à la longueur d'onde o""", 001880, et que ces nombres
concordent avec ceux que donne M. Langley pour les mêmes régions. La
méthode d'observation, fondée sur les phénomènes de phosphorescence,
n'a pas encore permis d'aller aussi loin que le bolomètre de M. Langlev ;
mais, jusqu'à la limite indiquée plus haut, elle donne une finesse de détails
bien plus grande et a l'avantage de présenter une image d'ensemble de la
région invisible ; il n'est pas inutile de rappeler que cette méthode est la
seule qui jusqu'ici ait révélé les spectres d'émission infra-rouges, jusque-là
inconnus, des vapeurs métalliques incandescentes. »
CHIMIE . — Sur le transport du cuivre à travers une couche gazeuse, et sur la
combinaison directe du cuivre et de l'azote. Note de M. R. Iîlo.xdlot, pré-
sentée par M. Debraj.
« Au cours d'expériences ayant pour but l'étude du passage de l'électri-
cité à travers les gaz incandescents, j'ai eu l'occasion de faire l'observation
suivante :
» Un disque de platine et un disque de cuivre de o™,o3 de diamètre
étaient fixés verticalement, en regard l'un de l'autre, à l'aide de supports
constitués par deux colonnes de platine; la distance des disques était de
3mm Qy /jnini. Le tout était placé dans l'intérieur d'une cloche de porcelaine
vernissée, dont l'ouverture, située en bas, restait libre.
» L'appareil ayant été porté à la température du rouge vif pendant
environ trois heures, en chauffant la cloche par la partie supérieure à
l'aide d'un fourneau à gaz, on constata, en l'absence de tout courant élec-
trique, que la face du disque de platine tournée du côté du cuivre avait
totalement changé d'aspect : il s'était formé une couche d'environ ~ de
millimètre d'épaisseur, ayant la couleur de la plombagine. Ayant gratté
une portion de cette couche à l'aide d'un fragment de verre, je constatai
que la matière qui la formait était insoluble dans l'acide azotique froid,
mais soluble dans cet acide chaud, en laissant toutefois un résidu constitué
par une poudre noire. La portion dissoute contenait des quantités considé-
rables de cuivre (le platine du disque n'en contenait primitivement que des
traces); la poudre noire était du noir de platine très actif.
» Ainsi il y avait eu formation, à distance, d'un composé chimique conte-
nant du cuivre et du platine, c'est-à-dire que le cuivre avait franchi l'inter-
( 211 )
valle des deux disques. Chaque fois qu'on répéta l'expérience, elle donna
le même résultat.
» Dans cette expérience, le cuivre s'oxydait fortement; pour décider
si cette oxydation jouait ou non un rôle dans le phénomène, je refis l'ex-
périence dans de l'azote pur. Un tube de porcelaine, vernissé en dedans
et en dehors, portait mastiquées à ses deux extrémités des garnitures métal-
liques, constamment refroidies par une circulation d'eau. A chacune
d'elles était fixée une colonne de platine, dirigée vers l'intérieur du tube,
suivant l'axe de celui-ci; ces deux colonnes se terminaient respectivement
par des disques de platine et de cuivre, qui se trouvaient ainsi disposés en
regard l'un de l'autre au milieu du tube. On commençait par faire passer
dans le tube, pendant douze heures, un courant lent d'azote pur, préparé
par le procédé de M. Schlœsing, puis on chauffait au rouge vif pendant
quatre ou cinq heures. Invariablement, on constata le transport du cuivre;
en même temps, le disque de cuivre était manifestement corrodé : sa sur-
face, restée parfaitement brillante, laissait entrevoir les facettes mises à nu
d'une cristallisation intérieure. On conclut de cette expérience que l'oxy-
gène ne joue aucun rôle dans le phénomène.
» Pour savoir s'il en était de même pour l'azote, je répétai l'expérience
dans de l'hydrogène pur. Cette fois, le résultat fut toujours négatif : l'expé-
rience, répétée à plusieurs reprises, dans les meilleures conditions, ne
donna jamais lieu au moindre transport. C'est donc l'azote qui joue le prin-
cipal rôle dans le transport du cuivre : selon toute vraisemblance, il se
forme un composé direct d'azote et de cuivre, lequel vient, soit s'incor-
porer en totalité dans le platine, soit se décomposer en présence de celui-ci
en lui cédant son cuivre.
» J'ai constaté que le composé cuivrique déposé sur le platine est disso-
ciable sous l'influence d'une température très élevée : ayant eu l'occasion
de chauffer dans de l'azote une colonne de platine recouverte de composé
cuivrique, j'ai constaté que celui-ci se transportait des parties les plus
chaudes vers les parties les plus froides de la colonne. L'existence de la
dissociation est encore confirmée par le fait suivant : lorsque l'on opère
dans une cloche oua erte, d'après le premier procédé indiqué, tandis que
la face du platine tournée du côté du cuivre se recouvre d'une couche
épaisse de composé cuivrique, la face postérieure en est dépourvue; les
colonnes de platine qui servent de support en sont également dépourvues
à la partie supérieure, tandis qu'elles en sont abondamment recouvertes
à leur partie inférieure. Cette distribution s'explique ainsi : dans l'intérieur
( 212 )
de la cloche, la température étant très élevée, la tension de dissociation
est très grande et le composé ne peut s'y former, sauf dans le voisinage
immédiat de la source de cuivre. Au contraire, vers le bas, la température
est moins élevée, et le composé peut se former sur la partie inférieure des
colonnes. »
CHIMIE MINÉRALE. — Sur quelques propriétés du sulfure d'antimoine.
Note de M. A. DrrTE, présentée par M. Berthelot.
« I. Les sulfures doubles de potassium et d'antimoine, que j'ai décrits
dans la Note précédente, peuvent être obtenus également avec le sulfure
d'antimoine anhydre'; celui-ci, pulvérisé et mis en contact aA^ec une solution
concentrée de sulfure alcalin, se prend en masse compacte. Si l'on agite,
pour éviter cette solidification, la température s'élève beaucoup s'il se dis-
sout une grande quantité de sulfure; la liqueur, en se refroidissant, se rem-
plit d'une masse jaune rougeâtre sensible à la lumière, et formée par un amas
d'aiguilles du sulfure KS, 2SbS'. Une liqueur moyenne concentrée et fdtrée
donne, quand on l'évaporé, d'abord des cristaux bipyramidés de ce sel
double, puis, quand la liqueur devient plus chargée de sel alcalin, des cris-
taux du sulfure double 2RS, SbS'.
)) II. Le sulfure d'antimoine orangé précipité se dissout à froid dans
l'acide chlorhydrique suffisamment concentré, en dégageant de l'acide suif-
hydrique qui sature la liqueur. Entre le chlorure d'antimoine et l'acide
sulfhydrique d'un côté, entre le sulfure d'antimoine et l'acide chlorhydrique
de l'autre, se produisent des actions inverses et réciproques, qui donnent
lieu à des chlorosulfures, chlorhydrates, etc., qui ont été étudiés par M. Ber-
thelot (Comptes rendus, t. XCII, p. 22, 86). Un état particulier d'équilibre
s'établit entre les corps qui se trouvent en présence ; il est d'ailleurs rompu
quand on élève la température de la liqueur, ou quand on l'étend d'eau;
ce liquide donne lieu à la formation d'un précipité orangé.
» Quand on opère à chaud, les choses se passent d'une manière ana-
logue; toutefois les hydrates d'acide chlorhydrique sont plus facilement
dissociables, et l'acide sulfhydrique se dissout en quantité d'autant moindre
que la température est plus élevée; la quantité de ce gaz qui intervient
pour déterminer l'équilibre diminue donc à mesure qu'on chauffe davan-
tage. L'acide chlorhydrique tend toujours cependant à décomposer le sul-
fure, riiydrogcne sulfuré à le reproduire, mais il arrive un instant où les
( 2i3 )
conditions de température deviennent telles que le sulfure hydraté ne peut
plus jîrendre naissance, et l'on voit apparaître alors du sulfure anhydre et
cristallisé.
» Aussi, quand on fait bouillir du sulfure d'antimoine précipité orangé
avec une dissolution étendue d'acide chlorhydrique, on n'observe tout
d'abord rien autre qu'une lente attaque du sulfure avec dégagement d'hy-
drogène sulfuré; à mesure que l'eau s'évapore et que la liqueur se con-
centre, l'attaque du précipité devient plus facile, et bientôt l'action de
l'acide sulfiiydrique sur le chlorure d'antimoine dissous donne lieu à la
production de quelques cristaux de sulfure anhydre, faciles à distinguer à
leur couleur. En continuant de bouillir, la liqueur se concentre par degrés
insensibles, les conditions d'équilibre se modifient à chaque instant, le sul-
fure hydraté, moins stable que le sulfure anhydre, est attacjué de préférence
par l'acide chlorhydrique, et la réaction inverse ne donne plus que du sul-
fure anhydre; aussi, au bout de quelques instants, le dépôt orangé est-il
entièrement changé en une matière brillante, gris d'acier, formée de petits
cristaux prismatiques, anjiydres, doués, comme le sulfure naturel, de l'éclat
métallique.
» La formation de ces cristaux dans la liqueur bouillante commence
quand celle-ci renferme par litre 54^'' environ d'acide chlorhvdrique anhy-
dre, dont une partie d'ailleurs est alors à l'état de chlorure d'antimoine;
l'acide bromhydriquc donne lieu à un phénomène analogue.
» III. Lorsqu'on fait bouillir du sulfure d'antimoine orangé avec une
dissolution d'acide sulfurique, ce n'est que lorsque celle-ci est devenue
très concentrée à la suite d'une ébullition prolongée qu'il se produit un
dégagement un peu abondant d'acide sulfhydrique, et en même temps les
sulfates décrits par M. Peligot commencent à se former; mais, comme
l'hydrogène sulturé dissous dans la liqueur peut réagir sur eux en donnant
du sulfure d'antimoine, l'équilibre s'établit entre les divers corps mis en
présence, comme dans le cas de l'acide chlorhydrique. Cet état d'équi-
libre se modifie continuellement à mesure que l'ébullition se prolonge, du
sulfure d'antimoine anhydre se produit comme au cas précédent et pour
des i-aisons de même ordre, et bientôt tout le sulfure orangé a disparu,
laissant à sa place des aiguilles brillantes et anhydres douées de l'éclat
métallique.
» IV. La densité du sulfure d'antimoine anhydre éprouve quelques
variations qui se rattachent à ses divers modes de préparation. Celle du
sulfure naturel, qui du reste n'est pas pur, est voisine de /\,6 ou 4.7; le
C. R., 1886, I" Semestre. (T. Cil, N° ^i.) -8
( 2i4 )
sulfure fondu, obtenu par combinaison directe du métal et du soufre, a
une densité égale à 4,892; celle du sulfure obtenu par voie humide est
5,012.
» Or, si l'on calcule la densité moyenne du sulfure d'antimoine à l'aide
des densités du métal (6,72) et du soufre (1,97 et 2,07), on trouve les
nombres 3,982 et 4.095; la combinaison du soufre et de l'antimoine est
donc accompagnée d'une contraction considérable; ce fait est du reste
d'accord avec la nature fortement exothermique de ce sulfure, qui, d'api'ès
les déterminations de M. Berthelot, est formé à partir de ses éléments avec
un dégagement de 1 7^^*'.
» V. D'après Fuchs, le sulfure d'antimoine fondu et coulé dans l'eau
froide donne une masse amorplie, plus dure que le sulfure cristallisé et
dont la densité serait 4>i5; cette matière donnerait une poudre rouge
orangé. Je n'ai pas pu reproduire ce sulfure amorphe à poudre rouge; le
sulfure d'antimoine fondu, puis coulé dans l'eau froide, a le même aspect
métallique que le sulfure ordinaire, et il donne, comme lui, une poudre fon-
cée presque noire ; cependant, sa densité est plus faible ; j'ai trouvé, pour un
sulfure coulé dans l'eau froide et immédiatement après la trempe, des
nombres compris entre 4» 494 et 4> 593, et pour une substance préparée de
la même manière, mais après un intervalle de temps de dix-huit mois après
la trempe, des nombres compris entre 4>2i7 et 4)3o5.
" Quant au sulfure orangé, je n'ai pu l'obtenir exempt d'eau; le préci-
pité orangé de sulfure que donne l'hydrogène sulfuré dans les dissolutions
d'antimoine est hydraté ; il retient de l'eau même après avoir été maintenu
pendant plusieurs jours dans le vide au-dessus d'acide sulfurique, et sa
composition correspond alors à peu près à la formule SbS', 2HO; quand
on chauffe au-dessus de 100°, l'eau se dégage et le sulfure devient anhydre,
mais en même temps il change de couleur et prend l'aspect gris métallique
du sulfure anhydre obtenu par tout autre procédé.. »
CHIMIE. — Sur un réactif' permettant de déceler la fonction acide des acides
faibles. Note de M. R. Ëngel, présentée par M. Friedel.
« On sait depuis longtemps que la neutralisation des divers acides n'est
pas accusée de la môme manière par les différentes matières colorantes
(tournesol, cochenille, hématoxyline). Les raisons théoriques en vertu
desquelles les acides forts sont reconnus par leur réaction sur la teinture
( 2t^ )
de tournesol ont été développées par M. Berthelot {Mécanique chimique,
t. II, p. 2o4). Depuis, M. Miller (Ber., p. 460 ; 1878) a indiqué que certains
sels qui bleuissent le tournesol sont sans action sur la tropéoline. Plus
tard, M. Robert T. Thomson (C/iem. News, i23; i883) a montré que
l'orangé 3 définit l'acide phosphorique comme monobasique, tandis que la
phénacétoline et surtout la phénolphlaléine le définissent comme biba-
sique. M. Joly (Comptes rendus, i*" scm. i885, p. 55) a signalé les mêmes
faits. Enfin M. Berthelot, par de nouvelles expériences calorimétriques, a
complètement éclairci la question et montré : i" que l'hélianthine A ca-
ractérise la neutralisation de tout acide tel que la chaleur déformation de son
sel de potasse solide surpasse lo'^"'; 2" que riiélianthine B et la phtaléine
du phénol permettent de titrer tout acide tel que la chaleur de formation
de son sel de potasse solide surpasse 6^^** à 7^''' environ.
» Le bleu soluble CLB (Poirrier), matière colorante que nous avons
signalée, M. Ville et moi, comme permettant le dosage alcalimétrique direct
et à froid des bases alcalines en présence de leurs carbonates, caractérise
la neutralisation d'acides qui dégagent encore moins de chaleur avec la
potasse, sans qu'il me soit possible de fixer la limite inférieure de cette
quantité de chaleur, les sels de potassium de la plupart des corps dont je
vais parler n'étant pas connus à l'état solide.
» Ce réactif peut donc rendre des services non seulement pour certains
dosages, mais surtout comme moyen de démonstration dans les cours. 11
permet, en effet, de révéler d'une manière nette la fonction acide de
certains composés organiques à fonction mixte qui sont neutres ou même
alcalins au tournesol, et, en s'aidant de l'orangé 3 et de la phénolphla-
léine, de rendre frappante l'énergie thermique relative des divers acides
et les diverses énergies distinctes de la plupart des acides polybasiques.
» Les expériences, dont les résultats sont donnés plus loin, ont été
faites de la manière suivante : On dissout dans l'eau un poids de la sub-
stance égal à son poids moléculaire, à la moitié ou au dixième de ce poids,
et on étend la solution à i'", de manière à avoir des solutions normales,
demi-normales ou normales décimes, suivant la solubilité de la substance.
-On titre ces liquides avec de la potasse normale, après avoir ajouté quel-
ques gouttes de la solution au -—^ du bleu soluble. Pour bien percevoir la
fin de la réaction, il est bon d'opérer dans un vase de Bohême placé sur
fond blanc et dans lequel la hauteur du liquide à titrer ne dépasse pas
quelques millimètres. Lorsqu'on arrive aux trois ou quatre derniers dixièmes
de centimètre cube de potasse à ajouter, la teinte bleue commence à changer.
( 2l6 )
et cela avec les acides forts comme avec les acides faibles. Mais en opérant
comme je viens de l'indiquer, on voit chaque goutte de potasse qui tombe
au centre du vase déterminer une teinte rouge violacé qui tranche nette-
ment sur la teinte générale du liquide. On continue l'addition de potasse
jusqu'à ce qu'une goutte ne détermine plus de changement de couleur et
seulement la différence d'intensité à peine visible de la même teinte résul-
tant de la dilution du liquide à l'endroit oii tombe la goutte.
» i" Phénol. — Le phénol, en présence duquel le tournesol et l'o-
rangé 3 virent sous l'influence d'une seule goutte de potasse, et l'hélian-
thine B progressivement, se comporte avec le bleu comme un acide mono-
basique. 40'^'^ d'une solution demi-normale ont exigé 20^"', 5 de potasse
normale. 20"^'^ d'une solution demi-normale ont exigé io'*'^,25 de potasse
normale.
» De même que certains acides forts ne rougissent plus le tournesol en
pi'ésence de l'alcool, de même le phénol en solution alcoolique n'agit plus
sur le bleu soluble préalablement rougi par une goutte de potasse.
)) 2° Résorcine. — La résorcine est nettement caractérisée comme acide
bibasique. loo'''^ d'une solution normale ont exigé 99''"' de potasse.
» Ce résultat est conforme aux récentes expériences de MM. Berthelot
et Werner sur la chaleur de neutralisation de la résorcine par la soude.
» 3'^ Morphine. — Il était particulièrement intéressant de constater si
la morphine, qui possède la double fonction phénol, révèle ces fonctions
en présence du bleu soluble. Les résultats ont été des plus nets. La mor-
phine se comporte comme un acide; mais, à cause du peu de solubilité de
la base libre, j'ai dû préparer la solution titrée avec son chlorhydrate, i oo*^'^
d'une solution normale décime de chlorhydrate de morphine ont exigé
24''*'' de potasse (théorie, 20*^" pour la double fonction phénol).
)) Il faut, comme on le A'oit, pour la neutralisation, une quantité de po-
tasse légèrement supérieure à celle qu'indique la théorie. J'attribue ce ré-
sultat à un partage de l'acide chlorhydrique entre la potasse et la morphine,
qui, en tant que base, n'agirait pas sur la matière colorante. Nous avons
en effet indiqué, M. Ville et moi, que l'ammoniaque ne détermine pas le
virage du bleu soluble au rouge. Il en est de même de l'éthylamine et
d'autres aminés,' et, sans doute aussi, de la morphine neutralisée dans ses
fonctions de phénol.
') Quoi qu'il en soit, il est facile de montrer d'une manière brillante,
dans un cours, la fonction acide de la morphine, soit avec l'alcaloïde libre,
soit avec son clilorhvdrate.
(.,7)
» 4° alcools monovalents. — Le bleu soluble vire sous l'influence d'une
seule goutte de potasse en présence des alcools monovalents, même en
présence des alcools tertiaires (triméthylcarbinol, pinacone) qui, à bien
des titres pourtant, peuvent être rapproches des phénols, mais qui, par ce
caractère, s'en distinguent nettement, il y aurait lieu d'examiner, à ce
point de vue, les alcools tertiaires non saturés de la série grasse.
» 5° Alcools plurivalents. — En solution concentrée, la glycérine, l'éry-
thrite, lamannite, etc., manifestent une tendance acide. Il faut, en général,
plusieurs gouttes de potasse pour arriver à la teinte rouge qu'on peut ra-
mener à la teinte bleue par un excès de l'alcool polyvalent; mais le dosage
est impossible.
» G° Aldéhyde ordinaire. — L'aldéhyde acétique vire sous l'influence
d'une seule goutte de potasse.
» 7° Chloral. — H n'en est pas de même du chloral, qui se prête par-
faitement au dosage. Le chloral se comporte comme un acide mono-
basique, loo divisions d'une solution normale d'hydrate de chloral (bien
pur) ont exigé 99'''', 5 de potasse.
» Comme le chloral, en se décomposant, sous l'influence de la potasse,
donne du chloroforme et une molécule d'acide formique monobasique, on
n'a pas à se préoccuper dans ce dosage de la question de savoir s'il y a ou
non décomposition. Ce dosage est tout à fait pratique et peut servir pour
reconnaître la valeur d'un chloral commercial.
» 8° Acide prussique. — L'acide prussique peut également être dosé, par
la méthode acidimétric[ue, en se servant du bleu soluble comme indica-
teur. Les résultats sont excellents.
« 9° Enfin la glycocoUe, l'alanine, la taurine se comportent comme des
acides. Le dosage de ces substances, qui d'ailleurs n'a aucun intérêt, ne
paraît pas pratique, parce que, vers la limite, le virage s'opère peu à peu et
que la coloration du liquide tend à disparaître ; mais on peut fiiire voir
avec une grande netteté la fonction acide de ces corps, à la fois acides et
bases. »
CHIMIE INDUSTRIELLE. — Sur la composition des eaux-de-vie de vin.
Note de M. *^ii. Ordoxxeau, présentée par M. Pasteur.
« Les alcools d'industrie prennent de plus en plus d'importance depuis
que les eaux-de-vie de vin deviennent rares à cause des ravages du Phyl-
( 2i8 )
loxera. Les perfectionnements apportés aux appareils distillatoires ont beau-
coup contribué à leur extension, parce qu'ils permettent d'obtenir des
alcools presque purs, désignés dans le commerce sous le nom d'alcools
neutres; néanmoins ces alcools possèdent une odeur spéciale, appelée o^^/ewr
rie trois-six, que reconnaissent les dégustateurs et qui n'existe pas dans l'al-
cool de vin.
» Je me suis occupé de rechercher la cause de cette différence, et j'ai étudié
comparativement de l'eau-de-vie vieille de Cognac et des alcools d'industrie.
J'ai soumis à la distdlation fractionnée 3'^'" d'une eau-de-vie de Cognac, de
vingt-cinq ans, de provenance certaine, au moyen d'un rectificateur ayant
beaucoup d'analogie avec l'appareil Henninger-Claudon. L'alcool de tête
renferme de l'aldéhvde, de l'éther acétique, de l'acétal avec des traces
d'éther propioniquc et d'éther butyrique. L'alcool de queue, rectifié à plu-
sieurs reprises, m'a fourni 12008'' environ d'un produit possédant l'arôme
particulier de l'eau-de-vie mise en œuvre. Au moyen de nombreuses recti-
fications, j'ai pu démontrer, dans l'eau-de-vie de Cognac, la présence des
corps indiqués dans le Tableau suivant; les chiffres marquent la quantité de
grammes par hectolitre d'eau-de-vie.
Aldéhyde acétique 3
Éther acétique 35
Acétal »
Alcool propvlique normal 4°
» butylique normal 218,60
» amj'llque 83 , 80
> )) hexylique 0,60
» heptylique i , 5o
Éthers propionique, Itutyrique, caproïque, etc. 3
Éther œnanthique, environ 4
Bases , aminés »
)i Le résultat le plus important de cette analyse, c'est la présence d'al-
cool butylique normal, bouillant à i iG"-i 18° et s'élevant à aiBs'' par hecto-
litre. De plus, l'alcool amylique pur, dont la présence régulière dans les
vins a été constatée par Henninger, ne paraît pas contribuer à donner un
mauvais goût aux eaux-de-vie, à la dose de BoS'' par hectolitre.
» En comparant h l'eau-de-vie les produits de la distillation des alcools
d'industrie (alcools de maïs, de betteraves, de pommes de terre), j'ai
trouvé que les produits de queue renferment de l'alcool propylique, de
l'alcool amylique actif et inactif, de la pyridine, un alcaloïde bouillant à
( 219 )
i8o''-2oo^ (collidine?) et de Valcool isobutylique, sans trace d'alcool buty-
lique normal.
» La présence de celui-ci dans les eaux-de-vie m'a fait supposer qu'il est
un des produits normaux de la fermentation alcoolique, sous l'influence de
la levure elliptique, tandis que l'alcool isobutylique se produirait dans la
fermentation développée par la levure de bière; pour le constater, j'ai fait
fermenter loo'^s de mélasse de raffinerie avec de la lie de vin, séchée à l'air
libre, et des 19''' d'alcool à 92°, obtenus par cette fermentation, j'ai retiré
une huile à odeur agréable, bien différente de celle des distilleries et ren-
fermant de l'alcool hutylique normal mêlé à de l'alcool amylique : cette
huile ressemble à celle que l'on retii'e par distillation du vin nouveau.
» Ceci semble donc prouver que la levure elliptique donne des corps
secondaires différents de ceux que produit la levure de bière. L'odeur dite
de trois-six que possèdent, selon les négociants, les alcools d'industrie est
due à la présence de l'alcool isobutylique, dont les rectifications faites dans
les distilleries ne parviennent pas à débarrasser l'alcool. De plus, l'alcool iso-
butylique a une saveur désagréable, tandis que l'alcool normal possède la
finesse recherchée par le dégustateur.
» Ces résultats m'ont permis d'indiquer un procédé industriel pour pré-
parer avec toutes les substances sucrées des alcools bon goût, et dénués,
même à l'état de phlegmes, de l'odeur dite de trois-six. Il consiste à faire
fermenter les moûts par la levure elliptique, qui est aussi facile à cultiver que
la levure de bière. Cette levure, qui est basse, agit avec vigueur de 28" à 32°
et ne paraît pas dégénérer après plusieurs cultures. Ce procédé aura subi
avant peu les épreuves de la pratique industrielle et permettra, avec des
appareils distillatoires même ordinaires, de fournir d'excellents alcools.
» L'analyse de l'eau-de-vie m'a montré encore que le bouquet véritable-
ment vineux des eaux-de-vie et des vins est dû à un corps qui n'y est qu'en
petite quantité, qui parait être un terpène bouillant à 178°, et dont les
produits d'oxydation caractérisent la vieille eau-de-vie ; il est plus abondant
dans les vins blancs. L'eau-de-vie contient, en outre, de petites quantités
d'aminés, probablement pvridiques, qui, pour certains crus, lui donnent
une sécheresse particulière et nuisent à sa qualité. »
( 220 )
ZOOLOGIE. — Su7- r appareil digestif du Phylloxéra. Note de M. Victor
Lemoixe, présentée par AI. A. Milne-Echvards.
« L'appareil digestif du Phylloxéra punctata consiste en un tube re-
courbé sur lui-même, dilaté dans deux de ses points, et en une série de
elandes annexées à l'extrémité antérieure de ce tube. Dans la forme a^ame
aptère adulte, la dilatation antérieure (dilatation stomacale, dilatation
intestinale antérieure) est allongée, ovoïde, représentant plus du tiers de
la longueur totale du tube. On met facilement en évidence, grâce à un pro-
cédé de double teinture, les gros éléments cellulaires qui tapissent sa face
interne et les nombreuses fibres musculaires de sa paroi externe. La dilata-
tion postérieure, ou intestin postérieur, est d'un calibre moindre; elle est
surtout remarquable par les rapports qu'elle présente à son extrémité
anale avec la partie contractile du vaisseau dorsal.
» Les deux parties dilatées de l'intestin sont réunies par une portion plus
étroite, plus courte, véritable intestin grêle ou intestin moyen qui, en se
contournant sur lui-même, met en contact les deux parties dilatées. Cet
intestin moyen est surtout remarquable par la présence de gros éléments
glandulaires, riches en particules graisseuses et qui produisent des bosse-
lures à la surface de cette partie du tube digestif relativement foncée. Ces
gros éléments glandulaires paraîtraient l'emplacer physiologiquement les
éléments des tubes deMalpighi, dont il nous a été complètement impossible
de trouver aucune autre trace.
» Les dilatations du tube digestif semblent d'autant plus prononcées que
la forme agame aptère est plus jeune. Chez la nvmphe et dans la forme
ailée, ces dilatations tendraient au contraire à s'atténuer, de telle sorte
que le tube digestif deviendrait relativement cylindrique dans ses diverses
parties.
» La dilatation stomacale, dans les différentes formes que nous considé-
rons, est précédée d'un œsophage court et étroit qui remonte obliquement
au-dessous de la masse ganglionnaire sus- œsophagienne. Constamment
nous avons rencontré à la surface externe de cet œsophage une petite
masse de trois éléments, sans doute de nature nerveuse. La partie posté-
rieure de ce conduit pénètre dans l'estomac, en constituant une importante
invagination. Sa partie antérieure se continue avec une dilatation étroite,
allongée, ovalairc, qui se dirige obliquement du ganglion sus-œsophagien
( 221 )
à l'orifice buccal proprement dit. Cette dilatation pharyngienne présente
des épaississements chitineux, véritables valves qui se rapprochent et
s'éloignent sous l'action de muscles, dont on peut constater le mode de
contraction dans les formes jeunes. Au-dessus du pharynx se trouvent deux
petits corps réfringents qui paraissent se rattacher aux prolongements
antérieurs de la masse ganglionnaire sus-œsophagienne.
)) L'orifice buccal proprement dit, étroit et arrondi, s'ouvre entre les
différents appendices buccaux (lèvre supérieure, trompe, stylets), déjà si
complètement décrits par les auteurs. Nous avons pu, durant le dévelop-
pement de l'œuf, étudier le mode de formation de ces différents appen-
dices, ainsi que celui de l'orifice buccal, c{ui paraît bien correspondre à
l'invagination de l'épaississement bIastodermic[ue inférieur.
» Le Phylloxéra vaslatrix, contrastant avec l'espèce que nous étudions
par l'élargissement et le raccourcissement relatif des premiers articles du
corps, doit présenter un degré de concentration plus prononcé des parties
correspondantes (hi tube digestif et du système nerveux (ganglions sous-
œsophagiens et thoraciques). Les glandes annexées à l'extrémité antérieure
du tube digestit du PhyMoxera peuvent être distinguées en plusieurs séries.
Ce sont tout d'abord des glandes plus petites, que leurs rapports paraissent
permettre de désigner sous le nom de glandes maxillaires. Une paire de
glandes plus volumineuses, comme bilobées, occupent le thorax et se pro-
longent par une sorte de canal excréteur large, muni lui-même d'éléments
glanduhiires. Ces glandes thoraciques sont d'autant plus importantes que
l'individu considéré est plus jeune. On peut reconnaître leur présence dans
l'œuf aussitôt après le développement de la bandelette embryonnaire.
Dans la forme agame ailée, nous avons pu constater l'existence d'une
glande impaire étroite (glande linguale), qui se retrouve sans doute égale-
ment dans les formes aptères.
» Dans les formes sexuées du Phylloxéra punctala, l'appareil digestif est
toujours sans fonction; néanmoins il peut se présenter sous des aspects
assez variables. Le plus souvent c'est une petite masse ovalaire, jaunâtre,
également distante des points où devraient se trouver normalement les
extrémités du tube digestif. Souvent cette masse ovalaire se prolonge an-
térieurement en une véritable dilatation stomacale, à laquelle fait suite un
œsophage court, étroit, sans cavité appréciable. Parfois, mais plus rare-
ment, la masse ovalaire jaunâtre se prolonge en une ddatation postérieure
qui peut être suivie jusqu'à l'extrémité du corps. Le tube digestif est alors
constitué dans ses parties essentielles avec cette remarque qu'il ne présente
C. R., 1886, I" Semestre. (T. CU, N° 4.) 29
( 222 )
pas de courbure appréciable et que ses deux dilatations sont peu accen-
tuées. Nous ne pouvons ici entrer dans des détails sur la structure de ce
tube digestif rudimentaire qui nous semble représenter les divers stades de
développement d'un tube digestif normal. T.es formes sexuées offrent égale-
ment des paires de glandes thoraciques et maxillaires. Ces dernières, fort ré-
duites, nous paraissent s'ouvrir, par suite de'l'atrophie des pièces buccales,
au niveau de deux sortes de petites boutonnières situées de chaque côté
d'un orifice buccal souvent bien appréciable. »
ZOOLOGIE. — Morphologie comparée du labium chez les Hyménoptères.
Note de M. Joaxxes Ciiatix, présentée par M. A. Milne-Edwards.
« Dans mes précédentes Communications ('), j'ai fait connaître les va-
riations que la mâchoire et la mandibule présentent chez les Hyménoptères,
et j'ai montré quelle intime et constante parenté morphologique unit ces
organes à ceux des Broyeurs, dont on les éloigne généralement en exagé-
rant la valeur de quelques dissemblances plus apparentes que réelles. Les
recherches que je résume aujourd'hui ont été consacrées à l'étude du la-
bium, considéré sous les mêmes points de vue.
» On sait que, chez plusieurs Insectes broyeurs, le labium offre toutes
les pièces constitutives d'une paire de mâchoires rapprochées sur la ligne
médiane, pour former cette lèvre inférieure. Une telle complexité peut
également s'observer chez divers Hyménoptères, qui ne le cèdent en rien
aux Orthoptères et Coléoptères les plus remarquables à cet égard. Les Ves-
pides (Vespa orientalis, etc.) en fournissent de fréquents exemples : à la
base du labium se voit un menton assez allongé, répondant à la région sous-
maxillaire, tandis que la région maxillaire est représentée par la petite lan-
guette qui le surmonte. Sur cette languette s'appuient deux sous-galéas,
qui supportent les galéas et les intermaxillaires révmis sur la plus grande
partie de leur longueur. Les palpes labiaux, assez développés, s'insèrent
au-dessous et en dehors des sous-galéas. On voit que peu de Broyeurs
justifient aussi complètement l'ingénieuse conception de Savigny.
» Le Stiziis tridens offre un labium assez comparable au précédent. Le
menton, très grand, porte une languette également plus étendue que
chez le Vespa; un sous-galéa transversal donne insertion aux intermaxil-
laires et aux galéas, en dehors desquels se déploient les palpes labiaux.
(•) Complet; rendus, juillet et septembre i885.
( 223 )
» L'aspect général commence à se modifier chez VAcœniles arator. Le
menton est moins développé que dans les types précédents; une ligne
courbe, difficile à suivre, le sépare à peine de la languette. Grossièrement
comparable à un écusson, celle-ci supporte directement les trois paires
d'appendices : moins extérieurs que chez les Vespides et les Stizus, les
palpes se rapprochent de la ligne médiane; les galéas, formés de deux
articles, se recourbent en dedans; petits et appliqués contre les galéas, les
intermaxillaires rappellent assez exactement les mêmes pièces chez les
Locustides. Non seulement ce labium se distingue des précédents par
l'absence des sous-galéas, mais i\ tend à s'allonger notablement dans son
ensemble; cette tendance va s'accentuer rapitlement et ne tardera pas à
déterminer des changements considérables.
» Avant d'aborder l'examen des types ainsi modifiés, il importe, pour
établir la similitude entre les Broyeurs et les Hyménoptères, de signaler
parmi ceux-ci des formes semblables à celles qui caractérisent divers
Broyeurs (Carabidcs, etc.) dont le labiiim subit une extrême réduction
dans le nombre de ses pièces constitutives.
» Chez les Méthoques {Methoca formicaria, etc.), le labium se compose
simplement d'un menton et d'une languette avec deux palpes labiaux; c'est
presque identiquement ce qui s'observe chez le Carabe doré. La réduction
est encore plus marquée chez les Xyela, oh l'on ne distingue qu'une pièce
basilaire portant les palpes. Il serait facile de multiplier de tels exemples;
mais ceux-ci suffisent, et je crois plus intéressant de reprendre l'étude des
transformations du labium au point où je l'ai laissé avec Y Acœnites.
» Auprès de ce type se placent les Cynips, dont la lèvre inférieure pré-
sente une large base qui donne extérieurement attache aux palpes labiaux,
tandis que sur sa partie supérieure s'insère une pièce très complexe : formée
sur ses côtés par les galéas dont on peut aisément distinguer les limites, elle
est constituée en son milieu par les intermaxillaires étroitement confondus.
Il en est de même chez les Lophyres. Or, en morphologie, aucun détail ne
saurait être négligé, et la fréquence même avec laquelle on voit s'affirmer
l'union des intermaxillaires réclame une attention spéciale : la pièce qui
résulte de leur soudure est encore ici fort réduite; mais qu'elle s'allonge et
consolide ses tissus, on verra dès lors une véritable lame médiane occu-
pant le centre du labium, égalant ou même dépassant les autres organes
buccaux et pouvant fonctionner à la manière d'une langue ou d'une râpe,
éminemment apte à recueillir les substances visqueuses ou pulvérulentes
qui forment la base de l'alimentation d'un grand nombre d'Hyménoptères.
( ^24 )
» Telle csL, en effet, la disposition qui va bientôt s'observer et se géné-
raliser, mais elle ne se réalise pas brusquement. Les Cimbex offrent un état
intermédiaire : au centre du labium se voit une lame assez courte, mais
cependant plus allongée que la tubérosité médiane des ttmèeir et des Lo-
phyres; deux petites cornes latérales émergent de son extrémité supérieure
et témoignent de l'indépendance originelle des intermaxillaires intimement
confondus pour la former.
» La même tendance s'affirme mieux chez les Epéoles (E. variega-
lus, etc.), où deux petits galéas entourent une longue râpe médiane due à
l'union des intermaxillaires.
» On arrive ainsi, par une progression régulière, à la forme propre aux
Abeilles et aux Anthophores (A. relusa, etc.). La lame centrale, très déve-
loppée, montre la ligne sutui'ale des intermaxillaircs; par sa situation
au milieu des diverses pièces labiales , maxillaires et mandibulaires, elle
achève d'imprimer à l'appareil buccal des Apides un aspect des plus sin-
guliers.
» Si, comme on le fait généralement, on se borne à l'examen de ce la-
bium classique, rien ne semble évidemment moins comparable aux formes
caractéristiques des Lisectes Broyeurs ; mais, après la longue série des types
qui viennent d'être décrits, il est impossible de méconnaître, entre ces étals
si disparates au premier abord, d'incontestables liens de parenté qui ne
s'effacent même que progressivement.
» Il importe toutefois, pour les apprécier sûrement, de noter les moindres
variations, les plus légères tendances; le fait le plus secondaire en appa-
rence peut ici s'affirmer rapidement et son interprétation éclaire parfois
d'une vive lumière les formes les plus inattendues, les plus difficiles à élu-
cider pour l'observateur qui considère simplement les deux termes de la
série, sans rechercher les états intermédiaires. »
ZOOLOGIE . — Observations zoologiques et anatomiques sur une nouvelle espèce
de Balanoglossus. Note de M. R. Kœhler, présentée par M. A. Milne-
Edwards.
« L'espèce de Balanoglossus cpii fait l'objet de cette Note n'a pas encore
été décrite. Je l'ai découverte au mois d'août i885, à l'île de Herm, située à
l'est et à peu de distance de Guernesev, au milieu des sables coquilliers qui
foj'ment une plage très étendue sur la côte occidentale de l'île, et je lui ai
( -11^ )
donné le nom de B. sarniemis pour rappeler la localité d'oii elle provient.
Sa taille est assez considérable et, c|uoique je n'aie pu recueillir un seul
échantillon intact, j'ai conservé trois tronçons représentant un individu
entier dont la longueur était de o"", 35 environ ; mais, d'après des portions
du tube digestif, c[uej'ai rencontrées isolées, je pense qu'il peut atteindre
une plus grande longueur : la largeur de l'animal est d'environ o",oi au
niveau du collier.
» La trompe, conicpie, de o'",oi5 de longueur cjuand elle est étalée,
est d'une belle couleur jaune vif. I.a portion suivante du corps qui s'étend
jusqu'à la région hépatique est d'une couleur orange foncé, qui passe au