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COMPTES RENDUS 



HEBDOMADAIRES 



DES SÉANCES 
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 



PARIS. — IJIPRIMliRlE Dli G.VLTHIER-VILLARS, QLAI DES ALGISTINS, 55. 



COMPTES RENDUS 



HEBDOMADAIRES 



DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES, ,|^CIENCES 

PUBLIÉS, 

CONFORMÉMENT A UNE DÉCISION DE L'ACADÉMIE 
PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS. 



TOME CENT-TROISIEME 

JUILLET — DÉCEMBRE 1886. 



^^PARIS, 



GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 
SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER, 
Quai des Augustins, 55. 

1886 



COMPTES RENDUS 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉANCE DU LUNDI 5 JUILLET 1886. 

PRÉSIDENCE DE M. JURIEN DE LA GRAVIÈRE. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

Notice sur la vie et les travaux de Louis-François-Clément Bréguet, Membre 
de l' Académie des Sciences, né à Paris le 22 décembre 1804, mort le 27 oc- 
tobre i883; par M. de Joxquières. 

« Il est des familles où la science, l'art, le talent haussé parfois à la hau- 
teur du génie, se transmettent de génération en génération, et dont la 
célébrité, sans cesse alimentée aux sources du travail et de l'honneur 
qui l'ont créée, survit sans déclin, comme sans défaillances, à celle des 
ancêtres. 

» Les Bréguet appartiennent à ces familles-là. 

» Le premier, Abraham Bréguet, l'aïeul de celui dont je vais retracer 
la vie et les travaux, était un modeste apprenti horloger à Neuchàtel, en 
Suisse, lorsqu'à l'âge de quinze ans il devint chef de famille. Peu d'années 
après, il avait, à force de volonté et de talent, refait son éducation né- 



(6) 
gligée, créé une maison en France (où il était rentré en 1762), et établi sa 
supériorité dans l'art de construire les chronomètres de haute précision. 

» Le problème de la détermination des longitudes préoccupait alors, à 
juste titre, les nations maritimes. On avait d'abord compté sur la Lune, 
Mais les mouvements compliqués de ce capricieux satellite n'avaient encore 
révélé aux astronomes et aux géomètres que ses plus faciles secrets; les 
coordonnées lunaires ne pouvaient être prédites à l'avance avec une suffi- 
sante exactitude, et les observations de dislances, que les navigateurs 
avaient néanmoins coutume de faire, faute de mieux, ne pouvaient, le 
plus souvent, leur donner que des résultats trop éloignés de la vérité. 
C'est donc vers le transport exact du temps que, en attendant de nouveaux 
progrès de la Mécanique céleste et des Tables astronomiques, se tour- 
naient, avec un espoir moins lointain, les encouragements des gouverne- 
ments et les efforts des artistes. En France, Leroy et Berthoud étaient 
entrés avec éclat dans la lice, lorsque Bréguet, leur disciple ou leur élève 
et bientôt leur émule, y parut à son tour. Il ne tarda pas à s'y faire une 
telle place, il y décida si franchement la suprématie de la Chronométrie 
française, que, pendant les deux années qu'il dut s'expatrier au delà de la 
Manche pour fuir les dangers que les événements politiques lui faisaient 
courir sur le sol français, l'un des maîtres de l'horlogerie anglaise fit loya- 
lement et ouvertement appel à son concours et lui demanda de lui révéler 
ses secrets. 

» A son retour à Paris, il s'établit dans une ancienne maison du quaide 
l'Horloge, datant de l'époque des Valois, qui est restée depuis lors le siège 
de la famille. Il y termina sa vie, en iSaS, à l'âge de soixante-seize ans, 
membre de l'Académie des Sciences et du Bureau des Longitudes. 

» Après lui, son fils Antoine, aussi bien doué, mais apparemment moins 
persévérant dans la conduite des affaires, ne dirigea que pendant dix an- 
nées l'établissement renommé et prospère dont il héritait. Un beau jour, 
il le quitta, disant adieu au monde, sinon à la Science. Du moins, il ne 
l'avait pas laissé déchoir, et la réputation n'en était pas amoindrie, lorsque 
son fils Louis, qui, sous ses ordres, y dirigeait l'atelier d'horlogerie, fut ap- 
pelé subitement à l'honneur et à la charge de le conduire. 

» S'il faut de rudes épreuves pour bien tremper les caractères, Louis 
Bréguet n'eut, sous ce rapport, rien à désirer pour se trouver d'emblée à 
la hauteur de sa tâche. Son père, imbu de certains systèmes philosophiques 
alors en vogue, ne lui avait ménagé aucune des austérités d'une éducation 
à la Spartiate, comptant sans doute lui en inoculer l'indomptable énergie; 



(7 ) 
sous ce rapport, il n'avait pas fait un faux calcul. Lorsque était arrÏAé pour 
son fils l'âge des études sérieuses, il s'était personnellement occupé de son 
éducation avec une ponctualité et une rigueur qui, cinq ans après, avaient 
porté leurs fruits. Louis achevait alors sa vingtième année. Un travail opi- 
niâtre, commençant à 4'' du matin pour ne finir qu'à 1 1** du soir, sous l'œil 
jamais distrait de son père, une étude approfondie de son art, la pratique 
personnelle de tous les détails, soit à Versailles, soit à Genève, n'avaient pas 
seulement façonné en lui un horloger de premier ordre. Ses vues s'étaient 
portées au delàdela profession; l'horizon de ses idées s'étaitagrandi, et, dès 
son arrivée au pouvoir, il conçut et réalisa, dans ses ateliers, le projet sys- 
tématique d'adjoindre à la fabrication des chronomètres de précision la con- 
struction d'autres instruments appliqués aux Sciences physiques, qui pre- 
naient alors un si puissant essor. Son grand-père Abraham lui avait ouvert 
cette perspective, en créant, de toutespièces, le thermomètre métallique, qui 
porte son nom et est resté l'un des plus sensibles et des plus délicats instru- 
ments de la thermométrie. Louis le perfectionna en y adaptant, en 1 84o ('), 
Y aiguille à pointage, inventée par son grand-père pour les compteurs astro- 
nomiques, qu'il avait déjà perfectionnée lui-même pour cette première ap- 
plication, et dont il fit usage plus tard pour déterminer, de concert avec 
M.Wertheim, la vitesse du son dans le fer et pour réaliser beaucoup d'autres 
effets mécaniques ("). 

» Ce succès lui valut, en i843, l'honneur d'être nommé Membre du 
Bureau des Longitudes et Membre correspondant de l'Université deKasan. 
C'était un beau stimulant pour en obtenir de nouveaux. 

» Son premier travail dans le domaine de la théorie pure eut pour objet 
l'induction électrique; il le fit en collaboration avec M. Masson, profes- 
seur au lycée Saint-Louis. Leur but était d'accumuler, sans déperdition, 
l'électricité statique ou de tension, née de la réaction du courant voltaïque; 
les deux expérimentateurs l'atteignirent. Ils obtinrent de la sorte tous les 
phénomènes lumineux qui, jusque-là, avaient été le partage exclusif de la 
machine à plateau de verre, et fixèrent, dans ce travail trop oublié, les 
bases de la machine d'induction, qui allait prendre une place importante 
parmi les instruments de Physique, par les mains habiles et sous le nom de 
Rubmkorff ('). 



(') Comptes rendus, t. XI, p. 2/4; 6 juillel 18/40. 
(2) Ibid., t. XIII, p. 436. 

{') Annales de Chimie et de l'hysiquc, t. IV, p. 129, et Comptes rendus, 
l. XXXII, p. 293. 



(8) 
» Louis BrégueL se trouvait dès lors lancé dans les applications de 
l'Électricité dynamique, science née avec le xix' siècle, et qui, nourrie par 
le génie d'Ampère, grandissait en faisant des pas de géant. Il y appliqua 
toute sa fertilité ingénieuse des combinaisons mécaniques, et devint, dans 
notre pays, autant par la variété des instruments sortis de ses mains que 
par l'initiation généreuse et désintéressée que les ingénieurs et les prati- 
ciens trouvaient dans ses ateliers, l'un des principaux promoteurs de ce 



merveilleux agent. 



» En 1845, sur la demande du colonel Ronstantinoff, de l'artillerie 
russe ('), il imagina et construisit, d'après un principe appartenant, soit à 
cet officier, soit à Wheatstone, le premier appareil destiné à mesurer la vi- 
tesse d'un projectile en différents points de sa trajectoire. Les beaux in- 
struments réalisés récemment, dans un ordre analogue de recherches, par 
MM. Marcel Deprez, notre Confrère, et Sébert, ne doivent pas faire ou- 
blier la première solution originale d'un problème important et très dif- 
ficile. 

» Cette incursion dans le champ des choses militaires n'est pas la seule 
que Bréguet ait tentée avec succès. Je dirai tout de suite, sans m'astreindre 
cette fois à l'ordre chronologique, que, vingt-cinq ans plus tard, il imagina, 
pour le service du Génie, un cxploseur destiné à enflammer à distance les 
amorces, dites cl induction ou de tension, qui avait sur quelques autres, dé- 
rivés du même principe, le sérieux avantage d'être plus léger et plus por- 
tatif. Sous un petit volume, sa puissance est telle, qu'il a pu enflammer des 
amorces à la distance de Paris à Bordeaux, qui est de 585''™! 

» Ce petit appareil a rendu de nombreux services dans la guerre de 
1870, et son rôle n'est pas fini. Nous en faisions parfois usage à l'Ecole des 
torpilles de Boyardville, bien que l'électricité de haute tension, qui exige un 
isolement parfait des conducteurs, n'ait pu être généralement adoptée 
dans le service de la Marine, où leur immersion dans la mer est le plus sou- 
vent une condition nécessaire. 

» Il nous était connu, comme il l'est aussi ailleurs, sous le nom de coup 
de poing de Dreguet : dénomination expressive et juste, puisque l'étincelle 
s'y produit par la séparation brusque et comme par l'arrachement de deux 
surfaces métalliques primitivement en contact, d'oîi résultent, comme 
dans le marteau d'eau des hydrauliciens, une soudaine accumulation de 
force vive du courant électrique et ce qu'on nomme V extra-courant de rup- 
ture. 



(') Comptes rendus, t. XX. 



( 9 ) 

» Je reviens aux années voisines de i845. Une grande question s'agi- 
tait alors entre les physiciens : lequel des deux systèmes, de l'émission ou 
à&s ondulations, fallait-il, aj^rès un long débat demeuré sans jugement et 
sans arrêt, mais non sans plaidoiries violentes, admettre définitivement 
dans la Science? 

» Arago, dans un de ses éclairs d'intuition et de génie, avait projeté des 
expériences qui devaient la trancher sans réplique, si l'on parvenait à 
déterminer directement les vitesses comparatives des rayons lumineux 
dans l'air et dans les liquides; elles exigeaient avant tout des miroirs 
tournant sur eux-mêmes avec une extrême vitesse. I^'idée du miroir 
tournant avait été déjà réalisée par Wheatstone ; mais il fallait, dans le 
cas présent, pouvoir apprécier numériquement les vitesses, ce qui sem- 
blait imposer l'emploi des engrenages. La solution mécanique de ce pro- 
blème très difficile fut confiée à Rreguet, qui le résolut en exécutant avec 
une extrême précision le système de denture dit de White, et finalement 
les appareils désirés. 

M Dans un de ces appareils, on voit trois miroirs combinés faire chacun, 
sous l'action d'une force médiocre, plus de deux mille tours dans une se- 
conde de temps. En ôtant les miroirs, Breguet put obteiur pour l'un des 
axes la vitesse incroyable de neuf mille tours par seconde et, chose non 
moins incroyable, en contrôler le nombre : merveilleux assujettissement du 
vertige lui-même à la discipline ! 

» C'est avec un instrument semblable, combiné selon les indications de 
notre Confrère M. Fizeau, que ces deux collaborateurs réalisèrent victorieu- 
sement l'expérience demandée par Arago; il en fut rendu compte à l'Acadé- 
mie des Sciences, le 7 juin i85o ('). Peu de jours auparavant, Foucault, 
avec la collaboration de Froment, l'avait exécutée de son côté, indépen- 
damment, par une ingénieuse disposition de la turbine à air ou à vapeur. 

» Cette double épreuve fut décisive pour la Science, et si le débat ne 
cessa point entièrement entre les belligérants, du moins il n'eut plus de 
raison d'être pour les neutres impartiaux. 

» L'historique de cette question, qu'après des maîtres de la Science 
tels que ceux de nos Secrétaires perpétuels, à qui nous devons les Éloges 
historiques de Foucault (-) et d'Arago ( '), je me garderais d'oser vous 

(') Comptes rendus, t. XXX, p. 562 et 771. 
('-) Par J. Berliand, 6 fé\rier 1882. 
(') Par Jamin, i4 septemlsie i884- 

C. R., 188G, 1' Semestre. (T. CIII. N' 1.) 2 



( 10 ) 

raconter de nouveau, est des plus curieux (j'emploie le mot le plus doux 
que je trouve) par l'étonnante persistance des opinions adverses, je de- 
vrais dire par la ténacité des partis pris; et si Pninsot, dans une circon- 
stance analogue, put croire à une Astronomie passionnée, je ne serai pas 
téméraire en soupçonnant dans celle-ci une Physique intransigeante. 
« Ara^o, dit M. Bertrand dans l'un des Éloges que je viens de citer 
,, (p. "7), sourit à la belle expérience, heureux d'évoquer par ses justes 
>, louanges le souvenir des jours glorieux où, vainqueur de Laplace, 
„ de Poisson et de Biot, il entraînait l'Académie, qui en remercie sa 
» mémoire, à saluer la première le génie naissant de Fresnel. » Sur la 
bouche d'Arago, ce soui-ire était comme Vamen cjui termine VOffice des 

morts. 

» Quel triomphe pour les expérimentateurs, que d'avoir apaisé d'un 
seul coup ce grand litige, élevé, il y aA-ait deux siècles, entre Newton, 
d'une part. Descartes, Hooke et liuygens, de l'autre, et si souvent agité 

depuis! 

» Il restait encore à déterminer avec précision un autre élément, très 
important aussi, la vitesse de propagation des ondes lumineuses. C'est 
encore au génie de M. Fizeau que la Science doit la première détermina- 
tion de cette vitesse, rigoureusement obtenue par des moyens purement 
terrestres. Plusieurs années après, la question fut reprise, et des résultats 
presque idcntitiues entre eux furent donnés, d'un côté par Foucault et 
Froment, de l'autre par notre Confrère M. tlornu, à qui Bréguet prêta le 
concours dévoué et efficace de son talent. C'est de ses ateliers que sortit 
l'appareil délicat qui permettait d'apprécier des ^ ,,„'„„(, de seconde de 
temps. li'expcrience, réalisée par Foucault, de son côté, avec des résultats 
presque identiques ('), réussit au delà de tout ce qu'il était permis d'es- 
pérer. Ces déterminations numériques, franchissant le domaine de la Phy- 
sique, allèrent porter leur enseignement dans l'Astronomie, en y confir- 
mant les prévisions de Le Verrier, fondées sur de profonds calculs, que le 
chiffre admis jusque-là pour la valeur de la parallaxe solaire devait être 
accru d'environ -^ de seconde d'arc. Ils rapprochaient tout d'un coup le 
Soleil de la Terre de près de cinq millions de kilomètres! 

)) Lorsque la Télégraphie électrique, théoriquement créée par Ampère et 
pratiquement réalisée par Wheatstone, fit son entrée dans le monde, Bré- 

(') Foucault U'ouva pour la vitesse de la lumière 298000'"" par seconde; M. Cornu, 
Soo'ioo'"". 



( " ) 

guet se jeta avec ardeur dans les applications de cette étonnante décou- 
verte. 

» Désigné, en i845, pour faire partie de la Commission qui présidait à 
l'établissement de notre premier télégraphe électrique, entreParis et Rouen, 
il en devint, à plusieurs égards, le membre le plus important. Il y appliqua 
le principe, découvert en i838 par Steinheil, d'après lequel on peut sup- 
primer le deuxième fd de communication et laisser la terre effectuer elle- 
même le retour du courant électrique : principe fécond, qui ménage la 
force motrice ainsi que la quotité du matériel de conduction, et permet de 
réaliser des économies considérables ('). 

» Le Traité publié par Bréguet, à cette occasion, sur la Télégraphie et les 
services rendus par lui dans la Commission de Rouen lui valurent, en i845, 
la croix de chevalier de la Légion d'honneur. 

)) C'est à lui que sont dus, comme conception et exécution, le télégraphe 
à lettres, le télégraphe à cadran et le télégraphe mobile (^), dont le se- 
cond, particulièrement, adopté par les compagnies île chemins de fer 
pour le service de la voie, offre une si grande simplicité de manipulation 
et une telle sûreté de fonctionnement, que l'initiation professionnelle y 
est à peu près superflue. 

» Le contact de Bréguet avec le service des voies ferrées lui fournit 
l'occasion de résoudre de nombreux problèmes intéressant la sécurité dans 
les mouvements des trains et dans la préservation des appareils de signaux. 
Je citerai, comme l'un des plus importants perfectionnements qu'il y ait 
réalisés, l'invention du parafoudre, destiné à préserver les électro-aimants 
des télégraphes contre les ravages du tonnerre, dans les temps d'orage, et 
les employés contre ses dangers (^). 

» Une autre application de l'électricité, due aussi à Wheatstone, pour 
la transmission et la distribution de l'heure à distance, devint pour Bréguet 
un nouveau sujet de méditations et de succès éclatants. Après avoir installé 
un premier système à Lyon, en i856, pour faire marcher 72 cadrans par 
un courant, inverséà chaque minute, qu'envoyait une horloge centrale, 
il le perfectionna (1857) en ne donnant au courant que le soin, moins pré- 
caire, de remettre périodiquement de véritables horloges à l'heure, une 



(') Comptes rendus, t. XXXIV, p. 391. 
(-) Ibid., p. 649- 
(') Ibid.. p. 980. 



( 12 ) 

lois pMi- j<.(.r, à midi cm à uiimiil ('). Ce n'était plus, à proprement parler, 
la transmission de l'heure : c'en était la régularisation. 

). Enfin, en US7G, il se trouva, dans la même Aoir. aux prises avec le 
problème, bien autrement ardu, posé par Le Verrier, de faire reproduire, 
à la seconde près, l'heure de la pendule-type de l'Observatoire national, 
par seize horloges, appelées centres horaires, réparties dans les divers 
quartiers de la capitale. Une synchronisation si absolue présentait de 
grandes difficultés, dans les conditions de cerlitude constante qu'exigeait 
son fonctionnement régulier et normal. L'idée fondamentale d'une solu- 
tion pratique avait été donnée par Foucault et appliquée ingénieusement 
par M. Vérité, de Beauvais. Notre Confrère iNLWolf l'avait réalisée, de son 
côté, dans l'intérieur de l'Observatoire national. Bréguet, en l'exécutant à 
son tour, sur une bien plus large échelle, pour la ville de Paris, y acquit un 
titre de plus à la reconnaissance des savants, des horlogers et du public. 

)) C'est aussi do ses ateliers, où il était secondé par des coadjuteurs habiles, 
formés sous sa direction vigilante, que sont sortis, à diverses époques : 

1) Le sphygmo graphe, avec cylindre enregistreur, de notre Confrère 
M. Marey, dont l'imperturbable diagnostic poursuit les secrets de la fièvre 
jusque dans les moindres -s ariatioas de ses pulsations; 

)) Le régulateur, continu et isochrone, de notre regretté Confrère 
M. Yvon Villarceau, qui, appliqué aux équaloriaux, arrête le Soleil ou les 
étoiles pour l'observateur; 

» JJoscillomctre de M. Bertin, dont la mer, dans ses plus grands caprices, 
ne déconcerte pas les indications; 

» he séismographe de notre Confrère M. Bouquet de la Grye, sentinelle 
toujours éveillée, dont les mouvements les plus imprévus et les plus cachés 
de l'écorce terrestre ne surprennent jamais le vigilant contrôle; 

» Le chronogrnphe du capitaine de vaisseau Fleuriais, qui en a fait, en 
se servant aussi de beaux instruments dus au talent de Brunner, l'usage 
que chacun sait, à Pékin et ailleurs, pour ses observations astronomiques, 
aussi diverses qu'importantes. 

« J'en passe, ne pouvant les citer tous. 

» Tous ces travaux et serA ices i-endus à la Science marquaient la place 
de Louis Bréguet dans l'Académie des Sciences. Arago, lors de la mort de 
Gambey, le pressa d'y présenter sa candidature jDour y reprendre la place 



(') Comptes rendus, t. XLV, séance du 28 iiovenibie 185-. 



( i3 ) 

que son graud-père avaiL occuj)ée. M. Combes, sou toncurrciiL, l'emporta 
de deux voix sur lui (2G voix contre 24 voix). Une occasion d'entrer dans 
la Section des Membres libres se présenta en iSyS; Brcguet songea à s'y 
porter candidat, mais, quand il sut que M. de Lesseps le désirait, il s'effaça 
aussitôt, ne voulant point paraître élever une digue dcA ant celui qui n'avait 
jamais été arrêté par aucune, et pour qui il professait une sincère admi- 
ration. Il fut élu, dans cette Section, l'année suivante, 1874. 

» Quatre ans après, en 1878, le Gouvernement lui accorda la croix 
d'officier de la Légion d'honneur. 

)i Inflexible dans ses convictions sur le terrain de la politique, mais anti- 
pathique aux préoccupations troublantes qu'elle fait naître, Bréguet con- 
centrait ses affections et son activité dans le cercle de la famille et l'admi- 
nistration des affaires. Sou autorité y était douce; son gouvernement, 
ferme, humain pour les ouvriers, soucieux de leurs intérêts. Homme de 
bon conseil, conciliant, serviable et même bienfaiteur incorrigible, il était, 
pour les autres, prodigue de son temps, de son industrie et de sa bourse. 
Simple d'allures, toujours souriant et de bonne humeur, il savait obliger 
avec une rondeur et une bonhomie qui doublaient le prix du service rendu 
et lui créaient des amis. 

» Toujours prêt à donner sa collaboration dévouée et désintéressée aux 
savants qui la réclamaient, il a laissé un souvenir reconnaissant chez ses 
Confrères, et ce n'est point ici que je risque de rencontrer un contradicteur. 

» Bien qu'il eût atteint un âge assez avancé, la mort l'a frappé de la 
façon la moins prévue par sa famille et par ses amis. Trois jours auparavant, 
il prenait part, avec sa régularité habituelle, à l'un de nos banquets an- 
nuels. Mais, sous cette apparence de vigueur et d'entrain, qu'il devait à sa 
robuste constitution, se cachait, pour les autres sinon pour lui-même, 
l'effort qu'il s'imposait pour dominer l'incurable douleur qui, chaque jour, 
tarissait en lui les sources de la vie. Frappé dans ses plus chères affections 
par la perte d'une fdle, enlevée dans la force de l'âge, bientôt par celle de 
son neveu, M. Niaudet-Bréguet, savant aussi aimable que distingué, il lui 
restait un fils, ancien élève de l'École Polytechnique, déjà connu par 
d'honorables travaux scientifiques, sur qui reposaient ses plus glorieuses 
et légitimes espérances. Ce successeur de son nom, conservateur désigné 
de la gloire de la maison, lui fut, à son tour, enlevé à la fleur de l'âge, 
mais déjà dans la maturité du talent; il n'avait cjue 3o ans! Cette cata- 
strophe porta au cœur du père, trois fois cruellement éprouvé, un coup 
irréparable, et lui seul, sans doute, dut ne pas s'étonner de la rapidité fou- 



( >4 ) 

droyante avec laquelle s'approchait celui qui allait le frapper lui-même. 

» C'est le 27 octobre i883 que, soudainement, sans le plus léger aver- 
tissement, au milieu d'une de ses lectures quotidiennes, il s'est éteint, 
laissant au monde savant des regrets persistants, et à sa veuve, comme à sa 
fdle aînée (M'"" Ludovic Halévy), une douleur sur laquelle la discrétion et 
le respect me défendent d'insister ! 

» Tel fut. Messieurs, l'homme de bien, le travailleur infatigable, le sa- 
vant modeste, héritier d'une grande tradition, mais fils de ses œuvres, dont 
je me suis fait, comme ayant eu l'honneur de lui succéder parmi vous, le 
pieux devoir devons retracer la carrière. Il y a six mois, sous la coupole 
de l'Institut, dans une solennité dont il m'est deux fois agréable de rappeler 
le souvenir, l'un de nos émiuents Confrères définissait la « vraie démo- 
» cratie : celle qui permet à chaque individu de donner son maximum 
» d'efforts dans le monde ( ' ) » ; Louis Bréguet était de cette démocratie-là, 
et il a usé noblement de la permission, m 

M. le Secrétaire perpétuel annonce à l'Académie la perte qu'elle a 
faite dans la personne de M. B. Abich, Correspondant de la Section de 
Minéralogie, décédé à Vienne le i*" juillet. 



Noie sur les travaux de M. Abich; par M. Daubrêe. 

« M. Hermann Abich a débuté dans la Science, en i83i, par un travail 
qui lui a tout d'abord acquis une place très distinguée parmi les minéra- 
logistes. Une série d'analyses chimiques, faites par des procédés nou- 
veaux, lui décelait la composition de divers minéraux, spinelle magnésien, 
pléonaste, gahnite, franklinite, qui tous se rattachent à un même type, au 
double point de vue de la composition et de la forme cristalline, ainsi 
qu'au fer oxydulé magnétique et au fer chromé. Cette heureuse simplifi- 
cation ne doit pas être oubliée dans l'histoire de la Science. 

» Dix ans plus tard, avec cette même exactitude qu'il avait manifestée, 
il étudiait la composition d'une série de roches volcaniques et il cherchait 
à les classer à l'aide de leur élément feldspathique, qu'il définissait avec 



(') Réponse de iM. Pasieur au discours de réception de M. Bertrand à l'Académie 
française (10 décembre i885). 



( i5 ) 

précision. C'était alors un progrés réel dans la connaissance de la compo- 
sition des roches éruptives. En même temps, il allait visiter sur place les 
matériaux dont il étudiait habilement la constitution, en visitant le\ésuve, 
les champs Phlégréens, l'Etna et les îles Éoliennes. 

» Après avoir établi pondant quelques années sa résidence à Saint- 
Pétersbourg, M. Abich résolut de la reporter à Tiflis, où il était mieux 
placé pour explorer, comme géologue, la chaîne du Caucase et les pays 
voisins. C'étaient des contrées jusqu'alors à peine connues, et sur les- 
quelles il devait apporter des faits pleins d'intérêt pour l'histoire générale 
du globe. 

» Parmi de nombreuses publications qui ne sauraient être mentionnées 
ici, je rappellerai seulement ses études sur les presqu'îles de Kertsch et 
de Taman, où il décrit les émanations gazeuses qui ont rendu cette contrée 
classique, et établit une classification exacte de ses divers étages tertiaires, 
marins, saumàtres et d'eau douce; un travail étendu sur l'apparition, en 
mai 1861, d'une île dans la mer Caspienne, qui reçut le nom de Kumani, 
ainsi que sur les volcans boueux qui abondent dans la même région; une 
étude sur la nature et les émanations de la contrée à naphte de la Cas- 
pienne; une autre sur la constitution des massifs montagneux compris 
entre le Rur et l'Araxe. 

» Les sources thermales du Caucase et du Daghestan et les relations 
qui unissent leur origine aux dislocations profondes du sol, ainsi qu'aux 
éruptions de roches volcaniques, ont été, de la part de M. Abich, l'objet 
d'observations nombreuses et remarquables. Plusieurs Mémoires et les 
Cartes géologiques qu'il a données des groupes du Terek et des environs 
de Piatigorsk mettent pailiculièrement ces connexions en lumière. 

» L'attention de M. Abich s'est également portée sur les principales 
questions de Physique du globe et de Climatologie, entre autres sur les 
tremblements de terre, sur la limite des neiges perpétuelles et celle des 
glaciers aux deux versants du Caucase, et sur la constitution de la grêle. 

n Muni aussi de connaissances solides en Paléontologie, il a su les mettre 
à profit pour la classification de plusieurs terrains dont l'âge était resté indé- 
terminé. C'est ainsi qu'il a fixé celui des masses de sel gemme qui abon- 
dent dans l'Arménie russe, dans le bassin du lac Ourmiah et une partie de 
l'Asie Mineure : quoique associé à des gypses et à des glaises bigarrées qui 
rappellent tout à fait le groupe du keuper, cet ensemble de roches sali- 
fères doit être rapporté à l'étage tertiaire moyen. Les couches crétacées 
du Daghestan et de la Transcaucasie lui ont aussi fourni des conclu- 



( '6 ) 
sions toiil il liiil neuves, au point de vue de leur faune. Dans le calcaire 
carbonifère de l'Arménie, au milieu des fossiles habituels de cet étage, il 
a trouvé beaucoup d'espèces nouvelles, dont de véritables cératites que, 
jusqu'alors, on avait cru caractéristiques du trias. 

). Les dangers grades qui menaçaient autrefois, à raison de la guerre, 
ceux qui s'aventuraient dans certaines régions du Caucase, n'ont en rien 
ralenti les investigations de M. Abich, et ne l'ont pas empêcbé d'y ftiire 
alors des stations prolongées. Les ascensions les plus difficiles ne l'arrê- 
taient pas davantage. Après quatre tentatives successives, il atteignait, le 
29 juillet 1845, la cime de la plus imposante montagne de la région, celle 
du grand Ararat, volcan encore actif, dont l'altitude surpasse celle du 
mont Blanc d'environ 3oo™. 

» En dehors de ses recherches géologiques proprement dites, M. Abich 
a exécuté de nombreuses mesures géodésiques et des déterminations d'alti- 
tude, en y apportant la précision qui le caractérisait partout. Il a ainsi re- 
présenté, sur d'excellentes Cartes, l'orographie de plusieurs des pays qu'il 
explorait si utilement pour la Science, notamment celle du haut plateau de 
l'Arménie. 

» Des dessins élégants et fins et des coupes géologiques, que M. Abich 
exécutait avec un rare talent d'artiste, contribuent encore à rehausser l'in- 
térêt de beaucoup de ses publications. 

» Nulle part cet utile concours du dessinateur consommé ne se montre 
mieux que dans le grand Ouvrage où ce savant avait entrepris de coor- 
donner ses observations, recueillies pendant plus de trente années de 
voyages dans les contrées caucasiennes. A côté du beau Volume de texte 
accompagné de Cartes et d'excellentes figures, publié en 1882, on ne peut 
voir sans admiration les magnifiques panoramas coloriés géologiquement, 
que l'intrépide explorateur a dû aller prendre parfois à des altitudes de 
plus de Sooo"*. Ceux du plateau des environs d'Erzeroum et du système de 
l'Ararat transportent véritablement celui qui les voit au milieu de ces 
scènes majestueuses et font connaître, par un seul coup d'œil, la consti- 
tution géologique des pays étendus que l'œil embrasse. 

» C'est pendant que l'infatigable géologue poursuivait la publication de 
cette oiuvre monumentale, dans sa résidence de Vienne, adoptée par lui 
depuis quelques années, que, le i'^' juillet dernier, après une courte ma- 
ladie, la mort est venue l'arrêter après une existence de près de quatre- 
vingts ans; elle a frappé une activité toute ju\énile, unie à une intelligence 
d'élite. 



( '7 ) 

» Depuis 1879, M. Abicli appartenait, comme Correspondant, à notre 
Académie. 

» Par l'étendue et la variété de ses connaissances, par son intrépidité 
dans les explorations les plus difficiles, par l'exactitude de ses observa- 
tions, par le haut intérêt des sujets qu'il a traités, enfin par ce feu sacré de 
la Science que soixante années de labeur n'avaient aucunement affaibli, 
M. Abich occupe incontestablement un rang éminent parmi les géologues 
contemporains. » 

MÉCANIQUE. — Sur le mouvement d'un solide homogène, pesant, 
fixé par un point de son axe de figure; par M. de Joxqi'ièues. 

« Ce problème, pour être résolu d'une façon complète, exige l'emploi 
des ressources d'un calcul élevé ('). Mais, si l'on ne veut que se rendre 
exactement compte du mode d'action des fi)rces c[m y sont en jeu, sans me- 
surer les effets, on peut, en suivant les traces de Poinsot, se faire une idée 
nette et précise du phénomène. Il faut pour cela, comme il le dit lui même 
et en donne l'exemple, « considérer les choses en elles-mêmes, et sans les 
» perdre de vue dans le cours du raisonnement ». 

» Tel est le but que je me suis proposé, dans une Étude sur le mouvement 
delà toupie, que j'aurai prochainement l'honneur de présenter à l'Académie. 
Mais, comme le Mémoire excédera les limites fixées par le règlement, je 
vais donner, dans la présente Note, qui en sera partiellement l'analyse, 
un simple aperçu des principes et de la méthode qui y sont employés. 

» Poinsot, dans sa Théorie des cônes circulaires roulants, n'examine, § 27, 
que le cas le plus simple du problème en question, celui où l'axe de figure 
est astreint à décrire, d'un mouvement de précession uniforme, sans nuta- 
tion, un cône droit et circulaire autour de la verticale. Pour réaliser ce 
mouvement particulier, qu'il impose à l'axe, Poinsot part de cette seule 
donnée, qu'un certain cône roulant, droit et circulaire aussi, attaché au 
corps, a reçu une rotation initiale, de grandeur déterminée, autour d'une 
génératrice. Il ne dit point autour de son axe de figure; car, si elle était im- 
primée autour de Taxe de figure, cette hypothèse seule serait incapable de 
se concilier avec le mouvement prescrit. Dans ce cas, il faudrait en outre, 



(') Voir, parmi les Traites de Dynamique modernes, ceux de Resal (l. I, p. 363), 
de Bour (2= fascicule, p. 2i3); de Despeyrous, avec noies de M. Darboux (l. II, 
p. 200), etc. 

G. R., 1886, 3' Semestre. (T. GUI, N° !.) ^ 



( iH ) 
comme le fait Bour (p. 210), \ joindre cette deuxième hypothèse que l'axe 
de figure est doue d'une vitesse initiale de précession, de sens et de gran- 
deur convenables, de telle sorte qu'au lieu de partir du repos, comme 
Poiiisot le fait (et, d'après sa donnée, a le droit de le faire), cet axe, à 
l'instant où sa liberté lui est rendue, soit animé déjà d'un certain mouve- 
ment, fini, autour de la verticale, de même que le corps en a un autour de 

lui. 

» Il est aisé de voir, et je montre dans mon Etude, pourquoi ces deux 
conditions initiales de Bour sont équivalentes à la condition unique de 
Poiusot, par des considérations très simples de Dynamique et de Cinéma- 
tique, Bour le constate par l'équivalence d'une formule de Poinsot avec la 
sienne (p. 177). 

)) Le principe fondamental de mon interprétation consiste en ce que la 
direction d'un axe principal {nolAmmenl'xci l'axe de révolution) est la seule 
suivant laquelle l'axe du couple résultant et l'axe instantané de rotation 
puissent coïncider avec l'axe de figure. Dès que l'axe du couple vient, par 
l'accession d'un couple accélérateur étranger, à abandonner cette direction 
(que, dans notre hypothèse, il avait à l'origine du mouvement), les deux 
autres axes, qui sont sous sa dépendance absolue ( ' ), s'en séparent à l'instant. 
Et comme ils ne peuvent jamais cesser de se trouver, tous les trois en- 
semble, dans un seul et même plan, savoir celui de l'ellipse méridienne 
variable, de l'ellipsoïde central, où se trouve actuellement l'axe du couple 
résultant, ils s'y disposent en éventail. D'ailleurs, si l'ellipsoïde central du 
corps est, comme je le supposerai pour fixer les idées, aplati dans le 
sens de cet axe, l'axe du couple se trouA era toujours placé entre les deux 
autres. 

» Je suppose aussi, dans la présente Note, que le point fixe O de l'axe 
de révolution est situé au-dessous du centre de gravité, la rotation initiale 
étant imprimée autour de cet axe OC, qui ne reçoit, lui, aucun mouvement 
initial. 

» A l'instant où l'axe reçoit sa liberté, comme il n'est sollicité par au- 
cune autre force que celle de la pesanteur, il commence par se pencher 
vers l'horizontale, dans le plan vertical YOC où il se trouve, tandis que le 
couple G, né de la rotation du corps autour de OC, et celui Posin6r/f, que 
la gravité fait naître en cet instant, se composent entre eux, pour donner 
lieu au couple résultant G', dont l'axe n'est autre que la génératrice OG', 

(') Noir la Théorie nouvelle de la rolalion des corps, 11= Partie, § 9. et la Théorie 
des cônes circulaires roiila/i/s. 5; -2. 



( M) ) 
Infiniment voisine de OC, du cône circulaire droit VOC, dont l'iuigle G 
marque la demi-ouverture autour de la verticale OV (' ). L'axe du couple 
s'est donc séparé de l'axe de figure; par conséquent aussi, l'axe instantané 
autour duquel la rotation va continuer. Les trois axes sont, à cet instant 
(qui suit d'infiniment près celui du départ), dans le plan tangent, suivant 
OC, au cône droit VOC. 

» Je montre alors, par des considérations intuitives, comment les trois 
axes s'écartent d'abord progressivement l'un de l'autre, tandis que le plan 
qui les contient, et où ils s'étalent de plus en plus en éventail, coupe le 
cercle VC, base du cône droit VOC, suivant une traceTT", qui, tangente 
au cercle en C, à l'origine du mouvement, y devient successivement 
sécante, puis diamètre. A ce dernier instant, le plan des axes est vertical, 
et ils y occupent les positions respectives ci-après : l'axe instantané 01, est 
le plus rapproché de la verticale; l'axe de figure OC, esta sa distance zéni- 
thale ou à son élongation maximum -f- e; l'axe du couple résultant OG, 
est intermédiaire aux deux autres. 

» Durant cette première demi-phase du mouvement, analogue à la pre- 
mière demi-Qscillation d'un pendule ordinaire, l'axe instantané/)re'ceV/e tou- 
jours l'axe de figure (par rapport au sens de la précession), et, par suite 
(comme il est aisé de s'en rendre compte d'après leurs inclinaisons respec- 
tives sur la verticale), celui-ci se trouve entraîne' en bas et en avant, avec 
des énergies relatives incessamment variables, liées à la position de la 
trace sécante TT' par rapport au centre du cercle et à l'écartement des 
deux axes entre eux. 

)) Dans la demi-phase suivante, les situations respectives sont symétri- 
quement inverses, ainsi que les effets : l'axe instantané, pour parler un 
langage faisant image, se range, de plus en plus directement, en arrière de 
l'axe de figure, et le raccourcissement continu du bras de levier de la rota- 
tion concourt à le faire arriver en même temps que lui sur la surface du cône 
droit, oii l'axe du couple se retrouve à coïncider avec eux, suivant 
l'arête OCo. Tous les trois, d'ailleurs, atteignent cette deuxième station (en 
quelque sorte solsticiale) commune, sans vitesse acquise, ni horizontale, ni 
verticale; de même qu'un pendule atteint aussi son niveau primitif, à la fin 
de sa deuxième demi-oscillation. 



(') P est le poids du corps; a la dislance du centre de gravité au point lixe O. 
(G) est le moment d'inertie autour de OC; n est la vitesse ansnlaire de rotation; 
e sera l'angle maximum de nutation de l'axe OC. 



( 20 ) 

» A ce moment donc, tont se retrouve dans l'état initial. L'éventail des 
axes, après s'être ouvert progressivement, s'est refermé de même, et une 
deuxième phase, identique à la première, recommence à son tour, et ainsi 
de suite, indéfiniment. 

» En résumé, si l'on considère la phase complète, les choses se passent 
comme si un certain cône OCyyiYs de sommet O, que découpent dans le 
corps les axes instantanés successifs, et dont une particularité caractéris- 
tique est d'avoir l'axe de figure OC pour l'une de ses arêtes, avait roulé, 
sans glisser, sur la surface d'un autre cône fixe, transcendant, OVCI,l2, 
lieu des positions successives de l'axe instantané dans l'espace absolu. L'axe 
de figure se trouve, en fin de compte, avoir décrit dans l'espace une tubu- 
lure, ou boucle, accolée extérieurement au cône droit VOC, et évidemment 
normale à la surface de ce cône en ses deux extrémités ('). 

)) Obligé de me restreindre, je n'ajouterai qu'une seule remarque : c'est 
que, si l'on veut se contenter d'une apjiroximation, on peut substituer au 
mouvement réel de l'axe de figure celui qu'on obtiendrait en faisant rou- 
ler, sur le cône droit VOC lui-même (ou, mieux encore, sur un cône cir- 
culaire, de même axe et très voisin), un autre cône droit cii'culaire dont 

l'axe ferait avec la verticale un angle (Oh — j; etpar conséquent qui aurait 

pour demi-ouverture la moitié de l'élongation, ounutation, maximum e, 

que l'axe OC prend dans son mouvement vrai; cet axe moyen décrivant 

par suite, autour de la verticale, un cône circulaire droit, sans nutation, 

avec une précession moyenne uniforme. C'est le mouvement étudié par 

Poinsot, et que Bourappelle le mouvement permanent (p. 216, loc. cit.). On 

fait continuellement des substitutions de ce genre en Astronomie. Dans ce 

mouvement permanent, ou moyen, la vitesse uniforme de la précession a pour 

P a 
valeur, dans une phemière approximation (^), —r- — ; elle est, comme l'on 



(' ) La Irace-sécaule cbl sans cesse perjieadiciilaiie à la ligne des nœuds, iulerseclion 

de l'équaleuide la toupie avec le plan du cercle VC. On en coiiclul (|ue la ligne des 

nœuds est, dans chacune de ses positions successives, parallèle à la tangente corres- 

j)ondante menée, dans le plan VC, à la projection de la courbe décrite par le centre de 

gravité ou par un même point de l'axe défigure; ce qui s'accorde avec un résultat 

obtenu et énoncé par Poisson dans le Chapitre VI de son Traité de Mécanique, t. II, 

2° édition. 

P a 
(-) Cette expressio.'! simple n'est la valeur exacte de la précession uniforme 

que dans le cas où rellipsoïde central du corps est une sphère. En effet, l'équation de 



( 21 ) 

voit, indépendante de l'inclinaison de l'axe, et d'autant moins éloignée 
de la vérité, que la vitesse de rotation tî est plus considérable, etc., etc. 
Je renvoie, pour plus de détails, à V Etude précitée, dont la présente Note 
ne reproduit que le point de départ et fait connaître l'esprit général. « 



HYDRAULIQUE. — Expériences sur lin nouveau paradoxe apparent 
d'Hydraulique. Note de M. A. de Caligxy. 

« J'ai présenté à l'Académie, le i8 décembre 1882, un appareil à élever 
de l'eau pour les irrigations, que j'ai construit chez moi, à Flottemanville, 
près de Valognes [Manche (')]. 

)) Des conditions exceptionnelles ne permettant pas, dans cette localité, 
de chercher à obtenir le maximum de rendement, j'en ai profité pour faire 
quelques études intéressantes dont j'ai déjà parlé succinctement en modi- 
fiant l'appareil de diverses manières. 

1) On a remarqué un paradoxe apparent d'Hvdraulique qu'il est utile de 
signaler, afin de bien fixer les idées sur les effets des vannes cylindriques, 
et en général des soupapes annulaires à double siège, ou même des grands 
tubes mobiles, toujours ouverts aussi à leurs deux extrémités; en un mot, 
des systèmes ayant pour but de faire fonctionner facilement des orifices de 
dimensions très considérables, sans que les sections transversales soient 
jamais bouchées. 

» Il semblait au premier aperçu que plus, à chaque période, on ferait 
descendre de l'eau au bief d'aval, plus on en élèverait au sommet d'un 
même tube d'ascension. Or il n'en a pas été ainsi. En augmentant la quan- 
tité d'eau descendue, on a fini par diminuer la quantité d'eau élevée, 
quoique les niveaux des biefs fussent sensiblement constants, sauf une 
très petite variation alternative. 

» Pour s'en rendre compte, il faut remarquer que la veine liquide, en 
sortant à l'extrémité inférieure du tuyau d'ascension, soutient par sa per- 

condition d'un lel mouveiiieiU est (voir Bolu, loc. cil., p. 210) 
(C — A)'i-2cos0 + (C)«4> — Frt^o, 

qui devient, lorsque C =r A, 

P« 

{G)ll^ — P rt =: o, d'où tl* =^ 



(C)« 

(') Je renvoie, pour aliiéger, à la JVole insérée dans le Compte rendu de cette 
séance, p. 1257. 



( .2 ) 

cussiou une colonne liquide d'autant plus élevée que la vitesse de sortie, 
partant de zéro, devient de plus en plus considérable. 

» Dans la circonstance dont il s'agit, une colonne liquide d'environ 
2'" de haut a fini par être soutenue ainsi, en vertu de la flexion de la 
veine annulaire de sortie. Il faut même tenir compte de ce que, la partie 
supérieure de la colonne liquide soutenue étant conique, les vitesses qui y 
ont été engendrées, au moment où le tuyau de conduite et celui d'ascen- 
sion ont été réunis par une soupape annulaire ou tube mobile, ont encore 
été plus grandes que si cette colonne avait été cylindrique. 

» Or la longueur du tuyau de conduite ne pouvant avoir, dans cette 
localité, que i8", il ne contenait pas une colonne liquide très longue par 
rapport à celle qui était à peu près en repos quand la percussion définitive 
a eu lieu. Il y a donc eu une cause de déchet, qui aurait été moindre si le 
rapport de la colonne en repos à la colonne en mouvement avait été beau- 
coup plus petit. 

)) On voit d'après cela que, si en général on évite les secousses sen- 
sibles, au moment de la rencontre de la colonne liquide en mouvement 
avec celle qui est à peu près en repos, parce que les sections transversales 
ne sont jamais bouchées, il faut que la colonne qui reçoit la percussion soit 
relativement assez faible, pour qu'on jouisse convenablement des avan- 
tages résultant de ce procédé. 

» Il y a encore une autre considération essentielle. Le tuyau de conduite 
dans l'appareil dont il s'agit n'a que o'",2o de diamètre intérieur. Or le 
tube mobile ou la soupape annulaire ne parcourt, d'après cela, qu'un che- 
min assez petit, relativement à la chute motrice, pour réunir le tuyau de 
conduite au tuyau d'ascension. 

» Le cas aurait été différent pour le même rapport entre la longueur des 
deux colonnes, si les diamètres aA'aient été beaucoup plus grands, parce 
que, le chemin parcouru par le tube ou la soupape annidaire étant beau- 
coup plus considérable, la percussion aurait été bien moins brusque. Aussi 
des appareils de ce système ayant de très grands diamètres, quoique avec 
des tuyaux très peu résistants, n'ont éprouvé aucune avarie. 

')) Quand ces appareils sont transformés en compresseurs ou machines à 
comprimer de l'air, le cas est très différent. L'air diminue la hauteur de la 
colonne liquide, au-dessus de la veine annulaire de sortie, d'autant plus 
que sa densité devient plus grande. Je reviendrai sur ce sujet à l'occasion 
d'expériences que je fais en ce moment, sur un compresseur de ce système, 
(pii fonctionne avec beaucoup de régularité. Dans ces conditions, le para- 



( 23 ) 

doKe apparent d'Hydraulkpic dont il s'agit ne se présentera probablement 
pas, du moins pour une bonne disposition de l'appareil et pour une tension 
de l'air assez forte. 

» Les tubes mobiles, que j'avais proposés depuis bien des années, n'ont 
été adoptés que dans ces derniers temps pour le service des canaux, abstrac- 
tion faite de l'épargne de l'eau. On en voit des applications sur le canal 
Saint-Denis. 

» Ils ne doivent pas être confondus, quant à leur principe, avec les 
vannes cylindriques employées dans des turbines qui, elles-mêmes, bou- 
chent alternativement les sections transversales, sans que cela ait d'in- 
convénient : on n'est pas oblige de les faire fonctionner très vite. 

» Mais, quoique les sections transversales ne soient jamais bouchées, et 
que, par conséquent, il n'y ait aucun danger à s'en servir, en général, dans 
le service des canaux, il n'en faut pas moins se rendre compte d'un effet 
quelconque de percussion. Oi", dans des circonstances exceptionnelles, on 
peut l'exagérer, comme je l'ai expliqué ci-dessus, du moins pour des tubes 
d'un assez petit diamètre et d'assez grandes chutes motrices, de manière à 
rencontrer des l'ésultats singuliers, d'une sorte àe paradoxe apparent d'Hy- 
draulique, objet de cette Note. Il en résulte qu'il y a des circonstances où il 
faut modérer le débit, pour être dans de meilleures conditions de rende- 
ment et même de solidité de l'appared. » 



MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Dernières objections aux formules de M. de Bussy 
sur le roulis. Note de M. A. Ledieu. 

« I. Rappelons brièvement que MM. de Bénazé et Risbec ont donné, 
dans le Mémorial du Génie maritime de 1874, trois relations fondamen- 
tales (') pour traiter la question du roulis. La première de ces relations 
représente, en fonction du temps /, la loi d'extinction des oscillations in- 
stantanées Ti d'un navire soumis à une première oscillation maxima yiq. La 
seconde sert à déterminer une cpiantité auxiliaire s en fonction de t etde-o. 
Enfin, la troisième fournit les inclinaisons du navire en fonction de t, -/i 
et £. 

» Les équations ainsi constituées à l'aide d'expériences diverses par 
calme ont servi à M. de Bussy pour essayer de résoudre le problème du 
roulis d'un bâtiment par mer agitée, en s'appuyant sur le principe qu'on 



(') Voir Comptes rendus du i5 mars deinier, p. 58 1 



( -4 ) 
poul, en cette conjecture, substituer, dans les équations, aux angles avec 
la verticale les angles avec la normale à la houle. 

» Dans son essai, le saA ant ingénieur prend pour caractéristiques du mou- 
vement la vitesse de rotation £2, et l'inclinaison 6, à un certain moment /,. 
11 déduit ensuite desdites relations fondamentales deux formules lui per- 
mettant de trouver, d'une manière graphique, d'aboi'd l'oscillation instan- 
tanée Yi, et la quantité auxiliaire s, correspondant à i2, et 9,, puis la valeur 
de t^ par rapport à l'origine du temps comptée du moment de l'oscillation 
instantanée maxima •/;„, qui donnerait au navire la vitesse supposée i2, pour 
l'inclinaison 0, ; et enfin il calcule r,„. Dès lors, on est à même de prévoir 
l'inclinaison à une époque quelconque t. 

» II. M. de Bussy, pour arriver à ses formules, a regardé, dans ses dif- 
férentiations, comme constante sans erreur notable la quantité auxiliaire £. 
J'ai combattu cette licence dans une Communication du i5 mars dernier; 
et j'ai établi que la première des formules en litige, celle qui est mar- 
quée (6) dans la Note du 4 janvier, était alors inadmissible. 

» Ce point m'est concédé par M. de Bussy dans son article discussif du 
21 juin, puisqu'il reconnaît, avec moi, qu'il faut, pour l'exactitude indis- 
pensable de sa première différentiation (^ = — M ' remplacer la deuxième 

relation fondamentale de MM. de Bénazé et Risbec, -n = r,ae~", par l'équa- 
tion 

qui, par une heureuse coïncidence, cadre mieux avec les expériences de 
ces ingénieurs. 

» Pour sa seconde formule, celle marquée (7) dans la Note du 4 j^ii" 

vier, mon habile contradicteur démontre que la dérivée -r est là numé- 
riquement négligeable vis-à-vis du terme ^---t-a-, auquel elle se trouve 
ajoutée. 

» A mon tour, je lui concède ce second point; et je reconnais que, 
moyennant ces deux concessions réciproques, les formules discutées 
demeurent valables et conservent leur simplicité relative. Mais encore 
était-il nécessaire, sous le rapport de la rigueur et de la clarté, de remettre 
ainsi les choses en bon ordre. 

» Il[. Tout ceci bien élucidé, je reviens à la conclusion de ma Commu- 
nication du i5 mars, que le problème en vue, tel qu'il est abordé, est d'une 
portée pratique secondaire. 

» Je regrette que l'éminent construcLeur, dont la science technique 



(2,5) 

m'inspire la plus haute estime, s'attarde à combattre cnero;iquement cette 
conclusion. Je demande à l'Académie 'la permission d'insister sur ce 
point du débat, et d'achever de l'élucider par de nouvelles considérations. > 

» Les relations fondamentales (§ I), qui servent de point de départ aux 
formules de M. de Bussy, impliquent d'abord l'hypolhèse Teslriclive de la 
constance de la distance du métacentre au centre de carène dans le cours de 
chaque oscillation. Or, cela est en dehors de la supposition légitime que cette 
distance se présente dans les mêmes conditions aux oscillations successives, 
supposition d'ordre minime, dont je ne m'occupe pas, et que mon contra- 
dicteur me prête indûment, en l'invoquant ensuite comme favorable à 
l'appréciation du degré de sécurité du navire déduite de son procédé. 

» D'autre part, les relations qui nous occupent ne tiennent pas compte 
de l'influence que le mouvement des machines horizontales est susceptible 
d'avoir sur les oscillations du navire. Cependant aux allures modérées que 
le mauvais temps oblige d'imprimer à l'appareil moteur, la durée de chacjuc 
tour de celui-ci peut atteindre deux à trois secondes, c'est-à-dire des pé- 
riodes absolument comparables, contrairement à l'avis de M. de Bussy, à 
celles des roulis de certains bateaux. 

» Quant à l'assertion gratuite de mon contradicteur que « le roulis réel 
» d'un navire est moindre que celui qu'on calcule en prenant pour la 
» pente effective de la lame celle de la surface externe de la houle » , elle 
répond probablement à une remarque cjue je reproduis ci-après, sur la 
nécessité qu'impose la théorie actuelle du roulis de considérer la largeur et 
la profondeur du navire comme infiniment petites par rapport à la lon- 
gueur de la houle. Mais j'avoue qu'elle m'échappe; et j'en accueillerais 
avec reconnaissance une explication et une démonstration, qui m'inclinent 
à reconnaître qu'il en résulte vraiment un a fortiori au point de a ue de la 
sécurité du navire conclue des formules en litige. 

» IV. En serrant de plus près la question et en se plaçant sur un ter- 
rain plus large, on arrive à des objections autrement sérieuses et to- 
piques que les précédentes. 

» Et d'abord approfondissons davantage les relations fondamentales de 
MM. de Bénazé et Risbec. 

» A la vérité, on tient compte, dans la troisième relation, de la résistance 
de la carène au roulis, à l'aide de la quantité auxiliaire s et de l'amplitude vi, 
de l'oscillation instantanée correspondant à l'époque t. De son côté, l'am- 
plitude -ri relève de la première équation, c|ui constitue la courbe d'extinc- 
tion des oscillations. Mais le mode d'introduction de e et de i\ dans ladite 
troisième relation, laquelle fournit, en définitive, les inclinaisons cher- 

C. R., 188G, 2« Semestre. (T. CIIl, N" J.) 4 



( 26) 
chées 6, est entièrement empirique. Il en est de même des deux premières 
équations elles-mêmes. De plus, le tout n'a été déduit ou vérifié qu'au 
- moyen d'expériences sur trois ou quatre bâtiments. Les trois relations 
en vue ne sauraient donc être regardées comme fournissant des lois géné- 
rales. 

)) Nous avons montré, dans des Communications antérieures ( ' ) sur la 
résistance des carènes et la comparaison des navires au point de vue pro- 
pulsif, que bien des lois du .même genre que les précédentes, acceptées 
pendant longtemps avec une grande généralité, avaient été rejetées à la 
longue, et qu'elles devaient rester propres et bornées à chaque forme et 
grandeur de bâtiment. 

» Ce n'est pas tout : la question traitée par M. de Bussy s'appuie sur le 
principe que tout navire en travers à la houle tend à rouler par rapport à la 
normale à celle-ci comme il roule en eau calme par rapport à la verticale. Or 
ce principe est, de son chef, soumis à nombre de restrictions ; car il sup- 
pose que la houle est unie et prend le navire en travers, que la largeur de 
celui-ci est infiniment petite par rapport à la longueur de la houle, etc. 

» Ajoutons aux nombreuses rectrictions précédentes l'hypothèse ex- 
presse que les caractéristiques du mouvement, c'est-à-dire la vitesse d'os- 
cillation i2| et l'inclinaison 0, du navire, au même instant /, par rapport à 
la normale à la houle, sont ad libitum; et nous conclurons que le problème 
en question est bien purement spéculatif, et tout au plus destiné à fournir 
aux ingénieurs des indications lointaines. 

M C'est dans un ordre d'idées analogue que, en Angleterre, Froude et 
Rankine, et, en France, MM. Bertin et de Bénazé, se sont livrés à de lon- 
gues études sur la question du roulis, les uns dans les Transactions of the 
Institution of Naval Architects de i86i à 1864, les autres dans le Mémorial 
du Génie maritime et dans des brochures isolées de 1869 à 1874- Aussi 
doit-on considérer le sujet comme épuisé. 

)) En fait, la pratique dominante, dans les grands chantiers de construc- 
tion, consiste aujourd'hui à se procurer des renseignements circonstanciés 
sur le comport dans des mers déterminées, et pour tous temps, de navires 
aussi identiques que possible avec le bâtiment en projet. On voit alors, 
d'après les défauts ou les qualités de roulis reconnues aux navires compa- 
ratifs et à l'aide de leur développée métacentrique et de leur courbe de 
stabilité, dans quel sens il convient de diriger le dessin des formes et la 
répartition des poids du nouveau bâtiment. Bien que ces deux courbes 



(') Comptes rendus, premier semestre i885, p. ^20 el 887. 



( 27 ) 
rentrent l'une dans l'autre, il est bon néanmoins de les employer simulta- 
nément, à cause de leurs indications respectives au coup d'œil. 

» Les courbes en question jouent donc un rôle considérable trop long- 
temps méconnu; aussi les trace-t-on actuellement par points rapprochés et 
jusqu'à de très grandes inclinaisons. 

« Le labeur, jadis excessif, de ces tracés est maintenant singulièrement 
allégé par l'usage récent des courbes pantocarènes de M. V. Daymard. » 



PALÉONTOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur l' horizon réel qui doit être assigné à 
la flore fossile d' Ai x en Provence; par' M. G. de Saporta. 

\. — Indices stratigrapuiques. 

« C'est au moment de publier un complément final, qui porte à plus 
de 4oo le nombre des espèces décrites de la flore d'Aix, que j'ai eu con- 
naissance de deux Mémoires de M. F. Fontannes : l'un, daté de 1884, 
contenant une « Description de la faune malacologique du groupe d'Aix », 
l'autre, plus récent d'une année, ayant pour objet des « Études compara- 
tives sur le groupe d'Aix, considéré dans le Dauphiné, la Provence et le 
Bas-Languedoc ». 

» En ce qui concerne les environs d'Aix, M. Fontannes s'est contenté 
de reprendre les coupes relevées antérieurement par les géologues de la 
région ou par ceux mêmes qui résident constamment sur les points dont il 
a contrôlé l'ordonnance stratigraphique. Mais il m'est impossible, en ren- 
dant justice à la bonne foi du géologue, de ne pas réclamer contre ses 
conclusions relatives à l'âge présumé de la flore des gypses. Celle-ci se 
trouve effectivement rajeunie sans motif, tandis que, par une conséquence 
singulière de la manière de voir adoptée par l'auteur, la flore très riche 
et assurément tongrienne de Celas (Gard) est présentée comme plus an- 
cienne que celle d'Aix qui l'a pourtant précédée dans le temps, sans con- 
testation possible. 

» En abordant la formation d'Aix, je me restreins au seul étage d'oîi 
proviennent les plantes fossiles de ce gisement. — Aucun étage n'est plus 
aisé à circonscrire dans des limites exactes; il offre encore cet avantage 
de pouvoir être exploré sur deux points très distincts : d'une part, au 
nord de la ville d'Aix, où il est à la fois riche en plantes et en gypses, et, 
de l'autre, sur le revers septentrional de la Trévarèse, à Saint-Canadet et 
à Sainte-Réparade, où les mêmes lits, disposés dans un ordre identique, 



( 2H ) 

sont à peu près dénués de plantes comme de gypses. Sur ces deux points, 
c'est-à-dire d'un bout à l'autre de l'ancien lac tertiaire, la partie ancienne 
du croupe d'Aix se trouve encadrée entre une masse détritique qui lui sert 
de base et une assise marno-sableuse, d'une épaisseur variable de 6"" à lo"", 
qui la termine supérieurement et au contact de laquelle se trouvent inter- 
calés des lits à Cyrènes qui inaugurent un nouvel ordre de phénomènes, 
et opèrent la transition vers la zone tongrienne et aquitanienne, dont les 
bancs couronnent le haut de la formation prise dans son ensemble. 

» Les gypses d'Aix sont inférieurs à cette assise marno-sableuse, avec 
laquelle pourtant leur sommet est mis en contact au moyen des lits à em- 
preintes de Lebias cephalotes et sur le prolongement de ceux-ci par les lits 
à Cyrènes. Il existe, ne l'oublions pas, trois couches de gypses, dont la 
plus inférieure est inexploitée, et les schistes ou plaques fissiles qui sé- 
parent ces couches, ou qui supportent la plus inférieure des trois, ren- 
ferment également des empreintes végétales, ainsi que les gypses eux- 
mêmes. Mais la présence des gypses, circonstance dont M. Fontannes n'a 
pas tenu un compte suffisant, n'est pour rien dans la cause, quelle qu'elle 
soit, à laquelle sont dues les plantes fossiles, et celles-ci, que les gypses se 
montrent ou disparaissent, à l'ouest comme à l'est des plâtrières, particu- 
lièrement dans les quartiers de Saint-Donnat, des Pinchinats et jusque au- 
près de Saint-Hippolyte, peuplent indifféremment, avec des variations 
locales selon les lits et les points explorés, l'étendue entière de l'étage, à 
partir du voisinage de la base détritique jusqu'aux approches des lits à 
Cyrènes et de l'assise marno-sableuse qui surmonte ceux-ci. 

» Tout considéré cependant, les lits les plus riches en végétaux sont 
ceux sur lesquels repose immédiatement la couche de gypses la plus infé- 
rieure ou ceux qui s'appuient sur elle. Cette afiluence relative diminue 
assez sensiblement au-dessus comme au-dessous de cette zone, et souvent 
aussi les plaques où abondent les empreintes se trouvent entremêlées sans 
raison apparente à d'autres qui sont entièrement stériles en débris végé- 
taux. Vers l'est, où l'effiicement du gypse amène la réunion et la continuité 
des assises fossilifères, partout où leur affleurement permet de les atteindre, 
on les retrouve plus ou moins riches en plantes. L'habitude d'identifier la 
flore fossile d'Aix avec les gypses de cette localité tient à cette circonstance 
que les premières empreintes signalées furent extraites, soit du gypse 
même, soit des schistes qui les accompagnent, par les ouvriers chargés de 
l'exploitation des carrières. Mais dans le cours de mes recherches, qui re- 
montent à plus de trente ans, c'est en explorant les lits inférieurs aux 



( 29) 
gypses exploités que j'ai" recueilli l'immense majorité des empreintes dé- 
crites, en observant toujours, il est vrai, une remarquable unité de carac- 
tères dans les diverses parties de la flore, qui, d'un bout à l'autre de la 
série, ne cesse de présenter les mêmes espèces caractéristicjues, à l'exclu- 
sion de celles du tongrien. Celles-ci ne commencent à paraître que dans 
les dépôts immédiatement postérieurs à l'horizon des lits à Cvrènes. Con- 
trairement à ce que semble supposer M. Fontannes, les empreintes végé- 
tales se montrent à la montée d'Avignon, presque au contact de la marne 
brune, ligniteuse par place, immédiatement au-dessus de la base détri- 
tique, avec poudingues et argiles rouges entremêles, qui supporte le sys- 
tème tout entier (lettre b de la coupe, y?^'. 29, p. 119 du Mémoire de 
M. Fontannes). Quarante espèces, que rien ne sépare de celles des ni- 
veaux plus élevés, ont été extraites d'une marne consolidée à pâte fine, 
située sur ce point qui est justement celui auquel, selon M. Fontannes, il 
conviendrait d'assigner la place d'un gisement de Palœolherium, analogue 
à celui de la Debruge, si l'on devait jamais le rencontrer à Aix (p. 121 
et 122 du même Mémoire). 

» L'examen des poudingues de la montée d'Avignon démontre que les 
éléments qui entrent dans leur composition ont dû venir de l'est, après 
avoir été arrachés aux contreforts secondaires, dépendant du massif de 
Sainte- Victoire. La roche du lias moyen, dite du marbre noir, y est associée 
aux calcaires de l'oxfordien supérieur qui constituent les éléments plus 
petits. Le courant qui a charrié ces fragments ne s'affaiblissait pas du sud 
au nord, comme l'a conjecturé M. Fontannes (p. 126 du Mémoire précité), 
en affirmant que dans les territoires de Saint-Canadet et du Puy-Sainte- 
Réparade la base détritique était moins caillouteuse. Pour constater l'in- 
verse, il n'aurait eu qu'à s'avancer vers l'est de quelques kilomètres, en 
atteignant Fonscolombe et les confins de Mejrargues ; il aurait alors ren- 
contré des grès grossiers, puis d'énormes poudingues et finalement des 
brèches puissantes intercalés dans les argiles ferrugineuses, en bancs mas- 
sifs et souvent discontinus. Il aurait ainsi acquis la preuve que là, comme 
à Aix, le courant propulseur venait de l'est, plus rigoureusement du sud-est, 
et par conséquent de Sainte-Victoire. 

') A Saint-Canadet, je l'ai déjà dit, les assises, qui comprennent auprès 
d'Aix des gypses et des empreintes végétales, n'en présentent plus que de 
faibles indices ; elles n'en occupent pas moins la même situation relative, 
au point de vue stratigraphique. Non seulement elles ont fourni des fos- 
siles, mais elles aboutissent supérieurement aux mêmes lits à Cyrènes, 



( 3o ) 
recouverts par la même assise marno-sableuse. Dès lors, la pensée de ré- 
duire au seul gypse exploité et à la partie de ce gypse contiguë aux lits à 
Cyrènes la série entière des lits si variés et si nombreux d'où provient la 
flore d'Aix devient inacceptable. Cette idée repose effectivement sur un 
procédé d'argumentation au moyen duquel tout étage, quelque bien limité 
et caractérisé qu'il fiât, pourrait être éliminé de la série dont il ferait partie 
et ramené par absorption à la hauteur du niveau subséquent. Il suffirait pour 
cela d'invoquer le bénéfice d'une liaison qui f^ut rarement défaut entre 
deux étages englobés dans une seule et même formation. Je me réserve de 
faire voir que les indices paléontologiques ne sont pas moins contraires 
que ceux tirés de la stratigraphie à l'opinion émise par M. Fontannés. » 

MÉMOIRES LUS. 

M. Cii. lîiîAME donne lecture d'un Mémoire portant pour titre : « Sur les 
ombres colorées obtenues avec le concours simultané de la lumière artifi- 
cielle et de la lumière du jour affaiblie ». 

(Renvoi au concours du prix Ponti.) 



MÉMOIRES PRESENTES. 

MÉTÉOROLOGIE. — Orage du 12 mai 1886. La foudre en spirale. 
Note et photographies de M. Cii. Moussette. 

(Commissaires : MM. Fizeau, Becquerel, Cornu.) 

(c Depuis plusieurs années on a obtenu, en France et à l'étranger, des 
photographies d'éclairs. En examinant attentivement à la loupe celle que 
j'ai effectuée durant l'orage du 12 mai dernier, j'y ai découvert une parti- 
cularité importante qui est peut-être l'indice d'un fait général : les étin- 
celles éclatant de nuage à terre et constituant ce que l'on appelle la foudre 
ont la forme de spirales irrégulières. 

» Deux éclairs saisis à quelques minutes d'intervalle et fixés sur le 
même cliché présentent cet aspect; toutefois l'enroulement de leurs spires 
n'est pas de même sens : l'étincelle située à droite de l'image est dextror- 
sum; celle de gauche est sinistrorsum dans la branche verticale, dextror- 
sum dans la branche arquée en retour. 



(3i ) 

)) L'écarteiuent des spires est variable durant le trajet; tantôt il dépasse 
plusieurs diamètres; tantôt il paraît moindre qu'un diamètre. Je présume 
que cette irrégularité est due à la variabilité de résistance des couches 
aériennes traversées, suivant leur température et leur degré d'humidité. 

» On peut compter le nombre des spires qui sont encore reconnais- 
sablés lorsque leur partie postérieure, dont l'éclat doit être atténué par 
une gaine de vapeurs nitreuses, est peu visible. En somme, l'aspect de ces 
éclairs rappelle celui que présentent de nuit les pièces d'artifice dont le 
mouvement de translation est accompagné d'un mouAcment gvratoire. 

» Je suis donc porté à considérer la spirale lumineuse tracée par l'éclair 
sur ma plaque sensible comme la trajectoire de la foudre globulaire, dont 
les belles expériences de M. Planté ont reproduit et démontré le mouve- 
ment gyratoire. 

» Avec la présente Note je dépose une épreuve positive obtenue du 
cliché original et une autre obtenue par grandissement de la portion la 
plus lumineuse de l'éclair de droite. Celle-ci permet de se rendre compte 
à simple vue du mouvement en spirale de la foudre. Du reste, pour que 
l'on n'attribue pas cette apparence à un accident causé par l'imperfection 
de ma méthotle et de mes instruments, je suis prêt à les soumettre au 
contrôle de personnes compétentes. 

» C'est à mon laboratoire d'Auteuil que j'ai opéré; il était 9''45"du soir; 
l'orale avait diminué d'intensité et s'éloi"nait dans la direction du nord- 
ouest; mon appareil visait le couchant. Je guetterai une occasion favo- 
rable pour recommencer. » 

M. CoRNELoup adresse une réclamation de priorité à l'occasion d'un 
« chronographe à embrayage magnétique » présenté par M. d'Arsonval 
dans la séance du 7 juin dernier. 

L 1 réclamation de M. Corneloup est renvoyée à l'examen de MM. Mas- 
cart et Deprez. 

CORRESPONDANCE. 

M. le Seceétaîre perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance : 

Un Ouvrage de M. l'amiral Jurien de la Gravière portant pour titre : « Do- 
ria et Barberousse » . 



(32) 



ASTRONOMlli:. — Observations de la nouvelle planète (^, faites à F observa- 
toire de Paris (équatorial de la tour de T Ouest); par M. G. BiGounn.vx. 
Communiquées par M. Mouchez. 

« Cette planète a été découverte, le 28 juin 1886, à Clinton, par 
M. C.-H.-F. Pet ers. 

» Le jour de la découverte, à i3''ii"S5, temps moyen de Clinton, elle 
occupait la position suivante : 

Ascension droite apparente i7''28"'5o%o 

Déclinaison apparente — 23" 7' o" 

Étoiles Plaïu-te-*. Nombre 

comparaison. Giaiuleurs. M. Urclinaison. compar. 

m s / " 

a 16841 Arg. OEltzen, 9 -i-4.3i,86 —2.56,9 '^^^ 

a kl. 9 . -1-3.47,09 —6. 0,6 i5:io 

6 1G82G Aig. OEltzen, 9 -i-3. 59,18 -(-i.3o,4 12:8 

b id. 9 +3.i4,i2 —1.37,5 i5:io 



Dates. 

1886. 

Juin 3o . . 
Juin. I ... 



Positions des étoiles de comparaison. 



Dates. 

1886. 

Juin 3o. . 

Juin. I... 

2 . . 

3.. 



Étoiles 

de 
comp. 

a 
a 

. b 
. b 



Ascension 

droite 

moy. i8S6,o. 

h m s 
17.22.53,60 

17.22.53,60 
17.21.56,59 
17.21 .56,59 



Réductina 
au jour. 

-^2^86 

+2,87 

H-2,87 
-1-3,88 



Déclinaison 

moy. iSS6,o. 

o / " 

— 23.10. 5,0 
— 23. 10. 5,0 

— 23.20.40,2 
— 23.20.40,2 



Réduction 
au jour. 

+6,7 
-h6,6 
+6,5 
+6,5 



Autorités. 

Arg. OEltzen, 
Id. 
Id. 
Id. 



Positions apparentes de la planète (259;. 







Ascension 










Dates. 


Temps moyen 


droite 


Log. fact. 


Déclinaison 




Log. fact. 


1886. 


de Paris. 

h m s 


apparente, 
h m s 


parai 1. 


apparente. 

' " 




parall. 


Juin 3o.. 


I I .42.41 


17.27.28,32 


2,97' 


— 33. 12.55. 


,2 


0,931 


Juin. I.. 


10.35.25 


17.26.43,55 


2 , 336„ 


— 23. i5 .59 


,0 


0,924 


2.. 


10.14.57- 


17.25.58,64 


2 , 7o6„ 


—23.19. 3; 


,3 


0,933 


3.. 


. 10. 9. II 


17.25. i3,59 


2,723,, 


— 23.22. 1 1 , 


,2 


0,924 



» Remarque. — Juin 3o. La planète est de 12'' grandeur. » 



( 33 ) 



MÉCANIQUE CÉLESTE. — Sur le développement en série du potentiel d'un corps 
homogène de révolution. Note de M. O. Callaxdkeal', présentée par 
M. Tisserand. 

(c On sait que Legendre et Laplace ont appliqué les deux formules rela- 
tives aux points extérieurs et intérieurs à un spliéroïde, défini habituelle- 
ment par l'équation /• = a(i -I- y-y), savoir 



-ir 2 ■2T,pr- -^ 



'"/(.("^ )'■:."»] 



(notations de Poisson, Connaissance des Temps, 1829; Additions), à toutes 
les positions du point attiré, et même quand le point attiré se trouve sur 
la surface limitant le sphéroïde. Poisson, dans le Mémoire cité, a fait re- 
marquer qu'une telle extension n'était pas évidente a priori, et il s'est 
proposé de la justifier. Dans son cours de la Sorbonne, M. Tisserand a 
appelé l'attention sur ce point, d'une importance n^anifeste pour la théorie 
de la figure de la Terre et des planètes. 

» Je me suis proposé de vérifier les deux formules ci-dessus au moyen 
de la belle méthode appliquée par Dirichlet aux formules de l'attraction 
des ellipsoïdes (Journal de Crelle, t. XXXII). J'ai considéré spécialement 
les corps de révolution. 

)' Sur les trois groupes de conditions caractéristiques pour le potentiel, 
il n'y a par le fait à examiner que le premier groupe concernant la conti- 
nuité des expressions proposées V^, V, et de leurs premières dérivées; les 
autres conditions se trouvent remplies d'elles-mêmes. 

» La continuité des séries V,,, V, et de leurs dérivées successives, que 
nous pouvons supposer prises relativement aux coordonnées polaires r 
et 5, ou encore r et a = cosO, se démontrera, pour chacune des séries, en 
partant de la remarque suivante de M. Weierstrass. Soit 

(l) U,-\- Uo-h . . .-^ u„-h .. . 

une série dont les termes dépendent de la variable x-; soit en outre 

(2; c, + P, H-.. . -h (-'„+... 

G. R., 1886, 3" Semestre. (T. ClII, N° 1.) ^ 



( 34 ) 
une série convergente dont les termes sont des nombres positifs donnés ; 
s'il arrive que pour chaque valeur de x, appartenant à un intervalle 
donné, les termes de la série (i) soient, en valeur absolue, inférieurs aux 
termes de même rang de la série (2), la série (i) sera, dans l'intervalle 
donné, absolument et uniformément convergente. On démontre ensuite 
que la somme de la série (i) est une fonction continue de x dans l'inter- 
valle donné ('). 

)) Mais il s'agit de constater que la continuité n'est pas rompue à la sur- 
face, et que V^, V,-, ^'' -^' -^'' "^ s'accordent pour les points de la 
surface du corps. Poisson a montré {loc. cit., p. 370) que les deux for- 
mules pour Vg et V,, développées suivant les puissances de x, condui- 
saient à des expressions identiques pour les points de la surface, et qu'il en 

était de même des séries dérivées -^) -^- L'accord, constaté par Poisson 

ar ar ^ 

pour les premiers termes des développements, peut être établi d'une ma- 
nière générale en mettant à profit un travail de Todhunter complétant le 
Mémoire de Poisson (^Proceedings de la Société Royale de Londres, t. XX, 
1872). 

» D'une manière analogue, on établit que, pour les points de la sur- 
face (aux quantités près de l'ordre de a.°), 

dr' dr- — 47^P- 

» Soit Uj = V — Vj et Ue= V — V,,, V étant le potentiel, on aura dans 
les deux cas du point intérieur et du point extérieur la même équation 



d'oîi 






de J ôr\ dr 



» D'après le résultat indiqué tout à l'heure et ce qu'on sait du poten- 
tiel, -5-^ n'a plus de discontinuité quand on traverse la surface ; -rr- ne 
peut donc en avoir, et -^> ~~ sont égales pour les points de la surface. 

(') Voir l'Ouvrage de M. Tannery : InlroducLion à la théorie des fonctions d'une 
variable, p. i35 et suiv. 



(35) 

» En général, les expressions des dérivées — ^, -r^ s'accordent comme 

égales aux dérivées des développements identiques V^, V,, desquelles on doit 

retrancher deux expressions semblable -z-^ ~r- , -r— ' -tz • 
^ or m dr df^ 

» Il y a à faire une remarque importante sur la manière dont on a établi 
l'accord des valeurs de certaines séries pour les points de la surface du 
corps : on a tacitement supposé qu'il était indifférent de changer l'ordre 
des termes dans les séries ordonnées suivant les puissances a et les poly- 
nômes de Legendre; on a supposé, en d'autres termes, qu'on avait affaire 
à des séries absolument convergentes. 

» On peut conclure que : 

» 1° Les formules pour le potentiel seront valables du moment que les 
séries Vç, V,, ... seront absolument convergentes et qu'on pourra établir 
(d'après la remarque de M. Weierstrass) la continuité des séries. 

» 2" L'étude de la convergence des séries, la recherche d'une valeur 
limite du paramètre définissant la figure du corps, qui est censé se dé- 
former à partir de la sphère, dépendent du calcul, pour n très grand, des 
intégrales telles que 

f^\Aoc, x)]'-'X„ J^, f' [f{x, a)]-«-^X„e/^. 

» Avec la permission de l'Académie, je développerai les remarques pré- 
cédentes sur quelques exemples. » 



NAVIGATION. — Sur les navires à rames de l'antiquité. Mémoire 
de M. CoRAzziM, présenté par M. Jurien de la Gravière. 

« L'auteur, après avoir indiqué la difficulté extrême du problème de la 
reconstruction des naves longœ, problème auquel ont travaillé depuis des 
siècles les érudits et les hommes du métier, expose les systèmes proposés 
de 1820 jusqu'à nos jours, enmettant de côté les reconstructions imaginées 
par les érudits antérieurs, qui n'avaient pas, suivant lui, une connaissance 
suffisante de l'architecture navale, et celles des hommes du métier dépour- 
vus de l'érudition nécessaire. 

)) Il explique ensuite les textes les plus exacts et les plus clairs des an- 
ciens écrivains, leur donnant souvent une nouvelle interprétation avec le 



(36 ) 

secours de la philologie et de la critique. A l'appui de ces textes et des 
représentations des navires qu'on voit sur les bas-reliefs, sur les monnaies 
et sur les fresques de Pompéi, il s'efforce d'établir, avec certitude, la super- 
position des rangs de rames. Dès lors, il ne lui restait plus qu'à chercher 
une nouvelle reconstruction de la polyrème : c'est ce qu'il a fait. 

» Il nous démontre comment le module de Vitruve nous conduit à ré- 
tablir les proportions des navires de guerre des Romains. 

» On avait déjà eu recours au module de Vitruve, mais on l'interprétait 
de telle façon que nous n'aurions jamais pu en tirer une règle sûre et con- 
stante pour en déduire les proportions de la polyrème. Les archéologues 
pensaient que V interscalmum de Y itruxe ne pouvait indiquer que la distance 
de centre à centre des sabords d'avirons. Cette distance était trop petite 
pour que les rameurs pussent s'y mouvoir à l'aise : on l'allongeait d'un 
pied. D'après quelle autorité? on ne le disait pas. 

)) Vitruve parle du navire de guerre et du navire de commerce; il faut 
donc que son module puisse s'adapter à toute espèce de navires, qu'il soit 
basé sur un membre essentiel et permanent de l'architecture navale. Les 
sabords d'avirons ne répondent pas à cette condition : on les peut ap- 
procher ou éloigner à volonté ; il y a plus encore, les navires marchands 
n'avaient pas de sabords d'avirons. 

» h'interscalmo, dans la langue nautique traditionnelle de l'Italie, n'est 
pas seulement la distance entre deux tolets : c'est aussi l'espace entre deux 
scalmi. 

)) Cette interprétation a permis à l'auteur du Mémoire présenté à l'Aca- 
démie de déterminer la longueur de Vencope, l'étendue des parchiresie 
(quartiers de poupe et de proue) égale au tiers de l'encope, la longueur 
totale entre les deux perpendiculaires, égale à l'encope plus \e^ parchiresie. 

M La hauteur de l'œuvre morte résulte de l'espace occupé par les 
divers rangs de rameurs. 

» Dans le Mémoire de M. Corazzini trouvent place bien d'autres 
questions de haute importance : la progression arithmétique des rameurs 
dans chaque rang de polyrèmes; le nombre total de rameurs dans les diffé- 
rentes espèces de na<,'es longœ (de la trirème à la décère), et enfin l'ex- 
plication de ce qu'étaient les rames perinei (rames de rechange). 

)) Les hommes du métier pourront accepter ou contester les solutions de 
M. Corazzini, mais il faut convenir qu'il nous donne des proportions accep- 
tables : une longueur de rames (12"", 4o pour la décère) inférieure à celle 
des avirons dont on faisait usage dans les galères du moven âge (i5"). 



(37) 

» On objectera sans doute les difficultés d'une complication aussi grande 
que l'était l'installation de la palamante dans les navires à rangs de rames 
superposés : l'auteur nous répond que celte difficulté était reconnue par 
les anciens eux-mêmes, et que cela ne détruit pas le fait. 

» Il est évident que la reconstruction des polyrèmes romaines, telle 
qu'elle a été conçue par M. Corazzini, concorde avec les témoignages des 
anciens écrivains et des monuments. L'auteur fait remarquer qu'il ne s'est 
pas permis de faire un ouvrage de fantaisie; s'il rencontre quelque résis- 
tance, ce sera plutôt du côté des marins que du côté des archéologues. » 

L'Académie décide que le Mémoire de M. Corazzini sera transmis à 
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 



OPTIQUE. — Sur la réfraction de l'acide carbonique et du cyanogène. Note 
de MM. J. Chappi'is et Cii. Rivière, présentée par M. Mascart. 

« Acide carbonique. — Les résultats de nos recherches sur la réfraction 
de l'acide carbonique à 21° et jusqu'à 19""" sont résumés dans la formule 
suivante, où n désigne l'indice pour la raie D, et/? la pression en mètres de 
mercure, 

n — I ^ o,ooo54o/>(i -+- o,oo'j6p -}- o,ooooo5o/j'). 

» La fonction -; 5 qui intervient dans la théorie de M. Lorentz, peut 

être représentée, dans les mêmes limites, par la formule 

-5 := o,ooo36oyj(i + o,oo'j5p -+- 0,0000049/?' j. 

» Comme indice à 0° et sous la pression 0,76, nous trouvons 

1,000448, 

valeur notablement plus faible que celle de M. Mascart (i, 000454) et se 
rapprochant de celle de Dulong (i ,000449) ; il est à remarquer, d'ailleurs, 
que, pour tous les gaz, sauf précisément pour l'acide carbonique et pour 
le protoxyde d'azote, M. Mascart avait trouvé des indices inférieurs à ceux 
de Du Ion". 

» Pour comparer la réfraction à la compressibilité, nous avons calculé, 
à l'aide de la formule de M. Clausius et avec les coefficients adoptés par 



(38 ) 

M. Sarrau ('), les poids spécifiques correspondant à vm certain nombre de 
pressions comprises dans les limites de nos expériences, puis nous les avons 
reliés par une formule de môme forme que les précédentes, ce qui nous a 

donné 

c?= A/j(i -I- 0,0074/? :- o,ooooo55/)'). 

Ces nouveaux coefficients sont presque identiques aux premiers; ainsi, 
pour l'acide carbonique comme pour l'air, les lois 

« — I ^ ^ «= — I . 

— y- = const. et —-^ — , = const. 



-,atm 



représentent également bien le phénomène à 21° jusqu'à 19" 

)) Cyanogène. — Nous avons étudié la réfraction du cyanogène à diverses 
températures entre les pressions de i" et 2" ou 3™ de mercure. Chaque 
série d'expériences, relative à une température déterminée, a été résumée 
dans une formule de la forme 

n — \ =: ap(i -r bp). 

» Nous donnons, dans le Tableau suivant, les valeurs des coefficients a 
et b avec le nombre des expériences qui ont servi à les calculer : 

Nombre 
des 
Température. n. b. expériences, 

o 

0,0010^9 0,0459 16 

7 o,ooio36 0,0870 4 

9,5 o, 001022 0,0877 6 

14 0,001007 0,0864 8 

17 0,000991 o,o36o 12 

25 0,000971 0,0812 6 

35 0,000946 0,0263 7 

M La première série donne, pour indice à 0° et sous la pression o, 76, 

1,000825. 

» N'ayant pas trouvé, dans les expériences de Regnault, les éléments 
suffisants d'une comparaison enUe la réfraction et la compressibilité, nous 
nous proposons de faire nous-mêmes l'étude de cette dernière propriété. 

» Il n'est peut-être pas inutile de remarcjuer, en terminant, que le 

(') Sarrau, Comptes rendus, l. XCIV, p. 718. 



( 39) 
cyanogène employé s'est conservé plusieurs mois clans notre appareil sans 
donner trace de dépôts; ce cyanogène renfermait une proportion d'azote 
inférieure à i pour loo et dont il a été tenu comj)te dans le calcul des nombres 
qui précèdent; c'est un degré de pureté qu'il est assez difficile d'atteindre 
dans la préparation de ce gaz ('). >> 



ÉLECTRICITÉ. — Sur la conductibilité électrique des mélanges de sels 
neutres. Note de M. E. Bourv, présentée par M. Lippmann. 

« On ne sait que fort peu de chose sur la conductibilité des mélanges de 
sels neutres. Aucune règle générale n'a encore permis de la déduire exac- 
tement de la conductibilité, supposée connue, des dissolutions salines 
simples. 

» H y avait lieu d'examiner si la difficulté du problème tenait à la nature 
même de la conductibilité électrolytique ; ou si elle n'était pas plutôt liée à 
la variabilité des équilibres chimiques possibles au sein des dissolutions. 
Après bien des tâtonnements, c'est à cette dernière hypothèse que je me suis 
arrêté. Je me suis rencontré dans cette voie avec M. Foussereau, que des 
recherches, poursuivies dans un but différent, amenaient sur le même ter- 
rain. 

» Est-il permis d'assimiler un mélange salin à un conducteur métallique 
hétérogène, c'est-à-dire de calculer la résistance spécifique R du mélange 
par la formule 

^ V I III 

^v R -r;^r; + r;+"' 

expriinant que les conductibilités s'ajoutent ? Si cette assimilation est 
légitime, en principe, à quelles restrictions est-elle pratiquement sou- 
mise ? 

» La formule (i), qui, pour les diverses parties d'une même dissolution 
simple, n'exprime qu'une identité, n'est déjà plus applicable quand on fait 
varier la dilution : elle conduirait à admettre que la conductibilité molécu- 
laire est constante, et l'on sait que pour tous les sels cette conductibilité 
croît à mesure qu'on augmente la quantité d'eau. Je n'ai donc comparé 



(') Ce travail a été exécuté au laboratoire de Physique de l'École Normale. 



( 4o ) 

entre elles que des dissolutions contenant sous le même volume de i'" le 
même nombre total de molécules salines, ce qui exclut déjà les dissolutions 
trop concentrées. Je me suis ensuite adressé à des sels de même acide ou 
de même base, sans action chimique connue, et j'ai trouvé qu'effective- 
ment la conductibiHté du mélange ne diffère pas srensiblement de la somme 
des conductibilités individuelles de ses cléments. 

» Dans les Tableaux qui suivent, m désigne le nombre total d'équiva- 
lents en grammes par litre de la dissolution; R„ le rapport de la résistance 
spécifique à zéro du sel ou du mélange de sels, à la résistance spécifique du 
chlorure de potassium de même concentration atomique ('). 

Nature du sel dissous 

(m = o.i). observé. 

l'hO, A/.0= 1,463 

KO, AzO» • i,i33 

i(PbO, AzO' + KO, AzO') 1,269 

J(3PbO, Az05 + K0, AzO') 1,367 

|(I'bO, Az0^-H2K0, AzO'; 1,229 

i(PbO, AzO^+^KO, AzO) 1,193 

» Les mélanges de divers sels de potasse, le mélange de sulfate de 
cuivre et de sulfate de zinc se comportent de la même manière. 

» Si l'on adopte d'une manière générale le mode de calcul c[ue nous 
avons suivi et que l'on s'adresse à des sels susceptibles de réagir entre eux, 
la mesure de la conductibilité préviendra de l'altération subie. 

)) 1. Le sulfate de zinc et le sulfate de potasse donnent naissance 
au sel 

KO, SO' + ZnO, SO' -i- 6HO, 

susceptible de cristalliser, mais qui n'existe pas en dissolution très étendue. 
Quand une molécule de sel double remplacera dans une liqueur deux mo- 
lécules de sel simple, la résistance se trouvera augmentée. Les Tableaux 
suivants montrent que la quantité de sel double est toujours très faible, 
mais qu'il en existe encore quelques traces dans des liquides fort étendus 
(m = 0,1). 



calculé. 


Différence. 


ad mi à 


» 


admis 


» 


1,276 


-r 0,007 


1,363 


— o,oo4 


1 , 220 


— 0,004 


1,187 


— 0,006 



(') \'()ii- Comptes rendus, l. Cil, p. iSya. 



( 4' ) 



observé. 



calculé. 



■i(KO,SO^+Zr 



I 

0,5 

0.9 

0,1 

0,00 1 ,47'J 

0,02 1 ,363 

0,01 1 ,3o5 



2,197 

1,958 

1 ,7^' 
1 ,601 



i(K0,S0'+2Z 



2 , 64 2 

2 , 3.56 

'.9S9 

>,8i9 

1,678 

0,02 1 ,5io 

0,01 1 ,399 

o , oo5 1 , 309 

0,002 I ,'-219 



I . . . . 
0,5. . 
0,2. . 
0,1. . 
o,o5. 



O, SO') 

,ozJ6 
,855 
,698 
,573 
,483 
,367 
.299 

O, SO^') 

,46i 

' '77 
,960 

,78. 
,657 

,490 

>397 
,3ij 



Différence. 



— O, lOI 

— o, io3 

— o,o43 

— 0,028 
-i- 0,010 
4-o,oo4 

— o , 006 



— o, 182 

-o.'79 

— 0,026 

— o,o38 

— 0,021 

— 0,020 

— 0,002 
-+- 0,002 

— o , oo5 



» 2. Un cas de statique chimique plus intéressant est celui du mélange 
de deux sels d'acide et de base différents. On sait que les quatre sels for- 
més par l'union de chaque acide et de chaque base coexistent dans la 
liqueur; mais, dans bien des cas, le thermomètre n'indique rien et ce n'est 
qu'exceptionnellement qu'on sait calculer la proportion dans laquelle se 
fait le partage. L'électromètre permettra souvent de combler cette 
lacune. 

» Je citerai comme exemple le mélange à équivalents égaux de sulfate 
de zinc'et de nitrate de potasse. 

» Pour m = 0,5 et pour les quatre sels possibles, l'expérience directe 
donne les valeurs suivantes de Rg : 

Sel. R • 

ZnO, SO^ 3,335 

ZnO, AzO= 1,579 

KO, SO' 1,285 

KO, AzO^ 1,190 

C. K., 1886, 2' Semestre. (T. CUI, N" 1.) " 



(42) 

d'où l'on déduit pour les mélanges à équivalents égaux des deux groupes 
de sels d'acide différent : 

Sel. Ro- 

i(ZnO, S0'+ KO, AzO^') 1 ,754 

i(ZnO, AzO» + KO, SU') i,4i6 

). L'expérience faite directement sur ces deux mélanges a donné les 
nombres i ,643 et i ,648, intermédiaires aux précédents et à peu près iden- 
tiques entre eux. Les quatre sels consistent donc dans les mélanges bi- 
naires, et cela dans une proportion indépendante de la manière dont les 
acides et les bases étaient primitivement associés. 

n Soit ic la proportion du groupe ZnO, AzO' + KO, SO'; x est déter- 
miné par la formule 

.(■ I — .r 1 

(2) 77416 ^ 77754 "" T;6445' 

d'où a.- = 0,276. Les mêmes expériences réalisées pour une dilution plus 
grande {m = 0,1) ont donné une valeur à peu près égale, 

œ = 0,263. 

» Un excès tle sulfate de potasse ou de nitrate de zinc ne modifie pas 
sensiblement la valeur de a; (' ). » 



ÉLECTRICITÉ. — Sur la décomposition du perchlonire de fer par Veau. Note 
de M. G. FoussEREAu, présentée par M. Lippmana. 

« Je me suis servi précédemment (^) de la mesure de la résistance élec- 
trique pour reconnaître la nature et la proportion des matières étrangères 
contenues dans l'eau et l'alcool et les conditions où ces liquides s'appro- 
chent le plus de l'état de pureté. La même méthode est applicable à l'étude 
des altérations progressives des liquides, et en particulier des dissolutions 
salines sous l'influence du dissolvant. 

» J'ai entrepris cette étude pour le perchlorure de fer. La décomposi- 



(') A mesure que la dilution augmente, tous les coefficients de l'équation (2) se 
rapprochent de l'unité, et les déterminations de x finiraient par devenir illusoires. 
{'-) Comptes rendus, 26 mai i884 et 20 juillet r885. 



( 43 ) 

tion de ce sel par l'eau a été signalée par les expériences de MM. Debray, 
Tichborne, Berthelot, G. Wiederaann, etc. Deux réactions bien différentes 
peuvent se produire. D'une part, l'acide et la base se séparent, en donnant 
naissance, par un phénomène réversible, à des produits hydratés solubles, 
dont la formation se manifeste par une coloration rougeàtre de la liqueur. 
D'autre part, une partie de l'oxyde ou de l'oxychlorure séparé peut subir 
une modification moléculaire et se précipiter en oxyde insoluble. Ce der- 
nier effet non réversible peut être évité quand on opère, comme je l'ai fait, 
sur des liqueurs très étendues. Les concentrations des dissolutions que j'ai 
étudiées varient entre 5^- et ., J,,^ en poids. 

» La marche des expériences consistait à mesurer la résistance de chaque 
dissolution aussitôt après sa préparation. On partageait ensuite le liquide 
en plusieurs portions, dont une était laissée à la température ordinaire, 
tandis que d'autres étaient maintenues en vases clos, soit à 100°, soit à des 
températures intermédiaires. On prélevait sur ces dernières des échantil- 
lons qu'on refroidissait rapidement et dont on mesurait la résistance à la 
température ordinaire. On réduisait ensuite par le calcul toutes ces me- 
sures à une même température. J'ai obtenu ainsi les résultats suivants : 

» 1° A la température 100°, le sel subit une altération très rapide. Sa 
résistance va en diminuant, comme on pouvait le prévoir, puisque la dé- 
composition du sel produit, outre l'oxyde soluble, de l'acide chlorhydrique, 
plus conducteur que les chlorures à équivalents égaux. La résistance 
atteint bientôt une limite qui demeure ensuite invariable si l'on prolonge 

réchauffement. Cette résistance limite est r de la résistance primitive 

2,74 '■ 

pour le liquide de concentration r^. 

» 2" Quand le liquide chauffe à 100° est ramené et maintenu longtemps 
à la température ordinaire, il subit une transformation inverse et revient 
lentement vers son état primitif; la résistance croît et tend vers une cer- 
taine valeur limite. 

» 3° Le sel primitif maintenu à la température ordinaire éprouve une 
diminution de résistance. Cette altération est bien plus lente et moins 
complète qu'à 100°. Le sel non chauffé devenant plus conducteur et le sel 
refroidi devenant plus isolant tendent vers une limite commune dont ils 
se rapprochent indéfiniment en sens contraires. Leur résistance recom- 
mence à diminuer quand on les porte de nouveau à 100°. 

« II" En ajoutant des poids connus du liquide modifié par son maintien 



( Vi ) 

à loo" à (les poids connus du liquide primitif avant son altération, on ob- 
tient des mélanges dans lesquels on connaît les coefficients d'altération R, 
ou quantités de liquide modifié contenues dans l'utiité de poids du mé- 
lange total. I.a détermination des résistances de ces mélanges, aussitôt 
après leur préparation, permet d'établir une relation entre la conducti- 
bilité C et le coefficient d'altération R. S'il y avait proportionnalité entre 
l'altération et la variation de conductibilité, cette relation serait 

R = ^^ = a, 

C„ et C, représentant les conductibilités du liquide primitif et du liquide 
entièrement modifié. Cette relation, très voisine de la réalité, n'est pas vé- 
rifiée rigoureusement. La valeur de R peut être représentée par des 
expressions de la forme 

R = a[i +A(i - ce)], 

dans lesquelles le coefficient A est déterminé par l'expérience. Ce coeffi- 
cient, toujours petit, devient négligeable aux dilutions extrêmes. 

» On trouve ainsi que l'état d'équilibre vers lequel tendent les dissolu- 
tions aux températures voisines de i5° correspond à une modification 
d'autant plus avancée que la concentration est plus faible. Aux concentra- 
tions -~rj et .,.,.',^„ correspondent sensiblement les limites 0,72 et 0,98. 

» 5° L'altération du liquide primitif à la température ordinaire est d'au- 
tant plus rapide que la concentration est plus faible. A la dilution j^r^, 
l'altération atteint déjà o, 25 après i/\ minutes. A la dilution — ^ il faut 
environ 16 jours pour obtenir ce résultat. Au contraire, le retour du liquide 
modifié vers l'état primitif s'accélère quand la concentration croît. 

» G" Les modifications dans les deux sens s'accélèrent à mesure qu'on 
maintient le liquide à des températures plus élevées. La limite d'altération 
croît, et se confond sensiblement avec l'unité, à partir d'une température 
d'autant moins élevée que le liquide est plus dilué. 

)) 7° L'acide chlorhydrique étant un des produits de la réaction, on doit 
s'attendre à voir l'addition de cet acide modifier les conditions de l'équi- 
libre. J'ai reconnu, en effet, que le mélange de cet acide avec une dissolu- 
tion amenée à l'état d'équilibre prend des résistances croissantes avec le 
temps. Il y a donc rétrogradation vers l'état primitif et production lente 
d'un nouvel équilibre. 



( 45 ) 
» J'espère communiquer bientôt àrAcadémie les résultats de recherches 
en cours d'exécution sur divers autres chlorures métalliques ('). » 



MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Dynamomètre de transmission avec système de 
m.esure optique. Note de M. P. Curie, présentée par M. Lippmann. 

« Cet appareil se compose d'un arbre horizontal supporté par deux 
coussinets. Deux poulies assujetties aux extrémités de l'arbre servent à 
transmettre le mouvement du moteur à la réceptrice. Pour connaître le 
travail transmis, on mesure, pendant le mouvement, la torsion de l'arbre 
entre les deux poulies. 

)) L'arbre est constitué par un tube métallique plus ou moins épais 
dont le canal intérieur a 8""" de diamètre. Les extrémités du tube sont 
fermées par deux lames de quartz minces, taillées parallèlement à l'axe 
optique et donnant chacune une différence de marche d'une demi-onde 
entre les rayons ordinaires et extraordinaires. 

» Un rayon de lumière monochromatique polarisée traverse l'arbre sui- 
vant son axe, et les deux lames de quartz font tourner le plan de polarisa- 
tion d'une quantité invariable, même pendant la rotation de l'arbre, 
pourvu que celui-ci ne se torde pas; mais si une torsion d'un certain angle 
se produit, le plan de polarisation du rayon émergent tournera d'un 
angle double. La connaissance de cet angle a fera connaître le moment 
de la force de torsion, si l'on a, par une expérience préliminaire, mesuré 
avec des poids le couple de torsion c nécessaire pour produire une rota- 
tion de 1°. 

M Le travail transmis par seconde sera T = iT.nca., en désignant par n 
le nombre de tours par seconde. 

» On peut facilement se rendre compte du rôle des lames d'une demi- 
onde. Supposons le faisceau lumineux normal au plan de la figui'e, et soit 
OP la trace du plan de polarisation primitif; après la première lame d'une 
demi-onde, dont l'axe est dirigé suivant OA, le plan de polarisation de la 
lumière est en OP', symétrique de OP par rapport à OA; après la deuxième 
lame d'une demi-onde, dont l'axe est dirigé suivant OB, le plan de polari- 
sation de la lumière est en OP", symétrique de OP' par rapport à OB. Le 



.(') Ce travail a été fait au laboratoire de Reclierclies pîiysiques de la Sorbonne. 



(46) 

plan de polarisation primitif semble donc avoir tourné d'un angle 

POP"= 2AOB. 

Lorsque l'angle AOB des axes optiques des deux lames reste constant, la 
déviation reste elle-même constante, quelle que soit la direction du plan 




de polarisation primitif. Mais si, à la suite d'une torsion de l'arbre, 
l'angle que forment entre eux les axes optiques des deux lames augmente 
de «, la rotation du plan de polarisation augmentera de a a. Pour mesurer 
cet angle 2a, on peut se servir de tous les procédés perfectionnés en usage 
dans les saccharimètres; le dispositif de M. Laurent, qui a servi dans ces 
premiers essais, permet de mesurer de petits angles à 3' près, même 
pendant la rotation; l'arbre en cuivre, de 5o<=°' de longueur, pouvait sup- 
porter des torsions supérieures à lo'', sans qu'il y eût de déformations per- 
manentes et sans que la proportionnalité de la torsion à la grandeur du 
couple fût altérée. L'exactitude des mesures est donc de beaucoup supé- 
rieure à celle dont on a généralement besoin dans ce genre d'expé- 
rience. 

» La sensibilité de l'appareil, poin- une même puissance transmise, 
croît avec le diamètre de ses poulies; aussi un même instrument peut-il 
servir à déterminer des puissances très différentes, s'il est muni de poulies 
de différents diamètres. 

» L'appareil peut également servir comme frein d'absorption : il suffit 
d'employer le travail transmis à produire un frottement dont on fait varier 
à volonté la grandeur (' ). » 



(') Ces premiers essais ont été faits à l'École de Physique et de Chimie indus- 
trielles. 



( kl ) 



PHYSIQUE DU GLOBE. — La température des eaux profondes du lac Léman. 

Note de M. F. -A. Forel. 

« Je me suis posé, en 1879 déjà (Arc/i. de Genève, II, p. 5oi), un pro- 
blème important : 

» L'eau du Léman, par 200'" et 3oo™ de fond, a une chaleur fort su- 
périeure à celle du maximum de densité de l'eau douce. Comment une 
masse d'eau aussi profonde, dans un climat aussi peu torride, où l'hiver 
descend souvent au-dessous de 0° et amène au fond du lac de grands 
volumes d'eau entre o" et 4°. comment le Léman conserve-t-il une tem- 
pérature aussi élevée? Quelle est la cause qui fait pénétrer la chaleur à 
une aussi grande profondeur? 

» Et d'abord voyons les faits. En 1779, Saussure avait trouve dans les 
couches profondes du Léman une chaleur de 5", 4 C. ; en 18 19, La Bêche, 
6°, 4; en i835. Becquerel et Breschèt, 6°, 5; Forel, de 1870 à 1879, entre 
5", G et 5°, 9. Ces mesures, faites par des observateurs, des méthodes et 
des appareils différents, étaient peu comparables entre elles. Dès mai 1879, 
en possession du deep-sea thermometer de Negretti et Zambra, cet excellent 
instrument qui a transformé l'étude de la chaleur des eaux profondes, 
j'ai fait un grand nombre de sondages thermométriques comparables. J'ai 
trouvé la température profonde du Léman à : 

1879 5"^ 188i 5"4 

1880 4,6 I880 5,6 

1881 4,8 1886 5,3 

1883 5,0 

» J'ai donc vu, dans ces sept années, le Léman rester constamment 
au-dessus de 4". et sa température profonde varier de 4°»6 à 5°, 6. Il y a 
eu deux périodes de refroidissement dans les hivers froids de 1879-80 et 
de 1 885-86, et une période de réchauffement de 1880 à i885; dans cette 
dernière, le réchauffement a atteint une valeur de 0°, i à o°,2 par an. 

» La variation en refroidissement pendant un hiver froid s'explique 
facilement par les courants de convection thermique. La variation en ré- 
chauffement ne s'explique pas immédiatement, en tant qu'elle pénètre jus- 
qu'au plus profond du lac. 



(48 ) 

» Les actions de réchaiilfement sont les suivantes : 

» a. Le contact avec l'air chaud : action purement superficielle. 

» h. La chaleur rayonnante du soleil : l'eau est très peu diathermane et 
cette action pénètre peu profondément. 

M c. La transformation en chaleur du mouvement mécanique des vagues 
est de valeur insignifiante, et localisée à la surface. 

)) d. Les eaux des affluents, chargées d'alluvion, ont une densité supé- 
rieure à celle de l'eau pure du lac ; elles descendent donc dans une couche 
plus froide que leur chaleur propre et réchauffent cette couche. Cette 
action est assez puissante; j'ai calculé qu'elle serait capable de réchauffer 
de o", 1 par an toute la masse du Léman. Mais elle est presque uniquement 
limitée aux couches supérieures; dans l'été, en effet, cjuand le Rhône du 
Valais a sa grande activité, ses eaux s'étalent dans le lac entre 3o'" et 60" 
au-dessous de la surface. 

» e. L'alluvion amenée par les affluents, en se déposant sur le fond, 
traverse les couches profondes du lac, qu'elle réchauffe en se refroidis- 
sant. Cette action est de valeur insignifiante. 

M f. La chaleur centrale de la Terre se dégage sur le fond du lac et en 
réchauffe les eaux. Mais, d'après les évaluations les plus récentes, elle ne 
saurait élever de plus de 0°, 002 par an une couche d'eau de 200" d'épais- 
seur. 

» -g. Enfin la chaleur dégagée par la respiration animale et les oxyda- 
lions organiques est de valeur négligeable. 

M Toutes les actions de réchauffement direct étant ainsi écartées, parce 
qu'elles sont ou trop superficielles ou d'intensité trop faible, il ne nous 
reste plus qu'à faire intervenir des actions de mélange, transportant dans 
le fond les eaux réchauffées à la surface. 

w Le vent détermine dans le lac des courants horizontaux, marchant 
dans le sens du vent à la surface, en sens contraire dans la profondeur, et 
reliés par des courants verticaux, descendants contre la côte sous le vent, 
ascendants contre la côte sur le vent. Ces courants sont souvent fort puis- 
sants : nombre d'observations me l'ont prouvé. Ils occasionnent donc une 
circulation générale des eaux dans le plan vertical, circulation qui peut 
mélanger les couches des diverses pi'ofondeurs du lac. L'abaissement 
notable de la chaleur des eaux supérieures après un coup de vent m'avait 
amené à cette conclusion; une observation importante vient de m'en dé- 
montrer la justesse. 

Il Au commencement du printemps, le 16 mars 1886, j'avais mesuré la 



( 49 ) 
température du Léman et constaté qu'elle s'était uniformisée pendant 
l'hiver, étant descendue à j°,3 dans toute l'épaisseur du lac, et même à 
5°, 2 dans sa couche très profonde. Le printemps a été fort venteux; les 9 
et 10 avril, il a soufflé de fortes bises; les bises des 2 et 6 mai ont été les 
plus fortes que nous ayons vues sur le lac depuis des années, bnmédiate- 
ment après, le 10 mai, j'ai opéré un sondage thermométriqiie qui m'a 
montré la pénétration de la chaleur jusqu'à des profondeurs étonnantes 
pour la saison. Voici les chiffres de ces deux sondages : 

Profondeur. ifi ni.ii'S. m mai. 

lu U l> 

o 6,1 8,9 

20 5,3 S,o 

4o J , 3 7,7 

80 5,3 5,7 

100 5,3 5,7 

1 4o » 5,5 

1 80 » 5,3 

3oo 5 , î » 

» La température superficielle, qui, à la fin d'avril, s'était élevée jus- 
qu'à i4°, s'est notablement abaissée à la suite des grandes bises de mai; 
les couches supérieures de 20™ à i5o™ se sont réparti cette chaleur su- 
perficielle; à loo*" l'eau a gagné o°,l\, à 140™. o'',2. Une pénétration aussi 
profonde de la stratification thermique n'a lieu ordinairement qu'à la fin de 
l'été; cette année, je la constate dès le milieu du printemps, et je dois 
attribuer cette descente extraordinaire de la chaleur au mélange des eaux 
par la grande bise des premiers jours de mai. 

» ,To conclus donc que la pénétration de la chaleur dans les couches 
profondes du Léman a lieu essentiellement par mélange mécanique des 
eaux supérieures avec les eaux profondes sous l'action des vents. 

» La même explication doit être valable pour tous les lacs et pour les 
mers limitées par des barres, en particulier pour la Méditerranée, dont les 
eaux profondes oscillent autour de i3". » 



SPECTROSCOPIE. — Spectres d'absorption des chromâtes alcalins et de l'acide 
chromique. Note de ]\L P. Sabatiiik, présentée par M. Berthelot. 

« J'ai entrepris, depuis quelque temps déjà, une série de recherches 
chimiques basées sur l'observation des spectres d'absorption. On peut 

C. R., 1886, i' Semestre. (T. GUI, N° 1.) 7 



( 30 ) 

ainsi, dans plusieurs cas, arriver à une connaissance précise de l'état des 
systèmes dissons et de leurs modifications progressives. 

» Jusqu'à présent, j'ai étndié principalement l'acide chromique, les 
chromâtes alcalins, les sels de sesquioxydc de chrome. Les recherches que 
je poursuis encore sur ces derniers corps ont pour but de préciser les 
conditions de transformation des sels verts en sels violets ou intermé- 
diaires. 

» J'emploie pour ces mesures le spectrophotomètre de M. Crova. Le 
liquide coloré qu'on veut étudier est placé dans un cylindre vertical en 
A erre, fermé à sa partie inférieure par une glace horizontale. Un piston 
cylindrique en cristal limpide, ayant le même axe que le cylindre à liquide, 
peut plonger dans ce dernier par un jeu de crémaillère; sa position est, à 
chaque instant, indiquée par un vernier mobile le long d'une échelle di- 
A'isée dont le zéro correspond au contact de la base du piston avec le fond 
plan du cylindre. Ce dispositif permet d'intercepter entre la glace et le 
piston transparent une colonne liquide de hauteur déterminée. 

)) Le piston plongeur en cristal plein a été avantageusement remplacé 
par un cylindre creux mobile, semblable au cylindre extérieui-, ayant 
même axe, mais un diamètre deux fois plus petit et obturé de même à sa 
partie inférieure par une glace plane. On parvient ainsi à maintenir con- 
stante l'épaisseur liqui<le traversée par la lumière, tout en faisant varier sa 
nature, par exemple le cylindre extérieur recevant une solution d'un sel 
coloré, tandis que le cylindre intérieur contient seulement du dissolvant. 

» La lumière, dirigée par des appareils à réflexion convenablement dis- 
posés, traverse verticalement cet appareil, avant d'arriver sur le spectro- 
photomètre. 

» Je me bornerai aujourd'hui à indiquer les résultats fournis par l'acide 
chromique et les chromâtes. 

)) La loi générale admise pour la transmission d'une radiation au travers 
d'une épaisseur e est 

r = ia% 

a étant une fraction qu'on appelle coefficient de transmission pour le rayon 
considéré. 

» Pour plus de commodité, j'ai rapporté l'absorption à des solutions 
que je considère comme normales, et qui renferment par litre, sous n'im- 
porte quel état, i^i, soit 5oS^ 2 d'acide chromique CrO\ Si la lumière 
traverse une épaisseur de c centimètres d'une telle dissolution, nous 



( ^' ) 

aurons 

I'=Ia^ 

» Pour des liqueurs de concentrations différentes, l'absorption chan- 
gera et ne dépendra, sans doute, que de la masse du composé placé sur le 
trajet des rayons, à condition toutefois que l'égalisation initiale des deux 
lumières ait été obtenue en présence d'une même hauteur du dissohant 
incolore, qui a toujours été l'eau. Si ce dernier n'introduit dans l'état du 
corps aucun changement chimique, nous aurons, pour l'intensité trans- 
mise, 

r=Ia", 

a étant le coefficient défini plus haut, e l'épaisseur traversée, exprimée en 
centimètres, n le nombre de litres occupés dans le système actuel par i""" 
d'acide chromique (So^'', 2), soitpar i*ide chromate neutre KCrO* = 97^% 2, 
soit par o^'', 5 de bichromate U^Cr^O'' = 73^'', 7. 

» Ainsi, pour le bichromate solide cristallisé, on aurait 

0,0787 , 

» Les valeurs de « mesurées pour les diverses longueurs d'onde avec 
des épaisseurs variables sont sensiblement les mêmes, ce qui constitue 
une vérification fort étendue de la loi de V épaisseur. 

» Voici les principaux résultats : 

)) Acide chromique. — Valeurs moyennes des coefficients de transmis- 
sion : 



>,. 


X. 


548 


0,03 


555 


0,187 


563 


0,84 


569 


0,628 


577 


o,8i3 


585 


, 905 


593 


0,945 



» Le rouge passe à peu près inaltéré : la dilution est sans influence. 
» Bichromates dépotasse ou d'ammoniaque. — Valeurs moyennes : 



y.. 


Sel dissous. 


Sel solide. 


545 


o,oo5 


o,oo5 


548 


o,o3 


0,024 





( 52 ) 




À. 


Sel dissous. 


Sel solide. 


555 


0, i5 


0, 143 


562 


0,352 


o,36 


569 


o,63 


o,63i 


577 


0,82 


» 


585 


0,894 


» 


593 


0,955 


» 



» Au delà de 1 = 545, les coefficients deviennent presque nuls : j"ai 
trouvé avec des liqueurs très étendues que, pour la longueur d'onde 5 18. 
le coefficient est voisin de 0,00001 3. 

» Les résultats ne varient pas par la dilution; ils sont les mêmes pour 
l'état solide que pour les dissolutions. 

)) D'ailleurs, les valeurs trouvées diffèrent très peu de celles relatives à 
l'acide chromique; donc l' absorption exercée par le bichromate de potasse 
dissous ou solide est sensiblement identique à celle que produit l'acide chro- 
mique qu'il contient ('). 

» Chromate neutre de potasse. — L'absorption n'atteint pas les rayons 
verts : 



),. 


,*,,_- ,iii_ 


.,i.x — ,li. 


494 

499 

5o3 


» 
, 06 
0,18 


0,025 
0, 108 

0,207 


5o6 


0, 325 


0,43 


5o8 


0,44 


o,5i 


5ii 


0,61 


0,62 


5i3 
5i8 


0,69 
0,85 


0,69 

0,84 


524 


0,92 


0,93 



» L'absorption exercée par les solutions étendues est un peu plus grande, 
ce qui accuse une très faible dissociation par la dilution, en potasse et bi- 
chromate, qui exerce sur les radiations considérées une extinction intense. 

» Cette dissociation est, d'ailleurs, fort peu avancée, car une très faible 
dose d'acide chromique ajoutée au chromate neutre suffit pour modifier 
notablement son spectre d'absorption. J'ai utilisé cette sensibilité pour 
caractériser les équilibres que les chromâtes alcalins fournissent avec les 
acides. L'Académie me permettra d'en faire l'objet d'une prochaine Com- 
munication. » 

(') Les nombres sont les mêmes pour les bichromates de potasse et crammoniaque. 



(53) 



THERMOCHIMIE. — Sur la chaleur de transformation du sélénium vitreux 
en sélénium métallique. Note de M. Cii. Fabre, présentée par M. Ber- 
thelot. 

)) I. — 1. On sait que le sélénium existe sous plusieurs modifications 
isomériques; les principales sont : i" la modification vitreuse, caractérisée 
par sa densité 4>26, sa couleur noirâtre par reflexion, rouge par transpa- 
rence, sa cassure analogue à celle du verre; 2" la modification meW//y«e, 
d'un gris bleuâtre, de densité 4,77 et d'aspect semblable à celui d'un métal 
cristallin. Le sélénium vitreux se transforme facilement en sélénium métal- 
lique : il suffit pour cela de le chauffer vers 96''-97''. Cette transformation 
est accompagnée d'un dégagement de chaleur considérable, suffisant, d'a- 
près Regnault ('), pour élever la température de ce corps d'au moins 
200°. 

» 2. J'ai tenté de mesurer directement, à l'aide du calorimètre de 
M. Berthelot, la quantité de chaleur dégagée dans cette transformation. 
Il s'agit d'étudier une réaction provoquée à une température supérieure à 
celle du calorimètre par l'introduction d'une quantité de chaleur détermi- 
née; c'est « un des problèmes les plus difficiles à résoudre dans la pratique 
calorimétrique ». Guidé par les méthodes générales de M. Bertlielot (me- 
sures relatives à l'acide hypoazotique, à l'oxyammoniaque, etc.) et par ses 
conseils, j'ai employé, comme source de chaleur, un mélange d'acide sul- 
furique et d'eau, exécuté dans un tube entouré d'une petite enceinte d'air 
et renfermant lui-même un tube central plus petit qui contenait le sélé- 
nium. Le système des vases concentriques plonge sous l'eau du calori- 
mètre, à l'exception d'une faible portion du tube renfermant le sélénium. 
A la fin, on brise le tout, de façon à mélanger avec l'eau du calorimètre. 
L'acide et l'eau développaient une température de 120° environ. 

» 3. J'ai d'abord fait une série d'expériences à blanc avec le même 
acide, de façon à évaluer la c[uantité de chaleur introduite dans le calori- 
mètre. 

» 4. Ces expériences ont été répétées en introduisant dans le petit tube : 
i? du sélénium vitreux; 2° du sélénium précipité de l'acide sélénicux. 

') 1° Sélénium vitreux. — Trois expériences faites sur des poids de sélé- 

(') An/in/es de Chimie et de Physirjue, S' série, t. XLIV. 



( 54 ) 

niuni variant de i^SgGôà 2^', 2o3 ont donné un dégagement de chaleur 
qui correspondait, par équivalent de sélénium (Se = 39,4). à 

2C"',6i 2C^'',86 2C"',9i Moyenne :+ 2'"='', 79 

» 2° Sélénium précipité de l'acide sélénieux. — J'ai répété ces mêmes ex- 
périences en employant le sélénium précipité d'une dissolution d'acide 
sélénieux ; des poids de ie',65 et 2S'', 71 1 ont donné par équivalent 

2C"',79 2'^-^',56 Moyenne: +2*^^', 67 

)> Ce nombre diffère peu de celui que l'on obtient dans la transforma- 
tion du sélénium vitreux. 

■H Dans chacune de ces expériences, je me suis assuré que la transfor- 
mation était complète; je l'ai vérifié en prenant la densité du sélénium 
ti'ansformé. 

» II. — 1. Ces résultats peuvent être vérifiés par une autre méthode. 
Le brome, en présence d'un grand excès d'eau de brome, dissout le sélé- 
nium, quelle que soit la modification sous laquelle il se présente : on ob- 
tient toujours le même état final, mais les dégagements de chaleur obser- 
vés diffèrent suivant la variété de sélénium employé. 

)) 2. Sélénium métallique. — Trois expériences faites en dissolvant dans 
le brome et l'eau de brome, placés dans la fiole calorimétrique, des poids 
de sélénium variant de 3^'', 363 à 4^%6465 de sélénium métallique, ont 
donné par équivalent 

21'=»', 58 2i<^'-'i,62 21'=='', 00 Moyenne: -i-2i^-'\^6 

» 3. Sélénium précipité des séléniures alcalins (par l'action de l'air). — Ce 
sélénium présente la même densité que le sélénium métallique ; il ne 
change pas lorsqu'on le chauffe jusque vers 200°. Il diffère donc du sélé- 
nium précipité de l'acide sélénieux, de môme cpie le soufre précipité de 
l'acide sulfureux diffère du soufre des polysulfures, d'après M. Berthelot. 
J'ai dissous, à l'aide du brome et de l'eau bromée, 4^'>4i75 et 4^"^, 664 de 
ce corps ; j'ai obtenu par équivalent : 

2iC='',6o 2iC='',70 Moyenne: +21^='', 65 

» 4. Séléniums vitreux. — J'ai opéré sur des poids de sélénium a ariant 
de is'',626 à 3s'',6o5; le dégagement de chaleur correspond par équiva- 
lent à 

24'=='', 00 24<=''',78 24'=-'',26 Moyenne : 4- 24'=='', 34 



(55) 

» La différence entre ce dernier nombre et celui que donne le sélénium 
métallique, soit 24'^''',34 — 2i^^',4(i = + 2*^"', 88, représente la quantité 
de chaleur dégagée dans le changement d'état du sélénium. Ce nombre 
ne diffère pas sensiblement de celui qui est fourni par la première mé- 
thode. » 



CHIMIE MINÉRALE. — Action de V acide vanadique sur les sels haloïdes 
alcalins. Note de M. A. Ditte, présentée par M. Debray. 

« J'ai montré, dans une précédente Note, que le fait saillant de l'action 
des hydracides sur l'acide vanadique est une réduction qui donne nais- 
sance à des dérivés de l'oxyde hypovanadiquc VO* ; les sels alcalins de ces 
acides se comportent, eux aussi, comme des réducteurs et donnent encore 
des produits se rattachant à l'oxyde VO'. 

» I. lodure de potassium. — i" Si l'on mélange deux dissolutions chaudes, 
l'une d'acide vanadique rouge, l'autre d'iodure de potassium, le tout se 
prend en une masse qui se liquéfie quand on l'agite ; il se produit une liqueur 
rouge chargée d'iode avec un précipité vert, cristallin et chatoyant; ce der- 
nier, bien débarrassé d'iodure alcalin par des lavages à l'eau froide, puis 
séché dans le vide, présente la composition d'un hypovanadate de potasse 
2V0\ KO, HO. 

» La liqueur, chargée d'iode et contenant un excès d'iodure de potas- 
sium, ne change pas d'aspect quand on la fait bouillir; après forte concen- 
tration, elle donne par refroidissement des petits cristaux jaune clair d'un 
vanadate de potasse VO', 2RO; l'iodure de potassium est donc oxydé en 
même temps que l'acide vanadique est réduit, et la réaction peut être repré- 
sentée par la formule 

5VO' -t- 4KI = 2[2Y0\ KO] + V0^2KO + 4L 

» Si, au lieu d'opérer en présence de l'eau, on fond ensemble, dans un 
creuset de porcelaine couvert pour éviter l'accès de l'oxygène de l'air, un 
mélange d'acide vanadique avec un excès d'iodure de potassium, on observe 
un dégagement abondant d'iode; la masse refroidie est noire et brdlante ; 
traitée par l'eau tiède, elle donne une liqueur jaune rouge et dépose une 
matière vert foncé, cristallisée, qui, débarrassée par des lavages de toute 
trace d'iodure alcalin, fournit à l'analyse des nombres qui conduisent à lui 
assigner la formule d'un hypovanadate de potasse anhydre 2VO*, KO; quant 



( 56 ) 
à la liqueur rouge, elle dépose, quanti on la concentre, des cristaux de vana- 
date de potasse VO'KO, 6H0. La réaction de l'iodurc de potassium au 
rouée sur l'acide vaiiaditfuc est donc toute semblable à celle qui s'accomplit 
en présence de l'eau. On a 

3V0^ + 2lK = 2V0\ KO + VO»KO + 2I. 

» II. Bromure de potassium. — 1° En versant une solution de ce bromure 
dans une dissolution chaude d'acide vanadique rouge, ce dernier se préci- 
pite en flocons rouges qui deviennent verdàtres quand on fait bouillir la 
liqueur; celle-ci fdtrée passe incolore et ne renferme que des traces de va- 
nadium. Ce précipité est de l'acide vanadique dont la couleur est due à une 
altération très légère et très superficielle; l'acide soluble a été précipité 
par le sel alcalin et ramené à la seconde variété peu soluble, mais il n'a subi 
aucune réduction; c'est qu'en effet le bromure de potassium est bien plus 
stable quel'iodure, la formation de ce dernier, dissous, ne dégageant à 
partir des éléments que So^""', tandis que la formation des bromures de po- 
tassium dans les mêmes conditions en dégage qS. 

)) 2" Il n'en est plus de même à température élevée; on observe un dé- 
gagement de vapeurs de brome quand on fond un mélange de bromure de 
potassium et d'acide vanadique dans un creuset fermé, et la matière 
refroidie a diminué de poids; on en retire, en la traitant par l'eau, une 
solution jaune et un résidu insoluble; la liqueur jaune évaporée donne 
quelques cristaux de vauadate VO%KO; quant au résidu il renferme de 
l'acide vanadique inaltéré. On enlève cet acide par des lavages à l'ammo- 
niaque, et il reste alors des paillettes brillantes, vert foncé, de l'hypova- 
nadate 

2VO\KO. 

» A chaud la réaction du bromure de potassium sur l'acide vanadique 
est donc toute semblable à celle de l'iodure de potassium 

3V0= -t- aKBr = 2V0\ KO + VO'KO + 2Br; 

mais elle est beaucoup plus leute, la chaleur de formation de i"' de bro- 
mure de potassium anhydre étant de iS*^^' supérieure à celle qui se dégage 
au moment de la formation de l'iodure. 

» III. Chlorure de potassium. — Une solution rouge et chaude d'acide 
vanadique précipite eu flocons rouges ocreux, quand on lui mélange une 
solution saturée de chlorure de potassium; ces flocons ne changent pas 



(57 ) 
d'aspect si l'on élève à ioo° la température du licpiide; ils sont constitués 
par de l'acide vanadique ramené à sa forme peu soluble dans l'eau, mais 
demeuré inattaque ; la liqueur filtrée ne renferme d'ailleurs pas de vana- 
dium. 

3° Le chlorure de potassium fondu avec de l'acide vanadique dans un 
creuset fermé ne l'attaque qu'avec une lenteur extrême; la majeure partie 
de l'acide reste inaltérée, et cependant on observe la production d'une 
faible quantité de l'hypovanadate 2VO'', KO, tandis que la masse refroidie, 
dissoute dans l'eau et filtrée, retient un peu de vanadate alcalin. On se 
rend compte du phénomène en remarcjuant que la chaleur de formation 
du chlorure est encore notablement supérieure à celle du bromure de po- 
tassium; il n'est donc pas surprenant de voir les trois sels fondus donner 
lieu à la même réaction, mais celle-ci, très rapide avec l'iodure, l'est bien 
moins avec le bromure; elle devient excessivement lente avec le chlorure 
de potassium. 

» IV. Cyanure de potassium. — La chaleur de formation de ce sel est, 
que l'on considère les corps solides ou dissous, très inférieure à celle de 
l'iodure de potassium; il doit donc réduire l'acide vanadique plus aisément 
que ne le fait cet iodurc, et c'est en effet ce que l'expérience établit. 

» i'^ Quand on ajoute peu à peu de l'acide soluble à une solution bouil- 
lante de cyanure de potassium pur, on le voit se dissoudre en donnant 
d'abord une liqueur incolore et il se dégage en même temps un mélange 
d'azote et d'acide carbonique; si l'on continue les additions d'acide vana- 
dique jusqu'à ce qu'il soit en excès, c'est-à-dire que tout le cyanure soit 
détruit, on a par filtration une liqueur rouge qui donne, après concentra- 
tion, des cristaux rouges du vanadate ¥0^1x0,3110, et il reste sur le 
filtre une matièie verdàtre renfermant de l'acide inattaqué. Cette matière 
bouillie avec un excès de cyanure s'y dissout en formant une solution vert 
foncé qui, lorsqu'on l'évaporé dans le vide, dépose d'abord des cristaux 
de cyanure de potassium colorés en vert par l'eau mère, puis ensuite de 
l'hypovanadate de potasse. 

» Ainsi, quand l'acide vanadique est en excès, le cyanure est totale- 
ment détruit et l'acide ramené à l'état d'acide hypovanadique qui reste 
mélangé à l'excès d'acide vanadique : 

6V0= + KG- Az = 5V0' + VO', KO + 2CO- + Az. 

Mais, si c'est le cyanure alcalin qui domine, tout l'acide est réduit, cl une 

G. U., 1S86, 2' Semestre. (T. Cill, N'" !.) ^ 



( 58 ) 
partie du cyanure demeure inaltérée : 

5V0^ + RC^4z = 3 VO^ + 2\0\ KO + C'O' + Az; 

la réduction est même plus profonde et donne toujours lieu à la formation 
d'une certaine quantité de l'oxyde VO'. 

» 2° Ce dernier oxyde prend seul naissance quand on fond de l'acide 
vanadique avec un excès de cyanure de potassium; la masse fondue re- 
prise par l'eau froide laisse une substance cristalline, vert foncé, immédia- 
tement attaquée à froid par l'acide azotique, et qui n'est autre que l'oxyde 
vanadeux VO' ; on a 

5V0^ + 2RC^4z = 4C0- + 5 VO' + 2KO -f- Az. 

» IV- Les sels haloïdes de soude et d'ammoniaque donnent lieu à des 
réactions toutes semblables, mais il n'en est pas de même des fluorures, 
dont l'étude sera l'objet d'une nouvelle Communication. » 



CHIMIE. — Sur lesjluoriires des métalloïdes. Extrait d'une Lettre de M. Guntz 

à M. Berthelot. 

« M. Gïmtz a été conduit par des considérations thermochimiques, ba- 
sées sur ses expériences précédentes, à penser que le fluorure de plomb 
doit être décomposé par tous les chlorures de métalloïdes. Pour vérifier 
cette hypothèse, il a fait agir sur le fluorure de plomb les chlorures de mé- 
talloïdes, tels que le chlorure de carbone, le sous-chlorure de soufre, le tri- 
chlorure et l'oxychlorure de phosphore; chaque fois, il a obtenu du chlo- 
rure de plomb et un composé fluoré. Dans le cas de PhCP et PhCl'O^ les 
gaz obtenus possèdent les propriétés signalées par M. Moissan. Avec l'oxy- 
chlorure de phosphore, la réaction est si régulière qu'elle donne un pro- 
cédé très commode pour préparer l'oxyfluorure de phosphore. M. Gùntz 
exposera prochainement l'étude des nouveaux composés obtenus par cette 
méthode, laquelle paraît devoir s'étendre aux chlorures de cyanogène, de 
carbonyle, de sulfuryle, etc. « 



( 10 ) 



CHIMIE. — Sur riiydrate de baryte BaO, IPO^. Note de M. de Forcraxd, 

présentée par M. Berthelot. 

(c En dissolvant de la baryte anhydre dans l'alcool méthylique et éva- 
porant la liqueur saturée, j'ai isolé précédemment deux combinaisons cris- 
tallisées, l'une, 2C^n''0-, 3BaO, par évaporation à chaud (à i3j° dans un 
courant d'hydrogène sec), l'autre, C-H^O", BaO, IPO^ par évaporation 
à froid. 

» I. Il était naturel de penser cjue le composé C-H^O^, BaO, H^O^ se 
transformerait en a C- 11*0^, 3BaO, si on le chauffait à 135° dans un cou- 
rant d'hydrogène sec, suivant l'équation 

3(C^^IM:)^ BaO, H=0=) = 2C-IP0S 3BaO + CMrO^+ ?>W 0\ 

» Cependant l'expérience montre que les cristaux chauffés dans ces 
conditions perdent 3i,85 pour loo de leur ])oids, ce qui correspond à 
cm' 0' + HO pour la formule CnVQ-, BaO, 11-0= (calculé 32, 4i pour 
loo). Le liquide, recueilli lorsque la substance ne change plus de poids, a 
la composition C= H* O- + HO ; enfin, l'analyse du résidu solide a donné: 

Trouvé. Calcule 

I. II. BalIO'. 

BaO S.5,68 >> 89,47 

C " ï j 70 o , 00 

H » 1,55 1,17 

C'est de l'hydrate de baryte normal BaHO" retenant encore 3 à 4 pour 100 
d'alcool méthylique. 

» L'équation de la réaction est donc 

C^H'OSBaO, H-O-'^ BaHO=+ (C=H*0= + HO). 

» IL Si, au lieu de chauffer cette combinaison, on l'expose à l'action du 
vide, à froid, pendant quelques heures, jusqu'à poids constant, on trouve 
cjue la perte de poids est de 25, 10 pour 100, ce qui correspond à C=H*0 
pour la formule CMI'O', BaO, 11-0= (calculé 26,29 pour 100). La 
poudre blanclie ainsi obtenue a à peu près la composition d'un hydrate de 
baryte BaO, H-0"-. 



2 



Trouvi'. Calculé 

I. H. BaO, 11=0'. 

BaO 79.99 » ^°'95 

C » O)00 0,00 

H » 2,l6 2,12 

)) L'analyse correspond à BaO, H-O" + tïïHO- 
)i L'équation de la réaction est donc 

C=n'0% P.aO, 11=0= = BaO, IFO= H- C=H"0=. 

» L'existence de cet hydrate BaO,H=0= a déjà, été signalée par plu- 
sieurs auteurs, en dernier lieu par M. Lescœur dans son Mémoire Sur la 
tension de dissociation des hydrates de baryte ( ' ). 

» IIL Sa chaleur de formation est très faible, ce qui permet de com- 
prendre qu'on ne peut le préparer directement. En effet, sa chaleur de 
dissolution est de -l- 4'^'',34 à + 12"; d'où l'on déduit 

Cal 

BaOsol. +H20Miq. — BaO,IPO^sol 4- 9,66 

BaOsol. +H^O^sol. = BaO,tPO^sol -t-8,23 

BaHO^sol. -f-HOHq. =BaO,H202sol -t- 0,76 

BaHO°-sol. -;-HOsol. =BaO, IPO^sol 4- o,o4 

» IV. Ce même hydrate BaO, TPO=, dissous dans un excès d'alcool mé- 
thylique, à +10", a dégagé -h io^^',43, ce qui donne, pour la réaction 

(n+ i)C=H*OMiq. 4-BaOsol.4-H=OMiq. 

= G^'H^OS BaO, H=0= dissous dans 7iC=H"0'' liq., 

le nombre +20^^', 09, très voisin de +20^''', 39, obtenu précédemment 
par une méthode différente. 

» V. Ces faits nous expliquent assez complètement la formation des 
quatre composés 

C=H'0%Ba0,IP0=; 2C=H''0% 3BaO; BaO, IPO=; BaHO=. 

Le premier, à l'état solide, se dissocie lentement à la température ordi- 
naire, en abandonnant de l'alcool métliylique; aussi l'action du vide suf- 
fit-elle pour le décomposer complètement suivant l'équation 

C= 11^0% BaO, 1P0= = BaO, fPO=-t-C=H^O=. 



(') Comptes re>ir/ii^. t. XCVI. p. 10-8 (i8S3). 



( G; ) 
Cette décomposition est possiijie, bien que la chaleur do formation de 
C-frO=, BaO, rPO=( + io<^"',4i) soit supérieure à celle de l'hydrate 
BaO, H-0'(-l- 9^^',66), parce que les vapeurs d'alcool métbylique sont 
entraînées par l'action de la trompe à vide et se reforment sans cesse jus- 
qu'à décomposition complète. Le résidu est un hydrate BaO, H'O-; d est 
stable à froid, car, d'après M. Lescœur, sa tension de dissociation est 
nulle à la température ordinaire. 

» Si, au contraire, on chauffe (à i^j"), l'hydrate BaO, H-O'- commence 
à se former; mais sa tension de dissociation, qui est déjà de 4 J'°'" à 100°, 
est assez grande à i35" pour que la moitié de l'eau qu'il contient se sépare 
et soit entraînée par l'hvdrooène. Le résidu est donc l'hydrate BalIO" dont 
la tension de dissociation est nulle à i35°. Ces phénomènes sont conformes 
aux lois générales bien connues ; mais on doit aussi se demander pourquoi 
la dissolution méthybque de C^H'O-, BaO, IPO-, qui laisse déposer cette 
combinaison à froid, se décompose à chaud en donnant 

nC='H*OMiq.4-3(C2H''0\ BaO, H'O") dissous 

= 2C-H''0=, SBaOsol. + (n-f-i)C-H''0-liq. -+-3H2 0=liq. 



et non pas 



nC-H'OMiq. H-C'H'0=, BaO, TPOMissous 

=-- BaHO^* sol. -+- (n + i)C- H"0^ liq. + HO liq.. 



comme il arrive pour le composé solide. 

)) Pour se rendre compte de cette différence, il faut se rappeler que la 
dissolution méthylique de baryte, saturée à froid, laisse déposer des cris- 
taux lorsqu'on l'échauffé (la dissolution éthylique d'éthylate du baryte se 
comporte de même, et le phénomène est dû, dans les deux cas, à la disso- 
ciation au sein du liquide des combinaisons polyalcooliques). Aussi, lors- 
qu'on chauffe la dissolution, on a un corps insoluble précipité dans un 
excès d'alcool méthylique; les conditions de la dissociation sont alors mo- 
difiées. Ainsi la tension de vapeur de l'alcool méthylique contenu dans la 
combinaison devient négligeable, et celle de l'eau prend plus d'impor- 
tance. Il convient aussi de tenir compte de l'action de l'eau sur l'alcool 
méthylique, les deux corps se combinant avec dégagement de chaleur. Ces 
diverses circonstances, qu'il est difficile de préciser davantage, expliquent 
la possibilité de ces deux réactions, qui paraissent tout d'abord contradic- 
toires. » 



( 62) 



CHIMIE ORGANIQUE. — Contribution à l'étude des alcaloïdes. Note 
de M. OEciisxER de Comnck, présentée par M. Berlhelot. 

H On prépare l'iodométhylate de quinoléine synthétique C° H' Az, CH^I 
et l'iodométhylate de pyridine C^H'Az, CH^I, et l'on mélange ces deux 
composés purs et cristallisés, en proportions équimoléculaires. On dissout 
ce mélange dans l'alcool absolu chaud, et l'on ajoute un excès de potasse 
(lessive à 45"); la liqueur passe du rouge vif au rouge brun. On chauffe 
au bain-marie pendant une heure : il se forme une résine brunâtre; on 
décante la liqueur dans un autre ballon, on l'additionne d'un peu dépo- 
tasse, puis on chauffe pendant une nouvelle heure. 

» La résine est mise à égoutter; on la reprend séparément par les al- 
cools méthylique, éthylique, amylique et par l'éther : les solutions ainsi 
obtenues sont toutes d'un rouge brun par réflexion, d'un beau rouge-rubis 
par transparence. 

)) Le lendemain, dans le second ballon, on trouve une masse visqueuse 
qu'on épuise par l'alcool absolu chaud; on filtre sur papier fin ('). La li- 
queur filtrée est rouge-grenat; elle présente les réactions suivantes : 

» L'addition d'un excès d'eau, ou de quelques gouttes de H Cl, ne l'al- 
tère pas; quelquefois la teinte vire au brun clair, mais elle n'est nullement 
avivée. L'action de l'acide acétique est la même. Les alcalis, AzH' notam- 
ment, font virer au rouge sale; en grand excès, ils décolorent souvent, 
surtout lorsqu'on opère sur la liqueur étendue d'eau. 

» H Cl donne un abondant précipité dans la liqueur concentrée. 

M Ces réactions différencient nettement les couleurs que j'ai décrites dans 
ma dernière Note, et celles que je décris aujourd'hui. J'ai préparé, d'après 
la même méthode, les couleurs dérivées des mélanges suivants qui sont 
isomériques : 

C»H'Az, CH'I + C^H^Az, C^H^I et CH'Az, C=H'I + C^H^Az, CH'L 

» Ces couleurs présentent des teintes qui varient non seulement avec la 



(') Quelques cristaux res.tenl clans la fiole; ils sont conslilués jaar une petite quan- 
tité d'iodomélliylates non attaqués, et par une cjanine différente de celles obtenues 
jusqu'à ce jour. Le rendement, très faible, ne m'a permis d'étudier que quelques-unes 
des propriétés de cette cyanine. 



(63 ) 

nalure du radical alcoolique combiné, mais avec la place que ce radical 
occupe dans la combinaison ; je me suis assuré, en outre, qu'elles se com- 
portent toutes d'une manière identique vis-à-^ is des acides eL des alcalis. 

» J'ai appliqué la même réaction aux dipyridines : 

» lodométhylale de dipyridine. — Ce composé est dissous dans l'alcool 
absolu chaud; on ajoute aussitôt quelques gouttes de potasse (à 45°). Co- 
loration bleu foncé virant rapidement au vert sale; l'addition d'eau fait 
virer au vert nickel. La solution alcoolique froide présente les réactions 
suivantes : la potasse donne une coloration bleu verdâtre persistante; un 
léger excès d'eau fait virer au vert foncé; si l'on additionne de HCl, la 
belle coloration verte disparaît instantanément; si l'on additionne de AzH' 
en excès, la liqueur devient jaune. 

» lodométhylate de x-dipicoline. ~ En présence de la potasse, la solution 
alcoolique chaude prend une coloration bleu verdâtre, que HCl fait dispa- 
raître; avec la soude, même effet. La solution alcoolique est-elle froide, 
les réactions sont moins nettes. 

» lodométhylale de '^j-dipicoline . — Réactions semblables ; mais je dois faire 
remarquer que je n'avais pu séparer entièrement la modification p de la 
modification a. 

)) lodométhylate de 'p-ddutidine. — Ce composé est dissous à chaud dans 
CH^OH; la potasse fait virer au brun verdâtre; l'addition de HCl produit 
un trouble marqué, puis un précipité brun. La liqueur est alors sensible- 
ment décolorée. 

» lodométhylate de ^(-dUutidine. — La solution dans CH' OU chaud pré- 
sente des réactions presque identiques. 

» La sensibilité des réactions colorées ici décrites est remarquable; je 
compte indiquer bientôt les services que ces réactions, faciles à reproduire, 
m'ont rendus dans l'étude si complexe de la polymérisation des alcaloïdes 
pyridiques et quinoléiques. 

)> Il me reste à montrer, pour ne pas m'écarter de mon sujet, que les 
combinaisons avec les iodures forméniques d'une foule de bases organi- 
ques se comportent différemment en présence des alcalis. Ce sera l'objet 
d'une prochaine Note. » 



( (3.i ) 



CHIMIE ORGANIQUE. — homélie des camphols et des camphres. 
Note (le M. Alb. Halleh, présentée par ftl. Bertlielot. 

« Les camphols, à peu d'exceptions près, ont été, jusqu'à présent, 
considérés comme identiques au point de vue chimique, et les différences 
qu'on trouvait entre eux jjortaient uniquement sur la valeur du pouvoir 
rotatoire et le sens de la déviation des camphols, de leurs dérivés et des 
acides camphortques correspondants. 

» Dans le cours de mes recherches sur les dérivés qui se rattachent à ces 
composés, j'ai été amené à observer certaines particularités qui m'ont 
déterminé à vérifier cette identité chimic[ue. 

» Cette étude portera sur un camphol appelé camphre de N'gaipar les 
Chinois, sur un autre retiré sans doute de la même plante et qui nous est 
arrivé de Hanoï sous le nom de Bang phién, sur ceux de valériane, de 
garance, de barros ou de bornéo, de succin et sur les différentes variétés 
de camphols obtenues par l'hydrogénation des camphres droit et gauche. 

» Pour arriver au but proposé, on a d'abord comparé entre eux les 
points de fusion et les pouvoirs rotatoires de ces camphols. On a fait les 
mêmes déterminations avec un certain nombre de dérivés de ces corps, 
dérivés parmi lesquels on a choisi le camphre, le camphre monobromé 
et l'acide camphorique. 

» Le camphre correspondant au camphol à étudier a été obtenu par 
oxydation de ce dernier au moyen de l'acide azotique. Le produit séché 
entre des doubles de papier fut sublimé avec de la chaux vive. Pour 
prendre le pouvoir rotatoire on a employé l'alcool comme dissolvant. 

)) Le camphre monobromé a été préparé en chauffant dans des tubes 
scellés 5^'' de camphre avec la quantité théorique de brome, lavant le 
produit de la réaction et faisant cristalliser. On a pris le pouvoir rotatoire 
de ce dérivé en solution dans le toluène. 

» Enfui l'acide camphorique a été obtenu en chauffant au bain-marie, 
pendant cinquante heures, i partie de camphre avec i5 parties d'acide 
azotique de densité 1,27 (VVredcn). Les cristaux obtenus par refroi- 
dissement furent purifiés par cristallisation dans l'eau. On emploie des 
solutions alcooliques fraîchement préparées pour déterminer le pouvoir 
rotatoire moléculaire de l'acide. 

» Tous les points de fusion ont été pris avec le même thermomètre, 



( 65 ) 

vérifié .111 préalable avec le thermomètre à air, et l'on a fait !a rtirrection 
des températures. 

» Quant aux pouvoirs rotatoires, les mesures ont été effectuées à la même 
température de i 5°-i6''et sur des solutions renfermant i""' de la substance 
par litre de liquide (Rachler). 

» Camphol appelé « camphre de N'gai » par les Chinois. — Ce camphol, 
signalé pour la première fois par Rondot (' ), puis par D. Hanburv ('- ), qui 
montra que la plante qui le {oiwnit est le Bliimea balsami/era D. (1., a été 
caractérisé par M. Sidney Plowmann (') et par M. Fluckiger (^). 

» Le produit qui a servi à nos études nous vient de Schangaï. Il était 
renfermé dans une boîte en fer-blanc, de la contenance de 2'" environ, et 
se présentait sous la forme de grains blancs, de la grosseur d'une fève et 
à odeur très agréable. 

» Dans le milieu de la masse se trouvaient deux autres petites boîtes en 
métal, contenant l'une un camphol en grains plus petits et souillés, et 
l'autre une masse cristalline, verdàtre, fortement imprégnée dessence. 
Ces deux derniers échantillons étaient constitués par le même camphol, 
mais à un degré de pureté moins complet. 

)) Les gros grains, cjui formaient la majeure partie de la provision (700^"" 
environ) fondent à 2o4°, 7 (Plo\\mann, 204°) et ont en solution dans le 
toluène un pouvoir rotatoire moléculaire (a)„= — 32,3o. 

» Le point de fusion et le pouvoir rotatoire augmentent si l'on fait cris- 
talliser le camphol dans l'éther de pétrole ('). 

» Nous indiquons dans le Tableau ci-joint le point de fusion et le poinoir 
rotatoire, ainsi que ceux des dérivés étudiés, et nous mettons en regard 
les constantes physiques des dérivés analogues du camphre de matricaire. 

Points l'oints 

de rusion. PoUTOir-; rntatoires. do fiision. Pouvoirs roratoîres. 
o o 

Camphol N'gai ''og (*)d=^'^7»77 

Camphre correspondant. . . 177.5 (a)[, = — !i^,io Camphre de matricaire.... 17.') fa)[) = — 4'j66 

Camphre monobromé 75,1 (a)i) — — 127,60 Camphre monobronié 7."),i (a)], = — 127,74 

Ac. camphorique ( «) i85,o (oî)d = ■ — 38, S3 ,\c. camphorique iS(i, i (i)p=— 46.33 



(*) Étude pratique du commerce de la Chine, p. 34-38; Paris, i848. 

(^) Science papers, p. 187 et SgS. 

(') Tlie pharmaceutical Journal, p. 710; 1874. 

(•) Ibid.,f. 89.9; 1874. 

(■') M. Wallach {Ann. de Liehig. t. CCXXX, p. 225) a constaté de son côté que le 
camphol droit ordinaire, cristallisé dans l'éther de pétrole, fond à 2o6''-'.<07°. 

(") Cet acide a été préparé avec le camphol de N'gai non cristallisé (ot)i,^: — 82, 3o. 

G. R., 1886, V Semestre. (T. CHl, N" {.) 9 



( <>fi ) 

» La concordance qui existe entre ces données nous permet de conclure 
qu'il y a identité entre le camphre de matricaire et le camphre préparé 
avec le camphol de N'gai. 

» Camphol parvenu sous le nom de Bang phiên. — Ce produit nous est 
arrivé de Hanoi, par l'entremise de notre ami M. Heckel, de Marseille. Il 
était contenu dans une bouteille et était accompagné d'un échantillon de 
la plante qui l'avait fourni. Celle-ci a été déterminée par Heckel, qui lui a 
trouvé les caractères du Blumea halsamifera. 

» Ce camphol s'est présenté sous la forme d'une masse cristalline, im- 
prégnée d'une essence verdàtre. H avait une odeur analogue à celle que 
possède le camphol de N'gai, mais beaucoup plus prononcée. 

» On l'a exprimé entre des doubles de papier et sublimé avec de la 
chaux. Le pouvoir rotatoire du produit ainsi traité est égal à («)b = — 38,4- 

» Ce produit sublimé renfermait encore de l'essence. Pour l'en débar- 
rasser, on l'a purifié par cristallisation dans l'éther de pétrole. 

» Les points de fusion et pouvoir rotatoire du camphol cristallisé et de 
ses dérivés : camphre, camphre monobromé et acide camphorique, ont les 
valeurs suivantes : 

Points 
fie fusion. Pouvoirs rotatoires. 

o 

Camphol 208,9 {a)t)^= — 38,2o3 

Camplire 178,6 (a)[)= — 42,76 

Camphre monobromé. . . 76,1 (a)^-" — 127,70 

Acide camphorique ... . 186,2 (»)[,=:; — 46,33 

» Ces données se rapprochent assez de celles concernant le camphol de 
N'gai et le camphre de matricaire pour que nous puissions conclure à l'iden- 
tité des produits comparés. Il convient, cependant, d'observer qu'il y a une 
différence entre le pouvoir rotatoire du N'gai non cristallisé et du Bang 
phiên. Cette différence est sans doute due à la présence d'un peu de cam- 
phol gauche ou inactif dans le camphol de N'gai. » 



CHIMIE ORGANIQUE. — Becherrhes sur la composition chimique du sumt 
du mouton. Note de M. A. Buisine. 

« La composition chimique du suint a été l'objet de nombreux travaux, 
parmi lesquels il faut surtout citer ceux de deux éminents chimistes, Vau- 
quelin et M. Chevreul. 



(«7 ) 

» Le suint est un produit extrêmement complexe, composé de tous les 
principes de la sécrétion cutanée du mouton qui se sont accumulés dans la 
toison. Cependant, il est formé de deux parties bien distinctes ; c'est, du 
reste, le résultat de deux sécrétions, la sécrétion sudorique et la sécrétion 
sébacée, très abondante chez le mouton. 

» Les produits de la sécrétion sudorique sont solubles dans l'eau et on 
les sépare facilement de la laine brute par un lavage à l'eau. Au contraire, 
la matière grasse, élaborée par les glandes sébacées, est insoluble et n'est 
enlevée que par un traitement spécial. 

« Cette séparation se fait en grand dans le lavage industriel de la laine, 
qui comprend deux opérations : d'abord un lavage à l'eau j)ure qui enlève 
tout le suint soluble et ensuite un lavage à l'eau chargée de savon qui dé- 
barrasse la laine de la matière grasse. 

» Ce travail donne donc naissance à deux sortes de produits : d'une 
part, des eaux de suint renfermant en dissolution tous les produits de la 
sécrétion sudorique; d'autre part, des eaux savonneuses contenant, sous 
forme d'émulsion, une graisse d'une nature toute spéciale, dite graisse du 
suint ou suintine. 

)> Nous avons repris l'étude de ces produits, et nous donnons aujour- 
d'hui les premiers résultats de nos recherches sur les eaux de suint, celles 
obtenues dans le traitement de la laine brute par l'eau pure. 

» Ces liquides renferment en dissolution de nombreux principes orga- 
niques combinés à la potasse. On sait, en effet, que cette base est très 
abondante dans le produit et n'est accompagnée que d'une petite quantité 
de soude. C'est surtout sur la nature des principes organiques contenus 
dans ces eaux qu'ont porté nos recherches. 

» Sans entrer dans le détail de notre travail, nous donnons ci-après la 
liste des corps que nous sommes parvenu à en isoler et que nous avons pu 
nettement caractériser. Disons seulement que, pour arriver à ce résultat, 
nous avons opéré sur des quantités très importantes de produit, ce qui nous 
a permis d'isoler certains principes qui n'existent qu'en très faible quantité 
dans cette sécrétion. 

» Le liquide sudorique du mouton renferme en dissolution : 

» De l'acide carbonique libre; du carbonate d'ammoniaque (provenant 
de la décomposition de l'urée excrétée); du carbonate de potasse (qui 
prend naissance aux dépens de certains principes de la sécrétion à la suite 
d'une fermentation particulière qui se déclare dans ces liquides); 

» Des acides gras volatils : acide acétique, acide propionique, acide 



( 68 ) 

butyrique, acide valérianique, acide caproïque; des acides gras plus élevés 
dans la série, parmi lesquels nous avons nettement caractérisé l'acide 
œnanthylique et l'acide caprique; de l'acide oléique, de l'acide stéarique 
et aussi des acides cireux, parmi lesquels l'acide cérotique. Ces acides 
existent dans les eaux de suint à l'état de savons de potasse qui ont pris 
naissance sur la toison ou pendant le lavage par l'action du carbonate de 
potasse sur les acides gras de la sécrétion sébacée; 

» De la graisse du suint entraînée sous forme d'émulsion; 

» Du phénol sous forme de phénylsulfate de potasse; 

>' De l'acide sarcolactique; 

)) De l'acide benzoïque dû au dédoublement de l'acide hippurique); 

» De l'acide oxalique ; 

» De l'acide succinique; 

« De l'acide urique; 

» Des acides amidés : glycocoUe, leucine, tyrosine; 

» Des matières colorantes analogues à celles de l'urine. 

Il En résumé, le liquide sudorique du mouton renferme les principes que 
l'on rencontre normalement dans l'urine des herbivores ou, du moins, leurs 
produits de décomposition. On v trouve en outre, à l'état de combinaison 
avec la potasse, de nombreux acides gras; presque tous les acides gras y 
sont représentés, depuis les premiers jusqu'aux acides cireux. 

» Notre analyse a été quantitative autant que la chose était possible sur 
un tel mélange, et les principes que cette portion du suint renferme en 
plus grande quantité sont, par ordre d'importance : l'acide acétique, l'acide 
propionique, l'acide benzoïque, l'acide lactique, l'acide caprique, etc. 

)) Les eaux de suint en renferment des quantités telles qu'elles peuvent 
devenir une source importante et facile à exploiter de ces divers produits. 

» Le suint d'une laine d'Australie nous a fourni pour loo de résidu sec : 
7,1 parties d'acide acétique, 4 parties d'acide propionique, 2,6 parties 
d'acide benzoïque, 2,5 parties d'acide lactique, i partie d'acide caprique. 

» Le suint est, en outre, un produit que l'industrie du lavage de la laine 
fournit en quantité considérable et dont jusqu'à présent on n'a tiré parti 
que comme source de potasse, en détruisant par calcination toute la ma- 
tière organique ('). » 



C) Ce travail a été l'ail au laboratoire de Chimie générale de la Faculté des Sciences 
i; Lïlk. 



(^9) 



CHIMIE ANALYTIQUE. — Dosage acidimétrique de l'acide sulfureux. 
Note de M. Cii. Blarez, présentée par M. Berthelot. 

<( 1. L'acide sulfureux, comme on le sait, est bibasique; par son action 
sur les réactifs colorés, il peut être considéré comme étant une fois acide 
très fort et une fois acide moyennement fort. Les phénomènes de colo- 
ration observés pendant sa neutralisation partielle ou complète, en pré- 
sence d'un certain nombre de matières colorantes, permettent d'en effec- 
tuer le dosage, comme il va être expliqué dans cette Note. 

» 2. Façon dont se comporte l'acide sulfureux lorsque l'on neutralise ses 
solutions diluées par un alcali en présence de certains réactifs indicateurs. — 
Nous avons pris un même volume d'une solution récente et diluée d'acide 
sulfureux, nous y avons ajouté successivement l'un des réactifs indicateurs 
suivants : cochenille, hélianthine, sulfofuchsine, tournesol, phénolphta- 
léine et bleu C4B. Poirrier. Nous avons après cela versé dans la liqueur 
une solution alcaline étendue d'eau (soude, chaux, baryte, ammoniaque) 
jusqu'au virage. 

» Nous avons consigné dans le Tableau suivant quelques résultats ob- 
tenus avec deux solutions différentes d'acide sulfureux, que nous dési- 
gnons par les lettres A et B. Les résultats sont représentés par le nombre 
de divisions de la burette, de la liqueur alcaline utilisée. 

Avec Avec Avec Avec 

RéiicLif la soude. la chaux. la baryte. l'ammoniaque. 

employé. A. B. A. 11. A. B. A. B. 

Cochenille ioo,5 ii8 ig6 240 vir. peu nel 32,5 127 

Hélianthine 99i75 "^ '9^ ^^^ "l- 32,5 127 

Sulfofuchsine 102 120 196,5 242 iii » 35 129 

Tournesol vir. progressif » » » » « » 

Plitaléine de phénol. . 199, 35 236 Sgo 482 201 » 65 268 

Bleu C4B. Poirrier. . se décolore » » » » « » 

» De l'inspection de ce Tableau, il parait résulter ce qui suit : 
» i" L'acide sulfureux ne se comporte pas de la même façon vis-à-vis des 
réactifs indicateurs alcalimétriques. Il paraît posséder une basicité deux 
fois plus forte vis-à-vis de la phtaléine du phénol que vis-à-vis des réactifs 
cochenille, hélianthine et sulfofuchsine. 

» 2" La sulfofuchsine n'indique la neutralisation partielle de l'acide sul- 



( 7o) 
fureux que lorsque la neutralisation de la première moitié est légèrement 
dépassée. Le tournesol, le bleu C4B, ainsi que l'eau de baryte ou l'ammo- 
niaque, ne donnent pas de résultats nets. Ces substances ne sont pas utili- 
sables. 

» 3. Détermination acidimétrique de V acidité apparente, et dosage acidi- 
mélrique de l'acide sulfureux. — Chaque centimètre cube de liqueur déci- 
normale alcaline équivaut à o^^ooSs de SO-, si l'on opère en présence de 
phénolphtaléine; ou à o8'^,oo64 de SO", si l'on opère en présence de coche- 
nille ou d'hélianthine. 

» Voici les résultats de trois séries de dosages directs effectués sur trois 
solutions différentes : 

Quantité d'acide suIl'urcuK en poids par litre. 

I. II. III. 

gr gr gr 

Titrage par l'iode 3,84o 9)884 4!000 

, ,. , . / de phénolphtaléine . . 3,776 Q,824 4) 000 

Titrage alcahmelrique , \ / ... '^^ 00 V 

" ^ { de la cochenille 3,792 9) 7"° 4) 000 

en présence / 1 i-i ■!• »i • 1 - '> / 

^ \ de llieliantliine ^i793 9^7^1 4>ooo 

» Il est permis de conclure que le dosage acidimétrique de l'acide sul- 
fureux est suffisamment exact pour qu'on puisse l'utiliser toutes les fois 
qu'il est possible. 

» 4. Dosage acidimétrique de l'acide sulfureux libre en présence d'autres 
acides libres. — Ce dosage n'est possible qu'en présence d'un acide mono 
ou polybasique assez fort pour que sa basicité absolue soit décelable par la 
cochenille ou par l'hélianthine. Dans ce cas on fait deux dosages successifs, 
l'un avec la cochenille ou l'hélianthine, l'autre avec le phénolphtaléine. La 
différence exprimée en centimètres cubes d'alcali décinormal, multiplié 
par 0,0064, représente le poids d'acide sulfureux anhydre contenu dans 
le volume de la solution sur laquelle on a opéré. Ce mode opératoire a été 
déjà employé par M. A. Joly à propos de l'acide phosphorique. 

» Nous avons vérifié ce dosage en présence des acides azotique (ajouté 
au moment même du dosage), chlorhydrique, sulfurique et oxalique. Dans 
tous les cas nous avons obtenu des résultats satisfaisants. 

)> 5. Applications à l'étude des sulfites. — Cette méthode d'analyse trouve 
des applications dans le titrage des sulfites et dans l'étude de leur dissolu- 
tion aqueuse. Ainsi : 

» Les suKites acides avec excès d'acide sulfureux paraissent acides à la 
cochenille et à l'hélianthine. On peut, au moyen de ces réactifs et d'un 
alcali titré, déterminer l'excès d'acide sulfureux qu'ils renferment. 



( 7' ) 

» Les sulfites acides sont neutres à la cochenille et à l'hélianthine; addi- 
tionnés de phénolphtàléine, ils paraissent acides et ils absorbent, avant de 
laisser apparaître la coloration rosée que ce réactif prend sous l'influence 
des bases, autant d'alcali qu'ils en renferment déjà. 

» Les sulfites neutres, alcalins par rapport à la cochenille et à l'hélian- 
thine, neutres par rapport à la phtaléine du phénol, sont ramenés à l'état 
de sulfites acides par une addition d'acide sulfureux égale à celle qu'ils 
renferment. On peut les titrer en faisant cette détermination, mais, au lieu 
de prendre de l'acide sulfureux, il est préférable d'employer une solution 
décinormale d'acide chlorhvdrique. On met un petit excès de ce corps, en 
s'aidant de cochenille ou d'hélianthine, et l'on revient au virage avec une 
solution décinormale alcaline. 

» Si l'on a affaire à un sulfite intermédiaire, c'est-à-dire renfermant, 
pour i™"' d'acide sulfureux, plus de i^"^ et moins de 2.^'^ d'alcali, on peut 
arriver à connaître sa composition exacte, au moyen des deux dosages sui- 
vants : 

» a. Dans un volume donné de la solution, on ajoute de l'alcali titré 
jusqu'au virage de la phtaléine; 

» b. Dans un même volume de la même solution, on ajoute un excès 
d'acide chlorhydrique décinormal, de façon à dépasser le virage de l'hé- 
lianthine ou de la cochenille, et l'on détermine l'excès par addition d'alcali 
décinormal. 

» La somme obtenue par l'addition du volume d'alcali employé dans 
l'essai a, et du volume d'acide réellement utilisé dans l'essai b, traduite 
en acide sulfureux, représente la quantité de ce corps contenue dans le 
volume de liqueur mis en expérience. 

» Maintenant, comme on connaît le poids d'acide sulfureux contenu 
dans un volume donné de liqueur et le poids de l'alcali nécessaire pour 
le transformer en sulfite neutre (essai a), on obtient par différence le 
poids de l'alcali combiné, et, par conséquent, la composition exacte du 
composé. 

» Ces faits ont été minutieusement vérifiés. » 



( 72 ) 



CHIMIE AGRICOLE. — Recherches sur le développement de la betterave à sucre; 
étude des feuilles. Note de M. Aimé Girard. 

« Des recherches que j'ai précédemment résumées et par lesquelles j'ai 
établi la non-intervention de la souche, comme aussi des racines de bette- 
rave, à la formation du saccharose, découle cette conséquence nécessaire, 
que c'est à l'appareil aérien de la plante qu'il faut demander la clef de cette 
formation. 

» Aussi ai-je apporté à l'étude des feuilles de la betterave l'attention la 
plus grande. Préoccupé d'abord de l'importance de leur rôle au point de 
vue végétatif, j'ai détermmé à chaque récolte non seulement le poids du 
bouquet porté par la souche, mais encore le poids des feuilles déjà fanées 
abandonnées par ce bouquet, et ramenées par l'analyse et le calcul à l'état 
normal. A ces données, j'ai joint, pour chaque récolte également, la pro- 
portion relative des limbes et des pétioles. 

» Le Tableau ci-ajjrès indique les résultats obtenus : 

R juin. II) juin. 2 juillet, ifi juillet. :>ii juillet. lo aoill. >i août. r» sept. t8 sept. i" oct. 

gr gr gr pr sr pr gr gr er gr 

Poids du bouquet vivant i3,6t fi3,io a-6 !^oi f^do !fi& î\(>i 4/4 '•'■' ^"^1 

Poids des feuilles fanées >> » » » 36 85 131 i3.'3 i3o i>l) 

Poids du bouquet total iS.Oa 63, 10 a-6 l^oi !fi6 5.5i .')S3 607 643 663 

Proportion ( des limbes 5G,3 57,6 3^,3 33,3 29,6 33,3 ^9,9 ■5i>9 32,5 3o,o 

pour 100 ' des pétioles [^'i,S 4^,4 f'-'-V 66,7 70,4 06, G 70,1 68,1 67,5 70,0 

)> Des résultats inscrits à ce Tableau, il résulte : 

)i 1° Que, si l'on considère uniquement le bouquet vivant, on le voit, 
ainsi que beaucoup d'observateurs l'ont déjà constaté, grandir jusqu'au 
milieu de juillet, pour ensuite rester sensiblement stationnaire jusque vers 
le milieu de septembre, mais qu'on le voit en outre, et comme la souche 
elle-même, augmenter sensiblement de poids pendant la période autom- 
nale ; 

i> 2" Que, si l'on considère d'ensemble le bouquet vivant et les feuilles 
fanées, on voit la somme de ces deux quantités augmenter régulièrement, 
et sans arrêt, pendant toute la durée de la végétation. 

» Des données précédentes, en outre, il résulte que la fanaison, rapide 
pendant les périodes de sécheresse, s'arrête aussitôt que le milieu revient à 



( 73) 
un état d'humidité normale ; il résulte, par conséquent, que la fanaison 
n'est qu'un accident dans la vie de la betterave. 

» L'analyse, résumée ci-après, des pétioles et des limbes séparés con- 
duit, d'ailleurs, à des constatations importantes : 

8 juin. 19 juin. 2JuilU't. irijuillct. ?f|juîllcl. loaoïil. 21 août- 5 sept. 18 sept, 

COMPOSITION DES LIMBES. 

Eau go.i.'i 89,48 89,61 87,82 86, a6 86,49 S5>66 Sj.go 87,58 

Madères solubles. 

Saccharose .. 0,0.^) <i,36 0,68 «,36 0,54 <),55 0,47 o,4i 0,18 

Sucres réducteurs 0,34 n.ciS o,3o 0,36 0,47 o.'ii o,j2 o,36 0,37 

Matières organiques aulre» ... . 4>'l7 '\A^ 3.3g 4>33 5,9Ô 5,96 6,89 5,43 5,33 

Matières minérales 5,36 2,3o 2,81 3,86 2,5i 2,47 2,74 2,73 2,53 

Total -.lî 7,37 7,18 8,11 9,47 g.3o g, 92 8,95 S,3i 

Matières insolubles. 

Ligneux 2,09 2,28 2,72 3,4" 3,69 3,59 3,79 4i44 3,58 

Matières minérales .' o,55 o,58 o,4g 0,67 o,58 o,6i o,63 0,71 o,53 

Total 3,6', 2,8fi 3.31 4.07 4.27 4.20 4, ,^2 5,i5 ',.11 

COMPOSITION DES PÉTIOLES. 

Eau g3,'i7 g2,i4 <i'\.o'i g2,33 go, 60 91,85 90,41 91,13 gi,39 

Matières solubles. 

Saccliarose 0,10 o,56 0,17 o,4'i 0,60 o,3i 0,07 o,3o 0,37 

Sucres réducteurs o,33 o,43 0,78 1,29 1,98 i,53 2,29 1,88 1,67 

Matières organiques autres 0,73 i,38 1,37 1,37 2,38 2,00 2,63 1,81 1,42 

Matières minérales 2.33 3,n5 i,5G 1,57 i,58 1,74 1,67 i,5i i,83 

Total 3,39 4,42 3,88 4,67 6,54 5,5y 6,66 5,jo 3,29 

Matières insolubles. 

Ligneux 2,69 2,63 1,86 3,52 2,53 2,37 2,56 3, 08 3, 08 

Matières minérales o,45 0,49 0,18 0,27 0,22 0,19 0,19 o,3o 0,24 

Total 3,i'| 3,13 3,04 ■.,79 3,75 2,56 2,75 3,38 3,32 

» Des données de ce Tableau tt d'autres encore que, faute d'espace, je 
ne saurais rapporter, découlent des conséquences que je développe dans 
mon Mémoire complet, mais dont je dois me borner à résumer ici les points 
princi|)aux. 

» Dans la succession des chiffres relatifs aux pétioles, on ne saurait re- 
connaître les résultats d'une variation régulière. 

» Les différences, bien faibles d'ailleurs, que l'analyse établit dans la 
proportion des matières dosées, se produisent tantôt dans un sens, tantôt 
dans un autre; seul le saccharose présente dans son dosage des variations 
brusques, mais des variations dont la loi n'est pas apparente. 

G. R., 1886, 2' Semestre. (T. GUI, N" 1.) lO ' 



85,26 

0,57 
0,46 
5,93 
2,47 
9,43 



4,63 
0,68 



5,3i 



go, 75 



0,40 

1,81 
1,61 

1,56 



5,38 



3,47 
0,40 



3,87 



( 74) 

)i De ces constatations, comme aussi de celles que m'a fournies l'étude 
diurne et nocturne des pétioles, il semble lésulter que ceux-ci constituent 
de simples canaux de transport étrangers aux phénomènes chimiques prin- 
cipaux d'où naît le saccharose. 

» Il en est autrement des limbes. L'examen attentif des nombres que leur 
analyse fournit nous y montre la proportion de tissus insolubles (ligneux 
et matières minérales) restant sensiblement invariable (4 à 5 pour loo), 
la proportion des matières minérales solubles oscillant entre 2, 5o et i, 8o 
pour loo, celle des matières organiques, autres que le saccharose (6 
pour loo environ), celle du glucose même (o,35 environ) ne subissant que 
des changements relativement insignifiants, tandis que, suivant les cir- 
constances météorologiques, on voit les proportions de saccharose varier 
dans des proportions relativement larges, deo,68 pour loo (2 juillet), à 
0,18 pour 100 (18 septembre). 

» J'ai déjà, en i883 et 1884, appelé l'attention sur ces variations lorsque 
j'ai démontré, par l'étude de la composition diurne et nocturne des limbes, 
que la formation du saccharose était sous la dépendance directe de la 
lumière, et qu'il fallait aller chercher, dans les limbes des feuilles, le labo- 
ratoire où non seulement la matière hydrocarbonée, en général, mais 
encore le saccharose lui-même, prennent naissance. 

» Les analyses que je fais connaître aujoru'd'hui apportent à cette hypo- 
thèse une force nouvelle. Si, en effet, on accorde au bouquet le poids 
moyen de doo^"', si l'on admet que ce bouquet est formé de 66 pour 100 de 
pétioles et de 33 pour 1 00 de limbes, on voit que, en considérant les bonnes 
journées de travail foliacé, chaque bouquet peut, à la fin du jour, renfermer 
jusqu'à 2S' de saccharose, et comme, ainsi que je l'ai précédemment 
établi, la moitié environ de ce saccharose disparait pendant la nuit, il s'en- 
suit que, en bonnes conditions de végétation, les feuilles de la betterave 
peuvent chaque jour envoyer à la souche i^"' environ de sucre tout formé. 
Pour une période de cent jours (du i5 juillet au 25 octobre), c'est un 
emmagasinement de loo^' de sucre; c'est, pour une betterave de 7508"^, 
une richesse de i3 à i3,5 pour 100 au moins. » 



( 75) 



PHYSIOLOGIE. — Etudes comparatives sur ^influence des deux ordres de nerfs 
vaso-moteurs, sur la- circulation de la lymphe, sur leur mode d'nclion et sur 
le mécanisme de la production lymphatique ( ' ). Note de M. S. Lewachew, 
présentée par M. Vulpian. 

« Les recherches que j'ai faites sur la production de la Ivmphe dans les 
membres postérieurs du chien et que j'ai résumées dans ma Note précé- 
dente m'ont démontré que, sous l'influence des différentes espèces de 
nerfs vaso-moteurs, la production lymphatique peut subir des variations 
dans le même sens, comme, dans certains cas, des modifications identiques 
de la circulation sanguine, se produisent, sous l'influence des fibres vaso- 
motrices d'ordre différent. Il est facile, en général, de faire l'étude com- 
parative de l'action des différentes espèces de nerfs vaso-moteurs. Il s'agit 
seulement de rechercher si les changements analogues, produits dans la 
circulation du sang, sous l'influence des nerfs vaso-constricteurs d'une 
part, et des nerfs vaso-dilatateurs d'autre part, déterminent, dans les 
mêmes conditions, des variations de même intensité ou d'intensité diffé- 
rente dans la production Ivmphatique; dans le dernier cas, il faut encore 
rechercher quelles sont les fibres vaso-motrices qui exercent constamment 
une action plus forte et à quelle circonstance cela peut tenir. Mais il est 
très difficile de poursuivre cette étude sur les membres postérieurs : en 
effet, toutes les fibres vaso-motrices de la patte sont intimement liées au 
même tronc nerveux. Il s'ensuit que les différents modes ordinaires d'irri- 
tation de ce tronc produisent, dans la plupart des cas, des phénomènes 
dus à l'excitation des fibres les plus nombreuses et exerçant, par suite, 
l'action la plus forte (vaso-constrictives), tandis que les effets d'exci- 
tation des vaso-dilatateurs ne se manifestent pas. Néanmoins, nous avons 
quelques procédés directs et indirects qui mettent en jeu l'action des 
fibres vaso-dilatatrices sans produire d'effet sur les vaso-constricteurs. 
Ainsi, l'irritation du nerf par un courant continu produit une irritation di- 
recte des vaso-dilatateurs ('Griitzner); d'autre part, l'asphvxie, l'irritation 
du bout central du pneumogastrique, du grand sciatique, etc., la nicotine, 
déterminent une irritation réflexe des mêmes fibres (Heidenhain, Ostroou- 
moff). 



(') Travail du laboratoire de M. Vulpian. 



( 76) 

» L'application de tous ces procédés dans mes expériences a déter- 
miné, dans la plupart des cas, une augmentation plus ou moins considé- 
rable de la production lymphatique. Si l'on cesse l'irritation, l'écoulement 
de la lymphe se ralentit; si l'on excite de nouveau, l'augmentation de la 
production lymphatique se manifeste de nouveau, etc. On peut étudier com- 
parativement dans chaque expérience les effets de toutes les excitations, 
dont on augmente l'intensité peu à peu, jusqu'au maximum possible, d'une 
part, et, d'autre part, les effets de la section du nerf ou de Tinterruption 
de son irritation maxima par un courant induit. Dans tous ces cas particu- 
liers, l'irritation des nerfs Aaso-dilatateurs provoque, la plupart du temps, 
des modifications plus considérables du cours de la lymphe que ne le fait 
la suppression de l'excitation des vaso-constricteurs. 

» Mais, pour étudier plus exactement cette question, j'ai fait encore 
une série d'expériences sur la langue. On sait, d'après les recherches 
classiques de M. Vulpian, que les vaisseaux de cet organe sont innervés, 
d'une part, par le nerf grand hypoglosse, qui contient exclusivement des 
fibres vaso-constrictives, d'autre part, par le nerf lingual, c[ui renferme 
des fibres vaso-dilatatrices. Par conséquent, en agissant sur l'un ou l'autre 
de ces nerfs, on peut produire isolément l'action propre à chaque système 
de nerfs vaso-moteurs. Il est donc plus facile, en applicjuantle même pro- 
cédé de recherches sur chacun de ces systèmes nerveux, d'étudier leur 
influence comparative de la manière la plus précise. 

» Dans ces expériences, j'ai employé la même méthode que dans mes 
recherches sur les membres postérieurs. Seulement, comme il était diffi- 
cile d'embrasser le cou de l'animal dans une ligature en masse pour en- 
traver l'écoulement de la lymphe par les voies collatérales, il a fallu re- 
courir à la ligature séparée et minutieuse de tous les lyphatiques du côté 
correspondant de la langue. Du reste, cette opération, étant donnée la situa- 
tion des lymphatiques linguaux, est facile a. exécuter, comme me l'avaient 
montré des recherches anatomiques préalables. La section du nerf hypo- 
glosse a provoqué ordinairement une augmentation considérable, et l'irri- 
tation du bout périphérique, une diminution de la production lymphatique. 
La section du lingual n'a pas eu d'effet constant; par contre, l'excitation 
électrique ou autre de ce nerf a provoqué une accélération très accentuée 
du cours de la lymphe; cet effet s'est produit même encore après la 
section du nerf grand hypoglosse. Au contraire, si, à l'aide d'une exci- 
tation électrique dont on augmente peu à peu l'intensité et avec beaucoup 
de précautions jusqu'au maximum, on porte la production lymphatique 



( 77 ) 
au plus haut degré possible, la section du nerf hypoglosse reste sans effet. 
De même, si l'on compare l'action de l'excitation maxima du lingual avec 
l'effet de la section du nerf hypoglosse ou encore avec l'influence de la 
suppression de l'irritation de ce nerf, arrivée au maximum d'intensité, on 
observe que, dans le premier cas, surviennent des variations de l'écoule- 
ment de lymphe plus grandes que dans les autres cas. Il résulte donc de 
toutes ces expériences c{ue les vaso-dilatateurs exercent en général une in- 
fluence plus intense que les vaso-constricteurs. Ce résultat pouvait tenir à 
ce que les vaso-dilatateurs ont ordinairement une action plus considérable 
sur la circulation sanguine. Mais cette cause n'est pas la seule qui entre en 
jeu. On pouvait aussi observer le même fait dans quelques cas où sous l'in- 
fluence alternative de deux ordres des vasomoteurs se produisaient des 
modifications d'une intensité à peu près égale dans l'afllux du sang. Bien 
plus, dans quelques expériences, j'ai lié toutes les veines efférentes. Quand 
il ne pouvait plus se produire de modifications considérables de la circula- 
tion du sang, j'excitais le nerf lingual et ensuite je faisais la section de l'hv- 
poglosse. Dans ces conditions, on observait encore quelquefois très nette- 
ment, en excitant le lingual, une accélération du cours de la lymphe. Il est 
donc évident que les nerfs vaso-dilatateurs exercent une influence particu- 
lière sur les parois mêmes des vaisseaux. Quant à la nature de cette in- 
fluence, on pourrait, d'une part, la rattacher à des modifications de per- 
méabilité des parois. D'autre part, on pourrait supposer qu'il s'agit ici 
d'Une influence des nerfs sécréteurs. Mais nous n'avons pas encore de faits 
qui démontrent cette seconde hypothèse. Au contraire, les résultats que 
nous avons obtenus dans toutes les recherches précédentes nous démon- 
trent jusqu'à présent la dépendance étroite qui existe entre la production 
de lymphe et les causes d'ordre hydrodynamique. J'ai vu aussi dans 
quelques expériences cjue des variations purement physiques de la circu- 
lation du sang ont toujours produit des modifications très considérables du 
cours de la lymphe. Il est donc jusqu'à présent très probable que la pro- 
duction lymphatique est en rapport exclusivement avec de simples condi- 
tions hvdrodynamiques et que les nerfs agissent seulement indirectement 
sur la circulation de la lymphe, en modifiant l'afflux du sang dans la partie 
correspondante et, en outre, en faisant varier la perméabilité des parois 
des vaisseaux sanguins. » 



( 78) 



ANATOMIK. — Sur i/n procédé de division indirecte, des cellules par trois dans 
les tumeurs. Note de M. Y. CoiiXïL, présentée par M. Marey. . 

« La division des cellules épithéliales des épitliéliomes par diA^ision indi- 
recte ou kariokinèse est facile à voir lorscpi'on emploie la coloration des 
coupes par la safranine ou riiématoxyline. Le plus souvent on observe les 
figures bien connues de la division par deux. Mais nous avons, en outre, 
pu suivre dans deux tumeurs un mode de division par trois, qui fait le sujet 
de cette Note. L'une de ces tumeurs, enlevée par M. Vcrneuil, se rappor- 
tait à l'épithéliome papillaire et siégeait dans le sinus maxillaire. La seconde, 
enlevée par M. Terrillon, était un épithéliome kystique du sein. Dans ces 
deux tumeurs, les phénomènes de la division étaient identiques. Voici en 
quoi ils consistent : 

» Sur les coupes colorées à la safranine ou à l'hématoxyline, on voit un 
assez grand nombre de noyaux dans lesquels le fdament chromatique, 
fortement coloré, présente la forme d'une étoile à branches rayonnantes, 
avec des grains de substance chromatique. Quelques-uns de ces noyaux 
atteignent une dimension colossale, comme celui qui est représenté en M 
{fig. 2). D'autres noyaux offrent tout simplement une plaque équatoriale, 
dont les fdaments se diviseront et se sépareront ultérieurement. C'est là 
le début de la kariokinèse. 

Fig. I. — Figures de kariokinèse dans les cpitliéliomes. 

\ if Mi ■^..- i 




A, figure stellaire de la substance chroivuilique divisée en trois lobes. — 13, répartition de la sub- 
stance chromatique en quatre lobes. — C, séparation de la substance chromatique en trois plaques 
nucléaires. — D, séparation de trois cellules possédant chacune une plaque nucléaire. 

» Le filament nucléaire coloré montre souvent, dans cette phase du 
début, une disposition trilobée. Nous avons dessiné cette forme en trois 
lobules dans la fig. i, en A, et dans la fig. 3, en N. Quelquefois on peut 



( 79 ) 
même rencontrer une étoile chromatique à quatre branches, comme cela 
a lieu en B {fig- i). La disposition trilobée du filament nucléaire chroma- 
tique est le premier stade de la division d'une cellule qui aboutira à la con- 
stitution de trois cellules nouvelles. Dans les coupes de nos deux tumeurs, 
nous avons constaté, en effet, la séparation complète du filament chroma- 
tique trilobé en trois plaques distinctes dans le même noyau. La cellule C 
( fig. i) est bien démonstrative à cet égard. On voit, en effet, trois plaques 
nucléaires qui sont complètement formées, bien qu'il y ait encore entre 
elles de très petits filaments, au nombre de cinq, dont l'un, cependant, 
est libre à son extrémité. La cellule O de \ixfig. i offre également trois 
plaques nucléaires dans un seul noyau. Ces trois plaques chromatiques sont 
tout à fait séparées les unes des autres, bien qu'elles possèdent encore à 
leur surface quelques fragments de filaments grêles et courts, c|ui sont 
libres à leur extrémité. Tel est le second stade de la division par trois que 
nous avons observé un assez grand nombre de fois sur nos coupes. Ce stade 
se termine par la division complète du noyau et de la cellule en trois cel- 
lules nouvelles, division qui est très manifeste dans la cellule D (/?§■. i). Là, 
en effet, il existe trois plaques nucléaires chromatiques; chacune d'elles est 
entourée d'une zone claire et d'un protoplasma. Ces cellules sont globu- 
leuses et relativement petites, du même volume que les cellules filles qui 
résultent de la division d'une cellule en deux. Dans cette cellule D, ou re- 
marque encore quatre petits grains chromatiques qui sont restés isolés au 
milieu du protoplasma et qui étaient en migration au moment où les élé- 
ments ont été fixés par l'alcool absolu. 

Kii;. 2. 





N, trifurcation de la substance chromatique. — O, séparation de trois plaques nucléaires. — P, noyau 
en voie de division directe par bourgeonnement. — a, a', cellules rondes migratrices (leucocytes). 
— M, une cellule très volumineuse dans le premier stade de la kariokinése. Elle présente une touffe 
de filaments et de grains colorés rayonnants. 

» Les cellules dont le noyau est en division, ou dont le noyau s'est divisé 
par kariokinése, peuvent ne pas se diviser elles-mêmes. On a alors une cei- 



( 8o ) 

Iule qui présente en dernière analyse trois noyaux à l'état statique, ou 
même un plus grand nombre. Il peut y avoir en effet, dans ces tumeurs 
épithéliales, des cellules renfermant de très nombreux noyaux. Lorsque 
ces cellules subissent une dégénérescence, on voit dans leur intérieur des 
gouttes sphériques dont la périphérie, souvent interrompue et dure, fixe 
fortement la safranine. 

» Lorsqu'une cellule entre en kariokinèse, elle est souvent très volumi- 
neuse, et elle devient alors sphérique. Cette boule spliérique, entourée de 
cellules polyédriques, comprime ces dernières, qui s'aplatissent autour 
d'elle, de façon à simuler l'arrangement qu'on observe dans les globes épi- 
dermiques, .l'ajoute que, dans les deux tumeurs que je relate aujourd'hui, 
il n'y avait pas de globes épiderniiques formés de cellules contenant de 
l'éléidine. 

» Les cellules qui offrent les divers stades de la division par deux sont 
ovoïdes, tandis que celles que nous décrivons dans leur division par trois 
sont sphériques. 

» Nous ne décrirons pas ici le mode de division par deux, qui est connu; 
mais nous devons citer une particularité qui s'est montrée constamment 
dans notre épithéliome papillaire. Les cellules épithéliales étaient cylin- 
driques et implantées en palissade, en plusieurs couches, sur les papilles. 
Les cellules qui entraient en kariokinèse devenaient ovoïdes, à extrémités 
fusiformes, conservaient leur direction perpendiculaire aux papilles et leur 
plaque nucléaire initiale était toujours équatoriale, c'est-à-dire dirigée per- 
pendiculairement au grand axe de l'ovoïde. Les cellules épithéliales voi- 
sines étaient aplaties et comprimées. 

« Le mode de division par kariokinèse n'exclut pas la division directe 
des noyaux dans ces tumeurs : nous avons souvent constaté, en effet, des 
noyaux bourgeonnants, comme celui qui est représenté en P (Jig. 2) et qui 
est en train de se diviser par bourgeonnement. 

» Il importe de ne pas confondre les figures de kariokinèse des noyaux 
avec les noyaux de globules blancs migrateurs, dont les noyaux se colorent 
fortement par la safranine et l'hématoxyline. Il existe presque toujours, en 
effet, des globules blancs en migration au milieu des cellules épithéliales 
de ces tumeurs, lorsqu'elles sont en voie d'accroissement. Il suffit d'être 
prévenu de cette erreur pour l'éviter, car les globules blancs (a, a! ,fig. 2) 
sont bien caractérisés par leur forme et leur.', dimensions. » 



(8. ) 



ZOOLOGIE. — La Punaise de Ut et ses appareils odoriférants . — Des glandes 
abdominales dorsales de la larve et de la nymphe; des glandes tJioraciques 
sternales de iadidte. Note de M. J. KiJjfCKEL, présentée par M. E. Blan- 
chard . 

« Il n'est personne qui n'ait eu la mauvaise fortune, dans son demi-som- 
meil, de saisir entre les doigts la Punaise, son vampire, et qui n'ait éprouvé 
un sentiment de dégoût, en percevant l'odeur répugnante qu'elle exhale. 
Serait-ce l'horreur du nauséabond qui a fait reculer les naturalistes, puis- 
qu'un seul anatomiste, Léonard Landois, a recherché (1868) le siège de la 
sécrétion odorante de la Punaise de lit? 

!) Malheureusement, les observations de l'auteur allemand sont incom- 
plètes et inexactes ; incomplètes, parce qu'il n'a pas constaté l'existence, 
chez les Cimex lectularius, de glandes spéciales et caractéristiques; in- 
exactes, parce qu'il n'a pas reconnu les véritables dispositions anatomiques 
de l'appareil glandulaire des adultes, ni même vu les orifices odorifères. 

» On voit, d'après ces prémisses, que la recherche et l'étude des organes 
glandulaires des Punaises de lit devaient permettre de découvrir des faits 
nouveaux. 

» J'ai constaté, en effet, que les jeunes Cimex, au sortir de l'œuf, por- 
tent trois glandes odorifiques situées à la région dorsale de l'abdomen ; ces 
glandes occupent la partie médiane des trois premiers segments ; de mêmes 
dimensions, elles affectent toutes trois, vues au microscope, une forme de 
sachet plus ou moins gonflé ; leur contour reproduit exactement la silhouette 
d'une cloche à melon, dont le fond serait tourné vers la tête; chaque glande 
s'ouvre au dehors par deux orifices, placés de ])art et d'autre de la ligne 
médiane, et disposés transversalement au bord des première, deuxième 
et troisième tergites, juste sur la ligne de séparation des anneaux ; ils ont 
l'aspect de boutonnières ouvertes. 

M Si l'on examine les jeunes Punaises lorsque leur tube digestif est gorgé 
de sang,' il est impossible, à cause de leur opacité, d'apercevoir les glandes 
odoriférantes; il faut, pour les étudier, rendre ces insectes transparents à 
l'aide d'artifices spéciaux. Nous ne nous occuperons pas actuellement de 
décrire leur structure histologique ; nous nous contenterons de faire re- 
marquer que ce sont des glandes cutanées constituées par un repli de la 
peau; d'ailleurs, après traitement par la potasse caustique, on peut se 

C. R., 18SG, 3- Semestre. (T. CIIT, N° 1.) 'I 



( 82) 
convaincre que la cuticule du tégument se continue avec la cuticule inva- 
ginée qui tapisse l'intérieur de la glande. 

» Ces trois glandes abdominales et dorsales persistent jusqu'à la dernière 
mue; elles s'atrophient alors et sont remplacées par un appareil glandu- 
laire thoraciqiie et slernal. Les Ciuiicides, buveurs de sang, comme les Scu- 
tellérides, les Pentatomides, les Coréides, les Lygœides, etc., suceurs de 
sève, sont donc pourvus de deux systèmes d'organes de sécrétion situés, 
suivant qu'ils sont à l'état de larve et de nymphe ou à l'état d'adulte, dans 
deux régions absolument opposées du corps. 

» La présence à des âges différents, chez un Insecte, de glandes ayant 
des rapports anatomiques différents, mais possédant les mêmes attributions 
physiologiques, est un fait qui conduit à des déductions intéressantes. En 
effet, lorsque je le signalais pour la première fois, en 1 866 ( ' ), je cherchais 
à l'interpréter et je disais que les glandes des nymphes s'atrophient parce 
que l'écusson, les élytres et les ailes venant, chez les Pentatomides et 
autres, couvrir les arceaux supérieurs de l'abdomen, mettraient obstacle à 
l'accomplissement de leur rôle physiologique; mais, la Punaise délit n'ayant 
qu'un écusson court, de petites élytres et point d'ailes, les tergites de l'ab- 
domen ne sont jamais recouverts : il semblerait que mon explication soit en 
défaut; il me suffira de rappeler que cet Hémiptère est un type aberrant, 
transformé par adaptation, c'est-à-dire ayant perdu ses organes locomo- 
teurs aériens pour se conformer à une existence sédentaire subordonnée 
aux conditions biologiques imposées par sa cohabitation avec l'Homme; au 
contraire, l'existence des deux systèmes glandulaires, comme chez les Hé- 
miptères pourvus d'organes de vol, démontre qu'à l'origine les Cimex ont 
possédé des élytres et des ailes normalement conformées. 

» Quelques naturalistes ont pensé, en effet, que, adultes, ces êtres repré- 
sentaient l'état de nymphes des autres Hémiptères, et que le nombre des 
mues justifiait leur opinion ; or la disparition des glandes odorifiques lar- 
vaires et nymphales coïncide avec l'apparition de nouvelles glandes odo- 
rantes, apanage exclusif des Hémiptères adultes : donc les Cimex lectularius 
en état de se reproduire et considérés comme des nymphes ne sont pas 
susceptibles, à la suite d'une mue nouvelle, d'acquérir des ailes; ce sont 
des êtres ayant atteint le dernier terme de leur développement. Si, à 
l'exemple du Pyirhocoris aptera ('), de la famille des Lygieides, elles étaient 

(< ) Recherches sur les organes de sécrétion chez les Insectes de l'ordre des Hé- 
miptères {Comptes rendus, 2" semestre, p. 483; 1866). 

(^) Cet Hémiptère, ainsi que Paul Mayer l'a vu (iSya) et que je l'ai vérifié, possède, 



( 83 ) 

susceptibles de devenir ailés, ce serait à l'époque de la dernière mue, et 
l'apparition des élytres et des ailes normalement constituées coïncide- 
rait avec la disparition des glandes abdominales et avec l'apparition de 
l'appareil glandulaire métathoracique. 

» Si la découverte des glandes odorifiques des larves et des nymphes 
des Hémiptères hétéroptères m'appartient (1866), la découverte de la 
glande odorante chez ces Hémiptères adultes a été faite par Léon Dufour 
(i833); mais c'est Léonard Landois qui a constaté la présence de l'appareil 
glandulaire chez la Punaise de lit adulte (1868) (' ). 

» Suivant lui, cet appareil consisterait en deux longues bourses accu- 
mulant la sécrétion d'une glande unique médiane et se réunissant insensi- 
blement en un canal excréteur situé dans le mésothorax et débouchant 
entre les pattes postérieures par un orifice unique! — N'insistons pas, tout 
est erreur. — Il se compose en réalité d'une paire de bourses allongées, 
apj)endiculées, d'égale longueur, disposées symétriquement, de part et 
d'autre de la ligne médiane, entre les trous d'insertion des pattes posté- 
rieures; ces bourses vont s'ouvrir chacune, par un orifice distinct, dans une 
poche trapézoïdale qui occupe toute la région sternale métathoracique 
comprise entre la ligne de séparation du mésosternum et du métasternum 
et les insertions des pattes de la troisième paire; la base de cette poche est 
bilobéeet présente en arrière, de part et d'autre de la ligne médiane, deux 
groupes de minuscules cœcums gkinilulaires. Cette poche débouche au de- 
hors par une paire d'orifices situés dans un enfoncement sur les pôtés du 
métasternum au niveau de l'insertion des pattes de la troisième paire ; ces 
orifices sont placés de part et d'autre d'un prolongement du mésosternum 
qui s'étend entre les pattes. 

)) En résumé : la Punaise de lit possède, depuis son éclosion à l'état de larve 
et de nymphe, trois glandes odorifiques abdominales dorsales qui disparaissent 
lors delà dernière mue et sont remplacées, à V état adulte, par un appared glan- 
dulaire tnétdlhoracique slernal. La présence de cet appareil est un critérium qui 
permet de démontrer que ce Cimex est arrivé au terme de son évolution. » 

à l'éLat fie larve cl de nymphe, li'ols glandes abdominales dorsales qui disparaissent à 
la dernière mue, alors que s'est constituée la glande métathoracique sternale; j'ai ob- 
servé plusieurs fois, dans les étés très chauds et secs, chez quelques individus recueillis 
à l'Ecole botanique du Muséum, la formation simultanée d'ailes bien conformées et de 
la glande métathoracique sternale. 

(') Analoinie der Bettwaiize {Zeitschr. /. Wiss. ZooL. t. XVIII; p- 21S, Taf. XII, 
fig. i4, 1868). 



( 84 ) 



ZOOLOGIE. — De l' influence de certains parasites rhizocéphales sur les 
caractères sexuels extérieurs de leur hôte. Note de M. A. Giard. 

« La plupart des Rhizocépliales parasites des Crustacés décapodes occa- 
sionnent l'atrophie des glandes génitales de leur hôte sans que les carac- 
tères sexuels extérieurs de ce dernier subissent la moindre modification. 
C'est ainsi que Sacculina triangularis Anderson, qui se trouve assez fré- 
quemment au Pouliguen et plus rarement à Concarneau sur Plalycarcinus 
pagurus, affecte aussi bien les mâles que les femelles, débordant largement 
de chaque côté la queue étroite des premiers, tandis qu'elle est entièrement 
protégée par l'appendice plus large de l'autre sexe. 

» Mais il n'en est pas toujours de même et, dans certains cas, le para- 
site détermine par sa présence des modifications assez étendues, pour que 
les mâles infestés deviennent semblables aux femelles chez des types où le 
dimorphisme sexuel est des plus accentués. Un exemple très net de cette 
singulière transformation nous est fourni ^av Sacculina Fraissei no\. spec, 
parasite du Stenorynchus phalangium Pennant. Cette Sacculine, signalée 
sans description par Fraisse, dans le golfe de Naples, se rencontre commu- 
nément à Concarneau dans la baie de la Forest. On peut évaluer à un sur 
cinquante environ le nombre des Stenorynchus infestés par ce Rhizocéphale. 
Comme pour la Sacculine du C. Mcenas, le parasite arrive à sa complète 
formation pendant la période de reproduction du Crabe, c'est-à-dire dans 
le cas actuel, pendant les mois de juin et juillet. 

« Sacculina Fraissei se distingue facilement des espèces du même genre 
par sa forme extérieure et son organisation. Elle est entièrement cachée 
dans l'espèce de boite formée par la queue du Crabe et le plastron ster- 
nal. Ses contours sont cordiformes. L'ouverture cloacale est j^rcsque 
sessile, irrégulièrement triangulaire chez les jeunes. Le cercle chitineux 
qui entoure le pédoncule est très simple et peu marqué. Le pédoncule 
est court; les racines sont plus épaisses et plus irrégulièrement ramifiées 
que celles de S. carcini, les glandes collatériques sont bien développées 
et situées sur les côtés et vers le tiers supérieur de la hauteur. L'orientation 
est la même que celle de Sacculina carcini. Les testicules , presque sphé- 
riques, sont situés à la partie médiane de la moitié postérieure des ovaires, 
presque au centre de figure du parasite ; ils donnent naissance chacun à 
un long canal déférent qui gagne le bord postérieur et le contourne pour 



( 85 ) 

venir déboucher dans la région sus-pédonculaire. S. Fraissei appartient 
donc au groupe des Sacculines mésorchidées dont le type est Sacculina cor- 
culum Kossmann, parasite de \ Alergalis jloridus . 

» Il m'avait paru d'abord que les femelles de Slenorynchus étaient seules 
infestées par le parasite, ce qui semblait d'autant plus étonnant que chez 
Slenorynchus phalangium le nombre des mâles dépasse de beaucoup celui 
des femelles. Un examen plus attentif m'a démontré que le sexe mâle n'est 
pas indemne, bien qu'il semble moins fréquemment atteint (une fois sur 
six environ). 

» Chez les femelles, l'influence du parasite se fait déjà sentir à l'exté- 
riem' par une modification profonde des quatre paires de pattes ovigères. 
Ces appendices sont très réduits sans que l'on puisse attribuer leur atro- 
phie à l'usure produite par le frottement de la Sacculine. Je me suis assuré 
en effet que, chez des femelles adultes où la Sacculine récemment éva- 
ginée était encore de très petite taille, les pattes ovigères présentaient déjà 
l'aspect chétif d'organes avortés. 

» Bientôt j'observai des Slenorynchus infestés et en apparence tout sem- 
blables aux précédents chez lesquels ces pattes n'existaient plus, mais où 
il me fut facile de trouver des stylets copulateurs fortement réduits, il est 
A'rai, et une position différente des ouvertures génitales. 

» Ces individus étaient des mâles dont la queue avait cependant tous les 
caractères extérieurs de l'appendice femelle et semblait disposée pour 
abriter le parasite avec la même perfection qu'elle abrite les œufs dans 
l'autre sexe. 

» De plus, les caractères sexuels secondaires de ces mâles infestés 
étaient également modifiés dans le même sens que les caractères primaires, 
Les pinces, au lieu d'être fortement développées, étaient réduites et ne 
dépassaient pas longuement la tête, comme chez les mâles normaux ; en un 
mot, elles présentaient la même disposition que chez les femelles. Toutes 
ces particularités sont d'autant plus frappantes qu'à l'état normal \e Sleno- 
rynchus est un des Décapodes brachyures chez lesquels le dimorphisme 
sexuel est le mieux indiqué. 

» Pour trouver des faits comparables à ceux que nous venons d'exposer, 
il faut invoquer les effets produits par la castration chez les Vertébrés 
supérieurs et l'apparition chez les eunuques de certains caractères sexuels 
secondaires, appartenant ordinairement au sexe femelle. 

1) A un autre point de vue, la fausse finalité, défavorable au Crabe, qui 
tait apparaître chez un sexe un caractère de l'autre sexe, dans le but appa- 



( 86 ) 
rent de protéger un parasite, n'est pas le seul exemple que nous donne la 
nature de cette sorte de lutte entre la sélection naturelle et la sélection 
sexuelle. Ne voit-on pas les étamines du Melandryum dioïcum, normalement 
avortées dans le sexe femelle, se développer cependant lorsque la plante 
est infestée par VUstilago anlherarum et redevenir, en apparence, herma- 
phrodite pour permettre la fructification du parasite? 

» Il est probable que les observations que j'ai faites sur la Sacculine du 
Stenorynchus doivent s'étendre à d'autres espèces, et notamment à la Sac- 
ciilina neglecta de \' Inachus scorpio qui, selon Fraisse, n'infesterait que les 
femelles. Aussi je m'empresse de déclarer cpie j'abandonne l'argument que 
j'avais tiré de ce chef contre la théorie de la migration de l'embryon des 
Rhizocéphales. J'ajoute d'ailleurs que tous les faits contenus dans la pré- 
sente Note s'expliquent parfaitement dans l'hypothèse de la fixation directe, 
qui me paraît toujours de beaucoup la plus probable. « 



ZOOLOGIE. — Sur le système circulatoire des Échinides. 
Note de M. R. Kœhleiî, présentée par M. A. Milne-Edwards. 

« La lecture de la Note présentée à l'Académie des Sciences par M. Prouho, 
sur le système vasculaire du Dorocidaris papitlala, m'a engagé à reprendre 
les recherches que j'ai publiées en r 883 dans mon Mémoire Sur les Échi- 
nides des côtes de Provence. En 1 882, au moment où je faisais ces recherches, 
j'avais cherché vainement les vaisseaux pharyngiens décrits par Teuscher 
chez les Oursins réguliers, et qui font communiquer, d'après cet observa- 
teur, chaque vaisseau ambulacraire externe avec l'anneau périœsophagien 
supérieur. En faisant des injections soit par les vaisseaux ambulacraires, 
soit par le canal glandulaire cjue j'avais découvert à côté du canal du sable, 
je n'avais jamais réussi à injecter ces vaisseaux; d'autre part, je n'en avais 
pas trouvé de traces sur les coupes du pharynx; je m'étais donc cru auto- 
risé à dire que ces vaisseaux n'existaient pas. A la vérité, et comme je l'écri- 
vais dans une Note postérieure à mon Mémoire (Zool. Anzeiger, n° 187), 
j'avais été surpris de ne pas trouver les vaisseaux pharyngiens de Teuscher, 
dont l'existence me paraissait probable. J'ajoutais aussi dans cette Note : 
« Je dirai même que ces vaisseaux eussent été très commodes pour moi 
» lorsque j'ai voulu expliquer la circulation des Oursins ;'gràce à eux, l'appa- 
» reil eût été facile à schématiser, et il aurait offert de grandes analogies 
» avec ce qui existe chez les autres Échinodermes. » 



( 87 ) 

» En étudiant le système circulatoire du Dorocidaris , M. Prouho a con- 
staté que les deux vaisseaux qui courent le long de chaque zone ambula- 
craire ne se réunissent pas en un seul, comme je l'avais cru, mais qu'ils se 
séparent au voisinage de la bouche; que l'un d'eux, atteignant le pharynx, 
s'applique contre ce conduit et se jette dans un anneau périœsophagien, 
tandis que l'autre monte entre les pyramides pour déboucher dans le 
deuxième anneau. Comme cette disposition ne saurait être spéciale au 
Dorocidaris, j'ai voulu reprendre une dernière fois cette question et trouver 
ces vaisseaux pharyngiens qui m'avaient échappé autrefois. N'ayant pas 
sous la main, en ce moment, des animaux frais qui me permissent de pousser 
des injections, je me suis borné à faire, sur des animaux conservés dans 
l'alcool, des coupes du pharynx dans toute sa longueur, et j'ai obtenu des 
préparations qui m'ont complètement édifié sur l'existence de ces vais- 
seaux pharyngiens. J'ai pu m'assurer de leur présence chez les Echinas 
aculus, Stron gYlocentrotus, Sphœrechinus, et aussi chez le Dorocidaris. 

n L'existence des cinq vaisseaux pharyngiens ayant été beaucoup dis- 
cutée, et leur présence modifiant les relations des vaisseaux chez les Our- 
sins, je tiens à déclarer que je les ai trouvés à mon tour; je suis heureux 
d'avoir pu confirmer les observations de M. Prouho sur le Dorocidaris et de 
les étendre aux autres types dont j'ai autrefois étudié le système circulatoire. 

» A part la découverte de ces vaisseaux pharvngiens, les observations de 
M. Prouho sont très conformes aux miennes. La question paraît donc être 
résolue maintenant d'une manière définitive, et le système circulatoire 
des Échinides Réguliers offre les analogies les plus complètes avec ce qui 
existe chez les Irréguliers. J'entre donc pleinement dans les vues de 
M. Prouho, quand il dit que « les deux systèmes aquifère et sanguin ne 
» sont pas entièrement distincts, car on doit attacher une grande importance 
» à la pénétration réciproque des deux systèmes par l'intermédiaire de leurs 
» anneaux œsophagiens respectifs ». 

» Mais je ne saurais partager la manière de voir qu'il expose dans le 
Compte rendu du 21 juin, quand il dit : 

» Le préteûdu canal du sable des auteurs (chez le Spatangue) est, depuis l'organe 
ovoïde jusqu'aux anneaux vasculaires buccaux, l'homologue de l'anneau de Poli des 
Cidaridœ, el c'est pour rappeler celte homologie que l'on peut l'appeler c«««/ û?e 
Poli, réservant le nom de canal du sable ou luOe aquifère au vaisseau à épithélium 
columnaire qui s'étend de l'extrémité postérieure de l'appareil madréporique au double 
canal dont il vient d'être question. 

» Je n'ai aucune raison pour admettre une homologie entre ce canal, 



( 88) 
auquel tous les auteurs qui ont étudié le Spatangue ont donné le nom de 
canal du sable, et les anneaux de Poli des Cidaridœ, c'est-à-dire les anneaux 
périœsophagiens. Le canal du sable des Spatangues présente des disposi- 
tions particulières, et c'est grâce à ces dispositions que communiquent indi- 
rectement les deux systèmes aquifère et sanguin, comme l'indique 
M. Proulio, communications qui s'effectuent au niveau des anneaux péri- 
buccaux, directement chez le Dorocidaris, par l'intermédiaii-e des vésicules 
de Poli chez les autres Réguliers. Mais cela ne veut pas dire que le canal 
du sable des Spatangues soit homologue aux anneaux périœsophagiens des 
Réguliers. 

» Il me semble qu'il est rationnel d'admettre que les anneaux périœso- 
phagiens des Réguliers ou anneaux de Poli des Cidaridœ sont homologues 
aux anneaux buccaux des Spatangues, dont ils diffèrent par ce que ces 
derniers ne communiquent plus directement entre eux, comme cela arrive 
chez les Cidaridœ, ou par l'intermédiaire des vésicules de Poli, comme c'est 
le cas chez les autres Réguliers ; et que les deux vaisseaux qui cheminent 
côte à côte chez les Réguliers, et qui s'appellent le canal du sable et le 
canal glandulaire , sont représentés chez les Irréguliers par deux canaux 
qui tendent à se fusionner et qui forment un ensemble désigné simple- 
ment sous le nom de canal du sable. 

» Le canal du sable des Oursins n'est plus représenté chez le Spatangue 
que par ses deux extrémités (canal onduleux c{ui accompagne l'œsophage, 
et canal à épithélium columnaire qui apparaît au pôle apical), sa région 
moyenne ayant disparu ou s'étant confondue avec l'autre canal qui pré- 
sente la structure et les rapports du canal glandulaire des Réguliers. 

» En tenant compte de mes anciennes observations et des recherches 
récentes de M. Prouho, je conclus que le système circulatoire présente, 
chez les Échinides, Réguliers et Irréguliers, les mêmes dispositions fonda- 
mentales ; qu'il n'y a pas deux systèmes absolument distincts l'un de l'autre, 
puisqu'il s'établit entre eux des communications réalisées chez les Régu- 
liers par les anastomoses qui relient les deux anneaux périœsophagiens 
(^Cidaridœ), ou par les branches que chacun de ces anneaux envoie dans 
les vésicules de Poli; et chez les Irréguliers par la disparition d'une partie 
du canal du sable. Mais j'estime que le canal du sable et le canal glandu- 
laire des Oursins sont représentés chez les Spatangues par cet ensemble, 
auquel j'ai conservé le nom de canal du sable, pour ne pas introduire de 
nom nouveau, en faisant remarquer toutefois que ce canal n'était pas simple 
et qu'il offrait encore des indices de la séparation originelle des deux vais- 
seaux qui le constituent. » 



( 8'.) ) 



MATIÈRE MÉDICALE. — Des graines de Bonduc et de leur principe actif fébri- 
fuge. Note de MM. Ed. Heckel et Fr. Sciilagdexhauffen, présentée 
par M. A. Chatin. 

« La pharmacopée de l'Inde et de nos colonies françaises a mis en hon- 
neur, en tant que fébrifuge, un médicament populaire dans les régions tro- 
picales, mais peu connu jusqu'ici : il s'agit des graines de Bonduc ou Cniquiers, 
encore désignées sous les noms brésiliens de Inimboy et de Silva do Prago 
en portugais. Elles sont fournies par deux végétaux exotiques très voisins, 
appartenant aux Légumineuses Gésalpiniées : ce sont Guilandina Bondu- 
cella L. (Ccesalpinia Bonducella, Tlem.) et Cœsalpinia Bonduc, Roxb. 

)i La partie médicamenteuse est constituée par les cotylédons huileux 
formant de 4° à 5o pour loo du poids total dans l'une et l'autre graine, 
doués d'une amertume franche très accentuée et d'un goût de Légumine 
crue. La structure anatomique de ces cotylédons est la même de part et 
d'autre : les cellules sont pourvues de grains d'amidon sphériques à hile 
central et de globules huileux incolores plus gros. 

>) La composition chimique de ces cotylédons, également très rappro- 
chée, est indiquée par les chiffres suivants ; 

Guilandina Bonducella. Cœsalpina Bonduc. 

Huile 23 , 920 25 , 1 3o 

Résine (?), principe actif amer i ,888 i ,925 

Sucre 5 , 409 G , 83o 

Matières salines 4)25i 3,791 

Principes albuminoïdes (solubles et insolubles). 21 ,613 20,490 

Matières amylacées 37 , 796 35 , 697 

Eau hygrométrique 5 ,000 5 , 800 

Pertes 0,075 0,327 

100,000 100,000 

» Le traitement des cotylédons par l'éther de pétrole, le chloroforme et 
l'alcool fournit des solutions d'une amertume très prononcée. 

)) L'huile extraite au moyen de l'éther de pétrole peut être débarrassée 
de son principe amer au moyen de l'alcool. Ce liquide alcoolique évajioré 
à siccité abandonne un résidu poisseux qui renferme une certaine quantité 
de corps gras et de résine. 

» La solution chloroformique fournit à son tour un mélange de même 

C. R., iSSfî, i- Semestre. (T. CIII, N° I.) 12 



( 9" ) 
nature. Le produit de l'extraction alcoolique enfin contient également 
les mêmes principes et de plus une proportion considérable de sucre. En 
reprenant ces diA-ers extraits par du chloroforme en quantité suffisante et 
en traitant ensuite la solution chloroformique dans un entonnoir à robinet 
avec de l'eau, on obtient deux couches, dont l'inférieure contient la ma- 
tière amère. Ce liquide, évaporé en consistance sirupeuse, fournit après 
addition d'éther de pétrole des flocons jaunâtres. Après deux ou trois trai- 
tements successifs, analogues au précédent, on obtient un composé qui, 
après dessiccation, se présente sous forme d'une poudre blanche : c'est ce 
produit que nous désignons sous le nom de résine. Cette dénomination 
pourrait, en effet, lui être attribuée en raison de certaines réactions chi- 
miques. Cependant, comme ses caractères physiques ne concordent pas 
avec ceux des résines, il est plus rationnel de l'appeler jormci/je amer, qui 
rappelle une de ses propriétés les plus importantes sans faire allusion à sa 
fonction chimique. 

)) Ce principe amer des deux Bonducs constitue une poudre blanche, 
amère, sans àcreté. Il est entièrement solublc dans l'alcool, l'acétone, le 
chloroforme et l'acide acétique cristallisable, très peu soluble dans l'éthcr 
et le sulfure de carbone, presque insoluble dans l'éther de pétrole et dans 
l'eau. Il se dissout dans les huiles essentielles et les huiles grasses. Cette 
dernière propriété explique comment il se peut que l'extraction pétroléique 
des cotylédons renferme une si notable quantité de matières amères. Les 
solutions alcoolique, acétonique, chlorofoi'mique ou acétique traitées par 
l'eau, l'éther ordinaire, le sulfure de carbone ou l'éther de pétrole se 
troublent ou laissent déposer des flocons plus ou moins abondants. C'est 
grâce à ces différences de solubilité dans les divers véhicules que l'on par- 
vient à préparer le principe amer à l'état de pureté. 

M Le procédé qui nous a fourni les meilleurs résultats consiste à verser 
la solution chloroformique dans de l'éther de pétrole ou à précipiter par 
l'eau la solution de la substance dans l'acide acétique glacial. Les alcalis 
sont presque sans influence sur le principe amer : l'ammoniaque en dissout 
des traces à la température du bain-marie ; la potasse caustique ne le sapo- 
nifie pas. 

)) Soumis à l'action de la chaleur, il se boursoufle au bout d'un certain 
temps et entre en fusion à i/iS"; il se décompose ensuite lentement. 

» Parmi les réactions de couleur, nous citerons les suivantes : 

» Acide chlorhydrique. — Coloration foncée au début; la matière se dis- 
sout lentement et le liquide passe au rose. 



(. 9' ) 

» Acide azotique. — La matière se fonce, se désagrège et forme des 
gouttelettes résineuses rouges. 

» Acide sulfurique. — Dissolution de la substance avec teinte brun 
foncé, qui, après une demi-heure, devient rouge-amaranthc. La coloration 
rouge est bien plus accentuée quand on ajoute à l'acide suKurique une 
trace de chlorure ferrique. 

» Composition. — Une première analyse, faite avec la matière dissoute 
dans l'alcool et précipitée par l'éther sulfurique, nous avait donné les 
nombres suivants : C = 68,02 ; H = 8,28 ; O = 23,70 ; mais le produit purifié 
d'après les procédés ci-dessus a fourni : 

Pour 100. 

C 62,60 

H 7>75 

O 29 , 65 

Ces nombres conduisent à la formule C'*H'*0'. 

» Il est hors de doute que le principe amer résume en lui les propriétés 
thérapeutiques de cette graine. Des essais cliniques, faits par le D'' Isnard, 
médecin en chef de la Douane de Marseille, semblent mettre déjà en évi- 
dence que, à la dose de o^'', 10 à o^', 20, ce principe amer agit contre les 
fièvres intermittentes avec autant de sûreté que les sels de quinine. » 



GÉOLOGIE. — Sur le système triasique des Pyrénées-Orientales, à propos 
d'une Communication de M. Jacquot. Note de M. A. -F. IVoguès, pré- 
sentée par M. Hébert. 

« Il y a plus de vingt ans que j'ai fait connaître le trias des Pyrénées-Orien- 
tales, dans les localités mêmes de la vallée du Tech, citées par M. Jacquot, à 
Amélie-les-Bains, Montbolo, Polalda, et, plus au sud, à Saint-Laurent-de- 
Cerdans, la Manera, etc. Dans cette Note, je complète les renseignements 
d'alors. Non seulement j'ai signalé le grès bigarré, mais aussi le système 
calcaire et marneux qui le recouvre. Dès i85g, j'ai distingué les grès 
rouges triasiques et antétriasiques des grès crétacés couleur lie de vin ; puis, 
dès 1862, j'ai tracé les limites du trias de la vallée du Tech (Géologie strali- 
graphique et minéralogique des sédiments inférieurs des Pyrénées-Orientales) ; 
dans ma Carte géologique des Pyrénées-Orientales présentée à l'Association 
française (août 1878), j'ai représenté le trias par une teinte jaune Isabelle. 
Les différences d'aujourd'hui portent seulement sur les accolades. 



< 92 ) 

» Amélie-les-Bains. — La base de la montagne sm- laquelle serpente le 
chemin de Montbolo montre, à partir de la roche granitoïde du fond du 
vallon : (A) schiste de transition pénétré par du porphyre; (B) système tria- 
sique : i° grès rouge ferrugineux pénétré parle porphyre quartzifère blanc ; 
2° grès rouge quartzeux; 3" grès rouge avec cailloux de quartz; [\° grès 
rougcàtre schistoïde, le tout constituant l'étage du grès bigarré; puis, vien- 
nent : 5° calcaire schistoïde; ô° calcaire noir en feuillets épais; 7° calcaire 
compact noir. 

» Sur le chemin de Céret, avant d'arriver à Amélie-les-Bains, se trouve 
un promontoire dont la base est entaillée par le lit du Tech et par la tran- 
chée de la route : ici la coupe est plus complète; on y distingue : schiste de 
transition de la base, système triasique. (A) Grès bigarré : 1° grès rouge peu 
solide se délitant en marnes; 2° grès rouge de couleur de brique, micacé, 
ou psammite lie de vin, qui forme les assises du pont de Polalda. (B) Mu- 
schelkalk : 3" calcaire rouge et gris verdàtre compact en lits minces, alter- 
nant avec des argiles de même teinte ; 4° marnes et calcaires schistoïdes, 
gris et noirâtres; 5° calcaires noirs compacts en bancs réguliers arqués; 
6° bancs épais de calcaire gris bleuâtre subcristallins; ■7° calschistes grisâ- 
tres ou jaunâtres; 8° calcaire gris foncé compact. (C) Marnes irisées : 
9"" marnes jaunâtres et grisâtres souvent feuilletées avec lits de grès, quel- 
quefois avec lits de calcaires celluleux et magnésiens. Puis vient une série 
de couches de grès et de calcaires crétacés fossilifères. 

» L'ensemble de système triasique s'est élevé au nord-est, dans le lit de 
la rivière, sur une longueur de 200"" à 3oo'"; les grès bigarrés et le système 
triasique réapparaissent un peu plus loin, à l'est d'Amélie, aux Plâtrières 
de Melciou. La montagne qui s'élève sur la rive gauche du Tech, entre Po- 
lalda et Amélie, présente la même composition avec un plus grand dévelop- 
pement de groupe calcaire, qui a d'ailleurs la plus frappante analogie avec 
le trias calcaire du Pieretal-de-Fornel de la sierra de Gador. 

» Saint-Laureni-de-Cerdans . — A 2''™ avant d'arriver à Saint-Laurent-de- 
Cerdans, à la métairie Lafage, réapparaissent les grès rouges (grès bigarré) 
du trias reposant directement sur le granité, avec une inclinaison sud-est ; 
en s'approchant davantage du versant espagnol, dans la vallée de la Muga, 
ils se développent encore davantage. 

» A partir du granité : (A) Système triasique. {a) grès bigarré : 1° grès 
rouge à grains fins, 2" grès rouge un peu marneux, 3° grès rouge quartzeux, 
4° grès jaunâtre: (b) groupe calcaire : 1° calcaire argileux, calcaire à ci- 
ment, 2° calcaire noirâtre, 3" calcaire gris, 4° cargneules et calcaire ma- 



(93 ) 
gnésien; {c) groupe marneux, ici très réduit et dénudé. Tout ce système 
est surmonté de calcaires crétacés très développés, surtout aux environs 
de Coustouges, Villaroja, la Manera. 

» Au sud de Coustouges, à la métairie de la Counie, se retrouvent les 
mêmes couches qu'au vallon Lafage. Dans l'entonnoir du Camp d'Amont, 
au sud-est de Coustouges, les grès rouges du trias forment les parois inté- 
rieures et profondes du cirque dont les bords supérieurs sont recouverts 
par les grès rouges et jaunâtres avec Cyclolites elliptica (Lk) et par des 
calcaires à Hippurites et à Caprines. 

» Aux environs de Coustouges, Villaroja, la Manera, le terrain crétacé 
qui recouvre le trias se compose de haut en bas de : i" de calcaire à Bip- 
purites et Caprines, 2° grès rouges et jaunâtres à Cyclolites elliptica, 
3" schistes crétacés et marneux, 4" grès jaunâtres avec Plicatules, Rhyn- 
chonelles {Rhinchonella deformis, d'Orb.), 5" grès jaunes et gris, (3" calcaires 
à Ostrea columba (Dech.); enfin, en face de hi Manera, sur la montagne 
de Besseguda, se montre le terrain nummulitique recouvrant le terrain 
crétacé. 

» En résumé, on trouve dans toute la chaîne des Pyrénées un grès de 
couleur rouge de brique ou lie de vin associé à des poudingues quart- 
zeux et à des schistes rouges argilo-arénacés. Ces grès représentent le trias 
inférieni-; celui-ci est surmonté, dans la vallée du Tech, d'un système de 
calcaires diversement colorés, plus ou moins altérés, associés eux-mêmes 
à des marnes plus ou moins argileuses ou arénacées. 

» Le système de grès rouges triasiques forme dans la vallée supérieure 
du Tech (Saint-Laurens, Samovera, Villaroja, etc.) une arête orogra- 
phique parfaitement dessinée; il est important de ne pas le confondre 
avec un autre grès rouge appartenant à la craie (grès à Cyclolites elliptica), 
qui se trouve dans les mêmes localités et en particulier à la Manera. 

» Quant aux roches complexes et variées, connues sous le nom collec- 
tif d'0yyA«Ve5 de Palassou, j'ai démontré dans mon Mémoire de 1864 (Ophites 
des Pyrénées) qu'elles sont beaucoup plus anciennes que Dufrénoy ne le sup- 
posait, et qu'elles comprennent plusieurs espèces de roches éruptives. Les 
ophites ont disloqué et métamorphisé les calcaires triasiques, jurassiques, 
crétacés; leur première éruption a commencé avec le trias ou le jurassique 
inférieur pour finir avec l'éocène inférieur. 

» Les ophites ne sont pas des roches sédimentaires métamorphisées; 
elles ne représentent ni le muschelkalk ni les marnes irisées : ce sont 
des roches hypogènes. Les roches analogues aux ophites que j'ai eu l'oc- 



( 94 ) 
casion d'observer en Andalousie me confirment dans mes vues de i864; 
aucune des recherches de MM. Virlet d'Aoust, de Magnan, de Garri- 
gou, etc., n'a pu établir d'une manière concluante la nature sédimentaire 
ou znétamorphique des ophites des Pyrénées. « L'analyse microscopique, 
» dit M. Michel Lé\7, donne tort à l'opinion jadis soutenue par MM. Vir- 
» let d'Aoust, Magnan, Garrigou, qui met en doute la nature éruptive 
» des ophites. » 



PALÉONTOLOGIE. — Faune des Invertébrés des grottes de Menton, en Italie. 
Note de M. Emile Rivière, présentée par M. Gaudry. 

« Les grottes de Menton m'ont donné non seulement une très nom- 
breuse série de Mammifères différents, mais encore et surtout une faune 
d'Invertébrés si considérable qu'elle comprend près de quarante mille 
échantillons. Elle est, de plus, si variée que je ne connais jusqu'à présent 
aucune grotte d'habitation de l'homme quaternaire qui ait fourni un aussi 
grand nombre d'espèces différentes. Leur Catalogue complet, dressé avec 
le concours de M. le D' Fischer, aide-naturaliste au Muséum, ne com- 
prend pas moins de 171 espèces marines ou terrestres, fossiles et d'étages 
différents, ou vivantes, tant méditerranéennes qu'océaniques. Ces diffé- 
rences d'origine sont un fait des plus intéressants. En effet, parmi les fos- 
siles, y Acanthoceras Lyelli du gault a été, d'après M. Fischer, recueilli dans 
les couches fossilifères de la Perte-du-Rhône. La Rhynchonella depressa 
provient de la craie. Les Nummulites perjorata et Lucasana se rencontrent 
en quantité à la Murtola, c'est-à-dire à quelques centaines de mètres des 
grottes, sur la plage de Garavan, à Menton. Enfin, le Cerithium cornu-copiœ 
doit provenir de Valognes (Manche). Quant aux fossiles pliocènes, ils pro- 
viennent certainement soit des argiles de Castel d'Appio (Italie), soit des 
argiles de Biot (Alpes-Maritimes). 

CATALOGUE ('). 
A. — Coquilles fossiles. 

'îAULT, 1 CRAIE. 

Acanthoceras Lyelli Leymerie. | Rhynchonella depressa d'Orbigny. 



(■) Abréviations : M. ûgniÛQ juéditerranéenne; O. signifie océanique; M. O. si- 
gnifie à la fois méditerranéenne cl océanique; Ind. signifie espèce indéterminable. 



(95) 



^L'M5HJL1T1QUE. 

Nummalites perfoiaUl d'Orbigny. 

)) Z«CfMf?/!« Defrance. 

Cerithium cornu-copiœ Sowerby. 
Arca ind. ('). 

PLIOCÈNE. 

Pecten benediclus Lamarck. 

» scabrellus Lamarck. 

» /^Mc/i5f Fontanes. 
Tuvritella Arcliimedis Brongniart. 



Cyprœa elongata Brocchi. 
Ranella marginata Brocchi. 
Fusas rudis (^) Philippi. 
Pleuroloma undatiruga Bivona. 
Nassa prismatica Brocclii. 

» mutahilis Linné. 

» inusiva Brocchi. 
Tritonidia Bivierei Fischer. 
Terebra fiiscata Brocchi. 
Denlaliuni Delesserlianam Clienu. 



B. — Coquilles vivantes. 



a. MARINES. 



ACÉPHALES. 



Lutraria elliplica Lamarck, ]\L 0. 
Tapes a lire us Linné, M. O. 

» decussatus Linné, M. O. 
Venus gallina Linné, M. O. 
Cardium aciileatiun Linné, M. O. 
Cardium echinatuin Linné, AL O. 
» edule Linné, M. O. 
» exigaum Gmelin, M. O. 
» oblongiini Cheranilz, M. 
» papillosLini Poli, M. O. 
» rusticum Lamarck, M. O. 
» tubcrcidalum Linné, M. O. 
Liicina borealis Linné, M. O. 

» lactea Linné, M. O. 
Cardita calyculala Linné, M. 
Arca dilui'ii Lamarck, M. 
» lactea Linné, M. O. 
Pectunculus glycimeris Linné, M. O. 
» pilosus Linné, M. 

u i;jo/«ce5ce/i5 Lamarck, M. 

Mytilus edulis Linné, ^L O. 
Pecten Jaco bœ us h'inné, M. 
» niaxùniis Linné, M. O. 



Pecten inultislriatus Poli, M. O. 

» varius Linné, M. O. 
Spondylus gœderopus Linné, M. 
Ostrea edulis Linné, M. O. 
Anomia ephippium Linné, M. 0. 

GASTROPODES. 

Ah'ania crcnulata Michaud, M. O. 
n europœa Risse, M. 
» Montagui Payraudeau, M. 
Rissoa subcostulata Schwartz, M. 
» variabilis Miihlfeldt, M. 
» ventricosa Desmarest, M. 
Rissoina Bruguieri Payraudeau, M. 
Turritella commuais Risso, M. O. 

» triplicata Brocchi, M. 

Scalaria coinmunis Lamarck, M. O. 

» Turtojiœ Turton, M. 0. 
Littorina littoralis Linné, O. 
n obtusata Linné, O. 
» rudis (^) Malon, M. O. 
Natica Alderi Forbes, M. O. 
» fiisca B lai n vil le, M. O. 
» Guilleniini Payraudeau, M. O. 
» millepunctata Lamarck, M. 
» monilifera Lamarck, M. O. 



(') Elle rappelle Y Arca turonica Dujardin, espèce fossile desfaluns. 
(^) Celle coquille est si rare dans la Médilerranée qu'elle est considérée comme 
fossile. 

(^) Rare dans la Médilerranée. 



( 96 ) 



Natica olla Marcel de Serres, M. 
Turbo rugosus Linné, M. O. 

» sanguineus Linné, M. 
Phasianella pullus Linné, M. O. 
Trochus Adansoni Payraudeau, M, 

» aclriaticus Philipi^i, M. 

» articulalus Lamarck, M. 

» Biasoletti Pliilippi, M. 

» coniiliis Linné, M. 

» conuloides Lamarck, O. 

» divaricatus Linné, M. 

» Fernioni Payraudeau, M. 

» Zaii^i'erj Payraudeau, M. 

» mutabilis V\n\\^^i, M. 

n liichardi Payraudeau, M. 

» slriatus Linné, M. O. 

» tiirbinatus Born, M. 

» zizypliinus Linné, M. 
Clanculus corallinus Gmelin, M. 

» Jussieui Payraudeau, ^L 

Haliolis lamellosa Lamarck, M. 
Cyprœa europœa Montagu, M. O. 

» lurida Linné, M. 

» pAy5« (' ) Brocchi, M. 

» pyriun Linné, M. 

» spurca Linné, M. 
Ovula ind. 

Marginella miliacea Lamarck, M. 
C/ienopiis pes-pelicani hinné, M. O. 

» » var. rninor, M. 0. 

Coiius niedilerraneusBrugiùère, M. 
Milra ebcnus Linné, M. 

)) ind. 
Murex crislalus Brocclii, M. 

» Edtrardsi Payraudeau, M. O. 

1) erinaceus Linné, M. O. 

» trunculus Linné, M. 
Triton nodiferus Linné, !\L 0. 

» CH/«ce(« Linné, M. O. 

Fusas corallinus Pliilippi, M. O. 

)) pulchellus Pliilippi, M. 



Fusus rosLralus Olivi, M. 
Cancellaria cancellata Linné, M. 
Pleurotoma Philberli Micliaud, M. 

» ind. 

Cassis saburon Bruguière, M. O. 

» sulcosa Bruguière, M. 
Cassidaria echinophora Linné, M. 

» Tyrrhena Cliemnitz, M. O. 

Columbella Gervillei Payraudeau, M. 
» rustica Linné, M. 

» scripta Linné, M. 

Purpura lapillus Linné, 0. 
Buccinum undatum Linné, O. 
Nassa corniculum {-) Olivi, M. O. 
n gibbosula Linné, M. 
» incrassata Muller, M. O. 
» neritea Linné, M. O. 
» reticulata Linné, M. O. 
» variabilis Pliilippi, M. 
Euthria cornea Linné, M. 
Cerithium fuscatum Costa, M. 
» scabrum Olivi, M. O. 

» vulgatuni Bruguière, M. 

]'ermelus ind. 

Fissurel/a gibba Pliilippi, M. O. 
Patella cœrulea Linné, M. 
» ferruginea Gmelin, M. 
» lusitanica (') Gmelin, M. O. 
» » var. à côtes plus fortes. 

» Tarentina Lamarck, M. O. 
» vulgata Linné, O. 
Dentaliuni dentalis Linné, M. 

» not'emcostatum Lamarck, 1\L 

» Tarentinum Lamarck, M. O. 

b. COQUILLES TERRESTRES. 
GASTROPODES. 

Hélix aspersa Muller. 
» cespiturn Muller. 
» conspurcata Draparnaud. 
» elegans Gmelin. 



(') Espèce rare actuellement. 

(-) et (^) Ces deux espèces ne dépassent pas au nord, dans l'Océan, le golfe de 
Gascogne. 



(97 ) 



HcUx nemoralis Linné. 
B » var. major. 

» niciensis Férussac. 

» vermiciilata Millier. 

» cingulata Studer. 

» ericetorum Millier. 
n » var. major, 

n Mazzullii Jan. 

» obvoluta Millier. 

» rufescens Pennant. 

» slriata Draparnaud. 



Leucochroa candidissima Draparnaud. 
Zonites olivetorum Gmelin. 

» » var. Leopoldinus. 

» ind. ('). 

» spelœus Issel. 
Rumina decollata Linné. 
Bulirniiius quadridens Millier. 
Pupa similis Bruguière. 
Cyclostom.a elegans Millier. 

» sulcatum Draparnaud. 

Pomatias obscurus Draparnaud. 



» J'ai trouvé, en outre, une Serpula absolument indéterminable et deux 
Polypiers : le Cladocora cespitosa Linné et un Cladocora indéterminable. 

» Telles sont les 171 espèces d'Invertébrés trouvées dans les grottes de 
Menton; elles se divisent en 20 espèces fossiles, i25 espèces vivantes et 
marines et 2G espèces terrestres. Parmi les espèces vivantes et marines, 
5o sont à la fois méditerranéennes et océaniques; 62 appartiennent exclu- 
sivement à la Méditerranée et 6 seulement à l'Océan ; enfin 7 sont indéter- 
minées. )) 

M. Daubrée présente, de la part de M. Nicolas de Kokscharow, fds de l'é- 
minent Correspondant de l'Académie, une étude cristallographique, écrite 
en langue russe, sur les topazes de Durango au Mexique. L'auteur compte 
la faire suivre de recherches sur les topazes de Sibérie, auxquelles il ne 
pourra se livrer qu'au retour de la nouvelle mission scientifique du gou- 
vernement russe, qu'il poursuit en ce moment en Sibérie, dans l'Altaï. 



La séance est levée à 4 heures et demie. 



J. B. 



(') Elle appartient au groupe de Volivetorum. 



C. R., 1886, 2' Semestre. (T. OUI, N" I.) 



i3 



(98) 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



Ouvrages reçus dans la séance du 5 juillet 1886. 

Doria et Barberousse; parle vice-amiral Jurien de la Grwière. Paris, 
E. Pion, 1886; I vol in-i2. 

Notice nécrologique sur M. Nicolas Joly; par M. D. Clos. Toulouse, impr. 
Douladoure-Privat, 1886; br. in-8°. 

Traité de Zoologie médicale; par R. Blanchard ; 2« Partie. Paris, J.-B. Bail- 
lière, 1886; in-8°. 

Microzymas et microbes; par A. Béchamp. Paris, Impr. Réunies, 2, rue 
Mignon, 1886; in-8°. 

Géographie rimée. Les départements français ; par L. Lombard. Nice, impr. 
Ardoin, i885 ; in-18. 

Fifth annual Report of the United States geological Survey to the secretary 
ofthe Interior 1 883-1 884 ; by J.-W. Powell, director. Washington, Govern- 
ment printing-office, i885 ; in-S" relié. 

Terremoto no Rio de Janeiro ; conductores electro-telluricos deduzidos dos 
pararaios de Franklin; pelo D"^ M. Marques de Carvallo. Rio-de-Janeiro, 
typ. Camoes, 1886; br. in-S*". 

Sulle eruzioni centrale ed eccentrica delV Etna, scoppiate il di 18 e igmag- 
gio 1886; 2" Rapporto al R. GovernodiO. Silvestri. Catania, Galatola, 
1886; br. in-S". (Présenté par M. Daubrée.) 



COMPTES RENDUS 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉANCE DU LUNDI 12 JUILLET 188G. 

PRÉSIDENCE DE M. JURIEN DE LA GRAVIÈRE. 



MÉMOIRES ET COaiMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDAINTS DE L'ACADÉMIE/ 

GÉODÉSIE. — Sur les rapports de la Géodésie avec la Géologie; 

par M. Faye. 

« J'ai exposé, il y a quelcpies mois, dans une Conférence de la Sor- 
bonne ('), des idées qui intéressent à la fois ces deux Sciences. Il n'est 
plus possible aujourd'hui de maintenir entre elles l'ancienne séparation : 
d'exclure, par exemple, en Géodésie, de l'ensemble des forces qui agissent 
sur le elobe terrestre, celles qui en modifient incessamment le relief, ou de 
chercher, en Géologie, la cause de ces dernières sans savoir que leur ac- 
tion est pondérée de manière à ne pas altérer notablement, dans le cours 
des siècles, la figure d'équilibre de notre planète. 

» C'est pour avoir perdu de vue ces rapports nécessaires que les géo- 



(') Revue scientifique du 27 mais. 



f. 



C. R., 1886, 2' Semestre. (T. CIll, N» 2.) '4 



( lOO ) 

logues qui prétendent rattacher la formation de la Terre à une conception 
de pure géométrie, sans s'occuper des forces qui en maintiennent la figure, 
s'exposent à tomber d'hypothèse en hypothèse jusqu'à la théorie de la 
Terre pyramidale qui, certes, ne saurait être considérée comme un pro- 
grès. 

» J'attachais peu d'importance à cette singulière idée : aussi ne m'atten- 
dais-ie guère à une vive opposition de la part de ses rares partisans. Mais je 
me trompais : l'hypothèse pyramidale était fortement ancrée dans quelques 
esprits ; à peine ma théorie était-elle publiée qu'elle a été attaquée avec 
une vivacité singulière. Le savant défenseur de cette hypothèse, M. deLap- 
parent, a produit tout d'abord un grand effet en m'accusant d'être en dés- 
accord aA'ec les géodésiens allemands. Puis il a nié que la présence des 
mers ait exercé la moindre influence sur le refroidissement du globe et il 
nous a apporté en preuve l'histoire d'un puits artésien de 126'", foré en 
Sibérie. Il a parlé des fissures et des cavernes qui doivent diminuer la den- 
sité des couches profondes du globe, et il a contesté que ces couches 
soient devenues plus denses en passant de l'état liquide à l'état solide et 
cristallin. 

» Enfin, tout récemment, il a essayé de prouver que la figure du globe 
a été profondément altérée à l'époque quaternaire par l'attraction des 
glaciers : cette attraction serait venue s'ajouter à celle des continents 
pour défigurer doublement la surface des mers. Cette espèce de cam- 
pagne en faveur de la théorie pyramidale de la Terre a été conduite si 
vivement et avec tant de succès que je viens de retrouver la plupart de 
ces arguments dans des journaux français fort sérieux, et même beaucoup 
plus loin, dans le nouveau Journal astronomique de Rio-Janeiro. 

» Je suis bien forcé d'avouer le désaccord que M. de Lapparent signale 
entre les idées de quelques savants allemands et les miennes. Ce désac- 
cord est complet. Mais ce n'est pas moi qui ai rompu avec la vraie tradi- 
tion scientifique, celle que Bessel représentait si hautement en Allemagne : 
c'est le fait des quelques géodésiens dont M. de Laj)parent m'oppose l'au- 
torité, mais qui seraient bien surpris eux-mêmes s'ils se doutaient que l'on 
se réclame, en France, de cette autorité pour soutenir l'hypothèse pyra- 
midale. Ce désaccord, d'ailleurs, est purement passager ; il cédera devant 
une étude plus large des faits qui se prépare en Allemagne, étude où l'on 
prendra pour base de ce vaste travail précisément l'ellipsoïde de révo- 
lution de Bessel que les dissidents dont il s'agit ont repoussé avec un 
certain dédain, et alors des travaux dont je suis loin de méconnaître le 



( loi ) 

mérite prendront leur valeur réelle. Pour moi, je suis de l'école géodé- 
sique de France, suivie et développée par Bessel en Allemagne, Airy et 
Clarke en Angleterre, le Révérend Pratt aux Indes orientales, Pierce en 
Amérique, Andrae en Danemark, etc. Je reconnais, avec ces maîtres de 
la Science, que le géoide (c'est le nom que les Allemands donnent aujour- 
d'hui à la surface des mers prolongée idéalement au-dessous des conti- 
nents), loin d'offrir en plein Océan de vastes trous d'un kilomètre de 
profondeur, ne diffère d'un ellipsoïde de révolution que par de faibles on- 
dulations sans loi assignable. J'ajoute seulement à leur doctrine cette idée 
que le système mystérieux de compensation qui annule sensiblement l'in- 
fluence des continents émergés sur le niveau des mers est dû au mode 
de refroidissement propre à notre planète ( ' ). 

» Aujourd'hui, je me propose d'examiner la récente objection relative 
aux glaciers quaternaires (-), non pas, bien entendu, en géologue, mais au 
point de vue de leur attraction sur les mers. 

» Jusqu'ici les terrasses étagées qui marquent, dans la péninsule Scan- 
dinave, les niveaux atteints par les mers aux différentes époques de la 
période quaternaire, et que le géologue trouve aujourd'hui à des altitudes 
de 200™, 3oo", 400™ et au delà, étaient considérées comme le résultat d'une 
émersion plus ou moins régulière, mais progressive, qui est encore au- 
jourd'hui à l'œuvre sur certains points. M. de Lapparent entreprend de 
montrer, au contraire, que c'est la mer qui s'est affaissée. Pour cela, il 
suppose que, pendant la phase glaciaire, la masse de glace accumulée 
sur ces terres septentrionales a dû joindre son attraction à celle du conti- 
nent européen, soulever le niveau des mers et le laisser retomber plus 
tard, à l'époque de la fusion et du retard desdits glaciers ('). 

(') Sur la constilulion de l'écorce terrestre {Comptes rendus des 22 mars et 5 avril 
dernier). 

(^) De Lappauent, L'atlraclion des glaces sur les masses d'eau voisines {Bévue 
scientifique. n° 26, p. 801). 

(') Je ne conteste pas cette action, mais elle n'a rien de commun a\ec celle des 
continents. L'attraction d'un continent sur le niveau des mers est sensiblement nulle, 
parce qu'elle est compensée au-dessous par un défaut d'épaisseur de la croûte ter- 
restre. Il n'en serait plus de même de l'attraction d'un accident du sol, d'une pyra- 
mide d'Egypte, d'une couche de glace posée sur le continent, parce qu'elle ne serait 
pas compensée par un défaut correspondant dans les couches profondes. Ce sont ces 
accidents du sol continental, les collines ou les vallées, les amas de matériaux de den- 
sité anormale qui produisent les ondulations du géoide, sans parler des défauts locaux 
de la compensation générale, qui ne saurait être absolue. 



C I02 ) 

» C'est ici une simple question de calcul : l'attraction d'un glacier de 
dimensions données est-elle capable d'élever le niveau des mers voisines 
à plus de 4oo™ sur les côtes? 

» Si, pour faciliter le calcul, on assimile ce glacier à une calotte de 
elace à base circulaire et d'épaisseur constante, on ne risque pas d'appré- 
cier trop bas l'effet de ce glacier. En désignant donc par h l'épaisseur con- 
stante de ce glacier, par a degrés le demi-diamètre de sa base, et en por- 
tant à i la densité de la glace par rapport à la densité moyenne de la Terre, 
ou aura, avec une approximation bien suffisante, pour la dénivellation pro- 
duite sur les bords, 

h ( TT^ 2 sin- 7 a I . 

V36o» 4 / 

» Admettons, coaiime le fait M. de Lapparent (j'ignore sur quels fon- 
dements), que la calotte quaternaire de glace ait eu, sur le continent euro- 
péen, l'énorme épaisseur de i''""; soient, déplus, 20° pour l'amplitude de la 
base, ce qui couvrirait de 1''™ de glace toute l'Europe, depuis le cap Nord 
jusqu'au parallèle de Paris : le calcul ne donnera qu'vme dénivellation 
de 24™. Nous voilà bien loin des 400™ dont il faut rendre compte. Il n'y a 
donc pas lieu d'invoquer ici l'attraction des glaciers ('), et il faut revenir 
à l'explication ordinaire des géologues, c'est-à-dire aux phénomènes d'émer- 
sion ou d'affaissement dont l'écorce terrestre a été le théâtre à toutes les 
époques, même à celles où il n'y avait pas de glaciers du tout. 

» La seconde objection de M. de Lapparent n'est pas mieux fondée. Il 
s'agit, cette fois, de l'époque quaternaire en Amérique et de l'ancien lac qui 
occupait le bassin où coule aujourd'hui la Red River. M. Dana attribue 
cette formation à un exhaussement du sol qui faisait obstacle, au nord, à 
l'écoulement des eaux; M. de Lapparent y voit l'effet d'un grand glacier, 
ce qui dispense de recourir aux mouvements du sol. Je me garde bien 
d'intervenir dans ce débat tout géologique, mais quand je vois M. de Lappa- 
rent attribuer à l'attraction du glacier sur les eaux du lac le défaut 
d'horizontalité des terrasses qui ont successivement ser^ i de bords à ce 
lac à mesure que son niveau baissait, je consulte les chiffres et je trouve 
qu'il s'agit de 38™ à 5o™ ; en d'autres termes, sur une longueur de 222*"" 
ou de 2°, ces cordons littoraux se relèveraient de cette quantité. Or, 

(') Restent, il est vrai, certaines difficultés de détail sur lesquelles M. de Lapparent 
insiste beaucoup. Il suffit de faire remarquer que ces difficultés seraient exactement 
les mêmes dans les deux cas, soit que la mer s'abaisse, soit que le sol s'exhausse. 



( 103 ) 

même en supposant un énorme glacier de i""" d'épaisseur sur 20° de dia- 
mètre, nous venons de voir que l'on n'aurait sur les bords qu'une dénivel- 
lation maximum de 24'° : comment veut-on que cette dénivellation varie 
de 38" d'un point à l'autre, môme sur un parcours de 2"? La variation 
serait de 4" à 5"° au plus et, comme il s'agit d'un glacier qui fond et se 
retire, son attraction a dû être bien inférieure à celle d'une couche ayant 
aux bords la même épaisseur qu'au centre, en sorte que l'effet invoqué 
par M. de Lapparent n'a peut-être pas dépassé quelques décimètres. 

» Ainsi, M. de Lapparent et les auteurs auxquels il emprunte ses argu- 
ments n'ont pas songé à vérifier leurs suppositions par le calcul, autre- 
ment ils se seraient bien vite aperçus que ces phénomènes sont hors de 
proportion avec l'action des plus gigantesques glaciers quaternaires, à 
moins de décupler la hauteur déjà énorme qu'ils leur attribuent, et encore 
on serait loin de compte. 

» Il m'a paru que je ne devais pas laisser sans réponse les objections 
de M. de Lapparent, d'abord à cause du juste crédit dont cet auteur jouit 
dans le monde scientifique, ensuite parce que les idées qu'il a entrepris 
de combattre s'adressent tout aussi bien aux géologues qu'aux géodésiens. 
Cette discussion a aussi l'avantage de montrer, une fois de plus, que la 
Géodésie peut rendre quelques services à la Géologie. 

» Encore quelques mots pour terminer. Depuis que M. de Lapparent a 
mis en avant les géodésiens allemands, beaucoup de personnes s'imagi- 
nent que le niveau des mers est fortement surélevé sur les côtes par l'at- 
traclion des continents, et que la surface des océans présente en son 
milieu de larges creux de i'"° de profondeur. Permettez-moi de consigner 
ici, à ce sujet, la déclaration d'un maître de la Science, M. Andrae, Direc- 
teur des travaux géodésiques en Danemark : 

» Il faut se rappeler que la surface du géoïrle décrit partout une infinité d'ondula- 
tions qui tantôt s'élèvent comme des monticules au-dessus du sphéroïde (c'est un mot 
que l'auteur emploie parfois pour désigner plus brièvement l'ellipsoïde de révolution 
déterminé par le colonel Clarke) et tantôt s'abaissent comme des vallées qui peuvent 
pénétrer plus ou moins dans son intérieur, la distance entre les deu\ surfaces, d'après 
toutes les observations géodésiques recueillies jusqu'ici, devant toujours être consi- 
dérée comme extrêmement petite, puisqu'elle ne varie le plus souvent c\u entre quel- 
ques pouces et quelques pieds ( ' ). 

» Telle est la vérité. « 



(') G. -G. Andrae, Problèmes de haute Géodésie, p. i et 2. Gopenhague, i883. 



( io4 ) 



NAVIGATION. — Sur la nmngation de nuit dans le canal manlime de Sue:-. 

Note de M. de Lesseps. 

(( La navigation de nuit dans le canal de Suez est assurée par l'emploi 
de feux de direction sur la ligne du canal et de feux électriques à bord des 
navires. 

)) L'application de la lumière électrique au passage des navires dans le 
canal de Suez a été étudiée : 

» i" Au point de vue de l'exécution de nuit des travaux d'entretien et 
(t'amélioration, dans le but de diminuer, pendant le jour, les ennuis qui 
peuvent résulter pour la navigation, dans certains cas, de la présence dans 
le canal des appareils de dragage en travail et des transporteurs empor- 
tant les déblais ; 

« 1° Au point de vue du transit des navires proprement dit, le passage 
de nuit permettant de réduire la durée des arrêts en garage, inévitables 
jusqu'au moment où l'élargissement du canal maritime, effectué dans toute 
sa longueur, facilitera les croisements. 

» Après un certain nombre d'expériences longues et délicates, ces deux 
questions ont été résolues avec succès. 

» La question de la navigation de nuit dans le canal devait être abordée 
avec la plus grande prudence; un essai prématuré malheureux et un in- 
succès surtout eussent produit, sur les armateurs et les assureurs, une im- 
pression déplorable, susceptible de retarder l'application pratique de la 
facilité nouvelle recherchée. Un succès trop bàtif, d'autre part, eût peut- 
être préparé des déceptions. 

» La Note jointe à cette Communication résume.les^études et les essais 
faits du commencement de 1881 jusqu'à la fin de r884. 

» Dès le début, l'idée de l'éclairage du même canal a dû être définiti- 
vement écartée. Ce système, excessivement coûteux, aurait plutôt nui à la 
bonne marche des navires : la lumière n'eût pas éclairé, mais ébloui les 
pilotes et les capitaines. 

M Les études et essais de toutes sortes se terminèrent, au commencement 
de i883, par une application pratique aux dragages de nuit par porteurs. 
Ces essais répondaient à la fois aux conditions d'un travail de nuit dans le 
champ de dragages, et à celles d'un transit de nuit des porteurs, véritables 
navires marchant à 10'"" par heure, vitesse réglementaire des bâtiments 
passant le canal. 



( io5 ) 

» Les appareils à bord de la drague comprenaient : une machine 
dynamo-électrique Gramme, trois lampes Gramme avec réflecteur, et un 
moteur Brotherhood, de 5 chevaux: de force, alimenté par la chaudière 
à vapeur de la drague elle-même. L'ensemble de ces appareils devait 
donner un éclairage régulier sur le pont, dans le puits de la drague, et 
projeter une clarté suffisante sur une zone environnante d'au moins loo"" 
de largeur à partir des flancs et des extrémités de l'appareil. 

» Chaque porteur naviguant était muni d'une machine dynamo-électrique 
Gramme, donnant 24 ampères, d'une lampe Gramme devant être allumée 
pendant le chargement et éteinte pendant la marche; d'un projecteur 
Mangin, à porte divergente, et d'un moteur Brotherhood de 3 chevaux de 
force, alimenté par la chaudière du porteur, ensemble destiné à réaliser 
un éclairage régulier et suffisant pour les manœuvres sur le pont des por- 
teurs, pour leur accostage et enfin pour leur marche de nuit dans le canal 
maritime. 

» Ces essais pratiques avant réussi, il fut procédé, au commencement 
de 1884, à un essai prolongé de transit de nuit au moyen de l'un des por- 
teurs. Ce navire passa de nuit d'ismaïlia à Suez (c'est-à-dire dans la partie 
du canal où se rencontrent des courbes et des courants), dans d'excellentes 
conditions. Cet essai démontra que le principe et les dispositions des appa- 
reils étaient convenables, et qu'il suffisait, pour arriver au succès, de quel- 
ques légères modifications dans les appareils, et d'un changement dans la 
disposition des bouées balisant le chenal, qu'd convenait de rapprocher 
de manière que le faisceau lumineux du projecteur à bord du navire pût 
éclairer trois couples de balises à la fois. 

» Il fut aussitôt décidé que des essais tout à fait concluants seraient faits 
au moyen d'un des gros remorqueurs de la Compagnie. Ces essais ont per- 
mis, sans hésitation, d'arrêter le mode de navigation de nuit actuellement 
pratiqué. 

» Le remorqueur, de 36" de longueur à la flottaison et 6™, 80 de lar- 
geur au fort, fut muni d'une machine dynamo-électrique du système 
Gramme, donnant 45 ampères et commandée directement par un moteur 
à vapeur Mégy, alimenté aux chaudières du navire, d'un projecteur de 
o™,4o de diamètre, placé à l'avant^ avec miroir aplanétique du colonel 
Mangin, et porte divergente, d'une lampe automatique de Gramme, pour 
l'éclairage du pont, des flancs et de l'arrière du remorqueur, suivant les 
besoins; d'une tablede distribution, avec résistances d'équilibre, et de tous 
les câbles et accessoires divers nécessaires. 



( >o6) 

» Les essais de transit de nuit du remorqueur, faits en mai i884, réus- 
sirent complètement. On en conclut que des navires gouvernant bien, 
munis d'appareils similaires, pourraient certainement passer le canal de 
nuit avec les installations à bord ci-dessus décrites, un rapprochement des 
bouées de -^ à 1^ de mille, l'établissement de feux de direction donnant 
les alignements droits et les tangentes des courbes, feux au pétrole, d'une 
portée de 9 milles, montés sur des potences spéciales ou des bouées lumi- 
neuses du système Pintsch. 

» Ces installations étant terminées et éprouvées dans une première sec- 
tion du canal (de Port-Saïd au kilomètre 54), la Compagnie publia, le 5 no- 
vembre i885, le règlement dont un exemplaire est joint à cette Note, 
annonçant qu'à partir du 1*=' décembre i885, et jusqu'à nouvel ordre, les 
navires de guerre et les navires postaux, gouvernant bien et munis des 
appareils voulus, seraient autorisés à passer le canal de nuit aux mêmes 
conditions édictées pour le transit de jour. 

» Les appareils nécessaires à bord étaient : à l'avant du navire, un pro- 
jecteur électrique d'une portée de 1200"; à l'arrière, une lampe élec- 
trique capable d'éclairer un champ circulaire de 200™ à 3oo™ de diamètre; 
sur chaque flanc, une lampe électrique avec réflecteur. Ce règlement spé- 
cifiait, en outre, les conditions dictées par l'expérience pour les manœuvres 
de transit, la marche et les garages. 

» I^es navires ont à se munir à leurs frais, et suivant leurs convenances, 
des appareils d'électricité, qu'ils utilisent d'ailleurs hors du canal pour 
leurs propres opérations ('). La Compagnie n'impose aucun système d'é- 
clairage électrique ; elle autorise à transiter de nuit tout navire de guerre 
ou tout paquebot-poste dont les appareils sont reconnus répondre, en 
pleine sécurité, comme intensités et positions des foyers lumineux, à 
toutes les conditions nécessaires dans les limites du règlement spécial 
publié. 

» Dans la pratique actuelle de la navigation de nuit, un navire transi- 
tant se dirige dans les parties rectilignes du canal en pointant sur le feu de 
direction le plus éloigné qu'il aperçoit, sans allumer son projecteur ni ses 
lampes, à moins qu'il ne veuille, à un moment donné, vérifier sa position 
par rapport aux bouées du chenal. Dans les courbes, les feux spéciaux 



(') Le prix total de ces appareils est de 16000^"' einiron. L'encombrement de l'en- 
semble (machine dynamp-électrique et son moteur) prend en longueur 2'", 10, en 
largeur o™, 90 et en hauteur i'",2o; le poids est de i5oo''s. 



( 107 ) 
donnent au navire la direction d'entrée, ainsi que la direction de sortie, et 
la courbe est décrite en manœuvrant à l'aide des feux du projecteur, des 
lampes de flanc et, an besoin, de la lampe d'arrière qui peut indiquer 
constamment la position de l'étambot par rapport aux limites du chenal. 
■ » Les navires qui ont transité de nuit sont dénommés sur une note an- 
nexée, détaillant les principales conditions de la traversée de chacun 
d'eux. 

» Tous ces navires appartiennent à la Compagnie postale anglaise pé- 
ninsulaire et orientale. De ce document, il résulte que la durée moyenne 
du transit de ces paquebots-poste a été de vingt heures et dix lîiinutes; 
pendant la même période de temps, la durée movenne des autres paque- 
bots postaux transités de jour a été de trente et une heures quinze minutes. 

1) La rapidité obtenue par la navigation de nuit et la sécurité matérielle 
constatée ont amené la Compagnie à décider l'accès d'une nouvelle section 
du canal à cette navigation, du kilomètre 54 au phare sud des Lacs amers. 

» Des installations pi'ovisoires suffisantes, qui seront remplacées par des 
installations définitives, au fur et à mesure de la livraison des commandes 
faites pour les installations définitives correspondantes, permettront bientôt 
de naviguer de nuit sur iio'"" du canal, qui a 160''°' de longueur. Et les 
installations nécessaires seront poursuivies, pour que, dans un temps rap- 
proché, le canal tout entier soit accessible à la navigation de nuit. 

» Ce passage de nuit doublera, pour ainsi dire, la capacité de transit 
du canal, autorisé actuellement, par mesure de sage précaution, aux seuls 
paquebots-poste et aux navires de guerre, qui représentent d'ailleurs 
ensemble 20 pour 100 du total des navires transiteurs. La Compagnie es- 
père bien pouvoir, dans l'avenir, étendre, dans la mesure la plus large, 
à tous les navires gouvernant bien, l'autorisation de transiter de nuit. 

» Dans l'intérêt de la navigation universelle, cette autorisation générale 
doit être nécessairement subordonnée aux résultats d'expériences succes- 
sives facilitées et suivies avec le plus grand soin. » 



HYDRAULIQUE. — Expériences sur les ondes et notamment sur la diminution 
des pressions latérales moyennes de l'eau en ondidation dans un canal. Note 
de M. A. DE Calig\y. 

« J'ai fait creuser chez moi, à Flottemanville, près deValognes, dans de la 
terre glaise, un canal de section rectangulaire ayant une largeur de i", 20, 

G. R., 1886, 2' Semestre. (T. CIII, N° 2.) ' l5 



( io8 ) 

une profondeur d'eau de o'^./jo, une longueur de jo™; une de ses extré- 
mités débouchant dans un réservoir assez étendu, les ondes produites à 
l'autre extrémité par un mouvement de va-et-vient horizontal, entretenu 
au moven d'une roue hydraulique, sont convenablement régulières et 
viennent mourir dans ce réservoir. On peut ainsi faire fonctionner l'ap- 
pareil aussi longtemps qu'on le veut, de manière à constater des lois qui 
ne peuvent l'être qu'après un temps considérable. 

)) Ainsi, on croit généralement que les ondes ailes coi/ratiles n'ont qu'un 
mouvement apparent de translation. Or, en déposant des brins d'herbe ii 
l'origine de ce canal par un temps calme, on finit toujours par les retrouver 
dans le réservoir précité, tandis que dans mes premières expériences, 
faites à la main, j'avais bien constaté un transport réel à la surface, dépen- 
dant delà distance de l'origine à laquelle ces petits flotteurs étaient placés. 
Mais, au delà d'une certaine distance, on ne pouvait, dans les circon- 
stances où j'avais opéré, en i858, constater un transport réel. 

» Lorsque, avec ces brins d'herbe, on pose à la surface une planche, même 
d'assez petites dimensions, on remarque un fait intéressant, résultat du 
mode d'action du mouvement, dit orbitaire, des molécules de l'eau, dans la 
partie supérieure de la nappe liquide en ondulation. Elles reçoivent à l'ar- 
rière une percussion qui finit par les faire arriver dans le réservoir, long- 
temps avant les brins d'herbe, qui se trouvent en quelque sorte faire partie 
de la masse en ondulation. 

)) Ces diverses expériences ont été interrompues l'année dernière par 
des inondations prématurées, de sorte qu'on n'a pas eu le temps de mesurer 
exactement la hauteur des ondes, dans chaque circonstance. Je ne crois ce- 
pendant pas devoir attendre plus longtemps avant de signaler la confirma- 
tion, d'une manière plus satisfaisante que je ne l'avais obtenue àCherbourg, 
d'une loi dont j'avais trouvé le principe par une théorie que j'avais pré- 
sentée, que M. Combes eut l'obligeance de développer ensuite, et sur la- 
quelle j'ai donné divers détails (p. 1 58 et suivantes, p. 365, etc. du premier 
Volume de mon Ouvrage intitulé : Recherches théoriques et expérimentales 
sur les oscillations de l'eau, et les machines hydrauliques, à colonnes liquides 
oscillantes^ 

M J'ai disposé, perpendiculairement au canal précité, un second canal 
sépai'é du premier par un barrage que traversait un tuvan de conduite 
en zinc de o'", 06 de diamètre et de 4™, 20 de long, affleurant la paroi inté- 
rieure du premier canal au fond duquel il débouchait, de manière à ne 
pas y laisser de partie saillante. L'eau baissait dans le second canal pen- 



( I09 ) 
dant l'ouclulation du liquide dans le premier, et, comme il était assez 
étendu, il était intéressant d'y voir durer assez longtemps la descente de la 
surface qui se relevait ensuite graduellement quand on cessait d'entretenir 
l'ondulation dans le premier canal. 

» Il y avait un très léger mouvement de va-et-vient à la surface du 
canal latéral pendant que le liquide était en ondulation dans l'autre. Ce 
mouvement de va-et-vient aurait sans doute été encore moindre, si le 
tuyau de conduite, étant plus long, avait permis de mieux emmagasiner le 
mouvement comme par une sorte du volant. La baisse dont il s'agit était 
d'au moins 1 3""" ('). » 



THERMODYNAMIQUE. — Réflexions sur une critique de M.. Hugoniot, parue 
aux i( Comptes rendus » du zS Juin; par M. Hik.v. 

« Le Compte rendu n" 26 (28 juin) contient une Note dont l'auteur, 
M. Hugoniot, essaye de réfuter les conclusions que j'ai tirées de mes der- 
niers travaux expérimentaux sur l'écoulement des gaz (-), à savoir : que 



(') L'appareil, objet de ma dernière Note, a permis de constater à la surface de 
l'étang qui lui sert de bief d'amont un léger mouvement, très régulier, de va-et-vient, 
qui n'est pas sans quelque intérêt, à cause de la distance à laquelle il était, même peu 
de temps après la mise en train, observé à l'autre extrémité de l'étang, à plus de 160" 
de distance. Il était trop faible pour produire sur la surface de l'eau des déni\ ellations 
bien sensibles, mais la durée de chaque oscillation à la surface était la même que 
celle de chaque période de la machine. 

Je reviendrai ultérieurement sur les expériences objet de celte i\ote. Je pourrai 
d'ailleurs, au besoin, les faire dans celte localité sur une échelle beaucoup plus grande. 
Le canal factice que M. le Ministre de la Marine a bien voulu mettre à ma disposition 
dans l'arsenal de Cherbourg, et où les ondes sont produites par une machine à vapeur 
dont la marche est d'ailleurs moins régulière en général que celle d'une roue hydrau- 
lique, a aussi ses avantages; mais il est lieaucoup moins grand que celui sur lequel j'ai 
pu vérifier d'une manière si décisive une loi, qui n'est pas sans utilité pour les épuise- 
ments dans les marais au bord de la mer, pour l'explication des fontaines sous-marines 
et des courants temporaires qui peuvent se présenter des parties les plus calmes de 
la mer aux parties les plus agitées, du moins après la cessation du vent. 

(^) Recherches expérimentales et analylifjues sur lestais de l'écoulement et du 
choc des gaz en fonction de la température : conséquences physiques et philosophi- 
ques qui découlent de ces expériences, suivies des Réflexions générales au sujet des 



( i'o ) 
la vitesse d'un gaz qui se jette dans un espace vide est toujours de beau- 
coup supérieure à la vitesse normale assignée par la théorie cinétique 
aux molécules, pour telle température donnée. M. Hugoniot cite, dès le 
début, en paraissant s'y rallier complètement, une Note dans laquelle, de 
son côté, M. Clausius a essayé de réfuter une partie des objections que 
j'ai faites à la théorie cinétique. 

)) La Note de M. Clausius, insérée dans le Bulletin de l'Académie royale 
de Belgique ( ' ), m'a amené à faire un nouveau travail complet et original, 
dans lequel je réponds i«r?jV/e»2me/îi, quoique avec soin, aux diverses cri- 
tiques qui me sont parvenues, soit sous forme de publications imprimées, 
soit sous forme de lettres particulières, mais dans lequel je me suis attaché 
surtout à produire, sous une forme plus frappante et plus élémentaire, 
tout un ensemble d'objections qui rendent désormais la théorie cinétique 
insoutenable. 

)) Ma réponse à la critique de M. Hugoniot est ainsi faite par anticipa- 
tion, car cette critique ressemble à la plupart des autres qui m'ont été op- 
posées. Toutefois, quoique l'Académie de Belgique m'ait fait l'honneur de 
voter l'impression immédiate de mon œuvre dans ses Mémoires in-4°, il 
s'écoulera pourtant un certain temps avant que je dispose d'exemplaires 
tirés à part, et mon silence d'ici là pourrait porter les lecteurs de nos 
Comptes rendus à croire que je me suis trouvé pris en défaut par la critique, 
tandis que c'est précisément le contraire qui est vrai et que c'est dans les 
critiques de mes travaux que j'ai puisé les arguments les plus puissants 
pour consolider ma propre œuvre de réfutation générale. 

» M. Clausius, comme défenseur de la Cinétique, me reproche de n'a- 
voir déterminé la vitesse d'écoulement des gaz qu'à l'aide de calculs fon- 
dés sur des hypothèses contestables. M. Hugoniot m'adresse le même re- 
proche, plus celui d'avoir chiffré sur des orifices dont la section était 
déterminée d'une façon fautive. Je ferai remarquer à mon honorable cri- 
tique qu'il ne m'a opposé absolument aucun fait et que tout l'ensemble de 
ses objections repose uniquement sur des calculs, faits à l'aide d'équations 

Rapports de MM. les Commissaires examinateurs de ce Mémoire. Paris, Gauthier- 
Villars; 1886. 

Recherches expérimentales sur la limite de la vitesse que prend un ga: quand 
il passe d'une pression à une autre plus faible. Paris, Gauthier- Villars ; 1886. 

(') 3'= série, t. XI, 11" 3 ; 1886. 



( liï ) 

dans lesquelles il entre autant d'hypothèses contestables qu'il s'y trouve 
de variables. Rien, absolument rien, ne légitime, par exemple, l'emploi 
de la formule 



H 

p V 



pour le calcul de la valeur de la section s multipliée par son coefficient de 
contraction m. Le coefficient des orifices à minces parois est, pour de 
faibles pressions, le même que pour l'eau que pour le plomb solide 
(Tresca). Pour l'eau, il reste sensiblement constant, même avec des 
pressions assez élevées. Il n'y a donc aucune raison pour admettre a priori 
qu'il soit, quant aux gaz, une fonction rapide de la pression. Mais je passe 
outre. Ce qui est évident, c'est que le coefficient, pour les orifices conico- 
cylindriques, ne peut pas dépasser l'unité, dont il s'approche de très près 
pour les gaz aussi bien que pour l'eau. On ne peut donc commettre, en le 
déterminant par ma méthode, d'erreur dont il vaille la peine de parler. 
Avec un orifice bien fait, on a au moins m = 0,985-, l'erreur (si erreur il 
y a) est donc limitée entre i et 0,981. 

» Aux calculs de M. Hugoniot, j'oppose maintenant des faits. Pour 
mettre en usage les résultats de mes expériences, j'ai supposé qu'avec un 
orifice conicocylindrique, par [exemple, le gaz, au moment où il y pénètre 
n'a encore éprouvé aucune détente et que, par conséquent, sa vitesse est 

alors nécessairement 

W 

V = — , 

nis 

W étant le volume de gaz à Po et à ^o débité par le gazomètre dans l'unité 
de temps, et ms étant la section effective. 

w C'est cette vitesse minima que j'appellerai la vitesse expérimentale 
directe. Elle répond à celle que prendrait réellement un fluide non élas- 
tique de même densité que le gaz. Pour avoir ensuite la vitesse que prend 
le gaz quand il est tombé de la pression Po à la pression P^,, en se déten- 
dant graduellement dans la conduite cylindrique, j'ai admis qu'il ne perd 
ni ne reçoit de chaleur en route (ce qui finit par être exact quand l'écou- 
lement dure assez longtemps), et j'ai admis que, par conséquent, il passe 
du volume Wq, débité dans l'unité de temps par le gazomètre, au volume 
que donne l'équation bien connue de Thermodynamique 

(A) '^-«^w^Ip-:)"" 



(1.2) 

» La vitesse au sortir du cylindre, là où la pression est devenue Pj,., est 

alors nécessairement 

W 
V — V — ?. 

)) Ou'un défenseur de la théorie cinétique rejette ce mode de calcul, 
cela se comprend, car le seul usage de l'équation (A) est la réfutation de 
cette doctrine : c'est ce que j'ai montré ailleurs; mais qu'un défenseur de 
la belle équation de Weisbach rejette aussi ce mode de calcul, c'est, je 
l'avoue, ce qu'on a peine à concevoir, car l'équation de Weisbach repose 
directement sur cette formule de la Thermodynamique. Il s'agit toutefois 
ici d'une question de fait, dans laquelle les plus beaux raisonnements 
n'ont pas droit de cité. Il s'agit en réalité de savoir si le gaz se détend on 
non dans l'orifice même, pendant son écoulement, et s'il se détend de 

façon à passer du volume W„ au volume Wo ( jr ) ' ^^x étant d'ailleurs 

considéré comme inconnu. Or, c'est à la solution de cette question que je 
suis parvenu de la façon la plus précise. Par un procédé que je décris 
dans mon nouveau travail, j'ai constaté : 

» i" Que la pression dans un tube cylindrique tombe graduellement de 
la pression Po, qu'elle possède dans le réservoir de compression, à une 
pression P^. qui est presque rigoureusement celle du réservoir de raré- 
faction. 

» 2" J'ai constaté de plus que, sur son trajet, le gaz éprouve un refroidis- 
sement intense. Sans avoir pu déterminer exactement cet abaissement de 
température, je suis pourtant autorisé à affirmer qu'il répond à une aug- 
mentation de volume rf'aw moins i à 5, la pression Po étant o'",^5 et la 
pression P, du réservoir de raréfaction étant o^jOÔ (en mercure). La vi- 
tesse dite expérimentale étant de 200™, la vitesse réelle de la veine, en 
quittant le tube, est au minimum 5" X 200™ =: 1000". 

» M. Hugoniot se trompe donc absolument lorsqu'il affirme si catégori- 
quement que la vitesse, dans mes expériences, n'atteignait pas 3i5™. Cette 
vitesse devait au contraire dépasser de beaucoup 1000"", puisque la contre- 
pression au début était à peine de o™,oi, et les 4000"" que j'ai indiqués 
sont probablement fort près de la réalité. 

» Je me permets d'ajouter que mon Mémoire aux Annales de Chimie et de 
Physique se termine par une discussion sévère à laquelle j'ai soumis moi- 
même les résultats de mes expériences, discussion sur laquelle M. Hugoniot 
semble ne pas s'être suffisamment arrêté et <pii montre que ce n'est en 



( ii3 ) 

quoique sorte qu'à mon corps défendant que j'ai mis en doute la validité de 
la belle loi de Weisbach, dont je m'étais jusque-là servi avecla plus grande 
confiance. 

» Je puis maintenant m'en référer à mon nouveau travail, qui, je l'es- 
père, arrivera bientôt au jour. Ainsi que je l'ai dit, j'y ai posé quelques 
nouveaux arguments contre la théorie cinétique en général. Deux d'entre 
eux, on le verra, ont un caractère à la fois tellement élémentaire et telle- 
ment évident, qu'on peut se demander comment ils ont échappé à tant 
d'esprits sérieux qui ont acclamé la doctrine cinétique. Ainsi que je l'ai dit 
aussi, je me suis attaché à répondre nettement, quoique accessoirement, 
aux diverses critiques qui m'ont été adressées : à celles du moins cjui en 
valent la peine, car toutes ne sont pas dans ce cas. » 



CHIMIE. — Identité d'origine de la fluorescence Z^ par renversement et des 
bandes obtenues dans le vide par M. Crookes. Note de M. Lecoq 

DE BoiSBAUDRAX. 

« J'ai eu récemment l'honneur de décrire devant l'Académie (^ ) quel- 
ques expériences de fluorescence (des terres Zx et Zp) qui comportaient 
encore, à la rigueur, deux explications différentes : je crois être en mesure 
de démontrer aujourd'hui que les bandes de Zp, obtenues par renverse- 
ment (solution chlorhydrique) ou dans le vide (sulfate anhydre) en pré- 
sence d'un excès de chaux, sont dues à la même cause chimique que plu- 
sieurs des bandes anciennement attribuées à l'yttria par M. Crookes et 
maintenant considérées par ce savant comme caractéristiques d'un élément 
nouveau ou du corps déjà connu : le gadolinium (-). 

)) i" Les deux bandes'vertes 549^^541 n'appartiennent pas au gadolinium. 

)) Afin de rendre les expériences tout à fait comparables, j'ai préparé 
des solutions titrées de chaux, dyttria pure (^), enfin de ma meilleure 
terbine ("). 



(' ) Comptes rendus, p. i538; 28 juin 1886. 

(-) Comptes rendus, p. 646, i5 mars 1886, et la Nature anglaise du 17 juin 1886, 
p. 160 à 162. 

(') Yttria ne donnant plus de fluorescence dans le vide, ou à peine une faible trace 
de la bande jaune. 

{'") Fournissant, par renversement, un magnifique spectre de Z(3 et un beaucoup 
plus faible de Za. 



( I'4 ) 

» Après m'être assuré que le sulfate anhydre de ma chaux ne donnait 
pas de bandes fluorescentes au vide, j'ai faille mélange suivant: 

Parties. 

Chaux 12957 

Terbine i 



12968 

» Le résultat fut une belle fluorescence dans le vide, avec bande verte 
(Z(3) unique. 

» Un second mélange contenait : 

Parties. 

Chaux 10994 

Gadoliue(') 1 

1 0995 

Soit, pour la même quantité de chaux, environ 18 pour 100 de gado- 
line de plus que de terbine. Le résultat fut nul au point de vue de la fluo- 
rescence. 

M II est à remarquer que ma terbine ne contient pas assez de gadoline 
pour donner trace appréciable du spectre électrique de Gd^O^, tandis que 
la gadoline produit très brillamment ce spectre caractéristique quand on 
soumet sa solution chlorhydrique à l'action de l'étincelle directe et ne 
donne, par renversement du courant induit, qu'un spectre fluorescent de Z|î 
très atténué. Ainsi, dans cet essai et dans les suivants, les quantités de ga- 
doline réelle contenues dans la terbine employée étaient incomparablement 
plus faibles que celles que renfermait la gadoline de M. de Marignac. 

» La gadoline n'est donc point la cause de la fluorescence deZp obtenue 
dans le vide au sein d'un excès de chaux. Cette fluorescence ne peut être 
attribuée qu'à la terre même qui donne par renversement un si brillant 
spectre de Z^. 

» On a fait ensuite le mélange : 

Parties. 

Ytlria purifiée 1 145 

Terbine i 



.146 

» Le résultat fut une assez belle fluorescence montrant, bien mar- 
quées, les deux bandes vertes, lesquelles occupent les positions (-) et 



(') Préparée par M. de Marignac. 

C^) Les positions approchées mesurées par M. Crookes sont : 54o,6 et 549,5. J'ai 
trouvé environ 54o,5et 549,3. 



( ii5) 

conservent les rapi^orts de largeur et d'intensité de l'ancien dessin de 
M. Crookes. 

» Puis on essaya le mélange : 

Parties. 

Ytlria purifiée 1006 

Gadoline i 



» Soit, pour la uiême quantité d'yttria, environ i3 pour 100 de gadoline 
lie plus que de terbine. 

» Ici, la fluorescence fut faible; on discernait cependant, au spcctro- 
scopc, une trace des deu\ banilcs vertes. 

1) La conclusion est que la gadoline ne produit pas les deux bandes vertes 
de M. Crookes et que ces bandes appartiennent à Z|3 (qui semble jusqu'ici 
être identique avec la terbine). Si les deux; bandes vertes se montrent en- 
core très faiblement avec notre dernier mélange, c'est que la gadoline de 
M. de Marignac contient un léger reste de terbine, qui lu colore en jaune 
pâle et lui permet de fournir, par rcrwersemcnt, un spectre atténué de Zp. 

» Comme contrôle et preuve supplémentaire, on prépara les deux mé- 
langes suivants : 

ParLics. Parties. 

\ lUia purifiée 72 YlLria purifiée /jy 

Terljine i Gadoline i 

73 48 

» Soit, pour la même quantité d'yttria, environ 53 pour 100 de gadoline 
de [)lus que de terbine. 

» Le mélange yttria-gadoline donne nettement, il est vrai, les tieux 
bandes vertes, mais l'éclat en est considérablement plus faible que dans le 
mélange yttria-terbine. Même à la vue simple, on constate la très supé- 
rieure intensité de la fluorescence yttria-terbine. 

» La structure de la bande verte et son intensité varient donc beaucoup 
avec la nature des corps solides employés en excès comme dissobanls de 
la matière active; mais cela n'a rien qui doive surprendre, et le fait s'ac- 
corde avec ce que M. Crookes lui-même a montré pour les mélanges de 
samarinc et de divers oxydes métalliques ('); 

» 2" La bande (3 19 de V ancienne fluorescence au vide de Vyllria, bande que 
M. Crookes considère maintenant comme caractéristique d'un nouvel élément, 

(') Comptes rendus, p. i38i à iSSa; j juin i885. 

C. R., 1886, 2' Semestre. (T. CIII, N° 2.) 16 



( 'I^^ ) 

parait bien avoir même cause chimique que la bande rouge de ma fluorescence 
TJ^ de renversement. 

» J'avais autrefois trouvé \ — 620,5 envirorij i)our le centre de la bande 
rouge de Z[3, obtenue par renversement ; je trouve maintenant, en em- 
ployant une terbine qui donne très brillamment toutes les bandes de Zp : 

X = 620,4 psr renversement et solution chlorhydriqiie, 

X r= 620,9 ^" ^'f's 6*^ dcv%c uu excès de chaux, 

\ :^ 618,6 au vide et avec un excès d'yltria purifiée. 

» M. Crookes a obtenu 618,9. 

» La difficidté de prendre le centre de bandes d'une certaine largeur et 
dont les deux bords se déplacent inégalement lorsque l'intensité varie, per- 
met de considérer comme identiques les positions 618,6 et 618, g. D'ail- 
leurs, il est probable que M. Crookes s'est trouvé dans les conditions de 
mon expérience, c'est-à-dire qu'il a eu entre les mains de la terbine noyée 
dans un excès d'yttria. 

M Les valeurs 620,4 et 620,9, voisines entre elles, s'éloignent assez sen- 
siblement des deux autres 618,6 et 618,9. Cela ne signifie cependant pas 
que la bande rouge appartienne à des corps actifs chimiquement différents, 
suivant qu'on l'observe au sein de la chaux ou en présence d'un excès 
d'yttria. Ces variations de position sont tout à fait analogues à ce qu'on 
voit avec la bande verte (simple ou double, suivant les cas), et à ce qu'on 
sait sur les spectres d'émission et d'absorption des substances solides; 
chaque changement de composition du milieu entraîne une altération de 
position et de structure des raies spectrales. Il ne faut pas ouljlier que les 
positions 620,9 et 61 8,6 ont été constatées par l'emploi d'une seule et même 
matière active, qui donne un éclatant spectre de Zp par renversement. 
Enfin, je ferai remarquer que la chaux, qui développe tout le spectre de Zp 
beaucoup plus que ne le fait l'yttria, fait subir aux bandes verte et rouge 
les moindres altérations de position ou de structure. 

» Dans les mélanges ayant pour base un même corps solide pris en 
grand excès (chaux ou yttria), la bande rouge conserve une vigueur sen- 
siblement proportionnelle à la quantité de terbine employée. Aussi, quand 
on se sert do gadoline, voit-on les bandes de Zp se développer à peu près 
au prorata de la quantité de terbine contenue dans la gadoline et, par 
suite, à l'intensité du spectre de renversement Zp que fournit cette gado- 



nne. 



» Il me parait donc évident que la bande rouge 619 de l'ancien spectre 



(II?) 

d'yttria de mon cminent contradicteur et ami est due à la même terre que 
ma bande de Z,8 obtenue par renversement et que, par conséquent, cette 
bande ne caractérise point de nouyel élément; du moins, l'existence d'un 
tel corps nouveau ne pourrait être admise qu'à titre de scission de Zp en 
plusieurs substances distinctes, ce qui aurait besoin d'être démontre et ce 
qui tomberait en dehors de la présente discussion, car la bande rouge n'en 
ferait pas moins partie du spectre de Zp que j'ai toujours considéré comme 
concourant à la formation de la fluorescence anciennement attribuée à 
l'yttria. 

M J'espère pouvoir soumettre prochainement à l'Académie la suite de ce 
travail. » 

3IÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

MÉDECINE. — Observations faites pendant C épidémie cholérique de i88o. 
Mémoire de M. Ad. Guêrard, présenté par M. Marey. 

(Renvoi à la Commission du prix Bréant.) 

« Ce travail est dû à l'ingénieur en chef des travaux du port de Mar- 
seille; il donne la marche de l'épidémie pendant les années i884 et i885 
avec la courbe de la mortalité quotidienne. En outre, pour chaque jour, 
le nombre des décès est pointé sur des plans réduits de la ville. Enfin, sur 
un plan à grande échelle, sont marqués les décès qui se sont produits 
dans chaque quartier pendant toute la durée de chacune des épidémies. 

» En passant en revue les influences qui paraissent avoir favorisé le 
développement du choléra dans certains quartiers, l'auteur fait observer 
que les plus éprouves sont ceux où les eaux destinées aux usages domes- 
tiques sont fournies par une petite rivière, YHuveaune, à laquelle on em- 
prunte 75'" par seconde, la prise se faisant en aval de localités où le cho- 
léra sévissait. L'auteur conclut à la nécessité de supprimer l'eau de cette 
provenance, afin de préserver la ville de Marseille de dangers ultérieurs. 

» Une coïncidence remarquable peut être relevée entre l'apparition du 
choléra à Roquevaire (3i juillet), localité sise sur YHuveaune, et l'aggrava- 
tion de l'épidémie de Marseille; à cette date, la mortalité passe de quelques 
cas isolés à 20 décès par jour. Enfin, IM. Guérard signale, au milieu d'aoiît, 
une recrudescence soudaine de l'épidémie à Marseille, où le nondjre des 
décès s'éleva de 20 à 63 pendant quelques jours. » 



( 'i8) 
M. 3Iarey ajoute : 

« Qu'il me soit permis de rappeler que dans l'enquête générale sur le 
choléra de i885, faite par une commission de l'Académie de Médecine 
dont j'étais le rapporteur, cette môme rivière YBuveauncsest déjà signalée 
comme voie de transmission du choléra aux populations riveraines. 

)) L'aggravation passagère signalée au mois d'août par M. Guérard rap- 
pelle ce qui s'est produit dans certaines localités sous l'influence d'orages 
ou de grandes pluies qui augmentent la souillure des eaux. Or, dans l'épi- 
démie de Roquevaire, un orage, dont la date n'est malheureusement pas 
mentionnée, a produit une recrudescence de l'épidémie. Il serait extrême- 
ment important de savoir si l'orage de Roquevaire n'aurait pas eu lieu à la 
même date que la recrudescence du choléra à Marseille, ce qui achèverait 
de prouver l'influence des eaux de YHiweaune. 

» J'espère que notre savant Confrère M. Mascart pourra nous rensei- 
gner sur ce point ». 

M. F. Cyrille propose d'employer comme engrais, pour les vignes at- 
taquées par le Phylloxéra, les feuilles et les pousses de Y Eucalyptus glo- 
bulus. 

(Renvoi à la Commission du Phylloxéra). 



CORRESPONDANCE. 

M. Faye donne lecture d'une dépêche que M. Perrotin a adressée à 
M. Bischoffsheim pour lui annoncer que le grand objectif de l'observatoire 
de Nice a été monté provisoirement le 8 juillet et a donné de bonnes 



( '19) 



ASTRONOMIE. — Observations de la nouvelle planète (S) et de la comète 
Brooks (III), faites à l'observatoire de Nice {cquatorial de Gautier). Note 
de M. CiiAni.ois, présentée par M. Faye. 

Étoiles Planète ou Comète — Etoile. Nombi'e 

1886. comparaison. Ascension droite. Déclinaison. compar. 

m s / '/ 

Juin 3o a Goiild, iSio. II. XMT. +o.i3,64 — 3.5-,o 5 

Juillet I » —0.80,92 — 6.58,3 6 

» 2 » — 1.14,87 — 10. 0,8 5 

Comète Brooks (III). 

Juin 3o I> Anonj'me. — 0.11,00 -f- 2.4414 G 

Juillet I c Anonyme. +0. 4)i3 + 3. 6,9 6 

Positions des élniles de comparaison. 

Étoiles Ascension Réduction Réduction 

Dates. de droite au Déclinaison au 

1886. comp. moy. iS86,o. jour. nioy. iS86,o. jour. Autorités, 

h m s s o ' « '/ 

JuinSo... a 17.27.12,64 +2,86 —23. 9. 7,9 -t-7,0 Gould, vol. VIII. 
Juilleti... a » +2,87 » +6,9 Id. 

1) 2... a » +2,87 )) +6,9 Id. 

Juin3o... l) i3.io. o,54 +1,61 — 14.38.24,4 —8, .5 Sanlini, n" 1225 

(4 comp.). 
Juillet I... c 13.12.27,39 +1,62 —1 5.1 3. II, 9 —8,5 Santini, n" 1333 

(4 comp.). 

Positions apparentes de la planète et de la comète. 

Ascension 
Dates. Temps moyen droite Log. fact. Déclinaison Log. fact, 

1886. de Nice. apparente. parallaxe. apparente. parall. 

h m s II m s o ' « 

Juin3o.... 11.42.57 17.27.29,14 T)0i7 — 23.12.57,9 0,910 

Juilleti 10.34.36 i7.26.44>59 2,4i2„ — 23.i5..59,3 0,913 

>> 2 9.36.47 17.26. 0,64 î,i25„ —23.19. ')8 OjQoS 

Comète Brooks (III). 

Juin3o.... 9.39. 7 i3. 9.5i,i5 T,5o7 — i4.35.48,5 0,849 

Juilleti 9.45.40 i3. 12.33, i4 T,522 — i5.io.i3,5 o,84p 



( 120 ) 

ASTRONOMIE. — Observations de la nouvelle, planète (5sy) (Peters), faites à 
r observatoire de Paris (èquatorial coudé); par M. L. Fabry. Commu- 
niquées par M. Mouchez. 



Dates. 

1886. 




Étoiles 

de 

comparaison, 


Planète — >f. 
Grandeurs. a. Déclinaison. 


Nombre 

de 
compar. 


Juill. .5.. 
6.. 


. . . a 

1 


31814. Lalar 
b là. 


ide. 8 
8 


—0.37,46 
— I . i5,3i 


-+-5.17,6 
-H2.29,5 


i5:io 
i5: 12 






Positio 


ns des étoiles de comparaison 






Dates. 

1886. 

fuill. 5... 
6... 


Étoiles 

de 
comp. 

a 
. b 


Ascension 
droite Réduction 
moy. 1886,0. au jour. 

h m s s 
17.24.16,50 -1-2,89 

» +2,89 


Déclinaison 
moy. r886,o. 

-23°. 34'. 8" 8 


Réduction 
au jour. A 

+6,6 -x obs. 
+6,6 


utorités. 

mur. Paris. 
Id. 






Positions apparentes de la planète. 






Dates. 

1886. 

Juill. 5. 
6. 


Temps moyen 
de Paris. 

b m s 
12.35.24 I 

10.17.42 I 


Ascension 

droite 
apparente, 
h m s 
7.23.41,93 

7.23. 4,08 


Log. fact. 
parall. 

T,35o 
2,o56„ 


Déclinaison 
apparente. 

-23. 28. 44, 6 
-23. 3i .32,7 


Log. fact. 
parall. 

0,907 
o;925 



ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Observations salaires du premier semestre 
f/e /'flAine'e i886. Note de M. Tacchini. 

« J'ai l'honneur d'envoyer à l'Académie le résumé des observations so- 
laires faites pendant la première moitié de l'année 1886. 

» Pour les taches et les facules, le nombre de jours d'observations a été 
de i3y : savoir 19 en janvier, 20 en février, 23 en mars, 23 en août, 26 en 
mai, et 28 en juin. 

Fréquence 

■■ '^•~ -■ — — ■ Grandeur relative Nombre 

relative des jours — — — — des groupes 

des sans des des des taches 

1886. taches. taches. taches. facules. par jour. 

Janvier 8,84 0,21 60,42 47,63 2,00 

Février 6,3o 0,10 29,00 82,10 1,70 

Mars 14,39 0,00 84,78 43,91 3,87 

Avril 8,i3 0,09 5i,9i 4i,32 3, 00 

Mai 6,5o 0,19 ^2,77 87,81 1,92 

Juin 7, '4 0,09 25,22 87,14 2,32 



( 121 ) 

» En comparant ces résultats aux nombres msérés clans ma Note précé- 
dente (i I janvier, Comptes rendus, n" 'i), on peut facilement reconnaître une 
(limiuution progressive dans le phénomène des taches solaires. En raison 
de la diminution des phénomènes, on a eu une fréquence plus grande des 
jours sans taches, et la période de la demi-rotation solaire a été manifeste 
surtout dans le second trimestre; en effet, vers le milieu de chaque mois 
le Soleil s'est montré sans taches pendant plusieurs jours. On doit faire 
remarquer le minimum secondaire du mois de février, suivi du maximum 
secondaire bien prononcé du mois de mars. 

)i Le 8 mai, un magnifique groupe de taches était visible dans l'hémisphère 
boi'éal à 12" de latitude; il s'étendait à 4', 3 pai'allèlement à l'équateur 
solaire, et, tandis qu'il avait trente-quatre noyaux, il n'y en avait pas un 
seul qui indiquât le moindre in<lice d'un mouvement tourbillonnaire. 

» Voici les résultats des observations sur les protubérances : 

Protubtïranocj;. 

ÎVombrf — — ■— ^ — _— ^ 

de jours Nombre Hauteur Extension 

188G. d'observation. moyen. moyenne. moyenne. 

rr ^ 

Janvier i4 8,4 44,7 ^'^ 

Février i4 6,9 42,1 2,2 

Mars 20 6,1 44,3 1,7 

Avril II 7,5 45 ,2 2,0 

Mai 2.5 6,4 47,7 2,6 

Juin 26 6,7 45,9 1,9 

); Les protubérances solaires présentent donc une diminution assez forte 
dans le premier semestre de l'année courante, et les variations constatées 
pour les taches ne s'accordent pas avec les nombres moyens des protubé- 
rances qui, au contraire, ont varié très peu d'un mois à l'autre. Il n'y a 
donc pas de liaison intime entre les deux phénomènes; en effet, très 
souvent autour des taches il n'y a pas de protubérances, tandis que les pro- 
tubérances métalliques ou éruptions solaires plus remarquables se trans- 
forment avecles taches, comme l'éruption du 10 mars, qui s'élève à une 
hauteur de près de 3'. Cette protubérance a été la plus grande qui ait été 
observée pendant le semestre, tandis qu'en mars les phénomènes chromo- 
sphériques ont été les moins nombreux de la série. » 



( 122 ) 



SYSTÈME MÉTRIQUE. — Sur la toise du Pérou. 
Lettre de M. Fœrsteu à M. Wolf. 

(c Le Mémoire de M. C.-F.-W. Peters sur les étalons de la toise, publié 
par la Commission allemande des Poids et Mesures, a été l'objet d'une 
Communication très intéressante adressée de votre part à l'Académie (voir 
Comptes rendus, séance du i5 mars 188G, n" 11). 

» Au nom de M. Peters, et comme auteur de la Préface qui précède son 
Mémoire dans les publications de la Commission, mais qui manque dans 
les exemplaires tirés à part pour M. Peters et envoyés par lui aux savants 
étrangers, je me permets de vous présenter quelques observations sur les 
vues générales qui ont guidé les recherches de M. Peters et qui, il me 
semble, ont été méconnues dans votre critique. 

» Dans le travail de M. Peters, il s'agissait essentiellement de contri- 
buer à une entente qui, très prochainement, sera nécessaire pour joindre 
définitivement entre eux et avec les bases internationales du svstème mé- 
trique tous les résultats scientifiques qui, depuis le commencement de ce 
siècle, ont été acquis, en employant pour les mesures linéaires des copies 
directes ou dérivées de la toise du Pérou. 

» Il est évident qu'un travail qui poursuivait un tel bût ne pouvait pas 
laisser de côté la question : Quel avait été l'état de la toise du Pérou, à 
l'époque où la plupart et les plus importantes des copies en ont été prises; 
ni l'autre question de savoir si la continuité entre cet état du passé et 
l'état actuel de la toise du Pérou peut être regardée comme suffisamment 
assurée. 

» En ce sens, M. Peters a cru devoir rapj:)eler l'histoire de la conserva- 
tion de la toise du Pérou et de la toise du Nord avant et après l'époque de 
la dernière émanation de copies. Pour ce résumé historique, il a utilisé les 
documents publiés et les correspondances inédites se trouvant entre ses 
mains, en consultant et en mentionnantdùment vos mémorables recherches 
sur le même sujet. 

» A l'égard des incertitudes et des doutes proA enant de la discontiimité 
des soins qu'on a donnés à la conservation de ces célèbres étalons, M. Peters 
s'est abstenu de toute exagération ; il a même passé sous silence quelques 
plaintes très amères contenues dans les correspondances inédites de 
savants français avec leurs collègues allemands. D'ailleurs, il est bien 



( 123 ) 

entendu dans le monde scientifique qu'il serait très injuste de vouloir 
rendre responsable les savants français eux-mêmes des vicissitudes que la 
conservation de ces étalons a éprouvées pendant un temps aussi considé- 
rable, qui renferme de nombreux changements des institutions publiques 
et scientifiques. 

)i Quant au doute qu'on nourrissait encore sur l'authenticité de l'étalon, 
qui à présent est regardé comme idenlicpie avec la toise du Pérou, nous 
devons déclarer que le document espagnol, récemment tombé entre vos 
mains et cité dans votre Communication du i5 mars, nous paraît tellement 
important, .et en même temps tellement caractéristique du peu de pré- 
cision qu'on apportait, dans le passé, à la description de tels étalons, que 
nous croyons, avec vous, devoir laisser tomber désormais toute défiance 
provenant d'un désaccord entre les dimensions secondaires d'un ancien 
étalon et l'indication approximative de ces dimensions qu'on en a donnée 
dans la description. 

» Vos autres explications détaillées sur l'état actuel dudit étalon contri- 
buent également beaucoup à élucider la situation. D'après ces explications, 
il sera d'un grand intérêt, pour la jonction définitive des grandes opéra- 
tions géodésiques françaises de la première moitié du xvill* siècle aux tra- 
vaux actuels et au système métrique, de comparer directement avec le 
mètre international la longueur définie par la distance entre les centres 
des deux points délimitatifs de la toise du Pérou. 

)) Certainement vous avez raison de déclarer qu'il serait « illusoire et 
» contraire au véritable esprit scientifique de vouloir déterminer la lon- 
» gueur de la toise avec une approximation supérieure à celle qui a pu 
)) être obtenue dans les mesures primitives où cette toise a été employée ». 

» Mais les recherches de M. Pcters ne touchent pas à ces anciens tra- 
vaux; elles se sont occupées principalement de la discussion des travaux 
modernes dans lesquels les copies de la toise ont été employées et compa- 
rées entre elles avec une précision de beaucoup supérieure aux mesures 
du siècle passé. La détermination des relations métrologiques entre les 
résultats de ces travaux modernes et les autres résultats modernes fondés 
sur le système métrique est du moins aussi importante que la comparaison 
métrologique des anciens travaux avec les modernes. 

))^ Les discussions indispensables de M. Peters sur les incertitudes de 
l'étalonnement de ces copies d'après les faces des entailles de la toise du 
Pérou ayant été pleinement confirmées par vos Communications impor- 
tantes sur l'imperfection de cet étalon comme étalon à bout, la voie à suivre 

G. R., 1886, 3' Semestre. (T. GUI, N° 2.) I7 



( IM ) 

pour joindre l'ensemble desdites copies avec le système métrique est à pré- 
sent clairement indiquée en parfait accord avec les conclusions du Mémoire 
de M. Peters et de la Préface dont je me permets d'ajouter un exemplaire 
pour vous. 

» Il s'agira simplement de comparer avec le mètre international celles 
des copies modernes de la toise qui, d'après leurs comparaisons entre elles, 
seront reconnues comme les meilleurs représentants de l'époque moderne 
de l'ancien système. Moyennant cette opération et la comparaison de la 
(listanoe des points délimitatifs de la toise du Pérou avec le mètre interna- 
tional, on i^agnera en même temps une nouvelle jonction de l'ensemble de' 
ces copies à la véritable base des anciens tray aux géodésiques. » 

M. WoLF, après la lecture de la lettre de M. Fœrster, ajoute les réflexions 
suivantes : 

« La lettre que j'ai le très grand plaisir de communiquera l'Académie 
met fin, de la façon la plus heureuse et la plus honorable pour tous, au 
débat qui s'était élevé entre mes savants Collègues de Berlin et moi, au 
sujet de la toise du Pérou. Je remercie vivement M. Fœrster de sa courtoise 
déclaration, qui rend inutile l'arbitrage de la Commission dont j'avais de- 
mandé la nomination à l'Académie. 

» L'authenticité de notre toise du Pérou est désormais hors de conteste. 
Mais il reste, comme le dit M. Fœrster, un point important à décider. J'ai 
fait remarquer, dans ma Note du 1 5 mars dernier, que la vraie longueur de 
la toise du Pérou, celle qui a servi d'unité dans la mesure de l'arc de 
l'équateur, est la distance des deux gros points dont est mai-quée noti'e 
règle de fer, tandis que depuis 1766, et particulièrement dans la détermi- 
nation de la longueur du métré, on a pris pour longueur de la toise la dis- 
tance des faces extrêmes. Il importe de savoir exactement quelle erreur a 
pu résulter de cette différence du mode d'emploi de la règle. Des expé- 
riences préliminaires m'ont montré que la différence de ces deux lon- 
gueurs atteint o""",i i environ, si bien que la longueur de l'arc du Pérou, 
évaluée jusqu'ici à 176875^^,5, devrait être réduite à 176865^,5. 

» Je me joins à M. Fœrster pour demander que des déterminations pré- 
cises soient faites de la valeur en mètres des deux longueurs de la toise, 
afin que désormais toutes les mesures géodésiques, anciennes et nouvelles, 
puissent être ramenées à la même unité, le mètre international. » 



( 125) 



THERMODYNAMIQUE. — Sur les expériences de M. G. -A. Hirn ( ') concernant 
le débit des gaz à travers les orifices. Note de M. Parenty, présentée par 
M. Maurice LéAy. 

« Au moment où, dans une Note du 5 avril sur un compteur de vapeur 
et fluides à hautes pressions, je basais le jaugeage des fluides sur l'ap- 
proximation d'une formule abrégée du débita travers les orifices 



(A) W, = m„m.S^/:,^-/'^, 

attribuant aux gaz la densité A,, constante des fluides incompressibles, 
M. Hirn déduisait, des résultats empiriques d'une étude magistrale, l'in- 
exactitude de la formule complète et rationnelle de Zeuner et Weisbach 



(B) W„ = /7Z„777,s(^Çy'Y2^n'Ec,272,85(l + fl/„) ' ' ^j) J' 

» liC but de cette Note est : i° d'établir l'exactitude pratique de la for- 
mule (A) dans les bornes restreintes de la graduation du compteur de 
A'apeur; 2° de montrer que la limite de vitesse des molécules gazeuses 
indiquée par la formule de Zeuner et la théorie dite cinétique peut réelle- 
ment exister, et qu'elle semble avoir été atteinte dans les expériences de 
M. Hirn qui permettent dès lors d'en déterminer la valeur numérique à 
diverses températures. M. Hugoniot (^) a récemment établi la conformité 
des expériences de M. Hirn avec la formule de Zeuner et montré que dans 
ces expériences la vitesse n'avait pas dépassé 3i5"". 

» i. Le Tableau suivant contient la comparaison des deux formules 
(A)et(B) avec les résultats E de l'expérience première, dans laquelle un gaz 
parfait s'échappe d'un réservoir à pression et à température constantes 
p^^= 10™, 202. /J = 6°, 7.5 et pénètre à travers un orifice en minces parois 
de o""', 00002.552 de section réelle dans un récipient graduellement raréfié. 
Il montre l'exactitude pratique de la formule abrégée (A) pour les cent di- 
visions de mon compteur et pour les pertes de charges inférieures à S™,! 5 

(') Annales de Chimie et de Physique, 6'' série, l. VII; mars 1886. 
('■') Comptes rendus, 26 juin 1886. 



( 126 ) 

d'eau évaluées par cet appareil. L'approximation sera d'ailleurs augmentée 
dans l'étude des hautes pressions donnant une moindre valeur au rapport 



Po — Pi _ 



3-,i5 



pressions pour lesquelles l'appareil a été construit : 



9,5593 


9 , 2004 


8: 


,8891 


8,2636 


7,5o23 


' 0,81 


1 ,00 


I 


,i4 


1.39 


1,64 


45», 6 


06», 3 


64°, 


. 2 


78°, 4 


92°, 4 


0,000782 


0,000965 


«J; 


,001 1 10 


o,ooi34i 


0,001 582 


o,ooQ788 


0,000953 





,001 120 


o,ooi3oi 


o,ooi584 


0,000775 


0,000949 


O; 


,001066 


0,001249 


0,001396 



Po Po 

p, TOjOoSg 

S/P<s—Pt 0''i'i 

Degrés du compteur. 25", 8' 

Wa o"S 000425 

We o™"^, 000425 

Wb o°'%ooo44i 

» 2. L'hypothèse d'une limite imposée à la vitesse des molécules 
gazeuses dans le vide entraîne immédiatement celle d'une contrepression 
limite du fluide à la section contractée. Tout obstacle apporté à la libre 
sortie du gaz détermine une compression relative. Il s'établit, à l'aval de 
l'orifice et dans le vide même du récipient, une atmosphère gazeuse dont 
la tension cesse de varier quand même on pousse le vide jusqu'au zéro ab- 
solu, et l'indication du manomètre placé sur le récipient ne donne en 
rien, à partir de la limite, la pression réelle du fluide à la section con- 
tractée. La formule de Zeuner qui, par l'existence de son maximum positif, 
fait pressentir cette limite pour une valeur de /?, différente de zéro, 
p^ = o,526/?„, s'écarte des expériences de M. Ilirn, parce que le coeffi- 
cient rrig, m,, supposé invariable, va croissant avec la raréfaction. La veine 
conique convergente s'enfle progressivement dans le vide progressif. En 
même temps, la section contractée augmente en se rapprochant de la 
tranche de l'orifice, avec laquelle elle se confond à la limite. S'il en est 
ainsi, la fonnule de Zeinier doit être expérimentalement vérifiée jusqu'au 
maximum : pour les orifices en minces parois, en faisant converger le coef- 
ficient Wp/n, ^ o, 636 vers l'unité; pour les orifices coniques, en conser- 
vant purement et simplement le coefficient 0,980 voisin de l'unité. C'est 
ce qui a lieu. Enfin, si l'on admet la vitesse et par suite la contrepression 
limite, les deux pressions agissant sur l'orifice, ?„ et P,, devenant con- 
stantes et invariables, le débit en masse deviendra constant et invariable. 
Cette constance et invariabilité du débit est observée dans toutes les expé- 
riences de M. Hirn, à partir de la limite. Elle est réelle et non pas approxi- 
mative et apparente, comme il propose de l'admettre. Quant aux valeurs 
décroissantes de ce débit fournies par l'équation de Zeuner à partir du 
maximum, elles sont inadmissibles. Si l'existence d'une vitesse limite 
justifie la stabilité du débit en masse, rien ne saurait expliquer sa décrois- 



( >-7 ) 
sance. Dès lors, dans la courbe x = (pa — P\)y = ^^ 1'^ branche descea- 
dant du maximum jusqu'à zéro quand le vide s'accroît est parasite et doit 
être remplacée par sa tangente horizontale, ce qui l'identihc d'ailleurs à la 
courbe expérimentale. Avec ces réserves, la formule de Zeuner est vérifiée 
par les expériences de M. Hirn. 

» Au moment du maximum le jet à l'orifice possède exactement la 
vitesse limite. La même masse gazeuse est dès lors représentée d'une part, 
dans le réservoir, par le débit limite invariable (tv„ = 0,002071.55 pour 
notre exemple), d'autre part,- dans le récipient, par un cylindre ayant pour 
base la section réelle et pour hauteur la vitesse limite, et cela à la pression 
limite. Les équations adiabatiques permettent de tirer de là une valeur 
numérique de la vitesse limite V^ et de la température correspondante t^ 



(0 



i-^) 



"■oPo _ (V,S)P, 



-+- alo I --h att 

'FA'~'T' 1 + al, 



P„ / I + at„ 



» Cette vitesse limite est pour toutes les expériences de M. Ilirn voisine 
de 3i5'° à une température voisine de — 55°. La théorie dite cinétique 
fournit une vitesse de 485" à 0°. » 



MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Nouveau mode de construction de l Jiélice. 
Note de M. Trouvé, présentée par M. Lippmann. 

« Je poursuis depuis plusieurs années l'étude de l'application de l'élec- 
tricité à la propulsion des embarcations. Je me réserve d'exposer dans une 
Communication ultérieure les résultats obtenus et de faire ressortir les 
avantages que présente ce système dans un grand nombre de cas; je désire 
aujourd'hui porter à la connaissance de l'Académie les conclusions aux- 
quelles m'ont amené mes expériences sur le fonctionnement de l'hélice, 
ainsi qu'un nouveau mode de construction de ce propulseur. 

» Mon moteur, qui, avec un poids et un volume minimes, arrive à déve- 
lopper une très grande puissance ('), donne son maximum de rendement 
avec une vitesse de plusieurs milliers de tours par minute. On se trouve 
donc dans des conditions très différentes de celles que présentent les mo- 

(') D'un poids de i5''S, il développe une puissance de 75''s™ par seconde. 



( 128 ) 

leurs à vapeur, lesquels, à cause de l'inertie des pièces oscillantes et de la 
résistance limitée de certains organes, ne peuvent dépasser pratiquement 
une vitesse assez faible. 

1) Au lieu de réduire par le mode de transmission la ^itesse du moteur, 
il m'a paru plus avantageux de conserver à l'hélice une très grande vitesse 
de rotation. On sait avec quelle rapidité augmente la résistance de l'eau, à 
mesure que la vitesse du corps qui s'y meut s'accroît; on doit donc se rap- 
procher ainsi des conditions qu'offre une' vis prenant son point d'appui 
sur un écrou solide, obtenir une diminution du recul de l'hélice et réduire 
la perte de force vive résultant du tourbillonnement de la masse d'eau mise 
en mouvement. 

)) Cette grande vitesse oblige à réduire considérablement le pas de l'hé- 
lice, condition également favorable ; car la résultante des forces dues à 
l'inertie de l'eau, agissant sur chaque élément de la surface des ailes, se 
rapproche de la directiim de l'axe, direction dans laquelle doit s'exercer 
l'effet utile. 

» Il en résulte aussi pour l'eau une moindre tendance à prendre un 
mouvement de rotation qui fait naître un effort centrifuge la forçant à 
s'échapper par le pourtour de l'hélice, ce qui, comme on le sait, est une 
cause de trépidations et de peite de force vive. 

)> L'expérience a confirmé cette manière de voir, et, en portant jusqu'à 
2400 tours par minute la vitesse de rotation, le rendement de l'hélice a 
augmenté dans une proportion très notable, en même temps que l'on voyait 
diminuer le bouillonnement de l'eau à l'arrière, les trépidations cesser et 
le mouvement prendre une régularité et une douceur parfaites. Ces expé- 
riences ayant nécessité l'essai d'un très grand nombre d'hélices de forme 
et de pas variables, j'ai été conduit à imaginer un mode de construction beau- 
coup plus simple que ceux qui sont en usage. La confection du moule d'une 
hélice est, en effet, une opération exigeant des connaissances géométriques 
assez étendues, car il s'agit de faire l'épure des ailes, de développer et de 
rabattre un nombre assez grand de sections cylindriques concentriques de 
ces ailes, de découper des gabarits qui, cintrés ensuite, permettent de 
tailler dans im moule en bois les courbes de ces sections, courbes que l'on 
réunit ensuite par des surfaces où le sentiment de la continuité et, par 
suite, l'habileté de l'ouvrier jouent un grand rôle. Il en résulte que ces 
pièces ne peuvent être exécutées que pai- un petit nombre d'hommes spé- 
ciaux, et que le prix de revient en est élevé. 

» Le nouveau mode de construction présente, au contraire, une sim- 



( "29 ) 

plicité telle que tout ouvrier peut confectionner un uiodèle d'hélice. 

y Voici en quoi il consiste : 

)) Dans un cylindre d'un diamètre égal au moyeu de l'hélice, je pratitjue 
une rainure hélicoïdale, opération que le tour à engrenages réalise méca- 
niquement avec une régularité parfaite. Je prends ensuite une série de 
tiges métalliques d'un diamètre égal à la largeur de la rainure, et j'im- 




plante l'extrémité de ces tiges dans la rainure, perpendiculairement à l'axe 
du cylindre, en les pressant fortement l'une contre l'autre, de façon à 
assurer le contact. On réalise ainsi matériellement, avec la plus grande 
facilité, la formation d'un hélicoide de pas déterminé. Il ne reste plus qu'à 
réunir les extrémités des tiges au moyen d'une feuille de métal mince, à 
laquelle on les soude pour fixer leur position, à souder également entre 
elles les extrémités encastrées, puis à remplir l'intervalle des tiges au 
moyen d'un métal facilement fusible. J'obtiens ainsi deux surfaces aux- 
quelles viennent affleurer les tiges, surfaces qui se confondent sensible- 
ment avec l'hélicoïde géométrique ayant rigoureusement le pas qu'on s'est 
donné. 



( i3o ) 

» Je puis, du reste, réaliser parfaitement la surface hélicoïdale géomé- 
trique eu faisant coïncider l'un des angles de l'outil avec la trace de cette 
surface sur le cylindre. 

» On découpe à volonté, si on le désire, des ailes courbes sur la surface 
ainsi formée, et l'on renforce la face qui n'est pas destinée à agir au moyen 
d'une matière plastique. On obtient ainsi sans difficulté et à peu de frais un 
moule au moyen duquel on peut fondre des hélices parfaitement régulières 
et de pas bien déterminé. 

» Comme ce moule est en matière indéformable, dépourvu de son 
noyau, il restera comme étalon pour vérifier soit les produits de la fonte, 
soit les hélices qui, ayant déjà travaillé, auraient été faussées. 

» L'hélice à pas variable, si compliquée et si difficile à réaliser, s'exé- 
cute avec la même facilité. 

» Ce mode de formation peut aussi rendre des services à l'enseignement, 
en permettant de rendre tangible la génération de l'hélicoïde, surface com- 
pliquée dont les épures ou dessins permettent difficilement de comprendre 
la forme et les propriétés. » 



OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE. — Sur une condition physiologique influençant 
les mesures photométriques . Note de M. Aug. Charpentier. 

« On sait déjcà c[ue la comparaison de deux lumières de différentes 
teintes donne des résultats variables suivant l'intensité absolue de ces deux 
lumières; les teintes les plus réfrangibles paraissent relativement ])lus in- 
tenses que les teintes les moins réfrangibles quand l'intensité absolue est 
aflaiblie, et inversement. Voici un autre phénomène qui se produit en sens 
contraire et qui peut dans certaines conditions contrebalancer l'influence 
du premier. 

» Considérons deux sources lumineuses, l'une rouge et l'autre verte 
pour fixer les idées; par un réglage convenable de leur distance amenons- 
les à former sur l'écran d'un photomètre deux plages lumineuses d'égale 
intensité. Cette égalité apparente ne se produira que pour une certaine di- 
mension des deux plages lumineuses et pour une certaine distance de 
l'écran à l'œil. I^es deux surfaces comparées sont-elles rendues plus gran- 
des, c'est la verte qui paraîtra la plus intense; vient-on à diminuer leur 
étendue, c'est la rouge qui l'emportera. 

» De même, si l'on se rapproche de l'écran de manière à avoir des 



( '3i ) 
images rétiniennes plus grandes, la surface verte semblera la plus éclairée; 
c'est la rouge qui reprendra l'avantage si l'on s'éloigne. 

» L'expérience répétée avec différentes couleurs donne toujours ce résul- 
tat, que pour une image rétiniennepluspetite les couleurs les moins réfran- 
gibles paraissent relativement les plus intenses, et pour une image rétinienne 
plus grande, ce sont les couleurs les plus voisines de l'extrémité bleu vio- 
let du spectre qui l'emportent en intensité relative. L'éloignement de 
l'œil ou le rapetissement de l'objet équivalent donc à une diminution d'in- 
tensité de la lumière considérée, mais à une diminution inégale suivant la 
nature de cette dernière : la diminution est plus lente pour les couleurs les 
moins réfrangibles. 

» Ces faits sont en rapport avec les suivants : j'ai constaté poiu' le mini- 
mum perceptible comme lumière les mêmes variations, sous l'influence de 
l'étendue rétinienne excitée, que celles dont j'ai parlé précédemment con- 
cernant le mininuun pei'ceptible comme couleur. Dans une Note du 1 1 jan- 
vier 1881, je disais que, si l'on déterminait le minimum chromatique cor- 
respondant à des images rétiniennes tle plus en plus petites, ce minimum 
augmentait déplus en jjIus, mais inégalement; il augmentait plus vite pour 
le bleu que pour le vert, pour le vert que pour le rouge. Deux ans après, 
j'ai repris et confirmé ces expériences en y faisant rentrer le jaune spectral 
(raie D), et j'ai vu que cette couleur prenait place entre le rouge et le 
vert. 

» Je viens de trouver que les mêmes faits se reproduisent pour le 
minimum perceptible comme lumière, c'est-à-dire que pour toute lumière 
simple le minimum perceptible augmente lorsque diminue la surface 
rétinienne excitée, mais que cette augmentation est d'autant moins rapide 
(l'intensité lumineuse baisse d'autant plus lentement) que la lumière con- 
sidérée est moins réfrangiblc. 

» Ces phénomènes sont surtout marqués quand l'image rétinienne 
n'a pas une étendue supérieure à celle de hxfovea centralis (environ deux 
dixièmes de millimètre de diamètre). » 

THERMOCHIMIE. — Sur la chaleur de formation de l'acide sélénhydrique. 
Note de M. Cii. Fabke, présentée par M. Berthelot. 

« I. 1. L'acide sélénhydrique est nettement décomposé par certains 
corps; j'ai étudié surtout les réactions qui donnent comme produit de cette 
décomposition le sélénium appartenant à la variété vitreuse. 

C. R., 1886, 2" Semestre. (T. CllI, N° 2.) 18 



( l32 ) 

,) 2. Le perchlorure de fer dissous, agissant sur l'acide sélénhydrique, 
donne immédiatement un précipit de sélénium, et la liqueur renferme 
une quantité équivalente de protochlorure de fer; la réaction s'effectue à 
la température ordinaire, aussi bien avec l'acide dissous qu'avec l'acide 
gazeux ; elle se prête aisément aux mesures calorimétriques. 

)) Trois expériences ont été faites en traitant de i8'',i53 à Ss'.ayS de gaz 
sélénhydrique dans une fiole calorimétrique, par une dissolution de per- 
chlorure de fer (i^i = 4"'). J'ai obtenu par équivalent, vers i5°, 

4-2oC^',87, -i-2iC»',io, +2ic»i,i8, Moyenne... H-3i'^»',o5 

» J'ai fait trois expériences en traitant une dissolution d'acide sélénhy- 
drique par la même dissolution de perchlorure de fer; en opérant sur des 
quantités d'acide sélénhydrique dissous variant de oS'',4io à oB'',5ii; j'ai 
obtenu vers 14°, P'U' équivalent, 

-l-i6c>i,37, +i6C'<',3o, +i6c=",i5, Moyenne -i-i6c»',37 

11 faut ajouter à ce nombre la chaleur de dissolution de l'acide sélénhydrique + 4*^=1 , 63 

Soit + ao"^"', 90 

» La moyenne de ces deux séries de déterminations est + 20'^='', 97 ; nous 

en déduirons la chaleur de formation de l'acide sélénhydrique à partir de 

ses éléments. 

Premier cycle. 

H gaz -1- Se vitreux = H Se gaz, dégage a> 

aFesol. -h Cl^ gaz + eau = Fe'^CP dissous + i2']^^\']o 

H Se gaz + Fe^Cl' dissous = Se vitreux H- Fe-Cl- dissous + HCl -H 2oC'',97 

Somme x -v- i/iS'^^'jôy 

Deuxième cycle. 

Fe^sol. + Cl- gaz -t- eau = Fe^Cl'- dissous + iooC»i,oo 

Il gaz 4- Cl gaz + eau = HCl dissous 4- Sg^^'^So 

Somme -f- 1 89'^^', 3o 

d'où 

.z; = i39c»',3o— i48c=',67= — 9C"', 37. 

» 11. L'eau oxygénée décompose immédiatement l'acide sélénhydrique ; 
il se forme de l'eau et du sélénium, ce dci'nier corps étant à l'état 
amorphe, transformable vers 100° en sélénium métallique, comme je l'ai 
vérifié. On sait au contraire que, sous l'influence de l'oxygène humide, il 
se forme, par la décomposition de l'acide sélénhydrique, du sélénium mé- 
tallique. 



( ''^^ ) 

» Trois expériences ont été faites en opérant snr des poids d'acide sé- 
lénhydrique gazenx variant de o^^''', 91 3 à i^^'', 786; l'ean oxygénée était for- 
tement diluée (enAÏron :jij d'équivalent par litre); j'ai obtenu, à la tempéra- 
ture de I 5°, 

-f-6ic»i,i2, +6iC»i,5i +61'="', 20, Moyenne +6i'^-^i,a9. 

» La chaleur de formation de l'acide sélénhydrique, à partir de ses 
éléments, s'obtiendra comme il suit : 

Premier cycle. 

H gaz + Se vilreuN. — - H Se gaz dégnge œ 

Hgaz + 0^ gaz = HO- dissous -h lyt^^Soc 

IIO' dissous + H Se gaz = H' OMiquide + Se vitreux +61'^»', 29 



S 



o: 



lime r + 78*^"', 20 



Deuxième cycle. 
H» gaz +0^ gaz =1120- liquide +69'^"', 00 

d'où 

X — Ç><f-'\Qo — 78<^»', 29 = — gc»', 29. 

» ITT. Un troisième moyen de mesurer cette chaleur de formation est 
donné par l'action de l'acide sélénhydrique sur la dissolution d'acide 
sélénieux ; la réaction peut s'exprimer par l'égalité 

2 H Se + Se 0' = H= 0^ + 3 Se. 

» Ou obtient, aussi bien avec l'acide sélénhydrique gazeux qu'avec 
l'acide dissous, des flocons rouges de sélénium amorphe se transformant, 
vers 100°, en sélénium métallique : ce corps se précipite donc ici dans un 
état appartenant à la première variété. 

» J'ai effectué les mesures en faisant passer un courant d'acide sélénhy- 
drique gazeux dans une dissolution d'acide sélénieux (i"" = 10'") contenue 
dans la fiole calorimétrique de M. Berthelot. Trois expériences faites 
vers i5°, sur des poids variant de i^'', 1 53 à 3e', 275, ont donné par équiva- 
lent d'acide sélénhydrique 

+ 3o'^''',37, -h 3o<=-i',oo, + 29c»', 90 Moyenne, + 3o<^»', 09, 

soit 6oC''',i8 pour H^ Se^' = 8oB'-,8. 

» Les deux cycles suivants nous donnent la chaleur de formation de 
l'acide sélénhydrique à partir de ses éléments. 



( '3'. ) 

Premier cycle. 

H- gaz 4 Se- vitreux -= H-Se- gaz dégage ar 

Se vitreux -(- O- gaz -j- HO liquide = Se O- dissous -!-28,i6 

2 H Se gaz + SeO- dissous =: H-0- liquide •- 3 Se vitreux -)- 6o, i8 

Somme x + 88 , 34 

Deuxième cycle. 
H' gaz J- 0- gaz = H-0- liquide +69,00 

d'où 

X = 69^"' - 88C--",34 = - i9'^--"',34; 
soit 

— rf--'\ 67 pour HSe = 4oS'',4. 

» IV. Les trois méthodes décrites plus haut nous donnent les trois 
nom])res 

Cal 

—9-37 
—9-29 
— 9-67- 

Nous adopterons la moyenne, soit — 9^''',44> pour la chaleur de formation 
de l'acide sélcnhvdrique gazeuK, à partir de l'hvdrogène gazeux et du sé- 
lénium amorphe (répondant à l'état vitreux) 

H gaz -+- Se amorphe (vitreux) = HSe gaz — çf^^,l^f^ 

)) On a encore, d'après mes expériences sur la transformation des deux 
variétés de sélénium, 

H gaz -;-Se métallique = HSe gaz — 6'"'', 61. » 



CRISTALLOGRAPHIE CHIMIQUE. — Sur Une nouvelle espèce d'asparagine. 
Note de M. A. Puitti, présentée par M. Pasteur. 

« L'asparagine ordinaire en dissolution aqueuse est lévogvre. Les cris- 
taux de cette substance présentent une face hémièdre à gauche. 

» En i835, M. MiWev {Phil. Mag., 3« série, t. IV, p. io5; Pogg. Ann., 
t. XXXVI, p. 477) détermina les indices de réfraction et les constantes 
cristallographiques de l'asparagine. Il mentionne notamment la forme b^ 
qui, d'après le texte et la projection stéréographique, est une forme holo- 
édrique. En i85i, M. Pasteur remarqua que la forme octaédrique n'appa- 
raissait que coiume hémiédrie de gauche. Il déduisit de ce fait qu'il devait 



( i3) ) 

exister une asparagine dextrogyre ayant une forme cristalline symétrique 
de l'asparagine ordinaire (Anna/es de CJiimie et de Physique, t. XXXI, 
p. 72). Rammelsbcrg (Kryst. Chem., p. 3Gr; Berlin, i85j) affirme que 
l'octaèdre de l'asparagine se présente sous la forme de tétraèdre droit ou 
gauche. C'est là la seule indication sur l'existence d'un tétraèdre droit que 
j'aie pu trouver dans tout ce qui a été publié à ce sujet sur l'asparagine. 

M Quoi qu'il en soit, on n'était pas parvenu à isoler l'asparagine possé- 
dant la face hémièdre gauche et à la caractériser comme une espèce 
distincte. 

» J'ai eu la bonne fortune de découvrir ce corps en assistant, au mois 
d'avril de cette année, à la préparation en grand de l'asparagine dans l'usine 
de M. G. Parenti, à Sienne, qui a mis avec la plus grande obligeance à ma 
disposition les moyens qui m'ont permis de mener ce travail à bonne fin. 

» Les eaux mères provenant de la cristallisation de l'asparagine brute, 
soumises à la concentration et à un repos prolongé, laissent déposer des 
cristaux à saveur sucrée, qu'on purifie par des cristallisations fractionnées 
dans l'eau. On obtient ainsi un mélange d'asparagine ordinaire et du nou- 
veau corps, qu'on sépare mécaniquement. 65oo''s de vesces germées ont 
fourni 20'*^ d'asparagine brute dont les eaux mères donnent loo^' du nou- 
Ael isomère à l'état de pureté. La forme cristalline de l'asparagine nouvelle 
a été examinée par M. Grattarola. Voici quelles sont les conclusions de 
son travail : 

i> La forme cristalline de l'asparagine sucrée est identique à celle de l'asparagine 
ordinaire, sauf la différence provenant de la position des faces hémièdres. En tenant 
compte des variations ordinaires des valeurs des angles, le système cristallin et les pa- 
ramètres fondamentaux, des deux asparagines se correspondent parfaitement. Les dif- 
férents aspects de l'un et de l'autre isomère (Complètent l'analogie. Les indices j:)rinci- 
pauv de réfraction, la position du plan des axes optiques, leur angle apparent dans 
riiuile ainsi que l'angle véritable, déduit des formules usuelles, sont identiques dans 
les deux cas. 

» Le pouvoir rotatoire de la nouvelle asparagine, déterminé avec le 
grand polarimètre de Laurent, est égal et de signe contraire à celui de 
l'asparagine ordinaire. On pouvait admettre que ces deux asparagines 
étaient de véritables isomères chimiques ayant pour formules 

AzH% CO, CIP, CII(ÂzH-),CO-H 
et 

AzIP, CO, Cil ( Az IP), CH-, CO- IL 

» J'ai préparé, en partant de chaque asparagine, toute une série de dé- 
rivés. 



( i3G) 

» Or les deux séries jouissent de jjropriétés chimiques identiques. En re- 
vanche, toutes les fois qu'il s'agit de dérivés ayant le pouvoir rotatoire, les 
termes des deux séries présentent des rotations égales et de signe contraire. 

» Les points de fusion des dérivés des deux asparagines ne sauraient 
être déterminés avec exactitude, car ces corps se décomposent avant ou 
au moment même de la fusion. 

» Le Tableau suivant indique les constantes physiques et le pouvoir 
rotatoire (solutions aqueuses saturées à i5"-20°, longueur du tube, o™,5o) 
des corps obtenus. 

Noms des corps et formules. Série de l'asparagine. Méthode 

— ~^^— — ^■- — — !^ — - de préparation. 

CO, AzlrP Ordinaire, Sucrée, 

I 
Asparagine < C^H', AzH- lévogyre, dextrogyre, 

CO^H [a]„ = -5»,4. [«]„ = +. 5°,4i. 

CO^H 1 

Acide asparlifiiie / i^H', AzH= Dextrogyre. Lévogyre. '^"'''" ''"^ l'acide chloi- 

' I " i liydrique. 

CO^H I 

CO^H Fus. vers loo", Fus. vers loo", I 

Acide malique J G^ IP , OH lévogyre. dextrogyre. ^<=''°" ''^ ''"'^'''^ "'" 

'I 'I treiix. 

CO-^H \ 

CO, AzH^ Fus. vers iSy", Fus. vers ij-", J 

Acide uramidosuccinique. { G^H% AzII, CO, AzH'- dextrogyre. lévogyre. ^'=''''" ^" '^y»"»^'' "^^ 

' ; ■ l potassium. 

CO^H ] 

CO"H j Action de l'acide chlor- 

... . ., . . I Ajua A TT f 'lydrique sur le corps 

Acide urimidosuccinique. /C'^H^— AzH\ . , r, . > précédent ou du cva- 

^ ' I n)^^ Lévogyre. Dextrogyre. nate de potassium sur 

GO — AzH'^ j les acides aspartiques. 

G0,AaH2 

Acide urimidosuccinique. ; G' H'-- AzH v^ . ., , ., Fnsiondesasparogènes 

' I ^GO Inactil. Inactif. , avec l'urée. 

f GO -AzH/ ■■■■ ] 

ICO" H j Action de l'acide chlor- 

A'îij'' A TJ ( '^y^''''^!"'^ sur l'uri- 

G H- — AzH\ , .„ ., \ mide précédent ou fu- 

I,' ;G0 Inactif. Inactif. / sion des acides aspar- 

GO — AzII' j tiques avec l'urée. 

» Les deux asparagines, chauffées avec des quantités d'acide chlorhy- 
drique (D = 1,107) correspondant à deux molécules, à une tempéra- 
ture de 170"- 180°, fournissent de l'acide aspartique inactif. En opérant à 
une température plus élevée ou en prolongeant l'action de l'acide, on 
obtient de l'acide fumarique. L'acide aspartique ainsi préparé est de tous 
])(>ints identique à l'acide do Dessaignes, préparé au moyen du malate 



( '37 ) 
d'ammonium {Comptes rendus, t. XXX, p. 32^; t. XXXI, p. 432.) Chauf- 
fées au-dessus de 200°, les deux asparagines fournissent le même corps, 
constitué probablement par de la polyfumarimide. 

» En résumé, les dérivés des deux asparagines présentent les mêmes 
.propriétés chimiques; toutefois, ces faits ne suffisent point pour rejeter 
définitivement l'hypothèse d'une isomérie d'ordre chimique. En effet, les 
isomères physiques connus sont doués de la même saveur; or, tandis que 
l'asparagine ordinaire possède une saveur indécise, l'asparagine dcxtro- 
gyre est douée d'une saveur nettement sucrée, analogue à celle qu'on ob- 
serve chez beaucoup d'acides amidés. En outre, en dissolvant dans l'eau 
des quantités équimoléculaires des deux asparagines, on obtient, il est vrai, 
une dissolution optiquement inactive; mais, par l'évaporation spontanée, 
il se dépose les deux asparagines séparées. Assez souvent même, les cristaux 
présentent des macles formées d'un cristal droit et d'un cristal gauche. 

» Rien de pareil, comme on sait, n'a lieu avec les deux acides tartriques 
droit et gauche, qui, en s'unissant, donnent l'acide racémiquc. 

M En revanche , les acides aspartiques dérivés des deux asparagines 
doivent être envisagés comme de véritables isomères physiques, car ils 
s'unissent en quantités équimoléculaires pour donner un acide inactif que 
je nomme acide asparagénique, pour le distinguer de l'acide aspartique 
inaclif obtenu par le malale mono-anmionique ainsi qu'en chauffant une 
des deux asparagines avec de l'acide chlorhydrique à 180°. Notons ici que 
la formule de structure de l'acide aspartique 

CO^H-CH^-CH(AzH=')-CO'H 

n'admet pas d'isomérie d'ordre chimique. 

» L'acide asparagénique est en cristaux monocliniques, identiques aux 
formes décrites par M. Pasteur pour l'acide de Dessaignes {Annales de Chi- 
mie et de Physique, t. XXXIV, p. 3o). Je chercherai à dédoubler cet acide 
ainsi que les deux acides aspartiques inactifs en deux acides présentant 
les phénomènes rotatoires. 

» En faisant agir l'ammoniaque alcoolique sur l'éther de l'acide aspar- 
tique inactif, il m'a été impossible de préparer de l'asparagine inactive, 
quoique l'existence de ce corps paraisse des plus probables. 

» Dans les mêmes conditions, l'éther de l'acide aspartique ordinaire 
fournit de l'asparagine lévogyre. » 



( i38 ) 

M. Pasteur ajoute les observations suivantes à propos du travail de 
M. Piutti : 

« Pourquoi cette grande différence dans la saveur des deux asparagines? 
On pourrait peut-être supposer l'existence d'une isomérie toute spéciale. 
Je pense autrement. Je serais très porté à croire, au contraire, qu'il faut 
rapprocher ce fait physiologique de cet autre que, si deux corps dissymé- 
triques inverses offrent dans leurs combinaisons avec des corps inactifs 
des propriétés chimiques et physiques absolument semblables et même 
identiques, ces mêmes corps dissymétriques inverses donnent des com- 
binaisons tout à fait différentes de propriétés quand ils s'unissent à des 
corps eux-mêmes dissymétriques et actifs sur la lumière polarisée. 

)) Le corps actif dissymétrique qui interviendrait dans l'impression ner- 
veuse, traduite par une saveur sucrée dans un cas et presque insipide 
dans l'autre, ne serait autre chose, suivant moi, que la matière nerveuse 
elle-même, matière dissymétrique comme toutes les substances primor- 
diales de la vie : albumine, fibrine, gélatine, etc. 

» Mais, dira-t-on, comment n'a-t-on pas encore trouvé des différences de 
saveur dans les corps droit et gauche inverses? 

» Ce n'est pas là une objection de principe. En outre, on n'a jamais eu 
peut-être l'idée de faire ces comparaisons de saveurs. Aujourd'hui que 
l'attention est appelée par ce que je viens de dire sur ces singularités de 
grande importance, les choses changeront peut-être : c'est du moins mon 
espoir. » 



CHIMIE . — Partage d'une base entre deux acides, cas particulier des chromâtes 
alcalins. Note de M. P. Sabatier, présentée par M. Bertlielot. 

« L'acide chromique se comporte vis-à-vis des bases alcalines comme 
un acide bibasique à deux fonctions inégales. La vraie nature de ces fonc- 
tions apparaît bien nettement si, selon les indications de M. Berthelot 
{Comptes rendus, i883, XCVL 399), on considère les chaleurs dégagées 
par la combinaison de l'acide chromique avec deux équivalents successifs 
de potasse, et surtout si l'on rapporte les données thermiques à l'état solide 
des corps qui interviennent dans les réactions. On trouve ainsi, relative- 
ment à la potasse, que la première fonction de l'acide chromique, celle 
qui fournit le bichromate, n'est guère surpassée que par la première fonc- 
tion de l'acide sulfurique (qui donne le bisulfate de potasse). Elle est voi- 



( i39 ) 
sine de celle de l'acide clilorhydrique, certainement supérieure aux acides 
carbonique, acétique, même a l'acide phosphorique. Aussi, le bichromate 
de potasse ne subit de décomj>osition notable qu'avec l'acide sulfurique, 
ce qui, du reste, comme nous l'avons montré dans une Communicatii)U 
récente, ne détermine dans la liqueur aucun changement de teinte. 

1) Le bichromate de potasse, qui retient la deuxième fonction de l'acide 
chromique et forme ainsi le chroinate neutre, vient, d'après les valeurs 
thermiques de l'état solide, se placer au-dessous de l'acide clilorhydrique, 
du bisulfate dépotasse, de l'acide acétique, de la première fonction des 
acides phosphorique et carbonique. Mais il nous apparaît comme un acide 
plus fort que le bicarbonate de potasse et que la troisième fonction de 
l'acide phosphorique. 

» L'action des acides jinissants sur le chromate neutre de potasse tend 
au déplacement total du bichromate au profit du nouvel acide : en réalité, 
à cause de l'intervention dissociante du dissolvant, on aura le plus souvent 
dans la liqueur, au lieu d'une réaction complète, une décomposition pro- 
gressive. Celle-ci se traduira dans le liquide jaune-citron' par l'apparition 
graduelle de la teinte rouge du bichromate. La nuance du mélange indi- 
quera donc l'étendue du partage de la potasse entre le bichromate et 
l'acide antagoniste. 

)) L'emploi du spectrophutomètre pour cette détermination numérique 
présente de grandes difficultés pratiques. 

» .]'ai obtenu, au contraire, de très bons résultats par une méthode colo- 
rimétrique directe, en comparant les mélanges de chromate neutre et 
d'acide antagoniste à une gamme connue formée à l'avance avec des pro- 
portions déterminées de chromate neutre et de bichromate. 

)i Les liquides colorés étant tous contenus à volumes égaux dans des 
,tubes identiques, un œil, même peu exercé, arrive à classer la teinte du 
mélange étudié entre deux termes consécutifs de la série étalon. Celle-ci 
comprenait jusqu'à soixante tubes, ayant tous pour le même volume la 
même masse de bichromate, mais des quantités progressivement croissantes 
de potasse. La sensibilité d'appréciation diminue quand la dose de bichro- 
mate libre devient notable. Les déterminations ont été contrôlées par plu- 
sieurs observateurs qui avaient seulement à se prononcer sur l'identité de 
deux nuances. 

1) Les détails de ce travail seront publiés in extenso dans un IMémoire 
étendu. Je me bornerai à indiquer les conclusions générales. 

« L L'acide chlorhydrique donne un déplacement à peu près total ; il 
C R., iS86, 2" Semestre. (T. CUI, N" 2.) '9 



( '4o ) 

en est de même des deux fonctions de l'acide sulfiirique, de la première 
fonction de l'acide phosphorique et même de l'acide trichloracctique. Pour 
l'acide acétique, l'action est un peu moins avancée : ainsi, pour équivalents 
é°-aux d'acide acétique, de potasse et de bichromate (dissous dans 4'" d'eau 
pour I*''), on trouve qu'il s'est formé seulement 0^1, 835 d'acétate de po- 
tasse ; il subsiste encore o*'', i65 de chromate neutre. A côté de l'acide acé- 
tique viennent se placer les trois fonctions égales de l'acide citrique. 

» I.apremière fonction de l'acide carbonique C^ O^ donne un partage 
assez avancé : pour équivalents égaux, on peut évaluer à o'^'i,Gi5 la quan- 
tité de bicarbonate formé. 

» La seconde fonction de l'acide phosphorique (c'est-à-dire la première 
fonction du phosphate acide de potasse) est plus faible que la première, 
mais encore supérieure au bichromate : pour équivalents égaux, il reste 
o^'î, 56 de chromate neutre. 

)) Quant à la deuxième fonction de l'acide carbonique, à l'acide bo- 
rique et à la troisième fonction de l'acide phosphorique, elles se montrent 
nettement inféri&ures au bichromate de potasse. 

» En réalité, on obtient un léger partage avec l'acide borique : pour 
équivalents égaux de potasse, de bichromate et d'acide borique, o'^'SqîS du 
chromate neutre demeurent inaltérés ('). 

» II. Un résultat fort général et très important se déduit des expériences, 
)) Toutes les fois que la fonction de l'acide antagoniste, mesurée par les 
données thermiques, l'emporte sur le bichromate, cette prédominance se 
traduit par V action totale qu'une petite quantité d'acide exerce sur le chro- 
mate neutre. 

)) Les actions secondaires, qui substituent au déplacement total théo- 
rique un partage plus ou moins avancé, sont alors sans influence notable. 
Cette circonstance se révèle visiblement dans la représentation graphique^ 
du partage, parce que toutes les courbes sont à l'origine tangentes à la 
ligne droite d'action totale. Elle fournit immédiatement pour chaque acide le 
nombre de fonctions supérieures à la fonction acide du bichromate. On trouve 
ainsi que l'acide oxalique en a deux, l'acide citrique trois ; l'acide phospho- 
rique n'en a que deux, l'acide carbonique seulement une; l'acide borique 
n'en a point. 

(') Il n'en esl plus de même si Ton traite une solution de chromate neutre par un 
excès d'acide borique solide; on peut alors réaliser un déplacement très avancé du 
bichromate, grâce à la formation d'un borate acide presque insoluble, dont la préci- 
pitation tend à rendre l'action totale, par le mécanisme de Berthollet. 



(.41) 

M Nous retrouvons ici une application du principe général des petites 
masses, énoncé par M. Berthelot. Nous y trouvons en même temps la véri- 
ûcalion la plus éclatante des précisions thermiques déduites de Vètal solide. 

)) lit. La notion démodule, caractéristique spéciale des acides, indépen- 
dante des données calorimétriques et qui, seule, d'après M. Thomsen, 
réglerait les partages d'une hase dans les dissolutions, est absolument 
incompatible avec les conclusions qui précèdent. D'ailleurs les valeurs assi- 
gnées par le savant danois aux modules des divers acides sont inconciliables 
avec les résultats numériques de ces recherches. » 

CHIMIE MINÉRALE. — Sur des litanates de baryte et de strontiane cristallisés. 
Note de M. L. Boiugeois, présentée par M. Fouqué. 

« Le travail que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie est consacré à 
l'étude des titanates alcalino-terreux cristallisés qui prennent naissance 
par l'application d'une méthode connue (fusion des éléments du sel dans 
le chlorure correspondant). 

)) En commençant ces recherches,' j'espérais obtenir ainsi des composés 
appartenant au même groupe chimique que la pérowskite et contribuer 
d'une façon indirecte à l'histoire de ce minéral si intéressant par ses ano- 
malies optiques. J'ai été conduit à faire usage d'un procédé très voisin de 
celui que M. Hautefeuille, dans son Mémoire classique, avait appliqué à la 
synthèse de la pérowskite elle-même : les composés formés dans les cir- 
constances où j'ai opéré, par l'union de l'acide titanique avec la baryte et 
la strontiane, tout en se rapj)rochanl de la pérowskite parla forme cristal- 
line apparente et certains caractères optiques, s'en éloignent au contraire 
par la composition chimique. 

» Titanale de baryte. — Dans un four de Forquignon etLeclerc, on fond 
au rouge vif, pendant une heure, équivalents égaux d'acide titanique et de 
carbonate de baryte au sein d'un excès de chlorure de baryum. Reprenant 
la masse par l'eau acidulée d'acide chlorhydrique, on recueille un sable 
foi-mé de cristaux d'un vif éclat, d'une couleur variant du jaune de miel 
au brun clair, 

)) Examiné au microscope, le produit se présente en cubes ou cubo- 
octaèdres, ordinairement aplatis suivant une face du cube ; la réfringence est 
très prononcée. En lumière polarisée, on aperçoit les phénomènes carac- 



( .42 ) 

lérisliques des substances pseudo-cubiques. Un cristal posé à plat sur une 
face du cube s'éteint lorsque les côtés sont parallèles aux sections princi- 
pales des niçois croisés; dans toute autre position apparaissent des teintes 
fort vives, dessinant d'une part des zones parallèles aux côtés, d'autre 
part un fin quadrillage à 45** constitué par des macles multiples. Souvent 
le centre du cristal et les diagonales restent obscurs dans toutes les posi- 
tions. En lumière convergente on observe deux axes optiques avec bissec- 
trice négative perpendiculaire à la face du cube; leur écarlement est extrê- 
mement variable d'un point à l'autre, jusqu'à devenir nul. La substance 
est sans doute formée par un assemblage très comjilexe de lamelles ortho- 
rhombiques avec symétrie extéi-ieure cubique. 

» La densité des cristaux est 5, 91. 

» L'analyse a été faite en attaquant les cristaux par l'acide chlorhy- 
drique concentré >ers 60"; il se dépose du chlorure de baryum. Etendant 
d'eau la liqueur après refroidissement, on obtient une dissolution limpide 
sans résidu. L'acide titanique est précipité par l'ammoniaque, et la baryte, 
dans la liqueur filtrée, à l'étabde sulfate. L'analyse a donné les résultats 
suivants : 

Calcule pour 
I. ir. III. IV. V. 2BaO,3TiU-. 13aO,2TiO". 13aO,TiO=, 

Baryte.., 47,7 47,5 46,5 44,3 44, o 44,5 48,2 65, i 

Acide litanique. 32,0 5i,5 52,9 54,8 54,9 55,4 5i,7 34,8 

100,3 99,0 99,4 99, i 98,9 99,9 99,9 99,9 

» On voit qu il ) a lieu d'attribuer à la substance la formule 

2BaO,3TiO-, 

qui eu fait un irititanate de barvte, si l'on convient d'appeler hititanate de 
chaux la pérowskite CaO, TiO-. 

)> Titanate de stronliane. — On procède comme plus haut, sauf rempla- 
cement du baryum ])ar le strontium. Les cristaux sont de plus petites 
dimensions, cubes sans modifications, d'un jaune grisâtre ou bi'un clair. 
La biréfringence est extrêmement faible; les anomalies optiques sont, à 
part cela, semblables à celles du sel de barvte. Densité, "> , i . 

)> Pour l'analyse, on dissout dans l'acide chlorhydrique concentré, vers 
60", on étend d'eau, on précipite l'acide titanique par l'ammoniaque, et, 
dans la liqueur filtrée, la strontiane à l'état de carbonate. 



( i43 ) 

Calculé pour 

I. II. III. 2StO,3TiO'. StO,2TiO'. SlO.TiO». 

Stroiuiaiie 4-4,0 43, o 46,6 45,7 55,8 38,7 

Acide lilanique. . 54,5 55,3 52,4 54,2 44, i 61,2 

98,5 98,3 99,0 99,9 99,9 99,9 

» La formule est ddiic aStO, 3TiO-, comme pour le sel de baryte. 

» Titanale de chaux. — Opérant de même, à titre de comparaison, sauf 
remplacement du strontium par le calcium, on recueille un produit tout à 
fait semblable au précédent par sa couleur et sa forme cubique. Mais en 
lumière polarisée, on observe une assez forte biréfringence, avec extinc- 
tion diagonale et lamelles hémitropes dessinant un fin quadrillage parallèle 
aux côtés. 

» Difficilement attaquable par l'acide chlorhydriipie, même concentré 
et bouillant, la substance se dissout aisément à chaud dans l'acide sulfu- 
l'ique concentré, ce qui permet d'en faire l'analyse. La liqueur étendue 
est précipitée par l'ammoniaque, et la liqueur filtrée, par l'oxalate d'ammo- 
niaque. 





1 

37,4 
60, I 


II. 

39,0 
6. ,3 

100,3 




Ca 


Iculé pour 






Chaux .... 


CaO.TiO^ 
4o,5 
39,5 

1 00 , 


aC; 


»0,3TiO^ 
3l,2 

68,7 

99 > 9 


Ci 


lO, ■iT\0- 

25,4 


Acide litanique 


74,5 




97>5 


99.9 



)) Il y a, comme on voit, identité avec la pérowskite CaO, TiO*, et le 
procédé cmplové ne diffère d'ailleurs de celui de M. Hautefeuillc que par 
l'absence de silice. 

» Remarques. — Dans les préparations précédentes, l'introduclicui des 
chlorures de potassium ou de sodium ne parait modifier en rien les résid- 
tats. Les titanales de strontiane et de chaux se forment même quand on 
n'a pas mis de bases libres, à cause de la facile décomposition des chlo- 
rures par la vapeur d'eau. Quant au chlorure de baryum, plus stable, 
fondu avec l'acide titanique seul, il donne des aiguilles mal formées de 
rutile. 

» L'addilion de silice aux mélanges donne, dans les condidoiis précitées, 
avec le chlorure de baryum, en outre du titanate, une scorie crislalline 
qui sera étudiée plus tard; avec le chlorure de strontium, du titanate en 
cubes modifiés par de très petites facettes octaédriques; a\ec le chlorure de 



( i44 ) 

calcium (expériences de M. Hautefeuille), de la pérowsldte, tantôt en cubes 
parfaits, tantôt en beaux cristallitcs, sans trace de sphènc. 

» Dans une Note ultérieure, je traiterai d'essais faits en vue de préparer 
des silicotitanates de baryte ou de strontiane analogues au sphène (' ). 

)) J'examinerai, en outre, la question de savoir s'il est possible d'obtenir 
des titanates mixtes de barvte et de chaux, de strontiane et de chaux. » 



CHIMIE. — Action du chlore sur le séléniocyanate de potassium. Note 
de M. A. Verxei'il, présentée par M. Troost. 

« 1. D'après MM. Kypke et Neger (-), le précipité rouge obtenu lors- 
qu'on dirige un courant de chlore dans une dissolution de séléniocyanate 
de potassium est du perséléniocyanogène, tandis que la substance jaune 
produite par l'action d'un excès de chlore sur cette matière rouge est de 
l'acide perséléniocyanique. 

» Ces composés n'ayant pas été analysés, j'ai repris l'étude de cette réac- 
tion et j'ai l'honnelu' de soumettre aujourd'hui à l'Académie les principaux 
résultats obtenus. 

H Pour éviter la décomposition des produits engendrés dans l'action du 
chlore sur le séléniocyanate alcalin, il convient de faire arriver à la surface 
de sa dissolution à lo pour loo un courant d'air chargé d'une petite quantité 
de ce métalloïde, par son passage à travers de l'eau de chlore faible. Le pré- 
cipité cristallin rouge qui est d'abord formé se transforme peu à peu en 
une substance jaune qu'on purifie, après dessiccation àfroid, par une cristal- 
lisation dans le chloroforme bouillant. 

)) Les paillettes jaune d'or ainsi obtenues répondent à la formule C^ Az Se' 
et non à celle de l'acide perséléniocyanique C^Az-H^Se". 



Calculé 
Trouvé. pour C'AzSe'. 

C 8,l5 8,3o 

Az 10, 06 9)69 

Se 81,84 82,00 

)) L'eau décompose lentement à froid, mais immédiatement à l'ébullition, 



(') Laboratoire de M. Fouqué, au Collège de France. 

(-) An7i. der Cheni. und PItarin.. 11. série, t. \XX1X, p. 207 



1 >4^ ) 
ce triséléniiire de cyanogène, en acide cyanhydrique, acide sélénieiix et sé- 
lénium d'après l'équation 

2C=AzSe^ -+-IPO= = 2C=AzH + SeO= -H 5 Se. 

» La majeure partie du sélénium et l'acide cyanhydrique ainsi formés 
proviennent de la décomposition, par l'acide sélénieux, de l'acide sélénio- 
cvanique d'abord engendré; car si l'on produit cette réaction en présence 
d'un léger excès de CaO, CO*, elle répond à l'égalité 

2C- AzSe' + 3 CaO, CO= = li C-AzCaSi- + CaO, SeO= + Se 4- 3 CO", 

laquelle permet d'envisager le triséléniure de cyanogène comme un sélé- 
niocvanate dans lequel le sélénium remplace le métal; j'ai donné le nom 
de sélèniocy anale de sélénium à ce produit pour rappeler cette constitu- 
tion. 

» 2. Maintenu à la température de io8° dans le vide, le séléniocyanate 
de sélénium fournit un sublimé bien cristallisé de monoséléniure de cyano- 
gène : 

Calculé 
Trouve. pour C'/VzSe. 

C i8,25 i8,32 

Az 21,33 21,37 

Se 59)32 60, 3o 

» L'eau bouillante le décompose rapidement ainsi 

2C^\zSe -t- H-O- = 2Cv\zH H-SeO- + Se; 

mais à froid, en même temps qu'il se dégage C0% il se précipite du sélénio- 
Oanate de sélénium et le liquide retient du séléniocyanate d'ammoniaque 
ainsi que SeO^ et C-AzH. La formation de ces divers produits est résumée 
dans les équations suivantes : 

3C='AzSe + 2H=0-=C-AzSe=^-C^AzAzH*-h2CO^ 
2C^4zSe + 2H=0''= C-AzAzH''Se--h 2C0=, 
SC^AzSe + 2H^0= = C^\zSe= -f- 4C-AzH + 2SeO^ 

» 3. Le produit ultime de l'action du chlore sur le séléniocyanate de 
potassium étant considéré comme du séléniocyanate de sélénium, on devait 
prévoir la formation d'une combinaison de ces deux produits, les sels 
doubles analogues étant très nombreux dans la série parallèle du soufre. 



( '46 ) 

Le composé rouge formé en premier lieu répond, en effet, à la combinai- 
son de 2*^4 de séléniocyanate de sélénium avec i"' de séléniocvanate de 
potassium, plus une molécule d'eau : C Az^KSe'H'O^. 

» De fait, on obtient immédiatement ce séléniocyanate double lorsqu'on 
ajoute à la dissolution du séléniocyanate de sélénium dans le chloroforme 
la cpiantité calcnléc de séléniocyanate de potassium dans l'alcool à 90". 

)) 4. La solution alcoolic[ue de séléniocyanate double de sélénium et de 
potassium se décompose assez rapidement en déposant du sélénium; par 
l'évaporation on obtient la combinaison C^Az^KSe" cpii représente le sélé- 
niocyanate double primitif dans lequel 1"'' de séléniocyanate de sélénium 
est remplacé par i"'' de monoséléniure de cyanogène. 

» On obtient la combinaison ammoniacale correspondante, 

C- AzSe' , C^Az Se, C^ Az Az IV Se-, 

lorsc[u'on fait agir, pendant plusieurs heures, l'éther humide sur le sélé- 
niocyanate de sélénium à la température de l'ébullition. 

)) 5. En résumé, l'action ménagée du chlore sur le séléniocyanate de 
potassium est exprimée par l'équation 

8C^AzIvSe=+ 7CI + 3HO = SC-AzSe^'-^ SeO=KO -f- 3C-AzH + 7KCI. 

» La réaction secondaire la plus importante qui l'accompagne est celle 
cpii donne naissance en même temps à une petite cpiantité de monosélé- 
niure de cyanogène suivant l'égalité 

2C-AzIvSe- -h 2CI = C=AzSc' + C-AzSe + 2KCI. 

)) Il résulte des faits indiqués dans cette Note que l'action du chlore sur 
les séléniocyanates alcalins est fort différente de celle cju'il exerce sur les 
sulfocyanates correspondants. 

» Le brome et l'iode donnent lieu à des phénomènes du même 
ordre ('). « 



CHIMIE ORGANIQUE. — Transformation des glucoses en dexlrines. Note 
de MM. E. GniMAux etL. Lefèvuk, présentée par M. Friedel. 

« Les travaux de MM. Bondonneau, Musculus, O' Sullivan, Bro\vn, etc., 
ont montré que la dextrine n'est pas une espèce chimique définie, mais 

(') Laboratoire du Muséum d'Hisloiie iialurelle. 



( «47 ) 
qu'il existe un certain nombre de corps présentant les propriétés générales 
de la dextrine de Payen, et différant entre eux par le pouvoir rotatoire et 
le pouvoir réducteur. 

« Malgré de nombreuses recherches, la question des dextrines est en- 
core assez obscure; la transformation des glucoses en dextrines, que nous 
venons de réaliser, nous paraît devoir apporter quelques faits nouveaux à 
l'histoire de ces corps. 

i> Nous utilisons, pour opérer cette transformation, l'action déshydra- 
tante de l'acide chlorhydrique faible dans des conditions spéciales. On dis- 
sout le glucose pur dans huit fois son poids d'acide chlorhydrique d'une 
densité de i , 026 et l'on distille cette solution au bain-marie dans le vide. Le 
produit de la réaction est une masse sirupeuse, d'une couleur ambrée plus 
ou moins foncée ; on la dissout dans son poids d'eau et l'on ajoute de 
l'alcool à 90° jusqu'à cessation de trouble. Il se précipite une matière 
molle, gommeuse, adhérant fortement aux parois du verre. On répète à 
cinq ou six reprises la dissolution dans l'eau et la précipitation par l'alcool 
à go°; puis on redissout dans l'eau, on décolore à l'ébuUition par le noir 
animal, on concentre la solution en la distillant au bain-marie dans le vide, 
puis on l'abandonne, à froid, dans le vide sec. Elle donne d'abord une 
masse gommeuse, qui se dessèche lentement et se prend en plaques transpa- 
rentes que l'on pulvérise. 

)) Elle forme alors une poudre blanche présentant l'aspect de la dextrine 
blanche du commerce; elle est très hygrométrique et donne des solutions 
gommeuses. La poudre sèche donne, sous la pression, cette sensation de 
craquement que l'on observe avec la fécule et avec la dextrine commer- 
ciale. Son pouvoir réducteur et son pouvoir rotatoire varient avec le 
nombre de précipitations qu'elle a subies; elle est, déplus, mélangée d'une 
certaine quantité d'un sucre fermentescible. 

» Dans une opération dirigée comme nous venons de l'indiquer, nous 
avons obtenu, après trois précipitations par l'alcool, une dextrine blanche 
ayant un pouvoir réducteur de 21,;) pour 100, évalué en glucose, et un 
pouvoir rotatoire [a,]y = -h 100°. 

» Pour la débarrasser du sucre fermentescible qu'elle peut renfermer, 

elle a été soumise à l'action de la levure de bière juscpi'à ce qu'il n'y eût 

plus de dégagement d'acide carbonique. Le produit de la réaction évaporé 

et séché possède : 

Pouvoir rédacleur 17,8 

Pouvoir rolaloire [a]y -H 97°, 48 

C. R., 1886, 2' Semestre. (T. CIII, N° 2.) 20 



( '48 ) 

» L'analyse centésimale n'a pas conduit aux chiffres répondant à la for- 
mule C'^ H'^O'' = 3(C''H"'0^), mais se rapproche plutôt de la formule 
C'^H'=0''=:3(C/H"'0') + H'O. 

» La dextrine synthétique appartient à la famille des achrodextrines ; 
elle n'est pas colorée par l'iode. L'infusion de malt est sans action sur elle, 
comme nous l'ayons constaté sur plusieurs échantillons proyenant d'opé- 
rations diyerses. 

« Elle n'est hydratée par les acides étendus qu'avec une certaine len- 
teur; 2^"^ soumis à l'ébullition avec loo parties d'eau renfermant 2 pour 100 
d'acide sulfurique n'ont été entièrement transformés en glucose qu'après 
vingt heures d'action; au bout de huit heures, il n'y avait de produit que 
78 pour 100 de glucose. Le glucose régénéré par l'hydratation de la dex- 
trine synthétique subit facilement la fermentation alcoolique. 

» Les propriétés de cette dextrine se rapprochent d'une dextrine syn- 
thétique obtenue par M. Musculus par l'action de l'acide sulfurique con- 
centré sur le glucose en présence d'alcool absolu, dextrine inattaquable 
par l'infusion de malt et difficilement saccharifiable par les acides étendus, 
mais elle en diffère par son pouvoir réducteur et son pouvoir rotatoire, qui 
sont plus faibles, l'achrodextrine de Musculus ayant un pouvoir rotatoire 
[a]y = + iS^" et un pouvoir l'éducteur de 32 pour 100 ('). 

» Les dextrines qu'ont isolées divers chimistes (achrodextrines a, p, etc.) 
ne peuvent être regardées comme des espèces chimiques distinctes, mais 
comme des mélanges de plusieurs dextrines qu'il n'est pas possible de 
séparer. En effet, le pouvoir rotatoire et le pouvoir réducteur varient sui- 
vant le nombre des précipitations par l'alcool, même quand on a enlevé 
par la levure de bière les sucres fermentescibles. 

» Les liqueurs alcooliques qui restent après la précipitation de la dex- 
trine synthétique renferment donc d'autres dextrines plus réductrices, 
comme il est facile de s'en assurer en les concentrant et les additionnant 
d'alcool absolu ; mais, de plus, elles renferment un sucre fermentescibic. 
Nous nous sommes demandé si ce sucre fermentescible était seulement du 
glucose ou un mélange de glucose et de maltose, ce dernier, qui renferme 
C'- H^-0' ', ayant pu prendre naissance dans l'action déshydratante de l'a- 
cide chlorhydrique sur deux molécules de glucose. Mais le maltose cris- 



(') M. A. Gaulier, en faisant réagir le gaz clilorhydrique sec sur le glucose en solu- 
tion dans ralcool à 94», a obtenu un diglucose C'HI-'^O" qui paraît se rapprocher 
d'une dextrine. 



( i49 ) 
tallise difficilement, et nous n'avons pas encore pu le retirer du mélange 
qui renferme de la dextrine, du glucose et de l'acide chlorhydrique. 

» Nous avons essayé, cependant, d'en démontrer la présence en mettant 
à profit la belle réaction de M. E. Fischer, qui a obtenu des combinaisons 
cristallisées des sucres réducteurs en les traitant par un mélange de chlor- 
hydrate de phénylhydrazine et d'acétate de soude. Comme le glucose se 
combine plus rapidement que le maltose, qu'il donne des cristaux parais- 
sant au microscope formés de lames groupées en faisceaux, tandis que le 
maltose donne des étoiles radiées, nous avons constaté que ces caractères 
permettent de reconnaître un mélange de glucose et de maltose, le premier 
dépôt étant surtout formé par la phényiglucosazone et les dépôts suivants 
par un mélange de ce corps a\ ce la phénvlmaltosazone ; nous avons appliqué 
cette réaction aux produits renfermés dans les eaux mères alcooliques qui 
restent après la précipitation de la dextrine. Ou les neutralise par la soude ; 
on acidifie par l'acide acétique, puis on chauffe au bain-marie avec une solu- 
tion de phénvlhvdrazine. Toutes les deux heures, on sépare le dépôt par le 
filtre; les premiers offrent les caractères de la phénjlglucosazone, tandis 
que les derniers sont surtout formés de cristaux groupés en étoiles qui pré- 
sentent l'aspect de la phénylmaltosazone. Il y a donc lieu de supposer que, 
dans la réaction qui donne la dextrine, il se produit une certaine cjuantité 
de maltose; mais nous ne regarderons ce fnit comme hors de doute 
qu'après avoir réussi à isoler et à caractériser le maltose. 

)) Le galactose pur, provenant du dédoublement du sucre de lait, et dont 
nous devons l'échantillon à l'obligeance de M. Mûntz, se comporte comme 
le dextrose; il fournit une galacto-dextrine qui, après avoir été soumise à 
la fermentation, présente l'aspect de la glucodextrine. Elle a un pouvoir 
réducteur de lo pour loo (évalue en glucose) et un pouvoir rotatoire 
[ajy = + 80". » 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la transformation des ainides en aminés. 
Note de M. H. Baubig.w, présentée par M. Debray. 

« Dans un pli cacheté remis en mars 1880 à l'Académie, ouvert en 1882 
et publié la même année dans les Comptes rendus (t. XCV, p. 646), sous 
le titre : Transformation des amides en aminés, j'annonçais que les amides 
chauffées en vase clos avec un alcool étaient transformées en aminés sub- 
stituées, dérivées de l'alcool employé; ce, par fixation des éléments de cet 



( i5o) 

alcool, et d'après le même principe qui reproduit le sel correspondant à 
l'amide employée lorsqu'on la soumet aux conditions d'hydratation. 

i> Ainsi l'acétamide chauffée avec de l'alcool éthylique donne de l'acé- 
tate d'éthylamine et, chauffée avec de l'eau, elle donne de l'acétate d'ammo- 
niaque. C'est de même qu'on a de la méthylaniline ou de l'aniline, si on 
chauffe l'acétanilide avec de l'alcool méthylique ou de l'eau. La seule diffé- 
rence, ainsi que je le signalais dans ma Note de 1880, est dans la tempéra- 
ture nécessaire à la réaction. Dans le cas des alcools, on doit opérer à plus 
haute température. 

» Simultanément, Calm signalait, en 1882 ('), la même réaction pour 
certains phénols et obtenait, avec l'acétamide et les naphtols y. et p, les 
naphtylamines correspondantes. Je dis certains phénols; car, comme moi, 
Calm constatait que, par l'action du phénol ordinaire sur l'acétamide, 
même à 3oo°, on n'obtenait pas d'aniline. 

» Je suis donc étonné que M. R. Seifert, sous le titre : Transformation 
des amides en aminés {Veherfïihrung der Sàureamide in Al/cylamine), ait 
signalé (-) comme une réaction nouvelle l'action des alcools sodés sur les 
amides pour transformer ces amides en aminés substituées, dérivées de 
l'alcool employé, paraissant ainsi tenir pour nuls mes résultats et ceux de 
Calm. 

» L'emploi d'un alcool sodé n'est, en effet, qu'un cas particulier de la 
méthode plus générale signalée par moi pour les alcools et par Calm pour 
certains phénols, et à laquelle M. Seifert revient sans s'en douter; car la 
réaction n'a pas lieu dans le sens qu'il indique, à savoir par voie de double 
décomposition pure et simple. En effet, pour le cas de l'acétanilide et de 
l'alcool sodé étudié par lui, M. Seifert donne l'équation 

C«H«...N^ +NaOC=H^ = C''H^..N -i- CH' - COONa. 

\ H N n 

» M. Seifert dit avoir opéré à lyo^-aoo" pendant trente-six heures; et 
à la rectification des aminés, il trouAe de l'aniline avec une petite quan- 
tité d'une base qui, après plusieurs distillations fractionnées, bout de 201" 
à 205° et jouirait des propriétés de l'éthylamine d'Hofmann. 

)) D'autre part, il constate que, si l'on chauffe le mélange d'alcool sodé 
et d'acétanilide, non plus en vase clos, mais lentement et en vase ouvert, 

(') Berl. Berichte, t. XV, p. 609. 
C) Ibid., t. WIII, p. i35d. 



( i5i ) 

dans une cornue par exemple, à i6o''-i7o", il distille de l'alcool pur (et 
sensiblement la quantité théorique employée), tandis qu'il reste de l'acéta- 
nilide sodé 

^N...H + NaOC-H*= ^ N. . .Na + C^H^O. 

)) Ce n'est donc pas par double décomposition, comme le prouve cette 
dernière réaction, que se produit l'éthylaniline, mais bien par action ulté- 
rieure de l'alcool sur l'acétanilide sodé, lorsque l'emploi d'un vase scellé 
empêche la distillation de l'alcool régénéré, et que l'on chauffe jusqu'à 200°, 
tout comme on l'obtient par l'action de l'alcool ordinaire sur l'acétamide. 
En effet, l'acétanilide chauffé à 200° avec de l'alcool éthylique à 90°-95''C. 
fournit de l'éthylaniline, mais la réaction est lente et concorde avec le 
résultat de M. Seifert, qui, après trente-six heures à i70*'-200°, accuse dans 
le produit obtenu par lui en vase clos une quantité encore assez notable 
d'aniline, alors que la transformation aurait dû être totale, si elle avait été 
la conséquence d'un double échange, puisqu'en vase clos M. Seifert em- 
ployait un excès d'alcool sodé. 

» Ainsi, non seulement l'emploi de l'alcool sodé n'offre rien de nouveau, 
en tant que transformation des amides en aminés, mais de plus, en nécessi- 
tant l'usage d'alcool absolu, la réaction perd en apparence de sa généra- 
lité, généralité que j'avais établie en montrant qu'un mélange d'un alcool, 
d'un acide organique et d'une aminé amidifiable, porté à une température 
supérieure à celle nécessaire pour former l'amide, donnait naissance à 
une aminé plus substituée. De plus, à 280", la transformation est complète 
et le rendement presque théorique après huit à dix heures. » 

CHIMIE ORGANIQUE . — Isomérie des camphols et camphres; campholde valériane. 
Note de M. Alb. Haller, présentée par M. Berthelot. 

« L'essence de valériane a été l'objet de recherches nombreuses. 
Rochleder ('; fut le premier qui démontra qu'en l'oxydant avec le bichro- 
mate de potasse et l'acide sulfurique on obtient un produit ressemblant au 
camphre des Laurinées. Il attribue ce fait à l'oxydation du terpène C'H"' 
contenu dans l'essence de valériane. 



(') Ânnalen der Chemie und Phann., t. XL, p. i. 



( i52 ) 

)) C'est à Gerhardt (' ) que nous devons de savoir que cette essence con- 
tient un camphol que l'auteur considéra comme identique au bornéol pro- 
venant du DrYobalanops aromatica. 

» Pierlot ( -), en chauffant l'essence de valériane avec de la potasse, 
obtint aussi une substance camphrée à laquelle il attribua la formule 

C'-H-^O. 

» Enfin M. Bruylauts ('^), dans ses belles recherches sur les essences, a 
démontré que le camphol de valériane existe dans l'essence, à l'état d'éthers 
formique,' acétique et valérianique. 

» Aucun de ces auteurs n'a étudié les dérivés de ce camphol pour les 
comparer à ceux du bornéol ordinaire, ni déterminé son action sur la lu- 
mière polarisée. Nous nous sommes proposé de combler cette lacune et 
nous avons, à cet effet, préparé ce camphol en modifiant légèrement le pro- 
cédé de M. Bruylauts. 

Les parties d'essence de valériane passant entre 220° et 250° et consti- 
tuées par le mélange d'éthers mentionnés plus haut ont été chauffées avec 
un léger excès de potasse alcoolique, dans un ballon muni d'un réfrigérant 
ascendant. Au bout de cjuelques heures de traitement, on a versé la solu- 
tion dans un excès d'eau froide. Le camphol cjui se précipite dans ces con- 
ditions a été recueilli sur une toile, lavé à l'eau, puis séché entre des 
doubles de papier filtre. Le produit ainsi obtenu était jaunâtre; pour le 
purifier, on l'a sublimé sur de la chaux. Ainsi préparé, ce camphol 
fond vers 200°, comme l'a indiqué M. Bruylauts. Son pouvoir rotatoire 

[aJ,.= -37°,4. 

» Ce camphol ainsi obtenu n'est toutefois pas encore pur. Pour le pu- 
rifier, on l'a soumis à des cristallisations répétées dans l'éther de pétrole. 
On a finalement obtenu des cristaux, se présentant sous la forme de tables 
hexagonales, transparents, très friables, d'une odeur qui tient à la fois du 
camphre et du poivre, et ne rappelant plus la valériane. Les cristaux fon- 
dent à 208°, 8 et ont en solution dans le toluène un pouvoir rotatoire mo- 
léculaire [a]i, := — 37,77. 



(' ) Annales de Chimie et de Physique, (3), t. VII, p. 286. 

C^) ihid.,(:^), t. LVi, p. 291. 

(') Bulletin de l'Académie royale de Belgique, (3), t. XI. 



( '53) 

» Ces données concordent avec celles du camphol deN'gai purifié par 
cristallisation dans l'éther de pétrole. 

» Les points de fusion et les pouvoirs rotatoires du camphre, camphre 
monobromé et acide camphorique dérivés du camphol de valériane, sont 
les suivants : 



Points 
de fusion. Pouvoir rotatoire. 



Camphre de valériane '78,2 (a)j,= — 42>96 

Camphre monobromé correspondant .. 75,2 (a)D= — 127,57 

Acide camphorique correspondant.. . . 186,2 (î()[,^=-- 46, 16 

» En comparant les propriétés de ce camphol et de ses dérivés avec 
celles du camphol de N'gai et de ses dérivés correspondants, on arrive à 
conclure qu'il y a identité complète entre ces deux produits. Leur camphre 
est de plus identique avec celui de matricaire. 

» Dans une Communication ultérieure, je démontrerai, si l'Académie 
veut bien me le permettre, que ces deux camphols sont en même temps 
identiques avec le camphol retiré de l'alcool de garance. » 



CHIMIE ORGANIQUE. — Électrolyse d'une solution ammoniacale avec des 
électrodes de charbon. Note de M. A. 3Iillot, présentée par 
M. Friedel. 

« Dans une Note présentée à l'Académie le 17 août i885, j'ai annoncé 
que, en électrolvsant le charbon de cornue purifié au chlore avec une so- 
lution d'ammoniaque à 5o pour 100 d'ammoniaque liquide, on obtenait im 
liquide noir, décrit dans une Note en 1880, et que cette solution évaporée 
au bain-marie laissait un résidu composé en majeure partie de matières 
azulmiques. 

)) Ce résidu, épuisé à l'alcool dans un appareil cohobateur, donne une 
solution alcoolique colorée en jaune, et la matière noire reste insoluble. 

» Dans la Note précédente, j'ai signalé que le liquide alcoolique évaporé 
à sec laissait un résidu soluble dans l'eau bouillante et insoluble dans l'eau 
froide, et que, après un grand nombre d'évaporations et de redissolutions 
successives pour séparer la matière insoluble à froid, il restait un liquide 
sirupeux dans lequel se formait une cristallisation d'urée que l'on pouvait 
séparer par égouttage et cristallisations successives. 

» J'ai reconnu depuis cette époque que la solution alcoolique renfermait 



■ ( '54 ) 
non seulement l'urée, mais encore les dérivés de cette substance que l'on 
obtient d'habitude par l'action de la chaleur sur l'urée, tels que l'ammélide, 
le biuret et la guanidine. 

» Pour isoler ces corps, la solution alcoolique provenant de l'épuisement 
à l'alcool de la matière noire, qui est toujours légèrement acide, est traitée 
par le sous-acétate de plomb après saturation à l'ammoniaque. Il se forme 
un j^récipité abondant d'ammélide : le liquide filtré est décomposé par un 
courant d'hydrogène sulfuré, puis évaporé à consistance sirupeuse. On 
ajoute une solution alcoolique concentrée et chaude d'acide oxalique; par 
le refroidissement, on obtient une cristallisation d'oxalate d'urée qui est 
lavée à l'alcool. L'oxalate d'urée est décomposé en solution bouillante 
par le carbonate de chaux et donne de l'urée pure que l'on fait cristalliser. 

» La solution, dont on a séparé l'urée, est traitée à l'ébuUition par la craie, 
puis par l'eau de chaux ; on filtre et l'on sépare l'excès de chaux par le car- 
bonate d'ammoniaque. 

» Le liquide obtenu renferme alors du biuret et du nitrate de guanidine. 
L'acide nitrique provient de l'électrolyse de l'ammoniaque, mais ne se 
forme pas en quantité suffisante pour donner naissance à du nitrate d'urée, 
puisque l'on peut obtenir directement l'urée par cristallisation de la solution 
alcoolique brute. 

» On sépare le biuret du nitrate de guanidine en faisant cristalliser en 
liqueur étendue : le biuret, moins soluble, cristallise le premier sous la 
forme de mamelons. Ces mamelons, redissous, donnent du biuret tout à fait 
pur, cristallisé en aiguilles, après plusieurs cristallisations dans l'ammo- 
niaque faible et l'alcool et séparation d'un peu de matière insoluble. 

» Le liquide dont on a séparé les mamelons est concentré et laisse dé- 
poser une abondante cristallisation de nitrate de guanidine que l'on purifie 
par cristallisations successives dans l'eau et dans l'alcool. 

» Le nitrate de guanidine cristallise en tables hexagonales dont trois 
côtés sont souvent supprimés et donnent des cristaux en forme de triangles. 

» Le biuret et le nitrate de guanidine ainsi obtenus ont exactement la 
composition centésimale et les propriétés de ces corps. 

)) Quant à la matière blanc jaunâtre séparée en premier lieu par évapo- 
ration de la solution alcoolique ou par la précipitation au sous-acétate de 
plomb, on la purifie par plusieurs dissolutions à chaud et précipitations à 
froid; on sépare chaque fois un peu de matière devenue insoluble, proba- 
blement par suite de polymérisation, et l'on traite la solution bouillante par 
le sous-acétate de plomb; on filtre et l'on décompose la liqueur ])ar l'hy- 



( i55 ) 

dro^ène sulfuré à chaud. Le liquide concentré laisse déposer par refroidis- 
sement une matière blanche qui, séchée et analysée, a donné la composition 
et les propriétés de l'ammélide ou acide mélanurique de Gerhardt. Le sel 
d'argent a la composition centésimale de l'ammélidate d'argent. 

» On obtient donc, dans cette électrolyse, par action directe du charbon 
sur l'ammoniaque : 

» Une matière azulmique, dont j'étudie en ce moment les produits d'oxy- 
dation ; 

» L'urée et ses produits de décomposition : l'ammélide, le biuret, la 
guanidine. 

» L'urée et la guanidine proviennent vraisemblablement de l'action de 
l'acide carbonique naissant sur l'ammoniaque avec élimination d'eau; 

» Le biuret, de la réaction de l'acide carbonique sur la guanidine; 

» L'ammélide, de l'action de l'acide carbonique et de l'ammoniaque sur 
le biuret. 

» Je n'ai pas observé, dans ces protluits, la formation de l'acide cyan- 
urique qui devrait prendre naissance par l'action de l'acide carbonique sur 
le biuret, probablement par suite de la présence de l'ammoniaque c[ui 
donne, dans ces conditions, naissance à l'ammélide. 

)) MM. Bartoli et Papasogli ont électrolyse le charbon en solution am- 
moniacale; mais, pour rendre le liquide plus conducteur, ils ont ajouté une 
solution de sel marin. Dans ces conditions, il se produit du chlore naissant, 
et l'on ne peut obtenir les produits précédents qui sont détruits par le 
chlore. On se trouve alors placé dans les conditions de l'électrolyse d'une 
solution alcaline sodique. » 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur un alcoolate de potasse cristallisé- 
Note de M. Exgei., présentée par M. Friedel. 

« La solution alcoolique de potasse se comporte, tantôt comme la solu- 
tion aqueuse, tantôt au contraire comme si elle renfermait de l'étliylate de 
potasse. Son action sur un grand nombre de composés organiques, par 
exemple, est toute différente de celle de la potasse dissoute dans l'eau. 

» Les faits qui suivent donnent l'explication de cette différence d'ac- 
tion. 

» J'ai observé en effet qu'à froid la solution alcoolique de potasse était 

C. R., 1886, 2« Semestre. (T. ClII, N« 2.) 21 



( '5(^ ) 
constituée par la dissolution dans l'alcool d'un composé cristallisé : 

KOH + 2CH¥0, 

correspondant à l'hydrate ROTI -f- 2IPO. 

)) Pour préparer ce composé d'alcool et de potasse, on suspend dans de 
l'alcool absolu un panier de platine rempli de fragments de potasse caus- 
tique fondue cpi'on renouvelle jusqu'à complète saturation du liquide. 
Celui-ci se sépare en deux couches : une inférieure, très peu abondante, qui 
est une solution aqueuse de potasse ; une supérieure, légèrement brune, qui 
est la solution alcoolique. 

» La couche aqueuse inférieure provient sans doute du peu d'eau que 
renferme toujours la potasse et des traces d'eau de l'alcool absolu ; peut- 
être aussi de la formation d'un peu d'cthylate de potasse. 

» La couche alcoolique saturée à 25° avait, dans une expérience, une 
densité de 1,089 ^^ renfermait 20 pour 100 de potassium. 

» En maintenant pendant vingt-quatre heures à 0° ce liquide alcoolique, 
on constate la formation d'un abondant dépôt de cristaux en grandes 
lames, occupant tout le volume du liquide et retenant les liqueurs mères. 
On peut les séparer de la partie liquide par un rapide essorage. 

M Le liquide ainsi séparé des cristaux n'avait plus, dans l'expérience que 
je décris, que la densité 0,980 et ne renfermait que 16,9 pour 100 de 
potassium. 

)) Les cristaux essorés sont d'un beau blanc, onctueux au toucher, très 
rapidement altérables à l'air. 

» Ils ont donné à l'analyse les résultats suivants : 



C-H'O obtenu par ilislillation avec de l'eau. 







Calculé 


Trouvé. 


pour 


K0H-+-3C»H'0 


26,6 




26,35 


26,5 






26,6 






62,6 




6a , I 


62,8 






8,16 




S, 10 



/ Q T A 

H obtenu par la combustion ' 

' I 8,3o 

» Le corps analysé a donc bien la formule KO H + 2(C-H'' O) ; je l'appel- 
lerai alcoolate de potasse. On a donné le même nom d'a/coolales aux com- 
binaisons d'alcools et de bases dans lesquels le métal s'est substitué à l'hy- 
drogène de l'alcool. Pour éviter toute confusion dans la nomenclature, je 



( '57 ) 
propose de réserver le nom de méthylales, A'éthylates, etc., à ces derniers 
corps et d'appeler alcoolates les composés dans lesquels l'alcool joue un 
rôle analogue à celui de l'eau de cristallisation. 

» L'alcoolate de potasse conservé en flacons bien bouchés se maintient 
inaltéré à o". Mais, à une température plus élevée déjà, vers 3o°, il semble 
se transformer lentement en éthvlate. Dans tous les cas, vers 60", ces cris- 
taux fondent et, après rpielques heures, on constate que le liquide se sé- 
pare en deux couches dont l'inférieure est une solution aqueuse de potasse : 
cette décomposition est rapide à 100"- 120°. 

» L'alcoolate de potasse donne donc naissance à de l'eau sous l'influence 
de la chaleur, et, comme il n'y a pas en même temps formation d'éther, il 
en résulte qu'il s'est formé de l'éthylate de potasse d'après la formule 

KOII + 2(C-H''0) = C^H'OK + C^IPO -h IPO. 

» L'eau formée se sature de potasse. Quant au liquide alcoolique surna- 
geant, il se prend par le refroidissement en une masse de fines aiguilles 
tout à fait différentes des cristaux précédents. Ces aiguilles sont impré- 
gnées d'un liquide. Elles sont tellement déliquescentes qu'il est à peu près 
impossible de les isoler. Elles m'ont paru, d'après deux analyses, répondre 
à la formule C-H*OR -f- C^IPO. Mais ces analyses n'ont pu être faites que 
sur un produit encore imprégné du liquide générateur. 

» Dans tous les cas, la formation d'eau par l'action de la chaleur sur le 
corps ROII + 2(C-H°0) maintenu en lubes scellés, sans production 
simultanée d'éther, suffit pour démontrer la formation d'éthylate de po- 
tasse et pour expliquer par suite l'action de la solution alcoolique de po- 
tasse sur certains composés organiques. » 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur l' acide propionique . Note de M. Ad. Rexard, 
présentée par M. Berthelot. 

« L'acide propionique se rencontre en proportion assez notable, mé- 
langé de petites quantités d'acides acétique, butyrique et \alèrique, dans 
les goudrons résultant de la pyrogénation de la colophane à la tempéra- 
ture du rouge \iL 

)• Pour l'extraire, on traite par de la lessive de soude les essences 
légères provenant de la distillation de ces goudrons et passant avant 200". 



( i58 ) 

La liqueur obtenue est soumise à l'évaporaliou jusqu'à consistance siru- 
peuse, puis introduite dans une cornue et traitée par de l'acide sulfurique 
en excès qui, en général, détermine immédiatement la séparation d'une 
certaine quantité d'acide propionique qui remonte à la surface sous forme 
d'une couche huileuse noirâtre. On distille et, par addition au produit 
distillé de chlorure de calcium, l'acide propionique se sépare mélangé 
d'un peu d'acides butyrique et valérique. Quant à l'acide acétique, vu sa 
faible proportion, il reste en presque totalité en solution dans l'eau. 
Pour épurer l'acide propionique ainsi obtenu, on n'a plus qu'à le sou- 
mettre à quelques rectifications dans un appareil Le Bel et Henninger. 

» Vers 99°, de l'eau chargée d'acide propionique passe à la distillation, 
puis bientôt le thermomètre monte à i/)i°-i42° et l'acide propionique 
distille. La liqueur aqueuse provenant du commencement de la distilla- 
tion, traitée par du chlorure de calcium, fournit une nouvelle quantité 
d'acide propionique qui se sépare sous forme d'une couche huileuse qu'on 
rectifie comme précédemment. 

» L'acide propionique bout à if^i°,5- il\-i° (h = o,']55). Sa densité 
par rapport à l'eau à +4°= 1,0089 ^* o" ^t 0,9904 à + 18°. Refroidi 
à — 5o°, il reste liquide. 

)) Il est soluble en toutes proportions dans l'eau, l'alcool, l'éther, la 
benzine, les essences de pétrole. 

» La solution aqueuse soumise à la distillation bout à 98°, 6 - 99^,5 et 
le produit distillé renferme des proportions d'acide variant avec la quan- 
tité d'eau contenue dans le mélange. Quand la proportion d'acide, dans 
le mélange primitif, atteint au moins /^o pour 1 00, on obtient d'abord un 
liquide aqueux bouillant à 99°, 5, renfermant 3o pour 100 d'acide, puis, 
vers la fin, le thermomètre monte rapidement à 141"- 142", température 
à laquelle l'acide propionique distille. 

» Le chlorure de calcium le sépare de sa solution aqueuse; par le repos 
il remonte sous forme d'une couche huileuse renfermant 96 à 97 pour 100 
d'acide anhydre, que la distillation décompose en acide à 3o pour 100 et " 
acide anhydre. Quant à la solution de chlorure de calcium elle renferme 
une quantité constante de 8 pour 100 d'acide qu'on ne peut isoler par de 
nouvelles additions du même sel. 

)) Le sel marin et le sulfate de sodium ne le séparent pas de sa solution 
aqueuse ; mais, lorsqu'il est mélangé, même à de faibles proportions, d'acides 
butyrique ou valérique, la séparation a lieu. Il en est de même si l'on ajoute 
à la liqueur salée de l'essence de pétrole ou de la benzine, les carbures 



( iSg ) 
remontent à la surface entraînant avec eux la majeure partie de l'acide 
propionique dissous. 

» L'acide acétique a une action inverse; mélangé à de l'acide propio- 
nique dissous dans l'eau, il en empêche sa séparation par addition de 
chlorure de calcium ; mais, en agitant la liqueur acide avec de la benzine, 
celle-ci entraine l'acide propionique en proportion d'autant plus grande 
que la quantité d'acide acétique est moindre. Un mélange de parties égales 
d'acide acétique et d'acide propionique, étendu de son volume d'eau et 
saturé de chlorure de calcium, étant épuisé à trois ou quatre reprises dif- 
férentes par de l'essence de pétrole, abandonne à cette dernière ■yo pour 
loo de l'acide propionique qu'il renferme, qu'on peut ensuite extraire par 
un lavage à la lessive de soude, évaporation et distillation de sel de sodium 
obtenu en présence d'acide sulfurique, puis addition au produit distillé 
de chlorure de calcium. Si la proportion d'acide acétique contenu dans le 
mélange est moindre, le rendement en acide propionique est plus élevé. 

» Ces diverses réactions pourront peut-être présenter quelque intérêt 
au point de vue de la séparation de l'acide propionique des liquides et 
surtout des acides avec lesquels il est souvent mélangé. » 

CHIMIE AGRICOLE. — Recherches sur le développement de la betterave à sucre; 
conclusion générale. Note de M. Aiaië Girard, présentée par M. Peligot. 

« Le phénomène essentiel par lequel se caractérise la première année 
de la végétation de la betterave à sucre est la formation d'une souche 
considérable dans laquelle le poids de saccharose emmagasiné s'élève à 
ioqS"' et même quelquefois à iSo^'' par sujet. 

» Quelle est l'origine de ce saccharose, par quel mécanisme, en une pé- 
riode végétative de quatre mois environ, la plante parvient-elle à le former 
d'abord, à l'emmagasiner ensuite? C'est là un problème dont la solution 
préalable paraît indispensable aux recherches entreprises dans le but d'a- 
méliorer par la méthode scientifique les qualités saccharogéniques de la 
betterave. 

)> Pour approcher autant que possible de cette solution, il convient d'a- 
bord de déterminer aux époques successives de la végétation l'accroisse- 
ment personnel et relatif des trois parties principales dont la plante est 
formée : souche, bouquet de feuilles, pivot et radicelles réunis. Cette déter- 
mination, les chiffres suivants la résument en centièmes du poids de la 
plante totale. 



( '6o) 

s juin 19 juin. sjuill. t-îjr.ilt. ?ii juill. 10 iiji'il ?; août. 5 sept. iS ?rpl. i" oct. 

Souchr 6,8 i5,i 24,8 29,0 38,9 ^^i7 53, 5-;, 3 59,8 63,3 

Bouquet fli; feuilles. 83, i 80, i 77,8 68,5 59,3 53,8 46,2 4i,2 38, ■; 35,2 

Pivot et radicelles.. 10,1 4.8 2,4 2,0 1,8 i,5 1.8 i,5 i,5 i,5 

100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 

» Les chiffres qui précèdent permettent aussitôt de caractériser la phy- 
sionomie de la plante ; pendant les deux premiers mois de sa végétation, 
ainsi que nombre d'observateurs l'ont déjà constaté, l'appareil foliacé pré- 
domine, et c'est à se constituer lui-même que son activité s'applique sur- 
tout. L'importance delà souche est faible à ce moment; quant à l'appareil 
radiculaire, son importance, notable au début, diminue rapidement et bien- 
tôt c'est à 2 pour 100 du poids de la plante que s'en abaisse la proportion. 

» Pendant les deux derniers mois de la végétation, c'est dans des condi- 
tions tout autres que la végétation se poursuit. L'appareil aérien et l'ap- 
pareil radiculaire augmentent, à la vérité, mais dans des proportions si 
faibles, que souvent on est amené à considérer le premier comme station- 
naire. La souche, au contraire, augmente rapidement son poids et, en fin 
de campagne, représente les deux tiers en^ iron du poids de la plante tout 
entière. 

» Pour chacune des parties de cette plante, si les conditions météorolo- 
giques ont été normales, cet accroissement est régulier, et c'est par des 
lignes presque droites que la représentation graphique le traduit aussi bien 
pour la souche que pour les racines, que pour le bouquet lui-même, 
lorsque, bien entendu, on fait rentrer en compte le poids des feuilles fa- 
nées. 

» Inégal au point de vue de son intensité pour chacune de ces trois par- 
ties, faible pour les feuilles et les racines, considérable, au contraire, pour 
la souche, cet accroissement conserve sa régularité lorsqu'il s'applique à 
la plupart des produits dont les unes et les autres sont composées : ligneux, 
matières minérales, matières organiques solubles, c'est-à-dire en cours 
d'élaboration. 

» De telle sorte que, si on laisse de côté quelques-uns des produits qui 
interviennent à leur constitution, c'est en un état de composition sensible- 
ment constant que chacune des parties de la plante se maintient pendant la 
période la plus importante de la végétation, c'est-à-dire depuis le mois de 
juillet jusqu'à la fin de la campagne. Mais, comme je l'indiquais à l'instant, 
il est, à cette règle, des exceptions qui, si elles sont peu nombreuses, 
n'en ont pas moins, au point de vue de l'établissement de la plante et de sa 



( Km ) 

végétation, au point de vue également des applications industrielles qu'elle 
reçoit, les conséquences les plus grandes. 

» C'est ainsi que l'analyse des racines et radicelles nous les montre s'en- 
richissant rapidement en tissu ligneux et acquérant, de ce fait, une soli- 
dité chaque jour plus grande. 

» C'est ainsi que l'étude des feuilles, et notamment des limbes, nous 
montre les proportions du saccharose Aariant dans une mesure relativement 
importante, sous l'influence de la lumière, alors que, à côté du saccharose, 
les autres produits qui interviennent à la comj)osition du tissu végétal ne va- 
rient que dans une mesure relativement restreinte. 

» C'est ainsi enfin que l'examen de la souche, aux diverses époques de 
la végétation, nous montre l'accroissement de sa richesse saccharine, inti- 
mement lié aux conditions météorologiques, et notamment à l'abondance 
des pluies que la plante a pu recevoir, nous montre, en un mot, la .souche 
s'accroissant régulièrement en poids, quelles que soient ces conditions, mais 
se chargeant, soit en eau, soit en sucre suivant les circonstances, et con- 
servant, en tout cas, le sucre cjue la végétation précédente y a déjà emma- 
gasiné. 

» Des considérations qui précèdent et de la discussion des chiffres si nom- 
breux que l'analyse des diverses parties de la plante m'a fournis résulte, 
ce me semble, la possibilité de définir les conditions dans lesquelles la vie 
de la betterave à sucre se développe, les conditions dans lesquelles se 
forme la masse importante de saccharose que cette souche emmagasine. 

» Dès les premiers mois de sa végétation, la betterave affirme son carac- 
tère prochain : alors que son poids atteint i^'à peine, elle contient déjà 
1,5 pour loo de sucre. Cependant, c'est à constituer surtout son appareil 
aérien et son appareil radiculaire que la plante travaille alors; mais bientôt, 
et dès le milieu de juillet, sa végétation prend une allure différente. Chaque 
jour, sous l'influence directe du soleil, les limbes des feuilles fabriquent 
une proportion nouvelle de saccharose ; chaque jour, à traA ers les pétioles, 
une quantité de ce saccharose, que l'on peut évaluer à i^'' euAàron, se di- 
rige vers la souche, tandis que, d'autic part, enlevées au sol par les radi- 
celles, une masse d'eau variable, une quantité de matières minérales que 
l'on peut estimer à o'^'', i5o ou à o^'', 200, se dirigent vers la souche et vers 
le bouquet des feuilles. 

» La partie essentielle de la plante, cette souche qui, en fin de cam- 
pagne, représente les deux tiers du poids total de celle-ci, ne doit plus alors 
être considérée cpie comme un réseau végétal qui, pendant la première 



( 'G2) 

année de la vie de la betterave, croit régulièrement aA ec le temps, et dont 
le tissu cellulo-vasculaire, d'une composition sensiblement constante pen- 
dant toute la durée de cette végétation, se remplit, régulièrement aussi, 
d'eau et de sucre se remplaçant l'une l'autre, suivant les circonstances 
météorologiques, et formant, en tout cas, une somme qui, tout au moins 
pour la race que j'ai étudiée, représente 94 pour 100 du poids de la 
souche. » 



ZOOLOGIE. — La loi des connexions appliquée à la morphologie des organes 
des Mollusques et particulièrement de V Ampullaire. Note de M. E.-L. 
Bouvier, présentée par M. de Quatrefages. 

« L'Ampullaire est un prosobranche à la fois pulmoné et branchifère. 
Le toit de sa vaste cavité palléale se dédouble pour former un poumon spa- 
cieux, qui rejette à droite la branchie monopennée, à gauche la fausse 
branchie bipennée. Le pénis se trouve à droite sur le manteau. Jusqu'ici, 
la signification morphologique de ces différents organes était restée dou- 
teuse; en nous appuyant sur les connexions très constantes qui, chez les 
Prosobranches, existent entre le svstème nerveux et les différentes parties 
du corps, nous avons pu la préciser et l'étendre à un grand nombre de 
Prosobranches. 

» Dans sa partie antérieure, le système nerveux de l'Ampullaire rappelle 
celui des Scutibranches par la présence de quatre colliers nerveux (probo- 
scidien, sympathique, pédieux et commissural) ayant tous pour partie com- 
mune les ganglions cérébroïdes avec leur longue commissure. La masse 
sous-œsophagienne est rectangulaire. Les deux côtés latéraux du rectangle 
sont ganglionnaires et paraissent comprendre diacun un ganglion anté- 
rieur et un ganglion postérieur. Les deux ganglions antérieiu's sont réunis 
par une épaisse commissure; la commissure des deux ganglions postérieurs 
est moins forte. Chaque ganglion postérieur envoie en arrière un puissant 
cordon ; les deux cordons se réunissent dans le ganglion viscéral bilobé 
situé à droite du yjéricarde. Une anastomose qui passe obliquement au- 
dessus de l'œsophage unit le ganglion postérieur droit à un ganglion allongé 
situé sur le cordon gauche. 

» Les ganglions cérébroïdes et sympathiques se reconnaissent aisément; 
on voit aussi sans peine que les deux ganglions antérieurs de la masse 
sous-œsophagienne sont des ganglions pédieux. Mais, sans la loi des con- 



( i63 ) 

nexionsr, on ne saurait interpréter les autres parties d'un système nerveux 
qui rappelle si peu celui des Prosobranches. Le ganglion allongé situé sur 
le cordon gauche est un ganglion supra-intestinal, puisqu'il innerve à la 
fois la partie antérieure de la branchie et la fausse branchie. Mais le nerf de 
la fausse branchie se dédouble et innerve aussi le bord gauche du manteau, 
exactement comme le nerf palléal gauche issu du ganglion commissural 
gauche des autres Prosobranches. On explique cette anomalie en observant 
que, chez la plupart des Prosobranches, le nerf branchial antérieur et le 
nerf palléal sont réunis par une anastomose qui est très courte et très rap- 
prochée du ganglion supra-intestinal chez la Janthine. Exaspérons cette dis- 
position et nous verrons chez l'Ampullaire le nerf palléal gauche se rendre 
directement dans le ganglion supra-intestinal pour en sortir confondu avec 
le nerf branchial antérieur. Mais alors le ganglion postérieur gauche de la 
masse sous-œsophagienne représente le ganglion commissural gauche, et 
c'est bien là en effet sa vraie nature, puisqu'il innerve les parois du corps 
et le muscle columellaire. La position des connectifs issus des ganglions 
concorde avec cette conclusion ; elle indique en outre que le ganglion pos- 
térieur droit est au moins le ganglion commissural droit. Mais ce ganglion 
innerve, comme le ganglion subintestinal des autres Prosobranches, les 
parois du corps, le muscle columellaire et le manteau à droite; on doit 
donc le considérer comme équivalent à la réunion du ganglion commis- 
sural droit et du ganglion subintestinal, plus confondus encore que chez 
le Buccin et la Calyptrée. Voici quelle est, dès lors, la commissure viscé- , 
raie de l'Ampullaire. Sa branche subintestinale se rend directement du 
ganglion commissural droit au ganglion subintestinal, puis se dirige en ar- 
rière pour aboutir au ganglion viscéi'al. Sa branche supra-intestinale se 
rend, en passant obliquement par-dessus l'œsophage, du ganglion commis- 
sural droit au ganglion supra-intestinal, puis se dirige en arrière pour se 
terminer dans le ganglion viscéral. Nous avons vu que le ganglion commis- 
sural droit est confondu avec le ganglion sub-intestinal; par conséquent, 
l'Ampullaire est à la/ois chiastoneure et zygoneure. 

)) La loi des connexions apparaît avec une évidence frappante dans l'in- 
nervation du pénis de l'Ampullaire. Ici, en effet, le pénis est une dépen- 
dance du manteau, cas très rare s'il n'est pas unique, et nous voyons qu'il 
est innervé par le nerf palléal droit. Ainsi, suivant que le pénis est une 
dépendance du pied, de la tête ou du manteau, il est innervé par les gan- 
glions pédieux, céréhroides ou palléaux, et l'on peut dire, par suite, que 
le pénis est une dépendance du pied (Glaucus, nombreux Prosobranches). 

G. R., 1886, 1' Semestre. (T. ClII, N- 2.) 22 



( i64) 

de la Ce/e (Pnlmonés, Pleurobranche, Calyptrée) ou du manteau (Ampul- 
laire) suWanl quil est innervé par les ganglions pédieux, cérébroïdes ou 
palléaux. Pour Jhering, le pénis serait toujours innervé par les ganglions 
cérébroïdes. 

n L'épipodium de l'Ampullaire est innervé par les ganglions commissu- 
raux et non, comme lé dit Jhering, par les ganglions pédieux; c'est donc 
une formation palléale ou au moins une expansion des parois du corps. Or, 
chez la Jauthine, l'épipodium reçoit ses nerfs des ganglions pédieux, par 
conséquent les formations appelées épipodiales n'ont pas toutes la même signi- 
Jîcation morphologique, puisque les unes sont des dépendances du pied, les 
autres des dépendances du manteau ou des parois du corps. 

M Pour la plupart des auteurs (Claus, Jhering, P. Fischer, etc.), la 
grande branchie des Cténobranches correspond à la branchie droite des 
Zeugobranches, la fausse branchie, souvent bipennée, à la branchie gauche 
des mêmes Zeugobranches. D'ailleurs, ces derniers ont à la base de chaque 
branchie une saillie particulière, décrite par Spengel sous le nom d'organe 
olfactif. Or, chez les Zeugobranches, la branchie et l'organe olfactif 
gauches sont innervés par les mêmes nerfs issus de la branche supra-intes- 
tinale de la commissure viscérale, la branchie et l'organe olfactif droits 
par des nerfs issus de la branche subintestinale de la môme commissure. 
Mais, chez tous les Cténobranches, y compris l'Ampullaire, la branchie et 
la fausse branchie sont innervées par la branche supra-intestinale de la 
commissure, d'où l'on conclut que, chez l'Ampullaire et chez tous les Cténo- 
branches, la branchie et la fausse branchie correspondent à la branchie et au 
soi-disant organe olfactif gauches des Zeugobranches. 

M Par conséquent, la falisse branchie de l'Ampullaire ne correspond pas 
à la branchie des Néritines, et son système nerveux n'est pas orthoneure. 
C'est pour ces deux raisons pourtant que Jhering voyait dans les Ampul- 
laires les Gastéropodes les plus voisins des Néritidés, bien qu'il les plaçât, 
chose étrange, à côté des Calyptréidés. Par contre, Woodward range l'Am- 
pullaire parmi les Paludinidés, et P. Fischer entre les Paludinidés et les 
Cyclostomidés. La présence d'un épipodium et d'un bourrelet dorsal rap- 
prochent, en effet, l'Ampullaire des Paludines; mais des caractères plus 
importants, tels que le système nerveux zjgoneure, la présence d'une fausse 
branchie bipennée et la différence des dents radulaires, les en séparent. 
Nous plaçons l'Ampullaire parmi les Ténioglosses zygoneures, au voisinage 
des Calyptréidés qui ont le plus grand nombre de traits communs avec 
elle. 



( i65 ) 
» Nos recherches, faites an laboratoire de Malacologie du Muséum, se 
limitent aux trois espèces suivantes : Ampullaria carinata (Swainson), 
A.polita (Deshayes) et^. sona/a (Spix). >> 



ZOOLOGIE. — Sur la présence de Ricins dans le tuyau des plumes des Oiseaux. 
Note de M. Trouessart, présentée par M. A. Milnc-Edwards. 

« Dans une précédente Communication ('), j'ai appelé l'attention de 
l'Académie sur la présence d'Acariens appartenant à plusieurs genres (5/- 
ringophilus, Analgésiens, etc.) dans le tuyau des plumes, du vivant de 
l'oiseau. 

)) Jusqu'à présent ou n'avait lien observé d'analogue pour les Ricins 
ou Mallophages, insectes aptères qui vivent avec de nombreux Sarcoptides 
dans le plumage des oiseaux. Un fait récent nous permet d'affirmer que, 
dans certaines circonstances, les Ricins pénètrent également dans le tuyau 
des plumes et y vivent à la manière des Syringophiles. 

)) Sur les ailes d'un Courlis (Numenius arquatus) tué à la chasse, en dé- 
cembre i88j, par M. René Martin et que cet ornithologiste distingué avait 
bien voulu m'envoyer pour la recherche des Sarcoptides plumicoles, mon 
attention fut attirée par de singulières perforations que présentaient deux 
ou trois des grandes pennes à chaque aile. Ces perforations rondes ou 
elliptiques, semblables comme aspect et dimension à des trous d'épingle, 
étaient situées dans le sillon du rachis, à la face inférieure de la plume, ou 
sur le côté, près de l'insertion des barbes, à o",o2 euAiron de l'ombilic 
supérieur, mais toujours sur la partie blanche et opaque de la tige, plus 
tendre et plus facile à percer que la région transparente, cornée, qui forme 
la base du tuyau. Ces perforations donnaient accès dans l'intérieur, vers la 
partie du tuyau qui se prolonge, en se rétrécissant en bec de (lùle, vers 
l'extrémité libre de la plume. A côté de ces trous, on voyait des empreintes 
avant la même forme et les mêmes dimensions, mais n'intéressant pas toute 
l'épaisseur de la paroi, semblables à des trous inachevés. Ces empreintes 
sont la preuve évidente que les ouvertures ont été percées du dehors au 
dedans. 

1) Ces plumes, examinées par transparence, ne montrent plus trace des 

(') Voir Comptes rendus, t. XCIX (i884), p- ii3o. 



( i66 ) 

cônes qui forment des sortes de cloisons à l'intérieur du tuyau : à la place 
on y distingue des objets mobiles dont la nature ne peut être déterminée 
sans un examen plus approfondi. Si, à l'aide de ciseaux fins, on fend alors 
le tuyau, on en fait sortir les insectes qui sont évidemment les auteurs de 
ces perforations. Chaque plume renferme cinq à six cadavres de Ricins, du 
eenre Colpoceplialum ( ' ), pour la plupart femelles, avec des fèces noirâtres, 
comme preuve d'un séjour prolongé dans cette espèce de chambre où ces 
insectes ont pu se nourrir, comme les Syringophiles, de la substance des 
cônes qu'ils ont détruits peu à peu. En outre, ces femelles ont pondu leurs 
œufs que l'on voit, par transparence, collés sur. la paroi interne du tuyau, 
où ils forment des spirales plus ou moins régulières, se touchant tous par 
leur plus petit diamètre. La plupart de ces œufs sont des coques vides : 
deux ou trois seulement renferment encore des embryons à peu près com- 
plètement développés. 

» Si, arrachant l'une de ces plumes, on l'examine avec soin du côté de 
son insertion, on y trouve, presque toujours, un second trou situé sur le 
côté à 5™™ environ de l'ombilic inférieur. Cette seconde ouverture est 
évidemment le trou de sortie des jeunes larves récemment écloses, trou dont 
les parents n'ont pu faire usage, puisqu'ils ont laissé leurs cadavres dans le 
tuyau après avoir accompli la fonction de reproduction qui est le ternie 
ordinaire de leur vie. 

» On conçoit facilement que ces Ricins, en pénétrant ainsi dans le tuyau 
des plumes, ont dû être guidés par un instinct très sûr qui les poussait à 
rechercher un milieu clos et à une température égale, propre à l'éclosion 
de leurs œufs pendant la saison d'hiver, époque où l'oiseau a été tué. Le 
tuyau des plumes leur offrait à la fois le vivre et le couvert, puisque les 
cônes ont été dévorés soit par les parents, soit par les jeunes après leur 
sortie de l'œuf. La matière pulpeuse de ces cônes, se desséchant beaucoup 
plus lentement que les parties extérieures de la plume, doit parfaitement 
convenir à ces derniers pendant leur premier âge. Quant aux pai-ents, il est 
évident que leur grande taille, ne leur permet pas de se servir, pour pé- 
nétrer dans le tuyau, des ouvertures naturelles et notamment de l'ombilic 
supérieur, comme le font vraisemblablement les Syringophiles et les Anal- 



(') M. le D"' Piaget, le savaul spécialiste, à qui nous avons soumis ces insectes, les 
considère comme appartenant à une espèce ou variété nouvelle iju'il propose de désigner 
sous le nom de Colpocephaluin Iriserlalum. 



( .67 ) 

fifésiens. Mais leurs puissantes mandibules, habituées à triturer la substance 
des plumes dont ils se nourrissent, leur permettent de creuser les trous qui 
font l'objet de cette observation. 

» Resterait à déterminer, d'une façon plus précise, quelles sont les 
conditions particulières de la vie de l'oiseau qui nécessitent, de la part des 
Ricins, cette espèce de migration à l'intérieur des plumes. C'est ce qu'il y 
aura lieu d'élucider par des recherches ultérieures, faites autant que pos- 
sible sur l'oiseau frais, condition que nous n'avons pu remj)lir dans le cas 
présent, par suite de circonstances indépendantes de notre volonté. » 



PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur i absorption de l'acide carbonique 
par les feuilles . Note de MM. Dehérai.x et Maquenxe. 

« Quand on réfléchit à l'extrême parcimonie avec laquelle l'acide carbo- 
nique est répandu dans l'atmosphère, on est étonné qu'en quelques mois 
de végétation les plantes annuelles puissent accumuler la masse énorme 
de carbone qu'elles renferment, et nous avons voulu savoir si l'acide car- 
bonique ne serait pas absorbé par les feuilles avec une énergie qui compen- 
serait sa rareté. 

» Tandis que la décomposition de l'acide carbonique par la cellule à 
chlorophylle a donné lieu à un grand nombre de travaux importants, la 
première phase de ce phénomène, l'absorption de l'acide carbonique par 
les feuilles, a été, jusqu'à présent, négligée. Nous abordons aujourd'hui son 
étude, en déterminant la valeur de cette absorption dans le cas particulier 
où la pression de l'acide carbonique est égale à la pression de l'atmo- 
sphère. 

1) L'appareil employé consiste en un système de deux tubes verticaux, de 
o'",8o de longueur, divisés en millimètres et reliés par leur partie infé- 
rieure, comme ceux d'un voluménomètre; ils communiquent, en outre, 
avec un réservoir à mercure que l'on peut déplacer le long de la tige d'un 
support spécial; ces tubes sont entourés d'un manchon rempli d'eau, que 
l'on maintient à une température rigoureusement constante. 

» L'un des tubes est ouvert à sa partie supérieure et joue le rôle de ma- 
nomètre; l'autre, qui sert de mesureur, porte un tube en croix dont 
chaque branche est munie d'un bon robinet; l'une de ces branches est en 
relation constante avec une trompe à mercure. 

» Enfin, le mesureur a été jaugé, et une Table de correspondance permet 



( '(^y ) 

de connaître, à quelques centièmes de centimètre cube prés, le volume 
compris entre le robinet supérieur et un point quelconque de la graduation. 

» Pour faire une expérience, on enferme dans le mesureur une certaine 
quantité d'air normal, saturé de vapeur d'eau, puis on mastique, à l'une 
des branches du tube en croix dont nous venons de parler, un tube sem- 
blable à ceux qui nous ont servi daus l'étude de la respiration, et dans 
lequel on a placé lo^' de feuilles fraîches. Ce tube est lui-même maintenu 
par un bain d'eau à température constante; on y fait le vide complètement, 
puis, établissant la communication avec le mesureur et ramenant le gaz à 
la pression atmosphérique par un déplacement convenable du réservoir à 
mercure, on détermine le volume d'air qui est entré. 

» Cela fait, on remplace le gaz du mesureur par de l'acide carbonique 
pur, et on répète exactement la même manœuvre. On reconnaît alors, 
après avoir, comme précédemment, ramené le gaz à la pression normale, 
que la diminution de volume de l'acide carbonique est beaucoup plus con- 
sidérable que celle qu'on avait observée dans le cas de l'air; parfois même, 
le niveau du mercure est plus élevé que si le tube était vide de feuilles. 

)) A la température ordinaire, l'absorption est instantanée : le mercure 
reste immobile pendant quelque temps, puis s'abaisse lentement par suite 
de la formation d'acide carbonique par respiration intra-cellulaire. A zéro, 
l'absorption est plus lente ; le mouvement ascensionnel du mercure se pro- 
longe alors pendant cinq ou six minutes. 

» Sil'on admet que l'air n'est pas absorbé par les feuilles en quantité sen- 
sible (on trouvedes résultats identiques avec l'hydrogène), la différence entre 
les volumes observés dans ces deux expériences successives donne la me- 
sure de l'acide carbonique absorbé, et, si l'on ramène les volumes gazeux 
à zéro et 760, on peut en déduire le coefficient d'absorption de l'acide car- 
bonique pour i^'' de feuilles. 

» C'est ainsi qu'on a calculé les nombres suivants : 

Coefjicienls d'absorption de l'acide carbonique pour is'' de Jeuilles. 

Fusain . Fusain 

Températures. vieux. Lilas. jeune. Laurier. Trcllc. 



1,08 1,23 1,29 1,35 i,4o 

5 0,9.5 1,1 3 i,i3 1,16 1,23 

10 0,81 0,98 0,98 1,01 1,07 

i5 0,70 0,87 ' 0,89 0,88 0,94 

20 0,61 0,75 0,70 0,77 0,82 

Eau pour 100 de feuilles.. 66,3 74,4 7^,4 76,4 77,7 



( '6r) ) 

» On Aoit, à l'inspection de ces chiffres, que la quantité d'acide carbo- 
nique absorbé varie avec les espèces, mais qu'elle est toujours en rapport 
avec la proportion d'eau que renferment les feuilles. 

» Lorsqu'on opère dans une atmosphère d'acide carbonique jjur, l'ab- 
sorption de ce gaz parait donc être due principalement à un phénomène de 
dissolution, qui se produit instantanément à cause de l'énorme surface que 
présentent les organes absorbants. 

)) Cependant, si l'on calcule, à l'aide de ces premières données, le coef- 
ficient d'absorption de l'acide carbonique par l'eau des feuilles, on trouve 
souvent, ainsi qu'on peut le voir dans le Tableau ci-joint, des nombres su- 
périeurs à ceux qu'a donnés Bunsen pour l'eau pure. 

CocJJiclenl d'absorplion de l'acide carbonique par' l'eau des feuilles. 

Fusain Fusain Eau 

Températures. vieux. Lilas. jeune. Laurier. Trèfle. pure. 



o 1,62 '170 i>73 i>74 i>8i 1,80 

5 1,42 i,5o 1,48 1,54 1,58 1,45 

10 1,22 i,3i i,3o i,3i ijSy ij'O 

i5 1,08 1)1/ 1,1 5 1,16 1,20 i,oo 

20. 0,9' ijOi 1,00 1,01 1,07 0,90 

» Ainsi, si l'on écarte les expériences exécutées à zéro, le liquide qui 
gorge les feuilles absorbe l'acide carbonique en plus forte proportion que 
l'eau ne le dissout. Cette différence .s'accentue bien davantage quand on 
diminue la pression de l'acide carbonique en le mélangeant aAcc un autre 
gaz comme l'air atmosphérique ou l'azote : nous étudions actuellement 
cette seconde partie de notre sujet, et nous espérons pouvoir bientôt rendre 
compte à l'Académie des résultats obtenus. 

» Des expériences déjà exécutées découlent les conclusions suivantes : 

» 1° La proportion d'acide carbonique pur que les feuilles absorbent 
sous la pression atmosphérique varie avec la quantité d'eau qu'elles ren- 
ferment. 

» 2° Le coefficient d'absorption de l'acide carbonique par l'eau des 
feuilles est, dans les limites ordinaires de température, supérieur au coeffi- 
cient de solubilité du même gaz dans l'eau. 

» 3" Cette absorption est extrêmement rapide, ce qui explique comment 
les feuilles arrivent à s'emparer, pour s'en nourrir, des quelques dix-mil- 
lièmes d'acide carbonique que renferme l'air normal. » 



( 17" ) 



MINÉRALOGIE. —5«r l' association cri si allô graphique des feldspaths triclimques. 
Note de M. R. Bréox, présentée par M. Fouqué. 

« Parmi les roches rapportées du Krakatau, il y a quelques labradorites 
dont les feldspaths, étudiés au point de vue des propriétés optiques, nous 
ont paru, d'api-ès les valeurs maxima des angles d'extinction, appartenir à 
des espèces tricliniques différentes. Les microlithes possèdent les extinc- 
tions du labrador; quant aux grands cristaux (premier stade de consolida- 
tion), les uns présentent les extinctions du labrador, d'autres celles de 
l'anorthite. Enfin on rencontre, et c'est le cas le plus fréquent, des asso- 
ciations dans lesquelles certaines parties présentent les extinctions du 
labrador et d'autres celles de l'anorthite. Un grand nombre de ces feld- 
spaths, maclés suivant la loi de l'albite, sont zones, et, si l'on applique à 
l'étude de ces bandes concentriques les principes établis par M. Michel 
Lévy dans son Mémoire sur les positions d'égale intensité lumineuse des 
minéraux juxtaposés en lame mince, on arrive également à conclure que 
chacun de ces cristaux zones est une association de deux feldspaths dif- 
férents. 

)) Dans le but de vérifier si telle était réellement la constitution de ces 
cristaux, nous avons soumis la roche, réduite en lames minces, à l'action 
de l'acide chlorhydrique concentré et porté à une température d'environ 
80". La durée de l'attaque a varié de deux à six heures. Les préparations, 
lavées ensuite à grande eau, ont été plongées dans une dissolution aqueuse 
de fuchsine. La matière colorante se fixe sur les parties gélatinisées et 
n'agit pas sur les minéraux non attaqués par l'acide. Pour rendre le phé- 
nomène plus net et pour obtenir une coloration plus intense, il est bon de 
laisser évaporer lentement la solution de fuchsine sur la lame mince avant 
de reprendre par l'eau pour enlever toute la couleur non fixée. 

» Les préparations, séchées avec soin, revêtues de baume de Canada 
et recouvertes d'un verre mince, sont ensuite soumises à l'examen micro- 
scopique. On constate alors que les microlithes feldspathiques sont abso- 
lument intacts : parmi les grands cristaux, les uns sont intacts, d'autres 
sont complètement attaqués, le plus grand nombre enfin offrent, dans leur 
intérieur, un noyau reproduisant la forme extérieure du cristal, complè- 
tement attaqué, ne polarisant plus et coloré fortement par la fuchsine, 
tandis que la zone extérieure est restée incolore et possède les propriétés 



( '70 
optiques du labrador. La séparation entre la partie attaquée et la partie 
intacte est presque toujours extrêmement nette et tranchée, l'anorthite 
ayant été attaquée avec facilité et complètement, et le labrador ayant par- 
faitement résisté. Cependant il est juste de dire que, dans les préparations 
sur lesquelles on a fait agir l'acide chlorhydrique chaud pendant plus de 
trois à quatre heures, le labrador a subi un commencement d'attaque. Il se 
teinte légèrement par la fuchsine, sans perdre toutefois son action sur la 
lumière polarisée. 

» Il esta remarquer que, dans les échantillons maclés suivant la loi de 
Talbite, on ne voit point de bandes alternantes appartenant les unes au 
labrador, les autres à l'anorthite. L'association des deux feldspaths ne s'est 
pas faite sous forme de macle, elle s'est opérée par la sui^crposition de 
zones concentriques, l'anorthite ayant cristallisé tout d'abord et s'étant 
enveloppée d'une sorte de revêtement cristallin de labrador, sans que la 
forme ait subi aucune modification notable. La cristallisation de l'anor- 
thite avant celle du labrador s'explique, du reste, aisément par sa fusibi- 
lité moindre au sein d'un magma igné comme celui qui a donné naissance 
à la roche. 

» Ainsi, il s'agit ici d'une association physique d'anorthite et de labra- 
dor, association qui démontre nettement l'épreuve chimique corroborant 
les données optiques. Déjà, à propos des laves de Santorin, M. Fouqué 
avait prouvé que, dans une même roche, on pouvait rencontrer simulta- 
nément à l'état de grands cristaux plusieurs feldspaths tricliniques. 

» Dans le fait que nous signalons, il y a non seulement présence simul- 
tanée du labrador et de l'anorthite dans la même roche, mais encore 
englobement de l'un des feldspalhs par l'autre. 

)) C'est un cas d'isomorphisme mécanique bien différent de l'isomor- 
phisme chimique formulé par Mitscherlich; nous ne croyons pas cependant 
qu'on puisse voir dans cette observation vine confirmation de la théorie 
de Tschermak d'après laquelle tous les feldspaths tricliniques seraient 
des associations d'albitc et d'anorthite par voie d'isomorphisme méca- 
nique. 

» Accessoirement, nous ferons remarquer que l'examen des prépara- 
tions soumises au traitement que nous avons décrit montre que le fer 
oxydulc a été dissous; le péridot assez rare dans la roche a été gélatiniséj 
l'hypersthène, qu'il est assez exceptionnel de rencontrer dans un milieu 
aussi basique, n'a subi aucune altération, non plus que l'augite, soit en 

C. R., r886, -i' Semestre. (T. CIII, N° 2.) ^3 



( 172 ) 

grands cristaux, soit en microlithes. Ija matière amorphe, très peu abon- 
dante sous forme d'un verre brun très foncé, est attaquée. » 



GÉOLOGIE. — Su?- les roches des Corbières appelées ophites. Note 
de M. ViGuiEK, présentée par M. Fouqué. 

« Depuis Fournal, en 1 829, de nombreux géologues ont étudié ou cité les 
roches éruptives des Corbières; Dufrénoy, d'Archiac, M. Noguès, Magnan, 
Leymerie, empruntant à la géologie pyrénéenne le terme d'ophite, si mal 
défini jusqu'à ces dernières années, l'appliquèrent aux roches également 
mal connues des Corbières et émirent sur leur composition minéralogique, 
leur mode d'origine et leur âge, les hypothèses les plus diverses, fausses 
dans leur trop grande généralisation, mais faisant chacune cependant une 
part à la vérité. 

» Au moment de terminer une étude géologique des Corbières, étude 
où je traiterai en détail la question de ces roches, je crois pouvoir résumer 
en quelques mots les conclusions auxquelles je suis arrivé. 

» Si, avant les études de pétrographie microscopique, on pouvait rappro- 
cher de l'ensemble des ophites des Pyrénées la série des roches éruptives 
des Corbières réunies également sous le nom d'ophite, on peut dire aujour- 
d'hui sûrement qu'il n'y a pas identité au point de vue pétrographique 
entre les deux régions. Comme l'avait dit d'Archiac, les roches des Cor- 
bières appartiennent à des types minéralogiques divers que M. Noguès a 
essayé de spécifier dès i865, mais tout en leur conservant le nom géné- 
rique d'ophite. 

» D'après l'étude que j'ai faite de ces roches, étude pour laquelle j'ai 
trouvé le plus précieux secours au laboratoire de Minéralogie du Collège 
de France, les types que l'on peut distinguer dans la série éruptive des 
Corbières sont les suivants : 

» 1" Micro granulite traversant les schistes siluriens et peut-être dévo- 
niens ; 

» 2° Porphyrite andésitique à pyroxène à structure ophitique (ophite) en 
filons de quelques centimètres dans les schistes carbonifères ; 

» 3° Porphyrite andésitique antérieure au moins au houiller supérieur; 

» 4° Porphyrite andésitique |>robablement postérieure au terrain houiller ; 

» 5° Porphyre à quartz globulaire très voisin des microgranulites et 
antérieur au terrain houiller; 



( 17^ ) 

» 6" Mélaphyres andèsitiques, flont quelques-uns à labrador. 

» La dimension des microlithes d'oligoclase est très variable dans les 
divers gisements de ces mclaphvres qui présentent souvent la structure 
aniygdaloïde, avec vacuoles remplies de céladonite, de zéolithes, principa- 
lement de mésotype et de calcédoine. 

» Ces mélaphyres, appartenant au permien ou au trias inférieur, a])pa- 
raissent dans la région en nombreux affleurements de très peu d'étendue, 
au-dessous des gvpses sédimentaires, très probablement tous kcupériens et 
surmontés par la zone k Ai>icula contorla, mais presque partout représentant 
seuls le trias., le permien lui-même faisant aussi sans doute entièrement 
défaut. Il est important d'insister sur le fait que l'on rencontre souvent 
des gypses, sans que la roche éruptive paraisse se montrer au travers, et, 
inversement, les gisements de cette dernière ne sont souvent pas accompa- 
gnés de gypse; de plus, comme on l'a dit depuis longtemps, bien que cette 
observation ait été trop négligée, le gypse englobe quelquefois des frag- 
ments roulés de la roche. 

» Quant aux quartz bipyramidés, fréquents dans les gisements de gypse, 
je les regarde comme dus à des sources siliceuses spécialement abondantes 
à cette époque et qui, amenant de la silice dans les mers où se déposait le 
gypse, ont laissé souvent leur trace dans la masse sous-jacente de la roche 
éruptive sous forme de filons quartzeux à cristaux plus ou moins incom- 
plets, comme le sont souvent même ceux du gypse. 

)) Sur le bord oriental des Corbières, où ces mélaphyres sont tous can- 
tonnés, sauf de rares exceptions que j'étudierai plus tard, les affleure- 
ments de ces roches sont toujours en relation plus ou moins prochaine avec 
les couches infrajurassiques, aflleurant souvent au fond de vallées de frac- 
ture qui mettent le jurassique en contact avec le crétacé supérieur ou le 
tertiaire et qui rappellent les vallées tiphoniques décrites en Portugal par 
M. Choffat. 

» y" Diorile andésitique à petits éléments, généralement pauvre en am- 
phibole et quartz, mais riche en sphène, paraissant postérieure au moins 
au trias. 

» 8° Diabase labradonque à amphibole ayant traversé les couches du lias 
supérieiu" à Hildoceras bifrons. 

» 9" Basalte labradonque, certainement quaternaire et identique à ceux 
d'Agde et de l'Hérault. 

» Toute cette série de roches ne se rattache guère au type actuel défini 
d'ophite des Pyrénées que par l'ophite que j'ai citée dans des couches très 



( 174 ) 
probablement carbonifères, où je l'ai observée avec M. de Rouville, et qui 
a si peu d'importance que son gisement n'avait pas encore été signalé; 
M. Fouqué la considère comme une ophite normale. 

)) Sans tenir compte des autres roches dont le rôle et la fréquence n'of- 
frent rien de remarquable, il semble que l'extrême développement des 
mélapliyres dans les Corbières, suivant des gîtes alignés dans des direc- 
tions entre nord et nord-est, rapproche singulièrement cette région, au 
point de vue éruptif comme au point de vue dynamique, d'autres régions 
de l'Europe comme les Vosges, le Nassau, le Palatinat, les Alpes et le Tyrol 
où dominent des systèmes de fractures différentes de ceux des Pyrénées 
qui, suivant l'hypothèse émise par M. deLapparent, devraient rester reliées 
plutôt au régime éruptif de l'Apennin. Sans s'exagérer ces différences, on 
voit que le basalte lui-même, s'alignant nord-sud avec ceux de l'Hérault et 
du massif central, ne se retrouve que dans l'extrême région orientale des 
Pyrénées et de la Catalogne où les grands mouvements autour de nord et 
nord-nord-est ont joué un rôle plus long et plus important que dans les 
Pyrénées centrales et occidentales. 

» Les fractures du système du Rhin (i6°), qui ont probablement coïncidé 
à peu j)rès avec l'épanchement des mélaphyres, suivant une direction ana- 
logue, ont été rencontrées et plus ou moins suivies plus tard par des frac- 
tures tertiaires autour de 3o° qui ont alors fait apparaître au milieu de 
terrains plus récents les couches contenant ces roches et ont ainsi proba- 
blement causé l'erreur de ceux qui ont attribué leur éruption à l'époque 
tertiaire. » 



GÉOLOGIE. — Sur les schistes micacés primitifs et cambriens du sud de l'An- 
dalousie. Note de MM. Cii. Baurois et Alb. Offret, présentée par 
M. Fouqué. 

« Les roches recueillies dans la partie de la chaîne bétique comprise 
entre la sierra Tejeda et la sierra Nevada, et dont nous avons indiqué le 
gisement et l'âge géologique dans une Note précédente, présentent natu- 
rellement le» plus grandes analogies avec celles de la Serrania de Ronda, 
décrites dans les Notes de MM. Michel Lévy et Bergeron. La plus grande 
différence entre les deux régions consiste dans l'absence, dans celles-ci, 
des remai-quables roches éruptif es basiques de la sierra de Ronda. 

» Les micaschistes de l'étage des schistes cristallifères de Cordier sont 



('75) 
les roches les plus répandues de ce massif : leurs éléments constituants 
sont rutile, tourmaline, graphite, fer oxydulé, fer titane, zircon, stauro- 
tide, grenat, quartz, mica noir, mica blanc, disthène, sillimanite, andalou- 
site et parfois feldspath. Dans quelques cas exceptionnels, tous ces minéraux 
sont réunis dans la même roche (ramblas de Gualchos, de Torre del Mar); 
le plus souvent ils sont répartis diversement, donnant naissance à des mi- 
caschistes ou schistes micacés, à des micaschistes grenatifères, à des mica- 
schistes à staurotide et andalousite, à des micaschistes feldspalhiques et à 
des gneiss granulitiques. La staurotide et le grenat comptent parmi les 
éléments les plus anciens de ces roches; ils sont souvent en débris; leurs 
cassures, leurs déplacements dans la roche, témoignent des puissantes 
pressions mécaniques subies. Le quartz et le mica blanc sont les minéraux 
secondaires les plus caractéristiques; ils déterminent la structure feuil- 
letée traversant les minéraux anciens sous forme de fdes continues ou 
d'inclusions alignées. 

i> Des modifications |)lus récentes dont ces micaschistes donnent encore 
des exemples (Jatar, Mairena, Sartacro) sont la formation du mica noir 
aux dépens du grenat, et celle du fer titane aux dépens du rutile. 

)) Ces micaschistes contiennent souvent des glandules et fdonnets quart- 
zeux avec mica blanc et andalousite, parfois chargés de feldsjiath, et où se 
trouvent d'une manière générale toutes les espèces minérales reconnues 
dans le micaschiste voisin, mais dans un plus grand état de pureté. 

» Les schistes cambriens sont plus pauvres en minéraux que les mica- 
schistes sur lesquels ils reposent ; deux types de cette série méritent une 
mention spéciale : les schistes à chloritoïde et les schistes séricitiques sans 
chloritoïde. La séricite, déterminée par la considération de ses propriétés 
optiques et par l'examen qualitatif de sa composition chimique dans un 
certain nombre d'échantillons de localités différentes (Murtas, Motril), 
s'y trouve un élément constituant essentiel de tout l'étage des schistes séri- 
citiques sans chloritoïde, facilement reconnaissables à leur finesse, à leur 
douceur à toucher, à leurs couleurs vives, bariolées, vert violacé, et for- 
ment par leur altération une argile fine, onctueuse, désignée dans le pays 
sous le nom de Launœ. En outre de la séricite, la roche contient : rutile 
abondant en très fins microlithes, tourmaline, graphite, pyrite, chlorite, 
quartz, et parfois mica noir. Ces schistes séricitiques sans chloritoïde alter- 
nent avec des schistes charbonneux, des quarzites et des schistes à chlori- 
toïde. 

)) Le chloritoïde est bien caractérisé en lamelles de o™"",! à 2"'°, à con- 



( 17^ ) 
tours irrri^ullcrs, facilement clivables suivant/? et présentant un autre cli- 
vage difficile ; elles sont formées de lames hémitropes accolées suivant m et 
t, empilées suivant le clivage principal, mais avec pénétration et rotation de 
120° autour d'un axe perpendiculaire à p. Bissectrice positive, un peu 
oblique sur p. Un des caractères les plus saillants réside dans le pléo- 
chroïsme n„ = jaune verdàtre pâle, «,„ bleu indigo, np vert-oli\e. Le chlo- 
ritoïde est moins répandu en lames qu'en faisceaux de o""",i à o^^.a 
formés de paillettes invisibles à l'œil nu, et caractéristiques par leur abon- 
dance des schistes verts de cet âge. En outre du chloritoïde, ces schistes 
contiennent : rutile, tourmaline, zircon, sphène, charbon, fer oxydulé, fer 
oligiste, biotite, chlorite, et parfois calcite. 

)) Tous ces schistes cambriens, à chloritoïde ou sans chloritoïde, con- 
tiennent, comme les micaschistes précédemment décrits, des glandules et 
des fdonnets quartzeux, mais où se trouvent associés : felspath, chloritoïde, 
chlorite, scricite, et divers carbonates, au lieu de l'andalousite et du mica 
blanc des premiers fdons. 

» L'association de l'andalousite et du chloritoïde dans ces filons à des 
minéraux fluorés, borates, titanes et l'abondance des inclusions liquides 
des quartz, rattachent leur formation à des phénomènes d'émanation. 

» D'autre part, la relation constamment observée entre les espèces 
constituantes du filon et celles de la roche encaissante montre que les 
épontes n'ont pas joué un rôle purement passif. 

)) Ces deux faits établissent que les éléments volatils de ces filonnets de 
la sierra Nevada sont arrivés sous pression dans les couches encaissantes, 
mettant en jeu les affinités chimiques et favorisant les mouvements molé- 
culaires. 

» Ainsi ont pu cristalliser dans la roche imbibée et dans les cheminées 
les divers silicates observés, dont la nature se trouve toujours en relation 
avec la composition chimique initiale de la roche traversée. » 



MÉDECINE. — Sur les injections de médicaments gazeux dans le rectum. 

Note de M. L. Bergeon. 

« Cette méthode thérapeutique est basée : 

» i" Sur ce principe de Physiologie établi par Cl. Bernard cjue l'in- 
troduction, par la voie rectale, de substances môme toxiques n'offre pas 
de dangers tant c[ue l'élimination pulmonaire n'est pas entravée ; 



( '77 ) 

» 2" Sur ce fait d'observation qu'un courant de gaz acide carbonique 
pur peut être introduit en quantité indéterminée dans les voies intestinales 
sans provoquer de désordres si l'injection est faite avec les précautions 
voulues. 

» Nous nous sommes servi de cette méthode dans plusieurs maladies; 
nous donnons aujourd'hui les résultats que nous avons obtenus dans la 
phthisie pulmonaire. 

» Après avoir essayé nombre de substances réputées balsamiques para- 
siticides (') ou antiseptiques, nous avons fini par donner la préférence aux 
eaux minérales sulfureuses. Un courant de 4'" à 5'" de gaz acide carbo- 
nique traversant aao^'' à fïooS'' d'eau minérale sulfureuse (Eaux-Bonnes, 
Alle^■ard, Saint-Honoré, Challes) est introduit par le rectum deux fois par 
vingt-quatre heures. Après peu de jours d'emploi, nous avons constaté une 
diminution parvenant jusqu'à la suppression totale de la toux; modifica- 
tion profonde, comme qualité et comme quantité, de l'expectoration; sup- 
pression des sueurs; relèvement de l'état général et cela non seulement 
dans la phtisie au début, mais dans la phtisie confirmée. Notre observa- 
tion quotidienne de l'auscultation nous a permis de constater la disparition 
progressive des râles humides. Les résultats nous ont paru suffisamment 
elicourageants pour demander à ce qu'ils soient contrôlés. Dans une 
prochaine Note nous donnerons les résultats que nous avons obtenus dans 
d'autres maladies. » 

M. A. OssFXiN adresse une Note « sur un mode général de locomotion 
par propulsion ». 

M. Cii. Demaxgé adresse à l'Académie, par l'entremise de M. Daubrée, 
un Mémoire » sur les tremblements de terre en France. » 

A 4 heures trois quarts, l'Académie se forme en Comité secret. 

La séance est levée à 5 heures. A. V. 

(') Nous faisons une exception pour le sulfure de carbone, qui est un puissant em- 
ménagogue et nous a servi, par cette voie, à arrêter des hémoptysies coïncidant avec 
la période menstruelle. 



( '78 ) 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



Ouvrages reçus dans la séance du 5 juillet 1886. 

/?e('//e internationale de V Electricité et de ses applications ; i'* année, t. I el 
II. Paris, G. Carré; Bruxelles, Manceaux, i885-i886; 2 vol. in-8°. 

Compagnie universelle du canal maritime de Suez. De l' application de la lu- 
mière électrique à l'éclairage des navires passant le canal de Suez. Note. Paris, 
impr. de la Compagnie, i884; in-4°. (Présenté par M. de Lesseps.) 

Compagnie universelle du canal maritime de Suez. Exploitation, Transit et 
Navigation. Règlement provisoire sur la marche de nuit dans le canal pour na- 
vires éclairés à la lumière électrique. Paris, i885; 2 p. in-4°. (Présenté par 
M. de Lesseps.) 

Annales de la Société d' Agriculture, Industrie, Sciences, Arts et Belles-Lettres 
du département de la Loire; 2" série, t. V, année i885. Saint-Etienne, impr. 
Théolier, i885;in-8°. 

Bulletin de la Société impériale des Naturalistes de Moscou; année i885, 
n°^ 3 et 4. Moscou, 1886; in-8°. 

Transactions ofthe zoological Society o/London ; vol. XÏI, Part 2. London, 
i88(3; in-4°. 

Proceedings of the scientific meetings of the zoological Society of London for 
theyear i885; Part IV, april 1886. London, 1886; in-8". 

A censiis of the plants of New South JVales; byCn. Mooue. Sydney, T. Ri- 
chards, 1 885 ; in-8" relié. 

Monthly and yearly means, extrêmes and sums for the years i883, 1884, 
i885, published by the impérial meteorological Observatory. Tokio, Japan; 
in-4°. 

Telpherage : A lecture delivered by prof John Perry at the London Insti- 
tution ; january 24"' 1886. London, G. ïucker, 188G; br. in-8°. (Pré- 
senté par M. Lippmann.) 



COMPTES RENDUS 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉANCE DU LUNDI 19 JUILLET 1886. 

PRÉSIDENCE DE M. JURIEN DE LA GRAVIÈRE. 



MÉMOIRES ET C0M3IUIVIC AXIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

M. BoussixESQ offre à rAcadcmic, de lapartdelafamilledeM.de Saint- 
Venant, un important Mémoire manuscrit, intitulé : Résistance des fluides. — 
Considérations historiques, physiques et pratiques relatives au problème de 
l'action dynamique mutuelle d'un fluide et d'un solide, spécialement dans 
l'état de permanence supposé acquis par leurs mouvements; par jM. de Saint- 
Venant. 

M. Boussinesq ajoute : 

« Ce Mémoire sur la Résistance des fluides, composé dès l'année 1847 ^*' 
en grande partie, d'après des matériaux élaborés déjà en i836, n'avait pu, 
jusqu'en i885, recevoir de son éminent auteur, toujours sollicité par de 
nombreux sujets d'études, les dernières retouches qui devaient précéder 
sa publication. M. de Saint-Venant avait enfin commencé, vers le mois de 
mars i885, à y mettre la dernière main, et il m'avait, plus d'une fois, com- 
muniqué son intention d'en demander l'insertion dans le Recueil des Mé- 
moires de l'Académie. JMalheureusement, quand nous avons eu, le 6 jan- 

C. R., 1886, 2' Semestre. (T. CIII, N" 3.) ^4 



( '8o ) 

vier dernier, la douleur de le perdre, il n'avait pu encore réaliser ce désir. 
Mais j'ai trouvé en marge de son manuscrit des indications assez explicites 
pour achever cette œuvre de revision en tout ce qu'elle comportait d'es- 
sentiel, sans y mettre réellement rien de moi, en sorte que son vœu pourra 
être rempli. 

» Ce travail étendu, relatif à un des sujets les plus utiles mais les plus 
désespérants de la Mécanique appliquée, se compose de trois Parties. 

» La première (Chap. I et II), fruit d'une patiente et profonde étude 
sur l'histoire de la question, est un intéressant exposé des recherches de 
nos prédécesseurs des deux derniers siècles, touchant l'impulsion des 
fluides en mouvement sur les solides qu'ils rencontrent. M. de Saint- 
Venant s'y est spécialement attaché à faire ressortir l'insoluble paradoxe 
d'une impulsion ou résistance totale nulle (une fois la permanence du ré- 
gime établie), auquel conduisait, pour un solide immergé, entouré de 
toutes parts de filets fluides bien continus se refermant à son arrière, l'hy- 
pothèse d'une fluidité dite parfaite, que les géomètres savaient seule alors 
mettre en œuvre. 

)) Dans la seconde (Chap. III à VI), il montre que l'impulsion dont il 
s'agit tient, en effet, uniquement, à ce qu'on appelle V imperfection de la 
fluidité, c'est-à-dire à la production des frottements (surtout intérieurs) 
du fluide, qui exigent, pour être surmontés, une pression plus forte sur la 
face amont que sur la face aval du corps immergé. Aussi trouve-t-il pour la 
valeur de cette impulsion le quotient, par la vitesse animant le courant,, 
du travail total qu'absorbent dans l'unité de temps les frottements du fluide 
tant sur lui-même que sur le corps. M. de Saint- Venant y explique d'ail- 
leurs très ingénieusement l'existence des frottements eux-mêmes, par les 
inégalités qu'éprouvent les actions mutuelles, fonction de la distance, 
exercées entre molécules voisines, lors des passages multipliés de celles-ci 
les unes devant les autres. Ces inégalités introduisent dans les trajectoires 
des molécules d'innombrables sinuosités, rendues dissymétriques par l'iner- 
tie et qui sont, entre couches contiguës glissant l'une sur l'autre, l'équiva- 
lent d'une sorte d'engrcnement moléculaire propre à détourner, au profit 
de mouvements tourbillonnaires sans cesse dissipés par communication aux 
milieux ambiants, une fraction notable de la force vive translatoire et, 
par conséquent, de l'énergie dépensée pour l'entretenir. 

» La partie dont il s'agit date de i836 et, bien que purement théo- 
rique, elle emprunte un grand intérêt à cette idée originale, pourtant na- 
turelle, de rendre raison du frottement des fluides parla discontinuité de 



( '«> ) 

leur matière ou par son actuelle division en molécules, qui nécessite un 
«ranci nombre de sauts élémentaires dans tout passage du fluide d'un état 
a un autre, c'est-à-dire dans toute déformation perceptible de sa masse. 

» Enfin, la troisième Partie du Mémoire (Chap. VII à XI) a pour but le 
calcul pratique de l'impulsion éprouvée par un corps au milieu d'un cou- 
rant fluide indéfini. A cet effet, M. de Saint- Venant suppose le solide et 
les fdets fluides environnants, jusqu'à ceux qui ne sont plus sensiblement 
déviés par la présence du corps, contenus dans un tuyau cylindrique poli, 
d'une section environ quadruple ou quintuple de la section transversale 
maximum du corps; et, cela, d'après d'assez nombreuses expériences, 
qui ont fait reconnaître l'absence de toute déviation sensible des fdets, 
au delà de distances du corps, dans sa section maxima prolongée, qui 
ne dépassent guère la moitié de son diamètre. Poncelet avait eu déjà, il 
est vrai, l'idée de ramener ainsi le cas d'un fluide latéi'alement indéfini 
à celui d'un fluide enferme dans un tuyau de dimensions transversales 
restreintes, cas beaucoup plus simple, parce que les vitesses de tous les 
fdets fluides, sur le contour du corps, y sont peu différentes; ce qui 
permet d'évaluer par le principe de Borda le travail des frottements là 
où d est de beaucoup le plus grand, c'est-à-dire à l'aval du corps. Mais 
M. de Saint-Venant rectifie Poncelet sur un point essentiel, en ne négli- 
geant plus les variations de la pression aux divers endroits de la face amont 
du corps, variations qu'il calcule même simplement quand le corps, muni 
d'une proue arrondie, permet au fluide, sur son contour, de se mouvoir 
par trancbes sensiblement normales à l'axe; et il perfectionne la méthode 
sur d'autres points non moins importants, en essayant, par exemple, de 
tenir compte des inégalités de vitesse des filets dans les sections les 
plus rétrécies, inégalités peu influentes pour un fluide remplissant un 
tuyau de conduite d'une largeur modérément supérieure à celle du corps 
immergé, mais qui le sont beaucoup dans le cas considéré d'un tuyau 
purement fictif, enveloppant bien des filets fluides dont la vitesse n'éprouve 
aucun accroissement perceptible au passage du défilé formé autour du 
corps, là oîi s'accélèrent au contraire notablement d'autres filets plus inté- 
rieurs. 

)) Avec ces perfectionnements et en admettant, d'après les expériences 
mentionnées, une section du tuyau fictif de quatre à cinq fois aussi grande 
que la section transversale maxima du corps, cette tentative théorique 
explique d'une manière satisfaisante les résultats de l'observation, dans 
le cas de corps à proues arrondies où il n'y a pas de coefficient de con- 



( »82 ) 

traction à introduire. Et, dans le cas plus compliqué de corps sans proue, 
ayant leur face amont normale au courant, elle donne encore, en attri- 
buant à la contraction des valeurs a priori très vraisemblables, les coeffi- 
cients de résistance observés. Aussi, tout imparfaite qu'elle soit, elle est et 
restera probablement longtemps le meilleur travail sur cette question de 
l'impulsion d'un courant fluide latéralement indéfini. 

» Ce n'est pas que, depuis l'année 1847 où ce Mémoire a été composé, 
le problème du mouvement relatif unifoi'me d'un solide, dans un liquide 
l'environnant de toutes parts jusqu'à de grandes distances, n'ait été, surtout 
en Angleterre et en Allemagne, l'objet de nombreuses et belles recherches 
théoriques. Mais la plupart d'entre elles, basées, comme celles des géo- 
mètres du siècle dernier, sur la double supposition d'une fluidité parfaite et 
de filets se rejoignant à l'arrière du corps, n'ont pu que conduire, une fois 
de plus, au paradoxe, signalé déjà par d'Alembert, d'une résistance totale 
nulle. Un seul de ces travaux, de i85i, dû à l'illustre Correspondant de 
l'Académie M. Stokes, a, pour un corps sphérique, mis en compte le frotte- 
ment, mais seulement dans le cas, hors duquel les intégrations paraissent 
inabordables, d'un mouvement assez lent pour qu'on puisse négliger les 
termes non linéaires des équations. Or cette suppression fait justement 
disparaître l'impulsion du liquide, que les hydrauliciens ont presque seule 
en vue, savoir, cette résistance, proportionnelle à la densité du fluide, à la 
section transversale du corps et au carre de sa vitesse, qui, sur un corps 
immergé d'une certaine grandeur, est de beaucoup prédominante : elle 
laisse subsister seulement une résistance d'ordinaire très accessoire, que 
le fluide oppose par suite non de son inertie, mais de sa constitution molé- 
culaire, à se laisser diviser, et qui, la même (à coefficient de frottement 
égal) pour un liquide dense que pour un liquide léger, est simplement 
proportionnelle au contour de la section du corps et à sa vitesse. 

» Ces travaux, très utiles à d'autres points de vue qui intéressent les 
physiciens, n'ont donc guère fait avancer la question de l'impulsion des 
fluides ; et ils ont rendu plus désirable encore l'impression du Mémoire 
actuel, où se trouve développée la seule méthode qui ait pu, malgré 
l'imperfection de son principe, porter quelque lumière sur un problème 
aussi important. C'est pourquoi j'espère, en en demandant à l'Académie 
la publication, faire une œuvre utile, en même temps que j'accomplis un 
devoir de reconnaissance envers un maître dont la mémoire m'est très 
chère. 

» J'ai cru pouvoir insérer à la suite deux autres travaux hydrodyna- 



( i83 ) 

miques, assez peu étendus et également inédits, de M. de Saint-Venant. 
Le premier, Sur la perle de force vive d' un fluide aux endroits où sa section 
d'écoulement augmente brusquement ou rapidement, présente un certain 
intérêt, par l'exposition historique qui s'y trouve faite du sujet, avec com- 
paraison des diverses démonstrations que l'on a données du principe de 
Borda, et aussi par une discussion délicate des conditions dans lesquelles 
ce principe est ajjplicable. I.e second, Sur la prise en considération des 
forces centrifuges dans le calcul du mouvement des eaux courantes et sur la 
distinction des torrents et des rivières, méritait de voir le jour, bien qu'il soit 
inachevé, et malgré les défauts d'une équation de mouvement permanent 
(de Coi-iolis), qui lui a servi de point de départ; car il date du commen- 
cement de i85i et est probablement le premier essai où l'on ait tenu 
compte des écarts que présente le mode de variation de la pression, aux 
divers points d'une verticale, d'avec la loi hydrostatique, toutes les fois 
que le fond ou la surface d'un courant affectent des courbures longitudi- 
nales sensibles. 

)) M. de Saint- Venant y calcule ces écarts en supposant la courbure des 
filets fluides fonction linéaire (dans une même section) de la distance à la 
surface libre : hypothèse naturelle, et dont j'ai reconnu l'exactitude pour 
le cas, ordinaire aux courants un peu profonds, où les vitesses des divers 
filets, sur une même verticale, ont avec leur moyenne des rapports ne 
s'écartant pas beaucoup de l'unité. Aussi le principal des termes, éva- 
luatifs de l'influence des courbures, qu'elle lui fait introduire dans l'équa- 
tion du mouvement permanent ( ' ), revient-il, sous une autre forme, à 
celui qu'une étude plus complète m'a fait connaître, et que M. de Saint- 
Venant lui-même, au n" 9 de son Rapport du i4 avril 1878 approbatif de 
mon Essai sur la théorie des eaux courantes, a citée et reproduite, sans y 
dire (et même sans me faire savoir) qu'il en avait trouvé l'équivalent, plus 
de vingt ans avant moi, par ce qu'il aurait pu appeler un arètVra^e judicieux 

(') Il écrit ainsi ce terme, qui s'ajoute au second membre de l'équation quand le 
premier est constitué par l'abaissement du ni\ eau entre deux sections : 



r/2 II i /A un 



U étant la vitesse moyenne; h la profondeur d'eau; /„ et /'i les rayons de la courbure 
longitudinale de la surface libre et du fond, comptés positivement quand ces surfaces 
sont convexes vers le haut; enfin, le symbole A indiquant l'accroissement qu'éprouve, 
de la première des deux sections considérées à la seconde, la quantité écrite à la suite. 



( '84 ) 

et heureux, suivant une expression qu'il emploie dans ce travail. Le der- 
nier paragraphe du Mémoire prouve d'ailleurs qu'il avait songé à appliquer 
son équation au calcul de la forme des ressauts ; ce qui est, en effet, l'une 
des questions intéressantes qu'elle rend abordables : mais je n'ai pas 
trouvé, dans ses papiers, de traces d'un pareil calcul. » 

CHIMIE. — Sur le déplacement de r ammoniaque par les autres bases 
et sur son dosage; par MM. Beuthelot et André. 

« L'étude du dosage de l'ammoniaque nous a conduits à préciser par 
de nouvelles expériences les observations que nous avions eu occasion de 
faire sur le déplacement de l'ammoniaque, tant à froid qu'à chaud, par les 
alcalis, tels que la soude et les terres alcalines, chaux et magnésie. 

» Ces expériences démontrent la difficulté et la lenteur du déplacement 
de l'ammoniaque dans les sels doubles, et elles établissent l'incapacité de 
la magnésie et, dans certains cas, celle de la chaux, à déplacer entière- 
ment l'ammoniaque à froid, ou même à ioo° après plusieurs heures d'é- 
bullition; nous disons l'ammoniaque soit dans le chlorhydrate d'ammo- 
niaque, soit et surtout dans les chlorures doubles d'ammonium et de 
magnésium et dans le phosphate ammoniaco-magnésien. 

» Les sels qui ont subi l'action de la magnésie, soumis à l'action ulté- 
rieure de la soude étendue et bouillante, pendant une heure, persistent à 
garder une portion notable de leur ammoniaque; laquelle ne peut être éli- 
minée entièrement que par l'action de la chaux sodée au rouge. 

» L'hydrate de chaux lui-même ne déplace à ioo°, par une ébullition 
prolongée, qu'une portion de l'ammoniaque dans le phosphate ammo- 
niaco-magnésien. 

» A froid l'action de la chaux se prolonge indéfiniment en présence 
de ce sel, aussi bien que des chlorures doubles d'ammonium et de ma- 
gnésium ou de zinc. 

» La soude seule est tout à fait efficace à ioo°, en présence des sels 
magnésiens; quoique au bout d'un temps plus long qu'avec le chlorhv- 
drate d'ammoniaque. Mais à froid, dans des solutions diluées, son action 
est progressive et presque interminable : elle n'est pas achevée au bout de 
sept jours, et même de treize jours, avec le phosphate ammoniaco-magné- 
sien. Les chlorures doubles dammonium et de magnésium, ou de zinc, ne 
sont pas entièrement décomposés par la soude étendue au bout de trois 
jours, et exigent une semaine. 



( i85 ) 

)) Ces faits sont tout à fait analogues à ceux que nous avons observés 
avec certaines terres végétales et aussi avec certains corps amidés. 

» La soude, mêlée à l'avance avec la magnésie, agit à peu près comme 
la soude pure sur les sels précédents. Mais, si l'on a fait agir d'abord la 
magnésie, la soude demeure ensuite impuissante à compléter l'action, 
même par une ébullition assez longue et même en redissolvant d'abord le 
précipité dans un acide. 

» Ces faits s'expliquent par la formation de certains composés com- 
plexes, tels que les oxydes doubles d'ammonium et de magnésium, ou de 
zinc (ou de cuivre, etc.), les chlorures ammoniacaux de ces métaux, et les 
sels basiques dérivés de ces oxydes doubles : oxydes doubles, chlorures 
ammoniacaux et sels basiques formés parfois avec des dégagements de cha- 
leur tels que les alcalis fixes ne les décomposeraient plus, si ces sels 
n'étaient à l'état d'équilibre et de dissociation partielle, en présence de 
l'eau ; c'est cette dissociation, croissante avec la température, qui règle en 
définitive le partage des bases et, par suite, la tension en vertu de laquelle 
l'ammoniaque s'élimine plus on moins rapidement. 

)) Donnons le détail de nos expériences : 

I. — Phosphate ammoniaco-rnagnésien. 

» Ce sel a été préparé par précipitation, lavé, et maintenu quelque temps à ioo°; 
opération qui a eu pour résultat, prévu d'ailleurs, de lui faire perdre une partie de son 
eau et de son ammoniaque. Il contenait seulement 7,6 d'azote. La dessiccation lui avait 
fait perdre un sixième environ de son ammoniaque (d'après analyse), c'est-à-dire la 
portion d'ammoniaque la plus facilement déplaçable; ce qui rendait les essais ultérieurs 
plus décisifs. Les dosages qui vont suivre ont été opérés sur des poids de sel compris 
entre os"', 5oo et oS"', 3oo, mesurés chaque fois avec précision. 

» 1. Soude à chaud. — On délaje le sel dans i'"' d'eau distillée; on y ajoute joo" 
d'une solution de soude, contenant 5s'' à 6s'' d'alcali (NaO). 

» Los liqueurs sont renfermées dans un ballon, communiquant par une large pipette, 
suivie d'un tube en forme de V renversé, avec un serpentin refroidi, dont la pointe in- 
férieure affleure sous la solution titrée d'acide destinée aux dosages. On fait bouillir : 

Centièmes. 
Poids du sel : os'', 3582. — Azote ammoniacal après une demi-heure d' ébullition. 7,39 
n » après une heure » 7 166 

» La réaction était alors complète. Observons qu'une demi-heure suffirait pour dé- 
gager la totalité de l'ammoniaque de son chlorhydrate, dans les mêmes conditions. 

» 2. Soude à froid. — On délaye le sel ammoniacal dans loo"^ à i25<^<= d'une solu- 
tion de soude renfermant Gs'' à 80' de cet alcali. On a employé oS'', 3i33 et oS"', 4i3o de 
sel. On opère dans un vase fermé, en présence de l'acide titré; on ouvre le vase pour 



( i86) 

clian^'er l'acide et on remplace celui-ci de temps en temps, afin de doser les quantités 
déplacées successivement. On a trouvé: azote ammoniacal 

Après 24'-, 3,5 centièmes; après 48'', 4,91 ; 3 jours, 5,99; 7 jours, 7,07; i3 jours 7,17. 

» Le déplacement a donc été progressif et il n'était pas terminé au bout de i3 jours. 
» 3. Chaux à chaud. — 5^' de chaux vive en poudre, et i'" d'eau : 

oS'',4824 de sel. — Une demi-heure d'ébullition 2,36; une heure 2,.j6 azote. 
oS', 3408 » » » 4,66; » 4,95- 

» Le déplacement de l'ammoniaque est donc très incomplet dans ces conditions; une 
fois le contact, plus ou moins parfait, du sel et de l'alcali établi et la première réaction 
produite, celle-ci se poursuit avec une lenteur qui la rend interminable. 

» h. Chaux et soude à chaud. — Pour essayer de la compléter, nous avons ajouté 
par un robinet latéral, et sans ouvrir le ballon, 100'''^ de la solution de soude et pour- 
suivi l'ébullition. Une nouvelle dose d'ammoniaque s'est ainsi dégagée : soit en 
une heure 3,75; en tout 6, 3i centièmes d'azote avec le premier sel ; et 2,22, en tout 
7,17 centièmes d'azote avec le second sel. Mais le déplacement de l'ammoniaque, après 
une ébullition de deux heures en présence des deux bases successivement ajoutées 
(quatre bases en tout), n'a pas été complet. L'insolubilité des phosphates intervient cer- 
tainement dans ces phénomènes, mais "nous ne les examinons aujourd'hui que sous le 
rapport analytique. 

» 5. Chaux à froid. — 11 est facile de prévoir que cette action demeurera partielle, 
même au bout d'un temps considérable. 

» Soient en effet oS"", 4332 de sel, i25™ d'eau, oS'' de chaux en poudre. 

» On a trouvé pour l'azote ammoniacal : 

« Après 48 heures, 2,70; 5 jours, 5, 10; 8 jours, 5,65; 1 1 jours, 5,71 : au lieu de 7,66. 
L'action se ralentissait de plus en plus. 

» 6. Magnésie. — L'action de cette base est des plus caractéristiques. On a opéré 
avec Ss"" de magnésie calcinée, ài\.e pure; mais contenant encore du carbonate. 

» Dans une première expérience, en présence de i'" d'eau : o''',5ii2 de phosphate 
ammoniaco-magnésien, maintenu pendant i heure à l'ébullition, n'ont pas fourni trace 
d'ammoniaque. Dans une seconde (08'', 4736), on en a obtenu un peu: soit 1,01 cen- 
tième, au lieu de 7,6. La magnésie ne déplace donc pas, du moins notablement, l'am- 
moniaque dans le phosphate double mis en expérience, même à 100". 

» 7. Magnésie et soude. — L'action de ces deux bases employées à la fois est toute 
différente, selon les conditions. Si elles sont mêlées à l'avance, avant d'être mises en 
contact avec le phosphate, la soude agit comme si elle était seule. 

oS"', 455o de sel ont fourni ainsi, après une demi-heure d'ébullition : 7,47 centièmes 
d'azote ammoniacal (au lieu de 7,39 avec la soude seule). 

Mais si l'on a fait bouillir au préalable le sel avec la magnésie. Faction de la soude 
est plus lente et demeure incomplète, même après i heure d'ébullition : 

o,5i 12 de sel, magnésie seule, i heure, o Soude, demi-heure, 5,28 i heure, 5,4i 

0,4736 » » » 1,01 » » 4j5i » 4,57 

» Il manque encore 2 ,0 centièmes, ou près d'un tiers de l'azote ammoniacal, demeuré 
engagé dans un composé que la soude étendue ne décompose pas notablement à 100° 



( '87 ) 

en une lieiire. La chaux, sodée au rouge est nécessaire pour en compléter le déplace- 
ment. 

II. — ChlorhydraLe d'ammoniaque. 

» L'action de la magnésie sur ce sel va préciser davantage les résultats précédents. 
On opère à i lo*", en présence de i'" d'eau et de 5s'' de base fixe. 

» 1. Soucie, etc. — Une demi-heure d'ébullition (os'', 87^7 de sel) : 26, la d'azote am- 
moniacal. La théorie indique 26,16. — A froid, même après trois jours, 23, o; l'action 
n'étant pas achevée. 

» 2. Chaux, etc. — Une demi-heure d'ébullition (oS'",275) : 26,17. Ces résultats 
sont conformes aux faits connus. — A froid, en trois jours, 24,39; l'action se poursuit. 

» 3. Magnésie : 

(a) 0,3 124 de sel. Une demi-heure d'ébullition, 22,85 Une heure, 23, 17 

(b) 0,3820 » » 23,92 » 28,92 

(c) 0,4007 » » 24, 3o » » 
{d) o,25oo » » 23,72 » » 
(e) 0,2199 » » 22,28 » » 
(/) 0,2689 " " 24, 5 1 » » 

On a essa3"é de compléter le déplacement, en ajoutant dans chaque essai loo"""" de soude 
étendue. Une nouvelle ébullition d'une demi-heure a dégagé : 

(a) 0,48 centième ; en tout 28,60 

(c) 0,17 » » 24,47 

(d) 0,49 » » 24,21 

(e) 0,54 » » ^. 22,82 

A la dernière liqueur, on a ajouté de l'acide sulfurique jusqu'à redissoluliou totale; 
puis une nouvelle dose de soude étendue, ce qui a dégagé encore par l'ébuUition : o,45; 
en tout, 28, 27. 

» On voit qu'il manque 2 à 3 centièmes d'azote ammoniacal, retenu dans le précipité, 
et que la soude est impuissante à déplacer, du moins dans les conditions des expé- 
riences. 

» Cet azote existe d'ailleurs réellement sous une telle forme. Pour le vérifier, on a 
repris la liqueur (e), qui avait subi les traitements successifs indiqués; on a dissous 
le précipité dans l'acide sulfurique en excès, on a évaporé à sec au bain-marie et 
chauffé au rouge le résidu avec de la chaux sodée, qui en a dégagé de l'ammoniaque 
en abondance. 

» On a même procédé à un dosage avec la liqueur de l'analyse (/), laquelle avait 
fourni 24,5 d'azote. Le produit, rendu acide, évaporé à sec au bain-marie, puis traité 
par la chaux sodée au rouge, a fourni : 2,2 d'azote ammoniacal; en tout, 26,7; la 
théorie indique 26,2. 

» Il se forme donc, dans ces conditions, un oxvde ou un composé basique de ma- 
gnésie et d'ammoniaque, capable de résister à la soude étendue à 100° pendant une 
ébullition d'une heure. 

C. R., 1886, i- Semestre. (T. CIII, N° 5.) 25 



( '88 ) 

III. — Chlorure de magnésium et d'ammonium : 2AzH'CI, 5MgCl, 33HO; 
Az ammoniacal : 4,36 {théorie)^ sel nouveau, bien cristallisé. 

1. NaO à froid (os'',7022 de sel) 24'' : 2,70; 4^'' : 3,87; 3J : 4, 21; 7J : 4,5o. 

» Le déplacement lolal exige une semaine. 

2. CaO à froid (o8"-,44oi de sel) 2i : 2,27; Si : 3,6; ; 8J : 4,o5 ; ni : 4,o5. 

)) Le déplacement paraît arrêté. 

3. CaO à l'ébullition, 3 essais Après 1^ : 4,43; 4,53; 4,38. 

4. MgO à l'ébullition (o8'-,4776) i"" : 3,09; i"" : 3,09; i^j : 3,09. 

(05^4I24) i>>: 2,76; il': 2,76; iH: 2,76. 

« Il reste un tiers de l'ammoniaque, non déplaçable par la magnésie à 100". 

IV. — Chlorure de zinc et d' ammonium : ZnCl, AzH*Cl, f HO. Az : 11 ,0. 

Sel en gros cristaux. 

1. NaO à froid 2^:7,49; 3i: 9,0.5 ; 7J : io,85 ; à 100°, |'' : 10,82. 

•i. CaO à froid 2J : 8, 19; oJ : io,48; 8i : 10,76; i li : 10,80; à 100°, ^ : 11,2. 

3. MgO à l'ébullition (os'-,35o5 de sel) I"» : 9,39; ii- : g.Sg; \^\ : 9,39. 

» Il reste un sixième de l'ammoniaque, non déplacée par la magnésie. 

V. — Autre chlorure de cinc et d'ammonium : 2ZnCl, 3AzH*CI, 2HO. Az : i3,35. 

Sel bien cristallisé. 

1. NaO à froid li : 8,37; aJ : 9,59; 3j : 1 1 ,06; 7J : 12,84. (Continue.) 

2. CaO à froid » 2J : 9,36; 5j : 12, 27 ; Si : i2,55 ; i iJ : i2,55. 

n Le déplacement semble arrêté. 

3. CaO à l'ébullition ^ : 13,47. 

4. MgO à l'ébullition -J'" : 1 1 ,02 ; ii" : 1 1 ,52; i''| : 11 ,52. 

» On a redissous dans l'acide sulfurique, évaporé à sec au bain-marie et traité au 
rouge par la chaux sodée, qui a mis en liberté de l'ammoniaque en abondance. 

» On voit que les sels doubles cèdent leur ammoniaque, en jDrésence de 
la soude, bien plus lentement que les sels ammoniacaux non associés avec 
une autre base. On A'oit, en outre, que la magnésie est impuissante, dans 
les conditions ordinaires des analyses, à déplacer entièrement l'ammo- 
niaque. Avec certains sels, tels que le phosphate amraoniaco-magnésien, 
le déplacement est même très faible ou nul. Ce sont là des circonstances 
dont il conviendra désormais de tenir compte dans l'analyse des terres et 
autres produits renfermant des matières organiques associées aux phos- 
phates ou à la magnésie. » 



( i89 ) 



PALÉONTOLOGIE, — Sur un bois de Renne, orné de gravures, que M. Eu- 
gène Paignona découvert à Montgaudier. Note de M. Albert Gaudry. 

« J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de l'Académie un objet d'art 
des temps quaternaires. 

» On sait qu'il y a dans la Charente une petite rivière appelée la Tar- 
doire, qui a des bords d'une rare beauté; les grottes, creusées dans leurs 
escarpements, ont été habitées par l'homme pendant l'àge du Renne. La 
grotte de la Chaise, explorée par l'abbé Bourgeois de si regrettable mé- 
moire et par M. de Bodard de Perrière, les grottes de Kochebertier et de 
Vilhonneur, fouillées par MM. l'abbé Delaunay, Ferment, de Mai'et, ont 
fourni de curieux échantillons. Les grottes de Montgaudier semblent de- 
voir en offrir de plus curieux encore. Heureusement pour la Science, 
elles appartiennent à M. Eugène Paignon qui n'est pas seulement un juris- 
consulte et un publiciste très distingué, mais qui s'intéresse aussi aux 
études préhistoriques. Depuis quelques années M. Eugène Paignon a re- 
cueilli, à Montgaudier, de nombreux débris d'animaux et des instruments 
humains. Il vient d'y découvrir la pièce que je présente à l'Académie : 
c'est un des plus beaux spécimens artistiques de l'âge du Renne qui ait été 
trouvé jusqu'à ce jour. 

» Cette pièce, comme on le voit, est un de ces bois de Rennes, percés 
d'un large trou, qui sont connus sous le nom de bâtons de commandement. 
Elle est couverte de gravures où l'on peut admirer la sûreté de main de 
l'artiste et le sentiment de la forme; le travail est si fin qu'il gagne beau- 
coup à être regardé à la loupe. 

» L'une des faces du bâton de commandement offre la représentation 
de deux phoques. Un d'eux est vu dans son entier avec ses quatre 
membres; les membres postérieurs, si singulièrement portés en arrière 
chez les amphibies, sont fidèlement rendus ; chaque patte a cinq doigts. La 
grandeur de la queue est exagérée. Tout le corps est couvert de poils très 
visibles. La tête est délicatement exécutée : le museau avec ses mous- 
taches, la bouche, l'œil, le trou de l'oreille indiquent une réelle habileté. 
Vraisemblablement l'animal qui est ici figuré est l'espèce habituelle de nos 
côtes, le veau marin, Phoca vitulina (sous-genre Calocephalus) . L'autre 
phoque n'est pas vu dans son entier; il est plus grand et porte au cou des 
indices de longs poils; la patte de devant est très exacte. Je n'ose dire si 
l'artiste a voulu représenter une espèce différente. 



( '90 ) 
» En avant du grand phoque, il y a un poisson que M. Emile Moreau 
croit être un saumon ou une truite; ainsi que ces animaux, il a des taches, 
et ses nageoires ventrales sont fixées à l'abdomen. Trois tiges de plantes 
sont placées près du poisson. Toutes ces gravures se voient sur la même face. 
» La face opposée du bâton de commandement est occupée dans la plus 
grande partie par deux animaux grêles et allongés ; bien que le plus long 
n'ait pas moins de o'",34, ^ils ne sont pas complets, mais l'un montre sa 
tête et l'autre le bout de sa queue. Je pense que ce sont des anguilles, 
parce que les faces dorsales et ventrales semblent bordées d'une nageoire 
continue. Mon savant collègue du Muséum, M. Vaillant, partage cette opi- 
nion. Je dois dire pourtant qu'à la face ventrale les deux animaux ont un 
appendice pointu, qu'on ne rencontre pas dans les anguilles; c'est pour- 
quoi quelques personnes auxquelles je les ai présentés se sont demandé si 
ce ne seraient pas des serpents dont les pénis seraient en érection. Mais 
M. le professeur Vaillant m'a montré des serpents où les pénis sont appa- 
rents; ces organes sont courts, épais, obtus à leur extrémité, garnis d'é- 
pines et ne ressemblent nullement aux appendices gravés sur la pièce de 
M. Paignon. 

» On voit sur la même face trois figures d'animaux de forme exactement 
identique, peu compréhensibles, et une figure qui représente peut-être un 
insecte hémiptère. 

)) Les détails de ces différentes gravures sont reproduits dans un dessin 
de M. Formant, avec l'exactitude scrupuleuse que cet habile artiste apporte 
à toutes ses œuvres. 

» Je ne pense pas qu'il puisse y avoir de doutes sur l'authenticité de 
l'échantillon que je présente à l'Académie, car M. Paignon m'a assuré 
qu'il avait été trouvé devant lui par ses propres ouvriers, occupés à extraire 
les amas de terre mêlés d'ossements qui forment la base des grottes. Par 
leur richesse en phosphate, ces déblais répandus dans les prairies donnent, 
à ce qu'il paraît, de merveilleux résultats. 

» M. Paignon a bien voulu faire don au Muséum de son précieux bois 
de commandement et de beaucoup d'autres objets : des ossements de 
divers animaux, un bois avec des gravures, des aiguilles en os, des poin- 
çons, des lissoirs, une pointe en ivoire, des coquilles que M. le D'' Fischer 
a déterminées, de nombreux silex taillés, surtout des grattoirs et un silex 
du type solutréen admirablement travaillé sur ses deux faces : j'ai l'hon- 
neur de mettre sous les yeux de l'Académie plusieurs des objets dus à la 
générosité du savant explorateur des grottes de Montgaudier. 



( njt ) 

» J'appelle l'attention particulièrement sur les métacarpiens latéraux 
des Rennes. Ce sont des pièces en voie d'atrophie, comme les paléontolo- 
gistes en rencontrent quelquefois, quand ils suivent les êtres dans leurs 
évolutions à travers les âges géologiques. Ces métacarpiens, dont la partie 
inférieure a disparu chez la plupart des Ruminants actuels, se conservent 
chez les Rennes; ils portent de petits doigts latéraux qui sont utiles pour 
des animaux destinés à traverser souvent les neiges. Mais, dans leur partie 
moyenne, ils disparaissent, formant des pointes naturelles qu'on est 
exposé à confondre avec les os qui ont été amincis par l'homme. Nos 
ancêtres ont ingénieusement utilisé ces pointes naturelles en faisant à leur 
base un trou oii sans doute ils passaient un fd ; de cette manière, ils trans- 
formaient les petits métacarpiens latéraux de Rennes soit en passe-lacets, 
soit en pendeloques. 

» J'ai visité déjà Montgaudier; je vais y retourner, et je pourrai donner 
à l'Académie quelques renseignements sur ses grottes magnifiques qui, 
pendant longtemps, ont servi d'abri à nos aïeux. » 

BOTANIQUE FOSSILE. — Sur T horizon réel qui doit être assigne à la flore 
fossile d'Aix en Provence. Note de M. G. de Saporta. 

II. — Indices paléontologiques. 

« Parmi les documents paléontologiques, excessivement nombreux, 
extraits en divers temps du terrain d'Aix, je choisirai ceux dont la présence 
ou l'ordre de distribution caractérisent les niveaux partiels de l'étage que 
j'ai en vue. Il faut observer d'abord que, dans son ensemble, le groupe d'Aix 
correspond à la triple série de l'éocéne supérieur, du tongrien et de l'aqui- 
tanien réunis. Par cela même, cette formation a dû se déposer au fond d'un 
seul bassin lacustre, dont la durée embrasse les trois périodes. Peut-on, dès 
lors, s'étonner que certains types de mollusques aient persisté, en affectant 
des variations plus ou moins profondes, de manière à occuper une étendue 
notable de l'espace vertical ? 

» Il existe en outre, entre les faunes respectives des deux versants de la 
Trévarèse, cette différence que, dans la partie de l'ancien lac correspondant 
au versant nord, le développement des Limnées coïncide avec l'absence du 
gypse, tandis que, à l'autre extrémité et sur l'autre versant, l'action éner- 
gique de ce phénomène semble avoir entraîné leur exclusion, en admettant 



( 192 ) 

les Sphœrium et les Potamides. De part et d'autre cependant, les lits à 
Cyrènes et Potamides associés terminent supérieurement l'étage. 

» A la montée d'Avignon, les calcaires marneux, appuyés sur la base 
détritique, m'ont offert deux espèces de Potamides, l'une rapprochée du P. 
Laurœ Math., l'autre plus petite, qui se retrouve sur le niveau correspon- 
dant, à Saint-Canadet, probablement P. aquensis Math. 

)) Dans un lit de marne fossile, subordonné aux calcaires précédents, 
de concert avec M. le professeur Philibert, j'ai recueilli les espèces végétales 
suivantes : 



Isoetes atavia Sap., n. sp.*. 
Widdringtonia hrachyphylla Sap.*. 
Callitris Biongniaitii Endl. 
Pinus robiisli'/olia Sap.*. 
» hitniilisSsLp.* . 
» abbreviata Sap., n. sp. 
Myrica ilicifolia Sap.*. 

» Saportana Schimp.*. 
» aquensis Sap.*. 
Ostrya humilis Sap. (involucre)*. 
Alnus anliquoriun Sap. (strobile)*. 
Quercus elœna Ung.*. 

» iliciformis Sap., n. sp.*. 
Salix retinervis Sap., n. sp. 
Populus HeeriiSap. (capsule)*. 
Cinnamoniuin polymorphiun Hr.*. 

)) rotundalani Sap., n. sp. 

» niinatulum Sap., n. sp. 

Osyris primœva Sap.*. 
Loniatiles {Baccharites) aquensis Sap.*. 
Embothrites Philiberti Sap., n. sp. 



Pimelea obscura Sap., n. sp. 
Fraxinus microcarpa Sap. (samare). 
Catalpa micropalœospevma Sap.*. 
Âpocynophyllum exile Sap., n. sp. 
Myrsine miranda Sap., n. sp. 
Diospyros riigosa Sap.*. 
Vaccinium pan'ulum Sap.*. 
Aralia retinervis Sap. 

» cristala Sap. 
Polygala vetusta Sap., n. sp. 
Celasti-iis Adansoni Sap., n. sp. 
Zizyphus paradisiaca Hr.*. 
Pistacia reddita Sap.*. 
Rhus gracilis Sap.* . 
My/tiis palœogœa Sap., n. sp. 
Micropodium oligosperininn Sap.*. 
Cercis antiqua Sap.*. 
Cassia pigniœa Sap., n. sp. 
Acacia exilis Sap., n. sp. 

» oblila Sap.* . 



» Les espèces marquées d'un astérisque, par conséquent plus de la 
moitié du nombre total, se retrouvant dans les lits plus élevés et jusque dans 
les gypses, il ne saurait être question de séparer cet ensemble du reste de la 
flore. Au-dessus, dans les calcaires en plaques ou en feuillets qui suppor- 
tent ou accompagnent le banc de gypse le plus inférieur, on rencontre, as- 
sociés aux empreintes végétales, un Sphœrium distinct du Sph. gibbosum 
Sow., ressemblant plutôt au Sph. Bertheraui de F onlatines, et un Planorbe 
de petite taille, caréné à la circonférence, qui ne paraît pas avoir été en- 
core signalé. 



( '93 ) 

» A Saint-Canadet, il n'est pas exact que les lits marneux, inférieurs 
aux argiles ferrugineuses de la base détritique, soient dépourvus de fos- 
siles. Des grès marneux concrétionnés, qui affleurent au ravin de Fonga- 
mate (quartier de Verdelette), ont fourni plusieurs Limnées,un^e/«;r, deux 
espèces de Planorbes. J'ai reconnu les TJmnœa Jourdani Math, et acumi- 
nata Brong., l'Hélix Honibresi Font., et un Planorbe rapproché du Pi. 
Rouvillei de Fontannes. Au-dessus du village, en abordant un niveau stric- 
tement correspondant aux lits de la montée d'Avignon, on rencontre une 
faune signalée depuis plus de vingt-cinq ans par M. Matheron et spécia- 
lement riche en Limnées, associées à des Planorbes, Hélices, Pota- 
mides, etc. 

» L'énumération des espèces entraînerait trop loin : je me contente de 
citer les Limnœa longiscata Brongt., var. acuminata Brongt., Jourdani, 
Saportœ, nalicoides de Matheron, un Hélix figuré sans indication par 
M. Fontannes {Pi. V, fig. 23 de son Mémoire), les Planorhis Rouvillei, 
Font, et Violai DqÛï. , plusieurs Potamides non décrites ni figurées, et dif- 
férentes de celles des lits supérieurs. Les Potamides submargaritaceus et 
Lamarcki font ici défaut. C'est plus haut, dans des calcaires marneux en 
plaquettes, que l'on rencontre d'abord des échantillons isolés, puis une 
couche entièrement pétrie de ces deux Potamides, associées à d'innom- 
brables empreintes iVHydrobia. Des plaquettes contiguès à ce lit de coquilles 
m'ont fourni une belle empreinte de Cinnamomum lanceolatum Ung., attes- 
tant leur concordance avec le niveau principal des plantes du gisement 
d'Aix. 

» En continuant à remonter la série qui comprend à Aix les gypses 
exploités, et à Saint-Canadet des lits alternants de calcaires marneux, de 
marnes tendres et de grès marneux, on atteint finalement le niveau des 
Cyrènes. Dans la seconde des deux localités, les plaques à Cvrènes alter- 
nent avec des schistes feuilletés et se trouvent précédées d'un lit mince de 
calcaire siliceux, peuplé du même Sphœrium cpi'à Aix, associé à un petit 
Planorbe, Pi. derlivis? Braun, et à VHydrobia Dubuissoni. Au-dessus, vien- 
nent les Cyrènes dont j'ai observé au moins quatre espèces : Cvrena semi- 
stnata Desh., et C. gargasensis Math., Cyrena aquensis Math., qui couvre 
des plaques entières, et enfin une grande espèce, non déterminée, qui 
touche de près au Cyrena DumasiM. de Serre. Aux Cyrènes se joignent les 
Potamides submargarilaceiis, Lamarcki, Cerithium (Potamides?) concisum 
Math, et quelques autres. 

» C'est là réellement qu'il faut placer la terminaison supérieure de la 



( '9A ) 
zone des plantes cl'Aix, dont la flore est si remarquable par l'unité de son 
caractère, le nombre inusité des espèces et l'exclusion absolue des formes 
distinctives du tongrien. Ces formes ne tarderont pas à paraître et à se 
multiplier, mais seulement à partir de l'étage immédiatement postérieur à 
celui qui vient d'être décrit; je veux parler du gypse de Gargas, super- 
posé aux Cyrènes, et des calcaires marneux de Saint-Zacharie qui passent 
inférieurement à des lignites oîi une mâchoii'e de Palœotherium a été re- 
cueillie. 

)) Les espèces tongriennes auxquelles je fais allusion sont trop connues 
pour que j'en fasse mention ( ' ) ; mais une démonstration est venue récem- 
ment confirmer les données exposées ci-dessus. Effectivement, après avoir 
franchi, à Célony, la crête de la montée d'Avignon, en redescendant vers 
La Calade, on marche sur le revers des couches du groupe d'Aix qui, dans 
cette direction, plongent au nord-ouest. Les lits qui affleurent sur ce 
point, à l'aide de plissements et de fractures locales, appartiennent certai- 
nement à la partie supérieure du groupe. Au sud et au sud-ouest du château 
de La Calade, ces lits offrent en abondance les Potamides Lamarcki et Ceri- 
thium concisum, l'Hydrohia Duhuissoni, le Sphœrium gibbosum Sow., et aussi 
le Cyrena gargasensis Math., celui-ci plus rarement et par suite d'une frac- 
ture. Vers le château, ces mêmes lits plongent sous la mollasse, et l'horizon 
des gypses, c'est-à-dire le niveau inférieur aux Cyrènes, ne se montre ici 
nulle part. Cependant, une chance heureuse a voulu que M. Jérôme de La 
Calade recueillit sur les lieux une empreinte de palmier, à la surface d'une 
plaque calcaréo-marneuse et parfaitement déterminable; or, ce palmier 
n'est pas l'espèce si connue des gypses d'Aix, le Flabellaria Lamanonis, 
mais le Sabal major Hr., qui remplace le premier dans le cours du tongrien 
et s'est rencontré au bassin de carénage de Marseille, ainsi qu'à Celas, à 
Armissan et dans plusieurs autres gisements du tongrien ou de l'aquitanien 
inférieur, dont il caractérise si franchement l'horizon. Ce même horizon 
est bien celui qui, dans le groupe d'Aix, surmonte les lits à Cyrènes et 
auquel se rapporte l'assise marno-sableuse tout entière et une partie au 
moins des calcaires supportés par celle-ci. Par une conséquence des plus 
naturelles, ce qui est inférieur aux lits à Cyrènes ne saurait être que de 



(') Voici quelques-unes de ces espèces : Lygodium Gaudini Hr., Libocedrus sali- 
cornioides Ung., Sabal major Hr., Sabal hœringiana Sch.. Comptonia dryandrœ- 
folia Brongt., Myrica llgnitum Hr. , M. banksiœfolia Ung., M. lœvigata Hr., Popu- 
lus palœomelas Sap., Zizyphus Ungeri Hv., etc. 



( iqS ) 

l'éocène supérieur, si récent qu'on le suppose. A plus forte raison, la zone 
des plantes de la montée d'Avignon, celle des Limnées qui lui correspond 
trait pour trait à Saint-Canadet, celle aussi des calcaires et des schistes à 
empreintes végétales, inférieurs aux gypses exploités, sont nécessairement 
éocènes. 

)) Il n'en est que plus curieux de constater l'existence d'une flore qui, 
dénuée de formes oligocènes, précède de peu l'âge où celles-ci viendront 
se substituer à leurs devancières. C'est le point de vue que j'ai adopté 
depuis longtemps et auquel je persiste à rester fidèle. » 



MEMOIRES PRESENTES. 

M. B.VRADEL demande l'ouverture d'un pli cacheté, qui a été déposé par 
lui le i" mars dernier, et qui contient une Note sur des essais télépho- 
niques. [1 adresse, en outre, une Note sur d'autres expériences, effectuées 
par lui du i^' fcvi'ier au i''' mai. 

(Commissaires : MM. Fizeau, Edm. Becquerel, Cornu.) 

CORRESPONDANCE. 

L'IxsTiTUT MÉTÉOROLOGIQUE DE RouiiAxiE adrcssc à l'Académic le P"^ Vo- 
lume de ses Annales. 

MÉCANIQUE CÉLESTE. — Sur le déçeloppement en série du potentiel d' un corps 
homogène de révolution. Note de M. O. Callaxdreav, présentée par 
M. Tisserand ('). 

" La question de la continuité des séries V^, V, et de leurs dérivées pre- 
mières est tout d'abord vidée si l'on suppose que dans les séries V^, V, la 
limite du rapport d'un terme au précédent est inférieure à l'unité : en effet, 
d'après la formule 

( cos 4- / s i n cos o) )" (/to , 

(') Voir ce Volume, p. 33. 

C. R., i886, 2« Semestre. (T. CIII, N" 5.) '-^^ 



( '9(3 ) 
on a, eu valeur absolue, . 

alors les ternies de V,, par exemple, et des séries dérivées sont numéri- 
quement inférieurs aux termes correspondants des séries telles que 






la limite du rapport d'un terme au précédent a la même valeur, moindre 
que l'unité, dans les trois séries, ce qui suffit à assurer leur convergence. 
On a dit que la continuité de la série V^ et de ses dérivées était une consé- 
quence de cette remarque; de même pour V,- et ses dérivées. 

)) La question de convergence reste donc seule à examiner. Comme 
terme de comparaison, je vais ])rendre en même temps l'exemple simple 
d'un ellipsoïde de révolution dont la courbe méridienne est définie par 
l'équation 

(0 /■ = «( ■-^' ' 



[7. = cosO, k joue le rôle du paramètre a. 

)) On a, en général, dans le cas d'un corps de révolution symétrique par 
rapport à un équateur, 

y Y /> + ' 

d'après un résultat dû à Legendre, 



(3) 



,/: 



X»,, f/|x _ 2 (— k)" 



,'!+f 111 -\- l 



.1' 



il vient alors après quelques réductions, M étant la masse du corps, 

^ •■ " ^- ^ (2«-|-l)(3«-|-3) /•-« + ' 

Pour un point intérieur, V, s'arrêterait au terme en Xo. 

» La série (4) qui exprime V^ est certainement convergente si X- < i . 
Mais l'expression ci-dessus de V^ doit être développée suivant les puis- 
sances de k, et les polynômes X„, pour recevoir la forme utilisée dans les 



( >97 ) 
applications par Legendre, Laplace, etc., et il s'agit d'avoir une limite des 
valeurs de k assurant la convergence absolue de la série double. 

» Un rapprochement s'offre de lui-même avec les expressions de l'ano- 
malie vraie et du rayon vecteur suivant les sinus et cosinus des multiples de 
l'anomalie moyenne; elles sont convergentes quand l'excentricité e est in- 
férieure à l'unité; mais, pour assurer la convergence absolue des séries 
doubles ordonnées suivant les puissances de e et les sinus et cosinus des 
multiples de l'anomalie moyenne, Laplace a cherché la limite des valeurs 
de e(o,66) c{ui fout converger les séries des modules maxima des 
termes ('). 

» Pour les valeurs du paramètre, e ou k, inférieures aux valeurs limites, 
on a alors des séries doubles dans lesquelles on peut changer l'ordre des 
termes et qui se prêtent aux opérations de l'analyse. 

» Une première manière d'assurer la convergence absolue des séries 
doubles V(., V, (celle des séries dérivées est assurée en même temps) serait de 

raisonner sur les expressions de Y^, V, dans lesquelles on remplacerait r et - > 

figurant en facteurs ou sous le signe d'intégration, par deux séries à termes 
positifs comprenant tous les termes des développements en séries de r 

et -• Dans l'exemple, on raisonnerait sur la série (2) dans laquelle l'inté- 
grale (3) serait remplacée par l'intégrale analogue où k est changé en — k, 
et l'on serait conduit à poser la condition 

^'^'^/- <r, d'où ^■<o,4i4; 

de sorte que la réduction du champ de variation du paramètre serait ici 
relativement plus sensible que dans le cas du développement des coor- 
données elliptiques. Mais il convient d'avoir égard à la remarque suivante : 
si les deux intégrales telles que 

(5) Cuii'. «)]""^ ^« ^h'-^ f 'l/O^- --)\~"-'^n d... 

où n est supposé très grand, ^'expriment plus simplement en fonction d'un 
nouveau paramètre lié à a, il pourra être avantageux de changer de para- 

(') Peut-être serait-il utile de montrer que la valeur limite de e résultant de la 
théorie de la série de Lagrange assure la convergence des séries modulaires. 



( '9« ) 
mètre. Dans l'exemple, si l'on fait — ^. = a, qui remplacera alors ^- comme 
paramètre, la convergence absolue de la série sera assurée si l'on a 

A la valeur limite de a, soit a = ~, correspond ^ = i . 

» On peut se proposer maintenant deux questions différentes : la ques- 
tion particulière de l'application des formules à la Terre et aux planètes 
qui ne paraît pas faire de doute, vu les valeurs limites trouvées pour a et 
même pour k; en second lieu, l'étude des multiples (5) dont dépend la 
solution générale du problème. » 



PHYSIQUE. — Sur les variations des spectres d'absorption dans les milieux 
non isotropes. Note de M. Hexri Becquerel. 

« A la suite de recherches dont j'ai présenté plusieurs extraits à l'Aca- 
démie, j'ai été conduit à étudier le polychroïsme des cristaux à un point 
de vue différent de celui oîi se sont placés jusqu'ici les auteurs qui, depuis 
Arago et Biot, ont observé l'inégale absorption de la lumière dans diverses 
directions au travers des cristaux biréfringents. 

» J'ai montré, en particulier ( ' ), que, dans les cristaux uniaxes qui pré- 
sentent des bandes d'absorption, les spectres observés, lorsque la lumière 
se propage dans une direction quelconque par rapport à l'axe du cristal, 
étaient formés par la superposition, avec des intensités variables, de deux 
séries de bandes correspondant, l'une à des vibrations lumineuses paral- 
lèles à l'axe (spectre extraordinaire), l'autre à des vibrations normales à 
l'axe (spectre ordinaire). Si l'on sépare les deux rayons provenant d'un 
même faisceau incident, le rayon ordinaire présente constamment le 
spectre ordinaire seul dans toutes les directions et, en particulier, lorsque 
la lumière se propage dans la direction de l'axe; le rayon extraordinaire 
présente la superposition, avec des intensités variables, du spectre ordi- 
naire et du spectre extraordinaire, qui apparaît seul lorsque les vibrations 



(') Comptes rendus, t. Cil, p. io6. Dans celle Note, par suite d'une erreur d'im- 
pression, le spectre ordinaire de la sclieelite a été indiqué comme étant le spectre 
extraordinaire, et vice versa. 



( "99 ) 
extraordinaires se propagent perpendiculairement à l'axe. On peut obtenir 
tous ces résultats soit au moyen de lames à faces parallèles taillées dans 
diverses directions, soit en jjlongeant les lames cristallines dans un liquide 
convenablement réfringent, et en donnant à la lame des orientations di- 
verses par rapport à la direction d'un faisceau de lumière incidente pola- 
risée rectilignement. 

M Dans un Mémoire qui sera publié prochainement, on trouvera les des- 
sins des spectres obtenus avec lascheelite, l'apatite, les zircons uranifères, 
l'idocrase, la pennine, etc. Les spectres de la scheelite ont déjà été décrits 
dans la Note précitée; ceux de la parisite sont très curieux à observer 
parce qu'ils présentent dans la région visible une trentaine de bandes 
qui toutes se modifient sans changer de position, et apparaissent ou dispa- 
raissent en passant d'un spectre à l'autre. 

» Un des faits les plus importants à constater est c[u'on n'observe aucun 
déplacement de bandes lorsque la direction des vibrations incidentes varie, 
mais que les bandes observées apparaissent ou disparaissent à des positions 
fixes, et ont leur maximum ou leur minimum d'intensité dans les spectres 
principaux ordinaire et extraordinaire. Comme on sait, d'autre part, que, 
dans un milieu isotrope, les bandes d'absorption d'une même substance 
ont des longueurs d'onde variables avec l'indice de réfraction du milieu, on 
peut en conclure que dans les cristaux uniaxes tout se passe comme si 
toute vibration lumineuse incidente se décomposait réellement à l'intérieur 
du cristal en deux vibrations dirigées, l'une parallèlement à l'axe, l'autre 
normalement à l'axe, ])our se composer de nouveau en une vil)ration 
unique à la sortie du cristal, de sorte que les mouvements vibratoires 
orientés suivant ces directions seraient les seuls qui se propageraient à l'in- 
térieur du cristal. De cette manière de concevoir le phénomène, on déduit 
aisément que l'intensité d'une vibration lumineuse de longueur d'onde 
déterminée, prise dans un rayon extraordinaire ayant traversé une épais- 
seur déterminée d'un cristal, dans une direction faisant avec l'axe un 
angle cp, sera représentée par 

I =;(asin*(p + 6cos^(p)-, 

a- et b- désignant les intensités correspondantes dans les spectres extra- 
ordinaire et ordinaire. Cette expression a donné des valeurs numériques 
concordantes avec des mesures i^hotométricjues exécutées sur des lames 
de pennine taillées dans diverses directions. On trouvera, sur ces déter- 



( 200 ) 

minations, les développements convenables dans le Mémoire annoncé 
plus haut. ' 

» Les phénomènes que présentent les cristaux biaxes sont beaucoup 
plus complexes. Dans chacun des cristaux étudiés, on avait fait tailler 
quatre lames à faces parallèles, d'égale épaisseur, et aussi bien orientées 
que possible, l'une perpendiculairement à la bissectrice de l'angle aigu 
des axes optiques, la seconde à la bissectrice de l'angle obtus, la troisième 
perpendiculairement à l'axe moyen, et la quatrième perpendiculairement 
à l'un des axes optiques. 

» Lorsqu'on fait traverser chacune des trois premières lames normale- 
ment, par des rayons polarisés vibrant parallèlement à l'une, puis à l'autre 
des sections principales de ces lames, on obtient, avec tous les cristaux qui 
ont été observés, des spectres d'absorption deux à deux identiques, et qui 
se ramènent à trois types correspondant à des vibrations lumineuses paral- 
lèles à chacune des trois directions principales considérées, les bissectrices 
des axes optiques et l'axe moyen. Avec un cristal orthorhombique de 
chlorure double d'uranyle et de potassium, on observe dans la région bleue 
et violette les bandes caractéristiques des sels d'uranvle avec des modifica- 
tions toutes particulières. Le spectre moyen paraît la superposition, avec 
des intensités différentes, des deux spectres principaux 1res distincts, cor- 
respondant aux deux autres axes de symétrie, et lorsque la lumière se pro- 
page dans la direction d'un des axes optiques, le spectre d'absorption ne 
paraît pas offrir de changement notable pour toute vibration incidente 
normale à l'axe. 

» La même simplicité ne se présente plus avec les cristaux clinorhom- 
biques et, en particulier, avec les cristaux de sulfate de didyme, dont j'ai 
pu, grâce à l'obligeance de M. Debray, étudier de magnifiques échantil- 
lons. Les trois lames perpendiculaires et parallèle aux bissectrices des 
axes optiques donnent encore trois spectres principaux se rapportant à 
trois directions des vibrations lumineuses, parallèles à chacune des bissec- 
trices et à l'axe moyen. Parmi les trente ou quarante bandes et groupes de 
bandes que donne chaque spectre, dans la région visible, le plus grand 
nombre et les principales présentent un maximum d'absorption dans l'un 
des trois spectres principaux et disparaissent presque totalement dans l'un 
des autres, et l'on pourrait attribuer les petites différences observées à la 
dispersion des axes d'élasticité optique à l'intérieur du cristal. 

» Mais le phénomène offre en outre des complications très curieuses : 



( 201 ) 

d'autres bandes, et des plus intenses, varient très peu dans les spectres 
principaux ; on peut citer, par exemple, une très forte bande (1 = Si'] envi- 
ron) qui présente cet effet. Bien plus, parmi ces bandes, il en est qui peu- 
vent s'affaiblir au point de disparaître presque totalement pour des direc- 
tions des vibrations lumineuses très différentes de celles des axes d'élasticité 
optique pour les couleurs correspondantes. Je citerai comme exemple le 
phénomène que présente une très forte bande d'absorption, la plus réfran- 
gible du grouj)e D,o,, dont la longueur d'onde est environ 1 = S^i. Cette 
bande, dont les variations d'intensité sont faibles dans les spectres princi- 
paux, disparaît presque complètement lorsque la lumière se propage paral- 
lèlement à l'un des axes optiques, et que la vibration incidente tait un 
angle d'environ 45° à 5o° avec l'axe moyen. En tournant alors le polari- 
seur de 90°, la bande présente un maximum d'absorption. On observe très 
nettement le phénomène, soit avec une plaque normale à l'un des axes op- 
tiques, soit en plongeant dans un liquide réfringent diverses lames aux- 
quelles on donne des orientations convenables par ra])port aux vibrations 
lumineuses incidentes. 

» La disparition de cette bande 571 a lieu presque brusquement lorsque 
la direction de la propagation coïncide avec celle de l'axe optique, et cette 
bande apparaît de nouveau assez intense, pour des déplacements très pe- 
tits de la lame ; en même temps, un grand nombre d'autres bandes mani- 
festent des changements brusques analogues. Ce phénomène se présente 
avec chacun des deux axes optiques correspondant à cette longueur 
d'onde, qui sont très écartés (84°, 5 environ), et il est symétrique par rap- 
port à chacun d'eux. 

)) En dehors de ces anomalies, il semble qu'en général on puisse sup- 
poser qu'il y ait, pour chaque bande d'absorption, un système unique de 
trois directions principales rectangulaires telles qu'on puisse représenter 
l'intensité d'une vibration lumineuse qui sort d'un cristal parallèlement à 
la direction de la vibration incidente par une expression de la forme 

I = (rt cos-a. -h />cos-[i + ccos-y)-, 

a, P et Y désignant les angles de la direction de la vibration avec les direc- 
tions principales, et a^, b- et c- désignant les intensités principales de la 
radiation considérée. 

» Des mesures photométriques, exécutées avec des plaques d'épidote, 
ont paru justifier cette hvpotlièse. 

» Bien que cette question fort complexe soit loin d'être élucidée, les ré- 



( 20 2 ) 

sultats entièrement nouveaux que j'ai obtenus jusqu'ici m'ont paru assez 
intéressants j^our être présentés à l'Académie. » 



CHIMIE. — Sur la décomposition de l'acide Jluorhydrique par un courant 
électrique. Note de M. H. Bïoissax, présentée par M. Debray. 

« Dans un IMémoire précédent ('), nous avons indiqué qu'il est pos- 
sible de décomposer l'acide fluorhydrique anhvdre sous l'action d'un cou- 
rant électrique : au pôle négatif, on recueille de l'hydrogène; au pôle 
positif, il se dégage un corps gazeux ayant des propriétés nouvelles, sur 
lesquelles nous avons eu déjà l'honneur d'appeler l'attention de l'Aca- 
démie. 

» Cette expérience se fait dans un tube en U en platine, fermé par des 
bouchons de fluorine et portant sur le haut de chaque branche un petit 
tube à dégagement, également en platine. Au travers du bouchon passe 
une tige de platine, cjui sert d'électrode; le métal employé au pôle positif 
est un alliage de platine renfermant lo pour loo d'iridium. 

» Pour obtenir l'acide fhiorhvdrique pur et anhydre, on commence par 
préparer le fluorhydratc de fluorure de potassium, en prenant toutes les 
précautions indiquées par M. Fremy (-). Lorsqu'on a obtenu ce sel pur, 
on le dessèche au bain-marie, à ioo°, et la capsule de platine qui le con- 
tient est placée ensuite sous le vide, en présence d'acide sulfurique con- 
centré et de deux ou trois bâtons de potasse fondue au creuset d'argent. 
L'acide et la potasse sont remplacés tous les matins, pendant quinze jours, 
et le vide est toujours maintenu dans les cloches à 2"'"' de mercure envi- 
ron. Il faut avoir soin, pendant cette dessiccation, de pulvériser le sel 
chaque jour dans un mortier de fer, afin de renouveler les surfaces; lors- 
que le fluorhydrate ne contient plus d'eau, il tombe en poussière et peut 
alors servir à préparer l'acide fluorhydrique. Il est à remarquer que le 
fluorhydrate de fluorure de potassium bien préparé est beaucoup moins 
déliquescent que le fluorure. 

» Lorsque le fluorhydrate est bien sec, il est introduit rapidement dans 
un alambic en platine que l'on a séché en le portant au rouge peu de 
temps auparavant. On le maintient à une douce température pendant une 



( ' ) Comptes rendus, t. Cil, p. i543. 

(-) Annales de Chimie et de Phrsir/ue, 3" série, t. XLMl, p. 5. 



( --o-i ) 
heure ou uue heure et demie, de façon que la décomposition commence 
très lentement; on perd cette première portion d'acide fluorhydrique foi'- 
mé, qui entraine avec elle les petites traces d'eau pouvant rester dans le 
sel. On adapte alors le récipient de platine et l'on chauffe plus fortement, 
tout en conduisant la décoiTiposition du fluorhydrate avec une certaine 
lenteur. On entoure ensuite le récipient d'un mélange de glace et de sel, 
et, à partir de ce moment, tout l'acide fluorhydrique est condensé et four- 
nil alors un liquide limpide, bouillant à 19°, 5, très hygroscopique et four- 
nissant, comme l'on sait, d'abondantes fumées en présence de l'humidité 
de l'air. 

» Pendant cette opération, le tube en U en platine, desséché avec le 
plus grand soin, a été fixé au moyen d'un bouchon dans un vase de verre 
cylindrique et entouré de chlorure de méthylc. Jusqu'au moment de l'in- 
troduction de l'acide fluorhydrique, les tubes abducteurs sont reliés à des 
éprouvettes desséchantes contenant de la potasse fondue. Pour faire pé- 
nétrer l'acide fluorhydrique dans ce petit appareil, on peut l'absorber par 
l'un des tubes latéraux dans le récipient même où il s'est condensé. 

» Dans quelques expériences nous avons condensé directement l'acide 
fluorhydrique dans le tube en U entouré de chlorure de méthyle; mais, 
dans ce cas, on doit veiller avec soin à ce que les tubes ne s'obstruent pas 
par de petites quantités de fluorhydrate entraîné, ce qui amène infailli- 
blement un© explosion ou des projections toujours très dangereuses avec 
un liquide aussi corrosif. 

» L,orsque l'on a fait pénétrer, à l'avance, un volume déterminé d'acide 
fluorhydrique liquide dans le petit appareil en platine, refroidi par le chlo- 
rure de méthylc en ébuUition tranquille, à la température de — 23", on 
fait passer, dans les électrodes, le courant produit par 20'' Bunsen, grand 
modèle, montés en série. Un ampère-mètre placé dans le circuit permet 
de se rendre compte de l'intensité du courant. 

» Si l'acide fluorhydrique renferme une petite quantité d'eau, soit par 
manque de soin, soit qu'on l'ait ajoutée avec intention, il se dégage tout 
d'abord au pôle positif de l'ozone c[ui n'exerce aucune action sur le sili- 
cium cristallisé. Au fur et à mesure que l'eau contenue dans l'acide est 
ainsi décomposée, on remarque, grâce à l'ampère-mètre, que la conducti- 
bilité du liquide décroit rapidement. Avec de l'acide fluorhydrique absolu- 
ment anhydre, le courant ne passe plus. Dans plusieurs de nos expériences, 
nous sommes arrivés à obtenir un acide anhydre tel qu'un courant de 
25 ampères était totalement arrêté. 

C. H., 1S86, ■■" Semestre. (T. CIII, N» 3.) 27 



( ^o4 ) 

' « Afin de rendre ce liquide conducteur, nous y avons alors ajouté, 
avant l'expérience, une petite quantité de fluorhydrate de fluorure de po- 
tassium séché et fondu ( ' ). Dans ce cas, la décomposition se produit d'une 
façon continue ; on obtient, au pôle négatif, de l'hydrogène et, au pôle 
jjositif, un dégagement régulier d'un gaz incolore dans lecjuel le silicium 
cristallisé, froid, brûle avec beaucoup d'éclat, en se transformant en fluo- 
rure de silicium. Ce dernier gaz a été recueilli sur le mercure et nette- 
ment caractérisé. 

)) Le bore adamantin de Deville brûle également, mais avec plus de 
difficulté, en se transformant en fluorure de bore. La petite quantité de 
carbone et d'aluminium qu'il renferme entrave la combinaison. L'arsenic 
et l'antimoine en poudre se combinent à ce corps gazeux avec incandes- 
cence. Le soufre s'y enflamme, et l'iode s'y combine avec une flamme pâle 
en perdant sa couleur. Nous avons déjà fait remarquer qu'il décompose 
l'eau à froid en produisant de l'ozone et de l'acide fluoi'hydrique. 

» Les métaux sont attaqués a^ec beaucoup moins d'énergie; cela tient, 
pensons-nous, à ce que la petite quantité de fluorure métallique formé 
empêche l'attaque d'être plus pi-ofonde. Le fer et le manganèse en poudre, 
légèrement chauffés, brûlent en fournissant des étincelles. Les corps 
organiques sont violemment attaqués. Un morceau de liège, placé auprès 
de l'extrémité du tube de platine par lequel le gaz se dégage, se carbonise 
aussitôt et s'enflauime. L'alcool, Fcther, la benzine, l'essence de térében- 
thine, le pétrole prennent feu à son contact. 

» Le gaz produit au pôle négatif est de l'hydrogène brûlant avec une 
flamme pâle et ne prodiûsant aucune de ces réactions. 

» Lorsque l'expérience a duré plusieurs heures et que la quantité 
d'acide fluoz'hydrique liquide restant au fond du tube n'est plus suffi- 
sante pour séparer les deux gaz, ils se recombinent à froid dans l'appareil 
avec une violente détonation. 

» Nous nous sommes assuré par des expériences directes, faites au 
moyen d'ozone saturé d'acide fluorhvdrique, qu'un semblable mélange ne 
produit aucune des réactions décrites précédemment. 

» Il en est de même de l'acide fluorhydrique gazeux. Enfin nous ajoute- 
rons que l'acide fluorhydrique employé ainsi que les fluorhydrates de 
iluorure étaient absolument exempts de chlore. 



(') Nous rappelons que les analyses de ce composé, faites par Berzélius, par 
M. Fremy et par d'aulres savants, conduisent exaclement à la formule IvFl, II FI. 



( 205 ) 

)) Le gaz obtena dans nos expériences est donc ou le fluor ou un per- 
fluorure d'h\dro£:ène. 

» De nouvelles expériences sont nécessaires pour élucider ce dernier 
point; noMS espérons pouvoir les soumettre bientôt à l'appréciation de 
l'Académie. » 



CHIMIE ORGANIQUE. — De Vurèlhane au point de vue de l'analyse chimique. 
Note de M. Geouges Jacquemix, présentée par M. Berthelot. 

<( L'importance que vient de prendre l'uréthane au point de vue phy- 
siologique m'a porté à rechercher un réactif capable tie caractériser ce 
corps et de confirmer ou d'infirmer l'hypothèse de son élimination par les 
urines. 

» Quand, à une dissolution d'uréthane, on ajoute du chlorure mercu- 
rique, puis de la potasse, il se forme un précipité blanc abondant. 

» Ce corps, chauffé en présence d'un excès d'uréthane, se dissout et re- 
prend son insolubilité par refroidissement, tandis qu'en présence d'un 
excès de potasse, il jaunit en devenant oxyde mercuriqne. Il est insoluble 
dans l'alcool et l'éther, dont le contact prolongé ne l'altère pas. 

» On peut obtenir un précipité en opérant inversement, c'est-à-dire en 
ajoutant à la dissolution d'uréthane d'abord de la potasse, puis du chlorure 
mercurique sans excès, qui donne un précipité jaune devenant blanc par 
agitation. 

» L'oxvde mercurique récemment précipité se dissout à une légère cha- 
leur dans l'uréthane et par refroidissement il se forme un précipité blanc. 
En continuant l'action de la chaleur, il se produit un corps noir peu abon- 
dant qui surnage, et par abaissement de température un trouble légère- 
ment teinté de jaune. 

1) L'uréthane précipite encore par les sels mercuriques dans des disso- 
lutions à 1 ,5o pour looo. Au-dessous de ce poids, que je ne fixe pas d'une 
manière absolue comme limite, voici ce que j'ai observé : si, à une dissolu- 
tion à o?'',oooo5 d'uréthane par centimètre cube, on ajoute de la potasse, 
puis goutte à goutte du chlorure mercurique, chaque goutte de ce dernier 
produit un précipité jaune qui se dissout, tant qu'il y a de l'uréthane, et 
finalement le précipité jaune devient persistant. 

» .Te me suis assuré rpie ma réaction pouvait servir au dosage voliuiié- 
trique de l'uréthane. L'expérience m'a montré que ot', lo d'uréthane en 



( 206 ) 

dissolution dans lo'''' d'eau, additionnés de potasse en excès, sont entière- 
ment précipités par lo''" d'une liqueur titrée renfermant 3oe'',44 de chlo- 
rure mercurique par litre. La limite de l'opération est marquée par l'ap- 
parition franche d'un précipité jaune persistant d'oxyde mercurique, 
précédé d'une teinte très légèrement jaunâtre, qu'un peu d'habitude ne 
permet pas de confondre . 

» Le nitrate mercurique, l'acétate mercurique, agissent vis-à-vis de 
l'uréthanc en présence de la potasse comme le chlorure; ces deux sels, 
qui précipitent directement l'urée et ne précipitent l'uréthane qu'avec le 
concours de la potasse, sont donc des réactifs différentiels de ces deux 
composés. Le nitrate mercureux, dans les mêmes conditions, précipite en 
noir l'uréthane. Le nitrate d'argent est aussi sans action sur le carbonate 
d'éthyle, mais l'addition de potasse forme un précipité rouge-brique, qui 
ne tflrde pas à noircir et noircit immédiatement par agitation avec de 
l'éther. 

)) Recherche de l'uréthane dans l'urine. — Voici l'application de ce qui 
précède à la recherche de l'uréthane dans l'urine. L'urine normale, même 
très étendue d'eau, donne par ma réaction un précipité blanc, mais qui 
noircit par l'ébullition. Il faut donc extraire l'uréthane qui pourrait se 
trouver dans l'urine d'un malade soumis à ce traitement. Je le fais avec 
l'éther : il faut trois cents secousses au moins et, après décantation, laver à 
plusieurs reprises à l'eau. Le résidu de l'évaporation de l'éther est dissous 
dans très peu d'eau et traité comme ci-dessus. En se servant de la liqueur 
titrée de chlorure mercurique, on pourra apprécier le poids de l'uréthane 
extraite d'un volume donné d'urine. Mes expériences ont été faites avec 
de l'urine normale additionnée de poids divers d'uréthane. Quant à l'urine 
normale seule, traitée par l'éther, elle ne fournit pas plus ma réaction que 
l'eau pure. 

» Mais l'uréthane peut-elle subsister au contact des liquides alcalins de 
l'économie? On sait qu'elle est décomposée à l'ébullition par la potasse. 
J'ai constaté qu'elle l'est lentement à froid, plus rapidement à So"; car 
dans ce cas on perçoit iin dégagement d'ammoniaque déjà au bout d'un 
quart d'heure. Il peut se former de l'urée qui se détruit à son tour. La 
décomposition finale donne du carbonate de potasse, de l'ammoniaque et 
de l'alcool que je caractérise par sa transformation en éther acétique. 

)) A ce propos, j'ai observé que l'uréthane se sépare, par addition de 
carbonate île potasse sec, de sa dissolution aqueuse sous forme d'une 
couche huileuse, qui après isolement se cristallise. 



( 207 ) 

» Les expériences que je poursuis sur l'urétlianc en présence des albu- 
minoïdes seront étendues à la bile et au sang. J'ai déjà constaté que l'albu- 
mine et le jaune de l'œuf, séparés et chauffés avec de l'uréthane à 3o°, la 
décomposent d'une manière analogue à la dissolution aqueuse de potasse, 
mais que la mise en liberté de l'ammoniaque est infiniment moindre, et 
qu'après une action prolongée on ne retrouve plus ni urée, ni uré- 
thane. » 



CHIMIE ORGANIQUE. — Action de quelques chlorures organiques sur le diphé- 
nyle en présence du chlorure d'aluminium. Note de M. P. Adam, présentée 
par M. Friedel. 

ic I^a méthode de MM. Friedel et Crafts permet d'obtenir avec le diphé- 
nyle des dérivés de même ordre que dans la série de la benzine, et les homo- 
logues et isomères sont en plus grand nombre encore, par suite de la com- 
plication plus grande de la molécule. 

» L'action du chlorure de méthylène et du chlorure de méthyle a été 
d'abord étudiée. Le premier de ces réactifs a permis de réaliser la synthèse 
du fluorène CH'", découvert par M. Berthelot dans les hydrocarbures du 
goudron de houille. 

)) Dans i5 parties de diphénvle, simplement porté à l'état liquide, et 

mélangé de chlorure d'aluminium (i partie), on fait passer lentement du 

chlorure de méthylène (i partie). La réaction est assez énergique pour 

qu'il soit inutile de chauffer pour maintenir liquide le mélange. Quand 

tout le chlorure de méthylène a été introduit, on chauffe au bain-marie, 

tant qu'if se dégage de l'acide chlorhvdrique. La masse est projetée dans 

l'eau et distillée. On obtient ainsi un produit bouillant àSoo^-SoS" qui, lavé 

à l'alcool, est parfaitement blanc et cristallisé : c'est le fluorène ou diphé- 

C«II\ 
nvlène-méthane i ^CH^. 

» Cet hydrocarbure a été caractérisé par les propriétés suivantes : il 
fond à ii3° et bout à 3oo°-3o5°. Traité parle brome à froid en solution 
sulfocarbonique, il donne un dérivé bibromé fusible cà iGG" (Barbier, 167°). 
Ce dérivé, traité à nouveau par le brome à chaud, se transforme en fluo- 
rène tribromé, fusible à iGi° (Barbier). 

» Ces caractères ont été observés parallèlement sur du fluorène naturel, 
et les cristauv, comparés au microscope, ont présenté le même aspect. 



( 208 ) 

» Entre le diphényle bouillant à ir)lf et le fluorènc, il ne passe rien à la 
distillation, mais, vers Sio^-Sao", distille un produit fusible à iGi", point 
de fusion du diphényle-diphényle méthane CH= (C«H' — C''H')^ 

» L'action du chlorure de méthyle sur le diphénvle, en présence du 
chlorure d'aluminium, donne un grand nombre de dérivés. Ces hvdrocar- 
bures, à points d'ébullition très voisins, se séparent mal à la distillation 
fractionnée. Ceux c{ui passent de 262" à 3 10" sont liquides, les suivants 
sont solides. L'étude de ces corps et de leurs dérivés n'est pas encore ter- 
minée ( ' ). » 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur les propylamines normales. Note de M. Camille 
VixcEXT, présentée par M. Friedel. 

« La monopropylamine normale a été obtenue par Mendius, en hv- 
drogénant le propionitrile. Plus tard, M. Silva l'obtint en traitant par la 
potasse un mélange de cyanate et de cyanurate de propyle. M. Hofmann 
l'a préparée en faisant agir la potasse sur un mélange de brome et d'amide 
butyrique. 

» Enfin, Rœmer a obtenu la tripropylamine, en dédoublant l'iodure de 
tétrapropylammonium par Ja potasse. 

)i J'ai préparé les trois propylamines mélangées, en appliquant la mé- 
thode générale de Hofmann, pour la synthèse des ammoniaques compo- 
sées, et j'ai séparé ces trois aminés. 

» J'ai chauffé, au bain-marie en matras scellés, un mélange de i partie 
d'iodure de jiropyle et i,5 partie d'alcool saturé de gaz ammoniac. 

» Le produit de la réaction, évaporé, a laissé un résidu salin d'iodures, 
qui a été soumis à la distillation avec une lessive de potasse. J'ai obtenu 
ainsi un mélange des trois propylamines, contenant peu detripropvlamine, 
qui a été distillé à l'aide d'un appareil de Le Bel et Henninger, de façon à 
séparer un premier mélange, jusqu'à 78°, renfermant la presc[ue totalité 
de la monopropylamine; puis un second, distillant de 78° à i56°, conte- 
nant la plus grande partie des deux autres aminés. 

« Le premier liquide, additionné d'alcool, a été titré et traité par la 
quantité convenable d'oxalate d'éthyle. Le mélange s'est fortement 
échauffé et a abandonné, en refroidissant, de grandes aiguilles prisma- 

(') Laboratoire de M. Giimaux, à rÉcole Polytechnique. 



( 209 ) 

tiques, grasses au toucher, de dipropvloxanude. Ce produit, déjà ol^tenu 
par Wallach et Schulze, fond à 161", 5 et se prend par le refroidissement 
en une masse cristalline feuilletée. Il est volatil et se sublime facilement en 
longues aiguilles. 

» La (lipropyloxamide, insoluble dans l'eau, est soluble dans l'alcool, 
ce qui permet de la purifier. 

» Par l'action d'une lessive de potasse, elle donne lamonopropylamine. 
Il est indispensable de mélanger la dipropyloxamide avec son poids d'al- 
cool, pour qu'elle soit attaquée par la potasse; la réaction s'opère alors 
sans difficulté, et l'oxalate de potasse, qui prend naissance, reste dissous 
dans la lessive. 

)) On recueille, à la distillation, une dissolution alcoolique de propvl- 
amine, qu'on sature par l'acide chlorhydrique, et le chlorhydrate obtenu est 
évaporé pour chasser l'alcool. 

» Décomposé j)ar la potasse, ce chlorhydrate donne la monopropvl- 
auiine. Ainsi préparé, ce produit, parfaitement desséché sur la barvte, bout 
à 49'' sous 758'"'" à 0°. 

w Le liquide, séparé des premiers cristaux de dipropyloxamide, concen- 
tré au bain-marie, a fourni une nouvelle quantité de cristaux; enfin, la 
liqueur mère huileuse, formée surtout de dipropyloxamate d'éthyle, dé- 
composée par la potasse, a donné un mélange de propylamines qui a été 
réuni aux produits bruts d'une opération suivante. 

» Le produit alcalin recueilli entre 78" et i56", additionné d'eau, a été 
saturé par l'acide chlorhydrique; le mélange de chlorhydrates, évaporé à 
io5°, a été additionné de son poids de nitrite de soude en dissolution con- 
centrée, puis on a chauffé ; une réaction s'est déterminée aussitôt, et le 
liquide s'est recouvert d'une couche huileuse jaune, tandis qu'il s'est dé- 
gagé un mélange gazeux de bioxyde d'azote, d'azote et de propylène; ces 
deux derniers gaz provenant de la décomposition du nitrite de propylamine, 
selon la réaction indiquée par MM. Meyer et Forster (')• 

» La proportion très faible d'azote et de propylène m'a montré que la 
séparation de la monopropylamine par distillation avait été satisfaisante. 

» La réaction terminée, on a distillé le mélange dans le vide, en allant 
jusqu'à sec. On a recueilli un liquide mixte formé de deux couches, l'une 
inférieure aqueuse; l'autre huileuse jaune, composée de nitrosodipropyl- 
jiinine et de tripropylamine mélangées. 

(') Deutsche chemische Gesellscliafl., l. IX, \\. 529 



( 2IO ) 

» Le résidu de l'opération ne renfermait plus d'aminés. La couche 
huileuse a été saturée exactement par l'acide sulfurique étendu d'eau, puis 
soumise à une nouvelle distillation dans le vide. On a recueilli de l'eau et 
de la nitrosodipropylaminc, tandis qu'il est resté, comme résidu, du sulfate 
de triprop) lamine pur. 

)) L'équation suivante explique la production de la nitrosodipropylaminc: 

Azll((7Wy- + AzO-H = II- O + Az(C^H')=AzO. 

» Ce composé est un liquide jaune clair ayant une odeur aromatique 
rappelant celle du foin ; il est presque insoluble dans l'eau. Sa densité à o° 
est deo,g3i. Il bout à 2o5°,9 (température corrigée) sous tdS""" à o". 

» La nitrosodipropylamine se dissout instantanément dans l'acide chlor- 
hydrique concentré, avec élévation de température. Si l'on chauffe le mé- 
lange au bain-marie, une vive réaction se produit, de la dipropylamine est 
régénérée et reste combinée à l'excès d'acide, tandis cju'il se dégage de 
l'acide chloronitreux. On doit disposer un réfrigérant cohobateur à la suite 
de l'appareil. La réaction n'est complète qu'après plusieurs jours; on en 
est averti lorsqu'un papier imprégné d'iodure de potassium et d'amidon 
ne bleuit plus à l'extrémité du tube cohobateur. 

« Le chlorhydrate ainsi obtenu, décomposé par la potasse caustique, 
donne la dipropylamine normale, qui desséchée sur la baryte bout à 
97", 5 (température corrigée) sous 757'"'" à 0°. Sa densité est de o, 756 à 0°: 
cette aminé ])résente une forte odeur ammoniacale; elle brûle avec une 
flamme éclairante. Elle est légèrement soluble dans l'eau ; et de même, 
elle dissout une petite quantité d'eau, qu'on lui enlève facilement par la 
baryte anhydre. Cent parties d'eau dissolvent 4,86 de dipropylamine à 23°. 
Cette solubilité diminue rapidement à mesure que la température s'élève, 
à tel point qu'une dissolution saturée à la température ambiante devient 
laiteuse par la précipitation d'une certaine quantité d'aminé, lorsqu'on 
échauffe le flacon qui la contient, par le contact de la main. La dissolution 
de dipropylamine donne avec les dissolutions métalliques des réactions inté- 
ressantes qui sont à l'étude. 

» Le sulfate de tripropylamine, obtenu comme nous l'avons indiqué, dé- 
composé par une lessive de potasse, donne la tripropylamine pure, bouillant 
à i56'',4 (température corrigée) sous 767'"'" î\ o". Elle est presque insoluble 
dans l'eau; à 20" l'eau n'en dissout que 0,6 pour 100 de son poids. Elle ne 
possède qu'une faible odeur ammoniacale, et brûle avec une flamme très 
éclairante; sa densité à o" est de 0,771. 



( 3.1 ) 

» Eli résumé, j'ai séparé les trois propylainiiies normales; j'ai fait con- 
naître la nitrosoflipropylamine et la dipropylamine; )'ai déterminé les 
constantes physiques de la di-, de la tripropylamine et de la nitrosodipro- 
pylamine. » 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur une créatinine nouvelle, V èthylamido-acélo- 
cyamidine, et sur la formation des créalinines et des créatines. Note 
de iM. E. Di;viLLiEn, présentée par M. Friedel. 

« Dans une précédente Communication ('), j'ai eu l'honneur de faire 
connaître à l'Académie les remarques que j'avais faites concernant la for- 
mation des créatines et des créalinines par voie de synthèse. J'ai montré, 
en effet, que la méthode de Strecker(-), pour effectuer la synthèse de la 
glycocyamine, méthode. qui permit plus tard à Volhardt (') d'effectuer la 
synthèse de la créatine, et qui permit ensuite à divers savants et à moi- 
même de produire un certain nombre de corps de la même famille, n'était 
pas générale; car cette méthode, dans un grand nombre de cas, m'avait 
fourni directement une créatinine et non une créatine, contrairement à ce 
qui avait été observé jusque-là. 

» J'ai fait voir, en effet, que les acides amidés, dérivés de l'ammoniaque 
ordinaire, traités par la cyanamide, suivant la méthode de Strecker, four- 
nissent toujours une créatine à l'aide de laquelle on obtient facilement la 
créatinine correspondante, et que les créatinines ainsi obtenues ont ton- 
jours, lorsqu'elles sont en solution dans l'eau, une grande tendance à 
repasser à l'état de créatines. jMais il n'en est pas de même avec les acides 
amidés dérivés des ammoniaques composées : ceux-ci, soumis ta l'action de 
la cyanamide, m'ont toujours fourni immédiatement des créatinines, et les 
créatines correspondantes ne se sont jamais produites. Toutefois, deux 
acides amidés font exception à cette règle : ce sont le méthvlglycocolle et 
l'acide a-méthylamidopropionique, qui fournissent des créatines, comme 
le font les acides amidés dérivés de l'ammoniaque. 

» Pour compléter la série des nombreux acides amidés dont j'ai étudié 
la manière de se comporter en présence de la cyanamide, il me restait à 



(') Compte!; rendue, t. C, p. gi'j; iSS"). 

(■') Ihid.. t. LU, p. 1212; 1861. 

(^) Si/zii/iffsber. der K. bayer. Académie d. IVtssensc/i., t. II, p. 472; i86S. 

C. B., 1886, 2' Semestre. (T. CUI, N° 5.) 28 



( -2 12 ) 

voir comment se comporterait l'éthylgiycocoUe avec ce corps, les homo- 
logues supérieurs de cet acide m'ayanttous fourni une créatinine. 

)) Élhylamido-acélocyamidine ow éthylglycocyamidine. — En abandonnant 
une solution aqueuse, concentrée d'cthylglycocolie et de cyanamide, on 
obtient quelques cristaux en longues aiguilles, accompagnés de quelques 
cristaux de dicyandiamide; par concentration de la liqueur, il se dépose 
de nouveaux cristaux, qu'on purifie par plusieurs cristallisations dans 
l'eau. 

)) Ces cristaux soumis à l'analyse répondent à la composition de l'éthyl- 
glycocyamidine, qui a pour formule 

/AzII -CO 

AzH = C; I . 

)> En effet : 

» I. oS'',345 de ces cristaux fournirent o^'^opS d'acide carbonique et 
o^'', 233 d'eau; 

» IL oS'',3o5 fournirent qo*^*^ d'azote à la température de 22", 8 et sous 
la pression corrigée de 760™™, 7 : 

Calculé. Trouvé. 

C^ 47>24 46,87 

H" 7,09 . 7,00 

Az' 33,07 33, 3o 

1 2 , 60 I) 

100,00 

» L'étlivlglycocyamidine, lorsqu'elle se dépose lentement de sa solution 
dans l'eau, cristallise en longues aiguilles, fortement aplaties, et souvent 
même en lamelles. Ces cristaux sont anhydres. Ils se dissolvent à 25° dans 
11,5 fois leur poids d'eau. 

» Cette créatinine se dépose de sa solution alcoolique en petits prismes. 
A 25° elle se dissout dans 96 fois son poids d'alcool. 

)) L'éthylgiycocoUe fournissant, sous l'action delà cyanamide, une créa- 
tinine et pas de créatine, je puis maintenant donner la loi de formation des 
créatinines et des créatines, par voie de synthèse : 

)) 1° L'action de la cyanamide sur les acides amidés dérivés de l'ammo- 
niaque ordinaire fournit des créatines à l'aide desquelles on obtient faci- 
lement les créatinines correspondantes ; 

» 2° Les acides amidés dérivés de la méthylamine fournissent des créati- 
nines. Les deux premiers termes de la série, le méthvlglvcocolle et l'acide 



( ^'3 ) 

a-méthylamidopropionique, font exception; ils fournissent chacun une 
créatine à l'aide de laquelle ou obtient facilement la créatinine corres- 
pondante ; 

» 3° Les acides amidés dérivés de l'étlivlamine fournissent tous des créa- 
tinines et pas de créatines. 

» Des résultats de mes recherches sur la formation des créatines et des 
créatinines, il semble résulter, jusqu'à présent, que l'action de la cyanamide 
sur les acides amidés consiste essentiellement à former des créatinines, 
la formation de créatines n'ayant lieu que dans un petit nombre de cas; la 
formation des créatines peut donc être regardée comme une exception. Il 
est même probable que les acides amidés dérivés d'ammoniaques supé- 
rieures à l'éthylamine, ou de bases plus complexes, fourniront uniquement 
des créatinines. C'est la vérification de cette hypothèse (pie je me réserve 
de poursuis re, et j'espère a^ oir l'honneur de faire prochainement con- 
naître à l'Académie les résultats des nouvelles recherches que j'ai entre- 
prises sur ce sujet. » 



CHIMIE. — Sur une combinaison du chlorure slannique avec l'acide chlor- 
hydrique {acide chlorostannique). Note de M. R. Exgel, présentée par 
xM. Friedcl. 

« Le chlorure stannique Su Cl' forme avec l'eau plusieurs combinai- 
sons. L'une de ces combinaisons, celle qui répond à la formule 

SnCl" + 511-0, 

se liquéfie peu à peu en présence du gaz acide chlorhydrique. Si l'on dirige 
un courant de ce gaz bien desséche sur les cristaux de pentahydrate de 
chlorure stannique pendant un temps suffisamment prolongé, tout le corps 
solide finit par disparaître et l'on obtient finalement un liquide homogène. 
Ce liquide suturé d'acide chlorhydrique à la température de 28" a pour 
densité, à cette température, 1,971 et renferme pour 100 : 

Cl 46,4 46,8 

Sn 3o,7 3 1,0 

H-0 22,9 22,2 

') Si l'on refroidit ce liquide à o", il ne tarde pas à se prendre en une 
masse cristalline, composée de minces feuillets qui retiennent une abou- 





Calcul.; 




pour 


Moyenne. 


SnCl'+2HCl + 6H»0. 


48,0 


48,29 


26,7 


26,75 



( 2.', ) 

danLc eau mère. J'ai pu séparer les cristaux du liquide à l'aide d'une petite 
essoreuse faisant 3ooo tours à la minute. On obtient ainsi de beaux cris- 
taux blancs, qui, introduits dans des flacons bien secs et bien boucliés, 
subissent la fusion vers 20". Ils conservent l'état solide à 0°. 

» Le liquide provenant de la fusion de ces cristaux a pour densilé i , g2j 
à 2'j°-28". Ce composé est une combinaison de chlorure stanniquc et 
d'acide chlorhydrique qui répond à la formule SnCl'* + 2HCI ■+- 6H-0. 

11 Son analyse a en effet donné les résultats suivants : 

Analyses. 

1. -2. 3. 

CI 48,4 47,7 ^'«7,9 

Su ... . 26,2 26,7 37 ,2 

» Lorsqu'on chauffe le liquide provenant de la fusion des cristaux de 
chlorhydrate de chlorure stannique, il se produit déjà à une température 
peu élevée un abondant dégagement d'acide chlorhydrique. 

» Comme pour obtenir ce corps, qui renferme six molécules d'eau pour 
une molécule de chlorure stannicjue, on est paiti de l'hydrate à cinq molé- 
cules d'eau, il en résulte que les eaux mères d'où se sont déposés les cris- 
taux doivent être, cjuoique incristallisables à 0°, ])lus riches en chlorure 
d'étain, par rapport à l'eau, que le corps d'où l'on est parti et qui ne fond 
que vers 60°. Le chlorure stannique sur lequel on a fait agir l'acide chlor- 
hydrique avait en effet la composition suivante : 

Calculé 
pour 
Trouve. SnCl'4-5H"0. 

Cl 4o,3et4o,4 4o,o8 

Sn 32,8 et 33,0 33,7 

H-0 26,9 25,72 

» Quant aux eaux mèi'es d'où s'est déposé le corj)s cristallisé, on a 
trouvé qu'elles renfermaient pour 100 : 

Cl 46,3 

Sn 3l ,24 

Eau (par dillerence) 22,46 

Leur densité est de 1,977 '' ^^°- 

» Si l'on salure ces eaux mères d'acide chlorhydrique à o'\ on obtient 



( 2>.5 ) 
de nouveaux cristaux du même composé 

SnCP + 2lICl + GH=0, 

et les eaux mères ont alors pour densité 2,01 5. 

» La présence d'acide chlorhytirique empêche donc la formation à 
l'état cristallisé, et cela même à o", des hydrates de chlorure d'étain. 

» La combinaison de chlorure stanniqiie et d'acide chlorhydrique que 
j'ai obtenue et dont j'ai donné l'anabsc plus haut dérive d'un hydrate de 
chlorure stannique connu SnCP -+- 8IP0, par la substitution de deux mo- 
lécules d'acide chlorhydrique à deux molécules d'eau. C'est un acide chlo- 
rostanniquc qui répond par sa composition à l'acide chloroplatinique. Ces 
deux corps ont en effet respectivement pour formule 

SnCl''+ 2nCl + 6H^O 
et 

PtCl' + 2lICl + GH='0. 

» A ces acides répondent les chloroplatiuales et chlorostannates, bien 
connus des chimistes. » 



CHIMIE. — Sur t'alcoolate de potasse. 'Nolo de M. Ei.-J. Maoiexë. 

« A propos de la Communication faite par M. Engel dans la dernière 
séance, l'Académie me permettra de rappeler que j'ai fait connaître un 
alcoolate de potasse cristallisé ('). Cet alcoolate, préparé dans une atmo- 
sphère d'hydrogène, est parfaitement incolore et m'a paru formé de 47*^' 
de potasse fondue au rouge et de 1 iG*''"' d'alcool; ce qui peut être mis sous 

la forme 

KO(HO)''-^ 37i!'',8 ou 56 

C*1P0- ii6s'',o ou 112 

ou, en équivalents, 

Équivalenls. 

KOHO (selon M. Engel) i 

CHPO= 2,44 

» M. Engel admet 2, 00 et non 2, 4 '1 ; miiis ses analyses donnent 62,^ d'al- 
lé') Les Mondes, 19 décembre 1872, cl Traité de la théorie générale, p. i53. 



( 2i6 ) 

cool au lieu de 62, i, et, chose bien extraordinaire, en moyenne, 8, 23 d'hy- 
drogène, au heu de 8,78 ('). 

» Je n'insisterai pas, mais je citerai un fait important, celui qui seul 
explique le rôle de la potasse alcoolique. L'alcoolate conservé devient 

Cni'O^'RO, 

c'est-à-dire un sel d'un acide remarquable 

C"H*0' = C'H''0^ + H', 

sel cristallisé incolore donnant, avec les divers sels métalliques, des réac- 
tions caractéristiques. 

» La dissolution, chauffée avec AzO^(HO)", donne lieu à une efferves- 
cence. Si l'on ajoute de la soude, il se dégage C^H'Az, comme l'indique ma 
Tliéorie générale. » 

ANATOMIE ANIMALE. — Les antennes des Euniciens. Note de M. Et. Jouiidax, 
présentée par M. A. Milne-Ed\vards (-). 

« Je me suis appliqué, dans les recherches que je poursuis sur les 
Annélides polychètes, à étudier avec soin la structure histologique des 
organes des sens et en particulier celle de ces appendices sensitifs, connus 
sous le nom A' antennes, arrhes, palpes, qui sont considérés comme servant 
au tact. Les faits que j'ai observés me semblent combler une lacune, aussi 
ai-je pensé qu'il était peut-être bon de faire connaître, dès aujourd'hui, 
les résultats de quelques-unes de mes observations, 

» La forme, le nombre, la situation des antennes des Euniciens sont 
connus des zoologistes; mais les dimensions de ces petits organes, leur 
défaut de transparence n'ont pas permis aux auteurs qui m'ont précédé 
dans cette voie des études bien attentives. Pour obtenir des résultats 



(') On u: 

C« 48 32,435 

H'' i3 8,78 

O^ 48 82,435 

K. 39 26,3.5 

i48 100,00 
(-) Laboraluirc de Zoologie marine de Marseille. 



( 217 ) 
meilleurs j'ai dû nécessairement l'ecourir aux méthodes liistologiques. A 
l'aide des coupes et des dissociations j'ai pu voir que chaque antenne était 
constituée par une cuticule d'enveloppe, par un nerf occupant l'axe de 
l'organe et par des cellules disposées entre le fdet nerveux et la cuticule. 

» La membrane cuticulaire est ici, comme sur les cirrhes, remai^quable 
par sa minceur, elle n'offre aucun pore glandulaire, mais elle présente des 
dépressions très faibles au centre desquelles on trouve un ou plusieurs 
cils hyalins à peine visibles avec les plus puissants objectifs. 

» Au-dessous de la cuticule on aperçoit des cellules cylindriques dis- 
posées en une couche unique. Cette couche correspond à l'hypoderme 
des auteurs; les éléments épithéliaux qui la constituent sont serrés les 
uns contre les autres, ils rappellent par leur disposition et leur forme les 
cellules qui tapissent le canal de l'épendyme de quelques Vertébrés : ils 
ont un protoplasma hyalin légèrement granuleux et un gros noyau ovoïde. 
Leurs limites sont difficiles à déterminer et nos observations nous portent 
à croire qu'ils sont dépourvus de membrane d'enveloppe. Tous possèdent 
à leur base un prolongement filiforme. Parmi ces cellules épilhéliales on 
distingue d'autres éléments qui mériteraient plutôt le nom de bâtonnet; 
ceux-ci sont en effet beaucoup plus étroits, ils possèdent un noyau très 
mince et ils prennent sous l'influence de l'acide osmique une couleur d'un 
brun presque noir. Je distingue encore parmi les cellules de l'épiderme 
des fibrilles excessivement fines groupées en faisceaux qui s'insinuent 
entre les autres éléments épithéliaux. Ces fibrilles se mettent en contact 
avec la cuticule au niveau des points où celle-ci est traversée par les cils 
que j'ai déjà signalés. Je ne doute pas que ces fibrilles ne remplissent des 
fonctions plus spécialement sensitives. 

» Les prolongements basilaires de ces éléments épidermiques de types 
divers s'entrelacent et forment à la base de cette couche cellulaire une 
sorte de gaine fibrillaire entourant le nerf. Dans cette zone, on distingue 
un grand nombre de cellules isolées ou réunies en groupe disposés entre 
la couche cellulaire et le nerf. I^es rapports des pieds des cellules épider- 
miques avec ces éléments sont difficiles à apercevoir sur les coupes. Les 
dissociations fournissent des résultats bien plus concluants : elles démon- 
trent que les pi'olongements basilaires dos cellules épidermiques, des bâ- 
tonnets et des fibrilles sont souvent en rapport avec des cellules bipolaires 
faisant partie des amas que je viens de signaler. Quelle valeur est-il pos- 
sible d'attribuer à ces éléments ? Beaucoup d'histologistes les considérei^ont 
peut-être difficilement comme des cellules nerveuses. Un certain nombre 



( 2.8 ) 

de faits m'engagent cependant à admettre cotte interprétation. Je ferai 
remarquer d'abord qu'il existe entre ces éléments et ceux de la couche 
nucléaire du cerveau du même ver une identité complète; il est donc bien 
difficile de ne pas regarder les uns et les autres comme étant de même 
nature. On trouve aussi chez quelques Invertébrés, et en particulier chez 
les Cœlentérés, et dans une situation analogue, des cellules aussi peu diffé- 
renciées et qui néanmoins sont considérées comme nerveuses. Enfin les 
Vertébrés nous offriraient, soit pendant l'évolution embrvonnaire de leurs 
centres nerveux, soit chez les individus adultes, des cellules nerveuses 
réduites aussi à des grains nucléaires entourés d'une faible écorce de proto- 
plasma. Je citerai à ce sujet les cellules nerveuses bipolaires de la rétine et 
les éléments de la couche nucléaire du cervelet comme me paraissant sem- 
blables à ceux que je viens de décrire. Quoi qu'il en soit, ces petits groupes 
cellulaires se comportent comme tout autant de ganglions; on voit les pieds 
des cellules épithéliales y pénétrer et s'y perdre et les fibrilles nerveuses 
en sortir pour se continuer ensuite avec les éléments constitutifs du filet 
nerveux. 

1) Je n'insisterai pas sur la structure du nerf, elle n'offre aucune parti- 
cularité intéressante; mais il est une observation qui se présentera à l'es- 
prit de bien des anatomistes et à laquelle je me permettrai de répondre. 
En lisant la description précédente, on pourrait croire que j'admets que 
tous les éléments de l'épiderme sont susceptibles de percevoir et de trans- 
mettre des impressions sensitives et que toutes les ceHules de la zone sous- 
jacente sont nerveuses; en un mot, l'antenne serait ainsi un simple pro- 
longement du cerveau. Je crois que si l'on considère le côté purement 
anatomique de la question, et c'est là le seul que je puisse envisager, on 
doit admettre que les bâtonnets et les faisceaux fibriliaires de la couche 
épithéliale sont plus spécialement sensitifs, les autres éléments jouant le 
rôle de cellules de protection et de soutien ; malheureusement une'distinc- 
tion semblable est difficile à établir parmi les cellules de la couche sous- 
jacente; je ne crois pas, en effet, que let^ caractères des éléments ATaiment 
nerveux et de ceux qui jouent le rôle de substance, de soutien ou névro- 
glie, déjà si mal établis chez les Vertébrés, soient plus nets chez les Vers; 
aussi n'est-il pas douteux pour moi que les éléments constitutifs des an- 
tennes doiA ent être en grande partie assimilables plutôt à des cellules et à 
des fibres névrogliques qu'à des cellules et à des fibres nerveuses. » 



( 219 ) 



PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur les e(fcts de la pollinisation Chez les Orchidées. 
NoLe de M. Léon Guigxaiid, présentée par M. Van Tieghem. 

« Chez la plupart des Phanérogames angiospermes, au moment où le 
grain de pollen tombe et germe sur le stigmate de la fleur, et souvent 
même bien avant, l'ovule est apte à être fécondé. On a remarqué pourtant 
qu'il n'en est pas ainsi chez les Orchidées, où l'ovule n'a pas atteint son 
entier développement, même vers la fin de la floraison, et où, par consé- 
quent, la fécondation doit être plus tardive. Mais le temps nécessaire à ce 
développement et l'intervalle qui sépare la pollinisation de la fécondation 
sont encore fort peu connus, surtout chez les Orchidées exotiques. L'exposé 
de quelques-unes de mes expériences pourra fournir sur ce sujet des données 
exactes et intéressantes à divers points de vue. 

» Dans le Vaiiilla aromatica, Ton